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Full text of "Histoire de l'art depuis les premiers temps chrétiens jusqu'à nos jours"

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HISTOIRE DE L ART 



TOME DEUXIEME 



'REMTERE PARTIE 



ONT COLLABORÉ AU TOME DEUXIEME : 

l',Mii,i; lii;iiTAUx, aucicn mcmhic tic l'Ecole fiïuiiaisc de IVonie, 
piofessoiir i\ riJniversilé de Lvon. 

lli-.Niii DoLciioT, munibre de rinslitiit, 
Cdiiheivaleiir du Cabinet, des Estampes à la liibliolliè(|uc ^aliollale. 

C" Paul Duiuuku, ancien inendjre de ri'.eole française de Home, 
Conservalenr lionoiaiie au Musée du Louvre. 

Camille Emaut, ancien membre de l'Ecole française de Home, 
Dirccleur du Musée de sculpture comparée. 

.I.-J. Grnrnr.^, mendire de l'inslilul. 
Administrateur de la Manulaclure nationale des Gobelins. 

AiiTiiuR Haseloff, secrétaire de l'Institut archéologique allemand de Rome. 

Clément Heaton, peintre-verrier. 

Raymond Kœchlin. 

Emile Mâle, docteur es lettres, professeur au lycée Louis-le-Grand. 

CoNiiAD DE Mandac.h, privat-doceiit ;i l'Université de Genève. 

J.-J. MAnguET DE Vasselot, attaclié au Musée du Louvre. 

Andhé Michel, Conservateur aux Musée; 
professeur à l'Ecole du Louvre. 

André Péiiaté, ancien membre de l'Ecole française de Rome, 
(Conservateur adjoint du Musée de Versailles. 

Maluice I'rol, professeur ii l'Ecole des Chartes. 



5.'(5Gg. — Imprimerie Lahuhe, rue de Fie 



^4^AK 



Histoire de l'Art 

DEPUIS LES PREMIERS TEMPS CHRÉTIENS 
JUSQU'A NOS JOURS 



Publiée sous la direclion de 

ANDRE MICHEL 

Conservateur aii\ ifiis.'es n;ihnn:in\. Pinfi^sseur à l'Éiole ilii Luuvre 



TOMK II 

Formation, expansion et évolution 
de l'Art Gothique 

l'REMIÈHK l'AISTIK 




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I.IBRAIlilE AliiMAMi lAtlAK f Z i 



-'0 2. 



PARIS, 5, RUE DE MÉZIÈRES ** _ / ff / ^f 



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TiMis ilriiils réserves 



Droils lie Inuliirtirm el do reproclui^lion rcsprvés pour Ions les pnys, 
y compris la Hollamlc. 



Puljlislicd Mardi 5. nincleen hundred and six. 

Privilège of Copyriglil in the Uniled Slates rcserved, 

nndcr llie Act apprnved Mardi ô. 1905. 

I)y Mn\ Ledcrc :ind II. Rni.rrolicr. proprielnrs of Librairie Armand Colin. 



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TRODLCTION 



« Gothique signifie figuréincnl grossier, dit le dictionnaire de Tré- 
voux au mot .IctA/^r/Hrc: rarchiteclure gothique est celle qui est la plus 
éloignée des proportions anliipu's. sans correction di' jirolil ni dr liuu 
goût dans les ornements chimériques. .. Et cette définition est complétée 
par deux exemples, l'un de la GrminiKiirc de l'oil-Royal : ■■ Pour ceux qui 
n'ont la mémoire pleine que de mau\ais mois, leurs jtensr'cs se i'('\(MaMl 
d'expressions prennent natiuvllcmcnl un air gothique »: — I autre de I-'('-li- 
hien : <■ Ghirlandajo, maître de Michel-Ange, avait une manière gothiipie .>. 
C'est, en quelques lignes, toute la pensée de l'âge classique sur les monu- 
ments du moyen âge : ils sont le produit des invasions barbares, de ce 
que les Italiens, nos maîtres d'esthétique depuis le xvi" siècle, ont appi'lé 
ignominieusement i> maniera tedesca » ou <' golica ». 

Dès le lendemain de la Renaissance, on peut suivre, comme jonrà 
jour, chez les écrivains français, l'inintelligence croissante de lart des 
cathédrales. Montaigne est encore vaguement c touché de quelque révé- 
rence à considérer la vastité sombre de nos églises », mais il est plutôt 
rebuté par leur mystère inquiétant. Philibert Delormc ne veut |)as .. des- 
priser » cette architecture <■ appcicc cuhr les ouvriers la mode frmieoise •<: il 
confesse même qu'on " y a taiet et pialiqné de fort bons traicts el dilli- 
ciles », mais « aujourd'hui ceux qui ont quelque connaissance de la mnie 
nrchitechrre » ne suivent plus cette façon. Du moins en avait-il. pour son 
conqile, savamment appliqué les méthodes, conum^ il le pi-ouva ([luuul 
il relit les voCdes de Vincennes. 

Après lui, l'incompréhension et h' mépris \(nil de pair. Boilean, 
pour ipii le moyen Age se prolonge juscpi'à .Malherbe. Ilétiit les idylles 

T. 11. — a 



Il INTHODUCTIOX 

" i;'ollii(|U('.s il (le lioiiMii'tl ; .Mdlirrc. ({iniml il \;i :iiliiiircr les jiciiil uicn de 
sdii iiiiii Miuiiiiid ;ui \ ;il-(Je-GrAc(!, ne luaiKiiic pas, en |iassaiil drxaiil 
?Sotr(-l)aiu(', (le lailliT m des vers délcslahlcs : 

Le l'adc ffoùl des nioiiiiiiicnts tîoUiicjues, 

Ces monslres odieux des sièeles ignorants 
One de la barbarie ont vomis les lorrenls, 
Oiiand leur cours inondant pres([ui' lonic la leire 
l'^it à la politesse une mortelle guerre 
i;i dr la grande Home abattant les remparts 
\ inl. a\ee son em]iire, éloidVer les b(\'uix-arls ! 

I.ii |liii\ i-ic n i'>l |ia> iiKiiiis sévère : " ( hi a ilii lai rr du si \ Ir rc (|ii dii a 
lail i\f rarcliilrrjiirc' : mi a ciil irrruiiiil aliaiiddiiiii' rurdrr L;olliii|iic (|iir la 
barliarir a\ail iiiliodiiil |mmii' lr> |ialai> ri |iniii- le-. Iriii|dr>,. " iiaciiie. 
passaiil à ( '.lia il ir>. (•(■ril : > La cal iM^lialr dr ( '.hai-l res e>l gralidr. mais 
un iirii liarliair -. l'oiir _Miiiili'>i|iiirii , ■ un iiiniiiiiiirnl iJ ordre iiollii(|ue est 
une i>|iric dViiii:iuc |i(pur l'n-il (|iii le \nil. el l'àme r>l emltarrasséc 
eoniiiie (|iiand <iii lui |ir(''senk' un |H)èiiii' obscur ». Jean-Jac<|uc> liousseau 
[Lcllrcs sur la iiiitsi(iur friiiiraisc conrondra dans le même déd;iin •■ les 
conln^-l'iiti-nes, doiiiiles fugues, ruguc> icii\ ci-m'cs et antres sottises dil'll- 
ciles (pic l'urcillc ne pcul MUillVir cl (pic la laixiii ne pciil iii>lilicr •■ , t-l 
ces rolc^' de barliai'ic cl de iiiaii\ai> gmil. ■ les jKirldils ilr mis rr/lisi'x 
(Itillnijucs. ipii ne >iili>i>lciil ipie polir la lioiile de ceux (pii oui cil la 
palieiice de |e> lairc . Il ne rolail plus ipià Icn diMiiolir. Les - gens de 
goùl " n y iiianipii'i'cnl pas. 

l.e> clianoines du wm'' siècle, grands eniiciiii> des jubés — en atten- 
danl les révolutionnaires, exéeuleiirs lolaiiicntaires un })eu violenls de 
Fespril elassique — s'élaienl mis à 1<imi\ re, cl les disciples de (Jualremère 
de nuiiicv coiil iiiiii''rciil iiiél lidibipicmciil . Il> axaient appris, de leur 
iiiailrc (pie rarcliilccliire du iiidncii âge c-l un prodiiil de la di»()luli(>n 
de loii> le> (■■liMiieiil- (la ivli 1 1 ecl il rc grcc(|iic el n iiiia iiie. . . . Le genre de 
bàlisse ainpiel on a doiiiK' le iumii (b gollii(pic e>l m- de laiil d'éléments 
liélérog('>nc> cl (lan> (le> lciiip> dune lellc c(.iirii>ioii cl d'ime telle ig'no- 
raiice. (pic rcxlrciiic dixcisib'' des foiiiics (pu le c()n>liluc. inspirée par le 
seul caprice, n'exprime réclb^nciil à l'opiil (pie l'itlée de désordre. » 
Au salon de ISIMI. Pelit-Iiadel exjiosail un projel savamment raisonné 
de 1' dcslruclioii d'une église golliiipic |iai- le moyen du feu. en pioeliani 
les piliers à leur base et en subsliliiaiil (\f>^ cubes de bois sec dans 
rintervalb^ dcsipnds on iiicl du pdil Ihhs. cl ensuite le feu.... Tout 
l'édilicc croùK' sur lui-in(''iiic eu uioiii> ilc dix minâtes. >■ C"est ainsi ipi (Ui 



ÎVmODL'CTîOX ni 

-• -serait de ces « ioaindes façades suM-churgèes d'xme multitude 

]; e de ffi^rures îmdèceEl'es el ridiceîes », domt Mililin sis-nalail 

.1 - 1^*6 rîmcohèireiic/e et i« amaii^-aîs g>oiûL U me comjfirenaîi ni 

les « trois porles hamles et eîroîlles qui ^x'rvfmtl éc fe*^ \<t plus souveoJ à 
d- — : ■■ — ~ J'--- - .'1;- ~-'^--- p\ .(J'unu^ :gTrotsse0r etffray:aiiîes ■>, m le monibrp 
-ts dè<''Oiiii]>ès en jmàlle ifiaçioms dîifîTéireBies .>, aï 
" les c<wil<»iiat-.s qoju raMi^ârrassemU riraltèoeur d, m " les g-oultlières d<oiiiit les 
formes bàzarires lêioiioàgiiieiîl de reravàe d'élrc exlraordîmaîmes «^ iqei esl 
le Hîoindire défaut de ces temps de superslàlâoini et dlgusorainice « où le 
génie des lelires el le g<onM, des art* èïaîemt presique eoJièreiniîieiii dél™î1.s ". 
Ee l¥lMii. rAcadémie des Beaux-Arts enseàgHail emcoie que '• les églises 
gcd]ii<jues manquent des condilioms qu'exigerail aujourd'lnuî Tart de 
ttàlir •- Enlîn. le^îjaeTÎer 1^7, Beulé consacrai! itoule une le^^on de son 
cours d'arcbfologie à la Biblioilièque impériale, à •' démonlrer .> que 
Fairchilecluire golhique n'est, cliez nous, ni <■ maliomale », ni » religieuse ", 
Laissons, s'écriail-il, laissons les discussions qui ont voulu allxibuer 
à l'Angleterre, à l'Allemagne, à la France l'invention de l'arcliiteclure 
gothique; peu nous iaiporie de savoir en quelle province el dans quelle 

forél a élè construit pour la première fois un arc ogival Je demande 

aux cathédrales gothiques la pensée qui les a inspirées, el je ne vois rien 
qui appartienne au génie français ! > Elles ne sont pas plus religieuses 
que françaises; " celte architecture qui ignore les proportions idéales, la 
pureté des détails et les lignes d'une perfection que l'on dit parfois 
divine, prétend-elle exprimer Dieu ]j»ar la force du désordn^ el sans le 
secours de la beauté? « \'oilà l'idée que d'un bout à l'autre de l'école « clas- 
sique », du xvi" siècle au xix'^, on retrouve sous la plume de tous les 
détracteurs de l'architecture gothique; ■ caprice, désordre, absence de 
principes *, tels sont, aux yeux des esthéticiens d'académie, les plus 
grands défauts d'un art où tout est pourtant logique et rationnel. 

Le reniement toutefois ne fut pas aussi général qu'on pourrait le 
croire, et le respect el l'amour, sinon l'intelligence, de l'œuvre des 
ancêtres, ne furent pas abolis dans tous les cœurs. .Même aux jours de la 
plus intolérante ortho«loxie romaine, quelques témoins humbles el obscurs 
restèrent sensibles à la majesté des vieux monuments, au sourire de leurs 
gardiens de pierre, aux muettes orai.sons des gisants couchés sur leurs 
tombeaux. En lOttS, Sébastien Rouillard, l'auteur de Parihnùe <w HiaUm-v 
«/«• la irH-<mgu^le église rfe €Aflr/re*\ o,se écrire que les statues de sa cathé- 
drale sont <• images de si exquise el insigne sculpture -, qu'au " seul 
aspect d'icelles, tous les Polyclètes de jadis jetteraient leurs cis. :ni\ < I 



IV INTRODUCTION 

Ions 1rs \ilruvos du passif voiidrnicnl iUMMidi'c ce rlief-dOnivro jiour Ir 
inodrli' di' li'iii- aicliili' •liire. ■> Les cathédrales de Paris, d'Aiiiiens, de 
\(i\()ii. dr lîiMirii. de SI rasbouriï, de Bourges, dAnxcire, de Mi'lz, 
cui-eid an murs des w il" el xviu' siècles d"aussi l'ervenls aduiindeurs, 
cl les drux l'énédiclins, nuleurs du lo//rtr/c IUlrniirc (Paris, 1717), ne 
iuan(|uenl |ias de lénioigner, au passage, de leur curio.silé et de leur véné- 
lalinn |i(iiir li's uinnuuicnls golld([ues rencontrés sur leur roul<'. Mais il 
est éviileni , à les lire, (|ue ceux mêmes qui admiraient le plus ne <■ com- 
prenaient » pas ces >■ énigmes « dont Montestjuieu s'étonnait, el quand 
un courant d"opinion commença à se dessiner, quand h une curiosité gros- 
sière el sans goût ■> — signalée déjà et raillée par \ Dllaire — se mit à 
rechercher « avec avidité les bàtinu-nls du moyen âge ■■, on vit hi(Mi aux 
explications ipii en furent essayées cjue toute intelligence en était aholie. 

Les uns. ressuscilant les rêveries de Gobineau de ^Montluisiuit, 
(■ ami de la jdiiloso}ihic nalui'clle el alchimiijuc », cxpliquaienl les scul- 
ptures de Notre-Danu' de Paris, « leurs énigmes et ligures hiéroglyphiques 
et physiques », par la science hermétique ou par les doctrines des (^ ado- 
ralrurs du Soleil », et c'est pour y avoir reconnu la confirmation de ses 
Ihéories asli-onomiqucs que l'auteur de VOrifiiiii' de tous /es- ciillcs, Dupuis, 
préserva de la destruclion quelques-uns des bas-reliefs de la façade occi- 
dentale. Pour Lenoir, l'ogive (qu'il confond avec l'arc en tiers-point) « est 
une représentation de l'OEuf sacré, principe créateur de la grande déesse 
Isis », et cette explication — ([ue ^I. Corroyer, de nos jours, a en quelque 
mesure reprise — aurait eu peut-être plus de succès si l'auteur du Géiiii' du 
r//)/.</mH/.'Jwc n'était venu révéler une beauté particulière, en dépit de ses 
" proportions barbares », et une origine plus auguste de l'architecture 
golhi([ue. '< Les forêts des (îaules ont passé dans les temples de nos pères, 
et nos bois de chênes ont ainsi maintenu leur origine sacrée. Ces voûtes... 
en jambages qui appuient les murs et Unissent brusquement comme des 
Ironcs Ijrisés, la fraîcheur des voûtes, les ténèbres du sanctuaire, les ailes 
obscures... loid retrace les lal)yrinthes des bois dans l'église gothique; 
tout en l'ai! sentir la religieuse horreur, le mystère et la sévérité.... " 

Cetle fantaisie sentimentale et poétique devint presque une doclrine 
archéologique à l'usage des gens du mcuide el des peinlres romantiques. 
On put voir dans plusieurs tableaux » du genre historique » un archi- 
tecte vaguement « moyenâgeux », contemplant, au plus épais d'une forêt 
i< druidique », le croisement des hautes branches, et trouvant tout à coup 
dans l'arc » ogival » dessiné par leur courbe le principe de l'archileclure 
gothique! 



INTRODICTION v 

Si arliitraii'C et incxarl que puisse paraître ce nom, il est Ir-op lard 
pour réagir contre un si long usage. « Ogivale » sans doute vaudrait 
mieux, à condition de restituer au mot ogive son véritable sens; « fran- 
çaise " i>erp<''lucrail cl i-dnsaererail le souvenir de cet <■ opus francige- 
num ". (piun maître \enu di' Paris en Fiance — r/c rilla Porisioisi, 
f iKii-liliiis l'i-iniriic — importait à WiiupTen, où il l'ut appelé pour 
construire», entre les années 12G8 et 1278, ex sccli.s lapldibiis opère /'nui- 
cif/eiin, la basilique de pierre.... Mais « gothique » a prévalu, et il faut 
aujourd'liui rdcnir de cette épitlièle, qui fut d"al)ord injurieuse dans la 
pensée de ceux qui l'employèrent, ce qu'elle peut contenir de restitution 
inconsciente aux ancêtres « bai'bai'cs i qui eurent leur part dans léla- 
li()i-ati(in du système nouNeau'. 

lui (pioi consiste ce système, el (pielles furent ses origines? (^est ce 
que -M. Kiilarl s'est chargé d'exposer au premier chajiitre de ce Tome 11. 
Ouicherat a dit que " l'histoire de l'architecture au moyen âge n'est que 
l'histoire tic la lutte des architectes contre la poussée et la pesanteur 
des voûtes ». En son jirincipe, l'architecture gothique fut avant tout une 
trouvaille de maçon. SiM-tionncr ( haque ti'a\ée en plusieurs comparti- 
menls indr'pendants, jeler il'un doubleau à l'autre des arceaux disposés 
en diagonale qui formeraient comme un cintrage pcrmanenl. une armature 
slalde en pierre : voilà le point de départ, (l'est à ces arcs diagonaux, 
(|ui augnuMilaient la solidité' de la voûte, que l'on appliqua le nom d'arc 
(iHçiifidn latin (lugere), ou ogif, et ce système de supports parut si parf;ùt 
dans sa nouveauté, que pour donner une idée de leflicacité de la foi 
de Philippe Auguste, défenseur et soutien de l'Eglise, son biographe 
dira qu'il fut comme « l'arc ogif lii' la foi catholique » icdllioliae /idei 
rilliihis (lefciisor et 0(/ix). 

Où furent consti'uits les premiers arcs ogifs, et par qui? On serait 
assez embarrassé de décider entre les compétitions rétrospectives des 
archéologues rivaux. ^lais il n'est pas douteux que c'est en n France » (pn> 
le système nouveau s'élabora, prit, si l'on peut dire, conscience de tous 
ses moyens et se constitua définitivement en vivant organisme, pour se 
ri''|iandic ensuite en Eur(jpe el au delà des mers. 

A i'inxcntion des arcs ogifs correspondirent de nouveaux organes 
d'a[ppui et de iiiilce : la pile el l'aic-ljoulanl . Dès lors les murs devinrent 



1. V'oy. .Viilliyme Saint-I'aul. Annwiire de l'airhé.olngiic ffannàs, 1878. el Bulletin Monti- 
meiilnl, 1805; .\lplionse Wai TElts, l'Arehitcrlure romane dans ses diverses Iransfonnations. 
Bruxelles, 1880, in-8. — Raoul KozifenES, L'Architecture dite gothique doit-elle être ainsi 
dénommcel {ftev. arcli.. 1802). 




VI INTRODUCTION 

inulil(?s f[ les voûtes s'élancèrent au-dessus des hautes nefs, sans autre 
sufipori que les ogives, les arcs-boutants et les piles contrel)utantes. Du 
jour où l'abbatiale de Saint-Denis, réédifiée par Suger, eut fourni comme 
la démonstration publique, devant une assembléi' de rois, d'évèques, de 
barons et d'abbés, des ressources et des avantages du système nouveau, 
ses conquêtes se propagèrent de jirovince en province. Les catb(''drales 
de Noyon, Senlis, Clinrlres. Paris, Amiens. Heims, se dressèrent au 
/ milieu des villes, dont toutes les forces, la vie cl la pensive scnil>lèr(nt se 
condenser en elles. 

La nef de la calli('(lrale d'Aniiens. ap|)el(''e par \ iollcI-le-Duc ■• le 
Partbénon de l'ai-chitecture gothique », en est l'expression la j)lus com- 
jdèle peut-être. Par la hardiesse de son essor, contenu encoi'c et disci- 
pliné mais d'une sou\eraine puissance, par la rigueur logique de sa 
consiruclion, elle send>le prnclamer aA ec l'alli-gresse cl la solcnnitc' d'un 
cliani trionqdial, cl di'niunlrci' en uicmi' temps a\('c r(''\i(leMcc d un tliéo- 
rènie. la force et la souplesse de son principe générateui'. 

" In vaste espace inondé d'air et de lumière a été couverl de Auùtes 
) en pierres aussi légères et aussi solides que jiossible; ces voûtes ont été 
élevées à une hauteur qui n'a\ait (iK-ore jamais été atteinte; plus de 
miu's; la solidité de tout l'iMlilirr a>>ur(''e par un jeu de poussées et de 
résistances; inie ossature d'arcs et de jtoinls (i'ap[)ui aussi minces et aussi 
rai-es fpie possilih^: les ai'cs-boulanis p((rt(''s rxnclenienl à la ])lace qu'il 
faut pour conlrriiiilci- ],-i grandr noùIc; le svslèiue (iV'(piilibrr parfaite- 
ment connu et apj)liqué avec une rigueiu- d unr audace incroyables; le 
r moins d'acuité possible donné aux arcs-doiiblaiix; le collat(''ral ('devi' à une 
grande liaiilrur, coiil libuanl à doiinrr à i'inli''rieur celle inqiressi(ni d'im- 
mensih' ", leis sont, rxcellcmmenl i-(''sumés par .M. Gecu'ges DurantI, le 
dernier hislorirn de la cathédrale d'Amiens, les traits (pii la caracté- 
risent. Dans l'unité lies ni(''m('s princijies, chaque cathédrale a sa person- 
nalité, sa physionomie projire, et liMuoinnc à sa inanièi-e de l'admii dde 
plasticité des lois d'où elle procède. 

A l'efficacité des procédés techniques, les loicrs morales el sociales 
vinrent ajouter leur collaboration mystérieuse cl IV'conde. Certes, ^'iollet- 
le-Duc a jiouss('' jus(pi'au paradoxe sa thèse et a l'ail d'une vérité une 
eri'cur en instituant un violent antagonisme entre l'architecture nouvelle 
et celle qui l'avait pr(''cédée, et en soutenant que les la'iques, créateurs de 
rai(diitectur<' golhiipie, furent sysh'matiipiemenl hostiles, sinon aux 
croyances du temps et à l'esprit i-eligicux, du moins aux traditions niona.s- 
ti(pies qui avaient dominé dans l'architecture romane. .MM. Anthyme Saint- 



INTHUnUCTION vu 

Paul et Enlart ont monlr<'' que les moines eompièienl parmi les ijiopan-a- 
leurs les plus zélés du système nouveau; el M. Emile Mâle, (|ue le pro- 
t(ramnie encyclopédique et iconograpliicpie donl s'inspifèrent les imo<>iers 
resta lidèle et subordonné aux enseignements des docteurs et des clercs. 
En réalité, la transition du loman au gotlnque lut une ('■xnlnlion nalu- 
relle et presque insensildc 

Mais il n'en rcslc pas moins (pi'iiii es|)iil plus liliri- circidc dans 
l'immense monumeni, (pif les pierres pailcnl un langage nou\cau, (pi'nn 
sentimenl plus joyeux de la crc'al iun el de la lieauli', el connue une cm'io- 
sité plus éveillée, s'y luanil'estent ; ([ne les inuigiers, eliargi's d'iiilei pn^ler i \ 
en l'ornies vivanics les grands l'ails ('■vangéliques, les syndioles el les 
dogmes dont ils n'a\aienl sans tloulc jias pénétré les mystères, preinieni 1 
de pliLs en plus contact avec la nature d, Ja, vie. La [)rennèrc ère des 
cathédrales l'ut niu' époque d'universelle éclosion. .\|>i'ès de longues 
gestalions, l'art français y arii\e l'i une sorte d'unité, à la certitude, à la 
joie de la possession conqilèle, à une incontestable suprématie. Il semble 
t]u'en lui vinrent alors s'unir, se pénétrer et se féconder l'esprit du Nord ' 
et celui du Midi, qui' les meilleuis instincts de toulcs les races celto- 
germaniqucs et latines qui axaient concouru à la l'ormation du pays et 
de la nation, se concilièrent en un idéal commun dès lors iTConnaissablc, 
délicieusement persuasif et «pu fut la première manil'estalidn ]ilasli(pn; jj 
vraiment originale de " l'esprit frant^ais ». 

Ajipuyé sur des principes d'une rigueur logique et d'une souplesse 
également admirables, où toutes les tendances rationalistes et le libre 
génie de la raci; li'ou\èrent leur nmyiii d exj)ression, ritdie d Une eiillnre 
naissante (pu essayait de s oidonnei' en encyclopédie, unissant les eeili- 
tudcs de la foi cnt-oi'c intacte aux asjiirations de l'espril et de la raison 
qui commencent à jouir libremcid de leur force et, selon l'expicssion d'un 
contemporain, >< font relenlir à tous les carrefours le fracas des dis-li 
jiutes », groupé autour de l'architecture la plus savante et la pins origi- ' 
nale, i''pi-is (le beauté, cherchant dans la nalni'e consnlt(''e axcc un amour 
fervent et d(''lical tons les (■'l(''nn'ids de son ornenn'idatidn. mais suboi'- 
donnant ses enqu'unl^ aux exigences de sono'u\re el aux pr(''(lile(ti(His 
de son goût, l'art rian(;ais du xiu' siècle fut l'Iionneur du pays el la nn-r- 
veille du monde. 

Ce que les chroniipn^u's rac(Mdenl de l'enlliousiasmc qui enllammait 
les constructeurs de la calhédrale de Chartres, les textes qui nous mon- 
trent le clergé et le peuple d'.Vmiens associés à leur évè(pie : uvceJculc 
cu}isciisit Anillidiicitsi.s rU'i-i et iKipiili IdiKiitdiii ris fuisscl (I (luiiiiito llispiniluill, 



VI INTRODUCTION 

inutiles el les voùles s'rlancorent au-dessus des hautes nefs, sans autre 
sii|i|i()rl (|ue les ogives, les arcs-boulanls et les piles conlrebutantes. Du 
jour où l'abhatiale de Saint-Denis, ré('"dili(''e par Suoer, eut fourni comme 
la démorisji-aiion |Mdili(|iir. dcvanl niir assemhléc de rois, d'évèques, de 
barons et d'abbés, des ressources et des avantages du système nouveau, 
ses conquêtes se propagèrent de province en province. Les catli(''drales 
de Xoyon, Scnlis. ('.liai'l its. Paris. Ainicns, lîcinis. se dressèrent au 
nnlieu tles villes, dont toutes les l'uices, la \ ie el la pensée seaddèrent se 
condenser en elles. 

La nef de la cathédrale d'Amiens, appelée par Viollet-le-Duc «' le 
Parthénon de rarchitecture gothique », en est l'expression la plus com- 
plète peut-ètie. Par la hardiesse de son essor, contenu encore et disci- 
plin('' mais d'une soineraine puissaïu-e. pai- la l'igueur logi(pie de sa 
conslruclioii, elle seMd>le proidamer :i\ ec ralli''gresse el la soleiiiiilc' d'un 
chant triomphal, e| di'-monlrei- en même leiM|is a\ ee r(''\i(len<-e d un I h(''0- 
rème, la l'orce et la sou|ilesse de son pi'incipe géuéraleui'. 

« In vaste espace inondé d'air et de lumière a été cou\ erl de \(jùtes 
en pierres aussi légères et aussi solides que possible; ces voûtes ont été 
élevées à une hauteur qui n'avait encore jamais été atteinte; plus de 
murs; la s(ditlili'' de loul l'i^diliee assur(''e par un jeu de poussées et de 
l'ésistances; une ossature d'ai'cs et de points d'ap]iui aussi minces et aussi 
rares que possii)le; les ares-boulanis porli''s exaclenu'nl à la place qu'il 
faut ]iour eonli-ebiiler la gi'ande \oùle; le système d'équilibi'e parfaite- 
ment connu et ap|diipit'' asce une rigueui' el une audace incroyables; le 
moins d'acuité possible doiini' aux arcs-doidilaux; le collatéral élevé à une 
grande hauteur, contribuant à donner à l'intérieur cette impi'ession d'im- 
mensité ", tels sont, excellemmeiil n'^sumés ]iar M. Georges Durand, le 
dernier historieu de la catliédrale d'Amiens, les liaits (pii la caracté- 
risent. Dans l'unité des mi'mes principes, chaque cathédrale a sa person- 
nalité, sa physionomie projire, et témoigne à sa manière de l'admii d)le 
plasticité des lois d'où elle procède. 

A l'efiicacité des procédés techni(pies, les loices morales et sociales 
vinrent ajouter leui' cidlaboration mystéi'ieuse et féconde. Certes, ^'iollel- 
le-Duc a j)oussé jusqu'au paradoxe sa thèse el a l'ail d'une vérité une 
erreur en instituant un violent antagonisme entre rai<liileclure nouvelle 
et celle (pd ra\ait pr(''cédé(>, et <mi soutenant que les la'iques, ci-éateurs de 
rarchileclm-e gotlii([ue, furent syst(''maliquemenl hostiles, sinon aux 
croyances du temps et à l'esjirit ndigieux, du moins aux Iradilions monas- 
tiques qui avaient ilominé dans l'architectui-e romane. M M. A ni h vme Sa i ni- 



l.NTliODUCTlON ^,„ 

Paul et Enlart ont montré que les moines comptèrent parmi les propaga- 
teurs les plus zélés du syslcme nouveau; et .M. Emile M;\le, (me le pro- 
gramme encyclopédique et iconographique dont s'inspirèrent les imafjcis 
resta lidèle et subordonné aux enseignemenls des docteurs et des clercs. 
En réalité, la transition du roman au gotlMCjuc lui une évolution natu- 
relle et presque inscnsiMr. 

Mais il n'en resle |i;in moins qu'un cspril plus lilirr ciiiulc dans 
l'immense monumcnl . i\\\r lc> pirircs piiilcnl un lani;:it;i' nouviMu. qu'un 
sentinu'ul jiliis joyrux de l:i (•i(''alH)n cl de Im licauh'', cl comme une curio- 
sité plus éveillée, s'y UKunlcslcnl ; (|uc les imagiers, ciiargés d'inlei pn'lcr 
en formes vivantes les grands taiis ('x angéliques, les symboles cl |c> 
dogmes dont ils n'avaient sansdniile p:ts p('ni'ti('' les mystères, jjrennent 
de p!u> en }>lus contact avec la nature ci la ^ic. La |)renuère ère des 
catiiédrales l'ut une époque d'universelle é(dosion. Après de longues 
gestations, l'art français y arrive à une sorte d'unité, à la certitude, à la 
joie de la possession complète, à une incontestable suprématie. Il semble 
i|u'en lui vinrent alors s'unii-, se pénétrer et se féconder l'esprit du Nord 
et celui du Midi, ((ue les nu.'illeurs instincts de toutes les i-accs celto- 
germaniques et hitines cpii avaierd concouru ;i la lormation du pays et 
de la nation, se concilièrent en un idéal commun dès lors l'eccjnnaissable, 
délicieusement persuasif et (pii l'id la première maïufestalion i)laslique 
vraiment originale de « l'esprit français ». 

Appuyé sur des principes d'une rigueur logique et d'une souplesse 
également admirables, où toutes le-, Iciidances rationalistes et le libre 
génie de la race trouvèrent IcuruniM'ii d'e\prc-,>ion. riche d une culture 
naissante qui essayait de s'oidonner en cncNclopi'dic. unissant les ci-rii- 
tudes de la foi encore intacte aux aspirations de l'esprit et de la raison 
qui commencent à jouir libremenl de leur force et, selon l'expression d un 
contemporain, « font retentir à tous les carrefours le fracas des dis- 
putes », groupé autour de rarcliilcctuie la plussa\anlc cl la plus origi- 
nale, épris de beauté, cherchant dans la nature con^idli'c avec un amour 
fervent et délicat tous les éléments de sou oriicmcntation, mais miIm.i- 
donnant ses emprunt > aux exigences de son o-uvre et aux prédilections 
de son goût, l'art français du xiii" siècle fut l'honneur du pays et la mer- 
veille du monde. -^ - 

Ce que les chroniqueurs racontent de renlhousiasme qui enllaniniail 
les con.strucleurs de la cathédrale de Chartres, les textes qui nous num- 
trent le (dergé et le peuple d'.^micns associés à leur évécpie : iinrdcnlc 
consensH Amhiaiwii^is clcri el poinili lanmaim cis fuisscl a domino iit.ipirniiim, 



VIII INTRODUCTION. 

doiiiif'iil riinpressioii triiiie collaboralioii universelle où Loiilcs Icsénei'gies 
sociales sont imillipliées par la eominunion des cspril.s et des cœurs. Ce 
ne fut qu'un moment sans doute, mais cpii eut toute la grâce et la force de 
la jeun(!sse créatrice. La l'enommée de Paris s'étend dès lors sur le monde 
entier; les étudiants de tous les pays y aflluent comme ;i la source. 
Oilio de Fj'cysing écrit que les sciences ont émigré vers les Gaules; 
César von Ileistcrbacli dit que Paris est une source de science et un 
puits de docti'ine (/// l^aiisinisi cirihilr iii (jua csl /'dus hilinx acicnliar ri 

jnilciis (lii'iminiiii scrijiliiniiit) (Jii pariait des maîtres de Paris connue 

des Sept Sages tie la (irèce. La b'raiice en toutes clioses donna k' ton. 
Qu'il s'agisse d'architecture, de sculpture ou de miniature, tous les 
peuples qui avaient déjà, chacun pour son compte, plus ou moins élaboré 
ou ébauché un style national, icnconirèi-ent sur leur rouir rid(''al IVaiicais, 
et voulurent le suiv re. 

Les « difficultés », il est vriu, commencèreid bienti'd. \\\\ d(''pit des 
quêtes multipliées, des iiultilgences, des pi-(uiienades de relicpies à travers 
les diocèses, même avant la lin du \ui' siècle il di'\int de plus en plus dil'li- 
cile de réunir les fonds indispensables à la («uiliiiualioii des liavaux. et l'un 
vit trop souvent interrompus, inachevés ou conduits avec une négligence 
choquante, des édifices qui avaient été commencés dans la ferveur des 
grands enthousiasmes. Le mu' siècle ne put accomplir tout ce ipi'il avait 
entrepris. Son idéal se fana, comme toute chose vivante, et lit place à 
d'autres formes delà vie; mais il dura assez pour s'incoi'jiorer à jamais 
en des chefs-d'onivre qui témoignent ]ioui- lui.... C'est à l'histoire de la 
naissance et de l'expansion de cel ail, puis de son évolution, que seroni 
consacrées les deux parties de notre Tome II. 

ANniiii iMicuEL. 



/ 



MVl'.IC III 

FORMATION ET EXPANSION 

m: 

L'ART GOTIIIOIE 



CHAPITRE I 
L'ARCHiTECTCRE GOTHIOUE DU XIII' SIÈCLE 

I 

FRANCE 



Origines et caractères généraux uf style gothique. — Le slylo 
gothique, ou ogival, serait mieux nommé slylc français; c'est ainsi qu'il 
a été désigné au moyen fige. Le mot <> gothique » n'est qu'un terme de 
mépris adopté à l'époque de la Renaissance pour désigner un art démodé, 
dont on attrihuait la paternité aux barbares, par opposition aux styles 
grec et romain remis en honneur; et l'on n'était pas, du reste, sans 
remarquer que les races saxonnes conservaient un attachement tenace à 
ce style. Cle n'était pourtant pas tout à l'ail pour elles un art national. 
Lorsque, au xix" siècle, l'art classique perdit de sa vogue après avoir laissé 
voir ses faiblesses, les préventions contre le style gothique tombèrent, on 
se mit à l'étudier, à rechercher ses sources, et cette recherche a mené à 
la constatation de l'origine française. C/esl de nos diverses provinces (pie 
cet art a passé dans les autres pays chréli(Mis. Sur (piel })oinl du sol fran- 
çais est-il né? — la question n'est (priniparfailement élucidée. L'Ile-de- 
France et l'école de Normandie se disputent l'honneur d'avoir créé son 
premier élément, la croisée d'ogives, mais il est hors de doute que l'en- 
semble du style — combinaisons structurales, système de composition 
et d'ornementation — s'est élaboré dans une région (jui comprend l'Ih- 
de-France et la Picardie. De là, il s'est répandu avec rapidité; dans 
chaque région il a donné naissance à diverses écoles par la combinaison 
des traditions locales et de quelques déductions originales avec le fond 
fourni directement ou indireclenienf pai' rile-d(>-I'rance. 

1. l'.ir M. Cniuille IJil.irl. 



i IIISTOIHE DE L'ART 

Les premières manifestations du style gothique de date à peu près 
cerlainc se placent dans l'Ile-de-France aux environs de ll^O; les pre- 
miers ('(liliocs (juc Idn jiuisse y rattacher tout à fail, \<'rs II il); mais, 
dès les dernièi'cs aum'-es du xi' siècle, des artistes aniilo-normancls avaient 
commencé la cann'diale de Durliam, dont la structure est gothique. 11 
semhle donc qu'en construction recelé normande ait précédé celle du 
nord de la France, fait peu surprenant si l'on songe à la supériorité de ses 
constructeurs romans. 

Les caractères essentiels propres au style gothique sont l'emploi de 
la voùle d'ogives, et une certaine plastique. L'emploi de la voûte golhique 
ou voûte d'ogives dans toute sa perfection entraîne généralement celui 
des arcs-boutants, mcmiires d'architecture essenlicllement et exclusi\e- 
ment gothiques, mais dont beaucoup de monuments et même des écoles 
entières se sont dispensés. Enfin, un caractère presque général du style 
est l'emploi systématique de l'arc brisé; mais on a déjà vu (|u'il ne lui est 
pas spécial et ne saurait constituer un ci'ileriinii, puisqu'il exisic dans 
beaucoup d'édifices et môme dans des écoles tout entières de la j)ériode 
l'omane : en Boui-gogne et en Provence sp(''cialemcnt. 

L'archilecture nouvelle ne naquit pas toul armée, d'un seul coup. VAli- 
s'essaie d'abord timidement dans des édifices dont la physionomie reste 
toute romane, et cette période, qui commence dans quelques régions dès le 
premier quarl, cl le plus souvenl dans le second quarl du \ii' siècle, se 
prolonge ailleurs jusqu'en 1180 et embrasse même, en Allemagne, par 
exemple, tout le xui'' siècle. 

('."est seulement dans le nord-ouest de la France, et à peu près dans 
les limites du domaine royal, que le style gothique a été adopté univer- 
sellement dans toute sa perfection. Les autres contrées n'ont qu'un 
nombre restreint d'édifices représentant le plein développement de cet art. 

Du xii'' au XV'' siècle, les j>rinci])ales provinces de France ont eu leurs 
écoles gothiques distincles, et les autres pays de l'Europe ont été les tri- 
butaires de ces diverses écoles. Au xv' siècle, nous verrons se produire 
des faits (oui difi'érents. 

La vol Tii i;r i.i-: sYsriciii-: (iotihuuks. — Il l'aul définir les éléments du 
style a\ant de décrire son évolution. La rruiscr d'iK/ifcs est une armature 
d'arcs diagonaux qui s'entre-croisent à la clef; elle a pour fonction lie 
soutenir une voûte. Ces deux arcs en croix se nomment arcs ogives, et la 
moitié de l'un d'eux s'appelle branche cFogives. On peut faire rayonner 
autour d'une clef commune un nombre quelconque de branches d'ogives. 

Le nom d'arc ogive {arcus augiciis, adjectif du verbe augcre) signifie 
(irr (le renfort. Le nom, comme la fonction, est analogue à celui de l'arc- 
doubleau: c'est une extension du même principe de soutènement. Un a 



LAHCIllTECTl RK COTHIOI E DU XllI SIKCLE 



<r:ilini(,l lenrorcé de doiihlcaux les voûtes en berceau et les iiilerviilles 
des travées de voûtes darètes; puis, pour pouvoir soutenir ces voùlcs 
elles-mêmes, en faciliter la construction et en augmenter la solidité, on 
imagina de bander d'autres arcs en ligne diagonale sous les arèles : ce 
fut la voûte d'ogives, développement et perfectionnement de la voûte 
d'arêtes. Déjà, les Romains avaient fait un premier pas dans celte voie 
et avaient été près de créer la voûte d'ogives : en effet, ils ont oi'né 
des arêtes de voûtes de platcs-baades saillantes, mais sans fonclioa 
structurale. Ils ont fait, d'autre 
part, des voûtes dont les arèles, 
pour plus de solidité, sont d'un 
appareil différent des quartiers ou 
voùtins : en brique, par exemple, 
alors que les voûtins sont des rem- 
plissages de blocage, concrétion qui 
tient par la force du mortier et parce 
qu'elle est maintenue dans l'arma- 
ture des arêtes appareillées; mais 
ci's ai-rtcs ne sont ni Sdilldiilcs. ni 
iiiiléiifiiddiilrs, elles sont, au con- 
Irairr. solidaires des quartiers, tan- 
ilis ([ue la croisée d'ogives est une 
armature à la fois saillante el indi'-- 
pendante. On la construit d'abord; 
puis, sur ses reins comme sur des 
cintres permanents, on pose les voû- 
tins (pii n'ont avec elle aucune liai- 
son ; ils ne font qu'y reposer. La 
voûte gothique est donc éminem- 
ment élastique, ce qui est une garantie de solidité: en cas de tassement, 
elle se déformera sans se rompre, tandis que la voûte romaine es! une 
concrétion dont l'homogénéité garantit seule la solidité. 

La voûte d'ogives est d'un emploi universel et extrêmement com- 
mode ; elle peut épouser tous les plans, réguliers ou irréguliers. On dé- 
compose la surface à couvrir en un certain non^bre de quartiers triangu- 
laires suivant lesquels on trace l'armature de branches d'ogives et d'arcs- 
doubleaux. Ces arcs reçoivent tout le poids de la voûte et le reportent sur 
quelques points de retombée où ils se réunissent et qui sont leurs 
impostes communes, irsuffd, dès lors, de donner à ces points une très 
grande force de résistance pour assurer la solidité d'un édifice que l'on 
pourra faire spacieux, léger, largement percé dans toutes ses autres par- 
ties, le reste des murs n'élanl |ilus (pi'une cloison, non un support. 




Fie. I. — Cliœur de l'i 
Sl\le de transition. 



I'li..t, Enla 

L'Iise de Ouesniy lOisc 
nilieu (lu xii' siècle. 



HISTOIRE DE L'ART 



L'arc-boulunl csl la coiiséqucnee nccessairc de la voùle d'ogives : 
déjà rarchiteclurc romane opposait à l'cfforl des voùles non plus des 
masses inertes et très épaisses, comme le faisaient les Romains, mais 
d'autres forces dirigées en sens inverse : c'est ce qu'on appelle contre- 
buter un an- ou une voùle. L^'arcliilecture gothique développa et étendit 
ce princi}K'. La voùle dogives bien construite développe aux points de 
ses retombées une pression considérable et dont la courbe s'écarlc beau- 
cdup (le lu verliialc; il eût donc fallu élever dans l'axe de ces poussées des 
contreforts tellement saillants qu'ils eussent 
été de véritables murs transversaux; mais il 
était si l'on peut dire dans l'inslinct de l'art 
golliique de met Ire en jeu des forces actives 
el il'évider aulant que possible la construction : 
donc, aux points de la poussée des voûtes, le 
maître d'œuvres vint appliquer une moitié 
/ d'arc qui reçoit l'effort de cette poussée et le 
v4ïansmet à une culée sur laquelle elle retombe. 
1 Entre la culée et le bâtiment dont l'arc-boulant 
étaie la voùle, il reste un espace utilisable et 
entièrement dégagé. Dès lors, rien ne sera 
pins aisé (jue de voùler de gr;uides églises 
pourvues de bas côtés, en élevant la voûte cen- 
trale aussi haut qu'on le veut au-dessus des 
voûtes latérales : la poussée de celli'-ci est 
transmise par-dessus les combles des bas côlés 
aux culées qui servent de contreforts à ces 
bas côtés ; quant à la poussée des voûtes laté- 
rales du côté du vaisseau central, on arrivera à 
l'enrayer par la hauteur même du grand vais- 
seau : les piles qui séparent ses travées auront 
une telle hauteur iprelles ciiargeront les piliers d'un poids suffisant pour 
empêcher les assises de glisser sous la pression oblique des voûtes laté- 
rales. Pour plus de sûreté, on chargera même ces piles de clochetons, et 
pour la même raison on élèvera sur les culées des pinacles dont le poids 
luaintiendra leurs assises, qui auraient pu glisser sous l'effort de l'arc- 
boutanl. Enfin, les maîtres d'œuvres gothiques, tirant parti de Idiit. li<iu- 
vèrent dans l'arc-boulant la solution d'un autre grave problème : l'écuu- 
lement des eaux. 

En effet, les eaux recueillies sur les vastes toitures des nefs devaient 
tomber de haut et en masse sur les toitures des bas côtés, s'y infiltrer et 
les détériorer. Pour parer à cet inconvénient, on les recueillit dans des 
chéncaux, déversés dans des caniveaux posés sur les arcs-boutanls, (jui 




FiG. '1. — AiT-lioiilant 
.Ir ia t-alliéilralede Cliarln 



LAHCHITEnTUnK COTHIOUE 01" XllI SII-CI 



les conduisi'iil jusqu iiu |i(''iiiiirlr(' extérieur des lias ctMé's. L:'i, sur les 
culées, et de même aux cliéueaux des bas côtés, de longues gargouilles 
déversent les eaux le plus loin possible des murs, sans infillrer les fonda- 
lions et éclabousser les paremenls. 

Tel est l'organe essentiel du système structural gotiiique. A mesure 
(|u'il se développe et prend conscience de ses ressources propres et de ses 
moyens d'expression, les systèmes de mouluration et d'ornementation se 
renouvellent aussi. 11 sera question plus loin de la Hore gothique : mais il 
convient d'indiquer dès à présent le système de mouluration. Elle est 
désormais calculée pour produire des efïets d'ombre et de lumière, tantôt 
doux, par des surfaces arrondies, tantôt nets et tranchés, par des arêtes; et 
l'art gothique crée ici un système tout dilTérent de ceux des arts antérieurs. 






et répondant à une logique bien arrêtée, (le 
système consiste, dune façon générale, à 
emboîter des courbes convexes dans îles 
courbes concaves, pour produire des ombres 
puissantes et des olaiis \ igourcux : il est 
déduit de l'imitation des formes végétales : 
certains fruits dans des cosses, certains bou- 
tons dans leur calice donnent des profils ana- 
logues. Les angles droits sont très souvent coupés d'un cavel ou arc de 
cercle; un certain nombre de boudins sont amincis et re(,;oi\rnl une 
arête, pour mieux affirmer les lignes. D'une façon générale, on exile lis 
angles droits, et l'elTet ([ui résulte de ce système a plus Ai- rrrnulr cl 
moins de sécheresse que les corps de moulures de rAnli(|uil('. 

L'ordre chronologique de l'adoption des élémenls (jur nous a\ons 
définis correspond plus ou moins à leur degré d inqioi-lance. Les pre- 
mières églises de transition n'onl de gothique (|iie la eroisée d ogives, 
lourde et réservée à certaines \oùtes seulenienl. .Ius(|ue mis Nid, les 
ogives n'ont guère que deux ju'ofils. soil ini sinqiie iiaïuieau a angles 
droits, fréquent surtout dans le sud de la l'iance el <'n Angleterre, soil lui 
gros boudin, fréquent surtout dans le nord de la l'rance: en Norniaïube, 
il s'applique à un bandeau sensiblement plus large, el e est le profil des 
plus anciennes ogives anglo-normandes. On trouve aussi trois boudins 
accolés ou, à partir de liTiO environ, un seul boudin aminci, avec arête; 
enfin, à partir de lir):)ou II Kl iusipi'à la lin du xn' siècli>,un boudin aminci 



8 IIISTOIllI' ni' L'AP.T 

entre deux lorcs plus niinces. \'ci-s l;i iiirmc dnle, dnns les ongles des 
ogives d'épannelage ciinv se proliic un pclil lioudin, el si l'nrc esl élroil, 
on ;i un groupe de deux ])Oudins rapprochés que sépare; une arête ou 
une petite gorge; s'il esl jdus large, ou aura entre les boudins un méplat 
cpii peul recesoir. coninic à In cathédrale d'Angers, une gorge d(''corée 
d'un dessin eouranl, ici seuiis de fleurettes, ailleurs pointes de diamant. 

Ouel ((ue soil le type des ogives, les douhleaux sont en général jdus 
épais, cl le plus souvent sans moulure. En effet, dans la voûte d'ogives, 
le Iracé ellipliquc que décrivaient les arêtes a été généralement remplacé 
par un plein cintre, \Avis facile à exécuter et plus solide; les douhleaux et 
les formerets ou les lunettes de la voûte n'atteignent pas la même liau- 
(eur de clef; la voùle (>st donc homhée, et son poids porte non seulement 
sur la croisée d'ogives, mais sur les murs, qui devi'onl resler épais el limi- 
dcuicnl percés, cl sur les doutileaux (fîg. 1). 

\'crs la lin du xii" siècle, dès le déhut même du siècle dons l'école 
normande, des Iracés mieux étudiés donnent généralemenl la même hau- 
teur de llèclie à Ions les arcs de l'armalure de la voûte; ils [n'enneni alors 
la niènn' si'ction ci le même prolil, et l'armatm-e se complèle d arcs funiic- 
re/.s, ajipliqués aux uuu's jioiu' soutenir les extrémités des voùtins (fig. 4). 

Dès une date voisine de II.jO, quelques voûtes reçoivent en outre des 
licnicn, perpendiculaires aux murs et aux douhleaux, qui relient les dou- 
hleaux et formerets à la clef de la croisée d'ogives. Ce menihre plus déco- 
raiif que structural, essayé à Airaines et à Lucheux en Picardie, plus tard 
en Angleterre, à Roche el à Hipon, fut bientôt abandonné, sauf dans 
l'école du sud-ouesl de la h'rance, qui gar<la aussi les voûtes bombées. 

Une autre cond>inaison, la voùle sr.rjKiiiile. de création normande, eut 
plus de succès : aux deux arcs ogives, elle ajoute un douhleau, ce qui 
détermine non quatre, mais six voùtins. Exceptionnellement, les églises 
de Saint-Ouiriace de Provins et de Voulton (Seine-et-Marne), bâties vers 
I Hilt, ont sur h' chœur une croisée de quatre ogives. La voûte sexpartite 
a (''té in\entéc pour adapter la voûte gothique à l'ordonnance de certaines 
écoles, qui consiste à donner à toutes les travées le plan carré, et à faire 
correspondi'e à chaque tiavée cenlralc deux tra\ées des lias côtés, de 
moilic'' plus étroits, La \C)ûle sexpartite est usuelle en Normandie vers le 
milieu du xn' siècle, du moins sur le territoire français de cette école. 
On la trouve sur l(\s deux ahlialialcs de (laen (voûtées après coup), à 
Saint-Gabriel (Calvados), etc. Dans l'Ile-de-France, elle fui adoptée 
presque aussitôt : on la ^oit à Notre-Dame de Paris, commencée en 
IIG"), et vers 1170 à Saint-Julien-lc-Pauvre, mais on l'abandonna au 
xiii" siècle, tandis que les Champenois et Bourguignons, qui l'avaient 
parfois employée aussi dès 1160, l'ont conservée jusqu'au xiv^ siècle; des 
églises du milieu du xin'", comme Notre-Dame de Dijon, Saint-Jean- 



LARCIIITECTriU'] GOTHlOrK lil \1|| SIKCl.i'. o 

lîaplisic (le ClKiiimonl. sonl voûtées ainsi. Il esl vnii (|uc sons je ivii-nc de 
saint Lonis, nn monument important de l'aris, la eliapelle de la \ iero-e 
de Sainl-Germain-des-Prés, reçut des voûtes se\]iartites, mais elle était, 
l'œuvre d"un Champenois, Pierre de Monlereau, et la nef de Saint-Denis, 
eonstruile en l'2r)l) parle même maître, esl eham|ii'nnisc. ainsi (pie la eha- 
|M'llr du chrdeaii i\r Sainl-( li'rniain . ipi'oii piuiiiail iil I liljuiT aussi au 
nuMne aitiste. 

L'AiiC-BOLTANT. — Le stvlc rouian de FAuvergne et du Lano-uedoc 
avait éf('' tr(!\s pr('s de l'arc-ljoutanl en rlrvant des voûtes lat('>rales en deml^ 
berceau pour (ïpauler le berceau central \oii- lonii- I. li-. 'JlN : l'aic-bon- 
lant n'est qu'une section par rapport à ces voùlcs bulaiilis. Ce nCsl pour- 





Fic. 1. — Cliicur ilr Sniiil Gri-iiiaMi-.l.-Pi-. 
ri'.ipres Dehio et BezoM. 



tant pas dans la mé-me r(''iïion (pi'il l'ul inaugure'', mais dans celles ([ui 
développe^rent la voûte d'ogives. Les premiers arcs-boulanls furenl caches 
sous les toitures, car leur aspect ne paraissait pas agréable; en consé- 
(picncc. ou dut monter les toits lal(''i'au\ à une liauliMw (pii \\r pri-nirllail 
})as d'ou\rir des fenêtres suf'lisanles >ous les grandes voûtes, on bim, an 
contraire, ap]ili(pier ces arcs trop lias, comme à la catli('dialr de Itiiiliani, 
ù Saint-Germer, à la Trinili'- de (lacn. Au clueur de Saird-.Marlin-des- 
(lliamps, ce n'est jias un arc-bnulani, mais nu enutrri'orl plein, biiis(|ue- 
mcnt élargi sous la toiture et chargeant les doubleaux du déand)ulatoirc, 
qui épaule la voûte centra!i\ sous laquelle s'ouvrent timidement des fenê- 
tres trop eoui-les; Saiid-( iei-nier a des arcs-bonlants cachés: à Saiut- 
Evremondde C.reiLdont on ne sauiait assez legrelter riue|)le destruction, 
des arcs-boutants, cachés, avaient dû (Mre ajont('s peu api'ès la construc- 
tion et s'appli(piaient trop bas. luilin, dans le clueur de Domont (Seine-el- 
Oise), vers lir),"), on voit des arcs-bonlants éuierger des toitures ([u'ils 
rasent encore, comme houleux de se faire voir: et au chœur de Sainl- 

T. ir. - "J 



1(1 IIISTOIRI-: 1)K I.ART 

( i('i'iiKun-il('s-l*r(''s, consacn'' on 1 1(1.1, ces arcs scml riMncliciiirnI iiflii-inés 

(lig'. 4), sans qu'ils jiislilicnl oncore par loiir (''Irgance Favcu qu'en l'aille 

maître d'œuvrcs. A la lin du xu'' siècle, dans des édifices plus hardis, à 

Champeaux (Seine-et-Marne), vers 1180, à Notre-Dame de Mantes, à Sainl- 

Laumer de Blois, l'arc-lioutant appai'ail plus gracieux de proportions, 

mais presque déponrvu d'ornement : ou n'a encore envisagé en lui ([uc 

l'expédient nécessaire, (l'es! d'un pericciionnemenl iiihoduil \eis 1200 

environ dans sa conslruclion qu'il tirera l'élégance île ses silhouettes: 

pour (''\iler que, sous sa poussée, les assises supérieures des culées 

puissent glisser, on les charge : à Mantes, on y pose quelques assises 

surmontées d'un fleuron; un peu plus tard, on augmente la charge. Le 

I premier type de couronnement des culées fut un petit toit surmonté d'un 

1 ou de deux fleurons, et, sous son pignon, on évida parfois la pile d'une 

' niche (|ui reçut uneslalue, comme à la cathédrale de Chartres. 

Dès le dernier quart du xu' siècle, les maîtres d'oHivrcs oui remis en 
honneur les eh('-n(niux et les gargouilles ju'csque ahau(lonn(''s dejuiis les 
iiomains, et comme leurs toitures présentent une surface énorme, leurs 
murs une hauteur souvent extrême, ils ont dû donner aux chéneaux plus 
(l'iiupcutance, et aux gargouilles plus de longueur: la gargouille grecque 
ou rouiain(^ est un mulle de lion ou un goulot aussi peu proéminent; la 
gargouille gothique est un ]iei'sonnage ou un animal loul entier. C'est 
aussi \-ers l'jUO que l'on imagina de poi-ler des chéneaux inclinés sur h^s 
arcs-houlanls, comme à Manies, allii d'amener les eaux jusfpi'aux gar- 
gouilles ménagées à lu tète des culées. Dans la seconde moitié du 
xiu" siècle, à la cathédrale d'Amiens, et depuis dans d'autres églises 
iuqiorlanles, le chéueau incliin'' est poi'té sur ime cloison à jour. Ainsi 
pul-oH racheler la diflV'reuce de ni\eau ([u'exigenl l'arc-houlant, ap])liqué 
au point (le la l'clomliée de la voùlc, et le caniveau, qui dessert un cIk''- 
neau |ios(' stn- la crête des murs. Lorsqu'on n'a pas eu recours à ce pro- 
c('d('', il a fallu joindre le chéneau à son caniveau par un bout de conduite 
verticale qui peut s'engorger; d'autres fois, on a placé des arcs-boutants 
trop haul, disposition qui amena de graves désordres dans la nef de la 
cathédrale d'I^reux, et dut y l'-tre supprimée. 

Plusieurs arcs-l)outanls ])eu\(Md <Mre superposés, même quand ils ne 
doivent contic-huter qu une \iujte, car le jeu de forces (pii se produit à la 
rencontre de l'arc et de la relomLée de la voûte peut amener un boucle- 
ment du mur au-dessous du point de rencontre. On a donc renforcé et 
roidi ce mur par un contrefort, ou souvent et mieux par l'application dune 
colonne indépendante à fût d'une seule pierre en délit. Souvent aussi, 
dans les grandes églises, on est venu appliquer plus bas un second arc- 
boutant; on en rencontre même parfois trois, et celui du bas peut être 
caché sous les combles. A la cathédrale de Chartres (fia:. 2), on a ima- 



I.ARCHITKCTUHK (iOTHIUlE lil Mil' SlliCLIi 







giiu'-, pour (Idiini'i- ;uix airs superposés une collusion cl une irsisl;uic(; 
exceptionnelles, de les élrésillonner entre eux par nur suilc ilc petites 
arcades, qui les rendent solidaires. A Reims, vers le milieu du xm' siècle,- 
on a décoré les rampants d'une suite de erocliels. 

Anes ET nxiiis, iiosi-s. — Les arcs et les baies gothiques oui une |)liy- 
sionomie toute spéciale. A la tin de la période romane, la plupart des 
grandes arcades étaient déjà brisées; les baies de tribunes el de clochers 
avaient parfois ce même tracé; les portails ladoplaieiit raremenl encore. 
Le style gothique commence par gar- 
der c<'s liabiludes, mais étend peu à 
peu remploi de l'arc aigu, qui devient 
presque général au xui" siècle, sans 
toutefois que le plein cintre soit jamais 
tombé complètement en désuétude. Les 
portails continuent d'avoir des vous- 
sures el piédroits à ressauts ornés de 
sculptures el de colonneiles; el le plus 
sou\ent, sauf dans le sud-ouest, des 
tympans sculptés. Les plus grands 
portails romans a\aieul parfois un 
trumeau central, el l'on a \u fpie, 
depuis le milieu du \ii' siècle, leurs 
piédroits ont élé (juelquefois garnis de 
statues. Ces modes se généralisent et 
se développent. 

Les maîtres d'œuvres ont mis 
près d'un siècle à lirci de la voûte 
d'ogives loul le pjii'li (pi elle comporte 
pour l'allégement d le pcrccmcnl des 

murs. Les fenêtres des églises de Irausilion soûl conformes aux uujilèlcs 
romans; les voûtes, qui pèsent souvent encore sur les mui-s, n'ont 
pas permis de les agrandir et elles resteront telles jusqu'au \i\' siècle, 
dans l'école du sud-ouest, qui conserva les voûtes bombées. Mais même 
avec les voûtes à arcs d'égale hauteur et des arcs-boutants convenable- 
ment appliqués et construits, les fenêtres des prennères églises gothicpics 
sont encore moyennes, sou\ent en plein ciulre cl grMH'ralemenl simples. 
\'ers 1170 à Sainl-Ouiriace de Provins, cl cidre llCIIel I '.'!'_' à la calbé- 
drale de Soissous, elles sont plus larges el en pallie boiiclices par un 
tynqian que supportent de petits arcs et des meneaux épais, analogues 
à de petits trumeaux. Le tympan peut être percé d'une petite ouverture. 
A la nef de (Ihartres, dans la iiremièrc iiioili(' i\\] \iii" siècle, les fenêtres 




- Ciiupe lie la catlicdralc (rAiixcn 



1-2 



llISTOIRl-: DE L'ART 



sont (le lii-juidcs liiiics en plein ciiilre, rcrcndiics en deux laïu-cllcs soute- 
iiiiiil un liMul lyinpjin prier d'une idsiice h cei-eles conccnlriqucs de 
Irèlles el ([ualrereuilles. A parlir du milieu du xuT siècle. Tarmalurc qui 
maintient le vitrage devient une claire-voie découpée, formée de colon- 




nelles minces, de pelils arcs simulés extradtissés el de trèfles, (pialre- 
feuilles el rosaces insciils dans des cercles évidés enli-e eux. 

I.es haies circulaires, qui n'avaient guère d'importance dans l'art 
roman, prennent dans l'archileclurc gothique un grand dévelop]iemenl. 
Elles dexienneni jiarfdis exlrèmemenl grandes, el se garnissenl d'une 
armalure de jiieiie rayonnanle; c'esl ce qu'on appidie des ro.ves. Des l'oses 
s'oiiMcnl pres(pie lonjoiirs sous la vonle dans les pignons des grandes 



LAHCIIlTECTini': GOTIllOUE 1)1 Xlll' SIKCLK 



éij;liscs, à la façade, au Iranscpl, cl au clicvrl ([uaïul il csl dmil. I,cni- 
armature peut afTccler di\('rs Iracés : assez souvent, dans la seconde 
moitié du xii" siècle et au déi)ul du xni", surtout en Bourgogne cl dans les 
édifices des ordres de C.ilcauN cl de Prémontré, des loses pelilrs ou 
moyennes sont garnies d Une couronne intérieure degraiuls cercles c\ idés 
presque complets, clavés entre eux. On trouve aussi vers l'200 des i-oses 
garnies d'un remplage dont la partie extérieure, rclalivcmcnl peu c\iili''c, 
forme une cloison percée d'une suite de rosaces, 
Irclles et quatrefeuilles; c'est; un dessin en har- 
monie avec le premier type de remplage des 
fenêtres gothiques; on le voit au transept de la 
cathédrale de Laon et à la lacade de la cathé- 
drale de Chartres. Kniin et le plus souvent, lar- 
mature consiste en arcatures sur colonnettes qui 
partent en lignes divergentes dun médaillon 
circnlaii'c ceidi-al. cl la nisc a l'aspect d'une 
roue; clic en j)orlait aussi le udui. In très ancien 
exemple de celte disposition se voit, dès ll.~U 
cn\in)n, au trans(^|)t ilc Sainl-l''licnne de l'.cau- 
\ais. ( )ii cil a liréparli pour la (l(''C(iral imi sym- 
holicpu' : la rose représente iiiu' raid' de /'(niiinc. 

Dans les façades des prcnncrs Iciiips gothi- 
(pics, les roses s'encadrent généralement d'un ari- 
de décharge qui, avec ses piédroits, formi^ une 
sorte de grande arcalure en plein cintre, comme 
à Notre-Dame de Paris. Lu peu plus tard, 
depuis le milieu environ du xiii" siècle, les 
triangles inférieurs sont ajourés, comme au 
transept de la même église; l'arc peut, en 
même temps, prendre le tracé brisé, comme 
ù la façade de la cathédrale de Reims, et sa 
pointe forme un troisième triangle ajouré. 

Les grandes églises de la première période golhique ont souvent des 
tribunes, telles Saint-Germer, Notre-Dame-cn-Vaux de Chàlons, édidces 
de transition, ou des monuments franchement gothiques comme Icscalhé- 
drales de Noyon, de Laon (lig. 7i, de Paris, le chevet de Monliérciuler 
à la fin du xu" siècle, l'église de Mouzon (1251) et jadis la cathédrale de 
Meaux. Les tribunes de celle-ci ont été supprimées après coup, en laissant 
un rang de baies au-dessus des grandes arcades; à l'église d'Iùi, on axait 
commencé des tribunes, supprimées à partir de la troisième lra\cc,cn 
laissant sulisisler l'ordonnance des deux élagcs d'arcades: cnliii. à la 




(U':nin.sliHu 



iralc de H 



»ucM, (in a 



iiisliiiil ou 



Irili 



dans la iicf. 



Il 



llisroilîl-: DE L'ART 



)uis :i(l()[il(:- k' syslrmr des fausses Irihiines Irrs peu api'ès, en subsliluanL 

aux lelouilircs des voûtes latérales 
inférieures un quiilage de colonneltes 
soutenant d'étroites coursicrcs, qui 
font le tour des piliers du côté des 
collatéraux. Vers \'2i0, les tribunes 
Idudièrent en désuétude. 

(Juanl au Iriforiurn, il règne sou- 
\cnt au-dessus des tribunes, ou les 
ii'uiplace. Dans la première période, 
il est presque toujours composé d'une 
suite de petites arcades étroites et 
li-ès simples sur des colonnettes, 
«oninie aux cathédrales de Noyon et 
de Laon, à Saint-Yved de Braisne, à 
p ()rbais, etc. Vers I'J'2,"), au contraire, 

E. (iii adopte des baies à subdivisions et 
à lympans découpés semblables à 

'• ceux des fenestrages; en outre, la fe- 

nélrc et b' triforium commencent à ne 

alli(''drales d'Amiens et de 




ciiUic.ii.-iluik' L;i. 



pins faire (pi'uuc nuMue coniposilion : aux 
Ij'oyes, les colonnellcs des meneaux des 
fenéires descendent poser leui's l)ases sur 
l'ajipui du tiibirium. Bienl(M, dans cer- 
taines (■•glises, la Haison des ilcux étages 
dc\ii'nl plus iiiliuii' : (ni ajdure les écoin- 
eons insei-jls eulie ra|ipui des fenêtres 
ei les arcs du Iriforiurn, comme à 
Sainl-Sulpice-de-Favières; et, ayant ju'is 
11' parli de (-(luxi-ir les bas côtés d'im 
comble à double rampant, on vitre la cloi- 
son extérieure du triforium, de façon à 
n'en faire (pi'uiie claire-voie : dès lors, les 
deux élagi's ne font |dus (pi'une seule 
grande fenèlrc, dans le bas de hupudle esl 
ménagée une galerie de passag(>. Tel est le ^ 
parti adopté dès 1250 à Saint-Denis, et Ir 
i)Uis souvent dans la seconde moitié du 

. , 'lu 

xiirsiècle,commeà la cathédrale de Troyes. 
La chapelle du château de Saint- 
Germain-eii-La\(', a\ec ses triangles à jour en 
niche alleiul le comble de r(''\idemenl [Uis. [),. 




.t^iàJijL^ 



FiG. '.I. — Chapelle 
•liùleau de Sainl-Gerniain-eu-Loye 
{iraprès Dehiù et Be/olJ.) 

ri' les fenéires ci la cor- 



I.AHCHITKCTUP,!' (iOTHIOll'; hl Xlll SlKili; ir, 

Slpi'OIîTS. — Les siipporls dérivent de ceux de l;i dciniric inTiode 
romane : en général, les arcs des voûtes relombenl sur des lïiiseeaux de 
fines colonneltes répondant aux arcs-doubleaux, ogives el fornierels. Ces 
colonnettes descendent iiis(|u'au sol, ou bien, dans le vaisseau central, 
reposent sur le tailloir des supports des arcades; cux-mènies, peuvent être 
d'autres colonnes en faisceau, comme à Saint-Denis, uuiis ils coii.-^islcnl 
plus souvent en un gros pilier rond en forme de colonne à chapiliMu 
feuillu (fig. 8). Très souvent, au xiii'^ siècle, ces piliers sont canlomiés tlv. 




l'Iinl Kiilarl. 



Fir,. m. — Inlriicar .h 



.haie lie TroV( 



quatre colonnettes, dont deux r(''pon(iiMit à la seconde voussure des 
grandes arcades, et les i\ru\ autres aux rclinuhées îles voûtes. Ces colon- 
nettes ont souvent des fûts indépendants du fût principal, et l'ormés de 
longues pièces en délit, qui peuvent se rattacher de place en ]i!ace à la 
masse centrale par des tenons et des bagues. 

Le même type de support peut avoir une ceintuic d'un |)lus grand 
nombre de colonnettes, comme entre les deux bas côli's de Xotre-Dame 
de Paris, et à la cathédrale de Bourges. 



Bases, cHAPixEArx, sculpture ornementale, fleurons, crochets, 
CLOCHETONS ET FRONTONS. — L'aiT.Iiilecture de transition a des bases 
atliques d(''prim(''i's. dont ]<• lorc inIVTieur s'('lalc cl s'aplalil Ji''gi'Tfiii(iit 



HISTOIRE DE LART 



sui- l:i |iliiilli(' aliii de iiiirux cxiii-iiiicr sa l'onclioii |ioi-|;ia[r; d'aulrcs l'ois, 
les bases sont surliaussrcs, mais le lorc inférieur s'aplalil toujours. Ces 
bases ont généralenienl des i^riUcs; elles persistent au commencement du 
xm" siècle; cependaiil, à partir di' IlOO environ, les angles des socles sont 
souvent coupés pour l'acililer la circulation; enfin, au xiii" siècle, ils sont 
tracés en octogone régulier, s"adaptant ainsi bien mieux au plan circulaire 
de la base, qui, dès lors, perd scs'griffes. En même temps, la base 
s'écrase de plus en plus sur son socle, et elle s'étale en surplomb au 
centre des faces, (u'i sa saillie est souveni soulenue sur de petites con- 
soles. A parlii- du milieu du xm' siècle, le tore sui)érieur peut faire place 



tal( 




leferme ses lèvres qui se touclienl pi-es(pie; à la 
lin du xiiT' siècle, la scotie a disparu; et 
la base ne serait plus qu'un groupe de 
moului'cs déprimées sans effet, si elle ne 
se confondait avec les moulures du socle, 
généralement orné d'une ))linllii^ proni(''e 
en lalon. 

Les cliapiteaux de Iransilion sont 
ornés de quelques animaux et surtout de 
beaucoup de feuillages, moins variés 
(|u'à r('|M)(pie pr(''C('Mleide, mais d'un des- 
sin bien jilus pur et d'une composition 
pleine de science et de goût. Les motifs 
de beaucoup les plus fréquents sont la 
III iir Xi.iiv.|):iiiic m- feuille d'eau lisse et à bords non décou- 
pés, et la feuille d'acanthe ou d'artichaut, 
l'ileh'' et ^igueur, parfois égale en beauté aux types anti- 
les iuiilanl fpie de ii'ès loin. 
Comme ces feuillages, les animaux, g(''néralcment fantastiques, sont 
d un dessin liés pni- et témoignent d'une obsei'vation sagace de la nalure. 
I)ans le dernier quart du xii" siècle, et après tous les autres membres 
lie rarchiteclure gothique, apparail le chapiteau gothique, création qui, 
de jiliis loin encore «pie le pri''e('(lenl , s'ins]iire du vieux type corinihien. 

Le chapiteau de la lin du xn' el du xm'' siècle est une corbeille en 
tronc de cône évidé, sur laqutdle s'apjiliipient (piatre larges feuilles côte- 
lées qui se recourlienl sous les angles en peliles volutes ap]iol(''es ci-ochels. 
Le ciochet est une sorte de bouquet de feuillages ou de boiu'geon 
enroulé; il va sans cesse en s'épanouissant et en se détaillant jusqu'à la 
fin du xni" siècle. Le bas de la corbeille est souvent garni d'un second 
rang de feuilles à crochets ou autres alternant avec les jiremières. (îes 
feuillages, sans aucime jiarenb'' avec les types de l'anticpiiti'', sont étudiés 
d'après la végétation autochtone, stylisés sobi'ement et d'une façon ([ui 



Irailée avec 
ques, mais i\( 



i.Ai'.ciUTKc.TriiE (.(>Tiii(»n'. nu xiii sii:cu'. 



'nilil<'iil ;'i twïo 



conserve loul rasjx^el de la réalil('' cl de la vie en lanicnanl la plaide à 
ses formes prineipales. Les \ai'ic'lés sont infinies. A parlir du milieu <lu 
xiu'' siècle, l'imitalion de la nature y de\icnl beaucoup plus sei\ ile el. 
minulieuse, el les fenillages perdent beaucoup de l'expression (pii coii- 
\ienl à un inendjre porlani : en elTet, au lieu ipu' les pi'dioles naisseid de 
la corbeille, ils naissent de branches (jui \iennent s'y enguiiiandei' ou 
même s'appliquer par lron(;ons comme sur une planche d'herbier. En 
outre, à parlir du milieu du xiii'' siècle, on remarque dans les feuillages 
un mouvemeni qui s'accenlue de plus en plus; leui-s pointes se relèvent 
comme sous l'action d'un \ent \ iolent montant du sol. 

Les lleurons sont des ornements propres à l'archileclure L;olhi(pu', 
qui en couronne ses pignons et ses clochetons 
plante stylisée, formée d'une 
lige que termine un boui-geon 
el que garnissent un ou Afxw 
rangs de crochets, seudilables 
à ceux des chapileaux el sui- 
vant la nièmi- (■solulion. Plus 
bas, une bague occupe la 
même place que Faslragale 
<lans h' chapileau. mais elle a 
plus d (''paisseur el tl iuq)or- 
lance. Un voit des lleurons 
dès une date voisine de IIGO 
à l'église de Guarbecqucs 
(Pas-de-Calais); ils sont gar- 
nis de quatre feuilles d'acan- 
the, mais les lleurons ne deviennenl usuels qu'au xni' siècle. 

Il en esl de môme des crochets, répandus à prolusion sur les angles 
des flèches et des pignons ou frontons; ils ont la l'orme el suivent I'i'noIu- 
tion des crochets de chapiteaux. 

Les clochetons sont de petites piles, généjali'mi'ul pleines, sur- 
montées de flèches; c'est un membre décoratif de l'archileclure, mais sou- 
vent ils y remplissent le i-ôle d'une charge utile. 

Les gal)les, frontons ou pignons décorai ifs e\islenl dès l'époque 
romane sur certains portails; ils deviennent d'usage général sur les por- 
tails dans la seconde moitié du xui'' siècle; on en trouve aussi sui' ipiel- 
ques baies de Iriforiums ! .\miens, Clermonl : et i'eiuMres i Saiide-('.lia|»ellei. 

ToiRS, CLOCUERS, KLiicmcs, coitNiciiKs. 1! MisTi! uii:s. — Les clochers 
ont pris un grand développemeni, el sont plus i\\\(' jamais nond)reux 
dans les grandes églises : on en voil gcnéralenicid deux à la façode, et de 

T. ir. - ô 




_ClMpil,.n, 



(M,Hee au L..uvre.) 



HlSTOlRlL I)K L'AP.T 



grandes calhédralcs en ont (lualre auires aux pignons du transept ; il 
peut exister aussi une tour centrale formant parfois lanterne. La lanterne 
reste de règle en Normandie, et on en trouve en Champagne (cathédrale 

de Laon) el eu Bourgogne 
(iXotre-Dome de Dijon). 

En (Mé\alion, le lype du 
xu'' siècle se développe : les 
étages inférieurs sont peu ornés 
et peu [tercés, excepté le rcz-dc- 
cliaussée, s'il forme une travée 
de l'église ou du porche. Les 
étages supérieurs ont de grandes 
baies, et un escalier en vis occupe 
une tourelle accolée h un angle 
ou à une face de la lour, que 
couronne souvent une llèche île 
pierre aiguè. L"élage sup(''rieur 
est généralement carré ; quel- 
quefois octogone. Les llèchcs 
carrées restent usitées en Nor- 
mandie et dans le .Midi, mais, 
en règle générale, elles sont 
octogones. Lorsqu'elles cou- 
ronnent des tours carrées, elles 
sont cantonnées de clochetons, 
et lorsque l'étage supérieur est 
octogone, c'est à la base de cet 
étage que sont placés les clo- 
chetons, ce qui dégage la llèche 
et lui donne une grâce plus élan- 
cée : le chef-d'œuvre en ce genre 
est, au xm'' siècle, la flèche de la 
cathédrale de Senlis. Parfois, 
les clochelons sont remplacés 
par des lucarnes surmontées de 
pyramides, comme vei's 11 G i au 
clocher sud-ouest de la cathé- 
drale de Chartres, dont la flèche est un des plus beaux types de l'art 
gothique primitif. Les flèches ont généralement à la base des lucarnes à 
fronton aigu, et quelquefois d'autres plus petites à diverses hauteuis ; 
quel(|ucfois aussi des ouvertures en forme d'archères el de rosaces. Les 
boudins qui gariiisseid les arcHcs peuvent être agrémenlés de crochels. Les 




I/AUCIUTECTUHli C.OTIllorK DU XIH SIKC.M-: 



î^^* 







AA;\ 



* 






+4^ 5 n: rH' t- 



lli'clics sunl souvent ornées d'iinl)ricalions de l'aible relief siiuulanl sur 
cluiquc assise — ou, en Normandie, de deux en deux assises — des rangs 
d'ardoises taillées en pointe ou à pointe eoupée. 

Les corniches peuvent quelquefois encore être fonuées d'arealures, 
comme à Notre-Dame de Saint-Omer, à l'ancienne Notre-Dame de Bou- 
logne, à Cliisscy (Jura); ou d'une tablette sur modillons, variété assez 
répandue dans le Midi et qui, avec un dispositif spécial, est de règle géné- 
rale dans les écoles de Bourgogne et de (Ihampagnc; enlîn, beaucouj) de 
corniches gothiques sont formées d'un 
simple corps de moulures ou d'un corps 
de moulures couronnant une frise. Celle- 
ci, à Notre-Dame de Paris et à Larchant, 
affecte la forme exceptionnelle d'un 
damier; à Notre-Dame de Laon et à 
Braisne, ce sont des rinceaux; plus sou- 
vent, la frise a la forme d'un chapiteau 
développé et continu, à un ou deux 
i-angs de feuillages, terminés, au xiii" siè- 
cle, en crochets. Des balustrades sur- 
montent souvent les corniches et 
bordent les chcneaux. Au xiii' siècle, 
elles forment le plus souvent une suite 
de petites arcades Iréflées. 

Ecoles; édifices imuncm'aix. — 
L'architecture gothicpie a formé diverses 
écoles. En France, on dislingue l'arcbi- 
lecture du Nord : Ile-de-France, Picar- 
die, Artois; celle de Normandie; celle de 
Bourgogne et celle de Chamj)agne ; celle 
du Sud-Ouest et celle du ^lidi. Le Centre 

a subi des iniluences diverses, et l'on ne saurait trouver dans la vaste 
région dont les cathédrales de Chartres et de Bourges sont les édifices 
principaux des caractères assez définis, constants et originaux pour les 
classer en une ou plusieurs écoles. (Juant à l'école de Champagne, elle 
n'est guère (pi'une combinaison des pratiques des régions ([ui l'entoui'cnl. 
A l'étranger, rAUemagne a subi l'influence des écoles du Nord, de la 
Bourgogne et du Sud-Ouest; les Pays-Bas, celles du Nord, de la Nor- 
mandie et du Sud-Ouest; l'Angleterre, celles de Champagne, Normandie 
et Sud-Ouest ; la Scandinavie celles du Nord, du Sud-Ouest cl de la Nor- 
mandie, cette dernière par l'intermédiaire de la Grande-Bretagne. 
L'Espagne a suivi les pratiques du Midi de la France et subi l'iniUience 




IllSTOllil-: l)K L'AIST 



tic la Boiut;oi;nç, du Sud-Oiiesl cl des liniiuls édifices du ('.<nlrc; en Italie 
icii,nc l'inllucncc bourguitiiionnc, un i>eu celle du Nord dans la Loiiiliar- 
dic, cl en Fouille celle du Midi de la Fiance depuis C.liarles d'Anjou 
(r20()); en Grèce, celle de la Clianijiai;ne, qui se mêle en Chypre à celles 
du Xordet du]\lidi. Telle esl l'expansion extérieure des écoles françaises. 
Nous indi(|uerons rapidemenl, autanf que possible avec leurs dates, 

les principales églises de cliacune tic ces 

écoles françaises. 

/,/;■ NI Util ( II.E-ljE-l-liAM l:'. l'H MtlilE.AinOIS). 

— La reconsfruction de la catliédrale de 
Noyon fut commencée entre liiO et H50; 
Ir transept date de 1J70 environ ; les voûtes 
ont été l'cfaites après l'incendie de l'295: les 
cloclicrs datent du xiii' siècle, ainsi (pie le 
|iorclie, l'cmanié, en \~t~)T}, par Jean de Brie. 
La cathédrale de Laon, jilus gothique, et 
que l'on peut rattaciier aussi à la Cham- 
pagne, fut élevée de 1 100 à L200. 

Notre-Dame de l'aiis fut commencée en 
IKiô, consacrée en 1182: le portail Sainte- 
Anne est un }ieu antéi'iein- à cette date; en 
1 i'.)(i, il ne manquait plus à la nef que deux 
travées; la façade fut élevée de L208 à 1255; 
les tours vers 1255; en 1257, le maître Jean 
de Chclles allongeait le transept et con- 
struisait le portail sud; de 12!)0à 1520. s'éle- 
\èrent les clia|ielies. — L,i première [liei're 
de la Sainte-Chapelle du l'alais fut posée en 
I2i0; la consécration eut lieu en 1218. — 
L'église de Saint-Denis, dont la consécration 
avait été, en 11 il, comme l'inauguration offi- 
cielle de l'architecture nouvelle, fut presque 
rebâtie de 1251 à 1280 par le maître cham- 
penois Pierre de Monlereau, mort en 1266. La chapelle du château de Saint- 
Germain-cn-Laye me semble devoir être attribuée au môme artiste. — 
L'église de Saint-Sulpicc-de-Favières,dela fin du xiif et du xiv'' siècle, par 
son plan et les coursières de ses fenêtres, témoigne comme Saint-Denis et 
Saint-Germniii d'une inlluence champenoise. — Si elle a\ ait été bâtie a\ec 
soin et nous fût parvenue sans remaniements, la cathédrale de Be;iu\ aiseùt 
été le ciief-iro'iivre de l'art gothique. Le chœur fut construit de 12i7à 1272; 
en 1281, ses \oùtes trop hardies s'écroulaient ; Enguerrand Le Biche entre- 
prit la restauration, terminée seulement en 1547. — L'abbatiale, aujourd'hui 




(D'après Dfliic. el Bezold. ) 



'^1 




I H.. Il' — Nc.l l;l. liVME l)i: PAlilS. MAT DE LA FAI_:ADE 
A l"É1"001 li Ut* IMÎEMlÈlîEs RESTAL'MATION^ HE VIOLLET-LI; DU 



IIISTOII'.H !)[■ L'ART 



riiiiirc, (le (llin;ili> lui consacrée on l'21'J;celle (rOiirscainps en i'JIIJ, mais 
elle marque une dale plus récenlc d'un demi-siècle. — Sainl-Frambourg de 
Senlis, commencé en 1 170, est un vaisseau simple à voûtes sexparlites, el 
l'un des [U'eniiers et des plus purs types de l'art gothique français. — Un 
peut encore ciler les églises d'Arcucil, Créleil, Auvers, Bougival, Chani- 
, [lagne, Deuil et Domont (fin du xii'^s.), 

Saint-Martin et Notre-Dame d'Étam- 
pes, Gonesse (fin du xii- et xiii" s.), 
Luzarches, Mantes (xii" el xnf s.), 
Nesle, Taverny, Trie). 

La catliéiirale de C.harlres fut 
incendiée en 1 1 !),"> ; le sinistre ne laissa 
subsister que la crypte romane el la 
façade de transition élevée de M i5 à 
1170 environ. La reconstruction fut 
poussée si acliveuienl qu'en ll'.IS le 
chœur était consacré; vers l'iiO, on 
élevait le transept, avec ses portails, 
auxquels les porches furent ajoutés 
environ vingt ans plus lard; en 1200, 
l'ensendjle de r(''glise (''iail consacré. 
— L'église Sainl-Père de (iharlres, 
incendié!" en llôi. fui reconslruile 
\eis I KiO ]iar le nidiiir llilduard;de 
|-Ji:> à l'J.'.O, la nrf lui ivprise. Le 
clMi'iirruI à peu pi'ès rcli;Ui à la lin du 
Xlll' el au M\' siècle. 

La cathédrale d Amiens dale de 
IL'LMI à ll'NS. Le premier maiire de 
l'd'uxre. IîdImtI (Ir Luzarches. (''Iail 
ii'Ui|)lacé en L22"> ])ar Thomas de Cor- 
mont, auquel succéda en [22^ Renaud 
de Cormont. Dans la iik^uc rc'gion, 
on peut ciler (-(imme églises du xiu' siè- 
cle celles de Ilam, Bray-sur-Somme, 
Gamaches, Picquigny; plus au nord, les vestiges des belles caihédrales 
d'Arras, Thérouanne el Cambrai, les dessins de la Collégiale de Valen- 
ciennes, et, parmi les rares édiflces encore debout, le cho'ur des églises de 
Bourbourg et de Cappelle-Brouck (Nord\ l'église de .Maintenay, une 
partie de la nef d'IIénin-Liélard et du transept de Saint-Sauve de ^lon- 
Ireuil; enlin et surloul, Noire-Dame de Saint-Omei-, bàlie de la lin du xii" 
au xvi' siècle; le clueur est presque cnlièremenl du xui' siècle. 




l"iG. 17. — Coupe (le la calhédrale de Beauvai 
(D'o|.rè.s DehioetBezold.) 




l'ic;. IS. — FAÇADE DF. LA CATIlI-DIlALr; d'amikns. 



IIISTOIliK 1)K LAirr 



La oalii(''clral<' di- Tours se ralLaclic oncoiT à l'école du Nord. Le 
chœur, coniuicncé en LJG7, n'était pas achevé en 1279, et le maître de 
l'œuvre était Simon de Moi-lagnc; en l'2d7t, Simon du Mans lui avait suc- 
cédé; le Iranscpl cl une jiartic de hi nef sont du xiv' siècle; la l'acade ne 
l'ut achevée qu'au xvi" siècle. Dans la nuMne ville, l'église Sainl-.lulien 
date du xni'' siècle, et celle des .lacohins de Li(iO. 

Dans la région du Loiret, on trouve le style de transition à Saint- 
Euverte d'Orléans et à Saint-Benoît-sur-Loire; à Meung, l'église Sainl- 
Lyjiiiard a été reconsiruile sous Philippe Auguste sur les fondalions et 



tsM: 








'=-' ""i' 'i^i '«■^^■' * 




Img. lu. — f;,illi(Mlr,'ilo ,\o BDurifos. porlail orculcnlnl. 

en suivant Ir plan \\-cl]c d'une église romane, f'/esl à peine si la cathé- 
drale de Bourges pruL être rattachée au style de l'Ile-de-France. Elle a 
été commencée en l'iT.'i, consacrée en irj'ii; dans la même ville, Saint- 
Pierre-le-Guillai'il, églisi' du xiii' sièt-je, li''moignc d une inllucnce cham- 
penoise. 

Ouaire autres écoles jjien <lislinctes ont leur piovincialisme très 
caractérisé. 

LA .\nHMA\hih\ — L'école de Xomianilie emphjya lieaucouji la \()ùle 
sexpartite à l'époque de ti'ansition; elle adopte plus souvent cju'une autre 
les chevets rectangulaires; elle fait usage d'arcs jjrisés suraigus jusqu'à 
l'exagération, car il l'iihc dans les liahiludes des maîtres d'o'uvres de 
tracer les gi-ands e[ les pclils ai'cs a\('c la nn'^nn^ ouverture de compas; les 
lours-lanlernes restent en usage, ainsi (pw les coursièi-es ménagées dans 



LAF.(;inTi:(:Tri;i-; coniini e Dr xiii sikci.k 25 

li's cinlji-asures dos IV'iirln>s. les (•li;i|)i(cau\ ronds, iiiii' (li'coralion un peu 
monotone et g-éoméliiiinc. l'.n -^orlanl îles convcnlions de l'ail roman, la 
sculpture normandr nloiulir :i>sr/. vile dans d'aulres formes (•on\cnlioti- 
nelles : elle reproihiil à saiirir, cl plus encore en Aniilelcrn- ipiCn France, 
certaines feuilles de irrllc doiiiK-rs pendant la t(''te en bas ci loiiiiiées en 
spirale; de petits ircllc^ cl (|ualrefeuiiles découpés comme à remporte- 
pièce forment des frises; les arcatures sont toujours nombreuses. Les clo- 
chers élevés et les flèches liardies et élégantes se remarquent en grand 
nombre dans cette école. Son territoire s'étend depuis rembouclimc i\i- |;i 
Somme, à l'abbaye de Sainl-\'alery, jusqu'en Bretagne, à Dol, à Saiid-1'ol- 
de-Léon;elle remonte la vallée de la Seine jusques assez près de Paris. 
Parmi ses monuments principaux, on peut signaler l'églisi» de Lessay et 
celle de Pontorson (transition ;, Xoyers, le chreur de Saint-Etienne de Caen 
(vers J'2II0), celui de Lonay-rAI)l)aye, de la fin du \\\" siècle: pour le 
xiii° siècle, Fontaine-Henri, Langrun(\ le clio'ur de la callK'dralc de 
Bayeux; la cathédrale de Lisieux, dont r;disiile l'ul rebâtie de |-2i'(i à l-.Ti."). 
et le reste sans don le aussi \ er> le mi'nie Icnips. bien qu Un ail une 1 la le de 
construction de I Kill à I ISS, (pii para il Irop ancienne pour IV'dilice ;ichie| ; 
Saint-Pierre-sur-l)ives, lîyes.le grantl et le petit Andclys : les abbayes de 
Bonport près Pont-de-l'.Vrclie, remarquable par son rc^l'ccloire. l'oiihiinc- 
(ju(''rar(l a\"ec sa belle salle capilulairc, le Briniil-lleiioisl donl il ne 
subsiste guère qu'une belle église, cl Morlemer; la calhédi-ale de ( loii- 
tances (l'iàl à l"27i), Sainle-Mère-I'lglise. les ruines de P>il|e-l-;ioile 
(Orne), la cathédrale de Séez, de P2")0 à 1575; Saint-Jacques de Dieppe: 
une grande partie de la cathédrale de Bouen (dont le chœur date de 1"20'2 
à 1-220. le lran>rqit de I2SI). les ]Hirlail> de 1500 environ et les chapelles 
de 15(12 à 1520: le premier maiire de l'o-uvre semble avoir été Jean 
d'Andeli : l'église d'Fu liSCi à 1250 . celle de Fécamp. le> rnino de 
Sainl-W'andrille, le clio'ur de la cathédrale du Mans, de 1217 à 12.")i. 

LA liniRGOGM-:. — (hioiipie la Bourgogne ail de très anciens excnqilcs 
d'art gothique, beaucoup de ses édifices secondaires n'en onl jamais 
adopté tous les perfectionnements; jusque vers 1225 on y trouve des édi- 
liçcN (pii oui lous les caraclères dn slylc de Iransilion. 1 »è> I 150 cn\ iroii, 
le narihex de l'abbatiale de \ ('•/.clay. a\cc sa voûte d'ogixes cculialc. en 
]iréseidi' un spécimen l'orl inli''rc>>;uil : le clneur, bàli de 1105 à llsil. 
ajtpartient au style golhiipu' primitif le plus pur et le plirs paifail. Le 
territoire de l'école comprend, à peu de chose près, nos dépai-h'nicnls 
actuels de la Haute-Marne, des Vosges, de la Haute-Saône, du Doubs, de 
la Côte-d'Or, de l'Yonne, de la Nièvre, de Saône-et-Loire, du Jnia et de 
l'Ain, plus une notable partie de la Suisse répondant aux am-icmies limites 
de la (lomlé de Bourgogne. Son iniliMMice s'élend dans lonles les i-égions 
voisines, jusque dans le I )an|iliini'> el juxpi'aux bords du iîliin: elle 

T. II. — 4 



'2(1 IIISI'OII'.K III'; I.AliT 

s'oxfi'ce (Micoi'c au loin, cl jiis(|ii'iin\ limilcs de la (•lir(''li('nl('', |i;n' l'orcli-c 
lie Cîlcaiix, jmissamincnl centralisé en Bourgogne. Les clievels rcelangu- 
laircs soni IV(''(|uenls dans les ('■glises secondaires, el leur nuir hM'niinal 
es! peici'' d'nn gioujM' de liois l'en(Mres suriuonic'' d'un d'il-de-iiieur. ( )n 
lniu\e aussi une eliapelle rectangulaire au déanihulaloire de la cathé- 
drale el à Sainl-I ierinain d Auxerre,au xiii'' et au xiv'' siècle, et, dans beau- 
eouji d'autres églises, des chapelles carrées s"(iu\ieiil sui- le li-ausept aux 
côtés d'une alisiile. Les porches et h^s narllu^x sont In^quenls ainsi (|ue les 
tours centrales; la ^oùte sexparlite devient très usitée au xiu'' siècle, au 
moment où elle lomhe en désuétude ailleurs. Des ci'ochets ornent souNcnt 
les ongles des clefs de voûtes et les sommiers des arcs de triforiuni. L'an- 
liiudanl n'a (''h'' einph)y('' (pi'a\ er (■('■ser\('; l'emphti de l'ai'c en pleiu cinl re 
se ((inliinie ius(|irà une (''pdipie tardi\c'. Duianl la première p(''riode 
g(illii(pie, heani'iiiip de l'Oses ont un reniplage de dalles appai-eill(''es en 
ela\i'aux et ('•xidi'cs de eercdes (pie \ient rogner un cercle eeniral. Les 
I i-ir(H'iiinis, i-ares axaiil le milieu du xni' siècle, sont |dus rn'-(picids à 
pailii' de cette époque; on y remarque quelques dispositions originales : 
au xin' siècle, celui de Sainl-Eusèbc d'Auxerre a des haies séparées, non 
par des }iilaslres ou des tiumeaux, mais par de grosses colonnes excessi- 
vement trapues; au .xiv' , celui de Saint-Germain d'Auxerre, pour ne pas 
all'aihlir les contreforts, les contourne extérieurement. 

Le triforium formé dune suite de simples arcatures sur colonnelles 
persiste jusqu'au xiv" siècle; ses retombées s'ornent de congés sculptés. 
Les tailloirs des colonnes engagées sont souvent reliés entre eux, sou- 
\ent aussi lui cordon jiasse au-dessus des grandes arcades et contourne 
les supports. (Juti'e le tiil'orium. les ('-glises onl, comnii.' celles île Nor- 
mandie, des c()ui'si(''i'es inl(''rieures lra\ersaid remhi'asui'c des l'en<Mres. 
L'éc()le de lîoui'gognc pl'odigue les encorbellements : elle alTecI ioniie les 
siqiporis coupés en forme de cnnv renversé et h^s corbeaux à m(''plal 
lriangvdaii-e sur la Iranche; elle l'ail un usage constant de corniilies à 
modillons siiu\cnl pour\us de ce iui''|ilal, ]n'olil(''s en (piarl de rond on en 
ea\i'l, el remaiMpiables pai' leui's l'act's latérales eoui'bes (pii .se rejoigiu-id 
de fa(;on à former lui feston de demi-cercles sous la tablette; leurs queues 
sonl tangentes enli'e elles, (les corniches i-emontent les rampants des 
[lignons. 

Les principaux (''diliees du .\n" siècle sonl la callnHlrale de Langres, 
encore toute romane de décoration, mais pour\ue ilogiNcs et d'arcs- 
boutants; Pontigny, église lomane remaniée; le clneur de l'abbaliale de 
\'ézelay (H80);la cathédrale de Sens, commencée ^ers 11(10, continuée 
de L2()7 à LiT'.l. Au xiii' siècle, Notre-Dame de Dijon, vers l'iiO; Semur- 
ea-Auxois, Saint-Seine (L25ô), Saint-Symphorien de Nuits, Notre-Dame 
de (llnny, Flavigny, la cathédrale de Chalon-sur-Saône, l'église d'Appoi- 



LAUCIllTHCTCHE COTlllOIK \){ Xlll SIKCLI': 



'.'7 




). — r.hœiii' lie Saint-Remi 
lie Reims. 

J-n|uvs Delii.) et lÎLVoiil.) 

ains clrniiibiilaloircs 



gny; à AuxLTif, la i-allirilialc dont le clio'ur dale de l'ilà à i'i'ii, Saint 

Gei-main avec son cliœnr commencé en ll*(iO, et sa in-l' du xiv' siècle 

Saint-EnsèLe; les églises de Chablis, Coui- 

Xolre-Dame, Flogny, Sainl-Julicn-du-Saull, 

.Miclicry, Saini-Pèi-e-sons-Vézelay, Pont-snr- 

Yonne, ^'el■menton, \ illeneuvc-sur-Yonne, 

\'illeneuve-rAi-chevcquc, Saint-Jean de Sens, 

Sainl-Mai'lin de Clamccy; la cathédrale de 

Ncvers, presque reconstruite après i'211 , con- 
sacrée en l."i51 ; l'église de Varzy des xiiT' et 

xiv'' siècles, Sainl-Analoile de Salins (milieu 

du xiii" siècle). 

i-A ciiMWAGSE. — L'airliiteclurc gothique 

de la Champagne n'est guère qu'une combi- Fi 

naison de celles de l'Ile-de-France et de la 

Bourgogne, avec ([uclques inlluences germa- 
niques. Ce qu'elle a de plus original est le plan de c 

dont les ti'a\ées. coiixcrles de voûtes d'ogives carrées el dr iM-ix-caux 
triangulaiiTs en alternance, ne correspondent 
pas à la largcuu' des chapelles rayonnantes, 
(|ui s'y relient jiar trois arcades reposant sui' 
deux {('gères colonnes. Ce système est adopté 
à la lin du xii' siècle, à Saint-Remi de Heims 
l'I à ÎNotre-Dame de Chàlons-sur-Marne; au 
xiii' siècle, à Saint-Ouentin et à la cliapelle de 
la \ icige de la cathédrale d'Auxerre. L'alter- 
nance de Miùles cjirrées et ti'iangulaires poui' 
r(iu\i'ir une galei'ie tournante a\ait (''té em- 
ployée dès le ix' siècle à Aix-la-( liiapelle. (-'t's! 
à l'école romane germanique (pie hi (Cham- 
pagne emprunte le couronnement de certains 
clochers gothiques à quatre pignons, comme 
ceux de la eathédi'ale et de l'ancieinie église 
Saint-Nicaise à Reims. 

Les édifices les plus i-emar(piables soni, 
au xii" siè(d(\ le clneur de Ndlic-l )anu>-en- 
N'aux à Chàlons-sur- .Marne ll.'iT à IISj^:;! 
Reims, le clnei^ir de Saint-lienii, élevé de 
1170a 1100 en\ii(>n: Saint-Ouiiiace de Pro- 
vins, N'oullon. Soiippcs I Seiiie-ei-Marne) ; la 
•onunencée pai' le bras sud du iransiq)t vers 




Fu;. 21 — Plan de ia 
de Soi.ssoris 

(D\iprè5 Deiiio et B 



calhédi'ale de S()iss(iu> 

1 IT'i, continuée pai' le clneur consacré en 



'f du xiii'' siècle. 



IllS'IOlIii: DE LAliT 



Le pliiii lie S. liiil-Vv cd (Ir l!r;iisiic oITri' une (lis|i<i>ili()ii (irii;iii;ilc; 1 nlisidc 
sinipk' 1^1 ll;iii(|ii('(' diilisidiolcs non parallèles, mais onxcilcs sur un axe 
(liasioiiid, de laroii (|uc du vaisseau central on puisse vdir d'un seul eoup 
d'd'il les aulcls des ciiui alisidcs ipii s"(''|iaii(iuissenl en ('■veidail. La ealln''- 
di-ale de lieiuis lui élevée de I '_' 1 I à I 1(10 en\ irnn, sous la direction succes- 
sive de .leaii (!'( Iriiais ( l 'j I I - I •_>:.!>. .Ie;in l.e Loup . l'_'."il-l'JI7i, (iauchei- de 
iîeinis ( l'217-L_',").">), Beruard de Soissons ( lt2^^-Li'J0), Robert de Coucy 
(uu.il en 151 li, Colard (I^IS), Gilles de Sainl-Nicaise (l.'yti- 15^)8). Une 
étilise non moins i-em;ir(piaidi' de lieims, Saint-Nicaise, fui c()mmeue(''e 
pal- Hues li ijeriiier en 12'i!*, aclie\ée \'ers 17)0(1, 
d(''m(ilie au xix' siècle; on en a conservé de 
lions dessins. La calli(''di-ale de ( lliàlons-sur- 
Marne u élé presque rel,;iliede l-jr.Oà LJSd. On 
peut ciler aussi les éi^lises de Ilans, Doi'mans, 
Louv<'rey, Saintc-Meneliould, Orbais (xii" et 
^gg \\]\' siècle). LssouK^s pi'ès (',li;"ileau-Tliierry 
ixui" siècle); les ruines de l'abbaxe de Loncpont 
(Aisne), de 12^7, cl de Mnnt-Nul re-l )auie ; une 
i;-rande jiartie (\>- la CDlli'j^i.-de de Saiid-( lueidin, 

dont le clionir. <nlis;i< l(' en L_''i7.e>l IceuNic dr 
\ ilard de I lonileconri et s inspire de celui de 
lieims; l'église de M(.u/,(.n . L.'",| :, h, ciilliédrale 
de Troyes fon(l('e en LJIKi, le jiortail cl le (dotire 
de Saint-,leaii-des-\ iiîues à Soissons, Saint- 
.lean-liaplisle de ( '.lui iun( nd , belle église des 
MU cl \i\ siècles; la cathédrale de Melz com- 
meiir(''e ail Mil' siècle, continuée au xiv' , (pii eut 
pour mallre (heinre l'ierre Perral, de \7A')') à 
I.ISI: la calliiMliiile et Saiiil-( iengoulf de Toiil. 
Les (''glisf/s ib' ( '.bampeaux, ^eI•s liSI), lirie- 
(lomte-l^)berl (xin'' siècle), bi ('.liapelle-sur-( Irécy (xiii" cl xiv' siècle), 
Donnemai-ie-en-Monlois, Feiiières-en-l>rie. le Lys près Melun, .Monle- 
reaii, Morel lin du xii' cl xm' siècle), Hampillon i xiii" et xi\" siè(de ) : le 
(dueur de la calbé-drale de Sainl-Dié, la collégiale d'l-;pinal i \2m à LiCi,"»), 
celle de 1 lemireniont , les (bnrx églises de ISeurcbilteau. LV'glise Saint- 
l rbain de l'royes, nn des monuments les plus parfaits de l'arl gothique, 
mar(pie l'aNèneuicnl du style du xi\' siè(de; commencée en Liti^, elle 
resta iiKudievée depuis l.l'iH cl a (''lé reprise de nos jours. 

u: srD n/hsT. — L'arcbilerliire golbiipie du Sud-( tuesl. dile .. stvb^ 
i'ianlagenet ■', 1res origiiiide. procède eu pM il ie des Iradil ioii>. roiuaur> i\c bi 
r(''gi(ui. Les églises oui une nef unique ou trois nefs de bauleiir sen>ilde- 
menl (''gale, et comme les voûtes resleni i:(''U(''raleiiieiil lM)iiib(''es, les dou- 




(Ll'n|irc,, llcIiiM l't l;e/(iKI. 




CATHEDRALE DE REIMS. _PORTE NORD DE LA FAÇADE 



Histoire de lArt H PII. 



Librairie Armand ColmPana 



[. AHCIlITKCTriiK COTlllniE lH Mil SIKCII 



lilr;iu\ ri les murs rolciil rpiiis. cl les rcnrlrrs rlroih'S. L'rlriiMllco dfi 
celte architecture réside dans les condiiiiaisons curieuses de ses voûtes ot 
dans la gracilité de certains supports. Les che\els rectangulaires sont 
lr.'> fi-i'ipients. Le premier ('dilice à date cei'taine est la nef unique de la 
catJiédrale d'Angei-s. rel>àlie sur fondations romanes par l'évèque Xormand 
de Doué, mort en 1!.".-J, avant rachèvoment de Fœuvre. Ce monument et 
d'autres de la première période, tels que Saint-Maurice de Laval et le croi- 
sillon sud de réglise 
d'Asnières, ont des croi- 
sées d'ogives simples et 
épaisses, dont le profil 
rectangulaire est allégé 
de deux boudins dans les 
angles, et parfois d'une 
gorge médiane semée de 
lleurettes. 

Au xui" siècle, se 
développe une second. 
p('M-i()d(> : parmi les égli 
ses à trois nefs, il faut 
riler la cathédrale de 
l'iiiliei-s. commencée dès 
1 itr.'. Icrniinée en l.lTi ; 
le chœur de Saint-Serge 
d'Angers, les églises de 
(landes (Indre-et-Loire . 
du Puy-Notre-Dame cl 
de Sainl-Maixent (Deux- 
Sèvresl; parmi les égli- 
ses à une nef, la collé- 
giale de Doué (Maine- 
et-Loire), et l'église (rui- 
née) de Toussaint, à Angers. Dans le plan de celle-ci et de l'église 
d'Asnières. on remai-que la di\ision de cliaipie liras du transept par une 
colonne centrale, mince et h'gèi-e; le chuur de Saint-Serge d'Angers osl 
divisé' en trois nefs jiar des suppoils sendilahles. Les supports, colonnes 
ou jiilicrs en l'iusccau de colonnes, soid minces el (''lancés; les \oùles 
deviennent de plus en j)lus bombées, et prennent non l'appareil, mais le 
tracé général de coupoles, qui parfois reposent sur des lromp<'s en cid-ile- 
rmir. parfois aussi sord des bei-ceau\ à p(''n(''l râlions. De nombienx aivs 
l'ornienl larmalure de ces \ontes : elles onl des croisées d'ogives, des 
liernes, el aussi des ner\ mes mulliples ci raniiliécs ou enirc-croisécs. Le 




felis 



■^ninl-Scii!!.' iTAiii 



.■() HISTOIRE DE E'AUT 

type le |)liis (■(iiii[ilel cl le plus rciiiarqualtle de ce système clail réglise de 
ïous.sainl, à Angers. On ajoula des voùles de ce genre aux églises 
romanes de Sainl-Jouin-dc-Marnes el d"Air\aull ( I)(Hix-Scvres). 

LK MIDI. — L'arcliil(Miure golliique du Midi csl simple el nue; non 
sculemcnl cpiand elle emploie la luirpie, mais même dans les édilices de 
])ierre, sa ))auvrelc sculplnralc conlraslc a\cc la richesse de l'orncmenla- 
tibn romane des mêmes régions. Le lerriloire de l'école, très étendu, com- 
prend louL le Languedoc et la Provence, toute la Catalogne et l'Auvergne. 

Les arcs-boutants, les lias côtés, les (l(''ainlndaloircs, comme aux 
(•ath(''drales deCdermont, Limoges, Rodez, Touliiuse. N^irlionne, Rayonne, 
sont l'ares et imités de l'architecture du Noid ; la jilupart des églises ont 
une seule nef; au lieu de lias côtés, elles sont garnies de chapelles logées 
entre les contreforts, et au-dessus desquelles peuvent exister des tribunes. 
L'église de Lamourguié, à Narbonne, du xiii" et du xiv'' siècle, comme celle 
de Rabastens el la cathédrale d'Albi, présente une ceinture continue de ces 
chapelles autour de l'abside; elle a, de plus, la particularité rai'C de n'avoir 
pas de voûtes, mais une charpente portée sur des doubleaux faisant fonc- 
tion de fermes. Certaines églises, comme Saint-Maximin (Var), n'ont que 
des chapiteaux sans sculpture; la scuiplure d'ornement est tnulTuc et con- 
fuse, la statuaire rare. 

Dans la région louloiisaine, rarchilrclinc doil un aspect particulier 
à l'emploi de la biiquc, (|ui y est géni'ral el admirablement ent(Midu. Les 
clocliers oclogoiies, pi-()C('ihnil (h^ la Iradilion romane locale, ont de nom- 
breux étages; h^s clochers-arcades sont Hanqués de tourelles réunies par 
des galeries de défense; de grands miichicoulis sont bandés entre les 
contreforis. Les baies des riochcis all'erleul d('shac(''s parliculicrs bien 
propres à ICmploi de la bii(pu' : lare en liers-jioinl y csl icmplacé [lar 
l'arc en milre, el les cercles par des losanges. Des colonnettes de pierre 
dure garnissent les baies des cloîtres, les baies et angles des clochers. 
La brique, grande et plate, conserve sa forme romaine, et les construc- 
teurs ont su reti'ouver la solidité et la majesté antiques. 

I>e Midi a connu le style de transition dès 1 1 iO au moins, comme le 
prou\ent la ( lyjile el le elHcur de Sainl-Gilles, les porches de Sainl- 
\'iclorde Marseille et de Saint-Ciuilhem-le-Déserl , le transept tle Mague- 
lonne, 8ainl-André-le-Ras, à \ icnne. On peut distinguer les imitations 
de l'ail septentrional, exécutées sous la direction de maîtres d'œuvres 
venus du Nord, et les monuments d'un art autochtone en partie déduit, 
mais non imité servilemenl, du gothique français. Dans la premièi-e caté- 
gorie, il faut classer la cathédrale de Rodez commencée en Li77, la 
collégiale de Saint-Flour, la cathédrale de Razas commencée en LJôri, 
l'abbatiale de \'almagne (Il(''rauln. ir^giise d'Aigne|ierse ! riiy-de-D(ime i, 
et la cathédrale de ClermonI dont le clneur fui élevé de l'iT)." à |'J,S."i, par 



i.AP.ciHTECTri;!; (.oTinnri' di xiii sir.ci.i': 



.liMii Dcscliainps, niorl en l'JtS; l;i cnl IhmIi^iIc de lî;iy(iiiiii' (■niiiniciu'ée 
en hiJÔ, celle de Lyon consacrée en l'iili, Saiiil-.Maxiniin i \'aii coniinencé 
en l'2!)5, la cathédrale de Limoges comniencée eu l'jT.", l'église dlzeste 
(XIII'' et xiv" .siècle). Dans la seconde caiégorie, heaucoiip [dus noinlirense, 
au xiir siètde la nef de la cathédrale de Toulouse, di' l'Jll; Blasimoni, 
la iicf di' la calliédrale et Sainte-Croix de liordcaiix. Saint-Macain> 
^Gironde); vers L2U0, Saint-Paul-Serge ixii-xin' sièclei el Lainourguié 
(xiii'-.xiv'' siècle) à Narhonne; l'église de Xajac lAveyroni, lenninée en 
|-iti!l par Bérenger Jornet; à Aix, Sainl-.leaii de .Malle, coininencé eu 
l'J.'l; la Soulerraine ((".l'iniseï, Saint-Bai-naid de liouiaus, Sainl-.\uloiiir 
de \'i('nnois xill' i^l xiv' sièrlc, Xdll'e-Daiiie de Monihrisou Inildée eu 
l'J-J."., le (diu'ur de la <'alli,-drale de Cahors ( 1 2.S.'.- 1 -Jiir. : eu -\uvergne 
le> égli>rs de lîilluni. 
Chastreix; la cailuMlralr 
de Perpignan. Cderuioul- 
riléraull ixiM' el xi\' siè- 
chM, Saiule-<;,''<-ilc(r-\llii. 
(•()iuuieuci''e en \"2X"1 pai- 
le maître Bernard de Cas- 
tanct ; la cathédrale de 
Béziers de l'Jià à la liu 
du xiv' siècle, celle île 
Lavaur (xiiT et xiv' siè- 
cle). Sainl-Loiiis-dTIyè- 
i-(^s. En Corse, Saint-Do- y^^ ,, _ i:,.,,,,, 

iniui(pie de Bonifacio. 

LA liUKTMiM:. — La l'.rrjaguc a ('•li'' (livi> 
et Técole iioi'iuaude. Dr la |iiiMuièri' pailiripiMil plus (lU moins les ('-glises 
de lîridcx eue/. ( '.c'lles-dll-^lM■d . (i uillgaïup, \iil re-l )ame-(le-Lamlialle 
coiisaen'T eu Li'Jd, Lidioii. Saiul-Malo. CiUM'ainlr. Mrrleveue/ (xu' el 
Xlir sièrlc , la calInMlrale de \anurs xill'-x\ ' -x\ l' sièide). .\ r(''Cole uoi'- 
luande. on peul rallaehei- la cailuMliali' de Tl-c'^guiei' i I '_'!)(! el I."."." , _\olie- 
Damc-dc-Iveiuilion, à Lannu'ur: Saint-Dominique de .Morlaix comniencé 
en l'iti.", l'église aliLaiiale île la Poinle-Saint-.Malliieii i^xm' el xiv' sièidej, 
la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon ixiii' siècl(\i, celle de Dol achevée 
par le chœur ipii dale de L2."il à LJfi,'). 

/./,' riiWTIii:. — Dans la n'^giou ilu Ceuli-e, les mouuiueuls prinripaux 
sont, dans le département de l'Allier : une jjartic du chœur de Sainl- 
Pourçain (imité de celui de Saint-Dcnisi el le clurur d'Lhreuil, \)ù[i vers 
le déhut du xiii" siècle sur le luèiuc modèle: dans Ir dc-parleiuenl du CIkm': 
l'église cistercienne de Noiilac de la liu du xu' siècle, la cathédrale di; 
Bourges commencée vers i27.*i, cousacii'c en l.l'J'i; r(''glis(^ Sainl-iîonuet 




dre l'école Au Sud-Oucsl 



52 iiisroii!i; i)i-; i;art 

(l.-ins l;i iikMiic \ill('. l'c^'iilisc (l'Ail1n\■-l<'-^ i<'iK la in'l ilc Siinccrmiics. iln 

rollllliriicciiiriil il II Mil' sirclr ; S.'ii lll-( liMI il (ilir illl I>i;inc ' Xll'Cl Xlll' sirclr i, 
Lcvidux <l Mc'zii rL'.s-ca-l>rciiii(' liidic;, des xiii' et xi\' siècles. 

Ai;riiiri:e,Trr',i: eiviii:. MiriiAiitE kt iMoxASTion;. — L';ii-eliilei-|iire- 
pil|j|i([lie lie |;i |ir'|-ii)ile i;olhii|ue esl 1res ilili'TessaM le : ;ni\ xm' el M\' siè- 
cles on a eiinliiiui' d'élever des ponts, des aqueducs, des phares; les com- 
munes oui ariirmi' Imir puissance par la consiruclion d'hôlels de ville et 
de lielïrois. el mil eiiiln'lli leurs places de riinlailies un iiiuiiii'li I aies. I^es 
eiiIrepiMs du cummeici' el les liùjiilaiix qui/ la cliarilé rde\ail eu grand 
nombi'C onl élé aussi des édifices salubres, soignés el élégants. 

On peut citer, le ))ont Saint-Esprit, élevé par les soins des frères 
Poidifes, les ponts Saint-Martial et Saint-Etienne à Limoges, le ponl de 
la Frégeoire à Najac (l'2r>S), le Ponl de \ ;ileiilré xin' siècle) à Cahors 
I lig. '20), le pont de Champagnac el la llnqiie (lanli, du xm' siècle; les 
pouls d'Ui'Iliez. Meiiile, Allii. l^iil ravgues, Bnurdeilles el Nyons. Les 
ai'ches sont g/'iiéraleiiienl en I iers-poini ; les ciiIi'm's fornienl des éperons 
I l'ianglllaires qui eiiil|ienl le enuraiil . dilllinuenl sa prise el di''ri\elil sniis 
les arclies li's objets llollés. 

Les fontaines onl eu une grande pari dans les préoccujialions de nos 
ancèlres, el ils uni sii leur diiiiner di's l'urmes lienreiises, siiil qu'ils les 
aieni adosséi's à une eolliue nu à mi mur, a\ ce un liassin cou\erl, acces- 
sible par une on plusieurs arcades (exemples à Lecloure. à la fnnlaine 
de llomiili'die . siiil ipi'ils aient pi'éfén'' isoler une vasque circulaire, avec 
pile ceiiliale iiinnie de gargouilles (d pnri anl unclochelon ou un motif de 
slaluaire, comme le Saint-Martin à (dieval, ligui'e de bronze, ([ni couron- 
nail la fontaine dite du « (llievalel ", à Limoges. Sou\ent ces fnnlaines 
ont deux vasipu's superposT^es : la ^•as(ple snp(''rieure. i''le\(''c siii' nii pied 
au eenlre du bassin, esl percée de gargouilles .sui' son pourlonr : c'esl le 
dispnsilil' ipii a |ier>isli'' dans nos fontaines modernes. 11 resle en France 
très peu d'édi lices ilc ce genre antérieurs au xv' siècle. En Italie, la l'on- 
laine des Galleschi de N'ilerbe montre encore un bel exemple du xm', et 
la grande fontaine de P(''rouse i lig. 7 il, sculptée par Nicolas et Jean de 
r^ise, au milieu du même siècle, a deux grandes vasques polygonales 
superposées, celle du dessus portée sur un quillage de ])elites colonnes. 
En b'rance. on Noil les vestiges d'une fontaine de ce genre, de LJdO en\i- 
roii, à Laguy. 

Les aulorilés communales prenaient soin d'assurer une lioniu' édi- 
liti- : l'alignemenl des voies, leur pavage, leur nettoyage, l'érection et l'en- 
livIi.Mi d-'s édiliiT> piil.li.-s tels (|ne riiùlel de ville el les halles. 

L'hi'>lel de \ille se pi-r^selitail sous i'asjiei-t irnne maison nobli', les 
bourgeois ayant comme collecl i\ ili'' les droits et pri\ilèges que les nobles 




T. II. -• •) 



5i HISTOIHE DE LAHT 

p(»ss(''d;iiriil en hilil (|irili(li\ iiliis. L'IiiMrl de \ illc ;i\;iil dolir uni- loilf, lu 
hcfj'roi, l'orlilire coniiiic un donjon, l'I des iiirouelles arinori<'<'s. I.c licITioi 
coidcnnil la lianidoclic ou idoclic du lian, servanl à appolci' aux iv-unious 
les uiruduTs de la couiuiuiic. l/liiMrl de \illc axail . coininc les maisons 
|(ri\(''('s. SCS sallrs liaulr cl l)as>c; à la grande salir (Mail aniirxi'c luie 
(dia|ii'l|('; un caliinrl conlriuul les ai'cliixrs. cl le lii'ITroi rridVniiail 1rs 
cacliols (]i- la jusiice foninuinalc. De inènie (|ue le ir/.-de-(lmuss('e d'une 
maison peul èlre à usage de l)Ouli([ue, eelin de la maison commune pou- 
\ail èlic lariicmcnl ouvcri cl servir de liallc. Les halles ctaicnl de grands 
hangars dont le vasle loil pouvail reposer sur des pignons cl des murs 




l'Ii^. 'ill. — l'uni .Ir \,ili'iilir ;i C.ilidis (ITilLS). 

|perei'-s dareades, sui' drs piliers ou sur de sim|)les poleanx de liois. Aux 
halles iMaienl annex(''s les lialauers el 1rs pouls el mesures puhlies. 

l'eu dr ees h:diuu'uls eomuHiuaux soul anl(''i'ieurs au w' siècde. ()u 
peul loulel'ois eiler des portions dhôlels de ville et helTrois, tels (|ue les 
helIVois de Boulognc-sur-Mer el de Bailleul (Nord) en pai-tie du xiu' siècle. 
les \csliges de l'ancien hôtel Ac \ illc de Boulogne: les halles dr Saiiil- 
Pierre-sur-DiM's ((lalvados), le grenier à sel du Mans; comme hàlinu'ul 
eonsaer('' à la jusiice, on peut cit(M' rollieialilé de fléaux. 

Les hôpitaux forment g'(''iH''ralcmcul [lytr grande" salh" lamlu'issée. bien 
isolée el liien aérée, ayant au houl une (diapcllc \ isililc de loule la salle. 
Le plus reniarcpiable est l'IIôtel-Dieu de Tonneire (lig. '2(Si. 

L'arcliitecture privée nous a malluHU'eusement laisse'- l'orl )m'u ilv 
mouuiucnls anliM-iciirs ;iu x\' siccic. Les maisons prirent un |ieii plus de 
(l(''\ ehippenienl . de luxe el d'(''h''ganee. Llles gardeut (pU'l(|Ue chose lie la 

disIrihuliiMi anli(pii' : les corps de logis ne sont presipu' januiis douhh's ; 



I.'AncilITECTriiE COTIIK»! I-; Dl \lll SlKCl,!-] 



les pirccs si" coiiiiiKUiiIrnl un suiil ilcssi-rxics ]i;ir un coiildir (jiii iniiiic 
louli' une I'mci' (le r;i|ip:u-|ciiiriil . ('.rlli' Linlcl'ic [iciil (''Ire s<iil un rori-idni- 
(•l(i> (le p.'irdis cl lie \ilr;ii4fs, soil une li)i;i' oumm'Ic ipii i-ii[i|ii'llc Vdlriinii 
;inli(|iir. Il csl r;iri', l()uli'iV)is, siuilcn l']>]i;iiiiir. (|m Vile nilnui r 1rs (|Uiili'(' 
(•r)l(''s iliin |irt'';m ; cllr rrgnc en i;'(''n('T;il sur une (in dcnx rjiccs scnlcnn'iil 
ilr l;i <-(inr iiiliTiiMii'i'. niiiis souxcnl il cxisir ili' ers ^alrrics ;ui rc/.-dc- 
cliaussrc cl à Icliiiic sn|i<'iicnr. I):ins lc> \illcs, beaucoup de iniiisons nul 
piiïiion sur rue. La pln|iai1 cduiiircnncnl un rcz-dc-chausscc cl un mi dcnx 
cloii'Cs; dans les \illcs populeuses, il cxi>la dès le xil' siècle des uiaixins 
à ll-ois (■•laiics. l.e rc/.-dc-(dianss(''e c^l liin|nnrs Irès simple, peu pcici'' 
sauf (diez li's niai'cdiands. doni la lionliipic nu les Imieanx nul accès par 
une on plusieurs arcades. Sou\cid aussi, il csl lini-di'' (l'une Ing'c à arcades 
(pii pcrnu'l ;nix passants 
de circulci' à cnn\erl. n\i 
aux lialnlanU de la niaisnn 
de iircrulrc le Irais. Le pre- 
mier (M agC est le plus riidic : 
il a de lirandos fcnêlrcs (pu 
snni le nnirccau le })lus 
orn('' de la maison. C est là 
(pr(''lail la ui'andc salle : 
au-dessus de la liontiipu' 
(diez le maridiand. dr la 
salle hasse ou salle (.les 
gardes dans les diMueiu'es 
nobles. L'usage des cloi- 
sons légères en menuiserie pour l'ornier des relends élail assez ré|iandu. 
et l'on lendait même de simples tapisseries pour établir, suivant les 
besoins, de jictites subdivisions dans les grandes pièces. 

(In ne craignait pas de loger plusieurs dans une m('ine (diaud)re, de 
manger cl de tenir cercle de conversation dans une même pièce; de voir 
dresser la table ou même faire la cuisine, et de montrer son lit aux visi- 
teurs, (lelte simplicité, loin d'(Mre de la barbarie, obligeait à de la leiuie. 
Les pi(''ccs étaient donc sensibiemeni moins nombreuses ([u'aujour- 
dlmi. 

La grande salle des demeures riclies élail surtout une pièce d'appa- 
rat, pour les actes de la vie officielle; elle avait de vastes dinuMisions et 
l)lusieurs cbeminées; (liez le> parliculiers, (•'(■tait l'équivalent des deux 
pi(''ces (pie nous nommons salon cl salle à manger, délies des palais 
axaient une tribune j;)()ur les uuisici(Mis; sous celle Irilmue on logeait 
r(''idiansonnerie cl la ]ianelei-ie. Les grandes salles seigneuriales élaienl 
loules rcli(>es à la cliapcllc cl aux appai'l emeid s du seigiu'ur; elles a\aienl 




.Ir rll..l ■l-Di.ll ,lr I' 



3 fi 



IIISTOIIiK DH LAlîT 

Il il n'ce\;iil les Iioiiiinaucs cl iTiidiiil la 



une csiiatlr |ii>rlanl un [i'('iii 
juslicc. 

Les clia|)cll('s privées onl deux divisions, cliapelN' liasse, (■((iiiinuni- 
quanl avec la salle liasse, poiii' les scrvileiirs, el eliajielle hauie reliée aux 
appartements du seigneur. Un peut citer comme licaux exemples du 
xiii^si^cle celles de l'archevêché de Reims et du Palais de Paris. 

Le rrlrail ou chambre à coucher avait pour dépendance la (jardc- 
rohc, que nous appellerions cabinet de toilette et lingerie. Chez les 
lirinces, la chamlire de retrait conimuniipiail aussi avec des caliinels où 




'iM. — Gi-iiiiic snllo lie l'IIopilnl do Tonnerre (fin du xiir siècle). 



logeaient des gardes, un uraloire, une c-^liidc ou cabinet de travail, une 
clianibrc de pru'cmt'iit servant de salon d'audience, el une antichambre. S'il 
était usuel de loger plusieurs dans une chambre et même dans un lit, il 
était, du xi' au x\ i' siècle, i(''|iulé convenable d'aviiir pour chacun des 
latrines distinctes et de ne pas s'y rendre ostensiblement; aussi les latrines 
sont-elles multipliées et sont-elles souvent une dé]ien(lance du reirait i^t de 
la gai-de-robe doni, finalement, elles prirent le nom. 

Dans rarcliileclure civile, les voûtes sont rares aux étages supé- 
rieurs; la jiliipart des grandes salles en sont dépourvues, tandis que 
presque toutes h^s salles basses sont voûtées. La voûte d'arèles, la voûte 
en berceau cl la coupole n'ont jamais cessé d'iHre en usage; les formes 
des arcs sont plus variées el les arcs en plein cinire ou surbaissés sont 
plus fréipicnls ipie ilans rarcliileclure religieuse. 



LAiiciirrHCTUP,!-: (ioriiioci-: nr \iii sikclk 



Les rli('iiiiii(''cs ont dr i;i;»nili>s (liiiicnsioiis cl un as|)(^cl iiKiiuiiiicnhil : 
elles oal conservé parfois la I'oi'iik^ (Iciiii-cii'cuiaiiT, plus usiliM- à l'('|io(|ii(' 
romane, mais le plan reclangulair(^ est plus ri'cMpicnl : la liolle a la l'ornic 
dune pyraniiile ; 1rs piédroils soni i^(''néralemenl ornés de colonnelli's. 
Les cuisines drs aliliayes, cliàleaux cl aulrt^s grandes demeures sonI Ion! 
à fait monnmcnlalcs : depuis le xii' jus([u"au xvi" siècle, les exemidcs suli- 
sislants cl les ligures d'un cerlain nombre d'exemples disparus monlrenl 
une Iradilion conslanic ; la cuisine, souvent isolée par crainte d'incendie, 
Inruie une i-nlnnde (lu uii carré: la rotonde est la forme la plus ancienne: 
tout auloui' s'alignent des cheminées, et, au centre de la xdi'ile, une 
ouNcrlui'c ciicidaire communique avec 
un grand lanternon (.l'appel. 

Les escaliers peuvent être en Lois 
ou en pierre, intérieurs ou extérieurs, 
droits ou en vis. Beaucoup sont exté- 
lienrs: les uns droits, applicpu'-s à une 
façade, porh'^s sui' un grand demi- 
cintre, cl couxcits d'un appentis: les 
autres logés dans une tourelle carrée, 
cylindrique ou à pans. 

Les fenêtres ne ressemldenl pas. 
en général, à celles des édillces reli- 
gieux. 11 est vrai que l'on en trouve au 
xiu'' et au xiv' siècle qui ont le tracé en 
tiers-point, les fenestrages, parfois 
même les frontons aigus des fenêtres 
d'i'glises, mais elles en dilTèrent esscn- 
lielleinenl |)ar l'emploi de cliàssis de 
hois ou\'i'ants, au\<piels ri''p<indcnt des 

l'euillures liatlant sur un linteau (pii traverse la l'eiuM re d'uni' inijiosie A 
l'autre. Le tymjian est une verrière tlormante. Les armai ures de |Hei-re 
sont plus épaisses, afin de résister à léhi-anlcment du liattenicnt des châs- 
sis. Ces fenêtres sont exceptionnelles ; d'autres formes plus fréquentes 
sont mieux apiiropriées aux dispositions de l'archileclure ci\ile : heau- 
coup n'ont (pi'un linteau soutenu par un mencNui, g(''néralenn'id iii loi-nie 
de colonnette ; le liideau peut, connue à l'épofpu' préciHlcnlc, être cniié 
d'arcalures ou entaillé d'arcs simulés, ou encore suinundi' d un aie de 
décharge. Il peut exister un tympan plein et orne, ou jiercé d'uiw ouver- 
ture, parfois rectangulaire et munie d'un cliAssis ouvrant. 

A partir de Iti.'O environ, commence ;'i entrer en usage un système 
de fenestrage appelé rroisrc; c'est l'étrésillonnemenl d'une baie rectangu- 
laire par une croix de pierre à feuillure inléi-ieure dans laipielle \ieniiiml 




Uolrl V^ 



IIISTOII'.K DK l/AliT 



IpiiIIic (jiKilic châssis el aulniil do volrls inlrricuis. Lii croisse semble 
a\oii' (Hé connue des lioniains. coninie le |ii()n\enl une di'couvei'le l'aile 
à Sens en IIIO."), certaines peinUires de l'oni|ii''i el cerlains l()nd)eanx 
l'upeslrcs de Syi'ic; mais les plus anciennes croisées à dale ceilaine du 
moyen âge sont une fenèlre du cliàleau de Boulogne, en l'JT)!, celles du 
palais des comtes de Champagne à Provins, vers 1210, cl la Maison des 
musiciens à Reims, vers la même dale. 

Les colonnelles et autres meneaux oui généralement à leur partie 
jiosl(''ri(nux' une languette de jiierre percée d"ou\i'i'lures jiour les \errous 

des châssis; on préféra liientôt une 
|iièce de Iiois doublant le montant 
de pierre. Les embrasures forment 
des sortes de niches, car le mur 
c|ui s'(''len(l de l'appui de la l'enc'lre 
au sol n'a jias besoin d'(''paisseur, 
el il est commode cpiil soit mince 
pour cju'on puisse s'appi'ochcr des 
châssis et volets et se pencher au 
dehors. Cette paroi s'appelle (illèi/c. 
Les embrasures ont des bancs de 
piei're en vis-à-vis; on y posait tles 
coussins. 

La jilupart des pièces sont 

couvertes de planchers à poutrelles ; 

celles-ci viennent s'assembler soit 

sur les maîtresses poutres, dont des 

corbeaux de pierre soutiennent les 

extrémités, soit dans des lam- 

bourdes appliquées à tous les 

murs de la pièce el })i)rlées sur une suite de corbeaux. Les entretoises 

sont décorées de peintures formant en général des suites d(^ médaillous, 

comme dans les beaux plafonds du musée de Metz. 




La société féodale, sétant beaucou}) policée, ne se résigna plus à 
se conliuer ilans des tloujons obscurs; le château gothique est un palais 
forlilié. Ceux de la petite noblesse rurale, spécialement dans les pays 
pauvres, restèrent conformes à la tradition romane; composés d'un 
donjon souvent cai lé el d'une chemise. Dans les châteaux de luxe, comme 
à Coucy vers LiTiO, le donjon peut garder toute son importance et rester 
isolé; mais dès le même temps, à P)Oulogne-sur-Mer (i'i")l), on voit un 
cliàleau sans donjon, ceinture octogone de bâtiments autour d'uin^ espla- 
nade, :i\ec tours aux angles. Là mé'nie où le (k)njon subsisli' et g:irde son 



AliCHni.CTLHi: (iOTIIlOlK di mii sikcle 



TWW( 






I 



iii(li\ idiuililr. Ir reste des liAlinienls a }M-is un gi-iind dévelopiieiiicnl : ils 
s'appuieiil à rcnceinte extérieure que défendent des tours puissiuiles: ou 
peut donedirc que le cliàleau cjothique est le développeuieul de la clirniisc 
du eli.'deau roman, des li:'dinu'nls (pii s'y ajipuienl et des loui's (lui la llan- 
([ueul. Dans ces bàlinieuls s'espacent assez à l'aise tous les ser\ icr-, d'un 
palais et d'une forteresse; logis de la iiarnison, cuisines, grandi^ salie, cdia- 
pelle, appartements du seigneur et de sa suite; magasins et arseiuuix. 

Les donjons de l'époque de transition ont reç;u des plans vaiiés, 
jtarfois compliqués a(in de ]U'ésenler un meilleur llan([uriHrMl ; le Iracé 
cai-ré persiste touiel'ois. et, comuK^ 
lout(^s les formes simples, persis- 
tera toujours dans les onivres peu 
soignées; le tracé circulaire tend à 
prévaloir de plus en plus, et l'on 
trouve, dans la seconde moitié du 
xii" siècle, le tracé cylindrique ren- 
forcé d'un éperon du côté le plus 
(wposé. Philippe Auguste adopta et 
lit prévaloir li^ 'yp'^ cylindrique 
avec porte, non plus à l'étage supé- 
rieur, uKiis à rez-de-chaussée avec 
ponl-lex is sur le fossé qui entoure 
le diiiijiin. 

A l'époque gothique, les ar- 
clières se multiplient. Li'urs em- 
brasures sont gainies de bant^ 
comme dans les l'enéfres ci\iles. 

l ne des iiarlies les idus précaires , , "'"' '"'"' 

' ; 1 11,,. ,.1. — lioiijcii .!.• (..Mic\. 

de la l'oililicalion élait les hourds; 

on a vu (pic. dès la seconde moitié du \if siècle, on les a parfois r(Mupla- 
cés par des mâchicoulis portés sur de grands arcsifig. ,10). A parlir de 
l'i~)0 environ, apparaît un autre système : à celte époque, le donjon de 
('.ouc\ ' lig. .11 I et, d'après les dessins cpi'on en a conser\és, l'ancien don- 
jon de Pont-de-l'Arche, ont reçu des consoles de pierre poui- soutenir 
des hourdages. La porte de Laon, à Coucy, qui date aussi du xiu" siècle, 
conserve une poutre de hourd reposant encore sur des consoles de pierre. 
Les chAteaux du xiii'' siècle sont innombrables. Il faut citer aussi paimi 
les plus beaux types d'arcliileclure niililaiie. les reni[iarls de ( '.arcassoniu- 
et d'AitiUi'S-Mortes. 




L'archileclure nutnaslique a prodnil an xui" siècle, en France cl lioi: 
de F'i'ance dans les styles français, des monunienis 1res remai-quables 



4-0 HISTOIRE DE EART 

surloiil ceux de l'ordre de Cîleaux, qui achevait de supplauler alors le 
vieil ordre de saint Benoîl, et qui, de Bourgogne et de Champagne, se 
répandait jusqu'aux limites de la chrétienté, portant avec lui les 
modèles d'art de la lerre natale, épures selon le goût austère de saint 
Bernard. 



II 

PAYS-BAS 

En Belgique, le style du nord de la France et de la Champagne se 
comhine avec des influences germaniques dont la Champagne elle-même 
n'est pas exempte ; mais l'influence française reste prépondérante. Elle 
a dans Tournai un centre d'action et de rayonnement, et les moines de 
Cîteaux la propagent d'autre part en élevant des monuments tels que les 
belles églises de \'illers et d'Aulne. Le plan champenois de Braisne et 
d'Essomes se retrouve à Saint-Martin-d'^ près et à Lisseweghe; le plan 
de la cathédrale de Tournai, souvent imité, présente comme à Soissons 
un déambulatoire à chapelles polygonales égales et peu profondes, réu- 
nies en une seule Iravéc de voûte avec la galerie qui les dessert. 

i^a Belgicpie et la Hollande ont deux remarquables monuments de 
Iransition : le transept de la calhédi-ale de Tournai et l'église des reli- 
gieuses de Citeaux de Kuremonde. La première est très inilucncée d'art 
germanique; la seconde appartient comjilèlement à l'école rhénane et 
date de 1218 à L22L On sait que le chœur ])rimitif de la cathédrale de 
Tournai, fondé en H 10, n'avait été consacré qu'en 1171, et voûté vers 
II!MI. Le transept est évidemment de la même construction, jicut-èire un 
peu antérieur; il marque un slyle jdus récent que la nef, par laquelle la 
construction a commencé. Il se termine en absides pourvues de bas côtés 
et de tribunes à voûtes d'arêtes, mais dont la voûte haute repose sur six 
branches d'ogives épaisses et de prolil carré, convergeant à la clef d'un 
grand arc-doubleau brisé. La partie droite du transept et sa tour-lanterne 
appartiennent à un style plus avancé. Les ogives y ont pour profil deux 
boudins séparés par un rang de têtes de clous. 

L'église de Ruremondc réunit tous les caractères germaniques : plan 
Iréflé, petites tours carrées llanquant le chœur, lanterne octogone sur le 
transept, nef à travées carrées répondant chacune à deux travées de bas 
côtés et de tribunes, vaste narthex affectant la disposition d'un transept 
occidental, et grosse lour carrée sans portail à l'ouest de ce narthex. 
L'aliside de l'est a trois alisidioles desservies par un déambulatoii-e étroit 
connue une simple coursière; les absides du transept sont à pans ; la lan- 



L ARCHITECTIRE GOTHIQI'E DU XIII' SIKCLE 41 

terne a un triibrium, et toute Tcglise est couverte de voûtes <l'o<;iv(>s, 
celles du vaisseau central agrémentées de clefs pendantes. De ioiu'ds 
pans de murs transversaux chargeant les doubleaux des tribunes tiennent 
lieu d'arcs-boutants. 

L'église abbatiale de Saint-Bavon près Gand, consacrée en 1195, dé- 
molie par Charles-Quint, semble avoir été un magnifique édifice gothique 
primitif. Elle avait une tour centrale, deux au transept, une quatrième à la 
façade, et une cinquième sur le bas côté sud. Il n'en reste qu'un portail 
latéral. L'église Saint-Martin de Saint-Trond appartient au même style, 
mais elle est très simple. La belle église abbatiale gothitjue de Florcffe, 
reconstruite entre M88 et 1250, a été complètement défigurée au 
xviii'" siècle. Saint-Pierre de Tournai, malheureusement démoli vers le 
milieu du xix" siècle, était un type charmant de l'art transitionncl. La tour 
centrale carrée était flanquée de tourelles rondes et formait à mi-liauteur 
une sorte de lanterne voûtée d'ogives avec triforium; une élégante galerie 
régnait à la base du pignon de la façade. La haute tour carrée de Saint- 
Piat, dans la même ville, présente encore un bon exemple du style de 
transition ; celle d'Anloing près Tournai est presque semblable. 

L'abbaye cistercienne de Villers, fondée en 1147, fut commencée seu- 
lement en 1197; l'église fut achevée vers P27y sous l'abbé Arnould de 
Ghistelles; reprise el agrandie au xiv" siècle, elle appartient au style fran- 
çais de l'époque. L'abside à pans est simple; le transept a deux i)as côtés, 
celui de l'est formant chapelles; la nef a des voûtes sexpartites dont 
chaque travée répond à deux travées des bas côtés sans que cette dispo- 
sition influe sur les piliers, qui sont tous en forme de colonnes. En élé- 
vnlion, l'abside présente une disposition originale, à trois étages : en haut 
et en jjas un rang de fenêtres simples en lancette, et entre les deux un 
rang de baies en plein cintre que remplit une superposition de deux œils- 
de-bœuf, ordonnance analogue à celle de quelques églises de transition de 
l'Ile-de-France, Poissy, Champeaux, Moret, Notre-Dame de Paris, (".elle 
disposition se répète aux extrémités du transept. Les arcs-boutants sont 
très simples et, à l'extérieur, de grands arcs de décharge surbaissés son! 
bandés entre les colonnes engagées sur lesquelles ils s'appliquent. Une 
grande partie des bâtiments claustraux sont conservés; les plus leniar- 
quables sont la cuisine et le réfectoire du xiii" siècle; la cuisine, avec sa 
grande cheminée centrale, rappelle en plus grand celle de Bon|>ort. 

L'abbaye cistercienne d'Orval (Luxembourg belge) appartenait à un 
style jilus particulier à l'ordre : l'extrémité de transept conservée montre 
trois ])aies en plein cintre, garnies d'élégantes colonnettes et surmontées 
dune rose à six grands lobes circulaires ; ce débris rappelle absolument 
l'art bourguignon de la fin du xu" siècle. Les églises abbatiales des Dunes 
et de Ter Doest, bâties au xui' siècle, étaient les plus belles de la Bel- 

T. II. — t» 



12 HISTOIRE I)H LAHT 

Inique; iiialhriircnsciiicnl , elles onl été délriiiles en IJ71 |);ii' les pidles- 
laiils, mais à côté de In seconde suhsisle l'éiilisc pai'oissialc de Lissc- 
Nvei^he, l.\pc très pur el 1res liclie de larl du xm' siècle. 

Kn Hollande, l'église d'AdrlNvcrlli lui lnilic en l'Jli surir modèle de 
('.lair\aux. 

l/é;^lise paroissiale de Paniele à Audenaerde est dah'e de l'jri,"ipar 
une iiiscri|>[i(in qni donne le nom du uiadre de l'œuvi'c, Arnould de Bin- 
(dir ; en l'J.",S, elle était terminée. Clest donc un édilicc d'une i^rande 
unilé, à |iart un liras du iransepi et un bas C(Mé reconstruit au xiv'' siècle. 
Le déambulatoire n'a qu'une t;rande chapelle; une tour octogone s'élève 
au centre du transepi ; les suj)ports sont en forme de colonnes; le tril'o- 
lium esl composé de petites lancettes sur colonnelles; les fenêtres, sauf 
dans les élroils pans coupés de l'abside, sont des groujies de trois 
laneeiles encatirées d un arc en plein cintre. 

Brux(dles conser\ e, de l'archilecture du xnrsiècle, le eli(rur de Sainte- 
Gudulc, commenré \ers l'J'20, et Notre-Dame, qui, érig(''e en paroisse en 
l'JIC», dut être rebâtie à cette date. Sainle-Gudule a un déambulatoire à 
chap(dles peu profondes, à deux pans, avec fenêtres en plein cintre, el de 
grandes l'eniMic^ liaidrs en liers-puird garnies d'un rirhc iVncsIragc el 
couronnées de IVoidons aigus. ( l'est peu a})rès li'Hi (|ue l'urenl (■le\('>s le 
(direur et le transepi de Notre-I)ame dite la ('.liap(dle. L'abside à jians a 
de grandes ren(''li'es en jdein cintre eneadr(''es de moLdui'es et de eubm- 
nettes et que ganiil un l'enestrage comme ceux de Heims. La eoi-nielie esl 
senlpl(''e de l'eiiillages el de ligures grinuicantes. 

Iiini liai p<issède eiii(| nupiiunieiils remarquables du xm' siècle : Saiiit- 
(liK'iitin 'eu gramle parlici, Saiiil-.Iae(|iies. b:\li de l'JI'.l à LJ57 |iar 
révè(|ue (laulier de Mar\is; la -Madeleine, bàlie en Li.M; Saiul-Nicdlas 
(l'-ML, et surloul le elin'iir de la eall!<''drali'. (bnil il a i\r]i[ vlr (piestiun. 
Les [)remiers oïd subi l'iiillui'iiee geiiiiaiiiipie. tandis ([lU' le eb(eur de la 
cathédrale est un bel exemple d'ail l'iaiieais. 

Saint-Martin d'âpres lui eiiiiimeiic('' en l"J'Jl,par le saïul iiaire ; en 
l'ib'l, on élevait le transept el la iiel'; la l'aeade et la tour ne dalenl ([ue du 
xv' siècle, dette église a le jtlan de Saint-Yved de Braisne : abside siuqile 
el s(^ i-accordant au liansept par quatre (dui]>clles décroissantes tracées 
en éxtiitail. J^es piopitrlions sont belles et rai(dntecluii' a beaucoup 
d'élégance. Tous les |iiliers onl la l'orme de colonnes élancées à chapi- 
teaux octogones ; b^ tril'oiiuin se conqiose d'une suite de baies étroites el 
liaules en plein eintie dans le elin'ur, e| reposant ail eriiali\ cmeiil sur des 
coloniK'ttes isob'es et coujdées, taudis ipie dans la iief elles dalenl du 
xiv' siècle et sont aiguè's, ornées de redans et ir(''coincons évidés, el ]ior- 
tées sur des faisceaux de colonncttes prismatiques. Le triforium du croi- 
sillon nord marque une date et présente une forme intermédiaire, tandis 



L'ARCHITKCTIRF. COTlIInn-: 1)1 Xlll SIKCI.H 



que celui du suil a des arcades gvniiiiées plus riclies. La mse sud du 
Iransept esl très ori_<i-inale par s((u li;n('. Le riin'ur a deux ('•lai;cs de 
fenèU-es, géminées dans le bas, el i'oi-uiaiil en liaul des tiioupes de Irois 
lancelles encadrées d"un arc en j)lein cintre (pii c<)n-es|)(in<l aux loi luercls. 
Une coursière extérieure traverse ces l'enélres liantes. Parmi les foimes 
originales de Saint-Martin, il faut noter des arcalures du xni' siècle, les 
unes surl)aiss(''es. les autres 
ayant, au lieu tlun arc, un 
linteau sur corbeaux. 

L'église Sainte-W'aU 
burge de Furnes, construilr 
de 12.10 à LJSO, fut incendiée, 
eu pa|-|ie dcM l'iliie. el rebâtie 
en 1,")^).". (i'esl un monument 
en lu'iipie et pierre conçu sur 
un vasli' plan: mais le cluxur 
seul subsiste, a\i'c la partie 
(irienlale (hi lranse|il el le> 
l'csles d une nel'du xiv'siècle, 
miséralde el inachevée. Le 
clio'ui' a un déambulatoire à 
cin([cbapclles ; de grandes cha- 
pelles rectangulaires s'éten- 
dent à l'est du transept el se 
relient au il<''ambula toire, 
comme ù Notre-Dame de 
Saint-Omer. Les ])iliers en 
pierre di' Toui-iiai uni la Inrme 
di' hautes colonnes a\ l'c eha- 

pileaux octogones à crochets di> faible relief; la parlie haule de I l'diliee 
esl courte par rapport au déaml)ulaloire; la voûte, les chaj)ileau\ de> 
colonnettes cjui reçoivent ses arcs, les l'enestrages el les ai'cs-boidanls 
sont refaits au xiv'' siècle. Les arcs-boulauts Ac briipie poi-teni, sur des 
claires-voies ajourées de quatrefeuilles, des caniveaux iucliuc's. Le Iri- 
forium est une suite de baies étroites séjiarées |)ai' de haules coloinieites 
el amorties non par des arcs, mais par des linteaux siu' eoibeaux. 

A Gand, une église intéressante du xii et du xni' siètde. Saint- 
Nicolas, avait originairement une tour-lanleiue voûtée d'ogives, une nel 
sans voûte, éclairée ]iar des groujies de irois baies; le pignon occidental 
et ceux du lran>epl sou! Ilampiés de lonielles: le diNHubulal oiic est 
enl(nu'é de chapelles peu profontles du l>pe de la caihédrale de loui'uai. 

A Bruges, deux urandes églises du xm' siècle, Notre-Dame el Sainl- 




111' cl !«■( ,\, 



ll-\l.llli 



,|-V|, 



U IIISTOIlîE DE L'ART 

Sauveur, oui un draiuluilaloiie à cluipeiles, et des piliei's en i'aisceaux 
de colonneltes, eL non de grosses colonnes uniques, comme la plupart 
des autres églises du même pays. A Notre-Dame, le transept est plus bas 
que le vaisseau central, et le trilVuium a été refait au xvii" siècle; à Saint- 
Sauveur, il se compose dune suite d'étroites lancetles. 

Les principaux édifices monastiques de Belgique sont, à Saint-Bavon 
près Gand, un cloître et les ruines d'une belle salle ca[)i(ulaire de style 
gotliique jiriniilif, et les ruines de \'illcrs. 

Le plus bel édilicc civil esl le bàlimcni des Halles d'Ypres, élevé 




L,-^ ll,,llc:,a'Vl,n 



de ItiOl à ir)04. Sa façade antérieure est longue de 155 m. 10 cm.; le 
bellVoi, partie la plus ancienne et la seule voûtée, occupe le centre. L'aile 
de droite, ou vieille Italie, fut achevée en 1250; l'autre en 1285; l'aile en 
relour ou conciergerie, au xiv" siècle seulement. L'ordonnance esl néan- 
moins très homogène ; elle comprend sur la façade 4i travées pourvues 
de porles au-dessus desquelles des fenêtres sont disposées comme des 
tympans; l'étage supérieur a de belles fenêtres en arc brisé à remplages 
découpés, et ses trumeaux sont oiMiés de niches et de statues. 

Un autre bel édifice du xui' siècle, l'Hôtcl-Dieu de Gand, dit la 
Bylofjue, conqu'cnd deux giaiids bâtiments en rectangle allongé, paral- 
lèles et contigus; l'un est la chapelle; l'autre, qui était la salle des 
malades, est plus élevé, pour\u d'un portail à deux baies dont le 



I. AlîC.IlllECTURE COTHIOrK DU XIII SIKCLE 






lym]i;in ^t'iiiim''. richeinenl sculplé, rejirésciile le Trépas ilc la \ iiTiço. 

Le Ix'lTioi de Tournai date également du \\i\' siriTe dans sa parlie 
inférieure. Cest une tour carrée isolée, garnie aux angles de tour(dl<'s 
octogones à flèches de pierre. Entre les tourelles sont jjandés de gr-ands 
arcs de décharge en tiers-poini, mais ces tourelles et ces arcs send)l('nt 
une addition faite pour consolider la lour après l'incendie de IT)'.!!. L'ar- 
chitecture primitive était donc plus que simple. 

Tournai possède des restes de maisons du xui'' siècle, notamment, rue 
Saint-Piat, une remarquable façade donl les 
grandes fenêtres à croisées, avec colonnettes 
et corbelets, ne sont séparées que par des 
trumeaux presque aussi étroits que les me- 
neaux, suivant un type qui deviendra usuel 
dans la région aux siècles suivants. La mai- 
son des Templiers, à Ypres, est remarquaidc 
par les trois belles fenêtres en tiers-point et 
à tympans découpés de son étage supérieur. 

L'architecture civile et militaire du 
xiu'" siècle est brillamment représentée au 
chAteau de Gand : sa grande salle de six tra- 
vées s'élève sur une salle basse dont trois 
rangs de colonnes trapues portent les voûtes 
d'ogives et se couronnent de puissants chapi- 
teaux à crochets. 

En Hollande, l'influence du nord de la 
France se répand par Tournai. A Damme, au 
xni° siècle, l'église ruinée de Notre-Dame a 
des ])iliers en forme de colonnes à chapiteaux 
octogones à croc-hets, i4 des gi-oupi^s d<^ Ir-ois 
élégantes fenêtres en tiers-point dans l'em- 
brasure desquelles circule une coursière; elle 
n'a pas de triforium, car les bas côtés comme 

la nef étaient sans voùle. L'église d'Ardenburg en Zélande a les mêmes 
supports plus trapus et un triforium pareil à celui de Sainl-Jacques de 
Tournai; la nef est sans voûte et les bas cùlés ont des fenêtres géminées 
comme à la Madeleine de Tournai. La chapelle sud de la calhédrali' île 
Bois-le-Duc date du xnf siècle. La callK'dralc drircclii, hiiliedr |-J.')i à 
L267 est une très grande église dont la nef, écroulé(; en KiTi-, n'existe plus. 
Le plan du chœur est analogue à celui de la cathédrale de Tournai. 

Le grand jiorlail du xui" siècle de Sainl-Servais, à Maeslriclil, est 
remarquable par si's nondin'uses voussures en tiers-poiid, ses piédroits 
garnis de colonnelles <•! de slalues, et son tympan du Trépas et du ('ou- 





-40 HISTOIRE DE L'ART 

l'oniicmeiit do la Vierge, analogues aux œuvres franeaises du même temps. 
Ce porlail ('lail entièrement couvert de peintures qui ont été raiVaîcliies. 

iJans le nord de la Hollande, eomme en Danemark et dans un(^ })ai'- 
ti(^ de liVllemagne, sous rinlluence sans doute du commerce maritime, 
une série d'églises du xiu' siècle se sont inspirées de lart du sud-ouest 
de la France; si, elles en ditTèrent, c'est surtout jiar l'emploi de la hriqueet 
la pauvreté de l'ornemeniation. Ce sont des monuments à nef unique et à 
transept saillant, divisés en travées carrées, couverts de voûtes d'ogives 
l)ombécs, dont l'appareil se rajiproche de la coupole et dont la croisée 
est rent'orc(''e d(^ liei'nes. A ce type aj)parliennent l'église de Stedum, C[ui 
pr('S('nle une aliside comme la cathédrale d'Angers; les églises de Zuid- 
Lrock et Winsclioten, qui ont le chevet carré. Dans la seconde, les fenê- 
tres sont groupées par deux comme dans les modèles franc-ais. Au même 
groupe se latlaciie l'église de Termondr, près An\ri-s. (|ui a, comme ses 
modèles, des coui'sières iidéiieiires sur lappui des l'enêties. Des arca- 
tures règneni au dedans et au dehors sous 1rs f('U(Mres de ces églises; à 
Tcrmonde, celles du dehors sont de grands arcs qui encadrent les fenê- 
tres, et toutes quatre ont des rangs de petits leils-de-hceuf ouverts sous 
les fen(''tres principales, particularité qui n'est pas d'origine frant^-aise. 

La Hollande conserve très peu d'architecture civile antérieure au 
XV" siècle. L'ancien hôtel des Loteries, à La Haye, n'est autre tpie la 
gi-ande salle du palais achevé |)ar Florent \' en l'2!)l ; c'est un édilice de 
iiii(pie allongé, dont le pignon de façade est llancpu'' de deux tourelles 
l'ondes contenant des escaliers. Elles ont encore la décoration gei'ma- 
nique et romane qui consiste en plates-bandes de })eu de saillie raccordées 
à une fris(^ de petites arcatures. Le milieu de la l'acade es! jicr((' d'uni' 
rose entre deux fenêtres houchées en tiers-iioinl avec meneaux et tym- 
[lans ornés de trèfles; un rang de (puitrefeuilles inscrits dans des cercles 
surmonte ces trois haies, et le pignon est occu})é |)aj' un fcncsliage 
simulé jiercé seulement de einq ouvertures du même genre. 



III 

ALLEIVIAGNE 

Un texte célèbre affirme l'origine française du style gothique en 

Allemagne; une chronique contemporaine rapporte, en effet, que l'église 

de ^^'impfen-im-Thal, dont le clueur gothique date de Li.M) à 1278, fut 

construite « opcrc /'rtinci<i('iw » par un maître d'œuvres niand('' de Paris. 

L'Allemagne a gardé l'architecture romane jusqu'à la lin <luxin' siècle, 



LARCHITECTURE GOTHIOrE DU Xlll" SIECLE 47 

iiiiiis d('s le conuueiiccincnl du inènie sii'clc, l'iirl ij;ollii(|iic v lui ;i|i|)(M-lr 
|i;u- des iirlisics fraurais ou par des Allemands (jui étaieni allrs Iravaillrr 
eu Fruuee. Un Irouve alors des uionuuicnls oit la dreofalion i;-ollii(|uc 
el quelques voûtes d'ogives s'adapleni, à une slrudure loulc romane : 
c'esl le produit de la eollalioration d'artistes initiés et non inilirs au nou- 
veau style; telles les églises de Munstermayfeld et Freiberg, les callir- 
dralcs de \\'orms, Naumliourg, Bamberg, Bi'unswick, Padcrborn. 




La ealliédrale de Bamberg l'ut r(diàlie après l'inccndir Ai- IIS."»: ci 
l'JOI. (Ml y plaeail les reliques de sainte Cunégonde; en l'JT.T, cul iirn I; 
cons('(raliou, et des indulgences furent accordées jiour la conlinual ion di 
l'ieuvre jusqu'en 1274. Elle a le plan 
germanique à deux absides, et des 
voûtes d'ogives bombées; sa scul- 
pture rappelle celle de Beims. 

Des voûtes d'ogives ont él('' 
appliquées à des nefs romanes dont 
les bas ccjtés conservent la voûte 
(i'ar("'les. à la cal InVlrale de ^layence, 
la cathédrale et Saint-Martin de 
\\'(irms, Sainl-\ il d'l']lKvangen, 
Arnsbourg, Fril/.lar, tandis qu'à 
vSaint-Cunibert de ( '.ologne,à Sigols- 
heim et Wildenliauscn, les bas côtés 
eux-mêmes sont voûtés d'ogives; 
à Bacharacli, les bas côtés à \()ùtes 
d'ogives sont surmontés de tribunes à voûtes d'arêtes; deux lia\éi's de 
bas côtés correspondent à une travée de nef. A Sin/ig, ni("-nie s\slcnii\ 
loule la structure y es! romane, quoique la \oûle d'ogi\es règne 
parloul. Les bas c(')li's el les tribunes ont d(^s arcades en plein cinlre: 
les fiMiélies liaules oui la foi-me d'(''ventails festonnés; au centre du tran- 
sept , une coupole à pendenlils est pourvue de toute une armature de 
branches d'ogives, el la voûte d'ogives bombée de l'absith^ a la foiine 
générale d'un cul-de-foui-. A Sainl-Ouirin de Xeiiss. les absides du tran- 
sept onl des culs-de-four; la lanlerne, une coupole sur branches d ogives; 
la nef. les bas côtés, les tribunes, des voûtes d'ogives et des ai-cs en liers- 
|ioinl : l'ornenienlalion esl bien gothitpie. Les églises de Saiul-Maiiin de 
Wcirnis. (ineli\ Hier el llo^lieim > Alsace ■,( iei'reshi'im. l!and)ei-g, b"i-il/.lar, 
Kai-lsb(uirg. luikenliach. ()>nabriick, l'église de Sion à Cologne, prf-- 
senteid touli's le uH'me mélange d'arl roman cl golhique. la mi'nie allcr- 
naiiee de tieux lra\(''es de bas côtés pai' cliaipic lra\(''e de nef. l n des 
UH'illeurs tvpes du <i-enre est l'église de Munstermayfeld. du .\m siècle, 



-<.,M|M-,i,.\\,,.,|lM, 



48 HISTOIRE DE L'ART 

Joui la tour occidcnlalc, l)arlongue à toiirollcs, rappelle certains clochers 
(lu Languedoc avec lesquels cependant, elle semble n'avoir aucune 
j)arenlé. Les trois larges travées de nef ont des piliers en faisceaux de 
colonnes, des bas côtés, des arcs-boutants; le transept a des absidioles; 
l'abside principale a une voûte bombée et une galerie extérieure surmon- 
tée de frontons. 

La cathédrale de Bonn, malgré ses voûtes d'ogives, a tout l'aspect 
cxlérieur d'une église romane; le système de ses piliers, en faisceaux de 
colonnes de diverses dimensions, le style de leurs chapiteaux à crochets, 
sont parfaitement gothiques; les voûtes, de plan carré, sont sensiblement 
bombées; la nef n'a pas d'arcs-boutants; ses murs épais sont allégés par 
un triforium à petites arcades sur colonnettes, et par une coursière tra- 
versant les embrasures des fenêtres, qui sont groupées par trois. Les dou- 
bleaux à double voussure sont en tiers-point ; la j)lupart des autres arcs 
en plein cintre; les fenêtres des bas côtés ont le type original et essen- 
tiellement germanique en éventail festonné. Le transept se termine en 
absides polygonales; le chœur simple est éclairé par des œils-de-bœuf, et, 
à cause des stalles, les colonnes engagées qui reçoivent la retombée 
de ses voûtes reposent sur des encorbellements sculptés et de forme 
puissante. 

Plus franchement gothique, et d'un style plus bomogène, l'église 
Saint-Arbogaste de Rouffach est un intéressant monument du style ogival 
primitif, avec l'alternance germanique des travées. La nef s'éclaire par 
des groupes de trois fenêtres en lancette; les piliers ronds alternent avec 
les faisceaux de minces colonnes; un cordon de billcttes relie les tailloirs 
de celles de la nef; les arcs-boutants sont très simples et massifs. 

D'autres importations présentent un caractère homogène, et sont le 
rayonnement des écoles françaises voisines : à l'art bourguignon appar- 
tiennent les principales abbayes cisterciennes et leurs dérivés, et Saint- 
Sebald de Nuremberg; à la Champagne, un plus grand nombre d'édifices; 
la cathédrale de Chartres n'a pas été sans influence; l'Ile-de-France a 
fourni les meilleurs modèles; enfin, l'école du Sud-Ouest a exercé son 
action sur le cours inférieur du Hliin : ^^'estJ1llalie et Pays-Bas. Cette 
dernière et plus lointaine importation résulte des relations intimes que le 
commerce avait nouées entre l'embouchure de la Loire et les ports du 
nord de l'Europe. 

Les églises de l'ordre de Cîteaux otïrent une grande variété de plans, 
qui se rattachent presque tous aux types principaux du répertoire de 
l'ordre; celle de Maulbronn, presque complètement romane, a un sanc- 
tuaire carré, et quatre chapelles carrées au transept; celles de Hohenfurt 
en Bohême, du milieu du xui" siècle, et de Charin (l^T'i) ont une abside à 
pans et, au transept, quatre chapelles carrées; celle de Salem, dans le 



I-AliCHITHCTLlHK GOTIIIOIE niJ Xlil SIKCI.E 



40 



gmiul-di.d.r (le Dade, a un .■lievcl plal llanqué do doubles l.as .-ùlés, (|ui 
s'arrêtent au même alignement comme dans certaines églises de la Ciiani- 
pagne et des régions voisines; Maishom (125.") a une vaste 'al)side à 




Xcf de Saiiil-Schald ilc Xui'ciiiljci'i 



doujjje di'auiliidaloire sans cliaiiclles, comme jadis Xolre-Dame de l'aris; 
Ileisterbacli, œuvre romane du xiii' siècle, a un déaml)uIatoirc entouré 
d'absidioles emptUécs dans un très large mur demi-circulaire. L'alibafialo 
cistercienne de Maricnstall, (|ui date de l'2i.", présente un déambulatoire 

T. II. - 7 



uO HISTOIRE DE LAP.T 

(■•Irgaiil, riUourr ilc srpi iilisidiolcs; crllc de Scdicc, en Bolirme (ItiSO), 
a s('|)l cliapcllcs j)olygonal<'s |>!ar(''es de iikmik'; celle d'Aliemljerg; (12.')')) 
a en oulrc deux IraviM's de douldes lias (-('ih^'s corresjKindaiil an cIkpui-, et 
des lias (•(■)l(''s au li'ausejil; e'esl un ]ilan seudilalile à celui des i^i'audes 
églises du nord de la France. L'e'glise cislercicnnc d'Elirach csl absolu- 
mcnl conforme au modèle emprunlé à rarchitccture bourguignonne, et 
reproilnil en Finance à Xoirlac (Ghei'j, Acey i.lnrai, Sainl-.lean-d'Aulpli 
(Savoie), — en Anglelerie à Hoche. — en Ilalie à l-'ossanova, (lasamari et 
San Galgano. On peut citer aussi comme des imilalions absolues du slyle 
de la Bourgogne, le poi'che de l'abbaliale de Maulluonn, ci le cloîlre 
de Saint-Malliias près Trêves. 

Le plan champenois, dont le type le plus l'cmarquablc est Sainl-Yvcd 
i\v Braisne (fig. 10) a été, au xnf siècle, l'cproduit à Xanlen,à Oppenlieim, 
en l'iO.là Saint-lMarlin d(^ Casso^ie (Hongrie), au xiv'' siècle à Anclam. 
Notic-Dame de Trêves est une comliinaison de ce système et du plan en 
(pial rel'euille. 

Le plan de la cathédrale de Soissons (tig. lô) avec ses chapelles 
rc'uiiies au déambulatoire par un même système de voûtes, a été imité à 
Lubeck, en J^T.'i dans la cathédiale. en ll'TI à Sainte-Marie. Le déambu- 
latoire de la cathédrale dllalliei'sladt (xui' s. i n'a (piune chapelle; c(dui 
lie la cathédrale de \'erden, bâtie en LJ'.H), n'en a pas : il peut se cdmparer 
à celui de la cathédrale danoise de lioeskilde, et au plan primilit" de celles 
de Paris et de Bourges. Beaucoup d'églises gothiques germaniques ont 
une abside flanquée de deux absidioles ]iarallèles, comme Saint-Etienne 
de ^'iennc, la cathédrale de Balisbonne (L275), et l'église dominicaine de 
la nn''mi' ^ille , 127.":. 

Sainle-.Marie de W'olkmai'sen est un monument de i'Jlir» à 12S0, com- 
])Osé d'un sanctuaire carré et de trois nefs de trois travées, voûtées 
d"ogi\'es; une tour carrée l'orme saillie à louest; le portail occi- 
dental a un tympan scul[ité et un fronton: celui du sud, en tiers- 
point sans tympan; les Innidins de ses voussures (int une bague f(ir- 
manl clef. L'intérieur i-appelle lieaucoup les monuments contemjio- 
rains de la Champagne et de la Lorraine, en particulier l'église 
d'Étain. La nef de la cathédrale d'IIalberstadt, construite au xiii' siècle, 
remaniée au xiv' , semble avoii' eu une jiarenté avec celle de Stras- 
bourg. 

Le clocher de la cathédrale de Naumbourg a sur les angles des lou- 
l'elles évidées de plusieurs étages de petites arcades; il s'inspire très visi- 
blement des tours de la cathédrale de Laon, mais les deux antres tours, 
octogones, le plan à deux absides, la nef cou\erle d'une sim|)le voûte 
d'arêtes, et beaucoup de tlidails d'ornementation encore romans, sont 
j)uremenl germaniques. 



LARCiHTKCTriu-; ( K niiiniK i»r xm sikci.e m 

L;i (•iilli(''ilr;il(' de ^Mniideliniirii-. coinmcnci'c cii l'JIIS, ;i i-i>rn un driiiii- 
liuliiloirr ;'i piliers entouré de cIkiix'IIcs rtiyoïinanlcs ;'i Irois pans, un 
Irnusi'pl avec lanlernc cenlrale el (piali'e cloeliers, une nef (|ui dale sur- 
(oul du xiv" siècle, di-s bas côtés el drs li-iluines. i. es louis cl lOi'dnnnauce 




li(,. 57. - Callirilialr de _M,i^ 



de la nef ra|ipcllenl la cathédrale de Laon : nniis roi'nemenfalion dos 
parties |c> |dus anciennes est romane ; cuire I •_'■.'."> el !'_'."."), dale où r(''i;lise 
fut à peu près aclHné'c, rarcliitccluic cl rnincuiculaliou dexinrcnl loul à 
fait gothiques. Toidc l'éiili-r c>l Noùh'c dn^ivo; le chii'ur a nu aspect 
extrèmenu'iil pailicidicr : do |)ilicrs Nnirds cl trapus, où s'appli(|ucnl des 
colonnes cl colouiM'Ilo. poricnl des arcades eu lancclles surcdevéc,-.: les 
tribunes oui des baies si!upli'> é^l roites cl lianics; cidre ces baies, les 



•'>2 IllSTOIlîl-: DE I.AlîT 

Irumeaiix sont ornrs de grandes slaliies de saints jiorlées sur des 
colonnes de marbre, et surmontées de dais coupant les colonnes des arcs 
de la voûte; au-dessous, des bas-reliefs romans ont été remployés. La 
composition est étrange et peu cobérente, et il est difficile de discerner les 
remaniements des gaucberies, d'autant plus que les cbapiteaux gothiques 
du meilleur style français voisinent avec des cbapiteaux romans germa- 
niques, peut-être contemporains, et avec une variété hybride où Tariistc 
allemand s'est essayé dans le style français, (linq lignes horizontales 
s'affirment puissamment de l'imposte des arcades à l'appui des fenêtres, 
l'une d'elles règne à mi-hauteur des baies de la tribune, et pourrait être 
l'ancienne imposte; les moulures qui forment bagues autour des fûts 
témoignent d'une influence bourguignonne. Parvenue au-dessus des tri- 
bunes, l'architecture rejette foutes ces complications et tous ces vieux 
souvenirs comme un lest inutile, et prend son essor. 

La (•alli(''dralc de Liudiourg-sur-la-Lahn, consacrée en l'i.")."), est une 
imitation de la catliédrale de Laon, alourdie par la tradition romane. Le 
plan comprend une abside demi-circulaire avec déambulatoire, dont les 
trois chapelles ne sont que des niches dans l'épaisseur d'un gros mur, un 
transept simple avec deux absidioles empâtées dans un rectangle de 
maçonnerie, une nef de quatre travées avec bas côtés, et un narthex. Des 
tribunes et un triforium régnent autour de foute l'église, et se continuent 
même autour du transept sans bas côtés, qui a deux chapelles rectangu- 
laires au bout de chaque bras ; le narthex a un étage supérieur reliant 
deux tours ; le transept a une lanterne octogone et quatre tourelles 
d'angles carrées. L'ordonnance comprend des voûtes sexpartites sur le 
transept, et sur le vaisseau central oi!i chaque travée répond à deux tra- 
vées latérales simplement \oûtées d'ai-êtes. Les arcs-boutants soiU très 
simples. Les fenêtres, comme à Laon, sont en plein cintre alors que tous 
les autres arcs sont brisés ; le triforium, composé de petites arcades bri- 
sées sur colonncttes, est le même que dans toutes les églises gothiques 
primitives du nord de la France ; les baies des tribunes sont aussi d'un 
modèle français u>ui'l : des gr(iu}>es de deux arcades dans la nef, trois 
dans le transept et le cha.'ur, s'('nca(b-ent d'un arc de décharge; les piliers 
garnis de colonnes qui répondent aux retombées de la voûte centrale 
alternent avec des piles carrées à simple imposte. Le type des chapiteaux 
à crochets est bien français, ainsi que le portail, d'une grande simplicité, 
et la rose de la façade, avec sa cloison de pierre percée de neuf cercles, 
tandis que les plates-bandes, les frises d'arcatures, les frontons qui sur- 
montent chaque pan des tours, les arcatures extérieures de l'étage de 
fciKMres, les galeries extérieures du transept eidu dcS-unliulaloii-e. niai'quent 
la [lersistance des traditions locales. 



I.ARC.II1TECTLIU-: (iUTIIlOUK DU XIll' SIKCI.E 



L'église Sainl-Géréon de Cologne a une lolonde de l'2'i7 (jui monire 
le même mélange d'art gothique français et de souvenirs romans germa- 
niques. Vers la même date, la nef de Saint-Martin-le-Grand, dans la même 
ville, montre, au-dessus de ses bas côtés romans, un élégant Iriforium 
composé d'arcs en tiers-point sur colonneltes, des groupes de tryis ['cnv- 
tres en plein cintre et des voûtes d'ogives bombées sur plan carrt''. 

Notre-Dame de Trêves, commencée en ]'2'27, c'esl-à-dirc pirsqiie m 
même temps que la cathédrale d'Amiens, est le premier exemple d'aichi- 
tecture purement gothique en Allemagne. Le slyle français a été ^iilnplé 
sans réserve; des traditions germa- 
niques, le maître d'œuvres n'a retenu 
(|ue la donnée générale du plan: 
encore a-l-il pris le plan champenois 
de Saint-Yved de Braisne avec son 
abside accosb'M' d'absidioles dispo- 
sées en évenlail, cl de ce plan a-l-il 
fait un raballement à l'ouest pour ^ 1 
produire une église à deux absides: 
entre ces absides, deux autres, sans 
chapelles latérales, forment tran- 
sept; cependant, le plan se rappro- 
che plus d'une rotonde que d'un 
quatrefeuille : l'abside principale est 
précédée d'un chœur, les autres, 
presque égales entre elles, décrivent 
un polygone à angles rentrants d 
sortants iu'^cril dans un cercle. Au 
centre, (pialrc piliers i-nnds canton- 
nés chacun d'autant de colonnes soutiennent la lanterne carrée ; huit piles 
rondes plus minces portent les voûtes et forment comme un double déam- 
bulatoire à la rotonde: il existe peu de conceptions :ii-cliilecturales jdus 
charmantes. 

Sainte-Catherine (r( Ippcnlieini. con>lriiilc df |-JCeJ à l."I7. a le plan 
de Saint-'^ \cil de iii-aisne. Une ]iartie di; la catlii'dralc de hriliourg-en- 
Brisgau date du xni" siècle ; celle de Ratisbonne de j'iT'i 

La chapelle d'Ebraeli, d'un style tout à fait français, a des voûtes sex- 
parlites, mais elles offrent celte jiarlicularité fpie les arcs de refend des 
croisées sont trait(.''s connue les antr(>s ai'cs-doidileau\. un |ieii plus (''pais 
que les ogives et prolilés auti'cment. 

C'est à l'inlluence ilu nord de la hi-ance (piil faut |-altacliei- >urtont la 
uu)gnifique catliédi-ale de Cologne, (pu jiaiticijie de celles d .\miens et 
de Beauvais. Ce chef-d'o'uvre de l'aichitecture gothique en Allemagne 




FiG. 5S. — Notre-Dame île Trêves 



M 



iiisidii;!': iiK i.'AP.T 



lui (•(iiiiincnc('' rii llMN |i;ir le iiKiiliT ( i(''i;ii'(l, (|iic lOii ci'dil ;i\(iii' ('■!('' 
Grrartl xim liill; iiinis ce luuu de l'nuiillr ncsl pas ccrlain cl M. Dchio 
ne rcjcilc [las I liypol lirsc (pic ce inaîlrc |M>ii\ail iMrc un l'^i'aiicais. S'il ne 
Irlail, (■(■ilaincuicnl il a\ail i'lu(li('' de lirs pirs I aivliilcclurr IVanraisr, 
car le plan du clucur csl |r uuMnc (pu; ((lin d'Amiens, et M. Dcliio 
reiiiarqiic (pic celui-ci ne fui c(_)iiiiiicn( c (pi'cii l'_'à8; Gérard a donc connu 

les dessins a\anl (pi'ils fussent 
(^\(''cul(''s, et scinlile a\()ir eu un 
i'(")|e iniportanl dans la construc- 
tion d'Amiens, ce que conllrnK - 
l'ait la co'incidencc du commen- 
cement des travaux de ( ".olognc 
a\ec la suspension de ceux 
d'iVmiens. Le chomr de Cologne 
ne l'ut, loulel'ois, consacre qu'en 
ir.'i'.>. 

I.'iniluence du snd-oucst de 
la h'iaiice se Iraduit, on l'a vu, 
dans le nord des Pays-lîas, par 
une s(''rie (_r(''glises à nel' iiiii(pic; 
(die n'est sans tloule pas (''Iran- 
g(''i'e à la cr('-alion du l>pc g'cu'- 
niani(pie dV'glises à (rois nefs 
(_r(''galc liauleur (ce qui dispense 
des arcs-lioulanls) sans IransepI 
et sans (l('Mnd)ulaloire. dil lldUcii- 
liiichc, ci c'est de c(.'lle source 
(pie pi()C(''denl les voùles liom- 
li(''es sur plan (•arr('', porh'^es sur 
omises el sur liei'lies, (pii sont 
fr('(|uentes en Allemagne, Dane- 
mark el Sn(:'de. La calli('drale de 
Mûnsler en Wcsljdialie a des 
voûtes de celle esp(''cc. ( )r, non senlemeill une clef sculpl(''e (U-ne l'inter- 
section de la ci'(>is(''e, mais à I ('■giise cislercicnne de Locciini d'aiilres 
m(''daillons s'espacent sur les ogi\('s. Ilans les iikmucs (''glises el dans 
])lusieurs autres, les (.■rois(''es d'ogiNcs (inl de petites (defs pendantes, 
t'oi'ine (pii. en l'rance. ne se renc(Mil re pas a\ aiit le w ' si(''(de. 

Le t \ pe dil lliillriih'nilic apparaît à la lin du xii' si(''(de : on en \(iil des 
exemples romans à la (diait reuse de l'riill, Saint-L(''(.)nar(l de I !al is|](»nne, 
lMelv.ei'ode : au xiii' si('-(de, r(''glise à trois nets de Sainte-Mai-ie-la-( iraiide. 
à LippstadI, de l'ornu's tciutes golhicpies, n'a cependant que des voùles 




LARClUTECTUFiE CDTIIIOUR DU XIII SIKC. 



(l'iinMcs; à lîillcriicciv. l;i nef criil i-.i|r S('ul(^ a des voùlrs il dnix es ; à 
Berne ei à Mcllilcr erilin. sr voiciil des cxi'iiiiili's ciiliriciinMil Noùh'-s 
d'ogives. Le premier exemple IVaiidicmeul ti,()lhi(|ui' snidilr (Mrc Sainlr- 
Elisabelh do Marbouri!,-, moniimenl rie\('' de l'i.là à l'iisri, cl le lypc à Irois 
nefs s'y eomliine a\eela ^il■ill(• li-adiliim o-ci'mani(|ue ilii plan h(''lli-. 

Le plan li'i'-lli'' scxnil à la ealli(''di'alc i\r rniiiii, ri à Sainlr-( auix Ai' 
Brcslau (xiii" cl xu' s.i. A Nolre-Danu' de 1 irscs il se condiine a\cc \r 
plan à deux al)sides. devenu plus rare au xiii' sircle. Lnc <''i;lise du cuiii- 
mcnccnieid du xni' sircir. cidir dn llarlunyci-lici'ii'. à Iti-andrnlniri;-, 
rajipelle |iai- son plan en (pial i rfcuillr rci;ulier Saial -Sal yrc de Milan: sur 
Ir sanclnairr à Irois pans s'ouxrenl direetc- 
menl autant d'absidioles, et les lourds piliers 
couronnés de simples impostes soutiennent 
des vdùlcs à (''iiaisscs ogives de prolil rectan- 
gulaire. (1rs (''glises sont cxc(.>pti()nnelles. 
mais celles de plan circulaire onl continué 
d'(Mi-(^ assez nomlireusi's : on ]ii'ut ciler c(dle 
de 1 >riiLig(dle, pnur\ne d'un lias ciMi'' el d'une 
alisidiole ; en Carintliie, celle de Tullen, avec 
ci'vple, et celle de Deutsch Altenhurg; dans 
l'empire d'Aulrirlie. (-(die de llailliei-i;- cl la 
KarUiiifkinlir de Prague, qui date de hJ77 el 
tlont le plan est un octogone av(>c bas rù\v : 
dans le grand-duché de Luxembourg, la belle 
et curieuse chapelle à deux étages du château 
de Vianden. La chapelle du château de 
Kobern, de l'2I8, est une rotonde fort oiigi- 
nale par son mélange d'archaïsme germainipn' 
el de formes fran(;ais(>s très exactemenl reino- 

dniles; les voùles du bas C(")l('- soni une sorle de demi-berceau à ner- 
vures; les supi)Orts sont des i)ilici-s nmds renfore(''s de «piali-e eolon- 
nelles el couronnés de chapiteaux à deux élages (pu rappidieid la callié- 
drale de lieini^. 

L'archileclure monasticpu' île la première période i;(>lhi(|ue a laisse'' 
de très beaux exemples en Allemagne, tels (|ue l'abbaye cislercieMue de 
Maulbronn, avec son admirable réfectoire à deux nefs doid les vonles 
retombent sur des colonnes élégantes, et son cloilre: c(dui de Noire- 
Dame de Trêves, dont les baies en plein cinire encadreni des feneslrages 
d'un type original: celui de Saint-Malhias près Trêves, et bien d'autres. 

Des maisons du xin' siè( le se xoieni à Trêves, Nuremberg et autres 
villes, el l'andiileclnre |iubli(pie a laisse'' des \-esliges, coinuK- une partie 
du rez-de-cliaus--(''e de l' Ibil el de \ il le d'A ix-la-f lliapelle. ipii moidre lUie 




insroiiir; di'. laist 



g-raiulo salle hasso m ivclaiiuic alloniir divisrc en deux nefs siiivaiil un 
type ('■galeiiiiMil usiii'l en Fi'ancc. 

Parmi les yraiidcs salles de cliàleaux, une des plus lielles es! linii- 
trophr de la France el de Treole germanique, el sur Irrriloiie acliicllc- 
mrnl allemand, c'esl celle de Saint-riiieli ju-cs P.ihauvillc. Sur sa l'aeade 
principale, six magnifiques l'enèlres m jilcin ciuliv du xui' siècle soni 
idcnducs en deux haies de même Iracé sous un tympan ajouré d'une 

gracieuse rosace. Celle 
salle et sa salle liasse n'oid 
jamais élé voûlées. 

Empihf. d'aitiucue. — 
L'areliitcclure de l'enqiire 
d ' A u l r i c h e - 1 1 o n g r i e e s t 
presque exclusivement ger- 
mïuiique. 

Le type des églises à 
Irois nefs est usuel en Au- 
hiclie et en Bohème, où 
l'on peut citer Saint-Bar- 
Ihélemi de Kolin, de P2(;0 
environ; ses piliers, à co- 
lonnes engagées, sont très 
lourds; les hras du tran- 
sept ne sont pas saillants 
et leurvoùte repose sur cinq 
l)ranclics d'ogives comme 
dans certains édificescham- 
jienois (Saint-Urhain de 
Troyes). La façade forme 
un narthex llanqué de pe- 
tites tours octogones. 
La calli('drale Saint-Klienne de \'ienni' date en parti(^ des xiii'' et 
xiv"" siècles el n'olTre rien de remarquahic dans ces portions. 

Sainl-Mathias de Budapest date également en partie du xiu' siècle. 
On altiihue à \ ilard de Ilonnecourt le clueur de Saint -Martin de 
Cassovie (Kassa, en allemand Kaschauj, (pii a le |ilan de Saint-^\('(1 de 
Braisnc et ilale ilu xin' siècle ; la nef, ses has côtés et la façade n'ont élé 
achevés qu'au .x\' siècle. \'ilard de Ilonnecourt, C[ui avait travaillé pour 
l'ordre de Cileaux, et qui a fail, il nous le dit, un long séjour en Hongrie 
vers le milieu du xui'' siècle, fui très juohalilement appelé dans ce pays par 
cet ordi'c qui y l'ondail alors plusieuis (''talilissements inniorlants, peuplés 




Vu:, il. — Ki-Iise Saiiil-M.iiliii i\f Cissovio (K;i 



-a). 




PORTAIL DE LA CATHEDRALE DE TRAU (Dalmatie) 



Hiatmi-edclArtll PI II 



Librairie Armand Colin. Pana 



LAnr.ifiTKCTLîRi-: (loTiiKjri-: nr xiii sikci.e 57 

de moines du iiortl dr l.-i l'ianee. pairie de N'ilaid. Des aldiaves eisier- 
ciennes de lloniirie, sidisisle l'église de Saiiil-.Ialc, avec un |inilail du 
xiu" siècle forl original, à \oussureeii liers-jMiiui cl à ]ii(Miroils garnis de 
colonnelles el de ziiizags. Au-dosus de ce poiliul >'aiiiiiienl des slalues 
dans des arcatures li'éllécs. La calliédrale de Calocza. don! des lonilles 
on! l'ail retrouver qnelcjues vcsliges, semhle avoir élé aussi nu l'dilice de 
si vie IVaiKiais du xm'' sicide, el nui(dicral a \u le nom d'un uiail le d'(eu\ res 
dans 1 éjiilaidu' d un ceilain ^larlin Ravege ou Haveg\ . 

Les provinces de l'empire qui conlinenl à i'ilalie el à rAdrialii|iH' 
ont une arcliiterlure qui. ilepius le xui' siècde, mêle aux l'oi-mes romanes 
germani(]ues ou lomliardes la croisi'M' d'ngives et certains orneinenls 
gothiques. Le porche de Millslatl, voûté d'ogives, présente un portail 
de style roman attardé, richement mais maladroitement sculpté; le 
|}oiclie de la calliédrale de Traù répond au même signalement; sa scul- 
pture est toutefois meilleure: certains chapiteaux ne sont pas loin du 
xm'' siècle IVancais, et le porlail à lions rajipelle alisolumeni ei'ux de 
rilalie. 

Les ordr(_'s religieux, là comnu' ailleurs, ont importi'' et propag<'' le 
style gothique : on peut citer deux cloîtres inlér(^ssant~- du xni" siè(de. l'im 
à Brixen, l'autre dans le château de Kirn. La Boliènn' est ricdie en édifices 
gothiques: les premiei's exemples y furent ap])oilé's par les moines de 
Citeaux el par h>s B(''nédiclins : les Dominicains el les |-'raneiscains 
^■im•eld l'nsuite. et le (dergi'- séculiei- les iunla. ( Inehpiel'ois. lou^ les 
détails golhii[ues \icnncnt se greiTer sur une architeclure romane à |ieine 
modifiée; telle est r(''glise décanale d'Lgra, l)àtie di^ l"2l'J à l'_'."(l, reslam-ée 
a]U'è> inceiidii' en LJTd. Les fi'ises d'arcalui'es eu liers-poinl s(> r(dienl à 
di's plates-bandes, une parlie des liaii^s soni ('-gaiement en liers-jioinl : 
certains chapiteaux sont cubiques, d'autres oui les ei-oi hets du xiu' siècle 
français; les meneaux ont les mêmes tracés qu'en P'rance. La (dia|i<dle 
du château a deux étages, comme beaucoup de monuments similaires de 
diverses contrées, ei, suivant une habitude germanique, ils soûl reliés par 
une sorte de trappe, la travée centrale de l'étage inl'éi-ieur <''lanl sans 
yoùle. L'étage supérieur seul a des voûtes d'ogi\es : il a trois nefs (''gales 
el d'élégantes colonnes. 

L'abbatiale bénédictine de Trebic appailieni au slyle germani(pie de 
transition : elle a trois absides, une nef llan(pi(''e de lias côtés et dépour- 
vue de transept, un narihex surmonté de deux lours. La parlie orientale, 
élevée sur une crypie. pn'-enle luu' shiirhin' lr(''s curieuse : l'abside à 
pans coupés, sensiblement plus ba.-^se (jue le vaisseau central, porte une 
sorte de coupole à huit pans sur croisées d'ogives, et les deux lra\ées 
qui la précèdent ont le même système de voùles. La disposilion iapp(dle 
donc celle de la cathédrale du l'uy, ri le système des voûles c(dui de 

T. II. — 8 



:i8 HISTOIRE DI-: LAIîT 

rarcliilociiiic du siid-ouesl de la Franco. La Iravéc ccnlralr du narihex a 
la même voûte. L'abside est assez parlitulirre : dans le Ijas, une sorte de 
très étruil déaudiididoire, disposition usuelle dans les écoles germanique 
et normande; au-dessus, une suite de roses à rayons ; enfin, dans le haut, 
de petites liaies géminées. Chaque travée du vaisseau central répond à 
deux travées des lias côtés. Vn petit portail en plein cintre rappelle par 
ses corbeaux et jiar son tynqian à voussure festonnée rarcliitecture de 
la vallée du lîhone et surtout les portails d'Ambronay (Ain). 

L'église cistercienne de Pomuk appartient en ]3artie au meilleur 
style français du xiii" siècle. L'abbaye cistercienne de Ilradist, fondée à la 
lin du xn' sièele, construite au xui' , garde un très lieau jiortail de la 
seconde moitié de ce siècle, orné de riches rinceaux qui retombent sur 
des colonncttes annelées ou descendent entre leurs fûts. L'abbaye cister- 
cienne (!'< )sseg conserve une salle capitulaire du xiif siècle, avec abside, 
deux piliers en forme de grosses colonnes extrêmement trapues, et des 
)'etomlH''es bourguignonnes composées de faisceaux de colonncttes en 
encorbellement à fûts coupés en cône. Sainte-Agnès de Prague fut bâtie 
entre \\17A) et 1*20') pour des religieuses de l'ordre de Cîteaux, dans un 
style gothique très pur. Quelques encorbellements coniques y décèlent 
une inlluence bourguignonne ; la sculpture combine le gothique français 
et la tradition romane germanique. 

L'église cistercienne de IIoluMifuii a trois nefs, un transept à quatre 
chapelles originairement carrées, et une ai)side à jians. De \'2"} à LJ."'.!, fut 
construite pour les religieuses de Cîteaux l'abbaye de Tischnowitz en 
Méranie. L'église présente un plan fréquent en Champagne. Le portail 
a un tympan sculpté et des statues ; il est surmonté d'une rose dont le 
renqtlage, inspiré de l'art bourguignon, est formé d'un cercle central et 
dune ceinture d(^ cercles de même rayon. 

Les plans sont variés, mais simples. Beaucoup de moyennes églises 
ont un chœur simple, une abside à pans et une nef à collatéraux terminés 
en ligne droite; une série de petites églises ont une nef à peu près carrée. 
Parfois, cette nef a, comme les salles capitulaires, un support central, 
ainsi cpiaux chapelles franciscaines de Pilsen, de Prague, d'I-lgra, à 
Saint-^^'enzel de Kultenlierg. D'autres ont deux nefs répondant à un 
sanctuaire uniipie. telles que celb^s de Sobieslau i^xiv'' s.) et de Blalna. 
Les synagogues de Prague et d'Egra présentent le même plan. Le plan 
tréflé se rencontre dans l'église de Sadzka, et Prague possède une cha- 
pelle octogone. 

Russie. F'inlande. — En Russie la cathédrale de Riga, en Finlande 
celle d'Abo marquent l'extrême limite du style gothique de l'Allemagne 
du Nord. Toutes deux sont en brique. La cathédrale de Riga, semble 



LARCHITECTURK GOTHIQUE DU \I11= SIÈCLE 59 

;n(iir ('■!('' (•oiuniencrc ;iu xiii'' siècle, pour avoir lidis iirfs d'iiiu; aivliiloc- 
liiri' liés pauvre, avec arcades en liers-jioiul et piliers à ressauls reelan- 
liulaircs, dans deux angles rentrants destjucls des coloiinettes (mi eneoi- 
Ijellenient sont kigées en \ ue de recevoir les retoudjées d'ouives. 



IV 

SCANDINAVIE 



L'histoire de l'areliileclure gothique est assez dillerentc en Norvège, 
Suède et Danemark. La Norvège a demande linitialion gothique à 
l'Angleterre; en Suède, le style gothique allemand a |)roduil la cathédrale 
à trois nefs de Linko'ping et les voûtes bombées de Lund, tandis (pic 
celui de la France s"y allie dans ralibaliale cistercienne de \N'arnliem. cl 
sal'lirme presque sans partage à la lin du xiii" siècle dans la cathé'drair 
d'Upsal. En Golland, les moines de Cîteaux et les marchands de Lùbcck, 
puis les ordres mendiants, sont venus mêler au style roman, quelque peu 
byzantinisé, du p;iys des apports gothi(pies d'origine bourguignonne et 
surtout germanique; en Danemark, le maître de l'œuvre de Rœskilde est 
venu de l'Artois; les moines de (liteaux et l'école germanique ont initié le 
reste du pays à l'art gothique. La Norvège a des monuments goliiiques 
sinon plus anciens, du moins plus archaïques que ceux des autres con- 
trées Scandinaves; le Danemark et Gotland semblent être venus ensuite, 
et la Suède plus tard. La Norvège et Golland ont bâti tout en pierre; le 
Danemark presque tout en l)ri([ue; la Suède a l'ait usage de ces deux 
espèces de matériaux. 

LA XOrU'ÉGf. — Le style golhi([ue, s'il a été plus précoce en Norvège 
que dans d'autres contrées Scandinaves, ne l'a été que relativement. Les 
bas côtés de la cathédrale de Stavanger, reconstruite après un incendie 
survenu en I IT'J. soni lonians et sans voûtes; les ruines de la cathédrale 
de ILamar, de l'Jli.", témoignent qu'elle était également romane et sans 
voûtes. Le style de transition est représenté par deux monuments de carac- 
lèi'i' anglo-normand, la net" de Sainte-^Iarie de Bergen, ipii nesl pas 
datée, el le transept de la cathédrale de Throndjem, qui date de II")' à 
Util. Ce transept a une ioui-lanlerne, un triforium, des fenèires avec, 
coursières intérieures et. à l'esl. deux chapelles cari-ées; toute l'architec- 
ture et l'orncmi'ntation sont romanes à l'e\eej)lion des voûtes dogivi's 
(|ui couvrent les deux chapelles: les ogives sont ornées de zigzags commit 
dans beaucouj) d'églises I lansilionnelles de Normandie et surtout d Angle- 



IllSTOinK DE L'ART 




C.lllirill-.ilc ,1,. l.inkirlMIll 



li'i'ir. |i;ii' ('\ciii|ilc .-'i Liiiilisr;n-iic. \ .r clid'iir, ircon^l mil (Kii' IV'\(M|ii(' 
Sii;iinl Siiii, lui liTiiiiiii'' m l'iiS. I)cs iiilliicncrs ;ing'laisrs s'y l'onl sentir 
à cùl('' (le soinriiirs ciiiiiiiiiciiuis. 

La iirl'dc Saiiiliz-Marie de Bei'gen l'sl un iiKinuiiienl aiii^ld-iKiiiiiaïKl, 
avee li-il)inies e| [lilieis à rliapileaiix l'oiids t;oilroiiiK'S. Elle a reçu, peuL- 
(Mic a|i!'ès coiiji, i\c<. \()ùles à loui'des el très épaisses croisées d'ogives, 
de section leelangulaire, sans moulure. 

L'ai-(diiteêture gothique du xiii" siècle était reju-ésenli''e pai- deux 
abbayes de Cileaux, l'ond/'es eu 1117 par des moines anglais: Ib'ivedo, 
dans une île du Ijdrd de ( llirisl iania. et Liusce ]ii-ès lîergeu : la première 
(■■lail liile de Kii'kstall , près Leeds,el la seconde de h'ounlains Abbey, près 
Uijion. Seule, celle de Hoved() a laissé des ruines, dans le style de la fin 
du xin' siècle anglais. Le musée de (Ibrisliania a recueilli les pavements 
de tene cnile incrnsti'c el des d('biis des vitraux en grisaille de l'église. 

\ ers le milieu du xiu' siècle, la petite cathédrale de Stavanger reçut 
un cliunu- gothi(pu' sim])le, de plan rectangulaire, dont le mur de fond 
est entièrenieni ajouré d'une grande fenêtre, comme à la cathi''(lrale de 
l>ol el dans un très "l'and iKunlire iréiilises d'Angleteri'c. Sons celle 



LARCHIÏECTUHE (lOTIIlOUI:; Di; xm SIKCLE 



lu s;illr I,; 



iMu; 
, où 



les: 
une 



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l'curMic. à r('xl('Ti(nir, une série de Inistes de rois el de reines soilcnl d 
frise de (|ualrcrriiillr> ; le nirnie motif se voit ;i la eallirdndc (l'\drk 
l'on considère les liusles comme des effigies de hienfaiteurs. 

L'arelutecture civile du xnf siècle a laissé le palais royal de lier* 
vaste édifice conforme au type universel des grandes salles seigni'uria 
elle comprend rez-de-chaussée et salle liaule,en rectangle allongé sur 
extrémité étroite duquel se détache une lour demi-cvlindri<|iir ({ni 
l'ahside d'une chapelle à deux éta 
en arc hrisé très aigu, avec 
colonnettes à chajiiteaux 
ronds de feuillage noi-mand. 

I.A sii-.DE. — En Suède, 
le plus ancien monument go- 
lliiipie paraîl (''ire ri\glisr 
cisicreicnnc de \\ arniiem. 
L'ahhaye l'ut fondée en 1 1 i,~ 
])ar les moines de Claii'vaux. 
el le cho'ur reproduit le type 
de cette maison-mère ; l'église 
fut commencée dans une ai'- 
cliitecture purement romani', 
et jiasse pour avoir <''ti'' Ici'nii- 
née en ll'.l'J, mais c'est sculc- 
mcnl nu miT siècle (pTcllc 
re(;iil tics Noi'itrs d'ogi\rs cl 
dc> >ruipl lires golhicpirs ; les 
[liliers el les murs de la nef 
sont romans, mais les voides 
dai'èles des lias ccMés, portéi's 
sur des groupes di' colon- 
ncltes gothiques en encorbel- 
lement, et les voûtes d'ogives de la nef. assises sur de vigoureux faisceaux 
de colonnes el de pilastres en eiieorlielleiueiil . (lalenl (In milieu du 
\uf siècle: l'etTet en est puissant el original. Les chapileau.x rectangu- 
laires à feuillages, les culots arrondis, le prolil vigoureux des encor- 
bellements appartiennent au slyle fran(;ais le iiiieux caractérisé de celle 
même date. C'est aussi vers le milieu ou (lan> la seconde moilié du 
xm" siècle que la cathédrale ronume de Lund re(;iii des voiltes sexparlites 
très bombées relombant sur des colonneiles en eiicorbelhMuent : ce 
système semble iiispiiV' de l'église cistercienne de Soroe en Danemark. 

La calli('(li-a!e dl [isal e^l. en Suède, l'édilice de beaucoup le [dus 
imp(u-tant el le j.liis beau, uiai> n'(>sl pas le modèle des autres nionu- 




.le l.-i ( Mllii'divilc .Ir Tli 



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lucnls g()llii([in's, (Idiil plusieurs sdiil anli'Tii'iii s ou rniilciii|i()i-;iins. 
L'église d'Hclmslad, sans Iranscpl, prrscnli' un (li''anil)ulal(jir(' sans 
chapelle, inspiré de relui de la caliH'drale danoise de lioeskikle ; le hk'uh; 
plan, avee Iracé à trois pans el non denn-eireulairc, est repi'oduil à llel- 

singborg; l'église de Mal- 
moe rappelle quelque peu 
en élévation la cathédrale 
d'Upsal, mais le plan du 
chœur reproduit le type de 
Soissons et de Tournai; 
enfin, à Linkœping, l'église 
à trois nets appartient à un 
modèle germanique; ses 
élégants piliers en l'ais- 
ecaux de colonneltcs à lui s 
annneis surmontés île (dia- 
pilcaux feuillus ari'ondis, 
et le tra\ail de ses aica- 
tures, semblent dénoter une influence anglaise; cnlln, le plan est d'une 
maladresse originale, avee le transcpl à peine saillant encadré de travées 
inégalement étroites, et le 
déaud)ulatoire, aussi liant 
(pie l'aliside, eoinnie à 
(imund, composé de deux 
travées triangulaires et de 
I rois aul l'es en I rapè/.e (pii 
s'ou\ reiil sui' des cha[)elles. 
En l'287, Etienne de 
Bonneuil, maître des leu- 
vres du roi de France, el 
dix bacheliers ou compa- 
gnons sous ses ordres, 
s'engagèreid à construire 
à l'psal la nouvelle métro- 
pide scandinaxe, uni,' église 
sur le modèle de Xoli'c- 
Dame de l'aris. Sur place, le mailn 
expérimentés, et, comme matériaux, il n'eut (pie de la b 
très dure, el fort peu abondante; aussi l'imitation de Notre-Dame se 
borna-t-elle aux dispositions générales et aux proportions. Le déambula- 
toire entouré de chapelles polygonales avec, au fond, une chapelle princi- 
pale di'dii'e à la Vierge, rappelle les cathédrales d'Amiens et de Beauvais 




i:;;lisc aljlialialc dr \\'a\ 



de ro'Uxre lroU\a |ieu 



une luerre 



LAnciiiTi'Cïnu-: (loimoui-: di: xi 



SIKCLI': 



05 



|ilul(')l([ur celle de Paris; les jtiliers à colonnes engagées ra[)j)ellenl ceux 
des nefs de Troycs, de ClermonI ou d'York; les détails son! simples el, 
même socriliés: la pierre, ménagée avec parcimonie, esl réservée pour 
les portails, pour les meneaux des fenêtres, pour les pelils cliapiieaux 
assez mesquins de linlérieur, et pour les impostes des piédroits des fenê- 
tres. Les travaux durèrent longtemps après Etienne de Bonneuil; la plu- 
part des sculptures rappellent le style du xiv'' siècle; la façade était 
restée inachevée. L'église eut à subir plusieurs incendies, et la restau- 
ration au ciment exécutée à la fin du xhY" siècle peut être ajoutée à la liste 
des sinistres qui l'ont épi'ouvé'r. 

/./■; DA\i:MAHh. — Ln Dam- 
mark, l'église ronde de Bjernede. 
construite en HSli, esl romane, à 
part une croisée d'ogives centrale, 
di.sposition qui a pu exister dès 
l'origine, comme à Sainte-Croix de 
Ouimperlé. Peu d'années plus tard, 
l'architecture gothique, encore in- 
connue en Suède, fut introduite en 
Danemark par larchcvcque Absa- 
lon Snarr i 1 158 f 1 19 1 ), qui fit ma- 
gnifiquement reconstruire dans cr 
style la cathédrale de Ro^-skilde. 
en remployant seulement dans le 
déambulatoire des colonnes roma- 
nes de granit. Le granit se mèh^ 
discrètement à la brique dont est 
composé presque tout l'appareil de 
la cathédrale. On ignore le nom du 
maître d'œuvres, à coup sûr distin- 
gué, qui fut l'auteur de ce bel édilice ; mais si l'un comiiarc la calliédrale 
de Rœskilde avec les peintures qui nous restent de I aiicicune catlK-diale 
d'Arras, on sera très frappé de leur resscmlilanre ; |r ti'anscpt de transi- 
tion de la cathédrale de Tournai, la catliédrale île Noyon, lancienne 
église Notre-Dame de \alenciennes présentaient des dis|)ositions tout à 
l'ait analogues; celles de Laon et de Soissons ont aussi plus dune ana- 
logie; c'est certainement au nord de la France, l't très |irobablement a 
l'Artois, qu'appartenait l'artiste à qui nous devons cette œuvre. 

La cathédrale de Ro\skilde conqirend une nef avec bas côtés el tri- 
bunes, un transept simple, el mie abside à déambulatoire et tribunes; 
ce déambulatoire est sans chapelle, comme à Saint-Pierre di; Doulleiis, 
Mantes, Deuil, Gonesse et Sainte-Sophie de Nicosie (Chypre}, (jui 




l'h.ji i; 
r.nlli<Mli"ili' (ITiismI. 



iiis'i()ii;i; DK i.AiiT 



s'inspire de raiicii'iim' disposil idii <lc Xolrc-I );inic ilc l'iiris. L'éoljso, 

ciilirrcilli'iil Miùlrc d'ooixcs. lii()lil|-c (1rs ;irr:i(lcs, (l(iu|pic;ill\ ri Ijjiics de 

Iriljimcs en I ici's-|Miiiil . cl drs l'cnrliTs m plein einlre; les lenèlres du 

déanilinl;ilnii-e cl des Irilmncs (pii le snriiionleid soiil, d.-ins (•li;H[ne 

travée, gronjir'cs pur li-((is, celle iln ccnlre plus Ininlc (ielLe ordonnance 

correspond aux voiiles disposi'es pour couvrir des Iravéesen éventail; 

elles ont dans cli;icnne six liranclies d'ogives, doni deux, l'oi-nianl la 

nioi[i('' d une crois(''c d'oi^iNcs 

simple, du c(')l('' iidi'-rieur cor- 

res|)0udanl à I arcade, cl 

■,ii„, '-^ 1 (luatre relondiaid sui' la |iai-ni 

Il '''l'niiif^ "^ 1^ 1 . . 

î\\ '"'■/^v \ extérieure. A l'exli-rieur, les 

" /"î^V, i^roupcs di' Irois ren("'li-cs des 
Iriluuies du clncur s'enca- 
draient sous des pignons, 
comme à la calluMlrale d'Ari'as 
et plus anciennemeni à la 
calhédrale ani^laise de Pcler- 
l)0|-|(Ug'!l. Les ll-iliimi.'s de 
l'ahside pi-('>scnlcnl un as|iecl 
rcinarcpialile d'('dt''^auce et de 
ir'L>ère[('', car (dia(pn' li-a\(''(> 
n'esl si''pai-(''e ipie |iai- une Une 
ci)louue tie i»ranil. Au-dessus 
lè^ne, comme à Noyon, un 
Iritorium composé d'une suile 
<ontinue de })eti[es haies. La 
façade à deux tours, lermin(''e 
senlcnu'nl au xv' siècle, esl 
peu i'emar(pialjic. 

(l'est aussi par ré\èque 
Alisalon ((ue les moines de Cileaux Inrenl installés en IKil à Soroe 
près (lopcrdiag'ue, mais il seudile ipic Icui- (''glise ait élé à l'ori^iiH' loule 
romane; c'esl au xui" siècle (pi'ils y ajoulèreid des \()ùles se\pai-liles de 
tracé liond)é. Sur rcmplacenieni <lc l'aMiave se voient encore la jiorle 
d'entrée surmonlant le logis du portier, et six belles c(donnes de grès 
monolithes provenant de la salle capitulaire ou d'autres hàtiments dispa- 
rus : Irois d'entre (dies rappellent le im/illeui- style français du (enips de 
Philippe Augusie pai' leurs chapiteaux à larges feuilles cl lems hases 
alliques très légèiemenl déprimées. 

L'de de (jolhnul, seul pays riche en pii^ire du hassin de la Baltique, 
l'est aussi en monuments gothiques, d'un slyh' inqiarfail, ayant toujours 




l..lUir.|i;i|r ,1,. |;,r^l,il,|r 



l.ARCIIlTECTrPiK (ioTIlIOll-: Dl XIII" SIÈCLE (i:> 

ii;ii-(l('' ]ii voùlc cl'ariHi's. Ils ]irurrilcal de Fai'l e,ei'inniii(|U(> voisin rt de 

l'ai'l lioiirguignon. imiiorlr [lar les ( lisloiriciis (|ui avaiciil ï \r sous le 

iiimi (]o Roina une inii)orlanle ahliayc au conlro de l'île. 

W'isby, sa capitale, fondée au xi'' siècle par les nianliands de Lidieek, 
a trois églises de transition : la cathédrale Sainte-Marie, l'altside di- 
Saint-Laurent, et Saint-Clément. Sainte-Marie était l'église de la aalion 
allemande dans celle grande \ ille cosmoj)olile; ses trois nel's de haideiii- 
égale sont surmontées d'un étage qui était le consulal d Liilieck. Hiiel- 
ques travées ont des ogives épaisses, profilées en Ixmdin. ri des (-(donnes 
à chapiteaux encore romans engagés dans des piliers massifs. Les fenèti'cs 
sont en plein cintre. Le chœur de Saint-Laurent, église romane de plan 
byzantin, se comjiose d'une liavée droite et d'une ahside demi-circulaire 
à voûtes bombées sur luanches dogives du même ])rofil et avec liernes. 
Saint-Clément, ûu xni' siècle, a un chevet rectangulaire, un transept, une 
nef simple, voidés d'ogives; un groupe de trois fenêtres en j)lein (■inir(î 
ajoure le mur du chevet; la sculpture est encore romane. Hors de la ville, 
l'église d'un ancien li(Jiiital, Saint-Georges, de la lin du xiii' siècle, montre 
des particularités fréquentes en Gotland : division de la nef par une ligne 
de piliers, et, sur le sanctuaire, voùti^s d'arêtes bombées appareillées à la 
clef en véi-itables coupoles et retombant sur des encorbellements conicjues 
d inspiration bourguignonne. 

Les églises rurales présentent très souvent la division en deux nel's 
avec un seul sanctuaire, et, à l'ouest, une tour carrée doul le bas serl de 
baptistère; les nefs sont souvent courtes; il n'est pas rare fpie r('>glise ail 
un seul })ilicr central; les voûtes d'arcles sont de règle, et l'ogive est trc's 
rare: les retombées sur les murs se font sur de courts supiioi'ls (mi encor- 
Itellement. Les portails sont multip]i(''s, m(''me dans de j)eliles (■■glis(>s, el 
présentent un type parliculier avec leur fronton lr(''s aigu cl leur voussure 
en tiers-point festonnée de lobes découpés, j)lus fi'équenls en Gotland 
que dans toute autre contrée. La sculpture est archa'i(|ue et encore ronuuie. 

L'enceinte de \\'isby. consl ruile en l'27S.e>l un des plus beaux échan- 
tillons de l'architei-lure mililaire. l'.lle es! bàlie de pierres irrégulières, el 
ses toui's carréi's ou à pans allerneni avec de grandes écliauguettes 
carrées, portées sur un grand arc de décharge en tiers-point. Les poi'tes 
sont percées dans des tours, et leurs passages ont des voûtes darètes. 
Comme h Saint-Georges les arêtes meurent vers le sommet, où l'appareil 
se transforme en coupole; il est permis de \oirdans celle particularité 
une iniluence des j)rati(pies byzantines ilue aux relations ct)uunerciales si 
fr(''quentes îles (iotlandais avec la Hussie el ri-]m|iii-e d'Orieid. 

Une autre enceinte s'élève dans l'île de Gotland. à Thorburuen. 



T. II. — y 



(î(i 



IIISTUIIU': DE LAl'.T 



GRANDE-BRETAGNE 



L'Anglclorre est, avec la France, le pays où le style gothique s'est 
mondé le }ilus précoce et le plus original, et a laissé le plus de monu- 
uicnls. On y (rouve, à cùlé d'importations traneaises, des variétés de ce 
style qui ne doivent rien ou doivent peu aux écoles de l'autre côté de la 

Planche; enlin nous verrons qu'au 
xv" siècle l'Angleterre, à son tour, 
a fourni ù la France les éléments 
du slyle Handioyant. 

AncnrrECTUHE reijgiecse. — 11 
semble que le plus ancien type 
connu de l'architecture de transi- 
tion soit un monument anglais, la 
cathédrale de Durham, comme la 
(■■tahli M. John Bilson. Très proha- 
hlement, les voûtes du chœur, éle- 
vées en H04, étaient des voûtes 
d'ogives; elles ont été refaites, 
mais celles des bas côtés du sanc- 
luaire, qui subsistent encore, sont 
au moins aussi anciennes. Celles 
is _ ( •iii ,.,i ,1,. ,1,1 ''""'"" i]r la nef sont, au contraire, un 

peu postérieures, et le transept 
montre une ai-chileclure plus simple dans une partie primitivement desti- 
née à ne pas recevoir de voûtes; or la (•Iiioni(|ue de la construction dit 
formellement (|u'après l'érection du sanctuaire, le manque de ressources 
amena non seulement un ralentissement des travaux, mais l'adoption, 
pour quelque temps, d'une ordonnance plus simple. 

On a vu que l'école normande, comme l'école germanique, conijiosait 
volontiers ses églises de travées carrées, les bas côtés ayant moitié de 
largeur du vaisseau central, et deux travées latérales répondant à une 
travée de voûte centrale, (le système, en Angleterre comme en France, 
resta en honneur à l'avènement du style gothique : la cathédrale de 
Durham reçut une croisée d'ogives par deux arcades dans le vaisseau 
central, mais cette croisée est simple, tandis qu'en Normandie les plus 
anciennes voûtes d'ogives sont en général sexpartiles; et cette différence 




LAUCHITECTIRE GOTHIOUh: DU XIII' SIÈCLE 



inonlre bien l'antérioritc des voûtes de Diuham sur celles de la Tiinilé 
de Caen, par exemple. Il est à remarquer, en outre, que les voùles cen- 
trales de Durliam n'ont pas de doulileaux, disposition rare. 

A la cathédrale de Peterborough, dont le vaisseau central iiorle une 
simple charpente, les bas côtés ont aussi des voûtes d'ogives : on a émis 
jadis l'hypothèse étrange que les ogives auraient été relancées sous des 
voûtes d'arêtes, opération inexécutable. On peut bien croire, il est vrai, 
que des voûtes d'arèles comme celles d'Ely ont existé avant les oo-ivcs, 
mais, ici comme à r)urliam, 
les gaucheries cjui pourraient 
être un argument en faveur 
de cette opinion se rencon- 
trent un peu partout dans les 
parties incontestablement ho- 
mogènes de l'édifice ; les arca- 
tures intérieures des murs 
latéraux, moulurées avant la 
pose, l'archivolte d'une ar- 
cade, au nord-est du transept, 
entaillée pour loger une co- 
lonnelte, ont, à j)remière vue, 
l'aspect de remaniements, et 
il est certain cjue ce n'en sont 
point. Tout autre est l'aspecl 
d'une partie des bas côtés de 
l'église aldiatiale de Selby, 
qui porte des voùles d ogives 
du mili(Mi (lu xii" siècle; le 
pilastre et les colonneltes qui 
les reçoivent sont sans liaison 
avec le support principal, et 
montrent très bien (pie les xoùlo 
ne s'observe à Durliam ni à Peterborough. 

L'église de Sainte-Clroix, près ^\'in(•llesler, appai'tient à lui hôpital 
l'ondé par Henri de Blois en IITiC; elle tut construite un peu jdus laid, 
peut-être en 1 18,'), lorsque les Templiers cédèrent l'hôpital aux é\è(pies de 
^^'inclIesfer. C'est un édifice de transition souvent remanié. conq)renanl 
un clicxcl rectangulaire a\('e (•dllaliM-aux. un li-anse|il a\ ce iour-lanleriu' 
et une nel'axcc bas côtés; le tout es! \(iril('> (rogi\i'>: -uixani une (lisp((si- 
liou projire à r(''Cole normande, I ordonnance du (■lie\('t coiuiirend du 
liant en ba> deux (li\i>ioii> eiilre le>(|nelle> retombe une brandie ddgiNe>, 
raltaeli('e à la ebl' de la xoi'ile ilii .--anel iiaire. i,es c(dlaléraux de celui-ci 




lll]r,l|;,|,. ,1,. l'cInlH 



une addition. Rien de scniblab 



ns 



IllSTOlRli DE LART 



oui des uiiivcs épaisses, à zigzags; les arcades soni aiguës; le Iriloi-iiim se 
compose d'arcs enlre-croisés, cl une coursièi'e esl niénag(''e dans Fenilira- 
sure des fenèlres hautes. 

La calliédrale de Gloucesler, de la lin du \n' siècle, possède une 
crvplc, peul-clre antérieure, dont les voùlcs reposent sur des groupes 
de trois liranches d'ogives sans moulure. Les bas côtés de cette catlié- 
diale onl él('' construits aussi pour des voûtes d'ogives. L'abbatiale de 
Lindislarne, du milieu environ du xif siècle, avait de belles voûtes 
d'ogives orn(''es de zigzags. 

Les édilices de transition du milieu et de la seconde moitié du 
XII'' siècle présentent des lormes analogues à celles des édifices antérieurs, 

mais beaucoup plus 
' Unes trexécution : 

par exemple les jii- 
li(M's d(^ la crypte de 
lacathédraled'Vork, 
l'abbatiale de Mal- 
mesbury, qui a des 
voûtes d'ogives sur 
les bas côtés ; l'abba- 
tiale de Kirkslall, 
liàtie vers le milieu 
du xii' siècle, qui en 
a dans le chœur et 
les bas côtés, la nef 
('lanl couverte de 
chariientes, et les 
chapelles du tran- 
sept ayant des ^oùtes en berceau; l'église aljbaliale ruinée de Lindis- 
l'arne, dont les voûtes d'ogives sont parmi les plus anciennes de la Grande- 
Bretagne. 

Les églises de llomsey. Hemel-IIempstead, Ifley, la cathédrale et 
Saiiit-I^ierre d'Oxford, la cryj)tc de (ïloucester, la salle capitulaire de 
lîrislol. la calliédrale de ( 'diicheslei-, ont aussi des voûtes d'ogives primi- 
tives. 

Dans CCS monuments, la structure seule est gothique; la voûte 
d'ogives, dès qu'elle apparaît, supprime beaucoup plus complèlemeni 
qu'en France l'emploi des autres noùIcs. mais la décoration, encore plus 
exclusivement géom('-lii([iu;' (pi'en Normandie, montre moins qu'en France 
l'acheminemenl vers le style gothique. Les premières tendances gothi- 
ques y sont représentées |)ar des prolils de moulures savants et vigou- 
reux beaucou]) plus ('■tudiés dans des monuments comme le porche nord 




\:Li\t~r Mllll.-lli.llc ,l,' LilllIisiMI-ll. 



LARCHITECTURE GOTHIOl E 1)1 Xlll' SIÈCLE 



(le Scll)y ri les ruines d(> la. salle caiiiluhiire de Sainle-.Marie d'York, que 
dans la eailiédralc encore Irrs fruste de Ihirliani. Aux zigzags que décri- 
vent ces moulures sur îles archivoltes et sur des piédroits, se mêlent 
quelques petits écoinçons de feuillage d'un travail délicat, et c'est dans 
de menus accessoires de ce genre qu'on peut reconnaître un style déco- 
ratif qui suit la même évolution qu'en l'iance. La statuaire monumen- 
tale obéit aux mêmes lois: vers 11 iO, de petites cariatides grotesques 
ont été adossées aux pilastres de la retouihée des voûtes d(> la salle ca])i- 
lulaire de Durham : leur mouvement déhani-li('' rappelle ccIIcn du portai! 
de Souillac; les statues monumentales des portails de Chartres et de Sainl- 
Gilles ont leurs équivalents, à la lia du xn" siècle, à Hochesler ei 
dans le portail dé- 
fruit de Sainte-Marie, f 
aujourd'hui au mus(''e 
d'York. 

Le premier exem- 
ple d'architecture pu- 
l'enieiij gdthicpie e>i 

prol>;d)lenH'nt. en An- 
gleterre comme dans 
d'autres pays, une 
église cistercienne. 
Labhaye de Roche 
fut fondée en 11 iT 
dans une ^■erdovante 
vallée du Yorkshire. 
Le plan est celui de 

beaucoup d'églises du UK'MUe ordre : un chd'ur carré et cpiaire ehapidlo 
carrées au transept: c'est tout ce qui reste de l'édilin'. avec le bas des 
piliers de la nef. En élévation, Fégiise préseiilail des ienèlie-, eu plein 
cintre; un Irifoi-ium aux arcs en tiers-])()inl très simples, gi'oupés deuxjiar 
deux cl sans colonnettes : des arcades en tiers-point à double Noussure non 
moulurée et des jiiliers. ciMrx de la uef eu faisceaux de <-ol(unn-s. ceux du 
transept rectangulaii'cs à coloune> ad()ss(''es: les fùls île ces i-olonnes sont 
amincis, comme dans di\(U'si's églises de transition picardes et nor- 
mandes, et un cordon qui règne sous le Iriforiuiii les coutourne, selon 
l'usage de l'école bourguignonne, à laquelle celle archileclure est en 
jiarlie empriuiii''e. Les eliapelh's du ti'au>epl u'(''laient séparées entre elles 
(|ue pai- nu miu' bas. dispo>iti(iu <pii lappelle les absidioles de \ézelay: 
les chapiteaux à larges feuille> pleines cl bs prnlil> de> uuiuluies ont une 
simplicité-, une beauté-, uni- purel(- (pi'ou lie ici loux e pas dans d autres 
consiruetions anglaises; rordoiiuance pn'-seide nm- analogie pres(|ue 




FiG. 51. — Éifli^o ablNili.ili- •h- Wnrhc 



70 HISTOIRE DE L'ART 

Odiiiplrlc n\rr lV'i;lisc cisloi'cicnnc do Sninl-Jean-d'AupI (Savoie); elle 
;i|i|KU'l ii'iil à lu s(''i'ir (1rs iiiodrlcs courants de l'ordre. 

('.I' iiKiiiuiiiciii a l'ail ('■(•ol(" : les cliaiicllos (•ai'r(''es du Iranscpi dr la 
calliétli'ale di; l!i|)(iii, rcsics d'une conslruelion de la lin du mi' siècle, sont 
des répliques (le celles de Roche. 

La prenii(!M"e calliiMlrale c(^)niuienc(''e dans un slyle coni]il(''leuu'nt 
i>ollu(|ue,sousla dii-eelidii du luailre d'œuvrcs Guillaume de Sens, en 117à 
à C.anlcfbuiy. ol inie iiuporlalimi de l'arl de la Cluimpaiine. S'il n'est 
aussi l'auleur (le la calli('Mlr:i!e de celle ville, (uiillainiiev a cei-|ainenienl 




l'i,.. .VJ. — ClKnii- lie 1,1 cillir.li.ilc ,\r ( iMiilci-lincv. 



iravailh''. cai' le eli(eiir de Canlerhury pr(''senle des ressemldances inlimes 
avec l'oiddunance de la li;isili(|ue s(''nonaise : les voûlcs sexparlilcs enca- 
drenl (les ren(Mres simples siu' l'apjiui (les([uelles une c()ursi(''re tra\('rse 
les Irumeaux, el le Iril'orium l'oiMue sous cluKpu' IYmuMpc d(Mi\ haies suhdi- 
visécs; les arcades relonil)enl sui- de e-ros piliei's en l'drme de colonnes 
qui, dans la partie non tournanle de r('dilice, sont groupt-s par deux; les 
tailloiis de ces j)ilicrs poricnl des (((lonnelles à lïiis monolilhcs indéj)en- 
danls, lui ou Irois allernalivemenl, qui reçoivent la retomhée des voùles. 
La sculpture ajipartient à l'art gothique français; elle est plus avancée que 
celle de Sens, la mouluration est très analogue à celle des monuments 
français contemporains, quoique plus complic|uée. 1mi 1 lil'J, (îuillaume 
tomba de ses échafaudages et se blessa si gravement (pi'il dut ahan- 



L'ARCHITECTURE GOTHIQUE DU Mil SIÈCLE 71 

donner son t-lianlicr; l'œuvre l'iil continuée par un élève nnii'lnis, puis par 
d'autres Anglais qui cessèrent de tenir compte du {ilan initial. 

En 1187, une autre importation d'art français, un peu moditlée déjà 
parle goût national, eut lieu à la cathédrale de Cliichester; la reconstruc- 
tion partielle de cette église romane était devenue nécessaire après incen- 
die; la partie orientale l'ut presque rebâtie, et les piliers de la nef conso- 
lidés par l'adjonction de colonnetles golJiiipies à l'ùls indépendants. 
L'ordonnance du chœur présente des [tiliers ronds en forme de colonne 
cantonnés, comme à Laon et à Notre-Dame de Paris, de quatre colon- 
nettes indépendantes, et ayant, comme à Chartres et à Reims, un chapiteau 
à deu.v étages de feuillage superposés, dont le registre supérieur corres- 
jiond aux chapiteaux de ces colonnettes. Ces supports son! la partie la 
])lus purement française de l'œuvre; les moulures compliquées cl le Iri- 
l'orium affirment une autre tradition. 

A'ers llllO, le maître d'teuvres Geoffroy de Noyers, appelé ])ar 
lévèque Hugues d'A\allon, oi'iginairc du Dauphiné, l'cconstruisit le 
cha'ur et une partie du transept de la cathédrale de Lincoln. Il adopta un 
plan assez original : deux absidiolcs s'ouvrent sur chaque hras du 
transept : le chevet devait C-lrr pentagone, et, autour ilu déandiulaldiir, 
trois absidiolcs moyennes étaient séparées pai' deux autres plus pclilis. 
Les chapelles du transei)t, qui subsistent seules en pai'lie, accusent le 
caractère français de cette architecture, mais il peut n'être pas 
d'inspiration directe; h la grande rigueur, l'influence de Canterbury sufd- 
rail à l'expliquer. 

Un des plus remarquables exemples de rintluence française en 
Angleterre est l'église abbatiale de Westminster. Elle date du milieu et 
de la seconde moitié du xni'' siècle : le pavement du cha^ur, exécuté en 
1208, témoigne que la partie orientale de l'église devait se terminer à celte 
époque: il témoigne aussi que les abbés et les rois, leurs proleclcurs, 
savaient emprunter à l'art de chaque pays étranger ce (piil avait de |ilus 
parfait. Ce pavement incrusté fut exécute'' par le maître romain (Jdeiico. 
qui vint vers 1200, à la requête d'Henri 111, paver de mosaïipies les cathé- 
drales de Londres et de Canterbury, tandis que l'arcliiii^cture el la scul- 
pture sont toutes proches des modèles français. Le plan du clueur com- 
prenait un déambulatoire avec cinq chapelles polygonales, et des piliers 
ronds cantonnés de quatre colonnettes: en élévation, la composition géné- 
rale est française, mais bien des détails indiquent une anivre anglaise : des 
arcs suraigus, leurs moulures, les chapiteaux ronds sans feuillage, les 
frondaisons d'un dessin systématique qui tajiissenl le plein des murs au- 
dessus des arcades, et les piédroits du triforium ont un style anglo- 
normand caractérisé. Ce style s'affirme plus encore dans la nef, dont 
l'ordonnance est analogue, avec piliers en faisceaux de colonnettes anne- 



72 IIISTUIIU-: ItE LAP.T 

l(''es, el d;ms les (■.\lrriiiil(''s du li'onscpl. oi'i jiliisieurs i;iMi;s i\r IViKHres se 
siijperposeni enlr(> ](' poiinil r| l;i rose du pJLiiKiii- 

l,es jii'emiei's édilices. d'iinporhilir.n ou d'iiispiraliou IVonçaise, 
n'eurent pas (Tinnuence bien dundilc sur le jni'uiiei- slyle antjlais [Eai-hj 
EnrjUsh) ou gothique primitif; en même temps (pi ils s'élevaient suivant 
diverses modes françaises, récole normande eoulinuail à fournir des 
artistes el des modèles, et, eomnic à l'époque romane, c'est d'éléments nor- 
mands qu'elle a composé son architecture, en exagérant les tendances de 
l'école et en y ajoutant des particularilc'-s propres. Le plan à chevet droit, 
avec collatéi'aux, comme aux cathédrales de Laon et de Dol, est très habi- 
tuel; une granile chapelle de la Vierge, de plan cai'i'é,s"v ajoute; le double 
transept, qui n'existe en France qu'à Saint-Ouentin, est fréquent; les 
colonnes à fûts amincis, particuliers en Fi'ance ;'i quelques églises de tran- 
sition du nord-ouest, sont noudireux surtout dans ceilaines régions, 
avant I'2r)0; les piliers entourés d'un faisceau de colonnettes avec bague 
sont plus usuels (pi'en Normandie; les églises sans voùle plus l'i'é(pn'nles. 
ainsi que les arcs suraigus, exagérés parfois jusqu'à l'outrance, les cha- 
piteaux ronds, nus ou couverts d'un feuillage conventionnel, les lleui'ettes 
anguleuses, les ornements géométriques, et les gorges semées de boutons 
de Heurs sphériques [baU /lowcr^, qui indiquent la première moitié du 
xiv'' siècle; les zigzags y persistent aussi; le iiiforium et les coursières 
(pii traversent l'embrasure des fen(Mi-es oïd la m("'me strueture ((ue dans 
l'ai-eliileelure de Normandie, mais la d(''coratioii y es! jiai'l ieulière. Les 
églises normandes ont parfois, eoimni' la calhédi'ale de Saint-Pol de 
Léon, au-dessus des arcades, une l'iise de sculpture ornementale qui ne 
forun:- pas saillie sur le jiaremeni : en .Xiiyleleri'e. à N\'esiuiinsler, jiar 
exemple, on au la\ab() de la cathédrale de Liuc-tiln, cette décoration 
s'étendia sur tout le plein d'un mui'. Déjà au xu' siècle, la calhétlralc 
romane di^ Bayeux et le chapitre de IJristol ont ime décoration analogue. 

L'arc brisé est souvent d'un tracé écrasé, formant angle aigu aux 
impostes, comme à Tewkesbury et au Iriforinm de Salisbury. 

Les bases et autres moulures se composent des mômes éléments 
qu'en France, mais peuvent présenter des combinaisons assez ditîérentes. 
Dès la tin du xu' siècle, les soubassements extérieurs des édifices portent 
des corjis de moulures très particuliers, habitude qui se C(jntinue durant 
toute la jiériode gothique. Les moulures des arcs et arcades, comme à 
l'époque romane, sont plus nombreuses et moins simples qu'en France. 
On l'cmarque notanunent. dès le xiu' siè(de. aux cathédrales de Chichester 
et de 'Wells par exemj)le, des boudins non seuhMuent amincis, mais agi-é- 
mentés d'une arête coupée, raccordée par des contre-courbes, tracé qui ne 
se répandra en France qu'à la lin de l'époque gothique. Une autre anté- 
riorité de l'Angleterre se voit ilaus des voûtes d'ogives du xni' siècle. 



I.AI!CHITi:CTlRI-: (iOTFHorE DU XIII SIKCI.I': 7-, 

(_k>iil li^s aiiiiloi^'Ui's 110 s(? renc(>nli-cr()iil en Fr.-mco ([iic deux sirclrs iiliis 
lard, oxceplion l'aile }K>iir le carré du liaiise|il de la eallK^hale d Aiiiii'us. 
Ce sont des dispositions de pur caprice, telles qu'en montra deux sircles 
plus tard l'architecture française dite llamboyante, inspirée de l'art hii- 
tannique. Un peut citer de ces voùt(^s du xiii' siècle à la caliiédrale de 
Lincoln, au transept ajouté à l'est de la cathédrale de Durhani et don- 
naiil à celle éiilise la l'ornii^ d'un lau; à la calliédralr' dr Licliliejd. |)ans le 
transept orienlal de Durhaui, dit des .\euf Autels, des paires de hraiiclies 
d'ogives paileid en lii^iie divei-i^enle des retombées de la travée centrale, 
et se réunissent de façon à dessiner une sorte d'étoile et à faire fonction de 
croisée d'ogives. Dans le cho'ur de Lincoln, on trouve la travée décom- 
poséi' en deux groupes de trois branches d'ogives produisant un dessin 
bizarre; la nef de la même cathédrale et la cathédrale d'Ely offrent peut- 
être les plus anciens cxi'mples de voûtes à liernes et liercei-ons. (les trois 
types de voûtes seront usuels en France au xv'' et au xvi'' siècle. 

Les voûtes de la nef de Lincoln présentent cette particnlarili' (pie 
leurs tas de charge décri\enl un plan coin exe: ce tracé esl le point de 
départ d'un système de vdûtes inconnu en France, mais très usilé en 
Angleterre au xv' siècle. 

Certains Iril'oi-iums sont d'une grande l'ichesse : à VAy 1 Liri'i-l'iriL', 
Worcestcr, ^ ork T' nioiti('- du xui' sièclei, el surtout à Lincoln iclKeiir 
des Anges, I'2r)r)-1'280), les colonnettcs de uiarbre sont multipliées sur les 
jandiagcs des baies, et entre elles sont sculptés des feuillages; au-dessus 
des arcades régnent desécoinçons ornés; à Lincoln, ilssont occupéspardc 
riches sculptures représentant pour la plupart des anges aux ailes éployé(\s. 

Dans le tympan des fenêtres apparaît, à la fln du xui" siècle, un tracé 
plus rare en France : des quatrefeuilles sont emboîtés les uns dans les 
aulies, et non encadrés dans des cercles. C'est tl'un di'-M'loppement de 
cette combinaison que procèdent les tracés Oamboyanls usités en Angle- 
terre au xiv'^ siècle, en France au xv'' siècle. 

Certaines retomljées particulières procèdent (h\-< culols coniques de 
la Normandie, mais forment des jiyramides ren\('isées beaucoup plus 
inij>ortantes et plus aiguè's, sans aucun galbe, toutes hérissées d orne- 
ments végétaux toulfus. Ces pyramides, [)eu gracieuses, portent (\c:^ 
faisceaux de colonnetles en encorbellement: de cet cnq)loi résulte lro|( 
souvent un man(pu' de tenue : à Salisbury, Ely, Lincoln, Wells, le tril'o- 
rium suit si peu la (li\isioii des tra\(''es qu'au lieu tle concourir à 1 ordon- 
nance il semble plutôt l'inlerronquc, cl les ligues hori/.oiilales s'y al'lir- 
menl ]ilus qn(^ les \crlicali's. 

A jiartir du niili(Mi du xu' siècle, rien n'est |)lus frécpuMit (\\\i^ l'euqiloi 
du marbre gris foncé ap|)elé l'iuhccl.', surtout dans les fuis de cohjnnetles ; 
sa couleur tranche sur la blancheur des autres pierres. 

T. II. — 10 



iiisTOiiti': i»i: LAirr 



Les cliapilcaiixsonl presque lous ronds; quelquefois, la coilieille esl 
nue; le plus souveni, depuis la lin du xu' siècle, elle est garnie d'un lang 
de l'euillcs, Iréllées cl contournées, d"un type tout conventionnel, dont les 
IV)lioles se recourbent, et retombent sous le tailloir en formant une cou- 
ronne. Vers la fin du xiii' siècle, des feuillages divers copiés de tout près 
sur la nature, comme en France, se mêlent à cette ornementation styli- 
sée qu'ils remplaceront au xiv' . 

Les areatures entre-croisées sont beaucoup [dus fi(''(nientes à l'époque 

romane dans les édifices anglo- 
normands qu'en Normandie; à 
l'époque gothique, les Normands 
et Anglo-Normands ont eu diver- 
ses combinaisons analogues : 
comme le double rang d'arcad(>s 
alternées du cloître du Monl- 
Saint-Micbel, et une série de por- 
tails sur les tableaux desquels les 
areatures se chevauchent à deux 
hauteurs différentes. L'Angleterre 
n'a pas de ces portails, mais les 
areatures qui se clievauchent y 
sont un motif fréquent au xiu'' et 
au xiv*" siècle. Au cours du grand 
remaniement que subit la cathé- 
drale de Lincoln, peu après sa 
construction, des piliers en fais- 
ceaux de colonnettes et un second 
rang d'arcatures interverti furent 
plaqués sur les murs des bas 
côtés, déjà pourvus d'arcatures 
liéllées. dette disposilion du double rang d'arcatures alternées se trouve 
ailleurs construite tout d'un jet, par exemple sous le porche d'Ely, et dans 
le second quart du xiif siècle au triforiuni de Beverley, où cette ordon- 
nance a été continuée au xiv' siècle. 

A partir du milieu du xiu' siècle, sous les formerets et dans les 
pignons des églises s'ouvrent généralement des suites de fenêtres en lan- 
cette, celles du centre plus élevées, pour suivre le tracé des voûtes; leur 
aspect n'est pas exempt de monotonie. Les roses des pignons de transept 
de Saint-Albans, Lincoln, York, sont des exceptions. Des fenêtres s'ou- 
vrent en général jusqu'au sommet des pignons pour éclairer les combles. 
Les façades gothiques diffèrent notablement de celles de France; 
elles pourraient cependant avoir une parenté avec celles du domaine 




riiûl Enki 
1... :■'. — Ilcl.iils (lu Ir.-iMscpl 
do l;ic;illiédi;ili' do Lincoln. 



L'ARCHITECTURE GOTHIQUE DU XIII SIECLE 75 

fraiirais des Plunlogcnols. Coniine en Normandie et en Anjou, les ana;les 
de la faç;adc ont souvent des tourelles carrées surmonlck's de flèclies, el, 
comme dans le sud-ouest de la France ' Pav-Xolre-Danie. ('.and'- -i ■ 




arcalures alignées à droite et ci gauclie du portail ahrilenl des statues; 
mais ce système a re(;u plus de d(''velo|>|icnii'nl : à \\ élis, à Salisbui'v. et 
]ilus tard à Hxcter. |ilusi('ui-s rangs de nirhrs se superposent du haut eu 
lias de la l'acade cl Inrnu'nl une >orle de ridundiai'iuni où se logeid des 



IIISTOIHK DK LART 



slatucs. L'effel de ce casier momiinenlal esl diseulalile, mais iiidiseula- 
blemenl original el (oui dilTéienl des alii;nenienls de stalues qui, en 
France, meublent seulemeni les éljiasemenls des poiiails. Notons cepen- 
dant que le revers de la façade de la cathédrale de Reims otlVe à l'intérieur 
la même disposition que rcxléricur de ces façades anglaises. Notons aussi 
la manie fâcheuse de couper les arcatures et qualrefeuilles par le milieu 

aux angh^s des façades. 

Malgré la manifeste 
parenté tlu porche de Sa- 
lisbury avec ceux de Saint- 
Nicaise de Reims et de 
Puiscaux (Loiret), le type 
des portails est assez dilTé- 
rent ; les tympans sculptés 
et les piédroits garnis de 
stalues, comme dans le 

Lbcau portail sud de Un- 
coin, sont très exception- 
nels : en général, le tru- 
meau central des grands 
jiortails soutient non des 
linteaux, mais des arcs tré- 
llés, disposition qui existe 
aussi en Normandie (Sécz) 
et dans le sud-ouest de la 
Fj-ance (Saint-Seurin de 
Bordeaux, Saint-Macaire ! ; 
le tympan est décoré d'un 
oeulus, ou d'un médaillon 
et d'ornements, parfois de 
ligurines comme à Saint- 
Urbain de Troyes. Le tym- 
pan du portail nord de 
^\ e-^lminstei', consacré à Salomon, était une exception, si toutefois ce 
portail entièrement rcfiiit a ressendjlé originairemeut à ce qu il est 
aujourd'hui. 

La ti'ès originali' façade romane de Lincoln fut conqdétée au xui'' siè- 
cle; elle a été aussi iniili'c à Pcterborough, où trois pignons ^'élèvent 
assez arbitrairement au front occidental de la cathédrale, surmontant 
autant de grandes fenêtres dont les piédi'oits descendent ius(prau sol. 
C'est encore là une disposition que l'Angleterre montre dès le xu' siècle 
(Tcwkesbury) et qui en France appartiendia à l'art du W . 




AHC.HITKCTURE GOTHIOUK Dr XIII SIKC.r.R 



yiiel(|U('s (■;iHi(''(lralos du xiii" siècle nrésenlont jiliis de >iiu|ilicilr cl 
se rapproclii'iit plus des nionumenls de France, coniinc la belle nef de la 
cathédrale dYork, commencée en l'JOI : a\cc ses larges fenélres dont les 
meneaux descendent sur l'appui du Iriforium à frontons, et avec ses 
piliers en faisceaux de colonnes et colonncttes à chajiiteaux octogonaux 
bas de feuillages touffus, cette nef est très analogue à la calliédrale de 
(llermont-Ferrand. Le Iransepl. du uiilieu du xui' siècle, esl d'un slvle 
tout différent, purement nor- 
nuintl, 

La cathédrale de Salis- 
bury est le type le plus pur 
du premier style gothique 
anglais : elle fut commencée 
en l'2'20; ses voûtes dogives 
simples et d'une belle venue 
reposent sur des faisceaux de 
colonnettes en encorbelle- 
ment : les fenêtres hautes sont 
petites; le hifoi-ium est une 
suite coulinue de baies sui'- 
baissées et refendues, (pii 
n'indiquent pas nettement la 
division des travées. 

Dans la cathédrale de 
Wells, commencée des le 
xu' siècle, consacrée en l!2~)'.l, 
ce défaut d'ordonnance est 
encore plus frappant : le Iri- 
forium forme une série de 
petites lancelles d'une grande 
monotonie; la voûte repose aussi sur 
bellement à fûts très courts. 

Ouel(|ues moyennes églises anglaises du xni' siècle non! eu qu une 
nef, avec une coursièrc intérieui'c dans l'embrasure des fenêtres : un c(Mé 
de l'église de Bolton Abliey, qui n'était pas voûtée, montre cette dispo- 
sition, et la cathédrale de Ripon avait primilivemenl une nef unicpu'. mais 
avec Iriforium, comme en témoignent les extrémilés conservées. 

L'Angleterre [possède un(^ s('rie liés remarijuable d'abijayes, de cloî- 
tres et de salles capilulain^s gol biques. Les abbayes cislerciennes de 
Founlains. Kirkslall .\elley. Tiidern et Furness soni parmi les plus 
belles ruines tlu monde, et peu d'autres monastères présenlenl un cnsendile 
aussi conq)lel ; plusieurs abbayes et cathédrales conservent descloilres 




gi'oupe^ 



dnnnelli's en encor- 



HISTOIRE DE L'ART 



(M surloiil d<*s saillis ciipilulain's, dig'iirs du jiliis grand inlérèl. (lommc 
ailli'iirs, |iliisi('urs sont des oxcinples remarquables du slylc de transition: 
«illc de Bristol, toute romane de décoration et voûtée sur ogives ornées 
de zigzags (1155 à 1170); celle de iJurJiaui, tenuiuéc entre 115") et 1140, 
comprenait une travée carrée qui subsiste et une large abside démolie au 
xviu" siècle et rétablie de nos jours; le tout est voûté d'ogives; celles de 
l'abside rctomjjaient sur de courts pilastres à cariatides adossées. La 
salle capitulaire de Kirkstall a le plan rectangulaire, avec deux piliers en 
faisceaux de colonnes; le style est celui de la seconde moitié du xu" siècle. 
Celle de l'urness est plus vaste et di' même plan. Toutes ont la dispo- 
sition normande, qui se voit aussi 
en France à Fontaine-Guérard et 
qui consiste à ouvrir sur le cloître 
trois portails au lieu d'un portail 
entre deux fenêtres. A partir du 
xii'' siècle, les salles capitulaires 
anglaises prennent souvent un 
plan tout particulier, en forme de 
rotonde, (le plan se rencontre 
aussi, mais exceptionnellement, 
en Espagne ; dans les autres con- 
lii'es il est inconnu, et dans la 
< il ande-Bretagne même il n'est 
pas universel. 

Ces chapitres en forme de 
rotonde ont souvent un pilier cen- 
tral, comme à ^^'orcester (xii" s.), 
Westminster, Salisbury, Lincoln 
el Lichfleld (xiir siècIeV 

Comme bâtiments inonasti- 
qni's rcmai-quables. il faut citer encore, à Fountains, le réfectoire, les 
immenses celliers voûtés à tiuis nefs, les latrines, suite de niches exté- 
rieures disposées en lile au-dessus d'un canal d'eau courante comme à 
Maubuiss(jn, le logis des hôtes et l'inllrmerie, h' tout du xni' siècle; à 
Kirkstall, les restes de la cuisine. Le plus beau cloître du xiu' siècle 
paraît être celui de Salisbury, entièrement voûté et ajouré aussi complè- 
tement que possible d'une suite d'arcades à fencstrages semblables à 
ceux du cloître de Saint-,lean-de-\ ignés à Soissons. Le cloître de Lin- 
coln, de la lin du xni' siècle, se compose d'une claire-voie très légère, 
gracieusement décou[ié(^, et d'une voùie di' bois don! les clrfs portent de 
précieuses sculptures, ligurines de loiilc soilr, d'un I)eau style el d'uni' 
exécution remarqualde. 




I.AIlCIIlTECTrRi: GOTIIIOUK Iil" XllI SIKCM-: 7.1 

Ap.r.iiiTECTLP.E CIVILE ET MiLiTAU'.E. — L'urcliilcci lire civile esl surloiil 
représentée auxiii" cl au. \iv" siècle par des manoirs. L'un des plus anciens, 
le château d"Oakliam (Rutlandshire) conserve une grande salle de la (in 
du xu' siècle, partagée en trois nefs par des colonnes à riches chapiteaux 
de feuillage, déjà gothiques, qui portent des arcades en plein cintre el une 
charpente apparente. Des statuettes assises reposent sur le tailloir des 
chapiteaux; les fenêtres géminées s'encadrent à l'intérieur dans des em- 
hrasures en plein cintre el onl au dehors des tympans sculptés en tiers- 
point: le portail esl en plein cintre; une sculpture élégante enrichit loul(> 
celle archileclure. qui peut dater de IISO à 1200. Xursie-d Courl i Kenl'i 




Fie. .">S. — Les celliers de Fuiiiil;iiiis .\liijey. 

et la salle royale de ^^'inchester, un siècle plus tard, présentent la même 
disposition; la seconde a pour supports des faisceaux de colonnelles. 

Pour le xni'' siècle, un des monuments les plus originaux est le manoir 
de Stokesay. Il comprend une grande salle tenant dune part à un cellier, 
et de l'autre à une galerie qui la relie à un donjon de plan octogonal ayant 
une face remplacée par deux pans rentrants qui dessinent comme des 
bretèches jumelles. La salle a de grandes baies en tiers-point avec tym- 
pan garni dun ochIks sui' deux lancetles à haNcrse médiane. (Jes baies 
s'encadrent sous une suite de })ignons latéraux. La cliarpenle, appareille 
à l'intérieur, avec fermes à aisselliers courbes, esl d'un gi-and caractère. 
Le manoir de Longthorpe (Norlhamplonsliire olVre une tlisposition 
d'ensemble analogue. 



s(i iiisToii!!-: DK i;art 

Le cl]àl(>;iii d'Aydon ' .Xorlliiiiuljcrliind) esl (•onijM>s('> d'une suilc non 
.syinrlriquo de liAlimonls recUingulaires el de deux enclos irréguliers, 
dont lun était un jardin, laulre une cour de ferme. L'architecture appar- 
tient au xui' et au xiv' siècle. La distribution est déjà compliquée. 

Lai'cliitecture militaire a laissé de très beaux monuments de lépoque 
de transition : le château de Conisborough, de la lin du xif siècle, avec son 
imposant donjon polygonal renforcé de massifs contreforts dont la tète 
devait soutenir des hourds, conserve intactes deux très belles cheminées 
et une charmante chapelle de transition logée dans l'épaisseur d'une 
murail!(\ Le donjon rectangulaire de Middleliam, dont la chemise et la 
chapelle ont élé icbàlies au m\' siècle, esl une énorme et imjiosante con- 
struction du xii' siècle, divisée du haut en bas par un gros mur de refend, 
comme ceux d'Arqués el d'Hastings. Le rez-de-chaussée semble avoir été 
\(iùl('' d'ogives. 

\\ 

ITALIE 

De toutes les contrées cpii employèrenl le slyle gothiipK^, l'Ilalie est 
celle (|ui l'a le moins compris : la franchise et la rigueur de logique qui 
soni l'essence même de ce slyh^ s'accommodaient mal, en effet, avec les 
traditions ailisli(pies du peujile romain el av(^r le tempérament d'une 
race plus sentimentale que logicienne, plus habile dans l'art d'arranger 
que créatrice, et qui n'aime guère la \(rit(' ([u'cmbellie. Ce que l'Italie a 
fait pour l'art gothique, ce fut de lui donner le nom, absurde, sous lequel 
nous le désignons et qui, pour les Maîtres de la Renaissance, voulait dire 
barbare et tudesque; or, pour le Romain, barliare est tout étranger 
hormis le Grec, qu'il a ci'u comprendre, el à ce mot s'attache une idée 
de mépris. Ainsi pensait-on du gothique en Italie au xv'' siècle, et l'on 
constatait qu'au tcnqis où les peuples latins adoptaient la Renaissance, 
les peuples germaniques restaient hdèles à un art qu'eux-mêmes et leurs 
voisins pouvaient croire alors né chez eux. En réalité, ils se l'étaient 
seulement assimilé profondémenl. 

Il est faux que les Allemands aient |M>rté le style golhiquc en Italie, 
comme on l'a cru, peut-être à cause de l'origine commune du gothique ita- 
lien et d'une partie de l'art gothique allemand ; mais si la première impor- 
tation gothique n'est pas leur l'ait, on peut leur altritmer la dernière: le 
style de la cathédrale de Milan esl germanique. Le style germanique 
avait aussi régné en Italie à l'époque romane. Les autres sources de 
l'architecture gothique d'Italie sont toutes fran<;aises; en voici l'énunié- 
ralion par ordre chronologic[ue. 



I.ARCHITECTURE GOTHIQUE 1)L: XIII' SIÈCLE si 

La plus iiii]Mirl:i:il(', comme la plus curieuse, csl l'inlluence de rordrc 
de Cileaux qui, à la Un du xu'' et au début du xiii" siècle, initia le centre, 
puis le nord de l'Italie à l'art de la Bourgogne, berceau de l'ordre. 

Presque en même temps, dans la première moitié du xiif siècle, les 
chanoines de Saint-Victor de Paris bAlissaient à \'erceil en Piémont une 
église et des bâtiments claustraux de style français, cl peu après, la 
cathédrale de Gènes s'inspirait de modèles également l'rançais. Dans le 
sud, les chanoines du Saint-Sépulcre construisaient vers 1190, à Barleita, 
une église de style bourguignon, et les chevaliers Teutoniques une église 
de transition à Messine, ^'ers 1255, dans le royaume des Deux-Siciles, 
Frédéric II. (|ui (''lait roi de Jérusalem, nccueillaii des colons IVancais 
émigrés de l'Orioni latin, el parmi eux des arlistcs. Frédéric II avait vai- 
nement tenté d'asservir le i-oyaunie de (iliypre ; ses troupes Ijallues et 
chassées entraînèrent dans leur fuite des colons français bannis de ce 
royaume pour avoir embrassé sa cause; parmi eux, un jeune gentilhomme, 
habile ingénieur et maître d'ceuvres, Philippe Chinard, d'origine cham- 
])enoise. Un grand noirdjr(_' tle forteresses et quelques églises bâties alors 
dans l'Italie du Sud el la Sicile apparlienneni à l'art français de l'Orient 
latin. 

Fn même temps, l'ordre alors nouveau de Sainl-Franet>is imporlail 
des modèles d'art français. C'est le centre ou le midi de la France qui, 
cette fois, entre en ligne avec l'église de Saint-François d'Assise (termi- 
née de 1256 à 1259). L'église Saiid-h'rançois de Piologne présenle un lype 
dilTérent; elle fui élevée de P2."() à I2i0. Mais ces églises mères furent mal 
imitées, et, durant la fin du xiii' et lcxi\' siècle, c'est à l'art leplus apjiauvi'i 
de la Provence que les ordres de Saint-Fiançois et de Saint-Dominique, 
tout-puissants dans le sud de la France, demandèrent le modèle des nom- 
breuses églises qu'ils élevèrent en Italie. Leur influence fut de toutes la 
moins heureuse; l'austérité de l'ordre de Cîleaux n'avait fait qu'épurer 
l'architecture, la pauvreté volontaire des ordres mendiante sut la rendre 
misérable. 

^'ers 1270, Charles F' d'Anjou, maître du royaume des Deux-Siciles, 
y amena un nouvel et plus nombreux apport de population française el 
des artistes. L'histoire a i-etenu le nom du grand maître des œuvres de 
Charles \", Pierre d'Angicourt. Le style adopté fut le gothique du midi de 
la France. Toutes ces importations ont donné naissance à des imitations 
locales, interprétations plus ou moins mallieureuses. 

Bien que le style gothique soit manifestement en Ilalii' un art d im- 
portation, le principe de la croisée d'ogives semble avoir été connu de 
très bonne heure en Lombardic, si Ion s'en rapporte à l'emploi sinnd- 
tané de ce membre d'architecture et de formes complètement romani-s à 
Saiut-Ambroise de Milan, Sainl-Miciirl de Pavie, etc. Ces voûtes d'uLiives 

T. ir. — Il 



8'i IIISTOIRF. T)V. LABT 

constilucnl un des pi'oljlrmcs les plus il('-licals de l";ii-clit'oloii'i<' du moyon 
âge. Les documents éci'ils, loin d'échiii-er la queslion, l'obscurciraienl 
plutôt; nous savons en effet posilivcnienl que Soinl-Ambroise fut bâti par 
rarchevèque Angilbcrt (8'24-8r)0) et remanié au xi'' siècle, qu'une partie 
des voûtes sV'croula en Kl'.Kl cl (pi'un des clochers datç de 112U; il semble 
hors de doute que plus (^riinr lia\(''e de voùles fut refaite et que le 
xu' siècle a vu s'élever non seulement un clocher, mais une grande partie 
de la nef où des bases sont plantées normalement aux ogives, flelte nef 
présente le style (|ui parloul lui usili'- mts le milieu tlu xii' siècle. M. le 
commandeur Ri\()ira a bien prou\é que Sainl-Miehel de r'a\ir. monu- 
ment toul à l'ail (bi même slyle. est du xii' siècle ; il est 'rai (pi'il suppose 
Saint-Ambroisr antérieui', à cause de sa construction jilus timide, qui 
n"élè\e jias la Mtùle centrale au-dessus des tribunes et n'éclaire pas la 
nef, mais l'argument n'est pas sans réplique : Saint-Michel de l'a\ie, 
n ayant pas darcs-boutants, est une construction dont la hardiesse pour- 
rail bien n'être que de l'ignoranci', et par lapporl à hupu'lb' Saint- 
Anibroise serait non un premier essai plus timide, mais l'ieuNre d un 
artiste que l'expérience a i-endu plus prudent, ('.est ainsi que les plu> 
anciennes églises romanes d'Auvergne, comme His, Glaine-Montégut, ont 
des fenêtres hautes qui disparaissent dans les plus récentes, comme Orci- 
\al, Issoire. — I^esle une autre église du xi' siècle pourvue d'une croisée 
d'ogives, Saint-Flavien de Monteliascone, authenli(|uement tlatéc de lOÔ'i; 
c'est une chapelle à deux étages reliés jiar une travée sans voûte infé- 
rieure; le type est germanique, il lajijielle la chapelle de Scln\arzrhein- 
dorf et l'église octogone du Sainl-Lsjuit à A\'isby (Gotland); quant au 
style, il marque deux époques bien lraneli<'M's : à l'ouest, un prolonge- 
ment du XIV' siècle dans la façade diupiel a été réencastrée l'inscription 
qui donne la date de lOr)^ et le nom du maître d'ieuvres Lando; à l'est, 
ime partie dont l'architc^cture est romane et dont l'étage inférieur, seul 
voûté, a sur ses collatéraux des croisées d'ogives assez épaisses, de 
|)rolil carré, reposant sur des colonnes adossées qui leur sont normales, 
et qui rapi)ellent tout à fait celles de Milan et de Pavie. L'étage supérieur 
rappelle les églises de Toscanella, dont l'une (Saint-Pierre) est liien du 
XI" siècle, et plus encoi'C les églises construites à Mterbe depuis le 
xn' siècle (San (iiovanni in Zoccoli, San Sistoi jusqu'au xiv'' (La Madonna 
délie Rose). C'est simplement la persistance du type basilical. Un chapi- 
teau bizarre, cruciforme, à angles coupés, reposant sur un fût cylindrique, 
a été regardé comme annonç;ant à longue distance la forme de certains 
supports gothiques, mais n'est à coup sûr qu'un morceau i-employé et 
détourné de sa destination j)rimitive : un fragment de faisceau de fûts à 
pans coupés surmonte d'astragale. En l'état actuel, les quatre saillies sont 
sans emploi, et le dessous non seulement ne se raccorde pas au fût, mais 



\n( iurKCTiiU': ootiiioue nr xiii sikcm-, 



csl coiiii>k''lrinciil raliulcux, landis ([ue les lares M'ilicalcs soiil liés i)i<Mi 
dressées; c'est peul-èlre un socle du xiv" siècle, l'elnuriii''. 

Celle chapelle haule n"a donc rien qui puisse être ulilisr |KMir l'his- 
loire des oriiiines golliiques, tandis que les voûtes d"ogivcs d'iiin' partie 
dr la (diapelle basse sont bien contemporaines de leurs su})porls romans 
et d'un style lombard bien caractérisé : les caractères sont les mêmes qu'à 
Sainl-Ambroise. El qui pourrait prouver ipie l'inscription commémoi-ativc 
remonlée dans la l'aeade du xiv" siècle provienne d'une portion d'édilice 
contemporaine des plus anciennes parties conser\ées.' De l'ancienne 
façade, nous n'avons pas d'autres débris; qui sait si la façade de IO.~i>, 
restée debout juscju'au xiv" siècle, n'était 
pas alors le seul vestige de l'édifice pri- 
mitif? Un a pu, à la fin du xii' siècle, 
rebâtir r('glise, sauf cette partie; cela 
s'est fait des centaines de fois, les 
façades romanes étant souvent plus 
lielles et plus solides que le reste de 
l'église; puis, au xiv' siècle, })Our 
agrandir, on aura jelé bas cette façade 
en cons(M'Nant l'inscriplion (|ue l'un 
devait considérer di'jà connue se rap- 
portant à l'église entière. S'il en est 
ainsi, nous ne sommes pas rensei- 
gnés sur la construction de la fin du 
xu' siècle, tandis que l'insci-iplion 
relaie celle du xi' , dont il ne reste 
l'ien ; le cas ([ue je suppose serait ana- 
logue à une joule d'exeinjiles connus. 

A rin\ersc de ces monuments, on trouve 
AM\-ergiie. en Allemagne, en ProAcnce, des (Mlili 
>eule est gotliiquc. I^e ly|)e de la basilique n'y e>l jamais tondi('' en (l(''su('-- 
Uule ; il se renconlre souvent à l'cqioquc romane : à San Miniato, à l^is- 
loie, à \ ilcrbe, el, jusqu'au xiv'' siècle, il reslera lV(''(pienl. 

Le premier modèle golliiipie iuqiorté en Italie |iar les ( '.ishMciens est 
labbaye de Fossanova, sur la \(tie Appienne, près de Terracinc. I.e ton- 
daleur lui. en IlST. l'enqjereur Frédéric F', el la nuiison nn''re fut 
l'abbaye d'Ilaulecdndie en Savoie, dont l'église l'Iail un modeste édifice 
roman. Il l'aul donc cliei-cliei- ailleui's <pn' dans la personnalilé d(> ses l'on- 
daleur> l'origiiii' du >l\le nellemeni bourguigmm de la nouvelle abbaye: 
c'est sans dimle an cli,qiih-e gi'uéral di' Cîleaiiv <|ne les j)lans l'urent 
arrêtés el l'artisle cli(>i>i. I.e cloilre esl lombard, mais, dès la lin du 
xir siècle, l'ét-lise el le r.-lecloire luitul cunuuencés dans un tout aulrc 




.-Ihl.Mli.' 


1 • ro^s.-iii 


,v.-,. 


Ilali< 


connue 


en 


loni 


a décoi'a 


ion 




FiG. liO. — Ks-lise de Cas 



84 iiisKiim: III'; laiît 

slylc, ri Icuf iiiiHii;iii;ilii)ii ciii lieu en iniMiic Icinjis, rii l'JIIS. Le iiianli 
18 juin, Iiinoreiil 111, airivr en grande ]Hiin|ic, soupa dans le réfectoire, 
lojîca ses tieii.v ceiils clieN aux dans les écuries et passa la nuit; le lendc- 
uiaia, au levei' du jour, il consacra IV'ylise pendant que TcnNoyé du roi 

de Sicile ajiporlait au 
IVrre du pape l'inM'sli- 
lure du comté de Sora. 
Cette solennité devait 
avoir d'importantes 
consé(|uences : Fossa- 
nova dotait, en clTct, 
rilalie d'un modèle 
d'art plus parlait que 
tout ce qu'on y avait 
vu depuis les Grecs, et 
qui m école; labbayc 
devait essaimer et non 
seulement lui monas- 
tère, mais une universilé 'sliidiitui arliuin). De ce foyer rayonna, pendant 
plus d'un siècle, sur l'Ilalie l'enseignement des maîlres ijolhiqucs. Avant 
UK'nic d avoir achevé 
ses bâtiments, Fossa- 
nova fondait une autre 
abbaye aussi impor- 
tante, Casamari, con- 
sacrée en septembre 
l'217. L'église estd'un 
slyle sensiJilcmeni 
plus avancé; la salle 
capitulairc et les au- 
tres bâtiments claus- 
traux sont du même 
arl ; quant au cloître, 
c'est un mélange d'art 
ilalicn cl l'rançais. 

A leur tour, dès i'JOX. 1rs moines de Casamari fondaient, dans les 
Al)ruzzes, Sainte-Marie d'Arliona, cl peu apiès, en Toscane, San Gal- 
gano, dont les travaux furent commencés aussitôt après la consécration 
de Casamari, en 1218. Les moines de ces abbayes étendirent rapidement 
leurs possessions et mulliplièienl leurs constructions. l']n l'JlO, ceux de 
Casamari recevaient l'abbaye de Saint-Nicolas de Girgenti (Sicile!: en 
\27>1 , ceux de San tialgano, l'abltaye de Sellimo, près Floi'cnce. En même 




■AFiCHlTECTL'Rfc: GOTHIOUK DU XI 11' SIÈCLE 



k'iiips ([UL' leurs propres édifices, les religieux maîtres d'œuvres cnlre- 
prentiienl de diriger les constructions que les habitants du pays, séduits 
par l'art nouveau qu'ils apportaient, venaient leur confier. C'est ainsi que, 
de J259 à l'268, trois convers de San Galgano, Fra ^'ernaccio, Fra 
Melano, Fra Mario, furent maîtres de l'œuvre de la cathédrale de Sienne; 
la cathédrale de Piperno, proche de Fossanova, fut aussi reconstruite en 
style bourguignon, à l'imitation de cette abbaye, et les moines de Fos- 
sanova firent des élèves, comme Petrus Gulinari cl ses lils Morisius el 
Jacobus, de Piperno, qui bâtirent et signèrent on l'2'.ll l'église d'Amaseno, 
dans un style bour- 
guignon antérieur '*^^^**^^ 
d'un siècle. 

Cependant, la 
prospérité et l'acti- 
vité des cisterciens 
devait prendre fin au 
déclin du xiii'^ siècle : 
les moines de Fos- 
sanova, vers 12^)(l, 
avaient reliàti leur 
salie c a p i t u 1 a i r e 
dans le meilleur style 
gothique; de l'28U à 
l.~)00 environ, ils re- 
l)àtirenl un côté du 
cloître, puis ils ces- 
sèrent de consti'uire ; 
Casamari s'était 
achevé d'un jet cl 

promptcmenl ; Arhoiia ne disposa pas des mêmes ressources, et San 
(lalgano fut commencé sur un plan trop vaste; ces deux abbayes mar- 
(pienl le point d'arrêt de 1 art et de la prospérité des cisterciens. A Sainte- 
Marie d'Arbona, l'église, avec sa nef atro|ihiée et la salle capitulaire, ne 
l'ait i|n'alouidir l'architecture de Casamari; à San dalgano, l'église est, 
au riMilrairr, ti(i[i grande: on l'arlicva a\i'e peine au début du xiv'' siècle, 
et la partie occidentale, bâtie par Fra Ugolino di ^lalfeo. mauvais élèxc 
italien des maîtres bourguignons, n'est qu'un pastiche maladioil de la 
j)arlie orientale, une iniilalioii pleine de contresens el d'archaïsmes. 

L apogée de lart cistercien est marqué au milieu du xui' siècle par le 
chapitre de Fossanova et j)ar l'abbaye de Sainl-^lartin, près \ ilerbe. 
(êuvres d'artistes venus de Bourgogne. Ce nouvel a|)p<)il eut aussi 
quelque résultat : N'iterbe. conune Piperno el comme Sienne, devint uu 




■ir,. 02. — Église abbaliale de San Mailiuo, près Viterbe. 



SO IIISTOIHK DE L'ART 

[i)\fv (\';w\ i:()llii(iur, iii-àcc au voisinage el à l'inllucnce des moines de 
Cileaux. 

Ihms une parlic de I Ualic [dus \oisini' jiouilani dr la brancc. leurs 
uiaîli'es d'ceuvres l'urenl moins Innireux : il semlile que rcuijdoi de la 
liri(|iu\ doni ils n'avaicnl pas a]i|iris à se ser\ii- en Bourgotiiie, leur ail 
(■||('' uni' jiai'lie de leurs moyens. Mais la grande inlV-riorih'^ de ces monu- 
ments consiste dans leurs remaniemenls : eoinmencés trop tôt, dans an 
slvle encore roman, ils ont r\r adaptés, après coup, à l'arcliitecture 
g()llii(|uc: la plus runnur de ces alihaycs du ruM'd csl ( '.liiai'a\ allr pi-rs 
Milan, l'onih'M- ru I I ."."p par sainl Bernard, consacrée en lL"il comme en 
témoigne une insciipiion. 

On sait ([ue les églises cisterciennes n'ont que des clochers de bois 
ou des clochers de pierre 1res modestes. Celui de Casamari est un modèle 
de ce dernier genre, l'ormé d'un seul étage carré et plus étroit que la net", 
au-dessus des voûtes de laquelle il est porté sur des arcs. Le clocher de 
Fossanoxa eonsliiu(\ au conlrair(\ une singulière dérogalion aux règles 
dr Cileaux. 11 n'esl pas iHuuguignon . nuiis limousin, inspiré évidemment 
lin pelil clocliei- iictogdue d'()lia/.ine : ipiaire de ses ai'("les coïncident, 
selon la mode limousine, avec la créle des toitures; mais au lieu d'un 
(■•lage, il <'n a deux, surmontés trun(^ pyramide de pierre et d'un lanlernon ; 
les angles sont garnis de colonnettes saillantes comme dans les clochers 
octogones gothiques d'Auvergne et de Provence. Chiaravalle, près Milan, 
})ossède aussi une Jour octogone très élevée, mais c'est uni' lanterne de 
hrique; (die rap}>(dle la tour de Sainl-Sernin de Toulouse. 

Ce plan des églises cisterciennes d'Ilalie es! siuijile. A Valvisciolo, 
1 ('g lise du xni' siècle, eneoi'e romane, n'a (pi'un iduinir carré, une nef à 
basculés lerniin(''s (''galemeid en rectangle; r(''giise romane di' Sainl- 
Paul-Trois-Fonlaines, piès Honu', les abbayes de Chiaravalle di Casla- 
gnola, h'ossanova el Arbona oui. déplus, un li-ansept avec quatre chapelles 
(•arr(''es: Chiaravalle. près .Milan, en a six: Casamari et San (jalgano 
(puilre,el un bas i-CAr en regard; enlin, l'église de Sainl-.Marlin près 
\ ijerlie. -,[. au lieu du (dii'xel cari'i'-. une abside polygonale, et, à l'est de 
clia((ue bras de IraiisepC deux iraxées formant une chapelle h deux autels. 

Toutes ces églises soni eidièi-ement voûtées, avec vaisseau central 
dominant franchement les bas ciMés. mais sans arcs-boulants. L'abbaye 
de \ alvisciolo, au xni' siècle, n'a encore que des voûtes d'arêtes; à Fos- 
sanova, l'église, de 1180 environ à l^OS, est voûtée de même, sauf au 
cari-é du transept qui possède une croisée d'ogives et de liernes; à Casa- 
maii. Ai-bona el San (îalgano, la voùle d'ogives règne partout et le carré 
du transept a pareillement des liernes. Ces églises ont des piliers carrés 
à colonne engagée sur chaque lace. 



L'ARCHITECTURE (iOTlIIOLE lU-NIII SIKCI. 



S7 



Les cloîlres soiil imiiiis iiih'Tessiinls (inVn l''r:iiic(' on en Msiiiiniic: li' 
pins (■■li''i;iinl . M ( '.lii:ii:i\ nllr tlrllii ( lolduilui, p;ii-;iil (hiliT iln coinnicnccnicnl 
du \i\' sii'cU'; ses \()ùl('s d oi;'i\('s ri'luinljcnl ^nr des rnlols de l'eiiilhiiics, 
dans chaque tra\ée s ouvre une suite de peliles arcades |iorlées sur de 
iincs colonncltes jumelles de marbre rouge, dont les chapiteaux canw'-s 
n'ont que des moulures. La partie gothique du cloître de Fossaiioxa date 
de la fin du xiu'' et du \i\' siècle; elle n"a que des \(M'dcs d';irrics: chacinr 
travée a, de môme, une snilc de petites arcades eu lier^-poinl portées sui' 
colonncltes jumelles de mailire l>lanc, et les jdus r('cenles ont des fnls 
sculptés a\ec recherche. L'édicule cari-é' du la\alioest élé'gant ; ces moi-- 



cean\ d'architecture s'écartent sensildi'inenl di 

nii ro\ei 



d'; 



dèles français. 
I golliiipH' (l(''rivi'' 



f 



, — CnupcilcIjicallK'ilruloilc 



Les einirons de Fossanova i'ni'eii 
la I5oiu'gogne; ou peut citer 
comme o:'uvres de cette école : à 
Piperno, la cathédrale avec son 
porche tout semblable à celui de 
Saint-Philibert de Dijon; l'église 
Saint-Laureni xii' s. . l'église ':' 
dominicaine de Saint-Thomas- ,:- 
d'Aipun, consacrée l'ii ITir/t; l'hô- p 
pital des Anionins et leur cha- L 
pelle bàlie en l."."() par Toballo ^ 
de Jauni; à Sermoneta, Sainte- 
Marie, Saint-.Michel, Saint-Nico- 
las; à Sezze, la cathédrale consa- 
crée en 1564, Saint-Pierre, ci 

' I L' ;i|>!'C- IMMII'J l-l I.CV'JJU j 

l'église démolie de Saint-LaurenI ; 

à Subiaco, la chapelle et la crypte-escalier de Saint-BenoM el I 
de Sainte-Scolastique ; Sainte-Marie-des-l!oseau\ el Saiid-Mnic près 
Sonnino; à Terracinc, l'église Dominicaine et la cliajielle de l'Annoiu^ia- 
tion, par André de Piperno; à Fondi, Saint-Piei-re, Xolic-Daine-de-iion- 
Secours; à Ferentino, Saint-Antoine (seconde moitié du xiii' s. , Sainl- 
^'alentin;à Anagni. la calhédi'ale ; Saiiile-Marie-dn-Fleuve à (leccano. 
Sainte-Marie-Majeui-c de l^'erentinu, réduction tiès élégante de Fossa- 
nova, date du xiii' siècle. Elle a. comme b'ossanova. une tour centrale octo- 
gone ])Oséc d'angle. 

L'inlluence de San (ialgano n'a pas éti'' moins C(uisid(''ra|j|e. el a pro- 
duit des monuments plus célèbres. Les archives de la calliédrale de 
Sienne, j)ubliées par Milanesi, permettent de saisir la jnenve matérielle 
de cette influence. Les plus anciens documenis numlreul. en LJ-'w. l'd'uvre 
dirigée par un religieux de San Galgano, l'ra \Crnaccio; en l'é\rier LitiO, 
il est remplacé par Fra Mclauo. couvers, (pu parail pour la dernière lois 



M.rlail 



HISTOIRE DE L'ART 



à Sienne en l'2(iS; il ;iiir;ut réinlégré son ablmye de l'iTI ;i I27i; mais les 
cisterciens continuaient de diriger l'œuvre : en I'JS'k !<• maîlre élait un 
troisième religieux de San Galgano, Fra Maggio. 

La coupole lomliarde du transept et le clocher non moins lombard 
de la cathédrale semblent antérieurs à i2o9, cl peut-être à la prise de pos- 
session des chantiers par les cisterciens; le chevet, dont les voûtes 
s'achevaient en I'2(i0, rappelle par son plan rectangulaire et par ses trois 

fenêtres surmontées 
d'une rose, les habi- 
tudes bourguignonnes; 
les fenêtres hautes de 
la nef sont d'un modèle 
l)ien français, et. dans 
loid(^ l'église, une par- 
tie de l'ordonnance tant 
intérieure qu'extérieure 
est nettement bourgui- 
gnonne : les jjiliers 
carrés cantonnés de 
quatre grosses colonnes 
engagées, la corniche 
intérieure de très forte 
saillie qui règne au- 
dessus des arcades, en- 
lin la corniche exté- 
rieure à modillons dont 
les faces latérales évi- 
dées forment entre eux 
des cavités demi-circu- 
laires, sont ;iulant de 
particularités familiè- 
res à l'architecture de 
Bourgogne de la fin du xif et du commencement du xui" siècle, que les 
moines venus de Casamari avaient enseignées à San Galgano. L'ordon- 
nance des portails de l'église et du baptistère, avec baie en plein cintre 
flanquée de deux baies en tiers-jioint, rappelle les porches de Saint-Phili- 
bert de Dijon et de I5eaune,et le porche bourguignon de Piperno. Dans le 
haut de la façade, qui date du xiv' siècle, la galerie extérieure à frontons 
rappelle celle de Saint-Bénigne de Dijon, et les deux tourelles à baies 
encadrées de pignons sont le diminutif d'une disposition champenoise 
qu'on observe à la cathédrale et à Saint-Nicaise de Reims, ainsi qu'à la 
calhédi'ale champenoise de Famagouste (Chypre). La sculptui'c de beau- 




Phot Lombanli, 



FiG. 04. — Cnlhodralr de Sienne. 



L'ARCHITECTUHK (iOTHIOUE DF Xlll SlI-.r.LK 



coup de chapilcaux est l'raiiç;aise. Fi';uit;ais également, dans ses parties 
les plus anciennes, le curieux et magnifique pavement; il consiste, comme 
à Saint-Bertin et Noire-Dame de Saint-Omer, Tliérouanne, .Mont-Saint- 
VAo'i, Saint-Nicaise de i^'ims, en dalles oi'nées de ligures cxécuh'es en 
cliamplevé, dont les creux son! rem]ilis de mastic noii-. 

Toutefois, d'autres dispositions pi'ocèdenl de traditions loialcs, 
comme la coupole, le clocliei', Tapparcil alterné noirci Idanc, et cerlains 
pastiches du décor romain, comme les frises insérées entre les chapiteaux 
et les retomhées, ou les fùls de 
colonnes des portails ornés de 
rinceaux. Pour les xui'" et xiv'' siè- 
cles, 71 noms de maçons et de 
tailleurs dimages ayant travaillé 
à cette œuvre composite sont 
parvenusjusqu'à nous : Milanesi 
les a fait connaître, et je ne noie 
ici que les cisterciens, et les 
deux célèbres sculpteurs Jean et 
Nicolas de Pise; on sait cpie ces 
derniers ont exécuté la chaire, 
de l'2ti:) à P207. Selon M. Emile 
Bertaux, comme on le verra 
plus loin, ces artistes auraient 
pris contact antérieurcmenl. 
dans rilalie du Sud avec les 
artistes français de Frédéric II. 
Quoi qu'il en soit, ils rencon- 
trèrent à Sienne des maîtres de 
France, et « l'initiation à peu 
près complète à l'art des scid- 
pleurs français », que Frdix de 
Verneilh remarquait déjà chç/. eux, ]ieut sCxplicpu'r aiséuKMil. 

Les autres églises gothiques de Sienne sont des ri'tluclions a|)}iau- 
vries de San Galgano ou delà cathédrale, comme Sainl-ltoniinique, élevé 
cnlie I'2'21 et 1540, et Saiiil-Fraiiçois, l'drvé de |-2'('.t à \i'^'.K iniis repris 
par Fra Agostino et Fra Agnolo, franciscains, en l."'2(i. Parmi les églises 
de la famille de la cathédrale de Sienne, il faut signaler la petite cathé- 
drale de Grosselo, une drs jilns jolies églises d'ilalii'. poi-laiil la dale 
iniliale de l^Uk el le nom du maître d'unnres siennois So/.o di [{usli- 
cliino; Saint-.Vndri' d'()r\ieto. monument du milieu du xuT siècle, el 
Saint-François dans la même ville; à Pise, Sainte-datherine (I'2r)d) el 
Saint-Michel-du-Bourg qui passe pour l'œuvre de Nicolas de Pise ou de 







90 IlISTOlIil': DE I.'AIÎT 

l'i'a (iiiglicliiio, son éli'vc ; Saiiil-I )(iiriiiii<|uc de Pérousc, jilliiliiK' ;'i .Iran 
de Pise, la calliédralc, Sainl-I)umiiii(|ur et Sainl-I''ranrnis dr l'raln. les 
églises d'Asciano, Monlieiano, clc. 

]/(''L;]ise des clianoiiics de Sainl-\ iclor à Verceil. Sainl-Aiidr(''. ]ii('-- 
scidc lin jilan (|iii })arli(ip<' des l'-glises eistercieniies i-\ des |)rali((ues 
(•liaiii|ienoises : clievct reclangulaire. quatre ehapcUes à paiis de dimen- 
sions déeroissanlcs ouveiies sur un transept simple, ime nef avec bas 
côtés, une tour-lanterne octogone, deux petites tours carrées à la façade. 
L'église est entièrement voidée d'ogives, les arcs-boutants sont sim})lcs et 
bien construits. Les portails, les piliers, les colonnetles, les arcs-dou- 
bleaux sont en })ieri'e ; dans les ogives, Irois briques alternent avec un 
claveau de pierre; le plein des murs est en brique. L'architecture est un 
mélange d'art lombard et d art golbicpie. 

L'Italie du Sud a des églises de transition, œuvres des moines de 
r( )rient hdin : chanoines du Saint-Sépulcre à Bai-letta, el chevaliers teu- 
l<iiH(pi('s à Messine. Les dates exacics de ces nionuiiiriils nr nous sont 
pas connues, mais ils ne |)eu\ent a\<)ir été éle\(''s qu à la lin du mi' siècle ; 
l'église de Messine l'sl un éli''gant exemjde, tel qu'il pouiiait se trouver 
en France mcMne ; l'église de lîailella pi'i'-senle un raiaclèie bourguignon 
nettement accusé. Le pian est, toutelnis; celui des églises de l'Orient 
latin. Ses trois al)sides à cul-de-i'our s'ouvrent directement sui'un transept 
très peu saillant à coupole octogone; le peu d'élévation de la nef par 
rappoit aux bas côt('-s, les tei'rasses, sont autant de particularités qui 
rappidieni les églises de Palestine: la corniehe à uiodillons des absides 
est semblable à celle du baptislèie de .lelx'il. Peut-être ces absides sont- 
elles antérieures à la nef. (lelle-ci présente j)lusieurs particularités bour- 
guignonnes: un narlhex dont la tribune avait à l'origine une absidiole en 
encorbellement ; des arcades en tiers-point et des piliers carrés cantonnés 
de trois colonnes engagées et d'un jiilastre à cliapiteau sculpté; au-dessus 
de ces |(ilastres, un singulier tronçon d'i^ntablenien! , et. au niveau de leurs 
tailloirs, un cordim lK)ri/.oidal de foi'te saillie: eulin et sui'toid. au sud. un 
portail à fronton, \oussiires eu tiers-point el pilastres à fùls orni's de 
losaees dans des cei'cles perlés el à soubassements cannelés; ces orne- 
ments rapp(dlent les jiorlails de Tonnerre, Avallon, Semur-en-Brionnais. 
( Juaid à la curnielie. avec les cav il(''s deuii-eireidaii'es creusées entre ses 
modillons, elle rappelle loules les eoin iciies de la Bourgogne ; elle a de 
plus, sur clia(pie inodilliui. lui niolif seul]it('' d'un très beau style : tètes 
d'hommes et d'animaux, orm'uients divers. L'église devait avoir un 
porche au delà de son narlhex avec deux tours carrées, et le transept a 
]Mirl('' une loin- octogone: c'est la disposition de Paray-le-Monial el de [>a 
Charité. 

L'ar(diilecture gothique du règne de Fr(Wl('ric II dans l'Italie du Sud 



LARCIUTIICTUHK COTIIKjrK 1)1 Mil SIKCI.I-; iil 

osl surloiil civile el inililairc ; il l'iiut cependant ciler la calliédiale de 
Cosenza, mélange de l'oriurs L;ollii([urs françaises cl de persistances 
romanes: elle appartient à l'école du loyaume de Jérusalem. Le sanc- 
tuaire est une abside à cul-de-rour. aicliaïsme qui a subsisté jusqu'à la lin 
du xiv'' siècle en Chypre, et qui n'e>l pas étonnant dans cette église, vnii- 
semblablement bâtie par un maître d'œuvres d'oui re-UKM'. La façade esl 
percée dune grande rose et de trois portails en tiers-point; son appaii il 
est alterné de deux couleurs dans le goùl lomliard. (l'csl probablenieni à 
une inspii'ation Imurguignonnc (pi'esl ilTi le conlon «pii couiie à mi-iiauteur 
l'ordonnance iidérieure. A toul prendre, eelle (''Liiise e-^l incohéi'i'ule et 
mal com[)Osce, mais elle altesie incordeslableuienl l'inlluence frau(;aise. 
Ce qu'elle a de plus remarquable esl la tombe d'Isabelle, femme de IMii- 
lippe le Hardi, morte d'un accident en !'270, au cours d'une escale de la 
flotte qui ramenai! le corps de saint Lduis. L'architecture l'n e>l puie- 
mcnt française; t-'esl une grande arcalure subdivisée par des meneaux cl 
ornée d'un tyuqian découpé: au centic, est une \ ierge ; à droite et à 
gauche s'agenouillent les statues du roi et de la reine. 

L'église Saint-Micliel dans la grotte de Monte Sanl" Angelo. sur le 
mont Gargano en Fouille, est datée de 1274. Elle comprend un saii<luairc 
carré et trois travées de nef voûtés sur ogives en tore aminci; les dou- 
bleaux sont ('pais cl sans moulure, fornu's de deux liandeaux et retom- 
bant sur des pilastres à simple lailloir. Une des paiois est l'ormi''e «lu 
rocher oïi s'ouvre la grolle miraculcus(^ ; de ce côii'-. les pilaslres soid 
très courts, et entre eux sont bandés des arcs de décharge en tiers-point. 

Les châteaux de Frédéric II appartiennent presque complètemeni à 
l'arl L:()llii(pie français. Le château i\r 'l'rani. (pie l'on sait brdi par l'ingi''- 
nieur chy})rois Philippe Chiuard, est, comme le château de Cérines, un 
rectangle avec tours aux angles; il a des fenêtres semblables à celles de 
Saint-IIilarion. Le CasIcI Maniace de Syracuse occupe, comme celui de 
Cérines. un îlot défendant le port. C'est aussi un rectangle à quatre tours 
rondes, avec cour centrale carrée, et deux étages entièrement couverts 
de voûtes d'ogives retombant sur de grosses colonnes engagées, dont les 
cliapileaux octogones onl deux rangs de ci'ochcls. 

Castel dcl Monte, bàli peu avani l'24(l. es! un autre château régulier 
cl entièrement Mjûté; son enceinte el ses lours soni nclogones; comme la 
Tour Constance d'Aigues-Mortes, il a des terrasses qui recueillent les 
eaux pluviales el les écoulent dans des citernes occupant une partie des 
tours. La piiric d'ciilréc c>l llanquée de pilastres cannelés el sui'monléc 
d'un IVonloii qui rajipellenl certains portails bourguignons de la fin du 
xin" siècle ; les voûtes du rez-de-chaussée forment des travées cariées, sur 
croisées d'ogives alternant avec des sections triangulaires de ben-eaux 
brisés qui rachètent le plan en trapèze. Les arcs de ces voûtes relombenl 



92 



HISTOIRE DE I/ART 



sur ties colonnes engagées semblables à celles de Syracuse. A l'étage 
supérieur, elles sont remplacées par des faisceaux de colonnettes dont 
les luis Irès élargis à la base et les chapiteaux à feuilles d'acanthe ne 
sont }tliiN pniciiirnl IVjiiir.iis : il en csl de même des cheminées à manteaux 
coni(pirs cl (le la bande décoialivc d'appareil réticulé qui circule à mi- 
hanhnr des clianibres ; il y a là une influence archaïque et germanique; 
cnlin, les i)arqueis et certains revêtements de murailles étaient de 
mosaïfpies slellilbrmes en marbre, œuvre d'artistes arabes. L'aménage- 
nieiil ('Liil ciinforliible. chaque appartement avait des latrines pourvues 
de conduites d eau. 

i /église Saint-François d'Assise, en cours d'exé- 
culion en l''2'29 était terminée en l^ôt), ou peu s'en 
faut, car on s'occujiait de la meubler; le clocher fut 
construit après l'église, et était terminé en 1259; on 
s'occupait alors de fondre les cloches; en 1246, on 
éle\a le niui' de soutènement du parvis, et, le 
2") mai I2"i.", Innocent III consacra l'église. On 
connaît deux maîtres de l'œuvre, le franciscain 
Filippo da (lauipello, de 1252 à 12r)"i, et Petrus 
Luprandi, cité comme témoin dans un acte; mais on 
ignore quel artiste fit les plans et dirigea les premiers 
travaux, et la nationalité des deux maîtres connus est 
doLileuse (un village de Campello existe bien, près 
d'Assise, mais il s'en trouve d'autres, et le nom 
peut encore cire une ti-aduction de C.hanqieaux, 
vocable assez répandu). On sait que l'édifice, bâti sur 
un escarpement, comprend église haute et église 
basse à demi souterraine. Chacune a une nef simple, 
un transept et une abside aussi large que la nef, le tout \oùté d'ogives; 
c'est le type du midi de la France et, comme dans cette région, la crypte 
a uni^ suite de chapelles entre les contreforts. File est donc plus étendue 
que r('glise supérieure, disposition rare qui se trouve aussi à l'église 
romane tle IMonlmajour, près Arles. Comme dans les églises à une nef de 
l'Anjou et du Languedoc, une coursière traverse les embrasures des fenê- 
tres et passe à travers les piliers, qui sont des faisceaux de fines colonnes ; 
au liansept, ce passage se transforme en Iriforiuni avec arcades, comme 
à Sainl-C;qirais d'Agen. La corniche à modillons est d'un type commun 
dans le midi de la France. Les contreforts sont cylindriques, particula- 
rité très rare qui se rencontre à Sainte-Cécile d'Albi. A ces contreforts 
ont été appliqués, sans doute après coup, des arcs-boutants lourds et très 
simples. Les fenêtres sont en tiers-point, de dimensions médiocres, avec 
meneau surumnlé d'un (luatrercuillc, et couronnées d'un très maigre lar- 




FiG. 65. 
i]v Sainl-Franc 
(l'.\ssise. 



LAHCHITKC.TURE COTIIIOUE Di: XIIl" SIÈCLE '.r> 

mier. Les porlails sont, coinine les fcncMres, refendus en deux Lnics sur- 
montées d'une petite rose qui s"encadre dans la voussure. C'est un type 
assez répandu en Champagne, Bourgogne, Provence, Chypre (Villeneuve- 
l'Archevéque, portail ouest; Bcaucaire, Sainte-Catiierine de Nirosie) et 
Angleterre. 

Sainte-CIair(^ d'Assise est une réduction misérable de Saint-François, 
qui a perdu tout le charme de l'original. Les proportions sont beaucoup 
moins heureuses; les faisceaux de colonneties sont remplacés par des 
supports uniques, aux chapiteaux sans grâce; les fenêtres sont de simples 
lancettes; l'église a des arcs-boutants, plus lourds encore, mais n'a pas 
de crypte. Commencée en l'257 sous la direction de fra l'ilippo da Cam- 
pcUo, elle montre bien cpie celui-ci ne peut avoir été capable de com- 
poser Saint-François. 

Saint-François de Bologne appartient à un tout autre type, et, seule 
en Italie, cette église a un plan tout à fait développé et des arcs-boutants 
bien compris. Elle fut bâtie de ItiôG à l!240, sous la direction du maître 
d'o'uvres .Marc de Brescia, et du frère Jean, franciscain, qui refit de l'2M 
à l'J.Mi deux arcades écroulées. En 12G1 fut élevé le clocher au sud tlu 
transept; en 1290, le maître d'œuvres Bonino et son aide Niccolo con- 
struisirent à côté un plus grand clocher isolé ; en 138.", on travaillait à la 
façade. Le travertin a été employé pour l'encadrement des portails, quel- 
ques bas-reliefs de la façade, les chapiteaux et bases des piliers, les me- 
neaux et remplages des fenêtres; tout le reste est en brique. 

L'église de Bologne a eu plus d'iniluence que celle d'Assise; le plan 
du chœur, avec son déambulatoire à chapelles carrées, a inspiré au 
xiv"" siècle, à Bologne même, l'église des Servi, et à Padoue la célèbre église 
de Saint-Antoine, qui imite en même temps Saint-Marc de \ enise et com- 
bine avec l'emploi des voûtes d'ogives sur le clueur et les collatéraux le. 
système byzantin de trois coupoles sur tambours couvrant la nef centrale 
Chaque travée de nef de Saint-François de Bologne, couverte de voûtes 
sexpartites, répond à deux travées des collatéraux; le transept simple ne 
dépassait pas originairement les bas côtés; le déambulatoire est moins 
éh'vé que les bas côtés et a neuf chapelles carrées. Les triangles qu'elles 
laissent entre elles ne sont pas remplis de maçonnerie comme dans beau- 
coup d'églises, mais entre les angles sont bandés des arcs très plais 
formant étrésillons et ne portant pas la loiture, car chaque chapelle a son 
toit à pignon. Comme en témoignent les vides intermédiaires des cha- 
pelles, les culées des arcs-boutants sont peu épaisses et portent en partie 
sur les piles du déambidatoire. Dans la nef, les arcs-boutants alternent 
avec de lourds é}M'i-ons dr Mia(;(uinrric plrinr qui épaidrid les refondiéi'S 
pi'iiicipalrs. tandis que 1 arc-houlani cni rcspond M'ulcment à l'arc do 
i-rlriMl des \()ùlcs >c\[Kiililcs : ai-cs-li(iulants cl ('•perons sendileiil ajoulés, 



1)4 lllSIcmil': l)H LAUT 

cl ce lui s.iiis (Idulr (jr li'M à 1-J"i(i, dans la l'crarun i\\u suivi! Ircroiilc- 
mrill |i;irlirl. 

'Ions les arcs et loulrs les liaies sonl en licrs-poinl ; les lenèlres 
hautes du clneur sont surmontées d'(i'ils-de-h(i'uf comme à Saint-Bertrand 
de r,(.uiini;es. Les supports de la nef sont lous d'égale force, malgré 
l'emploi (les voûtes sexpartites el l'alternance des arcs-boutanls et des 
éperons. Ce sont des piliers octogones surmontés de chapiteaux à cor- 
heille lisse ou feuillue; au nord-ouest on a essayé une alternance pure- 
ment décorative en décomposant deux de ces piliers en faisceau de huit 
j)ilastres. Les voûtes de la nef retombent sur des pilastres à angles 
coupés engagés, assis sur le tailloir des piliers; le transept cl le déandm- 
latoirc onl des faisceaux de colonnettes. Les l'cnètrcs îles chapelles du 
chd'ur avaient des meneaux à colonnettes et à trèfles du meilleur style 
français; celles de la nef sont closes de lames de travertin criblées de 
trous où s'enchâssent des lentilles de verre. Le clocher porte une flèche 
et des clochetons de luiipie (•()ni(iu('s. La façade, comiiosition absurde 
sans nul rapport avec l'édilice. a fait école à \'iccnce et à IMaisance. 
C'est un pignon unique et trop grand, percé de trois (l•il^-(le-b<l'u^ donl 
deux s'ou\ rent dans le vide au-dessus des bas ci"it(''S. 

L'église Sainl-b'raiiçois de \'iterlie procède de celle d'Assise et des 
éditices cisterciens. Les travaux ont été commencés après L237 ; l'édilice 
est bien bâti, assez bien proportionné, et sa pauvreté voulue n'est pas sans 
élégance. L'église dominicaine de Sainte-Marie-Nouvelle à Florence, bâtie 
en pierre, de 1277) à 1")}!), est une des meilleures constructions d'Italie; 
avec sa nef peu éhnée au-dessus de bas côtés étroits, elle rappelle cer- 
taines églises du cenire et du midi de la b'rance. Elle n'a pas d'arcs- 
lioutants, luais des (■perons portés sur les doul)leaux des collatéraux 
suffisent à épauler la voûte de la nef et. dans les lunettes de celle-ci, on a 
pu encore percer des (eils-de-b(euf comme dans diverses églises françaises 
(Vaugirard, Arcueil, etc.). Le sanctuaire carré s'encadre de clia]ielles 
carrées, celle du nord surmontée d'une petite tour que couronnent une 
flèche à quatre ]ians el (piafre l'ionlons rappelant Saint-Germain d'Auxerre 
ou les clochers germaniques. La corniche à arcalures est germanique ou 
lombarde; les voùles sont bombées, les doubleaux épais et sans mou- 
lures. Les (piatre colonnes engagées dans les piliers cruciformes et les 
colonnettes piofilées dans leurs angles ont des chapiteaux à deux rangs 
de feuillages un peu mous, rappelant ceux du midi de la France. 

Les monuments élevés dans le Sud. sous Charles T' et ses successeurs 
immédiats, sont généralement médiocres. Le plus ancien fut une abbaye 
cistercienne dédiée à la Victoire sur le champ de bataille de Scurcola 
Marsicana, au Itord du lac b'ucin. Ses fondations permettent de constater 



i.ARciiiTi'.cTrni': (ioTiiHiri', i»r xm sikci.h 



(liii' l'riilise et les autres hàliments atlVchiieiil la inèiiie dispusilion (|iii' 
(lasanuiri et Fossanova. 

La })lus belle église conslruile sous Charles I'"' est Saiiil-Laurenl de 
Naples. La nef a été travestie au xviu'' siècle: le clueur, siiiipleinrnl l|■;nl^- 
l'ornié en magasin, a moins souffert; c'est un monumeni rare cl reniar- 
qualile, car il offre le type d'une grande abside française à déaudjulaloire 
avec ses chapelles rayonnantes ; 
les voûtes d'ogives retombent sur 
d'élégantes colonnettes. A Naples, 
la cathédrale Saint-Janvier et 
Saint- Dominique-Majeur ; à Lu- 
cera, la cathédrale; à .Messine, 
Saint-Fi'nnçois, sont des églises à 
nef cl bas (•(^(('•s sans voûte, avec 
trois aiisidrs polygonales voûtées 
d'ogives; leuis piliers rectangu- 
laires ont deux colonnes engagées 
l'épondanl à la seconde voussure 
des arcades, en tiers-point et Ijien 
moulurées; les chapiteaux oclo- 
gones feuillus appartiennent au 
type du midi de la France. Sainli'- 
( llaire de Naples, conforme à un 
autre type provençal, a de cha(pie 
côté de sa large nef une suite <le 
chapelles. 

l^a plus élégante peul-èli-e des 
églises de Naples était la petite 
église Saint-Eloi, fi-ançaise par ses 
patrons les saints Floi, Denis et 
Martin; française par ses fonda- 
teurs Jean d'Aulnn, Guillaume de 
Lyon et (iuillauiui' de Bourgogne, 
et non moins française d'architec- 
ture, avec sa nef et ses bas côtés voûtés d'ogives, ses Irois absides à pans 
et son élégant portail nord de la lin du xin' siècle. 

Le clocher de Lucera. avec ('lage oclogone élégant quoi(|u'un peu 
mesquin, posé sans Iransilion sur une base carrée et couronné dune 
courte tlèche de maçonnerie, esl conforme aux modèles provençaux. 

11 existe au xin*" siècdc dans le sud-est de la Fiance et le nord de 
litalie une école d'archilcflure, (pn^ l'on poiu rail nommer école des .\lp(^s, 
mélange de gothique français cl ilc roman lombard : la cathédrale d Lm- 



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HISTOIHK DK LAIîT 



hriiii, Féiilise de Seyne, voiit(!'es en berceau, la calhrdrali' de Gènes, et 
Saint-Sauveur, près Lavagna, dépourvues de voûtes, ont par ailleurs 
les caractères du meilleur style gothique du milieu du xiii' siècle; la 
sculpture et les moulures ne diffèrent pas de celles de l'Ile-de-France, 
mais sont exécutées en beaux marbres blancs et noirs, et seuls l'emploi 
alterné de ces mar])rcs et les frises d'arcatures raccordées à des plates- 
bandes, jiersislance de deux tradilions lombardes, donnent un caractère 

parliculier à ces édi- 
lices. Les arcades, 
les porlails, et sou- 
vent les fenêtres, 
sont en tiers-point; 
la façade est généra- 
lement percée dune 
grande rose à fenes- 
trage rayonnant, 
aussi hardiment épa- 
nouie que dansTIle- 
de-France. 

Les trois |)or- 
lails de façade de la 
cathédrale de Gènes 
sont un magnifique 
morceau d'art du 
xHi' siècle; beaux de 
proportions et de 
détails, ils sontpeut- 
ètre trop peu con- 
nus. Dans leurs ar- 
chivoltes on remar- 
que des zigzags, ré- 
miniscence romane 
(|ui, en Normandie 
ou en Angleterre, serait conforme aux haiiiludes et (pii ne se retrouve 
pas dans les édidces romans du pays ; mais les chapiteaux à tailloirs scul- 
ptés sont semblables à ceux de Saint-Pierre de Lisieux. d <1 aulres orne- 
ments ra|)pellent les portails de Mantes. 

D'autres porlails sont moins ornés, mais élégants; ils sont, en général, 
surmontés d'un fronton, et souvent leur dernière voussure, par une tradi- 
tion lombarde, repose sur des colonnettes détachées des piédroits; 
elle peut même former une saillie proéminente au point de constituer un 
véritable porche, comme à Digne, Embrun, Ancône, et très souvent ces 




l.AliCIllTECTUHE (;OTIligL:E DU Xlll' SlKCl.li 07 

rulunnellrs conlinuent de reposer sur des lions accroupis. On reniai'- 
quera que, dans le plus pur style gothique du xiii" siècle, à la cathédrale 
de Chartres, à Sainl-Julien-du-Saut (Yonne), le môme type de porche est 
admis; il est prohahle qu'il dérive de la tradition lombarde par l'intermé- 
diaire de modèles romans français ayant recueilli cette influence, comme 
le porche de Saint-Gilles. 

Les colonnes rondes trapues à chapiteaux feuillus de la cathédrale 
de Gènes ne ditl'èi'ent guère des piliers français du même type. Si la scul- 
pture d'ornement est digne de la France, la statuaire a gardé la rudesse 
lombarde, comme en témoigne le curieux jubé du xm'' siècle de l'église de 
\'ezzolano, précieux modèle de reconstitution pour les jubés français du 
xiu' siècle, tels que ceux dont l'église du Bourget (Savoie), les cathédrales 
de Bourges, de Chartres et de Paris conservent des frises ou débris de 
frises. Le jubé de \'czzolano, encore intact, jH'ésenle un mur plein percé 
d'une seule jiortc centrale en tiers-point, flanquée de deux autels; la 
porte et les autels s'abritent sous une tribune portée en avant de la cloi- 
son sur des arcades en tiers-point que soutiennent de jolies colonnettes 
avec chapiteaux à crochets; la frise sculptée forme le parapet. 

L école des Alpes possède des clochers carrés, hardis et élégants, 
dont la tour reste complètement lombarde, avec des séries de petites 
baies en plein cintre portées sur des colonnettes à chapiteaux barlongs, 
d'ornementation et de galbe à peu près nuls; mais ces tours se couron- 
nent de flèches octogones élancées; quatre pyramidions triangulaires 
chargent les angles. Ces flèches rappellent par leur type, par leur 
silhouette élégante et par leur hardiesse celles du nord plutôt que celles 
du midi de la P^rance; elles s'en distinguent seulement par plus de sim- 
plicité; semblables en cela à celles du Poitou, jamais elles n'ont ces bou- 
dins d'angle qui donnent une si élégante fermeté aux flèches fi-ançaises ; 
jamais non plus leurs faces ne sont guillochées d'imbrications ou percées 
d'ouvertures comme en France ; leur type est toutefois d'une origine fran- 
çaise incontestablr. 

Dans le nord de 1 Italie, lieaucoup d'églises de brique uni un style 
gothique qui mêle à l'imitation du midi de la France les traditions lom- 
bardes et quelques influences germaniques. On y trouve des nefs uniques 
ou triples, bordées de chapelles, une persistance du chapiteau cubique, 
deux travées de bas côtés pour une de nef. Parmi les types les plus par- 
faits de ce genre d'églises, il faut citer celle des Carmes de Plaisance, el 
I abhaliale cistercienne de Chiaravallc di Castagnuhi. 

La ^V"nélie et l'Emilie possèdent une école gothique qui n'est pas 
sans inlércL ])i(n que trop souvent ses églises soient encombrées de gros 
eniraits de bois étrésillonnant les arcades et les doubleaux. Ces églises 
du xiii" et du XI v" siècle sont très simples; leurs supports sont des 

T. II. — l"> 



iiisToiiii-; i)K i.AJrr 



coldlllics (Ir |iiriTr :i\rc cli.ilii I ciinx à cinclirls il llli ;iii \fr> jKUnrc; cclli'S 
de l;i nrlsoiil liuU'cs |i;ir ilo murs Iransverstuix portés sur l(;s doul)leaux 
dos l)iis ciMi's. |ilul(")l (|ur |i;ir di's arcs-houlanls; les ahsitlcs à jiaus ont de 
loniiiics rru(''li-('s cl |M(ssrili'iil larruiriil uu (li''aiuliuhitnin'. La |iirrr(' s(; 
UkMi' (lisci-ririiicnl à la li|-i(|nr |m)ui' Inniiiir des sM|i|i()iis, (|urli|Mcs cuca- 
drcuiciils, (les parlirs scul|ili''i's cl des cITcls de cdulcnrs. (lelle areliilee- 
lure sinspireà la l'ois des modèles eislcreiens el IVaiieiseains. el <ei-laiue- 
iiicnt aussi de ([uel(|ue iiinuenee française direele. Les piliei-s eu Innue île 
colonnes roniles, (|ui siuil Trcquents dans ees édiliees. ne jieuNcid . eu elTel, 
être imités des (_eu\ res eistcrcienues ou franciscaines du \ oisinai^i'. Le 
plan des églises SainIs-Jcan-el-Paul et Saint-François (/•'ivnv') de \'cnise et 
Sainte-Auastasie de A'érone com|u-end une aliside 
I)olygonale simple el des eliapelles de ui("'me 
plan au transept. 

Sainls-Jean-et-I*aul <'st uu gi-and r'diliec de 
propoi'lions Inip ('■lauec-es el de e((ii>h-uel ion peu 
solide; les hautes colonni's soid à peu prè> la 
seule partie de pierre; les \oùt("s u (ud jias 
trarcs-houtanls, el LelTel inlTuieur est alourdi el 
ii'àté par des poutres loiniaul (■Irésillons. Par uu 
euiieux archaïsme, le carré du transept porte; 
uiu' eoujiole sur pendentifs, ])rocédant de celles 
de Saint-Mare. 

A Ferrare. la cathédrale du xiii' siècle, avec 

ses trois nefs et ses galeries extéi'ieurcs. est 

d inspiration germaniipu'. Ln bas-relief du .Tuge- 

uu'ut Dernier, insjiiré des portails français, a i-[r sculpté au IVoidiui de 

la tribune du porche londiard. 

A Houu', rarchiteeture gotliiipie ii'esl pas plus i-ai-e, elle esl seule- 
ment [dus uK'dioei'e ipie pai-|nul ailleui-s. LV'glise Saiul-Jeau-de-Latran 
a\ail rei;u an xm' >iè(de une abside 1res eurieuse qu'on a remplacée i)ar 
une (eii\re d'iuie |dale baualil('' el d'une exli-i'uiie laideur, dette abside 
de brique à pans eiuqii's a\ait, comme Notre-Dame de Paris, uu d(''ani- 
bulatoire di\is('> en deux jiar un rang de colonnes, et dépour\u de eha- 
j)elles rayonnantes; des arcs de décharge eu plein eintie existaient à 
l'abside enlr(> des coidi-eforls en forme de fùls de colonnes, [.,'église des 
F'ranciscains, l'.l/vf ('.(rii, dont les murs lab'u-aux sulisistent , se compose 
dun vaisseau unique el sans \oùle, eu bric[ue, du style le plus misérable. 
L'église dominicaine de la Minerxe semble inspirée à la fois de Casamari 
cl de Saint-Fi'ançois d'.Xssise. 

Dans les Abbruzes, l'arehileelnre iiiip(irl(''e pa|- les ( '.islereiens a 
exci'cé sou iiillueiicc sur un eeilain nondire de [icliles (''glises : Sulmmie, 




Fie. (i'.i.— Coupe de Sainte-.Vnasl 
de Vérone. 
. Daprès Dehio cl De/nl'l.l 



i.Ai!(;iiiTi:(:Tri!i: i.nTiiiorr: nr xiii sikc.i.k 



'l';iliiiac()Z/.(). ( Irliimi, Tra>Mcr(i. l'alniio. ( »rl<ina . ( iorullo. clc: l'ahsidc 
(11' la riii-icu>c i''L;lisr Saiiilr-Marie-de.s-Gi"àci's. |iir-- lîosriolo, a\cc ses 
jolio arcaluics cxlri-irtircr- du nirme style iiiu- la partie golliiqiie du 
r-loftre de p^ossanova, et le iransepl, analogue à celui de Sainle- 

.Marie-(lu-I-"Ieuve, à Ccccano, téuioi- 
1 • , gnenl lrè> i-videmment de cette in- 

llueni'e. 

l/arcliileclure civile, comme l'ar- 
cliilectui'e religieuse, s'est surtoui 
développée dans les zones diniluencr 
des églises et des abbayes, qui oui él('' 
les premiers modèles du style gotbi- 
(|Ue. et dont elle sesl souxcnl au--si 
inspirée. 

Le jialais de lerracine, relii' à la 




— 'Jja«j-i-J_'-L' jJ_!. 



Fie. 70. — r';il.ii~ ili.' la Soisiieuric i.\n"-.\iv' sii-clo 



callii''diale parmi passage jeli'- >iir une \-onle au-dessus (Tune rue. dale 
i\[\ xili' siècle ri coiiservi' de liè> belles l'eiiètres à arcs tj'éOés, groupés 
>i)Us des arcs de di'cliarge. Le jialais de l'iperno comprend un rcz-de 
cbaussée. a\ec jiorl iipies à \ nùle> d aiiMcs. aies en I iiM'S-poinl et piliers 
criU'ii'oruies. el ileu\ ('lage^ à reiKMres eu liers-poiiil groii|)ées par deux 
ou Irciis a\ ec cobinnelles inleiim'Mliaires. .\n-dessus de la iiorlc dentrée 



100 IllSTOllîE m- I.Al'.T 

s'ouvre un œil-d(>-l)œurocl{)i;'on(', à cnciulremenl I'csIoiuk'', assez original. 

A Fcrenlino et à Anagni, de jolies maisons du xiii'' siècle ont, au pre- 
mier étage, une loge de deux travées, largement ouverte par deux grandes 
arcades retombant, à Fei-enlino sur un pilier carré, à Anagni sur une 
colonne couronnée d'un cliapiieau à crochets; l'une des travées abrite un 
palier; l'autre, un escalier droit qui y accède. Le para})eL du palier, à 
Ferentino, était porte en avant sur des corbeaux de type bourguignon. 
Plusieurs maisons de Vilerbc et d'Orvieto présentent une disposition ana- 
logue et, dans celles de Vilerbc surtout, les profils apparlienniMil au meil- 
leur style gothique du xni" siècle. 

Le clu\teau de Prato, du xui" siècle, a un jiortail français — à part 
les lions, et des consoles bourguignonnes semblables à celles de l'église 
d'Ecrouves, près Tout. 

A Sienne, le palais Tolomei date du xui'' siècle; bâti en pierre et non 
en brique comme les autres constructions civiles de Sienne, il emprunte 
à cet appareil un aspect plus monumental; comme la cathédrale, il a 
subi l'inlluence de la Bourgogne : ses fenêtres en tiers-point sont garnies 
de colonnettes portant deux petites arcades à redents et un quatrefeuille 
dans un cercle; la retombée centrale s'orne, comme dans les iriforiums de 
Bourgogne, d'un congé sculpté en haut relief, buste ou volute de feuillage. 

Le palais municipal de Sienne est d'une architecture plus simple et 
uniforme; il fut bâti en brique de 1289 à 1,109. 

Un palais de Barletta, du xiii' ou xiv' siècle, reproduit dans sa façade 
l'ordonnance intérieure des églises cisterciennes. 

Les travaux publics, routes, ^Jonts, canaux d'irrigation, aqueducs, 
fontaines, ports et phares, ont été l'objet d'une grande sollicitude en Ita- 
lie, car les intérêts du commerce et de l'industrie étaient parfaitement 
entendus des peuples et des gouvernements. On peut citer de très Ijeaux 
ponts, comme celui de ^'l'•r(>n(■. La Iradilion ou l'iniilalion des a(pi('ducs à 
arcades des liomains se constate, comme en 1^'rance, aux xin' el 
xiv'' siècles; au d(''but du xm' , l'abbaye de (lasamari a un acpieduc de 
pierre à arcades en plein cintre, portées sur de larges et lourds piliers; 
un aqueduc plus élégant, porté sur des arcs en tiers-point et sur des piles 
carrées couronnées d'impostes, traverse la ville de Sulmone jusqu'à la 
grande place dont il alimente la fontaine, et porte en majuscule gothique 
la date de \2hi'> et des vers à l'honneur du maître de l'œuvre, Durand. 

A l'extérieur de la ville de Salei-ne, s'élèvent d'importants aqueducs 
à arcades en tiers-point, bàlis en menues pieri-es et paraissant dater 
du xiv'' siècle. Leurs piles sont minces et élevées; ils ont deux étages 
d'arcades brisées et des arcs surbaissés avec évidements au-dessus des 
retombées. 



LARCrilTECTURI-: GOTIIIOUE I)i: XI 



siKci.i-: 



101 



Do IpcIIcs l'onliiiiics i;ollii(iLi('s s (''Irveiil oncoi'e d;nis (|U('l<|vios villes 
d'Ilalii' : oa cii trouve, coinine en France, de Iruis I.Npes : Ijossin adossé 
cL décom (M't ; Itassin couvert d'une voùle portée sur un mur de fond, des 
arcades et des piliers (ccst le type des imposantes l'onlaines d(^ Sienne, 
Fonte Branda et Fonte Nitova, toutes deux en brique, et de celle de San 
Gemignano); enfin, bassin circulaire ou polygonal isolé, avec pyramide au 
centre, et parfois bassin supérieur. L'Italie en possède plusieurs tiès 
beaux exemples : à Viterbe, la fontaine des Gatteschi, dite Sans-Pareille, 
sur le Marcbé aux berbes, est sia^née du maître d'œuvres lleiieilictiis et 




l'ii;. 71 . — rniil.-iiiii' su 



datée de l'27'.l. Du bassin ci-ucifoi-nie, ('■jevi'' sur cirui degrés, émerge une 
colonne soutenant une \asque à ([ualre lobes, surnutidée elle-même d'ime 
colonnette portant une dernière vasque de même jilan. Dans celle-ci se 
dresse un clocbcton <l'oii jaillit une gerbe d'eau; des gargouilles sont 
ménagées au bord des vasques, et du soeb' du pilier central sortent des 
gargouilles qui se déversent dans les quatre bassins inférieurs. A Pérouse, 
la fontaine de la Place du Municipe date du xiii- siècle. Le maître de l'œuvre 
fut un moine, Benvegnate de Pérouse; les sculpteurs, Jean et Nicolas 
do Pisc; l'ingénieur vénitien Buoninsegna exécuta la canalisation. Une 
inscription métrique célèbre leurs mérites. La funlaine se conqjoso de 
deux bassins superposés : un(^ cuve à fond plat à douze côtés est portée 
sur des colonnettes au-dessus d'une autre cuve à vingt-cin(j pans. Cbacune 



102 lllSIOIIIi: 1)1. I.AliT 

(le CCS faces l'orme un |Kiiin(Mii sciil|il('', cl au-dessus de la seconde \as(|ue 
un bassin circula i ic (■■lc\(' sur inie pile porle un groupe de trois cariatides 
de bronze qui. Iui-!iii"ine. soutieni une dernière vasque denii-sphérique 
d'où jaillit un je! d'eau. L'eau i-et(in)lie d'un bassin dans Tauti-e; la cuve 
do(l(''catione se \ ide dans le bassin iid'i'M-ieui' jiar (les gargouilles nicnagées 
au bas de ses angles, orn(''s de slaluelles. 



VII 
SUISSE 

La Suisse, qui parle trois langues, subit de même l'influence de trois 
écoles d'architecture : la Suisse française est du domaine de l'école de 
Bourgogne, la Suisse allemande a|)parlienl à l'école germanique, et la 
partie du pays qui confine à l'Italie a pratiqué l'art lombard. Les premiers 
édifici's de transition peu\enl avoir rlr, comme ailleurs, des œuvres de 
l'ordre de Cîleaux; le portail cistercien de Bonmont, jirès Genève, appar- 
tient à ce style, mais les abbayes cisterciennes de Suisse ne renferment, 
en généi'al, que des bâtiments romans ou de style gothique avancé. 

La reconstruction de la cathédrale de Bàle a élé commencée en llS't; 
sa consécration a eu lieu en 1505. Dans la nef et le déambulatoire, de 
style gothique primitif germanique, l'inlluence lombarde apparaît dans 
les arcades en tiers-point à claveaux alternés de deux couleurs et non 
extradossées. Les piliers ont des colonnes engagées simples, pour la 
seconde voussure, et triples pour répondre aux arcs des voûtes; toutes 
ont de gros chapiteaux cubiques lisses ou lourdement sculptés. Un puis- 
sant cordon sculpté règne sous l'appui des grandes baies romanes des 
triluuies, refendues en trois petites arcades à courtes colonneltes. 

La cathédrale de Coire a été consacrée en 11 78. De cette époque 
datent le sanctuaire et le clneur. La nef de trois travées carrées, cl ses 
bas côtés éti'oits comprenant aulant de travées barlongues, ont élé lente- 
ment élevées, comme le prouvent les dates des consécrations d'autels en 
12i0, l'2M), vers l'iS'J, L"05, 15L_*. L'architecture est pesante, les voûtes 
bombées sont portées sur d'épais doubleaux brisés et sur des ogives 
sans moulures auxquelles correspondent mal les chapiteaux des lourds 
faisceaux de colonnes et de j)ilastres. Dans ces chapiteaux, des frondai- 
sons encore romanes se mêlent à des ligures et à des animaux il'une exé- 
cution grossière. On y voit des aigles impériales, des serpents, des 
scènes légendairi's, de grandes feuilles d'eau à lourdes volutes; les tail- 
loirs sont également sculptés. La nef s'éclaire par des groupes de deux 



I,An<.HITr:(.TL"RE (iOTIIIOlK Dr XllI SIKC 



105 



l'ciuMirs. I.e porloil cil plein ciiilic ;i de iiuillijiles voussures à nioiilures 
golliiques el à liiies colonnelles eouronnées du classique ciiapilcau à 
crocliels (lu xui' siècle. La porte du parvis appartenait au style de tran- 
sition ; il en reste les montants, ornés des statues des saints Pierre et 
Paul, ligures étirées en longueur eouime dans les portails l'raïu'iiis du 
xu' siècle; an-ilessus, des impostes à tètes de lions alli'>lciil rinlluencc 
germanique. 

A Sion en \alais, Féglise de N'alère ronlienl une partie de uHune 
style el île la miunc date: une plus grande partie du nui' siècle cl d"un 
l)on style IVançais, cjui rappelle 
les édifices bourguignons. Une 
particularité rare et intéressante 
est 11' juhé du xui' siècle, com- 
l)Osé dun mur plein percé d'une 
simple petite porte centrale en 
tier.s-point. dette porte est cou- 
ronnée d'une arcature tréfléc et 
dun l'ronton; à droite et à 
gauche, la cb'iture est ornée 
d'arcalurcs surmontées d'une 
frise lisse, qui devait être oruc'c 
de peintures, comme étaient or- 
nées de sculptures les frises des 
jubés de Paris, Bourges, le 
Bourget, ^'czzolano, contempo- 
rains de celui-ci. 

La cathédrale de Genève 
appartient ]dus ncilemcni (Uiciu'c 
à l'art bourguignon, a\ec une i i.., :j — (.,iiih',|i,i1,> ,ir i..iii>.iiiim'. 

légère influence germanique. 

(Juelques portions inférieures dalcnl de la seconde moitié du \n' >iècle, 
et elle n'a été achevée qu'au xv''. b^lle pri'sente une grande |iarenlè avec 
les églises de la \all(''e du i'Iièuu'. spécialiunent la cathédrale de L\<>n el 
l'église de Romans. 

La calliiMli-iile de Lausanne, incendiiT Ir |N juillel \-17t'>. rebâtie aloi-s 
et consaer(''e le |,S orlobre 127-"i. complèlenieiil reslauri'e di> iHis jours |iar 
\'iollel-le-l)ue, esl IV'dilice golhiipu' le plus parfait de Suisse : elle ;qip;ii- 
tient au plus pur style bourguignon. Llle a, comme la cathéilrale de Sens, 
un déambulatoire à cha})elle unique; la tour-lanterne rappelh^ celles de 
Notre-Dame de Dijon et de Xotre-Daine de C.luny; comiue à (ienè\e. à 
Lyon et en Bourgogne, on voil dans le elueur des pilastres earnielés. Dans 
le ^■aisseau central, un liiloriuui à ai-calures simples sur colonuetlcs élé- 




iiisr(»ii;i': i»i': 



AItT 



ganlcs, csl suriiioiilr d'iinr seconde galerie qui Iraverse les enii)i'asures 
des fcnèLres cl les las de charge des voùles, et dont les baies sont dis- 
posées par groupes de trois. La tour-lanterne a également un triforium. 
Aux voùles sexpartites de la nef répond une alternance de supports; les 
uns sont des piliers dont l'épaisseur se dissimule sous la forme agréable 
d'un faisceau de colonnes de divers modules; les autres sont de deux 
types originaux el élégants : à l'esl, une grosse colonne, comme celles du 
déambulatoire, est accostée d'une colonnettc isolée, qui traverse son 
tailloir pour nllei- chercher la retombée du doubleau central de la voùie; 

à l'ouest, se groupent une colonne 
moyenne et deux grosses colonnes, 
toutes trois indépendantes entre elles, 
disposition qui a son analogue à Am- 
bronnay (Ain). La grosse tour occiden- 
tale carrée surmonte un porche inté- 
rieurement de plan ovale, car il forme 
deux absides au nord et au sud. Elles 
ont des culs-de-four nervés de bran- 
ches d'ogives, cjui retombent sur des 
colonnettes coupées par des dais abri- 
tant des statues. Cette architecture 
rappelle celle du sud-ouest de la France. 
Sur la façade sud, on admire la grande 
rose du transept, d'un tracé très origi- 
nal, lelle que, vers le milieu du xiif siè- 
cle, \'illard de Honnecourt la dessina 
dans son célèbre Album. On admire 
aussi le porche carré, baldaquin dont 
les trois arches en tiers-point et les 
voûtes relonibenl sur d'élégantes colonnettes, el dont les contreforts 
d'angles ont la forme de faisceaux d'une colonne cl quatre colonnettes 
soutenant des piiuieles. 

La Suisse a peu d'autres églises du xiu- siècle, et elles ont peu d'impor- 
tance et d'intérêt, comme l'élégante petite église Saint-François de Lau- 
sanne, el la 1res modeste église de Saligny près Genève. On peut attri- 
buer à cette épocpie quelques llèches de pierre octogones comme celles de 
Montreux et de Saint-Maurice-en-Valais. L'archilecture monastique du 
même temps a laissé f[uelques vestiges intéressants. I^e cloître de ÎVeuf- 
chàlel présente une suite élégante de baies en tiers-point, refendues en 
trois peliles arcades, qui soutiennent un tympan percé d'un œil-de-bœuf. 
(_)n peut citer comme un joli modèle de pur style bourguignon du 
xiii'' siècle le pelil monaslèrc de la ^laigrangi'. bAli par les religieuses de 




— Salle bnsso i]\} c-lii'ileau 

,1c ChilldlL 



L'AHCHlTECTriŒ GOTllIOUE DU XIII SIÈCLE 10,', 

Cilcaux, sous les murs de Fribourg. Les pignons de la chapelle sont percés 
de roses à redents lobés très caractéristiques. 

L'ai'cliilcclun^ inililaire csl représentée sur le lac de Genp\e, à 
Chillon, par le remarquable château bien connu île tous les visiteurs de 
celte l)clle contrée. C'est en l'224 que le comte de Savoie. Thomas I", 
écri\ait à son châtelain Oudry de l'aire construire cet édifice et d'y 
apporter tousses soins; de l'iài à l'.Mii-, le comte Pierre II y exécuta des 
travaux considérables, qu'Amédée \ lit achever vers 1500. Le château 
occupe un îlot voisin de la rive du lac, et dont il épouse la forme allongée 
irrégulière; ses bâtiments s'étendent autour de cinq cours; les apparte- 
ments regardent le côté du lac, moins exposé; trois tours circulaires 
et, au sud, un grand donjon carré flanquent la forteresse. L'intérieur a 
conservé une grande partie de ses dispositions anciennes : le sous-sol 
divisé en deux nefs par des colonnes à cliapiteaux octogones sans scul- 
pture, a des voûtes d'ogives élégantes, et l'une de ses parois est formée 
par le rocher; au-dessus, subsistent des salles aux plafonds caissonnés 
soutenus par des poutres robustes et par de grosses colonnes de bois ou 
de fines colonnes de pierre ayant les chaj)iteaux à crochels du xiii'' siècle. 

Le château de la Bâtie, qui domine. Martigny, possède un très beau 
donjon cylindrique élevé de L2(iO à L2G8, sans doute par Pierre II de 
Savoie. Le donjon d'Estavayer et celui de llomonl appartiennent au 
inème type; le second date de 12.~ri. 



ESPAGNE ET PORTUGAL 

L'architecture gothique est venue directement de France en Espagne 
par des voies diverses et rapides ; en effet, depuis le xf siècle jusqu'au xiii'', 
les rapports des deux pays furent multiples, intimes cl fréquents. Chaque 
génération de familles souveraines contractait quchpie alliance au delà 
des Pyrénées, qui ne furent jamais une barrière. Les relations du clergé 
n'étaient pas moins nombreuses; jusqu'au xu" siècle, les évêques de 
Gérone, Barcelone et Urgel relevèrent des archevêques de Narbonne; un 
grand nombre de prélats travaillèrent à faire pénétrer en Espagne l'in- 
lluence française : il faut citer parmi eux les papes Pascal II, ancien moine 
deCluny, et Calixte II (Guy de Bourgogne), oncle d'Alphonse Henriquez, 
roi de Castillc, Galice et Léon. — les abbés deChiny saint Hugues et Pierix- 
le \ énérable. Si l'on parcourt les calalogues des é\('ipies de l'Espauiu' au 

T. II. — li 



IlISlnlIil-, m; l.'AUT 



xii' sirclc, (III rciiiar(|ii('ra que prcs(iiic loiis les sièges rurciil occupés |iar 
des moines de (\;iuiiy ; les dons des rois d'Espagne afnucrenl alors à la grande 
abbaye, el ses prieurés se multiplièrenl dans la péninsule; ses moines y 
i'uiciil loiil-puissiinls. Le royaume de l'orlugal, au conirnire, fondé en 
1! V.', au iiioiiieiil où rinlluence de saiul Bernard supplanLaiL celle de 
l'ordre de Cluiiy, lui le domaine des eislereiens : en Espagne même, ils 
devini-enl 1res puissants dans la secondi' uioilié du mi' et au xiii" siècle. 
En Calalogne. les grandes abbayes cislercieniies de l'oi.lel cl de 

Sanlas Creus furent fond(''es 
])ar les moines de Eonlfroiile 
juèsNarbonne, etinitièreni la 
conlr(''e au style gothique. Là 
connue en Italie, les mailres 
d'(euvres de l'ordre se niireul 
au service des évéques. Eu 
i'.'-'iC), mourut un certain fi'ère 
Bernard, maître des Iravau.x 
de la cathédrale de Tarra- 
gone : il devait a\<>ir eu un 
prédéci'sseur venu de bout- 
froide, car le cloître de la <a- 
lliédrale présente une frap- 
pante similitude a\ ce celui 
de cette abbaye. 

Les églises cisterciennes 
('•levées en Espagne à la fin du 
xii' et au xui' siècle ont les 
]ilans haliitu(ds; Santas Creus 
( ll")7'i a le plus usuel: sanc- 
tuaire carré et quatre clia- 
pelles carrées au transept. 
Même })lan à l'église cluniste 
de Camprodon ; à Las Huclgas près Burgos, abbaye de femmes de 
Cîteaux, il est modilié par le tracé polygonal du sanctuaire; enfin, le plan 
de Claii\an\ et Pontigny, déambulatoire avec ceinture de chapelles 
carrées, se lioiixc à Veruela (Jl'id-ILM) en Catalogne, et, en Portugal, à 
Alcobaza (1 l'i8-PJ'J'i). 

En élévation, ces églises témoignent d'inspirations diverses. Poblet 
et Santas (Ireus ont le style gothique primitif du midi de la France : de 
grands piliers très élevés, formés de groupes de pilastres couronnés d'im- 
postes; là oii les colonnes apparaissent, les chapiteaux sont nus, comme 
à l'ontfroide. et les (''paisses croisées d'ogives sont de profil cari'é. 




i.AHCiHTKCTir.i': (kitiiiihi; m mm sii':f;i.F. 



C'est sons l;i l'oi-iiic liourti'uiiiiioniic (|uc' Ir slylc ilc I i-:ni>il ion ;i|i|iai-;ul 
dans la calhédralc (l(^ Lugo, coiisacrr'c en I 177. V.i\ Lïianilr partir rinnaiic, 
cl analogue dans sa nef à la (•allu''dralc d'Aiilnii. i-Wc a une (•i'ois(''e 
d"ogives au earré du transept. Ce pi'oe(''dé de \()ùle paiiil commode et 
s'étendit; r(''glise e()ll(''i;iale Sainl-^ ineeiil d'.Vvila avait i''l('' eommenerc 
dans rai'idiilrrlure romane du Languedoc; au UKunenl (m'i (liteaux prenail 
le pas sur ( '.luny, elle 
l'ut coidinnr'c eu style 
linui'guiguou.el .(|uand 
les a\autages de la 
voûte d'ogives lurent 
connus, elle en reç;ut 
sur la nef; on plaça 
des chapiteaux en biais 
siu' des pilastres à an- 
gle droit, comme à 
l'ontigny, pour rece- 
voir les ogives. Ces 
voûtes datent seule- 
ment du règne de saint 
Ferdinand (l'Jl 7- LiOtii. 

Au contraire, l'ar- 
chitecture des églises 
cisterciennes d'Alco- 
baza (Portugal I et Las 
Huelgas procède du 
sud-ouest delà France ; 
la première a trois nefs 
élevées avec voûtes 
d'ogives bombées et 
doubleaux l'^pais mou- 
lui'(''s: les piliei's mas- 
sifs et hauts ont de 
nombi'euses et sncIIcs <'(ilnnnc> cngag(''es. Cette églis(\ du l_\pc de la 
catlii''dralr de l'oilicr^- nu di' (landes, près Saumur, a l'ail ('■cdie. comuie le 
moidre au \l\' >ièele IV'glise de IJallialha. 

La catlnMlrale de Zauu)ra, moins le (dneur reconsi mil , esl un (■•dilice 
de transition bAti dans le style de r.\(piilaine. File eut suceessi\('meul 
pour ('vèques Bernard de Périgueux el .l(M('iuie di' Périgueux; mais le 
second, étant mort en 1 Pi(i, a |)u tout au plus couimeiicer l'église, cpii fui 
consacrée en Wl't. (Juoi (pi'il en soit, le mailic de l'o'uvi'e jiaraît bieiiètre 
venu du uu'-me pa\s (ui d'une ri'gion \nisine. -.oil de l'Anjon, du P(''rigord 




108 



iiisrnini'; di-, laiît 



ou (In Languedor, cl la caliirdraic de Salamanque, doal le mrnio Jcrùmc 
l'id orciicvèque, appartiont aussi à la mcMne architecture, mais est ccrlai- 
nement postérieure à son temps. Elle fut achevée avant fl78. A Sepul- 
veda, l'église de la Vii-gen de las Pcùas, en partie défigurée au xviii'' siè- 
cle, appartient à la même famille que la cathédrale de Salamanque; elle 
a des piliers analogues et un poridie voûté d'ogives épaisses à triple liou- 
din. A Toro, la collégiale, commencée apparemment vers IKiO ou 1170, 
ne fut terminée qu'au xui" siècle; dans sa partie de Iransilion, clic a la 
plus grande analogie avec la cathédrale de Zamora, dont elle est proche; 
l'église d'Iraclie en Navarre peut se rattacher au même groupe. La nef de 
Toro n'est couverte que d'un herceau hrisé, et les has côtés de la cathé- 
drale de Zamora n'ont qu'une voilte 
d'arêtes; la nef y est voûtée d'ogives; 
à Toro, ce sont les has côtés; à Sala- 
manque, c'est toute l'église qui sem- 
ble, par conséquent, être moins an- 
cienne, et dont la décoration est assez 
différente: la scul|ilurc y est heau- 
coup plus riche cl plus Une, dans le 
style de l'école romane de Toulouse, 
tandis qu'à Zamora, comme dans cer- 
tains monuments du centre (\c la 
France, les chapiteaux ne son! 
qu'épannelés. Les voûtes d'ogives d<^ 
ces diverses églises ont des doubleaux 
épais, des ogives et souvent aussi des 
liernes dont le profil est composé de 
trois tores; celui du centre, anguleux; enfin, non seulement elles sont 
bombées, mais leur appareil est celui des coupoles ou s'en rapproche. 
C'est le type de voûte que l'on trouve en France au carré du transept de 
Montagne (Gironde), de Notre-Dame de Nantilly et de Saint-Pierre de 
Saumur; mais ici, le système s'élend à loulcs les tra\ées. Le carn'' du 
transept, dans les églises de Toi-o, Zamora et Irachc, csl surmonii' d'une 
lanterne circulaire cantonnée de tourillons; celle lanlcrnc i-cposc sur des 
pendentifs comme celles du Dorât (llaute-^ ienne) et de Saint-Laumer 
de Blois, el elle est voûtée d'une coupole sur branches d'ogives, comme 
il a pu en exister eu Languedoc ou en Poitou; à rcxtéricur, ces lanternes 
affectent la foinie des clochers romans à nèclies coniques du sud-ouest 
de la France, tels que ceux de Montierneuf, de Notre-Dame de Poitiers, 
et de Sainte-Marie de Saintes. 

La salle ca|iitulaire de Salamanque est une pièce carrée, voûtée 
de m<"'nie d une coiqiole sur branches d'ogives; les quatre angles 




'fi. — l.:iiilonicdc rc'nlisedcTon 



i.Aiii.inTKc.Ti'iu-: Goriiinri' nu xiii sii-icue 



sont rachetés, non plus ]i;ii' des ])endentifs, mais par îles I rompes. 

En Espagne comme dans le sud-ouest et le centre de la Erance, il 
nest ])as rare que labsidc des églises de transition ou de début de la 
période gothique ait une voûte à cul-de-four sur branche d'ogives; c'est 
]c cas des églises cisterciennes de \'crucla, Poblet et Alcobaza, et de la 
calli('drale de Tarragone; on peul comparer ces absides à celles de Sainl- 
Amand-ÎNIontrond (Cher), Chirac (Lozère), etc. Le second état du style 
gothique du sud-ouest de la France se voit dans la salle capitulaire d'Al- 
cobaza et dans le sanctuaire cl les cliaiielles du transept de Las lluclgas. 
Les voûtes d'ogives sont portées siu' des armatures ramiiiées ; les arcs 
sont profilés en boudins, et 
les angles sont couverts de 
voùtins en forme de trompes. 
11 est à remarquerque la reine 
Aliénor, fondatrice de Las 
Huelgas, était fille de Henii 1! 
Plantagenet. 

L'église ronde du T(^mple 
de Ségovie est aussi un édi- 
fice de transition. L'église des 
'l'empliers de Villalcazar de 
Sirga, près Palencia, est un 
intéressant édifice gothique 
primitif, élevé au xiii'' siècle 
et terminé seulement vers 
t'27i. Le plan comprend un 
chevet droit avec collatéraux 
voûtés terminés au même 
point, comme dans certaines églises champenoises (Puiseaux, Cham- 
peaux), bourguignonnes (Vcrmanton), ou du centre de la France (Saint- 
Junien, la Souterraine); comme ces dernières et comme la calhédrah; de 
Poitiers, dont le plan est analogue, ce monument a trois nefs; les dou- 
bleaux sont épais et, comme les grandes arcades, ils retombent sur des 
colonnes adossées jumelles qui, avec les colonneltes des ogives, entourent 
il' pilier d'un faisceau compli'l dr cnloinirs. 

Le déambulatoire de la caliH'diali' (i'A\ila e>l un monument de 
transition très curieux. Comme dans ccrlaiiies églises londtariles et ger- 
maniques, telles que l'église cistercienne rhénane de IleistiM-bach, comme 
aussi l'abbatiale de Dommariin, une suite d'absidioles est emj)àtée dans 
un gros mur qui décrit au dehor- un seul demi-cercle. De |)lus, un 
second déamindaloire beaue()u|i |dus él roil règne enlre le déaiubidaloire 
principal r| les cliapeiles, coiiime ,'i Sainl-.Ma rii ii-dcs-Cliamps et à Saiid- 




77. — Plan de la cathédrale de Tolède. 

(U.i|ii-è5 Dehioet BrauM.) 



11.0 



nis'ioiiii': i)i; laut 



I>cnis ; iui-dessus (lu l;iilluir des colonnes (|ni s(''|i:ir('nl relie ,-ill(''e ('■Iroile 
du déambulaloire proprement dit, des linteaux de pierre Ibrment étré- 
sillon sous les douhleaux, afin de résister à la poussée des voi^iles de la 
galeiie priiieijiide. (l'estle procédé employé plus lard dans les bas côtés 
étroits de la crypic de la Sainte-Chapelle de Paris. Les oi;ives sont scul- 
ptées de grosses rosaces, ornement assez fréquent en Bourgogne et en 
Languedoc, où il occupe cependant d'autres places; les chapiteaux sont 
lisses, les colonnes i-eposent sur des socles élevés couronnés d'une mou- 
lure. Les petites fenêtres des chapelles sont percées dans Taxe des contrc- 




FiG. 7,S. — Transopl (!,• l,-i ,;illir,lr,ili' (!.■ Tolr.lr. 

torts, disposition hi/urre (pij n'est pas très exrejtl ionnelle dans l'ouest de 
la 1^'rance. 

L l'Espagne a liien mieux prolilc'' (pie l'ilalie des leçons d'art i-e(;ues 
des moines bourguignons et de ses relations continuelles avec la France : 
le style gothique y a eu tout son épanouissement; les cathédrales de 
Tolède, Burgos et Léon sont égales en mérite aux grandes églises bâties 
chez nous aux mêmes dates. Il est vrai que leur style ne les en dislingue 
en rien. Dans ces édifices, c'est encore rinlluence du centre de la France 
qui règne : l'inspiration de Burgos et de Tolède vient de Bourges; les 
auteurs de la cathédrale de Léon sont allés chercher un peu plus fai-d 
leurs modèles plus au nord, à Chartres et en Champagne. L'union des 
couronnes de Navarre et de Champagne à la lin du xiii' siècle n'a sans 
doute pas été étrangère à ce dernier fait. 



LAHCUlTECTriiK (iOTllIOlIl-: DU XIIT SIB.I.E 



111 



l,;i ciillMMlriilc (le P)Ui-g;os, livrée au culte eu l'jriO, a élr loïKlrc en 
l'J'J(i; rllc ;i inic liiande analogie avec celle de Tolède, un peu plus léceiile. 
(tu lie ((iniKiil pas le maître d'œuvrcs ; celui de la cathédrale de Tolède 
élail b'raiii ais. s'appelait l'rinis l'rlri, Pierre, lits de Pierre, et mourut en 
l'J'.KI. 11 esl enterré tians la cathédrale. Ces deux cathé(lrales on! , e(»iiiiiie 
cille de l!oui-ees, uue douhle ceinture de bas côtés, dont la iireinière 
zniie a un ti-il'orium connue le vaisseau eeiilr;d. La iii("'iiie pailieularité 
e\i>le (huis les cathédrales de Lisieux 
el du Mans, mais elles appart iennenl 
à r(''cole normande et leur style 
difTère de celui des deux églises 
espagnoles, qui ont, au contraire, 
beaucoup de points de ressemblance 
avec celle de Bourges. Celle de Tolède 
a la même forme de piliers au carré 
du h'ansi'pl . et le plan de son déam- 
bulatoire jiarail inspiré de celui de 
Bourges tel qu'il se trouve depuis 
l'addition de ses petites absidioles 
espacées : mais à Tolède, on les a t'ait 
alterner avec des chapelles carrées 
moins profondes. Cette alternance ne 
se \()il (pie là el dans un dessin de 
ralliiiiii de N'ilhird de HonnecourI 
doiiiK' ((iinnie le fruit de sa coUalio- 
ration avec Pierre de Corbie. Le 
maître d'œuvres Peints Pétri serait-il 
Piei'i'c de CoiTie, mort en ce cas tr(''> 
âgé, ou son lils ■.'.... La cathédrale de 
Burgos ressemble aussi à celle de 
Bourges ]iar les proportions surbais- 
sées et la eoiiiposilion (Je son tril'o- 
riuni à Iviiipan percé d'ouvertures 

tréllées sous un gi'and arc de décharge. L;i principale dirr(M-eiice e>| (pic 
les deux cathédrales espagnoles oui un lr;iiiNcp|. tu dessin assez, pailicu- 
lier se |-enia!-(pie à la rose occidentale de ToI('m1c. Pour l'(''l résilloiiiier cl 
meubler en inèiiie tenqis les coins iiif('Tieiirs de hi griindc biiic (pii IVii- 
cadre. on a imaginé d'y tracer deux (|uarts de rose en sens iincrseel laii- 
gents ,'i sa circonférence. Pareille combinaison cxisic à la rose occiden- 
tale de Candes (Maine-et-Loire). 

La caihédrale de Léon esl le plus p:iiT;nl moniiiiient gothique 
(IL>|iagne; elle c>l aussi l(''g(''re, aussi (l('-licaleiiieiil ajourée qiu> les 




\\-> iiisToiRi': DE i;art 

ineilleurcs églises franraiscs de la seconde iiiciilic'' du xin' sir<le; elle a le 
même plan que les grandes églises de France: déambulatoire à suite con- 
tinue de chapelles; transept avec chapelles à Test; nef avec bas côtés; 
deux tours cl un })orche à la façade; mais comme à la cathédrale de 
Cologne, et à rin\erse de l'usage i'rançais, la chapelle de la Vierge esi de 
même grandeur que les autres. Fondée par l'évèque D. Manrique, (pii 
mourut en l^OS, la cathédrale semble n'avoir rien gardé de ce temps. On 
sait qu'en J'258 et 1275 des indulgences étaient accordées pour l'œuvre, 
et qu'en 1505 les travaux étaient terminés; le style appartient, en effet, 
à la seconde moitié du xui" siècle, abstraction laite d'additions des xv° 
et xvi'' siècles, qui n'ont pas modifié le caractère général. Les arcs- 
boutants sont réduits, comme dans les monuments les plus légers de l'art 
gothique, à la proportion d'étais. 

Les piliers cylindriques ont trois colonnes appliquées sous les 
arcades et sous les doubleaux des bas côtés; dans la nef, un groupe 
de trois colonnettes, oij deux autres jîlus minces se joignent à partir du 
tailloir des piliers pour porter les formerets de la voûte centrale. Dans le 
chœur, les chapiteaux du pilier principal ont deux étages de feuillage et 
sont accolés à des chapiteaux de colonnettes, de moitié plus courts, sous le 
même tailloir : c'est la disposition bien connue des cathédrales de Char- 
tres et de Reims, et les crochets des arcs-boutants rappellent cette dernière. 
Comme aux cathédrales d'Amiens et de Troyes, les fenêtres à riches 
armatures occupent tout l'espace compris sous les formerets, et les 
colonnettes de leurs meneaux descendent jusque sur l'appui du triforium, 
qui n'est guère qu'un second étage de fenestrage, mais on n'a pas été 
jusqu'à le vitrer. La composition de ce triforium est assez particulière : 
il comprend dans chaque travée deux baies refendues par un meneau 
central, et, aux extrémités, deux lancettes simples suraiguës, telles qu'en 
ont les architectures normande et champenoise. Une autre particularité 
fréquente en Champagne et aussi en Bourgogne, se trouve à Léon : les 
deux cordons qui délimitent le triforium ressautent en forme de bagues 
autour des colonnes; onOn, disjiosition encore plus caractéristique de 
la même école, une coursière inléricurc traverse les eml)rasures des 
fenêtres des bas côtés. 

Les portails sont très beaux; ils ont, comme ceux de France, des 
tympans historiés sur plusieurs registres. C'est sur les porches latéraux 
de la cathédrale de Chartres qu'a été copié le beau porche occidental. 11 
se compose de même de trois travées voûtées de berceaux à nervures repo- 
sant sur des linteaux, et de deux travées intermédiaires excessivement 
étroites, séparant ces trois arches. Il est à remarquer que les baies 
étroites, intermédiaires des trois grandes arches, n'ont pas le même 
dessin (|u'à Chartres, mais sont tracées en arc suraigu, comme les haies 



L'AnciIITECTl'r.l' COTIIIOUE DU XIII SIÈCLE llô 

(■•iioilcs du Irilorium. (Iclle similihulc d'allernancc de largeurs el, de 
ti'aeé, dans le porche et dans le triforium, lendrail à prouver que ces 
parties du monument sont l'œuvre d'un même artiste. Ces arcs suraigus 
ne se trouvent pas à Chartres, mais en Champagne, e( aussi à Bourges, où 
les artistes gothiques d'Espagne ont puisé beaucoup d'ins]iiralions. Sous 
une inlluence sans doute champenoise, l'église Saint-Pieirc de Bourges 
a reçu des arcades étrangement aiguës, et des coursières dans les embra- 
sures des fenêtres. 

La calliédrale de Cuenca l'ut consacrée en l'JtlS; elle était certaine- 



BIBBlilH 


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^^^S^^BhSb^I^^^h 



Fie. Sn. — P.ill.lil ,|r 1,1 .Mlhrdr 



nienl alors peu avancée. L'aii-;idc, aujourd'hui pourvue d'un déanii)ula- 
loire du xv' siècle, était simj)le, el (piaire chapelles s'enivraient sur le 
transept; la nef et ses bas ci'jtés seniMciil apjinrlenir au milieu ou au troi- 
siénic quart du xiii- siècle. L'ordonnance est l)elle et originale, el rappelhî 
l'arl champenois. 

La pi'lile calli(Mli-ale du liniii-g d'Osuiia dale en parlii^ du commence- 
menl du xui' siècle; sou arcliileclui'C esl un [leu lourde; ses pili(M's de 
divers plans sont cantonnés de colonnelles à liague cenli'alc; les bases 
alliipies déprimées ont des grid'es. 

L'Espagne a de très beaux cloilres golhi([U(>s : celui de la calh(''drale 
d'Avila appartient à un style sévère du milieu environ du xui" siècle, (pii 
ra})pelle d'autant mieux certains édilices du centre de la France que la 
Cousirui-lion l'sl imi graiiil. ( '.(•Il c piri-i-r ;i iiiqi(i-<i'' une gi'ande sobriété' de 

T. II. - I.") 



Mi IllSIdllU-: 1)1-: LAiiT 

sciilpliiro. Los voûtes d'ogives relombenl d'une jkiiI sur des eidols lous 
semblables, de rautrc sur des piliers à faisceaux de colonncttes qui sépa- 
rent les grandes baies; celles-ci se subdivisent en quatre formes, et trois 
simples cercles garnissent leur iympan. 

Beaucoup plus ricbe est le beau cloître à deux (Mages de la catlié- 
dralc de Burgos, œuvre de la seconde moitii' du xni' siècle. A l'extérieur, 
les contreforts sont ornés à cliaque étage d'un gàblc sur colonncttes et 
surmontés de clochetons; deux belles cornicbes de feuillage en forme de 
chapiteau développé couronnent chaque étage; les larges baies, aux 
archivoltes ornées de moulures et de fleurettes, sont subdivisées par de 
fines colonncttes. L'intérieur est encore plus riche : des groupes de 
colonncttes divisent de part et d'autre les travées, mais celles du côté du 
préau portent seules la voûte qui retombe d'autre part sur des consoles 
orn(''es de belles ligures d'anges. Du C(Mé inl(''rieur, les piliei-s à faisceaux 
de colonnellcs que surmordiMil ces anges oui pour fonction de recevoir 
les voussures d'une série de niches ménagées pour des tombeaux. Ces 
voussures ont la plus opulente ornementation de feuillages variés, for- 
mant deux bandeaux homogènes, mais dilTércnts entre eux : on y voit 
le chêne, le houx, le sycomore, le nénuphar et autres \('gétaux; les chapi- 
teaux des piliers forment des frises continues, également très belles, où se 
mêlent divers animaux, notamment des singes. Au centre des tympans, 
au-dessus des tombeaux, s'alignent des statues sur consoles, et un pilier 
d'angle du cloître, garni de dais et de consoles, comme un jambage de 
portail, porte un très beau groupe en haut relief de l'Adoration des Mages. 

Le cloître de la cathédrale de Léon présente une ordonnance sem- 
lilable, a\ec les mêmes enfoncements à voussures sculptées. 

Ouelques salles capitulaires sont analogues aux rotondes d'Angle- 
terre; le chapitre de la cathédrale de Palencia, et une chapelle du cloître 
de Salamanque, bâtie vers la fin du xii'' siècle, comme salle capitulaire, 
sont des piè'ces carrées doid hi parlie supérieure est ramenée })ar des 
trompes au plan octogonal, el couNcrte comme les lanternes de Sala- 
manque, Zamora et Toro, d'une coupole sur branches d'ogives. 



IX 

L'ORIENT LATIN 

P.VLESTiNiî ET SviiiE. — Lcs uialheurs du royaume de Jérusalem, coïn- 
cidant avec les progrès du style gothique, ont nui au développement de cet 

ar! en Palcsline; mais les colons latins d'Orient ne perdaient jamais cou- 



LARCHITECTURE GOTIIiOUE DU Mil' SifiCLE 



115 




l'nil.iil <lcrrt;liM' ,!.• r. 



rage, et rOccidenl ne cessait de leur envoyer des secours. Ils ont hàli des 
églises à Gaza, par cxcuiple. jusqu'aux derniers jours de leur occupation, 
et les luttes à soutenir ont nécessité la construction di' iimnlxiMix dm i;\n(ip 
militaires qu'on a eu inlérèl à faire, et . 

qu'on a faits, selon les derniers pro- 
grès de l'art. Les plus belles construc- 
tions dans celte région furent les for- 
teresses de Safita (Chaslel-Blanc), de 
Margat, etc. 

Le style gothique est nécessaire- 
ment plus rare que le roman en Pales- 
tine, puisque le royaume a vécu plus 
longtemps sous le règne du pi'cmier 
style, cl }uiis(pie. du désastre de li.sT 
à la clinle linale de LJUl, il fut de ])lus 
en plus r('duit. (JependanI, .lérusalem 
elle-même a des morceaux de honne 
architecture gothi(|ue, car la courte 
réoccupiilioii (le l'r('(l('ric II, di.' l'2'2!) 
à l'iil, suflil pour restaurer divers 
édifices. Ce (pic nous a\ons de style 
gothiciue en Syrie permet de croire que cet art, si le royaume de .léru- 
salem eût vécu, y aurait été aussi prospère et aussi beau ([ue dans 1 ile de 

Cliypre. La croisée 
d'ogives s'est intro- 
duite en Palestine et 
Svric, peut-être à la 
lin du xiT, peut-être 
seulement au début 
tlu xiii" siècle; son 
enqiloi ne modilia 
pas les formes archi- 
tectoniques, qui ré- 
pondaient parfaite- 
ment à leurs be- 
soins; les terrasses 
qui remplaçaient les 
combles il i s pen- 
saient de sur(de\er: l'inlcnsili'' du soleil dispensait d'ouvrir de grandes 
baies; rem|ii<ii de l'arc brisi' s'était déjà généralisé dans le style roman. On 
n'avait donc rien à modilier, et quand on acce))la la croisée d'ogives comme 
un procédé plus solide cl plus commode que la simple voûte d arêtes, on 




110 



HISTOIRE DK i;aht 




Cli.-'ih'.-iu do Safila (r.li;islel-l!l;ii](;). 



lions 



l'adopia a\uc une (•('rlaiiie iiidin'rrenci'; soincnl encore, au xiii" siècle, on 
s'en passa. L'ornenicnlalion golliii|ue, dans un pays où la végétation n'est 
rien moins que luxuriante, n'inspira pas de modèles spéciaux et se réduisit 
à des types im|)orlés, n'ayant ni plus de \ie ni plus d'à-propos que les 

anciennes l'euillcs 
d'acanthe. La déco- 
ration ne fut donc 
qu'un second classi- 
cisme, offrant sur 1(' 
précédent le seul 
avantage de la nou- 
veauté; on radoj)ta 
assez lentement et 
surtout inégale- 
ment, et celte adop- 
tion ne coïncide pas 
nécessairement avec 
celle de la croisée 
d'ogives. Rien ne fui 
modifié aux disposi- 
générales des édifices. La cathédrale Sainl-Jean-de-Samarie à 
Sébaste, dit M. de Vogiié, « est, après celle du Saint-Sépulcre de Jéru- 
salem, la plus con- 
sidérable et la plus 
ornée que les (Iroi- 
sés aient élevée en 
Terre Sainte; du 
moins est-ce, de 
toutes les églises (pii 
sont parvenues jus- 
qu'à nous, et dont 
j'ai pu \isil('r les 
ruines, celle qui, par 
l'importance de ses 
proportions, par le 
soin apporté dans 

l'exécution de ses différentes parties, fail le plus d'iionneur auxarchitectes 
des Croisés, et porte les caractères les plus évidents de son origine fran- 
çaise ». La cathédrale de Sébaste, bâtie dans un appareil magnifique, se 
composait de trois absides précédées d'une travée de chœur et d'un tran- 
sept sans saillie, que prolongeaient des bas côtés presque aussi hauts flan- 
quant les ipiaire Iravées de la nef. La l'acade, d'une absolue nudité, avait 




Fk 'ii — PdllHIIK llltl.lK.Ul (lu 



ll.llt,lll (I ^(l^-^-ll(I AKi.kI. 



LAU(;niTKC.TLT.K (lOTIIIorK Dr xiii SIÈCLE 



117 



deux pclilcs lours carrées sans saillie sui-raligncmenl. Des voùlcs dOt^ives 
assez fortement bombées couvraient tout l'édifice; leurs doublcaux étaient 
épais et sans moulures; aux piliers rectangulaires viennent s'appliquer 
quatre colonnes répondant aux doublcaux et aux secondes voussures des 
grandes arcades, et quatre colonnes plus petites répondant aux ogives 
auxquelles leurs bases et chapiteaux sont normaux; les bases sont légère- 
ment déprimées; les chapiteaux montrent d'assez médiocres combinaisons 
du type corinthien et du crochet gothique. 

A Torlose, l'église Notre-Dame, toute romane de slrudure, a des cha- 
piteaux gothiques d'un bien meilleur 
type du xiif siècle, et les fenêtres de 
sa façade appartiennent au plus pur 
style ogival primitif de France. 

Le gros clocher carré du Saint- . i 
Sépulcre à Jérusalem est gothique, ^' 
commencé peut-être avant la chutr -^ 
de la ville sous la domination sarra- 
zinc, en IhST, il dut être termim- 
lorsque Frédéric II eut raciieté la 
ville en rj'J'.l, car la forme de son 
ancien couronnement, connu par les 
gravures de Breydenbach, était ger- 
maniipic, il reste aujourd'hui ileux 
étages au-dessus du lez-de-chaussée, 
cl l'appui des baies de lavant-dernier 
étage, qui, comme le premier, avait 
des groujtes de deux baies en tiers- 
point très sim[ile. 

A Saint-.Jean-d'Acre. Pococke \it 
encore la cathédrale Saint-André. 
» superbe église gothique avec un 

portique ». Elle a été dessinée par Cornelis de Bruyn. C'était une église 
à bas côtés et sans arcs-boutants, ayant à la façade trois portails sur- 
montés d'autant de fenêtres. La fenêtre centrale était subdivisée en trois 
baies sdiilciiiiiil Irois cei'cles disposés en triangle; di's arcalures r(''gnaient 
entre l'appui di's baies el les portails. L(irs(|ir('H l'J'.M \r sullan Kclaonn 
conquit Saint-.Jean-d'Acre, il transporta au Ç.n'wr un |Hirhiil de la cnllié- 
drale; ce trophée orne encore le muristan qui porte son nom. (l'est une 
o'uvre française élégante, du milieu du \ni' siècle, qui a pour traits paili- 
culiers la hauteur des jambages et le tracé polygonal di's fùls. 

A Athlit, place forte fondée par les Templiers en I'2IS, subsistent les 
restes de d(Mix églisrs gothiques: l'une dodécagone à trois absides pen- 




Fi(,. sr,. — Aiii-icn portail lic I.-i 
de S'-Joan d'AiTO, Irnnsporti' 



rnllir.li-.ilc 
m ('..liic. 



lis IIISTOIHK I)K L'ART 

laii'onalcs; ruiilre, ;iii fcnlrc de la ville, formée d'une nel', de bas c(Més cl 
de II ois absides. M. de \'ogué y a admiré une frise d'animaux sculptés. 

('.iivL'i;i;. — C.'rsl en Il'.M (|ur liicliard (lo'ur de Lion s'empaia de 
('.liyjue; ineidenl inijuévu, qui donna, en quelques jours, le résullal le 
jilus durable de toutes les Croisades. Le royaume de Jérusalem devait 
encore agoniser pendant un siècle, toujours plus entamé par l'ennemi 
commun et toujours plus divisé contre lui-même, ne se soutenant que par 
les secours de l'Europe. En l^rjO, Frédéric Barbcrousse racheta pour 
quelques années Jérusalem; de L2r)0 h ltir)7, saint Louis restaura les villes 
ci 1rs foris de la côte; enlin, en LJ!U, Beyrouth, puis Saini-Jean-d'Acre 
iombaient définili\emenl aux mains des Sarrazins. Durant ce siècle de 
lullcs cl de troubles, on l)àtit beaucoup de forteresses et l'on restaura 
bien des sanctuaires; beaucoup d'argent d'Europe s'y engloutit; i)uis, 
(|uand les Latins jierdirenl en Asie leurs dernières possessions continen- 
lalcs, les survivants passèrent en (Ihyprc où, dej)uis pi-ès de cent ans, à 
l'alni des Sarrasins, les sujets des Lusignans avaient pu coloniser et 
bàlir. La ruine du royaume de Jérusalem donna l'essor au royaume de 
CJivjire. 

.I(''rnsalem, la Syrie et Chypre oïd puisé l'arl golhique aux m(''mes 
sources; mais les plus belles constructions du continent furent des forte- 
resses; celles de Chypre, des monuments religieux et civils. De plus, le 
royaume de Jérusalem avait déjà loul un pass('' d'arl latin; quand le sl\le 
gothique lui fut appoiié, il y rencoulra des ti'aditions romanes et s'\' uuMa 
souvent; en Chy))i'e, l'ai'l gothique ne rencontra que l'art byzantin «pii. 
pratiqué par un peu])le dilTérent, n'eut qu'une influence à peu piès nulle 
sur les conquérants. 

Dès cjuil eut acquis l'île de Chypre, Guy de Lusignan pi'it pour colo- 
niser les moyens les plus sages : il assura ilès l'abord au clergé latin cl 
à la nolilesse latine de riches possessions; aux commerçants, des facilités 
et avantages; aux agriculteurs, des terres. La population grecque, qui par 
deux fois avait prou\ é son peu de sympathie pour les conquérants, paya, 
bien entendu, les frais de cette colonisation, mais on ne lui confisqua de 
biens et de libertés que ce qu'il fallait pour ne pas la décourager de 
concourir à la prospérité du royaume. L'Église orthodoxe fut réduite 
à la portion congrue, et ses sièges ('piscopaux transférés dans des bourgs 
de l'iidéi'ieur qui restèrent presque com])lèlemenl indigènes; l'arclievèque 
latin fut installé dans la métropole Sainte-Sophie de Nicosie, et entra en 
pjossession de ses domaines, tandis que de nombreuses familles françaises 
venaient peupler la capitale. L'ancienne église byzantine, avec ses dimen- 
sions exiguës et sa lourde architecture, ne pouvait satisfaire longtemps 
ce clergé et ce peuple arrivés de France au moment oii l'ai'l golhique s'y 



LAriCIllTECTURE GOTIIIOL'I': Dl' XIII SIÈCLE 



épaiiûiiissail dans loulc sa s|ilt'iuleur. Dès ll!K", il s(MnI)l(' (|up des liavaiix 
furent commencés à Sainle-Sophic, el en I'20!» rar(lie\r(|ue invilall 1a 
reine Alix de Champagne à poser la première pierre d'une église qui 
devait égaler les caihédrales françaises. Frère du chantre de Notre-Dame 
de Paris, l'archevêque Thierry avait dû faire venir un maître d'œuvres de 
rile-de-France, et la reine Alix avait certainement aussi, de son côté, fait 
appel à quelque artiste de Champagne. Le chœur de la nouvelle église 
reçut le plan assez particulier qu'avait alors Notre-Dame de Paris, et qui 
se retrouve à Mantes, h Gonesse, à Deuil, à Doullens : un déambula- 
toire sans chapelles, et ce déambu- 
latoire est couronné d'une corniche 
du type })articulier à la Champagne 
et à la Bourgogne. L'économie 
s'imposait aux constructeurs, car le 
nouveau royaume n'avait pas encore 
eu h- temps de s'em-ichir : ils rem- 
ployèrent dans le déamijulatoire les 
colonnes antiques cpie l'église by- 
zantine avait une première fois em- 
pruntées, et — peut-être sous l'ins- 
piration de quelque maître d'oeuvres 
du Centre ou du Midi — ils firent 
un transept composé de deux cha- 
pelles ne dépassant pas la hauteur 
des bas côtes. Peut-être ce transept 
est-il la plus ancienne partie de 
l'église; on y trouve, en elfel, au 
nord, un poi'tail qui peut dater de la 
lin du xii' siècle, et ses absidioles 
UKuiIrent une persistance d'art ro- 
man, telle qu'on en voyait alors dans le royaume de Jérusalem. Au nord- 
est du transept est accolée une chapelle du trésor, à deux étages, bâtie 
vers le milieu du xiii- siècle; elle possède encore des absides à cul-de-four. 
La j)ai-tie de la nef qui tient au bi'as nord du transept montre que la 
cathédrale fut commencée pour recevoir des toits plats sur les bas côtés, 
et un triforium dont il reste la moitié d'une baie tréOée; mais on renonça 
presque aussitôt à ce projet ; le climat permettait et la pénurie de bois 
ordonnait de faire des terrasses et non des charpentes; ce système ame- 
nait à donner moins de hauteur au vaisseau central, le triforium devenant 
inutile, rt l'on obtenait à la l'dis plus d'économie et de solidité. L'économie 
siuq)osait : i-n l'ii*!». Fr('di'Tic II était venu |iorierla gucri-c dans le nou- 
veau royaume. (|ui l'aillil pi'iir; lnipi''riaux r\ (lliyprois pi-ircid el l'epi-irent 




l'Iiot Knla 

Fic. Stl."— Ç;iliiodraIo do Nicosie. 



120 IIISTOIRI- DH L'ART 

Nicosie, cl la (•iilli(''(lral(' dul rcslei' à peu près slalionnaii'e jieiulaiil les 
dix années qui suivirent le léLablissemenL de la paix; mais en Iti-iT-l'ilS, 
saint Louis et toute la noblesse de France furent sept mois les hôtes de 
Chypre, et firent largesse aux églises. Dei'rièrc leur armée venail lout un 
exode de lahoureurs et d'artisans qui pensaient cohtniscr lEgypIe; en 
1250, i'e\p('dili()n ayant échoué, (lliyjire, (jui en a\ail déjà absorbé les 
fonds, en recueillit les épaves. A cette époque, les travaux prirent un 
nouvel essor; un très beau portail de marbre blanc fut construit au sud 
du transept dans le meilleur style français, et la nef reçut, comme le 
chœur, des piliers ronds en forme de colonnes; leurs chapiteaux octo- 
gones avaient alors des crochels de feuillages que les Turcs ont détruits 
au xviT' siècle. 

Les porls de Paphos, Limassol et Famagouslc avaient aussi leurs 
cathédrales latines. Très malheureusement, Paphos et Limassol ont été 
si souvent ravagées, que de la cathédrale de Limassol il ne reste plus une 
pien-e el ([ue celle de Paphos n'esl i-c pr('' se n !('•(■ (|ue par un conircrori 
tl'angle et un monceau de décombies. 

A Famagouslc, Sainl-Georges-des-Lalins, construit à la lin du 
xiii' siècle, offre le plan et les proportions élancées de la Sainle-Cha}>elle 
de Paris, cl son style n'est pas moins pur. 

Au nord de l'église des Saints-Pierre-et-Paul, un grand portail à 
colonnes et sculptures de marbre est le rcnqjloi d'une œuvre plus 
ancienne, car ses chapiteaux prolongés en frises de végétations variées 
appartiennent à l'art français du Midi, et de la seconde moitié du 
xiif siècle; la hauteur des jambages rappelle l'ancien portail nord de la 
cathédrale de Nicosie et le portail de Saint-Jcan-d'Acre transporté au 
Caire. Le fronton aigu date du xiv"" siècle. 

Une série d'élégantes églises à net uiii(pic inil élé exécutées au 
xiii'' siècle dans un style tout voisin de celui tic rile-de-France; au xiv'', 
dans celui de la Pi-ovcnce ou du Languedoc. 

Notre-l)ame-de-Tyr, à Nicosie, église d'une abbaye de femmes, fut 
commencée à la lin du xiii" siècle; saccagée dans une émeute en LjIO 
avant d'être aclievée, puis terminée assez misérablement. 

L'arcliilecture mililaire a de remarquables édilices, mais en pelil 
nombre, le roi s'étant l'éservé la possession des i'urteresses. On peut divi- 
ser les cliàleaux en chàlcaux de plaine, de plan régulier, et chàle;nix de 
montagne, suivant toutes les irrégularités d'un sol accidenté. 

Les châteaux de plaine sont ceux qui défendaient les ports de Cérines, 
Famagouslc et Limassol, et le château de Sigouri. Les châteaux de mon- 
tagne sont Saint-IIilarion, Kanlara et Buffavent, construits au xiii' siècle, 
restaurés au xiv'. Les châteaux de Cérines, Famagouslc et Sigouri 



I/AncilITECTinE (lOTIlIQUE DU XIH" SIÈCIJ': l-il 

niloiilaiolil le plan (\{\ caslriiiii Iiyzanlin, rcelan^-ulairi' avec lonrs 
J'an-lrs. 

Le pi-L'iaier exislail déjà en l'Jll; iiiiu parlie date de celle ('[HKine; 
les ^'éniliens ont remanié le l'este au xvi'' siècle. Le chàleau élait loniplè- 
Icnienl cnlouré d'eau; sur une pointe de Iflot du c(Ué du j>oit, on a\ail 
respecté une jolie chapelle byzantine; elle était dominée par un donjon 
carré à quatre contreforts adhérant à un angle de la forteresse, les autres 
avaient des tours rondes; des portes donnaient sur le port et de deux 
côtés sur la mer; des citernes voûtées régnaient sous une partie des bâti- 
ments; le rez-de-chaussée était entièrement voûté; lélage supérieur en 
[)artie seulement. Les berceaux et les voûtes d'arêtes couvraient les 
citernes et les salles, des culs-de-four les étages des tours, mais la voûte 
d'ogives n'apparaît nulle part ; quelques doubleaux reposaient sur des 
consoles moulurées ou scupltées. Les appartements royaux avaient de 
larges balcons de bois sur l'esplanade; ces balcons devaient former loge 
couverte, et ils reposaient sur d'énormes et imposantes consoles de pierre 
à assises profdées en quart de rond. Des créneaux refendus d'archères 
bordaient les terrasses et les chemins de ronde. Le chàleau de Fama- 
gouste, bâti en 1510, est analogue comme plan et emplacement. Le châ- 
teau de Limassol, du xiu" siècle, rappelle le plan de celui de Foix. Il com- 
prend un gros donjon carré avec tourelle d'escalier sur un angle, et une 
esplanade en rectangle allongé très étroit, bordée de chambres voûtées et 
percées d'archères. Cette partie a la même largeur que le donjon; l'en- 
semble de la forteresse est donc un rectangle allongé. 

Les châteaux de montagne sont plus vastes, et leur plan est trop 
compliqué pour être défini; cependant, tous comprennent deux enceintes 
successives, un baille où l'on accède du cùlé de l'intérieur des terres, 
moins exposé et moins aliruj)t, et une enceinte supérieure sur le dernier 
plateau. Ces châteaux ont tous de grands réservoirs à ciel ouvert, ména- 
gés pour recueillir les eaux pluviales. 

Le château de Buffavent est un prodige de hardiesse; son site est 
presque inaccessible; ses pierres, en grande partie extraites des carrières 
de la côte, ont dû être montées par des cordes et des treuils. La basse- 
cour occupe un palier de montagne que domine de très haut la falaise 
abrupte qui porte la seconde enceinte, suite de pièces cari-ées, citernes et 
(duunbres, voûtées pour la plupart, établies sur la ci'ète d'une liaide mon- 
tagne. Les deux enceintes communiquaient par un escalier laiilr' dans le 
roc. Ce château n'a que peu de flanqucments dans sa première enceinte; 
la partie haute n'a ni flanquemenl ni archère, et ses portes en tiers-point 
n'ont pas de défense spéciale, la situation snllisait à le |irotéger. 11 n'a 
jamais été pris. 

Le château de Saint-liilari(»n ou I )ien-d'Aiii<iur est beaucoup plus 

T. M. — Iti 



insToinE i)i: i/aiît 



iiniMH-liiiil . Il ;i coiisri'v (■■ !:i clKiiiclIr liy/;inliiir de l'criiiil iii;(' (1li sailli. 
Une grande basse-cuur descend sur un vcrsanl de la montagne. Les murs 
sont flanqués de tours rondes; la porte est précédée d'une barbacanc et 
surmonli''c tl'un niàciiii-oulis à consoles sculptées. In gn)U|ie couipacl et 
irrégulier de bàliuiciiis la commande cl occupe un ]ialiiT dr hi nuinlagnc^; 
là soni de vasies apparlcmcnls, la cliajM'Ilc cl une gi-andc loge carrée 
voùl(''c d'arêtes qui s'ouvre par Irois (''normes arcs en ticrs-poini, hors de 
portée des traits, au sommet d'un roc d'où la vue est splendide. Le pla- 
teau terminal de la montagne forme une dernière cnceinle; il est dominé 
par deux rochers que Ton a réunis par des constructions, et dont le plus 
éde\é a été couronné de deux réduits en forme de tours carrées comnuui- 
dant toute la l'orleresse. llans la dernière enceinte se trouve la grande 

salle seigneuriale, com- 
jtrenant une salle basse 
v<u"dée en lierccau 
liiisi'', et une salle haute 
sans voiMe, éclairée 
A ers l'intérieur par des 
portes- fen(Mres accé- 
daid à un balcon cou- 
M'rl en bois; du C('ité 
di' rext(''rieur, au con- 
t laire, par de très belles 
t'enètres à meneaux 
sui'montés de rosaces 
dans le meilleur style 
français du xur siècle. 
De la salle basse, une porte s'ouvre sur un précipice où l'on pouvait se 
(l(''barrnsser de toutes choses gênantes, immondices, objets cassés ou 
personnages eneondu-auts. Par exception, une [lartie des brdiments de 
Saint-Iiilariiui étaient couverts de toits aigus, ]u-('-caution contre les 
neiges, dont il loud»e (pud([uefois sur ce S(uumet. 

L'architecture civile était abondante et belle dans le royaume de 
(Ihypre. Au xiu' siècle, les maisons de Nicosie (Haient égayées de pein- 
tures (pii les faisaient ressembler à celles d"Anti<»ch(\ au dire de W'illi- 
braud d'Oldenbourg. On incrustait aussi dans les façades des plats de 
faïence arabe dont quelques-uns ont été retrouvés. 

Chypre a possiVli'' jibisieurs monastères llorissants; le principal et le 
seul bien consei-\é est Lapais, abbayi' de l'ordix' de l'i-émontr('', l'ond<''c 
par Hugues III (L2(i7 f Li8i), terminée par Hugues IV (\7)11 f iriOI); un 
autre monaslèie célèbre était, à Nicosie, l'abbaye de Notrc-Dame-des- 
01iami)S, qui, fondée au commeiicemeut du xin' siècle, pour les cister- 




M- <\r l.-i yr; s,- 

de S.iiiil-llll.ii-idii. 



Ih du ( Il \U II) 



LARCIlITECTUni-; (.(ITIIKJIE IH XIII SIIICU'. l'jr, 

(•ifns,devinl iui xiv' un couxciil de franciscains: en l'.IOI.dcs rdiiillcs m'en 
onl l'ail rclromcr les fondalidus. 

Grince. — Larcliilcclnre golhiquc de la (irccc csl 1res rare el assez 
médiocre. Les moines de Cilcaux, qui avaient suivi les Croisés en l'204, 
se firent donner par eux diverses églises, comme l'abbaye de Dafni, près 
Athènes, et fondèrent en Morce quelques ('laMisseiuenls dont il lesle des 
ruines. Elles sont sans caractère artisticpie, mais la voùle dogives, l'arc en 
tiers-point et de grossiers chapiteaux à crochets y témoignent de l'origine 
française des constructeurs. Le plus connu de ces vestiges est le porche 
que les cisterciens reconstruisirent au xiu'' siècle, après un tremblement 
de terre, à l'église byzantine de Dafni. 11 utilise une partie de l'ancienne 
maçonnerie byzantine et se conq)ose de Irois lra^('•es: ^m ceidic, une 
grande arcade en liers-poiid ; à di-nile el à gauche, des haies gi''uiiiir'es de 
même Iracé, oii des colonnes aniicpies ulilis(''es poui' soulenir la r<'loiidH''e 
cenli'ale onl éh'- d(''nionli''es ci eniporl(''es jiar loi'd l'ilgiii. L'oidoniiane(? 
rappelait celle du porcdie de Ponligny. 

Un j)elil monument pai'liellemeni voiMé d'ogives exisie à Alliènes 
miMiie, au pied el à (piel(|iles pas de r,\er( i| lole, en regard de iadl'otte 
(le l'an, ('/esl une mine (pie son di'jahi euieid menace d'une disparition 
prochaine. Les (piarliers hondiés des ^■oùles sont l'orni(''s d Un hlocag(î 
appareillé en coupole; les ogiscs relondieni sur des eulols à sculptures 
byzantines (pu [ieu\(Mil pro\enii' d lui édiliee anlérieiu'. Les ogives pro- 
lilées en sinqile boudin \iennenl buler sur une clef en forme de li()n(;on 
de fùl oclogone, doni l'exlrémilé inférieure est taillée en pelil cidol pen- 
danl. (lelle clef sendile inspin'e d'un ]ioin(;on de (diarjienle, el sa l'orme 
pendanle rappelle limidemenl certains (wemples germani(pu?s ; rju'cliilec- 
lure de toute l'église jieut . du reste, se rattachera l'école londiarde. 

Il faut citer en Moréc les ruines du monastère de Xotrc-Danie d'l>o\ a 
el l'abside de Sainte-Sophie d'Andravida. 

L'église Sainte-Sophie (le l"r(''hi/,on(le est un ('ililice hyzanlin an(piel 
ont collaboré des seul})teui-s gotlii(pies; un tout au moins. I']||e date de 
L2ÔS à i'265. Le porche sud a un lyuqian scLilpté ([ui n'est pas sans analo- 
gie avec les œuvi'es lVancais(_'s, et doid rarchi\olte. en tous cas, appar- 
tient au plus jmr style finançais de répO([ue et rappidle ahsolnmenl les 
cordons exécutés à la même date sur la façade de Notre-Dame de Paris. 

In jteu partout en Grèce, s'élèvent des ruines de châteaux francs 
don! les pi-incipaux son! ceux de Mislra et (larileiia. 

l;iiiLii>i;i;.\i'HiF . — \'nir li\ii' l\. ili,i|iiln' \i. 



CHAPITRE 11 

FOIiJIATIOX ET DÉVELOPPEMENT DE LA SCULPTURE GOTllIijUE 
DU MILIEU DU Xir A LA FIN DU XllP SIÈCLE 

T 

LA SCULPTURE EN FRANCE' 

En même temps que rarchitccluiT évolue sous l'aclion cL dans la 
logique féconde de ses lois organiques, une sculpture nouvelle naît el se , 
développe sur le monument auquel elle adhère comme la plante au sol el 
qu'elle anime et commente, comme d'autant de vivants idéogrammes, de; 
ses statues et de ses bas-reliefs. Un style s'élaltore et un programme icono- 
graphique se constitue. C'est l'œuvre de la France proprement dilc au 
cours de la seconde moHié du \if siècle et au commencement du xiii' . Au 
lciiqi> de saini Louis, larl IViinrais s'otTrira comme un modèle à lnulr 
la (duélienté oecidenlah'. C.'rsl donc par la France qu'il convieni (\i' com- 
mencer l'étude de la foiinalion cl de j'évoluiion de la sculpture golhiqiic. 

Celte sculpture est l'inlcrprélalion par des artisans laïques d'un 
programme élaboré jtar les clercs — interprétation docih; et lichMe, 
mais pour les besoins de laquelle les imagiers prendront, au cours du 
siècle, de plus en plus contact avec la nature, mère des hérésies. Ce qui, 
dans la pensée et dans les livres des docteurs, était alisiraction el n|i|ia- 
rence pure, devient, [>ar eux, forme tangible et réalité; ils considèrent 
dans les <■ cho.ses visibles » non plus seulement « le signe des invisibles », 
comme voulait Suger, mais une création à leur usage, une matière ollerte 
à leur vision et à leur génie d'artistes, si bien qu'à c('>lé de I bistoiic 
morale l'I religieuse à bupielle ii> re>,lenl inlimemeid el prolondémenl 

I. r.ii- M. Aiidrr Michrl. 



1-Jii lUSlOllIlO DK i.Aiir 

associrs. (loiil Un soiiI iii("'IIIc (|(''|)cn(liiiils. ils oui Irnr |iii)|iir liisloirc, i rllc 
de Iciii' arl . de leur l('rliiii(|iic. de leur slylc, des idrlins ({ui se grou})('ronl 
aidour de Icllc (ui l(dlr iiidi\ idiudilé plus ou iiiuiiis loilc, (|ui rccevronl cl 
se IransmeUront; en les modifiant sans cesse, les traditions et les recettes 
du métier. Ils n'étaient pas des lhéoloa;iens, mais des sculpteurs inspirés 
par des lliiMilogicns : (piand ils laillaicnl. dans leur beau liais de Scnlis 
ou de \ernon, le peuple de pr()|ilièles, dap('i|]'es, de saints, toute 
riiisidire sacrée, qui allai! \\\vf sur la (■all](''di'ale, ils ignoraient tout ce 
que les savants avaient pu accumuler sur ces figures de gloses el d'exé- 
gèses; le symbole n'était pas leur affaire mais l'œuvre d'art, conli(''e à 
leurs soins, et moins ils furent dogmatiques, plus ils furent humains. 
Le cliantiei- où ils travaillaient n'était pas une chapelle close, un s('Miii- 
naii'c ou une chamhre hanle. Vu \ili-ail de la cathédrale de ( '.luuires, oITeit 
jiai' leur cor]ioraliiin à Noire Dame, au lemps de leiu- ph'iiic Ihii'aison, 
nous les moidre au lra\ail,nons inli'iidiiil (hins linléTiein' iiiimiic de Icin' 
<( hutle ». Ils porieni le cosluuie laïque; ils soid ((liffi's du lioiiucl lérnii' 
sur les oreilles ef noué sous le menlon (pie l'on voil à Ions 1rs gens du 
peuple dans les mi nia I lires du Psanlier de sain! Louis ; laiidis ipie les uns 
undieul la tiernière main à une siaiue de roi ou au d(''cor d'un iliapileau, 
un com[iagnon sendile ui(''diler sur qu(dque diMail d'e\(''culion iiKi(die\é; 
mais lui judre, à (|ui le lra\ail a donm'' soif, \ide d'un (-(Uip un grand 
verre de vin. 

< '.oNSi rriTioN DU pnoi.nA.M.ME ndNo(,iiAi'unjri;. — .\\aiil d(''liidier leur 
O'uvre propre, il convieni donc di; résumer le programiue iconograplii(|U(' 
que celte a:'uvre eul pour mission d'exprimer. L'('qioque romane |)ropie- 
nient dite avail ou\'erl accès à la sculplure dans l'arl UKunimeiilal ( liii'- 
lien el l'on a vu (tome 1, p. .">iS!l et suiv.) la diversité des thèmes qu'elle 
avail dévelop])(''s et dans cpielle complexité laborieuse de styles et de 
.moyens. La lendance de r(''p(i(p;e ^ gollii(pie .. sera d'abord d(/ siinplilier, 
d'ordonner et d unilier toiiies choses; nous le veri'ons poui' la plasli(pie ; 
l'cnseignenu'nt des universil(''s, les aiiiliilious encyclop(''di(pies de la 
' t scolastique y (•(udi'ibuèreiil |uiissaiiiineiil pcniiloiil ce ipu est de licoiu)- 
graphie. 

Les cathédrales furent, elles aussi, comme luie grande « somme » de 
pierre, une encyclopédie monumentale où toute la doctrine di' l'Lglise 
prit corps el s'anima en parlantes images — el si de l'une à l'aulrc les 
« variantes <> sont nombreuses, le llième essentiel reste parloul le même. 
C'est celui de la Foi chrétienne et de renseignement de l'Lglise. 
Dieu a créé le monde el l'houmie; le péché est entré dans le monde et, 
avec le péché, la mort el le châtiment. Dieu a donné son lils unique, né 
d'une vierge, pour le radial de riiuiuanité coupable el conda.anée. Ce fds, 



FORMATION 1:T 1)I;\ Kl.OI'l'KM I:N 1 I)|': LA SCILPTI^RK (lOTlIIorK \-ii 

l'iiil liomiiii'. csl m'', a V(''cu. :i ju-i'cIk''. :i MiulTrii cl csl niuri |);u'ini nous. 
Il a été crucifié, il a été enseveli, il est descendu aux enfei's, il csl rcssus- 
eilé d'cnire les morts, il est monté au ciel, il s'est assis à la droite du 
Père; de là. il xirnili'n puLii' Jiiliit lcs\i\aiils cl 1rs morts. Les ajiiMres el 
les (•\ani;-i''lisli's mil ciisriom'' celle vi''rili'': les niarUrs el les sainis en (tnl 
lémoig'Mr'' ; les docteurs l'iuil c()ninienl(''e. l ne discipline morale e^l 
sortie de cet enscii^nemenl. Ceux qui auront cru «1 auronl liien vécu 
seront sauvés el, au jour du jugement, ils entreront ]iar la porlc d'or dans 
la gloire de la .l(''rusalem ci'destc, tandis (|ue les mau\ais rece\ loni leui' 
chà liment. 

Autour de la ligure centrale dn Clii-isl, ([ui occupera aux tympans et aux 
trumeaux une jilace d'honneur, toute (•(_■[((■ histoire sera ordonn(''cel [irendra 
\\('. Les apôtres se tiendroni à droite el à gauche du Maître; les vierges 
sages el les vierges l'olles, doni la paraliole n'est cpie le comnu'utaire 
imagé de la venue du juge, les \crlus el les vices, dont les imagiers du 
xn"' siècle axaient (h''ià repn''senli'' laiil de fois les conllils cl (pie le 
xui' siècle évoipiera sur un ilième iiouxcau. seront sculpt<'s non hiin tlii 
jugemenl. Les sainis et les docleui-s. s|ii'cialeiiienl vén(''rés dans le diocèse 
ou dont la cathédrale possède des rcli([ues, seront représentés sur les 
]>ortails latéraux et la lignée des ancêtres de Marie formera la solen- 
nelle galerie des Hnis. lue place d'honneur sera toujours réservée à la 
Mère de Dieu. La plupart des cathédrales : Sentis, Noyon, Laon, Paris, 
Amiens. C.hai-lres, lieims seroni des A'o/rc-Drt/^c; celles de Bourges, Sens. 
Auxerre l'I Limoges seront consaen''es à saint l']tienne. le premier con- 
fesseur de la l''oi; celles de Poiliers el de Troyes, à saint Piei're : celle de 
Bordeaux, à saint André; celle du Mans, à saint Julien; mais la \ierge 
n'y perdra jamais sa place. Son culte, déjà si populaire an xn' siècle, 
prendra an xiii un immense développemenl. el la ligure de Marie, plus 
encore (pic celle tic ,lésus-('.lirisl , occu| era les sculpleurs. 

Enlin. comme la \ ie humaim^ tout entière se développe, sous le 
regard du Dieu qui l'a donnée et (pii la jugera, elle est évoquée dans les 
formes essentielles de son activih'anx mnis des cathédrales. C'est d'abord 
l'd'uvre des sept jours, l'apparition de l'homme, le premier conllit avec le 
(h'-mon, la cliule, l'expulsion du Paradis. La loi du travail entre dans le 
monde el Miici les lra\aux des mois; un calendrier di^ jiierre (''MKpiera la 
Miccession (le> saisons el des cull lires, les occupai ions (lixcrses de la \ le 
descham|i>; depuis les seiiiaille> el la pr(''paral ion de la \ igné jn^ipi an\ 
moissons, aux vendanges, à la glainh'c el à la saignée du porc, les ima- 
giers raconteront t(nite !'liistoire du paysan, toute l'aclivité des cam- 
pagnes féconde-,. l'iii> Cl' -eroiil les ail> liliiM'aiix. dont les universités 
enseignaienl iii('lhodi(piemenl les classilicalions cl les rc'gles, el dès le 
milieu (In y'\' siècle, à (Iharlres on ce! enseitiiUMnenl avail reçu nue ini- 



HISTOIRE DK I.ART 



pulsion |i;irl iciilirrcnioiil vive cl coiiiith' des iiKiilrcs cl des lli(V)ricicns 
illuslrcs, les imagiers cmprunlcronl aux uiinialures des inanuserils de 
xMareianus Capclla les figures de dame Grammaire qui. sou l'ouel à la 
main, enseigne les enfants, de I^lH''toi'i((ue f|ui essaye de féaux gestes, 
d'Astronomie qui mesure le ciel, de Dialectique qui coniple sur les doigts 
les raisonnements qu'elle enchaîne avec subtilité.... Les éj)isodes anec- 
dotiqucs de la vie familière pourronl même lrou\'er ))lace à cCAv des plus 
hauts symboles. 

f-ertes, lout cela n'est pas tout à l'ait une découverte du xui'' siècle 
ni une nouveauté dans l'histoire de l'art chré- 
tien. La nou\eaulé c'est d'avoir groujx', selon 
un rythme plastique et doctrinal, ce rpii jus- 
«[ue-là était plus ou moins dispersé, si iiica (|ue 
l'on peut retrouver transposé et vivant dans la 
pierre taillée ou dans la splendeur des vitraux, 
liiul ce qu'un \'inceut de Beauvais avait con- 
densé cl ordonné de la pensée et du savoir de 
son siècle dans les quatre parties de sa grande 
Encyclopédie, de son Grand Miroir {^jh'ciiIiuii 
iiuijns] où venaient se reiléler la Nature, la 
Science, la Morale et l'Histoire, c'est-à-dire la 
vie et l'humanité tout entières, à la lumière de 
la Foi. 

On n'arriva pas du premier coup ;i cette 
belle et synthétique ordonnance et on ne s'y 
tint pas longtemps; elle marque raboulisscment 
de longs tâtonnements; elle reste comme la 
réussite harmonieuse et imposante de fout un 
grand cycle de la culture humaine. Elle est dans 
l'histoire de l'art chrétien ce que l'art grec du v' siècle avant le Glirist est 
dans l'histoire de l'art antique; il n'est pas dans les annales morales et 
artistiques de l'humanité d'époque plus remplie, et plus noblement. La 
série des « portails imagés » — de Saint-Denis en France à Notre-Dame 
de Paris, du milieu du xu'' siècle environ aux premières années du xiii" 
(11 iO à LilO, pour donner des dates, qui ne sauraient être absolument 
rigoureuses) — nous fournit comme les témoins et les jalons de ce 
grand mouvement, les éléments de celle double histoire iconographique 
et artistique. Mais si l'on en discerne assez nettement la courbe générale, 
les difficultés .se multiplient dès qu'on veut préciser avec exactitude les 
divers moments de cette évolution. 

Au-dessous et de chaque côté du Christ en majesté, assis et bénissant 
au tympan entre les symboles des évangélistes, le collège apostolique 




iMG. 88, — La Granimaiic 

avec Donal ou Priscicn 

la Musique avec PyUiaycui 

(Calhcdrale Je r.h.irli-ps.) 



FORMATION ET DÉVF-n.OPPKMENT DE LA SCULPTURE (lOTHIOIE 1-29 

vient d abord prendre place; assis ou di'lxtul, alignés au linteau, les 
disciples accompagnent le Maître, en attendant que, adossés aux colonnes 
des piédroits, ils occupent de chaque côté du trumeau tous les ébra- 
sements de la porte centrale. Les vieillards de l'Apocalypse et l'arbre 
généalogique du Christ sont placés près de lui aux cordons des voussu- 
res ; mais bientôt les statues des ancêtres de Marie et des rois de Juda 
se dresseront en théorie solennelle au centre de la façade, au-dessous ou 
au-dessus de la grande rose, dans la « galerie des rois ». Quand l'église a 
plusieurs portes, Marie occupe la seconde, escortée aux piédroits et dans 
les archivoltes des c figures» typologiques et prophétiques d'Abraham, de 
Moïse, de Samuel, de David, d'Isa'ie, de saint Jean-Baptiste. 

Dès que le programme iconographique est complètement formulé, la 
troisième porte est réservée à l'un des premiers évêques du diocèse ou ' 
aux saints, confesseurs et martyrs dont quelque insigne relique y est spé- 
cialement vénérée. A Notre-Dame de Paris, saint Marcel occupait le 
trumeau de la porte romane conservée dans la nouvelle façade ; à Amiens, - 
c'est saint Firmin; à Reims, saint Rémi. Dès lors, la porte centrale, pré- 
sentera aux yeux des fidèles qui franchiront le seuil de l'église la vision 
du Jugement dernier. Le drame que le xif siècle avait déjà évoqué avec 
une force singulière, d'après l'Apocalypse de saint Jean plus ou moins 
mêlé — comme à Autun, à Conques, à Sainle-Trophime d'Arles — à la des- 
cription de l'évangile de saint Mathieu, prend dès le début du xiii' siècle 
sa forme définitive. De Laon à Chartres, à Paris, à Amiens, à Poitiers, 
à Bourges, on retrouve — avec une progression constante dans l'anima- 
tion de la mise en scène et, si l'on peut dire, dans le détail anecdotique, 
— la même ordonnance générale. « Alors le signe du Fils de l'homme 
paraîtra dans le ciel, toutes les tribus de la terre se lamenteront et elles 
verront le Fils de l'homme venant dans les nuées du ciel avec puissance et 
une grande gloire i. Au tympan, Jésus est assis, sans couronne, le torse 
à moitié découvert, les mains levées, montrant ses plaies. Près de lui, des 
anges sonnent de la trompette: à leur a[)pel les tombeaux s'ouvrent et les 
morts se lèvent pour comparaître au tribunal. D'autres anges portent les 
instruments de la Passion; assis aux côtés du Juge ou agenouillés à 
ses pieds, deux témoins, — dont il n'est question à cette place dans aucun 
texte évangélique, mais que l'imagination populaire voulut convier à une 
suprême tentative d'intercession, — Marie et Jean, le disciple bien-aimé', 
implorent [lour le pardon des pécheurs au moment où va être prononcée 
la sentence sans appel. Comme Marie, suivant les récits qui pullulèrent 
alors et où .se complut l'exégèse tendrement optimiste du peuple, avait 
pris la plac(> de la nonne infidèle et volage, et accompli dans l'inté- 

I. A Reims, et (lueliniefois dans l"Est, .sans doule suiis une inlliience germanique, saint 
Jean est remplacé par saint Jean-Baptisle. 




l'.ll HISTOIRE DK I.AliT 

rieur du couvenl loulcs les làclies (|ue la fugilive avail aliaiidonnécs, pour 
lui laisser le temps du repentir et du retour; comme elle avait soutenu 
sur la corde de la potence le voleur qui allait mourir sans repentir, c'est- 
à-dire sans pardon, il parut nécessaire et conforme à sa mission qu'à 
l'heure terrible oii la justice et la colère divine demandaient compte à 
(ous les hommes de l'emploi qu'ils avaieni l'ail de la vie (pii leur avait 
été donnée et des moyens de grâce qui leur avaicnl été ofTerls, la média- 
trice inlinimcnt indulgente et secouralilc inlcrvinl une dernière fois, 
assistée de celui que le Maître expirant sur la croix lui avait légué comme 
un fds. Au-dessous du Juge, l'archange saint Michel pèse dans sa balance 
les ûmes inégales, et la séparation des bons et des méchanis se fait à sa 
droite et à sa gauche. Les élus entrent, les mains jointes et le front 
ladieux, conduits par des anges, dans la gloire de la Jérusalem céleste; 
les maudits sont précipités dans la gueule ouverte de Léviathan qui est 
l'enfer. Dans les voussures, la scène se continue; les anges, les chérubins, 
les vierges, les confesseurs et les martyrs assistent, aux balcons du ciel, à 
l'arrivée des élus ; les anges psychopompes portent à Abraham, qui les 
reçoit dans son sein, les précieux fardeaux qui leur sont confiés; quelque- 
! fois, à Notre-Dame de Paris par exemple, les chevaux de l'Apocalypse 
/ passent dans un galop furieux, comme un rappel de l'ancien thème icono- 
f graphique dont le scénario était emi)runté à la vision de saint Jean. 

C'est autour de ce motif central que s'ordonna tout le poème mys- 
tique, toute la représentation historique, morale, symbolique cl encyclo- 
pédique que les imagiers du xiii' siècle eurent à mettre en œuvre. Dans 
l'unité |)roronde de l'inspiration cl de la doctrine communes, il y eut une 
grande variété de dispositifs architectoniques et d'interprétations plas- 
tiques. D'un bout à l'autre du siècle, on constate dans l'évolution géné- 
rale du style, dans la recherche de l'e.xpression et du mouvement, l'action 
de plus en plus reconnaissable d'un sentiment nouveau, et comme une 
émancipation progressive de l'artiste. 

La TRANsrnoN' du « roman» al" <■ gothiole ». — Parler de transition 
du « roman » au «' gothique », comme du passage d'un certain état existant 
en soi à un autre état, c'est presque faire de la métaphysique et créer des 
entités qui sont l'œuvre de notre esprit beaucoup plus que des réalités 
vivantes. Du xii" au xiii" siècle, et des ateliers de Bourgogne, de Langue- 
doc, de Saintonge et de Poitou à ceux de l'Ile-de-France, une évolution se 
' fit, dont on distingue très nettement le caractère quand on compare le 

L point de départ au point d'arrivée et le tympan de Vézelay par exemple 
au tympan de la porte de la Vierge à Notre-Dame de Paris ; mais il est 
plus difficile de marquer avec une précision certaine tous les moments et 
les dates de cette transformation. Ce qui la caractérise, c'est d'abord 



FORMATION ET I)f:VELOPPE.MEXT DE LA SCIEPTURE flOTIIIQrE l."l 

raH(''iui;ili(Mi, |Miis la siipprcssidii Graduelle de luus les |)arlis pris roincii- 
limiiicls i|ii! s'('l,uciil (''lalilis dans les aleliersd'Autun, de Vézelay, de Mois- 
sae, de Tunlouse. A inesuic ([u'dii approelie d'a\anlaa-e du xiii' sièele, la / 
draperie leiid à devenir plus simple, les alliludcs plus nalurelles, le slyle y 



moins conlourné; une sorte d'apaisement se produit. Par quelles voies sest 




llir.lr.il,- .lu M.-iii-. 



faite celle I i ansl'oi'inal ion ■' A (pu'lle ép(Mpn' préeise? Si l'on admellail 
pour le porlail laliTal de Saiul-.l nlien du Mans la dale propos(''e jiar 
M. Fleury ci (pie, ant(''ii('nres au |iorclie proprenieiil dil, les slal ues ipii 
décorent les pii'droils. les has-rolict's des tympans el les liiiuriiu's d(>s 
voussuies aient pu iHre en place dès I 157, ce monument [)rendi'ait une 
importance singulière. Non seulemeid 11 aui'ail précédé Saint-Denis el 
Charires, mais il présenterai!, par la juxlaposillon de la o-rande ligure à 
demi-reliel' encastrée au moulant delà [lurle avec les slalues-colonnes des 



1Ô2 HISTOIRE DE L'ART 

éhrascmcnls, un disposilif très intrrcssanl cl doiil à la poiic seittcnlrio- 
nalc delà calhcdralede Tournai (porte Mantille), à Nolre-Dame-de-Vaux 
de Chàlons, peut-tMre h Sainl-Ayoul de Provins, on retrouverait des simi- 
laires. La transition du bas-relief à la statue s'y opère logiquement. Les 
ligures plaies qui, aux piliers des cloîtres comme à Moissac, aux façades 
des églises comme à Azay-le-Rideau, à Saint-Jouin de Marne, ou bien 
encore aux montants des portails comme à San licmo de \'éronc ou à 
Ferrare, étaient simplement plaquées au mur, s'incorporent à farchilcc- 
, turc et s'unissent à son organisme, à mesure que se développe le type 
nouveau des portails images. Étroitement limitées d'abord aux dimen- 
sions même de la colonne où elles sont adossées, mesurant leur attitude 
et leurs gestes à la rigidité impérieuse de ce support exigu, elles tendront, 
dès le xiii" siècle, non pas encore à s'en affranchir, mais à s'y accom- 
; moder plus librement; elles y vivront d'une vie plus indépendante jusqu'au 
' jour où elles rejetteront complètement le tuteur devenu incommode pour 
leurs draperies plus amples et leurs gestes plus animés. 

Mais peut-on admettre pour le portail du Mans la date de 1157.' Elle 
iiaraîlra un peu prématurée sans doute; moins invraisemblable toutefois 
que celle du commencement du xin. i)roposéc en ces dernières années pour 
la façade occidentale de Chartres. 

C'est un grand malheur qu'il ne reste rien à Saint-Denis de l'étal 
ancien des trois portes de Suger. Dans la description qu'il a lui-même 
écrite de sa chère basilique royale, il parle avec grands détails de cer- 
taines parties de la construction et du décor dont il fui l'ordonnateur, 
mais il reste beaucoup trop laconique à notre gré sur beaucoup d'autres 
points. Il dit expressément qu'il pourvut lui-même à l'ouverture des trois 
portes, comme à l'agrandissement de la nef et de l'entrée de l'église : in 
ampli ficdlumc covporis ccdesiac <i inlroiliis: cl valvannii Iripiicntionc. Ces 
portes, il en fil exécuter les vantaux de bronze où la Passion, l'Ascension 
et la Résurrection du Sauveur étaient représentées: mais il ne dit rien 
expressément des statues qui, au témoignage de Félibien cl des dessins 
exécutés pour Montfaucon, décoraient les piédroits. IV(//v/.s siiiniilrm priiici- 
IKih'x. (iccif:is fusdiiliiis ri rkriis sculploribus , iiiullis r.rpciisis. niullu suiiiplii in 
ranini (lccuralii}in\ ni nohili potiiciii conveniebal, cir.rinuis. Faut-il entendre 
ce texte au sens étroit et l'appliquer aux seuls vantaux des portes, comme 
on a voulu le faire pour en tirer argument contre la possibilité de l'exis- 
tence, à la date de lliO, d'un tel ensemble de sculpture monumentale? 
N'est-il pas plus vraisemblable que ces sculpteurs, choisis par Suger, ne 
le furent pas seulement pour préparer le travail des fondeurs et que ce 
noble portique auquel il avait donné tant de soins, fut pourvu par lui de 
tout le décor plastique dont la tradition lui fit toujours honneur? 

.\ce décorde sculpture et de statuaire, il lit pourtant " conlraircmeut 



FORMATION ET r)É\ELOPPEMENT DE l.A SCULPTURE GOTHIQUE 155 

à l'usage nouveau », une dérogation en dccidanl qu'au lynipan de la porte 
de gauche, on placerait une mosaïque au lieu d'un bas-relief, et il a eu soin 
de noter lui-même ce détail. Mais dans l'état oi^i les révolutions, le 
temps et les restaurateurs nous ont livré le monument, il est devenu 
impossible de l'interroger directement pour essayer de déchiffrer le secret 
de son histoire. Les quelques têtes recueillies au Musée du Louvre dans 
les anciens chantiers de la basilique et qui paraissent avoir appartenu à 
une série des vieillards de l'Apocalypse, sont d'époques ditTérentes, allant 
du commencement à la seconde moitié et même à la lin du xif siècle, cl 
il n'est pas dit qu'elles proviennent toutes du monument lui-même. Les 
dessins de Montfaucon donnent l'impression de statues de style intermé- 
diaire entre celles qui sont placées aux piédroits extrêmes des portes laté- 
rales et celles de la porte centrale de la façade occidentale de Chartres : quel- 
ques-unes ont les jambes bizarrement croisées, comme on en voit sur 
certains ivoires allemands, dans les sculptures de Moissac, à Toulouse, à 
Carennac, au linteau de la porte centrale de Chartres et jusqu'au portail 
de Senlis. Mais l'interprétation qu'en a donnée le dessinateur du xvu'" siè- 
cle ne permet plus de se rendre compte exactement de la facture et de 
l'expression des têtes.... On en est donc réduit à dire qu'il paraît vraisem- 
blable que ce grand chantier de Saint-Denis fut. pour la sculpture monu- 
mentale comme pour l'architecture, l'atelier décisif dans l'élaboration et, 
si l'on peut dire, la proclamation du style nouveau. C'est là que la croisée 
d'ogive, après une période d'obscure incubation et de tâtonnements, fit 
vraiment son apparition et comme sa démonstration oflicielle et solen- 
nelle. Suger avait, de tous les points du royaume et même de la chré- 
tienté, convoqué tous ceux qui pouvaient collaborer dignement à l'édi- 
fication et à l'ornement du temple dont il voulait faire la maison royale 
de la divinité, et au sujet duquel il soutint contre saint Bernard une polé- 
mique célèbre: il serait bien étonnant rpie seuls parmi les artistes du 
temps, les sculplours aient été laissés de c(Ué. Si les statues dont nous 
n'avons plus que le dessin ne décoraient pas les abords du >< noble por- 
tique », le jour où Suger procéda à sa consécration, elles ne durent guère 
tarder à y prendre place. M. W. Vôge a très ingénieusement remarqué, 
dans les indications fournies sur ces statues par les dessins de Mont- 
faucon, des vesliges d'iniluences languedociennes; et l'une des raisons 
de résister à l'hypothèse que les ateliers de Saint-Denis auraient en 
cfTet contenu et comme amalgamé dans le style nouveau des éléments 
toulousains et bourguignons, est sans doute qu'elle est trop sédui- 
sante. 

A défaut de Saint-Denis, on peut du moins étudier et suivre à Etani- 
pes, à Bourges, à Chartres, à Saint-Maurice d'Angers, et dans une série 
d'éarlises comme Saint-Avoul de Provins, Notre-Dame de Chàlons. \'er- 



HISTOIHE DK I/AHT 



luenlon, clc, clc. les progrès de 1 :iiiii''ii;it;(;nic'iil des [lorhiils à sl;iliics 
cl la l'orinalion du slylc inoiiumcnhd (|iii. après avoir élé, à ses débuts, 
tributaire des écoles de Ijoui'goyne el de Languedoc alors dans le pre- 
nii(n' éclal de leur (''|iaii(iuisscinenl ])r(''eoee, ne tarda pas à les inllueneei' 
à son tour. 

Le cœur de celle (Hude esl aujourd'hui à C-barlres. C'est là que le 
style nouveau se manil'csle avec le plus d'ampleur 
et de puissance, c'est là qu'il rencontra dans un 
atelier qui comptait les premiers artistes du li lups. 
les interprètes les plus remarquables. On iieut 
expliquer de deux façons l'inégalité frajipanle de 
facture et surtout de mérite que l'on remarque 
entre les statues des parties extrêmes des portes 
latérales et celles du portail central : ou bien des 
sculpteurs d'âge et de talent très différents ont 
collaboré à la même épofpie, à la même (eu\re, nu 
bien cette (i'u\re a (''lé t'onduite par étapes et 
c''p()(|ues successives, et il n'est jias inipossilile ipie 
b's deux explications soient bonnes; il y cul dans 
1(^ chantier des ouvriers d'habileté inégale, d'âge 
différent et ces ouvriers n'achevèrent pas d'un seul 
coup le travail. On pourrait, à ne considérer que le 
style, y compter au moins deux moments successifs ; 
les plus anciennes figures seraient celles des por- 
tails latéraux (dont les auteurs allèrent sans doute 
ensuite travailler à Étampes) et quelques-unes des 
ligurines encastrées aux montants des trois portes ; 
les statues du portail central et celles (pii les avoi- 
sinent marqueraierd l'apogée de cet art. Dans les 
statues latérales, il lesfe encore empêtré dans des 

I „, ;i(i sh ii.i.iii. fornrules de draperies conventionnelles; il n'arrive 

,1,, (,,ii„.ii. pas a s en dégager, même quand it copie tes cos- 

(i',a„iH|u.' ,!e N.nii iiriii- , juincs cout cmporai US . Au portail central, le style 
n'a plus guère de rigidité (pic celle qui résulte de l'étroite accommodation 
des statues à la colonne. Tous les détails du costume et de la coiffure, 
les manches pendantes cl les longues tresses — si souvent condamnées 
par les |nédicalcurs (xunuie une mode immodeste el (pie I'imi \il plus 
d'une fois de Indlcs dames, émues par un sermon, aller offrir en exj)iation 
aux ciseaux de l'cvcque — sont dune linesse d'exécution exacte cl pré- 
, cieuse. Ouanl aux ligures, elles ont l'accent même de la vie : avec leurs 
'yeux aux pi'uuellcs ouvertes, leur sourii-e et leur visage d'une indi\i- 
(Uudili'' si uKir(|ui''e, elles formeiil dans l'hisloii-e de la sculpture un groupe 




FORMATKJX ETÎDÉVKLOPPE.Mi:XT Dl- LA SCULPTURE GOTHIOUE 15'> 



vraiiiienl oxceplionnol. (le qu'elles y représeiileiil, celle sorte de réalisme 
curieux, incisif et primesaulier, ne s'était pas encore rencontré à ce degré 
dans l'art antérieur et ne se retrouvera guère avec une pareille intensité 
dans la suite. Déjà à Corbeil, dans les deux belles stalues longtemps 
connues sous les noms de Clovis el de Clnlilde — et qui n'étaient que des 
rois du liber generationis — 
l'acuité de l'accent s'atténue. 

Les vieillards de l'Apo- 
calypse, debout à la retombée 
des voussures de la porte 
centrale, pourraient presque 
inarquer une troisième étape 
el représenter l'époque inter- 
médiaire entre l'art de Char- 
tres à sa première période 
(entre Hi5-li00 environ') 
d'une part et les années d'ac- 
tivité iëconde qui suivirent 
l'inccntlie de H!)4 et virent, au 
début du xiif siècle, construire 
et décorer les portes des tran- 
septs, et d'abord celles du 
transept septentrional. 

Nous axons au (pi'oii 
])Ourrail délinir les tendances 
directrices de l'évoluliiiii (pii 
s'accomplit culrr ces deux 
époques en disant qu'elles 
provoquèrent l'élimination 
graduelle de tout ce qui, dans 
les traditions des ateliers an- 
térieurs, n'était plus cpie la 
répétition stéréotypée d'an- 
ciens modèles imités servilement, inconsciemnirnl li('-iil(''s >;m- iHMiéfîce 
d inventaire : par exemple, ces brusqu(.'s retroussis du Imrd iiiterii'ur des 
draperies, manteaux ou tuni(pies, (Mnpiunt(''s d'aiiord aux miniatures 
byzantines et dont on Acrra la ti-adition s'attarder dans ([nr!(|iii's détails 
de la porte Sainte-Anne à Notre-Danu' de l'aria niiuileaiix des deux 
anges qui encensent la .Madone au tympan, el de lange de l'Annoncia- 
tion au linteaui. (In dirait ([ue du jour où l'on s'a\isa de clier(dier dans 
la flore naturcdie. jiour les substituer au répertoire conqjosite de la gram- 
maire ornementale ins(pie-là usitée. Icjus les édémenls de la scul])lure 




I).ime 



I :,r, 



HISTOIRE DF. L'ART 



(lci-(jrali\r !i'l les \i()lciilrs înliiHuir^hil ions de s;iiiil lirniniil nr l'ui'i'iil 
pcut-èlrp pas élrangères à celte Iranslormalioiii, le goùl de plus en plus 
efficace de la simplicité s'éveilla dans les esprits; l'œil appi'it à regarder 
la naUii'e, il de\iul scnsililc à la tiràce vivanle cl des d(^slinées nouvelles 
s'iHurirenl à l'acl des imagiers. 

l'our martpier les étapes de celle évokilif)n deiiuis les ligures les 
plus archaïques d'Etampcs, sœurs de celles de Chartres, jusqu'aux tym- 
pans du Couronnement de la Merge et aux figures des prophètes du tran- 
sept septentrional, c'est-à-dire de 1 1 i') environ aux premières années du 




i-tiut (le la uoiimi des M II 

l.c i;iiri-l cil niaje^lé. Tympan ceiiti-aj de la l'açado occiiJeiitale 
di' la liasili(iuo df Chartres. 



xiiT siècle, on lr(>n\erail à Charties même, à ('orbeil, à Notre-Dame de 
l^aris,à la callii'drale el à Saint-Hemi de Heims,à Saint-Yved de Braisne, 
à Sens, à Laon cl à Scnlis des témoins signilicatifs. Au tympan de la 
porte centrale de Chartres, le Christ en majesté est déjà le précurseur du 
(^irisl enseignant du transept méridional. La tète est d'une individualité 
fortement et simplement soulignée; on y retrouve, mais épuré, assoupli 
et paré d'une beauté nouvelle, le ty[)e dont l'ivoire de la collection Spitzer 
el le tympan de .Moissac offraient le modèle plus barbare; le vêtement à 
plis serrés colle au corps ipi'il recouvre tout entier el dont il dessine 
les formes. La direction des plis, en dépit du parti pris triangulaire qui 
se prolongera assez longtemps encore, est normale et suit logiquement 
les indications du geste. Ce qui reste d'archaïsme dans le tuyaulé du 



FORMATION ET nKVRI.OPPEMENT DE LA SCUI.PTl'RE GOTIIIOLE ir.7 



lioid iiirérieur de la lungiie liiniquc 
donne au style encore plus d'élégance 
nerveuse que de sécheresse. Les apôtres 
alignés au linteau, et qui furent certaine- 
ment l'œuvre dun sculpteur plus attardé 
dans les traditions anciennes, conlrastenl 
de la façon la plus instructive avec les 
admirables vieillards de l'Apocalypse, 
debout à la naissance des \oussur(\s. 
Ceux-ci marquiMit le poini culminant de 
l'atelier qui travailla à ce jiorlail : fierté 
de l'allure, liberté de la facture, person- 
nalité et grandeur de l'expression, toul 
en eux témoigne d'un art déjà mfir pour 
les chefs-d'œuvre. 

La Vierge assise au tympan de la 
porte voisine, et dans laf|ui'lle M. .Mau- 
rice Lanore veut, non sans vraisem- 
blance, reconnaître celle que l'archi- 
diacre Riclier, mort en lloO, avait offerte 
itour décorer Ypiilrée de r(''glise, est au 




Pli,,l ,li- la l.,.iiiiii dl•^ M II 

- T\ nipan (le la porte S.Tinlo-Aiine 
iXdlre-Dame (le Paris). 




Phol Trompellc. 
FiG. 9i. — ÉvOqiie et deux acolytes. Bas-relief 
de la porte romane de la cathédrale de Reims. 

église de la \'ierge cpii ilisparul a\ei 



I d un maîlre phi-^ avance ou 
plus génial que l'aulrur ou les au- 
teurs des deux i-egisires de iias- 
reliefs au-dessus desquels elle est 
jilacée. Le raccord maladroit di-s 
diverses parties de la composition 
moins encore que la différence du 
style, le module inégal des lèle> 
léinoigncnt de celle inlervcnlioii 
d'artistes difTérenls; el les allé- 
gories des arts libéraux révèlenl 
encore d'autres nuances (Tr^'en- 
tion. 

A Notre-Dame de Paris, la 
Vierge de la porte Sainte-Anne es! 
comme la so:'ur jumelle de celle de 
C.harlri^s. (Mi l'avait longtemps 
considérée eommt^ eontenqtoraiiie 
des travaux (pie l'arcliidiaerr 
l'iliennc de (îarlande lit exécuter, 
eiilie IITir) el \\W. à l'ancienne 
■glise v()i-^ille de Saiiil-Llieniie pour 
r. 11. - 18 



IIISTOini". I)K I.AliT 



l'aire place à la ii<.u\cilc rallirdi'alc, ci (•'(•lail sans doulr la \irillii' iiii jicu 
trop. M. de Lasleyrie la considère comme postérieure à 1180, ce qui est 
peut-être la rajeunir un peu trop aussi, surtout si l'on admet, avec 
M. Mortel, que le tympan de la porte septentrionale de la même façade 
ait pu être en place dès 1210. Dans révolution générale de la sculpture 
française au cours de la seconde moitii- du xii' siècle, la Vierge romane 
de Paris devrait lofiiquemenl se placer plusieurs années avant celle qui 
a été encastrée aux murs du transept septentrional de la cathédrale de 

Heims et qui provient vraisemblable- 
ment d'un tombeau, ainsi que l'a in- 
iicMiicuscment supposé Mlle Louise 
riilion cl comme semblent le prou- 
\er les anges psychophores et les 
rl.rcs pi-océdant aux rites funéraires 
qui l'entourent. Si l'on compare 
celle-ci aux culs-de-lampe de Saint- 
liemi de Reims qui ne sauraient être 
liostérieurs à ■1181, — s'ils sont con- 
temporains de l'architecture à la- 
(pielle ils sont incorporés et (pii date 
de Pierre de Celles (1102-1181). — 
on ne saurait la situer beaucoup plus 
avant dans le xu' siècle. Mais il faut 
avouer que nous en sommes encore 
léduits, à dix ou vingt ans près, à des 
approximations un peu flottantes. Il y 
eut des ateliers retardataires qui con- 
tinuèrent jusqu'à la fin du xu" siècle 
un style déjà dépassé par les maîtres 
précurseurs des chefs-d'œuvre du xiii' . 
Encore faut-il ne pas resserrer dans 
un espace invraisi^mblaidcment restreint la gestation de tout ce que le 
xui" siècle allait dès ses débuts réaliser de chefs-d'œuvre et qui ne saurait 
s'être élaboré en moins de temps qu'il n'en fallut à la sculpture grecque 
pour évoluer du slyle éginétique à celui du Parthénon. La crise de rajeu- 
nissement cpii a sini en ces dernières années dans l'archéologie romane 
nous amènerait à conclure que la France — après avoir été en relard sur 
l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne pendant tout le xu" siècle, — improvisa 
tout à coup des chefs-d'œuvre et passa en quelques années du style du 
portail royal de Chartres à celui du tympan de la Vierge de Paris (fig. 99) 
ou du saint Firmin d'Amiens. Cela est tout de même difficile à accepter. 
Il n'est pas arbitraire de rappeler à propos de cet art français le 




■ Cul-delampe du cluKur de Saiiit-Rù 
de Reims. 



FORMATION ET DEVELOPPEMENT DE LA SCLEPTURE GOTIIIOUE lô'J 



souvenir de la sculpture grecque telle (|u'elle se couipoiia entre le vieux 
temple d'Alhéna et le Parthénon de Pliidias. Ce n'est certes pas que l'on 
puisse supposer une action directe de lune à l'autre et une imitation 
consciente de la part des maîtres français; mais il faut croire que des lois, 
constantes à travers les civilisations et les croyances changeantes, prési- 
dent à l'évolution de l'organisme vivant qu'est une école d'art. (Jue l'on 
examine la facture de l'admirable tête de scribe, assis à l'angle gauche du 
tympan de la porte de Sainte-Anne, occupé à transcrire l'acte de dona- 
tion où interviennent sans doute Maurice de Sully et Louis VU, et qu'on 
la compare à la tête de YHcraklcs conihaltant le Umreau Cretois de la métope 
d'Olympie : facture par masses simplifiées de la barbe, construction du 
visage par larges plans sur une 
armature osseuse fortement 
accusée, les <' procédés » sont 
presque identiques, si l'expres- 
sion d'ailleurs est fort diffé- 
rente. Les analogies ne sont 
pas moins frappantes si l'on 
compare d'une part les dra- 
peries des statues-colonnes de 
Chartres et de Corbeil avec 
celles du tympan de la Vierge 
à Notre-Dame de Paris ou de la 
Visitation de Reims et, d'autre 
part, celles des statues fémi- 
nines découvertes dans les 
fouilles de l'Acropole d'avant 
les guerres médiques avec 

celles de la frise des Panathénées ou des Parques du fronton. Des unes 
aux autres, la progresion fut la même ou plutôt s'accomplit d'après le 
même rythme. 

La Vierge du tympan de Heims est connue à la limite extrême des 
teuq)s " romans » et de l'épotpie << gothique » ; elle peut servir à marcjucr 
la transition; on dirait presque qu'elle nous y fait assister. Le style de 
ses draperies, encore anguleux et tendu, s'anime pourtant, comme son 
corps lui-même; elle n'est plus seulement le siège de l'enfant Dieu, <> le 
trône de Salomon » ; elle a pris son (ils sur le bras droit d'un geste non 
plus sacerdotal, mais déjà jiresque malermi... I-^lle ne reparaîtra plus 
dès lors aux tympans des cathédrales que pour y èhc couronnée par Jésus 
ou intercéder près de lui à l'heure du Jugement dernier. 

Au moment oîi furent sculptées, à l'extrême lin thi xu siècle, des 
ligures comme celles de Saint- Yved de Braisne (jui se ratlaeiienl, avec un 







l'hul. Martin Sabon 

de la porle Sainte-Anne 
■ .1,- Paris. 



110 HISTOIRE Dtl LAHT 

peu plus de souplesse dans les dni[)eries h, eelles du lynipuu roman de 
lieims, le slyle du xm' siècle esl né. Nous allons le voir évoluer, au 
cours de ce siècle si fécond en chefs-d'œuvre, jusqu'au moment où se 
manifeslcrenL les premiers symplômes de la Iransformation profonde (pii 
s'accomplira à l'époque suivante. 

La STATiAiriE DES GRANDES CATiiÉDUALES. — Si l'on voulail analyser 
une à une les slalues qui composent le peuple innombrable qui vit aux 
murs des cathédrales, on viendrait difficilement à bout de ce dénombre- 
ment, et l'on courrait le risque de n'aboutir qu'à de longues et sèclies 
énumérations. Et d'aulre part, à tâcher de définir en leurs moindres parti- 
cularités les styles ou les nuances de slylc qu'on y relève, à classer rigou- 
reusement, d'après les indications de la draperie et le module des figures, 
les différentes « écoles » qui travaillèrent au grand œuvre, on risquerait 
de réduire à des formules abstraites un art qui fut entre tous humain et 
expressif. Il faut, dans une histoire générale, se résoudre à sacrifier beau- 
coup de détails pour concentrer sur quelques types particulièrement 
représentatifs les explications ou définitions essentielles. 

Dans les chantiers où les imagiers travaillaient à pied d'œuvrc, la vie 
devait être intense et les propos divers. Nous cherchons à travers les 
siècles à démêler les sources de l'inspiration, les origines et les éléments 
du style, et nous tendons à créer des entités métaphysiques que nous 
substituons insensiblement dans notre déterminisme scolastique à la 
réalité vivante et riche (|ui nous échappe. Il y eut sans doute des modèles 
que l'on se transmettait d'atelier à atelier, des recueils de dessins, de 
(< patrons .. tirés des miniatures, sortes de petits « corpus » à l'usage des 
tailleurs d'iuuiges; il y eut des recettes écrites ou réduites en formules 
graphiques ou géométriques, comme l'album de Villard de Honnecourt 
nous permet d'en entrevoir (luelques-unes; il y eut l'influence des ivoires 
bvzanlins de la plus belle épu([ue, où (pirlqne clinx' de la Ijeauté aniiipie 
revivait en de petits bas-reliefs portatifs et sous la consécration chré- 
tienne et (pii, rapportés en grand nondue ;q)rès la prise de Constanti- 
nople en l'JOi, introduisirent dans les trésors d'églises et dans les chan- 
tiers d'admirables modèles;.... mais il y eut aussi l'observation directe et 
personnelle d'artisans dont les yeux et l'esprit s'étaient ouverts à la 
beauté; il y eut la nature à côté des " modèles » plastiques, le génie à 
côté et au-dessus des indications et directions transmises, et de tout cela 
— sous la discipline du maître de l'œuvre, sous la sollicitation du grand 
monument qui règle et alimente de sa propre vie organique les statues 
qui le complètent et l'animent, sous l'autorité de la doctrine de plus en 
plus librement interprétée mais toujours efficace — se forma la plus 
admirable scul}iture monumentale qui ail jiaru dans le monde depuis la 



FORMATION ET DÉVEl.OPPEME.^T DE LA SCUEPTIHE (iOTIllOUE 111 

Grèce anliquc. Comme elle esl groupée el évolue, si l'on peuL dire, 
autour de quel([ues thèmes iconographiques, nous essaierons de montrer 
en même temps par quelques exemples l'évolution de chacun de ces 
Ihèmes, de lart qui les interprète et des styles qui s'y révèlent, et nous 
aurons ainsi à noter chemin faisant les influences exercées ou échangées 
d'un grand clianlier à rautr(\ de Chartres à Paris, de Paris à Amiens, 
d'Amiens à Reims, en attendant (|ue nous en suivions la trace et l'action 
en Allemogne, en Espagne, en Angleterre et même en Italie. 




— l!a>-ivlicl 



<lil lr,ilisi-|.l -ciilciiliioiial <ir l:i ,mIIi.n|i;iI,> .!,■ |i, 



l-lnhc le Cliii>l en niajrslé dr h, porte rcnl raie de ht faradr („•<•!. lent a le 
de Cliarlre>. \c i'Awi^l cuiininnanl la \ i(.'i'g(_' de la porte du transept 
septentrional, le Clirist enseignani du Inimeauet le Christ juge su|irème 
du tynqian de la porte du transept un' lidinnal. nu dend-siè(dc cnxiron 
s'écoula el Ion pieut ilire ipie rien nr lui phis > >ui\i ". })lus logi(pir (|iie 
le passage d'un style à l'autre. A\ec un peu moins de rigidité, le prin- 
cipe de la draperie est resté le nuMue au tympan du Coiirunnciiu'ul de lu 
Vierge qu à celui du mi' >iè(li', cl iiK'nir ne retrouverait-on pas dans 
le visage du ('.liri>t l)éni^>aut du transept méridional, dans le dessin de la 
huLielie aux lèvres un peu fortes, dans la construction des p(jiiimettes >ai!- 



l'i'J • IIISTOIHE DE LAlîT 

lanlcs, dans la tli\isi(m de la liarlic en mèches bouclées, dans l'exjjression 
(l(''bonnaire el iicnsive de sa |)hysiononiie, plus d'une anakiirie? Il ne 
saurai! (Mre question ici de transformation radicale, de révolu! ion ; cCsl 
un acheminement progressif, régulier et noruuil vers une inteipi(''lali(in 
plus souple et comme une prise de possession paisible de la vie. 

Dès le début du xiif siècle, le motif du couronnement de Marie avec, 
au linteau, sa mort et son assomption, se substitue à la tradition icono- 
graphique de la Vierge en majesté de l'époque romane, el il n'est pas de 
thème que les imagiers de celte époque aient traité avec plus de xervcil 
de grâce. Ce n'est pas dans l'évangile qu'ils en trouvaient l'indicalion. 
mais dans les récils apocryphes, plus populaires que les évangiles, dont 
Jacques de \ oragine devait recueillir dans sa Lcijeudc dorcc les plus 
répandus ou les plus merveilleux, el que l'Eglise admit sans résistance 
dans son iconograpliie, bien qu'elle ne les accueillît pas dans sa lilurgie. 




FiG. 98. — Mort et résurrection île la Vierge. Linteau Je la porte centrale de Notre-Dame de Senli^. 

Marie, — qui a vécu douze ans selon les uns, vingt-quatre ans selon les 
autres, après le drame du calvaire, — a été avertie de sa mort prochaine 
par un ange porleiir d'une branche de palmier cueillie dans le paradis. 
l'Hic a demandi'' (pic « ses frères les apôtres " se réunissent à son chcxel, cl 
Jésus les a miraculeusement <■ enle\(''s sur des nu(''es des endi'oils où ils 
lirèchaienl n et rassemblés autour de sa mère. Il vient lui-même et dit: 
« Viens, loi que j'aie élue, et je te placerai sur mon trône, car j'ai désiré ta 
beauté.... » Et l'àme de Marie sort de son corps el elle s'envole dans les 
bras de son fils. Puis, sur l'ordre du Maître, les apôtres portent lecorjis 
dans la vallée de Josaphat et le couchent dans un tombeau tout neuf: 
ils attendent trois jours, et le troisième jour, les chœurs des anges 
enlèvent celle qui avait enfanté leur roi, en chantant : » Ouellc est celle 
qui monte du désert? Elle est belle au-dessus de toutes les filles de Jéru- 
salem, pleine de charité et d'amour. » 

Les imagiers ne paraissent pas avoir retenu l'épisode de la « seconde 
Annonciation ». que les miniaturistes et les ivoiriers reproduisirent assez 
souvent; mais ils ont représenlé sans se lasser la mort, les funérailles et 



FORMATIOX ET DÉVIÎLOr'PEMEXT DE LA SCLEPTIHE (lOTIllulE 1 'm 

l'assomplion. A Senlis, le thème est traité avee une sorte de lyrisme; les 
ap(Mres déposent le corps et s'empressent avec une extraordinaire anima- 
tion; les uns encensent d'une main tandis qu'ils soutiennent de l'autre la 
précieuse dépouille; les autres se lamentent. Malheureusement les muti- 
lations subies par le bas-relief l'ont rendu en partie illisible. 

L'autre côté a, par bonheur, moins souffert des injures du temps et 
des hommes, et rien n'égale la grâce juvénile, l'affairement tendrement res- 
pectueux et joyeux des anges qui viennent enlever du tombeau où les dis- 
ciples l'avaient couchée « Celle qui enfanta leur Roi ». Les draperies col- 
lantes dessinent nettement les formes et les attitudes des corps graciles et 
nerveux; les gestes sont d'une justesse vivement indiquée. C'est l'art des 
plus beaux chapiteaux de la façade occidentale de Chartres, épuré et vivifié 
par un goût plus délicat, une expérience et une science nouvelles. Au 
tympan, sous un édicule polylobé, le Christ lève gravement la main vers 
sa mère pour la bénir; les draperies de son manteau à bords ondulés 
rappellent celles de voussures de Saint-Yved de Braisne et la belle Vierge 
provenant d'un ancien tympan de même style que l'on voit encore encas- 
trée au mur du sanctuaire. Aux piédroits, les statues des patriarches 
figurant Jésu.s-Christ dans l'Ancienne Loi, et dont les tètes sont modernes, 
se dressent en des postures encore contournées. Ils commencent à vivre, 
mais gauchement, sur la colonne où ils sont adossés, et leurs draperies 
collantes, à petits plis, sont comme intermédiaires entre les draperies des 
statues du portail septentrional de Saint-Denis ou de la porte Sainte- 
Anne à Notre-Dame de Paris et celles des prophètes el patriarches du 
transept septentrional de Chartres. 

Le thème est repris, à Chartres, avec une ampleur et une grandeur 
saisissantes. Ce n'est plus seulement le couronnement, mais toute l'his- 
toire de Marie. Au trumeau de la porte centrale, elle est tout enfant dans 
les bras de sainte Anne; le tympan de la porte latérale représente la 
Nfttiviti' et VAdoraliiin îles .Marji's, tandis que, aux piédroits, se dressent 
les grandes statues de VAiinoncidIloii et de la Visitntion. Les voussures 
('•voquent, avec la toison de Gédéon et le buisson ardent, l'image de sa 
virginité; au tympan central, son couronneincnf, sa mort et sa résuvrec- 
tioti complètent le cycle légendaire. Aux ébrasements, de chaque côté de 
sainte Anne : David, Samuel, Moïse, Abraham, IMelchissédec, les « figures » 
(lu Christ dans l'Ancienne Loi, — Isa'ie, Jérémie, Siméon, saint Jean-Bap- 
tislr, saint Pierre, tiareen tète, c'est-à-dire les prophètes qui l'annoncèrent, 
le précurseur qui le baptisa et l'apôtre qui témoigne que les prophéties sont 
abolies et la loi accomplie ; admirables et sévères images, aboutissement 
de ce qu'avaient entrevu sans le réaliser — autant qu'on peut aujourd'hui 
juger leur œuvre restaurée — les sculpteurs du transept septentrional de 
Saint-Denis. Quant aux auteurs de YAnnoni-idlion el de la Visitation, ils 



lii IlISTOinK DE I/ART 

sonl les maîtres (le ceux qui Ijientùl eiilreronl en seène ;i la calhédrale 
de Strasbourg. 

L'atelier de Chartres a interprété avec moins de fougue que celui 
de Senlis le thème de la mort et de la résurrection de Marie. A Laon, des 
restaurations indiscrètes ont altéré la plupart des sculptures des portails. 
Les tètes du couronnement sont toutes modernes; les draperies, un peu 
plus étriquées qu'à Chartres, n'ont subi aucune restauration. Toutes les 
scènes de la vie de Marie sculptées au linteau et au tympan sont accom- 




a„ I 



lilcMln(iii.-il lie Cli.-irlfCS 



pagnées et commentées aux voussures non seulement par les jXnges cl 
les Vertus, mais, comme M. É. Mâle l'a prouvé, par une illustration litté- 
rale d'un sermon très souvent cité d'Honorius d'Autun pour la fêle de 
l'Annonciation. 

Il s'agissait d'élahlir que la virginité de Marie avait été annoncée 
par les prophètes et symbolisée par l'Ancien Testament; la subtilité d'un 
exégète du xii'' siècle n'était pas en peine de découvrir dans les textes 
bildiques des arguments et des images : la toison de Gédéon sur laquelle 
descendit la rosée du ciel, le buisson ardent de Moïse que le feu ne peut 
consumer et au milieu duquel Dieu apparaît (telle la Vierge que pénètre 
la flamme du Saint-Esprit et qui ne connut pas le feu delà concupiscence), 
la verge d'Aaron qui tleurit et produisit son fruit, la porte fermée que vil 



FOIiMATIOX ET DKVKI.Ol'l'EMENT DE EA S< lUEl» ILliE GUTIIIOrE I l-". 

l^zj'chiel et ]i;n- hii|urllc passa lo roi des rois cl ([u il laissa rotV'rm(''0 Iclic 
-Marie, Porlr du C.ii'l. loiijoiii-s inladc a|ir(''s ronraiilcincal : la pinrc drla- 
chrc de la nionlaûiie <{ui in'ise la slaliie di- ?s'al)Ucliod()ii()S(»i- cl reinpiil le 
monde; la iiouri'iluri' <|iir le proplièle Ahacuc l'ail j)assei- à I )aniel sans 
hriser le sceau de la pierre qui ferme la fosse où il est enuiiuré..., aulanl de 
" figures » imagiuécs par la dialectique suhtile et indiscrète du docleur, 
converlii's pai- un clt-r,- sa\ant en proiiramme iconoii'i-aplii(|ui' el hans- 




mises par celui-ci à un iinat-ier qui lr> jailla. vaillr (|uc vaille, dans la 
pierre, sans y entendre malice. (In les icirouvera un (piai-t de sic(dc plus 
tard aux souhassemenls de la cathédrale (rAiniens -nix. Kirn. _ 

Le chef-d'œuvre de celte iconographie de la \ ierge — inscparabh* 
de celle du Christ — c'est, incontestablement, pour les ])remières années 
du XIII" siècle, le tympan de la porte de gauche à la façade occidenlale de 
Notre-Dame de Paris. Ici, un sculpteur de gi-nie s'est emparé du thème 
tradiliouncl ; il en a du un'mc coup condensé les donn(M^s lilléraircs, sim- 
plifié et élargi le dispositif plastique. Dans le i-egislrc inférieur, six per- 
sonnages sont assis de chaque côlc- i\c l'arche d'alliance, symiiole de 

T. 11. — lit 



IIISTOIIΠDE L'ART 



Marie : Irois jn-oplièlcs <'l Iruis rois, — ses précurseurs el ses anrèlres; 
au-dessus, en présence (lu Chrisl (|ni Im'imI el (i(•^ apôlres ({iii in(-(iilent, 
deux anges, avec des précautions iulinies, un lendic el iiiiai lespeel, la 
soulèvent du tombeau; — la jjrésenee de ces deux messagers doit faii-e 
écarter riiypothèsc qu'il s'agirait ici de la mort de la Vierge; c'est bien 
à son réveil que son fils et <i ses l'rères les apôtres >< assistent; les anges 
n'ont jamais été ses fossoyeurs, mais les témoins et les agents de sa 
résuri'ection ; — elle relève la tète et joint les mains ; elle \a se dresser vers 
Celui qui l'apjjclle et la Ijénil. Au registre sup(''rieur, elle a pris place sur 
le même trône, el tournée vers Jésus, dans un m(iu\emcHl d'Immililc' 
radieuse, elle reçoit la bénédiclioii qu'il lui donne cl la coui'oime (pi'un 

ange Aient poser sur sa tète. (Juel- 
(pies imperceptibles traces d'ai- 
cbaïsme subsistent çà et là; le bord 
inIV'rieur de la tunique du Cluist et de 
la rol)e de Alarie conservent encore 
un souxcnir de ces plis a]dalis, tuyau- 
l(''s cl connue i'epass(''S qui s'étageni 
entre les pietls de la Madone j'omane 
au tym])an de la porte de droite. Mais 
de l'iuic à l'autre (pudie lransform;i- 
lion! I.a Liraperie a trouvé, a\cc toute 
sa nolilesse, sa souplesse, son liar- 
monic logique, la plus belle simpli- 
cil('; elle suit exactement les indica- 
tions du geste cl s'y adapte avec une 
justesse parfaite l'I une impeccable 
eurylbmie. l/arl cnti-e en possession 
de toules ses ressources; c'est Ibeure enclianl(''c où, s'ajiproebani delà 
nalui-e et de la vie avec une ajiplieation encoi'c eraiidi\e el luie timidité 
virginale, il s'en empare doucement, jouit de sa conquête sans abuser de 
son pouvoir, tout entier au service d'un idéal qui le domine. Sur tous les 
visages lleurit une pudeur cbarmante, mais qui n'efface pas le caractère el 
l'expression. La figure du Clirist a l'aulorilé el la tendresse; la force cl la 
bonté y éclatent en traits de huidère; celle de la Vierge tremblante 
d'humilité el de joie, celles des apôtres, des projihèles cl des i-ois, pen- 
sives, graves ou rêveuses, ont la sérénité de l'art aiditpu', dont la grâce 
el la beauté sont ici rendues au monde, mais avec un sentiment non\eau 
et après le baptême. 

Au-dessus de la lêle des deux apôtres assis aux deux exti-émités du 
registre central, el pour garnir le champ du bas-relief, un chêne el un 
olivier infléchissent harmonieusement leurs branches. La nalui-e l'ail ici 




lu.. 1(11. — L:i Vierge cl l'Enfanl. 
caile occidentale de Noire-Dame d'Aiiiicii' 



eau de l;i porte de druili- 



FORMATION" ET DKXELOPPHMEXT DE LA SCUI.PTUni: COTHKJLE 1 i7 

sciilir sa présence réelle. Elle esl ciilirT dés Icjrs dans la cathédrale à 
laquelle elle prèle l'inépuisalile h(''S(ir de sa llore. Viullel-le-Duc a dit 
admirablement avec quel arl savanl, cpn 1 ixnM délicat et sûr — cl suivant 
quelle progression — les imagiers oiniMuanislcs surent l'uliliser; 
comment la feuille de fouçtérc^ au momi'ul où rlle commence à se (h'-Mv 




lopper, l'arum qui s'épanouil au luintemps dans les plaines humides de 
l'Ile-de-France, où les paysans lui onl donné le nom déplante de fécon- 
dité, la puissance vilah' des liouiiicons qui vont s'ouMir. - les lii>-iu's 
énergiques de leurs ligrllcs naissantes» <■! gonllées de sève, les pislils, 
les graines et jusqu'aux élauiincs des llcurs. fouriiirml aux premiers orne- 
manisles g((llii(pies leurs modèles el leurs inspirai ions. ( l'esl a\('cces éh''- 

menls (|u'ils eomiinsérenl le di'e<i|- dn cliiiMM- de \nli'e-llaiiie de Paris. 



IIISTUIHE DE LAIiï 



Puis, (Ir I iiiiihil iiiii (le |;i (lovr iiiii^sMiilc. ils piissml ;i i iiiiilalidii (_!(' I;i 
llorc (|ui se (l(''\ cloiiiic : •• les liges snilongciil cl > iiuniigrisscnl ". les 
feuilles s (iii\ i-ciil, s'(''laleiil ; les houloiis de\ieiim'iil des Heurs el des 
IVuils .1; la loi-(''l el le \ei't;er, le jardin cl la prairie. — li(.'rre, eressoa. 




lui. Kr,. — l!,is-n'lii>r~ svnil 



I I I I \ ]M_I \1I1H II- 



pei'sil, liseron, inau\c, idaulin. (''glaulicr. \ igné, érable, cliène. — la nalure 
enlici'e, sont nus à e(udril)uli(in. el dans les j'euillages épanouis, à la place 
des uionslres dont s'irrilail le lion sens d"un sain! Bernard, les oiseau.v 
du ])on Dieu, jns(|uc sur les li>iulieau.\, \ iendronl l'aire leur nid. 

Le lynipaii de la |)(>i-|e de la N'iei'gc à Xcil i-e-l lame de Paris rcsie jiai' 
la conijiosition euuniic par la licanli'' une (eu\ l'c e.\ce}ili(>nnelle. C/esl la 
disposilion de Senlis, de Paon, de (lliarlres (a\ec la juxiajtosilion au 



KOHMATldX 



i)i:\ i-:L(ti'i*E-\ii:\i de la scrij'iiiu-: (.otiiioie iv.i 



lilltrjiil delà MorI cl dr la lt('-sunTcli(iir , nui lïil ii,(''ii(Tali'Uiciil ;hI(i]iI(''c. 
()n hi i-clroiiM' à l.au>aniic, où les inlluences bourguignonnes se l'uni 
SI iilir dans la scLdpUiic' cuMuiic dans rarc-hiteclurc, à Amiens, à l.ong- 
j)ont, à Sens, où. comme à Saint-Thibault (Côle-d'On. rAssomplion esl 
aussi représentée à côté de la Résurrection. 

.M. Georges Durand, le dernier et le plus autorisi' (\c> iiisloiinis de 
la cathédrale d'Amiens, a fixé vers 12'2ô l'oxéculion de Joule la slaluaire 
du portail occidental, dont 
la date exirème ne saurait 
dépasser l'25(>. Liniluence 
d(_' Paris y est li-ès recon- 
naissablc. et sans doute, 
nous ]i(Mi\(ius nous faire 
une idée d'aprè> les adiui- 
i-ables statues de VAiiiioii- 
ciatidii, (le la Visitaliou. et 
de la Pn'si'iildlidii au Tciujilc 
adossées aux ]iii''droits, 
des chefs-d'(euvre dont 
Notre-Dame de Paris a (''lé 
dépouillée. Par siui luiib''. 
son Iiomogén(''ité et sa con- 
servation, en dépit de quel- 
ques restaurations, cette 
« porte de la ^Mère-Dieu ■> 
d'Amiens i-esle l'illustra- 
tion monumentale la plus 
complète et la plus iuqto]- 
tante du culte de Mai-ie qui 
soit par\ cnue jusqu'à nous. 
Au trumeau. — sur lequel est sculptée, en six petils has-i-eliers, l'histoire 
d'Adam, de la tentation et de la chute dont le lils de .Marie rachètera 
l'humanité. — la \'ierge se dresse avec rKuTanl surle bras gauche ; elle 
foule aux pieds un démon à (pieue de serpent et t("'te de l'eumie: l'Ih' jiorle 
sur le voile (pii recou\re ses cheveux une richi' couronne; son ^■isage 
grave et timide ne s'incline pas vers l'Hutanl et ne lui souiil pas; l'iMifanl 
ne joue pas avec elle, il hénil. 

Dans Fébrasenient du portail, six grandes statues à droite représentent 
VAuituiicidlioii. la Visildlioii et la PrcuinilaHou; six à gauche, les rois Mai/ff:. 
lli'nidc, Sdldiimii et la /-t'iur ilc Sabd . Engag(''S deux à deux en de graM's 
dialogues, lange (iabriel el Mai-ie, Marie cl l-^lisahelh. Marie el le\ieillard 
Siméon oITrent. dans l'unili'' du mr^iie >l\le. de- nuancer-, d'cxiu-i'ssion 




Fi(,. iO-i 



iUiC(li;ilc lie l'icili 



150 



IIISTOIRI': DE 



iiussi diMiciilcinciit^lUf solircmciil noires; la \'ii'i'i4c df l:i l'isiliilioii nVsl 
pas, en dépil de l'idcnlitr du vêlement cl de la lesscuddaiicc des hMes, la 
répétililion pure et simple de celle de VAinioni-idUon; sous la draperie 
tendue de son manteau en forme de chasuble donl le pli Iriangulaire 
s'élargit, se l'évèle déj;'i sa ju'ochaine matei-nilé, ipie le geste de sa main 
gauclie désigne discrétemeni ; un layoïiueuicid de joie et presque d'orgueil 
maternel l'éclairé dans le grou^ie de la Prî-nenldUoii et la figui'c de Siméon. 
lendant vers l'Enfant ses mains couvcrles de la Srliimla juive et s'appr('''lanl 
à chanter le iY)n(r (//)/(/7//.s-, Domine'., s'illuiiiinc d'un souiire d'inlime (''nio- 

lion cl de ra\isscmcnt; l'ar- 
•^ change. a\ec les boucles encore 

ai'chaïques de sa chevelure, a la 
grâce sérieuse et juvénile d'un 
enl'anl dechoîur; l'^lisabelh esl 
une admiralile malrone.... Si 
l'on ra|)proclie de ces statues les 
plus beaux ivoires byzantins des 
\' et XI' siècles, — entre l>eaucoup 
d'autres la Vierge tl'Utrecht, [lar 
exemple, — on se rendra compte 
de la mesure dans laquelle nos 
imagiers ont pu, — pour le trai- 
tement de la drapei'ie, l'arrange- 
menl des ^oiles sur les tètes 
IV'miniues. - lirer ])ai'ti de 
]iai'(Mls modèles et aussi avec 
(piclle liberl('' ils s'en sonl sei'- 
vis. La di'aperi(> se couipoilc ici. 
i\i\ lune à l'autre ligure, avec 
une grande varicl(''; loudiaiil à 
l)lis droits et s'arrètant sur le cou-de-picd dans la Vierge de la Vlsilalioii, 
elle déborde en ondulations comme un flot qui s'étale dans celle de la /'r.'- 
sriiliiiiDii qu'on pourrait croire un peu postérieure, mais qui n'est vraisem- 
blalilement (pie l'œuvre contemporaine d'un autre compagnon. Dans la 
\ isiidliiiit de (lliarlres, c'est par une sorte de bouirelet arrondi que le 
bord de la robe ondule au-dessus du pied; la draperie d'Amiens est 
comme interm(''diaire (Mdre celle de la l'islla/ion cliariraine cl celle de 
S(iii)lr Mixlrsli' du même porche septentrional. 

Sous chacune de ces grandes statues, de charmantes figurines 
accroupies (»(«/'//(o».yc/s) servent de supports ; dans les quatre feuilles du 
soubassement, des bas-reliefs d'exécution inégale, confiés à des artistes 
assun''menl moins habiles (rue ceux (uii travaillaient aux soubassements 




llhc (h >l( .l( KrillIS. 



l'dRMATKtX ET lUiNELOPPEMENT DE EA SCUEPTEHE COTIIIOUE IM 

de la ]>uiie Sainl-Firiiiin, iciii'rscntrnl lo <■ liiiiires •• liil»li(jues de Marie 
(toison de Gédéon, verge d'Aanm. ])uissoii ardent, elc), ol des épisodes 
de riiistoire de saint Jean-Baptiste, des rois ]\Iages et de l'enfance du 
Christ d'après l'évangile de saint .Mathieu el la légende dorée. 

Dans la composition du lynipan. l'atelier de la porte d'Amiens a com- 
liiiK' les influences de l'ai'is a\ec celles de Chartres. Au linteau six per- 
sonnages bibliques sont assis dans l'attitude de ceux du tympan de la 
porte de la Vierge à Notre-Dame de Paris, mais sculptés en ronde-bosse 




et tous palriairiies ou proplièles, parmi lesquels Aaron et Moïse sont très 
i-econnaissables. A la zone intermédiaire, la Mmi cl la llésiin-cihaii de- 
Marie sont juxtaposées, le Conrauneiuoil occujie la zone siqiérieure. Mais 
i'arl d'Amiens reste ici inférieur à celui de Paris.... L'atelier qui repi'il à 
i.ongpont le même programme est tout voisin de celui d'Amiens, avec 
des qualités d'exécution plus fermes et plus d'une variante d'ailleurs dans 
le détail de la composition.... Mais ces comparaisons minulitnises ne sau- 
raient trouver place ici. 

A Reims, des inllneuro de C.liarires el d'Amiens se juxtaposent et se 
mêlent à un coui-anl d'ail local profondéinenl original. Dans la série tics 
patriarches de la |ioi-le de droite, c'csl l'alelier de Cliarlres (pii a fourni 



i;/2 



IllSTOIRK D1-: LAliT 



les luodMcs cl |iriil-("'li'(' aussi les iii'lisics, à une riicxiiic coiilcniporiiiiH' 
(li^s pn'iiiirrs lra\ ;ni\ (-((11(11111 s par Jean (l'< )|-)iais ( 121 l-j 1*31 '), où l'on pr(''- 
para sans doiilc rc.\('M-ul ion d'un p(Hlail oeeideninl qui ne l'ul jamais exi'-- 

culé el tlonl on relrouverail 
d'aulres \eslit>es dans les 
porli's (lu iransepl sejilen- 
liional, si gauchemenl en- 
(■ash-(''es dans l'arcliileeture 
(pii les coidicnl cl ne scni- 
lilail ]ias l(^s pr(''\()ii'. A la 
poiic cculralc de la l'a(;adc 
occidculalc. dans la s(''ric de 
\\\iuii)ii<lfi//(iii. lie la \isil(il((,ti 
cl (le la l'rcsfiild/ldii (III li'iii- 
l'Ir. cerlaiues slalucs soni 
connue les sœurs de c(dlcN 
d Amiens, alors que leurs 
\(iisines i'el(''venl de Iradi- 
I ions lr(''s (lifr(''renles. 

La \ icr^'c de \'Ainiiiii<i(i- 
liini a la jdus g-rande rcssem- 
Idance a\cc celle d'Amiens, 
mais l'archange r(''niois por- 
leur du message divin diff(''r(^ 
radicalcmcnl de son cong(''- 
ncTc ami(''m(is. L'aniplc maii- 
leau don! il se dra|te u\cc 
une Airluosih'' sa\anlc. le 
souriic aigu el prescpie ma- 
licieux dont il accompagne 
ses paroles, les boucles t'ri- 
sc'-es de sa chevelure (fig. lOG) 
le placeni parmi les derniers 
venus dans celle glorieuse 
cohorle d'anges (pii fonl à 
Noire-Dame de Reims un corl(''ge d'IionncTir cl une inconqtarahie pai-urc. 




l-r.i-mciil irinir -Irh 
|\hi...,- lia l.niiMV ) 



I. .\r III.' I 
.■In-inl,.. illl I 
-..ml .ni'.-ii.'iii 
,!,■ Ch.iiliv- .1 
.ivc- l.-iir- .-Il 
|,I,I,-,T l.i sciiliilii 
.i,-.,-|,.. IM |,liw..r 



,|l.,l.,i;l.' ,l,' l,-| .■.■llll.-.ll:ll.' .!.■ l:.'llll-. ,-|ll\ .-(.11- 

;,m j,. ,T.,is .|ii,' !.■- |.;ilii,urli.-- .!.■ Cli.-irliv- 
II .-l .■-^(■iilii'l .!.■ .li-hiii^ii.T .niv li:iii>c|>l- 

r,ili..r.l (■(■II.' lies |M.il.-> |.i(i|iiv II! .Iil.- 

.|,|<. |,ui- .■.■II.' .In 1I..I.II.' .|iii I.'- liivir.lc. <;■.■-! .ilii-.'- l-ii(t 'liiil r.inl 
,1,'s //..rr/.,-s: .•n.-iiil l-'i(l, cl. cruyiiiis-iKiiis. .I;iii~ l.-i iHviiiii''!'.' (l.-.-;idc .lii 

,. l,;,lli,' (!.■ .cil.' il.- i,n,l,-s. 



,1111;. ', |i.>ui- II- i|iii .■ '.•ni.' I 

...iii h.iv.iil .1.' M. Ii.'^iii.-n-.. 
- .i l.i .l.ili- .1.' 1-Jil) .ju'il ill.l 

\ r'|Mi.|iirs ii.iii^ r.'M-.-iii 



i-()i!M\ii<»x i;t I)i;\ i;i.(ii'I'Emi:nt de la scuei'Ture (iOTinoui-: i.").". 



Les jilus anciens veillcnl près du Clirisl,encasli"(''S aux murs de l'abside; — 
Icurthéoric se développe ensuite au-dessus des piliers contrebutanls; aux 
ébrasemenls des portails, ils assistent les saints martyrs ou interviennent 
dans les scènes du Nouveau Testament; — ou Jugement dernier enlin, ils 
se mèleni avec une nuance d'empressement souriant et courtois; en appor- 
lanl à Aliiaiiaiii les petites âmes dont ils ont le dépôt, chacun d'eux fait sa 
plus belle révérence.... La cathédrale de Reims est par excellence la cathé- 
drale des anges. Et de ceux de l'abside à celui de l'Annonciation, on peul 
suixre dans ICxpicssiiin de 
plus en }tlus aigui"' du sou- 
lire, dans les particularilc^ 
de la l'acturc de plus en 
plus libre cl dans le slylc 
de la draperie, révolution 
lie la sculpture elle-mcnic 
Le groupe Ac la Vislia- 
lion s'oppose j)lus qu'il ne 
se juxtapose à celui de 
VAiuioiicifilliiii . lanl le ca- 
ractère cl le module des 
figures comme le traile- 
menl de la draperie sont de 
l'un à j'aulic différents. Il 
imporle loulel'ois de re- 
marcjuer (pic ces deux sta- 
tues qui prennent, par le 
contraste, une valeur extra- 
ordinaire dans la série de 
la façade occidentale, ne 
sont pas une exception dans 
la statuaire de la cathédrale 
de Reims. Le Christ de l'aliside et quelques-uns des anges que je mention- 
nais tout à l'heure et qui comptent parmi les plus anciens (vers 1240 et 
plutôt avant qu'après cette date), sont drapés à plis nombreux d'après un 
système toul pareil. \'ers la même époque, Villart de Honnecourt rem- 
plissait son allium de croquis où l'on retrouve (tVr/i(.'>, //((w////(^, figures 
des Api'ilrcx. de Vlù/lisc^ etc.), les mêmes caractères, la même abondance et 
la même contexture des plis; au portail du transept septentrional, saini 
Pierre et les apôtres ses voisins peuvent être rangés dans la même série. 
Nous verrou s qui' la propagalion de ci> style S(^ fit rajiidcMnent en Allemagne'. 




Callirili-.ili' ili' Hi'iiii-. 



I. r. 



1Û4 



HISTOIRE l)K LAP.T 



Esl-ce à dii'c ((u'il y cul en l-'ranci' — coiiinic en Ihilic ;i\cc >,'icol;ts 
de Piseà follc dalc, ci^l-à-diic mis le miliru ri dans la seconde moitié du 
xiii' siècle — des velléilés ou des lenlalives de lîenaissance « classique "? 
Il n'est juis (joui eux (|ue des ligures eoniuie celles de Marie el d'Elisabeth 
dans la Visihilioii de lieinis ne pouiTont (Mre rapinoeliés (|ue de modèles 
i^recson grvco-roniains, et l'on ne saurait comparer |i;u' exemple la \ iei'fie 
de la Yisildluni à la stèle grecque acquise ])ar le Louvre en 1880 (fig. KIT i. 
sans être rra]i|ir des analogies qui s'y rencontrent tant dans le caractère 




V\t:. IU',1. — SaintJose|ih, ;mi porlail cenli il (l( I i I I i,J, 

df In (•.■illicMlrjilo (Ir 1 un- 

de la draperie que dans la eonsti-uction de la ligure (dessin de la liouelie, 
modèle des joues, facture des clieveux épais et ondulés). 

Les sculptures antiques avaient abondé dans le Nord-Esl; à Reims, 
à Langres, à Besancon, dans les vallées de la Meuse et de la Moselle, à 
Metz, à Trêves, à Maestriclit, à Utrecht, dans la vallée du Rhin, de 
^layence à Cologne, les sarcophages, les stèles et les statues avaient 
couvert le sol. ^ eut-il imitation directe ]iar les imagiei's elianq)enois de 
(pielques-uns dc ces modèles? On jieut le supposer, puisque ^'illard de 
llonneeourl ne négligeait pas à l'occasion de dessinei' « d'après l'an- 
tique '>, encore que ses dessins témoignent d'une assimilation assez j)eu 
ef'licace des œuvres qui avaient attiré sa curiosité! La transmission put- 
elle se faire par des ivoires?... En tous cas, il y eut transposition })lus 
que co|)ie véritable, et cet incident de l'histoire de la sculpture n'eut à 
riieure où il se jii'oduisil aucune conséquence durable. 




X.A PRÉSENTATION AU TEMPLE 
l Porte centraie de la façade de la cathédrale de Reims) 



Histoire de lArtn PI m 



Ll^nune Anaand Colin Paru 



FOnMATlOX Kl' DEVELOPI'KME.NT DE I,A S( .ULPTUF.E (ioTllIOUE 1.".: 



Dans la Pir.-:('iil(ili()ii (tu Ti'iiipli' <|iii, au iinMiK,^ poi'lail de Reims, occupe, 
en face de VAininiicidliiin et de la \'isil(i/i(iii. l'idji-asemenl de gauche, deux 
groupes de slaliies se juNlajMisrnI doiil 
Fesprit et la t'aclure rcvchMit l'inltM-MMitioii 
d'artistes appartenant à deux écoles ou gén(''- 
rations différentes. A côté de la Vierge, hum- 
ide el liiilide, sœur de celle de V Ali imiicidliiiii . 
et du \ieillard grave et recueilli, .)(ise|di el 
Anne, avec leur sourire aigu et leur miiu 
tutée, manifestent plus de curiositi' (|U( 
d'émotion. Joseph, avec les boucles de s; 
chevelure en coup île vent el la moustachi 
ijui découvre le sourire de ses lèvres pincée^ 
ifig. lO!» . a d(''jà l'ail- d'un ■ rapin " iiilelligeiil 
et scej)lique. el c'est |u'olial(leuienl à cpudcpie 
figure de ce genre, aussi émancipée el aussi 
vivant(\ que pensait révêc{ue (iuillaume de 
blende, quand — opposant les artistes d'au- 
trefois, dociles aux directions et disciplines de 
l'Eglise ordonnatrice et maîtresse de toutes 
les images, à ceux de la fin du xiii' siècle, ([ui 
introduisaient dans riconograjdiii^ toutes les 
fantaisies de leur iiuagination — il citai! le- 
vers d'Horace : 

Iiiiliiril'iis filiiiii' jiiii'/is 

Oiiiil/ihrl inidriiili si'iiijirr / iiil :i'iiuil iiiilcsliis, 

La drapei-je. do ni les gi'auils |dis s'(''l()lfeiil 
el se creuseid, s'anime (die aussi (-(imuie d'nii 
souflle nou\eau. 

La mé'nie prngL-es^ion s'(d)ser\e dans 
l'inlerpriMatiiiii du \isagi' de Marie au cours 
du xur siè(de. A la porte du transept septen- 
trional de .Xolre-Hanu' de Paris, que l'on peul 
clatei' de I •J,"i7 en\ ii'on ou des années (pii sui- 
virent immédiatement, elle tient l'Enfant dans 
ses liras non |)lus avec une gravité sacerdo- 
lale. niai> a\i'c une \ ivaeili'' joyeuse ; elle le 

soulcNc de\anl elle et lui sourit avec une expression triomphante de liert('' 
maternelle. Au linteau et au tympan, où l'histoire de l'enfance du Christ 
se mêle à la repr(''seulaliou de la l(''geiide di' Tli(''ophile xoirT. L.p. (>'2I el 
iJ2i). la \i\aeilc'' du n'-eil >'aeceul ue dans le un'uie sens, l u ]ias (Micore. 




l\nll-|--|l.llrM' <lf l'arisi 



lIlSTdll'il': 1)1': LAHT 



cL iiiic iiiiaiirr iiuu\L'llc dc\ifiulra sensililc. A la porle durc'r d'Aiiiiens, 
\L'rs 1*288, Marie accueille les visiteui's et les pèlerins d'un sourire où il 
semble bien que viennent se mêler un peu de çoquellerie cl un certain 
désir de plaire (lig. 111). RusUin Ta appelée la « Souluclle jpicaidc ». 
«' Soubrette » n'est peut-être pas trèsjuste ; mais qu'il y ait dans cette tète 
inclinée et rieuse une intention de grâce plus mondaine, cela n'est pas 
douteux. L'esprit du temps a fait son œuvre : à force de regarder la vie el 
la nature jiour y clierclier les formes expressives de l'idéal qu'ils a^ aient à 




de hi 1 



llK'dr.ile (l'Amiens. 



interpréter, les imagiers ont cédé à la séduction de la nature cl de la vie; 
ils veulent suivre de plus près leurs indications; le modelé s'acccnlue ; les 
plans se muliiplienldans la construction des ligures connue dans la dra- 
perie. La sculpture tend à de\('nii' plus souj)lc et plus vi\anlc, mais elli' 
est moins simple et moins nionumcnlale. .Vu ti-umeau de la poilc ccnlralc 
de Reims (fig. 112), le maniérisme est déjà très sensible. La Vierge ici esl 
une grande dame précieuse et un jieu guindée, qui soui-it du Ijout de ses 
lèvres minces et de ses cils clignotants, selon le rilr ou le code d'une 
mode et d'une élégance conventionnelles. Dès le déhid du xm" siècle, un 
poète de cour, Anglais d'origine, Alexandre Neckam, uolail chez les 
mondaines de son leuqis une certaine alleelalion de c dislinetion ',une 
certaine recheix-lie de la nàlenr. Les joues ronces el i-oiides ('■laieiil bonnes 



i(»i;.\iAii()X 



i)K\ i:l(»i'I>kment dk i,a scrLPTiHK co'i'iiioui': i:.7 



[luur les paysannes ; mais les IViunics dix monde se seraient crues discjua- 
lifiée.s aux yeux de leurs elievaliers par un air de santé trop florissante ; 
aussi s'etïorçaient-elles datténuer par le jeûne volontaire ce que leur 
tempérament et la nature pouvaient leur avoir donné de sang trop riche 
ou de rondeurs trop épanouies : 

Allrril /<'/inuil iiiciisd nuiiiiil(/iir iriin- 

I mil 

El jinirsiis (iiuirr ihiUchI ijina fm-il : 

.'S mil (/ii;r mm jiiiUcI silii iiislicd 

\i/ii;i'tiiic riili'liir: 

« ///<• ilrrrl. hir nilar rsl mus 

[inmiiilis I. (iil. 

Les uuniatui-isies avant les 
sculpteurs s'inspirèrent de ces 
nuances cliangeanles de la mode; 
ils étaient, plus que les tailleurs de 
pierre, en rajjports personnels avec 
les gi'ands de ce monde et les mai- 
Ires des élégances ; mais les sim- 
ples imagiers subirent à leur (our 
ces inlluences, par rcllet plus que 
par contact direct, et nous en ver- 
rons les elTels à la lin du xiii' el 
surtout dans la première moitié du 
xiv" siècle. 

Pour siMvre dans tous ces dé- 
lails el dans l'immense domaine de 
l'art du xiu" siècle celte transforma- 
tion graduelle de liconograpliie el 
du slyli', u\\ gi-(is li\ re serait n(''ces- 
saire el ne sul'lirait }n\s. (Ju'il 
s'agisse des scènes de l'enfance ilu 
Christ el de la vie de Marie depuis 
l'Annonciation, ou bien de la Moi 
ment de la Vierge, les remarques de cet ordre pourraient être mullipliees 
el, selon les régions, à ce qu'amène de nuances changeantes la marche du 
lemj)s il faudrait ajoulei' ce qu'un cerlain esprit r(''gional a pu siisciler de 
diver>ilé dans le slyle. i/iiilhience de rile-de-h'rance se fera sentir par une 
élégance j)lus sol)n> el plus (hdicate ; la verve hourguigiionne s'élalera en 
ligures plus grasses el plus élolfées qui s'alViueroni aux conlins de la 
Champagne et de l'Ilc-de-France ; le module des ((Mes ira, selon les ale- 




l, de la liésurreclion ou du Couronne- 



108 



HISTOIRE DE I.ART 



licis, s';illi)ni;('aiil jiis(iii':'i ICxirrinr liniilt^ où l.i roriiiulc se Milislilue ti 
lontcolisei-valiondircclc; cl, à Amiens comnic à Hcinis, on m rclrverail 
des exemples signilieatit's. 

Au lympon de Doniiemarie-en-Monlois drlml du xiii' siècle , où la 
\'ierge assise avec l'Enfant sur les genoux est encensée par deux anges 
agenouillés et adorée par deux petits donateurs qui baisent un pan de sa 
robe, la draperie est celle du porlail seplenirional de Chartres; à Villc- 

ncuvc-rArcIievéque (lig. ll'i) 
aux conlins de la Bourgogne 
el de la Cliamjiagne, c'est, 
dans les ligures des })iédroits, 
une inlluence rémoise qui se 
fait sentir, mais dans les par- 
ties de sa statuaire oij Reims 
voisine avec Amiens; au tym- 
pan, inlermédiairc si l'on peut 
diri' enire celui de la petite 
|M>rle gauche de Sens et celui 
d'Auxerre (fig. Mil l'ampleur 
Ijourguignonne commence à 
s'(''pan()uir. 

L'ingéniosité des ima- 
giers à diversilier, dans l'unib'' 
traditionnelle du llième ico- 
nogra})iiique, le dis}iositif de 
leurs bas-reliefs, comme les 
archilecles l'ordonnance géné- 
rale de idiaque portail, esl 
\raimenl admirable. Dans 
rAd<iralion des Mages, c'est 
l'altitude des rois, la présence 
ou l'absence de sainl Joseph, celle de l'ange — guide de la marche prodi- 
gieuse à haveis h^s dései'ls et porteur de l'étoile-fanal ou bien témoin de 
l'adoralion. un encensoir ou un chandelier à la main, — qui sont les élé- 
ments sans cesse modifiés en cond)inaisons nouvelles de cette variété. 
Pour le Coiiroimeiiu'iil ilr l<i F/oy/c — dont le culte de Marie, de plus en plus 
populaire, suscita d'innombrables répétitions el oia il semblerait que les 
exigences de la donnée iconographique, la précision du geste indiqué, le 
fète-à-tète des deux acteurs de la scène risquaient d'enfermer les imagiers 
dans un champ très restreinl d'inventions possibles, — c'est encore par 
^inler^enlion des anges, qui sont comme le chœur de la divine tragédie, 
du grand « mystère " évoqué par l'ai-l du moyen âge, ou bien par celle des 




Fu:. 115. 
do Trolls 



Il 1 d I , I u <Ji k~ M II 

- Tiiiiiieau et cliiasciiienl du |)()ilail 
de N'illenevivc rAi-rhevèque (Vonncl. 



l'OliMAIION" KT l)i:\ IJ.dPl'EMKNI DK LA SCI Ll>Tn;i: (iOTliloil'; i;,',) 

liicnlu'urcux (iiii. craprrsJacqiK's de N'oragine, accompagiuiiciil Marie dans 
le ciel, c'est par rallilude el le groupement de ces gracieux lémoins, que 
la composition s"anime, se renouvelle et évite les redites littérales. Le 
geste et l'expression des deux interlocuteurs principaux sont d'ailleurs 
délicatement variés. Assis sur le même banc, la Merge et le Christ sont 
tournés l'un vers l'autre. Mais il est tant de nuances possibles dans ce 
dialogue surnaturel, soil que la ^'ierge s'incline pour recevoir la couronne 




el allendi' liuiublcnient le uiunicnt de la recevoir, soil qu'ellr llécliisse 
légèrement le genou el la lèle, soit que son fils lui-même ou un ange 
vi(Minent poser sur son fronl le diadème de perles.... A Laon, à Senlis, 
;'i Cliarircs, à Paris, qu'il s'agisse de la porte de la A'ierge ou du tynqtan 
de la petite ^< porte rouge •>, à Amiens, à l'abbaye de Longpont, à Beau- 
vais, à Auxerrc, à Mouticrs-Saint-Jean. îi Bourges, etc., etc., c'est toujours 
le même motif el ce n'csl jamais la même répliipie. Dans le silence des 
textes évangéliques, c'est à la légende que l'on dul rnqirunicr le scénario, 
très simple d'ailleurs, et sans descriplion (■ii(()nslanci(''e, cprelle livrait à 
l'imagination des imagiers, cpii ne s'en enqtarèreni vraiment (pi au 
xiii'' siècle. << N'iens du Liban, mon ('/«mi.sc. dil .Jésus à Marie, viens recc- 



100 



HISTOIRE DE LAliT 



voir la couioniK?.... Elle s'assit sur le trône à la droite de son fils. ■■ Cela 
siifUi. 11 est à i-eniarqucr que c'est de ces llii-Dics simples et généraux que 
l'art devait tirer les plus riches motifs. Toutes les fois qu'elle est liée à des 
indications trop précises ou à des intentions d'exégèse ou de symbole Irop 
compliquées, la verve plastique des artistes s'appauvrit ou se dessèche; 
elle s'élève au contraire, s'émeut et s'élargit à mesure que les données 
iconographiques lui ou^•l■cn[ un champ plus ^ astc où l'imaginalion. mise 




Ailor.ilii.iii des M;igos. Tymp.-iii do la clia|ielle archiépiscopale de Keiiiis 



en contact avec la nature, a le douljle liénélice d'un support précis et 
d'une lihcrié plus gi-ande. 

Parmi les monuments du .xni' siècle, il est une série où les chefs- 
d'œuvre abondaient, si nous en jugeons par les fragments çà et là 
retrouvés et sauvés de la ruine, et que le vandalisme des chanoines — 
f gens de goût » des xvii'' et wiiT' siècles — a presque complètement 
détruits: ce sont les jubés. Celui de Chartres portait, en une suite de 
bas-reliefs, une iconographie de l'enfance du Christ qui devait conq^ter 
parmi les plus parfaites sculptures du temps. Il remontait à Tépiscopat 
de Mathieu des Champs (1247-1259), peut-être même, pour certaines par- 
ties, à celui de Pierre de Mincy (1260-1276). Sébastien Rouillard nous en 
a laissé cette description : « Venant à la poi'tc du chœur pour sortir de la 
nef, se Irouvenl deux escaliers de pieri-e de taille par les([ucls on monte de 



Fdl'.MATIOX ET DKVIirj IPI'II.MKXT DK I. A SCri.l'TI l!K liOTFlloUR llU 

coslé cl d'aulrc au poulpitre, Icciuel coiilifiil I I loiscs de lonij- et de large 
} toises el !) pouces. Il est artistcuiciil i'ail el basli de pierres de taille 




11... 11(1. — r.ouronriemenl il'- i.é \ lu;.-, .m hum-, 
.l^ 1.1 cathcdnile d'Auxeiic 



|in,|,' il(_- .IroKc 




l'hot- Mailiii SaK 

In.. 117. — Lf- Koi- Maiji'-i aM'ili-; ]i,if l'anifc. Fraijment du jubé 
d(- la c,illi.:-(Jralc de Cliartre-;. 



de diverses histoires, tleurs et compartiments soutenus de colonnes de 
pierre d'une seule pièce et si minces et délicates que les meilleurs archi- 

T. II. — -21 



HISTOIRE DE LART 



tectes de ce lemp.s ù peine oseraient-ils promeltre de pouvoir laii'e 
mieux.... ■■ 

Une autre description, de la lin du xvii'' siècle, ajoute seulement à 
cette indication trop sommaire : << Il est enrichi de diverses figures qui 
représentent plusieurs histoires mais n'ont garde de ressembler à celles 
de la clôture du chœur et cependant sont fort belles ». 

Enfln, le greffier du grenier à sel Pintard fournit ce renseignement 

complémentaire : <( Ce 
pul pitre est ouvragé tout 
au tour d'histoires de l'An- 
rien et du Nouveau Testa- 
ment, de figures et de 
compartiments en relief » . 
En 1761, le chapitre 
ayant décidé de décorer 
le sanctuaire et le chœur 
dont le style « gothique 
ri barbare » choquait le 
lion goût des chanoines 
lettrés (Racine visitant la 
rathédrale l'avait jugée 
' assez grande mais un 
peu barbare »), le jubé fut 
sacrifié. 11 était d'ailleurs 
en mauvais état, lézardé 
et branlant. Le 25 août 
1702, il fut visité par deux 
architectes, Guillois, atta- 
ché au service du Roi, et 
Brissart de Chartres; et 
Retoub dit le Franc, 
maître serrurier, ayant 
déclan'- (pi'il faudrait SOd livres de fer |)0ur les consolider, la démolition 
en fut décidée ■■ après meure délibération ». L'évêque donna son adhé- 
sion par une lettre datée de Versailles le 21 avril 1763 et conservée aux 
archives déparmentales d'Eure-et-Loir. On se mit aussitôt à l'œuvre et 
un mois après le chef-d'œuvre n'existait plus, o Le jubé a été détruit, 
écrivait un contemporain, lorsqu'on travailla à décorer le chœur dans 
l'état où il est à présent, et ce n'est pas une perte pour les arts. C'était un 
monument indigne de cette superbe basilique; mais ne l'ayant pu faire 
beau, on l'avait fait riche. Tous les innombrables sujets de sculpture et 
petits ornements de mauvais goût dont il était surchargé, étaient dorés «i. 




KiG. us. — Suinl MiiUuLHi t''rn\ant sous la dictée 

de l'ange, (bas-relief provenant de Chartres}. 

(Musée (lu Louvre.) 



FORMATION" ET DÉVELOPPEMFiNT DE LA SCULPTURE GOTIIIOUE IOm 



A Paris, à Auxerre, la dcstruclion a été plus coaiplf-lc encore. Bourges a 
conservé la plupart des admirables bas-reliefs qui composaient son jubé 
et que l'on pourrait comparer aux métopes des temples antiques. 

L'image du Christ, dans toute cette iconographie, est intimement liée 
à celle de sa INIère. Il n'est représenté isolément qu'aux tympans, où il 
siège en majesté, au 
xii" siècle et dans 
quelques monu- 
ments du commen- 
cement du xiii% puis 
au trumeau de la 
porte centrale, où il 
enseigne, entouré de 
ses disciples. A 
Saint-Pierre de 
Moulins et à Saint- 
Benoît-sur-Loire, ce 
ne sont plus les sym- 
boles des Evangé- 
listes, mais les Evan- 
gélistes eux-mêmes, 
assis à leur pupitre 
et écrivant, qui en- 
tourent la figure de 
majesté. Le même 
motif reparaîtra un 
peu plus tard en 
Espagne, à Pmrgos 
et à Léon. 

Le Christ du tym- 
pan de la porte sep- 
tentrionale de la façade occidentale de Notre-Dame de Paris, et aussi 
celui du tympan du Jugement dernier peuvent nous indiquer, à di-faut 
de la grande >lalue détiiiite qui se dressait au Irunieau de celle sect>ude 
porte, comment les sculp[çur> du temps se représenlaient le l'ils de 
l'homme qui fui le Fils de Itien. CIn peu! compléter ces indications par 
deux monuments d'inq)orlance capitale ipii sont, l'un au portail méri- 
dional de Chartres, l'autre à la porte centrale de la façade occidentale 
d'Amiens. Le Christ de Chartres, avec sa figure plus individuelle, son 
expression de bonté un |ieu Iriste, s'il n'n pns la beautt'' ]ilus classique 
du ■ Beau Dieu ■' d'.\uMrii>. rsl pciil-rirc d'uiir humanili- plus émou- 




1()4 



IIISTOIIU': DE LAHT 



vante, plus scinlilalilr ;ui - l-"ils dr riiouiiin'. - à l'un dVnlrc nous.... 
Autour <lr lui. 1rs (lou/.c ApiMri's. rudes figures largemcnl modelées, de 
facture un yen IVusIc, mais avec une expression tout à fait éloquente 
d'énergie pnMc à l'ai-linn; leurs picd> nus, d'un dessin see et nerveux, 
sont di's uiorreaux d'arcliaïsnn' sa^anl el savoui-eux. 

j.c Chrisl d'Aïuiens a la sérénilé pensive, l'auliu-ilé. la noidrsM' l'i la 

douceur. Il esl liaili'' par larges 
jdans, couuiic il con\ ieni à une 
statue nionuuientale, mais d'une 
cxéculi<ui plus caressée : léger 
renneuieni du l'nud au-dessus de 
l'arcade soui'cilièi-e, jKiunnelles 
ir'gèreuieni saillaides. i'orle con- 
slrucliiMi du inenliMi sous la liarlie 
sé|iar(''e en houides ()pp()s(''es, 
linesse de la liouclie tpii va s'ou- 
w'w pour des paidles de jiaix cl 
d'amour, ovale allonge'' du \ isagi! 
(pi'accompagnent et qu'encadrent 
les boucles soyeuses de la cheve- 
lure, tout ici révèle dans une hu- 
m;init('' fraternelle el supérieure 
laccomplissemeiil supiiMne de ses 
]dus liantes pei-lecl ions. On relrou- 
vei-ail sans doule dans les jilus 
lieaux ixoires byzantins du x' et 
du xT siècle le type originaire de 
celle iidei-pr(''lati(m de la liguri' dU 
C.lirisl, — et ces })elils has-reliefs 
]MU-lalirs scrvii'aienl comme de 
Irait d'union entre l'art antique 
el les maîtres ilu xin' siècle. Mais 
l'interprélalion de ceux-ci leste originale el libre, (le n'est plus ici 
le dieu païen: ce n'est jias non plus l'Apollon ou le Jupiter catholique 
que la lii'naissanee placera sur ses autels et dont l'art jésuite fera, jibis 
tard, une sorte de Dieu bellàli-<' >■[ complaisani : c'est le maître cl l'ami: il 
enseigne et il bénil ; ses pii^ds i-ejioscnt sur le lion cl le dragon : l'aspic el 
le basilic, — conformémeni aux paroles des psaumes, — symboles du 
démon dont le Christ est vainqueur, sont sculptés de chaque côté du socle 
où s'iMiroule la \ii:iie, - la \ l'aie \ igné - — nja siim rilis rrni — dont son 
Père esl le vigneron.... Plus bas une staluelle cncastri''e dans la face anté- 
rieure du trumeau — et oii l'on a voulu tour à tour r(M'onnaîtrc David. 




l'IlHl Al, Il II 

Fi(.. l'JO. — ï.r Cliiisl ciisei^^n.'iiil. 

Ti'umc-jiu lie l,i iiorh' inili-Mk' du |iimI,' 

iiii'i'iilliiii.il il.' r.li.-ii'Ucs. 



FORMATION KT DKVELOPPEMKNT DE LA SCULPTURE fiOTHlOUE 16Ô 



Dagoberl. Pliiliinic Auguste et même Bacchus, représonle vraisembla- 
blement Salomon, que Ton retrouve également à StrasJjourg et à Sens. 

Les grandes statues du Clirisl que le xiii" siècle avait taillées au tru- 
meau des portails, ont été pour la 
plupart détruites. Celle du ^ Beau 
Dieu » lie Beims, gâtée peut-être 
par des. retouches indiscrètes, est 
loin de nicriler la célébrité dont 
elle jouit. C'est aux tympans du 
JugeuKMil dernier ([u'il faut éludicr 
révt)iuli()ii (!(" la ligure du ('.liii>l 
au cours du xui' siècle. 

Les Apôtres groupés à la dmili- 
et à la gaucliiî du « Beau Diru 
d'Amiens sont — avec leurs lèle> 
à l'ovale généralement très allongé 
cl d'im module plus foi't qu'en au- 
cune aulir des séries similaires 
— très dill'érents de ceux de Char- 
tres. Les imagiers se représentaient 
d'ailleurs les discij)les sous les 
aspects les plus variés. Tantôt, à 
Bampillon. jiar exemple, ils oui 
l'aspect juvénile et plusieurs même 
la figure imberbe, mais c'est là une 
série tout à fait exceptionnelle pour 
laquelle on dirait que quelque sar- 
cophage des ])remiers temps clirc'- 
tiens a ]m servir, au di'diul iln 
XIV'' siècle, de nioilèle aux scid- 
pteurs; plus souvent, ils ont l'ex- 
pression un peu rude que leur ont 
donnée les maîtres de Chartres, ceux 
de la porte septentrionale de 
Beims et, avec une insistance sin- 
gulièrement expressive, celui (jui 
sculpta les statues de La ('oulnic 
nu Mans. A Amiens. il> soni d'un 
type plus rc'guliei' et plus \oisiu 




'lui du ('.liri-l lui-m("'iue: à la 



porte dorée, ils reparaissent au linli'au, pai('> d un cliaruK' pilloresqiie 
nouveau el avee des vivacités d'expression <■! d'alliludc d'uiir valeur plus 
ane((loli(|iic [irut-(Mi-e (pic lilurgiijue. Mais ici eiicoir li> jiertes sont 



HISTOIRE DE L'ART 



irréparahlcs, cl nous n'avons conser\('' (jiiunc uiininic jiarlic de l'œuvre 
des ancêtres. 

On aurait peine à coni])rendie l'iconotiraphie qui se développe autour 
de la ligure des Apôtres et les attributs qu'ils portent, si l'on s'en tenait à 
ce que les Acics des Apôlrcs nous onl appris sur eux. Mais ici encore la 
légende foisonna en marge de l'iiisloiie e( (-'(^sl d'elle que s'inspirèrent les 
imagiers. Sur les voyages des Apôtres, sur leurs miracles, les circons- 
tances de leur mort, les Apocryphes sont pleins d'anecdotes où les maîtres 

verriers plus encore que les 
sculpteurs allèrent puiser les 
éléments de leui's illustrations. 
L'histoire de saint Jean, pres- 
que tout entière empruntée à 
la Légende dorée, occupa ceux- 
ci plus qu'aucune autre. La 
cathédrale de Lyon en donnera, 
au début du xiv" siècle, une ico- 
nographie presque complète; au 
début du XHi'', à la porte Saint- 
Jean de la cathédrale de Rouen, 
dont les soubassements repro- 
duisent presque exactement un 
motif ornemental que l'on re- 
trouve à Saint-Gilles, à Chartres 
et à Etampes, le tympan repré- 
sente, au-dessus de la mort de 
saint Jean-Baptiste , celle de 
l'évangéliste. Arrivé à l'âge de 
!lil ans, l'Apôtre, dont toute la 
prédication se liornait alors à répéter : " Mes enfants, aimez-vous les 
uns les autres », reç;ut de Jésus-Christ cet appel : <■ Viens à moi, il est 
temps que tu t'assoyes à ma table avec tes frères. » Il fit alors creuser une 
fosse au pied de l'autel ; il y descendit, exhorta les fidèles et pria ; une 
splendeur aveuglante l'environna tout à coup; et, quand la clarté se fut 
dissipée, il avait disparu. 

A côté du Christ et des jVpùlres, prenaient place, comme nous avons 
dit, les docteurs, les propagateurs de la foi, h^s saints et les martyrs dont 
chaque diocèse avait plus spécialement conservé le culte ou possédait les 
reliques. Il y eut là pour les imagiers une matière singulièrement riche et 
féconde. Il ne s'agissait pas de faire des portraits, et d'ailleurs les origi- 
naux de ces portraits avaient disparu depuis trop longtemps pour qu'aucune 
préoccupation iconique put être prise en considération. Les sculpteurs se 



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Fie. 122. — F,u<[c i]ii " Beau Dieu » d'Amiens. 



FORMATION ET DÉVELOPPEMENT DE LA SCULPTURE GOTHIQUE IfiT 

servirent de la nature pour façonner, selon l'idée et la représentation 
intérieure que la tradition, la piété et la légende avaient lentement mode- 
lées, les statues qui se dressaient aux trumeaux ou aux piédroiLs des 
portes latérales, ou les has-reliefs anecdotiques relatant les miracles, le 




i'Iint. delaLoiiiiu. de^ :il. H. 



A|iôtres du portail de l'église de La Coulure, au Mans 



martyre, les épisodes de la translation des reliques, elc. C'étail un champ 
infini qui s'ouvrait à leur art. Plus libres ici que dans aucune autre partie 
de leur tâche, provoqués à une invention moins conditionnée par la ma- 
jesté ou l'abondance des traditions, obligés souvent de créer de toutes 
pièces ou n'ayant à leur disposition que quelques miniatures de manus- 
crits locaux, les imagiers du xiii" siècle laissèrent dans ces séries iconogra- 
phiques quelques-uns de leurs chefs-d'œuvre les plus originaux. Il ne 



IlISTOIHl': Dl-; I.AliT 



nous est rien reslc des slalues de Nolre-Dninc de Paris; c'esl aux cliar- 
manls bas-reliefs qui occonipagnaient ces slatues, que l'on peul juger de 




l'uilc ^.UIll-JlJ 



leur valeur, el sans doute la sainte Geneviève qui s'adossait à l'un des pic- 
droits de la porte de la Vierge ressemblait beaucoup à celle qui l'ut sculptée 
jM'u d'années après au trumeau de r('>glise consacrée à la sainte sur sa 



FOHMATIOX ET DKVia.OPPE.MKXT IH-; T.V SCriPTrHK (iOTIIIorK Hl'.l 



« inontagiK' », quand on rt'iiova une l'ois de plus In vieille ljiisili(|ue cons- 
truite en exécution du vœu de Clovis à Tolbiac. Vu <lial)le e[ un ange, 
juchés sur son épaule, éteignaient et rallumaient tour à lour le cierge 
qu'elle portail en se rendant au pèlerinage de Sainl-Denis. Mais à Char- 
tres, à Amiens, à Reims, à Saint-Leu-d"Esserent, etc.. d'admirables 
témoins subsistent encore. A Notre-Dame d'Amiens, c'est saint Firmin 
debout au seuil de l'église, bénissant d'un geste à la l'ois débonnaire et 
énergique, et qui porte si bien sur 
son visage tous les traits révéla- 
teurs de la bonté active et effi- 
cace. Rien de plu.s simple que celle 
prodigieuse figure, de style essen- 
tiellement monumental et d'expres- 
sion doublement persuasive, di' 
modelé large et sobre, mais où 
l'accent est partout placé avec une 
impeccable sûreté. A Reims, la 
slalue et Thistoire de saint Rémi 
occupent le trumeau et le tympan 
d'une des portes du transept sep- 
tentrional. A Chartres c'est, entre 
vingt autres : saint Martin de 
Tours, le soldat qui vint au chris- 
tianisme par la charité, le grand 
orateur qui chassa les faux dieux 
implantés .sur le sol de la Gaule et 
dont l'action conquérante amena 
à l'Eglise tant de villes et tant de 
provinces, le thaumartuge inépui- 
sable qui allait semant devant lui 

les prodiges et que la foi du moyen âge accompagna si longtemps dune 
innombrable dévotion. Il est placé à la porte du porche méridional, à 
côté de saint Grégoire le Grand et de saint Jérôme, et l'on peut dire 
que la juxtaposition de ces trois figures met non seulement en valeur 
mais en évidence la beauté singulière et diversement expressive de 
chacune d'elles. Chez saint Martin tout est action : la bouche entr'ou- 
verte, la tète haute, le front large, les yeux profondément enfoncés sous 
l'arcade sourcilière, un mélange d'autorité, d'énergie et de bonté; à côté 
de lui saint Jérôme, tenant à la main le Livre Saint qu'il a traduit, a 
le recueillement et pres(|ue la timidité d'un homme de caiiinel; saint 
Grégoire, avec la colombe sur son épaule, ajoute à cette expression 
méditative de l'élude et de la concentration le rellet d'une inspiration 

T. H. - '22 




riiul. raul \iliy, 

Fiii. I'2.">. — T(Mes de sainte Geneviève 
^1 d'un .inse (anciennement au trumeau 

du |iorlnll de l'église Sainte-Geneviève). 



170 



IIISTOIRR DE LAIST 




iupéricuro. Sous ses pieds on voil représenté, comine sous eliacune des 

statues de cette première moitié 
du xiii'^ siècle, un petit person- 
nage qui en complète la signifi- 
cation morale ou historique, en 
même temps qu'elle sert à l'orne- 
mentation. Sous les pieds de saint 
fllément, c'est une petite église au 
milieu des eaux, allusion au mi- 
laclc raconté par Jacques de Vo- 
l'aginc et à la chapelle de marhre 
qui jaillit des flots à l'endroit oia le 
saint avait été précipité. Sous 
saint Grégoire, c'est un scribe ao 
^^ _ croupi devant un pupitre, qui tout 

M^m ; I paHl -' coup s'interrompt d'écrire et re- 

*■ ï jàÊ i jÊ^^M gai"de, curieux, à travers un rideau : 

— i ■.^■i simple illustration de l'incident 
lu.. iJii. _ s;iiiit l'iiiiiiii ( \riii ii^i rapporté par le diacre Jean, bio- 

graphe de saint Grégoire : « Lors- 
que Grégoire composait ses commentaires sur la vision d'b^zéchiel, son 
secrétaire, Pierre, étonné des 
longs intervalles qu'il niellait en 
dictant, perça, jtar le stylet qui 
lui servait à écrire, le rideau qui 
les séparait l'un de l'autre et, 
regardant parle trou, il aperçut 
une colombe blanche comme la 
neige, posée sur l'épaule de Gré- 
goire. La colombe tenait son 
bec près de l'oreille du saint; 
quand elle se relirait, Grégoire 
dictait et le secrétaire écrivail 
ses paroles... » Sous les pieds 
de saint Martin sont deux chiens 
affrontés sur lesquels il appuie 
sa crosse : i> Les animaux élaienl 
soumis à Martin. 11 vit un jour 
deux chiens qui poursuivaient un 

lièvre; il leur ordonna d'abandon- ,„ „ 

ner cette pauvre bête; aussitôt l'i'.. 12t. — sami .nluLiu, saini Jrnjmc, 

les ciiiens s'arrêtèrent, comme (portail méndionaTde bcTthédrale de Ghailres). 




FORMATIOX ET I)É\ KI.OPPKMKXT DK I.A SCCLPTCRK (iOTIIIori': 171 



liés à leur place. » Sous les 
pieds de sainlJérùnie, c'est la 
Synagogue, aux yeux bandés; 
sous saint Nicolas c'est le 
cruel hôtelier qui avait exposé 
et jeté dans un saloir les trois 
enfants ressuscites par le saint 
archevêque; sous saint Lau- 
rent, rempereur Valéricn (|ui 
ordonna son supplice; sous 
saint Théodore, dont la cathé- 
drale de Chartres possédait la 
tête apportée de Rome vers 
1120, c'est l'empereur Licinus. 
Ce saintThéodore est la re- 
|ir(''sen- 
lation , 
la jirr- 
sonnili- 
cal ion 
i d é a 1 e 
(lu saint 





'\G. I'2M. — Socle ol pallie iiil'i'i-ieiire de la statue 
lie ^^aillL Grégoire le (li-aud (Chartres). 



Fie. 129. — Saint Tli. 
(Chartres). 



uerrier; il porte le costume des com- 
pao-nons de saint Louis à la croisade, et nous 
conserve une image du chevalier français, la plus 
exacte en même temps, et la plus charmante et la 
plus noble qui ait jamais été peinte ou sculptée. 

La série de ces statues et des bas-reliefs (pii les 
ciinipirleut, si l'on en dressait le CarjiKs. permet- 
trait (\i' constituer delà façon la plus sûre l'histoire 
(les (iiirércnts ateliers qui intervinrent dans la 
glande ccuvre des cathédrales françaises. Pour que 
ce Cdfpus filt complet, il faudrait pouvoir, aux séries 
(les a|t(')lres, des patriafches et des saints, ajouter 
hiul (T qui a survécu à la crise trois fois séculaire 
ilr vaiulalisine que les guerres de religion, le 
goût classique des chanoines des x\ ii' cl wiiT siè- 
cles, la révohdion et enfin, luMas! 1rs icslaiiia- 
lioiis, oui briilalrincnl ou Miuiiiiii--i'iiiciil diMniil. 
11 y eut au uu)ycii âge une sialiiaire en bois, 
aussi riclii'. |i(nd-élre que la sialiiaire en pierre. 
C'i'sl à peine s'il en sidisisle cà el là (pielques 
épaves. Le " roi ■> de l'ancienne colleclioii ( '.ourajod, 



HISTOIRE DE L'ART 



aujourd'hui au niusrf du Louvro, en est un des jdus iirrcicux témoins, 
et pcut-èlrc Taisait-il jiaiiic de ((ucl(|uc adoration des Mages, taillée entre 
Amiens cl Paris par un imagier de la [iremière moitié du xiii'' siècle. 

Des patriarches du por- 
tail septenti'ional de Chartres 
aux dernières figures de 
Reims, toutes les nuances et 
tous les modes de l'intcrpré- 
lalion plastique de la figure 
humaine au xm"^ siècle y se- 
raient représentés. Les plus 
anciennes, celles de l'extrême 
lin du xii'' ou du début du 
xiii', gardent encore pour la 
plupart rattitude rigide, le 
parallélisme des deux jambes 
des statues du portail occi- 
dental de Chartres, à moins 
(pielles ne traduisent ou ne 
trahissent leur aspiration à 
la vie par le croisement bi- 
zaïre des pieds cpii, de cer- 
lains ivoires, passa dans la 
statuaire; mais déjà une lé- 
gère flexion du genou, le 
j>oids du corps portant sur 
l'autre jandie. détermine des 
variétés d'altitudes qui, sans 
rien enlever à la majesté 
monumentale de l'ensemble, 
suffisent à y introduire l'im- 
pression de la diversité et de 
la vie. Bientôt on observe sur 
(pu'lques statues (Vierges de 
\ AiiiiiHuidIidii et surtout Sijiki- 
<j<>iji(i') une tendance à s'iiifli'- 
cliir légèrement sui\aul un 
arc dont le sommet corres- 
pondrait à la partie cenirale de la ligure. C'est surtout dans les figures 
de la Synagogue que celte tendance s'accuse de bonne heure, et dans 
ce cas elle s"expli(pu' ualnrellemenl ])ar les données iconogra])hi(pies 
elh^s-mèmes ; la Synagogui,^ (''laid rt'pr(''seidée — jiar contrasle a\ec 




)i(,. ir,(). — s.laUic .-Il \,oi^. 
Première moitié du .\iii= siècle. 

(Musée du Louvi'e.) 



r (iliMATION ET DKVELOPPEMENT DK LA SCIIPTURK GOTIIlon: 17". 

l'Eglise aux regards droits et à l'attitude IV'rme et dominatrire — les 
yeux bandés, détaillante, appuyée à un étendard dont la iianipe e>t brisée. 
Le jet de la draperie suit avec une souplesse croissante les indications 
du corps, elle va s'animant et se " colorant » de plus en plus, creusant des 
plis plus profonds, des sinuosités plus accentuées, des remous jilus bouil- 




FiG. loi. — L;i SMl.ll;..i;llr. ri 



|-l,„t Tr.,r„p.-I 

•In iLiiiiept iuéi-idioïKil de hi calliédrale de Heii 



lonnants, à mesure que Ion dépasse le milieu du siècle. On en voit un 
premier exemple dans les Apôtres de la Sainte-Chapelle de Paris (fig. 15'2'l, 
adossés aux colonnettes de la nef comme pour « étoffer » de leurs 
amples silhouettes les verticales menacées de maigreur excessive depuis 
qu'aux robustes chapiteaux des colonnes de Notre-Dame s'était substitué 
l'essor des lignes ascendantes. Enfin, le dessin et l'expression des figures 
évoluent dans le même sens : recherchant toujours plus le caractère et la 
vie, multipliant les plans, délachanl el frisant b-s boucles des cheveux et 
des barbes, et aboutissant — >uiliiiil à lleinis. où l'art du xiii'' siècle atlei- 



m 



HISTOIRE DE I/ART 



gnit à l'originiiHlr lajilus audacieuse el aux plus ('•loiiiiantes divinations de 
l'avenir — à ces figures dune acuité d'intention aussi individuelle que le 
saint Joseph de la Préseiilalio» au Iciniilc. C'est de là, nous le verrons, que 
sortirent, ou c'est à cette école que se formèrent quelques-uns des maîtres 

(le la sculpture allemande, et pcul-ctrc 
laul-il attribuer à des influences com- 
iùnécs de France et d'Allemagne cette 
tendance à 1' <> expression », celte re- 
clicrclie du caractère qui, dans l'art 
allemand, tournent souvent à la grimace, 
mais (jui étaient dans ses instincts cl 
qui jouèrent dans le développement du 
réalisme un rôle prépondérant. Les 
parties hautes de Notre-Dame de Reims 
réservent, à ce point de vue, les surprises 
les i)lus saisissantes à qui a pu en 
explorer, d'échafaudage en échafau- 
dage, les recoins les plus cachés. Ce 
sont, à la retombée des arcs, des lètes 
— les unes graves, les autres souriantes, 
(juelques-unes caricaturales — où la 
verve de l'invention et de l'exécution se 
donne libre carrière, sans aucune préoc- 
cupation de symbolisme ou d'exégèse, 
en dehors de tout programme icono- 
graphique réglé ou ordonné par l'Église, 
dans la seule recherche du caractère el 
de l'expression. Elles témoignent qu'aux 
imagiers émancipés, travaillant, sem- 
ble-t-il, pour leur seul plaisir, celle 
licence de tout oser, à laquelle Guil- 
laume Durand faisait allusion, était dès 
lors arcord(''C sans limite. 

1/arl bourguignon, à Notre-Dame 
de Dijon, avait connu des liardiesses 
presque égales; le « Moqueur de Di- 
jon » peut prendre place à côté des 
figures de Reims qui, plus variées, plus fines et plus exquises, 
atteignent quelquefois au mystère et à la beauté du sourire léonar- 
desque. 

Ces figures sont comme la Iransilion entre la statuaire proprcmiMit dite 
et le bas-relief. 




I h.il .1. laC.iiiim des .M H 

Fk.. 1Ô2. — .\[i(jlie piirtant la croix tk' 
consécration ( Sainte-Chapelle i. 



FORMATION ET DÉVKI.OIM'K.MKXT DII LA SCILPTURE COTIIKH i: r 



Cet art du Las-reliel", qui. daus les lympaus, trouvai! un clianni i^loiicux 
el comme une place d'honneur à l'entrée de l'église, le xui siècle l'a divei- 
sifîé avec une merveilleuse souplesse. Il l'a adapté, sans qu'on sente jamais 
la gêne ni même l'effort, à toutes les exigences et toutes les variétés du 
programme architectonique. Dans les tympans, d'abord. Nous avons vu 
avec quelle diversité s'y était multiplié et à quelle splendeur sereine y 
avait atteint le thème de la Mort, de la Résurrection et de l'Assomption de 
la Vierge. Mais les légendes de la vie et du martyre des saints y furent 
aussi sculptées. A Sens, dont la cathéilrale est placée sous l'invocation 
du premier diacre martyr, — au-dessus de la délicieuse statue du saint, 
chef-d'œuvre de l'art du xiu' 
siècle dans sa fleur, les épi- 
sodes de sa conversion, de 
sa prédication, de son pro- 
cès et de sa lapidation son! 
sculptés au tympan, en une 
série de bas-reliefs inscrits 
en des compartiments et mé- 
daillons polylobés, confor- 
mément à un usage très ré- 
pandu en Champagne et que 
l'on retrouve notamment à 
Saint-Urbain de Troyes. 

Au transept méridional 
de Notre-Dame de Paris, le 
même thème est repris avec 
une animation plus grande. 
Nous sommes ici dans la 
seconde moitié du xiii'' siè- 
cle, — après ITol, date initiale de la construction du portail par 
Jean de Chelles. Saint Etienne écoule d'abord la parole des Évan- 
gélistes qui le convertissent; il prêche à son tour— el le groupe des 
auditeurs, hommes el femmes debout ou accroupis devant lui, se retrou- 
vera, avec à peine quelques variantes, dans les tableaux de Carpaccio et 
les fresques de Fra Angelico ; — puis il est arrêté par un soldat revêtu de 
l'armure romaine, conduit devant le proconsul et lapidé: son Ame est 
recueillie par Dieu lui-même. Recherche du geste expressif cl de l'allilude 
pittoresque, tout révèle ici les progrès de ce qu'on ])ouriail appeler le 
style anecdotique, parallèlement à l'évolution du style monumental. 

A Semur-en-Auxois, un tympan de l'église est tout entier consacré à 
la légende de saint Thomas. On y avait d'abord voulu reconnaîlre l'his- 
toire du meurtre de Dalmace assassiné par ordre de Robert duc de Rour- 




'- — Figiiiiiir S(.-Lil|ilrf Je l';iÈ'(lii vollfi 
la rose du transept iiu-ridinnal 
(Reims). 



HISTOIRE DK T."ART 




1 H.. Iji. — Cul-de-lauipc (Tuur du transept 
mrrididiial do la cathédrale de Reims). 



avec celle danse des jonglcresscs 
cxéculée sur les mains, si sou- 
vent représentée au banquet 
d'Hérode, — un chien apportant 
dans sa gueule la main de l'é- 
clianson qui avait souffleté 
saint Thomas et que l'Eternel 
avait puni en le faisant dévorer 
par des lions; — saint Thomas 
recevant de Gondoforus l'ordre 
de construire un palais ; — dis- 
tribuant aux pauvres l'argent 
destiné à cette construction.... 
L'anecdote est traitée ici dans 
cette manière large et pleine, 
particulière aux imagiers bour- 
guignons. 

Mais ce n'est pas seulement 
aux tympans que se développent 
les bas-reliefs. Ici encore il faut 



gogne, — ou !)ien la conver- 
sion des peuples au christia- 
nisme. M. É. M Aie a iden- 
lifié de la façon la plus sûre 
la série des épisodes repré- 
sentés. Il s'agit du roman 
des aventures de saint Tho- 
mas dans ITnde et de son 
voyage dans le royaume de 
Gondoforus, qui fit fortune 
au moyen âge en dépit de la 
condamnation prononcée par 
saint Augustin contre cette 
invention des Manichéens. 
L'imagier de Semur a suc- 
cessivement représenté saint 
Thomas mettant la main 
dans le côté du Christ, — 
la rencontre du saint avec le 
prévôt de Gondoforus à Cé- 
sarée, — la traversée en ba- 
teau vers l'Inde, — un festin 




l'iiot Trompette 

FiG. 155. — Cul-de-lampe (Tour du tiansept 
méridional de la cathédrale de Reims). 



FORMATION ET nK\ ELOPPEMEXT DE LA SCULPTURE ClOTIIlOUE 177 

se borner à résumer en quelques exemples ce qui exigerait de longs déve- 
loppements. A Amiens, c'est dans une série de polylobes, au pied 
des statues des Apôtres, des Prophètes et des Saints, que s'inscrivent 




l'i.ri.iil .!•■ >.' 



les scènes qui complètent la signification iconographique de chacune 
de ces statues, et ce sont successivement les épisodes relatés aux Actes 
des Apôtres ou dans les Légendaires, les faits symboliques de l'Ancien 
Testament relatifs aux prophéties ou bien encore les Vertus et les 
Vices qui nous ouvrent ou nous ferment les portes de la Jérusalem 



178 HISTOIRE DE LART 

cclcsLc, ou liicn eiiliii lo calendrier, signci^ du /.odiaquc ri Iravaiix des 
jours et des mois. 

Ce thème des travaux des mois, dévclojipé par les miniaturistes 
depuis les temps carolingiens, fournit aux imagiers des motil's toujours 
les mêmes, mais traités avec une ingéniosité charmante à les adaj)ler aux 
dispositions architectoniques toujours diverses de chaque monument. 
Janvier s'asseoit à tahle [Jainis bifroii.'i), ami des repas copieux; Févi-ier, 
paysan frileux, maltraité par les durs hivers, a rahnilu son capuchon, posé 




SCS chaussures et se chauffe au fojer où la mai-mile bout; Mars taille ou 
bêche sa vigne; Avril et .Mai rêvent devant les premières fleurs; Juin, 
Juillet et Août s'occupent des moissons; puis c'est la saison des ven- 
danges, Octobre foule les raisins; l'hiver revient, il faut pourvoir aux pro- 
visions pour la saison mauvaise; Novembre conduira le porc à la glandéc 
et Décembre l'égorgera pour apjirèter les régimes de boudins confor- 
tables que l'on servira à la table de Janvier ou que, à Notre-Dame de Paris, 
])ar exemple, Février accrochera dans sa clieminée au-dessus de la mar- 
mile bouillaide. 

A Notre-Dame de Paris, c'est lanl(')t, comme à la jiortc de la ^'ierge 
et à celle du Jugement (malheureusement très restaurée par Soufllot), en 
de petits carrés surmontés d'un gable fleuronné que sont inscrits les 
épisodes de la vie des saints ou ces représentations des ^'ertus et des 



FOIiMATlOX HT ni:\ KI.npPKMHNT DE LA SCULPTURE (iOTHlOUK 179 

\ ices que l'on voit tuuiuur.s près du .lugcnienl dernier, ou Mcn l'ulin. 
comme à la porte de saint Etienne, en des encadrements égalemeul polv- 
lobcs, CCS épisodes, dont Tinterprétation n"est pas encore tout à fait 
élucidée, mais où il est permis de reconnaître des scènes de la vie des 
écoliers et où la verve spirituelle du sculpteur a tiré un si joli parti des 
costumes du temps. Le groupe des élèves réunis autour de la cliaire du 




l'iiot. de la Caillai di;à M. H- 
Fir.. UiS. — r.a fiiimnmnicin. la Picdicalidii et le Marlyre de saint Kliennc, 
an tyijiiiaii de la jinrle du liaiisciit iin'i'idional de Nidi'e-Iiaïue de Paris. 



professeur qui enseigne est, par la lilierté de la composition, la soujilesse 
et l'élégance de la facture et ce pétillement d'esprit qui semJjle courir sur 
toutes les figures, un morceau loul à fait délicieux. 

A Chartres, sur les piliers du porche méridional, les représenta- 
tions des Vertus et des ^'ices et les vies de saints ont été, par une dis- 
position tout à fait exceptionnelle, sculptées en petits bas-reliefs super- 
posés et séparés par des motifs d'architecture ; et peut-être dans aucune 
autre église l'iconographie des ^'ertus et des Vices n'a-t-ellc élé plus 
systématiquement et plus complètement interprétée. Le thème iniliai en 
est d'ailleurs très sensiMeinent jiareil à ceux que l'on rencontre à Paris 
ou à Amiens; clia((ur mm-Ih csI rc|ir('>ciiir'r p.ii- luic rciiiiiii' assise tenant 
à la main un écusson cpii |iiiili' le >\nilMi|r (li>l imlil' qui |,i earaclérise : 



180 



IllSTOlHE m-: L'ART 



le Courage, casque en Iclc, épée en main, a\ec un lion sur un écu, la 
bonté avec son agneau, la Cliarilé a\ ec les enfants qu'elle abrite ou le 
pauvre auquel elle donne son manteau, la Paix avec son rameau d'olivier, 
la Fidélilé avec son cbien, etc., etc., tandis (jue la Colère se décliire de 
ses pr'opres mains la poilrine ou bien envoie im coup de pied ^iolenl à un 
serviteur plac(' dcvani elle, l'inlidélilé abandonne à la porte du couvent 
qu'elle (pûlle ses vêlements monastiques, l'Idolâtrie s'agenouille devant 
une idole gi'otes(pu', l'Avarice entasse dans un coffre ses inutiles trésors, 





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Lci^ondos de s:i 



m l\]iiii;in de l'église de Senuir. 



la Discoi'de met aux prises deux personnages qid échangent des coups, 
la LAcheté fuit devant un lièvre, etc., etc. 

A Bourges, à Auxerre, c'est encore aux soubassements de la cathédrale 
un foisonnement de scènes, mais disposées de façon tout à fait différente. 
A Bourges, c'est dans les écoinçons ménagés entre les arcatures du 
soubassement qu'ont été placées les charmantes représentations de la 
Genèse et du Nouveau Testament ipii se continuèrent du xiu'' au xvi'' siècle. 
Chaque cathédrale a son iilustrati<ui cl (pielquefois ses illustrations de la 
Genèse. Et ici enccur, dans l'unité du iliènu' initial éclate une variété 
charmante d'adaiilalion cl d'iiilci'piélalion. A Chai-tres, aux voussui'cs du 
porche scptcnli'ioiiai, Ihishiirr de chacun des sept jdurs est représentée 
sur deux cordons parallèles. Dans l'une. Dieu sous les espèces du Christ, 
médite l'acte que sa volonté créatrice évoquera au cordon voisin. Il rêve, 
et près de lui le ciel ci les cnulinents, la terre et l'eau naissent et se 



FORMATIOX ET DÉVELOPPEMENT DE LA SCULPTURE GOTIllOUE ISl 



enirent dons le monde. !< 



jcllrn 



séparent, le jour el la nui 
comme des disques les astres 
dans l'infini, les animaux, 
les végétaux paraissent, les 
fleurs s'ouvrent, les nids se 
peuplent ; enfin le Créateur, 
sculpteur di\in, modèle du 
pouce dans un bloc de 
glaise humide la figure du 
premier homme, que son 
souffle animera... AAuxerre, 
à la fin du xiu'^ siècle, c'est 
avec des nuances nouvelles 
et, dans la représentation 
du nu, une élégance raffinée 
el nerveuse que le thème 
est repris. Vn système al- 
terné de Las-reliefs à Heur 
de pierre inscrits dans des 
quatrefeuilles ou dans des 
polylobes, ou iiirn des sta- 
tues à plein relief placées 
dans des niches y fournis- 
sent tous les éléments de 
la décoration des soubas- 
sements. L'Ancien Testament, les allégories des .\rts libéraux v soni 







riG. 1 10. — Le mois d'Uctubiu 
(Notre-Dame de Paris.) 





La Liicheté 

1er lie Pari> . 



Kl... UJ. — l.a Diirelé 

Nnhv I):in.C(in Paris 



altcrnati\onieut ligures. Kulin, à i'exir('Uii' lijiule du xiii" siècle cl au 
xiv° siècle, à Rouen, à la porte des Libraires et à celle de la Calendc 



HISTOlliK DE L'ART 



L'icoiiogrii])liie dc's Arts lil 



(•"csl dans une srvlc ilc jiclils cadiMjs rcctaiigidaircs limilanl dr jK.'lils 
qualrcreuillcs (iiioid (Hé superposées des centaines de scènes où l'Ancien 
Tcslanicnl, les \ ies de saints, les Bestiaires, en même tem|isque l'Evan- 
gile, ont fourni à l'inépuisalilc fantaisie des sculpteurs une inépuisable 
matière. 

'■raux, dont on a \u à C'iiarlres un des})lus 
anciens exem- 
ples sculptés, 
})rit sur les 
uiurs des gi-an- 
des cathédrales 
un brillant dé- 
\eloj)|)ement.A 
Laon, comme 
à Chartres oîi 
Anselme, le 
maître de riuil- 
laiimcdi'( ;liam- 
pcaux et d'A- 
li('']ard, avait 
laissé u n e 
i;loire univer- 
selle, les Arts 
libéraux furent 
sculptés sur la 
façade de la 
nouvelle cathé- 
drale cent ans 
en\iron après 
sa moi'l. La 
l'Iiilduapliic y fut représentée la tète voilée de nuages, une échelle ajipuyée 
contre la poitrine, avec les attributs que Boëce lui avait prêtés dans sa 
('.(iiisiihiliou pliilosopliiqut'; cette interprétation du texte de Boëce est com- 
pl(-t('-e à Sens par une autre figurine, sculptée au soubassement du portail, 
ayani un sceptre el un livre en mains el sur sa robe les II et les (■), dési- 
gnalion de la philosophie pi'atique et théorique. A Auxerre, les figures 
du Irivhnit el du quodririiiiit sonl sculptées au soubassement du portail 
et peintes aux vitraux. Toutes les villes d'université eurent sur les murs 
de leurs églises une illustration des sciences et des arts. Notre-Dame de 
l'ai-is ne faisait pas excc]ition à la règle; mais les mutilations qu'elle 
sul)il à la lin du .wiii' siècle ont fait disparaître toute cette partie de sa 
statuaire. 




Fio. li'. — La Genèse (voussures du porclio septeiilrion.il 
(Je la i-ntliédi'iile de Clciilres). 



FORMATION ET DKVELOPPE.MKXT DE LA SCULPTURI': (iOTHIOLl': ISÔ 

Le romaiitism.' nvail ;illril)Ui' au » grotesque » une place Imil à l'ail 
excessive dans l'art gothique. On peut dire quau xm'' siècle les inolifs 
drolatiques ou obscènes n'apparaissent que comme de rares exceptions. 
C'est le plus souvent aux Bexliniri's (piils sont empruntés, mais beaucoup 
sont des inventions et des fantaisies dont la verve des imagiers doit avoir 
tout l'honneur. A Sens, au-dessous des sciences et des arts libéraux, le 
ScidiKidc qui se fait un parasol de son pied monstrueux, l'éléphant de 
l'Inde, l'autruche, le grillon, le chameau ont été représentés ou ima- 




FiG. 1-ii. — La Gi.'iic.rc ^.-Mjulja.-^cineia .k- la ealhodralc Je LcjiiiijcsJ. 



ginés. A Notre-Dame de Paris, deux belles allégories de la Terre et île la 
Mer prolongent jusqu'à la \ision de l'univers entier les giacieuses 
géorgiques des travaux des mois. 

Le point d'aboutissement, si l'on peut dire, de toule celte icono- 
graphie, c'est le Jugement dernier. Le Fils de l'homme reviendra pour 
juger les vivants et les imirls; cliacun rendra compte de l'usage (|nil a 
fait de la lilierté qui lui lui oclroyée et des moyens de salul (pii lui 
furent offerts. Les actions seront pesées dans la balance cl <liaciin 
obtiendra la récompense ou le cliàlinicnt qu'il aura uK'iiL'. C.'csl là le 
thème que tous les enseigncnicnls de lllglisc Ions li^s seiiiions de ses 
prédicateurs, tous les commentaires de ses calécliislcs uni multiplié à 
travers les siècles. C'est là la représentation cenlrah^ (|u'à l'entrée même 
de la <'al lii''drale, on a voiilii placer sous les \f'u\ de> lidcles. 



1S4 



IllsroiliK DE LAIST 



quclquescxcmplos ; c'est la vision ap 



Le xii' siccle ii'avail pas iLfiioré ce lliènic; nous a\ons (l(''jà vu avec 
quelle puissance dranialiquc il l'avait représenté au tympan de Saint- 
Lazare d'Autun, comment à Sainte-Foy de Conques l'imagier s'était inspiré 
de l'Lvangile de saint Mathieu. Mais on n'en citerait à cette époque que 

alyptique de saint Jean qui a surtout 
hanté l'imagination des hom- 
mes de l'époque romane. Au 
xui" siccle, toutes les cathé- 
drales ont leur Jugement der- 
nier, et c'est à l'Lvangile de 
saint Mathieu que sont tou- 
jours empruntés les motifs 
iconographicpies où chaque 
sculpteur, d'ailleurs, a intro- 
duit des dispositions ou des 
nuances d'interprc'dation qui 
lui sont personnelles. Ici en- 
core, à suivre chronologique- 
ment la série de ces représen- 
tations, on peut vérifier une 
l'ois de plus ce que nous avons 
déjà indiqué sur l'évolution de 
la sculptiu-e du xiii'' siècle, 
allant de génération en géné- 
ration vers une interprétation 
de plus en plus libre de la vie 
et une recherche de plus en 
plus marquée du mouvement. 
C'est à Laon ou à Char- 
tres que ce thème s'organisa. 
A Laon, sous les pieds du 
Christ, assis au milieu du col- 
lège apostolique et assisté par des anges portant les instruments de la 
Passion, les tombeaux s'ouvrent; au linteau (qui est une addition posté- 
rieure), l'ange exécuteur des sentences divines sépare les bons et les 
méchants. A Chartres, la scène est encore réduite à ses éléments consli- 
lutii's les plus simples. Le tympan est divisé en deux registres: dans la 
partie inférieure, de chaque côté d'une figure centrale, celle de saint 
Michel qui tenait les balances dans lesquelles sont pesées les actions, une 
double théorie se détaclie : à droite, les élus sont conduits par des anges 
vers la Jérusalem céleste, et les uns contemplent déjà la porte de gloire 
qui va s'ouvrir, tandis que les autres joignent les mains -et regardent en 




(soubassemenl de la cathédrale d'AuxeiMC). 



FORMATION ET DÉVELOPPEMI- \T DE LA SCULPTURE GOTHIQUE n:> 

haut vers celui qui les a raclielés; à gauche les damnés sont précipités 
dans la gueule ouverte de Tenfer, accueillis par des diables grimaçants 
qui les torturent, et poussés par trois anges à la figure giavc cl sombre, 
exécuteurs désolés de la sentence sans appel. Au-dessus, le Clu-ist est 
assis, portant à ses mains et t'i ses pieils les traces des clous de la croix, 
les jambes, les bras et la moitié du torse nus, les deux mains levées à 
hauteur des épaules, ayant au-dessus de sa tête quatre anges qui tiennent 




Fio. 140. — .\rt5 libéraux et basiliaire (soubassement de la i-alliedraie de Fiers). 



la couronne d'épines, les clous et la croix, tandis que deux autres sont 
agenouillés près de lui, avec la kncc, la colonne et le fouet de la llagel- 
lation. A côté de ces anges, deux figures ont pris place : celles de saint 
Jean le disciple et de la \'ierge Marie, témoins, comme nous l'avons dit, 
de la compassion fraternelle et du charmant optimisme de l'imagination 
po]udaiie. 

Ce que le tympan de (Jlhartrcs a ainsi indiqué et résumé dans ses 
éléments essentiels va se développer progressivement à Amiens, à Notre- 
Dame de Paris, à Reims, à Poitiers, à Bourges, à Rouen, etc. 

A Notre-Dame de Paris, plus de tâtonnements : le thème est con- 
stitué; il se développe logiquement au tympan et se continue dans les 
voussures où les chevaux de l'Apocalypse, précurseurs du cataclysme 
suprême, passent dans un galop effréné, où les supplices se continuent 

T. II. — '2i 



isn 



HISTOIRE DE LAUT 



du côté dos rc'iirouvés, où la srréiiilc (Herncllc se rcllMc dans les altitudes 
paisibles cl sur les IVonts unis des témoins bienheureux, du côté des élus. 
Le réveil des morts sculpté au linteau est moderne, Soufflet ayant déposé 
celui du xuT siècle — dont les fragments sont au Musée de Cluny — 
quand il agrandit la porte centrale pour ]c passage du dais des proces- 
sions. A Amiens — et c'est un détail qui se retrouvait peut-être à Nolre-1 

Dame de Paris, — l'appa- 
rition du Fils de l'homme, 
sortant d'un nuage à mi- 
corps, ayant dans " sa 
bouche » le glaive de sa 
parole, « le double glaive 
tpii frappera les nations », 
escorté de deux anges 
portant le Soleil et la Lune 
(pii seront ojiscurcis 
! heure redoulaijle, est di 
lincle de la \ enue du 

Juge Au linteau, portant/ 

sur une jolie frise où des 
oiseaux jouent au milieu 
de rinceaux de vignes et 
de grappes, les morts sor- 
tent de leurs tombeaux, ré- 
veillés par les anges son- 
nant de la buccine, et saint 
Michel pèse les actions : 
dans un plateau de la ba- 
lance est l'Agneau pascal 
« qui lave les |)échés du 
monde » (le fléau de gau- 
che e-it une rcslauialion 
moderne); l'Église et la 
Synagogue sont assises à ses pieds. Les morts ressuscitent, non pas à 
l'àgc qu'ils avaient au momcnl où ils passèrent de noire monde à l'autre; 
mais, ainsi que l'avait enseigné Ilonorius d'Aulun. en pleine jeunesse, 
à l'i'ige parfait de IriMiti' ans, rpii était celui du ('.hrist au moment où il 
Irionqdia de la mort. Dans la séparation des bons et des méchants, une 
inq)arlialilé absolue est observée; toutes les conditions sont traitées avec 
une justice égale : les rois, les pajies, les évèques ne sont pas soustraits 
au châtiment s'ils l'ont mérité; mais il est remarquable qu'à Amiens, 
c'est un frère Franciscain qui entre le premier au Paradis (et le même 




1 lo 1. - I ( - \ii~ 1 
(souiiassoiiioHi uo ki 



\ ontio Ipk _ ilil '■ 
iruie u .'vuxeri-c.; 



roiiMATlUX ET DÉVELOPPKMEM DE LA SCII.PTLUE CCmilOUE 187 

Irait se rolrouvera un iiru plus laid à La Coulure du Mans cl à Bour^esl. 
Dans les voussures, un diable du cùlé des réprouvés caresse, avec une 
tendresse ironique, une femme damnée; du côté des élus, Abraham 
debout reçoit les âmes dans son sein. A Poitiers. le disjiositii' général 
reste à peu près le même: mais à Reims il est tout difTércnt : c'est dans la 
partie supérieure du tympan, comme à Saint-Urbain de Troyes, qu'est 
placé le réveil des morts: le chœur des \'crlus assiste au drame du 




FiG. lis. — Juicenient dernier (Cliai'lre~). 



Jugement et la scène des âmes portées à Abraham }uir îles anges sou- 
riants, saluant et alTables. prend une importance exceptionnelle et une 
valeur délicieuse. A Hampillon. le Christ occupe presque tout le tympan, 
et le réveil des morts jirend au linteau presque toute la place. 

A la lin du xiu' siècle, à Bourges et à Rouen, la scène s'animera plus 
encore. 11 ne reste du Jugement de Rouen, au portail des Libraires, que 
le réveil des morts, mais on peut voir à Bourges comment le thème s'est 
développé, élargi et diversifié. Saint Michel tient toujours les balances 
et caresse une figurine humainr: c'f>l la petite ànie dont Ir soii est en 
suspens, cl dont un diable gouaillrur semble atlendre ([u'on lui fasse 
livraison. A droite, les anges s'avancent porlanl l'ànie rachetée, i[ui 



15 



HISTOIRE DK LART 



lien! à lu main un rameau liiomplial et que piéeèdcnl \ris la [Rirle de la 
Jérusalem céleste le moine, le roi et la noble dame qui ont également 
mérité le paradis. Saint Pierre lui-même ouvre la porte pour les intro- 
duire, et sous l'abri d'un édicule on voit une figure assise qui, dans un 
pan de son manteau, riMMieille toule une rollcrtion de petites âmes égale- 
ment rachetées. C'est, une fuis de |ilns. rinlei-pr(''lation naïve et char- 
mante du verset de saint ^lattliieu disant qu'Abraham recevra dans son 
sein les Ames des élus. De l'autre côté c'est l'enfer, et ici la fantaisie de 

l'imagier s'est déjiensée 
avec une verve plus 
gouailleuse encore que 
tragique. Ces diables, 
à les bien regarder, 
sont surtout comiques ; 
il n'est pas sur que le 
sculpteur qui les fa- 
çonna ait eu, des réali- 
tés horrifiques de la 
damnation et des clià- 
liments réservés aux 
coupables, une crainte 
liien authentique; il 
s'est amusé plutôt à 
imaginer des démons 
dilTormes et mons- 
trueux, leur ajoutant 
sur le ventre et ailleurs 
des figures grotesques, 
faisant d'eux des ty])es 
de la laideur et de la 
dilTormité humaines, mais sui-tout dénormes et presque joviales cai'ica- 
tures. L'expression de ceux qui attisent à grands coups de soufflet le feu 
qui fait bouillir la marmite, les grimaces de ceux qui à coups de gaiTes 
poussent vers le supplice les damnés qui Leur sont confiés, tous enlin 
semblent prendre part, a\ ec luie exubérance déjà rabelaisienne, à quel([uc 
représentation d'un mystère oii réh'ment comique atténuerait beaucoup 
l'angoisse (pi iiispirail aux uiaitres du xT' siècle la formidable apparition 
du Ih'x lrciiu'ii(Uc iiiiijcshilis. 




riiûi. do 1.1 coiiiiM. 
I-'iG. lill. — ri-.-igiiKMil lie?: voussures de la poilc 
du Jugomenl (NoUo-Li;inie de Piuis). 



La s( ii.i'TLRK 1 LNihiAU',!:. — Daus ces monuments où toute la doc- 
trine et toute la \ie étaient ainsi représentées par l'art de nos sculpteurs, 
la mort avait aussi son asile. Les cathédrales, où l'on n'a\ait d'abord 



FORMATION ET DÉVELOPPEMENT DE LA SC.ULPTUHE GOTIllOLE 189 



accordé le droit de sépullure ([u'aiix évèques, furent, au cours des siècles, 
habitées par les générations disparues des ancêtres, et si n^iis avions 
conservé tous les tombeaux dont elles reçurent le dép(M cl la ]»arur(', 
c'est de milliers de figures nouvelles que s'augmenterait le peuple de 
statues, dont nous venons de dénombrer sommairement les principales 
catégories. De toutes les parties de l'église, celle-ci fut malheureusement 
celle qui eut le plus à souffrir. Des le xvi"" siècle les mutila! ions coninnii- 
cent; elles se continuent au 
xvu" et au xviu"" ; sauf de rares 
exceptions, toutes les statues 
1 tombales en métal précieux ou 
en bronze avaient été fondues 
avant la Révolution, qui, lors- 
quelle arriva, ne fit guère qu'a- 
chever l'œuvre de destruction. 
C'est dans les anciens recueil- 
de dessins comme celui de Gai- 
gnières, que nous pouvons nous 
faire une idée, bien incomplèlr 
encore, de tout ce qui a disparu, 
et à laide des quelques épaves 
miraculeusement sauvées du 
grand naufrage, essayer de 
nous représenter ce que nou> 
avons perdu. 

Au xiii" siècle, la rigueur 
des lois ecclésiastiques qui in- 
terdisaient la sépulture dt> 
laïques dans les églises s'était 
déjà relâchée i Isabelle de 
Ilainaut, première femme de 
Philippe Auguste, fut enterrée 
dans le chœur de Notre-Dame de Paris, où Eude de Sully, mort en l'iUS, 
avait aussi sa tombe << de cuivre » signée : Stepluniim de Doissc me jccil...); 
et dans les abbatiales, avant cette date, une place avait été réservée non 
seulement aux prélats el abbés, mais aussi aux fondateurs et à leur famille. 
Les comtes de Dreux cl de Braisne firent de Sainl-'^ved comme un 
Saint-Denis féodal; Royaumonl, Longpont, Vendôme, Juinièges. Lu, 
Poissy, Sainte-Geneviève étaient aussi riches en londieaux. 

La forme des lomlieaux juscpi'à la fin du xiii' >iè<le l'ut infiniment 
variée, mais peut se ramener à (pH,'!(|ues types priucipaux : 1 ' la dalle en 
pierre ou en métal, avec ou sans effigie gravée, émaillée. sculplrc. ou 




FiG. l.'^O. — Fiagmenl de runcioii jubé 

de Notre-Dame de Paris. 

(Musée de Louvre.) 



HlSïOllil-: DE LART 



mémo rappoi'léc en iiiusaïquc, comiiic la " touiln' plaie ■ di' 1 (''vèiiuc d Ar- 
ras, Frumaklus, morl en 1180 (la dalle funéraire de l'archiLecte Hughes 
Libcrgier, autrefois à Sainl-Nicaise de Reims, aujourd'hui dans la cathé- 
drale, est un des })lus heaux exemples des tombes gravées'; celle de 
Frédegonde autrefois à Sainl-Germain-des-Prés, aujourd'hui à Saint- 
Denis, fut exécutée au xii" siècle, peut-être même au début du xiii', d'après 
les procédés décrits par Théophile au chapitre xu livre II de la Scltediila 
dircrsariim artium); — '2" le sarcophage ou cénotaphe, avec représentation 
du mort couché comme sur un lit de parade, adossé au mur, abrité d'un 

enfeu ou isolé; — o"rédiculc 
en forme de cliàsse ou tic 
chapelle. Autour ou au-des- 
sous de l'effigie du mort, on 
trouve dès le xii" siècle le 
cortège ou les rites des fu- 
nérailles (voir tome I, p. O.JT) 
sculptés en bas-reliefs. Les 
symlioles de la foi, qui lend 
la mort confiante et paisible, 
viennent aussi se mêler ou 
se superposer à la représen- 
tation des funérailles — 
enfin, en certains cas, s'y 
ajoutent des épisodes de la 
vie de celui qui dort sous la 
ioinbe. 

Les Idiiibi-aux en iiK'lal, 
tpii l'urenl peut-être les {)lus 
nombreux au moyen âge, ont 
presque huis disparu. Par une lare forlune, la cathédrale il'Amiens a 
cons('rv('' deux numumenls à jieu près uiiicpies, les tombes en bronze des 
deux ('■\("'(pies. l^M'ard de Fouilloy ipii jeta les fondements de la cathédrale 
et mourut au mois de décembre P222, et son successeur Geoffroy d'Eu, 
qui mourut le 2r) novembre 1250. Deux belles inscriptions gravées dans 
le broii/.e, perp(''l ucnl le snmciiii' de leurs services et de la reconnais- 
sance de leurs coiiciloyen^. 

Ces deux lombes, primitivement placées au milieu de la nef, trans- 
portées en 1762 à droite et à gauche du grand portail, n'occupent leur 
place actuelle, sous les arcades entre la nef et les bas côtés, que depuis 




Fjg. 1M. — Tcinibenn du xu' 



I Ir .I.Ml^ lri;ll>,_ 



do (.;lianuiliL-i-cs (Ihiute-Loire). 



1. .. r»»,/..-, dil Diii-:irigo 
Errard. jiarce qu'aiitix'fois les 
D'où le nom de lnmhirru donin 



pallie e\téiieiii-e d'un sépiilci'e. ou couverture suivant 
-cpuli-res étaient S(.iuvent couverts d'ornements précieux. ■• 
aux sculpteurs qui exécutaient les effigies funéraires. 



FOR.MATIOX ET DÉNELOPPEMEXT DE LA SCLEPTIRE (lOTIIlOrE l'.H 



1867, c'est-à-dire depuis rinlerventioa de Viollet-le-Duc. Chacune des 

deux lombes est formée d'une grande plaque rectangulaire portée par des 

lions et coulée en bronze d'une seule pièce; le défunt y est représenté en 

gisant, revêtu de ses ornements 

pontificaux. Celle d'Evrard de 

Fouilloy est la plus riche; clic 

fut exécutée après la mort de 

lévèque dont elle commémore 

les bienfaits et les vertus en une 

belle inscription ciselée après la 

fonte : 

Qui iiiipnhun p'ivil : (jiii fiiuild- 

\ini'i>la Ifiidi'il 
Hiijiis slriiclurf : eu jus j'iiil 

\in'hs ddld fil ri- : 
llic rcihilrus nafiltis. fuma 

[requk'scit Ewordiis 
Vil- pins afflictis viilins; hUcln 

{rrlirlis... 
Milibiis aijniis cral, liniiiiHx 

[Ici), Uni II siiprrl/js. 

Bien que la figure de l'évè- 
quc, d'un très beau style, soil 
déjà individuelle, avec son froni 
bombé, ses lèvres épaisses lar- 
gement dessinées, et qu'elle 
diffère sensiblement de celle de 
Geoffroy d'Eu, il serait sans 
doute excessif de parler ici de 
portraits véritables. A cette date 
les effigies tombales ne sont 
encore qu'une image conven- 
tionnelle ou idéalisée conservant 
le souvenir et le nom plus i[\\r la 
ressemblance du mort. 

A Saint-Nazaire de Cai-cas- 
sonne, le tombeau cénotaphe 

de l'évèque Radulphe fui. au milieu du xiu'' siècle, appliqué contre le mur 
de l'église; il présente. >ui- une surface verticale. « comme le développe- 
ment de toutes les parties (pii constituent le mausolée, avec soubassc 
inenl, image du mort et dais ». Sur le sarcophage, des chanoines sous des 




— Tombe d'Évianl de Toiii 
(CalliC'drale d'Amiens). 



192 



HISTOIRE DE L'ART 



orcalurcs assislenl aux oljsrqiics de chaque colé d'un lit de parade où le 
mort est couclic, entouré d'évèques officiants el de clercs. Au-dessus, en 
bas-relief, cstdressée l'effigie de Radulphe, debout et bénissant — et rece- 
vant lui-même la bénédiction de la main divine. — Au xi\ '' siècle, et dans 
la même église, le même thème funéraii-e sera repris, mais avec des déve- 
loppements plus brillants 
encore, pour le tombeau de 
Pierre de Roquefort. 

Saint-Denis, en dépit des 
mutilations et des ravages 
du temps et îles hommes, est 
resté le musée par excellence 
de la sculpture funéraire 
française, notamment pour 
le xiii'' siècle. Saint Louis y 
lit refaire les tombeaux de 
ses prédécesseurs et l'on y a 
réuni au xix' siècle quelques 
monuments provenant de 
Saint-Gcrmain-des-Prés, de 
l'abbaye de Royaumont, des 
(Jélestins et d'autres cha- 
pelles ruinées à la Révolution. 
Les statues de Louis, 
fils aîné de saint Louis, et 
de Philippe, son frère, qui 
étaient autrefois dans l'ab- 
baye de Royaumont et qui, 
après sa destruction, ont été 
recueillies dans celle de 
Saint-Denis, furent exécutées 
immédiatement après la mort 
de ces princes. Le gisant y 
est couché sur le lit de parade, les mains jointes et les yeux ouverts, le 
chef posé sur un coussin que soutiennent deux petits angelots agenouillés 
ou porteurs d'encensoirs, les pieds appuyés sur un animal héraldique. Ce 
sont encore, en dépit de quelques restaurations indiscrètes, d'admirables 
témoins de l'art funéraire du xiii'' siècle dans sa simplicité, son charme el 
sa grandeur. Le mort repose dans la sérénité et la confiance en attendant 
le jour de la résurrection. Sur les côtés du sarcophage se déroule un cor- 
tège qui est la représentation des funérailles : membres du clergé, officiers 
de la cour portant le cercueil, au milieu desquels on remarque la présence 




FiG. 1 JJ. — Tombeau de l'évêque Radulphe 
à Sainl-Nazaii-e de Carcassonne. 




FOHMATiox \:t i>k\i;i.oi'I'i:mi:nt \n: la scui.i'Turii: (;otiiioi !•: ms 

d'un roi de Honprie qui, se trouvant à ce nionienl l'IuJie du r((i de France, 

M)ulid participer lui-même 

au transjtort de lenl'anl 

royal. Plusieurs parties de 

ces tombeaux onl (■■1('' ir- 

faites par ^'iollel-le-i lue. 
Si, dans ces statues. 

on ne peut pas encore dis- 
cerner de })orlraits jiropre- 

ment dits, à plus forte 

raison ne saurait-on en 

trouver dans la série de 

ces tombeaux postluimes 

que saint Louis, au com- 
mencement de la seconde 

moitié du xiii'' siècle, fit 

élever à ses prédécesseurs. Pas plus pour celui de Dagobert que pour 

celui de Constance d'Arles, 
femme de Robert le Pieux, 
morte en I0r)'2, il ne pouvait 
cMre (pu_^slion di_^ l'essem- 
blance individuelle, t-esont 
seulement d'idéales et bel- 
les efligies, paisibles et pres- 
cpic souriantes. 

Le monument de Da- 
gobert, dont GeolTroy-De- 
cbaume a refait la statue 
tombale et çà et là quelques 
fragments, conserve pour- 
tant, dans Tensemble. sa 
pbysionomie originale et 
présente, sous la forme la 
plus cbarmanic, en même 
temps quun type très i)ar- 
liculier de cénotaplie, une 
illusl ra t i o n a n e c d o t i ([ u e 
d'un(> légeutle recueillie |)ar 
(îuillaume de Nangis. Le 
monument est en foi-me de 

, . clianclle à double face au 

I IG. loj. — Cunolaplif de Dasobert ' , ^., ■ i . • ' , 

^abbaye de Sainl-Dcni?j. rcvcrs Ic Ciirist bénissant 




HISTOIRE DR 1;ART 



csl invoqiii'' |)ar li^ P«oi et la Reine). Les slalues de la reine Nanlildc cl de 
(liovis 11 se liennenl debout aux deux côtés du gisant. Sur la j)ai'oi du 
fond se déroule, en trois zones, la vision qu'avait eue, après la mort du 
roi, un ermite, Jean, relire dans une île lointaine. SainI Denis lui com- 
mande de prier pour Dagobert qui venait de mourir ce jour même. L'ei-- 
mitc se réveille et aperçoit sur la mer une barque dans laquelle l'âme 
du roi est tourmentée par des démons (première zone); — attirés par les 
cris du roi, saint Denis, saint Maurice et saint Martin délivrent l'àme en 
peine (seconde zone); — ils la conduisent dans le sein d'Abraham, et 

l'anachorète les entend 
ciianter ces paroles du 
psaume : « Heureux celui 
que l'Eternel a élu .1 (troi- 
sième zone).... ■■ l'.l se ne 
me croyez, ajoute (_niii- 
laume de Nangis, allez à 
Sainct-Denis en France, 
en l'église, el regardez de- 
vant l'autel où l'on chante 
tous les jours la grand' 
messe, là où le roi Dago- 
bert gist. Là rerrcz-rous 
(iii-(h'ssus (le hnj cr que 
vous dij (lu jtouriruici cl de 
noble l'urre riclieincul euhi- 
uiiuée. M Comme presque 
loutes les statues du lemps, ce bas-relief était eubiuiiné. 

Ce thème funéraire se pliait à des formes très diverses. Nous ne pou- 
vons qu'indiquer sommairement ici quelques-uns de ces développements. 
A Sainl-Faion île Meaux, vers la fin du xii'' siècle, les bénédictins avaient 
élevé en l'honneur de saint Benoît et d'Ûgier le Danois un cénotaphe 
somptueux où l'on voyait représentées, avec six grandes statues, des 
(' histoires » de saint Benoîl, d'Aude, " (ille de Charlemagne », et de Ro- 
land (voy. Aunali-s ord. S. 11. 11, ."."mi. Vers lt270, à Saint-Jean d'Aix, on 
avait élevé, pour la femme de (Jliarles d'Anjou et son père, de magnifiques 
mausolées, malheureusement détruits (gravés par Millin), où le cortège 
des funérailles, l'assistance des saints et des anges et la réception de l'âme 
au ciel avaient reçu un développement monumental. Quand il s'agissait, 
comme dans l'église d'Obazine en Corrèze,par exennde,d'un saint popu- 
laire dans le pays, le tombeau prenail la forme d'une châsse. Le mort est 
couché sur une dalle; il apparaît, enlre les arcatures ajourées, les mains 
croisées sur la poitiine; et le modelé de cette figure, aux yeux fermés 




Frngincnl ilii c-L'nol.i|ili( 
(l'Ohnzini'. 



lo sninl Élienne 



KOHMATION ET DÉNKLOPPKME.NT DE LA SCULPTIHE (;()Tni()rE lïtj 



(contrairement à riisaye ))resque constant alors — du moins en Finance — 
de représenter les morts les yeux ouverts), maigre, nerveuse et déjà 
))lus individuelle, est un de ces nombreux morceaux où l'art du xiii'' siècle 
finissant se montre riche de tout ce que l'avenir procluiin chAcloppera. 
Sur les rampants de la toiture cpii ahi'ilc la slaluc tondjale, un double 
cortège est représenté : ce soni les uidincs de l'abbaye l'ondi'-c par saiid 
Etienne qui, d'abord sur la 
terre et puis, après leur 
luori , dans le ciel, \ iennrnl 
honorer la \ icrge; des anges 
à mi-corps, les mains jointes 
ou porteurs de livres, de 
calices, d'encensoirs, occu- 
pent les arcatures qui sur- 
montent ces petits groupes, 
tandis que dans les écoin- 
cons inférieurs s'étalent de 
charmants feuillages et que, 
sur les frontons, des ar- 
bustes fleuris où des oiseaux 
chaideurs sont venus se 
jioser, éxoipient au-dessus 
de celte image de la mort 
riche de toutes h's pro- 
messes de l'espérance et de 
l'immortalité, la joie et le 
triomphe de la vie. Nous 
verrons bientôt, au cours 
du xiv" siècle, se transfor- 
mer radicalement cette in- 
terprétation de la niorl. 

A partir de c(>tte date, c'est-à-dire veis la lin du xiii' siècle, le 
portrait — ou l'intention tout au moins du portrait — commencer à 
paraître dans la sculpture lunéraiic. A Saint-Denis même, siu- le tom- 
beau des successeurs immédiats de saint Louis, celle Iraiisfoiuialion 
se fait sentir. Mais c'est le UHinienl où. dans la sculpture française, 
les symptômes se mulli|ilieHl d'une é\(>bdi(_)n. au cours de laquelle I idéa- 
lisme charmant du xui' siècle tournerait insensiblement à un maniérisme 
bientôt figé, si l'intervention graduelle d'un réalisme nouveau n'y intro- 
duisait les gerino d'une >nrle (II' " i-enai>saiice II. Nous éludierons, dans 
la seconde parlie de ce volume, celte crise décisive dan-^ Ihisloire de 
l'arl ein-()p(''eu. 




Fie. 1."h. — l'oilnil de l'i 



l'I/ol de- 1; - if, M II. 

isc d'Ambronoy (Ain). 



19fi 



HlSTOllΠDE L'ART 



IvM'ANsioN m-: LA sTAïiAiRE GOTiiiouE. — C'csl (laos Ics cliaiilicis des 
grandes calliédralcs que la sculpUire du xiu'' siècle eut ses foyers créa- 
teurs; mais clic rayonna de là sur tout le pays et au delà des frontières, 




l'Iiot. de Greck. 



FiG. KifS. — l'urchc de la callu 



et se rcvclil niènie, dans les provinces dont le leuipérament artistique était 
depuis le Ml' sirile forlemenl conslilué, (l'un accent l'éyional quelquefois 
très sensible. Le dialecte le plus pur, si l'on [)eutdire, est celui de l'IIe-de- 
F'rancc, et le tympan de la porte de la Vierge à Notre-I>ame de Paris en 
conserve la forme la jikis exquise. (Jn en peut suivre à Manies, h Saint 



FOliMATIoX ET DKNKLOPPKMENT DK LA SC.ULI'Tl liK ( io Tllini'l-. 197 

Siilpicc-dc-Favières, à Sainl-Leii. jusciu'à Kvrcux la }ir(>iiaiia(i(Mi cl, 
par delà son propre lerritoiro, de brillanles manircslalions, d'une part 
dans le Beauvaisis et le Soissonnais (Noyon. Sainl-Jean-des-Vignes'), jus- 
qu'aux liniilcs oii l'école de Picardie rencnnli'c l'école llaniande, cl de 




ÉW* 










■r-j 



Imc. I.'j'.i, — l'iiil.iil iriiMC niu-iomic rixlisç de llax. 

i'aiilrc cil .Xonnaiiilir. m'i les imagiers, aux soubassements des portails de 
la lialende et des Libraires, sculpleiil, à la lin du mm siècle, ces cliarmanls 
bas-relicl's de la (îenèse et des liisloircs Ac .ludilli. Joscpli. IN'becca, etc., 
ou encore drs \irs i\r saiids idcnliiii'-cs |iar Mile Louise l'illicm. Les cathé- 
drales de lîayi'ux, de S(''e/, (le Coulances, l'aliliaye du MnnLSaiiil-.M ichel, 
(pianlih- de |ielilcs églises du Cahados. de la Sciiie-lnrériein-c. de la 



lus IIISTOIHE DE I.AUT 

Mnnchc ('l de l'Eure conservent de précieux vcsliges de la slaluaire et 
de la décoration sur lesquelles les iconoclastes se sont malheureusement 
rués à plusieurs reprises.... 

Un a vu l'importance et la force expansive de l'école de Cliampagne. 
Comme celle de l'Ile-de-Francc, dont elle subit l'influence, elle rayonne 
par delà ses fronlières et se combine souvent, tantôt avec l'école de 
Bourgogne dont il semble qu'on retrouve comme un écho jusqu'à Vouzon 
dans les Ardennes, tantôt avec celle de l'Ilc-de-Francc, comme à Ville- 
neuve-lc-Comte ou à Villeneuve-rArchevcquc. Vers l'est, à Chaumont et 
à Toul, et jusqu'à Metz, elle reçoit quelques infdtrations germaniques; 
mais nous verrons qu'en plein territoire allemand elle intervient encore 
comme une initiatrice. 

L'école de Bourgogne est, à côté des grandes écoles créatrices du 
xni" siècle, la plus originale. Elle conserve une saveur, une verve et une 
abondance dont nous avons eu l'occasion de signaler au cours de ce 
chapitre quebiues exemples, et dont on retrouve des traces jusqu'à 
Lausanne. 

Au sud de la Loire, c'est encore d'influences combinées de ces 
divers ateliers qu'est faite la sculpture qui se propage, avec l'architecture, 
dans la seconde moitié du xm"" siècle. A Bordeaux, le porche de Saint- 
Seurin ('LiOO) en olfre un des exemples les plus brillants et les plus ori- 
ginaux par l'abondance et la verve de l'ornementation qui se mêle à la 
statuaire. A Dax et jusqu'à Bayonne, c'est-à-dire jusqu'au point où 
l'école française va passer les Pyrénées pour exercer sur l'Espagne une 
influence singulièrement féconde, on constate encore ses progrès et ses 
conquêtes. 

Un va voir comment s'exerça en Angleterre et en Espagne cette 
influence française, et dans (pielle mesure elle y rencontra d'autres élé- 
ments autochtones. Dans la seconde partie de ce volume, en même temps 
qu'on suivra, en l'rance même, l'évolution de la statuaire monumentale, 
on en reprendra l'étude en Allemagne el en Italie. 



LA SCULPTURE EN ANGLETERRE 



Les origines de la scrij-Tip.E anglaise. — La sciilplui'c anglaise 
avait des traditions nalionales lorsque, vers la fin du xn' sircle, elle 
accepta, comme loule la chrétienté, la mode de France. 

L'occupation romaine avait laissé à la Grande-Brelagne peu\le sou- 
venirs artistiques, et son art ne commença 
réellement qu'avec le christianisme, vers le 
vil"" siècle; mais il se révèle alors supérieur à 
celui des Gaules. L'inspiration est, du resle, 
différente : les motifs celtiques se mêlent aux 
modèles byzantins, de même que le christia 
nisme arrivait par deux voies : saint Augustin, 
en 600, étant venu directement de Rome, en ame- 
nant des artistes [cn-liftrcs] et des objets d'arl, 
— et les premiers moines, en 635, étant venus 
d'Irlande à Lindisfarne. En 669, l'archevêque 
Théodore, un Syrien de Tarse, fut encore en- 
voyé de Rome; puis dans la seconde moitié du 
vu" siècle, une nouvelle impulsion fut donner 
à l'art et de nouveaux artistes, surtout des 
maçons [cavneutarii], continentaux furent ame- 
nés par saint Wilfrid, fondateur des églises de 
Ripon et d'Hexham, et par saint Benoît Biscop, 
fondateur de celles de Wearmoulh et Jarrow, 
qui alla, nous dit Bède, chercher des maçons 
et des verriers en Gaule. 

Deux monuments sont d'une extrême im- 
portance pour l'étude de ces origines : les croix 

de Bewcastle et d'Hexham. Celle de Bewcastle porte une inscription ru- 
nique qui l'attribue formellement à la première année du règne d'Ladfrith, 
c'est-à-dire à 670, et l'inscription a tous les caractères du temps. La croix 
d'Hexham, aujourd'hui trans|)ortéc à Durham, porte le nom de l'évêque 
Acca, mort en 7iO, et parail rive une des deux croix (pii s'élevaient sur 




û. — DùLail (le la croi.ic 
de Bewcaslle. 



1. l'ar M. C. Kiil.irl. 



200 msToirsE de i;ai'.t 

sa lomlic. Toutes deux onl un lui à quatre faces couvertes de failjlcs 
reliefs : à Bewcastle, ce sont des billetles, des entrelacs, des rinceaux 
accompagnés d'oiseaux, reproduction très pure d'un modèle oriental, 
et une figure du Christ enseignani, digne de l'art byzantin doni elle ]ii'o- 
cède. Quant à la croix d'Ilexham, elle porte des pampres plus fournis 
de grappes que de feuilles et symétriquement entrelacés pour dessiner 
une suite de médaillons. Cette décoration offre une analogie très frap- 
pante avec celle du trône de l'archevêque Maximien à Ravenne. 

Le style d'un panneau de sculpture conservé à Hexhani est encore 
jilus étonnant. Parmi des rinceaux de pampres s'y mouvaient des figurines 
nues d'un dessin tout proche de l'antique. A Jcdburgh (Roxburgshire),un 
autre panneau de pierre sculpté montre des rinceaux de pampres parlant 
d'une tige centrale et des animaux affrontés dans leurs spirales : le dessin 
en est assez bon et copie exactement une œuvre byzantine. Aussi frappani 
est le buste de Christ imberbe sous une arcature conservé à Rolhbuig 
(Northumberland); c'est la copie d'un ivoire byzantin. 

Ces onivres sont rares, et l'école (jui les créa ne tarda pas à dégé- 
nérer : au musée de la cathédrale de Durham. deux fragments de pieds de 
croix analogues à celui d'Ilexham et quelques autres débris de même style 
montrent un travail beaucoup plus grossier. Une curieuse pièce du même 
musée montre ce qu'était devenue la représentation de la figure humaine 
dans les dernières années du vu" siècle. C'est le cercueil de bois de saint 
Culidjcrl exécuté en 6!)8 par les moines de Lindisfarne. Le Christ entre 
les Quatre Animaux, la N'icrge, les Archanges, y sont représentés en 
simple gravure au Irait, avec une médiocre entente des proportions et 
des formes, et de façon toute conventionnelle et systématique, mais non 
sans habileté. La tradition byzantine est encore évidente dans ces 
curieuses figures qui rappellent beaucoup la Vierge Marie gravée sous les 
traits d'une Orante dans la crypte de Saint-Maximin (Var). 

Bientôt, et pour environ quatre siècles, la sculpture va se confiner à 
peu près dans les dessins géométriques, dans les représentations de quel- 
ques végétaux stylisés à outrance et d'animaux fantastiques. Ses princi- 
jîales œuvres seront des croix monumentales, des couvercles de sarco- 
phages à petits toits bombés ornés de croix et d'entrelacs, comme à Peter- 
borough, de rinceaux, quelquefois aus.si d'animaux. Les croix mêlent à 
leurs entrelacs celtiques des figures d'une extrême sauvagerie, traitées en 
méplat. Elles ressemblent à celles de l'Irlande; on sait, du reste, que les 
abbayes irlandaises étaient alors le foyer d'oîi les arts rayonnaient dans la 
Grande-Bretagne et la Scandinavie. 

C'est encore au musée épiscopal de Durham qu'un fragment de croix 
à trois personnages, provenant de Gainford, montre à quel point d'abâtar- 
dissement était parvenue vers le x'' siècle la représentation de la tigure 



FORMATION 1:T Dt VKLOIM'EMI'.NT DH LA SCLLPTLHE (lOTIIlOUK 2UI 

luiinaine. On peut allril)ui'r au xi' sircle C|uelqiics pièces de la môme col- 
lection, comme la croix monumentale trouvée sous la salle capitulaire de 
Durham. Une cuve baptismale de cette époque, au musée d'York, n"esl 
pas moins barbare de dessin; de plus, elle est exécutée en méplat, et en si 
faible relief qu'elle est plutôt gravée que sculptée. 



Éi'OQUE ROMANE. — L'art Scandinave, en partie inspiré de l'art irlan- 
dais, s'étend alors sur l'Angle- 
terre, car Suénon s'est fait cou- 
ronner à Londres en 101.") ; C.anul 
occupe le nord du pays eu KM i, 
toute la Grande-Bretagne en 
1017; l'Ecosse en lOôi; Ilarobl 
et Canut II régnent après lui 
jusqu'en 1042. Un bas-relief 
danois du xf siècle figurant le 
cerf cl le serpent a été trouvé 
dans le cimetière de Saint-Paul 
de Londres, et figure au musée 
du Guildball. 

L iiillucnce artistique de 
1 Irlande continue de s'exercer 
jusqu'au xii" siècle. C'est alors 
seulement que la sculpture irlan- 
daise acquiert, sous une in- 
lluence venue du continent, 
quebjue sentiment de la forme 
humaine qu'elle avait si étran- 
gement stylisée. Les bas-reliefs 

des tympans d'Ardmore, malgré leur barbarie, et surtout les figurines de 
la châsse de saint Magne, autrefois à Drumlane, témoignent de ce progrès 
dû certainement à une inlluence continentale. De môme en Angleterre, le 
xi' siècle, d'une fécondité si précoce dans le domaine de l'architecture, 
n'a pas \u progresser la scul|iture : on sait que les conquérants, bons 
architectes, se contentaient d'une décoration peu variée et géométrique, 
et qu'ils n'abordaient pas la statuaire. Les chapiteaux de la crypte de Can- 
terbury, un linteau de Southwell figurant saint Michel et le Dragon, les 
tympans de Moreton-\'alence (Gloucestershirei et de Fordington (Dorset) 
ont le style des chapiteaux de Caen et d'un tympan de CoUeville; les tym- 
pans d'Ault-IIucknall ; Derbyshire), Dinton (Buckinghamshire), les modil- 
lons de Homsey, sont comparal)Ies aux tympans et modillons des églises 
normandes du continent : les portails ont les mômes \oussures à zigzags, 

T. II. — 'iO 




, liU. — Bas-rolii-r ipimv.ij:iiiI île Sel-c- 
dans la cathédialu de Chiihester. 



202 



HISTOIRE DE L'ART 



ol ceux de Kilpcck, d'ElUslonc el d'Ifllcy onl des Irirs jil(il,'.'< h.ul :^ Inil 
semblables aux exemples de Normandie; à llercford même, un cbapilcau 
historié du xi" siècle égale en lourdeur et en grossièreté ceux du continent. 

Cependant l'importation normande n'absorbe point la sculpture autant 
que l'architecture, car il survit quelque cliose de l'ornement saxon, Scan- 
dinave et irlandais; d'autre part, des fonts baptismaux de Tournai étaient 
importés à Southampton, à Winchester cl autres lieux. 

La sculpture du xn'' siècle procède de toutes ces influences : certains 
morceaux continuent ou renouvellent les traditions du premier art saxon : 
deux bas-reliefs de la Résurrection de Lazare (fig. Kil), apportés de Selsea 
dans la cathédrale de Chichester, reproduisent de la façon la plus frap- 








jf^r^ 






Fk;. 102 — Frise do la façade occideiilale de la calliédralc de Lincoln. 



pante le style des ivoires byzantins. Ces sculptures surprenantes taillées 
en plein appareil sont attribuées à l'époque saxonne, mais l'habileté de 
l'exécution, la saillie du relief, la qualité du dessin et l'architecture d'une 
porte de ville qui a des chapiteaux semblables à ceux de la chapelle de 
la Vierge de la cathédrale même de Chichester, tout cela permet d'attri- 
buer l'œuvre au xii'' siècle. 

J'incline à attribuer la môme date au fût de croix historié de Ruthwell 
(Dumfries), insj)iré aussi de l'art byzantin. Le caractère de ses hauts 
reliefs et de ses inscriptions indique celte date, et je n'hésite pas à dater 
de même un beau cénotaphe en forme de sarcophage de la cathédrale de 
Peterborough, — du moins le colTre orné de personnages Jiien ]H-opor- 
tionnés sous des arcatures, car le couvercle à rinceaux de style irlandais 
peut être antérieur. 

11 n'est pas plus douteux pour moi qu'il faille dater du xii' siècle les 
beaux anges volants rapportés au-dessus de l'arc triomphal de l'église 
saxonne de Biadtbrd-sur-Avon, et les deux grands crucitix de pierre 



FORMATION ET DÉVELOPPKMENT DE EA SCLLPTIHE COTIIlOrE '205 



maçonnés à l'extérieur des églises de Litlle Langford ((Ixfonlsliire) el de 
Romsey. Le preniiiT a la longue robe et la eeinlure iiouc'e à loiii^s IhhiIs 
pendants; le second, nu et fort bien dessiné, ne pourrait être <pic du 
xiii" siècle s'il n'appartient pas au xu' . 

Au premier quart du xu' siècle, on peut attribuer un assez grand 
noudire de tympans sculptés assez babilemcnt en faible relief dans un 
dessin stylisé, extrêmement raide et sec, sans aucun scnlinn'nl des pnj- 
porlions. Le tympan de Fownliope 
(Ilerefordshirc) est un type parfail 
de ce genre. A la même famille ap- 
partiennent ceux de Thôpital Saint- 
Léonard à Hereford, de Rowlstone 
et de Shobdon, tous d'un même 
modèle qui semble inspiré de quel- 
que œuvre d'orfèvrerie. 

Les frises bistoriées de la fa- 
çade de la catbédrale de Lincoln 
(fig. 10'2), à laquelle on ti-availlait 
en 1073, sont peut-être interpo- 
lées; en tout cas, elles remontent 
au commencement du xu" siècle 
et ne sauraient être antérieures. 
Elles sont importantes comme 
origine d'une tradition qui donnera 
au xni" siècle les frises bistoriées, 
autrement belles, de la façade de 
\\'ells. Ces frises représentent des 
sujets tin''S de la (Irnrsc cl de 
rb]\;uigilc : Adam. Noé, la desccuii' 
ciples d'Emmaûs, et autres scènes. On y \(iil. comme sur le continent, 
des ligures inspirées de l'art romain provincial dont elles ont Inutc la 
lourdeur, et des vêtements collants à petits })lis formant des couibcs 
concentriques comme en France. Les mêmes formes lourdes et trapues se 
voient à Mucli \\'enlock, dans un bas-relief du lavabo du cloître. 

Tout dilTérent est le style du lyiuiian de Malmesbury. «ruvre monas- 
tique qui s'inspire peut-être de Moissac : les personnages assis y ont les 
mêmes attitudes contournées, les mêmes robes à menus plis. (;e style se 
rencontre encore à Bristol dans un bas-relief de Jésus descendani aux 
Limbes, dans une très belle Vierge, malheureusement décapitée, de la 
(■al!i(''dralf d '^inj-k. cl siirlnnl (laii> une magnifique figure d'apcMi'c i\r la lin 
du xh' siècle, recueillie dans le cliiili'c de Lincoln. (_'.elle-ci est déjà de l'art 
de transition. On n'en saurait dire autant des ligures li'ès barbares cpù, à 




. - Détail ik- la .toiv .1.- Kfllu; 
(.■omti- lie Diiiliaini. 



i\f du ('.lirisl aux Enfers, les Dis- 



204 



HISTOIRE DE LART 



Kilpcck, se mêlent à des rinceaux et à des dragons sur les montants du 
portail sud et de l'are triompiial. Elles ont pourtant une parenté avec le 
style du portail de Chartres, tant par la eomposition générale que par les 
formes émaciées. Ce grouillement de figurines dans des rineeaux est, du 
rest(\ un llièmc très inlernational. Il a trouvé en Angleterre une magni- 
ii(pic applicalion dans le eélèl)re eandélalire de ]:)ronze de Gloucester. 

Les tympans ornés d'un Christ en Majesté, à Ely, à Barfreslon, à 
Rochester, les Aoussures ornées de m('Mlaillons satiriques à Barfreston, 




Fir,. Kii. - roiUul occidental de h\ calh.-di aie de lln,lieslei-. 



sont également des teuvres parallèles aux portails tVaneais et procédant 
d'une inspiration continentale. La croix monumentale de Kellœ, près 
Durliam (ftg. 165), est un fort bel exemple de ce même style, tout proche 
de la transition; on peut en dire autant de la cuve baptismale en plomb 
de Dorcliesler (Oxfordshire) dont les arcatures encadrent des Apôtres 
assis, fort élégants de dessin et bien drapés dans leurs roiies à petits jilis. 
Des figures moins stylisées et déjà très naturalistes apparaissent sur des 
fonts de pi(.'rre sculpb's en Angleterre cl dont le d(''cor est rneore roman, 
à Burnliam-Decpdale (iVorfolk), sur une cuve ornée des Ti'avnux des Mois, 
et à Southorp (Gloucestershirel où l'on remarque un gueriier terrassant 
>(in cnncnii rt les ligures de l'f^glise et de la Synagogue. Ces dernières 
sculjitures sont déjà golliiques. 

Les plus fines sculptures de transition de l'Anglelerre son! les pdits 



FORMATK^N KT DÉVELOPPEMENT DE LA SCULPTURE GOTHIOUE -20:. 



bas reliefs à personnages, quart de granileur nature, conservés au musée 
(le la cathédrale de Durliam et qui peuvent provenir d'un jubé ou d'une 
clôture de cho?ur de cette église. Ils semblent dater de la fin du \ii" siècle, 
el leur style est incontestablement plus avancé et plus parlai! que celui des 
cariatides toutes romanes et sans dessin de la salle capilulaire bâtie vers 
IliO. Les sujets semblent représenter les Apôtres au Jardin des Oliviers 
cl Irois scènes des apparitions du Christ ressuscité. Les vêlements, col- 
la nts el bordés de galons perlés, ont des plis 
minces curieusement contournés autour des 
saillies du corps, mais les proportions sont régu- 
lières et exactes; le dessin est bon. Les arbres, 
d'essences variées, sont stylisés à outrance. Ces 
sculptures oui une grande analogie avec les 
(iMivres françaises de la même période, mais 
l'ii'uvre qui rappelle le plus e.xactement la sta- 
tuaire française de transition est le portail occi- 
dental de la calhédrale de liochester (lig. Kii), qui 
par son lynqian, ses voussures, les statues de ses 
jambages, évoque la conqiaraison avec celui de 
Chartres. A deux des colonnettes adhèrent les 
statues de Salomon et de la reine de Saba, plus 
petites que celles de Chartres ou de Corbeil, mais 
absolument du même style. Il est à remarquer 
qu'elles sont postérieures au portail, car deux 
bagues ont été descendues pour leur faire place, 
et le portail lui-même, dont on n'a malheureuse- 
ment pas la date précise, ne semble guère anté- 
riciii- à 1 KiO. 

I )cs statues plus grandc's cjue nature garnis- 
saient le portail d('lruil de Sainle-.Marie d'York : 

elles ont été recueillies au musée de celte ville. Leui' slyle, plus avancé, 
est voisin de celui des portails de Senlis et de Laon ; les draperies forment 
de petits plis; les cheveux et la barbe forment de longues mèches striées. 
Les unes el les autres sont inférieures aux beaux modèles français, et 
l'exécution en est assez rude. 




. — SUiltie de Mois 
menant ilti portail 
inlc Marie d'Vorli. 



Éi'ooiE c.oruinri;. — Au xni' siècle. l'Angleleire eut, comme la 
France, une belle floraison sculpturale ; la slaluaire y aH'ccte des caractères 
analogues, mais elle est moins nombreuse et surtout i-épartic d'une façon 
liMite dilVéï-enle. Les portails ont été en France leprinci[)al champ ofl'ert au 
talent lies sculpteurs golbiques; en Angleterre, les statues sont rares sur 
les montants, et les lynipans. ipiaïul il l'ii existe, n'ont d'autres bas- reliefs 



m< HISTOIRE DE L'ART 

qu'un iu(Ml;iillun central; enfin, hcaucoup de sujets en bas-reliet's occupent 
les écoinçons des arcatures intérieures des églises, soit au bas des murs, 
comme à \\'orcester, soit au triforium, comme à Lincoln, soit même au- 
dessus des fenêtres dans le chevet de Worcester. 

Les façades des grandes églises sont assez souvent dépourvues de 
statuaire ou n'ont que quelques figures espacées sous des arcatures, comme 
à Salisbury ou au sud du chœur de Lincoln ; exceptionnellement, les 
façades des cathédrales de Wells, Lichfield et Salisbury ont de nom- 
breuses statues, mais qui se logent dans les rangs d'arcatures superposés 
du haut en bas de ces façades, disposition analogue à celle du porche de 
Candes (Maine-et-Loire) ou du revers de la façade de la cathédrale de 
Reims, et qui sera imitée au xv" siècle à celle de Rouen. 

Le caractère de la sculpture diffère sensiblement selon quelle est en 
bois, en pierre de taille, en purbeck ou en bronze. 

Le marbre de Purbeck donne aux effigies un caraclère lourd, épais, 
quelque peu mou, comme le granit et le grès. De plus, celle [lierre se 
délite avec le temps, et beaucoup d'effigies sont aujourd'hui irrémédiable- 
ment défigurées. 

Les plus anciens tombeaux faits en cette matière (et l'Angleterre, 
ayant moins détruit les monuments de son art national, possède un 
nombre plus grand de statues funéraires que la France) ont une compo- 
sition assez uniforme qui resta de règle jusqu'au xiv'' siècle : le gisant est 
sous un dais simple à arcalure tréfiée, dont les écoinçons et les montants 
sont ornés de rinceaux de feuillages gothiques normands, très riches, for- 
mant des entrelacs touffus. Ce type de tombeau paraît déri\é de modèles 
importés des ateliers de Tournai. On sait déjà que des fonts baptismaux 
romans en pierre bleue de Tournai ont été apportés au xii' siècle à Win- 
chcsler, à S()ulhaui|ilnn ri ailicins, 11 en fui de même des pierres tombales, 
cl la caihédrale de Salisijury conserxe une effigie d'évéquc couchée entre 
des rinceaux qui resseud)le tout à l'ait à une tombe de même époque, dite 
tombeau de sainte Pharadde,à Rruay (Nord); or, cette tombe est en pierre 
de Tournai. On croit que c'est celle de l'évèque Roger, mort en 1159; la 
tète a été remplacée à la fin du xiii° siècle par une tète de pierre blanche. 
A Exeter, la tombe de l'évèque Iscanus, mort en 1181, est d'un style ana- 
logue, mais beaucoup plus grossier, (".'est une imitalion en marijre de 
Purbeck des tombes lournaisiennes. Peu d'années plus lard, les lundiiers 
anglais savaient sculpter dans le marbre de Purbeck des effigies en haul 
relief, des dais d'architecture et des rinceaux d'un dessin sensiblement 
meilleur. On peut citer à Peterboroug une tombe d'évêque d'un travail 
encore lourd et mou; à Exeter, la lom])e de l'évèque Marshall, mort en 
l'20(), d'un travail sec, au contraire, avec les draperies à petits plis du 
style de transition; à Worcester, deux tombes d'évèques de la première 



FoliMATloN 1-:T nÉVI':i.OPI'EMi:NT DE LA SCULPTURE OOTIIIOUI'. '_'(I7 

nioilic du xiii' sirt-le i lii;'. ItiCn, d'iiii dessin assez correct el um'-ihc rlét>nnL 
Le tombeau de révèque Anselme, mort en i2il , dans la cathédrale de 
Saint-David, est une autre variante de la même tradition ; son style est 
un peu sec. 

D'autres effigies tombales en mariire de Purbeck n'ont pas d'encadre- 
ment d'architecture. Trois d'entre elles représentent des Templiers dans 
leur église de Londres. La plus ancienne, de 1200 environ, est la plus 
belle; la figure énergique et rude d'un vieux guerrier, qui fut en même 
temps un ascète, est rendue avec un rare lionheur el avec une belle simpli- 
cité de dessin; très peu de ces tombeaux, par malheur, ont la même valeur 
artistique, el celui-là ayant été restauré, il est fort à craindre qu'il ne 
faille pas faire honneur de ses (|ualili''s à l'nrliste du xni" siècle. Deux 




Fir,. ICO. — Tombeau dï-V("'i[ue ihms la ralliédrale de \\'(jicesti_'i-. 



autres, d'une trentaine d'années postérieurs et moins retouchés, ne sont 
pas sans mérite, quoique un peu maigres et secs, el l'une des figures est 
aussi un fort beau portrait, apparemment sincère. 

Deux tombes du même temps, à Worcester, n'ont pas les mêmes qua- 
lités : celle du roi Jean, exécutée vers 12")0, offre un mélange de lourdeurs 
et de maigreurs, bien que l'allure générale en soil fort belle; et une tombe 
de dame du temps de saint Louis, encadrée de rinceaux suivani la vieille 
tradition, n'a pour elle ni l'ensemble, ni le dessin, ni la grâce, ni j'élude 
sincère des draperies. 

I^a slaluede l'évèque Norlliwold miorlen I '_'^ i ; , à Hly, présente encore 
les petits plis du xii" siècle: ciMIe figure, comme plusieurs aulres, se fait 
remarquer par l'énormité el l'écartement des oreilles; au contraire, celle 
de l'évêque Rilkenny (mort deux ans après) dans la même calhédrale, ne 
manque ni de correction, ni d'élégance el de souplesse. Hlle est de 
l'époque qui marque l'apogée de l'art des tombiers de Purbeck; car les 
dernières années du xui'' siècle ont vu se produire des œuvres lourdes, 
comme deux monuments d'évè([ues à Rocliester el un autre à Salisbury, et, 
à Liciifirld. celui de I'c'n ("'(fiie Palle>liidl, morl \ers \2i\. Deux lundtes de 



208 HISTOIRE DE LART 

dames de ht lin du .\iii° siècle, à Ronisey el h Ahei'gavcnny, oui, au eoii- 
liaiic, une certaine maigreur, mais la première n'est pas sans grâce et 
sans mérite. La seconde est cuiùeuse par Técu llcurdelysé pose sur le corps 
de la gisante comme sur celui d'un guerrier. 

Le calcaire oolithique a donné beaucoup plus d'aisance au ciseau; 
mais lorsqu'ils ont eu affaire à cette matière, les sculpteurs sont trop sou- 
vent tombés dans la mollesse : c'est le défaut de la tombe de Fiobert 
de Gloucester, à Saint-Jacques de Bristol, malgré l'élégante précision de 
ses drapeiies; c'est aussi celui d'une loudie de clievaliei' d'Abeydare qui 
est, en outre, mal proportionnée. Au contraire, la statue tomJjale de 
Guillaume Longuespée, à la cathédrale de Salisbuiy, est lui modèle de 
dessin élégant et correct, et de belle et simple allure. 

Une effigie tombale de chevalier, mal proportionnée, à Bridpurl, une 
autre à Sainte-Marie RedclifF de Bristol, la tète d'un troisième à Exeler, 
sont des poriraits très^ivants et d'un modelé gras et souple fort remar- 
quable. 

La pierre de taille a donné des monuments analogues; le plus beau 
est l'admirable statue tombale du chancelier Swinfield (mort en 1299) dans 
la cathédrale d'IIereford. La tète est d'une grave el belle expression; le 
corps émacié est serré dans une longue robe aux plis multiples élégam- 
ment recherchés et supérieurement étudiés. Dans la même église, une 
tombe de 1280, celle do l'évèque Bronescombe, se recommande aussi par 
ses draperies; très élégantes également sont les efiigies tombales d'un 
chevalier et d'une dame, de 1500 environ, à Béer Ferrers, celles d'un autre 
couple contemporain, à Ilernby, d'une exécution simple et puissante. 
(Citons aussi d'assez belles statues tombales de la même pierre el ilu 
même temps à Rippingale (Lincolnsliire). A Westminster, l'effigie tom- 
bale de Crouchback, comte de Lancastre, à Abergavenny (Monmoulhi une 
autre tombe de chevalier couché, sont d'une allure noble el simple, et d'un 
très beau dessin. 

Les effigies funéraires en bois de chêne ont dû être en usage dès le 
xii" siècle, puisqu'il s'en trouve dans les monuments des Planlagenets à 
Fonlevraull , mais on n Cn a ]>as conservé d antérieures à la lin du xiii'^ siècle. 
Ce sont les œuvres d'un petit nombre de tondiiers *pii l'cproduisent les 
mêmes modèles, et leur teciinique est la même que celle de la pierie. 
JM. Prior croit, d'après leur style, que l'atelier était à Londies. L'efligie 
loud)ale de George de Cantelupe (mort en 1275), à Abergavenny, est une 
œuvre d'une belle allure et d'un beau dessin. Le style général, les mains 
jointes, le double oreiller et l'absence d'écu permettent de le comparer à 
quelques tombes de Westminster, spécialement à celle de Crouchback. 

Parmi les plus anciens gisants de bois, il faut citer la tombe de Simon 
Borard el de sa femme, à Clifton Reynes (Buckinghamshire). Elle semble 



K(»r,MATi()\ HT iii;vi:i.oi'im;.\ii:.\t de la sculpture (iotiiioue '20'.i 




toutefois postérieure à la date de mort de ce seigneur, qui est l^tJT. Le 
travail est moins lin, et très simple, les longs plis plats ont un >lvle parti- 
culier. A Londres, une effigie de chevalier tenant Técu et tiraul lépr-e se 
voit à Saint-Sauveur, Suulliwarlv; c'est une répliipie des lomhes de pierre 
du l'empie. 

Parmi les enigies d'ecclésiastiques, la plus iielle. et l'une des plus 
belles statues tombales d'An- 
gleterre, est, dans le transept 
de la cathédrale de Canter- 
bury, celle de l'archevêque 
Peckham mort en P2!l'2. 

En Angleterre, comme 
en France, les effigies de 
bois ont été souvent desti- 
nées à être habillées de 

lames de mêlai. Fk;. k;:. - EHigl..- funi-iaiio de. Guillnm.ie (le Volcnce 

à \Vcsliiiiiisl,.|-, 

A\\ estminster,en l'iTI , 
la statue tombale en l)ois de la jeune pi-incesse Callierine l'ut revêtue de 
lames d'argent, et, en 120(1, celle de Guillaume de \'alence, qui subsiste 
dans la même église, est une o'uvre de bois revêtue de lames de bronze 
dor(''. embouties: mais celle tombe lig. 107 l'st de travail tVançais, non 
anglais. Le style en esl bien nc[. il appartient aux ateliers de Limoges; le 

grand écu éniaillc' (pii 
subsiste, les plaquettes 
démail armoriées ipii par- 
semaient la cotte d'armes 
du chevalier ne peuvent 
laisser aucun doute sui' 
cette provenance. Enlin, 
les (( toml)iers » anglais 
pratiquèrent aussi l'art de 
la fonte, et l'on peut citer 
à cette époque des sta- 
tues funéraires en bronze 
coulé. 

Les statues loiubales 
anglai.sesoni un slyle loul dilT'éieni de celui du continent et, en général. 
beaucoup plus dramatique; ce n'est pas la paix de la couche mortuaire: 
beaucoup de chevaliers sont représentés tirant i'épée du fourreau; cer- 
tains sont sans écu; par contre, on voit une noble dame, à Abergavenny, 
•sous le bouclier armorié; à WeslmiM>ler, tleiix conjoints se ticnneni par 
la main (dis|i()silion dont on peut citei- un exemple à Limoges); enlin. un 




au iiR-len.lu ,|e Ii,,|,ei l, ,|,„; de Nor 

Ù (JlDdCosttT. 



HISTOIRE DK I.AIîT 



noljlcs soiil l'cpréseiilrs !(•>, j.iiiiljcs croisées 
;i reçu dans l;\ créance populaire une l'aussc 



iiraiiil noiiiljiT iriioiiinK 
(fig. IC.Si. Celle allihnl. 
inter'prctation : ell(" passe pour le privilège de ceux qui lurent à la croi- 
sade; rien n'autorise cette jiizarre explication; on sait, au contraire, que 
le croisement des jambes est une altilude seigneuriale. Les j)ersonnages 
investis de laulorité, les juges en particulier, croisent les jambes dans 
1 iconographie du luoven âge, cl. au x\n' siècle encore, nos driUlrs 
i-econnnarid(.'nt aux enl'anlsel aux inIV'ricurs de ne pas avoir liniperlinence 

de iircndre cetic attitiule, réser- 
vée aux personnes de (uialili''. 



Statuaire monumentale. — 
La façade de la cathédrale de 
Wells, qui oITre le plus bel en- 
semble de statuaire de la 
(Irande-lii'etagne, a été cons- 
truite de 1220 à LJi'2. Llle est 
occupée, du soubassement au 
jiignon, ]tar des combinaisons 
d'arcalurcs encadrant des sia- 
lues. dette décoration fait ré- 
joui' sur les faces latérales des 
cloelieis. L'est un magnifique 
exenq)lairc de statuaire monu- 
mentale, et très peu d'autres 
monumenis au monde ont une 
imagerie comparable. 
s (Paient occupées pai' un Lbrist 




FiG. V'iO. — Noé oonstruisant TaiThe. 
Façaile de la oatlirclrale tic Wells. 



Au somme! de la facadi 



Inus niclu^ 



en majesté, et, probablement, la N'iergeet saint Jean; au-dessous se déroule 
une gab^rie des Apôtres, puis neuf anges représentent les diverses catégo- 
ries de la hiérarchie céleste. Au-dessous, une suite d'ai'caturcs coupées 
par les pignons des portails est occupée par des scènes de la Résurrec- 
tion des morts. C'est donc. eomuK^ à la cathédrale de Ferrare, une trans- 
position de ce thème du Jugement dernier qui, en France, se groupe et se 
résume dans le tympan et les voussures du grand portail. Le tympan de 
celui de Wells ne contient (ju'une ligure de la \'ierge encensée par deux 
anges; au-dessus du fronton qui l'encadre, un panneau est occupé par le 
couronnement de Notre Dame. Au-dessus sont les statues de Salomon 
et de la reine de Saba. A droite et à gauche de ces statues et au-dessus 
d'elles, ainsi qu'aux deux côtés du portail, se développent les (''pisodes de 
la Résuriection des Morts. 

C'est un caractère spécial de l'ait anglais d'avoir donné une grande 



ItilîMATlOX ET DKVEI.OPPliMKNT DE LA SCULPTURE GOTIlinUE '.'II 



richesse aux écoineons isjxnidrils) ([ui surmonlenl les ai-calurcs, alors que 
souvent les chapiteaux (l(> leurs supports sont sans sculpture. Ainsi la 
petite église de Slone, près I.ondres,les cathédrales de \\'inchestcr et tic 
Wells ont de très l'ichcs ccoinçons de rcuillages, lièfles normands nièh's de 
quelques animaux fantastiques. Parfois, des écoincons sont ornés de 
personnages, le plus souvent d'anges aux ailes déployées, comme au tran- 
sept construit par Tévèque Hugues d'Avalon à Lincoln ivers l'iOO) et à 
celui de Winchester (arcalures des premières années du xiii" siècle. 
11g. 170): mais les plus heaux exemples sont aux exlréniilés du lransc]it 
de Westminster, vers l'2i(), et dans le célèbre clitcur des Anrji'sde Lincoln, 
élevé de L_'."i7 à L2S(). 

Les anges des écoincons du transept di_' Westminsler >nnl les plus 
grands et les plus beaux; ils 
datent de l^oO à. L2(10; dans le 
croisillon nord qui est le plus 
ancien, il en subsiste deux sur 
quatre. Ce sont désœuvrés d'un 
dessin très pur, très noble et très 
calme, d'une grâce pensive. Dans 
le croisillon sud, les ligures cen- 
trales sul)sistent et les juigcs stuit 
au nombre de quatre, moins 
correctement dessinés et moins 
calmes d'attitudes. 

A Lincoln, dans le cho'ui' 
des Anges, tous les triangles 
entre les arcades du triforium 

sont historiés: la jilupart orn(''s d'anges aux ailes éployées tenant des 
attributs: qmdqucs autres de divers sujets : on y remarque l'.Xdoration 
lies Mag(^s, au côté sud. ipii est le meilleur. C.es figures ont la miè- 
vrerie et l'afféterie des œuvres de la lin du xui" siècle; elles n'en sont 
pas moins très jolies, mais après avoir \ u les statues du portail sud, ou 
hésite à les déclarer belles. Dans les écoini^ons bcaucou}) plus petits des 
ai'catures du bas des nuirs, on a souvent aussi sculpté des anges, tels 
que ceux du croisillon nord de W inchesler. aux ailes épannidées, ceux 
du croisillon nord de Lincoln. ligures en haut relief aux ailes ébou- 
riffées, aux draperies agitées, à l'allure étrange. 

La chapelle de la \'ierge de Bristol possède une intéressante série 
d'écoinçons ornés; mais la plus riche est celle du chœur et des deux tran- 
septs delà cathédrale de W'orcestcr. Là sont |iarsruiés dans un capricieux 
désoi'dre les sujets les plus diveis, (jrneuienls, \(-gétaux. monstres, his- 
toires de saiids et scènes du Jugement dernier. On remarque surtout 




212 



HISTOIRE DE LART 




Fio. 171. — Cliapiteanx île la 



ihuis le rroisillon noid du Iransepl occidenlal saint Micliel IcirassanI le 
diable, la Résurrection des Morts, saint Michel peseur d'âmes, et dans le 
bas coté sud du chœur une curieuse scène de damnation, qui devrait 
faire suite aux sujets précédents. C'est l'une des répliques les plus (''ner- 
giques et les plus audacieuses de ce thème, si fréquent, du damné tour- 
menté par les diables, et son 
expression caricaturale ne peut 
être dépassée. Le reste de ces 
sculptures, malheureusement 
trop mutilées et trop restaurées, 
est peu expressif, archaïque et 
maigre. Dans la salle capitu- 
laire en rotonde de Salisbury, 
une série décoinçons du même 
genre présente un style ana- 
logue, mais les sujets sont en 
ordre parfait. C'est l'illustra- 
tion de la Bible depuis Adam jusqu'à Moïse. 

Les chapiteaux (lig. ITLict les sommiers du xiii" siècle contiennent 
un grand nombre de figurines qui comptent parmi les meilleures de la 
sculpture anglaise. Beaucoup de retombées d'archivoltes, beaucoup de 
consoles soutenant les supports en encorbellement sont ornées de 
tètes, quelques-unes d'un beau caractère, spécialement dans les cathé- 
drales de \\'ells et de Salisbury et au prieuré de Boxgrove près Win- 
chester. 

Des tètes plus récentes et d'une grande beauté se voient dans les 
mêmes églises et aux salles ca- 
pitulaires de Weslminsler et de 
Salisbury, dans le transept 
oriental de Durhani et à Lin- 
coln. 

Les chapiteaux à figures 
sont surtout nombreux à la 
cathédrale de Wells; ils con- 
tiennent des caricatures à 
grosses tètes (fig. [12] émer- 
geant parmi les bouquets de 
feuillages. Ces figures sont rudes et souvent incorrectes, mais font bien 
dans l'ensemble et sont d'une fantaisie parfois amusante. Un en voit 
quelques autres à Lincoln. 

Les portails de Lichfield, du chapitre de Westminster, et de Lincoln 
(portail sud-est, tig. 17.3) ont des voussures de rinceaux de feuillages parmi 




-Colhr.lralc .le Wills 
I cliapilcau (lu clw 



FOIîMATION' ET DÉVELOPPEMENT DE LA SCULPTURE (.(irilKtl |; 21". 

lesquels des places sont ménagées pour des figurines. Celle eoudiinai>on 
d'ornement végétal et de figures est spéciale à l'Angielcrrc. La \oussurc 




LiG. 17j. — D.'l.iil du |..iil,iil .lu cli.nir dos Aiiiros à l;i c:itliOdi;di' de Liiunlii 



(II' \\r>|ininslci- e>l la plus lidlr ;mi pniul de \u<- du >l\lc des lii^urr>: à 
Lincoln, le reliel' esl plus accruiu('. li'-. riucraux sou! d'une puissance cl 
d'une beauté remarqualilcs ; les liguriuo des \'crtus oïd des tètes assez 



214 HISTOIRK DK LAHT 

vulgaires, <lcs iilliludos et des draperies maniérées qui annonceul l'arl du 
xiv" sièelc. 

Au poi'lail de la salle capilulaire de Salisbin-y, les liguiines des Ver- 
tus et des \ iees sonl logé'es sous des dais, comme en Fi-ance : elles sont 
antérieures et d'un meilleur style, qui rappelle beaucoup la façon dont les 
mêmes sujets sont traites aux porclics latéraux de Chartres. 

Le portail de l'église abbatiale de C.rowland est oi'uc d'un quatre- 
fcuillc oi!i étaient sculptées cinq petites scènes de la vie de saint Guthlac, 
œuvre assez lourde, autant (pi'on peut juger aujourd'hui ces bas-reliefs 
très frustes. 



III 

LA SCULPTURE CHRÉTIENNE EN ESPAGNE 
DES ORIGINES AU XIV SIÈCLE' 

L'étude de la scul|)ture espagnole du moyen âge rencontre des diffi- 
cultés exceptionnelles, non seulement à cause de la pénurie de documents 
authentiques et d'études critiques, mais encore à cause du caractère ar- 
chaïsant de beaucoup de monuments. Avant d'aI)order la p(''iiode féconde 
et brillante pendant la([uelle l'art espagnol, en imitaid l'art franç;ais, a 
j)roduit des o-uvres qui égaieul leurs modèles et parl'(»is les dépassent, il 
est nécessaire d'établir le bilan des traditions anciennes, en remontant 
jusqu'aux périodes plus obscures dont l'histoire sommaire n'a pu encore 
trouver place tlans cet ouvrage. 

Li:s ORIGINES. , — Les premiers monuments de la sculpture chré- 
tienne avaient été, en Espagne comme en Italie et en Gaule, des sarco- 
phages. 

Pour le style des reliefs, comme [lour l'iconographie, la plupart des 
sarco|)hages chréliens d'Espagne ne diffèrent en rien des sarcophages de 
Home et de ceux d'Arles: beaucouj) d'entre eux en provenaii'ut prol)able- 
ment. D'autres, dont la série esl re)ir('sentée aujourd'hui pai' un exem- 
plaire unique, venaieid sans doute de plus loin. Le sarcophage reirouxé à 
Ecija dans la province de Séville, par le choix des sujets et la dispnsilinn 
des reliefs, rapjielle les sarcophages de Ravenne. 

Les \Msigolhs, maîtres de l'Espagne entière avani la lin du m' siècle, 

1. I';if M. Emile P.cilaiix. 



|'(ii;m\ti(»n 1.1 iii;\"i;i.(i|'I'i:mi;nt de la sculptihe cotiiioue -iC) 

y liii'iil rri;iii'i- une civilisation nussi savante, sinon aussi In-illantc (|iic 
Taxait ('■11'' au conuileliceniciil du nuMUr sircli; la ri\ilisal ion ilcs()sli-o- 
ii'otii.-^ (I Italie. Aucune des grandes (''tilises t'ondée's au \ i' et au xiT siècle 
ne s'est conservée dans sou étal piiiuitir. Avec le ln''S(M' de < iiiarrazar. 
dont VAniirria Ik'cil de Madrid possède la moindre partie, les seuls monu- 
ments de la puissance wisigotliique en Espagne sont des fragments de 
marbre sculpté. 

A la fin du v'' siècle, l'emiiiie harbare (pii s'avançait de l'Aipiitaine 
jusqu'aux Colonnes d'IIei-cule avait eu pour cajulale Toulouse. Deux 
siècles plus tard, les villes de cet empire où se concentiait l'actixilé des 
souverains et des plus riches évêques furent Mérida, Tolède, C.ordouc. Il 
est encore difficile d'étudier les fragments vvisigotliiques retrouvés dans 
ces trois centres, soit sur les planches sans légendes éparses dans la 
collection inachevée des Moinunculos (niiui/rrloiiicos, soit sur les champs 
de ruines et dans les étroites salles des iriusées archéologiques où les 
marbres gisent en désordre. 

Parmi ces mai-lires on distingue des stylobales, des ]iilastres, des 
phupies de lidjisi'iniii, des di'\auts d'autel. La figure humaine a eonqilèle- 
ment disparu. Les motifs qui se répètent de ville en ville sont des feuil- 
lages très secs, des rinceaux de pampres et des palmclles ou d(^s figures 
géométriques : croix grec(jues, clirisines accompagnés de l'A et de l't), 
étoiles à six rais, grandes rosaces et suites d'arcalures. Clcs uuilifs, dont 
plusieurs se reirouvent sur les couionnes de Guarrazar, sont ceux qui 
composent la décoration sculptée des plus anciennes églises de Syrie. 

Tout d'abord les conquérants arabes se contentèrent de prendre aux 
chrétiens les édifices nécessaires au culte, ou même de les partager avec 
eux. Peut-être des marbriers chrétiens ont-ils sculpté au viu' siècle, pour 
quelque mosquée, des plaques telles que celles de Mérida, sur lesi|uelles 
les anciens motifs gréco-syriens de l'époque wisigothique se compliquent 
d'une suite d'arcs brisés et entrecroisés ou s'accompagnent de caractères 
coufi([ues. Dans la période brillante qui commence avec le règne du 
khalife Abd-er-Rahman, les souverains de rAndalousie font venir leurs 
artistes d'un Orient plus lointain et plus splendide que celui dont les rois 
wisigoths avaient connu le refict. Cep(>ndant quel(|ues traditions de l'art 
vvisigolbi([ue survécurent obstinément, avec le vieux rit mm romain, dans 
les chrétientés mozarabes (pii eontiniiaieid à ei'li'-bi'er leur cidle sous la 
domination musuhnane. 

La |ielile ville de Lcbrija, à 'M) kilomètres de Jerez, conserve une 
(■glise. Sauta Maria, dont la plus gi-aude partie est antérieure ;i la jvcoh- 
ijiiistii (le |:i \illc par >aint Ferdinand 'i'Jiili. Les formes de rai'chileclure 
sDut eellcs des l'ililiees l'omaiis l'IeN l'-s dans les l'ovauuu's chrétiens 
d l']spagne ; mais les ehapileaux liislorii-^ ripioduix'ul eircore les motifs 



216 IIISTOinK DK LART 

végétaux ou ^(''OUiélriqui's (jui (l('C()i-;iicnl les j)I;h|uos de uiarliri^ sculptées 
en Andalousie peu d'années avant ou après linvasion musulmane. 

Les chrétiens refoulés vers le nord emportaient avec eux dans les 
Pyrénées asturiennes le (',(h1i' de Réccswinihe, les écrits d'iNidori' de 
Sévillc et le système de décoration géométrique adopté dans l'ancien 
royaume wisigotli. Après les premiei's succès remportés sur les musul- 
mans et la fondation d'un nou\ eau royaume, qui eut Oviedo pour capi- 
tale, les églises se multiplièrent sui' le territoire reconquis. Plusieurs des 
églises fondées par les souverains du petit royaume sont encore debout. 
Elles ont été présentées par les plus prudents des archéologues espagnols 
comme des monuments restés à peu pi-ès intacts depuis le ix'" et le 
x' siècle. D'a}H-ès cette thèse, les districts montagneux du nord-ouest de 
l'Espagne conserveraient une série d'édifices de l'époque carolingienne 
bien plus complète que celles qui subsistent dans les autres pays 
d'Europe. Mais une thèse opposée a été soutenue récemment : si l'on en 
croit M. Marignan, les Asturies et l'Espagne entière ne posséderaient pas 
une seule construction antérieure au xn'' siècle. La vérité doit être cher- 
chée entre ces deux thèses. 

Les plus connus des monuments siu' lesquels doit porter la discussion 
sont deux églises bâties au flanc d'une montagne, près d'Ovicdo : 
San Miguel de Lino et Sanla Maria de Naranco'. Elles ont été, d'après 
les chroniqueurs, fondées l'une et l'autre au milieu du ix" siècle. Une 
objection a été soulevée par le critique qui a révoqué en doute l'ancien- 
neté attribuée à ces deux édilices : tous deux sont voûtés. Mais des docu- 
ments — qui remontent les uns au xf siècle, les autres au x' — attestent 
formellement que dès l'origine les deux églises de Lino et de Naranco 
ont été l'une et l'autre construites avec des voûtes, — cnic fornicea, — 
rien qu'en chaux et en pierre, plarihiis cenlris forniceis concamerala, sohi 
calce cl Uipidihus coiislnicla. Le palais du roi Ramire, élevé à côté de Sanla 
Maria de Naranco, était, lui aussi, bâti <( sans bois », — palulinin sine 
Ihjno niiro opcrc iiifcriits superiusijiic ciiiiinhiluin. Ces constructions sont 
citées par les chroniqueurs eux-mêmes comme des nouveautés dignes 
d'admiration; elles confirment l'opinion, de plus en plus accréditée, qui 
fait remonter les essais d'une nouvelle architecture voûtée à l'époque 
carolingienne. Si l'on en juge par les détails de la construction, — arcs 
doublcaux, contreforts, — les voûtes de Santa Maria de Naranco ont été 
tout au moins restaurées et renforcées au xii" siècle. Celles de San Miguel 
de Lino n'offrent pas de signes manifestes d'une reprise. 

Ces observations étaient des préliminaires indispensables;» l'étude des 
sculptures qui font corps avec les deux églises voisines d'Oviedo. Les 

1. Cf. lonie I. 'i' p;irlii\ p. 5rVJ-JtiO, lig. 'JUi-'J',);,. 



KORMATION ET 1)K\"I:L()1>PI:M KNT DE LA SCULPTIRE GOTIIKjrE 21' 



t 



J.. 



\\ 



reliefs qui décorent les montanls du [lorlail de San Miguel de Lino, <"t c[ui 
se font face des deux côtés de lenlrée, ne reproduisent plus les simples 
motifs géométriques des Iraiiscini.-r. Des figurines humaines qui ont donne'- 
lieu aux interprétations les jdus fanlaisisles paraissent dans deux groupes 
dont chacun est répété par trois lois, 
d un montant à l'autre. En réalité, le 
sculpteur a simplement copié, comme 
un motif de décoration à multiplier 
autant de fois qu'il était nécessaire 
pour couvrir le champ de marbre, les 
deux feuillets d'un diptyque consu- 
laire d'ivoire : le consul, assis dans sa 
loge du cirque, la main prête à donner 
le signal des jeux en lançant la mappa: 
à sa droite et à sa gauche deux gardes, 
ou peut-être les personnifications de 
Rome et de Constantinople ; sur 
l'autre feuillet l'arène, avec les grilles 
des cages et les périlleux exploits des 
belluaires et des acrobates. Le modèle 
était du vi' siècle ou du wi". La copie 
peut-elle être du ix"? Lu ouvrage 
aussi enfantin est presque impossible 
à dater. Il est. en tout cas, un essai 
aventureux du marbrier qui a gra\é 
sur les archivoltes de l'iconostase 
élevé en travers du chœur de l'églisi' 
une suite de méandres circulaire^ 
et de rosaces étoilées ou rayonnani 
en « soleil » de feu d'artifice, qui 
sont des motifs communs dans h- 
fragments wisigothiques. Le mulil 
des cercles est développé dans les 
rcmplages ajourés des fenêtres, de 
manière à composer des entrelacs où 
\c vieux motif syrien rivalise de fan- 
taisie légère avec les combinaisons géométriqiu's de lail musulman. 
Une sorte de lien continu est établi entre toutes ces sculptures par des 
frises formées d'une corde double, qui suit la courbe des archivoltes, 
serpente jusque sur les chapiteaux et se ré(hiit à la grosseui' d'une corde- 
lelte pour encadrer les |ielils panneaux à ligurines. ('.est un (i(''\eloppe- 
lUi'ui hyperlrophiqnr t\r Iriilirlais nalli'. UKilil'plus bailiair <pi'orien- 




rUot. LaurLMit-l,a 



FiG. 174. — Les jeux du cirque. 
Pias-reliels sur les montants du portail 
de San Miauel de Lino, piès d'Oviodu 

(ix- siècle?). 



-î\» HISTOIRE DE LART 

lai, qui va devenir caractéristique dans les monumcnis des Aslurios. 

Dans l'église de Santa Maria de Naranco, ces « cordes » doubles 
arrivent ;\ couvrir de leurs stries les faisceaux de quatre colonnettes qui 
supportent les arcliivoltcs de l'iconostase et les arcades avcuiiles qui se 
développent des deux côtés de la nef unique. Mais des motifs tout nou- 
veaux concourent à la richesse de la décoration sculptée. Ce sont de 
grands disques de pierre, encastrés, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur de 
l'église, entre les archivoltes. Au centre de chacun de ces discpies est 
représenté un animal ou un groiii)e de deux oiseaux affrontés. L'exécu- 
tion est aussi grossière que celle des reliefs du portail de San Miguel. Le 
modèle est également oriental. Mais, au lieu de copier un ivoire, le scul- 
pteur barl)are s'est manifestement inspiré de disques décoratifs pareils à 
ceux qui se trouvent encastrés et dis|)osés de même sur les l'açadcs des 
plus anciens palais de Venise hàtis du ix*" au xi'' siècle à l'instar des 
palais byzantins. Peut-être des disques semblables ornaient-ils le palais 
élevé à côté de r(''glise par le roi liamire. 

Chacun des discpu's de Santa Maiia (i(^ Naranco esl railaché à la 
corniche couranle par rinlerm(''diaire d'une bande de pierre scidiib''e, 
qui alioulil à la i'eloml>(''e dim arc-douiili'au et send)le le jirolonger sur 
le U1IU-. La décoralioii n'e>l plus composc'e d'animaux fantastiques, 
mais de figurines représentant des iiommes deboul el des cavaliers (|ui 
semblent- courir. Ces figurines ressemblent à celles (pii décorenl ib^s 
bi'iques (>stampées ou de petits reliefs de pierre (|ui oui vlv allrii)U(''s en 
F'rance à répoc[ue carolingienne'. 

L'ensemble de reliefs foi-mé, dans l'église tle Xaranco. pai- les cha- 
piteaux, les disques el les bandes remonte certainement à une djije fort 
ancienuf^ : cet ensemble se trouve exactement copié dans une pelile 
église |ierdue au milieu des montagnes, au sud d'(>viedo, Yfriiiilu de 
Sanla ( '.rislina de Lena. 

Les (''Iranges mdnuuienls (|ui i'epi-(''senleiil lai-l (r()\ie(l(). la ca|iilale 
du jeiuKM'oyaume, formeni un groupe isdh''. Les ii'adilidiis tpii snr\iv(Md 
autour d'eux soni celles de l'arl \visig(illii(pie. ('.el arl dess(''clM'' pPdlonge 
dans les \;dlinis de la Calice cl jus(pie dans les \illes du lill oral canta- 
bri(pic nue iiijcrnunable \icillesse. .\(ind_ii-e de UKinuinenls u\\ de frag- 
uH'uls du xii' (M du xni'' siècle son! d(''i-(_)r(''s, non seulement comuie au ix'' 
ou au \' siècle, mais conimeau \\i' ou an nui'. Les exemples ne nKunpu'nt 
jias : il sulTii-a d'eu cilcr un scid. L'(''glise de Sanla Ci'islina de Lena a 
conser\('' à sa place piiuiilix (■ une phnpie de cicMure de clucur, décorée 
de rosaces, de <-i(ii\ cl (le pampres. Sur la bordure de cette plaque une 
inscriiilinii. dniil lc> lcllre>, xiiil réservées en i-clief. nomme un abbé 



ll.Hl, 



l(ir,MATl(1X HT 1)I-:\1:L0PPKMENT de 1,A SCULPTUnK (lOTlIIOUE -il'.t 



Fl.nini'-. ilnilliMirs inroiimi. ( .c-, senlpl hits ~ 

,| rllrs ,|.-S cliapil.MllX i\r Ir-ll-r ri ,1,-. 

iii.Mix. M.iis coiiimenl iI;iIit n-Wi- ii-tiiisniin, . 
1,1 iTypIr (le l;i .Mlln-.JiMlr ,!,■ S:iiil,iiii|i|- m 



|H'(I |)lu-i ;iiTli;rM|iic 

a -illii II.-- .r.iiii- 

>\\ .1 n'iii-(iiil II' ihiii> 

ll\i'rclc lie >,-||-( 



'"■-'I" 



docoré dt" molil's géonuMiicjiios l'iicorc plus éiémcnlaircs. ri dnlc par une 
inscription, également i-éservéc en relief, qui mentionne un personnage 
mort en l'an l'240'? 

Cependant un essor nouveau de l'itrl, ([ui se manil'esie clairemenl 
dans la sculpture, accompagne les progrès de la puissance chrétienne. 
Une petite église d'apparence tort ancienne. San Pedro de la Nave, qui 
s'élève au bord 
de l'Esla. non 
loindeZamora, 
a conservé ses 
clia[)iieaux en 
forme de tra- 
pèze, qui sont 
couverts d e 
s I- Il 1 p l u re s . 
ainsi ipu^ leurs 
laillnirs. Le re- 
lier es! aussi 
|iau\ rc (jui' >ur 
le> disipies tie 
Saiila Maria de 
Naraiico. el le 




- ('.uv(; li:iiilisni:ili' de San I~idn 
Diiiucs I.- iiiMiihii-'c .In .MiiM-r ,11-1 lié..l"i;i.i 



Ir L.'OII IM 
de M.iJri.l. 



gauche. .Mais au réiieiloire di's motifs géométriques, aux arcatures en 
fer à cheval, aux silhouettes d'animaux alTrontés s'ajoutent des ligurines 
humaines qui ne sont plus des êtres sans rôle et sans nom. (les fantoches 
re|)résentenl des personnages de l'histoire sacrée : Daniel dans la fosse 
aux lions (nhi Daniel iiiissus est iii lacuiii Ifuituin), .\braham prèl à immoler 
lsaa(;("/" Ahrddiii nhlulit Isiu- /ili/mi siniiii iihicmistiiin l>(iiiiiii<i\. 

L'inlluence de la capilale déchue se manifesta encore faililemeni 
dans les capitales des nom eaux royaumes de Léon et de Caslille. .\ Léon, 
la cuve baptismale conservée sous les voûtes romanes de San Isidro est 
probablement le seul reste de l'église où le roi Ferdinand apporta en 10(i." 
Ii'> ii'liques du saint docteur de Si'-v ille. (■('■dées par un (''Uiir vaincu. Sur 
lune des faces du culie aux (''paisses parois, deux lions sont all'ronlés, 
comme ceux qui décorent les élofl'es moresques; sur une autre, trois ligu- 
rines humaines sont debout à côté d'une sorte de palmier; cntin sur deux 
des faces reparaît par deux fois, avec de légères variantes, une même suite 



220 HISTOIRE DE L'ART 

(le iHTsonuages. Il r;itil un cll'nil (l'iiiKii;iii;ilion pour dislintj;uoi-, dans celle 
procession monoU)iiç, la \ icrge assise sur un Irùne rusliquc, saint 
Joseph debout derrière elle, et deux scènes de baplcme. Le sculpteur de 
Léon se répète sans plus de scrupule que celui du portail de San Miguel 
de Lino. Il se montre aussi impuissant que le sculpteur d'Oviedo à carac- 
tériser un t\ |ie ou un costume. Lune des scènes de baptême est censée 
figurer le baptême du Christ : le seul indice qui permette de reconnaître 
les personnages est la présence de la Colombe divine, posée sur la tète 
miMne de .Iean-I>aplisle. 

Il existe un sarcoj)liage d(''cor('' de reliefs qui a dû être sculpté vers le 
lué^me temps que la cuve de Léon et qui est l'imitation manifeste de 
quelque sarcophage chrétien analogue à celui d'Ecija; ce sarcophage, 
trouvé à Bi-iviesca, est conservé au musée provincial de Burgos. Des figu- 
rines humaines, vérilables hiéroglyphes sculptés en bas-relief, se suivent 
sans ordre apparent, jicle-mêlc avec un scrjicnt qui paraît être celui de la 
Genèse, une c'elielle (|ui jK'ul ("'Ire celle (le .Ia<()li, un clirisnie wisigothique, 
emblènie d une inierNcntion di\ine, et des arbres à feuilles de figuier 
contournés connue ceux <|ui sont lirodés sur la « tapisserie » de Bayeux. 

Les chapiteaux de San Pedro de la Nave, la cuve de Léon, le sarco- 
phage de Briviesca foi'ment un groupe qui mérite l'attention de l'historien. 
Certes ces reliefs sont aussi informes et aussi inintelligibles que les plus 
grossières ci les plus mystérieuses des statuettes exhumées au Cerro 
de los Santos. Mais ils ne doivent presque rien à l'art musulman, absolu- 
ment rien à l'art du Nord : ils sont, dans le siècle du Cid, les premiers 
rudiments d'un ai'i " espaiiiiol ". ('.et arl enfaidin eoiilenait peul-(''li'e des 
germes de vitalité; mais le (lé\eloppement de la iinuNclle ci\ilisation 
chrétienne qui grandissail eidrc les Pyrénées el le pays des inddèles 
avait i''l('' trop lent. Pendant ipie les c(in([nètes de I''erdinand le (iiaiid 
et d Mplnjuse \ 1 préparaient un ^aste cluunp à Tessoi' national, les rési- 
dences royales, les \illes éjiiscojiales, les monastères les plus reculés 
s'ouvraient à une civilisation étrangère, qui étouffa sous des semences 
précoces et fécondes les germes à peine sortis de la terre d'Espagne. 



La sculpture romane. 

(' A parlii- (lu i( t;ne d'-Mpluinse W, (■■cri! Dozy, l'Lspagiie fut 
lilt(''ralement inonds-e de t'raïK^ais. Telle \ille fut ]ieupl(''e enti('Te- 
luent de Français, lelle autre cul luie rue avec un (piarlier (pii |Mir- 

l.iil leur nom. L Eglise (le\inl eidi(''reiuenl IVan(;aise Les h'rau- 

çais renqilissent i-[ l'éformeiit les couvenls et, désormais, l(;s hantes 
dignités, les riches bénétices sont pour eux. Tolède à peine conquise, 



FORMATION ET DÉVELOPPEMENT DE LA SCULPTURE GOTHIQUE 221 



cesl un Français, Bernard, qui y do\ icnt archevêque, c'est-à-ilirc primat 
d'Espagne. » Bernard était un moine de f'.luny. Grâce à lui cl à mmi 
protecteur, Alphonse VI, l'Espagne devint en peu d'années la proxinci' 
la plus florissante de Tordre clunisien hors de France. L'ordre y atteint 
son apogée au milieu du xu"' siècle, lorsque Pierre le \'énérahle entre- 
prend une tournée d'inspection dans les monastères d'Espagne. Cepen- 
dant, à celle dale, la prépondérance de Cluny commence à être combattue 
par celle de Cîleaux. Les Cisterciens, introduits en Navarre dès MOI par 
le roi Garcia Ramirez, sont admis et favorisés en Catalogne par le comte 
Berenguer IV, en Aragon par le roi Pedro Atarès, en Castille par 
Alphonse VII « l'Em- 
pereur ». Les deux 
ordres français ont 
largement concouru au 
développement de 1 art 
religieux en Espagne, 
mais les intluences 
(piils exercèrent ne 
pouvaient être concor- 
dantes. La mission de 
l'ordre cistercien dans 
le domaine des arts 
était limitée d'avance 
par la règle dont saint 
Bernard avait dicté les 
préceptes austères. 
Favorable à la solidité 
et à la pure beauté de 
la construction, hostile 
à la sculpture, comme 

à tnule décoration, cette règle fut stiùclemenl suivie dans les fon^lalions 
([ue l'ordre multiplia en Catalogne, en Navarre, en Aragon et jusqu'en 
Castille. De ces immenses maisons de prières il reste des ensembh^s 
d'édifices et de ruines qui comptent parmi les œuvres les plus impo- 
santes du moyen âge chrétien. Dans l'intérieur de leur enceinte de ville 
forte aucune décoration à silhouette vivante n'anime la nudité des pierres. 
Les chapiteaux dont les moines français ont donne les modèles ont 
des corbeilles lisses, connue ceux de la grande église de Poblet, ou 
entourées simplement de larges feuilles d'eau, comme les chapileaux des 
salles capitulaires de la Uliva, en Navarre, et de ^'eruela, en Aragon. 
Le décor végétal n'est détaillé avec soin que dans un nmnumi'nt cisler- 
ricn du xiii" siècle, le pclil rloilrv des dames nobles de Las lluelgas. 




FiG. 176. — Chapiteaux de 107Ô-107U. 
Cliiilro do Sanlo Domingo de Silos (Caslill 



Hisroir.i': de i.Airr 



prrs ilr Ihiriios, oi'i l,-i sini|ilicil('' des motifs i'('|ir()(luils sur les cIl-iimIimiix 
rsl riiricliic |i;ir l,-i i li'l ic,-| I rssi' lie l;i ciM'Ilin'. Si lirs iMi\rirr^ lnr;Ml\ inlrr- 
\ n-niiriil . |.;u' r\rlii|i|i' il.iiis hi i i('Ti ir:il iiil] ilc> i-|(iill'r> ri ilc> I i.'i I i liicii I ■- 

(■cin\ l'iil iicis (11- l'dlili'l . ils n'|irlciil . ciiniiipi' s'ils iiil rr|in''hiiciil ihiiis Inir 
ilinicck' 11.' iiKil d'orclic doiiiK-. les aïolifs les jilil.-> >iiiij)lrs cl les |>lii> 
archaïques, ceux qui étaient déjà traditionnels dans les ateliers wisigollis. 
Au commencement du xiii' siècle, ils tressent auloiir des cliapiteaux et 
des consoles qui porleni des arcs en tiers-poini loule une vannerie d'en- 
trelacs. 

Dans le (l(''veloppement de la sculpturi' romane d'Espagne, le rôle de 

(_lît(>aux devait être né- 
gatif ; celui de Cluny 
pou\ait être actif. (Juellc 
a été son étendue et son 
caractère? Parmi les in- 

lluences éil'angères qui 
oïd cniicouru à la forma- 
tion de la sculpture ro- 
mane d'I'^spagne. une ac- 
linn |ir('qnuid(''raiile doit- 
elle être attribuée à l'art 
clunisien , c'est-à-dire à 
une école d(^ sculpture 
liourguignonne ? Une ré- 
ponse à ces (piestionssera 
préparée par l'i-lude des 
monuments. Toute la moi- 
tié septentrionale de l'Espagne a conservé des eiiseuddes eoiisidéraldes 
ou des restes importants de sculpture rnmane. C'est, dans l'art du moyen 
âge, un trésor ipie l'arcdu-ologie scmide avoir dédaigné. 

Pour la |>lupai-| des monumenis. un essai de classement par écoles 
pi'oN inciales serait pi-(Mual ur(''. Le plus sim|ili' aciuellemejil parai! être de 
grouper les séries de sculptures (pii ont les mêmes formes spéciliques, 
imposées par un rôle analogue dans un cdrps darcliilecture. (Icrlaines 
des séri(_'s ainsi l'orm(''es soni d ailleurs si nond:)reuses et si l'enuwipialiles 
que leur seule élude promet des conclusions étendues. 




FiG. 177. — Clin|.il(\iii\ (le hi llii ilu xi' ^U'vU\ 
Clnilit' (11- Sniilc) LlniiiLiii;n do Silos (Caslille). 



Les CLOITRES A cu.M'iTEAix nisTor,ii';s. — Les provinces septentrio- 
nales de l'b^spagnc possèdeni jilus de cloîtres romans cpie la Erance 
elle-même. En laissant de côté les cloîtres cisterciens et les imitations 
de ces cloîtres qui se sont multipliées en Catalogne, on compte, pour la 
période aniérieuri' au xiv" siècle, une vingtaine de cloîtres à chapiteaux 



FORMATION HT OKVEI.OPPEMKNT OK I. A SCI [.PTURI-: (lOTMlOUE 



liisloriés, depuis Barcelone jusqu'à Oviedo et depuis Salamauque jusqu'à 
Tarragone. Les uns sont attenants à des églises de monastères, les autres 
à des cathédrales. Leur nombre ne s'explique pas seulement par le déve- 
loppement de la vie monastique et par l'influence qu'elle a exercée sur les 
habitudes des chanoines réguliers. Plusieurs de ces promenoirs étaient 
certainement dès l'origine ouverts aux fidèles par des portes nudtipies. 
Ils avaient, à côté de l'église, le même rôle que les portiques élevés devant 
les mosquées. Aujourd'hui encore, quelques-uns des plus vieux cloîtres 
d'Espagne entourent de leurs colonnades des jardins aussi luxui-ianis et 
aussi embaumés que les bos- 
quets d'orangers enclos dans 
la célèbre cour de l'ancienne 
mosquée de (lordoue, le l'allo 
(h' los Nannijus. 

Le i)lus ancien de ces 
cloîtres dont une partie tout 
au moins soit exactemeni 
datée est celui du monastère 
di^ Sanlo Domingo de Silos, 
bàii à égale distance de lîur- 
gos et d'(>sma, au fond li'un 
\allon. enlie les contrei'oits 
dune âpre sirrra. Le cloitif. 
dont les cent trente-huit co- 
lonnes portent autant de cha- 
piteaux historiés, fut com- 
mencé , vers le milieu du 
xi' siècle, par l'aljbé Domi- 
nique, dont 11' nom est encore v(''nér('' <lans l'abliaye. L"un des groupes de 
chapilraiix. dniil le-, colonnes s'adossent à un jiilier (''leN i'' au milieu de la 
face non! du eloil re, porte sur son lailloii' une inseriplion ipii es! I l'^pi- 
laplie (lu Miiul ablié. mort en 107.". Celle iusefi|)t ion a élé giMvée au 
leiiip> (III le l(iUllie;iii \(''ii('Té se Irdlivail placi'^ dans le |ii-oiuenoir du 
cloitr<', en face du pilier : 

lldc I II iiihii Ifijiliii- ilirii (jui luri' hi'd/iir 

Or. h^s (■lir(iiii(|ueiir> (■(uileiiipuraiiis de >aiiil Doniiuiipie de Silos 
altesteni (|iie le Nuiilieau fut enlesé du eloil re il(''^ lUTtiel I raiisf(''ré dans 
l'église, où il re^hi il(''SOrmais. ( Te-l seilleiiielil au Mil' si(''cle ipi'll 11 liioilU- 
iiieiil (•oiuiui'iiioral if l'ut piae('' dau> le eloil re. p(Uir uiaiNpier la place pri- 
mili\ e du louilieau ; l'inx-ripl ion fui repidiliiil e. en caraelères toul ilill'é 
rents. sur le ei'Mlolaplie, 



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I.-i,.. ns. — (.li,i|illcaii lie l;i li" du \r sii-clo. 
C.Uiare (le S.iiild Hdiiiingo de Siliis (C;islill(). 



HISTOIRE DE L'ART 



Les doux chapiteaux de Silos (jui onl été sculptés avant 1070 ne res- 
semblent en rien à ceux des églises dOviedo ou de San Pedro delà Nave. 
Ils sont couverts d'un véritable grouillement de monstres adossés ou af- 
frontés deux à deux : harpies à tètes de femmes, chacals, aigles di'voi'ant 
des quadrupèdes. Une foule d'animaux et d'êtres fantastiques, évidem- 
ment sortis du même ate- 
lier de sculpteurs, ])ullu- 
Icnl sur la plupart des 
cliapileaux qui surmon- 
lent les colonnades des 
faces nord et est du cloître. 
( ','est un long (l(''lilé des 
;niimaux l't des monstres 
lie l'Ûrienf, formant des 
rntrelacemenlsc|ui d'abord 
s(Miiblent inextricables et 
(pii se résolvent toujours 
en arabesques symétri- 
([uemenl tracées deux j)ar 
deux. 

Les sculpteurs tran- 
chais du xi'' siècle connais- 
saient des monstres d'es- 
pèces fort semblables : 
presque toute la faune ro- 
mane du nord est d'ori- 
gine orientale. (Cependant 
certains êtres qui appa- 
raissent sur les chapi- 
teaux de Silos — anti- 
lopes ailées et couvertes 
de plumes, marlichores à 
tête couronnée, que bec- 
quètent des aigles ■ — ont 
une étrangeté unique. Le 
style de ces sculptures n'a rien d'» euro|i(''en ». 

Peut-on attribuer les jdus anciens chapiteaux de Silos h quelque 
moine ou à (pielque laïc, qui aurait pris pour modèle un ouvrage d'art 
musulman, pareil au coffret conservé dans le trésor de l'abbaye (au- 
jourd'hui au musée provincial de Burgos), et qui, d'après l'inscription, 
fut achevé à Médina Cuenca, en 1020, par Mohammed Ben Zeiyan? Mais 
comment supposer qu'un marbrier chrétien d'Espagne eût acquis toute la 




Fii;. no. — La Descente de Croix. Bas-relief 

du cloître de Santo Domingo de Silos (Caslille), 

xir siècle. 



IdliMATKiX f:T ltK\i:i.()IM'I.Mi:\T DE I.A SCUI.PTinF. Co III loi 



\irtu()sil('' d'un firlisan oricnhil (l;iiis le sii-clc où le sciil|ili'ur ilc In cuve 
baplisinalo do l.éon élail aussi iiii|iiiissaiil à faraclériser la l'oriiir d'iiii 
lion que celle d"un houinie '.' Il y a d'ailleuis dans les f^a^ (''es primitives 
du cloître de Silos plusieurs cliapileaux où le di^Cdr animal lail place à 
un décor végétal, composé de })lanles grasses et de pommes de jiin i|ui 
sont exactement stylisées comme dans les édifices de Tolède di-cmés 
par des musulmans ou des 

juifs (Santa Maria la lîlan- '',>-i'-i*-i.-i."»'«-'",%s'-t**^= 
ca). Ces morceaux de seul- -—— ' ' " 

jilure monumentale, placés 
sur les colonnes d"un cloî- 
tre, et qui semblent em- 
pruntés à une mosquée ou 
à une synagogue, ne peu- 
venl (Hre attribués ipi à un 
a leliei- moresque. Labbaye 
de Silos possédai [, au 
temps de saint Domini([U(\ 
des es(da\('s musulmans. 
(Test l'un d'eux (pii a orné 
de liligranes Ténorme ca- 
lice en argent doré con- 
serA'é dans le trésor du 
monastère et sous le pied 
duquel est gravée une in- 
s( ii|ilicin au nom du saini 
abbé. Ce sord d'autres es- 
claves qui auront décoré 
les (diajiileaux du cloître, 
don! l'un jiorle r('pilajtlie 
du même saiid. Lem- r("de l'i 

s'est l)orné à sculplei' des 
l'euillagi^s et des animaux. 
D'autres sculpteurs ont travail h- à 
d'eux ou après eux. 

Dans chacun des j)iliers massifs qui occupent les angles du (doître 
sont encastrés deux grands lias-reliefs; six d'entre eux sont manifesleuH'nt 
l'ouvrage d'un même atelier, simm d'une uK'me main. Ils repr(''senlenl les 
dernières scènes de l'idstoire ('Nangidiiiue : la Descente île croix, la Mise 
au tombeau et la \'isile des saiides femmes, le Clirisl et le> disciples 
d'Emmaiis, le Christ apjtaraissanl à Thomas au milieu des AjkMi'Cs, l.Vs- 
cension du (^hjist et la Descente du Saint-Esprit. 




,. INII, — I.e- S.iiiilos FcMiiiics .111 
■iclicr (lu <lc)iliv dr S.iiilo Duiiiil 
(\ii siri.ie). 



orafion du cloître de Silos à côté 



22C 



IIISTOIP.I-: 1)1". I.'AI'.T 



Le scul|ilrMr ne se souvicnl |ilns des iiiloiMiirs li^iiriiH's (l'( )\ icdo ou 
de Léon ; il n'iniilc point à sa nianiri-e les reliefs des sarcophages romains; 
il ne s'inspire poini dii-eelemenl des JMiii'rs. Les Iradilions qu'il représente 
soni celles d'un arl (pii s'i'sl foi-uir au noi'd des Pyrénées. 

La suite des sujets représentés sur les anciens reliefs des piliers de 
Silos reparaît presque (ont entière dans la série des reliefs et des statues 

(pii décorcnl les piliers du 
cioili-e de Sainl-Tropliinie 
d'Arles. Le programme ico- 
nograpliique commun à t\n\\ 
cloîtres de la Provence el de 
la C.aslille a été connu égale- 
ment dans l'iVquitaine. ('/est 
en elTct à Toulouse, el non 
jioinl à Arles, (pi'il faul clier- 
cliei- les modèles des l'eliefs 
de Silos. Plusieurs des apô- 
Ires deliout auloui' ilu (christ 
dans la scène de l'Incrédulilé 
de Thomas croisent les Jam- 
Ijes, comme s'ils tournaieni 
sur eux-mêmes, à la façon de 
certains derviches. Au })ied 
de la croix, saint Jean éploré 
a pris cette attitude dansanic 
qui est celle des apôtres grou- 
pés jadis deux par deux à 
l'entrée de la salle capitulaire 
d(^ Saint-Etienne de Toulouse. 
Les rapprochements peuvent 
être poussés jusqu'aux plus 
menus détails : c'est ainsi 
que les singuliers rochers en 
forme de llammèches qui 
hérissent le sot du (lalvaire, dans la scène de la Descente de croix, sont 
identiques à ceux qui sont figurés sur un ancien chapiteau de Saint- 
Étienne, el doni jaillit une source où Marie l'Égyptienne vient laver sa 
longue (■Iic\clurc. L'nn des laics détails des reliefs de Silos qui ne se 
retrouvent point parmi les dél.ris des monuments romans de la région 
toulousaine est la coilTure donnée à toutes les figures féminines, — 
même à la Vierge qui baise la main du Crucifié et fi l'image de la Lune 
qui pleure entre les nuées, au-dessus de la croix. Celle gninqie raidie 




Fiii. ixi. — i;iiiciri.iiiiii('' iii' s.iiiii ■riidMi.is. 

ri,Tt-ri'licl' (lu cliiitri' de S;iiU(i l)oi]iirii;i> de .Sdiis 
(\u' i^iècle). 



FOHMATION ET l)l-:\ IJ.OPl'K.MENT DK LA SCULPTURE GOTHIQUE 227 

auluiir du cou coimiic une fraise du xvi'' siècle et le bonnet serré sur un 
voile (Mroit étaienl des modes espagnoles : le sculpteur venu de Toulouse 
à Silos a iniroiluil dans le drame sacré des détails de costume contempo- 
rain (pi'il aura oliservés en Castille. 

Ces étranges reliel's sont certainement postérieurs aux chapiteaux de 
travail musulman exécutes avant lO/ti. Le modelé rond et sommaire, la 
raidriii- (Ir la draperie, doni les m<iu\('menls soni iii(li(pii''s siuijilcnicnl 
par di's slrics doiddes, les cassures des plis (jui d('M-oupi'iil sur !(_' liord tics 
vèteuieiils une dentelure aussi régulière ipu' ccllo des voiU^s drapés sur 
les statues archaïques d'Athènes, se retrouvent dans les œuvres primi- 
tives de la sculpture toulousaine. Mais les reliefs de Silos montrent un 
sens du mouvement et de la beauté plastique qui, dans la série chronolo- 
gique des sculptures de Moissac, ferait penser au tympan fameux du 
portail, bien p!u[(")[ cpi'à la série encore luirliare des Apôtres. D'ailleurs, ce 
n'est pas Moissac tpii olVrira les éléments d'un rapprochement tiécisif avec 
les reliefs de Silos. Les personnages demi-nus représentés sui- ces reliefs 
sont presque identiques, par le type, les proportions, les moindres détails 
de la chevelure et de la draperie, aux figures humaines placées sur les 
montants du portail de Souillac à C(jté dune elïroyable mêlée île 
monstres qui s'entre-dévorcnt. 

La date des reliefs de Souillac n'est pas connue; }>our fixer celle des 
reliefs de Silos, on n'a qu'un détail : le costume des hommes d'armes qui 
gardent le sépulcre du Christ. Ils n'ont plus la large ronde, à la mod(; 
musulmane, que tiennent les guerriers dessinés vers l'an 1100 sur un ma- 
nuscrit de Silos, aujourd'hui conservé au British Muséum. Leur écu très 
haut et pointu, leur longue [uni(pu'. leui' haulirrl, (pii londie jusqu aux 
genoux el enserre la léle dans un cainichon de mailles, leur heaume 
prcs([ue rond sendih'nt l'aire partie du liainais de guerre porté vers le 
milieu du xiU' siècle. 

La décoration du cloître ne fui pas terminée avant le siècle suivanl. 
C'est à celte épofjue (pu' l'on doit assigner les deux derniers reliefs, placés 
à l'angle sud-ouest, — l'arbre de Jessé et l'Annonciation. Ils ne se ratta- 
chent aux six autres ni par la suite du programme iconographi(|ue, ni par 
les caractères plastiques. La lète sourianb^ et bouclée de l'ange, les dra- 
perie- linemcnt plissées, les détails un-mes de jarcature et de son cou- 
ronnement de tourelles témoignent d'un apport de l'art français du nord. 
Mais les formes nouvelles se trouvent combinées à Silos avec des formules 
archaïques; peut-être, axant d'arri\ei' au cœur de la \ieiile (bastille, 
s'étaient-elles attardées dans (pielqne atelier fidèle à d'anciennes tradi- 
tions locales, comme le Inreiil au mu' siècle les ateliers toulousains. 
D'ailleurs le relief de r.Vnnoncialioii |Mi''seiile bien des particularilés (pii 
ne ^.e leJiDuvenl au xui' siècle ni dan> le noid. ni dans le midi de la 



228 



iiisToinK ni': la ht 



l-r'iinrc. Il |icul |),issri- pour l;i |iliis iiiiciciiiic i-c|ii'(''S('iihil iun <ln ^^iijrl (lù 
l'inig'c, loiijoiii's (Ii'ImuiI ;iii |p(ii'l;iil ilrs (mIIk^Ii-mIcs coiiiiiii- sur 1rs iiiiiii;i- 
liin's liy/,anliiics, sdil :iii'rii(iuill('. Il rii|i|ii-nclic de hi srriii' de rAniiom-ia- 
iiiin II' iiiiilirdii ( Idiirdiiiiriiiciil , (|ni siiil dOrdiiiaii'c la .Mori ilc la \ ierge. 
haiisla r(iin|H)sil iniiruiiimc rr\(''cul inii. la \ iiiiK'ur cl la hardiesse d un 

\('TilaMi' arlislc 

tA.*-. ', iV >'-»iL. i :à *yL^iSai^^^^ une i^auc licrie 

nianireste et une 
S(''iMe de conven- 
li()ns|in('Tiles.Le 
tout l'orme une 
(cuvreuni(|ue,en 
son cliarine lii- 
/.ari'e, de la scul- 
jil iii-e romane sur 
s(pii d(''i-lin. 

La liniii'ue 
|iei'sisl;uice des 
I lad liions ar- 
eliaï([ues à Silos 
s'est encore ma- 
nifeslée dans la 
di''C()iali(in du 
cidii rc su |ié- 
ricur, (|iii l'iil 
cdusiruil au \ui 
siècle cl sans 
diiule peu de 
leuips après l'a- 
chèveuient du 
cloître inférieur. 
Parmi les chapi- 
teaux des gale- 
ries du premier étage, la plupart sont ornés de « crochets » de feuillage, 
copies plus ou uioins jualadroites des uiodèles inventés dans le nord de 
l;i j^'ranee; (pielipies-uiis pnrleul des iigurines d'un travail somniain' et 
barl)are. Il eu es! de foil euiieuses, comme celles qui représentent des 
artisans à r()u\ rage, eid re aiilres des souffleurs de verre, ^lais les ouvriers 
liicaux ipii nul seulph' ces liguriues u'out ]dus rien di' l'Iialiileh'' (pi'ax aieid 
ui(Uiln''e les scidpleurs du eloilre iuri'Tieiu- — UKii'es, loulousains ou 
castillans. Ku plein xiii' siècle, ils seniMenl l'aire relour au xi'. 




Fui. IX'i. — I.'ArmiiiicijiUoii et le CfiuruMiMiii.nl .le l;i \ ioi'gi 
ii.-is-roliclilu floitrc de Saiito l)oniini,'ii lie sllus ixiif siècle). 



l'on.MATloN ET nHVEI.dPl'HMliNT DE LA SCULPTIRE COIIIIOI E 



Il viiui n(''cess;iirr de |u-(''cis('r. dans cet ouvraiic l'iiisloiiv arl isli(|ur 
d'un monument à pou près inconnu, qui est, sans conteste, le |)lus ancien 
des cloîtres romans à chapiteaux historiés, qui ne le cède à aucun pour la 
richesse de la décoration plaslitpie, et qui, commencé avanl 1rs cldilns 
les plus célèbres du midi de la France, a été achevé a|irrs eux, par le 
travail de plusieurs générations. 

Dans le nomjirc^ des ciiaiiilcaux et des grands has-reliel's qui cnm- 
|)(iscnl la décoration si-ulpli''r lU' i-f rinilre, il a ('■l('' pcissiMc de disliiigiicr 
l'apport de deux arts, qui, depuis la lui du xi'' siècle, doniinri-onl en l-ls- 
jtagne : l'art moresque cl l'art français. 

Les chapiteaux de Silos (pii (nii été sculptés par des imisulniaiis 
restent des exceptions dans riii>li)iri' de l'ai-l eui-npiMMi Lm-qnr les i-nis 
de Castille et d'Aragon, 
maîtres d'une partie dr 
l'Andalousie, compleroni 
paiini leurs sujets, dans 
Idiilr l'c'tendue de leur> 
dnniaincs. des nli!li(•l■^ 
dai'lisans musulman^ (ui 
juirs, lc>. s(iUM'i-;uii>. Ir^ 
seigneurs et les ]ir('lals 
emploieront à I envi ces 
artisans dont l'habileté 
tenait de la magie. Du 
xii" au xiv" siècle, la 

faM'ur des puissants r[ des riches ne cessera de grandii- l'inqior- 
lancc dr I ai'l mnsulniaii dans li-ispagnr chrétienne^ de I arl iiimlridr. 
Mais cet art ne connaît plus la sculpture et connaît à peine le relief. 
Il abandonne la pierre et le marbre pour la brique nue ou l'inaillée 
el le >luc peint et doré, le (h'-eor animal punr les condiinaisons gi''ouii'- 
lii(pie>. Il cesse de concourir à la décoi-ation plaslicpie. jiour déployer 
sur les parois des édifices profanes ou sacrés — Alcazar de Séville, 
Scd de Saragosse, clochers de Teruel — ses fantaisies guidées par des 
épures. 

Dans toute l'Espagne seplenlrionale l'inlluenee de l'art français 
devient prépondérante. L'élude de> eloitres el de |eiir> eliaiiileaux his- 
toriés montrera comment ce! ail a enriidii el \i\ill('' les traditions 
locales. 

Les plus arcliaïques des cloîtr(\s esjiagnols se tmiivenl en (ialalogne: 
leur architecture est trapue, leur sculpture^ très sommaire. Les cha|)ileaux 
du cloître primitif de la cathédrale de Manresa. dont il ne subsiste que 
Irois arcadi's. sont d(''cori'-s de Ndlule^ l'if'nienlaires e| d'informes tiMes 



^^^K '■ 


' '" 9 


^KË^^^felt^" '^ y* 


r ^.^—^.^^^^— ^'"^^B 




31 



Chapile.Mi <lii , l..iii,^ de Ripoll (C-iInlngnc). 
XM ol xi\ siècles. 



HisToiiîi-. i)K i;art 



philcs; ceux du clnilr(^ diMiioli de Snn l'cic t\t' les l'iicllcs, à Barcelone, 
dont quelques-uns onl (■!('■ Iransporlés au uuisée arclH''ologique de la ville, 
ont des bosses de l'oriiie (■i)niiiliqu(''e. t)i'i il l'sl diflicile de reconnaître 
riuiagc d"un lionune ou d'un animal. Ceux du uius(''e arciH''ologi(jue de 
Vieil, qui pro\i<'nuenl de rancim cloilre de la (■alli(''draie, soid à jieine 
mieux dégrossis. 

()uel(|ues cluilre^ cneori' drlinul an milieu de monastères aban- 
donnés soni les i-esles les plus imporianls de celte période primitive. 
Celui de Sanla Mai'ia d'b^slany. (pii a i''lé arlievé on rr^lanré en partie 
vei's la lin dn xiT siècle, consei-\(' sni' deux de ses l'accs luu; suite de cba- 
jiiicanx en lonm' de lioiu' de jiyraniide renversé, dont le décor méplat 
fiiil penser aux IVaiiiueuls de ré|ioque \visii;olIii(pie. Dans le grand 

cloître de San Benct de 
Bagcs, non loin de Man- 
resa, qui est resté intact 
dejiuis le \\i" siècle, l'une 
des colonnes trapues }iorle 
un chapiteau analogue à 
ceux d'Estany, mais beau- 
coup plus barbare ; on 
peut distinguer, sur deux 
faces, le groupe de l'An- 
nonciation et un Christ 
bénissant. Le relief des 
autres chapiteaux ■ — oi'i 
l'on reconnaît, dans la 
confusion des entrelacs, 
quelques figurines de moines, d'anges et la ^'iel•ge avec un abbé age- 
nouilh' à ses pieds — i;st plus gras et plus nnju. Le cloître de Santa Maria 
de Lluça, voisin des Pyi'énées, ressend)le à celui d'Estany par la légèreté 
de ses colonnettes et à celui de Bages par les monstres qui couvrent ses 
chapiteaux. Il n'y a encore que des monstres sur les chapiteaux du char- 
mant petit cloître de San Pau del Camp à Barcelone, dont les arcades 
ti'éllées onl été sans doute imitées de l'architecture moresque. La seule 
face du grand cloilre de Bipoll qui remonte au xu' siècle a des chapiteaux 
presque uniquement décorés de rinceaux et de palmettes qui, par la 
précision du dessin et l'accentuation ti'anchante des détails, ressemblent 
exactement aux plus anciennes sculjdures du cloître d'Elue, commen- 
cées vers 1 IT'i. 

L'un des premiers cloîtres espagnols dont les sculptures composent 
un cycle iconographique se trouve dans le nord de l'Aragon, à Pluesca. 
Il fait partie du liés ancien nujnasièrc de San Pedro cl V'iejo. Le monu- 




Fic;. ISi. — (;li,i|iil' 



à llucsca (.\ragiiii). xn' 



'OU Pedro el \iejo, 
siècle. 



FORMATION ET DKNELOPPEMKXT DE LA SCCLPTUIiE COTllIOl E 'J.'l 



nient, radicalenuMil reslaurc'' au xix' .siècle, serait à peu pi-rs penlu pour 
riiistoire, sans les moulages et les pliotogi-aphies qui l'ont connaître 
létat des originaux jetés au rebut. 

Les clnqiileanx, dont chacun coill'e deux colonnetles, se parlagenl 
en deux séries: les uns, hérissés d'ellVoyahles grajipes de monstres; 
les autres, au nombre de vingt et un, exposant tout le r(''(il de l'histoire 
évangélique, depuis la rencontre de Joachim et d'Anne à la Porte d"Or 
jusqu'à la Pentecôte et à l'Assomption de la Vierge. Six grandes figures 
dapôlres en bas-relief sont placées à la partie supérieure des quatre 
piliers d'angle et des deux piliers qui interrompent la colonnade du 
cloître, au milieu des faces longues du rectangle. Ces apôtres rappel- 
lent ceux de Moissac. Le vieux cloître aragonais relève directement de 
l'art toulousain. Les ar- 
tisans voyageurs qui oui 
fait connaître cet arl à 
Huesca ont laissé- la 
trace de leur jiassage au 
milieu des montagnes 
et près du débouché t\i' 
la route qui conduisail 
d'Aquitaine en Aragon, 
La ville de Jaca est la 
première étape en Ls- 
pagne après le facile 
passage du délih'' du 
Somport. Lue des hau- 
teurs qui entourent de loin celte ville porle le mouaslèrc l'anieiix de San 
Juan de la Pena. Plusieurs des chapiteaux du cloître, qui rcprésenlnd 
des scènes de la vie du Christ, sont presque entièrement paivils à des 
chapiteaux de lluesca. 

Les cloîtres de San .luan de la l'efia et ceux de San Pedro el ^'icjo 
rappellent les anciens cloîtres toulousains, non sculenii'iil pai' la ridiesse 
de leur iconographie, mais encore par les étranges inégalités que pré- 
sente l'exécution même de leurs sculptures: autant les figures humaines 
sont grossièi'es. a\cc Irurs tries énormes et leurs yi/nx i-onds à lleur de 
tète, autant la jiantomiuie peut être expressive, l'indiealion de lel acces- 
soire juste et spii'iluelle. La date de ces chapiteaux esl (lillieile à piéciser 
d'après le style des reliefs. La coill'ure des femmes, loul espagnole, est 
presque exactement pareille à celle tpii est représentée sur les reliefs de 
Silos. Une inscription, peu connue. (|ni se trouve gravée sur l'un des 
piliers d'angle el a été évidemmeni .ijonlée ajirès la consiruclion du 
pilier, — comme celle (pii a permis de dalei' approximali\ emeni le cloître 




Fk;. IS."i. — I,a Flagellalion. Chapileau du cloiU-e de San 
Podni cl Viojo. à lluesca (Aragon), xn" siècle. 



iiisroiiii-: WK 1 AiiT 



(11' S.iinl- 1 roiiliiiui' d'Arles, — csl r(')pil;i|ilic ilii luiMic InTiiiinl, morl en 
lan (lu Chrisl 1 IMl. 

Les cloîlrcîs ;i cliapilciiiix liisl()ri(''s de San .Iikih de la IVna fi d(^ San 
Pedro d'Iluesea sont les seuls (|ue |ioss('(le l'Ar-a^dii. Pour suivre les 
])roij;r('s de la sculjilurc dans les cloîtres espagnols, il l'aul passer du 
nord de TAragon au nord de la Na\aiTe, et revenir ensuile aux pro- 
vinces maritimes de la Catalogne. 

La sculpture navarraisc avail él('' d'abord, apri's le rc'^veil du xi'' siè- 
cle, aussi primitive que la sculpture catalane. On en peul juger par les 
(diapileaux de Vdlriinii de l'église de Gazolaz. Dans la seconde moitié 

du xiT si('cle, 
/■-::: I arl du midi 
de la l''rance 
passa en vain- 
(pieur les déli- 
l(''s de lionce- 
vaux. (À' sont 
des Fran(;ais 
(pii on! sculpté 
à Pampelune 
les chapiteaux 
du cloître de 
l'ancienne ca- 
lliédrale, dont 
(pielques - uns 
ont été l'etrou- 
\(''s et ex]ios('-s 
dans un coin du cloilre cliaruianl c((nslruil au xi\' si(''cie à cCAr du 
(doîlre primilil'. Sur ces cliapiteaux, les motifs de décoration végétale 
on! jiour la |iiupar[ les formes charnues et vivaces des rinceaux et des 
palmelles (pii se jouent sur les chapiteaux et les tailloirs du cloître de 
Moissac. Les personnages cpu représenlent sur rpiatre des chapiteaux 
une suite île scc-nes de la Passion nu)ntrent des formes pleines et nouri'ics 
comme celles des reliefs de sarco]iliag(^s antiques, dépendant c'est de la 
région toulousaine, et non d(^ la Provence, liche en modèles romains, 
qu'est venu le scuipieui'. (Tes! à Toulouse que l'art a possédé la verve à 
la fois tragi(pu_' et Irixiale (pii anime les reliefs des cliapiteaux de Pam]ie- 
lune. 

il est p(issil)le de reconstituer par la pensée l'architeclui'e du cloilre 
dont ces chapiteaux oïd t'ait partie, d'après le cloîti'e de San Pedro 
la Pua, qui s'est consei\('', à luie trentaine de kilomètres au sud de Pam- 
pelune, dans la petite ville d'Estella. Le cloilre d'Eslella a dû èlre 




Fie, ISfi. _ l,a |;r-iiiiv(li.,iL fin Chrisl. ( :ii.i|)ileoii .le I juicicii cl.iiUc 
di- hi cillir.lr.ile dr l',uii|.cliiiic Jlii ilii \\v sirclr). 



FORMATION ET DKVEI.dl'I'l'MKXT l)i; LA SCri.PTLHE COTIIIOIE i'.J 



conslniil iuix envii'ons de l'nn l'.'ItO. Lo yraïul cloîlre do ]a calluMlialc i\r 
Tiidela, dans lequel se conlinue 1<t même tradition artistique, est ccrlai- 
nement du xiii'^ siècle. Les scènes religieuses y voisinent encore axer des 
groupes de monstres. Les (•((iii|Mi>il idiis sont inonoioni's ; l'r\(''(ulion est 
grossière. Pourtant quel(|ues ih'IaiU monlrcnl que l'art loulousain, en 
continuant sa marche dans le royaume de Navarre, se modifiait sous 
Taclion d'influences nouvelles (|ui \ enaient du nord di^ la Fi'ance. 

Pendant ce temps, unr (■■(•{)!(• de sculpture romane, moins slriclcmcnl 
confinée dans l'imifaliou des modèles français, s"a]ipli(piail en (lalalni;iic 
à la décoration d'une 
série de cloîtres qui 
n'ont plus rien de 
commun avec les cloî- 
tres primitifs dEstany 
et de San Benêt de 
Bages. L'un d'eux est 
à quelques milles de 
Barcelone, dans l'an- 
cien monastèri> de San 
Cugat del Vallès 
(Saint -(".ucul'ali , de- 
\enu le centre d'un 
hourg coquet. Malgré 
les mutilations subies 
par beaucoup de cha- 
piteaux, la décoration 
sculptée du cloître de 
San Cugal présente 
des caractères qui la 
distinguent de toutes les séries ih 
rincs d'animaux sont rares et n'ont plus la férocité barbare des monstres 
d'Huesca. La décoration végétale reproduit les rinceaux perlés, les pal- 
melles, les pommes de pin et les grappes du cloîlre de Bipoll; mais à 
San Cugat les rameaux (jui se nouent oui moins de sécheresse, les i'euil- 
lages et les fruits stylisés moins de maigreur. Ouelques chapiteaux seule- 
ment sont réservés pour les scènes sacrées ; loin de former un récit continu , 
comme à Huesca, les sujets tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament se 
trouvent séparés les uns des autres par des files de colonnes. Ils send)lent 
avoir été choisis et placés au hasard. L'un des plus curieux est celui sur 
lequel sont réunies quatre figures allégoriques de ^'ertus : l'une a le voile 
et l'attitude des << orantes »; les autres, guerrières couronnées, percent 
de leur lance les \'ices abattus sous leurs pieds, l'n cliapileau expose 

T. H. — 50 




11... i,s:. 

ik- S;in 1' 



Niili lue laiii;oii"' •■. Cli.Tpileau du cloilrc 
o l;i Hua (vers 120(1), à Estella (.\avarre). 

lii'fs énumérées jus(priei. Les figu- 



254 IIISTOIRK l»H I.'AHT 

riiisloii-e du Mauvais Iliclic cl de Lazare, rcprésenléc à Moissac. Plus 
d'un d<Mail familier anime les scènes sacrées. Mais le seulpleur va plus 
loin : il éltauclie sur (piclques chapiteaux de vérilables iMudes d'après 
nalure : ici ce sont les luoines de l'abbaye, avec leur abbé; là des lut- 
teurs, des bergers cl jusqu'à un tonnelier occupé à cercler une barrique. 
Cependant ce réalisme est tempéré par quelques souvenirs classiques. Il 
semble fpie les Iraditions de l'arl toulousain (i de l'url pi-o\('n(;al aient 
été combinées dans une œuvre originale et vivante par le sculpteur de 
San Cugal. 

Ce maître ingénieux s'était représenté lui-même, tenant le ciseau et 
levant le maillet pour achever un chapiteau de même forme que celui qui 
portait sa propre image. Une main stupide a décapité le seulpleur et a 
cassé ses bras. Heureusement, une inscription encastrée dans le pilier 
d'angle, à côté du chajuleau mulilé, nomme la figurine méconnaissnlile : 

Hec est Arnalli sculi'toris forma Catelli 
Qui claustrum talé construxit; perpétua vale. 

L'auleur du cloître de San Cugat s'appelait Arnall Calell : c'est un nom 
catalan, bien plutôt que français. La signature n'est accompagnée d'au- 
cune date; d'après des détails de costume tels que la jaquette de mailles 
portée par les soldats dans le Massacre des Innocents, le cloître voisin de 
Barcelone doit être placé vers la fin du xif siècle. 

Deux cloîtres qui ont d'étroites analogies avec celui qu'a construit et 
décoré Arnall Catell se trouvent à Gérone. Le petit cloître attenant à 
l'église romane de San Père de Galligans serait identique pour l'archi- 
lecturc à celui de San Cugat, si la série des colonnes couplées n'était 
interrompue, au milieu de chacune des faces du rectangle, par un groupe 
de cinq colonnes, dont quatre sont disposées en quinconce autour du fût 
central. C'est dans l'un de ces quinconces que se trouve l'unique chapiteau 
à sujets religieux (pii soit inli'oduit dans la décoration du cloître : le 
sculpteur y a représenté l'Annonciation, la Nativité et l'Adoration des 
Mages. Les autres chapiteaux sont, pour la plupart, de simples corbeilles 
de feuilles d'acanthe, qui semblent imitées de modèles artésiens. 

Le cloître de la cathédrale de Gérone est l'un des plus grands d'Es- 
pagne. Son architeclure est semblable à celle du cloître de San Père, 
mais le quinconce de colonnes est remplacé, au milieu de chacune des 
faces, par deux piliers de maçonnerie. La décoration des piliers du grand 
cloître de Gérone est toute différente de celle des piliers d'angle du cloître 
de San Cugat : dans ce dernier, les colonnes adossées au pilier portent 
seules des reliefs ipii enlourml la partie visible de leur cliaj>iteau; dans 
l'autre, les piliei-s sont entourés d'une véritalde frise de bas-reliefs qui 
représentent tantôt des monstres, tantôt un récit religieux, tels que les 



FORMATION ET IlÉVELOPPEMENT DE LA SCIEPTIRE OOTHIQUE 255 

scènes de la Genèse, (lelle dispusiliou du diM-oi- smlph'', qui (^sl (Hran- 
gère à récolc toulousaine et dont lurigine peul iMic eiicrclii'c en Pro- 
vence, se trouve exactement répétée à Elne. 11 csl diriicilc, ajirès les 
remaniements ([ue ce ileinier cloîlre a subis au \iii' cl au xiv" siècle, 
d'affirmer que ses piulies les plus amienncs soicid aidcTicurcs au cloîlre 
de la catliédi'ale de G(''roni\ Si les cloîtres de San Gui;al el de Gi''rone 
sont l'œuvre d'artistes catalans (jui s'élairnl assimile'' l'arl du midi de 




riml CCI 1:11.x 

FiG. ISS. — Cloître de San Perc de Galligans, à Géronc (Calalogiie). xir i^ii'clc. 

la France, le cloître d'Elnc doit ("Ire alliilim' à l'un de ees artisics, 
plutôt qu'à un Français. 

Le travail des sculpteurs qui ont décoré les cluqiitcaux et les Irises 
du grand cloîlre de Gérone paraît s'être prolongé pendant pins d'une 
génération, l nr jiarlii' du chnli'c de la (•al!i(''drale est sans ddulc anl(''- 
rieure au cloiln.' de San l'ère, si l'on en Juge par un détail dv cosliune 
très précis. L'une des Irises du grand cloître représenle des tailleurs tic 
pierre qui ti-availlent en présence d'un évèque : celui-ci porte la mitre à 
deux cornes du xiF' siècle. Sur l'un des chapiteaux de San Père, un 
évèque, qui se montre au milieu d'une ronde d'animaux fantasliipics, a la 
mitre triangulaire adoptée vers la fin de ce siècle 

D'autres sculptures du cloîlre i\i' la callK'drali' soûl p()st(''i'icLires à 



2.->r. 



IIISTOIliE DE L'ART 



celles (lu eloilre de San l'ei-e : un curieux clélail le jirouNc. Sui- l'un des 
cliapileaux du grand cloîlre, où la Xali\i[é cl l'Adoralion des Mages son! 
■■('■unies en un iiK'iue r(''cil, le lil de la N'iei'ge esl |i()S('', de la ra(;()n la |ilus 
iiis(dil(% sui^ le dos d'un clieval. L'erreur du iiraiieien serai! inexplicalile, si 
l'du ne se reporlail à un cliapileau de San Pcrc qui rcprc^-sente les 
ni(Mues groupes; ici laNard-lrain du cheval se monlre en avant du lil 
iui)ni(^ sui^ (les pieds ('•le\(''s : c'est uue u(iu\elle scène qui commence. Le 
sculpleur de la calli('^drale, en cupianl son prédécesseur, a ajouté aux 
pieds du lit des saliots de cheval. 

Toutes les sculptures du grand cloîlre de Gérone, cjuelle que soit leur 
(laie, sont l'd'uvre d'une même école. Elles ressemblent aux sculptures 



WCaWW P '-W^-tavw-- 




l'ii;. IS!). — 'l^iilliniis ik' piriic h ,iv;ullaiil en |iir.,flicc (J'iin L-vr(iiie 
Cliiiti'C de la i-ollié(irale de Giin-niir (CalalogneJ. xn' siècle. 



de San Cugat par la rondeui^ du relief, la noblesse tles draperies, la 
beauté presque classique de quelques télés, qui seraient dignes d'un ate- 
lier provent;al. En même temps, les détails familiers et pris sur le vif 
aliondent. Les tailleurs de pierre — luagistri picanics lapides r/ros, suivant 
la formule d'un document catalan — se sont représentés eux-mêmes sur 
la frise d'un jiilier de Gérone, comme le sculpteur Arnall Catell sur un 
chapiteau de San Cugat. Ils ord nmltiplié les images des hommes du 
peuple et de leurs oulils de li^avail. jusque dans les scènes de la Bible. Le 
bois de l'arche de Noé est débité et fa(^onné par des scieurs de long et 
des charpentiers; c'est avec une houe de laboureur que Ca'in tue Abel. 

L'école de sculpteurs qui a lra^ aillé d'Elne à San Cugat, près Barce- 
lone, a étendu son domaine jusqu'à Torragone. Le cloître charmant qui 
s'est conservé dans celle ville, au Hanc de la haute cathédrale, difl'ére, à 
première vue, des cloîtres catalans décorés vers la lin du xn' siècle. Les 
larges archivoltes en tiers-point, dont la portée embrasse trois arcades des 



FORMATION ET nKVIil.OPPEMENT DE I.A SCUEPTERE (iOTlIloUE '2:.7 



portiques et dont le tympan est percé d'un large oculiis, les contreforts qui 
révèlent de rintérieur du jardin la présence des voûtes d'ogives établies 
sur les galeries, reproduisent les tracés delà plus ancienne galerie élevée 
dans le cloîlre cistercien de Poblet, à quelques milles de Tarragonc. La 
sévérité de l'architecture monastique a été égayée par l'addition de détails 
qui sont des emprunts faits à l'art moresque : les oculi ont été garnis 
d'un rcmplage finement ajouré; la corniche a été agrémentée de multiples 
dentelures. Cette combinaison inattendue d'art cistercien et d'art musul- 
man se retrouve dans le plus 
grand nombre des chapi- 
teaux, dont les larges feuilles 
d'eau, épanouies comme elles 
le seraient en France, se 
ploient suivant le galbe élancé 
des chapiteaux moresques. 

Cependant une grande 
part est faite à la sculpluic 
dans la décoration du cloître. 
Les chapiteaux historiés et le 
magniiiquc }i()ilail i[ui donne 
accès dans la calhédrale soni 
l'ouvrage d'un même atelier. 
Les sculpteurs qui les onl 
taillés dans de beaux marbres 
antiques se sont inspirés visi- 
blement des modèles que leur 
ofTraient les ruines romaines 
de Tarraco. Mais, tout en 
donnant à leurs reliefs plus 
de rondeur et de poli, ils onl 
connu et continué les traditions des sculpteurs qui oui lra\ aillé à San 
Cugat et à Gérone. Le tympan du portail du cloître de Tarragonc, avec son 
Christ farouclie assis au milieu des qualre animaux apocalyptiques, les 
chapiteaux de ce portail où les sujets sacrés alternent avec les rinceaux 
d'acanthe et les aigles romaines, rappellent Saint-Trophime d'Arles. 
Comme à Gérone, les scènes religieuses sont réparties sans ordre sur les 
chapiteaux et les piliers. Les détails familiers sont plus nond)reux encore 
que dans les autres cloîtres catalans. Ouelques-uns d'entre eux sont des 
inventions uniques dans l'iconographie chrétienne du moyen ûge. Caïn 
enfant, jaloux d'.\hel.qui esl allaité par Lve, essaie d'arracher. son frère des 
bras de leur mère: quand. ,iiii\é à l'i'ige d'homme, il a satisfait sa Iiaine. 
il rapporte à Adam la (unique sanglanle d'Ahel, comme les lils d(" Jacob 




KiG. mil. — LWdoration des Mages. 

Chapiteau du portail du eloilre de la cathédrale 

de Tariagone (cninmencemcnt du xiir siècle). 



258 HISTOIRE DE L'ART 

lapporlcnl à leur père celle de Joseph. Avanl le sacrifiée d'Aliraliani, 
Isaae paraît monlé sur l'àne. Les bergers appelés par l'ange dans la crèche 
de la Nalivilé ne se conienlent pas d'adorer rEnlani : ils le prennent dans 
leurs liras. 

Il y a encore plus de ver\e el lie vie sur les lailloirs, où sont relé- 
gués les images profanes, les groupes de combattanls et d'animaux. Le 
sculpteur met en scène les acteurs de la table ésopique. Ici un chat fait 
le mort : deux corbeaux viennent se percher sur son corps; un coq les 
suit; le chat bondit, les corbeaux s'envolent et le coq est étranglé net. 
Ce chat a plus d'un tour dans son sac; il reparaît une seconde fois : les 
souris ]iorlent en terre sur une civière le corps de leur ennemi; deux 
d'entre elles tiennent l'aspersoir et le goupillon; un chien, la pelle sur 
l'épaule, joue le rôle du fossoyeur. INlais le mort ressuscite : tout vole en 
l'air; c'est une fuite éperdue. 

Les voûtes du cloître de Tarragone ont été achevées en I2'24; les 
sculptures sont toutes antérieures à cette date : comme celles du cloître 
de Gérone, elles semblent avoir occupé plusieurs générations d'artistes. 
Le dernier des cloîtres catalans dans lesquels s'est continuée la tradition 
romane était celui de San Francesch de Barcelone, qui a été démoli au 
xix' siècle et dont quelques chapiteaux ont été conservés au musée archéo- 
logique de Santa Agiieda. Il avait été achevé en 1240. 

La ville de Soria, dans la vieille Castille, a conservé deux cloîtres du 
commencement du xiii'" siècle, attenants l'un à l'église de San Pedro, 
l'autre aux pittoresques ruines de San Juan de Duero. Ce dernier cloître 
est surtout remarquable par la bizarrerie de ses arcades entrecroisées 
qui, en imitant un motif d'architecture moresque, arrivent à ressembler 
de la façon la plus curieuse aux arcades arabo-sicilicnncs des cloîtres 
d'Amalfi. Les chapiteaux des deux cloîtres de Soria, où les monstres 
tiennent plus de place que les scènes l'cligieuses, dilTèrent entièrement 
des sculptures du cloître de Silos. Ils ont ([uelque ressemblance avec 
ceux des cloîtres catalans. 

Ségovie est plus riche encore que Soria en monuments de l'époque 
romane. Les cloîtres y sont remplacés par des portiques élevés, selon une 
ancienne habitude espagnole, contre les façades latérales des églises. 
Entre tous, le portique de San Millau est remarquable par ses chapiteaux, 
exactement pareils à ceux d'un cloître et tout hérissés de bctes fantas- 
tiques. 

Un cloître très riche se trouve isolé aux portes de Salamanque. Il 
faisait partie du monastère de laA'ega, transformé plus tard en un collège 
rattaché à ceux de la ville studieuse. Le décor animal a pris sur les chapi- 
teaux de ce cloître la même variété et la même vie que sur ceux d'Estella 
et de Moissac. 



FORMATION ET ^)1•;^"EI.0PPEM^:^T DE LA SCULPTURE GOTHIQUE 2:.',» 

Dans le nord-oucsl de lEspagiic les cloîtres, beaucoup plus rares que 
dans le nord-est, ne forment aucun groupe homogène. Celui d'Aguilar de 
Campou, qui est le seul reste du grand monastère bénédictin de Santa 
Maria la Real, reproduit, comme le cloître delà cathédrale de Tarragone, 
larchitecture du cloître d'un monastère cistercien, San Andrès dcl Arroyo. 
Presque tous les chapiteaux qui se trouvent encore à leur place primitive 




FiG. 101. 



riiul cuuJin par l) li Siirano rjlii;a 

Cluili'e de Santilluna de Mar (.\sturies). Fin du xii" siÈcle. 



sont ornés de l'euillages d'une richesse exubérante, auquels se mêlent 
à peine quelques monstres. Mais une série de chapiteaux, (pii proviennent 
d'une face ruinée de ce cloître et qui ont été transportés au Musée arcliéo- 
logicpic de Madrid, sont décorés de figurines humaines et d'animaux 
monstrueux. On distingue, à côté d'autres scènes de lutte, le ^Massacre 
des Innocents. Dans le cloître d'Aguilar de («ampoo, architecture et 
sculpture ne sont pas antérieures au commencement du xiii'' siècle. 

Le seul cloître de la région cantabrique dont la décoration rappelle 
par la variété de ses motifs celle des cloîtres voisins des Pyrénées fran- 



240 IIlSTOmE Ï)K l.AP.T 

çaises el de la Médilcrronéc, so (rouve ou liord de rAUanli(|uo, à Sanlil- 
lana de Mar. Bi(Mi ([lu^ les iiiouliires de ses arcades inaladroilenient tra- 
cées en tiers-poinl indiquent une date voisine du xiii' siècle, les reliefs, 
monstres ou scènes liibliqucs, sont exécutés avec une grossièreté ar- 
chaïque. A côté des figurines reparaissent quelques-uns de ces motifs 
barbares, tels que les entrelacs embrouillés, dont la tradition persista 
longtemps dans les ateliers indigènes des Asturies. 

Cependant l'art du Midi de la France avait pénétré au moins une fois 
jusqu'au cœur des montagnes qui enferment dans leur enceinte les monu- 
ments primitifs de la sculpture espagnole. La cathédrale d'Oviedo a eu, 
avant son cloître du xiv' siècle, un cloître du xii'', dont il ne subsiste que 
deux grands reliefs, représentant saint Pierre et saint Paul, (les reliefs 
sont des imitations directes des Apôtres de Moissac. 

Tombeaux romans d'Espagne. — Les cloîtres d'Espagne, comme ceux 
de France et d'Italie, étaient les cimelièrcs des princes et des notables. 
Parallèlement aux arcades ouvertes sur le jardin central, des arcades 
ménagées dans les parois abritaient les sarcophages. La disposition pri- 
mitive de ces arcosolia, dont les niches uniformes se suivent en longues 
liles, est conservée dans le cloître de San Benel de Bages. En dehors des 
cloîtres, quelques sanctuaires écartés oi^i les pèlerins étaient attirés par 
des souvenirs historiques ou légendaires furent choisis comme lieu de 
repos par ceux qui pouvaient y faire transporter leur dépouille. La grotte 
de Covadonga, dans les Asturies, celle de Nàjera, dans la Navarre, de- 
vinrent des cavernes funéraires. 

Les sarcophages de San Benêt de Bages sont de simples cuves de 
marbre nu. Ceux qui sont rangés sous le narthex de San Isidro de Léon 
et dont l'assemblée compose le « Panthéon des rois », sont plus grands, 
mais aussi pauvres; il est vrai que quelques-uns d'entre eux ont pris la 
place de tombeaux plus ornés, qui ont été violés et détruits en 1808 par 
les soldats de Napoléon. Des sarcophages romains ont servi à la sépul- 
ture de quelques rois de Léon et d'Aragon : c'est dans ini tombeau 
sculplé pour un païen que le « roi chaste » repose à Oviedo, et le « roi 
moine » à Huesca. 

Le sarcophage de Briviesca, imitalion puérile d'un sarcophage paléo- 
chrétien, reste une exception unique. La tradition du décor méplat est 
conservée au delà du xi" siècle par les marbriers qui décorent des sarco- 
phages dans des provinces fort éloignées les unes des autres. A Covadonga, 
un sarcophage du xii' siècle, qui repose sur des lions informes, est cou- 
vert, ainsi que le fond de la niche qui l'abrite, d'un lacis d'ornemenls 
géométriques. En Catalogne, le cloître cistercien de Sautas Creus con- 
serve, à côté de tombeaux plus récents, un sarcophage de la fui du xu" siè- 



FORMATION HT DKVKLOl'lTiMKNT Dl': L.V S( lULPTIlU' (iorillOli; lU 

clc (lui conlienl les restes d'un Moncada : il est simpleuieiil urne de colon- 
nettes et de besanls. 

In t\|ie fort curieux de inoniuueid funéraire se l'oi'nie en ('.asiille 
pendant le xi' sircle. Le saicophage, 1res simple, décoré d'une croix ou 
d'entrelacs imitant une vannerie, est placé sous une arcade bilol)(''e dont 
la retombée centrale, au lieu de s'appuyer sur une colonnelte, porte sus- 
pendu dans le vide un cliapiteau inutile. Ce cbapiteau est très probable- 
ment une traduction du pendentif moresque dans le langage de l'art 
roman. Le plus ancien exemple de ces tombeaux castillans se trouvait 




.dhr.ll.ill' .1 (Uicdlj 



dans le cloître du monastère de San Pedro d'Arlanza, non loin de Silos : 
après la démolition des ruines de ce monastère, il a été transporté dans le 
cloître haut de la cathédrale de Burgos. L'inscription gravée sur le sarco- 
phage donne la date : l'an 1115 de l'ère d'Espagne, qui avance de trente- 
huit ans sur l'ère de l'Incarnation (an du Christ lUToi. Avila a conscr\é 
plusieurs tombeaux de ce même type. 

La décoration des sarcophages espagnols s'enrichit dans la seconde 
moitié du xii*" siècle, en même temps que le décordes cloîtres. L'intlucnce 
de l'art du midi de la France, manifeste dans les reliefs des chapiteaux 
historiés, peut être reconnue dans les sculptures de quelques toml)eanx. 
A Ovicdo même, dans le dernier réduit des traditions vvisigothiques, 
un sarcophage conservé au petit musée de ville, celui d'une dame 
Gontrada, morte en liSi, est décoré d'oiseaux et de chiens ([ui se 

T. II. — r.i 



2i2 IIISTOIIÎE DE L'AHT 

inordenl, les uns les autres, à la faron des monstres du portail de Moissac. 

Les tombeaux romans décorés de figures humaines sont rares en 
Espagne. Mais ceux qui ont été conservés ollrent un intérêt exceptionnel. 

Le couvercle d'un sarcophage de la cathédrale de Lugo, qui passe 
pour contenir les restes de la mère de saint Froilàn, est orné d'un groupe 
qui représente la défunte, cadavre nu et insexué, de proportions démesu- 
rément longues, tenu dans un linceul par deux anges volants, qui l'em- 
portent au ciel, tandis que d'autres anges sortent des nuées. Ces reliefs 
reproduisent un motif qui se trouve répété sur un certain nombre de ces 
petits reliquaires en émail de Limoges, que le commerce répandait à tra- 
vers l'Espagne. Le tombeau de Lugo, conservé dans une province qui 
resta fidèle aux traditions romanes, n'est certainement pas antérieur au 
xin" siècle. 

Le motif de l'àme emportée par les anges avait été représenté dès le 








Fio. 195. — Sarcophage de Uona lilanea, reine de Castille (t 11j8). Ciyplc du mijiia>léi'e 
de Néjera, près Logrono. 

milieu du xii^ siècle, en même temps que d'autres motifs, sur le sarco- 
phage d'une reine espagnole, Doua Blanca, fille du roi de Navarre, Garcia 
Ramirez, et femme du roi de Castille, Sancho III cl Dcscado, morte en 
II.j8, après avoir donné le jour à l'enfant qui devait être le roi 
Alphonse VIII et le vainqueur de las Navas de Tolosa. Son tombeau existe 
encore dans la grotte de Nâjera. Sur le couvercle du sarcophage le Christ 
est représenté, au milieu des Apôtres. Les reliefs de la face antérieure 
associent aux espérances de la gloire céleste le tableau des douleurs ter- 
restres. Deux anges emportent l'àme de la reine au-dessus du lit où son 
corps est étendu. A droite le roi pleure, entouré de ses chevaliers; à 
gauche des femmes désolées soutiennent une infante dont le visage 
grimace sous les cheveux épars. 

L'art funéraire de l'Espagne prend au xiii'" siècle une richesse extraor- 
dinaire dans des régions qui, comme la Castille, n'ont abandonné que 
tardivement les formes romanes. Aucun tombeau du midi de la France ne 
peut être comparé au mausolée somptueux et bizarre qui est conservé dans 
l'église de la Magdalena, à Zâmora. Le mort, un Templier, est couché dans 



FORMATION KT DÉVKI.OPPKMENT DE LA SCULPTURE (iOTlIIOUE 24". 

un vérilalile lil. Des reliefs encastrés dans la paroi, au-dessus de la 
couche funèbre, montrent l'âme nue emportée par deux petits anges, entre 
deux grands anges thuriféraires. Le tombeau est surmonté d'un dais 
massif, porté sur des colonneltcs trapues. Chapiteaux et tympans sont 
couverts de monstres entrelacés. Le couronnement est tourelé comme une 
forteresse, tandis que deux coupoles basses et godronnées, creusées dans 




l'Ihit cniiiiil |iar II .M Parera, lie llarceloiie 

FiG. 194. — Tdiiibcau d'un Templier; égli>;e de la MagiJalena, à Zaniora (xiir' siècle) 



le ciel de ce lit de pierre, imitent les fantaisies légères des boiseries 
moresques. 

Le plus magnifique des tombeaux romans d'Espagne par sa décora- 
lion sculptée, sinon par son architecture, est un reliquaire, celui de saint 
Vincent et de ses deux sœurs, Sabina et Christeta, élevé dans le clm'ur 
de l'église de San \'icente, à Avila. Le dais qui le surmonte de son toit 
de pagode n'a été ajouté qu'au xv' siècle. Le sarcophage du xni' est porté 
par dix colonnettcs : depuis les fûts cannelés ou striés de manière fantai- 
siste jusqu'aux fines imbrications dont le réseau couvre le toit du sarco- 
phage, tout le vieil édicule de marbre est ciselé plutôt que sculpté. Les 
reliefs, d'une exécution libre et souple, sont fort cui-icux par l'éliremcnt 
ri ramincissrmrni extrême des projiorlions. C'est un t'aractèrc (|ui ne se 



•ÎU IIISTOIRI': 1)1-: I.ART 

retrouve en Esjuif^ne di' manière aussi l'rappanle ([ue <lans un auli'e nionu- 
inenl de la sculpture l'unéraire, le sarcophag^e de Lugo, et ((ui seiulde 
révéler une innuenee bourguignonne. 

La UlicORATKlN SCULPTÉE DES ÉGt.ISKS. ClIAl'ITE.VUX IIISTOniÉS. — Un 

livre considérable serait nécessaire pour Fénumération et l'analyse des 
détails de décoration sculptée (|iii fonl corps avec les églises romanes 
d'Espagne. Il faut se borner ici à cilci- un monument dont les sculptures 
diffèrent notablement de celles qui ont été étudiées dans les galeries des 
cjuilics. {.'(■•Lilisc (le San Marliii. .'i iM-éimisla. |irès de Palencia, est un 

\ ('•l'ihiblc musée desrulplurr 
^ ^J romane. Les modillons du 

(•lie\ct, avec leurs monsires 
aussi grands que des gar- 
gouilles de cathédrales, les 
chapiteaux historiés de la 
iirf, taili(''s dans d'énormes 
blocs lie marbi-e, sont égale- 
ment remarquables. Deux ate- 
liers ont travaillé, sans doute 
rii Miéuic Icmps, aux scid- 
jilures de celle église. L'un 
a\ail encore toute la gauche- 
rie des vieux mai'briers d'O- 
viedo ou de Léon : cet atelier 
local n'a pris de l'art toulousain, qui se répandait à travers l'Espagne, que 
(|uelques détails insignitianls. L'autie ateliera mieux connu l'art du midi de 
la France, connue le prouvent des enroulements de rinceaux et des groupes 
de monstres d une vigueur et d une fantaisie ('■tonnanles. ^lais l'artiste 
(|ui dirigeait cet ati'lier s'est (;ncori' inspiré d'autres modèles. Il a étudié 
des sarcophages antiques, pour y copier des figures entières, qu'il a 
laissées nues, et qui, dans les formes de leurs corps et dans le sourire de 
leur visage, font apparaître, au milieu des monstres barbares qu'elles 
combattent ou chevauchent, une vision fugitive de la beauté oubliée. 
D'après les détails du décor végétal qui les accompagne, ces sculptures 
doivent être fort anciennes; elles remontent sans doute à la jiiemière 
moitié du xii'' siècle. Le souffle de Renaissance ([ni. \eiiu on ne sait d'où, 
a passé alors sur la ■■ Tierra de Campos », n'a touché, semble-l-il, (|uun 
artiste et s'est aussilé)t perdu. 




KiG. l'.tb. — Chapiteau tic F 



Les ronrAii.s homans d'Esi'Acini:. Tvchs l'iuMrm s. Inkliencics uk i.'akt 
■\n)iiEsoLE. — Les chapiteaux historiés (jui abondent dans bien d'aulres 



lOlSM.VTlON ET DKVELOPI'KMKNT HK LA SCULPTURE (iOTIIIOUE 'Jt.j 

églises d'Espagne, (Icpiiis la callirdialc de Tarragoiie jus(|irà crllc de 
Salauiaiiquc, déconcertcnl les essais de classilicalion, parce ([u'ils ne 
composent ]ias, mOnic à rinlérieur d'un édifice, des ensembles on des 




suites ieonogi'aplii(iU('s cuiiipaiidilrs ;'i i'cu\ ijui >r iiMiriuili rui i\i\\\> \i-: 
cloîtres. Les seules par-lirs de la di'coialinn srulpli-c drs rgiisrs (pTum 
(•Inde rapide piii>se gidiipei' d'ap|-ès des aiialiigies liieii d(dillie> snid l(V 
|inll;iil>. ('.en\-ei Inriiieiil de^ x'ries dans lesipieljes iill pelll >lli\|-e je^ 
progrès, plus on in(iiii> leiiK >e|()ii les r(''gi(His. (pii condniseiil de h 



246 IIISTOIP.E DE LAP.T 

siiiiplicilr |iriiiiili\ r ;'i uni' coiiiplrxih'' (|ui j-i\iilisc a\cc relie de l;i \ ic. 

Un type élémcnliiire lie porlail s'esl rinim'' dès ic xi" siècle dans les 
provinces chi'élienm^s de ri<]sp;iiine, cl s'esL conserve dans plusieurs 
tlenlre elles jusquà la lin du xii". Les cliapileaux sont très simples, et le 
tympan nu ou absent. On peut cilcr comme une exception unique le por- 
tail de la collégiale de Ccrvatos (province de Santander), consacrée en 
1199, dont le tympan est couvert d'un tissu d'entrelacs de goût moresque, 
coupé d'une sorte de large galon sur lequel se détachent des silhouettes 
de lions alTrontés et adossés les uns aux autres à la tile. 

Dans la plupart des portails archaïques, la d(''Coralion sculptée se 
développe uniquement sur les archivoltes. Celle du porlail de San Isidro 
d'Avila, aujourd'hui placé comme une ruine pittoresque dans le jardin 
public de Madrid, le Buen Retire, n'a pour ornement que des étoiles et 
des rosaces, gravées plutôt que sculptées. D'autres sont ornées d'un 
simple cordon d'entrelacs ou poiniillées de petites boules, comme les 
archivoltes du porlail de San Pedro d'Arlanza, qui a été transporté au 
Musée archéologique de Madrid. Sur quelques portails primitifs de la 
région de Ségovie, chacun des chneaux porte une silhouette méplate, 
monstre ou homme, très grossièrement dessinée et découpée (église 
paroissiale de Las Navas de Riofrio, ermila de Nuestra Senora del Soto, 
près Revenga, etc.). Celle iliToralinn d'archivolte se trouve reproduite 
au xii*" siècle sur le poilail d'une église de Prémontrés, celle d'Arenillas 
de San Pelayo, dans la province de Palencia : ici les figurines alignées en 
demi-cercle ont pris un relief robuste; elles rappellent singulièrement la 
décoration des portails de la Sainlonge. 

Les archivoltes dentelées, qui sont communes dans les mosquées et 
les palais arabes de l'Andalousie et du Maghreb, et qui ont été employées 
exceptionnellement par les architectes des églises romanes d'Espagne 
dans la construction même des nefs (comme à San Isidro de Léon), don- 
nent à un certain nombre de portails espagnols un caractère oriental. Ce 
détail de décoration architecturale a été reproduit jusque dans le midi de 
la France. Pourtant c'est dans quelques régions d'Espagne que les arcs 
dentelés ont été employés de la façon la plus suivie à la décoration des 
portails, cl tracés avec le plus de neltelé en même temps que de 
fantaisie. 

Le motif se montre dans loule sa pureté à Z;hiiora, vers la fin du 
xii" siècle, au vieux porlail de la cathédrale, dit Porte de l'Evéque [l'iiotn 
del Obispo),el au porlail de l'église de la Magdalena. En Galice, quelques 
portails ont des dentelures encore plus capricieuses, qui semblent imiter 
un monograuiini' coufique indi'liniment répété. Lue ai'chivolte découpre 
sur ce patron, et ipii surmonte un arc nettement tracé en fer à cheval, s'i'sl 
conservée à l'entrée d'une petite église de Compostelle, San Félix de 



FOF.MATIOX ET DÉVKLOPPKMENT DE LA SCULPTURE GOTHIQUE 247 

Solovio. D'aiilres, loujdin-s iilnil iiiiii's, dcssinenl leurs lésions sur les 
deux portails qui ont été élevés vers le milieu du xiu'' siècle aux extré- 
mités opposées du transept de la cathédrale dOrensc. Ici le motif em- 
prunté à l'architecture musulmane se trouve combiné avec toute une 
décoration sculptée en haut relief. 

En Navarre, l'arc lobé el festonné ne joue dans la construction des 
portails romans que le rôle d'un accessoire insignifiant. (lelui qui découpe 
ses pointes à l'entrée d'une église de Puentc la Reina est surmonté d'une 







Phot, Bcrtaux. 

FiG. 107. — Porto du Palais, à la cathédrale de Valence (vers 12G2). 



qutidruple archivolte couverte de figurines en bas-relief, à l'imitation des 
portails de France. Dans chacun des feston.s est inscrite la silhouette d'un 
ange. 

Les }iortails aux arcadi^s lobées ont pi'isdans le nord-est de l'Espagne 
un développement tardif et remarquable. La cathédrale romane de Lérida, 
élevée au sommet d'une acropole de rocher et transformée en une 
énorme caserne ([ucntourent des fortilications et des bastions, a conservé 
intacte la porte île son transept méridional, connue sous le nom de Porte 
des Infants (en calalaii. l'unia deh Fillolx). Les archivoltes son! découpées 
menu en figure de zigzags ou d'arcs entrelacés ; des rinceaux, des pal- 
mcttcs, des silhouettes d'animaux minuscuhis couvrent les chapiteaux, les 
arcliiv(jlles non di'nli'ii'i's cl les Iriantrles nn'mes des f(;stons ; ces arabes- 



24S IIIS'IOIHE Dl' L'AI'.T 

(|iics sonl aussi liinMiicnl r(;'r(>uill(''(_'s que colles (|iii décorcnl les coUrcIs 
iiiorosques d'ivoire 

Le porinil de L(ri(in fiiil rorps avrr un rdifiro rommoiUM'- on l'JOSot 
consacré on l'JTS. Il a dii vive oxoonio vois \-H){). Eu cllVl. nn poilail 
presque identique a été élevé à l'enlréo du IransepL méridional de la 
cathédrale de Valence, dont la oonslruclion a été cominenoée en lîOi. On 
l'appelle la Porte du Palais (en (alalan. l'uci-ln dcl l'alaii]. Les donalciirs 
de ce jjortail ont fait graver loui's noms entre les modillons do la cor- 
niche et l'ail sculploi- leurs portraits ])ar couples sur les modillons eux- 
mêmes. Los hommes sont tète nue, avec les cheveux longs et coupés 
dioit ; les femmes sont coiffées d'un chaperon ou d'une sorte do tiare 
on toile empesée. Tous appartiennent à des familles d'immigranis qui 
venaient de Lcrida. Le sculpteur de la Porte des Infants ou l'un de ses 

élèves directs aura été 

f' j^'^'^^\f>^ ^ i appelé par eux à \'alonco. 

/ "V 4 ^"^W r^ Palais, il a rodoul.lé de 

^ ^ *^ ^'^^ ***Jr virluosilé, au poini de 

^ J&.JB jf^^^f^HI jrarrt^ détacher complètement 

i^^MÊr^P^i ^K. i' »■• lesornemonlsd'unoétroitc 



/ ^ ^^,-«1^ ' w^ 1t archivolte sur une mou- 

; ;,^f^.t*^ .,, ^, '"^Si. '"'■'^ "'^"'tl''f' en passant 



les outils derrière les 
tiges frêles et les minces 



Fjg. lus. — Portail de réglise San Pedro, à Iliiesca p 

(première moitié du .\ir siècle). IlgUrinOS. 

L'iconographie sacrée 
s'est d('veloppée dans un grand iiomlue de monuments espagnols depuis 
le commencement du xii'' siècle. Ces monuments se trouvent épars dans 
les divers royaumes chrétiens: la succession historique des motifs et 
des formes doit être reconstituée on dehors de tout ordre géographique, 
et comme à \o\ d'oiseau. 

Un motif archaïque et encore g(''omélri(pio, le cluismo, a été repro- 
duit avec une romarquahle persislance dans la décoration des portails 
romans tl Es})agne. Il y garde la forme de monogramme compliqué ([ui 
se trouve sur les fragments de IVpoquo wisigothique. Un curieux com- 
mentaire de ce monogramme est ilonné par une inscription gravée 
au commencement du xii" siècle sur le tympan du portail de la cathé- 
drale de Jaca : 

Ildc in scrijiliii'ii, Icrloi', si giioscrrc cnra . 
/' l'atrrc.sl, A (icniliis ilnplr.r csl cl S spiriliifi dliinis. 
m Ircn injure dotniinis snnl tDiun cl idem. 



FORMATION ET DÉVELOPPEMENT DE LA SCULPTURE GOTFIIOUE ->W 

Ce même hiéroglyphe, où un clerc a cru lire, avec h' nom du Chrisl, 
les signes des trois Personnes de la Trinité, est répété, non loin de Jaca, 
sur les deux portails ruinés de Santa Cruz de la Serôs. Lun des scul- 
pteurs qui ont décoré le portail de la cathédrale de Jaca et les chapiteaux 
du porlique latéral de cet édifice est venu travailler à Huesca; il y a rei)ro- 
duit par trois fois le chrisme wisigothique porté par deux anges, sur 
les portails de l'église et du cloître de San Pedro. Pour composer la déco- 
ration de lun de ces portails, le chrisme est placé au-dessus d'un bas- 
rclicr (le l'Adoration des Mages, comme un tympan au-dessus d'un lin- 




FiG. l'J'J. — Tympan d'une porte latérale de l'église de San Isidro, à Léon 
(première moitié du xir siècle). 

teau. Les larges faces des rois mages, leur Larhe dure, leui's luniipies 
raides à plis cassés droit rappellent, comme les chapiteaux du [lurliciue 
de la cathédrale de Jaca, les œuvres les plus archa'i'ques de la sculpture 
toulousaine. Au nord des Pyrénées, le chrisme wisigothique se trouve uni 
à un ensemble comiiliqiK' de reliefs du m("-me style surle portail de l'église 
Sainle-^Iaric d'Oloron. 

Un chrisme idenliqut;, porté par dmix anges ^ olants, est ligiuV-, au- 
dessous d'un médaillon de l'Agneau de Dieu, flanqué de deux Prophètes 
agenouillés, sur le tympan d'un portail latéral de réglis(^ San Andrès 
d'Armentia, près Vitoria; une inscription nomme le donateur, liodericus. 
évèque de Calahorra. Le même cercle, contenant le même monogramme 
accompagné des mêmes jetli-es. reparaît au ('(j'ur île la (laslilh' sur le por- 

T. u. — ~>- 



SoO IIISTOIP,K DK L'ART 

lail (le l'rylisc tic la \ ii'i;cii de las Pcnas, à ScpriK cda . ci. à rcxlrcinilc 
occidentale de la Galice, sur un porlail lali'ial t\i- la i)asili(|ue ilc Santiago 
de Composlclle; mais sur ces jxHtails, le niolif arcliaïciuc se trouve perdu 
au milieu d'une l'oule de figures humaines. 

Portails de style toulousain. — Parmi les |ioiiails d'Espagne qui, 
dès la pi-emière moitié du xif siècle, se couvrent de bas-reliefs, il en est 
dont les sculptures, tout en oITrant un sens religieux, ne forment pas un 
ensemble d'images régulièrement ordonné. Les deux portails hiléraux 
de San Isidro de Léon appartiennent à l'édifice consacré en 1147. Le 
lymjtan du plus grand de ces portails est composé de plusieurs plaques 
de marbre assemblées. Celle qui fait office de linteau représente le Sacri- 
lice il'Abraham. Trois autres, taillées de manière à suivre la courbe de 
l'archivolte, sont occupées par une image de la Main divine et par des 
ang<'s volants. l>es archivoltes sont massives et sinijdes, mais les scul- 
ptures débordent largement sur l'avant-corps dans lequel le portail est 
percé; deux statues debout sur des tètes de taureaux se font pendant, à 
droite et à gauche de l'arcade. Elles représentent l'une un saint évèque, 
Isidore de Séville, coiffé d'une sorte de tiare basse comme le saint Pierre 
du vieux cloître d'IIuesca, l'autre une sainte aux cheveux dénoués, sans 
doute l'une des sœurs de saint Vincent. Au-dessus de ces deux statues, 
des bas-reliefs de marbre, encastrés dans la pieri'c de la muraille et dont 
quelques-uns sont tombés, représentaient une série de musiciens et la 
suite complète des signes du Zodiaque. Sur le second portail plus petit, 
la décoration du tympan est formée de trois plaques, dont chacune est 
consacrée à un sujet distinct : le Descente de croix, les Saintes Femmes 
au Tombeau, l'Ascension. Deux statues encastrées dans la paroi du tran- 
sept et disposées comme celles qui accompagnent le grand portail, repré- 
sentent saint Pierre et saint Paul. Par la disposition et le style des scul- 
ptures, les deux portails hdéraux de San Isidro rappellent manifestement 
le portail latéral de Saint-Sci-nin de Toulouse. Doit-on supposer qu'un 
sculpteur ait été appelé directement de F'rance dans la capitale du 
royaume de Léon? A\anl de n'^pondrc à celle question, il est n/'ccssairc 
d'étudier un portail qui ressemble (■troilemcnt à ceux de San Isidro, 
mais qui est beaucoup jilus grand et plus riche. 

La basilique de Saint-Jacques, à Compostelle, dont^ l'architecture, 
presque identique à celle de Saint-Sernin de Toulouse, a été certainement 
dessinée par un maître d'œuvre français, a conservé l'un de ses portails 
latéraux, qui est contemporain de la construction du transept. Ce portail 
regarde le midi. On l'appelle la Porte des Orfèvres [l'ucrla île l'hilcrian). 
Sur l'un des montants du portail est gravée une inscription énigmatiquc 
qui mentionne la date de la fondation de l'église : HI7<S. Les reliefs qui 



FOHMATION ET DÉVIil.OPPKMENT DE LA SCULPTUIŒ (lOTHIoUE Sâl 

couvrent le puiluil lui-imMiic cl liipardi soiil jioslérieurs à celle dale, mais 
aiilérieurs au milieu du xii' siècle: ils se Irouvenl exaclement décrils dans 
un manuscrit donné à la ( athédrale de Compostellc par des pèlerins fran- 
çais vers 1140 (entre 11. "7 et lli."). 

Ce document, l'un des plus jirccieux que possède l'archéologie du 
moyen âge, permet de préciser le sens ou la place jirimitive de fpielqiics 



l'Ii.it llerlaux. 

FiG. 200. — La Puerto de Plalerias, poile du transL'pt mùriilioniil 
(le la cathédrale do Compostelle (premiri-e moitié xir siècle). 

détails des sculptures. Trois des onze colonnes qui soulicnneut les arciii- 
voltes de la baie sont en maiiirc lilanc et couvcrics de figurines il'aprilres 
et de prophètes disposées sous des arcalures, à la manière des gi-ands 
Apôtres de Moissac. Les deux tympans, comme ceux des portails latéraux 
de San Isidrode Léon, sont conqiosésde plusieurs iihiques de marbre sur 
lesquelles se trouvent juxtaposés îles sujets dilTérenls : à dioite le Baiser 
de Judas, le Clu-isl devant l'ihile cl la l-'lagelhilion soiil phicés iuiuir^dia- 



iiisroiiiK Di' i;AitT 



Icinciil ;iii-(lrss()iis (le l' Adornl ii >ii des Milices cl de rA|ijia]-ili(ia de raii<^c 
aux rois endormis ; à (j^auclie, le mol il' inincipal est la Tentation du Christ 
dans le d(''si'i'l : le resie du I y m pan es! rempli par des anijes \ olanis et des 
diaiiles i-ampanis à l'orme de eliien, aux([uels esl joiide une j^i-ande el 
élrange ligui'e tle femme assise. Dans les éeoinçons des deux arcailcs, 

(jualre anges soufflent dans des 
(rompes comme pour appeler les 
moris au dernier Jugement. A leur 
appel, Abraham sort du tomljeau 
finseription : Siuriil Al/i'aliaiii de 
IhiuhUi), au-dessus de la eoloniie du 
milieu el du clirismc archa'iquc, 
porl('' par deux lions adossés. Le 
palriai'clie a \u le .loin- du Sei- 
gneur i.Jean, \'lll, .Mii; au-dessus 
de lui apparaît le (llirisl, non pas 
assis sur son trône de Juge, mais 
delioul sur le mont de la Transh- 
gur'ali(tn. A sa droite esl saint 
Jacques, enli-e deux arhres (|ue la 
desciiiilion ancienne appelle des 
cypi-ès; deri'ière lui sont alignés 
six des A|iùtres. D'aulres bas- 
reliefs semblent encastrés au ha- 
sard dans la paroi. Tous n'étaient 
poini plac(''s dès l'origine sui' celte 
façade de r(''glise. (Juclques-uns 
d'entre eux, comme le groupe qui 
représenle Adam et Eve chassés 
du Paradis terrestre, soid men- 
tionnés dans la description t\\\ 
\\\' siècle pai'Uli les sculptures (pii 

FiG.201. — Le Créaleui- et Adam :1c roi David. (|(H-orai(Mlt le iiortail lali'ral du 
B.is-i'eliefs provenant du portail du Iran- 
sppt nnrddo In catlirdrnlede Compostcllc. nord. Lors(pu_^ ce portail fut Ar- 

moli au xviii" siècle, ccriains de 
ses fragments ont servi à boucher les vides que le temps avait faits 
dans la décoration de la façade méridionale; d'autres ont été disposés à 
droite et à gauche du portail, à la liautcui- îles colonnes : ce sont des 
morceaux remarquables, (jui représenti'nl la ('.n'^ition de riiomme, le 
SacriOce d'Abraham, le roi David jouani de la \i(de. les jambes croi- 
sées et les pieds posés sui' un lion. 

Cette combinaison de deux porlails a achevé de brouiller l'écheveau 




FORMATION ET DKVKLOPPEMENT DE LA SCULPTUIiE (;OT1IIOUE 'Jô". 



(In lil (•ondiu-lcur que la tlcsciiptioii ilu xii" siècle ollVail aux prlciins. Mais 
dès l'origine, les bas-reliefs ont été rapprochés sans ordre; qucNpu's-uns 
(rentre eux ont pu donner prétexte aux plus singulières inlerprétalions. 
Telle lut la mystérieuse ligure de femme 
(|ui se montre à côte de la scène de 
la Tenlation du Christ. Elle est décrite 
dans le manuscrit de 1 1 40 à la {ilaee 
même qu'elle a conservée, sur le tympan 
de gauche. " C'était, dit-on, une femme 
adultère, contrainte par son mari à tenir 
sur ses genoux la tôte coupée de son 
amant et à embrasser quotidiennement 
cette tète, chaque jour plus informe el 
plus fétide. » En réalité, la iéle de 
mort est la tête d'un animal ([ue la 
femme tient sur ses genoux. Le sujet 
est facile à déterminer, si l'on rapproche 
cette ligure d'une autre toute semblable 
et de même dimension, qui a été en- 
castrée également dès l'origine sur l'un 
des montants de la porte de droite, en 
face d'une figure d'apôtre. Cette seconde 
femme porte sur ses genoux un lion qui 
ressemble à un caniche. Elle avait été 
destinée par le sculpteur à former avec 
l'autre un couple. Les deux mystérieuses 
figures, si on les réunit par la pensée, 
se trouvent composer un groupe iden- 
tique à celui des deux femmes assises 
ciilr à i('ile sur un bas-relief du Musée 
de Toulouse, provenant de Saiiil-Sernin, 
et qui portent, l'une un lion, l'autre un 
inoulitn, deux des signes du Zodiaque: 
Si(iiiiiin leonis\ signum arietis. Les deux 
reliefs de Compostelle, comme le relief 
de Toulouse, et comme douze des reliefs 
de San Isidro de Léon, de\ aieni ligurer dans un /.odia(iiie 
ceaux onl été disposés de la facdii la jibis inalaiii-oile lor^ il 
(le> >culp(ures ilu portail : i|iielqiii'^-iin> ilViiIre ru\ seul 
logés au-dessus de l'arcade de L:;iiielie. 

Est-ce l'un des sculpteur> du pnihiil (|iii |in''sii!a à c 




I"ii:. 2(12. — Un signe du Zoilia(|no (le Lion). 

Dclluil J'un lias-relief <Ic la l'un-ln *■ Pliilfi-his 

Cal!i(;ilrale île Coniposlelle. 



loni 



iiior- 
e rM>.seinMag( 
eiiienl ont ('■!( 

ii-ansposilidii; 



donl 1( 



-ullal fui de rendre une pallie de r(ill\re iliilil ell igiide pour h 



25 i 



III S roi ni-: ni'; i.ai'.t 



conLcniporiuns iiirmes de rarlislc ? Pciil-èlrc <Mait-il parli laissani ses 
marbres sui- le clianlicr. Les maîtics ([Mi ont décoré les deux portails du 
transept de Cuinpustelle, celui du sud, qui est encore debout, celui du nord, 
dont quelques morceaux ont été conservés, étaient des étrangers. Deux 
mains ou plutôt deux manières sont faciles à distinguer. Dans les reliefs 
qui couvrent les trois colonnes historiées et dans ceux qui étaient destinés 

aux deux tympans, les ligures sont 
courtes, les visages grossiers, les 
plis rares et droits. Un artiste plus 
savant et plus souple a donné aux 
ligures qui devaient prendre place 
au-dessus des arcades des propor- 
tions plus longues, des draperies 
plus Unes et plus souples, des vi- 
sages plus beaux. Ces sculpteurs 
représentent deux générations suc- 
cessives d'une même école, qui est 
l'école toulousaine. 

Il faut admettre que, depuis la 
fondation de l'église jusqu'aux tra- 
vaux entrepris pour la décoration 
des façades du transept, un courant 
continuel a entraîné des architectes 
et des sculpteurs français du Midi, 
par le » Chemin de saint Jacques », 
jusqu'à la ville qui était pour toute 
l'Europe latine comme une seconde 
Rome. C'était le temps oîi Com- 
postelle était pleine de marchands 
et de moines français, où un clerc y 
rédigeait en français, pour la gloire 
de saint Jacques et de Charlemagne, 
la Chrt)ni(pie du Pseuilo-Turpin, où 
la porte du transept norti, celle dont (pirl(|iies fragments ont survécu, 
était ;qi|M'lée la ' Porte [vnnçnific •> , l'aihi fraiiiii/ciKi. 

Les étrangers qui avaient travaillé à Compostelle se sont transportés 
à Léon avant Lli7. 11 est à peu près certain que les portails de la basilique 
de Saint-Jacques ont été exécutés les premiers. Le portail du sud était 
dans l'état où il est resté, et les uiorceaux conservés du portail du nord 
étaient achevés à la date de 1 1 iO, où ils ont été décrits. Cette constata- 
tion l'aile sur un monument d'Espagne est importante pour l'histoire de 
l'arl IVançais. L'i'lude des portails anciens de Compostelle oblige à repor- 




Fk;. 2(C.— Les signes du Lion et du P.iMie 
Frngmenl d'un Zodiaque provenant 
de Saint- Sernin. 

(Musée il.' Tuiilousc.) 



FORMATION ET DKVKLOPPKMENT DE LA SCULPTURE GOTHIQUE 255 

liT dans la première moitié du xn' siècle quel([ues-unes des (euvres les 
plus remai'qiiahles de la sculplure toulousaine. 

I.a deseripliun de 1 1 iO l'ait savoir que la hasilicjuc de Sainl-Jae([ues 
possédait, en dehors des portails du transept, un troisième portail bien 
plus large, plus haut et plus riche. G était le portail de la façade ; il avait 
trois baies et était surmonté d'un groupe de la Transfiguration plus grand 
(|ue celui du portail nord : saint Jacques y reparaissait à la droite du 
Ciirist. Ce portail a été remplacé dans le dernier quart du xii" siècle par 
une œuvre admirable et sans pareille. Entre la Puerto de Plalerias et le 
Porlico de la Gloria, il y a une solution de continuité dans la suite des ate- 
liers qui se sont succédé sur le grand chantier de Compostelle. 

Imitations et combinaisons diverses de l'art français dans les 
PORTAILS romans d'Espagne. — Dcs enseiiibles iconographiques moins 
touITus que ceux de Léon et de Compostelle, mais plus nettement délinis 
et plus clairement composés, se forment sur les portails et les façades 
dans diverses régions de l'Espagne. Ouelques motifs ont pu être adapt(''s 
par des artistes locaux à la sculpture monumentale. Le Ciirist donnant la 
Loi à saint Pierre et à saint Paul est représenté sur le tympan de la petite 
église de San Pau del Camp, à Barcelone, exactement comme sur les 
anciens sarcophages chrétiens. Les détails qui complètent la décoration 
sculptée de la façade sont traditionnels dans toute l'Europe latine : c'est 
la Main divine, l'Ange et l'Aigle des Evangélisles. La croix inscrite dans 
un cercle et les rosaces qui sont gravées, à côté d'inscriptions en carac- 
tères anguleux, sur le linteau et sur les tailloirs des chapiteaux, sont des 
signes d'archaïsme. Le portail roman de Barcelone peut remonter au 
premier quart du xii' siècle. Le groupe du Christ, de saint Pierre et de 
saint Paul est répété, en Catalogne, sur le portail de l'église San Pau, à 
San Joan de les Abadesses. Les reliefs sont grossiers et ont perdu toute 
ressemblance avec l'art chrétien des premiers siècles. D'autres portails 
catalans sont consacrés à la gloire de la \'icrge. Elle apparaît dans une 
auréole elliptique portée par des anges sur le tympan d'un portail de 
Manresa, jilacé aujourd'hui à l'entrée du palais épiscopal. Les ligures sont 
allongées, les draperies agitées. Ce bas-relief est très su})érieur à la 
représentation di' la Vierge glorieuse portée par deux anges, qui ligure 
sur le portail de Corneilla de Confient, dans le lioussillon français. Un 
autre bas-relief de la fin du xii' siècle, représentant la Vierge glorieuse, 
est conservé au Musée archéologique de Madrid. Il provient de la grande 
église clunisienne de Sahagûn, consacrée en 1180. Ce marbre tort curieux 
rappelle beaucoup moins les sculptures bourguignonnes cpie les scul- 
ptures toulousaines. 

La ligure le jdns (•()mmuii(''menl repiodnile dans la (l('<-(irali(>n des 



2.".6 HISTOIRK DE I.'ART 

lympans esl celle du Clirisl en gloire. Le Uoi céleste est accompagne le 
plus souvent des quatre symboles des Evangélistes. Ce groupe se ren- 
contre depuis San I>or(Mi/.o de Carhoeiro, en Galice, jusqu'à Tarragone. 
Directement imih' de la siulpluie IVancaise, il a été reproduit par des 
artistes d'habileté très variable et qui suivaient des traditions très diverses. 
Le Christ glorieux du portail latéral de la cathédrale de Tarragone, taillé 
dans le plus beau marbre antique, a le l'elief d'une sculpture provençale 
exécutée par une main grossière ; celui de Lugo, en Galice, également 
sculpté dans un marbre blanc, a l'aspect d'orfèvrerie incrustée de gemmes 
que conservent les grandes figures du tympan de Moissac. Ce Christ de 
marbre était autrefois orné de cabochons en cristal. 

Au commencement du xiii'' siècle, la représentation traditionnelle du 
Christ glorieux se combine, sur le portail de la Vierge de las Penas, à 
Sepùlveda, avec l'assemblée des vingt-quatre Vieillards de l'Apocalypse, 
alignés sur l'archivolie, et avec deux groupes de morts ressuscites, indi- 
qués sur le linteau, à côté d'un chrisme archaïque. L'ensemble forme une 
image sommaire et grossière du Jugement dernier. 

Sur les façades de deux églises de la province de Palencia, Santiago 
de Carrion et l'église tlu village de Moarbes, le motif du Christ glorieux, 
accompagné des quatre symboles des Evangélistes, s'élargit de manière à 
former le milieu d'une frise qui se déploie sur la muraille, au-dessus d'un 
portail sans tympan. A droite et à gauche du groupe central, les Apôtres 
sont alignés sous des arcatures. L'une des deux frises est manifestement 
la copie de l'autre. La première en date doit être, non la plus grossière, 
qui se trouve à Moarbes, mais celle de Carriôn, dont l'exécution est à la 
fois puissante et raffinée. L'église de Santiago était voisine de l'un des 
])!us importants monastères clunisiens d'Espagne, San Zoilo de Cai'riôn. 
11 csl im|)()ssil)le de distinguer dans la superbe frise aucun détail d'oi'i- 
gine bourguignonne. La composition rappellerait plutôt les grandes 
figures, rangées symétriquement sous des arcatures, qui décorent les 
façades de quelques églises du sud-ouest de la France, comme celle de 
Notre-Dame-la-Grande, à Poitiers. Cependant les frises de Carriôn et de 
Moarbes ressemblent de beaucoup moins près à ces ensembles de scul- 
pture monumentale qu'à des pièces d'orfèvrerie, telles que le devant 
d'autel en cuivre émaillé d'ouvrage de I^imoges, qui a passé du monas- 
tère de Silos au Musée provincial de Burgos. 

Les statues-colonnes des portails du nord de la France ont été imi- 
tées en Espagne plus fréquemment que dans l'Aquitaine. L'église de San 
Salvador de Leyre, nécropole des premiers rois de Navarre, dont les 
ruines indestructibles s'élèvent au milieu de rochers sauvages, à quelques 
milles de la frontière française, a conservé un portail fianqué de deux 
figures de saints adossés aux pilastres qui limitent l'ébrasement de la 



FOISMATION KT DEVELOPPEMENT UE LA S( .ri.PI rP,!' COllIlorE i:û 

I);>io. fies (iiiurcs comiiic colles du iMirUiil ilc N'ah'nliirn;. mu- je \rrs;iii( 
ojiposr (1rs l'\ r(''ni''('s, sonl moins il(.'s stnlucs (|ur ilrs lias-rrlirl's ; elles 
uni la (aille de slalui'lles. Le seulpli'ur du poiiail de Lcyrr s'esl ronné 




l'Iiul, du D. M Fan. liai tcIoiic. 

Kk;. '201. — Porc-hc de l'ri.'li~o do I!i|i(ill i (.ntalognc). xii" siècle. 



sail> duiili- ;i Irriilc lolllc lusainr . ( loiiiiur Ir-, >cul|il l'Uis dr la |miiIc roinaili' 
t\r ('.()lii|H»li'l|r. il a i:anii le Iviilpaii d'une suilr dr lias- irl irr> dmil 
cliacuii iT|ir('-M'nlc a\rc la UK'iiir |iii('Tilil<- un |MTsi>nnai^i' <lill'(Tenl : le 
C.lirisl (lu l'un des saints vénérés dan> Ir munaslère. Ces i-eliel's, (jui uni élé 

T. H. — .'i"! 



->:>x nisToii^K Di': i:akt 

coiisiiléiés à lurl cuinnic des déliris d un porlail antérieur ou même d une 
nuire église, sont manifestement conlemporains des » statuettes » ados- 
sées. L'imitation des statues-colonnes du nord de la France est ici altérée 
par des traditions méridionales et des archaïsmes barbares. 

En avançant vers le centre ou vers l'extrémité orientale de l'Espagne, 
les inlluenccs fi'ancaises reprennent parfois leur pureté. A Ségovie, les 
trois statues encastrées autour du portail de San Miguel ne sont que de 
grands bas-reliefs; mais, à quelques pas de là, les quatre figures d'apôtres 
rangées sous le porche de San ^Mai'lin, sont de vraies statues-colonnes 
comparables à celles du porche vieux de Chartres. D'autres statues plus 
Irapues et plus raides, qui sont les restes de portails détruits, se trouvent 
encastrées dans une façade de l'église de Carracedo, près de Corullôn 
(province de Léon) et dans la crypte de l'église de San Juste, à Sepùlveda. 
Les arcliitectes espagnols ont employé parfois des statues de ce genre 
dans des compositions originales, dont l'équivalent ne se trouve pas en 
F"rance. Le vestibule de la Camara Sania d'Oviedo, ce réduit qui conserve 
encore des reliques authentiques des premiers royaumes des Asturies et 
de Léon, est couvert d'une voûte en berceau, dont les énormes doubleaux 
retombent sur des colonnes accouplées. A chacune des colonnes sont 
adossées deux statues d'apôtres. (l<'lle assemblée de cariatides ^iriles 
prend une mystérieuse majesté dans l'omlire du sanctuaire liistorique. 

Les statues-colonnes ont été combinées avec une foule d'autres 
motifs étrangers à l'art français du Nord dans la décoration extérieure de 
([uelques églises de Catalogne et de Navarre, qui peuvent être comptées 
parmi les monuments les plus magniliques et les plus déconcertants du 
moyen âge. 

!>a parlii' inri'ricurc de la fa(;iidi' ilc IV'tiiise de liipoll, sauvée de l'in- 
cfiidii' (pii 11 (h'Iruil en 185.") h' corps de l'iMblicr, rurini' un ii\ ai:l-c(irps 
lilléralemcnl ciiuvril de sculplures. sur une longueur de onze mètres et 
uu(> liauleur de |ilus de scpl mèlres. Au milieu de la foule des figurines, les 
deux slaturs ad(iss('Ts aux cohniiies (h' hi porle passriil presque inaper- 
(Hies. L'une esl lui Prophrle. l'aulrc .s;iinl l'ierre, le patron de rabl)aye. 
Parmi les nudiiph's arfhi\ nltcs, la pliipail sont ornées de rinceaux, de pal- 
melli's ou de l'uliaiis di''li(ateiiiciil ciscir's. Trois d'entre elles portent sur 
cliaeuiide leurs claveaux uu gi'oupe de ligiiriiies qui avait un sens religieux. 
Au-dessus des deux statues, douze reliefs racontent la vie et la mort de 
saint Pierre et de saint Paul ; plus bas, douze autres sont partagés entre 
l'histoire de Jouas et celle de Daniid ; sui' l'intrados de la baie on ilistingue 
l'histoire de Ca'i'n et d'AJjel. Les reliefs continuent sur la face interne des 
montants, jus([u'au seuil, pour mettre en scène dans douze compartiments 
les Travaux d(^s Mois. Adroite et à gauche du portail, les bas-reliefs se 
dévelop[)ent sur cinq zones superposées. Deux d'entre elles seulement, les 



^.^«v;»— 




Hioi l;,, 1,1,111 i'.,ii,|.,hi 
l'l(i. "iliri. — lAf:ADE DE l'i-,GL1:^E DE SANTA MAIIIA LA REAL, A SANGËESA (NAVAIUIE). 
XU° SIÈCLE. 



i'IlO IllSTOIl!!': Di: i;ai!T 

]illis pldclii'S (lu Sdl. solll DCCUpi'TS |(;ir (l(\'^ lilrs d'il liiiiuuiX. ^i lliiiurl les 
iiiiniisciilrs ou grands monslr(>s en IkiuI irlid'. Au-ilcssus dr hi zone intV'- 
ricure, di's ligures liuuiaini's de n'raudein' naluirllc soni rauii(''es sous 
des nrcalures d'un l'ailde reliel'. Elles foruieni des gioujies : d'un (•(Mé. 
c'est le roi Da\id, avec ses musiciens : t\c l'aul rc. Ir ( ".lirisl des aid l'ilalr.d 
le martyre dun saint (''vèque. Les trois /.ones sii|ii'rieures. ins(|u'aii soiu- 
liiel delà plus liaulr arcldv iille. ccinijiosent un l'i'cil de l'hisloii'e de Moïse, 
aninu'' par des lalilraux de lialailles liildi<pies. ImiIIii. une Irise continue, 
assez seul Mal lie à cri le de la l'aeade de San! iago de ( '.ari'ii'in. passe iiu-des- 
sus derarchivoll(> et occupe toute la largeur de lavant-corps. Le Christ 
glorieux y trône, entouré des \ ieillards de l'Ajiocalypse, qui jouent leur 
luusitpie (•(■■leste. 

Il n'existe en l'rance aucune ra(;a(le romane (pii puisse passer pour le 
]>rotolyp(' de celte muraille île Iias-relief's. Les frises (pii onl ('■l('' sculpl(''es 
dans la seconde moiti('' du xii' si(''cle sur les (l'glises d'Arles, de Beaucaire, 
de Nîmes, de Saint-Gilles, ne sont (pn_' l'ornement ou le couronnement 
d'une arcliitectiu'e. Elles ne l'orment jias un re\èlenH'nl. Le style m(''me 
des sculptures de liipoU n'a ni la vigueur nei-\cuse de l'(''cole toulousaine, 
ni le r(dier cl r(''l(;'gance classi(jLn;'s de r(''cole proxcm-ale. (i'esl en Italie 
seulemenl (pie l'on trouvera des ouvrages disj)OS(''sd'une maiii(''re ainilogue 
el ex(''ciil(''S a\ec ce r(dier ui(''(li(icre pour le.s grandes ligures, ce soin pn''- 
cieu.Y de marbrier expert pour les objets en minialiire ou les deHailsde pure 
décoration. La façade d'église qui ressemble le plus à la singulière façade 
de l!i|ioll est celle de San Zeno de Vérone (cf. I. I. p. (i!l!(-700). Les scul- 
jileurs ([ui ont décoré, vers la lin du xii' siècle, la riche église catalane 
étaient sans doute dc^Comaciiii voyageurs, comme ceux qui gagnèrent les 
vall(''es I(>s plus recul(''es des Pyrénées pour travailler, en I I7.'i. à la Seu 
d't rgel. En tout cas, ces étrangers ont vraisemblablemeni (dn'i à un goiit 
local ci " espagnol » en couvrant de reliefs tout un a\ ant-corps de façade, 
bien plus complètement que ne Font fait les décorateurs des grandes cathé- 
drales de l'Italie du Xord. 

En Navarre, les sculptures qui débordent à droite et à gauche ilu 
grand portail latéral de San Miguel d'Estella ont pris un développement 
comparable ti celui des sculptures de la façade de Ripoll. Ici les inlluences 
étrangères (pii dominent sont françaises; mais l'œuvre est originale et 
vigoureuse; elle doit être attribuée à un maître local. Quoique l'eifet 
d'ensemble ait été malheureusement détruit par la construction d'un 
porclie que ferme une énorme grille, la conception de l'artiste est restée 
claire et frappante. L'église est consacrée à l'Archange qui doit tenir la 
balance divine au dernier Jour; les reliefs célèbrent les anges et annon- 
cent le Jugement dernier. 

L'imitation des modèles français est beaucoup plus apparente dans la 



FORMATKlN KT l)i:\ I;L« )r'PKME NT |)K LA SCrLPTlTŒ ( iOTIIigil-; -JOl 

drcoialioii (1 une ^ecfjiule l'jiradr cooscrvce en Xavtirre, celle de léiïlise île 
Sangiie.sa. Les statues du portail, fuselées comme les c(d()nnes (lu'elles 
cachent à peine, semblent sculptées par un arlisfe qui auiail vu le porche 
vieux de Chartres. Mais le lirand C.hrisl du tympan n'e.-l [las le Dieu de 
majesté qu'entourent les animaux ailés. 11 est leJuge du mondr (pir re|i!é- 
sentent au xif siècle les sculpteurs du midi de la France, et purle la cou- 
ronne du Christ de Moissac. Le Christ glorieux et pacifique ne se montre 
qu'au milieu de la douille i-angée d'arcatures qui règne aLi-dessus de la 




Fio. '201;. — Pnilnil .le San Tome de Soria (Vieille Castillc). 



jiai<': il (^sl accompagné d'anges cl de pruphèles. C'est sans doule un 
second artiste qui a exécuté ces statues courtes et sommaires. Un troi- 
sième |>eut-ètre a rempli les écoinçons de la grande arcade avec des reliefs 
di' Inule grandeur et de toul(> forme, où des entrelacs barbares et des 
mon^lres orientaux sont rapprochés de (igurines prises sur le vif, connue 
celle du forgeron qui frapjie sur son enclume. Si ces artistes sont ditfé- 
renls, ils ont certainement travaillé en même temps à un tnsemide com- 
mun. Ils ont mêlé à des souvenirs de l'art français du Nord il du Midi les 
traditions archa'iques de l'art local. L'œuvre énorme et monstrueuse qu'ils 
ont laissée manifeste avec une sorte de na'ivelé grossière la tendance qui 
s'accuse, dès la fin du \ii' >iècli'. dans la >cuiplure es[)agnole et qui la dis- 
tinsue de la sculpture frani;ai>e du Xord. mé'me lorsqu'elle imite celle-ci : 
le sculplrur n'e>l >ali>lail que >'il a fail disparailre rarcliilcrlure sous les 



'jti'j iiisKtiitK hi'. i.Airr 

l'clict's, sans laisser ua ro|iiis à l'iril. Les onicincals iuulilcs, moiislrcs on 
siniitlrs «huniers, couvrenl enlièrenieiit les arcliivolles du porlail de Snn- 
giiesa, cnlre les liguriiies, cl se poursuivent jnsque sur le eonlreforl. Les 
artistes toulousains de la première moitié du xii' siècle concevaient de 
mc'-me la sculpture comme un revêtement ou une incrustation, qu'il s'agît 
de décorer le portail de Saint-Sernin de Toulouse ou celui de Saint- 
Jacques de Compostelle. Un jieu plus lard les sculpteurs du sud-ouesl 
de la France satisfont à un guùl analogue lorsqu'ils accrochent des sla- 
hies ou hrodeni des reliefs sur loule la hauteur des façades romanes de 
Poitiers ou d'Angouléme. Mais jamais en France les reliefs ne se suivent 
et ne se pressent comme sur les façades de Ripoll, d'Eslella ou de San- 
gi'iesa. Même en présence de monuments groupés dans les provinces pyi"'- 
néennes, moins hospitalières que l'Aragon aux arlistes niiidi^jars, il es! 
permis d'invoquer, dès le xii'' siècle, une inOucnce lointaine de l'ai'! 
moresque, f(ui masquait entièrement la pieri'e et la liri(|ue sous l'émail, 
la faïence et le stuc. La transposition des principes de ici ari polychrome 
dans la sculpture chrétienne d'Espagne ne de\ienilra un iail conslaiil et 
évident que deux siècles plus tard. 

Les ])ortails dont loute la d(''co: ation figurée se plie à un ordre 
logique et à une ordoiuiance architeelurale sont des exceptions dans l'art 
roman d'Espagne. Ils rejiroduisent des modèles français. Parfois, deux ou 
trois de ces modèles se trouvent combinés dans un seul monument 
espagnol. La façade de San Tome (ou Santo Domingo) de Soria, avec ses 
deux étages d'arcatures, est fort semblable aux façades poitevines. La 
décoration du portail réunit des motifs d'origine assez difTérente, dont la 
plupart se rencontrent ilans le sud-ouest et l'ouest de la France. L'archi- 
volte qui surmonte le tympan porte les figurines des vingt-quatre \ ieil- 
lards de l'Apocalypse, .serrés les uns contre les autres à la manière des 
figurines qui pullulent sur les portails du Poitou et de la Saintonge. Deux 
autres archivoltes sont couvertes de gi'oupes en bas-relief qui repré- 
sentent la Nativité et l'Enfance du Christ, en détaillant les épisodes du 
Massacre des Innocents, qui se trouvent i-acontés exactement à la même 
place sur le vieux portail de la cathédrale du Mans, avec la même variété 
de gestes violents'. Les scènes de la Genèse qui, sur ce dernier portail, 
occupent l'archivolle supérieure sont reléguées, à San Tome de Soria, 
sin- les chapiteaux du poi-tail : ici l'archivolte supérieure est consacrée 
tout (Milière au récit de la Passion du Christ, qui se poursuit à travers les 
groupes serrés, sans aucun rejios entre les dilf(''rentes scènes. La rudesse 
du style, la v(M've populaire (hi i'(''cil rappelleni les l'eliel's des plus gros- 
siers chapiteaux des cloilres na\arrais ci calalans, au\(|uels resseiublenL 

I. C.e raiHiiOiliOiiieiiL csl dû à M. Seiiaim F:Uig;iU. 



l'diiMATioN i;i- IH'A i;i,(ii'i'i;.Mi;.\i' di-: i,\ sci i.i'iriii-; coriiiuri', v<:, 

;'i Sorin, CL'iix des clitilrcs de Sun Pedro <■( de S;iii .liuiii (\r Diirid. I.c 
siidiilrur (lui csl \cnii drrorer la façade de rôglise de Sorin nV-l;iil sùre- 
iiifiil ni un l'oilcxin, ni un .Manccau, ni un Français du Nord ou du Midi. 
Il a iidroduil parmi les reliefs du porlail de San Tome des niolils 
don! il n'exisle poinl d'exemple en France. Fe Dieu couronné (pii li-ône 
au milieu du lympan, dans une aiu'éole ellipli(|ue llanipu'e de (pudre 
anges, ne ressemble au Christ glorieux des porlails français du Nord (pie 
par la sereine beaulé de son visage. C"csl. non pas le ChrisI, mois le Père 
Flcrncl; il tient sur ses genoux 
le Christ enfant. Parmi les 
(jualre anges, il en est un qui 
porte le Livre : c'est le symbole 
de rÉvangéliste saint Malliieu. 
Les trois autres tiennent dans 
un voile les symboles de Marc, 
de Fuc et de Jean, animaux 
minuscules dont on ne voit qui' 
la lèle : celle de l'aigle semble 
^(lriir d'un nid. Ces représen- 
laliiins cxceplionnelles peuveni 
('■li-e alli-il)U(S's à l'imagination 
lii/aiie d'un sculpteur espa- 
gnol. 

\.i' départ esl plus facile à 
laiic cidre les motifs d'origine 
différente dans la décoration 
des portails de San ^'icente 
d'A\ila. Ici un mail rc é'j ranger 
a certainement lra\aillé à coté 
d artisans locaux. F'iin de ceux- 
ci a sculpté pour le porlail latéral les deux statues placées à droite de l'en- 
Irée et maladroitement encastrées, comme des hauts-reliefs, cntri' les 
colonnettes. Fe tra\ail sommaire et plat des draperies rappelle encore les 
reliefs du poi-lail de San Isidro de F(''on. F'une des statues re])réseiite une 
sainte; elle est coin'(''e d une guinipi' cl d Un jjonnel à la mode espagnole 
du xiT siècle. Fe groupe (pii se trome placé à gauche de l'entrée est d'une 
tout autre main. CCsl une Aiimmcial ion. l/ange ci la \ iei-gc sont des 
ligures plus gi-andes, jilus sveltes, plus souples (pie les statues qui leur 
font face; le nu des jambes longues se di^ssini^ sous les plis lins de la 
l(''gère di-aperie. Pal- |rni- si vie, par leui' allihidc ir^gèremcnt ployée et 
pciichr'e, jiar la place m(''mr qu'elles (icciqjenl Mir le nu d'un pilaslre. les 
deux ligui'cs (In i^i'oupe d'.\\ila rappi'lleul les ApiMi'es réunis deux à deux 




2(1 



- l.'AiiiKiiiL-iiiUoii. l'oi'l.ill l.-ilcial 
de San Vircnto d'A\il.i. 
iC.ciiiiinrnrcment du xni' sirclc . 



'2(11 IIISTÔIIII-, |»K I.AHT 

coiilic les |ii(''(lruils (lu i^iiiiid |Miil;iil de \ (''/.cliiy. (',('|)cii(l:\iil le lr;i\;iil 
est iiKiins ;'ipre cl plus large ([uc celui des sciilplurcs du fiiuu'ux |i(irclie 
Lourguii^iion. L'Annoncialion du jioiiail laléral de San Vieeiile d'Avila ne 
peut être antérieure à la lin du xii' si(''cle. 

Le portail principal, celui de la façade occidentale, perniel de pr(''ciser 
les rapproclienienls. Il est divisé en deux baies. Les Apôtres rangés à 
droileel à gauche de lenlréc sont sortis de lalelier qui a e\écul(''le groupe 
de l'Aiinoncial ion : deux Ikmuuk^s à longue Iiai'he. assis conlre le Irunieau 
ceniral cl I un des umnlaids du grand porlail. soni pos(''s el drap(''s 
comme la ^ icrge du portail latéral. Les autres, bien que del)out de\anl 
des colonnes, comme les statues des jtortails vieux de Chai'tres ou de 
Bourges, se regardcid l'un laulre: gi'oupés deux à deux, ils l'urnienl, 
comme les apôtres de N'ézelay ou C(unme ceux de Lîamberg, imilés de l'arl 
bourguignon, une c Santa Con\ersazione «. Lt's ai'cliivolles sont uni([ue- 
mcnt ornées de rinceaux, dont quel(|ues-uns détachent sur le fond d'une 
large moulure leurs coquilles de feuillage précieusement ajourées, (le 
décor végétal est fort exactement pareil, comme M. Enlart la remar(pié 
(I. 1, p. ^7(■>) à celui des archivoltes du portail de Sainl-Lazare d'Avallon. 

L'arlisie (pii a scul|)té le grand porlail de l'église d A\ ila esl l'un de 
ceux qui onl décoré le mausob'^e de sainl \ inceid el de ses so'urs, placé 
dans le sancluaire de celle (''glise. Les liguiines (b'iuesurénu'nl allongées 
cpii paraissent dans les scènes du marl\ re, les dais à tourelles qui sur- 
montent les groupes rappellent les délails les plus caraclérisliques des 
scidplures d'ANallon. L'(''glise d'ANila esl, parmi les (''glises romanes, 
celle (jui a conservé, hoi's d(' la Lîoui'gogne, le plus remarquable ensendjle 
de sculpture bourguignonne. 

L'aist 1 p,an(.ais i;t i 'ai;ï local dans i,v scuipti r,!; uomaM': u'b.si'AfiNi:. 
— San ^'icenle d'A^•ila semble donner une léponse à la queslion qui a été 
formulée plus haut et que suggérait l'histoire même des oixlres monas- 
li(pies dans l'I'lspagne du moyeu âge. L'exislence diiu alelier boiirgni- 
gnon dans l'une d(^s i'(''gions les plus farouches de la \ ieille (laslille esl- 
elle due à rirdluence de l'I )rdre de (lluny? 

A\ila ne possédail aucun monastère de cet ordre; de plus, au 
xui' siècle, quand le porlail de San Vicentc a été sculpté, la puissance 
clunisienne était très réduite. Les églises el les villes d'Kspagne qui 
avaieni été les centres de cette puissance' n'ont conservé aucun morceau 
de sculpture dont le carat-lèi'c bourguignon soil nuinil'esle. Si les grands 
bas-reliefs du cloilre de Silos ont (''lé scul[il('s par des moines, ces 
inconnus \enaieul, n(Ui de Bourgogne, mais de ([uebpu' monastère 

\. S:ili;ii;iiii. C-ininii. Ilueiiiis, Sm1;iii]:iiiciuc. Zàinui'a. Fronii^la. liuii^ds, Lcyrc en 
Xav;in'c. 



i(ti;MAii(iN' i:r I)i:vi:i.oi'Im:mi;nt dp: i.a siirLi-'iriU': coiiiinii'; -i^v., 

(I \(|iii(aiiie qiii,coiuinc celui ilc Sainl-Picrrc de Moissac, soniuis à (lluiiy 
liciidanl le xu'' siècle, était un foyer d'art toulousain. 

Les Bourguignons qui ont travaillé à Avila resicnl isolés. Les prc- 
niiers el les plus nombreux des sculpteurs qui ont l'ait coniiailrc à 
l'Espagne l'art français du xiT siècle, étaient des méridionaux, lis n'oni 
pas essaimé, comme les moines, avec une communauté; artisans, ils ont 
suivi l(>s routes des marchands et des pèlerins. Ces hommes, dont les noms 
sont inconnus, comme les noms de leurs compagnons restés en France, 
ont prolongé l'école toulousaine jusqu'à Gompostelle, l'école provençale 
jusqu'à Tarragone. Pour la sculpture romane, il n'y a pas de Pyrénées. 

\'crs la fin du xu'' siècle, des courants d'iniluences ipii descendaient, 
du sud-ouest, de l'ouest et du nord de la Fi'ance, se sont ramifiés jusqu'au 
C(eur de l'Espagne. L'art (pii a\ait cr(''i'' les portails de Saint-Denis et de 
(_;harlres est venu se combiner en Navarre, en Castille, dans les Asturies 
même, avec l'art de l'Aquitaine. La plupart des formes provinciales de la 
sculpture française du xu'' siècle onl i''ti'' connues en Espagne au moins 
par (|uelques détails. Le seul ai'l chrélien et européen qui ait laissé sa 
trace dans les monuments romans d'Espagne, à côté de l'art français du 
.Midi et du Nord, sendde (Mre l'arl lombard, représenté |iar les seul]iteuis 
(lu porche de lii[)oll. Les llalieiis (|ni (Mit franchi les Pyrénées ne se son! 
point avancés, au \if et au xiu' siècle, hors de la Catalogne. 

La prédominance des éléments français dans la sculpture idinanc 
d'Espagne est un l'ail inconteslable. Cepcndanl des ateliers locaux s'(''laieni 
formés au xii' siècle dans la phipari des pr(j\inces. Les uns repi-oduisenl 
des motifs élé'mentaires qui reni<iiilaieul à l'époque wisigotliicpie; d'aiilres 
s'inspirent de l'art musulman. Les portails de Valence et de Lérida, dont 
les tlentelles de marbre ont la finesse des stucs moresques, sont les fan- 
taisies bizarres et légères d'un arlisie chrétien — ]ieut-élre d'un ateliei- 
-- (pii a rivalisé avec les sculpteurs et les ('"liénistes nniili'jdis, sans les 
copier. Hien n'est plus original dans l'art roman tl'Espagnc; rien n'est 
jilus M espagnol ». 

A côté des sculpteurs qui s'essayaient à des variations diiïéreides et 
inégalement brillantes sur des thèmes de l'art musulman, d'autres onl, 
imité l'iconographie et le style de l'art français. Il est diflicile actuelle- 
menl de l'air(>, dans les cloîtres et les portails d'Espagne, la iiart des 
b'rançais voyageurs et celle des b^spagnols (|ui onl tra\ailli'> aM'c ces 
étrangers ou qui sont allés peu! -(Mre chercher des leçons vn France. Des 
œuvres composites comme le portail de Sangilesa })cuventétre attribuées 
avec certitude à quelque atelier local. .Maisjusqu'ici une seule école laisse 
ap[)arailre nettement, malgré les emprunts faits à la France du Midi, sa 
personnalité et son originalité. C'est l'école catalane, dont le représentant 
devant l'Iiisloii-e est AiMiall Calell, le seLd|ileur de Ijai-cebme. 

1. u. — ô't 



266 IllSTOlliE DE LAIiT 



La sculpture monumentale en Galice à la fin du XII' siècle. 

I.i; (.i;ami r(ir;( III-; m: i.v (.\i iii':iiF!AI,I'; dp: (Iompostelliî. — Dans le 
(Icniii'i- (luail (lu \ii' sirclc, un jiorclie rlcvr à rextrcmilé occidcn- 
ialf (If ri'^spaiinc rgala |i()iir lani|il('ur (^Ics proportions et la a;ran<lf'ur 
(le la conci'plion les jiorchcs rran(2ais les plus solennels, en les (^lépas- 
sant pour la l'orec (lraniali(pie, non moins que pour la iierl('- de l'ext''- 
culion. (".(' }»orehe esl celui de la ealli(''dral(^ de (]oni]>oslelle, le Porllro 

llf 1(1 dltl] i(l. 

Il esl élevé, comme une église, sur une er\|)[e. Le porlail de la 
Transliguration, terminé avant 1 1 iO, s'ouvrait en liaul d'une jiente 
abrupte, et au somme! de lune des collines sur lescpielles a été liàlie la 
Rome espagnole. In large escalier devait monter vers les trois haies. 
Pour construire un jiorclie devant l'ancienne façade, il fallut lui pr(''parer 
un soubassement; ce fut la chapelle qui est appelée aujourd'hui sans 
nulh? i-aison la vieille cathédrale (Calcilral vicjd)). La décoration extérieure 
du porche a disparu sous les ornements de la magnifique façade har()(pic. 
Sa décoration intéi'ieure est intacte. Les piliers de ce porche, (pu sou- 
tiennent de hautes voiites d'ogives, oïd pour fiunlalions les pilici-s de la 
chapelle inférieure. Cependant leur so( le ne louche pas le sol. il repose 
sur l'échinc d'animaux énormes, Ix'diers, lions, ours, griffons, qui sem- 
blent seuls soutenir la niasse de la construction. Un houuue est à demi 
couché sous le faisceau de quatre colonnettes qui partage en deux la baie 
i-cnlrale. Ces supports vi\ants sont de granit , connue la cathédrale entière 
et la (diapelle basse. l'restpie toutes les sculptures du porche sont de la 
nnune matic're. Seules qvndtpies colonnelles de marbre blanc, ciseh'i^s par 
le sculpteur comme des ivoires, relèvent de leur Idancheur ilorée le ton 
sévère de l'architecture et des reliefs. 

Une colonnelte de marbre esl a(^lossée au trumeau de la grande 
baie. Son lut, profondément l'efouillc, où les figurines se mêlent aux 
rinceaux, esl un arbre de Jessé; son chapiteau montre une singulière 
image de la Trinité, ('.elle colonne pi'écieuse esi le |)i(''deslal d'une grande 
statue de saint Jacques. L'ap(Mi-e, assis sur iiu tr(iiie drapé, s'appuie 
d'iHie uiaiu sur son bAlon de pèlerin et tient de l'autre la banderole 
où il esl (■■(•rit (pie le Seigneur l'envoya évangéliser les Espagnes {Misit itie 
Ddni'nnix). 

Des stalues d'hommes se dressent dansl'éhrasemenl des Irois portails, 
debout au-dessus des colonnettes de granit j)oli ou île niarlire ouvragé : à 
la droite de saint Jaccfues, des prophètes; à sa gauche, les A|iùlres. En 
face d'eux, des statues moins nombreuses sont adossées aux piliers exté- 



Fdi'.MAiidN i:t I)EVHL<»im'i:mi:nt i»i: la S(:rLi>Ti lu; (.(cniiori: ^i;: 



i'ii?iir.s (lu pinihc. Ce sont qiuilrc })ro|)lièles. une femme couronnée ([ui 
]H'iil (Mic la iiro|iliélesse Judilli, el une l'emme ^oill'■(■ (jni csl la siiiylie 
aniioiieiatiioe du Jugemcnl dernier. Aux quatre angles du porche, quatre 
anges, placés à la retomli(''e îles arcs ogives, sonnent les iiompettes qui 
doivent réveiller les morts. D'autres anges, j)lacés au-dessus des Prophètes 
et des Apôtres et formant deux groupes entre les tympans des trois por- 
tail>. rccuiMllent dans leurs manteaux les âmes des ressuscites. Les allu- 
sions au Jugement se précisent sur l'archivolte du portail de dioile (pii rsl 
couverte de figurines, tandis ([ue celle du portail de gauciie resie unii|ue- 
ment décorée de rinceaux et de 
rosaces. Au sommet de l'archivolte, 
une tète majestueuse qui ressemble 
à celle du Christ apparaît au-des- 
sus d'uiir l(-te d'ange. Des bande- 
roles qui s'écartent à droite et à 
gauche de ces deux léles conlc- 
naicnl les ]iaroles de bénédiction 
<l df malédiction, D'un côté, sur 
i:i coui'lir de l'arcade, les anges d 
les ('lus forment des couples de 
bienheui'eux; de l'autre les damnés 
sont torturés par les diables nus. 

Le Christ juge el roi se dresse 
au milieu ilu tympan du portai! 
central, figure géante, qui mesure 
cinq mèlres de haut. .\ ses côl(''s 
les Evangélisles sont assis, accom- 
pagnés de leurs symboles ailés; 
des anges portent les attributs de 
la Passion. Sur l'immense arcbivol 
calypse. jouent des instruments les plus divers en l'honneur du Roi 
céleste. En face du tympan, sur deux des piliers extérieurs, deux anges 
inclinés vers le Tout-Puissant l'adorent. 

Dans l'Espagne chrétienne aucun monument, avant l'époque des 
grandes cathédrales du xin" siècle, n'est comparal)le au porche de 
Couq)ostelle : aucun n'est comme lui une construction d'architecte, de 
sculpteur el de poète. En France les porches de Chartres exposent une 
iconographie j)lus conqjliquée el plus savante. L'auteur du jiorche de 
Compostelle n'a pas réalisé en [jierre une Somme théologicjue, mais une 
hymne épicpie. 

La nolilesse tics formes, l'inlensili'' (h; l'expression, la pei'fection du 
travail >iiul dignes de la grandeur de la conception. L'c'qiopi'e (pii associe 




jh.le-.iil l'..rli.|iii' il,- kl Gin 
icuvre (le mailre Mathieu (11S3). 
CaUiédrale de Sanlia20 de C"inpostelle. 



('. vingi-qii;ilre rois, ceux de rAp( 



208 II1ST0IRI-: [)!■: t;ap.t 

l'assemblée des Prophèlcs eL des ApùLres aux terreurs du dernier Jour esl 
traversée çà et là par des éclairs de drame. Tandis que les démons gri- 
macent, les anges serrent dans leurs bras les petites âmes nues avec une 
tendresse violente comme une passion. La main du sculpteur esl tantôt 
presque brutale, lorsqu'elle accuse, en marquant les méplats, l'expression 
d'un visage de granit, tantôt délicate et caressante, lorsqu'elle détailb^ 
dans le marbre des colonnettes ou des chapiteaux les frisures dune pal- 
mette en fleurs d'iris ou qu'elle modèle la rondeur d'une figurine nue. 

L'œuvre paraîtra plus étonnante si, tout en la contemplant, on a lu 
sa date. Celle-ci est gravée sous le linteau du portail, à droite et à gauche 
du saint Jacques, dans une inscription où le maître lui-même s'est nommé 
avec orgueil : 

« En l'an de l'Incarnation 1183, de l'ère espagnole l'22)i, le i" avril, 
les linteaux du grand portail de l'église de Saint-Jacques ont été mis en 
place par maître Mathieu, qui avait fait fonction de maître depuis lu 
construction des fondements du porche'. » 

Une donation du roi de Léon Ferdinand II à maître Mathieu est con- 
servée aux archives de la cathédrale de Compostelle. Ce document atteste 
que l'artiste était maître de l'œuvre delà cathédrale au commencement de 
l'année 1IG8. Les travaux entrepris à cette date étaient probablement ceux 
de la chapelle basse qui devait prolonger les fondations de l'église vers le 
couchant et servir de crypte au grand porche. Quant à l'inscription de 
1183, son témoignage est le plus authentique et le plus solennel que 
l'histoire possède au sujet d'une œuvre de sculpture du xif siècle. Le 
porche de Compostelle est une véritable construction, oi^i architecture cl 
sculpture sont inséparables. Quand le linteau dont parle l'inscription a 
été posé, il a eu pour supports le trumeau auquel est adossée la statue de 
sainlJacquesetles montants de granit dans lesquels sont sculptés le Moïse 
et le saint Pierre, surmontés l'un et l'autre d'une statuette d'ange qui fait 
oflice de corbeau sous l'énorme architrave. L'inscription a pu être gravée 
par un artiste impatient de jouir de sa gloire avant l'achèvement total de 
l'ouvrage. La consécration de l'église en Pi M a dû suivre de près l'enlè- 
vement des échafaudages du porche. En tout cas, lorsque le Moïse cl 
le saint Pierre ont été sculptés, c'est-à-dire avant M8.">, toute l'architec- 
ture était conçue et le style de la sculpture était fixé par le maître pour 
tout l'atelier qui devait achever avec lui l'œuvre prodigieuse. 

D'où venait ce maître Mathieu'? Assurément il ne peut passer pour 
un disciple galicien des maîtres toulousains qui avaient travaillé aux por- 
tails du transept de la cathédrale de Compostelle. Pour les sculpteurs de 

I. •• Aniiû ab incariiacioae Domiiii M'C'LXXXIII-, Era l'CC'XXI'/', die Kl. Aprili^ i/iiperli- 
in'niaria prineipalium portalium ecclesie beati Jacabi sunl rnUocala jier inagistriiiii Malheuin, 
</i(i a fundumentis ipsurmn poi-lallam gessil magisterium ■■. 



l'diiMATKix 1,1 iir;\ i;i.<iri'i:Mi:M i»i: i..\ sc.ri.p'iTRi': doTiiiori': iM 

la l'iieihi (le l'Itilcriiis. les ivliofs n'élaienl que niarquelcrie cl placage; 
ceux mêmes qui avaient un sens religieux ne formaient qu'une suite con- 
fuse, où plus d'un détail devenait inintelligible. Pour le maître du porche, 
statues et reliefs sont les matériaux animés d'une architecture organique 
et les strophes d'un poème solennel. 

Hors de la Galice, l'Espagne du Xord possède-t-cllc un monument où 
la décoration sculptée soit aussi intimement unie à la construction? 11 y a 
sans doute des ressemblances dignes de remarque entre Farchitccture du 




II... -im. — .'^.■■|i;irali(in (le-i t'iii;; cl des d;uiiiié!i. D.-lail du pdirhr de 1; 
de CuMi|iiisli'lle ^liM \]i >i('cle|. 



]}orclie (le (lumposIcUc cl celle du vestibule de la ('.(iniin-n Suiiln d'{)\ie(l(i. 
Ici lesarcs-doubleaux delà voûte en berceau, qui retombent sur des piliers 
llanqués de statues d'apôtres, sont ornés de lourdes rosaces, comme les 
arcades et les nervures massives de la voûte qui couvre le porche. La 
sculpture est plus rude à Oviedo et paraît plus archaïque, de même que le 
système de voûtes. Cependant il n'est nullement certain que le vestibule 
de la Camara Sntila ait été construit antérieurement au porche de Com- 
postelle. 11 i>eut être l'œuvre d'un disciple de maître Mathieu, et non d'un 
précurseur. 

D'ailleurs la chapelle aux voûtes obscures n'olTrail poini nu lype de 
construction d'où l'artiste le plus invenlifpùt tirer le dessin d'un Irijile 
jiorlail. Le modèle du porche de Compostellc n'est pas eu Espagne : il ne 
peut rire cherché qu'en l'^rance. Parmi les purlails du xii'' siècle t\iù ont 



•-•■n iiisToir.i': di- i;ai!T 



n''|irl('' les (lisjmsilioiis iiiaiigurri's à Siiiiil-Dcnis el à Cluirlrcs, celui qui 
rrss('iiil)]i- le plus au porclic de ("-oniposlcUc par le slyle sévère el rolmslc 
des staliies viriles, par la rieliesse exulirranle des coluniietLes et des 
chapiteaux qui porLenI (•es statues et jns(pie pai- des détails lids (pic le 
bonnet godroniié d'un prnpliélr. rsl Ir iiorlail nii'Tidionai de la ralii(''(lrali' 
de Bourges. 

Cependant noniltrc de uiolil's el dr di'dails (pii coneoui'enl à la d('co- 
ration sr'ulpl('M' du grand porche de (loniposlelle ne se retrouvent ni à 
liourges, ni dans le noid de la France. Tels sont les monstres couchés 
côte à côte sous les piliers. Ils ont la taille énorme et le corps puissant des 
monstres accroupis entre le soubassement et les pilastres des portails de 
Sainl-Ciilles en ProxiMice. Sainl-( iillcs était une (''laiie signalée à la dévo- 
tion des pèlerins sur la plus IVé(pient(''e des (puitre roules rran(;ais(^s (pii 
rejoignaieid le ciicuiin de Sainl-.lacques. 

Parmi les grandes statues du grand porche de Compostelle, quel- 
ques-unes ci'oisent les jambes dans l'altitude de danse que les sculpteurs 
toulousains du xn' siècle pn'tenl à h'urs gi'andes ligures tl'apùtres. 
L'artiste qui a sc-ulph'' ces statues s'est-il souvenu de deux statues de 
Sainl-ClilIes, qui scMuldenl être l'ouvrage d'un maître toulousain? A-l-il 
vécu à Toulouse? L'hypothèse est iuulile. La caliiédiale de Compostelle 
était aussi ri(die que Saint-Sei'uin en (eu\res de sculpture toulousaine. 
Le rétable même que l'évèquc Diego Gelmirez avait donné vers 1 MO et 
qui était un ouvrage d'or et d'argent, rajipelait par ses reliefs le portail 
de -Moissac : le trôiu^ du Seigneur y était soutenu jiar les (|ualre l'^vangé- 
listes et accompagné des Apôti'es, assis sur deux rangs, et des vingt- 
(puitre Rois de rA|)Ocaly|ise, disposés en cercle [ pcr cii-rnilKin), «comme 
les avait vus saint Jean, l'rère de saint Jacques ». En composant son 
(l'uvie. le maître du porche a pu s'ius[)irer des sculptures qu'il trouvait à 
(^ompostelle : il a répété siu- le lym|)an du grand portail Cjentral, non le 
groupe de la Transfiguration ipii surmontait l'ancien portail occidental, 
mais rassembl(''e glorieuse qui brillait dans l'uv du retable de la cathé- 
drale. 

Ainsi le porche de C()uq)()stelle est l'o'uvre d un maître couqilète- 
menl initié à l'art du nord de la Fi'ance, (jui a sans doute connu Saint- 
Gilles, peut-être Toulouse, et qui a, semble-t-il, emprunté quelques motifs 
et même quelques archa'ismes aux oeuvres de ceux qui avaient travaillé avant 
lui pour l'église de Saint-Jacques. Aucun documentne mentionne la patrie 
de maître Mathieu. Esl-il un Galicien revenu dans son pays natal après 
avoir travaillé en France assez longtemps pour acquérir la connaissance 
la plus complète et la plus intime du nouvel art français? Est-il un Fran- 
çais du Nord venu en Galice, et qui, en traversant le Provence et l'Aqui- 
taine, en séjournant à Compostelle, serait arrivé à modifier son art dans 



i'(ii!.M.\ri(i\ i;r 1)é\i:i.()PPi:.mi:\t m; i.a sci i.i'ii ni: (.oiiihji i; •.'■;i 

(|nrl([iies drlails d'icononraiiliii' on de slylr. loul cnrcslanl fidrlr aux [iriii- 
cipes essenliids (iiii élaienl pour l'art français du Xoid coninic des carac- 
lèros de race? 

Coniposirlle s"(''lail (■lc\(''c dans la seconde nioilii'' du mi' siècle au 
rang d'une capitale de la chrétienti'' latine. La " ville apostoli(pic » 
d'Espagne était alors Lien plus brillante el plus vivante que la ville des 
papes. Elle était, en même temps qu'une ville sainte, la « ville très excel- 
lente et fertile en toutes délices ». Ses trouvères interprétaient des thèmes 
de In |io(''sie française dans le dialecte galieien. \a- ('inniducro (iiillciin i\r 
la |jil)liolliè(pie du N'aliean est contemporain ilu l'orli(pic de la ( doire. Les 
Prophètes qui sont rangés à l'entrée des portails de l'église de Sainl- 
Jacques figuraient dans des représentations de drames liturgicjues. Les 
instruments bizarres dont les Rois de l'Apocalypse jouent, seuls ou deux à 
deux, sont ceux dont jouaient en Galice les noides pour lesfpiels il ('tait de 
luode au xii" siècle d'être musicien. 

Au temps où la Galice a possède'' une lilléi'alure el une musi(|ue. pou- 
vait-elle produire l'artiste (pii a conçu et exccuti'' le porche de la calh('- 
drale? Il (''lait facile aux poètes galiciiMis de connaître les ('q)opées el les 
chansons de langue d'oïl ou de langue doc par les F'rancais (pu \cuaieiil 
en pèlerinage. Pour eonslruire un monument d'architecture et de seid- 
pture françaises aussi st)lide el aussi vixarit que le Porti([ue de la Gloire, 
il fallait, non seulement avoir \u des (■glises de France, mais a\ oir 
travaillé dans un chantier français. 

liien ne peruiel de croire qu'un Espagnol ait été employé au 
xu' su'_'cle à la d<''e(U'atioii d'égliso telles (pie les cathc'drales de (Ihartrcs 
ou de Bourges. Il est certain au contraire que, pendant t(jut le siècle, les 
Français, marchands ou pèlerins, ont afllin'' à Gompostelle. Maître Mathieu 
('■tait sans doute l'un de ces étrangers. ( )u sait (pi'il v('cut à Gompostelle de 
1 KiS à 1 IS.". .M(''uie si l'on suppose ipic pendant ce temps il retourna quel- 
quefois dans sa patrie, pour revenir l)ieid(M à son œuvre, il fut attaelu'' 
assez longtemps aux travaux de Gompostelle pour qu'il soit facile 
d'expliquer la présence des archa'ismes et des <> provincialismcs » par 
les(pi(ds le porche de Gompostelle diffère des pures œuvres françaises. 

Il en diffère encore par des caractères plus profonds. Xi les sculpteurs 
« romans » de Chartres, ni ceux de Bourges n'ont eu la puissance drama- 
tique et le souflle épique du maître qui posa en 1 LS.") les linteaux du grand 
porlail de Gompostelle. Le Portique de la Gloire reste en son temps une 
œ-uvre unique. Son auteur est, parmi les très rares artistes du moyen j^gc 
dont le nom nous est connu, l'un de ceux qui ont les droits les plus incon- 
testables au titre de ci(''aleur et d'homme de g('nie. Par hs combinaisons 
d'arts différents (pi'il a r(''alis(''es. par le sens de la beauté plastifpieet de 
l'expi-es^ion poéli(pie (pi'il a po»t''il('-. |iai- le uiysl(''re uiènie (pu envclop[)e 



'ii-> iiisroii!!': 1)1'; i.Ar.r 

SCS ()i'ii;iiirs, Ir iiinilrc du porclic ilc (l(iin|i(>sl('llc l'ail [leiiscr au sculplcur 
ilalieu ([ui, plus d'un deini-sièclc aprrs lui, siijfncra la cdiairctlu Baplislri'c 
de l'isc. IMatlrc Malliicu csl I(^ Nicola l'isauo d(^ llÙM'opc occidcnlalc. 

L\ sci'Li'irKii EN Galick Ai'iŒS jiMiBE Maiuiku. — Tous les ('Irmeuls 
\ ilaux de l'arl qui devait s'épanouir pendant le xui' siècle siir les l'açades 
des callicdrales de France claient réunis, à la (in du xn'' siècle, dans la 
décoration du ii'rand porche de la calliédrale de Gompostelle. Si celle 
(cu\ re d un arli^le de g(''nie a\ail ('■!('■ une cr(''alion espagnole, elle aui'ail 
pu susciter en Espagne une sculpture monumentale qui se fût dévelop})ée 
])arallèlcnient à la sculplurc française, sans se confondre avec elle. 11 est 
ccriain ([ue uiaîlre Malliieu fil école à ( lompostelle. Ses disciples immé- 
diats onl décore'' la grande salle du })alais arcliiépiscopal qui fut l)àli dans 
les ]u-cnnères années du xni'' siècle à côté de la calliédrale cl au nortl 
du iHiu\eau porche. C'est une salle de festins, préparée pour les récep- 
lidus d'un prélat opulent et magnifique. Les consoles sculptées qui 
j)ortent les larges arceaux des voûtes d'ogives représentent soit des anges 
chanlanis, soit des musiciens semblables aux rois qui forment à l'entrée 
t\c IV'glisc \oisine leur solennel concert, soit des scènes de repas. La 
salle avait elle-m("'me un véritable por(die, donl il reste Irois statues. 

In artiste du même atelier l'ut appelé à Orense. La cathédrale de 
celte ville avait été bàlie sm' un plan prestiuc identique à celui de la 
cathédrale de Gompostelle. Le |iorch(^ qui fut éle\é devant la façade au 
milieu du xiii'' siècle reproduisit l'orl exactement le " Poiliipie de la 
(iloire i>. 1/iconographie des statues cl des bas-relie'fs est la même dans 
les deux monuments. 11 ne manque à Orense que le (Ihrisl colossal : ]r. 
tympan du portail central a été complèlemenl transformé à l'époque de 
la Renaissance. Les proportions de loutes les ligures sont |dus petites 
(pi'à ('ompostelle, les formes plus lourdes et plus étriquées. 

Au temps même où le porche de la cathédrale d'Orensc (''tait eu cou- 
sh-uction. des innuences étrangères (jui restaient inconnues de maiti'e 
.Mathieu pénétrèrent en Galice. La cathédrale de Tuy, petite ville de 
Galice élevée au bord du IMino et toute proche de la frontière du Portugal, 
avait été commencée à la fin du xii'' siècle et consacrée par l'évêquc Esté- 
ban Egea avant Liôo. Son portail remonte au premier quart du xiii' siècle. 
Les statues adossées aux colonnes ne ressemblent que de loin à celles du 
porche de Gompostelle : elles ont des proportions moins vigoureuses et 
plus élancées. Les arclii\oltes couvertes de rinceaux et de rosaces 
rappellent la décoration bourguignonne du ]iortail de San N'icenle 
d'Avila. Les groupes disposés sur le linteau cL le tympan sont séparés 
l)ar des motifs d'architecture à tourelles. Ils représentent l'Adoration des 
Beigers et l'.Kdoralion des ÎMages. Les bas-reliefs du portail de Tuy 



[■■()i!.\[ATi(i.\ i;i- i)i;\ KL()i'i'i:.\ii;.\T di: i.a sc.i i.prrni': coiiiioii-; 'jt:. 

rappt'llenl \r,\v ric()no<ira|)liic dos sornos, cf)miiio pnr hi sillioin llr des 
liLiiirincs. \t^ |)((rl;iil Sninlr-Aniie do Xoire-Dame de Paris d li- porlail 
cciilral (le la cjd li(''di'ali' i\i' Latin. f|ui soal de niriiic cnnsarrt's à la i:I(iii-(' 
de la \icr,<2:c cl i\r l'I-lnranl. 

Les leçons du sciilpiciu' incdiiiiii de Iny el celles d(; iiiailre Malliieu 
ont été combinées par un arlisan loral dans la décoralion du portail d(^ 
l'église de Sanfa Maria, à la ( lorogne Ciiriiùin : au-dcs>us de la scène de 
l'Adoration des ^Nlages sont rangés les rois musiciens, réduits au noinitrc 
de onze. Ces figurines sont d'informes fantoches. Les représenlalions d(" 
l'Adoration des Mages qui ont été répétées au xni" cl au mv' siè(de sur les 
portails de plusieurs églises de Galice ne soni pas nmins grossières. Les 
statues adossées, comme celles qui décorent le porlail de l'église de San- 
tiago à la Corogne, sont, après l'ioO, des exceptions. I,a sculpture gali- 
cienne fait rcidur à la Iradilinn rnnianc. 

Cependanl, lorstpn' les arlistcs incaux rcdc\inri'nl capaldcs d'cnlrc- 
prcndrc une oeuvre imjioi-tantc de scidptui'c monumcnlalc. le poi'ciic élevé 
à la lin du \\\" siècle devant la basiliipie de saint Jacques s'oH'ril à eux 
connue un uu)dèle toujours fécond. 11 lut imité avec ses détails les plus 
caractéristiques — monstres du soubassement, statues debout sur des 
colonnes liasses, rois musiciens rangés sur l'archivolte — par le 
sculplciu' du porlail de San Martin de Noya, qu'une inscripli<ui graM'c 
sur le linteau date de rann(''e 1 iôi. ^Mais le porche que des milliers de 
jièlerins admiraient chacpic année à Composli'Ilc ('■tail rcsli'' in<-onnu de-, 
artistes qui avaient tra\ailli''. depuis le conunencenicnl du xiii' siècle 
en dehors de la Galice. 



La sculpture française en Espagne pendant le XIII siècle. 

Lks GRANDES c V rui:iii', \i,i:s m; ( '. \si k.le Er de Léon. — I^e xni' siècle 
l'ut jiour rEs])agne chrétienne une épotpie do gloire et de prospériti'-. l iic 
dernière invasion umsulmane est arrêtée dans la journ(''e de Las .\a\as de 
'l'olnsa l'_'l'J ; le royaume de Grenade, seul dt'bris i\i' la puissance des 
iididèlcs fi\ b]spagne, est sans cesse mcnaci''. \]n l'J.'ll ruiiitui des di'ux 
royaumes de (laslille cl )\i' Léon est accouqilic jiar le roi i^'crdiiuiiid. I les 
cathédrales plus grand(!s ipu; celle de Gompostellc s'élèvent dans les ca|)i- 
tales de ces deux royaumes, à Bui'goset à Léon. Les souvei-ains président 
;'i leur fondation. 

('.es grandes (■■gliscs sont les Mioiiuiucnts d'un art royal cl <'-piscopar 
• pii ne fui poinl. par sc> |irinci|ics et par ses l'oi-nics. un ail naiional. 
Les arcliilecle> cl les ^culplcurs que |iou\;iicnl l'ouiiiir la ('.a>tilli'. 
L(''on ou les aulrcs i-()\aunics d l'^sjiagne. non! pi-is |iail à la conslruc- 

T. II. — ")5 



'^Ti iiisToiiii'; 1)1-: i;ai!T 

tion cl à la (l(''coralioii des callK'di-alcs de l)iii-g(»s el de L(''()n que comiiie 
des aides ou des nianonivres soumis à des uiaili-es d'uMnre venus de 
l'élranger. 

Les rapporls de la (laslille avec la France ('laienl devenus de \Ai\s en 
plus élroils à la suite dit mariage tie l'inl'anlc Blanche avec le prince qui 
devait elrc le roi Louis N'III el le père de saint Louis. Les entreprises 
artistiques, après les cxjiédilions mililaires, attirèrent un nouvel afflux de 
Français. Il y avait ]iarnii eux, non plus des (•omniunaul(''s de moines, 
comme celles qui avaient passé les Pyrénées un siè(lr aiqiai-avani, mais 
des chevaliers et îles marchands qui s'élablirenl dans les r^/.s////as- et les 
jiohiiicloiii'x, et des artistes voyageurs que les évèques et les rois atta- 
chèrent à Fceuvrc de leurs ealhi'di-ales. 

Celle de Burgos lut commencée eu FilM. L'église, fondée sur le jire- 
mier gradin du rocher fauve et nu qui poi-lail la ciladelle, a les arcs- 
boutants, les pinacles aigus, les toui-s puissantes d'une église de l'Ile-de- 
Francc. Il manque à la ii( hcsse d(> sa façade les sculptures des trois 
portails, dont l'ébrasement esl i-esh' nu. Les deux portails ouverts aux 
extrémités opposées du transepi oui peu soulfeil des restaurations du 
xvi'' siècle. Celui du nddi, appeh'' |inrl;nl du Saniimldl ' ^niiiraiiiciihil ?) 
apparaît en haut d'un escalier majestueux ([ui moule de la ville à la 
calhédrale. 

Les lignes simples de l'arc hiteclure, les masses clairement distri- 
l)uées de la sculpture, hi puissance du lelief, la largeur des draperies, la 
beauté sévère des ty])i's, loul, jusqu'aux feuillages des chapiteau.x, mani- 
fcsle lintervention d'un mailre ^(■nu de I^'rancc, et probablement de Tlle- 
de-b"rance. Le motif central du lynq)an — le Chi'ist gloi'ieux entre les 
cpiaire syndioles des Lvangélisles — avait élé reproduit déjà sur les 
]iorlails des églises romanes d'Esjiagne. Mais sur le portail di^ Burgos les 
Fvangélistes eux-mêmes sont présents à côté des animaux mystérieux. Le 
grou[)e ainsi forme n'a pas trouve place dans la décoration extérieure 
des grandes cathédrales de l'rance. Il était connu cependant des scul- 
pteurs de la région parisienne : on le dislingue sur le portail malheureu- 
sement mutilé de DonniMuaiie-en-Montois (Seine-el-IMarne). 

Par le style des statues' et des figurines, le portail du Sarmcntal est 
l'égal des plus fameux poilails tIe France. L'assembhh' des Apôtres rangés 
aux pieds du Christ a la majesté du groupe des Prophètes assis sur le 
linteau du portail de la ^'ierge, à Notre-Dame de Paris. Le saintJacques 
debout, appuyé des deux mains sui- son haut bâton, enveloppé dans son 
manteau à plis droits, ne lessemhle plus à l'apôtre assis à l'entrée de la 
cathédrale de Compostelle connue le dieu que venaient prier les pèlerins. 

I. (tualre d'onU'c elles oui clé relnitcç au xvr siècle. 



Foii.MA'riox \:t I)i:\ i:i.»)I>I'i:mi;i\t ni-: i..v scni.PTrui-: coiiiinn; ->-,:< 

Prc'L à marcher, il reg-arde au loin, avcr un calme 1i('t()Ï([U(\ la li'rrc (|u'il 
doit conquérir au Chrisl. A cùlé de ces statues monumentales, les ligu- 
riiies du tympan, les statuettes des archivoltes, détaillées par un Iravail 
précieux, oITrcnt le spectacle de la variété la plus vivanle. Les Évangé- 
lisles, assis sur des chaires basses devant leur pupitre de scribe, soni 
coilles (lu chaperon des marchands. (]'oM à jn-ine si quelques-uns des 




rois musiciens de rarchivolie. plus Irapns et plus lourds ((ue leuis \(ii- 
sins, trahissent la collaboration d'un disciple local du maiire Iranrais. 

Le portail qui l'ail pendani à celni-ci sni- la i'a(;ade oppos(''e du IransepI 
s'ouvre beaucoup plus haut. De ci^ i-ù\r, le niurlal('i-ald(! la net s'adossail à 
un premier ressaut du rocher, avani de iiionl rr à l'air libre. Pour alleindre 
le portail nord, de TiuliM-ieur de l'église, il l'aul gravir encore aujourd'hui 
l'escalier à rampes de i'er l'oi-gi'' (|ui est l'une des nier\eilles de la Renais- 
sance espagnole. L'enln'-e es! de idain-pied sni' la l'ue ('•Iroilr qui Inngi' la 



-21 r< iiisruiiii'; ni: i;\I!T 

t'alli(Mlri\lc, cl le recul manque pour aipprécicr l'ellel irenseuilile du ]i(irlail. 
L'arcliilecture, la disposition des slalues cl des i-elicls, le slyle de l'crMui-c 
rappollenl direetenienl le portail du midi. Les dou/.r A|inlres son! dehoul. 
.six par six. enlic les colonnetles qui s'alignenl dipuis la iiaie de leiiliée 
jusqu'aux deux conlrel'orls angulaires du li-ansi;pl. Le un il il' ((iilial est 
lin Jugement dernier. 

Dans le sc'^jour des Bienheureux, nn nmiiir Iruaiil une charte et un 
évèque (déca})ité) s'avancent vers un roi el une leine. (l'est F'erilinand de 
(lastille et Béati'ix de Souahe, i-eprésentés proliahlenient de leur \ivanl, 
el admis d'a\ance parmi les élus pour leur ]ii(''t('' el h'ur génc'-rctsilé. La vie 
contemporaine esl unie par le seulpjrnr à la \ic i-(''leslr. La reine \(Mue 
d'une tunique droite à ceinture flottante porte une coilTure tout espagnole, 
une sorte de tiare flanquée de deux énormes torsades, qui ressemhle élran- 
i;euienl à la |ianire du linsle gréco-ibérique lr()u\(''à I'HcIk''. 

La " poih; liaule 'i tlu transept est menliouni''e sous le nom de l'orte 
<les Apôtres dans luic donation d'Alphonse X, datée de 12'û . La poi'te (pii 
donne accès tlu bras méridional du liansept dans le cloître esl certaine- 
ment postérieure ii cette date. L'archilrelure des niches dont le dais 
lourde abrite les statues esl plus complic[uée et plus chargée de détails. 
Les feuillages des chapiteaux el des archivoltes sont plus menus et plus 
dentelés. Les surfaces cpii resleni nues sui' Ir souliassemenl l'I le linleau 
ont été couvertes d'un damier écaileh- aux arnu's de C.aslille et de Lc'on. 
Les statues ont jieiilu leur rigidité uKinumentale : le roi I)a\id penche le 
col et le front comme la \'iej-gc de l'Annonciation. 

Cependant la porte du cloître esl certainement une onnre du 
xiu' siècle. Le prophète placé à côté de David esl moins frisé que les 
Apôlres de la Sainte-Cluqielle de Paris. Le bas-rclicf du lympan, qui 
représente le Baptême du C.lnisl, oppose des groupes symétriques. Les 
figurines de ce lias-relief, celles des Prophètes et des Hois de Juda assis 
sous les niches de l'archivolte, n'ont encore ni les alliludes conlournées, 
ni les expressions coquettes que jircndronl les slaluetles du xiv'' siècle. 
Les visages sont mâles et tiers, les drajieries simples et droites. Le scul- 
]i|rui-. piubablenirnl \rnii de h'i'aiice. appartient à la génération (pii 
suivit celle de^ premiers sculjileurs de la cath(''drale. Sans doute il 
n'existe en France aucun portail qui puisse passer pour le prototype de 
la petite porte de Bui'gos; mais les mêmes caractères se relrouvcnl dans 
quelques morceaux de sculpture française qui, comme les orfèvreries des 
sanctuaires, étaient destinés à être vus dans la lumière tamisée par les 
vitraux el ne devaient pas être exposés aux inlenqiéries. Tels sont les 
fragments du jubé de (Jiartres. le^ relirl's (|ui d(''C()i'enl la l'acadi; de la 
cathédrale de Reims, sur la paroi (pii regarde la nef, les Apôtres de la 
Sainte-Chapelle de Paris. Comme ces bas-reliefs et ces statues, la petite 



loRMATioN i:t I)i:\ i;i.(>i'1'i:.mi:xt dk la sci i.i'ii lu: (.oiiiioi i-; rr» 

porli' de fîiirgos csl, il;uis l'art religieux du xiii' sirele, un eliel'-dd'uvre de 

la sciiljiliirc il' inirricii r. 

!.!■ rldilii- aii(|ncl crllc |Mirlr doiiiiail arers x'uiiiie avoii' élé ajoulé à 




riMlilicc de la (•alli<''dralr dans Ir drrnirr (|nail du xiii sirele. ('.'est une 
<_'()nstruetion à deux i-lagi^s. l/élagc iidV'iicui- dr- |inili(|urs Inrun' un \rn- 
lahle soulnisseaiiMil . (|ui a la uième haulrur (pu' j'escalirr de la |MU'le 
<lu Siiniiciiliil <■{ ({in (■•li'Ne le |ia\iauenl de l'élage supiM-ieur au niveau du 



L'7s iiisToiiii-: nr: i. aut 

iiiMdin (le roclier qui porLc réi^lise. Le cloîli'c liuul a élé seul décoré. Pcn- 
(liiiil le cours du xiv' siècle, des chapelles ont été ajoutées et des portails 
nouveaux sculptés sur la l'ace orienialc ; au \\' sièele, les tombeaux se sont 
niuUipliés le long des |)arois; mais une s(''iie de slaiues, les unes adossées 
aux gros piliers qui marquent les angles intérieurs des portiques voûtés, 
les autres debout contre les parois et montées sur des consoles ornées de 
l'euillages, apparticnnenl au xiii' siècle. La plupart |>()rlenl la couronne 
royale. Les trois Mages sont rangés en pr(''sence de la V'icrge et de 
l'Enfant Jésus devant l'un des piliei's d'angle. Ouaire princes représentés 
comme de tout jeunes gens, à l'extrémité opposée de la même colonnade, 
ne sont point des personnages de l'histoire biblique ou évangéliquc : ils 
semblent former un groupe a\ec un l'oi et une reine placés sur des con- 
soles, en face d'eux. 

Les historiens espagnols de la calhédrale de Burgos s'accorderd à 
reconnaître dans le l'oi el la reine du cloître les fondateurs de l'église, 
Ferdinand et Bcalrix, (h'jà repn''senl('s sui- le linteau du poi'lail septen- 
trional du transept. Mais si les visages faiblement caractérisés peuvent 
donner l'illusion d'une ressemblance entre les figurines du portail et les 
statues du cloître, les détails du costume et le style des draperies sont 
difl'érents. Les deux statues royales ont été, comme celles des princes 
qui leur font face, exécutées pour le cloître, et la construction de ce 
cloître, à en juger par tous les détails d'architecture, ne fut commencée 
qu'après la mort du saint roi ('l'252). Le roi de Castille représenté dans le 
cloître est, selon toute vraisemldance, le fils de Ferdinand, Alphonse le 
Savant. Il porte sous un manteau à la française, pareil i") ceux des rois de 
Saint-Denis, une tunique à manches ('■ti'oites et un surcol sans manches, 
collant au torse, dont la coupe était inconnue en France. La reine à 
laquelle le roi do (lastille présente l'anneau, symljoh^ de leur union, porte 
un manteau de même forme et un surcot plus échancré. Elle est coiffée 
d'une sorte de tiare en toile plissée très fin et retenue par une menton- 
nière de même étoffe qui forme guimpe autour du visage souriant. Cette 
coiffure tout espagnole, qui fait penser, elle aussi, aux tiares des sta- 
tiii'ttes ibériques, est celle qu.i se trouve le plus fr(''queniment représcnt('e 
dans les miniatures d'un uianuscril compose'' par le roi Alptionseet enlu- 
miné pour lui à S(''\ ille entre L275 et ['■IHi, le fammix exemplaire des Ccin- 
lifjas (Ici reii sahio qui se trouve à la bibliothèque de l'Escurial. La reine 
de Burgos doit être la feuime tlu roi savant, \'iolante d'Aragon. Alphonse 
l'épousa en 12i!) ; il en rut cin(| lils. L'aîné île ceux-ci, don Ferdinand, est 
très probablement le prince représenté dans le cloître de Burgos par une 
statue isolée, comme l'héritier de la couronne. Les quatre princes réunis 
en groupe seraient les autres inl'anls. Don Fei'dinand mourut en 127ù. 
On sait comment ses tils, les '■ infants de la (lei'da ", furent d(''possédés 



FORMATKiX ET DHVI'l.OPl'K.MKNT DK LA SCULPTIRE (iOTHIOl E 'J7 



(le leurs droils éxcnlueis à la eoiiruime de Caslille par leur (uiele, l'inrauL 
don Snnclio. Si les statues royales du chuTre de Burgos représenlenl 
Alphonse de Caslille, MolanLe d'Aragon e| leurs cinq fils, ces statues ne 
peuvent être poslérieuscs à 127o. Les infants étaient alors des jeunes 
gens de quinze à vingt-cinq ans, tels que le sculpteur les l'eprésenle. La 
date approximative de l'JTo concorderait avec le slyle tli's statues. Les 
infants du cloître ressend)lenl de ti'ès près aux statues de rois qui sont 
rangées sur la façade principale de la cathédrale de Burgos et sur celles 
des lranse])ls, enlr(^ les cohinni'Ucs tles galeries hautes ([ui ont été ajou- 
tées dans la seconde moitié du xiii' siè- 
cle. L'allure élégante de ces princes et 
de ces rois, leur long col, leur épaisse 
chevelure, les gestes nonchalants de la 
main qui joue avec la lanière destinée à 
retenir, en passant sur la poitrine, le 
manteau ii'l('' sur les (''paules, sont au- 
tant de caractères et de détails qui font 
penser aux statues de rois alignées sur 
la façade de la cathédrale de Beims. Il 
semble que peu d'années après la mort 
de saint Louis, l'atelier formé autour de 
la cathédrale i-oyale ait envoyé d un 
côté, à Bamberg, l'artiste ([ui a scul- 
pte la statue éipiestre de rem]iereur- 
che\alier. de laulre, à lîuryds, celui (pu 
à scul|)lé les statues des souverains et des 
infants de Caslille. 

L'cnsenihie de sculpture monumen- 
tale, dont plusieurs artistes d'origine 
française ont décoi'é pendant le xui" siècle 

la cathédrale de lîurgos. est conqilété par une œuvre très remarquable 
de sculpture funéraire. C'est la statue gisante du fondateur de l'édifice, 
l'cvèque Mauricio, mort en 1240. Elle est en cuivre repoussé; les orfrois 
des vêlements pontificaux (Haient autrefois garnis d'émaux champlevés, 
diiid (|nehpu_^s fragments sont xisibles. Ces émaux soid de fabrication 
limousine; il est très [iroliable (pie la statue de uiétal a ('lé ell('-m("'me 
commandée à Limoges, ("I non e\(''cul(''e sur place. 

La cathédrale de Bui-gosne reufeinie, en dehors de la statue tombale 
de son fondateur, aucun monument rnu(''iaire du xiii' siècle, l'allé n'a |)as 
reçu les dépouilles mortelles des rois de Castille. C'est dans la calhédi-ale 
de Séville, au coMir de l'Andalousie reconquise, ipu' \-oulul reposer saint 
Ferdinand. Mais une (''ii-lise \oisine de Buryos el !)rdie a\ant la cal h('di-ale 




lu loi et une reine de Caslille. 
ili; la cathi'ilrale de Burgos 
iilc moitié du .\iii* siocle). 



280 



IIISTOIRK DK I/AFiT 



de la \ illc, r(''i;lisc roy;il(" dfs ci^lcicicnno de l,;is I lurliias, rcsia la iirci'o- 
polc de la maison de ( '.astdlc srlon la\<d(inl('' cxpriiiK'-c en II'.I!» par son 
fondateur, Alphonse N'ill. l.es iondieaux anciens qui existent encore dans 
la nef, séparée du transept par la clôture du monastère, sont couverts de 
grands poêles de velours armorié ; aucun laïc n(^ pnil enlicr dans ce sanc- 
tuaire et soulever ces voiles, à Texcepiion des i-ois el des infanis 
d'Espagne. CependanI (pi('i(pu's-uns des londnaux de l.as llurlgas soid 
connus par des dessins ou des photographies. Le plus important csl celui 
de la reine Doua Berenguela, qui fut, comme sa so'ur P)Ianclie de (las- 




Fio. iiiri. — Tomlirau de l;i rfiiio llmiii lioreiii;iicla (f 124i). 
r.liiE'ur ilos iolii;ieiises du ukiii.'i^Ii'to do I.a^ Ilurdy.i'i. |iri'S BurErns. 



tille, la lutl'ice diin prince deslin('' à (le\cnir un saiid roi. C'esl elle qiu 
conserva la coiu-onne de (laslille à sou lils h'ei'diiiaiid el lui m(''nagea la 
possession du royaume de Léon. lieriMiguela mourui en l'iii. Son iom- 
Iteau de Las liuelgasfut comuuiiiih' par son lils. le roi Ferdinand, ou par 
son petit-fils, Alphonse X. ('/est un sarcophage })esanl , soutenu pai' deux 
lions, et dont le couvercle, au lieu de supporte]- une statue gisante, a la 
forme d'un toit à douhle l'ampant. ( '.e lomheau, de l'orme toute romane, est 
couvert de bas-reliefs exécul(''s dans le style français du nulieudu xui' siècle : 
sur le couvercle, des scènes de l'Lx angile de l'Iud'auce. depnis l'Annon- 
ciation jusqu'à la Fuite en Fgypte ; sur la face ant(''i-ieiire de la cuve, 
l'Adoration des Mages et le Massacre des Innocents ; sur l'une des faces 
latérales, le Couronnement de la Vierge. Les personnages sont trapus, les 



l'oHMATinx i;i- i)K\ i;i.()i'i'i;.\ii;\i' DK i.A SCI i.i'Ti 11I-; (ioniioi I-; 'isi 



Irait.s de la Vicrgo (liirciiirnl acfenlu(''s. !.<' sciil|il<'ui- iicsl pas l'un des 
maîtres français occu|>(''s aux lra\au\ ilc la callKMlralc dr liursi'ds, mais 
([ui'lque disciple ("s[)ait'iu)l de t'es maîlres. 

Les artistes locaux qui s'étaient assimilé les leçons des sculpteurs 
étrangers firent connaître le style nouveau en dehors de Burgos. Le j)or- 
tail de Téglise de SasauKui, bourgade perdue à vingl milles de l')urgos 
MM's l'ouesl. et (pii avail rang (rév('ché 
au xiu' siècle, est une copie alourdie 
du portail du Sariiicnhil. ^'ers 1245, le 
chancelier de Ferdinand, don Juan, 
archevêque de Burgos, lit reconstruire 
la cathédrale de Burgo de Osma. doul 
il avait été évéque. Le portail piiuci- 
pal de cette é;^lise a C()iiserv(''. maigri' 
les resiauralions du x\ i' siècle el les 
mutilations du xix' , plusieurs statues 
et bas-reliet's du xiii'' (Moïse avec le 
serpent d'airain, l'Annonciation, la 
MorI (Ir la \"i('rge\ \(''ritables traduc- 
tions de l'art IVaiiçais dans un dialecte 
casiillan duiit la rudesse ne man(|ur 
pas de lirrir-. 

La (';dlii''di'ali' de Léon avait él('' 
l'ondée quelques années avant celle de 
Burgos; mais les travaux a\ancèreiil 
lentement. Lorsque (pie le lox aume de 
Léon fut réuni à la (laslille, en l'27)i), 
sa capitale perdit le rang de résidence 
royale. Elh^ ne retrouva une ]irosp(''ril('' 
passagère que >nus le> l'ègnes d'Al- 
jdionse X el de Sancho IV, dans le 
dernier (piarl du xiii'' siècle. C'est 
alol's (pie |iai';iil a\(iir (''!('■ e\(''eill(''e, en 
l'espace (le (piehpies aiiiK'es. la (h'Cdi'al ioli sculph''!' de la ('alli(''(lra]e. 

Le Iransejil ni(''ridi()iial de la cal liédrale de Léon a trois portails, 
r.eliii du milieu est une c()pi(^' de la }iorle du Sdniicuhtl, (pii occupai! la 
iiK'iiie place dans la calh(''drale de Burgos; dans le d('lail. ioul esl plus 
nieiiii. plus gi(''le. plus décou})é. Les porles latérales qui llampienl ce 
porlail son! niulih-es et insignifiantes. Ouant aux portails du Iraiisepl nord, 
celui (In milieu >'esl seul coiir^erNé iiilacl cl resie à peine visihle dans 
l'omlire dune cll.ipelle (■•|e\('e ,'IU Xl\* si(''e|e eiilre la calliédrale et le iiou- 

\eau (■i(jilr(' : il esl pres(pi(' i(l('iili(|iie an p(nlail d idi. 

T. M. — 50 




rliol. lie n. J. Olalrai I 

Fk;. -Jll. — l'di-l.iil (le la (^allx-dcalc 

(le lliir-o ,1<^ O-iii.i xrir ^\(-r\('^. 



^S2 



HISTOIRE DE L'ART 



Le porche élevé devaiil la Ibcnde juinciiialc de la calhédiaie est 
directement imité (rune église de France, la cathédrale de Chartres. Le 
rapprochement a été fait ponr la première lois par M. Enlart : il est frap- 
pant. Les tympans des portails qui donnent accès dans les nefs latérales 
sont consacrés à la gloire de la Vierge Marie, patronne de la cathédrale. 
A gauche, Marie est étendue sur le lit de la Nativité. Une série de 
groupes, la Visitation, l'Annonciation aux bergers, l'Adoration des 
Mages, la Fuite en Egypte, le Massacre des hinocents, rem]ilissent le 




— La Miirl cl le- CoiiidiiiLcmeiil ilc la N ieriic. Tyiiipaii il'iin porlail 
latéial du poi-clie de In calliéilrale de Léon (lin du xiir siècle). 



tympan. Adroite, la Mère de Dieu esl couchée sur son lit de mort, au 
milieu des Apôtres; le groupe supérieur est le Couronnement de la 
Vierge. Le porlail central glorilie le Christ dans la vision du Jugement 
dernier. 

Les ligurines de ces tympans et celles des archivoltes n'ont plus la 
simplicité solennelle des sculjitures des porches de Chartres. Les têtes 
petites, les corps élégants et minces, les costumes à la dernière mode 
ra|ipellent les acteurs insouciants et enfantins du .lugemenl dernier de 
r>ourges. Le moyen âge n'a pas laiss('- d'oMnre ]ilus souriante et ])lus 
ex((uise (pie le groupe des ('lus sur \f porlail ccnlral de la (•alh(''drale de 
Léon. Un ange accueille un jeune homme nu, qui vient de ressusciter, et 
l'enveloppe d'un geste amical dans le pan de sa chape. Les élus qui ont 



l'oiiMATio.N i:t Développement de la scrLPnp.E (.ornini i-: -js.' 

repris les vèlcniriils (lu'ils portaient de leur vivant ne sont i)oint pressés 
d'entrer au Paradis : ils conversent familièrement, le roi avec les hour- 
geois coiffés de leur capuchon, tandis que des antjes entants jouent en 
leur honneur d'un orgue portatif et qu'un autre ange bat la mesure. Ces 
mêmes petits musiciens, accompagnés de chanteurs et de thuriféraires, 
reprennent au-dessous de la Nativité, sur le portail voisin, leur concert 
d'enfants de chœur. 

L'auteur de ces délicieux lias-rdicfs était sans donlr un Finançais. 11 




• rmii»«iitMBtBE>a^feaB85as&aesi??a^^^(^ 



Fir,. ■210. — Les élus du ,lut,'<Mi]rnl ilcrnirr ;i l'oiiti'éc du P.ii'jnlis. 
Fragment du portail central de la cathédrale de Léon ifin du xwr siècle 



a vélu d'ailleurs ses élus, particulièrement le roi, d'un costume à l'espa- 
gnole. Il a su également prêter à une figure de femme un charme qui 
n'était point d'une Française, lorsqu'il a sculpté pour le trumeau 'du 
portail central une statue de Vierge. Celte statue est encore à sa place, 
sous un linteau couvert de feuillage touffu, ù l'abri d'un dais qui repro- 
duit en miniature l'abside de la cathédrale, avec ses arcs-boutants. Toute 
peinte en blanc, l'œil noir, les sourcils soulignés au pinceau, les lèvres 
avivées de rouge, Nneslra Senora In Blaiica, moins coquette et moins 
maniérée que la ^'ierge doré(; d'Amiens, a, sous son fard, le charme jeune 
et frais d'une jolie iikiJu. 

Les autres slalues des pnrlails el celles (pii sont adossées aux piliers 
extérieurs du porche sont pour la plupart raidesel giinuiçantes ; plusieurs 



liSi 



HISTOIRE DE L'ART 



d enli'c L'ile.s ii «tiil rir mises en [ilace (|ir;ni \iv' sircir : d'aulrcs oui (Hé 
refaites au xv' el ;iu .wi. (iellcs (|iii remoiileiil au .xni' soûl probablement 
l'œuvre d'un atelier loeal. Ot nlelier a iravaillé dans la catbédrale même 
à des tombeaux, nolammeui à celui de l'évèque Martin, qui mourut en 
i'ISi. Les Espagnols qui faisaieni partie de l'atelier de Léon n'ont pas 
exercé leur talent dans d'autres \ illes du loyaume, eouime ceux de 

Rurtios. (]e|ieiidanl, c'est j)rol>abieiueid de 
Léon qu'est venu le sculpteur qui, \ers la 
lin du xiii' siècle, a été appelé successive- 
iiieid à Toi'o et à Ciudad-Rodrigo el a 
exécute'' jiour les cathédrales de ces deux 
^illes deux porlails presque identiques. Le 
linlcau et li' tympan sont occupés par les 
scènes de la ^lort el du Conronneuient de 
la \ ierge. Au-dessus des six ai'cljivoltes 
dont les dais abritent (_les ligurines, une 
arcliixolle beaucoup plus large est cou\ crie 
di' reliefs dont la confusion bizarre laisse 
dislini^ner les uiolifs essentiels dnn Juge- 
nu'id diMiiier. I)ans la diMnialiini de ces 
porlails, le style IVançais du xui' siècle 
s'est alourdi el raidi : il en vient à rappe- 
ler le ]iorclie de ( lomposlelle. 

Lies \ii;iiGi:s 1 1; ancaises i;n I'Isi'agm;. 
— Nombre d'(''giises d'I^lspagne où les scul- 
plenrs des calli(''drales n'oul pas lra\aillé 
posNedciil quelque slaluelle ou si a lue de Irn- 
\ail ou di.' slyle lV;uu;ais : le jibis souxeiil 
une image de \ iergi.', aujourd'liui pi-es(pii.' 
invisible sous les ^•ctements de lirm arl. les 
bij(jux et les ex-v'oto. Huelques-unes de ces \ ierges ont élé dii'i'cleuienl 
envoyées d'une ville frani^aise (pu faisait commerce d'objets de sainteté. 
La Vinjcn de Iliinillot:, à la cathédrale de Palencia, la Mi-tjcu de lu Vn/a, à 
San Esteban de Salamanepie, soni des ouvrages en cuiv re ('•luailli'' de pro- 
venance limousine. Les statuettes d'ivoire venaient probablement de Paris. 
Celle qui est vénérée dans la catbédrale de Séville sous le nom de la Vii-f/cii 
(le las Balallas jiasse pour nu pr(''seid de sain! Louis à saiul l'"ei-(liiiand. Le 
ces Vierges d'ivoire, la plus charmaule esl la slatuelte ciuiservée dans le 
trésor de la calh(''drale de Tob'^de ; la })lus cui'icuse est une \ierge ouvrante 
que possèdent les Clarisses d'Allari/.. en Galice : elle fui donnée à leur mo- 
nastère par la reine Dona Violaule (pu y prit le voile el y mourut en l^D'i. 




Fit:. 217. — Nuestra Seùora la Blanco 
Ciilliùdr-ale de LiV>n (lin du .viir si.-clf 



FORMATION ET DENTXdl'l'KMEXT DE I.A SCEEPTIRI': (lOTIlIOlE '28:) 

I.a srrie la plus iiiiporlanle esl coinptisrcilc iii-aiulcs slalucscn pierre, 
en uiarlire ou en bois, dont plusieurs (uil ilù «'Ire seulplées sur |iiaee pai' 
lies artistes voyageurs. Les })lus aneiennes suul assises. La \'ieri;e ili,' 
Solsona (Catalogne) est une œuvre 1res rcuiarquable. qui rappelle à la 
Ibis, jiar le type, le costume et la coifTure, les slalues royales de Cor])eil ; 
par la richesse des orfrois et des cabochons en reliel", les sculptures de 
lécole toulousaine. Cette statue doit remonter à la Un du xu" siècle. Le 
style sévère et monumental de la première moitié du xm' siècle esl 



:f-/rfr. 







I hi -JlN.— l'orlail ilo la catlic.lialc ,1c 1,.,,, imh -i. 



représenté par des statues de pierre d'une exécution énergique et précise, 
comme la Merge de Santo Domingo de Silos, ou d'un travail grossier, 
comme celle de N;ijera. el par des statues de bois grossièrement enlumi- 
nées, connue celles du cloître de Tarragone, ou noircies par le temps, 
comme la Moiviiiltt de l'église de l'Encarnacion, à \'alence. Enlin quel([ues 
statues de marbre sont des types accomplis de la N'ierge, telle cpie la 
représentèrent les sculpteurs français, vers la lin du xui'' siècle, dans joui 
sa grâce de jeune mère, dont la coquetterie se dépense en aiiiiude 
penchées et en sourires miguards. Les ])lus aimables de c(>s \ ierge 
sont, en Espagne, celle de San .loan de le> Abadesses, |u-ès de 
Pyrénées, celle du clio'ur de la (•ilhédrale de Tulèdi'. celle d'illescas 
Plusieurs des \'ierges \(''nérées à Madrid, entre autres la l'auieuse \ ierge 



HISTOIRE DK I.ART 



d'Atocha, sont di'S slalues du plus pur slylc IVnnrais tlu xin' sircle. 
Au temps où des églises de Catalogne, des deux tlaslillcs et même 
du royaume de Valence recevaient des souverains ou des fidèles ces 
statues dignes d "être citées à côté des Vierges de Reims et d'Amiens, 
des artisans locaux continuaient de tailler en bois des images saintes 
qui conservaient la rigidité du xn'' siècle. On en peut voir toute une série 
dans les musées épiscojiaux de \ icli et de Lérida. Ouelques Vierges en 

Itois, revêtues d'une chape d'argent, sont 
conservées dans des églises de Navarre 
(Roncevaux, cathédrale de Panipelune, 
Dicastillo, — provenant d'Hirache, — 
l jué, Sangiiesa) ; une autre, toute sem- 
blable et qui peut être de provenance 
navarraise, fait partie du trésor de Tolède. 
Toutes ces Vierges vêtues d'argent sont 
d'un style fort archaïque. Il arriva aux 
imagiers espagnols, tout en se souvenant 
des œuvres françaises, de prendre leurs 
modèles autour d'eux et jusque dans les 
l'aces vaincues. Le saint Jean-Baptiste 
en bois peint conservé dans l'église 
d'Albocacer (province de Valence) est 
le portrait d'un de ces Mores qui ont 
mêlé leur sang à celui des conquérants el 
des colons chrétiens, et dont les descen- 
dants jieuplent encore la llucrUi de Va- 
lence et la palmoi'aie d'Elché. 

Les .\nt;iiAïsMES dans la décoration 

DES P0RTAU.S ESPAGNOLS DU XIIl" SmCLE. 

— La sculjiture française du xiii'' siècle resta complètement inconnue 
dans une grande partie de l'Espagne chrétienne. La région de Ségo- 
vie, en particulier, conserva toutes ses traditions romanes longtemps 
après l'achèvement des portails de la cathédrale de Burgos. Les 
artistes étrangers qui furent attirés dans les capitales du royaume de 
Castille et de Léon ne firent école que dans la ville qui était le but 
de leur voyage. Ils ne répandirent pas sur leur chemin la connais- 
sance de l'art nouveau. L'influence de l'art français du nord resta, au 
xnf siècle, toute sporadique. Si une influence française continuait à 
pénétrer en Espagne par les défilés des Pyrénées, c'était toujours celle 
de l'art du midi, dans lequel se perpétuaient les traditions glorieuses du 
xn'' siècle. 




i-di'.MAi M)\ i:r iiÉ\ ei.()P1'i;mi;n r de la scri.i'i l di; (.oiiiiori: -isT 



La Navarre ne possède aucun poilail <jui ressemlilc à ceux de Burgos 
et de L(''on, on mtMne à ceux de Tuy et de Ciudad-Rodrigo. La façade de 
la cathédrale de Tndela, qui fut acIn'xiM' (hut< la pi'i'inii'i-e inoilic'- du 
xni' siècle, conserve les l'omies 
archaïques et trapues du chœur 
et de la nef de l'église. Le grand 
portail reproduit la disposition 
des portails latéraux, contem- 
porains du cloître. Ses colon- 
nettes hasses portent huit archi- 
voltes en plein cintre. Point de 
statues adossées; en revanche, 
les chapiteaux des colonnettes 
sont couverts de figurines (pii 
représentent les scènes de la 
Genèse, depuis la Création des 
anges jusqu'au Sacriiice d'AJira- 
ham. 

Chacun des claveaux des 
archivoltes est un petit groupi' 
en bas-relief : d'un ciMé. les élus 
dans le Paradis et les anges 
tenant des couronnes; de l'autre, 
les morts qui sortent des sépul- 
cres, et les damnés a^.l milieu des 
diables. Dans ces groupes l'ar- 
tiste a prodigué sa force tragique 
et sa verve satirique. Au milieu 
des damnés figurent des voleurs 
de toute condition : l'homme 
d'armes qui revient de quelque 
alr/ordilc en pays chrétien avec 
un ti-(inpcaii dr uiduloiis; les 
mai-rliands qui \endenl à faux 
poids : les drapiers devant leur 
coffre, le boucher (lr\:nil son 
étal sous lequel fsl cuiirhé un 

chien. Les apparitions terribles des ressuscites enveloppés dans leur 
suaire comme des fantômes contrastent avec la sérénité des élus, (|ui. 
réunis p.ir couples, senibleid cmivcrsrr drs ciioses de Dieu. Les femmes 
portent le chaperon empesé à hi ni(i(h' rr;ui(;aise. el non les coilTes ou les 
tiares à l'espagnole. Il sendilc (piHii ;,rlislc parisim. un srulpieur de 




l'hiil .1.- la soi-i,-t.- clii llfil-l'i-i 

FiG. 'i'JO. — S;iint Jc;m-Baptisle, 

slaUie en bois peinl dans lésilise d'.Mhocacer 

(|irov. (le \'alcnfel. xni" sioclo. 



2SS 



IlISTOlIiE DE i.Airr 



Xolre-Dainr, nil juissr par rii(l('la. Mais son inniience iia rlv ni profonde, 
ni durable. Larcliileclure du grand portail de la calliédrale est restée 
toute romane ; la plupart des figurines ont conservé des proportions 
massives et lourdes; enfin le tympan est resté nu. Sous les andiivoltes 
où élus et damnés sont suspendus par grappes, le Juge suprême n'était 
représenté dans sa gloire que par un(> ))rinlure dont toute trace a aujour- 
d'hui disparu. 

R ^''J à M '"'' l'f"''''il de San 
Bartoloini'' de Logrono, 
décoré à la lin du xm'' 
siècle, est une sorte de 
compromis entre ,les por- 
tails du nord de la France 
et le portail navarrais de 
San ;\Iiguel d'Estella. 
Les statues rangées en- 
tre les colonnettes sont 
élevées à la hauteur du 
tympan. La scM'ie de ces 
^ _ ^ ^ . ., ™ „, stalues est interrominie 

httl^ • V-nÏ" «M liK^^lH '*!' '*' manière la plus 

bizarre par un grand has- 
lelief d'exécution lirutalc 
qui représente le martyre 
(\c saint lîarthélemy. 

Kn Catalogne, les 
scul})teurs de portails 
fe/*^ ^' . *■ ^m^ '\^*^ I i'doptent au xm' siècle, 

\li^i-f^' '' ^m^ 'Êk.^-"^ ^^Wk m P"i" u"e rencontre for- 

tuite et singulière , le 
motif de l'Adoration des 
Mages, qui devenait com- 
mun vers le même temps à l'extrémité opposée de l'Espagne, en Galice. 
Ce groupe est le plus souvent acconq)agné du groupe de l'Annonciation, 
parfois de la Fuite en Egypte. 

A Tarragone, sur un petit portail de la façade de la cathédrale, les 
figurines du tympan , réduites à des proportions minuscules, gardent l'allure 
et la draperie des statuettes françaises; mais ce tympan l'ail parlie d'un 
portail dont l'architecture trapue est toute romane. Sur deux portails 
catalans, celui d'une église de Santa Coloma de Ouerall <■! celui de 
l'église cistercienne de Vallbona de las Monjas, les mêmes motifs sont 
représentés par des figurines bien plus gauches et d'un plus faible relief. 




FiG. 1i\. — Di-tails du ^rand poiiail ilc lo cathédrale 
de Tudela (Xavano). Commencement du xrii'' siècle. 



FOR.MATION ET DÉNI- Loi'PE.MENl DK LA SCI I.PTURE (jô'lHIOll-; 'JS9 

Un sculpteur de Lérida, peul-èlre celui qui a sculpté la l'iiciia ilcis 
Fillols, a réalisé la gageure d"encastrer les deux groupes de l'Adoratiou 
des Mages et de rAniionci;dion au milieu du portail de l'église d'Agra- 
niunt, un portail sans tympan, couver! de deulidures et de ciselures 
dans le goût romano-moresque. Les figurines en haut relief se trouvent 
suspendues à l'archivoUe couverte de rinceaux refouillés comme dans 
rivoire. 

Le portail d'Agrannuii est dnti'' par une inscription de l'anné'e 1-2,S.". 




Il est curieux de retrouver l'iVdoration des Mages logée à la même place 
sur un portail du midi de la France, à Mimizan, dans les Landes. Le 
sculpteur du portail de \'ilIaviciosa, dans les Asturies, a accroche plus 
audacicusement encore une statuette de la Vierge au sommet de rai'chi- 
volte en tiers-point, comme une clef pendante. 

(Test en Navarre, à proximité du royaume de France, que l'archaïsme 
de la sculpture espagnole a prudiiil Acrs la lin duxiu' siècle ou au commen- 
cement du siècle suivant les roiuhinaisons les plus singulières. Les deux 
portails de San Pedro la Ruad'Fstella et de San Roman deCirauqui ont des 
colonneltcs minces et des ai'chivoltes lancéolées fpii suffisent à indiquer 
h'ui' date approximali\e. Mais l'arcade cpii sui-moiilc I'imiI i-(m' esl loliée à 
la nuuiière moresque. Le cercle (pii marcpic le sonuuet de cette aicjule 
est un chrisme wisigothique, et cluicune des dents est couvei-le d'entrelacs 

T. u. — 57 



2110 



lllSTOllili HE L'ART 



en cclievcaiix aussi Idonillés que ceux qui déconiienl, à l'époque niéri)\iii- 
gienne, les liijoux des peuples |]Mi-I)ai-(\s. 



Les tomreaux espagnols du xui' siècle. — Le luxe des lonibeaux lui 
aussi grand, pendant le xui" siècle, en Espagne cju'en France. Alphonse X 
se souvenait sans doute du tombeau de saint Louis « dont l'enlaillure 
élait d'or el d'ai'genl », lorsipi'il lil ex(''culei- pour la calJK'Mlrale de Séville 

les iuausi)l(''i_'s de son père 



Ferdinand el de sa mère Béa- 
Irix. Ce furent des œuvres 
d'orfèvre, toutes revêtues de 
métaux précieux, toutes cou- 
vertes de joyaux. Devanl la 
slalui' de la IV/v/c// <lr lus 
llrijcs (la \'ierge des lioisj, 
donnée par saint Ferdinand 
à la cathédrale établie dans 
l;i mosquée, le roi et la reine 
(■'talent représentés assis sous 
des tabernacles d'argent doré. 
Après la mort d'Alphonse X, 
sa statue fut ajoutée aux 
deux statues royales. Les 
sarcophages, plaqués d'ar- 
gent, étaient armoriés comme 
un drap d'honneur. Ces mau- 
solées d'orfèvrerie, que Pierre 
le Cruel avait déjà déjiouillés 
de h'urs ])lus précieux orne- 
ments ;ui milieu duxiv'' siècle, 
furent transjiorlés, à la lin du 
xvi' siècle, dans la nouvelle cath(''drale de Séville; ils disparurent après 
la canonisation oflicielle de saint Ferdinand, en KiTl, [kjiu- l'aire ])lace 
à des tombeaux de marine. Leur disposition exacte reste inconnue, 
comme le nom de leur auteur. Maître Jorge de Tolède, citi'' })ar le roi 
Alphonse lui-même dans une de ses (',<nili<i<i!< qui rapporte une légende 
relative à la statue de Ferdinand, avait exécuté seulement un anneau 
d'or que portait la statue. Le saini roi apparut à l'orfèvre j)Our lui 
ordonner d'enlever cet anneau de son doigt et de le passer au doigt de 
la Mergc. 

Il n'existe plus en Espagne aucune efligie funéi'aire du moyen âge 
(lui soit une slatue assise, comme les statues rovales de Séville. Seuls 




l'nll lll (l( s III I, 
( X 1\ 1110 Mil -Il 



( II lllljlll 



i(tiiM A ridx i;i' i)i:\ Ki.di'i'K.MEN r di-: la sc.ri.r'iiiu-: (Ktiiiinri; -jm 

(li'Lix t(Hiilii';ui\ lie Las IIiielLias pi'iivcnl duniK'r iiin' idée dr ce (|uV'l:iiiMil 
les sarcophages i-cvrlus d'ai^iicnl (|iii CDiilriiaicid les rcsirsdr l'rrdiiiaiid. 
de Béatrix et dAljilionse. (le sont les sarco})liai;es de niarljie ([u'AI- 
plionse X lui-même lit exécuter à la lin du xiu" siècle pour recevoir les 
ossements d'Alphonse VII et de son lils Sancho III, morls, l'un en llôT, 
l'autre l'année suivante. Ces sarcophages sont décorés de pièces 
d'armoiries, comme ceux de la Chapelle royale de Séville; le château de 
(bastille et le lion de Léon sont encadres dans des compartiments en forme 




i 



mÛ3A .i^^dMkimw 



a,U 






^ 




^Hii^ 



FiG. -in. — T. 



(IMOv. de l'aleiK-ia, 



de polygones étoiles que dessineni îles enlrelaes lraei''s d'après un modèle 
morescpie. 

Le lomi)eau de Doua Berenguela ne l'ul pas iniili'' par les seulpleurs 
(pu travaillèrent à Las lluelgas. Les deux tombeaux exécutés par ordre de 
saint Ferdinand pour son père Alphonse \ III, le vainqueur de Las Xavas 
de Toiosa, et pour sa mère. Doua Leonor d'Angleterre, sont aussi massifs 
que le sarcophage de la régente el i)i'auc()up plus simplement décor(''s. La 
représentation du deuil aidour du nuirt, (pii esl apparue dès le milieu 
du XH*" siècle sur le londieaii di" Dona l'.lani-a. reine il(> C.aslille. se irouxc 
exaetemeni reprodnile un sièele el demi plus lard >iii- plusieurs loiidieau\ 
jilacés dans le transept de la vieille calh(''drale de SalanuHU(ue. Au- 
dessous de la statue gisante. |>leuranls e( ])leureurs, rangés sur le sarco- 
phage, s'arraclieni les clirM-ux a\i'e di\s conlorsioiis et des grimaces. Le 
motif s'élargit el ^'enrieliil Mird'anlres ninnumenls de la même éj)0C[ue. 
Le corlège ccclésiasti([ue de l'absoide. (|ui ligure d('jà sui- des londieaux 



nisToii!!-: 1)1-: laut 



IVaiirais du xii' siècle, derrière le gi.stinl, se dérouie à la mèuie place, au 
ionil de r « enl'eu ", sur le iombeau de Févêque de Léon, Martin, mort 
en l'284. Le bas-reliiT du sarcopliage représente une " œuvre de Miséri- 
corde », une dislriliul idii de pain aux indigents. Ce tombeau a été copié 
par deux l'ois, à peu d'années de dislance, dans la cathédrale de Léon. 
Les deux représentations du deuil de la famille et de la cérémonie 



religieuse lurent révuiie; 



les- 



sculpteurs castillans, comme elles 
l'avaient été par les imagiers 
(pii ont sculpté vers 12G0,pour 
la Iiasiliquede Saint-Denis, le 
londteau du [u-ince Louis. 
Deux de ces tombeaux à 
I deureurs sontconservés dans 
l'église des Templiers de 
Mllasirga (province de Pa- 
lencia). Ils contiennent les 
rcsies de l'infant don Felipe, 
cinquième lils de saint Fer- 
dinand, et de sa femme. Le 
jeune jtrince mourut en L274. 
On l'sl élonné de rencontrer 
à la lin du xiu'' siècle des 
œuvres aussi primitives et 
aussi farouches. Partoul l'i- 
mitation de l'architecture el 
de la sculpture françaises est 
manifeste; partout elle est 
al(('rée pai' des réminiscences 
romanes. La princesse est 
hideuse, avec ses yeux sortis 
de l'orbite et sa bouche masquée par un bâillon funèbre plissé comme la 
mentonnière de la haute tiare. Le prince est représenté avec le manteau 
des Templiers, les jambes cniisrex : c'est une convention particulièrement 
al)surde pour une statue couchée et qui doit s'expliquer ici par la longue 
persistance des conventions de l'art toulousain, qu'acceptait encore 
le maître du porche de Compostelle. 

Il exisle un Iombeau semblable à Palazuelos, dans la province de 
Valladolid; il y en avait plusieurs autres à Aguilar de Campoo, dans la 
jjrovince de Léon. Deux de ces derniers ont été transportés au Musée 
archéologique de Madrid. Un troisième, très mutilé, est resté sur place, 
parmi les ruines de Santa Maria la Real: il porte la signature du scul- 
pteur: Antonio Pérez de Carrion. Les tombeaux de \illasirga, qui se 




luhr.ui Au , iMiilir Aliaii.io 
:;aUiédiale do fcialaiiKiuiiiie. 



FORMATION ET i)i;\ i:l(ippi:.\ii;ni' m; la scili'H m-: (ioriiiouK 293 

Irouvenl à qiii;l([ues milles de (larriiui, sont ccrtaincinpiil l'dMn re de cet 
artiste. 

Deux toiiilieaux de la iiièiiie réyion, (|ui onl aujourd'hui disjiaïu. por- 
laient les signatures de deux autres sculpteurs, en laniiue caslillanr. Celui 
de don Ahar Fernande/, se frou\ait à (larri('»nnièiae, dans une chapelle de 

.:^ -'^ K.\ . ' \ ' ' ■ - '~~-" — :-^- ■ 




•V • -> -. .■-^s 







Fie. '2-20. — Tombc-iiix •\ 



la j)uissanle (''glise bénédictine de San Zoilo; il ('lail l'ann re de 
i< don Pedro el pinlor»: celui de don Hodrigo Gonzalez (iinui. dans 
léglise des Bernardines de Benavides, avait (Hé sculpté en l'.'Hi par 
Boy Marlincz de Burueva. 

Les hidalgos et les princes de (laslilie conirnandricnl parfois leurs 
tombeaux à des artistes locaux qui n'étaient pas des chrétiens. Depuis 
le xi'" siècle les Juifs de Tolède vivaient en lionne intelligence avec les 
maîtres de la \ilie. A|irès les conquéles d'Alphonse \\ v\ de saint l''erdi- 



■291 iiisroiiiK m-; i.aiît 

iiMiid. 1rs imisulnuins r(_'sl(''s (hms la Nouvelle (Instille riiieal li-aités sans 
riiiiieui-. Les \ainqueurs firenl a]ijtel à leur merveilleuse habileté de déco- 
raleurs. Au \iu" siècle les salles des palais de Tolède furent revêtues de 
faïences et de stucs esianipés par des Juifs el des luudrjdrs (« Casa de 
Mesa 11, " Taller del Moi'o », etc.), et devinrent pareilles aux alcazars 
des émirs. Ouehpies-uns des seiyneui-s (pii vécurent au milieu de 
ces arabesques mêlées d'inscriptions araljes eurent la fantaisie de faire 
décorer leur dernière demeure comme leur palais. Dans une chapelle 
de la cathédrale de Tolède, le tombeau de l'un des capitaines de la 
ville, lalguacil don Fernan (iudiel, (|ui mourut en l'_'7(S,esl une simple 
niche revêtue d'ornements de sluc i\[\ plus pui- style iinidr/iir et pareille 
à une de ces alcijves, dont le nom m("'me 'al haha, la tente oi\ Ton 
dort) a été emprunté })ar h's l'ispagnols du moyen ;'ii>e aux Mores 
d'Andalousie. 

Le type du tombeau iiuulcjdr, a\ec ses arabesques, et celui du tom- 
beau franco-espagnol, avec ses bas-reliefs et son ■< gisant », se combi- 
nèrent en Castille pour former une série de monuments sans pareils dans 
tout le moyen âge. Un premier exemple de celte combinaison singulière 
est donné, à Tolède même, par le tombeau d'un petit-fils de saint Ferdi- 
nand, l'infant don Pérez. Ce tombeau, perdu dans une chapelle d'un 
monastère de femmes ih>s Commendadorasde Santiago), où l'on a retrouvé 
les restes d'une mosquée, est composé d'un bas-relief de marbre qui 
représente le prince couché, dans un encadrement de stuc orné d'ara- 
besques et de stalactites et entouré d'une inscription latine en grandes 
onciales. D'autres tombeaux du xni'' siècle, dont l'architecture n'a rien 
d'oriental et dont la décoration sculptée est très développée, sont sur- 
montés d'une sorte de frise en stuc peint, composée de stalactites ou de 
rinceaux qui imitent des caractères coufiques. Tel est le tombeau d'un 
ecclésiastique, le chantre Aparicio, dans la vieille cathédrale de Sala- 
manque. Deux tombeaux analogues, mais d'une exécution bien plus gros- 
sière, se trouvent dans la cathédrale d'Avila. Les plus riches de ces tom- 
beaux composites sont ceux qu'a conservés la misérable église de San 
Estéban, comprise dans l'enceinte de la citadelle de (^uellar (presque à 
mi-chemin sur la longue route qui conduit de Valladolid à Ségovie). Ils 
ont été exécutés vers le milieu du xiv' siècle pour des chevaliers de la 
famille Lopez de (lordoba Hinestrosa. 

Au-dessus des statues gisantes les arcades sont dentelées et ajourées. 
Sur la paroi elle-même, les frises d'inscriptions latines et les écussons 
héraldiques se combinent avec un réseau d'entrelacs qui dessinent des 
losanges curvilignes. L'artiste iinulr/dr ([ui a exécuté ce revêtement de 
stuc dans une église était aussi habile que ceux qui, vers le même temps, 
travaillaient à Séville dans l'Alcazar de Pierre le Cruel. 



FoRMATiu.x HT iii:vi:l()1'Im:.\ii;m' hk la scili-tire (.(rnnoi i- '295 

(les lombeaux, où les molils d'oriiiine musulmane se eomliinenl avec 
les traditions de l'art du Xord et oi^i la joyeuse richesse de la décoration 
orientale fait oublier la pensée chrétienne en présence de la moi't, sont 
peut-être les monuments les plus étranges et les plus expressifs en ipii se 
soit résumée la civilisation castillane du moyen âge. 

BiiaioGRAPiiiK. — \'oir livre W. cluii). vu. 



/ 



ciiAi'iTRi': m 

LES MINIATURES — LES VITRAUX 
LA PEINTURE MURALE 



I 

LA MINIATURE DANS LES PAYS CISALPINS 

DEPUIS LE COMMENCEMENT DU XIP JUSQU'AU MILIEU 

DU XIV' SIÈCLE' 

LA MINIATURE AU XII' SIÈCLE 

Les écoles françaises et belges. — Presque tout reste à éclaircir 
dans Ihistoire de la peinture française au moyen âge. Nous entrons ici 
dans une terre inconnue, où cesl à peine si l'on découvre çà et là quel- 
ques traces d'exploration. Il y a plus : l'évolution de la miniature au 
xiii" siècle s'est comme << cristallisée » autour de Paris, et toul le monde 
le sait; mais, les origines de cet art sont plus difficiles à déterminer, et 
l'élude de ses centres principaux d'élaboration n'est pas encore faite. 

Au début, en effet, l'évolution de la miniature ne s'est pas localisée 
dans une grande ville; elle ne s'est même pas poursuivie à l'intérieur de 
frontières nationales plus ou moins larges ou étroites. On peut dire que 
dans la France du x" au xi" siècle, le caractère distinctif de la miniature 
est d'être centrifuge; son évolution suit celle des nations voisines; elle en 
dépend même partiellement. Elle conserve ce caractère pendant une 
partie du xii'" siècle. On ne peut, nulle part, apprécier et comprendre avec 
justesse son évolution sans connaître l'art des pays limitrophes, mais il 
est indéniable que les calligraphes et enlumineurs français du \i[' siècle 
ont contribué, pour une pari essentielle, à constituer If slyb' nouvrau. cl 
nous sommes con\ainciis qu'une exploration sysléuiati(|ui' des jiiblio- 
1. Par M. Aiduir Ihisclolï. 

T. II. - .■58 



-J!I8 HISTOIRE DK I/ART 

llièqucs départeinciilalfb iiiellra toiijour.s plus en luinièic riiiiportance 
des écoles françaises. 

Tdul d'abord la <■ terre bourguignonne •>. ce centre de vie religieuse! 
TanI de mouvements religieux profonds en sont partis pour se répandre 
en Occident et y propager, en ai'cbitecture surtout, de fortes impulsions 
artistiques que, selon toule vraiscmljlance. l'art de la miniature dut y être 
cultivé. Les moines artistes d(^ Cluny n'auraient-ils [tas. dans ce domaine, 
exercé leur talent oi-iginal? La vigoureuse [protestation du jiui'iianisme 
des Cisterciens sullirnil à juslilicr ces prévisions. Xous lisons, dans le 
Didlafliis iiilcr ClKiiiaccnseiii cl Cislerciciisciii : « Aurum molere et cum illo 
molito magnas capitales pingere litteras, quid est nisi inutile et otiosum 
opus? " Les Cisterciens élèvent leur protestation au moment précis où la 
formation du style de la miniature romane suliit une crise. 11 faut 
regretter d'autant plus vivement que lliisloire de la miniature à Cluny 
n'ait jamais encore ('■lé écrite. La célèbre bibliotbèque de Cluny a été 
détruite en K)G2, pendant les gueri'es de religion; quelques restes seule- 
ment ont été conservés. 

Nous avons parlé des Cistei'ciens au sujet de leur p()l(''nii([ue contre 
le luxe excessif étalé par les moines de Cluny dans leurs livj'cs; l'examen 
des restes que nous a laissés la bibliothèque de Cîteaux nous donne la 
certitude que ces tendances aniiartisliques n'ont nullement existé au 
déliut. L'abbé Etienne Harding, le troisième abbé et le véritable orga- 
nisateur de Cîteaux, n'était pas, en tout cas, ennemi des miniatures; on 
pourrait l'accuser plutôt d'avoir eu des goûts de bibliophile. Son œuvre 
capitale fut la révision et la correction d'un exemplaire de la Bible, qu'il 
fit entreprendre avec l'aide de savants juifs. 11 doit avoir commencé ce 
travail tout de suite après son élection, sinon auparavant, car l'année 
lltl'.t est la date de l'exemplaire de luxi', corrigé d'après les résultats de 
son étude critique du texte. Cette Bible est aujourd'hui conservée à Dijon 
avec les restes de la bibliothèque de Cîteaux in" 12-15). Les quatre 
volumes sont richement ornés : on n'est pas encore aux temjis du purita- 
nisme cistercien. Ce sont, en partie, des dessins à la |)lume et au lavis 
(jui occupent souvent une page tout entière. Il y a en outre de nom- 
breuses initiales; le grand J de l'histoire de la création est rempli pai- une 
tige grimpante, toute entremêlée de ligures d'animaux, réelles ou fan- 
taisistes; c'est le procédé d'ornementation contre lequel Bernard de 
Clairvaux devait bientôt protester. Parmi les images, la riche illustration 
de la vie de David attire lalfenlion. \oici tout d'abord le roi sur son 
trône, avec une tige fleurie et la harpe à la main. A ses pieds, quatre 
petits personnages font de la musique : carillon, longue llùte, violoncelle 
et orgue. Tout autour, une muraille garnie de fours; sur les créneaux 
se tiennent des guerriers avec cuirasses, arcs, lances, bannières, frondes. 



I.KS MlMATlIiKS — LES VITFÎAUX — LA PELNTL'RL MURALE 



haclies, épées. Liinagr est d'une grande Leaulé : la diynilé tlii roi, avec 
sa chevelure puissante aux lignes ondoyantes, fait contraste avec les 
mouvements gracieux et la taille svelte des musiciens. Les guerriers for- 
ment une vraie collection de types caractéristiques; leurs nez sont aussi 
informes et lourds que variés. La sincérité de l'observation s'allie ici avec 
l'humour. Les mêmes qualités se retrouvent dans une image qui rem])lil 
une page et contient 
une vingtaine de scènes 
ruqiruntées à la jeu- 
nesse de David jusqu'à 
la mort d'Absalon. 

D'où vient ce 
style? Y avait-il à (Ilu- 
ny un art semblable? 
Nous ne saurions le 
dire. Etienne Harding 
n'aurait guère pu em- 
prunter ses modèles à 
l'Anglet erre ; cepen- 
dant l)ien des traits 
raj)pellent des travaux 
anglais plus récents. 
La vraisemblance est 
tpie l'inlluence venait 
de la France sei)ten- 
trionale. Etienne lui- 
même, à l'occasion de 
son voyage en Flandre, 
fit faire à Saint-Vaasl 
d'Arras un manuscrit 
de luxe, dont nous par- 
lerons plus tard. Le 
dessin, surtout les 
traits de couleur épaisse qui accompagnent les jjlis, rapiiellent souvent les 
traditions du nord-est de la France. 

Comment accorder avec le luxe d'images dans les manusciils de 
l'abbé Stéphane l'ordonnance des Conxiu'ludines (LI54), dont \(iiii la 
teneur, en sa rigueur draconienne: ■ Lillr'i;i' unius coloris liant et non 
depicta' ><. (§ lxxx)? Ce paragraphe es! de toute importance, car le S^lll des 
Coiixiicludines prescrit (pie les manuscrits liturgiques doivent èlre parloul 
lenus iiiilfiirniiler. \ cet elVet.il y avait à C.ileaux un niaiiusrril-ly|ie. siu- 
lecpiel les copies devaient se régler. Ce iii.inU'^iTil . <''eril en p:ulie de 117.) 




Le i-oi David. Bible de Talib' 
(l;ilil. .!.• Dij.jii, 11.) 



Klioiiiic llardins 



.-fJO mSTOJI'.i: DL LART 

à 1191. — conservé aujourd hui, mais incomplet, à Dijon n 11 i &!), — 
montre que l'on essayait de remplacer For et -les peintures par une déco- 
ration calligraphique multicolore d'un goût parfait: cela est bien dans 
l'esprit de rarcliileclure cistercienne, qui savait remplacer par la solidité 
et la perfection des détails la magnificence et la richesse. 

Plus tard, sans doute, on n'observe plus les prescriptions avec la 
même rigueur: on élude les ordonnances et Ton se fait donner des 
manuscrits illustrés: on trouve pailoul, en effet, dans les restes des 
grandes bibliothèques cisterciennes, des manuscrits de luxe du xii* siècle, 
à Clairvaux, à Pontigny, etc. Mais on va plus loin, et même des Cisterciens 
se mettent à peindre. h'Exordiurn Chterciensis cœnohn , écrit entre 
l'i-24 et 1:256; aujourd'hui à Dijon ms. O.m 'ZlHj. montre cinq grandes 
initiales peintes, où I on voit non seulement des figures d'animaux décora- 
tives et symboliques, mais encore un arbre généalogique du Christ. Un 
manuscrit de V Explanalio H. Hieronymi in fmiam, écrit à Cîteaux, aujour- 
d'hui à Dijon rns. 129 (90, montre un arbre généalogique du Christ, ina- 
chevé; la \'ierge, debout, presse tendrement l'Enfant contre son visage. 
L'image, dessin colorié en partie, trahit un beau talent artistique et aussi 
de fortes influences byzantines, assez voisines de la styli.salion qu'on 
trouve partout dans l'Allemagne du xui* siècle. Peut-être les Cisterciens 
croyaient-ils, en se servant du dessin et en évitant la gouache et l'or, 
ob.server les ordonnances sur la décoration des livres. C'est la conclusion 
que nous imposeraient deux manuscrits du xui' siècle attribués à Conrad 
d'Hirsau. Ils contiennent des dialogues sur la virginité. L'illustration de 
ce livre paraît être, comme le texte, d'origine allemande; du moins, les 
trois plus anciens manuscrits illustrés rappellent une origine allemande. 
Leurs dessins, d'un style roman sévère, sont transpo.sés dans deux magni- 
fiques copies dont l'une vient de Cîteaux (Troyes, ras. 232), l'autre d'Igny 
(Berlin, lat. 75 ; l'inlerprélalion, libre et de grand style, prouve un 
talent artistique éminent. Dans les dessins originaux, le sujet e.xcilait 
1 intérêt principal; ici, l'élément artistique prédomine; c'est la joie de 
dessiner avec enthousiasme, bien qu avec une grande simplicité. La 
chaste sévérité, qui fait le charme particulier de l'architecture cister- 
cienne, reparaît dans la décoration très sobre, mais exquise, des initiales; 
elles sont multicolores sans doute, mais l'or est évité. 

Grande est donc la valeur des ojuvres isolées de l'école bourgui- 
gnonne; mais, à en juger d après ce que nous connaissons, on ne peut 
constater ici d'évolution qui aurait contribué à former le style gothique 
nouveau de la miniature. Il en est de même de l'école française occiden- 
tale; elle a déjà été étudiée i^cf. tome I, p. 74i et suiv./, car ses œuvres 
sont en relation étroite avec les travaux plus anciens. C'est la France sep- 
tentrionale qui a le plus contribué à former le style roman et k le trans- 



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\ (ilis, (hilis les !^i:iii(lcs ;i |i| i;i \ c-- I icikmIicI iiio, un l'(''sc;iM de ccillrcs iiù I dll 

ciillixc l:i niMiliiliiic. ( lu |iciii \ I iiiccr une lii^iic de (l('niaic:il ion ^('o^r;! 

|ilin|n(' ({Ml COI rcs|i(Hi(l .'i jicii |iii''s ;in\ dixi-^KniN polii i(|iics. A ri''.Nl,l("s 

(l'iurcs ia|i|icllciil |ilni('>l lc-> |ii(iiliiiU des (•(■oies idlcnimidcs ('(iiil('iii|iii 

raines : à !'( Iiicsl , (Iles ia|i|i( llciil les ('•(■(des ani^laiM's, I ,c iniiivcan -.In le, 

en \iii;li'lcii(', (''lanl la (■(iiis(''(|iicncc de la (■(iii(|n(''l c iKiiiiiandc, (in |>('iil 

en ( licirlicr l'tniyinc Mir le cdiil iiiciil , \ ce |hiiiiI de \iic, iiiallicnicii-.c 

liiciil, les (iMiNics cainlalcs iiian 

ijiicnl (111 siinl cncdic iiicdiinncs ; 

cl c'csl siiildiil dans les grandes 

alilia\ es de Ndiiiiandic, i|iii (■•laiinl 

CM rclal idii si (-1 iihIc a\ ce I \m;,'Ii 

IciTc, (|Mc les inaliTiaiis loid (h'Iaiil 

Scldii Idillc |irdlialillil(', lail an 

giais .s'assimila li(''s \ilc les in 

HmcIiccs siiliics cl , de I l('s IxiliMc 

licMi'c, inlliicnca à -.om I ■ le cdii 

I iiieiil la Mil mal m c aiedai e de 

|ia a la iiiiiiial lire ( diil iiienl aie cl 

lilill liai I Ider il le Mieiile e 

' I 

laeiiiie an iiid\ cil de I e\|Mii lai mil | 

I II lail I r(''s caraclei I I ii|iie c I 

ijHe le |ir|elll ('■ de Saillie l'i.ll lie c|| 

\ I C, • e d a 1 1 . la \ a 1 1 d I e du 

Ml sliade. a\ail mie neeiir aie a k„ 

r.c(|ner()rl , dii ,e|(iiirnaieiil le * i,i , ^ , ^, 

Cdlll le . ddlll les (CMVrc. (Iivalelll l'iii. it^H. Mlllllllltl'dilii» llllll>iK>l«i> oUiHiik'" 

Il Cdiiriid viiii lllroiiii. Miiiiiiacrll l'Ulcri'Idii. 

''''■'■ ''M""l''- '" ^dMllalldle (,,,lll ^l^^^^,|^^ , ,^,,^ 

llielll Iraiel Ilimie ll\c rlllli 

le lla\alis IMSUlilircS cl les (l'IlVI'cs la ni I 1 m id a I e ' I ,e l'ail ( | Il ' i 1 1 ir ,1 JC (d 

(■\em|i|c |i|'is en Ndl'limnilic HC I'('ll'(ni\e ('"al I il.in h .dilia\ e , In m 

lliclilICM, «Ur les l'i-dnlleie , de la Manille II ^ a lel aliiilidalK e d'il'll \ rCh , 
lllllis l'i(ll''<! s'inijld e ({Il III (illc ICI. , III la |iailie la |dll s (''ll'diic dll 

cimiil, il y a en II c , ani ('•( liaiip.c ail inl i(|nc, I .es lra\aM\ i\\i ( (iiilinciil, 

ninis l'asdii dil, (.ni ia|n(|( ineiil (|(.|ia', .('•, ; jiar (l(dà le (anal, en idl'cl , 

• (liciilelc |dil . ('h'L'anh iiiiiima^'ca le , | ,i(.i.| ic . du ln\c, le > tnami 

hcriis |ircc(eii\ d( liiii . aux |iiiiiccs liildiii|iliili". 111! iiii\ mciniircs ijn liani 

(dr-r^n'-, di'\ iiiK ni de I I('dc4 d scr\ m ni . n (|iic|i|lic Hiirjc l'i ll\('r ridi''al, 

\ m; I j, |\|, II, m. m .i|i|i.ii .II! I II de Ik .hh leie, liidlli ni» \(ill>i 

( Im,I ik.ii , ei.iilliH |,imil i|( ili |i.ill mi lla\all (laie, • llllde (| IcIIX 

nidllics de l'ald.asc i\r Sla\(ddl, ((ddeiamin, cl l'iriic.ld, aelic\ ('■icill 



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lllSTdlHl-: DK LAIST 



en 1(1!I7 ii|>r('>s qualre années de lalicur -Brit. Mus. Adcl., '2SIO(i-l(l7). Ce 
sonl d'une jiarl des dessins délieals el (ins, sur fond de couleur, avec des 



< 




Pllnl Uasi'l.ilï. 

rif,. 2'2il. — Scènes de I;i \ie de .Idli: l;i vie Mclive, la vie ediitemplalive 
el les (Ions du Saiiil-K^piil. l'.ilile de r;dilja\e de Florelïe. 

(l;nli^|] .MiiM'iiiii. 177;I7-:I8,) 



personnages aux mouvemenls gracieux et vivants, qui rappellent un peu 
les ivoires du xi' siècle; de l'autre, de lourdes peintures à la gouache qui 
montrent le développement comiili'l du style roman. Le trait caractéris- 



LES MIMAI riii:S — LES VITRAUX ~ LA PEIMLRL MUliALE 



tique, dans cette Bible et dans un groupe important d(> travaux lielges 
postérieurs, est l'apparition de grandes surfaces tendues dans le vête- 
ment, autour desquelles se placent, en très grand nombre, des i)lis paral- 
lèles très durs d'exécution. Ces contrastes naturellement font mauvais 
effet : c'est dans de grandes figures, comme le Christ de la Majestas 
Domini, dans le second volume, qu'on peut surtout les signaler. 

Au style dont la Bible de Stavelot est le monument initial on peut 
rallacher une série d'œuvres dont les dates s'échelonnent jusque vers 
le milieu du \n" siècle. Ce sont, pour la plupart, des évangéliaires, et, en 
partie, des Bibles: presque tous sont d'origine belge authentique; maison 
ne jieut déterminer un centre précis pour leur exécution. La Bible de 
rabl)ayc de Floreffe diocèse de Liège) est dans cette série une oeuvre 
capitale; elle s'y trouvait peu après le milieu du xu'' siècle, et y fut peut- 
être écritefBritish Mus. Add.. 
1 77rt7-r)S I. Dans le second vo- 
lume, qui commence par le 
Livre de Job, deux images 
aussi grandes que la page 
nous ont été conservées. Ce 
sont des compositions de 
sens profonil, disposées en 
grandes images ornementales. 
La première a pour sujet 
- l'opposition entre la vie active 
ou jtratique et la vie contem- 
plative ou théorique. Une partie intermédiaire représente les vertus et les 
dons du Saint-Esprit, qui descend sur les Ai)ôtres. Au-dessus, se trouvent 
les scènes de la vie de Job ; son sacrifice et les enfants assis au festin. 
Au-dessous, les œuvres de miséricorde. Limage opposée décrit les mys- 
tères de la nature divine : l'abaissement du Christ et son élévation. Suivenl 
quatre images pour les quatre Evangiles. Chaque scène est accompagnée 
de plusieurs figures symboliques. De ces miniatures pénétrées d'idées 
typologiques et symboliques, nous verrons à Ilildesheim les plus liclies 
spécimens. 

Le manuscril riclicmi'ul illusin'' des MuruUn in Jah de (irégoire 
Bibl. liai., lat. l.'jtiTJi présente quelques analogies avec ce groupe; il 
prox icnl (lu diocèse de (Cambrai. Ses miniatures sont pour la plupart iiia- 
che\ées; au lieu de la peinture à la gouache, que l'on a\ait l'intention 
d"em])loyer, il n'y a ipie de simples dessins à la plume: mais ceux-ci 
oii ne sont ])as encore ])()s(''es les sèches et scliématicpies noi allons des 
lumières et des ombres, ju-oduiseni une impiTssion braucou]) plus 
agréable. 11 y apparaîl iicllemriil que l'aiiislc \oulail repr('senter. avec 




(Hil.l. n.it., lat. 13673.) 



HISTOIRK DE LAI'.T 



toutes ses Unes nuances psychologiques, riiistoirc tragique de Job. Dans 
l'expression des sentiments, dans les visages et les gestes, le peintre est 
un maître; ses types de tètes revêtent parfois un réalisme savoureux qui 
se fait valoir dans le dessin original du profil et l'agencement des barbes. 
Jusqu'où s'étend, vers l'ouest, la domination de ce style? Il est diffi- 
cile de l'établir. Nous ne connaissons pas assez les manuscrits illustrés 
qui ont dû être exécutés à Saint-Martin de Tournai. Peut-être y a-t-il 
un lien entre Tournai et les pi-oduits de l'abbaye voisine de Saint-Amand, 

où nous trouvons une note originale 
L'intérêt se concentre ici autour d'une 
personnalité, le moine Sawalo, probable- 
ment identique avec un certain - subdia- 
conus " nommé en 1145. Sawalo élail, 
sauf erreur, peintre de profession ; il 
signe ses peintures, et à côté de lui appa- 
raissent d'autres copistes. La Biblio- 
thèque de Valenciennes a conservé deux 
oeuvres signées de son nom : une Bible 
magnifique (ms. 1), avec beaucou}) d'ini- 
tiales, et un Peints Lomhanhm avec fron- 
tispice (ms. 178). La Bibliothèque natio- 
nale en possède une autre (lat. 1099). 
Le portrait de saint Hilaire, qui forme 
l'initiale, montre en Sawalo un peintre 
original, qui dessine avec une certaine 
largeur de style. La manière de traiter 
les entrelacs rappelle encore les l^a^aux 
du xi' siècle. 

Les écoles qui se trouvent à l'ouest 
de la limite idéale que nous avons adop- 
tée, ont surtout produit des ouvrages de bibliothèque, manuscrits 
avec frontispices et initiales richement ornées. Ce qui peut servir à 
caractériser ces écoles, c'est, d'abord, le parti pris de grands feuillages 
fantaisistes procédant de l'acanltie byzantine et que l'on retrouve dans 
l'art monumental de cette région, comme à Petit-Ouevilly (Seine-Infé- 
rieure) et à Saint-Ouiriace de Provins (Seine-et-Marne); c'est ensuite 
l'exécution des initiales, qui se distinguent par une grande richesse d'ima- 
gination; les peintres aiment à y intercaler et agencer des ligures 
d'hommes et d'animaux. Un coloris vigoureux, arbitraire et bizarre, revê- 
tant indifféremmeni de bleu, par exemple, des hommes ou des monstres, 
ajoute encore à la singularité. Tous ces caractères sont communs à 
l'Angleterre et aux écoles du nord de la France. Nous y reviendrons dans 




amodiais fiam"; his 

iiiftinr colofisfas cttîdfUIJ' 

.milvmt-poiRiirgranauo 

15 ce pknMOcpnintnrciiifSo 

11110 ilnivtSi.tiianas .iguiT 

in.irt;'p.nnïiomuii iiiî iHu.tp. 

fctn ^ ytxi uobis aunns.'duûi / 

mtrefidonurâmintpotBu. 

«■ oilcrtionnnquambdbcns 

ff ôs omncs pntfitfffpm 1 



;i. — Lui Ire inilialu iJ'iiik 

(le Sainl-BeiUn. 

(Bibl. nal., lat. 107'.3-4(i.) 



LES MIMATUIŒS LES VITRAUX — LA PEINTURE Ml RALE 



nuire cliapilre sur 1rs écoles anglaises, inliniment plus {(■condes, e( qui 
onl eu une éxoluliun iiieii plus logique. 

Dans le groupe oeridenlal, lécole de Saint-Berlin, à Sainl-Omei-, 
lenail sans doute la première place. Sainl-Bertiu nous est (h'jà runnti au 
XI'' siècle par le mélange du style anglo-saxon et du style continental . 11 
est caractéristique que le premier artiste, dont le nom nous soil parvenu, 
soit Anglais de naissance. C.'élail un certain moine Hélias; il exécuta, 
entre Hit) et lltt'i, sous Fabljé Léon, les <■ Canons >- de ];\ T'ililiollièqne 
de Boulogne ims. lloi. Dans un autre 
manuscrit in" 110), est représentée la 
mort de labbé Lambert, dont l'âme 
est reçue au ciel. Un psautier, don! 
les initiales, au point de vue des 
images ou de l'ornementation, ne se 
distinguent pas des tra^aux anglais, 
est conservé au collège Saint-.lolin, à 
Cambridge (C. 18). Le texte prouve, 
de manière évidente, qu'il était des- 
lin('' à Saint-Bertin. A ce |isauliei' 
correspondent si élroilemenl les [tar- 
ties anciennes d'une Bible en quatre 
volumes (Bibl. nat., laL lOTiô-lGTiCu 
qu'il faut leur assigner le môme lien 
d'origine. Cette Bible qui, selon le type 
du XII'' siècle, est, d'un bout à l'autre, 
illustrée par une série d'initiales à 
figures, est un chef-d'œuvre de calli- 
grapliie. Les initiales souvent étran- 
ges, avec monstres et entrelacements 
de feuillage, ont une ressemblance 
parfaite avec les initiales anglaises. 
Même ressemblance entre le manu- 
scrit de l(( C.ilé (le Dieu par saint Augustin, à Boulognc-sur-^Ier (lus. âri), 
œuvre du moine Alexandre, cl les travaux anglais du tem[is. Dans l'initiale 
du onzième livre, le Jugenu'nl dei'nier esl ix'jiiésenlé en (b'iail d'une 
manière qui rappelle fort le p>aulier anglais de ^lunicli (Jni. (S.";ii. 

Dans le diocèse d'Arras. loule une série d'abbayes onl produil des 
œuvres calligraphiques el arlislicpies reniarcpialjles. niiand l'abbé Ilar- 
ding, de Cîteaux, doid nous connaissons th'-jà les goùls biiiliopliiles, 
visita en I Di.'i le cloître Sainl-Waast à Arras, il se II! copier pai- le moine 
Osberlus les ( '.ommenlaii-es de saini .b'Mvnne sur .I<''i-(''inie. Le rronlisjiice 
rcprésenle riii~.|oire >iiignlière du nianiiseril. S\ii- l'anlel, se trouve la 




FiG. iô-i. — PiLSenlalioii prir le moine Osbeiliis 

ilesCoinmeiilaires île saiiiUlénJuic sur Jérémie. 

(BHjI. lie Dijon, 130.) 



r.oo 



HISTOIRE DE LAP.T 




»«^^ft^^^l»SS!S^ 






vierfïc Marie; ;i druilc cl à gauche, l'abbé d'Arras cl l'abbé de Cileaux, 
eliacun avec le modèle de son église; au premier plan, le copiste pré- 
scnlc son livre. Le slyle esl 1res simple cl sévère : personnages très 
allongés, aux contours marqués, avec indication linéaire de l'agencement 
des plis. Le manuscrit passa de Cîteaux à Dijon (ms. 130 (fl7). 

De l'abbave bénédictine de Saint-Sauveur d'Anchin, de nombreux 

manuscrits de luxe ont 
été conservés; ils datent 
de l'époque prospère de 
saint Gossuin (mort en 
1165) et de ses succes- 
seurs. Un manuscrit du 
livre de saint Augustin 
sur la Trinité (Douai, ms. 
2hT) est d'une importance 
jiarticulière. Le grand 
Irontispice, en elTel, nous 
éclaire sur la mentalité 
des copistes et des pein- 
tres. L'un d'eux, Balduin, 
était mort avant l'achève- 
ment du livre; il est 
représenté reposant dans 
le tombeau; un ange em- 
porte son âme. Sur le 
tombeau, entre les pa- 
trons de l'abbaye, saints 
Augustin et Gotwin, l'au- 
Ire copiste, Jean, s'age- 
nouille et prie le Christ 
de le recevoir en grâce : 
« Suscipe scriplores ol 
l'oruiii, Clu'isle, labnrcs. » 
Christ l'exauce, et un ange 
lui apj)orte une couronne. L imporlance de l'image est due à l'étrangeté 
du sujet plus encore qu'à ses qualités artistiques. Les artistes copistes 
d'Anchin excellaient surtout dans rorncmentation des initiales et des 
lettres fantaisistes, composées de figures et d'ornements. Parfois, copistes 
et peintres réglaient entre eux la division du travail; c'est ain.si qu'un 
Rdlxiiius Maunii< d'Anchin (Douai, ms. .'40 (780) est l'œuvre commune 
du peintre Olivier et du copiste Reinald, qui sont tous deux représentés 
dans une initiale. Souvent, d'ailleurs, les ouvrages les plus intéressants 




li(.. J"j.". — Fniiilispice du mnniisriil iln Livre 
de saint AiigiisUn sur la Ti-iriité. 

iliil.l. iU; Doiuii, 207.) 



LES MINIATURES — LES VITRAUX LA PEINTURE MURALE 



•.07 



sont préciséuicnl anonyiaes. C'est le cas d'un AïKjiisliini^ iii psalnios de 
l'abbaye Sainle-Rietrude de Marchiennes. Le fronlispice (Douai, 2ô0) 
représente saint Augustin entouré des patrons de Marchiennes, l'initiale B, 
le Christ comme Juge suprême et David jouant de la harpe. Le lien avec la 
peinture anglaise est ici évident. 11 en est de même d'un lra\ail plus i(''c(Mit , 
la grande initiale B du psautier de Marchiennes i Douai, l!t , remplie de 
scènes nondireuses cnniruntêes à la vie de David et aux l'^\ ange-listes. 



„^,^™, — 

.trchic^ dafeis: t|S figtuuitf 
bnitw.codctti dtc mipfo inotuf 
> tmo utbcttit ]wpa tru lotnli' 
putif caiicdl» facmnuir alra 
na.îimc papa ntf fnciido '»U' 



ncgi ucl pnnctpi cumm ipfuif 
nnctniiq; coitinmicluur.''infi 
dtt) zr bcjto imv «ufq; luca 
ni5.iviîiamf fahc<T poimfiatj 
Atiflqiimmïro tid «diui dmrtu 



I :^ 



tifq;agctuto.p4lntfjlmi5tw; 6 m? dtgrinnii liccr ttîchgtmtii af 
iniûcj.«B3cptf<farduiahlnjf / \ fôaaittr.-mïolininiinucliiiin 



ju*- 



';T;1tC- 



FiG. 254. — Le p.ipc Urbain II coii^mci,- 
(BiLl. nat., lai. 177IC.) 



Comme œuvre du même genre, dans le diocèse de Cambrai, citons le 
livre des Evangiles cjue le copiste Jean, en 1140, exécuta dans l'abbaye de 
Licssies en Ilainaut (.Metz, collection Salis). Le dessin des ligures est, 
ici aussi, d'une extrême sévérité; mais les pages ornées et les initiales 
s(uit d'une grande magnificence. A côté du pampre aux larges teuilles, on 
remarque surtout les masques d'animaux géants et quelques scènes qui 
rappellent tout à l'ait les psautiers de l'Angleterre septentrionale. 

La période prospère de l'art du manuscrit et de l'enluminure, dans ces 
cloîtres bénédiclins de la France septentrionale, c'est le xn'' siècle. Une 
seconde floraison, mais faible, se produisit au mh' siècle. A partir de ce 



r.iis 



IllSTOll'.H DE L'ART 



moinenl, les cloîlirs, eux aussi, rcroivcnl leurs manuscrils des grands 
renlirs de vie scicnliluiuc (jui se gntupcnl aulour des uni\ crsllrs. L'rvo- 
lulion de la uiinialure i.arisicnnc nous pci-nicllra plus lard d'expliciucr ce 
lail. il iiu|Hirlc daulanl plus d'examiner si Ton peul suivre jusqu'à Paris, 
au xii' sièele, le slylc de ces ahhayes bén('diclines et si l'on peut admcllrc 
l'existence d'influences arlisliciues qui feraient alors, du style de l'Angle- 
terre et de la France seplenliionale, la base de l'art nouveau auxiii" siècle. 




n enluminait des manuscrits; est-il besoin de 
le priiuver? Mais a-t-on le dioit de 
parler d'une école parisienne ayant 
unslyle particulier? Peu nombreux 
sont les monuments qui entrent ici 
en considération. Ici comme par- 
liiut, dans ce domaine, tout reste à 
rx|)lorerl L'ouvrage capital est la 
('.liriiiii(|ue du cloître Saint-Martin- 
(les-(;iianqis, achevée vers 11 8S 
Bibl. nat., lat. 17716). La Cliro- 
nique est précédée d'un anliplio- 
naire, dont l'image principali', 
Irès grande, représente la Transli- 
guralion. L'image est exécutée en 
gouatdie sur fond d'or, avec un 
large cadre ornemental. Si l'on 
juge, d'après cet échantillon, du 
talent (pi'avaient les artistes de 
Saint-Martin — et c'est, le fond 
d'or excellent le jtrouve, mi lra\ail 
très soigné — on s'en fera une 
assez médiocre idée : pauvreté des 
motifs dans les mouvements et les 
diaperies, contours inhabiles et louids, laideur des types de tètes, avec 
le lias du visage singulièrement large. Une ^'ierge sur son trône et la 
série des miniatures, dans la Chronique, ne valent pas mieux; mais quel- 
ques miniatures, du moins, ont un intérêt anecdotique, comme le miracle 
de saint Hugo : la résurreelion d'un mort sur l;i Montagne Sainte-Gene- 
viève, ou la eonsécration par le pa|ie t ibain 11 du maître-autel de Cluny 
(fig. '254). Elles se distinguent par la sinqdieilé avec laquelle elles rendent 
les architectures et empruntent certains traits à la réalité. 

L'aMiaye Sainl-\ iclor nous l'ouiiiil des n:ali''riau\ en jielil nctudire, 
mais |ilus inl(''i-essanls. t n antiplionaire iJihl. nal.,lat. 7'.Mi , ('■erit ])i'olia- 
blemenl pour Saint-^'ictor, paraîl i"'lre, dans ses initiales, une œuvre 



A Pari. 



^ ï - j .^ Ollranmgiftebitpnn 

nlclTnCalTOlntUltlO fnrautteiamtfTOlamac 

rairoitniitnnnncitic piitnio(otrfhc>ftaiioo.w 

j rf a f mimdininminoqinpti 

jCnllâulniîntt- mtnhtdicîrnrdflm^fi 

lwmraic(.hitt>rtBia 
qoiincpminftï'f.i'flïi' 
niftaftiirmitrjfimip 
"'' vqiriaiiïmnMi 
1,1- nfmctara 

li.iitonB"iaiim 
ToftognnaiviîVi 
qttioTiiiiia ezdiaf^iqi 
Timmnnn^inoitraBl 
apnurtmfiifjBnoifi 
Bobnmi'q^tnmfM^i 
(uIiâ&diUgmi^Tfidftt 
carm «J tm minnlo ajp 
' - .... j •♦ TnnoôcohaljGînTndinC't 

tnafnicaftirîicltlniq. mmvf^^'mmm 

, .r . ■ tiifbUfplicniofîimnnit 

îtlUtiq'Tlira- Ofinoa ûmxùmmmeaAa 

ineocuiTDînatnoliittc fimrfubiumraitiofcï 

-»_ ^-.^ imaf ononit rormaUy 

pttCroà'bîUtîîtICm) ftiÇoniroîiinTraiifilm 

, , _•)£— froijJnahirnnniWnn' 

îiîtrammtnntiaria OTnMicmiiinp,B.fiDî 

-, , r j • nti-iôWMijràafiifbfg.' 

iftan à bOntndOlOl i<imi,iv(iiffcraramlmi 

- ... tiiltol>iâitrf!M;i)faiiiaC( 

nmntruoTwro on &niruirfefw.Wg-mr 



I.rlll( 
(i.'l'l 



iiiiluili' dus Ciiiiimeukiir 
no I.uiiil.ard. 

i:il,, l.ll, ii:.fi5.) 



LES xMlNIATUUES - LES VITRAUX - LA PEINTUllE MURALE r.dO 

moyenne de la fin du \if siècle. Les images liililiqiies sonl moins inipor- 
lanles que les figures ornementales. Un F, par exemple, représcnle l'ap- 
parition du Seigneur dans le temple de Salomon (I. Rois, S); divei's 
bustes en petits médaillons s'y joignent : le roi Salomon, le grand prêtre, 
un homme qui égorge la vielime, des musiciens, et une jeune fille qui 
danse. Ces figures, qui rappellent les lahleaux de genre, font penser aux 
manuscrits de l'Angleterre et de la France septentrionale. Cette ressem- 
blance est plus visible dans un manuscrit de luxe de premier ordre, mais 
sans illustrations. C'est un l'jiiinuciilai iiis l'clri Ijiinhdidl in l'sdliiins (P)ii)l. 
nat., lai. lir)*^)), qu'un certain Nicolas, clerc de Sainl-\iclor, légua àl'abbé 
(iuérin (f 1I9'2), et dont ce dernier fit cadeau à Saint-Germain-dcs-Prés. 
C'est un travail de même style et aussi excellent que les meilleurs manus- 
crits anglais de l'époque; ce sont des initiales en couleur, avec quelques 
tiges entrelacées sur fond partie or, partie couleur; les tiges aboutissent 
à de grandes feuilles aux extrémités allongées; dans les tiges, de multiples 
petites figures d'animaux, qui ne manquent pas d'humour : on y voit un 
cliien qui joue de la guitare, cl ainsi de suite. L n manusci'it Ion! pareil, 
mais d'un style un peu plus ;i\anc(', se liouve à Munich fClm. S'JTi. 
Si nous savions seulement (|ue ces manuscrits ont été exécutés à l'aiis! 
On peul le supposer; quand un clerc parisien, avant Hfl'i, lègue un 
manusci'il iwcc li' cnmnicnlairc de l'(''M'vpic de Paris niorl en IKii-, n'esi-il 
]ias hès |ir()l)able, que le manuscril a <''l('' e\(''culé aussi à Paris? Et cepen- 
tlaiii. nous ne ]iouvons parvenir à la cerlilude. L'art, dans les ateliers de 
coj)istes parisiens, aurait alors, vers 117"), alieinl le même degré de per- 
fection C[ue l'art anglais. Et la question se pose toujours : pourquoi les 
manuscrits de luxe richement illustrés, surtout les psautiers, manquent-ils 
ici, alors qu'en Angleterre, à la même époque, ils apparaissent en grand 
nomlire? La conclusion dernière de ces réflexions est toujours la même : 
l'Angleterre, dans la miniature de cette période, a joué le l'ôle directeur; 
l'école de la France septentrionale est la sœur aînée dont la beauté cl 
les (piailles sont éc]ips(''es |)ar celles d(,' la sœur cadette. 



La miniature anglaise. 

En aucun pays le contraste entre la peinture du xu' siècle et celle de 
la période précédente n'est aussi complet qu'en Angleterre, et nulle pari 
on no \oil aussi clairenienl (pii> le nouveau style est en recul sur l'art 
anlérieur. La technique li'gère. libre, sommaire de la ])ériode anglo- 
saxonne, avec son esprit, sa spnnl;ini''il(\ sa iiberb' d'albiies, esl rem- 
placée par une lourde peinlui'e à la goiiaelie sur fond de enuleui': le eon- 
loin- de htuies les licures dans l'enseudile coniUK' dans le ib-lail esl 



r,IO IllSTOllΠDE L'ART 

roi-lciiii'iil acrusc, ol, au drluil du nioiiis, le style est exlrèuu'iuenl iounl. 

Les (■oncei)lions luirdics, les mouvcmcnls dramatiques, qui conve- 
naient si ])ien au style suggestif de la iiériode précédente, ne s"accordent 
pas avec cette technique sévère, inipitoyal.ienient exacte jusque dans le 
moindre détail. La connaissance de lanalomie el de la perspective 
manque; autrefois on savait s'en passer avec une sorte tl'insouciance 
légère el gracieuse, mais, dansla nouvelle lecliniciue, i'arlisle porte péni- 
blement son ignorance. 

Sans aucun doule, la transformation ilu slylr dépend étroitement de la 
conquête normande, mais il y aurait erreur à ne voir, dans Fart anglo- 
normand que l'imilalion insulaire d'un style continental. A diverses 
époques, l'Angleterre a reçu du continent des impulsions aussi fortes, 
sous Grégoire le Grand, sous Ethclwulf et Dunstan; mais toujours, par 
la suite, lleurit une école fortement imprégnée d'éléments nationaux, qui 
réagit à son tour sur le continent. Nous en avons ici un exemple. La 
transformation du slyle nous échappe en ses détails; nous ne pouvons 
retrouver les premiers germes que les artistes appelés du dehoi'S avaient 
importés. En certaines œuvres, comme la copie du jisautier d'Ulrecht déjà 
nuMitionnéc (Bril. INIus., Harl., 603), on voit les peintres de la nouvelle 
école travailler à côté des anciens; puis, vers 1 LJ.') seulement, commence 
in série des œuvres originales, qui vonl s'éiiandre en un large courant 
jusqu'à la fin de la période. 

Les prémices du nouveau style, en Angleterre, sont antérieures de 
quelques dix ans à celles du continent. Mais elles montrent aussitôt des 
particularités qui se conserveront dans la suite; c'est surtout la joie 
d'illustrer richement et de décorer avec luxe. On étend à l'infini les séries 
de miniatures et c'est tout d'abord sur les psautiers que s'exerce cette fan- 
taisie. Ceux qui commandaienl ces psautiers — dignitaires ecclésiastiques 
ou femmes nol)les — onl lai'gi'menl contribué par leur goût à consliluer 
l'art nouveau. (J'esl seulenn'ut un siècle plus lard (pi'apparaissent sur le 
conlinenl des travaux d'égale valeur. Du reste, les grands manuscrils de 
biiiliotlièque, en particulier les Bibles de grand format, ne manquent pas 
en Angleterre; dans la deuxième moitié du xii' siècle surtout, l'école an- 
glaise y excelle. La calligraphie en est belle, mais ce sont les initiales qui 
l'ont la l'ichcssc de ces manusciils. Aucune jiériode et aucun itays n'ont 
vu, dans la décoration arlisli(pn^ des initiales, une telle richesse d'ima- 
gination el de goût. La l'anlaisic créalrice des pays seplenlrion;ur\. ipii 
s'est toujours donnée libre carrière dans l'ornemenlalion, s'épanouit ici 
magnifiquement. Les feuilles immenses empruntées à l'acanthe byzantine 
prennent une forme qui fait penser à des polypes géants; les tiges entre- 
lacées s'enroulent en spirales multiples, où viennent se mêler des figures 
d hommes et d'animaux el les monstres les idus bizarres, (^elle grande 



LES MIMATUHES - LES VITRArX - LA PEINTURE MURALE 



richesse d'imaginalioii el la tendance au fanlaslique se montrent aussi 
dans les singularités iconographiques des miniatures et dans la création 
des types. On s'explique pourquoi cet art, sous la conquête normande, a 
si rapidement dépassé fart continental. 

Y eut-il pour le nouveau style un centre d'élahoralion? Il est dii'- 
ficile de le savoir. Les oeuvres du début à nous connues jusqu'ici 
proviennent de contrées différentes, et leur classiticalion en écoles 
déterminées n'est pas facile. Une œuvre capitale de la première période 
est le psautier de l'abbaye de 
Saint-Alhans près de Londres, 
conservé à Hildesheim, dans 
l'église Saint-Godard. Nous con- 
naissons très exactement son 
histoire : il l'ut ('Tril sous l'aljljé 
Gaufried i 11 l'.l-l I ilii ; son pre- 
mier possesseur fut le moine 
Roger, un ermite voisin du cloî- 
tre, célèbre par son intelligence 
et sa piété. La décoration artis- 
tique, œuvre de deux collabora- 
teurs, est, à plusieurs égards, 
tiès caractéristique. Le psautier 
lui-même est, tout d'abord, illus- 
tré complètement. Dans chaque 
initiale se trouve une petite 
image qui s'adapte littéralement 
au texte pris dans le psaume. 
Par exemple, au psaume LXXIX. 
5 [Deits rcpulisti nos) : le Christ 
repousse du pied un personnage 
nimbé. Au fond, c'est le même 
système d'illustration que celui du })sauli('r d l'Irecht, ([ui, dès le 
xu" siècle, fut copié plusieurs fois en Angleterre. Le psautier de Saint- 
Albans est aussi très important parce que son frontispice est précédé 
d'une longue explication qui indique le but de ces images. Ce que l'image 
montre corporalilcr doit se i-eproduire spiriliuiliU')' dans la pensée du spec- 
tateur; ces guerriers qui combattent nous rappellent les luttes spirituelles 
que nous devons soutenir contre le mal, etc. Ces images symboliques des 
initiales prennent un sens toujours plus subtil, et elles permettent en 
outre l'introduction de scènes de genre intiniment variées. Le psautier 
possède aussi une longue série de miniatures occupant toute la jtage, 
qui représentent la Chute, Adam et Eve chassés du Paradis, la ^ ie du 




— LeUrc iiiiliiile du psautier de ral)h.n.ve 
;iinl-.\ll>an>, cuiiservé à Uildeslieiin. 



IIlSTOIlil-: KK I.AI'.T 



Clirisl. C.'ol une iiii|i<irl;iiilr innovalinii, r:w crllc s('ric de iiiiiiialiircs 
l)ii)li(|iios, 11' plus soiivciil In Nie (lu C.liiisl. ciiiisliluc liiiiiir>l un (■Icuienl 
liabifurl (lu ]is;mli('i' (pii. au \ni'' sirclc, (le\ icudi'a uuc surlc de lîiiile en 
images. Au ]Miiiil de \ ^\l^ ailisi i(|iu', vo uuuiuscril n'a |dus la uu''uic valeur. 
La comparaison entre la manière des deux collahoraleurs montre à quel 
point les miniatures ex(''eul(:>es à la gouache sont inf(!'rieures aux simples 
lavis. I.e pciulre des iniliales. ]iar exemple, dans la miniature du roi 
David au milieu des musiciens, donne aux l(Mes,de prolil hx-<. accusé, des 

contours singuliers : le front 
ne se distingue prcscjue pas 
du ne/., la hjvre inf(Jrieure 
esl saillante, le menton est 
li(''s ruyanl; on dirait de 
cari ca I ures involontaires. 
L'autre arlisle,(pii a ex(''Cul('' 
la plupart des minialures, 
ne tombe pas dans ces 
excès; mais il allonge déme- 
surément ses figures et traite 
les plis de façon toute primi- 
tive; le vêlement est comme 
collé aux memljres.En dépit 
de celle insul'lisance (le la 
forme, plus d'une composi- 
tion témoigne de quelque don 
d'expression d ra m a l i que. 
C'est riiérilage de l'ancienne 
tradition anglo-saxonne; les 
formes nouvelles pourront la 
refouler, mais sans la faire 
complètement disparaître. 
Le psautier de Sainl-Alhans a]iparaît comme une exjiression assez 
exacte de l'ju-t moyen du temps, si on le com}>arc avec quelques autres 
manuscrits de luxe de l'époque, surtout avec un jisautier du British 
Muséum (Lansdowne, ."cSôj, doni le premier possesseur, une abbesse ou 
une nonne, doit avoir eu des relations avec le couvent de nonnes de 
Shal'lesbury (Dorsctshire). 

Il faut rapprocher enfin du psautier de Saint-Albans une série de 
miniatures sur folios fixés au commencement d'un manuscrit plus récent, 
(pii devint au xiv' siècle la propriété de l'abbaye Saint-Edmond à Suf- 
follv (Candti'idge, Pembroke Collège). Ce sont des dessins à la jdume de 
couleur brune, rehaussés (^'i et là de polychromie. Seuls, les souliers el les 




-Minialure du psautier do l'abljayc 
de Saint-Aliians. 



LES MINIATURES — LES VITRALX LA PEINTURE MURALE T.lô 

c-licvcu.\ sonl loiijoiirs exrculrs au lavis, ('-elle série de dessins est inslriic- 
tivo el caraclérislique d(^ la i-i<-liessc de Tari anglo-normand; elli^ nous a 
consei'vé suiioul une série de parliculari[('s (Hranges qui ne se relrou\enf 
pas dans les miniatures [y|ii(|uis du coniineal. Par exemple, Irllusion i\u 
Sainl-EspriL est représentée })ar une miniature à séparations transver- 
sales: en haut trônent, dans une mandorlc, le Christ el Dieu le Père; pour 
symboliser leur unité, les deux bustes se grelTenI sur une base commune. 
Les tiMes sont égales, mais le Chris! a ]>' nimlje en forme de croix; à droite 








jiifmrF-hUis cliwt .ictnwUcaiiin 



'i k.-1t^ ilr$). 



^>«ï-.Jt W - .-^"^ r»^*'- 'wfto 



FiG. 238. — Miniature du psautier d'Eadwin. 

(Bil.l. de Trinily Collège, Canil.i i.Ige, li. 17. II. 

et à gauche se tient un séraphin à six ailes; au-di^ssous, trône Marie au 
milieu des Apôtres; du bec de la colombe s'échappent les rayons. 

Commencer par l'école de Saint-Albans n'est pas lui assigner un 
rôle directeur. Parler ensuite de Canterbui'V n'est pas établir ipie cette 
école ait dépendu de la première ou n'ait l'ail (pu_^ la suivi'C. Il faut nom- 
mer ici, avant tout, le psauliei' d'l']ad\vin. moine et peintre de ('.hi'isl- 
Cliurch à Canterbury (milieu du xii'' sièclci; ce psautier, en grand formai 
in-folio, conservé dans la bibliothèque de Trinity Collège à Candjridge 
(H. 17. Il, nous montre un porlrail du ropisle qui ri'm|ilil toute la page. 
Eadwin est tout à fait conscient de son inqiorlance et dit lièrenienl de lui- 
même : <i SiriploriiiN iirini-ejis cr/o iicc ohiliirn ilriiii-:'iis hiiis iiicd iirr /(liiid — 
l'rcdlidl liiiihriniiin jaiiui pri' scciiln ririnii. iiniciiiiiiii (ujns hlin ilrcii^: iiidi- 
riil liiijiis i. Si la posl(M'il('' ne parlage pas loul à l'ail l'ojiinion orgin'illeusc 

T. 11. — W 



HISTOIRE Î)V. I.AP.T 



que le prince des copisles avait de sa valeur, elle ne peut ce])endanl iné- 
connailrc la grandeur de son entreprise. Eadwin voulait faire un pendant 
au psautier d'Utreclit. Il copia, en cinq colonnes, les diverses versions de 
la Iraduclion des Psaumes avec les gloses. Trois initiales peintes, la plus 
grande pour le Gallicanum, sont en tète de chaque psaume. D'ahord. il no 
se conlenle pas de copier et de traduire en son style les minialuies du 

psautier d'Utreclit; il 
essaie de les transpo- 
ser; mais, après quel- 
ques essais, il y re- 
nonce, et, pour le reste 
de la série, suit exac- 
tement son modèle. 
D'ailleurs, il n'a pas 
l'ait seul tout le tra- 
\ail; on y constate 
l'intcrvenlion de plu- 
sieurs collaborateurs 
inégalement doués. 
Le style est tout t'i 
l'ait anglo-normand ; 
à cet égard, le modèle 
est resté sans in- 
lluence et la repré- 
sentation des mouve- 
ments a conservé une 
hardiesse remarqua- 
ble. Le contour net 
des figures, les vête- 
ments collés aux 
corps, lesprofils gros- 
siers rappellent les 
manuscrits de Saint- 
Albans. 

Si riches et lirillantes que soient leurs œuvres, les écoles de Saint- 
Albans et de Canterbury ne peuvent se mesurer avec les ateliers contem- 
porains de Winchester. Winchester, centre de l'ancienne école anglo- 
saxonne, a conservé ses vieilles traditions avec plus d'obstination. 
Commençons par un psautier en latin et en l'ranco-normand, qui, très 
probablement, l'ut écrit pour Henry de Blois, évèque de Winchester, 
avant MOI (Brit. Mus., Ncro Cl\'). Le texte est précédé de trente-huit 
miniatures aussi grandes que la page, dont la plupart traitent de deux ù 




l'iG. 'lô'J. — L'Enler. Miniature du psautier 
éciit pour Henry de Bloi-;, évèque de Winchester. 



LES MINIATURES - LES VITRAUX — LA PEINTURE MURALE 




quatre sujets. Les peintures sont mal conservées et l'on ne peut voir 
jusqu'à quel point les dessins bruns furent de simples lavis ou peints à la 
Cfouache. Le style — c'est ce qui le caractérise — essaie de concilier la 
vivacité anglo-saxonne avec les modes et la technique nouvelle. Les figures 
ont souvent une certaine violence de mouvements : le dessinateur aime sur- 
tout faire saillir fortement l;i lianclic, et lelTet est encore augmenté par le 
parti des vêtements collés aux corps; il recherche le mouvement et l'ex- 
pression, il s'efforce d'animer les visages et se donne lihre carrière dans 
les scènes du Massacre des Innocents et de la l'assion. Le goTd du fan- 
tastique sombre et sauvage, (pii a sûrement son origine dans le caractère 
du peuple saxon, s'exprime avec une force géniale dans le thème, naturel- 
lement préféré, du Ju- 
gement dernier, qui ne 
remplit pas moins de 
neuf miniatures. Dans 
la représentation des 
tourments infernaux, 
l'art anglais ne peut 
être surpassé. Sa créa- 
lion la plus originale 
est celle de l'Enfer con- 
çu comme une gueule 
énorme et grimaçante. 
Nulle part cette con- 
ception n'a pris une 
forme aussi effrayante 
que dans ce psautier. 

^lais le vrai chef-d'œuvre ce l'école de Winchester, c'est une Bible qui 
fut également illustrée sous l'épiscopat d'Henry de Blois. Lesti'ois grands 
volumes in-folio de cette Bible sont aujourd'hui conservés dans la calhé- 
drale de Winchester. C'est probablement celle que le roi Henri 11 prit à 
Winchester etdonna en cadeau au couvent de\\'itham, ([ui, entre 1 17") et 
1180, la restitua à ^\ inchesler. L'illustration avait été conçue de manière 
grandiose, avec miniatures aussi grandes c[ue la page, initiales en figures 
et ornements. Un ai'rèt doit s'être produit de bonne heure clans l'exécu- 
tion ; (die fui re|irise pcut-êli'c trente années plus lard, mais jamais a(die- 
vée. Il n esl pas faeile de discernei- les di\ci'ses parlies; les pbisancienncs 
sont déjà l'œuvre commune de deux artistes ; l'un d'eux se rattaidie |)lus 
étroitement que l'autre à la tradition anglo-saxonne, ('-"est cette main 
« anglo-saxonn(! ■> qui ;i cxc^'culi' Iduir la di'Cdralidn i\\i Iniisièuie \oluiue, 
notamment deux gi-andes pages couM'iles île dessins pour le premier 
livre des Maccabées et le livre île .ludilh. Parnu les nnnialiin^s achevées, 



miniqiiit. 

iwaacmj amw [ram tloUim Aou ■ 
J!)llçaftim.Ura-imrupbi;imTii[uit iniiiuir.irrjn 
Oitçnftjonu lUTtKi piytjpn.vripniTUii(^iia do 

aingialMrtr,dMabaTiûnilo Aradicaii mm 

(kOTTaUraOïniim mnfrrm,- 



itoicif.i raiiir.iditi:n u- mrminoium 
1"frrcbit flaicllatrdcr.vbcin.i£iiti Acradua 

l'Iml. Hasplorr. 



D.iif,' lu.nnl Ie> pivtios. JHninturc de la Dible 
«le la cathédrale de Winchester. 



511-1 IIISTOIRK DK LART 

la nifilicmc csl l'iiiiliiilc il'l'lsiliiis. L;i lcii(hiiicc à la stylisation y reste 
assez déiiiaisaiilc, mais l'iiiilinlr Iriiioi^nc d'iiiic \érilalile puissance d'in- 
vention ornementale; le i'eiiillaiie anglo-saxon en l'orme la base, mais 
cnlremélé de figures nombreuses, hommes nus et dragons. L'autre artiste, 
à peu prrs conienijioi'ain, suil dr plus pi'ès le style du psautier; les con- 
tours Irrs mouvemcnlés, le v(Memenl élroilemenl collé au corps avec les 
plis ramenés en l'aisceaux, en sont les traits caractéristiijues (voir notam- 
ment les initiales du Psaume LI, en particulier la scène oîi Doeg tue les 
prêtres (fîg. iljO). Nous ne pouvons parler de toutes les œuvres qui s'y 
raltaclicnl ; meiilionmiiis seulement quelques pièces capitales, de style égal 
et aj)parlenanl à la piemiére époque du règne d'Henri II : les Bibles du 
« Coi'pus Clirisii (lollege » à Cambridge (n" 2), et delà Bibliothèque du 
Lambelii Palace à Londres (n" 5); ensuite deux psauliers ti'ès analogues, 
remarquables par la ric-hesse des miniatures comme jiar rin\cnli(ui fantai- 
siste de leurs innombrables initiales; ils se trouvent à Glasgow (Iluntcrian 
Mus., U. 7). '2.) et à Copenhague (Bibl. Boyale, Fhott 145); les limites de ce 
lra\ail n(>usrnqi("'cli<'nl niaiheureusemenl d'insislcr sur (•(•s(i'U\ res. 

Le degi'é de pcrleclion cpie la pcinlure anglaise a alleint dans les 
minial urcs anciennes de la P»il)le di' \\ inchesler jiurait dû, si son évolu- 
liiin u'aNail pas subi d'innuences contraires, amener la formation d'un 
slyle 1res mani(''r(''. VA\f a ('li' arrêtée pai' une influence byzantine, 1res 
i'orle el liés duraiile, qui se fail seiilir dans la seconde moitié du 
xm' siècle. L'(''Voluli(in es! ici parallèle à celle de l'Allemagne conlempo- 
raine. La seule dirr(''rence est (pie l'ail allemand fui alleint axcc iiiiini- 
meiil plus de ^ iolence dans son originalib'', el ne pnl se d(''liarrasser des 
modèles (''Irangers avec aulanl de l'acililé ipie l'arl anglais. Résumons les 
effets produits par ces influences byzantines. Il faut noter tout d'abord la 
modilicalion des figures. Jusqu'alors la règle était de les allonger ou de 
les contourner ;'i plaisir: voici (pn^ les lois de la [iroporliou eiiirent en 
vigueur; elles exigent dans la forme une certaine largeur el une certaine 
plénitude. Le sentiment du modelé s'accentue. C'est ensuite une manière 
nouvelle de draper; les vêlements cessent de se coller étroitement au 
corjos en plis concentriques ; la draperie prend une grande liberté de mou- 
vement. En troisième lieu les types des visages eux-mêmes subissent 
l'influence de l'art liyzanlin: on reproduit les rajjjiorls de pro])ortion entre 
les yeux, le ne/, e[ la bouche, sourcils ar(pi(''S, ncux l'enduseii amande, nez 
élroil et recoui'lié, liouche jielile. lui oulre, on emjii-unle à l'art byzanlin 
toute une série de iêles caraclérisli(pics. 

L'ail anglais lira de celle influence byzantine un avantage essenliel : 
(Ml allait, à parlir de ce moment, comprendre mieux la forme humaine, cl 
réagir contre la conception purement OHiementalc qui a\ail juévalu. Sans 
doute, l'originalité nationale est en partie perdue, el le charme piquant 



LES MINIATURES — LES NITISAIX — LA PEINTURE MURALE 



-.17 




lie son slyle particulier maiiquo aux niinialurcs convenlidiincilrs, mais 
plus régulières, qui procèdent de l'art byzantin. Pourtant, il se l'ornie très 
rapidement un style nouveau qui met en 
œuvre ces conquêtes, mais reste indé- 
pendant. 

Comme premiers témoins de l'in- 
fluence, éludions deux miniatures du 
psautier d'IIcnry de Blois ; elles re}ir(''- 
senlcnl la mort de ^larie.el la Mère de 
Dieu sur son trône, entourée d"ar- 
cliant^es. Ces miniatures se distinguent 
très nettement des autres, bien qu'elles 
ne soient pas très postérieures. Ce sont 
p(ut-(''tre des copies de tableaux byzan- 
tins lapporlés par Henry de Blois de 
son voyage à Home en 1151-il')'J. 
Lécliantillon jirincipal du style nou- 
veau est un psautier exécuté vers la lin 
du xii' siècle dans l'abbaye de ^^'est- 
minster (Brit. Mus., lioyal ms. 2 A, 
XXII). Ici. plus rien d'aiii^lo-saxon. i.e 
Christ sur son In'uic de la Majcslas 
diiinhii est, jiour les projHirlioiis rt les 

draperies, entièrement imité de modèles byzantins. L'élément national est 
si bien refoulé que, devant cette miniature, on parlerait presque de séré- 
nité classicpie. Le même esprit se retrouve, sinon ;ivee une pureté égale, 
dans les auties miniatures, surtout dans 
l'Annoneialion : les tètes ici unissent une 
|ilénitude et une douceur particulières à la 
régularité du type byzantin; dans le vête- 
ment, la simplicité noble et tranquille de- 
\ ient presque monotone. La teclinicpie de 
la gouache est excellente, le fond d'or four- 
nil un repoussoir magnifique. 

L'influence byzantine est donc très efti- 
caee ici pour la transformation du style; 
mais il ne peut être question de copie 
d'après des modèles particuliers, comme 
(biiis le psautier de AMnchester; il s'agit 
pluli'il d une ins[iii'ation générale, d'un id(''al 
que s'est assimilé le peintre. C'est le cas de celui qui entreprit d'achever 
la Bible de Winchester, mais n'arriva pas au bout de son tra\ail. l ne 



FiG. 



- L'Annonciation. Miniature 
lie l'alibave de Westminster. 



(Iji-il. Mus,, liuy.ll i 



Qm ftatJTO adcnnrpanim' utBIito aradinlr 
dornidminMm- 



^ 



Phol Uasclull 
fi. i\'l. — Esquisse d'une minialure 
pour le Psaume CIX. 

(Bil.l. d.'\Vin.:li.-I.T) 



318 



HISTOIRE DE L'AUT 



esquisse iiour rilliisiralion du iisaumc CIX ic'|)r(''senlr la Trinité el deux 
rois sur leurs [runes; elle coneilie le calme solennel avec le mouveuienl 
élégant et léger des lignes et l'harmonie des proportions; c'est l'un des 
chefs-d'œuvre de la peinture au moyen âge. I^e même artiste, ou un 
artiste qui lui tenait de près, a exécuté un certain nombre de miniatures 
qui unissent à ce style épuré la force dramatique et le mouvement original 
de la période ancienne. 11 l'anl relever ici sui-tout les illustrations des 
psaumes I et CI. 

Quoique le uduilire des uianuscrils illustiés ait été très grand et leur 




.PllKTDjMfilil'.ilioiT.ljînitrlIfLrii 
_' lomifi: lijtiiti'd.lrjiljnipdnliad 

ion- fntdtno » >^fijiii 5rmifj)}H))iuIo iihI.iko . 



FiG. 'J'ki. — Miiii.-ilnio |M>iii' l'illiij^li.ilidii lin IVauiin.' \LIII. 
Coiiic du l'.-aulier U'UIioiIlI. 

(Ilil.l. ll;.l.. l.il. SSiO.) 



décoration très riche, il ne s'en est conservé qu'un petit nondire (|iii 
puissent se comparer à la Bil)le de Winchester. Le plus important est une 
copie du psautier d'LTrechI, la plus récente que l'on connaisse (Bibl. 
nat., lat. (SSi(i). Son oiigiae est incdunue; il y a <piel(pn' vraisemblance 
qu'elle ait été écrite à (lanterbiiry à la Ihi du xii' siècle; du moins la ver- 
sion des miniatures du texte serajiproche tout à l'ail du manuscrit d'Eadwin. 
On en a conservé huit grandes pages in-folio dont la plupart contiennent 
douze miniatures; on y observe quelques traces, assez rares, de l'influence 
byzantine; mais en général le style a déjà reconquis plus d'indé]ien- 
dance; l'ancienne prédilection pour les ligures dune extrême sveltesse 



LES MINIATURES - LES VITRAUX — LA PEINTURE MURALE 



rcapparaîl, sans poiirlanl aucune irminisccnce liltéralc des anciennes 
parties de la liililc de ^^ incliesler. Les (rails troriginalité iconographique 
sont rares; oc qu'il y a de plus élrangc est peut-être la scène des possédés 
dcGerasa, avec des nègres l'orl habilement caractérisés. Les illustrations 
du psauliei' suiM'ul la MM'sion d'Ividwin; elles nous intéressent surtout 
par la manière don! le 
modèle es! accouunodé 
au style nouveau. Le 
psautier d"L trcchl sait 
Iiarmoniser ses nom- 
breuses scènes dans le 
ciel et sur la terre a\ ec 
un vaste paysage; ici, 
au contraire, les plans 
sont nettement sépa- 
rés; les chaînes île 
montagnes deviennent 
des langues de terres, 
rubans serpentins dont 
le réseau couvre la mi- 
niature; le peintre ne 
comprend plus que les 
personnages devraient 
y être placés; il les met 
tranquillement au beau 
milieu du magnifique 
fond d"or. \o\v par 
exemple les illuslia- 
tions du psaumeXLll 1, 
oi!i les défenseurs de la 
forteresse, pleins de 
confiance en Dieu, se 
tiennent debout ou age- 
nouillés dans le fond 
d'or. Mais cette miniature (^lig. '2i-'>i montre aussi quelle piédilection 
avaient ces artistes pour les sujets de bataille. Avec quel plaisir et quelle 
habileté la sortie des guerriers en lr()U}ie n'esl-elle pas rendue! Le psau- 
tier resta inachevé; il fut continué, au xiv" siècle, par un peintre italien. 
Il n'est pas absolument certain que ce psautier provienne de Canter- 
bury; mais un autre groupe de manuscrits de luxe en provient certai- 
nement; ce sont les Bibles de Mainerus. Elles tirent ce nom du manuscrit 
princii>al (Bibl. Sainte-Geneviève, n"" 7-0). Le copiste parle de lui-même 




FiG. '2ii. — L'Enfer. Page d"un psautier. 

(riihl. rn\. deMiini.l), Clm. 831) 



r,2n iiiSTOir.E ni- i.'art 

a\o<' nue vnnioriliso qui rii|i]irlli' Ividwiii. 11 no vful pas qu'on doulf de 
sa léiiil iniih'' ri ci'oil niTcssairc de doniH'i- un liisl(M'i([U(' de sa l'aniille, 
avec une étymologie hardie dans la dcrivalion des noms. Mainerus étail-il 
uniquement colligraphe ou clai(-il aussi peintre? Nous l'ignorons; en tout 
cas, d'aulrcs ariisles ont lra\aiil('' à la lîililc. Il en est de même jiour la 
Bible Irrs analogue de la lîiliiidLlircpie nationale (i^al. 1 15." i-1 i ,').■"),*)) et 
pour le fragment tle Ponligny (Lat. iSiS^iTij. Si belle que soit la décoialii>n 
calligraphique et ornementale de ces Bibles, si riche et si important que 
soit leur contenu iconographique, leur valeur, pour l'histoire de l'art, est 
faible. Leurs ligures sont inférieures à celles des œuvres précédentes. 
Seule la décoration des tables canoniques mérite d'être relevée; ce sont 
des scènes du Nouveau Testament, avec de petites scènes de genre em- 
pruntées probablement au Bestiaire, d'un acc(Mil réaliste et d'une drc'ib^ric 
remarquables. 

La pi'édilection de l'épcique i)Our les miniatures fut si grande t[ue, 
selon toute apparence, la (piantité était parfois ])lus estimée que la qualité 
el (pie l'oi'iginalilé' de l'inN cnlioii n (Mail jias exigée. Nous en avons un 
e.\einj)le dans trois psauliers doni les minialiu'es ont dû être ti'('s appré- 
ciées. L'exem[ilaire le meilleur el le })lus liche esta Munich (dlm. Sôà) ; 
les deux autres, inférieurs el plus pauvres, sont ù Londres ( Brit. Mus., 
Arundel 157 et Boyal ms. I 1) X ,. L(^ premier a environ soixante pages de 
miniatures, avec plusieurs scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament 
et d'innombrables initiales. L'iconographie est ici plus importante que le 
style; en réalit('', nous y trouvons des compositions fort originales, par 
exemple un .lug(Miienl dernier en cjuafre miniatuics, qui commence ]iar la 
Miijcsiiis />(»;(////: le (llirist pose le pied sur des lions et des dragons; suit 
une image du ciel avec toutes les catégories des Bienheureux; puis la 
scène du Jugement proprement dit, la Bésurrection des morts, la sépara- 
tion des élus et des r(''pi-ou\ es : enlin un(^ repi'ésenlalion de l'iMifer d'une 
invention macabre. Ln pliable laisse des i'(''prou\ (''s enchaînés ensemble 
tendre vainement leurs mains vers les fruits d'un arbre el l'eau d'une 
source; ailleurs, ils sont rôtis sur le gril ou suspendus au gibet au-dessus 
du feu. Des évoques r(jtissent à petit feu dans une marmite, tandis (pi'un 
diable, assis sur leur dos, les y enfonce. Ce Jugement dernier doit avoir 
été célèbre; cinquante ans après, plus tard même, il a été copié, en formes 
gracieuses imitées du gothique, dans un [isautier de provenance probalib}- 
menl londonienne (Cambridge. Ti-iuily Collège, B. xi, il. 

La miniature en Allemagne. 

La miniature allemande du xii' siècle n'a presque rien sauvé de ses 
conquêtes artistiques de la période olhonicnne; même les régions jusque- 



LES MINIATURES — LES VITI'.AUX — LA PEINTURE MURALE 



là au premier }ilan. les pays du Rhin suitoul. passent au second, du 
moins pour la miniature; les centres nouveaux se forment de préférence 
dans les endroits et les contrées qui n'avaient joué, jusqu'alors, qu'un rôle 
modeste. Des divergences de style très accentuées se manifestent pendant 
tout le \if siècle. D'un côté, ce sont des dessins à la plume, d'une note 
extrêmement sévère et simple; de l'autre, des peintures à la gouache 
d'après des modèles byzantins. Ce n'est que vers la fin du xu' siècle que 
les inlluences byzantines triomphent 
partout et inaugurent un nou\cau 
style. 

ÉX'OLES DU SUD-EST. — Depuis le 
commencement du xi' siècle, à 
Ralisbonne, des inlluences Ijyzan- 
tines, conséquence naturelle de la 
situation géographique, avaient joué 
un rôle important dans la formation 
du style. Au cours du xii' siècle, 
ces influences sont si fortes, dans 
l'Allemagne du Sud-Est. c|ue les élé- 
ments byzantins y deviennent pré- 
pondérants. Salzbourg, siège de 
l'archevêché et centre ecclésiastique, 
est aussi, à cette épocpie, le centre 
artistique; il étend ses ramifications 
de tous côtés. L'œuvre la plus bril- 
lante, sinon la plus ancienne, de 
l'école de Salzbourg, est le Lection- 
naire du couvent Sainte-Ehi'enlrud à 
Salzbourg i^Munich, Bibl. roy.,Clm. 

loOO^). Sa décoration est surtout orncmenlale. La i)lus grande miniature 
représente, sur une demi-page, le Christ à c[ui saint Paul et saint Pierre 
offrent leurs hommages. Les initiales ne contiennent, pour la plupart, que 
des demi-figures : la Mère de Dieu avec l'Enfant Jésus et l'inscription 
« Sancta Theotocos », ou un Christ ressuscité. Types, composition, dra- 
peries sont enqiruntés au modèle byzantin: seule une certaine fermeté 
un peu sèche trahit la mentalité romane du peintre. A la qualité des pein- 
tures répond la l)eauté ornementale de la décoration; elle met le manuscrit 
au niveau des chefs-d'œuvre de la période othonienne. Les initiales se 
composent de grandes fleurs qui rappellent l'acanthe byzantine. Çà et là. 
des animaux sont entremêlés aux tiges. La perfection technique et I liai- 
monie des couleurs vont de pair dans ce chef-d'onivre. 

La plupart des œuvres qui se rattachent à l'école de Salzbourg sont 

T. II. — il 




FiG. '2io.— I.i-Cliri 
Leclioni.aii-cde: 



l fulre saint Pierre et saint Paul 
aiiile-Elirentrud de Salzliours- 

.11- Munit-Il. CIni. 13911?.) 



:,-11 HISTOIRE DE L'ART 

(le Iravail plus grossier el de style plus maniéré. Le style es! maniéré 
parce ({uOn veut lriom]iher des modèles byzantins et transformer leurs 
types; l'iconographie, de même, révèle de nombreux détails byzantins, 
sans toutefois cjuc la marque originelle de la pensée occidentale dispa- 
raisse complètement. Elle reste comme un noyau solide sous la gangue 
byzantine et se manifeste surtout dans certains dessins à la plume. 

Cette marcIie parallèle de deux lerliniques se retrouve dans une des 
leuvres les plus riches de récole, l'Antiphonaire du couvent Saint-Pierre 
à Salzbourg (vers 1100). La peinture à la gouache passant pour une 
technique plus noble, les miniatures principales lui sont réservées. Le 
dessin à la plume noir et rouge, sur fond de couleur, n'est qu'un modeste 
auxiliaire. Notre goùl moderne n'en préfère pas moins ces simples dessins 
aux reluisantes peintures à la gouache. C'est avec les moyens les plus 
simples que l'arlisle a été le plus expressif. 

L'école de Salzbourg se proposait prinripalenient d'exéruli'r des 
li\res liturgiques et des Bibles. L'illustrai i(tM de la Bible surtoul olfrait à 
la peinture un champ d'activité nouveau el très fécond. Ces manuscrits 
sont tous de format géant; les miniatures, au commencement des livres, 
remplissent facilement toute une page. On a coutume ensuili' dedi\iser 
en plusieurs parties cette grande surface; ce (pii, à l'occasion, donne lieu 
à des formes ornementales qui rappellent les médaillons de la peinture sur 
verre. C'est le cas de la Bible d'Ei'langen (^Bibl. de l'Université, Cod. Ô68j 
qui, dans la deuxième moitié du xii" siècle, fut achetée pour Saint- 
Gumperl à Ansbach. Une autre Bible de même style fut achetée pai- 
l'abbé "Walther de Michaelbeuern (llfil-1190) pour son abbaye, où le 
premier \ olume est encore conservé. Une troisièmi^ Bible appartient au 
couvent Admonl en Styrie; on la fait remonter au fondateur, l'arche- 
vêque Gebhard de Salzbourg (1081); celte tradition n'est juste qu'en 
partie : la Bible provient de Salzbouig, f)ù les deux autres Bililes ont jni 
également être achetées. 

Salzbourg n'était pas le seul endroit où l'on cultivât la miniature. 
Nous possédons encore de l'abbé ^^'alther de ÎNlichaelbeuern un manu- 
scrit illustré (Munich, Clm. S'271) qui suit de près les modèles de Salz- 
bourg; de 1 178 date un livre d'Évangiles analogue du cloître de Banshofen 
(Oxford, Bodl., Canonic. Bibl., lat. (iO). Ces œuvres se rattachent 
étroitement à l'école de Salzbourg. Batisbonne, au contraire, à cette 
épocjue, n'a ]ias complètement perdu son indépendance aitistique. On peut 
suivre ici l'évolution dans une série de nuuiuscrils illu>lri''s à la plume, 
qui provicnneni en partie du cloître voisin de Prufening. A parlirde 1158, 
le bibliothécaire W'olfger et le frère Swichcr y exécuLèrenl une >■ .Mater 
A'erborum » (Clm. l.jOU'2), dont les miniatures montrent les vertus, les 
vices et leurs conséquences en des exemples historiques. Ces dessins sont 



LES MINIATURES - LES VITRAUX - LA PEINTURE MURALE 523 



d'oxcellcnis rclianlillons (lu slyle roman srvi'-iv, sans hyzanlinisnie, et 1res 
dignes d'allrnlion. Même avec l'('m[>li>i de la gouache, le slyle y reste 
exempt de byzanlinisme. Témoin le Kaloidariiim ncrrologirum de Talihaye 
Obermûnster de Ratisbonne (fin du \\f siècle; Munich, neichsarchiv.) ; la 
miniature principale représente le Paradis; des anges porteni les Ames 
dans le sein d'Abraham, qui Irùne dans une mandorle sur l'arc-en-cicl. Le 
Paradis est indii|nr> par les lleuves. les jdanles el les colombes. L'eiret 
d'ensemble, comparé avec les 
œuvres de Salzbourg, est sim- 
ple et lourd; il n'y a aucune 
trace d'inllucnce byzanline. 

LES ÉCOLES DU SL'D-OCES'l 
(SOVABE ET ALSACE). — La 
grande imjioiiancc, à r(''poqiie 
othonienne, des abbayes béné- 
diclines situées près du lac de 
Constance, aurai! dû, selon 
toutes prévisions, rxercer une 
influence ])lus l'orle sur l'arl 
roman. En réalité, les analogies 
sont insignifianles; an con- 
traire, c'est précisément la 
Souabe qui, vers le milieu du 
xii" siècle, représente surtout 
la sévérit('' du slyle dans le 
dessin à la plume. Une série 
de cloîtres souabes ont con- 
servé plusieurs manuscrits 
illustrés qui jellenl un jour 
complet sur cette évolution. 
Une originalité mar(pu''e se 
révèle surtout dans les oeuvres 
du cloître de Zwiefallen. La ]ilus belle épo([ue doit a\ oir commencé 
peu après 1150; les œuvres principales sont le Clironicon Zici/allctisc 
mimis (Stuttgart, Bibl. roy., Ilisl., in-f", '/.ir)) et un Passionale (in-f, 5G-:)8). 
La ligne sans doute es! Inin daNoir la souplesse expressive qu'elle 
acquerra au xin^ siècle Ici tout est encore loTU-d et pesant; le vêtement 
est traité avec une grande pauvreté de motifs; il se colle au corps el 
circonscrit la poitrine, le \eii|n\ hvs genoux, de lignes ovales qui se 
répètent avec régularité; on bien il se développe en séries uniformes de 
plis aux arêtes cassées. Le charme particulier de ces miniatures est dans 
l'effort louchant que fait l'artiste pour donner, avec son mince bagage de 




îiû. — Lv^ ailles portant des âmes 

dans le sein d'Aljiahani. 
Km nen-nlnglciim de Taliliaye Obermilnslr 
de Ratisbonne. 
(Municil, Kciclisarcliiv.) 



.'2i HISTOIFΠDE L'ART 

proci^'dés, uni' l'orme jilasliquc à des oljjcts qui drvuionl lui (Jiij)08(;r d'in- 
nombrables difficultés. 

Ce style paraît ne pas avoir duré, dans FAllemagne du Sud-Ouest, au 
delà de la lin du xii" siècle. Vers J200, l'imitation de modèles byzantins 
est partout la règle. L'œuvre la plus intéressante de la période de transi- 
tion est j)cut-èlrc le célèbre llorlus deUciarum de l'abbesse du cloître de 
Ildiicnliurg (Saintc-Odilei, Herrad de Landsberg. Le manuscrit a été 
détruit en 187(1, lors du bombardemenl de la Bibliotbèque de Strasbourg. 
Nous n'avons, pour juger celle (cuvi-e, que des i-éj)liques et des copies; 



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Fk;. '217. — C.riu-ili\ii>n syniLidliiiiio. .MinialiiÈO de VUinlnx deliri,inim. 

mais les Irails fondamentaux sont si clairs, si évidents, ipiil nous esl 
possible de déterminer les courants essentiels qui viennent s'y UK'danger. 
l.'lliirlns (h'Iiciantin lui-même est un travail de compilation, où l'auteur 
a tiré de sources multiples une encyclopédie des connaissances néces- 
saires; la décoration, comme le texte, garde les traces de nombreux 
modèles : traces d'influences occidentales et byzantines, innovations, 
vieilles traditions s'entrecroisent dans l'esprit de l'artiste. Mais quels 
que soient, dans les miniatures, les emprunts iconograpbiques ou stylis- 
tiques, on ne peut y méconnaître une individualité artistique, et une indi- 
vidualité fort originale. Cette miniaturiste se distingue, tout d'abord, par 
sa prédilection pour tout ce qui est étranger, fantastique et bizarre. C'est 
ainsi seulement que l'on comprend pourquoi elle donne un cycle de scènes 



LES MINIATURES - LES VITRAUX - LA PELNTURE MURALE 



(Mnjtruntées au Nouveau Teslauii'iil ([ui se rallachc à riconogra|iliie 
byzantine, sans les transformations et modifications que tout peintre occi- 
dental y aurait apportées. Kl, parmi les modèles byzantins, elle a clioisi 
les plus riclies et les plus oi'it>inaux. Comment Herrad a-l-elle trouve le 
modèle vieux-byzantin quelle doit avoir utilisé ici? Où a-t-elle puisé une 
connaissance si parfaite des Jugements derniers byzantins, cpi'en les imi- 
lani, mais sans les copier exactement, elle nous donni; la révélation la 
plus complète du type byzantin? Et, à côté, nous trouvons une quantité 
d'autres compositions qui n'ont absolument rien de byzantin; on y voit 
apparaître les allégories et les 
symboles de la peintuic pliilosn- ^r ~~-- 
[ilii([ue occidentale. Cr sont les 
miniatures qui ont pour modèle 
l'illustration de la l'.'<ii<li(iiiiii(liir 
de Prudence et qui remplissaient 
dix pages du manuscrit : la Sii/icrhiii 
bien connue, lièremenl campée sur 
son clicval et sa peau de lion; les 
\'ertus et les Vices marcha ni au 
combat, en longs cortèges, dans 
un costume d'amazones imagiiK'' 
d'a}Hès l'accoutrement des clie\a- 
liers de l'épocjue. XOici aussi 
l'Eglise représentée comme une 
citadelle oii se réfugie le croyant: 
la Philosophie personnifiée : à ses 
pieds, sont assis Socrate et Platon ; 
de son sein s'échappent six lleuves 
auxquels correspondent les ligures 
des Arts libéraux, etc. 

A W'eingarten, vers la tin du 
XH' et au commencement du xiii' siècle, l'activité artistique a été très 
grande. On abandonne alors complètement la technique du dessin à la 
plume; les manuscrits sont richement illustrés à la gouache. L'œuvre 
capitale de l'école est un missel, exécuté sous l'abbé Berthold (1200- 
i-I^'I), conservé dans la bibliothèque de lord Leicester à Holkham Hall 
(Norfolk). L'artiste, un inconnu, était tout d'abord un ornemaniste 
éminent, moins par la richesse des formes que par le sens du coloris; 
ses ornements en argent sur fond noir sont d'un grand elïet, et très origi- 
nal. Son style trahit de multiples intluences. ^Mais tous ces éléments sont 
repoussés au second plan |iar l'individualité marquée de l'artiste, l'arloul 
il s'efforce de metlie de l'originalité dans ses composilions; il donne une 




FiG. iis. — LArniuiiiialion à Zacluiiie. 

jAIissel lie rabbé Berthold. 

(Bilil. lie lord Leir,>s(or.) 



:,^}r, HISTOIRE de laht 

vie nouvelle ;iu\ Uirines anciens; il essaye d"ajiiu-olV)ndir l'expression. Il 
est délicieux, quand il conle l'Adoralion des Mages, les détails et les épi- 
sodes de leur voyage et de leur arrivée. Mais le peintre n'est pas seule- 
ment un conteur naïf; il sait aussi prendre, à l'occasion, un ton solennel 
dont l'effet est très persuasif. Dans l'Annonciation à Zacharie, par 
exemple, l'autel est entouré de colonnes; à droite Zacharie, à gauche 
l'ange; leurs tèles seules, en partie cachées par les colonnes, se l'cjoi- 
gnent par-dessus l'aulel; ils se regardeni dans les yeux, conscients de la 
solennité du moment, (le sont des (rails qui déjà font pensera Giotto. 

Au style de la Ilaule-Allemagne se l'attachent quelques travaux exé- 
cutés sur le Rhin moyen; ils se groupent autour du nom de sainte Hilde- 
gard, l'ahliesse du cloître de Rupertsberg (près de Bingen), célèbre par ses 
visions (f 1197). L'illustration de ces visions que la sainte a décrites dans 
le livre « Scivias » (c'est-à-dire sci rias doinini) est bien plus intéressante 
fjue son prétendu livre d'heures (Munich, Clm. 05.^). Le magnifique manu- 
scrit (Wiesbaden, Landesbibl., in-f', 1), qui provient de Rupertsberg, 
représente les visions en trente-cinq peintures à la gouache. Le style de 
ces miniatures est très primitif. L'or, l'argent, les couleurs sont splen- 
dides; mais le principal intérêt réside dans le sujet, dans le caractère 
sombre et fantastique des scènes qui raj)pellent les apocalypses espa- 
gnoles. En fait, aucun sujet n'ari'ete l'artiste. Avec une force plastique 
aussi bizarre que naïve, il sait expi'imer ce qui entre dans nos concep- 
tions et ce qui les dépasse. Il peint la Synagogue aveugle, comme la vision 
l'exige : le haut du corps lilas, les pieds rouges; en sa poitrine trône 
JMoïse, en son cœur Abraham, en son venti'c les Prophètes. Il fait du 
diable un monstre; de sa gueule s'échaiipent des flèches et de son coi'ps 
des torrents et des nuées. Il peint la tin du monde ilans le Jugement der- 
nier et enli-evoit la magnificence de l'au-delà. C.liose singulière, ces illus- 
trations si importantes ont été à peine remarquées dans l'histoire de 
l'art; de même les illustrations des Visions de sainte Mathilde, qui se 
ti-()uvent dans un manuscrit d'origine allemande et du xiu*^^ siècle à 
Lucques iBibl. governativa, n° lOi^i. 

BAs-RUlN, WESTPiiMJh: h'T SAXh'. — (Ic qui Caractérise l'évolution de 
la Haute-Allemagne, c'est que, s'écartant du lihin, elle a abandonné les 
centres dont l'inlluence juscpialors avait prévalu. Le fait se reproduit égale- 
ment dans l'Allemagne du Xord. La miniature rhénane du xif siècle est 
dépassée par celle des régions c|ue limitent la \\'eser et l'Elbe; les centres 
qui se placent le plus vile en tête de l'évolution se Iniuvenl précisément à 
l'Est. Par op}i()sition avec la Ilaute-AUemagne, la peinture à la gouache 
prédomine; le dessin à la plume est très rare. Le slyle, en ses principes 
fondamentaux, se rapproche du style haut-allemand, tel yu'il apparaît 
dans les dessins à la plume. Les traces d'influences byzantines n'ont pas 



LES MINIATURES — LES VlTIiAlX - LA PEINTURE MURALE 



ilisjiiii'ii, mois elles ne joiieiil qu'un r(')le presijue néi;lige:il(l(' diins l'im- 
pi'ession d'enseniljlc, el n'inlervicnnenl pas du toul dans le coloris (lui 
l'esle jjrillanl et clair. 

Un (les premiers échanlillons du slyle nouveau don! on puisse fixer 
la date, est le manuscrit des « Episloho el opuscula llieroiujnti ", éci'it sous 
rarchevêquc Frédéric de Cologne (1099-1151) (Cologne, Dombibl., 
in-f", ùO I. Le frontispice relève du style roman sévère. Dans le plan inter- 
médiaire trônent, en haut, le ChrisI, en has l'archevêque; les bustes des 
Apôtres et des Prophètes occu- 
pent les bords ; dans les coins, 
en médaillons, les vertus car- 
dinales. Le fond est bleu avec 
cadre veri. Cet agencemcnl 
complexe de l'ensemble et du 
fond est l'objel d'une prédi- 
lection ]iarli(uiirre dansloulc 
la peinture de lAllemagne du 
Nord au xii" siècle. Il dispara il 
brusquement vers 1200. 

Les manuscrits de style 
roman sévère, exécutés à 
Cologne et aux environs, n'ont 
pas, en général, une grande 
valeur artistique. Nous nous 
contenterons de citer un évan- 
géliaire provenant de Saint- 
Pantaléon à Cologne (Stadt- 
arehi\-, \^^."l'2 ai, qui révèle, 
au moins dans les types de 
lèle, une liés iorte influence 
byzantine. L n Péricope, riche- 
ment illustré, de provenance inconnue (Bibl. nat., lat. IT.l'i.';)!, est jieul- 
ètre une oeuvre capitale de la miniature rhénane. Diverses particularités 
de style paraissent fonder cette hypothèse; mais, jusqu'à ce jour, le manu- 
scrit n'a pu être rattaché à aucune école. De vastes et simples eonq)osi- 
tions,que soutienneul le senliment intense de la grandeur et la profondeur 
de l'émotion, racontent la vie du Christ. Rien, dans les pays rhénans, ne 
peut leur être comparé ; on ne trouve leurs émules que dans l'art saxon. 
La ^^'eslpllalie et la Saxe n'ont joué, dans l'évolution de la peinture 
othonienne, et jusqu'à la (in du \i" siècle, (pi'un rôle é|ili('nièrc cl subal- 
terne. Le brillani épanouissenieni de cei arl vers le milieu ilii xii' siècle 
est d'aulanl jilus sur'prenanl. On peut rele\cr (rois cenires principaux, 




- Mort de la Vi(_Mge. Minialiire il'im Ptricope 
attribué à Técole rliénane. 
(Bilil. nat., lat. 17325.) 



IIISTUllili DK LAIi'l 



sans vouloir y laii-c cnlrrr toulc la masse des proihirlious coiileiiiporaines : 
les cloflres des bords de la Wescr, Hildesheim et Halbcrstadt. 

L'école des cloîlres de la \\'eser: Korvey, Ilelmwardeshauscn sur la 
Diemel, non loin de la A\'eser et des cloîlres voisins, n'est pas la plus 
ancienne, mais c'est, des trois écoles, la plus conservatrice. Ses œuvres 
capitales sont le Livre de Fraternité, de Korvey, que le prieur Adalbcrt 
(1147-1170) fit exécuter (Munster, K. Staatsarcliiv, nis. 1. 15.")), et le Livre 

d'Evangiles qu'après 117." le 
moine Iler-iman, du cloître de 
llelmwardesliausen, a exécuté 
sur la commande d'Henri le 
Lion poui' la (•ath(''di-ale de 
Brunswick. 

Si un prince aussi remar- 
f[ualile (prilenri le Lion cboi- 
sissail un ai'lisie dans le 
rloilic de 1 lelmwardeshausen, 
pour lui taire exécuter des 
manuscrits de luxe, c'est que 
cet atelier a^■ait une grande re- 
nounnée. llelmwardesliausen, 
on le sail, était déjà vers jIOO 
réi(''l)re j>ar si's lra\aux d'ai'l 
industriel; les miniatures du 
Li\re d'Evangiles prouvent que 
la |)einturc en l'id l'orlcnient 
inlluencée. La sonq)luosilé de 
la décoration va si loin cpie la 
miniature elle-même risque 
d'être écrasée sous les orne- 
ments. Les tableaux nombreux 
qui, pour la plupart, sont réunis 
deux à deux sur ime page, sont 
placés dans un cadre ornemental composite; des Prophètes en médail- 
lons et des représentations typologiques occupent les coins. A la Mise au 
tombeau et à la \ isite des femmes au Sépulcre s'ajoutent, par exemple, 
quatre scènes empruntées au Bestiaire (Phénix, Pélican, Lion). Dans la 
surabondance de la décoration, les figures sont négligées; même dans 
l'œuvre de Heriman, incomparable pour le charme de l'ornementation, 
elles restent très inlV'rieures à ce qui se faisait à la même époque à 
Hildesheim. Le fait que saint Thomas de Canterbury ligure dans le 
frontispice, où le Christ de Majesté, entouré de Saints, trône au-dessus 




Ph.il Uascliiff 

2:)0. — Les Saintes Femmes au tombeau. 
Missel du prêtre Henri. 

(Coll. .lu comte I-'iirsU.nlicrg-Stamiiiliein ) 



LES MINIATURES - LES MTP.ALX - LA PELXÏURE .MUllALE -.29 

du couple ducal, prouve que la uiiniature est postérieure à 117.". 
L'œuvre la plus ancienur du slylc roman en Saxe se trouve à 
Ilalberstadt; c'est le leclionnaire du chanoine Markward, mort en 1I4S 
(Ilalberstadt, Domgymnasium, n" \~)2). Mais le centre véritalde de la vie 
artistique en Saxe est Ilildeslieim. La nouvelle miniature entre ici en 
scène, peu après lloO, avec deux œuvres très importantes. En IIÔO, un 
concile provincial, à Erfurt, avait permis la canonisation de l'évèque 
Bernward. Cet événement donna naissance à des livres liturgiques de 
luxe. On a conservé le Sacramenlaire que le i)resbyte et moine Ratmann 
acheva en 1 lôDiIIildesheim, Domschalzi, et un missel, exécuté par le pres- 
liylc llenii de Midium (?i, qui appartient au coude Furstenberg- 
Stammheim. Ratmann et Henri se resserrd^lent tellement comme artistes, 
qu'il eût été impossible de distinguer leurs travaux respectifs, s'ils ne les 
avaient signés. L'œuvre d'Henri, cependant, est la plus riche ,'i tous 
égards. Ses miniatures annoncent, on l'a dit avec raison, la Bible des 
Pauvres. Prenons })ar exemple les Femmes au Sépulcre > lig. I'oOl Le 
chani)) de la miniature est divisé en neuf pai'iies : au milieu, la scène 
j)rincipale : à gauche les guerriers endormis; à droile le Projihète célé- 
brant le Tombeau lEsaïc, XI, 1(1): en haut, au milieu, un homme que la 
main de Dieu fait sortir du sépulcre, le Ressuscité, d'après le Ps. L\\, 0: 
à gauche, Elisée ressuscitant l'enfant : à droite, Samson chargé des i)ortes 
de Gaza; en bas, au milieu, sur mi arbre, le Phénix; à gauche, Banaias 
égorgeani le liun (H. Rois, xxni, 'idi, et l»a\id tuant (joliatli. Ainsi, outre 
la prophétie d'Esaïe, six sujets symbolisant la résurrection et la victoire 
sur la mort ou le diable. Celte multiplicité de symboles s'organise, dans 
presque toutes les luiniaturcs, en un agencement de cadres; le fond d'or 
se réduit à de petites surfaces. [Mais, si compliquées que soient ces 
formes, l'ornementation, contraii'ement aux habitudes de l'école de Helm- 
wardeshausen, resl(^ au second plan. La vi\acilé ])rillante du coloris, la 
netteté des conhuirs noirs conlrii)uent pour une part essenlieile à main- 
tenir la clarté de l'enscudjle. Une certaine sérénité solennelle résulte du 
mouvement lourd et mesuré des ligures et du calme de leurs attitudes. 



II 

LA MINIATURE DES XIII ET XIV SIECLES 

La miniature en France, de Pliilippe Auguste à la mort de saint Louis. 

Charlemagne a\ailcouqilèlemerd réfoi'uu' 1 art du li\ree[ delaunnia- 
lure. Après lui, c'est le règne de saint Louis qui a vu s'accomplir, dans ce 

T. II. — i'i 



530 lIlSIOlliK Dl' I.'AliT 

(loiiuiine, la l'ùx uliilioii la plus prolondc ; aucun pi-iiicc n'y a jiris une 
pari aussi personnelle. < >n j)eul parlei- sans li(''sita(i()n, en miniature, ilu 
« style saint Louis ». Il est \ i-ai (pie les l'ruils. arriM'-s à maturité sous son 
i-èt^ne, étaient déjà eu llrui' sous celui de l'Iiilippe Aus;uste. Paris, fpii. 
jusqu'alors, avait à peine un nom dans l'histoire de la miniature, prend 
aussitôt un rôle directeur. (Test l'heure où naît l'art que Dante a célébré: 

. . . l'oïKir (Il (jiicll tnic 
('.II' (lihuiiiiiiir (' rliiaiiiiild in l'arigi. 

Les causes de ce succès sont très dJNcrses. C.'csl a\ant tout l'impor- 
tance qu'a eue l'Université de Paris: la riche litléiature à laquelle elle 
donna naissance créa et développa autour d'elle des moyens d'expression. 
Il faut un grand nombre de manuscrits, car les étudiants accourent de 
tous les |>ays: la production et le conuneree des livi'es en iec()i\enl une 
impulsion puissante, ('.est aussi la grande \ aleur scienlilitpie et ecclésia- 
li(pu^ ipi'onl tous les livres parus sous les auspices de rUniversid' de Paris. 
On désire que les copies se règlent sur les textes modèles collationnés à 
Paris; c'est à Paris que paraissent les livres bililiques et liturgiques ; ils 
se répandent partout. Il s'était constitué jjour la copie, la reliure et le 
commerce des livres des corporations de métiers; les copistes la'iques 
l'cmplacent maintenant les moines (pii, au xii' siècle encore, mellaieni 
t;int de zèle, dans les grandes aljbayes, à augmenter les biltliolhèques. 

Sans doute l'arl et la science n'allaient pas toujours de pair, el ITui- 
versité, si l'on en juge par les manuscrits de la Sorbonne, n'eût probable- 
ment pas sufti à donner à l'école des miniaturistes parisiens la valeur d'art 
à la([uelle elle s'éle\a. .Mais le jurisle bolonais (Jdofredo raconte qu'un 
étudiant ])arisien se ruine }iour ses nuinuscrits, qu'il l'ait peindre en lettres 
d'or, comme pour ses achats de souliers, c fccil libros suos Ixibuinare de 
lilli'iix fiiu'cis «. A la lin du xii' siècle, Daniel de Morley se plaint déjà que 
les étudiants, avec leurs livres en lettres d'or, <• rodircs iniporlabiU's aurcis 
lillcrls .>. prennent trop de place dans les salles de cours à Paris. 

Plus encore que l'Université, la faveur royale donna à l'école des 
miniaturistes parisiens rimjiorlanci' arlisli(pii' (pii la rendil célèbre. 
Depuis la nuilheureuse reine Ingeburge, éjiouse de Philijipe Auguste, 
les membres de la maison royale, les princesses du moins, s'intéressent 
aux manuscrits de luxe. Blanche de Gastille les aime et les recherche; en 
i'2V2, elle achète trois psautiers à un copiste d'Orléans. Sous le règne de 
saint Louis enfui, la production artistique bat son plein. Le roi, qui lisait 
avec zèle les Saintes Lcrilures, se constitua une bibliollièque dans la cha- 
pelle du Palais, à l'instar des princes orientaux; GeolTroy de Beaulieu 
nous l'affirme. Ses nianuscrils de luxe, dont une partie seulement a été 
conservée, prouvent qu'il a dû occu}ier des équi[ies de miniaturistes et de 



LES MIXIATl HES - LES ^"ITRAUX LA PEINTURE MURALE ôni 

copistes. Nous aurons à rcxcnir sur ci's d'uxri's. Marguerite de Provence 
donne au franciscain (iiiillainne de l!ulirucl<. iiartnnt en mission clicz le 
l\iian des Tartares. un « pxdUcriinii imldicrfiinum. in i/im cirinl picliir;!' 
nililc piilrln:-!' '■, et le livre plut tant aux Tartares « proplcr diircus pirla- 
i(is », (pie Guillaume de liuhruck n'osa le leur réclamer. 

La miniatui'e nouvelle qui. dans la première partie du xiii' siècle, 
s'épanouit en France, à Paris surtout, très probablement, ne se rattacbe 
pas en ligne directe à celle des écoles précédenles. La miniature romane 
il la peinture murale avaient toujours sui\i unr é\oluli(in parallèle. Mais 
la transformation fut décisive quand les nouvelles formes architec- 
lurales, en supprimant les surfaces murales et en faisant prévaloir les 
vides sur le- plriii-.. donnèrent au\ \itrau\ loidi' l'importance <'l tout 
l'iidérèl. ( )n \uuiul atteindre les mêmes etlVls en miniature et y retrouver 
le retlet de ce qui faisait, dans les églises, l'olijct d'iui(> inlassable admi- 
ra lion. 

L iniluenee tic la peinture sur \('rre fut tlone ju'ofontle sur le style, la 
technique et le coloris, et il e.-t curieux de voir avec quelle facilité la mi- 
niature sut s'accommoder aux nouveaux modèles. Sans doute, le grand 
style « monumental »\ jiei'dit beaucoup: mais la peinture sur verre avait 
déjà renoncé à placer dans les femMres de grandes ligures et de vastes 
compositions; ellr axait préfi'ic' diNiser les surfaces en de nombreux 
compartiments et encadrements ornementaux où sont inscrites de gra- 
cieuses scènes. N'était-ce pas très conforme au caractère de la miniature? 
L'amour dr la délical(>ssc et dr la miiiufir pou\ail-il mieux s'affirmer 
(pieu r(Miuisant la jiage à une séi'ie de médaillons, de losanges et de poly- 
lobes ? Mais. |)our ne dire (pn.^ l'essentiel, c est surtout dans le sentiment 
delà couleur que l'on jieut constater rinlluence de la peinture sur verre. 
Elle est, à proprement parler, l'art de la couleur; elle veut non pas repré- 
senter la réalité dans sa variété, mais créer une mosaïque de verre, une 
tenture translucide où les plus belles tonalités se fondent en un ensemble 
harmonieux. Le rouge rubis foncé et le Ideu dominent, le Ijiuii et le vert, 
les autres couleurs ensuite, y font leur ap|)arition. mais de manière acces- 
soire. Est-ce le fait du iiasani. si. dans la iiiinialure fran(;aise du xiii" siè- 
cle, la gamme des couleurs est à ce point réduite, si la tonalité 
pourpre, entre le rose et le brun, se partage la prépondérance avec le 
bhni. ne laissant aux autres couleurs (pi'un n'Ae secondaire .' 

Sans doute, ce serait une erreur de ne \(jii' dans les miniatures ([ue 
des vitraux sur |)archemin. \ ouloir reproduire tout l'elfet des couleurs 
Iranslueides eùl r\c nue absni'dib'' <''\idenle. Li^s luiiiial urisles savaient 
liirii que leur loi-ee ri'sidail .lillenrs. Aux eouieui's ardenli's du \ili-ail, 
ils ]iouvaient opposer léclal dr for: s(ni emploi artislitpie atteignit à des 
i'aflinemenls extrêmes. Aucun aiiisle de l'époque, excepté peut-être le 



IIISTOIRK DE LAHT 



tailleur d'ivoire et Forfèvre, ne peut, comme le uiiniaturLste, donner une 
idée parfaite du goût rallinéde l'art de cour. 

Piu:mu";iu-. i-kriodi: i I'JUO-I '_'">( I). — L'évolution de la miniature 
gothique française se divise en Irois périodes. La première va de 1200 
à L2-"»0. Les manusnils illiisl n'"- sont légion. Voici im essai de classi- 

lication purement chronolo- 
gique et stylistique. 

Chefs-d'œuvre de la pre- 
mière période : 

PSAuriEiis. — Le psau- 
tier est le Hm'C indispen- 
sal)le de la femme nohle; 
comme la mode du vèle- 
nienl, le psautier nous mon- 
lii'. presque de dix ans en 
dix ans, les phases diverses 
de l'évolution. 

a] Psautier de la reine 
Ingehurge (f l'25(i), femme 
de Philippe Auguste (musée 
Condé à Chantilly). Le ma- 
nuscrit qui ouvre cette série 
ne s'y rattache qu'en une 
certaine mesui'c. Les in- 
scriptions du calendrier 
}irou\cnl qu'il l'ut la pro- 
pri('lé de la reine Ingehurge. 
Le caractère du style permet 
de lixer la date aux environs 
de PJOO. On peut aussi con- 
clure du calendrier et de la 
liturgie, que le psautier était 
destiné à une dame du continent; cependant, au point de vue artistique, 
il rappelle souvent les manuscrits anglais du xii' au xiii' siècle. Les 
miniatures sont comme un moyen terme entre le style sévère, à tournures 
byzantines, et l'exécution molle, flottante, de la draperie dans les manu- 
scrits français postérieurs. Les figures ont une élévation et une grandeur 
qui rappellent les œuvres de la plastique contemporaine. Certains d(''lails 
annoncent les Bibles historiées de l'époque postérieure : jiar cxenq)le, 
l'ornementation modeste, mais très caractéristique, de l'encadrement; 
ensuite le coloris : le bleu et le brun prédominent, le rouge feu violent les 




Fiii. ^M. — Arl)ie de .les^ié. PsnuUer de la icine 
Iiigeljinge, l'emiue de Pliilippe Auguste. 

lMiis,-e C.OTi.lc, r.li.iiUiUy.) 



LES MIXIATLRES 



LES MTRAIX — LA PEIXTI lŒ MURALE 



neulralise, le gris et le vert ne jouent (|irun r(")le eil'aeé. Tout est sur fond 
d'or uni matinitique, avec application j)artielle de dessins. Les initiales et 
le décor calligrapliiciues sont encore sohres, mais d'une exquise beauté et 
d'une technique parfaite. 

h) Psautier attribué à ^targuerite de Bourgogne, veuve de Charles I'"'' 
(f 1508), (Bibl. Sainte-Geneviève, n" l^T'u. Le psautier qui devint la 
possession de celte reine semble avoir été destiné tout d'abord à une 
dame qui dut être en rela- 
tions étroites avec l'abbaye 
Sainl-I3ertin. Le calendrier 
en fait foi; mais la litanie 
cite un nomlfre surprenant 
de saints anglais. Le psau- 
tier commence par une série 
de scènes du Nouveau Testa- 
ment, que suit, dans le texte, 
la Crucilixion. avec la dame à 
genoux. 

(■) Psautier dit de la 
reine Blanche de Castille 
(Paris, Bibl. de l'.^rsenal, 
L180). Une tradition très sûre 
le rattache à la reine Blan- 
che. 11 a été écrit, en tout 
cas, pour une dame haut pla- 
cée, au commencement du 
xiii" siècle. Les lis, sur le 
frontispice, indiquent une 
reine française. Le calen- 
drier et la litanie ne donnent 
pas l'indication sûre des 
lieux. Mais il est })robable 
que le psautier vient du 

même atelier que le précédent. Il présente une étroite ressemblance de 
style avec le psautier d'Ingeburge, mais il marque un progrès sur celui-ci. 
La modification la plus importante est que les miniatures, représentant 
les mêmes scènes, sont disposées en médaillons toujours réunis deux à 
deux par un cadre ornemental. C'est ici que, pour la première fois, on 
voit s'introduire dans la miniature les divisions du vitrail. La draperie 
est très riche, mais elle n'a plus le caractère de l'antiquité byzantine. Le 
reU\chemenl de l'ancien style est encore plus marqué dans les tètes : pour 
leur donner une expression et un caractère nouveaux, on arrive souvent 




'2o'2. — Mort et CouronncmenI de la \iert 
Psautier dit de Blanche de Castille. 
(Bilil. lie r.\isennl. IlSii.) 



ISTOllU-: 1>E L'AHT 



h d'assez dé|ilaisantes invcnlions : les iVonls lioj) grands, laliondante 
chevelure sont en dispropoilion avec la maigreur du corps. 

(1) Psautier de la reine Jeanne de Navarre, épouse d'Henri IV d'An- 
gleterre (Manchester, Ryland's Library). Son premier possesseur est resté 
inconnu; il appartenait sans doute à la cour de France. Dans ce psau- 
iier. l'ordonnance des mininlurcs, empruntée au vitrail, reçoit de très 

significatifs enrichisse- 
menls. Une partie seu- 
lement des miniatures 
:i été conservée; elles 
sont inscrites par neuf 
dans des losanges flan- 
i|ués de polylobes, et 
leprésentcnt des scènes 
ihi Nouveau Testa- 
luenl. A cause du i'or- 
Miat minuscule, l'exé- 
I iition laisse souvent à 
di''sii'er, mais le récit 
est vivant et d'une 
c'ionnante liberté dans 
I iconographie. 

(') Le Psautier de 
.lacob, fils de Suno, 
Irère et père de deux 
:ue'lievèques de Roes- 
kdde (f P2i<ii, (British 
Mus. , Egcrlon ^Oi^). Ce 
|isautier, \enu de très 
bonne heure en Dane- 
" mark, ressemble beau- 
coup au précédent, 
mais chaque page n'a 
(|u'un groupe do cinq 
imitai ion de la [leinture sur 




i. — Miiiialiire du psaulici- de la i'<'iiio 
Jeanne de Navai-re. 

(Hjlaii.l's Lil.rary. M;i.icli(-.ter.) 

accoujilées en médaillons à 1 



Copenhague (Ms. KiOdi; au- 



niiniaturi 
verre. 

/■) Psautier de la Bibliothèque Boyah 
tant qu'on peut l'induire de la litanie déligurée par des ratures, ce psautier 
fut exécuté à Paris et vint de bonne heure en Danemark. \^ingt-quatre mi- 
niatures, en douze pages, racontent la \ie du Christ; elles sont parmi les 
meilleures de ce slylc. Comparées à celles du psautier de la reine 
Blanche, elles sont un peu simplifiées, mais la vivacité du récit et la 



LES MINIATURES — LES VITRAUX — LA PEINTURE MURALl-. r.ô:. 

force de l'expression y oui i;agné. Dons toulcs les ligures. la forle saillie 
des épaules el des hanches, propre à larl gollii(pie, esl accentuéi', sou- 
vent même jusqu'au maniérisme. 

7) Psautier de Paris (Bibl. nal., laL 1(175 a). Les seize miniatures, 
dont chacune occupe une page et qui forment l'introduction, sont très ana- 
logues aux précédentes. Avec moins de vie peut-être dans les mouve- 
ments, elles se distinguent par le dessin expressif, presque paliiélique, 
des visages. 

BIBLES. — La Bible de luxe, au xu'' siècle, esl une œuvre de dimen- 
sions géantes, en plusieurs tomes. Dans les nombreux exemplaires de la 
« Bihlia magna » que l'on connaît, la décoration s'écarte rarement du 
type des initiales à ligures. La représentation par cycle de l'Ancien et du 
Nouveau Testament avait, en Angleterre du moins, déjà passé dans les 
psautiers de luxe. A la limite du xii" el du xiii" siècle, on sentit vivement 
le besoin d'une Bible qui pût se porter à la main. Naturellement ce nou- 
veau type de Bible dont on cherchait, par tous les moyens, calligraphie 
et finesse du parchemin, à réduire les dimensions et le poids, ne devait 
être que modestement orné. La décoration se réduit aux initiales petit 
modèle; on ne les agrandit qu'au commencement de la Genèse et de 
l'Evangile de saint Mathieu. 

La date et l'origine du type nouveau des petites Bibles sont obscures. 
Piovient-il du texte-norme qui constituait la base des études à Paris? De 
la nouvelle division en cJiapitres qu'Etienne Langton y avait établie? ()uoi 
qu'il en soit, les exemplaires les plus anciens sont sur la limite qui sépare 
la décoration romane de la décoration gothique; leur style rappelle l'école 
anglaise. Telle est la Bible de l'abbé Robert de Saint-Augustin (P224-55) 
à Canterbury (Brit. ^lus., Burney ô). Saint Louis possédait une de ces 
jolies petites Bibles (Bibl. nat.,lat. iOi'20); sa mère donna à l'abbaye Saint- 
Victor un exemplaire plus grand (Lat. 14597), avec des initiales fort mé- 
diocres, dans le style des psautiers récents. En tout cas, dans la première 
moitié du xiii" siècle, on a écrit à Paris quantité de Bibles; leur inlluence 
devait se propager d'autant plus que le chapitre général des Dominicains 
avait défendu de répandre des textes non corrigés à Paris. De plus la Bible 
fut, entre 1200 et 1250, traduite en français; ces exemplaires en langue 
française furent décorés comme les exemplaires latins (voir, à Paris, la 
« Bible Française », <S!)!I|. On ne peut séparer des manuscrits des Bibles 
intégrales ceux des Livres isolés avec commentaiiTs, publiés en grand 
nombre. Leur décoration se borne généralement aux initiales. L'o'uvre la 
plus lirillante est la Bible d'Assise, avec commentaires, en seize volumes. 

Sans doute, ces manusciils décorés aM'c tant de linesse et de grâce 
ne pouvaient satisfaire le goût ])assionné ([ue l'un avait alors jiour les 
images. Or d'immenses textes informes a\ec minialures n'auraient pas sufli 



".6 HISTOIRE DE L'ART 

à conlciilcr l(^s liilili()|)liilcs. On clicrcliii donc un cxpcdienl cl on le Iroiiva : 
on .supprima coniplMcincnl le texte, ou liicn on se contenta de Fabrci^er. 

De vraies Ijililcs iniaiiécs, c'est-à-dire composées uniquement de 
miniatures avec texte explicatif tiès court, sont ce ipiil y a de plus rare. 
Le chef-d'œuvre du genre se trouve dans la bihliothèque de sir Thomas 
PJiilipps à Clieltenham; deux de ses feuilles seulement sont à Paris (Bihl. 
nal., nouv. a<(|. lai., 'i'iQii. Hn a conser\é en tout quai'anle-cinq feuillets 
peints des deux côtes; ils sont ili- grand format cl raconlenl l'histoii'i' 
sainte jusqu'à David. Le caractère du style rajqjclle les derniers psau- 
tiers de saint Louis (voir plus loin); mais les architectures sont encore 
romanes, à en juger d'après les feuilles conservées à Paris. 

Peut-être ces Bibles imagées ont-elles été si rares parce ({ue l'alten- 
tion fut à cette époque détournée par un nouvel olijet l>ien fait, à vrai 
dire, pour alisoiber complèlcnn'nl ra(livit('' drs artistes cl des liiblio- 
philes. Il s'agit de la <■ iîible moralisée •> et de la ■■ lilide historiée toute 
tigurée », avec tout ce (jui s'y rattache. î^a Bililc moialisée est, sans aucun 
doute, la plus vaste entreprise du Moyen Age en fait de miniature. On ne 
veut rien moins qu'extraire, de tout l'Ancien et de tout le Nouveau Testa- 
ment des passages renfermant, le plus souvent, plusieurs versets, et 
donner à chacun d'eux une interprétation allégorique ou morale, ^'oici 
l'histoire de la Création. Le premier })assage jiarle de la création de la 
lumière; mais création de la lumière ^eut dire cr(''alion des anges. Suit la 
si''paralion de la lumière d avec les téiièlires; on la représcnle par la sépa- 
ration des bons anges d'avec les mauvais. C'est, en ti'oisième lieu, la créa- 
tion de la terre ferme au milieu des eaux; elle est symbolisée jiai' l'Eglise 
(pii l'i'ste i'i'rme au milieu des ;imerl unies (]o ce monde dont elle a con- 
stammenl à soulfrir. Suit cnlin la si'-paralion des eaux au-dessus et au-des- 
sous de la terre; elle i'(''p(in(l à la s(''paration des lions d'avec les méchants. 

Ces quatre passages de la Sainte Ecritui"e et leur interprétation sont 
représentés en images; nous connaissons les sujets des quatre miniatures: 
ce sont la création des anges, la chute des anges; puis r(( Ecclesia firma » 
au milieu des « amariludines rnundi » sous la figure d'une femme debout 
entre un groupe de Juifs et un couple d'amoureux (l'amant est un moine); 
eidin la séparation des bons d'avec les méchants : ici un évcque cjui 
liabilli' un pamreel une femme pi(nise; là un évèquc avec le faucon de 
chasse, auquel un laïque a])porte un poisson. Uuelle œuvre immense qu'une 
telle illustration de la Biljle entière! Elle devait renfermer environ cinq 
mille images. Nous n'en connaissons pas d'exemplaire complet; presque 
comjilet est le manuscrit en trois volumes, qui se partage entre la Bod- 
léienne d'Oxford BodI., '270 b .la Bibliothèque nationale de Paris (Lat. 
M5(iÙ) et le British .Muséum dlarley, là'26-ir>27) ; en tout, six cent trente 
fcnilles. La jiremière i'epr(''sente en grand le Créati'ur du monde : quatre 



LES MINIATURES - LES VITHAUX - LA PEINTURE MURALE ".7 

anges liennoni le ([uailrilolic, dans lequel se Iroiive le grand Trùnc Dans 
sa main gaucho, le (Ihrisl lienl le globe; sa main droite ajusle le eomjias 




I..1 .icmImiii ,lr hl llllll 

cl dos ténobi'cs, de. 
(Bilil. .le sir Th. 



'M 

IMloI U.1..1..I1 

le la lumièie 



Miuialure de la Uible iiuiiali.-iec. 
nins PiiilipiB. à CheUenliani.) 



pour la création du cirl ci de la terre. Avec le deuxièmi' t'cuillcl commence 
l'illuslraliiiu du texte bililicjue et de son interprétaticju. Les images sont 
loujoni> iv\niir> sur une page en liuil médaillons ; elles sont rangées par 

T. 11. — 4.") 



r,"S HISTOIRE ni' L'ART 

qualie en deux tuioiincs \erlicalc.s; tlciix auli'cs cijlunues cuiiLicaacuL le 
texk". Le louL se trouve dans un cadre onicaiental dont les motifs uniques 
sont la ligne brisée cl des combinaisons de cercles. L'endroit oij les 
médaillons touchent le cadre ou les médaillons voisins est garni de 
rosettes; les miniatures sont sur fond d'or; le fond des colonnes est 
l'ouge-brun ou bleu, toujours à petits carreaux; dans les coins se trouvent 
des looilics de (|uadi'ilobes en bleu on en brun avec apjilicalion d'or. 
Celle desci'iplion des ornements et des jiarlicularilés du coloris suflit 
déjà à metirc en lumière l'étroite analogie du manuscrit avec le groupe 
de psautiers dont nous venons de parlei'. 11 va sans dire que le style des 
miniatures est absolument le même. 

La question est toujours celle-ci : Comment une œuvre aussi colos- 
sale a-t-elle pu s'exécuter? Qui en supporta les frais? Où trouva-t-on les 
•'■quipes d'artistes qui devaient y collaborer afin de la terminer à l'époqui» 
] prévue? El notre étonnement grandit lorsque nous nous trouvons en pré- 
sence, non d'une œuvre unique, mais d'au moins quatre exemplaires. 
Et ces exemplaires, autant que nous pouvons en juger, n'étaient pas de 
simples copies; c'étaient de libres reproductions, des travaux non méca- 
niqui's, mais artistiques! Un cxemjilairc jiaraît a\oii'été brùb' à Londres 
en UiiiCi; d'un second, les bail derniers J'euillets seulement ont été con- 
servés; un troisième, avec une versiim du texte dilTérente et alirégée, se 
trouve à Vienne (Ilofbibl., ms. ]17i>); il n'a conservé que des parlics de 
l'iVucicn Testament cl l'Apocalypse. 

Au point de vue de riiisluiic de l'art, l'exemplaire de \ienne a une 
importance particulière. Il est tout d'abord exécuté avec plus de soin; le 
frontispice nous en donne déjà la preuve : les anges s'y meuvent avec plus 
de liai'diesse et de grâce que dans l'exemplaire d'Oxford; le Clirisl est 
d'un slyle moins grossier; de fins ornements animent le vêtement et 
damasquinent le fond d'or. Le slyle est en général le même; mais, à côté 
de collaborateurs plus faibles, se distingue un peintre qui appartient à 
une ('cole un peu plus aacienne el se rapproche du slyle anglo-français 
du coaiaieacemeal du xui'' siècle. Ce peintre aiaie les compositions sei'- 
rées, qai aialliplieat el rapelisseal à la fois les ligares; soa coloris est 
clair el varié, tandis que, dans le reste du manuscrit, le brun el le bleu 
prédominent. La série se termine par deux médaillons. Dans le médaillon 
supérieur trône un roi avec un manuscrit ouvert; dans le médaillon infé- 
rieur, un copiste ou un peintre (un laïque) est au travail; nous sommes 
donc en présence d'un livre royal. ^lais quel est ce roi? Une longue 
inscription marginale paraît avoir contenu la réponse; elle est effacée et 
n'a pas encore été déchiffrée. Ces manuscrits de luxe étaient destinés à 
une maison royale, c'est aussi ce que prouve un fragment du second 
exemplaire. Une miniature en quatre parties représente un roi el une 



LES MINIATURES — Li:S VlTliAUX LA l'EIXTn',K MURALE 



reine, un ecclésiastique en Irain de dicler. un laïque en li'ain d'écrire; 
mais toute indication de noms fait encore défaut. >.'e serait-il pas invrai- 
semblable qu"on eût représenté ici d'autres personnages que Louis IX 
et Blanche de Castille. ou Marguerite de Provence? 

La <' Bible française » correspond à la « Bible de Paris » latine; de 
même, un pendant français complète la u Bible moralisée» latine. La « Bible 
historiée toute figurée », tel est le nom que lui donnent les catalogues. Les 
miniatures et le texte contiennent de nombreuses varianles: mais la dispo- 
sition générale est la même. 
Seul un exemplaire ancien 
nous est connu (Vienne, ms. 
tiàoi). Il commence par un 
frontispice; le Christ incliiK' 
crée le monde avec le compas. 
Pour l'iconographie, la tech- 
nique et le style, cette minia- 
ture est très analogue à la ver- 
sion latine de \'ienne; mais 
l'exécution en est plus lourde 
et le coloris moins lin. Les 
autres pages montrent un nou- 
\eau schème. Le cadre général 
est resté, mais les colonnes du 
texte sont placées à l'extérieur; 
les miniatures se trouvent 
dans un plan moyen qui ren- 
ferme les huit médaillons : 
entre eux, des quadrilobes en- 
tiers ou dédoublés, avec des 
bustes d'anges, remplissent les 
coins. Nous avons vu des 

dispositions tout à fait analogues dans les psautiers de Manchester et de 
Londres. 

Nous avons étudié, dans les Psautiers et les Bibles, l'évolution de la 
miniature française de 1200 à P2oO. On pourrait citer d'autres exemples; 
mais les documents décrits suffisent largement à nous donner l'idée d'une 
évolution continue et d'une activité presque fiévreuse. On voulait des 
miniatures, il n'y en avait jamais trop! Dans les œuvres anciennes, comme 
le psautier d'Ingeburge, l'analogie avec la peinture anglaise, avec la pein- 
lure allemande aussi, était si grande, qu'on aurait pu s'attendre au paral- 
lélisme complet des deux évolutions. Les symptômes du style de transition 
se manifestent dans une certaine aiïitation des mouvements et des dra- 




i;n;int et mesurant le inoud 



mole infiraliaee . 
p. de Vienne, 1179.) 



:,.W IllSTOllîK ItK L'ART 

pcries: mais Incnhil s'acruscnl (raiili-<-s Iciidanccs. \'rrs l'i.M». l'idral 
nouveau csl ariivr à niaturilr et les syuiiilôuies de la Iransiliou dis|ia- 
raissenl aussilùl. 

Deux faits sont encore à relever: l'unilé d'évolulion el l'aljondanee de 
japroduclion. La question d'origine trouve ici sa solution. Cette évolution 
n'a pu se faire qu'à Paris. Tout ce que nous savons des artistes, de la 
nature indusirielle de leur travail el de leur earaclère laï(pie, nionlre <iiie 
nous ne sommes plus en présence de l'ancien art des clcjitres. (lest à 
Paris que s'est organisée la corporation des copistes et des enlumineurs. 
C'est à Paris que pouvait le plus aisément s'exercer l'influence de la mai- 
son royale qui protège cet art et lui donne son véritable épanouissement; 
c'est à Paris enfin, c'est dans l'Univcrsilé de Paris qu'il faut chercher les 
auteurs et les correcteurs des textes. Paris est donc, sans aucun doute, le 
centre de cet art. Mais la question des })i('mières origines n'esl pas encore 
résolue. 11 faut croiri\ selon loulc vi'aisenddance, à l'inllueiu^c de la 
France sepicnirionale, de la région (pie le canal mettait en relalion éirnilc 
avec l'Anglelerre. En particulier, les i-aj)j)orts du psautier de la Itililio- 
Ihcque Sainle-Genevicve avec Saint-Berlin donnent à penser. 11 y rui, en 
elTel, jus(prau (hdiul du xiii' sièele, une aciivilé arlislique considérable 
dans ces abbaves du nord de la France. Nous ne pouvons encore appré- 
cier exaclemeni l'inqiorlance de Saint-Berlin à celle époque. Si la liible 
mentionnée ci-dessus a été exécutée à Saint-Bertin même et non en Angle- 
terre, les miniatures peintes par l'auteur du Lat. I(i7i5 révèlent déjà une 
tendance vers le style i>lus souple du xiu' siècle. Mais ici, la connaissance 
des matériaux est insuffisante. Peul-(Mi-e la gi'ande série de miniatures 
que possède la lîiblioliièque royale de La Haye (Ms. 09) a-l-idic élé 
exécutée à Sainl-P>ei-I in? belles sei-aienl pour nous donner une npinion 
|ilus liaule de la fécondité de cet atelier (pie de la valeur des artistes (pii 
le composaient. Bien des traits rappellent les manuscrits anglais, peul- 
ctre le psautier de saint Louis à Leyde; d'autres éléments, l'encadrement 
par exemple, font penser aux missels d'Anchin. 

Ces deux missels d'Anchin (Bibliothèque de l)ouai, n" !MI, autrefois 
P2Ô et 12.")) sont les principaux échantillons du style nouveau. La minia- 
ture de la Crucifixion surprend tout d'abord par la simplicité du goût; le 
fond d'or est uni, entouré d'un simple cadre d'or, six fois coupé par un 
motif de losanges. La miniature représente simplement la mort expia- 
trice du Christ, sans symboles ni allégories : le Sauveur, mort, est allaché 
sur la croix; la tète est inclinée sui- l'épaule; sous la croix, Marie et .lean; 
au-dessus, deux anges; Ions les personnages ont une expression de pro- 
fonde douleur. Le style de toutes les ligures est d'une évidente nouveauté; 
un mouvement ondoyant, gracieux, aisé, anime l'œuvre tout entière; de 
grandes lignes unies, élancées forment le contour des figures; les plis 



I.i:S MINIATURES - LES VITRAUX - LA PEINTURE MURALE 



511 



épais (lu v(M('in(Mil Idiulienl on Irails |iarallrIos d'une t^randc souplesse. Le 
senliniriil >V\|iiiine moins dans les gestes, 1res nicsur(''s, ([ue dans les 
visages doni le dessin révèle un lalenl exlraordinaire à donner aux lignes 
loule leur expression. Un missel analogue du lîiilisli Muséum, mais hien 
moins important et certainement ])lus i-éceni , qu'un clerc, Gerald d'Amiens, 
exécuta en l'2lS pour un cloître inconnu, fournit un critérium sûr pour la 
date de ce style. Ses initiales sont supérieures à la Crucifixion. Elles se 
composent d'entrelacements de tiges délicates où s'cnlriMiièleid de nom- 
Iireuses ligures d'animaux. Ce sont les mêmes formes qui, à celle ('■poqiu^, 
mais a\ec plus d'élégance et de 
linesse, sont d'usage en Angleterre. 
Ces analogies sont très évidentes, 
surtout dans le Pontifical de Sens 
(Metz, Coll. Salis, n" )>:\), qui doit 
avoir été exécuté en l'2"2i. 

Dkuxikmk piînioDE. — La deuxième 
phase du style gothique, arrivé à sou 
point culminant, commence avec les 
dernières (envies exécutées pour saint 
Louis, à peu pr(''s au moment où l'on 
construit la Sainte-Chapelle. Une pre- 
mi(''re et profonde différence s'inqiose 
à l'allention : l'inlluence décisive de 
l'architecture el de la sculpture: elle 
remplace celle de la peinlun^ sur 
verre qui a\ail ius(pie-là prédomin('. 
Ce sont siirloul les ornements d'ar- 
chitecture (pu' le goi'd du temps aime 

et dont il \('ul lrou\('r la rejirodue- . 

tion dans le manuscrit : les gables, les pinacles avec leurs Heurs uni- 
formes, les galeries ajourées, les découpures des fenêtres et des rosaces, 
et même le feuillage réaliste des chapiteaux, bref les récentes innova- 
tions archileelurales qui ravissent les contemporains, sont imitées avec 
aisance par le pinceau et la phune du miniaturiste, partout oà elles 
j>euvent servir à la décoration. 

Pai'lout le l'éalisme s'accuse; comme les l'ormes archileelurales, les 
costumes el les armes soid exaelenieiil ceux de IV'|iiMpie ; l,i p(''ii(''l rauje 
observation des animaux el des |)laiiles. sniloul dans l'ornemenlalion, 
révèle le sens (pia l'artiste tle la ii'alili'. Mais il est ('-x ideid ipie ce réa- 
lisme ne s'exprime encore que dans le détail; le regard de l'arlisle 
n'embrasse pas l'ensemble. Toute cette période ignore l'observalion des 




— Ciiiiilisl. 
il;ihl. .Ii; \h 



l'Iiol. llasclolf. 
Mi-.s,;ld'Anchin. 



r,i2 IlISTOlIil:: DE L'AlîT 

|ir()j)urlioiis t'xaclcs, eoiiimc k's problèmes de la [lerspcclivc il ne s'ai!,il 
donc pas d'une rupture radicale avec le passé. 

Le changement de style et de technique dans le travail des figures 
nVsl pourtant pas moins accusé que celui des archileclures. l/idéal esliié- 
lique est de plus en plus la délicatesse dans le détail; le syslème des 
médaillons de la peinture sur verre n'est sans doute que rarement em- 
ployé, mais les ornements architecturaux réduisent la place des minia- 
tures. Les fonds à fines applications qui, jusqu'alors, comme dans la pein- 
ture sur verre, n'avaient de place que hors des médaillons, sont introduits 
dans les images elles-mêmes; les fonds d'or sont souvent damasquinés; 
mais, à mesure que les fonds et les accessoires s'enrichissent, les figures 
se simplifient, le modelé s'atténue. Le dessin net des contours aux fines 
lignes noires, le tracé souple des plis, le ton local posé par teintes plates 
[iresque sans modelé, la blancheur unie et paie des carnations, voilà 
quelques particularités de la technique nouvelle, dont l'apparente sim- 
plicité cache d'extrêmes raffinements. Ce que l'on cherche, c'est à donner 
aux figures celte délicatesse et cette finesse excessives chères à la mode 
du temps, et à la silhouette sa valeur et son élégance. Le coloris devait 
naturellement s'adapter à cette transformation du goût. Le système de la 
période précédente, construit sur le ferme accord, bleu, or, rouge-brun, 
disparaît rapidement; il est remplacé par les tonalités claires, les couleurs 
délicates et lumineuses dont les nuances peuvent satisfaire lé goût gra- 
cieux et aimable de l'époque; tout tend à la suavité. 

A la transformation de l'image correspond celle de l'ornementation ; 
Cl' fait est de la plus grande importance pour la suite. L'initiale s'éloigne 
toujours jiius de son ancienne forme carrée; elle devient plus longue et 
plus sv(_']le; elle s'allonge si bien que ses extrémités atteignent les bords 
di_' la i)age et l'ouriiissent un point de di'}iarl à l'ornementation de lenca- 
drcment. Ces extrémités sont d'abord très minces, garnies de pointes 
nombreuses, mais presque sans feuillages. Elles s'étalent souvent de 
côtés différents, comme les bras d'un polype. Il est assez rare en France 
que des animaux ou une petite scène viennent y prendre place. C'est en 
Angleterre que ces fantaisies avaient leur terre d'idection. 

Les œuvres de cette époque sont si nombreuses qu'il faut se borner à 
dresser une liste des plus typiques et montrer, d'après ces exemples, les 
phases successives de r(''\olution. 

Commençons par un exemple daté : la ^^ie de saint Denis, écrite en 
i'2i8 dans l'abbaye de Saint-Denis (Bibl. nat., nouv. acq. franc., 1098). 
Les miniatures ont tous les caractères d'une ceuvre de transition ; leur 
valeur artistique reste ;iu-dcssous du niveau de l'art contemporain. Le 
coloris est presque monochrome; l'or n'y joue aucun rôle. Par contre, 
le style plus simple est déjà selon l'esthétique nouvelle (vou' notamment 



LES MINIATURES - LES ^•ITRAUX — LA PEINTURE MURALE 



];i \'iergc assise sur un trùne el sous un dnis golliiquc avec deux anges 
qui porlenl l'Cncensoir). 

Le style nouveau fait son apparition à côté de l'ancien dans les 
« Évangiles des principales fêtes de Tannée » (jadis dans le Trésor de la 
Sainte-Chapelle; Bibl. nat., lat. 8892). On peut admettre que saint Louis 
a commandé les liturgies au moment où l'on posait la première pierre de 
la Sainte-Chapelle. Aucune tradition, cependant, n'en fait foi. Le manu- 
scrit est, dans ses vingl-huit premiers i'euilleis, tout à l'ail ancien ; il 
contient non des images, mais 
seulement des lettres historiées 
dans le style de la Bible mora- 
iisée. A partir du feuillet 2!), le 
style change. Les trois derniers 
i'euilleis sont tout à fait de 
l'époque nouvelle : arrière-plans 
avec Unes applications sous bal- 
daquins gothiques, figures exces- 
sivement sveltes, coloris nou- 
\ eaux avec beaucoup de tonalili's 
sourdes : gris, rose tendre, 
rouge-ljrun clair, etc. Bref, le 
style nouveau s'épanouit ici. 
avec tous ses moyens. L'autre 
lectionnairc de la Sainte-Cha- 
pelle (Lat. ITô^f)^ appartient com- 
plètement à l'époque nouvelle, 
bien qu'il ne s'accorde pas tout 
à l'ail avec les derniers feuillets 
du précédent. Çà et là quelques 
grotesques qui surprennent : un 

jeune \ioloniste avec le corps d'un di'agon, une jeune (ille de uu'me forme 
l'i'-coule; quelques scènes de chasse; ]q loul, ci^pendanl, de tenue timide 
el discrète; ces petites images font corps avec l'initiale, c'est à peine si un 
jielit lièvre ou un oiseau s'en échappe pour se risquer jusqu'aux exli'é- 
mih's de l'initiale el au bord de l'encadrement. 

La môme transformation du style se retrouve dans les psautiers de 
saint Louis. Nous n'avons parlé, jusqu'ici, que de deux psautiers, trans- 
mis au roi par héritage. Restent encore deux \olumes que le roi a certai- 
nement commandés lui-même i l'2o5-l'270i. Le roi a fait peul-èlreun usage 
personnel du psautier i20x I i cm. i que conserve aujourd'hui la Biblio- 
thèque nationale (Lat. 10525). Le texte ne contient que le calendrier, le 
psaulier et les cantiques. La calligraphie en est excellente, mais simple. 




Fi 



— .MjraliLinï et. Melchisédeo. 
Aliiiialiire du psautiei' do sainl Louis, 

(nil.l. nat-, l.il. I05Î5.) 



HISTOIRE DE L'ART 



Les vides que laissent les vers à la On de la lii^ne sont remplis par des 
ornenienLs, avec motifs héraldiques le plus souvent : lis de P'rance, châ- 
teaux de Castille, etc. Soixante-dix-huit scènes racontent l'histoire 
hihlique depuis Caïn et Ahel jusqu'au commencement de Said; le début 
est probablement incomplet. Toutes les images sont encadrées d'entrela- 
cements, de dragons et de lierie aux fins ornements d'or et s'enlèvent sur 
un fond d'architecture. Le fond est d'or; une bande de nuages le sépare 
de l'architecture. Les vues de château, quand la scène y est située, sont 
toujours modernes. Le mouvement des figures est ce qui frappe le plus; 
ces héros de l'Ancien Testament réalisent dans leurs manières l'idéal 

de beauté du temps de saint Louis. Ils 
ojjservent la grâce et perfection des 
mouvements, toutes les nuances de la 
jiolilesse et du cérémonial île cour. 
Malgré leur sveltesse excessi\e, les 
ligures sont souvent anguleuses. Le 
slyle nouM'au n'a pas achevé son évo- 
liilion. Le bleu et le rouge-brun domi- 
nenl encore dans le coloris ; le modelé 
est plus riche; mais dans quelques 
pages (par exemple 25-28), on assiste 
à une transformation décisive; le colo- 
ris prend plus de ilélicatessc et de dou- 
«•eur, les contours plus de svellesse et 
de grâce. 

(le style est tout enlier celui du 
deuxième psautier de saint Louis, frère 
du premier (collection Yates Thom- 
son). La décoration en est j)lns luxiiriaiile el jilus magnifique; le contenu 
plus riche. Le psautier devient Licrr il' Heures. Le livre était destiné à une 
dame. Peut-être était-ce la pieuse sœur de saint Louis, Isabelle de France, 
londalrice de l'abbaye de Longchamp. Partout s'accentuent les besoins 
de luxe. Les miniatures du début étaient sans doute encore peu nom- 
breuses; six seulement sont conservées; elles se rapportent à la vie de 
David. Chose curieuse, celte série continue le Psautier de Paris. Le texte 
commence avec le calendrier, écrit tout or et bleu ; puis vient le psautier 
dont les initiales, une seule exceptée, ressemblent à celles de l'exemplaire de 
Paris ; enfin , les nombreux appendices, qui commencent tous avec des lettres 
historiées. Ces initiales sont toujours à peu près carrées et à grande sur- 
face; elles sont ainsi tout à fait différentes des longues lettres étroites des 
lectionnaires. Une série d'artistes ont travaillé aux petites initiales el à 
l'ornemenlation de la fin du manuscrit. L'un d'eux a atteint les plus beaux 




lie 2js, _I( lui David joiianl ilLiaiiM 
Minialuie du set-onil psautier de saiiil I 
ou d'isaholle de France. 



LES MlXIATl lti:S — Li:S MTRAIX — LA PEINTURE MIP.ALE '.ir> 

effets; par l'emploi du fond noir, il arrive à des nuances de couleurs char- 
mantes; ses fins de lignes sont parsemées d'excellentes figures d'animaux. 
Les images du début sont entourées d'un ruban de tiges avec grandes 
feuilles épineuses en couleurs, elles ont aussi un décor architectural, mais 
tout simple. Les scènes se distinguent par les proportions plus exactes, par 
le dessin plus aisé des contours, par le coloris clair et gai, })ar l'élégance 
extraordinaire des lignes du visage. Nous avons ici l'un des poiids culmi- 
nants de l'évolution; l'idéal de la miniature gothique est réalisé. 



La peinture anglaise de transition. 

En décrivant l'évolution du xii' siècle, nous avons montré à quel ftoinl 
la miniature anglaise, peu après IIM), s'était approchée de l'art gothique. 
L'importance qu'on attachait dans ce milieu à l'élégance des silhouettes 
et à la délicatesse de l'exécution, aurait pu pousser l'évolution dans le sens 
de l'art gothique français. Mais l'influence byzantine contraria et arrêta 
le mouvement. Au commencement du xiii" siècle, quand l'Angleterre fut, 
elle aussi, saisie par la grande agitation de l'époque de transition, il ap- 
jiarul que cette complication, surabondance et virtuosité de formes, con- 
venail en somme parfaitement au goùl artistique de la nation; ce même 
phénomène s'était déjà produit à l'époque anglo-saxonne. Il en résulta un 
style assez maniéré, et dont on ne pourrait retrouver l'équivalent qu'en 
Allemagne. Ce style baroque produit des œuvres aussi bizarres qu'at- 
trayantes, où l'on trouve, avec une certaine sentimentalité dans l'expression 
des télés et le mouvement souvent capricieux des figures, le sens du pa- 
tiiélique: la force dramatique que révèle déjà le style anglo-saxon, s'af- 
firme ici en de grandes compositions. Mais l'art anglais était en relation 
trop directe avec l'art français pour ne pas subir fortement son inlluence. 
11 en résulte un singulier dédoublement dans l'évolution. Le style fran- 
çais, ([ui tend à la simplification des formes, et le style national, qui se jdail 
dans leur complexité luxuriante, s'entrechoquent, s'entrecroisent, et le 
tableau chronologique de l'évolution présente la confusion la plus étrange. 

Le style de transition n'atteint son point culminant que vers l'iàO, 
mais ses débuts s'annoncent dès le commencement du xiii° siècle. Le 
psautier de saint Louis à Leyde montre déjà une certaine dissolu! ion di- 
style; écrit peut-être pour Godefroy Plantagenet (1101-l'212i, il xini plus 
tard en la possession de Blanche de Gastille. D'après une ancienne note, 
saint Louis enfant aurait étudié dans ce psautier. Le livre est riche en 
miniatures: mais celles-ci ne sont remarquables ni par la composition, ni 
par le style. Le coloris est désagréable. La valeur du livre est jilus histo- 
rique qu'artistique. 



HISTOIRE DE L'ART 



Inlinimciil supérieure csl la \ alcur duu jisaulier que posséda Roljerl 
de Liudeseye, abbé de l'elerborouyh (f l'i'i'i) (Soc. roy. des Anliquaires de 
Londres). Les minialurcs, peu nombreuses, révèlent un style original et 
simple. Les figui-es de la C-rueilixion sont très gracieuses, prescpie trop 
grêles; ledessin des (■(iniours a un cliarme captivant;rexprcssion esl pro- 
fonde et sereine. Très analogues, mais inleiieurs, sont un psautier ilu 
Fitzwilliani-Museum à Cambridge (Ms. 12) et deux i'euillcls ajoutés au 
psautier d'AugusIin ('alors à Canlerbury) (Fjrit. Mus., \'esp.. A, I). Toutes 

ces miniatures sont déjà très pro- 
elies du style gotliique. La brus(|ue 
Iransformation qui se j)roduit 
alors |)araiT daulanl plus élon- 
nante. 

C'est du cloître de Saint- 
Albansque proviennent les œuvres 
les plus caractéristiques du slyle 
nouveau : ce sont celles du célèlue 
chroniqueur Matliieu Paris, artisie 
universel, peintre, sculpteur el or- 
lèvre; les Gesta Abbalum disent de 
lui qu'il n'a pas eu son égal dans 
II' monde latin. Des miniatures de 
-Mathieu Paris sont conservées au 
British Muséum et au Corpus Chris! i 
Collège de Cambridge. Son slyle 
est d'une sévérité savoureuse; le 
mouvement de ses dessins légère- 
ment coloriés a de la grandeur, et 
il excelle à exprimer le caractère et 
la profondeur du sentiment. La grande madone qui précède son œuvre 
liistorique (Royal, li E, VU), donne une juste idée de son talent. Il est 
encore fidèle à la tradition romane ; mais dans les lignes mouvantes et 
contournées commence à se manifester la tendance au style de transition. 
Mathieu Paris a illustré la vie du roi Offa dans un manuscrit oij 
chaque miniature remplit la moitié supérieure de la page. C'est le type 
du livre d'images très goûté vers 1250. A la Bibliothèque universitaire 
de Cambridge se trouve une vie du roi Edouard le Confesseur, en langue 
française, illustrée d'après les mêmes principes (Ee, ô, 5!)). Parmi les 
miniatures, quelques-unes représentent le style de Mathieu Paris sous 
une forme d'une particulière délicatesse. Dans le couronnement des trois 
Rois par les anges, il y a tant de goût, de grâce et de senlimenl, qu'on 
oublie volontiers la bizarrerie du style. 




Fil 2yi — Cnitili\ion Psautier 
ik Rnlmt (11, Lindeseje, abbe de Pelerboroiitili. 

(S..r. roy. a,.3 Aiili.|uair« ,],• L.niJr.'s.) 



LES MIXIATURIÎS - LES VITIUUX - LA l'ElXTfRE MURALE r.47 



La hardiesse avec laquelle ce style se libère des Iradilions hiératiques 
se révèle dans le missel de Henri de Chichester, chanoine d'Exeler (vers 
l'ioO) (Rylands Library, Manchester; autrefois Bibl. Lindesiana, lai. 'li.) 
Le Christ ressuscite est accompagne d'anges qui jouent du violon et de la 
harpe; la Vierge, dans la scène de la Nativité, allaite l'Enfant, tandis 
qu'une servante frisée à la mode du temps, de ses bras nus borde l'accou- 
chée. Le AU Soûls Collège, à Oxford, possède le psautier le plus beau 
peut-être de ce style. Une gouache brillante avec fond dor magnifique- 
ment orné augmente l'effet des miniatures. 
Le style des draperies est trop chargé; les 
mouvements du corps et de l'àme, chez 
les personnages, sont également exa- 
gérés. Marie, sous la croix, se tord de 
douleur; .lean, par contre, semble sau- 
tiller, tant il y a de grâce et de vivacité 
dans ses manières. 

Mais le style baroque ne devait mon- 
licr toute sa force créatrice que dans une 
grande œuvre qui lui permît de déployer 
toutes ses brillantes qualités. C'est l'illus- 
tration de l'Apocalpyse qui, vers l'"2oO, en 
français ou en latin, avec ou sans com- 
mentaire, devient le livre favori de la 
société cultivée. L'histoire de ce cycle 
miniatural, dont nous avons de nombreux 
exemplaires, est encore obscure. On nr 
sait quel lien le rattache aux anciens 
cycles des manuscrits espagnols et méri- 
dionaux et de la Bible moralisée. En tout 
cas, c'est d'Angleterre que proviennent 
les plus anciens exemplaires des nouvelles 
Apocalypses. On en aimait sans doute le côté bizarre et fantastique, 
comme dans les ronmns favoris, le roman d'Alexandre par exem})le, ou 
dans les bestiaires si ré|>andusen Angleterre depuis le xii" siècle. Le sujet 
prêtait aux représentations guerrières et infernales ; il convenait bien au 
génie d'un peintre anglais et au style nerveux et inquiet de l'époque de 
Henri III. Le manuscrit le plus important et peut-être aussi le plus 
curieux est l'exemplaire du Trinity Collège à Cambridge (R, Ki, 2; vers 
l'ion). Comme la plupart des autres exemplaires, il représente la vie de 
l'Apôtre Jean en même temps que l'Apocalypse. Les miniatures sont 
semées dans le texte et ne sont pas encore réduites à la moitié supérieure 
de la page. Des différences considérables de style indiquent la collabora- 




r.'is iiisioii;!-; ni': i;ai;t 

lion ûr plusieurs ai'lislrs. lùi plus tl'un cndroil, le slylc se r;ippruciie des 
œuvres IVançaiscs, el alors le caractère inquiet et contourne s'atténue. La 
perfection est atteinte, naturellement, dons la représentation des combats 
et de l'enfer. ( l'est, jiar exemple, l'illustration du chapitre XIX, où le 
dragon à sej)l tètes est précipité dans l'enfer (la gueule monstrueuse de 
l'cMifer est conslannnenl représentée dans ces miniatures) et où les oiseau.x 
manticnl la cliiiir des rois lerrestres el de leurs armées. La chute des che- 
\aux et (les casaliers est décrite a^e(■ une foi'ce saisissante. Parmi les 




*; ' uvtàc dtptifr codlulc £au(jt)hctt Ui fift Uf 
ts ntfdmaimttu.çlcfqumdlnautnifkinfii 
mirtfmcrSrtrUlitft.fta.TOntiirltitinxçatudchi 



(uriiuCuiffmtttft.iimk dcfii.uicftcuCuiftailtD' 
mAlittHuiTUOTmlunttktALi ftn.dtUirœt. 
«1 kc a rtifr lie Irf nanti ûmt oftif en It rfptic dri fr 
Atimftirlt tlmi.il.ltfflrniWtiftm ilimh-iinrfmi 



FiG. 2ril. — Le lirai 



:>pt Irlos prcripili' dans renier. Miiiialurc de IWpoealyin 

[rrinily(;Hlli.^e. iliiiiil.riilgf.) 



oiseaux de proie affamés, les uns s'abattent sur les cadavres, tandis (pic 
les autres attendent encore perchés sur les arbres voisins. 

L'Apocalypse de Canduidge n'offre pas un style aussi accompli que 
d'autres exemplaires un jieu plus récents. Le plus im))ortant est à la Bi- 
bliothèque nationale ( I^'r. W7\) ; son origine anglaise est évidente ; le style 
est d'une grandeur sau^ag•e, inconnue au gothique français. A peu près à 
la môme époque et au même style appartiennent les Apocalypses de la 
Bodléienne à Oxford (Bodl., D, 4, 17) elde^L le vicomte Blin de Bourdon. 

Dansions ces travaux, l'intluence de l'ancienne peinture romane pré- 
domine encore. A partir de LJ")(), l'innuence fran(;aise gi'anilil, sans d(Mrù- 
ner (■ep(Midant le style national. Mais en même lemps apparaissent en 
Angleterre les germes d'une éNolution plus imh'pendanle (hin> le domaine 
ornemental, qui seronl pour l'évolution générale de la plus grande inq)or- 
tancc. L'ornementation des bordures partie des initiales, trait particulier 



LES MlMATlItES - LES \ ITRAIX - LA PELNTURE MIIÎALE 




lie la miniature golhique, arrive en Angleterre à son déveloi>penient 
extrême. On utilise tout d"al)onl les anciens entrelacements des initiales 
romanes; on les remplace l>ientùt par des motifs réalistes. Mais ressen- 
tie] est que les thèmes grotesques s'ajoutent à ces motifs de la lin île l'art 
roman: ils paraissent précéder chronologiquement rornemenlalion réa- 
lisle. 

L'idée d'introduire des drôleries dans l'encadrement ne peut ètie 
venu(> de France. Si elle est venue du continent, c'est plutôt d'Italie. 
-Mais le Nord transforme complètement les modèles italiens. L'Angleterre 
est, en fait, la patrie de ce mode d'illustration, tour à tour sérieuse ou[)lai- 
sante, profonde ou grotesque. Elle y fut pour une bonne part la continua- 
trice de l'ancienne ornementation symiiolique des initiales, cultivée en 
Angleterre avec un soin particulier: 
chassée de ses anciennes possessions 
à mesure que les initiales voiml 
iliminuer leur format et augmenliT 
leur nomlire, elle se répand naturelle- 
nienl au liord des jiages, sur les 
longues tiges terminales des initiales 
désormais à la mode. D'autres causes 
encore vont fa\oriser son épanouisse- 
nu'nt : le réalisme croissant de l'arl 
gothique se plaît à tout ce qui csl 
représentation anecdotique ; les idées 
se sont modifiées depuis que l'ai-l a 
passé des moines aux la'iques. C'e.'^l en \ ain que les successeurs d'un Ber- 
nard de Clairvaux fulminent contre de telles images: le goùl du temps les 
réclame et n'est point choqué de trouver, dans un livre de prières, la 
frivolité, le blasphème et même l'obscénité. 

Très important à ce point de vue est un }isaulier (pi'Kdmond <\i' Lad, 
comte de Lincoln i-j- 12^)7), ou un membre de sa famille semble avoir 
possédé (Bibl. du duc de Rutland, Belvoir Castle). Ses miniatures, qui 
représentent pour la plupai'l des sujets de l'Ancien Testament, olTienl 
toutes les particularités du style de transition : mais plusieurs scènes tle 
genre sur le bord de la page sont liien plus caractéristiques. Leurs sujets 
sont très divers; quelques-uns sont empruntés à la Fable, comme l'his- 
toire du renard et du héron ; d'autres sont tirés de la vie : scènes de chasse 
ou groupes de lutteurs; mais les sujets satiriques et humoristiques ne 
mantpient pas non ]ilus : le gu(M-rier qui attaque l'escargot, les souris qui 
pendtMil mucIimI: une femme pi'escpie nue (jui marche à (pialic |iaUes, 
landis (pi'un petit diable se balance sur son dos, etc., etc. 

Les mêmes éléments se retrouvent dans un autre man^^( ri! nni a 



«MsnS» munnttmn^mm 
i«<aùmmhttmmtn-jrnnvftt ..„ 



n 



■Mi. — Minialure du psauUcr 
uond de Laci. romie de Lincoln 

(Bibl. Ju duc de Rutland.) 



:,hO HISTOIRE l)K LART 

déjà subi rorleiiuMit riiillucncc française. C'est un psaulier cxéculé après 
i'MG par le copiste Willclmc (OscoU Collège, près de Birmingham). 
L'assemblage de deux médaillons dans un radre à angles droits rappelle 
des œuvres françaises d'avant i^oO; niais le style est déjà plus avancé ; 
une série d'apôtres surtout, avec des mouvements singuliers et la lianclie 
en saillie, évoquent la période d'après i'i'^iO. Le style grandiose de la dra- 
jirric rappelle la sculpture, plutôt (pie la peinture françaises. D'autre 
pari, les initiales ont encore des détails romans, mais sont de foiine toute 
moderne, avec de longues tiges terminales en couleurs et des traits dorés 
encadrant des deux côtés la colonne du texte. Les scènes de genre et les 
grotesques y abondent : la fable du coq qui chante et du renard, un petit 
singe devant un centaure avec un capuchon, etc. 

11 faut signaler encore deux A]iocaly|>ses où apparaissent les mêmes 
jiarlicularités de style. L'exemplaire de lii lîildiothèque du Landictli Pa- 
lace à Londres (Ms.'iO'.t) est eniiclii d'une série de miniatures et olfre une 
Madone renuirquablc avec la donatrice (Lady de Ouincy) à genoux, la 
légende de Théophile, une Crucifixion, etc Très analogue est l'Apoca- 
lypse de la collection Yates Thompson à Londres (N" ô5), achevée par un 
artiste italien. 

Ce tableau de l'évolution de la miniature anglaise jusqu'à la tin du 
xiif siècle montre comment le goût national résista à la simplification de 
la technique et du style qu'avait produite en France l'évolution de l'art 
gothique de I'2r)0 à 1279. La transformation générale ne s'accomplit qu'à 
la fin (lu siècle, et l'art s'en<Tac:e aussitôt dans une voie nou^•elle. 



La peinture gotliique en Angleterre et en France (iepuis la fin du XIII' 

jusqu'au milieu du XIV' siècle. 

Les débuts du réalisme et du naturalisme. 

A la fin (lu xnr siècle, l'art fran(;ais et l'art anglais se rapprochent 
telleiiieni (pi'on peut difficilement distinguer leurs œuvres respectives. 
L'évolution générale aljoulit à un si vie (pii se trouve constitué dans le 
dernier psautier de saint Louis i(_]olleclion Yates TJiompson). On peut 
admettre que l'évolution du style s'est tout d'abord accomplie en F'rance; 
mais l'art anglais suit do près et dépasse même l'art français. Dans l'orne- 
mentation surtout, l'Angleterre s'est montrée plus créatrice et a fait de 
plus rapides progrès. Ainsi s'exj)lique la forte inlluence qu'elle a exercée 
à son tour sur le continent. 

En Li'ance, on se contente de variations légères sur le style déjà cons- 
titu('. Les ditférences que nous a^ons remarquées entre les deux derniers 
psautiers de saint Louis s'accusent toujours davantage. Un voit augmen- 



LES MIMATLIIŒS - LliS MTP.Al'X - LA PLLXTl liL MUIlALi: 



fs».^ 




.3 



Irr la ]irt'dil('ction pour la douceur, la souj)li'ss(\ la délii-alesse; la draperie 
sVnricliil ; les hoi'ds du vètemeni onl uu niouvenicnl plus doux el plustira- 
cieiix. La leclinique se modilic aussi ; on modèle da\ aniage. C'est le coloris 
tpii accuse le mieux la transformation. Dejniis l'idO environ, on peignait 
plus clair; cette tendance subsiste; le vermillon prédomine de plus en plus, 
entouré de nombreuses tonalités pâles. L'accord bleu-brun disparaît. Les 
fonds sont en or ou coloriés, presque toujours ornementés. C'est l'orne- 
nienlation, en général, qui cliange le plus. Les ramifications des initiales, 
jus([vrici longues, garnies dcpic[uants, 
sèclies de mouvement, s'adoucissent 
et remplacent leurs pointes par des 
feuilles, surtout par la feuille dépines, 
plus rarement par la feuille de cbcne. 
Cette ornementation modeste, uni- 
forme bien que gracieuse, suffit même 
pour les manuscrits de premier ordre; 
l'oinementation des bordures ne s'en- 
ricliit et ne se complète par les scènes 
de genre drolatique qu'en Angleterre; 
ces éléments nouveaux se propagent 
ensuite sur le continent. La transfor- 
mation qui s'opère en Angleterre aug- 
mente infmiment le trésor des formes 
par l'observation plus exacte de la 
nature. Les conquêtes de ce réalisme 
se font bientôt sentir, non seulement 
dans le détail de l'ornementation, mais 
dans la comjiosilion et l'exécution des 
peintures. De 1510 à 1520, sûrement 
de 1520 à 1550, on essaye, des deux 
côtés du canal, de mettre les figures 

en accord avec un ensemble arcliilectural ou même avec un paysage, et de 
représenter la perspective. L'impulsiiui vient ici dlialie; la peinture du 
Moyen Age brise ses liens; le x\' siècle s'annonce. 

LA MlMATcnE FnAXrAlsi; (1270-1520). — La liansfomiaiion du style 
après 1270 se révèle le plus clairement dans un lectionnaire du Bi-iiisli 
Muséum (Add. 1754J'). C'est une copie, libre quant aux figures, fidèle quant 
au texte, du lectionnaire de la Sainte-CIiapelle mentionné plus baut (Lat. 
17520). Les jolies petites miniatures suivent de plus près, au début, la 
teclinique et le coloris du modèle; on voit bientôt la di^qieiie el le modelé 
senricbir, et les couleui's pâlissent. L'ornenieniaiion siirloiil se dislinguc 
de celle du modèle. Les exln'uiili's des iniliales soni abondaniiiienl sar- 



ft-iïlittratft-fi'mni 
(é tli'raltrtv cr ralil 
iiiiiiunio(tiiM5:iM_ 
crdinr. lî'iTdidiinif 
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ninmirfhi rtViiot 
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riiol Uaselnff, 
Fio. itM. — Mi[iialiii'c (l'un lecUonnaiie. 
(Copie du 1732U lat. de la Bild. nat.) 
(Bril. Mus., add. 17341.) 



:,:>-> iiis'i'oiiii'; de \:.\\\r 

nies de l'ciiilles dépines; celles-ci pénètrent aussi dans le coi'ps tie l'ini- 
tiale. Mais les scènes drolatiques n'interviennent encore qu'avec la plus 
extrême réserve; ce sont des animaux isolés, tout au plus des scènes de 
chasse. Même style dans la Bible de Philippe le Bel (Bibl. nat., lat. 248); on 
n'y voit aussi que de petites initiales. De plus grandes miniatures du nou- 
veau style se trouvent dans un manuscrit qui réunit deux traités: la 
« Somme le vol », composé en 1279 par le frère Dominicain Laurent pour 
Philippe 111, et la « Sainte-Abbaye » (Brit. Mus., add. 28162 et Collection 
Yates Tliompsoni. Le volume possède cjuatorze minialures couvi-ant la 
page, divisées pour la plupart en compartiments; les meilleures appar- 
tiennent à l'illustration de la i< Sainte-Abbaye ». Le fond d'or est à fines 
applications; le rouge minium domine, à côté du bleu, du brun, du gris; 
le vert est presque absent; les chairs sont presque toujours claires. Ces 
minialures nous charment non seulement par la virtuosité de leur tecli- 
nique, mais aussi par l'attitude distinguée et élégante des personnages, 
par la grâce et la sveltesse des lignes. Le manuscrit, non daté, est proba- 
blement de la fin du xiii'' siècle. A cette époque, ou peu après, doit avoir 
été exécuté un Bréviaire de la Bibliothèque municipale à Nuremberg 
(Solger, in-quarto, n° 4), que Charles de France donna à la reine d'Angle- 
terre. C'est une illustration détaillée de la Vie de Jésus-Christ. Les minia- 
tures sont réunies à deux ou à quatre sur une seule page. Aux coins de 
l'encadrement se trouve une sorte de cjuadrilobe aigu, alors très à la 
mode. Les fonds sont toujours d'or et ornementés. Le style tombe mani- 
festement dans le maniérisme. Les cheveux ressemblent un peu à des per- 
ruques; les bords du vêtement sont contournés en forme de nœuds; 
l'expression des têtes est poussée jusqu'à l'exagération. 

Un style analogue apparaît dans un certain nombre de travaux remar- 
quables, de date certaine et qui appartiennent tous au début du xiv'' siècle. 
Par exemple le manuscrit de la « Somme le roi », que le copiste Lambert 
le Petit exécuta en loi! pour Jeanne, comtesse d'Eu et de Guines (Bibl. 
de l'Arsenal, (i.'329). De style plus simple et plus aisé est la Bible historiée 
de l'Arsenal (Ms. 5059), exécutée à Paris. A peu près de la même époque 
est la « Vie et miracles de saint Denis » composée par Yves, moine de 
Saint-Denis, et olfert à Philippe le Long vers l'année 1517. La nouveauté 
du sujet nous charme dans ces miniatures; les motifs des architectures et 
des paysages sont très intéressants. Dans l'ornementation, la feuille 
d'épines prédomine toujours. Cette simplicité et cette réserve dans l'or- 
nementation des manuscrits parisiens, et même des manuscrits de luxe 
royaux, sont d'autant plus frappantes qu'au même moment la province 
exécute des œuvres plus riches et plus variées. Citons surtout (piel(pu?s 
travaux lorrains, le Pontifical richement illustré, destiné à Benaud de Bar, 
évêque de Metz (1502-1510), (Bibliothèque de sir Thomas Brooke, à 



LES MINIATURES - LES VITRAUX - LA PELNTURE MURALE 353 

Ihiddcrsricld) ; le Bréviaire de \'erdun, exécuté au commencement du 
xiv" siècle pour Marguerite de Bar, abbesse de Sainl-lNIaur de \'crdun 
(tome I, dans la Coll. Yates Thompson; tome 11, à la Bibl. de A'erdun, 
n" 107). Les miniatures de ces manusci'its sont lout à l'ail au niveau des 
œuvres parisiennes; elles possèdent en outre des encadrements richement 
ornés ; on y introduit les plinthes, les tiges avec feuilles d'épines, et une 
foule de petites scènes drolatiques. Des lièvres ou des singes imitent des 
actions humaines; les lièvres prennent d'assaut un manoir, font prisonnier 
le chasseur, etc. On trouve les mêmes détails au nord, dans un psautier 
llamand (Trinily Cloll., Cambridge, B, xi, '22); dans un psautier de l'Artois 
(Bibl. nat., lai. I0ir)5); dans la Vie de sainte Benoîte écrite en 17)12 à 
Origny (Berlin, Cabinet des Estampes!; dans un manuscrit exécuté en 
17)17 par Jean de Limoges (Vérone, Bibl. Cap., cxciv), etc. Un e.xamen 
altenlif de ces manuscrits révèle de nombreuses traces de riniluence 
anglaise, qui apparaîtra avec plus d'é\idence a]irès la description des 
travaux anglais de l'éjioque. 

LA Ml-MATCRE AXGLAiSE (de la iin du xiu'' au milieu du xiv' siècle). — 
Un manuscrit de 128i montre avec quelle rapidité on se mit, en Angle- 
terre, à suivre les modèles français et à inventer ensuite un slyle original. 
Le soi-disant Psautier de Tenison (Bril. Mus., Add. 2iG8(i) devait être un 
cadeau de noce pour Alphonse, fils d'Edouard 1", qui mourut à onze ans, 
peu après ses fiançailles avec Marguerite de Hollande; c'est pourquoi le 
psautier est resté inachevé. Dans son ornementation, les motifs du treillis 
roman se mêlent aux extrémités des initiales dont les feuilles sont imitées 
de la nature. Une foule d'oiseaux, sur les côtés, témoignent d'une obser- 
vation pénétrante de la réalité. Toutes sortes de drôleries apparaissent 
sur le bord inférieur de l'initiale : une Néréide allaitant son petit; une 
chasseresse poursuivant un chevreuil; un chevalier tuant le dragon tandis 
que les corbeaux s'abattent déjà sur le cadavre de son cheval. De même 
style est le Psautier d'Isabelle, fille de Philippe le Bel, exécuté après le 
mariage (1308) d'Isabelle avec Edouard II, roi d'Angleterre (^Munich, Bibl. 
royale, ms. franc. 10). 

Le chef-d'œuvre anglais de l'époque est incontestablement le Qiieen 
Mary s Psalter (Brit. Mus., Royal, 2 B, vu). On l'appelle ainsi parce qu'il 
appartint au xvi*" siècle à la reine Marie. On ignore sa destination primi- 
tive; il ne peut avoir été exécuté qu'au début du xiv'' siècle. Le nombre 
des miniatures révèle déjà le caractère extraordinaire de cette œuvre. Au 
commencement, sur soixante-six feuillets peints des deux côtés, une série 
de deux cents scènes et plus de l'Ancien Testament, depuis la chute des 
Anges jusqu'à la mort de Salomon. Une simple plinthe rouge, garnie de 
quelques feuilles imitées de la nature, entoure ces légers dessins à la 
plume, où sont posés des lavis à peine teintés de verls, de bruns ou de 

T. II. — 45 



lilSIOllil'; 1)1'. I.AI'.T 



\iolc't.s. Leur chaïaïc \ iciil du inuuvcuiciit des ligures, élégaid cl gracieux 
mais toujours animé el expressif; la ieclmiciue est un peu celle du croquis; 
c'est celle qui convient le mieux à ces artistes anglais; elle ajoute à l'im- 
pression que produisent ces miniatures. Combien la femme de PuLijdiar 
est séduisante quand elle veut enjôler Joseph, mais combien insolente 
(|uand elle expose à la garde ses plaintes calomniatrices! — Celle sobriété 
l'ail bienl(')l jilaci' à une exécution plus l'iclic. Sui\(Mil en efTel cinijuantc- 
cinq pages, avant ci dans le psautier, eniièremenl ou en partie couvertes 
de miniatures el (pii oui Idides des fonds d'or ou de couleur avec apjiii- 
cations. C'est l'histoire de la vie du (Christ depuis l'arbre de Jessé jusqu'au 
Jugement dernier. A ce grand cycle s'ajoute, sur le bord intérieur de 

cliaque page, une illusli-ai ion 
supplémentaire traitée dans la 
leclinique légère des scènes de 
l'Ancien Testament. Une éton- 
nante richesse iconographique 
apparaît à nos yeux; nous y 
trouvons tout un bestiaire, des 
légendes de Saints, des mira- 
cles de la \'ierge Marie, la 
légende de Théophile, des fa- 
I)les; de plus, d'innombrables 
si'ènes de genre, idiasscs, jeux, 
11.5. i„ii tournois, et des caricatures, des 
singes qui luttent, etc.... Bref, 
ce seul manuscrit sui'tirail à 
donner une excellente idée de 
anglaise à celte époque. Très analogue 
est une Apocalypse en langue française (Bril. Mus., Royal, 19 B, xv), dont 
les miniatures sont dues peut-être à la même main. D'ailleurs, l'Apoca- 
lypse es! eiu'ore, au commencemenl du xi\' siècde, h' livre d'images 
favori; les plus beaux exemplaii'es ont (■•l('', selon toute \ raiseudjlance, 
exécutés en Angleterre. Parmi eux, deux manuscrits très analogues (])od- 
léienne. Douce IbiO; Paris, Bibl. nat., lat. lO'wi). Ces deux manuscrits 
sont inachevés; mais, dans leur simplicité linéaire, ils possèdent une force 
et une grandeur, une énergie d'expression el une aisance de lignes qui les 
mettent au rang des chefs-d'œuvre de l'époque. 

Depuis le début du xiv' siècle, c'est une école de l'Est (Norfolk, 
Suffolk et pays avoisinanls) qui fait faire à la peinture anglaise les plus 
grands progrès. Elle produit, en quelques dizaines d'années, jusque vers 
le milieu du siècle, une foule de psautiers magnifiques qui, pour peu de 
temjjs, occupent le premier rang en Angleterre et même en Europe. Dans 




_ av'it taflicttuiftfi) 
-t dttcMutiiimi^oitcniiic 

3 ^ 



imoir la Mfnc aie t(4 œœ-SiJrt 

c fc rtiams tHS'CDir .lu ftiuun't <ie^ 

loSïli It liSiM^ aftmct- " ^, 



FiG. ii;i. — La femme de Pulipliar. 

Psautier de la reine Marie. 

(Brilish MiHeuni Royal î E VII.) 

l'imporlanee qu'avait la peinlun 



I.I'.S MIMATlIiKS LES MTl; AUX I.V l'KlNTriîH Ml |;AI,I-: r.5b 

l'iiiiiriucnliilion. le l\]ii' i\f friiillr> tlV'|iiiies disparaîl dans la masse des 
(■l(''iiiciils l'ralislrs. doni la \ari(''ir> ri la \i'Til('' \oiil l'ii aiigmciitani . Les 
iliuslraliuiis ellcs-inèiiies aljanduiiiieiil la leehuique goUiique eoiivenlion- 
iielje ei liiiissenl [lar .s'engager dans une voie toute moderne. 

Un chef-d'œuvre ancien de l'école anglaise de l'Est es! un psautier 
e.xéeuté dans l'abbaye de Peterborough et qui vint ensuite en la posses- 
sion des rois de France (Bruxelles, ms. 9Ù61 !. Chose curieuse, ce psautier 
esl iirn<'' d'une grande série d'images typologiques, réunies le plus souvent 
par (pialrc sur un même feuillet. Le peintre avait en etTel pour modèle 
iiiic série de peintures du xii" siècle, exécutées sur les revers des stalles 
du rho'ur à Peterborough cl dont il existe des descriptions. Mais celte 
})arli(ularilé iconographique nous intéresse moins que les scènes de genre 
iniroduiles dans l'ornementation de ces encadremenis ou sur la partie 
des pages laissée m Idanc : scènes de la vie courtoise et galante, prise du 
Château d'Amour déh'ndu par des jeunes filles jetant des l'oses. cliexalier 
reposant sous un arbre avec sa bien-aimée, etc. 

On ne peut fixer le lieu d'origine de la plupart de ces œuvres; elles 
ap|iarlenaient le plus souvent à des familles du pays et proviennent en 
génc-ral de ces régions. L'une des plus exquises est le Psautier de Robert 
de Ormesby (Bodléienne, Douce ."(jUj. Le grand frontispice, sous forme 
d'arbre généalogique du Christ, avec un couple à genoux, est encore 
ai-eliaïque [)ar rornemenialion, (|ui se comjjose essenliellemeni de tiges 
a\ee feuilles d'épines. Il contribue à l'aiic paraîtic |ilus avanci''s les autres 
l'ucadrements du manuscrit ; on y lrou\e siu-tout des fleurs et des fruits 
d'après nature, et le caprice de l'artiste s'y est librement dépensé, l u 
feuillet du Psaume CIX, représente Dieu le Père etJésus-Christ trônant au 
milieu des chérubins; dans la bordure, deux cavaliers nus juchés respec- 
lixcment sm- un ours et sur un lion se d<''ehirent mutuellement avec rage; 
on y \oit aussi de dos un personnage, couvert seulement d'ini manteau, 
lièiement camjjé et sonnant de la trompette. 

Par la vigueur et la fraîcheur de l'ornementation, le Psautier d'Ûr- 
mesby en éclipse un autre qui fut exécuté pour un membre de la famille de 
sir \\'illiam Howard ( f L")08), aïeul des ducs de Norfolk (Brit. Mus., 
Arundel 8.") . Mais ce psautier est aujourd'hui relié avec les restes 
très importants d'un psautier donné par Robert de Lisle en I.'ÔO, et dont 
quelques miniatures sont de premier ordre. 

Les tendances picturales qui apparaissent dans le PsautiiM- de Robert 
de Lisle, son! plus (''x idenles encore dans les deux chefs-d'a^uvre de 
l'école anglaise de l'Lsl. In psautier Douai, ms. 17L donné dans la 
seconde moitié du xiv" siècle par Thomas, vicaire de Gorleston (Suffolk), 
a été probablement exécuté, de lô'i'i à lâ'io, à Xorwich. Il est encore 
dépassé par le psautier de la Collection Yales Thompson, exécuté poui- 



5ÔG HISTOIRE DE L'ART 

sii' \\'illi;un, éltdjli ;'i MulLarlon (Norfolk), où il niourul vers 1547, ou pour 
son lils sir Thomas, niorL en lôCi. Il ressemble à celui de Douai el doit 
être plulôL de 1525. Malgré son grand format, il ne contient que de très 
petites miniatures, les plus fines qu'on puisse imaginer. On y trouve tous 
les éléments du paysage moderne qui seront développés plus tard. A côté 
de scènes bibliques, figurent quantité de scènes réalistes. Le propriétaire 
du manuscrit et sa femme sont représentés à genoux; plusieurs tètes 
donnent l'impression de portraits; toutes sortes de ligures humaines, 
d'animaux, de fleurs sont jetés pêle-mêle dans l'encadrement; c'est un vrai 
kaléidoscope. Partout la même fraîcheur d'observation. L'artiste met 
sa joie à décrire la nature et préfère peut-être les scènes bibliques qui 
lui en fournissent l'occasion. Comment ne pas pro))liétiser un grand 
avenii' à cet art si plein de sève juvénile? Et pourtant il n'a pas continué 
à se développer. On ignore les causes de sa décadence rapide. La forme 
s'appauvrit et devient plus grossière. Le Psautier du frère Walther de 
Bouceby (Oxford, Bodl., Barlow 'JtJ), montre une ornementation réduite 
à quelques grands molifs. Le psautier de sir Geoffrey Louterell of Irnham 
(Lulworlh Castle Library), exécuté peu avant 15i0, est caracléristitpie 
sous ce rapport. L'ornementalion est encore plus dure, j)lus }iauvre île 
formes; les scènes drolatiques ont quelque chose de lourd, malgré la fan- 
taisie effrayante qui^ le peintre déploie dans ses monstres.... Mais la grande 
époque de la peinture anglaise est passée ; elle ne recommence qu'à la fin 
du siècle, sous l'inlluence des Pays-Bas, de la France et de la Bohème. 

/.i MiNiATUitE FHAXrAiSE (de ïù'iO à 1550). — C'est en France que nous 
retrouvons le fil qui nous conduira jusqu'au xiv" el au xv' siècle. Avant 
d'analyser le slyle de cetle période, jetons un coup d'd'il d'ensemble sur 
les travaux qu'il nous faut ici étudier. Par un heureux hasard, nous pou- 
vons leur rattacher une série de noms célèbres. Ce n'est pas qu'on puisse 
établir en toute certitude l'individualilé de chaque artiste; mais on peut 
relier le slyle d'un atelier déterminé à un nom déterminé. La plus grande 
personnalilé de l'école parisienne nous parait être Jean Pucelle. Nous 
savons qu'entre 1519 el I5'2i il dessina le Sceau de la Fraternité de Sainl- 
Jacqucs-aux-Pèlerins, à Paris. Il exécuta en 1527 la Bible latine copiée 
par Robert de Billyng (Bibl. nat., lat. 1 1955). Pucelle y travaille en colla- 
boration avec Anciau de Cens (ou Cens) et Jacques Maci, et il faut 
renoncer à délimiter sa part personnelle. Mais on peut espérer le reti'ouver 
dans les Hcurcx de l'iuellc, lilre qu'un catalogue de Jean de Berry donne à 
un petit volume (aujourd'hui en la possession de Mme Adolphe de Holh- 
schild). Nous retrouvons Pucelle pour la quatrième fois dans une noie 
marginale du Bréviaire de Belleville (Bibl. nat., lat. 10485-84). Il dirigea 
l'exécution du livre; il avait pour collaliorateurs Mahiet Ancelet et J. Che- 
vrier, qui avaient travaillé à la Bible de 1527. A ces œuvres authentiques 




ILLUSTRATION DU PSAUME CIX 

PSAUTIER DE ROBERT DE ORÎ^ESBY 

(Bodléienne. Douce 366) 



Histoire a^lAi-t, Il PI IV 



Librairie Annand Colin, Pans 



LES MINIATURES — LES VITHAUX - LA PEINTURE MURALE 557 

de Pucellc el de son école d'autres se ratlaclient par les analogies de style 
et par les liens de parenté entre ceux qui les ont commandées. Cet art est 
en relations étroites avec la cour de France (Heures attribuées à Jeanne 
de Savoy, mariée à Jean III, duc de Bretagne; Coll. de Mme Jacquemart- 
André. — Heures de Blanche de Bourgogne (f lôiS), mariée à Edouard, 
comte de Savoie, détruites en 190i dans lincendie de la Bihl. de Turin. — 
Heures de Jeanne II de France, reine de Navarre; Coll. Yates Thompson. 
— Heures de sa bru Yolande de Flandre; môme collection. — Bréviaire 
de Jeanne d'Evreux, femme de Charles IV, roi de France et de Navarre). 
Cette énumération montre l'importance du livre d'Heures et le désir 
qu'avaient les princesses alliées à la cour de France de posséder un livre 
de Pucelle ou de sa manière. Ce fait nous permet, le plus souvent, de 
dater exactement ces livres; la grande période de l'école de Pucelle va de 
Id'JT jusque vers lôùO. D'autres œuvres sont plus rares; citons un Missel 
(Bibl. de l'Arsenal, n" (iOS^ et surtout une o-uvre des plus exquises : Le 
licrc (les mh'ach's de XuliT-Dainc, mis en vers par Gautier de Coincy (Bibl. 
du Séminaire de Soissons'. 

Le style de l'école de Pucellc se comjiosc d'élémenls (li\(M's. Il est 
évident. Iiiul d'abord. (pi il (•(inlinucrn ni'MK'Tn! la tradition pai'isieniic; s(^s 
préférences \ont vers l'art id(''alisl(', tel qu'il se constitu(^ à la lin du 
xiii'' siècle : on cherche à réaliser la gràci\ l'aisance, l'harmonie, la tl(''Iica- 
tesse dans les figures, dans le coloris cl dans la draperie. Un réalisme 
vigoureux ne peut naturellement se concilier avec ces tendances; dans 
les tètes seules, on tolère plus de force cl d'originalité, mais on emprunte 
ces qualités moins à l'observation de la nature qu'à l'imitation des mo- 
dèles italiens. Dès que les artistes s'éloignent du type conventionnel de 
beauté, ils montrent un talent vigoureux dans le portrait (frontispice 
des Actes du Procès de Robert d'Artois, 1552; Bibl. nat., franc. 18457). 
Le réalisme ne s'affirme avec plus de liberté que dans l'ornementation 
des encadrements. Image, initiale et texte sont entourés d'un encadre- 
iiiiiil composé de plinthes très étroites d'où partent de minces liges avec 
feuilles d'épines. Cet entrelacement de tiges peut s'éiiaissii- juscpi'à enfer- 
mer la page en une sorte de haie; la [plupart du temps, il esl très lâche 
et laisse de grands vides pour les scènes drolatiques; on aime surtout 
les animaux d'après nature, oiseaux, singes, papillons, libellules, entre- 
mêlés de formes humaines et de monstres. Sur le bord inférieur on 
voit, à l'occasion, quehpies scènes de genre, par exemple un joueur de 
cornemuse et d(,' tandjour (|ui l'ail danser des }iaysans. lui g(''néral, la 
partie ornementale de ces nianuscrils est sobre, comparée à la richesse 
débordante du r(''alisnie cl des (li("deries de l'école anglaise; mais il faut 
aduu'tlre que les artistes français oui transformé à leiii- nianière les 
modèles anglais. 



5'is iiiM()ii;i. m-; i.Airr 

()ii pourrait donc dire (|ii Cn son rssmrç I ('•colr de l'iicrllr d('\Ldo|i[M' 
les (M(''nienls (|lic lui avaicnl Iransuiis la peinliii-c anylo-l'ranraisc au déluil 
du xiv' sirclc. Mais celle analyse n"a pas encore épuisé les ]iarlicularilés de 
celle ('-cole. Les portes du Paradis, dans le caleudiier, nous oflrenl une 
archiieclure étrange, gotlii(}ue sans doute en ses formes générales, mais 
1res dilVérente de celle des psautiers de saint Louis, et, ])Our tout dire, 
lic;iui'()up moins purement française. A celle diilV'rcnce des lormes s'ajoute 
celle du Iravail. Tout dalioi'd, une inuo\alioii : ou observe la lumière cl 
les omiii'es, le conlrasle enli'c la \ i\c clai'h'' du soleil et l'omhre la plus 
(■■|)aisse; on sent partout l'inlenlion de ci'éer des (eu\res plastiques, de 
distinguer nettement la face antérieure et celle des côtés, le côté inférieur 
cl le c(")té su})érieur. Si imparfaite que soit cette tentât i\e. elle prou\e 
(pidn se fait une repré.sentalion nouvelle del'espace. Enlin, dans (pn-lques 
di'lails (1 ird(''i'icur (scène de l'Annoncialiou , on reconnaît 1 arcliilecluic 
delà |teinlure italienne du Trecento. Les illusli-ations des <■ Mira(des de 
.\olre-l lame " en sont la meilleure [)reu\e. (In y IrouNc miMue la vue 
d'une \ille, que tlomine une tour d'iièilel de \ille analogue au l'ala/,/.o 
\ Vccliio de Florence. 

Aulanl le (■araclère italien tic ces architectures e^l (Aidi/nl et leur pro- 
grès rapide, aulanl il est diflicile de montrer une (■■voluli(jn parallèle dans 
les paysages. Tout d'ahord, la repr(''sentation du paysage est très i-es- 
Ireinte, parce (pie, nous inclinons à le croire, le |ieinlre a\ail une prédi- 
lection singulière à peindre les tapissei-ics de fond. Le paysage a\i'c 
horizon et atmosphère ne fait pas encore son apj)urition. Même le ])aysage 
vert de montagnes, la coUiiu' herbeuse l)ordée de hêtres, es! encore rare. 
DansiuK,' représeidaliou du ( ihrist au lombeau. les terrasses de piei-re, 
connue toute la composilion. soni (A idenuneid iiiiil(''es de modèles 
ilali(.'iis. 

La transforuuition \i(ilenle qui pousse la peinture hors des ornières 
tlu Moyen Age et la met en conlacl avec Tari antique el moderne, ne s'est 
donc pas produite en deçà des Alpes. Nous avons montré plus haut que 
l'art gothique avait pour lui l'observation parfaite du détail et la reproduc- 
tion fidèle des objets, mais qu'il n'était pas allé jusqu'à aborder le pro- 
blème de l'espace. Par contre, nous avons dit ailleurs que l'influence 
byzantine atleinl,à l'occasion, à une représentation véridique de l'espace. 
Là est la clef du problème. La peinture nouvelle est issue de rinlluencc 
byzantine, mais sur le sol italien, ^"crs la fin du xiii" siècle, elle com- 
mence sa marche triomphale au delà des Alpes. 

Le problème de l'influence italienne sur la miniature septentrionale 
présente de grandes dilïicullés. .Jusqu'où remontent les inlluences ? Oui 
les transmet? Déjà l'exécution des scènes drolatiques et des figures de 
l'encadrement subit peut-être l'influence italienne peu après PJ'iO. Les 



i.i.s MiNiATiiiKS i.i:s \ iTi'.Ai X \.\ PKixi ri;i: MiliAi.r. :,;.'.. 

Iraiisloniialiims tlii coloiis cl de la Iccliiiiqiie, à la lin tlu sircle, l'uni 
penser aussi à l'innuence ilaliennc; niais les changements décisils ame- 
nés par elle ne se pruduiseni (pie vers \7t'2h. Lexil des papes à Avignon 
a-l-il Iransmis celle influenci', comme on l'a si souveni al'firmé ? Pour 
l'époque de lô'ià, bien avant la grandeaclivilc artistique d'un Benoît XII 
el d'un (llément VI, ce n'est pas très évident; nous savons du reste que 
des pi'iiil les ilalirns, antérieurement, a^•ail■nl lra\'aillé à la cour de l'ranri' ; 
l'Iiilippc. Jean lii/.uli, Nicolas Mars sont, dès I3()1-, payés conniii' /i/r/orcs- 
miis cl gardent longhMiips celle situation. Clelte exjtlication sui'lil d'aulaul 
mieux que l'inlluence des miniatui-isles italiens esl heauctiup moins cii 
cause que celle des peintres. 

L'école de Pucelle dure jusque vers lemilieudu xiv'sièclc. Alors cdui- 
uiencc la période nouvelle, pendant latpielle li' réalisme du nord. repr(''- 
senté siu-loul par les artistes llamands à Paris. l'cm|iorla. 



La miniature allemande depuis la fin du XII' jusqu'au milieu du XIV siècle. 

LA \ Il TOIRI: lit: >'/ 17./: LIY/AMI.\ KT l..\ l'ÉNÉTBATlOS iJh /.M/;/ i.iil lllijl I 

i:\ M.i.hMMLXf. — Le moment décisif dans l'évolution de la peiidui-e alle- 
mande au \nf siècle est celui de la furie inlluence liy/aidiiie. fille 
triomphe des anciens styles, arrèle l'exjiansion de l'arl golliiqui'. Les le 
xii" siècle, on la voit se propager surtout dans le sud. le nord ((uiser- 
vant encore son originalité. De ll!)0 à LJIKI. fait curieux, le laldeau 
change complètement. Dans le nord, hruscpie luplure avec le slyle liadi- 
lionnel. au profil de l'inlluence byzantine; mais cette transfornialion n'esl 
pas une manifeslation superficielle: elle s'explique par le besoin inlinie 
de renouveler les formes arlisli(|ues, pai' cette conviction cpie le style 
lourd el contraint usité jusqu'alors ne répondait plus aux exigenies de 
l'art moderne. C'est ainsi ([ue, tout en comprenant bien la valeur de la 
peinlure b\7.anline comme modèle à suivre, on sait l'iiiiilei' a\ec origi- 
nalité. 

Les minialui'es allemandes du xii" siècle n'(''laieul pas pour donner 
l'impression de cette li-ansfornialioii juiissanlc <|ui ailleurs piiM-iMla la 
naissance de l'art golliicpu'. N'oiii (pie. brusquement, ce désir ai'dcid d un 
idéal artistique nouveau [U'cnd forme. L n phénomène, dont on peul di-coii- 
vrir les traces dans la ])ériode de transition, a])paraît au grand jour, l ne 
\ie nouvelle >e nianifc-^lc dans li's ligui'cs; la draperii' s'anime par de-, 
moyens arlilicicls ; le>. contours s'agitent, les étolfes se cassenl. de-, 
franges ilotlent an vent. Mais ce slyle à la fois figé et inipiicl, n'est jias un 
phénomène Iransiloire. La simplilii-a! ion, qui serait pour lui le salul. ne 
se produit pas: ildevienl loujoui-- plus surchargé, uiaiii(''i-('' cl baidipie. 



IllSTOlItl': 1)K LAlîT 



(Ja coiui>li(iuc les lormcs à plaisir el l'on olioulil aux résultats les plus 
étranges. L'évolution en Allemagne s'arrête, comme celle de l'Angleterre. 
Elle se termine par l'acceptation pure et simple de l'art gothique français. 
Ce qui donne à lait allemand de cette époque son caractère propre, 
c'est l'imitation fidèle de l'art byzantin. Elle n'est pas facile à expliquer. 
Il ne peut être question d'une infiltration progressive des éléments byzan- 
tins; la |)einlure monumentale s'en ins|.ire autant que la miniature. L'iiis- 

ioire générale de l'art peut seule 
ici nous éclairer. Le xii' et le 
xni' siècle sont l'époque où l'art 
moyen-byzantin triomphe en Ita- 
lie, au moment où les empereurs 
allemands, vers la fin du xiT siè- 
cle, comme héritiers des Nor- 
mands, transportent leur rési- 
dence dans l'Italie méridionale, 
c'est-à-dire dans un domaine co- 
lonial de l'art byzantin. Les im- 
pulsions qui vinrent de là ont 
été aussi fortes que rintluence 
des croisades. 

La patrie du style nouveau 
est la Saxe. A la fin du xii' siècle 
appartiennent encore deux œu- 
vres de transition: deux évangé- 
liaircs (Wolfcnbùttel, Ilcrzogl. 
Bibl., llelmst. Gi>; et Trêves, 
Domschalz, iV2, provenant de 
Paderborn) dont le premier porte 
la date de 1194. Le premier ma- 
nuscrit daté de la peinture nou- 
velle est le Lihclliia de consecralluuc o'isinalis écrit parle chapelain de Mag- 
debourg, Henri de Jerichow, en 1214 (Magdebourg, Domgymnasium, 152). 
A peu près au même moment, le style nouveau a produit ses chefs- 
d'œuvre : les Psautiers d'IIermann de Thuringe (f 1217). Fait caractéris- 
tique, la plupart de ces œuvres sont des psautiers : le livre de prières de 
la noble dame est, à partir de ce moment, en Allemagne comme en Angle- 
terre, l'œuvre la plus distinguée qui puisse être confiée au miniaturiste. 
Le plus ancien des psautiers d'IIermann esta Stuttgart (Hofbibl., Bibl., 
in-f°, 24). Outre un calendrier avec les douze Apôtres, il contient une série 
de scènes du Nouveau Testament. Partout, imitation fidèle des modèles 
byzantins, mais celte imitation est bien loin d'égaler le modèle; l'ascé- 




I'k.. 'Jn.'!. — liaptumc du Cliiisl. 
Miiii.ilui'c du [isautier d'IIermann de Thuringe. 

(SUrttgarl, Horbilil.) 



LES MINIATURES — LES VITliAlX — LA PEINTURE MURALE 



-)CI 



lisiiic des visages esl exagéré, la draperie est déliguréc par l'aceuimdalion 
et le coiitournenient des plis. Parmi les scènes du Nouveau Testament, le 
l>a])lème du Christ se rapproche le plus des modèles byzantins; mais le 
ty|)e iconographique n'est même pas ici purement byzantin. Si la distri- 
bution et le mouvement des figures est à peu près concordant, tout ce 
qui, dans le modèle byzantin, exprime un certain sentiment de la profon- 
ilcur el de l'espace, a dis- 
l)aru dans la co})ie : les 
montagnes deviennent un 
bloc de rocher; le peintre 
occidental ne comprend 
rien à une conception de 
l'illustration si différente 
delà sienne. Dans l'icono- 
graphie, il innove sou- 
\ent. (l'est dans ce ma- 
nuscrit que l'on trouM' 
pour la })remière fois uni' 
Crucifixion avec les trois 
clous. Dans la représenta- 
tion de la Descente aux 
limlies, des influences an- 
glaises se manifestenl. 
Cette influence fut trans- 
mise peut-être par le ma- 
riage anglais d'Henri Ir 
Lion el l'éducation an- 
glaise de son fils Othon. 
Cette hypothèse, si elle 
est juste, fait comprendre 
a\cc |ilus de facilité, 
poiu'quoi c'est précisé- 
ment dans le livre de 
jH-ières princier que l'in- 

iluence anglaise est le plus sensible. Le Livre de prières de sainte l'Elisa- 
beth, l)elle-fille du landgrave llermann, en est la meilleure preuve (musée 
de Cividale). Il est laen plus richement illustré que celui de Stuttgart ; la 
répartition des illustrations trahit clairement l'influence anglaise. Le style 
en est aussi plus libre, plus aisé el ])lus original. 

Nous n'avons pas ici à énumérei- la foule des œuvres qui se groupent 
autour des Psautiers d'Hermann ni à poursuivre dans toutes ses ramifica- 
tions les évolutions de cette école, l'ail curieux, vers le milieu du xiii'' siè- 

T. II. — iO 




ilixi.iii, Miiiialuiv du .Mia,cl de SriiicUo. 
(Ualberstadt, Domgj'mnasium. 114.) 



1IIS!(HI;I-: I»!' I.AI'.T 



cet ® TMtudxaum v otiim «mToiuieto 
num une t,i. ni.mYir:-lvvUnt-<oda<te 



de. une aoiiv rllr iii\iisii)ii du slylr l>y/;iiil iii se l'jiil sciilir d;ms l;i |M'inture 
s:i\()nM(\ au moiiieiil (lii il smililail (luVlle se lïil assiniih-, fii le nolionali- 
sanl,(i' (iii'cllc lui avait cmprunlr. L'ne porsonnaliti- arlislique rcmar- 
qualilc iloil a\(iir provoqué celle lévolulion. Nous uo la connaissons pas; 
citons seulement, les deux cliel's-d'(euvre : le [.ivre (FEvangilcs de riiùtcl 
de ville à Goslai-, et le Missel du prévôt du chapitre Semeko d'Ilalberstadl 
(Domgymnasiuni, I l 'i i. Les deux inanuscrils sont tout à t'ait occiden- 
tauxdnnslcurorneinenlation ; ils ne trahissent en l'ien la copie proprement 
dite de minialures hyzantines; cl cejxMidanl, ils sont si imj)réi;nés d'in- 

lluence byzantine qu'on a voulu attri- 
liuer l'évangéliairc de Goslar à un pein- 
tre byzantin. Il ne peut évidemment en 
être question. Mais son auteur doit avoir 
vécu dans un centre d'art byzantin et 
avoir sucé la moelle de l'esthétique 
byzantine. Ce n'est plus, en un sens, un 
Occidental; il brise les limites de la 
conception que l'Occident se faisait de 
l'interprétation île l'espace; le premier, 
il essaie de représenter la perspective, 
(le premier progi'és aurait jui marquer 
pour la peinture allemande une sorte de 
renaissance, si ce maître avait été com- 
pris et avait eu des successeurs. Mais il 
n'en fut pas ainsi. On ne retrouvera plus 
le sentiment profond de ses miniatures, 
le mouvement expressif et gracieux de 
ses figures. Par contre, un de ses d(''rauls 
sera conservé et jouera un rôle impor- 
tant : c'est rirdrodurli(jn dans le vêtement de la surcharge et de l'agila- 
tidu. Le style saxon se transforme, se met à aimer la minutie, tombe dans 
le maniérisme. Ces masses de plis s'écroulant en cascades se raidissent 
chez les successeurs, qui remplacent la fmesse des sentiments par la 
grossièreté paysanne. Il en résulte des caricatures aussi compliquées que 
sèches; toutes les grandes conquêtes qu'avait faites l'étrange maître sont 
perdues. 

Dans la région du Bas-lîhin, les manuscrits illustrés sonl rares au 
xiii' siècle; une industrie des livres d'heures, comme celle delà Saxe,n y a 
jam;us existé. Les travaux im|)oi-t;nits datent du milieu du xin' siècle. Le 
plus intéressant est une copie de la Chronique Hoyale de Cologne prove- 
nant d'Aix-la-Chapelle (Bruxelles, ms. 4(37). Ce sont des tables généalo- 
giques et des portraits d'empereurs ; exécutés à la gouache, ils révèlent 




I-ic. :ir,7. — Miiiinliii-r .liiii.- lîil.le 

de la réyiou du Bas-Hliin. 

(Derlin, Bibl. roy., Tli.'.jlng, 1, 



Li:.S MIMATUIŒS - LES VITHAUX - LA PELNTrP.t; MUHALE 



un sens délicat de la couleur. Le slyle a les mêmes surcharges et la 
même agitation qu'en Saxe, mais il n"est pas aussi anguleux et saccadé; 
il a plutôt une grandeur et un élan qui conviennent fort bien aux portraits 
d'empereur. Très analogue est une Bible (Bibl. roy. de Berlin, TIk'oI. hiL. 
in-P, 579), dont les illustrations avec leurs contours très simpliliés ri leur 
vigoureux élan rappellent l'art gothique. 

U: STYLE DU Xlll' SU-CIJ: DAXS f.À nAUTE-AIXI-}IAUX/:. ~Toiû\c.xif sicdc, 
dans le sud de l'Alleuiagne, est dominé par la lutte entre le style national 
et le slyle byzantin, entre le dessin à la plume et la gouache. En l"2<M), le 
slyle byzantin l'emporte partout; 
on voit apparaître en même temps, 
comme dans le nord, une certaine 
agitation. Mais la particularité la 
})lus originale du style saxon, les 
plis cassés de la draperie, ne se 
rencontre pas ici tout d'abord et ne 
pénètre qu'au cours du xui'" siècle, 
sous l'influence du nord. 

Un groupe de manuscrits illu-- 
Irés nous permet de suivre celle 
('•Noiulion (lu slyli'. (Jn 1rs a long- 
temps, mais à lort. allriliués à un 
seul artiste, le moine (lonrad de 
Scheyern; en réalih'. diu\ ariisles 
au moins de ce nom ont dû tra- 
vailler dans le cloître de la IlauL- 
lîavière. L'abbé Conrad i l'20()-l'2'i:i 
lit copier par le moine Conrad un 
Matutinal qui fut richement décoré 
de dessins à la plume et au lavis 

sur fond de couleur. De grands tableaux apocalyptiques précèdent un 
long cycle d'illustrations qui traite la légende de P'aust et celle de Théo- 
|iliilc. Le slyle esl parlni> in(''i:al. Dans les tableaux apocalyptiques, il a 
de la grandeur et de IV'Ian: il suil ici d'excellents modèles. Dans la 
légende de Théophile, p:ii- eonlre, ce style riche et solennel na|ipaiail 
pas avec la même pureté. Le vêtement est bien plus primitif, le dessin des 
figures est moins correct; mais ces défauts sont compensés par de 
grandes qualités. Le style est plus original, rexpres>iuii plus indépen- 
dante des formes conventionnelles. L'artiste laisse liliru cours à ses 
senlimenU personnels. Les personnages, par la mimicpie et le geste, foid 
de \rais monologues: c'est, par exemple, l'abbesse enceinle cpii. dans 
son angoi>.s<'. demande secours à la shdue de la .Madoni': e'e.sl Théophile 




Liiibloire <iii moine Théophile, 
il II Maluliiial île lahbé Conrad.. 



(MuniolK Clm. niiii.) 



3(ii HISTOIRE DE L'ART 

repoussé ([ui, plein de raiicuiic cL médilanl une vengeance, csL assis dans 
sa cellule. De tels clicfs-d"œuvrc d'expression compensent largement les 
pertes faites pour la magnificence de la forme. 

Ce n'est pas par l'effet du hasard que le peintre de Scheyern déploie 
des qualités si surprenantes dans l'illustration d'un thème nouveau. La 
poésie de l'époque, on peut le dire avec certitude, a exercé sur la peinture 
une inlluence féconde. Dans les manuscrits enluminés des poèmes, on peut 
signaler les mêmes faiblesses et les mêmes qualités : technique facile, 
souvent grande négligence d'exécution et absence de style; mais, d'autre 
part, admirable vivacité et profondeur psychologique. D'une bizarrerie 
étonnante dans leurs erreurs de dessin, mais d'un effet saisissant, sont 
les illustrations de VÈnridc de Henri de Veldecke (Berlin, Bibl. roy., ms. 
germ., in-f", 282), ou celles, plus soignées, du « Licl von der Marjcl » de 
Wcrner von Tcgernsee (Berlin, ms. germ., in-8°, 109). 

Le peintre du Matutinal de Scheyein trouva dans son cloître un suc- 
cesseur : le moine Conrad qui, en 1241, dans une de ses pièces capitales, 
la Mater vcrburum (Munich, CIm. ITi-O.")), a laissé un catalogue de ses 
œuvres. D'après une note de ce catalogue, Conrad a achevé le Matutinal. 
Celui-ci conlienl, en elTi'l, plusieurs illustrations li'ès différentes des pré- 
cédentes : une ^Madone de Majesté, saint Nicolas et saint Pierre, les 
patrons de Scheyern, les fêtes principales de la vie de Marie. Au point 
de vue du style, toutes ces illustrations sont en grand progrès. 

C'est le style anguleux du xui" siècle, fortement imprégné de byzan- 
tinisme, que nous trouvons en Bavière avant 1241. En Bavière, les tra- 
vaux les plus remarquables sont des dessins à la plume. Pendant ce 
temps, dans l'Allemagne du Sud, dans la Franconie, se constitue une 
école qui produit d'élégants manuscrits de luxe sous l'influence thuringo- 
saxonne. Le conflit entre les styles méridionaux et les styles du nord 
apparaît ici en un exemple frappant : un psautier de la Bibliothèque de 
Bamberg (A, II, 47), qui, très probablement, a été exécuté à Bamberg au 
commencement du xni" siècle. Les meilleures illustrations de ce manu- 
scrit révèlent toutes une influence byzantine; mais, comparées avec les 
Psautiers d'Ilermann de Thuringe, les formes ont plus d'aisance et de 
rondeur; la technique est plus souple, plus picturale; bref, la note carac- 
téristique du style saxon, la raideur et la dureté, est absente. L'analogie 
avec les tableaux apocalyptiques de l'alibé Conrad de Scheyern est évi- 
dente. Le peintre du psautier de Bamlterg, on ne sait pourquoi, a laissé 
son o'uvre inachevée; un aulre arlisie y a ajouté une illustration ci |ilu- 
sieurs initiales avec ligures. Le Jugement dernier révèle un style ({ui 
ressemble absolument au style saxon. Nous avons ici le produit d'une 
école très analogue, mais qu'il faut nettement distinguer; elle a son siège 
en Franconie, à Wurzbourg, à Bamberg, à Eichstatt. Ses œuvres sont, 



LES MIMATURKS ^ LES VITRAUX - LA PEINTURE MURALE 



".05 



pour la plupart, des psaufiers. Cette école a eu sa grande période vers 
1250; ses artistes ont été en relation directe, sans doute, avec les cloîtres 
des ordres mendiants, surtout des Dominicains. La Bible de l'2i() en est la 
preuve; elle fut exécutée aux frais de l'abbé d'un couvent de Bénédictins à 
Sainl-Burchard pour le cloître des Dominicains à ^^'urzbourg (Universi- 
talsbibl., Bibl. in-f°, max., fl). Sur le frontispice, un moine à genoux, Ilnin- 
ricus piclor, présente la Bible 

à saint Dominique. Dans plu- ^ 

sieurs psautiers, saint Fran- 
çois et saint Dominique sont 
représentés sous la croix dans 
la scène de la Crucifixion ; en 
face d'eux, la Mater Dolorosa 
percée d'une épéc, innova- 
tion iconographique inédite 
à cette époque (Maihingen, 
l,î2.Lat.in-8», (iet 1,2. Lat. 
in-i", 21 . Les ordres men- 
diantsont donc exercé ici une 
iniluencc artistique. Mais, 
fait curieux, une série de ces 
manuscrits, y comiiris la 
Bible, montrent des particu- 
larités qui ne s'expliquent 
que par l'influence française. 
Les Dominicains peuvent-ils 
l'avoir transmise? Etant don- 
nées les relationsétroites que 
cet ordre avait avec l'Univer- 
sité de Paris et liiiipoilanci^ 
fpi'il attribuait aux textes éta- 
blis à Paris, cette hypothèse 
n'est ]ias invraisemblablr. 

L'école de Franconi(; a ilonc prcs(pic, dans ses premiers chefs- 
d'œuvre, les tendances byzantines des Psautiers d"IIermann,ipi()i([ue ses 
(]'U\res paraissent lii(Mi plus récentes. Cildus, comme exemples pi'inci- 
|i;ui\, une sc'mIc dr niiiiialures (Brit. Mus,. Add. i7()87) et les Psautiers di' 
Maihingen 1 1. 'J. Lat. in-i", 25 et 2i i. L'inlluence française est évidente dans 
le psautier de Munich l'Clm. .'')!)0()\ don! les initiales rappellent encore la 
lîilile (le ll'lti. All\ >ei''iie> de la \'\r i\\\ ('.liri-,1 >'n|i|Hi>enl ici de gi'andes 
pages orn(''es. doiil les iiiiliales renrernieiil rillusiraliou littérale, (pii 
caraclérise les jisaulii'i's français. L'eiiIrelaeenienI des tiges est de forme 




Miniature ilu Psaiitior de Miinidi. 



ôlifi 



lIISTOlIiL: DK LAUT 



bizarre; il esl L'iilieiiirlL' de noiiiI)reus('s ligures d'iioiiimes cL d'animaux. 
Élégance et luxe, raflinenienl extrême de la technique et du goût dans 
la décoration du manuscrit, tel esl le Lut que poursuit et atteint l'école 
franciciue. En même temps, elle maintient les types traditionnels, les 
by/.anlinismcs; elle ne tente pas de transformer les illustrations avec ori- 
liinalilé. Depuis l'I'A) environ se l'ait partout sentir le besoin plus intense 
d'une conccplioii nouxelie et plus oi'igiiiidc dr la miniature; on veut par- 
tout en approfondir le contenu 
émotionnel. L'innovation dccettc 
dernière pliase du style roman 
esl, avant tout, l'introduction 
dans les scènes bibliques de 
divers traits qui les rendent plus 
jirofondément humaines. La Ma- 
done a sans doute jjcaucoup 
perdu de sa grandeur ecclésias- 
tique, le type byzantin du Christ 
subsiste sans doute en ses traits 
foudamenlaux; mais la cheve- 
lure s'agrandit; les Jjoucles 
gagnent en magnidcence. Aux 
perruques et aux barbes liou- 
cli'cs avec exagération, corres- 
|Mind le style surchargé, ])ajiil- 
hilant, du vêtement; les con- 
tours cl surlout les in(''\ itables 
fianges pendantes semblent zig- 
zaguer comme des éclairs. Le 
maniérisme l'emporte. 

Le chef-d'œuvre de ce style 
est le Livre d'Evangiles de 
Mayence (Aschall'enbuurg, n" ."), un des manuscrits illustrés les plus 
luxueux de la lin du Moyen .\ge, écrit tout en or. Le lyrisme du ton, la 
délicatesse du sentiment, voilà ce qui s'y ex}irime le mieux. .\u manuscrit 
d'Aschatîenbourg, qui par l'ornementation des initiales traiiil l'inlluence 
française, se rattachent de nombreuses œuvres de la Haute-Allemagne. 
La plus riche est un psautier de Besançon (Ms. 54), exécuté dans un 
cloître cistercien par une nonne. L'introduction se compose de seize 
miniatures couxrant la page et représentant la vie du Christ; elles 
sont peintes à la gouache sur fond d'or, entourées d'une frise de feuilles 
aux formes gothiques; on y a ajouté, peu après, un cycle aussi étendu en 
dessins au lavis. Le style se rapproche du manu.scrit d'Aschaffenboui'g; 







Miniature du psautier de Besau 

{Bi-saiinm, n)s. 5V| 



.r fi^ 



I.KS MINIATURES - LES MITiAlX - I.A FM-INI CliK MlliAl.i: .'i;7 

mais l'c'lémenl Laroquc est ici plus aii}iarciil. Il s'expriiiir siirloul parla 
richesse des compositions; la siiri'acc csl remplie juscpic ilans les euiiis 
extrêmes, soit par des figures très animées, soit par des paysages, soit 
par des figures de remplissage : des anges descendant du ciel, par exemple. 
Le vêtement est toujours raide et surchargé; de lourdes perruques 
couvrent les têtes. Malgré ces exagérations, nous sommes en présence 
d'un beau talent ai'tisti(pie, qui sait expi'imer lamour le j)lus tendre et le 
})lus profond comme la douleur tragique. A les considérer de plus jurs, 
ces tètes révèlent une étonnante observation de la r('-alilé. un aluniddii 
complet des types conventionnels. (Jn cioit voir ici les déhuls de lail au 
xv'' siècle. 

Les œuvres de style analogue sont très nombreuses dans rAllemagne 
du Sud-Est. Les pièces capitales sont, avec un livre d'Evangiles du cloître 
llidienwart (Munich, CIm. 758i), la Bible de Kremsmiinster, exécutée 
sous l'abbé Frédéric d'Aich ( 1275-1 ô^ù) et un lectionnairc à Berlin lîibl. 
roy., Tbeol. lat., in-f°, 52). Les initiales, tout en gardant les formes idiiianiN 
du contour, y sont remplies de feuillage à la gothique. Cette ])énétralion 
de formes n gothiques » dans la luinialure " romane » devait nécessaii'c- 
nuMit se faire, puisque l'archileelure et la seuljilure s'iMaieiil depuis buig- 
tcnqis modernisées, et cela qu;nul inèmc les (euvrcs de la niiniaiure fran- 
çaise n'auraient pas été connues. In dédoublement se protluil alors dans 
l'évolution; en certains endroits, où de notables Mécènes établissent le 
contact avec la France, on adopte complètement le style français; ailleurs, 
on se contente de moderniser les traditions ou d'imiter extérieurement 
les modèles français. Mais l'élégance et la grâce courtoise n'étaient point 
lefail des artistes allemands. En outre, jusqu'à l'empereurCbarles l\', une 
cour fait défaut en Allemagne, et, avec elle, un centre d'art. 

b'ail caractéristique : ([uaiid la minialurc française pénèti'c en Alle- 
magne, les livres d'Heures et les liturgies de luxe restent rares; c'esl 
pourtant par eux que le style nouveau s'est propagé. L'objet principal (pie 
se propose la miniature allemande depuis la lin du xui' siècle est plutôt 
l'illustration de chroniques, de livres de droit, de romans, de recueils de 
poésies, etc. Elle ne pouvait donc uliliser directement les modèles fran- 
çais. Dans toutes ces œuvres, le sujet de l'illustration est bien plus inté- 
ressant que sa forme. Une production abondante de technique grossière 
et négligée, qui a tous les caractères d'un mélicr, suffit aux besoins. Il 
en est de même pour les sujets moraux, très aimés en Allemagne, qu'ollVe 
la littérature religieuse. Les maiiusi lils de la " Biblia pau})eiiini '• en son! 
un exemple, si l'on peut appeliT noux elles ce> illustrai ions (pii ivunisseiil 
une scène de la vie de Jésus avec deux mod/'les de l'Ancien TeslaiiienI cl 
quatre passages des Prophélies; elles s'expli(iuent, au fond, par les cycles 
du xii" siècle. Depuis la fin du xiii% ces séries d'illuslrations sont liés 



')G8 



HISTOIRE DE L'ART 



nombreuses. Des sujets analogues, mais plus riches de contenu, se trou- 
vent clans l'illustration du Spccuhim humanri> sdli'iillDiiis cl de la Conror- 
daulitt carilalis. Cette dernière nous oITre la collection la plus complète 
des symboles et des types du Moyen Age. Tous ces manuscrits sont illus- 
trés en dessins à la })lume, parfois colories. 

Nous nous contenterons de caractériser l'évolulion de la minia- 
ture dans les diverses pro- 
yf{ y/ ^ , vinces par l'étude de quel- 

ques exemples seulement. 
Dans les pays du Rhin et 
de la Moselle, le plus an- 
cien manuscrit daté est la 
Bible que le chapelain Sy- 
mon acheva, en 1281, à 
Mayence. Sa valeur est 
plus historique qu'artis- 
tique ; l'imitation française 
est évidente, mais la tech- 
nique rappelle plutôt les 
œuvres françaises d'avant 
1250 (Coblence, Gymnasial- 
bibl., n°' 2-5). Bien supé- 
rieures sont les œuvres du 
Minorité Jean de Yalken- 
burg (1299) : un Graduel 
à Cologne (Erzbischôfl. 
Muséum) et un autre 
à Bonn (Universitatsbibl., 
S, 58 i). Tout est français 
dans ces manuscrits : le 
style, la lcchnique,l(' colo- 
ris; mais partout une cer- 
taine lourdeur fait obstacle 




• Ofiiiiîti (1)1 6\vùv ttriirnoMftr- 




I 



l'ii.ii 11,1V,. i„ii 

FiG. 271. — Voyage à Home de reinjicreur Henri \ll, 
frèi-e de Baldouiii, arclievèiiue de Trêves. 



au charme des œuvres françaises (voir le Missel de Priim à la Bibl. roy. 
de Berlin, Theol. lat., in-f", 271). Un bibliophile comme l'archevêque Bau- 
douin de Trêves (1507-54) n'avait pas de meilleurs artistes à sa disposi- 
tion. Si amusantes que soient les drôleries de son bréviaire (Coblence, 
Gymnasialbibl., God. A.), il est encore bien loin des manuscrits de 
l'évêque de Metz, Reinald von Bar. Les peintres de Baudouin ont, par 
contre, laissé un autre document fort intéressant, la série des illustra- 
tions qui ornent le voyage à Rome de l'empereur Henri VII, frère de 
Baudouin. On y voit, reproduites avec tout le réalisme dont un artiste de 



IJ:s .MINIATl'IŒS — LES VITI'.AUX — LA PEINTUliE Ml l!AI. 



(^AVW.^ liva-tvvtc; 



colle épuqiK' ('■laiL c;i|);il)k', suixaiilc-lrcizc scènes du voyaye à Hume, en 
dessins à la j)liime el au lavis. Le récit vivant, l'exactilude arcliéulugique 
avec laquelle les objets extérieurs sont rendus, compensent assez bien le 
maigre talent du dessinateur; plusieurs de ses compositions prouvent 
qu'il connaît la manière nouvelle dont l'art italien représente l'espace. 

Plus à l'Est, l'inlkience de la miniature française se fait sentir un peu 
|ilus lard (pie sur le liliin. En Saxe on exécute, vers l'iT'i, une série de 
psautiers qui transforment à peine l'ancien style en adoptant quelques 
motifs gothiques (psautier de Magdebourg daté de l'27(i; Metz, Coll. 
Salis, o."i. Vers lôOO, on imite un peu partout les modèles fiançais. 

Bien plus intéressantes sont les 
Oîuvrcs jiroi'anes di^ l'arl lluiringo- 
saxon. ^'ers la lin du siècle apparaît 
l'illustration du << Sachsenspiegel », 
exécutée probablement près de Meissen 
(vers l'iflO). Parmi les quatre manuscrits 
conservés, le plus ancien est à llcidid- 
berg ((i87. Cod. Pal. Germ., \{\i); il 
apparlientau commencenienl du xi\' siè- 
cle; le plus récent ajipartient au hoi- 
sième quart du siècle. Dans tous ces 
manuscrits, une colonne d'illustrations 
devait toujours accompagner une co- 
lonne du texte. Dans le manuscrit le 
mieux conservé (Dresde, M. 52, vers 
I "),")()), il n'y a p;is moins de neuf cenl 
vingt-quatre colonnes illustrées. Celle 
abondance prouve déjà que l'élément 

artistique devait passer au second plan et que l'on voulait surtout illus- 
trer et éclaircir le texte. C'est donc le geste qui fait l'intérêt principal de 
ces miniaturt^s; un artiste ne craint pas de donner quatre mains à un 
])ersonnage pour mieux expliquer le texte qu'il a mission d'illuslrei-. 

L'illusli-alion de la Chronique saxonne a plus de charme; nous en 
avons consei-vé Irois exenqtlaires. Ce n'est [jas un livre d'images, mais 
une illiislralinn du lexle (pi'un parsème de nombreuses peliles \igneiles. 
L'exemplaire le pins ancien el le plus beau est celui de Golha i('.od. i, 
!)()), de la lin du xiii siècle. L'illustration traite l'histoire ancienne et 
s'arrête au momeni oii le lexle se rapproche de l'histoire conlenqiorainc; 
mais ces héros de l'anlicpiilé se vêtent, agissent et se meuvcni comme les 
contemporains. Marcus Curlius, (|ui se précipite tians l'abime, es! un 
chevalier cuirassé ([ui s'élance dans la gueule de l'Enl'ei-. IJrcf, dans ces 
histoires de; rantic|uité, l'artiste ne représente que son lenqis. 

T. II. — 17 




^retii 



FiG. m. — Marcus Curlius. 
alure de la Chronique Universelle. 
(Gùlha, Coll. I. 90.) 



HISTOIRE DE L'ART 



Les manuscriLs illustrés de })uèuies profanes sont rares dans celle 
éc-ole. Le chef-d'œuvre esl le » Willielm von Oranse » qu'Henri de liesse 
m exéculer en \7)7y'i ((^assel, SUend. Landesbibliolliek). La décoralion en 
esl loule française. C/esl l'œuvre de deux collaLoraleurs (jui sonl de valeur 
égale. Technique, élégance du dessin, draperie peuvent ici se incsurer 
nver les modèles français. L'exiu-ession vive du récit se fait surloul valoir 
dans les sujets inléressanls. C'est le charme des sujets qui donne sa valeur 
au groupe haut-allemand des manuscrits des Minnesœnger (manuscril de 
Weingarlen à Stuttgart, Ilofbibl., Poel. Germ., 1; et avant tout le soi- 
disant manuscrit île Manesse, à Ileidelbergj. Tous deux ont été probaljle- 
ment exécutés })rès de Constance ou de Zurich; ils imitent les mêmes 
modèles (fin du xiirel couimiMicemeul du xiv' s.). 
Ce sont des jiortrails de }ioètes qui se iranfor- 
mcnt en tableaux de mœurs empruntés à la vie 
courtoise et chevaleresque de l'époque. Ils com- 
mencent par les poètes impériaux; les autres 
suivent d'après la hiérarchie. Tournois, chasses, 
jeux, voyages, aventures galantes, tels sont les 
sujets. Le roi Conradin est à la chasse au fau- 
con; le duc Henri de Breslau reçoit de belles 
mains de femme le prix du comljat. Les ilélails 
extérieurs sont très bien observés; c'esl un 
tableau de l'époque, aux couleurs magnifiques; il 
évoque en nous l'état d'âme romantique qui fait 
le fond de ces poèmes; mais ces illustrations ne 
nous saisissent pas aussi i'orlement ipie celles 
du xui" siècle. 

On ne peut sui\i'e en détail et par étapes la 
|)énétration en Allemagne de l'art gothique et de la miniature française. Il 
semble plutôt que celle-ci ait pénétré de très bonne heure à l'extrémité 
orientale, en Bohème. La Bohème était faite pour jouer, ilans l'Allemagne 
de cette époque, un grand rôle politique et civilisateur. Au xiii'' siècle, la 
jilupart des manuscrits illustrés sont ici en relation étroite avec l'Alle- 
magne, surtout avec l'art thuringo-saxon. Dans un psautier d'une déco- 
ration luxuriante (Collection Yates Thompson, n" 08), apparaît l'inOuence 
de la Haute-Italie; de là un mélange de styles bizarre. Au commencement 
du xiv'' siècle appartiennent plusieurs groupes de manuscrits illustrés, 
exécutés sur commande de la maison royale de Bohème, qui imileni 
tous des modèles français : par exemple les manuscrits apparlenani au 
cloître de nonnes cisterciennes de Mariensaal à Altbriinn ; la soi disani 
« Velislaw-Bibel », à Prague (Bibl. du Prince Lobkovitzj, une des plus 
vastes Bibles imagées de l'époque; le passionnai de la juincesse Cuné- 




FiG. 275. — MiniuLui'c 
(riin manuscrit des Minttesi 
(Sliiltgarl, Dil.l. rov., Poel. gn 



I.i;s MIMATinKS I.KS VITHAIX LA PlilMini': Mir.AM'; Tnl 

gonde Prague, Univcrsil. Bihl.. xiv, A, 17). En oiilrc, apparail en 
Boliéine une forte influence ilalirnm^: un lucA iaii'e de Raigern ( l~)i'2), par 
exemple, a été exécuté d"a}irès une liililr ihdienne. Os di\erses inlluinices 
n'ont pas créé en Bohême un ^lylr uiiilVu'nic (Test seulement sous 
(iliarles I\', au moment où l'art franco-italien pénétra en Boln'me, (|u'une 
période toute nouvelle commence pour l'art bohémien. 



LA PEINÏUIŒ SUR VEUHE ET LA PEINTLHE MLUALE 



LA PEINTURE SUR VERRE EN FRANCE' 

Li:s virii.vLix m xm" siècle. — Difficulté de cette étude. — Au 
Ml' sirclc, la rareté des verrières étail une difficulté; au xiii'", leur nombre 
devient un embarras. Si l'on songe que la plupart de ces vitraux n'uni pas 
(le dates certaines, el que leurs auteurs sont inconnus, qu'il est presque 
impossible, par conséquent, d'établir des séries cbronologiques rigou- 
reusi^sel de grou|)er les œuvres en écoles, on sentira combien une pareille 
élude est malaisée. Jus(iu"à présent les li\res ([ui ont été pidiliés en 
b'i-ance ou à l'étranger sur ce sujet sont de simples catalogues, l.'llislnlic 
(le 1(1 pcinliiyc sur verre de ^L Ferdinand de Lasteyrie est assurément un 
ouxrage très méritoire, mais il ne faut pas cberclicr dans un livre com- 
mencé en \S7\h des vues d'ensemble el un système. M. de Lasteyrie a fait 
ce que le temps demandait : il a dit où se trouvaient les vitraux du 
xm' siècle el il les a décrits. Voyager à travers la France à la recberchc 
de nos anciennes verrières, savoir en comprendre les sujets, les dessiner, 
n'était pas alors un si mince mérite. Aujourd'bui on a le droit de demander 
davantage à l'bistorien de l'art. Seul, un Anglais, Westlake, dans un livre 
intitulé : A liislortj of deskjn in pauilcd glass, qui a paru à Londres il y a 
vingt-cinq ans, a su faire autre chose qu'une description. Le premier, il 
a entrevu des rapports. Il aura le mérite d'avoir montré que les vitraux 
des cathédrales anglaises sont presque tous français d'origine. 

Mais ce qui empêchera longtemps encore d'écrire l'histoire du vitrail, 
c'est le petit nombre des reproductions. Les comparaisons, qui sont 
si fécondes, sont actuellement difficiles, souvent impossibles. On a beau 
voyager lapidement, courir de Chartres à Boui'ges, de Bourges à Lyon, 
de Tours à Poitiers, on a beau passer des heures devant les originaux, on 
note tout, sauf telle particularité qui étaitune marque d'origine. Il faudrait 
avoir sans cesse sous les yeux, dans un Corpus bien fait, tous les vitraux 
de France, el ce Curpus n'existe pas. La photographie des couleurs rendra 
un jour, espérons-le, la tâche de l'historien plus facile 

Essayons, toutefois, en utilisant les recueils, encore si insuffisants, de 
]\Iartin et Cahier, de Hucher, de Marchand, de mettre en ordre quelques 
idées, dont plusieurs seront de simples liy|M(llirs(s. 

L'ECOLE DE CHARTBES. — L'écoli' de peinture sur verre, issue de 
1. l'ar M. L'iiiile Mâle. 



LES MIMATU1U:S — LES NlTIiAlX — LA l'LlXTL lili .MURALE 



S;iiiil-Denis, dont nous avons retrouvé les œuvres à Chartres, au Mans, 
à ^'endôme, à York, à Angers, à Poitiers, dut sépanouir |)leineuieiil dans 
les dernières années du xii" siècle, à Notre-Dame de Paris. On sait que 
Notre-Dame fut commencée en H63, et nous apprenons par Lcviel que les 
fenêtres du chœur étaient déco- 
rées de verrières du xii^ siècle. 
On nous dit même que l'une 
d'elles avait été donnée par Su- 
ger : précieux détail qui nous 
laisse assez deviner à quelle école 
s'étaient formés les maîtres ver- 
riers de Paris. Pendant les der- 
nières années du xii" siècle, ils 
eiii'enl à garnii' ilr \ilrau\ les 
fcni'lres de la nd, ci il est pro- 
lialilc que de cette grande entre- 
prise, la plus vaste qu'on eût 
encore vue, sortit un art nou- 
veau, ('/est sans aucun doute à 
Paris qu'il faudrait chercher les 
origines du ^ itrail du xni'' siècle, 
tel qu'il nous apparaît à Chartres. 
Malheureusement tout a disparu, 
et Notre-Dame ne possède pas 
un seul fragment de vitrail qui 
se rapporte à cette première épo- 
que. Perte irréparable! Un chaî- 
non nous manque et nous man- 
ipicra toujours. Nous ne saurons 
jamais par (lueilcs li'ansitions 
insensibles le \itrail du \n' siècle 
est devenu celui du xm' . 

Au dt''liul ihi Mil' siècle, il 
n y a\ail [>Ius rien à l'aire pour 
les verriers à Notre-Dame : mais 

les fours qui s'éteignent à Paris se rallument à Chartres. Pendant 
près d'un demi-siècle, l'atelier de Chartres fut le plus actif de la 
France entière et il semble même que, durant les premières années, il 
ait été le seul. C'est vraisemblablement aux environs de i'210 que l'on 
commence à mclhe en place les vitraux d(> la nef et du chiiMir de 
Chartres. C'est à celle dale que Philippe Auguste vint à Chartres, et 
entendit la messe dans la caihédrale : ce qui laisse supposer que quelques 




Nili'Mil de tlharlcningiic. Iraj'inent. 
(nhartre.?). 



."71 IIISTOIIU-: DK LAHT 

I'cikMics ;iii moins (lc\;iiriil (Mi'c closes. Imi l'iK), le carliiliiirc siiiiialr la 
iiiori (In (•lian< rlicr iîohril de Bérou, (|ui, de son \'ivanl. a\aiL l'ail 
placi'i- une Ncrririe où il riait rcprésenlé el (|ne l'on voit encore anjonr- 
d'hui. Mais, à C.liailres, il l'allul l'aire lanl de vitraux, que cette o'uvrr 
inuncnse demanda bien des annres. Le vitrail du chœur où se voit, saint 
Louis ne |i<nl ('■Ire aidéricnr à \"2'li>, d celui où Ferdinand de C.aslille 
s'étail l'ail r('|ir(''scnlci- a\('C sa seconde l'cninie .leanne de I)anunai-|in ne 
ponvail remonh^' plus liaul (pu' L2."7. Il se peul (pie les derniers \ilrau\ 
.lien! r\r jk(S(''S peu de leinps a\anl la d(''dicace, (pii eut lieu en l'Jlill. 

A ers l'JlO, quand les maîtres ^(•rriers comnienccrent à ch'^corer la 
(•alli(''(lrale de Chartres, ils étaient enc(M(' Ion! pr^^nctrc^s des tiadilions de 
la vieille ('■eole (le Sainl-Denis. .le n'en \cii\ pas d'aidre preu\c (pie le 
vitrail de ( diarleuuigiie et de Holand, (pii se xoit dans le d(''andiidaloire de 
(diarires. IMusieuis ni(''daillons sont exactement copi(''s d'apr/'s un \itrail 
de Saiid-Denis, doni le P. Montlaucon nous a laissé des dessins. A 
(lliarires, |iar e.\enq)le, la prise de Panipelune |iar Charlemagne n'offre 
aucune dillerenee avec la prise de Nicée par les croisés du vitrail de 
Saint-Denis. L(^s cartons des artistes du tenqis de Sugcr étaient donc 
eneoi'e, ai)r(''s soixante-dix ans, conservés avec soin et iniil(''s. Preuxc nou- 
\clle de r(''lonnanle puissance de rayonnenuMd de celle anli(|ue (''cole. 

11 sendde (pi'au (h'^hul du xiii'' si('cl(\ les verriers de (lliarlics aieni 
('■l('' les seuls gardiens de l'ai't de la peinture sur \"erre. En loul cas, ils 
lurent |iour leur temps ce (pie les \crriei's de Suger avaient (''lé pour- 
l'âge précédent: des initiateurs et des maîtres. Les pi-eiives aliondenl. Il 
y a à Chartres, dans le bas côté de gauclu^, un Aitrail consaci('' à la 
l(''gen(le de saint Luslaclie. Or, si l'on coin[)arc les beaux rinceaux de 
l'euillages (pii courent entre les iU(''daillons, et luènie la composilion de 
certains m(''daillons, avec ce (|u du \oil dans un \ il rail de Sens, égalemenl 
consacre à saint Kustache, on sera ti-a|)pé de la ressemblance. ]\hiis ce 
qui étonnera daxanlage, c'(^st de voir (pie les nK'Mues rinceaux décoratifs 
se i-elrou\ent à (lanlorbéry dans un \itrail consaer('' à saini Tlunnas. 
('•vèfpu'. Un trouve également à (Iharlres, à Sens, à (Janloi'b(''ry el à Lin- 
coln (les vitraux ou fragments (h^ vitraux consacrés à saint Thomas de 
('aidoiii(''ry. Suivant M. W'esllake, (pii les a étudiés de près, ces vitraux 
(illreiii de lelles ressemblances (pidn est obligé d'admettre qu'ils ont une 
origine commune. Mais (pii nous prouve (pi'ils \ ienneni Ions de Charti'cs'.' 
Assurénu'ul, jiour rpidn soil aiiiein'' à admelire (pie ('.liailres l'ut le grand 
atelier du eomilieneemeiil du MU' sii''ele, il l'aill encore d'aulres preUNCs. 
Il y a à la callK'Mliale de lîouen un \iliail consaci('' à l'iiisloire de .losepli, 
(pii a les plus grandes analogies de style avec un des \iiraux de (Iharlies. 
(>!•, pai- une bonne fortune unicpie, le \ilrail de pKUien est signé, et il se 
l louve justement que son auteur est un verrier de Chartres nonuué 



i.i;s Mi,MATnii:s - i,i:s vniiAix - la i'hintibi-: mi:i',ai,i-. .";. 

Clriiieiil : Clcmcns vHrariiis Caniolciisis. N'uilà un ai'guuK'iil ([iii IV'i-a 
rrllrchir. 

Mais il <'a r.sl iraulres encore. A Canlorlx'rv, dans la cliapelle de la 
Trinité, un vitrail a exactement la même armalurc .[u un \ilrail de Char- 
tres : particularité qui ne peut pas être due à une simple coïncidence. 
Dans cette même cathédrale de Cantorbéry, les grandes fioures qui déco- 




Fi<;. 'l''i. — LrgeiiiJc tk' ti.iiiil Kii-Uu-lic i|ii'iMiiiri-e iiaili<'i; xili'uil ilc (.lliaiLr( 



reni lis verrières des IVnèlrcs haules soni de la même l'amille (|ue celles 
(Mii se soieni dans h's gi'andes teiKMres (hi ehii'urdi' (iharires. M. W esl- 
lake rapproche, non sans l'aison, le Daniel de Charlres de l'Isaïe de C.an- 
lnrli(''l'\. 

La pleuve nie send>le l'aile puui- l' Auglelerre. .le crois (pi'on peut la 
laii'e aiis>i pour la l''i-aiice. Il y a à (Iharires un \ilrail célèhre lualheu- 
reusement mnlih-i, cpii repri'senle le l'oilemenl de croix, la i'assion et 
l'Ascension, enlourés de ligures symlioliques (Muprunl(''es à l'Ancien Tesla- 
menl. Or, îles vitraux absolument ideulitpies, cl ipii >e ressend)lenl juxpie 



HISTOIRE DH L'ART 



dniis les plus peLiLs dcLails, se voient à Bourges, à Tours el au Mans, .le 

ne doule pas (pie le Niirail de 
Cliaiires ne soil le prololype, 
car il se rattache lui-même à 
lin des vitraux symboliques de 
Saint-Denis composé par Sn- 
ger. Un aulie vilrail de (Hiar- 
trcs, d'une comjiosition très 
savante, est consacré à la para- 
bole du Bon Samaritain, accom- 
|iagnée de son commentaire 
lli(''ol()gi(pie. A vCAr d'un nu''- 
daillon repr(''senlanl !(■ voya- 
geur d(''p()uill('' par des voleurs, 
«m \()it Adam et Uve chassés 
du I^u-adis terrestre. A côté 
d nu ini'dailion (pii nous mon- 
liT le \(»yagi'nr conduit dans 
luie iiiMellerie pal' le lion Sa- 
maritain, ou \(iit .lésus-( ihrisi 
mourant sur la croix, (i est 
(pi'en elTet, pour les Pères de 
l'Eglise, l'histoire du voyageur 
de la parabole est l'histoire 
même de l'humanité, perdue 
par Adam, et sauvée par .lésus- 
(ihrist. Or, ce vitrail de Char- 
tres, dont la composition est 
si originale, se retrouve iden- 
tique à Sens, à Bourges et à 
Rouen, .l'ajoute qu'il tigurait 
aussi à Cantorbéry, comme le 
prouve une ancienne descrip- 
tion. Les raitports entre Char- 
tres et Bourges sont particu- 
lièrement frappants. Le vitrai! 
de l'Enfant prodigue de Char- 
tres, sans être absolument 
semblable à celui de Ikmrges, 
offre avec lui de remarquables 
analogies : la bordure est la 

même, et cerlaines scènes (le (ils demandant au père sa part d héri- 




— l^ai'abole du Bon SaiiiuiiUiin, 
vitrail de Sens. 

(D'après Cahier el Marliii.) 



I.ES MIMATURIiS — I.r.S VITRAUX — LA PEINTURr: MURALE "il 



tage, le père remettant au tils de l'argent el une c()up(^) sont iden- 
tiques. Et ce qui semble prouver que le vitrail de Chartres est le 
plus ancien, c'est que le fond, au lieu d'être occupé, comme à Bourges, 
par cette mosa'ique banale qui sera à la 
mode pendant la plus grande partie du 
xm'" siècle, est encore décoré de beaux 
rinceaux suivant l'ancienne tradition. 
D'autre part, il est dinicile de n'être 
pas frappé de l'analogie que présentent 
les grandes figures des fenêtres hautes 
à Chartres et à Bourges. A Chartres, 
par exemple, le vitrail, où l'on voit h' 
prophète Jérémic portant lévangéliste 
saint Luc, a exactement la même bor- 
tlure que le vitrail de Bourges consacré 
à saint .lean-Baplîste. Si on veut encoie 
examiner, à Chartres et à Bourges, la 
dis})osition très particulière que les 
\rrricrs ont donnée aux pieds de leurs 
granils personnagi^s isolés, on restera 
persuadé que ces artistes apparlenaieni 
à la même école 

(Jue faut-il conclure de là, sinon 
qu'aux environs de l'JlO il n'y avait 
encore dans le nord de la France (ju'un 
grand atelier de peinture sur verre, 
celui de Chartres.' Pour expliquer les 
analogies que nous venons de signaler, 
on a à choisir entre deux hypothèses : 
ou bien les vitraux de Bourges, de 
Tours, du Mans, de Sens, de Bouen, de 
Cantorbéry, de Lincoln ont été fabriqués 
à Chartres et expédiés tout pi-éls à élrc 
montés; — ou bien tics verriei's de 
Chartres sont venus (■r(''er des aleliei-s 
de peinture sur verre au])rès de ces 
gi'andes cathédrales, et y ont a|ip()rl('' 
non seulement les pi'océdi'-s mais encore les cai-l(iiis qui iMaicnl en nsai^c à 
Chartres. D'ailleurs, on [)eul, suivant les cas, adopter l'une ou l'aniic 
liy})olhèse. Il est possible, par exemple, qu'à Tours où, an coniniencenienl 
du xm" siècle, il n'y avait à garnir de vitraux que les fenêtres des cha- 
pelles absidales, on se soit contenté de faire venir les verrières toutes 




■ Is;iie porlaiil saint Malh 
(Chai-U-es). 



iisTdiKi'; m-; l'ais'I" 



prèles de Cliarlii's' : mais un adun'llra [lUis voluiilicrs qu'à la calliédrak' 
de Bourges, conleinpoi'ainc de cidlc de (lliarlres, où vers 1220 il y avait à 
vilrer de nombreuses t'enètics, ou ail cru devoir faire venir uu maître 
\ (Trier de Chartres. 

Huoi qu'il en soit, on voit quelle iielle école d'art a été au commence- 
ment du xm" siècle la cathédrale de Chartres. Ses savants chanoines pro- 
posaient aux ar- 
tistes les sujets 
de ces vitraux 
symboli((ues (pu 
devaiciil i''ii(' 
adopli's par quel- 
(pies - uucs des 
iirandescalln'Mlra- 
les de la France 
et de l'étranger; 
et ses maîtres 
^■erriers, déposi- 
taires des tradi- 
tions du passé, 
inqjosaient par- 
tout leur (echni- 
(pie. C'est à ( Ihar- 
I l'i's (pie le \ il lail 
l'il l'aspect qu'il 
de\ait conserver 
pendant au moins 
cinquante ans; et 
c'est l'influence 
de Chartres qui 
explique l'unifor- 
nuté de style (pu se remanpie dans les vitraux de la première partie du 
MU'' siècle. 

UNE ÉCOLE LOCALE : LYON. — Tous les nouveaux ateliers créés pai- 
des artistes chartrains conservèrent donc longtemps les traditions de 
Chartres. J'avoue ne pas voir en ([uoi les vitraux île Bourges, par exemple, 
ceux de Laon, ou les plus anciens vitraux de Sens, de Tours et du Mans 
diffèrent de ceux de Chartres. Un atelier cependant, celui de Lyou, sut 
L'arder une sorte d'originalité. L'école de peinture sur verre de Lyon n'est 

1. La même chose a dû se passée an Maii^ yxniv les vilcaiix des IViièU'cs alisidales. 
Les dimensions avaient élé mal données, el. iinaal on plaça les verrière-, il lallul ■^uppiimer 
les ((Ordures el même entamer le fond. 




MnrI. de 

II)';. 



sainl .leaii, viii-iil de L 



I.i:S MlMAll'RKS — l.i:S NITHAL'X - LA l'I'IM'lRK MinAI.!': 



nssiiriMuenl pjis iiuliii'èiie : les premiers lunilrcs des verriers lyonnais 
viniaienl du Nord. 11 y a entre les vilraiix de Sens et ceux de Lyon des 
ressemblances qui ne peuvent être l'eiTel du hasard. A Sens, le vitrail de 
rKnfanI prodigue a la même bordure et le même dessin de médaillons ipic 
le vitrail de saint Etienne, à Lyon. Oui dit Sens dit Chartres. L'école de 
Lyon a donc, croyons-nous, la même origine que toutes les autres : hypo- 
thèse qui paraî- 
tra encore [il us 
vraisemblable 
si Ton songe 
(pie li's ^itl•au\ 
de Lyon M)nl 
loid à l'ait con- 
temporains de 
ceux de Char- 
tres. Les textes 
du cartulaire 
nous appren- 
nent, en etïel. 
(pie les vitraux 
du chevet (le la 
cathédrale de 
Lyon ont été 
donnés par des 
chanoines (pii 
faisaient partie 
du chapitre un 
peu a\ an! un un 
peu après L2'20. 
Instruits par 
les \erriers de 

la France du Nord, les artistes de Lyon adoptèrent leurs couleurs, leni> 
ornements, leur teclini(pie; mais ils surent conser\er dans la dis|i()sili()i 
des scènes et dans l'iconographie leurs vieilles traditions. Ces tradition- 
sont toutes byzantines. Saint Jean, par exemple, est représenté plusieui> 
l'ois avec toute sa barbe, suivant la piali(pi(^ iisib'M' en (hienl. Dans h 
scène de l'.Vnnoncialion, la Vierge a un fuseau à la main, et. dans h 
scène de la Nativité, elle est couchée sur un matelas, comme dans |e- 
miniatures grecques. La Hésurrection de La/.are est con('ue suivant une 
formule que nous montre, en (irèce, une des belles fresqMe-~ de Mi^lra 
reproduites par ^I. ^ pernian. L;i rose du nord montre des liustes d'anges 
inscrits dans des méilaillons (|ui sont des copies d'émaux liyzantins. 




l'ii;. '279. — L'Aniiuncialioii. vilr,'iil de I. 



5S0 HISTOIRE DE L'ART 

I/;ilr]ipr de Lyon no fui donc pas complclcnicnl conquis: il n'accepta 
]Kis loiis les p.ilions venus de Chartres et resta fidèle aux pratiques 
anciennes. Tout l'Est de la F'rancc et certaines régions du INlidi — nous 
l'avons déjà dit dans le chapitre consacre à la fresque (voir t. 1, p. 77S-7.SI i 
— avaient été pénétres par l'art byzantin. On en a une pi'cuve de plus 
à Lyon. C'est ainsi qu'en s'obstinant à rester fidèles au passé, les verriers 
lyonnais donnèrent h leurs vitraux un accent qui les distingua de tous 
ceux du même temps. 

Les vitr.\ux ue la seconde moitié du xiif siècle. — Vers le milieu 
du xiiT siècle, le principal atelier de peinture sur verre n'est plus à Char- 
tres, luiiis à Paris. De LilO à l^CiO, en elïet, les maîtres verriers de Paris 
tirent pieu\<" d'iuie activité étonnante. En l'iiS, la Sainte-Chapelle l'ut 
garnie de ses vitraux. Il est prol)aI)le que le jour île la consécration 
(15 avril PiiiS), les quinze immenses verrières (les plus grandes qu'on eût 
encore vues), qui représentent tout l'Ancien Testament, étaient presque 
toutes en place. Un peu plus tard, la belle chapelle de la Vierge qui s'éle- 
vait dans l'enceinte de l'abbaye de Saint-Gcrmain-des-Prcs, et l'église 
al)liafiale elle-même furent garnies de vitraux dont on peut voir mainte- 
nant quebpies pauvres restes dans la chapelle du clionir. Puis il fallut 
vitrer les nouveaux transepts de Notre-Dame de Paris, dont l'un, celui du 
midi, porte la signature de Jean de Chelles, avec la date de PJÔ7. Ces 
roses de Paris, qui ont I") mètres 50 centimètres de diamètre et qui sont 
divisées en quatre-vingt-cinq compartiments, étaient, en ce genre, 
l'ieuvre la plus extraordinaire qu'on eût entreprise. Je ne parle pas des 
très nombreuses églises de Paris et des environs, abbatiales ou parois- 
siales, qui reçurent alors ces innombrables verrières dont l'abbé Lebeuf 
a pu voir encore quelques restes au xv!!!"" siècle. 

C'est donc très probablement à Paris que le vitrail du xiiT siècle s'est 
transformé et a pris l'aspect que nous lui voyons jusqu'à la fin du siècle. 
Avouons que ces changements ne furent pas heureux. Assurément les 
couleurs restèrent harmonieuses, mais l'abus du violet attrista certains 
vitraux. Ce violet naissait de l'opposition d'un treillis rouge et d'un fond 
bleu; car les artistes ne prenaient plus la peine de dessiner entre les mé- 
daillons ces beaux rinceaux de feuillages qui s'enlèvent en couleurs variées 
sur le fond bleu des vitraux du xif et du commencement du xiu'' siècle : 
une mosaïipie faite de barres rouges hachant un fond bleu leur suffisait. 
En rnèuie temps, les larges bordures décoratives, que les artistes de la 
vieille école dessinaient avec amour, disparaissent : une fleur, une tour 
de Castille, une crosse d'évêque, un maigre feuillage indéfiniment répétés 
formeront désormais le cadre modeste du vitrail. La bordure des médail- 
lons s'appauvrit également : elle se réduit à un cercle rouge borde d'un 



I,F:S MINIATURKS — LES VITHAUX - LA TEINTITRE MURALE 581 

]is('i('' l)l;uic. Le sérieux profond, la conscience des anciens maîtres res- 
pcclueux de leur art et de la maison de Dieu, ne se relrouvenl plus au 
même degré : on sent la liàte fiévreuse de praticiens obliges de beaucoup 
produire en peu de temps. Ces défauts, d'ailleurs, ne deviennent sensibles 
(]u'aprcs un examen minutieux. L'œil qui n'analyse pas reste cbarmé. Les 
vitraux de la Sainte-Cbapclle seront toujours pour le grand public les 
plus beaux du moyen âge. Oui pourrait avoir le courage, au milieu de 
cette Jérusalem céleste bâtie en pierres précieuses, de faire le critique et 
de relever des faiblesses de détail? Les deux grandes roses de Notre-Dame 
de Paris auront toujours le même privilège. Quand, au sortir de l'ombre 
des nefs, on se trouve devant ces deux grandes fleurs de deuil, éblouis- 
santes et tristes, on ne peut qu'admirer. \'iollct-le-Duc raconte que dans 
sa première enfance on le porta un jour à Notre-Dame; quand il fut dans 
le transept, au moment où il levait les yeux vers les verrières, l'orgue se 
mit à jouer; et, plein d'épouvante et d'admiration, il crut que c'étaient ces 
grandes roses qui chantaient. Charmante erreur d'enfant, et erreur pleine 
de sens. Elle prouve que les plus simples sentent l'harmonie de ces belles 
couleurs, qui ne peuvent se comparer qu'à une belle musique. 

Linnui'iicc (1rs alcliers parisiens du milieu du xiii" siècle se reconnaît 
dans les vitraux ipii ornent cpielques-unes des églises des régions voisines. 
(Ju'il me suffise de citer la grande rose de la cathédrale de Soissons 
consacrée à la Vierge. Sa parenté avec celles de Notre-Dame de Paris se 
manifeste au premier coup d'œiL Mais l'artiste, pour réchauffer le violet, 
qui en est la couleur dominante, a bordé les compartiments d'un liseré 
jaune. Il est impossible d'avoir un sentiment plus juste de rojiposition 
des couleurs. 

Mais les o'uvres des verriers jiarisiens se retrouvent beaucoup plus 
loin encore. Je crois qu'on peut leur attribuer sans crainte les vitraux qui 
ornent les chapelles absidalcs de la cathédrale de Clermont-Ferrand. On 
veut que ces vitraux soient un présent de saint Louis, qui vint k Clermont 
deux fois, en l'iM et en 1202 : et, de fait, les verrières d'une des chapelles, 
celle de la Vierge, ont reçu un semis de fieurs de lis et de tours de Cas- 
tille. Tout semble prouver que les vitraux ont été fabriqués à Paris et 
envoyés à Clermont. Dans la disposition des médaillons, dans la manière 
(il' traitei- 1rs fonds, et jusque dans le dessin mesquin des bordures, on 
reconnaît l'école qui a crée les vitraux de la Sainte-Chapelle. Mêmes 
défauts dans le détail, mêmes qualités dans l'ensemble. Comme à la 
Sainte-Chapelle l'artiste s'est peu soucié qu'on pût déchiffrer les légendes 
qu'il raconte; mais il a voulu faire une mosaïque éblouissante qui pétille 
au soleil. Ce qui aclièxc de rendre confus les vitraux de Clermont, c'est 
(|ue l'arniature en est très maladi-oile : rarement elle dessine les contours 
des ni(''daillons et souscnt elle les coupe en diiix. Il est (■sidcnl (pir les 



r.si> iiisToiiii': dp; i.Airr 

oiivi-ici's (le ( iliMiiioiil i{iii l'urriil rli;ii'ii<''s de inclirccn |il;ici' les \ilr:iii.\ 
^•(•IHls (le l'jiris n'iix ;iifiil ]iiis I'IkiIiiI udc de ci' i^oiirc de lr;i\;ul : ils s'en 
tu-quillrrenl l'orl mal, cl inulliiiliricid ^aucliciurnl 1rs liaiTcs dr IVr an 
(loiriment de In clarlr 

N'crs le iiirini' l(Mii|(s, les l'ciKMrcs liaules de la calliédrale dr l'oiirs 
i-i'c('\aii'nl IciM-s \ ci-rirrcs. L'd'inrc est trop considéi-alde |)<iiir (|u'()ii 
puisse rallriliiicr à un alclier juuisien. Mais ce doni on ne prui d((uliT, 
(•"esl (pie les ^('^^ie^s de Toufs naieiil eu eonnaissancc des modes 
iiouxcllcs el des prali(pu's expédiii\rs l'amilirres aux arlisles de Paris. 
J.cs ^il^au\ de Tours sont postérieurs dune douzaine données à ceux 
de la Sainle-Cliapcllc. Le cliœur de Tours, terminé en \2^)i, semble 
avdir él('' \\\vi- aux cm irons de l'2(10. Imi elTet, un \itrail a été donn('> |>ar 
.lac(pies de (iuérande, év("'(pie de Nantes, dont lépiscopat a duré de l'idO à 
1270; un aidre porte les armes de \ incent de Pirmil, évèipie de Toiiis, 
<pii occupa le sicii'e épiscojial de l'JT)? à P270. L'iidliuMice de la Sainic- 
Clunicllc se reconnaît ;'i celte parliculai'ili'- (pie les hautes feiKMres du 
cliienr de Tours, au lieu d'("'tre occupées par de grandes figures isolées, 
sont rem])lies par des médaillons légendaires. Une telle disposition des 
\ilraii\ dans le (lioMir est }u-es(pie sans exemjdc dans nos autres calli('- 
drales. Il faut y \(>ir le désir d imiter ce (pii avait si Iden réussi à la 
Sainti^-Chapelle. L"idée cependant n"(^st pas ti(''s lieureuse. A la Saiide- 
Cliapelle, les petits méilaillons qui s'étagcnt sur les hautes lancettes sont 
d'un très bon effet, parce qu'ils sont à l'échelle du vaisseau, en parfaite 
harmonie avec ses dimensions. 11 n'en est pas de même à Tours, oi!i les 
petits compartiments des vitraux (plus grands cependant qu'à la Sainte- 
Chapelle) ne sont pas d'accor'd a\ ce les vastes pi'oportions du elKeiir. 
Soyons juste cependani : les sujets h'^gendaires de ces grands vitraux sont 
assez clairement or(loiiiii''s, pour (|u avec un peu de patience on jiuisse les 
déchiffrer du bas. Ouant à la couleur, elle est charmante. Le malin, par 
un beau soleil d'été, quand les orcs-boutants jettent sur les verrières de 
grandes omljres bleues, le ( h(eur de Tours apparaît comme une merveille 
d'art. La tonalité n'est pas la même qu'à la Sainte-Chapelle. Le jaune qui 
se mêle au rouge et au l)leu donne à certains vitraux une riche couleur 
d or. 1) autres, à gauche, ont un doux rayonnement d'argenl. 

Contemporains des verrières de Tours et même peiil-étre un peu 
antérieurs, les vitraux qui garnissent les fenêtres du chœur de la cathédrale 
du Mans ont le même caractère. Nous avons dit que les vitraux des cha- 
pelles absidales de la cathédrale du Mans (détruits en partie par les pro- 
testants) dataient presque tous du commencement du xiii' si(''cle. Ceux 
des fenêtres du chonir sont postérieurs cl furent mis en ])lace eidre 
l'.TjOet 12(i(l. L'un d'eux, en elfet, fut donné par le chanoine Philip})e le 
iSomain, (pie le cartulaiic mentionne jiour la dernière fois en l^ô."); un 



i.i;s \iiM \Ti'i!i:s - i.i;s \ iTr.Aix la I'i;i\ ii m: \ii hai.i: 



aiilrr lui oll'cri |i:ir Ic- 

vèqiie Geoirroy de Loii- 

ilon qui occupa le siruc 

(In Mans iusi|U('ii I '2'.)'.t. 

Un troisic'uie, donnr j)ar 

les vignerons, doit ètic 

de l'J.M. Nous sa\<ins. 

(Ml cIlVI, (|n';'i celle (laie 

r(''\("-(|ue (ieollVov (!('- 

|ila(,;a les reli(|ues de 

saint .Inlieii, el (|n Cn 

in('nnoire de celle (■(■•i('- 

rnonio Ions les corjis 

de ni(''liei-s (l(inii(''i'enl 

des l()r(dies à la catli(''- 

drale. Les vignenins 

lirenl seuls exceplion : 

(' au lieu de donner des 

nambeanx (|iii ne Ini- 

raienl (|unn leiM|is, dil 

un \ieil liisloiien, ils 
ddlUK'Tcid des \ilres 
((ni |i()i'leraienl loujours 
la luuiid're dans cette 
('•glise ». Si plusieurs 
vitraux dn Mans siml 
anlérieuis à ceux de 
'lours, d'anti'es soni 
vraiseniblahlenient con- 
teuiporains. On trouve, 
en eiret,dans les vitraux 
du Mans, comme dans 
les \ilrau\ de Tours, 
les ai'Mies des l'irnni. 
(]c dé'lail prou\c. en 
onire, ipi'ij y eul des 
i-appoi-ls enh-e les deux 
aleliers. I<:i, en elTel, 
plusieurs l'eiK'IrcN i\u 
(•lueur sonI, au Mans 
eoninie à Tours, di^co- 
n'^es, non pas de gi-;uides ligures isol(''es, mai 




Kk;. '2SI). — Viliail de sainte Anne (;l de saint .lo; 
(l.e Mansi. 
(IiVilirés IIucImt.) 



une >eri( 



liions 



584 HISTOIRE DE I.ART 

consacrés à la légende d'un saint. Ces vitraux, })lus confus que ceux de 
Tours, sont, du bas, à peu près indéchiffrables. Cette erreur a, au Mans, 
la même cause qu'à Tours. Elle est née du désir d'imiter l'œuvre des 
verriers de la Sainte-Chapelle. 

Les mêmes influences se reconnaissent dans les vitraux du chœur de 
la cathédrale d'Angers. Ces vitraux sont postérieurs à l!274, puisque le 
chœur ne fut terminé qu'à celte époque. Le vitrail de l'arbre de Jessé mé- 
rite d'être signalé tout particulièrement à cause des frappantes analogies 
qu'il offre avec celui de la Sainte-Chapelle. 

La manière un peu grêle et les pratiques expéditives des verriers de 
Paris se retrouvent dans des régions plus voisines de l'Ile-de-France, à 
Amiens, par exemple, et à Beauvais. La cathédrale d'Amiens fut com- 
mencée en 1220; celle de Beauvais, en 122Ô : ce fut donc certainement 
dans la seconde moitié du siècle que furent mises en place les verrières 
de ces deux églises. Elles ont presque toutes disparu aujourd'hui. 
Celles qui subsistent portent la marque d'une exécution un peu hâtive : 
les bordures notamment sont aussi pauvres qu'à Paris ou à Tours : cette 
indigence est la marque d'une époque déjà avancée. Bemarquons encore 
l'analogie de l'arbre de Jessé d'Amiens avec celui de la Sainte-Chapelle. 

Les gris,\illes. Api'arition d'une manière nouvelle. — A mesure 
qu'on avance dans le xiii'' siècle, les baies deviennent plus vastes et les sur- 
faces à garnir de vitraux s'agrandissent. Les verrières devenaient donc 
de plus en plus coûteuses. C'est ce qui explique comment on fut amené à 
adopter de larges bordures de grisailles pour encadrer des figures de 
couleur. Petit à petit, on vit la grisaille augmenter aux dépens de la sur- 
face colorée, et c'est ainsi que se prépara lentement le style qui devait 
triompher au xiv' siècle. 

La grisaille, d'ailleurs, n'est pas une invention du xiii"' siècle finis- 
sant : elle apparaît beaucoup plus tôt. Dès le milieu du xu'' siècle, on 
trouve dans les églises de l'ordre de Cîteaux des vitraux incoloz'cs. Ce 
sont de simples morceaux de verre d'un blanc verdàtre réunis par une 
armature de plomb. Cette décoration austère, et si conforme à l'esprit de 
l'ordre, est néanmoins d'un goût exquis. Les plombs, tordus comme le 
fer forgé des grilles romanes, dessinent de grandes fleurs héraldiques, 
sévères et charmantes. Il est impossible d'être pauvre avec plus de 
noblesse. Les vitraux incolores découverts par l'abbé Texier, en 1845, 
dans les abbayes cisterciennes du Limousin, Bonlieu et Obazine, ont été 
signalés depuis par M. Amé dans diverses églises du département de 
l'Yonne, dont plusieurs relevaient de l'ordre de Cîteaux. 

Voilà qui ressemble déjà à la grisaille du xin" siècle, sans être préci- 
sément la même chose. Car, au xni° siècle, ce ne seront plus seulement 



LES MIXIATURKS - LES ^•IT^AUX - LA PEINTUnE MURALE r,s;, 

les plombs qui dessincroiil des ;ir:ili('s(|iips sur uu fond iiculre, gcnérale- 
inenl gris, ce sera le piiiiiMii di' Ijulislr. ( Irs araljes([ues paiiicipenl de 
la couleur du fond, mais sonl plus claires. L'ensemble a son charme, 
surlout quand le dessin est relevé, comme il arrive souvent, de quelques 
Irait s de covdeur. Ouand le soleil les pénètre, les verrières grises versent 
sur le mur ou sur les xcriirres de couleur voisines un glacis nacré dont 
^ ioUel-le-Duc a vanté la douceur. 

Si réussie que soit la grisaille (et quelques-unes nous montrent de 
merveilleux entrelacs), elle n'en reste pas moins un procédé économique. 
A la cathédrale de Bourges, par exemple, les fenêtres hautes, ornées dans 
le voisinage du chœur de figures d'Apôtres et de Prophètes, ne montrent 
plus aux extrémités de la nef que de simples grisailles. 11 est évident 
ipi'on a voulu terminer à peu de frais une œuvre commencée avec magni- 
llcenee. 

Mais à Auxerre, nous voyons quelque chose de plus hardi : c'est 
une combinaison du vitrail en couleur et de la grisaille. Dans les fenêtres 
iiiiules du chœur, les grands personnages se détachent en couleurs \ ivcs 
sur une large bordure de grisaille. Dès lors, une manière nouvelle était 
trouvée : de cette combinaison devait sortir le vitrail du xiv" siècle. Au 
xiu'' siècle, les essais furent d'aiiortl timides. A Lyon, les Patriarches des 
l'emMres hautes, terribles figures aux yeux Idancs, au mutle de fauve, se 
détachent, comme à Auxerre, sur de larges bordures en grisaille. A 
Bourges, de petits médaillons de couleur, contenant des Saints ou des 
Apôtres, sont enchâssés dans une rosace en grisaille. A Saint-Urljain dt; 
Troyes, dans les dernières années du xin'' siècle, on ose davantage. Les 
fenêtres de cette élégante église, une des jdus pures du moyen âge, nous 
montrent le vitrail de couleur aussi réduit qu'il est possible de l'imaginer. 
Un médaillon coloré, occupé par une scène du Nouveau Testament ou de 
la Légende des Saints, est comme perdu au milieu de ses hautes verrières 
en grisaille. L'effet est séduisant; le chœur de Saint-LIrbain, tout pénétré 
de lumière, semble immatériel, aussi léger que ces églises que les dona- 
teurs portent sur leur main ; mais le riche crépuscule qui baigne la 
Sainte-Chapelle est d'une juk^sIc plus pi'ofonde. Le xm' siècle ,'i son 
déclin semble moins sensible à la beaulé' [lalliélicpie île la couleur (pi'à la 
géométrie des lignes. 

A la lin du xin' siècle, la condiinaisim du médaillon de couleur et 
du fond de grisaille esl adopté'e par beaucoup d'ateliers. Sainte-iîade- 
gonde de Poitiers nous oll're un curieux exemple du goût nouveau. Une 
vei'rière, consacrée à la patronne de l'église, nous montre des person- 
nages de couleur jetés sur un fond gris. Ni bordures, ni médaillons, .\insi 
le l'ond bleu ou rouge sur lequel, depuis deux siècles, se détachaient les 
scènes légendaires est lui-même supprimé. On sent qu'une révolution 

T. H. — -il) 



7,so iiisioiiii': m; i;aht 

proruiulc s'csl accomplie cl qu'on cnlrc dans un âge nouvctui, plus gris cl 
])lus IVoid. 

CAIiACTKHI-S GIÎNÉUAUX UES VITliMX DU XIIl' SlKCLIi. NoUS aVOnS 

indiqué, chemin faisant, les princijjaux caraclères des vlliaux du 
xm'" siècle, résumons-les brièvement. 

L'armature n'est plus faite de barres de fer rigides se coupant à angle 
droit; elle suit les conlours des médaillons et marque fortement les grandes 
divisions du vitrail, lue armature du xiu' siècle, par sa belle ordonnance, 
a déjà l'aspect d'une œuvre d'art. Le progrès est ici manifeste. 

Le progrès est sensible encore si l'on étudie le dessin ,des person- 
nages et la composition des scènes. Le xiii'' siècle, avec son audace ordi- 
naire, a rompu tout d'un coup avec les vieilles méthodes de dessin qui 
régnaient souverainement dans l'art dciniis sej)t ou huit cents ans. Ces 
draperies qui collent au corps cl (|ui dessinent l'anatomie parurent sou- 
dain aux artistes dépourvues de loulc nudité. Ils surent enlin ouvrir les 
yeux et rendre ce qu'ils voyaient. Alors apparurent les robes lloltantes et 
les larges manteaux où le corps est à l'aise. Les plis, simples et sobres, 
n'eurent presque j)lus rien de conventionnel, liévolution profonde, et une 
des plus subites qu'on puisse signaler dans l'histoire des arts du dessin. 
En même temps le geste devint plus vrai, les relations des personnages 
entre eux plus réelles. Ce goût de vérité se remarque surtout dans les 
scènes empruntées à la Légende des Saints, où l'artiste, presque tou- 
jours dépourvu de modèles, se trouvait dans la nécessité de créer. Mais 
dans les scènes hiératiques elles-mêmes (Enfance du Christ, Passion, 
Résurrection), où les moindres détails sont consacrés par des traditions 
séculaires, on sent déjà frémir la vie. L'artiste est trop respectueux du 
passé pour imaginer une manière nouvelle de re}irésenter la Nativité ou 
la Mise en croix, mais il ose, parfois, prêter aux acteurs du drame sacré 
un geste plus vrai. Les beaux vitraux de Laon méritent, à cet égard, 
toute notre attention. Il y a dans la scène de la Visitation, par exemple, 
un élan que personne n'y avait encore mis. Mille petits détails révèlent 
un artiste naixenuMit ('qiris de la \érité. Ihuis la scène de la Nali\il('', une 
des sages-femmes, avant de baigner l'enfant, \érilie avec sa main si l'eau 
est assez chaude. Au moment où l'ange parle aux bergers, l'un d'eux 
cesse brusquement de jouer du chalumeau, tandis cjue le chien dresse la 
tête pour avoir sa part de la bonne nouvelle. Ces qualités, fréquentes 
dans les vitraux du xiii'' siècle, sont si discrètes qu'il faut de l'attention 
pour les remarquer. 11 en faut dire autant des qualités de composition : 
elles ne frappent que quand on se donne la })eine d'analyser. Il y eut 
pourtant, au xm' siècle, toute une esthétique du vitrail. Les artistes 
comprirent parfaitement que des scènes enfermées dans une étroite ligure 



l.i;S MIMAIUHKS - l.[:S NlTIiAlX I.A l'i:i NiriSK MIISAI.I'; r.s7 

géomi'liiiiiK^ cl doslinécs à cire vues de loin (le\;ii('nl vive, ;i\aiil Idul, 
claires et sobres. Ils apprirent à discerner, au milieu des récils prolixes 
de la Légende dorée, les épisodes essentiels. Ils appiircnt aussi à repré- 
senter ces épisodes avec sobriété. Souvent la scène se joue enire lr<iis 
personnages. (Jmc iOn éludie ladmirable légende de saint Eustache, à 
Sens, on verra s'il (>sl possible d elre plus simple. Tous les vilraux du 




FiG. 2S1. — L'.Vnnoncialion (viU'ail de Laoui. 

(ir,ipn-snùrnMl ctMiJ..ii\.) 



xiu' siècle n'uni pa> celle belle >i mpl icil(' : plnsieui-s soni >m'cliaig(''S. Il 
e>t \rai (le dire, m'^anumins. (pn' larl du \iliail nbligeail à <'linisi|- el à 
<'()nden>er. Les \crrier> du mm' siècle iMaienl enserrés par des règles aussi 
l'irdiles ipie le> aiileiii> dramalicpies i\\\ \\ n' siècle : les uns el les autres 
d une ii(''cessili'' sureni l'aire ime \ei'lii, 

\ nilà des progrès manifesles. Ayons mainh'nani le coui'age de ne 
pas di»imider les dè^raillaiices de nos arlisles du xni' siècle. S'ils des- 
sinenl mieux la IJLi'ui'e liumaine rpie les arlisles du xn' >iècle, ils enleiHleiil 
moin> bien roi-neinenl . \.i> larges borduics ipii eiicadi'aienl le \ih-ail 



r.SS HISTOIRE DE L'ART 

(l('\ iciiiiciil |ilus (''Iroilcs; les feuillages stylisés qui les décoraieiil n'ouï 
l)lus la uiagiiifique ampleur d'aulrelois. Plus on s'éloigne des pi-eniièi-cs 
années du xuf siècle (où le décor a encore loulc sa noblesse'), plus on est 
rra[ip('' de ht pauvreté de la bordure. A [»arlir de l'J.'iO, (die se r('Mluil sou- 
vent à un zig-zag, à une Heur de lis, à une lour, à une volute de feuillage 
indéfiniment répétés. Nous avons déjà fail remarquer (pie les bordures 
enrichies d'ornement qui entouraient chaque médaillon disparaissent 
aussi et sont remplacées par un cercle généralement rouge et presque 
toujours relevé d'un liseré blanc. 

En même temps le beau fond bleu, cpii donne lant de limpidilé au.\ 
vitraux du xif siècle, disparaît pour faire place à ce qu'on appelle « une 
mosaïque ». L'espace qui s'étend entre les médaillons est occupé par un 
dessin fait de cercles et d'écaillés qui se répètent indéfiniment. Le fond 
est généralement rouge; quant aux dessins, écailles ou cercles, ils sont 
d'un bleu un peu froid. Souvent même la mosaïque se réduit à un simple 
Ireillis. (pu est presque foujoui's rouge sur fond bleu. Celle mosaï(pie 
siuqtliliée se remarque surtout dans les vitraux de la seconde moitié du 
xiu'' siècle. Soignée ou négligée, la mosaïque a toujours le même effet : 
elle rend le vitrail plus sombre. D'autre part, la combinaison du rouge et 
du bl(!u donne ce violet mélancolique qui attriste un peu les verrières du 
xiii" siècle. 

N'exagérons l'icn loidefois. I,cs l)eaux vitraux de la pi('iui(''re partie 
du xui' siècle, ceux de Chartres ou de Bourges, restent des merveilles de 
couleur. Cette profonde poésie de la lumière que nos climats ne con- 
naissenl pas, éclat des verdures éternelles, splendeur des montagnes loin- 
taines et de la mer, tout cet enchantement dont rêve l'homme du Nord, 
nos artistes le mirent dans leurs vitraux. Michelel avait senti qu'il y avait 
quelque chose d'aral>e dans la Sainte-Cliapidle. 11 ne se trompait pas : 
mais c'est la couleur qui est orientale ici, non l'architecture. Saint Louis, 
qui eut l'àme trop tendre pour n'être pas artiste, y retrouvait la lumière 
de la Méditerranée, de l'Egypte et de la Syrie. Le vitrail est l'art des pays 
sans soleil. C'est pourquoi il fut complètement inconnu au Midi de la 
France : il n'y apparut qu'au xiv'" siècle, apporté par les artistes du Nord. 

LES srjKTS. — Il nous reste un mol à dire des sujets que retracèrent 
de préférence les verriers du xm' si(''cle. 11 y a d'abord toute une catégorie 
de vitraux qu'on peut a]t|teler llicnhniiiiiics, où le plus haut enseignement 
est [iroposé aux li(l(''ics. (hi y insiste surlovd sur la concordance mysté- 
rieuse de l'Ancien et du Nouveau Testament. Dans un vitrail de Bourges 
lipii a été reproduit avec de légères variantes à Chartres, au Mans et à 
ïoursl, on voit dans le bas .b'^sus portant sa croix. Autour de lui se 

I. Nous viiiiloii- p.irliM- ilos plus anciriis vilraux de ( '.luirli-c^i i:\ des vitraux de Si'iis. 



Li:S MINIATURES - LES VITIiAUX - LA l'LLNTLUE MUI'.ALE 



rciiiar([nrnl Isaac jiorlanl le liois de son sacrifice, les Juifs inar(|uanl du /*/(/ 
la porte de leurs maisons, la veuve de Sarepla ramassant, en présence du 
pliopliète Elie, deux morceaux de bois, enfin le patriarche Jacob, bénis- 
sant les fils de Joseph, Éi)hraïm et 
Manassé. Ces scènes de l'Ancien 
Testament sont en effet autant de 
figures o\x les commentateurs nous 
font apercevoir la croix de Jésus- 
Christ. Le commentaire le plus cé- 
lèbre du moyen âge, la Glose ordi- 
luiirc. nous apprend d'abord quTsaac 
est une figure du Fils de Dieu, 
comme Abraham est une figure de 
Dieu le père. Dieu, qui devait don- 
ner son fils pour les hommes, a 
voulu laisser entrevoir le grand 
sacrifice au peuple de lAnciennc 
Loi. Tout le passage de la Bible où 
je sacrifice d'Abraham est raconté, 
(■>! rriii])li de mystères. CJiaque mol 
ddil T'Irc pesé. Par exemple, les 
liois j(jurs de marche qui séparent 
la demeure d'Abraham du mont 
Moria signifient les trois âges du 
peuple juif, d'Abraham à Mo'ise, de 
Moïse à Jean - Baptiste , de Jean- 
Baptiste au Seigneur. Les deux ser- 
viteurs qui accompagnent Abraham 
sont les deux fractions du |)eup]e 
juif, Israël et Juda. L'âne, qui porte 
les instruments du sacrifice sans 
saxoir ce qu'il fait, est la Syna- 
gogue ignorante. Enfin, le bois 
qu'Isaac a charge sur son i'|iaiile 
est la croix même de J(''siis-( IhrisL 
Le signe tracé jiar les .In ils 
sui' la porte de leurs maisons «■lail 
regardé aussi comme une; figure i\r 
la croix. Les commentateurs a\ai<ii 
m i|iieslii)n. qui SI' trouve 
l'ruplirlc annonce (pi'il a \u 
ili' la lellre Idii. ( )n [lensail ipie h.' /(/'( 




II. 



— Vilr; 



tl.- I!om-i;e^ 



il.lh 



■^aue 



e rapprocliei- h 

i> { E.niilc. il'iiii passage d'L/.écliiel . où le 

inge de Dieu nian[ucr les jusles au fi-oni 

d'Lzéchiel devait élie iirécisémenl 



500 



iiisroir.i': m-; i.akt 



le signe (|ii(' Ics.liiifs avaiciil dû Iraccr, en Egyi)lc, sur la jhhIc de leurs 
maisons, (.(minie d'autre pari la lellre loti (T) olîrait quelque ressem- 
blance avec la croix, on en avait conclu que ces deux passages faisaient 
allusion à la croix de Jésus-Christ. 

Le médaillon du prophète Élie et de la veuve de Sarepta préfigure 
encore le môme mystère. Klic, chassé pai- les Juifs, est envoyé par le Sei- 
gneur dans le pays des Gentils, chez une veuve de Sarepta, au territoire 
de Sidon. Quand il arrive chez elle, la veuve vient de puiser de l'eau, et 
elle est en Irain de ramasser des morceaux de bois. Dans ce récit, il n'esl 
rien qui ne soil symbolique. Élie, chassé par les Juifs, et, plus lard, 
enlevé sui- un char de feu, est une ligure de Jésus-Christ. La veuve de 

Sarepta est l'Eglise des 
Gentils accueillant le Sau- 
veur que la Synagogue 
n'a pas voulu reconnaître. 
Elh' a puis('' de l'eau pour 
mar(pi(M' ([u'elle croira 
d(''S(irinais à la \erlu du 
ba[)tème,et elle assemi)le 
deux morceaux de bois 
poiu- marquer (|u'elle al- 
lend désormais lout son 
salut de la croix. C'est 
pourquoi l'arl i sic (le Bour- 
ges cl r,-ii-lisle (lu Mans 
ont mis entre les mains 
de la veuve de Sarepla. non pas deux nuirceaux de bois, mais une 
croix vérilalde. 

Le Portement de croix est acconqiagné à Tours cl an Mansi d'une 
(iualri(''ni(^ scène symbolique : la béiK'-dicJ ion des (ils de Joseph, b]pliraïni 
et Manassé, par le patriarche .lac(di. Il l'anl icconnaître encore ici, avec 
les interprètes, une ligure de la croix; .lacob, en effet, bénit ses [leliis-lils 
« en mettant les bras en croix », comme le dit le texte biblique : ciicou- 
stance qui a paru mystérieuse à tous les commentateurs. 

Ces exemples suffironl pour donner une idée de celle calégorie de 
vilraux; on voil combien de lelles (euvres sonl lidèles à l'cnseigiuMnenl 
doclrinal. Aussi esl-il certain (pie le ])i-ogranune en était tracé par des 
clercs très familiers avec la science Ihéologique de leur teuqis. 

Les vilraux Ihéologiques ne sonl pas, d'ailleurs, très noudireux. Les 
vitraux narratifs, consacrés à la Légende des Saints, sont beaucoup plus 
fréquents. Les vitraux des bas c(jlés de la cathédrale de Chartres, par 
exemple, si merveilleusement conservés, sont les pages éclatantes d'une 




FiG. !2S3. — tluif marquant du tau la porle de sa maison 
(fragment d'un vitrail de Bourges). 



I.KS MINIATURES — I.KS MTRAUX - LA PEINTURl-: Ml RALE ôiil 

Ij'yciulc d(ii\'c. L'ensemble l'oniie un des jilus Ijcaux li\res à luiniatures 
que jamais |irince ait payé au poids de l'or. Le texte de Jacques de \'ora- 
gine à la main, on décliitîrc sans peine toutes les scènes. L'artiste, en 
commençant par le bas (c'est ainsi qu'il tau! lire les vitraux du xiii'' siècle) 
et en s'élcvant peu à peu jusqu'au sommet du vitrail, suit le légendaire 
pas à pas. L'histoire de saint Eustache, par exemple, se déroule tout 
entièi-e, depuis l'apparition du cerf miraculeux à Plaeidus, jusqu'au mar- 
tyre du saint et de sa feunne dans le taureau d'airain. 

Toutes sortes de raisons ont contrihué à midlipiier les vitraux con- 
sacrés aux Saints. D'abord les i-eliques conservées dans chaque église. 
Dans nos grandes cathédrales, les reliques qu'on vénérait dans chacune 
des chapelles expliquent les vitraux de ces chapelles. Un sanctuaire 
qui conservait une relique de saint Jean-Baptiste, par exemple, montrait, 
dans un vitrail, l'histoire de saint Jean-Baptiste. Mais les relii|ues n'exj)li- 
(puMil pas tout. Souvent l'histoire d'un saint a été choisie par le dona- 
teur (In vitrail parce qu'il avait une dévotion particulière pour ce saint. 
Les vitraux de nos cathédrales ont été donnés par des corporations 
ou par des particuliers qui ont voulu perpétuer la mémoire de leur 
générosité; les panneaux inférieurs des verrières du xiii" siècle nous 
offrent généralement l'image et quelquefois le nom des donateurs : 
moines en pr-ière, évèqucs portant à la main un modèle de vitrail, cheva- 
liers armés de toutes pièces, reconnaissables à leur blason, changeurs 
véritiaid le titre des monnaies, pelletiers vendant leurs fourrures, bou- 
cliers abattant des bœufs, sculpteurs taillant des chapiteaux. Ces scènes 
de la vie d'autrefois, si précieuses en elles-mêmes, nous permettent sou- 
vent de comprendre pourquoi tel saint a été choisi de préférence à tel 
autre. A Bourges, par exemple, le vitrail de saint Thomas, apôtre, 
patron des architectes et de tous les ouvriers qui travaillent sous leurs 
ordres, a été offert par les tailleurs de pierres. A Chartres, les épiciers 
tirent faire à leurs frais une verrière de saint Nicolas, leur patron, et les 
vanniers, qui se mettaient sous la protection de saint Antoine, une ver- 
rière où se voit toute l'histoire de ce solitaire. Saint Louis donne un 
vitrail consacré à saint Denis, le protecteur tle la monarchie française, et 
saint Ferdinand de Castille, un vitrail consacré à saint Jacques, le grand 
saint de l'Espagne. Enfin les pèlerinages n'ont pas été sans inlhience sur 
le choix des saints. Plus d'un vitrail a dû être donné par un pèlerin recon- 
naissant qui revenait des fameux sanctuaires de saint Jacques de Com- 
postelle, de saint Nicolas de Bari, ou de saint Martin de Tours. C'est une 
chose très remarquable, en effet, que saint Jacques, saint Nicolas et saint 
Martin soient, de tous les saints honorés au moyen âge, ceux qu'on 
retrouve le plus souvent dans nos églises. .\ CJiarlrcs. par exemple, où la 
série (le-< verrières est presque complète, il y a ([ualre \iliau\ consacrés 



:,iio HISTOIRE DE E'AP.T 

à sailli .Jacques; quaiiL à saini Nicolas el à saiiil Marlin, ils soiil pciiils 
(ou sculpics) jusqu'à sept lois. 

Toutes ces raisons explicpient pourquoi les vitraux consacres aux 
saints sont si nombreux dans nos cathédrales. Ils soni inliniuiciil jilus 
nombreux que les vitraux consacrés h Jésus-Christ; et dans ces vitraux 
mêmes, toute la vie du Sauveur n"a pas été représentée; on ne rencontre 
que son Enlance, sa Passion, et un très petit nombre de scènes de sa vie 
pnl)li(pie, qui ont été choisies pour leur signification dogmatique. 

Les viTRALx uu xiv' siècle. — CARACTÈRES généraux. — Nous parle- 
rons beaucoup plus brièvement des vitraux du xiv" siècle. L'activité des 
verriers ne s'est peut-être pas alors ralentie autant qu'on a voulu le dire, 
mais les témoignages de leur art sont devenus assez rares. Des très nom- 
jireux vilraux du xiv'' siècle qui ornaient les églises de Paris et les châ- 
teaux royaux (car le vitrail apparaît alors dans les édifices civils), il ne 
reste plus aujourd'hui que quelques verrières à Saint-Séverin. Par une 
l'atalité singulière, c'est au moment où les noms de verriers commencent 
à abonder que leurs œuvres se l'ont clairsemées. Ces verriers, d'ailleurs, 
étaient des personnages, puisqu'une ordonnance royale de L'')90 les 
exempte de toute espèce d'impôts, et de la garde des portes. 

Il reste, cependant, en dehors de Paris, assez de ^itraux du 
xiv' siècle, pour qu'il soit possililc de se faire une idée nette des carac- 
tères de la nouvelle école de peinture sur verre. Rien ne ressemble moins 
à un vitrail du xiii'' siècle qu'un vitrail du xiv' . 

La première modification qui frappe est celle de l'armature. Le fer 
foi-gé ne dessine plus de figures géométriques, cercle, carré ou losange, 
comme au siècle précédent. Les verriers, revenant à la pratique du 
xii'' siècle, montent le vitrail sur des barres de fer qui sont simplement 
horizontales et verticales. La division de la fenêtre gothique par des 
meneaux de plus en plus nombreux rendait nécessaire cette simplification 
de l'armature. 

D'autre pari, les plombs, au lieu d'(Mrr multipliés comme au 
xni'' siècle, sont employés avec une parcimonie qui frajipe ou premier 
coup d'o'il. C'est qu'en effet, les verriers commençaient à fabriquer des 
plaques de verre de grandes dimensions, qu'ils ne savaient pas obtenir 
autrefois. Les liaisons pouvaient donc, sans inconvénients, être moins 
nombreuses. Mais ce prétendu progrès contribue à enlever au vitrail son 
caractère essentiel, qui est d'être une mosaïque. Il en résulte une œuvre 
d'un aspect un peu neutre, qui n'a plus les qualités des vitraux du 
xiif siècle, el qui n'a pas encore celles des vilraux du xv' et du xvi". i< Ce 
ne sont déjà plus des mosaïques, dit très jusiement M. V. de Lastcyrie, 
et ce ne sont pas encore des tableaux. » 



IJ-.S MIMATI'RES — I.KS \ ITIiAlX ~ LA. PEINTIRE MIRALE r.ït") 

(lo (jiii acli('ve encore ilcnlcvor au \ilrail du \iv'' siècle l'aspecl «ruiie 
mosaïque, c'esl le choix tout nouveau des couleurs. Les \criieis du 
xiv" siècle semblent ne plus sentir cette joie naïve que la couleur donnait 
aux vieux maîtres de làge précédent. Leur sensibilité aflinéc se plaît à des 
combinaisons de gris, de blanc el de jaune. La grisaille, nous l'axons dit, 
apparaît au xiii" siècle el envahit petit à jielil le \itrail. Mais ce (pii est 
particulier au xi\' siècle, c'est l'usage iniui(Ml(T('' du \erre blanc Au \u'', 
au xiu'' siècle, le blanc apparaît à peine; de petites louches de blanc pla- 
cées avec adresse réveillent les couleurs voisines. Au xiv" siècle, le blanc 
couvre de vastes surfaces et refroidit tout le vitrail, lùilin, l'invention 
d'une couleur nouvelle, le jaune d'ai'gent, achève de modilier le caractère 
de la peinture sur verre. Le procédé qui permet il'obtenir le jaune 
d'argent difTère de tout ce qu'on connaissait jusque-là. " Le verre n'est 
pas coloré dans la masse, dil un pi'aticien. M. (dtin. il nCst pas peint 
non ])lus : c'est une teinture qu'on lui donne à la place qu'on veut. On 
couvre les endroits qu'on désire voir devenir jaunes d'une légère couche 
(l'ocic mélangé de chlorure d'argent . ( >n cuit . et l'on eidèM' l'ocie. nnaiil 
au ciilorure d'ai'gent, il s'est ini'orporé au \crre el l'a rendu jaune, m honc 
nui besoin, comme jadis, de coiqier sur un pairtm des uuu'ceaux de \eire 
jaune el de les enchâsser ensuite dans du plomb. La faeilili'' ilu jiroci'Mb- 
inxitail à y recourir frécjuemment : et, en elTet, le jaune daii;ent nVsl 
pas rare dans les vitraux du xiv' siècle. On voit combien est eiTonée 
la légende qui attribue au dominicain Jacques dTIm Kpii \i\ait dans 
la première partie du xv" siècle) l'inNcntion du jaune d'argent. On 
connaît l'anecdote, qui a (''té bien souvent contéi' : un jour ([ue .laccpu^s 
d'I lin niellait au l'dui- un \ilrai!. l'agrafe d'argent de son manteau 
tomba sur le \ ei re. sans (|u'ii s'en a|ierrùt : après la cuisson, il fut tout 
étonné en icliousanl l'agiafe. de \nir ((u'elle avait communiqué au 
xei're, à l'emlroil (ii'i elle l'hul lnudi(''e. une !)e]le ctiuleur jaune, l'eu 
a|u'ès, il aurait imaginé de rruqiiacer 1 argent par du chlorure d'argent 
nn'di'' à de largile. 

('.eiil ans avant .lacipu's dt im.les \ei'riers français connaissaienl le 
procédi'' (loiil OH \eul (pi il soit l'inNcnteur. 

("est i''galein('nl au \l\ siècle' qu il faut faire l-cinolilel' les (lauias- 
(piiniH'es sur \erre diiulib'', prui-iMli' de décoration qui ne d(Uiiia ses plus 
lie;ni\ ellel>(|uau w' siècle. Il \ a\ail longtenq>s (pu* Ton cnnnaissail h' 
\i'rrc doulili''. A \rai dii-e. le veri'e i-iMige, an \ii'' el au xin' >iècle. n'asail 
jamais ('■t('' euqiln\(' (|Ui' doubli''. C'est (pieu elfel nue plaque de \ imtc 
rouge, si elle n ('-lail |ia> d(Miblr'e d'un \erre blanc, paiailrail nuire, laul 
est grande la puissance du louiic; (in su|)ei-posait donc à une pla(| le 

I. l'i'iU-iMr-o mriiic .■iii\ (Ici'iilric-^ niiiii!'!'-; du \iii« sii''cli\ -;'il est \ r.ii i|iii' lc~ \ iU'.-(ii\ de 
S.iilil Irh.iiii sci.'iil lii.'ii ii''cll(Mii(>iil (le (■«■Ile ('■|io(iii('. 

T. u. — ;)0 



Mi IIISTOIHE DE L'AHT 

verre hlanc une dès mince lame de verre rouge el on les omalgamail par 
la cuisson. C/esl ce qu'on appelle le verre doublé. Un arlistc ingénieux 
eul l'idée, en se servant de l'éineri, d'user par j)lace la couche de rouge de 
l'açon à laisser a})parailre le verre hlanc : on ohtenail de la sorte des ara- 
besques qui s'enlevaient en clair sur le rouge et qui donnaient une singu- 
lière richesse aux fonds. Bicnlùl on imagina de doubler d'autres verres 
([uelc rouge et on multijjlia les elTels imprévus. Au xv'' siècle, les robes, 
les chapes, les dalmatiques éblouissent par un éclat qui semble magique 
à quiconque ne connaît pas le secret du verre doublé. 

luilin, au xiv" siècle, le dessin et la composition du vitrail prennent 
un aspect nouveau. Le vitrail narratif, composé de médaillons superposés, 
est désormais condamné. L'ampleur des fenêtres n'admet plus ces mille 
petites scènes qu'il deviendrait impossible de discerner. De hautes figures 
conviennent seules à ces vastes baies divisées par des meneaux. Désormais 
chaque lancette sera occupée par un saint, souvent plus grand que nature. 
Mais comment garnir la partie haute de ces longues lancettes? Une simple 
grisaille serait pauvre. Les artistes du xiv" siècle imaginèrent d'amplifier 
le léger dais d'architecture, qui, dès le xiii'' siècle, apparaît au-dessus de la 
tète des personnages isolés. 11 est probable qu'au xiii*" siècle, ce dais avait, 
dans la pensée du dessinateur, une valeur symbolique : il isolait les saints 
(lu reste de la Icrre, les montrait au seuil de la Jérusalem céleste'. Au 
xiv'' siècle, ce dais modeste devient une véi'itable église, avec ses pinacles, 
ses arcs-boutants, ses gargouilles. Il y a dans ces couronnements d'arclii- 
tecture une richesse d'invention souvent merveilleuse. Pour donner une 
impression de vérité plus grande, l'artiste ne peint pas ses clochetons et 
ses pinacles ; il les laisse blancs comme la pierre neuve. Parfois cepen- 
dant il les relève de jaune d'or ou même les dore tout à l'ait; on ne songe 
plus alors à une église mais à un i-eliquaire. 

HISTOIRE. — Les premiers vitraux du xiv' siècle restent encore 
tiès apparentés à ceux de l'Age précédent. Quelques-uns des vitraux 
de Saint-Père de Chartres, et notamment celui de Jean de Mantes, qui 
est de 1507, les anciens vitraux de Deauvais, dont l'un est de 1510; enfin, 
à la cathédrale de Chartres, le vitrail du chanoine Geoffroy, dont la date 
Hotte entre 1510 et 1517, sont des essais assez timides. A Chartres 
notamment, l'architecture se réduit à une maigre arcature ornée de 
crochets. 

Dans le midi de la France (où le vitrail fait alors son apparilion), les 
veri'iers, très éloignés des ateliers du Nord et assez étrangers h ce qui s'y 
fait, composent des vitraux qu'on pourrait attribuer au xiiT siècle. Les 
belles verrières de Saint-Nazaire de Carcassonne, qui ont été exécutées 

1. On se souvient que les décorateurs Uu xu» siècle peignent les figures des élus sous 
des arcalures dans la scène du Jugement dernier. 



I.FS MINIATURES — I,i:S VITRAUX - I.A PEINTURE MURALE r.'.i.". 

(Miirc l."i>()cl 1,","(), sunl aussi r'i)louissanle.s ([lie celles du la ij:;raii(lc ('•|i()(nie. 
On y retrouve presque lous les procédés anciens : ce sont peul-èlie les 
derniers vitraux à médaillons légendaires. 

Mais, dans la France du Noi'd, à la iiiènie date, le slyle nouveau avait 
d(''jà lous ses caractères essentiels. Pendant que les verriers de Carcas- 
sonne mettaient en place les vitraux si chaudement colorés de Saint- 
Nazaire,à Chartres le chanoine Guillaume Thierry faisait exécuter le petit 
vitrail du transept méridional de la cathédrale où se voient des saints 
et (les saintes (lô'iS). Rien de plus éloigné de l'art ilu xiiT' siècle, mais 
aussi rien de j)lus froiil : c'est une simple grisaille relevée d'un peu 
(le jaune. 

A partir de 1500 environ, c'est dans le chœur de la cathédrale 
d'Evreux qu'on pourra le mieux suivre l'histoire du vitrail jusqu'aux pre- 
mières années du xv" siècle. Aucuu(' série n'est plus précieuse. ( h\ y voit 
l'art du vitrail se transformer et s'enrichir sous ses yeux. La plus ancienne 
verrière est probablement celle de Guillaume d'IIarcourt, qui mourut en 
17}21 : il est possible d'ailleurs que le vitrail ait été donné quelques années 
après sa mort par sa veuve, qu'on voit agenouillée en face de lui. L'archi- 
tecture qui encadre les personnages a déjà de l'anqihnr cl ne rajipcllr 
plus les timides essais des débuts tlu siècle; cependant les pinacles ne 
s'élèvent pas encore hardiment et n'osent guère empiéter sur le vaste fond 
de la grisaille. Mais dans le vitrail donné par Charles le Mauvais, sans 
doute vers le milieu du siècle, les ornements d'architecture deviennent 
magniti(iues. L'artiste, épris de vérité, a eu l'audace de simuler un effet 
de perspective : sous un des pinacles on aperçoit la voûte d'une église 
a\ec ses nervures. Enfin, dans les ileux vitraux donnés ])ar Bernard 
C.ariti, évèque d'Evreux de l."i7(i à iri.S.l, on devine déjà l'art du xv'' siècle. 
L'artiste ne veut plus faire un décor translucide, il essaie de l'aire un 
tabh-au. La figure de l'évèque, cpi'il a dessinée deux fois, est un portrait, 
et un portrait d'une singulière acuité. Il essaie de mettre en pcrspecti\e 
non seulement les voûtes que les personnages ont au-dessus de leur tète, 
mais encore le parquet en damier qu'ils ont sous les pieds. P]nfin la boi'- 
dure grise, (pii jusque-là encadrait les \ itraux du xiv'' siècle, est supprimée 
et remplacée, pour plus de vérité, par un montant d'architecture. Nous 
sommes ici à la fin du vrai moyen âge. (le cpii suffirait à le prouver, c'est 
la place qu'occupe l'évèque Bernard Carili : il n'es! pas agenouillé, connue 
jadis, aux pieds de son patron saint IScrnard ; il csl debout à ses côtés, 
aussi grand que lui, et semble s'otVi'ir, connue lui, à la \('ni'iali(in dis 
fidèles. Ces vitraux du cho'ur d'Evreux sont les pins beaux du \i\' siéile. 
Ils sont d'une linq)idili' (bdicieuse : ce ne sont tprots légers, bleus 
aériens, rouges tianspairnls. blancs ai-genlins. Tout es! jiur; aucune 
nuance rompue, point dr \i(i|ri ronunc au xiu' siècle. Ils s'Iiai lunniscnt 



:,>.m iiisroiiiK dp: i/aht 

lii(M\ cillriisciiiciil :i\cc ce clinMir liniiilicux. laryciiii'lil ('•chiiii' cl Idiil 
M;iii.-. 

(In I riiiiNC ilc.s\ il i;iii\ du \l\' s ire le (liss(''iiliii(''> dans liinlc la |- raucr, : 
il \ en a (|iicl(|n('s licaiix rcsics à Limoges, à (llciiiioni, à Troyes, à Nar- 
hoiiiic Mais il rsl inliTcssaiil «le ikiIci- (|nc ("i-sl la Xorinandii' ([iii nous 
oITre \c u;v<>u\>c le plus conijiact : on en Irousc dans le clui'ur de Sainl- 
Oncn de iSniu'ii i|ui se dislingucnl par la bcaulé des orncmcnls d'arclii- 
IccJurr; (in m |i((uvr aussi à la catliédralc de lioueii. dans la vasle clia- 
pi'lii' du (dic\cl, qui oïd les in(Mues (pialil(''s. La cal li('Mlralc ilc S(''c/., celle 
de (liudances oui de nondinnix iVagnuMils d'un cnsenihle (pu did r\v<- iui- 
posaul. Imicux a la l)(dlc série (\ue nous avons siij,iKdce. 

Daulre pari, il csl curieux ipu' rAnyleleirc soil aussi lii lie cjue la 
Xoruiandie en vitraux du \i\' siècle. ( In en voil à la calli('drale d'l<]xel(>i', 
dans la callicdrale el dans la maison du clia|)ilre à York, à \\ cils, à 
Gloucesler, à Merlon f".olleg-e (Oxford). Il y a là autre ciiosc (pi'une coïn- 
cidence. Les \ilraux anglais oll'reul de rra|ipanles rcssendilances avec nos 
\ilranx ncuMiiands. ( '.es analogies on! ('■!('■ signal(''cs par .M. \\ c^ilake. (pu 
rappidi-lie, par cxeui|ilc, les xili'aux d l'^xeler, ceux de la maison du clia- 
pilre d'York cl ceux de Merlon Collège des vilraux de iiouen. Les gri- 
sailles eu s(ud |u-csque identiques : c'est ini quadrillé l'ait de losanges 
iiidc'diiiimciit |-('qi ('•!(■• s dont le cent|-e es! ()ccu|ié' par (pH'l(pu's reuilles 
d arlires. Il est inqiossilile d'alIrilMH'r ces resscmlilances au liasard. 
I> ailleurs une anciemu' Iraditioii \i'id (pic les \ilraux d'ivxetcr aient rlv 
acliet(''s à lioucn. Il y eut donc, seuilde-l-il, au xi\' siècle, un gi-aml atelier 
d'où son! sorties la plupart des \('rri(''res de la Normandie et de l'Angle- 
terre. <U\ se trouvait cet atelier? M. \\ estlake veut qu'il ait (■■t('' en 
France cl le placerait volontiers à Rouen. S'il en était ainsi, pres(pie Ions 
les \itiaux anglais, du xu' au xv'siècle, seraient l'raii(;ais d'origine. 

Dans 1 Est, les \itrau\ du xiv' si(''(de ont une physionomie assez diOV'- 
' rente. L'Alsace n'adople [las l'i aiudienicut les p]'ati(pies nouxcllcs. Les 
beau.x vitraux de Strasboui'g, qui mériteraient une longue élude, sont 
plus apparentés que les nôtres à ceux du xiii'' siècle. L'architeclurc y tient 
moins de place, les couleurs soni plus \i\'es, et, hieii (pie les ui{''daillons 
soient supprimés, la composition conserve encore son caractère narratil' 
(Vie de Jésus-Christ). 

Telles sont, dans l'état actuel de nos connaissances, les quelques 
idées que peuvent suggérer les \ ilraux du moyen âge. On trouvera, avec 
raison, (jue c'est bien peu. Mais, nous l'avons dit, ce chapitre de l'histoii'e 
de l'art ne pourra être écrit que le jour où des artistes de bonne volonté 
auront a(dicv('' le i'uriKis de nos anciennes \ (■rri(''res, c()mmenc('' il y a pins 
de soixante ans par les PP. Martin et Cahici' et pai'M. h', de Lasteyiie. 



I.IiS .MlMATLliLS - LES \ ITHAUX - LA l'EINTL HL Ml UALE 



LA PEINTURE SUR VERRE EN SUISSE' 

Li: xiii' sii'( i.i:. — ()uui(jiic la Suisse n"ail jamais clv un (•ciiliv d arl 
liés |iroductif, les ('■iliiiccs des époques romanes et golhi(|ues n'\' luaii- 
qucnl pas. La plupart d'enLre eux onL loulefois été dépouillés de leurs 
)ieintures, et il ne reste aujourd'liui, eu fait de vitraux du xiii' siècle, que 
lieux ensembles à signaler : Ja rose de la catli(''drale de Lausanne et les 
\itraux du couvent de W'etlingen (Argovie). 

La rose de la calliédrale de Lausanne est un ensemble important; 
\ illard de lionnecourt en avait été fi-appé et l'a reproduite dans son 
cailler de dessins, sans toutefois se conformer exactement à l'original. 
Klle décore l'extrémité du transept méridional de la cathédrale et date du 
dernier ijuart du xm' siècle. Klle se rattache à la série des roses de cette 
(■'licxpu' (pie la l'iance possède, et se compose en grande partie de ligures 
allégoriques pcrsonnilianl les éléments. Sur (il figures, il en reste 40. 
Celles fpii manquent ont éti'' rem])lacécs soit par des vitraux modernes, 
sdil pal' des fragments anciens |ir(i\ ruant d'un autre \itrail, 

La rose se couqtosc de jiliisicurs arcs de cercle ciMubinés autour 
d'un carre. Les mois, les éléments, le soleil et la lune, les fleuves du 
])aradis et d'autres ligures consacrées par la tradition iconographique 
et dessinées conformément au type reçu en constituent la décoration. Les 
mois, les saisons, le soleil et la lune, le jour et la nuit sont représentés 
par des allégories. Le pi-intemps est personnilié })ar un homme aux 
cheveux gris, par allusion à la neige. L'ét<''. sous la figure d'une femme, 
est entouré de rayons lumineux et faisait pendant au feu, qui a disparu. 
L'automne, un homme placé entre deux ceps de vigne, est mis en regard 
de la terre. L'hiver enfin, un homme couvert de neige, est opposé à l'eau, 
une déesse fluviale voguant sur les ondes vertes. Ces personnifications 
du temps et de la matière sont complétées par celles des quatre lleuves 
du paradis, auxipielles viennent s'ajouter des monstres, évocatcurs de 
mondes lointains et inconnus, et d(inl l'inspiration remonte aux l'ères 
de l'Eglise, en particulier au De Civitale de saint Augustin. 

Ces diverses figures s'harmonisent en une cosmogonie (pii iciid au 
môme but que les grands ensembles réunis devant les portails gothiques, 
c'est-à-dire en un hymne k la gloire du Créateur. 

Les c(d()rati(ins soiil harmonieuses, \i()li'is et verls di'licats se déta- 
chant sur un fond a/iir. Les rouges et les jaiino soiil rares, cl, lors(pic 
r.irli>lc les emploie, il les s('-pare par îles intei'sl iccs incolores. 

1. l'.u' M. Conrad .h- .Mandiicli. 



598 lilSTOUîE DE L'AnX 

Ouelqucs vili:m\ du cuiiveiit de AXcllinj^'en peuvent èlre datés de 
|'2!i;!. Ce sont des morceaux d'un bel effet décoratif, exécutés d'une façon 
sommaire d'après des modèles romans. La coloration est brillante et 
souple. D'autres rosaces contenant les figures du Christ et de la \'iergc 
paraissent d'un style plus récent que les vitraux purement décoratifs. 

Le style roman continue à prédominer dans les peintures suisses de 
la fin du xiu'' siècle. Ce n'est qu'au début du siècle suivant que les formes 
gothiques devaient être adoptées d'une façon définitive. D'ailleurs, les 
O'uvres datées de la fin du xui'' siècle sont très rares, et il semble qu'après 
l'achèvement des grandes églises de Bàle et de Zurich, il y ait eu un arrêt 
dans la production artistique du noi'd de la Suisse. Cette période de 
repos ne l'ut pas stérile, car c'est à ce moment que les princiiies de l'art 
gothiipie commencèrent à influencer la peinture, dont le caractère se 
transforma au xiv'' siècle. 

Le xiv' siîicLi:. — Le début du xiv'" siècle fut assombri par d'âpres 
luttes politiques entre les maisons souveraines, le haut clergé et la 
noblesse féodale. Dans la Suisse allemande, les Habsbourg cherchèrent à 
affirmer leur pouvoir; dans la Suisse française, Pierre de Savoie agrandit 
son territoire jusqu'à ce que la rivalité des Habsbourg imposât une limite 
à son ambition. Malgré les temps troublés que traversait le pays, l'art 
religieux, complément obligatoire du culte, s'enrichit de nomiu-cuses 
donations, et le vitrail y prit une place considérable. 

En Suisse, le principe du style gothique, qui tend à remplacer les 
pleins par les vides et à réduire la construction à un squelette de pierre, 
n'a pas été appliqué aussi rigoureusement que dans certaines contrées de 
France. Cependant les chœurs y ont une forme élancée, et leurs fenêtres 
étroites et élevées se prêtent tout naturellement à l'adaptation de 
verrières. 

Les vitraux du xiv*^ siècle conservés en Suisse présentent plus sou- 
vent des figures isolées de grande dimension que de petits médaillons 
contenant des épisodes. 

Parmi les plus anciennes verrières du xiv"" siècle, il faut citer un 
vitrail de l'église de Roment, conservé au musée de Fribourg et repré- 
sentant saint Sylvestre. 

Dans l'église de Blumenstein près Tlioune, deux verrières de la 
même époque contiennent quatre saints entourés de cadres gothiques. 
Au-dessus de l'un d'eux, saint Christophe, on aperçoit une rivière dans 
laquelle nagent des poissons dorés. C'est la première fois que pareille 
nuance apparaît dans les vitraux suisses. Le donateur figure, avec son 
écusson, au bas du vitrail. 

Les verrières de Koniz (canton di' Berne) présentent le même carac- 



LES MINIATURES — LES VlTIiAlX - LA PLLNTUHE MURALE 



trre (|ue celles de Bluincnslciii. La forme des cadres commence ioiderois 
à s'alléger. 

Les vitraux de IV-glise de Kappel (canton de Zuricli) sont d'un style 
plus avancé. Ouoique les pieds des personnages soient dessinés d'une 
façon encore toute sché- 
matique, et en une projec- 
tion qui ne correspond pas 
à la réalité, les visages 
deviennent plus expressifs 
et les attitudes plus vives. 
L'encadrement s'enrichit 
de formes nouvelles. 

Dans les verrières de 
Miinchenbuchsee (canton 
de Berne), on constate une 
frappante affinité de style 
avec les vitraux de Kappel. 
Outre les saints de grandes 
proportions, elles contien- 
nent quelques compositions 
relatives à la Passion du 
Christ. 

L'abbaye d'Hauterivc 
(canton de Fribourg) pos- 
sédait un bel ensemble dont 
les fragments ornent ac- 
tuellement la Collégiale de 
Fribourg et la chapelle du 
cliAteaudeHerrnsheimprès 
de W'orms. Les scènes de 
la Passion du Christ insé- 
rées dans des médaillons, 
ainsi que les symboles 
des Evangélistes , sont 
d'un réalisme qui rap|)rlie 

les vitraux des bas côtés de la cathédrale de Fribourg-cn-Brisgau. 
L'art suisse est un art de reflet. Ses attaches le ramènent conslam- 
mrnl aux centres plus importants des pays limitrophes, qu'il s'agisse 
de la France pour la Suisse romande, de l'Allemagne pour la Suisse 
allemande, ou de l'Italie pour la Suisse italienne. On peut tcnilcfois con- 
stater quehpies iraits communs dans le développement du viliail suisse 
au xiv' siècle. L'elTort artistique s'y fait sentir surtout dans iV-Iégancc 













FiG. 28 i — Vitrail de l'église de K;ii)i)el 
(canton de Zuricli), xiv siècle. 



iim iiisToiiu-: ni". i;ai!T 

(li's coiirlx^s. En iiiriiie li'iii|is, li's |ieiiilr('s v(M'rirrs «■lirrcliciil à s'cmaii- 
cilHT (les formes liadil inniirllrs el à se rapproclici- de la iialure. Les 
saints commencent à prendre vie et à s'incliner avec Menveillancc vers le 
spectateur. Quant au décor, il est purement linéaiie, dépourvu de tout 
modelé, mais d'un style imposant. 

Les plus beaux vitraux de cette époque, en Suisse, se trouvent au 
couvent <]c KimiiisiVldcn (Argovie). A la suite de l'assassinat d'AUjcrl l" 







jmiMil iriiii \ilr.iil ilr r.-Kli 



ili' KDriigsfeldeii (r.-inlon J'Ar-i;o\iei 



d'Aulriclie en L")(I8, la reine Agnes avait l'onde sur le lieu du meurtre un 
couvent de F'ranciscains, ([ui fut doté par la maison d'Auti'iclie de nom- 
breuses et insignes œuvres d'art durant le xiv'' siècle. Les \ itraux furent 
confiés à lies artistes supérieurs à ceux ([ui travaillaient en gén(''ra] dans 
Cl' ]iays. Ils oITrenI un inlér("'l auquel ne peu\enl pri'lendre les ;iiili-es ]iro- 
diietions de la Suisse à cette époque. 

Les fen(Mres <le l'église eonlenaieni pl'inulix <'nienl loulrs des \ ili'anx. 
Aujouid'liui, les verrières du cbœur seules ont conserve'' uni' partie de 
leur décoration. Elles contiennent des scènes relatives à la \ ir liu Chiisl, 
de la Vierge, de saint Paul, de sainte Catherine, de saint Jean-Baptiste, 
de sainte Hllisabeth de Hongrie, de saint François d'Assise, de saint 
Antoine l'ilermite et de sainte Claire. On y voit, en plus, des figures 
d'.Vpùtres el des portraits de donateurs. Des travaux de restauration 
récents peinie'ttent actuellement d'apprécier ces œuNres à leur jusle \aleiu'. 



LES .MIMATUHI'S — LES VITRAUX - LA PEINTURE MURALE iOl 

H'ajurs M. II. Lcliinann, ces divers vilraiix onl élé exéoulés eiilrc les 
aiiiires l">ll cl l.iriT. Le slyle, en i)ar[ieulier celui de la décoralioii, se 
développe au lui- cl à uiesui'c que ces ouvrages sont de dates plus 
récenlcs. Kn i;('iii'ial la composition est claire et d'un effet heureux; les 
gestes sont francs, les pliysionomies bien marquées. C'est le cas surtout 
pour les scènes de la vie de saint François, dont le souvenir faisait alors 
\ilircr tous les cœurs. De nombreuses figures héraldiques révèlent, en 
uulre, le sens décoratif dont étaient doués les artistes de ce temps. 

En Suisse, l'art du vitrail lient une grande place. L'ordre de Citeaux 
a particulièrement contribué à l'y répandre, au xii" siècle. Plus taid, les 
associations laïques se sont emparées de celle spécialité, et les archives 
du xiv" siècle mentionnent des peintres verriers à Bàle et à Berne. On ne 
faisait alors aucune dilTérence entre les peintres et les artisans verriers, 
de telle sorte (pi'un seul et même indi\idu s'occupait de la |teiiilure et de 
la fabrication du \ err(^ Lorsque l'indusirie du vitrail deviid plus active, 
on vil s'élalilir des fabiicpies de verrerie dans les centres boisés. Dès lors, 
les peintres lixés dans les villes se bornèrent à la composition des cartons 
et à la peinture proprement dite, la fabrication du verre étant laissée à 
l'indusirie ouvrière. 

LA PEINTURE DÉCORATIVE EN FRANCE AU Xllt 
ET AU XIV SIÈCLE' 

Nous parlerons brièvement de la peinture décorative en France au 
xui'' et au xiv*" siècle. C'est qu'en efl'et la grande peinture monumen- 
lale, >i llorissanle au xn'' siècle, décline et meurt au xiu''. Au moment où 
les peinli-es conunencaienl à observer la nalur(^ avec anu)ur (coninie à 
.MonI morillon 1, el faisaient pressentir les découvertes de (iiollo, des 
églises nouvelles surgirent où leur art ne trouva plus de place. L'archi- 
tecture gothique n'était nullement favorable à la peinture murale. A la fin 
du xii' siècle, les églises présentaient encore de vastes surfaces planes; 
mais, à mesure qu'on avance dans le xiif et le xiv" siècle, on voit les 
pleins diminuer, les vides augmenter jus([u'aux limites exlrèuK^s du pos- 
sible. Comme tout le poids de la voûte repose par les arcs-boulanls sur 
les eoulre-forts, les murs peuvent disparaître, et la nef tievieni une lumi- 
neuse maison de verre. (Jnebiues murs de clia|ielles, divisi's |iai- des 
colonnclles, voilà loni ce «pii re>tail au cli''coialeiir. Il fallul pa\erpar le 
>ac|-ilice di' nos \ ieillo ('■colo ([,■ pcini lli-e celle noble invciilioli i\r l'ai'l 
golllique. L'Ilalie. relielle à nos pralic|nes, el loil|onrs lidéle .'lia vieille 
l'orme l)a>ilicale. où les pleins l'emporlciil sur les \ ides, snl C( nisi'ix e|- les 
lra<lilions del'arl moiinnieiil al. elliieiiiril en! un Cinialnn'' l'I nii ( lioll o. 

I. iMi- M. Ij.lllr M.lhv 

T. II. — Ôl 



402 IllSTOIlil': l»l'. I. AliT 

l'iii l^'raiicc, l.-i |M'iiiliirc ne inoiii'iil pas, mais elle se Iraiisini-iiia ; vWv 
(lc\iiil la |)riiiliiiT Mil' Ncrt'c. 'l'oiil le L;(''nii' que 1rs ancicmics ('■colcs 
avaiciil (Irpciisé à couvi'ii' les mui's de IVcstiiics, les ai'lislcs du xiii' sirclc 
le iiiii'(Mil, comme nous l'avons dil, à enluminer leurs \ ilraux. I!il rxcni|i!r 
de <■ IV'Vdluiion des genres » sous la pression de la nécessi[(''. 

Si donc on xcul avoir une idée de la vraie peinlure décoraiixe du 
xiii' sièele, en Fi'ance. c'esl dans les ^ ilraux (|u'il l'an! IcHudier. 

Touierois, comme nous allons le monlrei-, il y eul encori' des 
peinli'cs lialiiles à décorer un mur de couli'ni's liarumnieuses ; mais leurs 
œuvres eurent un caractère tout nouveau. 

Ce sont les ^ ilraux ipii ol)lig'èrenl les peinires à modiiier toute la 
gamnu' des cdulenrs (pi'ils employaient dans la l'res([ue. Conunent la 
peintui'e, telle «pion l'avait prali(juée jus([ue-là, avec ses ocres, ses 
, blancs cl ses gris, aurait-elle pu lutter avec la lumière puissamment 
colorée (pii lomliait des vei'rières? Les Ideus prol'oinls, li^s rouges de 
pourpre lra\i'rs(''s par le so1(m1 emplissaieid r(''glise d'une almosplière 
(■(dorée «pii diMmisail riiarmouie discrète des anciennes Ircscjues. 11 fal- 
lait un renoncer à la peinture ou exalter les couleurs jusqu'au ton des 
\ili'auN. ('.'esl à <'e dernier pai'li <pi'((ii s'arr('''ta. Alors apparurent les ideus 
d azur ou de c(d)all, les vernnllons. les pourpres et les ors. l n art nou- 
veau l'ut tr(Mi\é <|ui. comme 1 ancii'U, eut ses lois. 

L'intérieur de la Sainte Chapelle, tel (piil a été restauré, nous donne 
une idée assez juste de ces harmonies nouvelles. Les traces de l'ancienne 
décoration étaient assez visibles pour qu'on ait pu les raviver pres(jue à 
coup sur. Le rouge cl le bleu sont, comme dans les vitraux, les couleurs 
diuninanles. Ce rouge et ce bleu, relevés de touches d'or. ri\aliscnl 
d'éclat avec les couleurs translucides. Les nervures sont en or pui' et 
les voûtes sont d lui Ixd azur >\nL' des étoiles d'or rendent plus lumi- 
neux. L'or, comme l'a fort bien exjiliqué VioUet-le-Duc, est la seule 
couleur qui ne se ternisse [las au contact du bleu: le rouge devient 
\ ioli.'l el le jaune de\ien[ \i'rt, mais l'or garde loul son i''i-|al cl rend 
le bleu lui-mèmi' plus h'^ger et plus aéi'ien. loule celte peinlure est 
purement décorative; il y a cependant, à la Sainte-Chapelle, dans les 
(puilre-feuilles d(_' l'ai-c'atni'c, loule une série de petites fresipics con- 
sacrées aux nuu-lyrs. (In \oit saint Sébastien peicé de t]èches, saint 
Biaise déchiré par des piipics de fer, saint Di'uis di'Mapil(\ >aiiil b^tienne 
lapidé. Pour donner ])lus d'éclat à ces peintures, et pour bs nu'lti'e 
en harmonie avec loul li' resle. l'arliste avait imagiui'' de renqdir les 
fonds, sur lesipirls .-^e d('la(dieiil le> personnages, de pbnpu's de \i'rre 
azurées (pie i-el(''\ent encore des rinceaux d'oi-. lùilhi, les douze belles 
statues d'.\pôtres qui s'adosseni aux colonnes sont elles-iuème peintes, 
dorées et incrustées. Telle est celte savante décoration intérieure où 



.i:s AriMATlRES — LES VITiiAI \ I.A l'ElXTlP.E MURAI, K 



(' (li^ Reims [irésciihiil (|uc 



(nul il l'Ié calrul('': le jiiMiilrc csl (lovciiii I aiixilinirc du inafli'c \ri-i'ici-. 

Lo . Mil'' siècle ilul |ii'i''sciilri- hi^uieoup (l'iiiirTicuis i1('m-((|-i''s Miixanl \r 
syslème adopte à la Saiiile-( lliapelle. Le niallicur est i|u'il nous en rcsie 
foi't peu. A la cathédrale du Mans, la profonde chapelle delà ^'ie^l;(■. Imil 
éiilouissante de vitraux, reçut à une épo([ue indéterminée (au xi\' >irilr 
projjahlement) une décoration peinte, dont quelques restes sidjsislenl 
encore. Des anges musiciens occupent les compartiments delà voûte et se 
détachent, non plus sur lazui-, mais sur de riches fonds roiines. L'or 
apparaît (^n jilus dua endi'oil. Les nervures étaient égalemrni pcinles. 

La chapelle de la \'ierg'e à la eallii'dral 
ques restes de peintures qui 
ont disparu lors dune res- 
tauration récente. Un frag- 
ment, reproduit [lar M. Laf- 
lillée, nous montre, comme 
à la Sainte-Chapelle, l'azur 
et l'or. 

La tonalité de !a fresipie 
s(^ irouxe donc, au xiii' siè- 
eje. pi'orondémenl modillée 
par le \ilrail. On voit même 
un curieux phénomène : 
dans beaucoup d'églises, où 
il n'y avait probablement 
lias de vitraux, les artistes 
adoptèrent les procédés nou- 
veaux, mais en atténuani 
Innli-rciis la vivacih'' des cou- 
leurs. L'église du Pelit-Ouc- 
villy. jirès de Rouen, nous 

oll're un lion exemple de l'euiidni des l'éeenles mélliodes. La voùle du elueur 
est décorée de médaillons ipji repiV^senleiil l'hisloire des Mages, la fuileeii 
Egypte, le Baptême de Jésus-( lliri^l . Cerlaiiis détails, par exemple, l'alli- 
tude de saint Joseph se relduinanl pour contempler la A'iei'^i' el riùilanl 
montés sur l'âne dont il lien! la bride, prouvent (|ue l'nMivre es! du 

xm" siècle el non pas, euui i la dil. du xn". D'ailleurs, le sy>lème 

décoratif parle assez haul. Ilii pri'uiier enup d'd'il, on voit (pie le peinire 
du Pelil-()uevilly a éli' proroinlr'liieul iroubli' par les |n(>i^rès de la |iein- 
liire sur verre. Toiil dans snii (eiivre |-elé\e de l'ail ilii \ il rail : le> iiKMlail- 
lons ronds à fonds bleus ipii eiifel^uiiMll eliaipie seène, le> niM'S el les 

verts des costumes, enfin la riche végétation orneiiKiilaie ipii eoiiil enlre 
les médaillons. L'imitation est manifeste. L'ariisie d ailleiiis, ipii axait 




I.:i Fuile en Egyple. Eglise du PeUl-Ouovilly 
(Seiae-Ini'érienre). 
(D'.nprès Gelis-Didot cl Laflillée.) 



/lOi HISTOIRE DE L'ART 

conservé le sens de la drcoralion monuinenlalc, a adouci tous les Ions et 
n'a pas cherche à iniler d'éclat avec son modèle. 

Une chapelle de l'église Sainl-Oiiiriace, à Provins, offrait encore, il y 
a (piclqucs années, des restes de peiidures où rinlluence du vitrail était 
aussi manifeste qu'au Petit-Ouevilly. Un beau dessin ornemental s'enlevant 
sur un fond bleu semblait avoir été copié sur la bordure d'une verrière. 

Dans la France entière, on trouve des restes de cette peinture du 
xiii" siècle, plus chaude, plus colorée, où le rouge et l'azur dominent. Un 
médaillon à personnages de l'église Saint-Emilion dans la Gironde est 
tout à fait typique. 

Il ne faut pas croire cependant que les vieilles méthodes aient disparu 
soudain. Dans certaines régions un peu éloignées, les pcinlrcs restaient 
fidèles à la grave harmonie de l'ocre jaune, de l'ocre rouge, du gris et du 
blanc. L'église Saint-Crépin d'h^vron dans la Mayenne, dont l'abside fut 
décorée au xiii'' siècle d'un Christ en majesté entouré d'anges et de saints, 
nous montre un artiste qui reste fidèle au pas.sé. Il ignore les bleus, les 
verts, les vermillons, les ors, toute la gamme nouvelle des couleurs. 

Dans le même département, la chapelle de Pritz conserve une série 
(le peliles fresques du xiu" siècle, consacrées aux travaux de chaque mois, 
(linil la ionalité est aussi simple. Beaucoup de fresques du xni'' siècle pré- 
seiilenl des caractères analogues. Jusqu'à la fin du xi\' siècle et même 
jusqu'au xv'' on retrouve la sobriété des écoles romanes. La plupart du 
temps les artistes ne se donnent même pas la peine de peindre le fond : 
ils se contentent de l'orner d'un semis d'étoiles rouges ou noires. C'est 
dans les petites églises de campagne, à Chassy, dans le Cher, ou à Ver- 
neuil, dans la Nièvre, par exemple, que se conservent le plus longtemps 
les anciennes méthodes. A la fin du xiv'' siècle le sujet favori des artistes 
rustiques sera le « Dit des trois morts et des trois vifs ". Trois jouvenceaux 
pleins de vie rencontrent trois cadavres qui se sont levés du tombeau 
pour apprendre aux joyeux compagnons que la mort nous frap|)c à tout 
âge. Un peu d'ocre, des traits noirs qui cernent les figures, des fonds 
blancs semés d'étoiles font tous les frais de ces peintures qui ne laissent 
pas d'être décoratives. 

Dans d'autres régions, on assiste à la lutte de l'ancienne et de la nou- 
velle école. — La chapelle des Jacobins à Agen nous offre un bon exemple 
de l'emploi des deux méthodes dans le même monument. Les parois sont 
d('-corécs suivant l'ancienne formule, c'est-à-dire à laide du Iirun-rouge, 
du jaune, du noir et du blanc. La belle bordure di^ feuillage, que Viol- 
let-le-Duc a rendue célèbre, ne comporte pas d'autres couleurs. Mais, 
dans les parties hautes de l'édifice, le peintre, pour lutter avec la lumière 
des vitraux, a dû recourir aux couleurs vives. Le bleu, le pouri)re et le 
vert couvrent les voûtes et les nervures. 



LES MINIATURES — LES VITRAUX - LA PEINTUP.E MIT'.ALE 40r. 

Bannis des églises gothiques, les jtrocédés de l'ornenieiiLaliun romane 
se conservèi'enl dans l'architeclure féodale du xm' siècle. Les manoirs 
(|ui n avaieni ]ias de \ili-au.\ pouvaient rester fidèles aux couleui-s du 
passi''. Les Nofdes drs liiurs de lîourhon-rArrhamliaull 'Aliici- a\aicid 
reçu un simpli' dessin dappai'eil cduleur d'ni-r(^, i-ele\ i'' |iai' îles llciii-s de 
lis brun-rouge. 

Les salles des donjons paraisseni axoir élé déçoives sui\anl un s\s- 




FiG. 287. — Scène Urée d'un roman de rhevalcrie. Cliàleau de Sainl-Floiel 

(pLiy-de-Dùme). 

(D'après Gclis-DiJol et Lafllllce.) 



lènie uniforme. Dans le haut, une hande qui occupe environ le tiers de la 
hauteur totale est ornée de cavaliers qui joutent ou condjaticnt. Sur le 
reste du mur, une tenture aux plis réguliers est simulée. On seid (jue la 
peinture est ici un pis aller et qu'elle s'efforce de remplacer les tapis 
qu'on voyait sans dcjule dans les riches manoirs. M. Laffilléc a émis l'idée 
ingénieuse que la hipi>.>ei-ie de lîayeux pourrait liieu avoii- élé la partie 
haute d'une décoraliou de ce genre. Les peintres d'ailleuis iic visèrent 
point au tronqx'-l'o^il cl ne cherchèrent pas à imiler la richesse des 
étoffes (irienlales. Grâce à eux, le haron avoue sa pauvreté avec une nu\le 
tierlé. Les peintures de ce genre qui se sont conservées sont très sobres, 
jcs bleus en sont bannis. L'harmonie est obtenue à l'aide des ocres, des 
gris et parfois des verts. A Cindré, dans l'Allier, on voit un tournoi. Des 



m\ iiisidiiii-; m; i;ai;t 

«■Iir\;ili('|-s <{iil |in|-|riil le (•.•is(|ll(' (lu Iciiljis de siiilll I ,(>llis jnii I ciil ;i\C(: 
;il-(lriir, cl 1,1 IdlIL^Ilr liiinssc lie leurs clirN^illN lliilli' ;iu \clll. A l'rl'IH'S 
\ ;nii'liisr , (l.iiis l;i liiiir I'\timii(I('. un rhrx , -il U'i' lui I c ;i\ cr uu iM''L;ri' : cdm- 
|iusili(Ui i'-|ii<|iic iu>|iirrT |i;ir i|url(|iH' r-li.-uisuii de i^cslc (|Ui' nous ii;nn- 
roiis. ImiIIu rii Au\cii;iic, ;iu chrilisui t\r S;iiiil-l<'lorcl se \oil une myslé- 
l'icusc liislniic lie cIh'v iilcric : un l^ancrlol. un Trisian ou ([uelqiic héros 
de la Table Honde', (|ui |m)i-Ic un ('fn Manc d imir, a rencontré son 
ennemi dans une i'on'l ; il l'a (K'sareiunK' ri il \a le luer; une jeune l'enime 
à clii'val l'eiïarde <■! lail un yesle d edVoi. l n fond lirun-routii' arlièxc de 




FiiJ. if^î^. — \'iorgo encensée par des anges. C.atliédrale de Clerniiuil. 

(D'.i|,res Gelis-Di.lnl cl L.-imilF^iM 

donner à la scène un caraclèi-c lraiii(|ue. L'anuui-e des chevaliers indique 
que I (euvre est du \i\' siècle. Au .\iv' siè(de. d ailleui's, il (''lail encore 
d'usage de t'aii'c jieindi'c dans les grandes salles des c((ndials de cheva- 
liers, comme le prouvenl les anciens documents qui ont été conservés sur 
les chAleaux de Maliaid, comlesse d'Ai'lois. Une image de sainteté figure 
parfois à côlé de ces peinlurt's chevaleresques. A la tour Fcrrande, on 
\iiil un saint ('dii-islo|ilie (pii. suivant la croyance du moyen Age, empè- 
cliail de mourir dans la joui lu'^e celui qui l'avait coidenqilé le matin. 

A mesui'c (pi'on avance dans le \i\' sièrde, on voit la décoration de- 

1. Des iris(ii|, liens ninliji-es, n-lrvcc- |..ii \ii,,lolc irAnveigne. |i.-iilciil de ( ;.il,i.id. de 
(Tii^laiil de Léonais, dn royanan' île ( :oiii.>ii,nllc et .li- la l'urèl péi illcii-r. Il \ .iv.iil nne 
Huaranlaine de IVes(|ncs. 



LES MIMATIRES — I.KS MTHArX ^ LA PKINTURK MlliALK i(l7 

\('iiii- ili' |ilii> rii plus rr;iL;iiii'iil;iii'i'. Le syslôiiii^ iinai;'iar iiii xiiT >irc|c 
>riiili|c liii-iiic''iiic >(• ilissonilic. |):iiis iKts calhédralcs, on se ciiiiIimiIi' 
(l(''s()i-iiiais (Ir |iciii(lic la clrT ilr snrilr. ( )ii \(inlail i'-\ iilciiiiuriil l'airr 
liuiinriir à la pircc inailroM' ilc la rnii>l riicl ion. à crllr (|iii niaiiil iriil 
I ('■i|nililiic. Les cli'ls (le xoùtrs (Maieiil somcnl (1rs i-lids-ilirin rc do 
scul|il INC. (|iii' Ir jM'iiilic l'cliaussail îles plus \i\cs couli'Ui's. Il y cni- 
plnyail Ir roULl'C, le hlcii. Ir \ ri'l cl l'or. Il \\r si; coiilciilail pas (Je 
peindre la clef clle-iuème, il [leignail aussi l'amorce des quatre nervures 
quelle réunit, pour bien indi(|uer sa fonction. Dans le reste de Tc-difice, la 
peinture se subordonne de irmiiis en moins à rarcliilcclurc ( )n xoil 
quelle est en train de dexcnir un arl ind('-pcn(Janl . L arlisic pcinl. sui- un 
pilier ou sur un mur, un morceau isolé, une belle icinie qu'il veut faire 
admirei'. Dans ['(''tilise d'ivlireuil, on Noil ici un sain! Biaise, un saint 
Laurcnl. ua saint Anloinc aillcui-s un saiid (icorgcs à l'armure (Sda- 
lanlc. (Iliaque morceau est peint avec soin, mais le sens de la grande 
(l('coralion est perdu. Dans la cathédrale de ClenuonI, mômes errements. 
( )n piinl sur un nuir nu une madone encens(''e par des anges; un peu 
plu> loin, c'ol un chanoine ageuouilh'' au\ pieds de la \ ierge. Les 
deux peintures son! belles : au XIV' si(''cle elles (le\aieid (''blouir par 1 (''clal 
des oi's, des poui'pres et des bleus; mais d(''ià elles fuid picssenlir le tableau 
qu'on accrochera au.x murs de l'église. 

( >n ('■ludiera dans la seconde partie de ce tome, léx oinl ion de la pein- 
lure au cours du xiv' siècle. 



LA PEINTURE MURALE EN SUISSE' 

Ei'0(jLE liOM.VNii. — En Suisse, comme dans les pays voisins, les archi- 
tectes de l'épotpie romane réservaient de grandes surfaces à la peinture. 

Le conxent de Saint-Gall était resté, malgré son (b'clin, une des 
maisons religieuses les plus importantes de la Suisse. La Légende de 
saint Gall, l'Arbre de Jessé, le Jugement dernier y étaient figurés. Ces 
(Misembles ont toutefois dispai-u. ci le couveni ne conserve auj(Uird'hui. 
en l'ail de peintures. i\nr des monnmenis illusjn's donl le slyle ne (lilf(''i-e 
pas i|e> producliiMls conleniporaines de l'iùndpe cenilide. 

Le sol liel\ (''liiph' ollVe en'di'e iulacl un curieux spéciuuju (le jicinture 
dal(' (lu Xli' si(''c|e. le plafond de r('glise de Zillis icaidon des (irisons). 
(le plafond se conqio--e de l.'i." eaisxins di'corés. à l'exl(''rieur, (^le monstres 
syml)oli(pu's, et, à linleiienr. de >e(''ins emprunl(''es aux Evangiles. Les 
animaux imaginaires rap[)elleid les molifs analogues (piOn renconh-e sur 
I. l'jir M. Conrad de Mandutli. 



iOS IIISIOIIΠDE LAIiT 

les clKiiiileaux el dans les luanust-rits de celle ('■poque. niiani aux épisudes 
iiililiques, ils soal Irailés de diffcrcnles manières, les uns, d'une mise en 
scène sommaire, s"inscrivenl dans un seul caisson; les autres se déroulent 
a\ ce une i;i-ande al)ondancc i\f diMails sur une suite de plusieurs compar- 
timents. C'est le cas, par exemple, de la Cène et de l'Adoration des Mages. 
i>'arlislc a donc élarfri ou rétréci son cadre suivant le caprice de son 
iiispiralion, ou, ce (pii csl plus probable encore, d'après un modèle (piil 
a\ail sous les yeux. Ces |i('inlures sont dépourvues de tout relief et se 
rapproclicnl, par le si vie, des enluminures du temps, en particulier du 
Ilitrtus (leliciariuni d'IIerrade de Landsberg (f ll!)r)). 

Comment expliquer l'existence de cet important ensemble, si ce n'est 
par sa situation sur un des passages alpestres les plus fréquentés au 
moyen Age, celui du Spliigen? Un artiste italien se rendant en Allemagne, 
ou un peintre allemand en roule pour rilalie. aura sans doute exécuté ce 
monument pendani son voyage. (Juoi qu'il eu soil, nous avons là un b'^moi- 
gnagc pr(''rieux des (''clianges entre le Nord et le Midi (pii ont tan! conli'i- 
bué à stimuler le mouvement artistique à l'époque des llohenstaufen. 

Outre cet ouvrage, la Suisse possède quelques fragments de peinture 
romane. Les /'glises de Zillis, de Biasca cl de Santa Maria di Torello 
{canton du Tessin) présentent sur leurs façades la figure gigantesque de 
saint Christophe, qui — d'après la croyance populaire — préservait de mort 
subite les fidèles ayant aperçu son effigie de grand matin. L'abside de 
l'église de Montcheraud (canton de Vaud) est décorée de peintures figu- 
rant le Christ entre les Apôtres. Ces figures, de style archaïque el d'une 
belle harmonie de Ions, sont datées de la fin du xf siècle. 

Les couvenls d'EinsiedeIn el d'Engelberg (ce dernier fondi' <n I l'JOj 
conservent des manuscrits à miniatures de valeur inégale, doni rinir'rèt 
ne dépasse pas celui des enluminures de Saint-Gall. Toujours est-il que 
les fondations religieuses monopolisaient alors la vie artistique en Suisse. 
Elles ont donné asile à des ouvrages de décoration dont toute trace a dis- 
paru de nos jours'. 

Éi'ooi'E GOTUiouE. — A l'époque gothique, la peinture murale rivali- 
sait avec l'art du vitrail pour donner aux intérieurs un aspect attrayant. 
La plupart des ensembles n'ont pas résisté aux injures du temps et des 
hommes. A la fin du xix' siècle, plusieurs cycles onl toutefois été décou- 
verts sous le ci'é|)i, cl l'on com|)tc actuellcmenl un nombre assez consi- 
dérable de peintures gothiques eu Suisse. Il y existe dix-sept ensembles 
de peinture religieuse atlriiniés au xiv' siècle. Les ouvrages les plus 
importants se trouvent dans la chapelle du château de Berthoud (canton 

I. \'(i.vc/. .I.-It. lîahn. ln-srlii,i,lc 'ici' bUdciiden Kimsle in der Sdiiuci:-. Zuiicli, IS7G, 
p. 'JST ,■! ~iiiv. 



iLf K!^ ^mi P ^jjip " ^^ii^ sii^ msii^ ^^i:# m ji^ ' ^miF 'Tpy^gg^^ 








no iiisKHni-: III'; i.\in' 

(le l')Ci-nc). dans crllr <lc Saiiil-( iall . à Slainiiilicini caiilon ilc 'rinnt;()vii-'), 
dans Irylisc de Sainl-Arliogasl à \\ inlcrl liui-, dans la cryple de la callié- 
(IimIc de lîàle, dans la salU; du Chapitre île Nolre-Danie à Znriidi et 
dans l'rylisc de Kappel (canton de Zurich). 

Le slyle de ces œuvres varie suivant la capacité des artistes qui les 
ont exécutées. 11 se rattache, en général, à celui des vitraux. Le dessin en 
est sobre et ne nian((uc pas d'aisance, tout en étant assujetti aux lois 
inexorables des inllexions gothiques. Le coloris est peu varié et appliqué 
sans aucune recherciie de modelé. 

A r>cithoud, les peintures peuvent être datées du commencement du 
xiv' siècle. Elles représentent des scènes de la Vie du Chiist et des saints. 
Les ligures y sont grossières et dépourvues d'expression. Leurs contours 
sont rortemenl accusés en rouge ou en noir. 

Les peintures de Notre-Dame à Zurich ont disparu au couis du 
xix' siècle. 11 en existe toutefois d'anciennes coiiies qui permettent d'ap- 
iiréciei- le talent de leurs aulfurs. Dans un des paysages, on reconnail la 
(•haiiic de l'Albis, et cet effort pour reproduire un paysage de haute mon- 
ta" ne mérite d'être noté, car il est un des premiers essais qui ont conduit, 
un siècle plus lard, la priuluic suisse à découvrir le paysage al|M'slic d 
à le rendre avec les jeux de lumière qui constituent son })rincipal alliait. 

Dans le couvent de Kappel, les Gessler de Brunegg ont fait exécuter 
une Crucilixion, au-dessus de laquelle s'étend, en guise de tapisserie, une 
peinture reproduisant par intervalles égaux le motif des armes de cette 
famille. Comme dans les vitraux de Kônigsfelden, le sens héraldique du 
temps se révèle ici d'une façon supérieure. La scène de la Crucifixion offre 
un singulier mélange d'émotion contenue et de rythme. Si les tètes sont 
trop grandes par rapport aux corps, on ne peut s'empêcher d'admirer 
l'expression vivante des figures et la beauté des gestes. 

Bàle a toujours été un centre d'art important. Au xiv' siècle, il s'y 
était même formé une pépinière d'artistes qui travaillèrent dans toute la 
région. En L'i'21, l'enlumineur Berthold répondit à un appel des Cister- 
ciens d'Aldersbach, en Bavière, et, en ITiiT, le peintre Jean Muttenzer fut 
appelé à Berne pour y décorer l'église paroissiale. A Bàle, il ne reste tou- 
tefois plus, en lait de ]ieinlure de ce temps, que des fragments dans la 
crviil<' de la ( alJM'dialr. Ils riiicnl exécutés après le IrcuddemiMil déterre 
de i:î"i(i <iui détruisit une partie de l'édifice et en nécessita la réfection. 
Les plus anciennes d'entre elles hgurent des épisodes de la Vie du Christ 
et des patrons de l'église. La composition y est sobre, le dessin correct; 
les dia]ieries, prcsipie toutes veidàtres, présenlenl des plis hai'monieux qui 
accusent le slyle gothi(]uc dans son premier iléveloppement. Plusieurs 
ligures, en particuliei- celles des saints, ont une suavité d'expression qui 
rappelle les douces évocations de l'école de Cologne. D'autre pari, le 



LES MINIATURES - LES VITRAUX - LA PEINTUlîE MURALE 111 

pfinlrc clici'clic ;'i cnfachM-iscr les pcrsonnngcs mis en scrnc. Joseph, il;ins 
l;i l'iii/r VII i'.ijiijili'. vi'\ rie à prciiiirrc \ue sa sollicil udc palrniclli' ; les liniir- 
reaux cl les iiicndianls, dans les scènes île marlyi-e, onl des visages \\\\- 
gaires sans lontefois qn(> leurs traits soient poussés juscpi'à la caricature. 

D'autres fresques [)lus rtîcentes reproduisi'nl des i'|iisudes de la \ le de' 
la \'ierge. Le dessin moins soigné, le modelé maladroit y accusent un 
ariisie pins jeune el moins habile. 

Enlin, une troisième scM'ie de peintures dans l'ahside de la crypte a 
fait l'objet d'une restauration qui leur a enlevé leur cacliel primilit. 

Dans le canton du Tcssin, les influences italiennes se font sentir 
autant que les inlluences allemandes à Bàle. Une peinture murale à Saint- 
Biagio de Bellinzona est consacrée à saint Christophe et rappelle par sa 
décoration les travaux des Irères Cosmati, à I^ome. Le dessin est plus 
développé, le coloris [ilus jirofond el jtius nuancé qui^ dans le nord de la 
Suisse. L'ensemble se ressent des progrès que faisait alors l'art italien. 

A côté de la peinture religieuse, les sujets profanes s'imposaient aux 
artistes du xiv° siècle dans les demeures seigneuriales ain>i (pie dans les 
villes oîi l'indépendance et le commerce amenaient une aisance crois- 
sante. Les écussons tics familles, peints au plafond, alternaient avec des 
scènes empruntées aux poèmes des tron\èi'es, à la \\q rusiiipie. aux (''pi- 
sodes guei-riers el aux occupations journalièri's. Un des exemples les plus 
frappants de peinture profane se trouvait dans la maison « Zum Loch »,à 
Zurich, et a été transporté récemment au Musée national suisse. Le pla- 
fond à travées est décoré d'écussons et, sur les parois, on voit se dérou- 
ler plusieurs épisodes rendus d'une façon très sommaire. L'clfet déco- 
ratif de cet ensemble est charmant, tant par la distribution des masses 
que par l'harmonie des teintes. 

D'autres décorations de ce genre se trouvent dans la " llcrrcnslube », 
à Diessenhofen, au ch;\teau de Maxenfeld (canton des Grisons), et nous 
possédons les descriptions de plusieurs cycles qui ornaient des maisons 
de Constance, de Wiiilerlliur, ainsi cpie le chàleau de Liebenl'els (canton 
de Thurgovie). Toutes révcMaienI sous une couleur un |ieu rude les dis- 
tractions dont une société encore jeune remplissait ses loisirs. 

La \iim\m iu:. — Au xiv' siècle, les couveids de iMMiédiilins, iel> que 
celui d(! Saillit lalj el d'fJii^eJlMTL;-, ilaiis leMpieJs l'arl de la minialure 
avait été cnlli\r- -.wrr un soin particulier, c(.)nimencenl à (l(''géni''|-ei-. Le 
mot d ordre a|iparlieid désormais aux frères de Cîteaux et aux l'^rancis- 
cains, don! l'ellnri |ioile sur un autre domaine (pie celui de l'art. Lu 
mi'iiie tem|)s. les miiiiiei|)a li («''s se développent el liii^lriicl ion commence 
à se répandre dans les milieux profanes. De ces nouvelles tendances naît 
le commerce de la librairie, qui porte sur les ouvi-ages calligraphiés et 



■'i\-2 IIlSTOini' DE I/AHT 

onu's (lo miniatures. Si, d une pari , larl <lc roiiliimiiiurc s'abaisse au rang 
d'un |iroduil de vcnle couranlo, d'aulrc part, la variété des ouvrages écrits 
augmente et s'étend aux sujets profanes, surtout aux chants des trouvères. 

Une des œuvres les plus importantes de cette série est la collection 
de poèmes ayant appartenu aux chevaliers Mancsse, de Zurich. l'A\c se 
li'ouvait autrefois à la Bibliothèque nationale de Paris et fait aujourd'hui 
partie de la Bibliotlièque de Ileidclberg. Ce volume in-folio contient 
\i\ images en pleine page qui précèdent les chants des divers poètes (voir 
p. 570). Les sujets représentés sont les mêmes qu'on remarque dans les 
fresques du temps: portraits d'empereurs, de rois, de princes et de cheva- 
liers, scènes de chasse, de guerre, d'amour. L'exécution porte le cachet 
d'un art plein de jeunesse et de vie. Les figures peu caractérisées ont 
toutes des traits féminins. C'est à peine si l'on distingue autrement que par 
leurs costumes les chevaliers des belles dames auxquelles ils apportent le 
tribut de leur admiration. Les différences hiérarchiques entre grands sei- 
gneurs et humbles chevaliers sont na'i'vement indiquées par des proportions 
différentes, quoique les personnages soient ordinairement sur le même 
plan. La composition est d'une simplicité primitive, et le décor composé 
d'architecture et d'arbres est rendu dune façon sommaire. Plusieurs scènes, 
qu'il serait trop long de décrire ici, présentent un intérêt très spécial et 
mettent en lumière les coutumes chevaleresques du temps. 

Une autre œuvre héraldique de premier ordre est conservée aujour- 
d'hui au Musée de Zurich et contient une série d'armoiries qui consti- 
tuent une des pièces les plus anciennes de ce genre. De nombreux écus- 
sous appartenant aux familles nobles de la contrée s'alignent les uns à 
côté des autres. Ils sont dépourvus du heaume, ce qui les date du début 
du xiv'' siècle. Des manuscrits suisses, à Munich [Tristan, cod. germ. 51) 
et à la Bibliothèque de Saint-Gall (iv° 30'2), se rapprochent de la collec- 
tion Manesse et révèlent la prospérité dont bénéficiait en Suisse l'enlumi- 
nure profane. 



LA PEINTURE DU XI' AU XIV SIÈCLE EN ESPAGNE' 



Peintures murales. — Les monastères du nord de l'Espagne, dans 
lesquels les études isidoricnnes avaient eu, après l'invasion musulmane, 
une véiilable renaissance, furent du i.x" auxii" siècle des écoles de copistes 
et de miniaturistes. Au temps où les sculpteurs d'Oviedoetde Léon ébau- 
cluiient encore leurs informes bas-reliefs, les moines qui enluminaient à 
l'envi le commentaire de l'Apocalypse composé par le moine espagnol 
1. l'ar M. Emile Berlaux. 



LES MINIATURES — LES VITriAlX ^ LA PEINTLRE MURALE 



i\-, 



Bealus conibinèrenl des formules irlandaises et des détails moresques' 
dans une imagerie bariolée dont la brutalité ne manque pas de force. Il 
ne reste aucune peinture muraif (|ui ait le dessin énergique et les couleurs 
violentes de ces Apocalypses. 

Les grandes ligures peintes dans les niciies du clueur qui fui ajoub'' 




FiG. 'iOf). — Peintur-es murales du xir siècle dans le chœur de l'église 

du " Crislo de la Luz ■■. ;'i Tolède. 

(D après les Moniiinentos Avquileclamcos de Espana.) 

vers la fin du xii'" siècle au mihrab voûté d'une mosquée de Tolède, pour 
former la petite église du « Cristo de la Luz », représentent un art local 
qui ne relève directement ni des traditions monastiques de la Navarre ou 
de la (laslille, ni des influences byzantines. Les saintes représentées 
drIioiiL avec des gestes d'orantes et voilées de blanc, le prêtre sans nimbe, 
V(Mu d'un manteau rouge, coiffé d'un étroit turban, et tenant h deux mains 

I. I).in> un manuscrit provenant de Saint-Sevcr(Landes) cl qui se raU.ulic diieclemenl 
à la série des manuscrits espagnols du xc siècle, les cavaliers de l'.Vpocalypse sont repré- 
sentés par des « martichores • pareilles aux monstres sculptés sur les chapiteaux de 
Silos. (Cf. t. 1", 2'- partie, p. 575). 



i 1 i 



iiisioir,!'; Di': i.aiît 



un liAloii nuii('ii\, l'oriuriil un i;r()U|>r <l'iiii;i!4'i'S uiii(|ui' ilaiis le moyen Ctisc 
(•|ir(''lirM. Siius (1omI(^ li's (idrli's qui oui \m |H'iii(li-c ces IVcscjucs porliiiml 
les inruu's co.slumes oi-icnhiux (|u;in(l ils \rn;ilciil |irirr (hin> la ni(is(|U('T 
Iriuislbrinéo en égliso. 

Dans l'Aragon cl la Calalognc, (|uil(|ucs cImtl-Im'ui-s, coniuic C.ar- 
(Icicra.onl signalé vers le milieu du \i\' siècle di's |>eiu[ui'es murales (|u'ils 
alliibuaienl à des épotiues très reculées. La plupart de ces peintures ont 
disparu depuis lors; d'autres, comme celles de San Père de Tarrassa. ne 




I'k;. 2'M. — l'resilues ilu iiarUicx Je San IsiJrd de 1 



sont que des ouvrages grossiers et populaires du xiv' ou du \v' siècle. 
Pourtant la Catalogne a conserve des restes prc'cieux de peinluies du 
xu'' siècle. Les plus remarquables décorent l'abside de l'église de Pédret. 
On y voit les cin(] Vierges sages et les cinq Vierges folles [qiiinquc fatuc), 
debout à droite et à gauche d'une l'cine nimbée, assise sur une basilique, 
dette reine est l'Eglise; elle est représentée dans la petite église catalane 
comme sur les rouleaux d'ExulIcl de rilalie méridionale (cf. t. I" , '2' partie, 
p. 810 et suiv.). Les figures mêmes des Vierges sages et des ^'ierges folles 
ont une ressemblance fort curieuse avec des fresques italiennes de la lin 
du xi'' siècle, celles de la crypte de Saint-Clémenl, à l!ome,el de la crypte 
d'Ausonia (province de Gaète). 

L'Espagne ne possède qu'un ensemble de peintures murales qui 
puisse être rapproché de ceux que la France a conservés. Ce sont les 
fresques qui décorent le narthex de San Isidro de Léon. Elles sont répar- 



I.F.S MIMATUlîES - IJ-S MTRArX - LA PKINTll!!: MlliAU: li:, 

lies sur !a ponte ])asso de la façade de léi^lise, sur- un miu- laliral du nar- 
llicx cl rcviMent la plus grande parlie des voùles qui ahiilcul Ir-, sarco- 
phages des rois. Le cycle comprend des scènes évangéliques, disposées 
sans ordre bien défini : Annonciation aux bergers, Massacre des Inno- 
cents, Fuite en Egyi)te, Cène, Baiser de Judas, Reniement de saint Pierre, 
('rucifieiiient : des niolifs apocaly|iti(pic's : saint Jean à genoux devant le 
('.liii>l (|iii ildiiiic le livii' des visions à un ange, tandis que deux glaives 
sortent de sa bouche; les sept chandeliers, les sept églises; le Christ 
représenté une seconde fois sur son trône, dans un nimbe aux couleurs 
d'arc-en-ciel, entre quatre figures drapées, dont trois ont les tètes des 
animaux symboliques. Sur Tune des arcades sont figurés les Travaux des 
douze mois. L'iconograpiiic des scènes, le dessin très ferme des 
silhouettes, le coloris dur, les tons docre jaune et rouge, le cerné noir 
témoignent d'une imitation directe de l'art français. A côté de la Cène et 
en face du coq du Reniement de saint Pierre, le donateur, Téclianson 
Martial, sest l'ait peindre, une tasse à la main. Ce personnage est un 
inconnu; des (l(''tails de >l\li' [irruirl Inil seuls aujourd'hui de dater les 
fresques de San Isidiii; elles doivent èlre ))ostérieuies d'un demi-siècle 
en\iron aux [)<)rlails de l'église, qui ont été sculptc's avant I I il . 

Devants d'.xltel, p.et.\bi.i;s et relioi ahu^s peints. — Si l'Espagne est 
pauvre en peintures murales du moyen âge, elle a conservé, en revanche, 
des séries de panneaux peints dont on chercherait vainement l'équiva- 
lent en P'rance. Les devants d'autel et les retables qui ont été réunis au 
musée épiscopal de \ icii, et ([ui proviennent poui- la plupart d'églises 
perdues dans les vallons des PyriMiées. forment une suite (|ui se développe 
sans lacunes graves depuis le xi' siècle jusqu'à la fln du xui'. Le plus 
ancien de ces panneaux et l'un des mieux conservés a été trouvé dans le 
village de Montgrony (n° 9 du Musée; fig. 292). Les peintures représentent 
dans quatre compartiments disposés à droite et à gauche d'un Christ de 
Majesté, des épisodes de la légende de saint Martin. Les figurines sont 
gi-ossièrement [leintes avec îles taches de rouge sang de bo?uf sur un fond 
docre jaune. Elles ne rappellent que de loin les miniatures des » Apoca- 
lypses » espagnoles. Le peintre, qui a raconté selon ses moyens l'histoire 
du saint vénéré à Tours, doit avoir connu des oeuvres françaises qui 
iiid dis|iai-u. Le panneau esl fort ancien, à en juger pai' le coslunic du 
cavalier cl par cidui de r('\r'(pie. ({ui ne porte [joint di' nutie. Les inscrip- 
tions sont seiiilihdile-,, p;ii' la luruii' des lelti-es et leur groupemenl eu 
nionogi'amines, à ri'pil^qilie de sainl hiuuini(pie gi-née sur im cliapilcaii 
de Silos \ers IdT.'i. 

1 iide\,iul d aulcj li(iu\i'-;'i \ icii uii-uic uNdii M usée) est composé 
de façon analogue et représente (piiilic ipi^inlcs de la \ie et du martyre de 



416 



HlSTOIIil-: DE I.AIiT 



sailli Laurciil. L'rjiigraiiliie est moins arcliuï([uc que sur le iiaiiiicau de 
saint Martin. Le pape Sijxliis porte celte fois la mitre à deux cornes qui a 
été usitée pendant tout le mi' siècle. Cependant le fond, bariolé de rouge 
et de jaune, conserve le coloriage brutal des « Apocalypses », que l'on 
peut étudier en Catalogne môme dans les deux précieux manuscrits de 
Gérone et de la Scu d'Urgel. 

Les mêmes personnages maigres et secs, avec des yeux énormes, 
reparaissent sur un |innneau de la b'gende de saint André (n° 1015). Un 




l'lj„L .1. n M Fai.. l;j 

FiG. -'.('2. — Hetaljk" du xr siècle, au musée épiscopal de \'icli. 



panneau analogue et encore jdus bai'bare se trouve au Musée municipal 
de Barcelone; il représente le Christ avec les douze Apôtres sur un fond 
jaune. 

Dans la série de \'ich, ce style primitif se montre affiné et adouci, 
tant pour le dessin que pour le coloris, sur un panneau (n" 7) qui repré- 
sente la Vierge sur son trône, avec les Rois mages et six Prophètes. Les 
encadrements des divers compartiments sont ornés de reliefs en stuc 
qui imitent des orfrois garnis de cabochons. Le dessin change dans deux 
panneaux, consacrés l'un à l'iiisloire de la \'ierge, l'autre à celle de sainte 
Marguerite. Les proportions ilrs tigui'ines sont plus trapues et les visages 
arrondis. Le coloris reste le même : des teintes plates, vives sans être 
claires, et toutes cernées ou l'ayées de traits noirs. 

^'ers la fin du xu"' siècle, dessin et coloris changent conq>lètemrnl. 



LES MIMATURKS - LES VITRALIX - LA PEINTURE MUliAI.I': 117 

Les [K'inlrcs calalans sappliqiienl alors, coniiiic les ininialurisles et les 
verriers l'rancais du même temps, à imiter l'art byzantin. Le musée de 
\ ieli donne des exemj)les frappants de cette influence orientale dont 
l'explication historique reste à découvrir. Sur un panneau dont quatir 
eomj)arliments racontent l'histoire de saint Sernin, le patron de Tou- 
louse, et où le saint (''vèriue porte la mitre Iriangulairc adopi(''e vei's 




Fie. '297). — Fi-agiiient d'un panneau de retable du xiir' siècle, 
au Musée épiscupal de \'icli. 



117"). le Clii-lsl qui lr(Hicdan> raui-éole cenli-alr a le fi'iinl ravini' et le 
rri;ard inenaeaiil d'un Panlocralor in" (ii. Le modelé à relleis cuivrés, 
d((nl les peinliTs byzantins avaient conservé le secr(>t, remplace les 
Irinics |ilates et le cerné noir des anciens ateliers « lalins » dllalie cl de 
KiaiiiT. L'imitation des formes byzantines prend une élégance rcmar- 

(piaiilc (lan> deux p; MUXipii r('pri''sculrnt l'IiisLiirr dr la N'ierye; l'un, 

très nudiji', à \ ich n 1 . l'au I rr, forl iiirn cousrrM'. au nuisée municipal 
de l'iarceloiu'. C.esdcux peiidui'es |ii'u\('n[ iMrc c()ni|iart''('s aux plus l'cmai-- 
qiialiirv vitraux fraiicai^ du conuuciKH'iurni i\u xui' siècle. Des lii;urrs de 



118 IIISTOIlil': \n-. I.AHT 

iiu-'iiii' sl\li' ;illcinii('nl à des (liinciisiitns licaucmn) plus g-i'andcs sui' (hni.\ 
|iaimo;uix de \ icii doiil cliacuii l'aisail partir. non [)liis d'un devant daulel, 
mais d'un iclalilc. Le plus curieux d'cnli-e eux montre la Sagesse divine 
au milieu di's dons du Saint-Esprit, représeulés parsejd colombes, comme 
sur un viliail crlrltre de la basilique de Saint-Denis. Dans des œuvres 
de ce liciiic, la peinture sur panneau rivalise avec la peinture monu- 
mentale 

Le style rraiico-byzantin se perd à son lour dans la peinture cata- 
lane vers la lin du xm' siècle; les couleurs vives et plates reparaissent, 
cernées par les contours épais d'un dessin gras, dans des figurines telles 
que le saint Pierre et le saint Paul du musée de Vich (n"' 1 et 2). 

Ouelcpies œuvres beaucoup plus délicates, où des peintres de pan- 
neaux ont imité le dessin souple et fin et le coloris clair des miniatures 
françaises du temps de saint Louis, ont rlv reli'ouvées en Navarre et 
jusque' dans la Nouvelle-Castille. Un rétable du trésor de la catbédrale de 
Pampelune. (pii rej)résente le Crucifiement, au milieu d'une série de figures 
symboliques et d'une assemblée de prophètes et d'évêques, a été donné 
par un prélat inconnu qui s'est fait représenter au bas du tableau, dans la 
jiompe d'une audience solennelle. Le style, d'une élégance exquise, est le 
style français de la fin du xm'' siècle. Les figurines, discrètement teintées 
de rose, de bleu eendié et de gris, se détachent à peine sur le fond lavé 
d'ocre jaune très pâle. 

Une œuvre du même style et d'un coloris analogue a été exécutée à 
Madrid sous le règne d'Alphonse le Savant par un peintre local. C'est un 
reliquaire de bois peint, grand comme un sarcophage, qui a contenu les 
relicpies du patron de la ville, saint Isidore le Laboureur {Smi Inliba 
l(ihi-(idiir], et ([ui, après avoir soulTert liien des vicissitudes, a trouvé asile 
dans le palais archiépiscopal. La forme du sarcophage, la division des 
faces et du couvercle en compartiments formes par des arcatures peintes, 
rappellent le tombeau de Doua Berenguela, à Las Iluelgas. Les groupes 
disposés dans ces com})artiments racontent l'histoire et les miracles du 
saint. Ils forment un ensemble de scènes de la vie populaire aussi vivantes 
et aussi pittoresques que les miniatures dont le « roi savant » a l'ait illus- 
tn^r ses œuvres et dans lesquelles revit, comme en un royaume de Lilli- 
put, la glorieuse Espagne du xm'' siècle. 



LES MIXIATURES - LES VITRAIX LA PEINTURE MLMîALE UH 

r.Ii'.LKMiUAI'IllE 

I 
LA MINLVTUIΠ

Pour les ouvrages généraux, voir tome I, L p. 427. 

France. — L. Delisle, Livres d'imagas (Histoire lillériiin- i/c la Fiann-, WXI). — S. Piei:- 
(lEi!, ilélaaijcs de l'aléograpItie.La Bible franeaise <m iniiijci ili/c. Paris, IM.St. — ()L:ii;naI!1). /.es 
monuments primitifs de la Règle cistercienne, Dijon, iSlH. — DEnAiSNES, ]fisliiire de l'art dunt: 
In Flandre, l'Artois et le Hainaut avant le xv" siècle. Lille, 1886. — B.\st.\rd, Histoire ilc ,/csiis- 
Christ en /îyures, gouaches du xir nu xrir siècle conservées jadis à la collégiale de Saint- 
Martial de Limoges, Paris, 1879. — L. Delisle, Notice de douze livres roi/aux, Paris, 1002: 
Notice sur un psautier du xill" siècle appartenant au comte de Crawford (Bibl. de l'Kcole des 
Charles), 1807. — IIaseloff, Les psnuliers de saint Louis (Extr. des Mémoires de la Sociclc 
nationale des Anticjuaires de France, t. XVIII), Paris, 1899. — S. C. CocKEnELL, A psaltcr ami 
hoU7-s exeruted hefore 1270 for a ladtj connecled xcith Saint Louis, probably his sisler Isal)ell;i 
lit l'ranie. founder of the abbey of Longchamp, now in the collection of Henry Yales 
rhoiiip-iiii. Londres. lOO.j. — l'sauticr de saint Louis, rejiroduction des 80 miniatures du ins. 
lat. I0.")20 de la Bibliolhèi|ue Xalionale: 92 [ilanches avec introduction et notices par Ueniy 
Omont, Paris, s. d. — L. Delisle et P. Mever, L'Apocalypse en français au xiir siècle, Paris. 
1001 (Société des anciens textes français). — The Apocalypse of S. John the divine, reprc- 
sented by figures reproduced in l'acsimile from a nis. in the Bodleian Library. Printed l'or 
the Roxburghe Club, Londres, 1870. — The Met:; Pontifical, a ms. written for Reinhald von 
Bar, bishop~of Metz (1302-1516), éd. by E. S. Dewick, Londres, 1902. Publication du Roxburghe 
Club. — E. S. Dewick, On a manuscript Pontifical of a bishof of Metz of the 14''' cent. 
(Arrhaeologia, LIV, 189i). — II. Yates Thompson, Thirty-tiro miniatures from the book of 
Joua IL Queen of Navarr-a. a manuscript of the l-i"" century. Roxburghe Club. Londres, 1899. 

— S. C. CocivERELL. The l'fiok nf Ilnurs of Yolande of Flanders. A ms. of the 14''' century in 
Ihe Library of II. Yales Thompson. Londres, 1905. — (Voir également ci-dessous .Xngleterre). 

Angleterre. — M. E. Thompson, Ençjlish illuminated manuscripts. Londres, 1893. — II.Vatks 
Thompson, .4 lecture on some emjlish illuminated manusci'ipts, Londres. 19U2. — Warner. 
Illumiualcd mss. in the British .Muséum. Londi-es, 1900-1904.— Voir les catalogues de Biblio- 
théipies. surtout ceux de Mr. Montague Rhodes James sur les bibliothèques des collèges 
de ( iambridge, etc., et les deux volumes du catalogue de la bibliothèque de Mr. Henry Yales 
riiomiison. dont le premier est fait par Mr. James, le second par dilTérenls collaborateurs. 

— Ad. Goldschmidt, Der Alboni-Psalter in llildcshcim und seine Beziehunij zur sytnbolisclwu 
Iîirchenskul]}lur des XII. Jahrhunderts. Berlin, ISO."). — Westlake and Pordue, TIw illumina- 
tiims of Old Testament History in Queen Mary's l'saller, Londres et Oxford, s. d. — O.mont, 
Miniatures du Psautier de saint Louis. Manuscrit lat. 75 .4 de la Bibliothèque de l'Université 
de Leydc. Édition pholotypique, Leyde, 1902. — Facsimiles in photogravure of six pages 
from a Psaltcr, vritten and illuminated ahout 1.Ï25 for a member of St. Omer family in Nor- 
folk, subsequently (i. 1422 A. D.) the property of Hunij>lirey, duke of Gloucesler, and now 
in Ihe library of Henry Y'ates Thompson. Londres, 1900. — (Voir également ci-dessus : 
Eraiice.) 

Allemagne. — Jamtsciiek, Ccschiclitc tler dcutschen .Malcrci, Berlin, IS90. 

SUD-EST. — WiCKHOFF, 6c.sc/i7-eî6cnrfc,<! Verzeichnisdcr illustrierlen llandschriften in Oester- 
reich (I. Hermann, Die illustrierlen llandschriften in Tirol, Leipzig, 1905; II. Tietze, Die 
illustrierten Handsehriftên in Sahhurg, Leipzig, 1905). — Lind, £■!■)( .Antiplionarium mil Bildcr- 
schmuck ans der Zeit des 11. und 12. Jahrhunderts im Slifte St. Peter zu .Salzburii.\''\enne. 1870 
(cf. Milteil. der Central-Commission, 1869).— NEuwinrH, Sludien zur Geschichte der Minia- 
iur-Malerei in Oesterreich. {Sitzungsber. der k. Akad. der Wissenschaflen zu Wien. Philos, 
histor. Classe, 112-115). — Damricii, Die liegensburgcr Buehmalerei von der Mille des 12. bis 
zum Ende des \7,. Jahrhunderts. Diss. Munich, 1902. — Damricii. Ein luinstlcrdreiblalt des 
MU. Jahrh.aus AVo.«(er-.Sc/iCi/cr)i. Slrasl)0urg, 1904. — Ki(.r,F.i!, IVVrii(/iC7' von Tcgerasec. (Kleiiic 
Scluillen. I). 

UEHHADE DE LAXDSBEriG. — M.Eyc.ELUM-.m.Uerrarl von l.andsberg und ihrWerkIlorlus 
deliciaruni. i^tullgarl, 1818. —Cil. Sciimidt, Hcrrade de Landsberg. Strasbourg, s. i\. — Horlus 
dcliriarum. publié aux frais de la Société pour la conservation des monuments dWlsace. 
Texte par .A. Stiiafb et (l. Keller. Strasbourg, 1901. 



1-20 iiisroiRF. ni-. i.Anr 

MHS. Di: >.\l\ri: int.blJiMiUi:. — Oc. hklii.li ^i.i;. Il,,- Mi„l,Uiin-,i r/f;- l'iùrrrsihilshi- 
bliolhek :u JJn,lrll,ri;j. 11. llcifloll)ori;. — A. v. d. Linde. iJir ll,i>„lschi-ifln, ,!,■,■ kijl. Lumlr:- 
bihUolhck in Wirsl,,,,!,-,,. Wieshndcîi. IS77. 

1/ss. L)i: ]\'i:i.\i:.\HT/:x. - lu-imn. iimi^ri,.- ijimiiur /ciiin,:i. r.Mi:.. p. ]ws ,.[ -uiv. 

/,'.!. S-/,7//iV, S.IXL\ rilUltl.M,/:. — hi:ol.E 1)1: COI.OIjM-:. — voir k' c;il,il(.i;m' de l'Kxiio- 
ï^ilioii rétrospeclive de Diisseldoi-r on l'.lOi (Notes de M. IlasplolV). — Aluenhoven', (ic.fchiiiUc 
lier h'olner Ma/erscluile, Liibcck, l'Ml. 

ÉCOLhS SAXONyhS hT TNURJXOlhNNhS. — Haselou', Eine thuriiujisch-siïchsische 
Mnlerschule des XIII. Jahrhimderls, Strasbourg, 1897. — Haseloi-t, Die mittelalterliche Kiinsl. 
Cf. DoRiNC. und Herr, Meistenoerke der Kimsl ans Snchsen und Tbiiringen, Magdebourg, 1905. 

— Weii.v. Miniaturen aus dein l'sallerium der M. Elisrihelh in Cit'idi(le,^)i Originalaufnalimeii. 
Text von H. Swodod.\, Vienne, 1898. — Beissel, Ein Missale aus Hildesheim und die Antange 
der Arnienbibel {Zeilschrifl fiit- rln-is/l. Ku„.<l. W. 1902). — IioniiEin-. Uas Evangoliar Un 
Ratbause zu Goslar {Jahii,. d. k. jnrtiss. I(,n,sls,n,i,i,lini,jen. ISîiS), 

nOllËME. — WocE[.. ir/7//.s7((»s IHIilerhihrl. Prague, 1X71. — M.w Dxorak. Die lllunii- 
naloren des Johann von Neuniarkt (Jahi-. der Kiiiisls-nniiihniiirii dm nlleflilirlisieii Kniser- 
liaitses, 1901, p. 55). 

MANUSCniTS LAÏQUES.— G. linii.i;. Die l:,nnf,,l,,l K.iisn- liy,nrirl,s VII i„i Bi/dn-r,,rl,(.-< 
des Codex Balduini. Berlin, 188!. — F. X. Kii.us. Iiir Mi.ii.ihn-r,, der M„„r.-<srsrli,'u Liedrrli,,„d- 
selu-ifl. Strasbourg, 1887. — OECnEI.n.i;uSER. die Miinaliirni.... IH. — Die Weiu<jarhier 
Liedevhiiivhrlirifl. lierausgeg. vom Literar Verein in Slutli.'.ul. \ . — .Xmira, Die i;i-(issr 
Bilderliandscbrirt von 'S\"olframs Willebalni (Sitz-imgsber. der Ihnjer. Ahid.. der Wixsriisrli,if- 
len, 11105). — Amira, Die Dresdener BildeyhataUrhiifï des Sachaenspiegels. Leipzig, lOO-i-lOO.". 

— Amira, Die Généalogie der Bilderliandschririen des Sachsenspiegels [Aldnnid/. il. phitns.- 
jdulul. Classe lier k. Bayer. Akivl. d. Wisseiisrhiiflni, 190'2). 

IIIIUJA l'Ml'EBVM. etc. — Ih;ii.i.n. BoitrMge zur cbristl. Tyiiologie i./.'/nV.. d. k. k. 
(■eiih-,il-n,iinnissi,,ii. W 18111. — Camkiiina und IIeiiiM!. die Dnrsle/htiigen der /Hl.li.i pniipenim 
iiii Shfh- SI. El.n-iini. \ieiine. 1805. — I.mi; und ScmwaI!/,, l:ilili,i ],iiiijieritiii liUM.'li ileni Ori- 
liin.d in dci- l,\roMin^!iilil. m C.oiisl.iii/,), Zuricli. lSli7. 



II 
LA PEIMLIRK SUR VERRE ET LA PEINTURE MURALE 

France. — \ uii' lonic 1. p. 81.". 

Suisse. — li.vri^ (D' J. Iîiholk). Ceseliicldeder bildcndcn Kiinsle in derSehwci:, Zurich, 1870, 
in-8" p. 580 et suiv. — Baun (.1. 1!.). Die Glasgemdlde in der Rosette der Kathcdrale in Lnusanne. 
danslesJ/;//r,7,,,,.,oM/,■^,!/i//■7,-,^v^s7•/,enGese(;sc/^f(/Y.^»^■c/^,1878-80.— R.uiN(J.R.)etLEnM.v\.\(II.i. 
Die si7/i''(i,-(i /><//,•,( i:l,is<i,-iittilde in der Vincent' sclien SaDDithinij in Kunstnnz, dans les Mit- 
teil. der ,1111,11. Iles. /. l,,iiie \.\II, 1890, in-4«, p. 259 et suiv. (Bibliographie détaillée des vitrau.x 
suisses, complétée dans l'Indicateur des anlicjxtités suisses, Zurich, 1900, in-8", p. 09 et suiv.). 

— Raiin (J. 1{.), Die mil tclalterliehen Wandrjemdlde in der italienischen Schwei:-, dans les 
Mitleil. der anliq. Ges. iT., 1881-1886. — Raun (.1. ïi.), Deu.x suites de peintnres profanes du 
Xl\'' et du XV" siècle dans les Monuments de CArt suisse. Genève, 1902, in-4". — Durrer 
(Robert), Der mittelalterliche Bildersclimuck der Kapelle zu Waltalinr/en bei Stammlieim, 
Zwei Bildereyklen aus dem Anfang dci XIV. Jalirhunderts. {Die Gallus Kapelle in Ubcrstamm- 
heini und die Herrenslube in Diessenhofen), dans les Mitteil. der anliq. Ges. Z., 1898, 
1899, 4": — Die WapjienroHe von Zitrich, ein licraldischcs Denkmal des XIV. Jalirhunderts, 
'25 planches en couleur publiées par VAntiq. Ges. Z., s. d. — Leumanx (llnns). Zur Geschiehte 
lier Glasmalerci in der Scliweiz, I. Teil. IhreEntwickhinç/ bis zum Si-hln^sc ,lfs 1 1. Jalirhunderts, 
dans les Mitteil. der antiq. Ges. Z., 1900 (aper.çu complet de rbisbiiic du \ilrail en Suisse). 

— Kraus (J. X.), D'ie Miniaturen der Manesse'schcn IJederhnndschrifl. (Reproductions en fac- 
similé), Strasbourg, 1887, in-fol. 

La peinture, du XI' au XIV» siècle en Espagne. — .Monumentos arquitecidnicos de 
Esjiana. nouv. édit., 1905. Monuments chrétiens de Tolède. — .1. Gudioll y Cu.nill, Aocioncs 
de arqiico/oyia sayrada calalnna. X'ich, 190'2. — Du même : Calàluyo del Maseo arqueoldijico 
arlLilinj episc.pal de Vlrb. \ich. ISilj. 



CHAPlTRi: 1\ 
LA PEINTLPii: ITALIENNE AVANT GIOTTO' 



Les traditions latines et les influences grecques a Rome; 
MOSAÏQUES ET PEINTURES DE lépoque ROMANE. — Dcs Ic coiiimcnccmenl 
du xii*" siècle on entrevoit, dans ritalie entière, un réveil artistique. Cet 
art roman, qui pousse de toutes parts des jets vigoureu.x, ne s"ég-aie sans 
doute pas de lleurs bien délicates; à la végétation de rudes sculptures 
([ui revêt les portails des cathédrales nouvelles commence à répondre, le 
long des nefs et des voûtes, un décor peint où l'ornement stylisé s'associe 
aux compositions pieuses; mais la bonne volonté est plus évidente encore 
que le talent. D'oii peuvent venir les influences d'art, et où se concen- 
trent-elles? Si l'on essayait de dresser une carte de l'Italie artistique vers 
cette époque, on serait surpris d'y trouver peu de grands espaces abso- 
lument vides. Les jeunes républiques batailleuses et commerçantes, que 
l'on imagine plus préoccupées d'assurer leur existence que de l'orner, 
ne négligent point démarquer leurs avantages de guerre ou d'argent par 
des constructions nouvelles, que décorent les artistes locaux. Au nord, 
\enise apparaît comme un prolongement de Byzance sur les rives de 
l'Adriatique; la basilique de Saint-Marc, déjà toute éblouissante de 
mosaïques et de marljres précieux, a été consacrée en Id'.K"). En lll'jest 
exécutée à Ravcnne la grande mosaï([ue de la cathédrale dépecée au 
xviii'' siècle i; vers le même temps, l'abside de la basilique de Saint- 
Ambroise de Milan est revêtue d'une mosaïque assez barbare où le 
Christ trône entre les saints Protais et Gervais, et où saint Ambioise est 
représenté deux fois, célébi-ant la messe à ^lilan ci assistant aux 
obsèques de saint Martin à Tours. .\ Vérone, le Musée conserve des 
fragments de iVi'sipies du xii' siècle; à Reggio, nous sa\onsque la façade; 
delà catlit''dralc lui orn(''e de peintures, admirées au point ipii' le niuni- 

I. I';ii- M. Aii.hv l'L-ralé. 



122 HISTOIRE 1)1". I.ART 

(•i])c pi'(iliiii;i (l'allumer du IVu sur la place, de craiulc (pic la ruiiu''c ne 
les li'àlàl ; à .M()d(''ii(' aussi, la cal li('Mlral(' re(^ut d(?s pciul lires, doul il suli- 
,si.sle quelques ligures d'aui^es. A Bologne, on trouve en llHIO le iKun 
d'un Gaiidiil/iniis piclor: i\ Purnie, d(''s 1068, un Everard, \n-ulrc et iiciiilrc. 
Là aussi, couimc à Rcggio, la liKiadc de la calluklrale était toute peinte. 
.Jusqu'en des recoins perdus au pied des hautes Alpes, les héncdictins 
ont laisse!' une trace durable de leur passage : à San Pielro di (livale, 
une petite église construite par eux abrite encore des figui'es de style 
grec. Puis c'est la Toscane, a\('C Pisc ci Sienne, riches en arlisles 
plus que toutes autres cités; avec Florence, où l'on rencontre en lOGC) 
le nom de Fra Rustico, clerc et peintre, en IIP.' celui de Girolamo di 
Morello, en I PM celui de .Mai-chisello. Plus bas, c'esl lîome, (pii, 
tout alïaihlie, déchirée, dévastée, garde encore la majesié de la puis- 
sance jiapale. Au delà du Sainl-lMupire, la ferlile (lamjianieel les villes 
apuliennes, et, plus au sud, les régions à demi sauvages où les moines 
basiliens s'enferment dans leurs grottes pour en tapisser les parois 
(le peintures semblal)les à celles de l'Athos, conduisent vers la 
Sicile, cette outre (ïr(''cc, où vont surgir d'admiral)les monuments 
byzantins. 

La plupart des artistes, nous l'avons déjà vu, sont dirigés par les 
ordres monastiques établis dans la péninsule; il serait plus juste de dire 
qu'ils appartiennent alors au seul ordre des bénédictins, dont les monas- 
tères, du sud au nord, regardent tous vers le Mont Cassin. Les cister- 
ciens, fpii vers la fin du xif siècle apporteront de France les premiers 
éléments de l'arl gothique, ne seront que des architectes; les bénédictins 
sont des peintres. Enlumineurs et fresquistes, ils ont un enseignement et 
une tradition d'art; mais leurs propres ressources deviennent insufli- 
santes, s'il s'agit de renouveler les grands décors ipii tiicnt la lieaiit('' des 
l)asiliques romaines jusqu'aux temps carolingiens. La mosaïque n'est plus 
un art latin, c'est un art grec, que seuls connaissent encore les praticiens 
de Constantinojtle ou de ^ enise. G'esl à des artistes de (lonslaiitinople (pie 
l'abbé Didier, l'illustre rén(nateur des arts au Mont (iassiii, avait, dés le 
xf siècle, demandé le secret de techniques abolies. Devenu pape sous le 
nom de Victor 111, il régna trop peu, et en des moments trop troublés, pour 
pouvoir enrichir Rome d'édifices aussi splendides que ceux du Mont 
Cassin; mais, parmi ses successeurs immédiats, Pascal II et Calixte II 
s'occupèrent à déblayer les ruines accumulées dans la ^'ille sainte. Pas- 
cal éleva la nouvelle basilique de Saint-Clément sur les piliers de la liasi- 
lique primitive aux trois quarts enfoncée dans le sol. 11 y transporta les 
anciennes clôtures du chœur et les ambons au monogramme de Jean \'l 11. 
et orna l'abside d'une des plus belles et tout à la fois des plus singu- 
lières mosaïques que l'on puisse voir dans une église romaine. La Croix, 



LA PEI.NTI'IIE ITALIENNE AVANT GIOTTO 423 

où csl altaché le Christ, représenté mori <■! la tète inclinée, conlraire- 
uient aux règles de Ticonograpliie byzantine peut-être est-ce l'effet d'une 
restauration postérieure), porte en même temps douze colond)es, les 
Apôtres. Elle sort d'une large touffe d'acanthe aux feuilles robustes, d'où 
s'élancent à droite et à gauche de grands rinceaux de feuillage tout pareils 
à ceux dont fui ornée, au iv" siècle, une des absides du baptistère du 
Latran (voir 1. 1", p. iOi. Sur le fond d'or où serpentent leurs volutes, 
il y a des oiseaux qui s'éliattent, de petits amours ijui joueni, des 
scènes pastorales, et les ligures tles quatre Docteurs de l'Eglise. A la 
base delà grande touffe d'acanthe jaillissent les quatre lleuves, où boi- 
vent les cerfs mystiques et toute sorte d'oiseaux. Au sommet de l'abside 
se déploie l'éventail multicolore où l'on voit dans un médaillon la main 
du Père qui bénit. Enfin une zone inférieure enferme, selon la tradi- 
tion classique, l'Agneau divin debout sur un tertre, entre les douze brebis 
(pii sortent de Jérusalem et de Bethléem. Tout rappelle ici les souvenirs 
tles plus vieilles et des plus belles mosaïques romaines, celles de Sainte- 
Constance, du Latran, de Saint-Pierre; et plus on analyse les délails, 
plus on se sent porté à croire que l'on n'a vraiment pas alVaire à une 
création nouvelle, ou même à une imitation d'une oeuvre dis|)arue, mais 
plutôt à un remaniement et à une mise en place d'une mosaïque (li'jà 
existante, à peine modifiée et accrue. Ainsi le premier travail il'un 
atelier de mosaïstes installé à Rome au début du xn' siècle n'aurait 
i''lé (|u'une restauration. Il n'en est [)as de même du décor de l'arc absi- 
ihd. où les symboles des Evangélistes flottent dans les nues aulour 
du buste du Sauveur, où saint Pierre et saint Clément siègent en 
regard de saint Paul et de saint Laurent, tandis que, plus bas, 
Isaïe et Jérémie déploient de longs rouleaux de parchemin. Si l'espril 
de la composition est antique, il semble bien que l'exéculion en soil 
assez récente, et peut-être même i)Ostérieure d'un siècle aux travaux de 
Pascal II. 

Calixte II ne fit pas exécuter de mosaïques, mais les peintures dont 
il enrichit le Latran, si elles n'avaient lamentablement péri dans les 
deslruclions ordonnées par Paul III et Jules III au cours du xvi" siècle, 
seraient considérées sans doute comme les premiers monuments d'un ail 
nouveau, les premières ébauches de la peinture historique, i)lus d'un 
siècle et demi avant Giotto. Dans un oratoii'e dédié à saint Nicolas de 
Bari, il avait fait représenter les six ])apes ses prédécesseurs, avec saint 
Léon et saint Grégoire le Grand, groupés autour du trône du Christ, aux 
pieds duquel lui-même s'agenouillail : pln^ li.uil éLiil la \"ii igc Mai-je 
pai'mi les anges. (>ela n'avait rien (pu' t\r h adilionncl ; le nou\rau lu! que, 
dans une salle annexe, Calixte ordonna de peindre encore les mêmes 
papes, mais celte fois réunis ou ( oneile parmi les évêf|ues el les eai'di- 



mSTOIIU': IiK I.Al'.T 



iiaiix. cl l'oiilanl aux pieds les aiil ipapcs : |i()Ui'(|U(ii l'aul-il (iiiil ne iiuus 
irslc que (raïuiriuics (Icscrijilioiis. et pas un dessin d'une œnviT aussi 
j)rccieuse ' 

Sous Innocenl li apparaisscnl des mosaïques nouvelles, où s'intei'- 
iduqil à demi la li'adilion laline. Si on ne peut guère relever d'inlluences 
In/.anlines dans la mosaïque de Saint-Clémenl (sauf peul-èlre Taddi- 
tion des fio'ures de la Vierge et de saint Jean aux eùlés i\v la Croix), 

l'impression est tout 
aulreilex ani l'ahsitle 
de Sanla Maria 
Xuova (((ue l'on a 
n o m m é e depuis 
Sain l e -F r a n ç o i s e 
domaine). Là, c'esl 
vraiment Byzanee 
cpii nous parle, ou, 
si l'on [U'él'ère, les 
(unriers grecs du 
Monl C.assin, occu- 
j>és à traduire une 
œuvre grecque. Cai- 
cette Madone diadé- 
mée, vêtue en impé- 
ratrice, cjui siège sur 
un trône au dossier 
renlli''. aux jdeds 
d'orfèN rerie, et lien! 
debout sur ses ge- 
noux im Enfant mai- 
gre, d'une raideur 
hiératique, est toute 
jiareille aux icônes 
orientales; quoi 
(|n'(»ii en ail ])u dire loul récemment encore, rien dans cette œuvre 
éclatante et tig(''e ne porte la marque d'un art nouveau (lig. i'M). Les 
a[)ôtres saint .lean cl saint Jacques, saint Pierre et saint André, debout 
aux côtés d(,' la \'ierge sous des arcades que supportent des colonnes à 
clia|)iteaux corinthiens, n'ont de latin que leurs inscriptions. 11 n'est 
]>as douteux d'ailleurs que l'on ne doive chercher le prototype de ce 
curieux monument dans la mosaïque absidale de la cathédrale de Capoue. 
ordonnée par l'archevêque Ugo vers le début du xn' siècle, et, comme 
les mosaïques campaniennes de même époque, exécutée par l'atelier du 





T. II. — 5i 



/m HISTOIRE DE L'ART 

Molli Cassiii (iious lie la coiiiiaissons que par une gravure di; Ciauipini). 

liicn plus iuiporlantc el d'une composition plus riche, la mosaïque 
ahsidale de Sainte-Marie du Transtévère, ordonnée par le même pape, en 
1 1 iO, montre pour la première fois en Italie un des thèmes de prédilec- 
tion de l'art chrétien du moyen âge, le Couronnement de la Vierge 
(lig. 295). Encore ce thème n'a-t-il pas reçu dès l'abord sa formule défi- 
nilive; car Marie n'est point réellement couronnée par son Fils; elle siège 
à sa droite sur un large trône, comme une impératrice auprès d'un em- 
jiereur. Le Christ tient un livre où on lit : Veni, clccla Diea, et poiiam In 
le thvonum meum, et il appuie la main droite sur l'épaule de sa Mère, pour 
présenter en même temps qu'elle un parchemin avec les paroles : Leva 
ejus sub capile meo et dextera illius aniplcxabilur me. Le geste se transfor- 
mera, cent cinquante ans plus tard, dans la mosaïque de Sainte-Marie- 
^lajcure; ici il est encore byzantin. A droite du trône céleste se tiennent 
les saints Gali.xte et Laurent, que suit le pape Innocent II, tandis que 
de l'autre côté saint Pierre est accompagné des saints Corneille, Jules et 
Calépode. Dans la frise inférieure sont les brebis et les villes mystiques; 
sur l'arc, les symboles évangéliques autour de la Croix et des sept can- 
délabres, et les prophètes Isaïe et Jérémie. Un détail qu'il ne faut pas 
oublier, et qui marque bien la persistance à Rome des traditions classi- 
ques, c'est l'arrangement, au pied des deux Prophètes, de deux petites 
scènes imitées de quelque bas-relief, qui représentent des amours tenant 
un drap plein de fruits, et des oiseaux posés sur un vase de fleurs. 

Ouelques années plus tard, le pape Eugène III faisait terminer les 
mosaïques de la façade (misérablement restaurées au xix'' siècle), oîi 
l'image de la Mère de Dieu domine les figures des dix \'ierges sages et 
folles, portant leurs lampes allumées ou éteintes. 

A l'exemple de Calixte II, Innocent II avait continué d'orner le palais 
de Latran de peintures historiques, qui durèrent, elles aussi, jusqu'au 
x\f siècle; elles représentaient, en plusieurs tableaux, le couronnement de 
Lothaire II, son serment aux Romains de respecter leurs privilèges, et 
l'accolade qu'il recevait du pape. 

Mais bientôt une nouvelle dévastation de la malheureuse Rome 
interrompt les travaux d'art des papes; les troupes de Rarberousse, en 
1167, saccagent le palais qu'Eugène III venait de construire au Vatican, 
incendient et profanent la basilique de Saint-Pierre. Il faut attendre le 
grand règne d'Innocent III et les premières années du xiii'' siècle pour 
voir de nouveau les églises se relever et s'embellir. C'est le temps où les 
marbriers Jacques et Cosmas, membres d'une puissante famille d'artistes, 
t:ommencent, au Latran et à Saint-Paul-hors-les-Murs, ces cloîtres déli- 
cieux où les colonnes sculptées se fleurissent de mosaïques, où des 
inscriptions en lettres d'or étincellent sur une frise aux couleurs joyeuses. 



LA PEINTURE ITALIENNE AVANT GIOTTO 427 

Celle dynaslic des ;/(fl/'///o)Y(/'/ romains, arcliilccles, sculpteurs el mosaïstes, 
qui durant tout le xiii" siècle remplira l'Italie de chefs-d"œuvi-e, si Lien 
qu'on les sollicitera de partout, et jusqu'en Angleterre, semble avoir ses 
origines dans les montagnes de l'Ombric. C'est un marbrier ombrien, le 
Solslernus qui orne d'une vaniteuse signature, en l'207,unc assez pauvre 
mosaïque sur la l'acade du dôme de Spolèle. Sculpteurs d'ornements 
inimitables, au point que l'on a longlem})s confondu plus d'un de leurs 
bas-reliefs avec les œuvres des premiers siècles, les iiKiniKiniri ne suf- 
fisent cependant pas, malgré toutes les ressources de leurs ateliers, à 
reprendre les grandes compositions de mosaïque dont !(^s ouvriers 
grecs du Mont Cassin avaient restauré la tradition au siècle précédent. 
Ce qui le prouve, c'est la lettre que le pape Ilonorius III écrit, en janvier 
l'2IS, au doge de ^'enise, j)our le remercier de lui avoir adressé un maître 
mosaïste, et lui en demander encore deux autres. Il fallut donc recourir 
aux maîtres vénitiens, c'est-à-dire à des Byzantins, pour terminer la vasic 
mosaïque absidale de Saint-Paul-hors-les-Murs. Elle ne doit pas ctie 
une œuvre nouvelle, mais bien un remaniement de l'ancienne abside, où 
l'on peut supposer qu'était déjà figuré le Rédempteur trônant imiIic 
saint Paul et saint Luc, saint Pierre et saint André; dans une zone infé- 
rieure, les douze Apôtres, au lieu des brebis accoutumées, séparés par 
des palmiers, ainsi qu'on les voit à Ravenne, entourent un autel que 
gardent deux anges. 

A Saint-Laurent-hors-les-Murs, Ilonorius III accomplit aussi des 
travaux considérables : il fond en une seule basilicjue les deux églises 
piimili\es, et devant la nouvelle façade élève un porche décoré de mosaï- 
(pies el de fresques. Ces fresques existent encore, mais si retouchées, ou 
plutôt si affreusement repeintes, qu'il est difficile de juger de leur valeur 
d'art; on ne peut plus que soupçonner leur grande valeur historique. Elles 
représentent, en compartiments juxtaposés, d'abord la vie et le martyre 
de saint Laurent et de saint Etienne, puis un événement historique 
contemporain, le couronnement de Pierre de Courlenay, sacré empereur 
d'Orient, en 1217, dans celte même liasilique de Saint-Laurent, par le 
pape Ilonorius. 

Restaurées aussi, mais de façon moins l)arbare, les fresques (pii 
décorent la chapelle de Saint-Silvestre, au seuil de l'église des Ouatre- 
Saints Couronnés, sont un des meilleurs témoignages qui nous resleni 
des ambitions et des maladresses de l'art romain dans la première moitié 
du xiu"^ siècle. On les croirait volontiers plus anciennes, et l'on est surpris 
de devoir en faire descendre l'exécution jusqu'au temps d'innocent IV, 
en 1240. L'artiste indigène qui les peignit, moine ou laïc, n'avait guère 
profité des leçons des peintres grecs venus du nord; son dessin misé- 
rable le prouve. Très précieuse d'ailleurs pour l'histoire du costume, celle 



■ios IIISIOIUK DM I.AIiT 

h'-ijonde ('11 inin£;TS fin |ki|h' snini SiKrsIrr ri de In fimiriisc DniKilioii do 
Conslanlin «'sl iianvc ;im'c le plus lii'nnd luxe de drlnils |iill(iic>(|iirs : 
c'est un lidrlc commcnhurc du ri'cil un |i('n dilTus que Jacqnes de \'ora- 
gine, nn dcnu-sirele plus laid, va insrin- dans sa Lf^çendc dorée (fig. t296). 
Mais lonl n'en es! pas latin, car la icpi'(''si'ntali(in dn .Tuycnicnl dernier, 
qui oeen[)e uni' parlirdcla niuraillr du fond, est Mcn conrornic aux rè- 
gles d(^ l'iconogi'apliic liy/anlinc. Le ( llirisl Juge (|ui sirgc. cnloni-i'' des 
emblèmes de la Passion, sur un trône aux côtés duquel sont dcliout la 
Vierge et, le Précurseur, et assis les douze Apôtres, tient de la main gau- 
clie la (a-oix. el lève la main droite et d(''couvre son liane nu pour mon- 




l'ii.. -i'.ii.. - l.,i I 



l.iiiliii. Iiv-ciuv ilr la Lhapelle de Saiiil-Silvesli-c. 



Irer ses plaies; deux anges volent dans les airs, dont l'un souffle dans 
une ti-oni|telle. el l'autre roule un parchemin constellé. ])onr ti-aduire le 
texte de rApocai\|ise : •■ Le ciel se i-etira comme un li\re (pie I (ui rdule» 
(VI, -il. (Jela rajipelle les mosaï(pi('s \(''niliennes. el aussi les peinlures 
de SanL'Angelo in l'ormis; mais il est élrange de penser (^pie eimiuante 
ans à peine nous séparent des cliefs-dd'u\ re de (liotlo. 



I^RKUOMINANCE DU BYZ.VNTIMSME AV DÉBLT DU XIll' SlÙUUt:. PREMIERS 
ARTISTES FRANCISCAINS. MoS.\IOUES DU BAPTISTÈRE DE F"lORENCE, ET PEIN- 
TURES DU BAPTISTÈRE DE Paisme. — 11 seuililc liicn désormais (|ue l'art 
liyzanlin ail terminé son lent travail d'investissement, el (|u'il soil luailre 
de l'Italie. Les liénédictins ont été ses alliés sans le Nouloir; ils lui oui 
demandé sa technique; ils ont inler[irété ses le(;;ons, cl copié ses compo- 
sitions immuables. Ces peintres locaux, dont les comptes d'archives nous 



LA PKINTI'RE ITALIENNE AVANT GIOTTO «9 

;i|i|iriniicnt les noms bien plus que les œuvres, sont trop souvciil (\f ^^los- 
>icrs cl iiialiiabilcs décorateurs; et s'il s'agit de quelque travail d'iuipur- 
taiice, il faut bien s'adresser à ceux-là seuls qui ont le renom d'artistes. 
Le pape Innocent III, par ses relations avec Naples et la Sicile, a favorisé 
!'inq)ortation des orfèvreries, des tissus, des tableaux d'Orient, et nous 
avons vu son successeur HonoriusIII recourir aux Byzantins du noid. aux 
artistes de Venise. Cependant, au temps même où cette domination de 
Byzance paraît le plus solidement assise, un immense cbaniienient se pré- 
parc; une lumière nouvelle a lui sur les collines d'Ombrie. Saint Franç;ois 
et ses compagnons parcouii'iil l'Ilaiie. A leur voix généreuse, les préceptes 
rigides se brisent, le vieux l'ormalisme desséché s'émiette, et de pauvres 
peintres qui balbutiaient sans les comprendre les thèmes péniblement appris 
s'aperçoivent que les hommes sont vivants et que la nature est belle. Mais 
la révélation franciscaine, d'où sortiront des poètes comme Fra Jacopone 
et Dante, des peintres comme Giotto et les Lorenzetti, ne va point cepen- 
dant émanciper l'art en quelques années; de trop fortes chaînes l'attachent 
encore à l'Orient. Ce qui est di