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Full text of "Histoire de la Faculté des sciences de Rennes"

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L. JOUBIN 



LA 



Faculté 

des Sciences 

DE- RENNES 



F«. SIMON, RENKES 



HISTOIRE 



DE LA 



Faculté des Sciences 



DE RENNES 



HISTOIRE 



DE LA 



Faculté des Sciences 



DE RENNES 



Par L. JOUBIN, Professeur à la Faculté 




RENNES 

IMPRIMERIE FR. SIMON, SUCCESSEUR DE A. LE ROY 

IMPRIMEUR BREVETÉ 
1900 



y 



^V^'^AO. <^^.^' 




HtiJU^ 



M. L. LIARD 

MEMBRE DE l'iNSTITUT 

DIRECTEUR DE l'eNSEIGNEMENT SUPÉRIEUR 

CONSEILLER d'ÉTAT 

GRAND OFFICIER DE LA LÉGION d'hONNEUR 



Hommage de la Faculté des Sciences 

de ^nnes. 



PRÉFACE 




N m'attribuant l'honneuf\ non désiré^ de recons- 
tituer l'histoire de notre Faculté des Sciences, 
je crois que mes collègues ne soupçonnaient pas 
la charge qu'ils m'imposaient, pas plus qu'en l'acceptant 
je ne me rendais compte de la somme de travail qu'elle 
représentait. 

J'aurais pu, il est vrai, me borner à rappeler quelques 
faits précis, à marquer succinctement les diverses étapes 
parcourues par la Faculté dans son développement matériel 
et scientijîque, additionner les nombreux bacheliers qu'elle 
a faits; mais j'ai pensé que cette façon de procéder n'aurait 
présenté aucun intérêt, ni général, ni local, et j'ai préféré 
retracer les circonstances qui ont occasionné, accompagné 



— Il — 



ou suivi les principaux événements de notre petite histoire. 
Il m^a paru aussi qu'il était bon de faire ressortir 
l'influence qu'ont pu avoir sur notre évolution certaines 
personnalités scientifiques ou politiques^ soit quelles aient 
appartenu à notre Faculté, soit quelles aient simplement 
figuré parmi les nombreux amis qu'elle a toujours comptés 
à Rennes. 

J'ai aussi voulu montrer dans ce travail^ par des faits 
et des documents, ce que peut faire pour son Université 
une Ville dont les ressources sont plutôt restreintes, mais 
dont les Municipalités successives ont toutes su ce quelles 
voulaient f l'ont voulu avec persistance^ avec persévérance, 
et n'ont jamais songé à dire : notre œuvre est achevée, il 
n'y a plus rien à faire. Elles n'ont pas hésité à s'imposer 
les plus lourds sacrifices pour flaire prospérer nos établis- 
sements d'enseignement supérieur^ et je considère comme 
un devoir d'exprimer ici la reconnaissance de la Faculté 
des Sciences envers la Ville de Rennes; si nous existons j 
c'est autant aux pouvoirs publics que nous le devons^ quà 
l'intelligence éclairée et à la sollicitude invariable de nos 
édiles. 

J'ai puisé la plupart des documents qui m'ont permis 
de reconstituer les faits principaux de cette histoire aux 
Archives municipales qui m'ont été ouvertes avec la plus 
grande complaisance par le savant bibliothécaire de la 



Ville, M. Le Hir; qu'il feuille bien agréer l'expression 
de ma gratitude. 

Malgré tous mes efforts, mon travail reste incomplet ; 
on y constatera de regrettables lacunes; bien des documents 
dont il ne reste que des traces insuffisantes, ont disparu; 
plusieurs points, fort curieux, n'ont pu être complètement 
élucidés ; j'espère que, malgré ces imperfections, ceux qui 
s'intéressent aux choses de notre Université, et ils sont 
nombreux à Rennes, liront sans ennui la courte Notice 
consacrée à notre Jeune Faculté des Sciences; c'est une 
page, et non la moins mouvementée, de l'histoire intellec- 
tuelle de ^ette Ville libérale et généreuse qui revendique, 
à bon droit, le vieux titre, dont elle reste toujours digne, 
de Capitale de la Bretagne. 

h. JOUBIN. 




CHAPITRE PREMIER 



Création de la Faculté. 



I. — Préliminaires. 




E Décret du 17 mars 1808 qui organisait TUniversité 
impériale, avait spécifié les conditions que les villes 
devaient remplir pour être pourvues d'une Faculté 
des Sciences. 

L'article 4 est ainsi conçu : L'Université Impériale sera composée 
d'autant d'Académies qnil y a de Cours d'appeL 
Rennes satisfaisait à cette première condition. 
L'article 13 est ainsi conçu : // sera établi prés de chaque Lycée 
chef-lieu d'une Académie, une Faculté des Sciences. 

Il résulte de ces deux textes que la Faculté des Sciences de 
Rennes se trouvait virtuellement créée le 17 mars 1808. C'est, 
en quelque sorte, son acte de naissance. 

Un second décret, en date du 17 septembre 1808, portant 
règlement de l'Université, détermine la façon dont le personnel 



— 2 — 

(les Facultés sera nommé, pour la première fois directement par 
le Grand-Maitre et ensuite au concours. 

Ces dispositions générales furent, un peu plus tard, détaillées 
et appliquées à un certain nombre d'Académies. Le Statut du 
i8 octobre 1808, concernant la division de l'Université en Académies 
et les villes qui en seront le chef-lieu^ établit, par l'article premier, 
qu'il sera procédé successivement à l'organisation de trente-deux 
Académies, en commençant par celles dont les arrondissements 
offrent dès aujourd'hui les éléments de trois Facultés au moins. 

Sous le titre IV sont organisées les Académies qui n*ont point 
d'École de Médecine, mais où il y a une École de Droit. Ce sont 
celles de Toulouse, Aix, Dijon, Bruxelles, Caen, Rennes, Gre- 
noble et Poitiers. Les articles 55 à 59 concernent spécialement 
Rennes. En voici le texte : 

Art. jj. — L'Académie de l'arrondissement de la Cour d'appel 
de Rennes aura son chef-lieu à Rennes. 

Art- s6, — La Faculté de Théologie siégera à Rennes. Elle sera 
formée sur la présentation de VÉvique de Rennes. 

Art. sj. — L'École de Droit de Rennes sera la Faculté de Droit; 
le Directeur prendra le titre Je Doyen. 

Art. j8. — // n'y aura point de Faculté de Médecine. 

Art. j^. — Les Facultés des Sciences et des Lettres seront formées 
prés du Lycée de Rennes. 

La Faculté des Sciences de Rennes se trouvait donc officielle- 
ment et nominativement créée. Mais les choses en restèrent là; 
le Décret impérial ne reçut pas d'exécution ^en ce qui nous 
concerne; le personnel de la Faculté des Sciences ne fut pas 
nommé. 

Le 31 octobre 181 5, les Facultés des Lettres de dix-sept Aca- 



— 3 — 

démies, dont celle de Rennes, et les Facultés des Sciences de 
trois Académies (Besançon, Lyon, Metz) furent supprimées. 

L'arrêté, en vertu duquel il fut procédé à cette exécution en 
masse, fait valoir, entre autres raisons, que plusieurs Facultés 
des Sciences créées sous le précédent régime n'ont pas fonc- 
tionné ; c'était le cas de celle de Rennes. 

Bien loin par conséquent, d'appliquer, en ce qui concerne 
Rennes, le décret de 1808, Royer-Collard, successeur amoindri 
des Grands-Maîtres et ministres de l'Empire, simple président de 
la commission d'Instruction publique de sa Majesté Très-Chrétienne 
Louis XVIII, arrêta ce qui était commencé, supprima ce qui était 
déjà fait, et renonça à ce qui restait à faire. C'est un recul 
qu'explique, sans qu'il soit besoin d'insister, la date de l'arrêté. 
Elle a son éloquence. Le gouvernement de la Restauration a ses 
raisons pour ne pas favoriser le développement des idées dont . 
l'Université est la propagatrice zélée et autorisée. Plus de vingt 
années s'écouleront avant que l'on songe à relever les ruines 
que la politique avait pris à tâche d'accumuler. 

Il nous faut arriver jusqu'au mois d'août 1838 pour voir se 
dessiner un mouvement qui conduira à la création définitive de 
la Faculté des Sciences de Rennes. Le gouvernement de Juillet 
ne pouvait pas se montrer moins libéral que l'Empire. 

Le 24 août 1838, M. de Salvandy propose au roi la création 
de diverses Facultés des Lettres et des Sciences. Voici un extrait 
de son rapport : 

Il m'a paru que ces Facultés des Lettres et des Sciences devaient 
être instituées partout où se rencontre une de ces deux circons- 
tances : un grand centre de population et un grand centre d'études ; 
telles sont les métropoles comme Lyon et Bordeaux ou les villes qui 
rassemblent une studieuse jeunesse dans les Écoles de Droit ou de 



— 4 — 

Médecine, comme Rennes et Montpellier Rennes et Montpellier 

verront ajouter à l'enseignement qui fleurit déjà dans leurs murs des 
Facultés des Lettres. 



L'ordonnance qui est la conséquence de ce rapport a une cer- 
taine importance. Bien qu'il n^ soit pas encore question de la 
Faculté des Sciences de Rennes, on peut cependant considérer 
que la Faculté des Lettres créée dans cette ville, en renforçant 
le centre universitaire^ détermine un acheminement vers la 
création d'une troisième Faculté. D'autre part, en installant à 
THôtel de Ville de Rennes la nouvelle Faculté des Lettres, on 
prévoyait déjà la prochaine organisation, dans le même bâtiment^ 
d'une Faculté des Sciences, Il était d'ailleurs impossible que 
Tautorité universitaire se désintéressât d'une question qui 
préoccupait, à Rennes et dans toute la Bretagne, tous les esprits 
amis du progrès et acquis aux idées libérales. 

C'est ce qui arriva. 

Le i6 avril 1839, le Conseil académique prit une délibération 
demandant la création, dans notre ville, à^une commission de 
Baccalauréat és-scieuces. Ce vœu doit être mis en relief, car il 
intéresse non seulement notre Faculté, mais aussi, et au plus 
haut degré, TÉcole de Médecine. En effet à cette date, notre 
École, aujourd'hui si florissante, ne comptait pour ainsi dire plus 
d'étudiants. Obligés d'aller soit à Nantes, soit dans quelque 
Faculté plus ou moins voisine, passer les examens du baccalauréat 
ès-sciences nécessaire pour commencer leurs études médicales, 
les étudiants y restaient pour la plupart, et désertaient l'Ecole de 
Rennes. C'est pour remédier à cet état de choses qui pouvait 
devenir funeste à l'Ecole de Médecine que le Conseil académique 
prit une délibération motivée qui fut transmise au Ministre. 



— 5 — 

A la suite de cetie réclamation, le Grand-Mnîire de TUnivcr- 
sité, alors Villemain, écrivit au Recteur, M. Dufilhol, la lettre 
que Ton va lire. 

(^Archives mumcipaks, R. 9/7-1). 

^ novembre 18)^. 
Monsieur le Recteur, 

Il â été question à plusieurs reprises de créer à Rennes une Faculté 
des Sciences. Cette création offrirait, en effet, divers avantages : placé 
au centre des départements de l'Ouest et à côté des Facultés de Droit 
et des Lettres de Rennes, le nouvel établissement multiplierait, en les 
complétant, les moyens d'instruction dans cette partie du royaume. Les 
écoles secondaires médicales qui ressortiraient à cette Faculté y trou- 
veraient surtout un grand intérêt. Les élèves des Écoles de Rennes, 
de Nantes, d'Angers et de Poitiers, pourraient, sans de grands dépla- 
cements, prendre le grade de bachelier és-sciences dont ils doivent 
justifier pour le Doctorat en Médecine. Enfin, les études et les moyens 
de discipline ne pourraient qu'y gagner. 

Ces considérations, Monsieur le Recteur, me paraissent suffisam- 
ment motiver la création d'une Faculté des Sciences, à Rennes, et je 
suis dans l'intention de seconder les vœux qui ont été exprimés d cet 
égard. Mais, avant de passer outre, j'ai besoin de quelques renseigne- 
ments qui me fixent sur les propositions que j'aurais à présenter aux 
Chambres dans ce but. Il importe que je sache si cette création serait 
assez désirée par la Ville de Rennes pour déterminer le Conseil muni- 
cipal à voter les allocations nécessaires aux dépenses qu'elle doit occa- 
sionner. Il y aurait d'abord à pourvoir à l'appropriation d'un local et à 
l'établissement d'un mobilier; il fiiudrait aussi commencer par la for- 
mation de cabinets de physique et de chimie et de collections scienti- 
fiques en y plaçant immédiatement tout ce qui est indispensable à l'en- 
seignement. 

Je vous prie, Monsieur le Recteur, de consulter à ce sujet les diverses 
autorités qui pourraient vous assurer des dispositions de la Ville à cet 
égard et de me transmettre, sous le plus bref délai, le résultat des 



— 6 — 

renseignements que vous aurez obtenus. )e désire que votre rapport 
soit assez précis pour motiver ma détermination. 
Recevez, Monsieur le Recteur, etc., 

Le Pair de France, Mimitre de TlntîrucUoa puhUque. 

VlLLEMAIN. 

Le Recteur, M. Dufilhol, en transmettant au Maire, M. Tétiot, 
la dépèche ministérielle, signa, avec M. Vatar, doyen de la 
Faculté de Droit, et M. Varin, doyen de la Faculté des Lettres, 
une longue lettre dans laquelle il fait ressortir les avantages 
divers que présente pour la ville et pour la région le projet de 
M. Villemain. Cette lettre n^est pas datée, mais elle doit être du 
milieu de Novembre 1839. En voici quelques extraits : 

« La création de la nouvelle Faculté, réunie aux deux autres, 
en assure la perpétuité ; elle établit à Rennes le centre universitaire de 
r Ouest, qualification tout à fait en harmonie avec les goûts et les antécédents 
historiques de notre ville. Elle appelle et retient un grand nombre de 
familles qui veulent donner une éducation complète à leurs enfants et 
par là, en même temps qu^elle favorise les intérêts matériels de la cité, 
elle contribue à la prospérité des Facultés déjà florissantes. 

€ Par les cours de physique, de chimie, de mécanique, confiés à 
d'habiles professeurs, elle popularise les procédés des arts et provoque 
les progrés de Tindustrie. Ce fait est tellement exact que toutes les villes 
manufacturières, Rouen, Nantes, etc., entretiennent de leurs deniers 
des cours qui nous seraient donnés aux dépens de TÉtat. Les avan- 
tages de Téiablissement d'une Facuhé des Sciences sont vivement 
sentis par les villes qui ont été déjà en mesure d'en faire l'expérience. 
Le Conseil municipal de Besançon, prévenu que le moment paraissait 
opportun, députe actuellement à Paris ses plus honorables membres 
pour solliciter une semblable institution. Plus heureux. Messieurs, 

nous voyons qu'elle vient pour ainsi dire, nous trouver Mais 

n'oublions pas qu'il existe des localités rivales toutes disposées à pro- 



~ 7 — 

fiter de nos hésitations; si toutefois des hésitations étaient possibles. 
Une chose qu'il ne faut pas perdre de vue, c'est la connexité entre une 
Faculté des Sciences et une bonne école secondaire de médecine, i 

Le Maire, qui parait avoir été, dès le principe, tout acquis 
au projet du Ministre, s'empressa de convoquer le Conseil 
municipal. 

Voici, reproduite in-extenso, la délibération qui fut prise dans 
cette séance du 20 novembre 1839; c'est à cette date que Ton 
doit faire remonter la transformation de vœux et de projets 
jusque-là imprécis en propositions fermes qui pouvaient dès ce 
moment être réalisés. 



Registre des Délibérations du Conseil municipal de Rennes. 

D' 22, page 89. — 20 Novembre 1839. 

Monsieur le Maire donne lecture au Conseil : 

1° D'une lettre de M. le Recteur d'Académie ; 

2° D'une lettre de JA, le Préfet ; 

3® D'une lettre de M. le Ministre de l'Instruction publique. 

Ces trois lettres sont relatives au projet d'établissement d'une Faculté 
des Sciences dans la ville de Rennes, et ont pour objet de connaître les 
dispositions du Conseil municipal sur cet important sujet. 

Après avoir énuméré les divers avantages que cette création offrirait, 
M. le Ministre fait connaître qu'il est dans l'intention de seconder les 
vœux qui ont été exprimés à cet égard, mais qu'avant de passer outre 
et pour être bien fixé sur les propositions qu'il aurait à présenter aux 
Chambres dans ce but, il lui importe de savoir si cette création serait 
assez désirée par la Ville de Rennes pour déterminer le Conseil muni- 
cipal à voter les allocations nécessaires aux dépenses qu'elle doit 
occasionner. 



— 8 — 

M. le Maire pense que, dans Tintérét de la Ville et dans celui de la 
Science, le Conseil municipal doit accepter avec empressement la 
proposition de M. le Ministre, que rétablissement de cette Faculté 
nous assure à jamais les Facultés de Droit et des Lettres et TÉcole 
secondaire de Médecine, et offre encore bien d'autres avantages. Que 
les dépenses consisteraient : 

1° A pourvoir à l'appropriation d'un local et à rétablissement d'un 
mobilier ; 

2*» A la formation des cabinets de physique, de chimie et des col- 
lections scientifiques. 

En conséquence, M. le Maire propose au Conseil de prendre l'en- 
gagement : 

I» De mettre à la disposition du Ministre en 1840, à la rentrée des 
études, un local provisoire, et désigne à cet effet le local qui sera vacant 
par la translation du tribunal de première instance au palais de la 
Cour royale ; 

2* De voter au budget supplémentaire de 1840 un crédit de 
18 000 francs pour le mobilier et la formation des cabinets de physique, 
de chimie et de collections scientifiques ; 

30 De renvoyer à la session de février ou de mai l'examen des divers 
plans concernant les trois Facultés. 

Le Conseil prend en considération les diverses propositions de 
M. le Maire et s'occupe immédiatement de répondre à la lettre de 
M. le Ministre. 

Le Conseil s'arrête à la rédaction suivante : 

« Le Conseil, prenant en considération l'utilité d'une Faculté des 
Sciences pour les départements de l'Ouest, est d'avis, à l'unanimité, 
d'accepter la proposition de M. le Ministre ; il s'engage à aménager 
convenablement les diverses Facultés qui existent dans la ville de Rennes, 
et en attendant un aménagement définitif, il propose de loger provisoi - 
rement la Faculté des Sciences, dés le i" novembre 1840, dans le local 
qui sera vacant par la translation du tribunal de v^ instance au palais 
de la Cour royale. 



— 9 — 

Le Conseil s'engage en outre à faire face à toutes les dépenses que 
pourra entraîner l'établissement de celte Faculté, notamment celles des 
divers cabinets et des collections scientifiques. 

Le Conseil s'engage sans restrictions, mais toutefois il espère que le 
département d'IUe-et-Vilaine ainsi que les autres départements de l'Ouest 
voudront bien contribuer aux frais d'installation d'un établissement 
utile à tous. » 

Cette rédaction est adoptée. 

Telles étaient les offres de la Ville ; comme on a pu s'en 
rendre compte, elles ne présentaient pas dans tous les points 
une netteté suffisante. Le 26 novembre, le Ministre écrit au 
Recteur pour le charger de demander au Maire un peu plus de 
précision. Voici divers extraits de sa lettre : 

Monsieur le Recteur, 

Je réponds immédiatement à la communication que vous me 
faites de la délibération du Conseil municipal de Rennes en date du 
20 novembre. Les détails que vous y joignez me témoignent sans 
doute du prix que la Ville de Rennes attacherait à la fondation d'une 
Faculté des Sciences dans ses murs, et je ne puis que me féliciter d'avoir 
apprécié à cet égard le vœu et le besoin du pays. Mais les votes dont 
vous me donnez connaissance seraient tout à faits insuffisants pour 
motiver le crédit législatif qui devrait être demandé. Le concours de la 
Ville n'y est pas spécifié par des indications précises d'affectation du 
local, d'appropriation provisoire, s'il y a lieu, et d'établissement défi- 
nitif, et par l'allocation des sommes qui seraient destinées à ces emplois 
divers et successifs 

Vous comprendrez. Monsieur le Recteur, que c'est seulement avec 
des renseignements aussi précis qu'on peut réclamer les subventions de 
l'État. Un engagement général ne suffirait pas; il faut pouvoir assurer 
que le local même provisoire de la Faculté future sera convenable. 



— 10 — 

approprié par toutes les dépenses nécessaires à des cours et à des 
examens, et pourvus de tous les moyens d'enseignement. 

Cette lettre est renvoyée à une Commission, puis dans la 
séance du 4 décembre, le Conseil prend une nouvelle délibération 
qu'il est intéressant de rapporter, en la résumant, car la discus* 
sion consignée au registre des délibérations est fort longue. 

a M. Hamon,. rap/wr/^t/r, a la parole. 

a Par un premier vote le Conseil s'était engagé : i^ d aménager 
provisoirement la Faculté des Sciences dans l'aile nord de l'Hôtel de 
Ville, à partir du i^ novembre 1840, en lui fournissant toutes les 
collections nécessaires à son enseignement ; 2° à faire, sans restriction 
aucune, toutes les dépenses que nécessitera l'installation de cette 
Faculté. 

a M. le Ministre ne trouve pas ce vote assez précis. Il demande 
l'état et le plan du local provisoire et le chiffire de la somme destinée 
à l'aménager ainsi qu'à accroître et entretenir les collections. Il désire 
savoir en quoi consistera l'aménagement définitif et quelle somme y est 
affectée. 

c II est entendu que M. le Maire fera faire les plans du local provi- 
soire demandés. Le jardin botanique sera mis à la disposition de la 
Faculté et entretenu par la Ville. Une somme de 23.000 fi-ancs est 
votée pour les cabinets et collections; 1.500 francs pour les entretenir 
la première année ; 2.000 francs pour l'ameublement. Au total, 
26.300 francs. 

« Tout ce qui précède est adopté à l'unanimité. 

o Aménagement définitif. — Deux projets sont en présence : l'un 
consiste à organiser définitivement la Faculté dans l'Hôtel de Ville, 
l'autre à construire un bâtiment entièrement neuf commun aux 
Facultés, à l'École de Médecine et aux Musées. La Commission se 
rallie au second projet et propose de bâtir Tédifice sur la place de la 
Motte en y affectant une somme de 300.000 francs. 



— II — 

c Le Maire déclare accepter ce projet, mais il est effrayé de la 
somme de 300.000 francs à payer par la Ville ; il étudie diverses 
solutions qui lui paraissent d'un prix moins élevé ; mais le point en 
litige est de savoir si on réunira toutes les Facultés et École dans un 
même local ou si on les séparera en logeant à l'Hôtel de Ville les 
Facultés de Droit et des Lettres et en construisant un bâtiment spécial 
pour les Sciences réunies à la Médecine. Après une longue discussion 
sur les avantages et les inconvénients des diverses solutions proposées, 
le Conseil, à une grande majorité, vote le projet de la Commission qui 
réunit tous les services dans un seul bâtiment ; il se réserve, toutefois, 
de prendre une décision ultérieure sur l'emplacement à attribuer au 
nouvel édifice. » 

Après quelques pourparlers de détails, le Ministre Villemain 
accepta définitivement les offres de la Ville, et, pendant les 
mois qui suivirent, on s'occupa, au Ministère, d'établir un 
projet de loi à présenter aux Chambres à l'occasion de la 
discussion du budget. 

Mais pendant ces préliminaires, le Ministère du maréchal 
Soult, dont faisait partie Villemain, fut renversé et remplacé par 
un Ministère Thiers dont le Ministre de l'Instruction publique 
était Victor Cousin (i*^ mars-29 octobre 1840). 

Les intentions du nouveau Ministre relativement aux projets 
de son prédécesseur n'étaient point connues. Le Maire^ anxieux 
du sort qui leur était réservé, pria le député de Rennes, 
M. Gaillard de Kerbertin, d'aller trouver le nouveau Grand- 
Maître de l'Université et de lui demander son appui pour le 
projet de création élaboré par Villemain. 

Voici l'intéressante lettre que M. le député de Kerbertin 
écrivit au Maire pour lui rendre compte de son entrevue avec 
le Ministre. 



— 12 — 



COUR ROYALE p^^V, jj mars 1840. 

de Rennes 

CABINET 

du 
PKEMIbR PRÉSIDENT 

Monsieur le Maire, 

Hier niâtin j'eus une longue conférence avec le nouveau Ministre de 
rinstruction Publique qui, plus encore que son prédécesseur, a de 
grands projets sur notre ville, où il voudrait créer une sorte d't7HiV^r5//^' 
hreionnCy nous donner de suite une V^cnXxt des Sciences cl renforcer notre 
École secondaire de Médecine pour Y élever plus lard au rang de Faculté, 
telles sont ses intentions au succès desquelles il attache une haute 
importance. Mais en retour de son bon vouloir, il demande que la Ville 
de Rennes fasse quelques sacrifices et s'exécute enfin pour procurer aux 
quatre Facultés dont elle serait dotée un logement convenable. La cons- 
truction d'un édifice spécial lui semble nécessaire. Dés le jour où com- 
menceront les travaux il demandera aux Chambres des fonds suffisants 
pour élablir la Faculté des Sciences et créer un cabinet de Physique, Chimie 
et Histoire naturelle. 11 se propose aussi de nous faire don d'une belle 
statue en bronze de Descartes qui ornera le Palais de notre Université. 
Enfin, s'il était encore Ministre, il se ferait un plaisir de se rendre à 
Rennes pour inaugurer la construction. 

Ces projets offriraient tant d'avantages à notre ville, qui deviendrait 
un grand centre d^ études, que je ne doute pas du zélé que vous apporterez 
à en faciliter raccomplissement. Il serait glorieux pour vous, Monsieur 
le Maire, de les voir se réaliser sous votre administration. 

Je vous serai obligé de me faire connaître les dispositions du Conseil 
municipal et les délibérations qui seront prises. 

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l'assurance de mes sentiments 
les plus distingués. 

G. DE Kerbertik, 

Député de Rennes. 



- 13 — 

Quelques jours après l'arrivée de cette lettre, le Maire de 
Rennes en reçut une autre de Victor Cousin, en date du 
7 avril 1840. On remarquera que cette lettre, dont l'original, 
signé de V. Cousin, est aux Archives municipales, commence 
par ces mots : Monsieur le Maire, et se termine par ceux-ci. 
Monsieur le Recteur. J'en extrais les passages les plus intéressants : 

Monsieur le Maire, 

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait Thonneur de m'adresser le 
25 mars au sujet de la création projetée d^une Faculté des Sciences 
à Rennes. 

Tout mon intérêt, Monsieur le Maire, est acquis à ce projet dont je 
me suis empressé de reprendre l'examen, d'après les communications 
de M. Gaillard de Kerberlin. Mais j'ai dû prévenir cet honorable ma- 
gistrat que rien ne pouvait être fait immédiatement sans l'adoption 
préalable des devis. Je transmets aujourd'hui même, à M. le Recteur, 
ces devis qui ont été délibérés en Conseil royal de l'Instruction publique. 
Je lui exprime en même temps, et je vous confirme, Monsieur le 
Maire, mon intention arrêtée de demander, dés à présent, un crédit 
législatif spécial qui permette de mettre la Faculté des Sciences en 
activité dés le commencement de l'année 1841 

Je ne puis que vous inviter. Monsieur le Maire, à insister auprès du 
Conseil municipal pour que ses délibérations â ce sujet aient un prompt 
et heureux résultat. Vous reconnaîtrez sans doute dans ces explications 
mon désir sincère de doter la Ville de Rennes de l'utile établissement 
qu'elle réclame. 

Le Conseil municipal ne devra pas non plus perdre de vue, en s'oc- 
cupant de l'établissement définitif des Facultés, que la Ville de Rennes 
est naturellement destinée à devenir un grand centre d'instruction pour 
les populations de l'Ouest. Il est à désirer, dans l'intérêt de ces projets, 
que rien ne soit épargné dans la distribution de l'édifice qu'elle a en 
vue d'élever, pour que les divers établissements auxquels il est destiné 
puissent recevoir dans le plus prochain avenir tous les développements 



— M — 

que comportent Timportance de la Ville et son zèle éclairé pour les 
hautes études universitaires. 
Recevez, Monsieur le Recteur, l'assurance, etc. 

Lt Pair de France, hUmstre de VInstraction publique, 

V. Cousin. 

En même temps que cette lettre du Ministre, le Maire reçut 
les devis annoncés ; ils avaient été examinés par le Conseil royal 
de l'Instruction publique qui faisait quelques objections et deman- 
dait plusieurs modifications. Le Maire réunit le Conseil municipal 
le 10 avril 1840 et lui proposa d'adopter les résolutions suivantes. 

^Registre des Dilib., p. no.) 

I. — La Ville de Rennes, aussitôt que l'aile gauche de l'Hôtel de 
Ville sera mise à sa disposition, ce qui aura lieu le i^** octobre prochain 
au plus tard, se mettra en mesure de remplir immédiatement les condi- 
tions des devis en ce qui concerne les collections scientifiques et l'appro- 
priation du local provisoire. Déjà un fonds de 1 5.000 fr. existe au budget 
de 1840 pour cette appropriation; ce fonds sera plus que suffisant. 

II. — Quant aux dépenses pour les collections scientifiques, il y sera 
pourvu au moyen d'un crédit de 37.000 fr. qui sera porté au budget de 
l'exercice courant. 

m. — Le Conseil s'engage dés à présent à prendre les dispositions 
nécessaires pour garantir l'exécution de l'établissement définitif dans le 
plus bref délai possible. Il désigne pour la construction d'un bâtiment 
universitaire l'emplacement de la Motte et arrête que, pour cette cons- 
truction, il sera contracté un emprunt de 300.000 fr., conformément à 
ses précédentes délibérations. Les plans et devis dressés par M. l'Ar- 
chitecte de la Ville seront fournis à M. le Ministre de l'Instruction 
publique. 

Après discussion^ le Conseil, sur la proposition d'un de ses 
membres, renvoie toutes les pièces à Texamen d'une Commission 



— iS — 

spéciale, composée de MM. Hamon, Duboys, Grivart. Binet, 
Paignon, Méaulle. 

Après une nouvelle discussion du rapport favorable de la 
Commission des conclusions conformes à ce qui est énoncé ci- 
dessus sont adoptées dans la séance du 13 avril 1840. 

L'affaire, vivement poussée, était donc en bonne voie et tout 
faisait croire qu'elle allait aboutir à bref délai, lorsque se pro- 
duisit un incident qui intéresse trop la Ville de Rennes pour 
que nous ne l'exposions pas avec quelques détails ; le patriotisme 
rennais y trouvera une juste satisfaction. 

En reprenant l'idée impériale qui instituait près de chaque 
Lycée chef-lieu d'Académie une Faculté des Sciences, le gou- 
vernement du roi Louis-Philippe se préoccupait de créer de 
grands foyers d'études qui l'aideraient à faire rayonner et pré- 
valoir sur tout le territoire les idées libérales ; il n'oubliait pas 
qu'il était issu de la Révolution de 1830 et il s'appuyait sur la 
bourgeoisie, qui, personnifiant alors les idées de progrès, et ne 
demandant qu'à le soutenir et à le suivre dans sa lutte pour la 
diffusion de l'enseignement à tous ses degrés, était le plus puis- 
sant levier dont il pût disposer. 

Déjà la loi de 1833 commençait à donner ses premiers résultats ; 
les établissements d'enseignement secondaire, collèges royaux 
et collèges communaux, voyaient s'ouvrir une ère de prospérité; 
il s'agissait de couronner l'œuvre en fortifiant l'enseignement 
supérieur. 

Pour bien comprendre la situation, il faut se reporter à 
soixante ans en arrière. 

La Bretagne était encore, à cette époque, une province n'ayant 
que de lointaines relations avec Paris; on voyageait peu, les 
moyens de communications étant rares et coûteux ; il importait 



— i6 — 

donc, pour atténuer les inconvénients de cet isolement, de créer 
au centre du pays un organisme puissant donc l'action se ferait 
sentir dans toute la région de TOuest. A disséminer ses forces 
on en compromettait les effets. 

Rennes, par sa situation géographique, par ses traditions, par 
SCS mœurs sévères, par sa vieille renommée comme siège du 
Parlement^ répondait admirablement aux vues du Gouvernement. 
Dès lors ce ne fut plus seulement d*une Faculté des Sciences qu'on 
voulut la doter ; pour compléter le faisceau, // fallait y ajouter 
une Faculté Je Médecine, 

Le Ministre de l'Instruction publique écrivit au Maire pour 
l'inviter à s'occuper sans retard de ce nouveau projet et à re- 
chercher les moyens d'organiser à Rennes cette quatrième Fa- 
culté. Le Maire réunit d'urgence le Conseil municipal, qui, sans 
hésiter, et séance tenante, vota une somme de lo.ooo francs 
pour approprier à cette destination une partie de l'Hôtel de Ville 
(17 avril 1840). 

Dix jours après, le Conseil, désireux de répondre aux inten- 
tions bienveillantes du Gouvernement, vota en principe un em- 
prunt de 1.200.000 francs pour divers travaux et notamment la 
construction des quais de la Vilaine et du Palais universitaire. 

Tout marchait donc à souhait ; le Maire rédigea en termes 
très pressants une pétition qu'il fit distribuer à tous les députés 
de la région, leur demandant d'appuyer de leur vote le projet 
de création et d'installation à Rennes des deux nouvelles Facultés 
(21 mai 1840). 

Dans cettre lettre, qui honore son caractère de magistrat, le 
Maire fiiisait valoir les avantages que la création des deux Fa- 
cultés assurerait à la Bretagne tout entière ; il fait ressortir les 
sacrifices que la Ville s'impose; il insiste surtout, et d'une 



— 17 — 

manière vive, sur Topposiiion que la Ville de Nantes fait au projet, 
non pas au point de vue de l'opportunité, qui ne saurait être 
contestée, mais exclusivement au point de vue nantais. Si le 
Gouvernement avait choisi Nantes comme siège académique, tout 
serait pour le mieux. Le Maire de Rennes combat cette préten- 
tion étroite : « Nantes, dit-il, pour qui le commerce et l'industrie 
sont une source de richesse et de bien-être, ne doit pas nous 
envier le seul avantage auquel nous avons droit de prétendre, 
celui de rester, comme nous l'avons toujours été, un centre de 
hautes études universitaires pour les départements de l'Ouest. » 
Nantes ne désarma point et suscita contre les prétentions de 
Rennes une vive opposition, qui trouva dans M. Dubois^ député 
de la Loire-Inférieure, un organe puissant et très écouté en sa 
qualité de membre du Conseil royal de l'Instruction publique. 



IL — Période Parlementaire. 



Le Gouvernement ne recula pas devant les oppositions franches 
ou dissimulées qui s'élevaient contre ses projets. Aussitôt en 
possession des dernières délibérations du Conseil municipal de 
Rennes, Victor Cousin déposa sur le bureau de la Chambre un 
projet de loi portant création : i° d'une Chaire de Langue et de 
Littérature slave au Collège de France; 2° d'une Faculté de 
Médecine à Rennes; 3° d'une Faculté des Sciences à Rennes. 

Les choses eussent marché très vite et sans encombre si le 
Ministre s'était borné à proposer la création de la Faculté des 
Sciences ; mais il tenait à son idée de compléter le centre uni- 
versitaire breton par l'adjonction d'une Faculté de Médecine. Il 



— i8 — 

compliqua son projet en y ajoutant une chaire de langue slave 
au Collège de France. Les adversaires de Rennes profitèrent 
habilement de cette faute de tactique; ils soulevèrent de longues 
discussions préjudicielles et de pure forme qui amenèrent des 
ajournements et des remises de séances et recardèrent Tadoption 
définitive de la loi créant la Faculté des Sciences, sur laquelle 
cependant tout le monde était d'accord. 

Lorsqu'elle fut enfin promulguée il était trop tard pour que la 
nouvelle Faculté des Sciences pût fonctionner dès 1840. En 
face de l'opposition qu'il avait rencontrée le Gouvernement avait 
d'ailleurs renoncé à la Faculté de Médecine. 

Voici, extrait du Moniteur universel (1840, page 749), le 
compte rendu de la séance du 20 avril à la Chambre des députés. 
J'en supprime ce qui a trait exclusivement à la Faculté de 
Médecine comme sortant de mon sujet. 

La parole est à M. le Ministre de Tlnstruction publique pour une 
communication du Gouvernement. 

M. Cousin, minisire de V Instruclion publique, — J*ai l'honneur de 
présenter à la Chambre un projet de loi portant demande de crédits 
additionnels au budget de 1841, destinés à quelques fondations 
nouvelles dont nous venons vous exposer le but et le caractère, et 
dont nous espérons vous démontrer l'utilité. 

L — Chaire de Langue et de Littérature slave au Collège de France. 
IL — Facuhé de Médecine â Rennes. 
IIL — Faculté des Sciences à Rennes. 

Le crédit nécessaire pour la nouvelle Faculté des Sciences que nous 
vous proposons également d'établir à Rennes, et qui comprendrait les 
chaires de mathématiques, physique, chimie, zoologie et botanique, 
géologie et minéralogie, est beaucoup moins considérable encore, et 
ne s'élève qu'à 25.000 francs, savoir : 



— 19 — 

Quatre professeurs titulaires à 4.000 fr. chacun. 16.000 fr. 

Un professeur adjoint à 2 . 000 — 

Préciput du Doyen i . 000 — 

Droit d'examen à répartir entre les professeurs. . 600 — 

Un préparateur de physique et de chimie i . 200 — 

Un préparateur d'histoire naturelle i . 200 — 

Frais matériels 3 . 000 — 

Somme totale 25 .000 fr. 

Depuis 1830, il a été déjà créé deux nouvelles Facultés des Sciences, 
Tune à Lyon^ l'autre à Bordeaux. Le progrés continu des études scien- 
tifiques, la haute mission que les Facultés des Sciences ont ainsi 
à remplir, les secours qu'elles assurent au développement de l'industrie, 
appellent sur ces utiles établissements toute l'attention du Gouverne- 
ment et des Chambres. Le Conseil municipal de Rennes, appréciant le 
bienfait d'une semblable institution, s'est empressé d'allouer les fonds 
nécessaires pour l'appropriation d'un local provisoire destiné à la 
Faculté des Sciences et pour l'acquisition de tout le matériel scientifique 
nécessaire à l'enseignement. Une somme de 52.000 francs a été votée 
à cet effet, conformément aux devis arrêtés en Conseil royal de 
l'Instruction publique. La Ville se chargera également de l'amélioration 
du local de l'École secondaire qui, provisoirement, recevra la nouvelle 
Faculté de Médecine. Cette Faculté, comme celle des Sciences, ne 
sera organisée que lorsque tous les travaux d'appropriation provisoire 
seront complètement terminés. 

Enfin, et je le dis ici pour honorer la Ville de Rennes, sur la demande 
expresse du Ministre de l'Instruction publique, et par l'aide d'honorables 
influences auxquelles je me plais à rendre hommage, le Conseil muni- 
cipal, par une dernière délibération du 13 avril 1840, vient de voter un 
emprunt de 300.000 fr. pour l'établissement définitif des quatre Facultés 
dans un bâtiment convenable qui sera construit sur un terrain apparte- 
nant à la Ville. 

Vous le voyez. Messieurs, la Ville de Rennes ne recule devant aucun 
sacrifice pour obtenir le bienfait d'une instruction supérieure complète ; 
ses généreux eflPorts méritent d'être encouragés, et les Chambres vou- 



— 20 — 

dront sans doute se montrer empressées à sanctionner l'atile projet de 
faire de Rennes un grand centre de hautes études universitaires pour 
la Bretagne. 

En terminant, je prie la Chambre de remarquer que le Gouverne- 
ment n'a voulu faire aucune des créations nouvelles qui sont l'objet de 
ce projet de loi avant d'avoir obtenu les crédits nécessaires pour les 
réaliser. Il a voulu que les Chambres conservassent toute leur liberté 
d'examen ; il se confie â leur générosité et à leur munificence accoutu- 
mées pour tout ce qui se rapporte â la grandeur et au développement 
de l'enseignement national. 

Le crédit total ici demandé est de 88.200 fr. C'est une bien faible 
dépense pour de si grands intérêts, Messieurs, et encore cette 
dépense est-elle compensée par l'abandon d^une somme presque égale 
sur quelques-unes des augmentations portées au projet de budget dont 
la loi actuelle est le complément. 

Projet de Loi. 

Article premier. — Il est ouvert au Ministre de l'Instruction publique, 
en addition au budget de l'exercice 1841 : 

i^' Un crédit de 3.000 fr. pour la création d'une Chaire de Langue et 
Littérature slave au Collège de France ; 

2<> Un crédit de 38.200 fr. pour la création d'une Faculté de Méde- 
cine dans la Ville de Rennes ; 

3<* Un crédit de 23 000 fr. pour la création d'une Faculté des Sciences 
dans la même ville. 

Art. 2. — Il sera pourvu aux dépenses autorisées par la présente 
loi, au moyen des ressources accordées pour les besoins de l'exer- 
cice 1841. 

M. LE Président. — La Chambre donne acte à M. le Ministre de 
rinstruction publique de la présentation du projet de loi, et ordonne 
que ce projet sera imprimé et distribué. Je propose à la Chambre de le 
renvoyer à la Commission du budget. 



— 21 — 

Plusieurs Voix. — Non, non ! Si, si ! 

M. LE Président. — Le projet étant pour Texercice de 1841, il ne 
peut être renvoyé qu*à la Commission du budget. 

Une Voix. — C'est une modification de budget qui est présentée par 
M. le Ministre de l'Instruction publique. 

M. LE Président. — S'il s'agissait de l'exercice de 1840, on pourrait 
renvoyer le projet à une autre Commission, mais c'est une modifica- 
tion au projet de budget, il faut donc la faire apprécier par la Commis- 
sion du budget. 

Voilà pourquoi je propose de le renvoyer à la Commission du 
budget. 

Cette proposition est adoptée. 

Le 30 mai, M. Véjux, au nom de la Commission du budget^ 
lut un rapport favorable concernant la Faculté des Sciences. 
Voici le compte rendu officiel de cette partie de la séance, 
présidée par Martin du Nord : 

M. Véjux. — Messieurs, le Ministre de l'Instruction publique vous 
a présenté un. projet de loi portant demande de crédits additionnels au 
budget de l'Instruction publique, exercice 1841, pour la création : 
i» d'une Chaire de Langue et Littérature slave ; 2° d'une Faculté de 
Médecine, et 3^ d'une Faculté des Sciences à Rennes. 

Pénétré de l'importance et de la sincérité de ce projet de loi, votre 
Commission a nommé un rapporteur spécial pour vous rendre compte 
de son examen 

Faculté des Sciences. — Votre Commission a approuvé la création 
d'une Faculté des Sciences à Rennes. Si une Faculté de Droit ne peut 
guère se passer d*une Faculté des Lettres, une Faculté des Sciences est 
à la fois le fondement et le complément d'une Faculté de Médecine. 

C'est ainsi que toutes les connaissances humaines se lient et se 
soutiennent l'une l'autre, et communiquent à ceux qui les cultivent une 
instruction solide et étendue, de véritables kimiéres. 



— 22 — 

La réunion à Rennes des quatre Facultés de Droit, de Médecine, des 
Lettres et des Sciences fera de ce point un des grands centres d'instruc- 
tion supérieure. Elle s'accordera avec cette pensée féconde, si bien 
rendue par une de vos précédentes Commissions, de constituer sur 
quelques points cardinaux du pays des sous-capitales de la Science qui 
vivifient autour d'elles un long rayon et entraînent ainsi toute la France 
dans un progrés sinon tout à iait, du moins à peu près égal. 

La discussion des conclusions du rapporteur est renvoyée au 
2 juin. Cette nouvelle séance étant fort longue, je me bornerai 
à l'analyser en n'y insérant que les citations textuelles indis- 
pensables. 



Séance du 2 Juin 1840 
Présidence de M. Sauzët. 



M. LE Président. — La délibération du budget des afiaires étran- 
gères étant terminée, la Chambre passe au budget de l'Instruction 
publique. 

M. DE GoLBËRY. — Je demande la parole sur Tordre de la discussion. 

M. LE Président. — Je vais précisément exposer la difficulté i la 
Chambre. La Chambre se souvient que pendant que la Commission du 
budget s'occupait du ministère de l'Instruction publique, il a été pro- 
posé un projet de loi portant demande d'un crédit additionnel pour 
trois objets différents. La Chambre a renvoyé la connaissance de ce 
projet de loi à la Commission du budget, qui a fait présenter en son 
nom un rapport séparé. Le rapporteur a demandé que la Chambre 
joignit, pour les comprendre dans le vote du budget, les deux premiers 
points, savoir : la création d'une Chaire de Slave au Collège de France, 
et d'une Faculté des Sciences à Rennes. Quant à ce qui concerne la 
création d'une Faculté de Médecine â Rennes, elle a demandé que cette 



- 23 - 

partie du projet devint un projet spécial et qu'il donnât lieu à une 
discussion distincte dont le jour serait ultérieurement indiqué par 
l'ordre du jour. 

M. DE GoLBÉRY. — Je ne vois pas pourquoi on procède autrement 
pour la Faculté de Médecine que pour la Faculté des Sciences. Ces 
deux créations ne doivent pas être séparées, elles font au même titre 
partie du budget de 1841 et peuvent être votées ensemble. 

M. DoBOis, député de la Loire-Inférieure. — La Commission a été 
saisie, par le côté financier, des trois projets, mais, en vertu du règle- 
ment et frappée de l'importance de l'une des créations qui lui semble 
porter atteinte à tout l'ensemble de l'enseignement médical en France 
et compromettre l'existence des écoles secondaires de Médecine, la 
Commission a voulu un rapporteur spécial. Le Ministre a désiré que, 
puisqu'il n'y a pas de difficulté pour deux des créations projetées, on 
les vote à part pour ne pas les compromettre ; c'est ce que l'on a fait. 
Il est probable que la Chambre des Pairs n'accepterait pas une création 
aussi grave que celle d'une Faculté de Médecine par voie budgétaire. 
Il vaudra mieux intercaler entre le budget des recettes et celui des 
dépenses une discussion spéciale pour la Faculté de Médecine. 

M. DE LA Plesse. — D'après ce qu'on vient de vous dire pour vous 
effrayer {sic), il semblerait que vous ayez à discuter la question de la 
réorganisation des Écoles de Médecine en France. Il n'en est rien. 
Il s'agit en ce moment d'une simple loi de finance et la preuve c'est 
que c'est vous-mêmes qui avez renvoyé le projet à la Commission du 
budget. Le Ministre a le droit, par la loi de floréal an X, de créer de 
lui-même une Faculté de Médecine ; il s'agit de savoir actuellement si 
vous lui donnerez Targent nécessaire pour la faire vivre; c'est par 
déférence pour la Chambre que le Ministre a voulu d'abord vous 
demander les fonds. 

M. le Président. — Le Ministre et la Commission sont d'accord 
pour séparer les projets. 

M. DuFAURE. — Je demande le renvoi du projet tout entier à une 
séance spéciale; cela est préférable au morcellement de la discussion. 



— 24 - 

M. DE GoLBÊRY. — Il aurait au contraire mieux valu répartir les trois 
projets, qui sont tout à fait dissemblables, dans les chapitres du budget 
qui les concernent ; les uns, parmi les députés, peuvent vouloir d'une 
chose et non des deux autres, les autres inversement, et en réunissant 
ainsi des boules noires on fera échouer le tout. 

M. CousiK, ministre de T Instruction publique. — Je ferai ce que 
désirera la Chambre. Si j'avais rédigé moi-même le budget, j'aurais 
réparti les trois crédits à leurs places naturelles. Par respect pour la 
Chambre, je n'ai pas créé d'abord les Facultés pour venir vous demander 
ensuite les crédits nécessaires. {Très bien,) J'ai voulu que la Chambre 
conservât tout son droit d'examen. A mon grand étonnement, la 
Commission a été touchée d^un scrupule grave relativement à l'établis- 
sement d'une Faculté de Médecine, tandis qu'elle ne faisait aucune 
difficulté sur les deux autres créations. De là est née l'idée d^une autre 
disposition à laquelle j'ai consenti. 

M. DE Salvandy. — Il est impossible de séparer la Faculté des 
Sciences de celle de Médecine, car c'est justement pour favoriser les 
élèves en médecine que l'on veut créer la Faculté des Sciences. 

M. Dubois. — Il n'y a pas de liaison nécessaire entre les deux 
Facultés ; il est nécessaire qu'il y ait discussion séparée à cause des 
dissidences graves qui ont eu lieu à la Commission. 

M. Renard (Athanasc) appuie la proposition de M. de Salvandy et 
combat celle de M. Dubois. Il résulte, en eflet, de l'exposé des motifs 
que les enseignements scientifiques de la Faculté de Médecine doivent 
être faits à la Faculté des Sciences. Il y a donc connexité. 

M. LE Président met aux voix la proposition de M. Dufaure ren- 
voyant les trois projets à une discussion spéciale. 
Elle est adoptée. 

M. Jollivet demande que la discussion ait lieu samedi. 

M. le Président fait remarquer que le jour dépend de l'avance- 
ment de la discussion du budget et que c'est seulement vendredi qu*on 
sera fixé. 



— 2S — 

Après tout ce temps perdu, le vote fut Rxé au i8 juin. Mais, 
dans l'intervalle des deux séances, le Ministre renonça à la 
création de la Faculté de Médecine. Il demanda de l'ajourner h 
Tannée prochaine.. . Cétait en 1840.. . nous sommes en 1900 : 
les choses sont au même point. 

Quelles peuvent être les raisons qui décidèrent le Ministre à 
l'abandon d'une création pour laquelle il avait si vivement solli- 
cité la Municipalité rennaise ? Celles que donna Victor Cousin 
dans la séance dont on va lire le compte rendu ne sont ni très 
claires ni très concluantes. Je me contenterai à ce sujet de citer 
un passage du rapport d'un conseiller municipal de Rennes, 
M. Hamon, sur le Palais universitaire en projet quelques années 
plus tard : 

« Pendant que Rennes s'efforçait de justifier le projet de loi, les 
villes voisines qui possédaient des écoles médicales, Nantes surtout, 
y faisaient une vive opposition. Leurs prétentions furent appuyées par 
des députés, dont l'influence s'étendait même dans les Conseils de 
l'Université (M. Dubois, député de la Loire-Inférieure). Le Ministre se 
laissa vaincre ; il craignit que la Faculté de Médecine ne nuisit, devant 
la Chambre, à la Faculté des Sciences, et il la sacrifia momentanément 
au salut de celle-ci. » 

Malgré la réserve et la discrétion du rapporteur, il est facile 
de voir que si les intérêts de la Ville de Rennes furent ainsi 
sacrifiés, du moins la Municipalité lutta avec énergie et fut à la 
hauteur de ses devoirs. 

Ces quelques considérations étaient nécessaires pour que l'on 
puisse se rendre un compte exact de l'importante séance de la 
Chambre dont voici le texte complet tel qu'il figure au Moniteur. 



— 26 — 



CHAMBRE DES DÉPUTÉS 



Séance du Jeudi 18 Juin 
Présidence de M. Sauzet. 



M. LE Président. — L'ordre du jour appelle la discussion du projet 
de loi relatif à la création d'une Chaire et de deux Facultés. 

M. Cousin, ministre de V Instruction publique. — Messieurs, le projet 
sur lequel vous allez délibérer se compose de trois articles, dont deux 
ont été adoptés à l'unanimité par votre Commission, et nous osons 
espérer qu'ils ne rencontreront pas de difficultés dans le sein de la 
Chambre. Mais le troisième article, portant création d'une Faculté de 
Médecine dans la ville de Rennes, quoique adopté par la Commission, 
a soulevé des objections graves. Il appelle, il exige une discussion 
approfondie; mais à cette époque si avancée de la session, nous ne 
nous flattons pas de pouvoir obtenir de la Chambre des députés, et 
surtout de la Chambre des pairs, chargée de tant de travaux importants, 
le temps nécessaire pour une pareille discussion. Cependant nous ne 
voulons pas l'éluder, et précisément parce que l'article en question a 
été adopté par la Commission, le Gouvernement pense qu'il est de sa 
dignité et de sa loyauté d'ajourner la discussion à l'année prochaine. 

Il déclare qu'il ne soutiendra pas l'article 2 du projet de loi. (Tris 
bient Tris bieni) 

M. Gaillard de Kerbertin. — Je regrette que M. le Ministre de 
l'Instruction publique abandonne tout à coup la partie la plus impor- 
tante de son projet de loi; mais j'espère cependant que, comme il 
vient de le dire lui-même, ce ne sera qu'un ajournement, et qu'une loi 
sur la création d'une Faculté de Médecine à Rennes nous sera apportée 
l'année prochaine. Il me sera facile de prouver combien cette création 
est désirable, je ne parle pas seulement ici dans l'intérêt de telle ou 
telle localité, car, tout en croyant que cette Faculté nouvelle ne saurait 



— 27 — 

être mieux placée qu'à Rennes, j'en défendrais l'établissement quand 
bien même il devrait avoir lieu dans une autre ville, pourvu que ce fût 
dans l'Ouest. Oui, Messieurs, sans suivre l'exemple qui m'a été donné, 
je défendrais cette création même dans le cas, où, à très grand tort 
selon moi, Rennes ne devrait pas l'obtenir, parce que je la crois utile à 
toutes les populations de la Bretagne. 
En attendant, je prends acte de la déclaration du Ministre. 

M. LE Président. — D'après ce que vient de dire M. le Ministre, 
j'invite les orateurs qui se sont fait inscrire à ne parler que sur les 
articles qui sont en discussion et à réserver ce qu'ils auraient eu à dire 
sur la Faculté de Médecine à créer à Rennes. 

Je consulte d'abord la Chambre pour savoir si elle entend passer à la 
discussion des articles. 

(La Chambre décide qu'elle va passer à la discussion des articles.) 

L'article premier est ainsi conçu : 

a II est ouvert au Ministère de l'Instruction publique, en addition au 
budget de l'exercice 1841 : 

« i^ Un crédit de 5.000 francs pour la création d'une Chaire de 
Langue et de Littérature slave au Collège de France ; 

« 2® Un crédit de 38.200 francs pour la création d'une Faculté de 
Médecine dans la Ville de Rennes ; 

« 3^ Un crédit de 25.000 francs pour la création d'une Faculté des 
Sciences dans la même ville. » 

La discussion va s'ouvrir d'abord sur ce premier paragraphe. 

M. AuGUis. — Je regrette infiniment qu'on ait confondu dans un 
seul et même projet de loi des choses qui, selon moi, sont essentielle- 
ment distinctes, savoir la fondation d'une Chaire de Littérature slave 
au Collège de France, et l'établissement d'une Faculté des Sciences 
à Rennes. 

Il me semble que, quoique ces deux propositions doivent naturelle- 
ment émaner du Ministère de l'Instruction publique, elles n'ont pas 
entre elles des rapports assez grands pour être comprises dans un seul 
et même projet de loi. 



— 28 — 

J'aurais très bien compris que lorsqu'on a discuté le budget de Tins- 
truction publique on eût proposé, au chapitre des établissements 
scientifiques et littéraires des hautes études, Taugmentation d*une chaire 
pour le OoUége de France, et qu'on eût proposé à un autre chapitre du 
budget la nouvelle Faculté des Sciences que Ton veut établir à Rennes, 
mais ce n'est pas là ce qui fait l'objet de mon observation. 

M. LE Président. — Le Gouvernement a consenti au retranchement 
du paragraphe 2, proposé par la Commission, mais pour ordre je suis 
obligé de le mettre aux voix. 

(Le paragraphe 2 mis aux voix est rejeté.) 

(Le paragraphe 3 est adopté.) 

(L'article premier, réduit au deux paragraphes votés, est mis aux 
voix et adopté dans son ensemble.) 

c Art. 2. — Il sera pourvu aux dépenses autorisées par la présente 
loi au moyen des ressources accordées pour les besoins de l'exer- 
cice 1841. » (Adopté.) 

(La Chambre procède au scrutin sur Tensemble de la loi.) 

Voici les résultats du scrutin : 

Nombre de votants 239 

Majorité absolue 120 

Boules blanches 198 

Boules noires 41 

(La Chambre a adopté.) 

Après le vote de la Chambre il ne restait plus qu'à promul- 
guer la loi. C'est ce qui fut fait par Louis-Philippe le 12 sep- 
tembre 1840 à la suite d'un rapport du Ministre de rinstruciion 
publique, Victor Cousin. 

Voici les textes du rapport et de la loi : 



— 29 — 



CRÉATION 

d'une Faculté des Sciences dans la Ville de Rennes 

du 12 septembre 1840. 

Sire, 

Votre Majesté m'avait chargé de présenter aux Chambres, dans la 
dernière session, un projet de loi pour la création d'une Faculté des 
Sciences dans la ville de Rennes. Un si utile projet ne pouvait manquer 
d'être apprécié, et le crédit nécessaire pour l'entretien de la nouvelle 
Faculté a été porté au budget de l'État à partir de 1841. 

D'un autre côté, la Ville de Rennes, reconnaissante du bienfait 
d'une semblable institution, s'est empressée d'allouer une somme de 
52.000 francs pour l'appropriation d'un local provisoire, et pour Tacqùi- 
sition de tout le matériel qu'exige l'enseignement scientifique. Ce local 
provisoire sera complètement approprié à sa destination pour le mois 
de novembre prochain. 

En même temps des mesures sont prises pour que le local définitif 
destiné â l'ensemble des établissements d'instruction supérieure que 
doit posséder la Ville de Rennes soit construit le plus tôt possible sur 
un terrain qui appartient déjà â la Ville. Le Conseil municipal a égale- 
ment voté pour cet objet, un crédit spécial de 300.000 francs. 

Rien ne s'oppose donc à ce que la nouvelle Faculté des Sciences soit 
constituée. Quelques fonds disponibles, par suite de vacances d'em- 
ploi, permettent même d'organiser le personnel de cet établissement 
avant 1841, et pour le commencement de la prochaine année scolaire. 

Conformément aux dispositions qui ont été communiquées aux 
Chambres, il y aura, dans la Faculté de Rennes, cinq cours, savoir : 

Mathématiques, 

Physique, 

Chimie, 

Zoologie et botanique, 

Géologie et minéralogie. 



Cet i-v>; 2' :-r.c-:, : 1. âc:Ei i^i rr^n-ers "rci.il-j i'.i::e Ficulré des 
>:.e'Cr:. ici c:-. '- i ^iitrt ^rifcii^-i-s rÎT-lilres et i ua professeur 

V'.t'c \'i . tr. e- i-ci::-.!': c« -r.erjirrs. xzrx i::é La Brei^rne 

d'--* 1. --l1 c .-. : :-:..-. :; L^e i-x i-Ters cti'r :5sen:cn3 d'easci- 

j'-tT.-:-.: :.z-:.c-r -r 1 rc-- s ,ii-s 11 '....e ie Pvcr.-.es, doit avoir une 
r.--r-.:c l-'^.-c'jc :ir !c icv^l irrezic::: i't^lcjt-cl de no5 provinces 

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S-'e. 

de Votre Mi;esté, 
Le trc; h -T.l!e, irwS ob^jissiar et fîicle servireur. 

Lg MmiStrt, 
S^r'tUlre d'Exil *m iigitrirmni é€ Tlmiirmciîam fm^l^te, 

V. COUSÎX. 



Louis-Philippe, roi des Français, 

A tous, présents et a venir, salut. 

Vu la loi de finances du i6 juillet 1840; 

Vu le rapport de notre Ministre, Secrétaire d'État an département 
de rinstruction publique ; 

Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit : 

Article premier. 

Une Faculté des Sciences est créce au Chef-lieu de T Académie de 
Rennes. 

Article 2. 

Cette Faculté sera composée de cinq chaires, savoir : 

Mathématiques, 
Physique, 



CIlimîe, 

Zoologie et botanique, 

Géologie et minéralogie. 

Quatre des dites chaires seront confiées à des professeurs titulaires, 
la cinquième sera occupée par un professeur adjoint. 

Article j. 

La nomination des professeurs sera faite directement, pour la pre- 
mière fois, par noue MinisUe, Secrétaire d'État aa département de 
l'Instruction publique, Grand-Maître de l'Université. 

Article 4. 

Notre M inistre. Secrétaire d'État au dépariement de l'Instruction 
publique, est chargé de l'exécution de la présente ordonnance. 

Donné au Palais des Tuileries, le 13 septembre 1840. 

LOUIS-PHILIPPE. 



CHAPITRE II 

Nomination du Personnel. — Organisation 

de l'Enseignement. 




[vANT même que Tordonnance royale du 12 sep- 
tembre 1840 eût définitivement constitué la Faculté 
des Sciences de Rennes, le Ministre, Victor Cousin, 
exprimait sa hâte de voir les travaux d'aménagement commencer. 
Il eût voulu que les cours et les examens pussent être inaugurés 
à la rentrée solennelle de novembre 1840. Ainsi qu'en témoigne 
la lettre que Ton va lire, il pressait vivement le Recteur, 
M. Dufilhol, de faire exécuter les travaux projetés; il ne se 
rendait pas compte des nombreuses difficultés qu'il fallait encore 
surmonter avant la mise en marche des divers services de la 
nouvelle Faculté. 

14 juillet 1840. 
Monsieur le Recteur, 

Les deux Chambres ont voté les fonds nécessaires pour l'établisse- 
ment d'une Faculté des Sciences dans la ville de Rennes, et je ne 



— 34 — 

renonce point au projet de créer un jour, dans cette ville, une Faculté 
de Médecine, qui compléterait, pour TOuest de la France, un ensemble 
de hautes et fortes études. En attendant que ce projet puisse être 
complètement réalisé, il importe de prendre toutes les mesures qui 
peuvent concourir au but que nous nous proposons d'atteindre. Et 
d'abord il s'agit de l'organisation de la Faculté des Sciences , dont la 
dotation est portée au budget de 1841. 

Je vous prie de me faire connaître, Monsieur le Recteur, si les 
travaux d'appropriation du local provisoire destiné â cette Faculté, ne 
pourraient pas commencer avant le i«' octobre prochain, époque 
à laquelle Monsieur le Maire de la ville de Rennes présumait que l'aile 
gauche de l'Hôtel de Ville serait rendue disponible. Il serait utile que 
les cours de la Faculté des Sciences pussent s'ouvrir en même temps 
que ceux de la Faculté des Lettres et de la Faculté de Droit, et j'avi- 
serais aux moyens de pourvoir aux traitements des professeurs jusqu'au 
l^** janvier. Pour cela il faut que le local soit promptement mis en 
état conformément au devis que je vous ai transmis le 6 avril 1840 
et que les collections scientifiques soient formées... Mon intention 
serait de nommer assez prochainement le doyen de la nouvelle Faculté ; 
mais j'ai besoin d'être assuré d'abord qu'aucun obstacle ne retardera 

l'installation de la Faculté du i^** au 15 novembre prochain En 

songeant à l'organisation de la Faculté des Sciences, il faut aussi 
s'occuper sérieusement à relever l'École secondaire médicale qui peut 
devenir la Faculté de Médecine. 

La Faculté des Sciences attirera nécessairement un certain nombre 
d'élèves nouveaux à l'École secondaire de Médecine par la facilité 
d'obtenir le baccalauréat es Sciences. 

Recevez, Monsieur le Recteur, etc. 

Le Pair de France ^ Ministre de l'Instruction publique, 

Victor Cousin. 



Après la promulgation de l'ordonnance de création, il restait 
encore à jiommer le personnel de la Faculté. M. JoUivel, à ce 



— ÎS — 

moment délégué de la Martinique à la Chambre, mais un peu 
plus tard député de Rennes, fut chargé par le Maire de faire des 
démarches à ce sujet et aussi d*appuyer à l'occasion certains 
candidats locaux dont la Mairie désirait vivement la nomination. 
Voici la lettre que M. Jollivel reçut de Victor Cousin. 

Paris y le 4 septembre 1840. 
Monsieur, 

Vous m'avez fait l'honneur de m' écrire pour appuyer le vœu de 
M. le Maire de Rennes qui, désirant mettre la Ville en mesure de 
pourvoir promptement à l'installation de la Faculté des Sciences, a 
demandé la liste des instruments et des collections nécessaires à l'ou- 
verture provisoire des cours. 

Le Conseil royal de l'Instruction publique que j'ai consulté à ce 
sujet a pensé qu'il convenait d'attendre, pour Tacquisition du mobilier 
scientifique, la nomination des professeurs de la nouvelle Faculté. Je 
m'occuperai de ces choix importants aussitôt que je connaîtrai le 
résultat du concours qui doit s'ouvrir prochainement pour l'agrégation 
des Facultés des Sciences. Je désire assurer à celle de Rennes par un 
examen approfondi des titres des candidats toutes les garanties de 
succès. La nomination du doyen et des professeurs ne peut donc 
être longtemps difïérée. Je prendrai des mesures pour qu'ils se rendent 
immédiatement â Rennes et alors ils se concerteront avec le délégué 
de la Ville pour l'acquisition du mobilier scientifique de la nouvelle 
Faculté. Les dépenses pourront être dirigées plus utilement et répondre 
à tous les besoins et â tous les vœux. 

Recevez, etc. 

Le Pair de France, Ministre de Vlnstru^tion publique, 

V. Cousin. 

Le Ministre tint sa promesse. Par arrêté en date du 14 sep- 
tembre 1840, M. FÉLIX DujARDiN, professeur de Géologie et 
Minéralogie à la Faculté des Sciences de Toulouse, fut nommé 



- 36- 

Doyen de la Faculté des Sciences de Rennes et professeur de 
Zoologie et Botanique. 

Le 9 octobre de la même année» furent institués par décret : 

M. Vieille, professeur de Mathématiques; M, de la Pro- 
vosTAYE, professeur de Physique; M. Malaguti, professeur 
de Chimie; M. Payer, professeur adjoint de Géologie et de 
Minéralogie; M. Pokt allié, préparateur d'Histoire naturelle. 

Il n'est pas sans intérêt d'indiquer ce que sont devenus ces 
hommes sur qui le choix du Ministre s'était arrêté et qui ont 
présidé à la naissance de notre Faculté. 

M. Dujardin est mort en 1860 membre correspondant de 
rinstitut; il a publié un très grand nombre de travaux du plus 
haut intérêt; on peut dire de lui qu'il est un précurseur dont 
l'œuvre a presque entièrement survécu à son auteur. M. Vieille 
est devenu Inspecteur général de l'Université et Recteur de l'Aca- 
démie de Dijon ; M. de la Provostaye est mort Inspecteur général 
de l'Université. M. Malaguti, chimiste de premier ordre, membre 
correspondant de Tlnstitut, fut successivement professeur, doyen, 
puis Recteur à Rennes, où il est mort en 1878, commandeur 
de la Légion d'honneur. Enfin, M. Payer est le célèbre bota- 
niste, mort membre de l'Académie des Sciences en 1860. 

On voit par ces brèves indications que Victor Cousin tenait 
au succès de son œuvre. La situation que nos premiers pré- 
décesseurs ont occupée dans l'Université et dans la Science 
témoigne de l'intérêt que le Grand-Maître portait à la nouvelle 
institution. Ses choix étaient heureux. Il n'est que juste de l'en 
remercier, même à aussi longue distance. 

Aussitôt après la nomination de Dujardin comme doyen, 
M. Pontallié, qui faisait depuis plusieurs années un cours de 
Botanique à l'usage des étudiants en médecine, et qui venait 



FÉLIX DUJARDIN 



— 37 — 

d'être nommé préparateur, fut délégué à Paris par le Maire de 
Rennes pour procéder aux achats des collections d'Histoire natu- 
relle; il s'entendit à ce sujet avec Dujardin, qui se trouvait à cette 
époque dans la capitale, puis, sur la demande du Maire, il eut 
une entrevue avec le Ministre. Le récit de cette audience est .' "é- 
ressant; elle est racontée par Pontallié dans une lettre qu'il écrivit 
au Maire et dont j'extrais quelques passages caractéristiques. 
(^Archives municipales. R-9/4 ) 

Paris, 28 septembre 16*40, 

il parait que M. Cousin n'accorde d'audience à personne. M. Dujardin 
m'a dit que sans le secours du baron Thénard, qui l'a introduit presque 
par surprise dans le cabinet du Ministre, il n'aurait jamais pu parvenir 
à obtenir un moment .d^audience ; aussi dois-je me regarder comme 
fort heureux d'avoir pu causer avec le dit Ministre pendant cinq minutes 
à sa réception du jeudi soir 24. Plus de cent cinquante personne** se 
pressaient autour de lui dans le salon, et sur vingt environ à qui il 
a parlé, j'ai été un de ceux qui ont obtenu des plus longues confé- 
rences (sic). 

Il a surtout insisté sur son projet bien arrêté de donner à Rennes 
une Faculté de Médecine ; mais tout est subordonné au succès de la 
Faculté des Sciences. Le succès est immanquable de la part des profes- 
seurs qu'il nommera. Il trouve une franche et active, très active 
coopération de la part de l'autorité municipale. 11 tient surtout à ce 
qu'il appelle son bâtiment. Il faut qu'on lui donne très promptement ce 
bâtiment qu'on lui a promis; il craint qu'on ne recule, on devrait déjà 
avoir mis la main à l'œuvre, etc. . ., etc. . . J'ai répondu que la Ville, 
occupée en ce moment de l'emprunt que les Chambres l'ont autorisée 
à contracter pour cet objet, était disposée à agir aussitôt qu'elle aurait 
obtenu l'approbation des plans soumis en ce moment à l'examen du 
Conseil des bâtiments; que d'une autre part je venais prendre ses 
ordres pour l'acquisition du mobilier scientifique pour la réception et 
l'installation duquel on prépare en ce moment le local provisoire. 



-38- 

Très bien ! a-t-ii dit. Il faudra qu'avant de quitter Paris vous ayez vu 
M. Vatoni (?). Je presserai moi-même les choses, le Conseil des bâti- 
ments n'allant pas vite en besogne. 

Le doyen Dujardin retourna quelques jours après à Toulouse 
où il s'attardait probablement un peu trop au gré du Recteur, 
M. Dufilhol, qui lui écrit le 25 octobre 1840 la lettre suivante. 

{Archives de la Faculté. — Dossier 2-1840.) 

Monsieur le Doyen, 

Je m'empresse de vous donner connaissance d'une lettre de M. le 
Ministre, datée du 23 octobre courant, et dans laquelle il autorise 
l'annonce des examens de la Faculté des Sciences pour la collation des 
grades dans les premiers jours du mois de novembre prochain. 

€ Rien ne s'oppose, m'écrit-il, à ce que la Faculté soit installée le 
jour de la séance solennelle de rentrée et elle pourra procéder ensuite 
aux examens. Mais ce qui est surtout à désirer, c'est que quelques-uns 
des cours puissent s'ouvrir en même temps. Je vous prie de ne rien 
négliger pour en obtenir les moyens. Messieurs les Professeurs, de leur 
côté, se prêteront sans doute à tout ce que pourraient exiger les circons- 
tances locales. Je vais les inviter à se rendre immédiatement à leur 
poste, afin que l'installation de la Faculté puisse avoir lieu au jour 
indiqué. > 

Il est bien à désirer. Monsieur le Doyen, que vos affaires vous 
permettent d'être de retour pour assister à la séance d'installation qui 
aura lieu le 10 novembre. 

Recevez, Monsieur le Doyen, etc. . . 

Le Recieur de VAcadémit, 

L. DUFILUOL. 

La séance solennelle de rentrée eut lieu le 10 novembre, 
dans la grande salle de THôtel de Ville. 



— 39 — 

J'en emprunte le compte rendu à la brochure officielle qui, 
cette année-là pour la première fois, et depuis lors régulièrement 
tous les ans, nous est distribuée. Si Ton en juge par ce procès- 
verbal^ la cérémonie d'inauguration ne dut guère diflférer de celles 
que nous voyons chaque année se dérouler, à peu près à la 
même date, dans le grand amphithéâtre de la Faculté de Droit. 

Tous les Corps universitaires assistaient en costume à la 
cérémonie. Le Conseil académique, les Facultés de Droite des 
Sciences et des Lettres, l'École secondaire de Médecine s'y 
trouvaient réunis. Venaient ensuite les fonctionnaires du Collège 
royal et les fonctionnaires de l'Instruction primaire. MM. le 
Lieutenant-général commandant la 13* division militaire, le 
Préfet, le Maréchal-de-Camp commandant le département, le 
Maire, les Adjoints en uniforme; le Conseil municipal, un grand 
nombre de Magistrats, plusieurs membres du Clergé; enfin, les 
premières autorités civiles et militaires témoignaient par leur 
présence du vif intérêt qui s'attache aux travaux des Facultés. 
Une grande affluence se pressait dans la salle. MM. les Étudiants 
y étaient fort nombreux. 

A onze heures et demie, la séance s'est ouverte sous la 
présidence de M. le Recteur de l'Académie, qui a prononcé le 
discours suivant : 

« Messieurs, 

€ Cette nouvelle fête universitaire est la consécration d'un nouveau 

bienfait que vous saurez dignement apprécier Chacun a voulu 

favoriser, dans notre terre natale, ce caractère sérieux et réfléchi, ces 
habitudes morales et laborieuses qu'il est facile d'y reconnaître. Vos 
vœux légitimes de perfectionnement ont suscité les plus honorables 
sympathies et l'édifice de l'instruction n'a pas tardé à prendre parmi 
nous un accroissement des plus imposants. 



— 40 — 

a II n'y a pas encore deux ans qu'une solennité semblable à celle qui 
nous réunit appelait le vif intérêt de tout ce que cette ville renferme 
de plus distingué. Auprès de cette Faculté de Droit, qui rajeunît chaque 
année ses anciens titres et sa réputation nationale, en ajoutant de 
nouvelles richesses à la science et un nouvel honneur au professorat, 
venait s'inaugurer une Faculté des Lettres, qui n'a failli à sa sœur aînée 
ni pour l'éclat de l'enseignement, ni pour la portée des travaux person- 
nels de ses membres ; et, certes, l'alliance qu'elle a contractée avec 
Testime publique ne peut que se resserrer de jour en jour. 

« Aujourd'hui, Messieurs, nous célébrons un nouveau progrés. La 
munificence de la Ville est venue en aide aux bonnes intentions de 
l'Université ; et, de cette parfaite unité de vues, de cette activité com- 
mune, de cette bonne volonté réciproque, est résultée la prompte 
organisation de la Faculté des Sciences que nous avons l'honneur de 
placer dans nos rangs. Il est impossible, Messieurs, de procéder sous 
de meilleurs auspices à une plus intéressante cérémonie, puisqu'il nous 
est donné de réunir, d'une part, des noms déjà connus dans la science, 
des titres accordés à de fortes épreuves, et, en regard, un public avide 
d'instruction, juste appréciateur des choses, doué d'un jugement ferme 
et d'une grande puissance d'attention 

a Ce n'est pas sans éprouver un vif contentement, comme citoyen 
et comme universitaire, que nous considérons ce bel ensemble de 
moyens d'instruction mis à notre portée • 

Sur Tinvitation de M. le Recteur, le Secrétaire de l'Académie 
a donné lecture de rordonnance du Roi qui crée la Faculté des 
Sciences et des arrêtés ministériels qui nomment le Doyen, les 
Professeurs et le Préparateur d'Histoire naturelle. 

M. le Recteur a ensuite reçu le serment de MM. les fonc- 
tionnaires de la Faculté des Sciences; puis il a déclaré que cette 
Faculté était dûment installée et a invité M. le Doyen à prendre 
la parole. 

M. Dujardin s'est exprimé en ces termes : 



— 41 — 

Pour cette fois seulement, dans la solennité qui doit nous réunir 
chaque année, notre Faculté des Sciences n'a rien à dire de son passé ; 
elle ne peut parler encore que de son avenir; mais c'est avec une 
entière confiance que dans cet avenir elle espère un succès. L'accueil 
si empressé que ses membres ont déjà reçu est un gage certain de la 
faveur que son enseignement doit rencontrer chez vous. 

Les fonds généreusement votés par les représentants de la cité auront 
mis les professeurs à même de continuer, loin de Paris, des travaux 
qui, j'ose le dire, ne seront pas sans honneur pour la Faculté et, par 
conséquent, pour le pays qui l'adopte. Et je puis le déclarer. Messieurs, 
au nom de mes collègues et au mien, jamais notre zèle ne sera au- 
dessous des sacrifices que la Ville de Rennes s'est imposés ; et ce ne 
sont désormais que des obstacles matériels qui peuvent retarder l'ou- 
verture de tous nos cours. Nous aurons ainsi, pour notre part, contribué 
à la prospérité de votre École de Médecine, que ses services, que son 
importance croissante rendront chaque jour plus chère au pays, et qui, 
nous Tespérons, pour notre avenir à nous-mêmes, changera bientôt 
son titre modeste pour prendre rang parmi les Facultés. 

Si notre Faculté^ Messieurs, a trouvé chez vous les éléments du 
succès qu'elle croit pouvoir se promettre, nous devons le dire haute- 
ment^ ses membres apportent avec eux des chances de succès telles 
que peu d'autres Facultés en pourraient présenter davantage. Le titre 
d'agrégé vient d'être créé en quelque sorte pour donner plus de garanties 
à la nouvelle Faculté qui vous était promise : c'est désormais le titre 
scientifique le plus élevé que puisse conférer l'Université aux hommes 
qui aspirent aux honneurs du professorat : aussi dois-je être fier de voir 
cette Faculté, à la tête de laquelle m'avait appelé la confiance du 
Ministre, complétée uniquement par des professeurs ayant conquis avec 
distinction le titre d'agrégé et l'ayant conquis dans des concours jugés 
d'avance si difficiles que le résultat seul a pu convaincre de leur possi- 
bilité les hommes les plus éminents de la science. 

L'enseignement de la Faculté des Sciences doit être un enseignement 
tout à fait supérieur et destiné à former des licenciés ; cependant, nous 
l'espérons, chacun des professeurs saura trouver le moyen de concilier 
les obligations de son titre avec le désir que nous avons tous de popu- 



^ 



— 42 — 

lariser la science ou du moins de la rendre accessible au plus grand 

nombre 

Notre enseignement. Messieurs, vous offrira donc dés son début un 
ensemble presque complet ; mais nous espérons le voir bientôt plus 
complet encore, quand la création d'une deuxième chaire de Mathé- 
matiques et d'une chaire de Botanique nous aura permis d'inscrire deux 
noms de plus sur la liste des professeurs. Ce résuhat que nous appelons 
de tous nos vœux, notre succès aura pu le hâter sans doute et cela doit 
vivement exciter notre zélé ; mais, nous devons le dire aussi, ce résultat 
sera dû bien davantage encore à l'empressement que la Ville de Rennes 
a mis déjà et qu'elle mettra désormais à contribuer dignement à réta- 
blissement des Facultés dans son sein. 

La Faculté des Sciences, dans cette mémorable séance, se 
trouvait donc officiellement installée. Mais, malgré le vif désir 
du Recteur et du Ministre, il s^en fallait encore de beaucoup 
qu'elle fût en état de fonctionner régulièrement. 

Le seul acte de 1840, dont il m'a été possible de constater 
l'accomplissement, est un examen de licence passé à la fin de 
novembre par M. Paignon. Pendant Tannée scolaire 1 840-1 841, 
il y eut une session de baccalauréat en juillet. Le Recteur, en 
janvier 1841, demanda au Doyen de lui faire parvenir les pro- 
grammes des cours; le Doyen répondit qu'il ne lui était pas 
possible d'en fournir puisque la plupart des professeurs n'étaient 
pas encore arrivés. Il est probable que plusieurs d'entre eux, 
venus pour la séance de rentrée, étaient repartis, les uns par 
suite de Timpossibilité de faire leurs cours, les autres pour veiller 
à la construction des instruments de Physique à Paris. Il est 
bien certain que les locaux étaient encore à l'état de chan- 
tiers et que ce fut là la cause déterminante qui fit renvoyer au 
mois de novembre 1841 l'ouverture des cours réguliers de la 
Faculté. 



— 45 — 

Toute Tannée scolaire passa en aménagements, et il ne parait 
pas que ce fut sans de nombreuses difficultés de détail. J'ai, en 
effet, trouvé dans les Archives de la Faculté, une lettre du 
Recteur au Doyen, datée du lo novembre 1841, l'informant que 
le local est prêt et peut être immédiatement occupé. Je relève 
dans cette lettre deux phrases caractéristiques : 

« M. le Maire m'assure que rien n'a été négligé pour l'appro- 
priation provisoire du local. Si quelques détails sont incomplets, 
je pense que TÂdministration municipale n'élèvera pas de diffi- 
cultés pour achever son œuvre. Il importe que nous ne mon- 
trions aucun souvenir du grand nombre de difficultés qu'on 
nous a suscitées depuis longtemps. » Cette phrase dans sa diplo- 
matie administrative est à noter. Elle est claire quand on a lu 
les pages qui précèdent. 

A la rentrée solennelle du 8 novembre 1841, le doyen 
Dujardin annonça que les retards dus aux difficultés de l'instal- 
lation touchaient à leur tin ; il indiqua les programmes des cours 
qui devaient s'ouvrir incessamment. 

Mais dans le courant de cette année perdue, d'importants 
changements dans le personnel des professeurs avaient eu lieu ; 
la Faculté, il est vrai, aurait eu mauvaise grâce à s'en plaindre , 
car la suite a montré que les nouveaux venus étaient dignes de 
prendre la place des premiers. M. Chenou, qui remplaçait 
M. Vieille, fut ensuite, pendant de longues années, Doyen de la 
Faculté des Sciences de Poitiers. M. Morren remplaçait dans 
la chaire de Physique M. de la Provostaye; longtemps Doyen 
de notre Faculté, il fut appelé à Marseille, avec le même titre 
de Doyen, à la création de cette Faculté; enfin M. Durocher, 
qui s'est fait un si grand nom dans la science, et devint membre 
correspondant de Tlnstitut, succédait à Payer. 



— 44 — 

Du personnel primitif, il ne restait donc que le doyen Dujardin 
et Malaguti. 

C'est sous cette nouvelle forme que nous allons voir la Faculté 
se metire à l'œuvre; nous entrons maintenant dans la première 
phase de son existence scientlâque. 



■anar 



MALAGUTI 



CHAPITRE III 



La Faculté des Sciences au Présidial 




^oici enfin la Faculté sortie de cette première période, 
longue et laborieuse; elle est définitivement créée; 
"S^IOCS elle est dotée de ses organes intellectuels; il s'agit 
maintenant de lui donner un abri et le matériel nécessaire à son 
fonctionnement. 

On se souvient qu'à Tépoque des pourparlers préliminaires, il 
avait été convenu que la Ville aménagerait un local provisoire 
en attendant la construction d'un édifice qui recevrait les trois 
Facultés et TÉcole de Médecine et qui s'appellerait du nom, un 
peu pompeux, de Palais Universitaire. Une somme de 15.000 fr. 
avait été inscrite au budget de 1840 à cette intention, en même 
temps qu'une autre somme de 37.000 fr. avait été votée spécia- 
lement pour acheter les collections et instruments indispensables. 
Le Recteur pressait la Mairie de procéder aux aménagements; 
le Ministre, de son côté, insistait vivement : il aurait voulu que 
les cours pussent s'ouvrir dès novembre 1840. 



-46- 

Mais ce désir était irréalisable ; au mois d'octobre, le baron 
Thénard, qui avait été spécialement chargé à Paris des études 
de la future Faculté de Rennes , se rendait compte que le 
Ministre se faisait illusion; il empêcha même Pontallié, que le 
Maire avait délégué pour l'achat des collections, de conclure les 
marchés définitifs avant que le personnel ne fût nommé. 

La Ville avait affecté au service de la Faculté le premier étage 
de l'aile Nord de la Mairie, que l'on désigne habituellement sous 
le nom de Prisidial et où se trouvent actuellement une partie 
des services de la Bibliothèque municipale. Mais les pièces 
ne devaient être libres que le i*' octobre 1840; elles étaient 
occupées par le Tribunal de première instance, qui devait les 
quitter pour aller au Palais de Justice prendre possession d'autres 
locaux. 

Les travaux ne purent donc commencer que dans les premiers 
jours de novembre 1840, sur les plans et devis arrêtés par le 
Conseil municipal, et dont le montant définitif s'élevait à la 
somme de 17.830 fr. 09, dépassant ainsi de près de 3.000 francs 
l'allocation primitive. Ce n'était là qu'un premier et léger acci- 
dent financier ; il devait s'en produire bien d'autres ! La dernière 
délibération du Conseil, en date du 31 octobre 1840, attribuait, 
en outre, à l'École de Médecine la belle salle dite « la Chapelle », 
située sous la tour de l'horloge, pour y faire ses cours (voir sur 
le plan : beffroi municipal). 

Les aménagements furent à peine ébauchés pendant cette fin 
d'année, et 9.300 francs seulement avaient été dépensés; on 
reporta le reste du crédit au budget de 1841. Quant aux collec- 
tions, des achats étaient déjà faits pour 32.944 francs. 

 la même séance où furent arrêtés ces chiffres, des plans et 
devis furent déposés sur le bureau du Conseil pour la construc- 



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— 47 — 

tion du Palais définitif. C'était le commencement d'une intermi- 
nable série de vicissitudes que nous exposerons plus loin. 

Cependant l'aménagement se poursuivait. Ton entrevoyait 
même son achèvement, lorsque le 26 avril 1841 surgit un inci- 
dent qui faillit tourner au tragique. Â cette date, l'architecte 
annonçait au Maire que non seulement les travaux du Présidial 
n'étaient pas terminés, mais que, de plus, ses crédits étaient 
épuisés. Le Conseil se plaignit vivement et nomma une Com- 
mission pour vérifier u qui a itijaity ce qui reste à faire et entendre 
M. le Doyen. Le 25 mal, la Commission constata que les travaux 
faits dépassaient les crédits alloués; il est vrai : « qu'on les 
a reconnus indispensables » et, comme consolation, on assure 
que, « quand la Faculté quittera le Présidial », à peu près tous 
les travaux faits, sauf pour 4.000 francs, pourront être utilisés. 
Sur cette bonne parole, le Conseil vota d'abord 4.130 fr. 57 
pour payer les dépassements, 7.308 fr. 76 pour nouvelles 
dépenses à faire^ auxquelles il ajouta 100 fi'ancs pour l'entretien 
des poêles. 

En somme, à cette date, la Ville avait consacré à cette instal- 
lation provisoire 66.469 fr. 42. Le Conseil, peu satisfait, adopta 
un ordre du jour sévère pour ceux qui dépassaient ainsi les 
crédits, et les menaça en termes vifs (notamment l'architecte) de 
leur laisser en charge les dépenses ainsi engagées. 

Malgré ces diverses péripéties, le local se trouva prêt vers le 
commencement de novembre. Le Recteur invita le Doyen à 
le visiter officiellement avant de s'y installer, en ayant soin de 
lui recommander de ne point faire allusion aux ennuis passés. 
Cette visite eut lieu le 12 novembre et, sauf quelques observa- 
tions de détail, les locaux furent acceptés ; remise officielle en 
fut faite à la Faculté. 



-48- 

Pendant que ces travaux s'effectuaient, les professeurs de 
Physique et de Minéralogie étaient en congé régulier à Paris, 
où ils surveillaient la construction de leurs appareils. Le doyen 
Dujardin était arrivé à Rennes au commencement de no- 
vembre 1840 pour assister à la séance d'inauguration de la 
Faculté. En passant à Paris, il avait vu Pontallié que le Maire 
y avait délégué pour Tachât des collections d'Histoire naturelle. 
Il est bien certain que cette délégation n'avait pas plu à Dujar- 
din qui avait vu là (et il avait absolument raison) un empiéte- 
ment sur ses attributions. Comme, d'autre part, Pontallié avait 
été candidat malheureux à la chaire donnée à Dujardin^ il est 
possible qu'il avait quelque peu laissé percer son dépit. J'ai 
trouvé aux Archives municipales une lettre curieuse de Pontallié 
au Maire où l'on voit déjà poindre l'orage qui devait éclater 
en 1842, brouiller le professeur et le préparateur et amener 
Dujardin à abandonner ses fonctions de Doyen. 

Voici une partie de cette lettre : 

8 octobre 1840. 

Bien que je n'aye qu'à me louer sous tous les rapports de mes 
relations avec M. le Doyen, je n'en suis pas moins fondé à croire 
qu'il n'a accepté ma coopération aux emplettes d'objets d'Histoire 
naturelle qu'à raison des connaissances spéciales que je puis avoir 
dans cette partie, et parce que, obligé de se rendre à Rennes pour son 
installation et peu disposé à revenir à Paris avant l'ouverture des 
cours, il n'était pas inutile pour lui, en sa qualité de professeur d'His- 
toire naturelle, d'avoir quelqu'un sur qui il pût se reposer du soin 
de choisir et d'acquérir ce qui le regarde exclusivement. Sans cette 
circonstance, la mission honorable que vous m'aviez confiée et le titre 
de délégué de la Ville auraient été, à ses yeux, l'une superflue, l'autre 
sans valeur, parce qu'il ne m'a pas laissé ignorer qu'il y aura cons- 
tamment tendance de la Faculté à se soustraire à toute dépendance 



— 49 - 

et même à s^afFranchir de toute influence municipale. Voilà, Mon- 
sieur le Maire, ce que je pense et que je crois devoir soumettre à votre 
appréciation. 

Il était indispensable de citer cette lettre, car les incidents 
qui suivirent et qui ne furent que le développement de ces 
indications, eurent un retentissement considérable sur la carrière 
scientifique de Du jardin. 

J'aurais voulu pouvoir donner ici une description absolument 
certaine de Tinstallation de l'ancienne Faculté au Présidial ; 
mais il m'a été impossible, malgré toutes mes recherches, de 
retrouver un plan authentique des aménagements de 1840-41. 
J*ai eu toutefois, grâce à l'obligeance de M. le bibliothécaire 
Le Hir, le plan de l'organisation projetée pour la Bibliothèque 
municipale qui succéda à la Faculté dans les mêmes pièces. Les 
divisions anciennes et nouvelles y étaient reproduites en deux 
teintes. Je n'ai eu qu'à supprimer la partie projetée pour avoir 
l'état ancien, et c'est ainsi que j'ai obtenu le plan que l'on voit 
ci-dessous. 

Mais j'avais seulement la distribution des pièces et leur affec- 
tation m'échappait. A défaut de document officiel, je cherchais 
un témoin oculaire. Or, pour retrouver les premières traces de 
l'installation de la Facuhé, il faut remonter à 45 ans au moins 
en arrière, et les survivants de cette époque se font rares. 

J'ai eu la bonne fortune d'en trouver un. C'est notre aimable 
et savant collègue M. le docteur Bellamy, professeur à l'École 
de Médecine. II suivit, comme étudiant, au Présidial, les cours 
de la Faculté, puis ceux de l'École de Médecine ; il y fut l'élève 
de Dujardin et de Malaguti \ il alla ensuite à Paris terminer ses 
études médicales et revint à Rennes en 1855; Malaguti le prit 
alors comme préparateur de Chimie. Il n'a cessé depuis d'appar- 



— So — 

tenir à notre Université qui s'enorgueillit d'avoir conservé en lui 
un professeur de Chimie aussi savant que fin littérateur. C'est 
M. Bellamy qui, en 1856, opéra le déménagement du labora- 
toire de Chimie, de la Mairie au Palais Universitaire. Il a bien 
voulu rappeler pour moi ces souvenirs lointains et tracer sur le 
plan les indications que Ton peut y lire. Ceux que cet historique 
intéresse se joindront à moi pour exprimer leur reconnaissance 
au professeur Bellamy qui a saisi avec empressement cette occa- 
sion de témoigner sa gratitude à ses anciens maitres en rappelant 
avec humour quelques traits curieux de leur caractère. 

Voici donc en quoi consista, pour la Faculté des Sciences, 
une installation qui, provisoire, dura quinze ans. Mais ce provi- 
soire fut loin d'être stérile. De ces rudiments de laboratoires qui 
nous paraîtraient aujourd'hui si misérables sont sortis de magni- 
fiques travaux; et quand on songe à la pauvreté de leurs 
ressources, on se fait une idée plus haute de la valeur scienti- 
fique des hommes qui, avec si peu de moyens matériels, ont pu 
effectuer de si précieuses découvertes; on ne peut s'empêcher 
de penser à ce qu'ils auraient fait s'ils avaient été moins parci- 
monieusement outillés. 

La Faculté était tout entière logée au premier étage du Pré- 
sidial, dans les locaux actuels de la Bibliothèque municipale. 
La grande salle de lecture du public, dont les cinq fenêtres 
s'ouvrent sur la place de la Mairie, ornée alors d'un arbre de la 
Liberté, était divisée par une cloison qui en faisait deux amphi- 
théâtres inégaux. Le premier, plus petit, était le plus rapproché 
de la tour de Thorloge; il était affecté aux cours d'Histoire 
naturelle et de Mathématiques. C'est là que Dujardin, Durocher, 
Chenou et Dupré ont enseigné. L'autre, beaucoup plus grand, 
était placé dans la partie Nord ; la chaire était située là où est 



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DUROCHER 



— 53 — 

maintenant le bureau de travail du bibliothécaire, adossée à la 
rue de l'Hermine. On voit actuellement dans la salle de lecture 
un arceau à moulures dorées qui marque l'ancienne séparation 
des amphithéâtres ; les boiseries sont celles qui décoraient la 
salle de cours de Malaguti. Le public y entrait par la petite porte 
qui existe encore sur le côté Ouest de l'arceau, et à laquelle 
aboutissait alors un étroit corridor conduisant au vestibule 
d'entrée. Celte dernière partie n'a pas changé ; autrefois on péné- 
trait à la Faculté, comme aujourd'hui à la Bibliothèque, par la 
petite porte de la rue de THorloge ; on trouvait à droite l'escalier 
de bois qui y est encore et qui certainement, il y a cinquante 
ans, était aussi vieux qu'aujourd'hui, avec sa rampe à barreaux 
de bois et son palier à mi-étage. Au haut de Tescalier, un vesti- 
bule sombre; tous les Rennais le connaissent; c'est là que s'ouvre 
la porte à deux battants qui donnait accès, jusqu'à ces derniers 
jours, dans le cabinet du Secrétaire général de la Mairie. En 1840, 
c'était celle du petit musée d'Histoire naturelle. 

Les pièces interdites au public comprenaient seulement : 
1° Un cabinet pour le professeur de Chimie, attenant au grand 
amphithéâtre, et éclairé par deux fenêtres sur la rue de l'Her- 
mine : c'était le laboratoire particulier de Malaguti ; 2° Une pièce 
formant l'angle de la rue de l'Hermine (une fenêtre) et de la 
rue de l'Horloge (deux fenêtres) servait de cabinet de Physique; 
on y déposait seulement les instruments qui ne craignaient paj 
trop les émanations venant du laboratoire de Chimie ; les autres 
instruments, on a peine à le croire aujourd'hui quand on visite 
notre cabinet de Physique, étaient en dépôt, en ville, chez le 
professeur qui devait les apporter à la Faculté chaque fois qu'il 
en avait besoin pour ses cours; 3° Une petite pièce, à une seule 
fenêtre sur la rue de l'Horloge, mais séparée de cette rue par 



— S4 — 

une petite cour : c'était le laboratoire de Chimie où l'on prépa- 
rait les cours et où se faisaient les analyses ; 4® Une pièce sem- 
blable, disposée de la même façon, venait ensuite. Elle était 
entourée de vitrines où étaient entassées toutes les collections 
d'Histoire naturelle. C'est elle dont j'ai dit un mot un peu plus 
haut. Toute cette partie de la Faculté sert aujourd'hui de dépôt 
des livres de la bibliothèque. Un petit corridor intérieur rendait 
ces pièces indépendantes; il n'en reste plus actuellement qu'un 
tronçon où l'on a installé un calorifère. 

A ces parties principales il faut ajouter un cabinet pour le 
Doyen, ayant une fenêtre dans la partie concave de la façade 
sur la place de la Mairie : c'est le cabinet actuel du Secrétaire 
général. Un tout petit local en dépendait qui servait de dépôt 
de verrerie. Il faut signaler enfin le logement de l'appariteur et 
de sa famille : une pièce unique de 6 mètres sur 3 ! 

La Faculté avait en outre la jouissance d'une petite cour^ 
séparée de la rue de l'Horloge par un mur; il s'y trouvait un 
puits et une pompe, « la pompe de la Faculté », trop souvent 
détraquée. J'ai trouvé plus d'une trace écrite des plaintes de la 
Faculté contre cet engin capricieux. La plupart du temps on 
achetait de l'eau, à un sou le seau, pour le laboratoire de 
Chimie, aux porteurs qui passaient dans la rue ; cette institution 
pittoresque, florissante alors, a disparu depuis une dizaine 
d'années, au grand regret de bien des vieux Rennais qui ne 
prirent que difficilement leur parti d'avoir de l'eau pure en 
abondance. La petite cour en question sert actuellement, si je ne 
me trompe, à loger sous un hangar les allumoirs et lanternes 
des gaziers municipaux; le puits a été comblé. 

On voit par ces indications sommaires que le professeur de 
Chimie seul était à peu près convenablement logé^ presque aussi 



— 55 — 

bien même qu'il le fut dans le Palais qui succéda au Présidial ; 
en tous cas, Malaguti ne s'y trouvait pas mal, sauf toutefois que 
le carrelage de son cabinet, sur lequel il était toute la journée 
debout, « lui donnait des rhumatismes tris douloureux du tendon 
d'Achille ». On lui construisit un parquet en 1844. Une autre 
amélioration eut lieu en 1845 ; on installa deux becs de gaz à la 
Faculté, en spécifiant bien qu'ils seraient communs à la Physique 
et à la Chimie. Voici un passage de la curieuse lettre que 
Malaguti écrivit au Doyen pour accepter cette munificence : 

Quant à l'importance, quoique je ne la trouve pas immense, pour 
mon cours particulier, il n'en est pas moins vrai que tout professeur de 
Chimie, et moi, tout le premier, s'estimera heureux d'avoir à sa dispo- 
sition deux becs de gaz et n'hésitera point à manifester sa reconnais- 
sance vis-à-vis de la commune qui voudra bien lui faire ce cadeau. Au 
surplus, ce qui peut ne pas être excessivement important pour le pro- 
fesseur de Chimie actuel peut le devenir pour un autre professeur, etc. 

Cette lettre n'est-elle pas à la fois touchante et instructive ? Mais 
que nous sommes encore loin des 300 becs de gaz du laboratoire 
de Chimie actuel qui remplacent le grand brasier de charbon de 
bois brûlant toute la journée dans le laboratoire de Malaguti ! 

Par la suite, ce savant professeur avait si bien pris l'habitude de 
son installation qu'il ne voulut plus la quitter quand le nouveau 
Palais fut enfin terminé. Il fallut de longues négociations pour 
le décider à sortir de son local et à s'exiler « dans les terrains 
vagues d'au-delà du pont Saint-Georges ». Il résista tant qu'il put 
aux objurgations des habitants de la Mairie et des rues voisines 
qu'il empestait des exhalaisons de son laboratoire. Cela était 
cependant devenu un toile général en 1852, quand Malaguti fut 
chargé des expertises médico-légales dans l'affaire célèbre 



- 56- 

d'Hélène Jégado, cette domestique qui, en peu de temps, em- 
poisonna par l'arsenic, sans motif, une vingtaine de personnes. 
Ces analyses ne sentaient peut-être pas plus mauvais que bien 
d'autres, mais l'imagination et l'horreur causée par cette affaire 
amplifiaient probablement les plaintes des voisins. Quoi qu'il en 
soit, Malaguti ne lâcha prise qu'en 1856 et, à bout d'arguments, 
vint rejoindre au Palais Universitaire les autres Facultés et 
rÊcole de Médecine; celte dernière y était depuis 1852. Cest, 
comme je l'ai dit^ M. Bellamy qui fit le déménagement, le pré- 
parateur en titre, M. Sarzeau, étant âgé et devenu presque aveugle 
par suite d'une explosion dans le laboratoire. L'opération du 
transfert ne fut pas simple, car en ces quinze ans, Malaguti avait 
entassé dans son local une quantité prodigieuse d'objets; il avait 
même passablement empiété sur le logement de ses collègues. 

Quant au professeur de Physique, il lui fut toujours impos- 
sible de faire la moindre recherche au Présidial. 

Les professeurs d'Histoire naturelle n'eurent jamais de labo- 
ratoires spéciaux; la pièce des collections était leur seul terri- 
toire; ils travaillaient chez eux, ce qui ne les empêcha pas de 
faire d'admirables découvertes qui ont illustré notre Faculté. 

L'opinion publique ne tarda pas à apprécier, comme ils le 
méritaient, le zèle et le savoir des nouveaux professeurs ; on se 
pressait à leurs leçons et jamais popularité ne parut de meilleur 
aloi. J'ai retrouvé dans une lettre du Maire, les chiffres moyens 
des auditeurs pendant Tannée 1847. Les voici : Physique et 
Chimie, 120; Zoologie, 50; Botanique 60; Géologie et Miné- 
ralogie, 30; Mathématiques appliquées, 30; Mathématiques 
pures, 8 à 10. Ces derniers étaient des professeurs et maîtres 
du Collège qui de plus avaient organisé entre eux des confé- 
rences. 



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— S7 — 

On me permettra d'ajouter un dernier détail qui montrera le 
désintéressement de nos prédécesseurs. On a vu combien leur 
traitement était maigre ; ils n'hésitèrent pas cependant à s'im- 
poser un lourd sacrifice qui, pour plus d^un, n'était pas sans 
mérite. Le nombre des préparateurs était tout à fait insuffisant; 
il n'y en avait qu'un pour les sciences physiques et chimiques 
et un autre pour les sciences naturelles. Comme on refusait d'en 
nommer un troisième, les professeurs de Physique et de Chimie 
firent sur leurs deniers propres les frais d'un préparateur sup- 
plémentaire afin d'avoir chacun le leur. La question d'argent se 
trouva ainsi résolue au détriment de leur bourse, mais au profit 
de leur enseignement. 

J'ai retrouvé dans les archives de la Faculté des Sciences, 
une partie des programmes manuscrits, remis par chacun des 
professeurs au Doyen qui en composa la première affiche des 
cours de la Faculté. Je n'ai malheureusement pas pu retrouver 
cette affiche. Il m'a paru intéressant de reproduire ces programmes 
qui représentent les débuts de l'enseignement de notre Faculté. 
J'ai pensé que ce serait aussi un hommage rendu à nos prédé- 
cesseurs que de reproduire par la photographie les manuscrits 
autographes de leurs programmes. J'ai choisi ceux de Dujardin 
et de Malaguti, deux savants dont les noms brillent toujours avec 
éclat dans la science et sont, sans contredit, les deux plus 
illustres professeurs de la Faculté des Sciences de Rennes. 

Cours de Mathématiques, 

Le professeur se propose de donner deux leçons d'analyse par 
semaine. Elles comprendront le calcul différentiel et le calcul intégral. 
Une troisième séance sera consacrée à l'astronomie descriptive. 

J.-C. Chenou. 



- S8- 

Cours de Physique. 

Le professeur de Physique se propose d'exposer cette année les 
propriétés générales de la matière ; la première partie des phénomènes 
qui dépendent de la chaleur, les actions moléculaires et Pacoustique ; 
il se réserve de renvoyer à la suite de la lumière et dans la deuxième 
année du cours la deuxième partie de la chaleur, dans laquelle il exposera 
les propriétés du calorique rayonnant. 

MORREN. 

Cours de Chimie. 

Le professeur traitera cette année de la chimie inorganique. Il 
étudiera les propriétés générales des corps simples et de leurs princi- 
paux dérivés. Il examinera d'une manière spéciale toutes les combi- 
naisons qui ont trouvé d'importantes applications et il sera porté ainsi 
à aborder des questions de thérapeutique et de médecine légale et â 
discuter les points les plus importants de la métallurgie, de la céramique 
et de plusieurs arts industriels. 

F. Malaguti. 

Cours de Zoologie et de Botanique. 

Le professeur, dans la première partie de son cours, exposera les 
principes de physiologie et d'anatomie comparée sur lesquels repose 
l'étude de la zoologie, et fera Tapplication de ces principes â la classifi- 
cation des animaux vertébrés. Â partir du mois de mai, la botanique 
fera l'objet des cours ; le professeur exposera, en particulier, les carac- 
tères des familles et des genres. 

F. DUJARDIN. 

(Le programme du cours de Géologie manque aux Archives.) 

Collections et Bibliothèque. — En votant la création de la 
Faculté, le Conseil municipal avait voulu lui donner les moyens 
matériels de fonctioimer utilement ; il lui avait alloué une 

























AUTOGRAPHE DE MALAGUTI 
Programme de son premier Cours de Chimie. 



— 59 — 

somme de 37.000 francs destinée à l'achat des collections 
scientifiques. 

Sur cette somme, 20.000 francs avaient été attribués au 
cabinet de Physique ; le professeur, aussitôt nommé, avait établi 
la liste des instruments à acheter et le Conseil royal de 
l'instruction publique avait approuvé cette liste. Les instruments 
furent construits à Paris pendant l'année 1841. Cette somme 
était relativement peu élevée pour monter un cabinet de Physique; 
aussi n'avait-on pas acheté d'instrument très cher pour en avoir 
davantage, répartis dans toutes les sections de cet enseignement. 
Le professeur de Chimie avait fait de même. Par la suite 
quelques crédits supplémentaires permirent de procéder à 
phisieurs achats importants. Environ 10.000 francs furent 
dépensés pour l'organisation première du laboratoire de Chimie. 

Qpant aux collections d'Histoire naturelle, une somme de 
7.000 francs environ leur fut attribuée; comme on la vu plus 
haut, le préparateur Pontallié fut chargé d'aller à Paris faire les 
achats vers la fin de 1840. De son côté, Dujardin avait écrit aux 
professeurs-administrateurs du Muséum pour leur demander de 
contribuer à l'établissement de ces collections. Le j6 décembre 
1841, il reçut une lettre signée de Chevreul, Brongniart et de 
Jussieu, annonçant l'envoi de trois caisses et d'un baril renfer- 
mant 157 minéraux, 24 mammifères et 24 oiseaux. Ce fut là le 
premier fonds de notre musée de Zoologie et de Minéralogie. 

D'autre part, la Ville possédait une petite collection d'Histoire 
naturelle. Pontallié fut chargé par le Maire d'y faire un choix et 
de remettre à la Faculté ce qui pourrait lui être utile. Six cata- 
logues furent dressés par lui et, le 31 décembre 1841, il fit 
remise au Doyen d'un grand nombre d'objets « dont beaucoup en 
mauvais état, mais pouvant cependant être utilisés. » Voici l'énu- 



— 6o — 

mération du contenu de ces six catalogues : i° Minéralogie, 
3.768 échantillons; 2° Ustensiles et instruments de Minéralogie, 
79; 3° Débris de Zoologie, 174; 4° Coquilles, 944 ; 5° Échino- 
dermes et Polypiers, 94; 6° Végétaux, 2.798. 

II faut ajouter à ce fonds les objets achetés en 1840-41 et 
Ton aura une idée approximative de la composition du musée 
d'Histoire naturelle à Torigine. 

La Bibliothèque scientifique, qui alors appartenait en propre 
;\ la Faculté, semble avoir été bien négligée dans ces achats. 
Le premier rudiment provint d'un envoi d'ouvrages fait par le 
ministre Victor Cousin qui, en octobre 1840, en annonça la 
concession à la Faculté. Toute critique de ma part aflfaiblirait 
la saveur de cette liste des livres, dont le principal mérite est 
d'avoir servi de centre d'attraction à notre Bibliothèque scienti- 
fique universitaire, si lentement accrue et si laborieusement 
constituée. 

Euclidis sex libri priores de geometricis principiis, — in-f<>. 1550. 

Traité de la construction des instruments de Mathématiques, 

Commentarius in Âristotelis physicam. Tome I, 1680 (Barbay). 

Aristotelis historiae de animalibus, 161 9. 

Dictionnaire de t*Histoire naturelle, de Valmont de Bomare, 1768. 

Du PIN ET, Histoire du monde de Pline second, 1608. 

RiVARD, Traité de la sphère, 1743. 

Flamsterd, Atlas céleste, 1776. 

Duhamel de Monicour, Traité de la culture des terres, 1750. 

Brissot, Essai sur les maladies du monde, 1770. 

Brissot, Avis au peuple sur sa santé, 1770. 

PoRTAL, Instruction sur le traitement des asphyxiés, 1807. 

Senac, Traité de la structure du cœur, 1749. 

D1EMABROCK, Auatome corporis humani, 1679. 

Paré (Ambroise), Œuvres chirurgicales, 1641. 



^.^a^^mûn/ (/^^yo^â^^^^ <yvaàé/m(^ . 




■^âj /éc:p^^'c^êr^)/S^/. 





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LETTRE D'ENVOI DU PREMIER FONDS DES COLLECTIONS D'HISTOIRE NATURELLE 
Signée par les Administrateurs du Muséum : Chevreul, Brongniart, de Jussieu. 



6i 



Descartes, Lettres sur la Morale, la Physique, la Médecine, i66j. 

Descartes, Les principes de la Philosophie, 1668. 

Aristoteiis organum graeci, i S97. 

Chevalier, Histoire des travaux d'art aux États-Unis. 

Ddchesne, Guide de la culture des bois forestiers. 

Gœthe, Œuvres d'LLislotre naturelle. 

LtBRi, Histoire des Sciences matbèmaliques en Italie. 

Knipp de Courcelles, Histoire des pigeons exotiques. 

CuviER, Le règne animal. 

FoNTAN, La Russie dans l'Asie Mineure. 

Montrèrent, Voyage autour du Caucase. 

Flore de la Sarthe et de la Mayenne. 

JouBERT, Flore du centre de la France. 

{Arcbhts il la Facklli. — Dossier ;, iS 



CHAPITRE IV 



La Faculté des Sciences au Palais Universitaire 

(185S-1896) 




E Palais Universitaire, construit sur le quai de TUni- 
versiié, à l'angle de l'avenue de la Gare, fut longtemps 
commun aux trois Facultés, à TÉcoIe de Médecine, 
aux Musées municipaux et aux bureaux de l'Académie. Actuelle- 
ment la Faculté des Sciences a presque complètement abandonné 
les locaux qu'elle y occupa pendant plus de quarante ans. Il 
résulte de cette communauté que le Palais Universitaire, n'ayant 
pas été spécialement affecté à la Faculté des Sciences, il ne 
m'appartient pas d'en faire un historique complet et détaillé. Je 
me bornerai donc à résumer brièvement les péripéties variées 
qui précédèrent et accompagnèrent sa construction, en insistant 
seulement sur les points qui concernent plus spécialement la 
Faculté des Sciences. Je renvoie le lecteur que ces détails 
intéresseraient au rapport de M. le Conseiller Hamon dont il a 
déjà été question plus haut (Délibération du Conseil municipal, 
24 décembre 1846). 



-64- 

On a pu voir par les documents qui précèdent que la Ville 
de Rennes s'était engagée, lors des conventions préliminaires 
avec le Grand-Maître de l'Université Villemain, à construire, 
sans délai, un Palais définitif pour remplacer le logement provi- 
soire qu'elle offrait aux Facultés, et, plus particulièrement, à celle 
des Sciences, au Présidial. On se souvient que Victor Cousin, 
en septembre 1840, insistait auprès de Pontallié, délégué de la 
Ville, pour que Ton commençât tout de suite ce qu'il appelait 
« son bâtiment »• Il voulait même presser le Conseil royal des 
bâtiments « qui n'allait pas vite en besogne ». Mais les bonnes 
intentions du Ministre n'étaient égalées que par ses illusions, et 
ce n'est que seize ans plus tard que la Faculté des Sciences fut 
logée tout entière dans ce Palais. 

Ce fut en novembre 1840 que, sur la demande du Ministre, 
le Recteur écrivit au Maire, M. Tétiot, pour lui demander de 
mettre promptement la question à l'étude. 

Dès le 13 février 1841, un premier projet, avec plans et devis, 
fut déposé sur le bureau du Conseil qui nomma une Commis- 
sion pour l'étudier. Le 19 février, le rapporteur, M. Leguay, 
exposa au Conseil que la Commission avait examiné deux ques- 
tions distinctes : 

I. — Doit-on réunir en un seul édifice les trois Facultés, 
rÉcole de Médecine, le Musée de tableaux et les collections 
scientifiques de la Ville ? 

II. — Doit-on rapporter la délibération du 13 avril 1840 qui 
indique l'emplacement de la Motte à cet effet, ou choisir de 
préférence l'endroit voisin des quais ? 

<( Le rapporteur déclare que l'unité de local a été décidée a 
l'unanimité et, à la majorité, l'emplacement situé au Nord de 



-65 - 

celui du Collège, emplacement qui joindra au Sud la nouvelle 
rue projetée parallèlement au quai (rue Touiller actuelle), à 
l'Est la promenade des Murs (avenue de la Gare), au Nord 
le quai de la rive gauche de la Vilaine (quai de l'Université)» 
et pourra être facilement séparé des maisons, à TOuest, au 
moyen d'une rue qui aboutira au Collège (rue de l'École de 
Médecine). » 

Les conclusions de M. Leguay furent adoptées et l'architecte 
invité à refaire des plans conformes. Par conséquent le premier 
projet de construction sur la Motte était abandonné. 

Le 26 mars, Tarchitecte envoya ses nouveaux plans qui furent 
remis à une Commission. Le 23 août, quatre nouveaux plans 
furent déposés et remis à la même Commission. Deux jours 
après (25 août 1841) eut lieu une longue séance du Conseil. 
On discuta sur l'importance des travaux engagés en divers points 
de la ville, sur le mauvais état des finances. Plusieurs membres 
étaient d^avis de remettre à plus tard la construction du Palais 
projeté. Mais le rapporteur et M. Richelot (à ce moment doyen 
de la Faculté de Droit) déclarèrent qu'il y avait un contrat sacré 
entre la Ville et l'État; celui-ci serait en droit de retirer ses 
Facultés s'il n'était pas exécuté; d'ailleurs, les finances de la 
Ville n'étaient pas en si mauvais état qu'on l'affirmait et l'on 
pourrait commencer la construction dès 1842 ou au plus tard 
le 1*'^ janvier 1843. 

Une nouvelle Commission fut nommée pour aviser à ce que 
Ton pouvait faire. 

Le 30 août, le ministre Villemain écrivit pour rappeler à la 
Ville ses engagements. 

Le 29 novembre 1841, on refit de nouveaux plans pour le 
Palais et l'on chargea encore une Commission de rechercher les 



— 68 — 

M. de Salvandy, vint à Rennes spécialement pour mettre fin à 
cet état de choses déplorable. Il offrit une subvention de l'État ; 
il établit un programme net et précis. Le Maire, M. Pongérard, 
réunit le Conseil municipal le 1 1 décembre^ et c'est dans cette 
séance que M. Hamon lut le rapport auquel j'ai déjà renvoyé 
plusieurs fois, dans lequel il exposa l'historique de la ques- 
tion. Voici le passage où les intentions du Gouvernement sont 
exposées et discutées. 

Supposé en effet que, par impossible, vous rejetiez la solution qui 
vous est offerte, quelle serait la conséquence de ce vote ? Vos enga- 
gements, suspendus jusqu'ici, se raviveraient, en quelque sorte^ avec un 
redoublement d'énergie ; vos querelles recommenceraient avec le Conseil 
général. Comment exécuteriez-vous le contrat d'échange ? (Il s'agit là, 
je crois, de locaux pour la Faculté de Droit et le Tribunal.) Le laisseriez- 
vous annuler ? Que feriez -vous alors de la Faculté des Lettres et de la 
Faculté des Sciences? Et vos Musées, que deviendront-ils? Il faut pour- 
tant songer à les loger, nous dirons plus, à les sauver. Ainsi, des deux 
côtés : manquement i vos obligations et danger imminent pour les 
intérêts municipaux. 

L'offre bienveillante du Gouvernement réalise au contraire tous les 
vœux que vous avez exprimés et vous procure les moyens d* action que 
vous avez successivement désirés. 

I. — Votre engagement primitif se bornait à 300.000 francs : il est 
ramené â ces termes. 

II. — Vous demandiez que l'excédent vous fût fourni par le Gouver- 
nement : cette demande est accordée. 

III. — Vous vouliez retarder l'amortissement de l'emprunt jusqu'en 
1853, pour y appliquer les deux crédits extraordinaires qui deviendront 
libres à cette époque : vous obtenez cette facilité. 

IV. — Vous avez constamment désiré Tunité de construction; si vous 
y avez une seule fois renoncé, c'était â regret et contraints par les cir- 
constances : on vous fait une loi de ce système. 



MORREN 



-69- 

V. — Vous teniez à ne pas augmenter les taxes : vous ne les aug- 
menterez pas. 

VI. — Depuis vingt-deux ans vous n'avez cessé, vous et vos prédé- 
cesseurs, de demander l'érection de votre École de Médecine en Faculté : 
la réalisation du projet conduit à ce résultat. 

VII. — Depuis vingt-deux ans aussi, vos prédécesseurs et vous, 
vous essayez de faire de la Ville de Rennes le centre des études litté- 
raires et scientifiques des départements de l'Ouest : ce vœu va être 
irrévocablement accompli. 

Voici maintenant les combinaisons financières que^ d'accord 
avec le Gouvernement, le rapporteur proposait au Conseil. 

Prévision de dépense totale 660.000 fr. 

Intérêts de l'emprunt pendant la construction. . . 41.203 — 

Total. ...... 701 .203 fr. 

Le Gouvernement offre de prendre à sa charge. . . 300.000 fr. 
La Ville devra emprunter 300.000 — 

et prendre le reste, soit loi .205 — 

sur ses recettes ordinaires. 
L'amortissement se fera en sept ans, de 1853 à 1860. 
On demandera au Conseil général de contribuer pour 60.000 fr. 

Le rapporteur fait remarquer que, pour les installations pro- 
visoires, la Ville a déj;\ dépensé : 

Pour la Faculté des Sciences 70.000 fr. 

Pour la Faculté des Lettres 10.000 — 

Pour l'École de Médecine 36.000 — 

Terrain acheté pour le futur Palais 22.000 — 

Valeur du reste du terrain qu'elle donne 40.000 — 

Total 178.000 fr. 

Nouvelle subvention 401 .205 — 

Total général 579.205 fr. 



— 70 — 

Après cet exposé, le projet fut renvoyé à une Commission des 
finances; M. Hamon fut nommé rapporteur; ses conclusions 
furent adoptées à l'unanimité dans une délibération dont voici 
quelques passages : 

(Délibérations du Conseil municipal de Rennes^ D. I. 24, 
page 56, Séance du 24 décembre 1846, manuscrit.) 

Le Conseil, considérant que la Ville de Rennes est naturellement 
appelée par ses traditions, par ses mœurs, par sa position géographique 
et par ses rapports avec les centres qui l'environnent à devenir le centre 
commun des établissements d'instruction supérieure que le Gouverne- 
ment s'occupe de créer pour les départements de l'Ouest ; qu'elle n'a 
cessé durant plusieurs années de poursuivre de ses vœux et de ses 
demandes la réalisation de cet ordre de choses ; que lorsque le Gouver- 
nement lui a demandé son concours pour l'accomplir elle Pa accordé 
avec empressement et que, depuis, elle s'est imposé les plus durs sacri- 
fices pour assurer la réalisation du projet ; 

Qu'ainsi elle a dépensé des sommes considérables tant pour l'instal- 
lation provisoire des deux Facultés nouvelles qui lui ont été accordées 
que pour la fondation d'une École de Médecine ; que, voulant en outre 
compléter l'établissement universitaire et le fortifier en le concentrant, 
elle a décidé de réunir toutes les Facultés dans un bâtiment commun ; 
qu'elle a essayé par des efiorts persévérants de remplir sa promesse, 
mais que la pénurie de ses finances et d'autres obstacles plus forts que 
sa volonté l'en ont empêchée jusqu'ici 

Par ces motifs, le Conseil accepte l'offre bienveillante de M. le Ministre 
de l'Instruction publique et invite M. le Maire à lui transmettre l'ex- 
pression de sa gratitude 

Le Maire écrivit immédiatement au Préfet pour lui demander 
la convocation du Conseil général, qui^ le 26 décembre, vota 
les 60.000 francs demandés, répartis en huit annuités. 

Tout étant bien arrêté, on s'occupa de terminer définitivement 



— 71 — 

les devis et les plans; ils furent revus, corrigés, amendés et 
finalement adoptés le 27 mars 1847. 

Voilà donc enfin ce projet arrivé à la période d*exécution, 
après quelles vicissitudes ! On fixa une date pour la pose de la 
première pierre et Ton demanda au Ministre, M. de Salvandy, 
de venir présider la cérémonie le 8 novembre 1847. Un empê- 
chement le retint à Paris et la fête fut remise à plus tard. 

Voici en quels termes M. Laferrière, inspecteur général du 
Droit, délégué à Rennes dans les fonctions de Recteur, annonça 
cette déconvenue dans son discours de rentrée des Facultés, ce 
jour-là même, 8 novembre 1847 : 

€ Nous avions espéré que le chef de l'Université viendrait poser la 
première pierre de l'édifice dont il a, d'accord avec la bienveillance du 
premier magistrat de ce département, secondé le vote et la construction 
par son généreux concours. Combien il est à regretter que, par un 
pénible et involontaire incident, notre légitime espérance n'ait pu 
immédiatement se réaliser ! Nous eussions vu, comme signe d'une heu- 
reuse alliance, dans le présent et dans l'avenir, la main du vénérable 
prélat de ce diocèse bénir la pierre qu'aurait scellée la main du Grand- 
Maître de l'Université, i 

M. Laferrière rendait hommage à la libéralité de la Munici- 
palité « qui s'impose de graves sacrifices pour ériger un monu- 
ment approprié à la beauté toujours croissante de la ville et aux 
vues de l'Université. La grande pensée qui fait le lien de nos 
institutions d'enseignement supérieur sera enfin majestueusement 
représentée par un monument d'architecture, comme les grandes 
pensées de la religion, de la justice, des libertés municipales, 
qui ont leurs temples, leur palais, leur hôtel de ville. Le monu- 
ment universitaire, lui aussi, frappera vivement les esprits et 
fera naître dans les cœurs de nobles inspirations. » 



— 72 — 

Nous sommes au 8 novembre 1847, c'est-à-dire trois mois 
avant le 24 février 1848 

Les travaux commencèrent dès les premiers jours de 1848; 
la Ville paya régulièrement les dépenses faites. Mais brusque- 
ment la Révolution de Février éclatait, et cependant la Ville, pour 
répondre aux idées du moment, malgré le mauvais état des affaires 
et de ses recettes, s'empressa d'activer la construction pour 
occuper le plus possible d'ouvriers; on ne s'intéressait plus seu- 
lement au Palais Universitaire, mais aux prolétaires qui le 
construisaient. On dépensa donc beaucoup dans ce premier 
exercice. 

Mais l'État n'avait encore fait qu*un versement insignifiant sur 
l'annuité promise. Le Maire, M. Pongérard, inquiet, fit demander 
des explications au Ministre de l'Instruction publique, Vaula- 
belle, sur ce retard; c'est M. Legeard de la Diryais, représen- 
tant du peuple, qui fut chargé de l'ambassade. Le 14 septembre, 
le Ministre lui répondit « qu'il a apprécié les considérations 
présentées par le Maire avec sollicitude », et qu'il a d'autant 
plus regretté de ne pouvoir donner suite à sa réclamation. « Il 
n'existe, écrit-il, au budget du Ministère de l'Instruction publique 
aucun fonds sur lequel cette dépense puisse être imputée. » 
Il faudrait une loi spéciale pour obtenir les 300.000 francs 
demandés. Le Ministre « de Tancien régime » pouvait espérer 
l'obtenir, mais les circonstances ne sont plus les mêmes et la 
situation du Trésor ne permet pas de soumettre à l'Assemblée 
nationale un projet d'allocation extraordinaire pour cet objet. 
« Je n'ai donc aucun moyen de faire payer à la Ville de Rennes 
la subvention qu'elle réclame. » (^Archives municipales, M,, s/i6.^ 

Grand émoi à la Mairie. M. Pongérard réunit son Conseil 
qui délibéra et rédigea une longue pétition adressée « au Citoyen 



ir t 



^%U 



PLAN DE RENNES 

de lap, avjat U consiiui 
. en [«wimé et le Paliis U 



— 73 — 

Président du Conseil des Ministres, chef du pouvoir exécutif, 
et aux Citoyens membres du Conseil ». On faisait valoir que sur 
les 37.500 francs de l'annuité promise, l'État n'avait payé que 
3.750 francs; que la Ville avait déjà dépensé, tant en travaux 
effectués qu'en achat de matériaux rendus à pied d'œuvre 
206.299 francs; que plus de deux cents malheureux ouvriers 
allaient se trouver sans travail, dans la mauvaise saison qui 
approche; qu'enfin le paiement des annuités dues serait « une 
garantie de plus de la continuation de la tranquillité publique 
que nous avons été heureux de maintenir dans notre ville jusqu'à 
ce jour ». Il fut ensuite décidé que l'on demanderait au Conseil 
général d'adhérer à la pétition. Le Préfet, on ne voit pas claire- 
ment pourquoi, fit tous ses efforts pour empêcher le Conseil 
d'appuyer cette réclamation ; il employa toutes sortes de moyens 
dilatoires. Finalement une pétition spéciale fut annexée à celle 
du Conseil municipal. 

Les choses s'arrangèrent cependant; l'État ne versa rien 
pour 1848, mais la Chambre vota une loi qui rétablissait l'an- 
nuité de 37.500 francs, de 1849 à 1856, au total : 296.250 francs, 
qui, avec les 3.750 francs payés^ reconstituaient les 300.000 
primitivement promis. Cette loi de finance est du 20 février 1849; 
elle est promulguée par Armand Marrast, Président de l'As- 
semblée nationale, M. de Falloux étant Ministre de l'Instruction 
publique, le quatrième depuis le 24 février (Hippolyte Carnot, 
Vaulabelle, Freslon). 

La Ville, une fois encore, dut modifier son tableau d'amor- 
tissement. La construction marcha dès lors régulièrement. La 
cérémonie de la pose de la première pierre, ajournée en 1847, 
eut enfin lieu, le bâtiment étant d'ailleurs assez avancé, le 
4 mai 1849, sous la présidence du Préfet, M. Caffarelli, 



— 74 — 

M. Théry étant Recteur et M. Pongêrard, Maire. La pierre, qui 
contient des médailles, est placée à l'angle Nord-Ouest du bâti- 
ment, sous la pièce qui sert actuellement de cabinet au Directeur 
de l'École de Médecine. 

En 1852, l'École de Médecine put s'installer dans son local. 
En 1853, le Conseil vota un crédit supplémentaire de 1.750 francs 
pour sculpter le fronton de Tédifice. En 1854, à la suite de 
quelques modifications apportées à l'aménagement intérieur, la 
dépense fut arrêtée, le 3 février, au total de 666.100 francs. 

La Faculté des Sciences commença à s'installer, à peu près 
en même temps que celles des Lettres et de Droit, en 1854-35, 
sauf cependant le service de la Chimie qui ne fut accepté par 
Malaguti qu'en 1856. 

Ce Palais Universitaire, dont nous venons de résumer très 
brièvement l'histoire, fut en grande partie bâti dans le lit de la 
Vilaine dont le cours venait d'être rectifié par la construction 
des quais. La rivière faisait là, après le pont Saint-Georges, 
une boucle qui entourait sur sa rive droite une presqu'île basse, 
sur laquelle repose actuellement la façade Nord de l'édifice. La 
façade Sud est entièrement construite dans le lit de la rivière ; 
il en est de même pour les bâtiments latéraux. Cette circonstance 
exigea l'établissement de pilotis. 

Le Palais n'empruntait qu'une minime parcelle de terrain sur 
la rive gauche, dans le jardin du Collège. 

Cette partie de la Ville était alors considérée presque comme 
la campagne, et Malaguti prétendait qu'on voulait Texiler en 
transportant son Laboratoire de P autre côté des ponts! La construc- 
tion des quais et du Palais Universitaire marqua le commen- 
cement d'une transformation complète de ce quartier; elle fut 
continuée plus tard par le percement de l'avenue de la Gare, le 



— 77 — 

comblement du bras gauche de la rivière, la suppression du 
vieux Collège qui fut remplacé par le beau Lycée que nous 
voyons actuellement. Plus tard, la nouvelle Faculté des Sciences 
vint compléter ce « Quartier Latin » de Rennes. 

Le plan, que Ton peut voir ici, a été obtenu en superposant 
le plan de 1855 à celui de 1830. Les lignes pointillées marquent 
les quais et l'avenue de la Gare; le Palais Universitaire est 
indiqué en hachures; on peut ainsi se rendre compte de la 
place quMl occupe sur la rivière ancienne. 

Voici, maintenant) en quoi consistait ce Palais Universitaire. 
(^Plan p. 7/.) Sa forme générale est un rectangle dont un des 
longs côtés constitue la façade du quai de l'Université \ Tautre 
façade parallèle donne sur la rue Touiller ; à TEst et à TOuesr, 
une petite cour extérieure détermine une échancrure, bordée au 
Nord et au Midi par deux pavillons attenant au bâtiment prin- 
cipal. Le centre de la bâtisse est occupé par une cour entourée 
d'une galerie à arceaux de granit, formant cloître, dans le 
style en plein cintre de beaucoup de constructions rennaises. 

Dans ce bâtiment, qui avait environ 65 mètres de long sur 
43 de large, le rez-de-chaussée était destiné : à l'Ouest et au 
Nord, à l'École de Médecine; au Midi, à la galerie des Beaux- 
Arts; à l'Est et au Nord, à la Faculté des Sciences. 

Le premier étage était réparti entre la Faculté des Lettres à 
l'Ouest et la Faculté de Droit à l'Est ; la galerie de peinture 
occupait le Midi. Au second étage étaient les bureaux de 
l'Académie, et l'appartement du Recteur, la bibliothèque de 
l'Académie, et quelques pièces réservées au service des Beaux- 
Arts. 

L'École de Médecine occupa les locaux qui lui étaient réservés 
deux ou trois ans avant les autres services. Mais le public ne 



-78- 

pénétra dans le nouveau Palais qu'en 1855, à l'occasion d'une 
Exposition régionale de machines agricoles, manufactures, arts 
industriels, etc. Pour cette solennité, les statues furent, pour la 
première fois, exposées dans la grande salle du rez-de-chaussée 
sur la rue Touiller, et les tableaux dans la salle du premier 
étage. Ces toiles avaient été, pendant fort longtemps, roulées 
et dispersées dans divers locaux ; beaucoup étaient en fort mau- 
vais état et durent être réparées; ce travail, qui dura plusieurs 
années, fut effectué dans une grande salle du premier étage du 
pavillon Sud-Est, faisant suite au Musée. Cest ce qui empêcha 
de livrer immédiatement ce local aux services de l'Histoire 
naturelle. 

A la fin de cette Exposition, les pièces de la Faculté des 
Sciences furent en état d'être habitées : la Physique s'y installa 
de suite; la Chimie, un an après. 

On peut dire que la Faculté des Sciences ne gagnait absolu- 
ment rien à quitter le Présidial : sauf le service de la Physique 
qui se trouva un peu plus au large, les autres étaient aussi à 
rétroit qu'auparavant. Les laboratoires n'existaient pour ainsi 
dire pas. Aussi n'est- il point étonnant que l'illustre chimiste 
Dumas, qui vint à Rennes en 1854, ait laissé voir son mécon- 
tentement, et demandé, avant même que le Palais fût fini, la 
construction d^un pavillon supplémentaire sur l'emplacement qui 
forme aujourd'hui un square au coin de l'avenue de la Gare, 
et qui n'était alors qu'un terrain vague en contre-bas du quai. 
Cette demande n'eut d'ailleurs pas de suite. 

Nous allons voir maintenant comment les divers services de 
la Faculté se trouvèrent organisés au moment où elle prit 
possession de la part qui lui revenait dans le Palais Univer- 
sitaire. 



— 79 — 



PÉRIODE DE 1855 A 1876. 

a) Service giniral. 

n y avait deux amphithéâtres : le plus petit, à deux fenêtres, 
donnait sur le quai et pouvait contenir au plus quarante audi- 
teurs; c'est là qu^avaient lieu les cours de Mathématiques et 
d'Histoire naturelle; une grande table, surélevée de quatre 
marches, servait de chaire. Le grand amphithéâtre, rectangulaire, 
était occupé dans ses deux tiers Nord par des gradins très élevés ; 
une barrière fut installée un peu plus tard entre les bancs du 
public et la table à expériences pour éviter des disparitions trop 
fréquentes d'appareils. Cet amphithéâtre était fort mal éclairé 
par des impostes pratiqués dans le mur Est ; il fallut toute Tin- 
géniosité du professeur Gripon pour disposer un jeu d*héliostats, 
qui, par un trou percé dans le mur, arrivaient, quelquefois, à 
introduire un pinceau de soleil dans ce sombre local. Une cen- 
taine de personnes pouvaient s'asseoir dans cet amphithéâtre qui 
servit aux cours de Physique et de Chimie jusqu'en 1895. 

La galerie vitrée qui suivait le mur le long de ce grand amphi- 
théâtre servait à la fois de passage, de salle de préparation des 
cours et de laboratoire pour les manipulations des élèves. 

b) Service de la Chimie. 

Cet important service se composait d'une grande pièce servant 
de laboratoire général, située dans le pavillon Nord-Est avec trois 
fenêtres, l'une sur le quai et les deux autres sur le square ; elle 
est employée actuellement au dépôt des périodiques et utilisée 



— 8o — 

comme salle de lecture réservée «nux professeurs; nous la nom- 
mons vulgairement « la glacière »^ ce qui me dispensera d'insister 
sur le genre de sensations que l'on y éprouve. Des hottes et 
des paillasses en faisaient le tour ; une table en fer-à-cheval en 
occupait le milieu. A côté se trouve une toute petite pièce, dont 
Tétage est coupé en deux par un plancher; elle servait, en bas, 
de cabinet au professeur, qui y avait quelques balances, ses livres 
et ses papiers; en haut était un petit musée de produits chi- 
miques, dont quelques-uns, fort beaux, sont encore aujourd'hui 
des témoins de Thabileté de Malaguti. Une seule fenêtre, coupée 
en deux et s'ouvrant sur le quai, éclairait ces deux rudiments de 
laboratoire. Derrière cette pièce se trouvait un petit cabinet noir 
où s'entassaient les produits sans valeur et d'usage courant. 
Enfin, un prolongement de la galerie vitrée, dont on vient de 
voir plus haut les usages multiples, servait encore de laverie et 
renfermait un fourneau où le professeur préparait certains corps 
exigeant une haute température. Comme les cours se faisaient 
dans le grand amphithéâtre, dont l'entrée était fort éloignée du 
laboratoire, c'était un incessant va-et-vient de produits, de 
verrerie, qu'il fallait perpétuellement enlever pour faire place au 
cours de Physique qui suivait. On voit que ce n'était pas sans 
raison que Malaguti refusait de quitter le Présidial, où au moins 
son laboratoire était contigu à la salle des cours. 

c) Service de la Physique. 

Une grande pièce, occupant tout le rez-de-chaussée du pavillon 
Sud-Est, complètement entourée de vitrines, était parcourue à 
mi-étage par un balcon supportant un second rang d'armoires 
vitrées. Les gros instruments étaient placés à terre et sur des 



- 8i - 

tables étaient disposés les moins volumineux. Une colonne, sor- 
tant d'un meuble hexagonal, occupait le centre de la pièce. Rien 
n'a été changé dans cette salle, sauf que les instruments ont été 
remplacés par des livres : c'est aujourd'hui la salle de lecture 
publique de la Bibliothèque universitaire. Une petite pièce don- 
nant sur la rue Touiller servait de cabinet au professeur; comme 
à la Chimie un plancher la coupait à mi-étage. Il y avait, en 
somme, au Palais Universitaire un dépôt d'instruments mieux 
installé qu^au Présidial, mais il n'y avait ni laboratoire de 
Physique, ni la possibilité d'instituer des expériences demandant 
quelque étendue ; il ne fallait pas non plus songer à placer des 
appareils à demeure dans la salle de cours en vue d'expériences 
de longue durée, puisqu'il fallait l'évacuer tous les jours pour 
faire place aux autres enseignements. 

d) Services de la Zoologie et de la Botanique. 

Au Présidial une seule pièce renfermait toutes les collections 
d'Histoire naturelle et le professeur n'avait de laboratoire, ni 
pour lui, ni pour les élèves. Dans le Palais Universitaire, l'ins- 
tallation primitive ne fut pas meilleure. La collection fut apportée 
en 1855 dans une pièce qui^ sous le péristyle du Palais, fait le 
pendant du logement du concierge; elle fut d'abord seulement 
prêtée à la Faculté, en attendant que le rentoilage des tableaux 
du Musée fût terminé, ce qui, un peu plus tard, laissa libre la 
grande salle au-dessus de la Physique, dont il a été question 
plus haut. Dujardin continua donc, comme précédemment, à 
travailler chez lui. En 1857 ou 1858, lorsque la réparation des 
tableaux fut achevée, la salle du premier étage fut divisée par 
des cloisons en quatre parties inégales : un petit vestibule, une 



— 82 — 

grande pièce avec une fenêtre au Nord et une à l'Est, une plus 
petite éclairée à l'Est et au Midi, enfin une dernière avec fenêtre 
au Midi. Des armoires vitrées furent disposées contre les murs 
et reçurent les collections de Zoologie et de Botanique. Il était 
impossible, à cause de l'encombrement, dy faire des recherches; 
aussi Dujardin, qui organisa ce petit musée pendant les deux 
dernières années de sa vie, n'y travailla- 1- il jamais. Lors- 
qu'en 1860, M. Sirodot lui succéda, il fut heureux de trouver 
l'hospitalité pour son microscope chez la mère de son prépara- 
teur et collaborateur^ M. Gallée, dans un petit pavillon, rue de 
Paris. Cest là qu'il fit ses belles recherches sur les Lémanéacées 
et les Batrachospermes. Il faut dire cependant que l'on avait mis 
au service de la Zoologie, pour y faire les dissections, un réduit 
sans lumière et sans eau dans les combles de l'édifice ; on ne 
put jamais en tirer aucun parti. 

e) Service de la Géologie et de la Minéralogie, 

Durocher, pas plus que Dujardin, n'avait de laboratoire 
au Présidial. Dans le Palais Universitaire, le professeur n'obtint 
qu'une toute petite pièce au premier étage, entre le grand 
amphithéâtre de la Faculté de Droit et les salles de la Zoologie 
qui viennent d'être décrites ; elle était très mal éclairée par une 
seule fenêtre où la lumière, en grande partie arrêtée par la saillie 
du pavillon Sud-Est, ne pénétrait qu'en bien faible quantité. Des 
planches, contre les murs, « offraient un développement de cinq 
mètres carrés pour y installer les collections » ; on avait construit 
au fond un petit fourneau avec une hotte. Cette installation 
misérable n'était sûrement pas un progrès sur celle du Présidial ; 
Durocher n'en a pas connu d'autre. Lorsque M. Massieu lui 



3 3 



-83 - 

succéda, la collection de minéraux fut transférée au rez-de- 
chaussée dans le local s'ouvrant sous le péristyle, où nous avons 
déjà vu les collections zoologiques faire une première station. 
Les minéraux y restèrent jusqu'au moment où la chaire de 
Botanique fut créée (1878). La petite pièce occupée primitive- 
ment par Durocher fut donnée au service de la Zoologie, qui 
Tutilisa comme débarras ; elle passa vers 1880 à la Bibliothèque 
universitaire. 



PÉRIODE DE 1875 A 1896. 



La Faculté souflfrait réellement de cette organisation si exiguë ; 
elle avait montré plusieurs fois, sous l'Empire, des velléités de 
réclamations ; mais à cette époque l'enseignement supérieur 
était absolument négligé ; les Facultés n'étaient point considérées 
comme ayant un autre rôle que de faire des bacheliers ; l'État 
allouait à la Faculté une somme de j^o francs par an pour l'entre- 
tien de ses collections et de sa bibliothèque. Aussi s'occupa-t-on 
fort peu des plaintes de nos infortunés collègues. Les événe- 
ments de 1870 vinrent apporter un terme à ce dédain. Aussitôt 
après la fin de la guerre, on se préoccupa sérieusement de 
relever l'enseignement sous toutes ses formes ; l'État donna 
à la Faculté des Sciences plusieurs crédits considérables pour 
augmenter ses moyens de travail. On se mit à étudier des projets 
d'agrandissements avec la ferme intention de les réaliser. 

Vers 1860, la cour intérieure avait été vitrée ; cela donna 
une vaste salle qui servit pour des concerts, des expositions, 
etc. En 1870, on y fit des réunions politiques. En 1872, on 



-84- 

pensa que les statues pourraient bien y prendre place et laisser 
libre la grande salle qu'elles occupaient sur la rue TouUier. On 
mit l'affaire en train, et le 28 juillet 1873, le Ministre» M. Batbie, 
écrivit au Maire, M. Martin, pour lui demander cette salle. On 
renonçait par ce fait à un autre projet, un moment en faveur, 
qui consistait à organiser une galerie d'Histoire naturelle au 
second étage, sur le quai, dans le logement et les bureaux actuels 
de M. le Recteur. 

Déjà les galeries qui entouraient la cour centrale en avaient été 
séparées par des vitrages et transformées, au moyen de meubles, 
en salles de collections. Celle de TOuest logeait la belle collec- 
tion de coquilles léguée à la Ville par M. Duval ; celle du Midi 
contenait la superbe collection de fossiles et de roches ayant 
appartenu à M. Marie Rouault. Ces deux collections ont été 
organisées, classées et mises en valeur par M. Bézier, le savant 
Conservateur des Musées d'Histoire naturelle de la Ville. La 
galerie Est fut aménagée vers cette époque en collection de 
Géologie régionale pour exposer les échantillons achetés à 
M. Sacher, longtemps préparateur à la Faculté. La galerie Nord 
servit toujours de vestibule au Musée des Beaux-Ârts, et d'entrée 
à la Faculté des Sciences et à la Bibliothèque. 

De 1874 ^ ^^7^9 1^^ statues furent transportées dans la cour 
centrale. De fort belles armoires vitrées furent construites autour 
de l'ancienne grande salle de sculpture, destinée au Musée de 
Zoologie et d'Ânatomie comparée, et divisée en trois sections ; 
le logement du concierge du Musée fut déplacé; l'une des pièces 
qu'il abandonna fut livrée au professeur de Physique, l'autre servit 
de salle de préparation des objets du Musée de Zoologie. Enfin, 
sur la cour de l'Est, en empiétant un peu sur le square de l'avenue 
de la Gare, on établit des galeries légères et basses d'étage, 



DUPRÉ 




3 ï 



-87- 

vitrées, qui améliorèrent sensiblement les services de la Physique» 
de la Chimie, de la Zoologie, de la Minéralogie , et même abri- 
tèrent — si j'ose employer cette hyperbole — l'appariteur. 

La dépense totale de ces travaux s'éleva à 82.365 francs, dont 
rÉtat paya 29.500 et la Ville 52.865. 

Voyons rapidement comment les services furent réorganisés 
à cette époque. 

a) Service général. 

Les amphithéâtres ne changèrent pas. Une cloison coupa la 
pièce du péristyle où nous avons laissé la collection de minéraux, 
en deux parties : Tune fut le laboratoire de Botanique, Tautre 
servit de salle de réunion pour la Faculté. Cette dernière était 
si petite que, quand plus tard il y eut des maîtres de conférence, 
l'Assemblée de la Faculté ne pouvait s'y tenir qu'à grand peine. 
Quant à l'appariteur, il reçut, comme je l'ai dit, un bout de 
hangar ; mais comme la construction n'était guère solide, la 
pluie venait parfois mouiller les papiers qui s'accumulaient dans 
ce réduit. 

b) Service de la Chimie. 

La portion de galerie vitrée construite sur la cour fut doublée, 
ce qui permit de taire, en dehors du laboratoire, les prépara- 
tions les plus gênantes ; c'est là que manipulaient les candidats 
à la Licence, qui, en outre, quand il faisait beau, portaient 
leurs appareils dehors^ ce qui ne plaisait guère aux autres habi- 
tants du Palais LTniversitaire. Une petite serre, exposée au Midi, 
fut adossée au mur Nord de la cour; elle était employée au 
séchage des produits agricoles. 



— 88 — 

c) Service de la Physique. 

Ces mêmes hangars permirent encore d'organiser un labora- 
toire d'élèves, un atelier de montage et une petite menuiserie. 
La pièce abandonnée par le concierge du Musée servit à des 
conférences et à l'installation d'instruments de mesure. 

d) Service de la Zoologie, 

C'est de beaucoup ce service qui profita le plus des amélio- 
rations générales. La cession par la Ville de la salle des statues 
et la construction des armoires qui renfermèrent les collections, 
permirent de transformer en laboratoire pour le professeur, le 
maître de conférences et le préparateur, les pièces du premier 
étage. De plus, M. Sirodot avait emprunté à la Faculté des 
Lettres une salle pour y classer les débris de grande taille quUl 
découvrait dans ses célèbres fouilles du Mont-Dol ; cette collec- 
tion spéciale fut ensuite installée dans la nouvelle galerie d'Ana- 
tomie comparée, et la pièce du premier étage rendue à la 
Faculté des Lettres ; c'est celle où se trouve le service actuel de la 
Géographie. 

Enfin la Zoologie eut aussi sa part des hangars de la cour et 
l'on put y organiser un petit laboratoire de dissection pour les 
étudiants, qui d'ailleurs y étaient fort mal. Un petit bassin logé 
dans la rotonde centrale permit d'avoir quelques animaux pour 
les expériences courantes. 

e) Service de la Géologie et de la Minéralogie, 

En 1878, lors de la création de la chaire de Botanique, 
M. Massieu ne tenant pas à avoir de laboratoire particulier, il 



fut convenu que la pièce du vestibule qui contenait les minéraux 
serait organisée pour le nouveau professeur, M. Crié; les échan- 
tillons minéral<^iques furent déposés dans de grands meubles 
adossés au mur Kord du vestibule de la Faculté de Droit, au 
premier étage ; l'opération ne se fît point sans de véhémentes 
réclamations de cette Faculté. En 1 886, à la retraite de 
M. Massieu, son successeur, M. Wallerant, demanda un labo- 
ratoire. On lui donna une petite pièce, sur le palier du premier 
étage, ayant une seule fenêtre située juste au-dessus de la grande 
porte du quai. M. Seunes, ensuite^ occupa ce local jusqu'à 
la fin du séjour de la Faculté au Palais Universitaire ; ce rudi- 
meniaire laboratoire servait pour les cours, conférences et exer- 
cices pratiques, en même temps qu'aux recherches du professeur. 

f) Service de la Botanique. 

Ce service n'eut pas d'autre installation que la pièce où 
nous l'avons vu s'organiser en face du concierge ; là s'entassa 
tout le matériel des herbiers, modèles, plantes fossiles, et les 
étudiants y travaillèrent avec le professeur jusqu'en 1897. 



— 92 — 

le grade de licencié ès-sciences qui n'était que peu recherché 
jusqu'alors. L'État institua des bourses de Licence; la Ville et le 
Département, par une louable émulation, s'engagèrent dans la 
même voie. 

Dès lors, il fallut trouver pour cette nouvelle clientèle les 
locaux nécessaires aux travaux pratiques ; on s'aperçut bien 
vite que les hangars et les laboratoires anciens étaient absolu- 
ment insuffisants. Un peu plus tard, l'institution des maîtres de 
conférence et ensuite la nouvelle loi militaire avec son article 23, 
vinrent augmenter beaucoup le nombre des membres du per- 
sonnel enseignant et des étudiants. La création de laboratoires 
pour ces jeunes maîtres et pour leurs élèves devenait une néces- 
sité urgente. Dès 1882, le Recteur, M. Jarry, constata dans son 
discours de rentrée l'insuffisance de notre installation. Je relève 
dans cette allocution le passage suivant : 

« Décidément rinstallation de la Faculté des Sciences que nous 
croyions convenable pour un assez long temps, après les dernières 
appropriations, est aujourd'hui à compléter ou à refaire. L'autorité 
centrale nous adresse à ce sujet les lettres les plus pressantes ; elle ne 
trouve pas la Ville indifférente à ses appels, et quand je me fais Técho 
de la direction de l'Enseignement supérieur, ce n*est pas qu'il soit 
besoin de forcer la main à la Municipalité, dont le chef a tant dUnitiative 
et d'énergie. » 

Cet appel ne pouvait pas ne pas être entendu et l'on se mit 
à chercher des combinaisons pour donner satisfaction aux besoins 
officiellement reconnus. On s'aperçut vite que le Palais Univer- 
sitaire, quelque vaste qu'il fût, ne pouvait plus se prêter à de 
nouvelles transformations qui eussent gravement compromis les 
autres services qu'il abrite. Il fallait^ de toute nécessité, cheircher 
dans une autre direction. 



SIRODOT 



— 93 — 

On pensa alors à transporter la Faculté tout entière dans les 
terrains vagues situés à l'Est de l'avenue de la Gare et connus 
sous le nom de « la Californie » ; mais on fut obligé de 
renoncer à ce projet, car ces terrains, enfermés entre divers bras 
de la Vilaine, étaient à cette époque inondés à chaque crue de 
la rivière. 

On songea encore à transférer TÉcoIe de Médecine près de 
THôtel-Dieu et à construire un bâtiment nouveau sur le petit 
square du coin du pont Saint-Georges. Mais cela était encore 
insuffisant. 

Un nouveau projet fut également examiné : il consistait à 
bâtir sur l'emplacement des vieilles écuries de la cale de Viarmes, 
(voir le plan, p. J2)y sur la rive droite de la Vilaine, un bâtiment 
pour loger toute la Faculté des Sciences ; mais les oflfres finan- 
cières de l'État et de la Ville ne furent pas jugées suffisantes et 
l'on y renonça. On devait y revenir. 

En 1882, la Ville exécutait un important travail de voirie. 
Une très petite rue, la rue des Violiers (voir le plan, p. 72), 
longeait la caserne en partant du pont Saint-Georges et montait 
vers la Motte. Elle était bordée à TEst par les vieilles écuries 
dont il vient d'être question, appartenant au Génie. Puis, à 
partir du coin de la rue des Francs-Bourgeois, elle longeait un 
ancien hôtel avec jardin, l'hôtel de Guerry; on créait alors, par 
l'élargissement de la rue des Violiers, la rue Gambetta qui 
nécessita la démoHtion d'une partie de l'hôtel de Guerry récem- 
ment acquis par la Ville. Sur les jardins de cette propriété 
s'élèvent aujourd'hui les Bains Saint-Georges, et la partie 
conservée de l'hôtel a été restaurée par M. Duplessix, notaire. 

A la fin de 1883, on eut l'idée d'acheter cette habitation, 
d'en faire une annexe de la Faculté des Sciences et d'y trans- 

7 



— 94 — 

fcrer les services de b Physique, de la Chimie et de la Minéra- 
lojiie. Le 20 novembre 1883, le Doyen, M. Sirodot, exposa 
devant le Conseil académique les avantages de cette solatîoo; 
un vote favorable eut lieu et Ton demanda i la Mairie de céder 
le terrain à la Faculté, de lui fournir 50.000 francs pour les 
aménagements, et Ton s'engagea i solliciter de l*Éut de faire le 
reste. Le Maire, M. le Sénateur Le Bastard, n'était guère partisan 
de ce projet. Il n'aimait pas les demi-mesures et craignait que 
la Ville ne dépensât ainsi une grosse somme pour n'arriver 
qu'à édifier un bâtiment défectueux qu'il faudrait encore modifier 
avant peu d'années. Après une correspondance assez active, il 
fut convenu de part et d'autre que l'on renoncerait à ce projet. 
La Faculté dut encore prendre son mal en patience. 

Une heureuse nouvelle vint bientôt lui faire entrevoir la 
réalisation prochaine de son ambition désintéressée. A la rentrée 
des Facultés, en novembre 1885, le Recteur annonça que la loi 
de finances votée pour améliorations urgentes à l'enseignement 
supérieur attribuait une somme de 1.200.000 fi'ancs à la Ville de 
Rennes ; mais il restait à déterminer les parts de dépenses aflfé- 
rentes à TÉtat et à la Commune. Le Directeur de l'Enseignement 
supérieur, M. Liard, vint à Rennes en février 1886 pour jeter 
les bases d'un premier accord. Voici en quels termes, à la 
séance de rentrée suivante, le Recteur exposa les conventions 
projetées : 

« La dépense ne serait pas inférieure à un million, moitié pour l'État, 
moitié pour la Ville, qui demanderait le concours du Département. 
L'emplacement projeté est le terrain de Viarmes dont la proximité nous 
séduit, et que la Municipalité céderait volontiers après estimation 
d'experts. L'Administration de la guerre doit lui en faire remise au mois 
d'août 1887. » 



— 95 — 

Mais rien n'était décidé tant que le Conseil municipal n'aurait 
pas émis un vote ferme sur le projet. En avril 1887, ce fut 
chose faite. 

Au mois d'août, le Conseil général d'IUe-et-Vilaine chargea 
sa première Commission de visiter les locaux de la Faculté et, 
sur son rapport, il vota une subvention de 100.000 francs, en 
stipulant qu'un laboratoire départemental d'Agronomie serait 
annexé au laboratoire de Chimie. Enfin le Conseil municipal 
vota, le 23 septembre, la somme qui, avec le prix du terrain, 
complétait sa part dans la dépense totale prévue alors d'un 
million. 

En résumé, voici comment se présentaient les conventions 
financières à ce moment : 

Part de l'État 3^0.000 fr. 

Part de la Ville (en argent) 130.000 — 

— (valeur du terrain) . . 230.000 — 

Subvention du Département 100.000 — 

1. 000. 000 fr. 

Le Maire de Rennes, M. Le Bastard, se rendit alors à Paris 
pour s'entendre avec le Directeur de l'Enseignement supérieur 
sur les détails qui restaient à régler. 

Pendant ce temps, les professeurs et l'architecte, M. Martenot, 
membre correspondant de l'Institut, élaboraient des plans pour 
l'aménagement des services de la future Faculté. Le contrat 
définitif fut approuvé par le Conseil le 18 novembre 1887 et les 
délais pour la construction furent fixés à quatre ans; la remise 
du nouveau Palais devait avoir lieu le i" novembre 1891; il était 
en outre stipulé, sur le modèle de la convention avec le Dépar- 
tement, qu'il y aurait un laboratoire spé.cial pour les expertises 



- 96 - 

municipales ; la Ville s'engageait enfin à répartir entre les autres 
services les locaux abandonnés dans l'ancien Palais par la Faculté 
des Sciences et à les mettre en état. 

Voici en quels termes le Doyen Sirodot exprima, dans son 
rapport annuel, les sentiments de la Faculté (page 31). 

Mais ces pensées ne sauraient affaiblir les sentiments de la plus vive 
reconnaissance envers l'État, envers la Municipalité de la Ville de 
Rennes, et, plus particulièrement, envers l'administrateur éminent au 
nom duquel s'attachera le souvenir des grands travaux accomplis dans 
notre siècle de progrès. M. le Maire a parfaitement compris que ce 
n'était pas seulement l'intérêt de la Faculté des Sciences qui était en 
jeu, mais encore, et surtout, l'intérêt du groupe des Facultés, qui dans 
un avenir prochain deviendra l'Université de Rennes. 

Je suis sûr que mes collègues de la Faculté ne me désavoueront 
pas si, en 1900, je me permets d'ajouter quelques mots aux 
paroles de mon prédécesseur pour rendre à chacun Thommage 
qui lui est dû : La Faculté des Sciences est reconnaissante de 
leurs efforts non seulement au Conseil municipal de Rennes et 
au Conseil général d'IIle-et-Vilaine, au Maire Le Bastard, qui fut 
toujours pour elle un ami dévoué et puissant, mais aussi à ses 
Doyens M. Sirodot et M. Lecharfier, à M. le Recteur Jarry, et 
surtout à M. le Directeur Liard dont la sollicitude pour la Faculté 
des Sciences de Rennes ne s'est jamais démentie et qui en est, 
comme Ta si bien dit M. le Recteur, « le véritable patron ». 

L'année 1888 fut presque tout entière employée à la prépa- 
ration des devis et des adjudications. Ce n'est qu'au mois de 
novembre que les vieilles écuries furent démolies et la cons- 
truction de l'édifice commença aussitôt. J'emprunte ici une 
phrase au rapport de M. Sirodot au Conseil académique de cette 
époque : « M. Liard, directeur de l'Enseignement supérieur, 



— 97 — 

avait heureusement résumé en quelques mots le programme à 
remplir « Pas de monument^ un atelier de Sciences. » Nous regret- 
tons tous, et c'est la seule critique que je me permettrai, que le 
conseil de M. Liard n'ait pas été un ordre; nous aurions préféré 
moins de pierre sculptée, moins de festons et d'astragales, mais 
plus de lumière, et à profusion. Nous aurions aimé une cons- 
truction qui n'aurait peut-être pas eu la majestueuse ordonnance 
du style « néo-grec », mais où de grandes baies vitrées eussent 
remplacé les trop parcimonieuses fenêtres qui nous rationnent 
le jour; M. Liard Ta bien dit, un atelier y c'est ce qu'il nous eût 
fallu. La même erreur a été commise dans d'autres villes et je 
renvoie le lecteur qui voudra s'en convaincre à l'intéressante 
brochure Usine et Laboratoire^ de notre savant collègue de Bor- 
deaux, M. Duhem. 

Quoi qu'il en soit, sous la réserve de l'expression de ces 
regrets, qui me feront peut-être traiter de barbare, nous nous 
réjouissions de voir sortir de terre notre future maison. Dès la 
fin de 1889, la construction était fort avancée; l'état des travaux 
laissait espérer que la Faculté serait livrée à la date promise. 
Mais l'installation de la charpente et les gros aménagements 
intérieurs traînèrent en longueur. Une Exposition d'art rétros- 
pectif, installée dans la partie couverte du Palais, occasionna 
un retard considérable. Au i" novembre 1891, date à laquelle 
le bâtiment aurait dû être livré, deux services seulement étaient 
en état de recevoir des meubles : le logement du concierge et 
la Géologie (rapport de M. le Doyen Sirodot). Il n'y avait que 
la partie où avait eu lieu l'Exposition qui fût parquetée. 

M. le directeur Liard vint à Rennes en septembre 1891. 
Il constata que les sommes prévues pour l'installation intérieure 
étaient absolument insuffisantes. Il promit alors deux annuités 



— 98 — 

de 50.000 francs si la Ville voulait, de son côté, consacrer 
aux travaux complémentaires 100.000 francs prélevés sur les 
bonis de la reconstruction du Lycée. On convint d'organiser de 
suite seulement les services de la Physique et de la Chimie, qui 
pourraient être inaugurés au mois de novembre 1892. 

Ces deux services, ainsi que l'amphithéâtre de Mathématiques, 
ne furent prêts que dans l'été de 1893, et s'ils le furent à cette 
date, c'est que le Président de la République, Carnot, devant 
faire un voyage en Bretagne (voyage qui, on s'en souvient, 
fut contremandé au dernier moment), on désirait lui faire inau- 
gurer la nouvelle Faculté, ou du moins les services du rez-de- 
chaussée. L'installation de cette partie fut terminée en même 
temps que celle d'un système de chauffage par la vapeur à basse 
pression. 

M. Liard, dans un nouveau voyage à Rennes, en septembre 
1893, témoigna, d'une manière effective, sa satisfaction des 
aménagements faits. Voici, en effet, le passage que je relève 
dans le rapport de M. Sirodot au Conseil académique : 

a Nous avons eu la satisfaction d'entendre M. le Directeur nous 
dire, au moment de prendre congé : « Vous avez une conduite d*eaa, 
une conduite de gaz, une conduite de chaleur ; il vous manque une 
conduite d'électricité, je vous la donne. » Quelques jours après nous 
recevions l'avis qu'une somme de 40.000 francs était mise à la dispo- 
sition de la Faculté des Sciences pour compléter son matériel scienti- 
fique. Nous devons à M. le Directeur l'expression de la plus vive 
reconnaissance pour cette généreuse allocation qui classe la Faculté 
des Sciences de Rennes parmi celles qui sont l'objet des plus sérieuses 
sollicitudes de l'État. 9 

Pendant la première partie de 1894, l'aménagement intérieur 
continua lentement. Mais une très importante modification des 



— 99 — 

programmes de renseignement des Facultés des Sciences vint, 
bien avant que le bâtiment ne fût terminé, en modifier Torgani- 
sation primitivement prévue. Il avait été décidé que les étudiants 
en médecine, avant de commencer leurs études médicales propre- 
ment dites, passeraient un an dans les Facultés des Sciences 
pour y acquérir un diplôme remplaçant à la fois l'ancien bacca- 
lauréat restreint et la première année de Médecine, telle qu'elle 
existait alors. 

Dès l'ouverture de cet enseignement, en novembre 1894, ^^ 
fallut organiser des cours et travaux pratiques pour une quaran- 
taine de nouveaux étudiants. Pour la Physique et la Chimie, on 
pouvait se servir des locaux récemment installés ; mais pour 
les Sciences naturelles on dut aménager, plutôt mal que bien, 
les pièces du rez-de-chaussée qui depuis sont devenues le cabinet 
du Doyen, les archives et la salle du Conseil de la Faculté. 

Pendant les vacances de 1894, un moteur à gaz de seize 
chevaux, une belle dynamo et une batterie considérable d'accu- 
mulateurs fut installée dans une construction légère dans la 
cour de la Physique, sous la direction du professeur Gripon et 
de M. Vèzes, maître de conférences. C'est à la même époque 
que le service de la Géologie put commencer à s'installer dans 
la partie Est de la Faculté ; quelques meubles furent construits 
et le professeur put enfin quitter le local absolument rudimen- 
taire qu'il occupait à l'ancien Palais Universitaire. 

Une autre modification importante eut lieu à cette époque. 
On avait réservé une grande salle, avec entrée particulière par le 
portail de la rue Kléber, pour en faire en quelque sorte la galerie 
des fêtes de l'Université. Il fallut la transformer en une simple 
salle de cours, car l'unique amphithéâtre réservé à la Physique 
et à la Chimie devenait complètement insuflSsant. 



— lOO — 



L'année 1895 se passa tout entière dans ce demi-provisoire. 
Il faut cependant mentionner un vote du Conseil général dlUe- 
et-Vilaine qui donna à la Faculté deux annuités de 10.000 francs 
pour contribuer à ses aménagements. D'autre part, à ce moment. 
Ton s'occupait des chemins de fer départementaux dont la 
création était décidée. Une gare devait être construite sur la 
cale de Viarmes, derrière la Faculté des Sciences. D'accord 
avec l'ingénieur en chef, M. Rousseau, et avec l'appui de 
M. Liard, la Faculté demanda la cession de la partie de la cale 
qui lui était contiguë. 

Si l'année précédente on avait pu loger, tant bien que mal, 
trente-six étudiants du Certificat des Sciences physiques, chi- 
miques et naturelles (P. C. N.), à la rentrée de novembre il s'en 
trouva plus de quatre-vingts inscrits. Il fallut donc aviser au plus 
tôt. Rapidement on construisit dans les combles du second étage, 
au-dessus de la Géologie, un laboratoire de Chimie pouvant 
contenir soixante étudiants ; vingt autres manipulèrent dans la 
salle du rez-de-chaussée primitivement réservée aux candidats à 
la Licence. D'autre part, on transforma en laboratoire d'Histoire 
naturelle les deux tiers de la grande galerie du premier étage 
affectée, sur les plans, au musée de Zoologie. L'amphithéâtre 
d'Histoire naturelle, beaucoup trop petit, fut agrandi par 
l'adjonction d'une pièce prise également sur les galeries de 
collections. Le service de la Zoologie possédait enfin au second 
étage, sur le quai, une série de pièces destinées aux travaux de 
Microgr-aphie. Elles lui furent toutes, sauf une, enlevées pour 
servir de salle de travaux pratiques de Physique. Le professeur 
de Zoologie s'inclina devant la nécessité, mais il continue à 
regretter amèrement la disparition de son service des seules 
pièces qui pouvaient être utilisées pour l'emploi du microscope, 



— lOI — 

à peu près toutes les autres étant orientées en plein Ouest, et 
par conséquent inutilisables pour cet usage pendant les deux 
tiers de Tannée. 

Malgré ces difficultés Tœuvre s'avançait vers son achèvement ; 
le Directeur de TEnseignement supérieur continuait à la suivre 
avec une bienveillante attention ; il voulut de nouveau juger par 
lui-même de ce qui avait été fait et de ce qui restait à faire. Il se 
rendit à Rennes en 1897, pressa les travaux qui viennent d'être 
indiqués, et dont la dépense s'éleva à 55.000 francs. Peu après, 
il accorda environ 20.000 francs de crédits supplémentaires pour 
Tachât des instruments nécessités par le grand nombre des 
nouveaux étudiants. 

Désormais nous étions pourvus d'une importante partie de 
nos organes et nous allions les voir fonctionner sous une autre 
étiquette. La loi du 10 juillet 1896 créait les Universités. Le titre 
en fut pris pour la première fois le jour de la visite que le Prési- 
dent de la République, Félix Faure, fit à Rennes le 12 août 1896. 
Il réunit le personnel de TUniversité dans la grande salle du 
premier étage où sont aujourd'hui les collections de Zoologie. 
Le Président circula dans bien des pièces absolument nues et put 
constater la lenteur des aménagements ; on lui fit remarquer 
aussi qu'avant d'être finie la Faculté était déjà trop petite. 

La gêne qui provenait du nombre des étudiants fut encore 
plus manifeste Tannée suivante ; il fallut dédoubler tous les 
exercices pratiques; à la fin de 1897 il y avait déjà plus de 
cent étudiants de première année inscrits. 

Cependant une nouvelle adjudication de travaux avait eu lieu 
et Ton s'occupa enfin d'achever le service de la Géologie et de 
commencer ceux de la Zoologie et de la Botanique, laissés 
complètement en souffrance au Palais Universitaire. La Géologie 



— 102 — 

fut défîniiivement installée à la fin de 1897. Le service de la 
Botanique fut livré quelques semaines plus tard. 

Quant au service de la Zoologie, on a vu que presque toutes 
ses pièces du second étage lui avaient été enlevées ; sa grande 
galerie de collections avait été, pour plus de moitié, transformée 
en un laboratoire d'étudiants, qui lui était commun avec la 
Botanique. Dans ce qui restait, il fallut encore trouver un cabinet 
pour le maître de conférences et un petit atelier de montage. Il 
ne resta plus pour les collections qu'une des quatre grandes 
salles primitives et la moitié d'une autre plus petite. Elles furent 
aménagées avec les vitrines enlevées au Palais Universitaire et 
Ton ne put y placer que les objets d'un usage journalier pour 
l'enseignement. Tout le reste, soit plus des deux tiers, des 
collections est resté au Palais Universitaire. Ce fait rend difficile 
l'entretien et la surveillance de ce Musée, et provoque les récla- 
mations des professeurs des autres Facultés qui attendent son 
départ pour s'installer dans ses locaux devenus libres. 

Au milieu de ces embarras que nous ne faisons qu'indiquer, 
M. ringénieur en chef Rousseau et M. le Doyen Lechartier 
poursuivaient leurs démarches; elles aboutirent, en 1897, ^ '^ 
cession définitive du terrain de la cale de Viarmes. En vertu 
d'un décret du 3 avril 1897, ^^ terrain, long de 40 mètres, 
large de 39", 40, d'une surface de 1.580 mètres, est attribué 
à la Faculté des Sciences en vue d'agrandissements. Il est estimé 
27 francs le mètre, sa valeur est donc de 42.660 francs. 

Au commencement de 1898, la nouvelle série d'aménagements 
était terminée ; elle laissait la Faculté dans l'état où nous la 
trouvons aujourd'hui. Les pièces réservées aux services de la 
Mécanique et de l'Astronomie sont restées inachevées. Et pour 
que l'on ne m'accuse pas de ne voir que le côté utilitaire, 



— 103 — 

sacrifions aux grâces, et exprimons le vœu qu'une belle porte 
achève la décoration de la façade et remplace^ à bref délai, les 
planches qui servent de clôture depuis bientôt dix ans au temple 
(néo-grec) de la Science. 
Cette dernière série de travaux a coûté 86.000 francs. 



II. — Projets d'Agrandissements. 

Tel est l'état présent; il ne réalise pas encore tous nos vœux. 
La Facuhé est propriétaire de 1.580 mètres de terrain contigu 
à sa façade Est ; elle compte les utiliser en construisant une 
annexe destinée à loger les enseignements spéciaux des étudiants 
du certificat des Sciences (P. C. N.); il s*y trouvera un grand 
amphithéâtre. Cest simplement la réalisation du plan primitif. 
Le transfert des salles de manipulations, dans ce bâtiment, 
laissera libre, au premier étage, les galeries de Zoologie et l'on 
pourra enfin y transporter les collections restant encore au Palais 
Universitaire. Les Facultés des Lettres, de Droit, la Bibliothèque 
universitaire pourront alors s'y installer, et entrer en possession 
de ces locaux qu'elles entrevoient depuis si longtemps comme 
une inabordable terre promise. 

Je ne puis mieux terminer ce chapitre qu'en insérant le rapport 
de M. le Doyen Lechartier au Conseil général d'Ille-et- Vilaine ; 
Les projets d'avenir et d'amélioration de la Faculté y sont si 
clairement exposés que le Conseil s'est laissé convaincre et 
a voté la subvention demandée. 



— I04 — 



^ux Membres du Conseil général du déparlement 
d'Ille-et-Vilaine, 

Messieurs, 

A la session d'août 1898, j'avais l'honneur de vous présenter une 
demande de subvention pour l'agrandissement de la Faculté des 
Sciences. Dans un rapport présenté au nom de la i" Commission, 
M. de la Borderie, après avoir énuméré les subventions déjà votées par 
le Conseil général pour la reconstruction de la Faculté, concluait au 
rejet de la demande parce que son adoption forcerait le Département à 
avoir recours à l'emprunt, ce qu'il ne doit faire qu'en cas d'absolue 
nécessité. Les conclusions du rapport ont été votées par le Conseil 
dans sa séance du 25 août 1898. 

Permettez-moi, Messieurs, d'insister de nouveau auprès de vous 
pour vous prier de revenir sur ce vote et de ne pas nous refuser votre 
concours dans des circonstances qui ont pour notre Faculté une impor- 
tance de premier ordre. 

Notre gratitude à l'égard du Conseil est à la hauteur des sacrifices 
qu'il a déjà consentis et nous avons la grande satisfaction d'avoir fait 
servir toutes les ressources dont nous avons été dotés à la prospérité 
de notre centre universitaire. 

Si nous n'étions guidés par un devoir impérieux, nous serions heu- 
reux de jouir tranquillement des améliorations déjà réalisées, et, nous 
maintenant dans les limites d'une réserve facile, nous ne viendrions 
pas vous importuner de nouveau. 

Lors de la reconstruction de la Faculté des Sciences, on avait prévu 
comme laboratoires, salles de collections, amphithéâtres, tout ce qui 
était alors indispensable à l'instruction des étudiants qu'elle devait 
recevoir et qui se composaient essentiellement de jeunes gens qui se 
destinaient au professorat. C'est une mission à laquelle notre Faculté 
s'est toujours consacrée, et, dans beaucoup de collèges de notre 
Académie, qu'ils appartiennent à l'Université ou à l'Enseignement libre, 
on trouve ses anciens élèves à la tète du personnel chargé de TEnsei- 
gnement scientifique. 



— 105 — 

Nous devons dire que nous avons ajouté aux cours de Licence des 
enseignements préparatoires à l'agrégation des Sciences physiques et 
nous étudions les moyens d'installer la préparation à l'agrégation des 
Sciences mathématiques. En perfectionnant tout ce qui peut servir à 
former de bons professeurs, nous croyons être utiles à la jeunesse 
bretonne. 

Mais les Facultés des Sciences ont accepté une mission nouvelle, 
différente de la précédente et aussi importante pour les intérêts fran- 
çais. En étudiant le développement de ^industrie en Allemagne, on a 
constaté que sa prospérité était due surtout aux savants de divers ordres 
qui étaient sortis des laboratoires de ses Universités. On a compris 
qu'il était nécessaire de fournir à l'industrie française les mêmes 
avantages. 

En 1894, lors de la création du Certificat des Sciences physiques, 
chimiques et naturelles, le rapporteur de la Commission disait : « En 
(( même temps qu'il donnera aux futurs médecins une préparation 
c( scientifique indispensable, il pourra la donner aussi à d'autres et 
« devenir ainsi le point de départ d'un enseignement technique utile à 
« notre industrie nationale. . . Il est impossible de méconnaître le rôle 
« de plus en plus grand que prend la science pure dans l'activité et le 
« travail de notre société : l'admirable développement de l'industrie 
CI chimique dans un pays voisin, de l'industrie électrique dans tous les 
« pays, ont eu pour agents supérieurs ou subalternes des hommes qui 
a avaient suivi les cours des Universités ou qui sortaient d'Instituts 
« dirigés par des professeurs d'Université. » 

Depuis six ans, nous avons développé progressivement l'enseigne- 
ment des Sciences physiques, chimiques et naturelles, dans une voie 
essentiellement pratique, en dehors de toute préoccupation relative à 
la carrière du professorat. Les enseignements du Certificat des Sciences 
physiques, chimiques et naturelles, nos cours de Chimie générale, de 
Chimie appliquée^ de Physique appliquée, constituent un ensemble com- 
plet qui permet â nos étudiants d'acquérir tout ce qui est nécessaire 
pour occuper une bonne place dans l'industrie, tout ce qui est utile 
pour suivre et mettre en pratique en agriculture les découvertes de la 
science. 



— To6 — 

Nos enseignements sont réglés de telle sorte que tout jeune homme 
intelligent peut venir dans notre Faculté commencer et poursuivre 
jusqu'à leur achèvement complet les études théoriques et pratiques 
nécessaires dans toutes les industries. Pour être admis dans nos labora- 
toires, il n'est pas nécessaire de posséder le diplôme de bachelier ; il 
suffira de posséder Tinstruction que donne l'école primaire supérieure 
pour venir recevoir les mêmes enseignements que les étudiants bache- 
liers. A ceux qui ne seraient pas autorisés à prendre le diplôme de 
licencié, il sera possible de délivrer un diplôme d'université constatant 
leurs connaissances et leurs aptitudes. 

Je sais qu'on peut objecter que l'industrie est peu développée dans 
notre département et que la majeure partie de sa population vit de 
l'agriculture ; mais le progrés agricole est intimement lié à la diffusion 
des connaissances que nous cherchons à propager. 

Le département d'IUe-et- Vilaine possède des mines. Les compagnies 
qui les exploitent ne se contenteront pas à perpétuité d'extraire du 
minerai, sans le traiter, et de l'expédier dans les départements voisins 
qui s'enrichissent en transformant leurs matériaux constitutifs. Un 
progrés facile à réaliser peut fournir à bas prix l'acide sulfurique 
nécessaire à la fabrication des superphosphates et notre région pourrait, 
à ce point de vue, cesser d'être tributaire des départements de la Loire- 
Inférieure, de la Manche ou du Nord. La tannerie se transforme et met 
à contribution l'électricité et les extraits qui se fabriquent dans le 
département. Les industries du lait, du cidre, ont besoin d'hommes 
possédant des connaissances scientifiques et pratiques spéciales. La ville 
de Fougères doit sa prospérité à une industrie qui a su s'y implanter. 
Pourquoi d'autres industries ayant plus spécialement besoin de chimie 
et de physique ne seraient -elles pas créées sur d'auties points du 
département ? Le développement industriel est la conséquence immé- 
diate du progrès de l'instruction scientifique qui seul le rend possible 
et le prépare. 

Nous sommes persuadés que les Facultés des Sciences marchent 
dans une voie sérieusement utile et nous n'avons pas voulu rester en 
dehors du mouvement qui s'est produit dans toutes les Universités. 
î Aussi, avant même d'avoir à notre disposition comme locaux tout ce 

I 



— 107 — 

qui aurait été nécessaire dés le premier jour, nous n'avons pas hésité à 
détourner de leur affectation première les salles destinées aux collec- 
tions et nous les avons transformées en laboratoires ; nous avons utilisé 
dans le même but des greniers. Nos enseignements sont créés et sont 
prospères ; mais nous sommes dans une situation qui ne saurait se pro- 
longer. Les laboratoires de Chimie, destinés aux étudiants du Certificat 
des Sciences physiques, chimiques et naturelles, sont trop petits. Cet 
état de choses a des inconvénients graves. Un amphithéâtre nous fait 
défaut pour la régularisation du service des cours. Les collections que 
Ton a laissées dans les galeries du Palais Universitaire ne peuvent rester 
indéfiniment en dehors des bâtiments où se donne renseignement. 

La Physique appliquée n'a pas encore de laboratoire. 

Depuis 1893, notre Faculté a dû chaque année faire face à des 
obligations nouvelles et, dés cette époque, nous avons constaté que les 
bâtiments qui lui étaient affectés se trouvaient complètement insuffi- 
sants. Aussi, lorsqu'il a été question de combler la cale de Viarmes, 
nous avons obtenu de l'État cession d'une superficie de 1.580 mètres 
carrés formant un rectangle ayant même largeur que la Faculté et 
s'étendant jusqu'à 40 mètres de sa façade Est. Le terrain a été remis à 
la Faculté à la date du 10 juin 1897. 

Le Conseil de l'Université de Rennes, reconnaissant la nécessité 
d'agrandir la Faculté des Sciences, a décidé d'y contribuer dans la 
mesure de ses ressources et il a voté sur ses recettes annuelles, à partir 
de 1898, une subvention de 5.000 francs qui sera continuée pendant 
dix années. 

Le Conseil a mis pour condition que la Ville et le Département 
fourniraient le reste de la dépense. 

L'État, en abandonnant aux Universités les recettes qu'elles encaissent 
actuellement, a cessé d'alimenter les crédits extraordinaires qui étaient 
consacrés antérieurement aux agrandissements des Facultés ; cependant, 
nous avons la promesse qu'une allocation nous serait accordée et nous 
avons des raisons de penser qu'elle ne sera pas inférieure à 1 5 .000 francs. 
Je l'inscris avec d'autant plus de satisfaction que cette promesse est la 
preuve de l'intérêt que M. le Directeur de l'Enseignement supérieur 
porte à la réalisation de nos projets. 



— io8 — 

La Municipalité de la Ville de Rennes, qui comprend le bien-fondé 
de nos demandes, accepte dés maintenant de consacrer à l'agrandisse- 
ment de la Faculté les sommes qui restent disponibles sur l'ensemble 
des crédits primitivement affectés à sa construction et à son aménage- 
ment. Le reliquat s'élève à 56.000 francs. 

Il provient de ce fait que nous avons réduit le plus possible nos frais 
d'installation en vue du projet actuel. 

La Ville est disposée à faire le possible pour nous permettre d'aboutir 
à une solution, mais ses ressources sont très limitées et nous ne pou- 
vons pas lui demander de gros sacrifices en dehors de ceux qu'elle a 
déjà consentis. 

Le concours du Département nous est donc indispensable, et si le 
Conseil général veut bien nous l'accorder dans la mesure d'une subven- 
tion de 25.000 francs, nous sommes certains du succès. 

Nous ne pouvons fournir, d'une manière rigoureuse, le montant de 
la dépense ; mais, sur la demande de M. le Maire, M. Le Ray, archi- 
tecte de la Ville, a étudié la question de la construction d'une annexe 
sur le terrain de la cale de Viarmes. Il y avait à considérer les trois 
questions se rapportant : 

1° Au terrain ; 

2° Aux fondations, à la maçonnerie et à la charpente et couverture ; 

}^ A la menuiserie, serrurerie, plâtrerie et aménagement des Labo- 
ratoires. 

Le terrain est acquis. Il est apporté par la Faculté et représente, 
d'après l'évaluation des Domaines, une valeur de 42.660 francs; le 
mètre carré est estimé à 27 francs. 

Nous sommes certains que c'est un minimum. 

L'article 3 relatif à l'aménagement des Laboratoires représente 
toujours une dépense assez élevée. 

En prenant pour base les dépenses faites pour les Laboratoires déjà 
construits, on estime que les devis relatifs à cet article s'élèveraient 
à 65.000 francs. Celte somme est couverte par l'allocation de l'Univer- 
sité, 50.000 francs, et par celle du Ministère, 15.000 francs. 

Reste l'article 2 qui comprend les fondations, la maçonnerie et la 
charpente avec sa toiture. Nous avons besoin de locaux, laboratoires 



LECHARTIER 



— 109 — 

et amphithéâtres, ayant une superficie de 830 métrés carrés. Cons- 
truira-t-on un simple rez-de-chaussée sur le pourtour du terrain qui 
nous est acquis, ou élévera-t-on un bâtiment avec premier étage, 
parallèle â la façade Est actuelle et séparé de cette façade par une cour 
intérieure ? Ces questions ne sont pas résolues ; on choisira la solution 
la plus économique, tout en cherchant â faire quelque chose qui soit 
en harmonie avec les bâtiments actuels. Or, les fondations devront 
être établies dans des terres rapportées, et d'après le prix de revient 
des constructions établies pour l'École de Médecine, M. l'Architecte 
estime que la dépense atteindra 90.000 à 100.000 francs. Une subven- 
tion de 23.000 francs venant s'ajouter au reliquat actuel, 56.000 francs, 
donnerait le moyen d'arriver i une solution en laissant à la Ville le 
complément nécessaire et la dépense provenant des aléas. 

Nous avons désiré fournir au Conseil général un exposé complet de 
la situation. Il peut juger que la solution de la question qui est si 
importante pour nous et pour le Département est entre ses mains : la 
subvention que nous demandons complétera un ensemble de ressources 
acquises et permettra de réaliser des projets dont nous poursuivons pas 
à pas l'exécution depuis six années. 

Un refus frapperait de stérilité tous nos efforts antérieurs et rendrait 
inutilisables les ressources que nous avons acquises et celles que nous 
nous sommes créées par les économies réalisées. 

Le Conseil général, nous l'espérons, ne nous refusera pas le moyen 
d'effectuer les agrandissements qui nous sont nécessaires pour nous 
permettre de nous consacrer utilement à l'oeuvre d'enseignement théo- 
rique et pratique que nous avons acceptée dans l'intérêt de la région. 

Lors de la session qui doit s'ouvrir prochainement, je resterai â la 
disposition des Commissions du Conseil pour leur donner tous les 
renseignements complémentaires dont elles pourraient avoir besoin. 

Veuillez agréer, Messieurs les Conseillers généraux, l'expression de 
mes sentiments respectueusement dévoués. 

Le Doyen de la Faculté des Sciences ^ 

G. Lechartier. 



— IIO — 

J'ai tenu à donner, in-extcnso, le rapport de M. le Doyen 
Lechartier, parce qu'il expose clairement les projets de la Faculté 
et les moyens dont elle dispose pour les réaliser. 

Le Conseil général dllle-et- Vilaine, dans sa session d'août 1899, 
s'est si bien rendu compte de l'importance des services intéressés 
qu'il n'a pas hésité à accorder les 25.000 francs demandés. 

Actuellement, après ce vote, la Faculté des Sciences dispose 
des sommes suivantes : 1° 25.000 francs donnés par le Conseil 
général ; 2° 56.000 francs, reliquat des anciens crédits non 
dépensés; 3** 50.000 francs provenant des fonds de l'Université. 
Au total 131.000 francs, auxquels viendra s^adjoindre une 
subvention du Ministère. 

C'est avec ces ressources que va être construite, sur la place 
de Viarmes, l'annexe qui doit permettre à la Faculté d'installer 
convenablement ses nouveaux services et d'abandonner les locaux 
qu'elle occupe encore dans le Palais Universitaire. 

Ce chapitre a un épilogue. 

Au commencement du mois de mars 1900, M. le Directeur 
Liard est revenu à Rennes. Après avoir visiié les différents 
services, après s'être entendu avec les autorités municipales, il 
a réuni le Conseil de l'Université. 

Cette séance constitue une date importante dans l'histoire de 
la Faculté des Sciences. La subvention de 50.000 francs votée 
par le Conseil de l'Université de Rennes pour son agrandissement 
devait être versée en dix annuités de 5.000 francs chacune. 
Pour éviter les difficultés d'un emprunt et hâter les travaux, le 
Conseil décida d'utiliser une partie de ses réserves pour com- 
pléter les annuités déjà acquises et opérer, en une seule fois^ le 
versement intégral de la subvention. 



— III — 

Notre Université, libérée de cet engagement, pourra reconstituer 
son fonds de réserve et travailler à de nouvelles améliorations. 

La Faculté des Sciences a, de plus, accepté de donner tem- 
porairement rhospitalité à l'enseignement de la Géographie 
physique qui vient d'être créé à la Faculté des Lettres. Elle 
demande même que ces cours, qui ont pour base les Sciences 
physiques et naturelles, lui soient, comme ils le sont à Paris, 
définitivement rattachés. 

M. Liard, enfin, a consulté le Conseil sur un projet de 
réunion des deux Bibliothèques, Universitaire et Municipale, 
qui seraient juxtaposées dans la portion du Palais du Commerce 
dont la construction est imminente. Le Conseil de l'Université 
s'est montré favorable à ce projet qui, depuis, après une 
demande formulée par M. le Maire de Rennes, a été accepté à 
Tunanimité. 

Il résulte de ces diverses combinaisons que, dans un avenir 
prochain, le départ de la Bibliothèque Universitaire, du Musée 
de Zoologie et des derniers services de l'École de Médecine, 
permettra de doter les Facultés de Droit et des Lettres de divers 
locaux qui leur font encore défaut, notamment pour installer 
convenablement une belle collection de moulages dont l'entasse- 
ment actuel empêche de tirer tout le parti désirable. Le Conseil 
de l'Université y gagne aussi une salle de réunion, et la Ville 
de Rennes pourra en même temps agrandir ses Musées, et 
mettre sous les yeux du public ses admirables richesses artis- 
tiques, encore trop peu connues. 

Comme on le voit, bien des modifications, et des plus impor- 
tantes, sont décidées, et même en voie d'exécution, non seule- 
ment dans ce vieux Palais Universitaire dont nous avons suivi 
la création laborieuse et exposé les remaniements multiples, 



mais aussi dans cette nouvelle Faculté des Sciences qui, se 
Jcveloppani plus vite qu'où ne l'avait supposé, est, au bout de 
quelques années, dans la nécessité de rompre la belle prison de 
pierre où l'on croyait l'avoir logée confortablement pour un 
siècle ! 




CHAPITRE VI 



État actuel des Services de la Faculté. 




^^E bâtiment de la Faculté des Sciences est un rectangle 
de 71 mètres de long sur 40 de large; sa façade 
principale, orientée à l'Ouest, forme un des côtés de 
la place Pasteur; elle a deux étages et des combles importants 
actuellement inutilisés. La façade en bordure du quai n'a qu'un 
étage, mais des laboratoires sont installés sous un toit surélevé 
du côté des cours intérieures. La façade Est, sur la place de 
Viarmes, a un étage avec combles; enfin le corps de bâtiment 
qui longe la rue Kléber n'a qu'un rez-de-chaussée avec toit 
surélevé abritant des services accessoires. Les quatre angles sont 
formés par des pavillons légèrement saillants et plus élevés que 
le reste de l'édifice. La frise, le fronton, les colonnes de la fiiçade 
principale sont de style grec. Sur les bâtiments bordant le quai 
sont sculptés, en médaillons, les portraits de Cuvier, Claude Ber- 
nard, Ampère, Fresnel, Descartes, Cauchy, Lavoisier, Dumas. 
La construction est en pierre blanche supportée par un sou- 
bassement de deux mètres en granit bleu. 



— 114 — 

Nous allons examiner sommairement la distribution de cet 
édifice, et la façon dont les différents services y sont installés. 

Les vues et les plans des trois étages, que Ion peut consulter 
ici, me dispenseront d'entrer dans les détails d'organisation des 
laboratoires. 

a) Service général. 

En entrant par le portail prmcipal de la place Pasteur, on 
trouve d'abord un vestibule à colonnes d'où part le grand escalier 
qui mène aux étages supérieurs. En face, une galerie vitrée, 
contournant la première cour intérieure, dessert les services du 
rez-de-chaussée et conduit à une seconde cour carrée et aux 
laboratoires de la Chimie qui en occupent le fond. Entre ces 
deux cours, un bâtiment bas renferme les deux amphithéâtres 
principaux, destinés aux cours de Physique et de Chimie. La 
salle du Conseil de la Faculté occupe le pavillon Nord-Ouest; 
elle communique avec le cabinet du Doyen auquel fait suite le 
Secrétariat. 

Tout le rez-de-chaussée de la Faculté est chauffé par une 
canalisation de vapeur à basse pression ; les chaudières sont 
situées sous les laboratoires de Chimie et sous l'amphithéâtre de 
Physique. 

b) Service des Mathématiques. 

Ce service se compose d'un amphithéâtre situé au rez-de- 
chaussée, sur la rue Kléber; il peut contenir une trentaine 
d'auditeurs ; en outre, chacun des deux Professeurs a un cabinet 
de travail à droite et à gauche de cette salie de cours. Au second 
étage des pavillons du Sud-Est et du Nord-Est, une salle est 



— 117 — 

réservée pour Torganisation future des services de rAstronomie 
et une autre pour la Mécanique. 

Le personnel se compose de deux Professeurs, Tun de Mathé- 
matiques pures, l'autre de Mathématiques appliquées et d'un 
Maître de conférences chargé spécialement du cours d'Astronomie. 

c) Service de la Physique. 

Ce service occupe une grande partie du bâtiment qui longe 
le quai de la Vilaine ; quelques pièces s'éclairent sur la place 
Pasteur. 

Au rez-de-chaussée se trouvent le cabinet et le laboratoire du 
Professeur, dans le pavillon Sud-Ouest, ainsi que le cabinet du 
Maître de conférences. Deux salles de recherches précèdent un 
grand dépôt d'instruments, entièrement entouré d'armoires, avec 
balcon à mi-hauteur. Une autre grande salle sert aux manipula- 
tions des étudiants; elle est accompagnée de trois plus petites : 
l'une pour les préparateurs, l'autre pour les balances, la dernière 
pour le garçon. 

Un grand hangar vitré occupe tout le côté Sud de la cour ; il 
sert d'atelier d'ajustage et de réparation pour le mécanicien, qui 
se trouve ainsi à proximité des machines électriques et du moteur 
à gaz qu'il est chargé de conduire. Le bâtiment vitré de la 
première cour abrite une dynamo de 8.000 watts, 40 accumu- 
lateurs Tudor de grand modèle et un moteur Grossley de 
16 chevaux. Un four électrique y est également installé. 

Les cours ont lieu dans un amphithéâtre, malheureusement 
un peu petit, attenant au laboratoire. 

Au second étage se trouvent, dans les combles du bâtiment 
en bordure du quai, trois salles de manipulations pour les étu- 



— Ii8 — 

diants (P. C. N.). Elles sont largement éclairées au Nord et 
très bien organisées pour cet enseignement spécial qui a sqs 
instruments particuliers. Un atelier de photographie y est annexé. 
Enfin plusieurs pièces des sous-sols sont aménagées en labora- 
toires et pour divers services accessoires de la physique. 

La collection d'instruments, très réduite à l'origine, s'est peu 
à peu accrue, principalement sous la. direction du professeur 
Gripon. Sur le millier d^instruments qu'elle renferme, quelques- 
uns sont remarquables par leur précision et leur valeur. Parmi 
eux on peut citer spécialement : 

I. — Une boussole magnétique à cercles divisés de Brunner, 
la plus parfaite des Universités des départements. 

IL — Un galvanomètre de Thomson et trois ampèremètres 
de Hartmann. 

IIL — Un électro-aimant à champ intense constmic par 
M. Wciss pendant son séjour comme Maître de conférences à 
la Faculté. 

IV. — Un électromètre de Cuné et un appareil piézo-éiec- 
trique du même auteur. 

V. — Un goniomètre h cercle divisé de Brûnner, instrument 
très rare. 

VI. — Des niçois de grande dimension et de grande pureté. 

VIL — Des appareils dinterterence très soignenscmcct 
con:fitnùîs. 

ra::s:cur^ de ces instruments, en raison de leur prédsioa et 
Je leur rareté* ont e:c souvent prè^ès à diserenres L^niTcrsirês 
t:a:xai>e> «^uî nous les oa: ùemanôès f^xir des recberdies 
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— 121 — 

Le personnel se compose d'un Professeur, d'un Maître de 
conférences, d'un Chef de travaux, d'un Préparateur, d'un Aide- 
préparateur, d'un mécanicien et de deux garçons de laboratoire. 

Une large part est faite dans l'enseignement aux applications 
de la Physique. 

Les crédits affectés en 1899 à ce service sont les suivants : 

Collections : 2.890 francs; en outre 600 francs ont été payés 
par l'Université pour achat d'instruments. — Frais de cours : 
3.493 francs. — Frais de travaux pratiques : 1.275 francs. 

Commission météorologique d'Ille-et-Vilaine. — Au laboratoire de 
Physique est annexé le service des observations météorologiques 
du Département. 

Il n'est pas sans intérêt de rappeler que ce service fonctionne 
sans interruption à la Faculté des Sciences depuis près de 
soixante ans. Primitivement, M. Morren relevait lui-même les 

■ 

observations journalières, ce qui exigeait autrefois une très 
grande assiduité, car les instruments enregistreurs n'existaient 
pas alors. Les tables ainsi construites et qui, dès 1848, compre- 
naient plus de 10.000 nombres, étaient tout d'abord destinées 
aux recherches personnelles de M. Morren. 

A cette époque l'on songea à organiser un service officiel 
d'observations météorologiques ; j'ai trouvé dans les archives de 
la Faculté la curieuse lettre que l'on va lire, et qui peut être 
considérée comme le point de départ de cette importante insti- 
tution, étroitement rattachée à notre Faculté. 



— 122 — 



{Archives de la Faculté. — Dossier lo, 1848.) 



PRÉFECTURE Rennes, le 4 avril 1848. 



» 



D ILLE-ET -VILAINE 



Citoyen, 

J'apprends que vous vous êtes livré depuis l'année 1841 à des obser- 
vations météorologiques qui se rattachent à la température de cette ville. 

Si vous jugiez qu'elles pussent être utiles à la statistique générale du 
Royaume (sic)^ je vous prierais de me les envoyer, pour y être insérées 
par extrait ou en totalité. 

Salut et fraternité. 

Pour le Commissaire du Gouvernement dans le Département d'IUe-et- Vilaine, 
Le ConuilUr de Priftciure âiUgui^ 

GUYON (?) 

Au Citoyen Morren, Professeur de Physique à Rennes. 

Depuis cette époque les relevés sont faits plusieurs fois par 
jour au laboratoire de Physique. 

Aux observations enregistrées journellement à la Faculté 
viennent s'ajouter celles que recueillent, sur plusieurs points du 
département, les divers membres de la Commission. Elles sont 
toutes collationnées et coordonnées au laboratoire de Physique 
et publiées, sous les auspices du Conseil général , dans un Bulletin 
annuel par la Commission météorologique dont le siège est à la 
Faculté des Sciences. 

d) Service de la Chimie. 

Le service de la Chimie se compose de plusieurs parties bien 
distinctes. D'abord celle qui est affectée à l'enseignement pro- 



— 123 — 

prement dit : préparation des cours, manipulations des élèves, 
laboratoires de recherches particulières du personnel enseignant. 
Ensuite, un laboratoire de Chimie agricole, la Station agrono- 
mique, dépendant du Ministère de l'Agriculture, annexé à la 
Faculté des Sciences et subventionné par le Conseil général 
d'IUe-et- Vilaine. Enfin, un laboratoire Municipal d'analyses, plus 
spécialement affecté aux expertises de comestibles. Ces trois 
parties du service de la Chimie ont leur personnel, leur budget, 
leurs locaux distincts, sous la direction du Professeur de la 
Faculté. Nous allons indiquer rapidement leurs attributions. 

i" Le laboratoire de la Faculté comprend diverses pièces 
situées en plusieurs points du bâtiment. Au rez-de-chaussée, 
sur le quai, est installée une grande salle de manipulations pour 
les étudiants candidats aux divers certificats de Licence. Dans le 
pavillon Sud-Est se trouve une salle de travail avec cabinet de 
balances pour un des Maîtres de conférences. Une pièce située à 
côté, où les garçons font les lavages et les grosses manipula- 
tions, les distillations, etc., précède un dépôt de verrerie. Dans 
cette même partie du laboratoire de Chimie est une importante 
collection de produits chimiques purs, dont beaucoup sont très 
rares et fort beaux. Un bon nombre d'entre eux ont été obtenus 
pour la première fois par M. Malaguti et sont ainsi des pièces 
historiques. 

Le laboratoire particulier du Professeur vient ensuite ; il donne 
sur la cour intérieure et sur la cale de Viarmes. Il est augmenté de 
deux petites pièces qui servent, l'une de cabinet de travail, l'autre 
de salle de balances. Dans la partie de la Faculté qui donne sur 
la rue Kléber, deux petites pièces sont réservées au second Maître 
de conférences. Le grand amphithéâtre est affecté au service de 
la Chimie; on peut lui reprocher d^être un peu trop petit. 



— 126 — 

Les combles de l'aile Est, compris entre les deux pavillons, 
ont éié aménagés en un vaste laboratoire de manipulations pour 
soixante étudiants de première année (P. C. N.). Bien que les 
trois travées qui le composent communiquent assez largement, 
la surveillance des élèves, qui, à la Chimie plus qu*ailleurs, 
est indispensable, s'exerce difficilement; les élèves sont trop 
près les uns des autres pour pouvoir commodément installer 
leurs appareils ; le plafond est trop bas, le cube d^air trop faible. 
Un cabinet spécial est réservé dans cette partie du service au 
troisième Maître de conférences qui fait fonction de Chef des 
travaux de Chimie. 

L'annexe vaste et aérée qui va être construite sur la cale de 
Viarmes et qui renfermera toute la partie du service de la Chimie 
réservée aux étudiants de première année, fera disparaître ces 
défectuosités, et supprimera tous ces inconvénients. Un labora- 
toire spécial de Chimie appliquée sera organisé dans ces salles 
du second étage. 

La Chimie possède encore des sous-sols importants qui 
servent de magasins, de cabinet de photographie, de salles pour 
les analyses de Médecine légale, etc. 

Une serre, au premier étage, et un grand hangar couvert avec 
une grande galerie vitrée dans la cour intérieure, servent à la 
préparation des cours et aux manipulations qui encombreraient 
trop les laboratoires ou endommageraient les instruments. 

Tout le service est éclairé à l'électricité, chauffé à la vapeur, 
abondamment pourvu de prises de gaz, d'eau, d'air comprimé, 
de trompes à vide ; en un mot tous les plus récents perfection- 
nements de la Chimie moderne y ont été réalisés. 

Le personnel du laboratoire de Chimie comprend : un Pro- 
fesseur, trois Maîtres de conférences, qui se partagent Tensei- 



— 127 — 

gnement de première année , de Licence et d'Agrégation, la 
Chimie générale et la Chimie appliquée; Tun d'eux remplit de 
plus les fonctions de Chef des travaux. Il y a en outre deux 
Préparateurs pour le laboratoire d'enseignement. 

Les allocations ont été pour l'exercice 1899 : 

Collections : 1.490 francs. — Frais de cours : 5.293 francs. 
— Travaux pratiques : 3.650 francs. 

2° La Station agronomique constitue un des services les plus 
importants, et peut-être même le plus actif, de notre Université. 
Cette station a été créée en 1878 par le Ministère d'Agriculture. 
Cette création avait été préparée par les travaux de Chimie agri- 
cole effectués par Malaguti dans le laboratoire de Chimie de la 
Faculté, et par le cours de Chimie appliquée à l'agriculture 
qu'il avait ouvert en 185 1. 

Depuis 1866, M. Lechartier a continué l'enseignement de 
Chimie agricole inauguré par son prédécesseur, et dirigé ses 
recherches et ses travaux du côté de cette application de la 
Chimie. 

La Station possède un champ d'expériences enclavé dans le 
domaine de l'École pratique d'agriculture des Trois-Croix. 

Pour donner une idée de l'activité qui y règne, il suffira de 
dire que depuis vingt-et-un ans les analyses agricoles de toutes 
sortes, et sans y comprendre celles qui ont été &ites dans un 
but exclusivement scientifique, s'élèvent au nombre de 10.199. 

La Station dispose : 

1° D'un laboratoire spécialement affecté au service des analyses 
d'engrais, de terres et autres matières qui intéressent l'agri- 
culture ; 

2"" D'un lavoir et d'une salle de balances ; 

3° D'une serre, d'un grenier, de sous-sols très bien éclairés ; 



— 128 — 

4° D'une cour qui lui est commune avec le service de la 
Chimie de la Faculté. 

Les laboratoires possèdent tous les instruments et appareils 
nécessaires aux travaux analytiques et aux recherches de Chimie 
agricole. Ils ont à leur disposition Télectricité, le gaz et Teau 
sous forte pression permettant de mettre en mouvement turbines, 
trompes à vide et à soufflerie. 

Ils ont été installés avec paillasses, cheminées d'évaporation, 
étuves, tables et armoires en vue du service auquel ils sont 
destinés. 

Enfin^ la Station étant annexée à la Faculté, le Directeur 
trouve dans les laboratoires de Chimie, où il a son laboratoire 
particulier, tout le concours dont il peut avoir besoin pour ses 
travaux personnels. 

Les allocations du Ministère de l'Agriculture et du Départe- 
ment dllle-et -Vilaine s'élèvent ensemble à 5.200 francs. Sur 
cette somme doivent être pris le traitement d'un chimiste adjoint 
et celui d'un garçon, les frais d'entretien du champ d'expériences 
et les dépenses nécessaires au fonctionnement du laboratoire. 

3° Le Laboratoire municipal d'analyses est situé sur la rue 
Kléber ; il occupe deux pièces un peu étroites. 

Dans ce service s'effectue chaque année une quantité considé- 
rable d'analyses de toutes sortes, principalement de produits 
alimentaires, vins, beurres, lait, cidre, etc., etc., prélevés chez 
les commerçants par l'autorité municipale. 

Ce laboratoire spécial, également placé sous la direction du 
Professeur de la Faculté, est conduit par un chimiste dont le 
Professeur contrôle les opérations. 



— 129 — 

e) Service de la Zoologie. 

Le service de la Zoologie est encore incomplètement installé 
dans la nouvelle Faculté ; la plus grande partie des collections 
est restée à Tancien Palais Universitaire. Le laboratoire est 
presque tout entier au premier étage, en façade sur le quai et 
sur la place Pasteur. Il comprend un cabinet de travail pour le 
Professeur dans le pavillon Nord-Ouest ; un dépôt d'instruments 
et de réactifs; une pièce servant à la fois de laboratoire aux 
préparateurs et de bibliothèque ; une pièce pour le Chef des 
travaux ; un laboratoire de photographie ; un amphithéâtre dans 
le pavillon Sud-Ouest. Sur le quai, deux grandes salles, communi- 
quant largement, servent aux travaux pratiques de Zoologie et 
de Botanique et peuvent contenir soixante élèves, ayant chacun 
une table séparée et un casier pour ranger leurs instruments, 
loupes, microscopes, outils à dissection variés, fournis par la 
Faculté. Deux autres salles, semblables primitivement, ont été. 
Tune aménagée pour les collections d'objets servant journellement 
aux cours, Tautre coupée en deux parties pour faire un labo- 
ratoire au Maître de conférences ; ce qui en est resté contient les 
modèles pour les cours et travaux. 

Au second étage, la Zoologie ne possède plus de son ancien ser- 
vice de Micrographie qu'une pièce qui sert pour les recherches. 

Au rez-de-chaussée, dans la première cour, un aquarium est 
installé dans une annexe vitrée; il contient un bassin de grande 
capacité et sert de dépôt d'animaux en même temps que de 
salle d'expériences. Un petit atelier de montage est organisé 
à proximité du Musée. 

Les collections de Zoologie et d'Anatomie comparée sont fort 
belles. Elles ont été commencées en 1841, à l'époque de l'instal- 



— 130 — 

lation de la Faculté, par un don du Muséum, peu important il est 
vr^, auquel vint s'ajouter une série d^objets donnés par la Ville. 
Ce Musée s'accrut peu jusqu'en 1870, £iute de crédits et de place 
pour le loger. A partir des agrandissements de 1876 et sous 
l'impulsion de M. Sirodot, il prit un grand développement. On 
y remarque une très belle série de squelettes, des Oiseaux en 
assez grand nombre, provenant pour une grande part de dons par- 
ticuliers, une belle collection de Conchyliologie, etc. H £iut citer 
aussi quelques beaux instruments de Micrographie, Photographie, 
Microphotc^raphie ; environ soixante microscopes d'élèves. Enfin 
une belle série de planches murales pour l'enseignement exécutées 
par les Préparateurs MM. Bézier, CoUeu et Bondouy. 

La salle de cours et celle des travaux pratiques sont éclairées à 
l'électricité, et tout le service est abondamment pourvu de prises 
d'eau et de gaz nécessaires aux recherches et aux manipulations. 

La construction de l'annexe de la Faculté sur la place de 
Viarmes, permettra de £iire rentrer les collections de Zoologie 
dans les galeries qui leur étaient primitivement destinées et qui 
servent actuellement pour les travaux pratiques d'Histoire natu- 
relle. 

Le personnel comprend un Professeur, un Maître de confé- 
rences^ un Chef de travaux de Zoologie chargé en même temps 
des travaux de Botanique, deux Préparateurs, un garçon de 
laboratoire. Un second garçon est chargé spécialement du soin 
des collections; il est rétribué sur un crédit de 600 francs payé 
par la Ville pour l'entretien du Musée Zoologique. 

Les crédits de ce service se sont élevés en 1899 aux chiffres 
suivants : 

Collections : 2.490 francs. — Frais de cours : 3.34? francs, 
— Travaux pratiques : 1.500 francs. 



— 131 — 

f) Service de la Botanique. 

La partie principale de ce service est située au second étage 
du bâtiment en façade sur la place Pasteur. Dans le pavillon 
Nord-Ouest une grande pièce entourée d'armoires vitrées et 
pourvue de meubles isolés contient une très belle collection de 
plantes fossiles. Le cabinet du Professeur communique avec ce 
Musée. Le Maître de conférences a un laboratoire auquel fait 
suite une pièce garnie d'armoires contenant les herbiers; une 
autre est destinée au garçon. Le corridor longeant tout ce ser- 
vice sur la cour intérieure, a été aménagé en salle de manipu- 
lations pour les élèves de Licence. Les cours ont lieu dans le 
petit amphithéâtre du premier étage, commun avec le service 
de la Zoologie ; à côté se trouve une serre ; une pièce pour le 
préparateur y est annexée. 

Les collections se composent de plantes fossiles et d'herbiers 
recueillis principalement par Dujardin et Pontallié, ou achetés à 
diverses époques. On y remarque notamment : herbier général, 
20.000 plantes; herbier Degland, 1.200; herbier Gallée, 1.320; 
divers, environ 4.000. 

Le personnel comprend : un Professeur, un Maître de con- 
férences, deux Préparateurs, un garçon. Le Chef des travaux 
de Zoologie dirige en outre les manipulations des étudiants 
(P. C. N.). 

Les crédits affectés en 1899 à ce service ont été : 

Collections : 990 francs. — Frais de cours : 1.699 francs. — 
Travaux pratiques : 1.045 francs. De plus, la Faculté contribue 
annuellement pour une somme de i.ooo francs à l'entretien du 
jardin botanique municipal. 



- 132 — 

(>) Service de la Géologie et de la Minéralogie. 

L^s locaux affectés au service de la Géologie et de la Miné- 
ralogie occupent tout le premier étage du bâdment Est^ sur la 
place de Viarmes. Ils se composent^ dans le pavillon Sud-Est, 
d*un cabinet pour le Professeur, avec salle de photographie ; 
à côté se trouve un laboratoire de Minéralogie. A l'autre extré- 
mitéy dans le pavillon Nord-Est, un amphithéâtre, exclusive- 
ment réservé au service de la Géologie, sert aux cours, confé- 
rences et examens ; il est en outre organisé de façon à pouvoir 
être utilisé en même temps aux travaux pratiques de Miné- 
ralogie. Tout le reste du service, qui est intercalé entre le 
laboratoire du Professeur et l'amphithéâtre, est affecté aux 
collections de roches et de fossiles réparties dans trois salles, 
entourées complètement de belles vitrines surmontant de nom- 
breux meubles à tiroirs. Une longue galerie, dite galerie de 
Limur, longeant les pièces précédentes, et meublée de la même 
façon, occupe tout le côté Est de la cour intérieure. Le Prépa- 
rateur a un laboratoire dans le bâtiment en bordure de la rue 
Kléber, où se trouvent également l'atelier du garçon et des 
pièces de débarras. 

Les collections géologiques et minéralogiques ont été d'abord 
constituées par le premier fonds envoyé par le Muséum en 1841 
et par les échantillons que la Ville avait cédés à la même époque 
«\ lu Faculté ; Durocher et Massieu, faute de local, ne purent 
que peu augmenter cette collection; il est juste, d'ailleurs^ de 
rappeler que de 1852 ;\ 1870 la Faculté tout entière ne disposait 
que de î so francs pour ses collections et sa bibliothèque. Vers 1880, 
o\) lit Tacquisition de la collection Sacher; en 1897, les col- 
loviions palcontologiques et ethnographiques recueillies au Mont- 



- 133 — 

Dol par M. Sirodot ont été transférées du service de la Zoologie a 
celui de la Géologie; le Professeur actuel a notablement accru par 
des achats et par les échantillons recueillis dans ses voyages, la 
collection géologique et paléontologique; enfin, tout récemment, 
M. le comte de Limur, savant minéralogiste de Vannes, vient 
de faire don à la Faculté de sa riche collection de minéraux du 
Morbihan, dont plusieurs échantillons ont été figurés dans le 
beau Musée de Minéralogie de la France et des Colonies, publié 
par le savant professeur du Muséum, M. Lacroix. La collection 
de Limur a été installée dans une galerie spéciale qui porte 
maintenant ce nom. 

Le personnel du laboratoire comprend : un Professeur, un 
Préparateur et un garçon. Le Préparateur remplit les fonctions 
de Chef des travaux, et fait, de plus, une leçon de Paléonto- 
logie. Une conférence supplémentaire de Cristallographie et de 
Pétrographie est faite par le Professeur. 

Les crédits afiectés à ce service en 1899 se sont élevés aux 
chiffres suivants : 

Collections : 1.990 francs. — Frais de cours : 1.621 francs. 
— Travaux pratiques : 430 francs. 





CHAPITRE VII 



Statistique. 



I. — Budget de la Faculté. 




|E n'ai pas Tintention de m'étendre longuement sur ce 
chapitre que j'ai résumé en des graphiques construits 
au moyen des chiffres relevés dans les comptes d'admi- 
nistration des Doyens depuis soixante ans; il suffira d'y jeter un 
coup d'oeil pour se rendre compte des variations subies par le 
budget de la Faculté; les dates correspondantes expliqueront 
souvent, par les événements politiques accomplis, les différences 
de chiffres souvent considérables. 



a) Recettes. 

Sous cette dénomination j'entends les produits universitaires : 
inscriptions, droits d^examens^ recettes de laboratoires et de 
travaux pratiques, enfin revenus des dons, legs et sommes appar- 
tenant en propre à la Faculté. Ces derniers revenus ne sont encore, 



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-.e ::j. i -t;- .^, xcr:^ perçaes pcNxr droit d'inscripdoDS 
în^i^ir.! uim \ztr. u. zlc^; tZts atteignent rarement aoo francs, 
c iié-ne ^ ccîrbre dcj candidats au baccalauréat est très réduit : 
r.:.:a:::--î:i '.c'.Icmcnt pour 1852. Mais brusquement, en 1833, 



— 137 — 

un changement de régime scolaire porte ce nombre à six cent 
quarante, aussi les recettes passent-elles immédiatement de 3.000 
à 34.000 francs. Puis, en quatre ans, elles redescendent pro- 
gressivement à 18.000 francs. 

A partir de 1856, elles se rapprochent lentement de 
30.000 francs, somme qu'elles ne dépassent qu'en 1891. Mais 
en 1894 l'institution du Certificat, dit P. C. N., dont les droits 
sont assez élevés, et, un peu plus tard, celle des certificats 
d'études supérieures, viennent simultanément augmenter les 
recettes qui, en 1897, atteignent leur maximum, 46.000 francs. 

A dater du i*' janvier 1898, le mode de perception des droits 
universitaires est modifié à la suite de la création des Univer- 
sités. L'État, au lieu d'encaisser toutes les sommes versées à la 
caisse universitaire, ne garde plus que les droits d'examens et 
laisse à l'Université les recettes provenant des inscriptions et 
des travaux pratiques. Hn 1899, les produits de la Faculté des 
Sciences se sont élevés à 45.805 francs, dont 17.565 francs 
sont entrés dans la caisse de l'Université ; le reste, 28.240 francs, 
étant perçu par l'État. 

b) Dépenses. 

Sous cette rubrique sont comprises les sommes qui sont 
versées par l'État, et, depuis quelques années, également par 
l'Université, pour les collections, les cours et les travaux pra- 
tiques. La Faculté des Sciences les emploie à accroître s^s col- 
lections et acheter les appareils nécessaires aux recherches et aux 
manipulations. Les frais de bibliothèque, anciennement compris 
dans ces sommes, n'en font plus partie depuis longtemps et ne 
figurent pas ici. 



- 138- 

De 1840 à 1850, comme oa peat le voir sur le 'graphique 
ci-dessoos, le total s'élève r^olièrement à 6.000 firancs, chiffire 
qai, de temps k aotre, est augmenté d'ime petite subvention 
extraordinaire. La moitié de cette somme va aux laboratoires, 
l'autre moitié se partage entre les collections et la bibliothèque. 




GRAPHIQUE DES DÉPENSES MATÉRIELLES DE 1840 A 1900 



A partir de 185 1 jusqu'en 1870, l'allocation aux laboratoires 
se maintient presque seule tout en diminuant un peu tous les 
ans; quant à la section des collections, elle reste pendant dix- 
huit ans à 350 francs. Deux fois seulement, en 1862 et en 
1866, une allocation supplémentaire de 2 à 3.000 francs fut 
attribuée à la Faculté. 

A dater de 1871, les crédits augmentent rapidement en raison 



— 139 — 

du développement de la Faculté. Le maximum est atteint en 
1885 ; ils s'élèvent alors à 39.000 francs. Depuis cette date, le 
total ne varie plus guère et oscille autour de 37.000 francs. En 
1899, il est de 37.767 francs. 

c) Traitement du personnel. 

Jusqu'en 1876, les traitements des fonctionnaires de la Faculté 
se composaient d'un traitement fixe (4.000 francs pour les titu- 
laires, 2.000 francs pour les chargés de cours), et d'un traitement 
éventuel variant avec le nombre des candidats aux examens. 

De 1840 à 1846, le Doyen, les Professeurs, un Préparateur 
et un Appariteur coûtaient à TÊtat 21.600 francs. En 1846, la 
chaire de Mathématiques fut dédoublée et le total passa à 
26.000 francs. En 1854, la chaire de Géologie fut définitivement 
instituée; le total s'éleva à 30.000 francs, somme qui ne varia 
plus jusqu'en 1869. Après la guerre, quelques augmentations 
personnelles furent données aux professeurs et en 1876 le traite- 
ment éventuel fut supprimé. A partir de ce moment, les Maîtres 
de conférences furent créés, le personnel auxiliaire considérable- 
ment accru ; en 1894, "^^ brusque augmentation résulta de la 
création du personnel employé à l'enseignement du Certificat 
P. C. N. Enfin, depuis 1898, une conférence supplémentaire de 
Chimie est payée par l'Université, ainsi que deux cours de Miné- 
ralogie et de Physique appliquée. La dépense totale s'éleva, 
en 1899, ^ 126. 400 francs. 

Le graphique ci-dessous expose très clairement ces différentes 
phases. 

Quant au traitement éventuel, de 1840 à 1853, il est tout à 
fait insignifiant; la plupart du temps, il n'atteignait pas 150 francs 



— 140 — 

par Professeur et par an ; il est vrai qu'il £iut y ajouter une 
somme à peu près égale provenant d'examens faits en dehors de 
Rennes : à Nantes, Angers, Poitiers, Limoges et plus tard à la 




GRAPHiaUE DES TRAITEMENTS DU PERSONNEL DE 1840 A 1900 



Flèche. A partir de 1854) le total est plus élevé, et cette année-là 
les Professeurs eurent à se partager 13.773 francs; ce chiffre 
ne fut jamais revu. De 1855 à 1876, la somme touchée par 
chacun varia de 1.400 à 1.860 francs. Ce mode de traitement 
fut supprimé en 1876. 



— 141 — 



TABLEAU 



DU 



BUDGET DE LA FACULTÉ EN 1899 



Budget du Personnel. 

7 Professeurs payés par l'État 58 . 000 fr. 

6 Maîtres de conférences payés par l'État 25 . 300 — 

1 — payé par l'Université. 4.500 — 

Préciput du Doyen i . 000 — 

Secrétaire 2 . 000 — 

Cours supplémentaires payés par l'Université ... ; . 400 — 

2 Chefs de travaux 6 . 000 — 

9 Préparateurs 15. 400 — 

2 Aides préparateurs i . 200 — 

Personnel auxiliaire 9 . 400 — 

Total 126.400 fr. 

Dépenses du Matériel. 

Subvention de l'État 29 . 325 fr. 

Subventions de l'Université 7 . 600 — 

Intérêts des fonds placés 312 — 

Produits des laboratoires 30 — 

Total 37-2^7 fr. 



10 



— 142 — 



Receltes et Produits universitaires. 



Immatriculation, droits d'inscrip- 
tion et droits de bibliothèque. 9.042^50 ;; ^TruS^"!!'"' 

Droits de travaux pratiques 8.522 50 | ^" îJ^a^SuT'*"' 

Droits d'examens et dispenses. . . 28 . 240 » ) ^'* rrÉu* .""'"* 

Total 43.805^ >» 



IL — Statistique des Examens. 



J*ai relevé dans les pièces comptables et dans les rapports des 
Doyens au Conseil académique les chiffres relatifs aux divers 
examens subis devant la Faculté depuis son origine jusqu'à la 
(in de 1899. Sans vouloir entrer dans les détails, qui seraient 
absolument fastidieux, je me borne à donner les nombres totaux 
et le pourcentage général pendant ces soixante ans. 

Doctorat és-Sciences. 

Ce grade n\i été accordé que trois fois par la Faculté; ce 
n'est pas que plusieurs autres candidats ne l'aient sollicité, mais 
la Faculté a toujours voulu maintenir ce grade au niveau très 
élevé qu'il comporte, et elle n'a point voulu accepter certaines 
thèses qui lui ont été présentées à diverses époques. La plupart 
des travailleurs qui ont élaboré leurs thèses sous la direction des 
Professeurs de notre Faculté, ont cru devoir aller les soutenir à 
Paris. Ce fait est très général dans les Facultés de province; 
mais nous avons lieu d'espérer que, par suite de la création 



- 143 — 

des Universités, une autre ère va s'ouvrir et d'autres habitudes 
prévaudront. 
Voici les noms de nos docteurs et les sujets de leurs thèses : 

M. Paignon^ docteur ès-sciences mathématiques, 23 juin 1843. 
— De la courbe décrite par un point matériel attiré par un centre 
fixe. — Détermination de l'aplatissement de la Terre par les 
inégalités du mouvement de la Lune. 

M. Vincent, docteur ès-sciences mathématiques, 1874. — 
Analogies entre les équations différentielles linéaires et les 
équations algébriques. — Problème relatif au mouvement d'un 
point matériel. 

M. MoRiN, docteur ès-sciences naturelles, 1893. — Ânatomie 
comparée et expérimentale de la feuille des Muscinées. 

Licences is-Sctetices. 

Les trois anciennes Licences ès-Sciences : mathématiques, phy- 
siques et naturelles, ont disparu en 1897. De 1840 à cette date, 
la Faculté a examiné 621 candidats, en a admis 281 et ajourné 
340, soit 45,2 "^/o d'admis. 

A partir de 1897, les Licences ont été remplacées par douTie 
Certificats d'études supérieures; tout candidat qui justifie de trois 
de ces certificats obtient le diplôme de Licencié ès-Sciences. 

On ne peut fixer le nombre exact des candidats parce que 
beaucoup d'entre eux se présentent, à la même session, à plu- 
sieurs certificats ; de sorte que l'on arriverait à trouver plus de 
réceptions que de candidats. 

148 examens ont été subis et 91 certificats ont été délivrés; 
ce qui donne 61,4 % d'admissions. 



— 144 — 

Certificat des Sciences Physiques y Chimiques et Naturelles. 

Ce diplôme a remplacé en 1894 l'ancien Baccalauréat restreint 
ec la première année de Médecine de l'ancien régime. La première 
session d'examens a eu lieu en juillet 1895. Les chiffres ci-après 
comprennent la session de novembre 1899. 

Candidats 42 5 ; admis 3 29 ; ajournés 96 ; soit 77, 41 ° o d'admis. 

Baccalauréats és-Sciences. 

Les diverses formes du Baccalauréat ont si souvent changé 
que j*ai renoncé à en tenir compte. Je me suis borné à totaliser 
les examens subis devant la Faculté^ du mois de novembre 1840 
à la fin de décembre 1899. ^^ ^^^^ P^^ compris dans le total 
les examens de Sciences que les Professeurs de la Faculté ont 
fait passer aux candidats au Baccalauréat-ès-Lettres. 

Candidats 17.822; admis 7.521; ajournés 10.01 1 ; soit 42, 2 ''/o 
d'admis. 



m. — Liste des Certificats d'Études supérieures DÉLiVRàs 

PAR LA Faculté. 



1. Calcul différentiel et intégral. 

2. Mécanique rationnelle. 
^. Astronomie. 

4. Physique générale. 

5, Physique appliquée, 
(v Chimie s:énêrale. 



-^ 145 — 

7. Chimie appliquée. 

8. Zoologie. 

9. Anatomie comparée et Embryogénie. 

10. Botanique. 

11. Géologie. 

12. Minéralogie. 

L'obtention de trois quelconques de ces douze certificats 
confère le litre de Licencié ès-Sciences. 



IV. — Discours de rentrée prononxés par les Professeurs 

DE LA Faculté. 



1840. DujARDiN, Discours d'inauguration (en partie reproduit 

page 41). 
Le discours de rentrée, tel qu'il existe actuellement, 

ne date que de 1862. 
1864. Massieu, La Science véritable est la théorie. 
1868. Lechartier, Objet de la Chimie. 
1873. Durrande, Des théories de la Physique moderne et en 

particulier de la Théorie mécanique de la Chaleur. 
1877. MoRiN, Philosophie des Mathématiques. 
1882. PujET, Ce qu'enseigne TAnalyse spectrale. 
1886. Gripon, Histoire de l'Électricité. 
1890. Wallerant, Le Passé et l'Avenir de la Terre. 
1 894 . Andrade, La Science et les Idées morales du temps présent. 
1898. MoREAU, La Science et les Universités américaines 



— 146 — 



V. — Personnel de la Faculté des Sciences 

DE Rennes. 



Doyen honoraire : M. Sirodot, Correspondant de llnstituty O. #, 

I. O, O. i. 
Professeur honoraire : M. Gripon, l|f(, I. O. 

Doyen : M. Lechartier, Professeur de Chimie, Correspondant de 

rinstituc, ^, I. 0*0. i. 
Assesseur du Doyen : M. Morin, Professeur de Mathématiques 

appliquées, ^, I. O. 
Délégués au Conseil de l'Université : MM. Morin et Seunes. 
Délégué au Conseil académique : M. Morin. 
Délégué à la Commission de la Bibliotloéque universitaire : M. Seunes. 

Professeurs : 

Mathématiques pures : M. Pujet, ij^, I. O. 
Mathématiques appliquées : M. Morin, ^^ I. ii. 
Physique : M. Moreau, A. flf. 
Chimie : M. Lechartier, Correspondant de l'Institut, !j^, 

L O, O. {. 
Zoologie : M. Joubin, I. O. 
Botanique : M. Crié, à. Df. 
Géologie et Minéralogie : M. Seunes, I. O. 

Professeurs adjoints : 

Zoologie : M. Guitel, I. O. 

Mathématiques : M. Andrade, I. 0> Maître de conférences 
à la Faculté des Sciences de Montpellier. 



— 147 — 

Maîtres de conférences : 

Mathématiques : M. Le Roux, A. O. 
Physique : M. Maurain. 
Chimie : MM. Job, Perrier, Poucet, A. %}. 
Botanique : M. Lesage, A. O. 

Chef des travaux : 

Physique : M. Cloarec. 
Chimie : M. Poucet, A. Qf. 
Zoologie : M. Guyot. 

Préparateurs : 

Physique : M. Goasgijen. 

Chimie : MM. Laurent, Gasnault, Artus, Grieux. 

Zoologie : MM. Allanic, Bondouy. 

Botanique : MM. Beaufrère, Jambon. 

Géologie : M. Kerforne. 

Secrétaire : M. Du rocher. 
Commis aux écritures : M. Lècer. 
Appariteur : M. Droudun. 




\ 




CHAPITRE VIII 



Historique des Chaires de la Faculté. 




'l eût été intéressant de donner sur ceux de nos 
anciens collègues que la mort nous a enlevés, une 
notice détaillée faisant connaître les principaux événe- 
ments de leur carrière universitaire et les travaux scientifiques 
qui recommandent leur mémoire. Mais les recherches que j'ai 
entreprises dans ce but n'ont pas toujours donné les résultats 
que j'espérais. Il reste, à mon grand regret, un certain nombre 
de lacunes importantes. 

J'ai trouvé dans le Bulletin de l'Association des Anciens Élèves de 
r École Normale quelques notices biographiques que j'ai analysées 
ou reproduites partiellement. Les discours de rentrée des Facultés, 
les rapports des Doyens et des Recteurs, les souvenirs per- 
sonnels de quelques collègues, m'ont permis de reconstituer 
l'existence scientifique de plusieurs anciens Professeurs, dont la 
trace n'est point encore effacée à Rennes. C'est avec ces docu- 
ments que j'ai reconstitué l'historique, que Ion va lire, des 
Chaires de notre Faculté. 



— 150 — 



LISTE DES DOYENS 



MORREN 



\ 



9 oct. 1840. Nommé à la création de la Faculté. 



DujARDiN . 23 oct. 1842. Démissionnaire. 



/ 



8 avril 1860. Décédé à Rennes. 

24 oct. 1842. 

27 déc. 1854. Transféré Doyen, à la création, de 

la Faculté de Marseille. 



DuROCHER 29 déc. 1854. N'accepte pas. 



Malaguti 



DUPRÈ 



SiRODOT 



^ 6 janv. 1855. 

23 janv. 1866. Nommé Recteur de l'Académie de 

] Rennes. 

26 avril 1878. Décédé à Rennes. 



\ 

I 



13 mars 1866. Chargé des fonctions de Doyen. 
19 nov. 1866. Doyen en titre. 
10 août 1869. Décédé à Rennes, étant en fonc- 
tions. 



^ 17 sept. 1869. 

l 7 févr. 1894. Retraité à Rennes le I*' nov. 1895. 



Lechartier 



\ 



8 févr. 1894. 



Doyen en fonctions. 



— isi — 



CHAIRE DE MATHÉMATIQUES 



Vieille, Professeur titulaire. 



9 oct. 1840 
(création) 
25 sept. 1841, Chenoû, chargé de cours. 

9 mai 1842, — Professeur titulaire. 

I*' nov. 1848. Dédoublement de la Chaire. 



VIEILLE, O. *, I. O. 

NÉ à Besançon le 23 décembre 1814, décédé à Paris le 5 août 1896; 
M. Vieille entre à TÉcole Normale en 183 j, il en sort agrégé et 
reste dans l'enseignement secondaire jusqu'en 1840, époque où il est 
reçu docteur et agrégé des Facultés. Il est nommé Professeur titulaire à 
Rennes à la création de la Faculté, mais, dès la fin de 1841, il est nommé 
Maître de conférences à l'École Normale où il reste jusqu'en 1858. Il 
est alors nommé Inspecteur Général de l'enseignement secondaire, puis 
en 1867 Recteur de 1* Académie de Dijon; en 1873, il est transféré dans 
les mêmes fonctions à Aix où il prend sa retraite en 1880. 

M. Vieille a publié : Cours complémentaire d'Analyse et de Mécanique 
rationnelle. — Théorie générale des approximations numériques. — 
Éléments de Mécanique. 



CHENOU, O. *, I. O. 

MOKSiEOR Chenou, né à Anvers le 3 novembre 1799, décédé le 
28 avril 1888, entra à l'École Normale en 1818, fut reçu agrégé, 
nommé professeur au Lycée de Reims et, en 183 1, Proviseur du Lycée 
de Metz, où il resta jusqu'en 1838. H fut alors chargé du cours d'Astro- 
nomie et de Mécanique à la Faculté des Sciences de Bordeaux, et 
transféré à Rennes où il fut titulaire de la chaire de Mathématiques 



— IS2 — 

pures jusqu'en 1853. Nommé à cette époque Recteur de TAcadémie de 
la Charente, il rentra dans l'Enseignement Supérieur à Poitiers, où il fut 
Doyen de la Faculté des Sciences pendant 17 ans, jusqu'à sa retraite 
(novembre 1871). 



CHAIRli DE MATHÉMATIQUES PURES 



i*^' nov. 1846 
(création) 
6 janv. 1854, 

30 nov. 1869, 
24 déc. 18699 
22 juil. 187O9 
22 juil. 1870, 

31 déc. 1871, 
i" nov. 1872, 
I*' nov. 1872, 
I" juil. 1874, 



Chenou, transféré à Poitiers en 1853. 

Peslin, chargé de cours, puis Professeur titu- 
laire. 

— retraité. 
DiDOK, chargé du cours. 

— transféré à Besançon. 
MoRiN, chargé du cours. 

— Professeur titulaire. 

— transféré à Marseille. 
PujET, chargé du cours. 

— Professeur titulaire. 

— titulaire actuel. 



F. DIDON 



DiDON était né à Vesoul le 7 mars 1845. — Il fut reçu, en 1864, le 
premier à l'École Polytechnique et le deuxième à l'École Normale. 
Comme il se sentait attiré vers l'enseignement, il n'hésita pas et choisit 
la voie qui lui pataissait la plus directe et la plus fructueuse. Après 
avoir passé trois ans comme élève à l'École, il y fut attaché en qualité 
de sous-biblibthécaire. 



— IS3 — 

La thèse si remarquable qu'il composa à cette époque et qu'il soutint 
aux applaudissements de tous les amis de la Science^ le désignait pour 
une position dans l'Enseignement Supérieur. D'ailleurs le séjour de 
Paris ne lui plaisait que médiocrement et il désirait avant tout une place 
de Professeur de Faculté, où il espérait avoir le temps de produire, 
avec maturité, les travaux originaux et profonds dont le plan était déjà 
arrêté dans son esprit. M. le Directeur de l'Enseignement supérieur, 
dont la bienveillance est acquise d'avance à tous les jeunes gens de 
mérite, l'envoya à Rennes, puis â Besançon, dans le voisinage de son 
pays natal. La mort est venue le surprendre dans cette dernière ville, 
et Didon n'y a passé que peu de temps ; mais déjà l'influence de son 
enseignement y avait été considérable. Un juge des plus compétents, 
M. Faurie, alla entendre une de ses leçons à la Faculté. La clarté de 
l'exposition, la netteté des idées du jeune professeur, tout le charma, 
et il me parlait récemment de notre jeune camarade avec un enthou- 
siasme et des regrets attestant la vive impression qu'il avait reçue. 

Didon envoyait régulièrement à nos annales, au journal de 
M. Liouville, de beaux travaux qui confirmaient les espérances conçues 
par ses maîtres et qui nous promettaient un véritable géomètre. Au 
moment même où il se sentait atteint par la maladie, il ne cessait de 
produire, et l'on peut dire que la mort l'a surpris travaillant encore. 

Nous aurons à recueillir un enseignement dans le spectacle de cette 
vie si bien remplie, et si prématurément interrompue. Il est digne d'un 
esprit élevé de s'occuper, sans relâche, des plus nobles et des plus 
hautes études. Didon a su remplir ce devoir dans toute son étendue. 

Faisons en sorte de mériter ce témoignage, que nous aurons la 
consolation de rendre à notre regretté camarade. Nous aurons le droit 
d'être fiers de Didon, car il ne s'en est allé qu'après avoir montré 
à tous, par des signes non équivoques, ce qu'il valait et ce qu'il aurait 
été capable de faire. 

G. Darboux. 

Notice extraite des Comptes Rendus de l* Association 
des Anciens Élèves de V École Normale, 



- 154 - 



CHAIRE DE MATHÉMATIQUES APPLIQUÉES 



I" nov. 1846 ) 
(création) ) 
19 nov. i866y 
10 août 1869, 

8 sept. 1869, 
31 déc. 187 I, 

9 févr. 1877, 
22 mars 1877, 



DuPRÈy Professeur titulaire. 

— Doyen. 

— décédé à Rennes. 
DuRRANDE, chargé du cours. 

— Professeur titulaire. 

— transféré à Poitiers. 
MoRiN, transféré de Marseille. 

— titulaire actuel. 



Maîtres de conférences de Mathématiques, 



28 oct. 1884 
28 oct. 1885 

31 oct. 1885 

18 mars 1886 

24 juil. 1888 

19 janv. 1891 

16 févr. 1891, 
I" janv. 1896, 
26 juil. 1898, 



MOLK, 



Fabry, 



Flamme^ 



Andrade, 



26 juil. 1898, Le Roux, 



actuellement Professeur à la 
Faculté de Nancy. 

actuellement Professeur à la 
Faculté de Montpellier. 

actuellement Professeur à la 
Faculté de Lyon. 

Maitre de conférences. 

Professeur adjoint. 

actuellement Maitre de confé- 
rences à Montpellier. 

Maitre de conférences actuel. 



— ISS — 



DUPRE, *. 

DUPRÉ (Athanase), (1808-1869), né à Cerisiers (Yonne), mort à 
Rennes ; successivement professeur de Mathématiques, puis de 
Physique (i 828-1847) au Collège Royal de celte ville ; enfin Professeur 
de Mathématiques appliquées à la Faculté des Sciences, dont il fut 
Doyen de 1866 à 1869. 

Dupré doit être, à côté des Clausius, des Rankine, etc., mis au 
nombre des fondateurs de la théorie mécanique de la chaleur. Les dix 
dernières années de sa vie ont été remplies par ces recherches, et l'on 
peut voir, dans ses communications journalières aux Comptes-Rendus 
de l'Académie des Sciences pour cette époque, combien d'idées et de 
progrès lui sont dus. D'abord réunis en sept mémoires dans les Annales 
de Physique et de Chimie, ces travaux sont, plus tard, devenus la base 
de l'Exposition dogmatique qu'il a donnée de la théorie mécanique de 
la chaleur dans son ouvrage publié en 1868. Encore à l'heure présente 
il y a plus d'un point où ce livre n'a pas été dépassé ; et il reste, par la 
profondeur et l'originalité des vues, aussi bien que par la sûreté de la 
méthode, toujours fondée sur l'expérience, fécondée par la déduction 
mathématique, l'une des lectures indispensables à qui veut se pénétrer 
à fond de la théorie de la chaleur et rendre à chacun des grands esprits 
qui l'ont créée la part à laquelle il a droit. 

On s'expliquerait avec peine comment l'Académie des Sciences, 
après avoir attribué la première place aux travaux de Dupré dans le 
concours qu'elle ouvrit en 1866 sur la théorie mécanique de la chaleur 
pour le Prix Bordin, ne les a pas sanctionnés par le prix même, mais 
par une mention très honorable accompagnée par la moitié du prix^ si 
l'on ne se rendait compte qu'on était habitué alors, par de nombreux 
et éclatants exemples, à apprécier, dans une théorie physique, plus 
encore les beaux développements mathématiques qui s'y rattachaient, 
que le fond même des idées qui en formaient Pessence ; on ne pouvait 
pas savoir encore qu'un des heureux côtés de la théorie mécanique de 
la chaleur est de pouvoir se passer de calculs ardus. Quoi qu'il en soit. 



- is6 - 

en retirant la question du concours, TAcadémie reconnaissait implici- 
tement combien, après les travaux de Dupré, il restait peu de progrès 
à espérer, 

A Tœuvre capitale qu'on vient de rappeler, se joignent de nombreuses 
recherches sur les points les plus divers des Mathématiques pures et 
sur des sujets très variés de Physique et de Chimie qui occupent la 
période de 182S à 1S60. Le plus remarquable de ces travaux est un 
beau mémoire sur la théorie des twmbres classé le premier, lui aussi, 
au Concours pour le Grand Prix des Sciences mathématiques (1838) 
et récompensé d'une mention honorable avec la moitié du prix . 

P. MORIN. 



CHAIRE DE PHYSIQUE 



9 cet. 1840 

(création) 
2 cet. 1841. 

13 juil. 1842. 

24 cet. 1842, 

27 déc. 1854, 
29 déc. 1854, 

4 août 1857, 
i*"^ CCI. 1864, 
I*' oct. 1864, 

9 déc. 1865, 

28 mars 1868, 
28 mars 1868, 
15 juil. i868« 
I" nov. 1895. 



DE LA Provostaye, Professcuf titulaire. 



MORREN, 



Lallemand, 



Hakriot, 



Gripox, 



chargé du cours. 
Professeur titulaire. 
Doyen . 

transféré à Marseille, 
chargé du cours, 
Professeur titulaire, 
transféré à Poitiers, 
chargé du cours. 
Professeur titulaire, 
transféré à Lille, 
chargé du cours. 
Professeur titulaire, 
retraité. 



— IS7 — 

I" nov. 1893, MoREAU, chargé du cours. 

30 juil. 1898, — Professeur titulaire. 

— titulaire actuel. 



29 juil. 1893 
13 oct. 1894 

13 oct. 1894 
I*' nov. 1893 
I*' nov. 1895 
I*' août 1899 



Maîtres de conférences. 

DuHEM, actuellement Professeur à la 

Faculté de Bordeaux. 

MoREAU, titulaire actuel. 



Weiss, actuellement Maître de confé- 
rences à la Faculté de Lyon. 
I*' août 1899, Maurain, Maître de conférences actuel. 



DE LA PROVOSTAYE, O. *, LO. 

MONSIEUR de la Provostaye n'a passé qu'un an, d'octobre 1840 à 
octobre 1841, à la Faculté; il n'y a même jamais enseigné, puis- 
qu'à l'ouverture des cours, en novembre de cette année, il était rem- 
placé par M. Morren. M. de la Provostaye a fait, en collaboration avec 
le professeur Desains^ de nombreuses recherches sur la chaleur rayon- 
nante. Il a établi l'identité complète des rayonnements calorifiques et 
lumineux. Il est mort Inspecteur Général de l'Université. 



MORREN, O. *, I. O. 

J'emprunte, en la résumant, la notice insérée, sous la signature de 
M. Terquem, dans le bulletin de 1872 de l'Association des Anciens 
Élèves de l'École Normale. 

II 



- is8- 

Morren, né à Bordeaux le 13 mai 1804, était fils d'un officier du 
Génie. Il fut nommé en 18 13, grâce à Tappui de Carnot, boursier au 
Lycée d'Angers, où il fit toutes ses études. Au moment où il les achevait 
(1822), l'École Normale venait d'être fermée. Décidé à entrer dans 
l'enseignement, Morren accepta le titre de maître d'études au Lycée 
d'Angers. Lorsque PÉcole Normale fut rouverte, il s'y présenta, y fut 
reçu en 1827, et en sortit le premier en 1830, avec le litre d'agrégé; 
il revint au Lycée d'Angers comme professeur de Physique. En 1838, 
il devint Proviseur de ce même Lycée qui l'avait vu successivement 
élève, maître et professeur. En 1841, il fiit nommé, à Rennes, profes- 
seur de Physique en remplacement de M. de la Provostaye, puis, i la 
fin de 1842, il succéda à Du jardin comme Doyen de notre Faculté des 
Sciences. 

Le souvenir de son enseignement n'est point encore efifacé. Cependant 
malgré son succès, il quitta Rennes en 1854, à la suite d'une difiiculté 
avec rÉvêché, pour aller prendre les fonctions de Doyen à la Faculté 
des Sciences de Marseille que l'on venait de créer. 

C'est là qu'il est mort, le 26 octobre 1870. Sa santé avait été forte- 
ment ébranlée par les malheurs qui fondirent sur la France dés les 
débuts de la guerre. Le fils du vieil officier était atteint du même coup 
qui frappait la Patrie ; il était seul dans son laboratoire lorsqu'il poussa 
un cri qui fit accourir son préparateur ; quand on le transporta chez 
lui, il avait cessé de vivre. 

Les travaux de Morren lui donnent des droits à une place honorable 
parmi les physiciens. 

Il a déterminé pour divers gaz la pression correspondante à la 
moindre résistance à la décharge électrique ; il a montré les différences 
très grandes qui existent à ce sujet entre les différents corps. 

Morren a étudié les spectres des hydrogènes carbonés et celui du 
cyanogène en combustion sous l'action d'un courant d'oxygène. Il a 
mis aussi en évidence tous les caractères du spectre du carbone qu'il a 
décrit avec beaucoup d'exactitude. 

Il a montré que l'oxygène pur ne reste pas lumineux après le 
passage des étincelles électriques, mais qu'il faut avec lui un autre gaz 
pour obtenir une émission de lumière. 



— IS9 — 

Dans un autre ordre d'idées, Morren étudia les Animalcules qui 
colorent souvent les eaux en rouge, le mode de nutrition, de respira- 
tion, de développement de ces êtres microscopiques. Il s'appliqua 
à mesurer la quantité d'air contenue dans les eaux stagnantes. 

Enfin, peu de temps après que Plûcker, à Bonn, eut fait ses 
remarquables recherches sur les décharges électriques dans les gaz 
raréfiés, avec les tubes de Geisler, Morren voulut, de son côté, 
préparer ces tubes que l'on se procurait difHcilement en France à cette 
époque. 

Son dernier travail est relatif aux actions décomposantes produites 
par les rayons solaires sur divers gaz. 



LALLEMAND, ^, I. O, 

Correspondant de l'Institut. 

MONSIEUR Lallemand (Étienne-AIexandre), né à Toulouse le 15 dé- 
cembre 18 16, est mort à Poitiers en 1886. Il fit ses études au 
Collège de cette ville, et entra en 1836 à l'École Normale. Il en sortit 
avec les trois licences scientifiques, et en 1841, fut reçu le troisième 
agrégé des Sciences Physiques, lors de la création de ce grade. 

Il occupa successivement les chaires de Physique dans les Lycées de 
Grenoble (1839-1841), de Nîmes (1841-185 1), de Rennes (185 1-1854). 
A la fin de décembre 1854, il fut nommé Professeur à la Faculté des 
Sciences de Rennes. En 1864, il fut transféré à la Faculté des Sciences 
de Poitiers, dont il devint Doyen en 1871, jusqu'à sa mort en 1886. Il 
avait été nommé Correspondant de l'Institut en remplacement de 
M. Billet dans la section de Physique. 

La vie scientifique de Lallemand est résumée dans les publications 
suivantes : 

1° Mémoires sur les actions électrodynamiques des courants induits; 
— sur la balance électrodynamique. Il a établi que les courants d'induc- 
tion suivent les lois d'Ampère relatives aux courants permanents ; 



— i6o — 

2" Recherches sur diverses essences et en particulier sur l'essence de 
Thym. Lallemand a découvert un nouveau camphre, le Thymol, et 
observé le premier les phénomènes de surfusion et de sursaturation ; 

3° Recherches sur la diffusion de la lumière par les milieux transpa- 
rents, où se trouve établie la polarisation de la lumière diffusée. 

« L'ensemble de travaux si divers, dit M. Mascart, assure au nom de 
Lallemand un rang des plus honorables dans l'histoire de la Science > . 



CHAIRE DE CHIMIE 



9 cet. 1840 

(création) 

18 mars 1841, 

6 janv. 1854, 
23 janv. 1866, 
26 avril 1878, 

8 févr. 1866, 
10 juil. 1868^ 

8 févr. 1894, 



Malaguti, chargé du cours. 

— Professeur titulaire. 

— Doyen. 

— Recteur de l'Académie de Rennes. 

— décédé à Rennes. 
Lechartier, chargé du cours. 

— Professeur titulaire. 

— Doyen. 

— titulaire et Doyen actuel. 



i*^ nov. 1895 
13 cet. 1894 



r*" nov. 1894 t 
I" nov. 1899 ^ 

I" nov. 1894, 



Maîtres de conférences. 



f VÉZES, 



actuellement Maître de confé- 
rences à la Faculté de Bordeaux . 



Cavauer, actuellement Maître de confé- 
rences à la Faculté de Marseille. 
PouGET, chef des travaux pratiques. 



— i6i — 

i**" nov. 1898, Perrier, Maître de conférences actuel, 
i**^ nov. 1899, Job, Maître de conférences actuel. 

24 mars 1900, Poucet, Maître de conférences actuel. 



MALAGUTI, C. *, C. +, I. O, 

Correspondant de l'Institut. 

SAVANT aussi modeste qu'illustre, Malaguti a exprimé dans son testa- 
ment le désir qu'aucun discours ne fût prononcé à ses obsèques et 
que le Recteur s'abstint, à la rentrée solennelle des Facultés, de faire 
son éloge. 

Sa volonté a été respectée ; quelques mots d'adieu seulement expri- 
mèrent dans les deux cérémonies qu'il avait spécialement désignées, les 
regrets profonds et le deuil respectueux de ses collègues, de ses admi- 
rateurs, de ses amis. 

Plus libres que nous, ses anciens compatriotes, en Italie, ne s'arrê- 
tèrent pas devant le vœu qu'il avait formulé et c'est à l'éloge qu'en a 
fait un savant professeur de l'Université de Bologne, que je suis heureux 
d'emprunter une grande partie des notes que l'on va lire. Je me suis 
borné à résumer son discours en y ajoutant un certain nombre de 
détails et de considérations dont le professeur italien ne pouvait appré- 
cier l'importance spéciale pour notre région. J'ai cru cependant devoir 
traduire littéralement quelques passages caractéristiques. Que la grande 
âme de Malaguti me pardonne cette infraction à son exigeante modestie. 
II y va de la gloire de notre Université de Rennes où il a débuté, qu'il 
a dirigée comme Doyen et comme Recteur, de cette ville qui l'avait 
adopté, où il a laissé tant d'impérissables souvenirs. 

L*on m'excusera de ne point suivre pas à pas le Professeur Cazali (0^ 
car je dois me renfermer dans le cadre d'une courte notice. 

L. J. 

(i) Faustino Malaguti e le sue opère; per Adolfo Cazali, Professore di Chimica ne! 
R. Instituto tecnico di Bologna. Memoria letta alla Societa agraria di Bologna, 
16 Febbrario 1879. 



— I62 — 

a Amabat nesctri, » Telle fut la devise à laquelle Malaguti demeura 
fidèle toute sa vie et jusque par delà la mort. Je n'entreprends point ici 
sa biographie complète, je veux seulement retracer la carrière labo- 
rieuse de cette èminente personnalité italienne que fut Malaguti <>), de 
ce savant qui, par son génie merveilleux, par son activité qui ne s'est 
jamais démentie, par son jugement limpide et son esprit clair, ordonné 
et riche de profond savoir, mérite d'être appelé « une véritable abeille 
de la Science » . 

Malaguti était de haute stature ; sa démarche était grave et posée, sa 
personne droite, sa figure belle et noble. Il avait ce teint pâle à fond 
brun qui caractérise la belle race de Bologne ; l'œil petit, vif, noir, le 
front spacieux et ouvert ; sa barbe, qui encadrait son visage, laissait voir 
un menton un peu ample, et la bouche révélait un je ne sais quoi de 
grave sans affectation. Sa voix harmonieuse, sa diction simple rendait 
pleine de charme une parole facile et colorée. 

Malaguti est né près de Bologne le 15 février 1802; il était le troi- 
sième de neuf frères. Il y suivit les cours de l'Université où il obtint à 
seize ans le diplôme de pharmacien ; il devint assistant à la clinique 
médicale ; puis le gouvernement pontifical le délégua à la Douane pour 
l'examen des drogues et médicaments. Mais les événements de 1851 
forcèrent Malaguti à s'expatrier. Il se réfugia à Paris, où il acquit des 
idées plus larges et cette liberté intellectuelle qui lui faisait tant défaut 
en Italie. 

Malaguti, à côté de Pelouze, fréquentait le laboratoire de Gay-Lussac ; 
il y rencontra Liebig. Il obtint de suivre les cours de l'École Poly- 
technique, puis il travailla sous la direction de Brongniart; ses premiers 
travaux, publiés dans les Annales de Physique et de Chimie, lui valurent 
l'amitié du baron Thénard, de Dumas et de Biot. Il collabora aux 
recherches de ce dernier sur la décomposition de la lumière. 



(i) A U création de la Faculté, en 1840, Malaguti fut chargé du cours de Chimie 
m attendant ses lettres de grande naturalisation. Ce n'est que quelques mois plus tard 
(mars 1841), qu'il fut naturalisé et devint Professeur titulaire. Si donc sa patrie 
d'origine peut revendiquer uue part de ses travaux, c'est comme Français, Français 
par sa volonté, que la plus grande part de son œuvre appartient à l'Université de 
Rennes. 



- i63 - 

Il fut alors nommé chimiste- adjoint à la manufacture de porcelaine 
de Sèvres ; il se donna corps et âme à sa nouvelle fonction, où rapide- 
ment il conquit Testime de tous, si bien qu'un jour le directeur Bron- 
gniart, recevant une délégation de savants italiens, put le leur présenter 
en ces termes : « Voici le prince des chimistes italiens. » 

Par ses recherches patientes il arriva, ce qui est une gloire i Sèvres, 
à produire une nouvelle couleur, un rouge œillet, dû au mélange de 
Tacide métastannique, de la craie et de l'oxyde de chrome. 

Malaguti prit à cette époque le grade de Docteur es Sciences. II fut 
chargé par Brongniart d'étudier VOiochérite ou cire fossile. En 1837, il 
publia une note sur le Rubis artificiel, une autre sur la Cystine, et, en 
collaboration avec Brongniart, il inaugura une série de recherches sur 
les Kaolins qui reçurent l'approbation universelle. 

Tout en effectuant ces travaux spéciaux, Malaguti poursuivait d'im- 
portantes études sur les substitutions organiques qui donnaient alors lieu, 
surtout de la part de Berzélius, à d'importantes controverses et occa- 
sionnèrent des recherches capitales de Dumas ; il publia une série de 
notes qui définitivement attirèrent l'attention sur lui. C'est de cette 
période que datent ses travaux sur les éthers muciques, Vacide mucique, 
Véther citrique, cbloro-oxalique, pyromucique, Vacide camphorique, les éthers 
acétique, benxpique, formique, etc., sur les amides et leurs alliés. Il prouva 
que la substitution du chlore à l'hydrogène avait réellement lieu atome 
par atome, que ces phénomènes se réduisaient à une double décompo- 
sition et que les produits de substitution étaient vraiment analogues par 
leur structure et leur fonction â ceux du groupe originaire. 

C'est à ce moment que l'on créait la Faculté des Sciences de Rennes. 
Il y fut nommé Professeur de Chimie (»>. Jusque-là, Malaguti, enfermé 
dans son laboratoire, ne s'était fait connaître que du monde savant. Sa 
nomination à Rennes lui ouvre un autre horizon : il va se faire Profes- 
seur. La science n'y perdra rien, l'enseignement y gagnera tout. C'est 
en effet la période où il publie des travaux sur les phosphates de soude, 
Vacide litbophélique (en collaboration avec son préparateur Sarzeau), 



(i) On a vu plus haut que Victor Cousin avait voulu nommer k Rennes des savants 
d'une valeur incontestable ; ainsi s'explique et se justifie le choix de Malaguti. 



— 164 — 

sur les béipards, sur Vaciion de l' ammoniaque liquide sur Us chromâtes 
magnésiens. 

Toute une autre série de travaux fut exécutée en collaboration avec 
son collègue de Minéralogie, Durocher : sur la laumonite, sur la métal- 
lurgie du plomb et de l'argent et notamment sur les minerais de Pont- 
Péan, sur la présence de l'argent dans l'eau de mer, sur les composés de 
ï argent et leur association fréquente avec d'autres minéraux; ce travail est 
très important au point de vue de la métallurgie ; ils firent encore des 
recherches sur la présence de la pyrite de fer dans les alluvions, sur la 
résistance des chaux hydrauliques et des ciments à Vacticn destructive de Veau 
de mer y sur le granit de Bomarsund, sur la répartition des éléments inorga- 
niques dans les principales familles du règne végétal, etc., etc. 

Dans un autre ordre d'idées, Malaguti avait senti que dans un pays 
agricole comme la Bretagne il devait à ses auditeurs des leçons de 
Chimie appliquée à la source de la fortune publique de la région ; il se 
mit donc à enseigner la Chimie agricole et, pour la première fois 
en 1848, il publia ses Leçons de Chimie agricole. Abandonnant la haute 
spéculation scientifique, il chercha à être pratique; il ne crut point 
abaisser la Science en la mettant à la portée de ses auditeurs. On peut 
dire de son ouvrage que c'est le premier manuel rationnel qui fut mis 
entre les mains des étudiants. 

Il est donc le fondateur du cours de Chimie agricole qui, à partir 
de 1852, fut régulièrement subventionné par le Ministère de l'Agricul- 
ture, et a été continué avec tant d'éclat depuis 1866 par M. le Doyen 
Lechartier. 

En 1862, il résuma ses leçons en un Traité de Chimie appliquée à 
l'Agriculture qu'il dédia à Dumas. Il en tira un petit manuel pour 
l'enseignement primaire qui rapidement se répandit en France et à 
l'étranger. C'est un modèle du genre, et aujourd'hui que l'enseignement 
agricole a pris dans les programmes de l'enseignement primaire une 
place qui devient de plus en plus grande, on peut dire, sans exagéra- 
tion, que c'est à Malaguti qu'est due cette heureuse innovation. Les 
instituteurs doivent saluer en Malaguti leur premier Maître. 

Une fois engagé dans cette voie, il eut conscience des services qu'il 
allait rendre à l'agriculture ; il entreprit des recherches sur les cendres des 



- i6s- 

végétaux, sur les guanos y sur les causes de fécondité et d'infécondité des 
terres sableuses des environs de Rennes, 

Notons encore un important mémoire sur les faits relatifs à l'action 
réciproque des sels solubles qui exigea des travaux d'une extraordinaire 
délicatesse. 

Au milieu de 1853, Malaguti publia ses Leçons élémentaires de Chimie 
qui sont restées un modèle de clarté et dont dérivent les traités clas- 
siques qui sont venus ensuite. La dernière édition qu'il en fit paraître 
en 1863 ^t^î^ ^^ courant des derniers perfectionnements de la Chimie 
moderne; il le dédia à Pelouze. 

Nous laissons de côté bon nombre de travaux de moindre impor- 
tance, qui tous se distinguèrent, comme les principaux, par la scrupu- 
leuse exactitude et l'honnêteté scientifique. 

Tel fiit rhomme de Science; le Professeur ne lui fut pas inférieur. 
Sans chercher à être éloquent, il l'était vraiment par la vivacité et 
l'originalité de sa parole, par la chaleur communicative de son discours 
auquel son accent étranger donnait une saveur particulière. Il s'était 
fait à Rennes une réputation extraordinaire; elle s'étendait plus loin 
d'ailleurs, car dès 1855 l'Académie des Sciences Tavait inscrit au 
nombre de ses Correspondants. En 1854, il avait été nommé Doyen de 
la Faculté de Rennes. 

Faut-il s'étonner qu'après avoir rendu à la Science et en particulier à 
la région bretonne les services que nous n'avons que sommairement 
indiqués, il ait été choisi pour gouverner la grande Académie de Rennes ? 
En le nommant, le Ministre ne fit que ratifier la désignation des corps 
savants. Ce ne fut pas sans regret qu'en 1866 il abandonna son labo- 
ratoire pour devenir administrateur; mais, dans les tournées qu'il 
faisait dans son Académie, il s'attardait avec complaisance dans les 
laboratoires de Chimie des lycées ; il aimait à en respirer les odeurs : 
Je ne respire bien qu'ici, disait-il volontiers. 

Devenu Recteur, Malaguti cesse de nous appartenir ; la Faculté des 
Sciences, qui avait salué avec joie l'honneur qui lui était fait dans la 
personne de son Doyen, s'inclina respectueusement devant le Chef de 
l'Académie. 

Lorsqu'il prit sa retraite, il fut nommé, en 1873, Commandeur de la 



— i66 — 

Légion d'honneur; il était depuis sept ans Commandeur de l'Ordre 
italien des Saints Maurice et Lazare <'). Il mourut à Rennes, où il 
repose, des suites d'une maladie de cœur, le 26 avril 1878. 11 était 
membre de plus de trente sociétés savantes de France et de l'étranger. 



CHAIRE DE ZOOLOGIE ET DE BOTANIQUE 

9 cet. 1840 ) 

. , . ^ i DujARDiN, Professeur-Doyen, 
(création) ) 

1846-1850, PoNTALLiÊ, suppléant. 

1850-1851, G. Darestë, suppléant. 

8 avril 1860, Dujardin, décédé. 

8 nov. 1860, SiRODOT, chargé du cours. 

31 déc. 1862, — Professeur titulaire. 

17 sept. 1869, — Doyen. 

i«' nov. 1895, — retraité. 

29 mars 1878, Dédoublement de la chaire. 



DUJARDIN, *, I. O, 

Correspondant de l'Institut. 

J'emprunte la plupart des éléments de cette notice à un discours 
prononcé par le Doyen Malaguti i la séance de rentrée des Facultés 
de 1860. 

Félix Dujardin naquit à Tours en 1801. Son grand-pére et son père, 
horlogers venus de Lille, aimaient les collections et durent avoir sur 

(i) Sur la photographie de Malaguti reproduite un peu plus haut, on peut voir cette 
décoration à côté de sa croix de Commandeur de la Légion d*honneur. 



- i67- 

le développement des goûts du futur savant une grande influence. Tout 
en lui faisant suivre les cours du collège, son père lui apprenait le 
maniement des outils délicats de son métier, et développait chez lui 
le goût du dessin. Il y acquit une grande habileté. 11 organisait en 
même temps chez lui un petit laboratoire de Chimie. Songeant à 
cette époque à se présenter à TÉcole Polytechnique, il se mit à étudier 
les mathématiques et prépara son jeune frère au même concours 
en 1818. Par le plus étrange des hasards, l'élève seul fut admis, le 
maître échoua. 

Il se dirigea alors vers les beaux-arts et travailla dans l'atelier du 
peintre Gérard. Mais les études scientifiques l'attiraient toujours ; nous 
le voyons successivement ingénieur dans une usine des Ardennes, 
libraire à Tours, professeur de mathématiques et de littérature, et 
consacrant ses loisirs à l'histoire naturelle; il connut bientôt la flore 
de la Touraine, collectionna les minéraux et les fossiles du pays. La 
ville de Tours le chargea de faire des cours de Géométrie et de Chimie 
qui eurent un réel succès. 

A cette époque, il publia une Flore complète d^ Indre-et-Loire. Dujardin 
sentit alors qu'il avait besoin de suivre à Paris des cours et des labora- 
toires avant de se spécialiser. L'étude des animaux microscopiques eut 
ses premières préférences ; il alla passer à Toulon l'automne de 1834 ; 
il y découvrit les Rhiiopodes et ébaucha un travail sur les Crinoides. 11 y 
retourna en 1835, puis il alla sur les côtes de Normandie avant de se 
décider à publier ses découvertes sur les Rhizopodes. Il fit voir que ces 
animaux inférieurs, au lieu d'avoir une organisation complexe comme 
on le croyait alors, n'étaient autre chose qu'une petite masse de subs- 
tance vivante fondamentale qu'il nomma sarcode ; il est déplorable que 
ce mot si expressif n*ait pas été accepté dans la science ; il est beaucoup 
plus juste que le mot protoplasma qui a prévalu. 

Dujardin étudia ensuite les Infusoires, groupe alors presque inconnu 
et où le peu de vérité que Ton savait était masqué par une infinité 
d'erreurs. Il en élimina toute une série d'êtres qui n'avaient rien à y 
faire, puis il mit en lumière les caractères fondamentaux de ces animaux. 
Il eut, à leur sujet, d lutter contre des naturalistes, et principalement 
contre Ehrenberg, qui n'acceptaient point ses découvertes ; la justice 



- i68 — 

fut longue à venir; il ne put qu'en entrevoir l'aurore, mais l'on peut 
dire aujourd'hui que dans cette mémorable querelle il a triomphé de 
toutes les critiques. 

11 voyagea pour étudier les polypiers de la craie, dirigea un journal 
scientifique, qu'il rédigeait d'ailleurs complètement, et publia un ouvrage 
charmant trop peu connu et presque introuvable : Promenades d'un 
naturaliste. 

Il inventa à cette époque un appareil d'éclairage pour les micros- 
copes ; on a désigné cet appareil pendant de longues années sous le nom 
fï éclairage Dujardin, C'était un immense progrés auquel sont dues bien 
des découvertes ; ce n'est que récemment qu'il a été remplacé par les 
condenseurs perfectionnés, qui d'ailleurs en dérivent. 

C'est à ce moment que Dujardin fut nommé Professeur de Chimie à 
la Faculté des Sciences de Grenoble, puis, quelques mois plus tard, 
Professeur de Géologie et Minéralogie à la Faculté des Sciences de 
Toulouse. C'est là que le ministre, voulant donner à la nouvelle Faculté 
de Rennes un Doyen ayant déjà une notoriété scientifique, le prit en 
septembre 1840. 

Très peu de temps après son arrivée à Rennes, il publia son Histoire 
naturelle des Infusoires qui marque une date en Zoologie (1840-41). Elle 
fut bientôt suivie de son Manuel de l'observateur au microscope (1842) ; 
cet ouvrage modeste est le prototype de tous ceux qui, en France et à 
l'étranger, ont, après Dujardin, cherché à initier les naturalistes débu- 
tants aux mystères des infiniment petits. Ce petit livre sans prétentions 
est, du premier coup, un chef-d'oeuvre. 

Cependant Dujardin, absorbé par ses travaux, avait résigné à la fin 
de 1842 SCS fonctions de Doyen. Il donna alors une vive impulsion à 
SCS recherches et fit de belles découvertes sur les Vers parasites. Il 
publia en 1844 son Histoire culturelle des Helminthes et découvrit chez 
plusieurs d'entre eux des faits de migrations larvaires qui depuis ont 
été constatés chez de nombreux parasites. 

Faute de pouvoir en donner une énumération complète, bornons - 
nous à citer simplement ses études sur les formes larvaires des PorceU 
latta et sur la reproduction des Acalèpbes, qui fut une des bases de la 
théorie des générations alternantes ; il démontra l'inanité de la prétendue 



— 169 — 

circulaiion péritrachéenne des Insectes, entrevit la Diapédèse^ élucida la 
structure des spermatoioïdeSy étudia la production de la cire chez les 
animaux et les végétaux, ce qui l'amena à une révision complète de 
l'histoire naturelle des Gallinsectes ; il reconnut la structure intime du 
cerveau des Abeilles et entrevit des résultats que l'on n'a fait que perfec- 
tionner plus récemment. Il recherchait entre temps une méthode de 
photographie microscopique ; mais cet art était encore si rudimentaire 
qu'il ne parvint pas à des résultats satisfaisants; on peut dire, d*ailleurs, 
que la microphotographie n'a pas fait depuis cette époque de très grands 
progrés, et qu'elle est encore très défectueuse. 

Des mémoires sur les Pycnogonides, les Bryozoaires, les Ëchinodermes, 
marquent les dernières années de sa vie. Il préparait sur ce dernier 
groupe un volume qui devait venir, dans les Suites à Buffon^ prendre 
rang avec ses Infusoires et ses Helminthes. 

Dujardin mourut à Rennes le 8 avril 1860. La Ville de Rennes, 
comme témoignage d'admiration et de gratitude, a offert, au cimetière 
du Nord, le terrain où repose notre premier Doyen. L'Académie des 
Sciences, lui rendant enfin une tardive justice, l'avait inscrit l'année 
précédente parmi ses Correspondants dans la section de Zoologie, après 
l'avoir, toujours en seconde ligne, inscrit sur diverses listes de présen- 
tation à des chaires du Muséum. 

Il n'est guère de Maîtres qui aient plus honoré la Science par son 
désintéressement, par l'étendue de son immense savoir, par l'originalité 
de ses travaux et l'élévation de son esprit. On peut dire, sans exagéra- 
tion, que Dujardin est un des plus grands naturalistes du xix^ siècle, et 
la Faculté des Sciences de Rennes peut être justement fière d'avoir 
débuté sous les auspices de cet éminent Doyen. 



t 



V 
\ 



ITO — 



r.HAIRE DE ZOOLOGIE 



* « 



lo. 



SrRODOT, 



JOUBIN, 



Professeur titulaire. 

retraité. 

chargé du cours. 

Professeur titulaire. 

titulaire actuel. 



jcr. 1885 ; 
mi. 1884 S 



:S6 4-1885, 
MOV. i886 
> Avril 1888 



>8 iuil. i888, 

li avril 1892 

i • nov, 1895 

i ' nov. 1895, 

;o juiK 1899, 



Maîtres de cotifirences. 



Priem, 



chargé de conférences, actuel- 
lement Professeur au Lycée 
Henri IV. 
Defrance^ chargé de conférences. 



François, 



JoUBIN, 



chargé de conférences, actuelle- 
ment sous-directeur du Labo- 
ratoire d'Évolution des êtres 
animés, à la Sorbonne. 

Maître de conférences. 



— Professeur adjoint. 

GuiTEL, Maître de conférences actuel. 

— Professeur adjoint. 



— 171 — 



CHAIRE DE BOTANIQUE (') 



Barthélémy, chargé du cours (n'accepte pas). 



29 mars 1878 

(création) 

12 nov. 1878, Crié, chargé du cours, 

i*^ févr. 1881, — Professeur titulaire. 

— titulaire actuel. 

Maître de conférences. 

I" nov. 1894, Lesage, chargé de conférences. 

I"' nov. 1895, — Maître de conférences actuel. 



CHAIRE DE GÉOLOGIE ET DE MINÉRALOGIE 
Jusqu^au i^ avril 18$ 4^ la Chaire ne comporta qu'un Professeur adjoint. 



Payer, Professeur adjoint. 



9 oct. 1840 
(création) 
25 déc. 1841, DuROCHER, Professeur adjoint. 
29 mars 1833, — Doyen (n'accepte pas). 

I" avril 1854 
(création) 
3 déc. i8éo, — décédé. 

12 févr. 1859, VÉziAN, supplée Durocher. 

(i) La chaire de Zoologie et de Botanique avait été dédoublée une première fois en 
décembre 1875 , mais le décret resta lettre morte faute de candidat à la chaire de 
Botanique. 



Durocher, Professeur titulaire. 



— 172 — 

29 sept. 1861, MASSiKir, chargé du cours. 
13 août 1864, — Professeur titulaire, 

i"^ déc. 1886, — en congé. 

9 févr. 1889, — démissionnaire. 

6 févr. 1896. — décédé. 

18 janv. 1887, Wallerant, chargé du cours. 
1*^' nov. 1889, — Professeur titulaire, actuellement 

Maître de conférences à l'École 
Normale Supérieure. 
15 oct. 1891, Seunes, chargé du cours. 

18 déc. 1893, — Professeur titulaire. 

— titulaire actuel. 



DUROCHER, *, I. O, 

Correspondant de l'Institut. 

DUROCHER est né à Rennes en 18 17 ; il fut élève de notre Lycée, 
d*où il entra àTÉcole Polytechnique. Il en sortit en 1837, dans 
les premiers, et fut nommé élève à TÉcole des Mines. 

Peu de temps après, il prit part, en qualité d'ingénieur, à un voyage 
scientifique en Laponie, au Spitzberg, aux îles Féroé, puis en Finlande. 
Il en rapporta un important mémoire sur les phénomènes diluviens 
dans ces contrées ; on peut aujourd'hui contester les résultats interpré- 
tatifs de ce travail, mais, en tout cas, il en reste un certain nombre de 
faits réels de grande valeur. Ce mémoire classa Durocher, qui n'avait 
alors que 23 ans, parmi les géologues les plus en vue. En 1841, il fut 
nommé à la Faculté des Sciences de Rennes, créée depuis un an, où il 
remplaçait Payer qui, bien que nommé en 1840, n'y avait pas enseigné. 
Il conservait en même temps ses fonctions d'ingénieur des Mines, ce 
qui lui permit de faire de nombreuses recherches sur les minéraux et 
les terrains de notre région. En 1845, il obtint un nouveau congé et 



— 173 — 

partit encore pour la Suéde et la Norvège ; il publia à son retour le 
résultat de nouvelles recherches sur les érosions et sur divers gîtes 
métallifères du Nord de l'Europe. 

En 1838, Durocher fut envoyé en mission au Nicaragua pour faire 
des études sur un tracé projeté de canal interocéanique, celui-là même 
dont il est de nouveau question actuellement ; il en revint par les États- 
Unis, où il fît des études minéralogiques. Il ne put achever la publica- 
tion des résultats définitifs de ces voyages, car il mourut peu de temps 
après son retour, n'ayant donné que des notes préliminaires. 

Durocher, soit seul, soit en collaboration avec Malaguti et Sarzeau, a 
fait de nombreuses études minéralogiques ; en particulier il analysa les 
plombs argentifères de Pont-Péan ; il découvrit avec Malaguti la grande 
diffusion de l'argent dans les plantes et surtout dans l'eau de mer. Il 
publia des mémoires sur la production artificielle des minéraux par voie 
sèche, le métamorphisme des roches, la cristallisation des roches grani- 
tiques, les phénomènes littoraux ; un essai sur la pétrologie comparée. 

Ses travaux contiennent de nombreux aperçus originaux, que la 
mort ne lui a pas laissé le temps de développer, mais qui ont été repris 
par d'autres naturalistes qui en ont tiré des conséquences importantes. 

L'Académie des Sciences l'inscrivit parmi ses correspondants en 1839. 
Il mourut le 2 décembre 1860, à l'âge de 43 ans. 



MASSIEU, O. «, I. O. 

MONSIEUR Massieu a pendant vingt-six ans occupé la chaire de 
Géologie et de Minéralogie. Sorti de l'École Polytechnique en 183 3 
pour entrer élève-ingénieur à l'École des Mines, il succédait en 1861 à 
Durocher, Correspondant de l'Institut. 

Massieu possédait toutes les qualités d'un Piofesseur éminent, doué 
d'une admirable lucidité d'esprit et d un véritable talent d'exposition 
élégante et aisée, il aimait ses fonctions d'enseignement et était fier de 
pouvoir adjoindre son titre de Professeur de Faculté à celui d'Ingénieur 
des Mines. Servi par une grande facilité d'assimilation, il suivait avec 

13 



— 174 - 

le plus grand intérêt le progrés de toutes les sciences, et dans nos jur3's 
de Licence, on le voyait siéger successivement à côté des mathémati- 
ciens, des physiciens, des naturalistes. Ses goûts et ses aptitudes prin- 
cipales l'avaient toujours dirigé vers les applications des mathématiques, 
soit à la théorie mécanique de la chaleur^ soit à la mécanique. 

Dés 1866, en même temps qu^il publiait la carte géologique du 
Département d'Ille-et- Vilaine, mettant en ordre les documents recueillis 
successivement par Lorieux et Durocher, puis par lui-même, il suivait 
en détail les travaux de Dupré sur la mécanique moléculaire, et il publiait 
des démonstrations originales de divers théorèmes relatifs à la force 
contractile dans les couches superficielles des liquides et à la désagré- 
gation totale des corps. En 1869, il présentait à TAcadémie des Sciences 
un mémoire intitulé : Sur les fonctions caractéristiques des divers fluides, 
qui eut l'honneur d'être inséré dans le recueil des travaux étrangers. 
En 1872, il montrait dans une note à l'Institut comment la loi des 
tensions maxima de la vapeur d'une substance peut s'exprimer au 
moyen de la chaleur spécifique de son liquide, de sa chaleur d'éva- 
poration et de la chaleur spécifique de la vapeur sous pression cons- 
tante. L'année suivante il publiait un exposé des principes fondamentaux 
de la théorie mécanique de la chaleur. 

Attaché comme Ingénieur en chef, au contrôle des Chemins de fer 
de rOuesl, Massieu fut conduit à examiner théoriquement et pratique- 
ment la locomotive à adhérence totale et à essieux convergents de 
Rahrchaert qu'il signale comme pouvant fournir une solution de la 
traction sur les voies à pentes notables et à courbes de faibles rayons 
dans les pays accidentés. Son mémoire fut publié dans les Annales des 
Mines et dans les Annales des Ponts-et-Chaussées. 

Son travail sur les freins est encore considéré comme pouvant servir 
de guide aux ingénieurs, même après la généralisation de l'air com- 
primé dans les trains de voyageurs. 

Membre du Conseil municipal de Rennes, il a pris la plus grande part 
à l'étude de toutes les questions qui ont eu pour objet l'assainissement 
de notre cité et en particulier de celle de l'adduction des eaux captées 
dans les bassins de la Loisance et de la Minette. Pour se rendre compte 
des services que Massieu a pu rendre à la Ville de Rennes, il faut avoir 



— 175 — 

assisté à la lutte soutenue par la municipalité de 187} à 1879, pour 
obtenir le décret d'utilité publique, l'autorisant à procéder aux travaux 
de captation. Quand on relit, documents en main, cette page de 
l'histoire de Rennes, on retrouve partout des traces de son influence 
sur les votes de ses collègues du Conseil municipal et sur la direction 
des études entreprises pour triompher des hésitations du Conseil supé- 
rieur des Ponts-et-Chaussées. 

Massieu possédait à un haut degré les sentiments de bonne et franche 
camaraderie qui doivent unir les membres d'une même compagnie. Tel 
il était avec ses camarades de TÉcole Polytechnique, tel on le retrouvait 
avec ses collègues des Facultés. Pour le peindre tel que nous l'avons 
connu, je ne puis mieux faire que de reproduire quelques-unes des 
paroles prononcées le 8 février 1896, par M. Sirodot, qui avait accepté 
la mission de représenter la Faculté à ses funérailles. 

« En même temps que Professeur d'un rare mérite, M. Massieu était 
« l'homme le plus affable, le plus bienveillant, le plus conciliant qui 
« fût au monde ; aussi n'a-t-il jamais provoqué que l'estime et l'affec- 
« tion de ses collègues, de nos étudiants, de tous les candidats aux 
< grades, en un mot de tous ceux qui l'ont approché. » 

Massieu avait quitté Rennes pour remplir à Paris les fonctions dUns- 
pecteur général des Mines, chargé du Contrôle de l'État auprès des 
Chemins de fer de l'Est. Il était Officier de la Légion d'honneur et 
Officier de l'Instruction Publique. 

G. Lechartier. 

Notice extraite du Rapport au Conseil Académique (18^). 




Cet ouvrage a été publié 
par la Société Scientifique et Médicale de l'Ouest dans son Bulletin. 



TABLE DES MATIÈRES 



Préface 



PAGES. 
I 



Chapitre premier. — Criatioti de la Faculté. 

I. — Préliminaires i 

II. — Période parlementaire 17 

Chapitre II. — Nomination du Personnel, — Organisation de l'Ensei^ 

gfiement 33 

Chapitre III. — La Faculté des Scietius au Présidial 45 

Chapitre IV. — La Faculté des Scienus au Palais Universitaire (1855- 

1896) 63 

P^iode de 1855 à 1876 79 

Période de 187s à 1896 83 

Chapitre V. — La Faculté des Sciences che^^ elle, 

I. — Période de construction 91 

II. — Projets d'agrandissements 103 

Chapitre VI. — État actuel des services de la Faculté 113 

a) Service général 1 14 

b) Service des Mathématiques 1 14 

c) Service de la Physique 117 

Commission Météorologique d'Ille-et- Vilaine 121 

d) Service de la Chimie 122 

Station agronomique 127 

Laboratoire municipal 128 



— I7S - 

E) Service de la Zoologie 129 

F) Service de la Botanique i î i 

a) Service de U Géologie et de U Minéralogie 151 

Chafitre VII, — Slatisliqut. 

I. — Budget de U Faculté. 

A) Recettes 13s 

b) Dépenses 137 

c) Traitement du Personnel 1 39 

Tableau du Budget de la Faculté en 1899 141 

11. — Statistique des Examens 142 

m. — Liste des Certificats d'Ëtudes Supérieures délivrés par la 

Faculté 144 

IV. — Discours de rentrée prononcés par les Professeurs de la 

Faculté I4Î 

V. — Personnel de la Faculté des Sciences de Rennes 146 

Chapitre Vlll. — Historique des Chaim de la FaeuUi 1 4g 

Liste des Doyens .... 1 so 

Chaire de Mathématiques 1 j i 

Chaire de Mathématiques pures t J2 

Chaire de Mathématiques appliquées 1 54 

Chaire de Physique ts6 

Chaire de Chimie . 160 

Chaire de Zoologie et de Botanique 166 

Chaire de Zoologie 170 

Chaire de Botanique 171 

Chaire de Géologie et de Minéralogie. 171 



^Achevé d'imprimer 

LE DOUZE MAI MIL NEUF c 

Francis SIMON 



Successeur de A. LE ROY 



^ 'KEtl'K.ES