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r-- M.i
OXFORD UNIVERSITY
ST. GILES-, OXFORD 0X1 3NA
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HISTOIRE
DE JEAN
DE
BOURBON.
FRINCE DE CARENCY.
PAR L'ADTLUR ,
DES .MEMOIRES
ET' •-. ■'
VOYAGE D'ESPAGNE.
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X,îbrair(
AN.HoBTjBNs, Marchand-
1 ptés la Coût , à la tibrairie
ïranjoife.
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M. D. ce. IV.
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2 4 SE? ^^31
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HI S TOI RE
DE JEAN
DE.
BOURBON.
PRINCE DE CARENCT.
I \ HaàitS'e àeZanci^te RKe deOon
I Pedro Roi de Caftilte ne voloft qu'a-
te^m déplaifir mortel la profperité
t Don Juan fur un Tr&ne où elle'
" auroit du monter fans les malheurs
de fdn Père. Elle preflbit le Duc Ton mari de
r*n chaffèr pour s'y établir , & il n'attïndoit
^'uDc occafîon favorable pour ne pas décou-
vrir inutilcEiieQt /a mauvaife volonté.
Ferdinand le bâtard Rojr de Portugal luy four-^
nitcctte^ccafîon. Il avoit toujours des nouveauK"
. intérêt» là démêler avec le Roy de Caftille . Stil
appella en 13 ge.-le-DucdeLancaftre à fon'fe-
cours pour lui aider à vaincre leur commun En-
Dtmy , l'Anglois paitit^afEtôt avec des troupes
A 2 artez
'4 HisT. DE' Jean
afTez nombreufes, ôc il mena fa femme Ôc Tes trois
filles. Ces f rihceiTesavoient ^'wcritc & éch
beauté ; cdle qui fe nommoit Catherine ctott
runique du mariage du Duc avec fa féconde fem-
me , Ôc bien qu'elle fut la cadette de fes autres
iocuTs « fon droit étoit le mieux établi far la cou-
ronne d'Efpagne à caufe de la DucliefTe fa mère.
Le Roy de Cailille voyant que deux Ennemis
fi puidànts s*ctoieat tmis contre luy eût recours
à fee Alkcs. Il s^adrefià à Charles le mauvais Rot
de Navarre ; Et plus particulièrement à Charles
yi. Roi de'Fraace à qui ilavoitdéjadepredantes
obligations. Il en receùt des troupes & de l'ar-
gent , & la fo'rtune s*ctant mife de fon party il
battit en plufieurs rencontres les Portugais & les
Aogtois. Le mauvais air & les maladies en dc«
truidrent encore plus que fes armes : mais com-
me il avoit de grandes raifbns detouhairerlapaix
Ôc qu'il feut que le Duc de Lancaftre venoit de
quitcrle Roy de Portugal très mécontent de luy
avoir payé la dot de fa hlk^parce qu'il Tavoit de-
ppnfée avant même que le mariage fut fait, il en-
voya le Prieur de Guadalupe au Duc qui étoit à
Bayonne pour luy propoCer des ^E>nditionsivan-
tageufes , &c le mariage de fon fils He^i Prince
des Afturies avec fa fille la Princefle Catherine.
qu'
liance.
L' Anslols goûta cette onvertuA de paix ^ elle
leur étoit avantggeufe de toutes les manières $ fie
les Ambafladeurs du Roy épouferent la^rinceflè
à Bayonne. La Duché (Te de Lancaftre partit de
Biicaye au mois d'Août 138g. pour conduire fa
fille à Mcdina del Campo , ou Iç Roy les atun-
doit
DE BourbokJ 5
<foit i \l le reçût avec une magnificence toute
Koyalle. Elles y préfenterent de^apartdu Duc
une Couronne d*or couverte de pierreries . & el-
fes luy dirent avec beaucoup de grâce & de ma-
fefte que putsqu'elleslcurcedoient leurs d'roits
fur la Caftille il ccoit bien juCte qu'if en acceptât
h Couranite de la main dii Duc leur Seigneur^
Le Roy- en la recevant leur dit qu'il ne la prçnoijr
que pour la mettre fur la tête de ta Princcffe Ca-
therine quand fon fils feroit en âge de Tépoufer^
Ce jeune Prince n'aroit alors qxic dix anSt.& elle
en avoît dix neuf.
Le Duc d^Lancàttre n'iarvoit point cté^du vola-
ge, il étoit redé à Bayonne,& il fouhaittoit avec
paillon de voir le Roi pour eflàyer de le détacher
ces intérêts de la France : mais ce Monarque refl
féntoit trop vivement les fervices qu'if en* avoit
reçeû pour fe rerou<ke d'avoir un mauvais pro-.
ctdé dans une telle conjon^ure. Ilcludâ la Cqn.
ference qui luy étoitdemandée>5c<omme iltom«
ba malade à Burgos dans le même tems que tz
J>ucbe(re venoit retrouver fonmaryjil prit congé
«.d'elle en ce Heu.
Cependant Charles VI. ayant été informé de
h conduite du Roj de Caftille à fon égard. de s'y
trouvantfenfiblejfchoifitJean'deBourbonCon---
te de la Marche fon parent pourle luy témoigner.
Il le chargea de lui dire.qu'il alloit prendre lui-
même le foin des affaires de fon Royaume & qu'il
feroit ravi d* jpnploy er fon pouvoir à reconnoîttjfr
rattachemeiK qu'il avoit marqué |>our leur al-
liance. C« Comte de la Marche ctoit un Prince
plus cafpable que perfomne de faire valoir Us f^n-
timens du Roy , puis qa''il étôit un des premiers
'de TEcat par fa naiflance Se par Tes grands biens.
Il avoit une bravoure qui alloit iufqu'à l'int répi^
A B dite.
6 ' His T. DE Jean
infiniment d'Efprit avec beaucoup de prudence
& d'honneur. «
Apres avoir rendu au Roy de Cadillc tout ce
qu'il lui devoit il (e lia d'amitié avec Don Juaii
de Velafco. Il a voit cpoufé une Françoife* Fille
d' Arnauld de Solicr , elle avoit eu en dot la Ville
de Villnlpcndo qui ctoit confidcrable en Caftille.
Velafco du côté de la naifTancene.devoit céder
qu'aux Princes du fang, & de celuy du mérite ri
ne devoit le céder à perfonne. Donna Maria fa
femme aimoîtles François & les prcfcroit à tou-
tes les autres Nations; elle infpiroit Tes fenti-
.tnens à Ton Epoux $. & le Comte do^la Marche fe
fentit prévenu d'une (î forte eftimé pour eux ,
qui ajoutant la cônfideration des grands biens
qui rcgardoient leur fille unique , il prit la B^efo-
lution de la demander pour Jean de Bourbon
Prince de Carency Cadet de faques Comté de la
Marche £c de Lonis Comte de Vendôme Tes ea-
fans.; . ^
Après avoir employé quelque tems à thedirer
fur ce qu'il voulut leur propcfer > il vint un jour
les trouver. J'ay trois fils , leur dit il , j'ay fu-
j>lié le Roy de vouloir bien prendre fom de la
deflinée des deux aines ^ celle du Cadet eft en-
cote entre mes mains 3 il me femblequeie ne
puis faire davantage pour (on bonheur qa'en lui
procurant d*être votre gcndrej & Ci rien ne s'6p-
λofe à mon alliance , je vous demande vôtre fil-
e pour luy. Vous demandez Seianeur la petite
Leotiide fi feiieufement , repondKDon Juan .
que j'ay lieiî de me flatter que vous popus faites
l'honneur de la fouhaitter. CepeodantjKclie n*a
que quatre ans, & vous m'avez 4it que le jeune
Prince n'en a que huit, à quoi pouvons noâs dc«%
flfincr des enfans dlttit âjge fi peu avancé. Ce hé
doit
l>BpOURBON« 7
doit pas être là une difHcuké , reprit le Cotnte^
flOus pourrons toû-jours (igner le contrat de m»-*
riagc. Je vcfusenvoyeray Je Prince de Carency,
vous le formerez pour Lconide ,. Se je me flatte
que vous faimerez. Ses inclinations (ont bonnes,
i'ofe dire qu'il eft bien fait, & qu'il a plu« d'cfpru
que tes Enfans de Ton âge n'en ont d'ordinaire..
Vous n'aurez aucune peine Seigneur^interrom.
pit Madame de Velafco , de nous perfuader à
l'avantage du Prince vôtre îtls, il Tuàrt qu'il foit.
de vôtre itkiftre iang -, ce qu'il vous e(l , oous^p^
prend ce qu'il doit ctre , Se je. bénis le Ciel quje
vou^aiéz des difpofitions fi favorables pOux Léo*
aide. Depuis qu'il me Ta donnée je Ipy av tou-
jours demandé un gendre de ma Patrie^ je ne
fuis pçint détachée de cette cfiere Patrie, & Don
Juan ne l'aime pas moins que moy. Il eft vrai,
iotecrojnpit Monfieur deiVèla^co, quej'.aiune
veaeratbo particulière pour la France , êc que je
fiiis tres-len/Ible au meriie «ies Françofs , juoez
donc , afoûta-il , avec quelle fOyc nous ^cccp*
tons l'honneur que vous faites à leonide , il efl
beaucoup au dedus de nos efperances &de fon
mérite. Cette Çonveriàtion" finit far toutes les
afliirancies d'amitié que lion fc donne en des fenv>
blables rencontres^ les articles du mariage furent
drelfez- lé Comte de la Marche, les envoya ait
Roy de France , Don Juyi les porta à cehiy de
Caftillc'rl'un & l'autre y ddlincrent leur agré-
ment : Don Juan (^ tous les avantages podibjes
à /a fille Ôcj^te la Cour prît pâtt à cette allian-
ce.
Loriqife le Comte de la Marche partit pour font
retour il démanda à Mon (leur ôt à Madame de
Vela(iH> , »'ilfr fouhaittoient qu'il leur envoyât
fon fils : iiQn Seigneur» Itiy dirent^iis, c'eft un
„ A 4 gage
8 H I s T. D E J E A N .
gage de nôtre eftime & de nôtre tendreflè que.
nous laiflbns entre vos mains ^ élevez ce jeune
iHt^e., faites qu'il ne fe fepare point de yous,
<)u'il n*ait appris à profiter de vos exemples. Le
Comte leur promit de ne rien négliger pour fou
éducation de pour le rendre digne de leur appar-
tenir. .
Le Roj de Caftille s'acquitta par ce Prince ât
tous les remerciments qu'il devoir à Charles VL
Il lui écrivit qu'il ne pouvort alTez lotier le méri-
te (5c la conduite de Ton Ambaffadeur.'Iln'yavoic
pas Jong-texns qu'iî étoit arrivé à la Cour, lors
que Ton apprit la mort du Roy de Caftille, il s'é-
toit-tàé en tombant de cheval, & Don Henri (on,
iîls eff envoya \es nouvelles en France par Don
Juan^ de Velafco. Le Comte de la Marche n*ob.
«lit rien pour lui faire les honneurs d'une Cour
où il tenoit un rang fort confîderable , comme
proche parent du Roy $ il lui fît voir le Prince de
Careoci qu'il trouva encore plus aimable qu'il
n'avoit pu Ç]t le rèprefenter & il ne prit pas une
amitié moins tendre pour fui que s'il eût déjà- été
répoux de Leonide, Le repos & la tranquillité
dont la France jouïiïbit en ce tems là , fut bien
troublée *par l'accident qui arriva peu après au
Roy , lorfque preffé de fa jufle colère il fe mit en
Campagne au mois d'Août 1392. pour aller pu-
nir le*Duc de Bretagne de l'aflàfînat qu'un de Tes
parens avoit vouli!^ commettre en la j)erfonne du
Co/mêtable de ClifTon. L'Eiprit du Roi accablé
de chagrin & furpris de frayeur paAj^ rencontre
impreviie d'un fantôme qui faifîc tout d't^ coup
les rênes de fbn cheval , fe trouva fî altère qu'il
ne fût plus en état de gouverner.
Il y avoit dans ce même temt une negotiation
(rés délicate à conduire en Efpagne. Les Ducsd6
Bcrry^
DE. Bourbon» ^
Berry & de Bourgogne oncles du. Roy aîant pris
le foin des afifaires du Roiaume ietterent les yeux
fur le Comte 4e la ^arche , comme fur celui qui
pouvoit s*en acquitter avec plus de dignité &
d.'cfprit. Le prétexte apparent de fon voiage fuc
les complimens ordinaires au Roi & à l'Infant
Don Ferdinand fon frère fur leur mariage. Le
premier vcnoit d'achever le fien avec IaPrince(I2
de Lancaftre , & l'autre cpoufûit la jeune Com-
tefli d'Alburquerque qui étoit une des plus riches
bcritiercs de l'Europe, Le jComte de la Marche
trouva Don Jûan de Velafco dan» une grande fa-
veur» Le Roi l'avoit fait grandmaîtrc de fa Mai»
fon î & bie,n que Leonide n'eût que neuf ans »
elle étoit dcja menine de la Reine & on rclevoitr^
dans le Palais.
Madame de Velàfco parut ravie dé revoir lé
Comte &.dc: pouvoir le faire demeurer d'accord -
9"«û fiilc furpafToit en beauté tput ce qu'il avoir
jamais vu. Il en fut fî furpxis & fî charmé qu'il,
ne trouva pas d'abord des termes capables de la
loiier. Se s. cheveux étaient noirs, & fon teint
plus blancque le lis. Ton peut dire généralement
"Jarlant qu'il n'y a point de lieu au monde où les
«mmes ayent les yeux fl beaux & fi touchants
qu^en Efpagae-: ceux, de Leonide étoient Ci
J"s & fi,femplisd*cfpnt quel'onne pouvoit en^
foutenir l'éclat: mais le fe^ dont ils brilloient/
ûotoit rien à cet air de modefliedc de douceurs
Jjui fiçd fi bien à nô^-e fexe Jlcft vrayauflî qu'el-
U etoit parfa^e de.corps & d'éfprit , &.le Comte-
Qela X^^ffe l'aimoit fi chèrement q«*il feroitr
volomiùf demeuré à la Cour de CafWlc pqur lar
«ulc fafisfaaion de voir cet aimable enfant: mais
w gloire & le! fervice du Roile rapcUoient en»
«aûce. OalVnvPia contre les Anglois,lcs avan«-
A 5 tagcsv
/
^O fît g T. DB Je AN
tagps qu'il remporta fur eox ne contribuèrent
pas peu à leur faire fouhaicér la paix. Elle fut con-
clue pai' la demande que le ftot Richarc^fît d'Ifa-
beau de France en 1394. Mais le Comte de la
Marche n*feût pas là fàttslkâ;ton de voir conclure
i'^itiî pàîjc j fè^itidifpoûtions Tobligerent d'aller
chercher qiielcjhè rbpois à Vandômc où Ton mat
augmentant , it ne pât douter qu'il ne fût fur le
point dé riîbu!r?r, , àlbfi il rcgatcw tendrement le
î^rince dé ckrency , èc loi MreiTant fa paroUe ,
il lui dit d'une voix foible , t'ctat où je fuis mon
cher fîls ùïé t6u;chcr6it de quelque regret (î je ne
•vous avois f>as miin4gc un pcrc en la perfphiîc de
Don Juan de Vèîîk'flfo • je fuis perTuadéqùcvous
trouvères dane (^ K^ktR>htotlt ce que vous auriez
trouvé dans -la mienne , ne manques donc pas
d'exécuter la pWoD'é que je hit ai doônéc pour
vous : épolifcs Lconide , je Ife fôiihafte , je vous
réordonne 5 je vpus charge auffi de faire fçavoir
à vos frère» que je les aiit)e chèrement &que je
prie le Ciel de lés bénir /& de leur accorder fa
prôteftion : fouvenfez-voûs les uns & les autres
de vous rendre dignes du nom que vous portez :
aimez plus la gloire & Phonneur que vôtre pro -
pre vie • ne vous éloignez jamais de ce que vous
dcvés.à Dieu & vôtreRoirjeprefereroisde vous
voir morts que de vous voir furvivre à la honte
qui fifit une mhuvaife conduite . ït pour vous,
mon fîls , laiÀcz mojr la confolation en mourant
de croire que vous tntrcs pîàs par votre propre
inclination dans les fentimens que^ veux vous
infpircr que par les çonfeils (î|uc je vcwSidonne.
Le jeune Prince pénétré de la plus viyc ddtolcur fc
jetta aux pieds de Von pcte , éc fhaîgré le faififfc-
ment qui lui ôtoit le libre ufii^e de I9 p^rolle , il *
fît un effort pour lui dire des cfaofes û tendres é:,
fi
DE BOU'R B O N^ ri
il genétcufes que le Comte de la Marche fcntit
beaucoup plas de fati^aélion des afTufances que
fon fils lui donnoitquede regret de quitter la vie.
Il mourut le 1393. L'on vit arriver en 139$.
les Ambafladeurs de Sigifm^nd Roi de Hongrie^
a cnvt>yoit ftippUer Charles VI. de Jui accorder
des troupes pour combatre Ba^zet. Ils rendirent
compte au Roy comme, quoi TEmpereitr Jeaa
Palealogue avoit appelle à fon fecours cet enne-
mi des Chrétiens contre le Defpote de Bulg^ie^
suais que Bajazet profitant de Tes avantages ne
vouloit plus foftrr d*un lieii où on lui avoir don-
né entrée avec tant d'imprudence» ht Roy tou-
ché de rétat de Sigifmond permit à^la pkis gran-
de partie des Seigneurs de France de faire ce
voiage. Le jenne Comte de Neyers Hls aîné dii
Duc de Bourgogne qui n'avoit thcoxe que vint
quatre ans , fe mit à la tête de cette fleurifTante
jeuneiTe. Philippes d'Artois Connétable , les
Comtes de Bar & de St. Paul, les Sires de Coucy,
de la Trimoùille , de R.oye Se de Domicauft fui-
• virent ce Pfince avec plus de mille autres , mais
fntre tous ceux là , Jacques de Bourbon Comte
. de In Marche fe diftingua trésavantageufemenr..
Il voulut qtïc le Prince de Carenci fon frère fît
cette campagne, ôc l'on ne fçaHroit témoigner
plus- de joye qu'il en marqua de pouvoir de ft
bonne heure trouver, des occasions d'exercer fa
• ValoBr.
Les particularités de cette expédition, n'étnnt
point ce mon fuiet , je les fôifle à traitter à ThU
fioire , & 4fl me contenterai de dire en-general ,
qu'il n*a|nmàis été une campague plus malheu-
rtufe. /iSaiazet battit les troupes Chrétiennes Ôc
fit nn fi horrible maflacre de tous les François /
^*ii voulut à peine en recevoir cinq ou fi x a
A6 saxL-
12 H I S T. DE Jean
rançon. Le 'Comte de la Marche 5c Ton frère fu-
rent dangereufement bleflcs ôc faits prifonniers
déviant Nicopolis. Le Prince de Carenci croit &
afligé de rétat où ctoit Ton frère que tant ou'il
fut en péril il ne penfa dans fa prifon ni au dan-
ger où Tes bleffùres le mettoient ni à la perte'de
U liberté:. Enfin lorfque le Comte de la^Marche
it^t guéri 5c en état de donner quelques foins à la
' fortune de fon frère & à la fienne ; il aprir avec
un fendble déplaifîr que le fier Bazajet avoit re-
folu de faire pafler tous les prifonniers au fîl de
Tcpée , &\COmme on en faifoit mourir quelques-
uns de cette cruelle manière, 5c que le Comte
de Nevers tendoit la^orge , pour y. recevoir le
coup fatal, un vieux Turt qui fçavoit parfaite-
ment bien PAftroIogie s'écria en parlant à Baja-
zec , garde moi ce jeune Prince il tuera plus de
Chrétiens que toute ton armée; Ces paroles
lui conferverent la vie qu'on alloit lui oter , 5c
dans ta fuite elles ne furent que trop véritables.*
Le Prince de Carenci parut à fou tour , fa triftef-
fe 5c Tétat déplorable où il fe voioit d'ans un <age
où les autres font à peine fortis de la maifon pa-
ternelle ne pouvoit lui donner une forte d'abât- «,
renient qui dérobât rien à fa bonne mine , 5c à
cet air plein de fierté 5c de noblefTe qui di-
ili nouent un homme dé courage 5c 'de naif-
fance d*avec une perfbnne du vulgaire. Sa beau-
té ctoit û parfaite que Bajazet lui-même- en.
demeura furpris. 11 ètoit irrefolu s'il le feroic
mourir ou s*il fe contenteroit dç lui faire payer
fa rançon. Après avoir béfitc qiMque tems j
pour prendre un parti , l'heureufe de|iflée du
Prince triompha de ce naturel farouche^ il lui
accorda la vie 5c à fon frère $ il leur demanda une
fomnae coaCderable pour Uux libenc -, il^a lui
pro*
J
D E B O U R B O ll« I^
promirent ^ ils ae manquèrent pas c^ écrire au
Comte de Vendôme leur frère pour l'avoir^
mais pendant qu'ils attendoient l^crançoade
France ils aprirent que Te Comte de Keversavoit
déjà payé ia fienne , & qu'il étoit prêt à partir.
Un foir que le Prince de Carcnci n'avoit pas
voulu Te retirer , & qu^d fe promenoir triftemcnt
fur le haut de la Tour où il étoit prifonoier » il
entendit le (iflemeot d'une flèche décochée, ^
en effet il eq vit tomber une à Tes pieds. Il ne
fçeut d'abord fi quelqu'un en vouloir à fa vie.
Mais s'ctant baiué pour ramafler la flèche il ap-
perçût que i'oki y avoir attachée une lettre. Il la •
prit ôc retourna prompte ment dans fa chambre.
AufC-tôt qu'il fut ieulil lût ces mots en langue
, Jranque.
Loffque vous pMrâtis devMntU Sultun chargi
de fers é^ fur le fini de recevoir U mort, penfien
vous injpirer mutre chofo que de la pitié f Vous fi-
tes désns cet inftant ee^iue vous ne v^têliex, point
^faire. Vmmour cuché dans vos yeux de vaincu
vous rendit i/ainquettr, helas ! je^ous vis mon
. eher Vrinçe , e^ depuis co momAu fatal mon
eœur revôtti comme ma raijon m^afaitfoupirer
mille & mi Ue fois. Je crois vous voir ^ je croit
vous parler : Je ne ponfe qu'à vous : il mefemble '
que mes fentimons vous touchent , e^ que nos
'urnes déjà unies nous fiaient d*une félicité parfai»
te ^ mais ce bonheur feroit trop grand , je p'ofi
Véfperer : je n^ofe même le vouloir , & je me re^
foudroisÛ/Êét k perdre la vie qu'à vous declarew
mes fem^ens • fi je n'étois bien perfuadee que
vous rit ff aurez, jamais qui je fuis vque vous ne
profitiez» point de mafoibleffe , f^'que vous par^
Sinx, di liJicopolis/4f^s mt voir. Il faut être bien
• iU"
14 H 1 1 T« D E J £ A K
infortunée quémd on fout trouver des motifs de
fehfiUtion duns nioignoment de ee qu'on éùmo i
Iseéminés eeke extrémité 9 é^ fi vous ne podvoz.
Ht* Mimer f^rce que vous ne me connotffez, point ,
tout MU moins ne me refufenfas vôtre fitié , ft
if eus promets- de ne m'en pMs prévutoir , c^ de
vous mettre bientôt en et ut de quitter ces lieux-,
^effey que i^Stre rsnfon n*efi point veniie svee
afUe du Prince Chrétien, & q^'^l fh prépare è
partir fans vous , mais ne vous affligés point ,
rien r^efi impofftble k V amour . vous pour es m'é^
erife demain m pareille heure que vous recevés
cette lettre , jetth la votre avec lafiethe au bas-
di la Tout & gardés le feeret , vous'devés ap^
prendre de- bonne heure k cacher un imfiere
amoureux • de tous les mortels le mortelle plus
aimable * pourquoi voris ay-je vu , ou pourquoi
dois- je cejfer do vous voir.
Le i^utie Prince ne fût pas médiocrement fur. '
pris des cfiofes qu'il venoit ât tire -, elles lut pa-
rurent fi tendres qu'il fentit un pfeflànt defir ât
voir une fenUme qui lui t/moignoit tant de pi^-
(îon. Il attendit avec la dernière inopatience le .
moment de jetter fa réponce ; i\ fe rendit à Ton
ordinaire fur la Tour . il.y fît aflèz de bruit pour
que la perfonne qui apparament attendit fa Iet«
tre le pût entendre , & endiitc il la fit tomber,
elle étoit en ces termes.
Vous êtes la première qui m* a faitfoupirer , t5»
h facrifice que je vous fais > Madamt^^^des pre^
m ter s mouvemens de ma tendreffe devient me
tenir lieu de quelque mérite auprès de vous», ?*4i*
vois ignoré jufques ici que l'en put aimer eequi
tHms éteh ittc^ffuu ; mais Finquiéfuée que vou
m\^
DE B O UTl B O K« 'If
' ine eanfiz, ^ ied^fir extrême que f'sy Je votts
voir m'affûtent ^Ue v^s rh'étH déjà trop chetê
pour mon repos. Vous étûixàmt rendre le plus mmU
heureux de .tous lis hommes , fi vous m*ptfx, les
moyeHs de vous marquer mu te connut ffunee , c^
de ^oUi entretenir de ee qUe je fent pour vous.
Seroit'il pejfihle ^Madame , que vous me refu'^
fajjtet éètté grâces ^ é* q^veuseâfftizles hentezi,
pùur tHoy dent i^'bus méflmUz: ^èt fourriez,^
VQUs toh/etetir ijueje ^'élâighàjfë du liées ou^ous
êtes f hu ! làifftk moi pHitet dans maprifon , je
Jiiis né pdur porter ves thaints , ($• vous ferez até
moins informée de mon rèj/peSi (^ de màpafftûn.
Il atten^lît k plus tiré l\^'A pût. Il efperott
qu^on lut feroit tenir une féconde Uttrc par le
même moien qu'il avoit receu la première, c'eft
ce qui n'arriva j^dittt , ôc bien qu'il retournât
tes /ours fuivarts f»r la T'ùwt , il vit i^egner un fî
profond filencé qu'it »'ofA plus f« flatter de ce
quM fouhakoit târtt. Uft*^feft pas pdfTible» difoit-
ii à forr frère qdrl écoft pWfbn.nicr cbins la même
FortcreÎTis , & àltcjuél il avoit fait p4^t de fon
a\ anturc , il n'eft pas ptWIîble , que celle qui
m*a écHt aît chercftî^ à fc feirc Un divertiflcmenc
à mes dépens j plus je l'ij fâ lettre , plus j'ay fu-
jet de la xroire fincere • je fuisperfuâdéqueie
cctrur entend le langage du corar , 5c Ton ne
peut tre H touché que je Taî été pourun^ Pein-
te. Je fuis convaincu de ce que vous me dites*
rcpond(>itJe Comte de la Marche , j'en ai mê«
me faii««xpertence , & il faut que d'autres rai-
fons ébftgeàt Votre inconnue de ceflcr de vous
écrire*.Il% avoitnt paffc une partie du jour à s'en-
tretenir de cette manière & à regarder du haut
de U Totjir «'ib w ticoaytixwsit, point quet-
qu'ua
j6 ' H IST. 1>E JB AN
qu'un qui eut envie de leur jettcr des lettres»
lôrfque le Prince retourna dans fa chambre plus
trifle encore qu.*il Teut été. Mais à peine fut.il
cintré qu'il vie fur une petite table de cèdre une
toilette de moufTeline brodée à deux envers de
doubles C d'or & de doubles B entrelacez : l'ou-
* vrage en étoit 'très -délicat. Il aperçût qu'elle
couvroit un fabre demafquiDé dont la garde
étoit enrichie de pierreries , & une petite Gaf-p
iette garnie de plaques d'or. Il l'ouvrit avec pré-
cipitation dans Tefpérance d'y trouver quelque
lettre de fa chère inconnue. Il y en trouva une
en effet avec une Comme beaucoup plus cond-
derable iqu'il ne la falloit pour fa rançon , voict
ce qu'il lût écrit de la même main que le pre-
. mier billet.
•
P^arttx, Jeune Prince , partez , élàignezrVOia'
jTun lieu eu mu tendr^e fourrait voue êtrefu»
taie. N'Mttendez plue de-mesnouvettes , ce font,
ici les dernières que voue recevrez, O Dieu .' je
vuis voue perdre fji* vous perdre pour jumuis ^ IT
. ne m*efi fus permis de vesss fuivre , é^ de ren*
dr-e m s fortune infepuruble de lu votre ^ Je ne '
fc mur ai plus vos fentimens pour moi , votês m'ou^
ilierez fins que jepulffe vous oublier , ni ceffer^
de vous aimer, Mesdefirs vont vous accompa*
gner » cher Prince , plaignez moi. Ma trifte viti
ne pourra fuffire m pleurer vStre abfence & thés
malheur^.
Le Prince de Carency fut (î penetR^^dmi*
ration & de reconnoiuance pour le procédé de. .
cette genereufe perfonne que ces deux renti-.
mens le> touchèrent autant que l'amour auroic.
pu le faire « ^ iQrfqu'il fit reflexion » qu'il per«
doit
i>E Bou R A oir. 17
doit pour jamais l'cfperaftce de la voir , il cvt ua
déplaifir fi violent qu'il empoifonna toute la
)bie qu'il devoit reflentir d'être en état de paier
fa rançon Ce. de retourner bien-tôt^ansfaP^-
jrriç. Il obligea un de Tes gardes d*aUer prfer le
ConKe de la Marche At venir jufques dans fà
chambre ; il avoir dé fa pris foin de cacher le ma-
gnifique prêtent qu*il vehoit de recevoir.
Lé Comte fe hâta de le venir trouver; il vît
dans Tes yeux de fur fan vifag^e un air de triftefle •
extraordinaire & dés qu'îh furent feuls le Prin^
ce lui jettant les bras au cou: 7*^31 bien befoi a
de confolation , mon cher frère , lui dit-il , 6e
\e n'en puis recevoir que de vous; Voies , con-
ti'nua-t-it (en lui montrant h caffette Se le fabre)
voiez tout ce que je dois à ma charmantc^^
connue : Voiez fon bitlet 5 voiez la AeeeÏÏité
qu'elle m'impofe de partir fans la voir. Se peut-
il dts manières plus grandes & plus nobles f Se
peut-il des termes plus tendres èc plus touchans
que ceux qu'elle emploie potlr me dire adieu *
Ha * que fes bontez me vont être cruelles , qu'il
m'eft douloureux de perdre l'efpoir delacon-
'noitre. Il fe tût en cet endroit, 8c après avcite
rêvé quelquetems r mais reprit» il,elle m'airo#^f
fe fens toutes Us difpofîtipns qui fbnt aimer. Ne
puis- je pas malgré (es ordres refter à Nicopolis?
• f 'y découvrirai qui elle eft , je parviendrai à la
yo'ir ': car il me fembleque l'amour eft un trop
bon guide pQur me laifTer en chemin. Le Corn*
te de la Macphe qui ainfioit tendrement fon frère
(ogeà ^stfln prefênt fi magnifique ne pouvoic
venir ^1 d*unc perfonnedeïapremiereauali-^
té , &*que s'il s'cxpofbi< à 4a chercher & a pé-
nétrer des mtfteree qui dévoient peut-être de-
meurer cachez « il s'attireroic des ennemis &
des
-fS Hïs.T. ùE Je A sr
des afifaires fôcheu^s dans un païs , oà fanaif.
fance & Ton mérite ne- pourroient lui fervir de
prote£^ion , & bù U feul npm de Chrétien !•
rendrait pumlTable; Prévenu de cette penfée il
le conjura dans les termes, les plus preflans & les
plus engageans de ne fe point opiniâtrcr à une
cliofe qui paroiffoit û difîcile $ il lui fît confide-
rer que non feulement il pourroit fe perdre,mais
qu'il pourroit contribuer à la perte de celle qu'il
aimoit avec tant de paOSon» Vous pardonneriejz-
vouffjatnais , ajoûtai^t-il , une fi cruelle impru-
dence } cette Dame v^us aime , & fan» doute
s'il lui étoit permis de voue v^r fans danger^efle
préviendroit là-defllis vos dcfits. Croiez-moi
donc , mon cher frère , panons avec k Comte
d^^everç » êc profitons des difpôfition&favora*
bles. de Bajazet « fes capeices donnent tout lieu
de crakidre-que ferions nous^s'il alloit changer }
f fiiéni qiie les reifoas du Cotoite de la Mardie
fiàfieat trés-foÂee, le Pn'nre ae s'y rendit qu'a«
f r«s avoir eac-OFe emploie plufieursjoâfs à dé-
couvrir par quelle voie 1» cs^cue & le fabre a*
voient été apportez dans fa. chambre. Il lui étoit
wkfé de croire que quelques-uns de les gardes *
avOHnt été gagner : mais il ne pût les démêler,
ec dans la craiote de parler à quelques autres qu'«
ceux qu'il cbercfaoit , il s'impofa un profona fi-
Umre , Se il partit enfin deNicopolisfans con«
aoître la perfonae du monde à laquelle ilétoif
le plus obligé.
Le Prince de Carencj toujours i^cupé de fa
i;enereufe Inconnue • étant de retoffiKJ^ Cour
dé France , cheKhoit une efpécc de ccmQ^Iation
à parler d'elle avec ks Comtes de ta Marche & de
Vendôme $ Ils admirotent en^mble.iiae pafiiot^
<£ cendre Scû reienu'ê » & des libteralitei^ fi gran-
des
DE Bourbon". 19
<fes & û àcCmtert^es. La plupart des femmes
^ui aiment ôc qui donnent , diroient<iils , ont
tout au moins des vues qui regardent leur pro-
pre -Tati^faétion ; elles Vf nient attacher un amant
par la retoiinoi fiance 3 elles acbettent Ton cqeut
quand e^e» n'oient h flarcr de le mériter : mais
cette illi|ûre Etrangère, a^oûtok le Prince, vient
de procurer ma liberté & de me faire partir du
feiil endroit où i'auroîs pu la Voir. Il parloit il
fouvent d'elle que le Comte.de la Marche appré-
henda qu'il ne vpnlût retourner en MyHe pour
.tenter les mjoiens 6e. lâfconooltre. C'cft ce qui
Tobligrea de le prefler d'écrire à Don J^an do
Velafco pbur le ptier de fe Amventrqu'il lui avoic
deftiné i^ebnide & qu'il attetidoit Ces ordres
pour fe rendre aiipr^sde lui .Peftfez-vous bien à
ce que* voui» me' faites faire , dit le Prince à fofl
frère , apcés avQÎr é^rit cette kttft $ &n'eft*ce
pas mrvoiuioir rendre niaUi^réuix toute ami vie
0ut d'époofieç utee petOAtm^ poitr hqueH^e fe mt
feus au^tt&e tifoknafiofi } Vous ff Aveis afS» que
mtfn comir eft- prévenu p<^r ané aulre. Il eft
. vni , dit le Gdmté , en rimerronipant , vôtre
cœur eft prévenu pour une Inconnue que voue
ne verrez apparaihment jamais: vous n^ fçavez
pas m«me fon.nûm , Ôc >peut-.ètre qu'elle n'eft
plus à Nicopolts^ Souveness-vous ,• mofi'frere»
i}ue Leonidé doié faire ^otre félicité , elle cft rii«
cb& , ^le eft'bejle »' 01» eft parie partout commd
d'une merveille. Qu'il eft aifc s'écria le Prince
de Carène^ , de donner descenfeils de que Poa
de Carenc^
adepSÉwi
ence pour les autres ^ ne femble.t-it pas
auenj^rre coeur.doit ttru jours obéJir à nôtre t ai-
glon ^*mais helas ! qu'il cftdirpof^àrfe^revoltcr
tomre elle.&qu'il (buffre du foiii que l'on prend
de rengager quand il ne s'engage pas lui-même.
Le
ao Hist.de I e a n
Le Comte de la Marche ne negligeoi^ rien pour
infpirer d'autres fenrimens à Ton irere & il efpc-
roit tout du teixis.
Le P)4cce de Carencyvivoit dans une profonde
trifteffe lorfqu'il receut des lettres de Don Jean
de Velafco- Il l'afiliroTt i|ue fa fille ne feroit ja:-
mais àM'autre qu'à luy , qu'elle étoit encore (t
jeune qu'il feroit bten^ aife que le Mariage ne fe
fît que dans quelques années 5c qu'iliui confeiU
lott de les employer à voyager^ Il fût ravy de ce .
retardjcment , & comme le Maréchal de Bouci-
cault alloit prendre poflèf&onde G«nesqaes'é^
toit donnée volontairement au Roy,ilpartit avec
]i|i pour voir cette grande vill«. EHe a toujours
paffe pour une des plus belle» Ce de plus fuperbe^
de P Europe : tant de perfonnes en ont parlé qu'il
feroit rnuciie d'^n faire ici la defcription & fe me
contenterai d'écrire ce qui regarde mon fujen
Le Maréchal de Boucicault refta peu à Genncs;
Ihen partit pour CQndantinopTe avec une nou^
velle armée qui fe rendit enfin redoutable au fie»
Bajazet : Le Prince de Càrency témoigna au Ma*-
rechal qu'il étoit dans le delfein ât le fiiivre dans
Ton expédition : mais comn>e il-avoit été infor-
mé par les Comtes delà Marche & 4« Vandôme
de rattachement que ce jeune Prince avdjt pris à
Hicopolis, 5c qu'il fçavoit d'ailleurs- en ^uels ter-
mes il étoit avec Dona Leonide, il lui parla avec
beaucoup de refpeâ, mais en véritable amy , de
l'obligation où il fe trouvoit de tenir fa parôlle
à une fille de cette qualité, 5c il1utde^[ara en mi*
me tems qu'il ne (oufFriroit point qlN^ fit le
voyage, 5c qu*il en écriroit au Roy. Toutes cet^
raifons Tobligerent de féjournet chez le Séna-
teur Grimaldi qui lui avoic offert famaibn avec
beaucoup d*honâtcté^
Un
DE B0ÛRBOK« %t
Va Coït emr'autrès que le Prince de Carency*
preiTé de fa mélancolie cherchoic la folitude , il
s'arrêta au Mole, donc la vile eft admirable, & en*
Cuite continuant de marcher le long du rivage , il
s'éloigna inféndblemeat de la ville. Quelle eft
madeftince ! diCoicil triftement , je fuis aimé ôc
j'aime : je ne connois point celle que j'aime ! je
&e connoiis que fa generoficé &/on e(prit. Je ne
puis lui donner de mes nouvelles^ni lui demander
des fiennes^ je ne fçai où. la cï^tchu-, ôc les bon<«
Uz qu'elle a eues pour moi, ne fervent qu'à
troubler le repos de ma vie. Ils'abîmoit dans ces
penfées, ôc il ne les quitta que pour s'abandonner
a d'autres encore plus cruelles. Ha ! faut il^con-
tinna-t-irque mon Père m'ait dedin^é à un ma->
ri^ge qui ae me peut jamais ctre agréable, puif-
qae j'ay une autre paâion dans le coeur l 11 fem*
ble avec cela que^e commets un crime lorfque je
fooge à retirer la pârolle qu'il a donnée pour moi.
O trop charmante Inconniie'.^eprenoit il en four
pilant, û, vous, pouviez fçavoir en quel état je
fais, vous chercheriez les moyens de me rappeler
^ prés de vous »mais que dis je?c'cftun bonheur que
* ien'ofe me promettre^ elle m'a ordonné de m'é«
loigner 5 elle m'en a fourny les moyens, elle m'a
vu partir, peut erre au' elle ne m'aimoitdcja plus,
oaqu'elle cherchott a m'oublier , Ôc quoi que ce
bit , je n'y trouve. que des fujets de ra'aâiger.
Ilétoitenfeveli dans ces différences reflexions,
lors qu'il fe trouva prés d'un grand Parc, Il con-
tini^a de marcher le long des mures , ôc la nuit
qoi fupmt tout d'un coup avec une pluye ôc un
toane»e épouvantable , l'obligea de s avancer
vers un pavillon qu' il avoit remarqué. Il doutoic
qu'il y eut^une porte du côté qu'il alloit , 5c dans
ceue iacçititude il fut fur» U poiat de retotirner
fur
furfes pas: mais le tems ctoit iî obfcur qtr*il aima
mieux avancer. Il;trôuva par bânheurune^erite
porte qu'il ouvHt ^vec afle2 de facilita bien
qu^elle rûc femii^e p^ir dedans , il enera auiïi-tôc -
dans un parc très fpatieux,& par une Longue aU
lée d'orangers ,ii fe rendit au pavillon. Il faifoit
extrêmement chaud :il y avoit un Salon bas toac
èrillant d'or & de peintures , dont, les teuètres
^toient ouvertes, et quelques boogies allumée^
rendoient affez d# lumière pour laiiTer^oir fur
un lit de repos, uoe des plus belles perfonnesdtt
monde. Elle paroifldit aflbupi e ^ ,dle teooitun
mouchoir dans fa main ,fon habit -étoit de deuil -
un voile couvroit une partie de (a gofge de en
cet état elle infpîroftéuYerpeâ 9t de 1 amour.
Le Prince s'arêta quelque teiiis à la fenêtre,
mais comme il vit regner^n profond (ileqce dan s
ce Heu, il fe hazardad'entrer 5c vient fe mettre à
genoux proche d 'elle pour admirer fes charmes
avec plus de loifir. Elle paroifloit ftbatuc , elle
^tott pâle , fie malgré fon ibmeil elle pouiTotc
de profonds foupirs. Quelques larmes mêmes
cherchoient un paflage au trav«rs^e (es paupieree
fermées. Qui mérite les pleurs , difoit il , d'une.
Dame (i aimable ? etf-ce un éppux ^eft-ce iin
Amant > il s'atrêtôit là, & faifolt réflexion fur U
iiazard qui Tavoit conduit dans un endroit (î
dangereux pour fa liberté - 6c eilfuite poutTane
un (oupinquqy vous pleurez , beanx yeux difoit
il ? quoy vous foupirez Madame ? lie- ! qui peut
mériter voi larmes Ce vos foupirs > l^regardôit
avecfurprife la jufte pr,oportion defes tfSts , la
blancheur de fes mains & de fes bras, fat^eanté
de fa gorge & çcjlcs.de Tes .cheveux. Ses y eux at*
tachez fur un objet ii atm^bl I trahi (Foie nt déjà
Ion çççar, Lç triiKt o^étoit pas encore bitn re-
mis
DE B0U<flB0N« 23
mis des premiers effet de fa farprife , lors q ue
cette Dame s'éveUla : mais elle l'eût à peine re-
gafdé qu'elle parut fi (aide d'efFroy qu'elle fut
lùr le point de s'cvanoiiir. Il attribua fa crainte à-
la coutume que lesfcmmes obferNrent en Italie
de ne point voir d'hommes chez elles » il penfaf
même qu'elle pouvoit être marice, que (on m^ary
pouvoit être ialoux, 5c que s'il le trouvoit fi tard
àansfa maifon ilferoit une cruelle affaire à unt
perfomie pour laquelle il avoir déjà beaucoup de-
paflion. Je reffcns vivement,lui dit il lesallarmesT
que je vouscaufe • je vais me retirer , Madame ,
, quelque peine que j'aye à m' éloigner d'un lieu
où fe gdutoif tant de plai fi r. Non , non , lui dit
elle , en jèttant fes bras àfon cou ,. mon cher,
amant , ne me quitte point : je t'aime trop pour
m'effraycr d'ane chofeauffi furprenante que Teft
€elle<y. Sois témoin des larmes 5c des regrets
que je donne à ta perte. Ha , cher ombre ! ed i^
pof&ble qu'un fi funefte naufrage nous ait fepa*
' té. Si le Prince ne comprit rien dans un difcoursf
fi obrcut} il ne fut pas moins charmé des tendres
çireffes qu'il reccvoittmais fi le nom d'Amant te
flatoit.celui d'ombre le fiirprenoit 5c l'affligeoit.
llhiifembtoîtque la fenfiblité qu'il témoignoir
dans cette occafion pouvbitaffeas faire connol*
tre à cette belle perfonne qu'elle n'étott point
avec un homme de l'autre monder cependant fon
efpritétoit fi prévenu de fa première erreur qu'él-
it contiâuoit à luy parler comme s'ile eût été
' moit. Cel^'ôbligea de lui dire d'uaàir trifte :*
^ jtconnotCpien , Madame , que vous vous trom-
pa à la fiveur de quelque reflemblance , 5c )c
vous avoiic que je ferois plus heureux d*étce
Aiort 5c regretté de vous que d'être en vie 5c de
i^oui eue îAdiffmnt. Je yoy Wen encore pav*
lOtt-
£4 HisT eE In A n
toutes lek chofcs que vous me dites, que vou$ étts
touchçe: mais helas* je voy bien auflî que Ce n'eft
pas pour mo^. Et pour qui donc , mon cher
amant^pourqui lapourois^je être , reprit-elle
avec précipitation ) Il eft vray que depuis le jour
ou j*apris les déplorables nouvellesdevô tire perte
«n revenant de Nicopolis 6c qu'à peine vous
aviez ^vit^ les (nireurs^e Bajazet que<vous péri-
tes par l'embrafement du vaifTé.au fur lequel vous
combattiez: Je vous avoiie ;lis je que ne pouvant
plus me flater de vôtre falutaprésdescirconftan-
ces Cl vraifemblabl.es , fe m'abandonnois à tdute
m^doulcur 3 ne fuis je pas bien malheUreufe ,
m'écriois je fans çeffe d'avoir contribua à fy li-
berté><le lui avâir'env^é dç qupi payer une ^ran-
çon qui n'a ieryi qu'à avancer la ëa de fa vie >
mais f o Ciel 1 fe peut.il une joye U une furprife
égale à la mienne/ vQMs, vivez mon fîdeile àmatit,
êi vos yeux me difent que vous vivez ^ourmoy,
entendez auflî le^ langage^es miens quand ils
VOus4ifeat que je ne visque pour vous.
A des parolles fî touchantes le Prince nepût
mettre en doute que celle qui lut parloit fi ten-
drement ne.fut fon inconnue de NicopoIis.Cette
opinion lui caufa un tel rj^vifTenient qu'il ne
pouvez ni le contenir itt l'exprimer. Il en pcnfà
mourir de joye au pieds de fa maîtreflèj il regar-
doit comme un miracle de la fortune & de
l'amour de Tavoir trpiivée dans.ùn tempt fi im-
prevû^ de la trouver d'une beauté fi merveilleure
& d'en être toujours fi fortement aimé : il atta*
cibafa bouche (ur fesbelles mains, il lerl^fa avec
des tranlports qu'il n'a voit ei^core jamai^^ refien-
ti^ils yerfoient desiarmes de tendrelTe^leurs dif*
cours n'avoient ni fuite ni Jiaifon ;. leurs loupirs
axflamç2. po^arquoii At^ç;2 ks mçuvcmens de
leurs
p.iS Boa 11 BOK. 25.
leurs «mes »r^ \^ Auit s'avançoit pendant qu'ils
s 'abandon noient au pUifir dtU voir : maisiU
ent«Qdir«of quelque. |>riiiÇy c'<^toijt une des fem-^
mes de cette belle perfonne qui la venoit avertir
que Ton père é toit arrive. Il faut nous quitter »
eut- elle au Prince, looncher amant , retournez à
Gennes Se revenez dans deux ioursdan&ce mê-
me endroit 4^à pareille heure , je vous y atten-
dray. Qf^ je vous quitte. Madame / >'ecria-t-il
doulourei»ren[)ent.-Ha ! fene puis m'y refondre » (^
confente? /plûtôt^ue je reftc cache icy , il n'cft
point de péril qui puiffe m'alarmer pourvu que
je TOUS voyè' fouvent. Ce que voui me deman-^
dez. lui dit-clle« d-'un air un peu plus fevere,n'eft
pas raifonn^ble , partez, Setgneu% tout ce que je
j^nis faire pour vous , c'eft de. vous donner mon
•poftrait, iygyoi&fait travailler à deflein de vous
renvoier ftans votre prifoa : le voilà , continua^
t-elte en le détachant de fon bras, Ôc rattachant à
^lui.dAi Prince: que rien au monde ne vous fafle
Acgl^g^f un gagefî précieux de ma tendre (Te ; il .
Ce jettaà^fes geiM)ux & il vouloit l'arrêter pour
lui parler de Ia recQAnoiflànce , mais elle fe hâta
' de le quitter ,. crainte d'être furprifede Ton Perc»
Elle fut ai peine fortiequele Prince s* abandon-
Dia à toutes les réflexions qui fuivei;it la iiirprife»
pç la joye d'une avatiture n extraordinaire. Que ,
t'ay-je fait, amour, s'ccrioit^ il,pour me combler,
de tes faveurs , pour me fai^ aimer d'une per-
ibnne il aimable , $c pour me le faire trouver ,
quand \e crains avec rai Ton de ne la voir jamais ?
Tesbien^erontik de durée } helas ! n'ay-je
point lieù.d api'ehender que tu ne détruife par
quelque coup fatal une fi grande profperité TLe
ionr comme ncoit de paroître lorsqu'il s'aperçûc
qu'il écpic ^core dans U falon. La pjLUimi'ileûc
B C'^v /^^ de
2£ H f ST. CE ÏEAU
de s'vétretrop ofuMié &cle l^ife quelque «ffiii.*
Te à fa chère maîtrelTe l'obligea d'enfortir d*tm
pas précipité. 1iipaf&<par la même porte qa^îl
avoir trouvée (î heure QfemeRC, & îl ie rendit en
deiigence che2 le Sénateur Grtmaidi.
Il fe mit au )it : mais-ce fîit fans y pouvoir re-
pofer . (on cœur & (on efprit étoient trop o€Ctt«*
Î>ez de fa charmante inconnue r il Avoit touyoun
es yeux attachez furTon-portrait^, dcdaasfoa-
abfcnce il ne pouvott» avoir une compagnie plm
chère. Il« fe leva d'audî bonne heure que s'il n^»*
voit pas^etUé toute b nuit. Le Senatebr fâchant
qu'il érott déjà habillé , bien qu'il fe fut coiKhé»
il ii'y avoir que quelques heures •> entra dans (à-
chambre furpr de voir dans (jbs<yeux êc fiir (on;
vifage un air tir gayeté & de (àtibfaâion q«*tl
n'y avoit point encore remarqué. Pendant qta«»
vous mecau(vz Seîgrieur la dernière inquiétude,
lui dit>il agréablement , & que je ne fçai quel ac-
cident vous peut être arrivé pour vous arrêter
leul toute une nuit dans isn pais oà vous necon*
noiflez encore perfonne , )« ne puis nfettre ea
doute que vous n'aiez eu quelque bonne fortune,
^car enfin je vous trouve û différent de ci qu«
vous êtes d'ordinaire que ie ne ^aurots m* em-
pêcher de vous en féliciter. Le Frtncie démettra-
un peu embara({e de ce qpe fui di(bit leSenateufi*
il avoit naturellement tant de difcretion qu'il*
A'étoit pas capable- de révéler un miftere amou*'
7euz $ .11 fe deffendit au(!î en galant homme'de Ut
guerre qu'il- lui fàifbit , Se tournant l^onvtt'(à«
;tion fur un autre fujet on vint les int|hompr«
pour dire au Sénateur que Fe Comte de Fîefque'
venoit le voir. Il fe leva auffitot & dit au Prince: .
C*eft Seigneur un homme d'une naiffknee é^ d*ttm *
mérite fi difihgué qu'il ne fe fetet rien nj^itet
D B B o ini B O ll« ±J
4mx fimimtns d*Uiim% & de eonfidêrMthn qus-
nnu MV9nftP»s fomr i»L il m perdu un frên qui
nw lui émf infnieur en mnÀ^ qui vous reffim*
bUit p fur fuit ement que je n'uigueres vu de che*
fa fUii furpreuuntes. £n achevant ces mots il en.
tra dans foa apanement pour recevoir le Comte
de Fiefiiue.
Aa l>oat d'un nomcat ils revinrent enfèmbl»
dans ceint- dtt Prince , le Sénateur loi prefenta le ^
Comte , 00 il enfuc reçeu d'une manière fi civile
9l fi agreaUe qu'il n*cut pas lieu de fe repentir de
fa vifite. Mais pendant leur conyerfatîon il re«-
gardoic le Prince de Carency avec tant de mar«
c|U0< d'^tdnnement qu'il^ût lieu de s'apercevoir
qu'il troïKveît en lui la même reflèmblance , donc
le SinaMw Griftialdi venoit de lui parler. Vous
me «egafdez Seigneur , lui dît- il » & je m'efti*
làerois heureux, fi la raifon qui vous y engage
pouvoir fervir à m/acaùerir quelque part dans
votre amitié. C'eft un tecours inutile à un Prin-
ce tel que vons Seigneur , lui répondit le Comte
9rtc beaucoup de refpe 5t d'honnêteté , il eft
impoffible' de vous voir (ans prendre un atache-
àient trés-paiticidier pour vous , mais je vous*
avoiitf que cette refiemblance m'a vivement tocr*'
<hé , àç que fî je n*étois trop certain du malheur
du pauvre Comte Sinibald > j'en aurois pu don.
ter e» voue voyant. Ils parleirent ènfuitte de plu*
fieurs chofes , U Te feparerent avec de véritables
fencînKns d'eftime l'un pour l'autre.
Le Prince de Carency pafla le refte du jour à
rendre de^^ifîtes & le lendemain il reiiiploya
encore dê^même; Comme il faifoit defl*ein«dé re*-
fter è Gênnes tant que fa belle inconnue le vou*-.
droit » il voulût y voit Ips perfonnès les plus
coaiidtrabUf . D9» ctt efprit le Sénateur Gri^
B a paldi
\
58 HlST^ D.E jEAaï
maldi lui prapofa de le mener chez Brancaleoo
Doria dont la naidàace & le mérite le diftin-
giiQient extrememenc dans la Republique. Il y
avoit peu qu'il étoit allé en Sardaigne^poùr fc-
courir le Roi de Sicile. Il en avoit ufé dans cette
occafion avec beaucoup de generoûcéi parce
qu'il agifTbic contre Tes propres intérêts, à caure>
de Ces prétentions paiticulteres fur ce Roiaume.
Le Sénateur s*Qtendit aiTez fur toutes ces choies
afin de donner une enticj'e connoifiànce au Prin-
ce du cara^ere de ce Seigneur. iLajoûta que
Madame Doria étoit encore à Cagliari êc qu'el-
le avoit/beaucoup. de mérite , fi vous le voulez
continua t- il , nous irons voir Mr. Poria à (à
maifon dç campagne , je fuis certain ^ Seigneur
que vous ferez charme de refprit & di^la beauté
de fa fille 5 ce fera peut- être même un m6iep de
vous arrêter en ce pays ici . car peu ié gens la
voient (ànsraimer. Si elle étoit auilîdangerci|-
fe que vous me le dites » répondit le Prince ,.i'é-
yiterois roigneufetnept de la voir ;. mais je veux
bien vous avoiiei:, continua-t-il en iburiant» que
je ne fuis plus en.état de l'aprehender. J'ay laif-
ie une maîtreiTt: à Nicopolis qui m'occupe tout
entier. 'Je vous en croi , reprit le Sénateur , ea
foUriant à^fon tour , tnais je craiqs un peu que
vous n'aycs pas été cette nuit fi fidelle que vous
le dites au fouyenir dç cette aimable étrange-
rc.
Comnjie le Prince avoit pris Con rendez-vous
pour le foir^ il fe hâta d'aller chez Monfieur Do«
i^a afin d'en être revenu d'aflez lî^ae heure
pour ne pas perdre un moment à fe flendre chez
ipn incpnnuiê. Le. Sénateur lui aprit pendant le
chemin que fa fille fe nommoit Olimpie i qui
avoit été éperdumçntVmcc du feu Comte. Sini.
ba!c(;qae l'srv'erfîon qui régnoit depjiiis longtems
entre la Maifon de Fiefque S^ ceHe de Doria
avoit empêché Ton Père , de confentir à oe Ma-
riage , qu'ils en avoiébt été l'un & l'autre an de-
fefpoir*, & que les obftacles qu'ils avoient trou-
vez à leur pafHon, n'avoient lervy qu'à la rendre
plus forte j qu'enfin le Comte avok penfé qu'en
s'éloignant de Gennes pour quelque tems,la hai-
ne de Monfieur DiSriz pourroic diminner , mais
que cet éloignement lui avoir été bien^unede ,
^ qu'il y avoit peu que Ton avort apris fa mort ,
3tt'01impie en étoit inconfolable, qa'eUe ne gar-
oit plus de mefures pouf cacher dr douleur , êc
que l'on craignoit même- qu'elle rfeii mourih.
Le Prince fçavott (î bien par fa prapre ex'perien^
ceque toutes lespaâfîons cauices par l'amourfoitt
plus vives de plus touchantes que les autres, qu'it
pleignit^ tendrement le (brt de cette'l>elle fille.
Que l'on eft malheureux ^ s*écria-il, lorfque Fou
^ voit féparé pouriamais drceqne^ronaime. .
£n achevant ces paroles ils. Ce trouvèrent fi pro-
che de la Maîfofi où ils alloient , qu'il ne pût
s'empêcher d'interompre fondifcoufs , pour la
' loiier. Il ayoit toutes les connoiffances qui fer^
vent à faire remarquer les ouvrages parfaite-
ment bien finis • il trouva un ordre , une magni-^
ficence , & une fituatxon charmante dans ce bâ-
timent.
Le Sénateur Grimaldi .dit le nom du Prince a
Monfieur Doriâ , & il n'en fallut pas davantage
pour l'engager à le recevoir avec tous les témioi-
gniiges.dc refpeâ qui étoient dûs à^ fa inifiàncc.
Pendant la converfation il leur dit qu'il o'avott
iatnais vu une reflèmblance fi parfaite que celle
qui fe trouvoit entre le Prince de Carency 5c It
feu Comte de la Vagne.cela doi^a lieu au Sena-
B 3 teur.
^O H I s T. D B 7 E A K
teur« qui lé toit fort de Tes amis de k prier de le ^
mener dans rapartemenc de Dona Olimpie. Je
ne m'en dirpenfe qu'avec peine ,Jeov dit-ii» mais
îe fuis perfuadé aue cette vile . renouveUer^iic
toutes Tes doukurs fc ne ferviroit qu*À nous inf-
pirer de la pitié. 11 demanda enfîiite an Prince,
s'il avoJt agréable d'entrer dans un parterre qui
régnoit le ioiig 4€ (on appartement , Ton y
vojroic cent fontaines dont l'eau fembloit percer
les nues , & qui faifotent par leur chute un brute
qui plaifoit & qui pouvoit faire rêver agreabie-
ment , il leuriit traverfer un labyrinthe qui tet«
minoit le parterre » & par une alée couverte de
Jaflemjn » il les conduHit dans une Grotte , maie
il ne fut pas mrdiocre^ment (urpds d'y trouver fâ
fille , elle y étoit allée pour s'abandotuier av€C
• plus de liberté à tous les mouvements de joy e 6c
de triftefle qui partageoîentfoo ame.
' Que devint le Frince brfqtf^il jetta les veux
fur elle ) que de vtnt-il ? fufte ciel lorfqu'il ui re-
connut pour être la même pes (bnoe , qu'il avoie
trouvée endormie dahsleiaioti 5c pour laqueHe
Il avoit déjà tant de paâîonî quel fut auffî Tétoti-
nement de la jeune Olimpie'd^ voir fon amaot*
avec fon père ; il femb|pit a Tair & aux manières
, de ce vieillard qu'il n'avott plus d'averlion ^otv-
tre un homme , auquel il en avoit témoigné une
fi grande , elle le regarda toute troublée , il ne ta
regarda pas avec moins d'agitations , & fétat de
leurs âmes paroiflbtt également fur leurs fifages
Ce dans leufs y eux • le Prince rappeloij fon efprîc
ce qu'on venoit de lui dire di} Comte Sinibald,
Le Sénateur CrimatdtJ'examinort ^pénétroic
dé|a une partie du miftere lors <ju'OlimpTe s'a*
vançant ver* (on Père & fe jettant à fes pieds »
ba \ Seigneur^ ha ! monVttt, eft-il poflSbie , lui
dit*
. DI^BOURB OvN. 31
.<ik-elU » que vous ajrez enfin pitié de nos fouf-
francesdcque vous me rendiez vous même le
Comte Sînibald i à ces mots le Prince ne pou-
vaotplus douter de Ton malheur devint pâle 5c
tremblant^ li s*apuyâ contiç uif rocherde rpcail-
les,mais Ton affli^ion étant plus grande que fou
courage.il penra expirer fur le champ. Monfieur
Boria qui n*ctolt occupé que de l'erreur d'O-
limpie ne (bngepit aufli qu]à Ten tirer , detrom*
pcs vous ou chtre fiQe ,* lui dit il , le Prince de
Cace^y^que sffKjJ^^ UQ Prince de Tilludre fahg
de France . Une vous connoit point & vous ne
Tavés jamais vi^ «.vous cces deçuc par la reflem-
blance qui (è trouva entre lili &Ie Comte Siai-
bald, plût au Ciel que cet amant trop infortuné
n'eût pas péri.» îe ce m'opoferois plus à vos
communs deCts. Ces mots la pénétrèrent com*
me un coup de pxugnard » elle jefta les yeux fur
le Prince ^ elle 2es,j tint longtems attachés fans
pouvoir prononcer upejparolle>'elle devint froi*
de ^mouranre» Tes yeux fcTermerent ôe elle de-
meura fans voix » Fans poux m & Eins aucua
festiment«
Monfieur Dorîa courut pour faire venir du
fecours , pendant que le Prince dcferpéré en-
piuntoit ae nouvelles forces de fa douleur pour
la prendrf entr^ Tes bras » & Ty ferrant amou-
reufement il lui dit d'une voix entrecoupée de .
• %glots r ne yous ay-je pas donné mon cœur
Madame « celui duCotnte Sinibald pouvoit-tl
vous aimer davantage \ \t ne me fens point indi-.
Îue des bontez que vous m'avez témoignée i
evons adore H4,^e chsmgecay jiamais, n'en eft«
ce pas afiez pourvqus toucher. Pendant quo
l'infoftuné Prince p^rlpit fans être entendu »
Monfieur Doria^Sci^ Sénateur ayoient approk
fi 4 ches
32 HïS t, DE IÈ A N
chez Olimpîe au bord d'une fontaine dont Teati
qui tombo'it avec abondance fur elle > la fît un
peu revenir , elle tourna auflîtât fes regards lan-
guiflans fur te f rince , ^fe trouvant entre fes
bras : ha'laifl^s moy Seigneur , lui iiit-elle , fâi-
fant un effort polir S'en dégager / }t né mérite
ni je ne veux vôtre rendreuié, vous avez trompé
ma douleur , vous Tavez fiifpendiie , mais ma
mort vous va reparer une erreur qui n*a point été
volontaire. Il eft impoiÏÏble de pouvoir exprimier
l'état où étoit ce Prmctf', il fentpit qu*il étoit
épcrducment amoureux : il* cohnoiffbit qu jl
n'étoit point aimé : il vo'ydît mîmc regretter \éji
bontez qu'on lui a^oit 'témoignées , ^ fl fe re-
prochoit en fecret rinfidclité qu'il faifoit à fa
genereufe inconnue de Nicopolis , m^is il m
pOuvoit aiTez s'étonner de fa natale reflemblan-
ce avec le Coitite Sinibald, Ôc de ta (conformité dfe
leur fortune*^ lis assoient étë l'un & l'autre en
Mylîe pris par'Baja^e^ & menez à Nicopdis > de -
tacheptez par leur mahreïïe , toutes ces cfaorfes
avoient un fapoit û extraordinaire & lui eau-
foi ent de (î violenb fujets de douleur qu"!!
fe trouyoit le plus malheureux de tous les hom- '
mes •'
Les femmtfs de Bonna.Olîmpié étant accou-
rues rehlevercnt d'entre fesbras/il ne pût s^em-
pêcher de la fuiyre dans fon appartement , on !a
mic^au lit, il voulut s'en àprochér , 'mais auflî 4Ôt*
qu'elle le vit, etle.détourna fa tête *& elfe s'ab(ift-
donna à toute Ton affliâion : que vous ay* je ÎFait
Madame , lut dit- il? vous vous êtes rendue mai-
tfeflcdemoncceor'. en nie flâtftint de là poflef-
fion du vôtre : vous m'aviez ^prévenue par des
témoignages de bonté qui in*bnt ravij cependant
vous me haïffez,vous mt f efofez yos regards, ce
qui
•DE fie>U R BO N^ J3
qui devfoit vous toucher en ma faveur ne hn à
prefent qu'à vous irriter ) Olimpie ne daignoic
pas lui répondre & d'une main mourante elle le
repôufloit. Monfieur Doria de Ton côté fe per-
doit daiis ces raifonnemens , car il ne. fçavoit
point que le Prmce de Carency eût jamais vu ia
fillej pour le Sénateur Grimaldi iLen devinoit un
peu davantage 9 câufe de la^uic que le Prince
a voit pafle hors de chez lui: maisilnelaiifoitpas
de trouver bien extraordinaire qu'une paflion
Îjui'ne faifoit que de naître eut déjà autant de
orce que les plus longs engagemens.
Le mal & la douleur de cette belle fîlle croif-
fant à chaque moment & le dèrefpoir du Prince
augmentant encore? plus que le mal de fa mai-
treife Jl auroit été impolUble de voir deux objets
plus dignts de pitié > Mondeur Doria pénètre
de fa difgrace 5c de Tctat de Cafille , le fuplia de
s* éloigner , parce qu'il fembloit.qne fa prefencc
red<^ubloit A>n af9iÀion. Il ne failoit pas un mo-^
tif moins predànt pour Ty refoudre. U s'appro-
cha d'elle , quoi qn> Ton put lui dire, & fe met-
tant à genoux proche de fon lit , voyés Tétat oà
• vous me mettez Madame , lui ,diuu d'une voix
entrecoupée de fanglots , vayfs au moins que
vousmedevés vôtre compaflîon , fi vous avez
la cruauté de, me rcfufer vôtre tendrelTe , hclas
qu'ay-Jc fait depuis atanthier , qui me rende îî
odicux^ r je vous ado/e Madame » & j.e fens bien
que fi'vQus m'abandonnez je ne pouway fup-
porter nî le jout , ni la vie : mais que dis- je s'il
ruAibit de vous facrificr cette vie ,tiodt vous ne
vo«lez»preltdre aucun foin , s'il fufîfoit de mou-
rir pour vous plaircje préférerais la mort au fort
If plus heureux: non. Seigneur, dit-elfe; enfai-
iaat un. effort pour lui répondre , non ),t ne veux-
B 5 poioïc
1
34. HisT. déIé AW
point vous hire foufFrnr de tua defolatîotr : fé
ibuhaitte qu'elle foit pour.moi feule, 0e dans Pac*
cabletnentoù je fuis pour lat>ene tfreparabUque
i'ay Faite, je vous avoue que je refleos vivemcat
*ctat où je vousvoy. Coïkime J'en futslacaufe,
ileftjufte que j'ea fois la .feule punie j vîvfs
grince , vivez je vous en conjure , oubliez mes
Foiblefles, 5c laîiRs moi mourir ; en achevant ces
mots elle pna Ton père 8c le Sénateur , d'enme-
ner ce Prince. Ils perfuaderent que t>ona Oîim-
pie le voulant, il ne devoit pas s*y opofer, il for-
tit de fa chambre avec un laififiement fi violent
u'il falloit le foûtenir $ Monfieur Dorîa le con;
uifît dans un appartement magnifique ,* 8e
s'excufant fur l'extrémité oiiétoit fa fille , il le
quitta pour retourner auprès d'elle ; le Sénateur *
demeura avec lui , & après quelques moments
d'un profond (ilence , le Prince lui demanda fi
Olimpie avoit été à Kicopolis & fi c'étoit en ce
li^u cju'elle avoit payé la rançon du Comte Sini-
bald,il lui répondit que non, que lorfqué le Corn*
te fût fait prifonnier par Bajazet, ill'avoitprom -
temeht écrit à fa maîtrefle 8c à fon frère » qu'il
demandoît à ce dernier l'argent dont il avoit -be-'
foin mais que des affaires importantes Tayant
obligé d'aller à Rome Olimpie avoit aprehendé
que rabfence du Comte de Fiefque ne prolon-
geât la prifon de fon amant, qu'elle avoit vendu
des piererics dont elle ponvoit difpofer , fans
que fon Père le fçeût , qu'elle lui en avoit fait
tenir le prix en Mifie , que dans le tems qu'il re«
venoit par unvaifleau Marchand des py rares l'a*
voient attaqué , 8r que pendant le con^bat JeFeu
s'étant pris aux poudres les deux vaîffeaux
avoicçt fauté en l'air avec on defbrdre 8c «me
confufion épouY^table 5 quetamon étoitcer*
caine
0£ Çou«RBa^-
talne de tous ceux qui s* j étoient u^^vv^^^^
qu« ces tnftes nouvelles av oient été appoi:ti«^\X
ôennes pour trcs*aâùrées.
Le Prince écouta tout ce récit , comme il au*
roit fait fa propre condamnation , û demeurai
' quelque tems (ans parler , & enfuitte croifant Tes
bras , & levant les yeux au Ciel ^ J'ay peine à
croire^ diti-il, qu'il j ait encore dans le monde un
homme auiC malKeureux que moi. Je dois voi^s
dire que ye n*avois qqe huit ans lors que mon pè-
re me promit en £fpagnê à la (ille de Don Juan
de Velafcp « & Tes darnieres paroUes quand il
mouruc furent un ordre précis de Tépoufer^ Il
m'attiva enfuitte d'être rait phfonnier à î^iço-
polis s î'ctai« dans Pincercitude de vivre ou de
moiirix : ma deâinée dépendoit de Bafazet Se
fbn humeur inégale me dônnoit lieu d'en appre*
hender tout y enfin il confentit de recevoir ma
rançon • je l'atendois de France lors qu'une Da-
me qui m'eft inconnue prit foin de tnon faW.
J'en reçeus-dcs lettres 5c des libéralités extraor-
dinaires. J'avoiVe que Ton efprit & Tes manières
Nobles & engageantes fn'infpirerent une iî forte
- tcidreiiè , qu'il tne Cemble que je n'aurois pu
l'aimer davantage quand bien elle auroit con»
fenti que jereufTe'vûé ; fe fus obligé de partir ^
)e fé journal peu à la Cour , & dans l'inquiétude
continuelle qui m'agitoit à caufe de mon incon-
naë je vins icy avec le Maréchal de Boucicault ,
helas l c'étoit bien la fatalité deonon étoîlle qui
n'y conduifoit. Vous avés été fémoins depuis
que j'y fuis arrivé de ma profonde mélancoljev
Comme s'étoit po^r moy un fujet de peine de ne
la )>ouvoir cacher, & d'en fatiguer mes amis ,*
je cherchois ^c foin les lieux les plus écartez
pour réycr avec ph» de KtKrtç j je fu^ l'autre
• B 6 Jour
?«
HÏST. D E Ie A H
fouràu Mole. f*arrivây infenfibletneht proche
d'un p^rc': un ôrâgc imrpf cvû m'obligea dcchér-
cher quelque abry . j'y entrày pendant le (tlence
d'une rris-abfcure nuit : je vts de la Itmliere dans
un falon bas , je m'en approchai , Olimpié dor-
moit fur un lit de repos', je reftay charmé de fa
beauté , Ce foa réveil me rendit plus heureux quc^
yc n'aurois qfé me promett^e dt Pctre : e^e m'a-
peta fon cher aiïiant : ièlîe me ^rlft de Nicôpoiis»
de ma captivité; de la rançon qu'eHe avbit payée
pour moi. quel moyen de démêler qu'elle mê
prenoit pour le Comte de la Vagne , que i« lut
reffemblois afTél pour s'y méprendre (k qtte des
événements Ç. (inguliers nous étorent arrivez
à Puu 6c à Vautre 3 flatté d'une erVeur agréable
je ne doutay point que cette aimable fille OcmoA
inconnue heluflent la même perforine » je tn'al
bandonn;iy abrs a tous Tes charmes , je ne vou-
lus ni les éviter ni les combatre : la reconooiflàa-
ce que ;e lut devols Se fon extrême beauté m'ea-
gageren't au(G fortement que fî je l'avois connue
Ôc aimée depuis pludeurs années; jugezàpre-
fent de l'état où me induit une telle di^ace } il
eft certain que j'enperd^ la raifon & que je fereis .
. trop heureux d'en perdre auili ta vie. Le Prince
ne put continuer fon difcours , la violence de ia
douleur l'obligea de fe taire pour quelque tems »
mais il reprit ainfi la parolle. Helas ! celle que
j'adore à Gennes n'e^ft donc point celle que j'ai*
mois en Mifie/ Cette aimable perfonne qui me
flatoit de la pbflèdion de Ton cœur eft fur le
point de mourir pour un autre ! Cette tragique
fcene fe paile à mes -yeux , j'ay ajoûté^parma
{'>refence de nouveaux ennuis à Tes ennuis ;* je
*ay vu mourjanfe entre nies'bra|: elle expire
peut être daasccfatalpiomâVr « j^m'arctcà;
- .^ • faite
DE BOITR BO kJ J7
îsàtit des refUxionsfor ma deftiirée^ il Te leva
audîtôt avec prëcrpitatidn pour fortir ; maUie
Sénateur Tarrêrant il lui reprefenta que ce feroit
k moyen- de déplaire à Oiimpie , ôc qu'il dévoie
être quelque tems fans la voit , pouî laiilèr câl-
iner (on efprît. Le Prince n'en pou voit tomber
d'accord & ils conteftoient enleœble lorfqu'iU
entendirent les cris, fie les pleurs de pluGeurs fem-
mes $ ce bruit donna les dernières allarmes au
Prince : ha * c'çn eilYait , dit-il en fe jettant fur
un lit de repos > c'en eft fait grand Dieu ! elle
rCtù. plus , je la perds pour jamais ,* fes fanglou
& fes larmes ne lui permirent pas de continuer
fa plainte , il faifoit en cet état une extrême pitié
au Sénateur ; il ne ne^ligeoit pas de lui dire tout
ce qu'il croioit capable d'adouAr (à peine : mais
îl en eft de fi violentes que le tpms (eut peut leg
diminuer. .• ^
On leur dit enfin qu'elle venait de rendre les
derniers foupirs entre les bfas de Ton Père. Il eft
dificile de s'imaginer ce que 4e Grince devint à
cette- trtfte nouvelle $ bien qu'il n^en doutât
point, la certitude, qu'on luien donno.it le fit
•toDnber dans un vrai defefpoir. Qu'il la regreta
tendrement ! Qu'il tnrpîra de compaf{h>n à ceux
qui Ite virent dans cet ^tat ! & queletems eue
même de peine à l'en retirer ! Il voulut partir
fiir le champ ^ il fentoit une fecrete horreur pour
cette belle Maifon» & il ne pût fe refondre de
voir MonGeur Doria , le procédé auroit du pa.
toître irreguUer fi l'on n'étoit pas entré dans fa
douleur. Ù regardoit ce père infortuné comme
un homme qui venoit de caufer la' mort de fa fil-
le. En eflPet lorfque le Sénateur GrimaMi lui re -
prefenta au'il étoit de la bienfeance de lui faire
UQ compliment fur la perte irréparable qu'il ve-^
noir
jS HfST. DE IbAK
noir de faire , ditet plutôt , répliqua t-il arie
emportement, qu'il eà de mon devoir de j'ac*
câbler de reproches , ce barbare a refnfé à Olini*
pie d'^pouler le Comte Siritbaid , f 'a été le mo-»
tif de ion *iéloigneniciit; , Bc la fource des maU
heurs qui viennent de m'arrivcr. Mais Seigneur,
comprenez vous , lut dit Monfieur.Grimatdi,
que û elle étoit devenue la femme de fonamant»
elle ne vous atiroît point aimé. Je ne l'aurois
peut-être jamais vue ^cintercomptt le Prince , 5c
Il jt l'avois vue r^tirois ff eu en même tems qui
elle étoit } }t ne l'aurois pas prife pour mon in^
connue , ma reconnoiflàncè pour l'une auroit
garanti mon coeur des charmes de l'autre , ma»
îe ne fuis plus en cet état ;*partons , aiouta*î)»
partons', {e n^af plus rien a ménager : les lar*
9e$ qui lui couvrirent les yeux , dçlefaififle-*
ment où iUe trpuya le contraignirent de fc tai*
re • il fortit au grand pas» & bien que U nuit
fut déjà fort avancée, ils retournèrent à Gennes.
Le prince parla peu pendant le chemin , êc
lorfqu'il parla ce ne fut que pour fe plaindre 6c
pour s'âfliger^ ô nuit ! S'éerioit.il, ô nitale nuit!
que ru me promerois de plaifirs , c'étoit fur la*
foi de ton ulence que je me flatois de voir cette
belle perfonne , <'étoit dans ce même mo&ient
que je devois être i fes pieds , que je devois ^e
trouver dans Ton falon , on elle s'étoit enlgagce
de m'attendi'e $ je ne verrai plus Tes beaux yeux»
ils font fermez pour jamais ! Cette cruelle refle^
xion lui ôta abfolument l'urage de la voix & î»
confblation cfe fe plaindre. Le Sénateur prit ce
tems pour lui parler • G vous pouvie/ futvrc
mon confeîl ,-lni dit- il , vous travailleriez Set.
gneur à vous guérir des deux paffions que vous
avez tottc à la fois ; car. enfin vous atipez une
pcr*_
-DE BouRio*. 99
ptrfenae à Nicopolis que vous ne vef rez peut-
être îamais, vous avez veuOlimpie, vous Ta-
yez auilî- tôt aimée , elle vient de mourir» il
faut tomber d'acord que toutes les circonftances
tie vos engaeemens font funeftes , & fi vous ap-
pelez la raîTon à vôtre fecours elle vous fera
comprendre que vous devés vôtre tendreffe à
Lepnide , elle vous eft deftioée , je fçav qu'elle
eft belle & veRueufe , pourquoi voulez vous
Seigneur qu'une inconnue & qu'une fille qu'il
n'eft plus , lui ôtent les droits qu'elle a fur votre
cœur } pourquoi je le veux , s^écriale Prince ,
helf s ! fuis-ie le maître de m'attacher à qui il ii»e
plaît > & d'oublier ainC deux perfonnes qui ont
Î^ris tant d'empire dans mon ame . l'amour con«
ulte-t-ii d'ordinaire nôtre devoir > ilnousfur-
prend^ il entraine tout d'un coup «osdefirsdc
nos inclinations , il nous promet mille biens 5c
nous fait goûter quelques douceurs; mais grand
Dieu que ces douceurs , îufques icy ont été em-
poifohnées pour moi. Le Sénateur connût bien
a la véhémence de fon difcours qu'encore que
fes confèils fuffent trés-raifonnables'ils étoient
'un peii prématurez 8r il prit le party de plaindre
le Prince (ànss'opiniâtrer à combatte desTenli-
mens qui étofent trop viû 5c trop tumultueux
pour s'apatfer tout d'un coup.
La mort d'OHmpie fit beaucoup de bruit |
Gennes; il n'y eutperfonne oui ne s'y intercfTat}
les uns par raport a elle , 5c les autres à caufe dtf
(on extrême beauté 5c de fa îeunéfie ; le Comte
demeura vivement pénétré . Rien ne prouve
davantage le mérite de, mon fi'ere , dî(oit-ilà
fes amis , que la déplorable fin de cette belle fil-
le , quoi elle eft morte de douleur.5i: Ton amour
plus ingénieux à la fccoorir , que fiifdniine né
l'a
40 H. I s T« D E I B A K
l'a été à la perfecuter , trouve ta un inoment
\c moyen de ia réunir à ce qui lui étoit plus cher
que la vie ) qu'une telle mort ajoiîtoit-ii eft dig.-
ne d'admiration 3 il faut un*exeinple comme
celui ci pour me perfuaderque Tamourne £ait
point par la mort de ce que nous aimons.
. L'on feut audî la paflion que le Prince de Ca^
renci avoit pour e}le, & quand on auroitpû i'ig-
norer^il auroit été diâcileque c'eût été p.outlon-
tems » parce qu'il ne pouvoit s'empêcher , d'ea
parler à tous ceux qu'il voyoic $ ion affliâion
ctoit (t vive qu'elle paroidoit peinte fur Ton vifa-
ge^mais encore qu'il aimât beaucoup plus la foli-
[ tudc que le monde,, il ne pût fe deSendre de voir
don Fernand de Bena videz. C'étoit un Efpagnol
d'une des plus illudres Maifons de la haute An-
daloufîe $ ilavoit de refprit ^ des nianieres eo-
g^igeantes qui lui gàgnoient aifément l'amitié
& la conEdence de ceux qui le conÂoidbient. Il
vint voir le Prince, & pour fe mettre bien auprès-
de lui il n'eût qu^à exagérer le mérite d'Olimpîç*
& Ton malheur de l'avoir perdue , mais lui dit>E
fin jour , vous êtes moin$.à plaindre qu'un aui-
tre; car enfin , Seigneur, je fçay que Dona Leo-^
nkie de V elafco vous eft promife , & vous troa-
yerés auprès d'elle , de quoy oublier tout^e que
vous pouriez regretter d'ailleurs. Ces parolles
aâlig^rent le Prince bien loin de le confoler.
Vous voyésla douleur dans laquelle ^e fuis , lai
dit-il, & vous êtes allez de mes amis pout* vous
avoUer que je regarde avec un mortel déplaifîr
l'engagement que mon père a pris pour moi;
dans les triftes dirpoHtions où je me trouve , je
voudrois être le maître de mon fort , & j'ay libu
de croire que je palTerois le fefte de ma vie fanfr
me marier i c*ar enfia^ dans un.âge où les autres
coir-
^ DE Bûtt R B ON. ^ *4f
connoîffent à peine les premiers mouvemens de
Tamour , j'ay d^ja reillnty toutes Tes amerfa-
mes ^ fans ayoir goûté aucune des fts dou-
ceurs. •• «' ' • •
Pendant qu'iT parlbit ainiî ■» fieiiâvidez eut fc
loifir de fe remettre de la pkis violente dgita.-
tion c)ue l'on ait jamais f eiTe ntîe.'- Il a voit une
feofîble joye d^entèndre que le Prince avoit tant
d'indifférence pour^ Leonide , & cette joyc
étoit en mêtrie teins troublée par mtile craintes
qui font ihfirparâbîes des grandes paffîbns. En ef-
fet il étoit éperdùement' amoureux de cette bel^
'fille. Il Favqrt vtie fouvent, parce -cpi' il avok
une fœur nomnlce CaitldâqUictbitiÀeDinede
la Reine. Elle avoit quelque beauté ^infiniment
d'efptit, 0c étoit complaifante^ Leonide Taimpit
plus que Tes autres cotnpagnes. La liaifon de
cœur qui étoit entre elles j^ngag'eâ Benavides
d'avouer à CafîldaiesfentiÀens pour Leonide»
& il n'en Fallut pias davantage pour l'^liger dte
chercher les tnotèns de fervir Ton fVére aupreas
d'elle. Elle ne voyoit neantmotns guerre d'ap*
parence que Tes bons offices dufutit le rendre
plus heureujt , & les chofes étoient en cet état
lorsqu'il aprit que le Prince de Careitcy étoit à
Gehnes avec leMaVéchal de Boucicaulc.Un mot».
vement'de chagrin Ik de jatoufïc luidonna^une
Wrémc curioméde voit fou rival , ptut-être,
difoit-il \ Cafilda , péut-ctre , ma foeur , que je
découvrîray des defFauts fi efTentiels dans fa per-
fbnne de dans Ton humeur, qu*en les faifant con-
noitre à Don Juah de Velafco & à Leonide ils
prendroat de Taverfion pour lui , & rompront
un mariage quin'eft point encore affez^ avancé
pour th*Àrer toutes (<Mtesd*efperances/Mai»n
je trouve cet'heureux riv^trop accompli >'auraf
rc-
A^ HisT. o E Ib-ah
fe<oiA'S.au feul remède qulmeiefte , ilmoura
àk ma main » ou je meuray de la iîenne , de le-
quel que ce Xait.^ei deux , l'y trouve ray un re-
pos que je ne puis efperer dans Tétat ou je Ans
à pref^nt. Cajrlda aimoit chèrement Ton firere,
cette^ violente refolution la furprit , &ra£9tgea.
Il eft inutile, lui dit* eUe, que youjf alliez à Gen-
nés pour chérjcbcr des defFauts dans la peifonne
& dans refpTit de ce Pxincej i*ay vu des gens qui
le conpoiflîbient &^q«ii n'avoient aucun interct
particulier à le lou«r 5 î^< demeuroient d'accord
4|u'ilji'ajamaiscté MO hooune plus açcompljn
afoutés à cela cette grande naiflance quHçdif-
tingiie£ avantageuP^oiem 5 car j*ay eatcndu
•dire plusieurs fois que ion frère étoit coufin
termain de Blanche de Bourbon Reine de Ca.
ille dont le fort a ^té il ihalheureux que Pierre
le cryelfco'iiiary tafit ^étouffer entre deux ma-
U\mt ^X'àt% Juifi. Bon Juan de Velafco ^.it
tcrop d'<e94)itien pour «9 p^s^iw^aîtcr un niari#«-
:^e iijgkHFÎeux il (e &inil|ït > con^ptcs que de (ba
'côre :¥0tts travailleriéi^ innutilemeiM. Mais j^e
vouscQtifèiUeroîs.aivaiit que de.tenter le funefte
fecours .queivous vous propoftz de déclarer vô-
trepadionàdDona-Leonide , quelque prcvenilie
.^Nille (bu pour Ion devoir éc pour le Prince»
^p!eut-ét«e iqU'eUe: 0»ra toucbée^e vos foufFraa-
ces;,peiit«^tite ouelâ t^adreCe qu'elle a pour mpi
vousl^ rendra favorable $ l'amour a ces caprices^
' &<e n'eft pas avec lui qu'il faut prendra des me-
Aires ; le hasard décide quelque fois des plus
grands engagtniens 3 il ne fout que trouver cet-
-re Ampatbie qui enflaipe les. coeurs ^ qui les^
unit pour voua rendre heureux } ^ ! ma chère
fcear .ùnterrooapit Benavidez .vous cherchez à
ncflater : om» |e nepnis me lefi^dre de Aiivre
V.r«
D B B O a R B 0»R« ^J-
TÔtré fentiment, fî elle s'ofFenfoit des miens , (i
elle me deiïèndoit de la voir , je n*aurois pas la
force de Aiporter Ton mépris & Ton ableiice > f é
veax.tout tenter avant que de lui parler. CafiJdâ
le viefirélofude partir pourGeancs qu'elle ne
fongea plus à s*y oppofer.
Il tfk aiCé è preftur de concevoir de quelle f oîe
Don Ferdinand de Benavidex fut capable lorf-
qoe le Prince lui déclara qu'il étoit dans un (i
grand éloignement pour Leontde. Il lui répon«
oit furk^champ d'un air fi naturel , ou^il q*j
avoît pas lieu qu'il y foupçonnât ua deuein pré-
médita, j'entre ésHiSYÀtre peine,Seie;iieor, vou»
ar^s de îufle raifon , ri^men (e plus agréable
ceik alitement de Tétre , le tems ^ la locieeé
fervefit h déconvrir mille defiàuts , il eft donc
bi^n difficile de fe promettre €|ue1que douceur
dans une alliance qiti «ft eontraâ^e fansincK-
iiation : mais ces morift ne font oas les feirls qui
m'engagent k vous pkundi'e , it (e tut en cet en-
droit. Ce ihnklà interdit, ctaiinc mi homme qttt
en a plus dit qu'il n'aorat voulu. Son air 0t tes
manières embraflèrenf leTrince^ Je pénétre roue
ce que voue penfez,s'écria-t-il , Dom Femaad,
pourquoi vous taire tvecim Prince qui ne veilt
avoir rrep de cadté pour vtms.! Je vous prie ap«
prenés mol ce que vous f<pavez dé Leonfde ? }e
ne fçair rien d'dle reprit Benavîdez qui puilSe
intereécr fa gloire, mais je vous avotie Seigneur
que je \^ connois afle^ particulièrement pour
vous croire fort malhfureax , fi vous devenez
fon Epoux . Ton humeur eft inégale , fotipçoa-
neufe Ce ^aloufe , elle a desliauteurs dans reVpn't
incompatibles avec la raifon ; elle eft fî remplie
de-fbn propre mérite , qu'elle devînt infuporfa-
bleàtoot le monde , eUen'tft capable d'atta^
-44 BibST. DB Jban
chemeht que pour elle mêmes en un mot elle
Vcftdcfa donnjé un tour ridicule à la Cour qui
lut atiireroit mille defagremens , û le rang qu'y
tient Don Juan de Vf la(co , ne la mettoic pasà
l'abri d'cnicadife>dir<^ toUt haut ce que Ton peà-
ïe décile.
O l>ieu que *m*aprçnez, vous , s'écria le trop
crédule Prince, eft il poAible que ceux qui nfont
parlé d'elle ayant toujours ifté de C mauvaife foi
. que de me la vanter con>me la perfoane du mon-
«e la plus accomplie } lls.ont voulu adoucir v6*
.tre peine , Seigneur j ajouta froidement Benavi-
;de2 , :& \t me trouve bien imprudent de vous en
f parler avec tant de liberté. ' Vous ne me connoif-
fcs point encore , mon cher £enavidez , dit le
Prmce en l'embraflants quoi. vou$ me croyez
capable de recevoir mal des avis , que voustne
.donnez Çi bpon^oicnt; je vous affure q^e ie vous
,tn ay une tréfi-fenfy^U obligation. Tout ce qui
m'a^ge. ^*c(| de n*^ttc ^as en état àt m'en pré-
, vdloif , les çhofes, ..AMit £ avancées qu*»l faudra
bien que je les achevé. Quoi Seigneur » vous
répouferez, intAt>mpit brufquement BenavU
dez : bêlas ! que voulez vous que je faÛ« : re-
pliqua-il s mon père en mourant ne m'a rien oc-
. donné avec pki& d'authorité que d'accomplir ce
mariageyCé.font Tes dernières paroles,ie ne veux
poipt me reprocher d'avoir manqué à lui obeïr ^
J,t moi s'écria fienavidez^ , je me reprocherons
tout fi je vous y laiiTois embarquer davantage,
Je fais profefiion d'êtrç un de vos plus zélés ler-
viteursj il m'en coûtera plutôt la vie que de
vous voir malheureux -, vous pouflcs trpp loin les
mouvementa de l'amitié , .généreux Don Fer-
nand , dit le Prince , il ne feroit pas jufte que
ma répugnance pour Leonide fervit à vous faice
dis
D E Boa RBO K.« 4f
des ennemis de tous fes proches -, j'ay refolu de
me facrtfîer aux ordres de mon père*; il t(ï iau-
cile de me faire eiivifager tout ce que j'ay lieu de
craindre dans la (ocieté d'une ptrfonne infupor-
cable, fienavidez appréhenda qu'en >conteQant
davantage , Ion zèle ne divint fuipeû au Prince»
il le quitta peneué de la plus violente douleur
dont un homme .puilTe être capable , ô ' infor-
tuné que )t fuis !. s'écrioiNil , 6 ! fatalité fans
égale l i 'adore Leonide fans me pouvoir âatM^r
de ia *po({e(Iipn , pendant que le Prince de Ca»
rency qui ne l'aime point eft prêt de Tépouferj
i^ faut qu'il deyienne ma viâime $ il faut que je
puniflè cet heureux rival , ou qu'il m^en coûte la
vie ,, avant qu'il ait vu fa maitrelTe , en difan^^ces
paroles il le promenoit à grands pas dans fa
chambre d'un air menaçant , & foix^fefpoirjui;
infpira plus d'une fois de retourner chez.îe Prin-
ce pour fe batre contre luy :.mais après avoir.
paue. un afles longtcms en cet état , fon efprit
devint un peu calme , he ! quoi ^ dit-il j puis-je
avec juftice le haû pour le mal qu'il me tait Ml
eft* mon rival fans (e vouloir être , oe devrois-je
point plutôt lui ouvrir mon cœur / implorer fa
pitié &le conjurer de me céder Leontde ^ Après
avoir rêvé à cet expédient , il s'ccrioit tout d'un
coup , non je ne puis lui faire cette confidence •
qu4 indigne caraâere me donnerois-je auprès
de ce Prince / dans le moment où je viens de lui.
faire une peinture d'elle û propre à l'en dégoû-
ter , je la lui demanderois pour moy & je veu-
drois époufer une perfonne que je ne lui confeiU
le pas d^ prendre pour lui ? il me croiroit de
bien méchante foi ou* d'un mauvais goût » Ce
quoi qu'il put penfer de mon efprit & de mon
CffOr, jç m/ rffoudrois plutôt qu'à perdre ce
* '7 q^*
4^ HtS'f. DE ^E Ail .
* que î*aimc ^ je lui avoiierots enfin (es raifoos
qui m^ont engagées de parlet cooune fay fait »
la force de ma paflîoA me ferviroit d'excme au-
près d'un homnîe qui n'a que des motifs d'o«
béïflàoce pour fe marier , & qui conaoit par lui-
même ce que l'amour eft capable de faire reflca.
tir: mais helar! il ne dépenci {fas- dt ltti4«iiie
rendre heureux , Leontde a pour Père le phis
Crand- Seigneur d-Efpagnv , CoadêcabU de Ca«
fiHIe êc favori du fioy, lor^u'it n'auM pfiis.d*en>-
^agemenc avec le Prince il |ect érables yeux (ur
un party plus avantageux pour (a fille que fe ne
le pourois être t Ces tnftc^rcfl^xions lui perûia**
derent qu'il lui feroit inutile de fe battre contre
le Prince ou d'implorer foa fecours » &.qii^tl fal-
loir qull cherchât d'autres voy es pour s- afiurer
un oien duquel dépendok tcfut le repos de fa vie*
Beoavidez demeura encore quelque tems à
Clennes, & il n*th partît qu'avec n Prince ^ui
lui propofa de voyager avec hii , dans \i penice
3 n'en changeant de lieu , il s'clofgneroir de (à
ouleur ; mais il en eft qui 1109$ fnivent pat tour.
Benavtdés aecepta Voffté du Prit^cefitleSena*
teur Grimaldi ètott (î perfuadé que l'aHUâiofli du'
grince étoir violeiit qu'il voulût raccompagner
jufqu'à Rome pour partager fes déplatfirs s*il lie
pouvoit les diminuer. Il avoit infîmoKm de ref-
peft de d'amitié pour lui v î^ eft vrai aufC aue fott
mente 6c fes belles qualîtez étoient capables de
faire de û fortes impreffions que Ton ne pouvoit
le connaître fans 8*y attacher abfblument. Bena«
videz s'étoit fait un plan par lequel il e^eroît
rompre les mefores du Prince , 8c pour y parve-
nir il écrivit à fa foeur que le hazard l'avoir fait
rencontrer à Gennes dans le tems que le Prince
4c Cvçflcy y pkttxoit h mort 4 OiimpM t^ri^i
;t>« Bou:RBoy«'^ '47
u'^eatoit qu*ii'fit l'ût TÛë que deux tbis » il en '
étoic devenu éperduement amoureux , & il don->
noit à cette lettre un certain tour plai(ànt qui la^
rendoit très- divertiflànte • mais le caraélere du
Prince y paroiflbic fî ridicule qu'il auroit eu les
«^rners fujetsde fe plaindre, û te portrait qu'on
fit ileit de kii fûc venu à fa connoiflànce.
Beaaviciez prioit fa fœur par un billet particu-
lier de ne faef Manquer de montrer fa lettre à
JLeanIde. Il lai^en ntarqcMit les raifonistSt touc<
ce qu'il pOuvoi^Cedhaiterlà-deffiis futexaâe-
xnent cirecuté. Un four qu'elles étoiencl'uiie Sç
l'autre à la promenade , Cafilda lui dit qu^elle^
avott receu dés nouvelles de fon frère , ic tjfi'.iW
Uk cfaa^eèft de l'^flufer 'd« ffcs relpeAs. it j a-
dc}â' quelque rems qu'il eft abfent , 'lût dit Leb*
nide , ne fooge-il pointa revenir > \\ (bn»e bi^
plutôt y '^it Gaulda malicleufeakent , à con»
iblef un Prince pour lequel vous devez ^vous
iatcreftr ; & fi' y&it me voulies promettre de
farder le fccret îe'pourott vous faire une confi.
eace qui ne.vous feroit peut-être pas inutile.
Vous raillez toâjounr , interrompit Leooide |
car elle croioit qu'efFefHvement il s'agiflbit d'u»
seplaifanterie; cependant s*il n'cft queftion que
de vous promettre de me taire , |e m'y engage $
Itfez donc cette lettre , reprit Cafilda , vous ve«
rez que fe vous ai parlé ferieufement , & que le
Prince de Careney ne vous donnera pas un cceur
tout neàf quand il vous donpera le fîen. Leoni»
de lut avec quelaue' forte d'emprefl&ment ce que
Beoavidez mandoit à fa fœur. Enfuite la regat-
dantd'un air enfoué'» fe vous avoue , lui dtt-eU
k , que je ne fuis point aliannée d'aprencfre que
le Prince ait foupiré pour une belle perKoone,, 0c
i« fuit miok^ aiCjB gloriçufe pour me ftiter que
lors
48 ' H«8T, n*B JeA'H
lors qu'il m« verra ,' jo pourri «Saccrj'tfp^rBf*-
fioa qu'elle a faite fur fan ç<rur« Je n< fviis pas.
jfterfuadc qu'une rivale morte ^ foie fart dang«-
reufe , 5c pourvu qu'il ne m'en' dpniie.ppint
d'autre , je fens bien que je vivrai fanfrin^uiem-
de, éaûld.a,fift extrêmement déconcertée delà
manière 4ont Lsonide v«A9it de pr^iidre une
cbofe qn dte comptait .qui lui ferQtt dç la peine ;
elle cjicha fitn çb4grtsl..le mi^i|;trqa*elUf ût, &
l'emb^iTaitt dans c<«aomfi)t pour tfyoi.r ptus^de
tems à fe temettce/d^ Ton petit emb Aras « yous
dvez raif<»n mon aimable compagne, luidi^-clle,
de vous promettre toQt de vps. charmes , ..iU font
capajbles ^>ffacef lespl^s tendres ^ les pli%5 for-
us idées jT QvL vPft-PQ ^quelqu^e <ho(ip.qiù^ous
reflemble > où ttpHver Une. pf^Ç^ta^^ tou.i^e ac-
complie cpmrae:v»U4 ) Leonid^iriniferifc^pît en
cet endroit , fa mode®e si'acçpmQK»4oit mal
avec deslpuanges qu'elle nç cherçhoit japi^is, 5c
3 u' elle fouffiroit. toujours ayec.peioç ;eUef|a{>ria
e vouloir prendre un au^re fujet de convcrfa-
tion ^ ie le.terpis pour vou^ plaire. ^ .lui dit ÇafiU
da , fans que fe me troMyeobljgçfr ,:par ram.itic
q^e'l'ai pour vous, dé vous faire remarquer lès
avantages que vous ayez au dcflùs du Prince de
Carency ; 5c le malheur dans lequel>vous to/n-
berez , fi vous d^venés fa &mn|e jiaites un peu
de reflexjoa à ce que mon fi^ere m'écrit ? fe
peut- il rien d'égal à la fojl^lefle d'un homme qui
devient paffionement amoureux, d'une fille qu'il
n'a vu que<ieux fois , & dans le tems^même où
vous Uii ctes^ 4^ftinéej vousdevez juger parce
trait de fon caraétcre ; en vérité , continua-t- elle
d*un air trifte , 5c feignant d'effuier quelques
larmes'» je t eifens vivement que vous foiez pro-
nûfe à un f rinc^qui yous mérite fi peu. Je fuis
tou-
touchée des témoignages de tendteflc que vba^
me donnez , ma chère CafiWa , reprit Lconide
& je ne fuis pas inrenfiblc à rinfortiinc que
vous me faites apcrcevcrir j fi j'ctois ia maîtrelTe
de mot) fort je pouroîs m'en faire on autre que
celai auquel on mé deftrne ; lefouhàfterois que
mon père' voulut écouter là-deiïus mes fcnti-
mens, & fuivre un peu moins lés fiens : mai^ en-
fin je fuis tefoliie de lui obcïr, je n'effàyeray pas
même dé le faire changer de refoiutiou , & fi je
fouffre avec un epoûx , qui ne ftie fera poTnc
agrçable , je (eray feute maiheureufe $c il n'aura
pas heu de fe plaindre de ma conduite. Cafilda ne
voulut point s'opofer avec opiniâtreté à des dif-
pôfitions a raifonnabtes. Elle aurdit apprehea*
dé que Leonide fe fut enfin aperçéiie de quel-
QuedefTeinfecret , de elle crut qu'elle avoit«af«.
lez gagné pour la première Fois , d'avoir apris
de la bouche que le Prince ne lui étoit pas feule-
ment indiffèrent , mais qu'elle fehtok déjà de
Vaverfion pour lui. Elle fe fiatta que le tevips lui
fburniroit de nouvelles t>cca fions de mettre en
ufage les artifices dont elle étoit capable.
' Le Prince de Carency étoit pour tors à Rome.
H y voyoit avec peine le chifme dans lequel l*E-
jgUfe langaiubit depuis longtems. La Chaire de
St. Pierre , ne pouvott être occttpée que par un
Pape. Il y. en voyoit deux qui fe la ditputoicntj
c'ctoit tantôt Boniface IX. avec Clément VIU
8c enfuite Benoift XIIL contr^ Boniface , fie
bien que le Prince né voulût poi^it entrer dans
cette affaire , la trouvant -trop deUcatepour un
Homme j^fon âge , l'iHuftre nom à^*ii portoit
lui âtira fouvent des perfonnes qui: prenoienc
l'intérêt de Benoît ou de Boniface , 5cquief-
%ereac de lurinfpirer leurs fentiniens. Son
G cfptic
«rprtt n'ëtoU pai aflïe libre pour examiner le»
«randes affaîr«s&fc déclarer j de manière que
fe voyaitt preffé par le» creaturt» de l un & de
l'autre partf , qui croy oient en le gagnant ga-
iner fel JeL ëeres . «caiai* appns d ailleurs
lue l'Empereur Vendiflas devoir fe rendre a
me m»g«fic««»« ewraord^atre . '» «"' <l»«
ïïn, un! occaCon où toute la Cour de France
irfteit par&ître dans (a pï«g«»:**ff"P',''*«-
mtm^deûe.'yp» ttouyer Vo£s-vous ve-
nir à Par» avec moy . dit- il au Sénateur Gri-
Sildi k à Doa Fernand de Benavidez;. G vous
^i^^z^^cnircie 9«»« confobt.f vous
^e ferez vous accepteriez la proçofition que ,e
vow fais .Tb lui témoignèrent qu'Us feto.eot ra-
ïneTaccompagfter : qu'il» s'eûunoient heu-
îTux qu'il le. «Kofis entre tant d'autres per-
fonnes oui le feivroient par tout av« plaiûr.
Loâîullsfurenturrivez . ils prirent itn é^ui-
«gîqu^faût«K.ittr<sbie«l'enviequ'iUavo.en
S! Varoît^fc à Reims 5 l'Empereur y vint fur le
!I!*rte^H Marias* de la filletlu Duc d'Ortean?
£ aftUesle l'ÉgUfe en é»ient 1« P"««^«>4
«ufe :mais tous les jeune» Prmces & «"f^^"
«uUvolentaccémpagné l" Empereur & le Roi.
îa"ffâfttt«itfer eotr^ux les matière» ^«"««^«1 "«
!.w!«lè«H» ««e de» plaifit» convenable» a leur
îa^ï&S4«VTournoi».ltscourfe»des
STIufs «cl.» taU.» s'^tre-fuccedoient chaque
Fon <toit accouru de tou. 1^ *"*'*'"'„,,.
irancepourenétrt témmn. . f*«* ""P;«^ï*
- I)ùc» d'Orleai.» • «>• B<>"'8»S"*L -W^f^*!
Iretagae. le» Comtesse là Marchç . 4* Vendo
0JS BoURi O K. CI
me , le Prince ic Careacjr ^ plufieurs autres
gi-aads Seigaeurs on voyott auprès de la Reine
Kabeaude Bavière « les Ducheâès d'Orléans , de
Bourgogne , de Bretagne fc de Berry. Cette
dernière étoit nne des plus belles perTonn es. dix
monde « & là Reine pouvoit feule lui difpiiter
j'avantage d'avoir pl^s decharmes qu'c]l«|leR.oi
ayant depenfé 200. inille €cus(ce aui ^toit
alors une fômme unmence } pour régaler l'Em-
pereur , après qu'ils eurent réglé enfemble U%
moieas qu'ils dévoient tenir pour détruire te
chifme , ik fe (eparerent & Charles VL Qnv.oy^
k Cardinal Fierté Dailly pour réfoudre BeaoiÀ
XIII. par les yofc$ ae la douceur à quijiter la
Ttarre oui ctoit mai affermie for fa tcte : mai3
il n'y pur rétiffir. ^ '
Pendant que ces chofes Ct paflbient en FraociB
il en arrivoit en Angleterre de bien fanglantes |c
qui préparoient de terribles fçenes. Je nepre*
tena point entrerla defllis dans un ditaU qui m'é-
. joigne de l'Hiffoire du Prince de Carency & par
raport à e]ie« Je diray fenleaunt^qttg Rkhaïui
Roi d'Angleterre aiant époufé en i ^ 95 . Ifabelle
de France fille de Charles VI. quoiqu'elle n'eic
que hait ans, il remmena dans' fon Roiaume , ic
l'Alliance qui veooit de fe contrafter entre Ufs
deuK Roy s ctoit fiitrpitce oue rien ne pouvoit
arriver à l'un qui n'intereuàt l'autre. Richard
étoit ieuae , fon eTprit n'ctoit pas encore fait , i|
le laiflbit volontiers gouverner par (es trois on-
des les Ducs de I^ancaftre , d'York M de Clo*
ceftre. Ce dernier pour être le Cadet n'eis av^oit
pas moins d'amlMtion : Ilûe pouvoit fe^roijre
heureux ians la BoiTeâion d'u|ie couronne , Se ce
defirfut cau(« 4e fa perte -, car ayant pris des
mfiires pour rmrficCsr Richard du uône f^c (c
C z mct«
5^ HXS T. DE Je A K
mettre en fa place^ celai ci bien informé de fii
projets criminels fît adroitement une partie de
chaiTe dont il le mit, 6c l'ayant fart arrêter ii l'en-
Yoia prifonnier à Caiais où un Hinefte cordeaa
termina fa vie 6c Tes deHrs ambitieux.
Cette jnftice ayant été faivie de qnelqnes an-
tres , comme de la mort da Comte d'Arondel 6c
de l'exil dû Comte de Warwik, les D^cs de
Làncaftre 8c d'York outrés de douleur de la mort
de leur frère , ne fôngerent plus qu'à la venger
fur celui qui en étoit l'auteur : mais foi t qu'ils
n'euffent pas adez de forces , oaqu'ayant recon-
nu la faute du Duc de Gloceflre, ils ne voulurent
*pas la fou^entr par une fuite de rébellion qui eft
toujours criminelle , ils ne demeurèrent pas
longtemps fans rentrer dans leur devoir 5c dans
les bonnes grâces du Roy, aux conditions que le
-Duc de Lancaftre feroit le premier du Coiifeil,
& qu'il ne fc feroit rien que car fon avis, Richard
confentit a perpétuer ainli (a tutelle , & lorfque
. le Comte d'Erby fils du Duc de Lancaftre , aiant
pris quereilt aveck Comte Maréchal ils fe bâti-
rent ,' le Roi irrité contre l'un & l'autre les exila.
Ce premier pafla eh France , fa nailTânce ôc fes
bonnes qualitez perfonnelles lui attirèrent un ac-
cueil très -favorable de tous les Princes du fan? ,
8c Ton parla dé fon maViage avec la fille du Duc
de Berry qui étoit une des plus belles PrincefTcs
de fon fîeclé , & fort jeune , bien Qu'elle fut déjà
veuve de Loiiisde Blois &de Phihppe d'Artois.
Mais Richard irrité de ce qtie le Comte d' Erby
ibngeôit à perdre une alliance avant de lui en
-avoir demandera pcrmifïîon , & craignant d'ail-
leurs qu'il ne fe fit de trop bons amis en France,
it dépêcha le Coitite de Salisbury avec des lettres
il mépri(«Qtes 9c ii injuricufes pour le Comte
'**«' qu'el-
» E B o ir.R F o N. 53f
^'^étle^ rompirent toutes Tes meAires , 6c le mi*
rentr au defetpoîr. Ce premier outrage fiit bien^-
tôt fui vi_d. un. autre. Le Bue de Lanca(lre foa^
père cta«t nyon le Roi prit tous.res biens furie
prétexte, que: le Comre d'Erby ^tane exile Û
n'en pouvoit |ottïr. Celui«ci outré d'un traite-
ment (r dufi. & n'nyant plusd'efpoir ,. qu^ea fa
propre valeur & dans les brigues^ qu'il«étoit ca-
ptât de faireyil ne négligea ii«n par Tes amts ôc par
Tes proches , pour exciter une révolte , parmy
les peuples d'Angleterre^ Les difpefitionr natu-
relles qui lesbportent à chercher toujours, danis
un nouveau Gouvernenient des'doaceurs & dcs'
privilèges qu'ils n'ont point, dnns Us^'.Gouverne-
ment prefent, lesobliger-ent d'envoier une Am^»
baiTade (ècrete en-France au Comte d'Erby, pour
k conjurer de revenir ^l'âlTurerqu^ilsle rece>
vroient comme leur Roy-, Il partit en diligence j.
on lui tint paroUe: ilft mk à tatêted^unearméè.
& s'avaofa v.ers Briftol où: étoit Richard. -Ces^
aouvelleS' ne le furprirenfr point $^ il avoit de»
uoupes 6s de la confiance en elles, mais elles de-
(èrterent pour fe renger dans le party du Comte
qui avoit pris le titre de Duc de Lâncaftre , cr
qui diminuoit les forces de Vmt augmenioit ceU
les de l'autre , ScU Roi trop foible pour tenir la
campagne contre Ton ennemy fe renferma dans
le, château de FUntk.Le Duc de Lancaftre animé
de fes bons- facce£ s'avance, & le gontraint de
demander pne reconciliacion. M^ais fous le pré-
texte d'en régler des articles , le Duc entra danr
le Château Ôc bien qu'il'n'eût que douze hom-
mes avec lui , il emmena le Roi prisonnier dana
la Tour de Londres , 0c par fes menaces il l'obli-
gea de lui céder fa Couronne j mais non content
d'avoir ^pouillc fou foovcf^in il lui ôta audî la.
via./ C 3 ^ Char-
54 Hi ST. DE Isa ir
Châties VI. Roi de France aiant apmces trr-
ftes noaveUes en j^nbeura û vîvjeinen( touché
que fou eTpiît ^ui ^toit toÂjoars fort foibie de-
puis raccident qui lai arriva dans ion voyage de
Bretagne à Poccaiion du Connétable de Clifibs.
s'étant akcfé tout d'nn coup par l'effst d« famé-
iancoit« , il retomba dans ces ac.cidens ordinai-
res , de cette laifon rempêcha de travailler con»-
flte il ouroit fait à la vengeance de Richard. Le
Dnc de Bourgognç avoir pTts l'adminiftratioa
dcr Roycume » il régla même un^treire avec le
Bue de Lancâdre appelle Henri IV. Rot d'An-
gleterre , Mademoiftlie I(àb«He de Frtnce iiit
ramenée. Elle époufa le fils du IXtic d'Orléans.
Ce mariage fuivi de ceux da Doc Breta|iiie avec
Mafgneritede France fcrurde Madcmoi&tfe Ifâ-
•belle . (ht Dauphin de Viennonavoc Marg«erir«
<^ Boirrgogae » fille du Covme-de Norers, 0c ètt^
Duc de Touiaine lè<toiid4îl5dttRoîavcclafîlte
unique d# GuiUafome d» Bavière CoiaPte d^Hat^
Haut. Tant dfllktftres alUa«ces ramenèrent an
pevL de îoye à la Coar » efte en avoit M baiHii«
ipar la mort de Richatd <9c p«r l^état où \t Rot Çè
trouvoir.
Le Prince de Carency ^toit«n m4lie»d« ton»^
ces pbifirs^dans une triftefli eu'iiaepcKivovt (ur«'
tnotiDer. Son incofinnë de Nicopolw, la more
d'CHitti'ple êi Ton éloignemeiit pour Leomd«<Ié
Vela^ok tpafflUentof^nt également. Benavide»
l^'entr^eneic dans tonibes ces ^fpofitioi» , 8c il
n^avoit garde de le q«irer^
Dans cete«is-là Owvn du Glancouf Frîn<e ât
Cailles ne vonl^ poiivt recofindîtne'lieDuedie
Lanvaûre pe«r légitime Roi dTA'ngleeerre eur
fe<rouF»' itto France , a€n<f*'eR obtenrr-un fecour»
4ui le î«îgiHiBt il fe^tfoiipes te pât mettre en
I>E Bourbon. fjp
çrat (|e détrôner rufurpfiteur. Le Roi lui envoya
en X402 douze cent Chevalier» ou Gentilshom-
mes fous la conduite du Comte de la Marche. Le
Comt^ de Vendôme & le Prince de Carency
cherchoient avec trop d'ardeur les occafîon^
cj'acoufirir ^e tf) gloire pour ne pas accompagner
leur frère d^ans ce voyage. Ils partirent eniemble»
)e Sénateur Grimaldy retourna à Gennes , fc
Pon )ieirdinj)nd de Benayidez demeura avec le
Pfinpe , ils s* embarque sent tous'àBreft, Ôzlsi
temph^ <pl Ce (eva peti>aprés leur fit envifager
plu$ jd'qtie fç>fs«ne mort prochaine . de manière
3^ç n.V<ànt point hs maîtres d'arriver au por6
^ArmQ.Mtt» où ils-deyment defcenfitc , ils furent
îcttf 2 dans celui du Pliniout^ » apr^^s avoir pris
fepc yaiilèaax fur leur rpute. Ib commencèrent
les exécutions militaires par ce^te ville » les mai-
fons es ^yaiic été brûlées & les Habltans pi4lc:^«
Le Cointè de hi Marche iîtvoileà Sal'moi^th.:
C^eft une I(T« où il trouva [beaucoup de refl(iait«
ce j& Tes Princes fes.frét^ s*y diftinguerem d'une
Bsaiiiere fi av^ntageufe que lôrsx|U ilsVcnftirene
rendus maîtres, h Comte d'é h, Marche lem: doa-
sa l'Ordre de Chevalerie avec toute là pompe ,
qui pouypit être apportée dans un Heu de&lépar
!a guerre Se dans un tems (1 précipité. Car ils eu^
rent ayis que le Roy d'Angfeterre al&mbloit
toutes ces fbrces pour les venir attaquer & leur
nombre étoit û inférieur qu'ils ne pouyoient
Tatendrf fans une témérité blam;able , de manie*
re que le Comte de la }i9rchç. aima mieux fe
r'eoikarquer , 6c conferver tes troupes que le Rot
toi avoit^confiées que de tes voir périr par un ef«
Ut 4 iip prudence qui kii aitroît fait plus de tort
q«e d'honneur. . .
Us trottY^reat à^sur retour la continuation
C 4 des
$6 H I s T» DE Je AW
de^ defordrtfls qui avoicnt précédé leur départ en»
tre les Ducs d'Orléans Se de Bourgogne. Ce
dernief voi|Ioit fe conferver l'autorité qu'il avoic
ufurpée fur Tautre ; & Ton ne voyoit d^ns Le
Royaume que troubles & partialités pour fe con-
server la Régence ^ le Roi étoit retombé dans Tes
foibUiTes d'efprit qui le rendoienuncapable de
tout.
Le Prince de Carency voyoît Tes de(prdres
avec peine j le Duc de Bourbon chef de fa Mai-
foû étojt dans les intérêts du Duc de Bourgogne,
Ôc c'ctûit un engageocient à fes proches de iecoa-
der fes defTeins. Cependant comme ils n*étoient
pas toujours jufles , le Prince de Carency s'en
éloignoit , & il foogeoit à partir pour aller cher-
cher la guerre & la gloire qui fuit les belles
a^i<^s , lors qu'il aprit que le Roi envoyoit Re-
nault de Frie Âmiral.de* France >&le maître des
arbalétriers avec douze mille hommes au fecours
du Prince de Galles , il .y voulut aHcr avec ewc ,
& Ton peut voir dans l'Hilloire tout ce qu^elle
raporte d'avanta^piux à l'égard des François qui
prirent en 1 404. K^Tford , fe troiiver>ent eniùi-
te en bataille rangée'devant celle du Roi d'An-
gleterre ôc taillèrent en pièce Ton arrière -garde.
Dans toute cette expédition le Prince de Caren-
cy fe fit admirer par ceux de- fôn p#rti ^ crain-
dre par ceux du party contraire. Sa itftleur Se fa
conduite neTe démentirent jamais &ce fut à lai
que l'on fut redevable de la plus grande partie
des bons fucceâ; que Ton remporta fur le Roi
Henri. Quelque tems après que les François eu-
rent quité l'Angleterre , le Comte de la Marche
fe fiança avec Beatrix de Navarre , 6c le Prince
de Carency voyant que les brôiiilleries de la
Co^r avolent augmenté par la more davienx
Plie
.D.B BouRBOvr.. 57
I>iic.de Bourgogne , Ton fils ayant hérité de (oa
ambition aliffi bien que de Us Etats /il prit la :
TcfolutioaAc retourner à Rome. Il le dit à Bena-
vidiez qui r^ÉfTura qu'il \*j fuivroit , & en effet
aiant pris congé.du Roi , il partît pour ce voia-
Cependant Leonide & Càfîlda n'étoient plus
menines de. la Reine $ elles écoient montées au
rang de Dames du Palais, ôc comme cll«savoienC'
{^lus de liberté '& qu'elles fuivoicnt la Reine dans
tous les lieux où.eli&alloit., bien des perfonnes
qui n'avoient' point encore vu Leouide en de-
noeurereat (I charmées qu'elle paflbit dans toute
LiEfpagne pour un miracle de beauté., C^ aétoit
pas la ua titre pour fe faire des amis parmi les
DameS) elles ne pouvoient difconvenir qu'enco-
re que Tes yeux fufTent j)tus grands que fa bou-
che , ils avoient une vivacité., que Ton ne foute-»
xioit qu'avec pein« , qiue tous feis traits étoient;:
d'une régularité^ parfaite » (on teint d'une blan-
cheur ébioiii^ànte , & fescheveul plus noirs ôc:
pkis luftrez que>du geais , qge fa taille étoit hau-
te 6c bien prife, que (on ait étoit noble & fa dou-
ceur charmante }. qu'elle infpiroit tout enfemble^
d£ la tendreffé ^ du re(pe^ 5c de Tadmiration >.
mais encore que toutes les femmes de la Courv
dirent la deflùs la même cVofe malgré le dépit fe-
cret qu'elles en reflèntoient > elles n'oblioienCr
rien pour lui trouver quelques deff^Uts.) les unes
foutenoient qu& fes manières étoiearraéprifan-
tes, les autres que fa converfatioa n.*étoItpas^
aflèz animée 5 la plus- part trouvoient qu'elle
i'aimoit.trop , comme (1 on pouvoir s'empêcher
de s'aimer- quand on e(l belle & jeune , & que
Von n'a ^oint encore reflenti les premiers feux
ds.cettc œalbeurcufe ft-tyranniquepadionquiî
C 5> BO«s>
nous 'dtrache de nous mêmes , pour nous attaw
cher à un auttecrbjvt. Ctfikhi accoutumbit in-
ïenflblem^Dt Leonide à luy enten(Lre dire besu>-
coup de bien de Rtoavidez » 3c beaucoup de mal'
eu Princt do Carenry, leineiiqti^eHerutidinm
d«. l'un ne faifoû. qu'une légère impreflion (ac
fbn efprit , maisie mal quVl&7at répétait» /ans
ccffe de Pauire l'aiffigtoit extrêmement. Effe
commenta de fe trouver fort à plaindre d'Bcre
née pour un Prince d'un mérite fi mvdiocre. Je
n'a vois pu penfer difort-iHe un jour à Cafîltia •
que la renommée eût pnbKc tant de bonnes qu^b-
Ktez dans un hijet qui eft fi éloigné de les poife-
der. Tous ceux qui l'ont vu fe font étudiear
à mt tromper à fon avantage. Ignorez vous ,
interrompit Cafilda , le carrière des gens dtt
monde , on vegarde c« Trince comme un grand
Seigneur « riche êe magnifique » auquel vous
êtes prom^ie ,. feroit-il à propos de vous le mon-
trer d'un côt^ deftgrcable . je^uis même fi^rprî-
Te de la bonne ib» as mon frère , de je nefçay S
^ans h fuite il n'aura pioînt (ku àc s'en repentir*
Yoùi aurez quetque jour h faiblefle de faire-
confidence à vô^r« (poux de ce qu'il m'a écrit
fur fon chapitre, dt les intènrîons qu'il a eu)^
^c vous fervir en voo>s^ faifant une peinture na'iV
ve feront peot-être payées de vôtre haine $ ha f
connoiflTez tHoi* «lieux,, s'écria Leonicfe , je ne
Hiis ni ingrate ni in|un:e , jene commettrai ja-
mais vôtre frère ,. ft ne fuis pas înfenfîble à
ce que je lu» dois, de je v«us avoué ma chère
Cadld^ qu'après avoii longtems combattu , je-
fuis enfin refoluc Je profiter âe fts avfs.* Je veux
me jettcr aux pieds de mon père de lui reprefen-
ter G fortement l*averCon que je Ctns pourl»
grince que mes Clarines Ct me^prUresVempê*.
* ckcnt
Ip t Boa n B a K, f^
«bent cTacherer ipoB.hurmea. C.afîlda Fut ravje d«
ccitte puv^tturc de cœur , elle cmbraflà plu Heurt
fois hton'idt t elle U fortifia dans Ton deffein »
Scelle n'obcnit rien pour lui faire comprendra
tOiUS les malheurs qui (ont iofeparabUs des ma*
jriages qui ne fe font que par d«s motifs d*inte«
tetSti ou de poliUque. Pour ne point laifleri'alen*
tir d^.mouvemens qui lui faifoient tant de plai-
fir , elle <^ncùii(k dCk même Leonide julqu^
l'afiartemm àt 9on Juan de Velafco ^ elle la
^uica en ce lieu çfiut aller éaïxt à Beoavidez > f»
leHfe éioiit'«à.ces termes^
^« Rêviez mon cher frère, revenez , tout fe-
,, coode vos defirs$ Leonide croit que le Prince
cft (ans mérite ic (ans efprit , que vos avis
font (lacères oc que l'amour n'a poiat de part
,, à ce que vous m'avez écrit. O Dieu ! mor»
^i cher frère , que Je ferots beureufe (i i'ctoiS'
,^auâS contente dç ma de(linée que voqs ave2s:
», lieu- d^ètrefatisfait de la vôtre ^ maisl'ingrar
,,£iifiquez. rentre dans fes premieres^cllaines,^
M malgré- toutes mes précautions.. Il a vu Donai
», Blanca ;.iugie3 de l'étàtoù j^fuis , Je vous at«
», tens p0u^vo^s rendre compta de Ries peines».
», pour me c«n(o]er avee vou» , s'il efk'VJfai que*
», quelque chofe puifle me confoler.J ' ^
Beoavidez éroit revenu à Rome, Tors qu'il
reçeiit cAté lettre ^ elle lui caufa une j^oie que
Pon ne peut exprimer, & le» fujets de chagrin^
dontCadlda étoit accable^ ne le touchèrent p;)S>
aflez vendbléjment pour fufpendre 1^ pkii^r qu'il
fè faifoit <le revoif bien^^tôt Leonide , Ac de lat
revoir avec une .efperance à iSiquelîe it n'avoit
encore o(é s'abandonner. Il fût chez- le Frince-
de Carenci.dont il.cuhivoic toû-jours rarnîtié. 6c
tfoopeut dite qu'il y ayoit une vçfitable part».
9*
9*»
6o H rs t: D E I E A N
Ha ! mon cher Benavidez ! s'écria-il d'aufi! loin
qu*il le vit , vous ne pouvez .pas vousdeffcndre
d'avoir eu aujourd'hui une lionne forxu ne*, ou ^
d*avoir reçu des nouvelles agréables ; car enfîa
vos yeux brillent d'un certain feu qu'ils n'ont
d'ordinaire Ôt qui Ce fait aifément remarquer. Je
ne prétend pas Seigneur vous enfàircun^fecret,
repliqua-t-it', & je viens plutôt pour vous en
fjire part y. fi vous me l'ordonnez. Barlez avec
une entiers cbn-fiance , reprit Iç Prince , vous ne
(^auriez me faire plus de plaifîr. Puifque vous
vouiez en être informé; j'aime , conhnuat-ii^ .
& j'ofe croire que je ne fuis point haï , mafs-ce-
pendant ma maîtreflè m'avoit rendu beafucoup
d'injùflice dans une affaire fu^laquelle je n'a-
vois ri.eiï a me reprocher , elle m'ôta même tous '
les moiens db me judifier , ell^ ne voulût plus
me voir , Ôt le foin qu'elle prenoit pour me fuïc
me jetta dans un fi véritable defefpoir qa'afta
d'éviter de h faire paroître à la Couricd'en
rendre compte à mes amfs , je me retirai dans
i)ne matfon de Campagne , où je trouvai que la
folicude ne fervott qu'à augmenter ma douleur,
Ôc pour y chercher quelque remède je vouUis
voiager, 5c je partis, bien que je fufieleplus
amoureu)( Se le plus defefperiéde tousles hom<«
mes. Ma fœur ctoic fort touchée de mes peines,
elle me promit de ne rien oublier poA faire ma
paix , & c'cft ce qu'elle a fait avec toutes les cîr<*
confiances qui peuvent donner un fenfibre plaU
fir ; ma maîtrefie me r'appeire, c*eft eUe qui fou*
haue mon retour . mais Sefgneur , malgré ma
paifion ,^ ie fens une violente peine de vous quk*
ter, je m'ctois trop accoutumé à l'honneur de
vous voir, & cette douce hiibiiude YSime cdii«
lerbitachcri
le
DE BOU KB OMf« 6t
Le Prince à ce» paroks l'enibra{& tendre*
meac ^ il lui témoigna d'une maQiere pleine de.
bonne foi ôc d'amitié que Ton départ le touchoit:
jufqu'au cœur : bêlas ! a^jouta^t-il , je me flatois
que nous irions enferïible à la Cour tlu Roi de>
Navarre -, mon firere comni« vous fçavez va
époufer la Princeifc Hr fîUe , il mt conWe de m*yv
rendre au plutôt ; quelle violence ne faudra-t-iL
pas que je faffe à mes ennuis Cecrets dans un lieii'.
où Ton ne fohgera qu'aux plaifîss ! Je ne pour-
rai m'abandonner à ma douleuf , & je n'ofe me,
âater de fçavoir àilèz bien ieindre aux yeux de. _
tant de personnes dont la curiosité me defolera.
Je ne parlerai de mes peines qu*à mon hère ; jer
crains même qu'il n'y entre point.d'une manière,
à me Coulâg et. Jugez mon^ cher Don Fernan<i
de quelle confolation v|^us m'auriez été. Je vous
aurois trouvé toujours prêt à me plaindre , prc^
à me conf»ler , vous m^auriez quelquefois ciré
par pitié de ces nombxeufes compagnies , .où je
ne dirai peut-être pas âeux parolles de bon fens,
en un mot un véritable ami me paroit un bien Gt
neceflaire dans l'ctac-. au je fui; , qu'après vous
avoir beaucoup regretté à caufe de vous-même»
je vous regrette infiniment à caqfe de moi. MaisL
ces -confideratioas font trop fbibles pour m op.«
f ofer aux ordre%^ votre aimable maitrciTe , Se
a vos propres defirs ..partez , partez , continua*
t-il , .en ioûpirant ^ al|ez goûter toutes les dchi^
ceurs que l'on vous prépare. Il acheva ces moi*
d'un air fi tri de , qu'il aurait donné de la pitié K
tout autre qu'à fan Rival $ maisl'amour qui houi
fiend (t fetvfibles pour ce que nous aimons nou&
inCpire une extrén^e duretépour ce quipeut tra-*
verfer nôtre paiïloiv : Nous ne Topines plus c^^
pables de uaiu juâi^^au {ç^riu^n^HS ne po^t
vons
4t Hisr. B£ ÏBMm
Yons 'fiottAù: oiie ce qui nous a f\A • fihîfe i 911
MtM : IJ nt Umblc que rob)et dont noos fooi-
jnc» ch«Dmex im doit tti>c adoré que de nous , Ht
mom Ikavfibos qntconqiMi a U goutauffi bon qiM
wousravORO.
£eft3ipidea fe fepaaa du Psisce avec de ^aiub
rérooignages d'attacbement » & ite «onvuircnc
de sVoriM , ioiqu'aa^m& qu*U paflîèrott en Xi^
|Kign« ptmr époufor Lconide. Ui partirent l'iu»
ik l'aoïve de ReM« $ Le PriiKcfé bâta de Çt resh*
ért à Famp«luae pour (àti«&ire'à Pimparianct
d» Cointe de la Mâacfac qui N attieftdoit». Aufli*^
toi qu'rbfîie arriva » il le prefenta aa Roi de K^a»
iK|rie , il en fut reçu a^c Voas les égards qur
étotefttdikà fou nog » à ion meme^Sc à Tab»
Hance quNls âllotent coatraj^cT enfcmbU.
;Le mariage de la ieun^ Princefle de Narai^ca
ftncclebré , au mots de Septembre I4<hs. avec
»ne pompe 9t une magaibceiKje extraordinai^.
ios j le 'Roi tittc £1 Cour .Si defFraya tous ceux
quis*jr*reRdirene.-]l y aft des 'mafcatades , de»
tournoiv , deebals » & toutes les autres cbofe»
que l'on pût imaginer pour rencbe «ette xéréo
■toniefoîemneHe» & agréable 5 mata au snâiei»
de tant de plaifirs, le-feul Prince de Carcncy pa^
rorâbtt enUrely<jkuis^nn c^grio dont tl fembletfr
que r'ftn oe le pouvoir rtMfer. 11 affcdoit ce^
pendant tk<m a rcpier une ^lye qui lui ^oit ^-pcii
naturelle, qu*elte ne liii aidoit point à cacbcxfV»
propres-fenttmene. ^tie vous êtes d'un trifte
commerce mon frère f lui dit un yourle Comte*
éelaMaréhe . Vous tuyes lesmeillearesxon»-
pagores . ^ tor^ que vous y reâez Ton iremarquè:
a ainfmmt'ki violence 'Oiwt vous vous faites,
qtt*il vaudroir prefqife mieux que vous rompif*-
tft hinireuT toat ce qa'elle nous dcvKMi^e. J« mt'
trouve mari recomptnf^ « inrcsrofnpit le Prince»
du(bîn que j^apporte a cacher ma douleur ; Ja
n'en bis pas afles lemaitfe, ie vousl'avoiie»
mais mon frère îeAitvrat vècre cMikM , fe m^
baciirai des K-etrx où mil ptefence peut ^ir de- '
fegreaMe , & f évftera» par là des Mproc^es qui-
melouchent. Ces p^arolles firent connoirre a»
Comte de ^a Marvke que fes peines Tuffifoient
pourTaccableF.» '&t|u'*il ne dev#tt paslesaug-^
menf er en iny ftHem la guerre fur fa mélancolie^
lll'aimcit chèrement ^ Hkii trouYèrtna mérite
extraotdrnajse, dcpour repérer f^ faute il Tem-^
brdffà'arec la dernière tendreSe. fle fquoî, moi»
cher frtre , hry dit-ir ^ é^uft air oWigeane , e(t H
poQîble que tous prc iriez fi ferieurement une
chofe que je ne vous ai êkx. que dans un éfprit de^
plalfanterk , Bc qui ne doit fliire aucune impreC^
fioQ fur le v^trc j (roufrois-fe fur un fi léger pré-
texte que cefirytf ont ri s'agit n'ctre pas ravi de
vous voir f rendes vous phts de niftice de ne
feupçonnez jamaie.mon<cœur ; Fes mafheurem»
comme moi reprît le ^ince , ont toô}ours Ktifc
de craindre , €t fi vous ffaviés ce que c'eftque
de n'avoir (amars vn (à maitrefK é: d^en perdre
un autre dans fc Jiroment qu« l'on commence de
^aimer , voes n'^ifoôcefiez ricn^mes ennui»,
le Comte ne pât s'empechcrde fpurire , de là
fcizareric de differetnes paflrons j Vous n'ave»
point pitié dcmoi , hii dit- le "Prince et Carencî,
vous ne coin|prcne« pas' qiie Wn» doive tant
fouffriravec fi peu de fôndenient > vous trouve»
ridicule de me voir foupirer pour une perfonne
^î nf*eflî innsnnu'ê 5c pour une fille qui n'eft
fW : mais î helas ce font ces de^x choftr.'qut
^ufentmes plo*gratUbil«Spfeîfirs; Ix-Comt^ede
te
U Marche le plaig.Qit alors autant qu*il avc]>lt-be«
* foin d'être plaint , & il n'oublia rien dans la fuite,
pour le confoler;
Cependant Don Fernand de Benavidea étoit
arrive à Madrid où il trouva^ beaucoup de chaa-
gemant. Le Roi venoit de mourir H de charger.
X)iego Lopez de Cuniga , & Don Jpaniie Ve-
lafco, de -1 éducation de Don Juan fon fils. IL
n*avoit encore que 22. mois*; cette pjceuve.dcL
r.eftime & de la confiance du>feu.Roi pour ces
deux Seigneurs cUvoit.extrcmement leur fortu-
ne & augmentoit beatKoup leur crédit. La Coud
et oit pour lors fort parrialLfée , Ruy Lopez Da-
valos Connétable de CaÛilIe , qui n'aimoit pas^
la Reine- fit une longue harangue aux grands du
Roiaume pour letir perfuader.de Couronner
rjnfance Don .Eerrjand^ oncle du 'jeune Prince»
La chofe auroit réuffi, fans que fa generofité.
s^oppola à cette injuAice^âc malgré tous les aju-
tages qu'il y trouvoit, il ne pul con&ntir de faire
défcendreun enfant<de, fon Trône. , bien qu'il
ae fut que fonneyeu., pour y monter à fa place*
Bas fentimens fi équitables font très- rares. A prés
que rinfant eût déclaré qu'il ne vouloit g|f uver-?
oer que (ous Iç noni du Prince Don Juan , cha?
cun , comme c'eft la coutume enEfpagne leva
les Etandars , & le. petit Pj'ince fut proclamé Roi
en l'année 14P7. la Reiiuquiavoit été iufquts
là dans une crainte .& dans une-agîtation tnorteU
le apritavec lesdc^oief^ tranfports dejoyç que
fon fils régiieroit'j^^etle quitta au0I.-tot Ma-»
drid &fe rétira avdç îiiià Villa-Real , dans la
Caftille vieille , l'airyétoît tre6.boQ& cette
viUe. paflbit= alors pjpur éire. un fcjour foct
agMable, , •.
. Q^Si^ita plimipie lafâvcur de D.onai Leo>.
X ■ ' "* ftor*
rror Lopez augmenta à tel point qu'il n^y avoit
rien qu'elle ne le pût promettre des bontez de là
Reine , fc comme cette fenune avoit l'efprit
adroit^mais trop ma( tourné pour bien employer
fbn crédit , ceux qui étoient véritablement atta-
chez aux intérêt» de la Reine commencèrent à
fouffrir ' de» impreffions qu'elle recevoit con-
tre eux par Dona Leonor , & Ton en vint juf-
ques-là , que l'on ne haiâbit gueres moins U
fouv^rai ne que la favorite.
Les chofes étoiem en cet état quand Benavi^
dez fe rendit à Villa^Real. Bien qu'il eût déia
été à Madrid, il n'avoit pu trouver le moyen de
parler«à far fœur , parce que les premiers jours du
Deiiil des Reines d'Efpagne leur Palais eft fer-
mé avec plus de régularité qu'un couvent . mais
lors qu'on pût voir la Reine , il fut lui rendre fe»
refpeâs.Leonide & Cadlda étoient dansfacham«>
hre ;* à la vue de Leonide , fa joye fut mêlée de
tant de trouble Se d'agitation que (i quelqu'un
avoir eu des intérêts particuliers pour demélcs
fesf:nti mens, l'on auroit découvert fans peine
le fecret de fon cceur.
Après. qu'il eût rendu compte à fa Majeftc de
de quelques partîcularitez quiregardoient fon
réjout à Genne«»en France & à Rome,il fe vetita
pour aller attendre fa fœur dans Ton apparte-
ment } maiselleavoit engagé Leonide d'entrée
dans une. gatterié de peintures par laquelle il de-
voir pa(fer. «Il fut agr^ablemeùt furpris de les
trouver en ce lieu ; il (alua Leonide avec un pro-
fond refpeâ, 6c s'étant approché d'elle, permet-
tez moi Madame ^ lui dit-il de m'aciquicer de la
commi(fiondont le Prince de Carency ma char-
gé. Il' vous affure qu'il fc rendra bientôt auprès
de vous pous achever le mariage auquel vous
66 H J s T« D E J E A !l
êtes dcftinez l'un & l- autre fans vous coanoitre.
C'eft un malbear commun entre nous , dit Leo«
nide d'un air plein de thfteffe , Ce tes ^articula,
rite» cjjiÊê vous, avez imm à Cai^lda , fur le csT-
raâiere de ce Prince ^fpnt fi propifs à troublet
m»» f epos qu« je n'ay ne-o oul>lié depuis ce
H«ni)s^là pour perfuader à mon pcre de c^iangev
de <ieâ«in : mai&il ed uU«ment attaché à la pa-
folle , <|uc jnfi^iies icy mes prières ni mes larines
n*ont pu le toucher. Benavidez .pouâà un pro-
fond fou pif , ^ après »'oif gardié quel^ipies mo-
mtmsècûlemt : le Prince» reprjt*il « ma prié
Madame de lui «nyoiar yÔik pQrtraîc , (cf'ç^
le Voasa?o««rqiie ^ ne lui vertois re^evpn
cette faveuTqn'avec petfift » s41n'$yoit pas lieti
de s'en prommre d'autres bien plus confidera»
hU&0 Je ae peax donner men.port«ak è perfoo*
pê, îpfitcrroaipic Leoiiid«. fans l'ordre df ma m«-^
fe : ti4cpead4^vousxle]«lut dtmaind^r , mahi
ftioa moy c^eft unachorefon inUtiU ^ le Prii^^
At m« v«rf»^a trop tôt pour Ca fatis&âioa , éi
pour la mienae » îen^ (uia point aflez ainja^tie,^
pour effacer de fon coeur celles €|tti en ont depi
pris poi&lfîo4> ,- èc mon Awl devoir pouroit me
raire fouhaiter d*ctre aimé^e dé lui. Cependant
Madame, continua Benavidez , CvousTagréez,^
fe parlerai à l^damx iie Y elafco dtt ckfîr qu'»
vètre amanc d'avoir ce beau poctrait ^ parlés^et»
i qui voua vendrés , reprk elle , maif a'apeUci^
peint tnon amant un Prtnc^ qui le devient àe t<Mi« '
ce qni^'il voit di ^tout ceqa'ilnc voitpas>.
Comme eHe acli^voit de parler , MaiÉbme de
Veïafco, qui alioir chez b Eeinecat^a^ans^U
galerie , Leoaide , Ca^ldaSc Beoa vidiez s'a'vaa^
cerent au devant d'elle. Elle ff avoit que «e der<»
«iu avoiâ M tQi»gbe»s.aYec la 2ûmit de Car eti-r
DE Bourbon. 6j
cy Se qu'ils étoient liez d'une étroite amitié. Le»
intercrs de ce gendre liitur ne lui étoient pas
moins cher» ^« ceux de (à propre fille $ cette
raif^n YMigçâ d^enr denfiander des nouvelle»
avec empreffement & de témoigner une extrême
KMpa^enice dtf l«i vob <iy Bfpagne. Benavidez lut
éit <|ts''ifs s'étofeat feptrésà Rooic: qu'il en ctoio
parrjr Çôm (è rendre à h Cour du Roi de Navar*
re atiir nècés de ki Pfiticeflè Beatrix que lo
Comte delà Marche épou^tt: que !e Prince (ba«
hartoît avec paflSôA le fMrrtrait de la belle Leoni-
ëè , qnMt s'^éedûi en^gé en le quittant de le lut
obtenir, & qu'ii ^'aârtnSbk à elle pouf lui de-
mander cétre gvacc. Madame de Vela/co le lobai
de ^re patroltre tant de ^ç ftour la factsfaétioii
de Ion amy 3 effe l'aflàra qu'efteiroit tonjoiiffa
|Ri devant de ee qui pôùrdit faire ptaifit anPrince«
qu'elle aHM €àitê peimbe fa fUle , & qn'il im
donnât le foin d^e- dierchet voie voie fôre pom"
h»^û9f0féf 1er poqrtrait^ à ee« Aots Bcnavidc»
ftntit a«rgitienrer Tes efpecaiiceft ôc fon anuMir.^
i! Afr Aira iyw la pièce q^'il Wdkoit ferpit bien
eonduifre pKMir avoir tout tîm efFet , fit aufEtôc ib
#è -rendit dafw Tapa iy« ment dt ia feeur ; après
s vtre donn^ dt grand&té«iôig^niages d'tine par**
fàit'et^ndrt^, ;*ay k vcms entretenir moafreM,
l^ di%-e4te , entrons daos mon eabUwt. SMelife
prit par h nain 0e s'itant placée ilir une pile d%
eareaux ette ne piWs^empècàer de laiiflèr couler
quekfues lan»e6. ITouf pleures ma chère Caiilda^
dit Benavidies en I^cnib4*a^ne , aivezirotu quel«
qnes flifets de- ptetntts cotKre Ikm Eniéqvez ^
ha * mon Irtve ! c\[ft va ingrat , s'écria t-clle «
mti tPotfb1emo«i rep06, deqaineife tonrient pluBr
des o&l$ga»io«s dont àl ai!^ik redtrable. Je trou^-^
vcrai.un foulagemeat à Mes-peiats.de vous ap^
prciip
é8 H I s T. D E I E A 19
prendre tout ce qui s'eft paiTc 5 & comme* uni
amour malheureux eft. moins di.fcret qu'un
amour content , je vais vous inftruire de bien,
des chofes que vous n'ayez Cçûés que fort impai;»-
'fàitement.
JDon Enriquez étoit entore fur lafloteavec:
f Amiral Ton Père lors qu'un jour que la Reine,
fut a la chafle 8c que nous la fuivions toutes* , le.
cheval de Dèna Blanca ombrageuk & mal con-
duit l'en-iporta tout d'un coup. Bluficurs cavaliers»
s* emp relièrent de la fuivfe : fa beauté lui attiroie
lies fervices & les vœux de quelques uns : le cré-
dit d'Eleonor fa mère intereilbit tous les autres
pour elle ; comme je fuis naturellement afTez po«
Htique , je paroifl^i^ la plus emprcflif e à mépren-
dre auprès d'elle , lorfque du haut d'une colina-i
î.e la vis tomber dans le fond d'un valon^ je pouf-
îay mon cheva^^à toute bride , je œ'aprochay.
promptement ,.& la première chofe qui frapa
mes yeux , ce iat une boette' de portrait couver-
te de pietGeriesquiétoit(brtiiBderapoche> par
l'agitation dé facourfe. Je ne fi^ai pourquoi je
la pris fans la lui rendre fur le champ , fi ce n'e(L
que je voulus voir ce qu'elle renfermoit. Donna.
Blanca ctôit cependant évanoiiie , chacun arri-^
voit à la file auprès d-elle : o« la fecot^rut prom-
tement : elle étoit fort mal , mais elle eut à pei-
ne recouvré l'ufage de la raifon qu'elle s'aperçût
de la perte dé fa boette , & elle la chercha des
yeux t^Kit qu'elle pm.- Je remarquay bien fon in*
quiétude & qu-etlc redoubloit par la crainte de
ne point trouver une chofe qui lui étoit fi chère.
'C'croit là un nouveau motif pour me donner en-
vie de la garder j & je n'avois pas d'autre viie
dans ce moment que dé la punir d'ctre belle &
d'être fille de la^fayoïiu,
Com«
i> e/B a R B o N, €^
'Comme elle n*étoit point blelTée. elle retowna
auprès de la Reine avec unfonddetrrfteffe qui
allarma beaucoup fa mère. J'avpis une impa-
tience extrême de me trouver en liberté afîn d>-
Tcaminer la boere^ans obftade ;. mais puis, je me
refbudre à vous Iç dire mon cher frère } ou du
mcyins en vous le dtlant ne dois- je pas mourir de
honte } j^eus à peine jette' les yeux fur le por-
trait qu'elle renfermoit,que je fentis naître dans
mon cœur des mouvemensqui m'écoient £ nou-
veaux que ^e ne pouvois aiTez m'en étonner. Je
reftai d'abord charmée de la noble fierté , delà
belle jeuneiTe & de la régularité des traits d'ua
Cavalier qui étoit peint en émail d'une main G,
Tça vante , qu'il ne m 'étoit pas permis de douter
que ce portrait ne fut fort reffemblant $ une dou-
ce émotion s* empara de mon ame , fatachay
mes jeux fur fou vifige & fans pouvoir les en
arracher /e conveiioisque je ne l'avois jamais vu»
éc qu'il étoît impûdîble deriea voir de plus ai-
mable. Je ne peniai point d'abord au péril qui
fui voit un examen (î dangereux • & fans faire
attention à ce qui m'en pouvoit arriver , j'em-
ploiai plufieurs heures à regarder ce fatal por-
trait i mais apré^ en avoir gravé dans mon cœur
une idée fi vive , qu'il n'étoitphis en mon pou-
voir de l'efifacer , fe paâài tout d'un coup dgns
les triftes réflexions qui fuivent d'ordinaire un
grand plaiiîr : ha 1 m'écriai- je , malheur eufe Ca-
filda, quel poifon viens-tu de prendre ! es-ta
lalTe de ta liberté > & veux tu la perdre aujour-
d'hui > Je repaflài alors dans mon efpcit cous les
fujet« aue j'avois d'aprehender madeffàite , j'i-
gnore le nom de celui qui me parole fi dange-
reux , difols-je , mais je n'ignore pas qu'il ai-
me , ^ qu'il eâ eftimé ^ paifque Doua Blan.ca
garde
JO Hl 6 T. 9 s Je AN
garde (on portrait , qu'elle a marqué p^ ibo in-
quiétude quM lui étoit fi «Hcr , Ce qu'elle eft fi
Mlle etle naécne qu'il ea ^fk fa^s doute amou-
reux { ôc comment donc oferois-ie e^erer qu^U
c)ue foulagemcnt à ma aAielIàate peine } à qui
fn'adreâerai-je pour demaader ce foulaf ement }
êc pourois-je m' 7 re(budre i|ùai;ul bieule baa^ard
«ne le découvriroit ^ la f udeur-qui eft naturelle i
aBôn Texe & à ma aaiUance ne «fit^roi^-elle pas
^ottff:m« fermer lai>oucbe } quoi je pouroUpro*
tioncer que î'aime &le prononcer pour un boo»-
fRtt qui ne rçauroic point ie^prix àtcc facrifice l
tioa> non je verroi^pliUocittQcnpIier ma rivale
i mes yeux , j'en mpunois plutdt de douleur,
que de m'expoCer à la liofite qui jCuit u(i tel aveu*
Mais, difois-lè uft moment après , eft-ilpo(C-
h\e^ qu'en fi peu de tems , i'aie déjà fait taot de
ichemin I i'eo fiiis i aMdéffcAirede|>arler4e
jnts foiblefies, [e n»e.troiive uoe-rivialecoaîaK
£ i'ayoisunamaftt^ ^|«roiig« à troubler leurs
plaifirs.
Je vous flvottc , monfter< » quelesmUnsIe
-diangerent tout d'un coup audA-bien qu« mon
jiumeur • îe uc daerchti p)u3 que ia folitude . je
vévois fanscefle , mes rêveries êtoteat rarement
agréables, ie n'ofois découirrir ma peine ^ ic
n'ofois foQgeraux nio<i«ns de çoanoure cet en-
nemi de mon repos : fi i« montre 6>a p<Mtraîr,
diiois»ie • on me ie ravira | Aancaigauraque je
d'aï en mon pouvoir , die viendra me l'arracher
av«c cotttelaAercê d'une |>eiiMitte aimée I Ton
crcdk.m'«mpcche même d« me deiroir conam fil-
tre avec cfl« , & il vaut encoM mieux que je
«neure de qn« je meure de mesifnqaiétudes , que
«l'eflàter à m'en tirer par dcsiMiaosquirûi-
peux
b m ft o tm B ô K* 71
Deux mois fe pafltreût fans qae je f^fleTUa
découvrir; fè demandois quelquefois le nombre
des jeunes Seigneurs qui ét^tnt abTeas Se que je
n'avoîs point encore vus à la Cour, depuis que
la Reine m*avoit fait l'honneur de me nommer
I>ame du Palai$«On me patlêtt al<^rs de Don Gar-
cie de Tolède , de PedfO d'Aval6s , dTfidore de
!a Cerda , de Frédéric Enriquez , comment éé^
mêler patmjtu^ , celui qlii m'ocCupOit } comb-
inent içavoir même s'il étoit de ce nombre ? je
tâchois adroitetàent de me faire faire leurs por»
traits , mais ceux qui at oient la complaifance djB
in'en êottetenir le faiibient d'une iftânierc qui ne
me donnoit aucun éclaircifiVment , & je les qur-
tbis toujours motos fçavànté Ôc plus délé^erée.
Je travatllois encore à découvrit fî Blancs nV
voit pôiiit un engageiSnent qui fut ïçâ,car j'étoH
bien perfuadée que cela feul tti*inftruiroit , mais
on me difoit qu'*ehe étoit fî fît^e d'être fille de
Donna Eleonot qn'elle ne daignoit par écouter
les vœux d'aucuns de fes amants. Je ne G^avois
que trop le contraire ^ il n« m'étôit pas permis
de le dire> aind je languiffois entre quelques
foîbles rayons d'efperanct & des craintes mor-
telles.
Dona Blanca eût la pîetke vérole danc ce teins-
là , &: il fahxt que fa mère prit la refolution dfe
l'éloigner de la €bur. Je vcms avoue que je (en-
tis une joye fecrete du malheur de ma rivale.
Ciel ! di'éerioiS'ie , jtifte del } permeté qu'elle
devienne il laide que fon ain^t ti'ait pkis que de
l'averfîon pour elle. Cette cfperance flatta un
peu mes ennuis , bienque'7eregàrdiifR'cèmm«
une des chofes du monde la phss deféfpenilitv
d'aimer un. homme que je ne connoiilbis point.
^eile tttok laa iwait » diroiS" je , fi ce por -
trait
1
«rare dont je fuis charmée n'étoic,faLtx|iief«irla
feule içnâsination du peintre : (î ie ne (^ouvois
«le-flater die voir .iamais quelqu'un qui lui re0en^
h\c. Se que les fentiraens qui me, tour m entent ne
«ne parlafTent qu'^n favtur d'une cbimere. J*exa*
tntaeis eniuite lequel me feroit le plus fuparta-
<ble de voir Blanca airace de celui qui j'aimois,
OH -de n'avoir de ma'vie aucune efperance de le
•connoîtret c'étok là deux, cru elles extrcniitez
à montré, je ne pouvois me dctermitierniuit
l'un ni turl^'aut^e ,.&-<ie metrouvois coû^oursli
iplus malheureufe perfonJfe du monde.
J'étois dans cette fituation d*erpric lors qu.'é«
•tant un jour proche d'une fenêtre dans la cham-
bre de la Reine ,^e revois profbndenient à la
■bizarAfie d« mon avanturé^ qiiand l'aperçeus
Vieux cavaliers fui vis d'un grand nombre de Gea-
-tilshommes Se de pages^ qui traverfoient la Couf
du Palais, je trouvai auiCtôt que le plus ieuoe
■4:eiIèmbloit (î parfaitement au portrait 4|ue j'avois
que je ne dputay point que ce ne fut celui qui
-m'ctoit dcja fi clier . dans le premier mouve-
ment de ma Joye je pou (Tay . un grand cri > &
4'ouvris la fônetreaveirtantdeprecipltationque
toutes les Dames qui étoient dans la chambre le
f emarquer tint. Se bien que la Reine n*y fût point
-la Camarera Major ne laiffà pas de m'en faire at^
réprimande fort aigre. Je m& ternis du trouble
où j'étois le plus prompt ement que je pus >^
je lai dis qu'à la vérité je m'étois mcpyfe , que
favois cru que c'étoit mon frère duquel j'atrcn-
dois le retour avec la dernière impatience » |'
chofe en demeura là, & je tâchai de m*afferniif
contre Tagitation qui accompagne une premic'
ce vue , telle qu'étoit celle d*un Cavaliç q«i
m'oçcupoic dcja trop pour mon repos.
Mal-
\ DE BOURB OK« 73
Malgré toutes Us réflexions que je fis là defllis
il -me p^rit uoe violente^motioa quand l'Amiral
êc Coa flU ( car c'étoient eux ) entrèrent dans la
chambre de la Heine, qu'il ne s'eafaiut guère
que je n'évanoiiifle. Don Frédéric Enriquez pa«
roiâbit a trifte & f\ occupé (ie (à trtfteUe , que
je tombay dans le plus gr^nd defeCpoir que 1 on .
puifle rcflentir. Je ae dois pasme âater , difois
je en l'examinant , qu'il foit iadifFerent pour
Donna Blanca , & que le temsde fon abfence ait
pu le faire changer ,. if fuffit de voir (a profonde
mélancolie pour être informée de tout mon n^al-
heur. Il fcaitians doute l'état où elle eft , il en
(•uffre- , il n'a des yeux ici pour perfonne ? ah
barbarie ! continuai- je, tu ne penfesqu'à ta mai-
trefTe , ne peus-tu regarder qu'elle >•&...« .
mais mon frère j'ay honte , dit CaCida en s'in-
terrompant elle-même , j'ay honte <!e vous
avotier fi ingenuement mes foiblefles &des pen-
fèes qui ne (ont propres qu'à me faire rougir , je
dots feulement vous dire que la Reine fortit de
fon cabinet pendant que les Dames faifoient un
Cercle autour d'elle , & que l'Amiral lui rendoit
compte de l'état , où il avbit lalifé l'armée nava*
le. Je pris dai)s ce moment unie reiblution qui
vous paroLtra bien précipitée^ bien hardie , ce,
iîit d'écrire % Don Frédéric Enriquez, Je penfay
qu'il faloit profiter de la conionâare , 5c (ans
confulter la raiCon ni la bienfeance j'écrivis ces
mots fur mes tablettes»
Les af aires eu h cœur a quelque part ne doi-^
vent point être différé es. JepUinj Vêtat du votre^
iifauiquejevoMs entretienne , vous me devras
votre repos , d* je ne vous demande que lefecret
^ÊWr toute recepnoiffançe. Venez, cefoirfur la ter-
W D race
74 H I ST. DE Je Air
tact du Valais ^ approcher vous d*itne jsdaHfiû
bajfejeparét dés autres par l^ flatu'é de Dia"
ne , je vous diray Seigneur des ^hefes fert
particulier es»
J'avoisà peine cefic d'écrire que je ne fut
pas médiocrement embarrafi^'e d« trouver un«
vôye fure pour faire rendre mes tablettes à Doo
Frédéric Enriquez. lime fe^mbla que \c ne« pou-
vois gueres les confier qu'au jeune Comte d?0«
ropez. Sa qualité de premier Menin de la Reine
Iny permet comme vous fçavcz de nous parler
a toutes. li a cfe ï-efprit 6c j'avot» reinarqué fa
clifcretion en plufiicurs rencontres $ je4ay ûib
irgne de s'approcher ^c moi . je fuis vQtre cau-
tion > luy dis- je auprès d^une de mc« compagne
que vous êtes capable de garden fôri bien un Te»-
<ret • aidez-nioi à.foiitetHrce que j'ay a^^cé à- I
vôtre avantage. Il n'y a rien que je ne fs^^', me-
dit-il, p)Dur mériter labonne opinion>que vous
avés de moi^ & que vous en voulcs donner^ vous
pouvez Madame « me confier tout ce-qu'^î vous-
plaira fans crainte. Ce n'eft pas de mon* fecret^
dont il efiquèftion, repris* je enroùgiffim^: tout
TOulefurn^onanlie , elle vetltembara^r J^on
Jrederic Ênrîquez^lle vient de lui échre furme»
tablettes ;. ti^ouvés moietf de luy faire lire ce ^quî
cft dedans 5c n'oubliés pas de me les rapporrer;
Jeti'oublieray rien » de tout ce que vous m'or*
donnez , dit le jeune Conk«eii fouriant jmai»
la commiHion dc^nt voits me chargez n'eft point
il obligeante que vous tne le vpuks faire croiie,
encore un coup dis- je, je n'y ai aucune par^ , 8c
je ne lai (ferai pas de vous tenir c^mpM de ce que*
vous ferez pour mon^mie.Oropez mequitaauf*
fitôt I ils-'aquita dficeque jembaitoisavec Jm
p B BOAIR BON» ♦ 75
dernière adr^lTe, & pendant qu'il ccQÎt avec Dc^i
Frédéric ; jiétois cfan3 une inquiétude inconca-
vabl& du (ùccez décrite ptemiere démarche,
mais je demeurai peii dans cette (ituation » Oro*
p.ezme rendit mes tablettes avec la même habi-
leté qu'il les avoit prifes , Ôç je uouvay ces mots
écries au deilbus de mon billet«
Je n* avais pfé meflater qu/s les affaires ie mon
tçsur petêjfeni intere/fer fÊrfonne.^ o* j*avo>fie que
je metreuveplui heur4f»» qtujê le çroyois être.
Jeferay exa^à me rendre à vos, ordres, dans, le
lieté.qHe,vous rn" avez» marqué » je vous promets Je
fecrjBt^ Madame., . de> la reconr^otffaJHe^ (^fi. vous
l'a^r^esi, quelque^chofe djeflus^^ ,
Que ces f^arollestfiaterent agjreablemeQt-mjon
imagination ! j'auendois la nuit ay ec la dernière
impatience & ep Tatendant je faifois raille re«
flexions qui me donnoieût tout es.de refpexancc.
^ Il me promet Ton cœur, difoif-je^ eft ce qu'il en
eftleip^Ure t raurpUrilr^(|risa Donna Blaiica,
ounf jjçJuy; aUT/)it* il. jamais donné y mais.n'eft
ce ppint'plutot un tour, de galaxit^erie. qui ne (ig-
iiifie rien 3 ^ qvi ^crt bien, fouvent a cacher une
véritable paillon^ je.ne fongeai à autre chofe juf-
qu'à l'heure du rendez^vous» & j.e l'attendis cet*
te heure daiis.uneconfufit)n depenfées fî difife--
rentes que: je.ne me connoiflbis-pas moy-même.
La nuié^ étoit obfcure 5: j'eoteqdis que Ton.
s'approcboit doMcemeht de ma fcnetVe , j'ouvris
aaflli.tôt ma jaloufip,, ^fe^di^fort^as. Seigneur.
I^on Eoriqu^z efl; ce vous , ouy Madame dit-il>.
c ' cft l'homme du monde; qui vous ed le plus re ^
devable ; mais.il ofe vous reprocher que vou( n^
^ combatez pas avec de» armes égales^ Vouslo
7^ Fîr s T. D fi Jk A K
connoiiTés , voas fçavez fbn fecret , de il ne fçait.
àTqui il parfe ni pourquoi il vient ici. Je vais vous
l'aprendrcyluidis-je d'une voix (I tremblante que
je ne peuvoîs m'expliquer qu'avec beaucoup de
peine, 6c je veux bien que vodsfçachiez que je
juis Donna Cafilda de Benavidez , afin que yous
cedîés vôtre reproche , ôc que vous me loubçon-
niez pas de vous faire de fauiïcs confidences j
après cela Seigneur ne m'ea faites point à votre
cour , 6c vueillez m'avoiier (1 vous ^tes encore
amoureux de Donna Blahca ; »*e{Iàyés point à
me faire une demie confidence , je foahaite de la
bonne foy , fie H vous en manques , je ne vous
dtray rien du tout. Don Enriquez demeura fort
lurj>ris de cette qneflion , il fut quelque teins
fans me répondre • enfuite prenant la paroUe
Donna Blanca eft fî aimable , dit-il , 5c fes chaî-
nes font (i glorienfes , que fî vous croycs que je
lès porte , je ne veux pas m'en dépendre. Je
reftay à ces mots beaucoup plus interdite que je
Teuffie encore été. Vous l'aimez , cette ingrate i
qui vous à facrifîé à un autre , qiii lui a 4onné
îufques à vôt.re-pôrtrait , pour témoigner Vin-
difFerence qu'elle a pour vous , 6c rattachement
qu'elle a pour lui. Je pris alorstine bougie que
î'avois cachée de crainte que la lùn^iere ne nous
fît découvrir , 6c l'obligeant de s'aprocher pour
voir fa bocte , 6e Ton portrait , en lui montrant
Tun 6e l'autre-» je làiilài parler mes yeux d'une
manière fi tendre 6e û intelligible que ces €deles
interprètes lut firent comprendre une partie des
chofes qui fe pafibient dans mon ame. Don -En-
riquez attacha d'abord fes regards fur le pourait,
il les tourna enfuitte fur moi , 6e fe démêlai que
|e Tavois agreableincnt furpris : mais paflant
lout d'un coup de cette furprîfe à celle que lut
DE B O U R B o mT 77
caufoît des nouvelles H peu attendues il me de*
manda par quel hazard {.e fçnvois qu'il armoit
Dona Blaoca , Se par quel malheur pour lui elle
ne Taimoit plus; il m*t& ai(é de vous fatisfaire
fur ces deux queûion&lui dis-)e ^ l'abrence vOuS
a ifêtruit dans Vefp.rit de vôtre roaitreiTe , Don
Diegue de Cuniga a foupiré pour elle , vous fça-
\^z que Ton père eft dans la faveur & qu'elle eft
ambicieufe , il lui plût, elle Tainia , Se elle ne
put lui en donner des'preuves plusconyainquan-i
tes qu'en lui facrifîant un témoignage de vôtre
paffion ^ui devoit lui être chir ; toute la vani-
té de ce Cavalier en fut fatisfaite : mais la certi-
tude qu'il eût djêtre aime ne fervit qu'à le gué-
rir ; foii caraAere eft vain , il crut que Don»
Blanca lui en devroit de refie de la peine qu'it
avoir prife de Taimer quelques iours. Il d.ifconti-
niia de la voir , & peu s'en fallut qu'il ne fur
caufe de fa , mort , tant elle refTentit le mauva'is
procède .^u'il'avoit pour elle. Il voulpt. cepen-
dant me pet'fuAder , que j'en ctois la feule cauff»
qu'il n'auroit jamais celle d'aimer BUpca s'il ne
m'avoit pas veuë, ^ comme je ne cherchois
point à le c?6jre , ôc que j:e fui marquois une
forte d'iadifferencc à laquelle il n'étoit pasac-«
coutume pour me faire changer de difpofition^j,
il m'âporta un jour vôtre portraft , il me racon-
ta tout cequi s'étoitpaiTélà-deiTus , -^cenfînil
me pria de l'accepter |>oSr me prouver qu'il ne
vouloir point renoiier avec Dona Blanca.
Bien que je Te regardaflTe c6mme ud jeiine
ctourdy , je ne raifTây pas de recevoir de fa.maiti
Te prefent gu'il avoit receu de celle de fa maitref-
fe , & je vousavoue que je le fis dans là^viie d^
vous détromper de cette ingrate^ car encore que
je ne vous coanûlTe point ; la renotilmce Se queJ«
D j quw-»
7^ HïST. D E Ib A W
quesuns de vos amis m'avoient parle de vom
Seigneur, (î avantageufement qae pavois une
i'ecrcte pitié de vous voir trahi , & une *veti table
envie de vous perfuader de prendrç vôtre parti.
Je le prendrai aufïi Madame > s'écria Bon £nri.
qucz outré de rage & de colère , Don Diegue de
. Cuniga pourra s'apercevoir à Ton retour de Se-
ville que il je ne fuis pas un dangereux rival , je
fuis au moins un fâciieux ennemi : mais coDti-
nua-t-rl en baiflant ta voix, ne devriez vous
point Madame aider à me venger de Dona Blan-
ca i* vous avés bien voulu m" avertir de fa perfi-
die , ne faùdroit-il pas auflifauver mon cœur de
fcs charmes ? penfés vous que je puiûe l'arracher
de fes mainsU je ne fuis fecouru,? Je, vous lie ju-
re , je fenB déjà que vous n*auriê2 qu'à entrer
dans mes intérêts , la haine que mérite cette in-
fîdelle Ce la reconnoiflànce que je vDusdeyrois
mé tendroicnt à moi même , Zc ft ne yoU(irbls
' fare â ittoy que pour 'être à vous. poU vous af-
fure^'t[tie je fuis né fidèle , i^ue jelxais aimer , U
que vous trouveriés en moi toifte la ten jrefiè S: *
route l'ardeur dont vous êtes digne. Il eft trop
tard» lui dis- je enfouriant, pour repohâre à
mne^ propofltion que vous ne me feriez pas û
vous aviés. moins de fujcts de dépit , mais com-
" me je ne fuis point abfolumcnt éloignée de fqu-
haiter que vous pet^flés.cc que vous venez de me
"dire , je vous anurc quefî votre conduite peut
m'obliger de (jfécider en vôtre faveur , je n*en
ferai pas fachccj commencés à garder un fecret
inviolable fur tout ce qui vient de fepafler , ce
fera un moyen trés-aifé pour me coafirmerlcs
difpofîtions d'eftime que jetens pour vous.
• Je ne Iniflai pas îe tcms à Don lEnriquez de
tne répondre. Je le quittai aaiC-t'ôt , Se dans ce
trop
trop'heureux molhent je n'aurois pas changé
mon fort contre celui de la Reine même. Il n';i
|amais ctc de plus agréables penfces que-celies
qui m*eccuperenc le redc de la nuis. Doua Blan-*
ca eft -abfente & malade , diroisie, die ne re->
viendra d^r'iloagtems à la Cour , elle y reviendra
laide » une maî^trefTe que Ton crpit infîdelle Se
qui n*4i pkis de beauté ne fçauroit gueres/e ju*
Ûiflcr i l'on eft ravi d';»voir desfujecs effentiels
de rompre avec ell% , on en chercheroit en liit
be/bin-, Ôc l'on ne hifle pas cchaper ceux qtic
Ton -trottve ■, qu'ai- je donc à crain(^|^ la pièce
l^ue je viens de lui faire a merveillci^Kent réuf^
û ^ Don Enriqucz a pour mot de tendres difpo-
ficiods , '& j'aurai triomphé de (on cœur , avanc
qut jna rivale foit en état de me le yiemr difpa-
Je fZTUs te lendemain chez h Reine avec an
ha^ic il bien entendu Ôc Ct galant qu'il m'attira
les feux dç Us louanges de toute la (ÏTour, vj'a*
irois. de grands interêcs de àe négliger ancuns de
mes avantages,.^ j^e les ménageai tous G. hcureu- ^
femcnt ocre Don Enriquez nr'afiura qu'il ne
peuvoit le plaindre du mauvais^tour que fa mai-
treffè \m avoit fait» 8t que k dénouement de
cette pièce iui Cembloit fî charmant qn 'il ne tien*
droit qu'à moi de le rendre te plus amoureux 5c
le phis fidelle de tous les hommes. Cette decla»
ration fut fuivie de tous les foins Ôc de tous les
cmprefleoienç que Von fe peut promettre d'un
amant fortement touché. Figurez.- vous , mon
frère, quelle éroit ma félicité dans cet heureux
tems , j'é|pi^ prévenue fur toute chofc 3 jamais
h galantlPe n'a été «plus ii\genieufej lesfétes^
(es plaifirs > ces tendres empreiTemens qui par.
tcAt du ceeur^ ces douces inquiétudes , cette
D 4 petite
8o H IS T« D £ Ie A N
petite jalV>uiie qui fcveillel^mour &quifaît(H-
ré de fi jolies chofes quand elle ne va point trop
loin , ces racommodemens que nous confir-
mions quelquefois par nos larmes , tods ces mu-
tuels témoignages de tendreflè nous oecupoient
chaque iour : mais je me meurs mon frère quand
je rapelle toutes ces chofes à mon fouvenir , &
qu'il ne m'en rede enfin que de mortels chagrins.
!Ere$ vous bien guéri ? lut difois-jc quelquefois»
& fi Dona Blnnca vouloir fe donner la peine de
'vous rapeller, pôuriez vous défendre vôtre li-
berté codftp elle Ml faut que vous ne foiez gue-
res perfuaoee de mon attachement , me difoit-il,
pour me faire une telle quefliop , 5c pour n'être
pas certaine en mcme^tems de ce que je dois ré-
pondre i ytn atc^e le Ciel, aimable Cafîlda,
je la yerrois pouAnoi plus fîdelle c^u'elle ne peut
'tn'avoir été infidelle , je la verrois plus char-,
jnante qu'elle ne m'a jamais paru que fe n'aurois
pas des yeux pour la regarder » ni un c«eur pour
l'aimer, ces aflùranceslàmecaufoicntUnefèn-
flble joie : je la lui laifTois voir toute entière êc
il m'en témoignoit une reconnoifïànce extrê-
me , mais mâi^gré fa tendrefTe 6c fes tranfports,
{e ne me trouvots pas abfolûment tranquille,
î apreheiidois toujours qu'il ne vit ma rivale , ÔC
qu'ils ne s'éclaircifTent enfemble d*une chofe qui.
pouvoir fnire tout mon malheur. Je me faifois
même des fecrets reproches de ma perfidie , j'en
craignois la jufte punition , & cette crainte fiif-
fifoir pour troubler mon repos.
Je prefTois Don Enriquez de faire confentîr
fon père à nôtre mariage 5c qu'ils jne deman-
daffent l'un 5c l'autre à la Reine . j'fflSis perfua-
dée que sMs faiToîent cette démarché je n*aurois
plus lieu de craindie. U me reprcfenteit antique-
foit
D E ^au R BOK« Sx
fois labizartcric de T Amiral , que pour lui faire
âgrcer une chofe que nous fouhaitions (i ardam-
menc , il faloit qu'il ménageât Ton efpfit , &
qu'il s'y apliqueroit avec tant de foin qu'il trou-
veroit enfin le moment favorable. Ces efperan.
ces me flatoient » elles me faifoient plaifir Ôc
/'en attendois les effets lors qu'un jour la Reine
alla fe promener du côte de la forêt de Javales.
Elle étoit peu accompagnée ^ toutes les Dames
du Palais étoient à cheval autour de fa litière qui
étoit découverte , mais nous étions à peine fur
le haut d'une petite montagne d'où nous pou.
vions découvrir toute la plaine que nous aperçu.
mes plufîeurs Cavaliers à cheval que l'on recon-
nut pour être des Mores. llsTébatoient contrée
des Efpognols » Ôc ifs les preflbient fi vivement
qif'il y avoit tout à craindre ppur les nôtres $ fc
pour une Oàme qui étoit couchée au pied d'un
arbre & qui paroifloît évanoiiie , plufîeurs Fem*
tties étoient autour d'elle qui témoignoientleur
doufeur par leurs aérions.
La- Reine s'arrêta 5 elle confideroit ce combâc
avec iiiquretùdb , quand le jeune Don Xnriquez
qui l'a fui voit vint hit demand^cr la' permimoii-
d'aller fecourfr les Efpagnols . la Reine le voulut
bien,elle commanda que quelqu'uns de fés gardes
le fuiviffent Se elle demeura fpcftatrice du com-
bat ; li changea en un- momenr de f^ce j Don
Enriquez tua de fa main plufîeurs ennemis , lig-
ne pouvoiertt pliis tenir contre îiii , St il fnlut
'qu'ils cherchiïffcnt leur falut dans leur fhite. Pen-
dant tout ce tcms mon anic agitée de mille crain-
tes différentes ne me laiflqir voir que le péril
ou il étdtt expbfé. Je faifois encore des vœux
pour lui qu'il étoit déjà vainqueur , 8c je conft.
dcroit d'un «il timidt toutes fés aâions , lors
. • D 5 que
BZ HiST. DE Ie à!Ï
'que je le vis approcher de ces fetnmesqut paroif-
ioient efiraUes bien qu'elles VcûlTent plus d'en-
nçmiK
Il les eût à peine regardées que pouffant Ton
cheval , il s' éloigna d'elles avec beaucoup de vi-
teiïe , maisaparament il fît réRexion que ce té-
moignage demiépiis pour Dona Blanca ( car
c^ctoit eue) .déplairoit^à la Reine qui avoit mê-
me déjà pu en remarquer quelque chofe ; fa po-
litique , ou plutôt mon inévitable malheur,
l'obligea de retourner fur Tes pas,il mit pied à'
terrc^ il l'aborda , mais illç fit~ÎS froidement qu'il
ne luy dit que quelques mots , & ce qu'il luy dit
ctoit fi confus & fi peu arangc que malgté l'at-
tention qu'elle avoit pourTccoutcr, elltn'y pût
rien comprendra. Je vous,<iois ma.libertc Sei-
gneur, luy dit-eïîe . je vous en conferverai beau-,
coup de recon moi fiance, bien que je fois perfua-
dée que vous ne pcnfiés pas à moy quand vous
m'avez defFenduc. Non Madanîc , lui dit ili
j'ignotois à quijerendois ce fervice » je vous
avoue. m,cn)« , continùa-t-il en s'aprochant &
parlant bas , que C j*avois îeu la part qqe vous y
aviez , j'aurois eu befoin de toute ma générofitc
pour me refoudre de combatre en faveur de la
plus perfide, perfonne du monde j & pouc^moi,
luy repondit elle fièrement ; il n'auroitpas falu
moins que la crninte de perdre ma vie & peu^ être
ma gloire pour, rne faire accepter de xou^ avoir
pour mon libergt^ur. Elle u'eppâf) dire davantage
parce qu'elle remarqua qu'une de. fes femmes,
qui cft celle dont, j'ai apris c&tt^ convçrf^tion,
1 avoit écoutée-, elle coaiman4a< que.i'on apto-
châr fa litiere.^.Â: elle inoi;îta dedans pour s'avan*
çer à la rencontre de la Reine. Don £nrique2 la
quita i il vint tei^re compte 4 fa Majefté des
parti-
^tticttïùuntèz du conlbat ^ €^vke c'était Dona
Jiàftca qift« les Mores vottlei eut enlever & à es
nom trop funefte pour moy ^c deroeuray tran-
ses mon imaginacioii ingenitufe à me tourmen-
"tet me fit voir tout d'un coup ce que j'avois à
ci^fidre d'un rencontre (î fatal. Eft-il un raalheuf
Semblable au ini«n » difois-ie, Dona filanca prife
faf ies Morec , ^lloit devenir leur captive &n)c
delivrer'de tout«» Ite» aliarmes que f'ai toujours
eu fur Ton retour , il fîut qu'elle évite ee péril &
Sue et foit Don Enriqucss qui l'en cire I j'ay pre-
;nt tout lieu de craindre .. il vient de la revoie*,
ils fe (ont peut-être édaircis de la traHifon que
je leur ai faite. Ah * je ne fçai H je me trompe,
mais fc trouve que ces regards font déjà moins-
tendres pour moy $ il paroit rêveur 3 Taris doute
it l'aime encore. La colère & le dcpit pduvoient
\t guérit, mats rien ne le guérira s'il eft informé .
derinnocenct defa MaitrefTe , je paroitrai ua^
mondreàfesyeux > je deviendrai Pôb^c de fa*
haint , Ciel rjufte Ciel ! que ferois- ^ û efFeâi-
yement ce qua j^aprehende alloit ariyer. Soir-
que Dôh EA^ique^nepût m'entretcnir fans le
ftine trop r*ftiâr<liicr , ou qu'il ne le votilttt pas,
j e ne (^us lity parler du refle du jour^ Cependant:
Dona Blanca qu%n*âvoit point' vu la Reine de-
puis fa petite vérole nprcs avoir obtequ perroiT-
f!on de la faluer , avoit mis pied à terre 5e s'ew
étoit âprochéc. Je fus inconfolable de là trouver
atiflU- belle que lorsqu'elle avoit quité^là Conr,%
H'ne luy reftoitni marques ni rougeurs^,, fit cîia-
ttttt la loûoit à l*envi pendant que fi gardois ure»
mornc: /tlence & que- i'cxamioois< feon> Enri-
quë'z. Je connoiflbis qiriîs-fc faifoient «ne vio-
lence inutile, pour s'empêcher de fe regarderj ils
Daroiflfoi^nt interdits -, ïh diangeoint de.couleurr
•
•%
V
84 Hl$T« D E Jn Air
mais enfin il y a voit plus de m^iancôlie^cJe
langueur dans leurs yeux que de haine &^e co-
lère : toute antre qu'une rivale n'auroic peut-
^tre pas fçû démêler cesdifFcrensmouyemeoS}
helas ! pour augmenter mes ennuis rien n'ccha-
poit à ma pénétrante jalouHe ^ feMifois dans
> leurs âmes , & Yy iifois ma perte.
La Reine éçpic de retour déjà à. Villa-Real &
j'étois dans Ton apartemcnt que jenem'écois
pas micme apperçiîe du chemin que ^'avois fait
pour y revenir. M;trcvcriè ctoit fi profonde qu'il
m*ctoit impoflible de m'en retirer , & ietroa-
vois bien cruel que Don Enrjquez n'y fit pas la
plus légère attention. £ft- ce ainfi qu'il iii'aime \
difois.je : Quoy il ârenduuafervice.eirentielà
Dona Blanca , il fçait que j'aprehcnde qu'il ne
rentre dans Tes chaînes » & il negligc.de me ra£-
furer ià-deiïus ; il n'a plus Ces mouvements fi dé-
licats qui me mar quoient toute fa tendreiTe^il me
livr^ aux plus cruelles inquiétudes fans travailler
à m'en retirer. Je pafTay ainfî la nuit dans une
agithrion d'efprit qui me fit foufFrir plus que Ton
ne peut ims^iner |.mais encore que je me trou-
vafTe mal, }'aTlai de très bonne heure chez la Rei»
jie, crainte qu'il ne s j paflat quelque chofe con«
tre mes intérêts.
* Dona Blanca parut <e jourla fi magnifique ai
il p<irée de Tes propres charmes queLeonide feule
pouvait lui difputer l'avantage d'être faplusbelle
de U Cour. Don Ënriquez ccok auprès de moy
loffque ma rivale encra; il me dit:att(n-tôt d'un
ton de votx où je remarquai de ralteration.mon
Dieu, Madame^qu'elle eft;belle,ppurquoi faut- il
qu'elle ait un fi méchant cœur, je me touVn^i vers
lûy d*un air afiez brufque^qu'éftceque vous re-
grettez là, luy dis-je«"Seiaacur, que vous im-
porte
, n B B 9 U R B o !?. ty
porte à prefçnt qu^^elle lait bon ou mauvats. Ilne
xn 'importe cii eâet , repric-iLealoupiranc : mais
;e déplore l^e malheur de ceux qui s*atacheroot à
elle. Vous avez bien de la charité^ luy dis- je , Ce
le public vous en doit des remercimens. Je me
tus en Cet endroit, roulant mille penCc es difFe-
rentcs dans moa efprit» & le nombre des chofes
Qui fe prefentoient à dire^ m'empêchoit enqu*el-
que manière d en dire aucune. I>on Enriquez <*
pendant ce teras-là regardoit Blanca fans s'ia*
quieter de la caufe de mon (îlence^ ah } qu'eft-ce
que ceci m'écriai- je > vous me paroilTez changé
depuis hier, vous repentez vous de voui ctre re^-
penti« êtes vou$ aiSez lâche pour aimer encore
cette ingrate } ne vous fouvenez vous plus qu'eU
le vous a facrific à un homme dont te mérite eft (i
médiocre que j'en rougis pour elle, & pour vous.
Il m'interrompit en cet endroit , en vérité Ca-
iîlda, me dit- il , vous ne meconnoiiTez gueres *
quand vous formez contre moy des foupçons (î
infiirieux. Il n'y a poiqt d'homme au monde plus ^
feiifible que [e le fuis aux outMges de k nature de
celui dont il s'agit : mais je vous avoiie que j^e
veux chercher l'occadon de lui en faire les jii*
ftes reproches qu'elle mérite, & je vous p^romets
de lui témoigner enfuîteunefî grande indiffe-
rence , 6c même un fi parfait mépris que vous
aurez lieu d'être fatisfaitc de nion procédé.
Il prononça ces dernières paroles fi foibîe*
ment , 6c il me regarda avec tant de froideur qtre
j'en demeurai accablée. Qiioi, lui.dis-je , vous
fouhaitez on éclatrcificmem avec Dona filanca»
ne femble-t-il pas qu'elle e(l cligne des mefures
que vous voulez garcTer avec elle ? que feriez-
vous donc pour une MaitrelTe tendre éc condnn-
te ? xnaisM^s f ajoutai- je i vous feriez peut*
être
t6 HisT. ht Je A ir
être iTiAcnfible pour elle ; cependant Seigneur, fe
vous déclare que' fi voas lui parlez \.t ne vous
verrai de ma vie. lîdemeuTa rurprt»dhi ton de de
la manière dont je prononçai ces derjiierespa-
Toies 5 il me regarda tongtems -, il tacha tlfe péné-
trer mon décret, il fe louvittt de ce que Dona
Blanca lui àvoit dit, enfin il fotipçonnat)fi«lque
chôfe fans fçavoir encore pofîtivement ce qui!
foupçonnoît : mais là déffenfe que jt lui failbis
de FJen aprofondir augmentoit l'envie qu'il en
avoit déjà , & bien qu'il i^e pK)mtt de m'obeïr il
le fît d*un air fî embarafTé, que je n'eus pas lieu
de douter de mon malheur.
Je fortis de cheE laReinfc 5: je me fetiray dans
ma chambre j je *mè jcttai fut monlit dethiemor-
tc & fondant en pleurs. Leonidem'dvoit fuivir,
tWc entra stuâitôt qUe nioi ; dit vit danns mes
a<Slion$ & dàiVs râbondânce'-de mt^ larmes quel-
•que chofe qui tehoit du defefpoir j elle s'aflTit au-
près de moi > elle vouloitmecônlbleffan^fçavoir
le fujet de ma douleur : mais j'en avôis le cœur fî
rempli que je hii cdnfiài tout ^e qui Te paflbir. *
X^omme elle n*a éncoté fîen aimé , & qu'elle ig-
nore que l*amour eft capable; des plus grands cri-
mes ; elle ne piît s'èny>echer dé blâmer lafuper-
cherie que j'avois faite à ma Rivale : Ha ! Léo*.
nide , m'ccriai-;e , que vôUs cOnnol(!ez peu les
effets d'une grande paiTlon^ tout eft permis pour
poffeder le coeur de Ton amant 5 dîtes plutôt, re-
prit-elle , que l'on fe permet tout, de que l'on
a une indulgence ponr féi-mème qui ne laifTt
pas d'être fort condamnable j fi j ai commis un
crime , ajoutai, je , la punition h'cntfft pas éloi-
ncc 5 bêlas ' i« ne me trompois point , Don En-
riquez tro \a fan*? peine les râotens de parler à
Dona Blanca, elle a avoit pas ccffc dé raimer.
quel'*
quelques fujery qu'elle crut avoir de fc plaindre
de fa conduite. Ils fc' firent d'abord des repro-
ches, de ces reproche&.ils paiTcrent aux cclair-
cifTemens , Sç ils découvrirent ):nfin la pièce que
je leur avoîs faite. Je vous laifle à p^nfer mon
frère s'ils Te racommoierent à nrês dépens. Je
ne r-eftai paslengtems incertaine de ma deflince^
Enriquez mt vint trou veir pour me dire tout ce
que l'on peut irnagîner de plus cruel , je voulus
d'abord lui per(uadér que I>ona Blanca profitoit
de la roibleiTe qu^il avoic pour elle • qu'elle lut
impofoit & qu'il en éto'it encore la dupe : mais
fa prévention contre moi l'empccha de me croi-
re. Commcje connus Tes difpontions H me fem-
blaque je n*avois point de metlleur parti à pren-
dre que celui de convenir ingenuement du mo-
tif que j'avois eu pour chercher les moiensde
broiiiller fa Maîtrefie avec lui $ jugez de ce que
me pouvoit coûter un tel aveu l C'ctoit lui dire
que j'avois été capable-de f'aîmer la première :
c'ctoit convenir de ma foible({e^ d'une paiïioa
dont je ne me promettoifplu^ un heureux fnç|-
cez : c'ctoit enfin lui avouer ja fiipetcherie ta
plus noire ^ui puifte être faite à 4eux afmans ^ je
cherchai des raifons pour m'excufei , je lui dé-
peignis ma tendreîle avec les cou,ieurs lesplu?
vives ». & mes larmes lui confirmèrent la vérité
de mes. paroles s il m'ejQJt^ndf|L,fan8 votiloir m'in^
terrompTC ; enfui tÇ: if rmeregaFjJa^quelque ten^f ,
Ce prenant un air pc un. ton ironique , je. me
trouve aflèa vangé de vôtre perfidie , medit-il^
puifque vous m'aimez,, ^ue je ne vous aime
plus , & <fue je fens pour vous beaucoup plus de
mépris que de colère $ il me c|uita en acnevant
ces naots , & le t rouble »;!&, rage > la honte .Çc l«i
douleur qui s'emparèrent de pion ame penfe*
rent
â
83 HiST.-jOB Tkan
rent fur le champ m'ôter la vie j Leonîde vînt }
mon recours , elle voulut effaierde me confoler
fans y pouvoir réufTir • je mcditois la pcrtede
Bbnca ôc d'Enriquez ^ je me fentbis capable de
me porter aux dernières extrcmitez\. Se i'avois
bien befoin que la modération naturelle de ktioni
amie calmât un peu ma îureur. Malgré la vi-
é^oire que ma rif aie remportoit fur moi , elle ne
pût fe refoudre à me pardonner'le perfonnage
que je lui avois fait jouer dans cette pièce ; elle
s*en plaignit à fa mère Se fa mère eut la foiblefle
- d'entrer dans tous fesTentimens comme Tàuroit
peu faire une confidente. Il tO: vrai aufli que
depuis ce tems-là elles n'ont plus été occupées
que du foin de fe vânger Se de me détruire dans
l'efpTit de la Reine ^ elles y ont Û bien réulH que
' je. reçois tous le$ jours mille defagfémens qui
me fcroie;it mourir de chagrlb fîi'ctois capable
de mourir d'autre chofe que de la perte de l'in-
grat Enriqaez, paprîs incme hier que Dona
Leonor emploie fori crédit pour que lu Reine
parle à l'Amiral i5clui témoigné qu'elle fouhaite
le mariage de (on fils avec Dona Blànca. Une
poura fe difp enfer d'y confentrr. Je fuis à la
veille de la voir triompher : jugez Cafil-
da ne pût cx>ntinuer fon difcours , fes larmes Se
les foupirs l'empêchèrent de parler davantage
êc Benavide^ parut extrêmement touché de fon
ïffliftion 5 il lui ôffiFu même de fe barre ctîmre
I>ôn Enriquez/«8éde!a'vianger^ et^fm-tl n'àtibfta
rien de tout ce quf pèvrvèit diminuer fes peines :
mais celles du cœur né font pas (embhibles à cel-
les de l'efprit ; la raï^onfeulelesapaifediâfîcilè-
ment , il faut qu'elles aient leur cours , Scc'th
le tems qui peut y donner quelque rémedc. L'on
verra cependant parla fuite de cette hiiloirrqu«
* " • . .-• ce
DE Bourbon.' 89
ce n'eft pas une régl« générale 5c que CafiicU
toute def^Ppcrée qu'elle étoif né demeura poiat
des iiscles à fe confoler.
Benavidf z lui nendic compte de ce qui s'étoit
paiTé entre lui 54e Pxincede Carency. Il lui dit
qu'il faJoit abfoluineDt qu'il eât le portrait dç
Lconide Se qu'il a voit ioiaginé un moyen d'atu
gmenter Taverdon de cette bejle fille pour fou
axnant , qu*il ne vouloit ppin,t lui déclarer fapaf-
iîoa qu'il ne fe fut afTurc d'avoir part à (à confi-
dence « & qu'il faloic qu'elle continuât*à la lui
ménager. £11^ lui promit tout ce qui dépendoic
de Tes foins. En effet elle ne manqua pa» de prp-
pofer à Madame de Vclafco de faire peindre fa
fîUe, 5el»iea que Leonide s'y opofat tant qu'elle
]e pouvoit, cela n'empêcha point que fon portrait
ne fût bientôt en état d'être mis entre les mains
de Benavidez ppurl'envoter au Prince. Il en fie
faire promtement un autre dont la Phifionomic
croit fi defagreable 5( Tair fî rude qu'encore que
les .traies en tufTeot afièz be^ux il auipit été diâL-
' ciie de je regarder fans conc^oir. une £ecrete«
averfîôn contre celte qu'il reprefentoit. Ce fut
celui-là dont il cbargcaun exprez pour le porter
au Prince de Carency. Il lui écrivit en même
temps qu'il croyoit necefTaire de l'accoutumer
attx charmes d'une personne qui devoit être fà
femme ; qu'il découvriroit dans fon portrait une
partie dç- cette humeur altiere & bizarre dont il
lui avoit parlé • qu'il avoit jugé à propos de l'en^
tretcnir du mérite de fon 'amant , mais qu'elle
l'avoir écouté avec tant d'impatience » qu'il ne
pouvoir 4puter que fon cœur ne fut prévenu
pour cpielque autre.
Le trop cfedule Prince demeura G confus à la
' vite de ce ppurs^t 5c de cette lettre* ^ue dans foa
pre^
s
SO HiSt. 0E JÊAH
premier mou\^ement il écrivit à Benavidez tout
ce qui lui paroi^bit de dur & de cruel dans cette
alliance , À: il y garda fi peu de mefures que riea
n'^tojt plus defoblfgeam p^r Leûnide : Mais
xohitoe «lie étort pcr-diadceAtvec btaucoiip àc
fufticc dfe l'effet qut Ton |K>nratt «kvoit produire
itir le Prince , elk d«manddit ercs-fouvent à Be-
navidcz , pnr un certainlentim^nt de gloire qui
nous eft afTez naturel , s'il avoit €u d« fes fiou-
vclles , 5c ce qu'il penfoit d'elle , d€ manière
•qu'^iu'int'Ot qà^H eût wçû fa rcfjonce dont les
'termes 'le l-a-irîre^ -paîTCe qu'ilsctoient fi o£Rmi.
-çar^ts'qa'il ri'avôit pâi be^in d'y isien a^oin^ , il
HTonccrfa avec '-Crffilda que ce fèroit iïll« «qui la
tnonfrerohYect^t«ktaer«t fans <)ull parût qu'il y
'eût tronTehti. La chofe fc |>a(ra <?onfn<Re ilsTa-
Votent prOfett^. Leo^'kk lût -la tertre du Grince
^ Ctfreticy , Ôc elte s'en tvws^ fi offencét qœ
Ctlr '(echamp elle fut ie j^tter au^ pieds de Mad^
'it)« de Vtlaico pour la conjurer les larmes <aux
yeux dt rompre un maria^ qui la rendroit h
flvts Rialheureoft p^rfônne eu fnonde. Ce n'tk *
fïoint Madame, luy ^t-elte, que je iprctende
m'^iélôigiyet de l'6beï({dn<?e que 'je vous dors j fc
*e peax avoir d'autres yolofitez q«ie les vôtres ^
tnàis fèroit-il poflîble que vous travaitlaCeK vous
'mttne à ma perte j quelque peu d'expérience
iqire i'aye fut les fentinMBs qu'il faut avoir pour
un Epoux , il mefemMe que fî Von mânqQe'd'a-
mitic pour lui !*on ne fe doit promettre que des
peines infinies ; 9c comment aimerois-^e celut
que TOUS mè deftinez ^ il a conçu h dernière
averfîofi pour moy , il mt trouve tâide , il me
mcprife , n'en puis-^e erpereruniutre de vôtre
main. Madame» ou ne puts-reéblinltc^r^er
fille aitpréft devons^ Jcttecomppettfcfepsoîiitdt *
plus'.
/ D K B O.OR B O K. Çl
plus gTdnd bien , ayez la bonté de ne me pas re-
nifer celiii-Ià , ou s'il ne vous eft pas agréable ,
LiiiTez moy entrer dans qti Conveittpouritrc
Heligi'cufc , fc m*a<rcouiameray mieux à cette
condition qu'à vivre avec uli Ponce pour lequel
)c rens tartt d'cloignemcnt. Madame de Velafca
le laiflà toiiciil^r par les larmes de fa fille $ el-
U r«mbrafià {ïiu'fî'eUTs fois , 5c elle la confola
d*une manière fbit'tehdte. Si vous ne dépendiez
x]ue de moy ma chère 'erifatîc , lui dit- elle, je
mettois ilésioutà'l*heure vcrtrc cfprft en repos j
mais vôtre père éftnnftfn Seigneur, nous lui de-
vons l'une Ôc faiitïè tant'âe delTerehcc ^ qu'ect
mon j>articiiH'eY , ]t nfc VouS puis-rich promet-
tre ^ueîe ne Ybis informée de fes intentions.
Comme elle achevoit ces mots Don Juan de Ve-
lafco entra, la merte *& la tîlIefcjettereRt à&s
pieds , elles j^gniremleifts l'armes &1eursprie-
r.es enïènible pour l'ofetliger de tonnpte avec le
]?rinçé s,e11e$ lui montrèrent même la lettre qu*il
' avoit écrite à^fi^nàvidez ^dpnt il ne pouvoir mé«
connoitre lé carà£lere , quand bien il Tauroit
voulu : mais ce vieux Seigneur demeura inflexi-
ble <5c plus ataihc à téntrOi parole qu'à faire It
bonheur de Ta Bîle unique. Il /ecoihtenta de ré-
pondre <i'un air fève feique c'ctoit unechofearri-
te e , & que -rjcn àù' monde nt lui feroit révo-
quer ce qu^if avôtt conclu avec \t feu Comte de
Ha Marche. Ainlfi Léonide fe recira dans la der-
nière aifHi£!ion , elle rendit compte à Cadlda des
fentimens de (on père, 8c après lui avoir parlé
long-tems de fa douleur , eïïe lui dit , qu'elle
• croit rcfolu'c d'entrer dans un Convent. Ce ne
fera pas un remède pour vous , lui repondit ce^tte
maficieufe perfoiuie , quand on a autant d'au-
thorué qu^eo: a Don Juân Ton vient à bout fans
Ç2 fïlST.DE Je.A1I
peine de retirer (a fille d un monafterc où elleeft
entre c fans aveu : mais ma chcre Leonide , a)o«.
ta.t-elte enrcmbradànt.fe fuis (I touchée de vô-
tre inquiétude que j*ai de ja fongé aux moyens
de vous en tirer , j'en ay même parle à mon frè-
re , il vous eft abfolumenc devo^iié & vous pou-
vez faire un fond afluré fur lui. Il a une belle
maifon fur le chemin de Seville proche de Car-
mona , elle eft environnée d'une forêt fpacieufe»
ce lieu eft folitaire , & je vous y tiendray com-
pagnie. Quoi ma chère Cafîlda , interrompit
Leonide , vous m^aimez alTez pour c}.uitcr la
Cour quand je la quiteray ? Je ferois de plus
grands facri£ces , reprit CaClda en (bupirant;
vous fçavez les raifons que j'ay de haïr ce mal-
heureux Ce jour» le traître Énriquez eft fur le
point d*époufer Blanca, j'en fuisaudefe(poir,
ion infidélité pour moy irrite mon efprit fans
pouvoir guérir moi^ cœur ^ je cherche inutile-
ment des fecours dans ma.fierré , dans ma rai-
fon , & dans quelque forte de prudence dont on
m'a voie ftatée jufqu'à prefènt . routes mes Ta-
mierës me font connaître la faute que je com-
mets de l'aimer encore » fc malgré elles , malgcé
moy, malgré mon dépit > le barbare triomphe
toujours de ma foiblefte . je comprend ^ue Tab-
fence m'otera peur-être cette fatale idée qui me
fuit par tout, Ôc qui ne me taiffe goûter aucun
repos } fuyons ajoutât- elle , fuyons charma nt^
Leonide celui que j'aime, ôt cètui que voushaïf-
fcz. Je fuis encore plus à plaindre qde vous ^
Interrompit Leonide , vous partez pour chec-
cher vôtre repos , perfonne ne vous fuivra, mats
à mon égard , je feray peut-être fui vie', trouvée,
ramenée chez mon père & traitée rigoureufe-
m^nt 3 ha r que vous connoiiTez peu »'écria Ca-
fildu.
bEBouHBOIff. ^l
fîlda , l'ccât effroyable où je fuis réduite , vous
me confolez parce que perfonne neraefuivra ,
-c*cil-U le fujet de mes ennuis , je rouh;^icerois .
patHonnement que le perfide Enriquez abandon- ' ^
nie celle qu'il aime pour venir après moy ; iude
Ciel j'en aurois.crop de joye > Si vous voulez
guérir 1 reprit Leonide ^ ceffez de former des
defîrs (î contraires à vôtre repos, heias ! fç^yjti*
ce que je veux, dit Cafîlda d*une manière lan«
guiflance.j enfin partons, pebtctre queiafô*
litude Se Tabfence me rendront pitfs tranquille.
La jeune Leonide qui n'avoir encore aucune ex.
perience accepta avec plaifir la dangereufe pro-
pofition que lui faifoit fa compagne . elle Tem-
brada mille-fois , elle exagéra le bdn o^ce
qu'elle alloic lui rendre , 5c elle lui en témoigna
fa reconnoiflance dans les termes les plus forts,
elles convinrent du jour 5c 'de l'heure qu'elles
execttteroient leur projet , ocelles ne fongertnt
plus Pane 5c l'autre qu'à prendre des mefures jtt«
ftes pour le faire rciifCr. Une perfonne qui au-
rolc eu no peu plus d'expérience que Leonide
n'en avoit , ne' 4e feroit jamais ha^ard^e à faire -
une chofe fi dangereufe : mfis elle étoit encore
fi enfant qu'elle n'envifagcbit pas toutes lësfâ*
cheufes fuites que pouvoit avoir une celte d^«
marche.
Leschofesétoientencetétac Ion qu'au Mofft
de Juin 1 407, cljes aprirept qve le Cdmte dé la.
Marche étoit arrivée SeviWe lu Wtf'urf équipage-
pToportioAné à fa haiflànce; 0c qu'il atb{t\ithVn6'
unfecouss'de S 00 Lancés ^ PInfane li^dïi Fer-^
nand quiïétoit en guerre avec tés' Mores. Lafre^ .
nommée qui publiait par t^out le mérke 5c fes
grandes ciualttez de cet illuftre Prince, n'oubltolr
pasauffidç rendre juftice au Prince de Carency'
94 Hls,t, pe Ie a V
fon ft'ere. II ctpit ve.nM aye^ luy à SeyilU pour
fc rendra cnfuite à Villa- Real où.il croibitépou-
fer Leonide ^triais la ForcuiiQ Juy, pceparoit de
lon'gues peines auU'eu de$ plaiHrs qu'il aurait
*trouvc.s daas U poiTfiûion.d'.une Ci belle Ôç, ii ver-
tueufe perfoim^..
^u/H-tot qu'dU Hit iafofnic«,dc ctx âouvel-
Ies,c)ic ne penM plus qu*à partir. BenavideAcoia^
h}é de joye ôc d c.fpcr^iKe. ne ncglig,eoijt rien.
çU fon côic poux cette afiF^ire^ 5c coounç.il.re^jat
une letue' dm Prince qui Tayertifloit d^ fondé-
part de Seyillè, L.epnide ne^hçfita plus^ fcmet--
tre fous fa conduite ayec C'a](Ifda»U lesiôe^a auflc
loin qu*il le pût : mais^ctapt à <fraindrç, ppur \\iY
qpeVonnele Ibup^onna die cet,e^Iey^ip.ent<.s'il!
venoit à quêter la.Cour dan^ lé .mcioif f <un$r que.
fa foBur.& Lponide diipa»pkfl9i<intcy^ iM/^uif.fi|:
agpceT qu'un dp fes. amis, lest açompagn^ipir)
c'ctoit un ho m m«. dont la fîdeljtc-luy ctojt.con-
ivUe i aiitfl il ne hae^rdoit rien eAJui^ccuifiantOL
maitrefle & fa focur.
La violence quUlfe4ît pou/fe-Çjyi»iriir,dptc^^.
nide^i^Mt. fi grande 3c fi r^unarqûiiw^® <i^e (ap&
dp'^jtu clU.s'en fer^ ap^J^Uç fij clfç oyoï^ ti\Ct(r
-pjit mqins ocmpç ,.; mailla dçm,aç(;be, qu!e)le.
fdifoltfrl)e.niêm&:luy caufpit tapt ip troubU^
qu'elle croie incapable de reflbchir Cjr. autre.
4xpiii». Ell^s-cpntinuercqt; le;u(,vorf^e.iyèc tpt^te
l^dyjg|nc.!i.*;oi«letl5;9[et,ppfl5)lc. C^^ni eit
oUU^çrit^îfiliii 4ftFçtkc ,, ^Çafild«Xçilit.apeUer.
^•atjriip s elles. TpviUireat, pailer ppni: (Tofeucs U
Çr dirent de U 2daifon de^ Léon, .
{: temm
t^n Boa;KBpN, 95
tement à Villa- Real pour rendre compte à^^na-
videz de Theureux luccc^de Ton voiage. Ce-
pendant ce« belles filles Erenc venir de Garmonà
qui eft une ville proche du Chaceau. où ctlô;^
ccoienc des femmes pour les fervir,& elles s'ocu-
poient dans cet agréable féjour à aprendre à JQuer
des iodruip^QS 6c aux autres plaifirs quf l'on pe^c
trouver dans un lieu o^ l'on ne voit perfonne.
Maigre l'impatience qu'avoic Benavidez de Ce
rendre auprès de^ Leooid^, il paroifToit t;ranquillei
à la Cour : maifrbon Dieu q^e devinrent Mon*
fieur ^ Madame de Velafco lorlqu^ils s'aper;çu«,
rent de: rabfence de leur fille, Il&ne doucercnc.
pas qu'elle ficGafilda ne fe f^ilçnt jet^éesdans^Uti)
cou vent; Benavidez :témoignoitd^.lecrbirecon)^
m&eux».& que c'étpitj^^ule r^Uon qu,l popvoit:
rempécherde parcourir toute l'Efpagne, pour^
trouVérfa fceur* Majs'JMQnileaAr d^ VeUTco p^us
impatient que Iu7 8i qui enavoitaufll de^fulie^s:
plus.preflàmS'ne negligepip. rien ag^i d^^-d^cjpu-.
vcir où étoit Leonide. Tous Tes foins, furent.
InufiUs ; il{«d^CcfperQit,.j55Bfen^vjjdf^ fofige^î.ii:,
à profiter d'une afFaife .qu! il AViWrf ^^duirc a,yeé,
tant 4*2Lircffku lorfque I0 Ài^ne^cM: avù que qu4-»>
ques Qtaflkdft d'E^agne ina^rflitisfaits du Qour-
vernenient avoieiH d'étroites liaifons a-vec.lo
Koi de <3renade U Qu'ils devoienlt lui livrer.
Guadala^ara, Ekixa 5c a'autres'villqs. Bqnay^idez.
ctoit Gouverneur d'Ekixa; bietn qy'il fut.iniy)f%
cent on ravoir» confondu d^i^s ^a^çll^^l4an^i/^ 1^
Reine le fit aulE-tpr aictev. C^ coup i^nprç,? Alç;
mit au defefpoiCi U appreheindoit qtie l'on nefutt
nue Leonidectoit. chez luyr, &qad ce? fut là le
Mii et de fa détention , mais quandjil aprit qu'il
s'agiflbit d'uncrimede Le2^e.Majefté^il (è trou-.
va trop heuroix, fcii craigaitbicamoiaspour t^
perte
c/5 HisT. DE Iea îsr
perce de fa vie , qu'il n'avott craint la pette de
Leonide.' Cependant Ta douleur de ne pouvoir
rallcTtroufcr, Toccupoit Ç\ violemment que n'c-
nnt pas le maître de cacher à Te$ gardes Texcez
de foR inquiétude, l'on netlQuta point qu'il ne
fat coupable. ,
î^c Prince de Carency arriva dans -ce tncnie
tc,ms. Toures les différentes nouvelles qu'il ap-
prit le jetrerenr dans une extrême confusion. La
fîiite c)e Leonide &de CdHlda, la prifon dé Be-
navidez, le dcplaidr de Monfieur^ de Madame
de Velafco. la part qu*i1y devoit prendre, & la
necelHté où f^^i propre -gloire le mettoitde chcr-
^er une perfonne avec laquelle il avott de Çl
grands engagements - le peu d'înclinatioi» qu'il
^ntoît pour elle j tonte« ces chofes dis>^e le caa-
fondoient.
1! efTaya inti|ilemeAf: 'de parler à fienavidez j
it étoit trop bied gard^ 5 il jugea même que l'af-
'faire dont on i*acciiroit ne receyroit point de
grâce , (î elle étoit trèuvce véritable , à Tfiotiy
que la bonté delà ft.etne ne prévaUit far fa jufti-*
ce. tl fçût qàè DtoÉra L%C»nor éioît fa favorite , &
dans le - d^Hr d'être lù^ile à Bënavides' , il s'atta- ,
dia à^faiire fa Ooth' à <fette vieille BamejQitelque
fierté qu'elle eût dte ne ft'ut b'garder eonftre un
Prince qui avoir tant de bellé^qualitez, un efprit
fi aifé, Tair fi'grând & (î noble,. 5c des manières
fi étigageantes $'fa{)refence avoir charmé Mon-
teur dc'M^dame de Velardo,elle renouvella toute
l^ur'doukur pdur la ^ei^e'de Leonide, cette me*
re defblée' eft;étbit'(i'ineonfglablc que rien ne
pouvoir modérer foa affli^îon.
Le P -ince'de Carenci avoit eu Thonneur de fa*
hier la Reine , & d*en êcrèreçû avec'de grands
témoignaget d'uiK efttme de d'une coafidera-
\ion
DE'^OURBON^. 9*^
tlon ,parttculîeré , fçàchant alTcz ce qui ^toit du'
à la grandeur de fa Maifoti. Dona Leonor le
inénag«oit dans l'eiprit de la Reine , & cette
PrinceiTe déinclarans peine qcie fa favorite le re«*
gardoit d'un air bi«n plus obligeant quexous les
Trinceis ôc les Grands d'Efpagne qui lui fàifoienc
affiduementleur Cour. Il fe contraignait de Cort
côté afin de lui plaire', & il ne cherchoit à lut
plaire que pourfervir Benavidez ;^h ! s*ilayoit
f^û alors qu'il travatlloit pourle plus cruel de fesr
ennemis , & pour celui qui lui preparoit des
peines les plus îenfibles •, il l'auroiç peut-être
abandonné a fa mauvaife ded^pée.
Un )Our que la Reine étoic à la jpTomenadé
l>ona Leonor affeâa d'7 venir plus tard que le^
autres 5 toutes les Dames avoientprofhd de étf"
moment pour faire leur Cour. Leonor voîaht
2u'eUes entouroient la Reine , fe-tiht un peu
loignée, elle attendoit que le Prince de Caren-
ci tournât les yeux de ion côté , ôc après lui
avoir fait une profonde révérence elle^'aprocba
pour lui demander s'il voudroiffereporerdans
un cabinet de verdure qui n'étoit pas éloigné: li
lui donna aulG.tôt la main , 5t s'ëtant a(fîs (ur
un lit de gazon j après avoir gardé un moment
àc filence,. eA- ce vous rendre itn bon office, S ei*
fneur ', lui dit-etle , en le regardant tetidrement»
e vous ώt\ager une converfation ayec moi }
TOUS êtes jeune 8c je ne la fub ^às ; ^pus étel
bien ^*t!, f e^ne fuis plus beÛe,' vous avez bentî<^
coup d'çfprit , & je ti^en ai guerrs yd'àb. vieiie
donc l'opfOion oii, je fufs qtiv vous foubaitez de
m^entretenir > ferbit-'cè l'effet de' cet aimable
fîmpathie qui fe trouve ouefquefbis dans le coéuf
& aont on ne connoît pas foi -même la raifon I
Lç Prince hltdaus là dernière furprife de ce que
çS H I s T. ^ E Jf E A N
lui difolt Lconor j il avoit eu envie de gagner
fes bonnes grâces pour la rendre Favorable à Be-
navidez : mais t\ ne pretendoit p^s qu'il y entrât
aucuns de ces emprefTemens qui diftinguent l'a-
mour del'anu.tié. Il la regarda quelque tenisd*une
manière oîi il paroifloit -tant d*ctonnenient &
£ peu de tendreile • que Leonor en demeura
<i<^coûcertée j vous devez Madame /lui dit-il »
itxt cettaiae de toute ma reconnoiflànce pour le
plaifir que vous n^e ménagez aujourd'hui ; il y
a longtems que je le fouliaite fans avoir ofé vous
U demander : mais s'il m'cû permis d'en profi«
ter y aiouta-t-il , agréez que ce foit en faveur
de l'infortuné Benavidez ^ je fçay que vous ppu^
imz tcjpt fur l'efprit de la Reine , veiiille2 , Ma-
dame» m'accorder vôtre proteÛion pour lui;
^'eft la feule grâce que je Vous demandée Vous
n'avez gueres de tendrcfle pour moy > interom-
j>ic Leonor, d'un ton de côlere qu^elîe ne fçut
modérer , d'employer pour un ^utre le teros que
vous devriez employer pour vous ; Eft^ilpoflible
Seigneur que .vous fongiçz. aux întèrcts de vôtre
amy , lc>f;fqtte vous êtes a^jprc* d^.moy? & que
pour la premier^ fo)l^ je vpuj donne lieu (le m^en-
tretenir en particulier \ ha ! je voy bien conti-
nuait-elle que je me (uis flattée 3 l'on ne garde
\>^ tant de fenij frôi^ avec beaucoup de pamon,
}e Prii^« ^irP^^^ S^^^^^^^^^^^^
de fa vjic , il ifit.un eJSbrt fur lui m'çthe ppuf preii
drc lamainde'^ccttç yiejUe ft\{6ritVjjù^,il fjprra
entre les fî enÇjÇs av.çc beaucoup ^;ç^rc^^Hg^ahce :
vous ne jugez gueres biifji V luid|t.i),,.du langâi
ge de mes yeux , ^ dp mesfemit^Vn^ , fi vous
doutez encore de moa amour, je.n'ay rien vu
jufques ici qui m'ait paru fi aimable que vous :
nais j'apreheadois de ymi dcpUîré en vous dé-*
Ç B B P U R B O K. . ^99
couvrant monttctei, àkf SfcigrïetM*hiîdit-dle/
VQ6 tonfiJence fi olilige^nte fiace nbp itioh cteàr!
& m4 Vaàitépoùrqu'ele'iapùiflie Çfltéii'(iri[avec
peine 5 je crâigtibis de ix'^tre pas' dam vôtre ef-
prit comme je Te foiihaite , voas m'alTuTêz d'une
cftîmç particulière ,7* en reflens une joyé («nâ-
bit , & puffqûe vous yoUlfiz Seigneur que je fer-
ve Bénayidez : jf V6Ùs à;^uTe de li'ikité ^ utile-
mentpour'ki ;' ()û'i4nbè<ht oti co'npabls f e'UI ti-
reray ié prifbn.' te IhÏAJée b remercia avec une
gràcé qui acheva 9e charmer Lebnori mâf^ cbtn-
me il s'ennuyoit d'une Ci langue , 8c û derag;rea«
ble converfatiûn , il la termina le plus prompte-
ment qu'il pu t. \ ' '
Loriqù'il fut feii!;il s'àBandofflia à toutes les
. reflétions qui pouvo'ieht lui' faire dé la.pefùe.
Ciel , jufte CîeÏT s'éct-ià-il, quethe refeirvés-tu V
Quoy je me'trouye embarnué dans uhc intrigue'
amottreufë avec la plus laide & la plus vieille de
toutes les femmes , c'eft'là feUle à qui j*ay pu
faire une déclaration , Ce la feule qui m'a juiques
, ici écouté' favorablement , helats! peridaht que
j'aime encore mpn-tuconnuc de NicopoH^ , que-
la mémoire d1^ rinfofttfnée Olimpie m'eâ fi chc-'
re« 5c que 'la jeune Léohid< prévenue d'une
ayerdon fecrette pour moy , aime mieux fuir la
maifbn de fon perc que de fe' refoudre à me don-
ner la 'main , i( faut que pour fauver la vie d'un
amy je foupire auprès d'une favorite , pl-us pro-
pre à me faire peur qu*à m'infpîrer aucun fenti-
mentdetendrefflc.
Bien qu'A d^plorar aînd fa trifte deftince , il
ne laiflbit pas de voir tous les jours Dona Led-
fior. Elle vint enfin à l'aimer û violemment
qu*elle ne fohgeoit plus qu'àl'époufcr , & quoy-
^uc cf fut une yïfion à laquelle il n'y àvoit aùcu-
E a -" at
IPO Ht s T.. D B t B A ir
ne apt>areace» ellç l'envoya, priée qu'elle pût
rentretcnir. Sei^ûeur „ luy dit./e|Ie , fi ce que
vous m'avez dit eft vray , fi vous étés touche au
point que voas ave^ç voulu me le perfuadeT , il
taut me le marquer en unifiant vôtre deftioce à
la miene. je n'eintre^point avep vous dans It dé-
tail de ma naiflànce &.4^rnz fortune /t;oute TEf-
pagne peut vous en inibrmer •* mâU )e. pie con-
unte d^ vous afiûrer a^|ourd'lluy; .que voujj trou-
verez ta moy une amitié fi vive qu'en devenant,
vôtre Epoufe je Mon Epoufe ^ y penfez
vous Madame ? s'écria le Prince en l'interrom-
pant ! il (e tût à ces mocsl5c vit la faute qu'il ve-
nott de commettre ,. il fa remit jromtemeqit , &
Se prenant un air plus doux & plus tranquitle ,.
«ctte aliance , continua-t-il , me plairoit beau,
coup fi je n'avois pas' engagé ma foi à Leonide»
vous ri^avez que je ne (uis point encore en état
de la retirer! Non cruel , non ie nefçay plus
fien>interroiiipit Dona Leonor d'un atrmri eux,
î'ajr vu ta furprife jk ton horreur pour une pro-
pofition dont tu n'es paf digne ; tum^astrom- *
pée : mais tu c'es'trompé toy-mcme en me vou*
tant faire croire que tu m'aimois s (^achè que
Ton ne méprife pas impunément une femme qui
a dans ce Royaume autant de pouvoir que la Rei-
ne. Benavidez fera ma première viâim^e , *Cc
prends garde ingrat d'être la féconde. En ache-
vant ces parolles elle lança un regard furieux fur
lui * & courant dans fon cabinet , elle en ferma
la porte a^c tant de violence -que le Prlence ea
Ipefta fur pris.
Il fe rendit aufli-tôt chez Madame deVelafco^tl
avoit pour elle tous les fentimens'de refpeâ &
d'amitié auxquels il étoit obligé par l'aliance
4|u'il Youloicpr^dra daa^&MaitQn , Ce par la
X9X9
SB BoURB^ONi XOf^
rar» merise qu'il luy connoidbit. Il U regar*
doit ccunme une femme lUuftre , qui faifoils ,
honneur à fon fexe , à laquelle l'on pouvoit con-
fier les chofes les plus importantes / & qui'Ctoft
capaUede donner de très bons confeil». Il nj
balança pointa luy dire ae qui venoit de ifc pai-
(êrentre Pona Leonor Ôc luy. Vous jugez oie»
Madame , ajouta-il, que fans compter mon en-
gSLgtpa^tit avec la belle Leonide » ^'aimeroi»
mieux mourir que d'époufer une ptrfonne quv
s'eS rendue par mille cruautés; l'horreur dé tovi^
te VEfpagne. Je fçai qu'elle efl de grande quali-
té'.^ quelle a des biens immenfe^ , mais je ne
yeux'ai 4'élle', ni defa^tun<; !&je yonspri#
que npus consultions ce qne je dois faire pour
m'en délivrer fims expoferla yiede Bfrnavidez»
L^&ofe eft plus difficile que vous ii« l'imagier
nS^ lui dît Madame de Velafco. Les emporte.'
mens de cette. femme ont dçfa eu plus d'utie vi«
.^imè. Je . trembla pour vous ^. la It«einc L'àioïc
avec tant d'excez qu'elle entrera aveuglement
dans toutes fés pallions : helas ! Seigneur, poùr^-
quoi ^tes-vous en IStpagne , ou pourquoi n'éw
tes-vous pas répoux' de Leonide } tn achevant
ces mots lerlarmes lui vinrent aux yeux. Vou»
pleurez. Madame « lui dit-il «ces témoigna*
g.es dev&tre&ontéme regard'ent, pehrez-voii»
que cette affaire ici ptiiffé avoir d'autre f^iite que
celte de m'éloigner de Villa-Rear, je ne fuit
point Sujet du Ro! d'Efpagne , Ton n'infutte
Î>as impunément un homme comme moi » & je
uir perfuadé que IbrTque Eléonor ceflera dé me
voir , elle ceflera auffi de fe fouvenir de (f s ex*
trayagantes propofîtions s fongez donc à vôur
éloigner , mon cher fiU » reprit Madame dé Ye-
hiTco ta i'embraflàot tendrement , jevoa»pro-r
102 M/s t; ?iiÊ Jeà w
mets de vous mener miâ fille en France , & cte ne
jamais quiter le deitein que 'fii fart de vous la
donner»
Bien que cette parole f&t'^Ia plus obligeante
que le Prince pût attendre de Madaihé de Velaf-
cd , ce n'étoit pas Celk dont il roahâitoitr exé-
cution avec le pins d'eniprefTement : maïs il fe
flatoit que Lepnide ne fe retroaveroîtpis, ou
qu'elle continueroit de témoigner tant d'ayer-
iîon pour lui que la chofe venant à rompre par
ce moien , il n'auroit point à (e reproeiies. de
n'avoir pas obft au feti Gomte delà Marcl^^. Il
ne perdit pas de'tems'^f^butaher^^'endY^cbDsé
(de Monfîcûr de Velâftii ; irVouJoit partir !a mê-
me nuit & fètoutricrà siville ; paie i)fîticc'fon
frère étoit eûcore , parce qiu fi rnâiâdîé de I^In-
fant Don Fernând l'avoit empêché de fe i^ij^e
en. campagne pouf aller (ecoutir Baeça que les
Mores avoient afCegé ave(i eêût mille Itottmes
Bhe s l'on demàndbit.du'4Vooi^4ct6usi^
tez du Roiaume $ le Klince de Carenci eiperoit
îien de n'être pas un des derniers à. fc'iigaaler
dans cette importante oçcafion.
Il fe retira de bonne heure chez lui 4 5c il don-
na les ordres»' nèçe {fait es, pour qiie-tQut fu( prêt
au commencement delà Buit ; mais BbnaLep-
nor s'intcrclToit trop à (es depiarches ooùr igno-
rer un départ (i important -elle avoit des efpions
qui ta fervoîent bien ^ elfe fut avertie par eux de
la reGalution du Prince;^ ne voiant aucun moiea
de le retenir , elle ne voulut ptu^ rien ménager,
de forte qu^elle courut ch^^ la Reii^e ,^ ellç fe iet*
ta à fes pieds toute en lirm^^ , ^ ^ç.fll.e l'a coniura
d'avoir piti'tf de (a foibtelTé'. Le Prince part. Ma-
dame»
ilame , lui dit- elle , \\ m'abandonne , j^ vas ctre*
la plus malheureufe péifonne du monde , C\ vô-
tre Ma/t{lc nem'accorde fa proteâion : refpoîr ^
de rcpoirfer , Ces foins a&dus / Tes fcrmens'
trompeurs^ont trop flaté mon a me ^pouf me dé- '
fendre ^'uae^ tendrede qui me devoit unir avec
hà g nxais \er peifide lye {bngeott qa^à: nre trahi r»-
Se daat ce même moment /e dois le perdre pour
toujours , à moins que vous n'aiez la bonté de
fe fiire arrêter. QlieP prerexrc enpuis-ieavoir^
Tui dit la Rciise , avecfa coorpIaifaïKe ordinaire ^
if doit époufer Leonfc^,. Hon Jcan.dc Velnfco
atreaujcoup de pouvofr.. des parens & des ami»
dans cette Cpur, je lut rend^i une tnfuuice ma^
nifeCke > û je dedaiie^ que ^ç, veux rompre \t ma*
xiage de fa fille pour faire le vôtre ^.^ puis de
^el droit le ferois-)^ ? je n*ai aucun pouvoir fur
«e îeiine Prince, Sçaver vous bien qu'il'apartienc
au Roi de France , & que Ton n'agit pas avec le» .
^rfonnes de foftfang c^nuve avta. les autres»
Coafiderez encore que U Comte de la Marcha^
feu fzttt t&. à Sevilte , qu'il eft Te gendre du Hoc
de Navarre , (outes cf^'chpÇes doivent être mea«-
remtnc examinées. Ah f Madamev ^i dit Léo-
nor, je a'ai point prétendu commettre vôtre
Majcfté- ea la fuppliant de jetenirle Prince de
Careoci /vous le pouyes faire fÎMis quelque pre-»
rexte où ie n'aurai aucune partt : Il eft intime
9aà de Bcnavidez , ne ruffiroit-il pas de dire
<|jue vous jivez eu avis qu'il entroitdanslare*
bellion donc on l'accufe^ i'authorité qu'a votre
Majefté la difpenfe de rendre compte de Tes ac.
tions ; ce que vous ferez fera toujours bien faite
ouel ed le téméraire qui peut vous demander rai«
100 de vôtre con4^ite > Les pleurs & les fi;>upir$
de €«ltc vieille fivarite achevèrent de toucher 1&
' E4 R«-
/
104 Hf I s T« t) E I E A N
lleine» & elle confendt enfin que ftir le champ
un Capital ae des Gardes allât arrêter le Princr»
Cet ordre fut bientôt exécuté Jà Reine fçachant
qu'il ^toit dans Ton Palais , voulut lui parler feu-
le. Quoi , Seigneur ^ vous êtes capable , lui dit-
elle , dé venir dans cette Cour pour nom trahir.
& fous les apparences de la bonne foi vous voir-
iez livrer les villes de ce Roiaume aux Barbares
qui font ennemis communs des Chrétiens } ne
fongez pas , Prince , continua-t. elle à vous def-
fendrei & ne cherchez point des raifons qui fc-
roient inutiles à vôtre juftifTcation» Jt fuisi-trop
l)ien ioCorraée de Vo9| intrigues > cTe vos parti-
fans , & de toutes vos démarches , ainfî vous
n'avez qu'à vous préparer à la punition que
vous méritez fans vous fier à la grandeur de vô>-
tre naifiànce , car elle ne peut vous fervir de
rien, fi vous n'avez recours à ma bonté 5 mais
au relie fi je vous accorde la vie , il vous en coup-
lera vôtre libené. Donna Leonor vouï aime,
'Seig[neur , elle m'a déjà demandé v^i^ré grâce,
ki voulez vous époufer > je pouray oublier cnTa
faveur le pernicieux défi*ein que vous avez eu de
ïenverfer cette^ Monarchie. Le Prince de Caren-
cy écouta la Reine d'un air fort refpeé^ueux &
fort tranquille , 5c iors qu'elle eût cefi^ de parler.
Il lui dit d'une manière alTurée 6t pleine d'une
noble fietté ^ mon cœur eft ihcapable d*ttlie lâ-
cheté telle que vôtre Majefié me la reproche , *êc
f 'ay trop d'intérêt ^e me juftifier pourconfentir
que vous oubliez mon crime à la cbnfideration
de Leonor. Non, Madame, je rèfufe la grâce
que vous m'offrez , je vous demande feulement
juftice , quelque fevere qu'elle foit , je n'ay pas
fui et de la craindre. Allez donc ; dit la Reine,
allez /Prmce , vous fcres étroitement gardé ft
rigou-
rlgoareufetnent puni / fi vous êtes coupable.
Oti Icconduifit auflî tôt dans le mcint châ^ ,
teau où ctoïc Benavidez , & il y paflà plufieurs
)ours fan^ voir perfonne. Cependant quelque fc-
crtt que l*on eût obfervé , Dqm Juan de Ve-
fafco ftit averty des mauvais traitemens que re-
cevoit te Ptince du monde qui lui ctoit le plus
cher. I) en parla avec beaucoup de fermeté à la
Reine la menaçant du refientiment du Roi de
France ; mais elle étolt refotiie à tout plutôt
que d'accorder la liberté du Prince , à moins
qu'il n*épousât la vieille Leonor. v ,
Cette orgueilleufe favorite obtint d'elle tt^
permiilTon de le voir, 5c elle vint un foir dans fa'
chambre fi brillante de pierreries Ct fi efproya-
,bfe d'ailleurs qu^à peihe pût-il fe refondre dt
1 etter les yeux fur elle. Rren ne me fera difficile, <
lui dit- elle , en lui prenant la mai'n , mon ayma*
blèPrrncr, rien ne me* (^ra difficile fi vous m é
voulez donner vôtre foj $ yevous engage là
mienne de vous retirer de cette afFreufé ptifom
mais fi vous étcs'trop fier, û vous me dédaignes
fôuvenez vous que vous y pafferez le refte dé
vôtre vie > ou qu'il vcms arrivera dé la finir dans
tin lieu encor plus tragique. Eh.quoi ! continuâ-
t-elle yoiaiit fnf fônr viâgt niî airdèclDiere & de
mfpris , l'échafâut vcms fait il moins d'horreur
que moy>> Je ne fuis plus dans la belle jeunefle^.
je Tavotie ; néanmoins telle que vous me vbyes"
je pourois faire le bonheur dés plus grands Prin*
ces de l'Efpagne : l'on foupire pour moy , Ton:
n'ofiRre dés vœur , & je pretens lès joindre tous
aux miens pour vous les offi^ir. Régardez', mon -
cher«Prmce, regardez-, continua-t-elle, lèshôn-
teaies démarches que vous me faites faire , com^
bien: je dois lou^r de vous avoitcr mes fôiblef-
to6 HisT«DB. Ieait
fes , ^combien .vous m'en deye^i être obligé!
jt fais temble^ tiàutt cette Cour , |e tremble de-
vant vous, & i'attens ,ce4que vous m*allez dire
comme l'arrêt de ma vie ou de ma mort : vbu$
ctes feulTarbitre de mon bonheur , vous pou-
vez tout pour ma félicité. Pendant qu'Eleonor
parloit le Prince de Carenc j fentoit des mou-
.vemeos d'averfion ôcde mépri); H violents pour
«Ile qu'il avoit une peine extrême à les conte-
nir i mais faifant un effort fur lui mtme , il fe
contenta de lui dire froidement , n'êtes vous pas
encore fatislàite du mal que vous me procurez,
& ne cefferez yous point de me perfecuter d'u-
ne pa(Eon à laquelle je fuis inienfîble. Je vous
avbiie que le malheur de vous plaire eft feloa
xnoi le plus grand que je pouvois jamais éprou-
ver, & fi ma fincereté vous irrite continuez d'ex-
ercer vôtre rage, de vôtre vangeance fur un hom-
me qui n'a point d'autres reproches à fe faire
que de vous ayoïr laiflë croire quelques mo-
mens qu'il pouvoir vous aimer. Il fe tût ^prés
avoir prononce ce peu de mots , & quelque
.chofe,q^'e^elui dit ^ il s'ppiniatra à nelîiy pas
icpondrc.t
Elle fortît de (à chambre comme une furîeufe
en le menaçant d'une mort prochaine j elle paflà
dans l'appartement de Benavidez qui n'étoit
pasdefon côté dans une fituation plus tran-
quille. Il eft aifté de le coinpFendre , lors que
Ton Te fouviendra.qu^il ne' pouvoit profiter de
tous les ftratagémes quM avait emploiez pour
faite aller Dona Leonide chez hu. llignoroit
même fi elle y étoit encore, fi on ne Tavoit point
trouvée depuis fa prifon.» & fi le Prince de Ca-
Tencyqui devoit arriver n'étoit pas devenu, foa
epqux, en un mot fi le crime dont on i'accuCoit,
bica
V*H
bien qu*I)4Ki fut innocent « ne feroit point là eau*
fei«(aperte. ' • . .< .^ ; t
Voilà les refleé^ions qu'il fairoîc Iquand iî-vil
entrer ponaLeonor. 11 ne favoit a quoi attri*
bner une Mvilité fi peu attemiuë , & ill-altoit
Ten remercier lors qu'elle prit la parole. Bena-
videz , lui dit- elle d'Une voix altérée' & qùi-
tnarquoît aflez,ragitation de fdn efpric'^ le niieiU
leur de vos amis tient vôtre vie* ou vÀtre mort
entre ici matns , vous ères accufé & l*on vous
croit coupable , le Prince de Careaci cft prifon.
Diifr ici , vous lui êtes cher «je veux bien vous
avouer que fai un^ftime très- particulière pour
lui : Je vous le ferai voir , il vous chérit » tra^^
vatlîez à me le faire époufen J^e vous réponds
de vdtre liberté, mais fanscela vous avez roiit
à craindre & pouf-voiis St pour lui;- Adieu , fou*
Venez- vous que nos intérêts doivent être -tom<^
muns $ elle n'attendit pas fa réponf*:» car elfe
éroit G troublée de difEerentes pa(fîons qui agf«
toient (on ame qu'elle ne pouvoit demeurer ua-
moment dans un même lieu:
Benavidez à ces nouvelles pa^ du plus vio-
lent dè(«fpoir à la plus^enfible joiei'i 'il^efcdut
d'emploier toute fôn adre(fè pour perfuader le
IPrihce. Il connoifToit l'afcendant qu'il avoit fur
fon efprit , 6c il lui fecnbloit qu'ils- en 'pouvoit
tout promettre^ Quelle heurenie avahture , s*é—
crioit-il, s'il confent à cequtfveiit Dona Léo—
nor , je m'aifure par là l'aimable Leontde. Cet-
te favorite rcconnoîflànte :dU férvke' que je luîi
aurai rendu, emploiera fon' credJt* pour me la
faire épbufer. Je vois bienqueTon ne T<^^it pas.
encore en quel lieu elle èft retirée , ye fuis le feul
depofttaire de ce tréfor , j'obtiendrai ma liberté
fc /'irai la trouver d^os retraite. Après avoir
^^ révi-
«qS -HlST. DB TbA&
tcvc à cJBt dgrcable changcmcot deWtune » it
ne pouvpit s'empêcherdefe faire des repsocbei
fècrèts itir la trahifon^'H hiCoït à foivami & à
Leonide, Non , difoit-il , non « je ne goûterai
îamaifi Un plaifirsdanstout^leurpui%té, puif-
que }€ fuis réduit à tromper des perfonoes qui
méritent û fort ma tendrefle , qfui m'accordent
la leur , & qui feront pcut-ctre inconfolables de
f\*a.voir -pas été. unis enfemble. Helas ! ne pois-
îe devoir ma félicité qu'à une perfidie 1 Ces re-
flexions empoifbnnoient une partie de fa' foie j
mais fon amour les furmonta., êc il s'affermit
contre tous les remords dom^l ppuvoit être en-
core capable^-
Comme il attendoîe avec la. dernière impari en-
iu qu'on le fit parler au Prince de Carency , Mr.
, 4e Velaf^o fongeoît à ti^r ce dernier de fa pri«
fon.. Il gagna un gar^e .pour lui porter des cordes
^ des limesf, ce mcme garde lui aida à fcier Us
bareaux de fer de fa fenêtre , & pendant l'obicu-
rité de la nuit ils fe fauverent l'Iîli 6c TautreTur
des chevaux que Ton tcnoit tout p^és au pied du
château*
La chofe ne put ctrc faite fi fecretemebt que
quelques uns des gardes qui avoient entendu du
^ruit dans la chambre du Prince n'y entraflPent
- pour, s' éclaire ir de ce que ce pouvoir être» ik
n'eurent pas plutôt reconnu (à fuitte qu'ils Jcou-
^ lurent, en donner avis à Donna Leonor. Ces
nouvelUs mirent U comble à (à fureur. Elle fit
mohter à cheval df s gens qui lui étoient tous de«
voliez » 6c dans ce moment elle fa voit fi peu ce
qu'elle difoit qu'elle leur commanda avec beau-
coup de confufion de le futvre 6c de U tuer s'ils
ne pouvôient le ramener 1^ Villa-Real. llsfefe-
parèrent fur U^cliaaijf en pUtfieurs troupes • 6c
pri«
nrireot dt ver Ces routes pour ne le pas manquer.
Mais après qu'ils fureot partis les premiers moi|-
vcmencs de fa colère s étant un peu appaifez elfe
fit réflexion à l'ordre barbare qu'dle yenoit^dç
donner , & elle ne mit point en doute qu'elle nie
fut trop bien obeïe par des miferables accoutu-
mes iu crime. Quoi 3 s'écria- 1- elle , je vas donc
devenir la meurtrière d'un homme pour lequel je
facrifierois volontiers ma vie? quoi c'eft moi
qui conduit le poignard qui va lui percer le ftin !
achève , iniufte fort , achevé de m'accabler « tu
ne te contente pas de m'arracher ce que j'ajme,
m te fers de mon pouvoir pour raiTadîner. Ce»
fûneftes penfées la troublèrent fi violemment
qu'elle ne fe pofièdokplus. Elle fit partir beau-
coup plus de monde qu'elle n'en avoit envoie
après le Prince avec des ordres bien difFercns des
premiers qu'elle avoit donnez 5 mais iln'étoit
plus tems 3 car ils rencontrèrent ceux qui l'a-
voient fuivi « ils revenoient lur leurs pas Se ils
leurs dirent que l'ayant, joint ils Tavoient tué
malgré fa brave refiftence > qu'elle avoit été fi
srande qu'à la vérité il n'étbit fuccombé que Cous
le grand nombre d'ennemis dont il s'étoit trouvé
accablé.
Ils fe rendirent tous enfemble à Villa-Real 6c
raporterent ces funeftes nouvelles à DoiinaLeo-
nor. Elle les reçeut comme une femmequi s'y
attendoit déja,& qui ne vouloit plut fonger qu'a
mourir. Les foins , les prières , & les larmes de
la Reine lui devinrent inutiles ? elle s'arracha les
cheveux, elle fe déchira le vifage, ôe Texcés de fz
douleur ne lui permettant pas de vivre elle quitta
le monde avec quelque forte de confolation,
puifque c'étoit le feul môien de reparer te mat
qu'e&e venoit de commettre contre le Prince de
Carcûcjr 8c contre eUe-même.
fîO ' HiST, DE ÎE A H
Monfieur & Madame de Velafco étoîent ta.
jCODfblàbes de leur côté. Ils fe reproc.hoient de
'n'avoir pas donné une aflez grande efcorce au Pri-
nce. Ils fe'regrettoient comme ifs auroientpû
ïaire leur propre fils , êc ûs chàrgeoient dîmpre-
cations la mémoire de b cruelle Leonor. Pour
Benavidez il fut informé de cette mort , parce-
que l'oncommençoic à le garder avec moins de
rigueurjles intérêts de fon amour remportèrent
^r fa reconnoillànce & l'empêchèrent d'avoir
% moindre fenfibilité pour la perte du plus ay-
mable Prince du Monde, qui promettpit les plus
fraudes chofes , & qui étoit le plus fîncerement
e Tes amis;
Pendant que tousces événements fe paflbi en»
à la Cour , Leonide fous te nom de FeHci« , &
Cafîlda fous celui de Beatrix de Léon avoient
duflî d'étranges alarmes dans leur folitude. Ce
vieux Gentilhomme qui les' avoit conduites juf-
ques là les ^oit informées du malheur de Bena-
videz , qu'il étoit arrêfé. Se qu^on Taccufoit d'ê-
tre d'intelligence ave'^c les Mores. Éafilcfà vouloir *
abfolument retourner à Villa- Real afin. de fervir
fon frcre & de folliciter pour Ni $ mais Leonide
qui craignoit de refter feule lui reprefenta forte-
ment que puis qu'elle étoit brouillée avec Donna.
Leonor, ôc qu'elle l'avoit mife fi mal dans Tef-
prit de la Reine bien loin^que fa prefence appon
tât quelque remède aux affaires dé Ton Frère,.
eHe ne feroît que les aigrir } qu'elle auroiHe cha-
grin de voir Enriquez marié avec Dionha Blanca
Ôc qu'il faloît. encore attendre quelque tems pour
connoitre le tour que prendroit cette acufation.
Toutes fcs raifons n'auroient point eu la force -
d'arêterCafilda,s*iln'y en avoit eu une plus pref*
fante^ c'ctoic b paffiondc Benavidez pour Leo«
jiide.
ûbBourboit. nt
Cafîldïi apprehenc(oit que G elle la quitoitfb»
Yrere ne perdit tout le mérite Se tout le fruit d«
feis' indignes malices « & qu'elle retournât che2L
Don Juan de Velafco , cette crainu Tarrcta au-^
pré» d'elle. -
Leonide 5c Cafîlda alloient (e promener quel-
quefois dans les forêts qui étoient proche de leur
(olîtude. Elles y ^toient un foir afCres au bord
d'un ruiljèaux 9 lors qu'elles virent paflèr contre
elles un cheval qui couroit à toute bride. Com-
me perfonne ne le'condutfoit , efîes en eurent
peur; elles fe levèrent promptemeht Ôc encrèrent
dans une route qui répondoit au château , mais
elles furent extrêmement furprifes d'j trouvei^
deux hommes couverts de bleflures & noyez
dans leur fang , elles ne doutèrent point qu'ils
ne fuflent morts , un tel fpeâacle étoitbien pro-
pre à effrayer des perfonnes (i jeunes , ^lles n'o-
ferent s*en approcher, mais elles coururent au
château Se revinrent aufli-tôt avec leurs femmes
& quelques doraeftiquesafîn que l*on pût donner
du fecours à ces Cavaliers, s'ils étoient encore
en état d'en recevoir.
Elles a perceur ent le même cheval qu'elle?
avoient dcja vu ^ on l'arrêta par leur ordre , 5c il
étoit aifc de iuger par fon équipage qu'il appar-
tenoit à un homme de qualité , (a petite efcorte
que ces Dames avoient prifes les rafiuroient uq
peu , elles s'f prochercnc. de ces inconnus 5c vi-
rent <pif l'ui) des,deux'<toit d^ja mort > l'on
trouvji que l^aiitre rej(piroit encore , 5c J^eontde
qui n'avoit jamais reflenti d'empre (Terne nt pour
perfonne fut'touchée d'une fi grande pitié que
fous ce nom de pitié il entra dans fon cœur des
fentimeos plus dangereux , plus vifs , plus ten^
drçi> EÛe yerfoit des Urmes en regardant ce jeur
* ne
ni HiST. BB IbAtII
lie étranger dont la bonne, mine 4<trhsbkn[iar«
quoient affez la KobiefBs , & comme Cafîlcfâ*,
ne paroi {Toit pat moins touchée qu'elle , lei
mouvements de confipaffion qui leur devinrent
communs furent caule que Lcohide ne s* étonna
pas des (lens particuliers , bien qu'ils fiflènt des
ciFets dans Ton amé , qu'elle n'avoit point reflen-
tis iufqu'à lors;
Ha r quelle perte ma fœur , s'écria-t-elte dou«
rouFeufcment en regardant Cafilda , (tce Cava^
lier vient à mourir , mais que pouvons nous tù
perer de (a vie , il touche peut-être à ion der-
nier moment ; en difant cet paroles elle ccaoic
fes belles mains fur une dé fes blèfliires , ft
les y preflànt elle empêchoit que le fang n'en
fonit avec abondance , l'on apocra de Teau que
Von jetta fur fon viiàge , il poufQ quelques (bu-
pirs. Leonide avoit appuvé fa tcte fur ces ge.
nroux pendant que Catilda faifoit faire un ef-
pece de* brancard , avec des branches d*arbres
'pour l'emporter j enfin il ouvrit les yeux & lé
premier objet qui les frappa ce fut Leonide » il
demeura comme éblbiii de l'ëcUt de fa beauté ,
il fit un effort pour lui parler , il ne le pût , & à '
retomb,a tout d'un coup dans une fcnblefl!! , qui
laifla croire à tout le monde qu'il étott mort.
Leonide Ce Cafifda que je dévoit toujours
nommer Felicie 9c Beatrix dt Léon » ( car elles
fe faifoient nommer ainfi ) voyant que le Bran*
card étoît achevé firent emporter cet aimable
étranger» 5c elles U fuivircnt fi vite & fi rem-
plies de leurs différentes penfées qu'elles ne pu*
rent les interrompre pour (ê parler. L'on envoya
promptement à Carmona quérir un ChinirgîeiL:
qui les ailura, après avoir mit lé premier appa-
reil à ici blcfliircs^lqU'il n'y avoit rica à craindre.
Gcu
Cette Rdavelle les fit paflcr tout d*uA couj^ de la.
d^ultur à b joye. Leonide s'approcha de Ton Ut,
if avoit recouvré la parole , &'le premier ufagr
qu'H en fît; ce fut pour kii marquer (à rcconnoif.
fanée. Je ne- puis me plaindre , luidit-il , d'une
voix foible , de la funefte avanture qui m'efk ar^
rivée ^ Je fuis beaucoup, plus ienfible au bien .
qu'eSe me.frrocure , en vous voyant , Madame,.
que je ue le fûts à mon malheur ^ mais la craiAte
de vous incommoder , & d'abufei^ de ^a grâce
que vous me faites de ikie fouffririci, trouble
tente la £itisiàâioii que j'ai de m*y voir. En dv-
fàftt ces paroles iliaregardoit a^ec tant d'admis
ration & de plaifir / que fi elle avoit été un peu
plus intelligente dans le langagedes yeux j elle
avoit fans doute^diviné ce qui fe paflbit déjà dan»^
fon cœur. N'ayez point d'inquiétude , lui dit-
elle, voue ferez fecouru dans ce Château, Se
vous n'aurez pas lieu Seigneur de vous apperce-
voif que nous vous>y voioos avec peine. Çepen^
^ dant vous êtes dans un ctat , pà jecrofs que tir
filenee. & le repos vOuftfont également neceflài-
res, êc cette raifon m'engage à vous quitter.
Elle fe retira feule , parce que Cafilda qui étoit
feule d^ns fa chambre, feignit d'avoir encore
quelques ordres à > donner pour y demeurer plus
long. tenu , Elle s'approcha de lui à (on tour«
Bien que ma forur i lui dit^elle , vous ait ^ffeuré
de l'envie que nous avons de vôusctre utile , je
ne pais m'emipdcher « Seigneur, de vous le dire,
encore, 0c de vousxonîurer de nefongerqu'à
vous guesir. Il fera difficile , lui dit- il, d'un air
languiflàat , que je puifie guérir dans ce lieu icl|
ce que Ton y voit , Madame , eft bien plus daa-
gereux que les bleifures. que l'on reçoit dans un
combat, Cafilda feignit de ne pas entendre ce
tï4 His *♦ DB ÏE^nr
qu'il vouloît liii dire , elle ne douta point que ctf
paroles ne s'adreflàflcnt à elle^ de auffî-t'ât qu'el-
le Peut quitté , elle fut rejoindre Leonide. Elle
. lut demandia adroitement ce que' l*inconnu lui
iavoit dit, tWt lur en rendit compte . Se Cafîlda
ne pouyant modérer Tajoye , je veux bien vous
^avoiier, lui dit-elli^ qu'il m'a parli plus obli-
geamment qu*à VOUS; Âces^môtsl«eo«iderer-
lehtit quelque inquiétude (ans en pouvoir démê-
ler la caufe.
' Elîes fe mirent au Ht r elles dormirent peu;
Xeonide faifoit réflexion à la bonne mine & à la:
t>arfaite beauté de ce ciiarmant £tfaiifler« £Ue
^xaminott ehùl^itefes mouyemens , eue trou*
yol.t^'ëile ties^tOtt jamais il fortement .inte-
teflfée pour perfôhne qu^elle avoit fait pour luî^
que Tout ce qu'il avoit dit lui avoit plu : qa'e]«
)6 reflentbit du chagrin des chofÎBs obligeante»
Îu'il'avoit dites à^Caillda $ &cUe demcurolt
'accord âfvéc^Ue vême qu'elle devoit fairr
iine garde exafle (ùr ces {Propres fentinvest ^afia^
^de n'avoir pas lieu de fé tes reprocher. -
Câfilda étott dans des difpoiitioiie biçn .diffe*
tentes. Elle penibit que Itleul mojen d'oublier
Don Fernand Entiquez, C'étoit de donne rfoct
cœur.àun autre. Quelque chagrin qui puiiK
ih^airiver dans un nouvel engagement , difoit».
elle, il ne fçauroit égakr ceux qlte je reflèns. Je
vois ce que Vaime entre les bras de Dona élança,
je n'ai aucune reflburce évi côté de TeTperances
&1ors que je m'attacherai ailleurs , je pourrai
être payée d'un tendre retour : J'avois Heu de
craindre que ce charmant Inconnu tle trouvât
ILeonide pW belle que moi , mai« ce qu'il m'a
déjà dit doit me mettre en repos . il £iuc donc
J'aimcr ^ contmiia-t-elliB , (l Vamour a fes pei-
nes.
N.
' tofe' B'ùuRB'Oîr.' TIJ5
nés , îFa fesplaidis. L*inconnu de fou' côté faî-
ibit tks rëfùxioiis fur le procédé honnête de
yelicîe. C*eftainfi^qu'«ii lui avoir dit, quMlcfc
notnmoit. Qite \t crst'ms , difoit-il, que (on cœur
ii« foîf dffiTidle à toucher. Les regards timides de
modeftes-', la rbugeitr qiii couvroit fes /oiiesv
aiilQ-târ que lefettoib'ies yeux furjeflc ^ mfar-
-quenr aflez qu'eHe h'a'poiht* ehtore aimé ;: oCt^
Foi^> je me flatter de la reiklré fenfîble ? Quanà"
<dn*e^a()(n malhenteuxque fe le fuis , peut-oA
tCpertx unTi grand rcroiir de fortune ? j*ai étéatx-^
Wé à Nico'polis fahii àv9tr cei(e qôl me vouloit
dutfien 3 j^ài'pnsdes-thâinesà GeMnesqut-n'onfc
Cervy qu'à oi^étaMet^ 5 Je me rends à Villa^Rerf
pour épôuref Leoniâe > ^c ttonvt qu'cMe n'jr
•eft f\^i 5 Bt on'èlle me fuît , q\i*tlle me haït;
''peut-être qu'eife eft avec un autre, 1k qu*eHe l'ai-
me . la fatalité de mon étoile ne fe contente pat
de me perfecuter de toutes ces n^nreres. II faut
Ijtie fe j^ftiifls'à Ltôvkn^'^ jcettc farre qui- vient
4ç m^fSiU'ifkJEntt'^ Ôc Sont là ps^on cmpor.
tée m'ejiaciB'tea vie^dés dcrriiéfs périls , fi elfte^
découvre que je fuis encore dans un lieu où elle,
a du pouvoir. Quel mojen cependant de me
feparer dé Felide , elle m^eft déjà plus cherè que
h vie mte fe voudrois garantir ) toute la précau*
tion'dont je fuis' capable én> Tétat où je mè
trouve, c'efi;de changer mon nom ; il me (éra-
ble qa'àiant été prisa Gennes pour le Comte de
la Vagne, je pourrai 'pafler pour lui enEfpagne»
& G i'avois le bonheur de toucher le cœur de la^
jeune Felicie , nous.irions enfemble à la Cour de
France ou dans mes Etats , Ce comme elle eft
la I^aiforn Rovale dé Ltbn , je n'aurai point
à'r6ùgir'de iherf eux pour elle . mais helas ! il
faudW>it hit plaire^ ficjèa'bfe me le promettre.
cepco».
\i€ HisT, ivE Jeaw
cependant elle aime Ta fœur , je veux m'attacher
à elle , je veux la mettre d^ns mes intérêts , &
par ton moyen îe pourrai faire entendre mes
fentiroens à cette belle perfonne. C*eft ainfi
:aue le Prince de Carenci paflà la nuit , combattu
de mille craintes & de mille erperances.
. Cafilda pliis mattnalle <^e Leonide , s'étant
fait promptemenc Kabillex courut vers la cham-
i>rc de Tarmable, Etranger pour ff avoir comme
^1 ^6 portoit, OnluLdit qu'il avoir peu dormir.
.& qu il ctoic ^veill^, cela l'obligea d'entrer pour
4uy démander elle-mêmf de Ces nouvelles. Il la
«e^.fr.cia d'un foiafiobli^cant , flelapriadeJaî
4;iixeàfoq Cour li elle. avou.bienTep'oté. Il me
4^eEible , lui dit-elle , Seigneur-, que fat eu quel-
que forte d'inquiétude «dont je dots vous.ac-
cufer^ car enfin elle vient de lacuriofité que
vous m'avez infptrée de vous çonnoltre Ce de
J'iacercitude où je fuis que. vous ne vouliez
pas la fatis£aire. Vous.ayez mai jngé d^' nia rc«
jQOxmoiflànice , lui djit jf Ft ince , û. yotis avex
penfé • Madame-» que <je refuferois de. vous
obeîr. Je fuis Génois de la Maifon de Fiefque.
l'on m'appelle Sinibald Comte de la Vagne ^ \t
voyage depuis quelque tems, y'allois it Seville
lors qu'en paflànt dans cette forêt , des voleurs
m'ont attaqué,} j^'ai voulu me défendre contre
eux , êc vous avez vu ,. Madame , en quel état
ils m'ont laide. Je connois vôtre Maifon » Sei-
gneur, répliqua Cafilda , j'aurbisaii4^ment jogé
en vous voyant qu'elle devoit être Illuftre: mais
Vous m'avez fait plaifir d« me confirmer l'opi-
nion que j'en avois. Le Comte de la Vagne (car
il faut que jje nomme atnfi leJPriace de Caren*
cy)r)fiterrompit pour lut demander des |iou-
vclles. de FelicU aycc ua cmpreflèmcnt qui ne
'fit
BB BoakBoK« 117
iSc guerre de plaifirs à Càfîlda , elle lui dit ftoi-
dément qu'elle ne'Tavoit pas encore yae , Se
«omnie le Chirurgien trouva à propos tie ieyer
le, premier appareil , elle fe retira.
Ce ne fut que pour paflèr dansla chambre da
Leonide qui venoit de le lever. Quoi ! vous êtes
liabillée , dit-elle à Cafilda , d'où vient , ma
foeur , cette diligence } Je ne puis vous eii reii«
Jre d'autre raifon , lui dit-elle , que la beauté
du jour. Il m'a fait honte d'être n parefieufe |
mais croiriez ydus que j'ai déjà vu nôtre h6te ^
que je fçais fon nom Se Ton pars ? ajoutez , in-
terrompit Leonide avec un air un peu chagrin,
que vous fcavez au(E le Cecret de fon cœur. Non»
reprit Caulda enTouriant, jèfuis de bonne foi,
fie nôtre confidence s'eft terminée à mMnforfiier
u'îl cft Génois Se qu'il s'apelle Sinîbald Comte
e la Vagne : mais c'eft à vous à l'aller voir à
vôtre tour , peut-être en aprendrez vous davan*
tage. Comme je fuis moins curieufe que vous»
lui dit Leonide , d'un ton de voix nti peu altéré,
je ne penfe pas que je le voie avec taiit de foîa,
en effet elle n'entra dans la chambre du Prtnc«
que fur le ibir. 11 ' avoir pàfle tout le jour avec
une fi grande inquiétude de ce qu'elle n'y venoit
point , que cette peine jointe à Tes bleUures lut
dvoient dbnné la nevre. Lors qu'elle fe fut pla-
cée proche de fon lit , il la regarda d'une maniè-
re tendre 8e reipeétuéufe , 9t il lui dit : je m*é^
fois trop flatté » Madame , d'avoir petifé qu«
vous aviezj>îtié de l'état où je fuis 5 jecomtoié
bien à prefent que vous n'avez été coucher que
de cet objet affireux d'un homme couvert de
fang Se de bleflures $ vous m'abandonnez , belle
Fehcie , Se vous ne fongez point à conferver là
fie d'un ouribeoreux qui tiiat de yom U peu nul
I
•lui «tn refte. Je n'ai pa$ voulu > Seigaeur ^ lui
•dit-eilc , vous cmbarafTer d'une yifire dansl'c-
tat où vous êtes. Ma Cœur qui Vous a vu ce ma-
^in m'avoit dit que .vous ^viez befoîri de re-'
|)0S. . . . ^ Koa , non , Madame ^ dit-Il en l'in-
. détrompant , vous n'avez pasfongé à moi : Do-
n^ Beatrix ne ^us a poimr^ empê<hçe 'dé venir j,
vos yeux m'enaflureot « tk voiiSine-fôuhaitez lé
jeteur de ma fantc que pouir m^ o.2innir îe vôtre
prefence* Il lui dit .^es^ paroles, d'un 'i^ir iî tou-
chant , que quelque aplication qu^elle eut fur el-
le-même , elle neputs'einpccheTdeleregarder
d'une manier^. où il paroiflbit beaucoup plus de
tendreSe que d^indifierence 5 il y à fi peu,que
'VOUS êtes ici , lui dit-elle , que je i^'ai pas eu le
tems de f<iirç aucune refiexioï^. fur ce que vpqs
me dites , mais à prefent que vous m'eîi (Con-
fiez lieu je peux vpu,s afluf er » Sçigheur , que
rexamen de paes fentinjens ne vous eft p<»iit
•cleravantageux , & que je regrettèroi's beaucoup
'^e vous avoir coi^iuÇ jepouvois petiferq^'ea
«cédant dç'jVQUS vo,ir yqus fuilie;^ ^?i?^^^^ ^-^
«l'oiubli^r .pour. toi joffri- .Ê5lJ.^P^?i?V^?Ç*/?^
Iiio(5 avec uj^e peine )9c^netii)^idit^'^qu4'r^vi|; le
f rincç ; il v d^ntiqla^uiçl^e (brtede fconte , & iC
«lloit lui témoigner ia reconnoi&aace , lors que
Cafildâ entra. H parai iToit beaucoup d*é motion
tUr fon vifage $ une dt mesfepamcs., dit-elle^
«fui. vient de fe pi;Qmeper.<^n^^fbTct;a|trouvé
«iirmême ^iidrpit où^ous you^ençp^james »
SeigiUBur .> cctt^ tablç 4.e P9c,^ai^ , api^ifram-
fiitnt elle eft de vQtMi».i5c,.laJ^âme que^'çny
^oit peinte eft tr^. belle ^pour ne pas mériter
vôtre attachement. Le Priuce lui dit» qu'en ef-
fet cette table étoit à lai , & il ae put la prendre
fâju jfWiikt. aa pi^fQnd f^Af i^.:Ç'<(?^t 5^^^^
x>€ Bourbon^ ^ 119
qU*Olimpie Doriâ ki ayoit donnée. Lébnide en
fut inquiète ,eUe ne pût s'empêcher de fouhai^f
ter de voir ce portrait , êc cette vue remplit foa
ame de trouble & de douleur. Four cacher ces
divers' mouvemens elle fe retira dans fon cabi-
net , où elle s'abandonna à une profonde rêve*»
TÎe.' Jt croiois n'avoir que CaHlda à craindre^
difoit-.elle , & corame.le Comte de la Vagne na
pouvoît -être plus prévenu pour eile que. pour
moi , y'étois en droit de prétendre à fon cœur
anffi-bien qu'elle $ mais helas ! mon fort cft bien
plus trifte $ il eft certain qu'il aime une des plus
Délies perfbnnes du monde -, dc-qu'il en eft aimé^
puis'qu'cUe lui a donné fon portrait. S'il ceflbit
de l'aimer peur s'attacher à moi , il feroit un in*
fidèle , )'4urois lieu de craindre d-éprouvcr à
mon tour une femblable deftinée , 5c s' ri eft
fidèle pour elle , que dois-ie efperer pour moi !
Elle s^abimoit ainfi dansées triftes réflexions )
& paflant de celle-là à d'autres*, helas 1 conti*
ouoit-t-èlle » fe peut-il rien de plus fatal que
*cette dernière avanture , [e fuis le Princede Ca*
renci / parce qu^n me le Veut donner pour
£poux , |e me cfoii enl'^urtt^ dans le fondsde
ce defert , Se fi J'avots eu quelque chofe à re*
douter » ce n'auroic été que les Lions & les
Ours 5 mais ces fiers animaux ne m'ont point
fait de pial , c'efl ud Etranger , ç'eft un nom-»
me rooorant qui vient troubler le repos de ma
vie, 5c qui inie tait conncrître des fentimens doAt
je ne ne cmiois point le cœur de Leeoide capa^
ble; Les lâftnes^qu'elleverfa en abondance, nt
purent la foulaeer, elle refohit de lie plus voir
un Cavalier fi dangereux , elle dit à Cafilda
qu'elle (e trouvoit mal , 5c elle pa£Gi pluCeurs
puis Uns fimic ds ioa Ut.
«ftO H I s T« B.S j€ A N
' Elle oe pouvoir cependant s'empéchcr d« de-
mander des nouvelles du Comte. Toutes celles
Qu'elle énapprenoit éfoienttrefi-mauvaitcs , la
lèvre qui i'avoit pris âugm'entoic fîfart parla
douleur de ne point voir Leonide » & la {^enfce
que fans doUte il lui déplaifoit, Taccabloit d'une
manieic C crueile qu'il ae fongeolt plus qu'à
mourir. . , "
Il ctoit dans-un péril évident lors que Cadlda
vient toute en pleurs dânë 4a chambre de Leo-
nide , ah ! c'en eft fait , lui dit- elle , ce n'eft fait
ma foeur > le pauvre Comte eft paourant, û vous
le voulez voir encore une fois« bittes- v6us de
venir. Ces paroles auxquelles Leoaide n'ccoit
point préparée, penferent^a faire évanouir^ elle
ne refta pas long-tems dans cet état» mais elle
n'en Comt que pour tomber dans un ature bien
plus terrible, elle ^'imaginoit le Comte expirant,
ciie fe reprochoit l'opiniâtreté qu*eUe avoit eue
de ne le point ' voir, eHepeàroit. qu'elle alloit Je
perdre pour jamais & qtiecette pjprtel^ rcndtoit
mfaillihlemeiit la plus maiheur çufe perfonne du.
monde. Ciel ! jufte Ciel ! difoit^lU. en y allant, •
tend moy Sinibald, qii'^ ne m^i.n^« ppintt qu'il
me haïflè même , î'y confens pourvu quil vive.
Elle ceuf ut dans fa chambre $ il étoit tombé
dans une grande foiblefle * (es yeux étoienc fer*
mez, il n'avoit plus de voix^ni de poux. Elle s'ap-
procha dé lut. toute troublée} .elle fouleva.ia tête,
sUe Tappttya coittre foaf^i^ii, elte-i^ouilloit foa
viùge de £es Larmes, ^ dans ce criftein^ainent el«
le étoltbienphis à plaindre que ce^^ q^'e)le re-
grettoit. Il p6uila enfin q^ejqges foApris $ il ou*
^it languittemeat les yei»x> &UsFOurn;mt fur
Us premiers objets qui s'ofirirem,ilpViifa mou-
sir de plaiCt en voyant ikihsteJUfÇDide fi tou.
chce
DB^ B^OU RBOH. 12 t
chée & fi proche ck lui ^ il la regarda tendremenc
êc faifânt un effort pourparlers quoi c*e(lvous
divine pelicie*! lui dit- il, c'eft vous vous qui vo-
ne2 me fecourir^ c'eft vous qui venez me défen-
dre contre la raort, ah ! ne craignez plus pour
ma vie, je ne pourrai la perdre tant que-vous y
prendrez quelque intefcc. Seigneur, lut dit -elle
aflez l>as, pour n'ctrc entendue que de lui, fou*
venez, vous que votre vie nn*eft chére,que je fou-
haite la conPsfyatton, & que fi vousicaviez tout
ce que vous m'avez fait fouflrir, vous . . I Cafilda *
les interronapit en s'approchant d'eux} ils ne fçu'>
rent continuer leur converfation, mais ce peu de
mots produifît de û grands effets, queJe-Prince fe
portatoû jours de mieux en mieux^
Qu'ils étoient à plaindre Tuii ^ Tâutre» de ne
fe point connoitre. Ils avaient fait tout ce qui fe
peut faire pour cela. L'amour & la fortune d'inrL
celligence les réunifibit ^ cependant ils ne profi-
toient point d'un bien pour lequel ils auroient
donné toutes chofes. Telle eft la malheureufe
deftinée de certaines perfonnesj il faut qu'elles
acheptenr les plai^rs les plus légitimes & les plus
innocents |^r mille 5c mille peines.
Leonide alloit voir fouvent le Prince, elle
menoit toujours Cafilda avec elle afin de n'erre
pas feule auprès de lui. Ilremarquoit affez le foin
qu'elle preaoit, mais il n'ofoit prier Cafilda ^e
lui ménager quelque occafion favorable d'entre-
tenir fa foeuri car encore qu'il fut l'homme du
monde le moins prefomptueux , iln'avoitpai
laifle de n'apercevoir des fentimens. qu'elle avoit
pour lui i )«s foins qu'elle prenoit , ces regards
& de certaines chofès qu'elle lui difoit fans que le
hazard tout (eul s'en mêlât lui faifoient connoî*
irc qu'«U« iîQxt preyeaile, & qu'il ne devoit pas
r met-
^etcre Ton fecret entre fes maini. Maisirfc (blf
^u*il étoit encore dans une 'e)ttrénie fôlMeiâe,
ayant apris que CafiMâ fe pronîehoit ' ààm la
Corêt ^ que Leonideétoit'teftéedânS'fbn'câèi-
net, il fe fit au^tôt hai>iHer , 2^ bien qu'Haut
â peine fë foûtenii: , il vint Vy trouver. ' • " '
Elle ne* pût s^èsnpcchcr défaire ûti ^smé cry ,
lorfqu'elleie vit , & p'oùrliii ^fàhëkvoifMoKt
de prononcer une pâralle, 'il felitflàtoihberà
{es pie4s & prit une deresnîatnsmalgré'elle^.- il
d baift avec t*ant de plaint 5c de%tra#(^dfts(î
doux que fesy^àcfeuIspbuvbié'iiteJtpHmer'les
fhouvcniênts'dènfblî ame. t^éënidé ft'éloit pas
i^olm troublée ; îïs fe regard<ylent l'un iSc l'autre
comcne s'ils fe fhiVentxcùqù^éià^tês'uniloli'.
gue abfcnre 3 cnjfîn le pTihcc:jÀi^ar îè*Çl^emléi:,1a
Tcfpeiftueufe. paflion que vous 'ni^a\''cè5 irtfpirce
adorable Felîcîe , Fui' dît-il^ 'èflrtrbp violente &
iînccre, pour que vous ay^ pu vous dirpen^cr
de la voir dans mes yeôx ,&l dans toutes mes
avions, je vous avotièjàuffiqn'iitzi'a panique
vous en avîés quelqtiefbis pttié;rtiàis v^^n*
in'â'vcz pas mis en état dd m'eh ftattèr longtéms;
& il me fe|tible , trop foûye rit pour4bon repos,
€\UQ ,vous n'avés que de rmdiïFerénce , jugez de
rinqujétude où ces (br^es de doute» çnc fettentj
mpi qui fens pour vousla pa{ïîônlaplu$refpe4
élueufe ic la plus tendre qui fera jàn^ail Dans le
iTefîr preffant d'àpf rendre de vou8>mctneniâde<*
ilince , j^ofe vouVlâ demander», belle, Felîeiei
j*ofc vous cotiinrcr'd'aprouver mes feux. S*iU
vous étoient bien connus vous ne les deÊivout"
j-iés pas , je vous trouve la plus aimable perfbnnc
du monde , de fi j'étoi^i fouverain de TunivenfC
m-cfthnerois heureux de porter; éternelfcrttMIt
VOS cbain€s. Il fç tut èn'cet (adroit êiïliovii^
' ' lui
9 EOUJ^B O N« .r 123
loi répondit avec autant de grâce que de mo-
deflie ; y^j eu tant de trouble pendant que vous
m'avez patlé Seigneur; que je nW pas fait re. '
flexion que vous êtes ^ m es pieds , |e vous prie'
de vous lever fi vous voulez quîê je vous difé .
auelque diofe. II fe leva auflîtôt , mats il n^ofôit
jetter les yeux fur elle ,, il ctoit pâle & trem- '
blaat , femblable à un hohiime qui attend l'arrêt'
de (à vie Qti de fa mort. Elle voyoit fur foh vifa-
ge toute Tagitation dis fon cceur. Nous (bmmes
Pua Ôc l'autre dans une confiifioli , lui dit- elle»
que nous nous ferions épargnée fi vous ne m'a- .
viez pas parlé éc fi. je ne vous avois pas écouté, |
je veux bteft ravoiiet Seigneur ( quoi que ce foit
avec beaucoup de honte & de peine ) cett'e mê« '
me inclination qvti vous â engagé à m'eturetenir '
m*a diipofée à vous entendre , Ôc que vous di- '
ray-je de mafbiblélTe , continua-t-elle , en rou-
giifant } J'ai connu une partie de vos femlmens; ,
j'ai eflàié de vous cacher les miens , vous lesr*
ayez démêUz malgré moi , je vous ai fui , je^
vousai évité , jen'avois rien aimé'jufqu'à pré-^
fent, enfin l'adre fatal qui prefideàma de(li«'
née vous refervoit le don de me plaire : Cepen-'
dant. Seigneur « ne croiez pas vous prévaloir
d'une confefiîon fi Ingénue éc fi peu commune^
je ne coaCens à vous eo parler que dans le det
fein dé ne yous en parler de ma vie» Je fuis re-
fotuc de vous les cacher & de vous les taire à l'a-,
venir : .mais (ans que j'en veuille (^avo?r la rai*
fon, je ne puis m'empêcher de vous dire'là crain-'
te que j'aurois d'être facrifiée à une autre , que
vous aimeriez p^ut.être plus que moi : ah ! Ma*
daaie> s* écria le Prince trantporté d'amour 5e'
dê'igie ^ jugez mieux d'un nomme que youf
VCAfS-diB conblfi iç plaifirs & de grâces , ne
" ' ' fa' ioup.
Jl4 HiS T. ^i> E Jt AN
foupçonnez point d'ingratitude un cœur où v6-
Cre image eu G. parfaitement gravée , ôc foiez
certain que lors qu'on a foûpirc pour vous, il
<ft impollîble de changer. Que n'aurois-je pas
lieu de craindre , reprit- elle d'un air languifTdnt,
de cette aimable perfonne ilont voiisconfervez.
iî chèrement le portrait. Vous n'en ferez jamais
bledée qi par les effets » ni mcme pair les appa-
rences , adorable Felicic , s'écria l'amouretix
Prince . le voilà , je vous l'offre , & je vous fup-
plie de le garder comme un gage dé ma fidélité,
teonide fut atendrie de cette preuve de la pàf-
iîon. , <k de la compîaifahce du Prince^ Elle l'ac-
cepta rSc elle lui ^dit qu'elle étoit fort tou-
chée de là manière oblfgeanté avec IjKjuellé il
avoit prévenues qu'elle pouvoit (ouhaiter. Elle
lé pria enfuice yde fe retirer j elle aprehendoit
qu'il ne fe trouvât mal d'avoir été ii loogtems
levé , & quelque violence qu'il fe fît pour te fe-
parer dVlle , il lie pûc refufer ^e lui obéir.
Aufïi.toc qu*il l'eut quîttée^elle fît reflexion
aux chofes qui vcnoient de.fe pafler. Quoi Léo-
node \ s'écria- 1. elle , tu ne t'es pas contentée
d'entendre une déclaration de laquelle tu dévois
te deffendre , tu as ofé avouer a un inconnu que'
tu l'aimes , toi qui es promife au Prince de Ca-
xcnci , tu es affez foible pour aimer ? 5c aflèz
lâche poiir le dire \ tu as mêmç marqué de laja-
loufie que l'on ne relTent que dans les grandes
padlons , quel jugement Sinibald feral-t-ildeta
conduite . tu v^s perdre fon cœur 5c fon eftime)
il s'éloignera de toi 6c fe vantera dans fon pays
d'avoir triomphé de la fîerté des Dames Efpa«
gnolles ; t^ va être la honte d'e ton fesre & de ta
Patrie j ah t^alheureufe ! quelle conduite dois-tu
c«nir pour reparer une £iute fi irréparable y ces
pea-
y ^
D E BOUR B O W» ll^
peaGfesIa jetcerenr dans uiie Çi viy« ' douleur
qu'elle avait le vifage encore jtout couverte de
larmes lors que Caiîlda arriva , mais elle les ca«
cha avec tant de foin qu'elle ne s'en apperçeût
point.
Le Prince sVtoit retire dans fa chambre , com-
me je l'ay déjà dit , & il y paiTà les moments du
^onde les plus agréables , lors qu'il rapeloit à
foa fouvenir , les bontés que Felicie lui avoit té-
moignées. Il n'ofoit prefqùe fe flater que fe fuf-
fent là Tes véritables (entimens \ tu veux enfin ^
amour , tu -veux ».s'ccrioft-il , .changer mes pei-
nes en plaifirs^ tu«veux me payer de tous les
maux que tu m*as faits : l'aimable Felicie^ ^a
écouté « elle a bien voulu m^avoiier que je ne lui
étott pas indiffèrent , ciel ! fais que nous foyons
unis pour jamais, que nos coeurs fi nos devinées
âe foient qu'une même chofe , ëc que je puifle
^(e tout fon bonheur comme elle peut faire tout
le iQten. I^e jour commençoit d« paroitre fans
qu'il eût encore fermé les yêttx. U fe leva ^ fût
voil Leonide , elle étoit feule dans fon csibinec ^
qui Févoit triftement aux mêmes chofes qui l'a- '
voient occupée toute la nuit ; elle reçeut le
Prince avec beaucoup de civilité , maïs fon air
ctoit (i mélancolique» & elle afFeâoit tant da
froideur qu'il en demeura éperdu. Qu'ai- je donc
fait Madame , lui dit-il , d'une manière tendre
& emprcffée, qu'ai. je. fait qui aitpûvousde-
plaire , à peine voulés vous jftter les yeux fur
moy , vous repentés-vous belle Felicie de m'a.-
voir rendu pour quelques heures le plus beu-«
reux de tous les hommes ^ regretez vous les ter-
mes obli'geants que tous emploiâtes hier pour
me raflurer cpmre;mes allarmés ) helas ! contî-
^uia-t*il , .voudriés VQUS me ietter tout d'un
F 3 * coup
coup daibs le defefjffonr ? êtes vous «hang^jxMir
t^oi ? noû Sei'gncar, non , lui.dtc-eÛtf^ en le
regardant d'un air propre à le raflbrtr, ieJFais des
efforts inutiles pour me vaincre 5c pour prendre
d'autres fentimens que ceuxque je vousay^é-
' couverts $ je voudrois n'avoir que de rindilFe-
rcrice poyr vous , mais jci«hs bien qvn }t iirtn
fuis point la mattrefTe , n'ayez plasd'inqnfetii-
de , c'eft moi feule qui doit en avoir. Le-^rince
penetté d'amour , & de reconnoi (Tance prit ime
des mains dé Leonide qu'ail baîfà avec tous lés té«
' moignagesde pafliotii5cdeTefp«ftquel%Kipeut
' donnier dans une occ;ffîotf fi touchante; mais
' Caiîfda oui avoir fçeu. qu'ils éfbiefntetifemble ,
fe hâta ce fes venir trouver , Se elle les furprit
dans le moment que le Prince baifoit encore b
' main de Leonide. Qu*eft-cequ*eHe devint à cet-
[ te viie , clic changea' pltHîeùrs fois de couleur,
fes yeux s'animèrent d*nn fW qui ne-leur ^toit
pas ôadinaire , te malgré le foin qu'elle prit pour
Cacher fon trouble , ils s'en appercettrent avec
inquiétude.
La converfàtTOn devînt generaHe entre eux, 6c
depuis cémoilient elle ne leiir enkiffôit gnerês
pour fe parler. Cette manière d'agir menoit le
Piince dans la dernière impatience. Belle Feli-
cie, difoit-il , yn jour à Leonide , f\ vous n^avés
piti^ de moj je vais tomber dans une extrême
affliftîonj j'"ay le bonheur d'être auprès de vous,
& de ne vous pas déplaire , fans avoir la liberté
de vous entretenir de ma paffion , eft-ce qu'il
ftiilit d*être v^tre aînée pour vous contraindre
fî terriblement. Je me fuis appcrç^e comine
"^ vous Seigneur , luy dîtijeônîde ,' de fa jaloùfie,
' lirais fçachez ; que ce h'éft jp^s parce qu^elFe eft
' ma fœiir que je f ay foiîffelte «iè veux bien vovs
'; ' ' aire
.dîreqQ'eUeaem'eilricn » & ievousauroisdé^a
apris xuon.&crct , (t favois.pu:ttiQttYerl|e texxi^
de. vous entrsteair , ah ! M^iâte v t^c^w^
- confiance., cû ofailigeaDte ; rç^rit Jc( PfnMe V J^
. ^e ie dois ftie^reprocher à mon tour. » ti'avoir
: ^té iufqués ijci aupiés de vous 'ans vous faire
' parc de tout ce qui me regarde. Si Dooa Bea-
trix Aotrs avoit nioins gênez je n*aurois'pas
tardé un moment à vous informer de mes niçil-*'
heurs; mais les heures que î*ay pafTées avec vous
, oiK étéi! jcourtes que ic n'Ay pu m'empBciier
<le .'l«f . eroplôyei';! vous parle t de mapaûion Se
..à vous conjurer d'y >^répon4re. l^ous.avo^
. mahqué 1-un & l'autre , Seigneur; fept^ L«o-*
nkie ., d'avpiréc^ ^fquesà pr^feRt , façici^ftOli»
iitrè cks particolarit^ï qn^i (ofit tGrûjo09S.eJ(^eàr
tle}U»» lorfqu'elles* «rag9rdeiit ee que l*on a tinter
*fnai6 û fe îuf ed« i^os lei)tiib9fls par Us ml^osi
notre cceur n*t point d^^t^ à. €«ue faute > êc
^e vous promets de vous intoroier de toutes meSv
affaires. Vous cônnoitiés que ce n'eft pas fans
fuict que \t A>upire quetquefpis , ^ oue |« mir
plains de ma trtfte dutmé^ > A vpus aevez me-
tôt voàs préparer à furmoncer- bien des obfta-*
des » «{l vou$ contiouea d;e vous attacher à rin-
fbrttméël^ltcse. Ah ! Madan^e , luy dit- il, je ne
manque ni d'amour ni de courtage pouf les vain-
cre « flc fi vous êtes dans mes inièfècs , je ne fcaj^
rien qui tne putflè effi-ayeK-Mais* luy dit- elle»
'fi i'écoîi éngagéeique feries vous > à ces mots
le^^'iote changea de couleiin Que, me dites
- TOUS Madame!.»' é(ria.t:ilj, vous-enga^e^ grandi
•a^u lequel fircfez de 'mathéur iuis-i« donc
ttbmé^^ ne vousafBigl^s ptfs » r^iprir^elte^ Seî«
^^Miir « .fe-ruis^iico^e U maitrettc de-oion forr;
ftoStM fMs <|ttci'ettffç pu mf refintcUdà yqus
f 4 ccoii-
128* ""^ HiST. DB ISAH
écouter , ii jamais j'en avoii écoatéun autre,
non je crouverois que mon coeur ne ferolipas
digne de vous , s'il âvoit eu d'aucies fentiments
bue ceu)r<}Ue vous luy avez infpirez. Cette af-
furance calma un peu refprit du PHnce , il aiLçut
le dire à fa belle maitrciTe , lors que l'importune
Caûida vint les joindre.
L'eTprit inquiet de cette fille ne foufFroit plus
Tans peine qu'ils fe parlaifent. £lle s'at>^ndon-
noit en fecret , à tout ce que le defeCpoir a de
plus vioUnt. Je n^ fuis pas aimée , dilloît-elle,
je me flatois d'avoir ioPpir^ de tendres fenti-
mens dans ce cœur trop ingrat , il ne reconnoit
que Leonide . elle triomphe de ma fbibleflè,
Sinibald l'adore , mais oue dis«je , continuoit-
cUe, après de longues réflexions , peut-^trc que
s'il connoiflbit mes fentimens » il ne s'atache-
roit ou'à mov v ah ! pourquoy ne m'en fuis- fe
pas expliquée avec luy > ^ pourquoi Taccufcr
des maux qu'il me fait louiFrir » pttisqu*i( ignore
ce que je fens ? je dois me refondre à l'inf-
. truir^e » ou je dois me refondre à le voir aimer
Leonide.
Apres avoir employé une>artie de la nuit
dans ces différentes^ pettfées , elle fe leva de très-
bonne heure . elle envoya éveiller le Prince & le
- prier de la venir crouverdaps le jardin» Ilde-
' meura fort inquiet de cet empreflement » mais
il ne s*en rendit pas avec moins d'exaâi rude à
fes ordres , & lor; qu'elle le vit , elle ftit fur le
' point de luy rien dire de ce que l'avoit q^igé
de renvoyer quérir^ Il luy demandoitavecem-
preflemenc ce^ qu'elle voutoît luy ordonner,
quand elle rompit ie Glence , en ces tenncs.U
m'a paru Seiêneuf , lùy dit-«lle , que vousavés
trouvé tant de fati^fà^on dans nôtre focieté
qas
.. D B B OU R B O K^ 129
Gue vous n'avez pas voulu julqu'à prefent vous
.ctoigiijer , bien que votre fanté vous ait itiis ea
état de le faire ^ je xi'ày point encore démêlé
laquelle de ma fœur ou de moy contribue à vous
arrêter ici j *»eut-ctre même que la queftion que
je vous fais eft indiicrette, mais je fuis perfua-
dée que vous avez affcs de bonne foy pour ne
me pas laiiTer dans cette incertitude. Si vous
êtes attaché à ma fœurV je^vous promets de vous
fcrvir auprès . d'elle , fi c*eft fur moy que vous
avez jette les yeux , vous n'auréspas lieu de vous
en repentir., cependant quelque parti que vous
preniez entr& nous deux , pourveu que je
le fçacbe , je n^en feray pas moins vôtre
amie.
Le Prince de Catency n'etoît pas né pour ces
fortes de diflimulations quT foht toujours indigo
nés d'un honnête>homme , Ôc particulièrement
d'un Prince. Ainfi il fut trés-aife de Touverture
que Cafilda lui donnbit pour lui expliquer Tes
fentimens. Aimable Beatrix , lui dit -il , c*^eft
fous ce nom feulement qu'il la connoiflbit , rieti
n'ed (1 genei'eux que vôtre procède & je nemé-
riterois pas les bontez que vous me témoignez (i
j'en abufois. Je veux ifonc bien vous confier
mon fecrec , j'aime il cft vray , & c'auroit été
vous que j'aurois aimée fans que je vousay crû
de l'cloignement pour moy ; jevous^onjure de
m'être favorable auprès de la belle Felicie , j'en
auray tou$ les fentimens de reconnoidànce que
je dois , & je vous conserverai toujours ceux
d'eilime, d'amitié & de reçonnoilTance que vous
méritez. Cafilda frapée de ces paroUes comme
d'un coup de foudre , eut befoin de trouver uni
arbre contre lequel elle s'apuya pour s'empêcher
de tomber de (a hauteur. Quelque foin qu*ef!iK.
F $ apor«
^ J3^. ^ fïfST. DE Jean
. aporcat , afin de cacher fon deplaifîr , le change-
. ment de Ton vifage & Ces y eux couverts de lar-
mes découvrirent au jeûne Prince une partie de
^e qu'elle relTentoitj cela ne pût robligeràfe
repentir de fa (incerité , il concmua de lui dire
des chofes fort obligeantes pour la confoleriillui
promettoit une effime emprefféc^ qui ne lui taif-
feroit rien à fouhaîter de Tes foins & de Tes fervi-
ces 4 rien ne put la fatisfairé , VàthOur demande
de l'ampûr» c'efl l'offiBâcer <][ue de le vouloir
^ pay er par d'autres fentimen^s. '
; bon Jernand de Benavidez étant innocent de
. l'accufation que' Ton ayoit faite contre lui,
' n'ayant plus 'Boiîa X.eonor pout ennemie il
. avoit commencé depuis la mort de cette favorire
d'ccre entendu dancfa juftification* Il récrivit
à CaGlda , i^ qu*il erpero^tdans peu fortir de
pri fon pour fe' rendre auprès de Leonide^ Elle
A'avoit pas voulu le dire à cette belle fîite}ur-
qu*à ce qu'eOç eut pénétré les fentimens du
Prince de Car^ncy s niais lors qu^elle fîit fans
aucune efperançe, elle ne^ fongea plus qu'à trou- '
bler le bonheur de' cIt tendres amants. Quoy,
difoit-eUe, pour ménager à cet ingrat le plaiur
. de voir ma rivalle , je me dîfbenferai d'avertir
mon- frère d'une chôfe qui l'interefTe fi fort. Il
aime' Leonide » elle aime Sinibâid , elleeneft
aimée , mpn frère tk moy (bmmes les vié^imes
de leur paAîon ^ il aura des réproches éternels à
me faire d'avoir fouffert dans fa matfan un
Etranger fi dangereux . Il faut ique je la (âaifie
& que je m'en vange > cju'ai-je aufii bien à cfpe-
rer de fpn barbare cceur s tu mes plaintes.» ni
mes larmes n'ont pu l'émouvoir , }e deii
^ J'en punir , c'eft le feûl remède qui rae refte
&Ia feule confolatiôn qulpuiflè fiatcruact^of.
dcfefperé.
Afi^ê^'9f^it rohié ^tfnsIbA «fj^rk toutes cet
d'tffvtiemé^ pMtét$\ «Ut Hnc écrire à 6«tiavides,
eJl6 rfQfovffioit d» (é)^aria Comtt dt ta Vag^ie
av«c cll«s,''£it de la paâlcm <^tteceféioaravoit
fait naÎMite entre' Leonidus 5c kii ; eHesr^toit
«f]«are , ^eUe cfoi«k'ibrt dificile^le Us f(6pa«
lr«r , 4 iiio{W8v<|tt*i)^^^Hv des mefuits bien ju-
ftes '« ^ Weh €ti9e»p6es^n#i|vitfreft arriveveatii
Beaavidez )é four mctùt que p»ar Tordre de*!»
R^ine ÔAluittndttÊiiib^ri^» fi demeura pénè-
tre de la pfeis ^ive d^frotieiir , '<|uoy difoit^il ^tà
cvttfi qoi a^^ '<;ondtiit Leonidt à Toa cKâteau,
^arradhfc oitte MU fi}U ^ Prince- de Care ne/
f^m^ 4a ménage* a» Comte de la Vagoe ^ ieU
cairhe dan* une (bitf^id'e que jecroy inpeaétrabU»,
'fl iatit que modf realtiéar y cotidatrenii homme
ftimabU qu« iVm trotiye mpâr^t Se que t'oit
fauve pour lut donner le moyetidèn^ ravir Ir
€o»ir d« Leotnide t «1 poÇe arec eHe U( jours que
jk pâffis en ^^otr , ctt «ffmîii conetétems me
routeta ma^^iÉtalIt-éfie / t'é(ï^t%e prifooqui eflr
caoAs de 4il'mMfdu'f rincé de Éarency ,. decer
amy ft ^twtvti^ t{ui%ierc1t6if àrplaire à Leonor
dans U te^l'^dëffr de'nie tirer du danger où j'é>-
toîs ^'par*qti*tteffttirirté', eontinuoit- tP , après:
avoir •1ongr«m$' ré véi par quelle fatalité le Corrt-
tc de ta Vagne , eft.-il encore au monde, »*èft-ee
pas 4e niênre dom la belle Olii:|npie Doria regre*
tek a fenfiblement U mort , qu'enfin elU mou-
rut de douleur? a-t« il pu après de (T grands té-
moignages de ^a tendr^flê de ramaitrêiTe ei»
choinr on aut'rfi ? fit ne dcvroit-itpas être fidelle
à fa mémoire ? fe punirai- fan încoriftânce pour
Olimpie » 9e fa nouvelle pafïïon pourLeonide ,
ft ne laiflèrai point n^a félicité imparfaite , eHe
m< cootCidé^a df trop grands crime?, if faut:
?15* , HiST. DB IbAH
mettre moii carur & mon cff^nt e«» lepos^ ilfaut
arcacher la vie à.ce dangereux rival.. CesvioVeâ-
tes reflexions ctoient fuiviesde pluCeursaucres«
car il penfott encore que s'il gardoit Leonide
plus longcems chez lui , le même bazard qui Ta-
.voit fait voir Au Cpsnte de la Vagne pourroit la
• faire voif à qa^lqii!autr« qui laconnotu»>it &qtti
ne maaqueroit point . d'en avertir Don Juan de
. Vclâfco, .
Les intérêts de Ton aooour & ce^x de (a jaloufie
«:ne lui permireQt pas de reftec diavantage à Villa-
Keal. Attflltot qu'il eut vu & remercié la Refne»
il partit fecretemei^ ôç fe rendit à Pprto.Real
pour trouver :1e moyen de paflèr avec hponidt ï
Maroc , où il étoit bien certain d'être receu avec
de grands cgatd». Il ayoic.de^ relations clans ceç-
tfi Ville Si danspluGeursauuesde Barbarie.
Lors qu'il eut parlé à un Capitaine de Vaif-
fe.au 5c qu*il s'en Fut afluré , il fe renditicbez lui,
^ s'a rrctant dans la forêt il envoia quérir Ton
concierge , auquel il donna un ibillet pour Ca-
filda avec ordjre de n« le rendre qu'à elle. Il y
avoir peu qu'il en attendtoit la réponce lors qu'il^
la vit venir conduitç^ par - ce même homme.
Benavidez s'avança vers elle $ ils s'embraflerent
tendreînent ; ils cherchèrent enfuite un endroit
écarté où ils pûflent s'entretenir fans témoins»
& ce fut dans ce-lieu fatal qu'ils prirent des refo-
lutions fi contraires à la félicité du Prince.de Ca-
tency & de Leonide qu'elles penferent leur coû-
ter la vie. Helas ! qu'ils étoient éloignés de pré-
voir leur malheur § ils étoient enfemble dans ce
înême moment, & fe faifoient mille proteftatiônf
d'une amitié éternelle $ ils n'auroient pas penfé
que dans le tems où ils jouXflbient d'un fi grand
repos. Benavidez 5c Caàl4a ^Ijttifcnt pris ^%5fa^*
furçspourUjro^bler, "
\
\
C^cndam <'écpk le feui iu\tt jde leur con«
' f«reace. CaClda lui dit que le Comte de la Va-
gne étoit aimé dç Leomde , ^ qu'il n'y avoic
aucune lieu d'en douter. Je vais traverfer une
(1 bnelle paffion , interrompit Bcnavidez d'un
air furieux , ie fuis refolu d'enlever Leonide ^
de padi:r avec elle à Maroc : vous y viendrez
auiC » mais avant mon départ, je iacri fierai le*
téméraire domte delà Vaghe à mon juderef.
re(\^iment. Quoi àion trere ! s'écria- 1- elfe»
toute éperdue , vous ne ferez pas content d'à-
voir^vôtre maitreilè , il faudra que je vous fuive
fur la Mer , & dans un pais pour lequel j'ai tant
d'averiîon , je n'ai pas prétendu vous faire vio-
lence , dit-il , en vous propofant ce parti , )e
croyois que les même» raifons qui vous ont
fait abandonner la Cous , vousferoient encore
quitter cette foUtucfe avec plaifir ; mais ma fœur
vous en êtes la mattreflè , & il ne s'agit pour
ma fatisfaétion que de me faire entrer cette^uit
dans la chambre du Comte » je veux lui percer
• le cœur de ma propre main , puis que ce cœur
trop téméraire ofe foûpirer pour Leonide. Suf-
pends tes defleins • barbare, interrompit C^^da
dans fon premier tranfport » je ne fuis pas en
état d'étendre & de féconder tacruauté , tu ne
feras le maître de la vie du Comte qu'après m'a-
voir attaché la mienne 5 que dites- vous • s'écria
Benavidez , avec la dernière furprife , que dites-
vousmafoeur ^ cetjue j'entens , etlilpofCble!
quoi vousaAaez aufli cet Etranger » vous avez
oublié Don Fernand Enriquez } Vous êtes donc
deftinée pour vous attacher à des ingrats , fou- -
venez vous de quelle manière, vous avez été
traitée parce premier amant . gVcfpcrez vous
de celle-ci , penle^ ,vousàuVapics avoir adoré
-•C'
' l,tbnî3^ &Ven ctrc vûaim^, il pmfe <fcangef
ztï Votie ftvtur ? Vous êtes bivn de(oMfgcant,
tai dit- elle /mais eirfih , i'elpere coot, & je me
ifarte de tout pourvu qu'il ne la Toye ph» j en-
' Uvè% la , fuyez avec -elle , 5c melatttèz iei avec
lui , la bien- feance dit- il pourra t-ellê s 'accom-
ftiodcr avec <e fcfour , fifon en eft informe à
*• Villa- Real , qu'aura t-on lieu d'en opoite ? L'on
"«'en pcnfcrarien qui me foitdefavantaçcut,
' dit -elfe, mon parti -eft pH« ; le Comte deviendra
mon Epoux oti je lifse fprat i^eligtenlV, ainfîj'ai
^ peu de chofc à metiager dans laf bonne ou dafls
* !a mauvaifé o^Hiiton du' monde. Songez* vod$
bien tna ht\ix , aj^otrta Benavide^ / que vôtre
tendrcffe pour mon rirai le* mettra peut-être
■ quelque jour en état de me diiptiter L-eohide , je
^ J*aurois fiiit voir à Tes jeux perac de coups , il ne
lui fei-oit demeuné aucun fufet d'efperancc , &
cette mort l'aurmt portée à me recevoir plus ai-
fément pour foa £poux. Quelle erreur eftla
vôtre , sVcria Cafinia , pouvez-TOUs penfer
qu'un fpeftacle û affreux vous l'eut rendue fe-«
vorable j elle vous reprocheroit toujours cette
cruelle mort , mais U vous croyez qu'elle doive
fervirà vos deil^ins , dites lur que vous. l'avez
tué, l'on né fe vanté gueres de ces fortes de cbo-
fes , quand elles ne font pas véritables , & fur
ce pied vous tournecez fon e.Q> rit comnc vous
le voudrez.
Benavtdez eonTnfe.(tueflrfœiir almoh ttopten-
dfement le Comte de la Vâgne pour confêntic
au deflein qu'il avoft formé contre hii, l! ne sY
opiniâtra point par complaffance pour elfe , &
par la cfâinùqu'ireut qu'elle ne vmt aie déce-
1er. Pour voiti en témoigner ma tendreiTe , loi
diC'^l» m ïa&flr«tt» jt Y0U& accorde et q0«
DE' BouickoîT. ,1J«
vous Voulez , mais au moins fçachez garderie
fecret. Il aVoU amené trois hommes avec lui ft
devoiiez à rouf ce qu'il fenr oommanderoit^qu'il
étoic bien certain qae rèhkvemeàc de Leonide
ne feroit H^ti de péttonnt. Il demeura d'accord
avecCafilda qu'elle f'engagetoit à fe promener
le foir même dans le parc , qu'il y entreroit par
une porte qui répondoit à la foret , de qu'auffî-
tôt qu^l enTeroit le maitre,'il t'ameneroir en di.
lisence à Porto Real , ainfî il ne lui fut pas diâï«
ciTe d'exécuter un defletn do^ijt ies nefures
étotent C bien-prifes.
Cafllda entretenoit Ltûràit cFans^ uèe allée
proche de ta porte dont ]c viens de parler jla nuit
étoit fort obfcure , mars au bruit qu'elle enten-
dit quand Bena videz s*iapprocha, elle eut peur, 8c
elle vouloit s'enfuïriors qu'ltVarpêta avec tant de
force» qu'elle ne put s'arracher de Tes bras, 8t
malgré la crainte dont elle étoit faille , elle fit
tout cé^u*e11e put pOMt s'échapper 5 elle n'eus
paslieu de douter dans ce moment que cette par-
tie ne fut faite côntr* elle, elle poCiâTa de hauts cris,,
répétant phifieurs fois le nom de Sinibald, & l'à«
petlantàfonfecours, mais helasîil ne foupçon«
noit point la trahtfon que l'on exerfCHt contre
ù chère Leonide (Se contrt lui » elle étoit déjat
bien éloignée qu'il i^noroit encore leur com-
mun maloeor 1 6afîlda ne vdutut s'en informe^:
que le lendemain , afin que fon frère ayant ftiar- >.
ché toute la nuit,, il put être aflezékTtgné pont
ne rien craindre de fa parr ,' èHe avoir dpn6é^ or*
dre^ue Ton dît au Frinct de îa venir trouve)^
Au(C-.tôt qu*etlè te vit , elle affèâa un ak; trifte,
il n'eft point d'amitié, lui dit-elle , dont ràmoûY
ne triomphe ,* vous fçavyez^ , Seigntur ,. celte qui
<iiHC entre Fnficitf&meîi je viBÉâKbien vous
trouer
t^ê Ht S T. DB IeAN
avouer qu'elle n'étoit pas ma foeur , maïs je
n'aiirois pu croire qu'elle m'eut abandonnée
comme elle a fait ^ voyez le billet qu'elle a laifle
fur fa table , 1 on vient de mêle rendre , vous y
avez garr auflî bien que moi. Le.Prince à ces
paroles'où il ne comprenoit rien , prit un papier
qu'elle lui prefema , il le prit dis-je avec un
trouble & une agitation qui lui afinOnçoit déjà
une partie de ce qu'il avoit à craiadre , il y lût
CCS motSp
Lm tendrejfi que vûhs svez four t^otre frère,
^ ia erainfe oh je vous my toujours vue de /'rx-
pofer duUf quelque péril , mu emféehée jufquet
ici de vous découvrir fen fecret (jr le mien « vem
vo4$i feriez, opfo/ee s Is démarche que je fsis
en fu fmvfur ,je[furt uveclfiy , à^jeferoisrMvie
ma chère fœur que vous m^tiimuffiez, mffezpem
nous venir joindre i Jsen , vous devez étréper'
fuMdéedeUjoyequej'uuroisde vous y voir t (y
de l0 pujfton uvec Isquelkje fouhâtise que le
Comte de lu Vugne réponde à vosfenttments.Ji
vous le Uijjfe, vous ne m*uccu/erês plus de fen
indifférence , ^ vous mè rendrès un hon office» fi
vous voulh bien lui dtre qu*il efi Phomme du
mondfi pour lequel je confervotM lu plus féliit
eftime. Racontez lui ceque^ vous ffuvés démet
■ affaires , ufin qu'il connoiffe que je ne fuis plus e»
itut de difpofer de mon coeur , é^ fouvepez veus
. mu chère Cufildu , qu9 fi,j*uy manqué en veut
faifant un fecret de' mu refolution , votis mtle
devez pardonner • ç'ar les fautes qut la tendre ffe
fait commettre» font plus dignes de pitii que de
colère»
Lt Friace a'-acheya la Icâurc de ce HtH bille'
qu'a.
• B B BOttKBOK^ 137
qu*âve< an« douleur capable de lui donner U
mort* Ses yeux fe couvrirent d un nuage cpais^-
Tes forces l'abandonnèrent , il perdit le (enti-
ment , ayeç la parolle , irdemeura fans poux &
faoç voix. Cafilda* s*çtoit préparée à cetre
fcêac-» el}e le ^% fecourîr, & la force dç& remèdes
eut un Jx«useux effet , il revint à lui » il regai^da
ceux qui Tenvironnoient Se il fit ngne que Toa
s'cloigoat pour le lailTer feul. CaGUia étant de*
meures proche de lui^ il jetta les yeux fur elle
& les y tint Ipngtems fans pouvoir parj^er $ en-
fuite .rompant. le fileoce , avez vous oien voulu,
lui dit- il , vous charger de m*aprendre la plus
fune{(e ' nouvelle que je puifle jamais recevoir/
je l'ai voulu , dit/^elle , parce qu'en perdant Fe«
licie, il eft bien jufte que vous (oyés informée de.
fes dirpofitionsdc de ce qu'elle vient de faire
pour fieaavidé^. Qui me nommés vous, inter-
rompit brufquemeiit U Prince ? je vous nomme
Don Ferdinand de Benavidez » ajouta t-elle il
eft xhpn fr>er« , Ôc celle que vous connoifliés (bus
' le nom de Fdicie de I^eon s*apelle Leonidede
Velafco'^j fon Père l'avoitpromifeauBrincede
Carencv dont la grande naiflance & le mérite
particulier le diftingue par tout avec avaqta^e.
mais elle aimoit mon frère avec tant de pa(uoa
qu'elle a préféré de quiter la Cour & de fe ca-
cher icy au chagrin d'ajttendre le*mary que Ton
pcre lui deftinoit. Il devOit arriver pour l cpou-
fer , elle fe fauva de Villa-Real, jel'ay accom* '
pagnée dans fa fuite ^ elle a toujours confervé
un tendre cooimcrce avec mon freré , vous voic's
enfin qa*elle eft partie cette nuit avec lui : à ces
mots le Prince n'étant plus maître de fon defef-
poir » il le fit éclater par des tranfportsde colère
&de plamtes fi doulourcufes qu'elles auroîent
été
Vf ^8 H'i^v'îbE JjkJiN
^ëré capables 4e toucher les piiH inicnfibles;
' affreux malheurs , implacable fortune * s*écria.
il , ne céderez vous jiamaistleme perfècutcr?
'Cétoit d'onc Léonide que vous m'aviés£iit
' trouver pour m'a^ujvtîtaQpouybirdefes char-
mes & pour .me faite \êptoviirét^ éninèineteins
tout ce due Ptt^lîdelii'éadepKts c^l • «ileme
' trahit , elle me fuit l'ingrate fir'cètamv/â cher,
ce Benavidez pour lequel je me-fuis fa^ifié eft
celui qui abufoit-de ma bonne foi } amoureux
de celle ^oi m'itoi't ^romife } le perfide m'en
faifbic un portratt terrible pourni^élbîgkiefd'el-
] le , voih donc larecomptnc^ qure {erecofs d'»-
' voir adoré Leonrde&<d'iiv6ir tautattnf^Bena-
' Vide2. Caiilda étoit diins le demierétonnement
'-^t ce qu'elle entendoit dire au Prince deCa-
."ittncy j elle n'avoir pH.de ptidei démclvr par
* Tes 'paroles qu'ilétoitce JE^rtncede!a.^aifoB^
,*^utbon que lé 'Coit|tiede1â'M»relieibli père
a voit accordé avec Leonic^e. Janiais furprife a' a
' été égiUi\sL ûéhht y car «Ik iiVoit coûfours
péilfié que n'ayant pat trouvé Leonide à Vilhi-
'Real il étbit Tetoumé -en France , clic o'avoit
rien ' fçeu de l'ava'nture de Leonor avec loi«
ainfî elle comprehoic UilEcilèment , par quel
' haza'rd oh ravôit ^taiqué dans la "forêt , Ôc poilr-
~ quoi 11 avoic çbangé^e nioav, toutes ces chofes
'la l'ettbient dans une profond cfréveifle. Le Prin-
' ce de fbn côté parotflbit enfevelj dans la fiea-
ne, tantôt marchant i grands pas dans (à cham-
bre , tantôt fe jettant par terre commt un hom-
' itie mort , tantôt pouf&mde hauts cris , puis
' verfant de farmei VtâhtÔt mfenâçant fenenfte-
my , 8c dans tour ce» états , ftparotftntdaks
' un trpubh 0c dans Une agrutioti ^ôuvânta-
De-
Dvquoîferc , hiidlt-elte. Seigneur Ufcnfîbi.
licé-^ue TOUS avez^pour Leonide , Mt ne vous a
famafs aimé , jcIteVatacbc à un aiirrtf, dlc oublie
iMme les ^eMles de lai>fen(ta«ce>]HNiv U fiiivre,
tQUlé» vott!^fôaffirtr tint potttttiie'ifigfase ^ ha t
Madame, s'écria le<pftnee»|(^ti!ii'raifce.qae fe £iis,
^e fienièconildîsptile,'(e(Uittt<»dcFr«fpoir^ Ice
cireonftancee de mon malheur «font incompre-
henfibles ; fe- me' trouve trahy par une. perfonne
qui*m'«(Vpromif« dés feS'pluS'teQdres années , ôc
par un amy auquel i'fvoU donné «rouvema' con-
fiance: Leoiiideparotfloittouclié«<Uttt«m amour
elle me'Hrfimpotc , elle ayoût^t le^mépris^ l'iii«
gearitude ^ elte^ ({avoir qat fc^l^adorois / l'iaC-
délie rravailloit à àiapef te, de detts- Icmoment
qu'die reèevbir*mesvcniir ; c'étoit pour les fa-
aifief 4 Benavtdez ; elle t»e kidbit toucefperer
de ra«efidFeflè.jH>ur Riedornierdeepreuvesplas
^elacaores dé fen^i^evfiiMi;' «klf I ^ufte ci«M sfé^
«ria-t^l , vange to^ de cette aitie parjure ^ miii
que dff r^> repFenblt-»il'iln momeiit apréi,^'ii>û
* pas la «feree de* bi fouhatter la^uniMn qu'eHe
mente , -ellem'^ft ehere majgfé eHe de malgré
moi i jt fins ie foi^le-encoee que ye taie coût met«
tre en «tt(àge penr la retrouver | jef'aime helas !
ie l'aîme éperauementTatis poùvoHr cefftrde l'ai-
mer . iel-ieols'eifêts-de'ma cblere tomberont fur
le perfide Beiia^idez $ flfaut que îe le puniflè 0c
Ce que fe •lav 'dane fou iàng TaffVont & la dou-
leur qu'il» me caiiie. Vous pourries faire ce que
vous dites , Seigneur , reprit Cafîlda , ii Leonî-
de ratmoit moins.» mais ^ous devés &Mre perfua-
dé par la-lettre 4u* elle a latflie êcpar iàeonduice.
que Benavidee eft^déia ton épouir ; ils'vont en-
femMeà Jaen /'Don aWhço Fsfjordo , qui en eft
le G^uveitMiiriè trouve lOttiWMtlkk l'oncle 0e
Tami
140 Hr9T. DE Ieàw
Vzwi, dt mon frerc • il .aprouve fa paffiotipoof
; Leonide . il U rendra Uulr proteâeur , croies
. moi , a^oûta-t-elle , le defleifi que voas formez
. t& abroluotent impofl^lc ^ peofez voua que non
: frère ^it fait iine.tetie 4lcmarcbe ùn$ avoir piis
. toutes fes mefure» . Don Juan «le Velaico eft
: lin des plus grand^Seigneuts de toute TECpagae:
Benavvdez içatt qi4'il£iudra lui reiîfter ôc que ce
: ne fera jamais avec (on aprobation qu'il tetieodra
: fa fille. Cependant il la mené à Jaen , où il n'a-
. prehende point le pouvoir de ies ennemis ^ taot
. de précautions y interrompit fièrement le Prince,
. lui feront inutiles contre moi $ ie ne crains ni le
. péril, nila mort; je veux me vangcr , Jcfîje
^ meurs , je mourcr^t fatisfàit.
Vivez plutôt , yivez pour moi , reprit CaiîU
da , en ^ougiflànt .du trouble êi de l'honte » vi-
. vez Seigneur 5c voiez avec quelle perfeverance
. îeVous^aime . votjre paflion poui: Leonide , N«
< loignefuent que vouf ave^ tQÛîpiirs eu peut
. moi , le plaiuff que ye vous ai fait en vous rece-
tvant dans mamaifoi^» lepeiidereconnoifTance'
. que vous ea avez n'ont ij^ me rebuter ^ le fatal
■ deftin qui- m'atache à vous ne me laifle plusU
V liberté de chotfir, je ne peux vous éviter , je ne
. puis vous haJir | ah * Seigneur , des fentimens fi
' tendres ne fçauroient- ils vous toucher } J'aida
. bien, ma ipaifon e(l une des pretnic/es du Roiau-
me de ÇaftiUe , pofirvM que votus nae donniez
vôtre foi &.que j« puiffe accorder mon devoir
avec rnon amitic je ^rous fuivrai par tout , je
vous ferai toujours* fidelle » je ne vivrai nue
. pour voua » faites donc que nôtre union toit
douce âc éternelle ^ Seigneur , vôtre patrie de-
viendra la mki^ne » iUl^ndoanerai mes parcns,
j'abandoiiteerai mes ayûs > Ci yous feul.me tica-
dru
DB BOUR BOK. Ï^I
6tcz lîeil de tout. Pendant qu'elle é()an<boit
ainfi Ton âme& qu^elle Ci flattoit de toucher le -
cœur du Prince , il fe promênoit trtftement dans
la chambre , les bras croifez ; fon chapeau en»
foncé , il n'avoit entendu que qtielqbes mots
dj difcours de Cafilda , Se fans mcitie penfer
qu'il étoit avec elle , fans la regarder ^ fans lui
repondre ^il afloit fortir de la chambre ,1? traâf-
porté qu'il ne fcavok ce qu'il faifoit nt*dét^uel'
côté il tournoit (es pas. • ' ^
Cafilda fe voiant fur le ppint de le ^perdre , ne
garda plas de mefures ni dans fcs paroles ni dans
les avions , elle courut vers lÂi , ellt l'arrêta 6c
lui faifanc voir fon yifage couvert de larnfies , tu*
parts barbare, lui dit-elle, tu me fuis, tu ne
veux pas faire reflexion au bonheur, que tu pou- ^
rois go^ter dans la pofl'e'Qion d'un coeur qui t'a-
dore 5c qui te feroît fîdell^! eft-tu fait pour fut ^
uviiv» Un
,_^ ^^. — .- jppofce
voir Ce qui Ce rend fi indigne de tes voeux ; je
n'ai pa/ moins de qualité qu'elle , & ce que fài
de plus c'eft la confiance 8c la fermeté ; mais
que vois- je, grand Dieu ! s*écria-i-elle en le re-
gardant , de quel mépris , ingrat , paie-tumon
inclination ! tu Aie quite pour te précipiter dans
les derniers périls , tu .... • Elle alloit conti-
nuer quand le Prince l'interrompit , que voulez
vous» Madame , lut dit- iU puis- je aimer une
autre perfonne qu^ Leoriide ; 8e û j'étois capa-
ble de changer , ff rois-ce pour la fœur de Bena-
videz > .Ah ! tu n>*ôtes jufqu'à l'efperance que
l'on n'envie point aux plus infbrtunez , dit- elle,
en verfant des. larmes *où le dépit n*av6it pai ^
ntbins de pan qiie de U undrtfle | mais, perfi*
de
t^Z H f s Tr D E. &E A 9
de 9 oe pcnfe pas iontr en repos de toute ti
cruauté , jevucoliveraî ks maiebs de te nuire , 5c
de te faire reg^jctter le peu d'égards que tu as
pour moû
Le Prince tu s'arrêt^ point â lui répondre , il
forcit , Cafilda demeura fur un fiegç , Uns avoir
2a force de courir après lui , cpmme elle auroit
bien voulu, le faire^, ôc Tans pouvoir prononcer
t^e parole ni formçr aucunes piaintes «elle rou-
loit dans Ton efpj^ic mille funeàes dedeins où l'a-
meur , le dfifcrpotC'^. b liaiÀe«Àc la colère avoieat
également pact.
' Cependant il alifi prendre foncheval qui ctoit '
It plus «beau 4c U p)us noble qui fut encore forty
d€4 Montagnes d' A ndatoufte. c'éto'^it Monfieur
de Velafco , q>ii l'avoat chôifi entre tou« les Cens
pour lui envoie/ , lorfqu'ii fe fauva de la Tour de
Villa- Real , & comme î4 âvoit e^u le tem» de Te
repo(er « il couroicfi vite âc (t légèrement , que
Vœil avoit p«ine à le fuivre $ le Erin'ce le poulla
d*abord dans iinegrapde route de la fojci $ mais
s'étant arrêté eniuite/ii^réfol^t d'aUer à Car-
«noQA qui étoit la ville la plus procjie du château
de Benavidez> Il voutoit s'informer fi l'on Q*a-
Yoit point v Leontde ,,&de plus ne fâchant pas
le chemin de Jaeo ^ il faloit^qu'il s'en inftruifit.
Pourrai- je à l'avenir , difoit-41.» en y allant»
pourrai-je méfier à ma fortuné 3 pourrai-je me
flatter de la poSkÙiop. d'un cœur après avoir ctc
il crueUemenc déçu ] à quoi pouvoit aboutir la
feinle que Leomde tx^et toit en ufage pour me
p«rfuader qu^eUet^c .vÀvloit du bien ^étoit^cc
'par cette humeur légère &. coquette que j'on rcr
proch^i^ordinairetnont aux belles perfbones^
ctoit'Ce , qu/en I';j>ffi»ce,de Bçnavidez , je d*'
t©is 4iH>t««ttrjlH»T4f;iqi*4lguçcl^Qfei non jci/
«B BoiIRBOil, I44t
poîs arotr det ptofises fi iniUfieufcsxoiitrc «lU,
cet ak modeftc , -fc« ounic res fi (âg^s À fi rcce- ,
mts>,cttt(j^siX'& jadicicux d^oMateitt mes.
foùj^^BS : un raom«nt sprés il fe fouvenoic,
qu'elle lut avott dit qu'elle ecoit eogngée.j pofir-
quoi cruelle., s'écnoit-il ; comme ^ il eût patlé.
à elle , pourquoi ne me faifiez- vous pa$ la coti-> .
fidence ciittere ^ votls étiesB engagée ,il eft vrai,-
c'eft avec mot que voua l'ctiez « iiotfs nous fe*
fions reconnus' , helas l vous, m.' juriez pe^^t* ccre .
aimé : mais vous ayez pouflc la perfidie aufii;
loin qu'àlte Douvoit aller. vousay^ziMc^ ipa
paflum pour ^attgmehter de pour m*abandonner^
enfuite àtotst mon deferpoir . , ,- ■' -i ,
IHfts unten^a où fa douletipr.aucoU été moins*
grande , il «ucoit pu ctaindre les cruelles fuites,
: de la colère de Leonor,»> car il jignoroit qu'elle
fut morte » de leflre«treiaité« oî^ elle s'étoit ppj:«,
tée ne. loi iaiflbtent aitcuD U«ud« croire qu'elle,
répargnat» fi elle fi^voit qae cet aflTdfiaat n'a-
voir pas eu tout fon elPet j^ il vouloit d'ailleurs.
*^viter d'sÛer à SeviUe ou Tiafant Don Fern^nd
étoit Teteau parjine.m«ledie « & il auroit été au(
defefpoir que le Gomlede la Marche l'eût ren^
contré , parcc^ qu'il anfoit! ffeu. s'-en debarafler
^ trouver un prétexte aflcz plaufîUe pour allec^
à Jaen» à moine de lui faire confidence de (bu.
avenmre avec Lçôttide « & de la faute qu'elle ve^
noit de commettre } mail il neie fentoit points
capaUe de parler contte iio« pcrfoaae qu'il ai«
moitfî éperdûmeat.
Tous ces pbftacles l'auroient dis^je embarafiq
dans un autre tém». ilsnel'embaraÂêrentpoinç
daiis.ceittt.là,pacceqit''il ne p^ivoit fairii d'atea^i
tion que fur fon malheur. Qttb)^ quil fût vetû ^
r£l^|toUe '4 Q6vai qui û ^vbfq$ 9mvir à C^c^
fQOAa
144" H rt T.Î vu J E A isr
mena fugertnc à- la blancheur de (on t«in & à la
couleur defes dbevcux qu-'ikdevotii.carV d'une
autre Natiénj il'étoit de fa^AiiVid'uii grand oom-
bre .de perfoones qui étoi^t attirées par £â bon-
ne- tnine êc par ledeiîf de le coitciokre , maisil
ayoit dans les yeux. de fur le vifage une (î grande
impreffion de mélafKolie , 'qu'encore que ce
fttffent iespremiers de la Vi4l«-,-ilstt*oiei%at l'a-
bordei^ni imei rc^mpte fa févcricy pardesque-
ftions qut ne lui aujroient peut^txe^aseécé âgrta-
jbles. •
Il envoya quérir un lapidaire auqueiil vouloit
vendre des pierreries pour fe mettre en étar de
continuer Ton voiage. ; cet homme lui demanda
itinutiletnent ce c\à'S. ies'e(^imoic » il écoit abimé
datis fa rêverie , il nekii^répôndkricto , &-pouf-
fant de profonde foopirs ,'il »e (bngeoit plus aux
pierrériesi enfin le lapidaire' y mi€ le prix lui mê-
me , de dans ubc rcncdiitte , où (a béone foi
a^iflbit toutTe feule ; il ne négligea pas fet-iote-
rcts. Le Prince ne s!en aperçeut point : il nere-
farda pas même l'argent qu^il Itii donnoît» 8c cet*
ommé furpris ne pàts'emp^chcr de din à les
Toifins ce ^oi venott de fe palTer.
Il y ayoitpeuqnei'onavoit voUà VUla-Real
une ceinture de diamans admirable à la Reine
d'Ef pagne,* on avertit le Gouverneur de CamO'
na de l'arrivée de cet étranger , de la précipita-
tion avec laquelle il vonloit partir , defonairio-
qiîiet 5c du bon mavch^ ^^u'ilfaifoirdcsfesbi-
foux , il crut qu'il faloit l'arrêter , il vt^t dansla
maifon où il dev*ok pafl*er la nuit , ill^aperçeut
dans le jardin qui fe promenoir de la manière da
inonde là plus trifte , mais cet air de grandeur &
de Kobleflè qui paroifibit d.ins toute fa perfon-
nc malgré foA cilMtfttnit de fii^ oegligeAce oe
*^ . • pet-
DB bûURBOK. 14 j^
peffiiirent pas auGouveraeur de poùiïer plus loin
, les foupçOQS , il s^'av^nça. vers lui dans uae in-
tention bien différente de celle qui l'avoit ame-
né , cç fut pour lui offrir tout ce qui ctoit en foa
pouvoir & pour U prier de venir loger au châ-
teau où il feroit fort pieh.
Le Prince ne manqua pas de le remercier avec
beaucoup d*bonncté , car rien ne lui pouvoic
ôter fes manières polies & civiles qui lui gai*
gnoientie cœur des^lus indiferents , fa refillan-
ce ne fervit qu'à lui atirer des nouvelles im-
portanitcs de la part du Gouverneur, & n'aiant
pas la force de s'opiniâtrer contre tant d'em-
prefiTements il voulut bien aller au château.
Il aiiroit été difficile que le Gouverneur ne (e
fût ..pas aperçeu qu« quelque grand déplainr
l'accabloit.: mais encore qu'il eût une forte en-
vie d'en app^rendre le. (uj et il ne voulut pas le
lui demander 3 il fçut feulement en gênerai qu'il
alloit à Jaen , & là deffus il lui offrit d'écrire à
fonfils lequel étoit avec fa compagnie en garni- ^
* foii dans la . Citadelle. Une me (îed pas bien,
ajoûta-t-il , de le loiief , cependant j'ofe vous
dire Seigneur que vous ne trouvères guère de
Cavalier qui foit plus difcret & plusg:alant
homme que lui ; on l'apelle Don Gabriel
d'Àguilar , 5c s'il eft capable de faire quelque
choie pour vôtre fervice , il n'en négligera au-
cune oiccafion.
I^a manière dont le Gouverneur parloît écoît
fi franche Se fi obligeante que le Prince accepta
avec la même francnife les lettres qu'il voulait
bien fui donne^ Il ne connoifibit perfonne à
Jaea & rien ne lui étoit plus necefTaire que de
pouvoir trouver làunamv , afin d^entrer fans
dificultédaos la citadelle ou il'croyoit que Leo-
G . nîde
À
14$ ïIlST. DE jEÀfî
nides'étoit retirée avec Benavidea;. Toutes cet
veuc5 rengagèrent de profiter d*une<iccafioa fi
favorable , Ôc après av9ir.^uré le Gouverneur
de la roconnoiflànce qu'Hconferveroit pour des
grâces (î peu comoiunes il partit avecla-der-
siiere .diligence » mais ce «ne fiit pas. (ans avoir
ccrit à Don Juan de Velafeo , tout ce qui^'étoit
pafTé jufqu'à lors , afin que de Ton côté , il agit
pour recouvrer Leonide^ Ton ne peut lien. ajou-
ter à la furprife que ces lettres cauferent à la
Cour , car Mr. Se Madame de Velafco étoient
jperfuadez qu'il avoir été tué parles aflàfïïns de
Xeonor ; teur Joye fqt extrême.d*aprendre que
le Ciel l' avoir confervé , mais leur doulew: pour
;la perte de Leonide ne peut s'exprimer. Ils (en-
tèrent promtement aux moyens,4.e.la retirer
de Jaen où ils (a croient. Pendant queie Trin-
ce fait fon vQÎage & qu'il -cherche ce qu'il ai-
me , .voions ,ce qui fe paiTe à UégarddcJLeo-
?fîide.
, Au/ïïtôt quebonrFernand de Benavidez l'eut
portée hors du parc , il monta à cheval * .&'la
prenant devant lai il laftenoit avec tant de vio-
lence que quelques efforts qu'elle fit pour^s'arra-
cherde Tes bras , ils ctoieBt4ntttiles ; éllepouf-
foit de hauts cris , elle demandoit dafecours au
Ciel & à la terte, elle appelait le Comte de la^a-
^ne à fon aide, mais Tes gêmiâTemens étoient
inutiles , on la menoit par des.chemins detonr-
iiez , on la faifoit paffcr par des montagnes en-
vironnées de rochers ou les échos repe^oient plu-
sieurs fois festriâès plaintes, ijins qu'il Ifu- vient
d'ailleurs aucun foiilagément»
Qui que vousToyez^difoit-t^le àiBenavides,
^'étes vous pas le plus*injuO:ede tousleshoni-
.pi^ de m* enlever cpa^nne vous faites 5 je ne.puis
DE B O B R» O )il« 147
ppéfiïpoTer giue je vous aye donné fujet de me<
rendre ce St^iCtr, xar jie n'^n ay jamais fait à
perfonae» & parce moyen vous ne pouvez vous
pUiijfire de nioy. j c'éft donc de gayêté de cœur
que vous m'onencez , que vous venex troubler
mon repos, 6c touttebonheurdema vie : msis
que prétendes vous l (î vous êtes envoyé de la
part de mon4>exe pour méramêner auprès de lui
ou s'U faut .^e Centre par Ton ordre dans uà
convent , je fuis difpofée à -lui obeïr fans qu*il
ibit neceflàire pour m^ réfoudre de^àieiaire
marcher pendant la nuit au milieu d*ujne troupe
d'hommes comme feroit une vagabonde^arrêtons
nous p continua-rt-élle voiant qu'on ne luixépon-
doit rien » 'Ramenez -moi où voua m'avez enle^
vée , vous êtes aflés fortes pour ne point âpre-
hender ^e je vous échape & \t n*en ay pas la
penfée , je ibis &ule dans ce château avec une
iiUe de qualité , vous fçavés que celui à qui il ap--
partieot eft encore prifonnier à Villa-R.eal , &
^quand il 7 feroit il a tant de déférence pour moi
qa'ilrixe s'epoferoit pas aux ordres de mon perc«
Ses larmes interrompoient fes plaintes, & gar-
dant alors an profond filence elle faifoft refle-
xion à fon malheur, elle étoit peffuadée qu'il lui
venoft par Tordre de Monfktrr de Velafc(>,& que
c'étoit lui qui aiant été informé du lieu de fa re-
traite de du fé^our que le Comte de la Vagné
avoic liait avec elle venoit de la faireienlever. £Ue
regrectoit amèrement Tabfence du Comte $ s'il
Içavotr où l'on me mené, dlfbit-elle, }e ferofs
momsr a piarndre 3 il trouveront peut-être le fc-
cret de me voir, il t(k d*une iiaiiIaAC»0c d'un
mérite à m'bbtenir de mon père ,%'il me de-
mandoirà Iai« car enfio Taverfîon que i'ai pour
IcPfiaceaoqti'fl |e {ui^premiiefufEtponrmè'n-
«êchcr de confentiriamaHà nôtrcinariage , i
^n fera lui-même ravi, & mon Père fatigué de
«noti'opiaiâireté fe refoudroit à m'accordera»
. Comte delà Vagne. % *• r
Leouidc s'occupoit tonte entière « pcnftf
aux moyens d'informw foi» amant du lieu oà
«lie alloit êtfe j mais ' cUc ne fjavoit encore û
l'on la ramencroit à la Cour ou fi oo renfctnK-
Toit dans un Couvent, Elle fe reprochoit de n'a-
voir point apris au Comte de la Vague ion Jiom
i&fon engagement avec le Prince de Carencyj
ibelas ! diloit. eile , il ne me pourra trouver ea
cherchant Felicie de Xeon 5 <iui luy dira que
c'eft Leonide d« Vclafco > eft il poflîblequf
î'aye eu quelque fecret pour utihrflhmc4|uinie
témoignoit un attachement û £ncere ^c une
«affion fi violente.
Lors que T Aurore commença de paroitre
> Leoiiide d*un oeil timide chercha auflUtota
leconnoître fon ravifcur , ô Dieu , ô Dieu , c
pcutal une furptifeoegaUeàlafiennequandelk.
vit Benavidez. Elle demisura quelque tems Uns
«ouvoir parler , pâle & tremblante , Içwfage
fcaigné^le larmes , elle le regardoit & routoit
confufémént dans font efprit mille chof es diffç-
jentes qui «'y pt efentoient tout a la iois : Ew
poufia enfin un cris douleureux , & m doutant
«lus de fon. malheur , vous êtes donc mon en-
îiemi Don Fernaad , luy dit.eUe > Vousqui ma-
vez offert vôtre raaifon comme un azillc , vous
<iui étiez le dépofitaire tie mon fecrct , voi» okz
violer les droits de Vhofpitalité 5 Vousm'en de-
vez , <nfitt : Ne m'accufez point fans
m^entendfto , belle Leonide . luy dit-il , enl ta-
«crrompant , ma refpcaueufe paŒon a aurort
iamais éclaté û vous vous itic» deftmce par voi
■ ; • ' pro-
I>E Bo ITR B O N^ t£f<f
fTOpTts mouvements au Prince . de Carenc/
comme vous y étiez deftince par la v olonti: de'
vos proches. Je vis naître avec plaifir l'averfloit»
que ybus avez pour luy > de cette averfibn me
ââta qu'après vous avoir xenduun fervice aufll
eflèatiel qu'ctoit eeluy de vous fournir mie re*
traite contre la perfecution de vôrre père doae
Tautorité* & le reflentiment font redoutables!,
yojfis feriez aflèz jufte pour |«rter les yeux fur
moy ôc pour vous fouvenir que je ne m'étois
pasdevoâé av'e'ctSintde paffîon fans vous aimer
éperdument j mai»daiisletemsoù j'ctorsaccufé
prifonhier & maltkeureux , vous n'éi^ics-occupée
quedu C<)mte de la Vagne , vous veniés de luy
uuverîavie, de le recevoir chez vous ^ j'apre-*
nois qu*il vous adoroir fie que vous letrouviés
aimable- quov, je ne vous avois fervie que pour
cet étranger ? je ne ofr'expoibis pour vous qu'a«
fia de luy faciliter le moyen d'e vous dire qu'il
vous aime f (e pourroit-ilune deftinée plus bU
zarre } ceffés donc Madame cefTez de vous acca-
' bter par une douleur extraordinaire, vous n*ea
avés point de juftei fu jets», ce n'éft'pas îa maifon
paternelle que vous regretez | ce n'efl: pas non
plut le Prince de Carency , pt^ifque vous avés
tant d'averdon pour luy , fie que pour l'éviter
vous êtes fortie de la Cour. C'eft le Comte de
la Vasne, cruellei^ui vous coûte tant de foupirs»
c'eft lui dont vous ne pouvez être feparëe fans
verfer des rorrcns de larmes : he quoi , Madame,
ne devez- vous pas préférer mes vœux aux fieni>
rendez moi fuftice fans écouter vôtre reflèntiw
ment » vous aprouverez ma conduite : ah ! s'é^
cria Leonide, vous êtes trop criminel à mon
égard , vous tenez la conduit^ d'un traître fie
von» ailes yous attirer toute la haine de ma Mar-
150 HlST»^ BE IZAn
Ton & toute la mienne. S'il eft vrai que yonsaiez
la foiblefle de m'^aimer comme vous me le dites,
prenez -des manières toqtes pppofces à cellesquc
vous tene^ , rendez moi ma liberté , faites-moi
l'arbitre de mon fort, ^ difputea^ apré3 au Cein>
te de la Vagne les moien» de me plaire plus que
lui i méritez par vos feryicesla préférence qae
vous craignez que je ne luidonAe» vous avez
un avantage qu'il n'a point ;. c'eft que vous m'a-
vez déjà obligce'& que je vous dois delà recon-
noifTance ; ne perdez pas ce mérite , je fuis équi-
table ,. mais ne penféz pas au moins que ce (bit
par^ une .conduite & peu rcfpeâueufe Se par des
manières hautaines que vous puifliez I9 mériter.
Vous m'allez devenir, odieux fî VQU^ refuftz de
m'obéïr i que prétendez vous de moi lors que je
n'aurai que de la haine pour vous } &ae dtvrois-
je pas en avoir dé ja , û les bçns offices que vous
m'avez rendu ne prevaloien( dans mon efpcit
fur l'ofience que vous me faites 2 Je veiix bieo
cependant pardonner à d<^ mouyemeus doM
vous B'avez peut-être pas ctéU maître , jeiveux *
bien les oublier., je veux bit a vous p^niiittrt
d'eflaier à me plaire , pourvu que je foisla^ai-
treiTe de mon fort.
Je pénètre trop dans l'avenir» Madame, lui
dit-il, pour me laiffcr furprendre parlm dtf-
cours que vous aeme feriez pas û vous cttez en
ctat de bie déclarer vos fentimens. Le Comte
de la Vagne a un avantage inconteibible furmoi,
c'ed qu'il a (çeu vous plaire & que vous ne m'a-
vez jamais regardé qu'avec beaucoup d'indiffé-
rence . il entre auffi-bien plus de politique que
de bonté dans ce que vous me dites , vous êtes
trop prévenue pour aion rival. $ je se puis eipe-
rer fans témérité que.vxnis foiez tout d'un coup
auffi
0'« B*ourbon; *fï;^
aù(Iî' apatféé que vous la voulez pdroître , Se '^f
nt dois pas- bazarder la pert« d*un bietrquef?^
tietis déjà -' ainfi-, Madaine', pardonnez à ma
l^affion la refiftance que je fais à vos ordres , il
vott& confeiitea à m^. donner la mâin^ fi vous^
voakmi*'' Tendra le plus heureux de- tpus les
hommes , 'fe voiiÈ mènerai en qu'el lieu il vous'
platm , vous ferez alors maîtreiîè de vôtre de-
ftiaée & de la mienne-, je ne m^ éloigne rai ja-
mais de vous obéir. ^
Ait barbare ! s'écria doi^leureufeni^nt , lleoni-
éc i fc eoA(êiflirois plutôt à perdre mille vies , Çx
fe des avots , c^t de confentir à vous recevoir
pOQT mon c poux , ce-n'eft pas fans raifon que
TQkHft votis ctes defîé de mes paroles^elles avoientr
pour but d'obtenir ma liberté , & de vous fuïtf
9prés comme le plus cruel de mes* ennemis; ma
modération n*a fçeu vous furprendrc , vous êtes
trop habile dans l'art de- didimuler pour ne pas
pénétrer ce que les autresipeafent , &labaia& .
implacable que rt vous dois vous âprènd aflez ce
que je peux reUtntir , pour Toutrage que vouar .
me faîtes : mats voui ne jouirez pas longtemf
de vôtre trahifon , la mort .'totiteodieufe qu'el-
le eft, ra-efiEiaiera moins que de pafler quelque-
jour avec vous , ouy je fçaurai mourir , & je re-
cevrai la mort comme le plus grand bien qui peuc
m'arri ver dans l'état où j e fuis.
Après avoir prononcé ces mots avec beauw
coup àt vebem«nce ^ de courage ^ elle ne vou«
lut plus parler à lui nt le rcgai^er , quelque cho-
fe qu'il pût lui dire jpour l'apaifer. Elle étoic
dans ce déplorable état lorsque Benavidez la fie
•mbar^iueràPorto-Itealpouraller à Maroc . le
trajet n'èft c^nt de 24 lieues • ^ il Faut pafler te
détroit de Gibraltar $ mais il y avdit beaucoup
G 4 de
^1 J2 H I ST, DE Ifi AH
de péril depuis le combat nayal ^qui s'étOitâon*
nç en 1 407 entre les Galères d'Efpagne Se cel-
les des Rois de Tunis & de Frcincnzen. Ces
deux Princes amis 6c alliez du Roi de Grenade
avoicnt envoiez 2 y Galères pour couvrir les co-
tez d'Andaloufie, T Amiral Don Aloniçp Emi-
quez les rencontra proche de Cadix >.& biea
qu*il n*en eût que 1 3 il ne balança point à les at-
taquer. La yié^oire féconda Ton courage , il prit
% Galères, il en coula plufîeuis à fonds» éc à
peine s^en pût-il fauver quelques-unes- pour en
aller aprendre les mauvaifes nouTcUes aux Bar-
1)ares. Une perte fi coniiderable leur ^aa(à la
dernière fureur 5 ils jurèrent de s'en vanger , 6c
sis attaquoient^ans quartier tous les yaiflcaux
qui arbproient le Pavillon d'Efpagne.
Leonide étoit à peine entrée dans te vaifleâu,
lors qu'une jeune filk extrêmement bien faite
Taborda avec beaucoup de grâce & de refpeâ!.
Tous fes traits étoient û réguliers , 5c (on air fi
doux ôc û agréable qu'encore que L^bnide ref-
femit la plus vive douleur dont une perfoone
ÎmSt être touchée, elle ne làiflà pas d'arrêter
es yeux fur elle &de la regarder avxc plaifir. El-
le fe nommoit Inès $ c^toit la fîUe du Capitaine,
& elle s'empreflott pour rendre à cette beU^af-
Higée tous les fervices dont eHe étok capable.
J'ai bien de la reconnoifSince de ce que vous fai-
tes pour moi, lui dit'obligeament Leonide, mais
}e vous' prie de vous en difpenfèr . l'état où fe
fuis ne me laKfe pas chercher ni vouloir aucun
foubgement ; permettez phitèt que je m'abU
me daqs ma douleuf $ coût ce qui m'en détourne
me fait de la peine : Je n'ai pas deflètn , Mada»
me , de vous déplaire , lui dit Inès d'un air en-
gageant « mais je me crpis dan^ robligation de
vous
DE BOURB O N. 153
voas foubger en tout ce: que ^e pourrai ^ il m'ed
aifè de recOQnoitre que yous.cus occupée d'une -
violente affliâioa » Se que vous vous y abandon*
nez coûte entière , j'oie cependant vous dire.
que la fortune a de (î grands retours que les eye-
nemens les plus defefperez deviennent quelque-
fois favorables. Charmante Inès , interrompit
LeoBi4« ( cac'eUr revoit entenâuj: nomoher ain*
a ) '}C luis prefque (ans éfperance , nous.far(bns
voile en.Afric^ie, le ti'ajtrctqui m'enlève va dan$
un Roieurale pu il al^eaucoup de proteârion $ he^
las l qui viendra me défendre contre fes violen«
CCS » m mes^arens , ni mes amis ne fçavtnt rien,
de mon malncur , il n'y a qu'une fille qui puifle*
en être, inform^jei, lâquejte. n'eft pas moins per«
^de quf^^et'honinse ki. Ces paroles lui rapelle*
rencCafitda dsns rjefprit;., i( ce fàt Mn (buventc
qui lui CQUta de.nQi)velle»Urme#. Infid^Ue , di«-^
(oic-eUe «.comme? Â eléleeut ^vé prefemeàfe»
reproches', qufijf.onsiay9»s;jefatt poqrconfen*
tir .à ffioiHjfenleyefnent - Vous y avez donné les
makif 4 c>0i(|ciVjQiiift' qui me condui fîtes dans le
paFC ^:)f|S ^4^1:11»? ^r^ni(te¥f4rc 8 pour me liwer à
vôtf^/reffi ïia;tei^dif jsrle momcni de ma difgra-
ce avec la 4trfi:iereim|:0tien9;>e: Vous me, paies
bien mal la tendfefîe quej'avoîs pour vous. Je
fonffroffS av0C' peine qtK^.Cvnttedé la Vagne
me marquât de l'attachement , parce que \t fça-
vois qoc vous en aviez potir lui , Ccfi i*avoi»
peu 4^^rer de fon cceftr de du mien , il me
lèi^blfç que ye ne.vous Iuhms iannaîs caufc le plus^
léger deptaifir. Vou» n'avez pas c« pour rrpi
des fentimens û généreux ^ e'eft par vous que^.
votre frerç a fçeu les^égards-qbe i'avois pour cet-
étranger. Dans le tems où s oui ne vouliez pas,
OH^ p^tOiU^ fttfpcftç^ 9Ù vos çarefles^ fucpre-
9^4 HiS T. 0B I E AH
p rendent toute ma coniiancv , vont en abufiez
ingrate , Ôc vous ne pénétriez mon fecret » que
pour le troubler^ Elle jpronoo^ôic coûtes ces
chofes animée par Tes juflesdeplaiïîrs $ il lui
rembloit que Ton coeur , preiie<le<iouleur Ôc de
rcfTemiment fe foulageoif un peu par ces plain-
tes, r • ■
fienavides fis fiatoit déya d*uiiie4iettretffe navi-
gation , dclort qii-ilpfo»tal>otiler>Leonide » il
fi< 4'jKntretetK>tt> tfit de la nt^v^Sté'où elle Te
trouvoit dé €l}d«r à fd ^Ain^e et d« contentif
à lui donner hi main. Elle ne daignoit lit Vé^ou-
rer, nilu)^T4epluidDe$ ierspfiere», ^eslàritiM, fes
*empoiteni«Rts ne pou^ieÀt ttl^tme ToMigtihà
rerrvrunreg^fjji Axrlàyi. Bile ifil^tok de q«elt<
mantçre'ellii'ë^hapvroit- à f0n rdvifeà^ 5 £li<
n'auroit pS(s^totan«c à fe -donner CMiïâgèAfe'*
ment iai nl^ft^pLAtôt obe de ftfrdi^iidtié à dêve-
nii^ fa fevtfti»e,'^4e%untity)e4isd»i Religion qui
c^roient fott%«ient girav^sulaftS'ibft ames ne Ta-
voient emp^dicê de prÂiétettA» rcib4«Ûf0n>qut
itoix û oppofifie au Cterifti«tnir«»^^W«f s^ i'é^éfd.
de- Benavidè^ ; t(fftmt 'Wit^tfWÊ^iàcià>i\^
fa pr^fencé' kit étolt ' bd^tttl^ '^^^ klP j^sKolC-
^it preiqae p!us*d«vâ)î3t,elbi 81 fè çonceiftoit
d'çfperer tout "du 'twps. Bp^hWt que lôrt
qu'il fcFoit k tUfMéc^rflrCçammt h¥en ^ Aire
obeïr > s'il n'étoit pa« ffftz^ hevf «hx ^rffayoir
fe faire aimer. ' "'^ x' -/ , - •
Lé vaitfeffii l^'oirfRE >#«ii ytnt favoM^te" s'a*
vàjicoib totaiôiws , 5t<pafl&ttt le 'déti^U'dt Gi-
braltar, où l'on voit étâx hautes colohfielqtfon
dit qu'Hercule y avoir poféts , jfeqttftetcite l'O-
céan pont entrer duns la Mtditerà'née. Qu^Kjue
t«ms après tes^ Matelots poudrent de»^ grands
cris de joff f otif marq^iT 411^8 yoioivfll^ m, c&^
tes
t> ff. : B o-uR B o i^r 155
^s' <i*Âfrmue & qu'ils «rperoicnt d'y arriver
bf en-tat. Moaitlô à cette nouvelle tomba dans
un abatement fî extraordinaire qu'elle n'avoit
pas la force de Te plaindre 3 elle voulut monter
fur \^ tillac , ^paiTant vers la poupe elle jetta
fes triftes regards de toupies côtés , ^e cherche,
dans le ciel , ditelteà Ine« quelques âuées«
qyclque prefàge ,' qui tious annonce Une/ tem-
pAe. proc^aîn;e > it voudrois.n*'être pas avec
yous , je foiibaiteToi s encore plus ardament de
peri^icy; 'Mais M«4 que la M^reft calme, que
ivair« eft. fereifi , je ne me dois tien promettre,
Aouis arriverons biedtot , j'en fuis att deferpoir^
Elle tenoit fa^êee panchée (iir ufte desXitsmainsi
fa^orge ctoit toute mbuMlée de fes< larmes ; il
fémblôit qnéf fes beaux [yeu)cfatiguesi deiTaplt-
cation qu'elle ayoit eue à cohfîderer lerGiel^ae
pouvoient plus en foûtenif la lûmiere-^^ ils fe
fermoient infenfîblerfrem , Inès lapmdes'a*
puyer ftif ttit^éc tllevffi^itde.lacOnTolerj tors
qu'elle fi^oùt d'iih'coU^in grindcry , ab^mon
Dieu ! dît-eHé;' voicy deux ^^raÂds Vfriflèatix qui
parolfl^nt'^ ilsviéhnefit'ànous'à toutes^ vbile^;
quel feroît nôtre' malifcar, {îc*ctbit des enne-
mis? ces navires les avoi ent découverts & conntl-
au pavifloB-qii'il^'àBbroientque c'é'toit des Ef»^
pagnpls. Ceh fufiroît'pour les attaquer , car c'é-2
toîtrAmfriî dé'Fèi^ , Si la guette étôit cruelle*!
mkinrt^ ihàrbét -eWtre eux ^ lèf'-Cafttlkins. Ilà.
vini^tat à Tabordàge . .^Is étoient une foi« t>lu9
forts que celufoii étoît Leonide , ' mâîs'Màlgrê •
cette inégalité le Capitaine ne voilât- pas'fe
rendre fans combatte. Benavidez le (^condoit
avec fa dernière valeuc , il étdtt comm^un fu<^
Weux ;'îl fc tfodVoit fur le point d^pcrdii une
perTotme tîux lui étoit plus dI^^fl^qù« la vîe V 0c^
Q ^. alloitc
I Çtf H.l $ T. D B J B A 1»
ailoit la perdre Je la mamere du monde la plui
cruelle ^ car ce ne pou voit être que ^âr fa mort»
ou par fâ captivité»
Ces.fuaeftes penfées luiffaifoient concevoic
qu*il' auroit affes de valeur , pour la défendre.
Vous alLez connoitre aujourdhui , Madame,
Ini dit- il , û je mérite d être pteferé au Comte
de la Vagn«. Je vais emploifr tout ce que i'ay de
courage ëc iufqu'à la dernière goûte de mon
fang pour vous guarentir du péril » qui vous me-
nace. Mais (i-ie meurs belle Leonide , fouveoez-
voujs au moins q ue e*eft pour vous feule , fc que
. (ans. mon amour îe n'aurois point commis les
crimes qui m'oot attiré vôtre haiae»
Je^ne.p<nfepaa -^ loi dit. elle, avec autant de
fierté que de. froideur» .que ^e doive vous remer-
cier de ce que vous allez faire pour ma deféncej
ye ne puis tomber en dt» main^ plus barbares,
ni qui me foi ent plus odi^ofes que Us vôtres.
iÇenavidiez n'eut pas Je tiems df lui répondre , il
couriît fur le. tillac &fit (|es chofe» que l'on
pouroi.t^ jugtT tncroiables , Vil avo^ été anime
^'une paîSion moi n^ violente. Cependant il fut
impq(nble à ce brave £(pagnpl de fauteoir
reÂTort des Mores^} tous ceux qui auroientpû
le féconder étoienc déjà Hors dé combat ; il fe
trouvoit blefl*é en plufîeurs endroits , enSn il fe
laiAn choir , fi^r les ennemis qu'il venoit de (à«
crtfier à fa fureur . & qui étoient étendus autour
C.IUK ... - ..<-..
Le jeune Prince Abelhâmar qui venoit de le
combatte ayoit admiré fon courage , & il:^e le
vitiîprcKKe de mourir qu'avec beaucoup de
peii\e» Il commapdoit que l'on n'oubliât x'\^^
pour.le fauver, Se il alJoIt lui parler, lors qu'on lui
amçna plud^vus Ummfs quç l'on «voit, trou*
IfCCf
DE BottRB^aH» /*5T
v^cs dans la cbambie de poupe. Leonidepa^
rotfToit au milieu d'elles cooime une Reine par- .
mi fesfujets. Il demeura furprisde Ton extrême
beauté ^ Ce quoi que la frayeur Eit encore peinte
fur Ton vjfage , dedans Tes yeux» il lui reftoit des
charmes (Ipuiflànts que le vainqufBur fetro^uva
en état d'être vaincu. Eenavides la reconnue
tout mourant qu'il ctoit., ^Faifant un effort
pour foulever fa tcte & lui parler , il la regarda
avec des yeux ^ où Ton voioit déjà T image de
la mort» Vous ^esvangée , Madame* lui dit-il»
d'un malheureux qui n'auiroit jamais ^té capable
de vous déplaire s'iln^avoit pas été capable de
vous aimer , ne m'enyiés peint la çonfolatioa
de croire qjué yous nehainés pas jufqu'a ma mé-
moire > Se <|Uf la peste de nia vU fuiEt pour (a«
tisfaire à v&tre reffeotiment.
Leonide atendrie d'un fpeûacle (i trîAe ^ 5c
de l'état dans lequel elle fe trQuvoit elle même»
ne pût s* empêcher de vxrfer des larmes. Je vous
pardonne rion Fernand ;» lui* dit ^ elle • jje p'ai j^u
• mais été à^'s cruelle, paurfoubaitec vôtre morr,
& je vous prqniets d'ôubher le n^i.qtte- vous
m'aves fait. Elle ne fur dit pas davantage , parce ^
qu'elle vit que Tes yeux fe (ermeient , & qu'elle
ctoit extrên^emeni^r occupée des nouveaux mal-
heurs qui venaient de lui arrrver. Elle trouvoîc
que les peines 4ont .elle, et oit menacée n'étoi|:nt
pas moins têrribles^c^ue celles dont elle fortoir.
Elle fe voîbit efclsiv^ de^plus redoutables en«
nemis qu'euflènt les Éfpa^nols $' elle n'ignoroit
pas que Don Juan de VelaTco avotr étéla ter^
reur de Tes barbares : que fous le Règne de Doa
Henri Roi de Cadille Mahomet fils de Jofeph
Koi de Grenale s!ctant racommodé avec fou
pere par les bg^s cooTcUf dc^rAmbaflàd^^r du
tf8 BrsfT; DB ÎE A w
Roi 6t Mar^c, étoit entré enfuite dans le Rx>iaa'
me de Murcie avec 700. cheveaux & 3 000.
tiommes d'Infanterie , mais que Don Juan de
Velnfco , avec Âtonço Fajardo qui n'avotent que
150, chevaux les avoient attaquez (l vigoureu-
ftmenc qu'ilr furent taillez en pièces. Il les
avoit encore inaltraitez , en plufieurs autres oc^
cadons , avec la même gloire pour lui 6c la mê*
me honte pour eux , & elle aprehendoit avec
raifon que iî tWt fe faifok^cofinoitre pour ce
qu'elle étoit , fa captivité n'en devint |i^s Ion.
guc & plus rigoitreufe.
'' Pendant qu'elle s^^ndonnbk à- tontes ces re>
Hcxtons^Jè jeune Prince Abe^acfiar 2a regardoit
ptiitot comme uneidtvifiité que cdmme'tmé per-
fonne mortelle; &:-{>ten qae1*Amiràlcofitimendât
en chef, Qt qualité de Pfinc«'dù fàd^ lui attifoit
de fa part toutes les déférences qu'il pouvoit fe
promettre de Ton rang; Atnfî ilfs'aplodia de L'e-
onide , ôc lui dit d^nnair oblig^anfe qu^'elle n'au-
foit p^s lieu def fe^pWindre'tié f6nTdTf 5 qa*il n'y
avQi;t irrén qu'if 'né fît pouf J^i rendre la liberté '
qu'elle' venoit d« p^t4à¥é-^ qoé Ci là Reîhîe de Fez
ayolt ét& moins jab^fe de Ida autho^ ; iiraa-
rjoit ramenés fôl'lt' champ dans fa patrie 5 mais
qu'il pfonocttoiKous les bôtos office^ qu'il feroit
capabUt. dfc lui rehdfe. Il pârroit fart bien la lan-
guie Efpagnoîïè j 'CclLeonidê reçejit iVec beaa-
cb'up'de reconàoii!a(nce Ustemoignâgés-ârbon*
té & cf e co'nipa(C6ti qo'iUtii donbcrit. y » '
- tuîJque l'état où H: fuis.Seigii'eur/péut voai
înrpîrcr quelque pîtié , lui dît - elle , daignés
Im'aprendre queldoit être mon fort. Je vous en
rendrai compté Madame , lui djtlè Prince , lors
que vous ferez pa(ïee dans nôtre A'miial , car
tes triftrtipb/tirÇflRprçftetCfttia àycsjrtux
lit
Jie fctfUoietït qu'k augmenter vôtre mclâncoli^i
li lui danûa iiittE^tôt U înaio Ôc iaconduifît dnot
IViiàej^lM feitimef ^tve»oientc^'ctreprifcr
avec eiU la (ùtvireat . filles aroient quelques ior^
tes d'efp^rance , qu'elle le» garantiront de la cap-
tivité ek>nt «ttes étoieç» ineaacc». Dés qu'elle
fut dans lechamb«idftpoiip«>, le^rince s'ctaat
pkcé auprès d^dU, vdue voulés Madaixve /lut
dit-il» fçavoir. quelle va ctre.votredeftine'c. SL
ytn étois^ le tti^itce ab(bla«vôés potfrie2 dïinsce
moment la xéglei^, 4te fo m*'eftiinei»oîs heureux
de vous ohtit} mglfipoul^v^u8d0noe^quelque
iiimraMr de;s,jd«(iAs qu'il fau«que vbw fçachi^ j
M vô^'^ittf^^ e Hiétoi fôtmfte^obligez de vous
tnci^et^^^Sâfhé'Cà^vriUidtt IUMaaitirid« Fez , au-
pr^ptéeltf'Sftfl^ajle'Gèlitfte. Gett«'trtrnceffeéKw^
ffi*r j^ne tew ijif eille lut prife j^v^é^s Cotfaif csj
fgm pière> frète» d&caéetdu niteh n'étottpa»
«ft^orè R^^, il Fait^^eIvM'(k fîîlé'^ns^untîhâ*
teàu nw!if%ftSldfde'lâl«Br« Le» <i:^fôirèêv défi
ne ' CèftHïfe q^i fe* f>r6«Wdêft le long dU tî vifge
fuivif ^èëkrtwm liefes^ftttïnie^ i'iWrenfeverettI
ftflfsiàiiÇciJtéV ^ là :ttieû^T*cttt''àB«|â2et, dn^
quel lUteçeitrent vtnttecùmptn^ p|-op<mîôné«
au pTéÇtnt qu'fisjvttok'nt d« kifi feitei '
€«t Xmptf euf dettnVrtia^^r^ft fî^it^natuNte
^p^i^<i*n«iit'«rtTOt*u>f-àè ttftiè Pfiiîcéfl^. îffe
s'aédirtttttià àfâ-ca^èf^ité ;f»t fil nfâiffance auffi
bîÉh^ qùe''ft« ^hàriwi^^i*! àtfirétent toutes" lè.i
tnafqiiei- -tfè* <Miftâ!iôh xfii^tîh {ronvoir âtendrc
d'im Piïfcèé-qnl aVoiV tin^^çendtetlt feattireîàU
galanterie i'niaifc qui étoit'ïfàif(eiir$'cnicl'",.ia*
\bvtk IK ttJUt ocrupï^eflfgfafifl^èurf.PCcTîmc'fit
payait iSAûhrft if dtt Sctc ^ il «*aiYoirlbufrerér
- qu'a-
l^O HiST. DE JBA«
qu'avec impatience de voir régner Ton frète > fl
profita alors dii crédit de (a fille fur l'Ëmperettr
Turc', il en obtint un fe cours d'hommes & d'ar-
gent qu'il emploia à uforper le Roiaume 5 il fit
aéfcendre mon Père d'une place où la nature &
les loix l'avoient élevé j il facrifia (a vie a Ton
ambition & à la politiaue^à mon égard ilfe
contenta de me renfermer dans Ton Palais $ nui
jeuneâe nfi lui donnaut aucun fujet d*aprehea-
fion^
Bafazet paflà en Mifie,, iljamena CelinW}
elle y fut témoin de tous-hûi avantages qu'il ren.
Î>orta fur les Hongrois , & fur les François ^mais
a fortune de ce Prince eût ipn étrange revers , U
grand Tamevlan le combatit ,. gagna ta batailU
fur lui & le prit prifonnier. Tout le monde fçait
la cruauté qu'il exerça contrecet Empcrenriqu'il
le tintdans une cage & qu'il ne le nourit que du
relies de Ca table'. Il mettoit le pied fiir lui , Ion
au^il montoit à cheval coixiine s'il étoit deveaa
(oq marçhe.pie4 , ;&-i;imais la g^ndeur- d'un
Monarque » fi'a it^ plus cruellement a^atiie*
■ Cependant C«limcreiE^ai]rée:^u.:petil trouva le
moien dans la déroute générale dé fe fauver $ elle
vint, chercher une retmisc dans les £tai».de(bn
père , elle fe re»dtt à Sale où il la reçeut avec
tous les témoigi^ges- de ioye & de teadreilè
qu'elle (e pouvait promettiez il vécut p>u de-
puis le retour ^ (9 ÇUe , ficCon fils qui mourut
pff (qu'en mkmf teips ^, Jaifià la couronne à cet-
ce* PcinceiTe , & elle n'oublia rien poucTafermir
fyt fatcte^ L'on croiôit qu'elle pcHiroit îetterles
yeux fur fnpi pour ^e faire partager fa pui flan-
ce , 0c mé. reftituer en quelque manière un
B.oiaume que Ton perr avott nfurpéXur le mieif 1
mats cUc dc^lataqu^eUe m vpidoitpoi^t fe ma*
. . ùtt.
D B BOU R BON. lél
Fier, 8c bien qu'elle foit jenne Se belle, la vie
qu'elle, meoe eft (i trifte Se fi languifTante qat
l'on eft perfiiadé qu'elle a quelque d^plaifîr fe-
crer. L'on ne peut l'attribuera la captivité et
Ba^azet , elle dit qu^elle ne l'a jamais aimé ^
Î qu'elle auroit plutôt choifi d'être la dernière de
es efclaves que (a première de Ces favorites. £lle
vait peu de monde , mais elle a un grand nom-
bre de belles efclaves auprès d'elle , qu'on lui
amené de mille endroits, diferents ; elle'leur rend
difîcilement la kberté lors qu'elles lui plaifent,
& îe vous avoiie Madame que je crains bien que
vous ne lui plaiiiés trop 5 j'aurois prévenu ce
malheur (î j'en avois été le niaitre , mais l' Anti-
rai me feroit une affaire mortelle avec elle , & tl
fuffiroit que la chofe vint de moi p<^ur qu'elle
l'expliquât comme un crime.
Helas y Seigneu^ ! interrompit Leonide , je
connois bien à prefem que Tefpoir dont je m*é«
tots fiatée. n'aura point d'autre fuite qu'une af-
freufe captivité: mais le péril auquel ^e viens d'é«
* chaper en fortânt de» mains de mon ravtlTeur;
me fèmbloit encore phis terrible. Le. Prince la
pria avec inftance d^ lui raconter commentée dé«
plaifir lui étoit arrivé. Elle cacha le nom de Be«
navidez Se U fîen , elle lut dit au'eUe fe nom?
nx>it Felicie <de Léon , flc elle loi déguifa dé
la meim^ mantese tout le refle ie fet avantu*
res.
Après s'être entretenus afièa longtems, Abel-
hamar lui fit fervir à thanger , & il la laiflà en*
fuite dans la liberté de fe retirer. Elle demeura
avec quelqu'une! des femmes qui avoient été
prifes dana^ le .vatflèau , qui Tavoient fuivies |^'
mais Inès faiibic éclater fon affliâionplus vive»
ment qu'aucune autre. Le fujet de la douleur
rehoit particulièrement de la mort du Capitai-
ne qui avoit été tué4dans le combat. Ah.! mon
Fere , difoit-cUe > pourquoi vous'ai^fe perdu,
ou pourquoi ne fuis-je pas inorté avec. vous?
que vai-ie Revenir ^toutesmjescfpeiances font
^teintes , je n'aurai plus dans la fuite de ma vie
que des fuiets de dcplaifir $ me toifà efclave , &
fe n'ofe me promettre de la tendrefle de mes
parens ; qu'ils veuillent jamais me racheter;
vous me teniez: lieu de tout , vos4)ont«z pa-
ternelles faifoient mon unique joie. Bien que
jLeonide ne fut gueres en état ât confbler
^erfenn-e , Ôt que fe^. propres malheur» fuf-
fenc afTez graod» pour la difpenftr: dr fotiger
à ceux des autres , fa generoûté natufelie &
Tamiti^ qu^'elle s^oit déjà prife. pour Inès nt
lui permettotent pas de L'oublier dans une û
Uifte o«caiion. £l» s'aprocha d'elle , ÀTem-
braflaot tendrement': hé quoi f dit- elle, ma
ch^reilnes» ne. voulez- vous écouter que vôtre
douleur ) votts nou» voicz' toutes auffi malBeu*
reufesque vous , & cependant notis ayons beau-
coup plus de fistmeté..
AJi 1 Madam« , lui dit lues , vous^avea de
moindre» fiii^et» de voiss ai9jger , ou vous avez
plu9 d« courage que moi : mais à mon égard
tout contribue à m-'acabler 5. le s mou venons de
la natwe met ceprÉfentent.mon Père dâ^l^pî-
roiable état ou je vicnrde le voir , & mon ccetir
perd en mêfiic tems les phi» douces eiperances
qui pouvoientle flater. Que n'avoîs- je pas fait,
grand 0ieu , s'écria- 1. elle , pour parvenir à ce
VQÎagi: ici > jem'enpromettois enfin uif fuccés
agréablie , votez Madame , voiez en quoi con-
Mit U» biens de la fortune •• elle me charge de
fers
DE B6u R.BPO N. l6ri
fers dans U moment où elle me promettoit fe»^
plus chères faveurs^ ^ achevant ces parole»-
qu'elle ^avoit fou vent interrompues par des foû'
pirs ôc par des fanglots , elle jetta triffement les
yeux fur Leonide , & kii volant le vifage tout
couvert de larmes ,• elle ne douta fbinr que foir
difcours ne Feut attendrie. Cette penfce lui fut
d'une gronde coafolation. Helas ! que vous ^te»
genereufe , Madame , continua-t-elle, depren*
dre part à mes peines. Que je m'en trouve tou^
clice , & que je fouhaiterois de pouvoir vou9^
marquejr;tpuujn^reconaoiâ[aace s ah ! croiez»
Madame , que vous aciievez de gagner auibur-
^'hui un €a;us doot ratuchemeat fie finira ja«
• X,^ compagnon que j'ai pour vous , belle Ines^
yjouf g& trop bien dû'ê , lui dit Lepnide , pour
que Qa'e9 deviez uiu G, grande r^compence , Ôc
ys vws avotrj^quA le trouvem&eaucoup de conw
^^l^tion â^ns mon inlortuoe^ fi ie puis conter
(jujr vot^^ f/Qiylr^iïè. Nou3 finîmes captives Tu^*
ne H VwXTc » np«|s ignorons encore quelle va
irre nôtre. d^Aia^e s tnais quelle qu'elle foit , |«
(bohaite que Ton ne nous fepare point . nous
pourons au moûis nous plaindre enfemble 3 c'eft
i|n^ <:onfoI?ripn pour ùsp:ialhewr«ux. Ces tri.,
ftes reflexions U îAenerent plus loin qu'elle n«
piu^oa ^ e)I«. s'y abRO^onna toute entière $ elle
avoit apuié fa tête fur fa main •, elle s'étoit mife
à la fenêtre de Ca chambre i & verfant; un torrent
de krmes elle fe piaignoit pendant robfcunté de
la nuit. Que ne venez -vous me délivrer, cher
Comte de UVagne, di foit- elle ,que ne venez-
vous m'arrachl^r d'eiSre ks mains:icnos<om«
QMins eimemis ? bftias ! que U changement de
* ma foftuoe re47oit agrjoable i^tQitcfadot ppur moi\
Après
1^4 HiST. DE jEilll
Apres an fervice û confîderable mon Père ne
TOUS refiiferoit rien « Ôe4t Pnnce de Carenci qui
n'a que ^e l'averiion pour moi, feroiuravtde
voir manquer fon mariage' par le notre. Mais
que dis je , reprenoft*em , aprés'avoir rêvé
quelque tei , que fe fuis éloignée de cet état ;
mes maux font réels , & je ne trouverai même
peut-être jamais le moien de vous les aprendf4 ;
que rçai-|e de quelle manière la Reine de Fes
me traitera ; vous n*entendrez plus parler de
mol , la mort feule tiie délivrera deTétatdoa-
leureux^ dans lequel je vais tomber. Elfeauroit
paiTc le refte de la nuit dans ces triftes regrets, (i
Inès qui s'intereflbit beaucoup pour ettîe ne l'ut
interrompue : pardonnez , Madame , lui dit-ef:*
le , à h liberté que je prends ; mais il n'eft pas
!>o(nble que je me di^penfe de vous prier de voul-
oir chercher un peu de repos ; stl eft vrai, com^
me on le dit , que nous devions arriver demain
à Salé , voudriez vous y paroitre dans un fr
grand dbatement } nous 'mettons nôtre efpoir
en vos charmes , nous croions que vous ferex
agréable à ia Reine , 8c que vous contribuerez
à nôtre liberté : mais à caufe de vous-même»
Madame , ménagez cette admirable beauté dont
il nous a paru que le Prince Abelhamar a été
touché : les belles perfonnes ont des droits qui
s'éteiident bien loin , & Ton s'en peut tout pro«
mettre.
Helas ! Inès que me dites-vous î interrompit
Leonide , en pouflânt un profond fouptr , que
vos fentiments Ôi (es miens font difèrents | la
trifte expérience que j 'ai faite des pa(fiqns_yio«
lentes que l'on peut tn^irer lors qUÀ l'on a
quelque forte d'avantage au defllis des autres,
me Utoit craindre avec ^uftict 'que Tob piîc ne *
D-B BoaRBON. tÇf
^iftti^oer à la Cour oùrnotts allonsj peafez vous
bien au perfonnage que nout y. ferons.» nous
iomtncs Ctiréciennes êc efclaves -, c'eft mériter
tout le mépris de ces Barbares & fe trouver ex-
pofé à toBtes leurs -cruaurez : mais- il n'en eft
aucune que ^e ne préférafTe au niulheurde mt
voir aimée du Prince Abelbamar. Vous avez
fugé ma chcce' Inès que ma vanité feroit âaté<
de cette conqucte , je votts.aflure que je la fou-
haite fi peu que fè veux croife poUr ma confo*
lation que vous avez pris pour des mouvements
de teadreCe,ce qu'il ne faut attribuer q.u*à la feu-
le générofîté de ce Prince 3 Je veux bien cepen«
dant me mettre (ur mon lit » puis que vous le de-
vrez , quoi que je n'aye pas a'çfperauce dt
trouver aucun reposw En achevant ces paroles»
elle embraifa Inès , & fe jetta fur le lit qu'on lui
avoit préparé.
Le Prince Abelhamar avoit été fi furpris des
■charmes de Leonide que lafeule penfcede la~
perdre en la mettant entre les mains de la Sulta^
ne Reine » It jettoitdansan trottble extrême^
XA*il^ofiible , difoit-ilà Mula , qui étoitfon
favori » tft*il poflible que je conduite cette belle
£lie da)ls ua lieu où elle va être captive» où jt
ne la verrai que rarement » & d'où je n'aurai pas
le penvoir de la retirer $ je (erai donc l'Auteur de
notre commune difgrace ! c'eft moi qui livrerai
ce que j'aime à ma plus crii«Ûe ennemie » hèlas!
comment pourrai- je après une telle conduite,
kii perfuader ma paflloa } n'aura-t-elle pas lieu
de me reprocher que je l'ai abandonnée . & que
je l'ai trahie ^ n'aura- 1- elle pas lieu de me fuir
•0e de me haïr > Il rouloit alors mille différents
'defleins dans ion efprtt 5 tantôt il vouloit em-
pêcher que LcomdcaUâtjurqu'à Salé , tantôt
il
'Zi6 Hl^T. DE ISAlï
il chercboit : 4es mo^ensdc reiilcii^èr iôifqa'ëlie
yferott , <l'aiitces fois il-s'examinoit kii^ncaiCf
-€ft-ceque je fais dé ya amoureux , àifoit-il , à
peine ai-fe vu cettte belle étrangère » non , non,
^'tfk l'tStt de ia furprife & des-premiers mou-
Tements que caufe radmkatien : mars ces efFe»
>n'auront point de fuite ^jeVonblierai dés que
jt ceflh'ai d^ta voir --^^je l'ainoe enfin» je la de*
tnanderai à U ^Reine , je ne penfe pas qu'elle
voi^ut me ia reflifer , x'efbune eCcbre qui n'a
point d'autre recomtnandation que celle de (bn
[propre" mérite^ Celime me tiendra compte de
recevoir de fa main une perfonjie qire f 'aorois
pu garder fans fon aveu , ôç elle ne fera point
fâchée de ''me donntir cette preuvevdefai^xmté
dans un tems dî^ ) 'en pourrois prétendre de plus
eflentielies. .
Cette opinion calma un peu Tagitioii dansta-
quelle il étoit : mais ce calàifr ne dura guefre.
Ah \ Mula , reprit-il , ce xi'eft pas Celime fenle
^ui pent s'oppofer à mon bonheur , c'eft Feiicie
qui le peut bien davantage qa*eli>e ^ ft puif-je
me llater qu'elU n'ait point d'enga>£€mem. "Si
«lie aim« en £(|>agfte, qa« ne dois-^e pas àpré-
iiender; eBc n'aura aucune difpoikiontavofable
pour moi , elle me régardera comme fon enne-
mi t comme un homme qui l'a rend iie elclavc,
qui l'empêche dé f cceVoir fon afliiïHit, elle n'aura
que dePavérfion pourmor : fen'tfhdoieefpt-
Ter aticune b^oiifif^ partkill i ère. Mula iâf^cMMi^it
Tien pour lu^ donner des fentiments plus avan*
tageux- de fon mérite , mais^ela ne put V'enr-
|)ëcher et pafTee la nuit dans ces différentes in-
quiétudes. Ilefperoit »tlcétfoitd*e!perer , il ne
favoitàquoi fe refdudre ; il'atendoit le jour
avec la demere impatiente pour xcrotr Léo-
«ulc$
niàt • Une la connoiffoit qci£ fous le nom de
Jciicic,
Il s'informa iî elle étok ievce $ Hentra eii-
fuite dans fa chambre ayec un trouble Se une
agitation qui paroifloir également au Ton de
fa votx&iur fonvifàge, Xeomdeleréiçûtavec
beaucoup de ctvilitc : mais d'un air (i tdde qu*ti
en reflèntit une douleur extrenne ; elle le pria de
trouver.1>on qa'^e montât fur le tillac. H
commanda qu'on le couvrit ^'un riche tapie
de perfe avec des carreaux de brociard d*or^
& lui aiant donne la main ils'S'y placèrent fou^
un pavillon m;^nifîque. Leonide luy parla un
moment. Enfuite eUe tourna les yeux dû côté
de l'Andafonfîe. Elle &e<pat s'empêcher de pouf,
fer de profonds fpupirs , 5c elle demeura long*
-tems îàns faire autre- clioCe quepfcurer amè-
rement. Le Prince n'oCoitTinterrompre , il
Ae paroiflbit guère moins affligé qu'elle j enfin
ellç rompit le (ilence , Ce le regirrdant d'un
air plein de langueur , le.refpe^ que je vous dais
* Seigneur , lui dit- elle » devroît pi'engagèr à ca*
cher ma douleur devant vous : mais ta pitié que
vous m'ayés fi gcnereufement témoignée m' en-
peche de me faire cette violence j je lui donne
un libre cours': c'eft Tunique foulagement que ]é
puiflè avoir en Tétat déplorable ou je me trouve^
je confidere que je fuis éloignée de ma Patrie tk
de mes proches , que je tombe tout d'un coup
•d'une aflez granfle fortune dans les fers d'unt
Heine qui ne voudra peut-^être pas mettre nora li-
berté à pvix , lielas'^ quelle va être madeftinée
Seigneur , n'j a-t*i] point quelque moien de mê
garantir des maux qui me menacent. Le Prince
n'étant plus le Maître defa paiïîon , fe jetta à fe^
ScoottJ( , Çc ^cenaxit fa main > belle étrangère»
lui
t6% H is t. DE Je A K
lui die il , jugez mieux du pouvoir de vos ckar-
mes » vous n'êtes pas encore à Salé , & il ae
tiendra qu'à vQus de n*y point aller $ )c vous
adore Fclicie, je vous adore» vous ne poyvez
être aimée mediocrenient, & je fuisiprét de vous
facrifier ma fortune , û vous voulez répondre à
mes vœux )> je fuis né Prince de l'ancienne Mai-
fon des Idricl , je devrois être Roi , &plAt aux
Dieux que je fuflè le maître d'une Couronne,
vous la porteriez avec moi fi vous méjugiez di-
gne de la partager avec vous ^ mais enfin i'ay en-
core des amis & des retraites afiùrces » allons j
Madame » je fens bien qu'avec vous toute mon
ambition fera Satisfaite. Ah l Sei-
gneur » interrompit Leonide^ écoutez moins
une pàffion àaiflante qui pourroit vousRiirc rou-
gir } fongez que vous parlez à une efclavc Chré-
tienne , 5c que j'ai afiez de reconnoiflànce & de
generofîté pour refufer des offres qui vous per-
droicnt. Je voi , je fens tout ce que je vous dois»
yoiez aum tout ce qi|e je me dois à moy-mcmc;
feroit il pofCble qtie fe pûfle oie refoudre de vous'
fuivre pour être eaufe de vôtre diigraçe , & pour
me déshonorer ; vôtre Loi & ma Religion font
fi différentes, nos fortunes fi dilTemblables, nous
Tenons à peiae de nous voir , nous ne nous
conaoi fions pas encore , & cependant, je vous
abandonnerois le foin de ma conduite $ que
n'aurois* je pas à me reprocher Seigneur fi \'j
confentois.
Achevez Madame , reprit le jeune Prince d'un
air impatient , dites que vous ain^ez en Efpa-
gne , dite^ cruelle que vous avez 4^ l'averfioa
pour moy , & que c'eft ce qui vous fait confîde-
xer la différence de nos Religions & de nos for-
(unes. Ha \ fclicie » que vous f^autiez aifcmcot
^ vain-
ÙÈ BOUKBON. 169
vaîncfe vos fcrqpules C ramoar.ctoitlemaitrei
de vôtre cgcut, comme il l'eft du mien^ que vous
f retireriez peu aux. fuites d'une adventure^donc
es commencemens feroient û doux 5 vôtre
tcndrede furmooteroit toutes les difficultez
que vous faites naître à prefcnt jenelevoy
que trop , vous préférez les fers delà Reine de
Fez à la liberté que je vous offre. Il fe tût en
cet endroit , Se appuyant fa tête fur fes mains
il cacha pour quelque tems fon vîfage dans la
crainte de laifler voir des larmes qu'il n'avoit
pu retenir. Leonide continua de luy parler
avec beaucoup de douceur & de fageffe : mais
oubliant enfaité qu'il fut auprès d'elle elle fe re-
mit encore à regarder du côté del'ÂndalouGe,
à foupirer , à pleurer & à fe plaindre Ils
étoîent Tun Ôc 1 autrç , dans cette (îtuajtion d'ef-
prit lorfque l'ÂTuiral qui les avoit toujours ob-
iervés d'un lieu doù il pouvoitles voirfans en
être veu , s'approcha d'eux pour demander au
Prince s'il avoit agréable de manger. 3 il fe remit
le mieux qu'il pût & luy répondit que c'étoit à
Felicie d'en ordonner. Cette belle fille rougit.
Vous ne vous fouvenez pas Seigneur , luy dit-'
elle, du rang que je tiens ici , helas ! une captive
n'a plus de volonté . ah ^ Madame reprit-il en
luy parlant bas , vous ne fçavez que trop que
vôtre pouvoir eft fans bornes où je fuis , vous
me faites éprouver toute la rigueur du vôtre, Se
fi vous êtes fi redoutable dans la mauvaife for-
tune que pouvez-vous être dans un autre tems.
Leonide , ne luy répondit rien , parce que fé-
lon la coutume des Matelots ils fe mirent à faire
de grands cris de joye à la veiie des côtes du
Koiaume de Fez , qu'ils venoient de découvrir,
die demeura toute interdite & le Prince aufiî-
H £lle
170 Hl s T. IDE JeA K
Elle penfoit'quc tant qu'éMe feroit fur la 'Mer,
elle avoit lieu d'efperer ou quelque tempête qui
Ja jetteroit en Ton pays', ou i'heureufe rbntontre
de la JFlote d'Ef pagne qui étoit pourlor^en
Mer «mais qu'aulH-tôt qu'elle feroit irrivce à
Salé elle ne pouroit plus fe flater de rien. Le
prince de fon côte difoit à Mula qu'il craignoic
iinoins 4a mort aue d^^ctre feparée de Felicie , &
qu'il auroit (bunaité que ce petit por(Ibn qui
s'attache quelquefois aux Vaiâèaux.éc lés arrê-
te , eut pu rendre le Hen immobile au milieu des
ilôts , parce qu'il ne connoifToit point déplus
^rand .mallMur que celui de mener Felicie à la
Sultane.
Il employa le rede du tems qu'il demeura avec
cette aimable fille à lui dire les chores.les plus
tendres & les plus paHIonnêes que fon refpeh &
fon amour pouvoient lui infpirer : ,mai^ elle Vé»
<outoit avec tant d'indifférence qu'il n'ofoit fe
promettre de la toucher.
Ils arrivèrent ainfî à Salé. X«e Ptince ne put fe
Te foudre , de U conduire chez la Reme ; iVditi
* l'Amiral qu'il n'étoit point en état de fc rendre
.auPalairf, qu'ilfe'trouvoit fort mal , qu'il aîloit
fe mettre au lit , & s'apprôchant dcLconide-,
Ceft vous Madame , hiy dit-il, qui m'empcchcï
<ie faire ma Cour aujourd'huy , je ne puis vou«
accompagner dans un lieu où vous n'allez qu'a-
vec répugnance, mais foyez perfuadée que mal-
gré vôtre rjguc^r je n'oublieray rien pour vous
<n retiter. Vous ères trop geacreux Seigneur,
luy dit-elle, de vouloir contribuer à mon repos,
quelque avantage qui pût m'en revenir je l'a-
cheterois bien clier fi dans la fuite il vous en
icoîitoit du chagrin. .
^elhatnarXc retira accablé de triftelTe^ Tonfrt
^/E Bourbon. lai
aunitot inoour L^nide , Ine^ & toutes les 9Ur
très eiclaves dam des ch^ripts que rAnpixal avoit
envoyé qucrir. Hé jbiien m^xhere laes, .dit Leo-
nidc » ea la regardant triftemenc. nous voila fur
le point de tomb.er dans la fervitude. & jusqu'à
prefent'le procédé faoï^ncte d'Abelbaniar vous
avoic empêchée de jfentir toute l^ force de nos
malheurs. Ce Prince^AOus quitte , ^leAipcrbe
Palais que nous jdcicouvrons déjà v-a devt^nir nbtxp
prifoQ^ jgUe ne p.ut à c«s oEiotsxetcjiir le cours dîf
Tes larmes , & lues luytintiCompagnie dans cette
deuloureufe occupation 5 elles arrivèrent cUiis l^i
principale Cour du château dcTon netarda guè-
re à les conduire à Tappartement de la Reiç,e.
£Ues la tcouvexec^t (Wttn tfipi$de.<liSerje^(^
coupleurs à fond d'or. Il y avoit plu fleurs car-
reaux brodés de perles s elle étoit habillée d'^
longue vefte à la Turque , de brocard d'argent
mêlé d*in€arnat,la taille 5cles manches en.étoient
juftes, elle étoit rattachée par de grandes bou-
^tonnieres de diamants U d'Emeraudes^une cein-
ture de pierreries foutenoit un petit. poignard
qu'elle portait copauone les Suhaiines e^ portent»
une partie de.fç^eb.ev.eux ccoit renfermée ipjis
un yôtite de mou(S»liQe brodé d'or &,ceux qui
fembloieac s'échaper tomboient négligemment
fur fa gorge, {es y.eux étojeqt grandv, fort noirs>
brillants de pleins de fierté , elle étoit très belle:
mais il paroiffoit fur ^n viQige une certaine iqi-
preffion de chagrin Ôc 4e mauyaife humeur qui
lui déroboituiie partie de «Tes charmes , ^ qui la
rendoit redoutable.
Leofiide âc toutes celles que Ton avoit prifes
vinrent .Ce Je^ter à fes pieds. La BtCine s'attaclia
à la x6g9rder ^ elle la trouva d'une beauté mer-
veille u(e , &4IIG la choifit pourta fervirafa
H z cham-
Tjz HisT. DE Jean
<chambre avec Inès $ elle donna \€s autres à l'Â*
mirai afin de les vendre ou de les garder auprès
At luy ; cHe connut bîenài'habttde Leonide
qu'elle écoit Efpagnolle* elle lui demanda en cet-
te langue Ton nom , êc en quel lieu elle alloit
lorfqu'elle avoir ^té prife^ elle lui répondit qu'el-
le s'appellott Felicie , Qu'elle ignoroitiedeflcia
d'un maihenreuT Gentimomme qui l'avoir enle-
vée , lequel avoir éré tué dans le combat : qu'elle
lui avoir entendu drre qu'il la vouloir meoex à
Maroc, 5c qu'elle s'eftimoir heureufe dans fa èiC-
^race d'ctre tombée entre les mains d'une lî
grande Reine. £He ne pût achever ces parolles
d'un ton de voix alTcz ferme pour que Celiroe
«n la'rêgardanr ne connût bien qu'elle étoit fort
affligée -, elle eût pitié de Ton extrême feuneflê,
ScTair de grandeur qui paroiflbir dans toute fa
perfonne aidoit à luy peifuader qu'elle devoit
<tre d'une naiflance tresdiftin«uée. Il faut ce
confoler Felicie , lui dir-elle , j'auray de labontc
fOMT toi; il eft encore de plus grandes peines que^
'tcélles que tu éprouveras dans ce palais. Il ne faut
pas tbû-jours iuger de la félicité par ce qui nous j
en paroîr , & ^e ne -rçay ii en examinant bien ton |
état & celui de quelques (buveraines dont |*a^ ,
entendu parler , je ne trouverois pokitletien
plus beureux. Car enfin ajouta-t-elle jecrof
que ton cœuraconfervé faliberré . iln'eftpas
ordinaire de prendre de grands engagements à
ton âge. Leonide ne répondît rien , eilebaiflà
les yeux , changea de couleur , 6c fit un profond
foupir. La Sultane l'examinoit datis ce momeor,
elle ne luiavoit parlé d< cette manière que pour]
découvrir le fecret de Ton cœur , elle connot
auffî -tôt qu'elle étoU touchée , mais elle ne lui
«a témoigna fiçn. .
ta
sr E B b a R B o k; 1 7 j
Peu après la Maîtrefle des efclaves dit à Léo-»
nide Se à Inès de la fuivre. Elle les mena dan»
le quartier du Palais qui leur éfoit dediné 3 ell&
leur fit changer d*hat>it , & comnne elles dévoient,
feryir la Reine, an leur donna d'érofFe» magni-
fiques ; leur iuppes étoient courtes H très am-*
pies r ellej avoient des petits, Corcers de Brocard '
d'or boutonnée afu cot/é , une cbcmife dont le»
manches étoient de Mou (Teri ne de différente»
couleurs qui étoient fort longues & fort larges^
elles fe rat;|choient en pluOeurs endroits avec
des agraffes de pierreries; efies neportoieni: ■
rien fur leus tête: leurs-cheireux étoient nattés Se
tomboient iKgligemment fur les épaules ^ o»
mit à leurs bras des aneaux d'or avec des chai-»
nés de même ^ c*étôk lamarquedeleiir fervi*
tude , de Ibrfqu'etles alloientà la promenade,
ou qu'elles fuivoient la Reine , eUesportoient
un grand manteau blanc d'une érofiTe fine dont
elfes Te couyroicnt la tête & une partie di»
^Tjfogr.
Xeonide parut au (ÏÏ belle dans ce nouvel ha*
billement que dans celui qu'elle venpit de quit-
ter ; elle avoir tant de grâce dans tout ce qu'elle-
faifoit , qu'il (embloit que rien ne pouvoir lui
être nouveau. On la fît paffer dans la Salle oii
l*oa apprenoit a chantera à joiier desinftru-
mens aux efclaves t elle demeura furprife dit
grand nombre de belles perfonnes qu'elle y
trouva $ il fembloit que l'on avoit eu la liberté
de leschoifîr danâ toutes les Cours de l'Univers
pour les amener à Celime. Si elle en témoigna^
de l'étonnement elle ne leur en caufa pas moins»
chacune vint la faluer & elTe remarqua entre le»
autres une fille dont Pair étolt û majeftueux»
Ui traits fi réguliers Se toutes les manierez (î
H j char-
174 Hl ST, DFE l£ A If
charmantes qu'elle s'attachaà la regarder arec
beaucoitp de plaifir : mais ce qui augmentoit ^n.
cote fon attentibn , c'eft qu'elle avoit une idée
confafe de l'avoir vene qui loi laifloit croire
qu'elle ne lui croit pas iitcoanixe, Elles fé firent
des honnctetcs parcicuKeres, & comme les maU
fteoreuTè par la conformité de leurs form nés fe
lient plutôt damritté queles autres gens , ce»
deux aimal^es filles pr ire nt 4>eaacoup d'atache-
Dient l'une pour Tautre.
Leonide hrt conduite chez la Sultane avec fan
tKyttreï habir. Abclbamar y croit défa. Ce yeune
Frinfce l\Tvoît à peine perdue de veiie qu'il fe
repentit de l'avoir quitté ; mais oubliant qu'il
venoir de charger l'Amiral de faire fes excuies à
1^ Reine Se de lui dire qu'U allott f^^ mettre au
lit , il conrot au Palais & demeura fofrtinqiriei:
de ne ^oint trouver Felicie atrprés d'elle : .Il
ft'ofa kii démander où e'.le étoirt, malis elle lui
etf' parla la -YTcemlere $ vou^ m'nrvtz amené une
charmante Efpagiiolle , lui dit- elle, vous elle*
kl voir vêtue en efclave $ je fuis perfnadée qu'f t- ^
le n'en fera pas moins belle $ mais il faut vous
dire x]jue ^'ai apris depuis vÀtre départ qui eft
celle que l'on enleva ihy a quelque trms de Tlâe
de Sardagne , c'eft la nlle de Brancaleoo Boria»
elle fe nomme Ôlimpre , Se, , . . lavoici» aieû-
tai la Reine , en votant entrer Olimpte ( c'ctoit
h iiQcme qui avoit tant fait d'amitié à Leontde)
elle va vous aprendre des chofes afiez furpre-
nantes. La Reine lui commanda auffi- tôt de^ra*
conter au Prince ce qui la regardeit. ^lle obéit
icir le champ , & Leonide qui venoit d'entre t
s'aprocha d'elle pour l'entendre | OKmpie parla
ainfi.
Un Cavalier îcune de bien £iit dont la naif-
iànce
fàncen'etoit pas inférieure à la mienne , & d'ua
xiKfice û. é\e\c au-defîus ^cs autres que Ton ne '
pouvoit fe cjeiFbadre d« le louer & de Tadmirer,
prît tant d'attdcchcnieiu pour moi que y y voulus
«en répoiiidre . m'imaginant comme lui que
mon Pesé fitM trés-facisfait de me donner à
une peribane fî difkînguée par fa qualités par
taoc d'autres avantages. Noos rcoutames vo-
looùers le doux; penchant qui lie les cœurs d'un-
Ilen'ét^pnei , & nous pendons , Seigneur , qu'it
fuSfcHt pouc nous voie heureux qu'il me fît de^
jnandtt k mes proches. Nou3 étions bien éloi-
g»éùs- dr pi^ev.oir itaiobftaclesquè nous trouva^
mes à oofi defîrs.
MbnPera irrite cimtre laMaifoh de ce Scû
gneur , regardoit tous ceux qui en écoient»
comme fts plus cruels eon émis j jufqQe^-là des
raifons de politique kii avoient fait cacher Tes
verk^^s^ faniimens ,. 'irais iU cclaterent lorf-
qti'o«< |iM> ptQpoia moiMfnaiMg» > ft-nouscon^-
numes avec isn mçrtel deplaidr que le tems fcul
pouvoir remédier à nos peines. Nous refTentî-
mts l'uh de Taucre toute Taffliâiôn qui fuit ces
(brtes de eonrretems , notre tend^eiTe en prit
dr nourdteS' forces ^ nous ne pouvions nous
Mnpëcber de itou» voir .^mon Père s'irritoit pac
une conduite G.:o^o(é€'k Tes intentions ^ il mo
die plus d'ttn< f'oiâ avec la dernière colère qu'il'
fé vaageroit fiir celulqui'm'aiiiioitdesdeplai-
firs que. fe hii' cauTois ; cette rai fou m'engagea*
dt le conjurer de vouloir »' éloigner pour queU
que tems , A s'en prefenta une occafTon glorieu-
M. L'Bmpcrenrfiaiazet c'étoit-rendu le maitro
d'une partie du Levant > U Hoi it Hongrie tra-
Tailiott à' l'cttchafler » '&demaadoitdu fecours
àtoutel-Sttcope. Chacun s' cmpreflôic de lui en
H 4 don-
176 HisT. deJean
donner » de bien que Je voiage fiit d'une affreir-
f e longueur & que l'en aprebcndafle tous les pé-
rils , je ne laiilài pas de féconder les defîrs que
ce Cavalier avoit de it rendre en Mifîé.
Nous nous donnâmes une foi réciproque » &
Ja douleur de nous feparer pen(a nous conter la
vie. L'cvencmenc de cette campagne fut bien
malheureux. Les troupes aiant été défaites mon
anianr demeura prifennièr , 6c j'en apris la nou»
velle avec toute la fen(U>tHté que l'on a pour ce
que l'on aime uniquement. Je lui fis tenir fa
rançon , j'artendois fon retour avec la dernière
impatience. Lors que je fus aflurée de fa mort,
il eft aifc , Seigneur , de juger de ('effet que pro-
duifît fur moi la perte d'une perfonne fi chère,
îe ne gardai plus de mefures , je perfecutai mon
Père de mes plaintes 6c de mes reproches : je ne
vottlois plus voir mes parens ni mes anvis ; la vie
sn'étoit infuporfcabte , êc je demandois à Diea
d'en voir la fin pour être délivrée de mes peines
& de mes ennuis.
Etant dans cet état f e m'afibupts un foirTef^'
prit tout rempli de ma douleur : mais je fus bien-
tôt réveillée , &c aiant ouvert les yeux je vis tin
homme auprès de moi que je pris d'abord poar
Pombre de mon amant , j^en aurols eue beau-
coup de fraieur fi je Tavoî s moi os aimé 3 enfin
je connus par tout Ce qu'il me dit que je n^étois
point avec un fantôme , & que c'étoic celui qui
m'étoit fi cher, à cette vue je m'abandonnai à
tous les tranfports de ma joie , & je le témoi-
gnai à ce Cavalier par miHe empreflèméns de
tendrefle ; il eut !a cruauté dene me point dé-
tromper^ je ne la fus. que le lendemain* en la
prefence de mon Père , loffque le hazard fit qu'il
ramena dans la grotte où î'étois allée réyer au
bonheur qui m'étoit arrivé.
•J^B BoURBOKé 177
Je fui donc informée que celui que j'avois pri»
pour mon amant ne m*avoit jamais vue que cet*
te feule fois j je demeurai H fenfibUment tou-
chée , & (1 honteufe de mon erreur que Ton ne
cioioit point dans Tctat où Tafifliâion & le dé-
pit me reduifirent que je paffefle le jour . mon
Père en étolt extraordinairement touché « jt
connus fes fentimens , \t ne doutai point qu'il
ne fût difpofé à m'accorder touç ce que j^e t)ou->
vois kil demander , je pro£tai de cette dirpofî-
tion pour le fupplier dans les termes les plus
preflànts de contribuer à faire croire dans le
monde que j'étois morte , & de trouver bon
que. j'allafle en Sardagne où ma Mère ctoit de-
meurée pour les affaires qui regardoient fa Mai-
fon. J'avois proche de Cagliary une de mes
Tantes Abefle d'un célèbre Monadere , mai»
fort écarté, if étoit bâti au bord de la mer , &
Yy pouvois finir ma déplorable vie fans recevoir
aucun objet que me fit fouffrir au(& ccuellemci^
_que je.venois de le faire.
^ Mon Père ro*avoit donné (a-parole trop poflci-
vement pour la révoquer 3 quelque chagrin que
lui cauiat une telle feparation , il y confentit. Le
bruit dt ma mort courut par tout 5 perfonne ne
pût pénfer qu'elle f\it fuppoCée par le peu de rai-
fon qu'il yavoit d'impoferaupubiic fur une cho^
fe û indifférente. Je partis promptement de Gè-
nes , mon voiage n'eut rien de remarquable &
j'arrivai auprès de ma Mère » elle voulut bien
. m'a<;corder ce <^uc je fouhaitois ^ elle me condui-
fît chez fa Sœur qui demeura feule depofitaire.
de mon fecret ^ je changeai de nom & je raenois
une vie plusretiréc de celui des vivants : Mais je
metrouvois fouyent allarmée parles lettres de
laon Pçrc ; il me preiToii de quitcr ma foUtude
H % pour
178 Hrs t. DB Ib Aft
'pourTeretiir auprès de lui ; î*appr«htiidots c}u'il
ne fe fèryi t de fôn âuthorité pour m'y contraio-
iSre. palbi un four mejetttrauir pieckjdS'ina
^ante ,. 6c ft h conjurai dt me donner Le voile ,
'afin qn*étaiit engagée par des vœiHT § tbts pro*
'ches perdMènt l'efperàacrde tttdn r^toter.
] Elfe eut une petne txtrétnt à m'tedrdtr rttte
^gracc. Elle crâignoït d'irri^tr ma faàiille ttifàî-
innc a'n« tetîe démarc^ fatu Ton. agnfe ment.
Ncancmoins mes larmes & mes if^ftaViOe» prîe-
'rcs bbtfnrent d'elle ce qu'elle m'avott xtfufé
jlirqii'alots. Efle pria l'EvêqùedeCa^liary dt foi-
re lacermonie, ficc^eArtifâgedailsce lieu que
celle qui doit prendre l'habit d« Novice forte
avec piufîeurs Jeunes fillespour afler trttendre le
•î>relat dans "urtc p«h* Ghipelle qui eft au bord
'de la Mer. JVtots vetiie d'une longu« robe de
brocart d'argent : mes cheveux tomboteat épars
fur mes épaules Sema tête étoit conrôtince de
fleurs, mes compagnes ayoient auflî de^tiabits
blancs^ en cet ctat nous marchions \t \tttig. du ti-^
^age formant une proceffibn en chantant Iks •
hi innés.
C'eftà prefent difois-ie^&'tnoii their Amanr,
que je vais te Tacrifier \ts relies blng^ilfl«Brsd«
ma tride vie , fî tu peu être feniïble d^ans le lie»
'OÙ tu es à ce que l'on fait pour toy en ce mon-
de , tu dois re trouver heu-reux d'avoir mfpiré
des fenriments fi tendres 9c (1 frdelesà toftépou-
fe. J'étoisen^ox^ enfcvelie daftsc^penféeslorr-
que j'entendis un grand bruit , ftque les cm de
mes compagnes m' obligèrent de regarder ce qui
fc pafToit. Je vis piufîeurs hoitimes qui l'épée •
la main les pourfuivoiem , de deu*xd* entre eux
m'aiant jofnte , ils m'enleveretft avec quelques-
unes d'elles i ils nous porterentdaiisleiirCli^kfeu-
pe Se rotnéMKDÇ avec t»flc - de promptitude que
nous^ étions défa arrivas* à leur Vaiilèau avant
que l'on fût en étd^ de nous fecourir.
Il eft aifê de juger de notre douleur 5c de Pau«-
gmcntyion qu'allé reçeuc lorfque noue fçtamt^
que nous étions tombées entpe les mains d'un
Corfaire d* Alger. Il nous avoit apperçeiies Ce
»*étoit prévalu, de l'occafion pour déc«ndre ât
pouf nous enlever. Nbs larme s>& nos Prières ne
furent ps»capabUsdfe fui infpirer aucune compaf-
fion 'y il ne Ton gea qu'à tirer tous les avantages-
qu'il poufoit de notre captivité-, 5c s' éloignant;
de la Sardâgne avec.diligvnce il emploia quelque
temps à courir^ les Mers. Il fit encore des prifes
5c vimenfaite à Salé où il (çavoit que là Reine
achétoit- voli»ntiers deeefdâves; Elle me choiiît, .
Seigneur , comme vous fçavez par un pur mou-
vement de pitté , car j'étois dans une mélancolie
û' profonde que l'on ne pouvoit guère me voir-
fans être touché de quelque compaflion.
Il ne me tomba point dans refprit de faire fça-*
bir à mon Père quel *étois eiclave. Je ne fou-
haitois point de recouvrer ma liberté que j'étois
furie point de perdre quand lesCorfaires me ro-
tèrent. Il m'étoit égal d'être enfermée dans le
l^Iais de Salé ou dans le Couvent de matante,
mes deiirs fe bornoient à fuïr le monde 5c à pafle r ;
le refte de ma viefans auc^^irensasemcnt.
Des chofes étant en cet état je continuois d'é-
prouver les bontés de la Reine 5c d'en reflèntir
les-effeâs , lorfqu'u»* Marchand Génoisquine:
vend que des pierreries vint à cette Cour. SaMa-
jefté voulût voir ce qu'il avoit de plusbeau , j'é-
tois auprès d'el}% quand il entra dans fa chambre»
mais il eut à peine fetté les jeux fur moy qu'it
oae rccOflOHt avec tout l'ctonnemcnt qui fuit une^
iSo HjST. DB ISAK
aventure fi Airprenanç^. Il avoir feeu ma mort
prétendue , il ne Tavoit pasaiife en doute 5 ilne
pottvoit aoire en me vojrant que jt ne hiffe pas
la fitle de Brancalcon Doriaj ilWavoit pal-U trop
iouyenc cliçz mon père pour me méconnoitre^
l'altération qui étoit fur mon viùkgt» car le le re-
connus au(C , luy confirmoit encore qu'il ne fe
trompoit pas. Il demanda la permidîon dénie
parler, & l'ayant obteniie de la Reine, eft-il pof-
iible, me dit- il» que vous négligiez de donner de
vos nouvelles aux. perfonnes qui vous ont tant
aimée» & pendant que Ton pleure tous^ les jours
vôtre mort à Gênes vous vivez Madame,&vous
vivez efclave à Salé * Qui me pleure» luj dis- je,
trldement , jgnorez vous qu'après la peste qtfc
j'ay faite d'un amant qui m* étoit plus. cher que
ma vie, &. qui m'avoit donné fa foy en recevant
la mienne, je n'ay plus été capable que d'une
profonde douleur j c'eft cette douleur qui m'o-
bligea de faire répandre dans le monde le bruit de
ma mort» afin dcmt cacher à toute la.terre,& de
regretter toujours celuy que j'ay tant aimé ^eft*
achevant ces mots mes yeux fe couvrirent de lar-
mes , & ce joiiaïllier me regardant avec quel-
que témoignage d'admiration, vous êtes digne
Madame.d'un meilleur rott,me dit- il» 5c je m'e-
âime heureux d'avoir à vous apprendre des
nouvelles dont vous n'avez pas été alTurement
inftruite : Cet amant que^ous pleurez n'a point
pery comme la renommée l'avoit publié • ilàr->
riva à G^nes peu après qu'on y eut dit votre
mort, il en demeura (î touché qu'il n'y a point de
parolles qui puiflfent vous exprimer fadefola-
tion. Il me faifoit l'honneur de me fouffrir» & je
le voyois très fouvent , mais il né parloit point
du tout 9 ou il ne parloit que de vous. Il tomba
dan.
X BOUR BONi l8f
dangerenfeiiienc malade • lorr<)u*il fut guéri il
voyage) , &'reyint enfuite à Gènesje puis vous
aâkirer j Madame, qu'il vous aime toujours.
Nous étions dans un endroit aifez éloigné
de la Reine pour cpi^elle ne pût entendre nôtre
converfation : mais je me fencis tout d'un coup
(î craurportce dejoye <|uc (ans f^^avoirce que je
fairais n'y pourquoy je le failbis , je courus jpae
jetter à Tes p.i'eds. Jjb ne luy pouvois parler , j'a-
vofs le vifage couvert de larmes, & je la regardois
d'une manière û touchame qu'elle me demanda
pludeurs fois ce que je voulois.Le Marchand qui
ctôit homme d'eiprit le luy expliqua, ôc comme
j'eus le tems de me remettre un peu pendant fou
difcours^ ah ! Madame , luy dis- je, jefupplie
vôtre Majefté de me rendre ma liberté, je veux
vivre à prefem,je foubaite de retourner à Gênes^
mes infortunes font finies , je ne voyois rien de
plus à plaindre que nioy, jç ue voi rien à prefent
déplus heureux ; je vous l'avoue. Madame, je ne •
foLiffroi^ le ^our^u'avec peine . je crayots avoir
**^rdu celui feul que je voulois pour époux, ôcje
difirois de mourir parce qu'il étoit mort. Je ne
Tçaurois redire à prefent Seigneur toutes les au*»
treâ chofes dont je fatigai la Reine «elle m^ccouta
neantmoins avec beaucoup de jbonté, & comme
elle avoU ignoré jufqu'à ce moment qui j'étois»
elle me témoigna une edi^ne particulière poui
ma Maifon j & qife volontiers elle m'accordoit
ma liberté, je l'en remerciar mille fois , je con-
tinuai encore de faire des queftions au jouaillier.
je ne pouvois plus le perdre de viie, Ôc je fongeois
à profiter de la première occafîoi; pour retour-
fi«r à Gênes: mais ^prés avoir pafTé quelques jours
pendant lefquels l'eus le tems de faire des refik^
lions moins tumultueufes queUsp reinieres,ilme
fem-
I îz H r s T* D E I E A K
fcmbla qoc je no^écvois point me remettre entre
ks mains <fe mon père qne fe n'euilè avant too'
tes chofes concerte avec mon amant la conduite
que nous devions tenir pou? faire rèuflir notre
mariage fans courre le péril d*j trouver de nou-
veaux obftacles.
Cette rsiibn m*a engagée de fciy écrire par le
même Marchand Génois lequel s'en retourne
afin de le fùre tenir promtement ici. Voilà Seig^
neur ce qui s'cft paffé depuis vôtre départ & ce
que la Reine m'a commande de vous appren-
dre.
Abelhamar remercia la Sultane ^ et enfoite
Cl impie pour laquelle il avoir toujours marqué
une coniîderation pafticnliere. Vous n'êtes plus
à plaindre ,\vty dit-il , lesplaifirsde Thimeflée
vont vous, payer avec uAire lès peines que la ten-
drelTe vousafait fouffrir , vous allés revoir ce
que vous aymés , le revoir fidelle , &unir vos
deftinées. Ah ! qte cet état eft heureux. Il re-
garda Leonide en acluvant ces mots ; elle bai^^
les yeux crainte de rencontrer les fiens ; ^ •«
Reine qui avoît Tes deplàifîrs- fecrets^ retomba
dans fa mélancolie ordinaire.
Le Prince eJTaya de parler à iJeonidé : elle l'é-
vita avec un foin qui luy parut^r defoblrgeant , &
dont il fiit touché , il fe retira , & la Reine étant
paflce'dans Ton cabinet^lesefela-vcs-retournereot
à leur quartier.
Leonide trouva Inès dans ùl chamb>ej elles
s'embraflerent^ comme fî elles ne s'étoient pas
veucs depuis longs-tems. Kous avons d'illuftres ,
compagnes de nôtre fervitude , luy dit-ellej '
cette belle perfbnne que l'on appelle Olimp^^
«ft fille du fimeux d*Oria , elle vient de raconter
ion Hiftoir« au Prioce Albçlhamar ; ;« l'ai en-
JtZ Bô t RBO s. ii$
Hniikt , 6 Dieu ma cbere IncBque Ton for^ft
digne d'eiivié , elle ell furie {MÛtu de recevoir
un amant fi^le qu'elle croyait moft , & qu'elle
aime plus qu'elle m^e. Si vo«8 at èss.été jamais
fenfible a la tendrefle , vous pou^e» bien vous^
imagmet data quelle d^oce fituâtion ces cir-
cètiftances mettent »Ae ame; It -eftvrai au(I»
qu'elle a l'aii: cianc , les yeux vifs , 6c tonte 1»
beauté qne le repos de S' efpfîecon&rve. Qu'il
»*cniàut, helas ! contimia^ell«,eii^4evattt les ycujc
vers le Ciel , que f e ne Uii re^emble. Il m'eft aifé
de connoître , Madame, interrompit Inès , que
vous êtes touchée d'un chagitn^ plus preilànt que
celuy de votre captivitc , À s'^il m'étoit permis
lie poufRr itièi tumiereis plus lein , f^e n'aurois.
pas peine à juget: que votf^ cùtw a patt à ces
toupifs ^ à ces^rmes que^'x^ut ne pouvez quel-
qtfe^s retenir.Soulageaj^ vo«is en: vûns^ plaignant
Madaftie , c'eft une efpece de remède dans l'état
pu je vous vois , Si |e n'abuCerat jamais de vôtre
^ fe cret , (î vous m^ jugez digne de le partager.
J'en fuis peribadée aimable Inès , ^uy dit Léo*
nide , je vous crois dlfciettie > de j'ajr l'egardé
comme une confolatt^?^ e(fèntiell« de vous pou«
voir témoigner ma confiance 5. nf^is (î je vous
fais le récit de mes peines, je foubakteque vous
mes fafiiés celîiy des vôtres, & j e le demande bien
moins par uti cfï^t de curiofîté que par le Veri-
tabje rnferet que ^'y prens ; Je me flâne de ce
que voiisfnedittes charmante Fdicie , repliqua^
Inès , 6c j^our vous marquer mdti dbe^ace ie
van dés à pTefeik vous informer éemes mab-
heùrs.
Je fuis née d'une noble famille d'AtidalouCe;
«non l^ere avoit du bien , il épouia tine femme
• ^tteluyffi«foctapOMïCj. il^toii4»v:«**<>'"-
184 Hi s T. DE Jean
in«& depuis Ton enfaoce il avoir été fur la Mer^
il devint . Capitame de VatfTeaux , il n'eut que
deux filles 3 1^ foeur aînée fe nomme Mathilde,
alfa mère l'a toujours chérie plus tendrement
aue moy , elleadc la beauté,& nous voyons
1 une & l'autre peu de monde feloh la coutume
d'Ëfpagne. Lorique mon Père reçeut chez luy
'tin jeune Toledan de bonne Maifon appelle
Don Ramire de Caftro , une fecrette fimpathie
tJifpofa nos corurs l'un pour Tautre. Je fus fut-
prife de fa bonn« mine, de Ton efprit & de tou-
tes Tes manières douces & indnuantes qui eng^
gent infenfiblcment. Il m'a di{ depuis qu'auffi-
tôt qu'il me vit il fe trouva H fortement touche
qu'il m'aima avec la même paffi»n que »'il n'a«-
voit jamais rien fait que m'aimer.
Il écouta .avec plaidr les mouvemens de (on
cœur. Sa fortune & Ton mérite luy donnoient
tant d'avantage qu'il ne.comprit point que quel-
qu'un de ma famille deut s'oppofer à Ton boo-
beur . fe ne le crûs pas^non plus , & fi f e refiftai
à riaclinatiôn nai fiante que j'avois pour Iqy^
ce n'étoit que dans la crainte de n'en être point
aim^e. Que je ferois malbeurcufe ! difeis- je , fi
f'avois du penchant pour un homme qui n'au-
. roit pour moi que de l'indifFcrence 3 je dois Ton-
ger de bonne heure à le fuïr pour ne me poilifc
trop accoutumer au plaifir de le voir. La jufl«
défiance que j'avois démon mérite m'obligea |
de tenir une conduite avec Don Ramire fi op- ^
pofée à mes propres fentiments qu'il commen-
ça de croire que j'avois de l'averfion pour luy.
Cette penfée ne l'afHi^eoit pas feulement , elle
luy donnoir une fi grande timidité qu'il n'ofoic
lever les yeux fur moi j je l'examinois avec ft>in>
ôç, lorfque nous éÛQPs enfemble, il me paroi^oic
i>E Bourbon* 285
tr'fftt Se rêveur. J'attribuois ces dirpofitions à ià
froideur pour moi , j'en fouffroiscmellement»
fe me «iaifois la dernière violence pour ne lujr
en rien ténioTgner , mais quelquefois nos yeux
•fe rencontroient , £c bien, que notre efprit fut
prevem» , ils ne ilaifloiènc pas d'exprimer nôtrt
cendreiTe- ah! difois-je , moi-même , tropindif.
• ferenc Don ^amire ! (î vous étiés touché , de
quelle manière pouriez vous me regarder , puif-
que fans T être il paroit tant d'Stmour dans vos
jjEUT Jl m*a conté qu'il n'en pcnfoit pas. moins^
qu'il me trouvoit one langueur qui Tauroic flat-
té s'il n'avoit pas eu mille autres preuyesde mon
indifférence. * *-
Ma fœur pafla quelque tems à nous étudier»
£lle vouloit pénétrer G nous nous aimions : cUt
. y avôit un fccret intérêt qui nous étoit inconnu,
& tous fes foins ne fervirent qu'à lui perfuades
que nous avions taAtd'éioignement l'un pour
l'autre qu'elle pouvoit s'eaibarquer fims perîL
^^D^n Ramire lui avoit paru anf& aimable qu'à
moi , la différence de fon procédé avec elle étoit
très remarquable. Il s'étoit mis dans refprit qu'il
devoit en faire fon amie pour en faire dans U
fuite fa confidente & l'engagea à le fetvir. Voi-
là comme Tamour s'aveugle dans fts projets ,
cai.ii n'y avoit guère d'apparance nue Mathilde
voulut joiser un tel perfonnage. Elle étoit mou
atnée , ma mère l'aimoit paflîonément , elle de»
voit être établie avant moy ; perfonne ne s'étoit
encore prefenté pour en faire la rccberche , ainfi
fuppofé que Don Ramire voulut prendre une
alliance dans nôtre famille » il &Uoit que ce fu£
avec Matbilde*
Je ne demeurai guère faut découvrir ce qu'eU
le avoir dans l'efprit , de j'en femis un redouble-
ment
rS€ HFis T. E Ie amî
ment d'inquiétude* capable de me fake mourir.
.Quoi ,ditètsi-}e , en me plaignant , n'eft-ce pas
a^ei' de n''être ^»int aimée J fâut-tl encore que
fe fois* falonfe ^qfie j'éprouve tant de drSeren-
veft peines dans 'un> âgje o^ pe n'en deTiK>i« coin
lio hre. a ucun c Qifet parti puis* je» prendre j f'ay
• peut'^re atcenda trop tard à liatfTer connokre
à Don Râmire que s^il s'étoit attaché à moi avec
4*agrémentde mes proches , je n'aurois pas hc
itidiferente pour lut : f e Tai évité $.)€ Tai fin avec
Jemicmfrroin qœ l'on prend pour éviter drpouf
IdïV ceqnne V on haïtrheùs f qn' il s * enfant eepen-
dantqtae i^nel&lRÛri£e,: maisqtieHé coodmte a
été la mienne : ma fœur profite dé ma tiftaidi-
ré j eUe tibaimre , 6c malgré cela je confefve
cbcoredes fenciniens'qiii jftrt doivent faire rotf-
^9 s ^^^moM vvHit rendre la pins maAlMoicuiè
péifblinfl do monde.' ^
' ' BtW'KlanaBÎre n'ét^^^l»s dans une fttuation plus
* ifyaik^tnti^. Ilnvpbuitft^t ]|dns'éc*tairje ,. & cork
«rfe Matbilde • H hi#bit profiter vofonfters de
toiites te» occafioi» de t'en«retettû,un foir qirils
le ptoméftorcflil enfembie dans une grande ailée
dti Jâfdio, ic que f'étois éians nn autre fans qu'ils
le (çuâeov ]t les f^gs^rdoisiavec attention, & bien
oué Itf didan^'Cfui ^eoit entre i|!MI5 i»^esnpcchât
d^ t<eS entendre , il ifi'étoit arfè de coonoitre
qu'il Iny parloir avec NâiwOttp d« véhémence ,
6c enfin )t vis qu'il fé fetta tout d*uu coup à
Tes pieds, ft^*'it hi^ prénoft les main d'une
manière û pattonné^ cjoe \t me pus douter que
dart» ce n^oment il ne hiy eiat déclaré fon amour,
ik qu'elle ne luy eut répemàn afièz fevotaUe-
menc pour obliger de luy donner cefélÉôigoa-
^e àt (a joye & de fa fcconAttiflaocé. -QatWt
Yiiie boA Pieu ! pour une perfonn« en l'état où
i'étois.
- x>E Bob r ffOK.' if/
f'éroîSr Je »« voulus plus les fuivre ] Centrai
datrs un cabir^et de verdure qui tcrminoit l'al-
lée , n'<tyatit f^as la force de me (outenir Se do^
réfifterà ma douleur.
fe tAc fettai par terre la tête appuyé fur uor
baoG : yt pleutôis amereâierit; je me couvris Id^
TÎfage de moh yoUie , ah ! c'en ta fait , dis-je ^
I>Ob Rathii^e. éc Mathilde s'aiment 3 il l'a per-
fondée de fa paffiotv , elle Pa écoute favorable*
ment : i\ »*eft jette à Tes genoux pour l'en re«
mercier : j^e n-é dbis plus nfte flatter de luy être:
chère , Aies mnux font faos remède* Je foupi*
rois, th'ci istogkfts & mes plaintes me fai/oicnc
hbntc , fe n'êtois pas moms defelperée de ma
féàlSbilit^que de VmCtnfibûité de Don Ramire ,^
Riaivfî i'avois ffetfce qut yenoit de fe palT^r
erfére kiy & iM» ^ur , j'inroîs eu autant de fa^
tisfà^oiT que fajfroieetf ée déptarflr^
Ehr effet Ma<kme, apfés-ua« converfationqofi
rcmhi d'aAford Ar tdutes les cheièfr imiiffecente^^
Me Tmi cHt ardiaat/emenc , Don Ramire prei^
fle fà preéiié regatida quelque tems ma feetir ; belle
Mathilde » kri dit-il , f^y uf» (ecret à vous cOnk>
fier , dr'où dépend le repés xk ma vie. Voudrés
vouk'bren t' entendre , & ptris-re me promettre
de tretrver en vous ces difpofi tiens de bonté <|iii
me font finecefCrires dansr^état w je fuis. Coat^
me etit penQi qiU (^Mte «MifidèfKe latouchoit eU
le creot qu'elle devoît garder des mefures qui q#
donnafl^nc- point trop de liberté à Don Ramrie.
Vous devriez Seigtieur , lut répohdtt- elle , dire
vôtre peine à qàelqtie iMrfoâne plus fpiricuelle
que moi $ Je n'ajr pokrt afl^e d'expérience pour
voii»donner des Confetlr ntiles , & il efl de cer-
taines chofes dans leCquelles je ne veux point en-
trer. Yoorvco iqâe v^s n'jr ayea aucune part, in-
ter-
i88 His T. DE Je A K
terrompit brufquement DOn Ramire, fcqueje
confcrve le re(pe£^que je vous dois,qa'àvez vous
à craindre ; Je neveux quevous déclarer ma paf-
fîon pour Ines.vous dire que je Tadore, que j'ef-
pere tout de vos bons offices auprésd*eile,& vous
conjurer enfin de m'être favorable dans une af-
faire d'où dépend tout le bonheur de ma vie. Eir
achevant ces mots il fe jetta ^ux pieds de Ma-
thilde (i occupé de ce qu'il lui difoit, qu'il ne re-
marqua pas les différents mouvements qui TagU
toient . toiit ce cfue le dépit , la honte & même
lir>c forte tendrefïë peuvent faire refTenffr de pei-
ne fe joignercnt pour tourmenter Mathilde..
- Vous aimez ma fœur ,.lai dit -elle, après quel-
ques moments de filence , de vous me choififés
pour m'en faire part fans vous fouvenir que je
luis fon ainée j que je dois être établie avant elle,
& que vôtre indifférence m*eft H injarieufe que
fi l'étois plus vindicative que Je ne fuis je ne foa-
gerots qu'à m'en venger, allés Seigneur , con-
tinua-elle,parl^s luy vous même, jeTonsferviroi^
trop mal. Elle le Quitta aufïttôt Ôc iamaisun hom-
me n'eft demeure phis confus. Il fe promena en-
core Quelque tems dans cette allée rêvant à ce
qu'il devott faire. Ce n'étoit donc pas aflés ! di-
loît-il , d'être haï d'Inès , il faut que je fois aimé
dfe Mathilde 5c que je trouve une ennemie dans la
feule perfonne qat pouvoir m'aider à vaincre Ta-
verGon de ma maitrefle.
Il étoit tout occupée de ces penfées & elles le
jettoicnt dans la dernière confufîon quand il vint
d^ns le cabinet où je vous ay dit Madame , que
i'étois. Le bruit qu'il fit en entrant m'obligea de
ie»ter les yeux vers la porte. Hfîit agréablement
fiirpMs de me trouver en ce lien, & je demeurai
fi iriefQlue fur ce que je devois faire que je ne
fja-
E B o u it B o kV 189
f^âvois encore le parti que je voulois prendre,
foit de reder, ou de forcir, lorfqu'il fe mit à ge-
noux auprès de moi , & que me faifant une dou-
te violence pour m'arrêcer , charmante Inès, me
dit- il , récat ou vous m'avez réduit ne me per.
met plus de garder le âlence,que jufqu'a prient
le refpeâ ^ la crainte m'avoient imposé 5 je ne
puis douter de vôtre averlion, vous me fuiez,vaus
•ne daignés pas ^etter les yeux fur moi, je a'aj
rien oublié poiir m'affiranchir d'une paifion qui
nt vous eft peint agréable, &qui me prépare 4f
fi grands maux, mais bien éloigné de me guérir
mon amour a pris de nouvelles forces, & quel-
ques mauvais traitements que je pui(re recevoir
de votre part , il me (era plus aifc de les fouffrir
4|u*U ne m*eft aifé de mourir faas vops dire^ue
je meurs pour Vous.
Je ne penfois pas -, Don Ramire , m'écriai- je,
en Tinterrompant , que vous fuffiez capable de
4ne vouloir tromper $ mais la conduite que vous
tenez m'aprend ce que j'en dois croire , vous
' effaiez en vain de me persuader par une déclara-
tion dans laquelle vous obfervez toutes les apa>-
jrencesrde la vérité } je fçai à quoi m'en tenir» 4^
veus ajoutez l'iaCulte à Tofience ; allez , I>on
Ramire ^ je ne veux jamais vous voir ni vous
parler. £n achevant ces mots, jeme debarraf-
fai de fes bras , parce qu'il eflkioit de $ne retenir
encore , & je le quittai avec tant de fîetté Ôc
tant de marques de colère qu'il m'a dit depuis
qu'il iut fur le point d'expirer de douleur. Il 11 "a
iamais été un p]us grand défefpoir que Le fieq }
tl fe retira dans fa chambre fi troublé qu'il ne
fçavoit ni où il alloit , ni ce qu'il faifoit $ la fiè-
vre continue qui le prit avec une extrême yior
knce l'obligea de f« mwtç au Ut.
Je m*<tois çepeodaj^t enfcrackée dans^ mon ca*
hiaet , & là Aiascémai>ns.feiii'abaadaaa9i9 aux
cplus trilles reflexi#aS ^qoe 1 oa %auiQit )at9ai«
taire. Si je ti'avois eu , di£bis.-ie , ^u'à difpyter
à Mathilde le cœur de Don Ramire ^ il in.e fcgi-
hle que j'aurois peu me «promette e -^uelq^es
avantages 4^0 r elle : mais les^hofes-ibruà pre«
iént dans un tel état que s'il vot^oit-me doooer
la pofeffion deioA coeur , â ib« /emble que le
la refuferois :,il eâl fcelerat & traître, ii nuffij^ië,
il feiat des (èntimenspour mai qu'il n'a pas » il
;a dit à ma fœur les mêmes cbaUsqis'il vient de
fne'dire , il faut qu'il ne nous aime ni Tune ai
l'autre , ou qu'il ait bien du méporis pour moi
<ie me choifîr entre t«ute« celles qu'il coaneit
pour Tobcfee de (araifteci^ : que icfuislbiblei
;grand Dieu , de l'aimer encore l cependant,
;Continuoi«-K , U pepfide a pqnetfé ie^ iav^a-*
^les difpefitions que j'^i pour lui, il fçaitquc
je Tainû , & voilà un furrcek ^e malheur que \fi
ne puis fdûtenir. Jefondoisenlaraçtes , ^efii-
fois tous mes elForts ppiur l'arracher, de mon
cœur, êc i'étoi« û occupée de (na peioetfue
4'on étoit déjà venu pUifîèurs fois flraper a-ma
«porte pour m'avertir d'alier dafiii'ap^cremepc
'^e ma Mère , fans qu-e^'^ullè-répondt^. L'onone
<hef choit par toute la mziCon quand j'entendis
•enfin que Ton m*ap«ltaiit ^ j^e ^cccndis promte-
ment l'es yeux encore tous niioëttfcs di Tair (i cxi-
fte que ma -fbéûr rqi^i'tn'^tudiott |ie douta poiflt
que je ne vinflfè de l$obàtiihce,deDon.itami^<,
éc que 4a vlolemce dé <<m. mal-ni» me causât Ja
-inélaDcolie qui paroi i!bit ^ur n»on viiagse^ J'^S'
«pFois cependant qu*îlfut malade , ^fe demeu-
rai furprifé de ne «le pojnt voir. Je ne voulus
|>oiat m'ioforoier où il éfoic 5 il «nft^fembla quil
istmttitoit pas un foin fi obUgeant , de màn^e-
-^e qqe }e me rétkai fan8ieiicendr«-|>Arler âtÀfAU
Mathilde qui contirtuok deViirhet Ôcqiùmû
biâbit à caiffe de lui , rendit conte à ma Mer^ •
de la .^onvc^âtion qu'ils avotenc eue enfemble ^
elle la pria de lui être favorable , deconfidorqr '
que je ae devois point ètr« établie devant elle)
& enfin elle hi^ruppUa de me cetnaiander d'avoir
une conduite fi itère avec Don 'Raifiire qu'i4
^tték pour jtfmais r^Tperanife- d'être aittié de
moi. Ma Merekii promk là -detfust<Kit ce qu'-
elle ofa lui' demander , & ce pauvre Gentilhom*
me fc voioit mourir fans pouvoir croire que j'y
pTiflc aucune .part.' Jefçeu fciàt ôii il ctoit , &
cette nouvelle fufpendit toute ma co!«re , je ne
me trouvai capable que-deîs plus cruelles inquié-
tudes^ qui ^uittieAt agiter une^am^e Terk^blement
touchée. Je Aevoiîloispa9'r«tlervoir , & pour
oi'en empêcher jfc me-faifois une violence qui
augmentoitbeaucoup ma peine.
^ Que je fuis matheureufe -î m'écriofs-je toute
cii pleurs 5 jen'ay pas adfés de fierté pour gué-
rir de la tendrefie qui in*occupe , 6c f'ay afle«
de reflèntimenr pour me rèfufer la^féUle 4àtis-
I faâion wït }t puiâTe goûter , |e rie veux -point
; voir un homme qui eft toujours ptefi^nrà^moh
fouvcntr : il eft mourant, hélas ! je dotineroig
ma vie pour la confervation de ia fienne.
'La fièvre qui letourmentoit étoit (i vidiente
que les Médecins déclarèrent à nion père qu-ils
n'en efperorient plus rien Se que fa grande jeu-
I ncfle pouvoir feule le fauver. ïl vint nous feific
part de cette crifte nouvelle j ri dit arma mère de
Tcn avertir afin quMlfc préparât à ce dernier
moment. Je ne fçay point encore de quelle
mamctc feputs «mendie ces functes paroles fans
t^% HiST, l> E 1$ A fil
expirer 4t douleur : n^ais*}^ m' en. trouvai fi fai-
fiç que tout ce que je pus faire ce fut àt paiTec
dans ma chaqabre où [e demeurai, évaaoaie
« plus de deux heures,
J'avois prés de moi une fil)e .oomnaée ^erefa
qui m'ai moic fort , qui fçavoic quelque chpfe de
ma foiblefle pour Don Ramire & qui m'a^r^aà
cacher le defeCpoir d^p^iequel f étoisj çon m'c-
criai-f eiquand je fus revenue de mon évanoiiif-
fement. non je ne puis (oufifir qu'^J,. meure,
malgré Ton indiferencé , «nalgré. To^ mauvais
procède $ je fens bien que la cônrecvationdema
vie dépend de la fienne. Grand Die^ l continuai-
je, toute en pleurs, ôtés moi plucôtla vie &con-
iervcs Don Ramire ^ qu*ai je audi bien à faire ea
et monde qu'à y foufFrir 4^ peines incoAce-
vables. Je vous avoue Madame que^e difois en-
core mille autxeç extravagance^ dont le* récit
l^ourroit vous eqfiuyer, & j^n^^if TonVifléccplus
vivement touchée que je Tétois. Lorfque mame-
xe entra dans ma chambre^ fa prefence me furprit
il fort que je penfai me jettera fc s pieds ÔTliir
conter de bonne foi Urfujet de tna douleur. Elle
venl^ic de voir D09 .Ramine qui Tavoit conjure
vd'une manière à ne le pouvoir retufer de me
commander de Tent endfe quelques moments,
qu'il mourroit coi^ent s'il pouvoit obtenir cet-
te fatisfaûlon, & qu'il fe âauoit qu'en l'état où*
«lie le voioit » elle ne feroit pas fâchée de (aire
.4)ue)que chofe pour ^a confolation.
. Ma mère lui dit qu'elle alloLtm'ordonner de
^pafler dans faxhambre,^ que pour lui UiUer une
«entière liberté de m'entreteuir elle ji'j vouloir
pas être. Elle venolt donc pour me faire ma le-
•çon. Don Ramire, me dit- elle, eft fi prct de
mourir que ce que je vais vous dire aujourd'hui
eft une précaotion Ion inutile. Cependant In- ^
nés , poHT n*avotr rien à me reprocher , je vous
ordonne de lui témoigner tant d'étoignement,
en cas qu'il vous parle defapadîon/qu'il nepuif-*
Ce jamais Ce flatcr de vous plaire. Madame , re«
pliquai-je , j^ejMCuterat les ordr«s que vous me
donnés fans balancer : mais fofe vous dir^que *
s'il a cherché une alliance dans notre famille ce
iTeft pas adeurement la mienne. Vous:me faites^
un miftere qui n'eftplus de (aifen .-interrompit*,
elle d'im air chagrin ; je fçai qu'il vous aime'
éperdiiement , il a été aâcs imprudent pour ea
faire ta confidence à votre fœur : elle eu vétre
aînée 6c par toute foirte de raifons elle doit pafTer n*
devant vouvj c*eft auflî ma volonté & f«prc-
tends que vous eiuinfovmiés Don Rami^e , car
jaimerois nrieux vous voir noite que-de l« voir ; *
votre cpo^ux.
Ma mère me paiioitavec tant de chaleur que ;
j e ne.p us douter de la vei^ité de Tes parolles $ elles
m'ouvrirent tous d'un efprit,.jc ne trouvai
**p{us qu!tin amant tendre & fidelle où j'ayois cr v
trouver on traître, & unmalhonnite homme. Je
me fentts • dans ua état bien di£Berent de celui oà .
j'avois été jufqu'alors 3 mais il n'adoucit gnere
mes ennuis, pétois d'un côté comblée de jojre
de f<^avotr .qu'il m'avoit parlé fincefement , Se
qu'il m'ai mott autant oue.jeraimois ; mais de
l'autre je me voiois fur le point de le perdre dans
le moment ph il me paroi fToit digne des fenti-
ments de diftioékion que i'avois pour tuy. Mes
juftes aHarmes prevaloient fur toutes les efpe-
râncesqui vouloient me flatter^ rien né pouvoît
. adoucir un malheur H réel. Je trou? ois qu'au
lieu d'être foulagée par la chofe du monde que
^ je de firois davantage » elle ne fcrvoit alors qu!à
* ' ' \ au* .
194 HMt^ 0*: JjJA*
preffi»mei^t. .<k JttjT pf^tUt, qnfjfli Q^contcftal
îîir xien a¥«c ma mer e , bie» (|u'<]ie me dit Us
^hofesduirnootiAlesplus diii!fs &ic» plu« dfifai«
foaoaUea.'
Je fli'av#u arec moi que cetu fille qui me fer-
voit , j8c dont je VOU9 a^ parlé . Madame $ i'-étais
£ trembkHote que je fus obligée eo. approchant
éft lit desce pauvre malade d^m'^pfvqfnt (m eUc
ponr ne pat to^er.
Attifi-tôt qu'il me-rit entrer >, A:U CAurna vers
moi^ik ose tendant la main ».il me dild'iuie voix
foible , venez belle Inea» \ceaea jcecevotr le^ d«r«
su ers fenptradrna homme qnirn.' en ajamaistpouf'
fé q«e poncyoHs^ i}BeB que voitfm'ayc^ Appelle
f caitce.,. ifie que vôtre infudkertDi'att vedptt daos
le ciîfté âiatjÇ'tt urens «m veniez , je iw me,pliûn-
draî point , fi je puis efperer que vous ctes a prc<-
fent cenvaînctie qu' il. n*a jamais été une paâion
ni plu^ rel^eâueufîe ni piiia forte que 4a mieane«
C'eft pour you» qtue je meure , charmante Xner »
continua-il eh me' ieotantJa main» c'eft vouefeù;-
le qui en étesia cauCe : i^m'tj fçeuvQus plaire,
aie fuis- je paa en quelqn e manière Heurenx: de ne
point rttf.vi«îe. à tfene di^race. Sn.a|chftvaBfi ces
mots il me- regarda a^ec des yeujctous baignée
de larmes, 8c pendant quelque temeil ne putpar-
iec$ mais enfuitte il me dit » par quelle fatalité
Inès n'ai* je puvouspiaiire? iiUn.autrequemoi
âvoit feuptrc pour vous je vous ctoiroifi/enifiblo
pour lui »"^tk je Vaccuferoi^ de ma ^^race , maie
j'ay eu trop d'intérêt à voua étudier » & je Tay
trop bien lait auffi , pour ignorer qo/e voue n'a-
vez point vd' engagement.
Je ne l'avoir pas interrompu lutques là , (bit
que îea'ea «uflèpaslaibsce , oik^e ja fiiiTe
• ravie
••
côinin^f^ots^ é^»e ft^rCuaàé^ ^<jai> m'^oit
ûchut , enfta j^ Iciy dib 5 cfrffégae nite fei«0 des ^
reprQcliés I>oticRaniirt,^ceiKs^ voim plaiitdte,
ftnefii>i^^$>ph|sqi|'àTOtregiiefHba^ c^eftnH)!
<]ui inisf la pi\»nift]beiir«âf«péfrdnfi<^a mon-
de \ aspotiPvtNtf» dji^;fr€rt<yutd^lacoupvot^^
forcamt-fti mis- tbtKîméfttii' i- j« ' veiir hiert* ivr-
doit ' jvvm^èkoiivèaiiv <|u^e}b «ft^ c«pâbl> cTàî.'
in«r, 01» SdlgftMirfe vottsâîme, (e vous l'ayôue,
quelle hpnte qu'il j ait' à^kùs ttt aveu , Ôi quel-
que avaqitage que V0I1S eH devins tÎTèr; duifutôti
que )e;v0ttf cottfiMiiiT^ me trouvai fenfible à v^
cretnerke* cei(^fiAî«iie»tsin*alannerent , f*e<^
rayai<^de!ir<M|S^lejrcicke« ,' pâfceqœ^îe^^iif qo^-
voiiiiiff6^t](>ùGMpCHivfllfK)tttr; î'^e«]^liq^ii>à'
forv aviMiagt' t«>ttt^e[qilê vous àifics t>ourielte;>
j'en ve4e&tois une me ddi4<euf , 5ccequiQftit>
le comble à mce peines ce fat ce que vous fite»
ily a quelque jours , lorfque nous jèttaïKà fet
genoujç mon malheur me- l^ondwîît a(!^ pto-^
chc^Tail^ où vo|l8^^i^téi}^our'vousv^tru«
& l'autre 5c pour me perfuaâef^'^fte' vOim lu]^
pirl!i^« di vèt'repaffiôtt ^ ('eddeineurai-fî Vrôp-
èl^e que je pleurois ameremem; quand vous me
trottv&ee dans te cabinet de verdure $ v<^ue vou«-
lutee profiter de cette rencontre pour m' entre-
tenir I jrne doute^ point que vous ii*eâffiés con»
eerté avec ma focuria tromperie qu'il me fem-
bloie cAie voueaièf»fié# 3 jugés de l'etfet que
produiiîi ce dernier coup (brune ame prévenue
de («ndreilè , qui ne pouvoit ceffer de vous ai-
mer , 5e qui youloit Vous haïr. Ces différents
mouvements vous attirèrent mes reproches:
aaU Qc m'en faites plus cher DonRamire , j«
I 2 fuie
%^. H;IvS T. 9 E :J E?lMf
pib alojts tetew aiesjarm^s iêict C4vaUcrrpar*>
Unt (AUt d'uncç^np dtiaptuigraAde âffliâioa
a k plus fcnCbU joye , il s'écria.; aon, tcop^^.
mable lacs « non , je n^acheptc point trop cher
un bltm qvki «ne^mbUide bonheur ^ qDaû<ij«
le payerou de roa vie j i '•étais, fur Je poiutde la
perdre X, vous m'^rrachés d.>ni|:e2ieibrasdela
«OYt , f c vais ymn par>PUS fï/rp^e/ViviairM*.
mais que pour vo«s.<(::«pend9ut .QTcraioHvOttSi
«demander pourquoi Vous m]zy.é,$.cl0ié àtt^hn»
liments qui not'étoient' fi glorieux i • qiielle in^
Iviàe défiance avi^ vous.cm vos charmes , Inès?
qu*avots-je fait qui..ptti;yousp«rAiadecqu^|'y
crois infienfible ^ men fileace rt^fpe^ueux ^ ms
langueur , ma trift^^, le. fq\n ^ïie ie. preooitf de
fuir lea nouyelles^onDo^foif M^». ro|»]DÎ4tfeté
4{Ut i'aiKoisà r^u&r U^ p^|îe»}d^.pla«fiirdafti
lefquelUs on vouloit m' engager, parce que vous
a'en pouviés être. 5 enfin la diiFesence avaaca-
gepGp qui eu entcjs vous & N^athilde , toutes ces.
chofes ne fuSCoient ell^s pas, ponr vous peiitta-
4«r que je n-ctois point c^^bif .dém'artackcc à
^'ausrc^quôà^ou^). • !;. m*
. y M :Mf)tiU-pliùfir à ^ou«1intf adre » lui di^-ie
f n i'interrompaf»c , qiie j'oublie de vous infer*
mer d'une chofe . qu'ils ed ne^efldlËrè qu« vous
Cçachiés ^ ^r'eft que r^a «nere m'a commandé de
vous éter toute «(pe^ance. d'être aimé 1 elle
veut que vous ne pei;i£çi qu'à ma ^ocur , outout
au moins que vous ne i^pemfiés f amais à moi ;
Prenons des n)fiiur«s^ aflesr .f uftes pour la fatis-
éaire fans troubler nôtre repos. Je vous avoû«»
me dit^il , que je ne pouîrai cacher des feati-
ments qui paioitront malgré toutes mes'pre^
cautions 5 je féns même que j'aurtis quelque
. . cho-
éhùfé à mt reprocher là dtfRis , il pengageot»
Mafehilde à in^ vouloir du bien ,v êc j'ay une (în-
cerîeé 'ft Bâturellè que jufqû'à bits ennemis » ils
peuvent s^co* prévaloir 5 «nais permettes moi
îné$ dêpii\%t'k^àtxf pt^t ,• il -me ronmaît , if
fçait^4]u«f'ay d^ia^iMi^n««<8t du^îjeA , Hn'àit.
ra pas âè jyeiâêré coérftfritit àp mon bopheur^'Hat:
fe ibis ti'i)^ i4ifbrmç6id<ê6ft^timentsdemame«
re , luy dis-|e-, en rîntfrrcympant /^^pour voua^
ïaîiSir prendre cettevoye . Jaldufîe de fodf poa«
voir , clle^ regarderoit comme une ififulte que
VOUS n^jy^Mis fiiffîés pasad^eifôà elle yûxiyés^
tniefs' cbafêilsBon RamiTe , fargnéàd^aiitier'mta
fœtfr'yj-'ay milU* tat6»m pour le < feuliaitter
de ft vOiis en prie ,. pomrriér vous me refit<-
ftr.
Kon » me dit- il , je ne vous refuferai pav Ma*-
dame» quand bieii vouscnedemanderi^s ma*
prc^rcvie*; ordonnés de ma deftinée tk de mer
condtiîti ^>e vous, obeïraV avengtetniï^t;! Koor
4ttn^ttntûés d'accord enfen^k que jcéBsott
4iU€ Il&tk Ri^re- pcendroit volontiers le parti:
de s'attacher k ma %nr , fc que S'il ne ftiourokr
point de la maladie dont il étoit accablé , il l'é*
poarerôfT, covrveja que fes proches qu'il vouloir
an canftltter^approttvafrênt fôndeflèin. Jene*
.mamiiKft pâ^ en fortant de & chambre de paiTer
daiiftpctUède ma mère ; & de iui dire ce que nous-
avfOnr" concerter. Elfe mecreut , ou du moins
crtié ftfî^fllt de mè croire $ 6c il eftvrai auflî que
ma CxvLT n'en douta pas. Rien ne peut égaler la^
joye ^qu'elle témoigna pour un . changement
qv'elte h'ofoir plus fe promettre.
Ma Mère 'm'ei permit de voir ateerquefoi^ Dcfn^
Ramire: Je - payots «tte ' iattstaâon par mtlLe
«Offipliifaiic^raaxqâcUiBs jic: ne coatraigooît
j X J poua
-i $« lî'i js tr w I^«>! I i 4 M
pour Maeliiide | i^ ^iiifm'aiirottnc éU îâ(ii|M»u
iflbUs <laiis tiae autre ^c0aiAda« ti'fafloktiiic 7e
lay e3»g«««iffe la €eii>drc^* <|tte Ctoh^amûe
avoir poiueUc : Cç^ movttf^Rom ijBmuksà/pau
: Icf fk Jiui. <:«Iii lie iaiitbit ^s de Inç '0iHr«t q«4U
.<qiie,peine , 6càfi«ree ^edico^tltf'iU'afièMgt!, jt
>ciaignoi^ ^Iqo^fî^is ik. 4kTt rifù^ lU 9!ç ^^ipas
.loagottm ÛBS fe rétablir 5 <& ûat^cevteaoij^' kh
;feiifi{>leaienc $ oa 1* rêgairfDi|: d^ît cQiiime4e
.futur ^pous. de MathiUe $ Uti'yiaveitif^ilftée
bona tcaicemcnts ^ d-lioimêoccc«'qu'tt:iie rcçeiie
Âp m^ •jAsnSki htiS fdkcéK\étOHmt'€m'€t%féii^
AêfùjfÊii h Gowernettr de Botto-BtMl ^ H^tnfkS^
£l\t •& iâoiicies les Danues - fiireai pâàes| shiM
^•'Udonaa^àfesiK^cM. Ma«iefei|Oiii'y4iieffi
avec deux autrerde nos parentes. Nous n'aviedi
.|Minc encore paru <bos de C ^graades 'offim-
i>}ce«. iDoa iAamirem'enl^iiiiDÎgiia'quelqiiaili-
qqwiétude. Qm toais éoesMle ; imedi|:^l * i^
4^lHm0«tt3^«ée, ckânHftoiM'$iie«i(q^«fNHia«i-
iliftlhe tfoofier fh^tvaufe'^jfc'^ae^fe'm^iii^qiie ,
'vm» n'm aroorté» «fttlqtt'^n'plas 4i^t
SDOf tk littus fenrir. ! «i: ti.
Vous m'êtes trop cliier ,, llii dk-^ » -tn
triant y pour quie vôcpe *|alottfief«M|fe|M)d^liî-
n« je vous prometS'de'ii/aUtf^e îuM^'MbCl»-
«eim acde tmavet ie moûol lie a'-^y piMipdlaf.
.'Oependant teités'hBéîiûoinp»id«4t^€Q«'4iç:if
Tous'fttai tn paffime k Atfé^ftof n^tu^-Vi^*
«ar vKMtsfëtes vous^cnie fi*»i)kn mis tAe 4^ fi iMi
>air qoe i'ay lieu d 'appréhender qoit qtt«lqii«^
nmes'xkmosDamesne venilknt^r^^k'coiiqv^
de vôtre cœur« :Si vous a'iétxkpasâltèiflt» Wffi
iriit<iU)poBn{ï»'voai9/qttcffipuîâêrdanMMr<r^ }e
9ei?»iidrar jmptésrde^voos ma/d^rt [lots..*-^
av^aaiccvifixcais lNjeaiii)diknanaai|nli#;mM
\ »
en-*
'!>£ BoORJiOK. 1199
eotr6 le |daifir de^oas entretenir ou d'être à une
fcte oui' ne peut avoir rien d'agréable pour mol
qnand vous y manquercs. Qnel(|Lid peine que
vous y aies , lui dis- je en foupirant , il faut vous
refoudre d*y pamicre , vous me feries une affai-
re moitetie iî vous prcntés un antre parti. CeTe^i*
foic ^tre cotiitottre que nous avons voulu profi-
ter en ce telitslà pour^tre enfcmble , &Tou6f
iagés bien qa^il eft de certaines cbofes far lef-
<|u*cll0i l'on ne Cg^aaroit avoir trop de circonrpe.
*^oii. J'achevai ces paroles d'une manière (î fe-
«ieiifè ^'il n'ofa s'y «ppoier : mais il ^nie coa*
jura ne point (brtir du bal. Ne voirt arrêtés \pafy
dil-il , aux mouvements que je vous at fait px*
«biwe , maob-ere Inès , fe fecoà bteA plus à
]4aiiKke d'éire û kmg-tenis faos voas voir , de \c
»e v<MS répond pas que l'eulEèlalorcedede-
iWBvrcr dân8«n Uen qne vous n'auri^t quitté qtw
fOlif ^nCobiiger. Jenepusluirépendre, parce
ftfke ma mère m'envoia dire qu'eÙelalloit partir»
Doa fcaiÉire vînt «v«c jumis. ILaifqwr (aaow
ffimet afiiyées cbée 4e Goavermanr >it doiUia ki
tnaifi k tua mcre ^ ma feur la faivit 6c met p»-
mites s pour «m je me la&&i tomber , & f«
keiîgnîs de m*être donné une eatorceau pied • jo
«l'^évoieiaiflée dioir dans k roiâcau , mon habic
Ibt tout perdn , H n'y eut plus moten dt paroitiie
^iiftle bal boitittie de snoitiftée , ma enere fe £i.
<iia Ibrt contre tnoi , elle s*fnquieta bicti moins
'éi âi'dôulenrdotx je me plaignois que de ma ^a^
»«re que l'avoîsmife fort en defordre | je revins
fur me» 'pas, je* me couchai , 9c Don Ramire rew
lia an M très -chagrin de n'être point avec nvof ^
tkfeiffibfMieiKtMché dejaimaiplaâràacei^ fo^
VftM»tfd*livoir pour lui H^ifWuôpÉaiéia'fdlce èefb
«wcnundi^ OfupéeieiMttkJlde*, .de fan» fongev
1 4 4**'*ï
200 H I ST.. Û B J E AM
qa'ils cflVoient danfer enfemble, il fut Te mettre
dans un coin de la falle où prenant Tes tablettes il
ccrivit ces mots deflùs.
A qmel martire me livreK-vêtis.^adarahU Inn,
- vùHs me qmittez dsns le tems eh v$us voulez que
je rende des foins k i/ôtrefœsir,Leflésifir de veut
voir aurostfâ m' Arracher quelque témP'S^^e dt
cempltùfance pestf elle, mais muffitùt queveus
Mvez été retournée chez veusje n^my été ûccnfi
que du defir de vêus fuivre, Helas Sque dasis ce
4nêmem qns eli fi irifie four mcy ^ je ffurreis 4»
.'fésjfer d^hesêreux MUfrés de veus ! •
Mattlde naturellement inquiète ne voient point
Bon Ramire auprès d'elle regarda de tous côtea
où il pourroit être. Elle Tapperçeut dansuncoia
où il écrivoit fur Tes tablettes., elle fit de0ei&
de les lui prendrt , & en effet après qu« Us Sara»
Jbaqdes & les paflàcailles turent danfées 4>a
commença le Sarao. Vousrçavez».Madame»4ue
«c'eft une danceque nous tenons des Mores » U
comme chaque Cavalier mciie une :I>ame d'une
!inain Se porte un flainbeau dans Tautre, nia (csur
jippella Don Ramire pour dancer.ayec telle i &ii
luy fut aifc de trouyer le moyen pendalnty toutes
Jes figurés de cette dance de luy prendra Tf s ta-
.blettes fans qu'il s'en apperçeut j eMe feîg'nit de
. vouloir raccommoder quelque cbofe à (a )coef«
fure, elle entra dans une chambrequi étoit procN
de la falle où ellelùtpromptemeatcequ'ilvenott
.d'écrire, & jl eftaifé de juger duchagtin qu'elle
,€n refTentit. Elle Taimoit $ elle enitoit trahie Ac
m^ifée $ eUe avoit encore plus de fierté que de
tendreAj elle étoit au defef^oirde) s'être facfi*
fice , U enfin elle fietroiiypit iuiiii<riU4tf4fft4i
i ^ da
dui iAkn.\qui dteytOH^ la ^^s^mU de c«.malheur«
iBàaOi û'cUéga] audé^it.^ à la coleieilont elh;
fat agitéç $ flW eutafit ^ dçffîrcft.pour diiCmuUc
ion reflenttoieDt;; & cQmpfiAil «^ vrai qu'elle ^ft
fort aimable^ Poa Sanche de Gufman fils du
Gouverneur qui é{pU. jfSunQ. & bienfait ,. mâif
très- prévenu. en faveur d]6 Ton mérite, s'attacha
parKiculierei3ieoi,,à:lv^ l^rler. Il eût mille (oins
pour cUe pctûUoyt-;'Cq^l^la4^ê;^e^,j Scdefoncôté
^e le regafda cpii^e.rUii:hoi|une qui pourroit
aider à U- guérit ^à-Uyangier de DoQ Ramire^
^ 2>anr£9tte penfée elU lii%lai& entrevoir que ma*
mère receyroit (es viiîtesraveç plaifir 5 bien quç
noiisfoions fof^ recrées:, lui dit-elle , le mérite
qof, veuf.di^bngM^ Sejgfveijir Ce laMaifondonc
vous éfee» ûifBt. |^pi»r V^^a^tlrei; .d^^égaipds ^uif-
quels'pe^ de g^hs foairo!i,^t>pretendre. Ces fla«
teufes paroles, Utt<><içlHtr«.i>tA reçHblement , iiî
prk une violenjt'e paffion pour elle, illalùi de<r
clara , & il ne. remit que juiqu'aulendemainla*
viiîte qu'il voulojt nous rendre,.
Mathilde avoi( d^ia préparc ma mère aie rece^
voir. . JBlle nt^ui di(;.f iftn ^c^ravaçtur e. des tablée*^
tes •• ipaia- fiVb lui jgi comprendre q^^efle J)e iê-
croyoit pas alTez fûre.du coeiurdeDonBjmiire;
C^'un rival lui,<dqQueïoit de l'émulation , 6C'
qu'il fongeroit à coni^lure un mariage fur lequel^
îlfaifott tpû jours naître, des difficultez. Pendanr
qu'elle, meuag^oit- ai^iî le^ moments de fa v^n-*>
geofçe iD«itl^Mnir^if»'^V<Ht'informée de lapfif^
^ d$ fes-caMeUfes^^df^craiâ^t^'queimtilipeurne^
les eut prifes,' Quelque peu d'atteittiM que j^a^e*
fur (a conduite avee moi , me dit-iV, ie-n'ây;'paa^
laifl^de remarquer qu'elle a au fond <}e froideur
depuis quelques jours q^'el^e eflàie de va|ncreparr
def motifsque je ne puis pénétrer s j'app^eben^
ly dès
êè qu'^e^rïefçatbe «9 4119 VMUtt'av^iDiAiniiK
de t«bir'^nt : j« h^ay ij«« ««leefftidexwfiEm,
coBtîtiuéft^l y éê in*tft 4»MiMii:t«r }' fi ^roHtmt
i« vottlWe perfiietti«'$«iâ«}éro)sf latJoaittitoè
et kpaliGoii qtie j'aytpottT v%ttk, âc^iMiffaiitn-
£n fufqines oè'vaoS'VOttléâ^ill^ c¥)a aille.
J« vous av^ût Mstdaàitj^' }e^»e4eiçaTok|as
c« o^dufc f>Voi»:le'V^lfi4r(^k^'«fmâite
l>ruit 7k tôns4<4at d« l*héiiftitré âww^ét ^vÂmt
faroilflbirle 'p^us €%iie <le monéfttnM , ^^
l^fneoTtdv ma merc r&^c^fnâ/fcsar-, iàWft
i)uekfae cbdfe d« fi4»ppidfifâ4)i«èctme > Se)^
^«ôfe^t^^kvét danaftttfc^^âtt«i4é:(^ikxtf«Mqu)i
iè^'élfoii t^dk^'Bti tâéttfeiMMr qi^leHcMie f ou^
h>iëi» pasi'kttemtohiriihlfeiivi f IftkcHrdiswjé , 1»
viD^s J[>0!i Rftnlipe'^qlié iibfi^ fefai^es iaëit» à
piftittélê qoe^yous fierknttgiâèz.tl^OiM viVM^
dans la même mâlfon, â%Hiis*tK>usyôyoii^tOttS
les ]o\ns , 'ée -quelque n^ilft a|f èUs'bi^fi des me-
fares k pitàé>ê; it c^ lâMUifoyolvs f^kifcbfi^N
ires^,* ilotisiielaiiran»tia»^<Éôttsaiike«V#(tii^
le dit%^ de nous c&niolef; - • - •- ■- fJ ^ ' '
Telles étoicnt cHrditMKtdfineiïit licis^^otieiCS'
tioDs. Mate Maidame . noue- remarquâniee l'un Q:
TaUtre , atk ^]>Ofi àanëktf de '6tlfok«»aWidm des
dc^G^ire ^ a(8dès à<ma foulque notâv^nt pénves
dmsftfif qû'tf4<tiiÂ'fbt ik«%JM'fofeMé(QWrdix?fftr..
itsgt^ 'Hu n;«o^b«^ là tf^\i> Bfte^dt t ^ti ^fcfùè lioii
Rvttiîre ;- iiWbitde a fta'^m«at qui v«*liH'{>l*ke ,
êc l'âir <kinr ^e 4e traitée faic-affiecWinir ^fu'it
e'eû 4iftmgu4Ë'4Uj^rés d'elle :XIU t^aimeraia&s
doute • ette va -goûter la^iffertsce^yiii fe ttouve
entre w liocnpK TevMlbkiDKAC l^udic êc ua
. hom-
fiomme'qtfi feint de TlëtTC. C«ttc ^différence cft
e!I« grande, lut dèmtntlÀUie. avec beaucoup
iHtxnùctoct , êt'ptùt-xynyenapperceiroirauffi
fetîfibletnent que yobs ikié le voulez nii-e cmire;
Rien n'eft plus aifé , ajcyùta-ii , quelque habile
que Ton foit dans Tan de diffimulcr> Ton ne peut
s'obicryer aflèz pour ne manquer jamais. Ileft
facile de foûtcnit un petlèftinave p'affiçnné pen^
dam qu elque.re Alt» : mais il eft'in^poflîbtedclk.
foutenir toujours. Lorfqi^ë l'on aime tout toule
d^fource , rien n*eft affeéW ; Icfcàéurle décou-
vre liiî mSmé , Von eft cmpreflc% tendine ,'exaft,;
careflànt , libéral te fournis $ tout, ce qui a du ra-
port avec la perfonne ainrét nous devient eflenh|
tielj ce que Ton traitte de bagatelle aVec les in«
différents eft rcgafrdé comihc Une chofe fèrieufe^^
âc lorfque V6n n'tft pas veritabl«n)ie|ltàmbàrèu3dï
Ton s*ennuye ^ Pon s'embaraffe ,!'<'« «ft "^^^
contant de tout ce que Von fait , parce que Vbtt
ne Fait rien avec cette liberté & ce plaiflr que To»
goûte qttand on aime.Pour moi je tiens^ qu'il faut
avoir des raifoj^strés^- eflèmiellés pour fe refoudrr
à jouer un teiperfohnagc , ou qu*il faut ctrer
né un grand fourbe pour vouloir de gâyèté d¥
cœur tromper tine remme.
Mais , lui dis- Je , il' y en a qui veulent Têtrej^
& qui feroient au defefpoir que l'on eut aflez de
bonne bonne fbl avec elles pour leur faire con-i
noîrre , qu'on les regarde av'pc indifférence..
Celles ft font.digncs de .pitié, f éprit" Don Ttami-
re , 5c il eft aifé de 7iigerque n elles pouvqtcnc
ft guérir elles ne fbuhaiteroient pas que Ton mit
auprès d'elles ^'feinte en ufage: mais'ell^s ai*'
ment quelquefois R tendrement qu'elles choifîf-
fent plutôt d'ctre flattées que d'être éclairciesfur •
kur erreur. Ke croyez pas cèpeadàAÏqù'éfles^^tii'
I ^ foiem^
ao4 ' Hl s T« DB JB A«
* foient, tqot à fait les duppes elles demélent.foit
bien que la cooiplaifance , oif quelque autre raU
fon , fàic agir lei^s amants | cela leu&donne.ua
chagrin mortel , ce chagrin fe répand même fur
tout ce qui les approche , elles deviennent ai-
gres , ôc de mauvaife humeur en compagnie i
elles veulent des édairciflemems tête à tête*, el-
les' s'emportent , elles font des reproches & des
fnenaccs à ce qu'elles aiment 5 c'elTun moyen
(rés-certain de tes rendre encore plus infuporta*
blés , ôc alors le politique amant , & la véritable
amante foufFrent des peines infinies : mais con-
tinua-il , de quelle utilité vous peut-être tout ce
que je viens de dire, aimable Inès» vous êtes
faite pour être toujours adorée s & pour moi je
puis vous jorcf de ne tromper jamais. Je ne for- .
mçrai des vœux que pour vous , je ne vivrai que
our A^ous plaire » heureux & c«nt fois heureux
j[c puisy réiiffir.
Hclas! vous iûgésbicn Madame que des aiTeu-
rànces Ci tendres de la part d*un homnv fi ai-
mable & fi chèrement aimé » nie faifpient pafler
Us jours comme des moments. Mais' dans le
tems où ..nous croyons Tun & l'autre , que ma
foéur , touchée de la pafiion de Don Sanche
n*atcendoit que le retour de mon père pour
donner Texclufion à Don Ramire , ta jatoufe
fureur contre luy de contre mot ne Uiy laifibit
pas goûter ufi,Mment de repos. Elle étoit plus
occupée d\^tgM^^ fa yangeance que de celuy
de menagcrtW'amantqui vouloit Tépoufer , &
la rendre ffe's heurcufc j & j'ay fçeu depuis par
une fille qui la fervoit qu'un jour que Don
Sanche le prioit de confentir'qu'il parlât au Gou-
verneur du deffein qu'il avoit pour elle , elle lujr
laiiTa voir tout dj^un coup fur fon vi^i^ge & dans
fcf
ï
DE 9q OrR %OTSf. 23f
Ces yeux la {xli^s graade, dquli&ar aue Ton peut
xedèacir. Te ne fuis plus e^i -état^ Ju^dix- elle ^.do
vous taire une cliofJB qui yous-.interefle j.puifque
vous m'aimez S*eigneur,6c.que vous voulez unie
nos deftinces , Tçachésqu'il faut auparavant dé<*>
truire les efperances d'un . rival auquel je fuis
promife. C'e» Don Raaiire qui m'a demandée
à ma famille 6c quLn'att.end que le conféntemenc
de la Cenne. pour m'époufer. Avant que j,e vous
eu (Te vu Je n^avois point de répugnance à cet
himen: mais. helas.L depuis que je vous connois
la feule penfée.m.'en. Eut horreur. Je ne doute
point que vous n'avez afTez de courage d de
t(ndrefiè pour entreprendre de me tirer de l'em-
barras où je fuis , & où je ne (uis'qu'à caufe de
vous. Ses malicieufes larmes. interiompirent foa
difcours , it en falloit beaucoup moins pour en^
gager Don Sanche à fe porter aux derniers ex-
tremitez contre Don Ramire. lU'aflura qu'il luy
parleront d'une manière à le refoudre d'aban-
donner les prétentions qu'il avoit fur elle *, qu'il
• cfperoit mcme qu'il ne voudroit pas s'opiniâ-
trer contre lui dans un 4ieu'oii iWtoit aflezle
maître pour emporter d'anthorité une chofe à
laquelle il attachoit tout te bonheur de fa vie ,.ôc
il ajouta à fes parolles tout ce quela pafllon luy
pût infpirer de plus tendre.
Ainfî Mathilde ne douta point que Don Ra-
mire n'efluyat l'affront de la céder « ou que s'il
vonloic par un mouvement de g)ig:f ^utenir
ia recherche. « il n'eut un ennemi dangereux fur
les bras. Jl faut être bien vindicative poilf entrer,
dans des fentiments fi oppofez à la douceur de
nôtre fexe , ^ c'étoit tout enfemble avoir une
grande imprudence d'expofer ainfî deux hom-
mes qui luj étoient chers. Cependant Doa
Sanche
Santfhe de Oufman hnpatieatdtfirégler ftiaF-
hirci avec D6h ftanifre kiy décrivît le fortmême
avec une iiaoteàt c)m a'étoitpasfiipportablei
voici te quHnuitnandoit.
La fMfftfn quefny four MatUtii niiBeévrit
{fohft avei tifn rival, J^ay appris que vour ttiis
e mien , é* P n'aypas xrâ ^uejt iuffe en *vw
de la peine. X^tisfçavezqmjefmsiii^iiue'ùm
pourriez être la iuppe de votre pkffien , pvtm
liez' lafoûterdr tontre mei: Je vent eenfeiSt
la chefe fe paffefans hrUit t^ qne vom mt
cFStés de hûnne grâce ce que v9Us nffeuvtL me
di/puter fans tentai. •
Don Ramîte a de \i tiaiflànce , êc ton cœur
fit ta jemènt pro^fat. li fe fentit tranfporté de co-
lère à la veiie âe ce billet , &il coûntit bien qut
la piece'^toit conduite par ma fûeat. li ne voulut
pas me parler dé ce iqit*il avott refUu âk faire,
parce oa'it^ arprehendort ciue }e ne m'y opofaflejl
£t furie champ réponfe à Sanche en ces termes. '
*X indifférence que j'aypeur Màthilde n'auritt
fâ m'eagager de difputerfen cœur centre un au-
tre que vem. É faffitque vous tahoiés peur m'j
oppofer. Je vous donne avis à mon tour de no le
plus voir , ou de vous mettre en état de deffendn
vitre vie contre moy^
Comme Bon H^mîrte nedoneapointqnedes
commencements (î yiderits n* enflent de» fuites
encore plus violents » il fbt te tendemab niatin
entendre là Mefle dans un Couvent ou il fça-
voît que Don Sanche alloit prefque tous le»
jours* EncSetilTy trouva, Auffi-côcqucDon
San*
(k lai 'dkifoftibat >, cétt» i foill 4ifpùfé k imëfuref
^6tMo|^é^ÀlBimiêbae y-)t ftils ^Kjpbfié'à Vous
^ttirir«f|ifofi«B|R4l'U», tié^onâk Do^iUmire , at
^e^s vota «attcmiM procké<k h IMtr « afin que
pètifbiiA« ne ii^yiOf^p0i«; Ils t'éloi^gtierehraforf
f'm^l'aatvc ,^lt Don Ratnirc ne tarda pas à
pTffiidtt It^dieain^^tt'fl kil'av^t dir. .
• ll^^ioit àtptfine^rriW <)tf1il vk yenît Don San«
che 4'tiii^t( "fUflni^Unt. «If^ mirent l'if pée à la
nain 0c <«j>orceraic sSes^^iip^ terribMs. Dchi
Ramire aum diligente pffrer^eux de fon-éiilie.
im^Vt''éiok<aJlrott^'Ptitaitti«v{ fe am bitft'ti^c
hors^k» tfmibàt. H hii danua^ur^t^up mbrtel qjûl
ht % tlatflk^iyî^fe qu'ainnit ^u*4 leMék pont
êettaM dtfioi qittU'avM h\tSé. ^ottr botiRami^
fc il') revint titt \ùgt$$i9etmi'Skfiiîrérd^Yte}t
M puk cÀiyipt<eiidrt«<ll ttèfObëéà^âsnMmt à
f« fwv^ri'll f«n^)ok ^^n'Iin dtM!tnc Tecret lè!
retenoic. Mtlas ! fc pe«4 dil<e 'que^ techarme
étok la itttidvtflè qu^il aviMt poiircnfor. lî entra
dans ma chambre i & il me parlok avec une li-»
bef<>é' â'e(>i^k ^riM'^p^èevê'aft'ribtrëeq'u'à U
gm&âÂit de f<M aiâfè , fà' tk<âtoqu&llîté dk- je éW>ic
fr apparaiit« tpke^i^ tfatirrois jamafis foupçènn^é
ks tiiaHlfttn^QiH v^noiè^t dt luy arriver ^ lorf^
que tout •é^im coup te Gouverneur 9c Tes gar«
des tnvirontiereiit «ôrre maifon , s'en rend!-
Hnt les tasakr^sac Vinrent rarracher d'entra
mes ^ràs , ikl^arraetier-ent en effet d'entre nies
bras ,' f^ifqu'il tfy ati( rienqlM j« heiiâe pbuf
kretetik,' •• ' ^ • > ; . •
Quèk 'tnom«ms ftifte^OJél îîctièpttîs'Besra-
peMer à don' fouvèiitr (ans étfroi. LrÇouver-
aetir taGOfffelabU & kn^ -de la-ntortdefoâ fif^
am^ttt À^ ^auktjr viAmt potftiàcri€ef Do»^
^o| t£l$T. DB iBAriN
Ramii]|i^à'rQii.fe(r^ajtîmeac. Je ne mtts^sca
<iou|< ^vi-'ct^uit le plu» fort , comme il ^étoiti, il
^e l'euc.tujéàm^s y^etix-; (i ica'avoisCouiirci^
fçn ^prp» du mien , il-pour le garantir' «je ne
m'ctois. cxpoiee à tous les coups qu'on kii pou
(oit ., ^\biea q|ie je (pis uaturellemeot timide
jk que, la. yeiie d'i^fie «pée mk. donne quelque
forte 'de frayeur je ivQUs âfleure Mad^c; que \é*
lois C\ hardie, &qv< je faifois û peu dé réflexion
au péril qtie jecourpls» que j'ay lieu de croire
qu'il (ufHt d'aimer pour ne ^ien refièntir^que par
raport à ce que Tpn^iime^
. Mon amant ypyioit avec le derniep-deferpotr
€|<f que jefaifoispourlefauver. Uctoit comme
un lion qui fe.jdeffend , contre unetroupedi
çhaâeurs. il bU0o4tv leai un^ , il ^vitffit la fureur
dps autres , roaisifpi; adoefièh. Ton courage^mes
criS) mef larmes, mes prières» &.le foU>|e fecoufc
que je pouyois luy donner n'emp^cberent pas
que Ton qe^ferendit maître de fa perronne , &
oue Ton Jie.îe ttaipât to lexhamp en pri«
(on.. .^. . : .
H me Cembla .daiis c^ moment que men ame
venoîc de m'abandoniiciri, j^ que. j'^vois perdu
La vie. . Je voulois fuivre It^^njalneureu^ Don Ka-^
mire , partager Tes peines ^ m'enferitier daos
ion cachot , mais ma mère & ma foenj m'arrête-
tent pour achever de m'accablen Mathildeplu'
ièmblai^le à une furie qu'à :ene fille raifonable
me. chargea de reproches ^d'impJ'Ccation^. La
ç^prtdeDonRaBvire^.4iipit-eUQ , me vengera
de celle que je pleure $ ce traître feraf^icrific au
ptfte reflentiment d9~ Gouverneur j.jee^aurais
jamais -de plaifir que- le feul jour où je lui yer*
rai perdre la vie. J'^tois (î troublée êc fi peu en
int de lui réponcire quç mes brmcsicoient les
ttni*
DE BOUBBON. 209
nniqnei interprettes de ma doulcnr St j'éprou-
vai que les gnnâci affliftioai rend tôt iafenflble
ï bien du chorts.
Dam te moment qu'Inez entretenoit aipfi
Ltonide , la Gouvernante des efclaves Temarqua
de la lumière dani leur chambre, & les entendit
parler. Elle vint leur dire de fe coucher , & que
ce n'étoit pas la coutume de veiller fl tard dans
le Palais. Elles obéirent l'une & l'autre : mait
tette fevere fille s'ctanc retirée . Leonide appelU
doucement Inet. Non ma chère compagne , luy
dit-elle , il ne m'dl pas permis de fermer le»
jeux fans avoir fçeu auparavant la fin de tant d«
malheur. Venez auprès ne moi pour m'en racon^
ter la fuite. Inei et oit une des petfonnes dumoïKi
de laplutcomplailante, elle prit une légère roba
fut elle. 8c sVtant affife Tut le lie de Lcoaidc, (11*
/éprit aînll Ton difcoun.
, Ti» iê Im fTtmitTt Psnir,
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L
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HISTOIRE
DE JEAN
BOURBON.
PRINCE DE CARENCT.
ÏAK l'ADTÎBR
DES MEMOIRES
E T
V07AGE D'ESPAGNE*
SECONDE PARTIE.
A LA HAYE,
Chu Adkian MoBTjiNt, Marchand-
Libiair« prêt la Coui . à la Libiaiiic
Franfoife.
M. D. ce. IV.
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PRINCE DE CARENCY.'
Seconde Partii.
, L veui eft aitt. Madame ât iugirde,
. Iattift<nuitc{ucic palTai. Désqu'il
' fut jour, j'envoyai Terefa à la pri-
fOD pour apprendre des nouvcUes,
cite me vint dire toute en pleursqu'il
ne f cftait guetet d'erperapce de fauvei Doa Ra-
mire, qa'otil'ayoit déjà interrogé , que tout le
monde le d cela roii contre lui , que l'oan^it'OÎt
cette aCiitc d'aflafinaP, que le crédit du^Gou-
verneur oprimeroit aparemmenc l'inaocencede
raccuffï) maisquc peur gatderijuelquiforma- _
Ittez dans fa condamnation , on avoit permit
«u'un GcatUhôauae , ippcUd Dom Tcillo > h-
qucl
144^ HtsT, PB Isa 11
qn«i #>roiT ae TkUlcii
trUmité. H é^tA p|g^.^i^,,^^tciûtti^«fci*TCff
amant , il faut k fauver ou mourir ayec lui ; Te-
«0 ftuî i/'ituiV pnto^e d£la c^an£e , ta,
cours , ne perds pas un moment à m'achepter un
liabit d'h^onne-^ firti af lieu q% OofiRamire
«ft retenu', -^e feiadhii qb^ je fui^ le fi^ de Dca
Teillo , 5c qu'il m'envoie pour l'informer de ce
^Ui fe pafle contre lui î^éàl être que je le verrai,
peut être que nous pourrons d rendre des mefii-
Tes'enHtmble p^urTalibeltl. "^ ^' ^ ■-,
'^ 1.qtt'al!S^¥d|i^aij/^a<kQtie , ik^i v^
«xpo ferez vous, me dit -elle , fi vous êtes recon-
fiiie , firv^tfe •favmjjd-^n t ierpli|s4e^r foupçoft,
41 n'y à point d'extrémité à quoi elle ne le porte
contre vous fc çqotre mfiti. Je ne (ùis pas dans
des cifconftancei , lui dis- je , qui me permettent *
d'examiner & de craindre : il s'agit d'arracher
Dottk Ramtre àltii^ui(lev4ingeancl4SGfi;ver*
neuf; $ quand d fera enfcurcré '}t pourfUipeoTer à
ce- qui me regiacde. En achevant ces n^ts je IV
Iriigeay d'aller me'ckercher Tbabic qu4 je youlois
^voir , 5c lors qu^elle me l'cai a|>orte 5c que je
l'-eus mî» ,' comme ^^Aiif [grande dtc^t maitaB-*
le eft 9t(Ek aifée/on ponvbit me prèndrt pour us
feune Getiti]ho|BBie,<'
-T'attendis qu'i^fut nuirpoor fi»rtir, de crainte
d'être reconniiëi posdonqay à cette £He de fer«
mer ma c4iambi-e , de dir» qu« je me trouvois
enal , que j'étois au lit , 5c de m'ailer attendre
«nfuitte à une petite porte du ^rdîn , donc je
ptif
]» » B^o u E a 11^ À8^
pris la <l«f. Bllfi doaaoît dapiuM n]ië'.(écaetcf4
2k ie poiivots i^ntj^erpàs là(ànsâts6apeirçcu«/
Je foftU doac , mais ce fut &vectopÊelaicraiii£»
^ toa(Q l'agiutioQ donc peut-être capable ime
£lle de mon âiee > ainfî fettle trayefUe , ^ qui ne
fçavoLC pas oiemele chetnm pousalleràlaprtfon^
Si par mallicttr , tiKois-je , Doia Tciiio qui vicât
de s'o£Far > gençreuferaent poiin foûtenip \B$f
drotu de Dom Ramire l'efk déjà aile, voir ^ oi» s'i^
ctoit avQc lui quand j'arriverai , qn'i^ft^-ec qùe^^è
deviendroift « & comment me tirer d*im tel en**
barras.
Cette rcAexion ne pût m' empêcher de cantÎM»
Ruer mon chemin y amOur ^ difoia-jcj» amour ^
tois qui me fais foufFrir de û cruelles peints , ho-
ia ! fois oiQv favorable y tu. vois.qùe je fuiaiacdi-
bléft des p4cils. qui. menacent; cjB quei^'aimè ,^f'ai
tout à craindre , i'sif peu àcopercir:; amonr no
nous abandonne pas à la mauvaifelortuftequ»
nou$ pcrfecitte.
Qitand i 'arrivai à cette fatale pnfbn je n^aTOtiî
*preTque plus la force de me fomenir, raavoi»
ctoic tremblante, &iemetTOiivGÎsdanftttnetelw
le agitation que il j'avoi» parié d'abord à unsoo^
tre qu'à la iTlledu geôlier il eftcetcain que f'au^
rois été reconnue, mats lorfque je lui âh que j'é-
tois le fils de Don Teillo, ami de Don Haanre ae
qu'il m'envoioit pour l'entretenir de l'état de fè%
aSaires* elle me prit la^aïn & me la ferrant coa^*
me une perfbnne qui fonfire , ah-^ niedit-elle, leî
pauvre Cavaiher eA perdu (\ Ton ne prend dei
votes plus promtes pour ie fecounr 5 j'en fykjr
plus que vous , continua-t<elle , & je m'^ inte«
reflTe peut-être davantage. Nous ctionsr dans ui>
lieu fi (ombre qu'encore que ces parollesm'obli*
gcaflené delà regarder &xemear,je nepq&U voin
Mais
av^ Blst; db Jean
Mais , lui dis-fe , toute tn^ùbiée, quefçavcz
voutdoncdc iîruncfte5-jerçay , ^ootinua-t- eUe,
^uc tous les Juges (ont dévoués au Gou^r neur,
de qu'ils condamnpcront Don Ramirc avant qu'il
foir (îx jours , c'eft une chofe certaine , jes'ay
pu trouver Je moyen de lui parler , mon père
cft le feul qui entre dans fo chambre 6c ie«e i*sij
vu que dans le moment que Ton ramena k>uc
«ouvert de fang Ôc de pouiliere dans un defor*
ëre inexprimalirlel , -ôc pinsr^hàrmant à mes yeux
que. tout ce que j'ai jamais vu , hdas ! que cette
voë m'a '^té fatale , fotv malheur m'a fi Fort tou-
chée que je n*a7 fongé à rien depuis qu'aux
cnoyens deie iàiivei:».dc j'«n ay rrouvc-d'imman-
nafaies,:
' iviais. . . . eHe fe teut en cet endroit , 6crepre.
saut enfuite. la 'parolte , puiCque vous êtes de
fesamis; continuait* elle, il ne doit pas vousira-
cher les dtfpofitions. que j'ay pour lut ; je l'aime
vous le dirai, je , & je l'aime fi fortement que
ye fuis refolué de le tirer d'ici » pourveu qu'il
veuille m'époufisr & rendre ma fortune infe- '
parableide hi fienne. Faites lui con fi derer qu'il
court le dernier perîi , qu'il fera jugé fans quar-
tier (k que pour cônferver fa vie il^eut lyien s'a-
baifier jufqu'à devenir mon époux. Je fuis in-
formée de fa qualité $ il eu vrai que je n'en ajr
point » & je comprensafiezqueiene pourrois
prétendre à uii fi grand avantage fans le mal-
neur dans lequel ileft tombé. D'aiileurs j'expo-
feifat toute ma famille au reflents m cm du Gou-
verneur , il croira que mon père a doiûié les
mains à fa fuitte , il l'en punira peut-être , &
combien de fois me fuis-ie de ja dit , cefie , cefle
Laiïrea de prétendre à un bien qui ne te prépare
que d€s peines « tu auras mille reproches lecrets
à
bfi BouEBOK. 217
i te hitt dans la fuitte du temps. En efiet fî j'a-
vois une tendceSt moins ibrte pour lui. Ton bien
&/à naiflance ne me feroient point abondon»
ner naes proches > mais que.voulés-vous , je ne
fuis plus la maîtreflè de ma volonté ; je fens que
je lui (acrifîerois tous mes parens eofemble . i(
m'eft plus cher que ma propre vie , & le péril
qui le menace me menace plus que lui ^ afTurés-
le que jufques icy mon cœur n'avoit reçeu au-
cune impceûlon de tendrelTe;. fe fuis. jeûne , 5c
Ton dit que fans être belle je ne fuis pas de(à-
greable, ha ! fi je pouvois luy plaire, ha s'il pou-'
voit m'aimer par inclination plutôt que par re-
connoiilance» j'en mourrois de joie , mais vous^
le connoKTez particulièrement, me dit tlïc, âpre-
nés moi s'il n*a point quelque engagement qui
l'empcclie de m'epouferj car enSn je veux qu^eix
faifant tout pour luj il faflfe tout pour moi; -
ailes le trouver , j*attendray vôtre rcpon-'
ce afin de prendre des mefures en fa fa.
veur.
J'avoisTe cœur fi ferré 5c fi peu de force pour
lui répondre qu'après qu'elle eût ceiTé de parler
je me contentay <ie lui dire , ay fnaM^ Laurea
vôtre deiTein câ bien généreux de, vouloir con-
fcrver la vie d'un Cavalier Ci digne de vivre. Je
vous réponds qu*il n'etl pas capable d'une in-
gratitude 4 je vous rendrai compte en fortant de
les fentimeats.Elle me quitta aufii-tôt pour dire
a Ton pexe que j'étois le fis de Don Teillo , 5c
que je demandons à voir Don Ramire $ il n'en
fit aucune difficulté , il me conduifit par mil pe-
tits chemins dans une grofie tour ou ce pauvre
Gentilhomme étoit enfermé ', helas ! Madame,
trouverai-je des parolles capables de vous ex-
primer la douleur 5c le trouble dont j'étois
K agi-
2lS HtST. DE IeAH
agitée^ que vais- je dire , que vais- je fàirtf , qatt
confeil , lui dohneray- j'e ., difois-je efi moi-mé-
use , veux- je 4e perdre » veûx-je le livrera cette
i^ouvelle rivalle , non je n*y puis confemir , i}
faut que je me taiTe fur la confidence qu'elle
vient de me faire. Il me fembloitalorsqae je
ne devois pas en ufer d'une autre manière , mais
îe me reptochois aulS-tôt cette résolution com-
me l'on fe reproche un crime j barbare que je
(lus , difois-je , je veux donc le Voir périr , je
yeux ^tte d'intelligence avec fes e^np émis pour
le facrificr à leur Rireur 5 nônjis n'en fui<s point
capable ; quoi qu'il m'en doiv^ coûter en le per-
dant, je dcMS lui cacher mon deferpoir, fie je dois
rengager de donner fa foi à Laurea. ^ Qoelie
CommiiEon reppenoîs-'jfr , jufte îciel !, s'en pedt«
il ma plus funçfte ^ par quelle fatalité m'a- t-elfe
cboifiei pour travailler oioiinimeàmaTurae.
quoi:c'eft. dç ma main qu'elle recevra celle de
mon amant , de cet amanfquim'eft ficher, 5c
ikns lequel je ne pui« vivre! il fautdont m*imiiio«
leràia confervation ', je netegretterajpasma
vie fi J9 Ijttis àfiurerla fienne.
E^nfih^lnadame, je me rendis dans cette cham-
bre oùJÔpn Àamire étpit couché fur an matelas.
Il ne pritî pas la peine de tourner là t£te poarYoir
ceux qui entroient. Le geoUer fc'étoit retiré', les
portes étoient refermées , 5c j^étôis déjà proche
de lui fans qvj'il cut.jetté les yeux fur moy. Sa
rêverie étoit fi profonde q^ue j'èuà le teins cfere-
prendre un peu mes fqrcps poUr lui parler -'hé
quoi î lui dis- i^.. Seigneur , vous paroifièz aba-
cu de vatre-dllgrace, qu'avez! vous fait de ce cou-
lage -dc^de cet efprit qui vous ont toujours ^té
d'un Cl grand feoours ^ Le fon de ma voix le fra-
|ia » il 03^6 iscQAQut 9i m« tçndaa( le biasi 6 moa
véèàixs je :vmtBT«¥X^fî maigre; imes ^malheurs r
VOU^ véne^ ^âaHs' of tce ■aéreufe pfàron . paitaget»
ififti peûns ; oi^plâcot vousc venez ^e les ôterl
toutes j à ces mot^ ti pm ma mai a , & il la batilà
ave^ «ies frattCpotts^de tendrefle qni ne pureoc
adodcir t^<uifaat9 déplatiîra ^ je m'affisifar ce.
mfédiacit mottekis; dû} e'I^ois'arbWé > Jl'ic mkiàf
mefi piédftticil^-vtfOkit^em^tBii'Âi'^ • 'i' ' : ^: ' i
-Mes (amies Oc^mt^ faiigtors^m'oteiientipètie
4}UcYqiie ntmt Tilfage deia voix f 'éfccns laii defe€s
potr ^e W voif 4affs uii lieu (1 aârenx ^ ^e neptouw
Toi'S'ind'fiefoudpe à lai parler de Laar^a & ie
pouvoH ttt^çùtt moins nedtfpénfer de lot en paf«<
' ter $ enfin faifanr un effort fur la repugfnance que
f y&l^tttéfâ|(i vbiii fçavtés eeiqiie l'on médite con^
tre.ttiMs m<^ d^r Bon Bismire, lui/^^je. eit
^o^iSlmt vm profofid foupir ^ >rous lie vbasabaoH
donneriés pas t^mme vous le faites aax moure-
m^litt^'de joierque mapfefencevoasi^atife- on
, ttavaffî« à vètt^e procès , 5d vous ne pouvez cyi-,
ter ^ tos; liiaUMdrs 'qui voa« m«iiàce«c qti'^iifne^
iiani^'le'^^ d'4${>ou(%r Laurea % t^èù la'fflbdi»
g^Me^dfe^dMTèpnOdti, elle vomc^vô^ efté ^epus
aitttt ; tiW fe'^twt fort^'dè vou» fanver 9 l'Iabvt
fous leqtieîmc voîei 'travefti« l^a 4t^vté / ettv viepc
de m'avbuer lapa/fion qu'elle a pour vous i elk
fii*à cftifgét dfl vonsia déclarer , de Im'dohnen:
une ptJf<A[^ pofittve de vâitre pa#tt &7d« vdusdife
-di^fièmé 4)U6 vék]r«ti'av^mti>à ^raindp« &voas
t^fiOÀfdsi^àP ci ^«lteTotthjiitc^/K««]>eni(«z pas
^àà\ttftje Hfit fij teulHe v^qsenip^ciiê^die mettve
viift^^é ttïCtvifitfé -, rîf^ qHÎ M^Ydiis lamieà-
né pour vôrfe'ttberré>rmoiqui vous 4iime Ci cbe-
remtnt , pourk^i^-fe , quoi <q>u'«il> m'en^doii»e
coitter , ok pf efrri ip d^m une ocdafion fi impor *
^ K a tau-
«20 Ht $ T« :D B il E AfB
faute jl baiU»ica»^Ic«igxié ii'avpur «e deflcta ; ié
viens voos xonj^reh paiitaiite notre tcnjàttSk
d'accepter la main decettefiBe^deJut donner
il vôtre I fc. vous amie même que C voùs^tiex
dans des cijrcooftaqces moins periQeafés je ne
poarrois yons voir changer fans «ae douleur
mortelle , .mais j< vous avoue auHî que i« ne Cuis.
pas capabte.de.balancer voscidteffêt&parilesmieAS;
helas ! continuai>itf:, que.feroie-iefiiesrfiniilres
dtttins de nosjemieàiis âvoUnt jteu. ,• f<» pleure-
soi$ la perteide votre cctur > maisau^noins je ae
pleur erois .pas vôtre mort , vivez doncconti-
Buai-je , vivez; mon cher Doo^Ramire , deuT-
fiez vous vivre pour une autre que. pour moi;
Ibiez heureux n.,vous> U pouvez.'ëU€ (ans vôtre
fidelle laes; pour moi je fensbienq^ftjeiielji
ferai jaofcais lO^ns vous ,' & f e .ne cberchecai pas
même à Ja devenir ; f/ai dcjarefoUi d« p^rU
refte dt mes iotirs dans ufi Monaftere.
Dom Ramire m'ccouta^raQsm'interrompres
(bttx|ue'la furprife ^ U douleur^'empcchaffeatde
parier • <fu qu'il voulait ,^iitendr^.tOVt;ç« que î*a«
vètslàilm dire j enAtire joignt^t (^.4>ra|i.iljme
vegasda triâement, en , vérité , mie dic-il^ppu-
.vézi> voit&mé donner df^ ^conf^^ls- tels^que ceux
jqnJB/ vdas venez de ime douter* t iSç pouvez r vous
•croire que ie les fuive^ oU je fuis uu fousbe 5c
ain lâché , oji je vous aime plus que ma vie, fi je
iiious tffpmpe je ne mérite pas que vous, vousjn-
tcrreflki^à ma c<mfer«fca.tioRj iî jf ne vousncom^
pe point f^rofitrce urte chQfe ppifil^e cyie,îe petf
di(n$ ponriîamiais l'efperaa«;^.d' unir 410$ dcfti^i^es
6c que je vouiufle épOtt(er la fille d-un Geo^if r •
ne m'alléguez plus qu^jeiîsi^ en péril . que j'ai
4iâs..Eranemis,<qui fauroot' fe'prevaloir de l'état
4eplorftble où ils m'oà( ttiiût, <ie rabfc nce de
• .- v- . VÔ-
T^trë Pert qui .ét<|ic leTealami qui pouvoir m»
défendre contre leuiv in^flices . }é veux bies
convenir que j* (uis îabandoahé^ pdfonoier ,
malheureux misn& ma «herc Iives,je fenaLqu'il nie
refte;encontf>to^tn^<si»our êc tout mon coura-
ge . que pult^ifecrakiibe avec cet autour Scrayee
vous t Cepitiâinv voûs' êtes ma plus chi elle £c
ma plus dangereufe Ennemie. Il fe teut en cet
endroit , 6c après quelque moment de (îlence ,*
îe vois: que vous pleurez^ continua- t-il eneC-
fuyant Us larmes dont j'avois le vifnoé tavkt
moiirilié t' voiis pleurei» ma dMie m»itcéâe , .vous
me ivoolca donc accabiiir ^ ou liiKiiiezumoi v6tr«
ddûleiirotf monaraesyt^'fuccohibera:^ hé {.d^go^-^
ce ne me {Parlez plus <îe rallianfeqcxe vousvenes
de me propofer. ♦» . " ?» ■
Que le ne vous en parle phis ! repris- ye en foit-
pirant , Seigneur 5 vous voulez donc vât^emorc
& la mienne , de quoi vous garincira v oCf je -ooiOf
tzgCi de TÀtxe tendreâ« daosliltt^ où v0U9 iH9
, -à'^ veiile' àxr voircopber rurvoiiskfijtf£pt;$il»
Timplacable colère d'un père isrité dc^nt vont
avez tué le fils. Tout au moins (auvez vous, pro-
mettez tout à Laurea ôc ne lui ten^^e ce quo
vous 'voudrez; «Qi|e vous me connoiuez mal» in-
terrompit DonRamire , tiaitfadame ; je.nefu^
pas capable d-'une perfidie « cette fille coûteroit
inria pcasolv qae^e lui autots donnée» je te trom*-
-perois V'îè ne puis 'me refoudtea tromper'peir-
fonne , &que ferons-nous donc grand Dieu!
m'écriax*ie , ^ue. vôtre fcrupuleufedelicatefie
efthorsde Csàfon , envifagez-vous la mort pror
chalné dont vous ^rés menacé ^.noikvous croyez
iàns dibttte; qiib'ie* Milieu mal pins. gtand qu'il .0^
l^cd , :6i que pour v0u;5 rjefoUdrc k:çt que jje:. ioytr
faaite l'exageieiîmâisfmoo p^rfoimagc daos.c.eftie
K'3 * 0C-.
211 H. X^&T^ -0 B ^ Bî Ar H
occafion ici eft aflVz riolcHt; pour, vpuf perCi^dpf
qu'il eft in^yit^bU j Je yoias^tic ^:f ç vous preffi:
jdc doon«c vôtre < f ot à J^^nJScs jdan» le; tems où
voiis m^étea plutcher qile m« pfO|»r.e vie } hiti^si
4k ft ' voyois quelque, xajroa i'^Q^nn^ :» >pi!efiw
«ln>b^1« ' ^OA pa»ti :A- comratre à mdo frepos . ' ê
Jàioii cher , &naon tendre aoMdt : ! cCBtiauaU
je , ne vous (àcrifiez pas à nôtre commune ten-
'.dreiTe $ accordez moi ce que je vQfis demande
avec autant, d'inftance que je vous dediiuderois
:ma''vtç. • • -."
^>' \}n\ ilekigt.de. larme» fie de r^upif^cetfouUes
Notèrent Ix-vobc^^.fbtcfSiro'amndoQoereftt»
*<t le- •' tombai e en fotbldFe entre, le» faraa. \Q^
«rôtffc ptti^ ni'eft fatale ! s'^cria-fc-il » que vos
inquiétudes me troublent & m'attendrifiènt^
ne vous abattez point mon aimable inies , ne
TOttS^défiez pas<ie nôtre^bonnefor^irae » le Ct^
f rendra^ ) foin de : nout^ ' Il '.tpL ^e^dcott fotsl tu
•ttfee^ lui dii4K,iII«oaivouKiizie tedodei stAfeft
ce patikâ^oi nons!envo|!teijntfeau ViotistiaiDC.
* f enfeat il fort qiiand vous me parlez îTcile , «e^
•prit-il «que Je vous demande par toute notjrc
amitié à\j^t prononcer îamatsfon nom. Vont
voulez donc périr , lui dis^fe. Je veux Vivre pour
voUI , reprit- il f HeUomountce que vous vom-
\t)t fera^t^il po^ble ., m'écriaiiie. S*il.n''eft:)iaz
•poâiblie viconcfntta*twii.^ )C mottfnat.atr moins
^del 0c ^tis&it de mon coeur , il ne (çeut s'ean-
pêchvr de s'attendrir en cet eitdroit , & il em-
brafla m'es genoux & moiiiUa mes nùins de fts
• iatmes : en cet état noaanepouviontpaflec,
3KH1S nfavions plus que la; fovcedenicicrnoe
^oâpifs fie denous affliger eiifembte $ '-enfin dans
-^e' trifte moment^il mei vint" «or tpeniSt donc
rexecjiiioBr^ nté pararpasidiffidiei *,[
Ne
DE Bourbon. 22)
Ktf TOUS oppofcz pas coût au moins , lui dis-
je ^ à ceque je veux faire pour vous fauver , ^
jurez moi par toute l'amitié que vous m'avez
promife de fuivre cxaé^ement ce que )e you»
prefcrirai. H ne faut pas m'engager par des fer-
ments à vous obeïr , me dit il , voos fçavez que
l'ai afTés de difpofltion pour vous • he f bien vou9
ne la tromperez point, repris- je , c'eflmoiqut
luy parlerai , & qui le ferai d'une manière à ne
rien promettre de pofitif • je viendrai vous trou-
ver demain à pareil heure, ) e vous donnerai moQ
habit, jeprendrai le vôtre» vous fortirez, vou<
' irez chez Don Tciifo ,. il en fera averti , ù»
vaifle^ux partent pour aller en courfe, vous m'a->
yez dit qifun de vos parents ayant été pris
étoit devenu le favori du Roi de Maroc , vous
trouvères ai(ément le moyen de vous embarquer
pour Taller chercher , éc pourdenxeurer quel-
que tems en /eureté avec lui ; Et vous ma
cher Enfant » ^ vous s'écria-t-i| , yousreftere»
donc prifonnief à ma place expofée à la cotero
de vos proches, au redèntimenc du Gouverneur,
vous fer^z feule facrifîée, je vous abandonnerai,
Je ne ferai occupé que de ma confervation , je
me mettrai en feureté , & je vous laifferai dan»
le penl.T. faile plutôt le Ciel que je meure à vos
yeux , je ne fuKtii un lâche , ni un ingrat,con-
tinua-t-il , je vous aime Inès ,& je vous aimef
d'une manière û tendre , que je ne puis me fe-
parer de vous. Je vois bien , lui dis- je , en pre-
nant un air & un ton de colére,que ce n'^èft qu'en
ufanc de tout mon pouvoir que je réiiflirai
à ce que Je fouhâite • hébienSeigneur je vous
ordonne de vqùs préparer à (brtir demain de
lamaniete que je viens de vous le dire s je vous
d^fens de vous; oppofcr , & H vous êtes afTez
K4 opi-
224 H I S T. D £ J E A 11
'Opiniâtre , pour le faire , ;e vous déclare que
)e ne vous verrai de ma vie $ j e vous haïrai au-
tant que je vous aime , je retire dés à prefent
la parole que je vous ai donnée de vous rece-
voir pour mon Epoux • je vous rends la votre,
ainfî libres & dégagez nous pourrons prendre
nôtre parti.
Uu coup de foudre qui ferolt tombé fur le
pauvre X>om Ramire , ne Tauroit pas accablé
d'vne autre manière qu'il le fut à ces ngoureufcs
'menaces. Ilfe jetta à mes pieds , &paroi(Iàiit
tout éperdu , vous dégagez vôtre parole , Ma-
dame ! ^'écria-t-ilj vous êtes capable de penfer
que vous pourrez me haïr ! que vous ferez à un
autre qu'à n^oi ? & vous me le dites ^ quels cri-
mes, quels crimes, ai- je donc commis qui m'at-
tirent tant de malheurs } jerefufe defbrtirde
prifon , s'il faut que vous y demeuriez 5 £ft-ce
le témoignage de mon amour qui vous offenfe
cruelle! Voulez-vous ajouter de nouvelles peines
à mes peines 5 je veux être obeïe aveuglement,
repris- je , & fçachez qu'en me laiflant ici nous
ne rifquerons rien , car Laurea m'en fetafortir,
c'eft avec elle que je prendrai des mefîires juf-
tes , (i vous m'aimez , ne vous oppofez plus à
vôtre liberté 5 helas! Madame, faites tout ce qu'il
vous plaira me^ dit-il d^ln air rempli de dou-
leur , je fuis tout à vous ; lors que je vous con-
tefle quelque chofe , ce n'eft pas par un défiant
de paCCon ou de refpeâ , mais par la feule crain-
te de vous engager dans des affaires facheufes
dont j'aurois peine à vous tirer. Je fuis contente
de vous, mon cher Dom Ramire , lUi dis- je , II
je vous aimois moins , je ne me ferois pas trou-
vée n fenfîble à vos refus. Il me baifà tendre-
ment les mains , & nous nous feparâmes avec un
vif regret de nous quitter.
: X.C Geç^r ^^erti, eaXj^tm «l^eç. Soldats gui gar-
dotc ïba îpnfeçfifftr- qq< jf^ vomIoÎs ,(0rnrV yînf
m'Quyrir Icf pprtcs ,éc n^^'Conduific par les mê^
ines.CQurs,&.détour5^é j 'avois paflèz en venant.
J^étois fort inquiète où je p^rierols àLaurea^ je
ia trouysM; cp^y.e^te d^î^i n^iaute qui ni'atten4oi(
proche dç.^maiîb^. ,jlVrtre^2 vous Câyalier ^ m)»
dit-elle cofpai&nt fi^Q^npzfxxQÏ4ts t^yiyi)lts4f
celui que vous v^nûz.deVoir y il a,lià demi|;re.re^
connoiflance de vOs bontez aimâbU Laurea ,' lu!
•dis -Je » il vous rend la maîtrefle de Ton fort , il
ne veut vivre que pour vous. Ne me fiatéâ-yous
point, reprit-clU, il eft aifé de me tron^per ^
cependant le Ciel ypus enpuneroit Kun ScTautre*
Kous 06; dewv^ rien craindre "de ce coté -la > ni
vous nooipjus ,. continuai- j^ les intjemions.lonr
droite» y.voîis p'aurez. jamais lieu, de vous eil'
plaindre , mais quand voulez vdus le mettre en
liberté j le plutôt que je le pourrai» dit-elle ,
mon père , £cles foldats qui le gardent frangent
tous enfem^U > je mèl(uai du pavot dans leur
vin , & lors, qu'ils, fetont aflbupis, |< me ren-
drai iaaitrefiâ ; d^s. clefs de la tour : mais qsie de-
vieodrons-npu^enruitte ?.cpntinii^ taurea- ypus^
vous embarquerez enfemble , lui dis- je . & vour
irez jouir de vôtre bonheur loin de Pôrto-Rea|^
Nous nous feparâmes. promptement « Çc elle
parut contente. de~ tout, ce que Ifi venoisde lui-
^ire.. ^ /
Je retournotSf vers nôtre maifon.pourm^y re^
tirer lors que Je penfat qu*it ffillolp que fans pi^r-
dre un moment j'ayertiite Dom t^eilib de ce qui
fe paifoit. Je fus chez lut fans me faire connoitrie
qu'en, qualité d'ami de Dom Ramire j \c liii di>$
que pour le fervir dans fa prifon j'y étais allée de*
^ i^* V^^ je m'dtgisfait pafTerpour Ton fils y
qu e -j «f crifàis qii" il to'aètôuVèîrdft * en ^U j .<jue
)^ ri-av^ilFirs âîlc fôuvél: >^ttc tttUt^^eJii prtdict*
toit un Aitcez favotibllif • '(^^! yfè^drdit ^hes lui
tfuffiltôt qa*il ferqit en iR>erc^ ^ qtîe f« le c«otoîs
aflèz g^entreux pour lui (fènner au àk\U « ^ qiiMl
èràrit qufeftidh* d^e troûVvrthns le iiiêfn^tèm» ua
VâilTwu cjûi ôartit ptjîlt Marbt.'LjTdrtôAftatocf
Ift heu^eùfe l m» di^.^r ;' nibn frère ^è hî îrtiiie»
2ê; a 'i\*afte}i*4U*uh Bbû irtitt pbû^^Sif é Vôile de
te câtf^-lâ. Je vous aflîire'qaè je ne négligerai
ïien de tout ce qui dépendra de moi pour le fcr«
Vir. Je le priai enfuitte de ne le pas aller voir»
parce què je dev'oism'y rendre encore le lendc.
thaîq\ ' et bi'e'drf^e tbfijours'fbh 6ls. Il me promit
'de trivaifl^rprbtàtèïitent ââït cbofésn^eflàircs
pour lé d?ip)âTt tfë. Bbm Rkmh'e; Je le cjuictal
tfifuîttè fàùs'lsu'fl' lîi^eùt riiconnuë . mon tfprit
éroîc un peu-plus tranquille qu'il n'avoir été de*
pais* lé trille xtibinenc oii Ton avoit arrêté Bom
Ramire.
Je nclalHbis pas d'être fert en peine de Téve-
lieineiît dé tant de chbfes qui peu vbieat peut-
'être mihqdèr & qui étoiënr^dela «^èrniei^e am-
feè(dencé' pJitr <*èlui que Vàîmbîe v'* pour moi*.
même. Je trouvai Tercfa à la porte du jardin •
^'en rcffentis de la joye , car fi elle avoit négligé
de s'y rendre je ne içai ce que {'aurois fait pour
rentrer. £lljb m'avoit apporté un de mes habits
que je mis prooiptement^ elle me dit que ma me-^
ré ', ni ttitkftéixt tf avoient pas fongé à demander
ôft i'étois. Je tttfeVetirai dans nttt tfiâmbrc fans
les voir , ^ }e île Téur avois pas parlé depuis la
difgrace de mon Amant. Je ne içeus m'cmpécher
ilédire à cette fille tout ce qui fevenoit de paiTer.
mais quand je rappellai à mon (buvenir la refoki*
tion qae /'av9i^ pnW de perfuader à P«iD Ratnîre
de
: D E ^B:0,ur;bpw,-
de donner fa foy à LpMtc^, i« m poqvoisafles
m'ctqonei 4'avoir ét^ capable d^lu^confeilUc
un chofe fi o^fée à mes femimens ^ à mon re-
pos. Qu'aurois-ie ùk ! m'i criai- je , qa*aurois-
ie £iic > ma pauvre Terefa^ s'i^l^yoic été au(fî fai-
ble que je r€to4S , C la peurf'fiyoic obligé ^ m'e-
ire infide^Ie ^ à l'hei^re <iue je te parlée: il i^f fe-
roit plus à jnc»î i>&à Theureque ^«teparje » it
ne feroit phiSiap mon<te.
Je trouvai quelque foulage ment à.feotretenir^
J'y emploiaifune pa^rtie de la nuit. Je lui repre-
lentai Textreinç teii^refle qu'il œ'avoit marquée^
ià fexEQfté, (osï ^qioçif , fon/rourage & même U
deffsin qme j'avo^B de Valler' joindre à Maroc. Je
ne d(H» .pasyîneidefier j:^£ais-iie , deU parolle
qu\l m'a doni^iôe puis^tja'il eftiî délicat fur ce
chapitre qu'il 'préfère le péril dont il eft menacé
à la nccewé' 4e promettre à Lauréate qu'il ne
Te ut pas lui tenir > & fi je puis avoir les pierre-
ries de ma.meré •'.' fien nie m'empêchera de faite
le voyage^ Tevt&iDM dit v qu'il étoit très- facile
d'entrer dans fon cabinet , par une fenêtre qu»
étoit condamn^^i ds^piûs kmgteni^» qn'elle trou-
Tcroit le mojreo de rôv^ifrir , te que fi je la you-
lois meneiravisc^ot onles pourroir psendre • je
lui pQomis de -ne l^^ndonner jamats ; tu vois
bien ^ conttnuai-|ê , qu'il, faut que tu forte d*ici,
car auifitôt que Too s'apperceyra demafuitte Se
particuiijerement i de la peste des pierreries oa
ftonsenaccnfbrâlr'une & l'autre* Si cisdemeurois
dans la maàfon ta Cerob arrêtée. Il ne s'y faut p^9
expofer; mais oà irai- je ^ Madame,, reprit-ellc^
On Bie cherchçradbttziiies parens. Ce n'eft poinc
auifi che^s eux <>à ilfcmtte mettre , luy dis-je>
Bom Teillo eft liéinaèce homme & danç les inte-
Kctf de* ftôtie p«m««9pâf # je.paflttai chez lui
K 0-
228 (fis t; db Jbak
avant d'aller à la prifon , je lui conterai ma refo*
Itttion > & comme quoi je yeux refter à la place
de Don Ramire. Je le prierai de te recevoir chez
iai de je l'eneagcrai en même tems de nous trou-
ver un VaiflSau pour aller joindre Don Ramire à
-Maroc. J'efpere qû^ll ne s'apercevra point que tu
X9 traveftie , Ôc ne te contente pas de te clrârger
des pieitériesde ma mere^ pone jraffi mes habits
^ afin que jt m'en ferve dansle vaifleau. Mais,
Madame , reprit- elle, que ferez vous de Laurea,
*de cette £lle qui vous faifant fanver parce qu'el-
le vous prendra pour Don Ramire deviendra vô-
tre compagne de voyage ! fi elle vous connok
elle pourra vous fiiire beaucoup de peine. Cecar*
tide n'eâ pas fans difficulté , !uidis*îe, mai^je
n'ai ^u encore y faire de ferieufe reflexion ^ je
vais employer ce qui me rcfte de la nuit à fonger
à cette afiairej je nfé mis auffitôt au lit » & en
effet « Madame , je ne fermai-pas les yeux. Tout
ce que j'avois à craindre fe prcftnta alors à mon
imagination pour me tourmenter de rail maniè-
res différentes $ Doi^ Ramire vst partir, difois-je,
un long trajet doit nous feparer , ^il a^loit deve-
nir inndelle que devii^ndrois- je moi qui prend li
refolution de refter en fa place^ qui veus l'aller
trouver à Maroc , ôc qui n ay pour m'autorifer à
des démarches fi tendres & Ç. extraordinaires
pour une fille fage & vtrtneufe que ta parolle
qu'il m'a donnée d'être mon Epoux. Mais s'en
eft affcz i conrinuai-|e » cette parolle doit fuffirc
pour me raflurer j mes doutes lui font injurieux,
il eft un trop honnête homme pour me vouloir
tromper. Vousf$avez, Mjdame , que lors que
l'on aime tout nous porte à juger avantageule-
ment de la perfonne aimée , aiofi^mes foiipçons
ccdereat à ma undrçffe^ mais à l'égard de Lau-
rea.
rea , je ne me trouvai pasi fi tranquille ^ }e pie»
nois ma refoludon aprâ que Don Ramke ferotc
fauve de lui déclarer que j'ctoif une fille. Quand
il n'aura rieit à craindre» difois-je, quepuis*î«
aprehender de Laurea , elle ne me déclarera
point à ma famille le mal qu'elle me pourroitfai*-
re ne lui feroic d'aucune utilité ^' & de.quoi lui
ferviroit de me trahit? la chofe fepaflerafans
bruit V ha ! c'eft que {e ne dois point eCperer, re«
prenois>fe après d'aflèz longues refièxions , l'a^
mour d'un côté « la colère de Tautre , le dépit
d'être trompée » & la jalonfie qui fe mclcroit à
ce defnt fi elle venoit à me connoître fuâSroient:
pour l'obliger à me livrer eUe même à.mes pro«
ches : ne devrois* je point plutôt prier I>on Tcil*
lo , de me venir attendre'iorfqtte }t forttrai de la
prifon , afin d'empêcher Laurea de me fuiyre \
Cet expédient me parut ailes bon : je m'en feroii
fervîe fans que j'ignorois le jouç^que cette fille
choifîroit pour me tirer du lieu defagreable oik
j'alloîs m'enfermer, ainfi je ne pouvcâs marquer
ni le temsn» l'heure ûxt à Dom TeUlo. Tant de
difficultés me défoloient étrai^ement » je remis
tout à la providence ; j^'étois perfiiadée qu'elle ne
m' abandonneroit point , & j e ne tardai pas à me
lever.
Je n'étois point allée dans la chambre de ma
mère depuis le malheur de Don Ramire. J'étois
toujours demurée dans la mienne $ elle m'y laif-
foit-avec une grande indifférence^ Ce cela me fa-.
ctlitoit de rortirfanS qu'elle s'en apperçeut. Te-
refa e'habtlla en homme, elle entra dans le Cabi-
net de ma mère, elle prit fes pierreris comme
nous l'avionc projette , j'attendis la nuit avec
mille impatiences . A peine fut-elle venue qiie
j 'allai à la prifon^ Laure a m'avcAdii £u»s lumière
à
à
j_
d;o Ht s T. 0B Iea«
«ib'pfqrtej yc Ifij dis^ c^epécob dan» laxcrolutioii
d'VKpofer nm ri» s'il ït Êdloic pour fon Cervicc, &
|Knir celui de Don Ramtrc. J*aioûtat qu' cUe pou*
voit prendre lUie entière confiance à ma parolle
A que )e la condairois auVaiffeau avec la der-
nière reureté4 Ma fortune eft entrrvosmàîns^it-
die , ôc pourvu qse ^ibieavec celui oue j'aime»
, enencK- inoi où robs voudrez. Travaillez tous i
fa IibeRi£ 4 htfdu-itih fin» y perdte un no-
inent, repriuelle, 6c }*aj lieu de mt promettre
un heureux iuccez de mes^ foins. Te la remerciai
pour DonRamireySc m'étantc^ché le vifageavec
'mon manteau, comme vous (^ayez» Madame,qite
toas fe» Cavaliera eo porteiit en £fpagne,^e m'a«
vannai vers la chamMe do Geôlier auquel i« fit
mon complinienc en peti demots.pourlepriet
de me laifler pader à Dom.Ramire de la part de
mon père. Vous le verres encore ce foir, me ait-'
ili brufqaenient, maisnetous y attendez pasda*
vantage>caf l'on a ordoniué qneDonTeillo vien-
dra lu^mème & nonipasfoo fils ^ fi notre Gou-
temeor rcâvoît la liberté que îrvoi» donne il
m'en feroitrepentir. Unaconeii fi rude me^as-
fiij >h«las \ icliidfs-je, fiaousnepiofitoiB^eca
moment ici nouifommes perdus;
Je trouvai Don Ramire, couché fur fbn mife-»
rable matelas. Dés qu'il «ntendit ouvrir la pone
de la chambre» il ne douta point que ce ne fut
moi. Il fe leva prbmptement pour me recevoir.
& il ne Te peut rien adjoûter à tout ce oii'il me
dit de tendre ^ de reconnoifiànt. Neperaonspas
un tems Ç précieux, dis je en Tintcrrompaat,
mettez mes habits, donnés nx>i les vôtres 5c for-
tés avec mon manteau fur votre viiàge de la mê-
me manière que fe fuis entrée. Si vous trouvez
Laurea , yoiu hiy dk» en deux mou que Dom
iLanû-
yryz 6 ouïr box i 2^1
Kivâtt*kfre&fitx taàxi'de^n amitié ;fecefaf qui
attend laiboufâe^la^rfii^g^ous ipcb «Àfemble chez
D«M»' TpHlôi^lcft préparé Jl vmi^T^ccvoir. Poof
moy :ie vrfte^t Ici , te l'^fpefe qoè Laarea m'en
tivcara bienc&ti Uehif ùia^cftreve: l«i«6s î dit Dom
Ramine^'lt vo«dYic>tt povvovriiire les chofei qu«
vâu« ftteprefcMVftÉ pvpus vètriea; 4C|ttele plaiiir dé
VOUS «Jbeir méicmpclft civcottfplafeqae laiifbecté
que 'vria^ viDÛk^î m* ^ pttjcuwr 5 mais quelque
avantage que )< t^rouve dans ce qoe vous faites
pour tftoi ; faiaittofs tni^iiv €crc mjartquede
Vi>u« aibatidDfintfr > w<H| wa.cfcifrre enfant 5 je n'at
potfiitJaflfefc ^ft)ïc*ï)ottï enviftget imcdup com*
te« cetei^'d . fi r« dois pwit plutôt xjue de m^e-
laAgn^t èéypcAiBi ha i-emel, kjfdi$-j[e,'»lk)n» hoqs
tomber dWîsIa hsèmecèmtftat Jonque nous eû-
mes hier ! ViKiléJB vous me metrr eau defefpoin
mon ^hcr Doh Ramïrc . je vwisprre, je vous
conjare par toiwe nôtre tendrcflefic^par-lcs té*
motnage* que jt vous donne de la mienne de ne
• me pas refcfer , il y V4 de vôtre vi e ^ il y va d«
monTepos , 'Je Ht e^MMtltn p^rwioi , j'apre^
hendt tout poitt vôUSï Hé VMadattw , a'écria-
t - it , -penfete'Vdtts <!fue faie des (Vnttmtns moitié
tcndrea fit moins généreux j je von» adore, mon
Inès , & je vais m'éloignerde vous , vous de-
meurerez i^i en otage pour mois encore «n coup
dis -H». n« perdons pas un nioitient. Je quittai
auffitôt taon iriàttt«a«r, tna veftc & le joftaucorpt
ï r Efpàgnbtlt^, l 'attachai fe$ ctie vcnX avec ifn ru-
ban , cotnmt étt>iiînt les miens , nous changeâ-
mes même de chapeau dcd'épét , «c^ienqu il
fut plus grand que moi. il fcbaiffottd'wie ma-
nière qui cmpcchoit de remarquer la différence
a|ngitaillee. ^^^
. Quand abus eûmes âinfi^changé dl&abît., &
que l'heure- de nous fe parler aprMia ^ fabs.fou-
pirs 5c nos kumes fucenelcfrfetiUiintérprctesde
nétre vive douleur* Ce que \t fm !eft-il4>0flible«
me dit Don Ramire , fc ne dois-'fe point crain-
dre de paiTer dans votre efprit pour le plus timi-
de & le moins amottreo»! de tons les hommes.
Je vouk aflltre cependant. qit^ îe ne manque ni de
courage , nide.paffii»» ^fiêqtmrobéïâànceque
l'ai pour vous dans cette occafion ici eft la.preu-
ve la plus eiïentielle , que je puifle vous donacc
de mon attachement, Ke craignez joint mes
foupf ons, lui dis- je , en prenant Tes mains & les
(errant dans Us miennea^» ne craignez ri^de
mon toeur , c'eft ce c<9i|t disriis » qi|i connoit
tout^ ce que vôtre g^ bero{|tjf & votre, p^^Son
vous font reflentir l Le Ciel^'rote^eur des vrais
Jk fîdels amans, nousr^iinira, monr cher Don
Kamire $ nous pafleroos des jours heureux en-
femble > nour triompherons de ta fortune qui
nous a perfecuté jufqu*à prefent , 5c je trouve
une fenuble douceur dans mes ài\^gttct% de vous
pouvoir .témoigner à quel point je v-ousaime.
Hé ! que je trouve d'amcrtumii dans le* mien-
nes, s'éaia-t-il, de vous laiflèr dans un lien (l
affreux , & de jouïr pour quelques^ jours^d'une
liberté que voi|S ne partagerez pas avec moi :
l^is , continua-t-il , croiez que c'eft feule-
ment mon corps qui va être feparé de vpus« mon
cœur qi mon efprit ne vous quitteront pas, re-
cevez ma foi , belle Ines^, 5c que cette bague en
foie le gage % fafle le Ciel , que nous puiffions
bientôt nous unir pour ne nous jamais feparer^
J'accepte vôtre main » lui dis- je , voici la mien-
ne , recevez-la , que le Ciel fok témoin de nos
promeflei. Adieu moR cher £poux ^ 4isj« » en
Tem-
'
DB Bourbon* z^^
rembraffànt > JSc mouillant Ton vifage de mes
Urmes , Adieu ma chère Epoufe > dit-il en me
ferrant étroitement dans fcs bras « ^e fuis incon-
folabie de m'éloigner de vous. Il le faut , lui dis-
}e , fi vous me vouiez plaire ; ma douleur n'eft
pas moins grande que la vôtre ^ mais nous n'a-
vons que ce feul moien de vous lauver.
Bon Ramire fortit enfin de lalthambre. Le
Geôlier le conduifoit, & je Teus à perneper-
du de vue que tout ce que j*avois à craindre pour ^
lui & pour moi» revint dans mon efpritd''ttn« ^
manière fi terrible , que ;e né fjat , Madame,
commeiit )e pus refifter à mes inquiétudes. S'il
èft reconnu , qu'allons nous devenir ! quelle Te.
ra nôtre deftinée ! J^écoutoîs avec mille terreurs -
fi je n*entendrois point de bruit 5 je croiois quei«
quefois en entendre , Ôc le voir ramener par une
infolente troupe de Soldats ; je me le figuroîs
alors hhSi , noté âans fon fun^ /pâle ôc mou-
rant entre mes bras ^ je palfbis dé cfes fîtnefttii
^ penfé^es à Pétat où j'ééoisdanscet efpécedece*-
chot fans aucun fecdars , incertaine de ma dfr-
ftinée *, mais à la vérité ces dernières réflexions
ne m'arretoient gneres , Se comme \*y avois parc,
toute feule, je trouvois que jedèvoism'tfnat-
larmer beaucoup moins. Il s'ècoùlâ dflei de tems
pour me perfuader que Don Ramifie étoithea'-
reufement fdrti ; ôt la ;oie que j^en^ûs MU mit
en état de pafler une nuit plus tranquille que je
n'aurois dû Tefperer dans un lieu fi iaffireux.
Lorfque le GeoUer vintm'aporterà manger
je demeurai tofij-ourt couchée fur mon matelas
couverte de mon manteau. Il crut que j'étois
roalade , il mit les f^lats dans la chambre & ie
retira. Je demeurai ainÇ en liberté ^ inatslielas!
cette Ubeiti aycic des boraci bien étroites « 5c
moa
2^34 H I s X. D £ J E A H
mon efprit étoic encore moins libre que ma per*
Tonne. Je m'afHigeois de Tablence de Don Ra-
.mire^je craignois tout ce qui pouvoit lui arriver,
^'tl ne partoit pas bientôt dePorto-Real 3 je
4n'aI;)rmois au/E ides périls que Ton court fur
Ja Mer, & j'ctois ingenieufeà me tourmenter
de mille manières différentes. Il eft vrai que mes
j^eines furent extrêmement foulagces par oae
lettre que Don Teillo m'apporta. Elle é toit de
Don Ramire , j'apris qu'il s'ctoit embarqué
iieureufement & Don Teillo loiia autant qu*i!
cft poHîble U generofité que i'avbis eue de
jrçfterà fa place. &. de bafarder ma vie pour
iauv<r 1^ fienne. Il eftvtaiqu*aprés avoir paflc
^quelque tems avec moi , il commença de pêne-
^trer que fe n'étois point ce que je paroiflbis
-if re. Le ion de ma voix , ub air de modeilie 5(
;de MRiidirà , d^es traits Ce un teint délicat , mai»
^artiicvlierement Ir'^cttion o^ j'ctois en luj
^par^ot de Don Ramire « maioye,à lavuëdeu
Xe^trfe > j*&.içs larmfs qiié te ne pus retenir enb
^Jifiint aciîevercat .ide .ftafifinnes des (bupçons/
Il n'oHi cependant s'en expliquer « crainte de me
r£iire de la peine ^ ilm'aflura en gênerai qu'il n'f
Jlvoit .cicn qu'il n'entreprit pour mon fervice,
:>êc qu^, je ;ne pouvois accorder nia confiance à
^Mirronni qui en , iir nn meiUeur uTage que luj.
-Jl m^ di^^que le Gouverneur continuoit Tes
pourfuitt^g -avec le dernier emportenient , que
le procc» y adroit déjà été iugé fans qu'il appor-
foît tous (es foins pour le prolonger, &iinie
^uit<a. 'Apres m*avp»r (b^haité larecompence
<^ue; imeritoit ,upe ^p^itU ,^uiC parfaitte ôc auffi
«iar4 qi»r'jc]toit.]a fni,etn;ie , >e paflàî le refû du foir
dUte^ relire la Içttni qu'il, m'avqîf rendue.
J^IU fit tOHtc ma çQtLWMÇfk pcfulant cinq
jouri
DE ^QITRBOm %i$
X^nqut î« demeurai. pri(bnnicre. Il feFoitdif'-
ficil« ^ue fe ne i'fettfiè pas retenue. Elle étoit ca
'ttn. Hmu fi ^femx\éii'>0v^$^ difk^irMoisfidj^s fi
rétJti où j^^is pmr^itj m vous ius. Je i/pds
«MTVMrr fWfj^' qmé f^ay étéyme-foii/krïtpviB^de
rePêurntr . ^>€rs vnits » c^ ia ftmU Mpr^ptifion dfi
-vims'dé^lmtt 0)fû m^êmpèda^er de vo,m deH3»fr_
€e téil9égai0§t. dejfmmx nmeuu MNf ne.dfis^^e
-fomt '- 4tr9!)het96im^ epte.:s»nfi mtfy^p^fip^ f}*t^'
d^er»fifé . ; afinet- ''vm»^ w^t^i/^x^da^ferief pûêtrtuf'fis
•mxfv/èr^é' f«» /"^*. »jf^ de foiklejfe^ftetrU
mem itfmvmaiwgt $ je %*^ fnfemt\ k m0fki$ét
^me îftktr: .me: t^fetfmm'.èt vfmt y et fH'fy^ ni^
:trt^énehettr èfi ég^HÊmim tttfnuhé À-MéH^m y^f^
^mfââmidki m0m^9t/9esàlin»Mi-f^n.fpkin*ijfi(flHS
Jingé:, v€»èau /omier ies^domceérs tftnJrhàmefk , ^
ttnéteffe ^ Itk r^cenmtgkiHe nùu^ prepu^ent^
_ imsn defmt in^efi différé que jnfip^k Im'p/^ d0
sitte detire , jf.vms vvom Mttemdre 0vtrÂ0Ht^
-i^ifnfeitimeeixqm vwts - meritezi '-C^Af^.vem djif^
fqme* je ■ nnnsituètfitJii'jHi viàms rijteh bjernU^ tAdUm
-mm kme , ; mdiâ9ê mm tkee» ^f<aèfe. > 'nêtts Be-.nHei
flMindrènsifiur ni J^^un lii P antre de àot fmnés ,7»
fl^iprde nonsMim^t Us/ûrfttffnM ternes» ,
* f I •
é . • I
Je.dxMS/voti8iéire,, Madame, aitei'avoisiiief
oé.TdreftavèC wtai ^rqu5àJaipn(oii>» >&quflf ac
inottflK^n^eUe 'pvott^ca«indSàaee«V;<c Laurta
cpîAa pBehoi^a^o^iir.aii.fcbiiidtGtatilkcMmxlede
mer qolisnac de^cesk; (toCDwlLame, £ii<a ^
par*
parloient trés-fouyeDr dans ' un lieu 6b. eUès
^toient coRvètiiics de U rendre. Laurea n« put
«'empêcher de lui dire un jour-je vous avoue que
l'ai mille inquiétudes lorsque yépcnfe à l'entre-
pife qtie paitsite^, 5e j*)ii ^ueilquefois envîe de tair-
Ui ÎDôn Rambè dans la «octr» car enfin je b\b dois
^bs 'douter-^ d'avoir êt9 thaerins bien fenfibics,
quand il ne s'agiroit que des pourfuîttes que
4'on fera 'contre mon pefe; Je vais perdre ma
dmille ^ de que rçaj-|e fi je ne me perdrai poinc
'^yec elle. On me proftiet tout et la part de Don
'Eaaiire , mals^ ùt naiCance 5e la tnfenne font fi
'âifFer0nt<^s qn^ii tCj mimit qu'une grande pa^
)fioft 'Qui put' >ê fatre^affer pat de^is leg égards
^qu'il(edoitàiu^>m^me , de comment puis- je
me âatter qu'il en ait pour moi. Ilne m'a j^r-
mais veuë « nous nous embarquerons enfeinble,
- îe lui deyi^nàïai incommode , bien loin de fn'ai»
mcrr peo^Jètre ^qw^il me haica / ba ! }t crcn éé)z
^ttb^réér dans^ quelque Ifle déferre oà i^m^aban-
•dénué -; .^ <(aù ' la; mort eft^dan» ce fiioefte lieu
ia ' recoinpenee de touteé mes peines. Tereia
fremifibit en entendant parler cette fille ^ elle
apprehendôic que tout de bon elle ne mit dans
fa tcte de lai0er*I>oaRamire'prifonnier $ elle
'fçavoie que je ^ ne me pouvois fauTer que par
•fon moien • ,^ «nfi eUe ne négligea ri ea pourla
iisiire- rev^oit à Tes pi^noiers lie miment s. Aima-
ble Laurea, lui dtt^elie, je fuis fincere, & je puis
dire que fi vous, connolûiea comme aïoy le
Cavalier que vous voulez lervtr vousnccban-
•geries. jamais pour iid; Il a tous les fentiments
«l'un 'faclnnêteibomimè : je fuis feurqa'il Vous
adoreka.^ vous devâeiukés. graiitde: . jSaoierlàttS
qu'il vous èmtùutx J>^aiifioup depéine : :Sckt$
iinagifiaiionr 4ui vDiii ubmeiit ^ntApcudc
fpa-
fi»n^ipetu qvLfi vqusJ^riez-tQit^ vôtre clprtc
de .Vf>ii$.y a|:rc{tj4r..Jj& vpu» .coqjure ^^uifi de oe.
vpus.poinc dépfkçntit d^os uae ofçauoa ii iai«
portai^e , & qiu contribuera Tans <ipute à.vôtre.
commun bonheur, Laiifca hontèufe d'avoir mar*.
qaé- tant d'inégalité revint tout d'an coup à fes.
premiers featimenu i bébien> dit-elle* je veux
vous.çrpire ^.^foui vou^ U.téxiioigner jtrouvez^.
vous (^te nuit 4 deux ,beures preciies dans ce;
iDcme.en4>^9it icy , j'y cojndMiraiDpnRamirej^
ca& tout eft prcc.pour le Jiauyer& vous pouvez
prendre des mefures pour vôtre départ. Teréfa
fut extrcmemeorconfolée de Tes dernières paroU
les i elle courut che Don Teillo oii elle avoir
toujours diBpieuré pour' lui dire que cet aoiy de
Doa RanÛTe qu'il avpit ctc voir^aQ^^prifon,
en (qrciroic la pnëme nuit* & qu!il faUou tenir
une chalpupe prête au bor4 d^ la Mer pour aller
iufqi^'au yai(re,au dont il s'étoit affure -, mais ;'
. continuait «elle , tout, nôtre embarras^roulle fur
Laurea : contaient nous endebaralTerons-nousi'.
' elle youdfa^uA^ui;(.r(Bs d nous l'en refufons çl-'
b pf»urfâ|fii/:çi5^,i>rù,It ,7iotts découvrir « de npus
livrer à de nouy^^j^i^^perils. Il ne faut pas U meçi.
tre ea étfit.(&e, nous (lutre , diuil j i^j^^f^^ àt la
partie , nous la mènerons jûjl^^y^yaifieau 5 elle
verra là qu'il ne t'agit plus iSCj^j^ Ramire ^ elle
fera tropi lieureufe de revenir- tans bruit & fans
éclat chez elle, elle n'otera même ne déceler^
p^ce qvie'ceiCerojtcpnvepir^qu'eUe aurpit aidé^
fàuvfrD^ifift'ainîrê.. 6c sUfln'arrive quelque aç-
cideot iipp,rcvu je fuis çerùiQ que nou$ loirtii
rons de cette affaire ici avec ràtisfadlipn* ^
Je ne fçavois point encore quel ferolt le mo«
xnent queX^Hirea chotiîroit pour me tirçr dulieU
OU l'étais^ je comoenjoi^ à m'y ennuyer beau-
coupi
I
i^9 Ht ST. i)! f £ Air
côtrp ; Tavoîs cohtinirê^c^klf é là'iiialàffèS 4i jt |
À*xfàU pts^ ^tmê les yéufxi de^(<ltite lanffk lots
qiie!fctltcixdi[t ouvrit iîoul^ëttTéttt tnâptf#te«,^|e
irê do^ta) p^oint que ce fbtnragéblierei je%i«t»-:
vai protnptecnent^ î'étois envdopée dart^ nMHi
nianteau / je m^avâoçai ytn eft« iie ch:coi»trlfiC
guerfc 'thon vifage de cnliAte"qtt^e!kiîer««iar-
ûuât que ce n^éroit jrts c«ffùl\*6 èdtwRàniIréH*'
rembraflâj ^cc degtàiid'ié$iii«^eies <fcift*id!WP
ft gr je Idl dis peu dé dfofè fac tfe^ retotifftbli â tt*>
ce. elle étoir ii'trbofeîée qtw-fe' ne péfafep^
qu'elle fe fôt aperçeti^ de la-trémperie que ye
fui faifois , qaand^bfeirdi'e nt'eât^ytité 5 eUete-
fioit dans un de fçs'maim une-pe^iteLâmerne
feurde Se dans lW,nf:'Qn pràquet'(fé-dief1^ eHc ne
fttc die tien Sç.fc^Ôntèttadrniariéïre^dféVântiijioij
fe h' fUiyh; 'noutpaflames'au iM'tRfeudts^dats
qui dortkioient protbndenfeAt , éîiéStiràtt taie éa
{"US de pavot' dans leur vin > comme elle TaTOÎt
refolu , noxis fortimês fans aucun bbfhrcfe-; nkaîs
aaiÏÏeôt que iiods fûmes dans la rtf$'é!hB me prit .
par le bràs &î*î"atach^dtfth6icôWttte(t«Héèôt
f^eu ' ivti U 'vôbtofis lu|éc&!âj^é^e VttiHitdit fi
f ori'que f e paavois à peiti'éi iftifaCèK'' '
' Dom Teilld pcThereCaWatttntfèftftitrAiûf le
^eu qu'elle leMrah^^ 'Kous nbus avan-i
f âmes tous «ft^M»le du c6té de la l^er ûh nous
trouvâmes la cfialoape du Vai9(bu âitiiftqaA \t
Revois paflêr à Maroc. La'nuit.étoircAfcnre.
tiorefa tranfpôrtéd dVjoié me-fêiïbijf dêi direffes
9ux^u«ltesje re^ôhdbi^ affef "Uiâti 1k'{"étoit1mt
èh pcidè (le te qué^eVÏ^Îndroir t^fcbaB^
Suand elle vcroit qiic le h'étOfs^âSi DÔlif Hamire.
Tous ne tardâmes pas à nous rendre ^u vaiiTeau.
i>és que nous y rumc$rJdnTcîWcrtion«merta
dans b diand)ro dto CapUamc » x»aii » Madame.
0Ë fiôURAOK, 2i9
TOti» lé âlrai-je fatts^tnoarif encore de ftâyiftrr,
ce Capkainc étqit mon père , il ne ^etta pas p4tt»
tôt \t9 ftVLx far mot 0c far Ter eiâ qtrll nou» re-^
^onnur , de ce qui en fkr lâcaufe-c eft que Pott'
TcHto qui lut avoit parlé & qui fçaydic (on ami«
tic pour Bon Ramire lui avoic avotié confidem-»-
nient q jè c'étoit la maîtreffe de ce Cavalier qui
Ypulott Taller trov e r à Maroc t raye(He en honihie
if recula trots pas ^n^ctant point le Maître des^
preimerrmouvemens de fa cblexe, il portoit déja^
» nAalA furie gafde de fon cpce lorfqne iemejet-
cay à les pieds ; ha ! Seigneur, lui dis- j'e.pardo»*'
nez moi , fouvenés vous que vous êtes moti pt*-
re , Se daignez m'entendre avapt que de me pu ^
otr i j'embralTois fies genoux èc jemouillois fe^
mains de mes larmes, mais tnen qu'if m'ai m^è*
tendrement , ÎH me diî , hé qttof thalheureufé ^
crots-tu jufli^f tafuitte'êc le vol quetu as hïi^
ta mère de Tes prerreries } c«pendam parle je t'é-*-
couteray.
• J^ jugeai i>iien que ]t fie deyois paslut dire au*«
tre chofe que la yericé, dcje lialtil d^ eh eflee
d'uii arir û fournis (^u« fé le touctiai dé com^tiC*
fion. B^connôîflWit toirtHemcritt ^e DèhR:i4
mire • fa'prifon'lu| avott caufc un (enfîbib déàTiU
fit . èc bien qti*f^ eût dés affaires confidtrabW âf
Maroc, il feroir demctirf exprès à îorcoi Real
poor le fcrVrr/ïîïiiôiVi'eîiloncPàvqîfc;^^
formé de fafuttrdansié'peti dcten&qU'if Vâvott
l?)«ih»é/,îèi Mette * tr!i<-Yfeb^^M*^tc?nt' ri^ti
Wit» pour aigrir fori;«prîr*ritrc'-ta(fl'; cflesRjî
avôicntdi^dntiA'a'c^ondaift'â^cc'aes't^ftfifti
efftoiables , êc eUèi côiît1'i!»\foieii^de mé' faf^ë
chercher par toute U ville dcdàjisfesUeiixypri
^ns^maîs i) auroit été malaif<é qi)'eHes.m*eu(^
Ijciu trouvé d«»-bpnâ»noir)'ct9i5; Cependant
pxotk
Z^O HttSt. fit jBAtl
mon p€Te pre(K de tna ik>uUttr fe retira arec
Don TeiUo lequel -etoit de fes amis. Je vois bien
lui. dit-il » que vous «tes auffi fur pris que inoi de
c« qui fe pailè. Vous ignorez fans dou^e la fiiite
daines. & vous ne pendez pas que c'étotc elle
que vous alliez remettre entre mes mains. Je
vous l'avoiie dit Don Teillo -, je me trouve dans
une <oofternation que je ne puis exprimer , je
n'ofe dire que j*ai lait une jÇiuie , car j( eu pentl
être avanugeux que les chofes fe foienc oaiiccf
4e cett« manière ^ maïs û vous ne voulez pas
qu'il m'en refte un déplaifir mortel accordez
moi le pardon de vôtre fille. Quelque fuj et que
vous avez d'être irrité contr'elle, j'efpere que
vous ferez un peu d'attention à ma prière , &
3u'à regarder vos propres intetics il n'y a point
'autre parti à prendre que de la reouttre entre
lès mains de Don Ramire. Elle vient de vous af-
furer qu'il lui a donné fa foi . c'eft un honsme de
mérite , il a de Thonncur » & de la naiflànce ,
que pouvez vous fiûre de mieux. J'en conviens,
cepnt mpn père » mais les moyens qu'il emploie '
pour obtenit Inès &nt fi ofiTenfants que je n'en
puis revenir. Je l'ai reçu dins ma maiuui comme
inon meilleur ami y jeyouloitmême lui donner
ma fiUé aînée, n'eft il pas cruel que pour recom-
pence- de tant d'afieébion il fadie dceuifer cette
jeune créature » qu'il l'oblige de voler fa mère,
& qu'il l'engage, à courir après lui comme une
infenfée. Si yoi^ vous, foùveqéz xi» ce qu'Xnef
nouis a raconté ^ .r^rit Don.Teillo, elle ej| feule
coupable, mais.ctijSii les'crimes que l'amour fait
commettre iof^t les plus excûfabies de tous^ con-
fiderez qu'il nous ote nôtre libre arbitre • lorf-
^u'il s'eft rendu maître d^une ame il ne dépend
plus d'elle d'ailcr contre fes volontés , & il au-
1 . roît
DE BOURB O N. 241
roît M difficile qu'une jeune perfonne quia ft
peu A'experience eut été capable de refîfter a des
fentimens donc eîle ne* connoifToit pas tout le
danger 3 en un mot ajouta- t-il en TembralTant,
je vous conjure de lui pardonner « &c'eftune
obligation dont je ne perdray jamais le fouvenir.
Mon Père étoit dcjâ fî difpofé en ma faveur
ou'îl embraffa Don Teil(p à Ton tour. Jevouf
dois beaucoup , lui dit. il , d'entrer û generSû-
fement dans les intérêts de nia famille. Je veux
bien oublier la faute d'Inès puis que vous le fou-
haittés,9c j c confidere même que (l j e la remetois
entre les mains de fa mère & de fa foeur , elle fe-
roît perdue. *J^ fçairavcrfion qu'elles ent pour
elle , 6c je ne crois pas qu'elle puifle paroitre à
Porto- Real , apr^s Tédat que fa fuicte vient de
faire. S'il eft vrai que Don Ramire lui ait pro*
mis de répoufer.je ferai ravi de l'avoir pour
gendre , je vais la mener à Maroc 5 pour lesren-
dre l'un & l'autre heureux & pour en être le té-
moin. *
Don Teillo ne pouvant douter que ce ne fut
là les intentions de mon ?eTe , il les fortifia pat
toutes les prières Se partputeslesraifonsqu' il
pût imaginer, 0c il le femercia mille fois de Ini
avoir fournis fon reflentiment. *
J'étois demeurée dans (a chambre deponpe
dans une affliâîon fi extrême que tout ce que j' a-
vois reflenti jufqu'alors ne fçavoit égaler celle-
là. Je n» me ponvois âater que le refultat de la
converfàtion de mon Père Ôc de Don Teillo me
fût favorable^ Je fuis perdue Terefa,m'écriai-ie,
je fuis perdue, c'eftil jamais veu-une fatalité
égalle à celle qui prefide aujourd'hui fur moi ^ le
feul moment où je me puis croire mattreffe de
ia4 dci^née cft le feul qai m*ôte abfolument la
L liber.
liberté d'en diCpoCtr, Me voila 'donc en^e les
jDains de mon Pçre qui lie dexottceveniidetiois
jnois. Mon malheur Ta ramexîé, jficiemarque en-
<ore qu^aprés qu'il èA arrivé il œ parc de long-
jtems. Cependant iU' embarque auuitot. Je n'a-
Yois àicraindre que luy^ &4e «ne trouve que \uj,
helas 1 je ne verrai de mes^ours, le pauvseDoa
itàmîre,quej>enrera-.t-.il de tfioi.Il ni'attfindavec
ladern^re impatience. Il ne doutera point que je
ne (bis morte où infidelle. Lequel-quc ccioitdes
•deux luy coûtera tout Ton repos. On me remet-
tra fous le pouvoir de ma inere. Je ferai livrée
aux jaloufes fureurs de ma fœur. Non Terèfa
je ii'ai pas la force de foutenir unetelle.difgrace,
je n'envilàge aucun fecours que dans Quainoft.
Sendant que je parfois, ^aurea me jE^tgacdoic
;avec des y eux égarez tout étlncelantsdexolerc.
l^e merite-lu pas,dit-elle,tous les maux qutt'ar-
,j-ivent 9 cous ceux Qui te meifacenc.& pail fois da-
vantage. Tu m'as trompée perfide , tu as profité
delà foiblefle que j'avots pour ton amiaot. Je
•viens de livrer ma famille à^la rage du Gouver-
>s\eur. Je me fuis livrée moi-même fur ta parole.
Je crorOis trouver un Epoux, 4 ^ ne trouve qu'a-
ae fille à qui ^e dois toute ma haïne. Ke penfe
pas audi m'échaper, tu deviendras 4naviôimc>
<omme je fuis devenue la-tieane. '£a|»ronon{aDt
ces mots elle fe jetta fur mof , ^je ne doutf pas
qu'elle ne m'eût étouffée encre fes bras fans le
iecours deTerefa.^ celui de mon Pece & deDoo
Teillo, lefquels entendant un grand brute ac-
^urerent & m'arrachèrent des rmains de cette fiile
.defefperée j. j*«voi$ befoin d'eux poarmeiàn-
•;ver d'elle; car je ne faifois aucun .efibrt pour
^'en defFondre , & ilmefembloic^ueienefe-
^is pas malbumufc de mQUciic.
r
. - IVE- tB i>/U i( b o n.. Z43
•I>Ott TciHq jvù.'bi.en l'état où xna,4ouIeur me
refitoifpit. Il ne negligqa pas de m'en tirer. Il me
dît de ne me plus affliger , que mon Père con«
femoit à maiclicité^ Il m'a promis de yous mé-
fier à Maroc , ajoûta-t.il . vous ne pouvez afTez
remercier U Ciel à^ difpofitioos lâvorables (ju'i l
lui donne. Voue, auriez eu beancoup de périls à
courre av£C un autre Capitaine y &. dont yous
fercx cxei^pte.^ec lui. Une fille jeune &^ belle
peut, plaire fans en avoir envie , &*ron peut pair
la fttit^ d'une violente paflion lut caufer beaucoup
de deplaifirs* Ilparloit encore que je ne l'enten.
* dois dçja plus. Je m'étois allée jetter aux pied»
de mon Père 5 j'cmbraflbis Tes genoAc , je lus
cxprimois ma joye U, mareconnoiflànce , pluf
•tôt par mes larmes que.par mes paroles.. Il me
dit avec la dernière bonté qu'il vouloit bien ou*
blier ma faute , qu'il s'itoit engagé à Don Teillo
• de me la pardonner, & qu'il confentoit enfin à
mon mariage avec Don Ramire» A ces motf
Lauiea fit àt% cris & àt% plaintes dignes de pitié^
£Ue^ me toucberent . par raport' à mes propres
ientimens. Helas '. difpif-îe à Tcre/à fi y'étois
comme elle % que devi^ndrois- [e » elle aimoit
don Ramire » elle devoit pafler le refte de fa-vie
avec lui , & tout d'un coup elle .perd Tes fiateu-
fes «rperanoCA. Elle l'aimoit moins que vous ne
croyez , me dit elle , & fî je n'avais travaillé. à
confirmer fes premières intentions je doute
qu'elle eut exécuté ce qu*elie avoit promis.
N'importe dis- je « elle ne laifibit pas que de che-
fftr^Don Ramire ^ & fa timidité venoit d'un relie
de prudence quifaifoit Tes derniers efforts. Te-
re(à me conta la converfation que je vous ai die*
Madame, qu'elles avoient eue enfemble. Don
TeUlo di( àXaare»que dans une telle conj.onâM'-
re elle in'avoit point d'autre par ^t k prendre que
de fctontnèrà Porto- Rèlfj t^à'îl y faïlort arriver
avant le jour afin que fon Père nt connut rten de
ce qui s'étoit pafle.. atftfi Rs'rentré'reut roQ&
l'autre dans la chaloupe..
Je fi'avots eu que le tems de (Ranger mes lia-
bits d'homme 'Contre ceux qu«Terefe'm*avoit
aportez lors qiie tous arritâtes , Madame. Vo-
tre douleur troubla toute là «(àtt^îl&iftîpflt qbeje
commençois de goûter , jt n'ofaî par refpeâ
vous témoigner la part iiue-j'y prénoisdéja,
mais il eft vrai que (e tombai dans une melan-
tcolie quj me preiageoit le funefte accident donc'
'î'ay été accablée depuis ps^r la inort 6^ mon pe-
Te/par ma captivité & par réloignemeinê de t>on
Kantire. Jngéil 'en quel «état ce fidèle an^antfe
trouve , & ce' qu'il fera dans la Cuite Vîl ne re-
çoit aucune de mes nouvelles. Il partira peut,
être de Maroc pour me venir Chercher a P<>rto-
ileal. 'Sa padion Kii faira oublier ce qu'il dote
craindre dans ce lieu- là, & je ne fçai ennn quand .
•je ferai aflfez heur eu fe pour le recevoir. J*ay
auifi perdu la £delle Terela s cette pzuinrt fille
me fiit arrachée par undes Officiers du VaiCeaa
de l'Ami rafj mes prières ne purent la garantir de
lui vre ce barbare , &je vousaflure > Madame,
. que fans vous j'aurois fuccombc (bùsle poix de
• tant de difgraces.
Quelque effort qn'etle fit poor reteair fcs
■larmes elle nefçeut en arrêter le cours. Leonide
]'embra(& tendrement : ell€ kii dit toutes les
Chofeé qui'pouvoient adoucir fespeihes. Si vous
étiez informée , ajouta-t-elle , delà fcituatioa
•de mafortune , des avantages qu'elle me pro-
snettoit , 8c dès afifliélions qui me prcffeiit le
cetùT , ^ous lie croiriez p^s être I4 feule à piaio-
- ' dre.
HE BOOUB Û 1^.' ' T^f
dre.'Helàs, helas l itaa cbete Inès ,^uei*ai de
cïuefs déplaiftrs | mais il eâ: temps > continuât^
eUe, de nous retirer. £a effet , Madame , reprit
lD€s/y^i abufé de vôtre paci^hce , je vous ai faic
un loM ^ennuyeux redt de mes*infortunes.
Cc'dçfaut edvcommufi à tous les malheureux,
ils cherch>eiit.à fe plaindte^c'eft pre(<]ue la feule
confolation qui kur reâe. Vous me âites torr»
répondit ' Leénide , fî vous avez une penfce (l
defobligeame. J'ai été feniîble à tou^ ce qu^
vous m'avez dit , & poi^r vous témoigner que ) »
mérite votre confiance , je veux demain vous ra^ ^
contet à jnoii tour ce qi|i.'m'eft arrivé, £n ache^
vanf* ct9 iiiQCs , ell^ Témbrafla encore & elle r«
mitao-lit. • \
La i^ne Inès impai3«nte de fçavoir le fecret
de Lfionide fc leva de très-bonne heure. Elle.
s'aprocha dducejnent de Ton lit & regardoit fi eU
Le dormoit: encore. Kè craignez pas dem'éveiU
1er « dit^^^ c eo: Jui undant la vmïtk , i'âi pet»
dornUf/ds |>:!VWdroi«^ n'àvotr/potnt dormi dt»
tout. J'at^fiiit un rêve efTréiant fur l'homme dit
inonde qui m'eft le plus cher. Je l'-ai vû.daskfilei
dernier ptril combattant contre les Mores &(.
vaincu. Ha ! que j'en fuis allarmée. Votre efpHt
eft'rempli d'objets fi fîineftes , lui dit Inès , que
voit» nedevii^ pas être furprifé qu'i4 vous enpre-
fente p€ndatit.vof^e (bmoteil . hiais Madame , il
ne fôut p9$ vous arrêter. à des chofes (î peu réeU
le;;.. Helas :\ aia chère » veprit Leonide , {e ne
m'y arréterois pas non ^lus dans un autre tems ^
mais que n*ai>^e point à-craindre en celui-ci , oà
fe Cdh éloignée de ma patrie, & d'un ami qui
faii Jo.Aiiet de toutes mes inquiétudes. Je me
trouve almi^e.par Abelhamal'^r'^ îe n'aurai pae^
fçul^socà'fiipf put« U9 rigneilf^ d'une abfence
L } cruelle ;
14^ MisT^ OE Jean
craelU : J'aurai à refifter aux perfecutibns d^oii
Prince qui peut beaucoup danscette Cour. Moft
Bieul.moa Dieu ! s'écria-uelle , mes malheurs
ne font-ils point ^tKs grands ^Faut-il que fe peu
de beauté que l'on me trouye ferre encore à les
augmenter. N'ajoutez rien à vosennuis» Ma-
daine , dit Inès , en rembraffanr , le Piincç vous
regarde 6c vous parle ayec trop de relpeâ pour
croire qu'il ufe de Ton autorité pour vous faire
de la peine , &*vous pouvez bien penfer qu'auf-
ii'tôt que vous aure2 informe vos pioches de
votre trifte deflinée » ils n'omettront rien afin
de vous recourir. J'auiviitortdediouterdeleâr
Mndreffe , ajouta Leonide toute en pleuts | niaif
j'ai , félon eux » fait taiït de cboHEs qui m^en rea«
dent indigne» que je ne f^ai enfiiî s'ils^ vou-
dront point m'en punir. Ha ! que je cboifîrois
bien plutôt d'ècfe redeva^bie de tm liberté à celui
iàns lequel je ne puis vivre ^eur«ttfe; Vovs^aî^
tnez , Madame , vous aimes !, înteriôbipiélnef.
Je yotfs l'avouiâ . repliquci Leotfidtf^j éniovigtC'^
faut 9 & puisque je vous ai promiifs msi^confiaiicef
9c que vous m*Avez donnez tafntf^e prcnyesfde ïm
^orre ; je veux bien vous aprendretouresmef
foibleiles.
La belle Leonide commença auiS^ltte le récit
de ce qui lui étoit arrivé depuisque fcm'pttie'l'a-
voit promife au feu Comte de latMdnth« pour
Jean dé Bourbon fon fils; Elle interrompit pla-
ceurs fois fon difcours par les lariiieti qu'elle
donna au fouventr de tant de diij^race». Je ne re-
grette pas feufement, difoit-eTl«, d*ênrefepa-
l'ée du Comte de la Vagne , je (ùis inconfoiable
de la trahifon que Cafilda m'a faite, j e ne pots ne
pardonner d'avoir chol'fi pour aitfleiapifis ^rfi«
de de toutes Us^fiHes: L<lrs qtfe Tofi^mtde bon-
L ne
D-* BouRB'oir» T^f
ne foi comme /e Taimois^ comptez Inès que Votr
reflent une véritable douleur d'avoir eu des lu-
mières fi bbracesy âcd'ea'étre.ladupecoiiunr
;< rai été.
Il feroicdifScile ^Madame, interrompit Ines^
que l'on put demeurer toujours dans cette force de*
défiance qui nous garant ité^êt te. trompe esiNou9'
déroberions mêmesde grandes douceurs à nôtr^
cœur fi nous voulions être ctïminueHement ea^
garde avec des perfonnes qui nous conviennent ^
il vaut mieux , félon mot , courre le hazard du
facrifîce que de s-'en garentir par une conduite (è
oppof(fe à là confianccf. Vous avez'raifon , ajou-
ta Leonidb, rien^n'eft plus agfeablé que de pou-*
voir découvrir nos penfées lesplus fecretes à unr
vtttrable amie 5 mais on paye bien cher cette.fa-
tisfaAion lors qu'elle en abufe , 5c qu'elle en fair
un u&ge auffi pernieiettx queCafilda. Jeneveuic
point rèzcufer , reprit Inès , /e detefte (on pro-
cédé , 5c fe le baï autant qu'il mérite d'être haï ^
mais^ je foif^perfuad^e qué*fi.le Comte de la Vau
gne ne lai ayoît pas femolé entièrement aimable^',
elle vous auroir été fîdellt. Ha ! ditLeonide, je-
tte fçauTois croire q)xe fa^tendreilè pour lui eût put
la rendre injufte pour moi , fi elle n'y avoir de
grandes difpofitions naturelles ... car enfin je
comprends que l'on peut aimer même au de ïk
de ce. qu'il eÇt permis, mais je necomprendêr
point que l'on puiflè manquer à fa propre gloira
de à fon amie»
Elles parlojent dé cette manfere lors quelamaî-
trelTedes Eftlaves vint les avertir de s'habiller
pTomtement pour fuivre la Reine à la M&fquée^
car encore qu'elles fbflent Chrétiennes, on ne les
•xemptoit point d'y aller , 5c Leonide profitant
dt» b liberté qu'elle avôit de fe couvrir le vifage
L4 V«ç
y
248 Hi s T. DE Je A K
avec fon grand manteau fe cacha G. bien pendant
la prière de ces Infidèles qu'encore qu*Abelha-
çiar la cherchât foigneufenient parmi fescoin-
pagnes , il ne fçefut la démêler. Il ne douta point
qu'elle ne l'eût fait exprès cette afieôation l'af-
iîigea fenfiblement. Il le retira chez lui pour lui
écrire ce billet.
•
«i^Hf vous ai- jf fait» Belle FeUcU, m^nâmeur
meritC't'il votre haine. Vous nie fuyez» $ à* vous
tnavez» dénié le plaifir de vous voir k la M» f-
quée. La tendrejfe de mes regards^ 6* T ardeur de
mesfoupirs peuvent-elles vous offenfer f JSfavez
vous pas eu lieu de^vous apercevoir de mon ref'
feci , é^ n*étes vous point finfible à la violence
que je me fuis faite pour vous cacher des tranf-
ports qui aur oient pu vous déplaire. Traitez» moi
avec moins de rigueur-, mapajpon le mérite. Il ne <
fera pas inutile à votre liberté , ^ ;• ^'épargne" • .
rai rien peur vous la procurer quelque offofitien
que la Reine y puijfe apporter, ,
Celîme ctant de retour au Palais fit venir
quelques unes de Tes efclàves , entre lefquelles
ctpit L'eonide , pour travailler devant elle \ des <
CHiyrages de broderie. Le Prince s'aprocba de '
cette belle fille , & gliflà ce billet fur elle. Il crut
qu'elle le vecroit , & qu'elle autoit foin de le ca- |
cher^ mais elle ne Taperceut pas , & la Sultane
qui avoît été avertie par r Amiral des feniiments
du Prince ayant remarqué qu'il mettoit un par-
fier fur Leonide trouva le moyen de le^pif n«
dre. Ses foùpçons furent ainfi confirmés , éc elle
eut de la joye de cqnnottre que la jeune £fpa-
gnolle meprifoit la pa^^ion d'Abelhamar. Bile
avoit une haine fecrette pour luy « que tous les
U(ar.
Ururp;iteurs ont; Oiiturelieaient contre ceux
• qu'ils' oprimcnt >,'&bien ,<^uc. ce. prince n'cuÇ
point d^ai^tre crixn/àToii égard que cl'êtrtMc*
gitime héritier je Ta Couronne , il'n'en falloir
pas dav^tage ppux luy attirer les derniers defa-
grcnuns.
Le foir étant venu la Reine defcendît dans U
Jardin du palais. Comme elle vouloir parler à
Leonide elU . T^p^clU pour s'àpuyer fur elle i ?c
s'Waq'ç'ajit v,ci;s ^ct'errâflc'., d*où Ton dçcou-
vroit toutVc nvagê dç la mer , '5cqui'preieiitoît
aux jrcu^c lin^'^pcrrpc^ivité.àdmîrablc , cllçs'af-;
fît éti ce Ticu , & regardant Lepaide avec beau-
coup de bonté, 1 tiçn qu'il y 3ît peu que tu fois
à moi, liiy.dit-^ltc , f ai dcja de rafFciftion pour
toi / & ie Véuy bien t'avcrtir que fi tu as ciivîe
de mç. plaiirc: tu jjoi.s çipigpcrde ton coqur ^c
Pfince 'AbelHamaf.. Te' fuis inflruitc dé fes Icn*.
timcnts , |c,fçiîyuiré partie dcç, tiens , mais je
penfe que lors, que l'Qn n^a rien dans le cœur ^ Se
que Ton eft flatté, pa?..}- cfperance qu'il te donne»
' la vertu cède quelquefois à l'apabition. Cepen->
daht pourrois-tu cçrè.fjatrsfàitç du fipiplc titrfe
de favorife. C'éfe tout au phis celui quctûau-
rois chez «n.homme ^ qui ne t'cpou<€ra<Jamâis:J
Je pui,s deviner, répliqua Leonide, d'un air nio-
deftc ,^qui vous a parlé. Madame, ac$ iorcntipnsL
du Prince j mai^.fi vôtre" Maj[e(lé eftiriforméa
des miens , elle n'ignore pas que ^'ai reçeu fes
offfts à*ui:ïe manière à luy or er toutes Us vucs^
q^ie ma ma'uvaife fortune ppurroit luy donner^^
l'état où je fuis redui'tte. Madame , n'a fait an*
cune impreiïîon defavantagcufc (ur mon cqeur,
^ je bcnis le Ciel que vôtre Majcfté a tant d'c-
loigneraent pour une chofe à laquelle ;'e ne
pCAfois point fao^ le dernier effroi ^ tnais il e(l ^
L $ vrai*
îtto . HisT, ÔK Je A 11
vrai que mon parti étoit d^|4 pris , 5c qne je me
teTolyrôis piiltot à âne mort giorieofe qu'à hie-
fier une vie opporceà iria,V6rta& a m^nsir-
fance. •
Quoi, reprit la Reine^'tucKôUhois plutôt de
mourir que d*ctre b maitreflè d'Abelhamar. £t
qui ne le choifiroit pas cominémoi » Madame !
s'ccria Leonide $ il ne me tombe point dans l'ef-
^i-it que rela puifle être d'une aUtre Ibâniere , &
ce déiïein m'a ôté lihe paftie dé niés eVnuis ; car
je fçàvois pofîtiv^ment \t chemin qu'il falloit
tenir pour éviter Tes violentés. Si tu aJrun amant
en Eipagne , luy dit laReinis / fônge tu qu'en
mourant à Sâté tu ne pourrois )amaiis être à iuy.
5i î'avois un amant, continua Itêiàiiide , tt feroit
encore un iiiôtif qui m'engagef'oî^ à'âaOnffravec
ptusdc fçrmçtc ^ afin dcluy êt^e fiâèlle, & de ne
vivre pour pèrfoni^e ,' ayftntle'hî^àleûr de ne pas
vivre pour lujr. Ha ! FeUdCjVelicièîdir la Reine,
en fou'rîant v tu aimes donc , 6c {'àmott'r ne par-
. toit pas moins dans tes yeux qae^dns têspàrol- .
If s. £ft- il podîblt que ce Dieu r'edouuble ait dé»
}2 tant fait (àe progrès furldà jeune ccpup. Mais
q^ue dis'-je continua >t-ellé,11 ne faut qu*uc mo-
ment. Helas ! qu'un moment fatal à, tout lé repos
de nôtre vie. En achevant ces pàrottes uKe pro-
fonde triftefle s'empara de fou efprit. Êfle apuia
fà tête fur fes mains $ elle dtmeuraencetétat
comme fî 'elle eut été immobile.
Toutes les perfonnçs qui l'avotent fuivte à b
promenade s'ctbient arrêtées par refpeA aflez
loin du Heu o^ elle s'étott affife , Se elle pouvoit
parler à Leonide fans que l'on entendît ceqii'el-
je hiy difoit. Après avoir gardé quelque tems le
filence elle leva triftement tes yeux Retirant de
fon fein U billet du Priâcr /tieîiSltfi dit^ellè. Fe«
... Ucifi
DE BO àR B O N^ • ijt
liciejfs (e qu'Âbelhamar t'a écrit, tu me parois
trop ^ge«pour douter de ta bonne conduite. Lor»
que tu le verras ne luy témoigne point que je
fçai Tes intentions pour toi, mais confeille luy de
.prendre un autre parti, car fans parvenir à pro-
curer ta liberté malgré moi, comme il te le pro-
met» il parviendroit à perdre U fi enne , & peut-
être pour le rede de fa vie. £ile fe leva auui-tôt
& retourna au Palais.
Leonide demeura dans une) oye inconcevable
de ce que la Reine venoitde luy dire. Elle pria
Inès de s'arrêter avec elle dans le Jardin .& ce&
d-eyx belles filles retournèrent fur la terraiic Se fe ^
placèrent dans le même lieu que la Sultane venoit
de quitter. Malgré tous les malheurs dont je fuir
accablée , dit Leonide à lues , j'ay lieu de bénir-
le Ciel des dirpofitipnsde la Reine 3 elle me dé-
fend d*aimer le Frince,ma chère Inès, jugez avec
quelle facilité je luy obeïrai , ôc s'il eft necelHiirer
qu'elle y emploie fon pouvoir. Je vous fehcite
interrompit Inès , d'ayoir cette peine de moins,»,
mais je ne pénétrepoint par quelmotif elle s'op«
pofe à une chofe qui devroit luy être indifFeren*
te, fi eÔeâivement elle n'étoiipas touchée pourN'
Abelhamar. Il me femble, ajouta £eonide,qu'el.
le a quelque cboTe daOsPefprit qui Toccupe.ôc je^
ne crois pas foa cœur exempt de paffîon. Lprs^
qu'eUe m'a demandé fi je n'avois poi>m d'enga.
gement elle eft devenue mélancolique , & il-m'a^^
paru qu'elle a fait dts reflexions qui Tont menée
bien loiir. Quel moyen cependântile croire qu'el-
le veuille du bien an jeune Prince, n'eil-elle pas
la maitrefle de foa fort, fi elle le choifiSbitpour
fon époux nes'eftiœeroit il pas beureux$je crois/
plutôt qu'elle veut le tenir dans une entière dé-
pendance d« {çi Yolofttsz 'y <^onnoit-elIe fi p^u/
2(2 HisT. DB Isa K
les naoavemeQs du cœur ? interrompic-Incs.pout
te perTuader qu'Abelhamar règle les fiens par les
ordres d'une Souveraine qu'ij a lieu Je haïr; à
mon égard je (àis bien qu'il me fer oit impoflible
d'aimer ou de n'aimer pas fur des ordres que Von
m'en donneroit. Je.pourrois gagner fur ma rai-
fbn de me taire & de feindre de l'indiffereoce,
mais ;e rCt f^ai encore fî je le ferois d*aflez bon-
ne grâce pour contenter ceux qui me le feroieiic
faire. Le Prince prendra là-deflus le parti qu'il
voudra, dit Leonide, en fouriant, mais entre
nous , je me trouve tcés heureufe que mon in-
clination s^accordc fi bien avec la loi que Toa
m'impoCe.
Comme elle ac]ievoit ces mots , elle apercent
h la clarté de la Lune un homme fi proche décile
qu'elle le connut aufH-tôtbour être Abelbamar.
£l!e ne pût s'empêcher de faire un cri 5c de fe le^
ver bruiquement pour s'éloigner de lui. Ke
fuiez pas tant, Felicie^ lui dit- il en Tarrêtant,
jouiffez de toute retendue de vos rigueurs pour
on Prince infortuné qui n'a que trop bien en-
tendu tout ce que vous avez dit à la Reine & à
Inès, & qui voudroir n'être déjà plus , pour vous
épargner le chagrin de le voir <ico.re une fois à
vos pieds. Il fe tût ï fes ttfdtr, & après queJ-
ques momens de filence il reprit ainfi. Quoi!
c'eft vous cruelle qui fécondez la barbarie delà
plus injufte Reine qui foit au monde. C'eft vous
que j'ai regardée comme une divinité» &qui
me traittez à prefent û mal que vous me jettez
dans un véritable defefpoir. Ingrate Felicie» con-
tinua- c- il , fongez plus d'iftie fois à la conduite
que vous tiendrez avec moi. Je ne fuis pas ici
dans une terre étrangère . & la Sultane qui veut
difpofcr de p»Qn cçpufi conuac elU fait de ma
C9U-
D B B O a R B O HT* t^f
CouronDe , pourroit bien s'appercevoir que la.
f ortuae n'eft pas confiante dans Tes caprices , Ôc
que les ufurpateurs ont toujours lieu de crain«
dre. Seigneur, lui dit Leonide , je vois par tout
ce que vous me dites que vous avez entendu la*
Reine dans le tems qu'elle a parlé de vous. Je ne
dois point entrer dans les intérêts d'Etat qui
. vous animant T un contre l'autre , je dois feule-
ment me renfermer dans ce qui me regarde , St
puifque vous fçavez déjà mes.penfces je nehe-
iite point à vou&les confirmerai! eft vrai , Sei-
gneur , i'aî eu de la joie de recevoir des ordres &
poCtifs 8c G. conformes à mes difpofitions. Je
ne fçaurois aimer Tennemi de ma Patrie > &de
ma Religion. Hc * vous ai- je traitée comme une
ennemie ? s'écria le Prince, ai-^eufé demà vt-
âoire , ai- je voulu autre chofe que vous aimer^
vous plaire 5c vous fervir ? Je fens tout ce que
vous avez fait pour moi , interrompit Leonide,
rna reconnoidànce égale vos bienfaits^, accep-
tez-la pour ce que je vous'dois , Seigneur , c*eft
» tout ce que je puis , dç c'cft plus que Celime ne
fouhaite.
Le Prinre outré du t>lus fenfibte déplaifîr donc
un homme foit capable , s'a'ppuya contre une
Baluftrade de marbre , qui regnôit le long de l'a
terriilTe , 5c regardant Leonide d'un air pfain de
defefpoir , je }ure , dit il , par nôtre grand Pro-
phète , & par mon amour, que je mettrai te
Roiaurae de Fez. dans l> dernière defblatîon, que
je rcnverfcrai du Thrône l'indigne Princeffc qui
l'occupe ê< que ce lUperbe l^alais fera bientôt ré-
duit en cendre ^^ moins que je. ne vous pofTede^
Vous verrez, Micie , vous verrez , ce que peut
un amant comme moi lorfqu'on le méprife 9c
qu'oa le pouSe à bout. Vous ycmz que vos
JtUM
2f4 (fis T« BE Ifi A ff
yeux & vôtre rigueur vont cau(èr plus de defor-
dres parmi notis , que toutes les révolutions qui
font jamais arrivées en ce païs.ODieuîSeigneur,
•s'ccria Leonide , o Dieu fe peut-il rien de plus
effrayant que des projets flfuneftes. Quoi pour
«ne malheureufe efclave telle que je fuis vous
voudriez troubler le repos dont on jouit en ces
lieux '} prenez-en au moins un prétexte qui foit
plus raifonnabîe & qui n*ait rien de commua
avec moi. Mes di(gra^es ne font elles pas a£Kz
grandes } faut-il encore que vous entrepreniez
de m'arracher d'auprès de la Reine , iorfque je
vous déclare que je mourrai plutôt que de con-
fentir à ce que vous fouhaitez. Seignvuf » hàl'
il vous le dire, j'aime en Efpagne , 6cVoné('^
pofera plus aifément de ma vie que de ma main.
JL^'abfence ne diminuera point ma tendreft , je
fçaurais être fldelle^ je fçàurai conferver mon
cœur à celui qui , Kon je ne veux plus
vous entendre^s' écria lePrince enrinteîrompant,
vous afFedez de m' irriter par tour ce que vous
pouvez fmaginer de plu* ccuer. Mais le rems me
yansefa de vous , de la Reine St de ce redoutable
rivais en achevant ces mots il s'éloigna dcLeo-
pidc.
Elle demeura dîins une û grande defolation
qu'elle eut beaucoup de peine àrXetournér juf-
qu'au Palais. Une Fièvre effroiable la prit cette
nuit. La Maîtreflè des efclaves le dit à la Reine
qui envoya Olimpie Doria auprès d'elle » a£n de
lui tenir compagnie. Lorfqu'elle entra dans la
chambre d;e Leonide , cette belle malade lui dit
Janguiflàment, cherchez vous à troubler yôtrr
joye. Madame. ^ ne remarquez vous pas le tri*
fte Etat où je fuis , rien ne convient moins à une
perfouac heureufe «oause Wus qu'une perfon-
DB BOURBOH. t$i
ne mdheureufe comme moi. Je ne fçai fi queU
çjue chofe vous éloigne de moi , Im dit agréable-
mène Olimpie , mais je fçai bien t]ue tout m*at«
tire auprès de voas , Ôc qu'encore que j'ay.e lieu
de nié promettre une félicité prochaine qui fer;i
l'unique bonheur de mes fours je ne laiflerai pas
en quittant ce Palais de rcgreter l'aimable Felicîe.
Vous me'regreterez ma chère compagne , lut
dit Leontdé ./'en Tenibraflànt tendrement, helas!
que je vous regreterai aufC^que je (crois conten- /
te n j^e pouvois vot^s fuivre à Gênes, que j'aurois
de raiïbns pouf defîrer de faire ce voyage j je
n^ofe vous le denyinder lui dit Olimpie , crainte
de vous paroitre trop curieufe 5 mais fi vous mè
(es youliés apprendre je vous en feroisfenfiblc-
menc obligée.^ Lorfque ma fanté me le permetia
ajouta V^ôhide , je ferai Tis que TOU!(fouhaittez, '
& vous m'informerez aùâi de quelques particu-
larhez qui. regardent une perfonne de ce Païs-là»
Olimpie ne voulut poi«!^la preflèr davantage
fur ce 'chapitre 5c elle ne la quitta aue pour al-
ler rendre compte à ta Reine de l'Mt ou elle
ctoit. *
Cependant Leonide & Inès s'afiligeoient en*
femble , dés qu'elles étoient en liberté de le faire
fans être vues. Dois-je dire à la Reine Us khe.
naces d'Abelhamar } difoit Leonide à fon amie,
elle pourra prendre là-dèflu^ quelque mefiires
utiles pour tqfi repos , & me garantir de ces vio-
lences en me renvoyant en Eipagne , mais ajou-
toit elle après avoir un peu rêvé , quelles repro«
ches ne me JPerois-je point s'il étoit vrai qiie ce
jeune Prince n'eut parlé quèj>ar un 'premier
mouvement de colère & de pamon » fans avoir
aucundeflein d^executer le projet qu'il a peut-
être formé toutd^aa coupi {k40û(l«s fuites font
trop
%^$ ÏIlST. X>E Je AN
trop gracdes & trop difficile? pour ne le pas ef-
frayer lui mcme. Je lui attiretois les derniers
malheun , je ^ui cauferois peut-être la mort j ce
(eroit payer d'une étrange ingratitude les fènti-
mens qu'il m'a témoignez depuis les premiers
momens de ma difgrace. Inès la confîrmoit dani
cette penfée ^ elle lui reprefciKoit avec quel plai-
fîr la Reine embrafTeroic un prétexte de fe défai*
re d'Abdhamarj, qu'elle croyoit mcme que ce
n'étoit que par un mauvais Ërprit & des motifs
die politique qu^elle ctpit entrée dans ce qui re-
gardoit la pamoa naillànte de ce jeune Prince^
quMle ne s'y oppoCoir que peur lui donner lieu
de manquer au refpeâ qu'il iQi devoit , &pour
faire fuivre cette faute d'une prompte punition j
qu'autrement jl ne fer,ojt pas naturel qu'une Rci-
> lie s'intere{I,ât fi fort dans une cliofe aufÏÏ médio-
cre à Ton égard que l'eft une -efclave. Leonide
goûtoit tout ce que Iiies lui difoît , elleytrou-
voit heaiicQup de vrai-femblance , & la crainte
de caufer dé plus graKs defordres en avcrtiflàot
de cei^x.qui pouvoîent arriver, l'obligea dtft
taire , Ôc d'attendre *du Ciel le fecoùrs dont elle
àvoLt.bç/bin. Pour Inès elle avoit déjà écrit les
)riftes cifponftances de fa fortune à fon cher Doa
Kamfre A de elle attendoit très- impatiemment
de fes nouvelles , & le plaidr de le revoir*
Abelhamar tout rempli de rage étoit forti du
Palais^ & s'étanr retiré dans le (len , ils'enferma
avec fon fidèle Muça. Celle de m(^ flatter , lut
(fît- il , ne^me fais plus rien efp^rer de ma fou-
j^niflîon aupfés de la Reine & de Feliciê. Ce qui
Vient de m'arriyèr ne m'inf!ruit queiropdece
que j'ay lieu de me promettre de ces deux cruel-
les perfonnes: Je me promenois dans le jardin
du Palais , lors qoç j'^û vu vcair CcUiqc fiûvie
it
DB Bourbon^- 357
de Ces femmes , 6c de Tes Efcldves. Une profonde
mélancolie nv*atant jufqu'à l'ufâge de la raifon,
\e (uis pncré dans la grotte qui régne fous la
terrafTe , afin d'éviter de faire ma cour dans un
4ems où je ne me conaoiflbis pas moi-mjéme.
La Suîtane appuyée fur Feiicic s*e(lmife dans
un endroit d'où je pouvois entendre fans peine
tout ce qu'elle difôit. Non Muça,ie ne puis t'ex-
primer raverfion implacable qu'elle a pour mot»
av^quej mépris elle me parle. Tes ordres réitérez
qu'^elte a donnez à cette, belle fille de me fuir,
ic de me haïr , & de quelle manière l'ingrate a
goûté un commandement Ç oppofé à mon re«
pos ^ à la reconnoiffance qu'elle me doit. Elle a
promis- à Celime plus qu'elle ne lui demandait.
fCeue promeiTe n'eft pas demeurée long-tems
fans avoir fon effet. AufTitôt que la Reine a été
retirée ,-& que j'ai pu parler à cette jeune Efcla*
ye , elle m'a confirmé avec la dernière rigueur
tout Ce que .j'iavois d'cja entendu. Elle m'a di<;
^ qu'elle aimoit en Efpagae » que rien au mondç
ne la feroit changer ; en un mot , je connois bien
que je ne puis trop tôt écouter les propof^ions
du Roi de Tetuan -^ Ce Prince reffent vivement
le refus que Celime lui a fait de fa main , il l'a
aimée , il Taii^
, il a jette les yeux
feins. Avant qu(
je p«nfois qqe la Reine me pdurroit choifîr pour
fon époux , mais je connois à prefent l'erreur de
cette idée , elle me haït , & fans doute elle s'op.
pofera toujours à ma félicité de quelque côté
que je la cherche.
S*il m'çft permis, Seigneur, de vous confeillèr,
répliqua Muçà , je ferois d'avis avant que d<
vous mettre daas les imercts du Roi de Tetuan
zjS. H is T. î> n Ie A w
que vous parlafliez à Celime pour cflayer de la/
faire prendre de^difpofitions plus favorables.
Peut-être que vous Tengagerez'a réfléchit fur la
conduite qu'elle tient avec vous , & que pour fa
piopre confervation elle ne voudra pas vous
poufTer à bout 5 je confens à ^ire cette démarche
reprit le Prince quelque délicate qu'elle (bit : mais
l'appréhende bien qu'elle né'Cominence par s'af-
furer de ma perfonnf . Ainfi Mu^a préparons
iious à tout éfenement , & fi elle me fait arrêter»,
va à Tunis , parle à Ifmâ'cl , aprens lui le nom-
bre d^ami^ que j'ai dans cette Cour, concerte
avec eux & avec lui pour ma liberté . pour mort
imour; 5cpourmavangeance.
' Il étoit fi tard lorfque le Prince finit cette
tonverfation qu'il ne pût aller au lever de laRei-
he , Ce comme on ne la^ voioît qu'à de certaines
heures , il eut le tems d'aprendre que Felicie
^toit trés-matade avant que d'avoir entretenu
Celime. Cette nouvelle l'inquiéta fi fort que ne
Songeant plus à toutes les chofes qo'U avoit pro- •
(ettées , il ne ir'occupa qu'a chercher lesmoieos
ce vdir celle qu'il aimoit. C'étoit une choTe trés-
difficile. Mais ces difficulté? générales augmen-
toienr particulièrement pour ce Prince à caufe
que la Reine lui étoirabfolumeftt contraire. Il
h'ofoit même fe promettre de gagner la maîtref-
fé des cfclaves. CVtoit une vieille feinmetpute
dévouée aux volontez de la Sultane , êc hm
beaucoup d'addreflé il ae pouvoi't efperer nn
heureux (uccez dans fbn entreprife. Maisdequoi
Tamour h'eft.il point capable î & quelles &nt
les chofes dont il ne vient pas à bout.
Le Prince étoit jeune » oeau & bien fait. Il it-
ffolut de fe traveftir en fille , de fe £iire amener
cïmz la Reine par un Capitaine de vaiflcau qui hi
<toit
DE Bourbon. ■ * 2^9
^tolt dévoué , Ôc jcomme il parloic trcs-bien la
langue Efpagnolle , il voulut paflerpour être de
cette Nation. Il communiqua fon /ecret à Muçs
qui n*omit rien pour le détourner d'un déguife-
ment qui.pouvcht lui devenir (î funefte. Toutes
l'es rarifohs qu'il lui allégua ne prévalurent point
(ur celles que Ton atnoùr lui fournit. Il fe hâta
donc de faire appeller fou Médecin $ il comman-
da de dire par tout qu'il avoit une fièvre très*
daneereufe , & qu'il étoit à propos qu'il ne vit
perfonne. Ce Isniit s'étant fépandu_cbez la Rei<*
ne , le Capitaine de vaiflèaa fur lequel il avoit
fctté le» jeux , ne manqua pas de le conduire ait
Palais avec plûfleuts efdaves qu'il ayoit prifes
dcpif?rpttf.
LaKeitiechotilt le nincé. Elle lut parla queU
que tttùr , 5b bien que ce^te conversation duc
l'embafrafKr beaucoup , U s^'ea tira avtic tant d'a«
dre A , qu'elle né foupçoiuia rien de Ton dcgui«
femeiit. là riiaitrefle dés efclâves lui demanda
tm hom% \f réptfttêh qu'il s'i*p\Élloît Eugen^a,
tt qiYë là CàmiU A'oir (on pàïn. La Reîtie «•
qti'il fàH^ ctnidutté Èugènia auprès de Feiicie,
qu'elles iVconno>2troient penê-ètre » êè que Ton
étott toûjoiiTS biefi^afife dt voir des petfonnefl
defa'iPâtrfe.
AinfiUtHMe Ait ^tiiei^é' dans U cbanibre dtf
Leotiide qtH étoit au lit avec une ardente fièvre.
K cette vue iM^dbamar deinfeura fi èmeu êc û ,
interdit qti'iF feHibloit û\ie fèA ivAt cherclioit à
le quitter pour s'unir à la Màiti^eiTe. Maiscom^
fflé îitùtiidt Ce intir qui n^Pabandbtlnoit point
comprirent quéc^tte nouVelte efclave s'affligeotc
de fon mauvais ftûri^t, tWésht furent point fur*
prifes dti ti'otibl^ oii élk pardi flbit, 5c elles elTaie*
reat pat Uur^tiat^escPadoucir la ligueur de fa
C0R-
2€o Hist«deJeai9
coDditiôfi s Eugeiûa s'ctoit placce proche da lit '
. de Lconide. £ne tenott fc s mains dans les flen-
aes , & quelquefois elle les baifoit avec dt&
tran (ports qui auroienc pu devenir rafpeâs à cet-
te bclie fille 4 fi elle avoit cpé en ctat d'y £iire.re-
flexion. Mais (on mal & Tes déplaifirs ravoîeat
& fort abattue qu'elle. ne penfoit point à une
chofe Cl ^loigT^ée dts apparences.
L'amoureux Ffinc» ne quittoit point fa chère
Felicie. Plus il la voioit plus fes chaînes deve-
noient fortes $ & il n'étoit pas en état de fe re-
foudre de fortir du Palais dans un tems où il
goÀtoit de fi grands plaifirs Supr^s d'eilej il avoit
de l'efprtt, de la douceur, de la complaif^nce^
êc de r enjouement , ainfi il ne lui auroit^pas cté
difficile de fe fgire aimer de toutes les belles ef-
etaves de la Reii^ > s'il avoit voulu fe contrain-
dre un peu pour leur plaire. Mais il n'avoit de»
yeux.^ des foins que. pour Felicie , & il étoit
mêm^jaloux de celles qui VaprodiQiept.
EUecontribuoitpar{esinnocente»careflèsale ,
reienir auprès d'elle* $on^humetnr lui étoit fi
agtéable qu« p«adant tout le cours de £à maladi e^
elle demanda, en grâce qu'Eugeniane la quittât
point . vous avez un chyme fecret dans vôtre
converfation , lui difoit-ell.e quelquefois , qui
me toocher /5(iqvû me dc|ime plus de plaifîr quand
vous étfBS avec mpi;q^fior3 que les autres y font.
C'efit l'effet :dfr matend^^Çe ponr vous , belle
• Felicie, qui vousjnfpjre des movenaens de Cm-
pathie pour moi > répondit Tampureux Prince,,
en effet que ne devfois- je pointm-'^en promettre
fi vous fçaviez m'aimer autant que je vous aimej
piais CQmi^uoip»il3jpui^.j.c vo^ Ift^i^c ûn$ vous
dépljiire j il m4e ivo^ble. que vouS; êtes infeniible.
9 tout ce que l'on peut telTeatir fOut vous ; He-
' ^ ' Ut
J
î> 'E^ B O à R B ». ' l5t
«
las ! (fat le ferois heuFeafc , ma cbert Easenia-,
s'écria cnft<tnjent<L<|Otti<ie» fi j'^tois- celle que
vous me reprefeareâSi Vous.connoiflèz peu le
caraé^ere de mon cceur. 41 me fait plusitoufirlr
que ma miferable captivité. £h quoi 4 ma chère
Felicte .continua la fciinte Bogenia , feroit^ii
po(Cble qae*inVtaM donnée 'à vous- fans refervf
veas«vouUi(fiez mrccachvr vus feotitnen». £t^
vôtre -ciisUr «ft touché ^ ne trouverez- vous point
quelque plaifir 1' m^ea faire confidence ^Quc
vous dirai-je y.Eu^enia> reprit Leonide » d'un
air lafligaifiant , je vous avouetai ùa englue-
ment qui m'afflige 6c quimeconfole , qui^ait
ma fOie ûc ma. Couleur , qui nourrit mes ^pc<-
rances Se qui Us d^rutt , qui fiiûcient moncoiu
Tage A: qui l'abar. A ces mots le JPrince affligé
attacha Tes yeux fur ceux de Lsonîde / ôc tfroi-
iatit les- bras' il demeura en cette poftote comme
une perfonne immobile , - pâle » tremblant , fans
•pouvoir prononcer nne parole » Bc bien,qu'il n'y
•eut-rien de nouveau dans ce qu'il entencbit,puiu
que Leonide lai avoit déclaré ùs f entimens dans
le Jardin du Palais > il en fut auffl pénétré que
Vil n'y avoit pas ajouté fol, & enfin û fit un ef-
fort mr lai-même pour lui dire d'une voix mal
a^iculée , je devois bien penfer qu'une fille auf-
û parfaite que vous étoit adorée , & cependant
Felicie , je me fiattois que vous aviez confervé
îttfqu'à prefent vôtre liberté , je croiois qu'au-
cun mortel n'avoit eu encore le privilège de tou-
cher votre cœur $ cette opinion flattoit agréa-
blement ma delicatefle » quoi que nous foions
d'un même fexe ^ je.ttouvois un Tu jet de jiMe &
de vanité à faire des progrez dans une ame ex-
empte de cette paifion qui trouUe nôtre repos.
Ccft ce qui m'avQîc incite un attjicbem'ent R
vio*
%6z H*4 $r. 9t, f E. A: n
vioUnt pour : vous ^ maU îeyoisbita > Wtliclt,
que (l ydasay^zcie;${itrfAâ;ipii«:piii5^é0irnenui
3ue les autres , youa ave? auffi quelq^es-UDes
es fotbkflès que L-oa nous repiochc : ba i qut
^ousoiC'fattes de home À.de dépit, s'i^criaLeo-
nide eà fe cachant k vifag;é dUine. partie de foa
drap , fe peaGsis.ea vous diScUraiit mp^ ftaet
iixe ptkiote âeconfolés >.ypii9jn:a<<:abUz , En-
^enta , & votre (êvterite i»e 3i!»l0imerla/craiBce
^ de Tclo^aeiiient, pour vaul JUBJnalheureux
JBriace fe îettal^ enou^cipcoehefd^ (ba lit , il prit
fa Biaui , il la bai(a » M^ tno{iiila de tfes krmes,
il ne pQuyok plus parlcc'&fesrfo.&pirsaui^ieat
fttffiipour :1e &ire :f«coaooitce » fi l'iûpiiiiOD où
^oit Leonideique c'.ctQit: Biiie fille ,->Q^.e«ît dé-
troit dans fou efprit les Iccnoi^iU^s fii'il loi
«4oiinûcit4eia pamoa.
Inès entra icomnie es itmittA eneet étal gar-
dât un profond fileace » & dans un ACcaUemeoc
•difficileit repçe rester. .Qa?aves vous, leurdit^el-
le i . Vous me pae oifltzlxtenftrifte } ifi«4ee.aiiifi ^
Eisgeoiaque vaus div«cf rfiiès:oÈotre checeinala-
tie. Voosi'avez- fànsdoutte entretenue de<cia4-
que ehofe iqui^rsppelLe fes malhetxs àcroft fou-
Vienir.>Je n'av zten rapellé.aufoii!««nirdeFelicie«
interrompit le Prmce d'un ton iœpatleat^.quiae
iuy aytfàit du plaifir ^ &ne me cqprocfaez point
ma mélancolie quand }e mérite tout votce pitié*
Je la mérite bien auât,a)OÛtaLe0nide 3 ké]» la-
nés, la fevere Engenia me reprochoitcmorfenti*
ose ns pour un Cavalier Jqui pourroit la rend le ma
rivalle, fi elle' le connoifioit comme iboî. Je faif
lïien ctftatne du contrai re repri t là Êiufiè )£uge-
nia » }t feas une averfion invincible. pCMif cet in-
.jconnu, il nous dérobe votre cœur, c!eft une per-
fidie qui ne fe pardcw^e pas^ quand on cbccoit t
r *. ù
1
Te fîchefi lui die Leonide d'uaairttapcupi-
quant , il n'eft point impoflibl« d'xa trouver. Ce
n'eft pas que G. vous vouliez examiner le peu de
rapport qui Te trouve entre les mouvemens que
Von reflent pour un homme dont on foiihaitte de
faire Ton époux , & ceux jqui conviennent à une -
amie «vous tomberiez d'accord qaieles uns aefoitt
point de toct aux autces. Pardonnez moi Mada-
mez-pardonnez moi,.e'écnale jeune Brince^lorC.
(pk Ton a une grande paflion dans le ceeur , Toa
ntCt plus capable que de cette paffion ; Tonbanit
Tamitié , & & Ton {ouffire de« amis ëc des confi-
dentes elles ne tiennent plus lieu, que d'un fimple
araufement) un amant ravit toute nôtre rendre()>
fe. £t vous croyez dont Eugcnia» incerompit
Leonide. que je nevousaime point. Je ne fçay
ce qne je croy, répliqua le1?rinc/e afflige. Tout
ce que je fçay c'eft que je fuis au defefpoir. Il prie
la main dé Leonide en achevant ces mots . ^ il
demeura longtems à genoux proche de fon Ut
fans parler » ôc fans que fa maitrelTe ni Inès in-
* terompiflènt ce profond Clence, £lles.étoient Tiw
ne âc l'autre eiÎTevelies dans leurs pen(2es, lora
^u'Olimpie vint les trouver.
Il s'eft répandu un bruit dans le Palais^ dit-elle
à Leonide, dont la Sultane Reine paroît allar^
mée , on tient que le Prince Abelhamar a feint
d'être malade,0e qu'il eft party fecrettement pour
féconder Ifmaël Roi de Tunis d^ns le dcilèin qu'il
a de faire la euerce à Celime. Elle a ordonné que
maleré les difScuUez que fait fon médecin de lie
laiUer voir, on lui parle de fa part, &e'il eft poC-
fible.de juger de ièntimens de la Reine par (on
inqui^ude, elle a de grandes aprehetifions^ies
fuittes que peut avoir cet éloignement.Les moi^-
v^nuiie 4e la Rtioe .fckmucos font aiiiOI diffe*
!fe^4 Ht ST. bfi I&À N
rents aue nous intérêts, lui dit Leonideyclle s*aP-
liige du départ du Prince, 8c pûar nioi f e vous
avoue que j'en fuis ravie. Abemamar qui n'avoit
j>oiitt interrompu le difcours d*01impie ne pût
t'-empccber de regarder Leonide. Ce Prince eft
bien infortuné , lui dit- il , pui(que vous fou-
liaittes (on éloignèment avec tant de paflion. Il
me femblc' qu'on lui attribue des lentiments
d*efttm^ & deN«rpeé^ pour \ous qui font oui
payez par ceux que vous avez ponr lui. Q^-
vez vous fait de^cet efprit complatfant que vous
avez apporté parmi nous • ma cbere Eugenia,
ihterompit Leontde , vous me blâmez égale-
ment d'aim«r ôc de ne pas aimer. Il femble que
}'ai« tort de n*étre pas dans d'autres difpofitiont
pour Abelhamfar , 9c ie fuis encore certaine que
il je lui voulois du bien vous m* en voudriez éa
mal. Eflàfez , eflpiyez , Madame, continua Eu-
genia , aimez ce Pri^e pour vous vanger & me
punir de mes caprices , & lailTez moi le foin de
ie détraire auprès de vous. Je vous en épargne- ,
rzj la p^ine , reprit Leonide , je chiîndtois que
vous ne priflliez une humeur moins contredi-
fante que celle où vous êtes aufourd'hui , Ôc que
vous ne laiflafliez dans mon coéùrfe trait fatal
qui Tauroit blelfë. Cette idée frappa fî vivement
Abelhamar qu'il demeura fai fi d'une douce lan-
gueur dont il ne fut point le maitre. Il ne lui ref-
toit que i'ufàge de fes veux, car il ne ponvoit
parler , de c'eft une choie furprenante que Leo-
nide , Inès , ni Olimpie nt demelaflent point
des regards n pa(fîonnés d'avec ceux qui con-
tenaient à Eugenia. Mais fon déguifement fup-
plebit (i bien aux chofes qui auroient pu le dé-
couvrir , qu'il ne faut pas s'étonner de l'erreur
^ans laqueule toutes ces belles efdaves éroient.
' Que
I
D B Bourbon. 2^5*
•^le fervoic cependant au jeune Prince d'être
ainfi travefty dans le Palafs. Il voioit Leonide ^
il découvroit chaque iouren elle un mérite ex- .
traordinaire, ôç dc$ beautez raviflàntes qui ache-
v6iem de le perdre. Lorsqu'il faifoit reflexion
aux fencimens qu'elle avoix pour lui » il Te trou-
voit au defefpoir. Il n'avoir pas feulement une .
yioleatt paflîon , il avoir une paffion délicate
qui n'auroit pas été contente de la podeHion de
1/^onide Caasayoir celle de fon cœur. Ilyouloic
être aime. Il connoifToit qu'il ne Tétoit point,
ôç cette connoiflance le jettoit quelquefois dans
une douleur d*où il ne pouvoitrevenir^ D'ail-
leurs la Keine informée de la feinte maladie j de
rabfence & d'une partie des deffeins du Prince
avoit fait «rrctertous les OfEciers qui le 1er.
voient, Ôc qui pouvoicnt lui donner quelque lu-
mière de cette affaire. Elle faifoit des levées de
foldats j elle aflèmbloit des trouppes,& l 'on fai-
foit par fon ordre une garde exaâe au château;
l'on travailloit aux fortifications de la Ville,
elle écrivoit à fa alliez ; elle prénoit les derniè-
res précautions pour fe garantir d'un ennemj
qu'êÛc xroioit déjà avec le Roi de Tunis , bien
qu'il fut fouvent dans (à chambre , qu'il coucliât
Î quelquefois au pied de fon lit , & qu'il mît toute
a félicité à demeurer enfermé dans l'enceinte de
fon Palais. Cependant le péril où il étoit expofé
ne l'alarmoit point , il ctoit (I occupé de fon
amour qu'il ne le pouvait être de fa confervàtion,
& (à bonne fortune jufqu'à lors l'avoitgaranty
d'étrà reconnu.
Si la maladie de Leoni^ie fut violente , elle ne
fut pas de durée j fa grande jeunefTe & la bonté
de fon tempérament la mirent bientôt en état de
U lever, & d'aller Quelquefois prendre Tair dans
M U'
HïST. BB JeAII
dins du Palais. Les préparatifs de la guerre
oient (î fort toute la Cour, que Ton avoir
1 de TÎ'gilance qu* à l'ordinaire furies e(cla«
linfi elles fe trou voient dans^a liberté d'aï-
lelquefoiSj vers nne grande baluftr^de de
se doré qui tenninoit le jardin du c&té de
r. : ■
mide , Otimpie , lues & Eugenîa étant al-
infemble à la promenade elles tournèrent
las vers cet endroit qui étoit un des plut
)les que l'on pût voir. Mais le tems s'étant
é il (e leva tout d'un coup un vent horrible
les éclats de tonnere , Ôc de (i.groife grêle»
l'ayant pu revenir au Palais , elles entre-
ans un cabinet dont les vues donnoient for
*■
mide s'approcha de la fenêtre avec Inès,
yroit déjà longtems qu'eUe regardoic (es va-
rricéès oui ve noient fe brifer contre les ro-
, ^ qui raifoient un bruit terrible lorfqu'el-
^perçurent un vàiiïeau prêt à périr. Il fem-
|u'il fut devenu le jouet de la fortune &dcs
, Il étoit dcmâtej tous le"^ cordages » les
ôc les antenes étoient rompues , &Vétoit
ït point un objet digne de compaiOoli. Ces
filles s'intereffoient charitablement pour le
les perfonnes qu'elles voioient fi expofèes.
^aifoient des vœux en leur faveur quand un
illon de vent jetta le navire contre la côte
acheva de fe brifer. Elles virent que lésons
it engloutis dans les flots , qiie les autres
lient Ôc que plufieurs cherchoi enta fe fan-
ée quelqiiesplanchesfur lefquelles ilsfefoû-
!nt. C'ctoit un fpeélacle bien trifte & bien
e. Il s'élevoit proche 4e là un rocheir qui
içoit dans la mit , Cç dont b pente anez
4iouce
B BOU R BON* 267
douce 5c les pointes heri({ces dont il étoit cou-
vert donnoient lieu de s'y pouvoir attacher.
Quelques-uns de ceux qui venoient de faire nau-
frage, efiàyerenc d'y arriver '.mais il n'y en eue
qu'un aflez heureux pour y parvenir.
La tempête étant àppaifce» des pécheurs qui
avoient vu périr le vaifleau en^trerent dans leur
barque » & ramèrent du côté du rocher. Ils y
trouvèrent celui dont je viens de parler qui n'a-
vôic pu monter jufqu'au haut. Il étoit tombé
évaaoay & demi mort de la fatigue & du froid
qu'il venoit de fouffrir dans la Mer. Ces bonnes
gens l'aporterent au bord du rivage , allumèrent
du feu & lut donnèrent tout le (ecours dont ils
ctoicnt capables.
'Ces chofe^ fe paflbient fi proche de la Baluf-
trUde du Jardin que ces belles efclaves pouvoienc
voir aifément en quel éc at étoit cet étranger.
Mais quel fut le trouble de tepnide & d'Olim^
pic lorfqu' elles le reconnurent pour le Comte
de la Vagne. Leur fatisfaélion auroit édatté
fans la crainte qu'elles eurent en même tems
qu'il ne fut mon.C'eft luy même s'écrioit Olim-
pie^dans ces premiefs tranrportsjc^efl luy je n'en
fçaarois douter. Leonide de Ton côté ferroit les
mains d'Innés, Ce d'Eugeniâ, & ne pouvant fe
contenir dans fa içoderation ordinaire, ô Bien !
leur difoit-elle , mes chères corn pjg nés , voilà
celui dont l'abCence caufoit tous mes dcplai-
firs i tel que je l'ai trouvé la première fois dans
la foret de Carmona où des voleurs l'avoient
attaqué , l'image de la mort étoit peinte fur foa
vifage ^ mais helas ! j'étois alors dans le pouvoir
de le fecourirmoi même'& jene le vois à pre-
fent que de loin fims avoir la liberté d'aller à
lui,
M z Pen<«
^€t (ÏIS T. DE Jsjklf
Pendant qo*elle parlote arafî*à Inès , & «■
Prince, Olimpie les avoir quittées ; êc comme
«lie n'ctoit plus traitée en efdave depuis que la
Keine 4'aFoit connue pour «rre la fitte de Bran-
caleon d'Oria , elle courut à la porte qui rcpoa-
doit du côte de la Mef , elle fêla fit ouvrir {km
difficulté 3 ainiTelle ne tarda qu'un moment à
le rendre prés de (on cher Comte. Lorlque Léo*
nide apperçut Tes foins êc Tes empreflemens pour
fe retirer du terrible état ou il ctoit , elle ne Cça-
voit qu'en penfer. £tle partagea touteibn attcB*
tioa entre Ton Amant & Olimpie. Jeo'igiiorB
pas , difoit-clle , qa'iU (ont l'unie raotre de
Ocpes , & qu'ils peuvent ctre amis , & pett-
£tre parens. Mais il me (emble que(bnaaiî-
tié cftbien fone , puifqu'elie pleure autant qsc
moi , 2c qu'«lLe rcibbFaflè d'une manière fi
tendre.
Pendant qu'elle faifoit ces reËexlons , te Prîa«
ce Abeihamar ctoit fi tranfporté de îakmfie êc
de rage , qu'il (e faifoit la dernière violence pour
ie contenir auprès d'elle (ans fe faire connoitrc,
&fans aller enfuirte dônnerlamortà fon'Wr
doutable rival. Inès /toit aufli dans une coafir.
iion de penfées qui reropechoientdepouvor
parler à Leonide. Plus elle ob(è'rvoit Ol iui fl e »
plus elle luy trouvoit le caraâere d'une amante
paflîonnée . plus elle examinoit le bonheur dcmt
elle îouifibit auprès du Comte delà Vagae , êc
plus eHe foupiroit après fon fidd Don Ranûrc '
Enfin il auroit été difficile de ti«aver des peifiw-
nes plus inquiètes.
Mais qu« pen(a & que reflèotit la bdle Lco-
AÎde , lorfqu'elle vit que le Comte de la Vagoe
revenu de ion évanoiiiflèment paroifloit dn*
des craii(poru de joje incxprioiablcs , qu'il bai«
-v» ■
DE BoUilKOlfr 2'î'9
A>it l^s mainâ d'Olitnpîe /.qu'il ne pouvoit arr»-
chtr Us yeujî de delTus les fiens, & qu*il rembloit
pas^ leurs regards & par leur» manières que le
Ciel le» eût fait naître i*un pour l'autre. Suis- je
trahie > c'écria-t^elUdouloureufement , ce qui
f e pâfiè eft.il poflible ! le Comte de la Vagnc^
efk ii amoureux d*Olimpie. N'en doutez point
dit Abetbantar qui étoit ravi de confirmer Tes*
faapjçons naiflàns. Si vous avez crû être aimée,
vous n'avez pas bien connu le cœur de ce traître,
fans doute i| aime Olimpie , tous ces avions le
difeot^Jugez mieux Eugenia d'un honncte hom^
me i interrompit Inès , il a peut être des raifoos
jyarttciiliere» d'en ufer comme il fait, & qui nous
ar dit; que la padîon du Prince Abelhamar pour
Felicie n'a point fait de bruit dans le monde.
Le Con»te vient fans doute pour la racheter. S'it
fçait qu'il a un rival (î dangereux dans cette
Cour , il aura trouve à propos d'y cacher (es ve-
ritaUes fentimene , pour n'être point traverÇi
. dans Tes mefures $ Que vous cheriflez l'erreur;
s*écria 11* feinte Eugenia , qui était au defefpoir
de l'entendre parler aind , ne vous fouveness
vous plus Inès* que l'on croit Abelh^^mar avec le
Roi de Tunis , èc qu'ainfi il n'y a aucuns égards .
à garder avec lui. Maille Comte l'ignore , in-
terrompit Leonide , & pour moi je trouve qu^I-
nes a deviné ce qui fe paiTe dans fon cœur, que
nous fomiqes foibles quand nous aimons , dit le
Prince d'un air de dépit ; nous démentons nos
yeux & nous ajoutons foi à la première excufe
que l'on nous donne ; en vérité Eugenia , ajou-
ta Felicie , vous êtes bien accoutumée à montrer
les cfsofes de leur plus méchant côté > que vous
ai- je fait pour chercher de gayetc de cœur à
m'aâligcr, Lç Priacc qui s'apperçût qu'elle étoic
, M 3 £U
^fci HtsT. dbIeah
fâchée né lui parla plus, & méditant <fans ïon
coeur Us moyens de fe défaire d'un rival fi. dan-
gereux il s'occupa tout entier decesfunctes pea-
lees.
Cependant Olimpie envoya dire à la Snltade
que le Comte de la Vagne étoit arrive $ ta lui de-
mander la permilHon pour lui de venir lui baif^r
la main. Cette Reine accablée de chagrin & tou-
te occupée de la révolte d' Abelhamar refolut de
ne point voir un étranger fi heureiix dans (a paf-
i^n , qui devoir bien-tôt partir , & qui pourroît
parler dans le monde de Tabatement OÙ (es ca«
nuis l'avoient jettée.
Elle envoya dire à Olimpie de l'amener au Vt*
lais, qa'il logeroit dans un des Pavillons le plas
reculé , jufques à fon départ , 5c qu'elle avpit
déjà donné ordre qu'on le traitât avec toute la
diftinélion qui étoit deuë à fa naiilànce & à fen
mérite. Elle ajouta qu'elle avoit tant d'affaire»,
qu'elle Taùroit vu dans un autre tems^maîs qu'elle
ne pouvoir fe difpenfer de s'y donner toat entier.
Elle commanda que Ton donnât au Comte des
habits, ceux qu'il avoit fur lui ne pouvant ,qu* être
fort moiiillez. Ainfi plufieurs efclaves le vinreAC
trouver portant des veftes , des manteaux , 6t%
fimeteres , & dés turbans , afin qu'il eu ehoifît.
On le fit palTerpar cette porte qui étoit proche
du Cabinet où Leonide avoit vu la tempête , &
il y entra pendant qu' Olimpie fiit chez la Reine
pour la remercier.
Leonide , Inès , 6c Eugenia fe promenoient
dans l'allée qui donnoit fiir la Mer , lorsque le
Comte fut proche d'elles. Leonide fe fefitit fi
émûë que (ans Inès qui la foûtenoit d'on coté
& le Prince de l'autre , elle feroit tombée de ton-
te fa hauteur. Mais le Comte qui n'avoit point
^ » B 6 o q K B o iT. 271
lie raifons preciTes pour obferver des mouyemen»
<|ai lui étoient fî favorables paiTa fans s'arrêter. Il
leur fît feulement une profonde révérence Càn*
témoigner aucune attention particulière , & if
ne marqma ni joye ni chagrin d'avoir rencontré
Leonide.
Quand il fnt atTez éloigné pour ne Ta pouvoir
entendre. O Ciel ts'ccria.t-eUe , eft il poffibte
que l'on fe poiTede aupoint qu'il le fait ; quoi
rémotion de Ton vifage ne découvre p^^ le fecret
de Ton cœur^il me regarde comm^ s'il ne m'avoic
jamais viie; Inès, que fîgnifîe cette froideur |
que font devenus ces tranfports $ que puis- je
croire de fa paillon : quelle eft toujours violente
répliqua Inès, & il fufiit qu'il foie venu voue
chercher jufqu'tci pour vous convaincre de fa fi-
délité. Inès TOUS trompe en voulant vous fou-
lager » reprit le Prince , ^'ai vu quelques perfon-
nés qui.s'ialmoient , & je vous allure qu!encore
Su'elles fufTent obligées de s'obferver faiH cette
evant des faloux redoutables , leur amour na
laifTeroic pas de parokre dans leurs yeux & daiMi
leurs aérions. Hé ! quoi , continua-t^îl , s'adref*
(à'nt à Inès , vous penfez que le Comte de la
Vagne a été ravi de revoir Felicie , lui qui Ta re-
gardée fans rougir, (ans pâlir^fans foupircr, fan»
chercher dans Ces yeux ce qu'elle reffent pour lui..
Non.» non, il eft moins touché que vous ne I«
dépeignez, & fl vous en parlez autrement, c'eft
pour flatter le chagrin de nôtre amie. Laîflèai
moi en repos cruelle, s'écria Leônide $ ne fuis-je
pas déjà af&smalheureufe fans que vous me defo-
lîez par tout ce que vous me dites. Vousvoulea
iàns doute ma mort. Le Ciel m'en eft témoin,
répondit l'amoureux Prince , en foupirant , Se
TOiii jugeriez plus favorablement clc mes in«
M 4. tcn^
t^Z HiST, DE IbAN
untîons û eUes vous étoient bien connues,
Leonide craignant que Ton ne s'apperçût au
Palais'^qu'il y avoit déjà quelques heures qu'elle
en éroit fortie , retourna dans fa chambre « 5c
elle y fut à peine qu'elle écrivit au Comte de la
Yagne en ces termes.
Enfin mes malheurs vont cejfer s vous êtes iti,
Seigneur , ^ vouf faites four vôtre ehere leli^
€i^ y^tout ce que l* amour ^lagenerefitê deman^
dent d'un f^fait Amant. I>e quelle manière
fuis* je voui exprimer ma joie, ma reconnoif-'
fance e$* ma tendre ffe ^ (^ quand aurai-fè la /f-
ierté de vota en parler, Helas t que j' ai prie for
moi-même de ne vont rien^ dire iorjqueje vous
0* vu fi proche de moi. Mais comment avex^
' vous pu vous en éloigner avec tant de promfti"
tude , j*en ai beaucoup fouffert , df* vous le di-
rai'je , Seigneur , fat été fur le point de fèsep^
fonnet votre fidélité \ j'ai cru^qme vous avieti
gardé tous vos'tranjports pour Olimpie ^ j* en su
eu de la peine , mais cefi un effet de ma delicU"
teffe qui fe condamne , faites quejeffucbe bien*
' têt la conduite que je dois tenir , ne négligez»
rien pour notre départ, J^e^ere que la fortune
va fe mettre dans nos intérêts, Pourroit-eBe être
eontraire à deux cœurs fi parfaitement unis,
La difficulté de faire rendre ce billet a'étoît
as médiocre. Leonide le montra à Inès » & el-
e la conjura de chercher quelques moiens pour
qu'il fut promptement donné. Je n'en fçai point
d'autre , lui dit Incs , que de le porter moi-mê-
me. Vous-même , s'écria Leonide , comment
l'oferez-vous ? Je feindrai , reprit-elle , de cher-
cher quelques-unes de mts compagnes ; Je jn*a-
pro-
f,
DE BOUK B O M« 2^75
procher^i du Pavillon où le Comte eftlo^é , Ce
U je le VOIS je lui ferai entendre qiie j'ai quel-
que chofe à lui dire. Leottide reifentit vivement
le pUiiîr qu'elle vouloit bien lui faire en cette
occafîon , Se elle la preilk d'y ailer (ur le champ.
Olimpie éroit encore dans l'apartemeAC de U
R.eine. On avoit conduit le Comte dans le (Ten ;.
mais Ton impatience de voir retenir fa maîtreC-
iè l'oblisea de fortir de fa chambre Ôc de fe pro»
mener doucement a» clair de la Lune» Comme-
il révoit au poaheur qui lui avpit fait retrouver
la personne du monde pour laquelle il avoit \c
plus d*attaclument , la jeune Inès couverte de
Con grand menteau blanc Taborda , & lui dit , li-
fez promptement ce billet , Seigneur » il vient
d'une part qui vous doit être bien cEere^ Le
Comte l'ouvrit &' s'étonna de n'en point re-
connoitre l'écriture ^ il le lit plus d'une, fois fans^
y rien comprendre, enfin il lui vint dans l'ef^
prit que c'étoit une plaifanterie qu'Olimpie lut
faifoit. Veiiillez afTurer la belle perfonne qui*
vous envoie ». dit -il à Inès, qutelle recevra par
ma bouche la. réponce que mérite un billet auin
obligeant , Se aufli fpirituel que le iien»..
Comme Inès, fe retiroit elle remarqua une
femme cachée ifbus Ton manteau.^ elle craignit
d'en être reconnue. Elle pa(Ia promptement
dertiere-unc palliSàde qui bordoit la grande al-
lée , Si elle y: fut à peine que Leonide l'arrcta.
Vous m'allez trouver bien impatiente» Fui dit-
elle tout bas , de venir au devant de vous pour-
fçavoir ce que le Comte vous. a. dit^ Mais ce^
n'eft pas aufïi la feule raifon qui m'amène., pé->
tois aux fenêtres de ma chambre pour vous voir
revenir » lorfque j'ai apperç^u une femme quL
tu^cttoit le {arterxç aycf beaucoup de dili^en.-
274 Hîs T. ùk Jbaii
ce , de qui tournoie Tes pas vers lePaViUon o&
l'on a mis le Comte, Je vous l'avoue > ma diè-
te Inès t j*en ai une U grande inquiétude que je
2i*aî fçeu me dépendre de la fuivre prompte*
ment. Il m*a femblc que je reconnoiflois la tail-
le d'Ûlimpie. J'apprenende que ce ne (bit elle.
Vne fecrete inquiétude trouble ma joie. Ha !
raiTurezmqi^ as» chère Inès > que ne craint-on
point lorfque Ton craint de perdre ce que l'on
aime. Jugez mieux du Comte , interrompit
Inès , il a lu vôtre bfllet a^ec beaucoup d'atten-
tion y il l'a loué , 5c il fe referve.le plaifird'y
Tcpondre lui-même. C'en eft aflez , continua.
Leonide . mais avançons fans bruit , peut-être
que nous découvrirons en quel lieu ya cette per-
fonne dont je viens de vous parler. En achevant
ces mots elles marchèrent enfemble fe cachant
derrière la paliflàde , & comme elles entendi-
rent parler dans un cabinet de verdure qui ter-
minoit l'allée , elles s'en approchèrent douce-
ment.
Le Comte de la Vagnd de Dôna Olimpie s'j
étoient affis > Se continuant leur cônverfation,
il ne m'efl; pas poffible > ma chère niaîtreflè . lui
difoit-il , de vous e)rprimer le defefpoir où me
reduifirent^les funeftes nouvelles dï vôtre mort,
êc les circonftances qui Tavoient précédée , elles
étoient fi touchantes pour mo^> 5e j'en étois
en effet fi touché, que la vie me devint odieu-
fe ; je ne formois plus de defirs que pour (brtir
du monde , 5c jamais un amant n'a été dans on
état plus déplorable. Mais aufli dans quel heu-
reux changement de fortune me fiiis- je trouve»
lors que le Joiiaillier , qui vous avoit feçononë
auprès de la Reine « vint m'apprendre qqe cette
aimable Olimpie , à laquée {je dganois tant de
te*
DE B O U R B O Vie ZJJJ
larmes , & qui me coûtoit de (î cuifants regrets»
écoie à Sale difpofce à couronner mes fouSran-
ces par le don de fa foi; Jugez .... Je fuis plus
capable qu'an autre , mon fîdelle Sinnibald ,
dit-elle , en l'interrompant , de comprendre ce
que vous avez^ penfc èc refîènti en deux occa«
fions fî diJBferentes de douleur & de foie . ,car U
(impaibie qu è le Ciel a mis dans nos coeurs , Tu*
nion de nos efprits , & cette tendreffe mutuelle
m'a fait éprouver de mon côté toute! les peinet
que peut caufer l'erreur où nous étions. Et vous
pouvez bien vous imaginer auflî quel futTeic-
cez de ma joie , quand je fçeus tout ce qui vous
regarde , 5c que j'eus lieu d'efperer que je vous
reverrois bien-tôt. Je vous aidcjadit , ajouta^
le Cornte , que vôtre iltuftre Père confent à nô-
tre bonheur, il reçût les propofîtions qu'on lui
fît de ma parc avec des f entimens de tendreffe ft
peu comm'uns que j'en aurois été furpris, 5c que*
je me ferois peut-être défié d'un effet fi peu at-
tendu de ma bonne fortune » fans qu'il n'efl pas
extraordinaire qu'aérés m'avoir tant fait de mal,
elle me faife de grands biens : Oui , continua-
t-il , ma chère OÎimpie, elle m'a deftiné vôtre'
main , &..... comme il parloir' ainfi , ils fu-
rent interrompus par une voix douloureufe,
qui repietant, je me meurs , je me meurs , ne'
laiflà pas lieu de douter qu'une perfonne qui
étoit proche de ce cabinet>ne fe troutat.fort mal,
& quelque fati$fa€fcion qu'Us goutaffent dans
ce moment , ils eurent une égale envie de fecou*
rir celle qui vcnojt de fe plaindre».
Ils regardèrent de tous cotez fans rien* apper-
cevoir, mais ils entendirent *le bruit que f^aifoit
derrière la palaflàde en foutenant Lcûnide qur
TeoQit ds tomber pâmée entre fes bras. Ils al-
M 6 leïçut
À
^7^ HisT. DB Jeah
lerent l'un Ôc l'autre à elle. HaSeigneurHctlreZ'
vous s'^cna lues d'un ton de colère , vôtre pre-
.fence deviendrôit funefte à Felicie. Et de grâce
continua- t-elie , en parlant à Olimpïe , faites
2 u' elle ne vous voye pas nos plus s quelle ayer-
on peut-elle avoir pournous , dirent-ils pref-
que en nKme tems , nous ne la connoiflbns
point,' 5c il feroit bien extraordinaire qu'elle eut
<fe la haine fans en avoir aucun fujet. Ce n*eft
pas ici le ftiomem de vous en parler , reprit Inès
toute en pleurs , mais veuHlez aller au Palais
.pour no^s envoyer du fecours.
Olimpie fans répliquer , quoy qu'elle fût dans
le dernier étonnenient de ce quelle entendoit,
courut chercher Eugenia & quelques Efclayes
pour les avertir de Pétat où étoit Felicie; cepen-
dant le Comte s'ctoit tenu auprès d'elle. Non
<li(ott-il à Inès , je ne .puis m'éloigner que vous
.ne m*aye2 dcbrouillt^ cet Enigme.* C'eft vous
fans doute qui venez de me rendre un billet ou
je n'ay rien compris. Il fembleà vôtre air & à
vos paroUes que j aï tinrit^l'indigoation d^ cet-
te belle perronne>par quel endroh bon I>ieu ! me
ferois- je attiré ce malheur. Il eft impoiSble s'é«
cria Inès de feindre mieux Ôc de cacher avec plus
de/ang froid la plus noire perfidie qu'un homme
puiffe jamais faire à une fîllc de nai(&nce &cle
mérite. Ne vous attendez pas. Seigneur, que je
vous-débrotiille des chofes que vous (avez mieux
que moi. Le Comte de -la Vagne n'auroit p&
Si'empêcher de rire d'une rcponle qui lui conve-
noit n peu, fans que la pitié qu'il refTentoit poor
Leonide i'occupoit tout entier , & la colère dî-
nes lui pnroiiïoit (î violente auili bien que les
indinces qu'elle lui faifoit pour l'obliger^ fe re-
tirer qu'il fut enfin cgptuint de le faire.
• " : îîu-
DE. B O U R B O K. 277
PluCeurs filles arrivèrent dans ce tems-là , £u-
gcnia , ou pour mieux dire , U Prince Abelb*-
mar les deyançoic toutes. Il s'approcha de Leo-
flide qui étoit alors Uns poux 5c fans voix. Il la
prit entre Tes bras, il lui baifa pIuHeurs fois les
mains, il les moiiilla de fes larmes , &s'aban«
donnant à toute fa douleur , il oublia les égards
qu'il devoit à Ton déguifement. Malheureux.
Prince , s'ccrioit-il douloureufement , tu vas
perdre Tunique obje*t de tes voeux $ Felicie , ma
chère Felicie! dans qi\el funefte état êtes vous ré-
duite \ ha ! (1 vous n'en revenez pas , ma vie
qui eft étroitement attachée à la vôtre , va m'a-
bandonner , oui je vous iuivrai , & je mourrai
avec vous. Pendant qu'il parloit ainfi , Inès &
& Tes compagnes jettDient de Teau fur le vifage
de Leonide , & voyant que tous leurs (oins oe
la faifoieât point revenir , elles refolurent de
Tôter d'^un lieu où elle ne pouvoit être que fort
mal , le Prince aida à l'emporter dans fa chambre
& ne pouvant plus la quitter , il diioic dans Tex-
cez de Ton déplaiiîr tout Ton fecret.
La MaitreÏÏe des Efclaves qui n'ctoit pas fi
préoccupée que les autres, remarqua fes paroles»
& l'examinant avec attention, reconnut dans le
vifage d'£ugenia les traits du Prince j £lle courut
rendre compte^ la Reine d'une avanture fi ex-
traordinaire. Jamais furprife n'a été plus grande
que celle où fut la Sultane par des nouvelles fi peu
attendues. Il ctoit trop tard pour aiTembler Ion
Confeil , à moins de vouloir faire foupçoniier
quelque événement fackeux au peuple qui n'é-
toit ciéjaque trop prévenu de tous ceux qui pou-
voient arriver par Tapproche d'Ifma'él Roi de
Tunis ^ainfi elle différa jufqu'au lenienuinà
prendre desrefolutioas contre le Prince.
Il
'%y9 RiST. DB JeaIT
Il ne penfoit gueres aux inalhcurs qui le me-
jiaçoicnr. Il ne tongeoit qa'à l'érat ou fe crou-
voît Leonidc, (c en effet ileft impoflîble d'en
imaginer on plus funefte. A peine eut-el^e re-
couvré Tufage de (a raifoa qu'elle s'a£Bfoea avec
violence delà cruauté que l'on avoir de le rapel-
1er à la vie dans un tems où toutes cfaofcsia lui
rendoient odieufe. Inès appréhenda que la' gran-
'deur de Tes d^plaifirs n'arrachaflent des plaintes
de fa bouche capable de découvrir la fbibleffê de
fon cœur. 'Cela PoUigea^de dire qu'il falloie la
laifler en repos , êc qu*£ugenia & elle ne la quit-
tcroient point. Il étoit même û tard que celles
qui étoient dans fa chambre ne furent point fâ-
chées de fe retirer.
Leonide fe trouvant idans l'entière liberté de
fe plaindre, laifTa couler des larmes qu'elle n'a-
voit pas retenues fans beaucoup de violence.
Voiez, Inès, voiez en moi, s'écrîa-t-elle, la plut
infortunée perfonne du monde . voyez une fille
éloignée de fon pays, mal avec fa famille, Efdave
& trahie par qn homme qui me paroiflbit digne ,
de toute mon eftime, & de toute ma tendreflè j
c'eft lui qui vient ici pour une autre que moi .
c'ed lui qui vient cherche» Olimpie, c'eft cet
amant qu'elle attendoit avec de fi grandes impa-
tiences , & qu'elle a vu avec <ft fi grands trans-
ports de joye $ c'eft le même qui retiré par mes
/oins d*un état périlleux avoit trouvé prés de
moi un aztle contre, fes ennemis. Il me plut
alors, & me plut trop pour mon repos ! il m'en-
gagea par mille promefles de répondre à fes fen-.
timens , il me iuroirune paflîon éternelle, mais
quelle paffîon bon Dieu ! c'en peut il une mieux
feinte 5c plus perfide ! Je rappelle à prefent à
mon fouyenir qu'ilmcfacrifialf pQrtraitdéfon
Oliin*
DE BouRioit. :879
Olimpîe, c'eft ce qai pie laifoic coûjours trouve^
^ans Ton yifage une id^e qui netn'étoicpotnc
inconouë. Je luis à prefent un trifte exemple de
tous 1^ caprices du fort. Elle (c tut long-tems en
cet endroit. Hé quoi ! ai-Je mérité s'écria-t-elle
enfuite d'éprouver dans un âge G tendre tant de
malheur» difFerens; je n'en connoiiTois point hier
de plus terribles que ceux de rabfence 5 ceux que
}c devois connoitre aujourd'hui font bien plus
terribles. >Ses fanglots & Tes fouprrs Tinterrom-
, pircnt plufîeurs fois, pendant qu'elle parloir , ôc
la force àt la douleur l'obligea enfin à garder un
profond filence. Le Prince flacé d'un doux efpoic
prit ce tems pour lui dire»fi vous étiez en état de
foûter le plaifîr de la vengeance , vous feriez
ien tôt fatis&ite, & mon bras feconderoit cou-
rageufement vôtre haine , car enfin il n'efl: plus
en mon pouvoir, «liarmanteTelicie, de vous ca-
cher plus longtems ce que Texcez de mon amour
m'a fait entreprendre pour vous; reconnoifiez à
vos pieds le malheureux Abelhamar travelli en
fille , qui vous cherche , & qui s'attache à vous
dans un Palais où il trouveroit fa mort» Ci la Rei-
ne fçavoit qu'il y fut , comparez les témoigna-
ges de fon amours ceux de l'indigne Rival que
vous lui préférez, 6c demeurez d'accord que vous
^tes la plus injùfte perfonne du monde.
O Ciel ! 6 Ciel ! s'écria Leonide toute eii
pleurs , que me dites-vous } quel nouvcitu coup
de foudre vient m*accabler } vous Seigneur,-
vous en ces lieux ^ Ennemi de la Reine , amant
trop téméraire fOus l'habit d'une Efdave , vous
partagez mon fecret & mes carefles depuis plu-
fieurs jours , fans que mes yeux dèçeus par vô-
tre dégutfement^ vous ayent reconnu. Que de-
viendrai-je beto ! que deyiendcai-le l que pen-
ferai
28o H 1 8 T. DE Jean
fera la Reine } que ne doit-on pas foupçonner it
ma venu ! pourra- c-oi^ croire que (ans mon aveu
TOUS ayez fait une défiiarcbe fi extraordinaire,
ha ! je n'envifage plu» que la mort qni puiflè me
fouiager dans l'abîme de douleur où )t me trou-
ve « Abelhamar étoit û éperdu de voir , 6c d'en-
tendre Leonide qu'il n'avoit ni la force de lui ré-
pondre , ni celle de travailler à fa iuftificatiofli
Jnes pénétrée de «ompailîon pour des objets fi
-capables d'en inTpirer, voulut eflày^r d'esrcufer
.le l'eune Prince. Le profond refpeâqQ'ilaca^
pour vous , Madame , lui dit elle , doit vous ap-
paifer en quelque manier e.PerConne ne fçaura
qu'il eft travefti , l'intérêt de vôtre gloire qui
.doit aparemment lui être auiH cher que fa propre
vie, & le péril inévitable qu'il coureroit fi la
Reine étoie informée de ce qui fe paflè., renga-
gera de^rder un fecret fi important. Que vous
connoifiez peu les hommes, interrompit Léonin
de Jls fe font honneur de tout/& ils n'aiment ja-
mais aflez longtems,pour que rien puiffè demeu-
rer, caché avec eux, hé bien Seigneur ! continuâ-
t-elle, en le regardant, vous avez voulu travailler
à augmenter mes malheurs , je ferois morte avec
l'edimede ceux qui me connoifioient, je mooi-
sai avec leur mépris , 'allez- , allez- déclarer à l'in-
grat Comte de la Vagne , que-pendant qu'il me
quitte pour Olinrpie , jele quitte pour vous , &
que par un dt^guifement criminel j'ai trouvé le
moyen de vous approcher de moi. Connoifiez
mieux Abelhamar , interrompit le Prince , mon
amour eft capable de tout entreprendre,* mais il
cd incapable de manquer aux règles de l'honneur
.flc à ce qu'il vous doit. Je ne me démentirai point
de ce côté- là, vous n'entendrez jamais aucuns
difcours de mapart qqi puiflènt vaus irriter c on-
DE ^Bourbon. 2S1
tre moi . je ne fçauroîs m'empêcher de vous re-
prefenter le tort que vous ayez , de regretter la
perte d'un amant (1 indigne de vos bontez > Sç
fans doute qu'il vous a toujours trompée , car il
eft cJBftain que s'il avoit goûté le plaidr de vous
siîmer,iln'auroit pu ferefoudreà porter d'autres
chaînes. Ha belle Felicie ! continua-t-iî , éprou«
vez , éprouvez fur moi le pouvoir de vos char-
més , Se la durée d'une paffion que vous faites
naître; je fuis dans des circonftances qui me font
cfperer de voir bientôt un changement favorable
dans ma fortune. Je pourrai monter fur le Trône
que mon père a remp^ autrefois } maishè'asl
Felicie que me férviroit d'y être, (i j'y écoisfans
vous. Je vous demande à prefent un facrifîce
que vous me pouvez faire bien aifément ; c'eil
d'oublier un ingrat 5c d'aimer le plus tendre 5c le
plus fîdelle de tous les hommes. Si vous compa-
rez mes fentimensaux (iehs, mon attachement à
Ton di£Fererke,vous rendrez juftice à ma paflîon,
5c vous fortirez du honteux efclavage où vous,
êtes pour devenir la Reine de celle dontvttus
portez les fers. Je ne veux que mourir Seigneur,
s'écria' doulotireufement Leonide , laiflez moi
pleurer 5c me plaindre fans interrompre cette
trifte occupation par de propodtions que je ne
puis accepter. Je ne (uis point en état d'oublier
lë'traltre qui m'a oubliée , je Taime encore mal-
gré -tous les fujets que j'ai de le haïr » 5c H je ne
luccomb^e pas à mes ennuis , H je fuis deftinée à
fupporter quelque tèmsla vie , sM arrive que je
guerifTe un jour de la funefte tendreté qui me
fait fouffrir û cruellement,ha ! ne crOi.ez pas que
je fois capable de m'engager une féconde fois , il
n'eft point d'avantage , il n'ed point de cou-
ronne qui puifle me convaincre de cette necef*
Cit4.
i%z Hist. deIean
Abelhamar rccoutoit avec une douleur încoir-
cevable , il n'avoit pas la force de lui réponSTre,
il la regardoit de la manière 'du monde la plus
touchant^ , ôq Tes foûpirs étoîenjt les feuls inter*
prêtes du trouble & de Taffliétion de Ton cceur.
Leonide n'étoit pas en état de remarquer le de-
fefpoir auquel ce jeune Prince étoit réduit; elle
commença ks plaintes» fes larniesne cefloienc
point de couler : que faites-vous , Madame , lui
dit Inès, eft-il pofHble qu'une perfonne fi bel-
le & fi charmante regrette la perte d'un hom-
me qui affeâié de vous méconnoitre > qui fait
triompher Olimpie à vos yeux , qui va partir
avec elle , qui vous aoandonne & qui paie de
tant d'ingratitude les feirtimens de ho'ncé que
vous avez pour lui. Appeliez votre courage au
fecôurs de vôtre cœur , continna-t-elle $ ou-
bliez , Madame, qui vous oublie, dcm^prifez
qui vous mépriCe. Qu'il eft aifé Inès , reptit tri-
ftement Leonide , de donner des confeils* dans
une occaHôn pareille. Je vous dirois tout ce que
vous me dites , û vous étiez à ma place • & que
{e RiiTe à la vôtre ^ ne vous tombc-t>il dans Tef-
prit que Ton puifle les mettre empratique lorf-
que Ton s*eft engagée de bonne fol \ & que Ton
n'efl: lii coquettje ni légère. L'on fe haït foi-mc-
me , 1-on le defefpere & Ton ne fe guérit pas.
Ah ! cruelle rivale , continua-t- elle , que tu^ne
caufes de douleur :'ah ! perfide amant , ne te
verrat-je point puni à mes yeux de Toutrage
que tu me fais ! Emploie:? mon bras. Madame,
ititerrompit Abrlhamar , je vous l'ai déjà offert.
)t fçaurai vous vanger de ce parjure dés que
vous y confentirez. Moi , moi ! y confentir,
s'écria L'eonide , je confentirois plutôt à ma
mort 3 non , barbare , ne me faites plus des pro-
pofi-
DE Bourbon. 1S3
pofition^ inhumaines : mais , Seigneur , con-
tinua- 1. elle fe remettant un peu de*ce premier
emportement où Ton cœur avoi^ plus de parc
que Ton efprit , je vous conjure de melaiiîèr $
vous n'êtes plus Eugenia pour moi , vous êtes
un jeune Prince que je fouffre au milieu de la
nuit fous un habit de fille. Il y va de mon repos
& de ma gloire , éloignez -vous de moi , fortez
de ce Palais , fongcz au péril inévitable que vous
courrez pour une perfbnne qui ne vous paie que
d'ingratitude. C'cd le Teul malheur que je puiflè
craindre , interrompit Abelhamar en foupirant ^
tous les autres me femblent faciles à furmontei; ^
retirez-vous > Seigneur , ajouta Leonide> it
(ois au defi^rpoir de vous voir encore ici. Le
Prince nt put s'opiniâtrer davantage à refter au*
prés d'elle , il la laiflà après l'avoir afTurée que
toutes fes rigueurs étoient capables de le. faire
beaucoup fouffrir , fans être capable de lui ottr
(a paffion.
Olimpie Doria s'étoit retirée ,. lors que l'on
rapporta Leoiiide dans fa chambre fans pouvoir
parler davantage au Comte de la Vagne $ elle
pafla le'refte de la nuit dans une agitation d' ef-
prit qui troubla extrêmement la joie , que lui
pouvoit<aufer une prefence (i chère. Que figni«
ûe,, difoit-ellc , Tevanottiflement de Felicie 5e
la colère d'Inès \ a-t-on de tels mouvemens pour
une pcrfonne indifférente > .cependant le Com-
te feint de ne les pas connoîh-e •, &^ cette feinte
eft ce qui me parolt le plus criminel dans fa con-
duite ; n'eft- ce point qu'il a aimé Felicie , qu'il
en a été aimé > ^ que fçai-je , s'écrioit-elle.
s'ils ne s'aiment pas encore. Ces trifles penfées
la tourmentèrent cruellement. Le Comtfe n'é«
coit guère moins inquiet de fon côté » il appre*
- v^ . ♦ . hcu-
. -v-'
a84 Hist.de Iban
hendoit qu'OIimpie ne fe laiflât fur prendre aur
apparences , & bien qu'il ne pût abfotumcoc
pénétrer Je^ond d'une intrigue qui lui fembloit
fî enabrouillée , il ne laiflbit pas d'en voir aflèz
' pour craindre les foupçons de (a maîtreflè. Il
1 aimoit û cheremicnt qu'il auroit plutôt choifi
la mort que.de lui déplaire , & il attendoit l'heu-
re de la voir avec miUe impatiences ponr la dcf-
• abufer.
Comme ris avoient une égale envie à fe par-
ier , ils fe levèrent l'un & l'autre fort matin , &
quelque raifon qu'OHmpie crut avoir de cacher
fon inquiétude , afin de connoitrc mieux les
fenrimens'du Comte > fis yeux étôieat fî triftcs
' qu'il lui auroit été aifé de lire dedans qu'elle
avoir beaucoup de chagrin , le Comte avoit auT-
û un certain air de mélancolie qui fàifoit aflez
connoître ce qui fe pallbit dans foo ame : ilss'a-
borderent fur .la terrafle , le Comte demanda
avec empreiTement à Oiimpie fi elle avoit bien
paflif la nnit j elle lui dit froidement que non , Se
l'entretint des bontez que la Reine lut avoit té-
moignées pour bii & pour elle * ooais ne pou-
vant continuer cette converfatioa , elle tomba
tout d'un coup dans une profonde triftefle. Ah f
Madame , s'écria le Conite en fe ^etiant à Tes
pieds y ne n^e laiflez pas plus longtems incertain
de ma deftince , vous avez changé pour mti
<!epuis hier $ qu'ai.-jc fait mon aimable mat-
treiïe qui puin^ ^uÂement m'attirer ce mal-
heur 3 Je n'ai pas la force de vous letaire, re-
prit Oiimpie , quelque defiein que y'en eufle.
II eft difficile de foupçonner ce que l^^onaime
fans t'élaircir j parlés moi» Seigneur, aimés vous •
encore Felicie } Je dis encore , car après ce qui
f'cft paflfé je n'ai poînt lieu dis douttc que cela
n'ait
ï
t>% B o a 11 B Kf;. 28 ç
L*att été. Le Comte ne pouvant G>ufFrir qu*0-
tnipie demeurât dans une erreur qui luy faifoic
:anr de tort auprès d'elle employa les paroiles &
les ferments qui dévoient la dKTuadcr del'opi-
aion qu'elle s'étoit mis dans l'efprit. Il luy oârit
die parler à iFelicie êc à Inès devant elle , je veux
vovL$ croire. Seigneur interrompit cette belle fil-
le , mais pour me mettre plus en repos je ferai
fort aife que tous ne les revoyès point. La Reine
confent à nôtre départ, partons, audî bien l*ap-,
proche du Roi de Tunis m'effraye. Il ferott ni-
cheux de nous trouver ailiegés à Salé ; &.de ne
pas profiter des dirpofitions favorables de mon
Père; partons, partons Madame,s'écria le Comte
tranfporté dejoy e , & d'amour , je ne fouhaite
rien avec tant d'ardeur, & je vais dans ce mo.
ment donner les ordres neceffaires pourcher«
cher un Vaiffèau qui fafle voile en Italie. Je fçat
qu'il y en a un tout prêt, ajouta Olimpie,il n*at-*
tend que le vent favorable. Je dois prendre con-
»gé de la Reine avant toutes ch6fes,& luy deman-**
der des efdaves pour nË'accompagner.puifque les
femmes que mon Perc m'envoioit, font pertes il
malhcureufement vôtre vatâiau. J'efpere qu'elle
ne me refufera pas , èc qu'elle entrera là defRis
dans toutes les chofes que labienfeance prefcrit
à- une fille de ma qualité. Au tefte nous ferons
dans le navire auifi bien qu'ici .& moins expdfez
aux allarmes dfe («'guerre..
Le Comte fut ravi de la refolution qu'Olimpie
-prenoit , il t'en remercia dans les termes lés plus
preflànts , de elle ne différa point d'aller chez la
Reinej elle la trouva déjà tevce à caufe du defieia
'qu'elle avoit de faire arrêter le Prince Abelha-
mar. Olimpie obtint d'elle. la permiffion départir
(k de mener les fiUes qu'elle youdroit choiiir.Ce-
Umo
28ff HiST. DE IeAH
line luy donna (on portrait entouré de Dia-
mants d'un prix confiderable , & elle Iny répéta
ce qu'elle luy avoit déjà dit pour le Comte delà
Vagae qn'en^tout autre tems qu'en celui-là «lie
l'auroit vu ayec plafir. Olîmpie luy témoigna fa
recôanoiflànce » & elle fe rendit enfuitte dans
l'appactement des efcUves qui avotent été les
compagnes. Elle leur dit adieu, & elles luy firent
toutes connoître par leurs larmes & parleurs
tcarreflès l'amitié ôncere qu'elles avoient pour
elle. Bans l'incertitude où elle croit û elle diroic
adieu à Felicie & de quel œil elle la vcrroit elle
pria la maitrcfle des efdayes d'entrer dan» fa
chambre , pour luy parlée } mais au feul nom
d'Qlimpie 6c aux nouvelles de Ton départ cette
belle fille poulla des cris 0c fit des plaintes capa-
bles d'infpirer de la compaffion aux peribtines
les plus indifFereates. Olimpie l'ayant fçeu ne
votùut point aigrir fa douleur par (a prefcnce,
bien qu'elle eut foubait avec paifion de lui parler
pour connoitte, fi le Comte de la Vagne ctoic
de bonne jfbi .'elle n'ofa checcher fa (àtis^aâioa
aux dépends d'une perfonne fi aimable.
.Le Comte Pattendoit avecmille impatiences.
Ils fortirent enfemble &fe rendirent au port
avec quelques Officiers de la Reine qui les ac-
compagnèrent par Ton * ordre jttfqti'ait navire.
Cependant Leonrde iaccablécde fa douleur con-
tinuoit de parler à Inès $ c'en eftfaît , lajrdit-
€He , c'en eftfaît , ne nous flatonsplus* l'ingrat
Sinîbald part dans ce moment. Je le perds pour
jamais , il me fiiit , il enméne l'objet de Tes
amours , le barbare ma veiî mouratite (ans en
€tf e touché , il me refufe iufqu'à fa pitié , êc
Tétat déplorable ou ' fa perfidie m'a redpite ne
iiâ cottti pas un (bûpir , ah! mourons en effet de
boa-
J
D B B OUR BON. 287 *
bonté fie de douleur. Ecoutes moins vôtre t en-
dreiTe , Madame, interrompit Inès; Touvcnez-
vous que celuy dont l'éloignemeht. vous tou-
che avec tant de vivacité eft indigne des larmes
que vous répandes pour luy. Faites reflexion
à Ton ingratitude, c'eft un moyen bien fur pour
l'oublier. Que vous êtes trompés Ineâ, fl^rouç le
croies ainiî» dit Leonide, en foupirant - lors que
Vqts. aime & que Ton p^rd ce que l'bnaime^
Ton n'eft occupée que de la grandeur de fa per«
te. J« vous a^ucauffiavec la^dernierecoaFu-
fîon que toutes les bonnes qualités que j'ay con*
nues en <fe perfide me paroiflènt mille fois plus
touchantes depuis que je fuis certaine de fon
infidélité ,. &de mon malheur , voyésmème
jufques oii va ma'^oible{r& , j'ày un defir pref-
(ant de Ivv écrire pour luy .fîiiire des reproches»
& potrr elïayer de le tot|cher. Quoi , Madame,
interrompit Inès, d'un ton de Wx reihpli d'im-»
patience , vous ferez .capable de recevoir («s
voeux après un procédé fi méprifant, ^Hçlas!
' Inès , continua Leonide , on eft capable de tout
pour rappeller un coear que t*Op ne peut per*
dre fans mourir d'affliâion. N'ajoutés dpnc.
rien à mes douleurs je vous en conjure , je ne
comprends que trop cequevous^pouvés pen*
fer . ma elotre en foùfFre, j'en rougis, j'en ai la
dernière nonte , mais je fuis toujours aûiantc fit
amante defeiperée. Inès , continua- 1* elle » eti
verfant un torrent de larmes \ ma chère Inès , Je *
vous conjure au nom de-v6tre fidel Don Rami-
re > de vouloir chercher les moyens de filtre
porter une lettre au Comte de la Vagne ; Vous
ne pouvez me faire un plaifir qui me touche
plus fenfiblemcnt. Inès fans répliquer fbrtit
pour V9ir fi cUe pourroit exécuter ce que Leo«
oide
ftSS HiST. DE lEAir
nide fouhaitoit ; maïs elle revint prefqiie auffi-
tôt. Il eft impo(Cble , luy dic>eUe > d'envoier
perfonne fur le port , foie que la Reine ait eu
des nouvelles de ['^proche d'irmael ou qu'il fe
pafTe quelque chofe que Ton ignore encore , elle
a commandé que Ton redouble la garde du Fa-
Jais , que l'on en tienne les portes fermées &
que Ton ne forte que par fon ordre^
Je n'ai donc plus d'cfperances ^ s'écria Tio-
fortunée Leonide , ie ne puis ni arrêter oi fai«
vre cet ingrat, O Ciel ! fufte vaftgeur des par-
f ores , prends mes interrets , punis ce perfide,
punis celle qui caufe mesdéplaifîrs, que les Flots
srritéi ouvrent des abîmes pour ks engloutir,
que j'aprcnne les nouvelles de leurs p/rtes, auf-
it-tôt que celle d« leur départ , bêlas! continua-
t«clle après quelque ipoméat de (îlence , fuis-je
capable de former desfoubaits (î contraires à
ma tendrefle ^ non que Sinibald vive même heu-
reux. Je l'ai trop aimée pour le haïr , toute ma
fureur doit tourner fur moi feule , ie mérite les
déplaifirs dont je fais accablée ; iîjen'avois
point quitté I^maifon de mon père , (îje m'c-
tois fouinife à fes ordres « je n'aurois pas à pre-
fent de G. cruels reproches à, me faire , le Prin-
ce de Carency (eroit mon Epoux, il aurpit peut*
être pris des fcntiments avantageux pour moi,
êcit quelque inaniere qu'il ene&tagi j'aurais
ail moins la fatisfaâion d'avoir rempli mon de-
Toir à l'égard de ma famille & à Tégard du mon-
de. Pendant que Leonide fe plaint (î.triftement
woions ce que fait le Prince de Careaci.
. La malicieufe Cafilda lui avoir p^rfuadé que
' Benaviàez étoit allé avec Leo&ide à Jaêa , éuoc
afluré dtfoit-elle de la proteélion que le Goa-
vcrneitr de cette place leur donuoit , il aç.£iUoic
pas
Irai moins d'aptôùrftcde courage', qii'eliavoic
c Prince / pour^htreprehdré d*awâqâCT un hom-
me dans i^nè yîné' <*<;rnfWcràbrc dohff le Gouver-
neur ^ la Varilifôn iui écoient acquik ^ mais
qud'criie -péril qu'il pût imaginer dans un def-
feîn n tiéiheraire , la grandeur dé fa padion 6c
celle de (on dcfcrpoir ne lu*y*p«rinîrelit pas d'y
reflèc'hiT. '• . ^^
On' remarquoit'^éàns tpusles lîeâx oà il paf^
foicduelqùechofe^en lui d'extfàardinairVr;: tant-
par fa bonne mine & la régularité de festraîts
qae par fon abattement 6c la douleur qui paroiG-.
foit fur Ton vifage , 6ç dafts fes yeux 5 ii s'infor-
moit avec le dernier foin (i perfonne ne pour-
roit luy àpprendtre des nouvelles de Felicie de
Léon , il la no mm oit quelquefois ainfit & quel*,
qiiefbis Lcohtdc de Velafco , mais lorfqu'il la
dépaîgtioit pour la faire mieux connoître ,• il
s'abandonnoit (î fort au plaifir de la loiier.que
ceux qui Tentendoient penetroientaûflî-tôt qu'il
L en étoit amoureux.
Cependant il la demandoit tnuttlement-dans
des endroits/oû elle n'avoit poine pa{{e; Vous
craignes cruelle , i'ccrioit-il quélquefoisKpre j-e
VOU5 fuivc ,' 6c qu'é jaloux de Tiiidigne rival qi^e*
vous-m'av^s préféré , jie ne youstafleles juAes
reproches que vous mérités ) vous craigne s que
je ne vous arrache'd'entre fes bras , 6c que je ne
cherche d.ins fa punition , dans ma vangeance &
dans vôtre dbnleiir uo ioulagemcnt aux dév
plaiflrs que vous mêcaufez' ? c'e(^ ce qui vous^
engage d^ vou^. caéherfibien que fufques ic^
je n'ay pu aprendre oi!i vous êtes , helas * conti-
nuoit-il , aurois- je preveû une fi longue fuite de
malheur $ je n'ay jamais goûte de plaifirs faiiis les
voir mêlez d'amertumçs^ tout eft abcinte 6c poi-
fon pour moi« 21 Ces
Ces tf iftes reflexions te conduifirent ju(qua
Jaen , ce ^e fut pas iàns un troiibk extcaordi-
naif e' <|u'il arri^ ^ians c«ttjç.grf nde ville. Il re-
«ardoit la Citadelle comnM le lieu fatal qui rea-
fermoit (bn deftin. C'eû ici , difoit-il , où je
dois revoir l'ingrate que i'àdore,c'eû ici qu« j'a-
taqu^rai à iesyeut 14nfîdel ami qui tenoit après
«lie le premier rang dans mon <œur. Quell>i2a.
te (bft î s'é^cia-t^y» -cna maître fie ^ moq^tni
me trabitftn^ >ar<irable , il ne me refte rien, je
ne trouve point auprès de l'un des remèdes pou
me <oo(oler d« la perte de Tautre j ils font d'in-
telligence pour m'accabler , ^Sc peut-être qne
dans ce funefte mioment ils. fe renouvellent les
afliirances de s'aimer toujours, mais il faudra
que ma* mort a^flureleur félicité 3 tant que jefe-
cai vivant , ils a^ro^t \in cruel ennemi qui trou-
blera icttrs projets; & les douceurs dont ils jouïf*
fent.
Lors qtt'il arriva il lût tante d'aller à la Cita-
delle. Il avoit > comme je l'ai déjà dit , accepte
une lettre du GoQv'^fiMur de Carmona pourDoa
Gabriel d'Aguibr qui lui aiTutoit ttn« entrée faci-
le en ce lieu'; Hai^jlpenfa epfuite> qu'il valott
mieux s'informer adroitement de ce qui fe paf-
ibit. En traverfant la ville , il rencontra un Che-
valier Frai>fois delà Maiion de Boucicault qui fe
nom moi t Âlpboace. C'ctoit un parfaitement
faonncte bomm#, U il étoit venu à SeviHe avtc le
Comte de la Marche 4 quoi c'eft vous Seigneur,
d'écria-t41 ta l'abofdant av^c beaucoup it joye
^de refp<â:;>..c'câ: vous dis- j« que nous avons
pleuré avec Monfeigireur vôtre frère , & que
nous croiotts afiàfiné pt ocbt de Carmona , com-
me le bruit s'en étoit répandu dans toute l'Efpa-
|rae^ & fur lequel oiipremeditoic une ycngeance
• ^ • pro-
DK Bourbon. açt
proportionée à ce crime j Que je ferois heureux
mon cher Alphonce , di( le Prince en foupirant»
(I les mauvais defleins de mes ennemis avoLenc
cil tout leur effet , mais je fuis refervc à des
maux bien plus terribles. Cependant je.vous de-
ipande lefecret , ne me nommés point icy , des
raifons importantes m'engagent à me cacher^ ^
vous me pouvés ctre d'un grand fecours • {e {viis^
amoureux & trahy , il faut que je me vange de
mon rival & de ma maitrefTe « il faut que je failè
à l'ingrate Felicie tous les reproches qu* elle mé-
rite. Ils font l'un & l'autre à la Citadelle. Ce
que vcHis dites eft vrai Seigneur , interrompit
Alphonfe , je -fçai par Don Gabriel d'Aguilar
qui eft un. de mes particuliers amis que Feltcie
eft dans un apaci-emeat où elle ne voit perfonne^
elle y eft un reteniie malgré elle^ôc par le moyen
de ce Capitaine Efpagnor, dont je viens de vou$
parler ^ je l'ai vuiê un foir fans qu'elle m'ait vu,
elle fe plaignoit triftement ; ah ! Seigneur qu'el-
le eft belle êc jeune , je vous avoiie que j'en eu
nne véritable pitié.
Vous la plaignes , s'écria le Prince en foupi.
rant, vous la plaignez. O Dieu ! que vous cgn-
noiiîcs peu Ton perfide coeur. Mais dittes mot
que fîgni fie cette efpece deprifonj eft-ceque
vous ne l'avez^ipas viie arriver avec Don Fernand
de Benavidez neveu du Gouverneur, Non dit
Alphonccy celui que vous. me nommez n'a point
para icy depuis que j'y fuis. Il feroit aiTez na-
turel qu'étant toifsljes jours à la Citadelle j'eufTe
remarqué un homnM comme celui dont vous me
parlez , & trés-aiTurement s'il y eft , il s'y tient
caché ^ ah te malheureux ! s'écria le Prince , il
n'eft oont caché que pour joiiir avec plus de li-
berté du plaiHr de voir Felicie 3 cette garde ex-
M 2 aâe
±^i , H f ST. DE Ib^ak
«6le que Voài fait autour de ion appartement ne
l^empcchc pas d'y entrer à toutes les heures quMl
veut. li a -fans doute faidiaité que des foldats
l'environnoiênt pour le garentir de ma fureur.
Il me craint le miferable , il me craint , &il
<oniprend avec raifoa qu'un' homme deferperc
coraihe moi ne ménage ni fa vit ^ ni celle de fon
Bnnemi. Cette^penfée jetta le Prince dans une
<olere û violehte.qu'Alphonferob4igeaparfe$
prières de fortir de la place oh ils s'entretenoient
^ d'entrer dan s une maifon pour que l'on remar-
quât moins T état où il é toit.
Le Prince lui dit que -s' i4 vouloîtl* empêcher
de faire des extravagances , il fallolt féconder le
defîr qu'il àvoit rfc trouver 'Bcnavidez & de par-
ler à Felicie.' Qfi'îl âvojt une lettre pourDoa
Gabriel d'Agutiâfi qu'iVétok^èh aifc qu'ils fof-
i*ent déjà amis, qu'il obligerait de l'aller quérir
promptement , aiin de prîehdre dés mefures en-
lembie. Alphonfe lui promit avee iieauconp de
zèle d'exécuter tout ce i\VLi dépendoit de lui pour
Ton fcrvice , jufqu'à exporerfà f^é , & donner
tout fonfaiig. Il le quita ènfuttte pou^âller exé-
cuter Tes ordres'; & l'on peut r^ger aifeMent de
la trifte iîtuatton ôiï étoitrefprit du Prince, &
de Con impatience pour punir jine mâîtreflè iafi-
delle de un atpi ingrat. •*
Quelque diligence que ftflent Alpfionce &
Don Gabriel d'Aguilar qui vient trouver le Prin-
ce , ils n'a'prirent rien qui pût léfàtisfairêL Ceux
auxquelles ils sin Former eht^è Don Femaddde
Benavidez les affurcrent qtfîldevoit être à Vil-
la -Real & qu*il n'étoit point neveu de Don
Alonzo Fajardfo , perfonne ne l'jvott vu à Jaen,
éc beaucoup de gens ne le connoiflbient point
du tout i lors qu'ils en rcndirem compte au Prin-
ce
■V"t B O U ft B- O ITy 7^J
ce ,ilne putles-croire» puifque Felicie cft à la
CitadelU , intenompic-îl » c'efl une confequcn*^
ce que Beçavidez ne s'en tient pas éloigné..
Mais , contif^ua^t-il , faites enforte que je puif-
fe enKfr .4^as Ton apartement ^ peut-être qu'il
y vieifidra' quand tout le monde fera retiri ^ Bofr
Gabriel s/ y engagea, & ayant été prendre Tor*
dre do Gouverneur, il fi^eut qu'il étoit nommé
, pour garder la belle Felicie. Cette même nuit il
revint fur fes pas afin d*en avertir le Prince , Se
il le fit entrer avec Alpbonce fans être vu que de
la fantinelle qui les [aifîa pa^ev par Ton ordre»
O Dieu l peut on fe figurer dans quel trouble
éroic L'amoureux Prince , G proche de revoir
une perfonne qu'il adoroit encore , ilrefolurde
fe porter aux dernières extrcmitez contre ioa
conefny & de fe perdre avec luy plutôt que de
manquer à le perdre . Ces violentes penfées le
faifbiçpt fpupirer triftement ^ loxs qu'il fon«
gçqit q>ie Leonide lui voudroit un mal mortel de
ce q^'^i alloit entreprendre , il y avoitdesnio^
ments où il refpedoit l'inclination de (amaitref^
fe iufques vlaiiS la perfonne de fon rival. Mais lors
qu'il (e fouvenoit que cette Felicie de Léon étoic
fa Lj^opide de Velafco qui luy avoit étéïi folem-
nellement promife Se qu'il devoir regarder avec
des fentiments peu différents de ceux que Ton cr
pour fa femme , (on honneur ne luy. permettolt
pas de ibufrir qu'un autre luy enlevât un bien fi
cher Se (l prctieux.
Dans cette confudoni de pcnlces , où le cœur,
l'cfprit ', l'amour Se la colère avoient égale*
menr part , il Te laidà conduire par Don Gabriel»
lequel tranfverfant plufieurs cours à la faveur de
la nuit le mena dans une grofTe Tour feparée '
des autres ou Felicie étoit dans un appartement
' " * N'3" bas.
^94 H t s T. DE J E A K
bas. Les chaleurs étoient alors fi exceflîvesquM
étoit malaifé de ne pas étouFer dans im lieu û
renferiné 5 trois grolFes grilles en bouchoient
prefques toutes les fenêtres. JFeHcie avoit ob-
tenu d'aller fur la tour prendre un peu l'aîr,^ le
Prince ne trouva aucune difîcnltéà Ce placer dans
un cabinet qui n'étoit fermé du côté de la cham-
bre que par de grandes portées vitrées. Il fe ca«
cha dans Tambradire de la fenctre fous un rideau
d'où il lui étoit aifé de voir tout ce qui fe paflbir.
XjucL|ue tems après qu'il fut entré , on vint
éteindre les bougies. Il entendit deux perfon-
xies qui Ce gliffoient doucement dans le cabinet,
6c qirî parloient fort bas. Il ne fç eut démêler fi
c*étoit des hommes ou des femmes » & la nuit
étoit trop obfcure pour les remarquer. On fortit
enfuite du cabinet. Le Prince jugea qu'il y^étoit
reftc feul . on raluma les bougies ;.il Vit plufiears
femmes qui apportoient tout.ce qu'il faloitpour
préparer un bain ; elles tendirent fur une cove ée
tharbre noir un grand pavillon dt Satin couictif
de rofe, brodé d'argent j elles convtireiit l'eao
de mille diferemes fleurs & parfumèrent la
chambre.
Tout étant prêt , il vit pafTcr quelques Bancs
qui entrèrent du côté où il étoit , de manière
qu'il ne fceut remarquer leur vifa^. Elles U
placcfent fur l'eftrade j le pavillon qui counoit
je bain étoit entre elles 5e le cabinet oh étoit le
Prince. Pelicie fe déshabilla , Ôç. n*aiant plus fur
elle qu'une légère robe , elle dit-à fes femmes de
fe retirer , dcde lui laider feulement Zaïde. Dit
qu'elles eurent obeï à fes ordres , elle fe fit don-
ner une harpe ^ tu vas entendre , luy dtt-clle« les
vers dont je t'ai parlé, ils entretiennent mes dé-
, plaifirs , mais ces déplaifirs me fout cbcrs , ah,
Zaïdc
I
Zaïdt , Zatde , -continua-t-elle , û celui pour
<|Yit ft foiifFrr pou voit entendre ces vers comme
zoy , que 'faatois dt plaifirj elle chanta peu après
ces pardUèi rd^ane voix fi t^ctte & fi cottchante
que Y&ti' rte pouvoit s'empccber d'en ctre char-
mé; ■;'• '- •-.
tîraniqtie devoir , chimérique vertu ,
Tu cMufes tout les maux de l'umenreux Emp^
. re,
£t cependant , helae S juel bien n^us froduh"
'lu? ■■' ■ ..".•• -i- .
«^»ip le penchant efi i^tx eu i'atmmt nvus at»-
.tire,
,^u*on lifuit pû/ememé* qtCileft naturel !
Nos deux cœurs font unis par" un feu mutuel,
^Qurtiuoi t poHt^quof faut'èlqu'onnouf enfajlc
un crime 9
--» Mt hétreatfiéur'dÀit'it^'hreîaviHime f>
f . i '. ;r • ^ ,' ' . 'i .
* Elle ^cé^iimença plu fleurs • fois ces deux der-
iRfers'Tfrs ,- Bi elIè-poulToit de rems en temsdcs
foûpifs Cl tendres , qu'il paroi fibit bien que Cof»
cceut ét6ït rempli d^nne grande padîon & d'un?
irw douleur. Cependant le Prince ne rctrou-
voît 'point kl VOIX de fon infidcUc Fclicie. Il étoit
furpTts que quelques vitres qui étoient reiile«-
ment entre ell^ (Se lui en changealTent fî fort le
iotk qu'if lui fut impo^ible de la reconnoitre.
Ne vous affligez point. Madame , lui dit Zaï-
de , les grandes pa(£ons ont de grandes re(!bur.-
ces. Cemi qui vous aimé eftà prcfent informé
de ce que vous fouffrez • croiez-vous ouHl ne
tente rien pour fatisfaifèlir fon devoir de à fa pa&
fîoD ? Feiîcie ne répondit point , -fie &iant com^i^
inandé quej'^ft'lèfaiit la porte «fa; ractKinit>rr
N 4
• •
^9^ HistI i>e JjRÀtr
thic entra daos le bain. Que je vous^aimc enco-
re , cruelle Leonide , dîfoit TaniQurcux Prince,
que j'ai de honte de de rage d'eUQ. capable de
tant de €cÀhhSk ppui! une ingraci^^ «h ! (bit que
je la regarde coinnse uaé; perr4^2ifri qui in'eft
promife ou comme une maîtreûe à laqueljeje
fuis attaché,) e trouve toujours qu'elle mê trahit,
elle me. fuît également fous Us nomsde Çaren-
c\ Ôc de la.Vagne » Ton ^œqr perfide & volage
ne fonge qu*à fiirmonterles obflaclesquirem-
pcchent d'épovircr.Beaavidç? • ce 4^euc-il une
plainte plus paillonnîe que celle qu'eÙe^vient de
4rhanter > maU^contintiotr-^ ,: q^ dois .je croire $
cft- ce que l'on traverfe fesdeilein^ ^ je la trouve
prifonniere dans le tièit où elle venoit chercher
up azile i elle regretu rabfence de Ton amant,
& il femble que tout ne répond pas à leurs com-
munes prétentions. ^ ^
Telles étoiont lies/XiefleKions. 4»> .?WÇ< ^.&
malgré fa jiide colère il fentoit^ien que l'amour
^it encore leimaître abfoliv.de fofvc^ilf ^ na(ais
que devint- il lors que Zatde ouvrait la porte du
Cabinet tira le rideau d'une fenêtre d^'ou il vit
fortir un homme qui s'approcJua^'un; pas préci-
pité du bain de Felicie ,- Ôc mettant un genoux
.en terre , il lui parla Ci bas quHl.ne ^pûten-
.tendre. iPn'en^fut pas de même de ctttç belle
perfonne qui s'ccrii<nt tout d'un coup'ah mon
cher amant, ah mon cher amant * eft-ce vous
que je voi en ces lieux ^ elle s'évanouît aparem-
ment defurprife ^ d(ei joie.
Le Prince alors outré de rage ne fit qu'une
médiocre rtRexian, fun: Uf i fi^ites,-)qu^ p<Hi>'Oit
.avciir la Jcêlie i||u'il ;â]llevil, fx>ign|f^cer.| i) (iwtit
4it Cabinet jcop^nie utt f^fieçy ^^rfi^ s'i) aivoit^té
capable. de piofitef d'âuCtiftS^i^t^lg'ÇS'» ^fctoit
' en
,Î>^E B O U,R B. O H* ?97
en état de 'percer de plufle'u'rs cQups celui (Ju'^il
prenoit pour ;Benavidîz « avant ^u'il eût pu (e
mettre en dcFence . car révatiouïueinent de Fc-
licie l'avoit jette dans' un trouble ù extraordi-
naire , que le Prince lui tenoit déjà i'^pce fur la
gorge, iSc le menaçoit d'un air furieux, avant
qu'il Tut 'mcme apperçeu $ mais cet iennemi eut
à peine mis Tcpée à la main que le Prjnce faillit
à laifler tomber la Henné, lors qu'il le re<rbnnut
pour le Prince Don Alonfo fils aîné de l'Infanr
Bon Fernand. H Tavoit vu à Seville quand il s'y
rendit avec le Cotnte de la Marche fon frère , Ôt
les belles qualitez de c€ jeune Prince avoient en.
gagé le Prince de Carenci de conferver pour lut
de grands fentimèns d'eflime. Il jetta les yeux-
fur celle qu'il avoir prife pout Leonidé , Ce mal*
gré la pâleur que lui caîifoit'fonévanouïfiemeiît».
& Pagreable defordre où la mettoitle bain » il fà
reconnut au(Ii-tôt pour Donna Fèlicié l)àya}a<
fille du Grand Chancelier de Caftille , /i dift)n«>
gué pat (a nâiffance & G fameux par Thidôirc
des Rois Dan Pedro &Don Henrique qu'it avoir
écrite. . Il étoit mort à Calahorra' / fa filfe avoit
toujpurs été flçyc.e auprès des PHniJënciç Marie
& Elcpnor fille de l'Infan^ Don Feïhând, Don»
Alonfp qui v.Ojlpit fouvcrit cette ahnable per-
Tonne prit pour elle iine padion fi violente qu'iU
fit appréhender' iin iriariâge fecret. Pour éloi-
gner .u^ 'malheur qui. n'étoit' encore que pré«
vu ,. rinfant fit, ciilcvcr fécretement Felicie-
dan$ le.^'tcixis que Don Alonfo ctoit à là cHaiTé:
avec lui', on. la conduifit à Jaen, où elle étoitr
gardée • fo'igtieufement. Elle avoir its fem-
mes auprès d'elle qui étoient toutes à \^ dé»
votion. de Tlnfant , tk la mort du grand Chan-
celier de CaftilU la.liyrpità la pcrfccutlon dt
M 5- . fe.^
298 Hi s tI; DE Jea«
Tes envieux. Pour Zaïde , c'ctoit une efclave
qui SL'ctoit rendue Chrétienne , que l'on lailTa
auprès d'elle fans y croire aucune confequence,
dcfans fe fouvenir qu'elle avoit été d'abord à
J>on Alonfo. Ce jeune Prince à Ton retour à Se-
yille tomba dans un grand defefpoir , lorsqu'il
x'y trouva plus (à maîtreiTe, 6c qu'il aprit , bien
que coDfuféraent , qu'on la retenoit dans une
ville fort<e où elle n'avoit aucune liberté. Il tra-
vailla jour & nuit à découvrir ce fecret , & Ton
amour ctoit trop clairvoiant pour manquer de
lumière daiis une occafion fi preflànte. Ilfçeut
où il devoir chercher fa chère Felicie d'Ayala^
il trouva le moyen d'écrire à Zaïde Se d'en re-
cevai.r des.nouvelles , enHn la partie fut (I bien
li.çe qu-efans que F^licie en fçeut rien , le jeune
prince Don Alonfo vint dans fon apartement.
I^e Pcince "de Carency cqnnût l'et-reur où il
ctoit j & pour la reparer autalit qu*il le pouvoitj
il lui prefenta fon épéc^ fervcs vous en Seigneur,
lui dic-il , puni(Ics un jualheureux Prince qui
vous .fçaura gré, de lui .ôtcr la vie. Vous pouvcs
juger , par ce que je vous dis du regret que je
{ens dé vous avoir ' troublé dans une nuit Ci
charmante^ & pour laquelle vous avés peut-être
couru beaucoup de danger. Mais Seigneur, foy es
au moins perluadé que je fou fFrê puis que vous
de cette méprife,. Je ne vous en veux point de
mal. Seigneur , I.uj dit le Prince en re^braffantj
pourvu que vous me promettiez le fecret , &
que youç ayez U bonté de me le garder , vous
vous ferez en moy un ami dont la reconnoif-
fance. n'eft .point à méprifer. Le Prince lui pro-
mit de ne parler jamais de ce qui venoit de leur
arriver, & fans attendre que la belle Teiicie fut
leYcnuç de fon cyanoaiSemienc , il iôrtit avec
4. un
lîh ieCcfpon Cl extrême qu'à peine put il parler
à DoA "Gdbn-el d'Àgurlafr , c]ùi s*étoittoûjours
te;iu à la porte de Ta ' première Sale avee AU
p bon ce de Boucicaùlt. Ce dernier mena le Prin-
ce dans Papartement de Bon Gabriel , car il
n*avoit pu quitter <on pofte pour les conduire
lui- même.
Le Prince ' le trouvant dans l'entière libertç
de s'abandonner à fa jii(h 'douleur , rapella tous
les malficurs, qui l?avpient perfecutez depuis le?
premières années de fa vie , jufqu'à ce moment.
& de quelqije coté qu'il tournât les yeux ., il
ne voyoit jptfint^dc reIScbc, ni d'eiperance d'une
meilleure rof tune 5 mais il croit devenu fî- indif-
fèrent pouf lui -même, qvr'il ne fouhaitoit pas une
rrfcilleurc'fib'fiîunB. Il n'aVQitdansTerpritque de»-
mouveriiéiîs à'e rage 5c de vengeance • illui fcm-
bioit que Benavidez puni , le Prince de Carenci
feroit contient , de manière que ce n*étoit qu'a-^
vec an déplaifîr mortel , qu'il en perdoit pref-
que Tcrpoir/ /Qui n'auroit pas été flatté comme
moi*, di foit-tl a Alphonffc de ptfnîr'cÎBrïngrat,
. qu
gularité'funefte > il femble que !è deftin s'atta-
che à me perfecùter plus cruellenient qu'il ne-
perfecuteroit un autre ! où dots-je aller à pre-
fent ppur trouver letréfbr que mon ennemi m'a
ravîVjé lie prcfùmé point qifils foi entici ficic*
commence , mais trop tard , à ^n'apercevoir de-
là malice de Cafîlda. Dcvois-je pchfér qu'elle
tn'aprenoit de bonne foi le lieu oît Ton frère al.
loit fe retirer } n'étoit.il pas de Ton adrefle or-
dinaire de m'engager à le fuivre d'un côté, pen-
dant qu'il fe ûuvemt de l'autr^ > Ce û j'avoit'
3Q0 H « T. D E Je a »
étj^ un ;peu «n état de,(aire cjçs rcûcxip^., a*aji^,
rûis-;e pas connu .qu'eJU me tcompoit r<epea-
daat j'ai donné dans le paneau , y^ï perdtiua.
cems que. je ne pouvais trop ménager dans h
conjonéture de mes affairés ^ que ne m*en coû-
te, t-il pas 9 grand Dieu ! je perds tout erpoir»
mon rival eft en' feureté avec Leonide , il jouit
en rçpos du bien .qu'il .m'arrache , Se jefurvis
encore à n^a honu Se à^mondeurpoir. Eiicet
état il auroit .pu (e, porter aux dejrniéres violen-
ces contre lui-même ^ û Alpbonfe n*eût cher-
ché à le confoler par toutes les raifons qui pou-
voient au moins adoucir fa fureur. Il y avoit dé-
jà longtems qu*il lui parloit fans que le Prince
eut entendu une de fcs«.par.oles^,.I),ne)evoitp3S.
la tête jppur ]a regarder.» & t6ut,ep,(eveli dans
la propre douleur il la renFermoit-eii jui-mc-
me ^ ians continuer a fe (oulager par Tes plain-
tes.
Alphonfiî nt fe rebuta point. Il fçavôit par
expérience une .partie de$.m.aux qu'une padîon
violent,e,pçuç çapfer. ÎJ^egai:doit le Prince avec
des fenti^cnj^ fij^^ins d\t^ndrefle!à4e.cdrripaf.
iion,; il nefiouyf)rt^.codipren(i[re comme Un, hom-
me ,(1 parfit;:,. ft fpir^tufj ^ fi .prudent ,„ d'une
fortune éc d'ua r^pg d iUy'jf ati-deflus <les au-
tres po«voÂt.iêxr€ malheureux, ^u point qu*il le
voioit. O amour î ampur.î, s'ccria-t-il avec vé-
hémence ., ne. vciyxr t.u..pçtii5i^\Qeirçr de p.crfecuter
les mortel^ JiQ!xM<AMfe.s'p.içerqijé./eult^^^^^^
plaiUrs qui,poi|s^acca^lçnt,(^.in.s ^'viç », tu. n a
jamais acç^jj'd^ df dou,cevTrs,rans-mjElâQgesi &
tu as ' fait^j-pii lie maux ïans.'(ès , acc'oinpagner
d'aac^ns' biens , po.urquoi. ne .pouvons-nous
nous empêcher d'aimer ? Le premier pas que
nous fiAiToA/s vers un Cfig^gepent jious. ouvre
♦ un
nxy
A
DE B0^.RBQNr 3ôt
_ . prégpiw.daas Icq.q,^! toute nôtre foie ^ tout
notre rçpos fait naufrage ; le, Prince l'écoûta
fans lui Vien dire. Alphpnfc à voit de .refprit 5c
de la vivacité ', l'es reàcxions qu'il faifoit , le re-
gardoicnt pyronnellcment , & comme il ne
pouvojt^oubliger le Prince à lier unecoiH'crfa-
tion .avec lui ^ il (éva quelque ti^ms, & cnfuitc il
ccriYtt.çcfi yçrç. . . . - . ,
r :;'f
^moHY^ , . cT^el a mour ^ écoute nosjbupirs,
£t ftifjquê to^ tes. CQ^Hn doivent fort et les
chaînes , ^
Ah moins fait tes flaifirs aujfv longi que tes fei»
nes^, . .
Ont tfsnfapus a^ffiif.pM,rtsjiue les font tespîaipts.
Le t/îi^cc lujb cfçs ver? ScrlcyaDt les mains & les
yeux vers le Ciel» on n'aurQÎt pas lieu de fe plain-
dre , dit -il , s'il fe. faifoît âlhïî une compenfation
des douceurs dç des (buffrances ^ mais je vous
aifure que je n'ai éprouve jufques à prclcnt que
dçs chagrins affreux , ils me rendent la vie fi cii-
nuyèufe, &'{! inTupôrtable, qûe*ic fouhaitoîs
de. 1^ .'perdre tout à Tncurc , fans qu'il y a trop da
faiblefTe, de s*âb'AndQnner à tous resmouvèmens
de d'oiilcurs , qiji nous entrai nent vers lé defef-
poir. pites-vous fouyerit , interrompit Alphon-
cc , ce que vous venez de'me dire 5 ne négligez
plus rien pour marquer autant de fermeté que
Vou$ ave;s m^^tque d amour > il aï indigne d u-
ne.t<<I[Ç que la jvotre de céder a^uile paliion qui
dpît "à ,peinc î'occiipei: , & quLrarracHc au^plai-
Cr <f« faJreM'é èfandcsaàlpns. Le Prince rôu^iç
de ce' que lui difoit Alphohfc. Il regarda ce dif-
cours comme, iin réproche qu'il lui faifoit d*avoic
employé trop de tems à écouter les mouvement
302 H IS T. D-E Ie A n
de fa tendre^. Il en eût une fecrete honte Se un
{ufte dcpit. Vous verres par ma conduite , dit- il,
[ue je n^ai renoncé à rien du côté de la gloire,
['ai aimé , j'aime encore , & je n'o(e me flatter
t'ctre jamais dégagé d'une pajffionfiui apristaut
d*einpire fur m&i. Cependant elle ne m'arrache-
ra point à mon devoir, Sç fi elle me force à
chercher la mort , j'en chercherarunc fi gldrieu-
(e qu'elle fera honneur à mon nom.
Alphonfe ne voulut pas lui répondre , crain-
te de l'engager dans une trop longue converfa-
tion. Le jour étoit déjà bien avancé ^ il craignit
que le manque de repos n'alterat la fixité de cet
iilutlre affligé. Il l'obligea de fe m^tre au lit,&
de chercher dans le fommeil de'îff^ouceaîsqa'il
n'ofoit plus efperer qu'en fonge*^ lU*étoit aflou-
pî par l'effet de Ton abatement'^'xMttiùeiJ demeu-
ra peu fans fe réveiller , Ce Tes pl^Wes ordinaires
recommencèrent ; bêlas ï difoit-îl à Alphonce,
de quel côté dois-Je aller pour trouver Leonide.
Je n'ay aucune connoiffance du lieu où'clle efl.
vay-je donc me réduire ^àfSire le Chevalier er-
rant , à courrir le monde fans fî^avoir où j'irai.
H vaut mieux , continua-t-il^, que je retourne à
Sevîlle i & que je me rende inieparable de mon
frère , je combattrai contre l'es Mores dont la va-
leur eft aiTez grande^pmir procurer de la gloire à
ceux qui peuvent les vaincre.
,A,lphoncé fait ravy d'entendre parler le Prince
én,cés termfS.'II aplaudit à Ton defTéin comme à
une chofe véritablement digne de lui. Cônfide-
rez> Seigneur , ajonta-t-ii, que tout ce que vous
feriez à prefent pour Leonîde demeureroit fans
recompence^ puis qu'elle vous fuit , elle vous
haït , & puis qu'elle a permis à Benavidez de
Tenlevcr , elle l'aime & you» eft iafidéle. Vous ;
ne
DE B OU H B O N. "303
iie devez plus rien e(perer de Ton coeur , & vous
• devez chercher dans le vôtTe les moyens d'efFa^k
cer û bien fon idée que vous perdiez furquesau
fouvcnir de Tavoir connue. Je le dois en cfFct,^
s*écria le Prince, mais hclas le puiî-je ? il de-
meura alors dans une profondetriftelTe , roulant
mille defTeins dtiïèrens dans fon efprit fans fe dé-
terminer pofîtivement'à pas un. Il conjura Âl-
phonfe de ne le^ire connoltre à perfonne , 5c!
de ne point mander au Comté de Marche qu'il
ctoit à Jacn ^ parce qu'il ne (avôit cccore à quoi
fc refoudre. LeChevalier lui engagea fa parole
de lui garder un fecret inviolable , 6c de ce cote-
là le Prince n'eut aucun fujct d'inquiétude.
Pendant que ces chofes Ce pjifloicnrà'ron égard
le Comte de la Marche ion frjtren'ottblioit rien
pour fe lîgnaler. l\ y avoît peu. qu'il étoit arrivé
a SeviUe , lors que les Mores aàieger enc Baeça
avec fept mille chevaux & cent milleliommcs.
Une armée fi formidable, répandit utjc grande
terreur dans toute rAndaloufîe ^ mais comme la
Ville étoit forte & bien de fFenduc les Mores ne
s'opîniatretetyt pointa la vouloir prendre , par-
c£ qu'ils eurent avis que les Efpagnoh s'affem-
bloien^ de toutes* parts pour h venirfecourir. Us
fc retirèrent promprement , chargez-^du butin
quÉ|| avoient faits dans les campagnes voifînes;
anais pendant qu'ils profirorent ai ni! de leurs
avantages fur la Terre , ils faifoient des pertes
corifidcrable^ WrîaM«, & l'Amiral d'Efpag né
donna.un combat contrfe la Flotte înpemje doiit
tout l'avantage lai demeura. Cette houvélle don-
na autant d'inquSctude aux Motes' qu'elle caufa'
dt joye aux Efpagnols. Celle de l'Infant fut fi
. grande qu'il guérit de la fîevrc dont il étoit tour-
menté depuw affcz long-t<ni? } Ce il fc vit bien-
tôt
504 HiS T. D6 Iea IT
tôt eo -état de fe mettre à la tcte des troupes
pour chercher une vaogeance proportionnée au
tort que les Mores avoienjt fait aux Caftillans.
Apres avoir tenu un Confeil où il avpit aflein-
blé tous les Capitaines de Ton Amiép il demeura
d'accocd avec eux d'entrer fut les Terres de
Ronda & d'affieger à Ton tour Sacharra capitale
de h Provence : Il le fit aind , & ayant fait pla«
cer tros gros Canons qui étoient pour ce tems-
ià de quoi faire une bajtterie confiderable , il en
avait du efpere^ un hon. fuccez fans que Toq
étoit encore (l peu babille à bVen fervir T Artille-
rie., que la fienne |ie fit aucun dommage àb
Ville. Le Siège tiroit en longueur , ilaiiroiteu
la honte de le lever , fans que les afiiegez qui
manquoient des chofes les plus neceffaires à la
vie demandèrent. à capituler. L'Infant le voulut
bien , & Zacharia^'ctant rendu , iUut aufii-tôc
afiîeger Septenil^ .Pedro de Cuniga par Ton ordre
en fit autant à Samonté. Ces deux Villes étant
prifes , le Roi de Grenade voulut avoir fa revan-
che Jl atTembla fix mille Chevaux & quatreviugt
mille hommes, éette Armée marcha pardi ver-
(es routes afin de mieux cacher Tes intentions, &
tout d*un coup il afii^gea Jaen ^.dans le tems ou
L'on CTOiçùt qu*il étoit occupé ailleurs:
Cette approche Turprit le Gouverneur. Ib^c-
toit point préparé à- foutenir de.fi grancWlf-
fauts , Se il auroit pu y fuccomber fans le Prince
de Carency f^tti n'étant point encore parti de cet-
U. Ville , & trouvant Tôcçafion qu'il fouhaitoit
de fe fignalec > fe fit prefenter à luv fous le nom
^e Sinibald Comte ae la Vagne. Il luy offrit Tes
ferviccs , & Alonfo Fajàrdo , n'avoit garde de
le refafer 5 fon nom luy étoit trop connu , & il
ayoit dans tonu £1 pcrfoiuic un certain air de
gran-
DB BoUrRBOH/' 30 jf
grandeur qui faifoit bien augurer de fa bravoure
.^ d« fe&entrepriCes.
Ainû ce ^eune Prince fe mit à la tête d'un pari
t4 ', Si 1ms t irequenres ^c|icjs,qu*il faifôit fur les
jEaneQiis.ropapûâf tit tpuf es leurs mefuros. Il dé-
truifoit UursrtTavaux >il repouiïok le^ plus avan«
cez > ilpoitoit pdr<tc>ut Ja-.teireur ôc h mort.
Comnae il n'av.oic plus pour la vie cet amouf
nacujrel qui nous y attache^ qui nous engage à
fa confervatioG^ , Ton peu de management pour
lui m^me devenoit la perte infaillible dts Enne-
mis, lïf U cpnnei({bi«fit..à fea armes & Ces coups,
lors qu'il appriochoit , tp^sles rangs s^ouvroient
oix.ne ibogeoit Doint à Vôppoferji Tes effort^^
on i>'^coit occupé qu'à le FmÏf ^l'éviter. Le Gou-
verpcur de Jaen Tadmicoit , ilcroyoit que Di^
l'avoic envoyé dans la Ville pour le défendra
contre, les infidelles , Çc il n'y avoit point de
Ipiiang^ qu'il ne donnât à fa valeur.
' CeB<nd4f|t .Iç Roy des flores d^fefperé du
mwvCaisp fvtcc^a.d.uSi^g4&;nfj|ni9ccuGnit que iç
Cbevalit^r aux açmçs/ioires «.iloidoiinaaifx plus
dcrerniinez de Ton- Armée de mettre toute leur
apUcation 4 tuer ou à prendre un Bnnemi fi dan*
gereux. LeS;Zegri5 « les Gomeles, les Maças» .
les Abenferages , les Almoradis Ôc les Venegas
chpi firent 4f chacui^r^dÇ'UiUr famille deux Capi«
talnes.qu'ilis:pr^U^Q(e]:eat au ^QÏ , & qui lui pro4
fuirfsot- de 'jnQMf i* pa de le vànger d'uniiom-
m^ auquel il. avçittantderaifoosde voulpirdu
Cette partie, étant faite, ils n'eurent aucune
peine.à J'attirfraiU cçml^t. ;; d'ailleurs leur nom« ^
brc éçoit 6gf:aa4^qu;ilfupp^itb^^qcoupc^lu4 *
des C|vf^i/ft^; j[Kft<Pri9Çf .nca^toioins» n'étoit.pas
encore f^f^çfb\é • paf Tes Ennemis. Il^ fe défendit
^c6 His T. DU 7^^*
contre eux & Uor faifott craindre fesdernieri
efForts. Ils voioient leurs compagnons ctandus
autour de lui & que Ton couragt Ce Tes forces fein-
bloient augmenter dans le tems oti la fads^oe de-
voir les avoir abfoluinent dinrtnuées. Ib fe re-
pentount défa de la promefiè téméraire qu'ils
avoienc fatte à leur Roi de le lui livrer * lorfque le
cheval fur lequel il étoit monté étant percé d'un
coup de fléché fe renyerfa for lui j 6c ne put fe
dégager aiTés promptement ponr empêcher qae
les Mores n'accountlTenè en pouflçnt de grands
cris. Ik fe jettercnt fur lut 5c le pre^rent (i vive-
ment qti'rl fut contraittt de fe rendre. Cette nou-
velle vo^â. dans le camp & dans la ville avec une
égale diligence. EHe produifîtdes tfftts biendif-
' lèrents de )oye & de trifteflc. Mahomet fe crut
vainqueur. Le Goayerneur fe crut vaincu. Les
Barbares fe preparoient à doaner un afiàut gêne-
rai. Les Chrétiens fd preparoiehràlafootenir,
bien que là plupart des Soldats eufleat le.co^ur
iibafu. Us fe difaieiîé ïti uns au* autres, htM
nous avons tout perdu , k Comte de la Vagnt
nous manque. Sur ce que nous lui avons vu iiùre>
nous pouvions êfperer de noos défendre, s'il
éroit refté parmi nous ^ mais fon malheur eft le
prefage du nô\re.
" Dans le tems qu'ils s' entretenoîema^nfi, rin-
çant n'ornettroit rien pour feconrir la Ville. U
aifembia fes troupes avec \i dernière diligence,
& s'en ap[frocha avec ceUe du Comte de la Mar-
che qui ne l'avoit point quitté. H furprit fi fort
les Mores , qu'ils fe retirèrent avec plus de boa-
te que de profit. Ils fe contentèrent de brûler
0c de piller tout ce qu'ils trouvoîent fans deffen-
ce.Les ^fpagnols irrités les pourfuivfrcm fufaa'à
Malaga 9c a Septenil, qu'ils aiEcgerent à fear j
tourj I
DE Bourbon. 5^7
tour 5 î'Infant avoit fçcu par Don Alonfo Fajar.
do, que le jeune Comte de la Vagne éroitpri.
fonnier de Mahomet ,..à Bcnbalba.^ Si le Cheva-
lier de Boucicault n'avoit pas cté mé il auroit pu '
apprendre au Comte de la Marche que c'étoit le
Prince Ton Frère ; Mais'cnfin fans que cette con*
fideration particulière y eut aucune part , le tc«
moignage avantageux que Ton lâi rendoit & le
récit de fes belles allions touchèrent l'Infant d'ua
fentîmcnt particulier d'efttme •& de reconnoif-
fance. Il envoya un Trompette propofer l'ef-
change des prifonniers , ou et payer la ran^oa
du Comte de laTagneà^qiK^qtie prix qu'on la
voulut mettre 5 mafs qiaoi qu^il put pour le reti<^
rer des mains des Ennemis , i\ n'y put rcifCr.
Les Mores répondirent qu'il àvoit gagné Tcf
gardes , 6c qu'il s^étoit fauve j qtie s'ils Tavoien^
encore , Us le rendroîent volontiers pour loi t^«
moigner les égards qu'ils avoient pou^ farecom*
manoatioh. * 1
XMns le fo.nc(s le Koi de Grenade étoitpeWbadi
qu^il^heLpoittroîf^en/gardeV véà homme qiiilui
avoit fait tant de mal pendant le Siège. La poli-
tique 8c la vengeance avoi«tit également part à
cette résolution , & bien que le Prince de Caren-
cy eût été fort blelTc lors qu'on le prit , Maho^A
met ne Jailfe pas de l'envoyer au Château de S04
loberena où ilt^noit prifooijîer le Prince Jofeph
fon frère avec fes deux fils Mahomet 6c Ofmin |
de manière queie Prince fous le nom du Comte
de la Vagne le trouva pour la féconde fois dani
leS'f ers desInfidelles.Mais il s'y trouva avec beau-
coup plus d'indifférence qu'il n'en avoit à Ki^b-
polis , 6c ce qui lui aÙToi( caufé une peine ejF-
tréme , dans un autre tems le touchoit (î pea
dans celui là , qu*il ne daignoit pas y faire refîe-
xion.
3c8 HxsT. pE Iean
jKÎon. Il n*ayoic des lannes que pour pleurer II
perte de Leonide. Il n*avoit des pcnfcesque pour
elfe i il ne pouvoit fe guérir de fa paflîoti. C'efl
' un état bien douloureux que celui d'aimer enco •
re une perfoiinc de laquelle on croit avoir les
derniers fujets de plaiiue.
L'Infant DonFcmand voyoit avec un cha-
grin extrême que' le Siège de Septenil ne s'a-
vançoit point; & comme les pliiies de 1* Automne
CQmmençoient à incommoder l'Armée , il ai-
ma mieux fe retirer que d'attendre ^plus long-
lems , ^ de la laifler périr. Ainiî il leva lé Siège
le zi d'oâobre 140^. Il revint à Se ville / il T
rap4>Qfta avec beaucoup de cérémonie l'fpce
du Roi Don Fernand de laquelle il s'ctôit feiyl
autre-fois pour conquérir cette même Ville.
On Vj gardois aufl! avec une vénération par-
ticulière. , &lors qu'un General d'Armée par-
tait pçur ?Uer faire quelque grande expédition,
on la luy prêtait , afin de porterbonheuf à fes
. Ces chQriCS fe paflbient dans la haute Andi-
loiifie , 5c dans le Roiaume de Murcie, pendant
que Celimc Reine de Fez , ctoit a Salé toute
occupée de la vengeance qu'elle voul oit prendre
contre le Prince Abelhamar. Leonide l'avoit à
peine oblig de fortir de fa chambre que la Reine
ifnpatiente de voir fes deiTeins exécutez le fitar-
fêter per Mulei fon Capitaine des gardes. Il le
conduifit fui le champ dans une tour qui étoit
attachée à Tenceinte du I?alais , on pofa des gar-
des à toutes les avenues pour empêcher que
l'on tk'en approchât , & la Reine.s'jr rendit.
. Abelhamar. ne parut «point furpris ni de Ton
malheur , ni de ù'ptefence de cette Princeflè.
Les fentimems de mon ccvur ne vous font p3$
t> t Bbtl RBOK, 309
inconnus , Madame, luy dit-il , vous fçnyés (fae
i'aime Felicie. Ma pamon ne m'a rien fait faire
<:ontre le rcCptA 5c la fidélité que j^ vous dois,
8c bien que vous me trouviés travefti dans vôtre
Palais , vous n'en devcs pas tirer de confequence
defavantflgeufe pour moi. C'efl un ^efFet de
mon amour. Il peut-être in^fcret , mais il eft
innocent. Je connois trop vos- intentions , in«
cerrompit fièrent eut la Reine / pour me laifTef
prévenir par un aveu qui^paroit ingemi. Non
Prince , vous n'étés ici qu'avec! e deflfein de me
perdre ; cet-e^rit de révolte dans lequel vous
avés été nourri n'a p^ fe rendre fenfiblc à la rew
connoiilànce que vous me dcvé« , j'ai ménagé
inutilement vôtre viëma}gré>lesrairon»d'£rnt,
qui dévoient m'èngagefàm'e défaire d'un* £n«
nemi' redoutable $ j'ay TacrM^ mes intérêts à
vôtre confervation , ingrat , vous ne vives que
pour me porter le poignard dans le fein. Le cruel
Ifmacl vous féconde ; il vous promet fes forces»
afin de me renyerfer de mon Trône. Vous pre*
ferez -titae (^trangere'à Une Reine d<f vôtre fang à
laquelle yous devez tout ; maille Ciel qui me
protège ni'a - mis eh état matgté ma confiance
pour vous ^' ic lafoiblefi^ de m'ôn fexeUe vcui
punir & de mevanger. Vangez vous donc Ma-
dame , ïuj dit le Prince , d'un air plein d'impa-
tience , ne laiiTés pas échaper une fi belle occa-
fion de m'ôteruiie vie qui VOUS' edôdieti^e de-
puis iongtems. Eupoifonnés mOn' innocence»
patgnés fa des plus noires couleurs , buplàtôc^
Madame , dites que les droits légitimes iiuej'af
fur la Couronne que vous portez font mon cri-
me , que vôtre haine a toujours ^téimplacable,
pour les relies infortunez demaMaifon > de
qu'enfin yous voulez achçyer l'ouyrage que yô-
/
jio . HiST. joeIean
trc inîufte père avoit commencé. Penie-tu ce«
meraifc , s'écria Celioie, aax outrageantes pa-
roUes que tu ofes pronoacei } penle-to que je
fuis Reine & maitrefle ici , que tu perdras la vie
au premier de mes ordres? Eft-ce d'une manière
û arrogante que tu travatlle& à ta ^uftificatioa
êc à m'apaifer ; tu ne connoispas tout le péril
qui t'environne. Abetbamar fie répondoit rien
aux menaces de la Kcine ^ ella continua inutile*
ment deluy parler -, il agit en bomme qui fon-
geoic à mourir , êc qui ne regrettoit pas la yic,
2u'ti étoit fur le point de perdre.Une contenance
ferme étonna la Reine & eHe fe retira outrée
4e reCentiment.
£lle avoit conimandé que Ton gardât Felicie
de Inès '(ans leur rien- découvrir de ce qui ie
paflbit t de manière qu'on leur ôtà la liberté de
ibrtir de leur appartement, & de voir aucunes de
leurs compagnes. Cette nouvelle difgrace n'a»
jouta rien aux^léplaifirs de Leonidc y elle étoit
fi indifférente, pour tou» les malheurs qui pou-
voient luy arrivtr , qu'elle négligea de chercher
h caufc de celui-ci.
La Reine étant fortie de la Tou^ affembla Ton
Confeil. Elle nomma des Conomidàirei pour
interroger le Prince , & elle voulus |ardtf quel- |
que apparence de formalitez dans unewire
qui pouvoit luy attirer l'avet fîon de tous Tes
proches \ ^particHUeremensde^ Maliques Ma- j
bez qui ctoîent defceodus ^cpninae elle des an- j
ciens Rois de Fc^. lUétoicnt établis à Greosde i
& fort puiflana dans ce Roiaunae, Ces raifoos
l'engagèrent de donner toutes les couleun ne- |
ceflatres aux crimes dont eHe accii(oit Abelba-
niar* êc bien qu'elle eut pris de jurandes mcAi-
CCI pour cmpccbcr qiM roane^eiitriendece
qui
^al fe pafloit cpi^tr^ le Prince » le fidel Muça qui
ctoit revenu de Tunis où il avoit porte. des lec-
très ^e créance, à ifraacl de la part d'AbeJl^amar,
mettoit toute Coa application à bien fervir foa
Maître ;. il entretenait dan» le Palais des corref*
pondaaces trop exaâes pour lui laiflèr ignorer
la facheufe avantare de fon Prince.
M^iça avoit du. courage. & de l'efprit^ Il né
s'arrêta point à JEaire des plaintes inutiles dans un
ce^is ou il Falloit voir périr ce Prince ou le fe-t
courir promtemexit. Il voulut d'abord aflembler
les amis & Icsferviteursd'Abelhamar » remet-
tre à leur tête , eflàier de faire foulever Us Ha«
bitans eç fa faveur , 5c marcher vers le Palais
poux demander ià lil^erté o\x pour mettre tout
ce qui sV. opooferoit à feu & a fang. Mais en^
laite il fitTenexiafi que la Reine. a voit au {Efe^'
créatures , une forte Garnifon auprès d'£lle , ôc
que le peuple étant déjà accoutumé à, fon Ooa-
vemement travatUeroit peut-être à la maintenir
dans foa autorité.. Il lui fembla plus ^ propos de
recourir à.Ifmacl pour une affaire ii importan-
te , mais ne pouvant fe fier qu'à lui-même , il
partit.en diligence pour Tunis. Cette Ville a'eft
pas éloighée d^ ^alé , & la proximité donna 4
Maçales moieas de s'y rendre promtement.
Sa douleur À; (on aSeéUonlui fournirent des
paroles fi fortes que le Roi étant toiiché du mal-
heur d'unPriace qui étoit foa meilleur ami» 5c
toûioucs/^nimé d'un fecr et te flèntinorent contre
Celiose , il ne ibngea plus qu'à fecourir Abel-
hamar ,.*& fit promtement la reyû'é de fes trou-
pes. Il en ttra de fes garnifons. Il envola .uu
Ambaflàdeur au Roi de Maroc pour rcnouvellcr
aycc lui les anciens traitez d*Aliaace ^ afin de fe
jaramii pv là de quelque (adieufe iirupttoa
3X2 Hr$ T. DE/Jb A'ÏT,.
3\jtc ton abfciicc autoit' pa' fa^^oiifcr ,* n'y aîant
è Maroc à Tunis d ù^ 7 5 licués. / ' '
Apr«s avoir pris' tontes ce* ôiirïdfé^tivecàa-
tanc de prudence que de promtltude , iffcmtt
en campagne , & lé fîdel Muça rerint à Sale
pour ne rien négliger de ion' côté de et qu'il
croLoit necelTaîre au fervîce de fpn maître.*
Le fcune Prince aiattt été interrogé p«r les
Commiffaires que la Reine hii avpt't donnez , il
tefulà d*abord de leur répoiidre , folt pat mépris
bu par négligence. Mats ils- lui dirent qu'ibfe-
foient fon procès comme à un muet , & qu'il
n'en feroit que plutôt jugé. Ottç raifon le por-
ta à fe défendre. Il vouloir prolotig^er Ton alfai-
ire , fe flattant toujâursd*être*fecourer, &qiieU
que envie qu* eût la Açine 3c ravancer , elle n'o-
ibit précipiter il ouvertemfeàff ù6e cofadAnnation
dont elle ne laiflbit pas de prévoir des lliites fa-
chéufes. Les grands Officiers de la Couronne fie
5ç les premiers Seigneurs de la Codr lulxeprefen-
tcrcnt qu'elle ne pouvoitaj)pôrtettrp^depré-
catltion dans un affâfrie jfi'iitiportiinte V & que le
meilleur pour elle fie pour fdn État MçH d*écoii-
ter fa c|emence plutôt qudfa')ufticb.'C^*ilscon-
noiiToiefnt que le Ppiice érbft tûuûable^ qii'il
fuffifoit qu'on Teut trouve trav^eSi dàîis le Balais
pour n'examiner ni les motifs ni^es motnremens
joui l'y avoient conduit , niàts iqu'au fonds , fa
leuneflè , fpn rang ; fa'^prdxitpité avec elle dont
îl étoit rhcrîtter préfomttf; toutes ces thù(n
enfemble , fie' chacune iti piîfticulî^r'bierîtorent
beaucoup d'attention. Qû'airifr Us la fiàpplioîent
pour fa gloire 8c pour fa' propre utîfité de fufpM-
dre fa colère , fie de faire grâce au Prince.
Cette requête déplut à la Sultane , elle fenrîtà
lai fiûrc coanoitre que le Pricct arok des créa-
tures
i
?
u
P B BOURB O N«7 JIJ
tares' êc des amis en plus grand nombre qu'ellt
ne fe Tétoit imaginée. Elle craignoit qu ils né
prilTent tous enfemble des mcfures pour lui enle-
ver fon prifonnier. Sa pa(fîon ne lui laiilà plus U
liberté deraifonner. JBlle voulut faire par u feule
auti^iité , ce qu'elle avoit refolu de Hirc paV le
recours de Ton Confeil. Elle prévint le jugement:^
des , CommiÛàires , & prononçaxll^e même l'4r«
set de mort d'Abelhamar ^ màiis'poui: tirer toute
rucUité qu'elle pouvoir d*une aâioti (î violente/
elle la voulut faire fervir à intimider les efprits
remuants , âc les leditieux qui pouvoient fon.
r à cabaler contre fon fervice , de manière
u'elle ordonna que Ton feroit mourir lé Prince
ur la plateforme delà Cour où il ftoit enfermé,
afin que tout le monde le put voir. •
JL'oa tendit en ce lie» un échafaut- de drap
noir ; onl'entouroa de banîeres , & d^tendars
brodez d'or, dont l'éclat n'atciroit* pas moins
les yeux du peuple que tout le refle de ce fune(l&
appareil.- L'on allaenfuité ahôncer au jeune
Prince le malheur auquel il étoit deftiné.. H fut
furpris de ce nouvelles que fon trouble parut.datii
Ces yeux , & fur fon vifage. Il demeura quelque
tems fans parler , puis levant les mains ver^ lé
Ciel , tu fçais ^rand pieu, s'ccrta-t-il , fi je_fius
coupable dans le deguifement que l'on o^e reprb^
che , tu fçais qu'il fer^ feulement de prétextera là
fecrete haine.de la Sultaae^ mais obeJ({rons^,^c9n£
tinua^t-il d'un air plus ferme & plus tranqulile,
obeïflbns fans murmurer , pieurvû que la Reine
m'accorde une grâce qui ne peut n^ire à fon fer-
vice , & qui fera tout pour ma confolat ion , U
me femble que je mourrai content, Muley, aj.c^i^
ra-t-ii , fe tournant vers le Capitaine des gar*-
des de la Reine > vas prier la Sultane de ma part
O ' ' qu'fT-
jî4 Hiê^T. DB Iea n
I qu^^eile me laifle dire les derniers adieux à la belle
Pélicie , je ne ferai pas aflcs loogtems avec eU«
pour que ce retardement puiffe nuire aux defièins
de Cetime« ,
; Muley fat aufllcôt U trouver^ 8c malgré fa ré-
pugnance pour confentir à ce que le Frince foo-
naitoic « ceux, qui étoient auprès d'elle Ig^ re-
§refenterent fi vivement la dyreté qu'i^ adroit
e rehifer une cônfolation fi peu tmi»ortante à
«n homme dans Tctat où il étoit réduit , qu'elle
commanda que Ton le conduiiit fur ta tour fc
^ue Ton y fit venir Felicie.
[ Elle avpit ignoré jufqaes alorsladefHnéedit
Prince* On la retenoit prîïoiaftiere aveclaes^
elle Ht s*tn inquietoit point ', eH'e ne diûgnott
pas. demander pourquoi ron afoûtoit cette nou-
velle rigueur à fa captivité. Ell'en'avott del'in-
^uietude que pour le Comte de la Vagne » elle
n'avoit des larmes que pour pleurer fon infide-
Été Se fon abfence » toutes les autres chofes do
mon4e ne pouvoiciit' la toucher., de elle itoit
^an^'ces dirpofîtions , 'quand on vint la quérir
ac la part de la Reine ; elle fuivitla gouvernante
des elclaves , fans s'informer de ce que la Suha-
ne lui vouloir ordonner. Inès la foutenoit . 5c
dans l'extrccne abatement oùt, fes déplaifirsl'a-
yôient réduites, elle n'arriva auhautdelatoar
quVvec beaucoup de. peine.
* £c premier opjcV cjuifrapa.fesyenxcefiitcet
<f chafau^ , & un hottxbre de gardes qui ne hii
laiflerent pas lieu de douter que c'étoit eBe , qui
devoir être (acrifiée aux foupçont de CeHme.
Inès qui le penfa comme elle « en demeura fi
«ffrayce qu'elle refta comme immobile. Un trem-
blement gênerai la faifit d'une manière fi vtoleo*
^ç qu'elle ne' pouvoir plus fe fouteoir. Leonidc
avoit
ivlB?icPtPR#o^i^. ' .Bit
«voit dii ùrtntAhtiihïtn dp^of^s aiix ûthi. Ce
genre <t«f liidrt hliparoifloic dur> itiais elle ne
irontoit s^ebipêcbér de refl^entir de la /ôye de
Voir approcher la- fin df (es malheurs ; courage
illa chère I^es'> dit. elle', en i'efmbraflant avec
bedtttpop* dic ^tèndfeife , Jfe. péril ne regarde que*
mior , ^ je le ïégai'de'^^nr foiblefle. yôîcy
un teràtéé q\ië m'a Rthgjfon me dcfendoit dp
dietclVe^ ; ihais". au irt^^ffcV qu'elle nie peiifect^de'
récevoit avci^ plaifir** fe Vais mourir , mes dif-
graçesvont ceffèr. Non, Félicie s'écriaje Prince,
qui ^oit alTei proche d'elle" pour Tentendre ,
nèti' vous ne -rtourez^ point , c'eftpourl'infbr-
tHm*éiAb<eIhdi^af c^bt'âeeîtfdione'rpt/plfce eft pre-
pâiPé.» Il yïtiit vtwrs diielcldernicr adîeu 5c voui
aiffifeei'tîu'îîéff moins ^bluché de voir trancher le
^oiiWj' W ft^îc^ . 'd'une niaûîere (î hontcufc & fî
fiio^fté' que* d^ mourir fans avoir reçeu quelques
témoignages dis vôtre bonté $ hé quoi Madam e,
ajoûtar-r-^n d'un air plein d'amour 8c de douleur»
tntf . r^uferés vous un regard , unfoûpir , une
fàM^MtiîMt ? voyés que je péris , parce que
}e tbtaarti^tyop aimée . le dèfir de vous 6ïire rég-
ner m'a dèïi'né cehji de remonter fur le tronc
dont on aVdi^ fait tomber mon père , vous m*a.
•vé» t&(ptré' une ambition que j'aurois mieux
ménagé' (ï f'àvoîs en moins d'amour. Vous êtes la
cauf^'^idhocentt dudé^uifement que Ton me rer
prd^lïé.c^ofmMetfn cnmer,|e nrmb repcAsSe rien ,
^ mff'paiffion'fôffiéyoàr me cdnïoler de nih cruelle
defti^é',' tAai^au moins lalfl^s itiorc^oire , mon
ainuibfe Felicie'que G j'avois vécu , ma tendreflV,
mon refpeéli, ma perfeverance auroient pu vous
toocHe^, & fi cet aveu eftfîncere de vôtre part,
je ne l'achèterai point trop cher par la perte de
ma propre vie..
O 2 Léo*
3l4 Hl«% J>,%^iK^r^
Lèonide à ,c^ mo^ iatcrdii^e &,çpi^^e«tîat^
quelquje tems les ye{i3C^ attachez fur Àl>c$iainar
uns pouvoir pader. Ellcctoit tquchce d'une con-'
padion fîncexe. «lie plaignoit ie .malheur de ce
î.eune Prince « u beau , iï bien ^it , à la fleur dr
(es ans, ôc fur le point de mqurir^ p^^ laç^aia
d*un tboureau^ elle ctprt 4*.^Ùl^uçs aâligceque,
tout lecburouxjde la Sulfaqfifn*euç^s'toinl>*é Tor
elfe , ôc dans le circonffarjf è^ ou elle f^toiça¥«ck
Comte de la Vagne Ik yle lt|i fenabJoit C in(upor-.
table , qu'^elle auroit fouhaité pajûÇoncmentj d'en
voir abréger le conrs 5; enfin ren^arquant qu'Abel-
bamar atcendoit fa r^ponce.^ ^uç^x'^e^ vous Stir,
neur , sVcriartrcllc ,t,q9l£XJ5a4«r.^^..»?^.ri?^«ï
i\nt]eAditeJ hcjD6^\tz ypuSj^put^. qnf jeie^
fufe à votre perte les juftef regrets^f^ ^e^ui^oit^
Helas ' q\Le ne puis-/e, audi. bien.ypiçs fauv;^ àt
ice funefté lieu , vous connoîtrics que je me^fou*
viens de tout ce que vous, Imites P9i^^faol,apr^sle
combat Jiaval où je perdis ma libf^ft^^ npnjafoû-
ta-t-elle .. eu Jaiftant jcopjij^ ;^^larii9ef /q^'cstie
voulut bien que le Prince v.ip,poaif;(^qQni4|lacioo«
nonSeigneur« je ne rutspaini;une ji^gratcr^ie
déplorerai toute ma vie le di^tt qu^i VQU&artivc
aujourd'hui/ Ah l.FeUcie ,. reprit- il d'un air
plein de triftefle, j e croiois que votrcçpmpaiEoa
alloit me donner du courage « .mais ic fens qu'cl»
le me Vote , j c fens dis» j c que >f^ ypudipf S;Vivîf
p'our vous,* ^ que .(^r;;^Qn,d'f (per^£^aevouf
me lai^ds .cntrcyolr jne'f;^jegp^ejr leofil[lc<-
jnent de vous quiter pour jaii^is^ Çettrpenféc
le jetta d^ns.une mélancolie, u profonde, qu'il
ne s*expliqûoit plus que par fes foupirs & par de
languiiiances plaintes qû'it . f aifoit de tems en
icms.
La Keine impatiente voulut plufieufs fois les
en-
_ . . £r B 'B tl K B O N. . 5 F7
envoyer iht'citbmpre , afin d'achcvcT ce qu'elle
avoic refolu , niais tout d'un coup elle fut égaU-
ment furpriréSt inquiète d^entendre aux portes
& autour des murs du Palais les cris d'un grand
peuple animé ^ conduit par le veiHant Muça
qui étoit déjà aux mains avecles gardes ^''ks
lordat^. Il demandoit la vie du Frince «Se m'en^-
çbiî h Snttane , d'une revohc gênerai /feis uns
avec des flambeaux 5c les autres armé^j pHifieurs
portant dés échelles Ôc conduifant du canon,
s'approchoient pour gagner les endroits hs
moins fortifiez. Ils dilbient tous d'une voi«
. qu'Abelhamar étoit leur Prince Icgitim^ , qii'ils
arcriénï lieu de çrbiiidre une Reme afles bamase
'pour tremper fes'marni dans le fangdùplfai
'proche de jfes parents , & que il elle refiifoit ce
qu'rls lui demandoient ils vengerotent fur cTle
même la cruauté c^u^elle vouloit exercer ftirfaa
coùfln.
La Reine n'^auroit pas fait d'atention aux me-
naces de tes feditieux fans qu'on luy apiir qu^îl
fe Icvoit vers Te chemine^ Tanfr de gros tour,
bîllons de jpoufHere , que Ton entendoit déjà un
bruit confus d'inftruments de guerre & que les
fentinelles découvroient des troupes quimar-
choient avec beaucoup de diligente. Un mOmeat
• après on vint lui dire qu'un Héraut étonf'aUK
partes dé 1^ viRe qui demandoit à lui parler de
Ta part d'Ifniael. Ses houVelhs la frapetent com»
me un trait qu*ôn lut auroit décoché dans le
cceur , elle fe jetta par terre & fe frappant le fein
elle s* écria ptufieurs fois qu'elle-étoit perdue.
Cependant on lapreflbit de voir le Héraut du
j^dy ^ àt Tetuan , - de'bpré s s'être' un p«u remî h,
«Né ' teofeiitit à luy parler. Il croit chargé ê^n€
' lêiiafe'poMr^çUie é& cei tufjmes. c v . ;. r ^ .. . ; . .
O3 ?e
31.8 His T# p;b Ie4«
Jf viens fecomirAhelhémar. Ce Prinxe tfi
fhery du Cigl à^ de nitre grand PrûfheteMahe»
met • ilfauf que tnmele rendes, Confidere Reine
trop inhumaine que tu nas ni armée ni fu jets ^
. m forces , ni mMnitions.Jefuss infermide tout te
,qui ^/efaffe dans ten Palais., Tuveis^uejefHts
.m en rendra aifemem le fnaitre , i^'Jejure.qeuie
lie riij(uir0y en fo^édrefitu ne me renvoyé le Vnth
ce ; ffiais s il vient me treuveir eu des étapes., je
(onfe^ts que tu partes avecteutce quetuyôudrês
shfiifir dans tes fre/ers 6» tcs/erviteurs, *
ifmMël Sultan.
Quel changement Je fortune ! sVn^pcut-il
^n umblable 9 Ce^tç JKeîne fi fiere Se ^ abfpluc
d^ns fes Etats voit aux portes de fg capitalU un
«^x^cmi qui lui parle en maître & qui veut ufer
de Tes drpits pour rompre un deûTein dont Teie-
cution lui donnoit un fenfible plaifir , Bc procu-
rpit iM x'cpoi. Le ccour altier de cette Princefie
êc Ton e&jri( peM accoutumé à rempff « ^^ ^o^*
verfnt fi Jarritez dc^ermej Impedeii^ .qif'lf-
macl employoit , q.ue fans (cinger aii périt . eUe
ne foçgfa qfi*k la venge^ce^visa^a YUn^^'i%:i|«
elle barbace , viens être tcmoizi de mon courage
fçde, m^9 j^e refleotiroent. Ce fuî,ec révolté
pQur x^ tu mVfti , fçr^ immol^^ tes jfi^l
: Q}i<h Clei (e îQfgne ^la ter,re, qa^les éleiiicars
. M^Qurneat daq[9 Uilr premier ^acçoc» qu^m'it-
parte ^ qu'ai- îe à perdce qu'une vie , qui m'eft
a cbarse depuis Ipngtems, AUoiif fat te. couper
cette tece , (i chère à Ifmaël , & dM h^nt de 00s
cours filTons \$ fouler à (es pieds. Suia moi» dît-
, eUe d'il» tonjde «voix irrité an Hemqt q^ aten-*
doit fa ri(po9.ce ; vifnamîrliim^ris^lif jebis
des menaces de tQaBBaian,i> iYJiiUb£tt€^^iM
DE BOURKOH* ^19
ée h mort du jeune Prince , viens recevoir Tes
derniers foupirs. £n fîniiïànt cesmots elle mar<^
cha d'un pas précipite vers le lieu où Ton n'a-
tcnâoit plus que Tes ordres pour les exécuter,
mais U Muft]r,rAmiral, le Gouverneur de la ville
^quelques autres de Tes fîdelles Serviteurs (0
icttereut à Tes pieds. Ah!Madame, loi dirent-ils,
confîdercs les malheurs qui vous menacent per-
ibnnelleoaent. Voulcs-vous vous enfevelir fou»
les ruines de ce Palai» , lorfque vous travaillé»
i irriteV un Roi qui ya vous adîeger avec une
puiflânte armée , & fl la vengeance a pour vous
quelque douceur , fongcs Madame que voui
pourrez revenir dans le lieu que Ton vous con«
traint d'abandonner , & qoe vous y reviendra»
aflez forte ;v pour y punir vos ennemis pour y
régner en Souveraine , & pour t'y voir encore
heureufe j mais Madame. , H vousfartesmoursx
Abelhamar , le Roi Ifmaél'profitant du dcfordre
4e ve» affaires & de la révolte du peuple portera
£1 colère ^ufqu'où elle peut alïer . voudriésyout
ièrvir d'ornement à Ton ttiomplM & Cuivre cii
capttve )e char du vainqueur $ n'eft-il pas plus
glorteust de fuir à prc^nt & d'aller chercher
dans une autre terre des troupes que vous con«
duirés vous-même & que vous animerez pas
votre prefcnce.
Les femmes de la Reic»e toutes en pleurs pro{^
tcrnez autour d'elle lui difoient tout ce que le
zcle êc la frayeur pouvoir leur infpirer de plus
cendre. Enfin cette ame altiere fut touchée bien
plutôt par la crainte du péril où elle expofoit
tant de perfeones attachez à elle aue par (ba
propre intérêt ; elle fe laiffa tomber (ur une pile
de careaux 0c les regardant d'un oeil moctte,
te pViin de feu » j'y confenrs , s'^cria-t- elle ». je
O 4 vaà
320 HijT.^DE Ieaw
vais me préparer à une fuite honteufe qui mtf
fera peut-cti% rougir le refte de mes jours. Si
je n'ccoutois dans ce rencontre icy que mes pro-
pres mouvemens ;e tiendrois une conduite bien
oppofce a celle que vous m'infpirés , mais enfin
'je cédé au torent qui m'entraîne $ fuions , fiiais
grand Dieu , reprît-eHe , aprcs quelques mo«
nients de fîlence , fe peut>i^ une deftinéeplos
fanefte que la mienne. Je vas donc devenir er-
rante dcfugitive^ je me trouve banie de mes pro-
pres £tats i il faut que je demande un afile à des
gens auxquels j'étois en pouvoir d'enoffrirj
Je ne trouve point que j'âyc mérité cette crueDe
deftinée. £lle ne put retenir tes larmes > 6c~pen-
'dant qu'elle fe livrait à toute fa douleur l'on fîit
en diligence apprendre au Prince Abclhamar
l'heureux changement qui venoit d'arriver dans
ia fortune.
Il ne pouvOit le croire bien qu^il eût découvert
du haut de la Tour les troupes & Us vaifleaux
d'Ifma'él qui s'approchoient ^ mais lorsqo^il
n'eût plus lieu d'en douter il ne s'occupa que de
Feltcie. C'cft à prefent Madame , luîidit-il d'un
air plein de refpeél ô^depaffîonque je vasétre
en état de vous rendre la liberté. C'eft à prefent
que je pourrai meritei les bontés que vous veoés
de me témoigner , elles ne m'ont pas moins in-
fpiré de reconifoiffance que vôtre vertu ^vos
' belles qualités m'ont infpiré d'amour. Vives
contant Seigneur > répliqua Leonide/d'une ma-
nière noble & modefte , ne vous cmbâra£Rff
point de me faire une deftinée plus heureufe que
la mienne $ ce que vous fouhaiteriez là defliis
pourroit ne pas réuiïïr , vous devés.vous occuper
de penfées plus conformes à l'état de vôtre for-
' tune. Elle le retira en achevant ces mots mais
ceux
^ètfsr qnc ta Sukaneâi^oic envoyés vers Abelha«
« hiàr le radiée nfe rie rtt dans fi prifon ,: ils furent en-
'iùkt couver I(hfa<^i ppuriur donner dés otages
êi^ ralIUrer qu'aùditôt que la Reine feroit fortie
k!u^pdTt , le Frinee feroit mis en liberté.
Cette Reine enpruntant des forces de fes pro-
pfei malheurs ,'donnoit tous les ordres necef-
faitcs- pour préparer fa âoce, pour embarquer '
lies meubtes les plus pr^tieux de la couronné ,
'potilr'0(»n(bler ceux'qiir^eUe ne pouvoit emmener
êc pour leur laifiêr dils hrftcuâions , afin de ca-
baler fccrettement & de difp'oièr les efprits à une
révolte prochaine. Elle fe hatoit de partir , ne fe
-fiant point à la paroUc d'Iûnael & craignant tout
du redentiment d'Abelhamar $ ainH à l'entrée
de la nuit la Reine fugitive demie |>âmée de
douleur fuivie de fes femmes Ôt de fes efdaves fe
iaidà conduire danfr le* vaifTeau qui Vatendoit. Il
mit aufC-tât à U^voile avec le refte de TEfcadre,
êc pouffé d'un vent favorable , il vo^oit fur la
Méditerranée pendant qu'elle étoit amfe fous un
pavillon de pourpre mêle d'or , 6c que tournant
tes triftes regards vers le Roiaume qu'elle aban-
dbnnoic elle poùilbit de tems en temsdepro-
fonds foupirs. Quelque voilette qu'elle fe £k
pour retenir fes humes , elle n'eâ pouvoit arrê*
ter le cours ; Fortune ingrate ! difoit elle , tu
te jolies des diadèmes comme des houlettes, qui
peut fe flater d'être àPabry^de tes coup»; tu^n'as
tait la ffuerre auditôtque f'ay Vu le jour , tu m'as
poarftitvte dans les pays Iqs'plus éloignés du, lieu
de ma' naïdànce , tantôt fôu^rb forme d'un piv.
ratte ,:tu m'as conduite entre tes mains d'un fier?
& cruel Empereur, (aïitôt fous une forme plus
aimable empruntàht les aritlesdc l'amour ta m'as
percé le^œur , d'un trait fatal que je o'aj pu ar*
. 5 . ^^
3« H r s T. D B^y n AV(
rachcr , puis te montraot favorable ta fti'^s ccNt*
duitefur le trône «â'^ÙKUvÎBnid^ mt ^ïïicipltUi
acheye barbare» acli«f€»<|f'aifeD()stu,m'^cat»lcr
de tes plus cruels cbapss | eft>ce que tii t^ pr^fVI-
res à nu faire foufinr'^ viuf-'ttt me Uvr#c 4 4«
noi^veàux tourments } mon fore a'eft-ii point
aflcs déplorable , ne fçaurois-ttt trbiTecdcBie
faire du mal -, êc tpy Felicie , cpntinna-t-eUf en
Jettant les ylenx Çat:'btattiiât qui étùït ptock^
' d^elVe ; tej qui cainfesiinef pfartie de Aé^w^lbeurs
& dont h beauté ttfop d^ang^eufe a (>& abîmer
un courage déjà di^rpoK à la révolte , partagera
moins Us difgraces que tu m'attire , & fais mof
connoltr^ par ta fîd^té que tu es la caufe inno-
cente de mes peines.
• Hths \ Madahae-, répondit Leonide > enfou-
piraat', je n'ay point en de parc aux criminettef
Intentions dû Prince., ScÂ'û eft yray qu'il m'ait
4iimée, c'a bien été maigrie mov. J'ignorots le
honteux dégulGement ou il ç'étoit abaiffî: Je
ne lui ay donné aucun (ofet d'efperance h fi
l'on pou voit baÏF ce qui nous aimcj j-e Taurois
haï 4 maTs j^e le pouvant , )t m'affigeois de fit
(«nfindeats > fle il n'auroit jamais fait changer les
miens. L'om m'a ditr, reprit la Reint, qoece
Comte de la Vague qui eft venu quenc Oliapie
Doria t'avott caufé beaucoup de tsouble&dc
douleur» fans doute c*cfthii que tu aime» nais
il t'a donné lieu d^croite qu'il ne t^aimephif$
& \ay voyant des dîfpofitipns'fi éloignées de ié<*
pondre à te tendriffe-y peçs-tu coottiuiec encore
«l'trt avoir pourIbL A'cttUiors Leohide demea^
ra toterdite , Ôc rôugiflànc de honte Ac de dépit»
elle tisooîft ^§ yeux buiffés fanspcottottcemae
feule parple,&'res joiies mdiiittées de brmesre£>
fembpi^nt ^ ces, belles, icufs qu^ i'oA voUa|
hrer de TAuToxe tot^«rccs de toCi^
• dbBôukboiï ^i§
' Ta ne me réponds point > continua là Keinè,
«n (bttpirant , ha ! que je fuis en état de me ré^^
pondre pour toy. Je voulois voir fi fa botichft
^toit capable de trahir te fecret de ton coeur , dç,
ii tu defavoueroîs un mal qu'il ne dépend pas de
toy d*arèter 3 ouj Feltcie je connois par une fii-
ncfte expérience que l'on ne guérit pas , lors
2u'onleyent; Helas! je ferois motus à plaindre
î'avois pu arrêter ce mal d charmant , & fi
dahgefepx dont nous neconnoifibns point tout
le péril , lors que nous nous 7 laifibns furpren*
dre.
S'il y a des peines dans un engagement Madame^*
lui dit Leonide , elles ne doivent pas être pour
une grande Reine , toute belle ,«& toute parfai-
te comme vous j . la mort peut vous avoir ravy ce
<(ui vous étoit cher, ou vous pouvés en être fepa-
rée , maïs au moins vous êtes à l'^abry de l'infide- ^
lité , la mort ni rabfence n^ont rien de fi cruel. Il
eft éesabfences, reprit rriftement la Sultane» qui
font fans efpoir de retour $ celles là portent totfs
le» malheurs enfembleL elles font craindre tbut à
la fets la mort on le changement. Au moins Ma-
dame > l'on nefçait rien de pofittf , reprit Léo**
nide , de Ton panche volontiers db cote qui flatte ,
nos defirs. Non, continuât Gelime, la chofe n'efi:
pg» compâe tu te l'imagmes,- Tincertitude eft
proprement un martvre qui ajoute' beaucoup à
toutes les peines que l'on peut reifentîr. Helas !
Madame , répliqua Leonide , je regarderots à
prefent Tincettitude comme nn grand bien. Il y
aurôit encore des moments oùi< je pourrois me
fiiater de n'avoir pas tout ptrdti , & ces moments
ne font plus pour moi,
C'êtoit de cette manière que la Souveraine & U
belle cfcUve s'mcrMcnoic > ranstmelafàmiHstri-
}24 H I s Té D B J E A tl#
^ té de la Reint fît oublier à Leonide le rerpeâ
qu'elle lui devait. La nuit <^toit déjà bien avancé
jRvaiit qu'elles eudènt cherché daas-le fommeille
repos ou toute la nature fembloit alors cnfeyelie.
3nfin leurs yeux fe fermèrent infenfiblement âc
Celin^^ écoit endormie depuis quelques heures,
Jorfqu'elle fut reveillée par le bruit des matelots
^ des foldats , les premiers fe preparoient à eC-
jfuyer une tempête prochaine dont plufleurs (ig-
nés les menaçoient , & les autres courant aux ar-
mes ^ fe rangeant fur le tillac avec beaucoup
^ d'ordre 5c de courage atandoient Abelhamardont
ils vénoient de découvrir les vaifleaux.
£n effet la Reine avoit à peine apris la révolte
du fameux Roiaume de Grenade que les portes
de Salé & celles du Palais ajant été ouvertes au
Roi de Tetuan, il courut vers la cour où il fça*
voit que Ton r:etenoit le ^eune Prince , afin d'être
ie premier à. lui rendre fa libertés II trouva qu'il
en écoit déjà le maître , & qu'il ycnoit le rece-
voir avec tous les témoignages de joye & de
reconnpiflànce qu'il devoità Ton Libérateur.
Mais Abelhamar ayant employé quelquetems à
jremplir Tes deiyoirS auprès. fie lu^ , il ne put s'em*
^ pêcher de tourner Tes pas vers le quartier desîf*
claves de la Reine;} car il ignoroit fen départ, &
ceux qui le garcjoient ne lui <n ^voient pasreodii
compte.
• Il demeura furprls de ne rencontrer aucunes
femmes & de remarquer par tout un grand defor*
dre. Il n'ofoit s'é^lalrcir de$ foupçons qui lui ve-
noient dans l'efpr^t. Il paflà dans les appartemcos
de la Sultane ^ |es trouvant tous ouverts &de-
meublés il n'eut plus lieu de metue fon malheur
en doute. Ce fut alorsi que ne pouvant retenir fon
affiiftion dans le fond de fen çqc^ il la fit éclater
avec
IV1S BOURBOK* 32f
a^ecaùe violence qui toutha ceux qui Taccoin*
pagaoient. Je vous perds Felicie , aimable Feli«
cie« je vous perds !c 'écriait «il dans le moment
où je me âatois de vousrepdreheureuCe, &d«
le devenir avec vous. Cette pitié que vousm'avés
témoigné dans le tems où j'étois menacée d'une
mort pcochaÎRe m'étoit garante de vôtre dtfpa-
fition , pour me rendre juftice , vous m'auriez
aimé fi vous* m'aviez vu plus longtems , .niais oâ
vous enlevé ma chère l^elicie , on vous enle«
ye » je perds tout en vou» perdant. Il ne^ne reftc
plus rien de vous que la paflion que vousme laif-
ics & le regret mortel de vous voir éloigner. Va
Muça continuait» il , va dire au Roi qu'il n'a riett
fait pour moi, que ye luis prêt de lui rendre la
vie qu'il m'a. confervée 'fie qnejelecoQfiirede
me l'ôter oxi de 'me rendre ma' mai treSè. Mais'
que dis», je. y elle li'eft pas en foti pouvoir , qu'il
me donne donc fcs Vaifleaux pour xonnr après
elle.
Muça obéît. Il foc parler à Ifinacl pendant
que d'autres perfonnes rendoîent compte au
Prince de la manière précipitée dont la Reine
étoit pai;tie , ils lujr dirent que c'étoit à Grenade
qu' elle ' avoir reroki de fe retirer. Le Prince ce-
pendant impatient n'attendit point le retout de
Muçà, il courut cbercber liinaicl , & il en obtint
tout ce qu'il foubaitoit. Il cboifit les meilleurs
vaiflàux & les plus légères à la courfe. Il fçavoit
âue la Flotte de la Reine n' étoit ni forte ni con-
uderable , & il n'étoit pas même en état de re«
fléchir fur le ^eril qu'il pouvoir courir en atta-
quant témérairement une Efcadre qui auroit
été fuperieure à là fienne. Il fe tendit far la pou*
pe du Vaiflcau & tachoit de découvrir quelques-
ttos des Vaifleaux ds la Reine , lors qu'il en ap«
fierçcttt un qui n'étoit pas éloigné. H fit aofli«
tèt mettre toutes les voites du fien ^ de ayant le
vcpt en arrière il ne dei^eura paalong*tems
Ane s'en approcher.
Le premier ob^ct qui.frappafesyeuxce fiic
le Comte de la Vagne. Ni luy , ni Olimpie n'a-
Toieot fçeu paidr auffi-tôt ou'ib s'étoient en-
èi^uez. Ib étaient reftez à la rade, ft tronyant
lûurcnx et fatisiaitsd'ëtreenCemble. Lena»,
vais tempe ayant cefTé ils ferrent en plesae
Met , & les premiers joursleur navigation n'ent
iien de partiailtef » mais une campête aflez
forte les obligea eafirite de retourner d'où ib
ctoient partis.
Anffi-tôt qu' Abelhamar eut rccaniiu le Com-
ta , (bit qu'u le xegardât comme Tamant de Fe«
iicîe qui l'avofc empêché d'atoir un heureux
ùm 9uprea d'ella ^ ou q^^il 1« reigatdat «oaune
nn homme qui icaufoit tant dt déplatfita à cette
belle fîllé, qui avoit eu pour elle la plus noire in*
gratifinde & qu*elle ne pouvait .plus coafiderer
que comme Ton ennemi , il fentoit pourloy des
snouvemens de haine qu'il ne pût modérer, ft
faiiant entrer Muça dans la Cnaioupe , il l'en*
v«ya.au Goditede la Vagae^afitire lui dk le f rifl«
ce i> que je le regarda (oninae un perfide qui me*
rite la moct , que s'il veut garantir eaux qui foet
avec: Iny Ce qut^n'ont rt«n à démêler dans notre
querelle il peut me venir trouver ou ma donncf
fa parolle , ôc j'irai le chercher, car Je n'en yciix
qu'àluy. ^
'Muça fe rendk au Vaii{eau du Comte deb
Vagne , & bien qu*il ne connut peint Abelha«
mat & qu'il fat perfuadé qu'il n'avoit aucun
fuict légitime de luy vouloir du mal , il At fi
effencé que l'on oTât le traites de perfide , qaa
uns
Pi8 «o»R3atf:: 52f
S^» ^mur ibos ^. dif^ f|ui auroît p4 proN
JOM^e Ja Mitfîi. jA^ftif A btjc 4i^il>'d't^ air pUiii
Aa &$ïU h A0 €^\.e\o » je vWaaprendrt àvôtw
jp-f ic^i», qAe, V9» i%'o/&ncc pas impimémont u«
boi9iiM comme, moi. £a fuivaot Ton premier
^qvYMQAat U fit^ao^^rveffsU^vaiffeauoù^tok
-AJiflhên^', (àna fairei«eAejtiqn à tous! AS périls
:^UJiqiMli iliillititsVjrpvrtfi^ <ar>«n6ftle Fiiacs
JKQOtov'c kJrci(el^il^prilQ«lMl0^y ac^r^TupoTé qu'il
pfx n&t ido meùloiifo ioi > )c|M Brfievoit-ilpai
cratsi4rf éiîU ua navUe.Eoabéfm, ibic qu'il fut
vifiiiuyiMr &iii.nMB€ii'S mat&p4iis qu'il avoit bie*
iU capote 4'oubiier dans cem^^entracberc
ina^treflè » àl nt faut pas s'étoaacj; s'il s'oubli^ic
îmirioéint.
r L^CMloHpe s'tioi^toit di^ lors que les htm^
iiMfl»qm (irvoi«ist <âi|«ip«e(àurutentl'^vetHef
^ htt èkticfi qui fopaflbil. £lfena.£e donna que
le 4 «ma ds prandre ttia« rèbe/yr elU» & courant
fus le tiUac , elk apefçeu&ibaaniaoc qui s'âoig*
noù. Vous m'abandoones: meta cher Comte,s'é#
cria-elle 9 vous allés expcfer une vie . dont vouf
ne deVez plus di^oCer fans ma pérmiflîoii, qa'a«
ves vous a déauler. av«c le Barbare Abelhaniar !
quoi vous l'alUs afeaaquei ju&iiiiB daoafeo bord T
attendez moi au moios, je parerai Us coiips qu'il
vous- portera $ je voua ^nar^ntirai de fa fureur,
ou' je b partageiai avec vous. Mais helas ! voua
me laiflèz comme fi vous nt m'aimiez plus , quo
vous ai^je fiiit mon cher amant ) nefuis-jepai
cette même Olimpiè qui avpit quité lemotido
parce qui je ne vOusy croyeisplusfne futs-je pas
ceHe que vous êtes venu cKercher à Salé i ne de*
Fons nous pas unir nos deftinées d'un lien éter*
nel l û proche da ndtra félicita vouUz vous I4
. trou-
^2S Htit» DB Jean
-troubler pas qu^lque^ fune^^e cataftropke ^ rêve*
•itez- Conke', rcvcnca ^ qn'audancs cenffdcra-
tioasttt puifKoc voM^ éloignir-dt vdtrecbere
lOticnpie. Mais pendant qu'elle faiToic ces inu-
tiles Kgrets, la barque s'^loignoic , lèvent cm-
'portoit fcs paroles , êc voianequeie-Comtene
'retournoi t point vers elle, ôc que même il ne
l'en teodoft pas , à<|uoi m'arrére-fe, s*^cria-
t-'clle , je puis encore empêcher le malheur de
iSi4iibald , & ie n*y «ours potnr$ aMont . volons»
il n'y faut ^pas perdre un moment : tAe deman-
da au Capitaine du Vaifièau fa Chaloupe $ on la
mit auffitôt à la Mer , elle te jetta dedans &fit
Tameravec la dernière diligence vers Abelbamar.
X)Dieu ! ODieu , elle y. arriva trop tard , le
Comte s*^toit déjà battu avec une valeur & une
«drefle fans égdle , 4nais iqûoi nos jours font
comptez ', les fien^devoiem finir de cette na-
liiere3 étant au confie d'efperance , H ne les vit
point couronnés ,/oe il retidit ie$ derniers fonpirs
entre les bras ae ra<cheremaitreflefurlerillac
même où le Prmce veaoit de le Uefèrmor-
tellement.
• Oiimpie arriva dans le fatalinftantonil ne
luyreftoit plus de forces pour fedefiPendre , foa
fang, fortoit à gros boitiBcms de fts bleffiires.
Abelhamar qui le preflbit vivemem ne kiv laif-
foit pasafflfs de loi fi r pour reprendre haleine.
Arrête, arrête, impitoyable Prince» s'écria Tiii-
fortunée Oiimpie, d'anifi loin qu'elle put (è faire
entendre , que t*ai-je fait criiel pour m*ô ter k
vie , ne Cçai-tu pas que le Comte de la Vagnc
doit être mon Epoux, barbare fufpend ta fureur,
s'il te faut une viûiihe pour Taflouvir , me voici
prêt à recevoir la mort, viens me percer lccceiir«
inais épargne celui que i'aime«
'Les âcy nts de cette yoix fi chère au fidelComte
âe la Vagae , le fraperent dans le tems quHi tom-
boit aux pieds d'Abelhamar. Il fe leva Ôt tour-
nant feslanguifiànts regards vers l'endroit d^où
venoit Olimpie, helâs.! il i'aperçtut dansla Cba-
ioupe qui Payant vu tomber ne fe polTedoit
plus. Elle arriva en cet état jnfqu'au Vaiffèau,
elle poufToit de ^ongs gemiâements de pr6feroi#
«quelques paroles mal articulées que l'on ne
pouvoir entendre & qui n'avoient aucune fuite;
£Ue fe pâma plufieurs fois auprès du Comte de
la Vagne , tk lors qu'elle reyenoità elle oii
voyoit fes yeux fixement attachez fur luy , fans
qu'il en coulât une larme , fans qu'elle pouil^t
un ibupir,&: ire féntant plus (à douleur par l'excès
de fa douleur même , elle (biitenoit \» <^e dû
fonamant. fur fes 20^ '^'^.' ctfetenoit fes mains
fur r«9 Meflures , elle regardoit fes beaux che«
veux toutenfanglantez, fon vifage couvert d'u-
n* pâUur nr«ortcii6> (ti yeux demi fermez ^ £Ut,
perdoit tout dans ce terrible moment ^
de fon ame étolt fur le pQint de l^abandoti-
ner.
Le Comte faifant un dernier effort pour lnj
parler , tâcha de ferrer fes mains entre les ilen*
nés. Je meurs, ma chère Olimpie , lui dit-il, je
meurs tout à vous, je meurs fidellè& )è ne re«
grette la vie qii^k caufe de vous. Ces mots fu*
reAt les dernières qu'il proféra , il finit atnfî U,-
cours de fadeftincc , &ladépWable Olimpié
dît des chofes fi touchantes & tomboit dans un
defefpoir fi extraordinaire , qu^Abethamar nû
pouvoir fe confoter de luy avoir caufé de telf
déplaifirs. Il la rehvoya demie morte dans foa
YaiiTeau , Ton y porta te corps du Comte de h
VagQ«, , jamais il n*aété de^^àclephistoa^
chant^
9J0 His T. o E Ieait
chant. Olimpie quitta la route de Gènes & prit
(elle de Sardajgné pour retourner dan^l'Abaje
de fa tante. Elue fit élever en ce Heu un fuperfae
Maufolce à fpn amant,eUe y prit le yoile deKe-
ligi«ufe, ÔL pleura tous les jours de fa yie la perte
irrcpar^bU qu'elle avoit ^ite. C'eft aiofî qu'à
la v^ill« d'un grand bonheur nous fpmmes
iquelquefois,d«ceus ^ & que nous éprouvons ce
que la^fbrtuneade.plus cruel 6c ûa plus terri-
ble.
Le Prince defoléde Tétat où il laiflbit Obm-
pu tkp s'en feroit pas iéparé fi fa pafiîon ne Tj-
yoit appieUé ailleurs^ Il brâloit d'impatience de
joindre la Reine & de lui oter ifa belle Pelicie,
ainfi continuant de la chercher , l'on peut juger
lùr^m«at de la joye qu'il eut lorsqu'on ravercit
que Ton JécouvioW Uc vaifleaux de la Sultane. Il
commaoda auffi-tôt qu'on dcprotdik t<Mu«s les
voiles, & faifam mille vœux pour obtenir nn
^eat favorablt» il fc pr^paroît de fon câtéaa
combat avec là même diligence que l'Efcadrede
b Kejne s'y preparoit du fien«
Cçtte Princefie infortunée ffachantje oonvesa
péril qni la menaçoit encouragea fes gens > &fit
avertir les autres Capitaines de venir a Ton bord.
£lle tint confeil avec eux , les ordres furemca-
fiiite donnez , tç l'on ne fongea plus qu'à bien
remplir fon devoir 5 déjà les trompettes fefai-
ibient entendre de part & d'autre s la flotte de la
Sultane s'étojt arrêtée ,«.& ploiant fes voiles , elle
avpit arboré l«s étendarts &les flames ondoiso-
U$ qui font les fignaux du combat ^ les canons ti-
roient comme auunt de coups de tonnenc , cba-
cua vouloit mép^ger 1« vent pour venir àTabor-
dUge » les ponts &. 1^ s grapins prépares fairoieot
WÏM ^« Ton n'avoii^ aucun dcflVia dt a'épargacr:
reigâriliBS-: cfi daipg^eijix rerptot^ difoîtl^iR^in^
en mooiraiit Abelkaioar ()ui ptfpiflait ^rmé fur
La poupe de .(bp . fMbvÎM.j regardez ce Prince in«
grat.qiM .'j'ai ^leyé ayec tant defoin , & qui n'a
pris des forces que p<HK Q^er totis 1^ mameurs
qui 4it'aiC<çabjpftt , 4iii q^. jie devais &i^f pint,
las idont Ij^virfailelttqi^t }e daog^rde lamieiK^^,
& c|^e f *«y <î9n{èTv^ ai* baïf «rd ^ ^e qui f oa,vôi«
m'en 0rri.v<er. Il me f^ -cornette pas que ^e Ivî
abandonne napn Roiaume , Se que je cherche aia
fureté far un B^ement |i d^gefeuK , il vient m'y
livrer la guerre, parce que c'eft^e nàonfai^
qa'il eft faUe^c , ^^xt^totn ««quioemc donne
f>a^ U ouPrt efttrpppeup^l^rfjiti^iiii'efabaiiiei
. niip^: moi oajes^ fidf i^ fvi^is^jpunir ce fujeit re-
belle , aide!z aio2 à4oKaner un exënnpl« à lapa«
fterite de la 4eftinée des traîtres qui ne doivent
pas iouïr long.teoas du fruit de leurs mauvaiffi
avions.
La Sultans pninaoit alnfi tous ceux qui TécotiJ
toUnc pçqdaot jqiie Leonide^ fiiifoit des triftf»
pUiotes avec iKne^ ^ vojez ma ehere; -cf^ funefta
âp«tcit , mi diCDit.eiie ^ de càmb'î£& de ^lUX il
va ètt^i%uwi,Sc qvel fera la fin de ce combat^nous
en ferons peut-être encore les vlâinaes $ non, je
vous avoue que je cboifirois plutôt la mort que
de me tnooiver fous le pouvoir d 'Abelhamar • *
pnuns le Ciel, ejoâtaCitrielleA de nOus préfervec
d^uo fi grand maUicitr. '■'.'■
Inès dTaiicif c dcila donfoler par que k^pie isfperan*
ce. Pourquoi vous aâiigez - vot^s ^ difoit - elle»
riean'lsft encore ideeidé, tâtutfe prépare à faire
ime CQurageufe r.e(Iâance » & les flots qui s'eit-
fleht , les veeits qm foufflesieifi vioUment , lee
noirS'qei ft'obfrurfi^eht , kîs éclairs 0c le tonnes*
.fteJtiai^tcttfie. qn^U (eea iml^oOîbtc d'en Venir
- • 'f ' • ■" ' ' * MUC
^aux dliains: £a elF^t le %em$ s'étoic rendu tout
-d'un coup û terrible que Ton ne fongea plusda
-côté de la Reine & de celui du Ptinct qu'à f« gua-
rentir d'une tempête bien plus dangereufe qoe
■ne pouvoit être le combat.
^ Les fioces dirperfées yoguoient au gfé des
«vents fans pouvoir tenir auctînes^ routes certai-
?nes,te$ Pilottes abandonnait l^ur. gouvernail
'dematidoient unfccôursàu Ciel , qa'ils'ne cher.
choient plus dans Tare ni dans l'expérience . \ts
^unsfrapant c0nti% les rochers fe brifoient &coa-
vroient la mer de corps morts & des pièces de
^ leurs vaiilàu:t / ]«« autres- dflpucanx encore leur
.'falut contre les flols ^ifaioietit de gagner la côte;
*its la toUchÀiemt^ ik ^toieik repotifiez fictroa-
voient etiHn lear^pertîe afu fend des abîmes.
Le Prince Abethamar aiant perdu de vue le na-
'^vire où»il croiôit que Fclicie pouvoir être, &
âiant perdu en même tems Tefperance de la ra-
'tnener à Salé , ne regarda |>lu.s le péril qui mena*
' çoît fa vie'qa*avec une efpece de joie , malgré la
nuit dotk 1 obCcureté étoit il grande au'ilnepa-
f ol({bk passant étoile au Cieî » malgré 12 g:Ss &
les vagues qui couvroient fon navire, Ôc qui Tin-
*commodoient beaucoup , il fe tenoit apuiéforle
' haut de la poupe , & de là tournant (es regards
de tous côtèz il cherchait le vafidèau fugitif qui
cmportoit. la belle Feliciè. Le fid^e Muça defolé
cle la defolation de fon maître , eflàioit inotilt-
-nient de le confoUr . non difoit le Prince, fi nous
échapons du danger oà nousfommes» ilne£iBt
pas croire que je puifle jamais goûter de joie ni
de repos , |ufques à ce que j'aie Felicie , lapaC-
•fîon que je fenspour elle augmente par lesdiffi-
cultea/qui la traverfent,. )t voîstonte la fbrce Ai
malheur qui me b. ravie ^ majs cette, fatalité ae
>lf«uroitm'ôterle deffein de la fuivrc.
è/B ^ B o u^ >:6 w.T 1 31 jy
^l^<^i ums. ^coit déjà .ttfi:peu.a<f0ttci ,le jbur'
con»9»«i>Ç9ic à p^roître , le PrincjD confultoi^
avec Muçade quel coté il d«vpit allei paur uou«
ver (k maîçreUe , il paflà le fameux détroit de
Gibraltar qui fepare l'Afrique de rfifpagne , '&
changeant. 4« iner Ta^s cb^r^gcr de refojution.* S;
vouli^ti àlleBjfà'Cacragene o« à Por^fitlléal , Oji:
doutant, poifkf ;^^eJil,Rein^ ne.fift twitri dans
quelque h^*e po^rfe mmn.k eoliyefit.dc.Uv
tempcM. ;Il c/jftniBand^it que ron^urnâc.v^f^.
r A.nddo)i£e^rs. qiie <:eux: quî Tacççippagooient
s'y ^oppofer^nt ^vec toute la force imAgtqable.
Con4(lf ril?r$«^gil«ur » lui dtreat<.ils i que nOu»
fpmmf firid^m^urfiE. C(ui# devfilttfîeui's, fvaiSeau3C
q^;Xf«ii^l miM ja^niiesK; il :ii» refte .peut*êcr«
qcMfUiVQt/i «iitiiers yotts. irez. vous, v^pfe r dam
uii .p9Ï$ 9à<Celit9e.va voa$ attirer des:£fiâemrs ;
foa rejj^f ^dQ(btai*té , fes axalheurs , tout parler»
pour^lfe ^iqu^peiKfêrale'&oi de Grenade (î vou»
poiirfuive? j^(qt)^vdant rejs.Euts.uneÇrinceiTe
ip^thrf i^ettfet q«ii iritnl d^ i6P]U9. abMâopftefiles
fiempi|iii fçeiit (lieUed^e TepgagerA point à voiW
i^t4W ^mm^ UaôUgeafiad'bbteoir d'irmaj^l
d«« ««[lldiCiOMfTavâafageitfe^ pour- elle , ^3 qui
fixait eticpre les difpofitions die ce Mouarque i^ &
voû» dey|i«ir^z éloigné delitt.-6i vousine velU!
lez paB à vos propres intérêts , qui vous aflur^
.aiGiz d4 fa gQtfUrodté poor* nepotntapprebeiu.
4er:qiiîil^ar^Mi)'qU'il vianC)d'sicqa$fftlr }/.et;our%
nans ÇfigQèuriftj Sale » - cofitiiuMriefit^ '^'^ûlc
R^iaÛRie de Tes .voiti demeure » vbut ferez .en
état ,d*obt^ir <;et qiie. vous voudrez' du .Roi d4
Grenade , Felicie vous ferarenduë , & ce Prince
nje voudra potaii fe broiiiller avec vous pour une
efclave ChrétieQne. ! .. . r
Abelhamar. connut avec nue fcnfible douleuf
qu*ik
rj5^ H rs t; w fi^ J E Af il
qu'il n^jr avoft'pCoftftd^Mltre partl'à^ prcnilfû cbm
U conjonêl:iir«'oà iKétoh'qtiv c^Iiti déi^etôurser
àFtz , il cnl pvlt t^fôutc ayeè ntr cfeplitfifirqai
augmenta à tou« nkrniens p^ leà funeftês débris
dont il voioit la M«r couvei^e, & qui ne rapd-
idictit qa< trop à ton fouv^i^rl» ptrte'qQ'il ve*
ifoit' àtGLitéée'}% pla^gr^dè partie' d't(î9fiote.
: E» R«^ii« defon (<ôté ne courot {]rà!^an4lM>rn-
dre )^€ki\ i f^ v^iSkiMn^ Pd trouVok^ dif^etcez,
lors qu'un cOiTpdtvltfnthi^ Ma- dâhsi;lePt»rtdc
Cartitgisnc; , SiA^ prpuë de AfiMlaPvf^' frappa £
forieufemenc contre un «lui^e qâ'ils pe<|ierent
l^erir toift d«tt5f $ cet ac(!ideH4?ft^ffVa'<fe'rotopre
ce quek^empât« ayôU é^g«^^ YM^^pKlfîenri
éha[4eu^tf$ viurieiirafle^f ti«#)ipfenliem péttf ^o-'
fer U R^rtie, fes^f^iiimes)/ Si tèift^V^dipi^
; Au0i-tot'qii'dU^fhlr-mfer^«liêPa)>âf>lei(&an-
gement qui venoir d- arrivercbns le^RbjâiMniede
Grenade. Mâjibiiftev ÂbcnMbr â^ifht 4té cm*
poifonné par le mb]|feri d-ttôe'robedbiironlaifit
ittubit aui château id«:Satobriba $ ak^ ta^itune
èhajug'ea' «ioât d*ui$riCoup^i9sr>fti«:'deft^ Mute
éoptrè im fctpcre ^dtt il defott<rd«^iif9fti)iie
pour monter fur lé Tr6n<$2 La Sulmtte dépma
Moley pour l#feHctt«f (ùr uff bofilie«r &iA0(pe<.
ré , & pour- lui. demnidee ftfiprcfteâiroA dMb^ib
dirgrares. Bllei^ charg^a^^auffidvti^ôir lés Mali*.
queStP Alabe^i^ iisr >é3mitâtiè<rep|MOtlïwpùrefltl^
eiiièiciieleipïimiiiérk^angidalai^cttieCoiii^ "^ '
; ^Le 'ÔdO^frneatfrdejCiaftugfefftTt^achâiit'tfifeh
Reihé del Fez><>enottd^airivcr, Itrre^mdîtTttrie
petr pour la reccvoinavec tous hi hoaiteursqui
ttoient dûs àfaqualicé. ElftflogièttauCbittsu,
& n'ayant Voulu employer que deustioursàfe
riéUiOSt des fatigttus d'un voyage oi^tUew>it
• • '• couni
cbiihl rant de diâ^crras pcciis., elle partit pour*
Grenade. Cependant Molej s'y étoifidéja.ve».:
dtt. A aiU d'aliord chez Mukbazte chef des Mati.
ques. Ce brave Moreie reçeciif avec de graads téw
moignages de refpeâ. ^ur la Sultane, illaoBe*
na au Châtean de l'Alhambra ,. où le»RQis.d«i
Grenade denf^uroi-ent ordinaicienifem. iLlerprv^.
fcn^^Hi Roi Jofi^b^ il fui parla ii fàvocablemeiic
pofif cette Reiàe infoitunce' qu/ilreuttôiitltett
d^efperer que ùl flo^aîtreflè ne Ce repenti rôit pas
d'avoir cherché un azile dans cette Cour.
Le. Roi voulûc^què (es deux fils Mahomet Se
Ofmin qut avoieftt été prifbaniers avec lui allaf^
feat audevautd'elUpour l'aflurcr de la patt.<|tt'il
prenoit à Tes fn^H^rtunes'; êcdvLd&fip qu'il avoât
de U fêfvi^' dans toutetf iesi'cboios qui pouiviaieno
dépendre dé lui. Ces-jeMves^Frihaes ttoient arés«
bien fiits , ils avoient de refprit & du cpnrage»'
Ce comme le PHnce de Carency avoir été mh ait
château de Salobrena par ordre du feu Roi , ils
l'àvoient trés^patti'cuUerébieiit connu , Ôe ils
^aîtnotent ^fae^epneikt/dèiaianiere qtt'jlsâucoiene
bien foubatcé de \k réndrnnâAtEe.'de fa deftrnée^
aaffi'tât que ltiteur<chan^éAcdmikieferviens:de
le dire j maie le Roi leuvpeve voulant ai énager
une paix avtc les 'R(pa^ADls •& qui n*inigi|io«>i^
pas rarddur que l'Intoc Don^. Fernaad avoit
témoignée pour c^yhger Ma^oMt Abcabidba dé
ttceymT uiie'gfôllèWah^on^paurls Conkexde
la Vàgne ( il s^éfoirtoiiiows AtcâppeUerEiinïîl j
il îugea- qa^en le r^icenaik iCQ pouroiflêcre itn
moien dans la fuite pourpacvenir sLce'qufîl
fouhaitoit ) 6t defkant d'ailleurs de^ntarquef l^ew
ftime particulière qu'il avoit pour le Biince , il
lui demanda s*il voukût. lui donocr 9à. parole^
de ne le point qmttcr £uis> foa confcmeiQcntt
Lo
•î5<^ HlST. btf^jEÀH
Ise' Prince 'la lui. donna volontiers ; & le Roi le
mena avec luià Gcenade*
- Il lui envota le jour qu'il fàifoit Ton entrce une
vefte magnifique , un turban orné d'une cgrette
&une épée dont la^arde tltoit couverte -de pier-
reries. Le Prince, eojinut bien en voiant ce pre-
ient que Ie.Roc.fi>ubaitoac qu'il s'habillât à la Mo-
nique pour 1^ accompagner , & il fiit de cette
manière à toutes les Fctes que Toa fit de cour-
£e», de bagues, de combats detoreaux^ de
bals & de comédies.
' Mais le Roi aiant trouvé que le Prince avoît
quelque reilèmblance avec le brave AiCmir «
(s'étoit un More.de la Mairon ides.Abenfara-
ges -qui avoit été tué depuis, peu » . & qui étott
en. grande confidetaûon dans ce Hoiaume ) il
donnoit volonttAscenomau Prince pour le fa-
vorifer , - & le Prince n'âiant aucune envie d'c«
tre connu ;*i[ le reçevôit lavec plaiflr &lepor-
toit, prerque toûiouis. ,
; Le» teme^n'avoit dtmiiiu^ Aîroa .anooar, ni
fa douleur , ipais malgré cejbte. pcofande triftef-
fedans laquelle il .paroifloit .eiifeveli, on ne
laiflbtt pas de. le diftinguer par tout comme
un des hommes du monde le mieux fait, &le
plus ipirittteU Entre tous ceuK qui lui témmgne-
rent le plus d'eâime , les Princes Mahomet &
Ofmin lui eh/marquereot une il particulière &
tant de i iéon£aace qu'il dcvinft leur mejUecv ^*
Mahomet adroit de rgeandea qualitea qui fe trou-
vèrent balances^ jpar de grands de£Biuts. Hétoit
aimable de fa perfonne ^ brave & généreux, mats
il avoit trop de préfomption , iet deflrs l'em-
portoient toujours fur la raifon , & fes pre-
miers mouvements le menoient beaucoup plus
loin, qu'Un'autoic dû aller. Hétoit l'aiaéd^Of-
Bi Bourbon* 337
mîn de quelques années. Ce jeune Prince n'é»^
toit pas moins bien fait que luf, mais il avoit
plus de douceur Ôc de complaifânce ^ toutes Tes.
ificHnations ctoieat dignes de Ton rang. Le Roi
fbn Père i'aimoit plus que tous Tes autres en- ,
iàns.
Lors que Ton fî^eut à Grenade que 4a Sulcane.
étoit lur le point d'y arriver, les amis & les
parens des Maliques Alabez fe préparèrent pour^
aller avec eux au devant d'Elle. Le Roi voulut
que Mahomet Se Ofmia , conduiti^Tenc les plu$
Grands Seigneurs de la Cour > le plus loin qu*il '
fe pourroit pour la recevoir , ôc pour lui faire^
tous les honneurs poflîbles. Le Prince de Caren«*
cy ne pût éviter de les accompagner, chacun
avoic des devifes Galantes fur Ton bauclier , il
fit peindre pour la frenne un Apollon courant;
après Daphné avec ces paroUes BfpagnoLes $-
^Hway bufco quii» mê ahorsay mtfuyo , ces
mots veulent dire ; J'ayme & je cherche cell«
qui me haït & me fuït. Cette penfée avott .beau*
cot>p ^c raport à Tétat prefent de Ton ame , 5c
il fembtoit qu'il ne pouvoitgueres mieux Tex^
prkner , les Princes en jugèrent ainfi ; il leuç
avoit apris pendant qU*tls étoieiit prisonniers
cnfemble une panie de Tes malheurs , &.il n'a-
voit eu rien de refervé pour «nx , que le ve«
ritable nom de maitreCTe & le Gtn , mais ce qui
l'avoir engage à leur en faire un fecret , c'eft
qu'il l^avdtt que le feu Comte de la M,arcb€,aianc
paiTé en Efpagae avec le Connf^^e Bertrand
du Gucfdin pour y foutenir les intérêts du Roi
Henri contre Pierre le cruel, il avoit batu les
Mores en plufîeurs. occaiioos.fignal^esf, ôi rià
n'ignoroit pas non plus que dans la dernière
CâBspagaede l'JCRfaacPon Fer«anid»,U.Comt^
P ^ de
33* fîisT. i&fi Ieaw
de la Marche {on Frère , qui avoit aMo^oé ^ coin-
jne je Tai dit, goo. Lances au (ècoursdes Efpag-
;noIs $*ctoit fort dilbinguc aux dépens de ces iafi-
ilelles y & le nom de Bourbon » cjwe le Prince de
Carency portoit, lui donaoit lieu d'^iehendcr
I ^ue les Mores le fçachant , ne vouluuent tirer
I Ac trop grands avantages de foA malheur. Il
! tfonfîdéroit encore qu'en < ; 92. Maliomet éraot
«ntré dans le RofaunEie de Murcieayec deaoai-
lireufes troupes , il fut répond par Alonao Fa-
Jardo , Se Don Juan de Velafco avec tanc de per-
ces qu'encore qu'il y eut déjà long-tenis quecet-
ce dérdiMefut arrivée , «es Barbares ne laitbieat
pas d'en deHrer toujours la vengeance § de ma*
liiere que'lel^rince penfoit avec beaucoup de pru-
dence que s'ils étoient informes de TAlitUlce qu'il
Revoit prendre dans la Maiféti de Velaico et
f ourroit être un obftade à (a liberté*
L'oflL «ft trop bien informé de la magnifi-
cence & de la galanterie qui faifoit alors diftin-
guer les Mores d'entre toutes les autres Nations,
pour que f e doire m'arrêter dans un endroit que
f'iufîeurs Hiftoires ont particularifé , âc qui a
burni tant de fujets^ des livres agréables. Ce*
coit donc dans cette Cour qiielajR.«tce dsFex
venoit parokreaimable.ipirituelie 5c mslbeoreu-
th ; fes ieules difgraces étoient capables d*îafpirex
une pitié qui lut aurott affujetti les coeufS le«
moins accoutumez à aimer , Ofiais elle avott bleu
^'autres titres pour fêles attirer , & lors qu'elle
«rouloit plaire^ 'id étoit très-difficile de s'ea dé-
fendre. ' i ' ■ .
' Les Princes Mahômit 6c Ofmln partirent avec
le Prince^it Çârenci. Il n'a voit point quitté l'Iia-
btt que le Roi lui avoit donné » flcilauroitétc
m^airc qu'il en eut ^iawpUiiaTantageax. U
9 »<xunfta|;.; ^^f
monteît le plus be^iu chenal d^ toute TAja^^ou-
fie,, il le inanipiÇfav^c tapt içlegrafeiqu'iU'atti-
roit les yeux h& r^dwifïîJÀaç^jde tjbuS;Ç,e}ïx, quf
ét046nt Cotti ^e^Gc^np^epouraUj^^adevaintide
la Keiae. Elle ye^oit dans une litière niagntfir
quenelle y <^tDk feu|e^ toutes les fei|n»es,étoienc
auiS eu littiere > ÏKjSonide &:I(|es eo ^çiQi^piçnt
uaf dont ell^s^HOÂeç^f^me l^^.^:idg^x.^M>îû^f cr/»
pW^.sti libeftc ^ de e/e^tréiteiMr.rtfda^ void ra.
prochée^. d'Efpagdf ^ .di(^it I^^qiiict^è foAramie^
devpn» âeus regardée ce changeaiient comme un
avantage i II me fetnble , dit Ine$^ que nous
n'en pouvons tirer que de conféiqueticesKettreu*.
fes, Helas ! ^e ne m- en promets plus dans la fuite
de ma vie j interrompis Leoioide en fouptrapt, 6c
tout ce que^ef^oiiiirfoisrouh^tetdepluaf^vorâ»-
bU ce feroit de.inQucir bieniôi. Ibes n!0ublia
rien de tout ce qui ^pouvoit co))foler Leonide,
3uoi qu*elle eut elle-même de cruelles inquietu»
es j car elle n*avoit rien aprU de Ton cher Doa
Ramire , & pendant qu'elles ^'entretenoient
ainfi • les Princes avoient d(éfa, abordé la-Reine.
Ils iDairent pied à t^rre poUr la Ûliier. JEnfulu re-
montant à cheval ils entourèrent ialtcttere êcPeiv
tretinrenç de^ ch.o(ei les plus coovjenablcs au fur
îec de Ton VQidge.t mAisiaReineitiéveufe &di-
ttxsdtc n'avoie plus la fdrce de leur répondre • Tes
yeux attachez Air le Prince deCarèncy ne pou-
voient s'arracher d'un ob^er fi ainiable , fa fur-
prife Sf, fa joie la troubleiielH à tel point, qu'elle
pouiToit dcta mille tendres. fpup ris vers lui, mais
de le voir habillé à la modique luy fembloit une
metamorphote * extraordinaire. Elle trouva le
mcïiea de s'informer de Ton nom , à un garde
oui marchoit proche dé fa litière. Celui-ci ne
i^zsoïi pi»iDt que le Prince fut prifomiier de guer-
P z rc
\
54* .Hîst; lofe Ik a 11
re , il i'aVoit vêii v«ciir dé Silbbrena à Grmde
av«c le R^ J^Qkph ; Se Vami'^nttû^ti appel-
ièc A^mir , il le nîMmii'SUiiâ^à'k Heine.
£}te penfâ àuffic^t iqu'il aVÀit peut-être des
raifons qui l'obligeoient- à' cacher Ton nom ; de
maniefe'qA'fHe ne témb^éà point d'être là def-
fàs mt^ti* tdforméc <|ue les^utres à fon égard. It
H^âToit^îftiiic âttètotioa pâtticuliere pour la re-
gardât-; éU to-^l&^C'criltUcEliefiif , elleaa.
roit* f<Hlfa^té- qiPBité^dbiice fitiip^tliiê eàt cmea
fon co^nt aâtttttC qUé^lfè-^flén T'^toit , iHatt voyant
que cette iîmp.athie n'agiilbit point , elle voulut
«voir Éa mûânilâffatimâion de 4ui parler» Elle
prit pour prétexte la peiatare qu*elle remarouoit
iiir fon boudkr^ elle4ui en demanda l'explica-
tion , il ia Im dk , & il ajoÂt»d'iio air plei^ de
triftefle qil^lle pouvoit îu^rpar-cé qu'il veùoit
4ie Nit dire qu^il'^étoiit l''boti|iniedii''«»oildele plus
flialheurcux. La Reine fe mit dans refpfit que
le Prince pretendoit être l'ApoHon & qu'elle
ÀoitlaDaw, cette idée luint unplaifirdiffi-
<ile à exprimer -, ilm*eft arrivé quelquefois , lui
•ilit-jefie i'enib«ri4nt , de prédire dés chofes dont
•f e ne connô^oisjpas moy même la cauf e -, je me
ien8^dil1ls c«tfe dirpoCtièn à vôtre égard , Sei-
gneur AfGmfr . vous n'étee ni fttï , ni haï de vô-
tre Dafné , vous aurez le ptaifir de la voir bien-
tôt : ha ! Madame, s'écria le Prince tout hors de
lui, que me dites vous ! (eroit-il poflible que celle
qui me caufe de ft longs d^plaUIrs , voulut les
faire cefler $ Ouï\ reprit Iti Sultane d'une œa-
..niere obligeante «.-ellie le veut pour le moins au-
tant que vous , mai^dàns mes moments de lotfir
îe vous promets de vous en dire davsintage. Non
Madame , lui dit-il , je ne mérite point qu'âne
û grande lUiiic s'occupe 4e ma foxtua« , 45c iuf-
:: « qtt*s
D E B a un B.O.Ku ; 54f
qn^à preTcnt pen ai une fi fatale qu$ je n'ai pas
snême Heu d'en efperer une meilleure à Taveair,
Bllei uç voulut pas lut parler davantage de crain-
tte que i*D»necctiiarquâtkidiftia£tion particulie-
rs qu'elle avoit eue pour lui ,. ôcùîx» doute celas
^sarbit |>iiu iaine de lapeine à Mahbmct $ car. ce
Prince trouvoit déjà la Heine. â aimable qu'il ner
fçavbit 'âflèz plaindre Tes difgracesi. Ainfi une
paffîon naiiïàhee s'empatjlît deJbn ame pendant
qu'il ne croioit s'abandonner qu'à des mouye-*
xnsas de pitié. , , f.:. .)* a .
: .jBIus la Reine approcboirde ^eoade .Se plus \à
heâûté decette Ville attirk>it foiiiattention. Elle
«ft merveilleufement bien fcitttëeidans une plai-
ne qui fe termine à la montagne neigeufe , d'oà
tombe deux rivières dpelces.^e Dara, ^ le Genil^
elles n'ont point d'autres fources que les glaces
& lesneîges.i qtitfefon^0rfoclaciit}ede.cectd
haute ïàonMgai. JL'iine de ces deux JUvîires ea^
traîne (btsveji^ des grains d'0t qi»e4'^i^ trouve
parmLlé iàble^ jk l'abtre.produit de l^gint très*
par. .U'ûïx que Ton refpire dans cette contrée eft
fî bon. & ililouj que l'on n'y.reCent l^maisics
tôcommoditez de l'Hiver. Le printqms 6c Tau-i
tom»e KiTctnablé dans une mco^e'C^tr&fipKxlui-
feht dts^iuits 9e d^s fruits, fans que l'on 2(it Isi
peine.de lissculi^ver'; L'on y voit des forets en^
tieres d^Qrangeçs, d^ ^llrthes ^ de Grenadiers^
& fî U nature fembloit avoir pris plaifir à embc*
lir la-campagne , l'art n'avoit pas moins biea
réiini à e'mbelir la ville ^ les murs en étoient boFr
dez* de douze cents tours , le Palais de la Cham*
brè'q4eles Rois avoien^t .cia,ai{| pour leur.dejneu«
re. étoii d un^r^iagnificence qui ne fe pouyoienc
égaler qge pai; celle du cbate^u.d'Abbaycin^ tou
y brilloii; d'or Ç&d'afur , de marbre Cç de porphl.
34^ HisY. DE Je Air
Te. Le bon goût relevoit l'excelençe de la matiè-
re , de Ton jremarqEuoit dans tous les édifices des
Mores aurait d'efpiit que deCcience * les farduis
ôc les promenjMki' pVatfbi^nc .infiniment » les
fieinrs &ies eaux^i IcsBocagjcs , les bois , les fon-
taines ctoient fi bien xnsaagces. que Ton n'y
trouvoit rteii'à foiibaîtei'. •. i
Lorfque la Reine fut aux portes de la ville la
fbulle atigmenta à telÉpint que le Prince de Ca-
rency qui ne fqufiio^le grand monde qu'ayec
peine , fe détourna , 6i fuivant infenfiblemcnt
la ri vie£e%de.I>arà ^ 'qiil étoit'bordée d'Allées de
faUls &depttiplieis , ili'aiiraoça jofqoe à laion-
laine des* pins ^ >èn cet endroit vmhé par le fiken*
ce , par Ubeaiitéde l'eau éc pa&le dcfir de révcB
quelques moments à ce qqe la Aci ne de Fez ye-
noit de lui dire, il mit pied à terre, il attacha
ion cheval à un ifrbr«dcrf«-ccAicha fur Pfierbe. H
>a(»ela à- fbn ibuvem^r to«ti«.l«s: paroles^ieia
Sultane; Par 49el(hafard,dif0iifial^unei9rinocfir
qui ne' m'a'iiamal» v^.mfe^diAiiigtfé^twelfepoiic
tn'anoncer c^tiû Leonide ixi^rtM encore ? & que
^e la rêverai i^iencôt ^ qnf Iqu'on^euc-â l'avôtr
informé du fècr^rdemoac-ceur-? quandâlfeitMC
vrai qt^'on lwi'«A Siiroicî^tol^ilme'rembleqtte
Ion raftg^'accorde peu âvtctesMîfteiies, qu'elle
en aurojrt voulu faife ,'Wiiîs> c^inuat^il apréii
avoir pehfé miHe chôOn- difiterentet ,' firots-je
af^s credu(e -pour ajouter foi k ces ef<pf raaces
qui font trop incertaine^ pour me rendre heureux
êc qui font zt^és flateufespour entretenir ma pai^
fîon. . •
' Il étoit enfeveli dans ces dilRl^mes pei>fées
lors quM en fàt retiré par fa vOf^é d'Un honlimQ
qui pairlant a{Rs maiyArabe lut deniânda en cet-
te langue fi la Reine de Fe2 étofC déjà arrivée ^
Grc-
Grenade. Le Prince connut bûn que celui qui
l'abordoit étoit un étranger, & qu'il ne lui par-
loit Arabe , qw'à caufe de Thabit qu'il portoit ce
four-làf, 6c qu'elle U faifoit prendre pour un Mo-
re, H Peva les yenx & le» attacha fur cet Etranger,
ô Dieu que devinrent- ils l'un ôc l'autre quand ils*
fe rcconntircnt. Benayidez (car s*étoit lui ) Ti^n-
fidelle Benavidés pâlit du reproche fecret , qu'il
ne pottvoit s'empêcher de fe faire , le Prince ani- "
me de la plus grande colère le regardoit avec des
yeux ctinccknsi d'où fors- tu malheureux , s'c-
cria-t- il , d'une voix menaçante ; quel démon te
'conduit en ces lieux pour y recevoir la jufle pu^
nitton de tes perfidies. En achevarnt ces mots il
mit répce à la' main Se la faifant briller aux yeux:
de Benayidez^ toutes fes mankrdsfayoient quelL
»uc chofc de fi terrible qu'encore que rEfpagiiol
nit braye , il feiftoit une faorrtur & un friubu^
qui' courroient dans Tes veines et qui- fttfpenu
doiehf la force de fes coup»; mais le Prince jétoîc^
trop^ stntitré pour lui faire aucun qtiaitler. Se il le
prefibit à tel point qu' enfin le péril où itétôir^
rap^ellant tt>ut fon trourage ,. itfc b;(ttir plutôt en
homtme d'cfefperé qu'en homme qiri cherche à
mienagér la vie. Il eft diffîcile fors-que I^on a de
tek mouvements de ne pas faire courir beaucoup
dedanger à celui qui nous att^^ue. Ain^cecom^
bat lie pût être fong. Le Prince profitant de tow»
tes avantages quefà valeur Se (on adr«â% lui four-*
Jiiflbienr , porta un coup à Bcnavrdez qui4e fié
reculer plùfieurs pas en chancelant ^ Ces yeux fe
couvrirent tout d'un coup , & il tomba daî^s le
tems crac lePrinceruitenottPcpée fur Ta gorge, -
& qu'il hii dFfoit de rendre la fi^nn». Je vous lai
rends. Seigneur, lui dit Fcnavidesf d'une vofjc
foible y Se mal articuicc. Q eft jufte que je periile
F 4 dfe
341' HiSX. D E J E A K
de vôtre œaifi > après les de plaid rs que je vaut
ai caufés ^ ah miferable reprit le Prince que t*a-
vois, je fait pour me trahir, mais au moins ne me
trahis plus & dis moi en quel lieu tu as laiiTé Vin-
fîdelle Leonide ; marque à prefent par un aveu
iincere que tu es encore caple de te repentir d'u-
ne raauvaife aûion s ic le veux bien , lui dit Be-
navidez, en lui tendauc une main que la fueur de
Ja mort rendoit déjà moette & froide, £ vous me
prometez d'oublier ce que j'ai fait. J'ouMierai
tout , reprit genereufement le Prince , parle &
me tire d'inquiétude. Sçachc , adjoûtaBenavi-
àcz y que Leonide n'a jamais ceiTc de vous ai-
mer , elle -n*a eu aucune part à fou enlèvement,
îe ne peux vous reprefenter fa douleur, &ie$
JTentiments de tendreiTe que je lui dccouvrois
^our vous. Elle étoit au dèfefpoir» &. paioit mon
amour , de toute fa haine. Maigre Tes larmes &
fà répugnance je m'enbarquai avec elle , & tout
me promettoit une heureufe navigation, lorsque
•des navires, ennemis nous rencontrèrent & fe
pendirent maître de nôtre vailfeau. J'étois il
jdangereufement bU^^ que .... Adieu Seigneur,
je n'en puis plus, je me meurs, feS yeux fe mme-
rent,.,&il rendit les derniers foupirs, entiçlcs
bras du Prince.
,[- Il avoir Tarae trop belle pour n'être pastou-
^hé -d'un objet il funede. Benavidez mourant
n'écoit plus pour luy l'ingrat Benavidez ; &îl
n'afïoit point commis de crimes , s'ilavoitpu
.^nrentir fon cœur des charmes de Leonide. Le
prince le regardoit comme un rival malheu-
reux. Se comme uo ennemy réconcilie. U felaif-
ibit atendrir par toutes ces reflexions ; il penfoit
cnfuite à ce qu'il venoit de lui dire fur fa chère
Leonide , mais il ne pouyoit fe conf«l<r de n'a-
voir
7 Tî^HT jmtntJjcij^qiK^ls étoicnt ces ennemis qui la-
▼oient .prife. Eatâle bort ! s'ccrioît-il, ru éteins
., la vioijc .& la vi&d^ùal^ommequi m^âlloit Infor-
.mer des chofes du monde qui m'inportent da-
vailtage. Où dois^je. chercher celte que )'aime \
que fais-|£ «n qu'elle main elle eft tombée. O
. I?icii î i^p^ruijTJe i^oint encore plus malheureux
.que* j*,çt<;ds,,t^naon rcffcntîméht étouffait une
païtic de n^ tepdreire' : j/avpis cks peines que
. ^'«âay.pisid.e guerîr V iê ne^ ^uià plV»^ dans ces cir-
confiances a pjeftnt :.'ir s*agit d*une fiUe qui
m'eft promife, il s'agit d'une maltrefTiç qui m'eft
' fidelle dont j*]gnore le fort , qui peut-être a
trouvé un amant & un maitte dans Ton vain-
,qucmi,X2iel l^I^*? frcniis^qué cette crainte va coû-
te;- cher à mon repes^ ^ dfe quel côté tournerai-
\t mes pas pour la trouver. Il étoit (î troublé de
ces différentes penfdes qu'il ne s'éteit point en-
core aperçu d'une afTcs grande blejûTure qu'il
avoit reçeùe au bras , mais le fiang qu'il perdoit
l'ayant afoibty il jugea qu'il devoir fe retirer.
Ce. ne fût pas fans' peine qu'if abandonna le;
corps de Benavidez avant que de luy avoir i:en-
du» les derniers devoirs. Il fe refolut d'envoter
promtement du mondé pour l'enterrer , &
cpmme en arivant chez lui , il j trouva Zulema,
c'étoit un More de la famille des Abenferaaes
auquel le feu Roi avoit confié le foin de garder
dans "h château de Salobrena le Prince de Ca-
tency, &qui connoiffant tout fon mérite ^s'étoît:
attaché tires ctroittement à Iui> il penfaqueper-
fonne ne pourroit miéiîx q\ie Hil retourner à la*
fontaine des Pins , de faire tout ce qu^ilfaUoit à
l'égard de Bon Fernand de Benavidez , e'efl la?
^racequ'illui demanda inilammenr, 5c bren què-
b nuit fut déjà Rffç^ avancée, ZuUma» ajant
3? > jjïià»
34^ HfST. DE ÏBAN.
pris deux cfclaycs fidellcs , îtpartit airffitôt^tJït
exécuter ce que le Prince avoit fouhaiéë.'
£n aprochant de cette fontaine» iVtmenSi des
foiipiris Çc des regrets qui le furprireut. Il ne'pou-
voit bien diftingùef les paroFes que l'on pronon-
çoit , mais lorfqu'il eut mïspied à terre ilre con-
nut un homme qui embràiwiclc coiçs dc^aa-
videz , & qiii^plaignoit (pn inforturte en langue
Xfpagnollc , ha ! mon cher Don Feriiand , di-
f oit-il, pourquoi, ai- je eu le malheur de m'éloig-
' ner de vous isLjis le (ei^l moment où j'atirofs pu
vous defFendre coffre les traîtres qui vous ont
afTafiné, Helas î.jcne pouvois pcnfer que les
preflcntimens dont mon "^ame étpît allarmce
m'anonçïiffcnt vôtre jjiort. Le br'uk que Znîema
fit en s approchant , obligea cet étranger de fc
traire. Abenferage. n« pût refnfer Ta compaflîoii
au déplorable Benavidez. Il dit à Tétranger qu'il
pouvoit TatTurer que Ton n'avoir pris aucuns
i)vantagcs pour tuer Ben;iVidez , &que celui qui
sétoif! battu contre luj , ctoit fî geûereux qu'il
. l'avoit^ipacme prie de lui venir rendre les derniers
deyoirst; h«las ! Soigneur, repartit rEfbagnoI
en veffant ui^ torrent de larmes > mon amiœon
n'en eu pas moins grande & de qucloue maniè-
re que la chofe fe foit paflce , il eft toujours vr^i
que je perds tout en perè^nt mon cher maître»
.^ulem^ lui dit encore pluCeOtS' chofes pour lé
•confokr , Se, ne voulant pi^s demeurer davaata*
ge en ce lieu il coalmaqda ài ces g^ens d'«nterrcr
le corps. 44ns UQ bols ^^n'étoitguerç. éloigné
j!çie,la.Font.aine.
Lorfque cette petite pompe funèbre fut ache^
vée , ZuUma qui ctoit naturellement généreux
^ qui fe fcntoit-touché des plaintes qucrEcuyef
de Bcnayidcz CQ^tiaiiQit aêâUe , fuidcAisuida
s'il
s^'îl'voulbifc'vcniraveclui à Grçnadie. Vous fcrés
chez moi en feuretc ^ lui drt-il , Se il n'y en a pas
trop dans" ce Royaume ici pour le gens de vôtre
pays. Don Sanche ( c^efï ainH que fe nommoit
cec 'ECpagnol) heiîta quelque tems pour accep-
ter l'offre que lui.faifoit TAbenferage , mais ea-
fifi la- timidité où la prudence l'emportèrent fur
toutes les autre» raifons qui auroient dû le dé-
tourne! de prendre ce pnrty-. It dit à Zulema
que puis qu'il vouloit bien que fa maifon lui Ter-
vit d'afille , il alloit le fuivrc • Zuîcma ne vou-
lut pas le mener au Prince ,. fans fçavoir s'il Ta-
gréeroit , mais comme il écoit inquiet de fa blef-
uire il fat le trouver pendant que Don Sanche al-
la avec fes gens Tatendre chez lui.
Le Prince s'étoît couche^ les Chirurgiens
avoient déjà mis le premier apareil à fa blêmir e.
Us la trouvèrent aUez confîdcrable Se le bruit fe
répandit dans un moment, qu'il s'étoit battu. On-
ne fçavoit point des particularités plus precifes
de cette affaire , Se lorfque Zulema entra dans (a^
chambre > il y trouva les deux fîls dli Roi qui s'y
étoient rendius avec empreilèment Si qui lui té-
moignoient leurs inquiétudes pour fa bleflure y
Mais fçavés vous dit Mahomet en continuant le
cHfcours qu'il avoît commencé que le miflere que
vous nous faites en nous cachant le nom de vôtre
ennemi tA une chofe il defobligeante que je ne
puis la fupportcr. Te vous dois , reprît le Prince,
trop de reconnoiïunce Se trop d'aniitié,3eigneur
pour manquer jamais à votre égard\ & ^e vous
dirois le nom de mon ennemi flj'avois lieu de
l'âppreheader Se que l'honneur de vôtre prote<*
élion pût me garentir de quelque nouvel acci-
dent , mais je n'en dois craindre aucuo de ce*
côci-là} de plli5 pu m^a demande le fecret , ^
54& HisT. OB Jean
ie m'y fuis engagé avant de fçavoir que vôas
fouhaitiés d'aprendre le détail de cette petite
rencontre , je vous fuppliede permettre , que '}C
garde le (Ilence là*de(Cis.
Le prince Ofmin s*étant aperçeu par la ma-
nière dont il fe defFendoit de parler , qu'on lui
feroit de la peine dé le ^eftioner davantage
changea adroitement la converfation. Vous
avçs perdu Jui dit-i];de n'avoir pas fuivi laReine
dp Fez 3 fans compter que le Roi Ta reçeiie avec
tous les honneurs deus à fa naidànce, ffc que
toutes les Dames à la fuite de la Reine ma mère
fe font empreflées de paroitre plus belles & plus
magnifiques que )c les aie jamais vciies , la Sul-
tane a commandé à fes femmes & à fes efclaves
d'ocer le grand manteau blanc donc elles cou-
vroient leurs "têtes & leurs vifages , & je vous
.avoiie que ces fîlUs furpaflbient nos Grenadines
de n loin que nous fommes demeures éblouis Ce
charmés aufll-tôt qu'elles ont paru. Nos Dames
toutes rouges de dépit baidoient les yeux pen«.
dant que nous attachions les nôtres fur ces aima-
bles perfonnes « & que nous teur faiflons la cour
avec milleempreffemens , on n'entendoit dans
toutes les Sales que leurs loiianges » chacun fàî-
foit leurs portraits, à ceux qui arrivoient trop
tard , pour jôuïr du plaifir de les voir*, & je fuis
perfuadé que plus d'ua amant fera devenu m£-
del à plus d'une maitrefle.Vous en êtes dcja un,
interrompit Mahomet ^ en fouriant , 5c vous ne
pouycs yous defFendfe que cette Felicie dont
vous avé^s demandé le nom avec tarit' d'emprefle-
imcnt ne vous ait infiniment plu. Il èftvraire-.
prit Ôfmin celle là m*a ravi , je n'ay point enco..
ic vûde beauté plus regutierc , un air.fi fpirituel
pi des manier es plus modçftes, & paoinsaffe-
€ték9
D E 3 O U H » O K;
âéeft. Jgnfin Tes traits « fontein, fa taille « tout
m'en a fctnblé merveilleux $.& tout vous en a
chasmic , dit le Prince. M;^omet , eft-il podî-.
ble ajouta. Ofmin , que vous i^'aiéspasrefTenti
de vôtre côté les effets de fa beauté , ' comme je
les refTentois du mien -, non reprit Mahomet, je
ne fuis pas fi facile à Aitprendre que yous^ hé-
las ! Seigneur , dit le Prince de Carency. en foa-
pirant , c*eft que vôtre heure d'aimer n'eil pas
encore venue } mais lors que vous aurés vu celU
qui doit vous la Faire trouver, vous demeurerés
d'pcord que la fimphatie a les mêmes effets fur
vous que fuc tous les autres. Le Ciel jufquesict'
xn*a regardé en pitié , continua le Prince > car je
vous avoué que je crains l'heure , dont vous par-
les comme un Pilote craint un ccueil qui le me-
nace du naufrage & que n'aimés vous une efclave
comme Felicie , reprit, Ofmin , vous n'auriea
pas fujet au moins a aprehender de grands cha-
grins ..Qui vousadic Seigneur, interrompit la
Prince de Carency , que cette Efclave d^oit aimcc
qui Taimera } le cœur a fes caprices fur lefquels la
raifon , ni l'autorité ne peuvent rien , & une ef-
clave peut refufer fa tendrefTe au plus grand Prin-
ce du monde. Mon Dieu, que vous étesEnpemi
de mon repos ,. s'écria Ofmin , q,ue vousay-je
donc fait pour m'enbarquer dans les reflexions
q^i peuvent m'affliger $ quoi voudriez -vous que
fur cette crainte bien ou mal fondée je ceflafTe
d'aimer Felicie \ En vérité oïoji frère , reprit
Mahomet en riant > pouvés*vous appeller aimer
une pçrfonne lors que vous venés à peine de la
voir. Je l'appellerai comme vous voudrcs , die
Ofmin d'un air enjoiié,mais il.èfl confiant qu'elf
le a de ja fait plus de progrez dans mon ame que
DaiaxaiScrpit-il poflibU, s'fcria UPrinc«^«
Carcft-.
j^çtf. Hisi^i 1>E Ieav
Carency que Felicit fut plus belle qu'ellf $ H n^
a point de comparaiforr; ajouta le Prince Oftnin»
tout l'avantage eft du côté de la jeune efclave, 5c
je meurs d'envie que vous foies en état de venir
faire vôtre cour à la Reine de Fez pour que yoos^
jiigiez vous même de cette difFereace.
li vous fera moins aifé de la voir que vous ne
fof pcnfez , Seigneur , interrompit Zulema , |*ai
été à Salé , j'y ai fait unaiTez long féjour, &les
négotiations dont le feu Roy me chargeoit au-
près de la Reine Celime , me donnoit lieu d'a-
voir fouvent des audience» publiques & particu-
lières. En quelque tems que j'y ailaflè je la trou-
vois au milieu des plus vieilles & des plus laides
femmes du monde. Les belle» filles qu'elle acbe-
toit de tous côtés étoient férgneufement ca-
chées ) 6c fi fon humeur n*a point changé je fuis
fur que vous trouverez quelque difficulté à lier
un Commerce avec Felicie. Les fiemmes font
bien injures, dit Ofmin d'un air impatient; la
Sultane ne veut pas que fes efdaves paroiflènr,
parce qu'elles, pourroient efiàcer fes charmer
Vous êtes bieninjuffie vous même, reprit bruf-
quement Mahomet, d'atribuer à cette crainte un
u(age que la bien-feance à état)li avant elle -, Al
, l^on doit convenir que fï beauté eft trop parfai-
te pour devoir rien craindre de celle des autres.
Ha ! mon frère Ofmin . vous vous vantiez de
n'être pas (I aifé à prendre aue.moi. mais Tem-
preiïement que vous avez a defFendre la Reine,
& l'air dont vous lè faites noujs en dlfent trop
pour vous croire aufli indifFcrent que vous k
voulez paroitre. Mahomet ne répondit rien au
Prince Ofmin, & prenant pour pretexife de fe
retirer qu'Afimir avoit befoin de repos.îli nom-
moient aiuil le tsinçt , il l'embrauEi le priant
^*a^';birfiiiri de fo' ftmé c6(tonie acU-choft da
nioiidc qui Itri ctoit là plusxhiere , ^Ofmtn ne lui
en di? pgs moîflfs.:^\iFetKa'ftic obligé de ft rîefî-
rcr avec eux , bien qu*»! eut fouhaitc d'informer
le rtihce de Carçncy'\4c la rencontre qu'il avôit
fait.d'c rEcuycr.de; Bferfaviif ci ,& le Prince dèfon
crÔTé' ,<fi5(î\ott piaifïîonnémentdt l'entretenir, car
encore qii*il lai cflt cel^ fon.nom cQmme à tout
le rcfl^ dfe Jà;ÔouT/-jMtiavoitpaTÏtfouvcntdé
Fellcie- dfe- Icon >. ^ il' **éroir plaint avec lui de
fbn infidélité', mais ce* que la Reine & Bcnavi-
dcz lui avoicmdit,5k U nom de Fclicic que por-
toit une des éfclaves de Celime le flattoit agréa-
blemen^j ce. n'cft- pas quje-P^vantuïc qu'il avoit
cu'éVà^ Jlïeui^ aVec Fclicie d*Yàmdnt.© ne M ôtat
tout d'un cotïû fts erp.crances.
Ètant^gifé,die milte.cfiffereiitts pcnfécs ifpaC-
fà une ûuit fort triftc , St le peu de repos qu^it
prit joint'à'd bleilôre > lui donna une violenté
fiçvre^ Zulema qui connoiffbit tout fon mérite
S< qui Ta! moit beaucoup , fe rendit chez lut d'aC
fez bonne heufe p4urs*iQfbrmer de fes nouvel-
les. On lui dit quMfrt'âVoit goint dormi, & qu'it
pouvoît entrer datts fa cfi^ambre. Aiiffi tôt que
le Prince: Taperçqt ,' hé! dfe grâce , venez moa
cher Zulema, lui dît- il, je meurs d^impatience
de yous entrerenir, St tout ce qui m'td arrivé
depuis hier me jette dans un embarras , dont je
ne fjaurois nte tirer fans vôtre fecours i car cn^
fîiv, continua-t^il, ta Reîhe d6, Fez ma parlé
comme fi je lui étbis connu 5 je remarqûois dan$
fon air & dan» fcsyeux jene fçaiqubid'oblr-
géant que Ton n*â point pour une perfonne que
Ton n'a jamais vue 3 ajoutez à.cela qu'elle m'3
aflùré que je nVtois ni fuï ni haï de ma maître f«
U.y ^ qdc r^urois WiU&x d'ëUc'bi6A(gt auprès
d'elle*
d'elle. ' Qpi peut dopc l!avoir informée J'use
cboffi fi.ppÇtive^ pour moi je croirpis. qu'elle
m*a pf^rlc au Ka^eard , éç feulêmcot pLOur fe diver-
tic« faos la reiKontce que î' ai eue à la fontaine
des pins.. Celui contre lequel je me fuis battu
ctoit, mon liv^l > c'eft le même JBenavidez qui
in'avoit enlevé ma chère Felicie^ Il m'a dit en
mourant qu^elle m' ctoit ^déU\ & qu'elle Tavoit
toûjoars eté^ q^u^el mp^^n de pênfer; qu'il eût
voulu faite 4in menfonge dans un (îf ernbre état;
mais helas dans le moment ou il m'alleit apren-
dre où elle eâ , il a perdu la parole & la vie.
Vous ne pouvez imaginer tout le trouble qui i.e
refTens dans mon ame. Felicie m'aime , fe peut-
il un plus grand bonbeur ? FeKpe eft perdue
pour moi, je ne fçai où Taller chercher , jene
fuis pas même le maître de ma liberté pour par-
tir quand je le voudrois , fe peut-il un plus grand
malheur \ il fe tût en cet endroit & demeura
longtems fans parler.
Zulema lui dit ope la fortune qui commençoit
de lui cir& favoraole « ne. le laiUeroit point fans
lumière dans iine. aSajretdokit'le repos de fa vie
dépehdott 5. qu'i] poucroit même titer quelque
celai rciiïemeat d'un^ feune garçon qu'il avoit
trouvé tout ea pleurs proche du corps de Benavi-
dez , ôc qu*il avoit amené exprés avec lui. He!
faite le moi venir y je yous en conjura, s'écria
le Prince , il me fouvient que fon }iaître en m'a-
bordnnt me demanda fila Reine de Fez étoit ac-
tivée à Grenade, peut être qu'il en étoit connu,
&/)u'il lui avoit raconté quelques unes de m»
ayantures en lui aprenant les Hennés. Je ne dois
jien négliger dans lies circonftânces où je me
trouve. Ha ! s'il étoit avec lui lors qu'il enleva
Bia maitrciTe^ fcqu'il me pHiiiiç €« qu'elle eft
de-
DE BouRBOMT* ;y3f
devenue , je ferois le plus content de tous les
hommes. ^ . .
Vous êtes fî ému , reprit Zulema. , que Je m<
répons de vous avoir apris une chofe , qui peut
vous faire du maL Ne me ménagez point , coïk-
tinua le Prince , votre pitié me dcvicndroit fu-
nefte dans ui>e oc cafton fî prenante. Vous dirai»
fc donc ce qui me vitnt dans r^rprit , ajouta
Zulema ] le Prince Qfmin , qui vous parla hier
il avantageufement d'une Pelicie Efclave , ne
vous auroic- il point parlé de celU que vo|is aîr*
mez } il m'-ca eft venu mille foupçons , inter*
foncipit le Prince: : mais enfî»» je le^&ay regret-
tez , car le nom de ï^elicie;eÛraffi»z commun. £t
après ce qui m'eft arrivé à Jaen avec k Prince
Alonfo Hls de Tlnfant Don Feroand fur l^errèur
où ce nom me ^etta> ^e nedaisplus-meflatCec
qu'il me deGgne rieft de particulief , mais »
ajoutdfC-il j envoyons quérir ceieuuehommt
dont vous venez de me parler.
Zulema di« à un Ejfclaye » au^et il avoit. delà
confiance , d'aller chez lui , de faire prendre un
habit à la Mof iifque à Don Sanche » c'eft le nom
de cet Efpagnol/ & de raitierier promtemept*
Il prenoit cette précaution ^ afin qù'-il ne fut pat
reconnu à Grenade pour être uQ'étr^gev.Doa
Sanche ,eur quelque peine à fe refoud^&de (ortie
de la MaifondeTAhenferage; il v<^ulut Ravoir
chez qui. on Wconduifoit , l' efclave qui vcnoit le
quérir lui dit que s'étoit chez le meilleur ami de
fon ipaitre , qu'il l'^voic entendu appeller Af-
Hmir. Ce nom raffiira TEcuyer ^ il ne douta
point qu'A(Cmir ne.futnn.Mpjre , & il n'en put
être détrompé. 1 lorsqu'il eptra dans, la chambie
du Prince de Carency , parç^ qu'il étoit ai^ lit Qc
que les fcnicfes écoiem fermées^. Âprochez Doi|
55*4 fï ^ s T. D E Te a w
Sanche-, lui dit Zulesna» & dites nous dt bonne
foi G vous ne frayez riea de la deftiirée de leYi*
cie de Léon.
Il fut n fuTpris de cette demande, qu'il deOK*-
ra quelque ttms fans répondre. Quoi } lui dft le
■Prince, hefitez vous à nous aprendre de fcs nou-
velles ? n'étiez vous pas avec vôtre Maître lors
qu'il l'enleva ^ ô Dieu ! que le foin de cette voix
alla ioin^ Don Sanche, ou pour m' expliquer
mieux , Cadlda fceur de Benavidez ( carc'étoit
"«lie qui étoit ainfi déguifce )fentit dans ce mo»
tncntunefî violente émotion, qu'elle eutbe-
foin d^ctre dans uii< lieu foit fombre pour ne
laiifev p3s remarquer A.ir fbn yifage tout ce qui
fe paiTeit dans Ton ame. Elle trembloit , elle
^teit hovsd^elle , ^ les yeux pleins de feu cber-
choient au travers dt l'ob^nirit-é à reconnokrt
celui que Çon ccntr avott d^^'pcconno', mais
VûmpASktttm^ du Prince pour s'informer du
fort de fa maître(&, Paffligeok an éernîer point:
C^oi', difôit-êtl^ en eli«-iBèm« , ma Râvatcfera
donc toôf OHf s aimée >, Ton éloignement n'a ries
diminué de la pftfiîon du Prince' f ne fuis-je pas
bien malheureufe d'êt^re deftinéeàvoir ftàen-
liendre des chofes (î affligeantes ? puis tout d'un
coup prenant là refolution de ne rien aprendre
dV ce 'qu=i pouvoit faire découvrit que Leonidc
ét#it auprès de là ReinedeFez^ Seigneur, Hû
dft elle , î'étoif en effet avec Dqi Pernand de
Bentividez lorsqu'il enleva cette belle fille ,doot
Tousine parlez: nous aurions eu une hcureufe na-
vigation fans kl fatale rencontre de deux navn^
qui arborofent le Croiflànr. Il$ n'eurent pas de
Jjcine à nous vaincre-. Mon maître fut prefqnele
reul qui fe défendit courageufement 5 mais les
Capitaines s'^tant rendus maîtrcs^ de nôtre vaif-
fcau,
&E BéttR^aur. ^ if f
Teau , îls demeurent charmez à la Ttt<^ de Fclicie.
Sa dotrle^r ne diroboit rren à fa beauté , ôc ils
refbhircBt de fa ni-enerà Conftanttttople pour U
preftnttf^ iw ©rartd Seignear. Leui*! de(Fein6 n«
reçûk-cnt jJoînt 'd^«>bftacl€ , il* l'a firent habHlef
magnifiquement , 5c cet EmpereHir h retint dttat
fon ftrraif avec totw les témoignages d^une via-
Icme paflîan; A ftôtr« égard le boâheurvoukit
que le B'acffa debMorée nous aiant achetez il
reconnut Dbn Femaftè de Benavidc^ pourl'a-
To r' yû , '5c en-aVoÎT recô quelques bons o^ces
ea Erpagr^c^ Ce Çacfea ctoit tm fnmta^jt Renégat
anqncl oh* ne ppuvolt nep^ècher qu« ce feul cri-
me ; du refte^l étoit g^^itereitx 5c reconnoiffant à
tel'porfntqu^ynqDS:accorda- notre liberté ans atN
cane rançon. Nous" en profitâmes- pour repafKr
promtenr^tit en Andaloufîe , Oc mon Maître
ayaht ^pris que UBreiiéede'Fes ,, venoît à Gre*
nide , ni^j roûteit rerfdré potnr-laf t^h: dclut
paVlèr." ^ " ' i • «
H* y arçfoft' dlj^ tWrgteniî cjut lip Princ»ii>n**
tendôi|i (|hi5 ce'que Caiiida fbus-le hpm deDod
Sanche lai dr(??t , îl^sTétoit- trouvé ktû d-ane af i
ffiâfioh fl preflïhrt, !of s qu'élk hil dit que Fdicfe
étoît paroi! les^fèmftiès^du Orand Stigneur , que
np pouTanr refTiier à-uneîdçeffcTttélle (àblef-
fure' s'étoît twivcrtp , Ve'fôilg en foftoît à gro«
boivl!q[nS' , 5Hii' fdiblcfle aullî Wen que la dott-
Ic.ur Tavôicntijfètté^ dans dn graud évanouiflê*
ment.
Zulema furpris de lui voir garder uni! pro-
fond filtnce lui paria fàps en recevpir aucune ré-
noncip, 5 H liii pTit h mattf : itaàis l'ayant trouvée
froide., i! ifit, uncri 5c courut ouvrir les fcnct'rei
qui étofjffftt féhtléfe^ Ce Prince infortuné avoir H
défefpoift peint (urfoirviftge ^-il'étottfoispoûi
ff6 HiST,' »B. Je^h
& fans voix . il fembloit à fa pâleur quMl fût dcjl
mort. ,Mak pourrai^jc bien rçprefenter ici Tétac
déplorable de Cadlda « de ce(ce fille fi pénétrée
de fa pa0îon qii'elle ea avoit.neglige la propre
gloire , & qii -eUe venait d'inventer des menfon-
ges « afind'oUff au Pirince toute foite d*e(peran-
ce de semoir fa maittefle , dans le moment qu'u-
ne avanture fi inefperée le lui faifoit retrouver^
elle a voit à fe reprocher qu'elle luy caufoit la
mort , (k bien qu'ell&«ût donné mille fois ia vie
pour fauver la fienne, il fembloit.que c'ctoit elle
qui venoit de la lui arracher.
. Si Zulema avoit eu nqioitfs de trouble, il (e fe-
foit bien appesçâ de celui du feint Don Sanche ;
car il y avoit quelque chofe qui de voit lui paroi-
fre fort extraordinaire dans l'abondance leslar-
iBes qu'il verfoit , de dans Ton empteffement
pour recourir le Prince. £ufin les remèdes qu'on
fui fic> rappellerent un p/eu fcsCbrcM: iloqvcit
languifiàmment Tes yeux , il les attacha Cù^ foa
9mt & (\iT Bon Sancbe » dojitr il- crut reconnoî-
(re le vifage. Il s'arrêtapeuàleconfidercr , &
fe tournant vers Zulema : plaignez moi , lui dit-
il , plaignez moi ^ il ne manque plus rien à mes
malheurs, ils font aip-ivez à leur dernier pério-
de. Fe;)icie m'étoit enlevée , jt h croiois infi-
nie , mon reiTentinieniC écoufoit une p^ttiede
P(kOU amour :. j'ajprensenÇa qu'cUe na point
changé pour moi , 6c fi h mort toute barbare
qu'elle efl , me ravoit ravie, je la pleurerois , je
lerois inconfolable ;, mais je trouverais au moins
^etque douceur dans mes larmes & dans mon
amidon ,.helask l,4^s ohj/û' encore plus fune-
(kfis fe prcfcntent à mon imagination î Felicie
wnffirméft dans le Sérail ^ >aîniéc.du grand Sei-
goeur : à Dieu • fe peu^il tien de plus cruel
.' ' * pour
'''t> É B o tt R B 6 îî. jyf
ponr nrf'hcmnic épdr(itiinetat ainibufctilc '.je la
perds j f c !ûc la Verrai plôs ; je fo«i rfïèmc ialôdY,;
5c } er craitis qu'à la fin foin cœur tie fuive fans re-
pugtiiaticé les îoix que ik-mauvaife' fortune lut
impofe. Il fe tût en cet endroit , (ka^Iema au-
quel ri fàtfbit une extrême pitié , n'oublia rien
pour le confoler.'Felicic votfs a aitfïé trop cbc-
rexnenti, lui difiiirwil'- ^ovr devenir infidèle en
favcuir d'iJtt îWnjtfe qui -n'a ri-en d'aimable , 'ôc
qui idroirbït s'êfre* trop ^baffi^ ^il lui coutoit
quelqueé foins pout gagner' les bonties grace$
d'une belle perfonne : il veut devoir tout à fou
satorité. Je fuis perfusdéqti'<étll! n'aura pour lui
ni tendrcâè ni complaifa^ce-, fe^ dédams rebu-
teront rEniperenr. QitaïAd i« f«i'ois à Tabri de
cç -que j'at IteîKk craindk'elà-d&âu» , ilnt^rt^itl^
pit fe Prfnce , par quel moieit pourrois-je éfpe-:
r er d« - là rtvdir > ta voilà il^t^ ^ StirraiL , c.Ue tû
perdue pour moi , oui^Ue i^ft«p«rdtK pour moi ;
tous thés defîrs & toutes mes penfées n*ofFrent
aucun remède^ à ce demi t r malheur.
Çafilda étoit au defefpoir de Tenteiidre parier
avec t^t de paffion3^IiepenraviiH^o<s^^^ai*i
Te connoltre dclâidifc eiifuf feront ce que là
tendre£[è poUvoit lui ffif|^irer dé {^us touciiant;
MâiVltf fottvetlir de ce qui fe pttflà «ntre lui -de el.
le lor^ ^u'il tfpjpirit reRi^vemîei|t de'Leonide , lui
£t' apréhender de parler aâifi mal à propos dans
un tems que dans l'autre. Elle paroiflblt feule-*
inent fort a£ftigoe de la peine où ke Prince étoit;
il le remarqua et il lui en fçèut gf é, car les moeurs
generifux (e Jaifleiit volontiets toucher à la re^»
connidànce , de forte qu'il eut la bonté de lui
dire qu'encore que l'état prcCent de fa fortune n^
pût Tien promettre de fort avantageux à ceux
i|qi s'y VM(jîoieiit sécher , fç qu'cts^t pnfon<
«ier commt il l'ctoit., i\ oc pût fair|; beaucoup
4« bien à fe^ ^eas » cepcodUnc $'11 vouioic de-
meurer auprès 4e lay- , ilie gardcroit &, en pren-
4roit foûi. HeU« "* ^ue c'étoit bien i«i faire une
propofition qui renipliilbit tous Tes défi rs. £)le
l'accepta anffi-rôt ^xec de grandes marques de
refpeà & de jQye. £lleIuiditquvp«rronneau
monde nele feryir<^it ^v«c plas^de^ele & plus dp
fidclitf^, Maisi^ivaot.dc yoir de queUe manière el-
le lui tint fa pju^ûv il eâà propos d'expliquer
^ar quel baaard elljB Ce <Cfouvoic à, Grenade.
Le Prince Abelliaœar 5c l'Amiral de Pez s'é«
toient à peine rtaduc Maîtres du Yaiflèau où
Benavidee ayoit fait embarquer Leonide pour la
mener à Maroc.que le Pcince jugfant <^p Beaa«
videz avoit déjà tcodd Us dernten fonpris fur I4
tiUac où il venoit 4e £e deffendre avec tant de
courage , cratgoAnc t^u^tii fpeâacle fî/funefte
n'ajoutât cncOft quelque chofe à la douleur ou
Léonine paroii&ic ctr« eafevclie, it la pria de
pafifer de Ton Yaiflftau dans le lien : d'ailleurs Be-
0'avtdez » qu'ciU <roioit mort ne l'ctoic pas } il
doâna quilqucafigncs^e vie qui obligèrent l'A-
miral de commander que l!onetfeât4ain ; il le
mena à $a1é où il fut lisbgtevsus à rcxtrémicé,
X^eonide n'en ftfà^ cien » p«^<e qu'elù i^'^.iOh
fermée dans le: Palais : mais àUpe égard 4I ne
perdott'pat ut motnent pour appreiMtecequ
fe paflbit , & il chsr^hoit les moîensde rachcN
ter Leonide ou de reoUvel. I>an$ c«tN yûc tl
lEcrivit à Cafilda l'état où il étoit $ cette £1U def-
efperce d'aimer le Prihce de' CareAci qui lui
avoic témoigne tant de mépiis , . ne meditoit
plut qnc des vangeànces proportionnées à fa fu-
meur. Elle prit toutes fes piecrertes , elle afft m-
M une groilè foMif d'aq|«tt « ft OKharn Ton
fa€
DB Bonn BON. 3J'^
fcx€ ibu8 un habit d'homme , «fia d'éviter ie$
malheurs qui a^iroicnt pu lui arriver û on l'a-*
voie connue , elle vint trouver Ton frerc à Salé.
dans la funefte refoluMon de fe deffaire de Leo-
nide , û elle pouvoir la joindre. Elle avoit mê-
me porté une boette pleme de poifon^iespluf
iiibtils & Us plus dangereux afin de ne pas man-*
<^uer foa coup. *
Lors que fienavidez eut paie fa rén^on à TA^,
mirai « il ne fongea plus qi4*a fournir celle d^
Leoni49 : n^is l'amitié que la Reine avoit poac
elle lui parut un obftacle prévue invincible à fur-
monter, Leschofes étant dans cet état , les trovu
blés que i*ai dé^ raconte entre Celime » ÂbcU
hasiar 6c le Roi de Tetuaiv arriveront 5 ainil la
Reine aiant été contrainte de' partir , Be^avide^
de ùi four toujours traveftie , s' embarquèrent
dans un des navires .qui aUoieiit .faire voile à«Gre-r
nade« ïlus d'une fois ils virent i;.e<inide fur U
tillac éa vaifleau de la Keine.: Que cette v.ûç ra«
lamoit. de feux dans le cœur de Benavidez , Sç
de cplére dans celui dé Cafilda ! une furieufe
tempête aiant (èparé cette Flotte, le navire oi|
étok Senavidez réloigna de Cartagiene , où I4
Reine arriva heurcufemeat : mais aufii.tôt qu'il
eut mh pied à terre » il fit laderiiieie dili|fencc
pour, fe rendre à Grenade* Cafilda le (uivoit » Se
comme elle étoit délicate » ôc que le chemin ta
fatigjuoit beaucoup » elle a'allott pas tout à fait
il vice.qtte focf frère : C'eft ce qui fut caufe qu*el.
le n'arriva à la Fontaine de pins qu'après iba
cooabat avec, le Prince de Carenct > ôc qu'elle
trouva que Benavidez étoie déjà mort.
J'ai déjà dit que le Roi & la Reine de Grena^
de reçurent la Sultane avec tous lestémoigna^
ge9 d€ €Qofidei4Uoa ft d'amiiiéqui étoieni; d&t
$^0 HlST^DC fCAN
k Ton ring & à fa perfonne. Ifs n'ioablîercot
mn de ce qui pouvait ibutenir là réputation
que la Cour de Grenade s'étoit aquife d'être la
plus fointueufe & la plus galante de l'Univers.
Apres lui avoir donné un repas magnifique aa
Palais de l'Alhambre où toutes les Dames êc les
Cavaliers parurent de fort l>on air êc parez des
plus belles pierreries du monde ^ le Roi , les
Princes Tes enfans & la plupart de ceux qui l'c-
toient allé recevoir ia conduifirent auCieiâteaB
d'Albaicin que l'on avoit préparé poureHe.
Lors que le Roi l'eût quittée , 5c qu'elle fe
vit dans la liberté de s'abandonner.à toutes Tes
reflexions , elle paflk fur une terraife qui répon-
idit à Ton af^partément , & dont le pied ct^it
arrofé par la Ri vipère de Darro. Elle fe prome-
BOit en ce Keu Te ^tentant agitée de mille moa-
vcmens dont efle ne ponyok arrêter rinfpetuo-
fité. Que dois-je faire , difoit-elle en elfe-mê-
me , à qui confierai -îe mon ttcrtt \ Faudra- 1- il
•encoïe qu a la honte de mon fexe , de ma gloi-
re êc de mon' rang , je declsfre la première mes
f<Mbledes à- cet aimable étranger ) Le Ciel me le
renvoie , il me paroît tout occupé de mon foy-
venir. Ouï , cet Ap6llon qui court après une
Daphné , les paroles EfpagàOlle« qui font fut
fon bouclier , Se plus que tout cela la-mélanco-
lie , fes regards pleins de langueur , Tes diftra-
<tions, tout ennam'affure qu'il eu amoureux.
Mais^ reprenoit-elle , iî ^'étûit^de moi qu'il le
fut , n-auroir-il pas reffenti quelques mouve-
inens de fimpatie qui lui auraient annoncé que
fon inconnue de Nicopolis eft la Reine de Fez \
pourquoi ma perfonne ne lui plait-elle pas au-
tant que mon efprit 5c ma geoerofité loi ont
j^i i Hcbu ! il ecoit fi jcaoe alors qit'Un'avoit
. * point
DB Bourbon^ 3^t:
Î^jOint Yiicore aimé, & la rtconnoi fiance feu-
e £t tout foa effet fuc Ton cœur. Mais que fat
keu à prefent de craindre qu'il ne m'ait ou«
bliée , & que de nouveaux engagement ne
lui aient fait perdre iu(qu*au fouyenir de celui
qu'il prit pour.^noi ! cependant , continuoit-
elle , ie ne puis croir« que ma bonne fortune*
me ^'ait rendu pour ajourer de nouvelles pei- .
nés à celles que je foufre déjà. C'eftplutôc.
im commencement de bonheuf qui doit, être
fuivi de la punition de mes ennemis. Le Prin.
ce eft proche parent du Roi de France 5 je me
ferai Chrétienne,' r® lui ofFiirai ma Courons*,
ae avec ma main ^ il aura des Troupes qu'il
conduira à Fez ^ il le rendra le Maître d« mon
^oiaume ,' tout à mon exemple fuiyra fes
Loix , 9c après m*être vue Gins aucune efpe-
cance , fugitive Si malheur eufe , je me trou--
verai -comblée de biens Se de~ feKcité. Ces
agréables penfées l'occupèrent prefque toute
ia nuit. Il étott d tard qu'elle fut obligée de fe
mettre au lit 3 un doux fommejl lui ferma les
yeux i elle n*avoit point depuis longtems goû-
té un & grand repos ^ mille âateufes idées Jui
promettoient une fatisfaâion prochaine , êc
îoa efprit étant moins agité , elle parut le len-
demain toute belle ^toute charmante.
Elle fut à peine levée qu'elle entra dans
fon Cabinet , 6c faifant appeller Leo^ide :
avoue moi de bonne foi , lui dit-elle , ce que
tu reflens pour le Comte de la Vagne. Sa^per-
die n'a-t-elle pas eû.jufques ici.le pouvoic
de te guérir. Elit-il pofni>le que tu ayes pour
}ui les mêmes fentîmens que eu avois lors que
tu étois perfuadée defon attachement } exa-
mine ton cœur Felicie ; j'ai des raifons pour
* C^ . m'ea
i(Sl dis T. BB Je
m^en informer » 4e qutlque lépoaCé'^e tv
pfie fafles , f e ne t'en ainicrai pas moiito. Léo-
aide demeura furprife det queftions de la Rei-'
fs« • elle eut d'abord eitvie de feindre qu'el.
le haïflbit un homme qui luy avoit témoigné
tant d'ingratitude , mais il y avoit trop pet&
qu'elle étoit convenue ià>deâlis debfoiblef-
le avec la Sultane. Etlé jugea qu'elle ne la
croiroît pt>int & qu'elleCè plaHi^oit de n»de«
fiance. Il eft vrai aulG qu'elle ne c6nnoifibiC
pofnt l'art de déguifer fes penfées. Elle tînc
les yeux baiffcz pendant quelque tems : mais
enfin voyant que la Reine attendoit Cn ré-
ponse: hé ! bien Madame, luy éit^elle, puiC-
que vous me l'ordonnex , je ne puirman-
quér en vous obéïflànt, ^ je ddis vous avoâer»*
quoi qu'avec la dernière honte, q^e jttA|iies ici
j'en ai pu arracher de mon cœur le fatal fba«
yenir du Comte de la Vdgne. Je me dis âûl-
U fois chaque jour les juftes Aijets que î*aî de
le haïr & de le regarder comme mon enne-
mi mortel : Helas 1* Madame » je D*en fuis
point h maître fie , $c je n'pft même cfpetef
que te tems puifTe rien pour ma guérifOn. Ta
l'aimes donc , interrompit CeKme j G c'eft Pat-
iner , reprit Leonide , que de penfer fôuveoc
à luy , de de ne te pas haïr , je croîs qarf«
raime encore. Je peux à prefent tedirenoa
fecret , continua fa Reine : écoute moi » Qt
ibis fideHe.
pétois â peine fortîedëj'enfiince que mon
malheur me fît tomber entre les mains det
Corfaires qui pour lors d^foloient nos cotes.
Ils s'aperçurent de ma beauté. Ils la troure-
rent plus grande qu'elle n'eft en effet : ifs ô-
valent ma aaiflançSi 0c ygalanç lùcr tons les
,. .^ 1I.E É o u R É #Mr« iët
ayànfâges qa^ij^s pourroient ae cett^prife,
ils, ipe me aèrent au $er Bajazet , qui m'a^
chét^ dé ces. tnirerables iSc qui n« me rèndic
pas ma condition meilleure , rattachement;
qu'il prît pour moi Se l'aversion que je pris;
pour lui me caufoient tous les jours tant de
chagrin , que je ne pou vois aflez (SépIorerU
f^t^U^é dé mon- fort. ,
yôilà les difppji^Sons ou jj^étois. lors qu'il
paita en Méfie 5c qu'a m^oblîgt a d'y aller aveq
. hiy. Apres avoir gagné line fangtante batail-
lé contre les Chrétiens , il voulut voir les prî«
fonniers ^ 6c comm^ il fe faifolc un principe
^e Politique dem'inrpirer de la cruauté dcds
Âi'ac^outi^mer à d«s fpeôacles fanglantjS , il
me fit placer derrière, une jaloulîe qui Sonnoic
£ir la Coiir où l'on les amena. Ce fut en ce
lieu où par Ton ordre on leur trancha la tête^
Slufîeurs François des phis Illuftres Maifons
u Aoiaume avoîent déjà péri de cette funefte
manière , lors que je vis paroître un jeune
prince plue beau que l'on ne peint l'amour ;
Ton âge paroiflbit de 15. à 16 ans. Tes che-
veux !olonds luy tomboient par grolTesbou^
des fui Tes épaules $ malgré fa négligence l'on
remarquoit en luy un air plus grand & plus
noble qu'en tous les autres. Sa taille étoit hau«
te ôc bien prife / tous Tes traits parfaits. O ma
cherè Felicie 1 que fentis- je dans ce moment 1
^uel trouble 0c qu'elle émotion s'emparer enc,
de mon ame ! qu'elle crainte 5c quel effroi
que Bajaz et ne le fit mourir 1 je ro'abandon-
tiai fans refiftance à tous les fentiments d'ad-
miration , de tendreCe 5c de pitié qui s'empa-
rèrent de mon ame ^ j*écoisentr« la vie 5c U
' mort , que A'apptchcndois- je pas grand Dieu,
i «Q^a pouc
|>rit les moiens que \*csJa,pV6itio\s''pùdr
ver , foit en detnandant fa grâce à Bajazet, (oit
«Q me livrant pour lui à U main meurtrière
gui rallôit égorger ^ (e mefentois capable de
tout, l^ngn , rErapereur refolut cfe le met-
tre à rançon avec quelques' autres Pdnces,'
fc cette nouvelle me tira de la plus cruelle'
incertftude'daQs laquelle OapuiiTe jààxais tom',
ber.
Ce Prince éto'it prifonnler dans la tour de
K'tcopolis ; Les yuiés de mon appartement
donnoient die ce côté-là ': je m'arrétois des
Jours entiers au^ fenêtres de kndn Cabinet,
envoiaj^t mille ibupirs de miHe difcours inu-
cites vers Tèndroit qui Tenférmoit rufitque ob-
jet de matdndreffe. Un jour entr^autresqa'i'
vec des lunettes d'aproche je cherchois àledé-
couvrir , )e l'aperçus furia plate forme delà
tour qui fe promenoir lentement , &quipa-
TOtiïbit rrifte & rêveur. Cette yiie acheva de
me pénctrer , je refolus de lui écrire malgré te
danger eflBroyable que je courois en cas' que
Bazajet vint à le (çavoir : mais fi l'amour n*cll
pas prudent il tû au moins heureux , & le ha-
sard bien fduvent le fert mfeux qiie la rai-
fon. Ma lettre fut à peine finie que j'en char-
geai un Eunuque qui étoit auprès de moi de-
puis longtems 8c qiii me témoig'noit une affe-
Aion particulière. Que, ne lut dis- je pas pour
l'engager a m'être fidde ? il me le promit,
même au péril de fa vie • & par le moien d'a-
«e flichc qu*il décocha fur la tour , le Prin-
ce reçût ma lettre. Il- y fit une réponce goL
m'enchanta, japris cnfaitc que fa rançonm é-
coic
k
k
ÛE É O U R B O 1^« J^^f
foît pas encore veniie. Plus j'examinois \%^
progrés qu'il faifoit dans mon coeur , plus j*2-
vois lieu d'en craindre les fuites & pour lut
. ,&.pburinQi; Le penchant qu'il tcn^oignoit à
m^iimer, étpit <;e; qu« |«. redoutais- davant^-^
^ ge jf}t- coQAoiilqis ThuRKur barbare d-e Baja-
zet ^ je me défîois de mon coeur , &• de «ne
pouvoir pas toûjouis^ me vaincre pour fuir 5c
pour éviter un Prince que i«'trouvois (i aima*
Ele. il f^lût alors prendre marefolution afin de
cox^trrbuei^ mpi-même à Ûta départ. Que cet-
: te^neceilité me coûta de larmes 5c d« dépLai-
iirs ! je fus fur le point d'enoipurir.
J'eus, encore recours à pion Eunuque j il
. trouva le moien de gagner un des gardes du
.grince ^ je lui fis porter dans une calTette une
fomrrye confiderable. Je lui écrivis 5c je dc-
.^e,arai(in^ aucune efperance de le revoir ja-
^m^is t.j^jgare>toy » Felicie^les^triftes ^ourfr
qu'fj'iipaiSf depuis; ,
Les pr^perités de Bajazet ÉnUttit i. Le
STztid Tamerlan ne borna pas feulement f;;^
onne fortun;e « il Ia^détrui{lt , il gagna une
bataille mémorable contre lui ^ il le'fit prifoQ*
nier , il p^la fou camp • 5c tout ce que je pu^
faire .avec des peines infinies, ce fut de nie
(auves poiir éviter Tamour ou |a haine du nou<^
veaufyram
Te revins datis mes Ëtars ^ je trouvai de»
iPnnces 5c des Rois« qui me firent la Coui,
les- uns par ambition 5c les aïKres par tendref-
h s'attachèrent à mor : piais mon eceur preve- .
13 li jie, pouvant baoir la charmante idée qui
l'àvoic furpris à.IîïcopQfis ^ (i detfe.ndit aifé-
raent à Salé contre tous ceux qui effaierenr de
0ie DlaireV' Malgré moi ^"lehcie '/ysiimois ,
^66 HïST, DE J[e AW
^ i'aîniois Tans (oiflagement , je languîflôil
fans me plaindre » fe mouroîs fans regretter h
vie. Telle ctoit la fîtuation de mon efprit lors
>qiie je fuis arrivée ici : mais quelle fut ma fui-
ifitïÇe ^ mon agitation quand je démêlai par-
-mi cette galante Cour , qui me r«çeut non
-des portés de (jr^nade » celui dont ;e t'ai par-
ole ! ce P<rince Chrétien » fous le nom &lb«s
l'habit d'un More a cbnfervé toute fa bonie
mine , & tous fes agrémens. Kon tu ne peux
comprendre ce que )t devins à cette rencontre
inopinée. J^étots imue & tremblaiite, le coràr
iae.palp4toit , je voulois patler ^ f e n'en av$!^s
pas la forcé . & lorsque )c fus nn ]peu reipife,
& qu^Affimir , c'eftle nom' qu'if porte dans
cette Cour, q\x' AfTithlt , dis- je , s'étant ap-
proché de moi , me donna lieu de voir !a dm-*
le qu'il portoft fur (on bouclier , jç t'avoiie,
I^elicle , que \t ne doutai poiut'bu^I n'eut
confèTYé cherenrent le feiiveh^^^eiôniticoii-
nuë de Kicppolis. Ma fprprife égala toii j[ôle-
je il'âurois.pfiS me flatter d'être enicofe dans
Je cœur de ce jeune Princes car les. reeles qui
font établies pour lui à mop égard né $|it pas
ctabliespour moi au fîen. Je Tai vA > Felofs
infortpée de fa naiflànce $ il ne m'a point v^jp,
jtnefçaitpas même mon nom, de il ne peut
avoir été touché que' par la reconnoiffiince &
par Textréme tendreife que je lui marauay
dans mes Lettres : mais âullî c'e^ un endroit
bien engageant pour une belle amc.
Enfin , ma Pelicie , {'ai envie qaetttl'es-
fretienes 8c que tu eflàies l.pénétr^r dans fes
fe|itîmen$; Cette negociattôô eft délicate , ta
98 de l' efprit , •je ne peux là ^emet^c en de
meilleures mains & qui me ibif At moins fuf-
dbBourbo^^ 5^7
peffes , car je t'avou'ê ma foiblefTe j fe fui»
satureriemcat ialoufe | ta beauté & le meri.
te d'Affimirtn'auroîent donné lieu de todt
âprehendcT d'um confidente comme tbi , fan»
que ta prévention pour le CoiAte de la Vâgne
me garantira de tout ce que ye pôurrois crain*
dre. Leonide fe fctta aux pieds de la Reine^
te lui> baifant les mains avec beaucoup de re^
peft : La part que vous me donnez , Madame,
lei ^t-elle dans Thonneur de vôtre confiden-
ce , eft fi touchante pour moif> ^ue je ne peux
^ffez vous en remercier : mais quelque zcTe
que j'aie peur v^re (ervice, j* e me défie étran-
getfftm Jet ma capacité , mes malheurs m*ont
6té le peu d'efprit que j'avois $ 5c dans nne a(-
làifc û importante il faut une û grande coii«
duite,que j'aprehenderois beaucoup d'en man-«
quer. Et quoi , reprit la Keine; eft-ce que tu
vettK cedèr à un autre la gloire de m'^être utî*
le>n*èS.tupMi» ^toufe de cethottuébr, 6t
fon tiShiticûnUd^eWt pas alTez éclairée p^ur
te ^r<itltir de tombef dans les làutesquetu
ptévôi's } ILeonide connut bien à Tâir dont la
Soltaiie veneit de lui parler qu'elle trouvoic
mauvais qu'elle négligeât cette occafion de
lui faire ià Cour $ «e dans l'état ou elle érok
réduite , efclave $c malheureufe , elle n'eue
point d'autre chofé à lui dire , fînoh qu'elle
étoit dirpofét à fuivre fes ordres. Il faut donc»
afouttt la. Reine » que tu écrives*à Affimir;
que tit lui dentie tin rendez* vous potfr le voir
lur la tei'rafle qui répond à mon appartement,
Bt que ttt lui parlés ta de toutes tes chofes qui
me conceftênt.
Leonidé ^la l|alta .poti# aller écrire ce bilîeè;
clle uouyd Iacs dvx$ U chambre , oUcs s'enfér-
0.4 iner^at
'568 HisT^ DE Je AW
gèrent enfemble Ôc Leonide la regardant:
Totis ne 'devineriez ysitnM , lui dit- elle» un
honneur qui n»'arrive & qtte je voudrois bien
fiouvoir céder à quelqu'une de mes compa-
gnes. La Reine me chofit pour fa confiden-
te j elle veut que j'entPetiesne ce (bir on Prin-
ce qu'elle aime & qui paroit dans cette Cour
fous le nom d Adimir : il faut que je lui par-
le, je, vais lut écrire- ^ugez , macbert Inei,
ft j'ai befoiu de ce nouvel embaras dans Tétac
' où mes dcplaifîrs m'ont réduite.
. Que voulez voiis, belle Felicie, réponcfit
'lires ? la déplorable condition d'efclave en-
:. traine après elle tous les aâTuîettiffisments fâ-
' cheux auxquels nous fentons une répugnan-
ce G naturelle: mais vous avez tant d'efprit
^deraifon que vous êtes encore moins à plaia-
dït qu'une autre ne. la fetoit à votre place ;
^l'ePpere que vous gagnerez'C parfait cmest
•;les bdnnes grâces de le Sultane qu'elle ne pou-
. ra vous refufer vôtre libgfté. Helas-! que vos
: cfKi^équences font fauflejs « reprit Leonide ; Us
. pcrfpnn'es de fou rang ne fe croient janais ob-
ligées à celles qui les fervent » elles (e perûia-
dent qu'elles leur font trop d'honneur, lors
. qu'elles daignent les emploier •, & s'il étoit
• vrai , comme ivous le dittes .que l'e lui devioT-
. fe utile ce ferbit me charger it nouvelles chai-
•|ie^, elle voudioitme retenir toi^ours , non
* pas par amitié pour moi > mais par intercc
pour elle , & fes affaires finies àfongréou
d'une autre manière , elle oubli eroit bien vite
t que j/jT aurois travaillé ^vAcafieôiOQ^ Ccpen*
dant, quoi qu'il en arrive , il faut loi obéir.
£He prie au&-tât ua« plume » fc clU ^aivit
CCS mots.
T^n; m trfe cêvnoijfez ffoint , Seigntur $ /#
19^ t^^^i ai jamais vu , d^ Vâus trouvftez,
quelqu0 chofi de (inguliet dans le defir que j*ai
dé veus entretenir : fi vous avex, agréable dg
vous rendre, cefoirfur la terrajfe , qui répond k
r appartement de la Kgine d$ Tez» , je vous en
expliquerai les raifins.
♦ Felicfe.
Leonide porta ce billet à h Sultane , qui
chargea un de (es Pages de le rendre à Aflîmir:
Comme 4 demeuroit au Palais de l'AlhambrlB
il n'eût point de peine à trouver Ton appartr-
ment ; f^i d^jâ (lit le trifte état oSTavoit ré-
duit le récit de fa' méchante CàÇldà iqui ctoft
demeurée àupfés de lui- fous le ndni deDoii
Sanche , il ne fçavoit fuporter la cruelfe pen-
fée que Leonide. fût dians le Sérail. Zulema
n'oubrioît rien pour adoucir là defliis fa peine,
& Cafilda goûtoit à longs traits les plaiHrs
d'une douce ëfperance. !Èllc fe fîgiiroic que Je
Prince partiroit de Grenade , & qu'elle te fûT-
vroit avanr qt>'ir eût dccouverr que Leonide
étoit auprès de fa Sultane : efîe ifc fouvenoit en^
core de la manière dont cette ReinefaifoirgatS
der Ces. Efctaves dans îe Palais de Salé • on ne
Tes voioit jamais , Se ne voiant point Leonide;
quel moien qu'il crût fi proche de lui dans un
rems ou elle venoit delùi perfuaderpartant
de clrconftances qu'elfe en étoit très éleigi-
n^e.
Zulema ^toit demeuré feul auprès da Prince:
Seigneur , lui difoit-il , Feficie vous a trop
aimé pour vous être infidetle j rapellèz à' vôtre
fouycair ce quç U Reine de Fez 5cBenavidez
0^5 VPtt*
^79 HiST. 0Ç JZAIK
vous ont dit d'ctlc'.' Il me paroît par teutii
les chûfes quç youS m'en ayez aprifes qvA
c'eft une fille égafSment vertueu/t & fpiri«
tuelle : Ton coeur ét^nr prcyenû en vôtre fa-
veur comme il Teft , je fuis perfuadé que le
Sultan ne recevra que des fumets de déplaifîrs
de l'attachement qu'il a pris' pour elle. Hat
mon cher Zuleina , lui dît le Prince afflige,
vous cherchez inutileirient à me confbler-.je
comprends toute l'c tendue de moa malheur,
^ je vous avQii^ que je n'ai jamais re&nti
une aâliétion fi vive. Dans le tems qu'ils paf-
Joient ainfî Ton vint dire au Prince qu'un Fa-
fe de la R^ine de Fez 4 lui vouloit rendce oft
illçt. Il Cf, trpuva tout ér^tt ^ tt regarda iba
ami : ne p^nétiez vous point , .lu» dit-iU
fc que c'éf); quç ce bîQet ?, fi j'eii confùlte
mes prefentimçnts , lui dit Zulema , je fuis
perfuadé qu'il s'agit de quçlqve heuceufe nou-
velle ; dans cette incertitude reprit le Prince,
veuillez parler au P^g.^ de )a 3ultane , {'aorois
,^e 1^ peioe qu^'ilj^ r^expi^rquc^r riétaiprcfi^nt
4enionani«.
. Zgilemà ne retarda point Timpatiencfr da
jeune prince , il fut qiicrir le billet de Felicie :
•& dés qu'il Tût oiivêrt; il ei^ reconnut le cara-
iftere .& le nom. Quelle furprifc !" quelle }oye *
<|uel txcfiz iû, plaifir ^ il ne pouvoit l'expri-
iner , m:i|is doaoant ce papier à lire à Zulema
|2k ioign^nt les mains r Ce que k \o\$ efl-fl
pofHjbTe $'^cd;3-t-U ^ Felicie efi à Grenade dans
Je même moment où je déplore Ton abfence »
pu je la crois à Con^ntiçiG^le : où îe it'crperc
plus de la revoir 1 Zulèma mon cher Zulema »
je crains de mourir d'une û charmante furpri-
fc, Ea vérité , SeigQÇliC * je ii'Çft fuij^ gaeres
inoi»
i^É BoiiRBoir. 171
iBolôB tduché que voqî > lui dit.il , fè*vous en
félicite dtf tout moncodir : mais je vous avoiie
que i'aprehende beaucoup que vous ne*vou«
l^ez aller au château de FAlbaycin avant que
d'être euéri de vôtre bleffiire : tout cequis'eft
paflc depuis hier , fe fang que vous avez per«
du, & vôtre foiblefTe ne vous permettent
point de vous lerer fî- tôt. Il iroit de ma vie ,.
répotidft le Prince^ue je ne difFererois pas le
plaifir de la voir j 5e comme ie ne puisluy
€ctire, je vous conjure de ie faire pour mol.
Jf^fuis petfuadé , reprit Zulema y qu'elle
ignore l'état où vous êtes : pour peu que vô*
tre confervation lu j foit chère l elle aura bienr
lu}et de fe plaindre du peu de foin que vous-
en pret>e2r j cemment ajouta îe Prince d^itraiv
impatient . que je n'aurai pas toute la fprce
dont i'ai befoin pour l'aller chercher : je vous^
d'emande en grâce de luy écrire. Voici ce qu'it^^
diâa.
%a hSi "Fèlich m'^ifi moinsiffconnue qu'eSè -
nef en fi : tUt $n convindra îcrfyuej'aurMjfiê
plaifir de Isvoir j ^ malgré untaff ex, grande
hitffkrt quej'ay refue ^j^firajf fomBuelàfiiS^
vrêfes ordres.
Pendant que l^amoureux Prince s*abandon^
Roit à mille tranfports de joye 5cd'impatien«
ce , ie Page de la Sultane lui rendit fon billet:
cHe le fut avec précrpitation ôt rien ne peut
égaler l'iitquiétud^e où elle fe trouva. Grand
Dieu ! Ji'écria-t.elle, Aflimir connoît Felicîej
il fembfe qu'il defire d^être auprès d'elfe, il c(l
bfeifé- il ne laiflera pas devenir. Mais quel
acctdeior hit peut im arrivé depuis hier au
* . '■ €ij^ foui
572 Hl ST« DrE IeÀIV
ibir } quoi qu'il en foie , repr-enoit-elle , 3
iaut qu'il y ait encre Felicie U lui un com»
mecçe étroit , puis qu'elle me l'a caché. Je
croyois que ces fentimens pour le Comre de
la Vagne me mettoient en fureté ; helas ! que
j'étois trompée $ lors que l'on eft belle Ôc i^a-
jie il eft difficile de n*a^oirqjip'ua amant. Non»
je ne veux plus qu'elle le voye ni qu'elle liû
parle. Comme elle rouloiçconfurement toutes
.ces peiifées dans Ton elprit, Leonide entra
dans fa. chambre « Affimir , lui dit la Reine,
a reçu vôtre billet , il n'a pu y faire repoice.
il eS. malade. Felicie témoigna qu'elle y pre*
jioit part : elle croioit par ce moyen faire*{â
Cour. à la Reine , & rien n'y étoit moins pro-
.j>re. Car. la prévention où elle étoit kii faifbit
déjà empoifonner.les aâions les plasinnoccAr
tesde I^eonide.
La Keine de Grenade vînt avec Tes deux £ls
voir la Sultane. Elle tui propofa une partie de
promenade dans le forêt. C'étoit un endroit
charmant ^ on y trouveit des allées à perte de
vue d'Orangers èc de Grenadiers d'une C
f;ranJ'e hauteur & fî^ chargez, de fleun^, de
ruits 5t des feuilles que les rayons da plus as-
denc Soleil n'en pouvoientdilliper l'ombre ^
mille ruifTeaux couloienft doucement fur le fa-
ble doré 5c contFÎbuoient par leur fraicheqr à
augmenter leptaiiir que l'ongoûtoit dans ces
lieux. Qn Ce fcrvoit ordinairement à la Coui
^ de certainspetit&chats tout découverts, peints
& dorez ou une Dame étoit placée commo-
de ment » & un Ecuyes., qui fe te noit debout
derrière cîle » conduifoit les chevaux dont.U
tt'noit tes renés., & dont les harnois couverts
i^ fonnettes CdiQ biodtiic ne contribuoient
DE Boa Rft ow> 37^f
pas peupla magnificence de cet é(][uiparu
Comme h Suftane favôir qti* Aifîmir étoit
bleilc &.que cette nouvelle lut fût confirmée
par les Princes Mahomet Ôc 0(tnin qui luy ea
parlèrent , elle n'appréhenda point qu'il put
voir Felicie dan« la forêt y & le jeune Ofmia
ayant t«nToign:é beaucoup* d'empire (Temem:
pour la' conduire .dans Ton char , la Reine crut
itmanquer dans hs yeux de ce Prince qu'tl
refientoit quelque chofede particulier pour
f elicie. Elle en eût de la ioye,elle auroit vou^tt
que tous les Monarques de la terre Teufient
adorée .pourvu que le Prince de Car^ncy n'eut
•u que'de Pindîference pour elle.
Tout» la Gour partit du châteatr de l'Albay^».
cin au fbfi des trompettes , des haubois & ât^
flûtes qui fé faifoient entendre tour à tour
d'une manière û agreabl« que Celime voulut
aller plus doucement afin de ne rien perdre d«
leur harmonie. Le Prince Mahomet la condur^
feit, la Reine de Grenade avoitronCheva-
lier , toutes les- Dames qui l^'accompagnoienc
trouvèrent le.lettr>, & le»bel(ès efcîavesde la
Sultane n'en manquèrent pas. Il faloit pafier
fî proche du Palais de rAlhambre% quela
Keine: de Fez y voulut entrer pour fàlucrlc
Koi qui s'étoit trouvé-un peumaV:
ZuUma a'avoit quité lé Prince de Carency
que pour aller faire iaCbur. Il avoir vu partir
la Keine, &lors qu'il enteitdit le bruit dès
trompettes il ne douta point que ce ne fut Ceu
lime qui venoit au Palais. Si vous pouviez ,
dit- il au PriiKe , venir juCqu'à vôtre fenêtre»
peut-^tre que vous verriez^Felicie. O Dieu? fi
$t l«p«t»!s'd<rul6:f cùic« «n fe ;etum de fou
H I s T« b s I E A N
iit, qàe ne'pourrois-je pas pour un fi graiic}
plaifîr^ il fe fît habiller promtemenc» 5c Leo-i
«idc pafllâlc long de rcsfenêtçcs | Con appar-
tement étoitbas; Ofœin Taperçeut , ille fie
iremarquer à cette belle fiUe $ à peine eut-elU
regardé qu'elle le reconnut^ on ne fauroit biea
«xprtnKr l'état on elle le trouva dans ce mo*
«sent, ^mais furprife n'a étc femblable à la
fienne; le Prince de Car en<y vît bien qu'oeil e
avoit ietté les yeux fttr luy fie qu'elle Tavolt
reconnu. Il étoit de Ton côté fi trattfporté de
•foye qu'il ferok fofti pour lai aUer parler û
2^uleQia ne l'en ettt eni|>êché. -
Leonid% fe trouvoit fi- agitée. qu'elle ne poaw
voit prefque plus parler : mais comme il luy
étoit def côafeqiience de favots par quel bazaiv
cet infidèle amant fe trouvoit à Grenade { car
•elle le prcnott pourie Comte de la. Vagne )elle
fe remit promtement de (en trouble , & elle
dit à Ofmtn que celui qu'il venoit de lui mon-
4rer paroii&ic être un étranger : ill'eftauffiv
reprit «il ^ c'eft nn GeiMÎs de la Noble Maifon
iit Fiefque , le feu Roi Abenbalba atant aifîegé-
Jaen il lui futimp(^ble de prendre cette ville
par la courageufe rcfiftance de ce brave étran-
ger : néanmoins il fe trouva èins une occafioir
mù phificurs de nos plus braves Mores étant
conjurez contre lui , il y fucomba & fut pris.
X^rlloi mo0 père > le Prince Mahomet fie moj
lirions pour lors pnrbriniers d^ns^le cbâtea»
;de Salobrena: c'eft en ce lieu que'l'on conduis
£t îe Comte de la Vagne , fit nous y devînmes
intimes amrs. Al>ei^alba eft mort , leRoiat*-
»e cet illuftre Comte , fie pour le hiy témoin
gner il s'cft contenté de prendre fa parole qu'il
scfteioit f artot MiH ^ ^'î) ftf jp^kpk et
DE BoaRBos. 371
Grtnaic qu'avec ton agrémcat. Kôus tîn-
mes charmez de fa géncrodté , de foo efprtt»
& de toute h gï^ndcm d'ame que nous liij
découvrons,
Leonide ne favoit s'empccher de prendre
du. plaifir aux louanges que le Prince Ôfmin
. doQuoit ^ Ton amant^quelque fujet qu'elle eut
de lui voulpir di| mal , elU ne pouvoit UBaïr^
£it^ lui J^a&iiacnGiite enqueltemsilâvoic
été pris ;]riçR ne l^étonna davantage que ce
que le Prince CKm in lui dit là -dciTus : car ce
qui s'étoit paficà Salé entre O^mpie , lui Ce
die devoit être une vifion ( ce qu'elle n'avoit
pas lieu de ccoicc } ou ce qu*il lui en «acontoit
.<h étoit une, ii|tre« ^lle ii^ouroit d^impaèience
d'êtfo av4c.ïnes pour r entretenir fur de» évo-
lue q^ens fi iurpr^nans , ^ fà ré verte l'occupoit
k tel point qu'elle n^r pouvoit plus répondre
au Prince fur toutesleschofes qu'il lui difoit».
Qu'avez- vous donc , ,beHe Felicie , lui dit-il^
vous paroiffez inquiète & mélancolique. Haf
fi vous me voulie^i donner quelque part dai^
VÔrrt coitfidence , j'cflayeroîs de b mériter
par tous les foins de par tout t'attachemefie
dont vou$ êtes digne» & dont je fuis capable-^
helas f Seignepr, répondit- eltetriftcment,».
quels fecrets pourroi-)e vous faire partages
avec moi ^ Je fuis unt malheureufe efdave
qiH wttkns peut-^re un peu tropèi cruauté
de ma deftinée • c'efl la (ource de monabatc^
mcat dcMit vous vous apercevez : je n'ay p6
/ufques ici en être la maîtrefle. Baignez , re^
prie le Prince» accepter Les (erviccs que je fouf.
haite de vous rendre pour contribiier à vôtioe
Hberté | vous ceflcrez bientôt d'avoir de Tii^-
^ctudf : mM m mif^ i^ %KU9it (oufFrîr
^37i5 fTisT^ DE Jeak
que fe vous aimalTe plus que mo3r-in_fcme5c
payct rocs* fentimens cl*un retour . aimabfe
]Feiicie,ne oie répondez rien de cruel^ je vous
en conjure $ 5c UilTcz moi quelque efpe^ance
qui nourrifie ma paffion.' Je ne le puis Sei-
sneur , interrompit ette* en pouffant un pro-
ffond>(bupir , je voùs>dois trop d'eftime pour
confentir à vous tromper. Je ne veux point
être aimée, je veux encore moins aimer, c'eft
une refolutionfî fixe que rienr au monde nre
me là peut faire chaîTgcr. On amre quemoy
auroit des v8ës fur les offres que vous me far-
tes , Se laiiferoit au tems lé foin de vous in-
ilruire de Tes fentimens ; ce n'cfV point là mon
c^radtere, Seigneur j je Vous le répète, ne pen- .
fèz jamais à moy.Ofmin d'emenra dims lë' der-
nier étonnement de ce'que lui difoit Leooide;
il n'y trouva pas moins de grandeur que dte
cruauté , & il fe reflbuvint là-deflus de la con-
verfation qu'il avoit eue avec A^ïimir. L'indif-
férence qu'elle fUi témoîgnoit luy caufa une
douleur contre laquelle il ne s'étoit point pré-
paré. Il voulut combattre Tes raifons , & il le
^t avec beaucoup plus d'efprlt que de fuccez.
Cependant, comme Tamour efl ingenieax
à fe ftisitter , il fe perfuada que «fa perfeve-
rance vaincroir une opiniâtreté qui lui paroif«
Ibit fî-iniufte.
L'on w promena fong-tems dans la fbrët •
plufiéurs Mores , montez fur les pfus beaux
ehevanx dii monde, y' firent voir à l'envie
leur adrefie dans lès différentes cotirfes , qu'ils
entreprirent les. uns contre les autres. La Rei-
ne de Fjip , qui étoit beaucoup plus occupée
de fon rendez-vous avec le Prince de Caren-
cjr que des jeux que pon h^Qit dcyant elle
poux
DE BO ÛRBO 17. •. 377
pcrur la devenir , retourna au Château le pfu»
promtcroeot qu'elle put. Elle voulut conduire
la Reine de Grenade jnCqu'à Ton palais. Elle
pnr enfuite la route du iîen , Çc fur'le prétexte
de quelque affaire elle fe debaraffa-de la groSk
Cour qui l'avQÎt accompagnée.
Leonide fut à perne dans fa chambre avec
Incsr, que s'ctant enfermée, eflel'embraflk
étroitement j & nre pouvant s*empcchcr dt
verfer des Tarmes ^ ma chère Inès , s'écrfa-
t-elle : que n'ay-je pas à vous dire ! dans quel
état eft mon ame. ! mon Dieu pourrai-; e vous
le faire comprendre ! le Comte de la Vaghe tÇt
ky f oay , je viens dé le voir au Palais deTAl-
hambre. Ce n'eft point un enchantement m
TefFet d*une imagination prévenue qui fe re«
prefente les objets dont elle eft remplie ; c'eft
une vérité inconteflable. Il étoit à une fenêtre
baffir- nos yeux Çt font rencontrés iî judre,
qu'il m'a femblé^qulin nmiveau trait venoit de
me percer le coeur. Il étoit pâle , & malgré
fa pâleur la joye paroifToit fur fon vifage. H
m'a fait une profonde révérence, & d'une mas»
niere fi refpeélueufe , que pé n'ay pas en là
force de détourner mes regards étù heu où ri
étoir.. Ha t que l'on cf! foible quand on aime!
qu'aura-t-il penfé de cette foibleile } nede^
vois- je pas lui .marquer mon indignation par
un ait de mépris Se de colère f mais bien loin
de hà , me» premiers mouvemens ont été en
fa faveur. Cependant , mon Inès , j*ay des
cfaofes à vous dire encore plus furprenantes ;
ç'ed qu'on prétend qti'tleft en Andalousie de-
puis plufieurs moiis • & je trouve que dans Ile
ntotnent o& je fus à Saléunrévèqui m'efifVayH
(i fon i^ôCQÙfil me'fimbloic quelesMoresl'a»-
37^ . HiS T. D E Ie A N
voient vaincu , il tomboit effectivement prî-
fonnier entre leurs mains. Le Prince Ofniia
m'a dit qu'il eft rcfté depuis ce tems jà au Châ-
teau de Salobrcna ou à Grenade : aparemmeot
jr l'a engagé à m'en parler ainfi pour me faire
oublier Tindigne procédé qu'il a tenu avec
moi , ^ îe lui tiens même conte de garder là-
deilus quelques mefures : c*eft une preuve
Au'il fe reproche le paiTé. t>'ailleurs je fais
furprife de ne point voir paroître OUmpie^ >e
an'imagtne que les Mores les ont attaqués fur
]a Mer de qu'il n'eft icj que depuis peu de
jours.
Toutes les j^parences le veulent ainfî , in-
terrompit laes : car enfin ce que nous avons
vû à Salé eft itne chofe inconteftable. Peut-
tlTt qu'il regrette à prefent de vous avoir té*
jnoigné une fi cruelle indifférence , & qa'il
cffayera d*obtenir Ton pardon par une condui*
ite toute oppofée à celle qu'il a tenue , Se faat
idoure , Madame , que vous ferez aflez bonne
pour lui pardonner. Non , -ma chère Inès , re-
prit Leonide d'un air plein de fermeté ; je
ji'oublierai de ma viefon mépris & fon ingra-
titude. Il m'eft cher , ie n'en puis difconvcnir:
mais je l'aime fans l'eÀimer ; ie l'aime malgté
moi : le tems l'arrachera démon cceur. Ha!
Madame , que vous êtes trompée , lui ditlses,
fi vous avez cette opinion $ vous le verrez ,
vous Taimerez , & vous aurez pour lui les mê-
mes foibleflesque vous avés déjà eues. Si voos
le croyez de cette manière , ajouta triftement
Xeooide » il vaut dose mieux que fC l'évite
avec foin. O Dieu ! que je fuis malbenrenfe»
continua- 1. elle , de me trouver Efclave dans
un cerna oii je ywdrois fiur & m^ cacher à
toute
DE BOUR J o «* 379^
toute la terre $^*ai même une augmentation
de difgracês <fe la quelle je fuis très -aiHigée,
c*eft que le jeune Prince Oûnin veut me per-
fuader qu'il a plus d'inclination pour moi que
pour mes compagnes. Je vous lailTe à penfér
j'efFet que ces lentimens peuvent produire (tir
mon efprit , & fi j*ai Ixe&in de ce nouvel em«
barras.
Fondant que X^eonide 5c Inès s^entrete-
noi«nt derette manière ^ la Sultane avoit fait
apeller k majtrefTe dés Efclaves , qui éroit ^
con^vjme je crois l'avoir déjà dit , vieille Se laU
de j elle lui cômn^ianda de fe tenir fur la tera|^
fe , de Ci cacher dans Ton matïteau blanc, d'a{-
tendr« le Prince de Carency > de ne le point
détromper s'il la prenait pour Felicle H de Inl
mai'quer beaucoup de joye de le voir. La ntfît
' étoit afTez avancée : mais il faifoit un fi graqd
clair de, Lijneqgç tous \t$ jardins 4èi*Albaicra
çn ff toieiit édaiçeau
. J-'a^oureux Prijice>*appuyant à cjufc de ^
bleflure, fur Cafît()a, q^'il prenoit toujours
pour un jeune Gentilhôn>me , Se qu'il avoit
mené ex prés pour lui faire voir Felicie de s'^-
. cUircir fi c^éto^it la même qui avoit été vendiie
à î'Eijnpereur des Tgrç? , .s*avançoit ai^fiî dili-
gemment que la foibli^fre où il étoit pouvoit
le lui permettre. Dés qu'il jetra les yeux fur la
terr^fle , Se qu'il vit une grande pèrionne qui
fe promenoit doucement , il ne pût douter de
fon bonheur. Jl courut vers elle d'un pas pré-
cipite : Quoi c'eft vous , Madame , luiditrit
ttk Tabordant. Ceft vous qu« je retrouve en
ces lifiuiç >. ;ipré^ avoir donné tant de larpies à
vôtre, abfence ? ?s>tés vous avoir foupçonnée
cte. I^ qW^ noiit mfideUtc , après vous avoîc
' ■' • ' ^^ • «lut.'
j
3^3 H r s T. DE Te a w.
cherchée Inutilement en tant d'endroits , ]i
ycfns revois ma cherc maîtrefle * alor$traof-
porte de fa pafHon il tira le manteau dont
cette femme étoit couverte : & comme dans ce
ÎBoment elte n*ctolt plis fur fes gardes pour le
retenir , il tomba , & le l'rince vit avec la der-
nière furprife cette vieille qui éroit au(C laide
Ce aufC defagréable que Leonide étoit belle &
charmante.
Bans rexce2 de fa furprife if pouffa us
grand cri , & reculant quelquespas , ilfitaf-
lez connoitre ce qui fe paffoit dans fbn efprir.
La Reine étoit dans un cnBinet qui rcpondoit
fur la terraflè $ & parla porte qui étoit vitrée .
U fût aifé de remarquer l'aéïîon du Prince Se
d'entendre fa voix. Elle nedoura point de ce
qur fe palïbit 3 & fortant aufli-tôt toute bril-
lante de pierreries Se dans Tbabit du inonde le
plus galant 5c Te miciA enfeada : je viens i
votre fecours , Prinjce . fuj dit-eltc , en lui
tendant la main avec un agréable fourire, fui*
\éz moi : j'ai des cHofes trop fecrettes & trop
importantes à vous apprendre pour vous les
" taire plui longtems. • *
Elljs emra Ta preiAîere . Cafilda fut obligce
! de' rcft^ dehors , & rî n ne peut ^altr fa ja-
loufé inquiétude pour c'equî s'alfoit pailèr en*
tre la Reme & fe Prince. Cette fîUe curieufe k,
' hardie attendit que ta maitrefie des Efclavcs fe
fût retirée , & au hafard de tout ce qui pour^
rort lui en arriver , elle s'approcha doucement
du Cabinet dont la Reine n'avoit pas fermé U
" porte. Aufîî- tôt qu'elFe fiit entrée elle fe plaça
fur des carreaux , 5c regardant le Prince qui
ctoît dans un abaternent extrême dfc l'avani
turc qui venwt de lui arriver ^ |'ai »avaiw
Jt)B BoaRfioi?;- jS£
j>our vous , Seigpeur, lui dic-elle 3 j'ai lu dans
mes livrés ic j*ài fait des figures, qui m'ont dé-
jà apris unie partie de vos avantures^ je Cens
que je m'y interefle , Ss. fi vous avez de la
bonne foi pour moi^ peut-être que' mon art
fera le plus fort , & que je vous aiderai à vain-
<rc vôtre mauvaife fortune. Une grande Reine
comtne yoijis , Xfadame , peut tant de chofes»
repondit refpeftueufenaent le Prince^ que fans
le fecours des ailres Une vous Cera pas mal-aifé
^e me perfuader que vous pouvez changer ma
deftince :mais je mérite û peu que vous daig-
nez y trayallier, ou' il me feroit difficile de me
mettre d'autres Untimffis dans l'efprit. Pour
vous convaincre paiivôcre propre expérience,
reprit elle , je fçaidéja que.vous ne.yous apel-
lez point Àâimir^ & que vous êtes d*une nalf-
fance C illûilre -que vous appartenez à des
Kois.
Le PriDce.étoît furpris de l'entendre de cet-
Ce manière. Comme il ne lui répondit point :
je. veux que vous demeuriez d*accàra de ma
fcience , continua-t-elle , h*eft-il pas vrai que
vous avez été en Méfie contre JBajazet 5c qu*ë-
fant dans la Tour de'NîcopoHs vous y receû-
tes des lettres fort tendres^ & des fecours trés-
necefiàirês d'une femme qui vous eft incon-
nue l le Prince foupira i U voyant que la Rei-
ne attendoit fa reponie : tout ce que vôtre
Majeftéme dit eftvrai. Madame, reprit-il.^
êc puis que vous favez fi. bien ce qui m*eft ar--
rivé que je ne le fai pas mieux n\oi-mcme»
permettez que je vous interrompe pour vous
demander qui étoit cette aimable inconniie.'
il lui repondit ainfi , parce. qu'il Jugea bien
qu'elle ne pouvoic être informée que par elle
dcf
a^« H I $ T. b r ^ E A w
^es chôTès qu'elle tui.difoit ^ 5c fou efpnt étoît
trop éclairé pour donner dâifs Te panëau que U
Sultane lui vout6it tendre fur le chapitre de
rAftrologie. Elîe fentit arte (cnfible! îoyc de
là queftion qu*il lui faifott : mais Fa dimmulant
le mieux qu'elle pût : par qiiel motif , reprit-
elle , aveac vous de ta curioiîl^ pour ce'tte per-
tpnritf ignorez vous que vous né la verrez ia«
«hais } c'eff un malheur que je crains Madame,
interrompit te Grince • & lorsque j« veux me
iiatter , je penfe que quelque hafard' extraor-
dinaire pourra me conduire où elle ef^. Mais,
àjoiîta là Reine d*ùn ton de voix altéré , &
2iii fairoit déjà pénéVrer au Grince une partie
es mouvements de Ton cœur ^ eft-ilpôHible
que vous n'ayez pas oubliée une j^erfbnne qui
n'avoit point d'autre mérita auprès de vous
^ue celui de yous avoir écrit quelques billets
pleins.de tendrefle & de vous avoir founii de-
^uoi payer yôtfe rançon ? Haï KCadamé , lui
^it.il,,Jl êftdes inipreddons qui ne s'effacent
jamais: Se (l je pouvois yous faire entendre
tout ce que cette cOiiniie ra*a fait réffènrir ,
vous comprendriez bien que le cœiîr ne (e
prend' pas 'toujours par les yeux. C^eft dont
.tme vérité , contintia là Reine qde vous feriez
bien aife de la retrouver, que vous fentez pour
elle des inquiétudes, &des tranfports qu'elle
occupe vôtre ame ? Cela eil aiqfî , Madame,
dit le Prliice ; je vpudrpis la voir 5c c'eft'une
des cfibfes du monde que je fouhaite avec le
plus de pàdion ^. car enfin j'efiàyeroîsden'a*
quitter d'une partie des obligations que ie lui
ai. Hé bien î ajoûtat-elle en fouriant , Prin-
ce', je confulterai les aftres , mes livres 5c
quelques génies tàYOnbUs pour obtenir ce
fiiÊ BOU RBOK* 3$^
tpt VOUS fûuhaitez : venez demata m^ troiwi
ver à pareille heure , je vous en dirai ciayan*
tage. Il lut témoigna fa reconnoiâance avec
beaucoup de grâce Ôc d'erprit; il trouva le feint
Don Sanche qui Tatcendoit , & s'àppUyant iur
lai il revint au Palais.
Zulemaavqit trop dMmpatîence de favbîrce
qui s'étoit pafle à l'Albaycin pour tarder à
venir trouver le Prince , & Cafîlda voyant par
l'empreflement qu'ils avoient de s'entretenir»
qu'il s'agiflbit de quelque fecret dont il luf
croit important d'être informée , -elle fe gli(h'
doucement dans un Cabinet d*où elle pouvoir
entendre leur converfation. Vouscroiez peut-
être die le Prince à Zulcma > que j'ay vu Felt«
cie & que \t vais vous rendre compte d'un*
agréable rendez-vous ^ aon, mon cher ami»
pe a*ai pas été aflêz heureux pour la voir. Je
ne fai quel démon jaloux de ma bonne fortune
m'a rupofé à \à place de cette belle fille le plut
terrible fpeûre qui ptiifle fe prefenter aiiir
yeux d'un homme ^ il ayoit pris la figure d^u-
ne vieille femme d'une laideur*htdeufe , quf
abufant de ma crédulité A: cachée fous ua
grand manteau éfoutoit tout ce que les pre-
miers tranfporcs' de ma joye & la violence en
ma pafGoa m'obligeoient de lai dire 5 Enfin:
impatient de voir celte que j'adore , j'ai tiré
tout d'un coup ce manteau fatal^ & je fuis de-
meuré û furpris 9c & indigné , que fans la
Reine de Fez qui a paru , j'allois accabler cet-
te furie de mule reproches. Mais la Sultane a
voulu que je Vaye (uivie dans fon cabinet ; 86
là faifant ce qu'elle a pu pour me per(uader
qu'elle avoit une grande fcience , qu'elle étoit
ca commerce a? «c Ui boai t^ Us mauvais g^
oicsj
nies» & que rien ne lui étoit caché , eIUm*l
cjSeâ:iveineat fu^risp^ir les chofesqu'elleXaic
de moi) Elle s'en écendiie fui: ravs^mure -de
Nicopolis (|ue je vous ai racontée , & il y a
l^-deflbus quelque miftere que je ne pénétre
i)oint. Elle paroiflbit toute émue e^ me par-
lant ; elle eft trop bien informée pour, ne Terre
pas d'original., il faut que rinconniic de Mé-
fie Tait iniirnite de toutes cbofes ; peut-être
qu'elle eft dans le nombre de (es £(cla?<s :-cet
événement me paroit trés-fîngulier , mais il
V.td moins ^ mon gré que le loin aveclequel
la Reine entre dansiine affaire de galanterie,
^lle qui vient de perdre fon Royaume , 5c qui
Qe devcoit penier qu'aux moyens de le re-
couvrer , elle ne laiile .pas de paroître oc-
cupée d'un^ bagatelle & i'ai lieu de croire à
prefent que c'eft par fon ordre que Felicie
in'avoit écrit.
■ Le Prince avoit ceflè de parler de|>uts quel-
oues moments fans que^ulema lui eût répon-
du $ il paroiflbic enièvelr dans un« profonde
Dcverie; enfin s*tn arrachant tout d'un coup:
jje croi dit il , pénétrer unechofe qui a'cftpas
fans de graitdes apparences f & vous tn îoge-
ttz vous même , Seigneur , quand je vous
aurai apris que Celime aiant été enlevée par
des pirates devint la première favorite de TEm-
Ï^ereur Bajaset, qu'il la mena en Méfie, qu'el-
ey étoit dans le tems que les Cbrêtieas perdi-
rent la bataille & Rirent taillez en pièces. Il en
demeura peu : vous fûtes de ce nombre , Sei-
gneur ; la Reine de Fez n'aimoit point le Sul-
tan. Elle vous vit peut-être .«& faas doutei
vous .eûtes le bonheur de lui plaire. Remar^
^uez mcme queleprefçntqueyousjcccùt^
^àtlli !è?t6\ir dt^ I^VfypdliiPétfàHfrrcotrffdetâbiè
&;;'.., Tous titèr <Î0rihez de!? fùlnî^res rîiÀîé?-
écraj Jîïtic Pritiéè, 'qui m*oîivr.ctit les ycux^^èt^
^*tià cojup 5 je ne* j>ni8'nTfe fouvenir de l'a nra-
liîcrc 'Spnt cette f rioccflc m'^ regardé , de là
«Qfiverfatipir'chie rfoîis. eûmès^lc jour qa'clft
irVt^^:^^^eiffi?Vèac^icii5 a^ji^oir avec elle^,
^c-feP.iff dfiweaif^.céftivam'cà q'rf'tftït 'elîrraoa
fhç^iilkë je Nfifié:''MaU!>âasi[ dans quel Lar.
Krfdte'^cte rcncôrttrc va ^-èllc me iettct ? Fc?-
ficté eft auprès d'elle ^ fî eRe découvre mok
dttacliétnéat "pour cette belle fille , j'aprehea*
é^ aa*tU^ ne s'eâ" vange fur elle. Hé * bon
JWttr\i$*,^ctU -'t^^ fl ; lie ruis .i ffe «au .monde
j^iié pcfcy 'ifeaffirrl ne pai$-î^e'"parV^chSr f itfe
Vpîf 'bfeilreux avec ma Felic?e^ ? ïî fe tûte^.
^efc'itfrtcfrott fiente feut^nîr iie'tâat-dc dépfar-
£rs» qpi s'étotent fiiccedé les uns aprés'lés
autres > le jetta dans une mélancolie dont Zti-
lema ne fçeut le retirer. Il étott déjà fî tard
que dlans la cràmte de nutre à fa fanté , s'il le
farfbft veiller davantage , il le quitta fort ch:i-
grln 'de It hiflèr dansta ^tuation d^efprit o&il
Aoit/
La in^lIlBnte Cafilda n'avoitrien perdu 4e
tontes les chofes qu'elle venoit d'entendre.
Elle étoit bien réfoluc de fe oorter aux derniè-
res' extrem irez puis* qu'elle ne pouvoir efpe.
Yer dé toucher le cœur du jeune Prince pour
lequel elle avoir déjà ^it tantd'extravagances-
ïlfe Congeoit à fe vanger avec la même ap-
plication qu^me autre auroit pu fonger à
ià gloire ou à fon repos. Son defefpoir étoic
il nirieux > 6c toutes Tes pallions fi violentes
j|g[ii'cU€ ne orédu^ît pas moins que la mort
a de
^'
., , U R«in^ç,4j^^ igf cabUitiie.^4a)tt4c,dc c£
^Uf^.le Pxiuf<,4^ Ç^^tïcy. yçnûU aeJûi dire,re
j^^tira toute rein pUç,(icsfrô| eu qulaffiiroiêQC
Je bonheur de Ta VU avec lui i elle xeps^ic
,apprcndrpit.qu<j ^çjé^o^t ^llçjfly; lJavpit,;Mmé
jBA Milve ^ ^ g«i;.l ai^oi^ «nçou^a^ Grenade*
«Cependant elle yoiiUic s'iéclaiccir^e (^/oup-
jçpns fur JFelicie j) ils înterrompôrent trop les
jcharmaates, id^ées, qu'^elle, (fi faiCpiç ^ rleo n'eft
.viie» JjB ae do^(p^ douter qiiUljoue l'aune: il
/à\xt que jç Us^T^fle trouver e^remble , que pe
lés éçpiu;ê j$c .qi(ê U»r cQAresrauoa in'^çhû-
.cifle.
£lle commanda que roa£c veoir f etidci &
lui aiant dit de la (uivre , lors qu'elle fût dans
, rentière liberté, de lui parler 5 Je u demande
^de la fincerité , <l»ii dic-elle , confidere que tu
jjBS mon efdave . que ton rorr.eft entre mes
mains , que je puis tout pour toi & que fC fe«
xai tout pour te rendre heureuro|& tu veux
^'avoiier la vérité. Regarde ce Rnet , coo*
jtinua-t'elle en lui montrant celui que U Princfi
javoit fait écrir» par Zulema : coonois-ta ce
jcara<lere^ Leonidp l'examina loag*teiiis» &
jelle liH dit d'une nunier.e où il paroiflCbit tant
de >onne foi qu'elle ne favo^t de qui il éc^îr»
que malgré toutes les préventions delà Reine»
elle ne pût s'empêcher de la croire % mais
pour avoir encore de plus grandes certitudes
iitf MAC natim qui riflquif(9î( fi ftut; dis^
DE B O U RB ON* 387
met , a|OÛta-t-£lIe : as-tu quelquefois. enteo-^
du parler de la Maiibn de Bourbon defcenduQ
de celle des Rois de France } I«eonide à cette
queftion ne douta point que Celime.ne la coa«
siût parfaitement ^ elle lui rc pondit néanmoins
fans s'embaralTer qu'il feroit difficile qu'elle
n'eût pas entendu parler d^un nom il illuftre;
éc connois-tu quelqu'un qui le p,pt;tf,,contir
nua la lUine : non , JMadSme ,.dit Leonide»
du moins il ne m* en fouvient pas., Q^oi , re-
prit la Sultane tu n'as.point vu le Comte de la
Marche & le Prince de Carency fonTrére I ils
n'ont point été en £f pagne ^ je n'.e.a fai rien,
continua Leonide : mais je f^ai bien , Mada-
me , que je ne les ai jamais vu. Et £ turtn-
contrdis ces Princes» ajouta Celime, tu ne
iàurois qu'ils font ^ noii en vérité» reprit Leo-
nide d'un air plus fernie : je puis vou^ alTuirer
que.jene les connoitrois pas.
Sache, interrompit la Reine, fache^ Felicie^
S lue ce Prince dont je t'ai parlé , qui me parue
1 ai|iiabl« à Nicopolis eft de la Maifon de
Bourbon , & fe nomme le Prince de Carencr.
Je yeux que tu l'entretiennes , & que tu eU
jk]res de pénétrer s'il aqiîelque chofe dans le
cœur 5 il vint hier au foir ici , je lui fis parler
-par la maîtrefle des cfclayes ^ c'eft une bête
qui s'aquita mal de la commiffion que je lui
ayois donnée, fe m'aflure bien davantage fut
ton efprit. Si la Reine avoit eu moins d'ap-
{»lication aux chofes qu'elle difoit , Ôz qu'el-
e eût examiné Leonide dans le tems qu'elle
lui aprit que le Prince de Carency étoit ce«
lui qu'elle aimoit , 6c qu'il étoit a Grenade,
le cnangemeiu de fou yifage , & fon inquie-
cudç l'auroiem tr4hi« ; mais elle étoit A oc-
\'
'9^8 H I s T* DE J« À K
cupée des différentes chôfes qu'elle miiitok^
. jque Leonideeût aiTez de loiiîr poar ie remet-
tre itn peu des premier» effets de fa furprife.
Vos ii^tercts me font Ç chers , Madame , lui
dit-'ede ^ que j'apceliende de ne me point ac-
^niter auffi-bien que je le voudrois de la
commifEon dont vous m'honolez , il ne fuffic
|)^s d'avoir beaucoup itztXei, i\ faut encore
de la prudence Se de la conduite : .je fuis fort
fenne ^ je puis manquer en quelque cfaofç , &
fe ne m'^^a: cônfolerois pas. Non, non^ repric
la Reine , -ne t'inquiètte poiat : je te connois
injeux qae tiifiete4Coiinoistoi-iHêtlie ^ tune
^ laufois rien faire de mal ; mais je peafe que le
<\sRt de la I^une eil fort grand à prefeoti Je
îne fouvh'ensauifi que la' Rivière de Daro pané
iau pied 4é U terrafle,, ^ue j'ai apperçcLU hier
à\i monde que fe promenoit le long du rivage
^ qu'il feroit défagreable que l'on pâtyoir le
IPrince de Carency avec moi. "Û vaut donc
mieux que fe le faffe conduirç dan$ U grotte
du bois où tttiuy pad«ras jHfqu'àjce qae<f aiU$^
le trouver.
Pendant quela Heine ordonnoit à uq de Tes
miiets , dont ta fidélité lut <(tQit connuS deïc
tenir le foir à la porte du jardin Oc de mener
le Prince deCarcnci daps cette grotte , Léo*
nide fe retira fl troublée , qu'en entrant
dans fa chambre , Innés , qui Tatendoit»
connut bien qu'elle avoi^ quelque néuvean
déplai(îr. Ke me celez pas ce qui vous occii»
pe , belle Felicie , lui dit-ejie aune manière
pleine de tendreté ; je lis fur voriré vifage une
partie de ce qui fe paffe dans vôtre ame : vtûiU
îez m'cdairçir promptemcnt du fujetdevos
fçioçs. H» ! maUi^rç la«9 , s*<aia Leoulde,
voici
Vôtci le dernier coup de la mauvaife fortune-
qui me perfecute avec tant de cruauté , elle
vient de trouver de quoi me pouiTer à bout.
Le Prince de Carcilcy , ce Prince que je fuis,
auquel i'ay été deftince dés ma plustendre
enfante » .ed: à Grenade 1 c'eil: lui que la Sulta.
Rt aim« , c'cft lui qyc l'on nomme Affimir^^
c'eff lui ertfîn que je verrai ce foir. Quoi inter-
rompit Innés > vous êtes ca'pablc de vous ea.
affliger fconfîdercss' que c'eff le ciel qui vous
J'envoie : if procurera vôtre liberté, il vous
rendra Heureùfe^vous reverrez rEfpagne,voua
paiTerear en Franoe avec lui, vous irez dans la
phis btWt Cour de l'Europe tenir le rang que
VOU9 méritez pendant que latrifte Innés , ab-
fente de fon cher Bon Rami^e , paiTera le re.
fte de fa vie dans le» larmes & dans les^Fets dr
Gelimcv
Vous déplorez vôtre dcftincé , 5c vOvlS
crojer que lii mienne fera meilleure , répons-
dit Leonidi « ib je deviens Tépoufe du Prince
de Carency » ha ! que vous êtes trompée * hç*
Vas T de quoi' me fert fon élévation fi0ioà
coeurs ne fonr pas faits l'un pour l'autre >
nous fommes prévenus d'une fecrete antipatîe
qu'il feroit inutile de combatte . Ôc puis , fui$«
îe la'ntaîtrefle d'oublier le Comte de la Va-
gne \ malgré fes infidelitez, je fens qu'il m'eit!
roûiours également cher . il eft ici , peut-être
qu'il regrette de m'avoit offencée r peut-ctre
que fon repentir méritera fon pardon ; fay vu:
dans fes yeux quelque chofe de tendre & d»
pailionné qu'il n'avpit pas à Salé ; les grandes
pa/Hons ont de grands retours ; je ne fçauroisr
douter qu'il ne m'ait aimée • ptut-rêtre qu'il
m'aime encore , qa'il lae cherche pour m'en
.R3 afftt-
3^0 Hi s T. DE Je A ir
alHirer^ je me flatte de tout , ma chefe lues î
de de quelque manière que fe tpurnentmes af-
faires avec lui , )c ne veux pas que le Prince
de Carency me «^onnoifTe ^ il a. vu mon por-
trait, il pourroit rapeller nton idée^ je pren-
dray tant de foin de me cacher fous mon man-
teau qu'il ne faura point que je fuis Leonide.
Inès auroit volontiers combatu cette rcfolu-
tion fans qu'elle jugea bien qu'elle y ^ toit tro^
affermie pour«n changer (î promtement.
Le Prince de Carency pafîà une partie delà
nuit à réyer aux moyens d'écrire à Leonide
aHn de favoir d'eQe comment il pourroit faire
•pour reîitretçnir j Zulema vînt le voir* il lai
communiqua Ton denTciu 6c le pria d'écrire
pour lui 5 car la bledùre qu'il avoit au bras
Tempêchoit de le potivoir fàir€ j maisilluy
confeilla de ne pas hafarder unbiUetdansles
«îrconftances où i\ étoit avec ta Reine de' Fez,
^ il lui promit en même tems de ne rien ne-
'^liger pour trouver un moment afin déparier
a I^Ucie. La nuit étoit déjà afTez avancée que
1 efliprince difFtroit encore de fe rendre au châ-
"teau d*Albaycin ; il comprenoit qu'une con-
verfation avec Celimc ne pouvoit fervir qû*à
Tembarafler . il aprehendoit qu'elle ne fiit ef-
feftivément Tinconnuc deNicopoHs, ilcrai-
gnoit qu'elle ne découvrit fon amour pour
Leonide , que cette vieille maitreiïè des ef-
clayes* ne lui eût rendu comte de la converfa-
tion qu'il avoit ctie avec elle. Ce n'eft pas qu'il
fe fouvenoit bien de n'avoir nommé ni Leo-
nide ni Felicie : mais enfin une pafÏÏon ja-
Joufc eft clair. voiante qu'il ne doutoit point
que la Sultane ne feut qu'il aimolt Leonide, fi -
«lie le ftupçonnoit d'en aimer une autre que f
laDameinconniie.
Zlilénià le preflà' encore de fc rendre à foo»
i'cndcz-vôus ; 'y yTût prefque malgré îuî ; 5C
p6\.\rfcfa tnalirenr il mena Don Sanche ('c'cft-
à'^aîfc^âftWa.^'Its'aifpmoîtfar elle, Se\at9
rio*iî arriva pfbtfey de la porte des jardins le*
itïliit \hi -fit enretldfi^c de le fuivrfe & il le ton-
iilWfîi' d'âfîs^'iaygfôttcoù Ecônide vittt pctt-'
apréi fîfiiietf cac^élp ,. q'u'il adroit ètéimpof-'
iîbic de là voir*, quand bien'cct endjtoit eût été' .
aiiffi cl'âftqa'il ctoît* fombrc. Le Prince ne
douta pas ;^ ép vOyaht; Eeonide *, que puisque- .
ce n'étçfft'pâs la S.cînc, ce ne fût la mcmer
ylïiWi qu'il ^^oit Vue fiir la tcrraffc. Elle neluv .
J5aHa' poirtt .â'aBdrd\ fâilt elle fefentort trôu-
Bl'ée di foiîg(:r qi^'cllé cteit danscemomeniF
avec le Prince de Carcncy.* Il étoit encore foi-
6Ie , il s'aHIt dans un coinTans lui rien dire , ncr
voulant faire aucune convtrfation avec elle ,
^ais Leonidé eut à^ petne* commencé' de lu»
iratieriquereconnèlinint auffi^oc cette voix &
clikrmante ; pÔiir être. c%ttè de fa chert maU
trèfle , iF vint fe fetttrà -f^s pieds : liconide » •
tùi dit-H: ci^arinanteLeonideqtlel bonheur l
|è vous retrouve enfin : mais retrouvera^ \t^
T.ôtre coetir tel quir étoit au château de Tin*
£délle Benavidez ? n'eces>vous point chan-
gée pourtin homme qui vous adore ^^lle 6e*
fncurà quelque tems fanS' aivoir la forte de lujfr
tépondîe , tout" ce qitrs^étbit paflTé à Salé re»
vint dans Ton foavenir , ^ fa colère faisant uit
dernier è effort : retirez vous ingrat , lui dit-
elle $ avez vous oublié les fufits que vous
iit*avez dobnez' de me plaiçdrr de vous ) lé
^Hnte eroyattt qu'elle étoitf iifritée de ce qu'il
Hîi H^tt câché'fen-nom : "irimsicàtapable. Ma*»
4fiir&e'/(ki>dit4l, Uvoustpanoât/qucf^ m^ni
»/
que de confiance à votre, igzxd. : je devels
vous ap rendre que je fuis le pi jnte de Carenci^
}£ ne devois point patoitré^^Tantyous fous
«af.nojm {upppfc z mais les cruelles intentions
4e iLeonor Lopez qui me fitTuiVrelorsqueie
p^HtjsdeVilla.Real &qùi^e fit afla^Cner dans
l<i foFCCpù vous me tr.Qay^^0 ^ m'pUig^cDC
^e changer «de îîom > je ptofitay de la reflem-
blance que j'avots ;ivec. le feu. .Cpnrte de la
Yagne : voila tout mo;i crime, belle Leonidf;
tft-il irremiilrble 5c ne. voulez vous paa bien
me le pardonner }, Pendant que le' Prince par-
lait ainii , Leonide étoit û furpsife & occu-
pée des différentes chofes qvii -^'Ôffirojent i
ion imagination qiVelle ne ppuvoît lui répon-
dre^ Bile fe fouvenoit que la Sultane lui avoit
parlé du Prince de Carency , que .s*étoitlut
que cette Reine armoit , & que c'étoit lai
3|u'elle devoit entretenir dans Ugrotte$ il loi
ifpit qu'il reif^nabloit au feu Comte de la
V^gne.cc d'àjHdun il 35.$iyoit pen qu'elle avoit
vu ce même Comte à Salé • i l' étoit cooftaat
<^ue Benavtdez avoit écrit autrefois des raille^
ries à Caiîlda fur rattachement ^ue le Prince
de Carency avoit pris à Geunes pour Olimpie
Doria $ elle avoit encore tlans fon idée que le
portrait que le Comtiç de la Yagne lui -avoit
donné an château^, de Senavidez tefl^iÀbloit
parfaitement à Oltèipie ; elle demeurait ainfi
dans un combat dont elle ne pouvoit fe reti-
rer. Le Prince inquiet la prcHadt lui parler.
Ha ! ma chère Leonide , lui dit- il» que j'ai
iiieu de craibdjre que'yous ne foiev pîus la mç-
hie pour moi '!ii vous tne voiejs à^yo^P^^*
trânfpotté dUitié jbie extrapcdim^e , iV^^ ne
kpwwéfZ'.poi«r|'j«.V9U$^«0ilïC|.frqi^e»«ç
^ / , . ^ rcYCU^
DE BouRBoir; ^^f;
Jé^eufe, qae fe paâc-t-il dans votre cœur à
jnotx defavantage > ma chère màltttSé , éttSf
vous changée pour ua Prince qui vous adore,
& qui vous eft deftiné dés les premières an*
nées de fa vie. Songez que je veux vous con«
.facrer touus celles oui me re{lent> que je vous
ai fuivie & cherchée par tout depuis le criiet
moment ou \t vous perdis , 5c que vous trou-
:irerez la même paflîpn dans le Prince de Ca-
xency qy vous avez trouvé dans le Comte de
la Vagn^ Seigneur , lui dit Leonide , en fiiU
fant un effort pour parler : je vousTavolie > je
ne croi pas ce que j'entend . vous qui êtes ve-
nu à Salé quérir Olimpie Dpria > vous qui
m'avez viie avec une^ imliference qui tenoic
du mépris , vous qui m'avez abandoanée^qui
yous êtes embarqué avec elle paurretoittAerà
Gennes où vous deviez Tépoufer , eft-il poC-
(îblç que vous vouliez que j'ajoute fi peu de
foi à mes yeux , que je confulte Q peu les ju-
fies reflèntimens de mon coeur, que de vouloir
pour vous trouver innocent que je démente -
tout ce que j*ai vu & tout ce que i*ai entendu f
îe ne fay point encore fî vous êtes le Prince dé
i^ârency où le Comte de la Vagne : mais il efi:
certain que vous êtes celui qui m'a ofFéncée
mortellement, 5c celui auquel jenepour-oîs
pardonner fans la dernière baiTefTe. A ces mots
le Prince penfa mourir de douleur aux pieds
de fa chère Leonide *, il ne mit point en doute -
qu'elle n'eut'perdu l'efprit , foitpar l'efFct de
ion affliûioh après fon enlèvement lors qu'el-
le fut dans le Sérail, -ainfi que la méchante Ca«
iilda lui avoir dit , ou par quelqu'autre acci-
dent. Ce qui lui confîrmoit cette opinion, c'eft
qu'il étoit pçcfuadc quele Conu j dc h Vagne
Rj av9it
7
'594 fîl5T, DE IeÀH
avoir péri en revenant de Nicopotis, 5c qti'C'^
limpie Do ri a ctoit morte chez Ton père $ c'é-
toit des cfaofes qu'il ne pouyoit mettre en
doute. Il regardoit encore comme une folie
ce qu'elle loi di(bit de fon-voiage à Sale où il
n'avoit jantais été : de manière qu'il ne troa«
voit que des viiions danê les reproches qu'eUe
lui faifoir. Il n*en faloit pas davantage pouf
le mettre au defefjpoir.il'ne voulut point néan-
moins liii témoigner qu'il s'apercMpit de la
fotb{efl*e de Ton efprit , au contraire pour e(^
ùier de la remettre un peu : vous me faites des
reproches bien injuftes , belle Felicie » lurdit-
H en foupirant : il ne me fera pas difficile die
vous en convaincre ; mais qu'aye fe lieu de
«enfer de la lettre que vous écrivîtes à Cafilda
lors que vous confentites à vôtre enlèvement»
^ qu'étant d'acord avec Benavidez vous don-
nâtes les mains à la chofe du monde dont vous
paroidiez la moins capable ? que doi$- je auffi
Taugurer de votre féjourii Conftanrinople ft
de la paffibn du 6rand Seigneur pour vous \
Leonide écouta le Prince avec ta dernière fur-
prife ; elle crut à fon toi>r qu'il eztravaguoit^
elle ne pouvoit comprendre Comment un hom^
me II fage étoit devenu tout d'un coup fi vi-
ijonnaire j U copime elle l^aimoit toujours
plus qu'elle même , fon déplaifir fût extraor-
dinaire, M&i , Seigneur !' s'écria r-eHe ; mot,
î'ai écris à B>enavtdcz , j^'ay confenti à I inio*
lence qu'il cjnt de m'enlever , & yzy été en
Turquie ? voiha dès chofes fi nouvelles pour
mol & fi éloignées de l»vertté , que je ne les
puis f ou tenir. En quel tems avez- vous mis dt
telles chimères dans vôtre efprit > elle ne pûe
s'exppèchu dç içcpçr U9 Piaill(4u Jfriftce dai»
v:
kV'^Oiniieft.&iéc les môuilUf <U^(islarnl«9. .9
€a^ tottcljé au: dcrmcr ifotftt d« c<Uc pi^euvc 4c^
i» un'dMfld', il fte:^iiotttoit point iéi^k de,'^
bonne foi; de toutes lei cÎTConfl^ancesdpntJ'ai
parié 'l'en aboient fortement petfuadé.. Ren-
dons nous fuftice , mon aimable Felicie , lui
drtwil en hsiiÇaat /eabetl^ itttias ^ croyez que
je ne vous ai jamais étéinfideU -jeiçr^y 4«
même que tous m^aves. point change ppuc
eooi. Je.vondrai8f&ire^e que vOùs fouhaitaz*.
interrompit Leonidc ,-s'il m'étoit poffîble
d'oublier des chofes fi récentes. Elle s'éten-
doit alors fur tout ce qui »-étoit pafle àSal^ ^
infenfiblement elle lut raconta Ton kijftoire , flc,
ce fut ayec tant d^efprtt ocde aetuté qu'il vin
bien que ce qu'il aToit pris pour un excès da
Iblie ;^t6it ioûtenu par des apparences foli-
des j ils en vinrent enfin à des explications qui
les éclaircir^nt ii parfaitement l'un ^cl'autro
que pafiànt tout d'unr coup de la pkis cruelle
incertitude à la plus fenfible joye > ces deux
amants ne pouyoient fe dire ce qui fe paflbit
dan» leur ame. Quelquefois le filence , €\uA^
3uefois les foupirs Se les larmes & quelquefois
es diicours interrompus par mille protefta-
tions de tendrtfle fervoient d^interprete à
leur mutuelle paffion.
Il eft aifé de jugerduderefpoir ou fe trou*
yoit Çafildas elle écoutoit ce qu'ils fedifoients^
die étott rncooiblabk de voir ces fcunes
amants dans une fi charmante intelligence ^ ils
parlèrent même d'elle, de fes perfî£es & de
celles de fen frère. Le Prince parut (i. irrité»
.& il marqua tant de mépris pour cette mat«
Jieuf eufe fille qu'elle n'eût plus aucun fujet de*
le &tf;0C CWmc fHf revoit hix )uf(ltt'à^ lors^
èâ(^' Vexkémé (oti dafeTpest die fut ceOÉfei^
idviârpoinc d- CBCiicf f««r{»(M^tiacdtrLeotikk»
ftbsqitf^elk )ag^ bittiqaeilaBrioce^Kiéfea^
^ irait & qc^elle ne voulotc pas tenter uoe ves^
séance iautfle. Âinii elle Te modéra p6ittral«
Sirer Mieux le funefte coup qa'élié laedîcoic*
7^ ÂfYé$qaû iMùtàéeiic le f^ince eurent àoom
ûé l^Aàfieslo>emilmixp(remter»tnrn(ports
ât leur jôye , 6c que cette aûnable perfonne
•Y fût abaiidontiee âvtc pluade tibettf > ^4
. thant bien que lePriâce devok ctre foncpoinr»
ftpf^s di»-fe qu'ils curent déploré enfenible
leur malheur de ne s^être pas reconnus plutôt
^ de s'être éditez ^ec taiit dm foin , eux que
le ckl av<Mt fait nli»epoUr s'aimer , flcqoi
É'aimoîent in effet d'une -manière fi tendre
te Cl peu commune y Leonide lui parla de la
Àeine <ie Fea afin de convenir de ce qu'il ^
k>it 'faire à (on égard , fufqu'à ce^qu^ le Prin-
ce trouvât les moyens d'enlever Leonide & fa
chère Inès qu'elle ne vouioitpas abandonner.
Ils conferoietft encore de toutes leurs affaires,
l^fs que la Reine arriva^ le tems qu'elle avoit
tardé pour fe rendtfe à la grotte donna celui
à ces tendres amants des'éctaircirccmuieib
dirent, & de ferrer leurs chaînes par des nœuds
encore plus étroits Se plusfolides: mais il faut
dire quelque chofe de ce qui avoit arrêté U
Sultane.
Dans le moment oà elle alloît fortir de A
chambré, bien qu'elle eût donné ordreqne l'on
n'y laiiTàt entrer perfonne» on vint luidire que
le Prince Mahomet demandoit ^ lui parler*
pour une affaire delà dernitrre confequence.EU
le ne pût fe deffendre de le voir , Jugeant par
l'heure qu'il étoit ^ qu'il l'agUibi( 4'aae cho-
ff trop imp.^riafltc ppuç pc^liger <}^ lafavc^ir.
Le Pricic|}^a(it entre ^ iliui diçque Muça , k
{>îus cKer coafid^at du Prince Abelhamar , ycr
|U>it d'arriver ^ qUe Tayant connu particulier
.rement il s'ctoit adreiTé à lui pouc obtenir d'eU
le.une audience fecrette^ qu'il 'étoit charge
d^un paquet de^a part du.i^ince , Zt qu| fî-eTl/e
U trouvoitfbofi il i'ailçst faire venir* Quelque
iq^patiencç 'qu'elle eût d'aller à la -grotte , ijL
fs^jcedcf ajHC, râlions de. politique; elle auroit
inê;ne.aprebendéque remettant cette affaire^
M&bvaie; ne.l'eift loupçonnéç d'en avoir queV*
qju'autre .plus agréable j e^fin elle confenttt à
voif 'MAiça,^j( vint fe jetter àfes pieds & lui
pfTf jej^a une lettr« de4a part de rqaMa.kre>cl7
iflétôit eaceste«ne. <...>.
. Bhm^ qtfê j\ak un 4roit inkcMtêftéAh fur If
'RotAHm* de Fr&» ^ ft¥^ j*eHfAis sprêfinf it
faifihiêpôfftjfeur , j$ tonfens , 2^dameÀvou$
0n ^êderiia moitié fi vous- mêJVouliKdûnBtf
Felitiê^ Avamt qtéê je PéuJlê vue riê» n'était-
AH deffmdê meu'Omhitionfdefieis fMejePai vue
tieuu'efiau dejfus d^ m^n smeur.U ueffoi p$in$
vivréhemeux {sus wn^ê um»t eeq»ej*aime:e»
- 9f9Uf quittant une partie du Troue je vous dêm
mrui euterê-heueHoufyfifewfUs d^is lupeffeffion
Àe cette uim^lefiUe, :}e vtus iuverrai dés éta*
gis peusfuteté de lu parole que je vous donne dn
tueks rMtnnoêtre même peur mu Seuveruint fi
metts me "ueuhzi ucetrdtr ^itêttre efelave.
* * *
La Retite avoir lu cette lettre tout haut $ M
Prince Mahomet 5c elle admirereat enfemble
le violent attachement de ce Prince , & com-
m^ MdhoBicc aimoU déj^pafliojmcinent h
Sul«
^9^ /tSis'r: Se lirîw
ditîtànc' U réflentit duc extrême joyc dèpem
Terqd'Mlc avoir un tri 07'cn fî^fârôc û'fààhdi
recouvrer au nioins une partie de fon BCoyau*
Toit, Il feccmdà de toutTocr pouvoiries ràifont
'ètt Mui^a ,' ^ s'ofFifit même de mener Felicîeà
5al é , 5c d' en ram ener les étages qu' A^elhamar
Vouloie donner. Celîme Te n remercia^ autant
iqn'cHc Icdèyort', & elfe l*affûra qu^tettè n'ou^-
Bltetbit famats Ta manitregene^tûfcrayecla-
tinette il eritrbit dans fés intérêts : fille lui dit
éc à Muça qu'elle reyeroit auv ptopofitions
d'Abelbamar , 6e que le lendemain elle fe dé«
termineroit. Elle croioit par là* congédier le
Prince rmafs i! prenok tant de pfaifir à la roir
^'H tratn/i encore lenioyen de ^olbnger la
converfacion y & il ne fe retira point qu'il ne
fut fort tard : voilà ce qui avott laiflS le tems
^Prince 2^ à Air maître ffe de régler eafem-
%le une partie ilès cbofes dont je yieos de par»
hr.
' Auiït-tôt que la Reiûe lut entrée dans fa
grotte , Leonide fe retira par refpef^ ponr II
KilTer avecie Prince 5 & cette charmante per-
fbnnemarchoff lentement dans le bois repaf-
fant dskns fon efprit le bonheur inexprimable
qu'elle ^toirfur le pointde goûter avec fon 6^
tdelie amant , Helas ! 'elle ne prevo3roit pas que
ia mortalloit abréger les b'eaux^oar» dont él-
it feflatoit. Cafîlda, cette furie impitoyable»
animée par tout ce qu'elle yenoit d'entendre»
n'avant pkis d'efpoir , voiant (à rivale toute
feule , & s'afltirant bien qu'elle Tauroit tuée
avant que l'on put venir à fon feconrs , pleine
fl'une faloufe rage qui alfoit jufqu'au defef-
poir , s'avança à grands pas . Ce tirant tepot«
tnard qpftOç p^r^U àtac«iaCtti«»«lkIuiaft
ir E B 6 R * o w; • î95f
porta un coup dans le (cm, Leonide tomba ca
apcUant IcPrinccjCafîlda animée papcrn«n5k
par le faog de fa riyale^ qui couloit dé|a à gros
bouillons, redouble fes coup5. Le Prince avoit
entendu les accents pFaintifs de la voix de Leo^
nide 5 il en demeure troublé ', il quitta bruf-
quement la Reine ; eHe le fuitj^l aperçoit fa
maîtredè étendue fur le rable,dc fa meurtrière
^ui fuyoir : alors roiit hors de kii il tire foti
épée^ '$c croyant tuer Don SaUche il blefie
mortellemenc la perfide Cafilda. A peine eut-
il vangé^ Leonide qu'il la trouve mourantC|«
elle ne pouilbit plus que de langui (Ta ntsiouv*
pîrs. à peine avoit-eue h force de ferrer les
mains de Ton aitiant, fes jt^x étoienc tournez
et Ton coté , & elle tâchoit de lui faire enten«
are par fes derniers regards qu>'elte mouroil
iiniquement à lui.
Non^c'eftune chofe inexprimabïequelefir-
nefte état où ce Prince infortuné fe trouva
dans ce terribre moment $ il tour'noit déjà la
peinte de fon épée vers {on eftomac , il alloit
lînir fes malhetrrs avec fa vie , lors que la Sul-
tane fe jetta fur îui pour empêcherles derniert
effets de fpn defefpoir : elle poufià de hautt
cris , elle appella fes gardes qui it'étaat pas
éloignez accoururent. Unmoment après tou-
te fa Maifon vint avec des flambeaux , & bien
qu'il fît grand clair de Luoe , l'on en vit en^
cote mieux l'afFreufe tragédie qui venoit de fc
pafler. On courut le dire au Palais de l' Alham^
bre ; les Princes vinrent auffi-tôt avec Muçai
& un bomme qui Pavoit accompagné^ chacun
et oit dans ce bots fi éiperdu que la feule imst-
gination peut fe reprc (enter ce que Ton difoic
ft ce ^ue Vçïk feufoir, C^ cnfia ^ qufl mo/yta
di
w
jdc reps^ter ici les dbuloureuCes plaintes &to
|pegr«ts4u plus amoureux de tous les hommes»
voyant mourir entre fes bras celle qu'il avoit
cherché avec tant de foins , & qa*il perdois
po.ur jamais dans le moment où il venott de la
retrouver 3 qm peut penfer fans pitié à l'état'
4éptorabU de Lcouide fi belle, fi; jeune, (î vcr-
tacftife qui rend les derniers foupirs dans fo
tems ojù elle avoit Heu 4l'erp<rer la plus char«
maille fortune qni faarok fiiitter;:t« cœurde
Tambitioni
.; D'un autre côté Cafitdâ ,. la misérable Ca«
£ida , efiâyoit avec .fes mains d'ouvrir fes
Ueflure^ pour hâter le moment de fa mort,
J2^1ema s'^tant approché d^elle , & là prenant
pour un homme :He bi^en ! méchant traître^
zléçTtA-t'iV^ qu'as-tae^ecuté dans cette fatale
nuit ^ dis- moi , que t'avoit fait l'innocente
Peticie pour TailàlCner > je fuis Çafllda , elle
i^toit ma rivale , dit-elle d'un air fnrteux ^ de-
mande le refle à ton^mî» Ce furent là les fni-
Jes fie ks dernières paroles qu'elle prononça.
. Le Prince ormtn , a^i aimoit Leonide, pa«
roiilbic in<onfolable|la Reine de Fezdefon
f ôté voioit tous fes malheurs fans en ofer dire
qu'une partie. Les plaintes du Prince d^ Ca-
rencyc rinftruifoient aflez de ce qu'elle avoit
feulement foupçonné , ^e veux dire qu'il étoit
amoureux de LeOnide , & le violent dèfeipoir
où elle le voioit , lui otoit toutes les efperan-
ces dont elle s'étoit flattée* Elle.n'avoit même
plus lieu de prétendre à l'accoamiodemeat
que le Prince Abalhamar lui propofoit : c'étoie
perdre fon Roiaume fie Ton amant tout à U
fois.
JPouc Muj^ il A9 fçayaitfîc^ quifepaffoit
alo9
.ni^rBoÂ^^Qf. 4OJI /
ffîors ^toii un. fongc Qu,uhç venté : car enfîrt
il avoit été prefent au combat que fon Maître
fit çpntre le, b^v-c Comte de Ja Vagne - il Ta-
Voft' vûi peKç de coups", c'c'toit lui qiii avoit
rapôrtc Ton, cbrps'd'ansrc varffcau d'Ôiimpici
tÇc cependant fl çroioit.lc revoir dans ce ma-
Vnent :* îe.l^rjpcç.dc Carcney.<;onim€]ç l'ai dé-
jà dit bien dés fois > reffembloit parfaitemenc.
au feu Comte de la Vagiie^dcforte qu'il pciï-
foit quelquefois qu*il devoit être rciTufcité.
. iaes étant accourue avec toutes fe» conr* %
jpâgnes deôfieura également partagée entre
jà doiirêur ^ la joie, Xeonide / fa i^nere Leo«
'^Idfi mortf ;^ la pénétroit de là^ptus vive
âfAié^ion ^ tnais quelle aareable fùrprife de
trouver auprès d'elle foti fidèle Don Ramire !
H avoit eu des inquiétudes eâroyables pour
Inès , ignorai^t fa deilinée , il, reçût enfin uae
^es lettres qu'elle lui^ avoit écrite à Maroc.
JTai^ différer d^un niomeht il vint la cheis- « ,
jcW à $aTé i elle cq étoit dé|a partie av^
là Reine ', & il ne trouva pointée moién plt^s,
prQmt pour fe rendre à Grenade que de s'em-
barquer avec Muca. Inès avoit befoin que (à ^
Î>reience fnoderâtt'excez de (bti déplaifir pour
a mort de. fon illuilre compagne; £lLeflrro«
ibit de (es larna^s Le vifage froid de pale de cet-
Jte belte fille , elle ne j)Qi«voit s'ek>iguerd'^lle«
I>on, Ramire partageolt fa douleur. ÎJis bois»
les jardins , le château retentiflbient des cris,
les uns par le véritable tnt.erct qu'ils. prenoietit
à cette fun^fte cataftcophe , les autres par ua
eKe^t de compafiîon dQnç,l^s âmes bien nées
ne peuvent fe^ défendre ^ il y, en avoit mêmtf
^quf pUuroient parci^plai fiance » ^.quelques-
nns pair teft$lreirc:/|nais^jÇli^ii fput pieuroit»
' ■: " ' ' ^' ' tout
§0^ HrsT'. DE Ieaiï
;tout gemiflbit ', tout marquou uneafflifiloo
Tans pareille,
' L'on emporta îc Prîncc dfe Càreircy dans le
tems qu'il étoitpHvé de tout fentiment -, on Ife
'mit par Tordre de là Reine, dans un des ap-
Ipartetncnts de TAlbafcia , Àc la blcflyrt qu'il
avoit au bra's s'ctant .ronVéïte par fôh agita-
'don , Ton fang cotilôît a gros opiiillons fans
'qu'il s*en fût aperceû. Bien que le Prince OP-
min le dût regarder comme fon rival', iNroir-
\oit une confolàtion à le voir , Ce il lé qoitoit
^auffi peu que le généreux Zulema. Ce fat lé
*ftul qui ionfcrva ^quelque préfbnce d^eljprit
\3ahs . un il grand delbrdre. Il fit prendre loia
'du corps de l'infortunée Leonide , fe^compa-
snes l'encoucerent , le convrirent de fleurs &
lè moiiillerent (onvent de leurs larmes. Oh*
ièût par Ints qu*eirè étoit ,fa fiHe de Bon Juan
'et Velarco^'&'Zulema alant.diftqtte Umal-
'fiettreufe qni l|avoir poignardée s^àiplôifCa-
%Ida', ïhes leuV.kprit eh même tems qu'elle
'étoit de la Xiaifon de Bènavidèzr
A regard du Prince de.Careoc^r , fou nooi
' ne demeu/a pas fecret.la Reine de Fez îefit fa-
voir au Roi de Grenade. A cette nouvelle, qui
'âjoûtoit de p^iffiiis motifs de^confideratîon à
'ceux que le Prince s'étoir déjà aquis par fou
• jropre tiicrite , îî" n'y eut point d*honnctei
quMl neTecut de là part du Roi /il le yint voir
plufTeurs fî)is pour le confo^er / dif iU'afl&ra
qu'il le rendoit le maître abfolu de fadeflinée;
que pour touterrançonîJ ne luy demandait que
Ion amitié ^ & que s'il avoit fçeu plutôt qni
"il étoit , a Tuy ' auroit marqué'par de» égards
•patticuKtts qu'il n'ignoroit poitat ce que l'on
'd<;YOKt à l'IHnftreftiig'de Bourbon» -
Sauf
DE BÔ& r'b ow; '4aj*
Dans un autre cems le Prince infortuné au-
roit pu reflentir quelque joye de fe trouver ea
état de retourner en France : mais pour lors il
étoit plongé dans la cfoulcur 5 tous pays luy
ctoit égal j il ne fouhaitoit j>lus que Ta mort, de
ce n'étoit que par un refpe^, qu'il ne pouvoh
fe difpcnfcr d'avoir pour le rang de Celimé,
qu'il recevoir quelque fois ^es via tes , mais iF
Iiiy marquolt tant dé froideur qu'elle ne feut
fe refoudre à luy parler davantage de Tincoo-
nuc de Nicôpoîis. ♦
Cependant le Roi de Grenade ne voufut pas.
perdre Toccafibn de fe ménager Tamitiédes
Efpagn'ol's en faifant rendre à Leonide morte
tous les honneurs qu'oii luy auroit rendus vi-
vante , fi elle s' étoit fait connoitre; Ilenvota
un de fes favoris jufqu'à Villa-Real , pour
avertir Monfieur & Madame de Vejafco de hr
tragique avanture de leur f^lle j II eft impoffi«
' ble de dépeindre leur defefpoir ^ Ton peut a£- _ |
' fez le comprendre fi l*on fe fouvient des bel- • v
les qualitez de Leonide : & de toute la fàtt»-
faâion qu'ils avoient lieu de promettre d'el-
le. Ils envoyèrent quérir Ton corps avec beai^-
' coup de pompe , & leur douleorne fiiiit qu'a^-
vcc leur vie
Muça étoit retourné à Sale vetsîcPrînct
Abelhomar j Qii^lqaà précaution qu'il put
prendre pour lay anoncerh mortde (àchere. .
Felicie , il en demeura accaMé comme d'os
coup de foudre , 8c prenant une réfolutiofi
propoî-tionnée à la grandeur de (on amour , il
abandonna le Roiaume de Fez , Se fe retira
dans un château fur le bord de la Mer où il de-
meura très longtems abîmé dans fesdéplaifi^s*
^ ne voulant plus fe mcl'er de tien. Cefte nou<»
V€U»
404 ,^ ^S T^ DE I E An
Velfe étant venue à Celime , Mahomet la pccf-
fa de profiter d'une conjociôure'fî favorable ,
H obtint pour elle du Roi de Grenade des VaiC*
.féaux & des troupes pour faciliter Ton fctablif-
fement : Il on fut le Condgé^eur 3 Se comme le
'Roi ifmacl n'avoir agi que pour fervir utile-
ment AbÎBlhamar , il étoit retojirnc à Tunis:
de forte que lors que la Sultane , arriva à Salé,
elle fe trouva dans Fa même tranquiliré, que &
elle n'en étoit jamais partie •. fon corur étoic
audî dans u|^e iltuation pluv^douces l'éloigne-
.mcnt qu'elle avoir trouvépour elle dansceiut
du Prince de Carencj , f a fierté naturelle^ le»
ibius que Mahomet lui rendoiraffidiiement
contrihitercnt à la guerird'une paiïïon qui ne
lui laiâpir pluslesplaidrsderefperance. îlle
Voiait bien qu'il n'y avoit pour elle aucun jour
;dl*unir f* deflinéc à celle du Prince <pi*elle ai-
jmoit, Se \p reconnoilTance ne là preiTant pas
jnoins en faveur de Mahomet , que les mépris
>i«tPniicè réloignoit de kiî > elle coi^fentît ea^
^n à lui donner la main & toute fk tendreflè -
il vit par cet himen , fon ambition & fon
^amour également fatisfaitab
, Avant que la Sultane partit de Grenade , el*
lie avoit permis à l'aimable Ines^, de fe retirer»
«eltir (c rendit à Tolède ayec bn cher Dpn Ra»
rOiire , il l'cpoufâ- en ce lieu avec toute la joy^
.& U magnificence pafiible , Ôc jamais il n'a
^té deux pcrfonnes plus heureufet Se plus fa-
«tisfôites*.
Enfin le Prince dis Careney pénétré d'une
.•douleur dont il ne pouvoitfe diftraire unmo-
iQent,étant en ^tat de partir il revint à la Cour
,de. France, dans une fi profonde mélancolie»
M & changé qu'on ne le conqoiifoic plusj tous
fcs
JOB BoURfiOK. ^Of
fes proches lai témoignèrent àTenvi leur joie
pour fon. retour , après avoir eu de G. cruelles
inquiétudes de fa deftince -.mais ce qui les af-
fligea fenfîblement , ce fut Toppoiitioii qu'ils
lui trouvèrent pour entendre parler de maria-
ge. Ils fuplierent le Roi d'interpofer fon auto-
rite afin de vaincre là delTus la réfolution qu'il
fembloit avoir prife de n'y penfer de fa vie*
]^hilippe d'Artois Corate d'£u , & Connéta-
ble de France , Prince du Sang , aiant été tué
à la batadle qui U donna proche de Nicopolis
entre les Chrétiens te les infidelles , laiua de
Marie de Berri Coufine <jermaine de Char-
les VI. une fille apellée , Catherine Princeffe
<i' Artois. Elle étoit auffi vertueufe que belle»
rien ne pouvoir être ajouté à la grandeur de
ia naidànce , & de fon mérite , c' étoit une
Orpheline dont le Roi prenoit foin autant que
l'état oà il étoit lui-même pou voit lui permet-
tre de penfer aux autres, de ce fut fur cette ai-
mable Princefle qu'il jetta les yeux pour ea
faire TEpoufe de Careticy . Il ne falloit pas
moins qu'elle pour effacer un peu le précieux
fouvenir de fa chère Leonide : mais l'on peut
dire que s'il fut le plus malheureux de tous les
aman» , il fut le plus heureux df tous Us ma*
FIN,
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