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Full text of "Histoire de la peinture sur verre en Limousin"

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^^/ 



J. 



.*!.■ 



HISTOIRE 

DK LA 

PEINTURE SUR VERRE 

EN LIMOUSIN 
PAR L'ABBÉ TEXIER 

ÀBciEi) cDnt n'inaiiT 
laUfOINE HOIHWUH DI UlOttS 



nltriaWmt aâ invnattrialâ txah 
pir l'ibU Shd. 



PARIS 

T. DIDBON, LIBMIRE DUMOULIN, LIBBAIKE 

LIMOGES 

CHEZ LES PRINCIPAUX LIBRAIRES 
1847 



A MONSIEUR E.-n. THÉVENOT, 

Chef d'eieadroB , Directeur de la Nanufarture de vitraux de Clermont-Ferrand , membre du Comité det Arli et 

HoDOOientt, ete. 



MONSIEUR ET AMI, 

Agréez rhommage de ce petit livre. 

Dans la liberté, embellie par l'étude, que je dois à la bienveillaDce et aux encoura- 
gemeuUi d'un Pontife vénéré, j'ai tenté à ma manière d'ouvrir une vue surces àgesf 
anciens de la France dont il y a de $i glorieuset chose» à dire. 

Nous nous sommes rencontrés en route. 

Votre pinceau, guidé par la science chrétienne , rétablit nos anciens vitraux ; il 
enrichit nos églises «i œuvres dignes, par leur perfection, de rivaliser avec celles des 
temps passés ; pour tout dire, en un mot , vous teuez la plume et le crayou comme 
vous avez porté l'épée. 

Vous faites mieux encore : vous aimez, je le sais, l'élément chrétien , qui domine 
dans ces œuvres; ils sont reniés par vous les esprits, heureusement rares, qui 
pensent que la connaissance 4^b formules et des procédés matériels suffit en ces 
travaux. 

Au moyen Age, la science la plus haute, la théologie s'était développée avec 
magnificence sous une forme monumentale. Comment des esprits qu'on voudrait 
trouver graves ont-ils pu reléguer au rang des choses indifférentes, sinon nuisibles, 
l'étude de cette prédication éloquente qu'on appelle l'art chrétien ? 

En ces matières l'intelligence vient du cœur : pour en parler comme vous faites il 
faut la science des choses chrétiennes aidée par un esprit ^levé et une ame fervente. 

Nous aimerons donc toujours ces études , sûrs, malgré notre faiblesse, de n'y être 
pas inutiles, et d'y trouver, après l'épreuve , une consolation et une récompense' 

Limoges, 22 février 1847. 

TEXIER. 



HISTOIRE 



DE U PEINTURE SUR VERRE 



EN LIMOUSIN. 




Dans un précédent mémoire nous avons appelé Tattention de 
nos collègues sur un point vainement débattu jusqu*à ce jour de 
rhistoire de la peinture sur verre. Uopinîon émise par nous, en 
plaçant à Limoges le berceau de cet art si populaire , donnerait à 
notre ville une gloire sans égale dans la pratique des arts d^origine 
moderne. Notre patriotisme est donc hautement intéressé à rechercher 
et à produire tous les témoignages qui pourraient confirmer cette 
assertion. 

Les meilleures de nos preuves nous seront fournies par les monu- 
ments eux-mêmes. U serait peu raisonnable d'espérer découvrir 
dans la poudre des bibliothèques un autre manuel inédit de Tart du 
moyen âge. Or les textes imprimés sont connus : ils jettent peu de 
jour sur les origines de cet art. Les formules techniques sont 
d'ailleurs de leur nature sujettes à diverses interprétations, et partant 
h conteste. Un monument au contraire se produit toujours avec un 
caractère extérieur et matériel qui fortifie son témoignage lorsqu'il 
n'est pas accompagné d'une complète évidence. 

On peut se proposer d'autres buts. Les restes de vitraux qui 
décorent nos églises appartiennent à tous les âges. Ils nous fournissent 
donc des exemples des styles divers adoptés par chaque siècle : 
leur description , accompagnée des i^otioos général^ nécessaires 
pour l'intelligence de la matière, serait une histoire abrégée de la 
peinture sur verre. Quelles jouissances cette étude ne promet-elle 
pas à nos recherches patientes I L'histoire locale,- celle du costume , 
des formules chimiques, y recueilleront mille faits précieux et 
jusqu'à ce jour dédaignés. Faine l'histoire de l'art c'est décrire les 
procédés mis en œuvre par la main de l'homme pour donner au beau 
une forme visible ; c'est constater sous quel aspect il se manisfesta 
pour l'œil et le goût aux diverses époques de notre histoire. 

4 



2 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

La peinture sur verre , par ses procédés et ses matériaux , a une 
grande analogie et quelquefois une parfaite ressemblance avec la 
peinture sur porcelaine. Celle dernière, sous une bonne direction , 
|M)urrait faire la gloire et la fortune de notre cité ; et n'a-t-elle rien 
h apprendre de Tart fraternel qui la devança dans remploi des 
substances colorantes et vitrifiables ? L'intérêt matériel se réunit 
donc aux charmes d^une étude attrayante pour nous diriger en 
cette voie. 

Ebranlées d^ailleurs par lés révolutions et le temps, ces pages 
précieuses de fragile peinture réclament des soins protecteurs. En 
'plusieurs lieux les plombs oxydés, les armatures rompues, les 
menacent d'une ruine tous les jours plus imminente. Que nos e'tudes, 
en éveillant Tattention publique et celle des autorités , provoquent 
la consolidation et Tentretien de nos vitraux , et nous aurons atteint 
un des buts pour lesquels notre Société fut créée ; et , si nous ne 
réussissons pas à sauver le reste de nos peintures sur verre, ces 
pages en garderont au moins un vague souvenir I 

Nos recherches embrassent les départements de la Haute-Vienne, 
de la Creuse et de la Corrèze. Ces trois centres admiinistratifs 
représentent Fancienne division ecclésiastique de la province avant 
la création de Tévéché de tulle par Jean XXII : c'est le cercle atteint 
le plus activement par Tinfluence limousine. Cependant nous ne 
nous interdisons pas de rechercher au dehors des termes de compa- 
raison : c'est ainsi que nous ferons une excursion jusqu'à La 
Ferté-Bernard pour y visiter les beaux vitraux dont notre Jehan 
Courtois enrichit cette église en 1532. 

Voici, à la date de novembre 1845; les vitraux trouvés par nous 
dans notre province, et qui serviront de base à nos études. Nous 
prions nos honorables collègues de vouloir bien nous signaler les 
peintures sur verre qui auraient échappé à nos recherches. 

Xn^ SIÈCLE. 

Le seul vitrail du xn« siècle conservé dans cette région archéolo- 
gique provient des ruines de Tabbaye de Bon-Lieu (Creuse). J'en ai 
dit un mot précédemment : toute l'ornementation est formée par le 
réseau de plomb qui réunit les verres. 

Xni« SIÈCLE. 

Cette province , très-riche autrefois en vitraux du xnv siècle , les 
a perdus dans les guerres religieuses du xvi« siècle. Il n'en reste qu'un 
panneau , placé dans la rose du transept nord de leglise de La 
Souterraine (Creuse). 



EN L1BK)USIN. 3 



XIV* SIÈCLE. 



Je signalerai comme (rès-remarquables pour leur temps les grandes 
verrières du chœur de la cathédrale de Limoges. Elles répriment 
des apôtres, YAnnonciatim, sainte Valérie et saint Martial. Ces 
personnages, de stature colossale, sont debout dans des niches 
gothiques en couleur sur fond de grisaille. 

XY« SIËCLB. 

À ce temps appartiennent toutes les verrières de Saint-Michel 
de Litnoges. Deux des plus remarquables représentent, en trente- 
deux tableaux ajustés sur fond de mosaïque , les légendes de la sainte 
Vierge et de saint Jean. Sur d^autres vitraux voisins sont représentés 
des saints du pays, tels que saint Léonard, encadrés par une riche 
architecture en grisaille. 

A Âugne (Haute-Vienne) , deux verrières rondes représentent 
V Annonciation et V Adoration des mages. 

A Aymoutiers, quinze grands vitraux et deux roses, postérieurs 
à 4 470 , représentent cent dix personnages exécutés dans de 
grandes proportions et plusieurs scènes composées. Au bas de tous 
ces vitraux sont agenouillées les figures des donateurs vêtus des 
naïfs costumes de leur temps; on y distingue une grande figure de 
Tarchevèque de Nazareth Jean Barthon de Montbas. Toutes ces 
verrières menacent ruine , et réclament une mise en plomb et une 
restauration urgentes. 

XTI« SIÈCLE. 

Il faut citer pour ce temps : 4° presque tous les débris qui garnis- 
sent les tympans des grandes fenêtres gothiques de la cathédrale de 
Limoges; six grandes et magnifiques figures enlevées à une 
chapelle du même édifice , et placées dans les verrières du chœur ; 

2® Un vitrail de Téglise de La Borne (Creuse) portant la date 
de MYCxxii et la signature du verrier F. François : cette page 
magnifique représente Tarbre de Jessé ; 

3o Les vitraux de Téglise de Magnac-Bourg : ils représentent des 
saints étages les uns au-dessus des autres , et groupés deux par deux 
dans des niches de la renaissance ; 

4° Les deux vitres de Saint-Pierre de Limoges bien connues de nos 
lecteurs ; 

5» Des débris à Bourganeuf. 

Quand j'aurai mentionné deux panneaux qui décorent Téglise de 



4 HISTOIRE DR LA PEINTURE SUR VERRE 

SaÎDt-Symphorîen (Haute- Vienne); des débris conservés à Ghamberet 
(Creuse); un petit vitrail, assez remarquable, d'Orliac (même 
département), et les vitres qui ornaient et qui ornent encore nos 
maisons ^ j'aurai épuisé la liste des débris qui doivent nous aider à 
reconstruire le magnifique ensemble dont ils firent partie* 

L'étude À laquelle nous nous livrons a deux aspects, qui repré- 
sentent, en quelque sorte ^ Vespritetla matière, Pâme et le corps. 
Ce serait peu de rechercher comment les anciens maîtres verriers 
réussissaient à obtenir une matière translucide et résistante qu'ils 
coloraient par l'emploi intelligent des oxydes métalliques ; comment 
cette matière se découpait , malgré sa fragilité , en fragments 
de dimensions inégaies, et, parla juxta-position des couleurs diverses, 
formait des mosaïques transparentes. 

Le sujet serait à peine abordé si on laissait dans l'ombre les formes 
sous lesquelles le goût du beau se manifesta dans la suite des âges^ 
Fabriquer et colorer le verre , le découper et rajuster dans un vitrail 
n'était pas tout le but des anciens verriers : ils voulaient , par l'emploi 
de ces moyens, traduire une pensée sous une forme visible. Consacrée 
à renseignement de la religion ou de l'histoire, leur verrière 
réunissait presque toujours un double caractère. 

Ici reparaît la querelle moderne de l'art et du métier : ne cessons 
pas de déplorer la séparation qui s'est accomplie entre la main qui 
façonne et l'esprit qui dirige, entre l'homme qui pense et celui qui 
opère, ou, comme on dirait aujourd'hui, entre l'ouvrier et l'artiste. 
Le moyen âge , comme l'antiquité, ne connaissait pas ces distinctions 
subtiles. Les architectes qui ont bâti nos cathédrales s'appelaient 
tout simplement des maçons ; les sculpteurs étaient des imagiers ; les 
peintres , des enlumineurs ; les peintres sur verre , des verriers. Et 
ces hommes , sous un nom modeste , ont fait de grandes choses : le 
contraire n'aurait-il pas lieu quelquefois aujourd'hui? 

Rien de plus commun que le nom 

C'est dire que nous nous plaçons au point de vue de l'antiquité. 

Dans cette notice sur l'histoire de la peinture sur verre nous 
réunissons nos recherches sur l'art et le métier , nos aperçus sur les 
procédés et sur lé style; et c'est justice. Souvent les effets les plus 
piquants et les plus imprévus sont dus à l'emploi intelligent d'une 
matière rebelle. C'est ainsi que l'éclat et la solidité des vitraux 
primitifs doivent être attribués à ce que nous appellerions aujour- 
d'hui la mauvaise fabrication du verre. En descendant le cours des 
siècles nous verrons les procédés techniques , toujours perfectionnés , 



EN LIMOUSIN. 5 

aboutir à un résultat surprenant : un double mouvement ^en sens 
inverse s'acoomplira sous nos yeux. La technique gagnera chaque 
jour eu science, l'exécution eu habileté^ le dessin en apparente 
correction; et cependant le vitrail perdra peu à peu son prestige, 
ses couleurs sWaceront, et les tons vigoureux du xii*-^ siècle 
s'éteindront , au xti« , dans la grisaille la plus incolore. Puisse celte 
étude, que nous ferons en commun, et pour laquelle je réclame un 
bienveillant concours, nous faire aimer nos aïeux, et populariser un 
art dans lequel ils ont excellé I 

Notre point de vue embrasse un hQrizon plus vaste que la région 
archéologique où nous paraissons circonscrire nos recherches. 
Parler des vitraux du Limousin c'est décrire dans leurs caractères 
principaux les vitraux de la France entière. 

C'est là un des plus grands charmes dQ Vétude du moyen âge : 
tous les arts y sont solidaires. En ce temps où le peuple , la foule 
si Ton veut, était le but commun des travaux considérables, la 
pensée rendue visible par le senliment du beau se répandait avec 
une rapidité que nous ne savons plus comprendre. Et cependant les 
communications étaient rares et périlleuses : le sol de notie France , 
morcelé par les divisions féodales, présentait h chaque pas des 
frontières difficiles à franchir. Quel fut le centre d'où se répandirent 
ces influences , diverses selon les siècles , puissantes en chaque 
temps? Cette diffusion rapide q'était-elle pas un bienfait dû aux 
associations religieuses? Que l'on explique autrement, s'il est possible, 
comment les systèmes et les pratiques artistiques voyageaient avec 
rapidité du nord au midi , laissant partout des traces de leur passage; 
que l'on nous dise pourquoi la descri[aion des vitraux d^une petite 
province reqd nécessaires des notions générales sur l'histoire de la 
peinture sur verre. 

Quel ordre , quelles divisions introduirons-nous dans ce travail ? 

Au début, les verres colorés en pâte sont exclusivement employés. 

Au xyii« siècle , la coloration superficielle est à peu près seule mise 
en usage. 

Dans Fépoque intermédiaire, les verres teints et les verres peints 
sont rapprochés dans les mêmes vitraux. Tel est le caractère le plus 
saillant des procédés. 

Quant aux caractères généraux de la peinture , ils se succèdent dans 
cet ordre : au xip siècle et au xup , des mosaïques de verres teints 
forment de petits tableaux ajustés sur un fond de décoration. 

Aux xiye et au xv^^ siècle, de grandes figures s'isolent dans un 
encadrement d'architecture. 



6 /IISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

Enfin , dans la dernière époque , le vitrail a toute la recherc^he 
d'un tableau : il lutte de finesse et de prétention avec la peinture 
ordinaire. Ainsi, mosaïque au début, peinture à la fin, entre deux 
transition d'un système à l'autre : voilà toute l'histoire de cet art. 

L'ordre chronologique , que nous adoptons ici , à l'avantage d'être 
le plus simple , le plus naturel , réunit celui de rapprocher les faits 
analogues de la composition et de 1* exécution : il nous était donc 
imposé par la matière. 

Ce travail se divise en trois parties : 

4 " Vitraux en mosaïques , xii« et xiip siècle ; 

2» Vitraux à grandes figures isolées, xit« et xv« siècle ; 

4« Vitraux-tableaux , xyi« et xvii« siècle. 

PREMIÈRE PARTIE. 



XU« ET XIII« SliCLB. 

Nous avons dit que les plus anciens vitraux à dates connues ne 
sont pas antérieurs au xii« siècle. Le caractère tout pratique de nos 
recherches nous défend de reconstruire au moyen de textes plus ou 
moins obscurs un art dont les travaux n'ont pas laissé de traces 
matérielles. Quant au xii« siècle , nous avons pour son étude des 
ressources de plus d^une sorte. La première et la plus importante 
nous est fournie par les vitraux de ce temps conservés à Saint-Denis, 
à Chartres y au Mans et à Poitiers. En outi^e le zèle d'un érudil, de 
M. de L'Escalopier , a mis à notre disposition le plus précieux des 
renseignements , je veux parler du traité de Théophile, où ce moine 
de la fin du xip siècle révèle les procédés de tous les arts pratiqués à 
son époque. Un livre entier de sa diversarum artium Schedula est 
consacré à la fabrication du verre et des vitraux en couleur : nous 
puiseions souvent à cette source nouvellement ouverte. 

Le traité de Théophile nous apprend que la fabrication de ce temps 
différait notablement de la nôtre , et ce fait a été mis en évidence par 
des analyses chimiques. Le verre, pour parler le langage de la 
science, était alors un silicate double de potasse, composé dur et 
cassant auquel s'incorporaient difficilement les couleurs vilrifiables. 
« Prenant deux parties de cendres (de bois de hêtre), dit Théophile, 
et une troisième de sable de rivière soigneusement purgé de terre 

et (le pierres , mélangez dans un lieu propre , et faites cuire sur 

le fourneau supérieur. » (Lib. II, C. IV.) 



EN LIMOUSIN. 7 

La pâte résultat de cette cuisson , prolongée {)cruiant un jour et 
une nuit, se ctmllait au moyen d'un tube, et se gonflait sous 
rhaleine du verrier. L'ouverture du ballon ou de la vessie vitreuse 
produits par Tinsufflation permettait :de retendre en plaques. Mais 
le noBud central conservé dans ces gâteaux , en les faisant décroître 
d'épaisseur du centre à la circonférence , ne permettait guère de 
les débiter en fragments d'une dimension supérieure à cinq ou six 
pouces : c'esj; la mesure des pièces les plus grandes de ce temps. 
Exceptionnellement une longueur plus grande ne pouvait s'obtenir 
qu'aux dépens de la largeur. 

Pour colorer le verre les verriers employaient les fragments des 
mosaïques antiques; ils connaissaient aussi l'usage des oxydes 
métalliques , et notamment du cobalt, consacré de tout temps à cet 
usage. D'autres fois leur inexpérience comptait sur les liasards 
heureux d'une recuisson prolongée. 

a On trouve , dit Théophile , dans les antiques édifices des païens , 
parmi les ouvrages de mosaïque, différentes espèces de verre; savoir : 
du blanc, du noir, du vert, du jaune, du saphir, du rouge, du 

pourpre , dont on fait des émaux incrustés dans l'or, largent ou 

le cuivre. On y trouve aussi de petits vases semblablement colorés , 
qui sont recueillis par les Français, très-habiles dans ce travail. Ils 
fondent dans leur fourneaux le saphir, et ils fabriquent des feuilles 
de saphir précieuses et utilement employées dans les fenêtres. Us en 
font autant du pourpre et du vert. » (L. II , G. XII.) 

Le môme auteur avait dit précédemment : « Si vous voyez 
quelqu'un de vos verres prendre une teinte de safrnn , laissez-le 

cuire jusqu'à la troisième heure, et vous aurez du jaune clair Si 

vous voulez, laissez cuire jusqu'à la sixième heure, et vous aurez 
du jaune rougeâtre.» [Id., ib., G. VU.) 

Et plus loin : « Si vous reconnaissez que quelqu'un de vos vases 
tourne à une couleur fauve, qui se rapproche de la chair, gardez 
ce verre pour couleur de peau. En ôtant ce que vous voudrez , failes 
cuire le reste pendant deux heures , de la première à la troisième , 
et vous aurez du pourpre clair ; faites cuire de rechef de la troisième 
à la sixième, et vous aurez du pourpre roux et parfait. (Id,, ib. , 
G. VIII.) 

Ajoutons à ces détails qu'on ne réussissait pas toujours alors à 
colorer le verre en table d'une teinte uniforme. Gette coloration 
inégale se remarque principalement sur le verre teinté en rouge : 
il est strié, scintillant, vergeté. 

Pour fixer les substances colorantes à la surface de leurs vitraux 



8 dlSTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

les verriers primitifs, avant d'exposer leurs pièces au feu de la 
moufle, les couvraient de chaux vive sèche ou de cendres. Ces 
substances, en adhérant en partie, par Tefiet de la cuisson, à la 
couleur qu'elles recouvraient, lui donnaient un ton rembruni. 
(Th«oph. , C. XXIII.) 

La coupe à la pointe de diamant, qui rend si facile le débit des 
feuilles de verre, est une invention toute moderne. Pour cette opéra- 
tion les anciens se servaient d'un fer rougi promené au revers d'un 
trait mouillé tracé sur la vitre. L'emploi du grésoir fgrosarium) 
réparait les défauts de cette coupe imparfaite et grossière. Les plombs 
d'assemUage, jetés préalablement dans un moule, étaient dégrossis, 
et munis d'une gouttière au moyen du rabot. Il y a loin de là à notre 
fabrication économique et rapide par le laminoir. 

Ainsi on ■ ne pouvait fabriquer que des feuilles de verre de 
dimensions étroites , et partant l'emploi des plombs était rendu 
nécessaire ; leur opacité , tranchant sur le fond lumineux , devait 
partout couper de lignes noires le dessin le plus savant. Le verre 
s'exécutait laborieusement , c'est-à-dire coûteusement , et se voilait à 
la cuisson* La coupe grossière, outre les pertes auxquelles elle 
exposait, n'avait pas la précision exigée par un ajustage difficile. 

Suivons la fabrication , et nous serons peut-être surpris d'appren- 
dre que ces défauts , grâce à la science de l'effet , si bien acquise par 
ces temps, se convertirent en autant de qualités. Chose étrange, 
dont il importe de découvrir la cause ! les maîtres les plus habiles 
de notre temps sont obligés de renoncer aux avantages de notre 
fabrication moderne, et de copier le xii« siècle jusque dans ses 
défauts , sous peine de lui demeurer inférieurs ! 

Les vitraux du xii« siècle et du xiii« sont formés de petits 
fragments de verre, diversement mais fortement colorés en table, 
dont la réunion savante forme une mosaïque translucide. Une 
bordure plus lumineuse entoure le vitrail entier. Sur ce fond à 
dessins symétriques sont symétriquement distribués de petits tableaux 
encadrés géométriquement. Ils représentent des scènes des deux 
Testaments ou de la vie d'un saint. Les faits bibliques y sont réunis 
et opposés par la plus savante théologie pour la traduction d'une 
pensée dogmatique. Les actes des saints sont empruntés à la légende. 
La mosaïque du fond représente des galons semés de perles, enlaçant 
des quatre-feuilles et des ornements variés. Souvent aussi elle simule 
une plante dont les rameaux, pressés par une végétation vigoureuse, 
enlacent de leurs replis les tableaux distribués sur le champ. 

L'exécution des petits tableaux est fort simple. Compris comme 



EN LIMOUSIN. 9 

des bas-reliefs , il excluent habituellement les plans trop profonds 
et les fonds de perspective. Le nombre des personnages est inten- 
tionnellement limité; l'exagération du geste et de la pose rend 
Faction plus intelligible. 

La coloration du verre en table a fait presque tous les frais de la 
verrière ; seulement les plis, les traits et les ornements sont esquissés 
par un trait noir. Sur les vitraux les moins anciens a été appliquée 
par places une teinte superficielle bistrée , et des hachures y ont été 
enlevées en clair. Ces détails sont applicables au xip siècle et au xiii* ; 
seulement le ton général des mosaïques du xn« siècle tend au bleu ; 
le xnp siècle préférait un ton rouge. 

L'effet de ces vitraux savants est magnifique. De près le chrétien 
peut y lire, sous une forme saisissante pour Fimagination , la vie des 
saints nos modèles , ou les enseignements des plus hautes vérités 
religieuses. À la distance où le détail échappe au regard les vitraux 
apparaissent comme des tapisseries étincelanteâ tendues dans les 
baies. La distribution symétrique des tableaux , la répétition 
alternative des mêmes ornements , leur donnent dans Féloignement 
la valeur d'une décoration architecturale faite pour Fédifice , pendant 
que da près la représentation figurée a une valeur agréable. Il faut 
encore admirer dans ces vitraux le ton élevé , Fharmonie scintillante, 
le ton de pierreries de leur coloration vigoureuse. Ce ne sont pas là 
ces peintures sur verre à fonds de paysage, aux vaporeux lointains, 
qui , placées dans un édifice , semblent , vues de près, avoir pour 
but d'en faire sortir le spectateur par l'issue ouverte au regard et à 
Fimagination , et de loin n'apparaissent plus à Fœil étonné qu'en 
flaques inégales , incolores , sales et ternes. 

Ici tout est monumental. L'armature de fer elle-même, au lieu de 
couper désagréablement la verrière , se ramifie savaimment selc«i un 
dessin symétrique. Elle fait ressortir l'ornementation bien loin de 
lui nuire. La fabrication , la cuisson , la coupe du verre , l'emploi da 
plomb , son épaisseur , devenaient autant de qualités éminentes. La 
surface inégale du verre, sa coloration tout aussi inégale, lui 
donnaient, à tous les points de vue, un aspect scintillant et 
lumineux. Les plombs , dissimulés par leur poation entre deux teintes 
différentes , servaient de repoussoir aux figures et à l'ornementation. 
Leur épaisseur consolidait des verres déjè grandement fortifiés par 
leur petite dimension. Cette dimension permettait d'ailleurs d'utiliser 
les moindres fragments. La coupe ou plutôt la casse grossière en 
apparence armait chaque fragment de dents aiguës qui mordaient 
dans le réseau métallique. Ajoutons que la cuisson des verres dans 



40 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

uu bain de chaux enlevait an verre une transparence fatigante , sans 
nuire à la translucidité. L'économie, Tharmonie, la beauté, la 
solidité, se réunissaient donc dans cette fabrication méprisée par 
une observation superficielle. 

A coté de ces vitraux hauts en couleur, il y avait place pour des 
verrières moins dispendieuiscs. Les parties sacrifiées des églises , 
celles qui réclamaient une lumière plus intense, s'éclairaient de 
verres gris ou verts couverts dMmements au trait. Sur ce fond 
général couraient quelques bandes de couleur. 

Le Limousin était riche en vitraux de cette époque. Déplorons la 
perte que nous avons faite des verrières de Saint-Martial, du Dorât, 
de la cathédrale et de Grandmont : notre province n^avait rien à 
envier sous ce rapport aux villes plus heureuses de Chartres et de 
Bourges. Nous en citerions vingt preuves ; celle-ci nous suffira : 

Vers la fin du xyp siècle le F. de La Garde, religieux de Tabbaye 
de Grandmont, parlait en ces termes des vitraux du xii« siècle qui 
décoraient Téglise de cette magnifique abbaye : u En ladicte église 
et tout autour, d'un costé et d'autre, il y ha vingt-deux vitres de 
diverses couleurs à la mode ancienne. Entre lesquelles y en ha cinq , 
par excellence riches , magnifiques et belles, où sont par person- 
naiges toutes les figures du vieulx et nouveau Testament. Celle du 
milieu fut bailhée par hault et puissant seigneur feu messire Hugues 
Brun, comte de la Marche, comme appert au bas d'ycelle, où est 
son effigie et ses armes, et au dessoubz, en mots latins, est 
escriptz : 

» Hugo cornes Marchie fenestram vitream dédit ecclesie ». 

On sait que Hugues Brun mourut en 1 208. 

Quelle puissance n'a pas eue la destruction ! A grand'peine l'explo- 
ration du Limousin tout entier nous a-t-elle fait découvrir, dans 
l'église d'une abbaye en ruines , deux panneaux en verre blanc de 
cette époque. Qu'on veuille bien nous suivre : cette découverte a de 
l'importance. 

Nous avons dit plus haut que, à côté des vitraux en couleur, on 
en rencontrait d'autres en verre blanc sur lesquels un trait noir 
dessinait des ornements courants , empruntés quelquefois au règne 
végétal, et plus souvent encore aux caprices d'une riche imagination. 
Pour atteindre à un semblable résultat , l'emploi de moyens plus 
faciles, une simplicité plus grande, ont suffi au verrier dont nous 
examinons l'œuvre : le vitrail dont nous parlons appartenait à 
l'abbaye de Bon-Lieu (Creuse). L'église de cette abbaye, fondée par 



EN LIMOUSIN. 14 

Géraud de Sales et Âmélius de Comborn en 4419, fut solennelle- 
njent consacrée par Gérard, évêque de Limoges, en 4444. Nous 
reproduisons les élégantes croix de consécration peintes à fresque, à 
cette occasion , sur les murs. L^œil exercé de nos lecteurs y reconnaîtra 
facilement le pinceau du xii« siècle (4). Inutile d^ajouter que Téglise 
est antérieure aux peintures qui la décorent. 

Répétons quelques observations qui fixent la date* du vitrail qui 
nous occupe. 11 appartient à Fépoque romane , nous l'avons prouvé : 

Par les témoignages historiques: Téglise dont il fait partie est tout 
entière, dans son architecture et sa décoration , de la première moitié 
du xii« siècle ; 

Par son exécution : le verre est inégal , gondolé; les feuilles, de 
petites dimensions, sont épaisses, rugueuses ; la soude abonde dans 
leur composition ; elles ont été cassées au grésoir ; les plombs ont été 
façonnés au rabot; 

Par Vétat de conservation : les deux surfaces du verre ont été 
dépolies , couvertes d'irisations par les agents atmosphériques ; les 
mêmes causes les ont criblées de trous nombreux , dont la profondeur 
atteint jusqu'à deux millimètres ; 

' Parle style: ces fleurs à cinq lobes, qui s'épanouissent en des 
cœurs enlacés et liés par des agrafes, se retrouvent sur mille monu- 
ments du xii« siècle , notamment sur une peinture de 4 4 35 et sur un 
chapiteau roman de la même époque. (V. la planche V,) 

Nous voici donc en possession du plus ancien vitrail de France à 
dates précises. Sa possession fournit plusieurs observations 
intéressantes. 

L'église de Bon-Lieu , édifice en style roman , a un caractère grave et 
sombre ; les percées y sont rares et de dimensions petites. Ce vitrail , 
placé au centre de l'abside , éclairait le maUre-autel. Cette partie de 
l'édifice appelait une clôture lumineuse, dont l'ornementation fût en 
harmonie avec la décoration du reste de l'édifice ; enfin la pauvreté de 
la communauté naissante prescrivait une sévère économie : réunir 
l'élégance , le peu d'élévation du prix , la teinte lumineuse et douce , 
tel était le problème posé au verrier. Pour le résoudre , du verre et du 



(4 ) V. Tpl. f^. — Notre dessin noir à la plume ne saurait donner une idée de l'élégance 
facile et légère de ces peintures. Osera-t-on appeler barbare l'art d'une époque où 
les moindres détails avaient cette tournure? Qu'on rapproche cette croii de consé- 
cration de celles des églises modernes de Notre-Danie-de-Lorett6 et de Saint- 
Vincent-de-PauIe ! 



4d HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

plomb lui ont suffi: du verre épais, grisâtre, coupé par Topaque 
dessin du réseau métallique. Plus de lignes noires péniblement tracées 
par le pinceau et fixées au feu de la moufle : Téconoroie, Télégance, la 
simplicité, se réunissaient donc en cette fabrication. 

Ainsi rétude d^un vitrail ancien, la découverte d'un procédé 
d'ornementation simple et facile , tels sont les faits acquis par ces 
recherches. 11 y a donc toujours à apprendre dans le moyen âge ; et 
Texamen d'une pauvre église , perdue dans un désert , peut révéler des 
faits d'un intérêt général. 

Placées sous un angle oblique , ou percées pour donner un jour 
abondant, quelques baies sacrifiées pouvaient se clore par des 
grisailles ou par les vitraux qui les simulent. Les autres fenêtres des 
églises réclamaient une clôture historiée qui suppléât par ses 
représentations à Tignorance du populaire , une clôture dont le jour 
adouci changeât les conditions habituelles de la lumière extérieure 
en la transfigurant. Les vitraux mosaïques à légendes atteignirent ce 
but. On sait qu'ils se composent : l'' d'une bordure contournant le 
vitrail ; S^d'un champ ou fond en mosaïques à dessins réguliers; 3<> de 
petits tableaux à encadrements géométriques et h fonds bleus, 
symétriquement distribués sur le fond. Les lignes noires d'une forte 
armature en fer servent de repoussoir h ces différentes subdivisions. 
La planche V, autant que peut le faire un dessin noir, présente des 
exemples de ces divers détails. 

Les sujets figurés sur les petits tableaux sont historiques. Ils 
représentent la vie des saints , la vie du divin Modèle , ou des traits 
empruntés aux deux Testaments. Les scènes s'étagent de bas en 
haut : commencée sur la terre, la vie a son terme et sa fin dans le 
ciel. D'autres fois les traits historiques des deux Testaments , 
distribués dans la hauteur de toute la verrière, ajoutent à leur 
valeur particulière la signification symbolique que leur donna 
toujours la tradition religieuse. Les sujets traités par les verriers de 
cette époque peuvent donc se subdiviser en représentations 
légendaires, en représentations historiques ou symboliques. Dans 
ces dernières la valeur historique précède et accompagne toujours 
l'allégorie et la prophétie. Comme complément , et surtout comme 
accessoires, les vieux maîtres y ont représenté l'image des donateurs, 
des monstres , des animaux , des plantes , empruntés à la botanique 
et à la zoologie mystiques. 

Au défaut des vitraux brisés, l'identité d'exécution des émaux 
en verre et des émaux sur métal , des émaux proprement dits et 
des verrières, nous permet de choisir nos points de comparaison 



EN LIMOUSIN. 13 

dans rhistoire de l'orfèvrerie. On sait de quelle importance sont ces 
études parallèles destinées à éclairer la commune origine et la 
parenté des deux arts. 

Parlons d'abord des vies légendaires qui alimentèrent Part du 
xîi« et du XIII* siècle. Une critique plus étmite que savante les a 
traitées dédaigneusement. Un esprit plus élevé «urait considéré peut- 
être que la poésie était alors partout ; elle circulait en cet âge comn^^i 
ces tièdes soufHesqui, au printemps, animent toute chose , et parent 
de fleurs jusqu'aux sables des solitudes. La puissance de la foi qui 
inspirait tant d'œuvres d'art rendait facile la croyance aux merveilles 
du passé. Gomment les populations appauvries qui voyaient croître 
au milieu d'elles, sous la seule inspiration du sentiment religieux, 
six mille églises, cent gigantesques cathédrales, ciselées, embellies, 
parées comme un écrin royal , auraient-elles pu douter de la puissance 
dé ce sentiment fécond ? Elles le voyaient , aidé des ressources d'une 
faible n<tture , transformer les rochers en demeures divines ; et elles 
croyaient à la force de l'esprit qui réalisait ces merveilles. 

La confiance des populations chrétiennes avait un autre fondement. 
Dieu se cache à ceux qui sondent sa majesté ; mais il se révèle au 
cœur humble : jamais cette vérité ne fut mieux pratiquée qu'aifx 
bonnes époques du moyen âge. En ce temps on parlait à Dieu comme 
â un père bien aimé, et ses réponses arrivaient aux simples de 
cœur : c'est ce qui explique l'invasion dans l'art des récils légendaires. 

Ce n'est pas le lieu de rechercher et d'établir la valeur historique 
de ces récits: une plume savante accomplira bientôt ce travail. 
Nous voulons seulement constater en passant que les événements 
merveilleux de la vie des saints ont influencé l'art du xiii« siècle en 
le teignant de leurs poétiques reflets, et indiquer la part que le 
Limousin a fojurnie à la légende générale. 

Cette part est immense. Au fond de chacune de nos vallées 
s'abritait un monastère érigé par un saint sur une tombe vénérée. 
Mille récits de vertus modestes et puissantes étaient racontés en ces 
solitudes , et prenaient place dans les monuments sous une forme 
matérielle. La vie du pieux fondateur se ciselait en relief, se peignait 
en émail sur son toml>eau métallique. Malgré les destructions des 
reliquaires opérées, dans tous les âges, sous les inspirations de la 
cupidité, nous avons pu lire un assez grand nombre de légendes, 
ainsi racontées aux illettrés par le burin de nos argentiers ou le 
pinceau de nos émailleurs et de nos verriers. Mais , obligé de nous 
en tenir à ce qui est caractéristique de chaque époque, nous les 
réservons pour un travail particulier. Qu'on nous permette d'en 



14 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

donner un exemple, pris sur un petit reliquaire provenant sans 
doute do la collégiale d^Aymoutiers. 

Saint Psalmodius était un Ecossais dont le nom de famille est 
demeuré inconnu. Filleul, et, à ce titre, disciple bien aimé de 
saint Brandaines, il avait grandi dans Tamour de Dieu et des 
saintes lettres, sous la conduite du pieux abbé, lorsqu'un événement 
extraordinaire vint manifester la protection dont Dieu couvrait ce 
bel adolescent. Psalmodius avait le goût du recueillement et des 
longues méditations. Pendant que ses compagnons prenaient leurs 
ébats, lui, tranquille et grave, s'asseyait au bord de la mer, et 
considérait longuement Fimmense nappe d'eau terminée par un 
vaste horizon bleu , derrière lequel sa pensée devinait des horizons 
plus lointains encore ; et il voguait sur cette mer à la recherche des 
contrées étrangères dont le bruit était venu jusqu'à lui. A cet aspect 
son esprit s'élevait jusqu'au Créateur, en présence duquel cette 
nappe d'eau est comme une goutte de rosée. Un jour, assis sur un tas 
d'herbes desséchées sous les feux d'un soleil ardent , Psalmodius 
s'était endormi à la suite de sa méditation solitaire; et la marée 
montant entoura sa couche, et, la soulevant peu à peu, emporta 
Psalmodius loin du rivage. 

« Car les flots soulevèrent doucement le trousseau où il estoit 
endormy , et luy , s'esveillant enfin au bruit des ondes qui l'avoient 
assiégé de tous costéz, sans s'effrayer aucunement, flotta tout un 
jour et toute une nuict sur cet élément impitoyable , chantant avec une 
dévotion extraordinaire les louanges de ce Soiyrerain qui fait aller 
et venir les ondes de la mer comme il luy plaît. Mais enfin ces flots 
se retirèrent , et laissèrent ce cher dépost sur le gravier ; et l'on a 
fait bastir sur le lieu un oratoire dévot au lieu mesme ou le saint 
garçon fut laissé. On remarque mesme que les malades et moribons 
qui sont portez dans cette chapelle vivent toujours autant de temps 
'qu'il leur en faut pour disposer de leurs affaires et recevoir les 
sacrements. 

To Saint Psalmodius s'embarqua par un matin dans un 

vaisseau qui faisoit voile en France, et, entrant en Guienne par 
Tembouchure de la Charente , vint se rendre à Xaintes , qui est la 
ville capitale de Xaintonge. 

» Mais il est de la réputation des saints comme de la lumière du 
soleil : aussi est-il véritable que Jésus-Christ les compare à la 
lumière ; on void tous les jours que les rayons du soleil envoyent en 
un moment leur clarté despuis le bord de l'horizon où il se levé 



EN LIMOUSIN. 45 

jusqiies aux dernières extrémités du couchant. Il en prit de mesme 
à notre saint. Il quittoit son païs natal où il estoit par trop connu , 
et pensoit se venir cacher en France ; mais il trouva que sa 
renommée Tavoit devancé. Car, s^estant présenté à saint Léonce , qui 
estoit pour lors évesque de Xaintes, pour prendre sa bénédiction, 
le saint prélat , qui estoit desia assez informé de son mérite , le reçut 
avec grand honneur, et luy fit toutes les caresses qu'il croyoit estre 
dues à un grand serviteur de Dieu. Et la Providence divine , qui 
Favoit mis sur le chandelier de son Eglise pour faire paroistre sa 
vertu , permit que Tevesque ordonna secrettement à TofiBciér qui 
donnoit à laver les mains de garder l'eaue de laquelle saint Psalmet 
se seroit lavé. Elle fut doncques réservée $ur le commandement de 
saint Léonce , sans que le saint s'en apperceut , et , ayant esté donnée 
è une bonne dame qui estoit aveugle despuis longues années , à peine 
en eut-elle lavé les yeux qu'elle recouvra la vtte tout incontinent. 

» Voilà donc notre saint pèlerin bien loin de son compte par la 
réputation de ce miracle , et de plusieurs- autres qu'il fit en Xaveur 
des malades et pauvres nécessiteux , qui accouroient à luy de toutes 
parts pour être soulagés dans leurs misères par son moyen, car cet 
esclat le suivoit partout où il alloit. Mais , comme il travailloit pour 
une fin plus relevée que n'est pas la gloire du monde, il se résolut 
de quitter le Xaintonge, et se retirer dans quelque autre païs qui, 
pour estre plus rude, ne seroit pas tant habité, et où par conséquent 
il pourroit se cacher à son aise, et y vivre tout-à-fait inconneu. 

» Il y a maintenant dans le Haut-Limousin une ancienne ville, 
qui contient environ cinq à six cents feux , beaucoup plus renommée 
par l'industrie et travail de ses habitants que par la fertilité du 
terroir où elle est bastie. Car , comme elle est située sur le penchant 
des montagnes qui commencent en cet endroit , la terre de soy stérile, 
et exposée à la rigueur des vents septentrionaux, ne fait aucune 
production que dans les lieux où elle est arrous<^e de la sueur des 
bonnes gens qui la cultivent. Elle prend son nom d'un vieux chasteau 
ruiné, basty autre-fois et occupé par un Sarrazin appelé Âhent. Le 
roy qui le vainquit en bataille , pour marque de la victoire qu'il 
avoit remportée sur cet infidèle , fit bastir auprès de cette forteresse 
une belle église ou monstier , afin que je me serve du terme dont on a 
assorty le nom de cette ville , qu'on y a basty du depuis ; elle porte 
donc le nom d'Aën monstier, du nom du Sarrasin vaincu, et de l'église 
que le roy vainqueur basty en ce lieu. La forest qu'on appeloit 
pour lors de Grijas n'estoit pas fort éloignée de ce lieu sombre, 
obscur , et plus propre à loger des sangliers ou des loups que des 






46 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

faommefl , qui ne semblent estre nés que pour vivre en compagnie et 
en société. Ce fut donc dans l^espaisseur de oe bois sauvage où saint 
Psalmet trouva ce qu'il cherchoit avec tant d'estude dans les 
pèlerinages , et ce fut là où il acheva le reste de ses jours , s'addonant 
à toutes sortes de vertus. Il y avoit Tesprit tellement attaché à 
Toraison qu'il passoit des journées entières , prenant le sujet ordinaire 
de ses contemplations des pseaumes du prophète royal , qu'il récitoit 
dévotement tous les jours. Ou dit mesme qu'on lui donna le nom de 
P«a/modttM ou de PxaJmet à cause de ces hymnes sacrées qu'il 
avoit à toute heure à la bouche aussi bien que dedans son cœur. Il y 
passoit les nuicts entières dans ce saint exercice, s'entretenant 
continuellement avec Dieu , avec les mesmes mouvements de dévo* 

tion que ressentoit ce saint prophète lorsqu'il les composoit 

» Ce fut en ceste saison que, sur la réputation de sa sainteté et de 
ses miracles, on conduisit à sa cellule une jeune damoiselle fille d'un 
des plus grands seigneurs de Guienne. La légende le qualifie du nom 
de duc; elle avait esté mordue d'un vilain couleuvre, et personne ne 
doutoit qu'elle ne deut mourir de la morseure d'une beste si 
venimeuse ; mais à peine eut^-elle gousté de l'eau que saint Psalmet 
avoit bénite qu'elle fut entièrement guérie et remise en santé. 

» Je n'aurois jamais fait si je voulois icy raconter par le menu tous 
les miracles que Dieu a faits par l'entremise de son S. serviteur; 
mais je ne saurois passer sous silence qu'un jour, un loup ayant tué 
l'asne duquel saint Psalmet se servoit pour porter sa provision de bois, 
le loup , faisant pénitence de son mesfait , alloit au bois , et portoit sur 
son dos la charge que l'asne avoit accoustumé de porter, au grant 
estonnement des spectateurs , qui estoient saisis d'admiration de voir 
que ceste beste, qui ne s'apprivoise quasi point, estoit si souple aux 
commandements de ce grand serviteur de Dieu. 

» Enfin ce saint eut , dans cette solitude , tant d'importunitez à 
l'occasion de ces miracles qu'il se résolut de n'en foire plus, et il rendit 
enfin l'esprit dans cette sainte résolution. 

» Mais, aprez que Dieu l'eut retiré de ce monde , il ne laissa pas 
défaire autant de merveilles comme devant; car, à peine se trouve-t-il 
personne qui l'ait réclamé dans sa nécessité qui n'en ait retiré du 
secours. 

» Il semble mesme que Dieu l'ait voulu honorer particulièrement , 
en ce qu'il ne souffre point qu'aucun corps mort soit introduit dans 
l'église par la mesme porte par où ses saintes reliques y furent 
portées ; ce qui s'est religieusement observé de tout temps , à 
l'occasion de ce que certains téméraires , au préjudice de ce qu'ils 



EN LIMOUSIN. 17 

dévoient à ce grand serviteur de Dieu , voulans introduire par cette 
porte un corps mort qu'ils vouloient mettre en terre, à peine 
furent-ils sur le seuil de la porte qu'on vid la grand'voute de TëgUse 
se fendre d'un bout à Fautre , comme las menaçant de les écra3er s'ils 
persistoient en leur témérité. La fente âe la voûte paroH encore 
aujourd'hui à la plus grande gloire de nostre saint (1 j », 

Quatre tableaux^ inspirés par cette légende, décorent la petite 
châsse qui nous occupe. Ils décoraient naguère un vitrail 
d'Aymoutiers aux trois quarts détruit. D'abord saint Psalmodius 
part d'Ecosse emporté par les flots sur sa couche de verdure. Debout , 
plein de confiance , il dirige ses regards vers le ciel, où est son appui. 
L'onde le respecte, et à l'entour les poissons jouent dans la mer 
tranquille. Contrairement b la version adoptée par Collin , 
saint Psalmodius n'est plus enfant ; sa barbe , assez longue , annonce 
l'âge de la maturité. Cette variante du récit parait avoir été préférée 
par l'art, et, è un assez long intervalle ^ on retro"ve dans la coUé-r 
giale d'Aymoutiers saint Psalmodius représenté de la même manière 
sur les vitraux de la chapelle qui lui est consacrée (2j. 

Le saint bénit ensuite un personnage agenouillé à ses pieds. C'est 
sans doute un de ces nombreux malades qui durent la santé à 
son intercession. Plus loin le loup ravisseur, désormais docile et 
soumis , le dos chargé d'un lourd fardeau , accompagne le saint 
solitaire. C'est, avec les variantes nécessitées par les différences du 
récit , la répétition de deux scènes sculptées sur une claf de voûte et 
sur une console de l'abbaye de Jumiéges ; 

« Saint Philbert, fondateur de Jumiéges, le fut également du 
monastère de Pavilly, distant de quatre lieues du premier, et dont 
sainte Austreberthe devint la première abbesse. Cette pieuse femme , 
qui conserva jusqu'à la mort une vénération profonde pour 
saint Philbert , s'étapt , ainsi que ses religieuses , chargée de blanchir le 
linge de la sacristie de Jumiéges, un âne auquel on confiait ordinaire- 
ment ces effets avait coutume de les transporjler, sans guide, d'un 
monastère à l'autre. Un jour il arriva que ce serviâble animal fut 
étranglé par un loup malencontreux qui se trouva sur son chemin. La 



(1) Collin, ^ïbs des saints du Limousin , p. 185 

(I) Ce vitrail est du xv* siècle; il est placé , au-dcssMS de l'autel , dans la chapelle 
3t-Psa|met. 

2 



18 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

sainte abbessc, étant h Tinstant m^me survenue sur le lieu du 
massacre, chargea le loup du paquet du défunt, et lui ordonna de le 
porter à sa destination. Non-seulement le vorace habitant des forêts 
s'empressa d'obéir, mais il continua par la suite de s'acquitter des 
mômes fonctions avec le zèle et la fidélité les plus exemplaires (4) ». 

Enfin le corps de saint Psalmodius est déposé au tombeau par ses 
disciples attendris. A Soubrebost, à Mausac, à Chamberet, nous 
avons déjà trouvé des scènes figurées d'une manière peu différente. 

A la suite de ces récits , les pieux agiographes qui nous les ont 
transmis, tels que Gollin et Ribadaneira, se laissent aller h des 
réflexions où se révèle la simplicité d'un cœur plein de foi. En 
examinant sans passion les légendes ainsi figurées sur les monuments, 
nous avons éprouvé un besoin analogue. N'est-fl pas vrai , bénin 
lecteur, qu'ils étaient bien candides, naYfs et doux les esprits 
auxquels s'adressait l'art traducteur de ces merveilles? Bien douces 
sans doute , et pures comme l'enfance , étaient les âmes qui trouvaient 
bon goûta cette littérature et à cet artl Tout n'était donc pas mauvais 
on ces âges si peu connus , puisque les cœurs simples et confiants y 
étaient en majorité! L'étude des produits émaillés ne nous eût-elle 
appris que cette vérité , nous bénirions Dieu de nous en avoir donné 
la pensée et le goût. 

La légende de saint Psalmodius peut donner une idée des vitraux 
consacrés à la vie des saints. La grâce simple et poétique de ces récits, 
la naUveté de l'exposition et des développements ne feraient pas 
comprendre l'inspiration élevée des vitraux théologiques. 

Sur ces derniers, nous l'avons dit, tous les faits, toutes les figures 
des deux Testaments sont disposés par une science profonde. Le 
verrier a eu à traduire non plus une série d'actions chronologiquement 
distribuées , mais un cycle d'idées représentées par les événements 
bibliques. Ainsi, dans ces représentations, l'idéal, l'allégorie ou 
l'espérance se placent toujours au-dessous de la réalité qui leur sert de 
vêtement. Que la science de la religion devait être profonde en des 
temps où les livres des illettrés se paraient sans obscurité et sans 
ennui de ces leçons figurées de haute théologie I 

Au sommet de la plupart de ces verrières, Jésxis-Christ , voilé des 



(1).M. H. Langlois , Essai sur les Enervés de Jumiétjes , p. 15. — V. la planche II 
du même ouvrage. 



EN LIMOUSIN. 19 

formes apocalyptiques, bénit et accueille les élus entre les symboles 
des évangélistes. Dieu n^est-il pas la fin et le terme de tous les êtres 
intelligents? Nous retrouverons tout à Theure ce sujet sur plusieurs 
vitraux de la cathédrale de Limoges. Les grandes verrières dont ces 
fragments faisaient partie ont été détruites. Mais Levieil , plus 
heureux que nous, a pu constater qu^elles reproduisaient des vitraux 
semblables, qui décoraient les églises de Bourges, de Chartres et de 
Tours. Force nous est bien de recourir à ces monuments pour xlécrire 
les richesses dont le temps nous a dépouillés. Au reste cet emprunt 
n'est pas forcé : nous avons , dans la chapelle de la Vierge et dans la 
chapelle Saint-Martial , les derniers mots des longues phrases que 
nous allons citer. La plume et le burin , également acérés , de M. Tabbé 
A. Martin nous seront en aide; nous lui empruntons la description 
des verrières représentant le cycle du bon Samaritain et le dessin 
d'un vitrail de Tours, que nous retrouvons en partie dans la 
cathédrale de Limoges. On ne trouvera pas mauvais ces emprunts 
faits au savant archéologue. Ils auraient besoin d'excuse si nous 
n'avions pris l'engagement de réunir, à notre description des vitraux 
limousins, des notions générales sur Thistoire de la peiature sur 
verre. 

M. l'abbé Martin déclare d'abord que, « pour arriver à la compré- 
hension des œuvres du moyen-âge, pour imprimera notre exégèse 
le caractère voulu de la certitude scientifique , il n'est qu'une seule 
voie : faire marc&er de front les monuments écrits et les monuments 
figurés, puisque la littérature n'est qu'une. des formes de l'art, et 
que l'art tout entier d'une époque réalise le même idéal, reflète la 
même civilisation. 

» Faisons une courte application de ce principe à la verrière de 
Bourges représentant le bon Samaritain. 

» Cette verrière n'a rien de remarquable au point de vue architec- 
tural. 

» Le système de son ossature , que j'appellerai son fenêtrage , est 
formé, au centre, de médaillons superposés, et, aux deux côtés, de 
médaillons semi-circulaires joints aux premiers par leur partie 
cintrée. Ceux-ci, bien qu'évidemment destinés à des sujets acces- 
soires, présentent d'imposantes scènes qui semblent résumer en trois 
actes le drame de l'humanité. C'est , au sommet , d'un côté , la 
création du monde matériel , représentée par des étoiles d'or semées 
sur un fond d'azur, et par des fleurs vertes semées sur un fond de 
pourpre; et, vis-à-vis, la création du monde des intelligences, 
c'est-à-dire celle des anges, répondant aux étoiles du ciel; celle de 



20 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

rhommo, formé de quatre éléments, et répondant aux fleurs de la 
terre. Au-dessous, la naissance delà femme et la royauté des premiers 
humains sur la nature. On les voit introduits par Dieu dans le jardin 
des délices , où un arbre à tige élevée annonce la science orgueilleuse 
et le fruit de mort, près d'un autre arbre à humble tige, qui doit 
porter le fruit de vie; plus loin, tous les êtres vivants défilent 
devant leurs maîtres pour recevoir leurs noms comme des serviteurs 
soumis. Viennent ensuite la Tentation, la Séduction, le Crime; et les 
conséquences du crime, le Remords, réveillé par la voix divine, la 
Honte, qui se couvre et se cache; enfin, TËxil, par la vallée des 
larmes. 

» Ici commence un second acte. L'homme, empoisonné par la 
science du mal , a perdu celle du bien , et jusqu'au nom de son auteur. 
On voit Dieu le révélant à Moïse du haut d'un arbre embrasé qui 
semble rappeler l'arbre de vie; révélation toutefois comme inutile 
pour le monde : témoin Aaron , qui reçoit en costume épiscopal les 
bagues et les bracelets des filles d'Israël , et les danses sacrilèges de 
celles-ci autour du veau d'or. A cette vue, MoYse, désolé, brise les 
tables de la loi impuissante. Un troisième acte s'ouvre au bas de la 
verrière : Jésus répand son sang dans la flagellation , et meurt crucifié. 
H est remarquable que sa croix a la couleur et la forme d'un arbre , 
et rappelle celui du groupe précédent , où Dieu révélait son nom , et 
celui du groupe supérieur, dont le chérubin avait rendu l'approche 
inaccessible aux hommes. 

» Tels sont les accessoires du tableau; mais que signifie le sujet 
principal placé au centre, et quel rapport l'unit à ce qui l'entoure? 
Vous découvrez, dans la partie supérieure , une ville aux somptueux 
édifices. Un voyageur vient d'en sortir; et, à le voir les épaules 
courbées sous un faix, la tète languissamroent penchée, la main 
appuyée sur un bâton , vous diriez un pauvre banni prenant le dur 
chemin de l'exil. Mais, si vous y prenez garde, à droite de la porte 
dont il vient de franchir le seuil se voit une autre porte plus brillante 
et que la croix couronne. Quelque chose vous dit que le pèlerin qui 
commence le triste voyage pourra rentrer par celle-ci dans la cité 
bienheureuse. Plus bas le voyageur est aux prises avec des ennemis 
qui le percent de coups; un peu plus loin il est dépouillé par eux de 
tout ce qu'il possède : vous le voyez ensuite , couché , presque nu, 
couvert de plaies, prêt à mourir, tandis qu'un prêtre et un diacre, 
debout à ses cêtés , semblent lui adresser les intempestives remon- 
trances des amis de Job. Enfin, au bas de la verrière, l'infortuné est 
assis sur un cheval blanc ; ses plaies sont bandées , et son bienfaiteur, 



EN LIMOUSIN. 21 

tenant le cheval par la bride, s'approche d'un toit hospitalier, où il 
semble payer d'avance les soins réclamés par l'état du malade. Partout 
s'élève au-dessus de la tête du pèlerin un arbre à trois tiges, où il 
serait difficile de ne pas entrevoir quelque rapport avec les trois 
arbres des scènes latérales. 

» Le même sujet, traité toutefois avec moins d'ampleur, occupe 
une des magnifiques verrières de Chartres. L'histoire du pèlerin 
remplit les médaillons inférieurs ; les autres se bornent à reproduire 
les faits de la création et de la déchéance. La cathédrale de Rouen , 
dont les verrières antiques sont dues, comme on le sait, à l'école de 
peinture de Chartres, présente, au milieu d'un fenétrage confus, 
et à travers une fastidieuse multitude de médaillons uniformes, 
l'histoire très-prolixe du voyageur sans le commentaire des faits 
accessoires. Des fragments nombreux m'ont fait conclure que le même 
sujet se trouvait représenté à la cathédrale d'Âuxerre , mais , comme 
h Rouen , par quelque élève dégénéré des grandes écoles de l'époque 
de Philippe-Auguste. L'artiste ne comprenait déjà plus la puissance 
des formes simples, celle des contrastes entre les lignes et de Thar- 
monie dans les groupes qui signale les fenêtrages de l'ogival primitif; 
la végétation des bordures et des angles fleuronués a déjà perdu 
l'éclat de son coloris, la grâce de ses mouvements; et, comme tout 
s'harmonise dans l'homme, par conséquent dans l'art, la pensée 
commence à ne retenir du symbolisme antérieur que l'écorce des faits 
sans Ta me qui leur donnait la vie. 

9 Une impression tout opposée m'a saisi en présence du même sujet 
représenté à Sens. Pour le dire en passant , les verrières de Sens , 
peu admirées, peu connues, et aussi fort mal entretenues, me 
semblent les chefs-d'œuvre de la peinture architecturale sur verre. 
Si le dessin de la figure y conserve encore des traces d'incorrection et 
de sécheresse , Fornementation me semble y avoir atteint un degré de 
perfection que les arts n'obtiennent ordinairement qu'une fois et pour 
peu de temps dans l'histoire d'un peuple. Je me suis demandé si 
l'école qui florissait à Sens à la fin du xii« siècle ne serait pas due à ce 
prébendier, du nom de Guillaume, qui fut à cette époque appelé en 
Angleterre pour bâtir le chœur de Cantorbéry , et si son inlluence ne 
s'était pas fait sentir jusqu'à Salisbury, dont les admirables grisailles 
ont de frappants rapports avec celles de Sens. 

» A Sens, au-dessous d'une cité forte , trois médaillons flanqués de 
chacun quatre autres présentent les trois phases de notre histoire 
symbolique et leur explication. Autour du voyageur blessé est décrite 
la chute du premier homme ; autour de la scène du prêtre et du lévite, 



22 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

les grands événemeats de la loi , et , autour de rentrée dans Thôtel- 
lerie, le drame sanglant de la rédemption. Ailleurs on pouvait se mé- 
prendre : on comprend, par exemple, qu'à Rouen le docte Langlois, 
malgré sa perspicacité bien connue , n*ait vu , comme il nous Favoue 
dans son histoire de la peinture sur verre, qu'une indéchiffrable 
énigme dans le personnage qui se montre à satiété en si piteux 
équipage. A Sens le doute n'est plus possible. La cité porte pom* 
légende : Civitas Hienuakm ; le premier groupe ; Jncidit in UUrones; 
le deuxième : Homo ; le troisième : Peregrinuf Samaritanus , stabih- 
larius. Il est donc constant qu'il s'iigit de la touchante parabole du 
bon Samaritain , où Jésus-Christ répond aux scribes que le prochain 
de celui qui souffre est celui qui en prend compassion; que le 
prochain de l'homme est l'homme qui aime. Tel est le sens littéral 
compris d'ailleurs et largement exposé au moyen-âge : mais, derrière 
le sens littéral, toute l'antiquité chrétienne a vu dans l'Ecriture de 
sublimes allusions aux grands rapports établis entre Dieu et le monde, 
et la poésie comme l'enseignement devait s'attacher avec un spécial 
amour à ce point de vue allégorique où le dogme se revêtait de 
mystérieuses et populaires images. En effet les rapprochements que 
nous contemplons dans la peinture ne sont que des traductions fidèles 
des rapprochements que nous lisons dans tous nos auteurs. 

» Pour les résumer ici en quelques mots , ces auteurs , et sans rien 
ajouter de moi, le voyageur de la parabole est Adam, le genre 
humain, l'homme. La cité qu'il abandonne est Jérusalem, la vision 
de paix , l'innocence , le bonheur. 11 s'avance vers Jéricho, la ville 
de la défection , du mal. Les voleurs qu'il rencontre sont les anges 
pervers : c'est par le péché qu'il est blessé , et c'est de l'amitié de son 
Dieu qu'on le dépouille. Un souffle de vie lui est laissé , la raison 
l'éclairé encore ; puis passent le prêtre et le lévite : c'est l'institution 
incomplète et transitoire , l'impuissant ministère de la loi mosaïque. 
Car le monde était un grand malade auquel il fallait un grand 
médecin. Le bon Samaritain est Jésus-Christ, Jésus-Christ, éloigné 
de nous par ses grandeurs, mais notre prochain par son amour. Sa 
main bienfaisante touche les plaies du malade quand il reprend 
l'homme de sq^ fautes ; elle verse l'huile adoucissante quand il donne 
au désespoir l'espérance; elle verse le vin généreux quand ses 
menaces épouvantent le crime. Il reçoit le blessé sur sa monture alors 
que, souffrant et mourant pour les hommes, il assume sur lui la 
responsabilité de leurs œuvres. L'hôtellerie est l'église de la terre , où 
les voyageurs qui se rendent au ciel trouvent en passant asile et 
secours. C'est Jésus-Christ qui sert d'introducteur au malade, puisque 



EN LIMOUSIN. 23 

c'est par sa foi et son baptôme qu'on devient chrétien. Cependant, 
l'œuvre de charité accomph'e , le bon Samaritain doit continuer sa 
route vers Jérusalem; le monde sauvé, le Fils de Dieru doit retourner 
au ciel. Mais, avant de partir, il remettra deux deniers au maître 
d'hôtel pour subvenir aux besoins du blessé; Jésus-Christ léguera à 
ses apôtres , avec les écritures des deux alliances , l'intelligence sûre 
de leur doctrine. L'arbre fatal qui avait perdu les habitants du paradis 
terrestre continuait d'empoisonner les passagers de l'exil; mais l'arbre 
de vie se retrouve émondé sur le Calvaire. 

Factor condolens 

Ipse lignum tune notavit 
Damna ligni ut solveret.... 
Crux fidelis inter omnes 
Arbor una nobilis... 

» Et le chérubin courroucé n'en défend plus l'approche aux 
humains. Le sang du divin mourant vient de jaillir sur son front , 
comme on le voit à Sens et à Rouen , et , appaisé par la clémence infinie , 
il remet dans le fourreau son glaive éteint : 

Christi saoguis igneam 
Habetavit romphœam, 
Amotâ custodift. 

» J'ai résumé, et en traduisant, la célèbre glose de l'école 
de Raban-Maur, saint Paulin, Fortunat, Henri de Parme, sainte 
Hildegarde, l'abbesse Herrade: , Adam de Saint-Victor. Les développe- 
ments nous entraîneraient bien loin. » 

Aidés par ce résumé éloquent, nous pouvons maintenant nous faire 
une idée de la science qui inspira les auteurs des vitraux à légendes 
théologiques. Il nous semble qu'il faut y reconnaître deux caractères, 
deux qualités ordinairement antipathiques : le sens profond s'y pare 
des grâces riantes de la plus riche poésie. La composition des vitraux 
à légendes nous avait déjà été révélée dans l'étude des monuments 
consacrés à saint Psalmodius. Le lecteur peut donc se faire une idée 
du sens des vitraux et de ce que j'appellerai leur composition lit- 
téraire. 

Quant à la composition matérielle , nous l'avons déjà résumée ainsi : 
une bordure de feuillages enlacés ou de galons perlés entoure une 
mosaïque formée de petites pièces de verre. Hauts de couleur, 
vigoureux de ton , ces fragments se font mutuellement valoir par une 
intelligente juxtaposition. Sur ce fond courent des dessins symétriques 



24 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

limités et formes par un simple trait noir appliqué sur le verre ^ et 
fortifiés par l'opacité des plombs. 

Les petits tableaux sont ajustés sur cette mosaïque vigoureuse. 
Ils se distribuent symétriquement sur la verrière en sautoir, en 
échiquier, en losange ; ils forment des cercles, des croix lancéolées; 
ils rayonnent comme des étoiles. Partout une armature de fer suit 
leurs contours et leur sert de cadre. Les anciens verriers avaient 
parfaitement compris que leurs tableaux, privés de ce repoussoir, 
seraient noyés dans la teinte éblouissante des fonds; pour le même 
motif, ils accusent tous les détails par un trait noir, et font servir le 
plomb au même usage* 

La composition graphique n*est pas tnoins savante* Les vieux 
maîtres avaient appris , à Técole des anciens , que les représentations 
monumentales destinées h un effet lointain ou d'ensemble doivent 
se composer moins d'images complètes que de signes; ils voulaient 
arriver à l'intelligence par l'impression sensible, cette dernière 
demeurant le moyen , et non le but. De là l'absence de profondeur des 
plans, le nombre restreint des personnages^ et la manière convention- 
nelle de figurer certains objets* Une forêt se représente toujours par 
quelques arbres , et encore un pinceau habile a émondé le feuillage 
luxuriant dont Tombre nuirait à la tranquillité des lignes. Une ville se 
figure par la représentation des tours qui en gardent l'entrée. Enfin , 
pour augmenter la valeur monumentale du vitrail destiné à faire 
tapisserie, ils placent toutes leurs figures sur le même plan, et les 
disposent sur un fond monochrême bleu. 

Reste cette partie de la composition qu'on appelle le style , et qui a 
son expression dans les siirs de tête, le mouvement des figurjas, 
l'agencement des draperies. Une réminiscence antique , épurée par le 
christianisme, rajeunie par l'enfance d'une civilisation nouvelle, s'y 
laisse promptement deviner. Les airs naïfs des visages , l'expression 
candide et simple des traits , y font oublier la sécheresse des contours, 
souvent négligés , et l'incorrection anatomique. Les plis , jetés avec 
une simplicité élégante, suivent le mouvement du corps sans le 
gêner. N'oublions pas , si nous trouvons les étoffes peu flottantes et le 
geste exagéré, qu'un mouvement plus vif aurait détruit le calme 
religieux de la pose, pendant qu'un geste plus mesuré aurait nui à la 
clarté de l'action. Les planches I et 11 contiennent des détails qui 
feront comprendre l'exécution des bordures , des fonds et des tableaux, 
de la mise en décors si j'ose ainsi parler ; mais ces lignes noires ne 
diroDt rien de l'harmonie chaude et étincelante qu'elles ne sauraient 
traduire. 



EN LIMOUSIN. 25 

Levieil explique le nombre prodigieux, rimmense étendue des 
vitraux du xiii« siècle par remploi des dessins tracés sur papier ou 
sur parchemin, dessins dont le transport facilitait une exécution 
rapide en permettant de répondre aux demandes simultanées de 
cent églises. C^est ainsi qu'il explique la ressemblance de certains 
vitraux examinés par lui dans les cathédrales de Bourges, de 
Limoges, de Chartres et de Tours; Ja même raison expliquerait la 
permanence et la durée des styles. Plusieurs vitraux du xiv« siècle 
reproduisent lestons élevés et les motifs du xiip; nous vérifierons 
tout à rheure ce fait dans la cathédrale de Limoges. La lancette de 
la cathédrale de Tours que nous publions est un commencement de 
preuve (1); les figures supérieures se retrouvent à la môme place dans 
la chapelle de* la Sainte-Vierge à Limoges. 

Les sujets figurés dans la partie centrale de ce vitrail "se rapportent 
presque tous au sacrifice sanglant du Calvaire. Leur étude nous met 
en mesure de constater une curieuse similitude dans Fexécution des 
émaux opaques et des émaux translucides (2). La fraternité des deux 
arts est manifeste. Les émailleurs , comme les verriers , employaient 
des pâtes vitreuses colorées au moyen d'oxydes métalliques 
incorporés par la fusion à leur substance. Ils faisaient donc la même 
œuvre avec les mêmes matériaux ; seulement Témailleur éclairait ses 
compositions par la lumière réfléchie , et le verrier par la lumière 
réfractée. Suivons le développement parallèle des deux arts. 

Si Ton compare les vitraux du xn*' siècle et du xiii» siècle avec les 
énaux du même temps, on s'aperçoit bientôt de Tidenti té d'exécution. 
Les vitraux sont composés de pièces de verre colorées en table, et 
réunies parun réseau de plomb ; chaque teinte plate sans modelé occupe 
un fngment limité par cette barrière métallique. Les émaux sont formés 
sembiablement de teintes plates en verre coloré , réunies ou juxta- 
posées sur un excipient de cuivre, d'argent ou d'or par un réseau 
•métalli<!ue. De part et d'autre un trait de métal dessine les contours, 
et limite les teintes diverses. Séparez l'émail incrusté de son fond de 
métal , vcus aurez une verrière en couleur ; ajustez votre vitrail sur 
un excipient de cuivre , vous aurez un émail incrusté. Il y a donc 
identité de procédés. 

L'étude a\ientive que nous avons faite de l'orfèvrerie émaillée du 



H )V. planche II. 

(2) Nous demando^ gréce pour ces répétitions trop nécessaires. 



26 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

LîmousiD nous a fait reconnattre une ressemblance plus intime encore 
que celle qui ressort de remploi simultané des mômes agents 
matériels. Léglise de St-Viance (Gorrèze) conserve une grande châsse 
en métal émaillé. La face postérieure de ce petit monument est 
enrichie de six tableaux en quatre-feuilles symétriquement distribués 
sur un fond de décoration. Ceux de la partie supérieure représentent 
au centre la crtAcifixion précédée et suivie de la flageUcUian et des 
saintes femmes au tombeau. On retrouvera sur ces curieux émaux les 
airs de tète , le système de plis, la pose, Tattitude et jusqu'au nombre 
des personnages retracés sur les vitraux contemporains. Ainsi, sur 
le tableau de la crucifixion, Jésus-Christ, attaché à la croix entre la 
sainte Vierge et saint Jean debout aux côtés de Tarbre sacré, meurt 
pour les péchés du monde. L'ancienne et la nouvelle loi , Téglise 
triomphante et la synagogue aveuglée accompagnent les deux figures 
principales. Au pied de la croix un personnage nu , vu à mi-corps , 
élève ses mains vers le Sauveur. Ce mort qui ressuscite est Adam. 
Selon une tradition juive adoptée par un grand nombre de pères , le 
chef de la famille humaine était enseveli sur le Golgotha , au lieu où 
coula le sang de Jésus-Christ. La Providence Tavait voulu : le nouvel 
Adam devait ramener la vie au lieu où Tancien Adam avait établi 
Tempire de la mort : quoniam quidem per hominem mors et per 
hominem reswTectio mortuorum. Il nous parait inutile de poursuivre 
plus loin cette étude : la ressemblance de Tordonnance frappera 
tous les lecteurs attentifs. Bientôt encore nous retrouverons les deux 
arts marchant comme de concert vers une transformation de mén^e 
nature. 

SECONDE PARTIE. 



XI V« ET XV« SIÈCLE. 

Si on devait les prendre à la lettre, les divisions chrono- 
logiques introduites dans Tétude de l'art ne seraienf pas sans 
inconvénients. L'emploi des méthodes de classification , 'à mesure de 
durée attribuée à chaque grande influence artistique , ont pour 
base ce qui en représente la fac<e la plus importance, ce qui en 
constitue le point culminant. C'est ainsi qu'on s'est hibitué à dire les 
siècles de Périclès et de Léon X, quoique cc^ deux illustres 



EN LIMOUSIN. 27 

personnages niaient occupé qu^ane petite part dans le siècle qui les vit 
naître. Dans Tordre humain rien n^arrive , rien ne finit subitement : 
après les grandes influences , il y a une préparation et une décadence 
plus ou moins lentes, mais graduelles, dont Pétude attentive peut 
seule expliquer la succession des systèmes artistiques. Ainsi le 
commencement du xit» siècle ne marque pas la fin de la méthode de 
vitrerie ancienne et la naissance spontanée d^un autre, système : 
dès le XIII* siècle on pouvait reconnaître un élément nouveau introduit 
dans Fart; semblablement, au xiy« siècle, au milieu des influences 
nouvelles, on suit long-temps la trace du système précédemment 
adopté. 

Dès le xiii« siècle des personnages de proportions colossales se 
dressent dans une niche architecturale à côté des légendes à petites 
figures. La même église reçoit des vitraux à tableaux multiples 
distribués sur une décoration, et, tout à côté, des personnages de 
grandes proportions se posent majestueusement dans une architec- 
ture figurée. En continuant ces deux systèmes lexiy« siècle abandonne 
progressivement le premier pour s'en tenir au second. Mais les traits 
noirs tracés à Paide d^un oxyde de fer ou de cuivre, et qui , rehaussés 
de quelques teintes plates, faisaient tous les frais de la peinture, 
cessaient alors de sufiire. Cette simplicité de dessin, pratiquée en de 
petites proportion]^, laissait au verre sa coloration étincelante; 
pratiquée en de grandes figures, elle se montrait avec tous ses défauts 
grossis en proportion directe de la dimension agrandie. Alors le trait 
devenait pesant; les formes sont lourdes; les visages, les draperies, 
paraissent plats comme la teinte qui les recouvre. Pour corriger ces 
défauts les verriers appelèrent à leur aide les ressources d^un modelé 
plus savant dû à l'emploi d'oxyde gris ou bistre appliqué selon toutes 
les ressources du dessin. Mais ces couleurs superficielles, tout en 
permettant de dégrader les lumières, de poser les ombres, de donner 
les clairs, en un mot de modeler en relief, diminuent la teinte 
franche du verre , et la salissent de leur ton terreux. Ainsi la science 
nuit à l'effet , et dès lors le dessin tend à se substituer à la couleur. 

Pour la môme raison, le verrier ne sait plus trouver dans le 
réseau de plomb qui unit les verres un moyen puissant d'^pgmenter 
la solidité du vitrage. Il désapprend à profiter du trait noir produit 
par l'opacité du métal pour accuser ses figures, et tracer des sépara* 
tiens vigoureuses et élégantes dans le champ éblouissant de la 
verrière. Ces lignes opaques, qu'il ne sait plus dissimuler en les 
faisant filer entre deux teintes différentes , le gênent. 11 ne voit plus 
qu'un obstacle dans ce qui devait être un moyen ; il cherche à s'en 



28 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

débarrasser au plus vite en créant de prétendus perfectionnements 
dans la fabrication du verre , en donnant à ces tables transparentes 
une surface beaucoup plus étendue. 

La cathédrale de Limoges, commencée en 4273, était riche en 
vitraux de la seconde période. En rapprochant de Tinventaire détaitlé 
de rétat actuel des lieux une description rapide de cet édifice 
écrite en 4680 , nous pourrons mesurer toute retendue de nos pertes. 
Plusieurs de ces détails , en apparence étrangers au sujet que nous 
traitons, nous expliqueront les blasons épars sur ces verrières, 
blasons dont les recueils héraldiques n'ont pu nous donner la clef. 
Ainsi nous serons fixés en mémo temps sur les noms des donateurs et 
sur la date de ces vitraux. C'est à la fois la raison et Texcuse de cette 
longue citation : 

« Tout est si rare et si bien ouvragé (dans cette église de St-Etienne) 
qu'on ne sçait à quoy donner l'advantage. Toutes les vitres y sont 
belles par excellence avec des figures et peintures : il y a deux roses 
trez-belles : l'une sur la grande porte, et l'autre de l'autre côté; 
elles sont fermées par le devant de fer ouvragé par replis et cercles. 
Le chœur et les chapelles qui l'entourent en demy cercle font la prin- 
cipale partie de l'église ; proche la porte du chœur il y a un eaubénitier 
de marbre blanc, qui semble tout d'une pièce; et les armes de 
M. de Langeac, qui sont de vairs et de pals, y sont gravées au milieu 
aussi bien qu'au dehors. On dit qu'il fit encore cet enjolivement qui 
est à la façade du chœur, où il y a quantité de figures de saints et 
de saintes. Voicy le nombre des chapelles qui entourent tout le chœur : 

Celle de Saint-Martial et Sainte-Valérie, qui est à l'entrée de la 
grande porte à main gauche. C'est cette chapelle où saint Martial 
célébroit la messe quand sainte Valérie souffrit le martyre, et luy vint 
faire homage de sa teste. Aprez cette chapelle est une grande porte de 
plusieurs rondeaux de fer, qui ouvre et ferme le chemin qui va tout 
à l'entour du chœur ; la deuxième , qui est à main gauche ainsi que 
toutes les autres de ce chemin , est celle de Sainte-Marie-Madeleine ; 
la troisième, en tirant plus avant, eist de Saint-Jean-l'Evangéliste ; 
la quatipeme, de Saint-Pierre l'apostre; la cinquième est de 
Saint-Léonard et Saint-Léobon; la sixième, de Saint-Nicolas; la 
septième, de Saint-Thomas apostre; la huitième est la chapelle du 
Crucifix , qui dépend des vicaires; la neuvième , celle de Nostre-Dame, 
autrement des Trois-Roys, qui achevé la circonférence du chœur. En 
la septième, de Saint-Thomas, est inhumé le vénérable patriarche 
L'Amy; son mausolée est relevé au milieu de la chapelle. En la 



EN LIMOUSIN. 29 

huitième , du Crucifix , il y a un sépulchre relevé de terre d*un diacre 
ou archidiacre revêtu de ses habits. En la neuvième se void le 
sépulchre de Gerbert, évesque de Limoges, semblable à celui du 
patriarche L'Amy. 

» Le reste de la nef, qui commence à la sortie du chœur, et 
aboutit à la petite porte , est soustenu de quatre grands pilliers , qui 
se joignent Tun Tautre en arête, et forment des arcades : la première, 
qui est proche de la porte qui conduit au clocher, est plus haute que 
les deux autres des deux cotez de l'entrée delà nef. Il y a deux chapelles 
de chaque coté qui font que Tespace de rentrée par cette petite porte 
est plus étroit que celuy de la grande qui va directement aboutir 
jusques aux orgues. Or, comptant les chapelles en entrant par la 
petite porte pour aller au chœur, la première est celle de VEcçe- 
Homo, à cause qu'il y a à Tautel et dans la vitre la figure de 
l'Ecce Homo; on y tient le pain qu'on donne en aumône le jour de la 
Gène. On la nomme aussi des Joviond , parce qu'ils y avoient leur 
sépulture. La seconde , qui lui est propre , est de Saint-Joseph , et se 
nomme communément de ThoUars, à cause de Jean du Peyrat , 
chanoine de Limoges, et doyen de Thottars en Poitou, qui l'a fondée 
ou dottée. Aux vitres d'icelle il y a l'image de la Vierge tenant son 
fils , et , à son costé droit , saint Estienne avec un chanoine à genoux, 
habillé d'un habit religieux tirant sur le bleu , et ayant la coronne 
monachale , et l'aumusse au bras. Il y a aussi , tant à la même vitre 
qu'au tableau de l'autel , des chanoines dépeints avec la coronne et 
Taumusse , et l'habit noir blaffard qui semble approcher du bleu. Ce 
qui est un témoignage de l'état de chanoines réguliers de St-Augustin 
qu'ils ont gardé et jiratiqué durant plusieurs siècles. 

» La première chapelle de l'autre côté, fondée par les Benoist, 
s'appelle Nostre-Dame-de-Lorette. Il y a , dans cette chapelle , le 
tombeau d'un de la famille. Aux vitres il y a trois figures : la première, 
comme d'un empereur avec l'épée en la droite, et un globe avec 
l'aigle sur Tépaule; en la gauche, la coronne en teste, avec des 
fleurs de lys sur son habit , qui marque Charlemagne ; proche de luy 
est la figure d'un capitaine qui a une épée à la main et un lion aux 
pieds : c'est Pépin , à qui Dupleix attribue d'avoir tué un lion ; auprez 
de celuy-là étoit un autre capitaine avec le casque en tête ombragé 
d'un grand panache , et l'épée en main , et des fleurs de lys sur son 
habit : c'est Louis-le-Débonnaire. Et, comme ces trois rois ont 
concouru au bien et augmentation de cette église de Saint-Estienne , 
on a représenté là leur figure pour un mémorial éternel de leurs 
bienfaits. La seconde chapelle est de l'Ange-Gardien, et des Bastide, 



30 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

qui s*y foDt ensevelir : il y a dans la muraille un écriteau avec des 
vers latins que je n'ai voulu transcrire pour estrc en trop grand 
nombre. Ils y furent apposés l'an 4516 pour honorer un de cette 
famille, qui esiqualiMsummuspresbyterorum, summusp*œcentorum, 
II a pour armes une tète de taureau en face ou en plein (4 ) ». 

Dans Fétat actuel de la cathédrale inachevée : 

Quatre fenêtres éclairent les chapelles des bas-côtés ; 

Vingt-quatre fenêtres sont ouvertes dans les chapelles qui rayonnent 
autour du chœur ; 

Onze fenêtres , deux roses , deux tympans , sont percés dans le 
transept; 

La nef, composée seulement de deux travées, est ouverte sur 
chaque face entre les piliers; 

Treize vitraux éclairent le chœur ; 

En tout soixante baies , formant une surface de vitrerie qui dépasse 

HUIT CBmr CINQUANTE HETRES GAREfiS. 

Voici Fétat présent des lieux , et ce qui nous reste de tant de 
magnificences. Les vitres qui éclairent les chapelles des bas-côtés de 
la nef et du chœur, plus accessibles par leur position aux projectiles 
et aux coups , ont été détruites dans la partie inférieure. Il en est 
de même des hauts vitraux de la nef et du transept. Seule la 
rose du nord et la plus grande partie des vitraux du chœur (dix sur 
treize] ont été sauvées en entier. Malgré les mutilations , les parties 
conservées sont assez^ nombreuses pour nous permettre de rétablir le 
brillant ensemble dont elles firent partie. 

Que le lecteur veuille bien nous accompagner dans Fexamen plus 
détaillé que nous allons faire de ces verrières. Nous suivrons Fordre 
descriptif adopté par le P. Bonaventure , en donnant aux chapelles , 
pour plus de clarté , leur nom ancien et leur nom moderne. 

En pénétrant dans la cathédrale par la porte septentrionale ou 
porte St-Jean , la première chapelle qui se présente h gauche est 
Fancienne chapelle St-Martial , aujourd'hui chapelle St-Fiacre. Cette 
chapelle , comme presque toutes celles des bas-^ôtés , n'a conservé 
que la partie de ses anciens vitraux placée dans Famortissement ou 
tympan en ogive qui couronne la partie rectiligne de la baie. 
L'élévation , le cadre de pierre contourné en quatre-feuilles ou en 
trèfle , ont sauvé ces fragments des violeuees de toutes sortes et de 



{\) Bonaventure de St-Amable, Histoire de saint Martial, t. Il , 2!33. 



EN LIMOUSIN. 34 

la protection des vitriers en blanc. En 4809 Téglise cathédrale et 
toutes les églises de Limoges furent momentanément transformées en 
prisons : on y entassa des milliers de prisonniers espagnols. Pour 
donner passage à l'air et à la fumée, ces malheureux, atteints 
d'ailleurs de maladies contagieuses , pratiquèrent des trous nombreux 
dans les vitraux qui étaient à leur portée. 

Les panneaux conservés dans la chapelle St-Martial appartiennent 
au commencement du xiv« siècle. Hauts de couleur, simples de dessin, 
ils représentent N.-S. J.-C. assis sur un trône et bénissant entre les 
symboles des évangélistes. Il tient un globe de la main gauche; sa 
droite bénit. Sa robe verte, frangée de jaune , est en partie recouverte 
d'un manteau pourpre. Quatre chandeliers sont à sa droite. 

Viennent ensuite la chapelle de Ste-Marie-Madeleine , aujourd'hui 
de St-Maurice , et trois autres chapelles où nous n'avons rien de bien 
intéressant à examiner. Elles n'ont conservé que des débris de 
grisailles à ornements variés. Les figures en couleur qui s'ajustaient 
sur ce fond lumineux ont disparu. 

La troisième de ces chapelles donne un système complet de 
décoration en style du xiy« siècle. Sur les murs qui la séparent des 
chapelles voisines sont figurées en relief des fenêtres ogivales avec 
leurs meneaux et leurs diverses subdivisions. Ces moulures, peintes 
et dorées , encadrent des peintures du xiy« siècle gaufrées sur les 
fonds. Elles représentent une riche architecture enveloppant des 
scènes de la Vie des saints. Au sommet de ces peintures est peint un 
écu armorié chargé d'un cygne. 

Dans la septième chapelle, autrefois consacrée à saint Thomas, 
aujourd'hui à la sainte Viei^, nous retrouvons les plus anciens vitraux 
semblables, d'aspect et d'exécution à ceux de la chapelle St-Martial. 
Gomme ceux de cette dernière , ils comptent autant de pièces de 
verre que de teintes différentes. C'est l'exécution et le style du 
xiii« siècle se maintenant dans les premières années du xiv«. 

Le plan de cette chapelle ne se distingue pas du plan des autres. 
Elle forme un pentagone percé sur les trois faces orientales. Le 
tympan de la baie centrale a quatre subdivisions occupées par des 
sujets ajustés sur vigoureux fond bleu , sujets évidemment liés les 
uns aux autres dans la pensée du verrier. Au sommet , le Christ, assis 
sur un trône entre les symboles des évangélistes , tient un globe , et 
bénit. Son nimbe brun violet est coupé d'une croix de même 
nuance. Sa robe est verte , et son manteau rouge. Au-dessous siège 
encore le Christ, mais le Christ du jugement , voilé seulement d'un 
manteau vert. Il montre ses plaies sanglantes, inutiles aux méchants. 



32 HISTOIRE DE LÀ PEINTURE SUR VERRE 

Près du souverain Juge, dans la subdivision de la même baie, à sa 
droite, un saint à large tonsure (saint Etienne] est vêtu d^une aube 
blanche que recouvre en partie une tunique rouge; il élève un livre 
vers le ciel. Sa main droite tient un disque blanc (serait-ce le pain 
eucharistique ou un des cailloux instruments de son martyre?) Dans la 
fenôtre gauche , trois subdivisions tréflées ont reçu trois anges vôtus 
de tuniques rouges et de manteaux bleus. Leurs mains portent des 
couronnes, et montrent les sujets placés au-dessous d^eux. A la 
fenêtre de droite un personnage tient le disque chargé de l'agneau. Ce 
sujet, obscurci par une crasse séculaire, ne se laisse pas facilement 
reconnaître. 

La huitième chapelle, autrefois du Crucifix, dédiée présentement à 
saint Paul, n'a conservé que des grisailles. Onn'a rien de plus curieux à 
étudier dans la chapelle suivante. Seulement la décoration vitrifiée y 
encadre un renseignement précieux. C'est un écusson du xi?« siècle : 
il porte (f argent à trois lions (?) grimpants de gueules, deux et un. 
Les verres découpés qui forment ces pièces héraldiques sont teints en 
masse , et n'ont conservé ou reçu aucun linéament superposé qui 
accuse leur forme. 

Les vitres en grisaille conservées dans les deux chapelles qui 
forment la sacristie ont reçu un écusson parti chargent et (Por (?), 
chargé à deœtre de six besans ou tourteaux de gueules, à senestre de 
six pièces d'échiquier d'azur. 

Les vitres de la chapelle de la paroisse qui succède aux précédentes 
n'ont sauvé que quelques débris d'une bordure en couleur. 

Malgré la description assez détaillée du P. Bonaventure, il est fort 
difficile de reconnaître la place particulière occupée dans la nef par les 
chapelles des Jouvion , des Bastide , de l'Ecce-Homo , deN.-D. deLorette. 
Les vitraux nous aideront peut^treà les déterminer. Dans la première 
chapelle située à gauche de la pprte du clocher, chaque panneau ou 
jour de la vitre formé par les divisions verticales est occupé au 
sommet par un ange tenant uu écusson d'azur à une tête de taureau 
en face chargé d'un chevron d'or brochant sur le tout. Evidemment 
ce sont les armes des Bastide, qui y furent placées, selon le 
P. Bonaventure , en 1516, ainsi qu'on Ta vu plus haut. 

La chapelle contiguë, aujourd'hui chapelle du Naveix, serait la 
chapelle des Benoit. Les vitraux portent deux écussons : le premier, 
d'azur aux six fleurs de lis d'or, 3 , 2 cH ; le second , d'or au chef 
de gusules chargé d'un dextrochère hermine d'argent, vêtu de même. 
Ce sont les armes de Yilliers de l'Isle^Âdam ; elles nous donnent la 
date dp ces peintures. Ce n'est pas le lieu de décrire les peintures du 



^, 



EN LIMOUSIN. 33 

lympan. Nous ne mentionnons présentement que pour mémoire les 
«nges jouant de divers instruments autour de Dieu couronné, vétii 
d'une chape , et tenant le globe du monde. Ces représentations , 
appartenant évidemment au xti« siècle, auront leur description 
particulière plus tard. Elle se placera en son ordre avec la description 
des vitraux des deux chapelles parallèles et de la grande rose du 
portail nord. 

Le chœur seul nous reste à inventorier et à décrire. 

Sur les treize grandes vitres en couleur qui l'éclairaient, trois ont été 
presque entièrement détruites : elles étaient un don de la munificence 
inépuisable de Yilliers de Tisle-Adam. Les vitres sauvées sont de 
grisailles h nœuds et à bordures colorées. Leur partie inférieure est 
occupée par des niches figurées d'architecture en couleur, encadrant 
des figures colossales d'une teinte chaude et étincelante. Le système 
de décoration adopté par les verriers du xiy« siècle se reconstruit donc 
ainsi : les chapelles, toutes les baies inférieures, étaient vitrées de 
mosaïques à légendes. Toutes ces verrières , d'un ton chaud et sombre, 
étaient chargées de petits tableaux dont la position près de l'œil du 
spectateur permettait de saisir les mille détails. Les baies élevées 
donnaient passage à une lumière plus abondante, mais adoucie par la 
grisaille, la base de ces vitres demeurant haute de ton, gréce aux 
figures en couleur qui y étaient placées. Ces personnages , de grande 
dimension, étaient, comme le texte, le titre du sujet dont les vitres 
inférieures, beaucoup plus nombreuses ^ présentaient le développe- 
ment. En haut resplendissaient les figures solennelles des saints , des 
prophètes et des apôtres, dont les témoignages et la vie se déroulaient 
en bas. Du centre et du sommet de l'édifice descendait un jour plus 
lumineux et adouci; en bas, les verrières, fortement colorées, 
teignaient de feux plus mystérieux les sombres détours des chapelles 
et des bas-côtés. Cette voix du Seigneur, dont la lumière est une 
image , descendait donc du sanctuaire : Vox Domini à sanctuario. 

Continuons l'examen interrompu des détails, en recueillant à 
chaque pas les observations piquantes que nous fournira une étude 
dont la minutie n'a pas besoin d'excuse. 

Au premier coup d'œil toutes les niches paraissent différer de 
couleur et de ton. Les fonds sur lesquels se détachent les personnages, 
les draperies qui revêtent ces derniers sont aussi d'une variété 
agréable. Mais, quoique la symétrie paraisse absente, elle existe 
cependant dans la pondération soutenue du ton général. La variété 
elle-même a été produite par un artifice de con)position : le même 
carton a servi pour l'exécution de toutes les niches. La coloration seule, 

3 



34 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

habilement variée, tromperait même an œil exercé. Dix couleurs ou 
teintes ayant été appliquées sur les dais, sur les pinacles, sur les 
arcades en ogive , sur les clochetons et les mille autres détails de ces 
petits édifices , la combinaison successive de ces tons produit plus de 
vingt effets différents pour Toeil et fortement tranchés. 

Nous allons faire le tour du sanctuaire en commençant par la partie 
septentrionale : 

Première fenêtre. — Au nord , divisée en quatre jours par trois 
meneaux; hauteur, en y comprenant Tamortissement en ogive, 
9 mètres ; largeur, 3 mètres. Un vitrage blanc a remplacé la verrière 
en couleur. La partie ogivale seule a conservé des fragments de 
grisaille. Au-dessous on retrouve les armes, peintes sur verre, de 
Yilliers de TIsle-Adam. 

Deuxième fenêtre. ^ Mêmes dimensions. Une grisaille l'occupe; elle 
est formée d'un réseau jaune clair encadrant des quatre-feuilles. Des 
nœuds ou roses de couleur occupent le centre de chaque panneau. La 
bordure est formée de feuillages jaunes et blancs semés sur fond 
pourpre. La moitié des deux jours du centre est occupée par deux 
niches en couleur. Deux apôtres y sont placés. Le premier a une robe 
violette et un manteau jaune doublé de vert. Il tient une sorte de 
glaive, et se détache sur un fond jaune. Le suivant, portant un 
bâton blanc et un livre relié en bleu , est vêtu d'une robe jaune et 
d'un manteau vert doublé de violet. Le fond de la niche est rouge. 
Les parties blanches de la niche du premier sont jaunes sur l'autre , 
et vice versa. La même alternance se remarque dans toutes les autres 
parties. 

Troisième fenêtre. -^ Mêmes dimensions. Le système du champ est 
semblable , è une petite variante près : les quatre-feuilles enlacés dans* 
le réseau h mailles losangées sont jaunes. Deux niches en couleur sont 
pareillement occupées par. deux figures colossales. La première 
représente un apôtre au front chauve ombragé par une mèche de 
cheveux ; il tient un glaive. Sa robe ou toge blanche , coupée débandes 
jaunes , est en partie recouverte par un manteau rouge doublé de 
bleu clair ; il se détache sur un fond bleu foncé. L'autre personnage 
est saint Jean^Baptiste. Sa barbe et sa chevelure sont longues et 
épaisses. Une longue tunique de fourrure, sur laquelle se drape un 
manteau bleu , Tenveloppe de la tête aux pieds : ces derniers spnt nus. 
Il montre un disque blanc où est figuré l'agneau de l'Apocalypse 
tenant l'étendard de la résurrection. 

Quatrième fenêtre. — Mêmes dimensions. Elle est remplie tout 
entière par une grisaille sans figures, à entrelacs, dans lesquels 



EN LIMOUSIN. 39 

serpentent des branches de vigne et de lierre. La bordure est formée 
de châteaux jaunes surmontés de trois tours, et alternant avec des 
fragments de verre rouge. Uns grisaille BNTiÈRBVBifT semblable se 

TTBOUTB DANS LA CATHÉDRALE DE BOORGBS. 

Cinquième fenêtre. — Cette baie et les cinq suivantes , percées dans 
les pans coupés dont la réunion forme Tapside , n^ont que deux jours, 
et par conséquent la moitié de la largeur des précédentes. Le fond 
général est en grisaille. Un réseau è mailles jaunes enlace des 
quatré-feuilles jaunes disposés sur fond blanc. Des rosaces de couleur 
égaient et réchauffent oe fond général. 

Jusqu'à présent nous n'avons eu qu'è apprécier Tœuvre du 
xiv« siècle : ici une importante restauration du.xvi* se présente à 
nous ; elle consiste dans des figures colossales dues h la libéralité de 
Yllliers de TIsle-Adam. Nous les décrirons quand nous aborderons le 
xTi« siècle; les deux figures placées dans cette fenêtre représentent le 
Sauveur ressuscité et Moïse. 

SioHème fendre. -^ Une grisaille à réseau rouge et bleu, et à nœuds 
de même couleur, enlace des fleurs de lis jaunes. Les deux figures 
placées dans des niches, dans la partie inférieure, représentent 
sainte Valérie et saint Martial. 

Sainte Valérie est vêtue d^une robe pourpre et d*un manteau bleu 
doublé de blanc. Selon l'usage , elle tient entre ses mains sa tête 
tranchée, glorieusement couronnée d'un cercle d'or è fleurons. Saint 
Martial , vêtu de l'aube blanche que recouvrent en partie une tunique 
jaune, une chasuble rouge et le palliijm, tient une croix ,-et bénit.. Au 
bas de son aube est ajusté Vorfroi, ornement carré, bordé de rouge et 
de bleu , sur lequel sont semés des quatre-feuilles alternativement 
jaunes et bleus. La figure du saint est une restauration du xyp siècle : 
6n le devine bien vite au ton inusité du verre et au modelé plein de 
finesse. Inutile d'ajouter qu'on retrouve en ce vitrail l'alternance de 
couleurs précédemment remarquée. Le fond de la niche de sainte 
Valérie est rouge; le bleu a été réservé pour celle de saint Martial. 
Les feuilles de chou qui rampent le long des frontons sont bleues 
d'une part, rouges de Tautre. C'est par erreur que les magnifiques 
planches de l'histoire de la peinture sur verre de M. de Lasteyrie 
leur donnent la même couleur. Notons une autre distraction du 
dessinateur : il a vu sur Torfroi de saint Martial des fleurs de lis d'or 
semées sur fond bleu. 

Septième fenêtre. — La grisaille du fond est semée d'un réseau 
jaune pâle , dans lequel jouent des grappes de raisin. Les deux figures 
placées dans les niches du bas représentent V Annonciation. Lange 



36 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

tieut une banderole sur laquelle on lit ces mots en caractères 
majuscules du xiii« siècle : Ave Maria (4); il est vêtu d'une robe 
rouge et d'un manteau vert. La partie inférieure de ce vitrail est 
remplie de débris confusément disposés. A la hauteur des pieds de 
range le restaurateur moderne a placé une main. La Vierge a une 
robe blanche seniée de quatre-feuilles rouges trèê-pâles, peints en 
apprêt. Son manteau est bleu. Cette grande figure est dans un état 
déplorable. 

Huitième fenêtre, — Le champ est formé par des entrelacs rouges à 
nœuds bleus renfermant des fleurs de lis jaunes. Deux magnifiques 
peintures du xyp siècle ont remplacé , dans ce vitrail , les figures du 
KiY** siècle. Nous les décrirons en leur lieu. 

Neuvième fenêtre, — Le réseau jaune encadre des fleurs jaunes à 
six pétales semées sur fond blauc. Deux magnifiques personnages 
placés sur ce champ sont encore une addition du xvi« siècle. 

Dixième fenêtre. — La grisaille qui remplit le champ entier est 
formée d'un réseau jaune pâle, lié de rouge et de bleu, enlaçant des 
feuilles à six lobes. 

Onzième fenêtre. — Un réseau blanc enveloppe des feuilles jaunes. 
Les débris de deux niches en couleur occupent le bas de la verrière. 
Un apôtre tenant une grande clef s'y voit à mi-corps ; sa robe bleue et 
son manteau jaune tranchent habilement sur le fond vert. 

Douzième fenêtre. — Des réseaux blancs enveloppent des fleurs 
blanches. Deux niches du xiv< siècle y enveloppent deux personnages 
du même temps. Le premier, vêtu d'une robe violette et d'un manteau 
jaune, s'ajuste sur fond bleu. L'autre est un apôtre tenant un livre 
relié en vert et un glaive; sa robe est jaune, son manteau est vert 
sombre. Le bas de ce vitrail est dans un désordre affreux : on l'a 
rempli de débris en couleur appartenant à tous les âges. Des fragments 
d'inscriptions du xiy<^ siècle sont devenus illisibles par leur dispersion. 

Ou n'y reconnaît que ces syllabes te sa. 

Treizième fenêtre. — La vitre en couleur a été détruite presque en 
entier. On retrouve dans les débris conservés les armes de Villiers de 
risle-Adam. 



(f) La paléographie ne connaît pas de formes plus précises et plus caractéristiques 
que celles des majuscules du xuie siècle. Elles se reconnaissent tout de suite à leur 
tournure arrondie, à leurs traits qui bouclent eflerment les Ë , les N et les M. On 
ne jdoit pas être surpris de retrouver ces lettres élégantes employées au xive siècle ; 
leur présence est seulement un indice approximatif de la date de ce vitrail : il ne doit 
pas être postérieur à la première n:oitié du xive siècle. 



EN LIMOUSIN. 37 

Cet examen détaillé dUine vitrerie ancienne , dont les restes forment 
encore plus de cent quatre-vingts mètres carrés, va nous fournir des 
observations importantes. On peut les ranger sous deux chefs. Les 
unes ont trait à la technique; les autres, à la composition. Les 
premières concernent la science chimique; les dernières, la science 
décorative , la science de Teffet. 

Nous avons vu que , au xii« siècle et au xiip , les couleurs employées 
avaient presque toutes été incorporées par la fusion à la pâte vitreuse 
dont elles faisaient partie. Il y avait des verres bleus, des verres rouges 
ou verts; il n'y avait pas de couleurs de ces nuances applicables sur 
le verre. Le verrier était donc beaucoup plus mosaYste que 
peintre. Â grand'peine avait-il recours , pour le trait des figures et le 
détail des ornements , à remploi d'un oxyde opaque, et, plus tard, 
d'une légère teinte bistrée. L'étude des vitraux de ce temps et du 
manuel de technique laissé par le moine Théophile ne dément pas ces 
assertions. Dans son livre il traite de la manière d'obtenir la coloria- 
tion intime en feuilles au moyen de la recuisson (1); nulle part 
il ne s'agit de la coloration superficielle. Au chapitre XXI seulement 
il est question de couleurs destinées à faire ombre , et sur lesquelles la 
queue du pinceau doit enlever en clair des ornements variés : Quo 
exsiccato, foc cumcaudd pincelli , juxta priores umbrasquas feceras, 
subtiles trctctus ex utrâqite parte , ita ut inter hos tractus et priores 
umbras illius levis coloris subtiles tractus remaneant. 

Dès le xi^" siècle nous voyons les verriers de Limoges augmenter 
ces ressources par l'emploi de couleurs appliquées sur le verre. Le 
jaune des fleurs de lis et des ornements variés des vitraux de la 
cathédrale est un jaune d'application. La robe de la Vierge est semée 
de quatre-feuilles rouges peints sur le verre. Le verrier ignorait, il 
est vrai, l'emploi d'un fondant destiné à fixer la couleur, et h la 
rendre transparente : son rouge ne doit sa coloration, assez vague et 
indécise, qu'au peu d'épaisseur de la substance mise en œuvre. Mais 
ces tâtonnements sont eux-mêmes l'indice du désir d'étendre les 
ressources du peintre sur verre. 

Notons un autre fait non moins important. Selon les procédés 
actuels de la science , la coloration en jaune du verre s'obtient 
principalement de deux manières : par l'emploi de l'antimoine ou de 
l'argent. Dans le premier cas la teinte est souvent sale, inégale, 



'{\) Voyez surtout les chapitres VII et Vllï du livre second. 



38 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

rousse et sentant la fumée; dans le second, l'oxyde d'argent pénètre 
dans le verre sans laisser d'épaisseur à la surface ^ et le teint d'une 
manière vive et égale très-agréable è Yœï\. En examinant les 
draperies et les nombreux ornements jaunes répandps dans les 
vitraux qui nous occupent, on est surpris de reconnaître la présence, 
pour ainsi dire parallèle , du jaune d'antimoine et du jaune d'argent. 
Certains verres ùûi été teintés en masse par le premier de ces 
métaux ; d'autres verres doivent au second leur coloration superfi- 
cielle (4). Quel pas immense a été fait depuis le temps ob Théophile 
comptait, pour obtenir le verre jaune ou pourpre, sur les hasards 
heureux d'une recuisson prolongée! Quàd si videris vas aliqtiod in 
eroceum colorem mutari....; si verà perspeœeris quàd se forte vcts 
oKquod in fulvum colorem converttU, qui cami similis est, hoc 
ritrum pro membrand habeto. (Li b. II , c. VU et VIII.) 

Notons encore un (ait curieux. Les Italiens , copiés en ce point par 
presque tous les auteurs qui se sont occupés de Thistoirede la peinture 
sur verre , font inventer fa coloration en jaun» au moyen de Toxyde 
d'argent vers le milieu du xy« siècle. On connaît le récit charmant qui 
explique cette découverte. Grand nombre de moines à cette époque 
pratiquaient Tart de la peinture sur verre. Un d'entre eux , simple 
frère de l'ordre de Saint-Dominique, le bienheureux Jacques 
L'Allemand , était occupé à recuire ses verres au feu de la moufiDe 
lorsqu'il reçut de son supérieur l'ordre d'aller à la quête. Placé entre 
Fart et le devoir, il choisit l'obéissance sans hésiter, et , au retour, 
lorsqu'il s'attendait à trouver tout gâté par un feu mal conduit , ses 
verres lui apparurent magnifiquement colorés en jaune, grâce è un 
bouton d'argent tombé par hasard dans le fourneau. Laissons à l'Italie 
la gloire pure de son héros, et constatons que, près d'un siècle 
auparavant , les verriers de Limoges pratiquaient la recette qui fut 
là-bas le prix d'une angélique obéissance. 

En somme, au xiv siècle, il y a un progrès incontestable dans les 
procédés de fabrication et de coloration du verre. Recherchons 
maintenant si la science de la décoration, si le côté idéal de l'art, se 
sont améliorés en même temps. 

Le dessin s'améliore en apparence par la recherche, de plus en 
plus visible, des proportions et des formes naturelles, par la saillie 
d'un modelé de plus en plus fin ; mais en même temps les lignes se 



(i) Nous defODS la conDAÎssaoce de ce fait du plus haut intérêt k TamUié de 
M. ThévenoL 



EN LIMOUSIN. 39 

briseot pour devenir tourmentées , les draperies se remplissent 
d'angles et de rudes contours, les airs de tête naïfs font place à la 
oiauière. 

Au point de vue monumental les verriers du xiv« siècle ont bien 
des reproches è se faire : ils abusent de la grisaille , quUls prodiguent, 
et des tons clairs, qu'ils sèment partout. Cafte couleur jaune, dont la 
teinte brillante fait trou dans les vitraux , est employée par eux avec 
une profusion fatigante pour le regard : ils ont oublié le sage conseil 
du verrier du xii« siècle , de Théophile : Croceo vitro non muUùm 
uteris. Enfin , pour nous résumer, leur verrière commence à manquer 
d'harmonie, et la science qu'ils acquièrent chaque jour ne s'obtient 
qu'aux dépens de l'effet général. 

Hais leurs vitraux , vus de près , gagnent tout ce qu'ils perdent è 
distance : c'était le contraire au xm^" siècle. Alors le trait rude des 
figures demandait, pour être supportable, les longues distances, les 
lointains aspects des grandes cathédrales : leurs vitraux étaient faits 
à un point de vue sévère, monumental. En descendant le xiv« siècle 
la théorie contraire apparaît de plus en plus, Les verriers semblent 
travailler pour des demeures étroites. C'est ainsi que trois vitraux 
de la fin du xiv^ siècle , possédés par M. l'abbé Féret , chanoine , 
ont déjà une finesse de dessin très-agréable à l'œil. Ils représentent 
l'éducation de la Vierge, sou couronnement dans le ciel et la mission 
des apôtres. Ces trois scènes sont enveloppées par une élégante 
architecture gothique. 



XV« SIECLE. 

VITRAUX DB ST-MICHEL-DES- LIONS. 

Le XIV' siècle fut une époque désastreuse pour le Limousin. Tour à 
tour assaillie par les partis français et anglais, opprimée par les vain- 
queurs , ravagée par les vaincus , cette malheureuse province ne 
goûta un repos durable qu'après l'expulsion définitive des Anglais, 
de la Guienne , en 4 450. Alors, de toutes parts , on songea à relever 
les ruines faites par un siècle de guerres. Les édifices religieux se 
consolidèrent ou s'embellirent (1) : c'est ce qui explique le caractère de 



(\) Les témoignages historiques confirment ces données à priori de Tétude 
archéologique. Aimeri Chati de La Jaucha , évèque de Limoges, fait rétablir, eu 1389 , 



40 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 



leur architecture. Dans cette région , presque tous les édifices appar- 
tiennent au xii« siècle , mais le xy« siècle les a restaurés et agrandis. 
Tout naturellement les plus nombreux vitraux étaient de cette dernière 
époque. Leur rareté relative se comprend à la vue du caractère de 
leur fabrication. Le temps n*était plus ou le maître de l'oeuvre chargé 
de la construction d^un vaste cathédrale en combinait les diverses 
parties pour traduire une pensée commune; où la vitrerie en couleurs 
se liait au système architectural pour en devenir la continuation ; où 
le peintre sur verre , en un mot , n^était que le très-humble serviteur 
de Tarchitecte. 

Au XT« siècle , le verrier se sépare du constructeur : ce n'est plus 
un simple décorateur ; c'est désormais un peintre préoccupé du besoin 
de donner à son œuvre la plus grande somme de valeur individuelle 
possible, il en sera du monument ce qu'il pourra. A la distance où le 
regard saisit les détails, un modelé plein de finesse, une composition 
embellie de mille prétentions, une riante perspective, mille délica- 
tesses d'un pinceau léger recréeront la vue; mais ce sera aux dépens 
de l'ensemble. A tous les points de la perspective où Tœil ne perçoit 
qu'un effet général , le vitrail apparaîtra trop lumineux dans ses bor- 
dures , inégalement teinté dans ses fonds. La coloration , douteusement 
répartie, fatiguera par mille teintes incompréhensibles. Il semblera 
que la pluie, en battant la verrière, ait déteint ses couleurs pour les 
répandre et les laver selon les caprices des variations atmo- 
sphériques. 

Ce défaut général sera accompagné de tous les défauts d'exécution 
qu'il suppose. Préoccupés du désir de dessiner exactement , les ver- 
riers abandonneront habituellement, pour les carnations , l'usage des 
verres teintés dans la masse. Pour cet effet, ils se contenteront d'un 
verre blancque rehaussera le plus souvent un modelé gris. Soit désir de 
l'économie, soit recherche d'un milieu plus transparent , le verre destiné 



le clocher de son église. En 4438, l'évéque Barton de MoDtbas ordonne de faire des 
joas, c'est-à-dire des piliers butants, à la cathédrale. Une ordonnance du même prélat , 
datée de Bussière-Dunoise , prescrit , la même année, de rebâtir les églises de Saini- 
Gervais-le-Pauvre , Chaillac , St-Priest près Sainte-Anne , le chœur de Sf-Cyr- 
sur-Gorre. — En 1480, une autre ordotinance épiscopale enjoint airt ayant-droit 
dj rebâtir à neuf l'église de Lagudet, celles du Bourgdeix , de Ste-Marie-de-Vaux , 
Chabanais et Varerigne. — En 14S5, Jean Barton de Montbas neveu ordonne 
de rebâtir les églises de La Mazière près Ventadour, Saint-Marc-Alloubeau, 
Flavignac et Saint-Mathieu. 



EN LIMOUSIN. 4f 

aux travaux delà reouisson a pead^épaisseur, et les fondants abondent 
daus sa composition. L^emploi des coulears d'application, en permet- 
tant de rapprocher plusieurs teintes sur le même morceau de verre , 
restreint le nombre des plombs , et augmente d'autant Fespace 
exposé aux chocs et à la percussion. Toutes ces causes , on le comprend, 
ne diminuent pas la fragilité d'une matière déjà si fragile ; elles ont 
encore le triste résultat d'augmenter la froideur et la monotonie des 
visages. Comment des carnations pâles et blanches pourraient-elles 
barmouieusemënt être drapées de vêtements hauts de couleur? La 
teinte grise des chairs se retrouve d'ailleurs avec un ton identique sur 
les pinacles du dais qui abritent les personnages , sur l'architecture 
qui les encadre, sur les consoles qui les supportent. Tous ces tons 
clairs, rapprochés de ceux que produisent les nombreux ornements 
colorés en jaune, livrent passage à de larges rayons lumineux qui 
éblouissent le regard en détournant l'attention des sujets plus 
sombres : il en résulte un défaut d'harmonie peu favorable à la 
décoration. 

Les plus anciens vitraux de cette époque conservés dans notre 
circonscription archéologique sont deux roses de l'église d'Âugne 
(Haute- Vienne) ; elles représentent V Annonciation et V Adoration des 
Mages, Les verres teintés en masse ont été employés dans les fonds 
et les draperies; pour l'architecture et les carnations , il a été fait 
usage des couleurs d'application , couleurs déjà peu solides. 
Eu quelques endroits les oxydes métalliques qui ont servi à modeler 
les visages se sont couverts d'une crasse solide , qui rend le dessin 
confus en y ajoutant son opacité; enlevés ailleurs par l'action du 
temps, ils ont laissé au verre toute sa transparence primitive. 

L'église de Saint-Michel-des-Lions , à Limoges , possède cinq vitraux 
un peu moins anciens. On peut hardiment , à l'inspection des costumes 
et du style , décider qu'ils sont de la fin du règne de Charles VII. 
Ils réunissent les défauts et les qualités de leur temps ; leur composi- 
tion a encore l'avantage d'être assez variée pour résumer les genres 
divers adoptés par le xv» siècle. 

La fenêtre occupée par le premier vitrail dont nous nous occupe- 
rons est percée à l'extrémité orientale du collatéral du nord. Elle est 
divisée en deux jours par un meneau. Cette colonnette, en se rami- 
fiant dans le tympan , y forme un quatre-feuilles. Ses quatre lobes 
épanouis sont occupés par lejs évangélistes, représentés sous leur forme 
humaine , et écrivant dans des attitudes variées. Ces figures en gri- 
saille sont disposées sur un fond damassé bleu ou violet. Au centre se 



42 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

montre la Trinilé qa*ils ont manifestée sor la terre. IMeo le père, sons 
forme humaine, veto d'une robe rouge et d'un manteau bleu, tient 
son divin fils attaché à la oroix. Le Saint-Esprit , sous la forme d'une 
colombe , va de l'un è Taatre. Ces figures, de petite proportion , sont 
placées an-^dessus de deux niches d'architecture en grisaille à feuil-- 
lages et à bordures d'or, selon un usage qu'il importe de constater pour 
éviter les redites. La composition de ce dernier sujet est ainsi disposée : 
une console architecturale supporte un personnage ; un dais ou pinacle 
«n gothique fleuri le recouvre et l'abrite; an fond de hi niche formée 
par eette architecture est tendue une étofie en couleur et damassée. 

C'est la disposition de ce vitrait. Dans la première niche , à la gauche 
du spectateur, se tient saint Léonard , indiqué par une inscription à 
demi brisée en letlres gothiques ..orabdus. Le saint élève, de la 
main droite, les ceps, glorieux symbole de la protection dont il 
couvre les prisonniers. Son autre main supporte un livre relié en 
violet. Il est vêtu d'une aube blanche que recouvre une dalmatique 
verte à orfroîs jaunes. Son nimbe est de cette dernière couleur. La 
draperie, de damas roi^e, placée derrière le saint, au lieu d'être 
simplement attachée au dais de la niche, est supportée par un ange. 
L'autre niche est occupée par saint Michel , armé de pied en cap, et 
portant fièrement lance et bouclier. Il a passé sa cotte d'armes rouge 
par-de3sus son armure. Son nimbe est vert. Derrière lui un ange 
aux ailes rouges laisse tomber une tenture bkiie. 

Ce vitrail prête matière à plusieurs observations. Nous remarquerons 
d'abord un déclin trop évident dans la composition idéale. Quel 
rapport direct et saisissable pour les spectateurs unit la Trinité a ces 
deux saints, et parque! renversement des lois de la perspective les 
figures les plus grandes sont-elles rapprochées <le l'œil du spectateur 
aux dépens des sujets de petites proportions? Nous blâmerons encore 
les girouettes peu élégantes et médiocrement originales qui surmontent 
tous les clochetons. Quant à la teinte grise et incolore des carnations, 
poussée à l'excès comme en ce vitrail , au lieu de transfigurer les 
visages, elle les transforme en spectres blafards. Faisons encore 
observer que , sur ce vitrail , la teinte des chairs est peu solidement 
fixée ; presque partout elle a plus ou moins souffert de l'action du 
4emps. Les anges déroulant la tenture qui sert de repoussoir sont le 
produit d'une inspiration gracieuse et originale. 

Le second vitrailest placé, àla suite du premier, au-dessus de l'autel 
dédié à saint Martial. Il est consacré à la vie de saint Jean-Baptiste ; 
le tympan en ogive , selon l'usage de ce temps , demeure occupé par 
un remplissage sans rapport avec le sujet principal. 



— -^^ 



EN LIMOUSIN. 43 

Parlons d'abord de celle dernière eompoeition. Au sommet , un trèfle ; 
Dn peu plus bas , deux quatre-feuilles reroplissent ramortissemeot de 
la baie. Dans la partie supérieure se montre la Trinité ; au-dessous , 
à gauche, les anges adorent la sainte Face; à droite, ils entourent 
1^ Agneau vainqueur , dont ils célèbrent le triomphe par un concert. 
Cette Trinité diffère de la précédente. Le Père et le Fils , sous forme 
humaine, sont assis sur des trônes ; la colombe symbolique les sépare. 
Une restauration de vitrier moderne a remplacé la tôtedu Fils de Dieu 
par une autre tète , empruntée sans doute à un vitrail détruit. La 
dimension extraordinaire de ce visage produit un eflet étrange. 

Au centre du quatre-feuilles de gauche était la tète du Sauveur, 
ceinte du nimbe crucifère. U n'en reste que Fauréole et la chevelure. 
Le reste du visage a été remplacé par des débris en couleur représen- 
tant des figures grimaçar^es, A Tentour, des anges en grisaille sur 
fond de couleur déroulent des phylactères ou rollets couverts 
d'inscriptions, qui expliquent le sujet : Saltb, s. facibs. — * Ihu bonb. 
A droite, dans la composition symétrique représentant TAgneau 
célébré par les anges , il faut noter la forme variée de leurs instruments 
de musique. 

La partie carrée de la baie placée au-dessous est divisée en trois jours 
par deux meneaux. Les bandes horizontales de Tarmature en fer 
subdivisent ces jours en vingt et un panneaux. Les deux rangs 
inférieurs, c'est-è-*dire six panneaux sur vingt et un, sont aujourd'hui 
murés en briques. 

Ces panneaux renferment un nombre semblable de petits tableaux 
représentant la vie de saint Jean-Baptiste. Les deux rangs de 
panneaux extérieurs ont une bordure formée de fleurs de lis d'or 
couronnées. Au panneau central , les fleurs de lis sont remplacées 
par des feuillages. Chaque tableau est enveloppé d'une niche d'ar- 
chitecture en grisaille, à feuillages et à moulures dorées. Aux deux 
jours extérieurs, cet encadrement a la forme d'un arc en accolade 
surbaissée. Au jour central , il est formé de trois arcades égales et 
juxta-poséesl Tous ces panneaux sont eux-mêmes enveloppés dans un 
cadre plus grand d'architecture , terminé par des clochetons où sont 
nichées des figures de prophètes en grisaille. 

Les noms de plusieurs sont inscrits sur des phylactères : Avon (sic), 
MiCHBB , Danibi. , JoHAHAS (stcj, Elisbos. Ce parti pris d'enfermer les 
scènes dans un intérieur est tellement persévérant que, dans la 
représentation du baptême de Notre-Seigneur, la scène, placée au 
bord du Jourdain conformément au récit évangélique , est enveloppée 
par une courtine damassée sospeodue à une voûte gothique. 



44 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

Les petits tableaux sont distribués dans cet ordre : 



4 

4 

7 

40 

43 


% 

5 

8 

44 

44 


3 

6 

9 

4î 

45 



Premier panneau. — Trois personnages. — Pendant que Zacharie, 
vêtu d*une chape , encense Tautel dans le saint des saints , un ange 
lui apparaît , et lui prédit la naissance miraculeuse de saint Jean. 

2. — Quatre personnages. — Zacbarie est frappé de mutisme. Ses 
parents lui parlent par signes. 

3. — Deux personnages. — La sainte Vierge visite sainte Elisabeth. 
Marie relève sa cousine , qui s'est agenouillée devant elle. Il faut 
admirer la grâce exquise et modeste de ces deux figures. Par-dessus la 
tenture on aperçoit la campagne. 

4. — Six personnages. — Saint Jean vient de naître. Sur le devant 
de l'appartement , une suivante lave le nouveau né dans un bassin 
porté par un escabeau. Sainte Elisabeth couchée sur un lit recouvert 
par une magnifique couverture cramoisie, qui laisse à nu la partie 
supérieure du corps. Aux pieds du lit, Zacharie regarde avec 
tendresse son épouse, à laquelle une suivante présente une boisson 
qu'elle vient de goûter avec une cuiller. Rien de plus naïf que ce petit 
tableau. 

5. — Quatre personnages. — Zacharie , interrogé par ses parents 
sur le nom qu'il veut donner à son fils , l'écrit sur un rouleau de 
parchemin. 

6. — Quatre personnages. — Le grand-prôtre , vêtu de l'aube , de 
rétole, de la chape et de la mitre comme un évéque de la loi 
nouvelle, procède avec un attendrissement visible à la cérémonie 
légale de la circoncision. Cette représentation est par trop naYve. 

7. — Sept personnages. — Saint Jean baptise dans le Jourdain 
les gens qui viennent à lui. Malgré la difficulté d'enfermer convena- 
blement cette scène champêtre dans un intérieur, la partie architecturale 

se maintient. La voûte de la niche recouvre la scène ; une courtine 
damassée est tendue à l'entoùr des personnages. 

8. — Trois personnages. — N.-S. , servi par un ange , est baptisé 



EN LIMOUSIN. 45 

par saint Jean. Il faut , pour ce tableau , répéter l'observation 
précédente. 

9. — Cinq personn<iges, — N.-S. marche dans le temple devant 
saiDt Jean , vêtu d'une robe de peau, et portant une banderole sur 
laquelle on lit : Eçce agnus Dei, 11 faut admirer l'élégance simple 
de la draperie du Sauveur et la' grâce facile avec laquelle il relève sa 
robe violette. 

40. — Huit personnages, — Saint Jean prêche dans le désert. Le 
contraste entre les pharisiens superbes aux magnifiques vêtements et 
la foule pauvre et attentive est parfaitement marqué. Les pharisiens 
debout discutent avec saint Jean; la foule recueillie et assise prêbe 
Toreille aux paroles du précurseur. L'agneau symbolique , nimbé , se 
dresse sur ses pattes de derrière, et parait vouloir sauter au cou de 
saint Jean. 

11. — Sept personnages, — Des personnages richement vêtus , et à 
cheval, vont trouver saint Jean :... Quid existis videre (1) ? 

12. — Quatre personnages, — Saint Jean reproche à Hérode son 
inconduite. 

13. — Trots personnages. — Saint Jean est poussé dans une prison 
qui a la forme d'un château gothique. Cette scène , bien que se passant 
en plein air, est enfermée dans une niche architecturale. 

14. — Sept personnages, — Hérode donne le festin où Hérodiade 
demanda la mort du précurseur. A leurs vêtements somptueux et 
entr'ouverts , il est facile de reconnaître Salomé et sa mère. Pourquoi, 
à rinsu du verrier, la modestie a-t-elle laissé son empreinte sur ces 
visages qui devraient refléter le vice? 

15. — Cinq personnages, — Un soldat va trancher la tête du saint 
précurseur à la porte de la prison que nous avons déjà entrevue. 
Salomé assiste à la décollation , toute prête à recevoir le prix de son 
impudicité. 

Nous donnerons nos observations sur ce vitrail à la suite de la 
description de celui qui est consacré à la sainte Vierge. 

Ce dernier fait pendant au précédent : il est placé à l'extrémité du 
collatéral sud, au-dessus de l'autel dédié à saint Loup. 

L'amortissement gothique de cette fenêtre est occupé par la 



(1;Nous donnonsune figure de St Jean, empruntée à ce vitrail. (V. pi. III. }Le dessin 
reproduit fidèlement le trait et le plomb; quant au modelé et à Teffet piquant 
résultant des effets de lumière enlevés en clair, une lithographie à la plume ne 
pouvait avoir la prétention de les traduire. 



ie 



HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 



Transfiguration. Au lobe sapérieur, le Fils de Dieu tient un globe et 
bénit; sa face est d'un rouge de feu. A ses côtés se tiennent Mcfise et 
Elie. Au-dessous, dans les lobes inférieurs, les apôtres, renversés 
sur le dos, se voilent la face, éblouis qu'ils sont par des rayons de 
lumière descendus sur eux du haut des cieux* 

Le reste du vitrail est consacré à la vie de la sainte Vierge. Elle 
s'y déroulait en vingt et un tableaux. La partie inférieure de la 
verrière ayaut été murée sur une hauteur de deux panneaux , cette 
destruction réduit à quinze le nombre des tableaux conservés. 

Un cadre d'architecture en grisaille , à ornements jaunes, enferme 
chaque tableau. Dans les deux jours extérieurs ce cadre est formé par 
une ogive en accolade surbaissée ; au centre 11 se compose d'arcs en 
anse de panier. Toute cette verrière est dans un désordre affreux. Les 
tableaux, au lieu d'être distribués selon l'ordre chronologique, en des 
lignes verticales ou horizontales se faisant suite , occupent les places 
suivantes : 



4 

43 
7 

4 


8 

42 

44 

5 




45 
9 

40 
6 
3 



1 . Là Présentation au temple. — Six personnages, — Marie est 
reçue sur le seuil de cet édifice par le grand-prêtre , environné de ses 
lévites. 

2. L'Annoncution. — Deux personnages. — L'ange et Marie sont 
agenouillés aux deux côtés d'un prie-dieu. La peinture de la figure de 
la Vierge ayant complètement disparu , le verre est demeuré blanc et 
incolore. 

3. Travail de la Vierge. — Cinq personnages, — Marie est occupée 
à tisser une étoffe; de petits anges , répandus dans l'air autour d'elle, 
jouent de divers instruments. Cette scène est charmante. 

4. Marugb de la sainte Vierge. — Huit personnages. — Il faut 
noter dans ce petit tableau la modestie de Marie et la simplicité de 
son costume. Saint Joseph au contraire a une robe blanche magnifi- 
quement brochée en or. Il passe un anneau au doigt de la sainte Vierge. 

5. Visitation de la sainte Vierge. — Trois personnages. — La 
Vierge, dans l'attitude la plus simple et la plus gracieuse, ayant ses 



9901 



EN LIMOUSIN. 47 

blonds cheveux flottants , embrasse tendrement sa cousine. Les deux 
saintes sont debout. On peut comparer la composition de ce tableau à 
celle du même sujet figurée sur le vitrail St-Jean , panneau n^ 3. 

6. Nàissàncs du Sâutbur. -«- Trois personnages. ^^ Saint Joâeph et 
la sainte Vierge adorent l'enfant Jésus. Dans un livre de prières dont 
nous publions la miniature, la Vierge est figurée, posée et vêtue comme 
sur. ce vitraiK 

7. ANNONCIATION AUX BRRGKRS. — Quotre pefsonnages . — Les bergers 
sont vêtus de surtouts de couleurs variées , taillés comme nos blouses 
modernes. Une aumusse à capuchon couvi*e leur cou et leur chef. Leur 
hautrdeKîhausses collant s'arrête à la hauteur du genou. Sur le rollet 
tenu par les anges on lit les mots par lesquels le mystère de 
rincarnation fut révélé aux pasteurs : Gloria in ëxcelsis Dbo. 

8. Circoncision. — Huit personnages, — Cette scène est figurée 
d'une manière très-naïve. La Vierge a un manteau bleu qui recouvre 
une robe bleue. 

9. Purification. — Sept personnages, — La Vierge , vêtue d'une 
robe bleue et d'un manteau d'argent damassé d'or, présente au 
grand-prêtre l'enfant Jésus vêtu d'une robe violette. Derrière la 
sainte Vierge se tient une suivante charmante à cheveux flottants , 
qui porte un livre et un panier où sont les deux colombes destinées 
au sacrifice. 

40. Adoration des IILlgbs. — Six personnages. — Un des rois 
orientaux est vêtu d'un magnifique surcot de velours violet bordé de 
fourrures. 

44 . SoN6£ DE SAINT JosEPH. — Deux persounoges, — Il est couché 
sur un lit; un auge lui apparaît, et l'avertit des périls qui meuacent 
le divin Enfant. 

4 2. Fuite en Egypte. — Quatre personnages. — Ce sujet présente 
de frappants rapportas de ressemblance avec le même sujet sculpté au 
xiY« siècle au pourtour du chœur de N.-D. de Paris : il faut , encore 
une fois, remarquer avec quelle insistance le peintre sur verre 
maintient son parti pris du cadre architectural : l'âne porteur de 
la Vierge et du divin Enfant marche, dans une magnifique salle 
gothique, sur un pavé de carreaux alternativement noirs et jaunes. 
Un bœuf est au dernier plan. 

43. Massacre des Innocents. — Neuf personnages. — Hérode 
préside à l'exécution de ses ordres cruels. Au premier plan , une mère 
éplorée s'est précipitée aux genoux d'un soldat qui va égorger son 
fils. Cette figure a une grâce exquise. La mère porte uue coifl^ure 



48 HISTOIRE DE LA PEINTURÉ SUR VERRE 

semblable h celle des sœurs de charité, coiffure assez commune au 
xv« siècle (<). . 

H, CouRONKBMENT DB LA V1BB6B. — QtuUre figuves, — Le Père et 
le Fils , assis sur des trônes , posent une couronne sur la tète de 
Marie, agenouillée au milieu d'eux. Le Fils , à la gauche du spectateur, 
tient un globe; le Père porte un livre. 

0. — Ce panneau est masqué par la boiserie de Tautel. 

Le cadre général d'architecture , qui embrasse et relie tous les cadres 
particuliers, est terminé par des clochetons que décorent des statuettes 
représentant Eve. La mère du genre humain , entièrement nue , se 
voile de la feuille de figuier, et tient le fruit si fatal à sa postérité. 
C'est une manière ingénieuse de rappeler que Marie est la seconde 
Eve, destinée, dès l'origine, à réparer les maux causés par l'Eve 
primitive. 

Trois autres vitraux en couleur se remarquent dans la même église. 
Ils sont plus qu'à moitié détruits. Dans celui qui est percé , au-dessus 
de la porte du nord , les lobes du tympan ont seuls été sauvés. Trois 
subdivisions représentent V Annonciation. L'ange et Marie sont 
agenouillés dans deux trèfles juxta-posés. Au sommet se montre Dieu 
le Pèi^e et la symbolique Colombe. 

Deux autres verrières éclairent la sacristie; leur exécution, fort 
lâchée, sent la fabrique et la pacotille. Les images de saint Pierre et 
de saint Paul , Notre-Seigneur, au milieu des symboles des évangé- 
listes, se retrouvent dans ces débris en désordre. 

A la vue des bordures colorées qui , dans les vitraux consacrés à la 
sainte Vierge et à saint Jean , rampent le long des meneaux , nous 
avions conjecturé que ces vitraux avaient été restaurés et remaniés 
au XYP siècle. Un examen plus détaillé ne permettra pas d'en douter. 
Nous avons fait remarquer que le vitrail consacré h la sainte Vierge 
est divisé en trois jours par deux meneaux ; que les cadres d'archi- 
tecture des jours extérieurs diffèrent du cadre central; enfin nous 
avons noté le désordre dans lequel se trouvent les petits tableaux ; 
désordre tel que presque partout la succession chronologique des faits 
est grossièrement intervertie. Or ce désordre dans la distribution 
historique n'existe pas dans l'ajustage : les lignes de l'architecture de 



(1) V. les figures 48, 71 , 72 et 77 de l'ouvrage de Langlois sur les stalles de la 
cathédrale de Rouen. Nous reproduisons les figures 77 et 1\. (V. noire planche ) 
Ces stalles ont été exécutées de 1457 à U69 : c'est à peu près la date des vitraux de 
Saint-Michel. 



EN LIMOUSIN. 49 

chaque panneause raccordent parfaitement avec les lignes du panneau 
qui ie précède et du panneau qui le suit. Peut-on trouver dans ce fait 
autre chose que la preuve d'une restauration peu intelligente? 

Cette restauration ne serait pas moins digne de blâme au point de 
vue de la solidité. Deux rangs de panneaux du vitrail de la sainte 
Vierge se sont affaissés sous leur propre poids; et, si on n'y prend 
garde, au premier vent violent du sud-est, il faudra déplorer leur 
chute et leur destruction. Les plombs oxydés réclament d'ailleurs une 
restauration de plus en plus nécessaire. Si la fabrique de l'église St- 
Michel est hors d'état de faire face à cette dépense considérable, la 
ville de Limoges trouvera sans doute dans son budget les ressources 
nécessaires pour y pourvoir. C'est pour elle un droit et un devoir 
de veiller à la conservation des œuvres qui témoignent de sa gloire 
dans le passé. 

Les petits personnages représentés sur ces vitraux , au nombre de 
deux cent sept, se distinguent par un caractère particulier des per- 
sonnages figurés en verre au xui« siècle et au xiy«, qui ont été 
précédemment l'objet de nos études. Ce qu'on appelle aujourd'hui la 
couleur locale parait presque toujours absent des vitraux primitifs. 
Pénétrés de l'éternelle durée de leur foi, destinée à survivre à toutes 
les révolutions humaines^ les verriers, comme les autres artistes, ne 
pouvaient s'imaginer que la forme extérieure de la société eût changé. 
Grâce à son union avec l'élément éternel , tout leur semblait devoir 
être immuable dans une société œmposée cependant de formes 
passagères. Ainsi s'explique la physionomie gothique imprimée par 
eux à toutes les civilisations antérieures. 

Au XT« siècle, la science commence à se faire place aux dépens de 
cette confiance , qui en serait l'alliée si douce et si puissante. Sans 
doute le temple de Jérusalem se figure encore en style flamboyant ; le 
grand-prêtre de l'ancienne loi se chape et se mitre comme un évéque 
de la Loi nouvelle; mais un costume conventionnel est déjà adopté 
pour les personnages sacrés : N.-S. et les apôtres se revêtiront 
désormais, pour ne les plus quitter, de la toge et du manteau de 
tradition romaine* 

Examinées en détail , les verrières de St-Michel justifient toutes 
les observations que nous avons faites sur l'art du xv« siècle. Les 
petits tableaux, étudiés de près, ont souvent une finesse de dessin , 
une grâce de sentiment et de composition qui rappellent les peintures 
de la naissante école allemande. On peut , il est vrai , trouver de la 
prétention et de la gaucherie dans certaines attitudes ; on peut blâmer 
le coloris trop uniformément gris des visages et le peu de solidité de 

4 



$0 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

la peinture d'apprêt; mais ce ne serait pas le reproche qui nous 
paraîtrait le plus grave ni le mieux mérité. 

Vus à distance , toutes ces petites compositions , tous ces petits 
personnages , symétriquement distribués par groupes sur un fond gris , 
se perdent dans ce cadre trop lumineux. Cette alternance équilibrée 
des tons qui fait le charme des verrières du xiii* siècle ne produit ici 
qu'une confusion fatigante, et, selon la piquante expression de 
M. Mérimée, les compositions peintes sur ces fenêtres ressemblent de 
loin à un jeu de cartes étalé sur une table (1) : tant il est vrai que, 
pour atteindre son but , Tart doit obéir à une loi supérieure à celle de 
la perfection des détails I 

Oc=: : o 



VITRAUX DE SOLIONAC. 

La magnifique église byzantine de Solignac ne fut pas épargnée 
pendant les guerres de la domination anglaise; mais la Providence lui 
réservait un abbé qui devait réparer ses désastres : nous voulons 
parler de Martial Bony de Lavergne, prieur d'Anesde , nommé à cette 
abbaye en 1456. Les voûtes découvertes , les vitraux brisés , le pavé 
défoncé, appelaient des réparations urgentes. Sa générosité y pouryut. 
Par ses soins , le chœur s'enrichit d'une boiserie de chêne admira- 
blement sculptée (2 ) ; les fenêtres reçurent une clôture historiée en 
couleur : tous ces embellissements furent exécutés , pendant son admi- 
nistration , de 4456 à 4484. 

Il y a trente ans , toutes les fenêtres étaient encore ornées de 
vitraux à demi brisés par la révolution; mais l'entretien et la restau- 
ration de cette vitrerie dépassaient les ressources d'une commune 
rurale; d'ailleurs les fourneaux dédaignés des peintres verriers 
s'étaient éteints au milieu de l'indifférence pour leur art qui caracté- 
risait cette époque... Les vitraux de Solignac sont tombés pièce à 
pièce : il n'en reste aujourd'hui en place que dix panneaux, représen- 
tant quatorze personnages. Ces débris eux-mêmes sont en désordre ; 



(1) ^otes d'un voyage en Auvergne et en Limousin, p. 95. 

(2) Nous parlerons ailleurs de ces stalles magnifiques à Poccasion des snjets, en 
apparence bizarres , qui décorent leurs accotoirs et leurs miséricordes. 



EN LIMOUSIN. M 

et vont périr aa premier joar si radministralion ne vient au secours de 
cette église par une généreuse allocation (4). 

La générosité de Bony de Lavergne méritait un meilleur avenir : 
son peintre verrier ne fut pas moins habile que son sculpteur. Des 
subdivisions gothiques figurées dans les fenêtres à plein cintre du 
monument byzantin reçurent des figures de saints isolées , superposées 
ou groupées deux à deux. Ces petits personnages , d'un ton de couleur 
vif et doux , sont finement exécutés : la carnation est assez heureuse- 
ment teintée. On distingue les figures de saint Martial , patron du 
donateur; de saint Âustriclinien et de saint Louis, indiqués par des 
inscriptions. Les armes de France réduites , d'azur à trois fleurs de 
lis d'or, y brillent à côté de celles de l'abbé Bony, de gueules à trois 
anels ou cercles d'or, deux et un. Le même écusson se retrouve sur la 
boiserie du chœur. 

o : X) 

VITRAUX D'aTMOUTIERS. 

L'ancienne église collégiale, aujourd'hui paroissiale, d'Âymoutiers 
est irrégulièrement formée de parties de diverses époques. L'extrémité 
occidentale de la nef et la base du clocher sont d'un style roman fort 
simple. Des piliers carrés, cantonnés de pilastres plats à simples 
corniches sans moulures , supportent les arcs doubleaux qui coupent , 
de travée en travée, la voûte en berceau. Le transept faisant suite à 
cette partie est moins ancien. Aux bases formées de tores aplatis, aux 
chapiteaux à crochets delà porte ogivale, aux arcs doubleaux bordés 
de moulures arrondies , aux nervures cylindriques de la voûte, il est 
facile de reconnaître le xiii« siècle. Sa main n'est pas moins apparente 
dans les compartiments réguliers de la rose du portail nord. 

Viennent ensuite trois nefs ou plutôt trois apsides parallèles , 
circulairement terminées à l'est. Celle du centre, plus longue, plus 
large et plus élevée que les autres , forme le chœur ; les deux autres 
forment deux chapelles : c'est dans cette partie de l'édifice que sont 



(4) La commune de Solignac forme deux paro%$$es ayant chacune son église. Les 
conseillers municipaux , presque tous étrangers à la petite yiHe de Solignac, donnent 
la préférence , dans leurs votes et 4eurs allocations , à leur église paroissiale du Vigen. 
D'autre part les ressources de la fabrique de la paroisse de Solignac sont plus 
4|u'al)8orbées par l'entretien de la toiture de leur église , toiture dont la surface a 
plus de trois mille cinq cents mètres carrés de développement l 



52 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

placés presque tous les vitraux que nous allons décrire. A la forine de 
leurs ornemenis , qui suivent exaetement le contour du cadrede pierre, 
on reconnaît sur-le-champ qu'ils sont postérieurs à la partie de 
rédifice qu'ils décorent : essayons de déterminer leur âge. 

Un document authentique va nous fixer sur la date de cette partie 
de réglise. Une bulle de Sixte IV invite les fidèles à faire des aumônes 
pour rentier acbèvenvent de cet édifice, détruit par les ennemis de 
l'Etat ; elle loue la libéralité de Louis XI , roi de France , et do duc de 
Nemours , dont les offrandes récentes ont facilité son rétablissement. 
Cet acte est à ta date du 9 des kalendes de septembre 4475. Les 
vitraux , n'étant pas antérieurs aux baies dont ils forment la clôture , 
sont donc postérieurs à 4 475. 

Les vitraux nous renseigneront sur leur date d'une manière plus 
précise encore. Un vitrail aujourd'hui placé dans le chœur représente 
un évéque agenouillé devant son patron saint Jean-Baptiste. Le 
prie-dieu du pontife porte ses armes : de gueules au cerfdor à la 
reposée, au chef échiqueté (for et de gueules (1). Ce sont les armes, 
c'est le patron de Jean Bartou deMontbas, évéque de Limoge^, trans- 
féré, en \ 485, à l'archevôché de Nazareth, Ce vitrail , semblable à ceux 
qui décorent le chœur, est donc antérieur à cette dernière date. 
L'exécution de la plus grande partie des verrières d'Aymoutiers se 
place donc entre 4 475 et 4 485. 

Les baies percées dans les trois apsides et vitrées en couleur sont 
au nombre de quinze. Nous allons les décrire en faisant le tour de 
l'édifice à partir du transept nord. 

On peut distinguer dans cette vitrerie trois systèmes de décorations. 
L'apside du nord est ornée de figures presque toutes en grisaille, 
étagées les unes au-dessus des autres dans un encadrement d'archi- 
tecture ; le fond de la niche est tendu d'une étoffe en couleur 
damassée; quelquefois les revers des draperies sont colorés; les 
personnages ont à peu près 4 m. 33 c. de hauteur. L'apside centrale 



(4) Nous avions écrit ces pages lorsque M. M. Ârdant a biea voulu nous remettre 
un verre en couleur provenant de la rose percée dans le portail méridional de l'église 
d'Aymoutiers. Ce débris d'un travail curieui , que nous décrirons plus loin, a fait 
partie d'un écu armorié : il porte d*or à un lion rampant de gueules : ce sont les 
armes des vicomtes de Limoges et de l'antique famille des Rolfignae. Un Guillaoïne 
de Rolfignac fut prév6t du cbapitre d'Aymoutiers en 436)^. Si cet écu appartenait à 
cette date, la collégiale d'Aymoutiers aurait donc été enrichie de vitram antérieurs 
d'unsiocle À ceux qu'elle possède présentement, liais le travail de ce fragment nous 
parait moins ancien. 



EN LIMOUSIN 



^3 



est occupée par des figures en couleur plus gr^indes qrte nature, 
disposées dans un champ architectural en grisaille semé d^oriiements 
jaunes. Dans les trois dernières vitres de Tapside méridionale le 
système change encore : les figures , groupées deux è deui , occupent 
des niches pâlissantes; de petites statues sont figurées dans la 
décoration architecturale. 

-Nous allons passer en revue les siyets figurés sur ces verrières en 
demandant grâce pour la sécheresse de ce rapide inventaire. L^aridité 
du sujet n^est teiiq>érée ici par aucun détail intéressant : plus de 
légende, nul récit. Les figures, presque toujours isolées, sont dépourvues 
d^inscriptions et d^attributs caractéristiques qui les fassent connaître. 
Apside du nord. -^ Cinq fenêtres. 

1. Nom indiquons par o le sujet placé dam la partie curviUgne 
des baies. — o. Des débris d'un beau ton de couleur, mais confusé- 
ment placés, occupent le tympan de Togive; le reste est eu verre blanc. 

o. Sainte Valérib présente sa télé tranchée à saint 
Martial. 

4. Saint Laurent, grisaille. Tentures damassées en 
Couleur au fond des niches; le saint tient un livre et 
un gril. 

2. Saint évêque. 

3. Saint tenant un glaive et un livre. 

4. Saint chauve et barbu. 



H. 



3 


2 
4 



lil. 



3 


2 
4 



o. Agneau, sur fond rouge, adoré par trois anges. 
4 . Saint évêque dessiné en grisaille ; les revers de ses 
vêtements sont rouges. 
2. Saint Michel, armé en chevalier, triomphe du 
dragon infernal ; il a pour lance une croix à longue hampe. 

3. Sainte Anne tenant la Yierge euîani , laquelle tient Tenfant Jésus. 

4. Sainte Madeleine. L^architecture figurée sur cette vitre est fort 
belle. 



jy I j O. La sainte Face adorée par trois anges. 

4 . Saint dépourvu d*attributs. 

2. Débris confus. 

3. Saint tenant un livre et un bâton , et marchant sur 
le feu. Un petit chevalier (probablement le donateur du vitrail) est 
agenouillé à ses pieds. 

4. Saint tenant un glaive et un livre. Une femme coiffée d'un long 
hennin auquel est suspendu un long voile est agenouillée devant le 
saint. Ces deux figures de donateurs sont très-naïves. 



54 



HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 



V. 



I 



O. ÂlflfONCUTION. 

4 . Sainte tenant Tenfant Jésus et une fleur. 

2. Saint Michel. 

3. La sainte Vierge est agenouillée devant un prie- 
dieu sur lequel est un grand livre ouvert , à fermoirs. Une colombe 
portée par un rayon jaune va à son oreille gauche. Sa robe est 
pourpre et son manteau bleu. — La couleur et le dessin de cette com- 
position sont ravissants : il est évident que ce panneau a été emprunté 
à une autre fenêtre. La figure de la Vierge a des proportions plus 
considérables que les autres personnages. 

4. Saint tenant un livre et marchant sur le feu. A ses pieds est 
agenouillée une donatrice coiffée du hennin. — Une partie derarchi- 
tecture qui sépare les personnages a été enlevée. Cette verrière et les 
deux précédentes sont dans le plus triste état; Toxydation des plombs 
et des ferrures doit foire trembler pour leur conservation. 

APSIDE CENTRALE. 



VL Cette fenêtre et les quatre suivantes éclairent le chœur. A la fin 
du xviip siècle, Tarchitecture qui séparait les personnages a été 
enlevée sous prétexte de donner du jour» — Toutes les figures sont 
chaudemeut coloriées. 

o. Christ et verres blancs. 

1 . Saint évêque à chasuble pourpre. 

2. Saint Léonard tenant un livre et les ceps. Sa 
dalmatique bleue est semée de fleurs de lis d'or. 

3. Saint roi vêtu d'un manteau fleurdelisé , fourré 

d'hermine. 

4. Saint Jean-Baptistb à demi nu; il tient Tagneau 
symbolique. Sa tunique, en poil de chameau, est en 

partie recouverte d'un manteau pourpre. ■ 

5. Un saint vêtu d'une robe bleue et d'un manteau rouge 
tient une croix ; un lion est à ses pieds : cette figure produit un 

grand effet. 

6. Une sainte couronnée tient une palme , un livre et une épée; sa 

robe est bleue. 

7. Chevalier donateur agenouillé et de proportions plus petites , sous 
un gracieux encadrement d'architecture. 

8. Donatrice coiffée d'un hennin adourné, agenouillée devant un 
prie-dieu à petites proportions. 



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2 


3 


4 


5 


6 


1 


8 



EN LIMOUSIN. 



55 



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3 


4 


5 


6 



y U =^ <^. Adam et Evb nus. 

1 . ËvÊQUB donateur à genoux aux pieds de saint Jean. 
Ce panneau a été évidemment déplacé : aux armes , qui 
sont d'azur au cerf d'or à la reposée , au chef échiqueté 
d*or et de gueules, il est facile de reconnaître Jean 
Barton deMontbas, évéque de Limoges avant 4485. 

2. Saint Jban-Baptistb tient sur un livre Tagneau nimbé de 
l'auréole crucifère. Un manteau bleu recouvre sa tunique en poil de 
chameau. 

3. Saint apôtre (saint Paul?) tenant un glaive. Sa robe , d'un jaune 
orangé, est en partie recouverte par un manteau bleu clair. Cet apôtre 
et tous les suivants ont les pieds nus. 

4. Saint apôtrb barbu. Robe pourpre et manteau vert. 

5. Saint Jacques tenant un livre et le bâton traditionnel ; sa robe est 
grise , et son manteau rouge. 

6. Sainte Madeleine. Robe rouge, manteau bleu. Ses cheveux blonds 
sont flottants. 

VIII. I — ; — I o. Résurrection. Jésus bénit entre deux auges; 

au-dessous sont placés un homme et une femme nus 
figurant les ressuscites. 
i . Un ange déroule un phylactère. 

2. La Vierge tient l'enfant Jésus. Il est évident que, 
malgré le meneau en pierre qui sépare les compositions 

4 et 2 , elles sont faites l'une pour l'autre. 

3. Saint Pierre, vêtu d'une robe blanche et d'un manteau rouge, 
tient la clef et le livre symboliques. Le prince des apôtres est peint 
/selon un type désormais traditionnel. Sur son front chauve flotte une 
mèche de cheveux. 

4. Saint diacre tenant une palme et un livre enflammé; une flamme 
brille au-dessus de son front. 

5. Saint Jean apôtre tenant le calice. Robe bleue, manteau jaune. 

6. Saint André tenant la croix qui fut rinstrument de son martyre. 
Sa robe est blanche et son manteau pourpre. 

Y^ — S — o. Trois anges tenant des trompettes. La lune et le 

soleil brillent sur un fond bleu. 

4. Saint apôtre barbu , tenant un livre et un bAton. 
Sa robe est verte , son manteau rouge. 

5. Saint apôtre barbu, vêtu d'une robe pourpre et d'un 
manteau rouge. 

3. Saint apôtre barbu, tenant un livre et un bâton. Il est vôtu 
d'une robe violette et d'un manteau bleu. 



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4 
6 



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56 



HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 



X. 



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5 


6 


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8 


^ 1 



4. Saint (saint Paul?) tenant on glaive. Il est vêtu d^une robe 
violette et d'un manteau jaune. 

5. Saint APdTRB barbu. 11 a pour attributs un livre etnne règle. Sa robe 
est verte et son manteau rouge. 

6. Saint apôtre ayant pour attributs un livre , un marteau et une 
hache. Sa robe est bleue et son manteau rose. 

o. Débris confus. 

1. Saints Anne tenant un livre; sa robe est verte, 
son manteau rouge , son voile blanc. 

2. Sainte Vierge tenant Tenfant Jésus. La Vierge est 
vêtue d'une robe pourpre et d^un manteau bleu; la tuni- 
que de Tenfant Jésus est violette. 

3. Saint «têque vêtu d'une aube blanche que re- 
couvrent une tunique verte et une chasuble violette. 

4. Saint Sébastien k demi nu ; il tient Tare et les flèches instru- 
ments de son martyre. 

5. Saint Antoine vêtu d'une robe blanche h capuchon blanc que 
recouvre une cuculle de couleur marron. Il tient un chapelet et un 
bâton. Le porc symbolique est figuré près du saint. 

6. Saint Christophe portant Fenfant Jésus; sa robe est pourpre, et 
son manteau vert. 

7. Clercs donateurs , agenouillés. 

8. Femmes donatrices , agenouillées. 

Nous sortons maintenant du chœur pour pénétrer dans Tapside 
méridionale, formant la chapelle Saint-Psalmet. Ici le système de 
vitrerie change encore; on peut même en reeonnattre deux bien 
distincts. Sur les cinq derniers vitraux que nous venons d'examiner 
les figures , fortement colorées , se détachaient sur une architecture en 
grisaille riche de ses nombreux ornements jaunes , et assez fortement 
accusée. Ici , architecture et personnages , tout va pâlir encore. Dans 
les trois premiers vitraux , les figures en grisaille, disposées sur une 
tenture damassée, sont couvertes de vêtements d'un ton pâle, dont 
les revers seuls sont colorés. Par exception , les figures de donateurs 
agenouillés au bas de la verrière sont entièrement en couleur. Sur les 
deux dernière vitres , le cadre architectural en grisaille change de 
forme , et s'enrichit de statuettes nichées dans les ornements ; les 
saints se groupent deux à deux , et prennent des vêtements de 
couleur. 



EN LIMOUSIN. 



67 



4 
3 


2 

4 



XII. 



4 


2 


3 


4 


5 


6 



XI. r! n ^' PfiCiLLAGBS. 

4 . Vierge tenant Tenfant Jésus assis sur un livre , et 
une fleut* h la main droite. 

2. Saint Psalmbt (Psalkobius) debout sur un tlot au 
milieu des flots dans lesquels jouent des poissons. Le saint solitaire 
tient un livre; sa robe et son manteau blancs sont doublés de bleu. 

3. De nombreux personnages sont agenouillés au bas de la verrière 
sur le devant; un des plus éminents est vêtu d'un manteau long à 
chaperon bordé de fourrures. Sur un phylactère on lit ces mots : CVst 

la ^fthnt S. flsattvu. 

4. Ce panneau représente la partie féminine de la confrérie de 
Saint-Psalmet; le sujet est semblablement indiqué par une inscription 
en caractères gothiques : CVm la 'jfaint 0. fûtanat, 

^ o. Feuillages. 

4 . Saint Mabtial désigné par une inscription : Sanct 
Mars^u. 

2. Saint Pierre tenant les clefs et on livre. Son 
manteau est doublé de vert. 

3. Panneau brisé remplacé par des verres blancs. 

4. Idem. 

5. Sainte Valérie tenant une palme et une couronne. Elle est 
indiquée par Tinscription : Saincte VALfiRis. 

6. Saint apôtre tenant une équerre et un livre. 
o. Jugement DERNIER, 

4. Saint Christophe portant Tenfaut Jésus. Son man* 
teau, blanc, couvre une robe pourpre. 

2. Saint Paul tenant un glaive et un livre. Sa robe , 
bleue, est couverte par un manteau blanc. 

3 et 4. Panueaux en verres blancs. 
XIV. |~1 n ^' Annonciation. 

4. Saint Jean-Baptiste, tenant l'agneau, est vêtu d'une 
robe fauve et d'un manteau rouge. A côté de lui se tient 
saint Jean l'évangéliste, tenant le calice; sa robe est 
verte , et son manteau blanc. 

â. Saint Jacques, indiqué par le bâton et le chapeau h coquilles, est 
vêtu d'une robe rouge et d'un manteau blanc. A ses côtés est debout 
un saint diacre tenant un livre enflammé. Sa dalmatique est de 
couleur violette. 

3. Sainte Madeleine , tenant l'urne des parfums, vêtue d'une robe 
rouge que voile un manteau blanc, est debout à côté d'une sainte cou- 
ronnée tenant un livre ouvert. Le manteau blanc , destiné à pousser 



XIII. 



4 
3 


2 
4 



4 
3 


4 



4 
3 


i 



58 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

toQies ces figures h la grisaille, recouvre encore une fois une robe 
violette. 

4. Saiht Sébastibn est percé de flèches par deux soldats. 
XV.I""T — I ^ • CouBoiwiBiiBKT dc la VincK. 

4 . AiiGB véttt d'une chape et agenouillé. Sur un phy- 
lactère enroulé autour de son bâton de héraut terminé 
par un lis, on lit : Avi gbacu plbna. 

9. La Vibbgb, complétant cette composition , est debout devant un 
prie-dieu. Sa robe est bleue , et son manteau blanc. 

3. Saint diacre tenant un livre. 

4. Saint Pibbbb en chape blanche doublée de violet. 

Dans la rose nord on voit les débris pâlissants d'une crucifixion. 
Dans la rose sud est un écusson armorié de gueules aux deux léopards 
passants. 

Peut-être ne nous éût-il pas été difficile, avec Taide du Martyro- 
loge limousin , de donner des noms à tous les saints personnages que 
nous venons d'énuniérer. Mais les emblèmes que les verriers ont placés 
dans leurs mains sont si peu nombreux , ei parfois si étranges , qu'il 
nous a paru préférable de laisser ce soin au lecteur. 

On a déjà deviné, en parcourant cette aride nomenclature , que les 
vitraux les plus pâles sont en même temps les moins anciens. Il faut 
noter encore le procédé trop ingénieux au moyen duquel les auteurs 
des verrières d'Aymoutiers sont parvenus à transformer en grisailles 
incolores et ternes les éblouissantes verrières des premiers temps. 
D'abord leurs carnations sont légèrement teintées de rose , et plus 
souvent encore uniformément grises; les vêtements sont encore 
colorés en bleu , en rouge ou en violet; mais un manteau blanc ou 
gris en recouvre partout la plus grande partie. Le vêtement de dessous 
n'apparaît plus qu'aux extrémités, et sa teinte, légère et douce- 
ment colorée, s'harmonise assez heureusement avec le ion général de 
la verrière. 

A la fin du xt« siècle les verriers font un pas de plus vers la gri- 
saille : la partie inférieure des vêtements , c'est-à-dire les doublures, 
est seule en couleur. Pour le coup la couleur, domptée , est entière- 
ment à la disposition du dessinateur : il ne lui permettra de se mon- 
trer attiédie et pâle qu'à l'extrémité des plis cassés et anguleux de la 
draperie. 

Une dernière observation, tout à l'avantage de notre province, ressort 
de l'examen auquel nous venons de nous livrer. La collégiale d'Aymou- 
tiers est la quatrième église du Limousin où nous avons retrouvé une 
longue série de vitraux de la seconde moitié du xv*" siècle. Ce n'est pas 



EN LIMOUSIN. 59 

la dernière : ce serait la centième si l^on enregistrait les verrières que 
les protestants et la révolution ont détruites. Quel goût fécond animait 
une province où des œuvres si nombreuses pouvaient s'exécuter en 
quelques années I On devine , à cette vue , que le sentiment et la 
pratique de Fart y étaient populaires; on pressent Tinflaence exercée 
par la ville des émailleurs. Ce goût et cette pratique ont heureuse- 
ment laissé d'autres traces , que nous recueillerons avec amour. 

Les vitraux d'Aymoutiers sont dans un état déplorable. Une mise 
en plombs défectueuse , Toxydation des armatures , le long abandon 
révolutionnaire, doivent faire craindre leur destruction prochaine. 
Chaque jour le vent et la pluie en emportent quelque fragment ; tout 
récemment encore nous avons pu constater des pertes regrettables. 
Cependant la fabrique et l'administration d'Âymoutiers , appauvries 
par des sacrifices récents , sont hors d'état de faire face aux dépenses 
que réclame la restauration de ces verrières. C'est le cas , ou jamais , 
de recourir au crédit de six cent mille francs ouvert au ministère de 
l'intérieur pour la conservation des monuments historiques. 

Les verrières du xy« siècle que nous venons de décrire fourniraient 
de nombreux renseignements pour l'histoire des costumes civils, 
religieux et militaires. Les curieux y remarqueront avec intérêt les 
hauberts, les casques, les cottes, les armes défensives ou offensives 
des chevaliers; les escoffîons adournés, les hennins, les robes 
débraillées et à collets rabattus, les larges ceintures, les étoffes 
fourrées, les souliers à la poulaine des dames; ils n'étudieront pas 
avec un moindre plaisir les chapes somptueusement brodées et 
galonnées, les mitres basses élégamment enrichies de pierreries et de^ 
broderies des prélats. Les fleurs damassées des tentures, les meubles, 
les détails de la décoration intérieure et architecturale, fourniront aux 
artistes mille motifs d'ornementation , nouveaux par l'oubli des vieux 
temps, originaux par leur ancienneté. 

Le mouvement qui apparaissait au commencement du xw^ siècle a 
pris , à la fin du xy« , tout son développement. La finesse du dessin , 
les grâces d'une exécution délicate , ont été préférées aux beautés d'un 
effet vigoureux et monumental. Les vitraux sont devenus des 
tableaux de chevalet de moins en moins éclatants à cause de la 
distance et des rayons incolores auxquels leurs verres pâles livrent 
passage. Trop délicats, trop fins d'exécution, ils manquent le plus 
souvent d'effet : les soins que Ton donnait à leur exécution ont préci- 
sément l'inconvénient de les rendre ternes : punition justement 
méritée par ceux qui déjà prenaient le moyen pour but, et faisaient 
de l'art pour l'art. 



60 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

GeUe critique fait cependant pressentir des améliorations nom- 
breuses introduites dans la pratique. En effet la gaomie des peintres 
sur verre s'enrichit de plusieurs nuances précédemment inconnues : 
remploi des verres à deux couches, des émaux superficiels, des traits 
lumineux enlevés en clair prend beaucoup d'extension. On creuse, on 
taille le verre avec beaucoup de patience pour obtenir des effets 
nouveaux par Tenlèvement des couches superficiellee. Les pièces de 
verre s'agrandissent, et subissent avec sucoès les recuissons nom- 
breuses destinées à multiplier les nuances et les effets. Nous donnons 
de tous ces détails pratiques une description assez longue dans le 
dernier chapitre, consacré à la technique des verriers de tous les âges; 
nous ne pouvons qu'y renvoyer nos lecteurs. 

o : o 

TROISIÈME PARTIE. 

XYP ET XVIP SIÈCLE. 



L'art du xyi« siècle a deut aspects différents, deux caractères 
bien distincts. Jusqu'au premier tiers , vers 4590, ses produits ne se 
distinguent de ceux de l'époque antérieure que par une recherche de 
plus en plus sentie des détails et de la finesse. L'exécution , chaque 
jour plus habile , se complaît toujours dans les poses anguleuses et 
graves , dans les étoffes pesantes aux plis cassés et lourds , dans le» 
attitudes fières mais maniérées. Encore un peu de temps, et 
l'inspiration des vieux âges pourra refleurir et tourner à son profit 
les ressources de plus en plus savantes de l'exécution. 

La Providence en avait décidé autrement. Une seconde fois la 
barbarie armée descendit du nord sous la forme doctrinale. Dans 
notre province, comme dans le reste de la France, elle arma les 
mains de quelques seigneurs ruinés cl cupides. Us prirent à leur 
service les bandes, toujours vénales, des aventuriers, et, è leur tête, 
les comtes de St-Germaiii-Beaupré et de Cbâteauneuf , les bâ)x>ns de 
Pierre-Buffière , sous prétexte de réforme et de calvinisme , pillèrent 
et saccagèrent les abbayes de Grandmont, de Solignac, de L'Ârtige 
et d'Ahun. 

Il faudrait en nommer cent autres; il faudrait montrer les vitraux 
défoncés , les statues mises en pièces , les tombes ouvertes , les 
sanctuaires profanés et dépouillés. Sous le prétexte de ramener le 



EN LIMOUSIN. 61 

culte à sa porçté primitive^ les protestants mettaient leur cupidité è 
l'abri des doctrines iconoclastes : le pillage était le bat déguisé sous 
le zèle religieux. 

Le peuple , dirigé par des guides fidèles , tint bon pour la foi qui 
Tavait affranchi , et pour Fart qui Pavait consolé; et , si notre France 
conserve encore les monuments nombreux dont elle est fière h bon 
titre, c'est que ^ au jour des tourmentes, l'antique religion sauva ces 
œuvres qu'en des temps plus heureux elle avait inspirées. 

Cependant, pour éî;re amoindri, le charme vainqueur de Part 
n'était pas abandonné par l'église. Elle éprouvait le besoin de combler 
les vides causés par les dévastations des protestants; elle savait que, 
si quelques esprits secs peuvent , dans le silence du cabinet , nier la 
puissance du beau manifesté sous une forme visible, rhomme, h 
cause de sa double nature , sera toujours ému par les impressions 
' extérieures. Les sens sont la porte de l'ame : heureux les esprits 
qu'atteignent seules, par ces passages inal gardés , les pures émotions 
du beau et du vrai ! 

Il fallait donc qu'une abondante production artistique vint réparer 
les ruines faites par les protestants. N'est-ce pas à cette cause qu'il 
faut, en partie, attribuer l'invasion du goût étranger? 

En ce temps-lè florissait, sous le ciel d'Italie, une école soumise 
à une double inspiration. Chétienne par ses traditions, elle n'avait 
pas vu sans éblouissement les chefs-d'œuvre du paganisme, et son 
art s'en était inspiré. On vantait sa correction , sa grâce et sa beauté. 
Les prinoeSy séduits, rappelèrent en France pour embellir leurs 
palais, et les largesses royales, en enrichissant les artistes italiens , 
firent des Français leurs imitateurs et leurs émules. 

Alors on assiste à ua ourieux et tnste spectacle. Au lieu de 
tempérer l'incorrection française par les grâces italiennes, et de 
conserver avec amour l'inspiration chrétienne qui avait animé les 
chefs-d'œuvre gothiques, les artistes français, je parle des verriers 
comme des antres, se jettent à la suite de l'imitation étrangère. 
Ils sacrifient toute la tradition à la recherche de la forme , et le 
moyen se transforme en but : faire briller les ressources d'un piuceau 
habile, dépenser la plus brillante imagination à traduire des 
compositions sans signification, se jouer en de niaises figures mytho* 
logiques et allégoriques, c'est le dernier but de l'art : e'était aussi 
sa décadence et sa mort. 

Nous avons résumé, dans ces considérations générales , le mouve* 
ment accompli par la peinture sur verre à la suite des autres arts. 
Mais ce déclin n'arriva pas sans combat , ainsi que nous le dirons 



62 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

plus tard , ei la cause de Fart français put compter quelques succès 
qui consolèrent ses derniers jours. 



CATHÉPIALB DB LIMOGES. 

Le lectear sait maintenant devant quelles causes ont disparu les 
vitres du xyi* siècle qui ornaient la cathédrale de Limoges au nombre 
de vingt-trois. Grâce aux ramifications des meneaux en granit , qui 
diminuent la surface de chaque tableau de verre , les seuls amortisse- 
ments en ogive des baies ont conservé les sujets qui les décoraient. 
Six grandes figures , dues k Tinépuisable munificence de Villiers de 
Llsle-Âdam, transportées dans les hautes vitres du chœur pour' 
remplacer des figures brisées du xiy« siècle , ont dû leur conservation 
à ce déplacement plus heureux qu'opportun. Tels sont les restes que 
nous allons inventorier et décrire. Cet examen nous conduira 
autour du vieil édifice en partant de la première chapelle du collatéral 
nord. 

Première chapeUe du collcUéral nord. — Cette chapelle, semblable, 
de plan et de forme, aux autres chapelles de la nef, est carrée; 
une baie percée sur le côté occupe toute cette face; elle est divisée en 
quatre jours par trois meneaux. Le vitrage conserve la partie 
supérieure de quatre personnages grands comme nature : le Sauveur 
après la flagellation ou Ecce Homo (selon Bonaventure, un sujet 
semblable se voyait dans la chapelle des Joviond) ; une figure d'apôtre; 
un jeune homme portant Télégant costume à manteau fourré et le 
chaperon en usage dans le premier tiers du xyp siècle. Au--dessus de 
ces personnages quatre anges tiennent un nombre semblable 
d'écussons d'azur à une face de taureau de gueules, chargé d'un 
chevron dor brochant sur te tout. Selon le P. Bonaventure , cité plus 
haut, ce sont les armes des Bastide : ces débris, maladroitement 
rapprochés, ont donc appartenu à plusieurs chapelles. Dans les lobes 
lancéolés du tympan, des évoques, l'archange St Hichel, des anges 
jouant de divers instruments et des chérubins eotourent la figure 
du Sauveur transfiguré. Sa face , radieuse comme l'or, est teintée en 
jaune. Trente-trois personnages ou débris de personnages décorent ce 
vitrail plus qu'à moitié détruit. 

Seconde chapelle du collatéral nord. — Do petits anges y supportent 
deux écussons : le premier poVte d'or au chef d'azur chargé d^un 



EN LIMOUSIN. 63 

sini^rochère (4 ) revêtu d hermine an fanon de même. Le second est 
(fazur à fleurs de lis ctor. Ce sont les armes de YiUiers de Llsle-Âdam, 
transféré, en 4530, à révécfaé de Beauvais, où il mourut en 4535. 
Nous avons donc la date précise des vitraux dus à ce prélat : leur 
exécution doit se placer entre 4522 et 4536. 

Au sommet du tympan , le Sauveur, vêtu de Tétole, de Taube et 
de la chape , tien un globe , et bénit. Les anges répandus à Tentour 
jouent de la harpe, de la flûte, du tympanon et du hautbois. Des 
chérubins rouges comme la flamme sont répandus d^ns les autres 
subdivisions du tympan. A cette fenêtre ont dû appartenir deux 
grands personnages placés comme pièces de rapport dans les vitraux ' 
du sanctuaire. — Dix-huit personnages» 

Vitres et roses du transept nord, — Le magnifique portail Saint- 
Jean montre aussi le glorieux écusson de Villiers de LMsle-Adam. 
Inspiré par la générosité du pontife, Tarchitecte du xvi« siècle a 
manié le granit comme une cire obéissante. Nous n^avons pas à 
décrire les mille tours de force de cette construction élégante et hardie, 
où les durs rochers du Limousin se sont , laissé tailler comme le 
calcaire tendre de Touest et du nord. Une rose formée de quatre 
segments de cercle, et inscrite dans une construction cintrée, 
couronne ce portail. Cent cinquante lobes flamboyants y jouent 
autour d^un quatre-feuilles central. Ces courbes, si gracieuses à Tœil 
lorsqu'on les voit de dehors , ont au dedans Tinconvénient de rétrécir 
le champ réservé au verrier. Son pinceau a placé au centre le 
Sauveur tenant le globe et bénissant; à Tentour des anges, des 
chérubins verts, bleus, rouges, sont semés dans les lobes lancéolés. 
Cette composition, excellente au point de vue monumental, est 
malheureusement dans des proportions beaucoup trop petites pour 
sa position à plus de 25 mètres au-dessus de Tœil du spectateur. 
Isolés et séparés Tun de Tautre, l'architecte et lo décorateur sem- 
blaient ne plus travailler à la même œuvre. 

Cinquième fenêtre du sanctuaire. — Les grandes figures du 
xiY« siècle, qui étaient disposées au-dessous de la grisaille du même 
temps, ont fait place à deux personnages peints sur verre au 
XYi« siècle. Deux niches d'architecture élégante , au sommet desquelles 
brille Técusson de Villiers de L'Isle-Adam, les encadrent. Ils 



(4) C'est oœ fouU du peintre sur Terre : Villiers de L'Isle-Adam porUit un 
deitrochère. 



64 HISTOIRE DE LÀ PEINTURE SUR VERRE 

représentent Moïse et le Sauveur au jugement dernier. Selon le texte 
sacré, traduit ici à la lettre, le législateur des Hébreux a le front 
orné de deux proéminences ; comutam Moysi faciem (Exod.); il tient 
la verge miraculeuse et les tables de pierre sur lesquelles se lit une 
inscription ainsi disposée : 

CRB TR 

DO EM 

IN OM 

DB NY 

UH PO 

PA TEN 

ie(?) tbm * . 

ET CRB 

NE ATO 

IS REM 

SELl (sic) 

ET 

Le Sauveur, à demi nu , pour montrer les traces sanglantes de sa 
crucifixion et de sa flagellation, tient un étendard surmonté de la 
croix , et bénit les élus. Un manteau rouge se drape élégamment 
autour de ses épaules. Le dessinateur, malgré son habileté, n*a pu 
triompher des difficultés que présentent les oxydes métalliques pour 
Texécution des chairs. Toute cette fîgure a un ton crû de brique 
qu'adoucit à grand'peine Téolat du manteau rouge habilement disposé 
à Fentour. Parla nature de ses matériaux et de son mode de trans- 
mission de la lumière la peinture vitrifiée se refusera toujours à 
traduire le nu. Les sujets semblables, tels que le baptême de N. S. 
par saint Jean, doivent donc être évités par les verriers (1). 

Huitième fenêtre du sanctuaire. — Ici , comme dans la vitre décrite 
plus haut, au-dessous de la grisaille du xiv« siècle, nous retrouvons 
deux grandes figuresduxvi*. Ces deux personnages, somptueusement 
vêtus de costumes orientaux , sont enveloppés par une niche élégante. 
Graves de costume, d^attitude et d'âge, ils conversent ensemble, 
malgré le meneau qui les sépare. Le premier compte sur ses doigts; 
ou lit sur un phylactère à demi rompu : 

NNA... ONAS... EISHEID. 



(1] Tout le monde peut voir, au musée du Louvre, un magnifique vitrail moderne, 
eiécuté à Sèvres , et dû au pinceau de M. Glienavard Plusieurs des anges ou génies 
figurés sur cette grande page ont des visages Iverdàtres au milieu desquels reluisent 
des joues d'un rose vif 



EN LIMOUSIN. 65 

Un fragment déplacé montre un aigle tenant au bec une écritoire. 
Sur un phylactère disposé autour de Tautre personnage on lit : 

ËZECHUS PROF. 

Neuvième fenêtre du sanctuaire. — Le xw» siècle a encore cédé 
une partie de la verrière au xvf. Un personnage couronné et tenant 
un sceptre est revêtu du court manteau, des manches à crevés, des 
hauts de chausses à bouffantes et étirés en usage sous François ^^ 
Un phylactère ou rollet est élégamment ajusté dans Tarchitecture de 
la niche. Vous vous attendez à y lire le nom du prophète David? 
Point : vous n*y trouverez que ces mots : Abacut le profete (sic). 
L'autre personnage richement vêtu est le prophète Daniel, selon 
une inscription moins fautive : Daniel le profete. 

Treizième et première fenêtre du sanctuaire. — Les armes de 
Viiliers de L^Isle-Adam , placées sur ces deux vitres , font regretter les 
vitraux dont elles ont dû faire partie. 

Rose méridionale. — Les débris en couleur placés dans cette rose 
du xiv« siècle ont dû faire partie d'un jugement dernier peint sur 
verre au xyi» siècle. 

Seconde chapelle du collatéral sud. — Cette chapelle est encore 
dédiée è la sainte Croix. Dans le tympan du vitrail J.-C. meurt sur 
la croix entre la sainte Vierge et saint Jean. Des anges répandus à 
Tentour tiennent les instruments de la Passion. Toutes ces figures et 
des panneaux d'arabesques sont d^une touche pleine de finesse et de 
vivacité. Un ange tient un écusson de gueules à quatre pals d'or. 

Première chapetk du collatéral sud. — Les débris confusément 
disposés dans les lobes du tympan représentent saint Michel 
triomphant do dragon infernal, des anges jouant de divers 
instruments et des évèques aux splèndides ornements. Plusieurs de 
ces figures sont d'une teinte bistrée assez originale. 

O . : ^O 

VITRAIL DE FURSAC. 

Vers !e| milieu du xyi» siècle Téglise paroissiale de St-Pierre-de- 
Fursac, près La Souterraine, s'accrut d'une chapelle destinée à la 
sépulture des seigneurs de- Chabannes. Une fenêtre percée au levant 
reçut, à la tnême époque , un vitrail aujourd'hui à moitié détruit. Il 
représente un calvaire. Les saintes femmes éplorées entourent la 
Vierge évanouie. Les soldats romains, couverts des splèndides 
armures de la renaissance , se pressent autour de la croix ; des 

Ô 



66 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

inscriptions se lisent sur leurs ceintures , et celle-ci entre autres : 
Imperator Romanorum. Les personnages , entassés les uns sur les 
autres , sont d^ailieurs bien dessinés. Le verrier a heureusement varié 
le ton de chair de toutes ces têtes , trop rapprochées. Au sommet , des 
anges, chérubins et séraphins à faces rouges, bleues et jaunes 
tiennent un rollet sur lequel on lit ces mots écrits en caractères 
gothiques : 

^ngrlt i^acîs amaxt fbbititt. Ssat. 

Q — : — o 



CHAPELLE DE 8AINT-AURÉLIK1V , A LIMOGES. 

La chapelle de St-Aurélien, restaurée au xvi* siècle, reçut , h cette 
époque , des vitraux en couleur et ornés de saints personnages , dont 
elle conserve encore une partie. Ces figures, d'une exécution 
très-làchée , représentent saint Àurélien et saint Martial. 

Qcir: : O 

&6LI8B DE MAGlfAG-BOURG. 

L'église de Magnac-Bourg est une élégante construction gothique 
relevée au xy« siècle. Trois baies ogivales du sanctuaire, subdivisées 
en deux jours par des meneaux , sont occupées par un nombre égal 
de verrières du xyi« siècle. D'élégantes niches d'architecture de la 
renaissance à couronnement en coquille s'y étagent les unes au-dessus 
des autres; elles sont occupées par des figures de saints réunies deux 
à deux. Ces personnages, hauts d'environ quatre-vingts centimètres, 
sont peints avec une grande finesse. 

Oci: : o 



VITRAUX DE PANAZOL. 

Sur trois vitres de cette petite église est figurée , en huit tableaux , 
la vie de saint Jean-Baptiste. La finesse du dessin de ces petites 
compositions est exquise. Un ravissant château gothique figure la 
prison où fut renfermé le saint précurseur. L'expression des visages 
et l'éclat du coloris se font également remarquer. Malheureusement 



EN LIMOUSIN. 67 

les couleurs d'application de plusieurs tètes n^out pu résister à 
Tinfluence de Tair et du temps. Au bas d'une des verrières, deux 
anges gracieusement agenouillés supportent un écusson d'azur à 
trois mains apaumées d'argent. Ces charmants petits vitraux sont 
dans un état déplorable; plusieurs parties ont été remises en plomb 
sans qu'on ait tenu compte des dessins figurés sur les pièces de 
verre. 

o- : o 



VITRAUX DE LA BORNE. 

Uéglise de la baronnie de La Borne ^ près d'Âubusson, est une 
élégante construction du xvi« siècle; elle possède un magnifique 
vitrail. Cette grande page occupe les trois jours d'une fenêtre ogivale 
du fond de l'église. Dans la partie inférieure est endormi Jessé, 
vénérable vieillard à longue barbe blanche. De sa poitrine sort une 
vigoureuse tige verte sur laquelle se sont épanouies de larges fleurs 
à calice violet. Elles sont occupées par neuf rois aïeux de N.-S. J.-C, 
tenant des phylactères sur lesquelles se lisent des inscriptions en 
caractères romains. Dans la dernière fleur au sommet du vitrail est 
debout la sainte Vierge offrant l'enfant Jésus à l'adoration du monde. 
Toute cette composition, d'un ton très-<;haud, se détache sur un 
vigoureux fond rouge. Dans les lobes de l'amortissement de l'ogive 
sont peintes des femmes tenant les instruments de la Passion. Ces 
figures, d'un dessin beaucoup plus léger, et mal ajustées d'ailleurs, 
ont dû appartenir à un autre vitrail. Au bas de la verrière, à droite 
du spectateur, est agenouillé un personnage regardant la Vierge. 11 
est vêtu d'une soutane bleuâtre; son chef est largement tonsuré. 
Derrière lui, et debout, une sainte âgée et vêtue de blanc (sainte 
Anne] paraît le présenter à la sainte Vierge. Une banderole déroulée 
devant le donateur porte ces mots en caractères romains : mater Dei, 
MEMENTO MEi. Un écussou suspoudu à la hauteur de sa tête est d'argent 
à sept fusées de sable. Un autre écusson décore la gauche du vitrail ; il 
est d'or à la croix ancrée de gueules. Au-dessous , un cartouche en 
verre blanc porte cette inscription : 

M. D. XXII. 

£. ifrancots. 

> 

La date est en caractères romains, et la signature en caractères 



68 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

gothiques. A l'autre extrémité du vitrail, on lit sur ud écussou en 

verre bleu : Ma feit fere Viarsat, chanbrter de (4) 

Au portai] de cette église se retrouvent les armoiries qui décorent 
le vitrail, et, sur un contrefort, cette inscription se détache en 
saillie : 

FAITE LÀ 1SS4. 

Le vitrail serait donc antérieur de deux ans à Féglise. 

Oc=: : o 

ÉCOLE DE LIMOGES AU XVl* SIÈCLE. 



VITRAUX DE LA FERTÉ-BERNABD ET DE SAINT- PIERRE-DU-QUETROIX. 

L'examen des nombreux vitraux que possède encore le Limousin 
ne nous a fourni aucune signature. Le verrier F. François est le seul 
dont nous ayons jusqu'à présent découvert le nom sur une vitre en 
couleur. On se tromperait cependant si on attribuait les nombreuses 
verrières qu'enregistre notre inventaire h une école étrangère au 
Limousin. Pour les siècles antérieurs au xyv , l'immense dépense de 
verres colorés faite dans l'exécution des émaux atteste suffisamment 
leur emploi dans la vitrerie en couleur de cette province. Loin d'être 
étranger à ce pays , l'art magnifique des verriers semblerait au 
contraire y avoir pris naissance. Le lecteur n'a pas oublié les 
nombreuses inductions que nous avons réunies à ce sujet. Des 
témoignages plus positifs vont les fortifier encore. 

Dès l'année 4235 une confrérie dite du Saint-Sacrement se forma 
sur la paroisse Saint-Pierre-du-Queyroix , à Limoges. Cette pieuse 
association avait pour but d'honorer par un culte public le sacrement 



(1) Nous avions lu Marsat : no teite conservé dans les nianuserits Robert nous 
apprend qu'il faut ainsi rectifier le nom du donateur ; voici le passage : a Pour les 
églises célèbres en dévotion , nous avons ici près, à une bonne lieue, la chapelle de 
N.-D.-de-la-Borne, qui fut faicte bastir par un moine chambrier de Ghambon, 
nommé frère François de Viarsac (?) maison noble en Bourbonnois , et dans le diocèse 
de Limoges . sur l'extrémité de la paroisse de St-Michel-de-Vesse , dans la seigneurie 
de Chapalincs (?) , appartenant au prévost de Ghambon ». 

. {Jlfsc. du F. Eustache, recoîlet d^Aubusson , 45 octobre 1643 ) 



EN LIMOUSIN. 69 

de rEucharistie. Au moyeu des sommes mises ë sa disposition par la 
piété publique , ressources variables selon la ferveur ou le malheur 
des temps, les bayles ou directeurs agrandissaient l'église, Tornaient 
de sculptures, de vitraux peints, Tenrichissaient de tapis, de 
peintures en émail et d'objets d'orfèvrerie aussi précieux par la forme 
que par la matière. Ces dépenxses diverses étaient fidèlement relatées 
aux livres de comptes avec des détails minutieux , et, tout à côté du 
compte , le por/rott des œuvres acquises était peint de la main d'un 
artiste distingué. Le résultat des élections annuelles des bayles, le 
récit de leurs faits et gestes, des doléances sur Je malheur des temps , 
étaient consignés dans ces inventaires. Pourquoi ces registres, si 
précieux comme témoigaages historiques, ont-ils disparu? Le dernier 
en date, commencé au xri« siècle, peut faire pressentir toute 
rétendue de la perte que nous avons faite. Par Févaluation des 
salaires , il donne le moyen d'apprécier la condition des artistes au 
XVI* siècle : il apprend la valeur relative , et toujours décroissante , 
de mille objets usuels; et, par la gravité calme et triste de plusieurs 
pages, il atteint à toute la dignité de l'histoire» 

L'étude de ce curieux volume fournit des observations qui 
malheareusement ne sont pas à l'avantage de notre ville et de notre 
époque. Le goût de l'art était populaire au x\i« siècle. La confrérie du 
Saint-Sacrement , obligée de se pourvoir d'un registre nouveau pour 
consigner ses dépenses , en fait décorer le frontispice d'une éclatante 
peinture en couleur et en or. Elle a recours , pour cette œuvre, au 
pinceau d'un éïnailleur qui tient un rang distingué entre les maîtres 
de la renaissance. De nos jours où sont les associations limousines 
jalouses de rembellissement du moindre registre? Où trouver 
d'ailleurs îes Raymond désireux de servir ce goût populaire? 

Un membre de cette famille, Pierre Raymond, dont les 
magnifiques émaux ne craignent pas le rapprochement des œuvres 
beaucoup plus vantées de Léonard Limousin , Pierre Raymond fut 
chargé d]u frontispice du livre de comptes. Pour le prix de dix-sept 
sols (4) son pinceau a décoré la première page d'une image riante. 
Elle représente deux apges gracieux suspendant à une guirlande de 
fruits et de fleurs les armes de la confrérie (de gueules au nom d'or 
de Jésus), 

La confrérie du St-Sacrement ne trouvait pas seulement à Limoges 



(4) Nous dirons plus bas quelle somme représentent ces dix-sepi soit en monnaie 
•ctuelle. 



70 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

des enlumineurs et des émailleurs, elle y rencontrait encore, et sans 
grande recherche , des fondeurs , des orfèvres et des sculpteurs dont 
les œuvres honoreraient Fart moderne de la capitale. Elle y 
avait sous la main et à sa disposition une école déjà renommée de 
peinture sur verre. 

Les émailleurs de Limoges au xti* siècle peignaient donc en 
couleurs vitrifiables sur métal et sur verre; en d'autres termes, ils 
étaient en même temps verriers et émailleurs. Les faits qui 
l'attestent, et que nous réunirons plus loin, sont confirmés par des 
témoignages antérieurs, et puisés à une autre source. 

Toutes les personnes auxquelles Tbistoire de Tart est familière 
connaissent la famille des Ck)urteis ou Courtois, dont les fourneaux 
d'émailleurs ont jeté à Limoges un si vif éclat; mais, h une signature 
près, fixée sur un petit vitrail, Texécution des vitraux par les 
membres nombreux de cette dynastie artistique a été , jusqu'à ce 
jour, généralement ignorée. Nous sommes heureux do contribuer à 
donner à ce fait intéressant toute la publicité qu'il mérite. Un registre 
de la fabrique de Téglise de La Ferté-Bernard contient, à la date do 
92 octobre 1498, un acte relatif à l'exécution d'une vitre en couleur 
destinée à la fenêtre occidentale delà susdite église. Voici la substance 
de cet acte : « Jehan Jucbereau , procureur marguillier, traite avec 
Robert Courtois, peintre et vitrier, moyennant 400 livres tournois, 
pour faire la verrière de la grande croisée de la nef , laquelle doR 
représenter l'histoire de Farbre de Jessé, assis en une chaire en grand 
triomphe, et Aaron; et de son corps sera produit on arbre en 
branches et rameaux, duquel arbre seroient composés, mis et assis 
en beaux fleurons qui y seront pourtraicts, douze rois comme il 
assied en tel cas. Et la sommetle dudit arbre sera l'image de 
Notre-Dame tenant son enfant, et y aura quatre personnaiges de 
prophètes, qu'est à entendre de chacun côté du corps de Jessé , deux 
taisant bonne contenance; tous lesquels personnaiges seront plus 
grands que faire se pourra pour remplir honnêtement ledit fournoye-- 
ment, et le haut dudit fournoyement sera rempli de hiérarchie des 
anges, archanges, chérubins, séraphins et étoiles semées parmi le 
trône du ciel , qui sera d'azur; lef tout de bon verre et de riches 
couleurs, bien magnifiquement fait (1) ». On remarquera la 



{\ ) Description des Verrières de La Ferté-Bernard daas le Bulletin monum. » 
l. V. , p. 506. 



EN LIMOUSIN. 71 

composition de ce vitrail ^ que sa date et son sujet rapprochent assez 
de celui de La Borne, que nous avons inventorié plus haut. 

En 4532 la même fabrique alloua la somme de quarante livres 
tournois au sieur Jehan Courtois pour une vitre par lui faite en la 
chapelle dite du Rosaire. Tous les vitraux de cette église ayant subi 
des remaniements et des déplacements nombreux , dans l'impuissance 
où nous sommes de reconnaître ceux qui furent Tœuvre de nos 
compatriotes, nous en transcrivons une description rapide, due à la 
plume fidèle de M. l'abbé Morancé. Dans une œuvre aussi étendue 
qui oserait faire la part des verriers limousins? 

« 11 y a (dans l'église de La Ferté-Bernard) onze croisées, encore 
entièrement garnies de vitraux peints, qui présentent des sujets 
complets, quatre dont les fragments peuvent être analysés, et enfin 
vingt-quatre qui ne présentent aucun ensemble, mais seulement 
quelques personnages isolés, quelques légendes incomplètes et des 
armoiries... Nous allons suivre les croisées dans l'ordre de rang, en 
commençant par la })artie nord de réglise. 

» La première verrière située près des fonds baptiismaux représente 
l'administration du sacrement de l'extrême-onction :1a sainte Vierge, 
la tète appuyée sur un coussin , ayant près d'elle une religieuse ou 
sainte femme dans l'attitude du recueillement et de la prière, reçoit 
Textréme-onction des mains de saint Jean , le disciple bien-aimé à 
l'amour duquel Marie fut confiée. Cet apôtre, revêtu de lia chape et de 
la mitre , tient dans sa main droite un aspersoir, et lit les prières 
sacramentelles dans un livre que tient ouvert un clerc en surplis. 

» Dans l'imposte, en style ogival, de cette croisée, on remarque, 
è gauche, la figure du Père éternel; au milieu, sainte Cécile touchant 
de la harpe ; à droite , le couronnement ou l'apothéose de cette 
sainte ; au-dessus de cette imposte existent encore quelques beaux 
détails d'architecture, ogivale, tels que pyramides, crochets, 
colonnettes , etc. 

» La deuxième croisée du même côté présente quelques bustes 
dont les têtes sont d'une admirable expression ; ils sont surmontés 
de quelques détails, aujourd'hui incomplets, d'architecture ogivale. 
» La croisée suivante ne présente que quelques fragments incom- 
plets de verres peints. Dans Fimposte on aperçoit quelques anges 
jouant de divers instruments. En suivant toujours le côté nord de 
l'église, on aperçoit, au haut de la première croisée du bas-côté qui 
touche au chœur, quatre anges dans Fallitude de l;i prière. Dans le 
deuxième compartiment brillent trois belles niches gothiques sur un 
fond d'azur , accompaguéei de colonnettes élégantes, du pyramides k 



72 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

crochets frisés de la forme la plus gracieuse. L'exécution de ces 
niches et la pureté de leurs couleurs sont admirables. Aux deux 
côtés de ces niches sont deux écussons : Fun, fond d'azur fleurdelisé; 
Fautre, fond d'argent avec un griffon. Dans la niche du milieu est un 
prêtre revêtu d'une chasuble à l'antique, ayant les deux mains 
élevées comme pour les prières solennelles; sa tête est environnée 
d'un nimbe de couleur pourpre et azur; au-dessus, deux anges 
embouchant de longues trompettes; à droite, dans la seconde niche, 
un religieux franciscain revêtu de l'habit et ceint du cordon de son 
ordre; il est tourné vers le prêtre, et porte un nimbe d'un rouge 
éclatant. Saint Laurent , revêtu d'une dalmatique et d'un manipule de 
couleurs riches et variées , tenant le gril instrument de son supplice 
dans la main droite, et un livre scellé dans la main gauche, occupe 
la troisième niche à gauche. 

D La croisée suivante offre, dans la partie ogivale, trois anges 
encadrés dans des cœurs contournés : deux de ces anges tiennent un 
écusson semblable, qui est d'azur, chargé de trois fleurs de lis de 
sinople, deux en chef et une en pointe; le troisième ange tient un 
écusson qui porte d'azur à trois fleurs de lis de sinople et une 
écartelée de gueules , chargé d'un coquillage de sable. La seconde 
partie de cette vitre est remplie par trois niches ogivales que 
séparent deux rangs de meneaux. Elles sont d'un effet ravissant. 
Trois bustes les occupent : le premier représente la sainte Vierge 
tenant l'enfant Jésus ; et les deux autres, des archevêques revêtus de 
leurs insignes. 

» La croisée la plus rapprochée de l'autel de N.-D. -de-Pitié 
possède encore quelques panneaux assez bien conservés , mais qui 
n'offrent plus le brillant des croisées précédentes. Trois rangs de 
meneaux séparent ces panneaux , qui représentent diverses scènes 
de la Passion, telles que Jésus devant Pilate; Jésus apparaissant aux 
disciples d'EmmaUs. Dans l'imposte, de style ogival mêlé de renais- 
sance, on aperçoit un Saint-Esprit, sur un fond d'azur, avec une 
auréole d'un rouge étincelant ; on peut apercevoir quelques têtes d'anges , 
un saint Fiacre et quelques autres flgures sans attributs distincts. 

» Derrière le chœur sont trois chapelles dont quelques croisées 
offrent encore quelques riches fragments de verres de couleur. 
Grâce h des réparations maladroites , on n'y peut plus distinguer 
que quelques sujets tirés de la vie de la sainte Vierge, tels que sa 
visite à sainte Elisabeth; le morceau principal est le portrait du 
donateur de ces vitraux , en costume du xvp siècle , de couleurs 
riches et variées. 



EN LIMOUSIN. 73 

ï> Dans )a chapelle suivante , la croisée du fond , entièrement 
réparée à neuf depuis quelques années, offre, dans son ensemble, 
une N.-D. -de-Pitié ou la sainte Vierge tenant sur ses genoux le. 
corps inanimé de son fîls, le Sauveur du monde; autour d'elle sont 
plusieurs saintes femmes dans Tattitude du recueillement et de la 
douleur, ainsi que Joseph d'Àrimathie et quelques disciples. Les 
panneaux du bas de cette croisée sont chargés de fleurs de lis sur un 
fond d'azur : dans Timposte quelques anges tiennent la croix et les 
autres instruments de la Passion. 

» Après la croisée du fond , la première qui se présente h gauche 
renferme quelques panneau! è petits personnages, mais tellement 
mutilés par les ravages du temps qu'on ne peut en donner une 
explication satisfaisante; on peut cependant distinguer encore 
quelques traits tirés de la légende de saint Nicolas , évêque de Myre. 
Au bas de cette croisée on peut encore lire ces mots : Verdier et 
uxof ejus, rentes d'une inscription presque entièrement détruite. 
La croisée voisine de celle-ci , presque entièrement en verre blanc , 
porte le millésime de 1533 : fut faite cette présante vitre, mil cinq cens 
trente et trois (sic). 

» La troisième croisée, à partir du fond de la chapelle, est assez 
bien conservée. Dans les figures contournées du haut de cette 
croisée , on voit la colombe symbolique , et au-dessus le Père 
éternel avec une longue barbe ; sa tète est d'une expression 
admirable de grandeur et de dignité : les emblèmes des quatre 
évangélistes l'environnent. Sa droite bénit ; sa gauche tient un Jivre 
oh sont inscrits ces mots , tirés des Ecritures : ego svm alpaa et o (1). 
La partie inférieure de cette croisée offre la représentation du repo§ 
de Jésus chez Simon-le-Lépreux : les figures sont fort belles ; leur 
attitude est gracieuse ; leur expression est frappante de vérité et de 
naturel. Le festin a lieu dans une galerie magnifique dont une des 
extrémités laisse apercevoir un paysage dans le lointain. Au bas 
de la verrière est un groupe de personnages qui paraissent représenter 

les donateurs. On ne peut lire que ces mots du roy , président es 

enquêtes. Les registres de la fabrique constatent, que cette vitre fut 
exécutée, en 1532, sur les moules et mesures fournis par le sieur 
François Delalande , vitrier. 

» La troisième croisée à droite présente, à son sommet, plusieurs 



[4) Tous les caractères de cette représentation conviennent plus particulièrement k 
N. S. Jésus-Christ. 



74 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

écnssons qu'on ne peut déterminer, et des roses et des tulipes sur un 
fond rouge d'un admirable éclat. Au-dessus de ces fleurs on aperçoit 
•un personnage qui tient une petite bande d^un rouge clair et 
éclatant , sur laquelle on lit ces mots : hic est piliys mkys dilectvs in qvo 
HiHi BENE coMPLACYi. La partie inférieure offre quelques traits de la vie 
de saint Julien évéque du Mans , et d'autres sujets indéterminés. Les 
panneaux inférieurs représentent un groupe de huit personnages 
dont les tètes sont fort belles et tous les traits du visage 
admirablement nuancés : ces personnages, à genoux et les mains 
jointes, représentent apparemment les donateurs de cette verrière : 
au-dessus d'eux , un fragment de légende gothique laisse encore 
apercevoir ces mots : iHft«trf ViuoU (fUtutslam. Au-dessus de leur tête , sur 
une bande ondoyante , on lit ces mots en caractères gothiques : €lma 
m tf sferovt ^ ttoit cimfiin^ar m arurnum. A la gauche est suspendu une pareille 
bande, qui confient ces mots : Conserva nos qnta tn te sfirommus. Un des 
panneaux présente l'ouverture d'une fontaine ; on lit au-dessous : 
Puteus aquarum, et au-dessus : Sine macula. Un autre panneau 
présente à la vue un petit jardin admirablement nuancé et clos de 
palissades; les inscriptions hortus conclusus, fons hortorum , 
raccompagnent. En 1530 François Bodie donna une vitre de cette 
chapelle. Le registre de l'année 1532 déjè cité rapporte qu'il fut 
alloué la somme de 36 livres tournois au sieur Delalande, vitrier, 
pour une vitre par lui [faite, représentant la vie de monseigneur 
saint Julien , et une somme de 40 livres pour une autre vitre de Ta 
même chapelle. 

» La troisième chapelle , appelée maintenant des Ames-du-Purgatoire, 
présente, à gauche, une verrière parfaitement conservée, à deux 
panneaux près. Le haut de la croisée , formé de six cercles en pierre 
placés sur deux rang de meneaux , renferme quelques figures. La 
partie principale représente l'apparition de notre Sauveur à ses 
apôtres après sa résurrection. Parmi les apôtres groupés autour du 
Sauveur apparaît saint Thomas portant son doigt à la plaie du côté 
du Sauveur. Cette verrière est une des plus intéressantes de l'église : 
rien de plus frappant que les tètes de saint Jean, de saint Pierre; 
que la surprise de celui-ci à la vue de la conduite de saint Thomas. 
Au bas de ce sujet sont les portraits du donateur et de sou épouse. 
Sur les fragments d'une légende gothique on peut encore lire ces 
mots : Mti cinq cens quarante : jQeulan , !3)eanne iFleur^ , son é^jonsëe ^ priant Bien , 
))ar sa sainte afiparttion^ qu'il lui flaise à tous faire merc^^ parbon. 

» La troisièuie croisée à la suite offre une multitude confuse, au 
milieu de laquelle se présente Pilate montrant le Sauveur dépouillé 



EN LIMOUSIN. 75 

de ses vêlements, les mains garrottées, et portant la couronne 
d*ëpines sur la tète : la pose de son corps, Tiibandon de ses mains, 
annoncent la faiblesse et Tépuisement; son visage exprime le calme 
et la résignation. Dans les compartiments supérieurs on peut lire ces 
mots : Ecce reg,.,. vest. : iolle, toile, crucifige eum. Au-dessus, un 
panneau représente Pilate se lavant les mains, avec cette inscription : 
Tradidit Jesum voluntati eorum. 

» La troisième croisée du bas- côté méridional nous offre la 
représentation du baiser de Judas et la prise de Jésus au jardin des 
Olives. La trahison de Judas excite la douleur et Tétonnement du 
Sauveur; il est environné de soldats portant des armes et des 
lanternes, dont Tune, placée au haut d^un bâton, est en forme de 
corbeille ; il en sort un jet de flamme étincelante. Dans la partie 
supérieure on distingue encore quelques traits qui se rapportent h la 
passion du Sauveur, et un ange tenant un écusson de gueules à la 
croix d'azur, cantonnée de quatre coquillages de sinople. Au bas de 
cette croisée est le portrait d^un personnage qui est sans doute le 
donateur de cette verrière. 

» La grande croisée placée au rond-point du chœur offre, è sa 
partie supérieure, deux écussons surmontés de couronnes ducales. 
La principale partie de cette vitre représente le Sauveur des hommes 
mort sur la croix ; au pied de cette croix sont la sainte Vierge , saint 
Jean et la Madeleine. La partie inférieure offre une galerie décorée 
d'une corniche admirable dont les extrémités reposent sur un groupe 
de quatre colonnes enrichies de chapiteaux et de bases; au centre on 
aperçoit deux figures de saints; de chaque côté est le portrait du 
donateur et celui de la donatrice. Cette croisée , qui offre un sujet 
complet sans mélange de verres blancs, produit cependant un effet 
très-faible. 

» La première croisée au nord , après la verrière du rond-point , 
est Tune des plus remarquables que possède encore Féglise de 
La Ferté. La partie supérieure est décorée de trois écussons; le 
second porte d'argent chargé de deux paraphes de sable au chef 
d'azur, portant trois lozanges de pourpre posés en face.. Le troisième 
est de pourpre au lion lampassé de gueules, au chef d'azur, chargé 
de trois coquillages de gueules. Dans la partie supérieure se déploie 
une sorte d'amphithéâtre sur un charmant paysiige; la partie 
supérieure de cet amphithéâtre forme une corniche avec frise, décorée 
avec élégance , et supportée par des colonnes avec leurs chapiteaux ; 
le tout d'un brillant et d'une exécution admirables. Cet amnhitliéAiro 
est occupé par plusieurs personnages richement vêtus et une bergère 



76. HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

avec un agneau à ses pieds. Au milieu de ce plan, un peu au-dessus 
des personnages ci-dessus désignés , apparaît saint Georges , en 
costume militaire, monté sur un coursier dont on ne peut se lasser 
d'admirer la pose et le naturel : de sa lance ce saint terrasse un 
énorme dragon h la gueule béante. Dans la partie inférieure de la 
croisée on remarque la sainte Vierge au centre d'une belle colonnade 
à plein cintre ; à la droite, une abbesse tenant sa crosse , et, àsa gauche^ 
un religieux, qui sont sans doute les donateurs de cette verrière. 
La légende, à doubles compartiments, est presque entièrement 
effacée ; on ne peut plus distinguer que ces mots sans liaison : Saint 

Georges de feu cette vitre le cinq septembre priez Dieu 

pour elle. L'un des compartiments restaurés porte en lettres 
modernes: Priez Dieu pour ceux qui ont fait le don, 1646. Une 
autre restauration avait précédé celle-ci. Vers 4 540 six sous tournois 
sont alloués à François Delalande, vitrier, pour avoir refait plusieurs 
pièces de la vitre de saint Georges , qui avait été cassée, et pour les 
avoir peintes et assises, 

» La deuxième croisée présente, dans la partie supérieure, Femblème 
du Saint-Esprit , sous la forme d'une colombe aux ailes déployées, au 
milieu d'une auréole étincelante et terminée par un grand nombre de 
rayons. Vient ensuite le haut d'un cénacle sur lequel apparaît aussi 
la gloire de Dieu. La Vierge, dans l'attitude du plus profond recueille- 
ment, se tient au milieu des apôtres, et reçoit, comme eux, l'Esprit 
consolateur que le Sauveur avait promis h ses disciples lorsqu'il les 
quitta, lejour de son ascension glorieuse, pour retourner vers son Père. 
On aperçoit les langues de feu, signe visible de la descente du Saint- 
Esprit. Les apôtres paraissent frappés d'étonnement et d'admiration. 
La partie inférieure du vitrage est occupée par le portrait du donateur, 
qui est à genoux aux pieds d'un personnage assis dans un fauteuil. 
Ce personnage tient en sa main gauchei'un livre fermé : celui-ci et 
le donateur sont revêtus d'habits fort riches et de larges manteaux 
nuancés et drapés. Au-dessus d^eux OD^eoi encore lire ces mots 
d'une inscription en partie détruite : En 1606 fut faicte ceste vitre 
du legs de honorable homme Etienne\Le Boindre, qui, pour ce , laissa 
cent livres, le surplus aux deniers de la fabrtc... le,.. 15... w Michel 
L... zot. On trouve en effet, dans les anciens registres de la fabrique, 
l'acte par lequel Etienne Le Boindre, né à La Perte, et demeurant 
au Mans, légua, le 15 octobre 1573, la somme de cent livres tournois, 
laquelle somme reçut cette destination ». 

Deux autres vitraux delà même église , datés de 1599, repré- 
sentent rhistoire de Job et plusieurs scènes de la Passion. La date 



EN LIMOUSIN. 77 

de ces verreries nous rappelle que nous avons atteint l'extrême 
limite de Tinfluence extérieure exercée par Técole limousine au 
XYi« siècle. Dans Fimpossibilité de déterminer la part précise qui 
revient à Robert Courtois et à Jehan Courtois, il était prudent de 
citer, eu l'abrégeant, la description qu'on vient de lire : recueillons 
maintenant le témoignage plus précis du livre des comptes de la 
confrérie du Saint-Sacrement. 

Les magnifiques émaux des Raymond et des Pénicaud sont 
généralement connus. A la transparence des glacis , au ton franc de 
la pâte, on reconnaît que ces maîtres ont plus d'une fois transporté 
sur verre les touches brillantes de couleurs vitrifiables par eux si 
souvent appliquées sur cuivre : le témoignage du manuscrit que nous 
examinons est positif sur ce point. En 4555 la confrérie du Saint- 
Sacrement fit exécuter, pour sa chapelle, un vitrail de grande 
dimension, représentant la Cène. Pierre Raymond fut chargé d'en 
peindre Pi mage sur le livre de comptes : 

a Item, a Pierre Raymond, pour avoit faict lepourtraict de la vitre 
» de la Cène au présent livre , 3 liv. 41 s. » 

. Depuis plusieurs années ce portrait, rendu si précieux par la 
destruction du vitrail, a été arraché du livre de comptes, et volé par 
un amateur inconnu. Les peintres chargés de l'exécution du vitrail 
furent Réchambault et Pierre Pénicaud. On connaît plusieurs émaux 
signés par ce dernier , entre autres une pièce du cabinet de M. de 
Tusseau représentant un sujet de la fable : Orphée harpeur excellent. 
Laissons parler le manuscrit déjà cité : 

ce 4555. Avons baillé à Pierre Pénicaud et à Réchambault , qui font 
» la vistre de la Cène, que nous avons faict marché à six vingts 
s> lyvres, de quoiJeur baillâmes comptant, comme appert par la lettre 
» passée par Albin, la somme de 60 lyvres tournois ». 

Au verso du folio 24 était la représentation de ce vitrail peinte en 
couleurs par Pierre Raymond; ou y lisait les inscriptions suivantes : 

4556. 
Desiderio dest- Les coufi ferres 

deravi hoc Pas- de le counfer- 

cha manducare ie du cors de 

vobiscu antequà Dieu hounct 

patiar. septhe vitre 

fect fere. 
On doit la connaissance de ces inscriptions à une copie de l'abbé 

Legros. 

Le^ autres détails donnés sur la pose du vitrail présentent un 



78 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

intérêt d^ùn ordre inférieur : nous les transcrivons néanmoins, 
parce qu'ils nous apprennent certains détails d'exécution des 
vitraux : 

« Item, au farron, pour 232 lyvres fert ouvré que fust mis tout 
» autour de la vistre de la Cène qu'avons fect fere en la dicte esglize 
» Sainct-Pierre , et pour six barres à travers pour la de vistre k douze 
» deniers livre , \\ liv. 42 s. 

» Item, pour 80 livres fil de bobynes pour létonner la dicte vitre, 
» à 20 liv. le cent , M liv. 4 s. 

» Item, audict, façon pour avoir létonné ladicte vitre, 6 liv. 5 s. 

» Item, poyé pour clavettes de fert, 1 liv. 2 s. 6 d. 

» Item, fut poyé pour fil de bobynes pour ce que de l'aultre n'y 
» en heult assez , 1 liv. 13 s. 

» Item, avons poyé tant par plomb pour la dicte vistre et aultres 
9 petites mises, 4 liv. 6 s. 

» Plus, pour ung disner que fust faict le jour que fismes le marché 
» de la vistre, appelles les quatre bayles nouveaulx, et aussi 
» Réchambault et autres, 4 liv. 45 s. (4) 7>. 

Ce vitrail occupait une baie qui a un développement de douze 
mètres carrés. Il peut être intéressant' d'étudier , à l'aide de ces 
mesures, le prix de revient du mètre de vitrail en couleur en 4556 : 
cette étude nous apprendra aussi les conditions du salaire des peintres 
verriers à la même époque. 

Pour la faire convenablement, pour être fixé sur la valeur de ces 
œuvres d'art au xvr siècle, il faut comparer le prix du mètre 
superficiel en 4556 à la même mesure de vitrage exécutée, dans les 
mêmes conditions de ton et de peinture, en 4846. Mais, le prix en 
poids d'argent ainsi déterminé, on aurait une idée trop insuffisante 
de la matière si la valeur relative des monnaies aux deux époques 
n'était pas connue. Nous voulons parler de cette valeur qui se traduit 
en objets de première nécessité à l'usage de l'homme. Parmi ces 
choses le blé a été préféré généralement par les économistes. 11 forme 
en effet, depuis des siècles, la base de l'alimentation humaine, et ou 
ne saurait deviner dans l'avenir l'emploi d'une substance qui puisse 
le remplacer avec avantage. 



(1) Ce Daïf détail de mœurs n'échappera pas au lecteur. Eu appliquant au prîK de 
ce repas les calculs faits plus loin sur la valeur des monnaies en Limousin au 
xv!** siècle , et en supposant que les convives fussent au nombre de douze , on voit 
que les bayles ne se traitèrent pas à moins de 4 fr. par tête. 



EN LIMOUSIN. 79 

Voici les prix du sctier de froment, à Limoges, de 4550 à 1560 : 

4551 25 sous 6 deniers. 

4552 20 

4553 47 

4554 49 

4555 48 

4556 48 

4557 24 

4558 47 

4559 48 

4560 20 (4). 

Soit, en moyenne, 49 sous 6 deniers; nous prenons 20 sous pour 
simplifier le calcul : le setier de Limoges, en 4556 , étant à Thectolitre 
comme 65 est à 454 (2), il en résulte que Thectolitre de froment 
aurait coûté, en 4556, 45 sols. Le vitrail de Saint-Pierre fut donc 
payé une somme pour laquelle on aurait pu acquérir, lors de son 
exécution, 53 hectolitres de froment, lesquels, h 22 francs run,prix 
moyen de la dernière période décennale, vaudraient aujourd'hui 4 4 66 fr. , 
ce qui établit le prix de revient du mètre carré à 97 fr. , sans y 
comprendre Farmature, les frais de pose et le prix de la toile 
métallique destinée à mettre la verrière à Tabri des coups. Un vitrail 
exécuté de la même manière serait présentement d'un prix deux 
fois et demie plus élevé. Les conditions de la peinture sur verre ont 
donc notablement changé à trois siècles d'intervalle. Si notre époque 
peut vanter le bas prix des objets produits par la fabrication 
mécanique, elle n'a guère à se glorifier de l'impopularité à laquelle 
les œuvres d'art sont condamnées par leur prix élevé. 

En 4558, le vent ayant brisé une partie de la nappe et de la taxe 
peintes sur ce vitrail , les bayles le firent racoustrer par Réchambault, 



ida 



(1) Ces forléaui sont extraits des registres consulaires conservés à rbôtel-de-ville 
de Limoges : ils ont été publiés dans le Limousin historique, II , 69. 

(2) La première de ces données nous a été fournie par les registres du consulat. 
En U97, 4498, 1500, etc., les consuls du châieau de Limoges firent procéder à 
diverses pesées du setier de froment en nature et manipulé en pain. Nous avons 
pris la moyenne de ces diverses eipériences , en réduisant la livre ancienne au taux 
de la livre moderne. Gs. Limousin historique, 1, 19S. 

Voici nos calculs sous la forme mathématique : 

65 : 454 : : 20 : 45 

420 X 20 -^4^j^ - 53 X 22 -^ 'îl^ - 97 
45 12 



80 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

et donnèrent, tant pour lui que pour ceux qui lui aydarerU, la 
somme de 9 liv. 10 s. 40 d. 

Ce vitrail ne fut pas le dernier dont Téglise de Saint-Pierre fut 
enrichie h la même époque par la piété publique et les mêmes 
artistes. Toutes les baies de Téglise , au nombre de trente , reçurent 
une clôture translucide et historiée. Trois de ces verrières ont seules 
laissé quelques traces appréciables. La première n^a conservé que sa 
bordure en couleurs décorée d^ornements au milieu desquels se 
reproduit dix fois celte inscription touchante : Maria mater Dei, 
mémento met. Une autre représentait un calvaire assez grossièrement 
exécuté. Le Christ attaché à la croix au milieu de ses gardes se voit 
encore dans la tribune des Pénitents-Rouges. La troisième , par ses 
dimensions et son exécution , mérite une description plus détaillée. 
Elle représente la mort de la sainte Vierge et son couronnement dans 
le cieL 

Un riche et somptueux appartement, que Tart gothique et la 
renaissance ont meublé et décoré de concert , est pavé de marbres 
précieux et de briques émaillées où courent des léopards de gueules. 
Leç apôtres sont réunis autour d'un lit h courtines de velours rouge, 
broché d'or, que recouvre un ciel doré auquel sont suspendus des 
rideaux verts, La sainte Vierge , entièrement enveloppée d'une ample 
draperie bleue, est étendue sur ce lit funèbre; son visage, pâle, est 
calme et serein. Près du chevet est debout l'apôtre bien-aimé. A sa 
gauche, saint Pierre lit les prières consacrées, et tient un goupillon. 
Son étole pend sur le lit. Un autre personnage tient un charmant 
bénitier d'or ; un troisième anime de son souffle des charbons placés 
dans un délicieux encensoir d'argent. La flamme illumine son visage 
de ses rougeâtres reflets. Les assistants sont dans des attitudes variées 
comme leurs sentiments, debout, agenouillés, assis, selon qu'ils 
prient, qu'ils pleurent ou méditent. Au premier plan un apôtre 
montre le texte à un personnage qui feuillette un livre. Ce dernier 
est assis sur un riche coussin de velours h glands et à lacets d'or. 
Pendant que cette scène se passe sur la terre attristée, le ciel, 
resplendissant comme un palais de pierres précieuses, s'ouvre pour 
recevoir la Vierge bénie. Vêtue d'un manteau royal, elle est 
agenouiUée, entre le Père et le Fils , assis sur un trône et accompagnés 
de la symbolique Colombe. Ils déposent sur la tête de Marie une 
couronne d'or. Le Père, vêtu d'une robe verte, a un manteau rouge 
bordé d'or et de pierreries que lie une agrafe figurant les tables de la 
loi. Il tient un globe. Le Fils porte le même attribut, et n'est vêtu que 
d'un manteau rouge. 



EN LIMOUSIN. 81 

Les aDges, diversement costumés, se tieanent à distance. Ils 
célèbrent par un concert le triomphe de Marie. La salle magnifique 
oi!i se passe cette scène a un pavé brillant qui montre de toutes 
parts ces initiales glorieuses M. A. A Tentour du trône drvin se lisent 
ces mots : 

Gaudmt Angeli laudantes et benedicentes Deum, 

Ce vitrail appelle quelques observations. Malgré le soia avec 
lequel Pénicaud a cherché les ornements et semé les détails , malgré 
les mille changements de ses moulures et de ses broderies , sa com- 
position montre trop visiblement qu^il a voulu lutter avec la 
peinture à Thuile. Cette grande page , ou les . personnages ont une 
proportion de deux mètres, est donc un tableau beaucoup plus qu^un 
vitrail : on le reconnaît bien vite à la teinte terreuse des trop 
nombreuses couleurs d'application dont il a revêtu ses verres. La 
négligence de Teiécution ne mérite pas moins d'être blâmée : son 
verre fragile a peu d'épaisseur; plusieurs couleurs d'application sont 
mal recuites ; aussi le modelé de plusieurs têtes a complètement 
disparu ; sur toutes il a plus ou moins souffert. On devine quel effet 
étrange produisent ces grands et pâles visages dépourvus de nez, 
d'yeux et de bouche. L'art si brillant et si varié de la renaissance 
faisait donc fausse route; disons comment il se sécularisait pour 
mourir. 

Q : — :=0 

VITRAUX CIVILS 

A la vue des innombrables vitraux en couleur qui décoraient les 
maisons des artisans et des bourgeois de Limoges, on devinait que 
le Limousin vit cultiver avec ferveur l'art de la peinture sur verre. 
Ainsi la maison d'un boulanger, rue du Collège, avait une charmante 
verrière, représentant l'arbre de Jessé, qui est alléedécorerle cabinet 
de M. Germeau, aujourd'hui préfet de la Moselle. D'une cuisine de la 
même rue est sorti le vitrail historique représentant Jeanne d'Albret 
prêchant le protestantisme à Limoges. Une maison d'assez mince 
apparence à Pierre-Buffière possédait un portement de croix d'une 
exécution ravissante. Cette petite verrière , couverte de personnages, 
fut vendue à vil prix, et enrichit un moment le cabinet, aujourd'hui 
vide, de M. Soulage, de Toulouse. La maison de M. le chanoine 
Féret possède trois croisées ornées de charmantes verrières de la fin 
du xivc siècle. Nous possédçtis quatre croisées qu'a embellies le pinceau 



82 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

de la renaissance. Nous parlerons plus loin de la ravissante décora- 
tion vitrifiée de la maison de Yoyon. 

* Les verrières moins importantes qui sont éparses dans la ville de 
Limoges sont encore assez nombreuses. Au xt« siècle et avant, 
presque toujours ces vitraux ont, par leurs sujets, un caractère 
religieux : ils représentent les faits évangéliques , et plus souvent les 
saints patrons des propriétaires. Dès le xt*" siècle , Thistoire et la 
caricature s^en emparent concurremment avec une ornementation 
sans signification et sans portée. Dans tous les cas leur exécution 
s'adapte parfaitement à la destination quMls doivent remplir. La 
couleur laisse passer un jour abondant, qu'elle adoucit sans le 
voiler. Si le champ du vitrail est occupé , en grande partie, par une 
scène composée , les tons doux et légers y abondent , et la bordure 
en grisaille est fortement éclairée. Habituellement chaque panneau 
de la croisée se compose ainsi : un champ blanc, dépoli , sur lequel 
sont semés des ornements légers enlevés en clair, est entouré d'une 
bordure d'arabesques en couleur. Au centre, une composition de 
formé ronde représente un saint personnage, une figure allégorique, 
ou un trait historique. Dans les vitraux les plus riches \e centre de 
la verrière est en couleur. Mais l'application de ces teintes si variées, 
devant avoir lieu sur la même pièce de verre, devient fort difficile, 
et partant fort coûteuse. Sur les vitraux populaires la composition 
centrale était exécutée en ^grisaille monochrome; ça et là le jaune 
d'argent égayait de sa teinte vive et lumineuse l'aspect un peu terne 
de ces vitraux ; les autres couleurs étaient réservées pour la bordure. 

A la renaissance, avons-nous dit, le vitrail descend, en quelque 
sorte, des hauteurs od il réfléchissait le ciel pour s'éclairer d'un 
terrestre reflet. La caricature y étale ses caprices grimaçants. Nous 
avous vu bon nombre de verres sur lesquels un pinceau joyeux ou 
moqueur s'était joué en des charges comiques et satiriques. De ce 
nombre est certainement le petit vitrail représentant Jeanne d'Albret. 

Cette curieuse peinture sur verre fut découverte, dans une cuisine 
de la rue Manigne, quelques années avant la révolution, par 
M. de L'Epine, subdélégué de l'intendance. Elle représente une 
femme pérorant du haut d'une chaire. Huit personnages groupés au 
pied diffèrent de costume, d'âge et d'attitude. Leurs traits, fortement 
accusés, ont une expression ridicule. Un des personnages , adossé à 
la chaire, et masqué par la position qu'il occupe, semble commenter 
d'une façon rieuse et goguenarde rallocutiou adressée aux assistants. 
Enfin, au-dessous du vitrail, se lit cette inscription peu galante, 
tracée en caractères gothiques : 



EN LIMOUSIN. 83 

Màû\ »0tA Irs Qms f nbdctriitr» 
^uat p frmc sant sfrmonrs. 

Mal sont let gens endoctrinés 
Quand par femme sont sermonnés. 

M. Allou et les auteurs qui Toût copié voient dans cette représenta- 
lion une satire du zèle que montra, pour la propagation du 
protestantisme, Jeanne d'Âlbret , mère d'Henri IV. On sait que cette 
princesse entretenait h grands frais des ministres , qu'elle envoyait 
prêcher dans les pays soumis à sa juridiction. Non contente de 
stimuler leur zèle par des subsides considérables, elle leur donnait 
l'exemple en préchant quelquefois elle-même, et notamment h 
Limoges, ville qui dépendait de son apanage. Nos chroniques (dit 
M. Allou) racontent que , en 1564 , elle obligea les religieux de Saint- 
Martial à lui prêter une chaire destinée à cet usage , et que les religieux 
firent brûler lorsqu'elle leur eut été rendue. M. Allou pense donc que 
cette peinture était une satire des moines de Saint-Martial contre la 
reinef de Navarre, et qu'elle avait dû faire partie des vitraux de 
leur abbaye (1). 

En effet , un arbre est peint sur la gauche du vitrait : on sait 
que c'est l'emblème parlant du nom d'Albret, albré signifiant arbre 
dans le patois limousin. 

Nous n'adoptons qu'une partie de cette conjecture. L'abbaye de 
Saint-Martial fui sécularisée dès 4535 : il ne pouvait donc s'y trouver 
des moines en 1564. D'autre part, la position de ce vitrail, trouvé 
dans une cuisine ; la négligence de sou exécution , où le brun , le 
jaune et le violet ont été seuls employés; ses petites dimensions 
(25 centimètres sur 17), ne nous permettent pas d'y voir autre chose 
qu'une satire populaire dirigée contre la protectrice des huguenots. 

A plusieurs reprises on a publié sans fondement que cette peinture 
avaitdisparu : elle est conservée h Limoges , et nous avons l'espoir 
de Voir prochainement la générosité d'un particulier en enrichir 
notre musée naissant. Nous en publions un calque pris sur l'original, 
et beaucoup plus fidèle que les divers dessins qui en ont été donnés 
jusqu'à ce jour. 

Cette peinture daterait de 1564. En effet les caractères de son 
.exécution d'une part, et, de l'autre, son inscription en caractères 
gothiques ne permettent pas de lui assigner une date de beaucoup 
antérieure ou postérieure à cette époque. 



(1) Description des monuments de la Haute-Vienne, p. 24i. 



84 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE 

Vers le rnéme temps s'élevait à Limoges, près du marché aux 
poissons, une charmante maison de la renaissance aujourd'hui 
modernisée ; nous n'avons à parler que de ses vitraux. Des figures 
allégoriques de la plus exquise délicatesse représentent les Saisons. 
L'Été est une femme robuste vêtue d'étoffes brillantes comme les 
jours qu'elle rappelle. Le corsage entr'ouvert à la suite d'une course, 
le faucon sur le poing , elle s'est assise à l'ombre des grands chênes. 
Elle s'appuie sur une tortue , vivant emblème du cours du soleil en 
ces jours fortunés. A ses pieds joue cet animal que le feu ne saurait 
consumer (4). Près d'elle brillent les eaux limpides d'un lac où les 
pécheurs jettent leurs filets ; des villas aux frais ombrages se mirent 
dans les flots ; sur des promontoires battus par les eaux se sont 
perchés des châteaux aux gothiques donjons; une*ligne de montagnes 
bleues termine ce riant paysage; et ces détails si variés sont exécutés, 
de manière à ne rien craindre de l'examen h la loupe, sur une feuille 
de verre ovale qui a à peine 25 centimètres dans son plus, grand 
développement. 

La renaissance voulait donc faire des tableaux. Forte des connais- 
sances des lois du dessin , de la perspective linéaire et aérienne , 
qu'elle avait acquises aux dépens de l'harmonie et de la beauté 
générales, elle voulait en faire l'application aux vitraux sans tenir 
compte des différences essentielles de la peinture sur verre et de la 
peinture proprement dite. Expliquons cette différence, et montrons 
comment la renaissance fit fausse route. 

Cette différence se trouve principalement 4 » dans les couleurs mises 
en œuvre et dans leur mode d'application; S» dans le mode de 
transmission de la lumière. 

La peinture à l'huile peut demander ses couleurs à tous les règnes, 
et la palette du peintre, si riche déjà d'emprunts si divers, autorise 
des mélanges très-variés qui augmentent d'autaqt ses ressources; les 
combinaisons que peut se permettre le peintre sur (oile sont donc 
innombrables. Il n'en est pas de même du peintre sur verre : limité 
du côté du nonîbre des couleurs, il l'est aussi dans leurs mélanges. 
Le règne minéral lui fournit toutes ses teintes en combinaisons 
moins nombreuses que les lois chimiques, et encore est-il obligé 
d'écarter de son laboratoire tous les mélanges qui produisent 
l'opacité, tous ceux qui manquent de franchise et de netteté : c'est 
le cas pour un grand nombre d'oxydes métalliques. Remarquons 



(1) On le croyait alors. 



^ 



EN LIMOUSIN. 85 

encore que le peintre à l'huile, maitre de son sujet, dont il voit 
l'effet sur-le-champ , peut se permettre de nombreuses relouches. 11 
n'en est pas de même du verrier, qui travaille en aveugle, et ne voit 
que par les yeux de l'esprit l'effet que produira son travail. II attend 
d'un élément invincible un effet qu'il ne peut arrêter à temps: 
chaque retouche ne peut s'obtenir que par un coup de feu qui met en 
péril le travail déjà commencé. 

Le mode de transmission de la lumière n'est pas moins différent : 
réfléchie dans le premier cas, elle est réfractée dans le second. 

Réfléchie, la lumière n'est colorée que par la surface réfléchissante. 
La peinture à l'huile peut donc se permettre les empâtements, les 
glacis , les tous sourds , les lignes vagues et indécises de la dégrada- 
tion de la lumière. Elle peut , avec uu succès complet , accuser des 
plans divers , semer les reliefs et les saillies vigoureuses. 

La lumière réfractée par les vitraux au contraire ne peut subir 
qu'un petit nombre de décompositions en nombre égal à celui des tons 
de la gamme du verrier. Comme ceux de la fresque, dont les couleurs 
s'en rapprochent beaucoup, ses tons crtlis et vifs rendent mal les 
carnations. Ils ont une vivacité métallique qui se prête mal à traduire 
les brouillards, les lignes vagues delà perspective aérienne. Chaque 
rayon lumineux qui vient de traverser le vitrail formant un cône 
dont l'œil du spectateur occupe le gros bout , les tons chauds empiètent 
sur les tons voisins , et frappent le regard à leurs dépens. 

En supposant donc qu'on veuille traiter la peinture sur verre 
comme une rivale de la peinture à l'huile, l'empire de ces deux 
sœurs est parfaitement limité : à la première, la réalité, la terre; à 
la seconde, la transfiguration, le ciel! Qu'elles conservent leurs 
limites respectives sans trop tenter de les dépasser. Pendant que la 
peinture à l'huile vantera la fraîcheur des carnations , la vérité de 
l'aspect, les tons propres, la saillie des reliefs et du modelé, la 
profondeur des plans , les lignes et les dégradations de la perspective, 
la peinture sur verre pourra se glorifier de son aspect éclatant, près 
duquel pâlissent les tableaux des plus chauds coloristes ; elle montrera 
ses scènes radieuses où se transfigure Thomme etson terrestre séjour; 
ses broderies, ses velours, ses pierreries brilleront rivales de la 
nature ; ses eaux , ses fleuves lipipides , ses ciels étincelants , charme- 
ront le regard comme en un frais paysage. Il sortira toujours de ses 
œuvres un charme vainqueur, une puissance muette, mais forte 
pour le cœur et l'imagination : puissance toujours acceptée par le 
peuple , parce qu'elle est simple et vraie comme la nature. 



86 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE. 

XV1I« SIÈCLE. 

La peinture sur verre se soutint eucore en Limousin pendant le 
xYir siècle : dans les premières années Féglise de Bourganeuf reçut 
quatre vitraux. Les débris conservés représentent des hommes et des 
femmes nus sur un ciel étoile : ils ont dû faire partie d'un jugement 
dernier. 

En 1602, le 26 décembre, le chapitre de St-Martial traita avec 
Sylvestre Pontut , peintre verrier de Grandmont , pour la réparation 
de la grande vitre en couleur placée au-dessus du maltre-autel. On 
conservait eucore , on entretenait avec soin les œuvres des siècles 
passés; et pourtant ils n^étaient pas loin les jours où leur destruction 
devait être conseillée. Bientôt il fut de bon goût de réclamer de la 
lumière. Les marbres pâles et froids , les revêtements sans élégance , 
appelaient un jour plus abondant pour se montrer dans toute la gloire 
de leur nudité prosaïque. On avait intronisé dans nos églises gothiques 
un art prétendu grec; au défaut du soleil oriental , il lui fallait une 
lumière qui en fût aussi la contrefaçon t... Les fourneaux des verriers 
s'éteignirent dans rindifférence générale, et cet art, français par 
excellence, mourut au moment où la foi semblait mourir : il est 
glorieusement ressuscité avec elle l 

On trouve encore des débris de peinture sur verre dans les églises 
dont les noms suivent : 

HAUTE-VIENNE. 

Château-Pousat , Mortemart , St-Léger-la-Monlagne , St-Symphorien. 

CREUSE. 

Bénevent, Bussière-Dunoise , Felletin. 

CORRÈZE. 
Chamberet, Orliac, etc. 

Liste des peintres sur verre de Limoges, 

Robert Ck>urtoia. 4498. 

Jehan Courtois. 1532. 

François Delalande (?) 4540. 

Jehan Pénicaud 4556. 

Réchambaull 4556. 

Martial Raymond xvi« siècle. 

Sylvestre Pontut 4602. 

Poilleret , 4694. 

Nous pourrions, sans trop d^invraisemblance, grossir cette liste 
du nom de tous nos émailleurs; mais nous avons voulu nous borner 
aux faits établis par des témoignages positifs. 

11 nous reste à parler de la technique des vitraux au point de vue 
pratique de Pexécution; ce sera Fobjet de Tappendice suivant. 



87 



APPENDICE 



SUR LES PROCÉDÉS 



DE PEINTURE SUR VERRE. 



L^antiquité , et sous ce noia nous coix^renons les temps 
antérieurs au y« siècle die notre ère, l'antiquité avait pressenti tout 
le parti qu'on pouvait tirer du verre. Forte de ses procèdes de 
fabrication , elle savait l'étendre en plaques , le souffler en vases aux 
formes variées , le colorer en mêlant à sa pâte une couleur minérale , 
le colorier et le dorer en le recouvrant d'une couche émaillée ou d'une 
feuille d'or, et fixer cette couverte au moyen du feu. Ce n'était pas 
le seul résultat du travail aiitique. Le verre se coulait en cubes de 
teintes variées qui s'ajustaient en leur place dans des mosaïques 
éclatantes. Soufflé à deux couches de diverses couleurs par un 
travail de burin ou de roue , il se taillait comme les sardoines. Des 
filets de verres de teintes nuancées formaient, par leur rapproche- 
ment, des bâtons dont la tranche* représentait des fleurs, des 
oiseaux , des figures diverses. 

L'antiquité , pourrait-on dire , avait donc à sa disposition tous les 
procédés modernes de la fabrication des vitraux. Que la main d'un 
curieux eût détaché du fond auquel elle était appliquée une de ces 
mosaïques vitreuses ; qu'il l'eût ajustée et sertie dans un de ces 
châssis de fenêtre où Winckelman trouva un verre verdâtre : la 
peinture sûr verre était découverte I 

Cette gloire était réservée au moyen âge : elle devait être un 
bienfait de la religion chrétienne. Tous ces procédés en efiet étaient 
la propriété de peuples séparés , dans l'espace et le temps , des 



88 APPENDICE SUR LES PROCÉDÉS 

Étrusques et des Égyptiens, des Phéniciens et des Grecs. La science 
moderne est pleine d'illusions : elle réunit comme dans un inventaire 
tous les legs du passé, et trop facilement nous prenons pour 
contemporains des héritages d'origines diverses. 

La part du moyen âge ne consiste donc pas seulement dans 

l'application des procédés antiques à Fexéèution des vitraux , mais 

dans la découverte des procédés eux-mêmes. La peinture sur verre 

n'est pas seulement sa propriété. Il a droit de réclamer les 

procédés de fabrication et de coloration du verre. Au temps , peu 

déterminé , où brillèrent les premiers vitraux , les procédés antiques 

avaient péri dans le naufrage de la civilisation romaine : nous en 

avons déjà donné diverses preuves. Ainsi on voit les verriers du 

xir siècle compter, pour la réussite des différentes teintes du verre 

jaune ou pourpre , sur les incertitudes d'une recuisson prolongée. 

(Théophile, 1. II, c. VII et VIII. ) Pour l'exécution des émaux verts 

et bleus , ils recherchaient avidement les débris de mosaïques 

antiques délaissés par le paganisme : « On trouve, dit Théophile , 

dans les antiques édifices des païens, parmi les ouvrages de 

mosaïque , différentes espèces de verre , savoir : du blanc , du noir, 

du vert, du jaune, du saphir, du rouge, du pourpre; il n'est pas 

transparent, mais opaque comme du marbre. Ce sont des espèces de 

petites pierres carrées dont on fait des incrustations dans l'or, 

l'argent et le cuivre. . . On trouve aussi divers petits vases de ces 

mêmes couleurs, qui sont recueillis par les Français, très-habiles 

dans ce travail. Us fondent dans leurs fourneaux le saphir en y 

, ajoutant un peu de verre clair et blanc, et [ils fabriquent des 

feuilles de saphir précieuses et assez utiles dans les fenêtres. Ils en 

font autant du pourpre et du vert.» (Théoph. , c. XII.) 

Un autre fait non moins curieux vient établir le peu de popularité 
des procédés de coloration du verre même à la fin du xii* siècle. 
Lorsque , à cette époque , l'abbé Suger voulut embellir son église de 
Saint-Denis de vitres en couleur, il fut obligé d'avoir recours au 
talent de maîtres verriers de diverses nations : « Vitrearum novarum 

prœclaram varietatem Magislrorum multorum de diversis 

nalionibus manu eœquisita, depingi fecimus (4)». S'il faut s'en 
rapporter à son langage assez obscur, interprété dans ce sens par 



(\) SiGEB, de Administralione sua , ap. Fembien, Histoire de saint Lents, 
p. CLXXXVIII. 



DE PEINTURE SUR VERRE. 89 

tous les anciens historiens de cette abbaye , les verriers persuadèrent 
à Suger que la belle coloration de ses vitres en bleu était due à un 
mélange de saphirs pulvérisés et incorporés au verre : « Inde quia 
m(xgni constant mirifico opère, sumptuque profuso , vitri vbstiti , et 
saphirorum materia, tuitioni et refectioni eorum ministerialem 

magistrum constituimm (4). » Un examen récent a fait justice de 

cette ruse, et prouvé que ces prétendus saphirs consistaient dans 
une couverte d'émail appliquée derrière lé verre , et colorée en bleu 
au moyen du cobalt. 

Il faut donc rechercher les causes deUinvention de la peinture sur 
verre ailleurs que dans le perfectionnement matériel. Pour certains 
arts , il est une raison morale de leur invention , supérieure aux 
progrès accomplis dans Tordre des procédés. Ainsi l'antiquité , avec 
ses richesses et la perfection de ses arts, ne réussit pas à inventer 
la peinture sur verre : ce succès était réservé à la pauvreté , à la 
grossière technique du moyen âge. D'où vient qu'une époque igno- 
rante , troublée par mille désordres , a été supérieure en un point si 
capital aux civilisations en apparence plus riches et mieux armées 
de la Grèce et de Rome? On nous pardonnera de l'indiquer briève- 
ment. 

Les pratiques des cultes antiques étaient tout extérieures. A 
quelques exceptions près, les temples, de petites proportions, 
n'admettaient dans leur enceinte que le sacrificateur et la famille 
qui offrait la victime. Le peuple , lorsqu'il était convié à ces fôtes 
presque toujours domestiques , se répandait sous les colonnades du 
péristyle , ou sur les degrés qui conduisaient au sanctuaire. Le ciel 
de la Grèce et de l'Italie permettait ces pompes publiques. Il n'en 
pouvait être ainsi des fêtes catholiques sous notre ciel inclément. 
Convié à des joies communes , réuni comme une seule famille , le 
peuple chrétien versait dans une enceinte immense, destinée à 
abriter sa prière/ , ses flots toujours grossissants. Les mystères d'un 
demi-jour convenaient à cette religion qui affranchit l'ame en 
l'élevant au-dessus des misérables préoccupations de la terre : de 
là les ouvertures étroites , peu nombreuses , des églises romanes. 

Lorsque, au souffle du xiii*' siècle naissant, les cathédrales, 
agrandies, légères, s'élancent vers le ciel, par ses colonnes 
gracieuses , par ses arcades multipliées , par la courbe aiguë de ses 



(1) SuGER , ubi iupra. 



90 APPENDICE SUR LES PROCÉDÉS 

voûtes et de ses baies, Féglise tourne tous les regards vers cette 
région supérieure qui est le terme de Vimmortelle espérance. Le ciel 
apparaît par les mille vitrages, non le ciel inégal et brumeux qui. 
attriste si souvent nos regards, mais cette région lumineuse et 
sereine où flottent les graves et douces figures des bienheureux. 
L'enseignement des illettrés par les images, le sens moral introduit 
dans la matière inerte , Tart faisant oublier la terre et montrant le 
ciel ; en un mot, Finfluence de la religion catholique parlant à nos. 
sens pour arriver à nos âmes , voilà la véritable cause de Finvention 
de la peinture sur verre. L'abbé Suger résume cette tendance, 
et nous révèle cette vérité dans la description des vitraux dont 
il fit décorer son église de Saint-Denis : a De la matière , dit-il , ces 
vitres élevaient Tame aux objets immatériels ; 7- de maUrialibus, 
ad immaterialia excitans (4 j ». 

Nous allons donc passer à la description des procédés en puisant 
nos renseignements à deux sources également authentiques et 
acceptables : les vitraux de chaque époque et les auteurs cpntem- 
porains. Nos études embrassent à la fois la fabrication du verre , sa 
coloration , la manière de le découper, de le peindre superficielle- 
ment, et de rajuster pour en former ces tableaux transparents que 
nous appelons vitraux. Selon la division précédemment adoptée , 
nos recherches se partagent en trois époques : 4 ^ vitraux mosaïques , 
XII* et XIII" siècle ; 2*» vitraux à grandes figures, xiv« et xV siècle ; 
3° vitraux tableaux , xvi' et xyii* siècle. 

I. 

La méthode la plus élémentaire de fabrication du verre a été 
décrite par des auteurs modernes , Merret et Kunckel. A ses 
imperfections on peut décider quelle est la plus ancienne. Selon 
ce procédé, un mélange inégal de cendres et d^ sable blanc de 
rivière , soumis à un violent feu de four, entrait en fusion. La- 
matière , cueillie au bout d'un tube , recevait , sous l'impression de 
l'haleine et d'un rapide mouvement rotatoire, la forme d'un 
disque renflé à la partie centrale. Ainsi s'expliqueraient l'inégale 
épaisseur du verre ancien et ses dimensions , qui , dans les pièces 
les plus grandes, n'excédaient guère dix centimètres. Cette 
méthode, au point de vue de l'économie, peut paraître trèsr- 



[\) ScGEB ,de Âdminisiratione tua , ubi supra. 



DE PEINTURE SUR VERRE. 94 

défectueuse : le verre qu'elle produit est épais , gondolé , plein de 
bulles d'air alongées circulairement par Faction de la force 
centrifuge. Ses feuilles, peu étendues, sont d'une exécution 
dispendieuse; leurs petites dimensions se prêtent mal à une 
taille en plein drap : cependant les verriers regretteront toujours les 
qualités précieuses qui accompagnaient ces défauts : les stries 
circulaires, l'inégale épaisseur, la surface couverte d'aspérités, 
brisaient le rayon lumineux , et le faisaient scintiller comme sur les 
facettes d'un diamant. La petite dimension épaississait les mailles 
du réseau de plomb , et , en rendant le vitrail plus solide , contribuait 
à sa beauté. Vigoureusement circonscrit dans ses divisions , le rayon 
lumineux multipliait les contrastes de l'ombre et delà lumière. 

Une autre méthode , décrite vers la fin du xii* siècle par le moine 
Théophile , est , à peu de choses près , la méthode de fabrication 
moderne. Nous l'analysons d'après cet auteur. 

Théophile demande trois fours inégalement chauffés : le fourneau 

de fusion , celui de dilatation , celui de refroidissement. Dans le 

premier une partie de sable de rivière (silice et alumine) mêlée 

avec deux parties de cendres de bois de hêtre ( potasse ) soumises 

à un travail de mixtion , demeure sous l'influence d'une température 

élevée pendant vingt-quatre heures. La matière est ensuite mise en 

fusion dans des vases d'argile. Cueillie par parties au moyen d'un 

tube, sous le souffle du verrier elle s'alonge en tubes. Au moyen 

d'un fer rouge le verrier y pratique une fente longitudinale , qui 

4)ermet de l'ouvrir et de l'étendre en plaques sous l'influence de la 

chaleur dans le fourneau de dilatation. Ces plaques , transportées 

ensuite dans un four médiocrement chauffé , peuvent se refroidir 

sans qu'on ait à craindre de les voir se briser par suite d'un 

changement trop brusque de temp4rature (1). 

Changez dans vos dosages les proportions de la silice, de la 
potasse et de l'alumine ; construisez vos fourneaux avec plus 
d'économie en les^ alimentant par la flamme du même foyer ; donnez 
à vos ouvriers un tour de main plus habile, vous aurez ainsi 
accompli le seul progrès conquis en six siècles. Ici Théophile va 
nous faire défaut. La première époque, avons-nous dit, usait 
habituellement du verre teinté dans la masse, et, pour l'obtenir, 
Théophile semble compter sur les succès empiriques du hasard et 



(1) Théophile ^ in divers, artium Schedula, 1. II , c. I , II et s. 



92 APPENDICE SUR LES PROCÉDÉS 

sur remploi des restes de mosalques^romaines. Cependant Tiinmense 
fabrication de vitraux en couleur au xii* siècle et au xiii' réclamait 
remploi plus actif de moyens de coloration moins douteux. 
L'analyse chimique des anciens verres teintés établit en effet que 
les premiers verriers , comme nos premiers émailleurs en métaux , 
connurent remploi des oxydes métalliques. Dans les anciens 
vitraux, comme dans Torfévrerie émaillée du même temps, se 
trouvent le rouge, le bleu, le jaune , le vert, le blanc, le violet. 
Pour obtenir ces couleurs il leur avait suffi d'ajouter à la pâte* 
d'émail ou à la pâte vitreuse de petites quantités d'oxydes métal- 
liques. 

Le verre ou émail blanc a été obtenu au moyen de l'étain ; 

Le bleu , par le cobalt ; 

Le vert, parle cuivre|; 

Le rouge , par un mélange de cuivre, de fer et de manganèse; 

Le violet , par le manganèse ; 

Le jaune , par l'antimoine. 

Toutes ces substances, avant d'être mêlées à la pâte vitreuse, 
étaient au préalable réduites à l'état d'oxydes au moyen de la 
combustion. Une trè&-petite quantité mêlée à la pâte suffisait pour 
colorer le pot tout entier. 

Notre atelier est donc muni de feuilles de verre teintées de 
diverses nuances. Théophile va nous apprendre leur emploi : nous 
suivons son texte pas à pas en l'accompagnant d'un commentaire que 
son laconisme rend doublement nécessaire. Apprenons d'abord la 
composition des fenêtres : 

« Lorsque vous voudrez composer des fenêtres de verre , faites 
une table de bois unie , assez longue et assez large pour que vous 
puissiez y travailler deux panneaux de chaque fenêtre ; prenant de 
la craiej, et la raclant avec un couteau par toute la table , aspergez 
d'eau partout et frottez avec un linge. Quand cela sera sec , prenez 
mesure de la longueur et de la largeur du panneau de la fenêtre ; 
marquez-la sur la table|, à la règle et au compas , avec du plomb 
ou de l'étain. Si vous voulez y faire une bordure, tracez-la avec la 
largeur et l'ornement que vous jugerez convenables. Cela fait, 
tracez les images en aussi grand nombre que vous voudrez, d'abord 
avec du plomb ou de l'étain , ensuite avec de la couleur rouge ou de 
la noirej, faisant tous les traits avec soin ; car il faudra , lorsque 
vous aurez peint le verre , faire rencontrer les ombres et la lumière 
selon le plan de la table. Disposant les différentes draperies, 
marquez la couleur de chacune à sa place , et toute autre chose 



DE PEINTURE SUR VERRE. 93 

que vous vous proposez de peindre ; indiquez-^n la couleur^par une 
lettre. Après cela , prenant un petit vase de plomb , et y mettant de 
la craie broyée dans de Teau , faites-vous deux ou trois pinceaux de 
poil ; savoir : de queue de martre , ou de vair, ou d'écureuil , ou de 
chat , ou de crinière d^âne ; prenez un morceau de verre , de Tespèce 
que vous voudrez, plus grand partout que l'espace qu'il doit occuper, 
le plaçant à plat sur cet espace. Alors , comme vous verrez les traits 
sur la table à travers le verre , tracez y ainsi avec de la craie les 
traits extérieurs seulement ; et , si le verre est opaque (4 ) au point 
que vous ne puissiez apercevoir à travers les traits qui sont sur la 
table , prenant du verre blanc , tracez-les dessus ; quand il sera sec , 
appliquez le verre épais contre le blanc , et , élevant à la lumière , 
calquez-les comme vous les verrez. Vous marquerez de même tous 
les genres de verre , soit pour les figures , soit pour les draperies , 
les mains , les pieds , la bordure , ou tout ce que vous voudrez 
colorier (2) ». 

Ce passage nous révèle donc la distribution du verre teint qui 
devait composer le vitrail. Malgré le laconisme de Théophile , il est 
certain que les verriei's de la première époque ne se contestaient 
pas de tracer sur une table des linéaments légers , destinés à être 
effacés après l'exécution du vitrail. Ils en conservaient encore des 
modèles sur parchemin fou sur papier dans la grandeur de 
l'exécution. Quoique Théophile se taise sur ce point , l'existence de 
ces cartons est prouvée par les vitraux nombreux et identiquement 
semblables de sujet , de couleur, d'exécution , qui , avant la révolu- 
tion , décoraient les cathédrales , fort distantes , de Tours , de 
Chartres, de Rouen , de Bourges et de Limoges (3). 

Le choix du verre et ses différentes dimensions étant fixés, 
restait à le distribuer en fragments selon les besoins de la composi- 
tion : « Vous ferez, dit Théophile, chauffer, au foyer le fer à 
couper. Il devra être mince partout{, mais plus gros au bout. Quand 
il sera rouge, appliquez-en le gros bout sur le verre que vous 
voudrez diviser, et bientôt apparaîtra un commencement 



(1) Le mot de Théophile que nous traduisous ainsi est densum, M. le comte de 
L'Escalopier , dans son excellente traduction , le rend par épai». Nous pensons que 
cette traduction, trop littérale , est inexacte : il s'agit ici de l'opacité causée par la 
coloration du verre teinté dans la masse. 

(2) TfltoFBiLB, ubi iupra , c. XVII. 

(3) Lbvieil , Traité de la peinture iur verre. 



• , f 



94 APPENDICE SUR LES PROCEDES 

de fêlure : si le verre résiste, humectez-le de salive avec votre 
doigt à l'endroit où vous aviez placé le fer : il se fendra aussitôt. 
Selon que vous voudrez couper, promenez le fer, et la fissure suivra. 
Toutes les parties ainsi divisées , prenez le grésoir : ce fer sera de 
la longueur d'une palme , et recourbé à chaque tête : avec lui vous 
égaliserez et joindrez tous les morceaux , chacun à sa place (1 ) ^ . 

Cette coupe périlleuse et imparfaite, ce rajustage au grésoir, 
expliquent la taille en biseau des verres de ce temps et les aspérités 
nombreuses qui en armaient les contours. Selon un perfectionnement 
postérieur à Théophile , la fêlure du verre , avant d'être déterminée 
par la chaleur d'un fer rougi , était limitée par un trait tracé à la 
pointe d'acier et préalablement mouillé. 

Le vitrail a été tracé, avec ses dimensions et ses nuances, sur 
une surface polie. Sur cette suface ont été débitées des feuilles de 
verre teintées en pâte et convenablement choisies selon les couleurs 
diverses de la composition. Mais le rapprochement de ces fragments 
ne constituerait qu'une mosaïque grossière sans détails : des têtes 
chauves dépourvues d'yeux , de nez , de bouche , d'oreilles ; des 
traits . sans saillie , des vêtements plats et sans mouvement. 
L'application d'une couleur superficielle qui rende ces détails , qui 
donne le relief, est donc nécessaire. Le même moine nous fait 
connaître la composition de cette couleur et son emploi dans les 
ornements ; il nous apprend comment elle s'applique sur le verre et 
s'y fixe au feu du fourneau : 

« Vous composerez ainsi la couleur avec laquelle vous devez 
peindre : prenez du cuivre mince battu , brûlez-le dans un petit 
vase de fer jusqu'à ce qu'il soit réduit en poudre ; puis des parcelles 
de verre vert et de saphir grec , broyés l'un après l'autre entre 
deux pierres de porphyre ; mêlez ces trois choses ensemble de 
façon que le cuivre y soit à la dose d'un tiers , le vert d'un tiers , et 
le saphir d'un tiers. Vous broierez le tout soigneusement sur la 
même pierre avec du vin ou de l'urine, et, mettant dans un 
vase de fer ou de plomb , peignez le verre en suivant scrupuleuse- 
ment les traits qui sont sur la table. Si vous voulez faire des lettres 
sur le verre , vous couvrirez entièrement les morceaux de couleur, 
et vous les tracerez avec la queue du pinceau (2). 



(4) c. XVill. 

(2) C'est encore uo des cas peu nombreui où l'excellente traduction de M. de 
L'F^alopier est inexacte à force d'être littérale. Seribens eai est traduit par voui 



DE PEINTURE SUR VERRE. 95 

» Vous pourrez faire , si vous le voulez ici , les ombres et les 
lumières des draperies , comme dans la peinture , de la manière 
suivante : après avoir fait les traits dans les draperies avec la 
couleur indiquée plus haut , étendez-la au moyen du pinceau , de 
façon que le verre devienne transparent à la partie où vous avez 
coutume de placer la lumière dans la peinture ; que le même trait 
soit léger d'i^ne part et épais de l'autre , puis plus léger encore , et 
tellement distinct qu'il semble que trois couleurs aient été 
appliquées. Vous devez observer le même procédé au*<dessous des 
sourcils, autour des yeux, des narines et du menton, autour des 
visages de jeunes gens , autour des pieds nus , des mains et des 
autres membres du corps nu. Que ce genre de peinture soit 
diversement nuancé. 

» Il faut aussi un certain ornement sur le verre , savoir dans les 
draperies , dans les sièges et dans les champs , sur le saphir, le 
vert , le blanc et le pourpre clair. Lorsque vous aurez fait les 
premières ombres dans les draperies de ce genre, et qu'elles seront 
sèches , couvrez tout ce qui reste de verre d'une couleur légère , qui 
ne soit ni aussi foncée que la seconde ombre , ni aussi claire que la 
troisième, mais qui tienne le milieu entre les deux. Cela sec, avec 
la queue du pinceau, de chaque côté de vos premières ombres, 
faites des traits fins , de sorte que , entre ces traits et les premières 
ombres de cette légère couleur, il reste des traits délicats.^ Dans le 
reste faites des cercles et des rameaux , et dedans des feuilles et des 
fleurs de la même façon que dans les lettres peintes. Pour les 
champs qui se couvrent de couleurs dans les lettres , vous devez , 
sur le verre, les peindre avec des rameaux très-délicats. Vous 
pourrez aussi introduire quelquefois dans les cercles de petits 
animaux , de petits oiseaux , des insectes et des images nues (1). » 

Il résulte de ces textes , fortifiés par l'étude des monuments , que 
les couleurs d'application transparentes ou émaux étaient alors d'un 
emploi fort rare. A peine Théophile en indique-t-il l'usage pour les 
pierreries : « Dans les figures des fenêtres, si , sur les croix , sur les 
livres ou sur les c rnements des draperies , vous voulez faire sur le 



écrirez, Théophile veut parler d'un procédé qui reçut beaucoup de développement 
dans répoque suivante, de la mise à nu du verre par l'enlèvement parcellaire de 
la couleur d'application au moyen d une pointe dure : c'est ce qui s'appelle, en 
termes d'atelier enlever en clair. 
[\) Théophile , 1 II , C. XXI. 



96 APPENDICE SUR LES PROCÉDÉS 

verre peint des pierres précieuses d'une autre couleur, sans plomb, 
par exemple des hyacinthes et des émeraudes, vous procéderez 
ainsi : quand vous aurez disposé à leur place des croix dans les 
nimbes divins, ou un livre, ou des ornements au bord des 
vêtements , les choses qui en peinture se font d'or ou d'orpin dans 
les fenêtres doivent se faire en verre jaune clair. Lorsqu'elles seront 
peintes selon les règles de l'atelier, préparez les places où vous 
voudrez poser des pierres , et , prenant des parcelles de saphir clair, 
formez-en des hyacinthes en proportion avec le nombre des places 
auxquelles vous les destinez , puis avec du verre vert des émeraudes ; 
faites en sorte qu'il y ait toujours une émeraude entre deux 
hyacinthes. Les ayant jointes et consolidées soigneusement à leurs 
places , entourez-les , au moyen du pinceau , d'une couleur épaisse 
afin que rien ne puisse couler entre deux verres (4). » Ce passage, 
le seul où figurent les émaux d'application, prouve lui-même combien 
leur emploi était restreint. Pour figurer des pierreries les verriers 
contemporains de Théophile ne reculaient pas devant l'emploi de 
fragments de verres teints, sertis dan3 une bande de plomb, malgré 
les difficultés d'un ajustage aussi minutieux. 

Nous épuiserons tout ce qu'il y a à dire sur la fabrication de cette 
époque en ajoutant qu'on savait déjà souffler le verre à deux couches , 
l'une blanche , l'autre teinte en bleu ou en rouge ; qu'on savait 
enlever une partie de la couche colorée au moyen d'agents 
mécaniques tels que le sable ou une pointe d'acier; qu'on savait 
entailler le verre , et y couler des filets de couleurs difiérentes. 
Mais ces procédés de fabrication , souvent mis en œuvre dans la 
seconde et la troisième période, ne furent qu'exceptionnellement 
employés dans la première. 

A l'école des anciens verriers nous avons donc appris à fabriquer 
le verre , à le débiter en fragments inégaux , à le teindre en pâte, 
à le colorier superficiellement. Cette dernière partie de nos procédés 
laisse seule à désirer sous le rapport de la solidité. La couche de 
couleur ainsi étendue sur le verre serait promptement altérée par 
les variations atmosphériques : la peinture d'application eût 
promptement coulé sous l'influence de la chaleur et de la pluie. 
Pour la rendre aussi durable que les couleurs incorporées par là 
fusion à la pâte vitreuse , les couleurs d'application formées d'oxydes 



(\) c. XXVIII. 



DE PEINTURE SUR VERRE. 97 

métalliques ou de verres teints , étaient , après leur application , 
soumises à un feu de fourneau qui , poussant le verre au rouge , et 
fbndant les couleurs superficielles, les incorporait, en quelque sorte, 
ou du moins les unissait étroitement au verre qu'elles recouvraient. 

Le fourneau où se faisait cette opération a reçu de la pratique 
moderne des améliorations nombreuses. Ceux qui seraient curieux 
d'étudier la construction du fourneau primitif la trouveront dans 
Théophile (1). Le même auteur va nous initier aux procédés de 
recuisson du verre peint : a Cependant faites-vous une table de 
fer à la mesure de l'intérieur du four, diminuant deux doigts sur 
la longueur et deux sur la largeur ; vous y tamiserez de la chaux 
vive sèche ou des cendres de l'épaisseur d'une paille ; vous les 
arrangerez avec un bois lisse afin qu'elles tiennent solidement. Cette 
même table aura une queue en fer pour la porter, l'introduire ou la 
retirer. Vous y placerez le verre , soigneusement peint et uni , de 
manière que sur la partie extérieure, vers la queue, soient le 
vert et le saphir ; sur la partie intérieure , le blanc , le jaune et le 
pourpre, résistant davantage au feu. Alors, introduisant les barres, 
vous mettrez la table dessus. Vous prendrez du bois de hêtre bien 
séché à la fumée ; vous allumerez dans le fourneau un feu modéré , 
ensuite plus fort , avec grande précaution. Lorsque vous verrez la 
flamme ressortir, monter des deux côtés entre le four et la table , 
et couvrir le verre en passant, comme en le léchant, jusqu'à ce qu'il 
blanchisse un peu, aussitôt ôtez le bois. Vous f^m^ez la porte du 
fourneau avec soin, ainsi que l'ouverture supérieure par où sortait 
k fumée, tadis quMl se refroidira de lui-même. La chaux et la 
cendre sur la table servent à conserver le verre , qui ne peut plus 
se briser par la chaleur et le contaet immédiat avec le fer. En retirant 
le verre essayez si vous pouvez gratter la couleur avec votre ongle. 
Si elle ne s'enlève pas , il suffît. Dans le cas contraire mettez-le cuire 
de rechef (2). » 

C'est probablement à la chaux tamisée dans ce four, autant qu'à 
Faction du temps , qu'il faut attribuer la couverte d^un gris opaque 
qui rend les anciens vitraux si harmonieux de ton et si sombres 
d'aspect. 

Le verre a été coupé selon la variété des nuances : ces fragments, 
blancs ou colorés en masse , ont reçu les couleurs d'application qui 



(1) L. II, c. XXII. 

(t) C. xxin. 



98 APPENDICE SUR LES PROCÉDÉS 

doivent y détailler les linéaments de la coniposition graphique. Le 
feu a fixé ces couleurs d'une manière désormais inaltéral)le : reste 
à juxtaposer ces fragments , à les distribuer dans un lien qui 
maintienne leur rapprochement. Dans ce but, à toutes les époques^ 
les verriers ont employé le plomb et le fer. Le fer formait de graades 
subdivisions dans la fenêtre ; le plomb reliait les verres en panneaux 
que recevait Tarmature. Débité en lames étroites, et muni, sur 
chaque, face, de deux saillies formant gouttière, le plomb 
embrassait les contours dentelés du verre, et un fqr rougi au feu, 
en soudant les solutions de continuité, le transformait en réseau à 
mailles inégales. Ici doit se placer une observation tout à l'avantage 
des verriers primitifs. Obligés de composer leurs immenses vitres.de 
fragments étroits de verre, ils avaient à craindre le défaut de 
transparence du double réseau métallique qui devait consolider 
leur verrière. Le fer et le plomb ne laissent pas passer ie rayon 
lumineux. Que faire de ces lignes noires dont Topacité devait couvrir 
le vitrail de ses mailles bizarres? Mais, sous leurs mains habiles , 
la difficulté devint un avantage, même au point de vue. de la beai^té. 
Leur verrière fut comprise comme une tapisserie à desisips 
alternatifs, sur le fond de. laquelle s'ajustaient de petits tableaux, 
symétriques de dimension, de forme générale et de^ position. Qr^oe 
à cette intelligente «distribution, l'armature se ramifiait sur çajtond 
comme un trait vigoureux. Le fer court autour de chaque pçtit 
tableau ; il suit les contours de . la mosaïque à dessins réguliers^ 
L'œil du spectateur perçoit à peine ces grandes lignes noires. qui, 
dans le vitrail, défendent de la confusion chaque groupe de rayons 
colorés. 

Un artifice analogue fait filer les plombs, autour des traits , au 
fond des plis , sur les limites de ohaque coulour. Leur ppsijtion, entre 
deux Peintes différentes les transforme en ombres , vigoureuse^, et 
l'œil le plus exercé a peine à deviner leur présence. Plus.t^rd^au 
xv^et au XVI* siècle, l'armature est pour le verrier un ojostaple 
dont il a peine à se délivrer. Quelquefois il ^'efforcera , < en d(^fi?|^9t 
à ses fers une forme arbitraire et rétrécie, de la, foire pépil^leipeat 
et coûteusement suivre les contours des personnages ; le plus souvent 
il sera réduit à l'accepter comme, une griUe.'dopt les cçn^pdrt^^nts 
carrés, visibles à: tous les yeux ,. couperont désagr^bteui^ç^t le 
vitrail sans aucune compensation. Le temps n'était plus où l'église , 
bâtie , scùlpléé , pêtHtè , soflâit tout èïîtièf e de là même intelligence ; 
où le vitrail n'était accepté que comme une décoration monumentale 
liée à un ensemble harmonieux. Les verriers des derniers t^mps 



DE PEINTURE SUR VERRE. 99 

n^étaient plus que des peintres sur verre, avides d'effets fins et 
légers. Qui accepterait pour un tableau la protection d'une grille 
rivée et scellée au devant? 

Théophile nous apprend que le plomb destiné aux vitraux se 
jetait dans un moule de bois ou de fer dont il donne la forme (1). 
Cette exécution du plomb ancien à la fonte explique son épaisseyr, 
et partant sa solidité et sa durée. Le. même auteur donne plus 
loin (2) tous les détails de la mise en plomb : il est curieux de 
reconnaître que , h six siècles de distance , elle n'a pas subi de 
notables changement3. Les vitriers de nos jours ajustent leurs verres 
sur la même table à surface unie ; ils les maintiennent provisoire- 
ment en place au moyen des mêmes clous à têtes recourbées ; ils 
soudent leurs plombs avec le même étain et la même cire, mis en 
fusion par un fer mince, alpngé, et muni, comme celui de 
Théophile , d'une tête grosse^et ronde. 

II. 

L^aii; d'étendre le verre en grandes plaques à surface unie , sans 
aspérités et sans souflQures, fait de notables progrès au xiv* siècle. 
Au xn* siècle la plus grande dimension des verres n'excédait pas 
quinze centimètres ; et , sur les vitraux du xiv* siècle de la cathédrale 
de Limoges , nous avons mesuré des têtes colossales peintes sur une 
seule pièce de verre dont la dimension en longueur dépasse trente 
centimètres. Ne nous hâtons pas de saluer comme un progrès cette 
exécution plus habile. Il semble que, par une compensation 
providentielle , le métier ne se soit développé qu'aux dépens de l'art 
et de la solidité. Ainsi les grandes pièces de verre du xiv* siècle 
perdent en épaisseur et en éclat ce qu'elles gagnent en étendue. 

Le XIV* siècle et surtout le xv* font , dans le champ des procédés , 
des conquêtes marquées au même caractère. La plupart du temps 
la première époque employait, même pour les détails, des verres 
teints dans la masse. On sait que, grâce à leur mélange intime avec 
la pâte vitrifiée , les oxydes colorants arrivent h un état de sub- 
division moléculaire qui leur fait perdre leur aspect terreux. Quant 
aux couleurs d'application , le xiV siècle et le xnr les employèrent 
avec sobriété pour le modelé et le détail des vêtements et des figures ; 



{\) G. XXIV, XXV et XXVI. 
{t) G. XXVII. 



400 APPENDICE SUR LES PROCÉDÉS 

et encore , dans la main des verriers de cette époque , se réduisirent- 
elles à n^étre mises en œuvre que comme les linéaments , les traits 
vigoureux d^une peinture de décoration. Le nombre de ces couleurs 
fut d'ailleurs très-restreint : habituellement il se réduisait à deux 
teintes , Tune noire , Vautre bistrée. 

Au XIV* siècle le désir de peindre fit imaginer d'appliquer à la 
surface du verre les oxydes colorants , et de les fixer par la recuisson. 
Le travail du pinceau, en devenant ainsi plus large, plus facile, 
permettait de diminuer les détails de la composition , de supprimer 
les fonds mosaïques, de réduire dans les mêmes proportions le 
travail de coupe du verre et de mise en plomb. Mais ces couleurs 
d'application sont opaques : elles ne doivent leur transparence qu'au 
peu d'épaisseur de la couche colorante , et même, dans ce cas, elles 
ont un aspect gris , un ton terreux de plus en plus apparent , selon 
l'intensité du rayon lumineux. L'emploi des verres teints était donc 
toujours nécessaire : de là l'impossibilité de rapprocher sur le même 
verre des couleurs vives , franches , d'un ton différent. 

On imagina donc d'agrandir l'emploi du procédé indiqué par 
Théophile pour l'exécution des pierreries (1 ) *, on mêla aux oxydes 
colorants un fondant vitrifiable, qui, leur communiquant sa 
translucidité, donnait aux couleurs d'application un ton de verre 
semblable à celui des verres teints : c'est ce qu'on appelle les émaux 
colorants. Divers auteurs ont fait honneur au xy* siècle de cette 
découverte : c'est une erreur manifeste : ce procédé était connu de 
Théophile à la fin du xii* siècle. Le xv*' siècle ne peut que 
réclamer l'extension donnée à son emploi. Au xiv* siècle nous 
retrouvons les émaux sur les petits vitraux d'Augne , où ils figurent 
les pavés d'une salle à dalles émaillées. Nous les retrouvons encore 
sur les grands vitraux de la cathédrale de Limoges.- 

Théophile serait-il muet sur ce point , tous les vitraux auraient- 
ils été réduits en poudre , on pourrait encore décider à priori que, 
au XIV- siècle , les verrières reçurent des émaux d'application. Que 
se passait-il alors dans la peinture en émail pratiquée en Limousin ? 
Après avoir composé leurs images d'émaux incrustés dont les teintes 
juxtaposées étaient circonvenues de filets métalliques, les émailieurs 
abandonnant cette manière si semblable à la mosaïque 



(\) Cs. Théophile, c. XXI, de Ornatu picturje m vitro: Eodem modo facie» 
campos ex albo claritiimo , cuju» eampi imagines vestie$ eum saphiro , viridi , 
purpura et rubicundo. — Cs. encore le c. XXVUI, deGemhis picto vitro impokendis. 



DE PEINTURE SUR VERRE. 401 

commencèrent , au xiy« siècle , à supprimer le trait ^ et à mêler les 
teintes séparées auparavant. D'autres progrès apparents suivirent 
de près celui-ci. L'émail ne se coula plus : il s'étendit hardiment 
comme une couleur ; enfin de véritables tableaux sur cuivre se 
produisirent à la même époque. Ges tableaux différaient peu des 
vitraux contemporains. Sur les vitraux comme sur les émaux les 
couleurs se composent , s'étendent et se fixent de la môme manière ; 
c'est la même substance mise semblablement en œuvre ; les procédés 
de peinture et de recuisson sont identiques : on peut dire que les 
vitraux sont des peintures en émail appliquées sur verre, et 
que les émaux sont des peintures en verre appliquées sur métal. 
L'excipient, verre d'une part, métal de l'autre, constitue la seule 
différence. 

Sous le rapport de la technique, les vitraux du Limousin sont 
donc en avant sur tous les vitraux contemporains. Leur étude nous 
fait encore découvrir une des plus heureuses conquêtes chimiques du 
moyen âge. Au xn* siècle le jaune s'obtenait au moyen de l'anti- 
moine. L'emploi de cette substance ne produisait qu'une teinte 
inégale et brouillée. Les verriers limousins eurent l'heureuse idée 
d'y substituer l'oxyde d'argent. Mêlé à la pâte, ou employé comme 
couleur d'application, cet oxyde donne un résultat identique : il 
pénètre dans le verre, et le revêt d'une couleur jaune d'or 
lumineuse , vive , brillante , sans laisser de croûte à la surface ; le 
verre, en un mot, est teint par ce procédé comme une étoffe de laine 
l'est par un acide, par pénétration., par imbibition, sans que la 
substance colorante laisse une couche superficielle. Nous avons cru 
reconnaître un jaune de même nature dans les émaux de plusieurs 
châsses limousines. 

Parmi les couleurs d'application, l'oxyde d'argent presque seul 
jouit de la propriété de colorier sans empâtement. Là était une 
tentation à laquelle succombèrent bientôt les verriers. Séduits par 
la teinte vive et brillante de ce jaune, ils l'employèrent sans 
modération dans leurs cadres d'architecture , sur les mille broderies 
de leurs personnages, et ils ouvrirent ainsi un large passage à mille 
ravons éblouissants. 

Les mêmes besoins d'ajustage élégant, la même recherche de 
détails finement rendus, développèrent, au xV siècle , des procédés 
imaginés, mais rarement mis en œuvre, dans l'époque antérieure. 
A ce titne leur description appartient à cette seconde division de nos 
recherches. 

Déjà le verre se soufflait en feuilles à deux couches. Tune éjwissc 



<02 APPENDICE SUR LES PROCEDES 

et sans couleur, Vautre plus mince et teinte en bleu ou en rouge. 
Cette seconde couche fut attaquée au moyen du fer, du sable , ou 
d'une pierre à grains fins* et poreux. En l'enlevant péniblement par 
parties on réussissait à rapprocher sur le même verre les teintes 
bleue ou rouge d'une teinte incolore. Ce n'était pas assez : d'autres 
couleurs pouvaient être appliquées sur la partie blanche de la feuille 
de verre , et augmenter ainsi le nombre des teintes dont disposait le 
peintre verrier. Ainsi un écusson armorié provenant d'Aymoutiers, 
que nous devons à la bienveillance de M. Maurice Ardant , perte d'or 
à trois lions passants de gueule , armés et lampassés de sable. Sur le 
verre, épais de quatre millimètres, un travail pénible a enlevé par 
places la couche rouge. Seule la partie figurant les lions a été 
réservée : on a eu , par ce travail de manœuvre , trois lions rouges 
sur fond incolore. Mais la silhouette de ces lions, grossièrement 
découpée , aurait manqué de poils , de griffes et de traits. Le pinceau 
est venu au secours du burin. La partie blanche de l'écu a reçu un 
oxyde d'argent qui l'a teintée en or, et , au revers de la saillie rouge 
figurant les lions , un oxyde de fer finement appliqué les a armés , 
vêtus et délicatement profilés. Notons que, pour empêcher la 
pénétration d'une couleur sur l'autre, les verriers, lorsqu'ils 
voulaient disposer deux teintes sur le même verre, les plaçaient 
habituellement sur les faces opposées , et les empêchaient ainsi de 
se mêler à leur point de contact. On peut trouver ingénieuses ces 
pratiques d'une technique plus avancée ; mais la chimie moderne 
pourrait en rire : c'est un droit que les siècles se passent en 
l'usurpant tour à tour. Sans émousser les pointes de l'acier le plus 
dur, sans emploi pénible de sable et d'émeri , sans frottis laborieux 
de meule , sans chance de casse , les verriers modernes , au moyen 
du fluor, enlèvent rapidement cette couche rouge si lentement 
attaquée autrefois par la patience laborieuse de nos bons aïeux. 

m. 

La troisième époque ne fit que développer les qualités d'exécution 
que nous venons d'indiquer. Alors plus que jamais le velours étale 
ses tons doux et moelleux ; les tentures se damassent ; les étoffes 
soyeuses se brochent d'or; les vêtements se sèment de couleurs 
variées. Les applications de couleur sur couleur, la mise à nu légère 
et délicate des couleurs de fond , procurent des effets auxquels le 
pinceau, tour à tour fin ou rude, ne pourrait seul atteindre. Les 
verres se couvrent sur chaque face de deux couleurs différentes. Sur 



DE PEINTURE SUR VERRE. A 03 

les parties vivemeni éclairées ou fortement ombrées une de ces 
-couleurs passe , au profit de l^autre , à une nuance plus légère ou {^us 
vigoureuse. La lumière , en traversant le verro , fond et unit ces deux: 
teintes , et produit , selon ràdbileté du peintre , les effets les plus 
pi(|uants et les plus vigoureux. Ainsi un verre blanc reçoit , sur une 
face, une couleur jaune; sur Tautre, une couleur bleue. Les deu^ 
rayons bleu et jaune s'unissent et se mêlent avant d'arriver à Tœil du 
spectateur, et ce dernier ne perçoit qu^une teinte verte; mais 
l'inégale intensité de la couche verte ou bleue , habilement répartie 
par le pkioeau , donne aux lumières xin ton qui se rapproche du 
jaune ; aux ombres , un ton voism du bleu. 

€es délicatesses d'exécution tendaient h rendre le vitrail rival des 
tableaux ordinaires. Elles devaient donc lui donner un prix plus 
élevé, grâce aux dépenses et aiex difficultés d'exécution que ne 
connaît pas la peinture sur toile. Les églises pauvres , les maisons 
les plus modestes , ne pouvaient désormais s'enrichir d'œuvres dont 
'Pa^quisition était au-dessus de leurs ressources. 

A cette élévation du prix des vitraux correspondait le développe- 
ment d'un goût nouveau , qui devait bientôt contribuer à rendre cet 
art impopulaire. Le sens catholique allait en s'amoindrissant. Chaque 
jour nous venait de la terre étrangère une esthétique empruntée à 
l'antiquité palfenne. Selon l'idéal chrétien, tel qu'il fut pratiqué par 
le moyen âge, les» formes dans l'art ne doivent être reproduites que 
comme traduction de sentiments. Une impression extérieure ne doit 
atteindre les sens que pour s'élever de là à la région supérieure 
qu'habite l'esprit. A la renaissance, la beauté des formes, la vérité 
du nu , gagnent peu à peu les préférences des artistes : ces qualités, 
dans lesquelles les Grecs seront toujours nos maîtres , ne pouvaient 
s'acquérir qu'aux dépens de l'expression. 

Le jour adouci des églises gothiques, ces impressions mystiques, 
ce recueillement que produisent • dans les âmes l'élan de l'architeo- 
ture et la lumière doucement colorée des vitraux, ne pouvaient 
convenir à ces artistes italiens par le cœur et par l'éducation. Les 
vitraux en grisaille succédèrent donc bientôt aux vitraux en couleur, 
lis avaient l'avantage d'être d'une exécution rapide et peu coûteuse. 
Une seule teinte d'application facile , rehaussée çà et là de jaune 
d'argent, servit à dessiner des figures et des ornements. La grisaille 
avait encore l'avantage de laisser passer un jour abondant , et cette 
époque , selon un mot bien connu , voulait voir et être vue. 

L'esprit français pousse toute doctrine , fausse ou vraie , à ses 
dernières conséquences; il ne s'arrêta pas sur cette pente : la 



404 APPENDIDË SUR LES PROCÈDES 

grisaille, Les entrelacs de coulear, disparurent à lear tour. Bientôt 
les verriers , transformés en vitriers , bornèrent toutes leurs préten- 
tions à découper le verre en triangles, en rectangles et en losanges, 
dont les combinaisons multipliées reçurent des noms bizarres. Les 
traits de plomb à lignes carrées ou rayonnantes formèrent des dessios 
symétriques et sans élégance. (V. la pi. VI.) 

Nous avons vu quelque chose de semblable , au xii* siècle , sur le 
vitrail provenant de Fabbaye de Bonlieu. Seulement, dans les temps 
primitifs, le plomb, au lieu de courir et de se briser en lignes 
droites, se recourbait pour former des enroulements souples et 
gracieux. Les deux extrêmes se touchent , et la décadence trouva le 
secret de -revenir au point de départ , et de dépasser son ignorance. 

Un auteur contemporain , Bernard Palissy , va nous apprendre dans 
quel mépris étaient tombés les produits vitrifiés et émaillés de 
Limoges vers la fin du xvi* siècle (1 580] : 

« N^est-ce pas un malheur advenu aux verriers des pays de 

Périgord, Limosin ? Auxquels pays les verres sont méchanizez en 

telle sorte quUls sont venduz et criez par les villages par ceux 
mesmesqui crient les vieux drapeaux et la vieille ferraille , tellement 
que ceux qui les font et ceux qui les vendent travaillent beaucoup 
à vivre 

» As-tu pas veu aussi les esmailleurs de Limoges ^ lesquels, par 
faute d'avoir tenu leur invention secrète , leur art est devenu si vil 
qu'il leur est diflîcile de gaigner leur vie au prix qu'ils donnent leurs 
œuvres? Je m'asseure avoir veu donner pour trois sols la douzaine 
des figures d'enseignes que l'on portoit aux bonnets, lesquelles 
enseignes estoyent si bien labourées et leurs esmaux si bien parfondus 
sur le cuivre qu'il n'y avoit nulle peinture si plaisante. Et n'est pas 
cela seulement advenu une fois, mais plus de cent mil, et non 
seulement esdites enseignes , mais aussi aux esguieres , salières et 
toutes autres espèces de vaisseaux , et autres histoires lesquelles ils 
se sont advisez défaire : chose fort à regretter (i). » 

Nous reproduisons, d'après un petit livre rare et curieux, la 
Panoplie d'Hartmén, deux vignettes sur bois représentant les ateliers 
d'un peintre sur verre et d'un vitrier au xvr siècle (2)> L'ameublement 
de ce dernier est au grand complet. 



Ç\) Bertiard Palissy, rfc VÂrt de terre, p. 307, édit. iti \% 
(2) Voy. la pi. VI. — Panoplia illiberalium ieu meehanicarum ariittm , 
Frjncofurti , ap- Sig- Car. Feyerabcnf , f 574. 



DE PEINTURE SUR VERRE. iùo 

La vignette représentant le peintre sur verre est accompagnée des 



vers suivants : 



Arte renideniês operoiui inuro eotom , 

Et vigil illuMiro vitra labore tneo, 
J^'obilis effigie dueis, historiaque vetusta 

Conspieitur nostra picta fenestra manu. 
Aafn quod imaginibue iunt tempia referta decorie ^ 

Clara nsc heroum tôt fnonumenta Jacent , 
Id mihi prœeipue laudabile duco , bonumque 

Hoc opus officii glorior etse mei. 
Quippe repreiento epeeidum vetui arma viroiqtte 

Factaque magnorum nobiliiata dueum. 



« Mon art met en fusion d'éclatantes couleurs, et les fixe sur dés 
vitres brillantes. Sous ma main une fenêtre devient un taMeau qui 
représente ou le portrait d'un guerrier célèbre , ou quelque antique 
légende. Si nos temples sont remplis de tant d'illustres images; si les 
hauts faits de tant de héros ne restent pas ensevelis avec eux dans la 
poussière du tombeau^ c'est à moi qu'il faut en rendre grâce : c'est 
là le noble et beau résultat de mes travaux. Par mes soins les armes 
des guerriers et leurs exploits apparaissent comme dans un miroir i^. 

Aucun écrit des émailleurs et des verriers limousins n'est venn 
jusqu'à nous. On s'étonnerait à bon droit de voir une école si féconde 
en œuvres être si pauvre en traditions écrites si l'on ne savait que, 
dans les arts, les méthodes et les procédés se lèguent de vive voix 
jusqu'au jour de la décadence. Le babil exclut l'action, et l'inspiration 
fait défaut aux époques savantes (1 ). 

A grand'peine et comme par hasard avons-nous réussi à rencontrer 
deux feuillets qui ont dû faire partie d'uu traité plus complet, 
embrassant la technique des verriers. Malheureusement l'écriture et 
le style prouvent que ces quatre petites pages sont du xvi* siècle. 
Nous publions la partie la plus neuve avec un bref commentaire, 
destiné à éclairer la technologie en usage à la renaissance. Nous ne 
conservons que l'orthographe des mots peu usités : 



(\) Li publicatiou du traité de Théopbtle semble contredire ces asserUons; mais 
cet auteur écrivait à une époque de transition , A la fin du xue siècle, et le laoooisme 
de ses descriptions suppose un enseignement complémentaire oral et pratique. 



406 APPENDICE SUR LES PROCÉDÉS 

« Pour faire mires en griset (4 }. 

» Et si veux faire vitres de griset plaisantes pour clarté , lesquelles 
portant personnages , portraits , portiques et fleuronnie (2), se placent 
es temples et riches logis , deux teintiirés (3) te sont nécessaires. 

» De la commune couleur des griset. 

» Premièrement prends rocaille (4) deux parts (5) , sablon blanc 
une part, périgord (6) une part, paillettes de fer (7) une part, 
œs ustum (8) une part. Toutes choses bien broyées, tu mêleras 
selon Thabitude, et t^en serviras selon le besoin. Et , si tu veux plus 
clair et roux, mettras davantage rocaille et périgOTd, diminuant 
d'autre part. 

» Pour calciner P argent fin, 

» Pour égayer ton griset, tu doreras bordures, manteaux et 
orfrois dès personnages en appliquant argent brûlé , et , cet argent, 
tu le calcineras desfaçons suivantes selon ton choix : 

« Prends et bats argent fin (9) jusqu'à ce qu'il soit mince comme 
parchemin', et puis le taille en copeaux subtils et menus, sauf 
quelques piécettes grandes comme un écu. Prends creuset de terre ; 
dispose au fond un lit de sel ordinaire , bien grugé (40). Sur icelle 
couche étends tes copeaux d'argent ; recouvre de sel et d'argent 
jusqu'à cinq fois s'il te plait. 



(4) Grisaille. 

[%) Pour fleurounerie : arabesques , rinceaux d'oroements et de fleurs. 

(!)) Teintes, couleurs. 

(4) Uo traité de la peinture sur verre, rédigé au xviie siècle, publié et analysé 
récemmeat par M. Lecoiotre-Dupont ( Bulletin de la Soc. des Aniiq. de VOueti ^ 
p. 'SSI. 4846) , définit ainsi la rocaille : La rocaille , qui n'eU autre chose que ces 
petits grains ronds, verts et jaunes que vendent les merciers. D'autres verriers 
désignaient ainsi des débris de vieux verre blanc. Pour le texte présent nous ùous 
rangeons à leur avis. 

(5) Notre auteur ne dit pas s'il s'agit du poids ou de l'étendue. 

(6) Manganèse. 

(7) Peroxyde qui se détache , ù la forge, du fer incandescent. 
(8j Cuivre oxydé. 

(9) Sans alliage. 
(40) Écrasé, broyé.. 



DE PEINTURE SUR VERRE. 1 07 

Lute ensuite , et couvre proprement ton creuset , sauf en un point 
auquel mettras conduite longue et étroite. Puis dispose à Tentour 
charbons ardents , que tu entretieiHlras et remplaceras quatre heures 
durant ; et , quand sera refroidi , si tu trouves que Uargent soit devenu 
si fragile et cassant plus que verre, tu auras réussi; sinon 
recommence jusqu'à réussite. . 

• » Si tu veux , tu pourras prendre talc ou soufre , et faire de même. 
Ton argent ainsi calciné, tu le laveras en coulant avec soin dans un 
feutre pour qu'il ne s'en perde. Ensuite tu le broieras et appliqueras 
selon l'usage. 

» Et , pour égayer davantage , tu disposeras autour du champ (de 
la vitre) et es coins moins voyants , verres alternants saphirins et 
pourpres ; avec un. cuivre ajusté pour abréger, tu traceras dans la 
conduite des creux (du cuivre) ornements et rinceaux- comme 
jaillissant de Vdses, et se reliant ou bien formant couronne et 
bouquets enlacés. » 

Nous nous bornons à la transcnription de ce passage : aussi bien le 
reste ne nous apprendrait rien qui ne soit fort connu. Les autres 
recettes que nous publions sont aussi peu intéressantes. Un seul fait 
neuf et curieux est produit par cette page. A la vue des mêmes 
ornements répétés sur des verres de couleurs différentes, nous avions 
soupçonné que le trait si coulant et si pur des ornements de cette 
époque peints sur les vitraux était dû trop souvent à un procédé 
mécanique. La publication de ce fragment ne peut laisser de doute à 
cet égard : il restera prouvé que les verriers du xvi* siècle employaient 
des cuivres découpés appliqués sur le verre pour y tracer des 
ornements au moyen d'une brosse. La renaissance était accusée 
d'avoir introduit le métier dans l'art 1 Voici sa condamnation écrite 
et signée de sa propre main I 



108 



APPENDICE SUR LES PROCÉDÉS 



(G(DÏÏ(GM§]I(Dïïo 

Quelle est l'origine de Fart merveilleux dont nous venons de 
suivre rapidement la marche et les progrès en faisant la description 
des vitraux d'une province? En quel pays a été inventée la peinture 
sur verre? Quelle nation peut en revendiquer la gloire? 

Le tableau comparatif et rétrograde des procédés de la peinture en 
émail et de la peinture sur verre pourra être de quelque utilité dans 
cette recherche. 



Aiff^vZo 



XVin« ET XVII* SIÈCLE. 



mLWEAXf^, 



Les émaiB (Terres eolorés an nMyen des Joxydes 
nétalliqiies) soat appliqués sur fond d'émail blanc , 
et fixés an fe« de moufle. Les émailleiirs de ee 
siècle et da siède soiYant font usage de teintes 
nuaneées beaucoup plus que de teintes franches. 

Les émalDeurs de Limoges sont en mteie temps 
peintres rar verre. 



Les vitraux sont formés habluiellenicnt de Terras 
incolores peints au moyen d'émaux de couleurs, 
fixées au feu de moufle. Les Terriers de ee siècle et 
du siècle suiTsnt font usage de teintes nuancée» 
beaucoup plus que de teintes franches. 

Les peintres sur Terre de Limoges sont en même- 
temps peintres en émail. 



X?l» SIECLE. 



Les émaox ou Terres eolorés sont appliqués par 
tdintes franches et par teintes superposées. Des 
émaux transparents placés l'un sur l'autre forment 
des glads. Les émaux peints en grisaille sont 
très-nombrenx. 

Les émailleurs de Limoges sont en même temps 
peintres sur Terre. 



Les vitraux sont formés de Terres teints en p&le 
et de Terres peints rapinrochés dans la même vitre. 
Des émaux transparents placés sur chaque face du. 
Terre forment des glacis. Les Titcanx peints en 
grisaille sont fort nombreux. 

Les peintres sur Terre de Limoges sont en même 
temps peintres en émail. 



XV< ET X1V« SIECLE. 

Les émanz sent formés par un mélange de pein- Les Titranx se composent de verres teints et de 

turc et d'émail simplement coulé. On y trouve la verres peints. On trouve dans les vitraux de Limogea 
couleur jaune obtenue au moyen de l'oxyde d'argent. le jaune obtenu au moyen de l'oxyde d'argent. 

Xllle SIÈCLE. 



Les éman sont des mosaïque» dont les diffé- 
rentes teintes obtenues par le coulage et sans travail 
de pinceau sont juxtaposées , et limitées par une 
petite bande de métal. Les couleurs sont franches 
et sans nuances. Le Men domine dans les fonds. — 
Les sujets figurés en émail ressemblent , par leur 
disposition, par leur agencement , par le dessin , le 
style et les détails, aux sujets figurés sur les vitraux. 



Les vitraux sont formés de petites pièces de Terre 
diversement teintées en masse , liées et rapprodiées 
par une bande de plomb et d'étain. Comme sur les 
émaux, les couleurs sont d'un ton franc et vigoureux. 
Le bleu domine dans les fonds. Les sujets figurés 
en verres de couleur ressemblent, par leur agence- 
ment, par le dessin, le style et les détails , aux 
sujets figurés sur les vitraux. 



Les émaux limousins abondent. 



XII- SIECLE. 

Les vitraux sont rares : on cite parmi les plus 
remarquables ceux dont l'abbé Suger embellit l'église 
de Saint-Denis vers 1149. 

Le plus ancien vitrail de cette époque a été trouvé 
dans une abbaye du Limousin : tout prouve qu'il 
est antérieur & l'an 1 1 41. 



DE PEINTURE SUR VERRE. • 409 

XI« SIÈCLE. 

La vHle de Lioioges avait d«s émailleun dès On n*a que des rcnseignemenls écrits et fort 

Tipoque la plus reculée des temps modernes. vagnes sur les vitraux antérieurs au xii' siède. 

Étaient-Us de siai|des vitrés en «ouleur ? Étaic«fr4Is 
dAcorës d'ornements et de figures ? On est réduit, 
sur ces deux points , à des conjectures appujées sur 
des textes olMeon. 

L'art de peindre en émail et celui de peindre sur verre sont deux 
arts fraternels, identiques dans leurs matériaux et dans leurs 
procédés. 

L'art de faire des représentations opaques en verres colorés sur 
métal est antérieur à Tart de faire des représentations translucides 
en verres teints ou peints. 

Les émaux sont antérieurs aux vitraux. 

L'art moderne est né de l'art ancien. 

À chaque siècle Famélioration ou le changement des procédés de 
peinture en émail des Limousins est accompagné ou suivi d'un 
changement semblable dans les procédés de peinture sur verre. 

Donc la peinture sur verre a emprunté ses procédés à l'ari plus 
ancien des émaiUeurs. 

Donc les vitraux sont nés des émaux. 

Limoges est la ville d'Europe où , au moyen âge, l'on a exécuté les 
plus anciens, les plus nombreux, les plus beaux émaux. Seule, cette 
ville a possédé une école permanente de maîtres qui^ à toutes 
les époques, ont pratiqué cet art concurremment avec celui de la 
peinture sur verre. 

Les vitraux sont nés des émaux. 

Donc la peinture sur verre a été inventée à Limoges. 

L'étude de l'histoire n'est pas défavorable à cette conclusion. 

Un auteur de la fin du xir siècle , écrivant une sorte de technologie 
des arts pratiqués par chaque nation , attribue aux Français , très- 
habiles dans ce travail, une sorte de possession exclusive de l'art de 
la peinture sur verre (4 ). 

D'autre part, vers le même temps, Suger, voulant décorer son 
église de St-Denis de vitraux en couleur, est obligé d'avoir recours à 
l'habileté de maîtres éloignés, étrangers à sa province (2), 

■ ' ■ ■ ■ ' ' I I M I I I I ■■! Il , . ,— a 

[\) nUe inventes.... quidquid in fenesirarum pretiosa varietaie diligil 
Franeieu Théopb. , in divers, Artium Sched^ , Prolog. — Franci in hœ opère 
peritissimi. Id. , 1 . II » c. XIL 

(2) Nous avons cité le teite : pour bien le comprendre il faut avoir présentes les 
divisions géographiques de la France féodale. 



k\Q APPENDICE SUR LES PROCÉDÉS 

Donc , à ne consulter que ces textes , la peinture sur verre est née 
en France , hors du rayon d'action de Paris. 

Nous ayons eu le bonheur de voir nos conclusions adoptées par un 
grand nombre d'esprits distingués fort compétents en ces matières, 
notamment par feu M. du Sommerard, et nous n'avons recueilli 
qu'une objection sérieuse. Nous en devons communication à la 
bienveillance de M. Â. Leprévost, membre de l'Académie des Belles- 
Lettres, et de M. Didron, secrétaire du Comité des Arts. Ces deux 
savants ont vu, à Saint-Cunibert de Cologne, des vitraux dont 
l'ornementation peinte semblerait attester une date antérieure aux 
plus anciens vitraux de France. Mais la dimension extraofdinaire des 
verres teints dont sont composées ces fenêtres n'infîrmerait-elle pas 
l'induction tirée du caractère de l'ornementation? II nous resterait 
d'ailleurs là ressource d'attribuer ces vitraux à un verrier venu de 
Limoges. Au xii* siècle nous avons fourni des émailieurs à 
l'Allemagne : pourquoi ne lui aurions-nous pas prêté un verrier? 

Au terme de cette excursioii lointaine dans le domaine de Fart 
français, qu'il nous soit permis de jeter un regard en arrière , et de 
renouveler notre courage à la vue du sentier parcouru. N'eussions- 
nous ajouté qu'un caillou poli à la couronne artistique dont se pare 
notre patrie , ce serait assez pour nous animer à des recherches 
nouvelles , et entretenir une affection qui porte avec elle sa récom- 
pense. Quoi qu'il en soit de ces recherches et de ces études , dont 
nous avouons toute l'insuffisance , un fait les domine , et leur survivra. 
Il demeurera établi qu'une ville obscure, livrée à ses seules forces, a, 
pendant de longs siècles , tenu d'une main ferme le sceptre des arts ; 
qu'une école triplement puissante d'orfèvres, d'éraailleurs et de 
peintres sur verre y a fleuri, s'y est développée sous l'influence 
chrétienne , à travers les vicissitudes et les périls de la formation des 
sociétés modéthes. . 

La chaîne de ces traditions glorieuses va-t-elle se briser? L'orfé- 
Vrerie a choisi Paris pour dernier asile; l'art des émailieurs' est 
abandonné ; la peinture sur verre fleurit en d'autres lieux en défiant 
toute concurrence. Le Limousin ne doit-il désormais léguer à 
Favenir que les succès douteux de son négoce et de ses poteries? 

Nous avons une espérance meilleure. Grâce au dévouement des 
hommes d'intelligence, le goût des arts se répandra de plus en plus 
à Limoges : nos églises, ces véritables musées populaires , s'enrichi- 
ront d'œuvres intéressantes ; un asile modeste va s'ouvrir aux débris 
sauvés de Fart limousin; un enseignement gratuit propagera la 
connaissance et la pratique des arts. 



DE PEINTURE SUR VERRE. i 1 i 

Modeleurs, peintres, fabricants de porcelaine, si nombreux à 
Limoges, c'est h vous de relever la gloire de notre commune patrie. 
Vos travaux appartiennent à la fois à la peinture et à la sculpture , 
et ces deux sœurs, unies, peuvent s'y prêter un mutuel secours. 

Vous disposez d'une matière souple comme la cire, blanche et 
dure à l'égal du marbre le plus beau. Vos peintures traverseront les 
âges, brillantes, inaltérables comme les anciens émaux. Le monde des 
arts, l'Europe entière appréciait l'émail de Limoges. Dans la 
pensée générale ce nom désignait des peintures éclatantes , belles 
par le dessin comme par la couleur ; des travaux variés , marqués 
d'un cachet particulier d'originalité ; des œuvres populaires distri- 
buant un enseignement plein de moralité , dominant la mode au lieu 
de se traîner à sa suite. 

Que vos œuvres futures, empreintes du même caractère, aient 
tme réputation qui les distingue dans la foule des productions 
modernes. L'Europe entière disait émail de Limoges : qu'on dise un 
jour, au même titre, porcelaine de Limoges! A quel cœur limousin 
ne sourit pas cette espérance! 




TABLE DES MATIÈRES. 



Page 

Utilité de V<^tude des vitraux \ 

Ses sources .^ 2 

Ênuinération des principaui vitraux décrits daus ce travail 2 

Méthode historique du sujet 4 

Triple divisiou de ces recherches , correspoo^aot à trois fuéU^odiets «t à trei^ 

époques différentes $ 

PREMlÈfiE PARTIE. 

XAV et «ir SIÈGIifi. 

Caractères de la fabricatioD et du styje «les vitraux de ce temps 6 

Vitraux 4le Graudmeut tO 

— de fioolieu <0 

Sujets traités sur les vitraux i% 

Valeur poétique et historique des légendes 13 

Légende de saint Psalmodius .> 14 

Vitraux théologiques. 18 

Composition graphique et artistique des vitraux 23 

Les vitraux du xu' et du xni' siècle comparés aux émaux du même temps. ... 26 

DEUXIÈKE PARTIE. 

xiy' sitCLs. 

Valeur des méthodes de classification 26 

Style et composition des vitraux du xiv' siècle. 27 

Description de la cathédrale de Limoges au xvii* siècle. 28 

Èoumération et description des vitraux conservés dans cette églisa 30 

Pfocédés d'exécution de ces vitcaux .97 

l^ute valeur de ceux de Limoges sousx^ rapport 38 

Décadence du styleet progrès de l'axéaitiofi 39 

Vitraux de M. l'abbé Féret 39 



1 \ 4 TABLE DES MATIÈRES. 



XV* SIÈCLE. 

Page 

Pourquoi les vitraui postérieurs au iiv* siècle abondent en Limousin 39 

Caractères généraux de ces vitraux 40 

Vitraux d'Âugne. 4^ 

— de Saint-Michel-des-Lions. 44 

Qualités et défauts des vitraux du xv*" siècle. 49 

Vitraux de Solignac. 50 

— d'Âymoutiers. 51 

Critique des vitraux du xv« siècle 58 



TROISIÈME PARTIE. 

XVI* ET XVir SIÈCLE. 

Causes de l'invasion du style italien. 60 

Destructions opérées par les protestants 61 

Vitraux du xvie siècle de la cathédrale de Limoges 62 

Vitraux de Fursac. 65 

— de Saint-Âurélien 66 

— de Magnac-Bourg. 66 

— de Panazol 66 

— de La Borne. 67 

École de Limoges au xyi*" siècle. 68 

Noms des principaux verriers limousins de ce temps. 69 

Vitraux de La Ferté-Bernard. 70 

Vitrail détruit de Sl-Pierre. 77 

Valeur de l'argent au wi» siècle 78 

Prix du mètre carré de vitrail à cette époque. 79 

Vitraux conservés de Saint-Pierre. 80 

Vitraux civils. 81 

Forme générale de ces vitraui 82 

Vitrail satirique représentant Jeanne d'Âlbret 82 

Vitraux de la maison de Voyon 84 

Différences et caractères particuliers de la peinture sur verre et de la peinture 

ordinaire; 84 

Verriers limousins au xviie siècle 86 

Listes des peintres sur verre de Limoges 86 

APPENDICE SUR LES PROCÉDÉS. 

Pourquoi l'antiquité o^ioventa pas la peinture sur verre. 87 

Causes de cette découverte au moyeir âge. 89 

Triple division des recherches sur les procédés correspondant aux divisions 

précédentes 90 



TABLE DES MATIÈRES. 1 1 5 



I. 



Page 

Fabrications diverses du verre dans les temps les plus aucieos. 90 

Procédés de coloration du verre en pâte. 92 

Composition des vitraux. 9% 

Coupe du verre. 94 

Application de la peinture. 94 

Fixation de la peinture. 96 

Description du fourneau de recuisson 97 

Emploi de la chaux. 97 

Mise en plombs 97 

Distributions diverses de l'armature. 98 

Fabrication des plombs à vitres 99 

II. 

Progrès de la technique dans la deuxième époque. 99 

Développement de l'emploi des émaux. 100 

Comparaison des émaux et des yitraux du xiv* siècle. 401 

Découverte de la coloration en jaune par l'oxyde d'argent 401 

Emploi des verres à deux couches \Q% 

m. 

Développement de ta technfque au xvi* et au xvii* siècle 403 

Application de deux couleurs différentes sur chaque face du verre. • 403 

Causes de la multiplication des grisailles 403 

Décadence de l'art des verriers et des émailleurs de Limoges signalée par Palissy.. 404 

Ateliers d'un vitrier et d'un peintre sur verre au xvi*^ siècle. 405 

Recettes et procédés inédits pour l'exécution des grisailles au xvi' siècle. 406 

Les verriers du xvi* siècle employaient des procédés mécaniques 407 

Parallèle historique et rétroactif des émaux et des vitraux 408 

Conjectures sur l'origine de la peinture sur verre. 409 

Preuves de son invention à Limoges 440 

A nos artistes. ; 4 44 



PIaiàe,ll 




l,Vilrail de Bon- lieu, anlérienralUi. 

2, Croix de Consécration peinte à Bon-litu en ll4l, 

5, CKapileau provenant de S' Martul,(XII? Siècle.) 

4, Peinture exécutée en Il3i5. 

5, 6, 7, 8, Bordures de Vitraux du Xlil ' Siècle. , 
j[, 10 Mosaiipies i Vitraux du XII]' Siècle 



Plaiie.ll 






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I ViJna'lc u'un manuscriL du XV Siècle. 

%.%. Costumes du XV" siècle (daprèsîes Slalie^ûcU [alhedrale de "Rouen ) 



Aleliers d'un Vilrin el d'un Peii