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Full text of "Histoire de l'abbaye de Micy-Saint-Mesmin lez-Oréans, 502-1790, son influence religieuse et sociale d'après les archives et les documents originaux; pièces justificatives et gravures, avec une lettre de Mgr Touchet"

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http://www.archive.org/details/histoiredelabbayOOjaro 




À 



/ 



ABBAYE 



/ 



DE 



MICY-SAINT-MESMIN 

LEZ-ORLÉANS 

(502-1790) 



DU MÊME AUTEUR : 



Histoire de l'Abbaye de Fontaine-Jean, ordre de Citeaux, au 
diocèse d'Orléans, avec pièces justificatives et gravures. — Un 
volume g-rand in-8o de 400 pages, 1894, cli^z H. Herlnison, 
éditeur. {Épuisé). 

Ouvrage couronné par le Conseil général du Loiret. — (Prix 
Robiehon 1H99). 



Histoire dune Abbaye à travers les siècles, Fcrrières-cn-Gdtinais, 
ordre de Saint-Benoît, d'après les documents inédits, avec une 
lettre de M^r Touchet, et une préface de M. Georges Goyau. — 
Un volume grand in-S*^, de xxxiv-5i3 pages, 1901. chez H. lîer- 
luison, éditeur. 

Ouvrage couronné par le Conseil général du Loiret, en manus- 
crit. — (Prix Robiehon iSc/)). 









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Ruines de l'Abbaye de Micy-Saint-Mcsmin. d\iprcs Dci-frrches, 1764, 



HISTOIRE DE L'ABBAYE 



DE 



MICY-SAINT-MESMIN 

LEZ-ORLÉANS 

(502- I 7QO) 

Son influence religieuse et sociale 

d'après les archives et 1 es documents originaux 

PIÈCES JUSTIFICATIVES ET GRAVURES 

AVEC 

Une Lettre de Ms»' TOUCHET, Évêque d'Orléans 

PAR 

L'Abbé Eugène JAROSSAY 

Docteur en Théologie 

Premier aumônier de Sainl-Euverte 

Membre de la Société Historique et Archéologique du Gâtinais 

de l'Académie de Sainte-Croix, etc. 



Ouvrage couronné par la Société Archéologique et Historique 
de V Orléanais {Premier Prix quinquennal içoo) 




ORLEANS 

M. MARRON, LIHRAIRE-ÉDITLIUR 

17, Rue Jeannc-d'Arc, 17 



1902 




H y 



SA GRANDEUR MONSEIGNEUR TOUCHET 



ÉvÉQUE d'Orléans. 



Hommage de respectueuse reconnaissance. 
E.J. 



REF DE S. S. LÉON XIII, PAPE 



^ 



Dilecto filio 
Eugenio JAROSSAY, sacerdoti, 
Aiireliam. 
LÉO P. P. XIH. 



ci'j» A Noire cher fils 

\ Eugène JAROSSAY, prélre, 

\ à Orléans. 

\ LÉON XIII, Pape. 



:lccte Fili, salutem et Apostolicam 
îdictionem. 

^rna voiumina abs te accepimus, 
us tu, sagaci diuturnoque studio, 
)nam complexus es trium cœnobiorura, 
, magno circumstanlium regionum 
), in Aurelianeasi ac Senonensi diœ- 
5US, elapsis seculis, floruerunt. 

)latum raunus gratum Nobis accidisse 
itemur. Eo autem pluris perfectum a 
)pus facimus, quod, opportune ad 
)oruin necessitatem. veterum monu- 
torum lestimonio, religiosarum fami- 
m quanta fueril utilitas, ac porro 
•a sit, manifestet. 

antlati laboris prœmium benevolen- 
Nostram habeto. Eiu< autem pignus 
ipostolica benedictio, quam auspicem 
arum gratiarum tibi peramanter in 
ino impertinius. 

tum Roma,* apud S. l*etrum, die 
[I januarii, anno MC.MIII, pontifuatùs 
ri vicesimo quinto. 

Li:0 P. V. XIII. 



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s 

4 



Cher Fils, salut et Bénédiction apo - 
tolique. 

isous avons reçu de vous trois volumes, 
dans le«quel?, avec autant de sagacité que 
de persévérance, vous avez largement 
exposé l'h'stoire de trois monastères, des 
diocèses d'Orléans et de Sens, qui fleu- 
rirent dans les siècles passés, pour le 
grand bien des régions environnantes. 

Nous vous assurons que l'offrande de 
ces livres Nous a été agréable. Mais Nous 
attachons d'autant plus de prix à votre 
(Tcuvre, que, avec une grande opportunité 
pour le besoin des temps présents, elle 
montre jusqu'à l'évidence, daprès le témoi- 
gnage des documents anciens, combien 
lut considérable l'utilité des Institutions 
religieuses, et combien par conséquent 
elle doit l'être encore dans l'avenir. 

Recevez l'assurance de Notre paternelle 
bienveillance; en récompense de votre 
travail consciencieusement approfondi. 
Qu'elle ait pour gage la Bénédiction 
apostolique, que Nous vous accordons 
très affectueusement, en Notrc-Seigneur, 
comme promesse et garantie des grâces 
divines. 

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 
.3i janvier i<a^, la vingt-cinquième année 
de Notre Pontificat. 

LLON Mil. iMic 



LETTRE DE MONSEIGNEUR TOUCHET 



EVECHE 
D'ORLÉANS La Chapelle-Saint-Mesmin, le 9 Juin 1902. 



Mon Cher Ami. 



Vous nous offrez donc un troisième volume d'histoire 
diocésaine. 

Après « P Abbaye de Fontaine -Jean », ce fut 
« V Abbaye de Ferrières » ; après « V Abbaye de Fer- 
rières », cest « V Abbaye de 'Micy ». 

Nos Sociétés savantes locales ont fait bon accueil à 
tous xos livres. Elles en ont apprécié Vimpartialité 
élevée, la documentation, le style clair, facile, ferme. 
Un savant allemand les présentait récemiîient aux 
érudits de son pays comme des modèles à imiter. 

Je me garderai de vouloir rien ajouter à ces témoi- 
gnages autorisés. Très brièvement donc, mais très 
cordialement, je vous dirai que je vous remercie et 
vous félicite. 

le vous remercie f parce que vos travaux font mieux 
connaître un passé qui ne fut pas sans gloire pour 
r Eglise ; je vous félicite, parce que vos courageux 
efforts ont obtenu le succès dont ils étaient dignes. 

Croyez, mon cher Ami, à mes dévoués sentiments. 

f STANISLAS, 

Evoque d'Orléans. 



INTRODUCTION 



Une noble ville, comme celle d'Orléans, ne peut demeurer 
indifférente à aucune de ses gloires. Elle recueille avec un 
soin pieux tout ce qui a tenu une place honorable dans son 
existence à travers les siècles. Elle dresse sur ses places 
publiques les statues de ses hommes illustres; elle protège 
contre la destruction les monuments élevés dans son sein ; 
elle recherche et inscrit au livre de ses annales l'histoire 
des grandes Institutions créées par nos devanciers, afin de 
conserver au temps présent, et de transmettre aux âges 
futurs, cet honneur du passé, qui forme une partie essentielle 
de la vie morale du pays. 

L'abbaye de Micy-Saint-Mesmin, située à deux lieues d'Or- 
léans, sur la rive du beau fleuve de Loire, a réellement 
appartenu à notre ville ; elle a partagé toutes ses destinées ; 
elle a souffert de ses douleurs, et s'est associée à tous ses 
triomphes. Pendant de longs siècles, elle a vécu sous la sur- 
veillance et la bienveillante protection de ses évêques, dont 
plusieurs furent ses abbés titulaires, tandis que d'autres 
voulurent être inhumés dans son église. Les meilleures 
familles de la cité orléanaise envoyèrent longtemps leurs 
fils à son école, s'y former à la science et à la vertu. Enfin le 
monastère de Micy eut toujours, dans l'enceinte de nos murs, 
comme un second lui-même, son Alleu, appelé le Petit- 
Saint-Mesmin, où ses religieux se réfugiaient en temps d'in- 
vasion, où logeaient ses novices suivant les cours de notre 
Université, et qui fit constamment tout à la fois partie de la 
ville et de l'abbaye. 

Depuis cent ans, cette antique et glorieuse Institution a 
cessé d'exister. Ses derniers religieux ont été dispersés, et 
ses édifices abattus. Les ruines même ont péri ! 

Chose triste à dire : son histoire n'a jamais été écrite. 
Cependant que de leçons, et quelles leçons, la vie de ces 
moines inconnus ne pout-elle pas donner à notre siècle, pas- 
dionné pour l'ôtudo des grandeurs disparues ! 



II 



I 



L'abbaye de Micy a vécu prés de treize cents ans. Fondée 
par Clovis, notre premier roi chrétien, puis détruite et rebâtie 
de siècles en siècles, elle fut constamment un des foyers les 
plus ardents de la vie monastique en France. 

On rencontre encore des gens, imbus des préjugés du siècle 
dernier, qui demandent : « A quoi sert un monastère? cest 
chose inutile», disent-ils. Combien ils se trompent! Un 
monastère est un centre de vertus, une source intarissable 
de dévouement ; c'est, au milieu d'une société troublée par 
les passions, un asile où l'âme se recueille loin des vains 
bruits du monde, se fortiiie dans l'obéissance, se transligure 
dans l'humilité, et, morte à elle-même, embrasée du seul 
amour de Dieu, répand autour d'elle cette bonne odeur de 
Jésus-Christ, qui sollicite les hommes à la perfection. 

Il y a sur la terre des êtres que tourmente sans cesse une 
irrésistible passion : la passion du «livin. Sortis des mains 
d'un Dieu infini, ils aspirent de toutes leurs forces à briser 
les liens qui les attachent à la matière, pour échapper aux 
choses terrestres et s'élancer vers les régions supérieures où 
ils s'uniront à lui seul. Tandis que le savant, qui veut aussi 
ne vivre que par la pensée, fixe son esprit dans les sciences 
avec une vive intensité, ces âmes mystiques montent jusqu'à 
Dieu, étudient sa nature, adorent ses perfections infinies; et 
bientôt, comme prises d'une ivresse mystérieuse, s'anéan- 
tissent dans l'extase d'une ardente contemplation. Dans 
cette sphère élevée, elles vivent presque de la vie des pures 
intellij^^encfts, plus admirables en quelque sorte, puisqu'elles 
ont à vaincre les résistances d'un corps qui les appesantit et 
tend continuellement à les rabaisser. 

Peut-il rien y avoir de plus glorieux pour notre nature, et 
de plus digne d'elle? Le monde a-t-il jamais olTert un plus 
beau spectacle que la réunion de ces hommes, dont la vie 
Angélique n'avait plus rien de sensuel ; dont les Ames, 
comme affranchies des nécessités du corps, planaient dans 
une atmosphère surnaturelle, pour de là monter jusqu'à 
Dieu? Tels furent longtemps les moines de Micy, dont les 
vertus cachées ioi-bas ont donné tant d'élus au ciel. Poussés 
par un invincible désir, ils quittaient leur ville ou leurcam- 



pagne, leur palais, leur siège de magistrat, leur couiptoir de 
marchand, ou leur humble chaumière de paysan ; iis s'en- 
fonçaient dans la solitude ; et bientôt, attirés par la renom- 
mée de Micy, ils venaient s'abriter dans ses cloîtres. Là 
oublieux de tout le reste, ils épanchaient leur cœur en de' 
ferventes adorations, avec un tel amour que le feu divin, 
dont ils étaient embrasés, transformait leur èlre et se tra- 
hissait par le radieux éclat de leur visage. 

En même temps, ils priaient sans cesse. Soit seuls, soit 
réunis, et de jour et de nuit, dans leur' église abbatiale, ils 
faisaient monter vers Dieu une louange éternelle et une 
supplication ininterrompue, perpétuée par des chœurs qui 
répondaient à d'autres chœurs. C'était comme une lyre mer- 
veilleuse et inlassable, dont les sons charmaient Thumanité 
et calmaient ses douleurs. Quand la société était menacée, 
ou avait quelque grande grâce à obtenir, les moines priaient 
avec plus de ferveur ; leur prière devenait le rempart des 
cités, la forteresse contre laquelle se brisait la rage des 
ennemis, et, pour tous, le gage de la paix et du bonheur. 

La méditation contemplative, unie à la prière monastique, 
n'était donc pas autre cliose que le plus noJ)le exercice de 
rinlelligence et la plus féconde pratique de la charité. 

II 

Vivre ainsi, c'était déjà remplir une tâche magnifique, 
digne de l'admiration et de toute la reconnaissance des 
peuples. Cependant on trouve encore quelque chose de plus 
méritoire, quelque chose qui touche les dernières limites de 
la perfection accessible aux hommes, l'incomparable honneur 
des moines de Micy : c'est le sacrifice d'eux-mêmes dans l'ex- 
piation volontaire par la souffrance. 

L'idée de sacrifice fut, dans tous les temps, inséparable de 
celle de mérite et de vertu. Elle prend son origine- à la nais- 
sance même de l'humanité, qui, ayant offensé son Créateur 
dès son berceau, a toujours éprouvé une soif inextinguible 
d'expiation, tant pour la faute primitive que pour toul<3: 
celles qui l'ont suivie. L'immolation d'un Dieu crucifié u 
consacré ce sentiment. Depuis lors, il n'y eut plus de vraie 
grandeur, ni de mérite réel que dans la voie du sang, de la 
soult'rance et des épreuves. La douleur et l'amour ont fait 



I\ 

ici-bas une éternelle alliance. C'est lu lui univ6i"selle, obéie 
par les religieux avec une indomptable persévérance. Pour 
devenir semblables au divin Rédempteur, pour expier les 
crimes du monde, ils se condamnent à des privations conti- 
nuelles, et parfois à d'effrayantes austérités. Mais ce cruci- 
fiement de leur âme et de leur chair est volontaire ; et dans 
cet holocauste librement consenti, ils goûtent un charme 
ineffable qui vient en adoucir l'amertume. 

(Test ce besoin d'expiation qui a porté tant d'hommes vers 
les monastères. Ils trouvaient dans la vie pénitente qu'on y 
mène l'offrande d'un grand et continuel sacrifice, agréable à 
Dieu, utile à leurs semblables, sacrifice qui se prolongeait 
autant que leur existence, et s'achevait lorsque, couchés.sur 
la cendre et le cilice, ils rendaient leur dernier soupir, comme 
la dernière flamme qui consume la victime. 

On le comprend sans peine, cesTimes, éprisesd'un si violent 
amour de rexi)iation, ne peuvent pas vivre dans la compagnie 
ordinaire des hommes. Il leur faut une retraite spéciale, où 
dans le recueillement, le silence et la paix, elles puissent se 
livrer sans obstacle au sublime attrait qui les sollicite. Elles 
la cherchent jusqu'à ce qu'elles l'aient trouvée ; et, quand 
une fois elles y sont parvenues, elles s'y réfugient, pour s'y 
adonner à toute la ferveur d'une prière (jui va jusqu'à l'ex- 
tase, et à des macérations qui vont jusqu'au criiciiiement de 
leur corps. 

Micy fut, pendant des siècles et des siècles, un de ces asiles 
mystérieux où se cacha la vie mortifiée des religieux. Depuis 
Euspice et Mesmin, quittant leur ville de Verdun pour venir 
s'y ensevelir tout vivants, depuis les trente saints qui s'y 
formèrent à leurs leçons et à leurs exemples, jusqu'à Robert, 
mort au milieu d'une vision extatique, et Chrétien, et Lau- 
rent, et Francon, et Laumer, et combien d'autres f des mil- 
liers de moines, sortisdetous les rangs de la nation, prêtres, 
nobles et roturiers, vinrent s'y retirer, pour suivre l'appel 
de leur vocation. Qu'ils y étaient beauxàcontempler ! Quand, 
me transportant au milieu d'eux par la pensée, jo vois ces 
vies d'oraison et de sacrifice, ces sens morts, ces visages 
défaits, mais si aimables et si arilents, ces corps épuisés ]»ar 
les pénitences, qui semblent n'avoir qu'un souffle, et qui 
trouvent <les forces pour passer les nuits en adoration et les 
jours en ilo rudes travaux, toute ma nature frémit, les larmes 



viennent à mes yeux, et j'admire en silence une des plus 
grandes victoires qui aient jamais honoré l'humanité. 

Du sein de ce sanctuaire, l'âme des religieux s'élançait 
vers un idéal supérieur, où elle s'épanouissait sans entraves 
dans l'exercice des plus hautes vertus, avec la certitude de 
la béatitude future. La règle de saint Benoit, code le plus 
parfait qui ait jamais existé de la vie monastique, les diri- 
geait dans les deux pratiques qui en constituent l'essence 
même, la prière perpétuelle, montant sans cesse vers le ciel 
en une irrésistible supplication adressée à Dieu au nom du 
genre humain tout entier, et Veœpiation douloureuse, qui se 
dévoue à payer la dette des coupables par l'acceptation volon- 
taire des souffrances imméritées, pour offrir à la justice 
divine une satisfaction suffisante. 

N'est-ce pas là que se trouve la gloire suprême des moines 
de Micy, et leur utilité première, dans cette double mission, 
prier et souffrir, librement acceptée, et remplie avec amour? 

III 

Le souci de leur sanctification personnelle ne faisait point 
méconnaître à ces hommes les intérêts des autres hommes, 
leurs frères. Leur piété s'est toujours montrée secourable à 
leurs semblables. Il s'est trouvé que ces moines contempla- 
tifs et pénitents, appelés de « pieux oisifs » par la grossière 
ignorance des impies, incapables de rien comprendre à la 
sublimité de leur vocation, ont été les plus puissants bien- 
faiteurs de l'humanité dans l'ordre des choses temporelles. 

Micy fut longtemps un centre de lumière et d'énergique 
action sociale, d'où partaient sans cesse des explorateurs 
d'un nouveau genre qui, poussés par l'esprit de Dieu, s'en 
allaient dans les solitudes delà Reauce, du Maine et du pays 
charlrain, allumer de nouveaux foyers, d'où rayonnaient sur 
les populations encore païennes et ignorantes la foi et la 
civilisation. Quand les rois mérovingiens et les empereurs 
carolingiens leur donnaient, en échange de prières, un 
domaine, le plus souvent inculte et sauvage, dans les plaines 
sablonneuses de la Sologne ou les fourrés impénélraJjles du 
Perche, les abbés envoyaient «juelques-uns de leurs religieux 
s'y établir, sous la conduite d'un prieur. Ils bâtissaient 
l'abord une église, une chapelle ou un simple oratoire, près 



VI 

desquels s'élevaient en même temps une Celle ou un prieuré, 
avec les logis nécessaires à l'exploitation agricole. Bientôt, 
on voyait s'assembler autour de ce centre les gens du voisi- 
nage, jusque-là dispersés et dans un état de demi-barbarie. 
Ce fut l'origine de la plupart des bourgs et villages de la 
région orléanaise. du côté de l'occident. Les habitants des 
campagnes s'y fixaient d'autant plus volontiers qu'ils trou- 
vaient là. sous une direction éclairée et bienveillante, un 
travail rémunérateur, une vie exempte de vexations, avec 
une sécurité vainement cherchée ailleurs. C'était un véritalde 
bienfait social. 

Les travaux de la culture n'absorbaient pas seuls lactiviiL' 
des religieux de Saint-Mesmin. Ils s'intéressaient aussi gran- 
dement aux œuvres d'intelligence. L'école qui exista long- 
temps dans leur monastère, sans avoir atteint la célébrité 
de celles de Saint-Benoît et de Ferrière5-en-(iAtinais, ne fut 
pas moins utile. Il suffit de lire les ouvrages du Moine 
anonyme, do Bertold et de Letald, tous trois biographes de 
leur saint fondateur, et instruits à cette école, pour recon- 
naître jusqu'à quel degré de perfection y était porté l'ensei- 
gnement littéraire. Les élèves venaient du pays environnant; 
Orléans lui en fournit le plus nombreux contingent, jusqu'à 
l'ouverture de son Université. Le travail patient de ses 
moines a sauvé de l'oubli, dans des manuscri:s toujours 
admirés, les œuvres des grands écrivains, sacrés et profanes. 
Si les catastrophes qu'elle a subies, au cours de sa durée, 
n'avaient pas détruit entièrement la riche collection de ces 
précieuses cojues, nous aurions de ce chef des trésors d'une 
valeur inestimable. 

Ainsi Micy exerça, au sein de la France naissante, et 
pendant de longs siècles, une triple action, unissant aux 
pieux exercices de la vie claustrale et à la culture des belles 
let'.res, le défrichement et l'exploitation des terres impro- 
ductives. Elle fut vraiment une de ces grandes Institutions 
monastiques auxquelles la patrie doit, avec sa foi si féconde 
en œuvres, sa civilisation, ses richesses agricoles, sa haute 
réputation littéraire, et cette aménité de mœurs, cette dis- 
tinction, qui ont fait de la race farouche des Francs, mêlés 
après la conquête aux rudes Gaulois, la plus polie et la plus 
aimable, comme la plus glorieuse nation du monde. 



Vît 

IV 

Mais que d'épreuves ont traversé cette longue existence ! 
L'abbaye de Saint-^Iesmin vit fondre sur elle les plus 
effroyables catastrophes qu'ait jamais subies aucune insti- 
tution humaine. Tour à tour envahie par les leudes avides 
de C'harles-Martel, pillée et incendiée par les Xorthmans, 
dévastée par les Anglais acharnés contre notre nationalité, 
et ruinée par les Huguenots, les plus cruels ennemis des 
moines, chaque fois elle parut anéantie pour toujours, et 
toujours elle se releva avec une indomptable vitalité. Noire 
Loire elle-même, si belle, mais si capricieuse dans son cours, 
lui apporta sa part de désastres par ses débordements si fré- 
quents sur son territoire. Puis, conséquence inévitable, les 
moines dispersés, appauvris et sans asile, tombèrent dans le 
relâchement. La Gommende dévora leurs biens, et le 
monastère, épuisé par tant de secousses, s'affaissa dans un 
lent amoindrissement, jusqu'au jour où la Révolution lui 
donna le dernier coup et le supprima définitivement. 

Elle a néanmoins rempli une glorieuse et utile carrière, 
cette abbaye aujourd'hui disparue, héroïque cité, sans cesse 
battue par les tempêtes séculaires, dont les murailles tant 
de fois renversées étaient aussitôt rebâties; où les défenseurs, 
à mesure qu'ils tombaient, étaient aussitôt remplacés; où 
tous, appuyés sur Tabnégation personnelle et sur le dévoue- 
ment au prochain, comme sur un double levier, ont soulevé 
le monde et l'ont porté jusque sur les hauteurs de la foi, de 
la science et du véritable progrés. 

Passionné pour la gloire de mon pays, j'ai voulu lui 
révéler cette grandeur qui n'est plus, et qui lui appartient 
tout entière; j'ai voulu Finstruire et Tédifier en le rendant 
témoin des courtes joies et des longues épreuves, des luttes 
généreuses et des admirables vertus de ces moines mécon- 
nus, enfants d'Orléans pour la plupart. On y lira aussi le 
récit de leurs défaillances; car cet écrit n'est pas un pané- 
gyrique, mais un exposé fidèle en toutes ses parties. N'est-ce 
pasla première loi de l'historien de n'oser rien taire de vrai, 
comme aussi de n'oser rien dire <le faux? On pourra ainsi 
les juger avec une stricte impartialité, et se convaincre que 
ces religieux ont été les plus belles Ames de la terr^, les plus 
pures, les plus fortes et les plus dévouées que l'humanité ait 



vin 



produites; mais que cependant ils étaient des hommes, non 
des anges; et que s'ils sont tombés parfois, ils ont pratiqué 
assez de vertus pour mériter le pardon de quelques fautes. 



Quant à la réalisation de ce dessein, elle présentait de 
telles difficultés, qu'elles ont paru longtemps insurmontables. 
Elles étaient ardues à ce point que jusqu'ici aucun écrivain 
ne l'a entreprise: car il n'existe encore aucune Histoire, com- 
plète, méthodique et appuyée sur les seuls documents authen- 
tique^;, de l'abbaye de Sainl-Mesmin. Y a-t-il eu témérité de 
ma part à l'essayer? L'avenir le dira. Je puis seulement 
affirmer qu'après l'avoir préparée par de longues recherches 
et des études approfondies, j'y ai mis tous mes soins, tout le 
temps dont je pouvais disposer, ma plus intense application, 
toute mon âme. 

Après que l'abbaye de Saint-Mesmin eut été supprimée, 
comme tous les établissements monastiques de France, par 
l'Assemblée constituante, ses bâtiments furent démolis, ses 
pierres vendues par une spéculation mercantile, et ses der- 
niers débris brûlés dans les fours à chaux des environs. Il 
n'en reste plus rien. 

La destruction des documents écrits, bulles"pnpales. chartes 
des rois, cartulaires, archives, bibliothèque, livres et papiers 
de tout genre, ne fut guère moins complète. Presque tout a 
péri dans la longue série des désastres éprouvés par le mo- 
nastère. Ce qui avait échappé aux Northmnns fut pillé par 
les Anglais: et les révolutionnaires firent des feux de joie, 
en 1793, de ce que les moines avaient arraché aux Huguenots, 
en 15G-2. 

Aussi est-il resté peu de choses, pour former la tiaiiie de 
cette histoire. Il a fallu chercher dans les annalistes Orléa- 
nais ce qu'ils ont écrit surMicy, feuilleter les grands ouvrages 
monastiques du xviiie siècle, secouer la poussière des vieux 
papiers enfouis dans les dépôts publics, archives et biblio- 
thèques, recueillir enfin de tous côtés ce qui a trait à iTotre 
al»baye, afin d'en reconstituer la physionomie sincère et 
vivante. Ce fut l'œuvre d'une longue patience. 

Dos écrivains Orléanais, nos contemporains, MM. les abbés 
Rocher, <le ïorquat et Gochard, membres de nos Sociétés 



IX 

savantes, ont fait quelques notices sur Saint-Mesmin. Ces 
opuscules, peu étendus et composés pour des circonstances 
spéciales, n'embrassent qu'une période limitée de la vie de 
notre monastère, et n'ont, malgré leur intérêt, aucune pré- 
tention à en présenter l'histoire intégrale. 

L'ouvrage moderne le plus considérable sur notre sujet 
est un Mémoire sur Vahbaye de Saint-Mesmin de Mici, 
par M. Vergnaud-Romagnési (Orléans, 1842, petit in-8o de 
76 pages.) L'auteur de ce ^lémoire, comme d'ailleurs la plu- 
part des écrivains laïques qui ont composé des monographies 
sur les monastères, semble n'avoir aucune idée de ce qu'était 
un pareil établissement. Il n'y voit qu'une sorte de colonie 
pénitentiaire et agricole, des chefs appelés abbés, des muta- 
tions de biens, des faits plus ou moins tragiques qui s'y 
passent. Mais ces choses essentielles, la prière, l'expiation 
volontaire, la pratique des vertus claustrales, la vocation, 
en un mot, lui échappent entièrement. Vouloir écrire l'his- 
toire d'une abbaye sans tenir compte de ce facteur surna- 
tarel, c'est faire fausse route et défigurer son sujet. Outre ce 
grave défaut, cet ouvrage, écrit dans l'esprit voltairien du 
dernier siècle, est rédigé avec un parti-pris de dénigrement 
systémati(:[ue contre les moines, qu'il montre sous le jour le 
plus contraire à la vérité. Il abonde d'ailleurs en inexacti- 
tudes, en interprétations fautives des textes latins, et en 
erreurs de chronologie. Ce n'est pas une histoire ; c'est un 
pamphlet. 

A Paris, les Archives nationales possèdent fort peu de 
choses : quelques décisions du Bureau de l'ancienne Agence 
du clergé, et des arrêts inscrits aux regish*es du Parlement. 
Les riches coUeclions de la Bibliothèque Nationale, dans 
la section des manuscrits latins, renferment la notice sur 
Micy de dom Claude Estiennot, dans les quarante-cinq vo- 
lumes réunis par ce savant Bénédictin, pour l'histoire de son 
Ordre. Il y a aussi un extrait du CarLulaire, contenant la 
copie d'une cinquantaine de chartes relatives aux prieurés 
de Saint-Sigismond en Beauce, et de Saint-Jean de la Mothe, 
près le Mans. Le reste est peu de chose. 

A Orléans, les Archives départementales ont recueilli ce 
qui restait des papiers de Saint-Mesmin, échappés au pillage 
de 1793. A part quelques titres originaux de médiocre impor- 
tance, ce fonds no comprend guère que des actes concernant 



lesalTaiie«- i-mporelles des Feuillants, durant les deux derniers 
siècles de l'abbaye, des liasses de baux, ventes, transactions 
de toute sorte, des pièces de procédure, deux registres capi- 
tulaires dépareillés, le tout utile à consulter, mais sans grand 
intérêt historique. 

C'est la Bibliothèque municipale d'Orléans qui a fourni au 
chercheur le plus riche butin. Dans les manuscrits des écri- 
vains Orléanais, La Saussaye, le chanoine Hubert, Polluche, 
Dubois, il a recueilli des listes d'abbés, quelques notices 
intéressantes et des copies prises sur d'anciens actes origi- 
naux. Doni Verninac, le plus étendu de tous, lui a donné, 
avec une courte analyse du Cartulaire d'Adam, des rensei- 
gnements sur plusieurs abbés ; et dom Jean de Saint-Martin, 
dans son Promptuarium, de précieuses indications sur les 
saints sortis de Micy et les faits qui s'y sont accomplis. 

Après avoir consulté les grjinds recueils bénédictins du 
xviiie siècle, la Gallia Christiatui, le Spicilegium de 
Luc d'Achéry, les Annales de Mabillon. et quelques autres, 
il ne restait plus qu'à visiter le lieu même où s'éleva le 
monastère fondé par saint Mesinin, la crypte et la grotte du 
dragon, où reposèrent ses restes. C'est ce qui a été fait avec 
une attentive sollicitude. Xous avons tout examiné, tout 
interrogé, et partout nous nous sommes efforcé d'évoquer 
l'image des actes dont ils ont été les témoins. 

VI 

A force de recherches, nous avons réuni un faisceau con- 
sidérable de faits, d'enseignements et de pensées. En grou- 
pant dans un ordre logique les témoignages recueillis çà et 
là, en les couqiarant, en les confrontant les uns avec les 
autres, il a été possible de renouer la chaîne séculaire qui 
les relie et en forme un tout homogène. Grâce enfin à une 
lente élaboration de ces éléments divers, vivifiés par la 
réflexion do l'esprit, nous avons pu faire jaillir à nos yeux, 
dans une large synthèse, la claire vision de ce que fut réelle- 
mont l'antique abbaye de Micy. 

(Ju«'l(iues détails manqueront sans doute. Mais ces études 
consciencieuses, continuées pendant plusieurs années, sans 
autre guide que l'amour supérieur de la vérité, ont permis 
de reconstituer la physionomie exacte du monastère orléa- 



xt 

nais, dans le milieu où il a vécu, à chaque si» cle, en n'em- 
ployant à ce travail que des documents auth'entiques puisés, 
autant qu'il a été possible, aux sources originales. Il n'y a 
aucun fait avancé dans ce livre qui ne repose sur un texte 
précis, presque toujours indiqué en note. Nous avons placé 
à la fin les pièces justificatives les plus importantes, soit 
parce que beaucoup sont inédites ou peu connues, soit parce 
qu'elles forment comme l'appui et le complément nécessaire 
de notre récit. Elles remplaceront, dans une certaine mesure, 
le CartuJaire, jusqu'ici introuvable. Enfin, quelques gra- 
vures, empruntées aux rares souvenirs de Micy encore exis- 
tants, éclaireront le texte de cette Histoire et le rendront plus 
agréable. 

L'abbaye de Saint-Mesmin parcourut, durant sa longue 
existence, trois périodes successives et bien distinctes. Elles 
ont naturellement servi de division à la matière de notre 
ouvrage. 

La première, celle d-es Cénobites, va de Tan 502 à 780. Ces 
moines paraissent avoir mené la vie ascétique des anciens 
Pères du désert, en Orient. Dans leurs dernières années, des 
causes diverses les conduisirent au relâchement. L'évèque 
Théodulfe rendit au monastère une ferveur nouvelle par 
l'introduction de la Règle de saint Benoit. 

La seconde période, celle des Bénédictins, de 780 à 1608, 
fut la plus longue, la plus féconde, et aussi la plus éprouvée» 
en raison même de sa durée. A la fin, une décadence pro- 
fonde ayant succédé à leur pieuse régularité, le cardinal de 
la Rochefoucault leur substitua un nouvel Ordre, alors dans 
toute l'ardeur de sa récente réformation. 

Le troisième période, celle des Feuillants, de 1608 à 1700, 
prolonge-i cette laboiieuse carrière jusqu'au jour où Micy 
succomba sous les coups des décrets de l'Assemblée consti- 
tuante, pour ne plus se relever. 

Cette histoire est donc conçue d'après l'ordre chronologique, 
le mieux approprié à sa nature, et divisée en chapitres, où, 
autour de quelques faits saillants, se groupent les faits secon- 
daires et les conséquences. Nous assistons à la naissance de 
noire monastère ; nous le suivons dans chacune de ses 
périodes, téuioins de son action sociale et religieuse; et nous 
voyons évoluer autour de lui les per^ormes qui ont môle leur 
vie à la sienne et coopéré à son œuvre providentielle. Nous 



XII 

assistons enfin aux pratiques journalières de ses moines, à 
leurs travaux, à leurs épreuves, à leurs chutes aussi, et aux 
réformes qui en furent la solennelle expiation. 

Ainsi qu'il est indispensable de le faire dans lliistoire d'une 
institution essentiellement relig:ieuse, nous avons donné une 
large part au côté spirituel ; mais nous avons eu soin égale- 
ment de faire ressortir le rôle utilitaire et civilisateur, rempli 
par les religieux de Micy dans l'Oiléanais et les provinces envi- 
ronnantes, leur apostolat, leur charité et leur influence mora- 
lisatrice. C'est une vérité incontestable: le témoignage de 
tous les siècles est là pour la confirmer. 



VII 



On voit parfois dans les déserts de Tlnde et du Brésil, ou 
parmi les sables brûlants de l'Afrique, le mineur creuser de 
profondes galeries au sein de la terre. Son labeur opiniâtre 
poursuit la recherche des trésors enfouis loin des yeux des 
hommes. Souvent sa tâche est difficile ; mais il la continue 
sans cesse, jusqu'à ce que sa pioche obstinée ait amené à la 
lumière la pépite d'or ardemment convoitée, ou le pur dia- 
mant, qui fera la fortune du reste de ses jours. 

Ainsi ai-je travaillé, humble artisan d'une gloire qui m'est 
chère. J'ai essayé de tirer des obscures entrailles du passé la 
précieuse mémoire d'une grande Institution, maintenant 
presque inconnue, mais qui fut longtemps l'iionneur de la 
France, et d'élever un monument, tant modeste soit-il, à la 
vérité, au' mérite, à la sainteté de ces hommes d'un autre âge, 
nos frères et nos modèles. J'ai espéré enfin faire revivre le 
souvenir de leurs actions, pour accroître le patrimoine histo- 
rique et religieux de mon pays, et aussi pour proposer à 
l'imitation de mes contemporains ces admirables vertus qui 
honorent l'humanité, autant qu'elles glorifient Dieu. 



-fC-X^^^~9*~ 



PREMIÈRE PÉRIODE 



LES CENOBITES 



CHAPITRE PREMIER. 

FONDATION DE l'aBBAYE DE MIGY. GRANDES DONATIONS DU 

ROI CLOVIS. DEUX FAUX DIPLOMES. TRAVAUX ET 

VERTUS DE SAINT EUSPIGE ET DE SAINT MESMIN, PREMIERS 
ABBÉS. 

(502-520) 

L'orig-ine de l'abbaye de Micy-Saint-Mesmin remonte 
aux premiers temps de notre histoire nationale. Une 
tradition constante, transmise de siècle en siècle, en 
attribue la fondation à Clovis^ premier roi chrétien 
de France. 

Yoici dans quelles circonstances ce prince fut 
amené à créer, auprès d'Orléans, ce puissant foyer 
d'iniluence religieuse et civilisatrice, que devint le 
nouveau monastère. 

Les Allemands, quoique vaincus sur le glorieux 
champ de bataille de Tolbiac, n'en avaient pas moins 
continué d'exciter des lioubles dans les provinces 
soumises à leur vainqueur. Les habitants de Verdun^ 
gagnés par leurs intrigues, s'étaient révoltés. Aussi- 



tùljClovis marcha contre la ville rebelle à la tète de 
son armée ; il la réduisit promptement à la dernière 
extrémité, menaçant, pour la châtier, de tout y mettre 
à feu et à san^. Kn présence d'un si gi'and péi'il, les 
assiégés renoncèreni à la lutte : ils envoyèrent vers 
le roi un vénérable vieillard, Euspice, archiprètre de 
leur é«^lise, (jui implora sa clémence pour la ville 
coupable, mais repentie, (^lovis pardonna; et, séduit 
par la veitu du pieux médiateur, lui demanda de le 
suivre et de demeurer attaché à sa personne, comme 
conseiller et coniFue ami (1). 

iùispice y consentit; accompagné île son neveu 
Maximin, il vécut (juelque temps de la vie errante et 
agitée du roi conquérant. 

Vers Tannée o()8, ('^lovis était arrivé à Orléans. 
Euspice, chargé de nombreuses années et désireux 
de (inir ses jours dans le recueillement de la soli- 
tude, pria le roi de lui donner un lieu de retraite où 
il put suivre 1 attrait de sa vocation. Celui-ci accéda 
volontiers à son désir, et lui laissa la liberté de 
choisir l'emplacement qui lui conviendiait, s'eng-a- 
geant par avance à confirmer son choix. Sur le con- 
seil d'Eusèbe, alors évéque d'Orléans, Euspice, après 
plusieurs recherches, s'arrêta dans un endroit appelé 
Mict/y à deux lieues au couchant d'Orléans, dans la 
pres(ju*ile formée par la jonction de la Loire et du 
Loiret. 

(1) Vita S(nicti Ma.rifnini, ah anclore (uwnumo pcran- 
tiquo, apud Acta Sanctoruni Ordiiiis S. IJenedicli, t. I, 
p. 583. 



— 3 — 

C'était un domaine relevant de la couronne, que 
les souverains s'étaient jadis réservé, pour s'y livrer 
au plaisir de la chasse et de la pèche. Mais il avait 
été délaissé, et on n'y voyait plus, à l'époque oii 
Euspice arriva, que les ruines de la villa jadis occu- 
pée par l'intendant royal (1). Sa situatioLi le rendait 
éminemment propre au projet du pieux vieillard; 
n car, dit un des cénobites qui y vécut, ce coin de 
terre convient si bien à une Institution monastique, 
qu'il semble que la Providence Tait spécialement 
disposé à cette fin. En effets il est baigné de chaque 
côté par la Loire et le Loiret, dont les eaux forment 
aux serviteurs de Dieu une retraite interdite aux 
regards des indiscrets et aux pas des importuns ; 
c'est comme une île fertile, quoique de médiocre 
étendue; elle produit en abondance le blé et un vin 
généreux; en un mot, ce sol procure des biens nom- 
breux, qu'augmentent encore les navires venant des 
rivages lointains de la mer (2j. » 

Euspice demanda donc le territoire de Micy. Le roi 
des Francs le lui concéda aussitôt, pour qu'il y fondât 
un monastère, sous le bienveillant patronag-e de l'évè- 
que d'Orléans. Mais comme ce lieu, assez restreint, 
ne paraissait pas suffisant pour pourvoir à Tentretien 
d'une communauté destinée à prendre une grande 
importance, Clovis y ajouta deux autres domaines, 
celui de Chaing-y, fertile en vigues et en blé. sur la 

ii) Liber Miraculoriun sancll Maœimhii, auctore Letal- 
do, apud Acta Sanctorum Onlinis S. Benedicti, t. I, p. 509. 
(2) Anonymus, Vita sancli Marcimini, t. I, p. ô.S4. 



— 4 — 

rive droite de la Loire, et celui de Ligny, couvert 
d'épaisses forêts, dans la Sologne. En outre, comme 
le séjour à la campagne n'offrait pas toujours une 
entière sécurité, et que Micy se trouvait menacé, 
tantôt par les inondations désastreuses de la Loire, 
tantôt pai' les invasions et les guerres continuelles 
de ces temps troublés, le roi lui donna encore un 
terrain situé dans la ville même d'Orléans, contigu à 
son enceinte, pour servir d'asile en cas de danger (1). 
Cette retraite fut dès lors appelée V Alleu de Saint- 
Mesmin, des mois all-od de la loi salique, qui dési- 
gnent une possession exempte de toute charge ou 
redevance publi(|ue. Les moines y établirent une 
maison de refuge avec une petite église, une cour et 
un jardin. Maintes fois ils furent heureux de s'v 
abriter, quand leur couvent de Micy fut impuissant à 
les sauver des grands dangers où il faillit périr. 

Enfin le roi ajouta à ces donations le droit de 
salage, ou droit de percevoii- une mesure de sel sur 
chaque bateau chargé de cette substance passant en 
Loire, le droit de pêche, des privilèges et des immu- 
nités de toute sorte. 

Telle fut à l'origine l'œuvre de Clovis ; car plus 
tard, quand Micy aura pris son essor et acquis un 
grand développement, nous le verrons augmenter 
ces biens de nouvelles et magnifiques propriétés. En 
agissant ainsi, ce prince se montra politique éclairé 
autant que souverain soucieux des iiitérèts religieux 

(1) Diplôme de Louis le Débonnaire, de S30; pièce 
jublificative IX. 



-— .) 



de son peuple. Il était persuadé de la haute intluence 
que la religion pouvait exercer sur les populations 
nouvellement conquises, et sur ses soldats vain- 
queurs, pour dompter l'activité belliqueuse des uns, 
et maintenir sous le joug le caractère indépendant 
des autres. C'est dans cet esprit qu'il avait déjà 
fondé les monastères de Saint- Pierre et Saint-Paul, 
qui fut plus tard Sainte-Genevièv-e à Paris, de Saint- 
Pierre et Saint-Paul de Chartres, en Beauce, et de 
Saint-Pierre et Saint-Paul de Ferrières, dans le Gàti- 
nais. En créant celui de Micy, sur le coude de la 
Loire, entre les provinces septentrionales qu'il possé- 
dait depuis son avènement au trône des Francs, et 
les vastes contrées méridionales qu'il convoitait, il en 
faisait comme le centre de sa domination. D'autre 
part, ce roi, instruit par les évèques, n'ignorait pas 
combien l'action des moines, animés d'une foi ar- 
dente, lui serait d'un puissant secours, en convertis- 
sant au Christianisme et. par là môme, en attachant 
à sa couronne, ces populalions à demi-barbares, où 
se trouvaient mêlés des Visigoths imbus de l'Aiia- 
nisme, des Francs encore payens, et même de vieux 
Gaulois pratiquant au fond des sombres forets les 



rites sanglants du druidisme, 



La suite de cette histoire montrera combien furent 
sages et habiles les prévisions de ce grand roi. Micy 
devint bientôt un foyer de science et de vertu dont 
le rayonnement resplendit au loin dans les provinces 
du centre de la France, pour les civiliser et les mo- 



raliser, taii(iis (ju'il s'y foi'ina une pléiade de saints 
(jiii sont l'éternel honneur de notre pays. 

Plusieurs historiens attrihuent à Clovis deux diplô- 
mes (ju'il aurait donnés, à l'occasion de la fondation 
du monastère de Micy, afin d'en déterminer les 
conditions. 

Le premier de ces diph'wiies, qui ne porte aucune 
indication de lien ni (h' date, a été reproduit par 
lainiahsle Orléanais La Saussaye. pour la première 
fois (1). Lui-même ne l'a connu (|ue par une copie 
faite au xvi'' siècle (1^)82), sur un cartulaire du xm" 
(1257), (|iii a disparu. Aussi doute-t-il de son 
authenticité. 

Le savant chanoine Ilulxrl. auhe historien Orléa- 
nais, est plus sévèrr : il le rejette formellement 
comme apocrv[)he ; « car, dit-il, le texte de ce 
diplùme (juOn voit dans plusieurs manuscrits, diffère 
en chacun d'eux de celui du preiuier (jui a dû servir 
(roiiiiinal : \v slvle en est hai'hare ; la donation du 
h'rrifoiie de Micy y est faite en commun à Luspice 
et à ALiximiu, tandis (jue l'auteur de la vie manus- 
ci'ite de c(; dernier saint dit (pielle fut faite à lui 
seul : enfin, dans ce diplùnn', on nonune une lon<^ue 
suite de diij;;nitaires auxquels le roi l'adresse, évèques, 
ahhés, comtes, missi. vice-missi, vidâmes, vicaires, 
percepleurs. centeniers, etc. dette énumération 
re|)résenl(' un système social et administratif hien 
plus avancé que celui qui existait du temps de Clovis ; 

(I) L\ S\r>.sAvi^, Annales Ecclesiœ Aurelitincnsis,hh(ir 
lil, ii.;i, 1..!»;. 



il se rapporte plutôt à celui de Charlemagne, sous 
lequel furent créés et mis en exercice les missi domi- 
nici (1) ». 

Après le chanoine Hubert, les diplomatistes Bré- 
quigny et Pardessus ont démontré méthodiquement 
la fausseté de cet acte (2). 

Néanmoins^ si sa forme ne peut pas être regardée 
comme authentique, rien ne s'oppose à ce qu'on 
accorde une certaine autorité au fond même, ce qui 
est accepté par tous les historiens. Les anciens moines 
de Micy, ayant perdu leurs titres originaux dans les 
désastres que subit leur monastère, particulièrement 
en 840, purent reconstituer de mémoire, ou d'après 
certaines données traditionnelles, les documents 
perdus, dont la possession les intéressait le plus. 
Ainsi fut rétabli cet acte de donation, que l'abbé 
Adam inséra plus tard dans son Cartidaire en J257. 

Le second diplôme de fondation, aussi attribué à 
Clovis, diffère entièrement du premier. Il eut une 
célébrité plus grande. Présenté comme pièce auto- 
risée, dans un procès soutenu en 1662, par les Feuil- 
lants de Micy, il fut déclaré sincère. Mabillon l'a pro- 
clamé authentique (3) ; et Chateaubriand, Iiistorien 
plus éloquent que diplomatiste expérimenté, a dit 
qu'il était le seul diplôme royal de Clovis intégrale- 

(1) Bibliothèque d'Orléans, Manuscrit 43G', du ciianoine 
Hubert. 

(2) Brequigny, Dipùonifita, 1701, l. I, n» v. I'audiossus 
niplomala, 184.';, t. \. n" iaviii. 

(3) l)(i va (liplotndOaK cliap. ii, u" 1. 



— s — 

nieiil aiitlieiitique, sur los six cju'on lui attribuait, 
ajoutant, après avoir cité les paroles qui le ter- 
minent, fiat ego volui^ « voilà le maître ; un évèque 
interprète traduit ses ordres; voilà la France dans 
toute sa simplicité salique 1 (1) ». 

Cependant, cet acte est un faux, et le nom du 
faussaire est connu. 

Il lui trouvé, avec huit pièces semblables, dans les 
papiers de Jérôme Viguier, après sa mort, et inséré 
par son ami, le savant bénédictin Luc d'Acliéry, dans 
son Spicilège (2). 

Viguier, fils d'un ministre protestant, était né à 
Blois. 11 fut bailli de Beaugency, et se lia d'amitié 
avec de l'Aubespine, évéque d Orléans, ()ui le con- 
vertit au catholicisme. Les savants du xyu*^ siècle, qui 
appréciaient son savoir historique et aussi son admi- 
rable talent pour découvrir les anciens manuscrits, 
accueillirent cette trouvaille avec un empressement 
d'aulant j)lus grand que ce document constituait une 
vraie nouveauté pour les paléographes. 

Mais de nos jours, Julien Havet. dans une étude 
magistrale, a démontré jusqu'à Tévidenco la fausseté 
de ce diplôme. Armé de la méthode inllexible (jue la 
science moderne appliijue à de pareils sujets, il a fait 
ressortir les impossibilités, les contradictions, les 
anachronismes qui y abondent, et conclut en prou- 
vant que Viguier. niort en 1661, l'avait composé de 

(1) Chateaubriant, Éludes historiques. 

(2) D. Lrc d'Achéry, Spivilegium, 1661, in-4o, t. IV. 

p. m,\. 



- 9 - 

toutes pièces, d'après la vie de saint Maximin, écrite 
par un moine anonyme du ix« siècle, vie que Thisto- 
rien Du Cliesne venait de publier pour la première 
fois, en 1636 (1). 

On ig-nore d'où Viguier avait tiré ce diplôme, car 
sa copie ne portait pas l'indication de la provenance. 
Personne ne l'avait connu avant lui ; son original n'a 
pas été trouvé après lui; il est à la fois le premier et 
le dernier, le seul qui l'ait vu. Cette circonstance le 
rend déjà très suspect. 

Si ensuite on entre dans l'examen intrinsèque de 
ce document, on constate tout d'abord que ses for- 
mules n'étaient pas en usage à l'époque mérovin- 
gienne. Le Roi ne s'adresse pas à un de ses agents, 
mais au vieillard Euspice : il le tutoie ; enfin, il inter- 
pelle successivement, dans ce même acte, quatre per- 
sonnes différentes : Euspice, Eusèbe, évoque d'Or- 
léans, puis tous les évoques, et enfin Euspice et 
Maximin, non isolément, mais tous deux ensemble, 
autant de manières contraires aux usages de la diplo- 
matique de tous les temps et de tous les pays. 

Sans vouloir pousser plus loin cette étude, on peut 
se demander h quel mobile a obéi Jérôme Viguier en 
inventant ce titre, avec plusieurs autres. Lui-même 
Ta révélé dans un de ses écrits, où il exprime l'espoir 
d'exciter ainsi les applaudissements et la gratitude de 
ses lecteurs. En composant ces faux historiques, il a 

(i) Julien IIavet, Bibliothèqiw de VKcole des Chm-tt^n, 
année 1885, t. XLVI, p. 225. 



— 10 — 

donc reclierclié la renommée littéraire qui devait 
s'attacher à la découverte de ces textes précieux (1). 

Ouoi(ju'il en soit de ces deux diplômes, il existe 
assez de preuves de ce que Clovis a fait en faveur de 
Micv, pour qu'on ne puisse pas lui en refuser le titre 
de fondateur. La tradition de tous les siècles qui l'ont 
suivi, les actes des rois ses successeurs, les ouvrages 
écrits dans l'abbaye même et au dehors, sont una- 
nimes à lui en donner le nom. Jamais une négation 
sérieuse n'a été apportée contre ce fait historique. 

Hertolil, auteur de la Vie de saint Maximin, qui 
composa son récit au conunencement du ix'' siècle, 
dit formellement qu'après avoir donné Micy, Chaingy 
et Ligny à Maximin, Clovis lit inscrire la teneur de 
ces donations sur un diplôme, aiin que le souvenir en 
demeurât impérissable (2). 

Euspice et Maximin. riches de tant de biens, se 
rendirent aussitôt à Micy afin de s'y installer sans 
délai. Mais il faut h' dire, si l'emplacement donné 
par le Koi convenait à souhait pour l'établissement 
d'un monastère, il s'en fallait «le beaucoup qu'il fût 
immédiatement en état d'être habité avec profit et 
sécurité. 

(1) Bien qu'il ne reste plus actuellement aucun doute sur 
le manque d'authenticité de ces deux diplômes, nous les 
donnons cependant aux pièces justificatives I et II, tant à 
cause de l'ancienneté du premier, qu'à cause de leur célé- 
brité et des controverses dont tous deux ont été le sujet. 

(2) Mla sancti McuUmini. auclore Bertoldo, tnonaco 
Miciacensi, apud Acta Sanctorum Ordinis S. Benedicti, t. I, 
p. 593. 





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- 13 — 

Ce territoire, quoique très fertile, présentait alors 
l'image d'une complèle désolation. Les nombreuses 
invasions des Barbares, qui dans ces temps calami- 
teux dévastèrent la Gaule, avaient passé tour à tour 
sur cette contrée, et tout y fut saccag'é. Ce que les 
Visigotbs avaient épargné^ les Alains, les Huns, les 
Francs mêmes le détruisirent ; il ne resta plus que de 
rares habitants réduits à la famine, au milieu des 
campagnes qu'ils étaient impuissants à cultiver. La 
grande foret, au nord de la Loire, s'était étendue sur 
les terres abandonnées; elle arrivait presque jusque 
sur les rives du fleuve, entre Orléans et Beaugency. 
Celui-ci, que n'entretenait plus l'activité des mar- 
chands, coulait péniblement dans son lit encombré 
d'îlots sablonneux, entre deux vais dévastés. Le 
Loiret, dont rien ne régularisait le cours, errait à 
l'aventure au milieu de prairies périodiquement inon- 
dées, laissant après chaque débordement des rigoles 
bourbeuses, des marécages d'où s'élevaient d'humides 
brouillards imprégnés de miasmes homicides ; il 
déplaçait fréquemment son cours, (ju^iucune digue 
ne retenait. Un plan de ce qu'était le territoire de 
Micy au vi'" siècle, tracé d'après des données aulbeii- 
ticfues, nous le montre divisé en ('in(j i)ranches, 
qui sillonnaient c(» qu'on appelait alors le Cnmpu^i 
7niciacetisls ([). 

Quant au terrain lui-même, situé, comme nous 
l'avons dit, entre les (1(Mix rivières, à une d(Mni-licue 

(1 Voir ci-contre Jn carlo du Ca?npif>i miciafensis, 
au vi« siècle. 



— 14 — 

au-dessus de leur confluent, ce n'était qu'un sol impro- 
ductif, sablonneux, couvert de saules et d'oseraies, 
011 il ne restait nulle trace de culture, mais seulement 
quel(|ues ruines, des fonds vaseux et d'impénétrables 
fourrés. 

L'aspect de ces lieux désolés n'elfraya pas Euspice 
et Maximiii. Ils s'établirent au milieu des débris d'une 
ancienne villa qu ils v trouvèrent : avec l'aide de 
quebjues serfs, ils construisirent des cellules faites de 
brancbaj^^es et de mottes de gazon, pour servir d'abri 
aux disciples qui les avaient accompagnés. Puis ils 
bâtirent un modeste oratoire, alin d'y accomplir leurs 
exercices religieux. Grâce à Dieu, ces travaux se 
firent avec une promptitude incroyable, et bientôt les 
pieux ermil«'s purent inviter Tévéque Eusèbe à venir 
consacrer le nouveau sanctuaire. Celui-ci répondit 
avec empressement à leur appel ; il vint à Micy 
accompagné d'un nombreux clergé et dédia la cba- 
pelle à saint l'^licini»'. prcmirr martvr, au milieu des 
belles cérémonies dont l'Eglise calboliijue a toujours 
rebaussé la consécration de ses temples. Le même 
jour, le vénérable pontife conféra l'bonneur du 
diaconat à Maximin : puis il rentra dans sa ville 
épiscopale (1). 

La vie pénitente que menèrent dans leur retraite 
Euspice, Maximin et leurs [)renn'ers compagnons 
répandit de tous cotés un tel parfum de sainteté, cjue 
Micy. fré(juenté par l;i multitude de ceux ijui entraient 
et de ceux (jui sortaient, parut semblable à une rucbe, 

(1) Anonvmus, Vidî S. Maxii?iini, t. I, p. 58Ô. 



— 15 — 

les uns venant voir et imiter les vertus qu'on y pra- 
tiquait, les autres allant les rapporter et les faire 
revivre ailleurs (1 ). 

Cependant le grand âge d'Kuspice l'avertissait de 
sa fin prochaine. A sa prière, Eusèbe conféra l'ordre 
de la prêtrise à son neveu Maximin. avec la bénédic- 
tion qui fait les abbés, afin qu^'il put gouverner la 
communauté naissante, après sa mort. Peu de mois 
plus tard, dans l'année olO, au 10 juin, jour où Ton 
célèbre sa fête, le saint vieillard s'endormit paisible- 
ment dans le Seigneur. L'évéque Eusèbe accourut 
à Micy présider la cérémonie de ses funérailles. D'un 
commun accord, on résolut d'unir dans une même 
sépulture les restes des deux grands saints, Aignan 
et Euspice, qui à un demi-siècle de distance avaient 
édifié notre contrée par leurs vertus. On porta donc 
à Orléans le corps de l'abbé de Micy, et on le déposa 
aux côtés du plus illustre pontife de notre ville, dans 
l'église de Saint-Pierre-aux-Bœufs, devenue depuis 
la basilique de Saint-Aignan {2). 

Eusèbe retint Maximin quelques jours auprès de 
lui, afin de consoler sa douleur, puis il lui permit de 
reprendre le chemin de son monastère. 

C'est sous ia direction du nouvel abbé, que nous 
appellerons désormais Mesrnln, avec toute la popu- 
lation orléanaise depuis douze siècles, (jue l'œuvre de 
Micy prit son entier développement, et apparut à la 
France étonnée dans tout l'éclat de sa splendeur. 

(1) Bertold, Yita À'. Ma.vi)nini, t. 1, \). 5'.)'i. 

'•2) La Saussaye, Ann. Eccl. Aur. lib. 111, iv'4, p. DU. 



— 16 — 

La tâche était garantie, el les difficultés immenses ; 
car si beaucoup de choses avaient été déjà commen- 
cées, rien n'était achevé : il fallait tout compléter, 
tout organiser, tout munir d'une force et d'une stabi- 
lité capables de résister à d'innombrables causes de 
destruction. 

Saint Mesmin se mit aussitôt au travail avec Tar- 
deur de son ài;e et le zèle d'un saint. Mais malgré 
tout son courage, il eût été impuissant à remplir 
une mission aussi considérable, s'il n'eut été secondé 
par de nombreux disciples, pieux et vaillants comme 
lui. 

A cette époque, sous riiitluence de causes diverses, 
mais irrésistibles, il se manifesta un grand mouve- 
ment vers la vie religieuse. Dos hommes de toute 
condition, depuis les esclaves fugitifs uu rachetés, 
jusqu'aux rejetons des familles nobles, princières 
même, poussés par un amour invincible de la per- 
fection évangélique et désireux de se sanctilier sous 
la conduite de saint Mesmin, arrivèrent en foule de 
tous les points de la Gaule, principalement des con- 
trées méridionales qu'on appelait l'Aquitaine. On vit 
alors le spectacle aussi étrange qu'édifiant de tous ces 
hommes, d'âge, de pays, de race et de fortune divers 
se faire les compagnons dociles des travaux de leur 
abbé, en même lemps (pie les émules de sa sainteté. 
C'est cette sainteté (|ui ennoblit leur œuvre, et lui 
donna une immortelle fécondité. 

Naturellement, ce fui par l'établissement de son 
monastère que saint Mesmin commença. 11 ne faut 



— 17 — 

passe faire, d'un couvent, bâti clans ces temps reculés, 
l'idée que nous en donnent les grands édifices régu- 
liers, construits selon toutes les règles de Tarchitec- 
ture, dans les derniers siècles, par de riches commu- 
nautés. Tout alors était agreste et empreint d'une 
rude simplicité. 

L'assainissement du sol lut le premier objet de la 
sollicitude du sage abbé. Aidé de ses frères, il exbaussa 
d'abord le terrain, afin de mettre à Tabri des inonda- 
tions le monastère, qui fut édifié sur une sorte de 
plateau surélevé. Celui-ci se composait essentielle- 
ment, comme tous ceux qui furent fondés à cette 
époque, d'un mur à peu près circulaire, enclosant 
une enceinte d'environ deux arpents. Ce mur dépas- 
sait, à l'extérieur, d'à peu près deux pieds^ la taille 
d'un homme, afin d'écarter tout dangei' de tentation, 
en ne laissant aux moines d'échappée de vue que sur 
le ciel (1). L'enceinte renfermait les cellules des 
cénobites, semblables à des cabanes de bergers, et 
deux grands édifices. L'un était l'église, dédiée à 
saint Etienne; l'autre était destiné aux exercices de 
la vie commune. Les murailles de ces édifices, comme 
celles de la clôture, et la base des cellules, étaient 
bâties avec des pierres enlevées aux ruines de la 
villa romaine, et avec de la boue mélangée d'un peu 
de chaux ; des pièces de bois non façonnées formaient 
les toits, supportant une couverture faite de paille et 
de roseaux desséchés. Plus tard seulement, on se 

(1) La Lrancc chrétienne, chap. TIf, p. 32. 



— 18 — 

servit «le tuile, et on donna à ces constructions un 
caracltTC plus architectural. 

Après l'achèvement de ces premiers et indispen- 
sables travaux, saint Mesmin se iiàta d'endiguer les 
deux rives intérieures des rivières qui entouraient la 
langue de terre où le monastère s élevait, afin de 
rejeter au dehors la masse d'eau des inondations. 
Ensuite on déblaya le sol : les broussailles, saules et 
loulfes d'osiers furent arrachées et brûlées ; on laboura 
profondément la terre ameublie, puis on l'ensemença 
de seigle et de blé . 

Les mêmes travaux furent exécutés pour le vaste 
territoire situé sur la rive droite de la Loire, à 
(^haingy, (juavait donné le roi Clovis. Abattant les 
halliers sauvages <jui savanraient jusqu'aux bords 
mêmes du lleuve, saint Mesmin fit reculer la forêt, 
dont les clairières étaient d'une ad:nirable fertilité. 
Les bas-fonds du sol furent convertis eu prairies ; le 
plateau supérieur se couvrit de céréales, et, sur les 
coteaux dominant le< eaux lim[ndes du lleuve, on vit 
prospéier de riches vignobles. 

Le prévoyant abbé de 3ficy fut bientôt assuré que 
la récolle pourvoirait largement aux besoins de sa 
communauté. Le grain, une fois battu, était porté à 
deux moulins établis daiis de grands bateaux amarrés 
sur le Loiret : on les appelait Dromcdan (1). 11 en 
revenait en farine, pour être converti en pain, qui, 

(1) Du mot celte dromons, long bateau fait de bois de 
clitMiR. (',»» moulin doit t'tro celui appel»'" inijourd'liui Saint- 
Hamsun . 



— 19 — 

avec des légumes et du poisson, composait la fru- 
gale nourriture des cénobites ; car la Règle interdisait 
l'usage de la viande. Autour du cloître, on créa des 
jardins potagers, et aussi des vergers d'arbres frui- 
tiers (1). 

Le roi Clovis, presqu'arrivé au terme de sa glo- 
rieuse carrière, avait été informé du développement 
acquis par le monastère de Micy. Avant de mourir, 
il voulut lui accorder une dernière marque du géné- 
reux intérêt qu'il lui portait, et par là s'assurer une 
large part dans les prières de ses moines. 11 détacha 
du domaine royal plusieurs biens qu'il leur donna en 
pleine propriété. C étaient, dans la ville d'Orléans, 
l'alleu de Mont-Berrit, entre l'église de Saint-Etienne 
et celle de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle; sur la 
rive droite du Loiret, tout le territoire situé depuis 
les moulins de Dromédan, jusqu'à son embouchure, 
en face de Mareau ; au delà de la Loire, la villa de 
Béraire, dite plus tard La Chapelle- S aint-Mesmin, 
celles de Cerisay, de Mont-Patonr, de Fontaines, de 
Chazelle, de Mont-Tédaud, de Marmagne, avec leurs 
églises et toutes leurs dépendances, jusqu'à la petite 
rivière du KoUin, qui se jette dans la Loire; en 
Sologne, le domaine de Vannes, avec son église, ses 
serfs, ses terres cultivées et incultes, et la forêt de 
Tassignay; l'église de Saint-lïilaire, au delà du Loiret; 
24 arpents de prairie, près de Mareau; 4 arpents de 
terres labourables dans un autre lieu appelé les 

(1) Anun\mls, \Ha sanrfl M'i.ritnhii, t. 1, )>. .>s't. 



— -20 — 

Arènes ; et enlin 8 arpents de vignes, en face d'Or- 
Jr'aiis, an lieu appelé le Porlereau (1). 

(Jnaïui Clovis fut mort, et que son royauFiie eut été 
partagé entre ses enfants, Clodoniir, devenu roi d Or- 
léans, aussi généreux envers Micy que lavait été son 
père, lui donna le domaine de Pauliac, près de Saint- 
Genoul, dans le Berry., puis celui de Saint- Martin, 
proche du pren)ior. avec leurs éî^lises et toutes leurs 
dépendances (2). 

L'administration de ces vastes hicns et la cons- 
truction du monastère n'empêchaient pas saint Mes- 
min de se livrer avec ferveur aux exercices de la vie 
ascétique, l^e travail n'était pour lui que le moyen de 
pourvoir aux nécessités de ses frères, de jour en jour 
plus nombreux. Mais le but principal qu'il s'était 
proposé, en se retirant dans la solitude, c'était de s'y 
livier en paix à la piièi(* rt aux iiides prali(jues de 
la pénitence. 11 irur donnait tout le tenips (ju'il pou- 
vait soustraire à ses obligations d'abbé. Dans ses 
courses aux domaines dont il dirigeait Texploilatioi:, 
il s'arrêtait parfois au pied d'un arbre; ti)ut en se 
reposant à son ombre, il occupait son àmtî à de 
pieuses méditations. D'autres fois, il se retirait dans 
quebjue grotte creusée par la nature sous la berge 
de la Loire, et y passait plusieurs jours, loin des 
siens, seul vu jjrésence de Dieu, vl plongé dans la 
contemplation des vérités éternelles. 

Eu face même de Micy, à Béraire, dans les roches 

(1) Diplôme de T.ouis le Débonnaire: pièce justificative IX. 

(2) Idem. 




o 



~3 
'J 

p 

'3 



— 23 — 

dominant le cours paisible de la Loire, se trouvait 
une de ces cavernes, large et profonde. De gros 
chênes croissaient au-dessus, et d'épaisses broussailles 
en masquaient en partie l'entrée (1). Le druidisme 
des anciens Gaulois, chassé des villes par l'idolâtrie 
romaine, puis banni du sein même des campagnes par 
le Christianisme, s'y était retiré, comme dans un der- 
nier refuge ; de temps en temps quelques adeptes 
venaient encore, au milieu des ténèbres de la nuit, 
célébrer en ce lieu ses sanglants mystères [2). 

Les chroniques de ce temps rapportent quuu hor- 
rible dragon vivait dans cette caverne; il était le 
fléau de toute la contrée; son souille empesté cor- 
rompait Tair et donnait la mort aux hommes et aux 
animaux (3j. Saint Mesmin résolut den délivrer le 
pays. Il traversa la Loire et entra dans la grotte, un 
tison ardent à la main. 11 en frappa le monstre qui 
expira bientôt, consumé par les llammes (4j. 

Evidemment, c'est là un récit allégorique. Les uns 
ont vu dans cette caverne un des repaires du culte 
druidique, ou des derniers restes de Tidolàtrie; et, 
dans saint Mesmin terrassant le dragon, la torche à 
la main, Tapôtre qui dissipe les ténèbres du paga- 
nisme à la lumière éclatante de l'Évangile. Partout 

(1) Voir la gravure, Extérieur de la Grotte du Drugorif 
au Vi« siècle, d'après la reconstitution «le M. H. Chouppe. 

(2) Pièce justilicative 111. Description de la Grotte. 

(3) Pièce jubtilicative 1\ . Le Dragon, d'après Symphorien 
Guyon . 

(4) Bertold, Yita suiicti Maœi?nini, t. 1, p. O'JG. 



— 24 — 

uîi (Je courageux prédicateurs de la foi chrétienne 
ont chassé Terreur, on trouve un patron vénéré ter- 
rassant un monstre qui désolait le pays. Dans les 
écrits des hagiographes, nous avons compté jusqu'à 
quarante-cinq saints et trois saintes, avec le souvenir 
(hi dragon légendaire (1). 

D'autres prétendent que le souflle empesté de ce 
dragon, (jui décimait hommes et troupeaux, était 
réinanation du sol marécageux et malsain, dont les 
miasmes pestilentiels engendraient des fièvres perni- 
cieuses. Kn assainissant ces terres insalubres, pour 
les mettre en culture, saint Mesmin tua le dragon et 
sauva de nombreuses existences. 

Les deux opinions peuvent éhe soutenues. La 
seconde semble plus vraisemblable. De pareilles 
entreprises ne se réalisent pas sans faire des victimes. 
Plus d'un Trappiste, imitateur de nos anciens moines, 
a trouvé la mort en défrichant le désert de Staouéli, 
en Algérie, poui* y fonder la belle colonie monas- 
tique qu'on y admire aujourd'hui. Ainsi se trouve 
expliquée, jusqu'à un certain [joint, la mort préma- 
turée de rintrépide abbé de Micy. 

Il avait d'ailleurs bien prévu quels dangers ferait 
courir à la santé do ses frères l'insalubrité du sol 
au milieu ducjuel ils travaillaient, jusqu'au jour où 
ils seraient parvenus à l'assainir entièrement. C'est 
pour(juoi, en même temps (ju'il bâtissait les murs 
de son monastère, il construisait un hospice ou 

(1) Pièce justificative V. Liste des Saints ayant détruit 
un dragon. 



— 25 — 

Maison-Dieu pour les malades, au lieu appelé les 
Châtelliers, sur la rive gauche du Loiret. Le site 
était très prudemment choisi, car il était aéré et très 
sain, sur le sommet du coteau qui domine le Val de 
Micy, et à l'abri des plus hautes inondations. Cet 
hospice se composait d'une chapelle, dédiée à saint 
Etienne, et de plusieurs petits logis. Là se retiraient 
les religieux affaiblis par les fièvres paludéennes, les 
malades pauvres de la contrée, et les voyageurs indi- 
gents (1). 

Grâce à Tesprit d'ordre qui régnait à Micy, et à la 
perfection de vie qu'on y menait, ce monastère avait 
pris rapidement un mag-nifique accroissement. Saint 
Mesmin voyait chaque jour de nouveaux disciples 
accourir se rang-er sous sa direction. Beaucoup 
devinrent des saints, inscrits au catalogue de l'Église . 
Nous ne pouvons pas les nommerions; citons seu- 
lement les plus connus d'entre eux. Ce furent : 
saint Avit, saint Théodemir, saint Mesmin le Jeune, 
(ous trois Orléanais ; saints Lubin^ Doulchard, Lyé, 
Frombault, Liphard, Calais, Viatre,Laumer, Florent, 
et les trois Léonard, de Vendôme, de Limoges et de 
Vandœuvre. 

Parmi ces religieux, saint Mesmin en distingua 
deux qu'il fit ses coopérateurs dans la conduite de 
sa communauté : Avit et Calais. Au premier, qui joi- 
gnait l'activité à une parfaite intelligence du l)esoiii 
des autres, il remit l'administiation temporelle du 
monastère, en le nommant cel/erier ou économe. Il 

(1) Abbé .T.-N. Rocher, Notice sur les Chdlelliers, p. :{. 



— 56 — 

copfia la direction spirituelle de sa conscience au 
second, dont Tàme ardente était plus disposée à la 
vie contemplative. Pour compléter le régime intérieur 
de son couvent, il choisit Frombault comme aumô- 
nier, et cliarg^ea successivement Doulchard et Viàtre 
de remplir les fonctions de portier (1). Tous ces 
hommes furent des saints, qui manifestèrent par la 
perfection de leur vie Texcellence de la direction reçue 
à Micy. 

C'est que le soin des affaires matérielles n'amoin- 
drissait jamais chez saint Mosmin la pensée des 
choses éternelles, tant pour lui-même que pour ses 
disciples. Tandis qu'il fatiguait leur corps aux rudes 
travaux agricoles, il élevait sans cesse leur âme vers 
Dieu. Ses paroles, ses touchantes exhortations les 
ramenaient sans cesse à la pensée de ses perfections 
infinies, afin d'échauffer de plus en plus leur cœur 
d'un généreux amour. 

Il agissait avec une pareille sollicitude envers U^s 
serfs et habitants des domaines de son monastère; 
il les i^istruisait dans les champs, leur apprenait à 
prier dans leurs églises, et partout s'efforçait d'adou- 
cir ces natures grossières, en ramenant vers le vrai 
Dieu leur esprit encore imbu des superstitions du 
paganisme. 

Prier et se mortiliei-, féconder le sol au prix de 
mille fatigues et sanctifier ses semblables par un apos- 
tolat incessant, voilà en quoi se résume la vie de 

(1) Anonymus. Viht sn/icti Ma:riiuin>, t. T. p. r>87. 



— 27 — 

saint Mesmin, admirablement féconde dans ses résul- 
tats, bien que courte dans sa durée. 

Car, on le comprend sans peine, il mourut avant 
le temps, usé par les austérités, et victime de son 
dévouement Peu après qu'il eut achevé ses g-rands 
travaux de défrichement, àMicyet autour de Béraire, 
il se sentit atteint d'un accès de fièvre,, bénig-ne 
d'abord, mais qui ne tarda pas à s'aggraver et à deve- 
nir une de ces fièvres pernicieuses auxquelles sans 
doute avaient déjà succombé plusieurs de ses compa- 
gnons. Dès lors il ne pensa plus qu'à se préparer à 
mourir. Il assembla une dernière fois ses frères 
autour de lui ; il leur dit qu'il allait les quitter pour 
rejoindre Euspice ; il les engagea à lui donner pour 
successeur Avit, retiré alors dans une* solitude, à 
Mézières ; puis, il leur demanda de déposer son 
corps dans la grotte du dragon, afin que sa mé- 
moire fût plus présente aux prières de ses enfants. 
Les religieux le lui promirent en pleurant (1). Bien- 
tôt le saint abbé, soutenu par les mains de ses frères, 
s'étendit sur son lit, et rendit doucement son âme 
au Seigneur, le 15 décembre o20. Il atteignait à 
peine sa cinquantième année, et avait gouverné Micy 
dix ans seulement. 

Le vieil évéque Eusèbe, qui avait déjà rendu à 
Euspice les honneurs de la sépulture, vint aussi les 
rendre à son neveu, accompagné de ses clercs. Le 
convoi funèbre traversa la Loire au chant des 
psaumes, et le corps de saint Mesmin fui déposé, 

(1) Bertold, Vitd sancti Maximini, t. I, p. 090. 



— 28 — 

comme il l'avait demandé, dansla^ro^^c du dragon. 
Dieu qui l'avait honoré pendant sa vie par le don des 
miracles, (jui, à sa prière, avait sauvé ses moines du 
naufrage, rendu la vue aux aveugles, et multiplié les 
vivres en faveur d'Orléans souffrant de la famine. 
Dieu lui continua ce même honneur, après sa mort. 
Son tombeau devint glorieux, et de nombreux pro- 
diges, qui y attirèrent longtemps la foule du peuple, 
conservèrent à la vénération publique son nom et ses 
vertus. 

Mais ce qui a surtout rendu immortelle la mémoire 
de saint Mesmin. ce fut l'œuvre à laquelle il sacrifia 
sa vie, la fondation et l'organisation du monastère 
011, pendant plus de treize siècles, d'innombrables 
religieux, émules de ses exemples, ont fait revivre la 
gloire de son nom, et se sont efforcés de marcher 
sur ses traces, pour le lejoindre au sein de la béati- 
tude éternelle. 



CHAPITRE II. 

SAINT AVIT, SAINT THÉODEMIR. SAINT MESMIN LE JEUNE, ABBÉS. 

NOMBREUX SAINTS DE MIC Y. LEURS ÉMIGRATIONS ET 

LEUR ACTION SOCIALE. — ROYALES DONATIONS. PROSPÉ- 
RITÉ DU MONASTÈRE ; VIE DES MOINES. — LONGUE DÉCA- 
DENCE. 

(520-780.) 

L'œuvre fondée par saint Mesmin avait atteint une 
éclatante prospérité ; il suffisait de continuer ce qu'il 
avait heureusement commencé. C'est ce que fit 
saint Avit, son successeur. 

Il naquit en Aquitaine, et entra jeune encore au 
monastère de Menât (1 ). sur les bords de la Sioule, 
avec Calais, son ami d'enfance. Quelques années 
plus tard, tous deux, épris du désir de mener la vie 
contemplative des anachorètes, sortirent de leur cloître, 
et, après une longue marche, arrivèrent aux portes 
de Micy. Ils se présentèrent à saint Mesmin qui les 
admit au nombre de ses disciples. Il confia à Avit la 
charge de cellerier, et le désigna pour son successeur. 
Mais déjà celui-ci, muni de la permission de son abbé, 
avait quitté Micy avec quelques compagnons et s'était 
retiré en Sologne, dans un lieu isolé, appelé Mézières. 
Là, imitateursdesrudespénitencesque pratiquaient les 
solitaires de l'Orient, ils n'avaient qu'une hutte pour 
cellule, la terre pour lit, des racines vl des fruits 

(1) Ancienne abbaye bt'nédictine, au dioct'.se de Clermont. 



— 30 - 

saiivai^es pour nourriture. Entourés du silence solen 
nel des grands bois, ils s'excitaient à la perfection par 
une mutuelle émulation. Après la mort de saint Mes- 
min, les moines de Micy, obéissant à ses dernières 
volontés, avaient élu Avit pour lui succéder. Ils le 
découvrirent dans sa retraite, et lui notifièrent le 
clioix de ses frères. Avit, bien qu'à re^^ret, échangea 
les austères douceurs de la vie érémitique, contre les 
soucis de l'administration d'une grande famille mo- 
nacale. II vint donc reprendre l'œuvre de celui qui 
avait été son maître et son ami. Animé du même 
esprit, il suivit ses traces, et maintint dans son cou- 
vent la régularité et la ferveur, dont il donnait le 
premier l'exemple (1). 

Le nombre de ses religieux s'accroissait chaque 
jour; il en venait do toutes les provinces de la Gaule; 
et, chose merveilleuse, s'ils ne furent pas tous des 
saints canonisés, il y eut alors dans cette communauté 
un si admirable épanouissement de sainteté, que 
jamais on n'en vit une pareille assemblée, même aux 
temps les plus florissants du Christianisme. Kn eflfet, 
iMicy inscrivit dans son niniologue (2) particulier 
plus de trente saints, (|ui, comme le remarque 
La Saussaye, vécurent presque tous à la môme 
époque. Sur ce nombre, l'Eglise en a admis dans son 

(1) Letald, Liber Miraculorum sancti Maximini, apud 
Acta Sanct. Oniin. Hene.l, t. I, p. GOO. 

(2) liivre où les grands monastères inscrivaient, avec une 
courte notice, les noms de leurs religieux morts en odeur de 
sainteté, et dont on lisait une page chaque jour, à la fin du 
repas de la Communauté. 



^ 31 — 

calendrier vingf-six, qu'elle honore d'un culte public, 
et, parmi eux, les cinq premiers abbés. 

La tradition rapporte que Fempereur Charles le 
Chauve fit entrer les noms de vin^t-deux de ces 
saints dans une pièce de vers, d'une rude latinité, 
qu'il adressa à Jonas, évéque d'Orléans (1). Ils sont 
trop à la gloire de notre pays, pour que nous ne les 
donnions pas ici, dans l'ordre où les a placés le ver- 
sificateur impérial. 

Ce sont : saint Mesmin l'Ancien et saint Mesmin le 
Jeune, saint Euspice, saint Théodemir, saint Lubin, 
saint Doulchard, saint Lyé, saint Agyle ou saint Ay, 
saint Fraimbault, saint Urbice, saint Sénard, saint 
Avit, saint Amatre, saint Calais, saint Pavas, saint 
Viatre, les deux saints Léonard, saint Constantien, 
saint Rigomer, saint Laumer et saint Liphard. 

Il faut ajouter les suivants, qui se trouvent dans 
les ouvrages de Mabillon et dans les Bollandisles : 
saint Dié, saint Eusice, saint Almire, saint Ulphace, 
saint Bomer, saint Alvée, saint Ernée, saint Front, 
saint Gault et saint Brice. 

Mabillon fait remarquer que saint Ay, saint Lubin, 
saint Laumer et saint Constantien ne furent pas des 
moines de Micy ; mais s'ils n'y vécurent pas. ils en 
reçurent les leçons et en observèrent les saintes pra- 
tiques (2). 

La Repaie que suivaient tous ces cénobites était 

(1) Voir pièce justificative VI. Vers de Charles le Chauve. 

(2) Mabillon, Acta Sanct. Ordin. Benedict. Sœculiun I, 
p. 581. 



— 32 - 

celle des ermites de l'Orient, telle que robservaient 
les disciples de saint Antoine ou de saint Basile. Elle 
n'était guère alors qu'un traité plus ou moins étendu 
d'ascétisme religieux, donnant les principes de la vie 
parfaite, plutôt qu'un code de législation particulier 
pour ce genre de vie. On connaissait déjà cette Règle 
dans la Gaule, au vi« siècle, soit par des traditions, 
soit dans le texte original (1 ). Les fondateurs et direc- 
teurs de communautés, tels que Cassien, saint Martin 
de Tours, et autres, l'avaient modifiée selon les 
nécessités du temps, du lieu et des circonstances où 
vivaient les moines de l'Occident, sans en changer le 
fond. Saint Maur n'avait pas encore apporté et fait 
connaître dans la Gaule la Règle de saint Benoit ; et 
l'auteur du Livre des miracles de saint Mesmin dit 
expressément que cet abbé veilla avec grand soin, 
tant qu'il vécut, à faire suivre à ses frères la disci- 
pline des anciens Pères du désert (2). 

Comme pratiques générales, la pauvreté volontaire, 
la chasteté absolue, l'abstinence et la pénitence, le 
travail, l'humilité et surtout l'obéissance formaient la 
base de cette Règle. La prière, soit particulière, soit 
commune, y tenait une place considérable. Elle assi- 
gnait plusieurs heures, au moins deux, à la lecture et 
à la méditation, et déterminait avec une grande pré- 
cision le temps qui devait être donné à l'Office divin, 
récité ou chanté au chœur, avec le partage des heures 
canoniales, comme il existe encore aujourd'hui. 

(1) La France chrétienne, chap. III, p. 40. 

(2) Letald, Liber M ira cul or uni y t. I, p. .lOO. 



— 33 — 

Quant aux prescriptions plus particulières régle- 
mentant le régime intérieur, la durée de cet Office et 
celle du travail, les divers emplois de la maison, et 
autres choses semblables, c'était l'usage adopté dès 
le commencement et la direction de l'abbé qui les 
déterminaient. 

Les moines de Micy pratiquaient donc exactement 
celte Règle qui, ayant été adaptée par saint Mesmin 
à leurs besoins particuliers, éleva leur communauté 
à une haute perfection. Ils s'étaient retirés dans la 
solitude, pour y prier et s'y mortifier, loin du monde ; 
mais cette solitude, ils la cultivaient pour en tirer 
leur nourriture et remplir, par leurs aumônes, le 
devoir sacré de la charité envers les nialheureux. Ces 
cénobites d'Occident unissaient ainsi, dans une juste 
mesure, l'ascétisme de l'Orient à la vie active du 
travailleur libre, devenant par là le type accompli du 
religieux parfait, qui se sanctifie lui-même et procure 
à ses semblables d'inappréciables bienfaits. 

Mais il entrait dans les desseins de la Providence 
que le monastère de Micy répandît autour de lui, 
dans un vaste rayon, au centre de la France^ les 
germes de régénération religieuse et sociale qui 
s'étaient développés dans son sein avec une si puis- 
sante vitalité. C'est pourquoi elle fit naître dans 
l'àme de ses moines une soif ardente de la vie con- 
templative, que pouvait seul satisfaire l'isolement 
absolu. On vit donc, à plusieurs reprises, sortir 
de Micy, comme d'une ruche où se pressent des 
essaims trop nombreux, des colonies d'hommes 



— 34 — 

qui, poussés par Tesprit de Dieu, s'en allaient cher- 
cher les solitudes let? plus profondes de la Sologne, 
du Perche, du Maine, de la Beauce et du pays char- 
train, pour y lixer leur demeure, et y vivre en pré- 
sence de Dieu, dans le silence et la prière ininter- 
rompue. 

Là encore, leurs vertus, les miracles qui éclataient 
sous leurs pas, attirèrent autour deux, et hien njal- 
gré eux, des admirateurs, bientôt devenus leurs dis- 
ciples. Des monastères s'élevèrent à la place des 
cabanes où ils s'étaient retirés; les habitants de ces 
contrées, dispersés et à-demi-barbares, se groupèrent 
autour du cloître hospitalier, où ils trouvaient un 
abri assuré, du travail, des secours dans la maladie, 
le pain qui nourrit les corps, et l'enseignement reli- 
gieux qui sauve les âmes. On compte encore aujour- 
d'hui quarante-quatre localités, villages, bourgs et 
villes, qui eurent pour berceau la cellule d'un moine 
de Micy. Parmi elles, vingt-neuf ont conservé le nom 
de leur saint fondateur (i). 

C'est ainsi que, pendant tout le vr siècle, des céno- 
bites, comme saint Avit, saint Calais, saint Lyé, saint 
Viatre, saint Liphard^ saint Léonard, saint Front et 
beaucoup d'autres, après avoir embrasé leur àme au 
feu sacré dont Micy était le foyer, allèrent en 
répandre au loin la bienfaisante chaleur. Nous ne 
pouvons les suivre dans leurs émigrations. (Ju'il suf- 
lise donc de savoir que, par leurs paroles, par leurs 

(1) Voir pièce justilicative VU, villes, bourgs et villages 
f oudés par des moines de Micy . 



— 35 — 

prédications ardentes, par leurs saints exemples, par 
leur inépuisable charité, par leurs miracles, ils ins- 
pirèrent aux populations de nos villes et de nos cam- 
pagnes ces sentiments de foi, cette fidélité aux 
devoirs de la religion, cet amour du travail, cette 
simplicité de mœurs qui furent, dans les temps 
anciens, Thonneur de nos provinces, et dont on 
retrouve maintenant encore des traces profondes, 
malgré le changement de toutes choses. 

Saint Avit gouvernait son monastère avec une 
autorité toute paternelle ; il pratiquait le premier les 
vertus dont il recommandait l'observance à ses frères. 
Dieu récompensa ses mérites par le don de prophétie. 

Clodomir, second fils de Clovis et roi d Orléans, 
avait déclaré la guerre à Sigismond, roi de Bour- 
gogne. 11 l'avait battu, fait prisonnier, et il le rete- 
nait, avec sa femme et ses deux jeunes enfants, pri- 
sonniers dans son camp qu'il avait établi près de la 
villa de Colmiers (1), à cinq lieues d Orléans. Ayant 
été informé que les Burgondes avaient de nouveau 
pris les armes, il résolut, avant de marcher contre 
eux, de se défaire de ses captifs. Saint Avit l'apprit. 
Aussitôt il se rendit auprès du roi pour les sauver. 
Comme Clodomir demeurait sourd à sa prière ; 
« Songe à Dieu, lui dit le pieux abbé ; si tu fais grâce 
de la vie à ces infortunés, Dieu sera avec toi, et tu 
vaincras de nouveau. Mais si tu les tues^, toi et les tiens. 



(1) Aujourd'hui Coulmiers, commune du canton deMeung 
(Loiret). 



- 36 — 

vous subirez le même sort (1). » — « C'est un sot 
conseil, répliqua Clodomir, de dire à un homme qu'il 
laisse son ennemi derrière lui. » Il fit donc massacrer 
Sigismond et sa femme. Leurs cadavres furent jetés 
dans un puits sur lequel s'éleva plus lard une église, 
dédiée à saint Sigismond. Elle existe encore, entourée 
d'un village du même nom (2). et le puits est toujours 
le but d'un pèlerinage Mais la prédiction d'Avit ne 
tarda pas à s'accomplir. Clodomir fut vaincu el lue à 
son tour ; ses enfants furent égorgés et non royaume 
passa dans les mains de Childebert, son frère. 

Cependant, tout en dirigeant ses frères avec aulaiil 
de zèle que de pruderice, saint Avit aspirait de plus 
en plus à se retirer dans la solitude poui* y atteindre 
la perfection de la vie érémitique. Il fit élire un abbé 
à sa place, et quitta Micy avec quelques-uns de ses 
amis, qui bientôt se dispersèrent de divers côtés, 
suivant leur attrait particulier. Pour lui, il s'enfonça 
dans le désert du Perche, alors couvert de bois épais, 
de marais et de tourbières. Il s'arrêta au lieu appelé 
Piriac, dans le pays dunois. non loin de la rivière du 
Loir. Il s\ établit un ermitage, où il se livra tout 
entier aux austérités de la pénitence. De temps en 
temps, il faisait à Micy et à Orléans quelques voyages 
dont son historien nous a conservé le souvenir (^3), 
voyages accompagnés de miracles qui augmentaient 

(1) Grégoire dk Tours, Histoire des Fi^ancs, 1. III, 
chap. VI. 

(2) Saint-Sigismond, commune du canton de Patay (Loiret). 

(3) Maiullon, Acta Sanct. Ordin. Bcned. Seculum I, 
p. 614. 



- 87 — 

la vénération, des peuples pour lui. Aussi, quand il 
mourut, le 7 juin 530, les Orléanais s'empressèrent 
d'aller chercher son corps, pour l'inhumer près de 
leur ville, comme il Tavait désiré de son vivant. Il fut 
déposé hors des murs, sur le hord delà voie parisie. 
Deux ans plus tard, le roi Childebert fit creuser une 
crypte pour y déposer cette sainte relique, et bâtit 
au-dessus une église qui prit pour vocable le nom 
même de saint A vit (1). 

En quittant Micy^ celui-ci avait fait élire en sa place 
Théodemir, Franc d'origine et doyen de la cathédrale 
d'Orléans. Il avait une sœur mariée qui devint 
aveugle ; il la présenta à saint Mesniin, afin que par 
sa prière et l'imposition des mains, il obtînt sa gué- 
rison. L'abbé de Micy ne refusa pas son assistance à 
Théodemir, auquel l'unissait une étroite amitié ; il 
rendit la vue à sa sœur ({ui, par reconnaissance, 
donna le nom de son bienfaiteur à deux enfants qu'elle 
eut depuis ; ce furent sainte Mesme et saint Mesmin 
le Jeune (2j. Peu de temps après ce miracle, Théo- 
demir sY'tait démis de sa charge de doyen pour se 
faire moine sous la conduite de son saint ami ; il 
l'assista à ses derniers moments et concourut à l'élec- 
tion d'Avitau siège abbatial de son monastère. Quand 
ce dernier l'eut quitté, lui-même fut choisi pour lui 
succéder, en .j23. 

(1) L'église n'existe plus ; mais la crypte do saint Avit a 
été retrouvée de nos jours et entièrement restaurée ; elle se 
voit sous le jardin du (Trand-Séminaii-e. 

(2) Léïald, Libev Miraculorutn, t. I, p. <i92. 



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- 39 - 

ni saint Mesmin avait rendu la vue miraculeuse- 
lent. Il se nommait aussi Maximin ou Mesmin; pour 
' distinguer du premier abbé de ce nom, on l'appela 
lesmin le Jeune. 

Letald nous apprend qu'il était né à Orléans, et 
vait été tenu sur les fonts baptismaux par saint 
lesmin l'Ancien (1). Tout jeune encore, il se retira 
rès de son oncle à Micy. Il sentit bientôt naître en 
n la vocation religieuse, et prit Tbabit monastique. 
iCS anciens historiens nous ont laissé peu de chose 
ir sa vie. Il la passa au sein d'une tranquille obscu- 
ité, pratiquant, dans un grand degré de perfection, 
es belles vertus religieuses inconnues du monde, 
lais récompensées au ciel d'un bonheur sans nn. 

Sainte Mesnie, sœur de saint Mesmin le Jeune, 
écut, à ce que Pon croit, avec sainte Sichaire et 
uelques autres pieuses femmes, dans un couvent 
fiti sur la rive gauche du Loiret, à Saint-Hilaire, 
^s-à-vis de Micy. Un ancien manuscrit de ce monas- 
îre, et La Saussaye, lui donnent le titre de Vierge, 
< placent sa fête au 16 mai (2). Après une longue vie 
pssée dans les austérités de la pénitence, elle rendit 
iintement son âme à Dieu. Son tombeau, placé dans 
I crypte de Téglise abbatiale, devint le but d'un pèle- 
mage très fréquenté. Les malades atteints de fièvres 
prnicieuses allaient prier près de ses restes vénérés, 
( s'éloignaient rarement sans avoir ressenti les effets 
sa protection (3). 

I) Lktald, Liber Miraculoruin, t. I, p. 001. 
-■il La Saussayk, Annales, lit). III, N. 1>, p. 107. 
')) M. l'abbé RoGHEH, Notice sur Saint-Hiiaire-Saint- 
Msmin, p. 23. 



- 40 — 

Cette crypte, seul reste de Fabbaye de Micy, 
existe encore. On y montre remplacement occupé 
jadis par le tombeau de la sainte, et, au milieu d'un 
pilier ôpais, lu niche où était sa statue. Depuis la 
destruction du monastère, on honore la mémoire de 
sainte Mesme dans l'église paroissiale de Sainl- 
Hilaire. où les pèlerins trouvent encore un autel 
consacré sous son vocable. 

C'est du teinps de saint Mi'smin le Jeune queut 
lieu la conversion d'un notable habitant d'Orléans, 
nommé Aavle. dont on a fait Av. Il était juire et 
vicomte pour la province, alors ijue Villichaire en 
était comte. Un de ses serfs, coupable dune faute 
grave, s'était enfui de sa villa, située non loin de 
Béraire ; et. craignant un châtiment sévère, avait 
cherché un asile dans la grotte du dragon, auprès 
du tombeau de saint Mesmin l'Ancien. Deux esclaves, 
envoyés par le vicomte pour le tirer de ce refuge, ne 
purent pas y pénétrer : une force surnaturelle les en 
repoussait. Agyle vint alors à cheval, l'épée à la 
maiii, menayant de faire un terrible exemple. Mais 
lorsqu'il arriva auprès de la grotte, il vit son cheval 
s'arrêter, sans <|ue rien put le faire avancer. Lui- 
même se sentit frappé de paralysie et jeté à terre, 
brisé par la soullrance. Il s humilia sous la main qui 
le châtiait, confessa sa faute d'avoir voulu violer le 
droit d'asile attaché au tombeau du saint, et promit, 
s^'il recouvrait la santé, de l)àtir une église en ce lieu 
int'inc, et de donner son esclave à Micy. Sa prière fut 
exaucée (1). Agyle guéri tint (idèlement sa promesse. 

(1) Anonymus, Yita sancti Mn,vitnini, t. I, p. 5D0. 



— 41 — 

Il Ot construire, au-dessus de la grotte du dragon, une 
chapelle qu'il dota du beau domaine qu'il possédait à 
Béraire. Depuis ce temps, le bourg qui se forma 
autour de cet oratoire a pris et conservé jusqu'à nos 
jours le nom de la Chapelle Scdnt-Mesmin (1). 

Non content d'avoir si magnifiquement accompli 
son vœu, Ag vie partagea le reste de ses grands biens 
entre Téglise d'Orléans et le monastère de Micy. 
L'abbé Mesmin le Jeune, d'après le témoignage de 
l'auteur anonyme de la vie de saint Ay (2), profita de 
cette fortune pour faire d'utiles travaux dans son 
abbaye. Il consolida et agrandit l'église de Saint- 
Etienne, et augmenta les bâtiments destinés à l'usage 
des moines. 

Quant à Agyle, le pieux donateur, il vécut si sain- 
tement qu'il mérita d'être mis au nombre des Bien- 
heureux: on l'honore encore aujourd'hui sous le nom 
de saint Ay. Il fit un long pèlerinage à Rome et à 
Jérusalem; puis il reviut à Orléans, où il finit ses 
jours. Se sentant près de mourir, il appela à ses cotés 
l'évèque Austrenne et Mesmin, son ami. Consolé par 
leur présence et fortifié par leurs prières, il expira 
entre leurs bras. Son corps fut porté dans l'église 
d'une villa qu'il possédait, à trois lieues d'Orléans, 

(1) On a découvert, au mois de novembre 1856, les restes 
d'un escalier en pierres, contemporain de la construction de 
saint Ay, qui p3rmettait de desconlre du chBur de cette 
éi^'lise dans la grotte m>me, dev-enuo comme sa crypte, un 
lieu d'asile, et le but d'un p'ilerinaj^i très fréquenté aussi 
longtemps qu'y demeurèrent les saintes reliques. 

{l) Vita sancti .^r/ijli, auctore anonyme. 



— \'l — 

sur It* ijorci de la Loire, et enterré avec lioiineur der- 
rière l'autel. Autour de cette église, dédiée à la Mère 
de Dieu, se groupèrent dans la suite les habitations 
qui donnèrent naissance à la paroisse et au bourg de 
Saint' Ay (1). 

Les biens que donna le Bienheureux Agyle ne 
furent pas les seuls qui enrichirent Micy durant l'ab- 
batiat de saint Mesmin le Jeune. Dès ses premières 
années, Clotaire l'''. roi de France en 358, lui concéda 
en pure aumône le domaine de Yienne-en-Yal, avec 
l'église, la forêt et toutes les terres dépendantes, 
traversé par la petite rivière la Colla, aujourd'hui le 
Dhuit. Le môme roi ajouta à cette première donation 
celle du territoire de Yille-Marie, avec ses dépen- 
dances et la foret de Tortfeuille, qui s'étendait sur une 
superficie de deux lieues. 

Plus tard, vers l'an 570, le roi Chilpéric remit 
également aux religieux plusieurs domaines : dans la 
Ik'auce, celui de Oimpuis et les villas de Bilriac, de 
Monlquichet, de Pirey, de Sanorme et de Nuisement, 
avec les serfs attachés à leur culture; sur le territoire 
d'Etampes. les deux domaines de Gazelle et des Châ- 
taigniers ; et enfin dans le Beauvaisis, un autre 
domaine avec son église dédiée à saint Mesmin, pro- 
che de la [)aroisse de Senlis (2). 

r^e tein[)s était celui de la plus grande prospérité 
de notre abbaye, son véritable âge d'or. La disci- 

(1) Commune du canton de Meung (Loiret). 
(2, Diplôme de Louis le Débonnaire, pièce justiflcative 
IX. 



— 43 — 

pline monastique y était exactement observée; ses 
religieux rivalisaient de ferveur ; les rois l'aimaient 
et la protégeaient; ses cinq premiers abbés étaient 
des saints, et d'autres saints nombreux se formaient 
à leurs leçons. La renommée de la vie parfaite qu'on 
y menait attirait sans cesse de nouveaux novices ; ses 
possessions territoriales étaient immenses ; et la cul- 
ture perfectionnée qu'on leur donnait répandait par- 
tout l'aisance, en même temps que le zèle apostolique 
des moines instruisait les peuples. 

Rien n'est plus touchant et plus édifiant que le 
tableau offert alors par cette communauté de fer- 
vents cénobites, tel que nous le tracent les divers 
auteurs de la vie de saint Mesmin. 

Avant le jour, en toute saison, les moines se 
réunissent à l'ég-lise de Saint-Etienne, autour de 
laquelle sont groupées leurs cellules, dans l'enceinte 
formée par la haute muraille qui les protège. Après 
avoir chanté l'Office, ils assistent à la messe célébrée 
par leur abbé; puis ils se dispersent, pour remplir 
la tâche qui leur a été assignée. Ici, ils bêchent et 
arrosent les légumes de leur jardin ; là, ils conduisent 
eux-mêmes la charrue. Selon la saison, les uns 
fauchent les blés et forment de lourdes gerbes, ou 
recueillent le raisin de leurs vignes, pendant que 
d'autres conduisent les chariots qui portent le grain 
battu à leurs moulins, ou bien vont au pressoir écra- 
ser les grappes vermeilles. De temps en temps, on 
voit des barques sillonner le fleuve de Loire ou la 
rivière du Loiret, transportant au monastère les 



— u — 

récoltes de Cliaingv, de Ligny et de Mareau. ou 
amenant le produit de la pèche, qui est la grande 
i-essource de ces hommes vivant dans l'abstinence 
perpétuelle de la viande. 

Tous ces travaux, aussi bien ceux des champs que 
ceux qui s'exécutent dans l'intérieur du cloître, se 
l'ont en silence. Au milieu du jour et à la tombée de 
la nuil. le son de la cloche donne un signal; aussitôt 
les attelages s'arrêtent, la faucille tombe à terre, les 
rames pendent inertes au long des barques, et c'est 
péclacle digne du ciel que donnent ces travail- 
leurs agenouillés en terre et priant immobiles. 

Ils ne sont vêtus (juc d'une tunique de laine de cou- 
leur sombre, sur laquelle ils jettent, leur ouvrage 
achevé, une coule de même étoffe, pour se rendre 
aux exercices du chœur. Ils se nourrissent d'un pain 
grossier, de poissons et de quelques légumes arra- 
chés à la terre. Leu!'s ligures sont pâles et amaigries 
par la fatigue : mais sur leui's visages reluit la séré- 
nité de Tamour de Dieu ; leui's corps paraissent 
exténués et comme brisés, mais ils sont fortifiés par 
lagràcèdu Saint-Esprit et soutenus par les espérances 
éternelles (1). 

C'est en menant cette existence, plutôt angélicjue 
(|u"humaine, (jue les cénobites de iMicy ont, en moins 
de cent ans, civilisé h» pays, défriché et ferlilisé de 
vastes territoires. ()[»posé des dij^ues aux déborde- 
ments de la L(jire, canalisé le Loiret, détruit les 
deiiiicrs restes du paganisme, nourri et consolé les 

(l) Anonvmus, Bkrtold, I.ktald, passim. 



— 45 — 

pauvres serfs, fondé autour de leurs églises de nom- 
breuses paroisses, édifié la terre par la pratique de 
sublimes vertus, enfin peuplé le ciel de plus de trente 
saints canonisés. 

Parvenue à l'apogée de sa gloire, l'œuvre fondée 
par saint Mesmin ne pouvait plus que déchoir, par 
la force de la loi fatale qui pèse sur toutes les insti- 
tutions humaines, même les meilleures. 

C'est ce qui arriva en effet. 

Mais l'abbé Mesmin le Jeune, dont la longue admi- 
nistration de plus de trente ans avait été si féconde, 
ne fut pas témoin de cette déchéance. Tout fait pré- 
sumer qu'il mourut peu de temps après saint Ay, 
vers la fin de l'année 393. Il avait aussi demandé à 
être inhumé dans la grotte du dragon. On accéda à 
son désir, de telle sorte que saint Mesmin l'Ancien 
reposait entre saint Théodemir et saint Mesmin le 
Jeune, l'oncle et le neveu, tous deux ses successeurs 
et les continuateurs de sa mission. 

Mesmin lo Jeune, comme les abbés ses devanciers, 
reçut le titre de saint; ses disciples ont placé son 
image sur leurs autels, et célébré sa mémoire pen- 
dant de longs siècles. 

Ainsi les cinq premiers chefs de Micy furent hono- 
rés du culte que l'Église ne ro[id qu à ceux do ses 
enfants qui se sont distingués par une sainteté écla- 
tante. C'est pour siffnaler à tous et perpétuer le sou- 
venir d'une* telle iHustration ([ih' la vicilh» abbaye 
mérovingienne a placé ciufj étoiles dans ses armoiries, 



— 46 — 

qui sont : d'azur au sautoir de gueule chargé de 
cinq étoiles d'or (J). 

Après la mort de saint Mesmin le Jeune, son 
nionastère, si florissant jusque-là, se trouva comme 
enveloppé dans une ombre épaisse, qu'aucun rayon 
n'a percé pour parvenir jusqu'à nous. Pendant près 
de deux cents ans, nous ne connaissons aucun abbé, 
aucun fait, aucun événement que ce soit; c'est le 
silence absolu de l'iiistoire. 

Que pouvons-nous augurer d'une pareille situation, 
sinon que de terribles catastropbes fondirent sur lui, 
et l'ont presqu'anéanti ! Pendant ces deux siècles, il 
fut plusieurs fois dévasté et d'avides spoliateurs en 
cli|issèrent les moines. 

Cependant la déchéance de Micy ne dut pas com- 
mencer immédiatement après la mort de Mesmin le 
Jeune, ni s'aggraver jusqu'à une ruine totale. Bien 
que nous ne sachions rien de ce qui s'y est passé 
depuis la fin du vi'' siècle jusqu'au commencement 
du ix*", ce monastère dut conserver quelque temps 
encore ses vertus avec l'estime des rois de France. 

Nous en trouvons la preuve dans les grandes 
donations (jue lui firent plusieurs rois durant ce 
temps, sans savoir à quels abbés ils les ont 
adressées. 

Dagobert V\ qui régna de 628 à 638, donna aux 
moines de Micy plusieurs propriétés importantes, 
dans le val de l;i Ivoire, le domaine de Bruel. aujour- 
d'hui nommé Sai[il-l)enis-en-Val, avec l'église dédiée 

(1) Voir la planche des Armoiries de Micy. 




Armoiries de l'Abbave de Micy, 



— 49 — 

au saint martyr^ et toutes ses dépendances, masures, 
caves, écuries, ainsi que les serfs, les prés et terres 
labourables ; dans un autre lieu, maintenant inconnu, 
la villa de Nemesme, avec sa rivière, ses prairies, 
ses champs et toutes ses appartenances. 

Environ quarante ans plus tard, un des successeurs 
de Dagobert, Thierry III, qui fut roi vers 670, leur 
concéda également la villa de Villermain, proche de 
la Forèt-Longue, au nord de la J^ire, avec son église 
dédiée à saint Mesmin ; puis, dans le Dunois, la 
Celle-de-Mont-Flétard, avec sa rivière, ses moulins, 
sa forêt, ses prairies, ses terres cultivées et incultes, 
ses pâturages, ses vignobles, et tous ses habitants, 
serfs et affranchis. Ces biens avaient appartenu à 
Loup, capitaine très cruel, qui, s'étant révolté 
contre son souverain, en fut dépouillé en faveur de 
Micy (1). 

Ces donations nous sont connues par le diplôme de 
Tempereur Louis le Débonnaire, de 836.(2). 

Malgré ces riches acquisitions^ peut-être même à 
cause d'elles, la ferveur des cénobites commença peu 
à peu à diminuer; la régularité, léguée comme un 
pieux héritage par plusieurs générations de saints, se 
relâcha de jour en jour. 

L'historien de saint 3Iesmin indi(jue, pour ce 
fâcheux changement, deux causes, dont la seconde fut 
de beaucoup la plus grave (3). 

(1) Dareste, Histoire de France, t. I, p. 311. 

(2) Diplôme de Louis le Débonnaire, pièce justificative IX. 

(3) Anoxymus, Vita sancti Maximini, t. 1, p. 59u. 



— M) — 

D'aliorti la graiulo fortune tcrrilorialo amena lahoii- 
dance, qui est la mère de tous les vices ; celle-ci 
enj^^endra le d(\iroùt des privations volontaires ; la 
mollesse prit la place des austérités, et le désir 
d'une vie sensuelle succéda à Tamour de la péni- 
tence. 

En même temps, les guerres continuelles, qui déso- 
lèrent la France dans ces temps malheureux, aggra- 
vèrent cette triste situation. Pendant les sanglantes 
discordes, nées de la rivalité des deux reines enne- 
mies, Frédégonde et Bruneliaut, de nombreuses pro- 
vinces furent dévastées et leurs ahbaves détruites. 
Micv soullVit beaucoup durant ces luttes. Les alarmes 
continuelles, les surprises à main armée augmen- 
tèreEit grandement la décadence commeticée par le 
relàcliement. 

Au milieu du désordre général, les saintes reliques 
renfermées dans la grotte du dvcuion ne se trou- 
vaient plus eu sûreté. L'indifférence avait fait oublier 
aux populations le chemin de ce lieu jadis célèbre 
partant de miracles; les bandes de pillards armés, 
(jui parcouraient sans cesse le pays, pouvaient ino[)i- 
nément les faire disparaître pour toujours. Ce danger 
émut Uî zèle du vénérable évéque, nommé Sigobert, 
(jui gouvei'uait alors l'Eglise d'Orléans. Ce pOLitife, 
aussi distingué par son illustre naissance que par sa 
piété et sa grande fortune, se concerta avec son 
clergé et son peuple. 11 résolut y\v tiansporler les 
corps saints «lans sa ville épiscoj)ale. A cet elfel, il 
bâtit une éirlise sur nu terrain lui appartenant, hors 



des murs, mais contigu à leur enceinte, et tout proche 
de la basilique de Saint-Aignan, du côté de l'occi- 
dent. Puis ayant obtenu l'assentiment du roi 
Thierry III, il enleva de leur sépulture les restes de 
saint Mesmin TAncien, de saint Théodemir et de 
saint Mesmin le Jeune. Il les plaça avec honneur 
dans le nouvel oratoire, auquel il donna le nom du 
fondateur de Micy. C'était vers l'année 67o (1). 

En même temps Sigobert voulut pourvoir ce sanc- 
tuaire de luminaire, d'ornements sacerdotaux et d'un 
clergé suffisant pour y faire le service religieux. 
C'est pourquoi il lui donna le terrain y attenant, et 
plusieurs domaines qui lui appartenaient, dans la 
Beauce, à Sennely, à Jargeau et à Montelimenil. 
Quand les saintes reliques eurent été reportées à 
Micy, au ix® siècle, tous ces biens, avec l'église, ren- 
trèrent dans le patrimoine du monastère (2). 

Depuis ce temps, la grotte du dragon, privée de 
son précieux trésor, délaissée des pèlerins, pillée plus 
tard par les Northmans, devint une caverne dont les 
animaux, les herbes et les broussailles prirent posses- 
sion. On ne se fit aucun scrupule de la fermer, 
lorsque furent construits, sous le règne de Henri lY 
et l'administration de Sully, les talus et les murs de 
soutènement qui portent le chemin de halage et pro- 
tègent le coteau de La Chapelle-Saint-Mesmin contre 
les injures de la Loire. Il était donné à notre époque 
d'ouvrir à nouveau ce lieu sanctifié pai- tant de 

(1) Behtold, Vita sancti Marhnini, t. I, p. 507. 

(2) Diplôme de Louis le Débonnaire, pièce justiticative IX. 



— 0-2 — 

grands souvenirs, et de rendre à la vénération publique 
le tombeau de saint Mesmin (1). 

La destinée du monastère de Micy ne fut pas moins 
déplorable. Envalii à maintes reprises, pillé, à peu 
près abandonné, il n'offre pendant plus de cent ans 
que le spectacle dune profonde désolation. 

Cliarles Martel rétablit un peu d'ordre, en triom- 
pbant des ennemis qui envabissaient la France de 
toutes parts. Saxons, Lombards, Sarrazins. etc. Mais 
ses guerres incessanteslui créaient des besoins impé- 
rieux. Alin de s'attacber et de récompenser les capi- 
taines qui conduisaient ses soldats à la victoire, il 
leur donnait en bénélices les biens des couvents, sans 
s'inquiéter de ce que deviendraient les religieux, leurs 
légitimes possesseurs (2). 

« Alors, dit Fleury, des cliefs de guerre, sans autre 
droit ni formalité que la concession du prince, allaient 
se lo"i'r au monastère avec leurs femmes et leurs 
enfants, leurs serviteurs, leurs servantes, leurs cbe- 
vaux et leurs cbiens, consommant la plus grande 
partie des revenus, et laissant le reste à quelques 
moines qu'on y tolérait pour la forme, et qui se relà- 
cbaient de plus en [dus » (^3). 

Plus tiiid. la guerre sans trêve ni pitié entre Pépin 
le Bref et Waïfre, duc d'Aquitaine, qui désola le 
centre de l.i l'^-ance pendant sept années, porta le 

(1) Lire ù l'épilogue de cette histoire, bi découverte de la 
Grotte du Dragon, en 1856. 

(2) Dakkstk, Histoire de France, t. I, p. 3-29. 

(3) Flecry. h lUoire ecclésiastique, livre XIJI. \v>'i(\. 



— 53 — 

dernier coup à Micy. Situé sur les liaiites du terri- 
toire où combattaient les deux rivaux, il fut tour à 
tour envahi par les troupes de chaque parti. Une 
soldatesque brutale, dont la licence effrénée ne res- 
pectait pas les choses les plus sacrées, s'était établie 
parmi les lieux' claustraux: non contents de les 
souiller de leurs impures orgies, ils en avaient fait 
des écuries pour leurs chevaux, et des chenils pour 
leurs chiens (1). 

Une partie des cénobites s'étaient réfug-iés à Or- 
léans, dans leur asile de TAUeu-Saint-Mesmin ; les 
autres, dispersés, errant càetlà. n'observant plus de 
règ"le, et n'obéissant à aucun supérieur, ne conser- 
vaient plus de religieux que le nom. 

Le moment semblait proche où le monastère de 
Micy, jadis embaumé par la prière et dont les cloîtres 
avaient été foulés par les pieds de tant de saints, 
allait disparaître pour toujours dans la honte et dans 
les ruines. 

Mais les travaux de tant de moines fervents, leurs 
sueurs fécondes, leurs longues expiations ont déposé 
dans la terre de Micv une semence d'immortalité. 
Bientôt notre abbaye se relèvera de son abaissement. 
Les enfants de saint Benoît reprendront l'œuvre des 
cénobites de saint Mesmin; et, avec eux, elle com- 
mencera une nouvelle existence de prières, d'études 
et d'admirables vertus. 

(1) Letald, Liber Miraculoruui^ t. I, p. <'<'l. 



DEUXIEME PERIODE 



LES BENEDICTINS 



CHAPITRE lîï 

RÉFORMATIO>' DE MICY PAR THÉODULFE. INTRODUCTION DE 

LA RÈGLE BÉNÉDICTINE. VISITE DE SAINT BENOIT d'aNIANE. 

DOxNATIONS DE CHARLEMAGNE ET DE LOUIS LE PIEUX. 

(780-821.) 

Le restaurateur du monastère de Micv fut 
Tliéodulfe, i'uu des plus illustres évèques qui aieut 
occupé le siège épiscopal d'Orléans. 

Charlemagne, monté sur le trône après Pépin le 
Bref, son père, réprnait sur l'Occident presqu'entier. 
Il avait réuni dans la magnifique unité d'uii immense 
empire les divers royaumes de la domination fraïKjue, 
tant de fois morcelles et partag^és entre des princes 
rivaux. Il avait soumis à une législation uniforme 
tous les peuples vaincus par son épée. Quand il eut 
rerii, dans Téglise de Saint-Pierre de Bome, le jour 
de Noël de Tan 800, lonction sainte et la couronn»' 
impériale des mains du [>a[>e Léon III, sou aulorilé 
pril, d(î ce fait, devant les nations, une soih' dr chmc- 
trie divin. 



— 56 — 

Parvenu au plus haut sommet de la puissance où 
puisse aspirer le génie d'un homme, ce prince voulut 
organiser et civiliser à la fois ses vastes états; il 
chercha dans la religion et dans la science l'appui 
indispensable à la réussite d'une œuvre si grandiose. 
D'accord avec les évoques, il suscita dans les lettres, 
dans les sciences et dans les arts une véritable renais- 
sance, qui fut passagère sans doute, mais bienfai- 
sante cependant, puisqu'elle sauva d'un oubli complet 
les antiques traditions littéraires. 

Mais pour atteindre le but qu'il se proposait, il lui 
fallait des collaborateurs actifs, dévoués et intelli- 
gents, capables de comprendre sa ptMisée et de la 
réaliser. C'est pourquoi le grand empereur s'était 
entouré de tous les hommes distingués par leur 
savoir et par leur vertu qu'il avait rencontrés au 
cours de sa carrière. 

Parmi eux, deux surtout brillent au premier rang, 
qui furent ses meilleurs aides dans son œuvre de 
régénération. Alcuin et Tbéoduife, tons deux profon- 
dément it'iigieux, les plus savants de leur temps, 
théologiens, philosophes, poètes et habiles écrivains. 
Charlemagne appela auprès de lui ces deux hommes, 
Alcuin, de la Grande-Bretagne où il était déjà célèbre 
[)iir l'étendue de sa science; Théodulfe, de la Septi- 
manie et des provinces méridionales de la Gaule, où 
sa jeunesse s'était formée sous ladireclion de maîtres 
pieux et instruits. 

Nous n'avons pas ici à nous occuper d' Alcuin. 

Quant à Tliéodiilfo. il avait été élevé au monastère 



— o7 — 

d'Aniane (1), sous la direction de son célèbre fonda- 
teur, saint Benoît d'Aniane. Il y avait acquis la 
connaissance de toutes les sciences qu'on enseignait 
alors; il fut à la fois profondément versé dans la 
théolog-ie, g-racieux littérateur, orateur éloquent, 
administrateur habile, par dessus tout évèque animé 
d'un zèle ardent pour le salut des âmes et la plus 
grande gloire de Dieu, un des pontifes assurément les 
plus considérables de son temps, dont l'existence se rat- 
tache à tout ce qui s'est fait de grand et d'utile dans 
son siècle. 

Tel était Thomme que la Providence destinait à 
rendre à Tantique abbaye de Micy sa splendeur pre- 
mière, en y faisant revivre l'édification du bon exemple, 
la grâce de la prière, l'amour du travail, la charité 
et la paix. 

Gharlemagne n'avait pas tardé à distinguer le 
mérite de Théodulfe. Dès l'année 786, il l'appela 
près de lui pour être une des colonnes de l'édifice 
social qu'il voulait restaurer (2). En 788, il le nomma 
évèque d'Orléans, et lui remit en même temps l'admi- 
nistration de tous les monastères de ce diocèse, de 
Fleury-Saint-Benoît, de Micy, de Saint-Aignan 
d'Orléans et de Saint-Liphard, de Meung. 

Théodulfe ne fut pas un abbé régulier do Micy. Il 
dit lui-môme, dans l'article vingtième de ses Capitu- 
laires, que celte abbaye, comme les autres, lui avait 

(1) Monastère de l'Ordre de Saint-Henoit. au diocèse de 
Montpellier. 

(2) D. RivKT, Histoire de la Fra/icc lillcnfire, t. IV, p. 8. 



- 58 — 

été confiée afin qn'il la gouvernât. N'ayant jamais 
fait profession de vie monastique, il en fut seule- 
ment abbé bcnéficlaire, nom que l'on changea plus 
tard contre celui d'abbé commendataire. 

Quoiqu'il en soit, ce grand évêquose montra aussi- 
tôt à la hauteur de la tache qui lui était confiée. 
Parmi les multiples occupations de son épiscopat, 
sa sollicitude fut excitée par le lamentable état de 
désordre et d'abandon où languissait le monastère de 
Micy. Il en fut vivement ému, et résolut de le relever, 
en y introduisant la règle de saint Benoît. 

Ce qui avait beaucoup contribué à la décadence 
de cette communauté, après toutefois les guerres qui 
y avaient a[)porté si souvent le pillage et la ruine, 
c'était Tabsence d'une Règle uniformément acceptée 
<lans les Institutions de même genre, précise, capable 
de maintenir la régularité et de l'imposer au besoin, 
recommandable par la perfection de ses préceptes et 
la sainteté de son auteur. 

Or, cette règle existait : c'était celle de saint Benoît. 

Abbé.du Mont-Gassin, en Italie, celui qu'on ajus- 
tement a]>|)elé le patriarche des nioi7ies d'Occident 
l'avait écrite, en îj42, pour ses religieux. Elle était 
rdMivi'c d'un homme consommé dans la perfection de 
la science religieuse, d'une simplicité et d'une préci- 
sion telles qu'elle parut toujours comme le code com- 
plet destiné à sanctifier l'Ordre monastique tout 
entier. 

Cette Règle n'avait pas été admise dans tous les 
monastères aussitôt après que saint Benoît l'eut com- 



— 59 — 

posée. Bien que son disciple, saint Maur, l'eût appor- 
tée dans la Gaule dès Tannée suivante, beaucoup de 
moines ne Fobservaient pas encore, deux et trois 
siècles plus tard. Son introduction fut le travail lent 
et progressif dune institution qui cherchait, non un 
développement subit et précaire, mais les conditions 
d'une durée séculaire. 

Théodulfe, qui connaissait cette Règle pour l'avoir 
vue pratiquée à Aniane, résolut de la donner à son 
abbaye de Micy. Il lui fallait pour cela des religieux 
habitués à la suivre, dont la vertu éprouvée fût 
assez forte pour vaincre tous les obstacles inséparables 
d'une pareille entreprise. Le pieux éveque n'eut pas 
de peine à les trouver. 

Il y avait alors, dans le midi de la Gaule^, au lieu 
môme où il avait été élevé, un homme réputé partout 
comme le plus puissant fondateur et réformateur de 
monastères qui ait encore paru dans Téglise : c'était 
saint Benoît. D'abord attaché à la cour des souverains, 
Pépin le Bref et Charlemagne, il avait quitté les 
honneurs pour se retirer au bord d'un petit ruisseau, 
appelé l'Aniane, dont il prit le nom. Il y bâtit un 
pauvre ermitage oii il se donna tout entier à la con- 
templation et à la pénitence. Quelques disciples se 
joignirent à lui; puis^ à mesure que s'étendait la 
renommée de ses vertus, leur nombre augmenta, et 
il se vit bientôt à la tète de plus d(; 300 moines prati- 
quant, dans la plus parfaite régularité, la Règle de 
saint Benoît. 

Des évèques, des princes, des seigneurs lui en 



— m — 

demandèrent de tous eûtes pour relever les couvents 
bouinis à leur autorilé. 11 fonda de nombreuses mai- 
sons, en réforma un ()lus i^rand nombre encore, et 
enfin fut nonuué par Louis le Débonnaire, inspecteur 
des ni'^nastèrcs de son empire, afin d'étabhr dans 
tous la pratique de la Règ^le bénédictine et de mettre 
iin à la diversité des observances. 

Tliéodulfe ne pouvait pas mieux faire que de 
s'adresser au maître de sa jeunesse et de lui demander 
quebpies moines de son choix pour les établir à Micy. 
Saint Henoît d'Aniane, sollicité de toute part, n'envoya 
d'aboi-d (jue deux de ses disciples C'était trop peu, 
malgré toute -leur vertu, pour un si grand ouvragée. 
Tliéodulfe écrivit d<' nouveau au saint réformateur 
cette lettre élo(|ueule, en vers latins, conservée dans 
s(îs œuvres : 

« Pars, o ma lettre, pars sans tarder vers le toit 
(jifliabite le bieidieureux Ik'iioîl. Poi'te-lui tous mes 
vœux ; dis-lui toutes les prospérités dont Dieu nous 
a comblés. Puis, tu lui présenteras nos inille actions 
de grâce pour le bienfait que nous avons reçu de lui. 
Demande-lui de mettre le comble à l'édilice sacré 
dont il a jeté le fondement. Deux moines suffisaient 
[)()ur })Oser les premières assises: maintenant il est 
temps d'élevei' le monument sur cette base solide, (^e 
(|ue fut au Mont-Cassin notre pieux frère Benoît , 
n ville d (h'iéans, le nouveau Henoît le sera pour ton 
sauetuaii'(i vénéi'é. (Test avec grande raison que nos 
pères on! dcMiiié le nom de Micy (J//c/rtCMm) au lieu 
où reteutissaieiil b'sdoux { miiibus) chœuv^ des saints. 



— 61 - 

Mesmin y brilla au milieu d'une radieuse couronne de 
frères qu'il a conduits dans le ciel étoile ; leurs corps 
y reposent encore dans leurs tombeaux, tandis que 
leurs âmes se sont envolées dans le sein d'Abraham. 
De cruels barbares, hélas ! ont chassé la paix de ces 
demeures et les ont renversées; mais semblable à 
l'oiseau de l'Orient qui renaît de ses cendres, Micy 
sort de ses ruines et redresse sa tête dans les airs. 
Va donc, ô ma lettre ; va trouver l'assemblée des 
frères; implore humblement leur secours, afin que 
l'arbre planté au milieu de nous puisse étendre de 
toute part ses rameaux vigoureux (1). » 

Saint Benoît fut gagné par cette touchante épître 
de son ami. Il envoya à Micy douze autres moines, 
sous la conduite d'un supérieur, qu'on croit élre 
Dructesinde, nommé dans un diplôme de Louis-le- 
Pieux, de 814 (2). 

Quelques historiens ont prétendu que saint Benoît 
d'Aniane avait été personnellement abbé de Micy. 
Cette opinion, que n'appuie aucun document, est 
inadmissible. Sans doute, chacun des monastères 
fondés ou restaurés par saint Benoît le reconnaissait 
pour père, et on a pu dire ainsi qu'il avait eu simul- 
tanément douze abbayes sous sa direclion. Mais cette 
expression ne doit pas s'entendre au sens <riine 
pluralité de bénéfices, interdite par les canons d»' 
l'Eglise. Les communauh''S qu'il dirigeait, comme 
celle de Micy, étaient administrées par un abbé (jiii 

(1) Theodiilfi carmina, lib. H, ctirmi'ii 8. 

(2) Acta Sanct. Ordin. liened., spciiliim IV, p. 205. 



— 62 — 

s^inspirait de ses conseils et prenait exemple sur ses 
vertus (0- 

Théoduife accueillit les disciples de son ami comme 
des frères, qu'il voulut installer lui-même dans leur 
nouveau séjour. Grâce à son influence, il put chasser 
les séculiers qui s\ étaient établis et faire rendre 
tous les biens dont ils s'étaient injustement emparés. 
Lui-même aug^menta ces biens des siens propres, qu'il 
leur donna (2). Jl ordoiina de réparer les bâtiments 
en ruine, releva les clôtures, reconstruisit presqu'en 
entier Tancienne église de Saint-Etienne, et n'épargna 
lien pour rendre à Micy son antique splendeur. 

Un pareil résultat, si promptement obtenu, remplit 
de joie le pieux empereur Cbarlemagne. Afin d'avoir 
part aux mérites et aux prières des moines, il leur 
fit plusieurs donations. Déjà, quand il n'était encore 
qu'associé à la royauté de son père, Pépin-le-Bref. il 
avait donné à Micy, conjointement avec lui, plusieurs 
salines, afin (jue les frères puissent en tirer le sel 
nécessaire à leur usage, et l'apporter par bateaux 
jus(|UQ chez eux. Elles étaient situées dans le Poitou 
(jiii s'étendait alors jusqu'à l'Océan, proche du port 
de Yiti'aire, non loin de l'embouchure d'une rivière 
nommée, dans ce temps, Cannocus (3). Aux salines, 
il aval! ;ijoulé des vignes, des terres, des prés et 
toutes leurs dé{>endances. Cette donation avait été 
lait(» à Garatholène. abbé vers 770, nommé une fois 

(i) l>\HUAs, Ilislulre de V Église, tome XVIII, p. 207. 
yl) bi:HTOLi>, YHa sancti Md.citnmi, t. I, p. K. 'y9S. 
(U) Probablomeiil lu Charente ou la Sèvre niortaise. 



— 63 ^ 

seulement, dans le diplôme de Louis-le-Débonnaire, 
de 836 (i). 

Plus tard, Charlemag-ne devenu empereur concéda 
à Micy le domaine des Maniac, dans le Limousin, 
avec son église, sa rivière et ses moulins, ses terres 
cultivées et incultes, ses vignes, ses prés, ses bois, 
ses pâturages, ses chemins, ainsi que ses serviteurs, 
serfs et affranchis (2). 

Grâce à ce concours d'heureuses circonstances, 
Micy recouvra bientôt une éclatante prospérité. Le 
monastère et son territoire prirent un aspect riant que 
décrit ainsi Bertold, moine contemporain de ces 
événements : 

« Ce lieu, peu éloigné d'Orléans, entre la Loire et 
le Loiret, offre un séjour agréable à ses habitants. 
Il est couvert de nombreux bâtiments élevés par 
d'habiles ouvriers; on y voit dans une harmonieuse 
disposition, des jardins fertiles, des vignes et des 
massifs d'arbres; de chaque côté, on entend le doux 
murmure des eaux; le mouvement des nombreux 
bateaux qui montent ou descendent le fleuve, ajoute 
encore à l'agrément de ce lieu (3). » 

La richesse matérielle était peu de chose, comparée 
à la réputation que donna au monastère la sainteté 
de la vie menée par les disciples du 13. Benoît. On 
y vit bientôt accourir une foule de novices, désireux 
de se ranger sous leur conduite et de partager leurs 

(1) Bibliothèque nationale, :\r. S. lat., 12739, p. 217. 
. (2) Diplôme de Louis le Débonnaire, pièce justiticative IX. 
(3) Bertold, Vita sancti Maximini, t. I, p. .">03. 



— 64 - 

. travaux. Tliéodulle 110111 pas à regretler les soucis 
(jMc lui avait causés son entreprise; il eut la joie de 
voir Micv effacer par ses verlus le souvenir des 
épreuves passées, et donner encore des saints au 
ciel(l). La Règ-le bénédictine, là comme partout ail- 
leurs, triomphait de la barbarie et ramenait la civili- 
sation . 

Saint Benoit d'Aniane vint à Micy dans un de ses 
nombreux voyages, nécessités par la surveillance des 
maisons qu'il avait réformées, vers 812. Il visita ces 
lieux oii la piété florissait comme aux siècles passés, 
félicita SOS (ils de leur ferveur et leur prodiq^ua ses 
conseils. Il s'assit à leur table et voulut parlao^er leur 
repas; mais au grand regret des frères, ils n'avaient 
rien, ce jour-là, pour le recevoir convenablement. Le 
saint fit alors un miracle pour suppléer à ce que leur 
pauvreté ne pouvait pas lui servir. Il envoya vers le 
bord de la Loire riiii d'entr'eux (jui. à peine arrivé, 
vit près du rivage une très belle alose. Il la prit sans 
peine et l'apportii au couvent. On attribua ce prodige 
à Tamabilité de saint licnoît , désireux d'épargner 
à ses enfants la confusion que leur causait une trop 
grande frugalité dans une pareille circonstance (2). 

riiéodulfe était heureux de voir ainsi prospérer 
son œuvre de prédilection. 11 favorisait de tout son 
[>ouvoii- la bonne volonté des moines: chacun des 
progrès acconi|»lis pour le relèvement matériel de 

(1) Lktald, Liber ?niracnlonim, t. I. p. (Hil. 
r2) Vita .sancti lienedicti Anianensis, apud Acta Sancl, 
Ord . nr,>p<l , HPculum IV. p. '207). 



— 65 — 

l'abbaye, comme pour son avancement spirituel, lui 
était une douce récompense, et un encouragement 
à faire encore davantage. Ce prélat était, avec Alcuin, 
Loup de Ferrières et un petit nombre d'autres, un des 
hommes les plus instruits de son siècle. Non content 
de posséder la science pour lui-même , il voulait 
qu'elle fût libéralement répandue de tous cotés. Déjà 
il avait splendidement réorganisé les études à Fleury- 
Saint-Benoît. Dans une mesure moindre, il tenta d'en 
faire autant à Micy. Sans y établir de grandes écoles, 
il en fonda une pour les novices et les religieux 
qu'il désirait voir sortir de Tignorance, possédant la 
connaissance des sciences alors enseignées et capables 
de comprendre et même de composer de savants 
écrits. 

Là encore, ses efforts ne demeurèrent pas stériles. 
Les moines de Micy, stimulés par les instances de 
révèque, étudièrent la littérature, la philosophie et 
l'histoire. Plusieurs d'entre eux écrivirent des ouvrages 
importants, malheureusement perdus. ïl en reste un 
cependant, de cette époque, qui sullit pour nous 
fixer sur les résultats obtenus sous Pimpulsion donnée 
par Théodulfe. 

C'est une Vie de saint Mesniin écrite par un moine 
du monastère même de Micy, qui, par humilité, n'y 
a pas mis son nom. Le docte Mabillon pense que celte 
biographie fut composée au milieu du vu*' siècle (1). 
Mais nous croyons que cette opinion ne peut pas être 
soutenue, car à cette épO(|ue, vcis U'iO, Micy avait 

(1) D. Mabillon, Acta Sanct. Ord. Bened., t. I. p. rm. 



- 66 — 

déjà élé dévasti' par les f^uerres cjui désolèreiil si long- 
temps le centre de la Gaule. On ne connaît aucun 
nom, ni d'abbé, ni de moine, ni de personnage 
quelconque ayant laissé une trace au milieu de ces 
jours néfastes. Au contraire, la lecture attentive de 
de cette Vie nous incline à juger qu'elle est un fruit 
de la renaissance littéraire suscitée par Charlemagne 
au commencement du ix^' siècle. Tous les caractères 
fournis par son fond et par sa forme la rattachent 
au temps de Tbéodulfe, et nous permettent de con- 
jecturer (ju'elle fut écrite sous son inspiration, quand 
il eut rendu à Micy la prospérité avec Tamour des 
belles-lettres. 

Le style de cette histoire est soigné, élégant mémo ; 
on la prendrait plutôt pour un panégyrique que pour 
une simple narration (1). Il y a de la justesse dans les 
pensées, de la solidité dans les raisoniiements, de 
l'érudition et chi bon î^oùt, (jui, avec la correction du 
style, commencjaieni à [)rendre la place de formes 
incorrectes et barbares. Kniin on y trouve, surtout 
dans le Piologue, plusieurs considérations d'un oidre 
élevé, montrant que bi [philosophie était cultivée à 
Micy au ix'" siècle. «1 (jue celte abbaye possédait dès 
lors des moines émules de Scot-Erigène et des autres 
philosophes (|ui vécurent vers ce même temps (2). 

Cependant, Charlemagne, chargé de gloire et 
<ranné(\s. avait terminé son long règne, en 814. Louis 

(1) I). llivKT, Jlisloirr de la F^'ance [littéraire, t. III. 
p. 2('A\. 
(■-') OzANAM. Mfi-nrs ihw (icvmain'i. i H. |» 'i«v.). 



— 67 — 

le Débonnaire, qui lui succéda, jeune encore, se 
trouvait en Aquitaine, lorsqu'il apprit la mort de son 
père. Il partit aussitôt pour aller à Aix-la-Chapelle, 
prendre la couronne innpériale. Il passa par Orléans, 
Théodulfe lui fit un accueil triomphal. A la tète d'un 
cortège imposant, il le conduisit aux principaux sanc- 
tuaires de sa ville épiscopale. a On fit, dit l'historien 
de cette solennité, une station dans Téglise de TAUeu 
de saint Mesmin, qui reçut l'empereur, les prélats, 
les leudes, les comtes, les clercs, les moines et le 
peuple (1) ». 

PcH après cette visite, le prince accorda aux reli- 
gieux de Micy un privilège d'une grande importance. 
Voici comment s'exprime le diplôme qu'il donna à 
cette occasion (2) : 

« Au nom de Dieu, notre Seigneur et notre Sau- 
veur, Louis, empereur-auguste, à tous les évèques, 
abbés, ducs, comtes, et à tous nos serviteurs présents 
et futurs, faisons savoir que Dructesinde, abbé de 
Micy, et tout son couvent, nous ont prié de leur 
accorder, pour leurs besoins, trois bateaux sur la 
Loire, le Cher, la Vienne, la Sarthe, la Mayenne, le 
Loir et quelques autres rivières, où ils sont dans la 
nécessité de passer, sans que notre fisc put exiger 
aucun droit ni impôt sur ces bateaux et leur contenu. 
Pour l'amour de Dieu, et l'honneur de saint Mesmin, 
ainsi que par bienveillance envers ce monastère, nous 
avons accordé ce qu'ils denifindaiont. et fait dresser 

(i) EuNOLD-NiGELLE, De rcbus (/f'stis Ludovici /^«/,lili. II. 
{■1} Hiblif.t. nation., M. S., l-.it. r)V>U. 



— 68 — 

cet acte. Donné le VI des Ides de Janvier (8 janvier), 
de la première année du règne de Louis, sérénissime 
empereur, en notre palais d'Aix-la-Chapelle (1). » 

A ce privilège, Louis le Pieux ajouta la donation 
de quelques maisons avoisinant l'Alleu de saint Mes- 
niin, ce qui permit aux moines de l'agrandir et d'y 
établir un hospice pour leurs frères malades ou 
infirmes (2). 

Théodulfe avait été un des hommes les plus consi- 
dérés de cette époque, et un des prélats les plus 
recommandables par la grandeur des œuvres qu'il 
accomplit. Les évéques avaient recours à ses lumières; 
les souverains l'appelaient dans leurs conseils. Char- 
lemagne en lit un de ses 7nlssi dominici^ et voulut 
qu'il apposât sa signature sur son testament. Après la 
mort de ce grand empereui,, il eut d'abord toute la 
confiance de son fils qui le chargea de missions très 
honorables; mais plus tard, il fut accusé de compli- 
cité avec les ennemis du prince, et exilé à Angers. 
Son innocence ayant été reconnue, il allait rentrer 
dans sa ville épiscopale, (juand il mourut, empoi- 
sonné, dit-on, par ceux qui avaient profité de sa dis- 
grâce pour s'em;^)aror de ses biens (3). 
. Nous avons déjà rappelé les titres de Théodulfe à 
l'admiration de ses contemporains et à l'estime 

(1) Voir pièce justiticative Vlll (Charte pour trois ba- 
teaux.) 

(2) Gallia CiiuibTiANA, Ecclesia Aurélia nensis, t. NUI, 
p. 1520. 

(3j Lktali), Liber un l'aculonon, t. I, p. ♦li^l. 



— 69 — 

méritée de la postérité. Dans cette histoire, nous 
voulons nous souvenir seulement qu'il a été le res- 
taurateur de notre abbaye, et qu'on y établissant la 
Règle bénédictine, il lui a procuré de longs siècles de 
vertus et de gloire. 



70 — 



CHAPITRE IV 

ETAT FLORISSA.NT DE MICY. MOINES ÉCRIVAINS. TRANSLA- 
TION DES RELIQUES DE SAINT MESMl.N. C.RAND DIPLÔME 

DE LOUIS LE DEBONNAIRE. JONAS. ABBE BENEFICIAIRE I ' 

IIERIC. PIERRE 1^', ABBÉS REGULIERS. 

(821-865) 

Jonas, élevé sur le siège épiscopal d'Orléans, après 
Théodulte, vers 821, fut nommé par Louis le Débon- 
naire abbé bénéiiciaire de Micy, qu'il g^ouverna de 
8:^1 à 830. Les moines, constitués en communauté 
régulière, et soucieux de leurs immunités, virent 
avec peine cette nomination, contraire à leur Règle. 
Aussi, eurent-ils soin de consigner dans leurs actes 
que le don de leur abbaye, fait à un évèque d'Orléans, 
ne devait pas tirer à conséquence pour l'avenir, et ne 
lui constituait aucun droit à la direction des frères (I). 

Jonas, cependant, se montra constamment leur 
ami. La protection «ju'il buir accorda, autant que leur 
ferveur, lit jeter à leur monastère un si vif éclat qu'il 
surpassa peut-être, dans ce temps-là. celui dont il 
avait brillé à son origine. 

Les anciens édifices, construits à la bâte par saint 
Mesmin pour ses disciples, n'existaient plus depuis 
longtemps. Ceux qui les avaient remplacés, négligés, 

(1) Bibliothèque d'Orléans, M. S., Promptuarium Micia* 
censé, Sextuin, p. 49. 



souillés et dégradés par les envahisseurs profanes, 
n'offraient plus un abri convenable. Théodulfe avait 
entrepris la reconstruction du monastère ; mais il 
n'avait pas pu achever une si grande tâche. Jonas la 
continua. Par ses soins, des cénacles nombreux et 
vastes s'élevèrent pour la commodité des moines. 
Cloître, cellules, salle du chapitre, inflrmerie pour les 
malades, et hôtellerie pour les voyageurs, complé- 
tèrent ce bel ensemble. L'église, commencée par son 
prédécesseur, sollicita particulièrement son attention. 
11 la fît achever sur un plan grandiose, et l'orna de 
toutes les décorations en usage à cette époque (1). Du 
côté de l'Orient» il la termina par un sanctuaire circu- 
laire, en forme de large tour, imité delà somptueuse 
basilique que Théodulfe avait fait construire à Ger- 
migny, près de Fleury-Saint-Benoit ; il le surmonla 
d'une coupole, qu'il fit couvrir de feuilles de plomb, 
taillées en écailles de poisson (2). 

On vit, dans ce temps, un nombre considérable 
d'hommes, attirés par la grâce divine, quitter le 
monde, pour embrasser la profession religieuse à 
Micy. Il en venait de tout âge et de toute condition. 
C'était un spectacle édifiant que donnaient les nobles 
Francs, coupant leur longue chevelure, et les chefs 
de guerre, déposant leur baudrier, pour y accourir 
prendre le froc et recevoir la tonsure monacale (3). 

(1) Le chanoine Hubert, Bibl. d'Orléans, M. S., 430^, 
p. 159. 
[2] Lktald, Liber mivncnloriim, t. T, p. 001. 
(3) Letald, Liber i/iirarulorutn, t. I. |». 002. 



Leur niultilude et la sainteté de leur vie permit de 
tirer de Micy de pieuses colonies, comme au temps 
de saint Mesmin, et de les envoyer relever d'autres 
maisons, tombées par suite des guerres. 

Le monastère de Corbion (1), fondé sous le règne 
du roi Thierry, avait été détruit par la nialice des 
hommes. Les religieux, qui y demeuraient depuis 
longtemps, avaient dispaïu. et il ne restait rien des 
bâtiments nécessaires à la vie monastique. Sous le 
règne de Louis le Déhonnaiic. il fut entièrement 
rebâti par des hommes vénérables, appelés par cet 
empereur, du monastère de Saint-Mesmin, situé sur 
le territoiie Orléanais, près des bords de la Loire (2). 

Dans le nombre de ceux qui demeuraient au cou- 
vent, il y avait sans doute beaucoup de religieux 
simples de cœur, peu instruits des sciences humaines, 
ne sachant (juc labouiei" la teire et pratiquer les 
macérations de la pénitence ; mais [)lusieurs étaient 
très savants. Instruits par Texemple de Théodulfe et 
de Jouas, et lidèles à suivre leurs recommandations, 
ils cultivaient les belles-lettres, capables d'écrire des 
ouvrages utiles, et les écrivant en elfet. 

Cesl du lemps de révè(jue Jouas (|u tni n)oine de 
iMicy. nommé lierlold, composa une nouvelle vie de 
saint Mesmin. (pTil lui dédia, dans une pièce devers, 
assez peu poétiques, (ju'il inscrivit en tète de son 

(1) CoRiuoN, plus tard Saint-Lauïner, monastère bénédic- 
tin, au diocèse de Blois. 

(2) Actes dit Concile de Gevmiqny. dp 'Si'i.aimd Ann^Ues 
Ordin. H.iT'd.. t. I, p. ôlMj. 



— 73 — 

ouvrage. Bertold nous apprend lui-même qu'il puisa 
ce qu'il raconte dans des documents antérieurs, pro- 
bablement dans la Vie écrite par TAnonyme. Il ne 
l'indique pas ; mais on en retrouve des passages 
entiers dans son récit. Il avait étudié la littérature et 
connaissait l'antiquité; son style est assez concis, 
mais un peu dur, pas assez clair et parfois embar- 
rassé (1). 

Plusieurs écrivains vécurent certainement à Micy 
en même temps que Bertold. Les uns, dont les 
ouvrages existent encore, n'y ont pas inscrit leur 
nom ; les autres ont laissé leur nom ; mais leurs 
livres ont péri. Ainsi on a attribué justement à des 
moines de cette maison les Vies de quelques saints 
qui en étaient sortis. Un anonyme de Saint-Mesmin a 
écrit la Vie de saint Lubin, cénobite à Micy, puis 
évêque de Chartres ; un autre, celle de saint Lipbard, 
abbé de Meung, qui se trouve dans les Actes des 
Saints bénédictins, de Mabillon(2). Selon toute proba- 
bilité, des religieux du même lieu furent les auteurs 
des Vies de saint Léonard, de Vendôme, des saints 
Avit, Doulchard, Lyé etViatre. aujourd'hui perilues. 

A coté de ces moines liistoriens, d'autres se dis- 
tinguèrent par des ouvrages de genres ditrérents : 
leur nom nous a été conservé, sans que nous con- 
naissions leurs œuvres. Letald signale, outre hertold, 
Haymon et Sténégaud, qu'il appelle hommes illustres, 

(1) D. Rivet, Histoire littéraire de la France, (. V. 
p. 7. 

(2) Bibliot. nation., D. EsTif':N'N'.yr, M. S., WHÎ), p. l-.>7. 



— t\ 



indiistrioLix. joignant une grande habileté à un es- 
prit très distingué (1). 

Un pareil mouvement vers la littérature hagiogra- 
phique n'a rien([ui doive surprendre. Jouas était lui- 
même un évèque très lettré, qui écrivit plusieurs 
traités fort estimés, et fut en relation avec les 
hommes les plus instruits de son temps. Il était ami 
intime de Loup Servat, abbé de Ferrières, le plus bel 
écrivain d'alors, auteur de plusieurs vies de Saints, 
à qui il envoyait ses ouvi-ages, pour qu'il les corri- 
geât. i)v Fcirières. sous l'impulsion de son abbé, 
était un centre lumineux tle sciences, d'où sortaient 
de nombreux livres, tant originaux, que copiés sur 
les anciens manuscrits ; son rayonnement rejaillit 
jus(jue sur Micy. oii Jouas excitait par son exemple, 
une féconde émulation (2). 

Vers l'année H'I't^, Tévéque d'Orléans avait cessé 
d'être supérieur du monastère de Micy, saris cesser 
de lui être un ami l)ienveillant. Avec Fautorisation de 
rKinpereur. les moines avaient élu uu abbé régulier 
du nom (rnéric. un de U*urs frères, qui avait contri- 
bué au relèvement d«^ l'abbaye de Corbion. et y était 
resié. 

("était, au témoisrnaiJfe de Létald. un homme de 
grande naissance oi d nue \erlu plus grande encore. 
Observateur très exact de la règle de saint Benoît, il 
avait gagné par son mérite l'amitié des rois et des 

(Il Lf.tald. Liber Miraculontm. t. I, p. oU8. 
(2) Consulter [Histoire de VXbh'nje de Ferrières en Gdti- 
nnia, «In !n<"^ni(^ nuli^ur. rhnp. VII. 



/o — 



princes, qui ne refusaient rien à sa prière. Il maintint 
dans sa communauté Tesprit de ferveur, et augmenta 
encore sob influence (1). 

Cependant, au milieu de cette splendeur, une peine 
profonde affligeait les 'uoines et leur abbé : c'était de 
se voir privés du corps de leur vénéré père, saint 
Mesmin, toujours inhumé dans l'église que Sigobert 
lui avait bâtie à Orléans, au siècle précédent. Ils 
demandèrent à Jonas de le leur rendre, afin qu'il 
reposât au lieu même qu'il avait fondé, et où il avait 
achevé sa vie, pour la plus grande édification de ses 
enfants. L'évêque trouva leur demande légitime et y 
acquiesça volontiers. Mais le peuple d'Orléans refusa 
de laisser enlever ces saintes reliques. En présence 
de cette opposition, Héric et plusieurs de ses moines, 
qui jadis avaient occupé un rang distingué dans le 
monde, allèrent trouver TEmpereur dans son palais, 
et le supplièrent d'être favorable à leur dessein. Louis 
le Débonnaire, non seulement leur accorda ce qu'ils 
demandaient, mais encore les loua de leur piété 
filiale. Dès lors il n'y eut plus aucune résistance. 

On fit avec une grande solennité la translation des 
restes de saint Mesmin l'Ancien, ainsi que de ceux 
de ses disciples et successeurs, saint Théodemir et 
saint Mesmin le Jeune, déposés près de lui. L'arche- 
vêque de Sens, Jérémie, métropolitain de Jonas, avec 
un grand nombre de prélats, d'abbés, de chanoines 
et de moines, rehaussèrent de h'iir présence l'éclat 

(i) Letald Liber Miraculorum, t. I, p. Cy02. 



- 76 - 

de cette cérémonie, qui eut lieu le 27 mai 834. Des 
leudes et des seigneurs de tout ordre se firent hon- 
neur de porter sur leurs épaules un si précieux far- 
deau, parmi le chant des hymnes et des cantiques 
d'allégresse, pour le placer dans l'église abbatiale. 

Une foule immense de peuple, d'hommes et de 
femmes, surtout de malades et d'infirmes, accompa- 
gna les corps saints jusqu'à Micy, animés d'une 
espérance qui ne fut pas déçue. Car Dieu montra, 
par d'éclatants miracles, accomplis dans ce lieu, que 
c'était là véritablement que les Bienheureux devaient 
demeurer (1). 

Depuis ce jour, le nom de saint Mesmin fut ajouté 
à celui de Micy; le monastère Ta conservé jusqu'à la 
fin (le son existence. 

A la demande de Tévéque d^^rléans, Louis le Dé- 
bonnaire donna deux diplômes en faveur des moines 
de saint Mesmin. 

Dans le premier, il expose que Jonas, d'accord avec 
son métropolitain, Jérémie, ayant fait une constitu- 
tion pour relever le mociastère et y maintenir la dis- 
cipliiH' établie par son prédécesseur, c'est-à-dire la 
règle de saint Beiioît, ce prélat lui demande de l'ap- 
prouver. Il le fait volontiers, et confirme la posses- 
sion des villas de Chazelles et des Châtaigniers, près 
d'l>lampes, jadis concédées par le roi Chilpéric ; il 
défend à qui (jue ce soit de les leur enlever. 11 a donné 
cet acte, pour l'amour de Dieu, alin que les moines 

(1) Anonymus, Vita sancti Mcuvimini, t. I, p. 591. 



— 77 — 

prient pour lui et pour sa famille, à Aix-la-Chapelle, 
le XIII des Calendes de Mars (20 février) de l'an- 
née 828 (i). 

Dans le second diplôme^ de beaucoup plus impor- 
tant (2j, l'empereur '< fait savoir à ses fidèles sujets 
et aux princes, ses futurs successeurs, que Jonas, 
évèque d'Orléans et Jérémie, archevêque de Sens, 
sont venus en sa présence solliciter sa bienveillance 
en faveur du monastère de saint Mesmin, soumis à 
l'autorité royale, qui fut jadis fondé en l'honneur de 
Dieu et du premier martyr, saint Etienne, parClovis, 
roi des Francs, puis successiv^ement agrandi par les 
autres souverains. Ayant une g-rande aftection pour 
ce lieu illustré par les vertus et les miracles d'Eus- 
pice, de Mesmin, d'Avit et de beaucoup d'autres, 
Jonas désire vivement que la régularité monastique 
V soit observée, sans que rien ni personne puisse la 
troubler, et demande un privilège qui sauvegarde 
ses immunités contre toute tentative, et lui assure la 
tranquille possession de ses biens. Heureux de con- 
descendre à son désir, l'empereur confie ce lieu à lui 
et ses successeurs, pour que leur bienveillante pro- 
tection y fasse croître de plus en plus Tesprit de fer- 
veur, et non pour qu'ils y exercent une autorité tyran- 
nique sur les moines, leurs serfs et leurs affranchis, 
ni qu'ils s'emparent de quelque partie de ce qui K-ur 
appartient. Il confirme donc et fortifie de son pouvoir 

(1) D. Bouquet, les Historiens des Gaules, t. VI. |>. .V)'i. 
{■2} Bibliothèque nationale, M. S. 5420; Ea: Cartalurio 
^iciacensi. 



— 78 — 

imp«Tial ce présent acte que Jorias a fait écrire en sa 
présence, et dans lequel il a consigné toutes les do- 
nations faites à ce monastère par la munificence des 
rois, ses prédécesseurs. 11 énumère tous les biens 
donnés par Clovis, par Clodomir, son fils, par Tévè- 
que Sigobert, par Clotaire l, Cbilpéric, Dagobert, 
Tbierry UI, Pépin le Bref et Cbarlemagne. Il renou- 
velle les privilèges que lui-même lui a déjà accordés, 
les exemptant en particulier de toute imposition sur 
les transports par eau et par terre des objets néces- 
saires à leur usage. Il défend formellement à tous 
les agents de la couronne d'exiger aucune contribu- 
tion pour ces transports, et ne veut pas qu'on inquiète 
jamais les moines à leur sujet. Après la mort d'un 
abbé, aucun évoque, ni aucun officier royal ne devra 
venir faire l'inventaire de ce qu'il y a dans la com- 
munauté ; les frères éliront poui- abbé un d'entre 
eux, jugé le plus digne par la majorité, pourvu qu'il 
n'ait pas acbeté cet bonneur par des largesses simo- 
niaques. Il permet à l'évéque de venir en ce lieu, seu- 
lement^ poui' y pi'ier : s'il veut célébrer les saints 
mystères, il devra y être invité par Tabbé ; il pourra 
faire aux moines (juelques dons de son patrimoine, 
sans oser jamais rien prendre du leur. Dans le cas 
où surviendrait une cause grave à juger, ou bien si 
lui-înéme agissait mal envers eux. il ordonne que le 
jugement soit prononcé par la justice dos rois, ses 
successeurs. Il défend particulièrement que le droit 
de protection, ipTil accorde à son lidMe Jonas, soit 
jamais regardé par les évéqnes d'Orléans comme une 



— 79 - 

permission d'aliéner les biens de ce monastère, ou 
d^exercer contre lui aucune vexation ; car il dépend 
de la seule autorité royale, qui l'a fondé et lui a 
donné tous ses biens. Il veut donc que les moines 
jouissent paisiblement de toutes leurs possessions, 
avec l'aide de Tévêque, et sous la garde du roi, pour 
suivre leur sainte vocation ; il les conjure de prier 
instamment pour lui, pour Judith, son épouse, pour 
ses enfants, pour la stabilité de son empire, enfin 
pour sa prospérité et celle de ses successeurs. Il a 
écrit cet acte pour que l'expression de sa volonté ait 
plus de force, et assurer la perpétuité de ses inten- 
tions. Il l'a fait signer de tous les grands de sa cour, 
et le scelle de son sceau. Donné le XIV des Calendes 
de mars (19 février) en l'année 836 de l'Incarnation 
du Seig-neur, dans son palais d'Aix-la-Chapelle, Du- 
rand, diacre, remplissant les fonctions de chancellier 
en la place de Fridugise (1) ». 

Ce diplôme, que nous donnons aux pièces justifica- 
tives, malgré sa longueur, à cause de son importance, 
constitue une sorte de titre général de propriété, 
pour les vastes biens des moines, et un code pres- 
que complet de législation civile et monastique à leur 
usage. 

Il nomme une foule de localités, eticore exislaiites, 
dans le centre de la France, villages, bourgs, pa- 
roisses et communes, et leur établit comme un cer- 
tificat d'antique origine très honorable. 

(1) Voir pièce Justificative IX. (rrand diplômp do Louis le 
Débonnnii'e. 



— 80 — 

Il reconnaît aux relitrieux le droit, que leur confère 
la Règle (Je saint Benoît, d^élire eux-mêmes leur abbé, 
droit que, malgré cet acte, nous verrons violé trop 
souvent. 

Il place définitivement Micy au rang des abbayes 
royales, avec toutes les prérogatives, et aussi avec 
toutes les cbarges afférentes à ce titre. 

Mais ce qui ressort surtout de ce diplôme, c'est la 
préoccupation évidente d'empôcber tout empiétement 
des évéques d'Orléans sur la direction spirituelle 
commcî sur les possessions domaniales du monas- 
tère. Il y avait eu déjà sans doute des abus de ce 
genre ; c'est pourquoi l'empereur détermine d'une 
manière précise la limite oiî devra s'arrêter leur 
intervention : précaution fort sage, mais que Fanar- 
cliie et les invasions, aux siècles qui suivront, rendra 
bien des fois inutile. 

Enfin. Louis le Débonnaire termine en deman- 
dant des prières pour lui »'t pour les grands 
intérêts dont il est cbargé. C'est la conclusion ordi- 
naire des cbartes de donation, de confirmation ou de 
protection. Dans ces âges réputés barbares, tous 
avaient une confiance sans borne dans l'efficacité de 
la prière sollicitant linlervention divine. Aussi aucun 
sacrifice n<^ semblait trop grand pour l'obtenir. C'est 
dans cette confiance que se trouve l'explication des 
dons faits aux monastères, durant ces siècles de foi 
ardente, avec une générosité que l'irréligion du temps 
présent ne sait pas comprendre. 

Le grand mérite de Tabbé Iléric le fit cboisir pour 



— 81 - 

plusieurs missions importantes. En 837, il fut chargé, 
conjointement avec l'évèque Jonas, de faire une 
enquête au sujet d'un vol sacrilège qu'on accusait 
plusieurs moines d'avoir commis au monastère 
d'Anille (1). 

Il avait gouverné sa communauté avec autant de 
piété que de prudence, pendant près de douze ans. Sa 
sage administration lui avait été une source de nom- 
breux avantages. Cependant, pour nous ne savons 
quel motif, il encourut Tanimosité de quelques-uns 
de ses frères, et en subit de mauvais traitements. Il 
quitta alors son monastère, en 840, et se retira au 
couvent de Corbion, où il avait déjà passé quelques 
années, avant de devenir abbé de Micy. Il y finit 
saintement ses jours (2). 

Héric, après son départ, fut remplacé sur le siège 
abbatial par un religieux de grand talent, nommé 
Pierre P"", homme d'une profonde érudition et d'une 
vaste science, un de ces moines écrivains, sans doute, 
dont nous avons parlé plus haut, qui consacraient 
leur habileté littéraire à raconter la vie et les vertus 
des saints de leur monastère. Il avait suivi les tradi- 
tions de l'évèque Jonas, de l'abbé Loup de Ferrières. 
et de tant d'autres qui sauvèrent les lettres, en com- 
posant de doctes ouvrages, ou en transcrivant ceux 
des auteurs anciens, pour les conserver à la postérité. 
Lui-même écrivit plusieurs livres (jui malheureuse- 
ment ont péri dans les désastres subis par sa maison. 

(i) Gallia Christiaxa, ^cc/es. Aurel, t. VIII, p. 1.y>). 
(2) Letald, Liber mimculonim, t. I, p. (X>2. 



— S2 — 

11 en copia d'autres sur de vieux manuscrits, tout en 
leur faisant de sa propre main les annotations et les 
corrections nécessaires. 

Quand il avait achevé un travail de ce genre, il 
l'oOrait à Dieu, en le déposant sur l'autel de son 
église abbatiale, comme c'était l'usage. C'est ainsi 
qu'ayant terminé la révision d'un ancien manuscrit 
contenant les Commentaires de saint Jérôme sur 
les prophéties de Jérémie, il le plaça sur l'autel de 
saint Etienne, le jour du Jeuui Saint (Ij. 

Ce précieux ouvrage, échappé à la destruction 
existe encore ; il est conservé à la Bibliothèque na- 
tionale, sous le numéro 1820. 11 paraît antérieur à 
Charlemagne, et porte ces mots au haut de la pre- 
mière page : « Livre de saint Mesmin, corrigé par 
Pierre, abbé (2) ». 

Quand Charles le Chauve eut remplacé Louis le 
Débonnaire sur le trône impérial, l'abbé Pierre lui 
demanda la conlirmalion du privilège accordé par 
son père, en vertu duquel les moines de iMicy pou- 
vaient faire naviguer, sur plusieurs rivières, trois 
bateaux exempts de tout impôt. Le prince accorda 
celte confirmation, au mois d'octobre de la première 
année de son règne (3). 

Plus lard, les officiers de la couronne voulurent 
mettre des entraves au droit de pèche exercé par les 
moines dans le Loiret, et lever une imposition sur le 

(1) D. Mabillon, Ac/a Sanci. Ord. Bened., t. I, p 597. 

(2) Nouveau traité de Diplomatique^ t. 111, p. i03. 

(3) Gali.ia C4HHISTIANA, Eccl. Aurel., t XIII, i». 1529. 



-> 83 — 

poisson qu'ils prenaient. L'abbé Pierre demanda à 
l'empereur de confirmer l'exemption dont ils jouis- 
saient, et de déterminer l'étendue de rivière où ils 
pouvaient exercer leur privilège. Charles le Chauve 
fît ce qu'il désirait. Par une charte donnée à Orléans, 
le 13 septembre 831, il déclara que les religieux de 
Micy pouvaient pécher, sans être tenus à aucun 
droit, depuis le moulin de Dromédan, jusqu'au point 
où le Loiret se jette dans la Loire (1). 

Depuis un demi-siècle, l'abbaye de saint Mesmin, 
restaurée par Théodulfe et vivifiée par l'observance 
de la Règle bénédictine, avait recouvré sa prospérité 
des anciens jours. Les moines, occupés à la prière, 
à Pétude et au travail, sous la direction d'abbés pieux 
et habiles, vivaient dans une paisible sécurité, au 
milieu de Taccomplissement des devoirs de leur sainte 
vocation. 

Tout à coup, Forage gronde; de nouveaux malheurs 
fondent sur eux, qui vont détruire cette iieureuse 
situation. Pendant plus de cinquante ans, nous ne 
verrons encore à Micy que ruines et lamentable déso- 
lation ! 

(1) Bibliothèque nationale, collection Moreaii, t. 98, p. 112. 



— 8- 



CHAPITRF V 

INVASIONS DES NORTHMANS. MICY PLUSIEURS FOIS DÉVASTÉ. 

ABBES USURPATEURS ET SlilOMAQUES. DÉTRESSE DES 

MOINES. 

(865-950) 

Les Barbares du Nord, les iNorthmans, que l'épée 
de Cliarlemagne avait tenus éloignés, envahissaient 
de toute part son empire, livré sans défense à leurs 
coups par les divisions et l'incapacité de ses faibles 
successeurs. Ces hordes cruelles, que le froid et la 
faim chassaient chaque année des régions stériles de 
l'Europe septentrionale, arrivaient en quelques jours, 
dans leurs barquiîs légères, sur les côtes de la 
France. Dans leurs premières invasions, ils pillèrent 
les provinces njaritimes, les villes élevées non loin 
du rivage de l'Océan ; et après avoir enlevé de riches 
dépouilles, ils s'enfuirent avec leur proie, laissant 
les habitants sans ressources, et leurs demeures 
incendiées. Bientôt, aucune résistance ne leur étant 
opposée, ils prirent plus d'audace. On les vit établir 
des stations, ou camps retranchés, dans des îles géné- 
ralement situées à Tembouchure des grands fleuves. 
C'est là qu'ils renfermaient ceux de leurs prisonniers 
qu'ils n'avaienl pas massacrés, pour en tirer de 
fortes rançons, entassaient leur butin, et venaient 



— 85 — 

prendre quelque repos, entre chacune de leurs expé- 
ditions. 

Chaque année, au printemps, les voiles blanches 
des barques de ces hommes du Nord apparaissaient 
sur les bords de ces fleuves, le Rhin, la Seine ou la 
Garonne. Les populations riveraines s'enfuyaient, 
pleines d'effroi, se dispersaient au loin dans les 
forêts, ou s'enfermaient dans les villes fortifiées. La 
Loire, avec son large lit et ses eaux abondantes dans 
la saison des pluies, leur donnait un accès facile 
jusqu'au cœur du pays. Leur cupidité était excitée à 
la vue des fertiles provinces qu'elle traversait, des 
cités populeuses, des nombreuses églises et des 
abbayes construites sur ses rives. Ils établirent deux 
puissants camps de retraite, l'un dans Tile de Noir- 
moutier, en face de son embouchure^ l'autre dans 
celle d'Her, non loin de Saint-Florent-le-Vieil (1). 
Ils s'y protégèrent en couvrant la plage de leurs 

bateaux, qui devinrent comme les murs de cette cita- 
delle improvisée; dans l'enceinte, ils bàtirerit des 
cabanes, et y transportèrent leur butin, leurs captifs, 
ainsi que leurs blessés et leurs malades (2). 

De là, comme des vautours avides de carnage, ils 
infestaient les deux côtés du fleuve, remontant 
jusqu'aux gra[ides villes qu'ils ne craignaient pas 
d'attaquer. Nantes, Angers, Saurnur, Tours, Blois, 
Orléans, reçurent périodi(|uement la visite de ces 

(1) Canton de l'arrondissement deCliolet, (Maine-et-Loire). 

(2) B. Depping, Histoire des expéditions maritimes des 
Normands^ t. 1, p. 128. 

7 



— 86 - 

terribles pillards. Ils les raiiyonnaieiit d'abord, en 
tirant tout ce qu'ils pouvaient d'or et d'argent ; puis 
ils les saccageaient de fond en comble, égorgeant 
ceux (jui n'avaient pas pu fuir ; ils aclievaient leur 
œuvre de destruction en livrant aux flammes tout ce 
qu ils ne pouvaient pas emporter. 

Les Nortbmaris s'attaquaient de préférence aux 
églises et aux monastères. Ils y trouvaient une 
double satisfaction : leur fanatisme païen se faisait 
une joie de massacrer les moines, les prêtres et les 
évèques qu ils pouvaient saisir, de disperser les 
saintes reliques, et d'incendier les sanctuaires les 
plus vénérés ; leur cupidité trouvait dans les monas- 
tères plus d'or et d'argent qu'ailleurs; non pas qu'ils 
fussent ricbes. les abbés laïques qui les possédaient 
presque tous leur laissant à peine le nécessaire ; mais 
leurs églises étaient remplies de candélabres d'argent, 
de vases sacrés en or, de reliquaires garnis de pierre- 
ries, et d'ornements de prix que la piété des fidèles 
y avait amassés. Ils enlevaient toutes ces richesses, 
puis ili> livraient aux flammes les édifices dévastés. 

Orléans passa par toutes ces aflVeuses vicissitudes. 
D'après le témoignage des chroniqueurs contempo- 
rains, les iNorthmans y vinrent au moins six fois ; 
par conséquent, le monastère de Saint-Mesmin, 
situé sur le bord du fleuve, à deux lieues en aval de 
la vill»'. subit autant de fois les mêmes désastres. 

La première agression oui lieu en 8oG. Le féroce 
Hastings, un des plus célèbres cbefs de ces barbares, 
remonla la Loire avec une nombreuse troupe, et 



— 87 - 

arriva jusque sous les murailles d'Orléans, le 18 oc- 
tobre. Les habitants, trop faibles pour le repousser 
offrirent une grosse somme d'argent, afin de se 
racheter du pillage. Grâce à cette rançon les North- 
mans s'éloignèrent (l), et en se retirant allèrent 
fondre sur l'abbaye de Micy. 

Déjà, dans la prévision de ce qui ne pouvait pas 
manquer de leur arriver, les moines avaient quitté 
leur couvent. Depuis quelque temps ils s'étaient 
retirés, avec l'abbé Pierre, dans leur asile de FAlleu 
de Saint-Mesmin, emportant ce qu'ils avaient de plus 
précieux, les corps de leurs saints patrons, les manus- 
crits anciens, les vases sacrés et les ornements sacer- 
dotaux. Les envahisseurs furent furieux de ne 
trouver que des bâtiments vides; ils les dévastèrent 
entièrement. 

Moins de dix ans plus tard, une nombreuse flotille 
de bateaux remonta de nouveau la Loire, en 865, 
sous la conduite d'un chef, nommé Barat ou Bahart. 
Les Northmans voulaient, après avoir pris Orléans, 
aller enlever les richesses de Tabbaye de Fleury- 
Saint-Benoit. Cette attaque fut terrible pour la ville. 
Les Barbares la livrèrent au plus affreux pillage ; ils 
abattirent une partie de ses remparts, et brûlèrent la 
plupart des maisons avec les églises ; seule la cathé- 
drale d<î Sainte-Croix échappa miraculeusement aux 
flammes (2). 

Quand ils descendirent à Saint-Mesmin, ils trou- 

(1) Annales sancll Bertini, ad annum 8G5. 

(2) Adhevald, Miracles de saint Benoit, t. I, n*» 34. 



- 88 — 

vèrent le monastère à peu près dans le même ét^t 
où leurs prédécesseurs Tavaient laissé, dix ans aupa- 
ravant. Pour achever sa destruction, ils mirent le 
feu aux bâtiments restés debout, et à ré<<lise abbatiale, 
du côt»' du midi. « Mais, dit Létald, le B. Mesmin 
empêcha leur malice d'aboutir ; malgré leurs ellorts, 
ils durent se retirer couverts de confusion, sans avoir 
rien pu brûler; prodige d'autant plus merveilleux 
que dans toute la Xeustrie et 1 Aquitaine, à peine 
quelques moiiaslères purent-ils échapper aux iricen- 
dies allumés par ces impies, pas même ceux de Saint- 
Martin et de Saint-Benoit. Sans doute, ajoute avec 
une touchante naïveté l'historien des Miracles de 
Saint-Alesmin, notre Bienheureux Père n'a pas 
voulu que son église brulàt, parce (ju'il prévoyait 
bien qu'au milieu de si grands malheurs, il aurait 
été impossible de la remettre dans son premier 
état(l). 

L'abbé Pierre s'était relire à Orléans, avec ses reli- 
gieux, dans leur Alleu de Sainl-Mesmin. Là, ils pou- 
vaient va(juer en sûreté aux exercices de la vie 
monastique; mais ils vivaient dans une gêne extrême, 
soutenus seulement par le peu d'aumônes (ju'ils pou- 
vaient recueillir dans celte misère générale. Leurs 
riches domaines ne leur rapportaient plus rien. 11 
suffit pour le comprendre de voir, dans le récit d un 
moine contemporain de ces événements, le spectacle 
lamenlable (jur la Kraiicc olfrail aU^rs de (ouïes 
paris. 

(l) LtTALi», Livre des Miracles, t. I, p. G03. 



— 89 — 

(( Les Xorthmans parcourent les plaines et les bois^, 
massacrant tout ce qu'ils rencontrent, depuis le jeune 
homme jusqu'au vieillard aux cheveux blancs. Le 
vigneron et sa vigne, le laboureur et sa moisson 
périssent également sous le fer de l'ennemi. La 
France désolée, inondée de larmes et de sang, ne 
possède plus d'enfants. Hélas ! cette riclie terre est 
dépouillée de ses trésors ; elle est blessée au cœur de 
plaies mortelles. Le pillage, les flammes la dévorent. 
Les phalanges cruelles des Northmans la ravagent, 
l'écrasent, la brûlent. Leur aspect seul glace deffroi. 
Le seigneur comme le peuple, tout fuit et se disperse, 
et Tennemi emporte sur ses navires tout ce qui faisait 
l'orgueil de la patrie (1) ». 

Dans une si grande détresse, l'abbé de Micy avait 
demandé à Charles le Chauve de venir en aide à sa 
communauté ruinée et sans ressource. L'empereur, 
impuissant à défendre ses sujets, et dont le trésor 
était épuisé par tant de fléaux, ne put rien lui 
donner. En gage de sa bienveillance, il lui adressa 
cependant une charte de confirmation pour les privi- 
lèges de l'Alleu, que les moines habitaient déjà depuis 
sept ans (2). 

« Nous savons, dit-il, que les dévastateurs et les 
pillards qui parcourent notre empire ont à ce point 
dévasté de fond en comble l'église, le couvent et les 
biens de vos religieux, que ceux-ci ont été contraints 
d'aller habiter la petite église et Tasile qu'ils ont de 

(1; Le moine Abbon, De obsidione Lutetiœ, liber. I. 
(2) D. Verninac, m. s. 301, p 13, à lu Bil)î. d'Orléans. 



- 90 — 

toute antiquité dans la ville d'Orléans. Nous décla- 
rons confirmer l'exemption de tout droit, cens, fisc et 
imposition, que les moines possèdent depuis longtemps 
pour cet Alleu, comme il est exposé longuement dans 
Tacte original que Tabbé de Saint-Mesmin conserve 
dans le trésor de son monastère (i) ». 

Celle charte nous apprend que, pour cette fois du 
moins, les moines de Micy avaient sauvé leurs litres 
et privilèges, en les emportant avec eux à Orléans. 
Pierre I'^' survécut peu de temps à ces calamités; 
la douleur abrégea ses jours. Il mourut quelques 
mois seulement après que les Norlbmans se furent 
éloignés, vers la fin de l'année 865. 

Amaurv P\ qui lui succéda, avait fait sa profession 
religieuse au monastère de Sainl-Benoîl-sur-Loire. 
C'était un homme simple et de bonne réputation. Il 
eut à gouverner sa communauté dans une des périodes 
les plus désastreuses qu'elle ait jamais traversées. 
Car, sous son abbatial, les Norlbmans visitèrent 
encore deux fois Micy, et détruisirent le peu qui pou- 
vait y rester. 

Kn 879. le chef d'une de leurs bandes, nommé 
Hiéric, pénétra jusqu'à l'abbaye de Saint-Benoît, 
voulant la dépouiller des richesses qu'il y croyait 
renfermées. A son passage devant Micy, il s'arrêta ; 
mais n'y trouvant plus rien à enlever, il continua son 
chemin sans v séjourner (2). 

i) Voir pièce justificative X. Charte de Charles le Chauve, 
pour l'Alleu. 
rl\ D. Mabillon, Annal. Ord. Bened., ad annumS^d. 



- 91 — 

L'expédition de 883 fut plus funeste pour notre 
connmunauté. Les Northmans venaient d'être repoussés 
de Paris, qu'ils avaient vainement assiégé pendant 
près d'un an. Le courage de Tévèque Goslin et du 
comte Eudes leur avaient infligé de grandes pertes. 
Pour se venger de cet échec, leurs troupes se répan- 
dirent dans le centre de la France, qu'ils ravagèrent 
de la plus horrible façon. (( Car non contents de tuer 
hommes et bêtes, de porter partout le fer et le feu, 
ils coupaient ras terre les vignes et les arbres frui- 
tiers, ôtant aux malheureux survivants les ressources 
d'un grand nombre d'années. On ne savait plus de 
remèdes à de si grands maux. C'est alors qu'on inséra 
dans les Litanies majeures, chantées dans toutes les 
églises, ce cri de détresse, implorant le secours du 
Ciel : De la fureur des Northmans, délivrez-nous^ 
Seigneur (1). w 

Quelques moines s'étaient rendus à Micy pour 
essayer de réparer ses ruines, dans l'espérance de 
pouvoir y rentrer. Ils furent surpris par une troupe 
de dévastateurs qui en massacrèrent plusieurs, et 
renversèrent ce qu'ils avaient édifié. 

Il y avait alors à Orléans un évèque du nom de 
Gauthier, homme énergique, qui rebâtit une partie 
des murailles de sa ville épiscopale, précédemment 
détruites, et encouragea les habitants à résister vail 
lamment aux attaques des Northmans. Il fut ému du 
dénùment dont souffraient les religieux de Saint- 
Mesmin, par suite de la destruction de leur monas 

(1) B. Di:pping, Histoire des yumm nds. t. H, p. '^7. 



— 9-2 - 

tère et de la dévastation de leurs domaines. Il leur 
donna plusieurs terres situées dans une région que 
les barbares n'avaient pas encore atteinte. 

Ainsi fit également le roi Eudes, la première année 
de son règne (888J. Il avait été porté sur le trône do 
France, en récompense de la bravoure qu'il avait 
montrée au siège de Paris. Mais bientôt la jalousie et 
l'ambition des seigneurs francs lui suscitèrent de 
grandes difficultés. Il fut obligé de se porter au-delà 
de la Loire, pour étouffer Tesprit de révolte qui s'y 
était manifesté, et qui favorisait les agressions des 
barbares du Nord. Obligé de se faire des partisans, il 
distribuait en profusion les terres, les privilèges et 
les bonneurs à ceux qui le soutenaient. 

C'est dans cette circonstance qu'il vint au monas- 
tère de Saint-Mesmin, le VIII des Calendes de Sep- 
tembre (25 août). Il demeura plusieurs jours dans 
ses bâtiments restaurés à la hâte, et lui donna un 
privilège, dont nous ne connaissons pas la teneur (1). 

L'année suivante, au mois de juillet, Eudes vint de 
nouveau à Micy. Il y signa un diplôme par lecjuel il 
accordait en bénéfice quelques villas, situées près de 
Jargeau. à son fidèle Ricbodon, et une charte de pro- 
tection pour Arnoul, abbé de Sainl-Polycarpe, au 
diocèse de Narbonno, à la prière de Pévèque Ernemir 
et du comte Suniaire. Il y doruia encore des lettres 
pour Gairouf, abbé de Beaulieu, près Limoges, et un 
diplôme pour l'église de Chartres. Tous ces actes 
portent comme suscription : « Fait au monastère de 

(i) Oallia Christiana, EcL'l. Auvel., t. VIII, p. 1539. 



- 93 ~ 

Saint-Mesmin, sous Orléans^ au mois de juillet de la 
seconde année du règne d'Eudes, prince très glo- 
rieux (1). » 

Après la mort d'Amaury. arrivée, croit-on, en 895. 
Tabbaye de Micy tomba entre les mains d'un abbé 
laïque, usurpateur dont Létald raconte Tbistoire peu 
édifiante. 

Un moine d'une naissance distinguée selon le 
monde, du nom de Vulmard, désirait obtenir l'abbaye 
de Micy. Il pria un clerc, de famille noble, qui s'ap- 
pelait Frédric, d'appuyer sa candidature auprès de 
Trannin, évéque d'Orléans, dont il était le favori. 
Mais Frédric jugea qu'il valait mieux obtenir le 
monastère pour lui-même, plutôt que de le demander 
pour un autre. Il suborna les gens de Trannin, per- 
sonnage peu recommandable. Avec leur connivence, 
il profita dune circonstance où Trannin était sous 
Tinfluence des fumées de l'ivresse, pour se faire 
délivrer une donation du bénéfice convoité par Vul- 
mard (2). Puis il se présenta pour en prendre posses- 
sion, se fit ouvrir les portes de force, et cliassa son 
compétiteur, avec les principaux religieux, n'en gar- 
dant que cinq, choisis parmi ceux de moindre impor- 
tance. Il s'empara ainsi de l'autorité abbatiale dont il 
ne remplit aucun des devoirs. Car il traita sans 
égards le petit nombre de moines qu'il avait gardés : 
il les laissait privés des choses les plus nécessaires, 
les nourrissant seulement de pain de seigle et d'eau. 

(1) D. MA.BILLON, Annal. Ord. Bened., t. III, i». .270. 

(2) Gallia Christiana, Eccl. AureL, t. VIII, p. 15'29. 



— 94 - 

Ces mallieureux, repoussés par lévèque, dont ils 
avaient vainement imploré la protection, se rangèrent 
autour (Ju tombeau «lu Bieiilieureux Mesmin, leur 
père, et le conjurèrent, sans se lasser, de venir à leur 
secours. Leurs prières furent exaucées. Durant une 
nuit, deux vénérables vieillards, saint Euverte et 
saint Mesmin se présentèrent à Trannin, lui repro- 
chant ses fautes, et lui infligèrent un châtiment que 
suivit bientôt une mort ignominieuse. Dans le même 
temps, Frédric fut aussi saisi d'une douleur violente, 
et expira en poussant des crir. affreux (1). 

Après ces événements, tous les exilés rentrèrent 
dans leur communauté. Tls chassèrent les envahis- 
seurs profanes et élurent un abbé régulier, du nom de 
Létalde. 

Pendant que Frédric détenait sans aucun droit le 
monastère de Micy, les Northmans l'avaient envahi 
encore une fois. Us étaient commandés par le fameux 
Rollou. (|ni, plus tard, se convertil au christianisme 
et devint duc de Normandie, après avoir épousé 
Gisèle, Xille de Charles le Simple, roi de France. Mais, 
dans ce temps-là, en S97, Rollon n'était encore qu'un 
chef de bande <le pillards, distingué seulement des 
autres par une audace et une habileté plus grandes. 
Il renversa de nouveau les édilices en partie relevés 
et mit le comble à la désolation de Tabbaye. 

Jamais on ne j)ouri'a représenter exactement la 
situation lamentable où gémissait la France au 
mili(Mi d»' si glandes calamités. La consternation 

(1) Lktald, Livre des Miracles, t. I, p. 003. 



— 95 — 

régnait partout. A l'approche des Northmans, ies 
habitants des villes et des campagnes prenaient la 
fuite ; quand ils revenaient, après le départ des enva- 
hisseurs qui restaient rarement de longs jours au 
même lieu, il ne trouvaient plus que des monceaux 
de cendres et des ruines calcinées par les flammes. 
La famine ajoutait de nouvelles souffrances à ces 
horreurs. De toutes parts sévissait une effroyable 
misère. Les champs n'étaient plus cultivés; tous les 
provisions amassées pour l'année étaient enlevées. 
Il n'y avait plus ni joie, ni bonheur, ni même aucune 
espérance. 

Quant aux moines, poursuivis à outrance par la 
férocité impie des Barbares, qui trouvaient un plaisir 
cruel à les égorger, ils étaient encore, s'il se peut, 
plus malheureux. Pour ne parler que de ceux de 
Saint-Mesmin, la Loire était une des grandes voies 
ouvertes à leurs ennemis, et baignait presque leurs 
murailles. Sans cesse sur le qui-vive, ils étaient à 
tout moment forcés de prendre la fuite précipitam- 
ment, et de chercher un refuge soit dans leur Alleu, 
soit dans les forêts de la Sologne, emportant ce qu'ils 
avaient de plus précieux. Au milieu de cette vie aven- 
tureuse, il n'était plus possible d'observer la Règle 
monastique. Le relâchement dos mœurs et de la 
discipline étouffa le goût de la régularité, des pra- 
tiques religieuses et des travaux de l'agriculture, qui 
demandent le calme et la sécurité, pour pouvoir se 
produire utilement. 

Nécessairement les études et la composition dos 



— 96 — 

œuvres littt'raires fuient négligées. Le mouvemeiit 
intellectuel, excité par Théodulfe et par Jonas, fui 
interrompu dans le bouleversement général, sous 
rimpression de terreurs continuelles que les courses 
sanglantes des Norlhmans répandaient de tous cotés. 
Il V eut alors, à Micy, comme partout en France, 
une sorte de halte dans l'ignorance ; les Barbares en 
dévastant les écoles épuisaient dans sa source l'ali- 
ment de rintelligence. 

La Providence, prenant en pitié les longues souf- 
frances des enfants de Saint-Mesmin, leur donna 
deux abbés qui rendirent à leur maison des jours 
meilleurs, quoique de trop courte durée. 

Le premier fut Letalde, élu par ses frères, après 
la mort de Frédric, en 907. Cet abbé, qui ne doit 
pas être confondu avec un autre Letald, religieux de 
Micy et historien des Miracles de Saint-Mesmin, 
près de cent ans plus tard, était de famille noble et 
avait fait sa profession à Micy même. Nous connais- 
sons peu de choses à son sujet, si ce n'est qu'il fut 
ami et probablement disciple du fameux moine Odon, 
qui eut dans son siècle la glorieuse destinée de réfor- 
mer les Ordres monastiques, en France, en Italie, 
en Angleterre, comme saint Benoit-d'Aniane l'avait 
fait du temps de Charlemagne, et fut également placé 
au rang des saints. 

Après les cruelles épreuves qu'il avait subies, le 
monastère de Micy avait besoin d'un supérieur doué 
d'un esprit éclairé, autant que d'une ferme volonté, 
qui y ramenât la régularité, l'ordre, l'exacte disci- 



— 97 — 

pline, le travail et la prière, toutes les vertus claus- 
trales en un mot. 

Letalde se trouva être ce supérieur ; mais, se 
défiant de ses propres lumières, comme tous les 
hommes vraiment humbles, il recourut à Texpérience 
d'Odon, devenu abbé de Fleury-Saint- Benoit. li allait 
fréquemment le visiter ; il lui demandait le secours 
de ses conseils dans les circonstances difficiles; et, 
de retour à Micy, il mettait en pratique les sa^es 
recommandations de son ami, afin de porter ses 
frères à une plus grande perfection (1). 

Ces louables efforts ne furent pas stériles. Sous la 
pieuse direction de Letalde, sa communauté vit 
renaître sa ferveur première et recouvra son ancienne 
réputation. Le nombre des religieux, diminué par 
les troubles des derniers temps, s'accrut de jour en 
jour, et Ton put entrevoir une nouvelle ère de pros- 
périté. 

Letalde continua sa fructueuse administration jus- 
qu'en 937, année où il mourut (2). 

Après lur^ l'abbaye de Saint-Mesmin que l'usurpa- 
tion de Frédric avait fait entrer en quelque sorte 
dans la mense épiscopale d'Orléans, vint au pouvoir 
de Thierry, évèque de cette ville. 

On ne sait de lui (jue ce qu'en rapporte Letald. 
A un extérieur des plus agréables, ce prélat^ doué de 
l'activité d'un âge encore peu avancé, joignait la 
vivacité de l'esprit et l'aménité du caractère. Il eut 

(1) Gallia Chiustiana, Eccles. AareL. t. VIII. p. i.W.^ 

(2) Promptuarium Miriarense, Se.rtu7n, p. ;V.). 



- 98 - 

une grande prédilection pour le monastère, et conti- 
nua l'œuvre de relèvement commencée par son pré- 
décesseur. Il lui eût rendu son antique splendeur, si 
la mort n'eût pas détruit, aprtîs quatre années seule- 
ment d'épiscopat, les grandes espérances qu'avaient 
mises en lui le diocèse d'Orléans et les moines de 
Micy (1). 

Avec les successeurs de Thierry, il nous faut entrer 
de nouveau dans le récit d'événements déplorables, 
sur lesquels l'historien aimerait à jeter un voile épais, 
plutôt que de raconter la longue série des usurpa- 
tions, des désordres et des abus de tout genre contre 
lesquels se débattit le monastère de Saint-Mesmin, 
naguère encore le séjour de si belles vertus. Il faut 
dire cependant que la responsabilité de cette malheu- 
reuse situation ne doit pas tant retomber sur les 
moines qui en furent les premières victimes, que sur 
les personnages, qui abusèrent de leur pouvoir pour 
les opprimer et les dépouiller. 

On était aux plus mauvais jours de la féodalité. 
Le x*^ siècle, que l'on doit regarder comme une des 
époques les plus tristes de riiunuuiité. ne fut pas 
seulement un siècle critrnorance ; il fut surtout un 
siècle de violences et de scandales. En l'absence d'une 
autorité centrale assez forte pour maintenir le bon 
ordre dans la société, une multitude de 8eiii:neur8 
avaient prolité de l'impuissance des rois pour s'ériger 
en souverains indépendants, disposant selon leur 
caprices de toutes les faveurs et de tous les biens. 

(1) Lktai.i», Livre des Miracles, l. 1, p. t03. 



— 99 — 

Ducs, comtes, barons, souvent même évoques et pré- 
lats (le tout rang", agissaient sans contrôle, au gré 
de leur ambition, de leur cupidité et de toutes les 
passions. La force brutale, Pavarice, la vénalité 
régnaient en maîtresses et étalaient sans pudeur leur 
honteuse conduite. Les droits les plus sacrés étaient 
violés par ceux qui auraient dû les faire respecter, 
et la faiblesse sans défense ne pouvait que gémir et 
prier. 

,Tel fut alors le sort de Micy. 

Ermenthée, évèque d'Orléans, en 942, après 
Tliierry, abusa sans scrupule du simple droit de pro- 
tection que les rois avaient donné à ses prédécesseurs 
en faveur des moines de Saint- xMesrnin (1). Il s'attri- 
bua à lui-même l'autorité abbatiale; mais comme il 
ne pouvait pas Texercer personnellement, il se fit 
représenter par un prévôt laïque nommé Benoit. 

De leur côté, les religieux avaient confié la direc- 
tion de leurs affaires à leur procureur, appelé Ro- 
thard. De cette compétition naquit un grave conflit 
entre les deux antagonistes. Rothard, se sentant le 
plus faible, prit la fuite et se retira chez Régimond, 
abbé de Saint-Sulpice, à Bourges. Mais en partant il 

(1) La Galliâ Ghrtstiana (t. VIII, p. 1,530), après Letald, 
dit qu'Ermenthée était frère de Frédric, abbé usurpa teui* de 
Micy. Nous pensons que ce sentiment ne peut p is être sou- 
tenu, si Ton considère que Frédric mourut en 907, après 
avoir été au moins dix ans en possession de l'abbaye, tandis 
que l'évêque Ermenthée ne finit sa vie qu'en 974. Un si 
grand intervalle d'années ne peut pas séparer la mort de 
deux frères. 



- 100 — 

emporta tout ce (ju'il y avait «le plus précieux dans 
le couvent, notamment les bulles des papes en faveur 
de Micy, les diplômes des princes et les privilèges 
des évèques crOrléans ; perte irréparable, car ces 
actes d'une si grande importance ne rentrèrent jamais 
dans la possession des rnoines 1). 

Cet enlèvement criminel explique pourijuoi i'abbayo 
de Saint-Mesmin n'a conservé aucun de ses anciens 
titres originaux, qui lui avaient été donnés fort nom- 
breux dans les premiers siècles de son existence. 

Benoit, délivré de sonconcurient, envabit le monas- 
tère en vainqueur et ne mit plus de frein à ses mau- 
vais instincts. Il s'installa en maître dans les lieux 
claustraux, avec sa famille et tout l'attirail d'un sei- 
gneur féodal, ses cbevaux, ses cbiens et ses faucons. 
11 leur partagea toutes les places à leur convenance : 
ici, les jeunes pages s'exerçaient à mariier le bouclier 
et à lancer le javelot; là, les tisseuses faisaient 
retentir l'agile navette sur leurs métiers ; ailleurs, les 
séculiers se réunissaierit pour leurs longues conver- 
sations, tandis que la maîtresse du lien, femme de 
Benoit, parcourait tous les logis, escortée de la troupe 
de ses servantes. 

Au milieu d'un tel désordre, comment pouvaient 
vivre les moines? Que devenaient le recueillement 
de la vie njonastique, le silence cl la régularité de 
leurs exercices, parmi cette folle agitation? 

Benoit alla plus loin encore. Il se fit construire à 
l'emboucbure du Loiret une maison qu'il appela 

(\) Letald, Livre des Miracles, t. I, p. 604. 



— 101 - 

Mirande, afin d'empêcher les religieux d'user de 
leur droit de pèche ; puis il conseilla à Ermenthée de 
partager entre ses hommes d'armes les hiens de la 
communauté; ce qui fut fait. Lui-même s'empara le 
premier du domaine de Lig-ny (1), donné à Micv par 
le roi Clovis. Il distribua ensuite d'autres terres à ses 
satellites, et ne laissa rien aux infortunés religieux 
qui persistaient à résider dans le couvent et à suivre 
leur Règle. Une faible ration de pain, une poignée de 
légumes^ rarement du vin, et, quand on le donnait, 
en fort petite quantité, telle était la chétive nourri- 
ture que leur distribuait Benoit lui-même, car il ne 
souffrait pas qu'aucun des religieux s'occupât de leurs 
propres affaires. 

Malgré cette misérable existence, il y avait cepen- 
dant à Micy quelques moines recommandables à 
divers titres. Parmi eux, on peut citer Gaudebert, 
qui était un prêtre distingué par la noblesse de sa 
naissance, et davantage encore par les qualités de 
son esprit. Bernier, son frère plus jeune, ne lui cédait 
en rien : il brillait surtout par sa charité pour ses 
frère,s et son dévouement au bien de la communauté 
dans ces circonstances difficiles. 

Dieu touché de leur mérite permit qu'un vénérable 
vieillard^ nommé aussi Benoit, évêque de Quimper, 
vint de la Bretagne au monastère de Saint-Mesmin. 
Il possédait tous les avantages de la naissance, <le la 
beauté corporelle et des dons de rintclliiidice, joiiils 

(1) Ligny-le-Ribault, commune du canton do la Ferlt' 
Saint-Aubin (Loiret). 



— 102 — 

à une grande et sincère piété. Son oraison était con- 
tinuelle ; il récitait assidùnienl les Psaumes de David 
ou l'Évangile de saint Jean. Emu de pitié à la vue de 
l'oppression dont gémissaient les moines, il demanda 
à Ermenthée de lui céder le monastère, moyennant 
une somme d'argent. L*évè(jue était peu scrupuleux, 
disent les chroniqueurs ; il ne voyait aucun mal dans 
celte action. Il lui vendit donc pour le prix de trente 
livres d'argent (1), le litre d'abbé de Micy, en946 (^). 

L'autre Benoit, le dur prévôt, fut chassé. La bonté 
et les vertus du nouveau supérieur consolèrent 
grandement les religieux ; mais son séjour parmi eux 
ne fut pas de longue durée; car, trois ans plus tard. 
il retourna dans la Hretagne, sa pairie (3). 

Vers la même époque, un abbé des pays maritimes, 
de Bretagne sans doute, nommé Jacob, était venu à 
Bourges où il demeura (juelque temps. Ayant entendu 
parler de Micy, il y vin I. 11 fut séduit par la beauté 
de son sile, et, comme il était très riche, il l'acheta 
soixante livres à Ermenthée (4). « Ce n'était pas un 
monastère qu'il achetait, dit Letald, n)ais des mu- 
railles et des logis vides d'habitants. » Peu après, il 
fut élu évéque de Saint-Pol-de-Léon (5), mais bien 

(1) La livre d'ai-gent, monnaie de compte, et non d'usage, 
Valait au x« siècle environ 150 francs actuels. Benoit aciietait 
donc l'abbaye à peu près 4,500 francs. 

(-2) D. Mabillon, Annal. Ord. Bened , t. III, p. 421. 

{3} Promptùarhim Miciacensef Se-rtiun, p. 62. 

(A) Environ 9,0<K) francs de notre monnaie. 

(5) Aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissemenl de 
Morlaix (Finistère). 



— 103 - 

qu'il reçût la consécration épiscopale, il ne quitta 
pas Sainl-Mesmin, et y resta jusqu'à sa mort. 

L'abbé Jacob avait amené de son pays quelques 
moines, bretons comme lui^ qui, avec plusieurs 
anciens religieux rentres à Micy, formèrent la nou- 
velle communauté. Mais les caractères des uns et des 
autres' ne purent pas s'accorder, « pas plus qu'on ne' 
peut allier la brique avec Tairain (1; ». 11 v eut de 
violentes querelles ; des coups furent échangés ; on 
essaya môme de s'emparer par force des trésors de 
Tabbé. Ermenthée, informé de ces faits, envova 
Vilanus, doyen de Sainte-Croix, avec plusieurs gen- 
tilshommes, pour rétablir la paix, proléger l'abbé et 
expulser les perturbateurs. 

Peu après, Jacob, prévoyant sa fin prochaine, dis- 
tribua une partie de sa forturie à ses compagnons et 
envoya le reste en Bretagne. Quand il fut moi't, 
Benoit l'ancien prévôt, accourut pour ressaisirla proie 
qui lui avait échappé : mais il fut repoussé (2). 

Deux hommes vertueux d'Orléans, Albert et 
Azenaire, offrirent dv nouveau vingt livres d'ar- 
gent (3) à Ermenthée, pour qu'il donnât l'abbaye de 
Micy à leur frère Annon, alors abbé de Jumièges (4), 
qu'ils désiraient vivement avoir auprès d'eux. L'évèque 
y consentit; c'était en î)5(). 

Tous ces détails, qui montrent sous un jour bien 

(1) Letald, Livre de^ Miracles, t. 1, p. <)<>j. 

(2) Gai.lia (Ihristiana. Ecoles. Aurel., t. \ III, p. 1,530. 

(3) Environ 3,n0n fr;m<'s do nnlio monnaif. 

(4) Célèbre aljbave bénédictine, au diocèse de Rouen. 



— lOi — 

singulier les mœurs et pratiques de ce triste x*" siècle, 
sont empruntés au Litre des Miracles de saint 
Mcsmin, de Letald, moine de Micy. 11 tut témoin 
oculaire d'une partie de ces événements et de ceux 
qui suivirent; il y joua lui-même un rùle important, 
qui ne fut pas entièrement à son honneur. 



— lOo — 



CHAPITRE \1 

ANNON, AMAURY II, ROBERT, PIEUX ABBÉS. — NOMBREUX 

MIRACLES A MICY. UNE CONSPIRATION DANS LE CLOITRE. 

LETALD l'historien. 

(950-1011) 

Annon était abbé au monastère de Jiimièges^ quand 
ii fut appelé au gouvernement de celui de Sainl- 
Mesmin, en 9o0. L'antique et célèbre abbaye de 
Jumièges, la gloire de la Neustrie, avait été, conmie 
tant d'autres, dévastée de fond en comble et incen- 
diée par les Nortbmans; il n'en restait que des 
ruines, quand un pieux abbé du couvent de Saint- 
Cyprien, au diocèse de Poitiers, y vint avec douze 
religieux, la restaura, et, sous la protection de 
Guillaume Longue épée, fils et successeur de Rollon, 
eut la joie d'y recommencer la sainte peuplade de 
Jumièges (1). Quand cet abbé_, nommé Martin, eut 
acbevé son œuvre, iljit élire Annon en sa place et 
retourna dans le Poitou. Celui-ci était un mointv 
plein de zèle ; tout en s'occupant des devoirs de sa 
cliarge abbatiale, il fit transcrire plusieurs bons 
livres, dont les copies existaient encore au monastère 
de Jumièges, peu avant la Révolution (2). 

(1) Gabriel Dumoulin, Histoire générale de la Nor- 
mandie. 
(*2) DesHayës, Histoire de V abbaye de Jamièget, p. 45. 



— KM) — 

Aussi ce fui un acte «ie grand et liuniLle dévoù- 
ment, de la part d'Annon, de quitter cette commu- 
nauté riclie et redevenue florissante, pour se laisser 
mettre à la tète d'une maison réduite alors à l'état 
de simple ferme, — in foi'/ua villœ (1). 

Micy eut ainsi un abbé d'un mérite éminenl. 
(juoique son intronisation eût été entacbée d'irrégu- 
larité. Sa piudente et habile administration rele- 
vèrent entièrement le monastère ; après une longue 
suite de hontes et de malheurs, on y vit refleurir les 
vertus monastiques dans toute leur beauté. 

Les jours mauvais sont finis à Micy. au moins 
pour longtemps. Les Northmans se sont établis dans 
les fertiles provinces iju'ils convoitaient : leurs 
incursions ont cessé. L'autorité royale s'affermit de 
jour en jour, avec les princes de la troisième race, et 
étend une protection pleine de sollicitude sur les ins- 
titutions religieuses, où elle trouve un concours 
efficace pour instruire et moraliser le peuple. Pen- 
dant (juatre siècles, jusqu'à l'affreuse guerre de Cent 
ans, les moines de Sainl-Mesmin vont pouvoir don- 
ner un libre essor à leur zèle vers la perfection, dans 
la cahne régularité des exercices de leur sainte voca- 
tion. Il y aura encore, sans doute, des fautes com- 
mises, car les hommes ne sont jamais entièrement 
impeccables, sur cette terre: mais Tordre général ne 
sera plus trnubb'. ni la vie claustrale suspendue. 
Après (|uel(jues agitations passagères, la paix, la 

(1) Mabillon, A>inflr/tf.v Ovdinis Bmedictini, t. III, p. 4G7. 



— 107 — 

ferveur, la charité, la pénitence, le travail et la prière 
rempliront seuls leur tranquille existence. 

Le premier soin d'Annon fut Je rassembler les 
moines de Saint-Mesmin dispersés de côté et d'autre, 
vivant sans règle, dans l'oubli des devoirs de leur 
état. L^abbaye ne tarda pas à prospérer sous sa direc- 
tion à la fois douce et ferme. Il y rétablit l'obser- 
vance des pratiques monastiques par sa patience et 
ses bons exemples. L'oraison, l'amour de la mortifi- 
cation et du travail, une généreuse hospitalité y 
furent remis en bonneur. a Le monastère, dit Letald, 
semblable à un liomme qui relève d'une longue 
maladie, commença à sortir de son ancien abaisse- 
ment. Ce vénérable père ramena Pantique discipline^ 
et, sous son autorité, nous l'avons suivie avec une 
ferveur très grande. L'ardeur de notre charité sup- 
pléait en toutes choses à ce que notre pauvreté ne 
nous permettait pas de nous procurer. Combien de 
fois n'avons-nous pas donné largement à nos hôtes 
notre meilleur vin, tandis que nous nous contentions 
d'eau pour boisson ! Et, cependant, nous paraissions 
si heureux, qu'ils pouvaient croire que nous «-n 
buvions du pareil au leur. La grâce de Dieu nous 
venait en aide*, il nous a montré, par de nombreux 
miracles, le soin qu'il prenait de subvenir lui-même 
à notre charitable misère (1). » 

Tout en dirigeant avec assiduité les exercices de sa 

(1) Letald, Livre des Miracles de saint Mesmin, t. I, 

p. G05. 



— 108 - 

coniinunauté:, Annoii soccupait activement de la 
restauration des édifices claustraux. Il fit réparer 
Téglise entièrement dégradée, et reconstruisit son 
clocher. 

Pour ces travaux, les moines employaient une 
sorte de terre argileuse qu'ils tiraient de la berge de 
la Loire. Ils l'obtenaient ainsi à peu de frais, et elle 
leur tenait lieu de bonne chaux. Mais les serfs qui en 
faisaient l'extraction, ayant poussé trop profondément 
leur galerie souterraine, un éboulement se produisit ; 
la voûte tomba sur eux. Deux furent entièrement 
enterrés; du troisième, on ne vit plus que la tète, le 
reste du corps étant recouvert d'un monceau consi- 
dérable de débris. Le moine qui dirigeait Touvrage 
invoqua d'abord saint Mesmin: puis il se mit à 
déblayer activement les matériaux accumulés, avec 
l'aide des autres travailleurs. Il eut bientôt la joie de 
retrouver sains et saufs ceux (jui auraient certaine- 
ment péri, si saint Mesmin ne les eut pas sauvés 
(( afin, dit Létald, (jue la réparation de nos logis ne 
fut pas interrompue par un si grand deuil (I). » 

(Jiiand le clocher fut achevé, Annon (il fondre une 
cloche pour appeler les fières à leurs dillérents 
exercices. I^lle fut bénite, selon l'usage de l'Église, et 
suspendue au sommet du bellVoi. ('omme ceux (|ui 
l'avaient montée revenaient par le (oit de Tédilice, 
un clerc, nommé Flodonic. (jui les avait accompagnés, 
mit par inadvertance le pied sur ime planciie fort 

(1) Letald, Livre des Miracles, t. I, p. G09. 



— 109 " 

légère. Elle se rompit, et le malheureux fit une 
chute terrible. Il tomba d'abord sur un grand Christ 
ayant à ses pieds une statue de saint Mesmin, dont 
il brisa la tête et un bras; puis il heurta le mur du 
cloître, d'oii il rebondit sur des degrés de bois, et 
enfin il arriva inerte sur le dur pavé qui recouvrait 
le sol. Tous le croyaient mort; « mais, ajoute Letald, 
grâce à la protection de saint Mesmin, il n^eut aucun 
mal ; et aujourd'hui il est encore vivant parmi nous, 
plus de trente ans après qu'il a couru un si grand 
danger (1). » 

L'abbé Annon gouverna environ vingt et un ans 
ses frères, soutenus dans leur ferveur par la vue de 
ces miracles et de beaucoup d'autres que rapporte 
Letald. 

Les auteurs delà Gallla Christiana (2), etMabillon 
avec eux, écrivent (ju'Annon administra Micy plus de 
trente ans. Or, les mêmes auteurs rapportent que 
Jacob, son prédécesseur, fut abbé jusqu'à sa mort, 
arrivée en 950, et qu' Annon mourut le 6 janvier 972. 
Ce dernier ne fut donc abbé (jue vingt et un ans. 
D. Verninac, D. Estiennot, le chanoine Hubert ont 
répété la même erreur, sans remarquer l'impossibilité 
qui ressort des dates indiquées. 

Le jour de l'Epiphanie, G janvier de l'année 972, 
Annon rendit le dernier soupir^ laissant dans une 
immense douleur ses frères déjà affligés p;ir un autre 

(1) Letald, Livre des Miracles, t. 1, p. 0U7 . 

(2) Gallia Christiana, EccL Aurel., t. VIII. p. 1530. 



— 110 - 

deuil : car, neuf jours avant lui. le pieux prêtre Ber- 
nier. (jui remplissait la charge de doyen, avait déjà 
(juittéce inonde, couronnaiit sa sainte vie par une mort 
plus sainte encore. 

L'évèque Ermenthée. converti sans doute par les 
paroles et Texemple des vertus d'Annon, avait 
embrassé une existence plus conforme au caractère 
sacré dont il était revêtu. Emu lui-même d'une douleur 
sincère, il vint consoler les religieux. A la tête de son 
clerg-é, et accompagné de plusieurs notaldes habitants 
d'Orléans, il présida les funérailles du saint abbé, 
alin de rendre hommage à son mérite. On l'inhuma 
dans le vestibule extérieur qui reg^arde le Septentrion, 
aux coîés de Suthard, homme ilistingué, ami et bien- 
faiteur du monastère (1). 

Douze ans plus tard, on eut besoin d'agrandir ce 
vestibule et de le reconstruire sur un autre plan. 
Pour creuser les nouvelles fondations, il fallut relever 
le C()i'[)S dWnnun, entciré à celte |)lace dans un cer- 
ceuil de bois de chêne. « Quand on l'eut tiré de terre, 
rapporte Lelald, nous nous sommes approchés, et 
nous avons contemplé avec étonnement ce père 
vénéré ; car son corps et ses vêtements étaient dans 
III) étal de conservation aussi parfait (jue le jour où 
nous l'avions placé dans ce lieu, indice non douteux 
de sa sainteté. » (2). 

(1) nibliotlièque Nationale, D. Estietuiot, M. S. l'2,730, 
p. 1-2. 

('2' Lkiam». Livre des Mintclcs^ t. I, j). 601>. 



— 111 — 

Après la mort dAnnon, les moines élurent un 
d'entr'eux, nommé Isaac, en la place du doyen Ber- 
nier. Ermenthée. tombé gravement malade, se fit 
porter à Micy. Lorsqu'il eut recouvré la santé^ il se 
démit de la dignité épiscopale en faveur d'Arnoul, 
son neveu, prit l'habit monastique, et demeura deux 
ans parmi les frères, les édifiant par sa conversation 
aimable et instructive. Ceux-ci l'engagèrent à devenir 
leur Supérieur. Ermenthée refusa, et voulut leur 
donner pour abbé Hermenault, du monastère de 
Fleury-Saint-Benoit. Les moines de Micy le repous- 
sèrent, sans lui faire d'autre reproche que de n'être 
pas de leur maison. Une année entière se passa sans 
qu'eut lieu aucune élection. A la fin^ voyant qu'Ar- 
noul, le nouvel évêque d'Orléans, persistait également 
à ne point les laisser élire un abbé choisi parmi eux, 
ils acceptèrent Amaury, doyen de Saint-Benoit, le 
14 janvier 973 (1). 

Quant à Ermenthée, il mourut à Micy, au mois 
d'avril 974, après y avoir passé pieusement les deux 
dernières années de sa vie, et fut iiihumé dans le 
cloître. 

Amaury II était un homme simple de caractère, de 
bonne réputation et d'éminente vertu. Il se concilia 
l'estime et l'afTection de ses religieux, ainsi que de 
l'évèque Arnoul et des rois Lothaire, Louis V et 
Hugues Capet, sous lesquels il vécut. 

L'évèque d'Orléans eut toujours une graiide amitié 

(1)Gallia(-:hristiana. Eccl, Aurel., t. VIII, p. 1,530. 



— 112 — 

pour les moines de Micy, et se plut à la leur mani- 
fester par de nombreuses faveurs. 11 leur rendit les 
revenus de toutes les églises leur appartenant, que 
ses prédécesseurs percevaient, et leur concéda sans 
réserve les autels de celles de Chaingy, de Jouy-le- 
Potier, de La Chapelle-Saint-Mesmin, de Mézières 
et de Saint-Hilaire. En ÎI74, il lit une charte pour y 
consigfner ce privilèg-e ; et, afin qu'aucun évèque ne 
pût y contrevenir plus tard, il la fit sceller de son 
sceau et confirmer par tout son clergé réuni on 
Synode. En retour, il demanda aux moines de réciter 
les sept psaumes pénitentiels chaque jour, de dire 
deux Fnesses chaque année, et de nourrir et vélir à 
perpétuité deux pauvres, à son intention et à celle 
des évèques d'Orléans ses prédécesseurs et ses suc- 
cesseurs. Ce à quoi ils s'engagèrent (1). 

En outre. Arnoul étant allé à Rome peu après, 
demanda et obtint du pape Iknoit VU une bulle con- 
firmalive de ces privilèges. Il y lit ajouter celte clause 
(ju'on ne pourrait jamais prendre un religieux d un 
autre monastère pour l'imposer à celui de Saint- 
Mesmin, comme abbé, sans le consentement des 
frères, sous peine d'anal hème. Lui-même rapporta 
de I{ome cotte précieuse bulle, transcrite sur parche- 
min, et, à son letour, la (lo[)()sa dans le trésor des 
archives de Micy (2). 

(1) Bibliothèque Nationale, collection Moreaii, n'> 792, 
f" %. 

(•2) Hihliothèque Nationale, M. S. :)A'20, E Cartulario Mi- 
ciaceusi. 



— 113 — 

Le fondateur de la troisième dynastie des rois de 
France, Hugues Capet, qui voyait dans les Institu- 
tions religieuses le modèle d'un gouvernement par- 
fait, avec un puissant appui pour sa propre autorité, 
les protégeait de tout son pouvoir et recommandait à 
son fils Robert d'imiter sa conduite à leur égard(l). 
11 donna un grand exemple en abandonnant, quand il 
monta sur le trône, les abbayes quil possédait à titre 
à^abbé laïque [2). 

Sa bienveillance procura un avantage considérable 
aux moines de Saint-Mesmin. L'empereur Charles 
le Chauve leur avait autrefois, en 8ol. accordé le 
droit de pécher librement dans le Loiret, depuis le 
moulin de Dromédan jusqu'à son embouchure dans 
la Loire. Mais, depuis ce temps, le poisson pris dans 
cet espace restreint était devenu insuffisant pour la 
nourriture de la communauté qui s'était beaucoup 
augmentée. Par une charte donnée à Orléans, la 
première année de son règne, 987, Hugues Capet 
remédia à cet inconvénient. 

Voici cette charte (3) : 

« Au nom de la Trinité sainte et indivisible, Amen. 
Hugues, roi par la g"ràce de Dieu. Celui (jui désire 
atteindre les hauteurs delà perfection nécessaire à la 
dignité royale doit sans cesse avoir devant les yeux 
les intérêts de ceux qu'il dirige. Sachent donc lous 

(Ij Helgaud, Vita Roberfi régis, de Hugone Capoto. 

(2) Dareste, Histoire de France^ t. I, p. 540. 

(3) Bibliot. Nat., />. Estiennot, aux Preuves, M. S., 1-2739, 
p. 03. 



— 114 - 

les fidèles de la sainte Eglise de Dieu, tant présents 
(jur i'ulurs, que nous nous réjouissons de protéger 
et d'accroître les biens des églises. C'est pourquoi 
nous voulons faire savoir à tous (jue le vénérable 
abbé du monastère de Saint-Mesniin, nommé Amaury, 
et plusieurs de ses fiéres, onl exposé à noire sérénité 
la concession faite jadis à leur maison par Cbarles- 
Auguste, du dioit de pèche dans la rivière du Loiret, 
depuis le moulin de Dromédan jusiju'à son embou- 
chure dans la Loire, au-delà de Saint-Hilaire. Ils nous 
ont présenté son privilège^ nous demandant de le 
confirmer et de l'étendre à la partie de la rivière qui 
appartient à notre fisc, en laison de notre comté 
d'Orléans. Après avoir pris l'avis de nos conseillers, 
nous avons jugé bon di; le faire, et nous leur avons 
accordé la permission «le pécher un joui- et une nuit, 
chaque semaine, dans loute Teau (jui est de notre 
droit, par tous les moyens m usage, sans (jue p<'r- 
sonne puisse les empêcher ou les molester, à la con- 
dition (ju'ils prieront pour nous, nos enfants ef notre 
règne, afin que JioLre libéralité nous soit profitable 
devant la justice du Dieu tout puissant. Pour (jue cet 
acte obtienne une pleine autorité dans les temps pré- 
sents et futurs, nous avons ordonné de le munir de 
notre sceau. Donné le VIII des Calendes de Sep- 
tembre (25 août), de la première années du règne de 
Hugues. Fait en la cité d'Orléans, lu noniine Dci 
fcllciter (1). » 

(1) Voir pièce justificative XI, charte de Hugues Capet 
pour la pêche . 



— 115 — 

Pendant que l'abbé Amaury gouvernait le monas- 
tère, eut lieu un fait miraculeux dont furent témoins 
les habitants d'Orléans et les religieux de Micy. 

Comme l'hiver était plus rude que de coutume, en 
cette année-là, 990, la Loire gela tout entière, et la 
glace fut si épaisse que non seulement les liommes, 
mais toutes sortes de voitures pouvaient passer dessus. 
Peu de temps avant le dégel, deux serfs, qui étaient 
frères, du faubourg de Saint-Marceau, au-delà du 
fleuve, voulurent venir en ville, portant, Tun une 
lourde charge de choux, l'autre de la paille sur 
laquelle les bouchers ont coutume d'étendre leurs 
viandes. Ils s'engagèrent donc sur la Loire et en 
avaient déjà atteint le milieu,, quand tout à coup le 
glaçon sur lequel ils marchaient se détacha de la 
masse environnante, et lancé comme une flèche par 
la violence du courant, s'engagea dans le chenal 
formé par la rupture des bancs environnants. Là, 
cette île flottante fut entraînée avec une rapidité 
effrayante. Une foule immense couvrait le rivage, 
témoin de leur danger, sans pouvoir leur porter 
secours. Les deux infortunés, tremblant d'eliroi et se 
voyant irrémédiablement perdus, s'assirent sur le 
glaçon, n^attendant leur salut que <ie Dieu seul. Quand, 
après ufi long parcours, ils arrivèrent en face de 
notre monastère, l'un d'eux, apercev;nil l'église, 
implora à grands cris la protection d<' noire [>ère 
saint Mesmin. Aussitôt le glaçon se rompit par le 
milieu, et la partie où se tenait celui tpii avait prié 
fut poussée incontinent jusqu^au bord. L'homme 



— ll(j — 

sauta à lent* et courut à l'église rendre grâce pour 
lui-même, et demander que son frère fût aussi sauvé. 
:< Je ue sortirai pas de votre église, bienheureux 
Mesmin, dit-il, que vous ne m'ayez rendu mon frère 
sain et sauf. » Celui-ci étant arrivé en face de l'église 
de Saint-André (\), supplia le hienhenreiix apùtre 
d avoir pitié «le lui. Il fut à son tour poussé vers le 
rivage, et accourut rejoindre son frère. Ils tom- 
bèrent dans les bras l'un de l'autre et mêlèrent leurs 
larmes de joie aux ci'is de leur reconnaissance. Us 
vécurent encore longtemps après cet événement, et 
ne manquèrent jamais d'olfrir, chaque année, à leurs 
libérateurs, un anniversaire de très pieuses actions 
de grâces (2). 

Robert V\ qui fut abbé après Amaury II, en îM)i, 
naquit dans le Blésois, d une famille noble. Selon le 
lémoignage de ses contemporains, c'était un homme 
renommé pour ses vertus, chaste^ mortifié, «jui. tout 
en menant une vie presque angéli(|ue, ne négligeait 
rien des devoirs de sa charge, et s'a[>pli()uait aux 
études avec une infatigable ardeur (8). 

Robert était déjà ai)bé du monastère bénédictin de 
Saint-Florent, de Saunnu'. (jnand il fut aj)pelé à la 
direction de celui de Sainl-Mesmiii. Il remplit avec 
un soin égal les obligations de ce double emploi. 
Mais les deux maisons étant séparées par une longue 

(1) Aujourd'hui, village de la commune et canton de ( '.léry, 
ù environ 3 kilomètres au-dessous de Saint-Mesmin. 

(2) Letald, Livre des Miracles, t. I, p. G06. 
i'^) Marillon, Ann. Ord. Bcned., t. TV. p. 30. 



- 117 - 

distance, Robert se trouvait dans la nécessité de 
s'absenter fréquemment, pour aller visiter l'une, 
tandis qu'il abandonnait l'autre. Cette situation ne 
tarda pas à engendrer de graves inconvénients. 

Quand l'abbé Robert s^éloignait de Micy, il laissait 
en sa place, afin de le suppléer, un moine pour lequel 
il éprouvait peut-être une préférence trop marquée. 
Il n'en fallut pas davantage pour exciter la jalousie 
des autres. Vers l'année 997, une sorte de conspira- 
tion s'ourdit contre Pabbé et son favori. Deux reli- 
gieux de grand talent, mais ambitieux et remuants, 
Letald, l'bistorien, et le doyen Constantin se mirent 
à la tète des mécontents et manquèrent gravement au 
respect qu'ils devaient à leur abbé. Calomnies, fausses 
imputations et reprocbes de tout genre, rien ne lui 
fut épargné. Des troubles sérieux divisèrent la com- 
munauté, et finalement, les conjurés ayant eu le 
dessus, cliassèrent Robert et son protégé. Letald, qui 
convoitait sa place, put un instant se croire abbé de 
Micy (1). 

Afin de justifier leur conduite, les moines de Saint- 
xMesmin écrivirent à ceux de Fleury-Saint-lienoît une 
lettre oii, avec de grands sentiments de déférence, 
ils cliercbaient à obtenir leur approbation. iMais saint 
Abbon, alors abbé de ce dernier monastère, leur 
répondit par une autre lettre dans la(|uelle, cMqiloyaiil 
tour à tour le reprocbe pour leur mauvaise action, et 

(1) ]). RivEf, Histoire littéraire de la France, t. VI. 
1». r,81. 



— 118 — 

réloge pour leurs vertus, il s'ell'orçait de les ramener 
au sentiment de leur devoir (1). 

(( A nos frères de 31icy, et principalement à leur 
doyen. Sachez que vos louanges attristent ceux à qui 
vous les adressez. Ignorez-vous donc l'intégrité de 
conscience et la dignité de caractère de vos frères 
de Saint-lienoît, pour croire qu'ils so feraient jamais 
les accusateurs ou les calomniateurs d'un absent qui 
ne peut pas se justifier? Changez de conduite; sachez 
comprendre l'esprit de voire vocation ; rentrez en 
vous-mêmes; souvenez-vous des vœux que vous avez 
faits devant Dieu et ses saints. Désirez de nouveau 
de voir à votre tète votre vénérable abbé régulière- 
ment élu, que vous avez chassé avec son unique petite 
brebis, après avoir essayé de lui oter Testime et la 
confiance de Tévèque d'Orléans. 

Et maintenant, c'est à toi (jiie je parle, à toi, Letald, 
qui me fus lié jadis par une si douce confraternité, 
à toi, dont mon peu de mérite sait si bien apprécier 
la science éminente et lexaller par des louanges mé- 
ritées. Quel intérêt pouvais-tu avoir à déchirer ainsi 
la vie d'un infortuné, à dénigrer pareillement un 
malheureux homme à qui tu devais le respect? 11 est 
écrit (|ii(' le sage ne doit rien faire qu'il ait à regretter 
plus tard. Jç t'en prie et t'en conjure, mon très cher 
ami, souviens-toi de ta pro[»re faiblesse; reprends tes 
frères ; ramène-les à leur devoir avec une charitable 

(1) Bibliothèque NatioriîUe, D. t'stiennot, M. S. l'^,739, 
p. 'm. 



— 119 — 

douceur, de telle sorte cependant que tes reproches 
ne les portent pas au désespoir, sans (|ue la patience 
puisse les en<:ourager à persévérer dans leur désordre. 
Car on dit que tu es le chef de cette conjuration, et, 
chose triste à croire, que tu as voulu prendre la place 
du seigneur Robert^ ton abbé, sans craindre le clià- 
liment d'un tel crime. Que le Dieu tout-puissant le 
délivre des maux que vous lui avez causés et le rende 
à ses frères repentants et dociles » (1). 

Cette belle lettre, oij la tendresse d'un saint ami 
s'unit à la sévérité d'un juge, produisit l'iieureux eliet 
qu'Abbon en désirait. Tout rentra daris Tordre; les 
rebelles se soumirent et Robert revint à Micy, (ju'il 
gouverna paisiblement jusqu'à la fin de ses jours. 

Quand les rois de France venaient, avec leur suite 
toujours nombreuse, demeurer dans quelque ville du 
royaume, leurs officiers ne respectaient pas suffisam- 
ment les biens et les propriétés situées procbe du lieu 
de leur séjour. Pendant que Robert le Pieux^ succes- 
seur d'Hugues Capet, tenait ses Étals à Orléans, 
en 1003, ses gens de chasse et de fauconnerie avaient 
endommagé le domaine de Saint-Denis-en-Val, ap[)ar- 
lenant aux moines de Saint-Mesmin. Pour éviter de 
pareils faits à l'avenir, l'abbé Robert sollicila et obtint 
du prince une ordonnance par la(iuelle il était interdit 
aux officiers de la couronne de faire aucun dégât sur 
les terres de Saint-I)enisrn-Val (2). 



(1; Voir pièce juslifitative XII, lettre d'.Vbboii. 

(•2) Bibliothèque dOrlèans, llubevt, M. ^ 430^, p. ICi. 



— 1-^0 — 

Du lL'mj)s (le cet al)l)t'', on lolroiiva. prt'S tle Saiiiiuir. 
les corps tics sainis llill)Oïf, UoarcI, Aigiiaii cl [)lu- 
sieurs autres. Ils avaient été cénobites à Miey, à 
l'époque oh vivait saint Mesniin. En étant sortis, 
comme beaucoup d'autres, pour mener un vie plus 
austère dans la solitude, ils avaient construit un ora- 
toire cl des cellules, non loin des bords de la Loire, 
et V avaient servi Dieu dans la prière elles macérations 
ascéticjues. Ils avaient converti un grand nond)re de 
païons par leur })ré(lication. Quand ils furent morts, 
des miracles éclatants manifestèrent leur sainteté. 
Plus lard, leurs sé[)idtures furent ruinées par les 
Nortbmans (1), et leur souvenir s'effaça complète- 
ment, llobert eut la joie de letrouver leurs précieuses 
reliques et de les rendre à hi vénération des fidèles. 

Après une longue vie lemplie d'épreuves et de mé- 
rites, l'abbé Robert tomba dangereusement malade, 
dans son monastère de Micy, le VI des Ides d'août 1011 
(8 août). Les frères entourèrent son lit de douleur, 
édifiés par sa pieuse résignation et sa j)rière conti- 
nuelle. \\ ne leui" |)arlail pins, plongé dans le ravis- 
sement d'une longue extase, ('cependant ils doutaient 
(|ii(' son àme eût déjà (juitté sa (lé[)0uille corporelle. 
Pour s'en assuiri", liosou, pié\(\l du cou\'ent, lui 
a! raclia (juel(|ucs pods sur i'orleil de son pied. La dou- 
leur ranima le moribond, et se soulevant un peu : 
« Ali 1 poui(juui, dit-il, m'avez-vous tiré du ravissant 
colkxpie (jue j'avais avec le bienbeureux Mesmin (t 

(1) Mamillon, Ann. Onl. liened.y t. IV, p. 3:2. 



— J-21 — 

les autres saints de ce lieu! » Ensuite il s'étendit de 
nouveau sur sa dure couche el bientôt s'endormit 
pour toujours dans le Seigneur (1). Pendant quo les 
moines assistaient tout émus à celte scène touchante, 
ils entendirent des voix angéJiques qui chantaient dans 
les airs et semblaient accompagner son àmc montant 
vers les cieux. Ils ne doutèrent plus que Robert fût 
placé au rang des bienheureux (2). Ils l'inhumèrent 
avec honneur dans le cloître, près de la salle du Clia- 
pitre. 

C'est ici le lieu de parler de Letald, le moine iiis- 
torien qui, dans un moment d'égarement ambitieux, 
avait essayé d'évincer l'abbé Robert pour prendre sa 
place. 

Letald, un des écrivains les plus polis et les plus 
judicieux du x'^ siècle, était né dans le Maine. Tout 
jeune encore, il fut confié par ses parents aux reli- 
gieux de Saint-Mesmin, que dirigeait alors lobbé 
Annon, vers l'année 9o5. En ce temps-là, le monastère 
commençait, ainsi que nous l'avons dit, à reprendre 
son ancien éclat. Il y avait des moines de grande 
vertu et de grande science. L'école monasti(jue, 
détruite- par les invasions des Northmans. avait été 
ouverte de nouveau et les élèves y afiluaient dr, lous 
cotés. Letald y fit de bonnes études littéraires, ainsi 
que le prouvent ses éci'its. Il y puisa un goût [)ro- 

(1) Bibliotliùqii(3 Nationale, D. Estiennot, M. S., 1-.>.7.J!), 
p. 31-2. 
i'Z) Gallia flHRisTiANA, Eccl . Auvel., ( VIII, p. Wùn. 



— \'±2 — 

noiicc puni" les ])t*lies-lettres et atteipijit une telle 
perfection de sis ie pour cette époque, (juon le regar- 
dait eomnie une sorte de prodige (l). 

Il remplit longtemps les fonctions de chancelier- 
secrétaire et rédigea en cette qualité la charte de 974, 
de l'évèque Arnoul, en faveur de Micy. Ses progrès 
dans la vertu ne fureni pas moindres que ceux qu'il 
fit dans la science. Devenu prêtre, il édifia ses frères 
par sa modestie, sa charité et sa piété aussi sincère 
qu'éclairée (2). 

Malheureusement, arrivé à la maturité de sa vie, il 
succomba aux inspirations d'une ambition surexcitée 
par la jalousie et joua le rùle coupable que nous avons 
vu, envers son supérieur. Son égarement ne fut que 
passager. Hamené à la conscience de son devoir par 
la lettre de saint Abbon, son ami. il se réconcilia 
avec l'abbé Robert et exhorta ses frères au respect et 
à l'obéissance (ju'ils lui devaient. Pour Jiii, ne voulant 
plus vivre dans le heu léinoin de sa faute, il (juitla 
Micv et se retira au Mans, où probablement il était 
né. L'évèque de cette vilh», Avesgaud. l'y accueillit 
favorablemeni (M lui pernu't d'entrer au monastère de 
Saint-Pierre(l»'-la-('-ou(ui-e, où il finit pieusement ses 
jours. 

Ijctald composa plusieurs ouvrages : le Livre des 
Miracles de saint Mesmîn, vers 98r>, quand il 
vivait à Micy, Amaurv lî étant abbé; puis le Bécit 

(1) Mmum.on. Ann. Ord. liencd.. t. V. p. 433. 
(•2) liosqucl, par^<. I, lib. I, oup. P/i. 



- 123 — 

de la Translation de saint Junien, en Poitou^ dans 
l'année 988 ; et enfin la Vie de saint Julien, évêque 
du Mans, à la demande d'Avesgand, quand il fut entré 
au couvent de la Couture. 

C'est le premier de ces écrits, inséré tout entier 
par le savant Mabillon dans les Actes des Saints dé 
l'Ordre de Saint-Benoît (1), qui a consacré sa répu- 
tation d'historien. 

IjCtald, dans son prolop^ue, expose qu'ail a fait ce 
livre, afin d'apprendre à la postérité les événements 
dont Dieu se sert pour consoler les chrétiens dans 
leurs épreuves, et leur inspirer confiance dans la pro- 
tection de ses saints. Son style est clair, vif, un peu 
recherché quelquefois, mais toujours intelligible et 
rempli de traits saisissants qui intéressent le lecteur. 
Un des premiers, il combat l'exagération des vertus 
et des miracles que ses devanciers apportaient dans 
leurs narrations de la vie des saints. Il affirme, à 
plusieurs reprises, qu'il ne veut raconter, et ne 
raconte en effet, que ce qu'il a vu lui- môme, ou a 
appris de témoins absolument dignes de foi. 

Mais ce qui donne à son ouvrage une valeur inap- 
préciable, c'est que touten rapportant les miracles de 
saint Mesmin accomplis de son temps, Letald, dans 
d'heureuses dig^ressions, môle à son récit une partie 
de l'histoire des rois de France de la première et de 
la seconde race, celle de beaucoup d'évèques d'Or- 

(1) D. Maiullon, Ac/rtf Snnctonim Ordinis S. Bpne>r>'t;, 
Soeculum I, pp. 508 à G13. 



— 124 — 

léans, et enfin expose ce qui s'est passé dans son 
monastère pendant près de cinq siècles. Il enrichit 
son sujet de descriptions de lieux, de tableaux de 
mœurs animés, de peintures prises sur le vif. tout 
cela avec un ordre, un jugement et une exactitude 
admirables (1). 

Il élargissait par là le cercle de iliistoire, et suivait 
Tesprit de généralisation qui, des bornes étroites de 
la famille bénédictine, s'élevait peu à peu au noble 
sentiment qu'on appelle le patriotisme. 

De cette fa(;on, l'œuvre de Letald est devenue une 
des sources de notre histoire nationale, et, en parti- 
culier, de notre histoire orléanaise. Ce que différents 
écrivains ont fait, avec les Miracles de saint Benoit, 
patriarche des moines d'Occident, Letald l'a égale- 
ment accompli avec ceux de saint Mesmin, père des 
religieux de Micy. 

Aussi sommes-nous plus heureux qu'étonné d'ap- 
prendre qu'on publie actuellement, sous les auspices 
de la Société de l'Histoire de France, une édition 
intégrale et définitive, qui seia pour le Livre des 
Miracles de saint Mesmin. de Letald (2), la pré- 
cieuse continuation de ce que la même Société a déjà 

(1) n. Rivet, Histoire littéraire de la France, t. VI, 
p. 13'i. 

(•^1 Le Livre des Miracles de saint Mes))iin, abbé de 
Micy, par Letald, in-S^, Paris, 1900, publié par M. Poète, 
biljliothécaire «le la ville de Besançon, dans la collection «les 
textes pour servir à l'étude df' Iliistoire de France, A. Picard, 
éditeur. 



— 1-25 — 

fai( pour les Miracles de saint Benoit, rapportés 
par Ai mon, Adrevald et Raoul Tortaire (1). 

Cette publication sera une gloire nouvelle ajoutée 
à tant d'autres, pour saint Mesmin et son abbave. En 
faisant revivre aux yeux de nos contemporains les 
merveilles accomplies à Micy, il y a mille ans, et 
racontées par un témoin oculaire, les vertus des 
moines, leurs épreuves et leurs mérites, elle excitera 
l'estime avec l'admiration des hommes du siècle pré- 
sent pour cette grande Institution qui a fait tant de 
bien et qui n'est plus. 

(1) Les Miracles de saint Benoit, in-8o, Paris, 1858, 
publiés par M. de Certain, élève de l'École des r:iiartes, 
avec Introductions, notes et éclaii'cissenipnts, sous les 
auspices de la Société de l'Histoire de France. 



— h26 — 



CHAPITRE VU 

Activité littéraire a Micy ; nombreux manuscrits. — 
Donation dfs églises d'Ondremlle, de Saint-Paul 
d'Orléans et de La Ferté-Aurain. — Grande charte 
DU ROI Robert. — Constantin et Albert P% illustres 

ABBÉS. 

(1011-1036) 

La fin (lu X'' siècle, et les deux (jui suivirent, furent 
une ère glorieuse pour le monastère de Micy. La 
piété et la science semblent s'y être donné rendez- 
vous, près du tombeau du 13. Mesniin. pour y former 
des saints et répandre sur les contrées environnantes 
les influences civilisatrices, favorables au bonbeur 
de leurs habitants. 

L'abbé Constantin, élu par ses frères après la mort 
de Robert, contribua grandement à cet beureux 
succès. Il avait été religieux à Fleury-Saint-Benoît, 
où ses connaissances étendues ne tardèrent pas à le 
faire nommer aux fondions dccoldtre. c'est-à-dire 
d'inspirateur et de directeur des études. Quand il eut 
élevé les é«.*oles de Saint-Benoit au degré de splen- 
deur où elles jetèrent un si vif éclat, Tévèque Arnoul 
rappela à Micy. dans le but crobtenir un résultat 
pareil, pour ce monastère qu'il protégeait dune 
manière toute particulière. Constantin y l'ut d'abord 
élu dovrn. car cette charge était élective, et, en celte 



— 127 — 

qualité, il eut à surveiller et à diriger dix religieux. 
Egaré un moment dans la conspiration formée contre 
l'abbé Robert, il ne tarda pas à mieux comprendre et 
à mieux remplir son devoir. A la mort de celui-ci, 
son mérite éclatant le fit élire pour être son succes- 
seur. 

C'était un esprit de premier ordre, en même temps 
qu'un savant de grande érudition. La science du 
calcul et de la géométrie lui était très familière ; il 
connaissait l'astronomie et était très versé dans tous 
les arts libéraux (1). Son talent musical était 
renommé ; on recbercbait avec empressement son 
concours pour la composition des chants religieux. 
Quand il fut à Saint-.Mesmin, un de ses anciens frères 
et ami de Fleury, Helgaud, maître de chœur, lui 
demanda un morceau de musique de circonstance, 
sur l'arrivée des reliques de saint Benoit, pour être 
chanté à la fête de la Translation, de ce saint 
patriarche (2). 

Ce qui donna principalement une grande célébrité 
au nom de Constantin, ce furent ses relations d'amitié 
et de collaboration scientifique avec le célèbre Gerbert. 
Cet homme, le plus savant de son siècle, avait été 
écolàtre de Reims, puis successivement archevêque 
de Reims et de Ravenne; il devint enfin, sous le 
nom de Sylvestre II, le premier pape de nationalité 
française, qui occupa le siège de Saint-Pierre, C'est 

(1) Bibliothèque d'Orléans, M. S. 394 bis, y>.'A). 

(2) Mémoires de la Société archéologique d'Orléans, t. Tf, 
p. 278, Vita Gnuzlini. 



— 1:>8 — 

pendant son séjour à Reims qu'il connut Constantin, 
apprécia ses talents, et l'associa à ses grands tra- 
vaux. Gerbert écrivit de nombreuses lettres sur toutes 
les questions intéressant son époque; plusieurs sont 
adressées à son ami. Dans Tune, il le remercie des 
conseils très éclairés qu'il en a reçus pour la construc- 
tion de sa spbère astronomique ; une autre fois, il lui 
dédie un abrégé, écrit spécialement à son intention, 
de san traité d'aritbmétique; ailleurs, il lui parle de 
la déposition d'Arnoul, son prédécesseur sur le siège 
arcliiépiscopal de Reims (1). C'est par une lettre de 
Gerbert que nous apprenons que Constantin avait été 
écolàtre à Saint-Benoît, avant de devenir abbé de 
Saint-Mesmin (2). 

Une autre lettre du môme savant, découverte au 
commencement de notre siècle par le docte cardinal 
Mai, nous fait savoir que le monastère de Micy possé- 
dait de son temps le manuscrit du Traité de la 
République, de Cicéron , disparu depuis long- 
temps (3). 

D'antres lettres nous montrent quelle amitié unis- 
sait ces deux bommes illustres. Gerbert appelle 
Constantin « un scolastique des plus instruits, l'ami 
auquel il est le plus étroitement attacbé ». « La force 

de l'amitié, lui écrit-il, rend possible ce qu'il y a ib» 
presfjuo impossible; car jamais je n'aurai pu clai- 

(1) (JKiiHKRTi Epistôla, LVIII, editio Olleris 

(2) Gekbkuti Epistolîi LI. 

(3) Gkubeuti Epiylola LXXXXII. 



— 129 — 

rcinent exprimer la raison des nombres, sur mon 
tableau de calcul, si vous n'aviez pas illuminé mon 
esprit, vous, Constantin, lu doux auxiliaire de mes 
labeurs (1). » 

Le génie initiateur de Gerbert et l'expérience de 
Constantin, s^aidant mutuellement, ouvraient ainsi 
de plus vastes borizons aux connaissances scienti- 
fiques et littéraires, que leurs ell'orts étendaient 
cbaque jour davantage. 

L'abbé de Micy répondait à son ami ; malbeureuse- 
ment ses lettres sont perdues. Il n'en reste qu'une 
seule, qui a été insérée parmi celles de Gerbert. Dans 
celte épître, il le prie d'employer son crédit pour faire 
restituer à son monastère divers objets, des orne- 
ments sacrés, de riclies tentures et autres cboses 
semblables, qu'un ravisseur de baute condition lui 
avait dérobées. « Nous ne demandons ni or ni 
argent, dit-il, mais seulement ce dont nous ne pou- 
vons pas nous passer sans désbonneur C^i. » 

Il était naturel qu'un bomme aussi passionné pour 
kl science, que Constantin, ne négligeât rien de ce 
qui devait donner aux études un grand développe- 
ment à Micy. C'est en ellet ce qu'il fil. Dès son arri- 
vée, il y appliqua la sage métbode suivie à Saint- 
iienoît, pour éteridre de plus en plus rinslruclion 
donnée aux nombreux élèves, ainsi (ju'aux leligicux 
eux-mêmes. 

(1) Gerberti E[)istol;i Cl. III. 

(2) Gerberti Epistolu cXIJil. '!»' «'.onstaiitiuo. 



— 130 — 

Sai[it-Mesmin devint alors iiii ardent foyer de 
lumières. Outre l'école nionasliijiie intérieure, spécia- 
lement destinée aux jeunes aspirants à la vie claus- 
trale, il y avait une école extérieure pour les sécu- 
liers. On y voyait affluer les fils de familles nobles 
d'Orléans et du centre de la France, des enfants de la 
bouri^eoisie, et même des serfs alfrancliis, que leur 
capacité précoce désignait à l'attention de bienfaiteurs 
généreux. 

L'ensemble des études se rajjportait, comme de nos 
jours, à deux ordres d'idées, les lettres proprement 
dites, depuis ce qu'elles ont de plus élémentaire, jus- 
qu'à leur degré le plus élevé, et les sciences, telles à 
peu de choses près qu'elles avaient été transmises par 
l'anliijuité. On y enseignait donc la lecture, la gram- 
maiic, la rbétori(|ue. la dialectique et la philosophie, 
d'une part, avec l'arithmétique, la géométrie et l'as- 
tronomie de Tautie. l^e complément de ces études se 
trouvait dans l'histoire, l'écriture saintt' et la théo- 
logie qui, au moyen Age. ramenait l'ensemble des 
connaissances humaines à Dieu, principe de toute 
science. 

A cause du talent particulier de Constantin, la mu- 
sique religieuse eut une large part dans l'instruction 
donnée à Micy, (jui lui dut d( s jours de sjdendeur 
pour son enseignement musical d^. 

On ne doit pas n(Ui plus omettre les leçons de calli- 

1) Bulletin de la Société archéologique d'Orléans, t. Mil, 
p. ;>-J7. 



— 131 — 

graphie, dont nous donnent une magnifique idée les 
manuscrits copiés dans notre abbaye à cette époque. 

Les mornes, animés d'une vive émulation, s'adon- 
naient aux travaux littéraires sous la direction de 
leur abbé. Quelques-uns composèrent des ouvrages, 
renommés de leur temps, qui ont disparu depuis; 
d'autres, plus nombreux, bornèrent leur zèle à trans- 
crire sur des manuscrits les livres des auteurs anciens, 
tâche plus humble, mais non moins méritoire, puis- 
qu'elle a sauvé d'une perte irrémédiable les trésors de 
la littérature sacrée et profane. 

Malgré les désastres qui ont tant appauvri la biblio- 
thèque de Micy, assurément fort importante, il reste 
encore assez de manuscrits de cette époque pour qu'on 
puisse juger combien grande était fapplication à ce 
genre d'occupation. Au commencement du ix^ siècle, 
les moines de Saint-Mesmin possédaient plusieurs 
traités de grammaire, composés par Constantin, 
Agrœcius et Seregius, qui forment aujourd'iiui les 
plus anciennes copies connues. Ils sont conservés à 
la bibliotlièque de Berne (Suisse), dans un manuscrit 
qui porte le numéro 432, avec cette inscription : a Hic 
est liber sancti Maximiacensis monasterii (1). » 

Il y a encore dans cette collection d'autres manus- 
crits du même temps et provenant de la même source : 
les Antiquités judmqucs, de Josèphe (n" oO), du 
x' siècle, avec quelques fragments, du xi' et un tilre 
écrit en caractères grecs de petite onciale : à hi lin. ou 

(1) IvEiLiNb, Les Grammairiens lati?is, t. V, i». -lî^K 



— IM — 

lit ctllt' désignation, en lettres capitales : <l Ce livre 
est (lu monastère de Saint-Mesmin-de-Micy; Augustin, 
pit'lre, Ta oHert à Dieu et à saint Mesinin pour l'ac- 
quittement de son vœu, le YIIl des Calendes d'avril. >, 
[2''\ mars). 

(In V trouve également différenls ouvrages de saint 
(irégoire (n'' 283). de saint Isidore i n*^ 312j, de saint 
Jérôme (n" 'Mi) et surtout une [)récieuse chronique 
(II" \2{)) allant jusiju'en 1(132 et magnili(juement enlu- 
minée. 

Tous ces livres et d'autres encore, (jue nous ne 
pouvons pas indicjuer ici, proviennent des collections 
de Paul Petau et de Bongars ; ils furent, selon toute 
prohabilité, dérobés durant les guerres de religion, 
(juand les Calvinistes, maîtres d'Orléans, pillèrent et 
brûlèrent l'Alleu de Saint-Mesmin . où les moines 
s'étaient réfugiés, avec ce (ju'ils avaient de plus pré- 
cieux, en lo62. 

Le genre d'écriture, les ornements, les inscriptions 
de ces manuscrits et d'autres, existant encore aux 
hihliolhè(pies Nationale, de Paris, ^'aticant^ de Konie, 
iiinsi (pià celle d (Jiléans, reportent la facture de ces 
ouvrages au ix'' siècle et indiquent (pTils ont été com- 
()Osés ou simplement copiés au monastère «h' Saint- 
Mesmin ( I ). 

Comme on le voit [)ar ces détails. Micy était dans 
ces temps éloignés un centre de grande activité litlé- 

(i) C\\. licissART, Mémoires de la Société archéolof/ique 
'VOrleans, t. XXV, p. 13U. 



— 133 — 

raire; sa renommée n'était pas usurpée et son école 
eut une réputation vraiment méritée. Les religieux 
de Micy ne se bornaient pas à transcrire, dans des 
manuscrits toujours estimés, les ouvrages des auteurs 
anciens ; ils savaient aussi les orner de dessins et 
d'enluminures d'une valeur inappréciable. 11 semble 
même qu'il y eut, aux x*^ et xi® siècles, une école spé- 
ciale de miniaturistes, dont la réputation s'étendait au 
loin. 

Nous en trouvons la preuve dans un ouvrage ré- 
cemment publié par la Société archéologique d'Eure- 
et-Loir. 

C'est une savante étude sur un manuscrit cliartrain, 
du xi*^ siècle, concernant Fulbert, évéque de Chartres. 

En tète du martyrologe inscrit dans ce manuscrit, 
il y a une magnifique miniature présentant pour nous 
cet intérêt particulier qu'elle a pour auteur un moine 
de Micy, dont elle porte le nom : en outre, elle est un 
type excellent, autant que rare, de l'art de la minia- 
ture au commencement du xf siècle. Sa date se place 
d'une manière sûre en l'année 1028. 

Cette œuvre, ou du moins ce qui o[i reste, forme 
ce qu'on appelait au moyen âge un tumuhis, c'est- 
à-dire l'éloge funèbre écrit immédiatement après la 
mort d'un personnage ilhjstre. Elle est consacrée à 
la mémoire de Fulbert, mort le 10 avril 1028. Elle 
est formée de deux feuillets de vélin, intercalés dans 
le martyrologe de l'Eglise de Chartres, à la date du 
10 avril. 

Le premier de ces feuillets contient l'obit de Ful- 

10 



- 13-i — 

bert. Le second est rempli par une grande miniature 
représentant Fulbert en costume d'évêque, la crosse 
en main, et parlant à son peuple, dans la catbédrale, 
dont il était sur le point d'achever la construction, 
quand il mourut. 

Celte scène a été peinte par le moine André, de 
Micy, comme nous l'apprend 1 inscription tracée au 
bas de la première feuille de vélin, ainsi conçue : 

« Sigon, le dernier des clercs de Fulbert, fit peindre 
ces pages par André, de Micy ; que le Seigneur, unique 
espoir de ce monde, leur donne le repos du paradis. » 
Cet André, de Micy, que nous ne connaissons pas 
d'autre part, était assurément un de ces artistes émi- 
uents. comme il v en avait au moven ài'e, inconnus 
du monde, qui consacraient leur talent à la gloire de 
Dieu. 

Mais lingénieuse disposition de ce tableau, où 
André peint la vue extérieure de la nouvelle cathé- 
drale, depuis le faîte jusqu'à la hauteur des fenêtres 
des bas-cotés^ supprimant le mur au-dessous de ces 
fenêtres, pour laisser apercevoir l'intérieur où Ful- 
bert parle au peuple chartrain ; l'expression de figure 
des différents personnages ; la diversité de leurs cos- 
tumes caractéristiques de leurs dilTérentes conditions, 
lévêque, les diacres, les hommes, les femmes sépa- 
rées des hommes, les jeunes gens ; la vivacité (hi 
coloris et son heureuse application; la beauté de 
Tensemble et la précision des détails (1), tout montre 
(pTATidré, de Micy, était un maître parmi les minia- 

^1) Voir la gravure ci-juinte. 




Fulbert parle au peuple dans sa Cathédrale. 
Miniature exécutée par frère André, de Micv, en ii2o.. 



— 137 — 

turistes de son temps, auquel on venait de divers 
côtés confier Texécution des plus importants travaux. 

On peut donc, sans trop de présomption, conjec- 
turer qu'il existait alors dans notre monastère une 
école de dessinateurs dont les œuvres étaient recher- 
chées et dont la renommée rayonnait au loin. 

Le soin des études n'absorbait pas uniquement la 
sollicitude de Constantin. Il s'occupait aussi des inté- 
rêts matériels de son monastère. 

Au commencement de son abbatiat, il obtint du roi 
Robert la conflrmation du don, fait par son père 
Hugues Capet, de plusieurs moulins sur le Loiret et 
la remise de diverses rentes dont ils étaient chargés 
envers son domaine d'Orléans. 

L'abbé de Micy entreprit également la reconstruc- 
tion entière de son abbaye sur un plan plus vaste et 
plus régulier. 

Les folies terreurs de Van mille étaient passées. 
De toute part se manifestait une ardeur extraordi- 
naire pour la reconstruction des édifices religieux. 
« Moins de trois ans après l'an mille, dit un historien 
contemporain, les églises furent renouvelées dans 
presque tout Tunivers, principalement en Italie et en 
Gaule, quoique la plupart fussent encore assez 
solides pour ne pas exiger de reconstruction. On 
eût dit que le monde entier, d'un commun accord, 
secouait les haillons de son antiquité, pourrevèlii- la 
robe blanche des églises neuves (1). » 

(1) Raoul (rL.vBERT. Ilislo)'. lih.. HT, cap. iv. 



— 138 - 

Les lieux claustraux de Micy, qui avaient souffert 
tant de fois les injures des Northmans, avaient été 
à diverses reprises sommairement réparés, jamais 
réédifiés en entier; ils tombaient do vétusté. Il fallait 
les rebâtir d'une manière proportionnée à la fortune 
de l'abbaye, plus fïorissanle que jamais, et an 
nombre de ses religieux, qui atteignait à cette épo- 
que le cbifFre de cent quarante. C'est l'œuvre que 
commença Constantin. Aidé par les généreuses 
offrandes qu'il reçut de la munilicence du roi Robert, 
et par d'autres dons apportés de toute part, il poussa, 
avec son activité ordinaire, les travaux que son 
successeur eut la gloire de terminer (1). 

L'abbé Constantin mourut vers l'année 1018. C'était 
un des esprits supérieurs de son époque, dont la 
pieuse pbysionomie nous apparail comme voilée 
dans l'éloignement des siècles. Il cb<Mclia dans le 
cloître un abri contre les dangers du monde, une 
retraite tianquille où il put vaquer en paix à ses 
chères occupations. C'est le type accompli de ces 
moines intelligents qui savaient concilier la foi avec 
l'étude , de ces moines amis des vieux livres, des 
vieilles traditions, chercheurs de solutions scienti- 
fi(jues, dont le regard observateur, non content de 
sonder les secrets de la terre, s'appliquait encore à 
pénétrer les mystères des astres, au firmament. 

Quand Constantin fut mort, les moines de saint 

Mesmin, désireux de lui donner un successeur d'un 

(1) Biblioth. d'Orléans, le chanoine Hubert, M. S., 43G2. 
1). I".(j. 



— 139 — 

mérite égal au sien, uiiieiiL à leur tète Albert, neveu 
de leur ancien abbé Annon, et, comme lui, moine de 
Jumièges. Il était venu à Micy visiter son oncle, et 
ils avaient pu apprécier son mérite. 

Albert P^' était de naissance illustre^ apparenté 
même à la famille royale (i). Avant son entrée en 
religion, il avait été marié à Hildegarde, fille aînée 
du vicomte de Châteaudun et sœur de Hugues , 
archevêque de Tours. De cette union, il eut un fils, 
Arnoul, qui fut aussi promu sur le siège archiépisco- 
pal de Tours. Son épouse étant morte en 987, Albert 
quitta la vie séculière et se fit moine à Jumièg-es. 
Peu après son arrivée dans cette maison, il lui donna 
l'Alleu de Dammarie, dans le Blésois, qu'il tenait de 
l'héritage de sa mère (2). C'est de là que les reli- 
gieux de Micy l'appelèrent pour lui confier le gouver- 
nement de leur abbaye, en 1018. 

Les grands talents d'Albert et son éminente sain- 
teté répondirent à l'attente de ses frères. Son habile 
et prudente administration fut une des plus fécondes 
en avantages de tout genre pour leur communauté. 

La foi religieuse s'était réveillée dans le monde 
chrétien au commencement du xi'- siècle, avec une 
ardente intensité. Elle se manifestait par une grande 
activité apportée à la reconstruction des édifices 
sacrés, comme nous l'avons déjà dit, par les très 
nombreuses vocations qui venaient peupler les 

(1) Gallia Christiana, Eccl. Aurel., t. VIII, p. I.kî^. 
) Mabillon, Analecta, t. III, }). Vil, 



— 140 — 

cloîtres, et aussi par les donations généreuses que 
faisaient aux i[istitutJons monastiques ceux qui res- 
taient dans le inonde (1). 

A cette époque, Micy reçut des biens considérables, 
ainsi que l'atteste Tabrég-é de son cartulaire, con- 
servé par dom Verninac (2). Ils remplacèrent ceux 
(|ue lui avaienl donnés les rois des deux premières 
dynasties, dont une partie leur avait été enlevée, et 
d'autres ruinés par les guerres et les invasions étran- 
gères. 

Une pieuse et riche veuve, nommée Rcgina, fit 
donation aux moines de Micy de l'important domaine 
d'Ondreville, dans le Gàtinais. 

Telle était Tinsécurité et le peu de stabilité des 
propriétés territoriales, au moyen âge, qu'on voyait 
souvent un fils, ou un autre héritier, même éloigné, 
révoquer le don paternel, un voisin })uissant et sans 
scrupule s'emparer dune terre à sa convenance, 
sans (ju'on put les contraindre à restitution. (Vest 
pourquoi on faisait confiriuer les actes de ce genre 
par révè(jue, le suzerain de la province, par le roi ou 
par le [)a|)e lui-même, alin crenifiècher les usurpa- 
lions, par la crainte de la justice royale ou des ana- 
Ihèmes ecclésiastiques. 

Dans le cas présent, Tabbé Albert lit confirmer la 
donation de Uégina tout à la fois par l'autorité du roi 
et par celle du Souveiain Pontife. 

0» Darkste, Histoire d<^ France, t. I, p. r>53. 
(•2) \V\h\. <r()ilrans. dom Verninac, M. S., 3U4^ 



— 141 — 

Il demanda d'abord à Robert le Pieux, qui avait 
pris l'abbaye de Micy sons sa protection spéciale, 
d'approuver la concession d'Ondreville. Le prince y 
consentit volontiers et le fit par une charte datée 
d'Orléans, jusqu'ici inconnue, qu'un savant paléo- 
graphe a découverte dans un manuscrit de la Biblio- 
thèque Nationale (1). 

c( Nous voulons, dit le roi^ favoriser de tout notre 
pouvoir les intérêts des pieux serviteurs du Christ. 
Sachent donc tous que l'abbé Albert, venu en notre 
présence, a prié notre bienveillante munificence de 
donner à son monastère la terre d'Ondreville. Nous 
l'avons fait, avec le consentement de Régina, femme 
veuve, et de Tetduin, son fils, clerc, qui possédaient 
cette terre en bénéfice ; et nous voulons qu'elle soit 
exemptée de toute charge fiscale, afin que les moines 
prient Dieu pour le salut de mon àme, de colle de 
Constance, mon épouse, de celle d'Hugues, mon fils, 
et de ses enfants. Pour que cet acte demeure stable, 
nous le confirmons de notre sceau et de celui de nos 
fidèles serviteurs. Une partie de cette terre, appelée 
Ondreville (2), avec son église, ses moulins et leurs 
dépendances, est située sur la rivière d'Essonne, dans 
le Gàtinais ; l'autre partie, nommée Franconville (3), 
est sur le pagus d'Ktampes. 

{{) M. Lucien Auvray, bibliothécaire ;ï la Bibliothèque 
Nationale, Ms. français 15,504, fo 10. {Annales de Ui Société 
historique dit Gàtinais, t. XIII, p. 105.) 

(2) Petite commune du canton <le Puiseaux (Loiret). 

{>i\ Village (le la commune «leHriarres-sur-Essonnes, canton 
de Puiseaux (Loiret). 



— I'i5 — 

ô Sceau (Je RoLert, roi; d'Hug^ues, roi, fils de 
Robert; de Henri, fils de Robert; de Tetduin, fils de 
Régina, possesseur du bénéfice. Noms des témoins : 
Lentliéric, archevêque de Sens ; Goslin, archevêque de 
Bourges; Odolric, évêque d'Orléans ; Guérin, évêque 
de Beauvais ; Francou, évêque de Paris, etc. 

(( Fait publiquement à Orléans, l'année de l'Incar- 
nation du Seigneur 1022, quand les hérétiques furent 
condamnés dans cette ville » (1). 

Muni de cette charte, Fabbé Albert s'adressa ensuite 
au pape Jean XIX^ afin de lui demander d'ajouter son 
autorité à celle du roi, pour la garantie d'Ondreville. 
II lui écrivit dans ce but une lettre fort intéressante 
que Mabillon nous a conservée (2). 

<f A notre seigneur, le saint et vénérable pape Jean. 
Albert, abbé du monastère du premier martyr saini 
Etienne et du confesseur saint Mesmin, et tout \v 
couvent des moines du même lieu, salut dans le 
Cbrist. Nous savons, père digne de tout honneur, 
(jue vous avez été établi sur la terre chef de l'Eglise 
universelle, en la place du Bienbeureiix Pierre, pour 
protéger ceux qui sont injustement opprimés et 
abaisser par l'autorité du prince des apôtres ceux 
qui s'élèvent trop. C'est pourquoi nous recourons à 
votre Révérence par cette lettre, afin que vous nous 
veniez en aide et exauciez notre prière. Le lieu que 
nous habitons s'appelle Micy ; il a été fondé par des 

(1) Pièce justilicative XIII, charte pour Ondreville. 
(•2) Ribliothèque Nationale, D. Estiennot, M. S. 1-2,739, 
p. 330. 



— 143 — 

hommes très saints, le Bienheureux Euspice et le 
vénérable Mesmin, son neveu, sous la protection de 
Clovis, premier roi chrétien des Francs ; beaucoup 
d'autres après eux ont contribué à son agrandisse- 
ment. Cette abbaye est devenue ensuite si florissante, 
au spirituel comme au temporel, qu'elle a compté 
jusqu'à cent quarante religieux y servant Dieu avec 
ferveur. Mais plus tard, elle a été tellement dévastée 
par des fléaux de toute sorte, qu'il n'en put rester 
aucun. Grâce au secours du ciel, celte maison com- 
mence à se relever de son misérable abaissement, 
semblable à un malade qui entre en convalescence 
après une longue souffrance. Les aumônes des pieux 
fidèles aident efficacement à cette résurrection. Une 
excellente femme, nommée Régina, a fait beaucoup 
en faveur de ce lieu pour le salut de Fàme de son 
époux et de ses enfants déjà morts. Mais elle craint 
que, quand elle-même ne sera plus, les siens ou les 
étrangers tentent de ravir ce qu'elle a donné à Dieu 
et aux saints honorés dans ce lieu. C'est pourquoi 
nous avons résolu d'envoyer à votre Sainteté deux 
mémoires, dont l'un contient l'exposé de la donation 
faite par cette femme vénérable, et l'autre le som- 
maire de tout le patrimoine de notre couvent, afin 
que vous les fortifiez de votre autorité avec l'apposi- 
sition du sceau de votre nom. En reconnaissance, 
nous prierons Dieu assidûment pour vous durant 
votre vie et après votre mort. Il est juste, père très 
honoré, que vous suiviez la pratique dt; vos prédéces- 
seurs et accordiez aux monastères la protection (jiii 



— 144 — 

leur pennello de s»'i\ ir Dieu paisiblement à l'abri «les 
mécbants que retiendra la menace de Texcommuni- 
cation. Que Dieu garde votre apostolat dans une paix 
perpétuelle : Vale in pace, béate pater » (1). 

Cette lettre nous montre que si le monastère de 
Saint-Mesmin était alors ricbe en vertus et peuplé 
d'un f^rand nombre de pieux religieux, les ressources 
matérielles n'y étaient pas abondantes. Ses posses- 
sions territoriales, tant de fois ravagées, n'avaient pas 
encore pu être mises complètement en étal de rapport 
et ne donnaient que peu de revenus. Pillés durant la 
guerre, spoliés souvent pendant la paix, les pauvres 
moines, avec l'apparence d'une fortune considérable, 
qui (excitait tant de convoitises, manquaient souvent 
du nécessaire et vivaient en réalité dans un état voisin 
de la misère. 

Dans la lettre do l'abbé Albert, il est fait, pour 
la première fois, mention d'un catalogue ou inven- 
taire des propriétés appartenant aux moines do Saint- 
Mosmin. C'était une sorte d'ébaucbe des livres ter- 
ri^r.v. employés plus tard. Celui (jui fut envoyé au 
pape a disparu, mais nous retrouverons son contenu 
dans la grande cbarto de confirmation donnée par 
1(» roi Koberl, la même année, i022. et dont nous 
aurons bientôt ?i parler. 

Le pape ,]vi\n Xl\ eiivova sans doute la bulle de 
garantie demandée. Klle a disparu égalenuMit, et il 
nVn reste aucune trace dans les actes do l'abbaye. 

(1) I»i«''ce justilioative XIV, hAivo. d'Alb^^rt. 



— 145 — 

Afin de compléter l'établissement que la donation 
de Régina créait à Ondreville. en faveur de son 
monastère^ l'abbé Albert loua, de Létald, doyen de 
Saint-Aignan, trésorier et ministre du luminaire de 
ladite église, des terres appelées inanses (i), au 
nombre de vingt. Elles étaient situées dans le pagus 
Orléanais, vicairie de Pithiviers, près du domaine 
d'Ondreville, et comprenaient des granges, des logis 
communs, des puits, des vignes, des terres cultivées 
et incultes. Cette location était faite à perpétuité, 
moyennant une rente de 10 sous (2) par manse, 
payable chaque année, le jour de la Saint-Aignan, à 
Orléans, en la collégiale de ce saint (3). 

Vers le même temps, Albéric, vicomte d'Orléans, 
concéda aux moines de Micy le droit de communauté 
dans sa forêt de Fontenailles, droit que confirma le 
roi de France; puis Hugues, sire de Sainte-Maure, 
en Touraine, créa le prieuré de cette petite ville, et 
et le leur confia également, pour le repos de l'àme de 
Gosseiin son père. 

En Tannée 1030, Arnoul, archevêque de Tours, (jui 
possédait le droit de patronage sur la moitié de 
l'église de Saint-Paul, d'Orléans, voulut le céder aux 
religieux de Saint-Mesmin. Il en demanda l'autorisa- 

•(1) Une manse, — mansus, — était, au moyen âge, une 
petite ferme entourée de terres que deux bœufs pouvaient 
cultiver en un an. 

(2) Au xi*î siècle, le sou valait à peu près 4 francs de notre 
monnaie. 

(3) Bibliothèque de l'Arsenal, l). Estiennol, M. S. 1UU8, 
p. 637. 



— 146 — 

lion à l'évcque Odolric, qui la lui accorda par la 
charte suivante (1): 

a C'est un devoir de la charge pontificale de diriger 
avec une sage bienveillance le troupeau du Christ, 
et principalement de favoriser les monastères où Dieu 
est fidèlement servi. Moi, Odolric, je veux remplir ce 
devoir de tout mon pouvoir, avec laide du Christ. 
Sachent donc tous les fidèles de la sainte Église 
de Dieu (jue le seigneur Arnoul, archevêque de Tours, 
m'a demandé Tautorisation de céder, à perpétuité, 
au monastère de Saint-Etienne, premier martyr et du 
H. confesseur saint Mesmin, une partie de l'église de 
Saint-Paul, apôtre, située dans le faubour^^ Dunois, 
près de la ville, qu'il tenait en bénéfice de moi-même 
et de mon évêché. Il désirait le faire pour le salut de 
son àme, de la mienne et de celle de son père, abbé 
dudit lieu. Je le lui ai accordé volontiers, à condi- 
tion (pj'il me rendrait d'abord son bénéfice, et que 
je le transférerais moi-même à Saint-Mesmin; ce (|ui 
a été fait. J'ai dressé cet acte pour que ladite cession 
demeurât inviolable. Si quelqu'un de ses parents, ou 
dv mes successeurs, veut l'annuler, qu'il soit 
condamné, au nom du Père, du Fils et du Saint- 
Esprit. Nous ajoutons à cet écrit (jue nul abbé ni 
moine de ce lieu, après la mort de C(hix qui existent 
actuellement, ne pourra ni aliéner ni céder à aucun 
de ses parents cette moitié de l'église de Saint-Paul. 
Nous avons signé cette charte et l'avons fait signer 
de nos fidèles témoins. Odolric, évêque ; Arnoul, 

(1) Bibliothèque Nationale. P^/h/cp, 792, fo 1-i. 



— H 



4/ 



archevêque de Tours ; Archevald, Tedeluin et 
Theduin, archidiacres; Ervée, de Saint-Marceau; 
Aibéric, frère de Thierry, évêque ; Helduin et son 
frère Odolric. Donné le III des Calendes de 
novembre 1030 (30 octobre), Robert étant roi (Ij. h 

Cette libéralité, qui procurait un revenu abondant 
aux religieux de Micy, devint par la suite la cause de 
nombreux conflits entre les deux autorités qui se 
partageaient le ministère paroissial dans l'église de 
Saint-Paul; ils ne furent apaisés qu'un siècle plus 
tard par l'intervention directe du Souverain Pontife. 

En cette même année, 1030, l'évêque Odolric donna 
aux moines de Micy une prébende du Chapitre de 
Meung, d'accord avec le doyen et les chanoines de 
Saint-Liphard (2). 

Hervé de la Porte, archidiacre de Sainte-Croix^ et 
doyen de Saint- Vrain de Jarg-eau, était allé en Terre 
Sainte, faire un pèlerinage pour l'expiation de ses 
péchés. Il rapporta de nombreuses reli(]UGS de Jérusa- 
lem. Afin de les placer avec honneur, il bâtit une 
église à La Ferté-Aurain (3), en Sologne, du consen- 
tement de ses frères Albéric et Théduin. Quand elle 
fut achevée, en 1035, il la donna à son oncle l'abbé 
Albert, et à son monastère, pour y établir un prieuré; 
il ajouta six arpents de terre environnante. L'abbé de 

(1) Pièce justificative XV, charte pour Saint-Paul. 

(2) Symphorien Guyon, Histoire de VEglise d'Orléans, 
p. 327. 

(3; Aujourd'hui La Ferté-Imbault, canton de Salbris (Loir- 
et-Cher). 



— 148 — 

Micv envoya ini prieur claustral, avec des moines, 
prendre possession de ce lieu, qui demeura dans le 
patrimoine de notre abbaye jusiju'à sa suppression. 
L'année suivante, Tévèque d'Orléans, Isembard de 
liraye, vint consacrer la nouvelle église, qu'il dédia 
à Notre-Dame, le XVI des Calendes de septembre 
(17 août) (1). 

L'acte le plus important de l'administration 
d'Albert I" fut la grande cbarte de garantie et de 
confirmation qu'il obtint du roi Robert, pour son 
monastère. Depuis le diplôme du même genre, 
accordé par Louis le Débonnaire, en 830, des cban- 
gements considérables s'étaient produits dans la 
situation des biens appartenant aux moines de Saint- 
Mesmin. Certains domaines avaient été écbangés, 
d'autres perdus à la suite dos guerres civiles et étran- 
gères ; l usurpation des seigneurs laï(|nes et leurs 
injustices, Tincurie des prévôts cbargés de l'exploita- 
tion de ces biens et d'autres causes encore, enlevaient 
souvent aux moines des portions notables de leur 
patrimoine, ou les privaient de droits légitimes et de 
revenus nécessaires. C'est ce cpii expli(jue la sollici- 
tude des abbés [»our maintenir l'intégrilé de leurs 
possessions et Tindépendance de leur gouvernement, 
en ilemandant aux papes et aux rois des bulles et des 
cbartes de protection. Ces actes, émanés d'une si liante 
autorité, étaient alors les meilleuis litres qu'on [)ùt 
opposer aux prétentions des envabisseurs. 11 n*v avait 
pas, dans ce temps reculé, de Cband)res d'enregistre- 

(1) Bibliothèque Nationale. Baluze, M. S, 79J, p. 132. 



— 149 — 

ment, pour assurer l'inviolabilité de la propriété, 
comme de nos jours ; ces garanties solennelles étaient 
seules capables d'empêcher ou de réparer les usurpa- 
tions commises par la violence unie à la mauvaise 
foi. 

La charte donnée par le roi Robert, en 1022, à la 
prière de labbé Albert et de l'évèque Odolric, en 
énumérant tous les domaines possédés alors par le 
monastère de Saint-Mesmin, devint comme son livre- 
terrier, et son inviolable certificat de propriété (1). 

Dans une sorte de prologue, le prince expose 
d'abord que c'est un des principaux devoirs de l'au- 
torité royale de maintenir les Institutions monas- 
tiques dans la tranquille possession de leurs biens. 
Albert, abbé de Micy, accompagné de plusieurs de ses 
frères et d'Odolric, évêque d'Orléans, était venu le 
prier de renouveler les privilèges accordés jadis à 
son couvent par Clovis et ses successeurs, parce que 
les sceaux de ces titres avaieiit été détruits par la 
vétusté. 11 lui accorde volontiers ce nouvel acte de 
son pouvoir royal, afin que les moines puissent pos- 
séder à toujours leurs biens, sans craindre aucun 
dommage ni usurpation ; en retour, ils prieront Dieu 
pour le salut de son àme, et de celle de son épouse 
Constance et de ses trois fils, Hugues, Henri et 
Robert. Pour que ce privilège leur tienne lieu de ceux 
qui ont péri, il veut v rappeler tous les domaines 
nommés dans les actes des rois, ses pi-édécesseiiis. dt^ 
telle sorte qu'il puisse les remplacer tous. 

(1) Mabillon. Ann. Ord. Bened., t. IV, p. TOr,. 



— 150 — 

Après cette entrée en matière, le roi fait lénumé- 
ralion des domaines appartenant au monastère de 
Micy. Cet inventaire diffère peu de celui de Louis le 
Débonnaire, de 836, Il omet un certain nombre de 
localités disparues dans le cours des siècles ; il en 
ajoute plusieurs autres accordées aux religieux depuis 
la concession du diplôme impérial. iNous ne ferons 
pas ici la liste de ces biens ; nous nous réservons de 
la donner au chapitre spécial qui sera consacré en 
partie à l'étude de la fortune immobilière de l'abbaye 
de Micy (1). Robert le Pieux suit, dans cette indica- 
tion, l'ordre chronologique et historique où ces dona- 
tions ont été faites, successivement, par les rois 
Clovis et Clotaire I^*", son fils, Childebert, Clodomir. 
Dagobert I*^"", Thierry III, Pépin le Bref, Charle- 
magne, Louis le Débonnaire et Lotliaire, son fils, 
Charles le Chauve et Hugues Capet. Il ajoute ensuite 
celles dont lui-même les a gratifiés, et termine en 
confirmant d'une manière générale tous les privi- 
lèges et faveurs octroyés par les chartes de ses prédé- 
cesseurs, sans vouloir les nommer à nouveau dans 
la sienne. 

Plusieurs officiers royaux, en particulier Landric, 
chevalier, de Beaugency, et ses fils Landric, Jehan et 
Hervé, se montraient acharnés contre les religieux 
de Saint-Mesmin ; ils dévastaient presque journelle- 
ment h'Uis terres et infligeaient à leurs hommes 
mille vexations. Le roi. dans sa charte, le leur défend 
formellement, et y mentionne leur promesse de s'abs- 

1 ><)ir au chapitre xii de cette Histoire. 



~~ 151 — 

tenir à l'avenir de tout excès de ce genre. Il signifie 
la même défense à tous ses agents, comtes, envoyés, 
juges, vilains, en un mot à tout détenteur de son 
autorité, leur recommandant de n'inquiéter les moines 
dans aucune de leurs possessions, qu'elle soit proche 
ou éloignée de leur monastère, afin qu'ils puissent 
toujours jouir en paix de leurs biens, et servir Dieu 
dans une sécurité parfaite. 

Robert fait mettre son sceau sur cet acte, et ordonne 
d'y apposer également celui des princes, ses fils, et 
des nombreux témoins convoqués pour rehausser 
cette confirmation par une plus grande solennité. 

Donné publiquement à Orléans, l'an MXXII de 
rincarnalion du Verbe, et le XXYH" du règne de 
Robert, quand l'hérétique Etienne et ses complices 
furent condamnés et brûlés à Orléans (1). 

Grâce aux ressources que lui procurèrent les 
grands biens dont il est parlé dans les actes précé- 
dents, et avec l'aide d'autres libéralités venues de 
divers côtés^ l'abbé Albert I"'" put achever la recons- 
truction de son abbaye, ainsi que celle de l'église de 
Saint-Étienne. Celle-ci était de style roman, à trois 
nefs, contiguë à Tancienne qu'on rasa entièrement. 

En enlevant les matériaux de ce dernier édifice, 
on retrouva les corps des saints Mesmin l'Ancien, 
Théodemir et Mesmin le Jeune, renfermés dans des 
cercueils de bois, contenus eux-mêmes en des tombes 
de pierres creusées. Les moim's relevèrent de terre 

(1) Voir pièce justificiitive XVJII, charte de confirmation 
du roi Roljert . 



— 152 — 

les restes de leurs pères vénérés; ils les transpor- 
tèrent dans la nouvelle église, où ils les placèrent 
honorablement sous lautel (1). 

L'année 1029 est célèbre dans les annales de 
l'Eglise d'Orléans. En cette année, le 14 juin, le roi 
Robert et la reine Constance assistèrent à la dédicace 
de la basili(|ue de Saint- Aignan , que ce prince avait 
fait reconstruire magnifiquement (2). On y transporta 
le corps de saint Aignan, celui de saint Euspice, 
inhumé près do lui, et ceux de plusieurs autres 
bienheureux confesseurs. Un grand nombre d'évèques 
et d'abbés avaient été invités à cette solennité. Natu- 
rellement, celui de Saint-Mesmin y assista. Depuis 
longtemps, les religieux de son monastère et lui- 
même regrettaient de n'avoir aucune relicjue de saint 
Euspice, leur premier abbé, oncle de Mesmin, et 
fondateur, avec lui, de leur maison. Albert profita 
de cette circonstance pour demander au roi quelques 
parties du corps du Jiienheureux cénobite. Elles lui 
furent accordées. Albert les j)orta avec joie dans son 
couvent, où il les plaça près des restes de ses trois 
vénérés successeurs (3). 

L'abbé Albert ï•'^ déjà paivenu à un âge avancé, 
gouvernait paisiblement sa communauté, quand un 
sentiment exagéré d'aU'ection de son (ils Arnoul lui 
causa de graves ennuis. Gausbeil, abbé de Saint- 

ili \). Verninac, m. s., 3!»i, p. il». 

(2) Dareste, Histoire de France, t. 1, p. r»ô4. 

(.*>) Mabillox, Ann. Ord. BencdA. IV, p. 35.S. 



— lo3 - 

Julien (1) étant mort, Arnoul voulut imposer son 
père, pour supérieur, aux religieux de ce monastère. 
Ceux-ci refusèrent de le recevoir « trouvant trop dur 
de subir un abbé venu d'une maison étrangère, alors 
qu'ils avaient coutume d'en donner eux-mêmes aux 
autres », dit l'historien de cette abbaye. Comme 
Arnoul insistait, ils sortirent tous de leur couvent, 
tirant le pain du four et emportant ce qui leur appar- 
tenait, pour se réfugier sur le mont Badiole, près de 
la ville. L'archevêque céda enfin, après trois ans de 
vains efforts, et Albert revint à Micy(2). 

Au mois de novembre 103o, il signa l'acte de con- 
cession de plusieurs autels, faite à Azenaire, abbé de 
Saint-Benoît, par Gilduin, archevêque de Sens. 

C'est le dernier acte connu de ce vénérable abbé. 
Parvenu à une extrême vieillesse, la tête couronnée 
de cheveux blancs, il se souvint du lieu oii il avait 
fait sa profession religieuse et voulut s'v préparer à 
la mort, dans le recueillement et loin du souci des 
affaires temporelles. Il se démit donc de sa charge 
abbatiale et alla finir ses jours à Jumièges. Peu de 
temps après qu'il y fut arrivé, il s'endormit paisible- 
ment (lu sommeil des justes le XIX des Calendes de 
février (14 janvier) 103(), comme le porte le nécro- 
loge de cette maison. On l'enterra dans le chœur de 
la grande église, du coté de TEpitre, avec cette épi- 
taphe, en vers latins : 

« Ici repose le pieux et sa^e Albert, (jui, mépri- 

(1) Monastère bénédictin, au diocèse de Tours. 

(2) Mabillon, Ann. Ord. BenecL, t. V. p. 4.'in. 



- loi — 

saut les grandeurs terrestres, n'eut de désirs que 
pour les liiens célestes. 11 repoussa la fortune et les 
plaisirs qu'elle donne, pour (embrasser la vie austère 
de Jumièj^es. Par amour pour Dieu, il devint le 
modèle des moines ; soumis à la Règle, il brilla ici- 
bas par l'éclat de ses vertus; qu'il brille encore devant 
Dieu de la gloire des élus et jouisse près de lui de 
l'éternelle félicité î » (1) 

Son fils, Arnoul, fit aux religieux de Micy quelques 
donations, dont nous ignorons la nature, leur deman- 
dant une part dans leurs prières, pour le repos de 
l'àme de son père Albert. 

(1) Gallia Chuistiana, Eccfes. Aurel., t. VIII, p. 153'^. 



— 155 — 



CHAPITRE VIII 

LONGUE PROSPÉRITÉ DE MICY. — HUIT ABBÉS. — NOMBREUSES 
DONATIONS DE BIENS ET d'ÉGLISES : SAINT-MARCÉAU, LA 

FERTÉ, SAINT- SIGISMOND, VERNOU. BULLES PAPALES. — 

CHARTES INTÉRESSANTES. UN CURIEUX xMANUSCRIT. 

(1036-1159) 

L'abbatiat des successeurs immédiats d'Albert T-' 
offre peu d'événements remarquables. Quand un 
établissement religieux a atteint son entier dévelop- 
pement^ dans la possession de tous les organes néces- 
saires à son existence, et que, d'autre part, aucun 
péril extérieur ne vient le troubler, il offre par lui- 
môme peu de choses capables d'intéresser l'histoire. 
Dans un monastère bien réglé, comme l'était celui 
de Saint-Mesmin, à l'époque où nous en sommes 
arrivés, les jours succèdent aux jours^ les années 
aux années, parfois même les siècles aux siècles, dans 
une paisible uniformité, qui est l'essence même de la 
vie claustrale. Un abbé est élu après la mort de son 
prédécesseur ; de nouveaux moines remplacent les 
moines anciens qui sont allés au ciel recevoir la 
récompense de leurs vertus ; les exercices relig-ieux 
se suivent avec une régularité constante, qu'inter- 
rompent seulement, de temps en temps, une fête plus 
solennelle, une donation de biens, la visite de quehpie 



— 156 ^ 

personnage illustre, ou la pratique de quelque devoir 
de charité et de dévouement, dans un incendie, une 
inondation ou un grand malheur puhlic. 

Telle fut longtemps Theureuse destinée de l'abbaye 
(il' Micv, pendant les xi". xn'' et xiii*^ siècles. Aimée 
par les rois, protégée par les papes et dirigée par de 
sages abbés, elle put accomplir sa mission de prière, 
lie pénitence, de travail matériel et intellectuel, sans 
que rien ait entravé son œuvre. Ce fut la période la 
plus féconde de son existence, celle où elle donna au 
ciel les élus les plus nombreux, sanctifiés à Tombre 
de ses cloîtres, et exerça sur les hommes, ses con- 
temporains, la plus salutaire intluence par Tédifica- 
lion de ses vertus, rhospilalilé cl son inépuisable 
ciiarité. 

Fouhiues P"" sr.ccéda à Albert l"" en i()3(). Cet abbé, 
que les chroniques nous représentent comme un 
vieillard vénérable, de taille élevée et d'une physio- 
nomie empreinte d'une austère fermeté adoucie par 
lin air de grande bonté (1/. était ami d'Avesgaud, 
évèque du Mans, avec lecjuel il entr«'tint des lelations 
épistolaires (2). C'est sans doute grâce à sa bienveil- 
lance qu'il obtint pour sa communauté une donation 
importante. 

Vu Kl.'il), un chevalier, nommé Suavis, lui concéda 
l'église de Saint-Jean, bâtie près du chàteau-forl de la 
Mothe, dans le pagus manceau, avec le produit des 
dîmes et droits à percevoir à la foire tenue en ce lieu 

(i) Mahillon, A?i(ile('ta,i. 111, p, 302. 

(2) Bibliot. d'Orléans. Hubert, M. S. 430*. p. 165. 



— 157 — 

le jour de la fête de Saint-Jean-Baptisle. L'évêque 
Avesgaud, qui mourut la même année, d'accord avec 
son clergé, exempta cette église des redevances svno- 
dales (1). Ce lieu de Saint- Jean-de-la-Motlie devint 
un prieuré considérable qu(î les religieux de Saint- 
Mesmin occupèrent longtemps. Ils exercèrent sur 
cette région une action salutaire ; les rois d'Angle- 
terre, quand ils furent maîtres de l'Anjou et du Maine, 
leur adressèrent des lettres de protection (2). 

Raoul, que les moines de Micy élurent après la 
mort de Foulques P'", vers l'année lOoO, est connu 
par un acte seulement. Il signa, comme témoin, une 
charte d'Isembard de Brave. Par cet acte, l'évêque 
d'Orléans, désireux de s'assurer la participation aux 
prières et aux bonnes œuvres des religieux de Ciuny, 
dont la renommée resplendissait alors de toute part, 
sous la direction de saint Hugues, leur abbé, leur 
avait accordé, de concert avec les chanoines de son 
Chapitre, une prébende dans la cathédrale de Sainte- 
Ooix, à la condition qu'ils nourriraient chaque jour 
deux pauvres, l'un en son propre nom, l'autre en 
celui du Chapitre (3). 

Les chanoines de Saint-Aignan imitèrent cet 
exemple, vers ce même temps ; ils donnèrent aux 
moines de Saint-Mesmin une prébende d'honneur 
dans leur Chapitre, alin de participer aux mérites 
acquis par leur communauté. 

(1) Gallia Ghristiana, KixL Aurel., t. \III, \k ir>)->. 

(2) Bibliot. Nation., Baluze, 792, f-- lOO. 

(3) D. Luc d'Achlhv, Spicileyium., t. VI. [». VA. 



— 158 — 

Voici en quoi consistait cette concession. Quand 
une prébende canoniale venait à vaquer par décès, 
démission ou autrement, et qu'un chanoine était élu 
en cette place, le nouveau titulaire devait, pendant un 
an, laisser les fruits de sa prébende aux religieux de 
Saint-Mesmin qui, de leur côté, prenaient l'engage- 
ment de célébrer une messe chaque jour, pendant un 
an, et d'autres services pieux, pour tout charioine 
décédé. 

Mais les obligations contractées furent mal rem- 
plies, surtout de la part du Ciiapitre de Saint-Aignan, 
et cette fondation suscita plus tard de nombreuses 
difiicultés, qui nécessitèrent l'intervention du pape 
Lucius, comme nous le verrons en son lieu (1). 

Foulques II, abbé en 10o9, eut une grande contes- 
tation avec Gontard, abbé de Jumièges, au sujet de 
la Celle de Dammarie-en-Blésois. Albert, moine de 
ce monastère, la lui avait donnée avant de devenir 
supérieur de celui de Micy. Foulques, d'après quelques 
présomptions, crut qu'elle devait appartenir à son 
couvent et la revendicjua. Une conférence fut tenue 
|)()ur cet objet, à hupielle prirent part de nombreux 
abbés «>t notables de la contrée. Après un sérieux 
examen des prétentions de chaque partie, la Celle 
tut adjugée à Jumièges. et la paix se trouva ainsi 
rétablie (2). 

A la demande de Foulques, le roi de France, Phi- 
lippe I'", exempta les religieux de Micy de plusieurs 

(1) Pï'ompluarium miciacense, Secundum, p. 37. 
''^) M.vuiLLON, A.nn. Ord. Dened., t. V., p. 2^31. 



— 159 — 

sujétions auxquelles ils étaient astreints envers ses 
officiers de Beaugency (1). 

L'abbé Foulques II mourut vers l'année 1073. 

Chrétien, qui le remplaça, est connu par des actes 
plus nombreux. Son premier soin fut de demander 
au roi de France une charte de confirmation et de 
garantie pour les donations faites précédemment à 
son monastère. Philippe P^' la lui accorda pendant 
un séjour qu'il fit à Orléans, la dix-septième année 
de son règne (2). 

Dans le même temps et en la môme ville, ce souve- 
rain rendit une ordonnance obligeant tous ceux qui 
iraient s'établir sur les terres de Tabbaye, hommes 
libres ou serfs, à payer les droits dont elles étaient 
taxées. Il arrivait fréquemment que des étrangers 
venaient se fixer sur les domaines des moines, oii ils 
trouvaient à vivre plus facilement, et, sous prétexte 
qu'ils ne dépendaient pas d'eux, refusaient de payer 
les redevances dues pour ces biens. L'ordonnance du 
roi, obtenue par Chrétien, mit fin à cet abus (3). 

Ce qu'il y eut de plus remarquable durant l'admi- 
nistration de cet abbé, ce fut le nombre et l'impor- 
tance des donations d'églises faites aux religieux de 
Saint-Mesinin. 

Au moyen âge, tous, rois et évéques, prùti'es ou 
laïques, croyaient ne pouvoir pas nneux faire que 
de confier au zèle des moines la direction et la sur- 

(1) Bibliothèque Nationak*, E Cartulario MicAacensi^i^Ty^. 

(2) Gallia Christiana, Eccl. Aurel., t. VIII, p. 1532. 

(3) Bibliothèque d'Orléans, Dom Verninac, M. S. 304'', 
p. 58. 



- 160 - 

veillance du ministère paroissial. Dès les premiers 
siècles <lt* rétablissement du christianisme dans la 
Gaule, jusque vers les temps modernes, un «irand 
nomlu-e dég^Iises lurent bâties <;à et là par des princes, 
des seigneurs, des évèques, des chapitres, ou simple- 
ment par de grands propriétaires terriens qui vou- 
laient donner le moyen de remplir leurs devoirs reli- 
gieux aux gens employés sur leurs domaines. Toute 
villa un peu importante eut son église et devint ainsi 
le berceau d'une paroisse, comme on Ta vu dans 
la grande cliarte de Louis le Débonnaire, de 83G, 
pour une foule de localités de TOrléanais (1). Le pos- 
sessein- de Té^lise charireait de la desservir un prêtre 

~ X . I 

de son choix, après l'avoir présenté à 1 évéque du 
diocèse, pour (|ii'il en rerùt les pouvoirs canonicpies. 
Mais dans cette société encore mal organisée, où 
les mœurs étaient souvent à demi-barbares et où il 
n'v avait pas d'écoles spéciales pour la formation des 
ministres des autels, le recrutement du clergé était 
dilficile et les bons prêtres rares. On préférait remettre 
les églises aux moines (jui inspiraient plus de con- 
fiance, parce cju'ils étaient habitués à une vie austère, 
généralement instiuits et surveillés de près par leur 
abbé. Ouand ils uv jjouvaient pas administrer [)ar 
eux-mêmes toutes les paroisses qu'on leur avait don- 
nées, ils y mettaient des prêtres choisis par eux, sur- 
veillaient l'exercice du culte, entrelrenaient les édifices 
religieux et empêchaient de nombreux abus. C'est ce 
(jui fxplicjuc pour(|uoi les églises paroissiales furent 

(1) Voir au chapitre IV de cette Histoire. 



— 161 — 

confiées on si grand nombre aux Institutions monas- 
tiques et en particulier à celle de Saint-Mesmin. 

En 1082, une pieuse veuve, nommée Maussende, lui 
donna l'église de Saint-Marceau, située en face d'Or- 
léans, de l'autre côté de la Loire. La charte de confir- 
mation, faite à ce sujet par l'évèque Raignier de 
Flandre, explique dans quelles conditions fut accom- 
plie cette donation et quelles difficultés elle ren- 
contra (1). 

(( Il convient, dit-il, que les siècles futurs con- 
servent la mémoire des dons faits aux lieux saints. 
Moi, Raignier, par la grâce de Dieu évèque d'(3rléans, 
je veux que tous les fidèles présents ou futurs sachent 
qu'une pieuse femme, nommée Maussende, est venue 
en notre présence ; elle possédait par droit de suc- 
cession l'église de Saint-Marceau, que ses ancêtres 
avaient jadis reçue en hénéfice de notre Chapitre de 
Sainte-Croix, et l'avait retirée des mains des religieux 
de Bourgueil (2), qui l'avait occupée quelque temps 
sans aucun droit, comme le témoigne la sentence des 
notables et hommes de loi assemblés à cet effet. Et 
maintenant, elle nous supplie de confirmer la donation 
(ju'elle-mème et son fils Albéric ont faite de cette 
église aux religieux de Saint-Mesmin, afin (ju'ils la 
conservent à perpétuité. Elle leur lait cette donation 
pour le salut de son àme, de celles de ses ancêtres et 
de celle de son fils Albéric, <]wi vient de mourir. J ai 

(1' Bibliothèque Nationale, K Cartulario Miriacensi 
M. S. 5,420, f" 53. 
(2) Ancienne abbaye béruMliciine, au dioc»>se de Tour«. 



— 102 — 

donc consenti à sa demande et à celle d'Henri, fils 
d'Aliiéric. encore jeune enfant, en présence de tous 
les fidèles de notre Eglise, tant clercs que laïcs. J'ai 
concédé et j'ai livré cette église de Saint-Marceau aux 
religieux susdits ; et, pour garantie de cet acte, je 
l'ai signé de ma main et confirmé de mon sceau. Pour 
rendre indestructible l'autorité de cette concession, 
dans les temps à venir, je l'ai fait munir de la signature 
de tous les dignitaires de notre église de Sainte-Croix. 
Fait publiquement à Orléans, la vingt-deuxième année 
du règne de Philippe, roi (1082) » (1). 

A la suite du jugement dont il est fait mention dans 
cet acte, rarclievéque de Sens, Ricber, métropolitain 
d'Orléans, avait adjugé l'église de Saint-Marceau à 
Chrétien, abbé de 31icy, en vertu de la donation de 
Maussende ; Raignier l'avait confirmée; et entin Hau- 
dry, abbé de Bourgueil, reconnaissant le bien- fondé 
de la sentence, Tavait approuvée par un acte spé- 
cial (2). 

Chrétien envoya à Saint-Marceau des religieux qui 
occupèrent ce prieuré et y remplirent longtemps les 
fonctions curiales. Après les désastres causés par les 
Anglais, durant la guerre de Cent ans, il fut détaché 
de l'église paroissiale et demeura à Fétat de prieuré 
simple, c'est-à-dire sans charge d'àmes. 

E[i HOî), Sancion, seigneur de La Ferté-Saint- 
Ilubert (3), donna au monastèie de Saint-Mesmin les 

(1) Pi<>oe juslilicative XVJ, charte pour Saint-Marceau. 
i'I) nibliotliAquo ÏSTationale, M. S, 1,730, fo 83. 
(."») Aujoui-d'liui La Kerté-Saint-Aignan, canton de Neung- 
sur-Beuvron (Loir-ot-Cher). 



— 163 — 

deux églises de ce lieu, celle des saints Gervais et 
Protais, qui était collégiale, et celle de saint Sulpice, 
qui était paroissiale. Jean lil, évoque d'Orléans, ap- 
prouva* cette donation au mois de janvier de l'année 
suivante (1). 

Hervé, seig-neur de Meung-, avait exigé certaines 
redevances injustes sur les terres du monastère. Il en 
fit la remise à l'abbé Clirétien, par une charte que 
confirmèrent le roi Philippe I" et son fils Louis Yl, 
en 1103. Il devint par la suite l'ami des moines et 
leur bienfaiteur. En mourant, il demanda à être 
inhumé dans leur église abbatiale, faveur qui lui fut 
accordée (2). 

Quant à Baudry, abbé de Bourgueil, qui avait eu 
un dissentiment avec les religieux de Saint-3Iesmin 
au sujet de l'ég-lise de Saint-Marceau, il s'était sincè- 
rement réconcilié avec eux, et, comme gage de son 
amitié, leur donna la moitié d'une rente lui apparte- 
nant, sur l'église de Meung-. Il était originaire de 
cette ville, et tenait ce bénéfice de ses ancêtres. Il fit 
ensuite une association de prières entre son abbaye et 
celle de JVIicy, afin de resserrer les liens qui unissaient 
les deux communautés (3). Peu après, il fut nommé 
à l'évêché de Dol, qu'il gouverna vingt-cinq ans, avec 
autant de sagesse que de piété. 

Tout en dirigeant ses frères avec une grande solli- 
citude, l'abbé Chrétien prit part à [)lusieurs actes 

(1) Mabillon, Ann. Ovcl. Bened., t. V, p. 231. 

(2) Bibl. nat., do77i Esllennot, M. S l'2,7.S9, f» 11. 

(3j GaIjLTa (-HU1STIANA, Eccl. Auref., t VIll, p. \ï)'33. 



— 1()4 — 

accomplis de son temps. Il assista, en 1104, au 
concile de Troyes, en Champagne, où fui'ent confir- 
més les droits des religieux de Saint-Florent d'Arijou. 
sur le prieuré de Saint-Gondon (1). 

L'année suivante, il lut présent à la consécration 
de la nouvelle église de Meung. aujourd'hui parois- 
siale. Celte cérémonie tut laite par Jean 11, évècpie 
d'Orléans, entouré de Raoul, archevêque de Tours: 
de Galon, évèque de Paris, et d'un immense concours 
de peuple. Le même joui', on tiansporta dans la nou- 
velle église les reliques de saint Liphard et de saint 
Urhin, qui y furent longtemps l'ohjet de la vénération 
des fidèles (2). 

Après une heureuse administration de trente-cimj 
ans, Chrétien mourut [)lein de mérites, et fut rem- 
placé par un moine nonuné Garnier. élevé sur le 
siège ahhalial de Saint-Mesmin. par la lihre élection 
de ses frères, eu 1 1 10. 

Garnier ohlint plusieurs nolahles avantages pour 
son monastère. Ln 111:2. Louis \\ le Gios lui loua 
sa ferme de Hozières C-h, pour la somme annuelle de 
10 sols de cens. Le roi fit cette location du consente- 
ment de Guy de Senlis, seigneui- de ce lieu, (jui la 
Icuail eu hénéliee, et de Guillaume et Guy, ses deux 
fils (4). 

Ce (jui fut plus agréahie aux moines de Micy. ce 

(1) Coniimine de l'arrond. et canton <lo (tien (Loiret). 
{2) Gallia Christiana, Eccl. Aurel., t. VIII, p. iAW. 

(3) Conjniune du canton de Meung (Loiret». 

(4) Gallia Christiaxa, Eccl. Aurel., t. VIII, p. 1533. 



— 165 — 

fut la remise de certaines coutumes onéreuses et 
irritantes qui leur avaient été imposées jadis par les 
évéques d'Orléans. Quand un prélat partait en guerre 
à la suite du roi, ou allait assister à quelque concile, 
ils étaient obligés de lui fournir un cheval de bat pour 
ses bagages; dans l'Avent et le Carême, ils devaient 
le pourvoir de poissons fins, ou racheter cette obliga- 
tion à prix d'argent ; ou bien encore, lorsque ses 
serviteurs venaient faucher les prés de l'évêché, ils 
contraignaient les moines à leur donner du pain, du 
vin et la moitié d'un agneau, le jour de la Sainte- 
Croix. Jean II leur remit toutes ces servitudes^ 
en IMo ; et afin qu'on ne fût plus tenté de les renou- 
veler, il frappa d'excommunication ceux qui vou- 
draient essayer de les y assujettir à Favenir (1). 

Etienne, qui succéda à Garnier, en lilG, n'occupa 
que quatre années le siège abbatial de Saint-Mesmin. 
Durant ce temps, il obtint du pape Pascal II une 
Jiulle de protection pour les biens de son monastère. 

C'est sous le patronage de la papauté que les 
abbayes ont prospéré au moyen âge. L'arrivée d'une 
Bulle émanée du chef de la chrétienté était un événe- 
ment heureux. Si elle ne mettait pas fin à toutes les 
contestations, il est ceilain (ju'elle déconcertait la 
mauvaise foi, et qu'elle empêchait ou réparait de 
nombreuses injustices. Entre la faiblesse des rois et 
la violence des seigneurs féodaux, la puissance des 
papes était la plus ferme et la plus révérée qui existât 
sur la terre. Elle s'appuyait sur le sentiment religieux 

(1) Bibl. nation., Baluze, M. S. 79-2, f* 98. 

12 



— 166 — 

très vif à cette époque. Le caractère sacré dont ils 
étaient revêtus, la haute autorité morale de leurs 
vertus donnait une sanction presque irrésistible aux 
actes émanés de leurs jugements. Aussi les interdits 
et les excommunications, dont ils menaçaient les 
méchants, arrêtaient leur bras, mettaient (in à leurs 
usurpations, ou bien les amenaient souvent à une juste 
réparation. Ces armes toutes spirituelles, s'adressant à 
la conscience deschrétiens, suppléaient à l'impuissance 
des lois et empêchaient de grands maux. C'est pour- 
quoi nous voyons de tous côtés les chefs des commu- 
nautés religieuses, et en particulier ceux do Saint- 
Mesmin, s'empresser de solliciter ces bulles pré- 
cieuses, dès leur promotion au pouvoir abbatial. 

Dans celle que Pascal II adressa à Etienne, le pape 
dit d'abord c< qu'il est du devoir du successeur de 
saint Pierre de protéger les personnes et les choses 
consacrées à Dieu. Il fait ensuite l'énumération des 
biens appartenant au monastère de 3Iicy, parmi 
lesquels il nomme les églises de Saint- Denis-en-Val, 
de Saint-llilaire, de Saint-Pierre-de-Jouy, de Sainl- 
Symphorien-de-Chaingy, de la Chapelle-Saint-iMes- 
min, de Saint-Eustache et de Saint-Nicolas. Le pape 
déclare qu'il place ces biens sous sa protection et 
sous celle du Siège apostolique, menaçant des peines 
ecclésiastiques quiconque oserait porter une main 
sacrilège sur ces personnes ou sur ces choses. Donné 
à Bénévent, le XVII des Calendes d'avril (Ki mars) 
MCXVI (1). » 

(Ij BiJjUot. nation., M. S. 5420, f" XIX. 



- 167 — 

Etienne mourut en 1120. Quand ses frères lui 
eurent rendu les honneurs de la sépulture, ils élurent 
en sa place un d'entre eux, Albert II, qui était de 
naissance noble, fils de Jehan, sire deMeung-, premier 
vassal de Févêché d'Orléans (1). 

Cet abbé se concilia les bonnes grâces de Louis YI 
le Gros qui, d'ailleurs^ se montra constamment favo- 
rable aux Institutions religieuses pendant la durée de 
son long règne. Les offlciers de la couronne, plus 
exigeants que leur maître, avaient souvent des con- 
testations avec les gens du monastère, au sujet de 
taxes et coutumes, que parfois ils réclamaient indû- 
ment. A la requête de l'abbé, le roi lui accorda une 
charte qui mit fin à ces exigences. Il y déclare qu'il 
prend sous sa protection spéciale le lieu de Saint- 
Mesmin , hommes et choses, et veut qu'on porte 
directement à sa personne toute plainte contre ses 
gens, se réservant d'en faire justice. Il donna cet 
acte à Albert, afin qu'il s^en servît pour sa défense^ au 
mois de mars 1123 (2). 

Eudes, fils d'Hervé, de Meung, avait accordé aux 
moines de Micy la terre et le moulin de Bullion (3) 
A la demande de Yulguin, archevêque de Bourges, 
de Gilbert, archevêque de Tours, de Jean II, évêque 
d'Orléans et dAlbert H, leur abbé, le même roi 

(1) Bibliothèque d'Orléans, M. S., 436-% fo81. 

(2) Bibliothèque d'Orléans, boni Vcminac, M. S., 304^. 

(3) 11 y a une commune de Bullion, dans le canton de 
Dourdan , arrondissement de Rambouillet (Seine-et-Oise). 
Nous n'avons pas pu identifier ce lieu avec celui dont il 
s'agit ici. 



— 168 — 

confirma cette concession, en 1121, et leur en garantit 
à perpétuité la paisible possession. 

Béatrice, épouse d'Hervé, de la Fcrté, et dame de 
Saint-Sigismond, en Beauce, du consentement d'Al- 
béric, son fils, et d "Agnès, sa fille, donna à Saint- 
Mesmin Téglise de ce lieu, lui appartenant, pour le 
repos de lame de sou mari, le jour même de sa 
sépulture, en 1122. Elle fit celle donation, comme il 
était d'usage en ce temps, par la tradition d'un chan- 
delier doré et d'un couteau à rnancJie noir, (|u'elle 
déposa sur l'auUd de Saint-Etienne. L'évéque d'Or- 
léans approuva cet acte au Chapitre de Sainte-Croix 
au mois de novembre suivant, et le pape Innocent II 
le confirma plus tard par un privilège accordé eu son 
palais de Latran, le II des Ides de janvier (12 jan- 
vier), delà 12*' année de son pontificat, 1142 (J). 

Les moines de Micy établirenl à Saint-Sigismond 
nu prieuré (jui acquit une giaude importance. Il fut 
i objet d'actes nombreux (jui se lisent encore dans 
l'extrait du Cartulaire conservé à la l^ibliotbèque 
nationale (2). Ces actes proviemient des évèques 
d'Orléans, des seigneurs du lieu et autres person- 
nages. Ils concernent les libertés et franchises du 
prieuré, l'attribution des olfrandes recueillies dans 
l'église, b's donations de cire et de lampes, la per- 
cr[)ti()n des décimes et l'exercice de la justice abba- 
tiale, eu un Fuot, tout ce (jui constitue la vie très 
active d'un établissenient religieux exerçant une 

(1) JUbliolliùque nationale, M. S., 12:o9, fo olU. 

(2) Bibliothèque nationale, M. S., 54-^0, fo XXII. 



— 169 — 

influence considérable dans la région où il se 
trouve. 

L'abbé Albert II obtint encore, en 1126, le libre 
patronage de l'église d'Ardon {{) que lui contestaient 
des seigneurs du voisinage. Enfin, dans cette même 
année, Hildebert, archevêque de Tours, lui accorda 
la faculté de placer un chapelain dans l'église du 
bourg de Sainte-Maure (2)^ en son diocèse, pour y 
faire Poffice, administrer les sacrements, sauf le 
baptême et inhumer les fidèles qui le demanderaient. 
Ce privilège fut confirmé par Joscin qui occupa éga- 
lement le siège archiépiscopal de Tours en 1170, et 
par Barthélémy, son successeur, en 1207 (3). 

Hugues continua les heureuses pratiques d'Albert II 
qu'il remplaça dans la direction du monastère de 
Saint-Mesmin, en 1130. 

Il reçut, en 1133^ une donation importanfe que 
nous fait connaître l'intéressante charte suivante (i) : 

« Moi, Jean, indigne évêque d'Orléans, je veux 
faire savoir à tous les fidèles de la sainte Eglise, pré- 
sents et futurs, que Hugues, vénérable abbé du 
monastère de Micy, est venu en notre présence, avec 
plusieurs de ses frères, et a prié humblement notre 
paternité de lui concéder une église élevée en l'hon- 
neur de la B. V. Marie, dans le domaine de Vernou, 

(1) Commune du canton de La FerU'-Saint-Aubin (Loirot). 

(2) Chef-lieu de canton de l'arrondisseuient de Chinon 
(Indre-et-Loire). 

(3) Bibliotlièque nationale, Baluze, M. S., 792, f^TO. 

(4) Bibliothèque d'Orléans, Dom Verninac, M. S. 39\^, 
p. 64. 



— 170 - 

en Sologne (1). D'après le droit ecclésiastique, elle 
devait appartenir à notre niense épiscopale; mais un 
chevalier appelé Réginald, suivant les mauvaises 
pratiques de ses ancêtres, l'avait injustement occupée. 
Touché enfin de repentir, il l'a quittée, donnée et 
concédée au Bienheureux Etienne, premier martyr et 
au ])ieux confesseur Mesmin, avec tout ce qui en 
dépend, savoir : le preshytére, les offrandes faites aux 
cinq fêtes solennelles, la dîme de tout ce qui doit lui 
revenir, et, en plus, le porche, le cimetière et une 
petite maison contiguë à ladite église. A cette donation, 
il ajouta de son propre patrimoine, un affranchi, du 
du nom de Garin, que son oncle Raoul lui avait cédé, 
et une parcelle de terre lahourahle touchant au porche 
de l'église, un pré et des bois, pour l'usage des reli- 
gieux qui serviront Dieu en ce lieu. Nous avons donc 
roru avec bienveillance la juste demande dudit abbé, 
d'après l'avis de nos clercs, disant qu'il était digne 
d'un tel don. Nous avons concédé la paroisse de Ver- 
nou. et tous les biens ci-dessus énumérés au premier 
martvr saint Etienne, au Bienheureux Mesmin et aux 
frères servant Dieu dans leur monastère, pour qu'ils 
les possèdent à perpétuité, l'année dv Tlncarnation 
du Verbe. 1133. Nous ne voulons pas passer sous 
silence que cette présente donation a été approuvée 
par Eudes Baderanne et ses fils Hugues, Raoul et 
Albéric qui nous ont demandé à participer ainsi aux 
mérites de leur parent Réginnld (2). » 

(1) Commune du canton ot arrondissement de Romorantin 
(liGir-et-nhor). 
('}) Pi(Ve justificative XVII, cliarte pour Vernou. 



— 171 — 

Le roi Louis VI, à la prière de Hugues, approuva 
cette donation, qui devint ainsi définitive (1). 

L'abbé de Micy, imitant la conduite de ses prédé- 
cesseurs, demanda au pape Innocent II une bulle de 
confirmation pour les biens de son couvent. Il le 
supplia en même temps de décharger celui-ci de cer- 
taines provisions ou redevances fort onéreuses, exi- 
gées par la Cour de Rome. Le Souverain Pontife, 
faisant droit à son désir, lui adressa de son palais de 
Latran (1143), une bulle dans laquelle il rappelle 
d'abord le droit de patronage que les évéques d'Or- 
léans possèdent sur le monastère de Saint-Mesmin ; 
puis il exempte celui-ci des charges sus-indiquées, et 
place tous ses biens sous l'autorité du Siège aposto- 
lique. Aux églises déjà nommées dans la bulle de 
Pascal II, de 1116, il ajoute celles de Cbaumont, de 
Saint-Martin-de-Ligny, de Sainte-Marie-de-Petit-Mou- 
tier, de Sainte-Marie-de-Vernou, et la chapelle Saint- 
Paul, d'Orléans (2). 

Un acte très curieux, se rapportant à Fadministra- 
tion de l'abbé Huirucs, est une charte de Louis VI le 
Gros, en la vingt-troisième année de son règne, et la 
première après le couronnement de son fils Louis VII 
le Jeune, par laquelle les deux rois rendent au monas- 
tère de Saint-Mesmin un serf, Raoul, thelonnier, 
qu'ils avaient cru leur appartenir. Ils y déclarent 
ensuite que Chrétienne, fille d'une famille serve de 
Micy, s'étant mariée à un lionimo serf du domaine 

(1) Galli/V ('irnrsT., Eccles. AureL., t. VUI, p. lïùX}. 

(2) Biblioth. d'Orl., M. S., 39-i", E:clrait du Cartulnirc . 



— 172 — 

royal, les enfants qui naîtront de ce mariage seront 
partagés entre eux et Hugues. Fait publiquement à 
Orléans, en 1130 (1). 

D'après la dure loi encore en vigueur dans ces 
siècles de fer, les serfs, attachés pour la vie à la terre 
de leur maître, ne pouvaient passe marier à d'autres 
serfs appartenant à des maîtres dillérenls, afin d'éviter 
des complications litigieuses. S'ils le faisaient, leurs 
enfants devenaient par moitié la propriété de leur 
maître respectif. Les moines de Micy, en suivant cette 
loi, ne faisaient que se conformer à la pratique 
universelle qui formait alors une des bases de la 
société franque. Mais bientôt vont venir des jours 
meilleurs, oii nous les verrons aifrancliir leurs serfs 
et devancer leurs contemporains dans le grand mou- 
vement vers la liberté, où les engagèrent, parmi les 
premiers, leur charité et leur intelligence du bien de 
ces hommes, leurs frères. 

L'abbé Hugues mourut vers 1140, après avoir gou- 
verné son monastère environ dix-neuf ans. Ses vertus 
douces et modestes avaient fait l'édification de sa 
communauté. Il fnl honoré ihi litre Aliomine de 
bonne mémoire, hommage rendu à son mérite, 
auquel s'associa le roi Louis VII, en le désignant par 
ce nom dans une charte de confirmation. 

Sous la direction des huit abbés nommés dans le 
cours de ce chapitre, l'abbaye de Saint-Mesmin jouit 
d'une paix profonde. Ses religieux purent se livrer à 
tous les exercices de leur pieuse vocation, dans la 

(l) Biblioth. d'Oil., M. S., 3l)4^ Extrait du Cartuîaire. 



— 173 ^ 

sécurité d'une tranquille liberté. La prière, les austé- 
rités de la pénitence volontaire, le travail de Tesprit 
et du corps remplirent leurs journées et. sanctifièrent 
leur vie. 

Avec le temps, une certaine modification s'était 
introduite dans leurs pratiques habituelles. Les Béné- 
dictins s'étaient peu à peu adonnés avec moins 
d'assuiduité aux travaux de la terre ; ils avaient 
diminué le nombre des heures consacrées à la cul- 
ture du sol. Possesseurs de vastes domaines, pour la 
plupart fort éloignés de leur monastère, ils les faisaient 
exploiter par des serfs, par des serviteurs à gages, ou 
les donnaient en location, sous la surveillance d'un 
religieux spécialement chargé de cet office. Quant 
aux moines résidant au couvent, ils prenaient part 
aux grands ouvrages des champs, aux époques de la 
fenaison, de la moisson et des vendanges. Pendant 
le reste de l'année, ils employaient à l'étude, à la 
transcription des manuscrits et à d'autres œuvres de 
l'esprit, le temps que leur laissaient la méditation, la 
lecture et les longs offices du chœur. 

Micy a suivi ce mouvement. De nombreux ouvrages 
littéraires^ outre ceux que nous avons signalés au 
chapitre précédent, y ont été produits. Malheureuse- 
ment, la plupart ont péri, dans les désastres survenus 
aux siècles postérieurs. Il reste encore, à la Bii)lio- 
thèque de l'Arsenal, à Paris, un spécimen intéressant 
du talent de ses religieux vers cette époque 
(1100 à iloO) (1). 

(1) Bibliotliùque de l'Arsenal, ù Paris, M. S. 371. 



- 174 — 

C'est un manuscrit en parchemin, de 24 feuillets, 
de 220 millimètres sur 1^3, en fine écriture g^otliique 
du xii" siècle, à longues lii^^nes. Le titre est en encre 
rouge, les initiales on rouge et vert foncé. A la pre- 
mière page existe un dessin à la plume ; il représente 
Dieu le Père couronnant la Vierge Marie, au milieu 
d'arabesques formées do volutes ot do Heurs entre- 
lacées. 

Ce manuscrit est relié av<^c trois autres, dans un 
volume de 133 pages, portant le numéro 371 . Il ren- 
ferme trois parties bien distinctes. 

La première, du folio 7") au folio 87, est une sorte 
de traité d'astronomie ; il contient, en elfet, des 
mélanges sur le Comput ecclésiastique, sur les astres, 
des notes sur les éclipses, les Ides, les Calendes, et 
une table indiquant la date des fêtes mobiles, de 
1127 à H.L)6, semblable à celles que Ton place en tète 
de tous les livres d'offices actuellement en usage. 
Cette date, do 1127, montre bien que ce manuscrit a 
dû être composé au plus tard en 1120 ; une indication 
antérieure aurait été inutile. 

La seconde partie, folio 87 à folio 92,. est un calen- 
drier commençant par des vers latins, dont le premier 
s'exprime ainsi : 

Prima dics incnsis et scptima truncat ut cnsls. 

On y lit les noms de presque tous les saints qui ont 
vécu à Micy, honorés spécialement dans le monastère 
et dans le diocèse d'Orléans ; saints Aubin, Mayeul, 
Aignan, Arnoul, Euspice, Samson, Théodemir, Maxi- 




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icy, au xii» siècle, 
enal, M. S. 371. 



— 179 ^ 

min, Erroul, Calais^ Léonard ; sainte Geneviève et 
sainte xiustrebert, etc. Il faut remarquer, au 15 dé- 
cembre, que le nom de saint Maximin est inscrit en 
caractères plus gros que ceux de la fête de Noël, au 
2o du même mois, pieux et naïf témoignage de la 
vénération du copiste pour le patron de son cou- 
vent (1). 

La troisième partie, folio 92 à folio 99, semble 
formée de plans d'iiomélies adressées, selon toute 
probabilité, par l'abbé à ses religieux. On y lit un 
exposé allégorique des temps de la Septuagésime, 
du Carême et d'autres solennités ; puis des explica- 
tions sur les catéchumènes, l'agneau pascal, la preuve 
de Ja présence réelle, et le reniement de saint Pierre. 

Ce curieux manuscrit nous donne une idée exacte 
des occupations auxquelles se livraient les moines de 
Saint-Mesmin, dans ces âges si éloignés de nous. On 
regrette davantage^ en le voyant, que tant d'autres 
ouvrages, sortis de leur intelligence ou transcrits par 
leur patience séculaire, aient péri pour toujours, lais- 
sant une lacune peut-être irréparable, dans la série 
des œuvres enfantées par l'esprit humain. 

(l) Voir ci-contre la reproduction de deux pages de ce 
manuscrit. 



— 180 — 



CHAPITRE ÏX 

ASSASSINAT DUN ABBÉ. CHARTES DES ROIS DE FRANCE, DU 

ROI d'aNGLETERRE, DES ÉVÊQUES DORLÉANS. AFFAIRES 

DE LA LÉPROSERIE, DE LA PRÉBENDE DE SAINT-AIGNAN, DU 

DUEL JUDICIAIRE. CONFLITS DE PÈCHE. GUILLAUME, 

GAUTIER, ANDRÉ, LANCELIN, ABBÉS. 

(1149-12(>>) 

Guillaume P'', qui succéda à Hugues on 1149 sur le 
siège abbatial de Saint-Mesmin, se rendit recomman- 
dable par son activité et son zèle pour les intérêts de 
son monastère. Son intelligente administration lui pro- 
cura de nombreux avantages, tandis (jue son mérite 
personnel le fit appeler soit comme témoin, soit 
comme arbitre dans plusieurs affaires importantes, 
n souscrivit, en 1 J iî), à une charte que Guillaume de 
Beaugency donna en faveur de Bourg-Moyen (1). Il 
fit, en Hr)5, un accord avec Godefroy I^onit au sujet 
du moulin de Cbatillon ; et, deux ans plus tard, 
échangea, avec Manassès I'''"de Garlande, évéque d'Or- 
léaiis, plusieurs églises soumises à son patronage. Il 
obtint t'nfin, du même évècpie, la confirmation de la 
terie de Pi'ouville, cpie lui avait donnée Richard 
d'Allet i2\ 

(1) Abbaye de reli^neux Aii»s'U8tins, à Blois. 
(3) Gallia Chhistiana, Ecclesin Aïo'elintipnsh. t. \]1I, 
p. 1543. 



— 181 — 

D'autres soins sollicitèrent son attention vers la 
même époque. De tout temps, les moines avaient été 
en butte aux vexations des gens de guerre, chefs et 
soldats, qui se faisaient un plaisir cruel de les tour- 
menter et de s'emparer de leurs biens, Iiommes et 
choses. Un seul pouvoir était capable de mettre fin à 
ces sévices, celui du roi, dont l'autorité s'affermissait 
de jour en jour. L'abbé Guillaume fut obligé d'y 
recourir. Sa lettre à Louis YII le Jeune nous apprend 
dans quelles circonstances (1). 

« A Louis, par la grâce de Dieu, très excellent roi 
des Francs, frère Guillaume, abbé de Saint-Mesmin, 
et tous les frères du même lieu, salut et union de 
prières. Notre Église a toujours eu pour protec- 
teurs les rois, vos prédécesseurs; soyez aussi notre 
tuteur et notre défenseur dans le cas présent, c;»r 
nous ne pouvons nous réfugier que dans l'asile <le 
votre puissante bontés (|uand nos ennemis nous 
persécutent. Dernièrement, un soldat de Raoul de 
Nids, Godefroy, fils de Foulques, s'est emparé sans 
justice d'un de nos Iiommes, et le retient en prison, 
affirmant qu'il est sien. Mais nous, sachant bien que 
cet homme et ses ancêtres sont de Saint-Mesmin 
depuis plus de cent ans, nous avons sommé, de votre 
pai't, ledit Robert de Nids et son soldat, de se [)ré- 
sentcr devant votre justice [)0ur v juger cetl(* allairr. 
Ils nen ont rien fait. Noiis supplions dune votre 
Majesté d'ordonuer que ce malheureux soit mis en 
liberté, jusqu'à ce que vous ayez appelé la cause à 

(1) Du Chesne, Historiœ Francovum, t. IV. p. 739. 

13 



— 182 — 

votre audience ou. du moins, si tel est votre bon 
plaisir, d'aviser vos prévois d'Orléans de ce qui doit 
être fait jusque-là. Nous vous saluons » (1). 

Ce conflit fut sans doute apaisé au contentement 
des deux parties ; car Raoul de Nids, seigneur de 
La Ferté-Nerbert (2), se montra par la suite aussi 
bienveillant envers les moines, (|u il leur avait d'abord 
été hostile. En IJîJ", il leur conlirma tous les biens 
que leur avaient accordés ses ancêtres par la belle 
charte suivante : 

(( Puisque la mort jalouse ou l'odieux oubli jettent 
d'ordinaire un voile épais sur nos actions ou même 
les efiacent entièrement, il est bon de lixer par un 
écrit durable les actes dignes d'un long souvenir. Moi, 
Raoul de Nids, je fais donc savoir à tous, présents et 
futurs, que je donrie aux religieux de Saint-Mesmin 
tous les descendants de Thierry pour serfs et serves. 
Je les leur cède en paisible possession, sans que per- 
sonne [misse rien réclamer à leur sujet. En outre, je 
leur ai confirnjé, sous la garantie de mon sceau cl du 
consentement d'Adélaïde, mon épouse, la possession 
de tous les biens, dons et bénéfices que le vicomte 
Robert et mes autres prédécesseurs ont donnés jusqu'à 
ce jour à Dieu, au Rienheureux Mesmin et à ses 
frères; je leui- eu garantis la jouissance perpétuelle 
en toute libellé et tranquillité. Parmi ces biens, il 
convient d en désigner plusieurs par leur propre nom ; 

(I) Voir piècH juslilicalivo XIX, lettre <le Guillaume. 
i'I) AujounDiui T.a Fertô-Saint-Auhin. chef lieu de canton 
(Lon-et). 



— 183 — 

ce sont : le village de Mont-Ciran, avec ses hommes 
de corps, ses prés, ses bois, ses dîmes et toutes ses 
dépendances ; le village de Saint-Aubin, avec ses 
hommes, maisons, vignes et vergers. Je leur accorde 
en outre les dîmes entières et les prémices de tout 
mon domaine sur les champs et les bois, les terres 
cultivées et incultes, et sur les marchés, les jours de 
Saint-Aubin (J^^'mars), de Saint-Gilles (1'^'' septembre), 
de Saint-Michel (29 septembre;, pour la décoration de 
l'église dudit archange ; la moitié de celles du marché 
de Saint-Laurent (10 aoùtj ; enfin, un jour chaque 
année, la veille de Saint-Laurent, le droit de pécher 
dans toute l'eau qui entoure mon château. Moi, Raoul 
de Nids, j'ai fait publiquement cette donation dans le 
Cliapitre de Saint-Mesmin, Tan ilo7 de Tlncarnation 
du Seigneur » (1). 

La contestation, suscitée par Bouchard de Meung, 
fut plus longue et plus difficile à apaiser. Ce seigneur 
prétendait avoir été lésé dans ses droits par la foih 
dation du prieuré de La Ferté-Aurain, qu'avait faite 
son grand-oncle Hervé, en 1035. Afin de se dédom- 
mager de ce qu'il croyait avoir perdu, il s'empara de 
terres dépendant de ce prieuré pour une valeur de 
cinquante livres. Sommé de restituer ce bien, il le 
promit, mais ne tint pas sa promesse. Il garda les 
terres usurpées, traîna l'alfaire en longueur pendant 
plusieurs années, et,, durant tout ce temps, ne cessa 
pas de molester les moin(.'s par tous les movens en 

(1) Bibliothèque Nationale, M. S. 5420, E Ctirlulario Mi- 
ciacensi. 



— 184 — 

son [)Ouvoir. Manassès, irrité de sa mauvaise foi^ lui 
infligea une amende de viiiut livres ri le nienara de 
rexcominuiiicalioii. Hieii ne jxit le l'aire céder. Alors 
labbé de iMicy s'adiessa direclcment au Souvei'ain 
Porilit'e poni' ohlenii' jnslice. Alexandre III nomma 
jnii»' de celte cause (iu\. ai clieN'èque de Sens, (jui 
fiappa Bouchard d'analliènu'. Toute la noblesse de la 
province inteivint dans ce conllit ; on reconnut una- 
nimement les droits du monastère, et le coupable lui 
contraint de se soumettre. Dans une charte (ju'il 
donna à cet effet, en 1179, Ikiucliard confessa ses 
torts, restitua les terres envahies et })romit de res- 
pecter désormais les biens, honnnes el choses, appai- 
tenant à Micy (1 ). 

Tout en rcveiidiquanl én('ri^i(|uement les droits de 
son monasléie. (iuillaume ne néij;lioeail rien pour lui 
[»r'Ocurer les g^aranlies capables de le inelh'e à l'abri de 
semblables usurpations. 11 fit conlirmer, par Tévèque 
d'Orléans, diverses donations : puis, s'adressanl à une 
auloi'ilé plus haute encore, il sollicila «'l oblinl d'Ku- 
gènc 111 un»' bulle ch' protection envoyée de Home, 
en il.")!). (Juand Alexandre 111 eul été élevé sur le 
li(Mie de Saint-Pieri'e. il lui demanda la même faveur 
et, it'fiil . en 11(10, une iiou\elle bulle (|iii plarail 
sous la sauvegarde du Siège apostoli(jue tous les 
domaines el églises formant le patrimoine du couvenl 
de Saint-Mesmin (2). 

Lu celte même aimée, l'abbé de Micy assista, avec 

(1) Bibliothèque Nationale, M. S., 5420, cart. XLVII. 

(2) Bibliothèque Nationale, M. S. 5420, cart. LXXIX. 



- 185 — 

de nombreux et illustres personnages, évéques, abbés 
et prélats de tout rang, aux fêtes solennelles qui 
eurent lieu à Argenteuil, près Paris, en l'honneur de 
la Sainte Robe de Xotre-Seigneur Jésus-CiuMst, véné- 
rée dans ce sanctuaire de toute aiiliquilé. Il est 
nommé dans la bulle (|ue le pape donna en celle 
circonstance, et rapporta plusieurs indulgences pré- 
cieuses à ses frères de Saint-Mesmin ( 1 ). 

Cependant, malgré tout son mérite, il semble que 
l'abbé Guillaume ne sut pas se concilier raffection 
des religieux soumis à son pouvoir. Ktait-ce à cause 
d'une sévérité trop grande, était-ce pour quelque 
autre motif? On l'ignoL'e. Toujours est-il que les 
moines mécontents subornèrent un jeune garçon (jui, 
à leur instigation, assassina le malheureux abbé (2). 

Alexandre III séjournait alors eu France. Chassé 
de Rome et d'Italie par la haine et la guerre impi- 
tovable que lui faisait Frédéric F3arberousse, empereur 
d'Allemagne, il s'était réfugié dans nolic pays, asile 
ordinaire de la papauté dans ses jours de douleur. Il 
allait de divers côtés, consacrant les églises et bénis- 
sant les peuples. Sa mission consistait surtout à 
prononcer sur les causes ecclésiastiques, dont il était 
le haiil justiciei'. Louis \'ll le chargcn d'insfruiir la 
grave alfaire de Micy, el de punir les coupahh's. Le 
pape lui adi'essa de Déols (3) une lettre où il hii 

(1) (Jkrberox, Histoire de la Sainte Rolje, ilans le Hn-itcH 
des Historiens de France, t. XV, p. GIM). 

(2) RoBERTUs DE MoNTE, od annxim llG'l 

(3) Abbaye bénédictine, sur la rivière d'Indre, à six lieues 
de Bourges . 



— 186 — 

expose ce qu'il a fait, et sollicite sa bienveillance 
pour les nouveaux relij^ieux établis àSaint-Mesmin (1). 

« Alexandre, évèque, serviteur des serviteurs de 
f)iou, à notre très cher fils en Jésus-Christ, l'illustre 
roi des Francs, salut et bénédiction apostolique. Le 
soin de notre administration pontificale nous oblige à 
nous occuper des lieux saints, principalement de ceux 
que votre Excellence nous a recommandés d'une 
manière spéciale. Afin de répondre à vos justes inten- 
tions, nous avons disséminé dans divers monastères 
les religieux de Saint-Mesmin, qui s'étaient déshono- 
rés par le meurlre de leur abbé, acte très criminel. 
Comme vous l'avez demandé, nous en avons établi 
d'autres en ce lieu, avec l'aide de Dieu. Xous les 
recommandons à votre sublimité, vous suppliant de 
les aimer et di} les protéger, en considération de 
saint Pierre et de nous-mème. Défendez-les dans toute 
cause juste ; ordonnez expressément à votre prévôt 
Mécho, à sa mère et à sa sœui*. de leur rendre le blé 
et les divers objets que Henri, moine de cette maison, 
a déposés chez eux. S'ils ne le font pas, commandez- 
leur de comparaître devant le tribunal de votre 
justice. Donné au monastère de Déols, le V des Ides 
de juillet ( 1 1 juillet) 1 163 i2). » 

Par suite de ces tristes événements, la commu- 
nauté bénédictine de Sainf-Mesmin fut donc presque 
entièrement renouvelée. Les coupables furent dis- 
persés dans plusieurs couvents, pour v être punis 

(1) Dv Chf.hkf., m sloriœ Franromm, t. IV, p. 0-28. 
fOi Voir pi<>ce justilicative XX, lettre d'Alexandre JII 



— 187 — 

suivant toute la rigueur des lois canoniques. D'autres 
religieux furent appelés à les remplacer. Le roi, 
d'accord avec le pape, mit à leur tète un moine 
nommé Gautier, de l'abbaye de Saint-Julien, de Tours. 
Micy, troublé par une si violente tempête, reprit 
promptement la régularité des observances claus- 
trales, grâce à l'énergie d'Alexandre III, et ses moines 
purent s'y livrer en paix à la pratique des devoirs de 
leur sainte vocation. 

Gautier P'" occupa huit ans seulement le siège 
abbatial de Saint-Mesmin. Homme de sainte vie, il 
était aussi pieux qu'intelligent (1 ). Il s'efforça d'etfacer 
les traces des derniers troubles, et bientôt on vif, 
sous sa direction, refleurir les vertus des anciens 
jours. 

Manassès P"" de Garlande, pendant son long épis- 
copat avait toujours témoigné une vive affection aux 
établissements religieux. Il leur accordait avec em- 
pressement les actes nécessaires à la tranquille pos- 
session de leurs biens, et ne souffrait point qu'on en 
usurpât la moindre partie. 

A la demande de Gautier, il lui octroya deux 
chartes importantes. 

La première, de IIGT, confirme le droit de l'abbé 
de Saint-Mesmin sur les églises de Saint-Paul, d'Or- 
léans, et de Chaumont, en Sologne (2). Après le 
préambule ordinaire « votre charité, dit-il, nous a 
prié de confirmer, à vous-même et à vos successeurs, 

(1) HUBLRT,' M. S. 4.%2, p IT'l. 

i2) BibliotliAqno d'Orléans Pollurlw, >[. S. 'i:}3 '', p. tMM). 



— 188 — 

la possession de la moitié de Téglise de Saint-Paul, 
d'Orléans, que vos prédécesseurs ont possédée pacifi- 
quement depuis la donation faite par l'évèque Odolric 
à Alberl, abbé de votre monastère. Comme votie 
demande est juste, je vous accorde volontiers cette 
moitié de l'église de Saint- Paul, avec ses bénéfices, 
telle que vous Tavez eue jusqu'ici. Une femme nommée 
Milesinde, dans un sentiment de pénitence, nous a 
remis l'église de Cbaumont, en Sologne, pour que 
nous vous la concédions, à vous et à vos successeurs, 
les abbés de Saint-Mesmin. Par la teneur de la pré- 
sente lettre, munie de notre sceau, nous confirmons 
également cette donation. Fait à Orléans, V.m\ du 
soigneur M^ C°L°XYII'', Jebaii étant doyen de notie 
église de Sainte-Croix, Hugues, cliantre, et Mancisse, 
cbevecier (1). » 

La seconde cbarte est de Tannée suivante. Elle 
confirme d'une manière générale le droit de patronage 
de Tabbé de Micy, accordé par les précédents évèques, 
sur les églises de la Cbapelle-Saint-Mesmin. Jouy-le- 
Potier, Mézières, Vannes, Ligny-le-Uibault, la moitié 
de celle de Saint-Paul, l'Alleu Saint-xMesmin, celle de 
Saint-Mesmin, près Saint-Aignan , Saint-Hilaire , 
Ardon, la Ferté-lluberl. Vernou, Cbaumont, etc., 
Klle mentionne spécialement tout ce (jue le vicomte 
Robert et HaouldeNids, seigneurs de laFerté-Nerberl 
ont récemment donné, et défend à qui que ce soit de 
porter atteinte aux droits des moines, légitimes pro- 
priétaires de tous ces biens (2). 

(1) Voir i»ièce justiûcative XXI, charte de Manassès I«r. 

(2) Bibliotlit^que nationale, M. S. 5i20, E Cartul. Miciac. 



— i89 — 

Louis YII le Jeune, mécontent de la conduite 
dÉléonore de Guyenne, son épouse, avait fait pro- 
noncer la rupture de son mariage, par un concile de 
prélats français, réunis à Beaugency, en 1132. La 
reine répudiée ne tarda pas à épouser Henri II de 
Plantag-enet, qui devint peu après roi d'Angleterre. 
Par suite de ce funeste mariage, ce prince se trouva 
posséder l'Aquitaine et le Poitou, avec TAnjou et le 
Maine. Le prieuré de Saint-Jean-de-la Motlie, dépcMi- 
daut de Saint-Mesmin, était situé dans cette dernière 
province. Le souverain anglais adressa en sa faveur, 
à Févêque du xMans, une charte (|ui n'est pas un des 
actes les moins intéressants de cette Histoire ( 1 ). 

« H. , roi d'Angleterre , duc de Normandie et 
d'Aquitaine et comte d'Anjou, àl'évèque du Mans, à 
nos barons, juges, cliaml)ellans, baillis et à tous nos 
fidèles sujets, salut. Sacliez qu'à ma cour de justice, 
réunie au Mans, en présence de Joscin, évèque de 
Tours et de nombreux témoins, il a été reconnu par 
mes chevaliers et sergents-jurés que les moines de 
Saint-Jean-de-la-Mothe, du fnonastère de Saint-Mes- 
min, d'Orléans, doivent posséder en toute liberté, 
paix et intégrité les droits du marché, le joui' de la 
fête de saint Jea[i, sans (ju'au<'un de mes honmies 
puisse changer, amoindrir* ou supprimer celte cou- 
tume. Je leur accorde encore la moitié du droit de 
péage de Pisy, comme ils l'on! eu du t(Mn[)s de mon 
père Geoffroy, comte d'Anjou, lùilin, je pi'cnds sous 

(1) Archives du Loiret, fonds de Micy, ancienne cote 5, 
no 4, original parchemin. 



- 190 - 

ma garde et protection ce prieuré, avec toutes ses 
dépendances. J'ordonne que les religieux qui y 
servent Dieu conservent leurs biens avec une entière 
liberté, paix et bonneur. Je défends à Hamelin de 
la Motlie et à ses béritiers de réclamer ou de s'em- 
parer d'aucun droit sur leurs terres, par le meurtre, 
le vol, le rapt ou lincendie, en temps de paix comme 
en temps de guerre, ni en aucune autre circonstance. 
Donné en présence des témoins Joscin, de Tours, 
Geoffroy, Hugues et plusieurs autres (1). » 

Divers actes de moindre iinporlance, quoique ne 
manquant pas d'intérêt , remplirent les dernières 
années de Tabbatiat de Gautier. Jeban. doyen du 
Cbapitre de Sainte-Croix, avait enlevé aux moines 
de Micy quelques revenus qu'ils auraient dû percevoir 
sur les églises de Saint-Micbel et de Saint-Laurent, 
de la Ferté-Nerbert. Après un sérieux examen de sa 
conduite, il reconnut son tort. 11 pria l'évèque de 
leur restituer ces revenus; ce que fit Manassès, 
en H68 (2). 

Raoul de Nids, le Jeune, fils de celui qui avait déjà 
donné de «grands biens à Saint-Mesmin. étant à son lit 
de mort, avait demandé à Pétionille, son épouse, de 
réparer une injustice commise envers les religieux. 
Qnand il eut été iiibumé, sa veuve se conforma à ses 
dernières volontés. Klle vint au monastère , avec 
Hervé, son fils aîné. Raoul et ses autres enfants. Etant 

(1) Voir piAce justiticative XXII, rliarte d'Henri II. 
(*2 DoM Verninac, Analyse du Cartulaire, M. S., 3U4^ 
p. GO. 



— 191 — 

entrés au Chapitre, ils remirent pour toujours tout 
droit de taille, servage et coutume, que jusqu'à ce 
jour ils avaient prétendu posséder sur Pierre, moine 
de Saint-Mesmin , en présence de l'abbé Gautier et 
de ses frères assemblés. Acte fut dressé de cette 
déclaration (1). 

Vers le même temps, un chevalier de la Ferté- 
Nerbert, Raoul Pasita, voulant finir sa vie dans le 
recueillement du cloître^ était entré à Micy. En quit- 
tant le monde, il pria ses enfants de faire quelques 
donations au monastère. Ceux-ci, se conformant à la 
volonté paternelle, lui donnèrent des biens, dont nous 
ignorons la nature (2). 

L'abbé Gautier_, après avoir gouverné ses frères 
avec sagesse, prudence et piété, mourut vers la fin 
de 1171. 

Son successeur, André, est nommé dès cette même 
année, dans un acte accordé en sa faveur par Manas- 
sès de Garlande, contre les prétentions du curé de la 
Ferié-Saint-Aubin, qui voulait se soustraire à sa 
juridiction . 

Comme ses prédécesseurs, cet abbé se montra g-ar- 
dien vigilant des intérêts de son couvent. Son respect 
et son amitié pour Manassès ne l'empêchèrent pas de 
revendiquer énergiquement ses droits sur les biens 
que tous deux possédaient entre Chaingy et Saint-. \y. 
Il s'atifissait de détei-miner exactement les bornes de 
leurs propriétés respectives. Tous deux s'en remirent 

(1) DoM Verninac, m. s., 30'tb, p. 03. 

(2) DoM Verninac, m. S., 30^', p. OU. 



— 192 — 

à l'arbitraj^e du doyen de Sainte-Croix, et l'affaire fut 
réglée par une transaction favorable à Tabbé [i). 

L'année suivante, André pria Louis le Jeune de 
confirmer la possession des biens de son monastère 
el de défendre ses religieux contre les vexations qu'on 
bsir faisait subir dans l'exercice de leur droit de 
pécbe, au Loiret. Le roi accueillit favorablement sa 
demande. Dans une cliarle datée de 1175, il déclare 
d'abord (jifil confirme tous les actes des rois, ses pré- 
décesseurs, pour Micy ; il place ensuite ses biens 
sous sa sauvegarde rovale, notamment les trois 
domaines de Grigneville, de lirion el de Dassonville, 
(Ml Heauce. Lnlin, il ajoute : ^ Comme le vénérable 
abbé de Sainl-Mesmin nous l'a bumblement repié- 
senté, toutes les fois (jiie nos pécbeurs viennent pour 
pècliei- dans le Loiret, ils exigent, à litre de coutume, 
du pain, du vin. de l'avoine et autres clioses dont ils 
ont besoin, pendant tout le temps iju'ils y restent; 
[)areillemeiil, nos autres serviteurs, (jui gardent pour 
nous cette eau. exigent les mêmes cboses des reli- 
gieux; et enfin, les boui'geois (]ni rré(|uentent cette 
rivière leur causent de grands dommages, en biisant 
les écluses de leurs moulins et jetant dans notre eau 
des brandies daibres, des pièces de bois et de grosses 
pierres. iNous défendons expressément qu'on agisse 
ainsi (2). » 

(1) Archives du Loiret, ancienne (^ote 5, n^ 19, original 
parchemin. 

{'2) .\rcliives du Loiret, carton ÔO, no 24, original parche- 
min . 



— 193 - 

Ce droit exclusif de pèche dans le Loiret, dont 
jouissaient les religieux de Saint-Mesnnin, excita de 
tout temps la jalousie de leurs contemporains. Il fut 
pour eux une cause d'innombrables ennuis. Pour le 
défendre, ils eurent sans cesse à soutenir des procès, 
qui ne contribuèrent pas peu à leur aliéner raffec- 
lioii de la population au milieu de laquelle ils vi- 
vaient . 

Le pape Alexandre Ilï accorda également à André, 
en 1178, une bulle de protection, par laquelle il plaça 
sous la g-arantie du Siège apostolique tous ses biens, 
et spécialement ses églises, qu'il énumère. Elles sont 
au nombre de vingt-et-une (1). 

Deux affaires plus graves de l'administration d'An- 
dré furent celles de la léproserie de Saint-flilaire et 
de la prébende de Saint-Aignan. 

Dès l'origine de leur monastère, les moines de Micy 
avaient établi un hospice, avec un oratoire, aux Cha- 
telliers. lieu situé proche de leur couvent, paroisse 
de Saint-Hilaire, sur le coteau qui domine le Loiret. 
Pendant de longs siècles, ils vinrent là respirer un 
air plus pui-, guérir leuis malades, et donner l'hospi- 
talité aux voyageurs ; ou bien, quand la Loire et le 
Loiret couvraient tout le pays de leurs eaux débor- 
dées, ils s'y réfugiaient, jusqu'à ce qu'elles se fussent 
retirées. Ils y avaient encore établi le siège de leur 
justice pour les paroisses de Saint- Nicolas et de Saint- 
Hilaire. A la lin du xii'^ siècle, relfroyable maladie de 
la lèpre, apportée d'Asie par les Croisés rentrés dans 

(1) DoM Verninac, m. S.,394h, p. hl . 



— 194 — 

leurs foyers, infestait la France et faisait de nom- 
breuses victimes. 

Manassès de Garlande, d'accord avec Louis VII, 
voulut fonder dans son diocèse des maladreries, pour 
les infortunés lépreux. Le site des Cliatelliers lui 
parut propice à son dessein. Il l'annexa, vers 1179, à 
rilùlel-Dieu d'Orléans, et y installa un certain 
nombre de ces malades, sans consulter l'abbé André, 
non plus (jue les moines et les babitanls du bourg de 
Saint-IIilaire. 

Ceux-ci opposèrent une résistance énergique à cet 
établissement, et l'évèque dut céder à leurs justes 
réclamations. Il le fit d'ailleurs de bonne grâce. Après 
s'être informé, il reconnut les droits du monastère, 
dans une cbarte qu'il lui accorda pour les con- 
firmer (1). 

(' Nous voulons faire savoir à tous que nous avions 
soumis l'bospice de Saint-Mesmin à la Léproserie 
d'Orléans, sans avoir consulté André, abbé de ce 
lieu, et son couvent, qui en avaient la propriété. 
Mais cet abbé, ses religieux et les babitants du bourg 
de Saint-Hilaire ont protesté, et n'ont voulu aucune- 
ment consentir à notre action. Comme nous ne 
devons, ni ne voulons leur faire aucune injustice, 
nous avons ordonné aux lépreux de quitter ledit 
bospice. Par cet écrit, nous déclarons qu'il est indé- 
pendant de la Léproserie d'Orléans, et soumis au 
monastère de Saint-Mesmin, qui peut seul l'adminis- 
trer et y nommer un cbapelain, sous la réserve des 

(1) bibliolh. Xaliou., M. S., 5420, E Cartul. Miciac. 



— 195 — 

droits épiscopaiix. Quiconque enfreindra ces pres- 
criptions devra craindre l'anathème en cette vie, et, 
dans l'autre, le châtiment du Juge suprême. Donné à 
Orléans, l'an de llncarnation MCLXXIX (1). » 

La manière d'agir, pleine de condescendance de 
révèque . d'Orléans envers les religieux de Saint- 
Mesmin, ne surprend pas de sa part. Ce prélat fut un 
de ceux qui ont montré le plus d'aifection pour les 
institutions monastiques, pour celle de Saint-3Iesmin 
en particulier, et qui ont travaillé avec le plus de zèle 
à assurer leur prospérité dans son diocèse. 

La question de la prébende de Saint- Aignan, plus 
difficile à résoudre, dut aller jusqu'en cour de Rome. 
Depuis plusieurs siècles, l'abbé de Micy, comme ceux 
de Cluny et de Saint-Père, de Chartres, avait reçu 
une prébende au Chapitre collégial de Saint-Aignan. 
En vertu de cette concession, il devait jouir, pendant 
un an, des fruits de toute place canoniale devenue 
vacante, avant que le nouveau titulaire en prît pos- 
session. Mais les chanoines de Saint-Aig-nan vovaierit 
à regret ces fondations qui diminuaient leurs res- 
sources ; ils s^acquittaieiit irrégulièrement des rede- 
vances échues, et finirent par n'en phis rien payer. 
André, après de nombreuses et inutiles réclamations, 
porta la cause au tribunal du Souverain Pontife. 
Lucius III, alors pape, manda à Guy, archevè(|ue 
de Sens, d'informer cette affaire, et de faire ren<he 
à l'abbaye ses droits sur cette prébende. Guy vint à 

(1) Voir pièce justificative aXIII. ciiarte {tour les Cliatel- 
liers. 



— 196 — 

Orléans, cita plusieurs fois les chanoines à conipa- 
raîlre devant lui. Ils ne vinrent pas, tandis quWndré 
se présenta à chaque récjuisition. Il se transporta 
donc à Saint-Aignan, pour les entendre ; mais n'ayant 
pu vaincre leur contumace, il adjugea la prébende à 
Tahhé de Saint-Mesmin, et condamna le Chapitre à 
payer tous les arriérés (1). Puis il notifia cette sen- 
tence au pape, (jui la confirma aussitôt, par une huile 
adressée à André, de Yelietri, où il résidait, au mois 
de juin M 82 (2). 

L'ohligation imposée par l'acte pontifical ne lut pas 
longtemps remplie. Les chanoines firent hientôt de 
nouvelles difficultés, pour remellre à Tahhé de Micy 
les fruits de sa prébende ; ils se rendirent même cou- 
pables de graves injures. L'affaire fut de nouveau 
portée devant le pape Innocent III (jui, par une bulle 
donnée à Latran, le XII des Calendes de janvier \2\i) 
(21 décembre 1201)), ordonna aux rebelles de se con- 
former aux ()rescriptions de ses prédécesseurs, les 
Fuenacant, en cas de refus, de l'indig^nation aposto- 
li(|uo et de l'excommunication [,]). 

Ce[)en(iant les abbés de Micy ne purent jamais 
triompher de la résistance du Chapitre; ils durent, 
pai" la suite, F'enoncer aux fruits de h'ur prébende, et 
se contenter du seul litre de chanoines (riionneur. 

Andi'é avait habilement gouverné son abbaye pen- 
dant onze ans. lion pour ses moines, il \v fui aussi 

(1) HiMioth. de l'Arsenal, à Paris, M. S., 1(K)8, f° 033. 

(2) Voir j)i('ce jiislilicalivi- XXIV, l)ulle de Lucius IIL 

(3) Hihliothè(îue de FArsenal, M. S., 1008, f-^ 634. 



— 197 — 

pour les habitants de Saint-Mesmin. Les religieux, en 
vertu des anciennes donations royales, avaient sur 
eux droit de taille à volonté, impôt arbitraire, et par- 
lant toujours odieux. L'abbé, pour leur être agréable, 
changea cette contribution en un droit de faitage fixe 
sur chaque habitation, d'accord avec Gilles de Soliac, 
gouverneur de la province, pour le roi (1). 

Selon toute probabilité, cet abbé se retira^ vers 
1182, à la Grande-Sauve (2) pour y finir ses jours, 
hors du souci des affaires; car sa mort est inscrite 
sur le nécrologe de ce monastère, au lY des Calendes 
de mai (29 avril), d'une année non indiquée (3j. 

Le successeur d'André est désigné, dans les actes 
de Saint-Mesmin, sous les difTérents noms deLancelin, 
de Jancelin ou de Laurent. [1 appartenait à la famille 
des seigneurs de Beaugency. Jeune encore, il fit sa 
profession religieuse au monastère de Micy, où 
son mérite ne tarda pas à le faire remarquer parmi 
ses frères. Aussi fut-il unanimement élu abbé, après 
le départ d'André, en H82. C'était, disent les titres 
du monastère, un prélat d'un air imposant, un per- 
sonnage d'une haute distinction, (jui, sans manquer à 
rhumilité de sa vocation, savait relever la dignité 
abbatiale par la prestance de son maintien. Il se 
montra toujours compatissant pour les faibles et les 
petits, s'efforçant de les relever de leur abaissement, 
et de leur procurer toute l'assistance possibh' (i). 

(1) Biblioth. Nat., M. S., 5420, E Cavlul. Miciac. 

(2) Célèbre abbaye bénédictine, au diocèse de Bordeaux. 

(3) Galliâ Christiana, Ecoles. AureL, t. VIII, p. 153'i. 

(4) BibHothéque d'Orléans, Prompluarium. Miciac, Se.i-- 
tuni, p.. 47. 14 



— 198 — 

Plusieurs faits Je son ailministratioii en donnent la 
pieuve. 

Ktienne, jeune homme intelligent et pieux, désirait 
être élevé au sacerdoce. Mais un empêchement grave 
semblait devoir l'éloigner pour toujours des autels : 
Ir malheureux était serf, fils de Raoul, homme de 
corps de Saint-Mesmin et d'Agnès, femme serve de 
Sainte-Croix. Or. de tout temps, les conciles et les 
rois avaient proclamé l'incompatibilité absolue du 
ministère ecclésiastique avec la condition servile. Le 
serf, jugé digne d'être admis au sacerdoce, devait, 
avant tout, être affranchi ; il était obligé, pour y être 
promu, de justifier formellement qu'il avait été rendu 
à la liberté par ses maîtres légitimes. La manumis- 
sion était prononcée devant Fautrl rt proclamée du 
haut de la chaire, en présence des frères et du peuple 
assemblés. Une charte d'affranchissement garantis- 
sait la sincérité de cet acte. Alors seulement l'aspirant 
pouvait être promu aux Ordres sacrés (1). 

L'abbé Lancelin n'hésita pas : il affranchit Ktienne, 
et lui donna la lettre suivante (2) : 

« Moi. Lancelin. par la grâce de Dieu, abbé de 
Saint-Mesmin. et du couvent de la même église, nous 
voulons faire savoir à tous ceux qui verront le pré- 
sent écrit, que d'accord avec Hugues, doyen de Sainte- 
Croix, d'Orléans, et tout son Chapitre, nous avons 
alfranchi Etienne. Kn conséquence, il pourra servir 

(1) Bibliothèque national^. Baluze, t. I, î^ 719. 

(2) Bibliothèque de l'Arsenal, M. S. 1008, fo 280, E Cartu- 
lario ^anclit-Crucis. 



— 199 — 

Dieu dans l'Ordre de la eléricature, sous celte con- 
dition, cependant, qu'un partage égal des autres 
enfants de Raoul et d'Agnès, ses père et mère, sera 
fait entre nous et Hugues^ conformément au droit 
territorial. Afin qu'il ne survienne à l'avenir aucune 
contestation à ce sujet, nous avons donné cet acte au 
doyen et au Chapitre susdits, et nous en avons reçu 
un semblable, pour la garantie de ce partage. Fait 
publiquement, en notre Chapitre, l'année de l'Incar- 
nation du Seigneur 3PC'^LXXX"IV'^ (1). » 

Plus tard^ 1196, la charitable intervention de 
Lancelin empêcha l'effusion du sang, dans une grave 
cause litigieuse. 

Jean, sire de Beaugency, prétendait exercer un 
droit de commandise sur plusieurs babitants de sa 
chàtellenie, Théodebert, Pierre (irriudin, André Solel, 
Jean et Godefroy Grisou et leurs héritiers, (^e droit 
engendrait des redevances. Aussi les intéressés le 
contestèrent-ils vivement. Théodebert, tant pour lui 
que pour les autres opposants, résolut de s'en 
défendre par le duel judiciaire, encore fort usité à 
cette époque. Le seigneur de Beaugency se fit rem- 
placer par un champion chargé de soutenir ses pré- 
tentions contre Théodebert. et la cour flu monastère 
de Saint-Mesmin fui choisie pour le combat, comme 
un lieu entièrement neutre. Les gages étaient donnés 
de part et d'autre, les gardes placés autoui* de farène 
et les combattants en présence, (juand Lancelin se 
précipita devant Jean de Beaugency, et, à force de 

il) Pièce justilicutive XXV, ufiranchisbement d'un Clerc. 



— :iO() — 

rcpréseiilations, parvint à faire éviter cette épreuve 
incertaine et cruelle (1). Ce seigneur fit remise, tant 
pour lui que pour ses héritiers, des redevances 
exigées ; et. afin qu-une semblable contestation ne 
se renouvelât jamais, il consigna son désistement 
dans un acte public, de 1196 (2). 

La prudente et habile direction donnée par Lancelin 
à sa communauté y produisit les plus heureux fruits. 
l'ji 1IS3. il signa une convention relative à lo cure 
de \ernou. Il attribua, eu 1184, soixante arpents de 
terres à la métairie d'Oimpuis, en lieauce, à charge 
de champart annuel (3). D'accord avec Guillaume de 
la (Chapelle, il échangea plusit'urs champs éloignés, 
contre d'autres situés plus proche de son monas- 
tère (4). 

Pour faire face à la dépense occasionnée par de 
grands travaux exécutés aux édifices de son couvent, 
Lancelin avait emprunté mille livres à C. de Meung. 

(1) On voit au musée d'Orléans, un rniuil fort curieux, sur 
. cuivre très épais, trouvé en 18'a0, dans les démolitions des 

maisons formant l'ancienne rue des Hennequins, où était 
situé l'Alleu Saint-Mesmin, sur l'emplacement du Lycée 
actuel. Il représente un combat singulier, auquel assistent 
deux évêques ou abbés crosses et mitres, de hauts person- 
nages, des moines et des soldats armés de pied en cap. Il y 
a tout lieu de présumer que c'est le duel judiciaire qui eut 
lin commencement <rexécuti«)n dans la cour de Micy, et fut 
arrêté par l'intervention de Lancelin. (Voir la gravure.) 

(2) Bibliotliéque nationale, 1). Estiennot, M. S. 12730. 
Voir pièce justilicative XXVI, charte du duel judiciaire. 

8) Part sur les gerbes de blé, qui revenait aux posses- 
seur^ de certains liefs. 
(i) Gallia Chhistiana, Ecoles. Aurai. , t. VI 11, p. 1035. 




a. 



15^ 



ai 



E 
o 



— 208 — 

Tous deux comparurent devant Henri de Dreux, 
évêque d'Orléans, afin de régler les conditions du 
payement de l'intérêt de cette somme (1). 

Lancelin remit entre les mains de l'évéque un 
domaine producteur d'un revenu annuel d'au moins 
cent livres ; il s'engagea à ne rien retirer de ce 
revenu^ et à le compléter, s'il devenait inférieur à ce 
chiffre, tandis qu'il recevrait le surplus, s'il lui était 
supérieur. Ledit domaine resterait entre les mains 
de révêque jusqu'au complet remboursement de la 
somme prêtée. Fait publiquement au Chapitre d'Or- 
léans, l'an de l'Incarnation du Verbe APO'XC'^IP, en 
présence de Hugues de Garlande, doyen ; d'André, 
chantre, Manassès étant chevecier (2). 

Un chevalier du nom de Fred Nicolas, désireux de 
servir Dieu dans le recueillement de la solitude^ vou- 
lait bâtir une chapelle dans un lieu appelé la Fontaine 
de Saint-Florent, sur la paroisse de Chaumont, en 
Sologne. Gomnie ce lieu dépendait de leur abbaye, 
les moines de Micy s'opposèrent à cette construction. 
Après de longs pourparlers, les deux parties con- 
vinrent de s'en remettre à l'arbitrage d'Henri de 
Dreux. Ce prélat imagina un moyen très habile de 
résoudre la difficulté. Puisque Fred Nicolas voulait 
servir Dieu, loin dy monde, il n'avait qu'à entrer au 
monastère de Saint-Mesmin, et à s'y faire religieux. Le 

(1) Bibliothèque d'Agen, M. S., 'i, \). b\, aux Mémoires do 
1(t Société arclu'oloffique iVorléans^ t. XXIII. p. 412. 

(2) Pi«>ce ijistiliciitive XXVII, Mcconl jx^ur un Hmpnint. 



— ^204 — 

chevalier, d'abord surpris, «^oùta bientôt ce conseil, 
et se trouva fort heureux de le suivre (1). 

Comme plusieurs de ses prédécesseurs, Lancelin 
fut obligé de défendre son droit de pèche dans le 
Loiret contre les vexations des gens hostiles au pri- 
vilège de son couvent. 11 obtint, de Philippe II- 
Auguste, une charte confirmant celle de son ancêtre 
Hugues Capet el toutes celles des rois relalives à ce 
droit de pèche. En outre, le prince fit don aux reli- 
gieux de la septième partie de l'eau du Loiret lui 
appartenant, et commit le bailli d'Orléans, Pedagius, 
pour fixer les limites exactes de cette concession (2). 
Non content de s'adresser à l'autorité royale, Lan- 
celin recourut encore, comme ses devanciers, à la 
bienveillance du Souverain Pontife, pour eu obtenir 
des bulles de proteclior). (Irégoii'e VIII lut eu envoya 
une, en 1187, de son palais de Lalian. par la(ju«dle 
il lui permit de racheter les dîmes de son monastère 
engagées entre les mains de détenteurs laïcs (3). 

Quand Innocent lïl occupa le siège de saint Pierre, 
il confirma l'annexion, à l'abbaye de Saint-Mesmin, 
du prieuré de N.-D. du Houig, en la paroisse du 
(Îhàteau-Vieux, près IJlois, pai' une Bulle donnée au 
palais de Latran. la deuxième aimée de son |)(>ntifi- 
cat, 120(1 (i). 

Lancelin devait sans doute à sa naissance el à la 

(1) 1). Vkrninac, m. s, a04»', fo 01. 

(2) Archives du Loiret, ancien fonds de Saint Mesniin. 

(3) D. Verninac, m. s., 394'', i^ (k). 

(4) IMbl. Nat., M. S., 5420, E Carf. Miciac. Gart. GIX. 



- 205 — 

grande situation qu'il occupait, une certaine con- 
fiance en lui-mêuie qui lui rendait parfois l'obéis- 
sance difficile. Il se crut un nnoment exempt du 
Synode de Tévêque d'Orléans. Hugues P'" de Garlande 
le cita à comparaître devant un tribunal d'arbitrage 
composé des abbés de Saint-Euverte, de X.-D. de 
Beauo^ency et du doven de Sainte-Ooix. L'abbé «le 
Saint-Mesmin vit ses prétentions condamnées et se 
soumit aux décisions du conseil ecclésiastique (j). 
Tl mourut, croit-on, en l'année 1202. 

(1) Promptuarium Miciacense, Se.i-tum, f'^ 17. 



— m^ — 



CHAPIÏKE X 

NOMBREUSES AFFAIRES ADMINISTRATIVES. CONTESTATIONS 

POUR UA JUSTICE, LE SERVICE DE GUERRE, l'ÉGUSE DE SAINT- 
PAUL. ALLIANCES SPIRITUELLES. AFFRANCHISSEMENT 

DES SERFS. — HUMBAUD. FRANCON. EVRARD, ABBÉS. 

(1 •202-1-2 '1-2) 

L'administration de l'abbé Humbaud. successeur 
de Lancelin. en \2(}2, esl signalée par des actes 
nombreux. On voit, dans ces all'aires si variées, la 
plupart litigieuses, un tableau saisissant de l'état do 
la société française, au xiii" siècle^ encore mal orga- 
nisée, où il fallait sans cesse lutter pour la conser- 
vation des droits les plus justes, où les lois étaient 
à peu pi'ès impuissantes à réprimer les abus et les 
violences. La royauté ne faisait encore qu'essayer 
son pouvoir ; dans beauco<jp de cas, elle laissait à 
l'initiative privée la solution des conflits. Seule Tin- 
iluence religieuse était assez forte pour apaiser les 
([uerûlles et réconcilier les advei'saires. 

Ln 1206, Humbaud lit un écbange de quelques 
biens avec Robert de Ruisseau; il re(;ut, en 1210, de 
Ursin, chambellan du roi de France et sire de Méré- 
ville, une terre qur ce seigneur possédait auprès de 
(ïontard (1). 

Lui-même céda au Chapitre de Saint-Aignan, vers 

(1) <;at,lia (1hhistl\.na, A'cr^/ .\)/rrl.. t. VJII, p. l."):)'i. 



— 207 — 

1216, le terrain sur lequel Tévèque Sigobert avait 
élevé une église pour y déposer le corps de saint 
Mesmin, en 67U. Depuis longtemps ces saintes reliques 
avaient été rapportées à Micy, et l'église tombait en 
en ruines; l'abbé trouva plus avantageux d'en échan- 
ger l'emplacement, contigu à la collégiale des cha- 
noines, contre le payement d'une rente annuelle. 

Moins heureux qu'André, un de ses prédécesseurs, 
Humbaud ne put pas empêcher la transformation de 
riiospice des Châtelliers en maladrerie. La hideuse 
maladie de la lèpre avait fait en France de grands 
progrès ; il fallait multiplier les asiles pour recueillir 
les victimes de ce mal incurable. Philippe II -Auguste, 
sans tenir compte du droit de propriété des religieux 
de Saint-Mesmin, ni de l'acte confirmatif de ce droit 
donné par Manassès T"" de Garlande. en lloo. annexa 
cet hospice à la Léproserie d'Orléans et y installa les 
lépreux, avec les chevaliers de Saint-Lazare, chargés 
de les soigner. Il conserva seulement aux moines un 
cens annuel que les chevaliers devaient payer à titre 
de reconnaissance de leurs droits seigneuriaux primi- 
tifs, et le patronage de la chapelle des Châtelliers, 
dédiée à Saint-Ktienne, dont l'aumônier demeurait à 
la nomination de Tabbé (1). 

On trouve dans les actes de cette époque un curieux 
cas de vente de serfs faite à l'abbé de Micy et portée à 
notre connaissance par la charte qui la confirme (2) : 

(1) Archives du Loiret, ancien fonds de Saint-Mesmin, 
casier 9. 
(•2) Bibliotli. nation., A' Cartulario Miciac, cari. CWIII. 



— 208 — 

(( Moi, Hugues de Meuiiij;, seigneur de la Ferlé- 
Aurairi, je veux faire savoir à tous que Honibard 
Gremiclie, avec mon consentement, a vendu et cédr 
à l'abbé et à l'église de Saint-Mesinin Anieline. femme 
serve, veuve de JJerlet, avec ses deux (ils Malhien 
et Arnoul, et nii aiili-(* serf, (les cens lui a(iparh'- 
naicnl, parce (ju'il les avait icrus de mon licl". 
Désorniais, eux et leurs descendants, serviiont à per- 
pétuité ladite église, comme ils servaient leurs maîtres 
précédents, c'est-à-dire en (jualilé d'bommes de corps. 
Ilildesinde, épouse de Hombard, et ses filles Agnès, 
Florence et Manuburge ont approuvé cette cession. 
A leur demande commune, je l'ai contiimée par cellr 
lettre, à hnjuelle j'ai opposé mon sceau. Tan du 
^'erl)e incarné 1207 (1). » 

On veria bientôt les abbés et religieux de S;n'ut- 
Mesmin alfrancbir successivement tons les serfs alta- 
cbés à leurs vastes tlomaines. On [)eut donc présu- 
mer qu'en aclietanl ces bommes et leur mère, ils 
agissaient dans la cbaritabb^ intention (b; ItMii* renihe 
procbainement la libcM'té. 

fj'exercice du droit de justice était, au moyen âge, 
une source de conflits perpétuels. Toute une catégorie 
de personnes, rois, seigneurs, évècjues. cbanoines el 
abbés le possédaient sur leurs terres ; ils rexer(;aie[it 
h divers degrés, liante, moyenne ou basse, selon 
l'étendue et les usages des territoires soumis à leur 
autorité. Mais les limites de ceux-ci étaient mal 
déterminées ; les attributions des justiciers étaient 

(1) T'ièce justificative XXVIII, V(MitP de serfs. 



— :>09 — 

fixées d'une manière incertaine ; les juridictions 
ecclésiastiques, civiles ou monastiques se superpo- 
saient parfois dans une telle confusion qu'il devenait 
presque impossible de se reconnaître dans ces embar- 
ras, sans contestations ou jugement. Heureusement, 
ces querelles se résolvaient assez facilement à 
l'amiable, dans des cas nombreux. Les parties oppo- 
sées choisissaient cliacune leurs arbitres et se sou- 
mettaient d'ordinaire à leur sentence. Si l'une d'elles 
faisait opposition, on recourait au roi ou au pape. 

L'abbé de Saint-Mesmin , en sa qualité de grand 
propriétaire foncier, exerçait naturellement son droit 
sur les domaines relevant de son monastère. Il eut, 
comme ses prédécesseurs , plusieurs difficultés à 
résoudre de ce chef. 

Humbaud prétendait, on ne sait pourquoi, que 
la terre de Saint-Sigismond, dont il possédait seule- 
ment l'église avec ses dépendances, devait être sou- 
mise à la justice abbatiale de Saint-Mesmin. Riclier, 
seigneur de ce lieu, soutenait au contraire que ce 
droit appartenait à lui-même. Tous deux résolurent 
de s'en remettre à la sentence de Manassès II de 
Seignelay. L'évêque d'Orléans, après un mur examen, 
décida (jue la justice, sur les terres du fief, appartien- 
drait à leur seigneur; l'abbé la conserverait seulement 
sur le domaine et sur les vassaux dépendant de l'église. 
Il résulta de ce jugement que le pouvoir judiciaire 
fut partagé entre Kicher et les religieux, sui- la 
paroisse de Sainl-Sigismond (!). 

(1) Bibliothèque nationale, M. S. .Va20, cart. CXXXll. 



— 210 — 

Un conflit du même genre survint entre les moines 
(le Miev et Raoul de Beaus:encv, en 1213. Ce dernier 
affirmait avoir toute justice sur le territoire de Jouy- 
le-Polier, où étaient situés ses domaines du Mesnil, 
de Piciac et de Montludon. dans les cas de meurtrt'. de 
vol, de rapt et autres causes, (jui constituaient les seuls 
éléments du Code civil et criminel à cette époque. Il 
reve[idi(jiiait encore le droit de f/ruerie sur tous les 
bois deMicy, dans la même région, et celui de péage, 
ou de passage, sur le domaine de Fontaines, près 
Baccon, à cause du manoir qu'il y possédait. 

Après s'être soumis à l'arbitrage d'Elie et de (iuil- 
laume, abbés des monastères de Sainte-Colombe et de 
Saint-Jean, à Sens, Raoul renonça à toutes ces pré- 
tentions ; il reconnut (jue les moines pouvaient 
abattre leurs bois, les vendre et en cultiver l'emplace- 
menl à leur gré, sous la réserve, toutefois, de la 
cbasse et du droit de suite sur le gibier (ju'il poursui- 
vrait. En outre, il céda à Saint-Mesmin les bommcs 
de corps soumis à sa commandite de Saint-llilaire et 
à celle de Mézières : il leur lit enfin remise de la rede- 
vance de plusieurs paniers de raisins qu'ils lui de- 
vaient annuellement sur la récolte d'un clos de vigne 
lui appartenant, dont ils avaient la jouissance (1). 

Manassès II confirma cet accord (]ui mit Wn à de 
longues contestations, pour le plus grand avantage 
et trancpiillité des deux parties (2). 

(1) Bil)liotli. Nation., CoUerlion Moreau, 79.2, fo U)\. 
('2) Archives ilu I.oiret, Fonds de S(tinl-}fe^sniin, carton S, 
cabier "J. 



- ni — 

Hamelin, abbé de Vendôme, choisi pour arbitre, 
apaisa également un litige survenu entre Humbaud 
et Hamelin, évèque du Mans, au sujet du prieuré de 
la Mothe. 

Enfin, l'abbé de Saint-Mesmin, en butte aux vexa- 
lions des riverains du Loiret, jaloux du droit de 
pêche de son couvent, obtint de Philippe-Auguste un 
privilège pour y mettre un terme. Dans cet acte, le 
roi interdit à tout homme, d'une manière générale, 
de pécher dans la partie du Loiret appartenant au 
monastère, sous peine de poursuites rigoureuses (i), 

L'évèque d'Orléans, Hugues de Garlande, s'était 
constamment montré rempli de bienveillance envers 
la communauté bénédictine de Saint-Mesmin. Toutes 
les fois qu'il avait pu lui être utile, il Tavait t'ait avec 
empressement. En 120(i, il lui accoida une charte de 
confirmation pour tous ses biens^ églises, prieurés, 
terres et domaines (2). 

La même année, l'évèque crut avoir un droit de 
patronage pour Téglise de Saint-Ay. Sur la réclama- 
tion de l'abbé, il examina plus attentivement rall'airo, 
et reconnut loyalement qu'il s'était trompé; il s'en- 
gagea à ne plus jamais rien prétendre sur ce qui 
appartenait au seul monastère (3). 

Son successeur, Manassès II de Seignelay. tut 
animé 'des mêmes dispositions. Il aimait les moines. 



(1) Archives du Loiret, Fonds de Saint-Mesmin, car- 
ton 38. 

(2) Biblioth. Nation., Baluzc, 7172. f» 125. 

(3) Archives du Loiret, Ancien fonds de Saint-Mesmin, 
carton 7, casier 12. 



les visitait souvent, et usait de tout son pouvoir 
pour augmenter la prospérité de leur abbaye. Les 
religieux lui eurent toujours une grande reconnais- 
sance de cette conduite. Ils la témoignèrent à l'occa- 
sion d'une grave difficulté oii leur bienfaiteur se 
trouva engagé. 

Philippe- Auguste avait convocjué les barons et 
évèques du royaume pour une expédition en Bretagne. 
Il doiHia le commandement de ses troupes au comte 
de Saint-Paul. Manassès refusa daller à l'armée, pré- 
textant, selon le droit alors établi, qu'il était tenu de 
rendre le service de guerre seulement quand le roi 
s'y trouvait en personne. Piiilippe-Auguste, irrité, le 
priva de tous les revenus cjuil tenait comme vassal 
de la couronne. Manassès répondit par un acte d'in- 
terdit qu'il jeta sur les terres et hommes du roi, et 
(juitta Orléans, « aimant mieux vivre pauvre au loin, 
(jue mendier dans son diocèse. » Les religieux de 
Saint-Mesmin avaient reçu des Souverains Pontifes 
le privilège de pouvoir toujours célébrer l'office dans 
leurs églises, même en cas d'interdit. Mais dans la 
circonstance présente, ils voulurent s'abstenir de toute 
cérémonie religieuse, en témoignage d'attachement 
à leur évèque et d'approbation de sa conduite. Hum- 
baud l'informa de leur résolution. Manassès lui 
adressa une lettre pour le remercier, « et -aussi, 
dit-il, afin (pie celte abstention ne portât pas atteinte 
à leurs j)rivilèges, et ne leur causât aucun préju- 
dice » (1). 

(1) Oallia <!HRibTL\NA, L'fc/cs. Àurel.^ t. VlU, 1». 520. 
Infelrumenta. 



— -213 — 

Cependant l'évêque fut contraint de céder, après 
deux années de résistance, et de payer une amende 
au roi, qui, satisfait de sa soumission, le réintégra 
dans sa condition passée. 

Le soin des intérêts matériels ne nuisait en rien, 
chez Humbaud, à sa sollicitude pour Tavancement de 
ses frères dans les voies de la perfection monastique. 
Il veillait attentivement à la régularité des exercices 
religieux, donnant le premier l'exemple de l'exacti- 
tude au chœur, au chapitre^ dans tous les lieux 
consacrés à la prière et au travail. Sa piété le portait 
à enrichir son église abbatiale de vases sacrés, d'orne- 
ments précieux, et surtout de saintes reliques. Ayant 
obtenu d'Kudes, abbé de Saint-Denis, près Paris, 
(juelques fragments des ossements du Bienheureux 
martyr et de ses compagnons, ainsi (juo de la cein- 
ture dont le saint évêque se servait à l'autel, il les 
transporta à Micy, avec une grande solennité et les 
plara dans le trésor des reliques de son monastère. 

Depuis plusieurs siècles, labbé de Saint-Mesmin 
avait le titre de chanoine d'honneur de la cathédrale 
d'Orléans. 

En gage d'amitié, et aussi pour donner plus d'éclat 
à la célébration de la fête patronale de celte insigne 
basilique, il fut convenu que les moines de Micy, leur 
abbé en tète, viendraient chaque année, la veille dt- 
l'Invention de la Sainte- Croix, chantei* les Ma/ lues 
à neuf heures du soir, dans le chœur de la cathé- 
drale. Humbaud y vint, pour la première fois, h^ 

â mai 1216, remplir cet office. A lin de donner unf 

15 



— ^14 — 

cousôcration légalo à celte coutume, le doyen du cha- 
pitre et l'abbé de Micy demandèrent k Honorius IIÏ 
de l'approuver par une bulle pontilicale, ce que le 
pape fit aussitôt, tant pour cette année-là que pour 
les suivantes ( 1). 

Cette pratique, accueillie d'abord avec bonheur, 
parut onéreuse dans la suite des âges, quand la ferveur 
fut refroidie, et les temps devenus malheureux. 11 y 
eut de nombreux tiraillements de |)art et d'autre : 
finalement, elle tut abolie au commencemeni du 
XVII*' siècle (2). 

L'abbé Ihnnbaud avait formé, pour sa connnunauté 
et pour lui-même, des alliances spirituelles ou unions 
de prières avec plusieurs maisons de son Ordre, afin 
dobtenirle secours de leurs suffrages au moment de 
la mort. Aussi trouvons-nous son nom inscrit sur les 
nécrologes des abbayes de la Grande-Sauve, de Bor- 
deaux, de Ponl-Levoy. di' lîlois vl do Saint-Pèie. 
de Chai'lres, où il est dit qu'il mourut aux Ides 
d'avril 1218 (.3). 

Jean l'"'", son successeur, occnjwi deux ans à peine 
le siège abbatial de Saint-Mesnn'n. Il lit un échange 
de biens avec les religieux de Saint-Euverte, d'Or- 
léans, et augmenta les revenus d Etienne, prêtre 
chargé de desservir la paroisse de Mézières (4). Le 

(1) Le Mau^e, A7itiquites de l'Église d'Orléans, t. II, 
p. 193. 
{•2) Archives de l'Évèchè (rOrléans, Regish^s capUulaires, 
l3) Galli\ Chuistixna, Ecries. AureL. t. VIll, p. l,53i. 
'») Hil»liMlli»qiie .rorl»'an>. M. S. i-ii*, p. 1^<J. 



— -215 - 

seul acte important do sa courte administration fut 
l'achat d'une grande maison située à Saint-Hilaire, 
près de la maladrerie, pour y établir le siège de la 
justice de son monastère. 

Depuis le ix® siècle, les bénédictins de Saint-Mesmin 
exerçaient le pouvoir judiciaire sur leurs vastes terri- 
toires en vertu de la pratique universelle qui, sous 
le régime de la féodalité, concédait ce pouvoir aux 
grands propriétaires fonciers. Ils avaient établi leurs 
maisons de justice, ou baillages, aux lieux les plus 
favorables à son exercice. Pendant longtemps, la 
maison des Cbatelliers leur avait servi à cette fin. 
Quand elle eut été convertie en maladrerie, par ordre 
royal, tout en demeurant, quant au fond, la pro- 
priété des moines, ceux-ci durent en acquérir une 
autre pour y transporter le siège do leur justice sei- 
gneuriale. Celle qu'acheta l'abbé Jean se trouva très 
convenable pour contenir h la fois le prétoire où le 
bailli rendait ses sentences, la prison abbatiale, pour 
y renferiner les coupables, et le logis des ronciei'gcs 
ou gardiens de la geôle. Kllc servit [)Oui' les deux 
bourgs de Saint-Xicolas et de Saint-Hilaire, voisins 
du monastère, tant qu'il subsista lui-même. 

Après la mort de Jean J'", les moines de Micy 
élurent en sa place Francon, Win «lentre eux, en \'2'2(). 
( '/était un religieux de grand mérite, aussi habile <jue 
conciliant dans ses relations avec les puissants du 
siècle, dont il sut gagner l'estime et l'amitié. Les dix- 
huit anriées de sou abbatial furent une des périodes 
les plus llorissantes de son abbaye. 



— 2Hi — 

Francon eut à traiter de nombreuses aftaires, dont 
quelques-unes furent 1res graves. Il parvint à les 
régler toutes avec un égal bonheur. 

Un de ses premiers soins fut de solliciter d'Hono- 
lius III nno bulle de piotection pour les biens de son 
couvent. Le pape la lui adressa, du palais de Latran, 
en 1220. Apiès avoir accordé la garantie demandée, 
le souverain pontife renouvela un privilège déjà 
donné par ses prédécesseurs, savoir : (jue quand le 
royaume ou la province se trouveraient sous le coup 
d'un i[ilerdit général^ il serait permis aux religieux 
de Saint-Mesmin de célébrer, dans leur église, l'ollice 
divin, à voix basse, portes closes, et sans sonner 
les cloches, pourvu (pie cet iiiteidit ne fût [)as dirigé 
contre eux-mêmes (1). 

(let abbé vécut constamment daiis d'excellents rap- 
ports avec l'évéque d'Orléans, Phili[)pe I'' dcî »louy ; 
il eut l'occasion de l'obliger dans plusieurs circons- 
tances. l^[i I I2i. ce prélat fut a[)[)elé par Louis VIII 
en service de guerre, seloii la coutume du temps. Il 
|)i-ia h^ancon de lui pi'èt(M' un chariot et quatre che- 
vaux, [»our porter ses bagages. Les ayant reçus, il lui 
l'emil une charte, alin de bien constater cpie ce 
secours lui était domié à titre de prêt amiable, et non 
de redevance obligatoire {2). 

Francon obtint, en \2'22, le renouvellement du 
privilège accordé jadis à son monastère par Louis h^ 
Débomiaire, pour les transports faits pai bateaux 

(I) Do .M Vkrninac, m. s. 3lH^ f^ 72. 
1-2) DoM Verninac, m. S. 394»» fo 83. 



— 217 — 

sur plusieurs rivières du centre de la France. Dans 
la charte octroyée à cet effet par Philippe-Aug-uste, 
le prince défend à tous ses agents, percepteurs et 
autres, d'exiger aucun droit pour tout ce qui vient 
par eau à Saint Mesmin, particulièrement pour le vin 
et le sel ; ce qu'il fait en vertu des anciennes conces- 
sions de ses pères (1). 

Plus tard, l'abbé de Micy conclut un accord avec 
le chapitre de Saint Barthélémy de la Ferté-Aurain, 
au sujet d'un domaine voisin de Chaumont-sur- 
Tharonne, en 1228 (2). 11 céda aux chanoines de 
Sainte-Croix la dime de Fontaines et transigea avec 
le curé de Mézières pour le gros et les menues dîmes 
de cette paroisse. Il augmenta, en 1133, le prieuré 
de Saint-Marceau, d'Orléans, de plusieurs héritages 
donnés à litre d'aumônes, c'est-à-dire pour accroître 
les ressources de l'aumùnerie du monastère. 

La contestation survenue au sujet de Saint-Paul, 
également d'Orléans^ fut plus longue et plus difficile 
à apaiser. La cure de cette église, divisée en deux 
moitiés, par suite du partage fait en 1030 (3) en 
faveur d'Albert T", était régie par deux curés, nom- 
més, suivant la partie qu'ils desservaient, par le Cha- 
pitre de Saint-Pierre-le-Puellier, et par l'abbé de 
Saint-Mesmin. Cette dualité engendrait de nombreux 
inconvénients, parce que les deux pasteurs, égaux en 
autorité, ayant les mêmes droits aux revenus, ne 

(1) Bibliothèque nationale, Baluse, 792, f^ 2<). 

(2) Gallta Christiana, Ecoles. Aurel, t. VIII, \>. 153."». 
(3^ Voir au chapitre VII «le cette Histoire. 



s'accordaient pas pour l'administration de la paroisse ; 
cet esprit de rivalité était très préjndicialile à ses 
intérêts religieux. 

En 1237. Jean, curé de la portion relevant du Cha- 
pitre de Saint-lMerre, se rendit à Home, et se plaignit 
à Grégoire IX (jue, par une coutume abusive, il y 
eût deux prêt les pour gouverner la même église, 
l'un arracliant ce que l'auti-e plantait ; » c'était clïose 
monstrueuse, dit-il. de voir deux tètes sur le même 
corps ». Il co[icluait en demandant à sa Sainteté 
d'arracher ce scandale. Sur ces i*aisons. (jui ne 
lurent p.is alors snftisammeni contrôlées, Jean 
ohtini (lu papr un rrscrit daté de Viterbe, le IV 
des Noues de mai (i mai), et adressé au doyen 
d'Oi'léans, pour le charger de prononcer sur celte 
allaire, et, s'il y avait lieu, de léprimer les opposants 
par des censures (1). 

Quand Francon et son couvent furent informés de 
la démaiche du curé de Saint-Paul, ils députèrent 
Jehan, leur procureur, vers Heinald, évêquo d'Ostie. 
désigné en second lieu par Grégoire IX pour infor- 
mer cette cause. Avant louiruc^ment écouté les deux 
parties, le légat reconnut que le curé, nommé par 
l'abbé de Saint-Mesmin, était en légitime possession 
de son poste. Jean, l'adversaire, avoua même que 
ses allégations n'avaient pas été entièrement con- 
formes à la vérité. En conséquence. Reinald confirma 
h' hou dioit des religieux, déclara que le rescrit du 
pape devait être inlirmé, commr reposant sur de 

(I) liil.liotli.'Miup (VOrléans. Poliuchr, M. S. 'aV\ p. .'^M). 



— 2ni — 

faux motifs, et donna un acte authentique, muni de 
son sceau, pour conserver son juf^ement à la posté- 
rité, Tannée du Seigneur 1238. la XIP du pontificat 
de Grég-oire IX (1). 

La réunion des deux cures de Saint-Paul, en la 
personne d'un seul titulaire, fut ainsi indéfiniment 
ajournée. Le pape^ respectueux des droits acquis, 
attendra pendant plus de quatre siècles, que les temps 
aient d'eux-mêmes préparé la réforme. 

L'action la plus étendue, et, sen^ble-t il, la plus 
féconde en résultats heureux, à laquelle se consacra 
l'ahhé Francon fut l'affranchissement des nombreux 
serfs attachés aux domaines de son abbaye. Tant que 
l'état social ne parut pas favorable à ce grand chan- 
gement, les religieux furent contraints de suivre la 
coutume universelle; ils eurent des serfs ; ils les 
employèrent aux travaux de leurs exploitations agri- 
coles, s'efforçant seulement d'adoucir ce qu'il y avait 
de pénible dans leur condition, par un esprit de 
charité bien comprise. Ils ne pouvaient pas, en les 
alfranchissant prématurément agir contre une situa- 
tion séculaire, ni prendre seuls une initiative qui eût 
bouleversé l'ordre de choses sur lequel reposait tout 
le moven âge. Mais vers le milieu du xii'' siè^'le, deux 
grand papes, Adrien IV et Alexandre ÎÏI donnèrent 
une impulsion plus vive à ce gi-and mouvement 
d'émancipation. Rome, en excitant partout ro|)inion 
publique vers la liberté, enti'aîna les gouverne- 
ments (2). 

(1) Pièce justilicative XXIX, décret pour Saint-Paul. 
{'l) Darestf.. Ilisloirr ilo Fnincr, t. II, i». 'iO. 



— 220 — 

Tandis que les rois et les grands seigneurs, pour 
des motifs politiques, accordaient aux villes des 
chartes de commune^ les évêques. chapitres et abbés 
donnaient des lettres d'affranchissement, grâce aux- 
quelles on vit la liberté personnelle s'élargir, l'ad- 
ministration se régler, l'industrie s'étendre, et la 
condition matérielle s'améliorer de toute part. 

Les moines de Saint-Mesmin avaient suivi de bonne 
heure cette action libérale qui prit, avec Francon, un 
grand développement. Cet abbé octroya aux hommes 
de corps de son monastère de nombreuses lettres de 
franchise. Nous en citerons une seulement qui mon- 
trera dans quelles conditions s'accordaient ces faveurs 
tant désirées (d). 

<( A tous les fidèles du Christ, Francon, abbé de 
Saint-Mesmin et tout son couvent, salut à jamais. 
Sachent tous que, du consentement de notre cher 
roi rillustre Louis (VIII). nous avons alIVanchi plu- 
sieurs de nos serfs, hommes et femmes avec leurs 
enfants, nés ou à naître, en conservant toutefois les 
tailles, coutumes et redevances, telles que les acquittent 
les hommes libres* établis sur nos domaines, sans 
([iTils puissent les refuser, à raison de la liberté cor- 
porelle, ^ eux accordée. Afin (jue personne ne les 
in(juièle à l'avenir, eux el leurs enfants, au sujet de 
cet all'ranchissemcnt , el que ceux (]ui ont été exclus 
jusqu'ici (h^ cette grâce ne puissent en prendre pré- 
texte pour nous porter préjudice, voici les noms de 
ces affranchis : André et (iuérin Grosse, Théobald, etc. 

(1) Hibliotlièque nationale, Balu^e^ 78, fo 154. 



— -2-21 — 

De plus, nous afiVancliissons pour toujours et déchar- 
geons de toute servitude corporelle Guillaume, notre 
maire de Rozières, et tous ses enfants, tant nés qu'à 
naître; nous exigeons seulement qu'il fasse serment, 
dans notre Chapitre, de continuer à occuper ladite 
mairie et den remplir les ohligations de son mieux. 
Afin de donner à cette manumission une autorité 
inébranlable, nous y avons fait apposer notre sceau. 
Donné en notre Chapitre, l'an de l'Incarnation 1224, 
au mois de mars (1). 

Cet acte accordait de grands avantages aux serfs 
alTranchis, en leur rendant, avec la liberté person- 
nelle, la faculté d'aller où ils voulaient, de se marier 
à leur gré et de conserver pour eux et leurs enfants 
le pécule amassé par leur travail. 

Sans doute, ces franchises n'enlevaient pas toutes 
les charges; riionnne allVanchi restait soumis à cer- 
taines tailles et impositions. Il était impossible (ju'il 
en fût autrement. Quand Tabbave de Saint-Mesmin 
percevait des impôts, créait des servitudes d'utilité 
commune, elle le faisait en vertu de son titre de pou- 
voir souverain, avec tous les droits et toutes les 
obligations inhérentes à cet état. Klle avait donc 
besoin de ressources nombreuses, indispensabh's à 
la bonne gestion de la chose publique. 

C'est encore par un sentiment de sage prudence 
que Francon affranchissait d'une fois (|uel(jues 
serfs seulement, en nom particulier, comme on Ta vu 
dans la lettre précédente. Une mise en liberté, géné- 

(1) Pièce justificative XXX, charte d'atlranchisaement. 



-)•}-) 



raie et simultanée de tous les serfs, eût produit une 
perturbation profonde, confondu les usages reeus et 
amené peut-être de regrettables excès. L'abbé de 
Micy aliVancliit peu de personnes à la fois, les plus 
méritantes, par une cliarte ; mais il multiplie ces 
actes; ses successeurs suivront son exemple. Ainsi 
lous les hommes de corps recevront successivement 
la liberté, sans secousses, sans troubles ni dérani^e- 
ment dans l'organisation établie. En moins de cin- 
quante ans. il nv resteia plus aucune trace de servi- 
tude sur les terres de Saint-Mesmin. Grâce à la 
sagesse de ses abbés, cette grave révolution n'engen- 
dra jamais le moindre désordre. 

Ce fut, croit-on, Krancon qui jeta les fondements 
(Ir la nouvelle église abbatiale de Saint-Mesmin (1), 
dans les premières années du règne de saint Louis, 
un demi-siècle environ avant lédilication de la cathé- 
drale d'Orléans, détruite en l.jllS par les Huguenots. 

L'ancienne basilique romane construite deux cents 
ans plutôt, au temps du roi Robert, ne convenait plus 
au monastère parvenu à l'apogée de sa fortune et do 
sa prospérité. Elle avait d'ailleurs été bâtie trop à la 
hâte; plusieurs de ses parties déjà menaçaient ruine. 
Les peuples assistaient alors au plein épanouissement 
de l'architecture ogivale; on voulait partout des 
temples reproduisant, dans la mesure du possible, les 
splendeurs de la Sainte-Cihapelle et de Notre-Dame, 
de Paris, des cathédrales d'Amiens, de (Chartres, de 
lîpims, de Sens, où se montient toutes les hardiesses 

1) HiHKHT. M. S.. ^:M\^, (0 i.V). 



— -223 — 

de la pensée religieuse, avec toute l'élévation, toute la 
ferveur du génie chrétien. 

La haute intelligence de Francon, ami de la gran- 
deur et de la magnificence dans les choses sacrées, 
voulut créer un édifice en rapport avec Timportance 
de son abbaye. Les détails des travaux qui réalisèrent 
cette magnifique construction, vers les années 1223 
à 1230, manquent à l'histoire. Le peu que nous en 
connaissons nous est fourni par un unique dessin, 
dont nous parlerons au prochain chapitre. Ce peu 
suffit cependant pour révéler à la postérité combien 
étaient profonds les sentiments religieux des moines 
de Micv, et combien aussi étaient puissants les moyens 
d'action dont ils pouvaient disposer. 

13ien que l'activité de l'abbé Francon fût absorbée 
par tant d'œuvres diverses, il ne négligeait pas cepen- 
dant la direction spirituelle de sa communauté. Il 
veillait au maintien exact de la discipline et recourait 
à tous les moyens propres à exciter de plus en plus 
l'esprit de ferveur parmi ses frères. 

Un des dangers qui menaçait le plus sérieusement 
les abbayes bénédictines était l'isolement. Saint 
Benoît avait écrit sa Règle pour son seul monastère 
du Monl-Cassin. 11 ne prévoyait pas sans doute 
qu'elle serait embrassée par d'innombrables commu- 
nautés, désireuses de se sanctifier en suivant un guide 
si parfait. Aussi les couvents de son Ordre vivaient 
séparément, sans coiitr(Me ni surveillance de la part 
d'un supérieur (juelcoïKjue, autre (jue révè(jue diocé- 
sain ; aucun lieu de subordination, ni d'aduiinistia- 



— 224 — 

lion ne les unissait entre eux, en sorte que, le plus 
souvent, ils se trouvaient sans secours dans les 
défaillances intérieures, comme en face des périls 
extérieurs. Frappés de cet état, de nombreux abbés y 
avaient chercbé un remède dans les unions ou affi- 
liations spirituelles formées avec des maisons du 
même Ordre. Celle que Francon et son couvent firc-nt 
avec les moines de Pont-Levoy (1) nous apprend 
quelles conditions régissaient ces associations {2). 

« La société des églises de Saint-Mesmin et de 
Pont-Levoy a été réglée de cette manière : quand un 
abbé de Tune des deux églises viendra dans l'autre, 
il aura plein pouvoir de corriger les fautes et d'ab- 
soudre les coupables. A la mort des abbés, Pont- 
Levoy fera autant pour celui de Saint-Mesmin que 
pour le sien propre, et réciproquement. Quant aux 
r<'ligieux, il a été réglé qu'ils seraient reçus au Cba- 
[)ilre de cbaque église, non comme des botes étran- 
gei's, mais comme des frères de la même maison. Si, 
à cause d'une faute grave^ un moine (Tune maison 
passe dans Tautre, il sera reçu, non comme un fugitif, 
mais comme un frère, juscju'à ce qu'il ait fait péni- 
tence et ait reçu le pardon de son abbé. Quand on 
aj>prendra dans une maison la mort d'un religieux 
appartenant à l'autre, ou lui f'eia le service ordinaire : 
cbaque prêtre dira une messe ; cba(jue frère, non 
prêtre, récitera cinquante psaumes, et les laïques 

(1) Al)l)aye. bénédictine, au diocèse de Blois. 

(2) Archives du Loiret, casier 27 F., carton 9, t^» 4 . origi- 
nal parcheuiin. 



— 225 — 

cinquante Pater noster. Fait Tan du Seigneur 1230, 
au mois de juin, Francon étant abbé de Saint-Mes- 
min, et Matbieu, de Pont-Levoy (1). » 

Après une vie glorieusement remplie, Francon, dont 
la pieuse activité avait été si profitable à son monas- 
tère, mourut le IV des Ides d'août (10 août) 1237, 
d'après le nécrologe de Pont-Levoy (2). 

Evrard fut élu abbé de Micy après Francon. A 
l'exemple de son prédécesseur, il conclut plusieurs 
alliances spirituelles, procurant à sa communauté 
l'appui de nombreuses prières, pour y entretenir une 
émulation constante dans la pratique des vertus 
monacales. Il unit ainsi ses frères avec ceux deSaint- 
Euverte, d'Orléans, de Saint-Vannes, de Verdun, 
en J240 (3). Il reçut, dans le même temps, plusieurs 
donations qur confirma (iulllaumc de Bussy, évèque 
dOrléans. Le curé de Saint-Marceau, de la même 
ville, réclamait une augmentation de ses droils casuels, 
auprès des abbés et religieux de Saint-Mesmin. Ceux- 
ci, voulant s'en tenir aux anciens usages, refusaient. 
L'évêque, appelé à trancber la question, décida, par 
sentence du mois de mai 1240, (pio le curé aurait les 
dons et ollVandes faites aux services pour les défunts, 
les autres oblations devant appartenir au monas- 
tère (4). 

(1) Voir pièce justificative XXXI, cluirto fralïilialion. 

(2) Gallia Christiana, Ecoles. Aurel.. t. VIII, p. Iô3.j. 

(3) Archives du Loiret, casier 2'), carton G. 11° .'>. 

(4) Le Maire. Histoire de VÊglise d'Orléans, in-f<'. lGi7, 
p. 197. 



— ±26 — 

Dans cette même année, 1240. le roi Louis IX 
ordonna à Guillaume de Bussy de raccompaofner à la 
^^lerre, avec ses hommes d'armes. L évèque, peu for- 
tuné sans doute, pria Evrard de lui rendre le même 
service que Franoon avait rendu à un de ses prédé- 
cesseurs, en lui prêtant un chariot et des chevaux 
pour SOS hagag-es. Evrard le iit volontiers ; il lui 
envova le chariot demandé avec trois chevaux. 
CiuillaunK' lui icmit on retour une charte où il cons- 
tatait quo co secours lui était donné, non it titre 
d'ohlii^ation. mais par simple prêt volontairement 
consenti ([). 

(( Le roi nous ayant convoqué à son armée, dit-il. 
nous nous sommes trouvé dans un g-iand embarras. 
Nous avons donc prié Evrard, abbé de Saint-Mcsmin. 
de nous venir on aide, on nous prêtant un chariot 
ou ce (ju'il pourrait. Evrard nous a fourni un chariot 
avec trois chevaux, tout en affirmant rindépondance 
de son éirlise à Tégard de ce prêt. Pour qu'à l'avenir 
aucun do nos successeurs no puisse réclamer à titre 
do droit ou de coutume ce secours accordé sans 
aucune obligation, ni en prendre occasion pour cau- 
ser (juelquo préjudice à l'église de Saint-Mesmin, nous 
avons «lonné cette lettre, munie de i?olre sceau, au 
mois de septembre 1240 (2i. » 

Evrard mourut la veille des Calendes de juin \'2ï'2 
(31 mai), d'après le Nécrolo^e de Ponl-Lovoy (.*i . 

(T BiUiothèque nationale, K CartuI, S. .Vrt.r., f* 17»«>. 

{"2) Pit'ce justillcaliv*^ XXXII. diartp pour le chariot. 

«'H' <iALLi\ ChhisTiana, Eccles. Aurel., l. VJII, p. 15:^5. 



- ^227 - 



CHAPITRE XI 

BKRTHIER, ADAM DE SOISY, ABBÉS. — DEUX AFFAIRES LITI- 
GIEUSES. UNE ÉPREUVE JUDICIAIRE. LE CARTULAIRE. 

BULLE D'ALEXANDRE IV. ACHÈVEMENT DE LÉGLISE ABBA- 
TIALE. RARES ÉVÉNEMENTS. 

(i2i2-i:35U) 

BerUiier, successeur d'Evrard, en J2i2, fut un 
abhé de grande distinction. Sa taille élevée, sa pliy- 
sionomie bienveillante prévenaient en sa faveur : il 
était charitable, humble, plein de compassion pour 
les petits, les pauvres et les affligés. Il s'adonnait 
avec une telle application à l'oraison et à l'étude des 
Pères de l'Église que sa parole, et surtout sa prédi- 
cation, étaient tout embaumées du parfum de ses 
pieuses lectures. Malgré son désir de mener une vie 
obscure et cachée en Jésus-Christ, son mérite l'im- 
posa au choix de ses frères. Leurs suffrages unanimes 
le portèrent sur le siège abbatial de Saint-Mesmin, 
et il ne put pas refuser une charge si lionorable. 
Aussitôt qu'il eut pris la direction des affaires de son 
monastère, il montra un grand zèle pour ses intérêts. 

Son caractère libéral lui (it d'abord continuer, dans 
de larges proportions, Pœuvre de l'alfranchissement 
des serfs, inaugurée par son prédécesseur. Hrrlhier 
rendit successiveuieiit à la libtitc plus dv deux oenls 



— 2-28 — 

serfs de iabbaye. Parmi eux fut Guillaume, maire de 
Saiul-Denis-en-Val, et toute sa famille ( 1 ). Ces aH'ran- 
cln's demeurèrent soumis aux tailles et impositions 
usitées à cette époque ; mais, on le sait, ces rede- 
vances étaient indispensables pour fournira l'autorité 
abbatiale les ressources exii^a^es par l'administration 
des territoires soumis à sa juridictioii. 

L'abbé de Micy demanda à Innocent IV une bulle 
de protection ; en même temps, il lui représenta que 
son couvent était accablé par les provisions de pen- 
sions que les papes, ses prédécesseurs, avaient accor- 
dées sur ses revenus à dilTérents personnages, en 
sorte (|n'il restait à peine le nécessaire aux religieux. 
11 le [)riait donc liumbleuïent de vouloir bien l'en 
décharger. Le souverain pontife fit droit à sa su[>- 
pli(jue, par une bulle, donnée à Lyon, en 12io. Par 
cet acte, il playa tous les domaines de Saint-Mesmin 
sous la garantie du Siège Apostolique, et supprima à 
jamais les pensions dont ils avaient été g:revés. du 
fait de ses devanciers (2). 

Plusieurs contestations surgirent vers ce temps. 
Heitbier j»ai \ iiil à les a[)aiser, gfràce à son espril de 
conciliation. Le curé dr Mézières. Hervé, ne se trou- 
vait pas satisfait de l'accord conclu entre son prédé- 
cesseur. Etienne, et I abbé Jean ; il réclamait une 
nouvelle augmentation de ses ressources. Poui* mettre 
(in à .♦'S exigences perpétuelles, Herlbier pria (iuil- 

{{) Gallia Christiana, E'cl. Aurcl., l. VIII, p. 1530. 
{2} P. Verninac, m. s., 394^ fo V2. 



— 229 — 

laume de Biissy d'examiner cette affaire, et de la 
régler définitivement (1). 

L'évéque d'Orléans, après une sérieuse étude des 
raisons alléguées de part et d'autre, confirma d'aboi'd^ 
en son entier, l'acte de Jean Ie% de 1218^ qui déter- 
minait d'une manière précise les redevances aux- 
quelles avait droit le curé de Mézières ; il y ajouta 
XII mines et YII boisseaux de seigle ; puis il consigna 
sa décision dans un acte public, au mois de sep- 
tembre 1247 (2). 

Berthier fit approuver ces conventions par Inno- 
cent IV, à Lyon, l'année suivante, afin d'ôter tout 
prétexte à de nouvelles contestations. 

L'intervention bienveillante de Guillaume de Bussy 
apaisa également de nombreuses difficultés existant 
depuis longtemps entre les moines de 3Iicy et Raoul 
de Chère, maire de Saint-Mesmin (3). 

Celui-ci remplissait mal les devoirs de sa charge ; 
il refusait de s'acquitter de diverses contributions, une 
poule et trois sous, imposées sur plusieurs maisons 
situées à Saint-Mesmin ; il ne payait pas une rente de 
quatre sous et demi parisis due pour l'anniversaire <le 
son oncle Godefroy, dont il était l'héritier; enfin il ne 
voulait pas laisser le monastère entrer en possession do 
dix arpents de vignes, acquis par cet oncle, homme 
de corps de Saint-Mesmin, et mort sans enfants. 

(1) Bibliothèque d'Orléans, M. S. 4342, fo 182. 

(2) Pièce justificative XXXIII, charto pour le curé »!»• 
Mézières. 

(3) BibliothèquH. «l'Orléans. M. S. 4:3.'), fo 320. 



— -230 — 

Pour ces motifs, Tabbé et son couvent voulaient 
lui enlever la mairie et le contraindre à remplir toutes 
ses oblig-ations. Après de longues contestations, dis- 
cussions et concessions de chaque côté, on finit par se 
mettre d'accord, et la {)aix fut faite aux conditions 
suivantes. 

L'évèque se transporta au Chapitre des religieux. 
Kii sa présence, Berthier affranchit pour toujours 
Raoul et sa famille ; il les déchargea de toute servi- 
tude corporelle, et lui conserva la mairie de Saint- 
Mesmin. D'autre part, Raoul s'engagea à remplir 
exactement les fonctions de maire ; il promit de veiller 
au maintien de la sécurité publique, et de rendre 
strictement la justice temporelle sur les terres du 
couvent. Si plus tard lui ou ses héritiers cèdent la 
mairie, le nouveau titulaire payera cent sous tournois 
et jurera fidélité à l"abl)é. Raoul, payera en outre les 
tailles exigées sur ses maisons, et quatre sous et demi 
annuellement pour la célébration de l'anniversaire de 
son oncle dans l'église abbatiale ; enfin, il gardera 
les vignes, sauf trois arpents (jui reviendront au 
monastère. 

Cet arrangement termina toutes les contestations 
antérieures. Raoul jura, ses mains dans celles de 
1 evéque, de tenir fidèlement ses engagements. Mar- 
guerite, son épouse, le fit également ; et Guillaume 
dressa du tout un acie pubh'c, le vendredi, veille de 
rKpiphanie, 1245 (1). 

(l) Pièce juslilicative XXXI V, churte pour le iiiuiie do 
Baint-Mesmin. 



— -231 — 

Cette intéressante affaire nous fait entrer dans le 
vif des mœurs et pratiques, au moyen âge. Raoul est 
maire, chargé de rendre la justice au nom des moines, 
de rechercher et de punir les coupables : il possède 
plusieurs maisons pour lesquelles il paye une poule 
et quatre sols. Cependant il est serf encore ; il ne peut 
pas se démettre de la mairie, ni entrer en possession 
des vignes de son oncle, parce que celui-ci étant serf 
aussi, d'après la loi féodale, tout son héritage doit 
revenir à son maître. Mais l'esprit de charité des 
frères aplanit les difficultés ; Raoul est rendu à la 
liberté, et tout s'arrange à Tamiable. L'évèque, assis 
au Chapitre, comme un père au milieu de ses en- 
fants, reçoit les promesses réciproques ; et sans frais 
pour personne, la paix est faite, au contentement de 
tous. 

L'abbé Berthier, en 1248, loua à Eudes de Bussy, 
sous-doyen d^Orléans, une île appartenant à son cou- 
vent, et située dans le lit de la Loire, vis-à-vis de 
Saint-Denis-en-Val ; on l'appelait alors simplement 
risle. Cette location fut consentie pour le prix annuel 
de sept livres et demi parisis, payables à la fête de 
l'Invention de la Sainte-Croix, plus douze bottes 
d'osier propre à faire des cables pour les moulins 1 1 ). 

Un autre acte nous apprend qu'en 12i).'j, Berthier 
donna aux chevaliers de Saint-Lazare (jui desser- 
vaient la maladrerie des Cbatelliers cent arpents de 
bruyères, sur la paroisse de Saint-llilaire, au lieu 

(l) Bibliothèque d'Orléans, M. S. i33M''^ 333. 



— 232 — 

appelé aujourd'hui la Bigoterie, à oUO pas environ de 
rilospice (1). 

(Quoique dépossédés de leur droit de propriété fon- 
cière, les religieux de Micy considéraient toujours 
les Cliatelliers comme leur Maison-Dieu et se faisaient 
un devoir iVen augmenter les revenus, pour assurer 
aux pauvres et aux malades des secours plus abon- 
dants. C'est pourquoi Tabbé et tout son couvent firent 
don de ces terres aux chevaliers, non tout à fait 
graluitemeril. mais contre Textinction d'une rente 
qu'ils devaient leur payer sur les domaines de Hraly 
et de Misé, lieux aujourd'hui inconnus. Us se réser- 
vaient en outre les droits de justice, de décimes et de 
champart. à titre de seigneurs primitifs. Une charte, 
datée du mois de décembre J25."). garantit Tinviola- 
bihté de cette donation. 

Cette pièce, très curieuse, renferme une clause par- 
ticulière, qui montre par quels moyens les disciples 
de saint Mesmin obtenaient la mise en culture des 
terres jusque là stériles. Fidèles à suivre les pratiques 
établies par leur Bienheureux l^ère, ils voulaient (jue 
ces landes fussent rendues fertiles . |»our augmenter 
le bien-être de leurs détenteurs. Non seulement, ils 
imposaient l'obligation de les défricher, mais encore 
ils déterminaient le mode de culture et fixaient un 
terme au (h''friidioment. C/est par ces sages procédés 
(pie les moines exercèreni . au moyen âge, ime 
iiillucnce directe et salutaire sur h' (h'veloppement de 
TagriiMilture dans nos contrées. 

(1) Archives des (^diutelliers. 



— 233 — 

Dans la charte de l'abbé Bertbier, il est dit d'abord 
que sur les cent arpents de bruyères concédés, cinq 
seront transformés en pâturages, pour lesquels les 
chevaliers payeront cinq sous, à la Circoncision de 
Notre-Seigneur ; si ce loyer n'est pas acquitté à cette 
époquCj ils seront frappés d'une amende de cinq 
autres sous. Quant aux 9o arpents restants, ils devront 
être défrichés et mis en culture dans l'espace de 
douze ans; si, après ce laps de temps, il restait encore 
une portion' de terrain inculte, elle reviendrait de 
plein droit aux religieux, qui en disposeraient à 
leur volonté (1). 

On ne pouvait pas imposer, d'une manière plus 
pratique, la mise à profit des vastes plaines stériles 
de la Sologne. C'est d'ailleurs la méthode encore 
suivie dans l'exploitation des immenses territoires 
des colonies de l'ancien et du nouveau monde. Sur 
ce point, comme sur beaucoup d'autres, les temps 
modernes ne font que suivre l'exemple donné par les 
moines dans les siècles lointains du passé. 

Pendant que l'abbé Bertbier gouvernait le monas- 
tère de Micy, l'attention publique fut vivement attirée 
sur un fait qui se passa dans la cour même de l'Alleu 
Saint-Mesmin, à Orléans. Pierre d'Escautillis, bailli 
d'Orléans, pour le roi Louis IX, et Adam de Mont- 
Roy , bailli pour Tévéque Guillaume de Uussy, ne 
pouvaient pas s'accorder sur l'étendue des limites de 
leur juridiction respective. Tous deux prétendaient 

(1) Pièce justificative XXX\'. charte ))onr les l)niy(''res. 



— 234 — 

avoir le droit de juger un mauvais gan;on, coupable 
d'un meurtre. Ils convinrent de recourir à l'épreuve 
judiciaire, encore fort usitée à cette époque, que la 
croyance populaire, avec une confiance sans bornes, 
appelait le jugement de Dieu. 

Il ne s'agissait pas ici d'un combat sanglant, comme 
celui qui faillit se livrer à Micy môme, en 119G; 
mais dune épreuve par l'eau ou par le feu. Cela res- 
sort des termes formels de l'acte dressé par les deux 
adversaires, dans cette circonstance, pour sauvegarder 
les droits du monastère, — pro tenere duellum vel 
aqua vel ferro (1). 

L'eau était froide ou cbaude. Dans le premier cas, 
Faccusé, jeté dans une cuve pleine d'eau, pieds et bras 
liés, était regardé comme coupable s'il surnageait, 
innocent s'il coulait au fond; car l'eau, bénite par les 
prêtres, ne pouvait rien garder d'impur, croyait-on 
alors. Dans le second, il plongeait sa main au fond 
d'un vase rempli d'eau bouillante, pour en enlever un 
anneau que le juge y avait déposé. S il la retirait sans 
(ju'il y- eut trace de brûlures, il était acquitté. Pour 
l'épreuve par le feu, il fallait porter quelques pas un 
morceau de fer rougi au feu. Si trois jours après, la 
main était sans blessures, ou si la blessure olTrait un 
certain aspect, l'accusé était réputé innocent (2). 

Le représentant du roi et celui de l'évèque deinan- 

(1) Hubert, M. S.> 436s, fo ico. Dom Esliennot, M. >^.. 
10730, fo 09. 

(2) DuRUY, Histoire de France, t. I. p. \?Â\. 



— 235 — 

dèrent à l'abbé de Saint-Mesniiii de leur prêter la 
cour de son Alleu, pour cette épreuve, comme étant 
le siège d'une juridiction neutre, et s'engagèrent à ne 
réclamer aucun droit, et à ne porter aucun préjudice, 
du fait de cette concession, par la cbarte citée plus 
haut(l). 

On ignore quelle issue eut cette affaire, si même 
répreuve fut réellement subie, ou bien si Guillaume 
de Bussy parvint à l'empêcher, comme il est présu- 
mable. Car les' évèques furent constamment opposés 
à ces pratiques, toujours cruelles, et aussi incapables 
de justifier les innocents que de dévoiler les vrais 
criminels. Le roi saint Louis les abolit en 1260 dans 
les domaines de la justice royale; plus tard seule- 
ment, l'influence religieuse parvint à les faire dispa- 
raître entièrement, tant elles étaient profondément 
entrées dans les mœurs des peuples. 

La piété de l'abbé Berthier se trouvait mal à l'aise 
au milieu du mouvement de l'administration d'une 
grande abbaye et des nombreuses alTaires dont il 
était obligé de s'occuper. Depuis longtemps, il désirait 
se consacrer tout à fait à la prière dans le recueille- 
ment d'une vie paisible. Il réalisa son dessein en 12.j(). 
Après avoir donné sa démission d'abbé de Saint-Mes- 
min, il se fit disciple de saint François d'Assise, dans 
l'Ordre des Frères-Mineurs, on. sous l'humble nom de 
F. Berthier, il resta jusqu'à sa mort, arrivée en 1203(2). 

(1) Pi^ce justificative XXXVI, charte pour l'ôpreuve judi- 
ciaire. 
(-2) Gallta Christian a. Ecoles. Ain-d., t. VIII. p. 153C. 



— -236 — 

Quand cet abbé eut quitté Micy. les moines se réu- 
nirent au Chapitre pour procéder à l'élection de son 
successeur. Leurs suffrages se portèrent presque 
unanimes sur Adam de Soisy, homme recomman- 
dable par la vivacité de son intelligence et l'énergie 
de son caractère. 

C'était la coutume qu'après lélection on écrivît 
au roi pour le prier de la confirmer. Le prieur et 
les religieux do Saint-Mesmin envoyèrent donc vers 
Louis IX les deux prieurs de Saint-Marceau et de 
Saint-Aubin, porteurs d'une lettre par laquelle ils lui 
notifiaient le choix qu'ils avaient fait en la personne 
d'Adam de Soisy. lui demandant de l'approuver; en 
même temps, ils le suppliaient de faire remise à leur 
couvent des régales (1) dues à cette occasion (2). 

(^ette lettre, original en parchemin, a été con- 
servée (3). Elle porte, sur simple queue de même, un 
sceau qui est l'unique spécimen de ceux dont les 
moines de Micy se servaient à cette époque. Encore 
est-il incomplet; car il n'en reste qu'un fragment, 
d'environ 38 millimètres, en cire verte. Sur la face 
de ce sceau, qui était celui du monastère, on voit un 
personnage nimbé et crosse, — saint Mesmin. — 
avec cette inscription : 

t SIGILL ICIACEK . . . 

t Sigillxnn conventus Miciacensis. 

(1) « La régale était le droit qu'avait le souverain de jouir 
de tous les biens et de toutes les prérogatives attachées aux 
sièges vacants, tant que le nouveau titulaire n'était pas 
installé. » Pasquier, Recherches, 1. III, chap. XXXV. 

('2) Pièce justilicative XXXVII, demande d'approbation. 

(3) Archives nalionak's, .1. 3iG, n* 41. 



— 237 — 

Le contre-sceau porte un personnage debout, de 
trois-quarls à gauche, — saint Etienne, — tenant un 
livre de sa main droite, avec ces mots en exergue: 

t OR. IS, BEATE STE. . .NE. 

t Ora pro nobis, béate Stéphane (1) 

Guillaume de Bussy joignit ses instances à celles 
des religieux adressées au roi dans leur lettre (2). 

Quand l'approbation royale lui eut été accordée, 
Adam se rendit à ,0rléans5 afin de prêter le serment 
de fidélité qu'il devait, en vertu du droit de patro- 
nage autrefois conféré à l'évèque sur l'abbaye de 
Saint-Mesmin par Clovis et ses successeurs. Cette 
cérémonie se faisait dans la cathédrale de Sainte- 
Croix, devant le maître-autel. En présence du pontife 
et de tout son clergé, l'abbé prêta ce serment en ces 
termes : (3) 

« Moi, Adam, créé abbé de l'église de Saint- 
Mesmin d'Orléans, je promets obéissance, respect et 
fidélité il ma sainte mère l'Eglise d'Orléans, et à toi, 
Guillaume, son évèque, mon révérend père en Dieu, 
ainsi qu'à tes successeurs canoniquement élus, et je 
confirme ma promesse en pla(;ant ma main sur cet 
autel. » (i) 

L'évèque donna ensuite à Adam la béné<liction 
abbatiale, cérémonie qui n'ajoutait rien à son carac- 

(1) Archives nationales, Catalogue des sceau./-, no8/2rM». 

(2) Teullet, Layettes du Trésor des chartes^ n° 4,3.*V2. 

(3) Extrait d'un ancien Pontifical manuscrit, aux archives 
de l'Eglise d'Orléans. 

(4) Pièce justificative XXXVIII, serinent des abbés. 



- 2:^8 — 

tère, mais dont le but était de rendre sa personne 
sacrée et vénérable. 

Une fois en possession de la plénitude de son auto- 
rité, le nouveau supérieur <le Micy s'occupa eflîcace- 
ment des intérêts do son monastère. Il donna ses 
premiers soins à la formation d'un Cartulaire^ ou 
recueil de tous les titres, bulles des papes, chartes 
des rois, des seigneurs et des évoques, actes de 
donation, d'achat, de vente, d'écliange. etc, concer- 
nant son abbave. 

Dans un temps oii les contestations étaient extrê- 
mement fréquentes, où, pour justifier ses droits, on 
était journellement mis en demeure de produire ses 
titres, et oii ces mêmes titres se trouvaient exposés à 
tant de causes de destruction, pillages, incendies et 
autres, la possession d'un cartulaire était de la plus 
haute importance. Aussi voyons-nous presque tous 
les abbés des monastères de France faire ce même 
travail, vers le milieu du xmT siècle, afin de pouvoir 
répondre aux attaques de la chicane, et aussi trans- 
mettre à la postérité leurs titres de grandeur. 

Adam cliargea plusieurs religieux de mettre en 
ordre tous ces documents, jus([ue là conservés sans 
grand soin dans des cofl'res, de les classer d'après 
leurs dates, puis de les transcrire dans un livre 
formé de belles feuilles de parchemin, qui reçut le 
nom de Cartulaire. Quand ce travail fut terminé, 
lui-même publia une charte qu'on ajouta à loulos les 
aulres. pour en bien étabhr P;nithonticité (1 ). 

(1) Biblioth. nation., Baluce. 78, f» 02. 



— 230 — 

(( Adam, par la permission divine, humble abbé du 
monastère de Saint-Mesmin, à tous les fidèles du 
Christ, et à ses successeurs dans le dit monastère, 
salut. Comme il est difficile et dangereux, tant pour 
nous que pour nos successeurs, de transporter de 
divers côtés les chartes données à notre couvent 
dans le passé, et afin d'éviter qu'un accident ne fasse 
périr ces pièces réunies à grands frais par nos 
prédécesseurs^ nous avons fait transcrire mot à mot 
les dites chartes et privilèges, Tan de l'Incarnation 
du Verbe 12o7, sous le règne du roi très chrétien 
Louis (IX), fils de Louis (VIII), petit-fils de Phi- 
lippe (II), du vivant de notre vénéré père en Dieu 
Guillaume, évoque d'Orléans, -o (1) 

Cette œuvre, dont la conservation eût été d'un si 
grand intérêt pour l'histoire de Tabbayo de Saint- 
Mesmin et de toute la région orléanaise, a malheu- 
reusement péri. Elle embrassait une période de près 
de huit siècles, de o02 à 1270. Il en reste un court 
extrait sur papier, à la Bibliothèque nationale, conte- 
nant une cinquantaine d'actes copiés au xvir- siècle, 
presque tous relatifs aux prieurés de Saint-Sigismond 
et de Saint-Jean-de-la-Mothe {'2). Dom Verninac, le 
savant bibliothécaire du monastère de Bonne-Nouvelle, 
à Orléans, a laissé dans ses manuscrits une courte 
analyse de chacune de ses chartes, et reproduit inté- 
gralement quelques-unes des plus intéressantes (3). 

(1) Pièce justificative XXXIX, charte pour le Gartulaire. 

v2) Bibliotli. nation. M. S. .'),4-20. 

(3) Biblioth. d'Orl.'ans, Dom VERMXAn, M. S- 304 ". 



— 240 — 

Les Bénédictins de Saint-Mesniin, puis les Feuillants, 
qui les remplacèrent. Tout précieusement conservé. 
En 17!)2, il était encore entre les mains de Dom 
Gascar, un des derniers religieux. Depuis, il a disparu, 
ainsi que presque tous les titres de l'abbaye, sans 
que les recherches les plus soigneuses aient pu le 
faire retrouver. 

A plusieurs reprises, les adversaires des moines de 
Saint-Mesmin ont prétendu que ce cartulaire était une 
œuvre de faussaire, composé vers Tan KiOO, par les 
religieux eux-mêmes, pour s'assurer la possession de 
leurs biens. 

En l'absence de l'ouvrage même contesté, il est 
difficile de se pronont:er à son sujet. On peut dire 
cependant que la présence, dans ce recueil, de 
quelques chartes non authenticjues, comme la pre- 
mière attribuée à Clovis, n'entraîne pas nécessaire- 
ment la fausseté du cartîdaire tout entier. Adam a pu 
être induit en erreur pour elles, comme beaucoup 
d'autres l'ont été après lui. Tous les écrivains qui se 
sont occupés de nos abbayes orléanaises, dom Verni- 
nac, le chanoine Hubert, dom Estiennot, et avec eux 
dom Mabillon, et les savants auteurs de la Gallia 
Christiana (1) Pont toujours attribué à Adam de 
Soisy. Aucune preuve n'autorise à le croire formé par 
Ajasson (jui, dans l'état de ruines où se trouvai! son 
couvent (juand il en fut abbé, en 1008. avait autres 
choses à faire qu'à recueillir et à transcrire les actes 

(1). Gallia Chhistiana. Ecoles. Aurel.^i. Vlfl, p. 1530. 



— 241 — 

du passé. Enfin, une dernière considération nous 
semble péremptoire. Aussi longtemps que l'historien 
a eu le cartulaire ou son résumé pour guide dans 
l'exposé des événements accomplis à Micy, il a pu 
rapporter des faits nombreux puisés à cette source. 
Parvenu à l'année oij le recueil s'arrête, il ne trouve 
presque plus rien, quelques épisodes glanés ça et là 
dans les chroniques générales, des noms d'abbés, avec 
les seules dates de leur promotion et de leur mort ; à 
tel point que, dans un espace de soixante-quinze ans, 
depuis la mort d'Adarn, 1274, jusqu'à celle de 
Jean II, son troisième successeur, ISrjO, on pourrait 
croire l'existence de la communauté bénédictine de 
Saint-Mesmin suspendue ou cachée par un voile épais 
aux yeux du monde, tant les événements y sont rares. 

Si le cartulaire dLVSiii été composé vers 1600, ainsi 
qu'on l'a prétendu, il nous aurait certainement con- 
servé de nombreux actes appartenant aux XV'^ et 
XM*^ siècles, comme il l'a fait pour les Ages anté- 
jieurs à 1270 ; car il n'y avait aucune raison de l'in- 
terrompre à cette date. 

Tout en s'occupant de ces travaux littéraires, Adam 
mettait l'ordre dans les affaires de son monastère. 
Beaucoup de vassaux méconnaissaient l'autorité de 
l'abbé, leur suzerain ; des maires, chargés de l'admi- 
nistration des bourgs et villages de ses domaines, se 
considéraient comme indépendants, et agissaient de 
même. Adam les rappela tous à leur devoir. Il lit 
comparaître successivement les rebelles au Chapitre, 
obligea tous les vassaux à rendre foi et hommage, 



->4-> _ 



conformément à la coutume féodale, et contraignit les 
maires à prendre rengagement de remplir leurs obli- 
gations avec exactitude et fidélité. 11 échangea quel- 
ques terres près de Gléry, avec le chevalier Simon de 
Mt'lun. 

Enfin, en 1258, il sollicita et obtint du pape Ale- 
xandre IV une bulle de protection pour les biens de 
son couvent, et de confirmation pour tous ses privi- 
lèges. Cet acte fut aussi important, dans Tordre ecclé- 
siastique, que les grandes chartes de Louis le Débon- 
naiie, de 83h, et du roi Robert le Pieux, de 1U22, 
l'avaient été dans Tordre civil, pour Tabbaye de Saint- 
Mesmin. Il résume et complète toutes les garanties 
déjà données par les prédécesseurs d'Alexandre IV. 
Comme en oulrr, c'est la seule bulle papale encore 
existante, qui ait été accordée à notre monastère, et 
intégralement conservée dans la teneur de ses propres 
termes, il ne sera pas superflu de la reproduire ici, au 
moins dans ses parties essentielles. 

Dans h' préambule accoutumé, le souverain pon- 
tife dit qu'il est de son devoir de défendre ceux (|ui 
se sont consacrés au service de Dieu, principalement 
dans la vie monastique. Il ajoute, s'adressant à Tabbé 
et aux moines : « Nous recevons et plaçons sous la 
{)rotection du ii. Pierre et la notre votre monastère 
où vous vivez dans l'observance de la règle de saint 
Benoit. Tous les biens que vous possédez canoni- 
quemenl, par donations des papes, des rois, des sei- 
gneurs et des pieux fidèles, ou par d'autres moyens 
légitimes, toutes vos églises, au nombre de trente- 



— -243 — 

trois (il les énumèrej. nous voulons que vous les con- 
serviez intacts et les transmettiez en entier à vos 
successeurs, avec leurs dépendances, terres, prés, 
vignes, forêts, usages dans les bois et les plaines, sur 
les eaux et les moulins, sur les routes et les sentiers, 
ainsi que toutes leurs libertés et immunités. — Nous 
défendons que personne veuille exiger ou percevoir 
de force aucune imposition sur ces biens, ni sur vos 
animaux ou vos instruments de culture. — Qu'il 
vous soit permis de recevoir et de garder dans votre 
communauté tous ceux qui voudront quitter le siècle, 
clercs ou laïcs, pourvu qu'ils soient libres de leur 
personne. — Nous défendons qu'aucun de vos frères, 
après avoir fait sa profession religieuse dans votre 
maison, puisse la quitter sans votre permission, à 
moins que ce ne soit pour entrer dans un Ordre plus 
sévère. — En cas d^interdit général^ vous pourrez 
célébrer les offices dans vos églises, à voix basse, 
portes closes, et sans sonner les cloclies, pourvu (jue 
vous ne soyez pas vous-mêmes cause de cet interdit. 
Pour les sacrements et la consécration des autels, 
vous vous servirez du clirème et des saintes huiles 
bénits par i'évèque diocésain. — Nous défendons 
qu'on construise ni oratoire, ni église nouvelle sur 
votre territoire, sans votre consentement et celui de 
Tévêque ; personne, ni ecclésiastique ni séculier, ne 
pourra vous molester ni vous contraindre à ce sujet. 
Il vous sera loisible d'iiiimmer dans vos églises ceux 
qui le demanderont, à la condition qu'ils ne seront 
pas excommuniés, et (jue les droits de leurs propres 



— -244 — 

ég^lises seront respectés. — Vous pouri 
retirer aux laïcs les dîmes encore de 
leurs mains. — A la mort d'un abbé, c 
la fraude ou la violence qui devra li 
successeur, mais le libre consentement 
de ses frères, conformément à la r 
Benoit. — Pour vous assurer la libre p 
devoirs, nous défendons expressément 
ose se rendre coupable, dans votre mon 
vos domaines, de vol, d'incendie, de rap 
de meurtre ou de violence d'aucune se 
manière générale, nous confirmons au i 
rite apostolique, tous les privilèges, lil 
lions et immunités qui vous ont été rai 
accordés par les pontifes romains nos | 
les rois, les princes et les fidèles. — E 
nous défendons que personne ose I 
monastère, dévaster vos biens ou vou 
(juelle que manière (|ue ce soit ; nous vo 
vous soit conservé en paix et sécurité, s 
des droits du Saint-Siège et de Tévéque 
Si (juelqu'un, clerc ou séculier, ose vi 
criptions, (ju'il soit averti d'abord: s'il | 
sa malice, quil soit privé de tout bonne 



— 245 — 

(lu Yerbe 12o8. — Suivent les sceaux d^llexand 
de six cardinaux, de plusieurs évèques, et du cl 
lier de la Cour romaine o (1). 

Cette bulle contient tout un code de légis 
monastique. Elle prévoit et fixe la manière 
dans des cas nombreux, causes de contestatior 
quentes, et couvre de l'autorité apostolique la 
tion donnée à chacune de ses prescriptions, 
inutile de revenir sur chacune des règles ( 
trace, elles sont assez claires et s'expliquent d 
mômes. 

Ce sont ces actes solennels, émanés de la pa 
qui ont fait la prospérité des institutions monas 
au moyen âge. Le sentiment religieux des pi 
rendait alors le pouvoir des souverains ponti 
plus ferme et le mieux obéi qui existât au n 
Dans ces jours durs et violents, où la force p 
presque toujours le droit, où la justice était i 
faite et le bras des rois souvent trop faible pou 
respecter leurs décisions, une bulle, terminée p< 
menace d'interdit, empêchait des maux noml 
Ces armes spirituelles suppléaient à Timpuis 
des lois ; elles protégeaient les intérêts des ] 
des humbles, des clercs, des moines désarm 
parvenaient pres(jue toujours à sauvegarder 1 



— -24G - 

conslru«:tion de réglise abbatiale. 11 eut l'iionneur et 
la joie Je la terminer (1). 

On peut très difficilement se représenter, aujour- 
d'iiui, ce que fut cet édifice. Les Anglais le ruinèrent, 
moins de cent ans après son achèvement, comme 
nous le dirons en son lieu. Il ne fut jamais réparé et 
demeura longtemps en l'état où ils l'avaient mis. 
Depuis, les hauts piliers découronnés, les vastes 
pans de murailles lézardées, encore debout il y a un 
siècle, ont entièrement disparu, sans qu'aucun dessin 
nous ait conservé l'image de ce (juil était au temps 
de sa splendeur. Seul, un peintre Orléanais. M. Dcs- 
fricbes, a reproduit, dans un de ses tableaux, une vue 
de ce qui eu restait encore, en 1770. 

(^et artiste, né en 1715^ et mort en 1801, plutôt 
dessinateur et paysagiste que peintre de grands sujets, 
tout en demeurant à Orléans, venait souvent à la 
Cartaudière, maison de campagne voisine de l'abbaye 
de Micy, occupée de son temps par les Feuillants. 
Des fenêtres de sa salle à manger, il voyait le monas- 
tère, la Cliapelle Saint-Mesmin, au-delà de la Loire, 
et les moulins du Loiret. Il dessina ces vues sui* des 
panneaux dont il orna les murailles de cette salle. 
(( L'un d'eux, bien conservé, est très curieux, en ce 
({u'il reproduit les ruines de la vieille église abbatiale 
de Micy, telle (|U elle existait à la lin du siècle dei- 
nier, avec ses piliers élancés et ses voûtes ogivales 
aux deux tiers abattues [2). » 

[\) IIuBEHT, M. S. i302, f'> 15'i. 

(2) LuibELEUH, Sulice sur Desfriches, p. 8. 



— -217 — 

Ce tableau est le seul qui puisse nous donner une 
idée de ce magnifique édifice (1;. 

Construit au xm*^ siècle, à l'époque où l'architecture 
ogivale parvenait à l'apogée de sa perfection et créait 
de toutes parts de merveilleuses basiliques, il était lui- 
même du plus beau style ogival, et alliait une majes- 
tueuse grandeur à une irréprochable pureté de lignes. 
De grosses colonnes cylindriques formaient les deux 
cotés de la nef, et supportaient de larges arcades en 
ogives dont les archivoltes retombaient sur délégants 
chapiteaux; au-dessus, s'élevait la muraille où s^'ou- 
vraient de hautes baies terminées en tiers-point et 
servant de fenêtres. Aux quatre piliers formant Tin- 
tersection de la nef avec le transept, étaient accolées 
plusieurs gracieuses colonnettes couronnées de cha- 
piteaux sculptés. A Textrémité de la nef, on remarque 
des ouvertures cintrées, dans un mur épais, restes de 
la basilique romane bàlie au temps du roi Robert; 
puis, une grosse tour, qui était le cloclier. A sa base, 
on voit des arcades également à plein cintre du même 
temps ; de hautes fenêtres en ogive ouvrent dans la 
partie supérieure ; elles étaient surmontées du betl'roi, 
pour les cloches, et d'une llèche en bois. 

Tel est le peu qu'il est donné de connaître de celle 
église. Ce peu suffit cependant poui- qu'on déplore 
amèrement la perle d^un pareil monument, que ni la 

(1) Nous devons la vue de ces ruines, que nous reproduisons 
au cominencement <le ce livre, à M. Georges Micliau, impri- 
meur, à Orléans. 



— ii48 — 

sainteté de sa destination^ ni la rare beauté de son 
arcliitecture n'ont pu sauver de la destruction. 

Ue grandes fêtes accompagnèrent la consécration 
de celte basilique, dédiée, comme l'ancienne à saint 
Etienne. Les reliques des 15. Mesmin l'Ancien, ïbéo- 
deniir, Mesmin le Jeune et de beaucoup d'autres 
saints y furent solennellement transportées. Bientôt 
la piété populaire amena la multitude des fidèles au 
nouveau sanctuaire. De nombreux personnages, 
évéques d'Orléans, seigneurs des bourgs environ- 
nants, magistrats de la cité, demandèrent, comme 
une faveur insigne, d'y être inhumés (1). Ils peu- 
plèrent de leurs tombeaux ce lieu de prière, sans pou- 
voir y trouver, pour leurs cendres, un repos durable, 
que la malice des hommes ne leur permit pas de 
goûter, même au pied des aut(ds. 

C'est assurément un grand honneur, pour la mé- 
moire de ral)l)é Adam, d'avoir pu couronner une 
pareille entreprise. Il eut encore une autre gloire, non 
moins méritante, celle d'avoir entretenu la régularité 
el la ferveur dans son monastère cjui continua d'être 
regardé comme un centre fécond de grâces et de 
bénédictions. Mais lant de travaux épuisèrent sa santé. 
II (juitla c<' monde vers 1:^74. La mort ne le surpiit 
|i(»iiit, car toute sa vie avait été une préparation à ce 
r<Mi()ntabh' passage. Après avoir re<;u les derniers 
sarrements, avec les sentiments d'une foi aidente, il 
expiia en [)ressant le ciucilix sur ses lèvres. Les 

(1} Bibliol. nation., D. E>TiENNor, ^r. S.. 12/39, f" 75. 



— ^49 ~ 

frères pleurèrent longtemps leur bon et illustre abbé; 
toute la ville d'Orléans fut attristée de sa perte : 
beaucoup de ses habitants tinrent à montrer, par 
leur empressement à venir assister à ses funérailles, 
dans quelle estime ils tenaient ses grandes œuvres et 
ses vertus éminentes. 

On connait très peu de choses relativement aux 
trois abbés qui succédèrent à Adam de Soisy. On 
ignore même le nom du premier. Quand les religieux 
de Saint-Mesmin l'eurent élu. en 1274, ils écrivirent 
au roi Philippe III. le Hardi, pour lui demander 
d'approuver son élection, sans le désigner autrement 
que par une initiale, effacée dans la charte originale. 
c( Il porte encore sur son visage les grâces de la jeu- 
nesse, disent-ils dans leur lettre; mais il a dans 
l'esprit la maturité de la vieillesse ( 1). » Ce supérieur 
gouverna Micy vingt-trois ans; tous les actes de son 
administration sont demeurés ensevelis dans une 
obscurité complète ; aucun n'est parvenu jusqu'à 
nous. 

Guillaume II de TAunay était sous-prieur, quand 
ses frères le choisirent pour leur abbé, en 121)7. 
Ferrie de Lorraine, alors évèque d'Orléans, approuva 
son élection et lui donna la bénédiction abbatiale. Kn 
même temps, les moines écrivirent au roi Philippe IV. 
le H«'l, selon la coutume, pour le prier de confirmer 
leur choix et de protéger le nouvel élu. Leur lettre 
existi' encore, original en parchemin (2) : elle porte, 

(1) Archives nationales, .T. 344, N. 45, orifîinal parchemin. 

(2) Archives nationales, .T. 347, X. il-2. 



— -loi) — 

sur (jiieues de même, les IVagmenls de deux sceaux, 
en cire verte. 

Le premier, <le forme ogivale, haut de 40 milli- 
mètres, est celui du monastère. Sur la face, ou dis- 
tinguo un abbé debout, tenant la crosse de sa main 
gauche : au revers, est l'image d'un personnage en 
pied, avec un livre dans sa main droite ; on lit ces 
mots, en exergue : 

OHA PRO NOBIS, BEATE STEPHANE. 

Le second sceau est celui du prieur. La face porte 
un personnage nimbé et crosse, qui est saint Mesmin. 
Sur le revers, on voit deux oiseaux adossés et bec- 
quetant une lleur qui les sépare ; autour, se lit cette 
inscription : 

f s. PHIOniS MINI MICIACEN 

Si^illum prions S Maximini Miciasensis (i). 

Il est regrettable que le mauvais état de ces sceaux 
ùle toute possibilité de les reproduire. 

Guillaume de l'Aunay maintint son couvent dans 
un grand esprit de ferveur et dans la prati(jue des 
vertus' qui attirèrent de plus en plus vers lui les âmes 
avides de se sanctifier dans les observances monas- 
li(jues. Etienne de Villaines. fils de Pierre de Vil- 
laines, gentilhomme des environs, quitta le monde et 
demanda à y être reçu. Après lui avoir fait subir les 
épreuves du noviciat, l'abbé l'admit au nombre de ses 
religiejix (2). 

'1) Archives nationale?. Catalogue des sceau\, no 314. 
(-2) IIuBEHT. M. S. 'i:W'. f»^ lfir>. 



— 2ol — 

Milon de Gliailly étant monté sur le sièg-e épiscopal, 
en 1312. Guillaume lui renouvela le serment de fldé- 
lité que les abbés de Micy avaient accoutumé de faire 
aux évoques d'Orléans. Ce serment fut prêté avec 
le cérémonial et dans les termes déjà employés par 
Adam de Soisy. 

Afin d'aug-menter les ressources alimentaires de 
leur communauté, les religieux achetèrent, du cha- 
pitre de l'Ég-lise d'Orléans, tout le cours du Loiret, 
depuis sa source ou bouillon, jusqu'au chemin dit 
des Courtiniers. Cette acquisition fut fiito le 24 dé- 
cembre 1317 (1). 

L'abbé Guillaume avait reçu de sa famille plusieurs 
bijoux et joyaux d'un grand prix ; il en fit don à 
Féglise de son couvent. Après sa mort, arrivée en 
1320, il y fut inhumé, dans le chœur, du coté de 
l'Évangile. 

Jean II le remplaça, la même année, sur le siège 
abbatial de Saint-Mesmin. Il fil. en 1334, plusieurs 
statuts et règlements pour le maintien de la discipline 
régulière et le bon gouvernement de son monastère, 
règlements dont il obtint la confirmation par l'évéque 
d'Orléans. Il se montra également gardien vigihmt de 
ses privilèges. 

Le Bienheureux Iloger le Fort, évéque d'Orléans, 
désira venir passer quehjues jours h Micy, en I32i-. 
pour y faire une retraite spiritueUc Les moini's, qui 
exerçaient généreusement l'hospitalité envers tous, 

(1) Transaction lii'pe des Ai'diives do l'Kx'li^e d'Orléans, 
pour 1317. 



2o2 

déployaient une charité toute particulière quand ils 
avaient l'honneur de recevoir un prélat ; aussi l'ac- 
cueillirent-iis avec une vive joie. Mais, afin que ses 
successeurs ne pussent pas reg-arder cette réception 
comme une obligation due d'après les coutumes 
anciennes, Tahhé Jean lui demanda un acte de sauve- 
garde pour les privilèges de son monastère. L'évèque 
lui donna une charte spéciale à cet effet. « L'hospita- 
lité, y dit-il, que les frères m'ont généreusement 
accordée, même au delà de ce qu'ils devaient stricte- 
ment, ne tire point à conséquence; elle ne doit ni 
leur créer de servitude, ni leur porter préjudice en 
rien pour l'avenir » (1). On croit que cet abhé dirigea 
sa communauté jusqu'en 13.')0, année vers laquelle il 
mourut. 

Avec Jean II, l'ahhaye de Saint-Mesmin vil liiiir 
ses jours de gloire ! 

(I) Bibliothèque de l'Arsenal, l)om Esliennnt, M. S. 1009, 



— 253 -- 



CHAPITRE XII 

VIE INTÉRIEURE DES BÉNÉDICTINS DE M(CY. lA JOURNÉE 

DES MOINES. — LEUR INFLUENCE RELIGIEUSE ; ROULEAUX 
DES MORTS. LEUR ACTION SOCIALE. — BIENS MONAS- 
TIQUES ; LEUR EMPLOI. 

(xii'' et xiii^ siècles.) 

Les xii^ et xiii*" siècles furent une ère de grande 
prospérité pour Tabbaye de Saint-Mesmin, comme 
pour toutes les Institutions monastiques. La paix 
dont jouit le monde chrétien à cette époque lui permit 
de vivre dans une entière sécurité. La protection des 
rois de France et des évêques d'Orléans la défendait 
contre les empiétements et les vexations si fréquentes 
dans cette société encore mal organisée. Enfin le sen- 
timent religieux, très vif alors, l'enrichit de dona- 
tions étendues et multiplia le nombre de ses moines. 

Les temps qui suivirent furent bien différents. Los 
guerres anglaises, qui désolèrent la France pendant 
cent ans, et v accumulèrent tant de désastres, furent 
particulièrement funestes à notre monastère. Tous ses 
édifices furent ruinés, ses frères dispersés, ses domaines 
ravagés et appauvris pour longtemps ; ses conditions 
d'existence furent profondément modifiées. Aussi nous 
semble-t-il opportun, avant de commencer le récil (h^ 
ces événements, de pénétrer dans la vie intérieure 
de ses habitants, afin de connaître !<Mn- ori^ainsation, 



— 25'. - 

leurs travaux et les résultais obtenus. Les chroniques 
et l'histoire n^i rapportent que les actions extérieures, 
cérémonies patriotiques ou religieuses, réception de 
bulles et de chartes, donations, règlement d'affaires, 
contestations litigieuses, grands événements de guerre 
ou de paix. Mais tandis que l'abbé, dans la haute si- 
tuation où il se trouvait placé, était mêlé à toutes ces 
choses, un groupe nombreux d'hommes, formant Tes- 
sence môme de la communauté bénédictine, vivait 
sous sa direction, d'une existence régulière, calme et 
active, quoique presque inconnue. 

Tl est difficile, actuellement, de se faire une idée 
de ce qu'était cette vie. Les annales du monastère 
présentent de regrettables lacunes sous ce rapport. 
Les titres, sauvés de la destruction, n'offrent qu'une 
monotone énumération d'actes de donations, ventes et 
transactions diverses, au moyen desquels on peut 
reconstituer des catalogues d'abbés, les tables des 
droits de justice, des privilèges, des rentes et cen- 
sives, en un mot tout le mouvement extérieur et tem- 
porel ; mais ils ne nous apprennent presque rien sur 
cr (jui F'(Mn|)lissait les journées des moines et consti- 
tuait leur raison crèlre, en tant (jne religieux. 

Cependant les vieux manuscrits, aujourd'hui dis- 
parus, mais analysés par les érudits du siècle dernier, 
quelques notes authentiques, consei'vées dans nos 
grands dépnts littéraires et nos archives départemen- 
tales, nous ont permis d'entrer assez avant dans le 
mystère de cette vie cachée, pour que nous puissions 
on ac<juérir une connaissance suffisante. Avec leur 



— 235 - 

aide, il sera possible d'en tracer le tableau ei d'écrire 
un chapitre qui ne sera pas un des moins instructifs 
de cette histoire. ^^ 

La communauté monastique de Saint-Mesmin était 
formée d'hommes qu'une vocation irrésistible appe- 
lait à la vie claustrale, La foi, très vive au moyen âge, 
les saisissait dans toutes les conditions, au sein des 
fortunes les plus diverses, comme à toutes les périodes 
de leur existence. Tantôt c'étaient des gens du peuple, 
simples et peu lettrés, mais au cœur pur et à l'âme ar- 
dente; tantôt, des guerriers renommés qui, après avoir 
versé leur sang sur les champs de bataille, suspendaient 
leur glorieuse épée aux piliers de l'église abbatiale et 
échangeaient le baudrier contre le froc monacal ; des 
seigneurs quittaient leurs donjons, des marchands 
leurs comptoirs, des paysans leur campagne. Orléans 
en donna toujours le plus grand nombre. Il y venait 
aussi des hommes résolus d'expier quelque grande 
faute, et d'autres enfin, simplement désireux d'assurer 
leur salut éternel dans la voie qui leur semblait la 
meilleure pour y parvenir. Tous, entraînés par un 
penchant invincible, venaient vers cette pieuse re- 
traite pour s'y sanctifier dans Texercice des plus 
sublimes vertus, avec la certitude de la béatitude 
future. 

Un double attrait dirigeait ces âmes d'élitr ; l'amour 
de la prière, qu'elles voulaient faire monter sans 
cesse vers le ciel comme une ardente supplication 
adressée à Dieu, en leur nom propre et en celui de 
l'humanité entière; et le besoin de l'expiation })ar la 



— 250 — 

souffrance volontaire, qu'elles acceptaient avez joie, 
afin d'olirir à la justice divine une satisfaction suffi- 
sante pour les péchés du monde. 

La règle de Saint-Benoît, code le plus parfait qui 
ait jamais existé de la vie monastique, les guidait 
dans cette sublime carrière, et les conduisait jus- 
qu'aux sommets d'une perfection vraiment angélique. 
Elle dirigeait tous leurs actes, tous les mouvements 
de leur àme, aussi bien que ceux de leur corps, 
fixait les heures du travail, du repos, de l'oraison, et 
sanctifiait jusqu'à leur sommeil, donnant ainsi un 
plein rassasiement à la soif de prière et de soutlVance 
dont ils étaient altérés. Dans l'observance quotidienne 
de cette règle, ils puisaient le véritable esprit reli- 
gieux, qui rendait humbles ces cœurs si fiers, les 
pliait à mille pratiques longues, pénibles, parfois 
humiliantes, les rendait avides de sacrifices, transfor- 
mait leui- être, et les pénétrait si profondément qu'il 
imprimait, pour ainsi dire, son caractère jusque sur 
leur physionomie. 

Les moines étaient partagés en trois ordres dis- 
tincts. 

Pendant une année entière, et parfois davantage, 
I»»s novices faisaient l'apprentissage de la vie mona- 
cale, sous la direction d'un vétéran du cloître. On ne 
leur cachait rien de ce qu'ils auraient à faire et à 
soullVir. Jus(ju*au dernier jour de leur noviciat, ils 
étaient libres de se retirer s'ils se sentaient trop 
faibles poui* remplir toutes les obligations du vrai rch'- 
gieux. 



— 237 — 

Après ce temps d'épreuve, le novice était admis à 
prononcer ses vœux solennels ; il devenait moine 
parfait ou profès, participant à tous les sacrifices, et 
aussi à tous les mérites de la stricte conventualité. 
Ces vœux, au nombre de trois, étaient ceux de l'obéis- 
sance qui maîtrise et guide la volonté personnelle, 
de la chasteté qui triomphe de la brutalité des ins- 
tincts naturels et de la pauvreté volontaire qui, déta- 
chant l'àme des biens terrestres, excite en elle de 
plus vifs désirs pour les biens éternels. 

Au dernier ordre étaient les frères convers, géné- 
i'alement illettrés. Ils faisaient des vœux simples, et 
n'assistaient pas à tous les longs offices du chœur; 
ils exerçaient les emplois matériels du monastère, 
cultivaient ses domaines et avaient une part abon- 
dante dans les prières et mérites des profès. 

Les dignités ou charges claustrales étaient divisées 
entre les religieux les plus capables de les occuper : 
le chambrie?' avait la garde du vestiaire ; le sacris- 
tain, celle du trésor de l'église ; le cellcrier était 
l'intendant du temporel, et avait de ce chef une lourde 
lâche à remplir; VlintpJiei' et Vaumôniei' soignaient 
les voyageurs el les pauvres; le premier les logeait, 
le second pourvoyait à leurs besoins. Les doyens, 
mis ordinairement à la tète de dix frères, les surveil- 
laient et les dirigeaient d'une manièie particulière; 
enfin, le grand prieur remplaçait l'abbé absent el 
l'aidait, quand il était présent. Au-dessus de tous se 
plaçait Cabbé.^ chargé du gouvernement général 
du monastère, tant au temporel (ju'au spirihnd. 



— -258 — 

L'élection de l'abbé était empreinte d'une simplicité 
pleine de grandeur. Les profès avaient seuls voix 
élective. Us se réunissaient au cbœur de l'église, dont 
les portes étaient fermées. Après avoir récité à 
genoux les sept psaumes de la pénitence, ils s'as- 
seyaient et déposaient dans une urne le nom de celui 
qu'ils jugeaient le plus digne. Les portes étaient 
alors ouvertes. Le prieur proclamait le nom de l'élu, 
et le conduisait à l'autel, puis au siège abbatial. De là, 
il se rendait dans la salle du Chapitre, où les religieux 
allaient également. ('Iiacun deux s'agenouillait de- 
vant le nouvel abbé, pour lui donner le baiser de 
paix, et lui promettre obéissance. Tous les officiers 
de Tabbaye venaient déposer à ses pieds les clefs des 
différents cénacles aifectés à leurs emplois, et les 
recevaient ensuite de sa main. 

Sous la direction de cet abbé, plulùt père que maî- 
tre, et des autres dignitaires proposés aux fonctions 
monastiques, les religieux de Saint-Mesmin passaient 
les jours et les années de leur vie, souvent très lon- 
gue, dans l'accomplissement régulier de leur mission 
de prière et de sacrifices, librement acceptée et rem- 
plie avec amour. 

Ils se levaient chacjue nuit à deux heures, plus tôt 
en été et aux grandes fêtes, l ii frère très exact 
sonnait le réveil. Us descendaient dans le cloître pour 
se laver la figure et les mains. De là, ils allaient au 
chœur où ils faisaient une demi-heure d'adoration et 
d'oraison mentale. Us chantaient ensuite les matines, 
suivies des laudes. Cet ollicc durait euvirou une 



— -259 — 

heure et demie, davantage les dimanches et à certaines 
fêtes. Vers les quatre heures, ils réciiixieni Y A 7ig élus. 
Les prêtres disaient leur messe servie par les moines 
non prêtres, qui communiaient au moins une fois par 
mois. A la suite se tenait le Chapitre, dans la salle 
capitulaire. L'abhé y commentait la règle et faisait 
part à ses frères des affaires concernant la commu- 
nauté ; il leur adressait aussi de pieuses exhortations 
ou des homélies de circonstance. C'est au Chapitre 
qu'il infligeait des pénitences aux moines coupables 
de quelques fautes contre la discipline. A six heures, 
on psalmodiait prime; puis tous se livraient au tra- 
vail jusqu'à l'office de tierce^ qui se disait à dix 
heures, et précédait la grand'messe conventuelle, 
suivie elle-même de sexte. None et vêpres se chan- 
taient à différentes heures de l'après-midi, qui va- 
riaient selon les divers temps de rannéo et les ouvrages 
de la saison. Dans le cours de la journée, les religieux 
avaient environ cinq heures de temps libie, indé- 
pendamniont du temps plus considérable consacré 
aux travaux manuels. Ils l'employaient en lectures, 
chemins de croix, visites au Saint-Sacrement, prières 
au cimetière. 

Avant de prendre leur repos, profès et convers se 
réunissaient à Téglise et chantaient conipUcs, magni- 
fique prière du soir, appelant, dans les ombres de la 
nuit, la lumière radieuse de l'éternelle félicité. Vers 
huit heures, tous montaient au dortoir. Ils s'y cou- 
chaient tout habillés, sur un lit fait d'une paillasse 
piquée, étendue sur des planches. \ln traversin rempli 



— -260 — 

de paille longue, pour reposer la tète, et deux couver- 
tures en composaient la irarniture. Le dortoir était 
commun ; dt'S cloisons de bois élevées jusqu'aux 
deux tiers des murs formaient, pour chaque frère, 
une sorte de cellule, fermée sur le devant par un 
rideau de grosse toile. Une lampe suspendue au pla- 
fond brûlait toute la nuit. 

Les moines faisaient deux repas, le premier à 
onze heures, le second à six heures, excepté les jours 
de g^rand jeune, le carême, lavent, les mercredi et 
vendredi de chaque semaine, où ils n'en faisaient 
(ju'un seul. Leur abstinence était perpétuelle. Les 
œufs, la graisse el la viande étaient défendus en tout 
temps, sauf en cas de maladie. Pour les repas, ils 
se réunissaient dans leur vaste réfectoire, garni de 
tables de bois ; ils mangeaient en silence, sous la 
présidence de l'abbé, tandis que l'un d'eux faisait une 
lecture, tirée de l'Histoire de l'Eglise ou de la Vie des 
saints. 

Leur habillement consistait en une tunique de 
laine, avec une cucvlc ou coule, grande robe noire, 
également île laine. L'étoile de ces vêlements, plus 
épaisse en hiver, plus légère en été, était de celles 
qu'on trouvait dans le pays. <'t au meilleur marché. 
Par dessus, ils portaient un scapulaire. de même 
couleur, ouvert sur les côtés, semblable aux capotes 
des pauvres et des ouvriers. Pour les longs offices du 
chœur, la nuit et en hiver, ils recouvraient leurs 
vêlements d'un ample manteau ou capucc, garni de 
manches larges. Il était fait de gros drap très épais. 



- 261 — 

parfois même de peaux de mouton portant leur toison, 
cousues ensemble, avec un capuchon qu'ils rabattaient 
sur leur tête. 

C'est dans l'accomplissement de ces exercices reli- 
gieux que les moines de Micy voyaient s'écouler leur 
vie paisible et méritoire. Les jours succédaient aux 
jours, les années aux années dans une uniformité 
parfaite, où tout était prévu par la règle. Parfois 
seulement un événement imprévu, la visite d'un 
grand personnage, un acte public de charité ou de 
dévouement à accomplir interrompait ce qu'elles 
pouvaient avoir de monotone en apparence ; car dans 
la réalité, la succession des observances et la diver- 
sité des occupations variaient cette existence et la 
rendaient pleine d'attraits pour les âmes animées 
d'une sincère vocation. 

Quand arrivait pour le disciple de Saint-Mesmin 
l'heure de recevoir la récompense de ses vertus, on le 
déposait par terre, sur un cilice recouvert de cendre 
répandue en forme de croix. On sonnait alors la 
cloche de l'agonie ; tous ceux qui Tentendaicnt, se 
hâtaient d'accourir^ et récitaient le Credo. L'abbé, 
avec l'étole, portant son bâton pastoral, venait aussi ; 
il récitait les litanies des mourants et donnait au 
moribond une dernière bénédiction. Lorsque celui-ci 
avait rendu son âme à Dieu, entouré de ses frères, 
on le déposait dans la tombe, revêtu de ses habits de 
religion ; et une simple croix de bois, sans nom, 
marquait la place où reposait sa dépouille mor- 
telle. Chaque prêtre était teiui de dire sept mess«^s à 

is 



— 262 — 

son inleution ; les diacres devaient réciter trois psau- 
tiers et les autres frères trois cents pater noster ; 
puis pendant trente jours, sa part au réfectoire était 
donnée aux pauvres. 

Afin d'entretenir l'esprit de ferveur dans leur com- 
munauté et de la prémunir contre les dangers de 
l'isolement, les abbés de Micy formaient fréquemment 
des affiliations spirituelles avec d'autres maisons de 
leur Ordre. Tout en encourageant sans cesse les 
vivants par l'échange des prières et Témulation du 
bon exemple, ces associations se proposaient princi- 
palement pour but d'accorder de pieux suffrages aux 
frères défunts. Dès qu'on apprenait le décès d'un des 
membres de la société, toutes les maisons unies 
s'empressaient do dire des prières et de célébrer des 
messes, dans les conditions convenues, comme nous 
l'avons vu dans l'acte passé à cet effet entre les 
moines de Micy et ceux de Pont-Levoy (1). 

La nécessité où Ton se trouvait d'avertir de la 
mort d'un frère des couvents nombreux et parfois 
très éloignés, introduisit dans les pratiques monas- 
tiques une touchante coutume. Quand les moines de 
Saint-iMesmin avaient perdu soit leur abbé ou quehpie 
dignitaire, soit un bienfaiteur insigne, ils déléguaient 
un ou deux des leurs auxquels ils remettaient une 
longue bande de parchemin, composée de plusieurs 
feuilles cousues les unes aux autres. Ce parchemin 
roulé sur lui-même ou sur un bâton, pour pouvoir 

(1) Pièce justilicative XXXI, cliarte d'union. 



— 263 — 

être porté plus facilement, s'appelait le rouleau des 
morts (1). En tête ils inscrivaient répigraphe annon- 
çant le décès de celui qu'ils pleuraient, et contenant 
l'éloge de ses vertus. Ils réclamaient ensuite les 
prières des corporations associées, pour le repos de 
son àme. Les porteurs du rouleau allaient de couvent 
en couvent. A leur arrivée, les religieux s'assemblaient 
au Chapitre et lisaient le funèbre message. Presque 
toujours, ils y répondaient par quelques phrases, 
souvent en vers latins, à la louange du mort, et pro- 
fitaient de Poccasion pour recommander aussi leurs 
propres défunts. C'était dans le monde monastique 
d'alors un échange de souvenirs affectueux et surtout 
de pieuses intentions : puis, quand le rouleau avait 
parcouru le cercle des maisons amies, il revenait à 
son point de départ, où on le conservait, comme un 
témoignage de l'estime accordée au frère décédé. 

L'usage de ces rouleaux des morts s'est gardé dans 
rOrdre de Saint-Benoît, jusque dans ces derniers 
temps. 11 s'est sécularisé, en passant dans le monde 
laïque, car on reconnaît dans cette pratique, sortie 
des cloîtres, l'origine respectable et la haute antiquité 
des billets de faire part, envoyés à l'occasion des 
déccs. 

L'abbaye de Micy adressa souvent ces sortes de 
circulaires; elle en reçut fréquemment aussi. En Id.'iO, 
on y apporta le rouleau de Guifred, comte de Cer- 
dage, mort sous Pliabit religieux, dans le monastère 

(1) Du latin rolultts, rouleau, Du change. 



— :i64 — 

(le Saint-Marlin (le Carrii^ou (1). Les moines y répon- 
dirent par (juel(|ues vers oii ils demandaient une 
réciprocité de prières pour leurs défunts, dont ils 
inscrivirent les noms sur le parchemin : 

Out»; dodinius vestris, ea dentur mutua nostris ; 
Noniina sunt quorum quœ pangit pagina prœsens (2). 

Ils reçurent encore, au \nr* siècle, à une année 
inconnue, le rouleau de Haïde, abbesse de Saint- 
Amand, de Rouen, et inscrivirent dessus le détail des 
prières, psaumes et messes qu'ils demandaient à leur 
lour pour leurs frères et bienfaiteurs défunts (3). 

Les religieuses de Montivilliers, en Normandie, 
leur envoyèrent le rouleau de Marie de Noyers, leur 
abbesse, morte en 1399; elles recommandaient parti- 
culièrement à leur générosité le porteur Guillaume 
Guéroult (4). 

Le plus célèbre de ces rouleaux que reçurent les 
moines de Micy, fut celui de saint lîruno, mort 
en [[i)[^ fondateur de l'ordre des Chartreux. Ils 
firent pour la circonstance, deux pièces de vers. La 
première contenait une allusion au séjour prolongé 
du saint e[i France, où il fonda, auprès de Grenoble, 
la Grande Chartreuse, berceau de son austère 
Institut. 

«"Celui (|ue la Gaule, sa j)atrie (d'adoption), eut 

(l) Al^Haye Lt^'nôilictino, au diocèse de Tarbes. 

("2) Léopold Delisf.e, les Rouleaux des Morts, p. 80. 

(3) L. Dkmslk, p. 'lO'j. 

(«) !.. 1>KL1SLK, )>. 'iTO. 



— 265 — 

du ensevelir, gît maintenant, dit-on^ dans les champs 
de la Calabre (1). » 

Quelques lig-nes de prose, ajoutées aux vers, 
souhaitaient à l'Ordre en deuil un chef digne de celui 
qu'il venait de perdre. « Daigne le Seigneur vous 
donner un père semblable à lui^ si ce n'est par l'éten- 
due de sa science, du moins par la sainteté de sa 
vie (2). )) 

Ces pratiques montrent combien, dans ces temps 
de vive foi, on s'intéressait au sort des défunts. On 
faisait encore de nombreuses fondations de messes et 
de services à leur intention. Beaucoup de fidèles 
demandaient à être inhumés dans l'église abbatiale 
de Saint-Mesmin; ils espéraient, reposant dans le 
lieu même oii les moines adressaient à Dieu une 
prière incessante, y participer d'une manière plus 
abondante. 

L'influence religieuse des moines de Micy ne s'exer- 
çait pas seulement dans l'étroite enceinte de leur 
monastère; ils retendaient encore avec efficacité 
dans toute la région orléanaise^ principalement dans 
les paroisses placées sous leur dépendance. 

A l'origine, ils avaient eux-mêmes bâti des églises, 
au centre de leurs domaines les plus importants; les 
habitants, disséminés çà et là, s'étaient groupés à 
l'entour. Ces agglomérations avaient donné naissance 
à des paroisses, bourgs et villages toujours existants. 

(1) Gallia quem mira sua «leberet sepelire, 
Ut feitur, Galabiis nunc sopiiltus in apris. 

(2) L. Delisle, p. 7'iS. 



D'autres fois, les seigneurs féodaux, grands proprié- 
taires terriens, ayant fondé aussi des églises nouvelles 
sur leurs fiefs, leur en confiaient l'administration: 
ou bien encore les évéques du diocèse oij elles s'éle- 
vaient les le?ur remettaient, comme on l'a vu aux 
chapitres précédents. 

C'est ainsi qu'au xni' siècle, l'abbaye de Saint- 
Mesmin réunit sous son patronage et juridiction vingt- 
cinq églises paroissiales, situées principalement dans 
la Beauce, le Yal de Loire, la Sologne, jusque dans 
le Perche et le Maine, avec douze prieurés^ qui avaient 
alors leurs revenus et leurs titulaires (1). 

Nécessairement, l'abbé de Saint-Mesmin ne pouvait 
pas envoyer des religieux, pour desservir toutes ces 
paroisses; il eut entièrement dépeuplé son monas- 
tère. Il nommait des prêtres séculiers, qu'il chargeait 
d'y remplir les fonctions curiales, après que l'évêque 
diocésain leur avait remis leurs pouvoirs d'ordre. 
Avant d'aller prendre possession de leur cure, ces 
prêtres venaient en personne au Chapitre; là, devant 
tous les frères assemblés, ayant l'étole pastorale à 
leur cou, et la main étendue sur le livre des saints 
Evangiles, ils prêtaient serment de fidélité et juraient 
de veiller à la conservation des biens du monastère, 
de payer exactement ce qu'ils devraient à l'église de 
Saint-Mesmin, et de reconnaître sa justice. 

De son côté, l'abbé veillait au bon exeycice du 
saint ministère, et percevait les revenus. Une partie 
servait à la subsistance du desservant ; une autre 

(1) Pièce jiistificativo XLI, listo des Eglises. 



— 267 — 

subvenait aux dépenses du culte, ainsi qu'à l'entre- 
tien des édifices et de l'école, presque toujours annexée 
à ces églises. Le reste, s'il y en avait, revenait au 
couvent, pour être employé aux dépenses générales 
de la communauté. 

Au point de vue religieux, les moines de Micy 
exerçaient donc une action salutaire parmi une popu- 
lation nombreuse. Ils maintenaient et vivifiaient le 
sentiment chrétien par leur puissante intervention 
qui, de l'abbaye même, comme d'un foyer ardent^ 
rayonnait sur tous les points de leurs vastes domaines. 

Leur action sociale n'obtenait pas des résultats 
moins heureux, grâce à leur infatigable activité, à 
leurs relations étendues et aux nombreux moyens 
qu'ils savaient mettre en œuvre. 

Un monastère, dans ces temps-là, constituait à lui 
seul (( tout un monde » ; car il lui fallait subvenir 
par ses propres ressources à une foule de services 
auxquels le commerce el l'industrie se chargent de 
pourvoir de nos jours. La célébration du culte et les 
observances de la règle exigeaient une église princi- 
pale avec des chapelles annexes, des sacristies, un 
cloître, une salle capitulaire, un parloir. Pour le loge- 
ment, le vêtement, la nourriture des moines et des 
serviteurs du couvent, il y avait des dortoirs, des 
vestiaires, des réfectoires, une cuisine, des celliers, 
un pressoir, un fruitier, plusieurs moulins, une bou- 
lang(;rie, des magasins à farine et des greniers à 
céréales. Pour recevoir les étrangers et les pauvres, 
il v avait deux maisons : une hôtellerie et une auino- 



— 268 — 

uerie ; pour le soulagement des malades, une iniir- 
merie et une droguerie; pour la justice abbatiale, 
des salles d'audience et une prison; enfin l'exploita- 
tion agricole des terres environnantes exigeait des 
logis nombreux, ateliers divers, étables, granges, 
greniers et iiangars de tout genre. 

Deux sortes de travaux, Tétude et la culture du sol 
exerçaient surtout l'activité des moines, et leur don- 
naient une grande iniluence morale et civilisatrice 
parmi leurs contemporains. 

Il y eut toujours à Micy deux écoles, lime inté- 
rieure pour les oblats, jeunes enfants offerts par 
leurs parents et se destinant à la vie cénobitique ; 
Tautre extérieure, pour la jeunesse du pays. Bien que 
ces écoles n'aient pas eu tout Téclat dont ont brillé 
celles de Fleury-Saint-Benoit et de Ferrières du 
Gàtinais, elles étaient très fréquentées. On y voyait 
les fils des meilleures familles d'Orléans, de la Beauce, 
de Meung, de Beaugency, de lieux beaucoup plus 
éloignés, qui se trouvaient heureux d"y venir recevoir 
une solide instruction, en même temps qu'une édu- 
cation parfaite. 

De savants professeurs, choisis parmi les moines 
les plus instruits, leur enseignaient la lecture, l'écri- 
ture, la grammaire, l'arithméliijue, la logi(jue et la 
théologie. Les études se rapportaient à deux ordres 
d'idées, les lettres proprement dites, et les sciences, 
à peu de chose près telles (ju'elles avaient été trans- 
mises jKir ranti()uité. 

En outre, il ressort des documents relatifs à ce 



— 269 — 

temps, que les religieux de Saint- Mesmin entretenaient 
des écoles plus élémentaires dans les paroisses de 
leur dépendance. Ils remplissaient ainsi la mission 
utilitaire de l'enseignement populaire, laissé dans un 
si triste abandon, presque partout ailleurs. 

11 convient d'ajouter ici que le travail de la trans- 
cription des manuscrits ne cessa jamais à Saint- 
Mesmin. Si des catastrophes désastreuses n'avaient 
pas, à plusieurs reprises , anéanti les ouvrages 
multipliés par la patiente application de ses moines, 
nous posséderions, de ce chef, un trésor inestima- 
ble. 

Les religieux de Micy avaient reçu de vastes terri- 
toires, donnés par les rois, les seigneurs, les évoques 
ou les fidèles, pour leur procurer les ressources 
nécessaires à leur subsistance. A Torigine, ces terres 
étaient le plus souvent incultes, de maigres bois, 
des landes stériles, d'immenses bruyères, dans les 
solitudes alors improductives et peu habitées de la 
Sologne et aussi de la Beauce. Ils les exploitèrent 
d'abord eux-mêmes, avec l'aide des frères convers 
et des serfs attachés à ces domaines ; .plus tard, 
lorsque des parties considérables eurent été défrichées 
et rendues fertiles par des efforts persévérants, ils y 
créèrent des centres de production agricole, bâtirent 
des maisons de culture pour leurs serviteurs, sans 
oublier une église, pour raccomplissement de leurs 
devoirs religieux. Ils y attii'èrent les babilants épars 
dans la contrée et les y attachèrent par des baux à 
longue durée, leur imposant robh'gation dr coiiliiiiiei" 



-270 



l'œuvre commencée (i). La plupart des bourgs, vil 
lages et hameaux de la région orléanaise n'ont pas 
eu une autre origine. 

Il s'établit ainsi une double et puissante action, 
entièrement favorable au pays. Le monastère de Saint- 
Mesmin fut d'abord créateur et organisateur, tuteur 
ensuite . 

L'abbaye de Micy possédait de la sorte, aux xnr' et 
XIV'' siècles, quinze seigneuries ou fiefs importants, 
entourés eux-mêmes de plus de cinquante villas bu 
métairies, en pleine culture (2). 

Ces biens, de grandeur variable, étaient situés sur 
les deux cotés de la Loire. Ils se trouvaient dissémi- 
nés d'une part depuis Vannes, au levant, jusqu'à 
Ligny-le-Ribault et Cbaumont-sur-Tliaronne, au cou- 
chant, dans la Sologne; d'autre part, ils s'étendaient, 
dans la Beauce, depuis Chaingy jusqu'au pays char- 
train, formant autour de Micy une magnifique cou- 
ronne de domaines. 

On se fait difficilement aujourd'hui une idée de 
l'admiixistration temporelle d'un grand monastère au 
moyen âge-. C'était un mouvement d'affaires inces- 
sant. Un religieux très capable, appelé le ccUerier, en 
avait la direction, sous la haute surveillance de Pabbé ; 
mais ce cellerier. comme les autres moines, était la 
plupart du temps, dans l'impossibilité d'exercer des 
fonctions incompatibles avec sa vocation : des sécu- 
liers les remplaçaient. Le nmire, dans le principe 



(1) Voir au chapitre XI de cette Histoire. 
fO^ Pi.Ve justificative XLII, liste des biens. 



simple économe rémunéré pour faire valoir les pro- 
priétés de rabbaye, devint par la suite un mag-istrat 
municipal, chargé de veiller à la sécurité publique; 
le thélonier percevait les dîmes et redevances 
annuelles ; le bailli exerçait, au nom de l'abbé, les 
droits de haute, moyenne et basse justice. Ces fonc- 
tionnaires étaient pourvus de commissions rég-u = 
lières par l'autorité royale. Jamais Tabbé, ni les 
moines, ne portaient une sentence, ni n'inflig-eaient 
un châtiment, qui eût répugné à la sainteté de leur 
état. 

Ces grandes propriétés monastiques, cultivées avec 
soin et améliorées sans cesse par les procédés qu'en- 
seignent l'esprit de suite et une longue expérience, 
procuraient aux religieux des revenus considérables. 
Ils en faisaient l'usage le plus sage et le plus profi- 
table aux besoins de leurs semblables. 

Naturellement, le bon entretien et la nourriture 
d'une communauté nombreuse, quelque austère que 
fût sa vie, en absorbait une grande partie. La lègle 
bénédictine leur commandait de verser largement le 
reste dans le sein des pauvres. Ils le faisaient par la 
pratique de la charité et de l'hospitalité. 

Un religieux, portant le nom d^aumônie?^ accueil- 
lait tous ceux que le besoin, la maladie^ un malheur 
imprévu jetait sans ressources dans la misère. Les 
distributions qu'il faisait se montaient chaque jour 
h une forte somme. Dans cette société du moyen âge, 
mal défendue contre les fléaux naturels, une invasion 
subite, une famine, une peste, ou une de ces inonda- 



972 

lions si fréquentes sur les bords delà Loire, ruinaient 
de fond en comble toute une province, et mettaient 
des familles entières en danger de mourir de faim. 
Les moines de Saint-Mesmin ouvraient alors toutes 
grandes leurs portes à ces infortunes. Ils vidaienl 
leurs greniers, épuisaient leurs provisions; quand ils 
n'avaient plus rien, ils vendaient leurs objets pré- 
cieux pour se procurer de nouvelles ressources. En 
satisfaisant ainsi à des besoins pressants, ils sauvaient 
des existences nombreuses et se conduisaient en 
cbaritables administrateurs du bien des pauvres. 

Leur bospitalité accueillait généreusement les 
voyageurs, passagers et pèlerins de tout genre, lis 
rendaient par là d'immenses services à leurs contem- 
porains. Les liôtelleries étaient rares alors, et coû- 
teuses; les maisons de refuge pour les faibles et les 
abandonnés, à peu près inconnues, si ce n'est dans 
les monastères. C'était donc un bicMifait social que 
d'offrir à ces désbérités de la vie, ne serait-ce que 
pour (juelques jours, un asile où ils étaient accueillis 
avec empr<'ss(;ment. soignés avec amour et traités 
comme des frères. 

Jusqu'aux derniers temps de leur abbaye, les lîéné- 
dictins de Saint-Mesmin. malgré les épreuves (pi'ils 
subirent, ne cessèrent jamais de remplii* avec un égal 
dévouement, le double ministère de la cbarité et de 
rbospitalité, sanctifiant ainsi leur fortune, tout en 
contribuant au bonbeur dv leurs semblables. 

Ainsi en travaillant à leur perfection spirituelle, 
les moines de Micy exerçaient sur les babitanls de 



— 273 ^ 

l'Orléanais une influence grande et salutaire. Par 
leur vie austère, par leur pratique de la pauvreté, par 
leur travail continu et leur dévouement à soulager 
toutes les misères humaines, ils jouissaient d'un 
prestige qui subjuguait les natures rudes, mais sim- 
ples et sincères de leurs contemporains. Dans ces 
siècles 011 les seigneurs et les nobles regardaient la 
culture de la terre comme un déshonneur, ils encou- 
rageaient l'agriculture et favorisaient le commerce ; 
quand les routes étaient semées d'embûches, ils 
ouvraient à tous les portes d'une large et sûre hos- 
pitalité ; et quand les puissants du jour, fiers de 
ne savoir manier que l'épée, se glorifiaient de leur 
ignorance, ils donnaient aux fils du peuple l'éduca- 
tion qui agrandit les esprits et adoucit les mœurs. 

Pour compléter ce tableau d'un monastère bien 
réglé comme l'était celui de Saint-Mesmin, et donner 
une juste idée du beau spectacle qu'il oflVait au 
monde, nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter 
les paroles oii le plus éloquent des évèques français 
nous le dépeint dans un magnifique langage : 

a Là paraissent avec éminence la prudence et la 
simplicité, l'humilité et le courage, la sécurité et la 
douceur, la liberté et la dépendance. Là, la correction 
a toute sa fermeté ; la condescendance, tout son 
attrait ; le commandement loute sa vigueur, et la 
sujétion, tout son repos; le silence a sa gravité, et la 
parole, sa grâce ; la force son exercice, et la faiblesse, 
son soutien (1). » 

(1) BossuKT, Panéyyrique de saint Benoit. 



— 274 — 

Bientôt ce bel état va changer ; une terrible tem- 
pête fondra sur le pieux asile sanctifié par le souve- 
nir de saint Mesmin. et en exilera pour longtemps 
ses disciples, continuateurs de ses vertus. 



-~ 275 - 



CHAPITRE XIII 

GUERRE DE CENT A.\S. l' ABBAYE DE MICY PLUSIEURS FOIS 

DÉVASTÉE PAR LES ANGLAIS ; LONG ABANDON. — SIÈGE 
d'oRLÉâNS ; COURAGE ET MISÈRE DES MOINES. 

(1^50-1438.) 

Les pages les plus attristantes de notre histoire 
sont assurément celles qui nous retracent les longues 
luttes soutenues contre les Anglais, aux xiv'^ et 
xv^ siècles. Toutes les calamités semblèrent alors se 
réunir pour accabler notre pays : la guerre étrangère 
dégénérant en brigandage à main armée ; la guerre 
civile, la trahison, la captivité d'un roi, la folie d^'un 
autre, l'avidité des princes, et la misère du peuple 
enveloppant dans une même haine tous ceux qui le 
pillent et le ruinent. Avant ces jours néfastes, une 
sorte de courtoisie chevaleresque épargnait les faibles. 
les pauvres, les gens de campagne, les églises et les 
monastères ; dans ce conflit général, les soldats de 
chaque parti, fi'anrais et anglais, bourguignons et 
armagnacs, routiers, malandrins, écorcheurs, parais- 
sent animés d'une sorte de fureur : rien n'est sacré 
pour eux ; ils no gardent aucun ménagement et 
n'épargnent ni l'âge, ni la faiblesse, ni les personnes 
ecclésiastiques, ni les sanctuaires les plus vénérés. 
Cette horrible lutte, commencée en 1338, entre Pbi- 



— 276 - 

lippe VI. de Valois el Edouard III, d'Aiit;lclerre, livra 
le rovaume aux innombrables bandes ennemies, 
sabattanl comme des troupes de vautours sur les 
provinces mal défendues, ravageant sans retenue, 
égorg-eant, sans pitié, et brûlant co qu'elles ne pou- 
vaient emporter. Aussi la France n'apparaît bientôt 
plus que comme un vaste cliamp de carnage, d'incen- 
die et d'universelle désolation, couvert de toutes parts 
de cendres, de ruines et de sang. 

L'iiistoire ne nous a pas conservé le détail des 
épreuves subies par l'abbaye de Saint-Mosmin durant 
cette période calamiteuse. On peut cependant en 
donner une idée assez exacte, à l'aide des documents 
que nous possédons sur l'Orléanais, au milieu de ces 
sanglantes perturbations. 

Gautliier II avait succédé à Jean II sur le siège 
abbatial de Micy, en 13o0. Les premières années de 
son administration furent paisibles. Peu après sa 
promotion, il demanda au roi l'autorisation de faire 
vérifier, et, comme on dit aujourdbui, autbentiquer 
les litres et privilèges de son monastère. Pbilippe de 
Valois y consentit et désigna, pour Texécution de ce 
travail, Jean Cordier, garde de la prévoté d'Orléans, 
qui examina tous ces actes et constata leur véracité (1). 

Quelques dissentiments intérieurs troublèrent vers 
ce temps le bon accord qui régnait dans la commu- 
nauté de Saint-Mesmin. Pour on ne sait quels motifs, 
Gautbier fut en butte à Tanimadversion de ses frères; 

(1) Bibliothc^que d'Orléans, Dom Verninac^ M. S. 394s. 



— 277 — 

ils l'accusèrent de dilapider les biens de son couvent ; 
on prétendit même qu'il s'était approprié des objets 
précieux, joyaux et pierreries, légués par un de ses 
prédécesseurs, Guillaume de TAunay, à l'église abba- 
tiale. Les choses en vinrent à un tel point que les 
moines voulurent le chasser, comme indigne de les 
gouverner. Gauthier recourut à l'intervention de 
Tévéque d'Orléans, et s'en remit à son jugement. 
Jean IV de Montmorency examina l'affaire. Après 
s'être soigneusement informé, il reconnut et pro- 
clama l'innocence de l'accusé ; la paix fut rétablie 
dans le monastère (1). 

Cette tranquillité ne fut point de longue durée. 
Après la funeste bataille de Poitiers (19 septembre 
J3o6), où la noblesse de France fut presque anéantie 
et le roi Jean le Bon fait prisonnier, les troupes en- 
nemies s'étaient répandues dans les provinces, por- 
tant partout la dévastation et le meurtre. De tous 
côtés erraient ou s'établissaient dans les lieux forts 
des bandes anglaises. Il n'y avait, en Anjou, en Tou- 
raine, dans la Beauce, dans toute la vallée de la Loire 
et autour d'Orléans, aucun coin de la contrée qui ne 
fût infesté. « Moult gens y furent mis à mort; mainte 
femme prude outragée ; mainte bonne personne 
détruite et gastée, mainte église, mainte maison arse 
et brûlée, et maints enfants en devinrent oiplielins 
et pauvres mendiants (2). » 

Dans l'espace de dix à douze ans, l'Orléanais fut 

(1) Gallia Christiaxa, Eccl. Aurel.y t. VIII, p. {'i-M). 
i'I) Ernest Lavisse, Histoire générale, t. III, p. !»7. 

lu 



— 278 — 

ravag-é trois fois par les Anglais. En 1338, Robert 
Knoles, un de leurs plus fameux capitaines, à la tète 
d'un corps de cinq à six mille soldats^ parcourut les 
environs de la ville. Personne ne s'opposant à sa 
marche, il détruisit tous les lieux non fortifiés, bourgs, 
églises, abbayes et maisons des champs qu'il ren- 
contra sur son passage (1). L'année suivante, 1359, 
le prince de Galles s'avança, avec 20.000 hommes 
jusqu'aux portes d'Orléans qu'il espérait surprendre. 
Il ne put pas y pénétrer ; mais, en se retirant, il in- 
cendia tous ses faubourgs (2). 

Une immense terreur régnait sur les campagnes 
livrées sans protection à l'insolence de ces ennemis. 
<( Us gâtent de jour en jour le pays, dit un chroni- 
queur du temps, tellement que nul n'ose bonnement 
y demeurer ni habiter ; mais la France, de la Somme 
à la Loire est demeurée déserte et sans labourage » . 

Quoique les envahisseurs cherchassent surtout à 
faire du butin et des prisonniers, pour en tirer de 
fortes rançons, ils commettaient aussi des actes de 
cruauté qui répandaient l'épouvante de tous côtés. 
Les riverains de la Loire se retiraient dans les îles 
du fleuve et s'y fortifiaient (3). D'autres se réfugiaient 
au fond des bois, abandonnant leurs maisons et leurs 
champs. Quant aux habitants des monastères, ils ne 
pouvaient que fuir dans la ville prochaine, laissant 
leurs cloîtres à la barbarie des envahisseurs. « C'était, 

(1) POLLUCHE, M. S. 434\ 

(2) Lk Maiuk Histoire des évêqiies cVOrléans, ^.li'2 

(3) Dahkstk, Histoire de France^ t. II, p. 495. 



— 279 — 

disent les historiens, un spectacle lamentable de voir 
accourir vers Orléans, les Aug-ustins du Portereau, 
les Carmes et les Chartreux des faubourgs, les Céles- 
tins d'Ambert, les Bernardines de Voisin, les Cister- 
ciennes de Saint-Loup, tous apportant les châsses de 
leurs églises, pour se mettre en sûreté derrière les 
murs de la cité (1). » 

Les Bénédictins de Micy firent de même. Rien ne 
les protégeait dans leur abbaye. Ils furent contraints 
de la quitter. Avant de partir, ils prirent tout ce qu'ils 
purent emporter avec eux, les châsses contenant les 
reliques de leurs saints fondateurs, les ornements 
sacerdotaux, leurs livres et manuscrits les plus pré- 
cieux ; puis désolés, ils s'éloignèrent de leur cher 
monastère, de leur magnifique église, ne prévoyant 
que trop le sort qui leur était réservé, et vinrent 
tristement se renfermer dans leur Alleu d'Orléans, 
pour y mener, pendant plus de soixante ans, une 
existence pauvre, douloureuse et impuissante (2). 

L'Alleu des moines de Micy, jadis accordé par 
Clovis à Saint-Mesmin, et demeuré depuis lors cons- 
tamment en la possession de ses disciples, se trouvait 
dans la partie septentrionale de la ville. Il était borné 
au nord, par la muraille de son enceinte fortifiée; au 
midi, par la rue des Hennequins (3), tellement étroite 

(1) Hubert, M. S. /iSG^. 

(2) Hubert, M. S. 4362, fo 72. 

(3) De hinnus, cheval, nom qu'on lui aurait donné à 
cause des écuries destinées à la cavalerie qui s'y trouvaient, 
dit-on, en 1200. (^ette rue est aujourd'hui conjprise dan» 
l'étendue de la rue .Jeanue-d'Arc. 



— 280 — 

et sombre qu'elle permettait à peine le passage d'une 
voiture; à l'est, par des logis venant aboutir au 
cloître Sainte-Croix ; et à l'ouest, par les édifices qui 
devinrent plus tard le collège des Jésuites, actuelle- 
ment le Lycée. Sa superficie ne dépassait pas 200 
mètres en longueur, et 70 en largeur. La plus grande 
partie de sa surface était occupée par Téglise, dédiée 
à Saint-Mesmin, et les bâtiments all'ectés à diverses 
destinations. Le reste de remplacement libre, long 
d'environ 80 mètres sur 18 de large, formait une 
basse-cour et un petit jardin. Uno grosse tour, faisant 
partie des défenses de la ville, s'élevait au nord ; on 
l'appelait tour de Saiut-Mesmm. C'est dans cet 
bumble asile que la communauté de Micy passa de 
longues années, presque sans ressources, et réduite 
à un petit nombre de religieux, victimes des maux qui 
désolaient la patrie. 

Que devenait, pendant ce temps, le monastère 
môme de Saint-Mesmin ? Abandonné de ses habitants 
incapables de le défendre, il fut successivement 
pillé. t;uitnt par les Anglais, tantôt par les bandes de 
brigands qui sillonnaient la province. Ces barbares 
saccagèrent ses édifices et les mirent en état de 
ruine, sans cependant les démolir entièrement ; ils ne 
laissèrent debout (jiie le gi'os œuvre de l'église, bri- 
sant, prenant et bi'ùlant tout le reste; les bâtiments 
cljujstranx, salle du chapitre, réfectoir, cénacles di- 
vers, furent pres(jue entièrement renversés. Quant 
aux domaines, ils subirent d'horribles dévastations; 
fermes, granges, troupeaux, récoltes et cultures, les 



I 



— 283 — 

moines virent tout anéanti, et les ressources qui en 
provenaient complètement détruites. Afin de donner 
une idée de ce que devinrent ces belles exploitations 
ag-ricoles, l'ornement et la richesse de la Beauce et 
de la Sologne, il suffit de citer ces lignes d'un écri- 
vain Orléanais : « Il est remarquable qu'en cette 
année, 13o8^ la France fut grandement opprimée et 
désolée par les Anglais, et notamment la ville d'Or- 
léans ; que cela fit cesser le labourage, non seule- 
ment dans le pays Orléanais, mais partout, et causa 
une famine qui fut suivie d'une peslc et mortalité 
incroyable, ce qui mut le pape Clément VI de don- 
ner à tous les évoques plein pouvoir de départir, par 
eux ou par les curés des paroisses, le bénéfice d'ab- 
solution générale à tous ceux qui mouraient » (1;. 

Une preuve bien sensible de la détresse qui s'abat 
tit sur notre monastère, durant ces malheureuses 
années, c'est l'absence presque complète, dans les 
archives, d'actes concernant cette époque. Les titres 
pour les locations, baux, contrats, manquent entiè- 
rement, soit que les moines fugitifs n'eussent fait 
aucune de ces transactions, soit qu'il n'y ait eu per- 
sonne d'assez hardi pour oser cultiver les terres en 
des temps si critiques. 

Cet état se prolongea encore longtemps après la 
paix de Brétigny, en 1300. L'abbé Gautier continuait 
de gouverner sa communauté réduite à un petit nom- 
bre de religieux. La famine, la peste, les inquiétudes 

(1) Le Maire, Histoire des evéques d'Orléans, p. 212. 



— 28i — 

journalières en avaient fait périr plusieurs; d'autres 
avaient quitté le pays pour chercher ailleurs une sé- 
curité plus grande. 11 n'en restait qu'une dizaine, 
vivant dans la tristesse, et soutenus par la seule espé- 
rance de jours meilleurs. Leur abbé fit. d'accord avec 
Tévèque d'Orléans, un règlement portant que, durant 
la désolation causée par les guerres, le nombre des 
moines serait limité à neuf profès et à trois no- 
vices (1).* 

Avant de mourir, Gautier revendiqua pour son cou- 
vent le droit de pacage dans les bois de Mézières, 
que lui contestait Philippe de Saint-Brice. Il s'endor- 
mit dans le Seigneur, en 1366, après avoir adminis- 
tré son abbaye pendant une des périodes les plus 
douloureuses de sa longue existence. 

Après Gautier, Julien le Rolleur fut élu abbé, 
étant déjà cellerier du monastère. L'humilité et l'es- 
prit de pénitence brillaient dans le nouveau supé- 
rieur. Outre les prières assidues qu'il faisait avec 
ses frères dans la petite église de l'Alleu, pour désar- 
mer la justice divine appesantie sur la France, il mor- 
tifiait son corps par de dures austérités, attribuant à 
ses péchés et à ceux du peuple les calamités dont ils 
étaient affligés. 

Le règne réparateur de Charles V le Sage apporta 
quelque soulagement à ces maux: l'intrépidité de Du- 
guesclin ramena pour un temps la victoire sous les 
drapeaux franijais ; les grandes Compagnies furent 

(1) Gallt.a. Chhistiana, Ecoles. Aurel.y t. VIII, p. 1530. 



— 285 — 

dispersées hors du pays, et les Anglais repoussés de 
toutes parts. Quand Charles V mourut, en 1380, il 
avait rétabli la paix à l'intérieur et chassé l'ennemi 
de presque tout le royaume. 

Julien le RoUeur profita de ces circonstances favo- 
rables pour mettre un peu d'ordre dans les affaires 
de son abbaye. Il fît confirmer, en 1368, par le roi, 
ses droits de foire et de marché dans la paroisse de 
Saint'Jean-de-la-Mothe_, près du Mans^ et ses droits 
de péag-e sur la rivière de l'Oise. Il fit également 
reconnaître, en 1379, par Jean V de Trémig-uer, 
évêque d'Orléans, son droit de propriété sur l'église 
et le prieuré de Saint-Sigismond (Ij. Julien le Roi- 
leur fit encore plusieurs actes administratifs rendus 
nécessaires par la triste situation où était tombée la 
culture des domaines de son monastère. Il donna par 
des baux amphythéotiques, c'est-à-dire à longs termes, 
plusieurs terres devenues incuites ou stériles, par le 
fait de l'abandon et des longues dévastations qu'elles 
avaient subies. Les gens de guerre avait pillé les 
habitations et enlevé le bétail ; les vignes n'étaient 
plus entretenues, faute d'ouvriers ; la plus part des 
biens demeuraient en friche. Les moines n'avaient 
plus le moyen de relever eux-mêmes les bâtiments 
ru i [lés et de pourvoir leur métairies des animaux et 
du matériel indispensables à leur exploitation. Aussi 
était-il plus avantageux à tous de les concéder pour 
un long temps, généralement cent ans. et moyennant 

(1) Le Maire, t. II, p. 214. 



— 286 — 

une très faible redevance, à des gens qui s'enga- 
geaient à reconstruire les bâtiments et à mettre en 
valeur les terres redevenues stériles. Cette quasi-pro- 
priété leur donnait un zèle plus grand pour remettre 
toutes choses en leur état primitif. 

Après environ trente années d'un gouvernement 
sage, à travers des temps diftîciles, Julien le Rolleur 
se démit de ses fonctions abbatiales, en 1396. Il se 
plaça volontairement au rang des simples moines, 
afin de finir paisiblement sa vie dans la prière et la 
mortification, sans être troublé par le souci des 
affaires. Il fonda son aniversaire, consistant en une 
messe chantée de requiem^ au jour de sa mort, et 
une messe basse le lundi de Pâques de chaque année. 
Pour l'acquit de cette fondation il fit don à son cou- 
vent d'une maison lui appartenant, appelée maison de 
Saint-Guillaume ou de la gerbe d'or, située dans 
la rue Sainte -Catherine, censive de Saint-Samson, à 
Orléans (1). 

Ces pieuses dispositions étant terminées, l'abbé 
Julien mourut, entouré de ses frères, en 1401 (2). 

Laumer de Plsle, élu supérieur de la communauté 
de Saint-Mesmin, après la démission de Julien le 
Rolleur, en ^396, était docteur en décrets, c'est-à-dire 
en droit ecclésiastique. Il profita de la paix relative 
dont jouissait la France pour continuer l'œuvre de 
restauration commencée par son prédécesseur. Il 
s'occupa principalement de relever les édifices ruinés 

(1) Bibliothèque nationale, M. S. 8778, ^ 57. 

(2) Hubert, M S. 43C«, fo 97. 



- 287 — 

de son monastère. Ses ressources étant trop minimes 
pour suffire à une si grande dépense, il demanda, 
dès la première année de son abbatiat, un secours à 
Louis, duc d'Orléans, frère de Charles YI. Ce prince 
s'efforçait alors, par tous les moyens en son pouvoir, 
de réparer les désastres causés par les guerres précé- 
dentes. L'abbaye de Micy se trouvait d'ailleurs dans 
le duché d'Orléans, dont il était apanagiste. Il ac- 
cueillit donc favorablement la demande de Laumer, 
et lui accorda une aide de 500 livres (1) à prendre 
sur ses coupes de bois de Chaingy. L'abbé de Saint- 
Mesmin employa cette somme aux réparations de 
l'église de Saint-Etienne ; il s'efforça de faire dispa- 
raître les dégradations qu'elle avait subies, pour pou- 
voir y célébrer de nouveau Poffîce divin. 

Dans le dessein d'accroître les ressources de ses 
frères, Laumer demanda à l'évêque d'Orléans d'élever 
au rang d'église paroissiale la chapelle de leur Alleu, 
qui jusqu'alors n'avait servi qu'à leurs exercices mo- 
nastiques. Guy de Prunelé, après avoir reçu le consen- 
tement du Chapitre, accorda celte faveur. 11 supprima 
la petite paroisse de Sainte-Marie-de-la-Mine, contiguë 
à l'Alleu ; de ses habitations et de quelques autres 
qu'il V ajouta, il forma le nouveau groupement reli- 
gieux désigné désormais sous le nom de paroisse de 
r Alleu Samt-Mesmln. Elle subsista jusqu'à la Ré- 
volution, mais ne fut jamais bien considérable. Au 
témoignage de Le Maire, le nombre de ses maisons 

(1) Au commencement du xve siècle la livre valait environ 
30 fr. d'aujourd'hui : c'était donc un secoure de l.'),fKK> fr. 



— 288 — 

ne dépassait pas 44, de son temps, c'est-à-dire en 1G40. 
Elle formait une sorte de carré, limité par les rues de 
la Monnaye, des Hennequins, du Mouton-Blanc et des 
Quatre-Coins (1). 

Pour compléter son œuvre et s'assurer des res- 
sources rég-ulières, sur lesquelles il put compter dans 
l'exécution de ses travaux, Tabbé Laumer, d'accord 
avec ses religieux, partagea tous les biens, censives, 
redevances et loyers appartenant à l'abbaye de Saint- 
Mesmin en trois parts distinctes : la première fut 
affectée à l'abbé, afin de pourvoir à toutes les dépenses 
occasionnées par les nécessités de son administration ; 
on destina la seconde aux besoins des moines, nour- 
riture, vêtements et cbauffage, ainsi qu'aux frais du 
service religieux; quant à la troisième part, elle fut 
réservée à l'aumÙLie pour les pauvres et à la répara- 
tion des édiflces conventuels (2). 

Même dans leur détresse, les enfants de Saint- 
Mesmin n'oubliaient pas les pauvres, plus nombreux 
que jamais, dans ces temps de misère générale ; ils 
aimaient mieux retrancber sur leur nécessaire, (|ue 
manquier au grand devoir de la cluirité. 

Grâce à ces heureux arrangements, le monastère 
de Micy était devenu à peu près habitable, sans avoir 
pu cependant être tout à fait rétabli dans sa situation 
première. 11 y a tout lieu de croire qu'un certain 
nombre de moines y étaient rentrés et avaient repris 
les pratiques de la vie claustrale. Mais les campagnes 

(1) Le Mkïre, Antiquités d'Orléans^ supplément, p. 5. 

(2) DoM Verninag, m. S. 394, fo 26. 



— 289 — 

n'étaient pas encore sûres ; de nombreuses bandes 
de pillards profitaient de la faiblesse du pouvoir roval 
pour les parcourir en tous sens à main armée, voler 
et enlever tout ce qu'elles pouvaient surprendre sans 
protection. Une habitation ouverte ou isolée était 
sans cesse exposée aux pires dangers. L'abbé Laumer 
demanda ^autorisation de fortifier son couvent pour 
le mettre à l'abri d'un coup d« main. Charles YI lui 
accorda une lettre patente, du 2 janvier 1410, par 
laquelle il est ordonné qu'il sera fait des fortifications 
autour de l'abbaye, a Elles consisteront en une muraille 
épaisse et haute, qui enceindra tous les édifices de 
ladite abbaye, et un fossé profond, creusé en avant 
de cette muraille »(1). 

On ignore si ce grand travail fut exécuté. Il est 
probable que les tristes événements survenus peu 
après l'envoi de cette lettre empêchèrent môme de les 
commencer ; aucun historien n'en fait mention, et 
l'étude des lieux où devaient s'élever ces murailles 
protectrices ne permet d'en reconnaître aucune trace. 

Tout en s'occupant de ces graves affaires, Laumer 
de risle s'efforçait de ramener cliez ses frères la 
ferveur monastique, affaiblie par les épreuves déjà 
subies. Il cherchait surtout à les prémunir contre le 
découragement et à les rendre assez forts pour sup- 
porter les maux futurs que lui faisait entrevoir une 
sorte de pressentiment. Lui-même s'acquittait avec 

{\) Archives du Loiret, Fonds de Saint-Mesmin, ancienne 
cote .'), 



— 290 — 

zèle de ses devoirs religieux. En prévision de sa mort 
prochaine, il fit son testament afin d'assurer l'exécu- 
tion de ses pieuses intentions au sujet de sa fortune, 
en 1414. Il désigna pour ses exécuteur testamen- 
taires messire Raoul du Refuge, docteur en l'un et 
l'autre droit, chanoine des églises de Sainte-Croix etde 
Saint-Aignan, et frère Jean de Mornay, alors cham- 
brier de Fleury-Saint-Benoît, lequel fut plus tard son 
successeur. 

Les craintes de l'abbé Laumer ne furent pas trom- 
peuses. Un nouvel orage, plus désastreux que les 
précédents, fondit bientôt sur le monastère de Saint- 
Mesmin. 

Henri V, roi d'Angleterre, voulut profiter de l'état 
de faiblesse de la France, épuisée })ar les sanglantes 
discordes des Ai'ihagnacs et des Rourguignons, pour 
faire revivre les prétentions d'Edouard III, s'emparer 
du royaume et s'en faire proclamer roi. Le 2 juin 
1420, ce prince, secondé par l'infâme reine Isabeau 
de Bavière, épousa Catherine, (ille de Charles VI, 
dans la cathédrale de ïroyes ; et, le 1" décembre sui- 
vant , Paris vit entrer dans ses murs, à coté de son 
vieux roi, sans volonté et sans raison, l'orgueilleux 
étranger, qui venait s'asseoir sur le Irùne de saint 
Louis. Pendant ce temps, ses troupes se répandaient 
dans le centre de la France qu'elles conquéraient par 
lambeaux. Grâce à leur supériorité numérique, et 
aussi à la molle résistance du régent, Charles VII, 
elles enlevèrent plusieurs places sur les bords de la 
Loire, entre autres Beaugency et Meung. passèrent 



le fleuve et firent dans toute la contrée d'horribles 
ravages (1). 

De Meung à Micy, il n'y a pas loin ; le monastère 
fut encore une fois pillé de fond en comble, et tous 
les travaux de restauration anéantis. Les moines 
s'étaient réfugiés dans leur Alleu d'Orléans, avant 
l'arrivée des ennemis, sur un ordre que l'évèque Guv 
de Prunelé avait donné, dès le mois de juillet, à 
toutes les communautés religieuses, de rentrer dans 
la ville avec les reliques conservées dans leurs 
églises (1). 

Le fléau de la guerre se fixa pour longtemps dans 
le malheureux pays Orléanais, devenu le champ de 
bataille des nations rivales. Les petites villes, les 
bourgs et les villages furent tous pris, repris et 
la plus part brûlés. Quant aux maisons éparses en 
grand nombre dans la campagne, comme elles le sont 
encore aujourd'hui dans notre région, les Anglais 
les détruisirent presque toutes ; ils se montraient, 
dans cette besogne, aussi féroces que les routiers et 
les écorcheurs; ils y appliquaient de plus leur esprit 
méthodique et froidement cruel. Lorsqu'ils séjour- 
naient dans une contrée, ils levaient une contribution 
considérable, sous le nom (Tappatis. Quand ils étaient 
en marche, ils exigeaient un impôt de guerre sur la 
la localité qu'ils traversaient ; ils en régularisaient 
la perception par des commissaires spéciaux, pour 
n'omettre personne. Tls faisaient partout de noFu- 

(1) Daiieste, Histoire de France, t. III, p. r2. 
(1) Hubert, M. S. 4.%, t. I, f» -i^'j. 



-• 292 — 

breux prisonniers, afin d'en tirer le plus d'argent 
possible, et rançonnaient jusqu'au dernier sou tour- 
nois les populations déjà épuisées de la Beauce et de 
la Sologne. 

A Saint-Mesnîin, ces bordes pillardes trouvèrent 
labbaye abandonnée, au mois d'août 1420. Furieux 
de n'y pouvoir rien prendre, parce que les moines 
avaient sauvé à Orléans tout ce (jui était transpor- 
lable, ils en dévastèrent encore une fois les édifices. 
Leur cupidité s'acbarna sur les nombreuses sépul- 
tures contenues dans l'église abbatiale ; ils en fouil- 
lèrent les tombes, dans l'espérance d'y découvrir de 
l'or ou de l'argent. N'y ayant rien trouvé, il les 
profanèrent indignement. Ils jetèrent çà et là sans 
respect les ossements des vénérables évèques d'Or- 
léans ensevelis dans ce lieu, des pieux seigneurs des 
environs et des bumbles moines, abbés de la maison; 
ils brisèrent les pierres tombales cbargées d'armoiries 
et d'épitapbes élogieuses, et ne laissèrent même pas 
à tant d'illustres morts le dernier repos, vainement 
cberclié au pied des autels (1). 

L'abbé Laumer de l'Isle mourut à l'Alleu Saint- 
Mesmin, au milieu de ces tristes circonstances, 
en 1420. Les religieux lui donnèrent pour successeur 
Jean lll de Mornay, cluimbrier du monastère de 
Saint-Benoîl. La situation lamentable faite aux 
moines par les événements de la guerre se prolongea 
enconî pendant plus de dix années. Le plus grand 

(1) DoM EsTiENNOT, M. S. l'2730, f«74. 



— :>93 ~ 

désastre qu'ils éprouvèrent leur arriva en 1428, dans 
l'année même où commença le siège d'Orléans. 

Bedford, régent d'Angleterre, après la mort 
d'Henri Y, avait résolu de s'emparer d'Orléans, la 
dernière grande ville tenant encore pour Charles VII. 
Sa prise lui eût d'ailleurs assuré le passage de la 
Loire et le libre envahissement du centre de la France. 
11 envoya le comte Jean de Salisbury l'assiéger, à 
la tète d'une nombreuse armée, au mois de sep- 
tembre i428. Le général anglais voulut commencer 
l'investissement par la rive gauche, afin d'intercepter 
les secours qui pourraient être envoyés des provinces 
méridionales. Il s'empara de Beaugency, puis de 
Meung, et passa la Loire. Lui-même se vante, dans 
une lettre adressée au maire de Londres, d'avoir 
pris plus de quarante places, « tant villes et châteaux 
que grandes églises ». dans ces rapides et faciles, 
mais cruelles conquêtes (1). 

Bientôt il occupa léglise collégiale de Notre-Dame 
de Cléry. Ce sanctuaire célèbre par de nombreux 
miracles était rempli d'objets précieux, vases sacrés, 
reliquaires d'or, statues, ex-voto et effigies, ofi"erts 
par la piété reconnaissante des fidèles. Il enleva ces 
trésors, et, pour cacher ses honteuses rapines, ren- 
versa l'église entière. 

L'horreur de ce forfait sacrilège retentit doulou- 
reusement au cœur des populations orléanaises. 
Quand, un mois après, le 24 octobre, Salisbury fut 

(1) J. Dfxpit, p. -238. 



— -294 - 

frappé au visag^e d'un boulet qui le tua, pendant 
qu'il prenait ses dispositions pour attaquer notre 
ville, tout le monde vit dans ce coup un châtiment 
céleste, et un funeste présage pour les envahisseurs, 
dont la fortune ne cessa pas de décliner à partir de 
ce moment. 

Saint-Mesmin était proche de Cléry. Les Anglais y 
passèrent nécessairement. Ils n'y trouvèrent rien à 
piller, après tant de désastres déjà éprouvés ; mais 
les capitaines Sulfolk ef Talbot. successeurs de 
Salisbury, voulant construire des bastilles autour 
d'Orléans, pour en faire le blocus et contraindre par 
la famine les habitants à se rendre, démolirent les 
bâtiments du monastère afin d'en tirer les matériaux 
nécessaires à l'établissement de ces redoutes. Les 
Orléanais, par un acte de généreux dévoùment à la 
patrie, avaient détruit tous les faubourgs de leur 
ville, pour que l'ennemi ne pût s'y installer et faire 
de leurs maisons, églises et couvents autant de cita- 
delles d'où il aurait attaqué la place. Celui du Porte- 
reau/ aujourd'hui Saint-Marceau, fut entièrement 
rasé, et toutes ses habitations livrées aux flammes, 
en sorte que l'armée assiégeante n'y rencontra |)lus 
que cendres et amas de décombres im[)ropres à la 
protéger. Quand les Anglais voulurent élever leurs 
deux bastilles de la rive gauche, celle du Charnp- 
Saint-Pryvé et celle des Augustins (1), et les entourer 

[i] La bastille du Cliamp-Saint-Pryvé s'élevait piès du 
Chnnip de manœuvres actuel, en face l'église Saint-Laurent; 
et celle des Augustins, derrière les Tourelles, vis-à-vis de la 
rue Sainte-Catherine, 



— 29o — 

d'une enceinte de fascines et de pieux, pour en 
défendre Tapproche, ils furent obligés d'aller chercher 
assez loin les pièces de bois dont ils avaient 
besoin (1). 

C'est dans cette circonstance qu'ils causèrent à 
l'abbaye de Saint-Mesmin un immense dommage. Ils 
découvrirent sa grande église, et jetèrent à terre 
sa toiture. Toute la charpente, poutres, chevrons, 
solives, fut transportée au Portereau et employée à 
la fortification des bastilles. Les édifices claustraux 
subirent le même sort. Bientôt, les voûtes mises à 
découvert, furent détrempées par la neige et les pluies 
de l'hiver; elles se fendirent, puis s'écroulèrent avec 
fracas. Le monastère n'offrit plus aux regards que le 
spectacle de ruines lamentables, entassant leurs 
débris chaque jour davantage. 

Les moines de Micy, enfermés dans Orléans, parta- 
gèrent les souffrances et la gloire de ses habitants. 
Comme eux, ils supportèrent les fatigues de ce siège 
héroïque, et payèrent vaillamment de leur personne, 
en repoussant les attaques de l'ennemi. >[ais la ville, 
abandonnée sans secours par le roi, semblait devoir 
succomber. 11 ne fallut rien moins que Tintervention 
miraculeuse du ciel pour la sauver. Après huit mois 
d'une courageuse résistance, le peuple épuisé com- 
mençait à désespérer, quand vint la délivrance, 
apportée par une envoyée de Dieu. Cette vierge libé- 
ratrice, cette vaillante fille du peuple, ce fut Jeanne 

(1) .Tournai du Siège d'Orléans. 



— 29t) — 

d'Arc. Eclairée de lumières surnaturelles, et soutenue 
par une force surhumaine, elle délivra Orléans en 
quelques jours^ fit sacrer à Reims le roi Charles YII, 
et chassa de toutes parts les Anglais vaincus. Ceux-ci 
se vengèrent lâchement, en condamnant aux flammes 
(lu bûcher la sainte héroïne, livrée entre leurs maius 
par la trahison. Crime inutile ! Jeanne d'Arc avait 
donné au patriotisme français une irrésistible impul- 
sion. Charles VU sortit rnfin de son long- en^rour- 
«lissement; ses capitaines, ses soldats combattirent 
avec un invincible courage : la victoire fidèle n'aban- 
donna plus les armées royales, jusqu'au jour où le 
dernier Anglais (( eut été bouté hors de France », 
selon la promesse prophétique de la vierge de 
Domremy. 

La défaite des ennemis et la levée du siège d'Or- 
léans avaient rendu la liberté aux relii?ieux de Saint- 
Mesmin. Ils ne s'en trouvèrent pas moins dans une 
situation pitoyable. Leurs biens meubles étaient 
perdus, leurs revenus réduits à rien, leurs maisons 
démolies. Quant à leur belle église, voici comment 
un chroniqueur anonyme la dépeint, vingt ans après 
l'expulsion des Anglais : « De ceste esglize, on ne 
void (jue restes, pilliers et murs croulants, aussi bien 
(|ue dou cloistres. où tant do saincts moynes qui y 
sont inhumez sont foulez au pies parles bestes » (i). 

Leurs domaines, semblables à des déserts, ne 
rapportaient plus lien : tout était à recommencer. 

(1/ Biblioth. nation., M. S. fr. 11583. 



- -297 — 

a Jusqu'à Tan 1440. il n'y eut dans les campagnes 
ni paix, ni sécurité. Les laboureurs n'osaient pas 
cultiver la terre ; vilains et manants se tenaient 
cachés dans les bois, parce que les ^jens d'armes les 
prenaient partout et mettaient à rançon. Quarante 
années de g-uerre avaient à ce point désolé le pays, 
que beaucoup de paroisses étaient dépeuplées. Les 
champs abandonnés sans culture s'étaient couverts 
de bois ; et les villages eux-mêmes, n'ayaut plus 
d'habitants, étaient envahis par les épines et les 
broussailles » (1). 

Pour sortir de cette détresse, nourrir ses moines, 
réparer les bâtiments et mettre les biens en culture, 
.lean de Mornay eut recours à divers moyens. Depuis 
longtemps un seigneur du val de la Loire, Jehan de 
Marescot. seigneur du château de la Source, désirait 
acquérir la partie du Loiret qui baignait ses terres. 
Les religieux avaient toujours refusé d'accéder à sa 
demande ; mais dans ce temps, pressés par la néces- 
sité, ils consentirent à lui céder toute l'eau de la 
rivière du Loiret, depuis le bouillon de sa source • 
jusqu'au chemin des Courtiniers. Cette concession 
n'était pas une vente définitive, mais une location, 
par bail à long terme, convenue moyennant une 
redevance annuelle de six muids de blé mouture (2). 

Malgré ses efforts, l'abbé dr Saint-Mesinin ne put 
faire que peu de choses ; les désastres étaient trop 

[h) Aveu de Jehan de >fareuil, de 1445. 
(•?) Titrer «lu ch.Ueau <le la Sourre. 



— -208 — 

grands, et les populations trop profondément apau- 
vries, pour pouvoir lui donner des secours efficaces. 

J)ès l'année qui suivit leur délivrance, les habitants 
d'Orléans instituèrent une procession solennelle, pour 
rendre grâce à Dieu et honorer la Pucelle, leur libé- 
ratrice. Jean de Mornay fut appelé à prendre part à 
cette belle cérémonie, avec l'évêque, le clergé tant 
régulier que séculier, les magistrats et tous les 
notables de la ville. La châsse de Saint-Mesmin, 
portée par cinq hommes, s'avangait dans le cortège, 
avec toutes celles des patrons de nos églises ; les 
religieux de son monastère l'entouraient, tenant à la 
main des torches ardentes. Ils firent de même tant 
que les reliques de leur saint fondateur demeurèrent 
dans la chapelle do leur Alleu d). Ils avaient été 
à la peine ; c'était justice qu'ails fussent à l'honneur. 

Jean de Mornay mourut le il novembre 14.S8. Il 
ne fut pas immédiatement remplacé, et le siège 
abbatial de Micy demeura vacant durant un inter 
règne d'environ un an (2). 

(1) Le Maire, Antiquités, t. I, p. 201. 

(•?) 0\Lr,i\ r.HRisTiANA, Eccles. Ai/relA. VIll, p. 1.">.S7. 



— 299 — 



CHAPITRE XIY 

Lent et pénible relèvement du monastère. — Jean IV 
d'Eschines et Ajasson, derniers abbés réguliers. — 
La Commende; ses funestes résultats. — Deux cardi- 
naux ABBÉS GOMMENDATAIRES DE MlCY. 

(1438-1559) 

Les temps qui suivirent l'invasion anglaise furent, 
pour les Bénédictins de Saint-Mesmin, tristes et 
douloureux. Privés de leurs ressources ordinaires, 
ils vécurent, dans une extrême pauvreté, des aumônes 
que leur faisaient des gens charitables, presqu'aussi 
misérables qu'eux-mêmes. On ne pouvait pas encore 
s'aventurer dans les campagnes, toujours parcourues 
par des bandes de pillards qui, sous le nom de roton- 
deurs et (Vécorcheurs, dévastaient le plat pays, et 
n'épargnaient pas plus les personnes que les pro- 
priétés. Des hommes avides du bien des moines 
profitaient de leur éJoig'nemenI pour envahir leurs 
domaines ; les uns reculaient les l)ornes h'milant 
leurs champs; les autres, comptant sui- l'impunité ou 
sur la perte des titres de l'abbaye, s'appropriaient 
sans scrupule les terres à leur convenance. Pour 
remettre do Tordre, faire rentrer les biens usurpés, 
cultiver ceux qui étaient devenus incultes, il fallut de 
long-ues démarches, des procès coûteux, de nom- 



— 300 — 

breuses négociations, et, pendant ce temps, les 
moines, manquant des choses les plus nécessaires à 
la vie, ne pouvaient rien entreprendre pour le relè- 
vement de leur abbaye. 

Une autre cause augmentait encore leur dénùment: 
c'étaient les contributions imposées par le roi. La 
France épuisée ne fournissait que peu de subsides 
au trésor royal, et tout était à réparer et à réorganiser: 
administration, armée, services publics. Dans les cas 
pressants, on recourait au clergé, tant régulier que 
séculier. En outre des contributions dont il était 
frappé par les Etats généraux et provinciaux, il 
devait fréquemment payer des décimes prélevés sur 
ses biens et exigés avec tant de rigueur qu'on vendait 
ses terres et ses meilleurs domaines, quand il n'avait 
pas pu s'acquitter dans les délais fixés. Depuis \:V^S, 
de deux ans en deux ans^ le roi demandait au pape 
la dixième partie du revenu des églises, pour les 
besoins du loyaume. Le pape protestait, cl cédait 
toujours (1). 

Le monastère de Saint-Mesmin eut à payer sa 
large part dans ces impositions. Pour les acquitter, il 
fut obligé de contracter des emprunts et d'engager 
une partie de ses biens. Ces dures exigences contri- 
buèrent grandement à le maintenir, pendant de 
longues années, dans un état précaire et malheureux. 
On ne connait aucun des actes administratifs de 
Pierre II Coihart, élu abbé en 1138. après Jean III 

(1) Lavisse, Histoire générale, \. 111, p. 82. 



— 301 — 

"de Mornay. Il était licencié en droit, et occupa dix ans 
le siège abbatial. On croit cependant qu'il ramena ses 
religieux au monastère de Micy, vers 1440 (Ij. 

L'année suivante, 1441, il obtint de Charles d'Or- 
léans, comte de Blois, la libre jouissance de deux 
moulins, acquis par les moines de Micv, sur les 
bords du Loiret, en réparation des dommages éprouvés 
par eux durant les dernières guerres^ oii ils avaient 
perdu la majeure partie de leurs biens (2). 

Il est facile de s'imaginer en quel état déplorable 
ils trouvèrent leur couvent. Ce n'était plus qu'une 
ombre de ce qu'il avait été jadis. Partout des ruines 
accumulées, qu'envahissaient déjà les ronces et les 
herbes parasites; des logis sans toiture, des murailles 
renversées, des tombes profanées, les autels brisés 
et les meubles brûlés. Avant de songer aux répara- 
tions, il fallait à tout prix se procurer des vivres 
pour nourrir les religieux. Aussi ne fit-on presque 
rien au monastère. Ceux-ci s^'installèrent comme ils 
purent, au milieu des décombres ; ils déblayèrent un 
coin de l'église, afin d'y dire leur office, après l'avoir 
couvert de planches et placé un autel mobile. Poui' 
se loger, ils disposèrent provisoirement (juelqucs 
cellules, attendant que des circonstances meilleures 
leur permissent d'entreprendre une restauration sé- 
rieuse (3). Ce provisoir<' dura plus de trente ans. 

Robert \\ de \'ille(juier fui élu abbé de Sainl- 

(1) Hubert, M. S., 436 -^ fo 75. 

(2) Archives nationales, R. K. 8'27, fo 138 vo. 
*(3) DoM Verninac, :M. S., 30'j*. 



— 302 — 

Mesmin apr?'S la mort de Pierre II Coiliart, en 1448. 
11 t'tait docteur en théologie. Comme son prédé- 
cesseur, il travailla mu relèvement de son ahbave, 
sans pouvoir l'avancer beaucoup, tant l'œuvre était 
considérable et les ressources insuffisantes. Afin de 
se procurer quelque argent, d'accord avec ses frères, 
il consentit à la vente du bois de Cliarennes, sur la 
paroisse de Mézières, en Sologne. L'acte d'aliénation 
de ce bien portait formellement que le prix à en 
provenir serait employé aux réparations du cloître et 
de l'église, ainsi qu'à l'achat de vitres pour les fenêtres, 
de livres pour le chœur, d'ornements sacerdotaux et 
d'autres objets servant aux offices divins. (i). 

Robert (le Villequier mourut en 14oo. Il eut pour 
successeur Jean IV d'Eschines. Placé à la tète du 
monastère de Micy par le snllVage de ses frères, ce 
religieux se distingua particulièrement par son zèle 
pour sa restauration. Deux ans après son élection, 
Jean d'Kschines fut encore nommé abbé de Fleury- 
Saint-Benoit, dont il a été le dernier supérieur régu- 
lier. Il n'en conserva pas moins le gouverneFiient de 
Sainl-Mesmiii : il en prit le titre d'admiriistrateur 
perpétuel, inaugurant ainsi le régime désorganisateur 
d«'s cofumendataires, qui eommenrait h s'établir dans 
toute la France. Cet abbé semble avoir toujours eu 
une préférence marquée pour Saint-.Mesmin. Les 
actes accomplis «mi sa faveur témoignent de sa vive 

(1) Arcliives du Loiret, Fonds de 5. Mesmin, Inventaire 
des titres ; en parclieniin. f" 10. 



— 303 — 

sollicitude et de l'ardeur de sa charité pour cette 
maison. 

Emu de l'état de dégradation où étaient encore ses 
édifices, il mit tout en œuvre pour les reconstruire. 
Pendant les trente-quatre ans de son abbatiat, il eut 
recours à tous les moyens propres à lui créer des 
ressources, tout en régularisant l'administration de 
ses domaines. Au mois de décembre 1457, il envoya 
une lettre circulaire à toutes les abbayes bénédic- 
tines de France, les priant de lui venir en aide. 11 y 
expose la misère de ses religieux, tant de fois 
éprouvés par les interminables guerres anglaises^ 
l'état de ruine de son couvent, et l'impossibilité où il 
se trouve de le relever par ses seuls moyens. Cette 
lettre, écrite en termes fort tendres et à la fois très 
énergiques, était capable, dit le chanoine Hubert, 
d'émouvoir tous les cœurs (1). Peu après, il en 
adressa une seconde, aussi éloquente, aux monas- 
tères unis en association de prières avec celui de 
Saint-Mesmin. Il y donne la liste de toutes ces 
maisons « que la charité, dit-il, doit rendre sœurs et 
disposer à s'accorder une aide mutuelle ». Enfin 
Jean dEschines s'adressa successivement aux sou- 
verains pontifes Sixte IV et Innocent YIII. Il en 
obtint plusieurs bulles exhortant les fidèles à con- 
courir à l'œuvre de Micy, et accordant des indulgences 
en récompense de leur générosité {2). 

{{) Hubert, M. S., 430, f" 77. 
(2) DoM Verninac, m. s., :Wr^. 



— 304 -- 

Tous ces ellorls produisirent d'heureux résultats ; 
mais telle était alors la pauvreté générale et l'étendue 
des désastres causés par les guerres^, il y avait tant 
d'églises démolies, d'abbayes ruinées et de malheu- 
reux sollicitant des secours, que l'abbé d'Eschines ne 
put pas encore réparer tous les désastres. Il rebâtit 
cependant un<' grande partie des logis claustraux ; ses 
armoiries, de sable, à la fasce fuselée cTargent, 
qu'on voyait encore, il y a cent ans, sculptées à plu- 
sieurs voûtes, prouvent que ces bâtiments lui devaient 
leur leconstruction. Il échangea aussi et vendit phi- 
sieurs terres dans les conditions les plus favorables 
à son couvent. Le 10 février 1 480, il acheta trois 
arpents de vigne, situés près de Saint-Mesmin. à 
Toussaint Lemaire. 

Sentant sa mort approcher, Jean d'Eschines lit une 
fondation pour le repos de son àme. Elle consistait en 
une messe (jiie les religieux devaieiit dire à son in- 
tention le premier lundi de chaque mois, à perpé- 
tuité. Aliii d'en assurer la célébration, il donna aux 
iVèies - (l(î Micy sa maisoii de la (Iroix-Hlanche et 
ses dépendances, à Saint-llilaire, dont les revenus 
devaient former l'honoraire de ces messes {{'). 

iViu après avoir établi cette pieuse fondation, 
en I i80, Jean d'Eschines se démit du titre et des 
fonctions d'abbé de Saint-Benoit. Il conserva seule- 
ment le monastère de Saint-Mesmin, où il mourut, le 

(1) liibliolh. Nation., n'» S} 78, Invenlaive des titres et 
revenus, f» 24. 



— 305 — 

2i') octobre 1488. Son corps, transporté à Saint- 
Benoît, fut inhumé dans la grande basilique de 
Sainte-Marie, devant le maître-autel. 

Après la mort de Jean d'Eschines, les moines de 
Micy. réunis dans leur salle capitulaire, élurent à 
l'unanimité Louis Ajasson. pour leur abbé, au mois 
de mai 1489. Ce fut la dernière fois qu'ils usèrent 
de ce droit détection que leur conférait la règle béné- 
dictine, et auquel leur abbaye avait dii tant de chefs 
saints et habiles. Bientôt la commende leur enlèvera 
ce droit; elle leur imposera comme supérieurs des 
hommes étrangers à leur vocation, désireux seule- 
ment de posséder un monastère pour s'enrichir de 
ses revenus. 

Ajasson était né dans le Berry, d'une famille noble. 
Elevé à Micy, il s'y fit remarquer par son application 
à l'étude, et prit le grade de bachelier en droit. 
Quand il eut été élu abbé par le libre suffrage de ses 
frères, il demanda à l'évéque d'Orléans de confirmer 
son élection. François P'" de Brilhac occupait alors le 
siège de saint Aignan. Il ne se contenta pas de lui 
accorder la confirmation demandée ; en témoignage 
de son estime, il vint lui-même l'installer dans ses 
fonctions abbatiales. On remarque, dans la lettre 
épiscopale accordée à cette occasion, la permission, 
donnée à Ajasson, de célébrer la sainte messe sur un 
hôtel portatif, jusqu'au complet achèvement de 
l'église Saint-Etienne. C'est qu'en effet il restîiit 
encore beaucoup à faire pour compléter la restaura- 
tion de cet édifice. Les prédécesseurs d'Ajasson, 



— 306 — 

effrayés sans doute par la grandeur et les frais 
d'une telle entreprise, l'avaient presque laissée de 
côté, jusqu'à cette époque. Leur activité s'était 
portée vers les autres bâtiments du monastère : le 
cloître, la salle capitulairc, le réfectoire, les dortoirs 
et les autres loiiis conventuels avaient été ré})arés. et 
otfiaient aux moines une habitation convenable. 
Pendant ce temps là, la magnifique égalise, bâtie du 
temps de saint Louis, avec ses voûtes elfondrées, 
ses hautes colonnes découronnées, se dressant au 
milieu des décombres, et ses murailles lézardées, at- 
tendait toujours une main assez puissante et un cœur 
assez hardi pour oser entreprendre sa restauration. 

Ajasson rut cette hardiesse, et ce fut sa gloire. 

Ses relations nombreuses et inlluentes lui obtinrent 
d'abondants secours ; son habile administration lui en 
créa d'autres. En moins de cinq années, Timmense 
tâche fut terminée. On consolida les murailles ; une 
couverture neuve abrita toutes les parties de l'édilice ; 
des voûtes arrondirent leurs arceaux au-dessus des 
larges nefs, et bientôt les bateliers, naviguant sur le 
lleuve de Loire, virent s'élever sur le clocher une 
flèche surmontée de la croix, qui leur indiquait cet 
asile de la prière. A l'intérieur, des autels dédiés aux 
saints de Micy furent construits dans les divers sanc- 
tuaires, et des stalles de bois ouvragé placées 
autour du chœur. On déblaya la crypte sous le grand 
autel; et les religieux» après un si long deuil, purent 
à nouveau célébrer les offices dans leur basilique 
rendue à son ancienne splendeur. 



— 307 — 

Quand Ajasson eut achevé ces travaux, il voulut 
couronner son œuvre en i-apportant dans l'église 
restaurée les reliques de Saint-Mesmin^ laissées 
jusqu'à ce jour dans la chapelle de l'Alleu d'Orléans. 
Cette translation eut lieu le 8 août 1493. Un cortège 
nombreux, en longue procession, accompagna sur 
tout le parcours les châsses des fondateurs de Micv. 
Outre l'évcque et son clergé, les quatre échevins de la 
ville y assistèrent^ avec leurs valets portant des 
torches ardentes, autour des reliques (I). Les corps 
saints furent placés avec honneur dans la crvpte 
disposée pour les recevoir. Un grand concours de 
fidèles vint bientôt les y vénérer. Quand quelque 
fléau, des pluies trop abondantes ou une longue 
sécheresse menaçait les biens de la terre, les habi- 
tants de Saint-Hilaire et ceux des paroisses environ- 
nantes venaient demander aux moines de porter leurs 
reliques en procession jusqu'à leurs églises, ce qui ne 
leur était jamais refusé. 

L'abbé Ajasson gouverna vingt-quatre ans son 
couvent, avec autant d'habileté que de succès. Il 
eut. disent les auteurs contemporains, un grand zèle 
pour l'avancement spirituel de sa communauté, une 
sagesse admirable pour ses intérêts matériels, et une 
tendre ad'ection pour ses frères qu'il dirigeait, non 
comme un maître, mais comme un père (2). 

Les seuls actes administratifs qui nous restent 

(1) Bibliothèque d'Orléans, M. S., Dubois. 

(2) E Prompluario Mic.iacensi, Go, fo 43. 



— 3U8 — 

d'Ajasson concernent l'église de Saint-Marceau, au 
faubourg méridional d'Orléans. Ce prieuré avait par- 
ticulièrement souffert de l'invasion anglaise. Les 
habitants avaient eux-mêmes brûlé leur église, r»'n- 
versé le prieuré et démoli toutes les maisons, pour 
empêcher Tennemi de s'y loger, pendant le siège, ft 
d'en faire des forteresses d'attaque. (Juand la paix 
eut été rétablie, le prieuré fut disjoint de l'église 
paroissiale que gouverna un curé nommé par l'abbé 
de Micy. Ajasson lit reconstituer les titres de pro- 
priété de son abbaye sur plusieurs maisons, terres et 
bois de cette paroisse : il conclut des accords avec le 
curé, apaisa diverses contestations, et détermina la 
somme des redevances dues à son couvent. Une 
grosse liasse de titres originaux, la plupart en mau- 
vais état^ relatifs à ces arrangements, existe aux 
Archives du Loiret (1). 

Ln 15U2. le supérieur de Saint-Mesmiu fut délégué 
par bulle spéciale du pape Alexandre VI, du 14 jan- 
vier, pour examiner le prieur de Saint-Samson {'2), 
et confirmer son élection (3). 

Malgré tout son mérite. Tabbé Ajasson ne put pas 
garder jusqu'à la fin de ses jours le gouvernement de 
son monastère (jii'il avait si brillamment relevé. Une 
ambition plus puissante (jue sa vertu convoitait sa 
place. Uené de Prie, prélat courtisan, désira l'abbaye 

(1) Archives du Loiret, casier 27 F, carton vîO. 

(2) Eglise collégiçile d'Orléans, prés de l'Alleu Saint- 
Mesmin. 

(3) Gallia Christiana, Eccles. Aurel., t. VIII, p. 1536. 



— 309 — 

de Saint-Mesmin, parce quelle était située à proxi- 
mité des châteaux royaux oii la Cour faisait de fré- 
quents séjours, et finit par l'obtenir. Ajasson fut 
contraint de résig-ner son abbatiat; on ne lui laissa 
que la faculté de choisir une autre communauté. Celle 
dissoudun (1), qui se trouvait peu éloig-née du lieu de 
sa naissance, lui fut accordée sur sa demande. Il s'y 
retira avec quelques-ans de ses religieux qui n'avaient 
pas voulu se séparer de leur vénéré supérieur, au 
mois d'octobre lol3. 

René de Prie inaugura à Saint-Mesmin le régime 
de la commende, qui fut une cause de décadence 
irrémédiable pour les Institutions monastiques, et les 
conduisit progressivement à une ruine inévitable. 

Le pape, pour obtenir la suppression de la pragma- 
tique sanction et la permission de percevoir les 
annates (2), consentit à l'abolition des élections cano- 
niques aux bénéfices ecclésiastiques devenus vacants. 
Le roi, pour accroître son autorité, et mettre la main 
sur le clergé entier, s'attribua la nomination aux 
sièges consistoriaux, évèchés, abbayes et prieurés 
du royaume. Ainsi, les Chapitres, pour le choix des 
évoques, et les religieux pour celui des abbés, se 
virent enlever leur antique droit d'élection. Le 
fameux Concordat, conclu entre Léon X et François P% 
le j'i août lol6, en établissant définitivement cette 
situation, livra l'Eglise de France au pouvoir tem{jo- 

(1) Aljbaye bénédictine, au diocèse de Bourges. 
("2) Payement, fait au pape, de la première ann-edes reve- 
nus d'un bénéfice devenu vacant. 

21 



— 310 — 

rel. Il laissait la faculté de nommer à toutes les 
cliarg"es ecclésiastiques au roi, et, en réalité, aux 
courtisans, aux ministres et à leurs commis. On vit 
bientôt apparaître (ie toutes parts les funestes résultats 
d'un pareil changement. Les titulaires des monas- 
tères mis en commcnde, selon l'expression consa- 
crée, ne furent plus, comme l'exigeait la règle, un 
membre de l'Ordre ou de l'abbaye, recommandé au 
clioix de ses frères par sa vertu, son expérience et sa 
baute capacité ; ce fut un évèque pourvu déjà de 
plusieurs bénéfices, et ne résidant en aucun d'eux, 
ou un abbé courtisan, parfois un laïc, un enfant, 
ou un ca})itaine que le roi voulait récompenser, en 
lui octroyant un couvent, comme il faisait d'une pen- 
sion. On vit même des Huguenots pourvus d'urie 
abbave, et des moines obligés de supporter, poui' 
supérieur, un ennemi mortel de leur vocation I Ces 
chefs étranges jouissaient de tous les biens du monas- 
tère à titre d'usufruitiers. N "étant astreints ni à la 
résidence, ni à aucune des obligations de la conven- 
tualité, ils demeuraient presque toujours iiors de leur 
bénéfice, à Paris, ou ailleurs. Ils venaient à peine, 
de loin en loin, le visiter, seulement poui* en tirer le 
plus de i-evenus possible. Un régisseur en adminis- 
trait tous les domaines en leur nom ; il percevait 
durement les rentes et censives qu'il envoyait à son 
maître, et ne laissait aux moines (ju'une maigre pen- 
sion, à pei[ie sufJisante pour h^s faiie vivre. Ainsi ces 
biens, jadis accordés aux mon;istèrrs par de pieux 
donateurs, afin d'(»nlretenir la vie régulière, faire 



— 311 — 

monter vers le ciel une prière incessante, et soulager 
par la charité toutes les misères humaines, furent 
transformés en autant d'apanages pour les favoris du 
roi. Ils ne tardèrent pas à devenir l'objet d'un trafic 
révoltant, et ne servirent plus qu'à nourrir le luxe et 
les passions ^d'hommes qui n'avaient même pas le 
nom d'ecclésiastiques. 

D'autre part, une autorité ferme, intelligente et 
toujours présente était indispensable au maintien de 

la ferveur et de la discipline dans une communauté 
religieuse. Avec la commende, cette autorité, exer- 
cée jadis par l'abbé régulier, disparut complètement. 
Le commendataire, n'étant pas un religieux, ne rési- 
dait presque jamais dans sou couvent, où rien ne 
rattachait. Un prieur claustral dirig-eait ses frères; 
mais son pouvoir n'était que de second ordre : par- 
tant il manquait d'initiative et de fermeté, et se trou- 
vait souvent réduit à Timpuissance. Les moines ne 
se sentirent plus soutenus par une surveillance active ; 
leur nombre fut diminué par l'avarice de l'abbé (jui 
percevait d'autant plus de rentes qu'il avait moins de 
personnes à nourrir dans son abbaye ; obligés sou- 
vent de vivre dans une pénurie voisine de la misère, 
ils se découragèrent, négligèrent leurs devoirs, et, 
tombant dans le relâchement, finirent par perdre 
l'esprit de leur vocation. 

Il y eut sans doute des exceptions à cet état de 
choses; on vit des abbés commendataires pieux, 
bons pour leurs religieux et sincèrement désireux 
d'entretenir leurs bénéfices dans un état prospère ; 



— 31:i - 

mais ils furent rares, et, dans la généralité, leur con- 
duite fut cause de la décadence et de la ruine des 
Institutions monastiques. 

Nous nous sommes un peu étendu sur la Coni- 
mende et ses funestes résultats. C'est là, en ellet, la 
clef de la plupart des événements qui vont se succé- 
der pendant les trois derniers siècles de l'existence 
de l'abbaye de Saint-Mesmin. Elle y suscita d'innom- 
brables contestations, procès et sévices, dont nous 
aurons l'affligeant spectacle, mettant trop souvent le 
désaccord entre les abbés, qui s'efforcent de tirer de 
leur bénéfice le plus d'argent possible, et les moines, 
toujours en lutte pour résister à leurs exigences. 

René de Prie, gratifié par Louis XII du monastère 
de Saint-Mesmin, en fut le premier abbé commenda- 
taire. Il possédait déjà au même titre, celui du 
Pré (1). Il était encore évéque de Limoges et de 
Baveux. Le pape Alexandre VI l'avait créé cardinal 
de TKglise romaine, du titre de Sainte-Sabine. Mais 
Jules II le priva de cette dignité, en punition de la 
part qu'il prit au conciliabule de Pisc, rassemblé par 
Louis XII contre l'autorité pontificale (2). Plus tard 
Léon X, ayant fait la paix avec le roi, lui rendit son 
litre cardinalice. Il 'mourut en 1516, et fut inhumé 
dans l'église abbatiale du Pré (3). 

Pendant son court passage à Micy, René de Prie 

(1) Abbaye bènédictinp, près <Ui ^^ans. 

(2) Darras, Histoire de l'Eglise, t. XXXII, p. 303. 

(3) (tallia Ghristiaxa, Ecclesia Aurcli(ine?isis, t. Mil, 
p. 1537. 



— 313 — 

avait fait dresser un inventaire exact des biens du 
monastère, afin de connaître quels en étaient les 
revenus. De ce travail, il n'est resté qu'un pouillé 
ou état des bénéfices à la nomination de Tabbé (1). 
On y voit qu'ils produisaient annuellement une somme 
de 7,700 livres. Elle provenait des droits perçus sur 
les cures, sur les prieurés, et sur plusieurs chargées 
auxquelles étaient affectées des redevances spé- 
ciales (2). 

Quand les moines de Saint-Mesmin apprirent la 
mort de René de Prie, ils redemandèrent pour abbé 
leur ancien supérieur, Ajasson, qu'ils reg-rettaient 
toujours. Ajasson lui-même désirait vivement rentrer 
dans cette maison, où il avait passé de long-ues et 
heureuses années ; il fit plusieurs démarches pour y 
revenir. Tout fut inutile. L'abbé dépossédé dut se 
résigner à rester à Issoudun. Il y finit pieusement ses 
jours (3). 

Le candidat auquel le roi de France destinait 
Saint-Mesmin était encore un grand personnag^e, 
Jean Y de Lon^^ueville, fils de François, comte de 
Longueville et d'Agnès de Savoie, de la famille de 
Dunois d'Orléans. Il avait été placé fort jeune sur le 
siège archiépiscopal de Toulouse, et possédait déjà 
en commende l'abbaye de Notre-I)ame-de-Bec (4), 
quand François V^ \\i\ donna celle de Micy, en JulG. 

(1) Hubert, M. S.,43ô\ 

(2) Pièce justificative XLIV, pouillé des bén«!'fices. 

(3) Hubert, ^l. S., 43G^ f- 182. 

(4) Ahl^aye bénédictine, au diocéso d»^ Rouen. 



— M\ - 

C'était un prélat d'un rare mérite, non moins recom- 
mandabJe par sa science des lettres, que par l'inté- 
grité de sa vie et léclat de ses vertus (1). 

Pendant que Jean de Longueville était abbé com- 
inendataire, en 1518, Charles de Cliabannes, chèvecier 
du monastère, voulut contraindre Laurent Loyer, 
curé de Sairit-Paul, à lui payer une rente annuelle 
de 00 sous parisis, à lui due a en raison de son office, 
laquelle, prétendait-il. lui avait été payée de tout 
temps. » Appelé en jugement devant rOfficial d'Or- 
léans, il ne put fournir la preuve de ce qu'il avauijait, 
et fut débouté de ses prétentions. 

J<*an V possédait l'abbaye de Saint-Mesmin depuis 
six ans. quand il fut nommé évéque d'Orléans, sur 
la recommandation de Franrois P', et confirmé par 
Léon X, qui lui permit de conserver l'archevêché de 
Toulouse. Il résigna alors son monastère, 1.522, pour 
se consacrer tout entier aux soins de son nouveau 
diocèse. Clément Vil le créa cardinal, du nom de 
Saint-Marlin-du-Mont, en 1537. Il mourut à Taras- 
con, Tannée suivante, âgé seulement de 42 ans. 

Après la résignation de Jean de Longueville, Fran- 
çois F"" de Moulins, dil de Kochefort, reçut du roi 
l'abbaye de Saint Mesmiii. Il avait été son précepteur 
et portail «Micore le titre de grand aumônier, qu'il 
consi'rva du 8 octobre i51î) au mois de juin [V)2i\. II 
fut douze ans abbé commendataire, de 1522 à 1534 (3). 

(1) La Saussayk, Annales, lib. XIII, y>. r.il. 

(2) Archivos du Loiret, casier, 24, article 7. 

(3) (talua CiiuisTiANA, Ecclet. Aureî., t. VIIL p. 1,537. 



— :Uo — 

Dans cette dernière année, il fut appelé au siège 
épiscopal de Condom ; mais il ne put pas en prendre 
possession. On ignore pour quels motifs. 

En 1327, une très forte inondation de la Loire et 
du Loiret, qui unirent leurs eaux, emporta le pont 
de Saint-Mesmin presqu'en entier, sur cotte dernière 
rivière. N'ayant pas les moyens de le reconstruire, 
les religieux y établirent un bac pour le passage des 
voyageurs. Ils y perçurent un droil de péage, en 
leur qualité de seigneurs de cette rivière. Ce fléau 
avait beaucoup endommagé le monastère et renversé 
plusieurs de ses bâtiments. Afin de les relever, l'abbé 
François de Moulins obtint du pape Clément YII une 
bulle accordant des indulgences à ceux qui contri- 
bueraient à sa restauration par leurs aumônes (1). 

Pierre III Palmier fut le successeur de François 
de Moulins. D'origine napolitaine, il avait été d'abord 
doyen, puis arcbevèque de Vienne, et maître de la 
chapelle du roi. 11 possédait également en commende 
l'abbaye de Resbais (2), quand il obtint encore celle 
de Saint-Mesmin. Il la garda de 1534 à Joo8. Les 
Annales du monastère font le plus grand éloge de 
cet excellent supérieur. Il fut un des rares commen- 
dataires qui eut à cœur les intérêts de sa commu- 
nauté et travailla sérieusement à accroître sa prospé- 
rité. Palmier était très bon ; il aimait sincèrement 
les moines, ses subordonnés ; pendant les vingt- 
(jiiatre années (ju'il fut bnir abbé, il les assista de 

(1) DoM Verninac, m. s., 3di, fo 12. 

{2) Abbaye bénédictine, au diocèse de Meaux. 



— :\\i\ — 

loiilo manière, avec une sollicitude vraiment pater- 
nelle. Il ne les appelait pas autrement que ses frères. 
OuanJ les ressources faisaient défaut, ou étaient 
insuffisantes pour pourvoir à leurs besoins, il prenait 
de son propre bien, et fournissait généreusement ce 
qui était nécessaire. Sa piété se manifestait surtout 
dans son zèle pour la célébration du culte divin ; il 
voulait que tout y fût décent, régulier et solennel. 
Aussi, tant qu'il fut à la tète du couvent, il pourvut 
presque seul à la dépense de l'église (1). 

Afin de perpétuer ses pieuses pratiques, il fit avec 
ses religieux un concordat destiné à fixer leurs 
conditions d'existence. Cet acte déterminait la manière 
dont ils devaient vivre, conforme aux changements 
apportés par les événements du siècle précédent, 
réglait en quel nombre ils devaient être, et allouait 
chaque année des sommes spéciales pour le service 
religieux, l'entretien et hi réparation des édifices 
conventuels. 

Grâce à ces heureux arrangements, la ferveur 
augmenta dans la communauté ; des novices deman- 
dèrent à y entrer, et le nombre des religieux profès 
s'éleva jusqu'à vingt, chilfre inconnu depuis long- 
temps (2). 

Ce n'était [)as sans besoin (jue l'abbé commen- 
dataire venait en aide aux moines de son bénéfice. 
Car indépendamment du peu de revenus (ju'ils 
pouvaient tirer de leurs propriétés, ils se trouvaient 

(1) E Promptuario Miciacensi, C«', f" 32. 
("2) E Protnpluario Miciacensi, Qo^ fo37. 



— 317 — 

accablés par des taxes onéreuses qui absorbaient la 
meilleure partie de leurs ressources. Les guerres 
malheureuses de François P'' et ses fastueuses cons- 
tructions épuisaient sans cesse le trésor royal. Pour 
le remplir il avait imposé à ses sujets, et particuliè- 
rement au clergé, de lourds subsides. L'abbaye de 
Saint-Mesmin fut taxée à plusieurs reprises. A défaut 
d'argent, qu^ils n'avaient pas, les moines furent obligés 
de vendre quelques-uns de leurs domaines ; ils en 
engagèrent d'autres, pour emprunter des sommes 
dont ils payaient de gros intérêts, ce qui les mettait 
encore dans la gêne. 

Dans cette situation précaire, ils évitaient avec 
soin tout ce qui pouvait augmenter leurs dépenses 
et était pour eux une cause de dérangement. Il 
résulta de cette conduite plusieurs difficultés, parti- 
culièrement avec le Chapitre de Sainte-Croix. 

On sait que les religieux de Saint-Mesmin étaient 
tenus à venir chaque année, le 2 mai^ chanter les 
Matines de la fête de l'Invention de la sainte Croix, 
d'après la convention conclue par l'abbé Humbaud, 
en J216. A la suite des malheurs causés par les 
guerres anglaises, ils se montrèrent moins exacts à 
remplir cette obligation ; ils y manquèrent même 
plusieurs fois, notamment en looO. Le 2 mai de cette 
année, un Chapitre fut tenu par .Messieurs de Sainte- 
Croix, pour sommer, à la porte du chœur, l'abbé et 
les religieux de Saint-Mesmin de venir chanter 
Matines ; et comme ils ne comparurent pas, il fui 
ordonné qu'on rendrait plainte. Le Chapitre pour la 



— :ns - 

circonstance, s'était fait assister de quatre avocats 
et baillis de justice, MM. Daniel, Jamet, Picoté et de 
Gyvès. Les moines firent dire qu'ils avaient été 
empêchés pour ce jour-là, et promirent de venir plus 
exactement les années suivantes (1 ). 

En 1558. Pierre IIÏ Palmier fut remplacé sur le 
siège abbatial de Micy par Sébastien de TAubespine, 
lils de Claude de TAubespine, avocat à Orléans et 
bailli de Saint-Euverte. La faveur royale l'avait déjà 
pourvu de l'évécbé de Limoges et de plusieurs 
monastères en commende, quand il reçut encore 
celui de Saint-Mesmiu. Il le conserva deux ans seule- 
ment, après les({uels il le céda, nous ne savons 
pour quels motifs, à François 11 Pic de la Miran- 
dole, 15.JÎ) (2V 

La plupart de ces abbés commendataires sont peu 
intéressants ; ils demeurent pour ainsi dire étrangers 
à leur abbaye, dont ils ne considèrent la possession 
le plus souvent, que comme un facile moyen d'aug- 
menter leur fortune. L'bistoire aime mieux considérer 
les événements auxquels les religieux onx-mémes se 
trouvèrent mêlés dans les années suivantes, où ils 
virent encore (rclfroyables malheurs briser leur 
paisible existence, et anéantir ce (ju'ils avaient rétabli 
avec une si grande peine. 

(1) Arcliives de TÉvêché ; Registres cnju'tulaires. 

(2) G.ALLi.\ (iHRisTiASA, Eccles. Auvel., t. VIII, p. 1537. 



— 319 



CHAPITRE XV 

Les guerres de religion dans l'Orléanais. — Micy pillé 

et détruit par les protestants ; affreux excès. 

Reconstruction du monastère. — La Ligue. — Relâ- 
chement ET EXPULSION DES BÉNÉDICTINS. 

(1559-1608) 

François II Pic de la Mirandole succéda, en 1559, 
à Sébastien de l'Aubespine, dans la possession de la 
commende de Saint-Mesmin. II était d'une noble 
famille d'Italie, dont un membre. Jean Pic de la 
Mirandole, mort en 1494, avait été fort célèbre par 
la précocité et Tétendue de son savoir presqu'uni- 
versel. Cet abbé occupa son bénéfice quatre années 
seulement, et le céda, en Io63, à Ilippolyte d'Esté, 
qui le conserva jusqu'à sa mort, arrivée en 1572. 

Durant la domination de ces deux personnages^ le 
monastère de Micy subit des désastres tels (ju'il 
n'en avait pas éprouvé de plus terribles depuis sa 
fondation. 

Au commencement du \\f siècle, Lutber, fils 
révolté de l'Église catbolique, avait poussé un cri 
de haine et de destruction contre sa doctrine et ses 
institutions. A sa voix, dr nombreux sectaires, sou- 
levés aussi bien contre le pouvoir civil que contre 
l'autorité ecclésiastique, avaient pris les armes et 
allumé dans l'Europe entière rincendie des luttes 



- 320 — 

reliiîieuses. La France leur dut une des époques les 
plus calamiteuses qu'elle ait jamais traversées. La 
guerre, rendue inévitable par le fanatisme des héré- 
tiques, y éclata bientôt pour durer plus de trente ans, 
signalée par des combats acharnés, d'affreuses 
cruautés et de trrriblos représailles, qui la couvrirent 
de sang- et de ruines. 

Un écrivain contemporain fait voir, en quelques 
lignes, quels maux en éprouva notre pays. «Depuis lors, 
dit-il. le royaume a été exposé à la merci de toutes 
sortes de gens qui avaient le désir de mal faire, ayant 
de là pris une habitude de piller les peuples et de 
les ran(;onner^ de tous âges, qualités et sexes, 
saccager les villes, raser les églises, briser les 
reliques, rompre et profaner les sépultures, brûler 
les villages, usurper les biens des ecclésiastiques, 
hier les prêtres et religieux, et bref, exercer par 
toute la France les plus détestables cruautés. De 
façon (|ue. dans les dix ou douze premières années, 
l'on a fait mourir, à Toccasion des guerres civiles, 
plus d'un million de gens de toute condition, le tout 
souîs pi'étexte d<' religion, dont les uns et les autres 
se couvraient » (il. 

La caractéristique de ces guerres fut la haine des 
Prolestants, appelés alors du nom de Huguenots, 
contre tout r.o qui portail le signe de la religion, 
haine atroce, impitoyable, qui n'épargnait Fii les 
personnes, ni les choses consacrées à Dieu. Les églises 
et les monastères pillés et incendiés, puis démolis, 

(1) Michel DE Castelnau, Mémoires, cli. VI. 



— 321 — 

es reliques saintes foulées aux pieds et jetées dans 
es flammes, les précieuses archives et les biblio- 
hèques savantes dévastées, tels étaient leurs exploits 
labituels. Quant aux prêtres, chanoines, moines et 
[•eligieuses, ils les poursuivaient avec une rage 
l'extermination. Ils massacraient tous ceux qu'ils 
30uvaient saisir, et, avant de leur donner le coup de 
a mort, se faisaient un jeu barbare de les torturer 
lans les plus horribles supplices (1). 

L'Orléanais fut une des contrées ofi cet antago- 
nisme causa des maux plus grands et plus nombreux. 
Orléans était un centre stratégique et administratif 
[jue les ennemis se disputaient tour à tour. Les 
ardentes passions des adversaires firent de cette 
ville et de la région environnante le cliamp de 
bataille de leurs plus furieuses rencontres. Les 
historiens de ce temps affirment que les ruines et les 
meurtres n'y furent pas moindres, après trente ans 
de guerres religieuses, qu^elles ne Pavaient été après 
les cent ans de guerres avec les Anglais (2). 

Les malheureux habitants des campagnes vécurent 
constamment dans des angoisses terribles « pillés, 
ruinés et capturés par les soldats des deux partis qui 
les rançonnaient, enlevaient leurs animaux, et les 
battaient eux-mêmes s'ils ne leur donnaient jusqu'à 
leur dernier sou » (3). 

(1) Théâtre des cruautés des Huguenots en France. 
imprimé avec gravures, à Anvers, 1583. 

(2) La Saussaye, Sympiiohirn Guyon, Lé Maire, passim. 

(3) Mémoire de Claude Hatton, de l.ïTl». 



- :i±i — 

Quant à la ville, il est impossible de dire tout ce 
qu'elle a souffert pendant ces funestes années où 
elle tomba par deux fois entre les mains des fana- 
tiques Huguenots. En borreur du nom cbrétien. ils 
y commirent dindignes excès, cbassèrent les l^atbo- 
licjues à plusieurs reprises, dévastèrent, puis démo- 
lirent ses églises et monastères, et massacrèrent avec 
d'affreux raffinements de cruauté les prêtres tombés 
entre leurs mains. 

Pour donner une idée des souffrances accumulées 
sur le seul diocèse d'Orb''ans, pendant ces années, il 
nous suffira de citer quelques cbiffres, CFiipruntés aux 
documents les plus diiines de foi. En moins de dix 
ans, les Protestants y pillèrent, démolirent et incen- 
dièrent plus de trois cents églises « détruisant en un 
jour ce qui avait été bâti en (|ualre cents ans, sans 
pardonner aux sépultures de nos pères. » A Orléans, 
Pilbiviers, Patay, Beaugency, (lien, Sully-sur-Loire, 
« des prêtres, cbanoines et moines furent pris, au 
nombre de deux cents, ou environ, et tués, aprèsquo 
les ennemis de la religion leur eurent fait souffrir 
toutes les cruautés qu'ils purent inventer. » IJeau- 
coup de Calboliques, en baine de leur foi, furent 
pendus, arcjuebusés et mis à maie mort. Jl y en eut 
juscju'à buit cents de massacrés à Jargeau : et, à 
Sully-sur-Loire « entrant par la brècbo, ils tuèrent 
tant d'bommes (ju'ils en ti-ouvèreiil devant eux, savoir 
(juelques buit et neuf vingts gens d'église ou babi- 
tants ; le lendemain de leur entrée, ils ne cessèrent 
de tuer les cacbés 1 p 



— 3-23 - 

Terrible ell'et de la fureur barbare qui précipitait 
les uns contre les autres des bommes aveuglés par le 
fanatisme relig'ieux ! 

Après l'exposé de ces faits, nécessaire pour l'intel- 
ligence de ce qui s'est passé à Saint-Mesrain, il nous 
faut revenir au l'écit des événements particuliers dont 
notre abbaye fut le tbéàtre. 

Dès l'année 1360, les Protestants s'éiaient agités 
en France, et avaient formé une conjuration pour 
enlever le roi Cbarles IX. Le duc do Guise le sauva 
en le faisant retirer au cbàteau d'Amboise. Fran(;ois 
de Yiéville, gouverneur du ducbé d'Orléans, fut 
cbargé par le roi de garder cette ville ; il avait en outre 
pour mission de surveiller les communications par 
terre et par eau, afin d'arrêter les conjurés en fuite. 
Il passa avec cinq cents arquebusiers au monastère 
de Saint-Mesmin, et y séjourna quelque temps. Les 
éclievins et capitaines de ville vinrent l'y saluer et 
recevoir ses ordres. 

Durant les années suivantes, les Huguenots aug- 
mentèrent considérablement leur nombre et leur 
audace. Le 2 avril 1562, le prince de Condé, leur 
cbef, entra par surprise dans Orléans à la tète d'une 
grande troupe. Malgré sa promesse de respecter la 
liberté religieuse des babitants et la sécurité des per- 
sonnes ecclésiastiques, ses soldats ne lardèrent pas à 
se livrer aux plus odieux excès. Dans la nuit du 20 de 
ce même mois, ils commencèrent h pénétrer dans les 
églises pour les piller. Partout le service divin lui 
interrompu, a Pendant une amiée entière, ils exei- 



— 324 — 

cèrent impunément leurs dévastations dans tous les 
lieux consacrés au culte. Ils enlevèrent tous les objets 
précieux, et les portèrent à la Tour-Neuve, oii le 
prince de Condé les faisait fondre et convertir en 
argent monnayé. Le resie fut brisé, puis brûlé. Leur 
baine sacrilège et leur cupidité n'épargna rien, de 
même que leur cruauté n'omit aucun genre de tor- 
ture envers leurs victimes. » Ils dévastèrent de la 
sorte toutes les églises d'Orléans, sans exception, et 
en démolirent vingt-deux de fond en comble. Celle de 
TAlleu Saint-Mesmin subit le sort des premières. Elle 
fut entièrement dépouillée. II ne lui resta que sa toi- 
ture et ses murailles nues. Tout le reste, son mobi- 
lier religieux, ses lapis, ses ornements sacerdotaux, 
ses tableaux, autels, livres liturgiques, orgue et 
clocbe furent enlevés ou rompus (1). 

Le vingt-neuf du même mois, les Protestants se 
portèrent en foule à l'église de Saint-Aignan. Ils bri- 
sèrent la magnifique cbàsse du saint évèque avec plu- 
sieurs autres, au nombre descpielles se trouvait celle 
où étaient contenus les ossements de saint Euspice, 
premier abbé deMicy. Ils en arracbèrent les reliques, 
el, ayant allumé un grand feu sur le parvis, ils les 
brillèrent toutes en présence du peuple impuissant et 
fondant en larmes (2). 

Pi'esque tout le clergé, et beaucoup de Catboliques, 
menacés sans cesse d'une mort cruelle, (piitlèrent la 
ville, et cbercbèrent un refuge de divers côtés, à 

(1) La Saussaye, Ann. Kccl. Axr., p. G'i5. 

(2) DoM Verninac, m. s., 394. f" 10. 



— 325 - 

Paris^ à Tours ^ à Angers, à Chartres, où sévissait 
moins violemment la persécution des hérétiques. 

Tout en poursuivant dans la ville leur œuvre de 
destruction, les Huguenots « allèrent aux champs à 
grandes bandes, oii ils pillèrent les églises et monas- 
tères, et massacrèrent les moines qu'ils purent 
prendre. Ces forcenés les attachaient à la queue de 
leurs chevaux, leur crevaient les yeux, leur coupaient 
le nez et les poulces, les mutilaient de la manière la 
plus abominable et les tuaient à coups d'arquebuse. 
Et estoient les plus favorisés ceux auxquels ils se 
contentaient de couper la tète (1). » 

Vers le 15 avril, une de ces « grandes bandes » 
sortit inopinément d'Orléans et se dirigea du côté de 
Cléry pour en dévaster la basilique vénérée. Arrivés 
au bourg de Saint-Mesmin. situé à mi-chemin, les 
Huguenots se précipitèrent avec leur fureur accou- 
tumée vers l'abbaye, dont ils convoitaientles richesses. 
Les moines y étaient restés jusqu'au dernier moment. 
Hs n'avaient pas pu se retirer à Orléans, occupé et 
opprimé par les hérétiques, et où leur Alleu venait 
d'être ravagé. Ils espéraient sans doute (ju'on ne les 
inquiéterait pas dans leur solitude. Mais avertis de 
rapproche de leurs pires ennemis, ils s'enfuirent à 
la hâte, sans pouvoir rien emporter de leur cou- 
vent. 

Les Protestants Tenvahissent eu lumulte. Furieux 
de n'y trouver personne sur (|ui ils puissent assouvir 
leur rage impie, ils s'acharnent contre les choses 

(1) Symphorikn (iuYON, Histuifi' d'Orléans, pjijs'e 398. 



— l'rH) 



abandonnées à leur fanatisme. Pénétrant dans l'église 
abbatiale, ils enlèvent d'abord tous les objets de 
valeur, croix, calices d'or, livres couverts d'argent, 
ornements précieux donnés par les rois. Ils les pro- 
fanent en les faisant servir à leurs orgies, puis les 
jettent sur des chariots, avec les chandeliers, encen- 
soirs et tout ce qui était de bronze ou de cuivre, pour 
les conduire à la Tour-Neuve d'Orléans {[). 

Les autels et les tabernacles sont abattus ; les 
tableaux, stalles et statues de bois sont brûlés ; les 
images de pierre, les vitraux et oinements d'archi- 
tecture sont brisés à grands coups dr masses de fer. 
Les Huguenots descendent les cloches, qu'ils rompent 
pour en fondre des canons; ils détachent le plomb 
des fenêtres pour en faire des balles, et arrachent 
tous les ferrements de l'édifice, qu'ils vendent à vil 
prix. 

Non contents d'une pareille dévastation, ils vont 
dans la cry[>te souterraine où reposaient, entourées 
de la vénération publique, les reliques des saints 
Mesmin l'Ancien, Tliéodemir, Mesmin le Jeune et de 
beaucoup d'autres, que, dans de pareilles circons- 
tances, les moines avaient pu sauver de la barbarie 
des Northmans et des Anglais. Ils les tirent de leurs 
châsses, les foulent aux pieds, puis les jettent dans 
un grand feu allumé avec les débris de l'éghse ; ils 
les réduisent en cendres et les dispersent au souffle 
du vent (2). 

li) DoM Verninac. m. s., 394, fo28. 
(2) DoM Verninac, M. S., 394, fo 29. 



— 327 — 

En même temps qu'ils dépouillent l'église, les 
hérétiques parcourent le monastère où ils commeitent 
d'effroyables dégâts. Ils brûlent la bibliothèque, si 
riche en rares et précieux ouvrages épargnés jusqu'à 
ce jour. Manuscrits et papiers, bulles originales des 
papes, chartes des rois, des seigneurs et des évéques, 
titres terriens, tout fut lacéré et livré aux Uammes. 
Ces missels enluminés, ces bibles imao-iées.cesmasrni- 
fiques livres de chœur, ces raretés bibliographiques 
qu'on achèterait aujourd'hui au poids de l'or, sans 
parler de l'éclat des fermoirs, des belles étoffes, des 
ornements d'ivoire et d'argent dont la piété des moines 
se plaisait à les recouvrir, ont péri pour toujours. 
Quelques parchemins, deux ou trois bulles et un 
petit nombre d^écrits anciens se trouvaient hors du 
monastère, et furent sauvés comme par miracle. Les 
autres logis claustraux, salle capitulaire. dortoirs, 
infirmerie, réfectoire et cloître, sont également 
dévastés, puis démolis. Enlin, ils détruisent tout 
entièrement, jusqu'aux celliers, aux étables et aux 
habitations des serviteurs. 

Voulant mettre le comble à ces actes de vanda- 
lisme, ils entreprennent de renverser l'église abba- 
tiale. Ils en sapent les murailles et en abattent des 
pans considérables. Les piliers sont ébranlés, les 
voûtes crevées, le haut clocher jeté en bas. Ils pour- 
suivent leur œuvre de destruction jusqu'à ce ((u'enhii. 
épuisés par la fatigue et vaincus par la solidité de ces 
constructions, ils rassemblent en un monceau tous 
les débris, planchers et meubles brisés, poutres* 



— 328 — 

chevrons, bois de toute sorte, et allument un immense 
incendie (1). 

Ce fut la lin de leurs barbares exploits, et aussi 
celle do Tabbaye. 

Du temple magnifique, bâti du temps de saint 
Louis, dans le plus pur slyle ogival, et des édifices 
relevés avec tant de peine, après les guerres anglaises, 
une partie fut dévorée par les fiammes, et l'autre 
n'otfrit plus aux regards attristés qu'un amas de 
ruines informes. Le monastère disparut presqu'entier 
dans cette catastrophe, « abaissé au niveau de la terre 
même », selon Ténergique expression de Dom Vcr- 
ninac (2). Tel fut l'état déplorable où la fureur des 
ennemis de la religion réduisit cet établissement si 
longtemps llorissant par la prière, le travail et la 
vertu ! 

Le duc François de Guise, à la tète d'une forte 
armée catholique, était venu, du coté du Portoreau, 
assiéger la ville d'Orléans, pour la délivrer et enlever 
aux Protestants leur meilleure place d'armes. Afin 
de faciliter les communications de ses troupes, il (it 
réparer les ponts d'Olivet et de Saint-Mesmin. coupés 
par l'ennemi ; il fortifia aussi les moulins de Saint- 
Samson, et logea une partie de ses soldats dans le 
bourg et parmi les iiiines de Saint-Mesmin. Lui- 
même donnait ses audiences dans la salle de justice 
des Chalelliers, près de la léproserie, et habitait un 
château voisin appelé Caubray, d'ofi il alhiit assi- 

(1) SvMi'iiouiKN liuvoN, Jlistoii'c (i'Orlcans . 
(•2) UoM Verninag, m. s., 394, f^lO. 



— 329 — 

dûment visiter les travaux du siège. Il les poussait 
avec activité, et paraissait sur le point de s'emparer 
de la place, quand le huguenot Poltrot de Méré le 
blessa mortellement d'un coup de pistolet, comme il 
revenait à son logis, le 18 février lo63, dans un 
chemin couvert passant sur la rive gauche du Loiret, 
un peu en amont du pont de Saint-Mesmin. Catherine 
de Médicis, régente du royaume pendant la minorité 
de Charles IX, se hâta de faire la paix. Elle fut 
conclue dans une île où se réunissaient les né^^o- 
ciateurs, en face de Saint-Pryvé. d'oii elle reçut le 
nom de Paix de TIle-aux-Bœufs, que portait cette île ; 
on l'appela aussi a paix de Saint-Mesmin » (1). 

Que devenaient les malheureux moines de Micy, 
pendant que leur abbaye était le théâtre de ces tra- 
giques événements ! L'histoire ne nous donne aucun 
détail particulier à leur sujet ; mais il est facile^ 
d'après ce qui a été dil jusqu'ici, de conjecturer 
quelle dut être leur existence. Errants, traqués comme 
des bètes fauves, ils se cachaient oii ils pouvaient, 
dans quelque chaumière, au fond des bois de la 
Sologne, ou chez quelque habitant de petite ville qui 
exposait sa vie pour les sauver. Car ils ne pouvaient 
pas rentrer à Orléans, où leurs persécuteurs n'au- 
raient pas manqué de les massacrer. Quand la paix 
de Saint-Mesmin eut fait sortir de la ville Condé et 
les Protestants, les moines de Micy rentrèrent dans 
leur Alleu (2). Ils firent réparer à la hâte quelques 

(1) Dareste, Histoire de France, t. IV, p. 20,"). 
(•2) DoM Verninac, m. s., 394, f-, 28. 



salles pour se lo^er, et repriient, au milieu d'un 
(Jéiiùrnent complet, leurs exercices religieux dans 
leur petite église dévastée, en attendant que la Provi- 
dence leur donnât des jours meilleurs. 

Vers ce temps, 1563, François II Pic de la Miran- 
dole, qui ne paraît pas s'être occupé de Saint-Mesmin 
pendant ses désastres, fut remplacé sur le siège 
abbat'alpar Ilippolyte d'Esté, (ils d'Alphonse d'Esté, 
duc de Ferrare, et de Lucrèce Borgia ; il se trouvait 
par sa naissance cousin de François T" et de Henrill. 
Ces princes lui donnèrent successivement les arche- 
vêchés d'Auch. de Milan et de Lyon, avec les évèchés 
d'Autun et de Xarbonne. Créé cardinal en J.j39. puis 
légat dans les terres du patrimoine de Saint-Pierre, il 
porta le titre de protecteur des églises de France. 
Outre ces grands bénéfices, il obtint encore plusieurs 
abbayes, entr'aulres celle de Pontigny (1), en l.")o9, 
et celle de Saint-Mesmin, en 1563. 

Plusieurs années s'écoulèrent tristement pour les 
religieux de Micy, sans apporter d'amélioration à leur 
pénible situation. Une animosité réciproque aigrissait 
toujours Catholiques et Protestants, qui n'attendaient 
qu'une occasion favorable pour recommencer les 
hostilités. La guerre éclata de nouveau en 15()7. 
avec autant de fureur que la première fois. 

Le dimanche, 28 septembre de cette année, le ca- 
j)itaine huguenot de la Noue entra de nouveau dans 
Orléans, grâce à la connivence de ses coréligion- 

(1) Abbaye cistercienne de l'ancien diocèse d'Aiixerre. 



- 831 — 

naires habitant la ville. Le prince de Condé et 
l'amiral de Coligny l'y rejoig-nirent avec de nombreux 
soldats (1). ^ 

On vit aussitôt recommencer les affreux excès de la 
première occupation. Nous n'en referons pas le récit. 
Une différence cependant est à signaler dans la ma- 
nière d'agir des envahisseurs. Gomme ils ne trouvaient 
plus rien à prendre dans les églises pillées de fond en 
comble cinq ans auparavant, ils se mirent à démolir 
celles qui étaient restées debout, « avec une rage et 
une impétuosité non pareilles.» (2) Dix-huit églises 
furent ainsi entièrement détruites, parmi lesquelles 
il faut compter l'insigne cathédrale do Sainte-Croix, 
alors une des plus belles de France. La modeste chapelle 
de l'Alleu Saint-Mesmin n'échappa point au sort 
commun. Les Protestants brisèrent sa couverture, 
sapèrent ses murailles et n'en laissèrent pas debout 
pierre sur pierre. (3) 

Quelques religieux, cacliés dans les maisons 
environnantes sentirentdouloureusement retentir dans 
leur cœur les coups qui renversaient ce sanctuaire, 
leur dernier asile, et mettaient le comble à leur in- 
fortune ! 

La paix de Longumeau, du 25 mars luG8. fit cesser 
les hostilités. Les guerres de religion ne finirent pas 
encore; elles ne se terminèrent définitivejncnl (ju'en 
l'j93, par l'abjuration d'Henri IV. Mais les luttes (jui 

(1) Le Maire, Antiquités d'Orléans, p. 239. 

(2) Symphorien Guyon, Histoire cV Orléans, p. 'i 1 1 . 

(3) La Saussaye, Annales, p. 650, 



^ 33-2 — 

suivirent n'eurent plus l'Orl(''anais pour théâtre. Ses 
malheureux habitants purent désormais vivre en sécu- 
rité, et s'ootîuper à réparer leurs pertes. 

Après tant de désastres, les Bénédictins de Micy 
se trouvèrent plongés dans une profonde détresse . 
Une dizaine de moines, échappés au fer des hérétiques, 
formaient le personnel de la communauté. C'est tout 
ce qui restait d'une Institution jadis célèbre par le 
nombre, aussi bien que par la ferveur de ses religieux. 
Ils manquaient de tout, sans pain, sans abri, impuis- 
sants à tirer aucune ressource de leurs propriétés 
territoriales. « Car, dit un contemporain déjà cité, 
l'agriculture était délaissée ; les villes et les villages, 
en quantité inestimable, étant saccagés, pillés et brûlés, 
s'en allaient en déserts, et les pauvres laboureurs, 
chassés de leurs maisons, spoliés de leurs meubles et 
bétails, pris à rançon et volés aujourd'hui des uns, 
demain des autres, s'enfuyaient comme bétes sau- 
vages, abandonnant tout ce qu'ils avaient, pour 
demeurer à la miséricorde de ceux qui étaient sans 
merci. » (1) 

Quant à leur abbaye elle-même, ils la virent, quand 
ils y revinrent, dans un état de désolation impossible à 
décrire. Là où s'élevaient de beaux et spacieux édifices, 
un cloître, une salle capitulaire, des réfectoires, si 
propres aux exercices de la vie monastique, et une 
admirable église tant aimée, leurs regards baignés de 
larmes n'aper(;urent plus que des restes de poutres 
noircies par le feu, des murailles pendantes, le cloître 

(1) MiCHKi. Di: (lASTELNAU, mémoires. Cli. vi. 



— 333 — 

renversé, les toitures effondrées, des voiites crevées, 
les piliers à demi calcinés, et, partout, de vastes 
imas de décombres déjà envahis par les ronces et 
es épines. 

Les moines cependant ne perdirent pas courage . 
ils vinrent s'établir au milieu de ces ruines, et com- 
Tiencèrent activement l'œuvre de réparation. Ils 
5'adressèrent d'abord à leur supérieur, le riche et 
)uissant Hippolyte d'Esté. Le cardinal-abbé comprit 
"importance des devoirs que lui imposait la situation 
le son abbaye. Il ne négligea ni soins, ni dépenses 
30ur faire oublierles malheurs passés. Dans ce dessein. 
1 fit, avec le prieur claustral de Micy, u[i concordat 
ixant le nombre des membres de sa communauté à 
louze religieux-prêtres et à deux novices. Il désigna 
es biens destinés à assurer leur subsistance, et, sans 
•ien vouloir retenir pour lui-même, consacra le reste 
les revenus à provenir de son bénéfice à l'entière 
•econstruction des bâtiments. Les hautes fonctions 
ju'il remplissait, tant auprès du souverain pontife 
ju^'à la cour des rois, le retenaient constamment loin 
l'Orléans. Pour que ses intentions fussent remplies 
exactement, il donna sa procuration à Sacripante 
^edocca, son camerlingue, et le chargea de réaliser, 
)ar tous les moyens possibles, le reh\'vement du mo- 
lastère (i). 

A la faveur du désordre engendré par les guerres 
îiviles, ils'étaitrencontré, même parmi lesCalholiques, 
les gens avides de pillage et envieux du bien des 

(1) Le chanoine Hubert. M. S., 4:^, f^ 1C9. 



- :i34 — 

moiiK'S, qui avaient profité de la confusion géné- 
rale pour se mêler aux Huguenots et dévaliser 
avec eux églises et couvents. Plusieurs iiabitants 
d'Orléans avaient agi de la sorte. Quand l'ordre 
fut rétabli^ en 1570. Charles IX rendit une ordon- 
nance qui enjoignait au bailli de la ville et aux 
prévôts des marchands d'informer contre les dévas- 
tateurs de Saint-Mesmin, et de rechercher dans les 
maisons désignées par les religieux les objets dérobés 
durant les troubles précédents. On saisit un des prin- 
cipaux voleurs, nommé Lefriche. Mis en prison et 
convaincu d'avoir agi en haine de la religion, il fut 
condamné à rendre les dépouilles du monastère, qu'il 
avait encore en sa possession, à payer 1000 livres 
d'indemnité pour celles qu'il n'avait plus, et^ en outre, 
h faire amende honorable, tète et pieds nus, tenant 
une torche allumée en mains, devant les portes du 
palais de justice d'Orléans, par sentence du 30 
mai 1370. (1) 

(iCtte restitution, et plusieurs autres de moindre 
iinportance, ainsi que les faibles revenus annuels pro- 
duits par les biens de l'abbaye, étaient insuffisants 
pour procurer les sommes considérables que nécessi- 
taient les grands travaux de reconstruction devenus 
indispensables, il falltil recourir à une mesure 
extrême, l'aliénation des domaines. 

Dès l'année loOO, les moines vendirent à Jehan 
Levoy, seigneur de la Source, la propriété <le la 
rivière du Loiret, depuis cette source jusqu'au clie- 

(1) DoM Verninac, >[. S.. 394. fo2S. 



— 335 — 

in des Courtiniers (i) transformant ainsi en une 
ssion définitive la location à long- terme faite à 
han Marescot, en 1427. 

Dans les années suivantes, d'accord avec le repré- 
ntant de leur abbé, ils vendirent encore la plus 
ande partie de ce que leur monastère possédait, 
puis des siècles, au-delà de la Loire, notamment à 
laingy et à la Chapelle-Saint-Mesmin. Ils aliénèrent 
)rs, pour toujours, leur prévôté de la Cliapelle, 
s moulins, ses fermes, ses vignes, ses prairies 
ses bois. Tout se partagea de ce côté entre les 
urgeois d'Orléans, empressés à profiter d'une 
le occasion, et les dispensateurs des bénéfices, 
i tailla sur la mouvance de Micy plusieurs petits 
fs et quelques prébendes. L'église de la Chapelle 

fut plus qu'une cure ordinaire, à la collation de 
vèque, sur la présentation de l'abbé de Saint-Mes- 
n. 

Les sommes retirées de ces ventes furent employées 
la reconstruction générale de l'abbaye. Un ne la 
eva pas dans son ancienne ordonnance ; le plan 
imitif eut été trop vaste et trop dispendieux. On 
tit les nouveaux édifices dans un genre plus mo- 
3te et avec une moindre somptuosité architectu- 
e. Ils formaient, à angle droit, deux côtés d'un 
rallélogramme, dont la nouvelle église occupa le 
lisième. Quant au quatrième côté, il demeura ouvert 

côté du levant, donnant entrée dans la cour 

1) Titres du chHteau de la Source 



— 336 — 

(riionneiir, an iiiiiiua des bâtiments (1). Ceux- 
étaient à deux étages au-dessus du rez-de-cliaussé( 
Ils comprenaient, en bas, la salle capitulaire et 
réfectoire avec la cuisine ; au-dessus, s'alignaient U 
cellules des moines et rinfirmorie. La bibliotlièqi 
était installée à Pétage supérieur avec divers o 
naclês. 

Quand on voulut, à son tour, entreprendre la rép; 
ration de l'église abbatiale, les religieux se trouv 
rent en présence d'une grave difliculté. Pour la re 
taurer entièrement, consolider ou refaire ses muraille 
relever les piliers, rétablir les voûtes, refaire la to 
ture et meubler l'intérieur, il eût fallu des somuK 
énormes, impossibles à se procurer dans l'état actu 
de la communauté. Elle eut d'ailleurs été bors de pn 
portion, et beaucoup trop vaste pour le petit nombi 
de ses membres. 

On résolut donc de la laisser telle qu'elle se troi 
vait, comme un témoignage permanent de la pui 
sauce créatrice des bumbles moines qui l'avaient éd 
fiée, et aussi de la barbarie inintelligente desennem 
de la religion, (jui l'avaient ainsi ruinée. Ses solid( 
piliers, ses liantes murailles percées de longues bai( 
ogivales, les robustes assises de son clocber demn 
rèrent debout, et bravèrent encore, plus de tro 
cents ans, les ravages du temps. 

Désireux d'assurer la conservation de ces beau 

(1) Bibliothèque nationale. To|>o^raphio de la Franc 
tome 93. Le cours du Loiret, par Beaurain, géographe d 
roi, 17.'^. 




Vue de lAbbave de Micv. au wii" siècle. 



— 831i — 

ébris, l'abbé commendataire obtint du roi une sen- 
înce, comme quoi les religieux habitant le monas- 
3re ne pourraient, de leur autorité, démolir aucune 
artie des ruines de l'ancienne église^ ni s'en appro- 
rier les matériaux, sans le consentement dudit abbé, 
3 14 septembre lo73 (1). 

Elles étaient encore dans le même état vers 1780, 
uand le peintre Orléanais Desfriches, les a dessinées, 
îUes que les représente la gravure placée en tète de 
ette Histoire. Lorsqu'une colonne menaçait de tomber 
u qu'une partie de ces énormes blocs de pierre 
ffrait quelque danger, on les démolissait, sans tou- 
her au reste. C'est seulement vers 1820 que la main 
e l'homme, plus forte pour détruire que les siècles 
ccumulés, a renversé entièrement ces débris gran- 
ioses, et les a fait disparaître pour toujours. 

L'abandon de l'ancienne église ayant donc été 
3solu, les moines en construisirent auprès d'elle une 
utre, beaucoup plus petite, suffisante pour la situa- 
on présente de l'abbaye. Elle eut environ trente 
lètres de longueur, une seule nef, à laquelle on 
jouta deux collatéraux en 1026, un chœur et plu- 
îeurs autels. On la termina par un clocher de 
loyenne hauteur, dont \a toiture, en forme de pyra- 
lide à quatre pans, surpassait de (|uelques toises les 
uines de l'ancienne tour. On en aperçoit le sommet, 
ans le dessin de M. Desfriclies. 

Dans le même temps, on commença la construction 

(1) Archives du Loiret, Ancien fonds de 6at/il-Mcs//nn, 
Dte ~j. 



— 340 — 

(lu logis abbatial. Depuis que rintroductioii de la 
Coinmende avait modifié les conditions d'existence 
des Institutions monastiques, l'abbé commendataire 
ne logeait plus avec les religieux, n'étant pas religieux 
lui-même. 11 avait une babitation distincte qu'on 
appelait maison ou palais abbatial, selon sa gran- 
deur et l'importance de celui qui l'occupait. La mai- 
son abbatiale de Saint-Mesmin, assez simple dans son 
arcbitecture, était formée d'un corps principal, ter- 
miné par deux ailes, en équerre. Une cour, ouverte 
au nord, s'étendait au milieu ; des jardins et des bou- 
(juets de bois l'entouraient de tous cotés (1). 

Ce n'était pas sans raison que les religieux de 
Saint-Mesmin restreignaient leurs dépenses le plus 
possible, dans la reconstruction de leur monastère. 
Car, outre le peu de profits qu'ils pouvaient retirer 
des domaines leur restant, et encore mal exploités, 
ils se voyaient cbaque année, et plusieurs l'ois dans 1;» 
même année, contraints de payer au fisc royal des 
impositions qui prolongeaient leur appauvrissement. 

La guerre contre les Huguenots durait toujours. 
Pour la soutenir, le roi demandait continuellement 
des subsides nouveaux. 11 s'adressait en particulici" 
au clergé qu'il regardait comme étant le plus inté- 
ressé au succès de ses armes. Prétexte faux, car les 
princes du sang et les seigneurs, (jui dirigeaient les 
Protestants, menaçaient encore plus l'autorité du roi 
(jue la foi séculaire de la France. 

(1) Bibliothèque nationale, Estampes, t. 9.3. 



— 341 - 

En I068, Catherine de Médicis sollicita à Rome 
me bulle du pape qui lui permit de vendre pour 
70,000 écus de biens de l'Église (1). Pie V accorda 
ette bulle, au mois de septembre de la même année. 
Jn édit de Charles IX notifia cette permission à tous 
?s ecclésiastiques, et leur ordonna d'avoir à verser 
ette somme au Trésor, les autorisant pour s'acquit- 
3r, à vendre les vases sacrés de leurs églises, à 
mprunter sur leurs propriétés foncières, et à alié- 
er leurs réserves de bois, ou même leurs domaines, 
n tout ou en partie. Ce moyen de se procurer de 
argent était trop facile, pour qu'on n'y recourût pas 
ouvent. Charles IX, Henri III, et les autres rois, 
^urs successeurs, n'eurent garde d'y manquer. 

L'imposition accordée était divisée entre chaque 
iocèse, d'après l'évaluation de ses biens, puis répar- 
ie entre chaque établissement religieux, proportion- 
ellement à sa fortune. Diaprés des calculs semblables, 
laint-Mesmin fut taxé : 

Le 23 janvier I06O, de 100 livres (2); 

Le 8 avril, même année, de 80 livres; 

Le J4 mars 1570, de 200 livres: 

Le 12 mai lo70, de 400 livres; 

Le 17 juin, même année, de 49 livres; 

Le 19 septembre, même année, de 85 livres (3). 

Ce sont là seulement quelques-unes des nom- 

(Ij Dareste, Histoire de France, t. IV. p. -245. 

(2) En 1560, 100 livres parisis valaient environ 8(X) francs 
ctuols. 

(3) Archives nationales, G. 8S 1:387, n'^ 398. 

23 



— 342 — 

l)rt'uses coiilrihutions que notre monastère dut acquit- 
ter dans ce temps. Il en supporta beaucoup d'autres, 
avant, après, et pendant même cette période, (jui 
nous sont inconnues. Comme les moines n'avaient pas 
à leur disposition les sommes ej^igées sans délai, ils 
durent les emprunter, puis, pour rembourser leurs 
emprunis, vendre des parties souvent considérables 
de leur patrimoine abbatial, notamment à Ghaingy, 
en Beauce et dans le Perclie. 

Ces exigences fiscales expliquent la disparition de 
propriétés qu'on ne retrouve plus parmi les biens de 
Micy. Elles expliquent aussi la longue pauvreté des 
religieux, et l'amoindrissement de leur monastère à 
ccjte époque. 

Le cardinal d'Esté étant mort, en 1572, Catberine 
de Médicis, comme ducbesse d'Orléans, pourvut de 
l'abbaye de Saint-Mesmin Sacripante I'"" Pédocca. un 
des nombreux gentilsbommes venus à sa suite d'Italie 
en France, oii ils se disputaient sa faveur et les 
dignités lucratives. Celui-ci l'avait déjà administrée, 
penxlant les dernières années d'IIippolyte d'Esté, en 
(jualité d<.' camerlingue ou régisseur. Dès qu'il eut 
été pourvu de ce bénéfice à titre personnel, il s'em- 
pressa de faire un accord ou concordat, pour le par- 
tage de ses revenus, entre la menso abbatiale et la 
mense conventuelle, attribuant spécialement aux reli- 
gieux ce dont ils pourraient disposer pour leur entre- 
lien ( J ). 

Déjà, à plusieurs repi'ises, les rois de France, Fran- 

{i) HuiiEUT, M. s., 436ï,l" 107. 



— 343 — 

çois !«'' et Henri II, avaient passé près de saint Mesmin, 
lors de leurs fréquents voyages à Chambord. Ils 
avaient été chaque fois reçus par les moines, à leur 
maison des Chatelliers, située sur le bord de la 
grandVoute qu'ils suivaient. En 1.j83, Henri lll se ren- 
dit en pèlerinage à Cléry, avec une partie de sa cour. 
Après avoir couché à Orléans, il arriva, le 2 octobre, 
aux Chatelliers, où l'abbé Pédocca le reçut magnifi- 
quement dans la salle de justice. On l'avait pour la 
circonstance « bien adornée de sculptures et de tapis- 
series de Flandre (l). » 

Vers la fin du règ-ne de ce prince , l'abbave de 
Micy fut encore éprouvée par les troubles de la Ligue. 
Les habitants d'Orléans, dont la vive foi se révoltait 
à la pensée de voir un roi huguenot monter sur le 
trône de saint Louis, Henri de Navarre, devenu seul 
héritier de Henri IH, avaient pris parti dans l'union 
religieuse formée de tous côtés sous le nom de sainte 
Ligue, pour repousser le prétendant hérétique. En 
l.'jHT, ils apprirent que Henri de Navarre devait venir 
par la rive gauche, et tenter de passer la Loire sur 
le pont de leur ville, pour remonter vers Paris. Hs 
envoyèrent aussitôt des troupes pour lui barrer le 
passage, sous la conduite de Jacques Richard, investi 
du commandement de Saint-Mesmin et des moulins de 
Saint-Samson. Ce capitaine envahit le monastère avec 
ses soldats, et le mit en état de défense. Il lit percer 
des meurtrières dans les murs des bâtiments, et 
ci-euser des fossés tout autour. Malgré rop[)Osition 

(1) Hubert, M. S., WO-', 1" 168. 



- 344 — 

des relig"ieux, il fit rompre le pont rétabli sur le Loiret, 
et répara le fort construit pour garder la route. Ces 
travaux de fortification furent inutiles; car Henri IV, 
ne voulant pas s'exposer à perdre beaucoup de monde 
pour les forcer, préféra les tourner. Il descendit plus 
bas dans la Sologne et alla passer la Loire à Jargeau, 
d'où il se dirigea vers Paris (1). 

L'état de guerre et d'agitation causé par la Ligue 
dura jusqu'à l'abjuration du roi, en 1593. A cette 
époque seulement, la paix fut complètement rendue 
à rOrléanais et au monastère de Micy. Son abbé et 
ses religieux en profitèrent pour réclamer de la ville 
d'Orléans une indemnité, à raison des notables dom- 
mages qu'ils avaient éprouvés du fait de l'occupation 
de leur couvent par les troupes de la Ligue. Leur 
demande fui reconnue fondée, et la ville condamnée 
à leur payer IfiO écus (2) pour les réparations de leurs 
maisons et édifices claustraux (3). 

Déjà Sacripante T'" Pedocca avait résigné son béné- 
fice de Saint-Mesmin, en faveur de son neveu, du 
même nom que lui. Sacripante II Pedocca, en 1;)89. 

(let abbé obtint, en l.')!)3, l'abolition définitive de 
l'obligation, pour les moines, de venir chanter à la 
cathédrale d'Orléans, le 2 mai, les Matines de Vlit- 
renlion de la sainte Croix. Il y avait chaque année 
des tiraillements au sujet de cette coutume. On avait 
peu à peu consenti à ce (jue les religieux vinssent 

(1) Dareste, Histoire de France, t. IV, p. 428. 

(2) Environ 4,300 francs de notre monnaie. 

(3) Hubert, M. S., i36«, f" 171. 



— 345 — 

seulement cinq ou six, puis trois ou quatre remplir 
cet office. Enfin, vu la diminution constante de leur 
communauté, et après des dispenses sans cesse renou- 
velées, il fut permis aux Augustins de les remplacer, 
(( sans que cela tirât à conséquence » (1). Ainsi cessa 
cette pratique séculaire. 

Pedocca, quoique n'étant pas engag-é dans l'ordre 
ecclésiastique, résidait habituellement à la maison 
abbatiale de Saint-Mesmin. Il venait souvent à Or- 
léans, où il prenait part aux cérémonies publiques, 
dans le rang que lui assignait son titre d'abbé. Le 
2 avril 1593, M. Alleaume, président et lieutenant 
général au bailliage d'Orléans, étant mort, tous les 
corps de la ville assistèrent à ses funérailles. Après 
sa famille en deuil, et sous la conduite de lévèque 
Jean de l'Aubespine, vinrent l'abbé de Saint-Mesmin, 
Sacripante II, le président et le prévôt de la cité, 
suivis des huissiers et ordonnanciers, des échevins, 
capitaines et notables bourgeois (2). 

Vers la fin de l'abbatiat de Pedocca, la grotte du 
dragon, sur la rive droite de la Loire, fut murée et 
disparut pour une durée de trois siècles. Jadis pillée 
par les Northmans, elle avait été délaissée par les 
fidèles. Au xvi'^ siècle, les Protestants, ne trouvant rien 
à y prendre, dévastèrent l'église de La Chapelle- 
Saint-Mesmin, bâtie au-dessus, et y mirent le feu, 
après avoir fait main basse sur les biens que Micy 
possédait de ce coté du lleuve. Les grandes inonda- 

(1) Archives de l'Evôché, Registres capitulaires. 

{'1} Lk Maire, Antiquités de t' Église d'Orléans, p. 283. 



— l^iO — 

lions, survenues à cette époque, avaient profondément 
miné le sol; la sécurité de Téglise se trouvait menacée. 
Quand on voulut remédier à ce dang^er, la grotte, dont 
on avait oublié rillustralion, parut de peu d'impor- 
tance et ne compta pour rien dans les plans de conso- 
lidation tracés par les injiénieurs du ministre Sully. 
On rejeta dans cet antre béant les décombres accu- 
mulés sur la rive : un mur épais et solide protégea le 
coteau et soutint l'église, mais en même temps ferma 
complètement le lieu vénéré oij avaient reposé les os 
des saints fondateurs de Micv. Celte disparition dura 
trois cents ans. A notre siècle seulement fut donnée 
la joie de lendre à la lumière ce sanctuaire que la 
foi de nos pères gaulois et francs a longtemps visité, 
avec une piété et une confiance souvent récompensées 
par d'éclatants miracles. 

Les religieux de Saint- Mesmin. amoindris par 
chaque concordat que faisait un nouvel abbé entrant 
dans son bénéfice, n'étaient plus que huit. Trois rési- 
daient dans les prieurés dont ils étaient titulaires; 
cinq habitaient le monastère. Les cruelles épreuves 
auxquelles ils avaient tant de fois été en butte, l'ab- 
sence d'une autorité ferme et indépendante, et enfin 
leui" prtit nombre même, qui rendait impossible la 
pratique de la plupart de? obsi^rvances claustrales, 
avaient |>eu à peu entraîné cette minime communauté 
dans un tiiste relâchement. La loi de l'obéissance 
n'était plus respectée : chacun allait où il voulait, 
mangeait à son goût el vivait à sa guise. Prières au 
chrpur, ferventes oraisons, mortifications austères, 



— 347 — 

l'essence même de la vie monacale, tout était aban- 
donné, pour faire place à une existence molle, sans 
grandes fautes peut-être, mais sans mérites assuré- 
ment. Bien qu'on ne puisse les accuser d'aucun 
désordre notable, dont on ne trouve pas de trace 
dans les écrits contemporains, ces moines, négligents 
de leur devoirs, scandalisaient les fidèles et se mon- 
traient indignes de leur sublime vocation. 

Leur abbé commendataire, simple laïc, menait une 
vie plus cbrétienne que ces religieux ; il ne pou- 
vait pas voir, sans une tristesse profonde, leur con- 
duite si peu conforme à la sainteté de leur état. Il les 
reprenait souvent et les avertissait que leur manque 
de ferveur les perdrait (Ij. Vains avertissements î Ils 
persistèrent dans leur relâchement, jusqu'au jour où 
se réalisa la menace prophétique de leur supérieur. 

Henri IV, enfin devenu paisible possesseur de la 
couronne, voulut remédier aux maux de l'Église de 
France, oii s'étaient introduits de nombreux abus sous 
les règnes précédents. Kn l.jî)'), on comptait environ 
trente à quarante évèchés sans titulaires et cent vingt 
monastères sans abbés. On voyait des propriétés ecclé- 
siastiques usurpées par des gentilshommes et des ab- 
bayes données à des gens de guerre, à des huguenots, 
à des laïcs, sans aucun titre religieux (•'^i. 

Celle de Saint-Mesmin se trouvait dans ce dernier 
cas. Déjà le roi avait accordé plusieurs édits. j)()iir 
laider à réparer les ravages des dernières guerres et 

(1) Le chanoine Hubeut, M. S , 't^C*^, P' 17'2. 

(2) Darestk. Histoire de France, t. IV, p. lxSO. 



— 348 — 

lui permettre d'aliéner quelques biens, afin de conti- 
nuer la reconstruction de ses édifices (1). En 1598, 
il voulut régulariser la situation de son abbé. Sacri- 
pante II Pédocca fut mis en demeure de résigner son 
bénéfice, ce qu'il fit en échange d'une pension viagère 
que lui paya son successeur (2). 

La commende de Micy étant ainsi devenue vacante, 
Henri IV la transmit à François III de La Rochefou- 
cauld qui, dix ans plus tard, expulsa du monastère 
les disciples dégénérés de saint Benoît, en 1H08, et 
leur substitua les Cisterciens réformés, connus sous 
le nom de Feuillants. 

Les Bénédictins, qui finirent si tristement, après 
avoir longtemps brillé dans la pratique des plus admi- 
rables vertus, avaient occupé l'abbaye de Saint- 
Mesmin pendant 787 ans, de 821 à 1608. 

(1) Archives nationales, G. 8', 120i. 

(2) DoM Yernixac. m. S., .39'4\ f^ 30. 



TROISIÈME PÉRIODE 



LES FEUILLANTS 



CHAPITRE XYI 

Le cardinal de La Rochefoucauld réforme l'abbaye . — 
Résistance des anciens religieux. — Introduction des 
Feuillants. — Leur organisation et vie intérieure. 

(1598-1613) 

François III de La Rochefoucauld, issu d'une branche 
cadette de l'illustre famille de ce nom, était fils de 
Charles P^" de La Rochefoucauld, comte de Randon et 
de Fulvie Pic de la Mirandole, dame d'honneur de la 
reine. Il naquit à Paris, le 8 décembre 1558, el lit de 
brillantes études à Clermont. A quinze ans, il reçut 
en commende l'abbaye de Tournus, (1) une des plus 
riches de France, et celle de Saint-Porcirn. Il n'avait 
encore que vingt-deux ans^ quand Henri III U} 
nomma évêque de Clermont, 1580. Défenseur ardent 
de la foi catholique, il se déclara partisan (h* hi 

{{) Abbaye bénédictine, au diocèse de Chàlon-sur-Saùne. 



- 3r>o — 

Ligno, ot n'connut Henri IV seulement quand ce 
prince eul fait son abjuration. Depuis lors, il le 
servit avec autant de zèle (jue d'intelligence ; il fut, 
pour lui et pour son successeur, Louis XIII, un con- 
seiller éclairé et toujours écouté. 

En Jo98, le roi lui donna encore le monastère de 
Saint-Mesmin, en partie relevé de ses ruines, mais 
dont les religieux étaient peu à peu tombés daïis le 
relâcbement et la négligence des devoirs de leur état. 
Le nouvel abbé était un prélat d'un esprit supérieur 
et d'une vertu austère. Il se distinguait surtout par 
un caractère énergique, qu'aucune difdculté ne faisait 
flécbir. Sans rien livrer an basard, il mûrissait 
sérieusement ses projets, et, une fois qu'il les avait 
arrêtés, il en poursuivait l'exécution jusqu'au bout . 

François III, en prenant possession de son béné- 
iice de Micy, forma la double résolution d'en acliever 
la restauration matérielle, et d'en opérer en même 
temps le relèvement spirituel. Pour réaliser la 
première partie de son dessein, sa liante situation 
dans l'Eglise de France lui procura des secours abon- 
dants, et toutes les autorisations royales dont il eut 
besoin. Le 23 janvier KIOC). il vendit à Antoine de 
Hossy -JHO arpents de bois dans les forêts de 
(^baingy.(l) Les sommes retirées de cette vente, et 
plusieurs autres, lui permirent de terminer à peu 
près entièrement les bâtiments du monastère, le logis 
conventuel cl la maison abbatiale Tous ces édifices, - 

(1) Arcliivfts du Loiret, A.nc\en fonds de Saint-Mesminy 



- 351 — 

refaits à neuf, formèrent un ensemble imposant clans 
leur simplicité digne et commode; ils ne subirent 
plus aucun changement, jusqu'au jour où ils furent 
abattus, après la Révolution, 

L'œuvre de réformation morale fut plus difficile. 
De La Rochefoucauld avait cependant grandement à 
cœur d"y réussir. Son vif sentiment religieux et son 
amour de l'ordre le portaient naturellement à Fentre- 
prendre. Il ne faisait d'ailleurs en cela que se con- 
former aux prescriptions du Concile de Trente. Dans 
ses chapitres de discipline, Tauguste assemblée avait 
renouvelé les anciens règlements touchants les ré- 
formes, et commandé que tous les religieux vivraient 
exactement selon leur règle. Enfin les ordonnances 
royales, conformes aux vues du Concile, avaient 
enjoint aux évêques de rétablir partout l'observance 
monastique suivant les premières institutions. 

D'autre part, les moines de Saint-Mesmin étaient 
accusés par la voix publique d'enfreindre la règle de 
leur Ordre, de mener une vie peu édifiante dans l'oi- 
siveté et les plaisirs mondains, sans plus remplir les 
obligations de leur sainte vocation. L'ignorance et la 
dissipation régnaient là où l'étude, le recueillement 
et la prière auraient seuls dû briller de l'éclat des 
anciens jours. Sans qu'on pût les accuser de fautes 
graves, ils étaient manifestement déchus de la régula- 
rité primitive, et ne gardaient plus guère de religieux 
(jue le nom . 

Le vertueux réformateur essaya d'abord de remé- 
dier à un si grand mal par les voies de la persuasion 



— 352 ^ 

et de la douceur. Il s'ellorra par des lettres, des visites 
et de pressantes exhortations, de faire rentrer les 
moines dans le sentiment de leur devoir et la pra- 
tique exacte de la vie claustrale. 

Efforts inutiles. Les derniers Bénédictins lui oppo- 
sèrent une résistance d'autant plus difficile à vaincre 
tju'elle paraissait plus modérée dans sa forme. Ils 
recevaient ses avis, écoutaient ses conseils, subis- 
saient même ses menaces, sans tenir compte de rien, 
incorrigibles dans l'indolence oii ils vivaient, et bien 
résolus à n'en pas sortir (i). 

Plusieurs années se passèrent ainsi, en luttes sté- 
riles, jusqu'en itiO". François III jugea alors que sa 
longue patience devait avoir un terme, et qu'il fallait 
mettre fin à ce scandale public. 

Deux moyens s'oflVaient à lui, pour atteindre son 
but : maintenir les anciens moines dans Tabbaye, en 
leur adjoignant des religieux réformés, qui peu à peu, 
par suit»' de la disparition des premiers, eussent pro- 
duit une nouvelle communauté : ou bien faire sortir 
les Bénédictins, même de force, s'il le fallait, et leur 
substituer d'autres religieux, sur la ferveur desquels 
on pouvait compter. 

Le premier procédé était plus régulier ; mais il 
eût entraîné des longueurs, des luttes intérieures et 
peut-être de vives contestations, qui eussent fini par 
compromettre le succès de l'entreprise. Le second 
était moins correct au point de vue juridique, parce 
qu'il méconnaissait le droit (ju'avaient les moines de 

(1) HuBKRT, M. S., 436*, fo 173. 



— 353 — 

rester au monastère où ils avaient fait leur profession 
religieuse et leur vœu de stabilité ; mais il était 
plus expéditif ; il assurait une réforme complète et 
immédiate. 

C'est ce dernier parti qu'adopta François de La 
Rochefoucauld. Sur de Tappui du roi, il en prépara 
l'exécution sans délai. 

Depuis peu d'années s'était formée dans le Midi 
une nouvelle congrégation qui édifiait la France 
entière par l'austérité de vie de ses religieux et Péclat 
de leurs vertus. C'était la congrégation des Cister- 
ciens réformés, sous le nom de Feidllants, fondée 
en 1583, au monastère de Feuillant, près Toulouse, 
par Jean de la Barrière. D'abord abbé commenda- 
taire de cette maison, il se convertit ensuite et en 
devint un des plus fervents religieux. Il entreprit 
alors de réformer ses frères ; et il y parvint après de 
grandes difficultés, qui ne servirent qu'à relever son 
mérite. Son humilité et sa piété vainquirent toutes 
les résistances ; de nombreux disciples se rangèrent 
bientôt sous sa conduite. Lrurs austérités étaient 
effrayantes. Ils portaient la haire sur leur chair nue, 
se donnaient souvent la discipline, allaient tète et 
pieds nus, dormaient tout vêtus sur des planches, 
et prenaient leurs repas à genoux sur le sol, dans de 
grossiers plats de terre. Ils ne buvaient pas de vin, 
et se contentaient d'une soupe faite d'herbos cuites à 
l'eau, et de pain d'orge pétri avec le sou. Après les 
exercices religieux, ils travaillaient de leurs mains à 
la terre, et à divers métiers, [)Our gagner leur vie et 
éviter l'oisiveté qui est la ruine des âmes. 



— 3oi — 

Le nombre des Feuillants augmenta avec leur 
ferveur : ils furent bientôt 1 i(l à l'abbaye de leur 
oi'ig-ine. Jean de la barrière lit approuver sa réforme 
par le pape Sixte V, en lo8(). Lu peu de temps, ce 
nouvel ordre excita un enthousiasme général dans le 
monde chrétien. Sixte \' appela plusieurs de ses 
membres à Rome, pour y fonder im monastère, en 
l')87 . L'année suivante. Henri III les fit venir à Paris. 
Ils y arrivèrent au nombre de iO, et s'v ét;d)lirenl 
dans leur couvent de la rue Saint-llonoré, où ils 
édifièrent toute la ville par le spectacle de leur vie 
surhumaine. 

L'abbé de La Rochefoucauld partagea Tadmiration 
commune pour des religieux si parfaits : il résolut 
de les installer à Saint-Mesmin. en la place des Béné- 
dictins dégénérés, et enticprit aussitôt les démarches 
nécessaires. Nommé cardinal parle pape Paul \', en 
l()l)7, en récompense de ses grands mérites, il se 
rendit à Rome pour y recevoir les insignes de sa 
dignité. Le pape, informé de son projet de réforma- 
tion, l'approuva hautement. Lui-même appréciait les 
vertus des Feuillants, établis sous ses yeux, à Rome. 
Il lui donna donc un bief pontifical, rédigé, sur ses 
propres indications, en termes très sévères pour les 
anciens moines, par lequel il l'autorisait à lesex()ulser 
de Micy, et à metti'e les Feuillants en leur place. 

Ce bref adressé, selon l'usage, à révécjue diocésain, 
alors Gabriel de TAubespine, s'exprime en ces termes : 
" Il est de noire devoir d'agir sé\èrement envers les 
religieux <pii mènent une vie mauvaise, (juaiid il n'y 



•j v; V 
ODD 

a aucun espoir de les corrig-er, de peur que leurs 
exemples ne détournent les autres de la vraie piété, 
et ne refroidissent la foi de plusieurs. Nous avons 
donc appriS;, non sans une vive douleur d'àme, par 
le rapport qui nous a été fait de la part du roi de 
France Henri, et de notre fils spirituel de La Roche- 
foucauld, perpétuel abbé coinmendataire de Saint- 
Mesmin, que les moines-profès de cette abbaye, (jui 
sont au nombre de iiuit, dont trois desservent des 
prieurés de ladite maison, se sont g-ravement écartés 
de la voie de leur Institut régulier, vivant dans l'igno- 
rance et se plongeant dans le désordre au point de 
scandaliser le peuple de Pillustre cité d'Orléans, voi- 
sine de leur établissement, et qui est comptée parmi 
les plus nobles villes du royaume de France. En 
outre, ledit monastère, fondé par Clovis, le premier 
roi de France qui ait embrassé la foi catholique, et 
entretenu somptueusement par la piété des princes, ses 
successeurs, ayant été ruiné parles dernières guerres, 
ne peut être relevé, et la discipline ne peut y être 
rétablie que si on y introduit des hommes nouveaux, 
vrais et sincères religieux. Aussi, nous voulons y 
mettre les Cisterciens réformés, dits Feuillants, qui, 
par leur bonne renommée_, par leur talent de prédica- 
tion et l'austérité de leur vie. brillent parmi tous les 
autres religieux. La vue <le leur conduite sainte lou- 
chera les fidèles qui seront portés à leur donnei- géné- 
reusement des aumônes pour relever lein- nmnastère. 
C'est pourcjuoi, accédant au désii' du roi r\ de l'abbé 
de La Rochefoucauld, nous vous mandons de su[)pri- 



— 356 — 

mer à toujours et d'éteindre toute existence de 
rOrdre bénédictin en ce lieu, ainsi que la mense con- 
ventuelle, et de remettre aux dits religieux Feuil- 
lants l'église et ses ornements, avec toutes les choses 
sacrées et profanes^ les logis du monastère, la mense 
conventuelle, tous ses biens tant de ville que de cam- 
pagne, ainsi que leurs droits et dépendances, pour 
qu'il y ait au moins douze religieux, lesquels, sous 
ia direction d'un prieur claustral, y vivront confor- 
mément à leur règle et édifieront le peuple chrétien 
par la piété de leur vie. Quant aux religieux actuels 
de ladite maison, nous vous chargeons de les trans- 
férer dans d'autres couvents de leur Ordre, avec une 
pension, qui sera prise sur les revenus de celui de 
Saint-Mesinin. Donné à Tusculum. sous l'anneau du 
pécheur, le douze octobre i()07, la troisième année 
de notre pontificat » (1 ) . 

Muni de ce bref, le cardinal revint en France, pour 
en presser l'exécution. A Paris, il entra en négocia- 
tions avec dom Fran(;ois de Sainte-Madeleine, provin- 
cial, et dom Delarue de Sainte-Catherine, supérieur 
général de l'Ordre. Il en oblint douze l'eligieux pour 
Sainl-Mesmin, et établit aussitôt un concordat réglani 
les situations respectives de l'abbé et des moines, et 
fixant la part de revenus qu'il leur attribuait, pour 
leur entrelien, le 1'' août 10U8. En môme temps, il 
lit auprès du roi les démarches nécessaires. Henri IV 
l'estimait giandemenl. et encourageait ses projets. Il 

(1) Bibliothèque Nationale, M. S., 10U90, 1° 6. 



— 357 — 

lui octroya deux lettres patentes adressées, Tune à 
l'évêque, le 18 juillet, et l'autre au bailli d'Orléans, 
le 14 août 1608, leur enjoignant de prendre les 
mesures utiles pour mettre hors de Micy les anciens 
religieux, et y installer les nouveaux, (i) 

Quand les Bénédictins furent sommés de sortir de 
leur monastère, ils refusèrent énergiquement et pro- 
testèrent contre leur expulsion, par une résistance 
opiniâtre. 11 s'ensuivit une longue lutte où ils dé- 
ployèrent toutes les ressources de leur esprit d'op- 
position; ils furent même un moment sur le point de 
faire triompher ce qu'ils appelaient la justice de leur 
cause. 

Tout d'abord, sans sortir de leur couvent, ils en 
appelèrent comme d'abus au Parlement de Paris. Le 
roi délégua M. de Marcillac, gouverneur du duché 
d'Orléans, pour faire une enquête. Celui-ci se trans- 
porta à Saint-Mesmin où il fit comparaître en sa pré- 
sence toutes les personnes intéressées dans l'affaire, 
les interrogea et consigna leurs réponses dans un 
long procès-verbal (2). Il contient en résumé ce qui 
suit : 

Dom César Guillaume, prieur de Micy, répondit : 
(( Dans ce ({ui s'est passé à Rome, il y a eu surprise 
(lu pape et grande exagération dans les torts qui nous 
sont imputés. Vai voici la meilleure preuve : si nous 
étions aussi coupables qu'on le dit, on nous aurait 
arrêtés et jetés en prison sans miséricorde. Au con- 

(1) Bibliothèque nationale, M. S., lUJDO, f° 14. 
{2} Bibliothèque nationale, M. S., KH):»!, f- S. 



— :J58 — 

traire, on nous ordonne simplement de sortir du 
monastère, où nous avons fait vœu de stabilité, sans 
nous infliger aucun châtiment, mais en nous offrant 
des pensions. Le cardinal veut me donner le prieuré 
de Saint-André de la Flèche, et assigne une rente 
viagère à mes frères. S'il y a abus dans notre conduite, 
qu'on procède à notre égard par une réformalion 
canonique, mais non par une expulsion illégale. » 

Dom Nicolas Chartier, aumônier et prieur de Saint- 
Marceau, dit qu'il ne résidait pas dans son prieuré, 
parce qu'il n'était pas habitable, n'ayant pas été 
reconstruit depuis les guerres protestantes et grevé 
de procès. Néanmoins, ne voulant pas déshonorer 
l'habit religieux, ni sa famille, il avait toujours mené 
une vie régulière, comme l'attestaient les certificats 
de bonne vie et mœurs à lui décernés par les Iiabi- 
lanls du Portereau : il ajoutait que les termes du 
rescrit papal leur étaient gravement préjudiciables 
par l'exagération de leurs reproches. 

Les autres Bénédictins parlèrent de même, et tous 
demandèrent des délais pour établir pleinement leur 
justification. 

il ressort de ces réponses, auxquelles ne fut oppo- 
sée aucune réfutation, que le plus grand crime de ces 
moines était leur résistance à la volonté de leur puis- 
sant supérieur. Le cardinal de La Rochefoucauld ne 
tint pas compte de leurs réclamations; il poursuivit 
la réalisation de son dessein avec cette force tranquille 
(pli ne connaît, pas plus qu'elle ne souflVe, d'opposition. 
L'évéque d'Orléans, chargé de l'exécution du bref de 



~ 359 — 

Paul V, fixa de 200 à 300 livres la pension allouée à 
chacun d'eux, plus 12 à 30 livres d'indemnité de 
déménagement; il leur assigna comme lieu de rési- 
dence le monastère de Bonne-Nouvelle, à Orléans (1). 
Puis les agents de M. de Marcillac, parent de l'abbé 
de La Rochefoucauld, leur intimèrent l'ordre de sor- 
tir sur le champ de Saint-Mesmin. Il n'y avait plus 
à résister. Les Bénédictins cédèrent à la force ; ils 
abandonnèrent Micy, mais n'allèrent pas à Bonne- 
Nouvelle. 

On put alors procéder à l'installation des Feuillants. 
Le 10 décembre 1608, ils furent mis solennellement 
en possession réelle, actuelle et corporelle de l'abbaye, 
avec ses revenus et dépendances, par le grand vicaire 
de l'évoque^ assisté de deux chanoines du Chapitre 
de Sainte-Croix. Ces dignitaires leur en firent l'inves- 
titure par la tradition de quelques calices et de divers 
ornements sacrés, par le baiser de l'autel, par l'ou- 
verture des livres, la sonnerie des cloches et la remise 
des clefs. Après quoi les nouveaux religieux furent 
introduits dans le cloître, puis dans la salle destinée 
aux réunions capitulaires, et enfin ramenés proces- 
sionnellement à l'église par la porte principale ; là, 
pour célébrer leur établissement, on chanta Yèpres 
et Complies, suivies du Te Deum (2). 

Procès-verbal fut aussitôt dressé pour garder la 
mémoire de cet événement et enregistrer la substitu- 

(1) Abbaye bénédictine, à Orléans, sur l'emplacement ac- 
tuellement occupée par la Préfecture du Loiret. 

(2) Bililiotlièque nationale, \[. S., 10091, fo 22, 



— 360 — 

tion définitive des disciples de saint Bernard à ceux 
de saint Benoît (1). 

La piété, la discipline et le travail refleurirent enfin 
dans le vieux monastère de Saint-Mesniin, trop long- 
temps déshonoré par Tindifrérence, la mollesse et 
l'oisiveté de ses habitants. 

Afin d'assurer l'existence des Feuillants, le cardi- 
nal (le La Rochefoucauld agit à leur égard avec une 
grande générosité et montra bien , en pourvoyant 
largement à leurs besoins, qu'aucune pensée d'intérêt 
ne l'avait inspiré dans l'aflaire de la réformation. Par 
le concordat conclu avec le provincial, le l^*" août KiOS, 
il convint que Tabbé commendataire n'aurait aucune 
juridiction sur les religieux, ni pour la nomination des 
officiers claustraux, ni pour aucune chose concernant 
la direction intérieure du monastère. Il supprima la 
prévôté et maintint la chévecerie (2) ainsi (jue lan- 
mùnerie [3). A chacune de ces charges, il assigna 
30 livres de rente. 

Comme propriétés foncières, destinées à produire 
les revenus nécessaires à leur entretien, il donna aux 
Feuillants : 

1 . Le bois de Charenne, sur Mézières, du côté de 
la Sologne, d'environ 500 arpents, alfermé 249 livres 
en 1595 et augmenté de 100 livres en 1592, plus 

(1) Bibliothèque nationale, M. S., 12779, fo 317. 

(2) Chevecier ou Trésorier, religieux qui avait la garde 
du trésor de l'église. 

(3) Aumônier, religieux chargé de distribuer les aumônes 
aux pauvres, en argent ou en nature. 



— 361 — 

diverses dîmes et pâtures dans ces bois^ louées 
100 livres en plus ; 

2. Le Moulin-Neuf, celui de la Grande-Roue et 
celui à Bac, sur le Loiret, tous trois affermés moyen- 
nant 47 muids de blé ou 84G livres, à raison de 
18 livres le muid; 

3. Le profit de la pèche du Loiret, affermée moyen- 
nant une quantité déterminée de poisson fourni en 
nature, plus une somme de 130 livres en argent ; 

4. La rente annuelle de 80 poinçons de vin, payée 
par la commune de Chaing-y, en remplacement de la 
dîme supprimée en 1607. L'abbé aura 20 poinçons, 
les moines 60 ; 

5. Sur les domaines de Fourneaux ou ailleurs, 
environ 240 arpents de pré^ quantité suffisante pour 
leur constituer chaque année un rt^venu de 1 ,040 livres 
tournois, lequel fut porté à 1,700 livres par le bail 
de 1612; 

6. A ces biens furent ajoutés quelques vignes de 
l'ancienne mense conventuelle, des cens sur les 
domaines cédés à l'abbé , plusieurs rentes à long 
terme sur des maisons sises à Orléans et à la Chapelle- 
Saint-Mesmin; enfin quelques dîmes sur les paroisses 
de Tigy, de Sigloy^ de Sennely, etc. (l). 

Les Feuillants se trouvèrent ainsi pourvus do 
grandes ressources par la générosité de leur abbé 
commendataire. On pourrait peut-être dire qu'ils le 
furent trop larg(iment ; car, malgré la prescription de 
Paul y, dans sa bulle d'institution, ils ne résidèrent 

(1) Bibliothèque nationale, .\r. S., K H 11)1, f .")'!. 



— 30:> — 

pas longtemps au noml)re de douze dans l'abbaye de 
Micy. Réduits à un cliiirre inférieur à celui-là, d'abord 
liuit ou neuf, puis cinq ou six. ils devinrent d'autant 
plus riches, et purent être tentés de mollesse au sein 
d'une trop grande abondance. 

Restait à résoudre une question délicate. Les 
Bénédictins, en partant, avaient laissé des dettes 
dans le pays. Les bénéficiers précédents percevaient 
presque tous les revenus de Tabbaye ; les moines 
recueillaient ce qu'ils pouvaient sur le reste du bien. 
Soit incurie, soit impuissance, ils n'entretenaient rien, 
et payaient peu. Ils devaient ainsi 2.000 livres, au mo- 
ment de leur départ, dont 210 écus au boulanger et 
200 au boucher. Les Feuillants furent chargés d'ac- 
quitter cette dette jusqu'à concurrence de 1 ,500 livres ; 
l'abbé paya le reste. 

Satisfait d'avoir réalisé son dessein et établi à 
Saint-Mesmin une communauté de vrais religieux, 
fervents et réguliers, le cardinal de La Rochefoucauld 
ne garda pas plus longtemps cette abbaye en com- 
mende. Les nombreux emplois qui lui furent confiés 
ne lui permettaient plus de s'en occuper activemeiit, 
et il la résigna en 100!). Il fut d'abord appelé à l'évè- 
ché de Seiilis, puis nommé président du Conseil 
d'Ltat. et grand aumônier de France. Malgré les 
occupations que lui créaient ces hautes fonctions, il 
trouvait cncoi'c le temps d'écrire des statuts pour les 
prélres. et des mandements pour les fidèles de son 
diocèse, ainsi (ju'iiii traité sur ï Autorité de CEglise 
en ce qui concerne la foi et la religion. En l()2i, il 



- 363 — 

se démit de toutes ses dignités, titres et honneurs, 
gardant seulement Pabbaye de Sainte-Geneviève, où 
il établit la congrégation de ce nom, appelée aussi 
Congrégation de Frayice. Ce prélat éminent con- 
sacra les dernières années de sa vie à la réforme des 
ordres relig-ieux^ dont Grégoire XY et Louis XIII 
l'avaient chargé. Il mourut en 1645, àTàge de 87 ans, 
justement réputé Tun des hommes les plus saints et 
les plus méritants de son siècle. 

Comme nous l'avons dit, c'est en 1609 que Fran- 
çois III de La Rochefoucauld avait résigné la com- 
mende de Saint-Mesmin, en même temps que son 
évèché de Clermont. Il céda ces deux bénéfices à 
Antoine Rose, évèque de Senlis, qui, de son côté, 
s'était démis de son évêché en sa faveur (1). 

A peine cet abbé eut-il été mis en possession, (jue 
les anciens religieux intriguèrent de nouveau pour 
revenir dans le monastère. Au lieu d'entrer au cou- 
vent de Bonne-Nouvelle^ comme ils en avaient reçu 
l'ordre^ ils étaient restés dans le bourg- de Saint- 
Mesmin, où il avaient des amis, hantaient leurs mai- 
sons, et tenaient des propos malveillants contre leurs 
remplaçants. En 1609, ils adressèrent au Parlement 
[le Paris un long; mémoire explicatif, où ils revendi- 
[]uaient leurs droits, et se plaignaient de l'injuste 
spoliation, dont ils se disaient victimes. Appuyée par 
par quelques personnages influents, leur requête fut 
bien accueillie, et la (loiir l'ondit un nrrêt en N'ur 
faveur. Aussitôt ils renlrenl au ujonastère, imi font 

(1) Gallia ('.hhistiaxa, Kccles. Aurel, t. VIII, p. VhMi. 



— 3G1 — 

sortir les Feuillants, du moins en partie, et s'y 
réinstallent en maîtres. Cette situation bizarre dura 
deux années entières, grâce au trouble causé par la 
mort de Henri IV, assassiné vers ce temps. Mais le 
27 mai 1611, sur la plainte des Feuillants, le Conseil 
d'Etat annula l'arrêt du Parlement, et rendit une sen- 
tence définitive. Cet acte résume les motifs des 
appelants, énumère les pièces do ce long- procès, 
confiime la première décision lendue en faveur de la 
réformation, et ordonne la sortie des Bénédictins, 
sans appel (1). 

Cependant ceux-ci opposèrent une telle résistance 
que, deux ans plus tard, Tafifaire n'élait pas encore 
terminée. Enfin, les deux parties, lasses de si longues 
contestations fatigantes pour tous , consentirent 
une dernière transaction, le J 8 juillet KM 3. 

Les Bénédictins dépossédés s'engagèrent solennel- 
lement à ne plus s'autoriser des arrêts obtenus du 
Parlement, à se désister de toute nouvelle poursuite 
dans Tavenir et à quitter Saint-Mesmin pour toujours, 
movennant une augmentation de 225 livres de leur 
pension viagère, plus 900 livres une fois données (2). 
Les Feuillants acceptèrent cet arrangement. Comme 
ils n'avaient pas la somme stipulée, ils fiieiit un 
emprunt pour se la procurer. Ainsi finit, assez triste- 
ment, à prix d'argent, cette longue contestation. 

Un des premiers soins d'Antoine Bose, le nouveau 
bénéficiaire de Micy, fut de faire confirmer par Paul Y 

(1) Arcliives <lu Loiret, casier 7, carton !.'>. 

(2) Bil)liolh. Nation., M. S., 10,0îK). f 17. 



— 365 - 

le concordat de 1608 (1). Quelques désaccords étant 
survenus entre lui et les religieux, en 1610, il soumit 
les points contestés à l'arbitrage de Pierre Foujeu, 
sieur d'Escures, bailli d'Orléans. Il fut convenu d'un 
mutuel consentement qu'on observerait strictement le 
concordat de 1608, que le prieur ne pourrait pas s'at- 
tribuer le titre de supérieur, que les grosses cloches 
seraient à la disposition du seul abbé, et qu'enfin des 
80 poinçons de vin donnés par Chaingy, pour sa dîme, 
20 appartiendraient à l'abbé et 60 aux moines (2). 

L'évêque Rose, pendant son court abbatial, aliéna 
quelques biens pour se procurer les ressources dont 
il avait besoin. Le 2 avril 1611, il vendit à Ducbon, 
seigneur de Mézières, pour 3,000 livres tournois, les 
droits de justice, de censive et de dîme, que le monas- 
tère possédait sur la paroisse de Saint-Avit de Mé- 
zières, ainsi que celui de présentation à la cure de 
ladite paroisse. Il n'excepta que les droits établis sur 
la terre et métairie de Beaulieu, situées au même 
endroit (3). 

Soit qu'Antoine Rose eût excédé ses pouvoirs, soit 
qu'il y eût erreur ou tromperie, cette vente fut entachée 
d'irrégularité. Plusieurs de ses successeurs, Gedoyn 
et Colbert, réclamèrent son annuhition. Ce fut seu- 
lement deux cents ans plus tard, en J784, que l'abbé 
de Rastignac parvint à faire rentrer l'abbaye dans ses 
droits indûment aliénés (4). 

(1) DoM Verninag, m. s. 304, fo 29. 

(2) Archives du Loiret, Fonds de Saint-Mesmi)i, ancienne 
cote 5. 

(3) Archives nationiiles, (i. 8 ', 2,619, n^ 2'i;3. 

(4) Arcliives nationales, (J. Si, 2.011), n'» ''«•41. 



— :u»6 - 

L'abbé Rose ne conserva pas longtemps sa com- 
mende. Il mourut le 4 janvier 1()13, Tannée même où, 
par leur arrangement délinitif avec les derniers Béné- 
dictins, les Feuillants restèrent paisibles possesseurs 
du monastère de Micy. Désormais, l'antique Institution 
fondée par Saint-Mesmin pourra vivre encore près 
de deux siècles, dune existence moins glorieuse peut- 
être que par le passé, mais aussi moins agitée et qui 
ne fut pas sans utilité et sans mérites. Elle continuera 
sa longue carrière, jusqu'au jour de sa suppression, 
dans le recueillement, la prière, l'étude et l'exercice 
de la charité. C'est aux disciples réformés de saint 
Bernard, aux Feuillants, qu'elle fut redevable de cette 
édifiante situation. Aussi est-il nécessaire d'exposer 
ici ce qu'étaient ces religieux, leur organisation et le 
principe de leur ferveur persévérante. 

Ce qui avait conduit les Bénédictins, par un abaisse- 
ment progressif, jusqu'à une iiiine inévitable, celait 
l'isolement. Leurs monastères n'étaient reliés les uns 
aux autres par aucun lien étroit, n'étaient régis par 
aucune autorité supérieure, ni aucun mode commun 
et uniforme de gouvernement. Leur indépendance les 
eût perdus, si l'Eglise, dans sa sagesse, ne les avait, 
pour ainsi dire, réunis de force par la décision prise 
à b'ur égard au Concile de Trente. Elle les assembla 
en congrégations, dont l'action |)lus complète, plus 
puissante et mieux dirigée, sauva TOrdre bénédictin 
entier, près de s'éteindre. 

On appelait congrcgafion y au xvii'' siècle, une 
société formée de plusieurs monastères, ne faisant 



— 367 -^ 

qu'un seul corps, soumise à une même règle et gou- 
vernée par un supérieur commun élu dans une assem- 
blée générale qui se tenait de temps en temps, pour 
faire cette élection et pourvoir à tout ce qui pouvait 
maintenir la piété et la régularité. 

La congrégation des Feuillants fut un des premiers 
et meilleurs fruits de la mesure prise par le Concile 
de Trente. Nous avons rapporté son institution au 
commencement de ce chapitre. Quant à son organisa- 
tion, elle était simple et forte tout à la fois. Les cons- 
titutions fondamentales, rédigées par six religieux 
éclairés, furent présentées au Chapitre général de 15î)o, 
qui les approuva, puis imprimées à Rome, où elles 
reçurent également l'approbation de Clément VMIL 
Elles plaçaient à la tète du nouvel Ordre un supé- 
rieur général, élu pour trois ans, par fous les prieurs 
réunis. Ce supérieur devenait abbé du monastère de 
Feuillant, près Toulouse, érigé ainsi en chef d'ordre, 
en faveur duquel Henri lY céda pour toujours son 
droit de nomination. 

Afin de lier les maisons feuillantines par lunilé 
des mêmes observances et par une forte hiérarchie, 
les constitutions établirent une sorte de tribunal su- 
prême, appelé chapitre général, composé de la réu- 
nion de tous les prieurs, sous la présidence de l'abbé 
de Feuillant. Il traitait de tous les grands intérêts de 
la (compagnie et prenait des décisions dans les affaires 
importantes qui lui étaient soumises. 11 nommait. [)our 
trois ans, le supérieur, ainsi que tous les prieurs des 
diverses maisons, dont 1rs jjouvoirs étaient limités à 



— 368 — 

une pareille durée. Des visites fréquentes, faites avec 
un soin minutieux par le supérieur général, mainte- 
naient l'unité de direction, la ferveur spirituelle et le 
bon ordre dans l'administration de chaque commu- 
nauté (1). 

La vie intérieure et les observances régulières de 
la vie monastique furent définitivement réglées au 
Cliapitre-général de 1G34. Déjà, dès 1595, on avait 
apporté de grands adoucissements aux austérités 
excessives pratiquées par Jean de la Barrière et ses 
premiers compagnons. Elles étaient trop dures pour 
la faiblesse humaine, et avaient, à l'origine de la 
réformation, causé la mort de nombreux religieux. 

L'habit des Feuillants consistait en une robe ou 
coule blanche, (2) sans scapujaire, avec un grand 
capuce de la même couleur, se terminant en rond par 
devant, jusqu'à la ceinture, et en pointe par derrière, 
jusqu'au milieu de la jambe. Leur robe en laine était 
serrée par une ceinture d'étoffe pareille ; ils n'avaient 
point d'habillement particulier pour le chœur. Ils pou- 
vaient porter des cbapeaux pour sortir ; à la n)aison, 
ils chaussaient des sandales de bois, et des souliers 
seulement (juand ils allaient on route. 

Leur nourriture était fort pauvre et austère, puis- 
qu'ils faisaient une abstinence perpétuelle. Leur règle 

(1) Hét.îot, Histoire des Ordres religieux, t. II, p. 2(5.'), 
édition Migne. 

(2) De lii, le nom de moines bla?^cs^ «{u'on leur donna <lan>; 
notre pays, par opposition aux moines noirs, qni «'taient les 
Bénédictins. 



— 369 — 

leur permettait l'usage des œufs, du poisson, du 
beurre^ de l'huile et du vin ; ils devaient seulement 
s'abstenir d'oeufs et de poisson les mercredis et ven- 
dredis de chaque semaine. Les jours de jeune de 
l'Eglise, en avent et en carême, ils ne pouvaient ni 
boire de vin, ni user de laitage. Outre les jeûnes 
ecclésiastiques, ils avaient encore les jeûnes de règle 
tous les mercredis et vendredis, et depuis l'Exaltation 
de la Sainte-Croix jusqu'à Pâques. 

Les prêtres et les clercs devaient tour à tour servir 
à la cuisine, et n'employaient que de la vaisselle de 
terre grossière. Ils couchaient tout vêtus dans des 
cellules, et dormaient sur des paillasses piquées, avec 
une ou deux couvertures, selon las'aison. 

Chaque nuit, ils se levaient à deux heures pour 
dire Matines. Ils récitaient les autres parties de l'Office 
aux heures convenables, qui se conciliaient le mieux 
au temps de l'année, et à leur genre de travail. Les 
heures laissées libres parles exercices religieux étaient 
remplies, par diverses occupations; car les moines ne 
devaient jamais demeurer oisifs. Les uns s'employaient 
aux ouvrages matériels, à la culture du jardin, aux 
métiers utiles pour l'entretien et les réparations de 
la maison. D'autres s'adonnaient à l'étude, à la 
littérature, à la composition de savants écrits. Nous 
rencontrerons, dans la suite de ce récit, plusieurs 
Feuillants de Saint-Mesmin qui se sont distingués 
dans ces travaux. Enfin, ils exerçaient aussi le minis- 
tère pastoral, avec un grand talent, et souvent avec 
beaucoup de fruit ; ils prêcliaient dtis sermons aux 



- H"0 - 

letes de Tannée, faisaient des retraites, et donnaient 
des missions dans les villes et les campagnes, prêtant 
ainsi au clergé paroissial une aide efficace. 

En entrant dans la congrégation, les Feuillants 
quittaient leur nom de famille pour prendre celui 
d'un saint, ajouté à leur nom de baptême; dom Jean 
de la liarrière, leur fondateur, s'appela dom Jean de 
Saint-Henoît; dom Jean Gualleron, premier supérieur 
général, dom Jean de Saint-Jérome; le premier abbé 
triennal régulier fut dom Jean de Saint-Maurice ; 
celui qui installa ses religieux à Micy fut dom Dela- 
rue de Sainte-Catberine, et le prieur claustral dom 
Jean de Saint-François (1). 

Telles étaient 'les constitutions du nouvel Ordre 
réformé. Introduites a Saint-Mesmin et fidèlement 
observées, elles y firent relleurir la vertu dans la 
régularité claustrale. L'abbaye ne vit plus les scan- 
dales qui, à plusieurs reprises, avaient atlristé son 
bistoire dans les temps passés. Les deux derniers 
-siècles de son existence s'écoulèrent paisible el édi- 
fiants. File n'aura plus cette large influence, ces 
nombreux moines, Li ces grandes œuvres accomplies 
au moyen âge. Les conditions sociales sont cban- 
gées. Mais la petite communauté feuillantine de Micy 
n'en fera pas moins du bien, dans sa vie humble el 
pieuse. Le narrateur aura désormais peu de faits 
considérables h raconter : des procès pour défendre 
ses droits, les visites des supérieurs généraux, quel- 

(1) Héuot, Histoire drs Ordres rclipieu.r, t. lî. p. 270, 
«édition Migne. 



— 31] — 

ques dissentiments avec les abbés-commendataires_, 
des actes de charité, des changements dans l'admi- 
nistration de la maison ; tels sont les actes qui vont 
se dérouler devant nos yeux^ et qu'il convient cepen- 
dant de relever, pour compléter cette étude monas- 
tique et conduire jusqu'à sa dernière heure cette 
Institution, jadis si grande, dont nous avons vu la 
naissance et suivi la trace, à travers les âges, avec un 
pieux intérêt. 



— 37-2 — 



CHAPITRE XVII 

DANIEL ET CHARLES DE VASSAN, GEDOYN, ABBÉS COMMENDA- 

TAIRES ; LEURS VERTUS. ÉTAT PAISIBLE DE l'aBBAYE. 

AFFAIRES diverses; SOIN DE LA BIBLIOTHÈQUE : SÉJOUR A 

l'alleu; les donats: la grande aumône. — le p. andré 
et balzac. contestations et procès. 

(16ia-1692) 

Après qu'Antoine Rose fut mort, deux frères, 
d'une ancienne et noble famille, Daniel et Charles de 
Vassan, occupèrent successivement le siège abbatial 
de Saint-Mesmin. Ces abbés se montrèrent constam- 
meiil bienveillants à l'égard des religieux et vécurent 
avec eux dans une cordiale entente et une mutuelle 
édification. 

Le premier, Daniel de Vassan, était fils de Zacharie 
de Vassan, vicomte de Daubilly. en Champagne, et 
seigneur de Puiseux, en Valois, et de Madeleine 
Féret (1). Il avait les titres de Conseiller et d'Aumù- 
nier du roi, quand il fut pourvu de la Commende de 
Micy. Il reçut ses bulles de provision de Paul V, 
en Hr\'A. 

Homme actif et prudent. Daniel de Vassan accrut 
la prospérité de son bénéfice par son liabile adminis- 
tration. L'église conveiihiolle, bàlie un peu à la bàle, 

(1) Lé Maire, Antiquités d'Orléans, p. 87. 



— 373 — 

à la suite des guerres de religion, et dans des propor- 
tions restreintes, qu'avait fait adopter la pauvreté des 
moines, parut trop modeste et trop étroite, quand 
leur fortune fut redevenue plus florissante. Sans la 
reconstruire entièrement, on résolut de lui donner 
un notable agrandissement en lui adjoignant deux 
nefs collatérales. L'exécution de ce travail fut confiée 
à Jean Bouthibon, maître maçon, à Orléans, le 22 jan- 
vier 1626. Il s'engagea à livrer l'église entièrement 
terminée, et en bon état, le jour de Saint-Micbel 
suivant, 29 septembre, moyennant une somme de 
28,000 livres^ payable en 6 ans. Il ne l'acheva cepen- 
dant que six mois plus tard, le 26 avril 1627. Quand 
il s'agit de vérifier son ouvrage, l'abbé refusa de le 
recevoir; la couverture était trop légère et mauvaise, 
à dire d'experts. Bouthibon fut condamné à la refaire 
entièrement, à ses dépens, travail (jui fut accompli 
par Jean Testu, couvreur ordinaire du monastère, et 
accepté le 18 juin 1627 (1). 

Pour payer la somme considérable que coûta cette 
construction, on eut recours à divers moyens. L'abbé 
de Yassan donna 1,000 livres sur sa fortune person- 
nelle (2). Puis, le prieur claustral adressa une lettre 
circulaire aux curés et habitants des paroisses dépon- 
dant du monastère, pour solliciter une contribution 
proportionnée à leurs ressources. Tous envoyèrent 
leur offrande. La petite paroisse de Saint-Nicolas- 
Saint-Mesmin, sur laquelle s'élevait Micy, donna 

(1) Bibliothèque d'Orléans, Hubert, M. S., iSC^, T- 'u. 

(2) Archives du Loiret, cote 27 F, N. 3. 

25 



— 37i — 

47 livres, qui lurent consacrées au paiement dune 
partie de la couverture (1). Quelques aumônes, des 
économies réalisées sur les dépenses ordinaires 
finirent de payer l'église, dans les délais convenus. 
Pour compléter l'ensemble de cette œuvre, on plaça 
des lambris de cbéne sur les murailles intérieures ; 
les nouvelles nefs furent pavées en belles dalles de 
pierre, d'un appareil régulier, en 1(336; et enfin on 
éleva, sur le pignon méridional de la grande nef, un 
petit clocber en charpente, recouvert d'ardoises et 
destiné à contenir deux petites cloches pour sonner 
les messes en semaine, les Angélus et les exercices 
journaliers des moines [2). Cette dernière construc- 
tion coûta 700 livres, y compris la suspension des 
cloches. Tous ces travaux furent exécutés du consen- 
tement et avec l'aide de l'abbé. 

Le même prieur lit dresser, vers ce temps, un 
inventaire exact des titres et papiers concernant le 
revenu total de la mense conventuelle de Saint-Mes- 
min, tel (ju'il se percevait en 1025. Ce relevé impor- 
tant fut écrit en deux exemplaires encore existants, 
l'un à la HibHothè(jU(? nationale^ à Paris (^3), l'autre 
aux Archives du Loiret, à Orléans (4). Il suffira de 
dire ici que celte mense productive du revenu destiné 

(1) Archives du Loiret, Registres capHulaires des Feuil- 
lants, année 16'27. 

(2) On aperçoit ce petit clocher, à droite du grand, sur le 
dessin de M. Desfriches, reproduit en tête de cette Histoire. 

(3j Bibliothèque nationale, M. S., 8778. 
('i) Archives du Loiret, Ancien fonds de !Saint-Mesmiy\^ 
cote 5. 



— 375 — 

à pourvoir à Tentretien et à la nourriture des moines, 
comprenait une partie de l'enclos même du monas- 
tère, les métairies de l'Ardoux et de Foullon, la dîme 
de Chaing-y transformée en une redevance de 60 poin- 
çons de vin, les dîmes de Tig-y, de Sennely, de Saint- 
Nicolas, des terres labourables, prés, vignes et bois, 
quatre moulins, plusieurs maisons, tant à Orléans 
qu'à Saint-Mesmin, des droits de pèche, de patronat, 
et enfin des fondations de messes et de services reli- 
gieux. 

G^est, à peu de choses près, ce que le cardinal de 
la Rochefoucauld avait concédé aux premiers Feuil- 
lants par le concordat de 1608. 

Un autre inventaire, d'un genre différent, plus 
intéressant peut-être, fut encore composé à la même 
époque. Les religieux de Notre-Dame de la Celle, en 
Brie (1), avaient demandé à ceux de Micv de leur 
prêter quelques livres. Ceux-ci acquiescèrent à leur 
prière; mais avant d'en envoyer, ils voulurent faire 
le catalogue complet de ceux qui remplissaient leur 
bibliothèque. Ils s'élevaient déjà au nombre de quatre 
ou cinq mille volumes. Accroissement merveilleux, 
après la destruction complète de Tancienne collection 
littéraire de Micy. par les Huguenots, moins d'un 
siècle auparavant! C'est que les Feuillants aimaient 
passionnément les livres, instruments indispensables 
d'études sérieuses. Ils consacraient chaque année 
une partie de leurs ressources disponibles à en acqué- 
rir de nouveaux et prenaient grand soin à les con- 

(1) Abbaye bénédictine, au diocèse de Meaiix. 



- 376 — 

server. Les Constitutions de leur Ordre leur prescri- 
vaient de veiller attentivement sur les imprimés et 
sur les manuscrits. « Ces derniers devaient être tenus 
sous clef et on ne pouvait les lire qu'avec la permis- 
sion expresse du supérieur (1). > 

Malheureusement, le catalogue de 162.j a disparu^ 
et avec lui, presque tous les ouvrages de ce riche 
dépôt. Il en reste un petit nombre seulement, échap- 
pés aux Vandales de la Révolution, que conserve la 
Bibliothèque publique d'Orléans. Plusieurs, reliés en 
beau parchemin blanc, portent, sur les deux plats, le 
le sceau de l'abbaye qui indique leur origine. Ce 
sceau (2), adopté par les Feuillants de Micy, est ovale, 
de 0"'()57 millimètres de hauteur et de 0'" 040 milli- 
mètres de largeur. L'écusson est celui de Saint- 
Mesmin : cTazu)' au sautoir de gueules chargé de 
cinq étoiles d^or ; il est cantonné à dextre, à senestre 
et en pointe de trois fl«nirs de lys d'argent; en chef 
s'étend une guiilande de feuillage, avec une rose au 
milieu. Sur le pourtour, on lit ces mots, en latin : 
sceau du 7nonastère royal de iSaint-MesmiJi de Miaj; 
sur d'antres, il y a cette variante: sceau du ynonastère 
royal desFeuillants de Saint-Mesmin (3). 

On croit que ce catalogue littéraire, de 162;), fut 
dressé par doin Jean de Saint-Martin . religieux de 
Micy, où il séjourna longtemps. Moine fort instruit et 

(1) Consliluiio7ics Congregalionis: />. Marur Fulicnsis, 
Pnrisis, l(l>7, j). {V2. 

(2) Bihliollièque d'Orléans, M. S., E. 3i46 et E. il3. 

(3) Voir la gravure de ces armoiries. 



— 377 — 

chercheur infatigable, il était passionné pour l'histoire 
de son abbaye. Il recueillit tous les souvenirs, tradi- 
tions, textes et titres qu'il put retrouver, et en com- 
posa deux ouvrages, restés manuscrits. Dans le pre- 
mier, intitulé le Sanctorale , il raconte la vie de 
tous les personnages, ayant vécu à Saint-Mesmin, qui 
furent honorés du titre de saints. Le second, beaucoup 
plus considérable et divisé eu cinq livres, s'appelle le 




Sceau des Feuillants. 

Promptuarium miciacense ; il y rapporte une foule 
de faits, de noms d'abbés, de chartes anciennes, de 
paroles et de choses concernant son monastère et la 
ville d'Orléans (1). Par malheur, ces sortes de «:hro- 
niques, composées en latin, sont dilluses, remplies de 
digressions et de longueurs ; on y trouve peu d'ordre 

(1) Gallia ClHHisTiANA, EccUs. AurcL, t. Mil, [). 1Ô27. 



— 378 — 

méthodique. Comme, d'autre part, elles sont d'une 
écriture très fine, irrégulière et pâlie par le temps, 
leur étude en est fort difficile. Il y a là cependant 
une mine précieuse, oii de patients érudits pourraient 
recueillir une moisson abondante de documents à peu 
près inconnus (1). 

A mesure que les Feuillants se trouvaient en pos- 
session de quelques sommes importantes, ils les 
employaient à dégager les biens aliénés pour payei' 
les subventions frappées par le roi sur le Clergé, au 
siècle précédent. Un arrél du Grand Conseil privé, 
du 9 février 1G38, leur permit, d'une manière géné- 
rale, de retirer tous les biens ainsi engagés, chaque 
fois (ju'ils le pourraient, à la charge, pour eux. de 
rembourser tous les frais, dépenses et améliorations(2). 
Ces rachats eurent lieu surtout au faubourg du Por- 
tereau d'Orléans, pour les dépendances du prieuré 
de Saint-Marceau. Des actes nombreux furent faits, 
de d610 à 1040, pour la reconstitution des biens de 
cette cure : titres de rentes et censives, dénombre- 
ment des revenus, baux de location pour les logis, 
terres et bois, retrait des maisons aliénées, restitution 
de biens détournés, règlements de contestations, etc. 
Ces papiers attestent l'activité avec laquelle les Feuil- 
lants s'appliquaient à mettre de l'ordre dans toutes 
ces choses (3). 

M) Ribliotlipquo d'Orlôans. cinq manuscrits non cata- 
logués, 

(2) Archives du Loiret, carton 52, N. 5. 

(3) Arcliives du Loiret, casier 27 F., carton 20. 



- 379 ~ 

Pendant qu'ils s'occupaient du nnonastère de Micy, 
de ses prieurés et domaines, les religieux n'avaient 
garde de négliger leur Alleu d'Orléans, qu'on appe- 
lait alors communément le petit Saint-Mesmin. Ils 
avaient réparé et rendu logeables les bâtiments dévas- 
tés par les Huguenots, à leur première occupation; 
réglise, entièrement démolie à la seconde, avait été 
rebâtie sans recherche architecturale, mais avec la 
décence et l'ornementation simple nécessaires au ser- 
vice divin. Les Feuillants pensèrent qu'un établisse- 
ment dans la ville même leur serait plus avantageux 
que leur isolement à la campagne. Sans vouloir aban- 
donner entièrement leur abbaye, ils résolurent, d'ac- 
cord avec leur abbé, d'installer dans l'Alleu une 
partie de leur communauté. Mais une double diffi- 
culté parut d'abord devoir rendre impossible la réa- 
lisation de ce dessein. 

Plusieurs des bâtiments de TAUeu étaient loués à 
divers locataires par des baux non encore expirés; il 
fallait en obtenir la résiliation. D'autre part, les 
Jésuites, dont le Collège était conligu à l'Alleu, 
faisaient une grande opposition. Ils convoitaient son 
jardin et ses logis pour s'agrandir et voyaient d'un 
mauvais œil un nouveau couvent s'établir à leurs 
côtés. Ils s'efforcèrent d'influencer Tévéque d'Orléans, 
l'abbé môme de Micy et plusieurs personnages puis- 
sants de la ville. Mais les Feuillarits ne cédèrent pas. 
Ils obtinrent, moyennani mie indemnilé dr 70(1 livres, 
la rétrocession des locaux de PAlleu: (juant à Top- 
position des Jésuites, ils passèr«'nt outre, sirnplenieiil. 



— 380 — 

Le jour des Saints-Innocents, 28 décembre 1623, les 
Pères de Saint-Mesmin vinrent prendre possession de 
leur nouvel (''lahlissenient a avec le contentement et 
joie de tout le peuple de la ville (^1) ». Ils y remplirent 
leurs exercices réguliers et rendirent de nombreux 
services au clergé des paroisses par leurs éloquentes 
prédications. 

Cependant cette occupation ne fut pas de longue 
durée. En raison de la double dépense qu'elle occa- 
sionnait, le prieur claustral, en 162.j, rappela à Saint- 
Mesmin ses religieux d'Orléans, laissant à l'Alleu un 
seul prêtre, pour desservir l'église. Quant aux loge- 
ments, une partie lui louée à nouveau, moyennant un 
loyer annuel de 120 livres, au Receveur des gabelles 
d'Orléans et de Beaugency , par bail passé devant 
i>P Boys, notaire, le 4 février 1026. En reconnais- 
sance des services rendus par leur abbé, les religieux 
lui abandonnèrent le reste des logis, savoir : « La 
jouissance d'une cliambre, d'une garde-robe, de deux 
cénacles au-dessus de la cuisine, et de la communauté 
de la cuisine », pour lui servir de pied-à-terre, quand 
il viendrait à Orléans. Plus tard, en 1641. tous ces 
divers logements, restaurés et agrandis, furent loués 
à un seul locataire, les dames de llebers, sur le prix 
de 420 livres par au poui* le tout (2). 

L'abbaye de Saint-Mesmin, comme toutes celles de 
France, avait toujours eu des frères oblats ou donats, 

(1) Archives du Loiret, Registres capituhiires, année i()-23. 
{"2) Archives du Loiret, Registres capUulaires, année lUVl. 



— 381 ~ 

On appelait ainsi des laïcs qui s'offraient à Dieu et 
se donnaient entièrement à un monastère avec leurs 
biens. Ils n'étaient pas des religieux proprement dits, 
mais promettaient solennellement de garder la pau- 
vreté, la chasteté et l'obéissance. Ils portaient une 
robe blanche venant jusqu'à mi-jambe, un scapulaire 
de toile pour le travail et un chapeau avec un man- 
teau, quand ils sortaient. 

Un de ces donats, frère Noël de Saint-Joseph, jadis 
nommé dans le monde Pincepré, fut pris d'étranges 
scrupules, en 1630. Il répétait qu^'il ne pouvait 
plus se sauver dans la vie religieuse, qu'il y per- 
dait son àme ; et, finalement, demanda à sortir du 
monastère, ajoutant qu'il saurait bien en sortir 
seul, si on ne voulait pas le laisser aller. Le père 
pi'ovincial , dom Jean de Saint-François, vint à Micy 
pour faire cesser ce scandale. Il examina Pincepré 
et prononça son exclusion. Devant les frères assem- 
blés en chapitre, il le dépouilla de son habit monacal 
et le renvoya au siècle, pendant qu'on sonnait les 
cloches (1). 

La même année, 26 octobre 1630. un autre donat, 
du nom de Ligier, désira être reçu moine convers. 
Avant de l'admettre, le prieur lui exposa ses obhga- 
tions. Quand il les lui eut bien fait comprendre, il lui 
demanda s'il persistait dans son désir. Ligier répon- 
dit qu'il persistait. 11 fut alors reçu en chapitre rt 
prit le nom de F. Claude de Sainl-Pliilij)pe. Pendant 

(1) Registres capuulaires, unnée lOoU. 



— 38-2 — 

de nombreuses années, il édifia ses frères par sa vie 
simple et fervente (1). 

Un autre acte des registres capitulaires montre avec 
quelle promptitude et sévérité toute faute était punie 
et humblement réparée par le coupable. 

Le frère François de Saint-Denis, rentrant au cou- 
vent, avec une arquebuse cbarg-ée et bandée dans ses 
mains, ajusta par imprudence dom Bartbélemv de 
Saint-Jérùme. ('.elui-ci lui fit observer l'accident qui 
pouvait en résulter, et le meiiaça de le dénoncer au 
prieur (jui ne manquerait pas de le punir. Dom Fran- 
çois en colère répondit qu^. s'il le faisait, il lui sau- 
terait au collet et le punirait lui-même durement. 
Pour ces paroles, le Chapitre enjoij^nit en pénitence 
au coupable de demander, sur la dernière marche du 
grand escalier, pardon audit Barthélémy, en lui bai- 
sant les pieds, de jeûner au pain et à l'eau au ven- 
dredi ensuivant, à genoux au milieu du réfectoire, et 
de dire devant riniaiie du saint patron, le psaume 
miserere mei. Ce qui fut fait (2). 

Les empiétements de voisins injustes ou avides du 
bien d'autrui, furent constamment, dans ces deux 
derniers siècles, cause de procès pour les moines, 
obligés de défendre leurs droits méconnus. M. d'Es- 
cures, d'uiîe grande famille orlôanaise, possédait le 
beau château du Poulil, sur le coteau descendant 
jusqu'au Loiret. Il refusa, en 1(>2*J, de payer aux 
moines de Micy une rente annuelle de 2o sous qu'il 

(D Registres capitulaires, année ITvSÔ. 
(2) Registres capitulaires. année 11)31. 



— 383 — 

leur devait. De plus, il entretenait, malgré eux, de 
nombreux cygnes sur la rivière, où i.ls détruisaient 
le menu poisson. Il comptait sur sa haute situation et 
et ses relations à la Cour. Mais, cité en justice à 
Orléans, il fut condamné, en dépit de tout son crédit, 
à payer la rente, et à supprimer ses cygnes, soit en 
es tuant, soit en les vendant (1). 

Quelques difficultés s'élevèrent aussi entre les 
moines et leur abbé qui prétendait posséder un cer- 
tain droit de pèche dans le Loiret. Ne voulant pas 
aigrir la cause, ils lui permirent, en 1627, de pren- 
dre du poisson dans un espace déterminé de Teau de 
la rivière, et de faire construire une petite maison 
près de leur propre pêcherie: Ils se montrèrent plus 
exigeants au sujet de leurs vignes de Chaingv. 
Daniel de Vassan avait fait démolir, sans leur assenti- 
ment, les pressoir et cellier de ce lieu, puis vendu 
les matériaux à son seul profit. Peu après ces actes, 
il fut obligé de leur procurer un autre cellier, pour y 
déposer les 60 poinçons de vin provenant de leur dîme 
dans ce canton (2). 

L'année suivante, le jour de Saint-André, 20 mai 
1628, les frères, chantant Matines au chœur à l'Iieure 
accoutumée, furent interrompus par les eaux débor- 
dées de la Loire et du Loiret. Les deux rivières, 
ayant réuni leurs flots, avaient envahi le monastère 
subitement. Elles montèrent jusqu'à la hauteur de» 

(!■ Registres capitula ires, ann/'e 1027. 
i*2i Registres cnpilalaires, annôe in28. 



— 381 — 

bancs sur lesquels on s'asseyait dans la salle capilu- 
laire, à environ deux pieds dans le cloître, et ainsi 
partout. Les reli*^ieux durent se réfugier aux étages 
supérieurs où on leur ap[)orta des vivres en bateau, 
tant que dura l'inondation (1). 

A lépoque où Daniel de Yassan était abbé coni- 
mendataire de Saint-Mesmin, plusieurs Feuillants y 
cultivaient les lettres et les sciences avec succès. 
Parmi eux se distinguait doni André de Saint- 
Denis, moine dune intelligence supérieure, qui 
avait sérieusement étudié les auteurs anciens, grecs 
et latins. C'était en Ki^.j. Alors florissait, dans tout 
l'dclat de sa renommée Jean Louis de Balzac, bel 
esprit et liabile écrivain, fort estimé de ses contempo- 
rains. Dans ses Lettres, le meilleur de ses ouvrages, 
ayant sans doute à se plaindre de quelques moines, 
il les avait attaqués, les comparant « aux rats et 
autres animaux iinparfaits qui estaient dans l'ar- 
cbe (2). » Dom André prit fait et cause pour ses 
frères ; il le critiqua, l'accusa de plagiat dans ses 
écrits, et le prouva. De là grande colère, et polémi- 
que ardente de part et d'autre. Le religieux était 
érudit, sa plume mordante, et la réputation littéraire 
du père de ^éloquence frcmçaUe, comme on appe- 
lait alors Balzac, fut un iiistant compromise. La lutte 
se continuait encore, quand Balzac tomba gravement 
malade d'un vomissement de sang. Dom André, 
moine plein de cbarité, déposa aussitôt les armes 

(1) Registres capitulaires, année 1C'28. 

(2) Balzac, Œuvres complètes, t. I, p. lil. 



— 383 — 

Comme il était devenu prieur de Micy, il réunit ses 
frères et les exhorta à joindre leurs prières aux 
siennes, pour demander à Dieu la guérison de son 
antagoniste. Puis, un peu plus tard, ayant appris 
son rétablissement, il lui écrivit une lettre des plus 
courtoises, où il lui en exprimait sa joie. Balzac fut 
touché de ce procédé, et de là data l'amitié très vive 
qui unit ces deux hommes. 

Plus tard, en I60I, dom Pierre de Saint- Jean étant 
prieur, l'écrivain offrit aux religieux de Micy une 
cassolette d'argent, du prix de 400 livres, destinée à 
brûler des parfums devant Tautel de leur église 
a pour marque de l'estime et affection qu'il avait 
pour tout rOrdre des R. P. Feuillants, et en particu- 
lier pour ledit monastère de Saint-Maximin, près 
Orléans, dont le P. André de Saint-Denis, son cher 
ami, fait sa résidence (1) ». L'entretien et fourniture 
de parfums pour la cassolette coûtait 2o livres par 
an. Le donateur assura celte somme par un contrat 
de constitution de rente, rachetahle au capital de 
oOO livres, et pour sûreté de laquelle il consentit une 
hypothèque sur tous ses biens, le 17 janvier if).")! {'2). 

Balzac et dom André restèrent toujours amis ; ils 
échangeaient une correspondance assidue, et corri- 
geaient mutuellement leurs ouvrages. En IGu.j, le 
célèbre écrivain s'éteignit pieusement, entre les bras 
de l'humble religieux. Cette amitié durable succédant 

(1) POLLUCHE, M. s. 401, f<^ 1:27. 

(2) P. NiGERON, Mémoires pour servir à Vhistoire des 
hommes illustres^ t. XXIII, p. 31."). 



— 386 — 

à l'acrimonie de leurs débats, cet oubli des griefs ré- 
ciproques, ne font pas moins l'éloge du moine que 
celui du littérateur. C'est un noble exemple qui 
honore le caractère de chacun d'eux. 

La rente fut fidèlement payée tant que vécut 
Balzac. Après sa mort, il y eut (juehjues retards de la 
part de ses héritiers, puis plusieurs interruptions, 
jusqu'en 1718. Les payements furent versés ensuite 
jusqu'en 1728. pour cesser encore pendant 16 ans. 
Enfin les derniers héritiers de M. de Balzac les re- 
prirent en 1744 (1). Depuis lors, et sans interruption, 
la cassolette, g^age dune pieuse amitié, ne cessa plus 
d'embaumer de ses parfums le sanctuaire de Micy. 

Pendant que ces divers faits se passaient à Saint- 
Mesmin. Daniel de Vassan, tenu par son litre d'abbé 
commendataire en dehors du g-ouvernement intérieur 
du monastère, exerçait de divers côtés l'activité de 
son zèle. Orateur savant et fort goûté des fidèles, il 
faisait de fréquentes prédications dans les églises 
d'Orléans et d'autres villes. Le talent de sa parole, 
non moins que le sentiment de piété répandu sur son 
visage, sa réputation de vie sainte et ses exemples le 
rendaient célèbre, et produisaient les plus heureux 
fruits (2). 

Après 28 ans d'abbatiat, il sentit ses forces dimi- 
nuer, et eut comme un [)ressentiment de sa fin [)ro- 
chaine. Il voulut se détacher entièrement des soins de 

(1) Registres capitulaires, années 1718, 17-28, 1744. 

(2) Le Maire, Familles nobles de VOrléanais, p. 89. 



— 387 — 

ce monde, pour se préparer uniquement, clans la soli- 
tude, à paraître devant Dieu. Il se démit de tous ses 
titres et bénéfices, en faveur de son frère cadet, 
Charles de Vassan, et mourut peu après, en 1643. 

Charles de Vassan était conseiller et aumônier du 
roi, et doyen de l'ég-lise collégiale de Notre-Dame de 
Cléry. D'un âge déjà avancé quand il reçut la com- 
mende de Saint-Mesmin, il y brilla par d'éclatantes 
vertus. Les annalistes Orléanais sont unanimes à 
faire son éloge (1). Sa piété sincère et fervente se 
manifestait par sa tenue à Téglise ; d'une bonté sin- 
gulière envers tous, il ne pouvait voir aucune dou- 
leur sans tâcher de la soulager par l'affabilité de sa 
parole, la sagesse de ses conseils et Tabondance de 
ses aumônes. Dans ses courses à travers la cam- 
pagne, il se plaisait à consoler les paysans dans leurs 
peines et à adoucir les soufTrances des infirmes. 
Véritable père des pauvres et des orphelins, il ven- 
dit sa vaisselle d'or et d'argent pour les nourrir, dans 
un temps de disette. Ce sacrifice n'ayant pas été 
suffisant, il se défit de sa voiture et de ses chevaux, 
« aimant mieux, disait-il, se fatiguer en marchant à 
pied, que voir souffrir ses semblables ». Aussi fut-il 
environné de l'estime populaire, et sa mémoire 
demeura longtemps en bénédiction dans nos contrées. 

A l'égard de ses religieux^ il se montra toujours 
d'une grande douceur et d'une inépuisable généro- 
sité. Aussi ne l'appelèrent-ils jamais que leur bon abbé. 

(1) DoM Verninag, m. s. 39i, « f^ 63; — Hubert, M S. 
43G, * 1" 77; — Le Maire, Antiquités d'Orléans, p. 87. 



— 388 — 

Charles de Vassan eut d'abord à régler quelques 
difficultés survenues au sujet des biens temporels de 
son abbaye. Il obtint, en [(\o2, une transaction entre 
une dame Coulon et les Feuillants, au sujet des mou- 
lins à tan et à papier que ces derniers possédaient 
sur le Loiret. 

L'alFaire de la grande aumône du Jeudi-Saint fut 
plus grave. Ce jour-là, on donnait à tous ceux qui se 
présentaient à la porte du monastère, pauvres ou non. 
une miche entière de pain. Cette coutume entraîna 
de grands abus ; car bientôt on vint en foule, de tous 
côtés, chercher le pain, dont beaucoup n'avaient pas 
besoin ; on finit même par considérer cette donation 
comme une dette, exigible auprès des religieux. Afin 
de mettre de l'ordre dans cette distribution et en 
faire profiter surtout les nécessiteux du pays, les 
Feuillants la supprimèrent dans ce qu'elle avait d'abu- 
sif, en \(}Cy2. Ils la remplacèrent par un pain donné à 
chaque véritable indigent de Saint-Hilaire et de Saint- 
Nicolas. Cette aumône se faisait sur une liste dressée 
par les curés de ces deux paroisses, et commençait le 
premier dimanche après Noël, pour se continuer 
pendant huit dimanches consécutifs, à raison de cinq 
mines de blé chaque dimanche. 

Au commencement, les gens du pays, frustrés de ce 
profit, murmurèrent contre les moines: leur mécon- 
tentement alla jusqu'aux menaces; ils ne parlaient 
rien moins que de piller et de brûler le monastère. 

L'abbé, effi-ayé de ces violences, craignit pour la 
sécurité de sa personne et de la maison abbatiale. Il 



— 389 — 

fit des remontrances aux religieux, en présence de 
M^ Buisson, notaire à Orléans, le 5 avril 1662. Il 
leur représenta que cette aumône, donnée de tout 
temps et continuité, n'était pas facultative, mais 
oblig-atoire ; qu'elle constituait l'emploi nécessaire des 
biens affectés à sa distribution, et qu'ils ne pouvaient 
pas enfreindre le contrat de leur aumônerie. Il ajou- 
tait que si, par leur faute, il lui arrivait quelque 
malheur dans sa personne ou dans son bien, il se 
pourvoirait contre eux pour tous dépens, dommages 
et intérêts. 

Les Feuillants répondirent que l'abbé, en tant que 
commendataire, n'avait ni sujet, ni pouvoir de leur 
adresser sommation ; ils faisaient donner tous les ans la 
grande aumône, selon les ressources de leur monastère, 
amoindries notablement par les guerres passées ; 
elle absorbait chaque année quarante mines de blé 
commun, mais bon; c'est tout ce qu'ils pouvaient 
donner ; enfin ils voulaient bien secourir les vrais 
nécessiteux, mais non prodiguer leur avoir sans 
besoin. 

Malgré les menaces, les moines tinrent bon; la 
pratique adoptée passa en coutume, pour le plus 
grand avantage de tous, a Sous devons souhaiter 
qu'elle se continue h jamais, écrit le secrétaire du 
Chapitre:, pour la gloire de Dieu, le soulagement des 
pauvres et la prospérité spirituelle el temporelle de 
l'abbaye. » M). 

(i) Registres capitulaires, année lt>t)-2. 

2C 



- 300 — 

Un procès, engagé d'cibord pour un motif de peu 
d'imporlance, entraîna par la suite de longues polé- 
miques et damères récriminations. Les Feuillants 
voulaient se servir d'un sentier suivant le bord du 
Loiret, pour atteindre un petit port où était établie 
leur pêcherie. Or, ce sentier passait sur l'extrémité 
d'une prairie aboutissant à la rivière, laquelle appar- 
tenait à un chanoine de Sainte-Croix d'Orléans, 
nommé Lié Chassinat, qui s'opposa énergiquement à 
leur passage sur sa terre. Delà, un procès. 

Les moines prétendaient que, d'après leurs litres 
de fondation, le fonds, la pèohe elles bords du Loiret 
leur ap[)artenaient, avec tous les droits féodaux on 
dépendant ; que d'ailleurs cette rivière a toujours 
été navigable dès sa source, et, partant, du 
domaine public, avec ses rives; que par une transac- 
tion de 1571, la Compagnie des marchands de Loire 
leur avait concédé tous ses droits et usa2:es sur la 
dite livière ; et qu'enfin les prédécesseurs de Chassi- 
nat [l'avaient jamais empêché qu'on passât sur le 
bord du Loiret, le sentier en question étant le chemin 
des processions et convois pour arriver aux ponts 
d'Olivet et de Saint-Mesmin. 

Lié Chassinat publia, en 1659, un long mémoire en 
réponse aux allégations des religieux. Ce factum, ou 
plutôt ce pamphlet, de plus de OG pages in-quarto 
imprimées, révèle une certaine érudition et de 
longues recherches (1). Le chanoine y affirme et pré- 

(1) Bibliothèque d'Orléans, 2102. no 8. 



— 391 — 

tend prouver que l'histoire des saints Euspice el 
Mesmin est une fable, que toutes les chartes de Micy 
sont apocryphes, que le Cartulaire d'Adam de 1257 
n'est pas son ouvrage, mais a été fabriqué de toutes 
pièces à la fin du xv'^ siècle; qu'ainsi Pabbaye de 
Saint-Mesmin n'est pas de fondation royale, et que 
ses titres sont sans valeur et ses droits nuls. 

Ce long travail, qui abonde en détails curieux, est 
rempli d'exagérations manifestes, d'affirmations sans 
preuves, de fausses interprétations et de graves 
erreurs de chronologie. Ces défauts lui enlevèrent 
toute autorité, malgré son intérêt incontestable. 

Ce procès, après avoir été plaidé à Orléans, fut 
porté au Parlement de Paris. La sentence fut rendue 
en 1663. Elle rejeta la demande des religieux relative 
au chemin, sans qu'il y fût donné atteinte à l'authen- 
ticité de leurs titres (1). 

Charles de Yassan occupa 24 ans le bénéfice de 
Saint-Mesmin. Sa bienveillance envers les religieux 
ne se démentit jamais. A plusieurs reprises, quand 
les troubles de la Fronde étendus jusque dans l'Orléa- 
nais, les inondations de la Loire, ou quelque autre 
calamité amoindrissait leurs moyens d'existence, il 
venait généreusement à leur secours, et pourvoyait à 
leurs besoins de ses propres deniers. Il mouruten 1666, 
dans la maison abbatiale qu'il avait presque constam- 
ment habitée. On l'inhuma dans l'église conventuelle, 
où un très beau monument de marbre fut élevé sur sa 

(1) Archives du Loiret, Ancien fonds, N. 52. 



— 392 — 

tombe. La reconnaissance des moines y grava cette 
épitaphe, dont les éloges n'ont rien d'exagéré. 

(( Ici repose Cliarles de Vassan, prêtre, do la no- 
ble famille de Vassan, abbé de cette maison pendant 
vingt-quatre ans, plus recommandable encore par sa 
piété envers Dieu, sacbarité envers le prochain et l'a- 
bondance de ses aumônes aux pauvres, que par l'illus- 
tration de sa naissance. Son testament nous apprend 
combien il fut un dispensateur fidèle et désintéressé 
des revenus de son bénéfice ; car il ne reconnut pour 
héritiers, du peu qu'il ne put pas distribuer de son 
vivant, que ses domestiques, les églises et les pau- 
vres du territoire de son abbaye. La religion qu'il 
pratiqua toute sa vie. il la conserva jusqu'au jour où 
il rendit sa belle àme à Dieu, 29 avril 1666 » (1). 

Nicolas Gedoyn, aumônier du roi. rci^'ut en com- 
mende le monastère de Saint-Mesmin, Tannée même 
de la mort de Charles de Vassan. C'était un prêtre 
très pieux. Il avait consacré une partie de sa vie aux 
missions qu'il prêciiait avec fruit. Quand cet apos- 
tolat très fatigant ne fut plus possible à ses forces 
affaiblies, il se retira dans une maison dépendant de 
l'hôpital de la Salpêlrière, de Paris, pour y continuer 
son ministère auprès des pauvres et des malades. Il 
les instruisait de sa parole toujours éloquente, et 
les secourait des deniers de sa bourse (2). L'arche- 
vêque de Paris le nomma supérieur des Ursulines de 
Saint-Cloud, el Louis XIV lui donna l'abbaye de 

(1) Bibliothèque nationale, M. S., 12739, f- 307, 

(2) DoM Verninac, m. s., 3'J4, » fo 26. 



— 393 - 

Saint-Mesmin. Il ne pouvait pas faire un choix plus 
heureux. Gedoyn passa ses vingt-sept dernières an- 
nées dans cette vie d'humble dévouement, faisant 
avec joie le sacrifice des avantages que sa naissance, 
ses talents et son mérite pouvaient lui procurer dans 
le monde (1). 

Les questions d'étiquette et de préséance tenaient 
une grande place dans la société du XVIP^ siècle. 
Des personnages, même dépourvus de tout orgueil, 
y attachaient beaucoup d'importance, et ne souffraient 
pas qu'on en blessât les règles à leur égard. Ce fut 
le cas de l'abbé Gedoyn. Comme il venait rarement à 
Saint-Mesmin. le prieur claustral crut pouvoir siéger 
dans sa stalle, presque toujours vacante, pour prési- 
der les offices au chœur. Naturellement Gedoyn en 
fut bientôt informé. Il envoya ses serviteurs pour lui 
enjoindre de quitter cette place. Les moines, prenant 
parti pour leur prieur, les reçurent fort mal, et même 
les chassèrent de l'église en leur jetant à la tète les 
carreaux (coussins), dont était garni le prie-Diou ab- 
batial. Gedoyn porta l'affaire au Parlement de Paris. 
Les religieux furent condamnés à laisser inoccupé le 
siège de leur supérieur, tant qu'il ne plairait pas à 
celui-ci de le remplir. 

Afin d'éviter le retour de semblables contestations, 
le vicaire-général des Feuillants, dom Cosme de Saint- 
Michel, vint à Micy ; d'accord avec les religieux, il 
rédigea un concordat réglant tcjus les droits, privi- 
lèges et honneurs dus à l'abbé commendataire, 

(1) PoLLUCHE, M. S., 434 ^ f" 194. 



— 39i ^ 

quand il viendrait au couvent et irait à l'église (1). 
C'est un curieux code d'élicjuetto religieuse. On y 
voit jusqu'à quel point on poussait alors la suscepti- 
bilité en fait de préséance. Comme ce document est 
le seul de ce genre que nous ayons rencontré au cours 
de nos longues études monastiques^ nous le donnons 
aux pièces justificatives (1). 

11 y eut encore, à Micy, vers ce temps, qutdques 
contestations, sans que l'on sache exactement de quel 
côté étaient les droits et les torts. Elles furent d'ail- 
leurs facilement apaisées. Une inondation avait en- 
dommagé le pont de Saint-Mesmiii. à la fin de J670. 
Pendant qu'on le réparait, les religieux avaient établi 
un bac sur le Loiret, pour passer les voyageurs, et 
prétendaient jouir seuls du péage, comme seigneurs 
de ce lieu. Gedoyn soutenait, d'autre part, que ce 
droit lui revenait, comme appartenant à la mense 
abbatiale. Après quelques explications, les parties 
s'entendirent, et convinrent de le partager entre elles. 
En 1(572, un homme, péchant pour l'abbé, avaient 
jeté ses filets daiis l'eau des moines. Averti par le 
sergent de leur justice, ils lavaient injurié et même 
frappé. Gedoyn le défendit d'abord ; mais bientôt 
mieux informé, il reconnut son tort el fit lui-même 
punir le coupable (2). 

Ainsi (ju'on l'a vu précédemment, la dîme des vi- 
gnes de la paroisse de Chaingy avait été convertie, 

(1) Pièces justificatives XLIV, concordat pour les pré- 
séances. 

(2) Registres capitulaires, année 1672. 



— 395 — 

en 1608, en une redevance fixe et annuelle de 60 poin- 
çons de vin, dont 40 pour les moines et 20 pour 
l'abbé. A leur sujet s'éleva^ en 1675, un désaccord qui 
dégénéra en un procès. Gedoyn voulait que cette 
redevance lui fut remise en nature ; les Feuillants 
désiraient au contraire qu'elle leur fût payée en es- 
pèces, par une somme représentant le prix de ce vin; 
(( car, disait le procureur du couvent, l'achatdes poin- 
çons, les frais de transport à la grange dîmeresse, la 
dépense d'un religieux et d'un valet qu'il fallait en- 
tretenir à Chaingy pendant quinze jours, montaient à 
plus de soixante livres par an ». Finalement, moines 
et abbé convinrent d'affermer cette dîme au prix de 
650 livres par an. Cette somme leur fut attribuée, 
dans la même proportion que le vin, c'est-à-dire deux 
tiers aux premiers, et un tiers au second (1). 

La paix, un instant troublée par ces litiges, fut ré- 
tablie pour durer ensuite tant que vécut l'abbé Ge- 
dovn. Celui ci se montra toujours bienveillant à 
l'égard des religieux, qui, de leur coté, s'appliquèrent 
à lui être constamment agréables. Le 20 mai 1675, 
un accident étant arrivé à la clocbe du petit clocber, 
destinée à sonner les exercices de la communauté, 
l'abbé permit de descendre la petite clocbe du grand 
clocber, et de la mettre en la place de celle qui était 
endommagée, tant qu'il serait supérieur de la mai- 
son (2). 

Conformément à un anti(jue usage, b' sanctuaire 

(1) Archives <lu Loiret, procédures, pmcès, etc , carton 53. 

(2) Registres capitclaires, année in75. 



— 390 — 

de l'église étail «-ami de grands rideaux qu'on tenait 
fermés pendant une partie du sacrifice de la messe. 
Par une décision prise en Chapitre, le 17 octobre 1685, 
les moines consentirent à ce que ces rideaux du 
chœur fussent tirés , quand labbé assisterait à 
l'Office ilV 

Quelques années plus tard, 1690, l'assemblée capi- 
tulaire décida de déplacer le maître-autel, et de le 
porter en avant de l'entrée du chœur ; on prolon- 
irerait les deux nefs latérales d'une travée, et les au- 
tels de la sainte Vierge et de saint Mesmin seraient 
mis sur une même ligne avec celui du milieu. Nicolas 
Gedoyn approuva ce projet ; il donna 300 livres pour 
contribuer à son exécution, et permit d'abattre plu- 
sieurs eros arbres, ormes et novers, entourant 
l'église, jusqu'à concurrence d'une somme de 3iO 
livres, pour le même emploi (2). 

L'année suivante, les pères Capucins tinrent leur 
Chapitre provincial, en leur couvent de Saint-Jean- 
le-Blanc, près le Portereau d'Orléans. Comme ils 
étaient fort pauvres, ils adressèrent aux Feuillants 
« une humble prière à l'ellet d'obtenir une aumône, 
pour couvrir les frais de leur assemblée. » Les moines 
de Micy en délibérèrent, et votèrent, « à l'unanimité 
des ballottes, de leur faire cette graciosité ». Us leur 
remirent une somme de quinze livres, plus un petit 
baril de vin (3). L'abbé s'associa à leur charitable 
action, et fit aussi son offrande. 

(1) Registres capitulaires, année 1685. 

(2) Registres capitulaires, année 1690. 

(3) Registres capitulaires, année 1691. 



— 397 — 

Après une longue carrière saintement remplie, 
Nicolas Gedoyn voulut mourir humble et pauvre, 
ainsi qu^il avait toujours vécu. Retiré à la Salpètrière, 
il y rendit le dernier soupir, le 10 juin 1692, entouré 
des malheureux qu^il avait tant aimés, et fut enterré 
comme l'un d'eux, dans le cimetière de l'hôpital (i), 

(1) DoM Verninac, m. s., 394 2 fo 29. 



— 398 — 



CHAPITRE XVIlï 

Vie pieuse et active des moines pendant le xyhT siècle. 

DfiSASTRUJSES INONDATIONS DE LA LoiHE. AFFAIRES 

LITIGIEUSES. — Charges fiscales. — Homme vivant et 

MOURANT ; OBLAT DU ROI. — PLUSIEURS ACCIDENTS. — 
DUFAURE DE PlBRAC ET EmMAMUEL DE ChÉPY, ABBÉS. 

(169-2-1749) 

Nicolas Gedoyn étani mort, le duc d'Orléans pré- 
senta au roi, pour le remplacer, Jérôme Dufaure de 
Pibrac, son confesseur et son maître de chapelle, de 
la célèbre famille des Dufaure. de Toulouse. Ce 
choix, appuyé d'une si puissante recommandation, ne 
rencontra aucune difficulté. Louis XÏV pourvut le 
candidat de son frère de l'abbave de Saint-Mesmiii, 
par lettres royales, du 23 août 1602. (i ). Celui-ci 
reçut {»cu de temps après ses bulles pontificales, et 
vint lui-même prendre possession, au mois de 
novembre suivant. Quand il fit son entrée solennelle, 
le prieur, dom Jean-Baptiste de Sainte-Marie, 
s'avança à sa rencontre jusqu'à l'entrée de l'église, 
et lui adressa une harangue de bienvenue ; après 
quoi il lui offrit l'eau bénite. Cette nomination 
agréait beaucoup aux religieux ; car labbé de Pibrac 
était un prêtre distingué, docteur en théologie, que 

(1) Gallia Ghristiana, £"00/. Aurel., t. VIll, p. [7x>'i, 



— 399 — 

sa science, son éloquence et ses éminentes vertus 
firent successivement choisir pour grand-vicaire de 
Bayeux et supérieur p^énéral des Carmélites de 
France. 

Pendant son abbatial, d'une durée de quatorze ans^ 
les Feuillants de Micy continuèrent à mener la vie 
régulière, conforme aux prescriptions de leur Ordre, 
variée seulement par les incidents ordinaires aux com- 
munautés reliofieuses : visites du chef de la conorég-a- 

O Do 

tion, affaires litigieuses et actes divers, qui interrom- 
paient de temps en temps la tranquille uniformité des 
pratiques claustrales. 

Vers la fin du xvn^ siècle, Louis XIV, considérant 
que la maladie de la lèpre, si fréquente au moyen 
âge, ne se rencontrait presque plus en France, avait 
attribué aux chevaliers du Mont-Carmel et de Saint- 
Lazare l'administration perpétuelle de toutes les 
maladreries. hôpitaux et maisons-Dieu du royaume, 
où il n'y avait plus de malades hospitalisés, en 1092. 
En vertu de cette décision, la maladrerie des Chatel- 
liers et ses dépendances fur(Mit unies aux hospices 
d'Orléans, par une ordonnance du mois de dé- 
cembre 1693. Les bâtiments et les terres furent 
affermés par un bail ampliythéoli(|ue de 99 ans. qui 
stipulait la conservation de la chapelle de Saint- 
Etienne. Elle demeura en l'état de simple prébende, 
jusqu'en 1793 ; le chapelain, resté comme par le 
passé, à la nomination de l'abbé de Saint-Mesmin, 
percevait des administrateurs des hospices son 
modeste revenu consistant en deux mines de seigle. 



- 400 — 

Cette situation dura jusqu'à la Révolution, oiî les 
Chatelliers furent vendus comme bien national (1). En 
cédant le domaine de la maladrerie aux chevaliers de 
Saint-Lazare, les moines s'étaient réservé la jouis- 
sance d^ine maison qui lui était continue, pour on 
alfecter le loyer à l'entretien de la petite église de leur 
Alleu d'Orléans (2). 

Les charges imposées pai' la royauté aux établis- 
sement ecclésiastiques devenaient de plus en plus 
lourdes, à mesure que s'augmentaient les dépenses 
d'administration publique. Le 9 janvier 1697, le 
prieur exposa à la communauté, réunie en Chapitre^ 
qu'il lui était impossible, avec les ressources ordi- 
naires de la mense conventuelle, de suffire aux 
subventions, taxes et impositions extraordinaires 
frappées sur le clergé. En conséquence, il proposa à 
ses frères d'emprunter 1 ,200 livres à M. Gernier, mar- 
chand de boisa Orléans, pour s'acquitter envers le fisc 
loyal. Avis favorable fut donné, et l'emprunt réalisé 
peu après (3). 

Il fallut, quelques mois plus tard, 3 juin, recourir 
au même moyen pour faire réparer la chaussée du 
moulin à bac, sur le Loiret^ gravement endommagée 
par les grandes eaux. Sa réfection exigea une 
somme de 2,000 livres, qu'on emprunta au denier 
cinq. 

{{) Papiers des Chatelliers 

(2) Mémoires de là Societc archrologique (rOrléa7îs, 
t. VI, p. 189. 

(3) Archives du Loiret, Registres capitulai res, année 1G97, 



— 401 — 

Malgré leur désir de vivre en paix, les moines se 
voyaient fréquemment obligés d'engager des procès, 
pour soutenir leurs droits méconnus et se défendre 
contre les agissements de voisins malveillants. Un 
sieur Dubourg, d'Orléans, avait établi une rafflnerie 
de sucre sur le bord du Loiret. Pour se débarrasser 
des immondices provenant de son industrie, il avait 
pris l'habitude, depuis trois ou quatre ans, de tout 
jeter à la rivière, pots cassés, tessons, débris de 
toute sorte, cliaux éteinte et eaux corrompues, qui 
écrasaient, empoisonnaient et faisaient mourir tout 
le poisson. En outre, trouvant près de son usine une 
cave non occupée, bien qu'elle appartînt aux reli- 
gieux de Saint-Mesmin, il s'en servait sans permis- 
sion, et y avait emmagasiné des tonneaux de sirop, 
dont les émanations imprégnèrent tellement les murs 
que de longtemps on ne put y mettre du vin. Le 
prieur, dom Jean de Sainte-Barbe, lui adressa une 
assignation, en avril 1704, et le lit condamner à 
nettoyer la rivière, et à quitter cette cave ainsi qu'à 
la désinfecter, avec une indemnité pécuniaire, pour 
le dommage causé et les intérêts dus. L'année sui- 
vante^ les deux parties adverses se réconcilièrent, et 
firent un accord, le 31 octobre J70o, d'après lequel 
les moines louèrent leur cave à Dubourg, pour un 
loyer de 40 livres, et lui en abandonnèrent Tusage, à 
condition qu'il n'y mettrait ni sirops, ni mélasses, 
mais seulement des poinrons de vin (l). 

(1) Archives du Loiret, procédures, eto , liasâe '27 F. 



— 40-2 — 

Ils Turent moins heureux dans leurs démêlés avec 
le curé de Saint-Michel de La Ferlé-Sainl-Aubiii. En 
vertu d'une bulle d'Innocent III, citée précédem- 
ment (1), l'abbé de Saint-Mesmin exerçait un droit de 
patronat sur plusieurs églises. Cette protection était 
représentée, au xvin^ siècle, par une redevance telle- 
ment légère qu'elle devait être considérée plutôt 
comme l'expression d'une reconnaissance de supé- 
riorité que comme une charge fiscale. L'abbaye 
exerçait ce droit sur les églises de Cléry, de Saint- 
André de Cléry, de Mezières, et sur plusieurs autres 
où elle percevait, de chacune d'elles, un cens d'une 
livre et cinq sols. Elle l'exerçait encore sur celles de 
Saint-Michel de la Ferlé^ et de Saint-Aubin, près la 
Ferlé ; chacune de ces deux églises ne payait qu'un 
cens de dix sols par an. 

Malgré la modicité de cette coutume, les curés se 
mettaient sans cesse en révolte contre elle, ou plutôt 
contre la supériorité dont elle était le signe sensible. 
En 1704. le curé de Saint-Michel était en retard de 
dix-huit annuités, pour le payement de sa redevance 
de dix sous. Cependant Tabbaye voulait être payée, 
ou mieux, voulait que son patronat fût reconnu. Elle 
ht un procès au curé, qui le perdit. 11 n'en paya pas 
davantage. En 171(1. il devait encore ses dix sous par 
an. Les moines obtinrent enfin qu'il a«:()uiesçàt à la 
sentence rendue contre lui ; puis, satisfaits sur ce 
point, et en considération de sa pauvreté, ils lui firent 
remise de tout l'arriéré. Dans la suite, le curé ne 

(1) Voir au chapitre X «le cette Histoire. 



— 403 — 

paya pas plus que par le passé; en 171o, il devait 
encore les trois dernières années échues (1). 

Ces détails révèlent combien était grand le chan- 
gement survenu dans les habitudes sociales, depuis 
les temps du moyen âge. Cette abbaye, jadis si 
riche et si puissante, avait vu sa fortune tellement 
amoindrie, qu'elle était réduite à réclamer par les 
voies judiciaires une redevance presqu'insignifiante ; 
son autorité était abaissée à ce point qu'elle se trou- 
vait impuissante à la faire reconnaître par un simple 
desservant de campagne. 

En dehors de ces contestations et difficultés inhé- 
rentes aux conditions du siècle dans lequel ils 
vivaient, les religieux de Micy menaient une exis- 
tence paisible, dans la pratique des vertus de leur 
vocation. 

En 1698, désireux de rendre un culte plus solennel 
à saint Mesmin, patron de leur monastère, ils déci- 
dèrent en Chapitre de relever son Office et de le 
célébrer avec une plus grande pompe. Ils répondaient 
ainsi aux vœux du sentiment populaire. Les fidèles 
de l'Orléanais conservaient toujours une vive dévo- 
tion au saint fondateur de Micy ; quoique ses reliques 
n'existassent plus, ils venaient toujours prier au lieu 
oii elles avaient longtemps reposé ; dans les jours de 
calamité, ils demandaient aux religieux de porter en 
procession, à travers leurs campagnes, la statue du 

(t) Archives du Loiret, ancien fonds de Saint-Mesmln, 
procédures ^ etc., liasse 27 F. 



— 404 — 

saint, avec un fragment de ses ossements, échappé à 
la fureur destructive des Huguenots (1). 

Le supérieur général de la congrégation des Feuil- 
lants, le R P. Bonaventure de Saint-Franrois, vint, 
en 1702, faire la visite régulière du couvent de 
Saint-Mesinin. A peine arrivé, il fut saisi d'une mala- 
die grave qui le conduisit au tombeau, en moins de 
dix jours. Les moines lui firent des obsèques solen- 
nelles, et l'inhumèrent dans leur église, au milieu de 
la nef de droite, consacrée à la sainte Vierge, le 
13 juin (2). 

De nombreuses personnes avaient déjà été enter- 
rées dans cette église, depuis sa reconstruction Les 
sentiments de foi encore très vifs chez beaucoup 
de chrétiens, leur faisaient désirer de trouver leur 
dernier repos dans le sanctuaire d'oii chaque jour des 
prières montaient vers Dieu. Ils espéraient ainsi, avec 
raison, en obtenir une participation plus abondante. 

Jeanne Cornier, femme d'une vertu et d'une reli- 
gion tout à fait distinguées, était morte dans la mai- 
son abbatiale, où elle tenait l'emploi de gouvernante, 
le 11 septembre 1G08. Avant d'expirer, elle avait 
demandé instamment à être enterrée dans Téglise 
conventuelle. Quand donc elle eut rendu le dernier 
soupir, le curé de Saint-Nicolas, paroisse dont dépen- 
dait le monastère, présenta son corps sur le seuil de 
Téglise, et l'abbé de Pibrac l'inhuma lui-même, avec 

(1) L abbé Rocher, Xotice sur Saint-HUaive- S(i int- 
Meimin. 

(2) Archives du Loiret, Regist. capit., année 1702. 



— 405 — 

les cérémonies ordinaires, à l'extréniité de la nef de 
droite, près de la tour du clocher, au milieu d'un 
grand concours de peuple [i). 

Les Feuillants de Saint-Mesmin menaient une vie 
active et régulière, sous la direction de leur prieur 
claustral, nommé pour trois ans par le supérieur 
général. Ce renouvellement triennal empêchait le 
titulaire de s'attarder trop longtemps dans la même 
maison, et d'y prendre des habitudes qui pouvaient 
facilement dégénérer en relâchement ; il mettait à la 
tête de la communauté des hommes expérimentés, 
déjà formés au gouvernement, et désireux de mainte- 
nir leurs frères dans la ferveur. Ceux-ci étaient aussi 
changés de temps en temps ; on les envoyait, tantôt 
l'un, tantôt l'autre, dans des couvents de la congré- 
gation, où. leurs aptitudes particulières pouvaient être 
utilisées pour le plus grand profit de tous. Ces reli- 
gieux, tout en pratiquant dans une certaine mesure 
les austérités des anciens Cisterciens, s'adonnaient 
au ministère des âmes, avec autant de zèle que de 
succès. Ceux de Micy faisaient fréquemment des ser- 
mons, aux grandes fêtes, dans les églises d'Orléans 
et de la région environnante ; ils dirigeaient des 
retraites, prêchaient des missions, là oii les curés les 
appelaient, procurant ainsi au clergé paroissial un 
concours fort utile (2), 

Afin de rendre leurs religieux plus capables d'exer- 
cer ces différents offices, les supérieurs envoyaient 

(1) Registres capitidaires, année 1008. 

(2) Registres capitulaires, passini. 



— 406 — 

leurs novices perfectionner leurs études aux grandes 
écoles de Paris. En 161)0. le prieur dom Guillaume 
du Saint-Esprit, puis dom Claude de Saint-Pierre, en 
1702, firent ainsi instruire plusieurs sous-diacres aux 
cours de la Sorbonne ; quelques-uns se distinguèrent 
par la science qu'ils y acquirent, et obtinrent plus 
tard le grade de docteurs en théologie. D'autres sui- 
virent les leçons de notre Université orléanaise ; on 
retrouve leurs noms sur ses registres. Ils demeu- 
raient dans les logis de l'Alleu, pendant le temps de 
leurs études, et retournaient ensuite à Saint-Mesmin 
reprendre les exercices delà vie monastique (1). 

A la fin de l'année 1706, Dufaure de Pibrac fut 
nommé abbé commendataire de Saint-Benoit, sur la 
présentation du duc d'Orléans^ et en prit possession 
par procuration, le 17 août 1707. En acceptant cette 
abbaye, il ne voulut pas contrevenir aux décisions du 
Concile de Trente, qui interdisait la pluralité des 
bénéfices. Il résigna donc celui de Saint-Mesmin. 

On lui doit Tintroduclion de la cause de béatifica- 
tion de sainte Gey^maine^ dite de Pibrac, parce 
qu'elle naquit et vécut au village de Pibrac (2), ber- 
ceau de la famille des Dufaure. Il la fit présenter à 
Rome par lintermédiaire de son neveu, Guy, comte 
de Pibrac, maréchal de camp, puis andjassadeur de 
Louis XIV auprès du Saint-Siège. 

Après avoir dignement occupé la cliarge d'abbé de 

(1) Arcliives <la Loiret, rt/irie/î fondsi de Sa'nit-^Jesmhi, 
piissiii) . 

(2) Commune du canton de Léguevin, (Haute-Garonne). 



— 407 — 

Saint-Benoit, oii il résidait habituellement, pendant 
vingt-six ans, Jérôme Dufaure de Pibrac y mourut 
en 1733. Il fut inhumé dans le bras septentrional du 
transept de l'église, à l'endroit où on lit encore, pour 
toute épitaphe, cette humble inscription : « Ci-gît dom 
Jérôme de Pibrac, abbé de ce lieu. » 

Augustin Emmanuel de Grouches de Chepy, fils 
d'Auguste, marquis de Chepy, et d'Anne-Marie Char- 
reton de la Terrière, obtint Pabbaye de Saint-Mes- 
min, le 24 décembre 170G, après la résignation du 
précédent abbé. Un arrêt du Grand Conseil l'autorisa 
à prendre de suite possession de son bénéfice, à la 
charge d'obtenir ses bulles pontificales dans un délai 
de six mois. Il les reçut au commencement de Tannée 
suivante, 1707. Cet abbé mourut en 1750 ; il fut 
ainsi 44 ans possesseur de la commende de Saint- 
Mesmin. C'est le plus long règne bénéficier qu'on 
trouve dans l'histoire de ce monastère. Durant cette 
occupation, de près d'un demi-siècle, la petite com- 
munauté feuillantine de Micy vécut paisiblement, 
sous la protection de l'autorité royale, et la surveil- 
lance des supérieurs généraux de l'Ordre. Les reli- 
gieux s'y livrèrent régulièrement aux exercices de la 
vie monastique, partagée entre la prière, l'étude et 
les œuvres de zèle. On relève seulement sur leurs 
registres capitulaires, pendant celte période étendue, 
les faits habituels à cetteépocjucjdes transactions admi- 
nistratives, des réclaiTiations au sujet des exigences 
fiscales, et surtout des procès, qui naissaient à tout 
propos dans ce dix-huitième siècle, essentiellement 
procédurier et ami de la chicane. 



— 408 — 

Les premières années de l'abbatiat d'Emmanuel de 
Chepy furent signalées par les grands désastres que 
causèrent les inondations de la Loire. Ce fleuve, si 
capricieux dans son cours, eut, en octobre et en 
novembre 1707, des crues très violentes ; la der- 
nière fit vingt-trois brèches dans ses digues, sur la 
seule région orléanaise. La même catastrophe se 
renouvela en 1708 et en 1709, et encore en 1711. 
Les moines de Micy éprouvèrent de grandes pertes 
du fait de ces inondations. Colle de 1707 emporta le 
pont de Saint-Mesmin, dont trois arches furent ren- 
versées. Il fallut rétablir le bac, pour le passage des 
voyageurs. Leurs fermiers virent presque toutes 
leurs récoltes détruites par les eaux ; il fut néces- 
saire de leur faire remise de la pkis grande partie de 
leurs fermages, et de réparer les bâtiments d'exploi- 
tation agricole. Jacques Fioutin. un de leurs meuniers, 
eut son moulin emporté. 11 consentit à le rebâtir à 
ses frais, moyennant une dimiriution de 100 livres 
sur son loyer, jusqu'à la fin de son bail. Les débor- 
dements de juin et juillet 1709 causèrent aussi de 
notables dommages aux propriétés territoriales du 
monastère. Celui de 1711 fut doublement désastreux, 
parce que tous les blés ayant été détruits en terre 
par une terrible gelée d'hiver, hi disette et la misère 
se firent sentir de toutes parts (1). 

L'abbé de Chepy était depuis peu arrivé h Saint- 
Mesmin. A hi demande de l'évèque (TOrléans, Louis- 
Gaston Fleuriau, il écrivit un élo(juent mémoire sur 

(1) Hc(;istres cajiHulaires, années 1/07, 1709 et 1711. 



— 409 — 

ces tristes événements, afin de plaider la cause des 
victimes de ces fléaux auprès des pouvoirs publics. 
Il contribua ainsi à leur obtenir d'importants secours, 
en vivres, en vêtements, et en objets de première 
nécessité. 

Pour achever ce qui concerne ces désastres, l'inon- 
dation de 1733, plus forte que toutes les précédentes, 
renversa une partie des bâtiments du monastère, et 
presque toutes ses fermes situées dans le Yal. Les 
fermiers, épuisés par tant de pertes continues, furent 
pour plusieurs années dans l'impossibilité de payer 
aucun fermage. Les réparations indispensables aux 
habitations^ aux digues des cours d'eaux^ aux moulins 
et autres, nécessitèrent de grandes dépenses. Il fallut 
encore recourir à des emprunts, dont les renies gre- 
vèrent lourdement les ressources des religieux. Ils 
sollicitèrent et obtinrent, le 7 mai 1734, un arrêt, 
ordonnant la coupe du quart de la réserve de tous 
les bois leur appartenant, pour le prix de leur vente 
être employé aux reconstructions et aux réparations 
des dégâts causés à leurs édifices (1). Malgré ce 
secours, les Feuillants se trouvèrent longtemps dans 
une très grande gêne, augmentée encore par les exi- 
gences du fisc. 

Des écrivains mal informés ont prétendu que l'an- 
cien clergé, comblé de faveurs et de privilèges de 
tout genre, ne participait pas aux charges publiques, 
et ne payait aucun impôt. Rien n'est plus faux. (]ar 

(1) Archives niitionalt's, Arrêts du Parlement, ann<''fi 17.S4. 



— 410 — 

de tous temps les rois ont prélevé sur les établisse- 
ments ecclésiastiques, personnes et biens, des contri- 
butions considérables, allant parfois jusqu'à les 
ruiner. 

Parmi des témoignages innombrables, Saint-Mesmin 
fournit une preuve indéniable de ce fait. On a déjà 
vu. dans tout le cours de cette Histoire, combien 
souvent ses moines avaient dû payer à l'Etat des 
contributions, demandées sous les noms de décimes, 
de cens, de dons gratuits, de secours au roi. On 
exigeait ces impôts divers avec tant de sévérité, que 
maintes fois ils furent contraints d'aliéner leurs 
domaines pour se procurer les sommes don! ils 
avaient besoin, a(in de s'acquitter sans délai. 

A la suite des désastres causés par les inondations, 
vers 1735, Fabbé de Cbepy rédigea successivement 
trois mémoires très documentés, sur la situation 
financière de son bénéfice. Il s y plaint que les contri- 
butions imposées à Saint-Mesmin sont trop considé- 
rables, qu'il n'y a ni ordre ni égalité dans la répartition 
des quotités fixées pour le diocèse d'Orléans ; il 
termine en disant que son abbaye, désolée par tant 
de calamités, est dans l'impossibilité de payer la taxe 
qu'on lui demande. 

« Les impositions mises sur le Clergé, dit-il, se 
composent des décimes, (jui prennent leur origine 
en 1516, et des contributions extraordinaires, appelées 
don gratuit, accordées à sa Majesté par l'assemblée 
de Mantes, de l(i4l. (les deux impôts réunis ont été, 
pour Saint-Mesmin : « 



— 411 - 

De 1,376 livres, en 1725; 

De 993 livres, en 1730; 

Et de 1,137 livres, en 1733. 

Outre ces impôts, réguliers et permanents, Tabbave 
a encore à sa charge : 

Les portions congrues, de 750 livres, avec les 
rentes anciennes et nouvelles, de o40 livres. Toutes 
ces sommes forment ensemble, pour l'année 1735, 
un total de 2,427 livres. Qu'on Pote du revenu 
complet produit par Tabbayo, lequel ne dépasse pas 
8,000 livres, il ne reste plus qu'environ 3^300 livres, 
avec lesquelles il faut faire vivre les moines et pour- 
voir à tous les besoins. Quelle part aura, dès lors, 
Tabbé commendataire ? » (1). 

En terminant son troisième mémoire, l'abbé de 
Cbepy attaque très vivement Messire Jean de Muret, 
cbanoine de l'Église d'Orléans et syndic du Clergé, 
répartiteur des impositions. Il lui reproche décharger, 
sans aucune justice, certains établissements, pour 
dégrever d'autant Tévêque et autres privilégiés, flont 
il veut gagner les faveurs. « La balance est-elle 
juste, dit-il en finissant ; dans quelles mains suis-je 
tombé, pour me voir ainsi dépouillé ? » (2). 

Nous ignorons à quels résultats aboutirent ces récla- 
mations. Les mémoires de l'abbé commendataire de 
Saint-Mesmin font du moins connaître que son monas- 
tère payait à l'État, avant la Révolution, en impôts 
directs, près du tiers de son revenu total. 

(1) Bibliothèque nationale, G»x, 2.'>15, n*» 427. 

(2) Bibliothèqup nationalp, G«x, 2r)l6, n" /i27. 



— 412 - 

A mesure qu'on avançait dans le xvui* siècle, la 
société française se transformait sensiblement. Le 
régime féodal allait salfaiblissant de jour en jour ; 
il n'en restait plus guère que les formes extérieures. 
Les habitants des bourgs et campagnes, qui dépen- 
daient plus ou moins de notre abbaye, méconnaissaient 
ses droits surannés. Ils devenaient plus hardis pour 
empiéter sur ses l)iens. L'irréligion, propagée par 
une philosophie impie, s'infiltrait progressivement 
dans les masses populaires et y excitait une perpé- 
tuelle jalousie contre les gens d'église, leur fortune 
et leurs privilèges. De là naissaient de nombreux 
procès, que les religieux étaient obligés de soutenir, 
procès que l'esprit procédurier de ce temps prolon- 
geait indéfiniment, avec des frais considérables. 

Un sieur Esticnne Seurrat, d'Orléans, exploitait 
une raffinerie de sucre à Saint-Mesmin . 11. jetait 
journellement dans le Loiret des ordures, fragments 
de chaux, mâchefer, tests et autres débris qui tuaient 
et enipoisonnaient le poisson. Les Feuillants lui 
intentèrent un procès, en 1735, pour qu'il eût à 
cesser ces pratiques. Il fut condamné à vider les 
canaux infectés, et défense lui fut faite de recom- 
mencer à l'avenir (1). 

L'année suivante, une autre assignation fut adressée 
à Guillaume Thiboust, cabaretier et marchand de 
poissons à Saint-Mesmin. Il avait sur le Loiret 
plusieurs bateaux et réservoirs, qu'il remplissait en 

(1) Registres capitiilaires, ^nnée 1735. 



— 413 ^ 

péchant à Tépervier, et « vendait le poisson comme 
en boulique ». Les religieux, propriétaires de l'eau 
de la rivière lui contestèrent le droit d'at^ir ainsi. 
Thiboust, par sentence du 21 juillet 1736, dut sup- 
primer ses réservoirs, et s'entendit interdire d'em- 
ployer Tépervier pour prendre le poisson (1). 

Les héritiers de Balzac ne payaient plus la rente 
fondée par le savant écrivain et ne répondaient pas 
davantage aux sommations à eux adressées. Déjà, 
en 1740, le prieur dom Philippe de Sainte-Barbe, 
avait donné procuration à un religieux de son Ordre, 
dom Simon de Saint-Bernard, qui se rendait à 
Poitiers, lieu de résidence de ces débiteurs obstinés, 
pour qu'il leur rappelât leur obligation, fît payer les 
arrérages échus, et obtînt une nouvelle reconnais- 
sance de la dette, par toutes voies possibles. Cette 
tentative n'aboutit à aucun résultat. En 1743, le 
prieur engagea une procédure contre ces gens, afin 
d'arj'iver à obtenir le paiement interrompu depuis 
longtemps. Un a vu au chapitre précédent que 
l'affaire eut enfin une issue favorable aux moines. 

Une contestation se produisit aussi entre eux et 
leur abbé, au sujet du bateau passant en rivière de 
Loire, en face de la Chapelle Saint-Mesmin. M. de 
Chepy prétendait avoir seul le droit d'en percevoir 
le péage. Un arrêt du Parlement, chi 24 mai 1732. 
lui ordonna de présenter les titres d'après lesquels 
il revendiquait ce droit. Il ne [»ut pas les fournir, et 
fut débouté de sa prétention (2). 

(1) Archives du liOiret, casier vî7 F., carton 26, dossier 0. 

(2) Archives nationales, Arrêts du Parlement, année ITSl. 



— 414 — 

Quelques actes administratifs sont encore à signaler 
vers ce temps. Durant les 44 années que Tabbé de 
Cbepy occupa la commende de Saint-Mesmin, qua- 
torze prieurs claustraux dirigèrent successivement la 
communauté des Feuillants, à raison du renouvelle- 
ment triennal prescrit par les Constitutions. Plusieurs 
ont déjà été nommés dans le cours des affaires 
survenues jusqu'ici. Nous pouvons encore rappeler 
le souvenir de dom Estienne de Saint-Jean, qui étant 
prieur de Micy, fut élu supérieur général delà Congré- 
gation, le 11 mars 1708. Il fit aussitôt ses adieux à 
ses frères, et partit prendre possession de son 
nouveau poste, au monastère de Feuillant, près 
Toulouse. Dom François de Saint-Laurent fut prieur 
claustral en 1711 ; dom Alexandre de Saint-Jacques 
étant venu à Micy, simple moine délégué au Chapitre 
général tenu dans cette maison, en 1723, en fut élu 
prieur ; plus tard, dom Nicolas de Saint-Mesmin le 
fut en 1731. Ce dernier eut à faire choix crun homme 
vivant et mourant, pour la maison appartenant aux 
moines à Orléans, rue de la Porle-Dunois. 

Voici ce (ju'on entendait par cette expression. Les 
monastères, chapitres, fabriques paroissiales et autres 
établissements de main-morte, possédant des fiefs, 
n'en reconnaissaient pas eux-mêmes le seigneur, et 
ne lui rendaient pas non plus eux-mêmes foi et 
hommage. Ils s'acquittaient de ce devoir de vassalité 
par une tierce personne, supposée, par une fiction 
légale, propriétaire du (ief relativement au seigneur 
dominant. Cette personne satisfaisait ainsi au devoir 



- 415 — 

de vassal pour les gens de main-morte ; on la nommait 
homme vivant et mowran^. Quand elle était décédée, 
on lui donnait un successeur cjui renouvelait sa 
prestation d'hommage, accompagnée d'une certaine 
redevance pécuniaire. Naturellement les commu- 
nautés choisissaient d'ordinaire un homme fort jeune, 
pour les représenter dans cet acte, afin d'avoir à 
subir moins souvent cette onéreuse obligation. Ainsi, 
dom Nicolas de Saint -Mesmin prit, pour hoinme 
vivant et mourant de la maison de la Porte Dunois, 
Charles Jousse, âgé de 16 ans, le 24 mars 1732. 
Dans une autre circonstance, Messire Jean Guillon, 
chanoine de Saint-Pierre-Empont. étant mort, tandis 
qu'il remplissait le même office pour l'Alleu d'Or- 
léans, les moines choisirent en sa place Nicolas 
Odigier, âgé de 22 ans, vicaire de la paroisse de 
Saint-Eloi, fils de >P Claude Odigier, notaire (1). 

Les Feuillants de Saint-Mesmin usaient de la 
permission de manger du poisson, accordée à certains 
jours par leurs Constitutions. Ils s'en faisaient remettre 
la quantité nécessaire par les pécheurs auxquels ils 
affermaient leurs eaux du Loiret. Un bail très 
curieux, de 1740^ fait connaître quel était alors le 
prix, à la livre, des hrochels, tanches, carpes, 
brèmes, etc ; quelle quantité devait leur être livrée, 
et aussi la facilité avec laquelle ils savaient adoucir 
les conditions primitivement consenties (2). Ilslouaient 
leurs rivières à prix d'argent, et stipulaient une quan- 

(1) Registres capitiilaires, ann^îes 1732, 17*^i. 

(2) Pièce justificative XLV, bail à p«*'che. 



— 416 — 

tité déterminée de poissons en nature, pour l'usage de 
la communauté. Quand ils croyaient que le preneur 
ne gagnait pas sa vie au prix convenu, ils diminuaient 
spontanément le loyer. Ils agirent ainsi en faveur de 
la fermière d'une partie de leur pèclie. laquelle était 
devenue veuve : ils lui accordèrent un bail moins 
élevé, et lui firent remise d'un arriéré de 110 livres 
et 6 deniers, en 1740 [i). 

Les ruines de Tancienne église abbatiale, construite 
du temps de saint Louis, demeuraient toujours debout, 
à côté de la nouvelle, en l'état où les Protestants 
l'avaient mise. Une ordonnance royale du li sep- 
tembre 1573, défendait, même aux religieux, d'en 
démolir aucune partie et d'en employer les matériaux 
pour leur usage (2). Cependant, quand, par suite des 
orageSj de l'infiltration des eaux, de la vétusté ou 
des inondations, ces pans de murailles, ces hauts 
piliers se désagrégeiiient et offraient quelque péril 
pour la sécurité des habitarits du monastère, on abat- 
tait la partie compromise. Cette opération ne se faisait 
pas toujours sans danger. Le 23 avril 1738, on vit 
tout à coup une profonde lézarde s'ouvrir dans un 
pilier-boutant de la grande nef. Vi\ ma(;on du pavs, 
Claude (luillol, sur la demande des moines, se char- 
gea d'abattre le haut de ce pilier. Mais il prit mal ses 
mesures; le malheureux fut entraîné par la chute 
d'une grosse pierre et mourut de ses blessures, 
quelques jours plus tard (3). 

(1) Registres capilulaires, année 1740. 
^2} Voir le (".hapilre XV de celle Histoire. 
(3) Registres capitulaires, année 1738. 



— 417 — 

Un vieux soldat du régiment de Castres, Claude 
Rousseau, était assis sous un des arceaux de cette 
ancienne église, le d avril iToo. Celui-ci s'affaissa 
inopinément, et Rousseau fut écrasé sous ses 
ruines (1). Cet homme était un oblat du roi. On 
appelait ainsi des soldats âgés, estropiés ou infirmes, 
•que le souverain plaçait dans les abbayes de fonda- 
lion royale. Ils y recevaient, pour nourriture, la por- 
tion des moines, et étaient occupés dans le couvent à 
divers petits emplois. Louis XIY en réunit le plus 
grand nombre dans le magnifique Hôtel des Inva- 
lides, qu'il fonda à Paris, pour leur servir de retraite; 
mais, jusqu'à la Révolution, il en resta q'ielques-uns 
dans les monastères, selon l'antique usage. 

On ne connait aucun détail relatif aux derniers 
actes d'Emmanuel de Chepy. Accablé de vieillesse et 
d'infirmités, il résigna son abbaye en 1749, et mourut 
Tannée suivante. 

(1) Registres capitulaires, année 17i5. 



— ils - 



CHAPITRE XIX 

Etat de Micy avant la Révolution. — M. dr Colbert. 
— Règlement de queloues affaires. — Derniers 

PRIEURS ET DERNIERS MOINES. — M. ChaPT DE RaSTIGNAC I 
SES VERTUS KT SON MARTYRE. — FiN DE LABBAYE. 

(1749-179-2) 

Louis XV donna à Etienne-Edouard de Colbert, 
prêtre du diocèse de Toulon et docteur en Sorbonne. 
la commende du monastère de Saint-Mesmin, devenue 
vacante par la résignation d'Emmanuel de Cbepy. 
Ce nouvel abbé sollicita aussitôt en cour de Rome ses 
bulles de provision, et les reçut de Benoît XIV, au 
mois d'octobre 1749. Cet acte pontifical a été con- 
servé (1). Le pape l'adresse, selon l'usage, à Tévcque 
d'Orléans, qui était alors Mgr Nicolas-Joseph de Paris. 
Il y expose d'abord que le Saint-Siège ne doit pas 
laisser inoccupés les églises et les monastères deve- 
nus vacants, mais mettre à leur tète des personnes 
instruites cl de bonne conduite, qui puissent leur 
assurer un sage gouvernement. 

« Nous avons appris, continue-t-il. cjue notre très 
cher fils Louis, roi de France, en verlu du C-oncordat 
conclu par François I'*" pour les nominations ecclé- 

(1) Archives du Loiret; Registres capitulaires des'Feuil- 
lanls, année 1749. 



— 419 — 

siastiques, a donné l'abbaye de Saint-Mesmin à 
Edouard de Colbert, prêtre. Vous nous avez informé, 
après l'enquête faite à son sujet, que Je dit Colbert 
est de bonne vie et mœurs, et qu'il n'a encouru 
^ aucune peine ni censure ecclésiastique. Puisque la 
commende dudit monastère est devenue vacante par 
la résignation d'Emmanuel de Chepy, faile par 
devant notaire, dans les formes prescrites parles lois 
canoniques, nous la transmettons à Edouard de Col- 
bert, dans les mêmes conditions oii l'a possédée son 
prédécesseur^ et nous vous mandons de le placer à 
la tête de ce bénéfice, qui n'apas charge d'âmes, et est 
taxé de 200 florins en la Chambre apostolique. Il sup- 
portera toutes les obligations attachées à cet office, 
telles que la réparation et ^entretien des édifices, la 
conservation des ornements et le soulagement des 
pauvres par l'aumône. Le tiers de tous ses revenus 
et profits sera consacré à la nourriture et aux besoins 
des moines, conformément aux accords conclus anté- 
rieurement. Il lui est absolument interdit d'aliéner 
aucun des biens, immeubles ou meubles précieux, du 
monastère. Il pourvoira seulement à son administra- 
tion spirituelle et temporelle et à celle de ses dépen- 
dances, conformément aux constitutions de Boni- 
face IV et de nos autres prédécesseurs. Nous voulons 
encore que le culte divin ne soit point amoindri dans 
cette maison, que le nombre des moines ne soit pas 
diminué et que tout soit conservé dans l'ordre actuel- 
lement établi. Avant d'en prendie possession, ledit 
abbé prêtera entre vos mains serment de fidélité. 



— A'IO — 

dans les termes de la formule annexée à celle huile, 
el, après l'avoir signée, sans y faire aucun change- 
ment^ il nous l'enverra le plus tôt possihle, munie de 
son sceau et du vôtre. S'il ne fail pas ainsi, que sa 
commende cesse et que ledit monastère redevienne 
vacant; au contraire^ sil le fait, qu'il en soit déclaré 
légitime supérieur, à la date des jours,, mois et an 
de ce décret. 

u Donné à Rome, à Sainte-Marie -Majeure, l'an de 
l'Incarnation du Seigneur 1749, le 17 des calendes 
d'octohre (16 septemhre), la dixième année de noire 
pontificat. » 

Aussitôt après la réceplioii de ces pièces^ l'ahhé de 
Colbert fit son entrée solennelle dans le monastère, 
avec le cérémonial usité en pareil cas. Il rcvèlit le 
surplis avec lélole et fut présenté à la porte de 
l'église par le vicaire-gé[iéral de l'évéque, (jui lut la 
huile de Benoît XIV aux religieux réunis sur le seuil. 
Puis il entra et fui conduit au maître-autel. Il le 
baisa, alla ensuite tinter la petite cloche deux ou 
trois coups, monta dans le siège ahhalial paré avec 
élégance, et y demeura tout le temps que dura le 
Te Deum chanté par les moines, el pendant lequel on 
sonna les cloclies. Il termina en récitant l'oraison de 
la Trinité el celle de saint Mesmin. Q^iî^^^i^l ^1 eut été 
ainsi installé, l'évéque d'Orléans le nomma vicaire- 
général et doyen du chapitre de sa cathédrale. 

Edouard de (Colbert était d'un caractère doux el 
conciliant, ennemi de la chicane et des procès. Il 
préférait vivre en paix, dussent ses intérêts en souf- 



— 421 — 

frir, plutôt que de se laisser engager dans des procé- 
dures longues et toujours pénibles. Cette crainte des 
difficultés alla même, plus tard, jusqu'à lui faire man- 
quer à son devoir, comme nous le verrons bientôt, à 
propos du Jansénisme. 

Un de ses premiers actes administratifs fut le règle- 
ment définitif de la nomination à la cure de Saint- 
Paul, qui depuis sept siècles avait soulevé de si nom- 
breuses contestations, et si souvent scandalisé les 
[îdèles. L'évéque d'Orléans désirait depuis longtemps 
'éunir en une seule paroisse les deux portions de cette 
îglise, dont l'une était au choix du Chapitre de Saint- 
Pierre-le-Puellier, et l'autre à celui de l'abbé de Saint- 
^lesmin. Vers la fin de 1749, il demanda simulta- 
nément aux deux présentateurs de renoncer à leur 
Iroit, pour reporter sur une seule tète la faculté 
rélire un titulaire à cette cure. Après quelques pouF- 
)arlers, l'abbé de Colbert offrit au Chapitre de lui 
:éder son droit de présentation, pourvu que le dit 
Chapitre voulut bien lui abandonner par réciprocité 
e droit qu'il avait de présenter à la cure de Saint- 
dichel, d'Orléans (1). Les chanoiiK's, après en avoir 
lélibéré, consentirent volontiers à cette mutation, 
/affaire fut dès lors facilement arrangée. L'église de 
iaint-Paul n'eut plus qu'un seul curé nommé par le 

(1) L'église de Saint-Michel avait été doniK-e au Chapitre 
e Saint-Pierre, avec celle de Saint-Paul, en l(»l'i, par le 
oi Robert. Elle devint paroissiale au commencement du 
vie siècle. Vendue en 1791, elle fut convertie en salle de 
pectacle ; c'est aujourd'hui le théâtre municipal d'Orléans. 



_ 4-22 — 

Chapitre de Saint-Pierre. L'évèque approuva cette 
solution d'une question demeurée si longtemps 
insoluble, par un décret iriHiion du 7 mars 1750, 
et Louis XV la confirma, par lettre patente du 
.5 juillet suivant, enregistrée au Parlement le 5 fé- 
brier 17ol (1). 

L'abbé de ColberL apporta le même esprit de con- 
ciliation dans ses relations avec les Feuillants. Voulant 
ôter tout prétexte de désaccord, tant dans le présent 
que dans l'avenir, il fit avec eux une convention 
réglant leurs droits mutuels de pèche dans la Loire 
et le Loiret, le 17 avril 1752. il leur reconnut et con- 
firma celle du Loiret, comprise dans la mense conven- 
tuelle. Quant à celle de la Loire, qui entrait dans la 
mense abbatiale, depuis la Madeleine, près d'Orléans, 
jus(jue vis-à-vis le (piocher de Mareaii. en aval du 
Douve, il la leur loua, moyennant un prix de 230 livres, 
plus deux aloses, payables à Noid et à la Saint-Jean- 
Baptiste de chaque année (2). 

Les r(digieux furent d'autant plus satisfaits de cette 
concession, qu'elle leur abandonnait exclusivement 
la prise des ablettes^ petit poisson alors très abon- 
dant dans le Loiret, et très recherché pour ses écailles 
argentées, dont on tirait une sorte d'enduit nacré, 
employé à garnir l'intérieur des fausses perles. Sa 
pèche produisait ainsi un i'e\ eiui assez considérable. 
Cette industrie a cessé, depuis que la chimie moderne 
a inventé des procédés pins rapides et moins 

(1) Archives do Tôglise de Saint-Paul. 

('^) Archives du Loiret, casier '27 F., carton 28. 



— 423 — 

oùteux, pour imiter plus parfaitement le brillant des 
erles naturelles. 

De nombreuses transactions, baux, locations, ventes 
t échang-es eurent encore lieu à cette époque. Le 
7 septembre J751, le moulin à foulon, construit sur 
m des bras du Loiret, fut détruit par un incendie. On 
valuaà 1900 livres le dommage causé par ce sinistre. 
Musieurs moulins à farine eurent besoin de grandes 
éparations, au cours de l'année 1756. Les moines 
mpruntèrent 4000 livres, garanties par le patrimoine 
e leur monastère. Sur cette somme, ils employèrent 
000 livres à reconstruire le moulin à foulon, qui 
ut transformé en moulin à farine ; ils achetèrent, 
our le prix de 1200 livres le bras du Loiret, appar- 
enant à la mense abbatiale, sur lequel il était établi; 
vec le reste, ils firent aux autres les réparations 
lécessaires (1). 

L'existence de ces moulins,, possédés par les moines 
e Micy au nombre de cinq ou six, était d'une grande 
mportance, non seulement pour eux, mais aussi pour 
es habitants d'Orléans, dont ils assuraient l'alimen- 
ation. Ils transformaient en farine tous les blés de 
e la Beauce achetés par leurs boulangers. Aussi veil- 
ait-on avec un soin particulier à tout ce qui concer- 
lait leur conservation. Au mois d'avril 17G4, le gou- 
erneur, de la ville M. de Cypierre, autorisa les 
feuillants à acquérir une petite maison, près de leur 
noulin à deux roues, pour le logement du miMmier, 

car, dit-il dans son ordonnance, tous ces moulins 

(1) Registres capitulaires, année 1656. 



— 424 — 

du Loiret sont nécessaires à rapprovisionnement 
d'Orléans, et si on ne lo^e pas le meunier, il ne 
moudra pas » (1). 

La vie intérieure de la communauté se continuait 
avec sa régularité habituelle. En 17o8, dom Jean- 
Bapliste de Sainte- Anne, supérieur général de la Con- 
grégation, vint faire la visite canonique en la manière 
accoutumée. Il trouva tout en bon ordre, et se retira 
satisfait. C'était la cjuinzième que recevaient les 
Feuillants, depuis leur entrée à Saint-Mesmin (2). 

Grâce à cette surveillance attentive et continuelle, 
on ne vit à Micy ni les errements, ni les désordres 
trop souvent rencontrés dans d'autres maisons reli- 
gieuses, à cette époque. La conduite des moines y 
fut toujours édifiante, et leur vie conforme à leur 
vocation. Leur doctrine se conserva pure de toute 
adhésion au Jansénisme, dont le venin avait alors 
pénétré dans de nombreux monastères. Quand Louis 
de Montmorency- Laval, évèque d'Orléans, ordonna 
à son clergé de signer le formulaire d'union à la doc- 
trine de l'Eglise, selon la prescription d'Alexandre VIL 
dom Louis de Saint-Antoine, prieur de Micy en 17G0. 
s'empressa d'y apposer sa signature, en témoignage 
de l'intégrité de sa foi. On la voit encore, sur Pacte 
original, avec celle de Messire Dumuys, curé de l'Al- 
leu Saint-Mesniin, parmi celles des plus respectables 
ecclésiastiques d'Orléans et d'une foule de notables 
de toutes conditions (3). 

{\) Archives nationales, 6« 406, p. 109. 

(2) Kcffistres capitula ires ^ années i7;38. 

(3) Archives du Grand-Séminaire d'Orléans. 



— 425 = 

L'abbé de Colbert ne montra pas toujours la même 
fermeté. Tremblant à la vue des persécutions exer- 
cées parle Parlement contre les prêtres qui refusaient 
l'absolution aux Jansénistes opiniâtres, il craignit de 
perdre ses bénéfices, et s'enj^ag-ea, devant les magis- 
trats, à administrer ces hérétiques obstinés, ainsi que 
M. Huard, sous-chantre, et, comme lui, vicaire-géné- 
ral de Tévêque. Mgr de Montmorency-Laval punit 
avec sévérité cette indig-ne faiblesse. Il retira aussi- 
tôt à M. Huard ses lettres de vicaire-général ; il 
allait en faire autant à M. de Colbert, quand celui-ci 
se hâta de les lui renvoyer, pour éviter un pareil 
châtiment (1). Il mourut obscurément, en 1772. 

Son successeur fut Armand-Anne-Auguste-Anto- 
nin Sicaire de Chapt de Rastignac, le dernier abbé de 
Saint-Mesmin. Issu d'une ancienne et très noble 
famille du Périgord, il naquit en J726, au château de 
Laxion, près de Sarlat. Un de ses grands oncles avait 
été archevêque de Toulouse, et, de son vivant, son 
oncle paternel fut évêque de Nevers, puis archevêque 
de Tours. Le jeune de Rastignac fit de fortes études: 
il obtint legrade de docteuren Sorbonne, aprèsavoir été 
ordonné prêtre. Ensuite il fut nommé successivement 
vicaire général par l'archevêque d'Arles, et prévôt en 
l'église de Saint-Martin, fie Tours. 

C'était un homme de vie pure et d'une conscience 
profondément honnête, qui ne lui permit jamais de 
transiger avec son devoir. Il avait une foi éclairée, 
vive et convaincue : en aucune circonstance, il nr 

(1) V. Pelletier, les EvfV|ne>^ d'Orléans, p. l">0 



— 426 — 

voulut entrer en compromission avec les Jansénistes. 
Député aux assemblées du Clergé de illVô et de 171)0, 
il vota pour le refus des sacrements aux adversaires 
delà bulle Unlgenihis. Avec sai^rande science et sa 
liaula capacité, il était d'une telle modestie, qu'on le 
vit jusqu'à trois fois refuser Tépiscopat. Possesseur 
d'une fortune considérable, il l'employait au soulage- 
ment des malheureux, donnant larg-ement tout ce 
dont il pouvait disposer. Aussi, dans l'Orléanais, Tap- 
pelait-on le père des pauvres. Sa charité ne se bor- 
nait pas à prodiguer son argent ; elle lui faisait 
encore exposer sa propre vie, pour le salut de ses 
semblables. Durant la grande inondation de 1788, il 
sauva, au péril de ses jours, une famille composée 
de quatorze personnes, (|ue les eaux allaient englou- 
tir. A une grande douceur de caractère et une bien- 
veillante affabilité envers tous, M. de Rastignac joi- 
gnait une volonté ferme, que l'ien ne pouvait ébran- 
ler. Quand il s'était une fois convaincu de la légitimité 
d'un droit, de la nécessité d'une revendication ou de 
la réforme d'un abus, il Fentieprenait aussitôt, et 
aucune difficulté n'était capable de le détourner de 
son dessein. C'est ce qui expli(jue les nombreuses 
contestations et procès qu'il soutint, et aussi ce qui 
lui suscita d'ardentes inimitiés. Il se trompa quel- 
quefois, et vit rejeler plusieurs de ses réclamations ; 
mais jamais on ne put mettre en doute riionnètelé de 
ses intentions. 

Il montra tout d'abord cette inflexibilité de cons- 
cience à l'occasion de sa nomination à l'abbaye de 




=r:= 



■NAC 

Députe du Clerg^e d Orléans 




Portrait de l'abbé Chapt de Rastignac. 



— 429 — 

Sairit-Mcsmin. Son oncle, le maréchal de Biron l'avait 
sollicitée pour lui, après la mort de Tabbé de Colbert, 
et l'avait obtenue, à son insu. Il l'accepta; mais aus- 
sitôt il se liàta de résigner un prieuré qu'il possédait 
en commende, jugeant illicite ce cumul de bénéfices. 

M. de Rastignac, homme d'ordre et de grande 
régularité dans son administration, comme dans sa 
vie privée, fit faire, peu après son arrivée à xMicy, 
l'inventaire général des biens, revenus et domaines 
de son abbaye, tant de la mense abbatiale que de la 
mense conventuelle. 

L'examen du registre, contenant la longue énumé- 
ration de tout cet avoir, révèle exactement la situa- 
tion temporelle du monastère à la fin du XVIII'' 
siècle (1). Sa fortune consistait en fermes et métai- 
ries, vignes et prés, terres labourables, bois et 
landes, maisons de rapport à Orléans, à Saint-Mesmin 
et ailleurs, moulins à farine, à foulon, à tan et à 
papier sur le Loiret, rentes censuelles et foncières, 
fondations, droits seigneuriaux, d'églises, et rede- 
vances diverses (2). 

A première vue, il semblerait qu'un patrimoine 
aussi étendu ait produit des revenus considérables. 
Cela n'était pas (Cependant. Il présentait {)lus d'appa- 
rence que de profit réel. De très vastes terres atfer- 
mées par des baux à long terme, rendaient un loyer 
très minime. Les fermiers et locataires se tenaient 

(1) Archives du Loiret, anciens fonds de Saint-Mesmin, 
casier 52. 

(2) Pièce justificative XLV, invenliiire des biens. 



- 430 - 

pour ptiLi engagés vis-à-vis des religieux, beaucoup se 
trouvaient constamment en arrière: les moines, 
débonnaires et peu exigeants, (juoi (ju'on en ait dit, 
faisaient de grandes remises, pour recevoir (pielques 
acomptes. D'autres [nouraient insolvables, et les reli- 
gieux renon(;aient à leur créance, plutôt (jue de pour- 
suivre leurs béritiers. En sorte (jue, bon an mal an, 
tous les biens du monastère réunis ne rapportaieni 
pas plus de 8,(100 livres. De celle somme, b' lise 
royal prenait presque le tiers, par des impositions 
exigées sous des noms divers. Il restait donc envii'on 
5,500 livres, qui devaient suffire, à peu près par moi- 
tié, à la mense abbatiale et à la mense conventuelle, 
avec les réparations des édifices, et l'acquit des fon- 
dations, en surplus. On comprend dès lors (jue celle 
dernière mense, ainsi réduite, ne pouvait plus nourrir 
qu'un nombre très minime de religieux. Ils étaient 
buit ou neuf, au commencement du siècle, et des- 
cendirenl à cinq, à ré[)oquede la suppressionde Tab- 
baye. Malgré la bonne administration dont ils étaient 
l'objet, on ne pouvait pas faire donnei" aux biens plus 
(ju'ils n'étaient capabb^s de rendre. C/est ce (jui 
explique l'amoindrissement graduel du monastère, 
jusqu'à sa comj)lète disparition. 

Des droits transmis aux moines de iMicy })ar le 
régime féodal, celui de justice était un de ceux (jui 
avaient le mieux conservé Irui* intégrité. Le siège de 
son exercice avait été tiansporté, de la maison des 
Cbatelliers, à l'abbaye même, où ses officiers jugeaient 
en son no n. C'est là, qu'en 1783, le bailli du monas- 



— 431 — 

tère condamna, à 6 livres tl'amende chacun, plusieurs 
garçons de Saint-Mesmin. Le jour de Pâques^, ils 
s'étaient tenus d'une faron inconvenante à la porte de 
l'église conventuelle, et avaient scandalisé les fidèles 
parleurs mauvais propos, Le procès-verbal du juge- 
ment est signé : Robert de Massy, bailli (Ij. 

Le 18 janvier 1789, après une grande inondation, 
les officiers de cette justice firent afficher en plusieurs 
lieux une ordonnance concernant les épaves, bois, 
charniers et autres effets, eritraînés par les eaux, lors 
de la rupture de la levée de la Loire. Elle défendait 
à tout un chacun de les enlever, sous peine d^amendc. 
Signé: Dubois, procureur fiscal, et Robert de Massy, 
juge civil et criminel de l'abbaye (2). 

Avec son inflexible sentiment d'équité, l'abbé de 
Rastignac poursuivait impitoyablement les envahis- 
seurs des biens de son bénéfice. Un habitant de 
La Chapelle Saint-Mesmin s'était approprié cinq 
arpents de terrains sableux appartenant aux moines, 
sur le bord de la Loire, en face du passage du bac. Il 
le cita au tribunal du bailli d'Orléans, et obtint la 
restitution des terres usurpées (3). 

Plusieurs de ses prédécesseurs^ Gedoyn et de (lol- 
bert, avait vainement essayé d'obtemr l'annulation 
de la vente des biens indûment aliénés par l'abbé 
Rose, en 1011, sur la paroisse (h; Mézières. M. de 
Rastignac reprit cette affaire en \1HÏ, malgré l'avis 

(1) Archives du Loiret, carton 'ri, 

(2) Archives ilu Loiret, carton 52. 

(3) Arcliives nationales, E., Z.ô'lô, n. 73. 



— 432 — 

contraire de Favocat du Clergé. Plusieurs mémoires 
furent publiés à ce sujet de part et d'autre. L'abbé de 
Micy obtint enfin gain de cause contre Ciiristopbe 
Lenoir, écuyer, seigneur de Mézières, délenteur de 
ces biens. Les justices, dîmes et censives établies sur 
cette paroisse, ainsi que le droit de présentation à la 
cure, rentrèrent alors dans le patrimoine de Saint- 
Mesmin (1). 

Il obtint encore la restitution d'un domaine vendu, 
en 1689, dans des conditions irrégulières, en Solo- 
gne. 

Ses revendications, au sujet du presbytère de 
l'église de Saint-Paul, eurent un résultat moins 
heureux. Sur le vu d'un ancien plan, il crut que ce 
presbytère était situé dans la mouvance de son 
abbaye, et intenta un procès à la fabrique de cette 
paroisse, pour en retirer la censive. L'affaire demeura 
pendante durant cinq années, 1783 à 1788. De nom- 
breux mémoires furent encore écrits de chaque coté ; 
de nouveaux plans furent dessinés par Champeau. 
arpenteur-juré, et, finalement le bailli d'Orléans, 
appelé à juger eii dernier ressort, débouta l'abbé de 
ses prétentions [2), 

Il reste à mentionner une dernière consultation 
adressée par M. de Uastignac au directeur du bureau 
de TAgence générale du clergé de France, au sujet 
de TAlleu d'Orléans. Il se plaisait à aller de temps en 
temps halriter les logis de cet Alleu, mis à sa dispo- 

[h Archives nationales, G^X, 2.610, n. 228 et 441. 
(2) .\rclnves <lu Loiret, carton 25. livre 19. 







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— 435 — 
sition par les moines, tandis que l'autre partie était 
louée à des séculiers. S'appuyant sur le privilèg-e 
d^exemption du log-ement des gens de guerre, dont 
jouissaient les établissements religieux et leurs dépen- 
dances, il revendiqua cette faveur pour l'Alleu, « qui 
est, dit-il, libéré de toute franchise, coutume et 
exaction par les rois de France, devient le refug-e des 
religieux aux temps d'invasions, sert de demeure 
aux novices étudiant à l'Université d'Orléans, et 
forme en réalité le petit monastère de Saint- 
Mesmin ». Il lui fut répondu que l'Alleu serait exempt 
du logement des soldats pour la partie occupée effec- 
tivement par l'abbé et les moines ; quant aux logis 
loués à des séculiers, ils devaient demein-er soumis 
au droit commun (1). 

La poursuite de ces affaires litigieuses n'empêchait 
pas M. de Rastignac de maintenir son abbaye dans 
une sitiiation satisfaisante. Sans doute, ce n'était plus 
cette g-rande institution monastique, qui, au moyen- 
àge, voyait les relig"ieux en foule se presser dans ses 
cloîtres, administrait de vastes domaines et exerçait 
sur des provinces entières une influence puissante et 
salutaire. Les guerres, la commende, les exigences 
fiscales, l'irréligion du milieu oii elle vivait alors 
avaient diminué le nombre de ses moines, appauvri ses 
ressources et amoindri son action sociale. Néanmoins, 
«'lie occupait encore dans rh^gllse de France une 
place honorée, et n'avait point interrompu sa mission 
relip:ieuse. Bien dilférent d'autres monastères (pic le 

(1) Archives nationales, Ct»-\-, 2474, N. '■^Vi. 



— 436 — 

Jansénisme ou le relâchement avaient jetés hors de 
leur voie, celui de Saint-Mesmin, depuis son entrée 
dans rOrdre des Feuillants, avait conservé la pureté 
de sa foi, avec sa bonne réputation, et ne donnait au 
monde que des exemples édifiants. 

A l'extérieur, ses fermes, terres et mouhns étaient 
loués à des hommes qui y gagnaient leur vie. Son 
patrimoine, fei lilc et bien cultivé, révélait l'ordre du 
travail régulier et du gouvernement sage qui prési- 
dait à son entretien. Chaque jour, indépendamment 
des grandes aumônes de fondation, on distribuait aux 
pauvres et aux misérables du pain et des secours 
abondants. Quand survenait quelque grande calamité^ 
on ne faisait jamais en vain appel à la charité des 
religieux. Les bâtiments étaient presque remis à 
neuf, grâce à d'habiles réparations, et présentaient 
un bel aspect. Les abords du couvent s'annont/aient 
par de longues avenues, plantées d'ormes, de noyers 
et d'arbres fruitiers ; elles faisaient comme une cein- 
ture de verdure autour des édifices claustraux. 
D'autres plantations, des jardins potagers et d'agré- 
ment complétaient cet ensemble agréable (1). 

Sauf quehjues adoucissements apportés à certains 
points de la discipline, en particulier à l'abstinence, 
si rigoureuse pour les premiers Feuillants, les moines 
menaient une vie pieuse^ austère et laborieuse, 
capable d'édifier et de désarmer les ennemis les plus 
acharnés des institutions monastiques. La littérature, 

(1) Biblioth. nation., Carte des bords du Loiret, par M. de 
Bkaur.mn, géographe du roi, 1739. — \\ 93. 



— 437 — 

les sciences sacrées et profanes avaient à Micy des 
amis dévoués qui les cultivaient avec soin. Leur 
bibliothèque, augmentée des ouvrages célèbres publiés 
à cette époque, avait pris un grand développement. 
Les derniers religieux étaient de véritables savants, 
connus et estimés de leurs contemporains. 

Un feuillant de Saint-Mesmin, dom Gardon, s'était 
spécialement adonné à l'étude des sciences mathé- 
matiques ; il possédait de bons instruments d'optique 
et de physique, dont quelques-uns ont été déposés au 
Collège d'Orléans. Il aimait à tracer des cadrans 
solaires sur les façades des châteaux voisins de son 
couvent. Il établit aussi celui qu'on voit encore au- 
dessus de la porte du transept méridional de Sainte- 
Croix. 

Un autre religieux, dom Gascar Jean de Saint- 
Jérôme était très instruit : il composa une histoire de 
son monastère, et conserva plusieurs manuscrits des 
plus précieux de la Bibliothèque, entre autres le 
fameux cartulaire d'Adam, ouvrages malheureuse- 
ment perdus à la Révolution. Ce moine, un des 
derniers de Micy, était physiquement d'une taille et 
d'une grosseur extraordinaires : un appétit piopor- 
tionné à sa corpulence lui faisait absorber une (juan- 
tité considérable d'aliments, tout en ne satisfaisant 
que d'une manière modérée le besoin de son esto- 
mac (Ij. 

Tout respirait la paix, la piété et le travail régulier 



(1) SouvcJîirs des vieillards. 

20 



— 438 - 

dans la petite communauté de Saint-Mesmin. Aussi 
ce fut une douloureuse surprise, quand les premiers 
coups de l'orage révolutionnaire vinrent troubler cet 
heureux état de choses. Le 19 octobre 1790, le maire 
et le procureur de Saint- Nicolas- Saint-Mesmin se 
présentèrent à l'abbaye, au nom de la Nation, pour 
faire l'inventaire de ses biens, et demandèrent aux 
religieux dans (juelle lelraile ils désiraient se retirer. 
Ceux-ci répondirent (jue leur désir le plus ardent 
était de rester à Micy et d'y mourir. 

Ils étaierit au nombre de cincj : le prieur, dom Jean- 
François de Saint-Simon, nommé dans le monde 
Garrié, né à Lyon en 1739, et religieux depuis 1759; 
dom Jean de Saint-Jérùme, nommé Gascar, né à 
Ghevreuse en 1733, religieux depuis 174Î) ; dom Louis 
de Saint-Alexandre, nommé Maisonneuve, né à Paris 
en 1750, religieux depuis 1773 ; lous trois avaient 
prononcé leurs vœux au monastère de Sainl-Hernard, 
de Paris; dom Mathieu de Saint-Jérôme, nommé 
Gachet, né à Lyon eu 171)2. i\\ sa profession en 178(), 
à Tabbaye dv Feuillant ; dom Pierre de Sainte- 
Marguerite, nommé llazuret, né à Lyon en 1726, 
fit profession en l'église des Feuillants de Lyon, 
en 1756. 

Leur désir ne devait pas éli'e exaucé. La Révo- 
lution, (jui avait d'abord commencé son (euvre avec 
une certîu'ne modération , était emportée par une 
force irrésistible vers les actes les plus violents. Rien 
ne l'arrêta [)lus dans son travail île destruction, une 
fois qu'elle se fut abandonnée à l'impulsion des partis 



— 439 — 

extrêmes. Successivement, l'Assemblée nationale abo- 
lit tous les droits et privilèges des établissements 
ecclésiastiques, annula les vœux monastiques, sup- 
prima les ordres relig-ieux, et enfin déclara que les 
biens du clergé seraient mis à la disposition de la 
nation. 

En ouvrant de force tous les couvents, elle décréta 
qu'une pension viagère serait payée aux anciens 
religieux, après qu'ils auraient fait publiquement 
déclaration du lieu où ils avaient l'intention de se 
retirer. En conséquence, Bonin, officier municipal, 
et Grange, procureur de la commune, se transpor- 
tèrent de nouveau à l'abbaye, à Telfet d'obtenir des 
moines la déclaration exigée par l'Assemblée. 

[)om Jean Carrié, prieur, exposa que «attendu les 
inconvénients et difficultés qu'il prévoyait dans le 
nouveau régime religieux inauguré par les décrets 
de l'Assemblée nationale, concernant le traitement des 
religieux, » il avait l'intention de se retirer à Lyon, 
à la fin du mois de mars, pour y mener une vie 
privée au sein de sa famille et y être payé de sa 
pension alimentaire par le receveur du district de 
ladite ville. 

Le second, doni Jean (Jascar, déclara que son 
intention était de rester toute sa vie daLis une maison 
religieuse de son Ordre, si c'étail possible, et d'y 
finir ses jours, sinon, « il se rendra dans celle qu'il 
plaira à la plus respectable des Assemblées de lui 
assi""ncr. » 

Les trois auli-es, doni Louis Maisonneuve, doni 



— 440 — 

Mathieu Gachet et dom Pierre Razuret déclarèrent 
vouloir rester chez les Feuillants ; et, si cela n'était 
pas possible, rentrer dans leur famille (1). 

Les pronnesses inscrites dans les décrets de l'As- 
semblée ne furent pas tenues. Bientôt la persécution 
ouverte succéda à l'apparente modération des pre 
miers jours. La pension alimentaire fut supprimée, 
et les religieux reçurent l'ordre de quitter leur monas- 
tère. Ils Tabandonnèrent au commencement de 1791, 
pour aller vivre dans une société inconnue, où tout 
était pour eux plein de menaces et de périls. Dom 
Jean Gascar mourut peu après, croit-on, de misère 
et de faim. Quant aux autrt\s, ou ig-nore ce qu'ils 
devinrent après leur dispersion. Mais dans cette vie 
nouvelle où ils se vircFit contraints d'achever leuis 
jours, (jue de pleurs amers durent couler de leurs 
yeux, quand ils reportaient leur pensée vers l'abbaye 
où ils avaient passé tau! d heui'euses années, dans le 
recueillement, la [)rière, Tétude et la prati(|ue de la 
charité, maintenant (juiltée pour toujours et livrée à 
la destruction ! 

Le sort de l'abbé de Rastig^nac fut aussi douloureux 
que celui de ses religieux, plus tragique sans doute, 
mais combien plus glorieux ! 

Son mérite éminent, ses écrits [)leins de doctrine 
et de raison, lui avaient créé une haute situation dans 
le diocèse d'Oi'léans. Il s'occupait de toutes les graves 
questions qui agitaient l'opinion, à la veille de la 

(1) Archives du Loiret, fonds révolutionnaire. 



— 441 -- 

Révolution. Sa maison abbatiale était comme un lieu 
de rendez vous, où de nombreuses personnes se réu- 
nissaient pour discuter et s'éclairer mutuellement. Il 
reste encore de M. de Rastig-nac un billet très poli, 
daté du 12 juillet 1788, par lequel il fait savoir à 
l'abbé Dubois, d'Orléans, que le duc de Luxembourg, 
se trouvant dans son monastère de Micv, désirait 
conférer avec lui sur les découvertes qu'il avait faites 
relativement aux Etats-Généraux, et qu'il le rece- 
vrait avec plaisir (1). 

Aussi, quand Louis XYI eut convoqué les Etats- 
Généraux, les membres du clerg-é Orléanais, réunis 
dans la grande salle de l'évèché,, pour choisir leurs 
députés, au nombre de trois, élurent AI. Cbapt de 
Rastignac, avec le chanoine Moutiers et M. Blandin, 
curé de Saint-Pierre-le-Puellier. Dans la délibération 
relative à cette élection, l'abbé de Saint-Mesmin se 
distingua par la sagesse de ses vues et la fermeté de 
ses convictions. Ces Etats, bientôt transformés en 
Assemblée (Constituante, ayant bouleversé toute l'or- 
ganisation religieuse de l'ancienne France, il com- 
battit énergiquement ses agissemeiits, et signa la pro- 
testation contre ses décrets en matière ecclésiastique. 
Plus tard il refusa avec non moins de force de sous- 
crire à la Constitution civile du clergé. 

Retiré cliez sa nièce, la marquise de Fausso-Lendry, 
rue de Vaugirard, à Paris, il consacrait les loisirs que 
lui laissaient les travaux de l'Assemblée à compostjr 

(1) Mémoire inédit de l'abbô Dubois, sur le Siège d'Or- 
léans, édité par M. Çliarpentier, 1804. 



— 142 — 

de savants mémoires où il réfutait avec autant de 
science que de logique les prétentions des législateurs^ 
en affaires religieuses. Il écrivit d'abord un opuscule 
intitulé : Question sur la propriété des hiens-fonds 
ecclésiastiques en France (Paris 1789). Il le dédia 
au pape Pie Vï. qui en félicita l'auteur. Un second 
ouvrage suivit de près; c^était une dissertation sur 
y Accord de la révélation et de la raison contre le 
divorce (Paris 1790/ Mais dt» ses œuvres, celle qui 
souleva contre lui les plus furieuses colères des Jaco- 
bins, alors maîtres du pouvoir, et voua sa tète au 
glaive des Septembriseurs, ce fut la traduction, 
accompagnée de notes, de la Lettre synodale de 
Nicolas, patriarche de Constantinople. à Alexui 
Commène, sur le pouvoir des empereurs quant à 
Vèrection des métropoles ecclésiastiques (Paris 1790). 
[1 y réfutait victorieusement les sopliismes donnés 
pour base à la Constitution civile du clergé par les 
Jansénistes et les Voltairiens de l'Assemblée, réfor- 
mateurs de l'Eglise de France (1). 

Aussi quand on eut décrété l'incarcération des 
prêtres insermentés, l'abbé de Rastignac fut un de* 
premiers désignés à la bainedes ennemis de l'antique 
foi religieuse. Il fut arrêté le 2r> août 1792, et écrou6 
à Tabbaye de Saint-Germain-des-Prés, transformée 
en prison. Il s'y rencontra avec le marécbalde Som- 
breuil, Cazotle, de Montmorin. ancien ministre de 
Louis XVI, e( plus de 200 autres compagnons d'in- 
fortune, comme lui voués d'avance à la mort. 

(i) GuiLLON, Les inarlyrs de la foi, t. I\', p. 409. 



— 443 — 

Sa nièce, madame de Fausse-Lendrv, mit tout en 
œuvre pour le sauver. Elle obtint même de Manuel, 
procureur de la Commune de Paris, la promesse qu'il 
serait épargné, a Soyez tranquille, lui avait-il dit, il 
ne lui arrivera rien. » Elle voulut alors partager sa 
captivité, pour lui donner ses soins, malg^ré la parole 
menaçante que lui dit Sergent : « Vous faites une 
imprudence; les prisons ne sont pas sûres » (1). Ses 
efforts furent inutiles. 

C'est que sa mort avait été jurée par les adversaires 
de la religion. Ne pouvant pas répondre à l'irréfutable 
logique de ses écrits, ils trouvaient plus commode 
d'imposer à l'auteur le silence éternel de la tombe. 
On lit la preuve de ce parti pris dans la sentence 
sommaire rendue contre lui, et inscrite sur le registre 
d'écrou de la préfecture de police : « Du 26 août 17î)2, 
le sieur abbé Cbaptde Rastignac a été écroué, en vertu 
des ordres de MM. les Administrateurs de police, mem- 
bres du comité de surveillance et de salut public. » 

Pendant son court séjour à l'Abbaye, M. de 
Rastio:nac, prévoyant bien le sort qui l'attendait, 
employait son temps à consoler et à réconcilier avec 
Dieu ses compagnons de captivité. Son cœur, plein 
d'une ardente foi, épancba dans quelques vers latins 
qu'il écrivit alors, la sainte confiance et l'énergie sur- 
naturelle dont il était rempli. Ces vers sont trop 
beaux, pour (|ue nous n'en donnions pas ici la tra- 
duction (2) : 

(1) Thiers, Histoire delà Révolution, livre VIII. 

(1) Pièce justiGcative XL VII. — Vers de M. «lo Ra.slignao. 



— U4 — 

« Jure ou meurs ; sans hésiter, je choisis la mort. 
Richesses périssables, adieu pour toujours ; je vous 
quitte sans regret. Le navire chargé d'or a peine à 
atteindre le port : l'àme détachée des biens terrestres 
monte plus vite au ciel. La tempête menaçante 
gronde de toutes parts autour de moi ; je vois sans 
effroi ses vagues suspendues sur ma lète. Que le flot 
immense se précipite; il sera impuissant à me sub- 
merger; car je suis porté sur la barque de Pierre; 
jamais cette barque ne périra » (1). 

On avait enfermé M. de Rastignac dans une grande 
salle, qui avait jadis servi de chapelle, avec dix-huit 
autres prisonniers. Tous couchaient sur des lits de 
camp, rangés au long des murailles. 

Le lundi, 3 septembre 1792, vers dix heures du 
malin, il entendit les cris des bourreaux, commen- 
rant leur horrible besogne dans les chambres voi- 
sines. 11 monta aussitôt dans la tribune de la chapelle, 
avec M. de Lenfant, ancien prédicateur de Louis XV. 
t Ils nous annoncèrent, dit un compagnon de sa cap- 
tivité, qui eut la chance inespérée d'échapper au 
massacre (2), que notre dernière heure approchait, et 
nous invitèrent à nous recueillir, pour recevoir leur 
bénédiction. Un mouvement électrique, qu'on ne peut 
définir, nous précipita tous à genoux, et, les mains 
jointes, nous la re(;umes. Ce moment, (juoique conso- 

(1) Ces vers font suite à une liste anonyme et manuscrite 
des prêtres emprisonnés à IWbbaye, par l'un d'eux. 

(2) Mon agonie de trenle-huit heures, par .îourgniac de 
Saint-Méard, ancien capitaine, Paris 1792. 



— 443 — 

lant, fut un des plus terribles que nous ayons éprou- 
vés. A la veille de paraître devant l'Être suprême, 
ag"enouillés devant deux de ses ministres, nous pré- 
sentions un spectacle indéfinissable (1), L'âge de ces 
deux vieillards, leur position au-dessus de nous, la 
mort planant sur nos tètes et nous environnant de 
toutes parts, tout répandait sur cette cérémonie une 
teinte auguste et lugubre. Elle nous rapprochait de 
la Divinité ; elle nous rendait le courage. > 

« Ensuite, dit un autre prisonnier, je vis labbé de 
Lenfant s'asseoir sur une chaise et confesser l'autre 
prêtre qui allait mourir avec lui » (2). C'était M. de 
Rastignac. Moins d'une demi-heure après, les égor- 
geurs arrivèrent et le massacrèrent à coups de sabres 
et de piques (3). 

Ils dépouillèrent le cadavre, criblé de blessures, de 
l'ancien abbé de Saint-Mesmin, et le jetèrent dans 
la vaste fosse commune où furent enterrées plus de 
trois cents victimes de ces funestes journées. Sur le 
livre d'écrou. on écrivit ces mots : « Du 4 au o sep- 
tembre, le sieur Chapt de Rastignac a été jugé par le 
peuple, et, sur-le-champ, mis à mort, h II était âgé 
de soixante-six ans. 

L'abbaye de Micy eut une fin digne de son com- 
mencement. Ses cinq premiers abbés ont été inscrits 

(1) Voir la gravure ci-jointe, contemporaine de celte 
scène. 

(2) Mémoires de Mgr de Salainon. 

(3) Fïcoi, Mémoires pour servira VHisloire erclésiasti- 
que, livre IV. 



— /i46 — 

par rÉglise au livre d'honneur de la sainteté; le 
dernier aussi fut un juste, immolé en haine de la 
relig^ion. Sa vie a été vertueuse et sa mort a mis sur 
sa tête la couronne des martyrs. 

Dans un voyage que le cardinal Richard, arche- 
vêque de Paris, fît à Rome au mois de janvier 1899, 
son Eminence s'occupa spécialement de l'introduction 
de la cause des prêtres massacrés à l'Abbaye, en sep- 
tembre 1792, en haine de la foi. Parmi les noms 
présentés au jugement de la Sacrée Congrégation, on 
lit ceux de dom Clicvreux, général des Bénédictins 
de Saint-Maur, de plusieurs prêtres Orléanais et de 
M. Chapt de Rastignac, abbé commendataire deSaint- 
Mesmin. 

Espérons qu'un jour, ce dernier nom s'ajoutera à 
la liste glorieuse des saints de Micy. 




M. de Rastignac absodt ses compagnons de captivité, 
d'après une gravure du temps. 



-i49 



CHAPITRE XX 

ÉPILOGUE. VENTE ET DESTRUCTION DE l' ABBAYE. — DÉCOU- 

VEHTE DE LA GROTTE DU DRAGON; EIRECTION DE LA CROîX 

COMMÉMORATIVE. LKUR BÉNÉDICTION SOLENNELLE. 

DERNIER GRAND JOUR DE MICY. 

(1701-1858) 

L'histoire de l'abbaye de Saint-Mesniia finit au jour 
où ses derniers moines, expulsés au nom d'une liberté 
trompeuse, la quittèrent pour toujours. Comme un 
corps abandonné de son àme, principe de la vie, 
reste seulement un être incrie condamné à une 
décomposition prochaine, ainsi cette belle Institution, 
jadis animée par la prière, la pénitence et le travail^ 
n'apparaît plus que comme une luine lamentable; la 
destruction complète ne se fera pas attendre long-- 
temps. 

Tous les biens, tons les édifices du monastère de 
Micy furent nnsérabloment pillés, puis vendus au 
profit de la nation-, ou plutôt au profit de ceux qui 
les acquirent pour quelques poignées d'assig-nals, bien 
au-dessous de leur valeur réelle. 

Aussitôt après le départ des relijrieux, les bâtiments 
conventuels, la maison abbatiale, l'ég-lise et toutes 
les dépendances fiiF-ent frappées du scellé national. 
Mais la faible municipalité de Saint -Nicolas fut 



— 450 — 

iiiipuissanle à les garder des bandes de pillards accou- 
rus de tous cotés, de Beaugency, de Meung et surtout 
d'Orléans, qui s'abattirent sur le malbeureux couvent, 
comme des vautours sur une proie, et le dévastèrent 
de fond en comble. On dit même (jiie plus d'un liabi- 
tant du pays se mêla à leurs troupes avides, pour 
retirer sa part de ce facile butin. Les clocbes, les 
vases sacrés, les ornements sacerdotaux furent d'abord 
envoyés au district voisin ; puis le pillnge suivit celte 
première spoliation. Les statues des saints furent 
brisées, les tableaux décbirés, les autels renversés, 
l'orgue mis en morceaux et 1 élain de ses tuyaux 
partagé entre les pillards. On déli'uisit les tombeaux 
élevés dans les nefs ; on réduisit en poudre les beaux 
marbres de celui (|ui recouvrait les cendres de l'abbé 
Cbarles de Vassan. 

Après que l'impiété ré\oIiilioiHiaire se fût donné 
libre carrière contre tout objet poilaiil un caractère 
religieux, la cupidité des envahisseurs s empara de 
ce qui avait une valeur quelconcjiie. Les archives, la 
bibliothèque, de plus de 'i.OIIO volumes, réunis et 
conservés avec tant de soin {)ar les Feuillants, quel- 
ques manuscrits précieux, derniers restes d'une riche 
collection, furent pris, on ne sait [)ar qui, et dispa- 
rurent pour toujours, volés ou anéantis. On enleva 
les meubles des appartements, les métaux utiles, le 
plomb des fenêtres, les ferrements des constructions, 
le bois des charpentes, et juscju'aux tuiles des cou- 
vertures. Bientôt, il n'y eut plus rien à prendre; en 
sorte (|ue (juand un décret ordonna la mise en adju- 



— 451 — 

dicalion de l'abbaye, il restait seulement des murailles 
nues, des logis dépouillés, ce que les voleurs n'avaient 
pas pu briser ou emporler. 

On mit d'abord en vente, comme propriété natio- 
nale, les bâtiments de TAlleu d'Orléans, évalués à 
lo,000 livres; puis le 2 mai 1791, son église, sur la 
prisée de 3,300 livres. Ces biens furent adjugés, pour 
une somme plus forte, à un négociant, afin d'y éta- 
blir ses magasins. Sa famille les céda, en 1839, au 
prix de 50,000 francs, à la ville d'Orléans autorisée 
à les acquérir pour agrandir son Collège sur leur 
emplacement. 

Au mois de novembre suivant fut faite l'adjudica- 
tion du monastère lui-même. Un premier lot compre- 
nait l'église, les logis conventuels cl les jardins des 
moines. Mis en vente sur le prix de 15,000 livres, 
il monta à une somme beaucoup plus élevée. On en 
forma un second de la maison de l'abbé, de la métai- 
rie contiguë, louée 1,500 livres, des pressoirs, par- 
terres, verger, garenne, vignes, terres et bois, dépen- 
dant (le la mense abbatiale. Le tout fut livré pour 
68,000 livres à M. Grou, liommes d'affaires et ancien 
régisseur de M. Cbapt de Rastignac. L'acquéreur ne 
conserva pas longtemps ces biens; ils passèrent suc- 
cessivement dans les mains de plusieurs proprié- 
taires (1). 

Aussitôt ces ventes elfectuées, commença l'œuvre 

(1) Ce furent : M. Petit-Delafosse, premier président de la 
(lour impériale d'Orléans; puis MM. Coniedecerf, Gaudy, 
Danicourt et docteur Bréchemier. 



— 452 — 

de démolition. On s'attacjua d'abord à r<^glise. Les 
grandes ruines de la basilique ogivale, restées debout 
depuis les guerres anglaises el protestantes, furent 
renversées, les belles pierres vendues et le reste 
converti en moellons; puis Téglise moderne fut atta- 
quée à son tour. Les liantes murailles, sapées par la 
base, finirent par céder sous les «:oups répétés des 
ouvriers. Ce temple saint, ofi avaient retenti long- 
temps les cbants de la prière, s'écroula avec un hor- 
rible fracas, couvrant le sol de ses débris (1797). La 
spéculation mercantile en tira parti ; durant plus de 
vingt ans, ses ruines sacrées furent converties en 
une immense carrière. Après Téglise, ce fut le tour 
du logis conventuel ; plus tard, celui de la maison 
abbatiale et enlin de tous les édifices (jui formaient 
Tensemble du monastère. 

La dernière construction à lusage des moines était, 
croit-on, une ancienne salle capilulaire, convertie en 
cellier, avec grerjier au-dessus. Les fenêtres du rez- 
de-chaussée, à plein cintre, ouvraient dans des 
murailles de !'";)() d'épaisseur: au premier étage; 
elles étaient carrées, avec leur voussure légèrement 
cintrée. La corniche de ce bàliment était supportée 
par des modilloiis 1res variés, ornés de sculptures (1 ). 
Elles présentaient en relief une hachette, une serpe, 
une doloire. de la même forme que les outils encore 
employés par les vignerons des environs d'Orléans. 
Deux piliers à demi encastrés dans l'épaisse muraille 

(1) Ces modillons, ou consoles, sont aujourd'hui conservés 
au Musée historique dOrléans. 



— 453 - 

portaient chacun une sorte de chaise ou sièg-e à dos 
évidé, où les moines, préposés à la surveillance du 
cellier, pouvaient s'installer et suivre de Tœil le tra- 
vail de leurs vignerons. Une porte latérale de ce 
cellier subsistait encore tout entière; on y voyait 
comment se manœuvraient les lourdes barres de clô- 
tures du xn« siècle, par un ingénieux système de rai- 
nures profondément creusées dans les montants. Cette 
œuvre antique était d'une solidité presque indestruc- 
tible ; il fallut employer lamine pour l'ébranler; elle 
fut entièrement rasée en 1858. 

Ainsi, rien n'échappa à la pioche des démolisseurs; 
en moins d'un demi-siècle, ces nombreux édifices, 
églises, cloîtres, dortoirs, réfectoire, hôtellerie pour 
les voyageurs et les pauvres, logis de toute sorte, 
tant de fois reconstruits et restaurés par la persévé- 
rante activité des moines, disparurent pour toujours. 
Les fondations même furent arrachées des entrailles 
de la terre. Des monceaux de pierre, produits par 
ces démolitions, les unes servirent à bâtir la plu- 
part des maisons de la contrée; les autres, de moindre 
valeur , furent brûlées dans les fours à chaux des 
alentours. Ils ont dévoré 3Ticy tout entier. 

Depuis lors, il ne reste plus absolument ri<!n de ce 
(jui fut l'illustre abbaye de Saint-Mesmin. Ses ruiiies 
mêmes ont péri. Les passions irréligi«'u^'es. Fingrali- 
tude, l'ignorance et la cupidité ont effacé du sol cette 
Institution, digne de tous les respects, (pii pendant 
treize siècles tint une si grande place dans Tbistoirc 

de notre pays, et fut pour ses habitants la source de 

30 



— 454 — 

si nombreux bienfaits. Aujourd'lnii, des bouquets de 
bois , des champs cultivés , un parterre orné de 
plantes variées, une ag-réable maison de plaisance, 
encore appelée le chciteau des Feuillaiits, occupent 
les lieux sanctifiés jadis par les moines, les cloîtres 
où ils s'assemblaient, l'église où ils priaient, et les 
cénacles témoins de leurs austérités. Là où reten- 
tirent si longtemps les graves mélodies du chant 
monacal, règne un silence presque continuel, troublé 
seulement par le bruit des pas du jardinier, cultivant 
ses fleurs sur d'antiques tombeaux. 

Cependant, si tout ce qui s'élevait sur la surface 
du sol de Micy a entièrement disparu, deux restes 
vénérables, on pourrait dire deux sanctuaires, où 
reposa successivement le corps de Saint-Mesmin, un 
de chaque côté de la Loire, ont échappé à la force 
destructive du temps et des hommes. Ils sont enfouis 
au sein de la terre. C'est ce qui les a sauvés, en les 
conservant dans un état de parfaite intégrité. 

Au-dessous d'une aile de la maison d'habitation 
élevée sur l'emplacement de l'abbaye, là où était 
l'église, on voit encore une salle de moyenne gran- 
deur, dont la voûte régulière et très solide retombe 
sur un large pilier carré dressé en son milieu. Dans 
l'épaisseurde ce pilier, on montre une petite niche que 
HMUplissait une statue. C'était d'après les traditions 
locales, la chapelle souterraine autrefois consacrée à 
sainte Mesme, sœur de saint Mesmin le Jeune (1). 

(1) L'abbé Rocher, Notice f<ur Saint- Hil aire, p. 2'i. Voir 
au chapitre II de cette Histoire. 



4a 



oo 



Quand les Bénédictins eurent reconstruit leur 
église abbatiale au ix^ siècle, ils en firent la crypte de 
cette ég^lise. Ils y déposèrent le corps de leur saint 
fondateur^ lorsque Louis le Débonnaire leur eut per- 
mis de le rapporter d'Orléans, le 27 mai 834. Il y 
demeura plus de 700 ans, jusqu'au jour où les Hugue- 
nots l'en ont tiré, pour le livrer aux flammes. Pen- 
dant ces longs siècles, d'innombrables pèlerins sont 
venus prier dans ce lieu cher à leur piété, aujour- 
d'hui profondément oublié. 

L'autre sanctuaire, non moins vénérable que le pre- 
mier, a été rendu à la lumière, de nos jours^ après 
être resté 300 ans comme perdu et complètement 
ignoré. C'est la grotte du dragon, où reposa le corps 
de saint Mesmin, depuis sa mort (320), jusqu'à son 
transport à Orléans par l'évèque Sigobert, vers 673. 
Elle avait été bouchée et entièrement close par la 
muraille construite au temps de Henri lY, pour sou- 
tenir la falaise supportant l'église de La Chapelle- 
Saint-Mesmin (1). Dès lors, personne ne s'en était 
plus occupé. Cependant un vague souvenir, prenant 
son origine dans les traditions conservées par les 
vieillards du pays, subsistait toujours, comme ces 
échosalfaiblis que le souffle des vents emporte parfois 
en des régions éloignées. Au commencement de notre 
siècle, on parlait encore, aux veillées du soir, d'une 
cave creusée sous l'église, jadis hantée par un terrible 
dragon, et où un saint avait voulu être enterré, après 
l'avoir mis à mort. 

(1) Voir aux chapitres II ot XV de^cetlo Histoire. 



— 456 — 

Un habitant de La Chapelle, M. Ernest Pillon, 
ancien élève de TEcole polytechnique, et archéologue 
distingué, recueillit ces souvenirs ; il étudia les livres 
de Jiertold et de Letald ; puis, s'étant formé une con- 
viction absolue, il entreprit de rechercher et de trou- 
ver la grotte du dragon. 

Les premières tentatives, restées iulVuctueuses, ne 
lassèrent pas sa patiente ardeur. Après avoir long- 
temps travaillé avec ses ouvriers, ;ui milieu de diffi- 
cultés et de périls parfois forts grands, il eut cniin 
la joie de voir ses elforts couronnés d'un plein succès. 
Lui-même raconte ainsi cet heureux événement : 

« Le lundi, 24 décembre 185'), j»- me glissai dans 
uu trou pratiqué depuis plusieurs jours à la base du 
mur de Sully. Une étroite ouverture fnl faite dans le 
fond et bientôt, sous Teffort des hniers, une fissure 
s'y forma. On y enfon<;a une longue balise qui dispa- 
raissait tout entière. Je fis apporter une lumière dans 
cette ouverture élroite ; elle i)rrilait : on pouvait entrer. 
A une heure précise, une violente poussée lit rouler 
une tmorme pierre, et uu ouvrier sautait dans la 
cavité. Ce me fut im bonheur d'aEîtiijuaire Irop vio- 
lent ; je crus que j'allais me trouver mal. lùifin j'en- 
trai à mon tour. A droite, des masses confuses de 
rochers immenses présentaient une voûte de 71 pieds 
de berceau. Au centre, on lencontrait deux gros piliers 
massifs de maçonnerie, (|ui semblaient bâtis d'hier 
A gaiiclie. un long ninr Av [tierres sèches laissait 
découvrir de loin en loin quehjues (races de construc- 
tions mérovingiennes. Onand ou enh^va les débris (|ui 



— 459 — 

remplissaient la grotte, sur une hauteur de plusieurs 
mètres, il en sortit des tuiles à rebord, des fragments 
d'ardoise, des briques romaines, et quelques tessons 
de poterie grise assez fine. Après l'enlèvement de ces 
matériaux, de provenance étrangère à la grotte, on 
vit se profiler sur chaque pilier un chapiteau immense 
et primitif, d'un galbe grandiose, formant leur cou- 
ronnement, pour supporter la voûte épanouie en 
arceau magnifique. x\.labase des parois, on dégagea ce 
petit banc caractéristique, taillé dans le tuf, et qu'on 
retrouve toujours dans l'enceinte des «rrottes celtiques. 

Deux autres piliers formaient les jambages de l'en- 
trée principale, et par cette large baie, ouverte sur la 
Loire, on apercevait directement le monastère bâti par 
saint Mesmin. Car le pieux fondateur avait voulu que 
sa dernière demeure fût en face de la cellule où il 
avait vécu, et saint Ay avait aussi suivi cette orien- 
tation dans la construction [de la chapelle élevée au- 
dessus de son tombeau (1). » 

La grotte du dragon, asile vénéré que nos pères 
gaulois et francs appelaient un lieu saint, était donc 
retrouvée. Tous les hommes de science et de foi 
applaudirent h cette découverte; car elle confirmait 
tout ensemble l'histoire écrite par les vieux moines, 
Bertold et Letald, la tradition conservée d'âge en 
âge, et la légende qui l'embellissait. Une fois de plus, 
l'archéologie venait fournir à bidonnée religieuse son 
concours et ses preuves. 

(1) Bulletin de 1(1 Société archéologique de T Orléanais, 
t. II, p. 271. 



— 460 - 

11 fallait compléter ce premier succès, eo restaurant 
la grotte^ pour la rendre à la piété des lîdèles. Ce fut 
l'œuvre de M. Collin. inirénieur en chef de la Loire. 
Pour la réaliser, il s'inspira de sa foi et de sa science, 
unidé par les conseils de Myr Dupanloup, alors 
évèque d'Orléans, qui bénissait ses elForts et les en- 
courageait avec un haut intérêt. L habile direck'ur 
des travaux de notre grand lleuve s'occupait alors à 
réparer les désastres de l'iriondation de ISoti, et d'en 
prévenir le retour. 11 sut. dans un plan savamment 
et pieusement combiné, concilier la sécurité de la 
navigation et la consolidation de la levée de la Loire, 
avec riionneur dû au tombeau d'un grand saint. 

A[)rès quebjues mois de travaux, la grotte apparut 
ti-ansformée, rajeunie, et digtie des souvenirs quelle 
renfermait. 

(In enleva d'abord 1 amas informe de débris que 
les ravages des ISortlimans, l'incendie allumé pai- les 
Protestants, dans l'église de la Cbapelle et l'cruvie 
de réfection faite [)ar Sully avaient <iccumulés dansson 
enceinte. L'entrée [)rincipale fut rrconstituée dans 
son étal primitif, cl icrniéc par une porte monumen- 
tale, où se lisent, en cliillVes de IV-r ouvragé, les dt'ux 
dates de .")2(l et IS.'iT. celle de la sépulture de saint 
Mesmin, et celle de la restauration de la grotte où il 
reposa. A son extrémité orientale, on éleva un autel 
de piorre blanche, devant lequel est suspendue une 
lampe de bronze, de forme antique. In [)etit reli- 
quaire de cuivre doré, renfermant quelques fragments 
des os de saint Mesmin, recueillis dans une église 



— 461 - 

du diocèse de Blois, fut scellé devant cet autel (1). On 
rétablit Pescalier intérieur, donnant accès de la 
grotte dans l'église supérieure. Les g-ros piliers furent 
consolidés, leurs pierres rejointoyées, et tout l'en- 
semble prit de nouveau un aspect imposant et reli- 
gieux. Plusieurs inscriptions, gravées en creux sur 
de belles tables de pierre, rappelèrent les faits dont ce 
lieu avait été témoin, et le nom des restaurateurs (2). 
Eufin deux escaliers, d'un caractère antique, complé- 
tèrent ces travaux, en conduisant lun au cbemin de 
bàlage supérieur, au dessus de la g-rotte, l'autre sur 
le cbemin inférieur et sur la grève de la Loire. 

Ainsi les deux sa[ictuaires où avait long-temps reposé 
le saint fondateur de Micy, la grotte du dragon, de 
520 à 675, et la crypte de l'église abbatiale, de 834 à 
1562, se trouvaient conservés et rétablis parmi les 
monuments de l'Orléanais. Mais du monastère lui- 
même, pendant treize siècles féconde retraite de tant 
de saints, de savauts et de bienfaiteuis de notre pays, 
il ne restait plus U; moindre souseuir". Mgr Dupati- 
lou[), dont Tàme ardente s'intéressait si vi\ement à 
tout ce qu'il y a de pieux, de bi-au et de grand, courut 
la pensée d'en ressusciter la mémoire, par la consli'uc- 
tion d'une croix commémoralive, élevée sur le terri- 
toire même de Tabljaye disparue. 

Un terrain situé sur la rive gauche de la Loire fut 

(1) Ce reliquaire a été dérobé, en 1870, par des soldats 
allemands, protestants sans respect pour les églises, comme 
les Huguenots de 1562. 

(2) Voir la gravure de l'intérieur de la grotte du dragon. 



— 462 — 

acheté. Avec les dernières pierres tirées des ruines 
de Micy, M. Collin éleva une croix d'un caractère 
grandiose, sur la levée de la Loiro, dans Taxe d'une 
ligne tirée de l'ouverture de la grotte, à remplace- 
ment même jadis occupé par le monastère. Elle est 
de style roman, haute de 10 mètres, de la base au 
sommet, et domine de G mètres le niveau de la chaus- 
sée. La brique se mêle à la pierre dans sa construc- 
tion, et lui donne un cachet d'antiquité (1 ). Huit 
écussons, encastrés dans son pourtour^ évoquent les 
souvenirs de l'abbaye. Le plus grand reproduit la 
liste des saints sortis de Micy, oii leurs noms forment 
des vers latins, attribués à Tempereur Charles le 
Chauve (9). Cette croix simple, sévère, élancée, 
s'aper(;oit au loin, et éclaire le fleuve dans un rayon- 
nement de foi séculaire. 

Quand la restauration de la grotte du dragon et 
l'érection de la croix commémorative furent achevées, 
au mois de mai 1858, Mgr Dupanloup arrêta que, le 
13 juin suivant, il les bénirait et inaugurerait solen- 
nellement. 

Ce fut une imposante et mémorable cérémonie. Les 
autorités religieuses, civiles et militaires d'Orléans 
en rehaussèrent Téclat de leur présence. Une foule 
de peuple, (ju'on ne put évaluer, y accourut de tous 
côtés, pour rendre un dernier hommage aux humbles 
religieux (jue furent les moines de Micy. On eût dit 
que la ville, témoin de leurs vertus aux siècles passés, 

(t) Voir hi gravure représentant la Croix de Micy. 
(2) Pièce justiiicative VL 




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: 465 — 

avait déversé la multitude de ses habitants sur les 
bords de la Loire. En même temps, deux longues 
processions organisées en amont et en aval du fleuve, 
s'avançaient parallèlement avec leurs théories de 
jeunes filles en blanc^ leurs bannières déployées et 
leur nombreux clergé. Les chants sacrés, la sonorité 
des fanfares, les accents vibrants de ÏHymne à 
Micy (1), chantée avec une verve entraînante par les 
élèves du grand et du petit Séminaire qu'accompa- 
gnait une musique militaire, formaient un immense 
et harmonieux concert. 

Mais 011 l'enthousiasme ne connut plus de bornes, 
ce fut quand Tévêque d'Orléans, après la bénédiction 
liturgique de la grotte, parut au sommet de l'esca- 
lier qui conduit au chemin de halage supérieur. Là, 
debout dans l'angle formé par la jonction des para- 
pets, tribune naturelle d'oii il domine tout le fleuve, 
ses deux rives, et l'innombrable auditoire, il prend 
la parole et prononce un admirable discours à la 
gloire de saint Mesmin et de ses disciples. Il montre 
qu'elle a été l'origine de l'abbaye de Micy, ses 
luttes et ses triomphes, et la présente connue un 
foyer où brillèrent pendant treize siècles la prière, 
le travail et la science. « La prière des cœurs purs, 
dit-il, le travail des mains libres^ et la science des 
intelligences bénies de Dieu; ces trois choses (|ui 
ont fait la civilisation européenne, et par lesquelles 

(1) Pièce justificative XLVIII, Hymyieà Micy. Cette cantate, 
chantée chaque année à la distribution «les prix «lu i>etit 
Séminaire, a été composée par un de ses professeurs. 



— 46C) — 

la France a marché la première, reine du monde 
civilisé (1). r> 

La voix éclatante du prélat retentissait au loin; 
(juelques-unes de ses paroles, portées par les (lots, 
arrivaient jusqu'à la foule, massée sur les deux le- 
vées et les grèves de la rive opposée. 

C'était un spectacle d'une grandeur incomparable, 
comme seule la religion peut en donner aux peuples. 
J'en ai été témoin, et, quoique je fusse bien jeune en- 
core, jamais son souvenir ne s'est elfacé de mon es- 
prit. La procession assemblée au pied du rocher : Té- 
vèque, en riclies habits pontificaux, au-dessus de la 
scène sans bornes; les bannières et banderoUes flot- 
tant au vent; les croix dorées par les (hM-niers feux 
d'un soleil radieux ; les armes étincelantes d'une com- 
pagnie des grenadiers de la garde impériale ; les po- 
pulations groupées sur les rampes et les crêtes du 
coteau ; derrière, l'anticjue église de la Chapelle, 
contemporaine des fondateurs de Micy ; sous les 
pieds, la grotte du dragon, restaurée et rajeunie: en 
face, .sur l'autre rive, la croix monumentale, éblouis- 
sante de blancheur ; à l'horizon, vers l'Orient, les 
tours de la basili(jue de Sainte-Croix ; puis les co- 
teaux boisés du Loiret, les clochers îles églises du 
Val ; et, à nos pieds, la Loire, notre beau fleuve na- 
tional, sillonnée de mille barcjues (jui l'animent et 
semblent lui faii'e [)artager l'universelle allég'resse. 

(1) Discours de Mgr Dupanloup, à la bcnediclion de L<i 
Qrolte et de la Croix de Mici/, 13 juin 1858. 



— 467 — 

Quand révoque eut cessé de parler, il traversa la 
Loire dans une embarcation élégamment ornée, qu'es- 
cortait toute une flottille richement pavoisée ; il ga- 
gna la rive gauche où l'attendaient les habitants du 
Yal et de la Sologne, groupés sous les bannières de 
leurs paroisses. 11 bénit alors la croix de Micv, puis 
rejoignit la rive droite, où la fête s'acheva avec le 
jour. 

Telle a été cette solennité qui laissa dans tous les 
esprits un souvenir inoubliable. Tandis que la foule 
se retirait par les routes encombrées, la nuit était 
déjà venue. La grotte et la croix de Micy, brillam- 
ment illuminées, dessinaient leurs lignes ardentes au 
milieu des ténèbres. Elles projetèrent longtemps sur 
les eaux du fleuve leur lumière symbolique, rappe- 
lant Téclat des vertus pratiquées sur cette terre par 
les moines de Micy, et la radieuse auréole qui les 
couronne au ciel. 

Ce fut le dernier et suprême hommage rendu à 
l'abbaye de Saint-Mesmin ; hommage bien mérité, 
assurément. Car, pour quelques défaillances passa- 
gères, dues surtout au malheur des temps, elle eut de 
longs siècles de ferveur et de pieuse régularité. Pen- 
dant les treize cents ans de son existence, elle a 
donné de nombreux élus au ciel, plus de trente saints 
canonisés à l'Eglise, et, à la France, des milliers 
d'hommes dignes d'être comptés au nombre de ses 
meilleurs enfants. 



PIÈGES JUSTIFICATIVES 



DiPLuMR DE Fondation' 

attribué au roi Clovis /er. 

(508) 

In nomine sanct^e et individutft Trinitatis Clodoveus. Qui- 
cumque regiœ dignitatis culmine efferri desiderat, merito 
eum pr9B oculis habere débet, cujus gratia effertur. Noverit 
ergo omnium sanctce Dei ecclesiœ fidelium et nostrorum 
tam preesentium quàm futurorum solertia, quia nos res 
ecclesiasticas plusquam omnes vita? nostrœ actus tutari 
atque augmentare gaudemus. Unde cunctis nostris fidelibus 
omnibus, videlicet episcopis, abbatibus, comitibus, missis, 
vice-missis, vice-comitibus, vicariis, telonariis, centenariis, 
viilicis, seu cunctis, ut diximus, vero corde fidelibus notum 
fieri volumus, quia nos Dei providente benignissima sive 
annuente clementia beati^simos viros Euspicium, ac ejus 
nepotem Maximinum, religiono monastica comptosa civitate 
Viridunis adduximus Aurelianis, nosti'ique fundum juris 
concessimus, nomine Miciacu77i, ut ibidem universorum 
Domino tam ipsi quam eis pie adhivrentes, seu per annorum 
curricula succedentes doserviant Deo sub ordine monastico, 
noslrique in perpetuum habeant memoi-iale coram Deo. 
Adjecimus etiam Ctimbiacum atque Litiniacum, ut suai'um 
habeant necessitatum supplementum. Lygeris igitur cur- 
sum quantum pni'dicti terra fundi ex utraque lenet ripa, 
cum omni libéra piscationo, et de singulis salis navibus per 
aquam eorum transeuntibus singulas minas jure damus 

31 



— 470 — 

perpetuo. Super addinius nostrorum postulatione fidelium, 
ut quicumque eis aliquid de sui juiis beneficio tribuere vo- 
lueril in aliqua qualicumque re beneûcium liberam habeat 
facultatem. Nos deinceps nostne largitalis munere piopter 
divinum amorem per nostram auclorilalem piu'fatis Dei 
servis cum sibi vinculo Ghri&ti juuclis suis succedentibus eis 
jam diclum tenere concedimus locuni, ut ab hinc eumdt'iii 
cuni omnibus supra dictis terris, aquis, et eis pertinentibus, 
sylvis, servis atque ancillis, vel quteque ad eos pertineant 
vel pertinere videbuntur, absque alicujus impedimenlo 
priesenti et futuro tempore absque ullo telonio aut vicaria 
habeant, Deo annuente. 

Sigillo nostro subler eum jussimus assignari. 

(Apud La Saussaye, Annales Ecclesiœ Au7'e- 
lianensiSf Liber 111, num. II, p. 97.) 



U 

Diplôme de Fondation 

(Utriàué au roi Clovis /•'. 

(508) 

niodoveus Prancorum rex, vir illuster. Tibi venerabilis 
senex Euspici, tuoque Maximino, ut possitis, et hi qui vobis 
in sancto proposito succèdent, pro nostra dilectivque conju- 
gis et liliorum sospitate, divinam misericordiam precibus 
vestris impetrare, Miciacum concedimus, et quidquid est 
fisci nostri intra fluminum alveos, per sanctam conferrea- 
tionem et annulum inexceplionaliler tradimus, et corpora- 
liter possidendum pnobemus, absque tributis, naulo et 
exactione sive infra sive extra Ligerini et Ligeritum, cum 
querceto et salicto, et utroque molendino. Tu vero, Eusebi, 
sanclie religionis calholicaî episcope, Eusebii senectani fove, 
Maximino l'ave, et tam eos quam possessiones eorum in 
tua parochia, ab omni calumnia et injuria pra'sta liberos : 
neque enim nocendi sunt quos regalis alTectus prosequitur. 



— 471 — 

Idem agite, o vos omnes sanctct' catholicœ religionis episcopi. 
Vos ergo, Euspici et Maximine, desinite in 1er Francos esse 
peregrini ; et sint vobis loco patriîe in perpetuum posses- 
siones quas donamus in nomine sanctîp, individuai, œqualis 
et consubstantialis Trinitatis. Ita fiât ut ego Ciodovœus 
volui. 
f Eusebius confirmavi. 

(Apud D. Luc d'Aghery, Spicilegium, in-4*, 
1661, t. IV, p. 313.) 

III 

Description de la Grotte du Dragon. 

La grotte, profonde de 10 mètres, sur 15 environ de lar- 
geur, se termine circulairement ; un banc taillé dans le tuf 
existe sur une partie de son pourtour. A ce caractère, les 
archéologues croient reconnaître une ancienne caverne drui- 
dique. 

Au centre, s'élèvent deux piliers massifs en maçonnerie, 
soutenant la voûte que forme le rocher ; au sud, deux autres 
piliers engagés dans un mur de construction relativement 
récente ; ils forment les jambages d'une ouverture qui don- 
nait autrefois sur la Loire. On découvrit encore quelques 
marches d'un escalier qui, dans les siècles passés, avait 
servi de communication entre la Grotte et l'église bâtie au- 
dessus. 

L'appareil des piliers, les restes de.s chapiteaux ou cordon 
qui les couronnent, dénotent une construction contempo- 
raine de l'église, et in<liquent que les piliers eux-mémea 
furent construits pour soutenir la voûte naturelle sur laquelle 
devaient reposer les fondements de ceUe église. 

Les piliers ou jambages de l'ancienne ouverture, l'orne- 
n»entation qui se manife.ste dans la régularité de la mar;on- 
nerie et dans la disposition du cordon formant chapiteau, 
l'escalier qui communique avec l'église, démontre que la 
grotte dans laquelle ces ouvrages furent exécutés était un 



- 47-2 — 



lien qu'on s'appliqua à laisstM* accessible aux visiteurs, et 
qu'il se rattachait à l'église supérieur^ dont il devint une 
dépendance : c'était donc un lieu saint et vénéré. 

(P. Mantellikr, Bulletin de la Société archéo- 
logique de l'Orléanais, t. II.) 



IV 
Description du Dragon. 

Il y avait alors (au commencement du vi^ siècle), sur le 
bord de la rivière de Loire, une grande et horrible caverne 
qui servait de repaire aux hiboux et autres semblables ani- 
maux. 

En ce lieu plein dinfeclion s'engendra un terrible dragon, 
lequel se nourrissant des chairs puantes et corrompues qu'on 
jetait dedans, parvint à une si excessive et prodigieuse gros- 
seur que, ne pouvant plus tenir daui^ la caverne, il sortit 
dehors, et, par son souffle envenimé et sa puanteur intolé- 
rable, il gâta toutes les terres voisines et enchâssa tous les hal)i- 
tants, infectant l'air de telle sorte que les oiseaux qui volaient 
là autour tombaient morts sur la place. Bref, la désolation 
fut si grande que tout le pays eût demeuré désert, si ladivine 
Providence n'y eût bientôt remédié. 

(Symphorien Guyon, Histoire de l'Eglise d'Or- 
léans.) 



Noms des Saints qui détruisirent des Dragons^ 
avec la date du Jour où leur mémoire est honorée. 

Saint Amand, abbé, 18 novembre. 

Saint André, évêque, 13 janvier. 

Saint Arédius, abbé, 13 août. 

Saint Armel, confesseur, 16 août. 



4/i 



Saint Bertrand, évêque, 
Saint Bienbeuré, abbé, 
Saint Gaidoc, confesseur, 
Saint Clément, évêque, 
Saint Cyr, martyr, 
Saint Cyriaque, prêtre, 
Saint Derien, 
Saint Didyme, martyr, 
Saint Dié, abbé, 
Saint Donat, évêque, 
Saint Donat, ermite, 
Saint Efflam, confesseur. 
Saint Florent, prêtre, 
Saint Front, évêque, 
Saint Georges, martyr, 
Saint Germain, évêque. 
Saint Gratus, martyr, 
Saint Hilarion, solitaire, 
Saint Jean, prêtre, 
Saint Jean, anachorète, 
Saint Jonin, ermite,! 
Saint Julien, évêque, 
Saint Léonard, ermite. 
Saint Liphard, abbé, 
Saint Marcel, martyr, 
Saint Martial, évêque, 
Saint Maximilien, martyr. 
Saint Méen, abbé, 
Saint Mesmin, abbé. 
Saint Michel, archange. 
Saint Nicaise, archevêque. 
Saint Pavaïr, évoque, 
Saint Philippe, martyr, 
Saint Fol, évêque, 
Saint Romain, évêque. 
Saint Samson, évêque. 
Saint Sylvestre, pape. 
Saint Théodore, évêque, 



30 juin. 
9 mai. 

24 janvier. 

1 novembre. 
16 juin. 

6 mars. 

28 avril. 
18 janvier. 

30 avril. 

5 octobre. 

6 novembre. 
22 septembre. 

25 octobre. 

2 mars. 

31 juillet. 

5 décembre. 

21 octobre. 
31 juillet. 

22 septembre. 
1 juin. 

27 janvier. 
45 octobre. 

3 juin. 

4 septembre. 
31 juin. 

12 mars. 

21 juin. 

15 décembre. 

29 septembre. 
14 décembre. 
24 juillet. 

G juin. 

12 mars. 

23 octobre. 

28 juiih't. 

31 décembre. 

13 janvier. 



474 — 



Saint Tugdual (Bretagne), 
Saint Véran, évêque, 
Saint Vigor, évêque, 
Sainte Marj^uerite, martyre. 
Sainte Marthe, vierge, 
Sainte Radégonde, veuve. 
Mabillon. Bollandistes, etc. 



30 novembre . 
11 novembre, 
1 novembre, 
20 juillet. 
29 juillet. 
13 août. 



VI 



Les Saints de Micy 
Vers attribués à Vempeveur Charles le Cliauve. 

Sunt numoro Mariminus prior, atque secundus, 
Euspicius, Theodemirus, simul et Leobinus, 
Dulcardua, Lœttis et Agilus, sit Phaimbaldus, 
Additur l'rbicius, Senardus, Avitus. Amator, 
Carilesua, sit eisqiie Pavacius, atque l'iator ; 
Sunt que Leonardi duo, sit Conslans-qxie-tianus, 
Sit Higomarus eis, Launomarus atque Lif'ardus. 
Quos omnes sacra Reliyio probat, atque rependunt 
Mœniu Ilegali fabricata munere dudum. 

(D. Mabillon, Acta sanctorum Ordinis 
S. fienedictij sœc. i, p. 581) 



VJI 



Bourgs et villes fotidcs par dfs Moines de Micy. 



Dans l'Orléanais : 

Saint-Hilaire-Saint-Mesmin (Micy), canton d'Olivet (Loiret). 
La Chnpelle-Saint-Mesniin, canton d'Ingré (LoiretK 
S:unt-.\y, canton de Meung (Loiret). 
Meung-Saint-Ijiphard, canton (Loiret'. 
Sp.int-Lyé, canton de Neuville 'Loiret). 



— 475 — 

En Solopne : 
Saint- Viâtre (autrefois Tremblevie), canton de Salbris 
(I.oir-et-Gher). 
Saint-Dyé-sur-Loire, canton de Bracieux (Loir-et-Cher). 
Selles-sur-Gher (Gelle-Saint-Eusice). canton (Loir-et-Cher). 

Dans le Berry : 
Doulchard, canton de Mehun (Cher). 

Dans le Limousin : 
Saint-Léonard-de-Xoblac, canton (Haute- Vienne). 

En Dunois : 

Saint-Léonard-de-Dunois, canton de Marchenoir (Loir-et- 
Cher). 

Saint-Avit-lez-Châteaudan, ou Celle-Saint-Avit, hameau 
du canton de Châteaudun. 

Dans le pays chartrain : 
Bellomer, canton de La Loupe (Eure-et-Loir). 
Saint-Avit-les-Guêpières, canton de Brou (Eure-et-Loir). 

Dans le Perche : 

Saint-Avit-au-Perche, canton de Mondoubleau (Loir-et- 
Cher). 

Saint-Ulphace, canton de Montmirail (Sarthe). 

Saint-Bomert, canton d'Authon (Eure-et-Loir). 

Pas-Saint-Lauraer, canton de Rémalard (Orne). 

Moutiers-Saint-Laumer (Corbion) maintenant Moutiers-au- 
Perche, canton de Rémalard (Orne). 

Dans le Maine : 

Saint-Calais, chef lieu d'arrondissement ^Sarthe). 

Saint-Léonard-des-Bois (Vendœuvre), canton de Fresnay 
(Sarthe). 

Saint - Fraimbault - de - Prières, canton de Mayenne 
(Mayenne). 

Dans le Passais: 
Ernée, canton (Mayenne). 

Saint-Fraimbault-sur-Pisse, canton <le Passais (Orne). 
Saint-Front-de-Collières, canton de Domfront (Orne). 
Domfront, chef- lieu d'urrondissement (Orne). 



— 47(3 — 

Saint-Brice, canton de Domfront (Orne). 
Saint-Gault, canton de Château Gonthier (Mayenne). 
Saint-Bomer-les-Forges, canton de Domfront (Orne). 

yo?7is des lieuj- habités par les saints de Micy 
sa?is avoir conservé leur vocable. 

Mézières, Ligny, ( Ihaingy, Mareau, près Orléans . 

Bauzy, en Sologne ; 

Gréez, Yibraye, Muntmirail, dans le Perche; 

Brou, ( Iharbonniére, dans la Beauce chartraine ; 

Javron, Lassay, Saint-Georges-de-(!ouet, dans le Maine; 

Céancé, Lonlai, dans Te Passais. 

(L'abbé Th. (Iochard, Micy, au Vl»" siècle, 
p. 132. 

VIII 

Charte de Louis le Débonnaire 

pour la concession de trois baleau.r 

(815) 

In nomine Dei et Salvatoris nostri J.-C, Ludovicus, divina 
ordinante Providenlin, Imperator Augustus, omnibus epis- 
copis abbatil)us, ducibus, comitibus, vel vice-dominis, vica- 
riis et oninibus rempiiblicam procurantibus, pra^sentibus 
scilicet et futuris, notum sit quia Duerinsendus, abbas 
sancti Maximini, et omnis ejus congregatio, petierunt celsi- 
ludinem nostram, utlicentiam haberent, ad eorum suppien- 
das npcessitatos, très naves per Ligerim, Carum, Vigennain, 
Sartham, Medianam, Lidum, sive per caHera flumina, pro 
qiiibuslibet pra/fati monasterii necessitatil)us discurrunt, 
nec lamen et de cartis summariis, vel in villis, deomni com- 
mercio undeque Jiscus teloneum exigera possel. Cujus pre- 
cibus, ob amorem Dei et venerationem ipsius Sancli, annuere, 
et hoc nostra) anclhoritatis pra?ceptum firmitatis gratia erga 



— 4 / / — 

ipsum monasterium, pro mercedis nostne augmente, sicut 
petierunt, concessimus. Id circo, hoc pra?ceptum nostrum 
fieri jussimus, per qiiod jubemus atque prœcipimus. Datum 
sexto Idus Januarii, Ghristo propitio, anno primo imperii 
domini Ludovic! serenissimi augusti, indictione VIII^. Actum 
Aquis-Grani, in palatio regio, in nomine Dei, féliciter. 
AiJien. 

{Ex Cartulario yiiciasensi, Biblioth. nationale, 
M. S. 54-20.) 



IX 

Diplôme de Louis le Débonnaire 

donnant confirmation de tous les biens de Micy, 
et établissant ses privilèges. 

(836) 

In nomine Domini Dei omnipotentis et Salvatoris nostri 
Jesu Ghristi, Ludovicus, et Lotharius filius ejus, divina 
ordinante Providentia, imperatores augusti. Xotum lîeri vo- 
lumus, imprimis successoribus nostris, nec non et omnibus 
ûdelibus, quod poitulavit magnitudinem nostram, Jonas, 
fidelis noster Aurelianensis prïesul Ecclesia», utdivina^ servi- 
tutis honorem et propter monaslicum veraciter religioseque 
servandum ordinem. nostra^ aucthoritalis privil< gio comniit- 
teremus illi quoddam cœnobium regue poteslatis, nomina- 
tum Miciacum, in Aurelianensi dioicesi, fundatuiu olim in 
honore Dei et gloriosi protomarlyris Stephani, a Clodovch'O J, 
cliristianissimo Francorum rege, et posteroium munificentia 
regum amplissime sublimatum. Idem autem venerabilis 
pra'sul Jonas, prœfatum Michicenscm locum speciali amore 
diligens, ol) meritum et reverentiam sanctissimorum patrum 
Euspicii, Maximini, Avili et aliorum quam plurimorum, qui 
in eodem cœnoljio, cum plurimo fralrum numéro sub monas- 
lico ordine probabiliter Deo vixisse, et placuisse declarantur, 



— 478 - 

testimonio evidentium miraculorum, non ambitiosa cupidi- 
tate aut fastu superbiiv expetiit, sed ut regularis ordo monas- 
ticus religiosissime custodiendo teneatur. Nostra ergo pietas 
tali ratione committit illi prsefatum locum et successoribus 
ejus, ut magis per eos spiritali et temporali augeatur incre- 
uiento, quiim Hiinuatur, et neque ullaiu tyrannidis domina- 
tioneni super nionachos, t'ainiliuui, niancipia, serves exer- 
ceant, et neque ipse, aut aliquis successorum ejus, a jure et 
potestate priefati Miciacensis monasterii aliquid rerum 
suarum mobiliuiu vel immobilium, quas nunc Christo pro- 
pitio gubernatore, possidet, vel in futuro acquiret, aut in 
doniinio proprio invadat, aut quoquo modo surripiat vel 
subtrahat, vel alicui tribuat. 

Ad notitiaiii auteni futurorura, placuit nobis in hoc prag- 
matico, quod in priesentia nostra ipse Jonas episcopus, cum 
convenientia melropolitani sui Jeremia^dictando coniposuit. 
et scriptuin nostne excellentia' corroborandum obtulit, anno- 
tari possessiones terrarum, quœ in pra?ceptisregum contine- 
bantur, quorum munificentia pra^dicto loco largitie sunt, 
quas praisentialiter, gratia Dei, secure et quiète possidet. 

Priorest fundus Miciacencis, cum suis appenditiis, et tlu- 
vius Ligeris et Ligeriti ; continuatim pertinet aqua ejusdem 
lluviiLigeris,adpra.'dictum cœnobium.ex utraque ripa,abillo 
loco ex quo incipit terra ejusdem super Capellam-Sancti Maxi- 
mini, ab Oriente, donec finiatur tota versus Occidentem, cum 
lluvio Rolleno. Tantum vero fluvii Ligeris pertinet ad pra?- 
dictum monasterium, quantum liic annotatur. — Incipit enim 
possessio Ligeriti a faiinario cujusdam Dromcdanni, et de- 
currit per rippam sancti Hilarii, usque dum cujusdam Mar- 
cassii vicum de rodendo Unes Ligeris alveo non modico inve- 
hitur, terminante quadani conclavi terra' alterius rippa^ prne- 
dicti monasterii contra, ubi etiam publica via est, inlerquam 
et altéra m terram pra'dicti co'nobii paululum extendit se 
qua'dam lerrula sancta' Crucis, nec non et lluviolus Rolle- 
niiR, qui in eodem loco ad priusens invehitur Ligeri ; altéra 
vero rippa pra-dicti lluvii Ligeriti semper pra-dicli cœnobii 
est potestatis, quantumvis cnjuscn nique terra alterius juris 
desuper habeatiir. — Et in civitate Aurelianensi posside 



— 479 — 

priefatum cœnobium ^Nliciacense claustrum, quod dicitur 
Capella-Sancti Maximini, et terra ipsius Allodi exit ultra 
murum ; et in alio loco in rivitate habet allodum Montberrit, 
intersanctum Stepbanum et sanctam Mariam-Boni-Nuntii. 
Et ultra fluvium Ligerib habet villam Berarii, qute dicitur 
Gapella-Sancti Maximini ; et Cerisiacum cum villa ; et Mon- 
tem-Pastoris ; et Montem-Tedaldi ; et villam Marmanias ; 
si in alio loco habet Gambiacum villam, cum ecclesia et 
:)mnibus sibi pertinentibus ; et in alio loco, villam qu?e dici- 
tur Fontanas, ubi est rivulus aquse ; et prope eam habet 
dllam quœ dicitur Gasellas. — In Secalaunia vero, pos- 
ïidet curtem Vennensem cum ecclesia, mancipiis, terris 
îultis et incultis, silvam quœ dicitur Tassiniaca ; curtem 
îtiam Litiniacensem, qu* vulgo dicitur Monstreuranni, 
îum servis, silvis, et aliis rébus sibi adjacentibus, et 
V'illam-Dardi, cum omnibus sibi pertinentibus ; et villam 
juœ dicitur Fontenellas, cum silva, servis, et omnibus sibi 
pertinentibus ; et habet «îcclesiam sancti Pétri in Gaudiaco ; 
ît ecclesiam sancti Hilarii ultra Ligeritum ; et in Marologio 
n uno loco, possidet in allodo, arpennos de pratis XXIV ; 
îtin alio loco qui dicitur ad Arenas, in allodo, arpennos IV ; 
ît in prospectu Aurelianis, in loco qui dicitur ad Portum, 
irpennos de vinea VIII. Ha'C Clodovœus, rex Franco- 
•um, Miciacensi loco jure hereditariocondonavit. — Et habet 
^rœfâtuslocus, ante sanctum Anianum, ecclesiam Sancti Maxi- 
lîini, cum burgo et sibi pertinentibus villulis, in Belsicâ, Se- 
leliaco, Gurgio, Montemulio ; quam ecclesiam Sigobertus epis- 
,'opus in agro sui juris construens praedicto Miciacensi loco 
ledit. Et in pago Bituricensi, infra castium sancti Gundulfi, 
labet curtem Pauliaci^m, cum ecclesia et aqua Nostrusa, et 
)mnibus sibi pertinentibus ; et habet alteram curtem ibi, 
luxta prœdictum Pauliacum, (Ju a' dicitur ad sanctum Marti- 
num, cum ecclesia et omnibus sibi pertinentibus. Hu^cGlodo- 
Tiirus, filius senioris Glodovœi praîfato loco concessit. — 
îabet quoque potestatem qute dicitur Vienna, cum ecclesia, 
ît silva, et omnibus sil)i jx^-tinentibus, in qua est Colla ri- 
/ulus; et potestatem quae dicitur Vill;i-Mari;i*, cum omnibus 
ùbi pertinentibus ; et silvam qua* dicitur Torfollis, tenen- 



— 480 — 

tem duas leugas. Ha?c Clotarius rex pnefato loco concessit. 
— In Belsica vero, habet potestalem Audœni-Putei, ouni 
sibipertinentibus, Bitriaco, Monte-(luichet, Piriaco, Sanomo, 
Xocuuiento, el sibi pertinentibus servis. — Et in pago Stam- 
pensi. villas «luas, Cassellas el Gastaneum villare. Ista rex 
Chilpericus dédit. — Et in Belvacensi pago, habet villam 
qua' dicitur ad sanctum Maximinum, cumecclesia in honore 
ipsius dicata, quu' vicina est Silvanectensi parocchiœ ; et in 
prospeetu Aurelianis, potestatem Bruerias, qua* dicitur ad 
sanctum Dyonisium, cum ecclesia in ipsius martyris honore 
dicata, cum sibipertinentibus, all)arias, cavenlone, asinarias, 
cum servis, terris, pratis ; et in alio loco villam Xemesum 
cum aqua, terris, pratis, et omnibus sibi pertinentibus. 
Hîec Dagobertus rex largitus est. — Et juxta Silvam Lon- 
gam, habet villam qua' dicitur Villare-Magnum, cum eccle- 
sia sacratain honore sancti Maximini ; et in pago Dunensi, 
cellam habet in loco qui dicitur Monsîletardi ; cum aqua 
(lonida. molendinis, silva, pratis, terri> cultis et incultis, et 
pascuis, et vineis, et mancipiis et servis. Ha^c Theodericus 
rex, ex hereditate Lupi pessimi ducis, pnedicto loco contulit. — 
Et in pago Lemovicensi, habet villam qua^ dicitur Magniacus 
cum ecclesia et aqua, molendini^;, leriis cultis et incullis, 
vineis. pratis, silvis, pascuis, parvis exitibus et regressibus, 
servis et mancipiis. Hanc curlem genitor nostci', gloriosus 
Carolus Magnus imperalor, contulit Miciacensi loco. — Et in 
Pictaviensi terrilorio, in portu Vilraria\ in pago Habadilico, 
super fluvium Cannacuni. habet areas salinar.im, ad one- 
randas naves, ad suas nécessitâtes excluden(his. Et in manso 
illo, pra'dictas possidet areas, cum vineis, terris, pratis, 
silvis, et omnibus sibi pertinentibus, ^qua' Garatholenus ex 
tisco regio habuit, sed a nostro avo Pipino, et lilio ejup. ge- 
nitore nostro C.arolo, regali munificentia collata sunt cœno- 
bio Miciacensi. — Nos vtro, no inferiores videremurpiu'di'Mis 
ngiljus btnelicio, concessimus pra-dicto loco [«er depreca- 
tionem Drucesindi, abbatis ipsius loci, et privilegio auclho- 
rilalis nostne corrobavimus decursionem trium navium p ;r 
diversa imperii noslri llumina, scilicet per Ligerim, Sequa- 
nam, Maternam, Caruni, Vigenain, Sartham, Medianani, 



— 481 — 

Lidiim, pro quibuslibet monasterii necessitatibus, ut secure 
et libère et redire valeant, et non reddant ullum telonium. 
vel uUam consuetudinem, vel aliquani redhibitionem. Et ne 
quislibet exactor ôsci, de carris, vel carrelis, vel saginariis, 
vel quocumque véhicule, sive per terram, sive per aquam 
facto, vel de quocumque commercio pertinente ad pra?dic- 
tum locum exigat, vel accipiat ullam consueludinem, nec de 
quibuslibet negociis factis, vel in villis, terris, aquis, silvis 
prœdicti monasterii, undecumque judiciaria potestas aliquid 
exigere pra?sumat ; aliquam legem vel consuetudinem acci- 
père, vel exigere, vel quamlibet molestiam inferre. 

Et obeunte abbate ipsius monasterii, nolumus ut nulla se 
occasione, neque episcopus, neque quilibet regia' potestatis 
minister in distribuendis providendisque acquisitis, acqui- 
rendisve rébus ejusdem monnsterii permisceat ; abbatem 
vero eidem monasterio non alienum, sed quem dignum mori- 
bus coiumuni consensu congregatio tota, absque omni mu- 
nere, elegerit, secunduni Deum ordinari volumus ; et orandi 
tantummodo causa accedendi ad pra'fatum locum episcopo 
licentiam damus, aut si forte ad peragenda sacra missarum 
fuerit invitatus ministeria. Et si voluerit pra'dicto cœnobio 
aliquid de suoepiscopio dare, nostra regali et sua pontiûcali 
aucthoritate peragat ; et si voluntas et facultas denegaverit 
de iis qua^ collatte sunt rébus, nihil invadere pra.'sumat. 
Porro si contigerit aliquodinfortunium cujuscumque pertur- 
bationis quod ab ipso possit minime definiri, vel ipse erga 
ipsum locum maie agat, jubemus ut nostrorum successorum 
regum auribus declaretur, ut regali judicio quidquid depra- 
vatum fuerit, corrigatur. Ne ergo putent pnt'sules sedis 
Aurelianis, propter banc commendationem ad adjutorium 
et defensionem Miciacensis cœnobii a nobis pie et misericor- 
diterfactam, quau) fideli noslro Jon;»' episcopo committimu», 
80 quod pricsentia nostra longe sit remota ab his parlibus, 
res prsefali monasterii qualihet machinatione alienare, vel 
ipsum locum inquietare, pr^sertim et quum pra?fatus locus 
benefîcio regio sit fundatus, et res ipsius cœnobii larga re- 
gum munificentia sint largitfe. 

Itarpie summopere jiibendo volumus ut monachi priedicti 



— 48Î — 

]oci ad divinuin officiuiii honorificentius peragendum, rébus 
superius memoratis dituti, régula ri ter otium sancta^ quietis 
per adjuloriuiii episcopi, et per hanc nostram aucthoritatem 
adepti, in iis in (juibus se Deo devinxerunt divina juvante 
gratia inviolabililer permaneant : et pro hoc bénéficie a nobis 
imparlito, tlagitamiiaomnimodis servis pra'fati loci monachis 
ut, pro nobis et conjuge nostra Judith, et proie, et stabilitate 
iniperii a Deo nobis coUati, et per cuncta secula per succes- 
sores nostros sua gratissinia pietate conservandi, seniper 
omnipotenti Deo preces fundant. Hoc autem prœceptum 
factum est ut pleniorem in oninipotentis C.hristinomine obti- 
neat vigorem, et a successoribus nostris credendo conser- 
vetur, noinine nostro et eorum optiniatuni qui présentes 
aderant, titulari voluimus et annuli noslri impressione si- 
gnari jussinius. Datum XIV ( lalendas Martii, anno Christo 
propilio XXIV iiuperii domini Ludovici piissimi augiisti, in- 
dictione XVI, anno ab Incarnatione Domini D. CGC. XXXVI. 
Actum Aquis-Grani, palatio regio. In Dei nomine féliciter. 
Amen. Durandus diaconus, ad vicem Fridugici cancellarii 
recognovit. 

{Ex Cartulario Miciacenfii, Biblioth. Nationale, 
M. S. 5i-20.) 



Charte de Charles le Chauve 

confirmant les privilèges 
de l'Alleu de Saitit-Mesmifi^ d Orléans. 

(Sans date) 

Carolus, Dei gratia Francorum rex, imperator. Inimici 
regni nostri dopredatores et pillardi, qui regnum nostrum 
decnrrerunt. eccl<^siam, dnmuiu et abbaliain Sancti-Maxi- 
mini Mioiaccnsis totaliteret in tantum dcvastaverunt, quod 
necessario oportuit illius loci religiosos retrahere in villam 
Aurelianensem, in quadam parva ecclesia, et hospilio, quam 



— 483 — 

ab antiquo et longissimis teniporibus, ibidem habebant, et 
iiluc pnefati religiosi de pauloque inferius idem imperator 
immunem et liberam supi-adictam capellam de Allodo Aure- 
lianensi ab omni jure regio, censu, lisco et alla qualicunique 
redliibitione, confirmatque pruedicto conventui justitiam 
omnem quam ab antiquo abbates regulares exercebant in 
supra dicta domo de Allodo Aurelianensi, ut latius patet in 
originali et antiquo privilegio quod abbas Sancti-Maximini 
in suo nunc servat abbatiae thesauro. 

(Biblioth. d'Orléans, Dom Vernicag. M. S. 394, 
fo 13.) 

XI 

Charte de Hugues Gapet 
pour les droits de propriété, et de pêche dans le Loiret, 

(987) 

In nomine sanctae et individua; Trinitatis, amen. Hugo, 
gratia Dei rex. Quicumque regise dignitatis culmine eiïerri 
desiderat, merito eum prae oculis habere semper débet cujus 
gratia profertur. Igitur noverit omnium sanct* Dei Eccle- 
sise fidelium et nostrorum tam presentium quam futurorum 
solertia, quia nos res ecclesiarum plus quam omnes vita^ 
nostra' aclus tutare atque augmenlare gandemus. l'nde 
cunctis noslris fidelibus, praesentibus atque futuris, notum 
fleri volumus quia venerabilis abbas a monast^rio Sancti- 
Maximini, nomine Amalricus, nec non fratres ejusdem ca-- 
nobii, innotuerunt serenitati nostru' qualiter Carolus Augu8- 
tus prœceptum regiai auctoritatis eidem loco contulerit, ex 
parte tluvii Ligeriti. (Juœ videlicet pars incipit a farinario 
Dromedanni, et decurrens per ripam sancti Hilarii, in flu- 
vium Ligeris incurrit. Quod videlicet pra'ceptum nostris 
obtutibus ofiFerentes, petierunt idem conlirmandum, insuper 
obnixe pettntes ut ex ea parte pnedicti lluminis, quje nobi^ 
ex ratione fisci, videlicet comilatu, conlinge))at, pro reme- 



— 484 — 

dio animai nostra^ aliquid superadderemus. Quod salutare, 
judicantes, cum consilio optimatum nostrorum concessimus 
eis unam, per singulas liebdomadas, dieni et noctem per 
totam aquam nostri juris, ut libère eam perlustrent, quo- 
libet modo piscationis : quatenus lis pro nobis nostraque 
sobole et statu imperii nostri omnipotenti Deo supplicantibus 
et merces nobis accrescat : et illis emolumentum aliquod ex 
nostra liberalitale proveniat, absque nllius inquietudinis 
molestia. 

Et ut hoc nostra^ pi\Tceptionis et confirmationis auctoritas 
pleniorem, in Dei nomine, per supervenientia tempora obti- 
neat vigorem, annuli nostri impressione subter eam jus- 
simus sigillari. Data VIII KL. septembris, anno primo 
régnante Hiigone. Actiim Aureliani^ civitate, in Dei noniino 
féliciter. Amen. 

ir.iblioth. d'Orléans, n'^-^.IO'?, p. 45.) 

XII 

Lettre de saint Abbon 

rappela?it les rcrujieif.r au respect de leur supérieur. 

(sans date) 

Fratribus Miciacensibus, maxime eorum decano. Profes- 
sionis vestra' memores, vos ad vos reducite. Quid coram 
Deo et sanctis ejus voveritis mementote ; abbatem, qnem 
cum sua ovicula expulistis, re;ulariter vobis pra*esse |dési- 
derate. Tandem ad te, mi quondam familiaris, Letalde, 
nunc sermo dirigitur, cujus alias singularem scienliam mea 
parvitas amplectilur. et summis laudibus extollere nititur. 
Quid tua interfuit unius miseri vitam corrodere, unius 
boniuncionis, qua' non erant nota, vitia denolare ? Ouam 
scriptum sit quod sapiens pdMiitenda non committit. Hor- 
tor et obtestor, carissime, recordare tuœ infirmitatis : assu- 
me viscera misericordia' : fralr.^s t!io=;argue, obsecra, increpa 



— 485 — 

in omni patientia et doctrina. ita scilicet ut nec increpatio 
ad desperationem pertrahat, nec patientia vitiorum fomiti 
succumbat. Tu enim hujus conspirationis caput diceris ; tu 
domini Roberti, abbatis tui, ofâcium, quod dictu nefas est, 
prœsumpsisti, nec delatoris pœnam exhorruisti ; quem expe- 
ditum omnibus malis, absque ulla rebellione, restituât omni • 
potens Deus. 

(Abbonis Epistola X., p. 110.) 

XIII 
Charte du roi Robert 
portant donation à Micy du domaine d'Ondreville. 

(1022) 

In Ghristi nomine. Rotbertus, gratia Dei procurante Fran- 
corum rex gloriosissimus nec non et fîlius ejus, itidem rex, 
cum eo degens, Hugo nomine, quoniam examini nostra? 
diligentia.' occurrit pra' ceteris subditorum nobis amminicula 
rerum Christi servorum usibus congrua a^qualante pietatis 
consulere, noverit fides catholica quod nostram munificam 
adierit benignitatem pi» memoriîP Albertus, abbas monas- 
terii Miciacensis, quod eit in honore Sancli Stephani prolo- 
martyris et Sancti Maximini confessons, humiliter expos- 
cens ut monastei'io sibi digne cura pastorali dedito liberam 
ab omni fiscali cuilibel debilo quamdam terrulam ex nostro 
jure per jjneceptum nostri honoris perpetualiter concedere- 
mus. Quorum petitioni digne faventes, voluntariîp concessio- 
nis per depiecationem Reginic mulieris viduai et filii ejus 
clerici Tetdnini, quorum erat beneficium ; hoc autem est ut 
terrula illa, quam ex nostro proprio jure supradicto monas- 
terio concedimus, libéra sit per regale pnpceptum ab omni 
fiscali reditu, id est censu, et qua-cumque juste vel injuste 
expeti possunt, pro animœ sainte propria^ mei scilicet 
Rotberti régis, et uxoris meai Gonstantiae, et nostroruni lilii 
Hugonis régis. Quod ut firmum sit, hoc nostrum regale pra^- 

32 



— A86 — 

ceptuni ex imle fieri volumUvS, et proprio nostne dignitatis 
tilulo subtus firmavimus, coram nostris fidelibus et ipsis 
faventibus. Est autem pars una ipsius terrula} in comitatu 
Vuastinensi, super fluvium Exone, medietas Undrevilhv ex 
omnibus rébus ad ipsam pertinenlibus tara de ecclesia tt 
molendinis quam de aliis adjarentiis ; altéra pars supra- 
dictie terrulae est in pago Stanipinse, similiter medietas 
Franconis villa?, quœ ad pra^dictam villam pertinet. 

Signum Rotberti régis. Signum Hugonis régis, lilii 
Rotberti régis. S. Henrici, filii Rotberti régis. S. Tetduini 
clerici, ûlii Regina* mulieris, cujus erat beneficium. 

Nomina testium : 

Leutericus, archiepiscopus Senonas. Goslinus, archiepi-s- 
copus Bituricas. Odolricus, episcopus Aurelianis. Guarinus, 
episcopus Belvagus. Franco, episcopus Parisius. Cornes 
Hivo de Bellomonte. Ebo miles. Guarinus, miles Parisiu^. 
Amalricus, miles de Monteforte. Ego Balduinus cancellarius 
relegendo subscripsi. 

Actum Aurelianis publice, anno Incarnationis Domini 
millésime XXII'"o, regni Rotberti régis XXVIII", et indictionis 
V*,' quando et ha^retici dampnati sunt Aureliis. 

^Bibliothèque nationale, M. S. français ,15,.'»04, 
f^ 10.) 

XIV 

Lettre de Vabbé Albert au pape Jean XVII; il lui e.rpose 

1(1 .situatio?i de Micy et le prie de confirmer 

u?ie donati07i, 

(1011) 

Domino sancto et venerabili papa' Johanni, Albertus, 
abbas abbatiaî sancti protomartyris Stephani et C4hristi 
confessons Maximini, et omnis congregatio monachorum 
ejusdem loci, videlicet Miciacensis, salutem in Christo. 

Xoviniu.N te. paler venorande, conslitutum in terris vica- 



— 487 — 

rium uaiversalis Ecclesise, vice beati Pétri apostoli, ut sus- 
tentes eos qui injuste opprimantur, et opprimas eos aucto- 
ritate beati Pétri, qui se nimium erigunt. Quapropter ad 
tuam confugimus reverentiam, per hanc epistolam, ut sub- 
venias nobis, etfacias quod precamur. Locus in quo inhabi- 
tamus dicitur Miciacus, quem sanctissimi viri, scilicet B. 
Euspicius et nepos ejus venerabilis Maximinus, regio nomine 
Glodovœi primi christiani Francorum régis, fundaverunt ; 
et alii deinde quamplurimi proprio beneficio construxerunt. 
Et idem prœfatus locus in tantum tloruit olim in spirital 
et temporali bono, ut centum quadraginta monachi ibidem 
congregati Deo assidue famularentur ; in tantum postmo- 
dum dissipatus pervatione malorum, ut nullus vivere potuerit 
monachus. Gratia autem (Ihristi juvante, paulatim nunc, 
quasi redivivus aiger a longa œgritudine convalescens, ita 
idem locus a vilitate sua' dejectionis resurgere aggreditur 
per eleemosynas bonorum virorum ac mulierum ; ex quibus 
h*c bona mulier est, domina Regina ; qua? multa praedicto 
loco pro sainte sua et pro remedio animarum videlicet sui 
mariti et filiorum suorum jam defunctorum, Deo et sanctis 
ibidem veneratis obtulit. Timet autem ne, post obitum 
suum, aliquis suorum vel extraneorum conetur aliquid 
auferre ex bis omnibus quae dédit Deo. Et ob hoc suggeri- 
mus vestra; Sanctitati, ut duos tomos, quos in vestro 
nomine scripsimus, quorum unus proprietatem largiti bene- 
ticii hnjus femina.' venerabilis continet, alter autem totius 
summam substantiai nostri cœnobii, corroborelis vestra auc- 
toritate, cum sigillatione sigilli vestri nominis. Et nos assi- 
due provobis, vivo et mortuo, Deum deprecabimur. Dignum 
est enim, venerande pater, ut predecessorum vestrorum 
morem sequamini et monasteriis novos indiculorum biblos 
corroboretis, quibus ipsa^ congregationes, ab omni strepitu 
quieta? Deo servire possint, maxime sub epitimio excom- 
municationis. Vestrumapostolatum Deus custodiatin alterna 
pace. Vale in Ghristo, béate pater. 

{Annales Ordinis S. Betied Ict i, dom Mabillon, 
tome IV, p. 2-21 ) 



— i88 — 

XV 

Charte de l'évêque Odolrig 

con/înnant la donatioti d'une partie de V église Saint-Paul. 

(Vers 1030.) 

Ponliticalem soUicitudinein deditnni esse decet continuo ad 
regenda opéra qua^ C4hristi expetit voluntas, et qua? minime 
sunt peritura, scilicet gregem Christi augmentando nutrire 
atque sanum reddere, et conventicula imo monasteria tide- 
lium protegere atqiie exaltaie spirituali videlicet bono et 
temporali. Ego igitur Odolricus. sancta' Dei ecclesia' Aure- 
lian. antistes, hoc ('hrisli adminiciilo desiderans implere. si 
secundum velle foiet milii posse, sed Christi misericordia, 
cuni ex toto nec vacuus ab hoc existam. Quapropter sit 
noliim ciinctis fidelibus sanctîv Dei Ecclesia^ quia dominas 
Ainulfus, archi-episcopus Turonensis, humililer posluhivit 
nostram bonitatem, ut bénigne concederem quod flagitabat, 
hoc est qua^dam ecclesia Beali Pauli apostoli, in burgo 
Dunensi, juxta civitatem Aurelianis, cujus mediam partem 
ecclesia» idem archipia^sul in beneficio ex mec episcopio et ex 
me possidebat, quam parlom mediam aiebat se velle perpe- 
lualiler largiri Deo et sanclis Stephano, protomartyri et 
Maximino, egregio confessori, pro remodioutriusque anima*, 
mefe scilicet atque su», nec non pro remedio animaî patrie 
sui, domini Albertis jam dictorum cœnobii sanclorum abba- 
tis. Ego favens illius petitionibus, dignum duxi peragere, 
ea ratione ut ipse illud, quod ante fuerat snum beneficium, 
mihi redderet, et ego perpetualilei* loco Miciacensi concede- 
rem, pro remedio animarum, mea? videlicet et illius, ac 
patris sui, et successorum meorum ; quod et factum est 

ita Decrevi ergo quod hoc scriptum inviolabile et 

firmum maneat. Si quis vero parenlum illius hoc sibi vindi- 
care, vel aliijuis successorum meorum infringere voluerit, 
frustrelur omnimodis ; alque si prœterierit, damnetur auc- 



— 489 — 

thoritate Patris et Filii, et Spiritus Sancti, et nostra^ quse 
concessa est nobis duobus antistitibus a Ghristo sub pontifi- 
cal! cura ligandi. Addimiis etiam huic scripto ne quis abbas 
vel aliqua persona loci praedicti monachorum ratione aliqua, 
vel benefaciendo vel quoquo modo prsestando, seu quo- 
cumqueingenio, audeat ecclesisemedietatem hujusmodialie- 
nare de dominio fratram Miciacensium, post mortera illorum 
qui ad praesens videntur tenere, tali ratione ut nemo paren- 
tum illorum, post excessum eorum, valeat particeps esse 
hujus beneûcii. Hanc autem cartham subterfirmavimus, et 
nominibus fidelium testium roborare decrevimus. 

Signum Odolrici, episcopi ; Sig. Arnulfi, archi-episcopi 
Turonis ; Sig. Archevaldi, archidiaconi; Sig. Ervei, de 
Sancto Marcello; Sig. Alberici, fratris Theoderici episcopi; 
Sig. Erfridi, abbatis et prœcantoris ; Sig. Tedeluini, archi- 
diaconi; Sig. Theduini, archid. ; Sig. Helduini et fratris ejus 
Odolrici. Datum III Calendas Novembris, régnante Rotberto 
rege, anno... XL. Fr. Walterius levita, ad vicem Ervsei can- 
cellarji, rogatus ab ipso, scripsit. 

{Gallia Christiania, Eccl. Aurel. Instrumenta, 
t Vin, p. 493.) 



XVI 

Charte de l'Évéque R.\inier 
confirmant la donation de Véglise de Saint Marceau. 

(1082) 

Ex omni dono sacrosanctis locis a fidelibus collato, ut res 
gestas futura stecula cognoscant, memorialem conscribi 
oportet notitiam. Ego igitur Rainerius, Dei gratia Aurelian. 
episcopus, volo notum esse] omnibus iidelibus, tam pra^st-n- 
tibus quam fuluris, quia adiit praeseniiam nostram quft)- 
dam religiosa femina, nomine Mausendis, quœ jure succes- 
sionis, a prsedecessoribus suis, ex bénéficie Sanctae Crucis 



— U)0 - 

et noslri, ecclesiam Sancti Marcelli, sitam prope Ligerim, 
in suburbio Aurelianensi tenel)at : unde nuper in capi- 
tulo Sancla^ Cnicis, in audientia metropolitani Senonensi 
pl nostra, causani tractaverat contra Burgulienses monachos, 
qui ipsam ecclesiam ad tenipus tenuerant, quadani inva- 
sione, concordante senlentia judicio omnium nobilium et 
legalium virorum, qui ad hoc convenerant. de manu illo- 
rum retraxerat. suppliciter deprecans ut monachis Sancti 
Maximini, qui antea per largitionem suam et Alberici 
filii sui donum illius eccle^ia' lial)uerant, pro redemptione 
animarum suarum, pra^decessorum, et iliius Alberici jam 
defuncti, suoque ipsius dono ejus habendam, jure perpetuo 
concederem. Cujus ego petitioni, petente Herveo, filio Albe- 
rici, adhuc puerulo et donum illud concedente, adstantibus 
omnibus nostra^ ecclesia\ fidelibus, tam clericis quam laicis, 
assensum prœbui. Supradictis itaque monachis Sancti 
Maximini ecclesiam concessi et tradidi. Et pro testamenti 
cautione, hoc manu mea scribi, et sigillo meo subterfirmari 
postulavit. Ut autem hoc nostra^ concessionis auct^ritas 
certius lirmiusque per succedentia tempora maneat, manu 
propria roborare curavi, et prelatorum ecclesiam Sanclœ 
Grucis manibus roborandam adjudicavi. Actum Aureliis 
publiée, régnante Phiiippo rege anno vicesimo secundo. 

(Bibliothèque nationale, collection Moheau, 
Baluze, m. s. 78. fo 44.) 

XVII 

Charte de l'Évêquk Jean II 
confirmant la donation de Véqlisn de Vernou. 

(1133) 

Kgo Johannes Aurelianensis ecclesi:v indignus episcopus, 
notum esse volo fidelibus sanctîx* Kcclesia' Dei, tam pra^sen- 
tibus quam futuris, quod Hugo, venerabilis abbas Sancti 
Maximini Miciacensis monasterii, cum quibusdam fratribus 



— 491 — 

ipsius monasterii, ad nos veniens paternitatem nostram 
suppliciter exoravit, ut ei concederemus et donaremus quam- 
dam ecclesiam in honore Der Genitricis Mariœ constitutam, 
in temtorio Secaloniœ, in villa qua? appellalur Vernou, 
qua?, jure Sanctte Matris Ecclesise Aurelian., ad episcopum 
specialiter spectare videtur, et quam quidam miles, Reginal- 
dus nomine, antecessorum suorum maie sequendo vestigia, 
injuste tenuerat. Tandem pienitentia ductus, prsedictam 
curiam beato protomartyri Stephano et pio confessori 
Maximino donavit et dimisit. Et quidquid ad ipsam curiam- 
more ecclesiastico pertinere videbatur, scilicet : presbyte- 
rium, oblationes in quinque annuis solemnitatibus, et 
décimas omnium rerum quas in eis habere videbatur, et 
atrium cum cœmeterio, et quamdam domunciam dictse 
ecclesicie contiguam ; adjungens etiam huic donationi de 
patrocinio suo quemdam colibertum, nomine Garium, quem 
avunculus suus, nomine Rodulphus, eis donaverat, et quam- 
dam mansiunculam terrée, arabilis ipsi atiio coherentem, 
et partem unius prati quse dominio videbatur tenere, et 
silvas suas, ad usus necessarias monachorum, in illo loco 
Deo servientium. Nos vero tam justam petitionem priedicti 
abbatis bénigne suscipientes, cum consilio clericorum nos- 
Irorum dicentium : a Dignus est ut hoc illi pra^stes », 
curiam Vernonensem, cum his omnibus qute supra singu- 
latim memorata sunt, protomartyri Stephano, et pio 
confessori Maximino, et fratribus in eodem monasterio 
Deo dévote servientibuSjdonavimus et concessimus jure per- 
petuo obtinendam ; anno Incarnationis Verbi MoC^ XXXIlIo. 
Illud autem silentio prseterire noluimus, quod islam dona- 
tiouem et eleemosynam Odo Baderannus, et filii ejus, scilicet 
Hugo, Rodulfus et Albericus, in pnesentia nostra consis- 
tentes, laudaverunt, deprecantes ut hujus beneticii et eleemo- 
sine con^anguinis sui Reginaldi participes esse mererentur. 

(Biblioth. d'Orléans, dom Verninac, M. S. :304^ 
fo 64.) 



— i92 — 

XVIII 

Privilège du koi Robert 

// énumère et confirme la possession de tous les biens 

de Micy. 

(1022j 

In nomine sanctœ et individuiu Trinitatis, Rolbertus, Dei 
gratia Francorum rex. Ex injuncto nobis vegUi^ dignitalis 
oflicio teneniur monasteriis in regno uostro constitulis eo 
modo providere quo universa quje ab aliis libère ipsis 
collata sunt, et quie possidere dignosciintur, ne in posterum 
super bis valeant aliqualenus molestari, liberaliler conlir- 
memus. 

Noverint igitur universi quod constitutus in pnt'senlia 
nostra venerabilis Odolricus, episcopus, et Albertus, abbas 
Sancti Maximini Miciacensisloci, cum quibusdam fratribus, 
humiliter petierunt Serenitatem nostram innovare sibi privi- 
légia quidam a priedecessoribus nostris regibus, Glodovœo 
scilicel, primo Francorum rege christianissimo, et G:irolo 
Augusto, regia munilicentia monasterio Miciacensi indulta, 
quorum videlicet privilegiorum sigilla, pra' nimia vetustate, 
nobis videntur fracta penitus et consumpta. Quorum péti- 
tion! digne faventes, pro animai salute mei, scilicet Rotberti 
régis, et uxoris meio Constantia', et nostrorum filiorum 
Hugonis régis, et Henrici, Rotberti quoque et Odonis, ad 
tulelam pra'dicti monasterii Miciacensis, boc nostra' regia- 
dignitatis pra'ceptum edidimus, ut absque uUo incommodo 
fratribus ibidem Deo servienlibus emolumentum proveniat 
salutare, nostrumque apud illos perpeUium teneatur memo- 
riale. Pra-dictorum igilur privilegiorum tenore consideralo, 
ad notitiam futurorum, placuit nobis in hoc pragmatico 
conliruiari et annolari }tossessiones qua' in pnvdiclis et in 
aliis regum privilegiis continebantur, quas privsentialiter et 
quiète po>.sident. 

Prior est fundus Miciacensis. cum appendiliis tuis, et 



— 493 — 

fluvius Ligeris et Ligeriti ; et in civitate Aurelianensi, possi- 
dent in alodo (Uaustrum sancti ^faximini, abomni exactione 
libei'um et consuetudine : et Capeilam in honore ejusdem 
confessons sacratam ; et pritibendam Sanctie Crucis perpe- 
tualem ; et in burgo Dunensi, furnulum unum in alodo ; et 
juxta sanctum Anianum, abbatiam sancti Maximini et 
burgum ejus ; et in burgo sancti Aniani, dimidium furni- 
lium in manu iirma, qui reddit censum denarios IV, et 
obolum in missa Sanctœ Crucis, mense Maii ; et juxta 
sanctum Donatianum, alodium unum; extra civitatem, 
contra claustrum Sancti Maximini, partem alodiquye pertinet 
ad ipsum claustrum ; et prœbendam sancti Aniani. 

Possident eliam ecclesiara sancti Dyonisii in alodo, cum 
omnibus sibi pertinentibus, terris cultis et incultis, pratis, 
pascuis, vineis, servis et ancillis, et villis, id est bruerias, 
caventonem, alburias, asinerias ; et aliam potestalem quae 
dicitur Nemesus, Masuntium et Baschellum in manu firma ; 
et curtem Dreani in alodo, quie est in pago Gastinensi ; et 
in pago Aurelianensi, Ulmeri villam cum omnibus sibi per- 
tinentibus ; et potestatem Audoëni putei, Bitriacum, Mon- 
lem-Guichet, Pyracium, Sarcinum, Grangioli- Villam, Vivi- 
niacum, Haia-Gorbi, et Xocimentum. Has potestates rex 
Clotarius, filius Glodovoîi senioris, praidicto loco concessit. 

Prieter hctc autem, possident Capeilam Sancti Maximini, 
super Ligerim positam, ab omni consuetudine et polestate 
ministerialium nostrorum liberam ; et vallem Cerisiacum, 
cum sibi pertinente terra, et silva, et omnia quiead eamdem 
villam pertinent, ettotas spedas ; etMontiniacum, Vacheriam 
quoque, et totuin Ronedum, siciit partitur terra sancti 
Liphurdi, et Alenam, et Bonivillam, et Casnarium unum in 
Sumone villa, et totam silvestri villam. Has possessiones 
Childebertus rex priedicto loco contulii. 

Habet etiam, in pago Carnotensi, Fraxinulum, et Sauma- 
ricum, et Clessam villam, cum omnibus sibi pertinentibus, 
et terram quamdam in villa qua." dicitur Venas, et Maissiam 
et Lincomisuni ; has possessiones Dagobertus rex dicte Joco 
concessit. 

Et in pago Dunensi, habent cellam, in loco qui dicitur 



— 494 — 

Mons-Letaldi, cum aqua Coneda, molendinis, silva, pratis, 
terris cultis et inciiltis, pascuis, vineis, mancipiis, servis. 
Hanc cellam Theodericus rex, ex hereditate Lupi, pessimi 
ducis, Miciacensi loco contulit. 

flambiacum quoque possident, ex dono Clodovœi ret]:is 
senioris, cum ecclesia et omnibus sibi pertinentibus; Prune- 
dum etiam et Barellam, Spinam, Toscham-Rotundam, Bru- 
lium et l)oscum sancti Agyli, et Brasias quasdam, juxta 
bilvam nostram, quie dicitur Forest, ubi metai sunt posiUe. 

llabent insuper, ex dono Pipini régis, Fontanas et Malve- 
rias, qucO sunt in alodo et in manu tirma, et Fauvanas, et 
villam Marcelli, et Ghandre, cum omnibus sibi pertinenti- 
bus, terris cultis et incultis, servis etancillis. 

Et ex dono Ludovici imperatoris et Lotharii, filii ejus, 
habent discursionem trium navium per diversa imperii tlu- 
mina, scilicet, per Ligerim, (larum, Sequanam, Maternam, 
Vigenam, Sartham, Meduanam, Sidulum, pro quibuslil)et 
monasterii necessitatibus , ut secure libère ire et redire 
valeant, et non reddant teloneum vel uUam consuetudinem, 
vel aliquam redhibitionem. Et ne quislibet exactor tisci de 
carris, vel carretis, vel saginariis, vel quocumque vehicuio; 
sive per terram, sive per aquam facto, vel de quocunique 
commercio pertinenti ad pnF.dictum locum exigat, vel acci- 
piat ullam omnino consuetudinom, nec de quibuslibet nego- 
tiis, vel in villis, vel in terris, sive in silvis, aut in aquis 
praedicti monasterii factis undecumque judiciaria potestas 
aliquid^xigere praisumat, aliquam logem, vel consuetudinem 
accipere, vel quamlibet molestiam inferre. Ipsis vero mona- 
chis consuetudines, quas volunt, sive in terris, sive in aquis 
suis, ponere liceat, id est, telonium salis et aliarum rerum 
quîc vehantur sive per terram, sive per aquam, et ceteras 
loges, id est, sanguinem, ra^itum, homicidium, incendium, 
et alias leges qua? soient exsolvi, in terris suis accipiant. 

Possident etiam, ex dono Garoli Calvi, Gaudiacum, cum 
ecclesia et omnibus sibi pertinentibus, terris cultis et incul- 
tis, f»nscuis, servis et ancillis, ot quibusdam villis, scilicet 
Montom-Rellerii, Patiacum, Mauselanum, ot boscum qui 
dicitur Boscus-Regis, et boscum Gilfredi, boscum etiam 



— 495 - 

5ancti-Marcelli ; et brasias quasdam inter Montem-Bellerii, 
;t viam publicam, ubi meta* posita? sunt. 

In Secalonia quoque, habent curtem Vennensem, cum 
îcclesia, et omnibus sibi pertinentibus ; et Macherias, et 
Viesum, et Bralum, et Gosdrenam silvam, cum brasiis adja- 
;entibu9 ; et in Litiniaci parochia farinarium petrosum. Has 
)Ossessiones habent ex dono Lotharii, filii Ludoviei impera- 
oris . 

Ex dono autem Glodomiri régis, habent Fontanellas cum 
)mnibus sibi pertinentibus, terris cultis et incultis, pascuis, 
ilva, brasiis, servis et ancillis ; hanc etiam communitatem 
labent ex dono Alberici, vicecomitis Aurelianensis, ut per 
otam silvam qute adjacet Fontanelhe supradictiv potestati 
nonachorum, ubi inter eorum propriara silvam et silvas 
)aronum et militum nostrorum meta^ positae sint, omni tem- 
)ore glandis porcos ducentos, absque ullo passiatioo vel 
liquo servitio, habere sibi liceat. 

Habet prseterea idem cœnobium multas possessiones quas, 
[uia in privilegiis regum pnecedentium authenticis et pon- 
ificum nominatim expresse continentur, in pra'senti pragma- 
ico noluimus annotari. Nos vero, ne inferiores videamur 
)r8edictis regibus, Ijenelicio concedimus pra^dicti monasterii 
ratribus duos farinarios censuales, infra Ligeritum, super 
anctum Hilarium, cum tota aqua illa quam dédit eis Hugo 
ailes, solventes in censu solidos très, in missa sanct?e Gru- 
is, mensis Mail ; et contra dominum Martinum in Ligerito, 
dolendinos duos ex proprio jure nostro, cum aqua sibi per- 
inente, eis in perpetuum concedimus et confirmamus. Gon- 
edimus etiam eis ut homines nostri, lil)eri et servi, qui 
lanserint vel domos habuerint in terris eorum , omnes 
enitus consuetudines et ex nomine taliam, quemadmodum 
roprii homines eorum, perpetuo reddant. Et sicut piîe 
lemoriœ genitor noster, Hugo rex, eis concesserat singulis 
ebdomadis per unam diem et noctem, quam voluerint, 
bertatem perlustrandi aquam nosti'i juris l.igerili lluvii, 
uolibet modo piscationis, eis in perpetuum concedimus (4 
onfirmamus. 

Et quia ministeriales nostri Aundianenses, ot milites, et 



- -496 — 

servientes Landrici, niilitis Balgenciacensis, et quidam alii, 
sicut ad aures nostras sit^pius peivenit , terras pra:^dicti 
iiionasterii (juotidianis vastant rapinis, et hominibus illic 
commoranlibus multas injurias faciunt, par hoc nostriL» 
regalis auctoritatis pra'ceptum, id omnimodis amodo fieri 
proliibemus, Landrico, milite Balgeiu'iacense, et filiis Lan- 
drico, Johanne et Hervœo idipsum consentientibus, et coram 
nobis et iidelibus nostris, palam confitentibus, se hue usque 
nulium omnino jus, aut uHain consuetudinem, vel servitu- 
tem in omnibus terris sancti Maximini, vel houiinibus de 
jure habuisse, vel habere debere. Proliibemus igitur, et auc- 
toritate regia pritcipimus districte ut in Miciaco villa, et in 
poteslate sancti Dyonisii, et in Gapella sancti Maximini 
trans I.igerim, et in Gambiaco, et in Gaudioco, Monte- 
Bellerii, Malvariis, Ganariis, Fonlanis, Villa Marcelli, Rosa- 
riis, Asneriis in Meso, et in omnibus appenditiis, qua* ad 
has villas pertinere noscuntur, et in aliis villis, vel terris, 
vel hominibus eorum; ullus omnino ministeralium nostro- 
rum, neque comes, neque missus, neque judex, aut villicus, 
aut (juislibet publica potestate pra'dilus , ullam omnino 
legem, vel consuetudinem, vel servitium aliquod exignt, vel 
ullam inquietudinem , aut contrarietatem deinceps facere 
prresumat ; aut (juiilquam subtrahere, aut aliquam infesta- 
tionem inlVri'c; sed li«*eat pr:i'dictis tValriljus memoratas 
possessiones, et omnia qu;e regum vel principum, seu alio- 
rum quorumlibet lari,^itione in perpetuum adepti fuerinl, 
sub nostra plenissima tuitione, nostris et futuris, Deo «lis- 
ponente, temporil)us, (juiele et liljere possidere. 

Ut autem lia'c nostra auctoritas certius credatur, et a 
Iidelibus, Deo annuente, nostris et futuris lempoiibus melius 
conservetui", sigilli nostri cliaracterc sul)ter eam jussimus 
ro))orari. 

Signum Rotl)erti régis: Sig. Hugoni régis, lilii Rol])erti: 
Sig. Henrici, Hlii Rotlterti régis; Sig. Rolberti, lilii Rolberti 
régis. 

Nomina testium : Signum Tetduini clerici, lilii Reginu' 
mulieiis, cujus crat ijcnelicium; Sig. Leutcrici, arcliiepis- 
oopi Senonas ; Sig. Goslini, archiep. Bituricas; Sig. Odolrici, 



~ 497 — 

episc. Aurelianensis; Sig. Guarini, episc. Belvagi ; Sig. 
Franco, episc. Parisiiis; Sig. Ivonis, comitis de Bello-Monte; 
Sig. Ebonis, niilitis; Sig. Giiarini, militis Parisius; Sig. 
Amalrici, militis de Monte-Forte. Ego Balduinus, cancella- 
rius, peiiegendo subscripsi. 

Actura Aurelianis publice, anno Incarnationis Domini 
millesimo vigesimo secundo, regni Rotberti régis, XXYII", 
et indictione Y-'', quando Stephanus hseresiarches et com- 
plices ejus damnati siint et arsi sunt Aurelianis. 

{Ex archivio Miciacensi, apud Annales Ordin. 
S. Bened. dom. Mabillonis, t. IV, p. 705.) 

XIX 

Lettre de l'abbé (juillaume 

au roi Louis le Jeune, pour demander protection 
contre les oppresseurs de son monastère. 

(Sans date) 

Ludovico, Dei gratia Francorum régi excellentissimo, 
frater G, beati Maximinj abbas, et ca-teri l'ratres ejusdem 
ecclesiœ, salutem, cum orationum suffragiis. Quoniam 
antecessores vestros reges Ecclesia nostra semper habuit 
protectores, vos etiam nihilominus tutorem habuimus, et 
hactenus defensorem. Idcirco quotiens ab hostibus moles- 
tamur, ad vestra^ celsiludinis asylum nscesse est recurramus. 
Nuper igitur, miles quidam Radulfi de Nidis, Gaufredus 
scilicet, filius Fulconis, quemdam burgensem nostrum 
indebite cepit, eumque suum esse afiferens, in carcere 
tenet. Nos autem eum et ejus parentes B. Maximi homines 
esse per centum annos vel eo amplius cognoscentes, pra^dic- 
tum Radulfum de Xidis et ejus militem Gaufredum, ut 
hominem nostrum redderent, vel ut, pro homine placitaturi, 
curiam nostram adirent, ex parte vestra convenimus. Quod 
quia facere noluerunt, prœfectos vestros super hoc negocio 
adivimus. Quibus nihil de hoc bene operanti))ns, I\[ajestati 



— 498 — 

legiîfc' supplicamus quatenus hominem, usque ad audien- 
tiani vestram, liberari faciatis, vel, si vobis placueiit, quid 
indefieridebeatpr?efectis Aurelianensibus rescribatis. Valete. 

(Du Chksne, Rerum friinciscarxim tomus IV 
p. 730.) 

XX 

Lettre du pape Alexandre 111 

à Louis le Jeune 
au sujet du meurtre de Vabbé Guillaume. 

(1163) 

Alexander episcopus, sei'vus servorum Dei, carissimo in 
Christo lilio Ludovico, illustri Francorum régi, salutem et 
apostolicani benedictionem. Apostolicic adiiiinistralionis 
cura omnibus sacris locis providere conipellinuir, et praiser- 
tini eis quibus nos intendere tua? sublimitatis excellentia 
exliortatur. Hujus igitur considerationis intuitu provocati, 
nionaches sancti ^[axiniini, quos vita' turpioris conversatio, 
et sui 'ilibatis interomptio (l), infamabant, per di versa 
monasteria dividimus, et ad petitionem tuam instituere ibi- 
dem alios, Domino auctore, curavimus. Quos lua^ subliniitali 
duximus commondandos, rogantes attentius quatenus, pro 
reverentia B. Pétri ac nostra, manu teneas, diligas, et 
honores, et eas in justitia foveas, protegas et defendas ; 
et A., prajpositum de Mello, et matrem ejus, et sororem, 
districte compellas ut frumentum et alla ]^lura, qna' apud 
eos Henricus ejusdem monaslerii monachus deposuit. ei 
restituant, aut in pnvsentia tua justitia» .'omplementum 
exhibeant. Datum apud Dolense monasterium, V Idus Julii 
(11 Juillet 1163). 

(Du r4HESNE, Rerum franciscarum tomua IV, 
p. 627.) 

(t) 0»i<l:iiii (iarcio, <oniiivorilia mniiachoriiiii, ut rrcditur, orcidit abbuteiii 
S. Maxiiniiii Aiurl.; papa Alcxaiidcr ol Liuldvicus rox cxpiileriint iiido oiunos fcrc 
monat-lios et per divcrsas abbatias disporscrunt pI fecenint ibi abbalcm do Majnri 
ninnastorio (Tiironi*;.) fiaiitcrius orat huir nomcn (Roberlus «le Monto, ad aiiniim 1 163). 



— i99 — 

XXI 

Charte de l'évèque Manassès 

confirmant à Micy La possession de la moitié de Véglise 

de Saint-Paul. 

(1167) 

Manassès, Dei gratia Aurelianensis ecclesiaj episcopus, 
Gauterio venerabili abbati monasterii sancti Maximini, 
salutem. Rogavit nos dilectio veslra, ut medietatem ecclesise 
Sancti Pauli quœ est Aurelianis, in burgo Dunensi, quam 
in tempore nostro pacifiée possidetis, quam etiam priedeces- 
sores vestri abbates a tempore Odolrici episcopi, per ipsius 
Odolrici largitionem, et per preces Arnulfi Turonum archie- 
piscopi, qui hoc ab ipso impetravit, et per instantiam 
Alberti, abbatis monasterii vestri, patris ipsius Arnulfi, 
usque ad tempus vestrum pacifice possiderunt, vobis ves- 
trisque successoribus conflrmaremus ; unde quia non nisi 
quye justa sunt postulatis, jam dictam medietatem ecclesise 
Sancti Pauli cum beneficiis, quam, sicut dictum est hactenus, 
habuistis ; ecclesiam quoque de Galvo-Monte, quse est in 
Secalonia, quam videlicet mulier qusedam, Milesendis 
nomine, pœnitentia ducta, in manu vestra omnino reliquit, 
quam ad vos nunc per ipsius Milesendis precem, et per 
nostram largitionem habetis, voljis vestrisque successoribus 
abbatibus et monachis in loco Miciacensi, cui nunc pra^si- 
detis, Domino nostro sub tutela B. protomartyris Stephani, 
et egregii confessoris Maximini famulaturis, prtwsentium 
litterarum testimonio, et sigilli nostri munimine confir- 
mamus. 

Actum anno Domini M. G. LXVII., ordinatis in ecclesia 
Sanctœ Crucis majoril)us personis, Johanne decano, Guillelmo 
cantore, Hugone subdecano, Manasse capicerio. 

[Ex Cnrtiilario \iiciacensi, apnd Por-LUCHE, 
M. S. 433's b> 300.) 



— 500 — 

XXII 

Charte du roi d'Angleterre 

en faveur du prieuré de S. Jean de la Mothe. 

(1170) 

IL, rti'X Angloriini, et dux Normanniiv et Aquitani:»', et 
3omes Andegavensis, episcopo C.enomensi, et baronibus, et 
judicariis. et dapiferis, et baillivis, et omnibus fidelibus suis 
Cenomensibus, Salutem. Sciatis quod apud Cenomanum 
in curia mea coram Josceleno de Tnronis, et coram 
Gaufrido de (Ueio, et Hugone de Cleio, fratre suo, et 
coram aliis multis recognitum fuit per legitimos milites 
meos, et per servientes meos juratos, quod monachi de 
sancto Johanne de Motha, qui sunt de abbatia sancti 
INIaximini Aurelianensis, debel)anl lial^ere bene. et in pace, 
et liljere, et intègre nundinas suas ad festum sancti 
Johannis, ita quod nec homines de Maiet, nec alii 
aliqui quietancias aliquas contra eos ibi baberent, et 
teneant quiète et libère, cum omnibus consuetudinibus suis, 
ne aliquis consuetudines suas amodo mutet, vel moveat 
contra hoc quod ibi recognitum fuit. Concodo etiam quod 
liabeant decimam de pe(bigio de Pisio, sicut melius 
habebant tempore patris mei Gaufridi, comitis Andega- 
vorum. Prgeterea recipio in manu et protectione mea 
obedientiani illam et omnia ad illam pertinentia. Et 
pra^cipio quod monachi ibidem Deo servientes omnia bona 
sua bene, et in pace, et libère, et honorifice teneant. Et 
prohibeo ne fîamelinus de Motha, vel ojus hiieredes, 
aliquod jus in terris eorum clament, vel habeant, neque in 
fure, neque in rapto, neque in incendio, neque in bello, 
neque in custodia belli, neque in alia aliqua re. Testes : 
Joscelenus, de Turonis : et Gaufredus de Gleriis ; et Hugone 
fratre suo et plurimis aliis. 

(Bil>lioth. nation., coll'^ction Moreau, B.M.rzK, 
08, f'^ lOfi.) 



- 501 - 

XXIII 

Charte de l'évêque Manassès 
en faveur de la tnaison des Chatelliers. 

(4179) 

Manassès, Dei gratia Aurelianensis episcopus, omnibus 
qui prœsentes litteras viderint, salutem. Universitati vestnv, 
qui présentes litteras estis audituri, notuin fieri volumus, 
quod quum Domum leprosorum, quœ est ultra Ligeritum, 
in parocchia Sancti Hilarii, domui leprosorum Aurelianis, 
inconsulto Andréa, abbate sancti Maximini, et capitulo suo, 
ad quorum tutelam et curam ejusdem domus spectare 
videtur, subdidissemus, et quum abbas, et monachi, et 
presbyteri, et burgenses sancti Maximini sub hoc qu?estionem 
movissent, et nullo modo tali facto nostro acquiescere 
vellent ; tandem leprosi Aurelianenses, consilio nostro qui 
abbati, monachis, presbyteris, et bu:"gentii)us suis injuriam 
facere nec volumus nec debemus, et etiam concilio aliorum 
proborum virorum, prœdictam domum omnino quittaverunt, 
et ab omni jugo et dominio suo liberam clamaverunt. Nos 
autem, ad petitionem prsedicti abbalis et capituli sui, et 
presbyterorum et burgentium, statuimus et prîesenti scripte 
firmamus ut prœdicta domus ab omni dominio tam Aurolia- 
nensium quam aliorum leprosorum libéra et quitt 
permaneat, et nulli unquam sine litteris capituli sancti 
Maximini amodo subdatur, sed sub cura et protectione tam 
pnfîsentis abbatis quam successorum suorum abbatum 
consistât, qui leprosorum ibi manentium et corrigant 
excessus, et ministratorem, seu capellanum provideant, 
salva episcopi omnimodo justitia. Quicumque autem 
abbatem, vel presbyteros, vel monachos, vel burgenses super 
hoc molestare et contra pra^sens scriptum ire pra-sumpserit, 
noverit se auctoritate nostra anathematis vinculo innoda- 
tum, et in extremo examine a summo judice puniendum. 
Actum publiée Aurelianis, annoIncarnationisMoGoLXXIXo, 

33 



— 50 -2 — 

ordinatis in ecclesia Sanctii' Grucis majoribus personis, 
Hugone decano, Andra?a cantore, Lelaldo subdecano, Ma- 
nass^e capicerio, cancellario nullo datum per inanuui Koberli. 
notarii nostri. 

XXIV 

Bulle du Pape Lucius 

ail sujet de la prébende canoniale de Sai?it-Aignan . 

(1182) 

Lucius, episcopus, servus servorum | Dei, dilectis liliis, 
ubbati et conventui sancti Maximini, salutem et apostolicani 
benedictionem. Ex quo a fralribus et episcopis noslris, ex 
delegatione apostolica statuimus utpia debeant firmiler con- 
sibtere, et, ut majorem habeant in posteruQi lirmitalem 
apostolici scripti munimine roborari, ea propter sententiam 
quam venerabilis frater noster, archiepiscopus Senonensis, 
promulgavit, ex delegatione nostra in ecclesia Sancti Aniani 
Aurelianensis, integritateni prebendo vobis et successoribus 
vestris adjudicavimus, sicut canonice decet, et in scripto 
aulhentico continetur, auctoritate apostolica confirmamus et 
praisentis scripti testimonio communiiuus. Nulli ergoomnino 
hominum liceat hanc paginam nostra; conlirmationis infrin- 
gere, vel ei ausu leiuerario contra ire. Si quis autem hoc 
obtemperare non privsunipserit, indignationem oniniito- 
tentis Dei, et beatorum Pétri et Pauli se noveritincursuruni. 
Datum Velletri, calendas Junii.* 

(Bibliothèque de l'Arsenal [Pans). Ex Cartulario 
Miciacemi, M. S. lOUS, f« C>>1).) 

XXV 

Charte de l'Abbé Laurent. 

pour V affranchissement d'un clerc. 

(1184) 

Ego, Laurentius, Dei gratia beati Maximini monasterii 



— 503 — 

abbas, et totus meus conventus ejusdem ecclesise, omnibus 
ad quos istiie litterae devenient, notum fieri volumus quod 
nos Stephanum, filium Radulfi Auterii, hominis* sancti 
Maximini, 'et Agnetis, ancillfe Sanctae Crucis, communiter 
cum Hugone decano, totoque capitulo Ecclesige Aurelian. 
manumisimus, ita quod in clericatus ordine Dec deserviat, 
sub tali etiam conditione quod de reliqua proie prsedictorum, 
Radulfi scilicet et Agnetis. inter nos et ecclesiam Sanctae 
Grucis aequalis fiât, secundum jus terrilorii, partitio : et ne 
in posterum super hoc oriatur dissentio, decanus et capitu- 
lum Sanctae Grucis présentes litteras habuerunt, et nos 
similiter eorum litteras suscepimus, praîdictam pactionem 
continentes. Actum publiée, anno Incarnationis dominica3, 
M.GXXXXIV. 

(Bibliothèque de l'Arsf^nal , Dom Estiennot, 
M. S. 1008. fo -280. 



XXVI 

Gharte du sire Jehan de Beaugengy 

pour le règlement d'un combat judiciaire. 

(ilOb) 

Ego, Johannes, doiuinus Balgenciaci, omnibus tam prae- 
senlibusquam futuris, quos praesentem paginam videre con- 
ligerit, notum fieri voloquod, quum legitiuiorum fauiulorum 
meorum consilio inductus, Theobertum, Petrum (Irondin, 
Andreani Solel, Johanneni Grison, Godefredum Grisou et 
hœredes eorum, de commendititia appellassem, et illi banc 
omnibus modis se non debere viriliter denegarent, et praefa- 
tusTheodebertus, tam se quam praescriptos homines et eorum 
haeredes, de commendititia illa duello defendere vellet, die 
statuta, armatis, ut mos est, ex utraque parte pugilibus, 
apud sanctum Maximinum convenimus. ( lumque Theode- 
berlus et ille qui pro me pugnaturus erat. obî»idibus datis, et 
custodibus hinc inde posith, processissent in médium, ego, 



— 504 — 

(lominus Balgenciaci, Johanne^:, doniini Luncelini, venera- 
bilis abbatis sancti Maximini, et aliortim probabilioriim 
virorum consilio, si quid in prsefalis hominibus, vel eorum 
hferedibus, comniendilitije, vel rediiibitionis babere debebam, 
totum eis condonavi, et tam ego quam hceredes inei ipsos et 
han-edes eorum ab omni penitus commendititia, yel redhibi- 
tione quittavinjiis. Ne autem pra'fati homines, vel eorum 
ba?redes, ab aliquibus successorum ineorum possent in hoc 
molestari, sigilli mei testinionio pna'sentem paginam volui 
roborari. Actum publice, anno Incarnationis Domini 
MoGoXGVIo. 

(Bibliothèque d'Orléans, Le chanoine Hubert, 
M. S. 43(3^) 

XXVII 

Charte de l'Évkque d'ori.éans 

concernant un emprunt de r<ibbé de Micy . 

(1192) 

Satis intelligit humana ratio quod nuindus interit, et 
mundane similiter intereunt actiones. Sciant ergo présentes 
et posteri per testimonium littere, quod in nostra presencia 
constilutus L. Miciacensis cenobii dictus abi)as, cum G. de 
Magdunô, cui mille libras persolvere tenebatur, multis 
adstantibuset vocatis in testimonium, hujus modiconvenit : 
nostra quidem in manu posuit talem villam, qu.T solebat ci 
per singulos annos ad minus reddere centum libras; alias 
autem promisit in verbo fidei quod de ville reditibus nihil 
reciperet, sed per manum nostram haberot creditor, et sup- 
pleret abas de suo proprio si minus exiret ; et si forte super 
exiret, quippiam ad abatis manum continuo deferretur ; 
fuit hoc insuper in paclo posituiii. (juod moram faceret in 
nostris manibns aniodicta villa, quoadusque pax plena 
lieret anledicto de debito creditori. Ut esset lirmior bec tota 
pnctio, literarum memorie mandari fecimus, et sigilli nostri 



— 505 — 

munimine confirmari. Actum publiée, in Aurelianensi capi- 
tule, ordinatis in personis majoribus, H. decano, A. can- 
tore, C. subdecano, M. capicerio. Dato per manura cancel- 
larii nostri, anno incarnati Verbi M» G^ XG*' 11°. 

Extrait du manuscrit 4, de la Bibliothèque 
d'Agrn, fo 51, par L. Auvray. — {Mémoires 
de la Société archéologique de l'Orléanais, 
tome XXIII.) 

XXVIII 

Acte de Hugues de Meung 
confirmant la vente d'un serf à V abbaye de Micy. 

(1-207) 

Ego Hugo de Magduno, dominusFirmitatis-Abreni, notum 
fieri volo tam presentibus quam futuris quod Humbaudus 
Greemiche quamdam ancillam suam, Amelinam nomine, 
uxorem defuncti Bertet, et duos filios ejus, Matheum et 
Arnulfum, et alium quemdam hominem suum, Messerii 
nomine, quos in fœdum ne me lenebat, cum consensu et 
voluntate mea, abl)ati et ecclesiae beati Maximini vendidit 
et quitta vit, ita quod de tali servitio, tam ipsi quam lueredes 
eorum in perpetuum servient ecclesia' de quali serviebant 
eidem Humbaudo et antecessoribus ejus, videlicet de homi- 
nio et de corpore. Hoc concessit uxor ejus Hildesindis, et 
filise ejus Agnes, Florentia et Manuburgis. Quod ut ratum 
sit, ad precos ejusdem Humbaudi, pri^sentes litteras feci 
sigilli mei testinio:io roborari. Actum anno Verbi incarnati 
M.GC.Vn. 

(Bibliotlièque nationale, M. S. 54*20, Ex Polyp- 
lico Mii-.iacensi, charta GXXIil.) 



— oOO — 

XXIX 

Décret de Reinald, légat du pape, 

reconnaissa)ît le droit de Micy, sur la moitié de la 
cure de Saint- Paul. 

(1238) 

Reinaldiis, divina niiseratione Ostiensis et Velletrensis 
episcopus, universis Ghristi fidelibus présentes litteras ins- 
pecturis, salutem in Domino. Universitati vestrne presenti 
volumus intimai! rescripto quod cum Johannes presbyter 
ecclesiie Sancti Pauli Aurelianensis impetravit litteras apos- 
tolicas in hune modum : Grejjforius, episc, servus servoruni 
Dei, dilecto filio decano Aurelian., S. et A. B. Dilectus filins 
magister Johannes, rector ec«;lesi{e Sancti Pauli Aurelian. 
in nostra proposuit praesentia constitutus, quod ecclesia 
ipsa que per ununi rectorem idoneum poterat commode gu- 
bernari, per qiiamdam cunsuetudinem abusivam sibi et alio 
esse collata, cum quo idem per hpl)domadas et vices suas in 
ea deservire pervenerat. Verum quia quum servilio bipartite 
duoriim reclorum, duni unus evellit quod aller plantât, ple- 
rumque in plèbe scandalum generatur, et periculum incur- 
ritur animarum, a nobis humiliter postulabat, ut cum non 
deceat in uno ecclesie corpore duo capita prefici, quasi 
monstrum, provideremus misericorditer in hac parte. Nos 
igitur de prudentia tua plenam fiduciam obtinentes, dictum 
negocium tibi duximus commitlendum, discretioni tue per 
scripta apostolica mandantes quatinus, pensatis omnibus 
que circa curam ecclesie supradicte siihibriter fuerint atten- 
denda, illi quem vite sciencie, et conversationis honeste po- 
Cioribus meritis videris adjuvari, curam animarum commit- 
tens ; alteri proventus ejusdem ecclesie, prout percipere 
consuevit, quamdiu vixerit, facias exhil)»M'i% contradictiones 
per censuras ecclesiaslicas ai)pellatione i)ostposila compes- 
cendo. Datum Viterbis, 111 Nonas Maii, pontiticatus nostri 
anno XI. 



— 507 — 

Fuit eisdem litteris per Johannem procuratorem. Sancti 
Maximini Aurelian., in audientia publica contradictum Su- 
per quo cum essemus a summo Pontifice auditor partibus 
deputatus, partes super litteris ipsis coram nobis diutius 
litigarunt. Nos itaque, auditis allegationibus et confessio- 
nibus utriusque partis, evidenter comperimus, per confes- 
sionem presbiteri memorati, quod in eadem ecclesia duo 
sacerdotes existunt, quorum alter per XX annos et ultra ab 
altero patronorum, scilicet ab abbate Sancti Maximini Au- 
relian. presentatus fuit, et a diœcesano episcopo in eadem 
ecclesia canonice institutus. Quare de speciali domini Pape 
mandato, predictas litteras cassavimus, et ipsas mandaveri- 
mus non transire. In cujus rei testimonium presens scriptum 
fieri fecimus et nostri sigilli munimine roborari. Auctori- 
tate imperiali scrinarius predictas litteras de mandato vene- 
rabilis patris domini Roinaldi, Dei gratia Ostiensis p.t 
Velletrensis episcopi, scripsi, et in publicam formam redegi. 
Anno Domini M. GC. XXXVIII., pontificatus domini Gregorii 
pape IX, anno XII*^, mensis Mail die XXY'% indictione XI*. 

{Ex cartulario Mlciacensi, charta 220, dans 
POLLUCHE, M. S. 433b, fo 300.) 

XXX 

Charte de l'abbé Francon, 

portant affranchiaseyncnt de plusieurs serfs, 
et de leur famille. 

(1224) 

Universis ( Ihristi fidelibus, Franco, Dei permissione, beati 
Maximini manasterii dictus abbas, totusque ejusdem loci 
conventus, salutem in perpetuum. Xoverint univers! pré- 
sentes pariterque futuri quod nos. de assen.«^u et voluntate 
carissimi nostri domini Ludovici, Francorum régis iilustris, 
quosdam de servis nostris et ancillis nostris manumisimus, 
cum lieredibus suis, qui j;im nati sunt et ex eis sunt amodo 



- 508 — 

nascituri, salvis tamen taliis nostris, justitiis, consuetudi- 
nibus, redhibitionibus quas habenius in terris nostris et quas 
nobis «lebtMjl homines liberi qui manent, vel qui domos ha- 
bentin terris et villis nostris, a quibus omnibus supradictis 
se vel heredes eorum non potorunt excusare occasione eis 
corporalis a nobis prestite libertalis. Ne igitur adversus eos, 
vel lieredes eorum, qui hujus manumissionis benefioium 
sunt adepti iterum occasione aliqua calumnia servitutis in- 
surgat, vel ne quisquam de reliquis servis nostris ex liac 
manumissione aliquid juris sibi in prejudicium nostrum ve- 
niret. vel usurpet, omnium manumissorum nomina sunt 
h?pc : Andréas Grosse, Guarinus Grosse. Theol)audus, etc. 
Pra'terea, Guillelmum, majorem nostrum de Roseriis, et 
beredes suos tam natos quam noscituros man'imittimus in 
perpetuum, et ab omni jugo servitutis corporalis liberamus. 
secundum formam superius notatam, salvo tamen eo quod 
idem major, et quicumque ex ejus heredibus leneat majo- 
riam pra.'dictam, faciet nobis juramentum, in capitulo nos- 
tro, quod jus, commodum et bonorem ecclesi;».' nostra', et 
nostrum, pro posse suo fideliter conservabit. Et per idem ju. 
ramentum tenetur fideliter facere servitia quae pertinent a<l 
Majoriam. Quotiens veio Majoria personam majoris muta- 
verit, totiens tenebilur qui major erit nobis reddere vacha- 
tum quod eadem débet majoria. Ut igitur manumissio pra'- 
dicta perpétua stabilitate gaudeat in futurum, pra'sentem 
paginam scribi et sigilli nostri munimine fecimus roborari. 
Actum in Capitulo nostro, anno dominicie Incarnationis 
M. CG. 5îX. IV., quarto mense Martis. 

(Bibliotb. nationale ; Collection Moreau. R.\- 
Li;zE, 78, p. 14.J.) 



— 509 — 

XXXI 

Charte portant union de prières 
entre les monastères de Micy et de Pont-Levoy. 

(1230) 

Ne labantur cuni lapsu temporis gesta mortalium, peren- 
nari soient memoria litterarum. Hujus siquidem rationis 
intuitu, annotandum scripto decernimus Societatem Sancti 
Maximini Aurelian. et Ponti-Leviensis occlesiarum, ordinalam 
in hune modum. — Quod si abbas alterius ecclesiœ ad ulte- 
ram venerit, plenam habeat potestatem culpas corrigendi, 
et ob culpam suam regulari discipline subditos absolvendi. 
In obitu vero eorumdem abbatum faciet P. L. ecclesia pro 
abbate S. M. quantum pro proprio ; et similiter ecclesia S. 
M. faciet e converso. De monachis autem ita statutum est, 
ut com^iune sit eis utriusque ecclesie capitulum, et hinc 
inde suscipiantur, non tanquam hospites, sed tanquam pro- 
prii monachi et professi. Si vero quandoque contigerit, oc- 
casione alicujus scandali, nionachos alterius ecclesia' transire 
ad alteram, non pro fugilivis, sed tanquam professis et 
propriis habeantur ibidem viventes regulariter, donec eccle- 
sise et abbalis sui gratia reparentur, nisi tam enormis eorum 
excessus et crimen tam notarium et manifestum fuerit prop- 
ter quod a proprio monasterio debeant expelli. — In obitu 
autem monachorum, qiuim eorum obitus ab altéra ecclesia 
alleri fuerit nuntiatus, commune fiai servitium in conveniu, 
et unusquisqae sacerdolum unam missam celebrabit, et 
clerici, qui sacerdotes non fuerint, quinquaginta psalmos, 
laïci quinquagies pater nosier. Pru'terea P. L. ecclesia sin- 
gulis annis mittat brève apud S. M. in crastino festivitatis 
beati Maximini, ubi prius fiât in conventu solemne servi- 
tium et missarum sulisequatur triennale ; similiter et eccle- 
sia S. M. mitlet brève suum apud P. L. ecclesium iu crastino 
Assumptionis bealœ Mariœ virginis. De instantibus autem 
decretum est ut cum abbas alterius ecclesie ad alti-ram ac- 



— MO — 

cessent, licebit ei quemlibet in stallum ponere, si viderit 
expedire. Actum anno Domini M» GG^» XXX», mense Junio, 
ecclesie S. M. tune teiiiporis abbate Francone, et P. L. ec- 
clesie Mattha'O. 

{GaUla Christiana, Ecoles. Blesensis, t. VIII, 
Instrumenta, p. 4'29.) 

XXXII 

Lettre de l'évêque d'Orlkans 

Pour le prêt d'un chariot. 

(1240) 

Guillelmus, divina permissione Aurelan. episcopus, omni- 
bus fidelibus salutem in Domino. Xoverint universi quod 
cum doiiiinus rex de exercitu ^uo nos citasset. dilectum in 
Ghristo filium Euvrardum, abbatem S. Maximini dévote 
rogavimus quatenus in tanto novitatis articulo de (piadriga 
una, vel de summario uno, vel de lioc quod sibi placeret 
nobis succurrere dignaretur ; ipse vero pro mera liberalitate 
sua, non pei* hoc quod al) hoc nobis in ali<]uo teneretur, 
quadrigam unam cuni tribus equis nobis libentissime tradi- 
dit, libertate ecclesiœ suae in hoc protestans. Ne igitur ali- 
quis succe&soium nostrorum, pro tali servitio nobis a dicto 
abbate gratis et sine aliqua redhibitione facto, ecclesia^ S. 
Maximini damnum possit in posterum vel gravamen inferre, 
vel saisinam vel aliquam consuetudinem propter hoc recla- 
mare, litteras sigilli nostri charactere eidem ecclesia^ dedi- 
mus in testimonium et munimen. Datum anno Domini 
M. ce. XL, mense septembri. 

{Ex Carlulario Miciacensi, foliuni V1I'\) 



1 



— oll — 

XXXIIl 

Charte de l'évêque d'Orléans 

ratifiant l'accord conclu entre Vabhé de Micy 
et le curé de Mézières. 

(1247) 

Guillelmus, divina miseratione Aurelian. episcopus, etc. 
Noverint univers! quod cum verteretur contentio coram no- 
bis inter viros religiosos abbatem et conventum S. Maxi- 
mini, ex una parte, et Herveiim, presbyterum de Messeriis, 
ex altéra, super decimis novalium parrochie de ^Messeriis, 
et etiam super minuta décima dicte parrochie, quod ex jure 
communi ad se dicebat pertinere idem presbiter, dictis ab- 
bate ei conventu contrarium asserentibus et dicentibus pre- 
dicta ad se pertinere, ratione cujusdam privilegii sibi a do- 
mino papa concessi, et etiam ratione cujusdam compositionis 
quondam inite inter ipsos et predecessores ipsius Hervei, 
cujus compositionis ténor talis est: — t Ego Johannes, Dei 
permissione beati Maximini abbas et totus mecum ejusdem 
ecclesie conventus, omnibus présentes litteras inspecturis, 
notum facimus quod, nos secundum statutum generalis 
concilii, redditus presbiterii ecclesie de Messeriis augmenta- 
vimns in hune modum. Cum UII modiis sigali, quos in 
décima <le eadem parrochia parochi ab antiquo habebant, 
dedimus eis, et in perpetuum concessimus, III modios et 
dimidium in eadem décima, et, in minuta décima, medieta- 
tem videlicet de lanis et agnis et de porcis et de vitulis 
tantum ; dedimus preterea eidem presbitero terram nostram 
domni presbiterii et ecclesie contiguam. et illam que fossato 
juncta est, ab omni censu et décima tam cannabis quam 
Uni et etiam omnis bladi omnino liberam ; concessimus in- 
super, tam isti presbiterio Slephano qiuim omnibus succes- 
soribus suis presbileris quicquid in eadem ecclesia percipere 
solebamus, nihil penitus in ea nobis retinentes, excepte 
dono et patronatu, ita quod presbiteri omnes redditus ejus- 



— 512 - 

dem ecclesie peioipient, et synodum, et circatani, et omnia, 
que ecclesia illa débet, perpétue reddent, et neque in niaj^ma, 
neque in parva décima, neque in décima novalium, neque 
pro augmentatione aliquid amodo a nobis poterunt exigera 
vel reclamare. Quod ut ratum sit, présentes litleras sub chi 
rographo partitas sigilli nostri caractère fecinuis roborari. 
Actum anno Domini Mo CCo XVIII". » — Tandem dicte 
partes super premissis haut et bas compromiserunt. Nos 
vero de bonorum virorum consilio, dictum nostrum pro- 
nuntiamus in hune modum, videlicet, quod dicte partes 
dictam compositionem teneant et observent in futurum, 
prout superius est expressum, hoc addito, quod abbas et 
conventus reddent quoliljet anno dicto presbitero, et ejus 
successoribus XII minas sigilli, cum Vil modiis et dimidio, 
quod ex tenore dicte couipositionis antea percipere convenit. 
Actum anno Domini Mo GG'> XLo VIlo, mense seplembri. 

[Ex Cartulario Miciacensi, apud Polluche, 
M. S. 'i.S'tS fo 182.) 

XXXIV 

(4HARTE DE l'Evkque d'Ouléans 

confirnKint les avrangements com^cnus entre les religieux 
cl le uKiire de Saint-Mesmin. 

il-?55) 

(iuillelmus divina misoratione Aurelitm. cpiscopus, nni- 
versis, etc., salutem in Domino. Nolum facimus quod cum 
esset contentio inter abbatem et conventuni S. Maximini 
Miciacensis, e\ uiia parte, et Radulfum de (^.hereo, majorem 
S. Maximini, ex altéra, coram nobis super hoc quod pete- 
banl dicti abbas ex conventus d. Radulfum privari majoria 
dicte ville, qui videlicet pluries requisitus ex parte dictorum 
a. et c. nolebat facere officia ad dictam majoriam pertinen- 
tia, licet defunctus d. Radulfi avunculus faciebat d. majo- 
riam sibi sub hoc modo vel conditione adjudicatam a nobis* 



— 513 — 

Item peterent cl. abbas et conventus ab eodem Radulfo 
redeventias et costumas, videlicet gallinam et corveiam pro 
qualibet masura sive domo quas idem Radulfus habebat in 
d. villa S. Maximini, excepta magna domo, sibi reddi, sicut 
et alii qui masuras habent in dicta villa, eas reddebant 
eisdem. Peterent etiam dapensas et damna quœdam ab 
eodem Radulfo sibi resarciri. Prseterea cum esset contentio 
inter d. personas ex alla parte cor^m officiali nostro super 
hoc videlicet quod d. abbas et conventus petebant a d. 
Radulfo octo arpenta vinearum, sitaapud Floriacum, et duo 
sita apud Bordas, qu?e et defunctus Gaufridus, dicti Rudulfi 
avunculus, homo de S. Maximini ecclesia^ corpore, acquisie- 
rat et sine herede decesserat. Tandem post multas alterca- 
tiones de d. contentionibus sive queridis inter abbatem et 
conventum predictos. supra predictis, ex una parle, et d. 
Radulfum, ex alla, coram nobis extitit compositum in 
hune modum. Promisit siquidem d. Radulfus quod ipse et 
heredes suique successores facient per se vel per alium 
omnimodam executionem justitia' temporalis per totam ter- 
ram abbatis et conventus quam habent in presentiarum, et 
habituri sint in futurum, et facient plecti et puniri male- 
factores secundum legem et consuetudinem patriie. Promisit 
etiam d. Radulfus quod ipse et heredes sui sive successores 
redderent redeventias et costumas, videlicet gallinam et 
corveiam, pro qualibet domo sive masura quam habet in 
villa S. Maximini, et solvet abbati et conventui supra 
dictis, anno quoliljet, très solidos paris. ; et de magna domo 
que quondam fuit prefati deffuncti GautTridi, d. Radulfi 
avunculi, quinquc solidos. Ita tamen quod d. Radulfus et 
heredes ejus sive successores et dicta domus in posterum 
remanel)unt immunes super exactione tallioe quœ ad placitum 
in villa S. Maximini ab abbate et conventu supradictis 
recipi consuevit. De vineis autem ita compositum est. vide- 
licet quod vinete omnes remanebunt pênes d. Radulfum et 
ejus heredes sive successores in perpetuum pleno jure, 
exceptis duobus arpentis et dimidio, qua; sunt in censiva 
S. Pétri virorum, et dimidio arpento terra^ quie ad jus et 
proprietatf'iii monasterii S. ^faximini pertin())unt, nec in 



— 514 — 

eis poterunt d. Radulfus vel ejus heredes sive successores 
aliquid jnris de cetero reclamare. Gonsensum est autem ab 
abbate et conventu supradictis quod d. majoria ad d. Ra- 
diilfum et heredes ejus sive successores. de quacumque 
linea succédant, in perpetuum deveniet libéra. Hoc addito, 
quod ille qui succedet in d. majoria tenebitur solvere abbati 
et conventui, pro racheto d. niajorise, tantummodo centum 
solides; turon, et jurabit ille qui de novo succedet, antequam 
investiatur de majoria d.. abbati et conventui lidelitatem in 
ipsorum capitulo, nec poterunt abbas et conventus d. Ra- 
dulfum vel ejus heredes sive successores in posterum impe- 
tore supra servitute vel servili condilione. Imo renuntiave- 
runt abbas et conventus omni juri. si quod eis comp.tebat, 
contra d. Radulfum ralione servitutis et servilis condilionis. 
Sciendum insuper quod d. Radulfus et heredes ejus sive 
successores in po»terum teneljuntur solvere annualim d. 
abbati et conventui S. Maximini quatuor solidos et dimi- 
dium paris., pro anniversario defunctiOauffridi pra'dicti, d. 
Radulli avunculi, in <lie qua celebrabiturejusanniversarium 
annuatim in hoc monasterio faciendum. Per hanc autem 
compositionem sopita» sunt inter praedictas partes omnes 
quaîstiones et controversiœ, quje erant inter ipsas, vel esse 
poterant, usque ad pra^sentem diem, et renunciatum est 
utrinque omnibus actis et instrumentis, que présent! com- 
positione poterunt imposterum prejudicium generare. De iis 
autem tenendis et lideliter observandis, predictus Radulfus 
(idem in manu nostra pi*ae8titit corporalem. Margarita vero, 
uxor d.Radulij, d. compositionem voluit et approbavit, 
dédit etiam lidem in manu nostra. quod, ratione dotis sive 
dotalitii, aut alla quacumque causa, nuUo tempore contra 
compositionem veniet supradictam. Actum in capitulo 
monasterii S. Maximini Miciacensis, anno Domini MCCLV, 
die Veneris, in crastino Epifaniaj Domini.] 

[Ev Cavtulario Miciarensi, apud Polluche, 
M. S. 435»» fo 3.>9.) 



— 515 - 

XXXV 

Charte de donation de cent arpents de bruyères 

AUX CHATELLIERS, PAR BeHTHIER, ABBÉ DE MiGY. 

(1255) 

Universis priesentes litteras inspecturis, officialis curiiv 
Odonis decani Aurelianensis, salutem in Domino. Noverint 
universi, .nos, anno Domini millesimo ducentesimo quin- 
quagesimo quinto, die sabbati post Epiphaniam Domini, 
litteras inferius annotatas, non cancellatas, non abolitas, 
nec in aliqua sui porte vitiatas, vidisse et diligenler inspe- 
xisse, in hsec verba : — Omnibus présentes litteras inspec- 
turis, Bertherus, divina miseratione S. Maximini Aurelan. 
diœcesis abbas, totusque ejusdem loci conventus, salutem 
in Domino. Noverint universi quod nos tradidimus et con- 
cessimus Magistro et Fratribus sancti Lazari de sancto 
Maximo, centum arpenta bruciarum, sita apud Ghateliers, 
tenenda et in perpetuum possidenda ad decimam, et nampi 
partem, exceptis quinque arpentis, in quibus facient herba- 
gium suum, pro quibus quinque arpentis ipsi tenentur 
annuatim solvere quinque solidos censualiter in festo CAr- 
cumcisionis Domini, ita quod nisi census solvatur ad termi- 
num supradictum, ipsi quinque solidos Parisienses nobis 
tenentur reddere pro emenda ; dicti vero Magister et Fratres 
totam dictam terram infra duodecim annos tenentur facere 
redigere ad culturam ; et nisi tota dicta terra infra dictum 
erminum ad culturam reducta fuerit, nos de terra dicta, 
quai remanebit inculta, nostram poterimus facere potesta- 
tera ; dicti siquidem Magister et Fratres pro prsedicta 
adimplenda, ut dictum est, decimam quam percipie- 
bant in terra nostra de Bralio et de Mi<<o nobis quittaverunt 
et omnino dimiserunt. Promisinius etiani dictis magistro et 
Fratribus dictam terram garanlituros contra omnes, salva 
omnimodo justitia nostra in Iota dicta terra et in qualibet 
parte terne, et propriis quam idem fratres facient ibidem, 
exceptis fratribus in (juibus niliil gentilia' reclamamus. Da^ 



— 516 -- 

tuiii anno Domini millesimo ducentesimo quinquagesimo 
quinlo, iiiense Decembri^s. 

{E.r Cartulario Miciacensi, aux titres des ChA- 
telliers.) 

XXXVI 

Chaute concernant l'épreuve judiciaire, 
A l'Alleu-Saint-Mesmin. 

(1240) 

Omnibus présentes li Itéras inspecturis, ego Petrus Des- 
cautillis, baillivus domini régis, et ego, Adam de Monte- 
Re^ali, l)nillivus episcopi Aurelianen., notuin facimus quod 
nos ab al)bate et convcntu sancti Maximini impetravimus 
curiam quamdam, qna^ vocatur Allaudius sancli ^^aximini, 
pro tenere duellum vel aqua, vel ferro, aut omni modo, de 
communi assensu nostro, pro conlenlione qua' erat super 
hoc, inter dominum regem, et dominum episcopum Aure- 
lian., et etiam pro quodaiii garcone meurtrario judicando ; 
noc in dicta curia aliquod jus. nec etiam aliquam justitiam 
propter hoc reclamamus. Actum anno Domini M.CG.XL.VI., 
in crastina die festi sancti Johannis Baptista\ 

(Bibliotli, d'Orléans. E,v Cartul. Miciac. le cha- 
noine Hubert, M. S. 436.) 

XXXVII 

Lettre des religieux de Micy 

denuindant an roi Vautorhalioyi d'élire un abbé. 

(1274) 

Excellontissimo domino et illustrissimo Philippo, Dei 
gratia Francorum régi, sui semper assidui oratores, prior 
et conventus sancti Maximini Miciacensis, Aurelianensis 



— 517 — 

diœcesis, subjectionem cum reverentia tam débita quam 
devota, excellentie vestre presentibus litteris duximus inti- 
mandum quod A., bone rnemorie, olim pastor noster, viam 
est universe carnis ingressus : qiiare cum nostrum monas- 
terium sit viduatum pastore, ne diutius remaneat desolatum 
majestati vestre juxta morem etregni consuetudinem mortem 
ipsius significantes, preces porrigimus subjecturas quatinus, 
ad eligendiim nobis pastorem, vestrum benignum assensum 
dignemini imperliri , ut de bona persona et idonea ipsi 
monasterio, de vestra licentia, providere possimus, qui tam 
in honere quam in lionore recte et fideliter possit ecclesiam 
gubernare. Valeat excellentia vestra in tempora longiora. 
Datum anno Domini M» GO LXX» quarto, die Jovis post 
Assumptionem béate Virginis Marie. 

(Archives nationales (original parchemin), J. 344, 
no 44.) 

XXXVIII 

Formule de serment prêté par les abbés de Micy, 
AUX ÉVÊQUES d'Orléans, après leur élection. 

Ego Adam, ecclesise Sancti Maximini Aurelianensis abbas 
ordinatus, promitto obedienliam, reverentiam et subjec- 
tionem huic sanctse matri mea3 Aurelian. Ecclesiœ, et tibi, 
révérende pater Guillelme episcope, tuisque successoribus 
canonice substituendis, et propria manu super hoc altare 
firmo. 

(Extrait d'un ancien Pontifical manuscrit gardé 
aux Archives de l'Eglise d'Orléans.) 

XXXIX 

Charte de l'abré Adam 
minonr-ant lu composition du Cartulaire de Micy. 

(i-^r/) 

Adam, divina permissione, l)eati Maximini Miciacencis 
minister humilis, omnibus Ghrisli fidelibus, et suis succes- 

3'4 



— 518 — 

•oribus in dicto monasterio, salutem et sinceram in Domino 
caritatem. Quia grave fore perpendinms nobis et successo- 
ribus nostri déferre nobiscum C^artas monasterio B. Maximini 
concessas tempt)ribiis relroactis, ne forte casu fortuilo dej^e- 
rirent, quiv magnis siimptibus a nostris predecessoribiis 
fuerimt acquisita, privilégia et cartas pitedictas transcribi, 
fecimus de verbo ad verbum, anno inoarnati Verbi Mo GC» 
quinquagesimo septimo, régnante christianissimo rege nostro 
Ludovico, filio Ludovici filii rogis Philippi, et vivente vene- 
rando pâtre nostro Guillelmo, episcopo Aurelianense. 

(Bibliothèque nationale, collection Moreau, 
Baluze, 78, fo 9-2.) 

XL 

Bulle d'Alexandre IV, 
confirmant tous les biens et privilèges de Vabbaye de Micy. 

(4258) 

Alexanderepiscopus,servus servorum Dei, dilectis filiis ab- 
bati sancti Maximini Miciacensis ejusdemque loci fratribus, 
tam pra^sentibns qnam fuluris, regularem vitam perferenti- 
bus. in perpetuum. Religiosam vitam eligentibus aposlolicum 
convenit adesse praesidium, ne forte cujuslibet temeritatis 
incur,sus aut eos a proposito revocet, aut robur, quod absit, 
sacra? religionis infringat. Ea propter, dilecti in Christo 
filii, veslris justis postulationil)us libenler annuimus, et 
monasterium S. Maximini Miciacensis, Aurel. diœcesis, in 
quo divino estis mancipali obsequio, sub B. Pétri et nostra 
protectione suscipimus, et pnosentis scripti privilegio com- 
munimus. Imprimis siquidem statuentes ut ordo monasticus 
qui secundum Deum et B. Benedicli regulam in eodem 
monasterio in>>titulus esse dicilur, perpeluis ibidem tempo- 
ribus inviolaltiliter observetur. Pra?terea quascumque posses* 
siones, quïecumque bona idem monasterium impresentiarum 
juste ac canonice possidet, aut in futurum concessione 
pontificum, largitione regum vel principum, oblatione fide- 



— 519 - 

lium seu aliis justis modis, pr?estante Domino, poterit 
adipisci, firma vobis vestrisque successoribus et illibata 
permaneant ; in quibus hsec propiis exprimenda vocabulis : 
— Locum ipsum in que prefatum monasterium situm est, 
cum omnibus suis pertinanciis ; — ecclesiam S. Dionysii 
cum omnibus pertinanciis suis : — S. Hilarii : — S. Pétri de 
Gaudiaco, et S. Symphoriani de Cambiaco ecclesias, cum 
omnibus pertinanciis earumdem ; — Capellam sancti Maxi- 
mini cum omnibus pertinanciis suis ; — S. Eustachii, 
S. Nicolai, S. Pétri, S. Pauli in burgo Dunensi, S. Marcelli, 
S. Maximini in Alodio, S. Maximini in burgo, S. Aniani, 
S. Sigismundi, S. Agili, S. ^lartini de Vannis, S. Laurentii 
de Firmitate-Xerberti, S. Michaelis de eadem Firmitate, 
S. Albini, S. Pétri de Ardon, S. Aviti de Maceriis, S, Andréa? 
de Usello, S. S. Gervasii et Protasii de Firmitate-Huberti, 
S. Sulpicii ejusdem Firmitatis, S. Stephani et S. Georgii de 
Calvomonte, B. Mariie de Vernone, S. Martini de Ligniaco, 
et S. Maximini juxta castrum sanctaj Maunte, ecclesias, cum 
omnibus pertinanciis suis : — ecclesiam S. Johannis de 
Motha, cum capella Achardi et omnibus pertinanciis earum- 
dem ; — S. Pétri de Paligniaco, — et S. Andreœ, juxta 
castellurn quod dicitur Fixa, capellas cum omnibus perti- 
nanciis earum, cum terris, pratis, vineis, nemoribus, usagiis 
in bosco et piano, in aquis et molendinis, in viis et seniitis 
et in omnibus aliis libertatibus et immunitatibus suis. Sane 
novalium vestrorum, quœ propiis manibus aut sumptibus 
colitis, de quibus alifjuis hactenus non percepit, sive de 
animalium vestrorum nutrimentis, nullus a vobis décimas 
exigere vel extorquere pra'sumat. Liceat quoque vobis 
clericos vel laicos, liberos et absolutos a seculo fugientes ad 
conversionem recipere, et eos absque contradictione aliqua 
retinere. Prohibemus insuper ut nuUi fratrum vestrorum 
post factam in monasterio vestro professionem t'as sit, sine 
abbatis sui licentia, de eodem loco discedere, nisi arctioris 
religionis obtentu ; discedentem vero absque communium 
litterarum vestranim cautione nullus audeat retinere. Cum 
autem générale interdictum terra; fuerit, liceat vobis, clausis 
januis, exclusi» excoiiiniunicatis et interdictis, non pulsatis 



— 520 — 

campanis, suppressa voce, divina officia celebrare, dummodo 
cau§aiii non dederilis interdiclo. Chrisma vero, oleum 
sanctum, conseerationes altarium seu basilicarum, ordina- 
tiones clericorum qui ad ordines fiierint promovendi, a 
diœoesano suscipietis episcopo, si quidem catholicus fuerit, 
et graliani et communionem sacrosancta? Sedis Romana^ ha- 
buerit, et ea vobis voliierit sine pravitate aliqua exhibere. 
Prohibemus insuper ut infra fines parochia» vestnç nuUus 
sine assensu diœcesani episcopi et vestro, capellam seu ora- 
torium de novo construere audeat, salvis privilegiis ponti- 
ficum romanorum. Ad h;vc novas et indebitas exactiones ab 
archiepiscopis, episcopis, archidiaconis seu decanis alii^:que 
ecclesiasticis omnibus secularibusve personis a vobis omni- 
bus omnino fieri prohibemus. Sepulturam quoque ipsius loci 
liheram esse decernimus, ut eoruni devotioni et extremaî 
voluntati qui se illic sepeliri delibei averint nisi forte excom- 
municati, vel interdicti fuerint, aut etiam publice usurarii, 
nullus obsistat, salva tamen justitia illarum ecclesiarum a 
quibus mortuorum corpora assumuntur. Décimas prîPterea 
et possessiones ad jus ecclesiarum vestrarum spectantes, 
qua' a laïcis detinentur, rediniendi et légitime liberandi de 
manibus eorum, et ad quos pertinent revocandi, libéra sit 
vobis, de nostra auctoritate, facultas. Obeunte vero te, nunc 
ejusdem loci abbate, vel tuorum quolibet successorum, 
nullus ibi quolibet surropiionis astutia seu violentia pnv- 
ponatur, nisi quem fralres communi consensu, vel fratrum 
major pars consilii sanioris, secundum Deum et B. Benedicti 
regulam providerint tdigendum. Paci quoque et tranquilli- 
tati vesli*» paterna in poslerum solliciludine providere 
volentes, auctoritate apostolica prohibemus ut, infra clau- 
suras locorum seu granchiarum vestrarum, nullus rapinam 
seu furtum facere, ignem apponere, sanguinem fundere, 
honiinem lemere capere vel interficere, seu violentiam 
audeat exercere. Prœterea omnes libertates vestras et immu- 
nitates a predecessoribus nostris romanis pontificibus mo- 
nasierio vestro concessas, nec non Libertates et exemptiones 
secularium exactionum a regibus et principibus vel aliis 
fidelibus rationaliter vobis indultas, auctoritate apostolica 



— o21 — 

confirmamus, et pr^sentis scripti patrocinio privilegioque 
communimus. Decernimus ergo ut nulU hominum omnino 
liceat prefatum monasteriiim temere perturbare, aut ejus 
possessiones auferre, vel ablatas retinere, minuere, sive 
quibuslibet vexationibus fatigare, sed omnia conserventur 
intégra, eorum pro quorum gubernatione et sustentatione 
concessa sunl usibus omnimodis profutura, salva Sedis 
apostolicai auctoritate, et diœcesani episcopi canonica justitia. 
Si qua igitur in futurum ecclesiastica secularisvepersonahanc 
nostrse consti tutionis paginamsciens, contra eam temere venire 
tentaverit, secundo, tertioque commonita, nisi reatum suum 
congrua satisfactione correxerit, potestatis honorisque sui 
careat dignitate, reamque se divino judicio existere de perpe- 
trata iniquitate cognoscat, et a sacralissimo corpore et san- 
guine Dei et L)omini Redemptoris nostri Jesu-Gliristi aliéna 
fiât, atque in extremo examine districtœ ullioni subjaceat. 
Cunctis aut-^m eidem loco jura sua servantibus, sit pax 
Domini nostri Jesu-Ghristi, quatenus et hic fructum bonœ 
actionis percipiant, et apud districtum judicem praimia 
seternae pacis inveniant. Amen. 

Datum Anagni», per manum magistri Jordani, sanctœ 
Romana' ecclesia.' notarii et vice-cancellarii, pridie nonas 
Martii, indictione secunda, Incarnationis dominiccie anno 
MoGG'^LoYIlIo, pontificatus vero domini Alexandri papa^ IV 
anno sexto. 

•\- Ego Alexander, catholicœ fîdei episcopus ; -f- ego fr. 
Johannes, tituli sancti Laurentii in Lucina, presbyter cardi- 
nalis ; -f ego fr. Hugo, tituli sancliu Sabin^e, presbyter cardi- 
nalis: -j- ego Odo, Tusculanus episcopus ; f ego Stephanus, 
Prenestinus episcopus ; -J- ego Ricardus Sancti Angeli, 
diaconus cardinalis ; f ego Octavianus, sanctiié Mariai in 
Via LalA, diaconus cardinalis; -f- ego Johannes, sancti 
Nicolai in Carcere Tulliano, diaconus cardinalis ; f ego 
Orrolimus, sancti Adriani, diaconus cardinalis. 

{Gallia christlana , Eccl. Aurelian. t. VIII, 
Instrumenta, p. 536 ) 



— 5i'2 — 

XLI 

Liste des Eglises et Prieurés 

dépendant de Vabbaye de Micy , 

aux xi«, xir et xiii« siècles. 

I. Eglises paroissiales. 

A Orléans : 

Saint-Mesmin, de l'Alleu ; 
Notre-Dame, de Saint-Paul : 
Saint-Mesmin. au bourg de Saint-Aignan : 
Saint-Marceau, du Portereau. 

Da?is le Val de la Loire : 

Saint-Nicolas-Saint-Mesmin ; 
Saint-Hilaire-Saint-Mesmin ; 
Saint-L)enis-en-Val ; 
Saint-Pieriv, de Jouy ; 
Saint- André, lez Gléry : 
Saint-Hippolyte, de Mareau : 
Saint-Avit, de Mczières; 
Saint-Martin. <le Vannes. 

En Sologne : 

Saint-Pierre, d'Ardon ; 
Saint-Martin, de Ligny-le-Rii)ault ; 
Notre-Dame, de Vernou ; 
Saint-Laurent, de la Ferté-Nerbert ; 
Saint-Michel, de la même Ferté : 
Saint-Aubin ; 

Saint-Oervais ot Saint-Protais, de la Forté-Huhert : 
Saint-Ktienne et Saint-Georges, de Cliinumont-sur Tha- 
ronne. 

Vers la Beauce : 

lia « '.hapelle-Saint-Mesmin : 



^ 523 — 

Saint-Ay ; 
Saint-Sigismond ; 
Saint-Symphorien, de Chaingy ; 
Saint-André, de Huisseaii ; 
Saint-Jean, de la Mothe. 

IL Prieurés 

Saint-Marceau, au Portereau ; 
' Xotre-Dame-du-Bourg, à Châteauvieux, près Blois ; 
Saint-Sulpice, de la Ferté-Hubert ; 
Saint-Aubin, proche la Ferté-Nerbert ; 
Saint-Denis-en-Yal, lez Orléans ; 
Saint-Sigismond, en Beauce ; 
MonL-Létard, au diocèse de (Chartres ; 
Saint-Jean, de la Mothe, au diocèse du Mans ; 
Saint-Pierre-de-Poligny, au diocèse du Mans ; 
Prieuré de la Flèche, au diocèse d'Angers ; 
Saint-Mesmin, à Sainte Maure, près Tours. 

(Extrait des bulles des papes et des chartes des 

évêques.) 

XLII 

Liste des fiefs et domaines 

appartenant à Vabbaye de Micy, 

(aux xie, xii<' et xiiie siècles). 

1. Le fief de Micy et ses dépendances ; 

2. Le fief de l'Alleu-Saint-Mesmin, à Orléans, avec plu- 
sieurs chapelles, terrains et fours, dans la même vIIIa, ainsi 
que les prébendes de Sainte-('roix et de Saint-Aignan ; 

3. Le prieuré-flef de Saint-Marceau et ses dépendances ; 

4. Le lief de Saint-Denis-en-Val et 7 villas ou fermes ; 

5. Le fief do Dréau et celui d'Ondreville, en Gàtinais, 
avec 2 villas ; 

(). Le fief d'Ormes et 9 villas : 



- 524 — 

. Le fief de la Chapelle-Saint-Mesmin et (> villas 

8. Au pays chartrain, G villas : 

9. Au pays dunois, 2 villas ; 

10. Le fief de Chaingy et 7 villas ; 

11. Le fief de Fontaines et 3 villas ; 

12. Le fief de Jouy-le-Potier et villas ; 

13. Le fief de Vannes et 2 villas; 

14. Le fief de Méziéres et 3 villas ; 

15. Le fief de Ligny-le-Ribault ; 
10. Le fief de Fontanelles : 

17. Le fief de Rozières ; 

18. Le prieuré-fief de Saint-Sigismond ; 

19. Les eaux de la Ivoire et du Loiret sur une certaine 
étendue ; 

20. Le droit de lil)re navigation sur plusieurs fieuves et 
rivières ; 

21. Divers droits de pèche, etc. 

(Extrait des diplômes et chartes des rois de 
France). 

XLllI 

État des revenus 
produits par les bénéfices à la collation de l'abbé de Micy, 

(au xvie siècle;. 

Livres * 

La cure de Saint-Aubin rapporte 180 

Cure de Saint-Sigismond 140 

Cure de Saint-Marceau U'à) 

Cure Saint-Denis-en-Val 80 

Cure de l"Alleu, à Orléans (50 

Cure de Saint-Martin, de Vannes 100 

Cure de Saint-IIihiire-Saint-Mesniin 120 

Cure de Sainl-Xicolas-Saint-Mesniin U) 

Cure de Saint-André-lez-Cléry et sa prébende 1.000 

A reporter 1 î.>00 



— 525 — 

Report 1.900 

Cure de Saint-Paul, à Oïlf'ans 300 

Cure de la Chapelle-Sairit-Mesmin 80 

Cure de Saint-Syniphorien, de Chaingy 00 

Cure de Sainl-Ay 120 

Cure de Saint-Avit. de Mézières 60 

Cure de Saint-Pierre, de Jouy 100 

Cure de Saint-Marlin, de Ligny -200 

Cure de Saint-Étienne, de Chaumont -^^O 

Cure de Saint-Michel, de la Ferté-Xerbert 50 

Cure de Notre-Dame, de Vernou 200 

Cure de Saint-Jean, de la Mothe 100 

Cure de Saint-Pierre, de Poligny 80 

Prieuré de Xotre-Dame-du-Bourg, à Châteauvieux. 1.-200 

Prieuré de la Ferté-Nerbert -400 

Prieuré de Saint-Sigismond 120 

Prieuré de Saint-!Marceau GO 

Prieuré de Saint-Denis-en-Val 80 

Prieuré de Saint-Sulpice, de la Ferté Hubert 80 

Prieuré de Mont-Létard 180 

Prieuré de Saint-Jean, de la Mothe 120 

Prieuré de Saint-Pierre, de Poligny 100 

Prieuré de la Flèche 1 . 200 

Prieuré de Saint-Mesmin, à Sainte-Maure 600 

I^a Chapelle-Saint-Étienne, aux Chatelliers. 50 

Revenu au chevecier 100 

— au prévôt 80 

— à l'aumônier 100 

Le revenu annuel, total 7.940 



(Bibliothèque d'Orléans, Hubert, Ms. 436 



— 526 — 
XLIV 

ONGORDAT POUR LES HONNEURS ET PRÉSÉANCES 

qui seront rendus au sieur abbé, à l'église de Micy. 

(1667) 

Entre Nicolas de Gedoyn. abbé de Saint-Mesmin, d'une 
part, et les religieux Feuillants, assemblés au Chapitre, sous 
la présidence de dom Gosme de Saint - Michel, supérieur 
général de l'Ordre, d'autre part ; à raison des droits honori- 
tiques prétendus en ladite église, par ledit abbé, ont convenu 
qu'audit abbé appartiennent de droit tous droits honorifiques 
généralement quelconques, comme abbé et chef de l'abbaye, 
savoir : 

1. Que ledit abbé aura la première place dans le fond du 
chœur, plus éminente que les autres, avec son tapis et car- 
reaux, pour s'y mettre quand il lui plaira : 

2. Que ledit abbé fera faire à ses dépens la chaire qu'il 
désire avoir au fond du chœur : 

3. Que ledit sieur abbé, revêtu du rochet. camail et autres 
haljits ecclésiastiques d'abbé, puisse se mettre en sa place, 
aller à l'église, cloître et autres lieux, assister aux proces- 
sions, sans pouvoir pour cela s'attribuer aucun droit de 
juridiction sur les religieux, ny dans les lieux réguliers ; 

4. Que ledit abbé aura devant le maître-autel, dans le 
sanctuaire et autres lieux de l'église, son prie-Dieu, avec 
tapis et carreaux et chaire, pour s'y mettre quand il lui 
plaira ; 

~). Que ledit sieur abbé fera tout l'office, sy bon lui semble, 
les jours et festes solennelles de l'année, comme Pasqu«^s. 
l'Ascension, Pentecôte, feste du Saint-Sacrement, Saint- 
Bernard, l'Assomption. Toussaint, Saint-Mesmin, Noël et 
autres festes extraordinaires, comme s'il y avait ordre de 
chanter le Te Deum, faire oraison funèbre du roi, de la reine 
ou du duc d'Orléans et autres, à l'elTet de quoi deux religieux 
seront tenus d'avertir ledit al)bé, en sa m.ii.son abl)atiale, la 



— 527 — 

veille, avant les premières vêpres, pour scavoir s'il veut 
officier, ou non, lequel jour l'on sonnera toutes les cloches 
tant du grand que du petit clocher ; 

6. Que lorsque ledit sieur abbé officiera à la messe, il 
aura les officiers ordinaires, scavoir : diacre, sous-diacre, 
prêtres assistants, acolytes, thuriféraires, et le maistre des 
cérémonies ; 

7. Que ledit sieur abbé officie ou non, les religieux seront 
tenus de lui présenter de l'eau bénite, les dimanches, pour 
la prendre, et lui sera donné l'encens et la paix ; 

8. Que ledit abbé officiant, les religieux ne seront point 
obligés de fournir plus grand nombre de luminaire ; 

9. Que ledit abbé pourra confesser, prêcher et catéchiser 
dans ladite église , avec ses habits d'abbé, même y faire 
mission ; 

10. Que ledit abbé donnera la bénédiction au prédicateur; 

11. Que, lorsque ledit abbé assistera à l'office, les religieux 
seront tenus de lui faire une inclination profonde, lorsqu'ils 
passeront devant lui ; 

12. Lorsque ledit abbé officiera à Vespres, il lui sera 
loisible a'officier de sa place au chœur, ou devant l'autel ; 
pourquoi il aura une clef de la porte du balustre. 

Fait et convenu, le 31 mai 1(369, par devant Charles 
Buisson, notaire 

(Archives du Loiret, ancien fonds de Saint-Mes- 
min, concordats et transactions, no 107.) 

XLV 

Bail a pêche, dans le Loiret. 

(1740) 

Le Révérend Père Prieur a exposé à la communauté, 
asseniblée au son de la cloche, à la manière accoutumée, (jue 
le bail de la pèche étant à un prix trop haut, hi fermière ne 
pouvait pas fournir le poisson selon la qualité et condition 
marquée dans son bail; (|u'il croyait i|u'il l'tait convenable 



— 0-28 ^ 

de reiuettie à ladite fermirre la somme de liO livres dix- 
neuf sols et six deniers, qu'elle nous doit; et luy passer un 
nouveau bail, pour commencer à la Saint-Jean-Baptiste de 
la présente année, 1740, aux clauses et conditions suivantes, 
selon le mémoire qui en a été lu au Chapitre, scavoir : 

Que depuis le 15 août jusqu'au lô avril, elle sera tenue et 
obligée de fournir, une fois chaque semaine, du brochet, 
dont le plus petit aura, entre œil et balle, un pied; ou des 
perches de demi-livre au moins pesant, à six sols la livre: 
et depuis le 15 avril jusqu'au 15 août, les festes de première 
classe seulement: que depuis le 15 août jusqu'au 15 avril, 
elle donnera cin(i fois la semaine le barbeau d'un pied, entre 
œil et balle, brèmes, et carpes pesant une livre, et anguilles,' 
à 4 sols la livre; et depuis ledit 15 avril juscju'au 15 août' 
les semaines où ne se trouveront pas de festes de première 
classe, elle sera obligée de fournir lesdits barbeaux, brèmes, ». 
carpes et anguilles, comme cy-dessus, six fois la semaine, à 
celle condition cependant que ladite fermière ne pourra 
donner anguilles que pour moitié de fourniture, et de carpes 
au plus une fois la semaine; ainsi que la tanche; et auti*es 
conditions exprimées dans le liail, j)our la somme et prix de 
530 livres, y compris la mai>^on qu'elle occupe; à quoy la 
comnjunauté a consenti. 

J'ay signé : fr. Pinre de Sainte- Marguerite, 
secrétaire. 

(Archives du Loiret, Livre des actes du chapitre 
des Feuillants de Micy, commencé en IGOO et 
Uni vn 1758.) 

XLVl 

Inventaiuk oknkhal 

des biens de l^ibbaye de Sainl-Mcsmin, à ht fin 
du XYlIh siècle. 

L — La métairie ou bas-c-cour de l'Abbaye, louée 1,500 
livres, en 1781; 



~ 529 - 

La métairie des Xeuf-Champs, d'une contenance de 134 
arpents ; 
La métairie de l'Ardoux, en Sologne. 

U. — G miiids et G mines de terres à Boinville, près 
AUaine, faisant 150 mines de blé ; 
45 mines au terrain de Foujeu, paroisse de Loigny ; 
18 septiers et 3 mines à Dossainville, paroisse de Yillam- 

puy ; 

60 mines au village de Villemarceau, et plusieurs autres 
parcelles près Tigy et dans la paroisse de Neuville-aux-Bois; 

Le champ Bordeau, de 3 arpents; le champ Hardi, de 
2 arpents et demi quartier; la pointe aux Couleuvres, d'un 
demi arpent; le Haut-Mousseau, de 2 arpents; l'arpent 
Comtesse; l'arpent de la Giraudiore, et l'oseraie du Bouillon 
sur Saint-Hilaire ; 

Et à Epieds, 42 mines de terre, produisant 2 muids de blé 
froment et un muid d'avoine. 

III. — Les prés de la Bouerie, à Chaingy, de la contenance 
de 225 arpents, affermés en 1700 pour 1,900 livres, et plus 
tard 500 seulement, à la suite des inondations ; 

De l'autre côté de la Loire, les prés de Mareau; 
En Sologne, paroisse de ^lézières, plusieurs pièces de terre, 
pour le pacage des bestiaux ; 
Dans le Loiret, l'île de Tacrenier, affermée 150 livres. 

IV. — En Sologne, les bois des Hautes'-Landes, des Loi- 
gnons, de Vouillons, des Marchais, de la Garenne, des 
llamiers, de la Garenne-Saint-Mesmin, de la Grande-Maison, 
du Perron, des Secondes-Landes, des Tenières, des Chênes, 
des Landes et du Fresnoy. 

A Chaingy, un bois de 580 arpents ; 
Le bois de Chamelle, ayant 400 arpents d'étendue; 
Au Tremblay, sur la paroisse de Saint-liilaire, 12 arpents 
de bruyères. 

V. — Les moulins à farine : 

Du Bac, affermé 11 muids de blé par an ; 

Le Brodet, affermé 13 muids ; 

De la Grande-Roue, affermé 15 mniils: 



— 530 — 

De la Petite- Roue, affermé ir> nmids: 

De la Uoue-du-Moulin-Neuf, affermé 15 miiids ; 

Le moulin à deux roues, sur Saint-Hilaire : 

Le moulin à papier, affermé 'kOO livres ; 

Le moulin à foulon, affermé 3U0 livres : 

Le premier moulin à chamois, affermé 300 livres ; 

Le deuxième moulin à chumcis, affermé 360 livres. 

VI. — A Orléans : 

La maison de la Porte-Dunoise, rue Sainte-Catherine, 
louée 14'i livres; la maison de l'Homme-Sauvage, louée 
120 livres; la maison de la Gerbe-d'Or, louée 120 livres; la 
maison de la Limace, rue de l'Ormerie, louée 20 livres. 

Sur les paroisses de Saint-Hilaire et de Saint-Nicolas, les 
maisons appelées de l'Image, de la Croix-Blanche, du Petit- 
Saint-Mcsmin ; du Bout-de-la-Vésine ; les Grande et Petite 
Maisons de la Porte abbatiale. 

VIL — Rentes foncières, à Orléans ; 

— à Saint-Nicolas ; 

— à La Chapelle Sainl-Mesmin ; 
Dîme du vin de Chaingy, primitivement de GO poinçons de 

vin, puis affermée 6r)0 livres. 

Vin. — Dîme de Soinelay, à Coinces, afferniée 2-'i livras ; 
Rente annuelle de 25 livres, sur les héritiers de ^L de 
Balzac. 

IX. — Le droit de pêche et d'épave dans la Loire, depuis 
la Madeleine jusqu'en face l'église de Mareau ; 

Le droit de pèche dans le Loiret, depuis la rue des Cosso- 
niers, jusqu'à son embouchure dans la Loire ; 

Le droit de percevoir une mine de sel, sur chaque bateau 
passant dans la Loire, entre les deux rives de ses domaines. 

X. — Les droits ; de champart, sur les douzaines de Bitry 
et de Nuisemenl ; de censive et d'avenage à Bitry ; de censive 
à (Uiignonville, à Oimpuy, à la Grange des Muids ; de cham- 
part et de censive à Ondreville, à Boyainville, }\ Soustre- 
villo, à Maroy, à (iuillonville, à Fougeu, à (Ihampdry; de 
chainpart et de censive à Ardon, à l-'ontenailles, paroisse «le 
la Ferté-Saint-Aubin, et à Boinville ; de censive à Ingré, à 



— 531 — 

Liconay-sur-Viîlamblain, à Presnoy-sur-Josne, à Villemar- 
ceau-sur Gravant, à Saint-Denis-en-Val : de censive à Saint- 
Sigismond, avec droit à la moitié des offrandes. 

XI. — Droit de patronat, consistant en modiques revenus 
sur les églises de Notre-Dame-de-Cléry, de Saint-i^ndré-de- 
rUéry, de Mézières, de Saint-Michel, de La Ferté-Saint-Aubin 
et de Saint-Aubin. 

(Archives du Loiret. Inventaire des titres et 
papiers de l'abbaye de Saint-Mesmin, fait 
" en 1784). 

XLYII 

Vers composés par l'Abbé de R.\stignag 

en la prison de V Abbaye, à Paris, quelques jours 
avant sa mort. 

Aut morere, aut jura ; nihil anceps, eligo mortem ; 
Divitise valeant jçternum, his sponte carebo ; 
Non aurata potest portum contingere navis. 
Libéra terrenis mens ocyor occupât astra : 
Me circumquacumque minax sœvi intonat ît^quor; 
Qua^ capiti impendent video non territus undas. 
Irruat in me unum mare : me non obruet unquam ; 
Nave vehor Pétri ; navis nequit illa perire. 

Ces vers font suite à une liste anonyme et manuscrite des 
prisonniers, par l'un deux. 

XLVIII 

Hymne a micy. 

Dans ces vallons que notre Loire arrose, 
Des saints, jadis, ont arboré la croix, 
Et ce rivage, où leur cendre repose 
A retrouvé ses beaux jours d'autrefois. 
Les voyez-vous de leur tige immortelle 
Bénir encor la tloraison nouvelle ? 



- 532 — 



Chœur 



Micy ! berceau de nos plus heureux jours, 
Terre des saints, nom d'antique mémoire. 
Tes jeunes fils grandiront pour ta gloire. 
Salut, Micy, nous t'aimerons toujours. 

Dieu, disaient-ils, lorsqu'en ton héritage 

S'endormira le laboureur lasso. 

Qui descendra. Seigneur, sur cette plage ? 

Qui reprendra le sillon commencé ? 

Si dans les pleurs, nous jetons la semence. 

De la moisson laisse nous l'espérance. 

Chœur: Micj/ .' berceau.. 

Dors, ô Micy ! dors en paix dans la tombe. 
Dieu veille encore sur ta postérité ! 
Il no veut pas que son drapeau succombe 
Aux bords heureux où tu l'avais planté ; 
N'entends-tu pas ces hymnes d'allégresse? 
Reconnais-tu les chants de ta jeunesse? 

Chœur: Micy! berceau... 

Et toi, Mesmin, pourquoi sur celte rive 
As-tu choisi nos rocliprs pour tombeau ? 
Pourquoi, laissant ta famille adoptive. 
Viens-tu veiller près de notre berceau ? 
Voyais-tu donc, quand tu quittas ce monde. 
Naître des fils de ta cendre féconde? 

(^.hœur : Micy ! berceau... 

Bénis les donc ; bénis cette famiile, 
Père, et tes fils, dignes de leurs aïeux, 
Dans quelques jours porteront la laucilie 
Où leurs aines semaient le grain des cieux ; 
Puis, quand vien<lrale soir do notre vi-, 
Nous chanterons encor dans la pa'.iio : 



— 533 — 

Chœur: Micy ! berceau... 

Seules donc, ô grand Dieu 

Seules restent debout les œuvres de vos mains ! 
Le temps renverse tout de sa faux meurtrière, 
Les temples, les palais, les peuples et leurs lois : 
Glovis a disparu... puis trois races de rois ! 

Chœur 

Mais vous, ô saints de Dieu ! vous, anges de la terre 
Si vos cloîtres pieux, jadis si florissants 

Dorment aussi dans la poussière, 

Votre mémoire est toujours chère 
Au cœur de vos enfants ! 

(Cantate composée par les professeurs et les élèves du Petit 
Séminaire de La Ghapelle-Saint-Mesmin, pour la bénédiction 
de la Grotte du Dragon et de la Croix commémorative de 
Micy, 18 juin 1858). 

XLIX 

Liste des abbés de Migy-Saint-Mesmin 

(508-1790) 

I 

Abbés réguliers 

Année*?. . Page.'. 

1. 508. Saint Euspice 2 

2. 510. Saint Mesmin l'Ancien 15 

3. 520. Saint A vit 29 

4. 523. Saint Théodemir 37 

5. 552. Saint Mesmin le Jeune 39 

6. "iTO. Garatholène '." G2 

7. 814. Dructesinde Cl 

8. 822. Jonas 70 

9. 828 Héric 74 

35 



— 534 - 

Années. Pages. 

U). 840. Pierre 1er ... 81 

11. 8G5. Amaury 1er 00 

42. 81>5. Frédric 03 

1:3. 007. Létalde 06 

1 i 937. Thierry 07 

15. 0i2. Benoît 1er 00 

16. 046. Benoit II 102 

17. 049. Jacoi) 103 

18. 050. Annon 105 

10. 073. Amaury II 111 

20. 004. Robertier 116 

21. 1011. Constantin 126 

22. 1018. Albert 1" 130 

23. 1036. Foulques 1er 156 

24. 1050. Raoul 157 

25. 1050. Foulques II 158 

26. 1075. Chrétien 150 

27. IJIO. Garnier 164 

28. 1116. Etienne 165 

29. 1120. Albert II 167 

30. 1130. Hugues 169 

31. 1140. Guillaume 1er 180 

32. 1163. Gautier pr 187 

33. 1171. André 191 

34. 4182. Lancelin 198 

35. 1202. Humbaud 206 

36. 4218. Jean 1er 214 

37. 1220. Francon 215 

38. 1237. Evrard ". 225 

30. 12'i2. Berthier 227 

'jO. 1-250. Adam de Soisy 236 

41. 1274. N 240 

4i. 1207. Guillaume II de l'Aunay 240 

43. 1320. Jean 11 251 

4i. 1350. Gautier II 276 

45. 1366. Julien 1(3 Rolleur 28'i 

46. 4306. Laumer de l'isie 286 

47 . 1420. Jean III de Mornav 202 



u o V 

— OOD 

Années. Pages. 

48. 1438. Pierre II Coihart 300 

49. 1448. Robert H de Villequier 301 

50. 1455. Jeaa IV d'Eschines 302 

51. 1489. Louis Ajasson 305 

II 

Abbés commendataires 

Renée de Prie 309 

Jean V de Longueville 313 

Frani^ois I^r de Moulins 314 

Pierre III Palmier 315 

Sébastien de l'Aubespine 818 

François II Pic de la Mirandole ... 3J9 

Hippolyte d'Esté 330 

Sacripante 1er Pedocca 342 

Sacripante II Pedocca 344 

François III de la Rochefoucauld 3i9 

Antoine Rose 363 

Daniel de Vassan 372 

Charles de Vassan 387 

Nicolas Gedoyn 392 

Jérôme Dufaure de Pibrac 398 

Emmanuel de Ghépy 407 

Edouard de Colbert 418 

Ghapt de Rastignac 425 

FIN. 



52. 


1513 


53. 


1516. 


54. 


1522. 


55. 


1534. 


56. 


1558. 


57. 


1560. 


53. 


1563. 


59. 


1572. 


60. 


1588. 


61. 


1598. 


62. 


1610. 


63. 


1613. 


64. 


16i2. 


65. 


1665. 


66. 


1692. 


67. 


1706 


68. 


1749. 


69. 


4772. 



'^^ 



TABLE DES MATIÈRES 



ABBAYE DE MIGY 



Pages. 

Introduction i 



PREMIÈRE PÉRIODE 
LES CÉNOBITES 

CHAPITRE PREMIER 

Fondation de l'Abbaye de Micy.— Grandes donations 
du roi Glovis. — Deux faux diplômes. — Travaux 
et vertus de saint Euspice et de saint Mesmin, 
premiers abbés 1 

CHAPITRE II 

Saint Avit, saint Théodemir, saint ^lesmin le Jeune, 
abbés. — Nombreux saints de Micy. — Leurs émigra- 
tions et leur action sociale. — Royales donations. — 
Prospérité du monastère ; vie des premiers moines. 
— Longue décadence 29 



- 538 - 

DEUXIÈME PÉRIODE 

LES BÉNÉDICTINS 

CHAPITRE III 



Pages. 



Réformation de Micy par Théodulfe. — Introduction 
de la Régie bénédictine. — Visite de saint Benoit 
d'Aniane. - Donations de Cliarlemagne et de Louis 
le Pieux 55 

CHAPITRE IV 

État florissant de Micy. — Moines écrivains. — Trans- 
lation des reliques de saint Mesmin. — Grand 
diplôme de Louis le Débonnaire. — Jonas, abbé 
bénéficiaire ; Héric, Pierre I'^'*, abbés réguliers 70 

CHAPITRE V 

Invasions des Northmans. — Micy plusieurs fois 
dévasté. — Abbés usurpateurs et simoniaques. — 
Détresse des moines 81 

CHAPITRE VI 

Annon, Amaury II, Robert, pieux abbés. — Nom- 
breux miracles à Micy. — Une conspiration dans 
le cloître. — Létald Thistorien iiiô 

CHAPITHE VII 

Activité littéraire à Micy ; nombreux manuscrits. — 
Donation des églises d'Ondreville, de Saint-Paul 
d'Orléans et de La Forte- Aurain. — Cirandc charte 
du roi Robert. — Constantin et Albert l'^r, illustres 
abbés IxîG 

CHAPITRE VIII 

Longue prospérité de Micy; huit abbés. — Nom- 
breuses donations de biens et d'églises : Saint-Mar- 



539 — 



Pages. 



ceau, La Ferté-Nerbert, Saint-Sigismond, Vernou. 
— Bulles papales. — Chartes intéressantes. — Un 
curieux manuscrit 155 

CHAPITRE IX 

Assassinat d'un abbé. — Chartes des rois de France, 
du roi d'Angleterre, des évêques d'Orléans. — 
Affaires de la léproserie, de la prébende de saint 
Aignan, du duel judiciaire. — Conflit de pêche. — 
Guillaume, Gautier, André, Lancelin, abbés 180 

CHAPITRE X 

Nombreuses affaires adniinistratives. — Contestations 
pour la justice, le service de guerre, l'église de 
Saint-Paul. — Alliances spirituelles. — Affran- 
chissement des serfs. — Humbaud, Francon et 
Evrard, abbés 206 

CHAPITRE XI 

Berthier, Adam de Soisy, abbés. — Deux affaires 
litigieuses. — Une épreuve judiciaire. — Le cartu- 
laire. — Bulle d'Alexandre IV. — Achèvement de 
l'église abbatiale. — Rares événements 227 

CHAPITRE Xll 

Vie intérieure des Bénédictins de Micy. — La journée 
des moines. — Leur inffuence religieuse. — Rou- 
leau (les morts. — Leur action sociale. — Biens 
monastiques ; leur emploi 253 

CHAPITRE XIII 

Guerre de Cent ans. — L'Abbaye de Micy plusieurs 
fois dévastée parles Anglais ; long abandon. — Siège 
d'Orléans ; courage et misère des moines 275 



— o40 — 



CH.VPITRE XIV 



Pages 



Lent et pénible relèvement du monastère. — Jean IV 
d'Eschines et Ajasson, derniers abbés réguliers. — 
La Gommende ; ses funestes résultats. — Deux car- 
dinaux abbés oomraendatairos de Micy 299 

CHAPITRE XV 

Les guerres de religion à Micy. — L'Abbaye plusieurs 
'fois pillée, puis détruite parles protestants ; sa ruine 
complète. — Reconstruction du monastère. — La 
Ligue. — Relâchement et expulsion des BéDédiclins. 319 



TROISIÈME PÉRIODE 
LES FEUILLANTS 

CHAPITRE XVI 

Le cardinal de La Rochefoucauld réforme TAbbaye. - 
Résistance des anciens moines. — Introduction des 
Feuillants. —Leur organisation et vie intérieure.. . 3'i9 

CHAPITRE XVII 

Daniel et Charles de Vassan, Gedoyn, abbés commen- 
dataires ; leurs vertus. — Etat paisible de l'Abbaye. 

— Aiïaires diverses: soin de la Bi))liothèque ; séjour 
à l'Alleu ; les donats ; la grande aumône. — Le P. 
André et Balzac. — Contestations et procès 37*2 

CHAPITRE XVIII 

Vie pieuse et active des moines pendant le xviii^ siècle. 

— Désastreuses inondations de la Loire. — Affaires 
litigieuse?. — Charges fiscales. — Homme vivant 



341 



Pages. 



et mourant ; oblat du roi. — Plusieurs accidents. — 
Dufaure de Pibrac et Emmanuel de Chépy, abbés.. 398 

CHAPITRE XIX 

Etat deMicy avant la Révolution. — M. de Clolbert. — 
Règlement de quelques affaires. — Derniers prieurs 
et derniers religieux. — M. (Ihapt de Rastignac, der- 
nier abbé; ses vertus et son martyre. — Fin de 
l'Abbaye 448 

CHAPITRE XX 

Epilogue. — Vente et démolition du monastère. — Dé- 
couverte de la grotte du Dragon. — Erection de la 
croix commèmorative. — Leur bénédiction solen- 
nelle. — Dernier grand jour de Micy 449 



II 

PIÈCES JUSTIFICATIVES 

1 Diplùme attribué à Clovis 4C9 

II Diplôme attribué à Clovis 470 

III Description de la grotte du Dragon 471 

IV Description du Dragon ... 472 

V Saints qui détruisirent des dragons 472 

VI Les saints de Micy 474 

VII Bourgs et villes fondés par les moines de 

Micy . . 474 

VIII. .... ; Charte pour les trois bateaux 470 

IX ...... . Grand di}jlùme de Louis le Débonnaire. . . 477 

X Charte pour l'Alleu d'Orléans 482 

XI Charte pour le droit de poche 483 

XII Lettre de saint Ab])on aux moines 484 

XIII. ..... Charte pour On Ireville \Sô 

36 



— 54-2 



Papes. 

XIV Lettre de Tabbé Albert au pape 48G 

XV Charte pour l'Eglise Saint Paul 488 

XVI ( Charte pour l'église Saint-Marceau 489 

XVII Charte pour l'église de Vernou 490 

XVIII Grande charte conlirmative du roi Robert.. 492 

XIX Lettre de l'abbé Guillaume au roi 497 

XX Lettre d'Alexandre III au roi Robert 498 

XXI Charte de l'évèque Manassès pour l'église 

Saint-Paul 499 

XXII Charte du roi d'Angleterre pour le prieuré 

de la Mothe 500 

XXIII .... Charte en laveur des Chatelliers .">01 

XXIV .... B'jlle de Lucius III pour la prébende de 

Saint-Aignan 502 

XXV Charte pour ralîranchissement d'un clerc. 5C2 

XXVI .... Churte à l'occasion d'un duel judiciaire . . . 503 

XXV [I . . . ( :li:irte concernant un emprunt 504 

XXVIII. . . Acte pour la vente d'un serf 505 

XXIX .... Décret pour l'église Saint-Paul 50G 

XXX Charte d'affranchissement de plusieurs 

serfs 507 

XXXI . . . . ( Iharte d'union de prières 509 

XXXII . . . Lettre pour le prêt d'un chariot 510 

XXXIII. . . Charte d'accord avec le curé de Méziéres.. 511 
XXX.1V... Charte d'accord avec le maire de Saint- 

Mesmin 512 

XXXV ., Charte de donation en faveur des Cha- 
telliers .")15 

XXXVI... Charte à l'occasion d'une épreuve judi- 
ciaire 51Ô 

XXXVII. . ( Iharte pour l'élection d'un abbé .... 516 

XXXVIII. I^'ormule de serment des abbés 517 

XXXI X.. ( iharte pour le cartuhiire 517 

XL.. Grande bulle de protection du Pape 

Alexandre IV 518 

XTJ Liste des églises et prieurés de Micy .522 

XLII Liste des licfs et domaines de Micy 523 

XLIII .... État du revenu des bénéfices à lu collation 

de l'abbé 524 

XLIV . . . Concordat pour les honneurs et préséances. 526 



~ 543 — 

Pages. 

XL V Bail à pêche 527 

XLVI .... Inventaire des biens de l'Abbaye 528 

XLVII Vers composés par M. de Rastignac dans 

sa prison 531 

XLVIII. . . Hymne à Micy 531 

XLIX Liste des abbés de Micy 533 



III 

GRAVURES 

1 . Ruines de Micy, au xviiie siècle i 

2. Carte du Cariipus Miciacensis, au vie siècle 11 

3. Vue primitive de la grotte du Dragon 21 

4. Armoiries de l'Abbaye de Micy 47 

5. Une miniature du F. André, de Micy 135 

6. Deux pages d'un manuscrit copié à Micy 175 

7. Combat judiciaire à Saint-Mesmin, d'après un 

émail 201 

8 . Vue de FAlleu-Saint-Mesmin 281 

9. Vue de l'Abbaye, au xviie siècle 337 

10. Armoiries des Feuillants 377 

11 . Portrait de M. de Rastignac 427 

12. Topographie de l'Abbaye, au xviif siècle 433 

13. M. de Rastignac bénissant les prisonniers 447 

14. Vue de la grotte restaurée du Dragon 457 

15. Croix commémorative de Micy 463 



A^S^S.^ 



Orléans. — Imp. &iorges MICHAU et C«« 



Bî- GZwV. MAKii^lif/U 



BX Jarossay, Eugène 

2615 Histoire de l'abbaye de 

07 J3 Micy-Saint-Mesnin lez-Orleans 



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