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Full text of "Histoire de la révolution polonaise depuis son origine jusqu'à nos jours, 1772 à 1864"

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HISTOIRE 



...- ;j-..M '". r. /: l'î» ^.1 ..<.''.io:) 10 noe.'Â) oS .qtT- .?iî»/J 



REVOLUTION POLONAISE 



(1772 à 1864) 




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HISÏOIRE 

e 

Dl LA y 

RÉVOLUTION 

POLONAISE 

DEPinS SON ORIGINE JUSQU'A NOS JOUBS '■■ 

(tVf t à 1864) 
Par le comte 8TAHISLAS ARAMIV8KI /^^ <^^ 

AVEC UNE PRÉFACE .^'c ' ' ' '' 



PAR 



ALFRED O'AUIAI ^ vî V^^ ^ ^ Y^ ^"^ 

' OtrVRAGB ILLUSmi 

DE MAGNIFIQUES YK^NETTES GRAVÉES SUR AQER 

ET DBSSnrÉES 

Paa mm. th. GUÉRIN^ LEGUAY et L. MÂRVT . 



•ooOOOOoe* 



PARIS 
ADMINISTRATION : 41, RUE VAVIN 

1864 



PRËFAGB. 



t 

I 



Od s'étonnera ians doute de Toir un homme nouveM, 
un de ces mille ioconaus qui, en France , tiennent une 
plume, écrire sur la première page d^nn Inrre de cette 
importance, pour le recommandera Tattantiondu public 
français. 

U n'y a cependant là» rien (pie de tràs-natural. 

Cet.ouvra^est destiné surtout à fiûreoooMttielea 
causes de la révolution poloqaise«». 

A explîcpier comment, de persécution en peraécvtiQii, 
la Pologne en est arrivée à une période dédiiTa de aen 
histoire... 

Comment il est impossible de songer sérievieiMil^ 
aigourd*bni, à une combinaison, politique qvelmaqM. 



n FHiFACI. 

En Europe^ chaque homme d*état a trouvé une solu^ | 

tioD à la question polonaise. •• 

Ce qui constitue la force de la Pologne, c'est de 
n'avoir, au contraire, aucun projet d'avenir. 

Les Polonais savent que les Busses, — pauvres bétes 
fauves, qu'un breuvage enivrant rend féroces, — veulent 
dévorer leur patrie... 

La dévorer, c'est-à-dire raser ses villes, brûler ses 
forêts, enlever et transporter au loin ses habitants. 
^ Les Polonais voient en rêve le duché de Varsovie, un 
immense steppe, enveloppé de forteresses, s'avançant 
dans l'Europe centrale, gagnant chaque jour un pouce de I 

terrain... ri 

Il6 voient en rêve la mélancolique Allemagne, la 
poétique Italie, la belliqueuse France , transformées en 
devMteii déserts, où l'on n'entend plus que les sabots du | 

cheval d'un cosaque.. • 

Et les Polonais qui^ëe râveillént se disent : 
^4 L'Bwope sera biéft punie un jour de ne pas nous ! 

« aider à barrer la route aux Moscovites. .. > 

• « Mais nous, sentinelles avancées de l'Europe, qui 
«^ seijdif éomprenons ce que veulent les Russes, qui seuls 
« leur opposons une vive résistance, nous serons les 
« ^^retoièiies victimes de^cet envahissement prochain. 

« iMiTMMiQUs donc, et puisquMt ftiut mourir, que 



raiPAGB. il 

« chaque Polonais entraîne avec loi un . Russe dans 
« la tombe I... 

« Nous ne pouvons plus Taincre 1... Mais nous ayons 
c dix siècles d'héroïsme que l'on veut faire périr ayec 
< nous... . 

« Tâchons donc de mourir en conservant à nos aïeux 
« leur gloire immortelle !... » 

C'est grâce à cette pensée polonaise que la lutte 
s'éternise. 

Et c'est aussi parce que cette pensée est bien l'expres- 
sion du sentiment polonais que ce livre se termine 
ainsi : 

« n n'y a pas d'autre solution à la question : La 
c Pologne sera triomphante ou écrasée*. • 

« Triomphante : C'est qu'il n'y aura plus un seul Russe 
« en Pologne... 

« Écrasée : C'est qu'il n'y aura plus en Pologne UO' 
€ seul Polonais I » 



Alfred D'AUNAY. 



HISTOIRE 



DB LA 



RÉVOLUTION POLONAISE 



CHAPITRE PREMIER 

La Pologne avant le vi* siècle. — La Pologne apdrès 1572; sa consh 
titation politique. — Les nobles; les bourgeois; les paysans; lesjuifs^ 
— Monarchie élective; diète; liberum veto, — Sobieski. — Frédéric- 
Auguste. — Le prince Poniatovrski. — Deux partis en Pologne. — 
Règne de Poniatowski sous le nom de Stanislas Auguste. -«-Interventioii 
de la Russie dans les affaires de la Pologne. — Machinations, intri- 
gues de Catherine II. — Invasion de la Courlande. — Une séance de 
la diète de 1794. — Les dissidents. — Soulèvement des Polonais. — 
Confédération de Bar. — Louis XV envoie Dumouriez arree quelques 
troupes en Pologne. — Prise du château de Graoovie par des oflieiera 
français. Suwarow. — Cruautés uiouïes des Russes envers les con- 
fédérés. — Premier partage de la Pologne. —Duplicité de la Prusse. — 
Effet de la Révolation française sur la nation polonaise. — Négociations 
à Paris. — Conatitution du ^ maii79i. — Inique invasion de la Po« 
logne par la Russie. — La Pologne se prépare à la guerre. — Jo- 
seph Poniatowski est nommé général en chef de rarniée polonaise. 

L'histoire de la Pologue est une des plussombreset des 
plus lugubres pages do «laiiyrologe dos peuples. Pour que 
le lecteur puisse plus aisément saisir toutes les péripélies du 
loog et douloureux drame dont le dénoûment définitif 
est eneore un secret du ciel^ nous allotîs donner \in aperça 
sommaire de ce qu'était la Pologne a^\ant le premier par ' 

i 



1 liifTOIftt 

tage, etdeceqa^ellefutdepuis le premier jusqu'au second, 
dont la Révolution française fut la cause, ou , pour dire 
plus vrai, le prétexte. 

Les Polonais, qui s'appelèrent d'abord Poliaines, eurent, 
Ters l'an 550, pour premier duc de Pologne, Lechk , qui leur 
donna son nom, ce prétendu fondateur de la Pologne n^est 
qu'un être allégorique, comme Lalinuê^ le père des Latins, 
Celtui^ le père des Celtes^ et tant d'autres personnages 
semblables. C'est une façon de parler encore habituelle 
cbez les Orientaux, de désigner tout un peuple sous le nom 
d'un seul individu : c'est ainsi qu'on dit Israël pour les Is- 
raélites, Aram pour Aramîtes ou Tyriens. L'arrivée de ce 
Lechk, placée en 550, peut cependant être considérée comme 
la Térilable époque de la fondation d'un nouvel Etat par 
les Lechkes, ou par les Poliaines , qui , en se mêlant avec 
lesLechkes ou Lygiens, prirent leur nom. Us descendaient 
de cette antique raoesla?eou esclavonne qui fut aussi la 
souche du peuple russe : étrange destinée de ces deux filles 
du Nord, dont l'une devait chercher m gloire à être le bour- 
reau de l'autre» et dont l'autre devait trouver la sienne 
dans la couronne de son martyre. 

On a souvent dit, et avec raison, que le caractère polonais 
offre beaucoup de traits de ressemblance avec le caractère 
français. Esprit chevaleresque, bravoure, dévouement, et 
surtout fier amour de l'indépendance nationale et besoin 
impérieux de la liberté politique : toutes les qualités fran- 
çaises se rencontrent chei ce peuple héroïque, et plus on 
lit son histoire» plus on s'étonne qu'avec tant de vertus» 
tant d'éléments de force et de proepériti, la Pologne n'ait 
pu prendre encore en Europe la place qui semble lui être due. 
Ses malheurs selon nous tiennent à deux causes i d'abord la 
mauvaise constîUition du gouvernement, et surtont rex- 



DK LA BiVOLljTIOK POLOIIAI K. S 

clasioB inique et absolue du peuple du maniement des 
affaires publiques. 

L'air de la Pologne est froid, humide et malsain. Ce pays 
est rempli de grandes forêts et son terrain est en bien des 
endroits si tertile en grains, qu^elle fournil des blés à la 
Suède, à la Hollande et à bien d'autres étals. Elle a de tastes 
pâturages et on en tire quantités de cuirs, de même que du 
cbanvre, du lin, du salpêtre, du miel, de la cire, etc. 11 y 
a tant d'alDeilles, surtout en Lilhunnie, que les habitants y 
boivent communément de VBydromel^ liqueur composée de 
miel fermenté. 

Le sel en Pologne ne se tire poiutdoTeaudelamerqu^on 
fait éTapor r comme en France et ailleurs ; on le tire du fond 
des mines et carrières en grosse masse» et ce qu'il y a de Sin- 
gulier, c'est qu'on ne le trouve qu'à une profondeur énorme; 
tandis qu'assez près de là, en Hongrie, il est presque k la 
surlace du soi. 

La religion dominante de l'État est la catholique ; et on 
n'y élisait pas de roi qui n'en flt profession. H y a cependant 
des luthériens» des calvinistes, des grecs et beaucoup de Julft. 

La Pologne est bornée au nord par la Russie et la PmsM ; 
à l'ouest par la Prusse ; au sud par la Gallide, et à Ifiet 
par la Russie. 

Elle est divisée en huit provinces, appelées WâtWùdiêêf les 
principales villes sont : Varsovie, PIocIl, Liiblin et Sandernlrz. 

Examinons rapidement ee que fut la Fologne avant le 
ivm« siècle, ce qu'était sa législation, ce que furent set di- 
verses formes de gouvernement; pois nous arriterOM 4 Qtie 
étude plus détaillée des temps qui précédèrent et prè^* 
rèrent le soulèvement de 1793. 

La constitution primitive de la Pologne subit, k dlfléréntes 
époques^ de nombre»^ modlftçatlons. D^abord^ Aintorité 



4 BI8T0IRS 

nppartint aux ducs ou palatins; puis^ ne voulant plus du 
pouvoir exécutif aux mains d'un seul^ les Polonais le don- 
nèrent à douze oligarques qui se partageaient la puissance 
publique ; puis ils revinrent au pouvoir d^un seul, qui fut 
encore remplacé par les douze oligarques, jusqu'au w* siècle, 
où ils organisèrent une monarchie tempérée et héréditaire, 
soumise au contrôle des états , c'est-à-dire de Tautorité lé- 
gislative. 

Pendant ces diverses périodes, ducs, oligarques, rois bé« 
réditaires, le principe fondamental de la constitution, qai 
fut toujours ou presque toujours respecté, ce fut Tomnipo- 
tence de la nation assemblée. Nous allons voir tout àFheure 
ce qu'on entendait par la nation ; mais c^ principe n*était 
{yas écrit. Pendant cette longue série de siècles, remarquons 
aussi que les nobles se firent admirer par leur simplicité pa- 
^.tri^rcale, par une sobriété qui rappelle celle des premiers 
Romains. Quelques chaises d'un bois grossier, une paire de 
.I)isjb9lets> une peau d'ours, deux planches recouvertes d'un 
matelas : tel était l'ameublement ordinaire des plus riches. 
Quelques légumes, un peu de viande : telle était leur nour- 
riture» ILb ne connaissaient et ne convoitaient d'autre trésor 
, qi|e ja liberté. Aussi l'Etat était-il d'une pauvreté extrêm ; 
l'industrie était complètement inconnue. 
' JLes deux grandes dynasties qui régnèrent sur les Polonais, 
tarent d'abord celle des Piasts, et puis celle des Jagellons. 
L'iBiMnction de cette dernière , en 1572, fournit aux Polo- 
nais L'occasion de réunir, dans un $eul corps de loiscons- 
tiiiiUoDAellQS, les idées qui, depuis l'extinction des Piasts, 
avaient fer^oieoté dans les têtes. 

Voici l'ensemble de celte constitution. 

La.npblesse et le roi se partageaient l'autorité, et le 
. (ie,¥|pj|e y viyail^dans le servage le plus complet. La Pologne 



DK LA RÊVOtimOll POLOIVAISB. S 

reflétaK fidèlement cette républiqae moDstruevse de Tantl- 
qtiité grecque, la répubiiqoe de Sparte, où^ à o6té de la 
liberté la plus extrême, existait l'esclatage le plus abrutis- 
sant ; où, à côté des institutions les pins généreuses, se déta- 
chaient, par un frappant contraste, les abus les plus révoltants. 

Le corps de la nation libre et souveraine était formé par 
la noblesse, seule propriétaire des terres. La république ne 
'reconnaissait pour citoyens que des nobles. Entre eux, Téga- 
lîté était parfaite, pour eux, la liberté était sans bornes; pour 
toutes les autres classes d^habitants, existait Tesclavage dans 
sa forme la plus hideuse. Chiaque noble, comme en a tu, 
participait à Téleclion du roi; chaque noble pouvait prétendre 
au trône. Us exerçaient immédiatement, ou par leurs délé* 
gués, tous les pouvoirs, dans le civil, dans rarmée, dans le 
haut clergé, ils occupaient toutes les places. 

Chaque gentilhomme était, dans ses terres, souverain 
absolu , il n'était sujet à aucun impôt. Si un étranger 
mourait dans ses terres sans laisser d'héritiers, sa succession 
appartenait au propriétaire de la terre; si un gentilhomme 
mourait sans héritiers jusqu'au huitième degré, le roi ne 
pouvait retenir les biens par luinnème, mais il étaii obligé de 
les conférer à quelque autre noble.. 

Les nobles étaient ex»mpts de péages pour les bestiaux et 
les denrées qu'ils faisaient exporter. Us avaient le droit d'ex- 
ploiter les mines qui se trouvaient sur leurs terres; ils pou- 
vaient entreienir des troupes et même construire des forte- 
resses. S'ils étaient accusés criminellement, ils ne pouvaient 
être arrêtés, et comparaissaient devant le tribunal le sabre 
au côté, jusqu'au moment où le tribunal, d'après les en- 
quêtes, les déclarait formellement coupables. Cependant, 
ceux qui étaient pris en flagrant délit de vol, viol, meurtre 
etinvasioa à main aimée.^ étaient. oondanuiéfti d^ droite par 



8 HISTOIRE 

touies les rigueurs de l'hiver. On enlevait encore ces misé- 
rables serfs à la culture et à leurs familles pendant plusieurs 
mois de la belle saison, pour transporter, en Prusse, les 
produits de la terre. On mettait arbitrairement en réquisition, 
ijon-seulement leurs instruments de charroi, mais encore leurs 
bôles de somme ou de labour. Les hommes elles bêles no- 
taient pas seuls assujettis au travail gratuit; les femmes, les 
enfants étaient employés aussi à des corvées : la femme Qlait 
pour la maîtresse; les enfants moissonnaient^ battaient les 
grains et faisaient d'autres ouvrages, selon leurs forces. 

Au xvui* siècle, la Pologne offrait encore quelques exem- 
ples d'une cruauté et d'une barbarie qui rappelaient les épo- 
ques les plus affreuses du moyen âge. Par exemple, il y avait 
des gentilshommes qui faisaient atteler des paysans à leurs 
voitures à la place de leurs chevaux. Si un de ces barbares, 
allant à la chasse, ne rencontrait point de gibier, il s'amu- 
sait à tirer sur des paysans comme sur des moineaux. D'au- 
tres fois, désolé de ne pas rapporter chez lui des lièvres ou des 
perdrix, il volait les bœufs d'un serf voisin ; s'il ne trouvait 
pas de bœufs sous sa main, il détroussait les passants. Lorsque 
les seigneurs voulaient simplement se donner un peu d'exer- 
cice, ils faisaient venir un paysan pour lui appliquer cent 
coups d'étrivières. Si la victime se fâchait sérieusement, elle 
n'en était pas quitte à si bon marché. Vautrin cite, dans son 
Observateur en Pologne^ qu'un seigneur a fit dévorer par ses 
chiens de chasse un paysan qui avait eu le malheur d'effarou- 
cher son cheval.» Il parle aussi d'un autre qui avait le droit 
seigneurial de c faire ouvrir le ventre à un de ses serfs pour 
y mettre ses pieds comme un remède au mal qui le tour- 
mentait.» Du reste, on trouve, dans un ouvrage ayant pour 
titre la Voix libre du citoyen, et dont Tauteur est un roi de 
Pologne même, Stanislas Lecziuski, qu'en 1773 un noble 



X 



DB LA itVOiUnOU POLORAUn. 9 

eonvaiococPaToir tué un paysan à lui, était censé parfai- 
tement absous moyennant une légère amende; et si le 
paysan était la, propriété d^nn autre, le meurtrier en était 
quitte pour donner un de ses serfs en échange. 

Dans ce même siècle, les Polonais essayèrent d'établir cbes 
^i eux des manufactures. Ils Toulureiit fabriquer des soies 
f '. comme celles de Lyon, des voilures comme celles de Bm* 
lelles, des draps fins comoM ceux d'Angleterre; mais les 
. résultats n'en tarent pas avantageux. Stanislas-Âugiisfci^ qui, 
à détant d'autre mérite^ avait au moins celui-là, favorisa le 
développemeptde ce genre d'industrie de luxe. Ses efforts 
auraient été mieux employés, s'ils s'étaient bornés à encou- 
rager des produits que comportaient le climat et la nature 
. du sol, telles que des scieries, des forges, des usines, des ver- 
reries, des tanneries, des mégisseries, des fabriques de 
grosse toile et de sim|d68 étoffes de laine. Mais pour cela en- 
core, il fallait, avant tout, attranchir les serfs pour en faire 
des fermiers ou des ouvriers; car des bras libres seuls peu- 
vent faire valoir les productions brutes que la natnre livre à 
l'induatrie. 

Les seigneurs, du reste, avaient toutà gagner en rendantia 
condition de leurs paysans moins malheureuse, en les faisant 
instruire, en les accoutumant peu a peu à travailler comme 
des hommes libres, pQur leur propre compte, en payant une 
redevance raisonnable aux maîtres, s'ils ne voulaient pas les 
afliranchir complétemenL 

NousciteronsàcesqjatuB modèle d'affranchissement dont 
un auteur moderne donne ainsi les détails (1): 

« L'affranchissement le plue considérable quo la Pologne 
ait vu, est celui de la grande terre de Mereca>sur les berdsdn 

(i) Malte-Brun, Histoire de la Pologne, 



10 amomt 

Niémen, en LHIraanid. L'abbé BrzofttowsU, étant detenn pos- 
sesseur d« oeUe terre, où tout étail en désordre, oominen^a 
par diviier les habitants en trois classes, selon qu'ils lui parais- 
saient plus on moins capables de se bien conduire. Les pre- 
miers, on les toyoH, étaient des fiermiers entièrement Hbres, 
et qui laissaient leurs fermée en héritage à leart descendants ; 
leg seconds, ou iet einMeotê$, étaient deè nsofrntlters qui 
payaient one redevanoe annuelle) la troisième dasseéloitooin^ 
posée 4e Hulim$y ou paysans oMigés i faire nn nombre défini 
de corvées ou trofnnx personnels. Après atoir établi ces dis- 
Unclions, qui excitaient une louable émotion. 11. Brtoslowski 
pttUia une espèce do code, dont les dispositions étaient prin- 
eipalenient relatives à la police rurale et an maintien des 
bonnee mœurs. Il forma un conseil popuiake d'un nouveau 
genra» ot dans lequel un coMeil de censure distribuait à cha* 
onn l'éloge qu ta blâme qM sa eendnte aviit mérité, tan- 
dis que les pàree de famille, les plus racommandaUes par 
leurs vertus on leur tttduttrie^ racontuant os qoils avaient 
observé d'Mile ou de curieux. Le seigneur y proposait ou y 
donnait des prix d'encouragement. Dans ce but, il ût élever 
et inetnrira des : attreed'éec^. U en plaça nn dans chaque 
village, neorapeea, poureee écoles, un catéchisme religieux, 
un eatéohieme historique, et jusqifà des chansons qni rap- 
pelaient quelque trait vertueux tm quelque maxime de 
morale.» 

Hais ces exemples d'une bienfaisanee éclairée eurent peu 
d'imitaieurei la plupart des nobles Potonais tuivaletit aveu- 
glément la roule tracée par leurs ancêtres; quelques-uns, 
qui reienaienl dePiarlseiideLendres^se bornaient à parier 
piûlDsùphie, économie prtHtque, éoonémie rurale, et bor^ 
naient là leurs philanthropiques conceptions. Souvent même, 
ces be^ux parleurs étaient les plus insatiables tyrans dans 



M Là lÈTOMIfHHI VOLOHAIgl. If 

lente terres. Le c\»r§à sebl, te oontoMiiani sut biriles Aes 
pat)et^ d'aprte losqueliei « âuouû ohrélîéa nt pcul égaletneat 
être réduit en servitude^ » ftvait dàQlarà librei toaë lei habi* 
tant do ses terres» Il est trai que rintérât n'avait pas à sooffrir 
de eetle pbilnnlbropique mesurai qui iiapgttvaitlairatierdra 
an clergé aiKUQ paysan* En etfeti ou iH>iivaieii( aUer Cet mal 
heureux? Sur les terres des nobles? Oa les y faisait aerfli 
Hors du pays? Un pays^io polonais ignorait qu'il y aTait d^aiH 
tre pays au monde que le sien. Par celte n»esure»aQ eeoh- 
traire* le clergé attirait sur ses terres las Tassaux de la 
noblesse, et même des colonies d'Allemands et de HongreiSà 
Aussi, ses terres étaient-elles les seules en Pologne qui ot^ 
frisseot Taspect d'un pays culiivé. 

L'espèce d*anarcbie sociale qui naissait forcément des rap^ 
ports réciproques des nobles et des paysans était encore agg^ 
meotée par la situation singulière des juifs, au milieu de oette 
sociabilité^ mélange incobéreot des vices républicaint et des 
Tices féodaux. 

En effet, les nobles Polonais, libres, mais à la manière des 
sauvflgesj Tivaient au milieu de leurs paysans^ lont ils avaient 
la rudesse. Tout était grossier, esclaves et tyraps^ tout cela» 
étranger au commerçât a Tindustrie, à ce qui vivifie les EtatSi 
vivait daus une torpeur fatale entre les orageuses et sanglan^ 
tes tenues des diètes, et l'écrasant assujettissement de la glèbe. 
Les juiis seuls, par leur industrieuse activité, jetaient un 
peu de vie au milieu de cette espèce de ohaes. ils formaient 
une sorte de classe intermédialfEeentreles deux castes; bien 
plus,par leur nombre et leur influence, constituant réellement 
un corps politique, ils vivaient en Pologne dans des conditions 
qu'on cbercherait vainement ailleurS| et complétaient une 
aociabililé dont, en apparence, ils semblaient «ne svperféla* 
UWê at dont) en réalité^ ils étaient le véritable lieUf Aussi» na 



I 



12 ^ MinoiBi 

peut-oa 86 faire une idée précise de Tétat social polonais, 
qu'en y tenant compte da rôle qa*7 jouaient les juifs. Quel- 
ques détails à ce sujet sont indispensables. 
- La première colonie juive qui s'élablit en Pologne y vint ' 
de rAllemagne. En 1264, Boleslas, prince de Gallicie, les ai- 
tira à Kaliss, sa résidence, et dans d'autres villes. De là, ils se 
répandirent par tout le pays. Leur costume est cependant 
»rlental> ce qui a fait croire à quelques voyageurs qu'ils y 
étaient venus du Bas-Empire : il consiste en une robe noire 
ou d'une 'couleur foncée, agrafée depuis le cou jusqu'à la 
ceinture, et dans un large manteau semblable à un froc. Leurs 
cheveux sont courts, leur barbe est longue, un bonnet de 
poil leur sert de coiffure. Quoique les boues proverbiales de 
Pologne exigent des bottes, ils sont toujours en pantoufles. 
Leur teint p&Ie et livide reflète la misère dans laquelle vivent 
la plupart d'entre eux. L'incroyable malpropreté de leur ex- 
térieur rend leur aspect dégoûtant. Dans quelques villes cepen- 
dant^ à Lemberg, Brody, Jaroslaw^ on trouve des juifs riches, 
dont quelques-uns étalent un grand luxe. 

Cédant aux sollicitations d'une jeune et belle Either,Aont 
il était épris, Casimir le Grand les tirajde l'oppression sous la- ' 
quelle ils gémissaient^ et leur accorda des privilèges dont ils 
ont joui depuis lors. Les principaux sont de n'être soumis qu'à 
la juridiction du waîwode^ qu'ils savent se concilier par des 
présents; de juger entre eux leurs différends en matière civile; 
d'être exempts de toute charge, excepté la capitation envers 
les seigneurs locaux et nmp6t national. 

Comme, sans le secours des juifs, qui sont les principaux 
industriels, les denrées n'auraient aucune valeur; que c'est 
entre leurs mains qu'elles reçoivenila préparation nécessaire 
avant d'être livrées à la consommation; que c'est par leurs 
eoina qae^ moyennant un minime courtage, elles se débitent 



M LA lÉVtUDTIO* FOLOlfAISI, It 

au profit des seigneora terrierv^ ces derniers fliTorfseirt de tout 
leorpouvoirrétablisseinent des juifs snr leurs terres. La con- 
fection et la débit des liqueurs fcrmentées et spiritueuses, les 
moilios et les cabarets sont les mines dn propriétaire que le 
mercenaire Jaif faitTaloir. Dans chaque terre, il y a un cabaret 
principal; qui en est comme le marché, ou* mieux encore, 
comme une espèce d^ntrepôt où les antres cabaretiers sont 
obligés d^aller se pourroir de grains, de sel, d^hydroinel, de 
bière, d'eau-de-irie, de fourrage. Cest nn jnif qui le tient pour 
le compte dn seigneur; et, comme c'est pour ce dernier une 
importante somme de revenu, le juif est plus favorisé que 
le chrétten. Les nobles lui abandonnent sans pitié Tinten- 
dance sur leurs paysans. Aussi, les jnifs ont-ils partout droit 
de boargeoisie. Ils font tous les métiers lucratifs, habitent Tin- 
térienr des villes, et ne laissent aux serfs chrétiens, pour res- 
srarces que les occupations les moins productives, et pour 
demeure que les faubourgs. 

Tout rangent comptant du pays est entre leurs mains; les 
néUes leur hypothèquent la majeure partie de leurs biens- 
fiNids. Leur esprit de négoce est porté si loin, qu'il y a des loca- 
lités dont ils ont affermé les baptêmes chrétiens, et, tenant 
ainsi entre leurs mains les clefs des fonts baptismaux, ils en 
font payer souvent dier rouvertnre. En un mot» la nation 
juive formait, après la noblesse, le plus puissant corps de 
la Pologne. 

D'après Topiaitti commune, les juifs polonais passent 
pour être les plus grands fripons de FEorope. Peut-être 
n'ont-ils acquis cette réputation que parce qu'ils sont les 
seuls agents du négoce et les principaux industriels. Libres 
d'exercer tons les métiers sans être entravés ni par les règles 
rnents de corporations ni parles trais de licence, ils ne s'adon^ 
4Wk «^pendant qu'aux moiaa intigaiits et au noius logé*' 



Il 

iiwix« AioÂi par eiemple^ ils aobtinmmerf^ MHefifiiiOO^ 
royeuriy passementiers, potidrftd'ébàia; Us «itneat l'orfevuso 
vie à cause des facilités que cet état leur franiit pour eonfr- 
metlre des fraudes sur les métaux* Si un toi so ccNaniei^ et 
que la police fasse des recherches» il est rare qu'on ne décoii* 
\re pas quelque juif comme complice. Ils servent aut voleurs 
de guides dans les maisons dont ils connaissent les entrées; il 
n'y a guère» dans toute la Pologne, d'autres receleurs qu'eux» 
Comme tout moyen de gagner de Targent sans travailler lear 
parait bon, ils trouvent même» dans les charmes de lours fem« 
mes et de leurs filles, de quoi faire, avec las voyageurs^ un 
trafic asses profitable, à moins» dit Malte-ftrun» à qui Mna em^ 
pruntons ce portrait peu flatteur^ que^ semblable aux habi^ 
tants de Hamildont parle Harco-'Polo» les juifs de Pol^gM no 
soient dirigés par quelques motifs superstitieux^ loraqu'îlé 
facilitent aux étrwgers qui passent par leurs villes roocasèoe 
d'altérer la pureté du sang hébraïque. 

Celte situation» en quelque sorte excepUonaette, dos jitift en 
Pologne» n'était,dans cette étrange soeiabiiité» qu'uiie 4iiom 
malie de plus. Ainsi, en résumé» chaque BoUe n'était qn'sm 
despote au petit pied» nonn^ulement dans ses terres» mais ofr* 
core dans les diètes où, par le lH$rum nef o» obacutt d'eux pou* 
tait individucUemeni entraver touiee les ééiibérations* 
D'autres part, point de liberté» point de bito^étrey point de 
sécurité: telle était;ia misérable condition du paysan. Gomment 
Vindustrie auraiWelle pu f eurir soos un pareil état de cho- 
ses 1 Le serf» n'ayant aueno intérêt à mieux faire, remplissatf 
tout juste sa tAohe. Comment sortant^ 1m jour où la Polc^ne^ 
menacée par ses ennemis, appela à son aide tons ses enfants 
sans distiiMtioai comment ces misérables ilotes pouvaient' 
ils accomplir la deroir sacré qu'on lear imposait? Là où H n'y 
apoîntdoUJNWlé, il û'j a^ial da paMo^illiltrai^a'aldn 



n LA MkfGumom polohaisi. 16 

la noblesse promit Taffrancbissement de ces malbeureax; maïs 
il était trop tard, elles serfs, craignant, après la victoire, de 
retomber sous le joug de leurs maîtres^ ne Qrent pas tout ce 
qu'ils auraient pu foire s'ils eussent été libres. En résumé, 
sous les apparences de tout ce qui existait en Pologne, mœurs 
usages^ institutions, lois^ on voyait une nation qui représen- 
tait admirablement le moyen ftgc . vassalité puissante et op- 
pressive, esclavage inique et écrasant, courage faroucbe et 
vertus sauvages, des nobles, aDrulissement et dégradation des 
serfs, tout s'y trouvait. L'élévation des rois aux champs de 
guerre, les croyances invétérées, la foi ardente dans son Diea 
et son épée, les institutions vieillies à la faco âes nouveaux 
besoiosi complétaient cette sociabiUté qui, avec mille élàmeals 
mal combinés d# forfie lurutaia^ 4evait se tn)«iv«r laible 4^ 
vaot régoisaw d9 lacivîlw4wi« 

Cest en Tan 1573, après la mort iê SigisniaïKi UiAagmto), 
411e la P4»k|[ne^ Migfm éê la iftonarehie béfféditaiii% se 
OMisiituaett rétmblîqoe^ o«» si l'on veut, «a flsmiaffBUe ilal- 
tive# Ca JoupU^ elle arganisa l'aaartbia^ Pmt la pnaasière 
fcûs la ccMtîiittio» (ut éotUe^ Du vesla^ saat la iup pr a si ie t i 
de rbérédité de la couronne, elle raeta m qn^elle était au* 
paravanti car ce »*est fm da cette époque que date rétablis- 
sement du liberum veto dont nous aurons à iiarler Meal&l. 

I^a coMlUuUon proclama Texlsteiice da laols pouvoirs ; 
Fovdre équeatre^ Tonke des séiiateurs, et la roi* Ella ras* 
tveipdl trèa<éàroiAeBseDt la pouvoir iwjal) aatara la san- 
kérédiiédu UAaa, ella ilatiia que le eoiivefaiu m pourrait 
déclarer la guerre, eagmenler l'impôt, oomittra un mariage 
aa an divorce, eoveyer ménie des niaistres dna lee cours 
étraogèrea, peur afbîre importanle satts le ooMeniematit du 
Carpa Icgîslalîf* £i»i|irîsoBaé dans eea étroitas llmilee^ le rai 
n'avait d autre attntaitiM ^de Mtftmer aiaainpiiil «d. 



16 * É18T0RB 

minislratifs et militaires, et aux places vacantes dans lé 
sénat. 

L'ordre équestre comprenait Tuniversalité de la noblesse 
qui élail représentée dans les diètes ou>ssemblées législatives» 
par ses députés ou nonces; dans chaque palatinat ou province, 
la noblesse formait une diétine ou collège électoral. Ces as- 
semblées , toujours bruyantes et orageuses, choisissaient les 
nonces, et leur donnaient^ soit des pleins pouvoirs» soit des 
instructions impératives, qui enchaînaient le libre arbitre T 
du mandataire sur tous les points prévus par ses commettants. & 
Nous remarquons» dès cette époque» dans les mœurs poil* 
tiques de la Pologne» qui ne sont pourtant pas remarquables 
par la sagesse» une institution qui accordait une rétribution 
aux nonces par la diétine qu'ils représentaient. Chaque diétine 
nommait» outre ses nonces» les magistrats et lesfanclioDnaires 
muBiaiiaui desM ressort. 

Neus avons dit qoe le sénat étaitcompoeé par leroi : c'était 
là sa plat importante prérogative. L'archevêque de Gnesne 
présidait cê corps sous le tîlre de primat; pendant les inter- 
règnes » il gouvernait par intérim» so«s Tappeliotion de 
vicaire de la république. « 

Le pouvoir législatif se partageait entre l'assemblée des 
nonces et le sénat. 

Il y avait dons sortes de diètes : les diètes ordinaires qui se 
tenaient au meins tous les deux ans, et les diètes extraordi- 
naires» que le roi convoquait dans les drcMStances urgentes. 
On distinguait aussi les diètes pacifiques {camiiiu Êogala)^ ef 
iûs diètea à cheval (eamitia paluéatà^ : ces dernières se 
itnaieotjen rose campagne. Les nonces y allaient tout armés» 
comme à une bataille ; le sang y coulait à flots. Ce spedadi 
i'appelait les comices rr^mains ou les champs de mai des 
anciens peuptos germains ou gaulois» Quand on Ut Thistoire 



DB LA RiTOiimaH FOLONAISI. 1^' 

de la Pologne dans les dernier» siècles^ on se croît en pleine 
barbarie. Cest dans ces diètes armées que, «L'ordinaire^ oa 
choisissait des rois; réjectioa du souverain était.le prix de la 
victoire. 

Et cependant, ce n'était pas encore asse? pour la Pologne 
de tous ces éléments de discorde et de raine. HalbenreuBe** 
ment la constitution de 1573 avaii omis de formuleri d'iite 
manière expresse, le principe de la majorité, ce principe né- 
cessaire ei éternel. Jusqu'en 1693, cepmdant, lesdélibératioiis! 
foi^nt prises à la m^îorltédes suffrages* Mais, àeetle époque/ 
ropposition da nonce Sictncki, d'Dpita, en Lithuanie, intro-i 
dnmit dans les moeurs politiques de la Pologne le poiàon des*' 
tracteur qui , avec Toppression du peuple, a le pluecontribvé» 
à l^anéantissement de ce royaume : nous voulons parler' 
dn liberum veto q«ry' oooiKicra l^nardricv Le* liberum c«/o/ 
d'abord fait isolé el individuel, qui, ensuite, passa dans ksi 
hafbitudes, devint enfin la phis sainte des lois pour la no- 
blesse dont il flattait l'orgueil. Le principe de l'uni|nintité> 
absolue^ principe absurde et insensé, prévalut sur le pltHuni 
lité des voix. 

NfHKsealement le veto, mais l'absence d'an nonoe suffisait* 
pour interrompre toutes les délibérations; c'était évidem** 
ment rendre tovt gouvernement, tonte bonne gestion des 
affaires publtqnes, im))oSsibles; c'était subordonner aucapric8> 
d'un homme le monvement de la madiine politique, qui 
ne doit jamais s'arrêter. Comment, en effèft, ta diversité 
naturelle des esprits, la divergence des intérêts et des posi-^ 
lions permettraient-elles que, dans une assemblée composée 
de planeurscentaînes de personnes, toutes leà opinions se ren- 
contrassent d^babitttde dans .une seule et même pensée? Ajou* 
tez à cela que les mandats impératifs, qui liaient fréquemment 
les nonces envoyés aux diètes, les empéchaîMl d'être d'«c« 

3 



^i itttradi 

coH, quand même cet aeeord eût été possible. Ms^lora, les 
questions les plus imporfenfes attendaient indéfiniment une 
solution, les lois les pins urgentes étaient Indéflnlment ^Joor- 
nées, ou bien encore, quand le parti le plus nombreui était* 
pressé d'en Sntr, Il reeouralt» peur supprimer PopposlUon, 
au nemède sauvage de l'extermination des opposants. 

La Pologne amill emprunté le oeto aux institutions de la 
république romaine; mais quelle ditléreneel A Rome, o^ 
tait à deux hommes seultmeot qu'on remettait ce droit exor* 
bitant, et il était toujours exercé dans l'intérêt du peuple, que 
les tribuns représentaient. En Pologne, au contraire, il appai^ 
tenait à la lois à trois eu quatre cents personnesi qui Texer* 
«aient, non pat dana l'intérêt du peuple» puisque le peuple 
n'y était HeQi mais dans rînlérét de la eaala dominaoteftdo 
le no b l e ss e , ou même dans le leur, lorsque les mesura dea 
Qoblee se oorrompirent. 

Mous ne compterons pus, parmi les institutions vieiiueaa 
de la Pologne» le principe de rélectiou au trône. Dea exe»* 
plea nombreux prouvent qu'il est des pafs où an IiApc éleoltf 
et viager fonctionne parfaitement; mais on voit que» ludé*^ 
pendamment décela) deux causes permanentaade traubki et 
de ruine deux maladies cbroniques, alléraient etminaiuot 
ineessainment, dès lexvir siècle, le vigoureux tempérament 
de cette généreuse flile du Nord ; d'abord, le «tfe qui paral|w 
sait, pour ainsi dire TEtat» puis resclavaio du peupte. l'escla*» 
vage quialicoedu gouvernement le» classes dé^bénlées de 
Imira drpila légitimes et oaturels, et qui toit qu^eUea foYiL 
défaut i la défense du pays» quand le pay» a besoin d'elles. 

Arrivons maintenant aux années et aux événemenla qui 
précédèrent et préparèrent le partage du tarritolM poln» 
Mis, et ranéantisaement de cette natlou. 

ieUeskl vcmU de «aeurir en laissant après tel le aoavemr 



Dl LA RÉYÔLtmÔtt FOLONAISB. Il 

de grandes fautes 6t d^éininentés quaittéi. IbMle eft|rilftliie> 
excellent aâminislfatéot, Il ivatleti l&toHdeBêJetér dftiMdêl 
guettes glorieddei, mate Inutllei 9m BUjete, M puts^ I U 
fin de son règûê, de le la!»er, comme LottU UT, dominer par 
on prêtre, le Jésuite Vota. U Pologne élut à M placé l'élediiur 
de Sate, Frédérlo-AugUBte. Appeler au trAoe te eiHlveraittd*ttii 
autre pays, c'était déjà un tort, comme les étéiteméud le 
prouvèrent. Hais ce fut à torce d^or quci Frédéric^Augilste 
acheta le trftne. Jusqoe-lA> nous atout remarqué que les 
mœurs de la nôbleaae étaleut restées pures; maliaprès SoMeilU 
tout changea; lâsolf des richesses, le gofti des plaisirs rMi* 
placèrent Tanttque austérité polonaise, et la côureuné fut, 
pour ainsi dire, mise aut enchèreê. 

Prédértc-Augûste, qui projetait le rètabllssémitit Ae la 
monarchie héréditaire, mais qui n'eut paê, lottatoarttne, 
sans cosse agité par la guerre, le loisir nécessaire pour réallaer 
soft desseins, tut un des rola les plus funestes à la PologM, 
et uu des plus impopulaires. Au début do son règnei il bleaia 
tea susceptibilités natiounles en appelant des troupéisatM- 
uea àu sein d*0A paya aussi fier que Jaloux de aou ludépoti* 
dance. fii6n(6t il de rendit odicuî par la part qu'il prit 1 It 
guerre entre la Russie et la Suède; car, si la POlOgtta, <)ui 
servit de Ihéftlré à cette lutte outre Pierre 1^ et CharluXU, 
souffrait de toutes les victoires de Charles XII» d*uu autre 
G6té, elle ûe gagûalt rien à celles de sou allié» Plerro V^^ qui 
en profilait seul. Mais le plus grand crime de Prédéric^Auguite 
envers le noble peuple qui se donna à lui, ci UU Ait ttl ton 
alliance servile aVêC le c2ar moscovite, quoique loi PolOMis 
en fussent profondémeut offeusés, ni même la tulénnei In- 
juste dont il couvrait leé coupables ekcës de les troupes Slfton* 
des, qui traitaient la Pologne comme un pa}a Couquls; OU fut 
surtout le paa immeuae quMl fit faire à II oorrufilioB^ aoua 



S0 HISTOIU 

^QQ règne. On comprend, en effet, que le Jour où Tégoisme 
remplaça Tamonr de la patrie^ où la licence des mœurs vint 
joindre ses ravages à cl|k de Panarcbie, on comprend que ce 
jour-là la Pologne fut irréparablement perdue. 

Pendant qu'elle touchait aipsi à son déclin, Tastre de la 
Russie se levait à l'horizon et brillait déjà d'un vif éclat 
sous le règne de Pierre !«' dit le Grand. 
^ Cepçndant^ les plus influents des nobles Polonais s'émurent 
des dangers qui menaçaient leur patrie dégénérée; et, sur la 
fin du règne de Frédéric- Auguste^ deux grands partis se par- 

^tag^r^pt H Pologne ; ils arborèrent tous les deux le drapeau 

,dQ Ift, réforme; un Czartoryski était à la tête de Tun; un 

Potocki, à la tête de l'autre. Chefs de deux illustres maisons 

de.iPolpgpe, chacun de ces deux noms était un drapeau. 

; Le plus riche et le plus nombreux des deux partis était celui 

des Czartoryski. Les Czartorjfski, qui étaient animés d'ex- 

,oelleiites intentions^ prirent, pour atteindre Jour but, le plus 
mauvais chemin, en s'appuyaiit sur Tétranger (comme si un 
liays devait jamais appeler l'étranger à son aide). Prenant la 
Pologne pour ce qu'elle était devenue, ils croyaient, en raison 

, de l'abâtardissement des mœurs, à l'impossibilité de la ré- 
publique ; ils voulaient rétablir la monarchie héréditaire , 
étendre Iqs prérogatives de la couronne, et surtout extirper 
le caAcer dévorant du liberum veto. 
Qqant au parti de Potocki, il voulait bien aussi abolir le 
. liberum veto^ dont Tabsurdité avait fini par frapper tous les 
esprits; mais il entendait que les libertés publiques proQlas- 
sent de cette abolition, et, au lieu de Taugmenter, il voulait 
restreindre les prérogatives royales. 

Du reste, dans tous ces projets ae réforme, il n^élait nul- 
lement question du peuple, des bourgeois, des paysans; la 
cla89e privilégia songeait à elle, voilà tout, et elle aurait 



DB LA RÉV^LtmoM rOLORAttl. ^ 

été fort étonnée si on lui eût parlé des droits imprescriptibles 
da peuple, tant elle était habituée à le compter poar rien. 
Cest alors que le grand Frédéric, rot de Prusse, qui sou« 
tenait à cette époque, à Taidedes Anglais^la guerre de sept 
ans contre TEurope coalisée, envahit les États de Saxe, 
Pierre I" entra, à son tour, en Pologne. Ce fut la première 
violation du territoire polonais par des troupes étrangères ; 
mais quoique le czar moscovite nourrit déjà sur cet intbrtuné 
pays de secrets desseins de conquête qu'il légua à ses suc- 
cesseurs, cette invasion avait au moins un prétexte honorable, 
celui de secourir un allié, Télecteur de Saxe, menacé dans ses 
États. L'occupation de la Pologne par l'armée russe dora six 

*an8. 

Pierre le Grand mourut; après loi rien ne transpira des 
prétentions aitibitieuses de la Russie, jusqa^à Catherine H, 
qui, étant montée sur le trène en prenant pour marche-pied 

' le cadarre de Pierre 111, son mari, tut la première à mettre 
andacieusement à découvert ces projets d'envahissement. Le 
premier acte d'hostilité de Catherine fat Tinvaslon du duché 
de Couriande, an mépris des dreMs sacrés et incontestables de 
la Pologne. Le gouvernement russe j qui, comme le gouver- 
nement anglais, ne se préoecupe jamais dans ses relations 
intematÏDAales de moralité nt tle justice, mais uniquement de 
son intérêt, se taisant juge dans sa propre cause, soutint qne 
la Courlande appartenait à la Russie, et se moqua des protes- 

- tations des Polonais. 

Hais œ- n'était là que le premier pas dans la voie que 
Pierre le Grand avait tracée à ses béritiefrar lo second ne su 
Qt pas attendre ; seulement, n'osant fèkeouverlettieut, pour 
Texécution de ses projets, ce qu'elle availfait pour le duché 
de Courlande, Catherine de Russie, se souvenant de^ la nui- 
chiaiélique maxime de Catherine de Médici^ « dtariserpenr 



12 wmoiMM 

Ugmer, » Juget que» pour avoir meilleur marché de la Polo- 
gne, il valait mieux y allumer les discordes intestines et 
réoerv^r |^r la guerre civile^ que la combattre fran- 
chement. 

La première manifestation de cette politique perfide fut la 
aominatioQ de Poniatowskî i la place de l'électeur de Saxe 
.qui venait de mourir. 

Le prince Poniatowski, dont Télection exerça une si fatale 
inOuence sur les destinées de son pays, était neveu des Czar- 
torjfski; brillant et frivole, il avait dépensé sa jeunesse dans 
les plaisirs, saus s'oQcuper d'études sérieuses, quoiqu'il râvàt 
Ja couronne de Pologne, sur la foi d'on ne sait quel alchimistei 
qui, pendant son enfance, avait amusé la tendresse de sa mère, 
.en lui disant ; « Un jour votre flls sera roi. » Poniatowskî, 
itoot la première adolescence s'était passée au milieu de voya*» 
fges d'agrément en France et en Russie» était devenu, a Saint- 
Pétersbourgi Taniant de Catherine. Ausei, oubliant que 
ri vresse dee sens m gagne jamais ni le cœur ni la tête de ces 
ila$alin09 oottronnéei, o|i prétend qu'il s'était bercé de l'es- 
poir d'épouser ea royale raaitresseï et de s'asseoir sur le trtae 
de toutes les Russiea. Il fut bien heureux, en tombant du 
baetdeee rêve éblouissant, que Catherine voulût bien lui 
payer son amour avec la couronne de Pologne» à laquelle il 
n'avait assurément aueon droit, si les meilleurs titrée pour 
porter une couronne sont rélévation de Tesprit, l'énergie du 
caractère et le dévouement au pays que Ton veut gouverner. 
CMtUerine protégea donc la jeune ambition du prince» et 
afficha son insolente protection dans une lettre qu'elle lui 
envoyai même avant la mort de Frédéric-Auguste, par le 
eomte Kaiserllng, son ambassadeur en Pologne. Cette lettre 
était conçue an eee termes : c J'envoie Kaiserlingen Pologne 
avecraMba di tftai faire rai«a £a même temps» Gatbe^ 



# 



ta LA itVOLimôll IN>LONAlfl«. il 

riiie,8am prétexte celte fols» envoyait une armAe en Pologne 
pour essorer Paccompllssenient de sa hautaine volonté. 

Ce qaf! 7 eut d'étrange à cette époque, c'est que ce frftne 
de Pologne, qui, à disque vacance, était ardemment disputé 
par un grand nombre de prtnoes étrangers, se trouva pres- 
que, après la mort d'Auguste, sans prétendants princiers. 
Rien ne prouve mieux le mauvais état des affaires de ce 
pays. Tout le monde pressentait le triste avenir qui le me- 
naçait. Les seuls candidate furent le fils de Frédérle^Auguste, 
le prince Adrien Gzartorjski, Poniatowski et le général polo- 
nais Brawicki. Les deux premiers se retirèrent Irientftt, «I ' 
laissèrent le eliamp libre aux deux avlres. 

Poniatowski joignait à la protection de Catherine celle dn 
parti Gzartofyski, dont ses oncles étalent les ehe(h;quantà 
Bravricki, il était le candidat du parti de Fotocki, qui, plus 
jakMix que Pantre des libertés pobliqMS, ennemi déclaré de 
Phérédilé de la couronne, et surtout de' nntervention étran- 
gère» plus profondément pénétré du sentiment de la dignité 
natioqale, était le parti le plus populaire des deux. 

Le prince Cxartsryski^ qui, comme nous Patène dM, avait 
les meilleures intentions, mais dont le patriotisme manquait 
de prévoyaneei se servit d'un singulier moyen pour Aiire 
triompher la candidature vivement combattue de son nevea 
PMiatowski. 11 imagina dVippeleren Pologne^ non-eenleoMit 
une armée russe» mais une arwée peussiennei êàâ la Pf Qssf » 
comme la Russie, et d'accord avec elle, convoitait, élis 
'aussi» sa parties dèpouiUea de m pikj%, el le pcipce Gaar* 
*torysliîj trompé sans doute par les protestations hienveit» 
lanUs des ennemis de sa patrie, ospérajl que las dmt surmées 
s*en folonrmraîent paeiflquemeot obea «11m après réte^toa* 

ia diète qui 4atait nommer le saçoeseeur de Fréd^rio* 
AiiffNite ^uêwMàf te 7 ssai VH^ 4 Vacapvtei mitm4m 



U HtSTOlBE , , ,, 

troupes russes et prassieones. Ce jour-là, Varsovie, présenta 
le plus dépk)rable spectacle,. celui de rassemblée des repré- . 
sentants d'un grand pays délibérant sous des baïonnettes 
élrangères. Le parti Potocki eut beau protester et refuser de 
prendre part au vote tant que des soldats étrangers souille- 
rnieut le territoire, on ne respecta m^e pas. Iqs anciennes 
institutions, qui étaient encore en vigueur et dont on voulait . 
cependant le maintien : an mépris du veto de plusieurs 
nonces, l|i diète délibéra, et Poniatovirski fut proclamé roi de 
Pologne, souslenomdeStaoisla^AugMste, le7 septembre 1764. 
Cette élection fut viciée, non-seulement par la violence^ 
mais encore par la corruption; car elle coûta beaucoup d'or 
à te Russie. 

Il faut rendre à Stanislas-Auguste cette justice, qu'au début . 
de son règne il panit vouloir s'affranchir de Tinfluence de Ca- 
therine et gouverner par lui-même; mais les obstacles qu'il 
rencontra fatiguèrent , son caractère pusiUaqipie; comme: 
Louis XVI, 11 aurait voulu contenter tout le monde, ce qui est 
la plus grande des fautes en politique; car c'est ainsi qu'oo i 
ne contente personne et qu'on ne se fait que des ennemis. 
Aussi, le sentimen» de sa faiblesse le fit-il bienl^bt renoncer ! 
à celte lutte, et le rejeta*t-il plus que jamais aux bras de la • 
Russie. t 

Le parti Czartoryaki ne tarda pas à avoir la preuve de la dé* ! 
loyauté de Catherine, et à recueillir les fruits de sa folle cré* ; ^^ 
duUté. . ; V. 

Par le pacte secret conclu entre Catherine et les deut * « 
Csartoryski, ondes du roi, acte par lequel on ne sait*ce \ • 
qu'on doit admirer le plus, ou de la duplicité de l'une, ou ' * 
de raveuglemenides autres, il avaitété expressément convenu - 
que, peu après l'élection, il serait porté, devant la diète de 
convoeatto&, des paeta eom>entay' qui devaient essentiellement' 



M u liipunnaw poloraki. tS 

chaigir la coMttlutioi^. Toutes les grandes magÂstrabires de 
la république dépouillées de Jours droits les plus abusifs; 
la distribution des gfftces reBdoe plus iodépeodanles ; et prin- 
cipalement la pluralité des voix snbstituée aux lois iosousées 
de Tunaniraité et du liberum neto; telles étaient les princi- 
pales réformes par lesquelles les Gzartorjski Toulaientaraener 
] la Pologne à une constitution monarchique. Mais les pr^ugés 
Jde la noblesse, et surtout les intrigues de la Rnssici devaient 
faire échouer tous ces projets de réforme. 

Ce fut surtout au sujet du maintien ou de rabolition du 
liberum veto^ que la Russie, soulevant on coin du voila 
dont elle couvrait ses intentions , fit éclater une véritable 
tempête au sein de rassemblée. Ces cinq ou six cents rois qai 
composaient la chambre des nonceS| et qui régnaient sur la 
Pologue» défendirent avec acharnement la mince part de 
royauté dont on voulait priver chacun d'eux au profit de tous. 
ToutTarsenal des étern/»ld lieux communs, à Taide desquels 
les gens intéressés au maintiea des abus les soutiennent 
toujours, fut mis en œuvre par cette circonstancoiet prévalut 
contre la raison même. 

Nous rapporterons cette séance avec quelques détails, pour 
donner au lecteur une idée des formes sauvages qui prési- 
daient souvent à ces diètes, et de Tastucieuse politique de 
la Russie, quMl ne faut Jamais perdre de vue dans les 
causes essentielles qui ont amené Tanéantissenient de la 
Pologne. 

Parmi ceux qui allaient soutenir le maintien du liberum 
veto, beaucoup s'étaient fait payer leur résistance par la 
Russie \ niais la plupart, il faut le reconnaître» puisèrent leur 
opposition dans une source pure, Tampur malheureusement 
inintelligent de la lib^té et des viciées coutumes. 

Un de ceux-ci, et un de ceux qui défendireut avec la pin 

4 



te 

Mitifra émrgfe 1« llhemm teM, fut Woltfêkl, p«rM( de MaU- 
Cboirt;ki> maréchal Aê» nôttoes. 

« --En térité.mMiiétifsméiifMrég, dltce fougueux tiibun, 
aprèi là propoUttofl qtii tous é^t êoumtêe, Je ne fn*étonnô plds 
d'entendfe mnrniurer autôuf de moi qnll faut an^si rétablir 
rhérédltédiilrAntf, cette imlHtttlon abolie par la sage prévision 
de noa pèreê. C'est là qu'on' tent arriver, et on commence 
par vouloir porter la plus grave atteinte aux droits de h 
noblesse, à notre OonstituUon même, dans Tune de ses dis* 
positions les pliis importantes. Le ttberùm veto, c'est notre 
sauvegarde à tous, messieurs mes frères ; c^esl le palladium de 
notre liberté^ c'est lui ({ui garantit chacun de nous de Toppreâ- 
alon dès autres, t^our que les décisions d^une assemblée soient 
Scf upuleuSémefat etécutées par tout le monde, il faut qu'elles 
émanent de tout le monde i et c^est à celte sage toi de l^u- 
nanimité des sutrrsges que Von voudrait substituer celle de ta 
majorité! La majorité! c'est direqull pourrait arriver qu^urte 
mesure mauvaise, quifturaft pour approbateurs la moitié des 
membres de cette assemblée, plus un, serait adoptée au mé- 
pris des droits de l'autre moitié, c'est-à-dire qu'une seule voix 
l\sràit f»encber la balance , et déterminerait la domination 
t^ranniquê dés uns par les antres. 

« Preneï-y gardé, messtetnn mes frères, dans I^ordre poli- 
tique, tout Sè tient, tout s'encbalnè. Dlmprudcnts et auda- 
cieux neinteuf S tf^ns demandent aujourd'hui le sacrifice du 
libervm ee/O; demain ils vousdemanderont rhérédité du tr6ne, 
pulséttcMe d'antres nouveautés quils décottroni pompeuse- 
ment «tt nom dé réformes. Dieu sait Jusqu'où cela irait! 
M'OQvret pai la lyorté ant innovations, m Craignez que plus 
lard 11 M^nm soft plm posafMe de la fermer. 

« L'édifloè fondé par nos alettt, et dont lé Ubirum vélo est 
M pMrw ib|!«lâlre^ i ponir tel U ^nséeratloll 4éi années, 



M LA WÈfOhfSnUfH f^LOH AISB. ^ 

Ne MbrmlMi pa» ê&an le prétexte de le reittarer, de penr qnll 
ne nom écrase en s'éermtlant snr noos. Gardons nos vieilles 
Ms, nos vieilles InsUtoUoM^ el n'ooMioas pas que e^st rantf* 
qiiité qvi Mt Mftovl la favce 4es nsafes. 

c Qnant i moif Je ëiclam que Jamais Je ne renoncent 
volontairement à une prérogative qu Je tiens de mes anollres 
el que, eeoime eu^ Je israls prêt i la soutenir, s*ll le fallait, 
les amas à la «ain, dana les etnaices, oonlM tow een qui 
ne pensent psa eemaae naeî. 

c A ealai des taa p r od epta nevateoM diront peul-étra qoe 
sMlenir ainai son dMît par le lar^ oM la4rail d*«i barbare» 
Jan'aiqai'at aaolàrépeiiAra: ffilj a d* la batbariaà ne pas 
DÉpiidîer ce qui a faUla gioira et Teivueildd oaa pèrss* ce qui 
amakilMulew liberté, je veutétre barbare, a 

Gadiaeeufs» qui flattait laa gaùls et las inifocis 4e cette 
aUière neUaase, fiit aosaailti par Kmniansa oiaforilé avec 
4m frénétique eallioasiaanie. «•- a TiMsl tons^ nous voulons 
éto* terbereal a i'évrièrant apantaiiéfneBt la plupart des 
iMmbieiilaFiiietai à la palgnée de leur wbra, et prêts à le 
tker MulM to«l eppes a qi 

▲ voir t*aitilode haulainf el meMçante de cas» iers enfants 
dsa flamalBs, qui, aaleo leur antiqw «aiga, Mlaient rendus 
eoarmeaè la^dlètOyiiak: n^Atyq se preiredMBîiiie assemblée 
de législateurs. La provocation était sur toutes le lkvrei,ledéll 
dans Mis Jaa vegirdÉ^ Bsi hoHpe éttan^sr au kebilttdes des 
dflfeteaeètcmassialar i no de cea bAifanlant t«iÉt]|tuetti ' 
oatodcea éea qpnetrf es» du niofea âge^ fsèrtNinl^ après ime 
motion» leur écu dalanr lanea, et disant t Voilà mon dnoit *^ 
e^m leii Ita rasls^ lia Polemis avaiem aneore ooeeervé, { 
dgaelenra aesBura pnMsqMa» qaakiaa nllese'de eus rudss \ 
etr fitfenahea tUÊét. dent le elvilisatîott apaiè pattapt ëUlanrB 
lÉUMMueftiMlolU Itt tefoip^ àiiÉ44ii4ii'j|ft.'pnBi|it à ' 



Up i.r • WS70IM- , 1 v.M 

cette sqaoce n*étut que la physionomie. babitueUe defidiU/ 
bératioos, lorsque le wîei ea dîscQssion était de naiuie %* 
aipener des dé)i)ate orageux^ tï, ^tma ce rapport Je libtr»êà: 
veto éialt une de ces quesiîoBs ardentes qui pMvaifint le. 
plus profoodémept remuer toutûs les passions de ces finrs 
paladins de Tâge moderne^. ^ 

Quelques<Kios, et c'était le plus petit nombre, avaienl ivnt^ 
altitude imposante et calme, qui contrastait anse Talkine pas^ 
sionnée de la majorité. A la tête de cette «inotité étaifati 
les deux Cxartoryskl. Jugeant les souTeraMis d'apràs la loi 
commuDe, ils n'avaient po crure que par cela seul qu^n eftt ' 
ceint le diadème, on pût impunément se Jeuer de sa parole et', 
de ses serments.. Gstherine s'était formellement engagée à 
faire appuyer TaboUtion du liberum veto, et tti auraient cru 
naïvement a cette parole de reine. Leur opinion snr cette 
question était connue d'ayancci puisque c'était en leur nom • 
qu'étaient été portés» devant la diète, lespnetoeonsMto; et* 
cependant .ce n'était paa contre eux qu'étaient dirigés las 
regards depnavoeatien ou de menace des fougueux partisansi 
du liberum veto ; c'était contre un des plue jeunes nonces, qui; 
n'avait pas parlé encore, dont l'opinion était connue aussi 
d'avance, et dont le dédain semblait défier toutes les celèresy:» 
ou muettes ou brufantas, qui paraissaient ne s'adresser dirne» « 
tement qu'A luL ^ » 

Ce ne tut pas lui cependant qui fépendità Wobiaki. Un den» 
Csartoryskiy le prince Adam, seichargea de réfuier sa vigoup- 
reuse harangue et de battre en brèche le Ukmrmn esfe.Il le> 
fit avec la modération qui le caractérisait. 

*«t Messienrsmes frères, diMl je m'étMne qu^en invoqM, 
peur défendre le lihenm veto, le saint nom de la ttberté. il • 
me semble pourtant qu'il nlapasto^joun été un beuolier bien > 
Hîie povelki et r^pte^ 4e dtf par lequel liftancaWoluiUi 



Dl LA lliY%M}WMI|H>L01IAUI. M 

atenniné aon 4iioMr3 me rappeUappéiM f îwit . que; dww 
maintes dTcoueiànces,]elib€nmif$/ù f|Uiia signal lUgiierft 
dans rassemblée def nonces^ et ne servit à ia fois qu*k faife 
opprimer et tuerie petit QomJ»re par te graffd,nqiiftifre«QiHu4 
on n'était pas d'accord, on se battait; et 1q plus fort^ c'eatràrdire 
le parti le plus nombreux, avait toiyours raison* E^dt^^ce la 
de la liberté ? C'était bien le règne da la mfjorilé coatreJequal 
on proteste aujourd'hui; seulement^ c'était une majorUé, 
violente^ brutale» à laquelle je tous propose, du sulMlilui^r 
une majorité pacifique et intelligente. 

« le snispartisaui autant que tout ax0ge, de la Mbeité , nais 
la liberté doit avoir ses limites^ ^ veux amnt.t^ti^ue 
mon pays soit fort contre l^s eonemia extérieurs flui.pom> 
raient le menacer, et qu'il prosi>ère au-de^aos. C'est pouc 
cela que je repousse une aoaficbie qni fait aotre faiblesse 
an^dehors et notre ruine ao^edans. 

t Le libemm PêtOp messieurs mes frères^, qu'an vient 4f 
placer sous U, protection dessièples^ n'^st pas, dUireste^.ausii 
Tieux qu'on le dit Vous savez bien qf'jl ne date que 49 
Tannée 1652; vous savez bi^ aussi qu'il n'est éorH AuU^ part 
dans la constitution^ et que c'est un iisage qui s'eat,traBS« 
fonné facilement eu ioi* 

c liais ce serait uuf, loi| et une loi, de la plus hante auti** 
quité, qu'il n'en ^ faudrait pas;n)oins laboUr si elle était 
mauvaise. L'est^eUeT Voilà toi|jte,la4u^tion. Pour larésandre« 
vorez les fruits qpe le tt^ifm^ f^tto apporté depuis plus de 4;eut 
ans qu'il existe. 

c Plus les lois sont vieilles . plus elles sont respedéeti, 
nous dit-on. Cela est vrai ; maisU n'eu est pas m^îM vrai que^ 
lorsque l'expérience a rjivélé un. alius, ce jwait f^ie .de laissep; 
cet abus s'invéférer et ^e perpétuer . 4a0S les. mœjurs, soust 

ps^tequ*ilneliHltjiaa.tait«i^f iW.qw FP^^ 



qoê ItftIoiiMiMtvetpeelées, nUvA qn^effes soient anctennê^, 
f% to fent Mon ; maitil ftnit aossi no pea qu'elles soient bon- 
nes. Je ne demande pasqa^on démolisse f édifice de nos pères, 
Rials^ comme il me semMe qa*un vice fondamental de cons- 
trnctlon s'y fiait sentir^ Je demande qa^on le répare. 

f Assurément^ messieurs, si Tananimlté des esprits n'était 
pas une chimère, si c'était chose possible Je serais le premier 
à Tonlolr qu*nne décision, prise dans rintérét de tous, Mt ap- 
prouvée partons pour être obligatoire. Mais runanlmilé est 
malheureusement impossible» et, dès lors, Je ne vois aucune 
absurdité k ce que, dans le cas dont parlait tout à Pheure le 
BMce Woittski, une Tobt de plus ou de moins fasse pencher (a 
balance d'un o6té ou d*un autre. La mesure qui réunit le plus 
grand nombre des suffrages est ceHe pour faïqnelle il y a, dané 
le doute, les plus fortes probabilités de sagesse et do justice. 

< Messieurs mes trères, Je ne medissImuTe pourtant pas que 
tous demander Pftbolttion du Kbenm veto, c'est vous deman- 
der un grand sacrifice ; mais Je le solUcite de tous dans 
rinlèrêt commun. La chambre des nonces, en se prononçant 
pour le pirind pe de la majorité, ne se suicidera pas; au con^ 
trsfhro, le oorpi tout entier y gagnera ee que les membres y 
perdront. Je vous conjure donc d'adopter cette ntesure, en 
dehors do laquelle ftn'est point do salut pour la Pologne. # 

Ce discours, tout sage qu'il était, excita quelques murmth 
resdimprobaHon ; mais eomme, malgré PtûHuence pârIbM 
lynmnique qo'oiorçaléiit les Ctàrtorysii, on savait qu*its 
étaient plutôt partisans des discussions de principes quedTum 
de ces oppositions systématiques et intraitables qui pou- 
vaient arrêter ou invalider une déllbératlonjoomme on n'igno» 
ralt pas que leors votes cl ceux des membres de leur partf 
irralenl acquis au maintien du Hberum vélo iës que la ma- 
jorfie se eerclt banMiseBft pronoBoeo w sa faf^uri ses mor • 



M LA liinuoiWI MMiuni* 'H 

invr^ n'tpreot (m <}e fml/è^ tX touf l«t n^gardi liilèrwUtpif* 
iamment flsés sur le nonce pour qui lemblaieot réierféis 
' loutas les colores. Ce npnce H nommait Kors^cki. Ua$9idteit» 
pour la première fois, à ladiète. £nie laissant partir^ son pèm» 
dans la certitude que riofluenœ étrangère allait dominer la 
diète, et ne voulant pas laisser passer sans protestation cette 
humiliation de son pays, lui avait dit les paroles remarqua* 
blés suivantes, qui semblent une des pages oubliées ^e$ 
annales du vieux monde : «Mon Ûls^ vous ailes partir poor 
la diète. Pour prévenir les humiliations que je prévf is» te 
Pologne n'a pas trop des efforts individuels de tons ses #«- 
buts. Je vous déclare que je vous fais accompagner par 
mes anciens domestiquest et je les charge d% m'apporler votia 
tète si vous ne vous opposez de tout votre pouvoir à ce vied^ 
étrangers se mêlent des affaires de votre patrie, » 

Les partisans du liherum vélo avaient connu ce propos. 
Os savaient que Korsacki n'était pas homme à désobéir à 
son père, et, animés par les excitations et Tor de Tambas- 
sadeur de Russie, ils étaient décidés à ne reculer devant aiH 
Cùne violence pour assurer le triomphe de leur opinion. 

Korsacki, cependant, ne prit pas la parole encore. Beaucoup 
d^autres discours furent prononcés de part et d'autre sans 
qu'aucun des orateurs posât des conclusions assex formelles 
pour invalider la délibération. Les deux ambassadeurs russe 
et prussien étaient présents à la séance^ Us gardèrent le silence 
jusqu'au moment où, voyant que le tibêrum ee(o comptait lyi 
plus grand nombre d'adversaires qu'ils ne Tataient préW» 
Repnin, ministre de Catherine, prit enflo te parole en ees 
termes : 

« Messieurs, je ne saurais partager l'opteioa du prioee Gla^^ 
toryski. le libenm veto, comme vmis 1% dM teMoee.W** 
luski^ doit être w||>aeté»ar t »wa<w» w i»m» hWiage.Mfné 



■92 . # . HlfffOlll 

|Mf Vos pères et oommefl& première deê prérogatives de k 
noblesse polonaise. Je ne vois pas, au maintien de celte insti- 
tution, les inconvénients qu^y trouve le prince Czartoryski, et 
Je dois' ajouter qne les privilèges des nobles polonais sont si 
cbers à ma souveraine Timpératrice Catherine, qu'elle s'op- 
pose formellement, par mou organe, àTadoptipu du principe 
de la majorité des suffrages. > 

Le ministre pruaisien parla à son tour, et dans le même sens. 

A peine les deux ambassadeurs eurent-ils cessé de parler, 
qne Korsacki se leva pour prendre la parole. Il y eut alors, 
dans rassemblée, un de ces moments de menaçant silence où, 
par l'attitude seule des acteurs, il fut aisé de prévoir ce qui 
allait se passer. Kôrsacki promenait froidement ses regards 
sur tous ses adversaires, comme sMl eût voulu les compter, 
tandis que ces derniers semblaient prêts à se porter à toutes 
les violences. 

— «Messieurs mes frères, dit-il, en entendant les étran- 
gers venir jusqu'au sein de la diète nous dicter des lois, je me 
demande si je suis en Pologne, si je suis dans une assemblée 
de nobles PoIonais.Qui d'entre nous a prié lés ambassadeurs 
de Russie et de Prusse de se charger de notre tutelle? Où soift 
signés leurs titres et leurs droits? Ils appellent nos provinçjss 
leurs provinces; ils couvrent de troupes prétendues pro- 
tectrices la république envahie par eux, se mêlent à tous nos 
débats intérieurs, sont de vrais gouverneurs despotiques, de 
vrais ennenlis, sous le nom spécieux ''d'ambassadeurs ; et 
chacun de nous devrait courber, sans protestation, la tête 
sous ce Joug de honte et d'humiliation I Non! je la relève, 
moi. Et tous ceux qui sentiront ce qu'ils doivent à leur pa- 
trie, eequMis'dOivent^auî sang Polonais qui coule dans leurs 
veines, ce qu9s doivent^ à' leur salut et à lenr honneur; tous 
I mim ttiot,' qdl'SMtiWMit qoe les PtAdnais ne sont pas 



DB LA RÈVdtimON POLONAISI. M 

des sujets de la Russie et de la Prusse, la relëïvBr^t ooiMne 
moi. Ils diront.... > 

Korsacki ne put continuer. Une violente interrtiption Vivait 
assailli dès les premiers mots de son discours, et toujours 
croissante, avait fini par couvrir entièrement sa voix. Un 
des nonces les plus dévoués à la Russie, Revruski, homme 
plein de présomption et d'orgueil, parvint cependant à obtenir 
le silence, et, après avoir établi que Korsacki était sorti de la 
question, que la seule chose en discussion en ce moment 
était le maintien ou Tabolition du liberum veto, essaya, dans 
une verbeuse apologie, non-seulement d^excuser l'interven- 
tion russe et prussienne, mais encore de la présenter com* 
me Mil Mre de gloire pour ton pays. 

Korsacki l'interrompit à ces derniers mots. 

— « 11 ne suffit pas, dit-il, de changer la nature des cbose9, 
pour changer la signification des mots : l'oppression est de 
Poppression^ la tyrannie est de la tyrannie; et quand un noble. 
Polonais vient à cette tribune présenter, comme la gloire à»-. 
son pays, ce qui en est la honte et l'humiliatioD, je le dé^^ 
clare mort à ta gloire et a l'bonneiir. — A la question! 
à la questi(m ! s'écrièrent à la fois trois eents voix au milieu 
d'un tumulte effroyable. — Quand un noble Polonais, reprit 
Korsacki, en essayant de dominer le tumulte, se ravale à 
ce point, il ne lui reste qu'à prendre ses parchemins et 
ses titres de noblesse et à s'en envelopper comme d'un 
linceul. » 

Les cris : A la questicm ! à la question ! redoublèrent. 

«*- Je rentre dans la question, reprit encore Korsacki sans 

se laisser intimider par cette explosion de colère ; mais, au- 

piffavant, ceuxLjde messieurs mes frères qui m'interrompent 

permetMul délier en adresser une sj^te t Par les pnctei 



mm uHiimw 

HiHifn» tn^ 4i Qf tte dimmftitei» la tttarw tite daiMI 
et peut-il être mis en question! 

• «^NmI Dwl 9'écirif t» miilQntéi w w peot m«ttr«0n 
^ucftUoa une loi (ondQiueqtalç, » 

f — Alors, demanda eacore Korsaçki, nous déUbéronç «om 
r^mpir^ dtt /t'A^nm ««(q. » 

« ««^ Qui l oui l » 9'iQrift la ip^mQ majorité. 

«-""19 prends acte d^ ceUQ déclaration; et^ comme dana 
Hion |me et consçiepcf?, |'ai la convicUon que co n'eal que 
pour pouvoir perpétuer Tanarçhie en Pologne et l'opprimer 
plus aisément^ que des ministres étrangers viennent nous 
signifier les ordres de leurs coqrs en faveur du maintien du 
liberum v€to, en vertu du droit que confère à tout noble Po- 
lonais le liberum re/oje m'bppose à son maintien. » 

Une épouvantable explosion suivit ces motsj ce ne ftat pen- 
dant quelque temps que des cris^ des menaces qui trahissaient 
toute la fureur du parti russe. Prise au dépourvu par cette 
teergique et eapUeose argumentation, qui^ mettant réeHe- 
aaeiit en question le Uberum veto, sobordonnail dès lors soit 
mainlleii à l\iMttiiDiléd<ia sutn-iiges, la ma|oriléoe vil dViutre 
parti, po«r sortir de raspèee d'impassa e<k eHe sIfttaM Ibur- 
vojée, que de receorîr à ces inoysns brutaux qu) avalent si 
aanvwtttMattglaDlè les délibérations. Parmi ceui qui cofn- 
poaaiml calice asajorilé, beaocoop étaient soudoyés par la 
ftusaia al se IrouvaieDl sons les faux mêmes de l*amhassadesr 
voasa, qm pounOI juger ainsi jusqu'à qoel point ils étaient 
dévoués à la cause à laquelle ils s'étaient vendus. Raoée 
entre un sanglant écliit et leur istérèt, tia nliésitèrent !«$. 
Traîs aaots foix adreasèrent à la Ms à iorsacki des apostro- 
phes nanaçaBlea; le timolle détint biaaMt av comble. Qeel- 
tiimnaanabraaavaiantqmttélaiira plaeea,el,gmipéaatrlew 
éi jartaett» rinlarpuitatort ■iiiaïaiitpiaria Ivaar k9é\%^ 



M LA lÉVOLUTIOtt POLONAKI. tHi 

qner 90d vole; quelques «''pées étaient sorties àû TôtIttêM et 
flamboyaient a Tair. Korsacki lui-même, résolu à môtirtf 
plutôt que de céder, mais décidé à se défendre, avait au^ 
tiré la sienne, lorsque du milieu du groupe qui rentoûffttt 
une détonation partit, et torsacki tomba mort : une bàUè 
TaTait frappé au milieu de la poitrine. 

Cesl à de tels moyens qu'avait souvent recours là Russie 
pour emporter les délibérations. Jusqu'alors, c'était, il est 
vrai, des moyens qu'on pouvait, en quelque sorte, «nppcter 
légaux, en cequ^Usoe sortaient pas des mœurs d'un pays où 
les salles des diètes étaient souvent transformées en cbauip 
de bataille, véritables arènes où se massacraient les deux par- 
tis; mais nous verrons, dans la suite de celte bîfttolrô, que là 
Russie avait souvent recours à des moyens d'ude autre nature, 
qui n'avaient Texcuse ni de Tusage, ni même des précédents 
dans les annales des ^leu pies les plus immorânt et lea pltis 
barbares. 

A la suite du sanglant épisode de cette séance, le tibèmnè 
veto fut maintenu. Déçus dans leurs espérances de réforme, 
les deux Czartoryski commencèrent à seulir que Catherine 
les avait pris pour dupes. Cette intervention extra légale de 
deux ambassadeurs prouvait, en effet, que les deux sôU* 
verains étrangers n'avaient été préoccupés que de leurinté« 
rit personnel, qu'ils voulaient éterniser en Pologne r&naN 
cbie pour hâter le démembrement. 

Cependant l'astucieuse czarine de Russie, Catherine, qui 
pressentait qu'elle ne pourrait maintenir son influence en Po- 
logne qu'à l'aide de l'anarchie, était toujours en quête de 
iloaveaux moyens. Les idées philosophiques, qui remplissaient 
alors d'un vague enthousiasme toutes les têtes, lui fournirent 
ou nouveau prétexte pour Jeter inopinément un nouveau 
brandon de discorde dans ce maiheureuxpays. Elle demanda 



i$ HI8T0IBB 

que les noo-catholiques fussent admis au partage de tous les 
droits politiques. Elle espérait avoir, dans ces rellglonnaires, 
une seconde faction russe indépendante de celle qui avait fait 
élire Stanislas, et dont elle se défiait depuis qu'elle Tavait si 
indignement trompée en faisant repousser lespacla conventa 
portés à la diète par les Czartoryski. Les Polonais se refusèrent 
énergiquement aux propositions de la Russie, moins par fana- 
tisme que par haine contre les Russes. Mais les deux cabinets 
de Berlin et de Saint-Pétersbourg épousèrent hautement la 
querelle des dissidents. 

Ce parti des dissidents se composait de tous ceux qui 
avaient embrassé la cause du protestantisme. Cette secte reli* 
gieuse, après avoir presque dominé en Pologne, s'y était vue 
persécutée par le catholicisme triomphant à son tour, et par 
les jésuites qui étaient tout-puissants. La cause des dissidents 
était juste as^urément^ elles nombreux gentilshommes Polo- 
nais qui avaient adopté le protestantisme élevaient des récla- 
mations légitimes, en demandant à être réintégrés dans 
Texercice des droits civils et politiques dont l'intolérance les 
avait privés; mais il est permis d'afûrmer qu'en prenant leur 
défense, la Russie et la Prusse n'obéissaient pas aux sentiments 
de tolérance dont ces deux Cabinets se paraient dans cette cir- 
constance, mais à des intérêts purement égoïstes. D*ailleur8| 
de quel droit, même sous prétexte de liberté religieuse, un 
pays interviendrait-il dans le gouvernement d'un autre 
pays? 

La diète proclama donc, par l'ordre de la Russie, l'égalité 
des droits de la noblesse dissidente; et ce que n'avaient pu 
faire toutes les trahisons antérieures du gouvernement russe, 
Tin tolérance le fit. Les nobles polonais, qui avaient trouvé bon 
que Catherine intervint parmi eux pour faire maintenir le 
liberum veto, se soulevèrent cette fois au nom de leurs croyao» 



M U itTMiniM' POU>MAm. t! 

ces religieuses. Vaeeonfédérattim ee fermée et la gMiM édita 
entre les opprimés et le» oppresseurs. 

Les maux intériears, résultat de cette iBtennhiable anaiv 
cbie 9008 laquelle «fait si longtemps gémi la Polognoy les 
intrigues étrangères q«l y paralysaieDt tout déTeloppement, 
cette ambition cupide de voisins qui enviaianl ses riches pn^ 
rinces, aradent rendu inévitable quelqu'une de oee grandes 
manifestations par lesquelles nne naHon proteste énergique- 
ment contre ce qui est. Le motif religieux qui ramena ne fut 
simplement qu'une de ces formes qui serrent toujours à dé^ 
guisn** les causes réelles des grands méoonienlements natto- 
nanx. La ville de Bar fut le lieu ob prit naissance cette ligue, 
destinée, jtant tout, à repousser llnvasiou étrangère, et à 
rétablir la puissance intérieure. ESle prit la nom de canfiii^ 
ration de Bar, et fut la prenonère protestation armée contre 
rinfiuence désastreuse des Russes. 

Cette confédération par laquelle, sur le seuil de sa tombe, 
la Pologne semblait vouloir se relever, avait le double carac- 
tère du fanatisme religieux et politique. D'une part, comme 
du temps de la Ligue en France, les moines ne voulaient don- 
ner à aucun pénitent l'absolution de ses pécbés,s*il ne Jurait 
et ne promettait d'aller servir la confédération, et de se faire 
martyr pour la religion; une bulle du pape et l'enthousias- 
me du nonce avaient fanatisé le pays entier. Sa bannière était 
un aigle blessé, avec cette devise : tAui mncere aut moriy et 
pro religione et libertate > (Vaincre ou mourir pour la religion 
et la liberté). D'autre part, sans moyens matériels, sans autre 
tactique que l'amour de la patrie et la haine de rétranger, sans 
milices de soldats, sans trésors, en opposition formelle au 
roi et aux principaux dignitaires de la république, des hommes 
de tout cœur et de tout dévouement, allaient lutter, pendant 
plusieurs années, avec de firéquenis succès, contre lasloroes si 



n 

mpèrkmm 4t 1» tUmU, «t TboiUld DwtrtWé 4to te PrusM. 

Les événements, suilat îroinÀliatei de la coofédéralion de 
Bar, forment ti prologue dii graud dreme doot lei «ombres 
péripétiMeODt la honte de TEttrope elvilîsée et la gkriine delà 
Pologae* Ce n'elt |ms iei lelieu d'en reireceri'bjatoifa i en voici 
aottlMieitl un épiiede, emprunta au récit d*ua noble proe* 
oriti et qui joint 4 lIotérM du fait eu luwnéme^ celui de 
rappeler un brillant fait d'armes d'of Aciers français* 

L'Autriolie et la France surtout ne Toyaient, eu \Tt%, 
4u'avec uu méconteoteuient aial déguisé, la position que vou« 
lait s'asfurerla Russie en Pokdioe; Tune et l'autre n^alleo- 
daient que W moment favorablede prendre la défense de ce 
.tnaihfiureoa pays, point de mire de l'ambitiou moscovite. La 
oonfudératiûii leur eu fournit l'occasiont 

Gbacuue^ ee« deua puissauees eafait q«e leur intérêt dif- 
férait essentiellement de celui de la Russie^ La Pologne^ ap 
poMVoir de celte deraîàre^ était pour eUe une perle ouverte, 
d'où elle pouvait, uon^eeulement meuacerj mais encore en- 
vabir le midi et Toccident de rfiurope* Ce motif expliquait 
toutes les mesquines ou iof&mes oiacbinations de Catherine 
pour s'en emparer ; il expliquait aussi rinlérât de TAulricbe 
et de la France à s'opposer & celagrandis£ement démesuré de 
la puissance moscovite. 

L'Autriche» cependanti qui pressentit la possibilité d'un 
partage, et convoitait déjà quelques riches dcpouillesj borne 
son intervention à des encouragements et k des vœux stériles. 
Louis ïiV^ qui régnait alors eu France, tout absorbé qu'il était 
par ses maîtresses et les divertissements de sa cour» envoya 
aux Polonais de Targent et un corps d'oCQciers expérimentas 
sous les ordres du maréchal de camp Dumourie;, le nmm 
qui fut plus t(&rd général de la Révolution française; peu aprcâ 
Pumourieie (nt remplacé par le baron de VioméniU 



M LA itYOLCnOR P0L0|«A18B. 3^ 

tes confédérés de Bar se monlaient alors & buU mille 
hommes^ commandés par le prince RadziwU^ Pgl&wski^ 
KQ5sakoinrski» Zaimba et Ogynski. Us possédaient (rois places 
fortes dans le palaiÎQat de Cracovie: Tynick, Lanskrona et 
Biala ; mais Hs a? aient en tète vipgt millç Russes et dix mille 
hommes de troupes royales. 

A deux lieues de Cracovie^ sur une montagne escarpée, au 
milieu d^un paysnge pittoresque» s'élevaient les murs noircis 
de l'Abbaye de Tyniec, qui avait alors perdu son aspect re- 
ligieux. L'asile de la paix et de la prière se trouvait entouré 
d'un double rang de forliflcalions» dont Dumouriez avait 
dressé le plan. Les senlinellos» placées à tous les abords, y 
exerçaient une stricte surveillance, tout en fredonnant des 
airs mondains, et te réfcclotie des moines avait été transformé 
en salle du conseil de guerre. Là, parmi les personnages 
placés autour d^iiie table en bots de cbène, on remarquait un 
homme d^etiviron trente ans, à la figure agréable, au regard 
vttet pénétrant, au ftront large» à rosit peusif, c'était le com- 
mandant de la place, Walewski; à côté de lui étaient îroii 
offlders étrangers» dont Tuniforme, richement brodé, con- 
trastait avec les habits presque bourgeois des autresassistants^ 
e^MalMt le chevalier de Cboisy Je capitaine de Vioménil et 
Shinans, arrftés depuis peu de France. Yis-à-vts d'eux se te- 
Mil «a moine à cheveux blancs, le prieurvdes carmes de 
Craco«ie;ttM vingtaine dliommes à grandes moustaches et 
coIfttfdelNmiMtteramoîsis, les chefs des quinze cents cou- 
fédérée i|tti eampossient la garnison de la forteresse! de 
Tyniee, eomplétaiaot l'Iassemblée. Cétalt le 1^ février 1772. 

Walewski parla le premier. — «Frères d'armes, dit-il, té 
cbàletu de Cracovie ert une place très-impoi tante pour 
iKM t les Rusiet y ont transporté des munitions, des vivres^ 
leol I» aMrtériel de fuem qti*fU ont pu rassembler; ffous 



40 HISTOIU 

manquons de ces objets^ mais nous ne manquons pas de 
courage; ainsi le château de CracoTie^ aTec tout ce qu'il ren- 
ferme, doit être à nous. Il ne s'agit que de trouver moyen de . 
s'en emparer sans s'exposer à trop de perte. Ce vénérable 
ecclésiatisque, ajouta-t-il en désignant de la main le prieur, 
vieux compagnon d'armes de Charles XII et de Leczinski, 
animé du patriotisme le plus pur^ s*offre pour nous aider 
dans notre entreprise^ en nous promettant que nos braves 
seront introduits, pendant la nuit^ dans le jardin de son cloî- 
tre, qui avoisine de très-près le château : cela nous ouvrira 
Feutrée de la ville; mais, avant de pénétrer dans le château, 
qui est gardé par les Russes avec la plus grande vigilance, il 
nous faudra probablement perdre beaucoup de monde, et^ 
dans notre situation actuelle, la vie de chaque homme nous 
est précieuse, » 

Après lui, le prieur des carmes prit la parole : — « Aidé 
par mes compagnons, dit-il. J'ai depuis longtemps travaillé 
à Texécution préliminaire du projet que la grâce de Dieu 
m'a fait concevoir. Les hautes murailles de nos jardins sont 
sapées partout, et, au signal donné, elles tomberont, pour 
donner passage, comme les murs de Jéricho. Le Dieu de nos 
pères protégera cette entreprise patriotique ; les anges cou* . 
vriront de leurs ailes d'argent les guerriers qui combattent 
pour la foi et la liberté. Ne désespérez pas, mes concitoyens» 
une fois entrés dans le jardin, vous serez vainqueurs. L'en* 
nemi, quoique nombreux, tremble saps cesse dans notre 
ville, et toutes les nuits il parcourt, armé, les rues silen* 
cieuses, ne pouvant fermer sa paupière inquiète. Le brigand. 
ne peut dormir paisible sur le sac d'argent volé, car Dieu 
lui-même a dit : a Tu ne prendras pas le bien d'aulrui.» 

Le chevalier de Cboisy succéda au prieur. Après avoir rap- 
pelé les liens qui attachaient la France à la Pologne, et parlé 



0B LA liV^MTiOS POLONAItl. il 

de son dévoi^emcqt personnel à la caaie polonaise^ il déroula 
on plan d*attaque qui fut accepté^ el qui eonsisUit à opérer 
simultanément sur deux points à. la fois, par le jardîa do 
cloître des carmes d'abord, et puis en pénétrant dans Tinté* 
rieur du château par nn ^gout qui olh*ait an passage prati- 
cable, et qui se dégorgeait dans la Vistole. 

Ce plan fnt accueilli avec enthousiasme. Le cberalier de 
Cboisy commanda le corps destiné à se porter au centre de 
la ville j le baron de Yionsénil celui qui devait pénétrer dans 
le château par Pégout. Walewski devait se tenir sous Craco* 
vie avec nn corps de cavalerie, pour empêcher les Rosses, 
cantonnés dans les environs, de venir au secours de la garni- 
son, lorsque Tattaque serait commencée. L*eiécution fat fixée 
à la nuit suivante. 

A une heure après minuity le ciel était tellement voilé, 
qu'il n'en tombait pas le moindre rajon sur les tours do- 
rées de Cracovie. Le sombre silence n'était interrompu que 
par le sifflement du vent d'hiver qui agitait les branches des 
arbres dépouillés. La Vistnle, moins laifpe en cet endroit, 
n'était pas prise encore, et les nombreux glaçons qu'elle 
charriait en renda^pt la navigation difficile et périlleuse. 
Quatre grands bateaux étaient amarrés à la rive gauche, et 
les bateliers, la main sur leurs rames, attendaient avec im- 
patience, prêtant une oreille attentive en dirigeant leurs re* 
gards inquiets du côté de Tyniec. Peu après arrivèrent quatre 
cents hommes qui s'embarquèrent en silence , et ne tar^ 
dèrent pas à toucher la bord opposé. Ils se partagèrent en 
deux corps : le moins nombieux, de cent soixante hommes, 
longea le cours du fleuve ; l'autre se porta au centre de la 
ville. 

Le chevjOier de Cboisy, qui commandait ce dernier, pour 
ne|^.êti)B^rwiarqiié, le divisa en plusieurs petfts corps, 

6 



12 

Ikuc fluQlpour poîDlde ralUeinent les mnn da jardin des 
Mitiies* ChAcaii d'eux se mit ea marche par des routes âU 
TOrses; mais les lenliers de la montagne devinrent bientôt si 
difflcilte i*i si étrailSf qu^il ne fut plus possible d'aller qu'un 
i nu. dé elievaller de Cboisy arriva un des premiers au point 
de ralliement; maiS| do qatmM hommes qu'il avait pris^ il ne 
Ivieo restait que sept. Les autres s'étaient égarés; plusieurs 
des autres oof ps même s^éUrfent perdus dans l'obscurité. Vai- 
oement préldii^it l'oreille^ fl n^entendait que les cris prolon- 
gée des sentinelles russes à chaque heure qui sonnait à 
i'borloge duebi^eau. Dune eeltefftcfaense situation, de Cliolsy 
n'avaifc gftrde de donner le signal convenu avec lo prieur des 
• earriies; oar^ au béut d'une heure d'attente, il n^avait encore 
été joint que par une vingtaine d'hommes. béj& les ténèbres 
SOmiQcofoienè à se diesiper> et les coqs chantaient pour la 
.Mconde foie. Chaque moment rendait la position plus péril- 
leuse ^t.trèS'inuUlement, puisque la petite troupe n'augmeil- 
Mt fies en . nombre, et fufaoeun mouvement ne se faisait 
rimerquer dans If ehftteM«€hdsy soupçonnait que Vioménil 
H'aveU pu troumr l^anti^ de l'égout; puis, reportant sa 
Jffm^ mr ^s prcq^res ornspagnons qui n'arrivaient point, tl 
se deiMAdeit e'ils ne l'aenient pas abandonné. Sentant I'im«- 
prp^^WQ d'itlendne plos longtemps aux pieds des murs du 
jfur4iRj it diS<3endit vevs ht Vistule. Là, il retrouva presque 
twte;sA troupe» qui« aptes s'être égarée, était revenue à son 
point df départ* Jl était aiere quatre heures du matin ; fl 
4tait presqiie.jonr^ toute enrpriee devenaft impossible; tl 
t'i^mberqun 4« fly^uveau avec ta troupe poitr retourner à 
Tyqiw, 

Vioménil, cependant, s'était hardiment engagé dansl'égout 
4 Ji« tète 4«i siens i oeni erâant» guerriers^ un & m» s^p- 
FUTWt fur Iwps «ffiqes^ leaHmieiil»eUencieiii«( rtselus. 



DB LA KÉVOSmOU »OU)l«AISll. 4» 

(kfh cflt ftIroM al otwttf 6«urcrm*ii« Au tMMt d'une hftofe de 
marche, a« mttteii d» plii« éf^ilMetf ïétïèbtes, ils afrirèfètit 
dtM la cMr éa diAtrau^ le prëtA'iét élre (}ai (Mfnt à leurs 
yMlyàkaa#lieAi soutarraiu, (M utt IMIiotltidiM i^sse en- 
danni ^ U|ul tué aaia piMif oir J«l#f «Il evi dViMi'iVié. Ûtt ÉUtre 
soldat en faction éprouva le même sort. RMffl éM^e Jti§«' 
qu'alors n'avait tnili» letlr présenee. VioiMéiril râMémbltt èa 
pabto trau|Ni» et a^ef<»viot de la luroière par dMl MEtMM» 
qui donnaîenl aiir )é eowrpil ^élança de 00 odtéf cf^MI «tt 
corpi*d&<«ard0d0ut il ouvrît ànaiilM. la portos Dam dM ^ 
iite pièee Men meuMée^ édtîrée de bougies^ (fliatve «ifOidêft 
ruMes» aaeb sntoor d'une table, Jouaient au ftiIMM eA Mk' 
vent du diae/ (Ae thé avec iû Hiirm), ei tatilalit dtt féMt 
turc L'er rtalait aur le tapto. La vapeui^ dtt «M) et lafeMè^ 
du iahrtc vempliauiient la chambre d^ee nuage àéêeir éfteti/ 
Deee la plèoe qui était à eftté, et dont la porte était etfverfé^ èe* 
apcircevssi éci aôldatic, tes m» endormis iM lei bainSê» IM' 
aaiirea jQuan* ans tartes eommé leurs ohefs^ tffiii fth«M((«éM 
des hopehi (fiùs 8o«s) a» lieu d^or. 

Vionènik se pcéeipite dani la chambré des éffiéfél^ éti 
criant : Annei faesl St, vojenl que l'un J^éctt Pâdusltàit Wèc 
un pistolet, il le prévient en lui fMaiant son épée au trttve^f 
du corpai al l'étenAil nerl à ses pfedé f eTétait te cèrpftaiile 
rwM^ liaé cehtédérél pénétràreat eo méarve leinpe dâtiÉ la 
Iiitee ode»|iée pat lee êoldats, et, sH bout d'en mefMM^let 
Hiimisoe,! focta de fient dnquaiite hommesi aree Mi irdM' 
of&eieffaqa» restiéent^ è'étail rei>dm i diserétîaiii CèpehdMl/: 
qfietqueiseWata nissee qui s'étaient étbaffée pai' leé tsoètwiy - 
iwaieet ceum porter fahurne dans la ville encore endetnilei 
On hatrn la ||àttérak^eiWe»l6l teule la garalMB de firese» 
vie M te#i>M oA «roMs deMillè ehftleaii^ 



44 HltTOlM 

divisa «a petite troupe de inaisièro à pouToir occuper les prin- 
cipales entrées du fort. Un feu meurtrier s'engagea de part et 
d'autre. Cette poignée de braves fiât assaillie perdes masses 
d'ennemis» qui attaquèrent avec un actiamement incroyable. 
Vioménil se trouvait partout, encourageant par ses paroles et 
par son exemple. 

Cependant, la lutte la plus opiniâtre se prolongeait depuis 
quatre heures, et le secours de Cboisy n'arrivait pas. Plusieurs 
des assiégés avaient été tués, d'autres grièvement blessés ; le 
courage ne les abandonnait point, mais leurs munitions s'épui- 
saient. Enfin, la dernière cartouche fut brûlée, on ne repoussa 
plus rennemi qu'à la baïonnette, et le nombre des Russes 
augmentait à chaque instant. Yioméoil voyait s'échapper la 
vjktoire qu'il avaU obtenue par tant d'audace et de courage. 
11 considérait sea compagnons morts ou blessés, étendus sur 
la place» Jas autres, couverts de, sueur, combattant encore, 
mai8CXtéqués;d0.làtîgue et prêts à succomber, n'étant plus 
soutenus que par le désespoir. Voyant cette lutte si inégale» et 
ncTOulant pas exposer ces braves à périr jusqu'au dernier, il 
leur demanda s'il fallait se rendre à l'ennemi ou mourir. — 
m Mourir l mourir ! s'écrièrent*ila tous d'une seule Toix; plutôt 
la mort que les fers des Russes ! » 

Et leur défense devint plus vigoureuse et plus énergique. 

Tout à coup des coups de fusil se firent entendre du cAté de 
la Viatule. — « Courage I cria Vioménil aux siens ; Toici Cboisy 
qui arrive à notre aide, b C'était en effet Cboisy, qui, sur la 
route de Tyniec» ayant entendu des décharges de mousqne- 
terie du côté du chftteau de Cracovie, avait pensé que Vioménil 
était aux mains avec les Russes, et atait repris à la hftte sa 
première direction pour voler à son secours. A la tête de quatre 
cents hommes, il culbuta les détachements ennemis qui s*op* 
posaient à ton passage» et pénétra dans la Tille. De son côté. 




^M*i- /-n^ r- J'/tutrei / Vt f« /"or, 



M ik BÈvourrim polon ami. 15 

Wakmaki, atec sa cavalerie, sabrait et repoussait les Rasses; 
le château de Cracovie resta définitivement aux confédérés. 

Ce beau fait d-armes, dû à des officiers français par suite 
d'une de ces généreuses interventions qui établissent peu à peu 
la fraternité des peuples, jeta quelque éclat sur la confédé- 
ration de Bar. Malheureusement^ la discorde se mit entre les 
confédérés; des désastres succédèrent aux succès, et, le 25 avril, 
Souwarow entra dans Cracovie et s'empara du chftteau après 
un siège de trois mois. 

Si, lors de la confédération, la Pologne avait eu à sa tête un 
autre que Stanislas- Auguste, un roi d'un caractère résolu et 
qui eût rallié à lui tous les dissentiments, fait taire toutes les 
rivalités personnelles, peut-être eût-il été possible d'arracher 
ce malheureux pays au sort qui Tattendait; mais Stanislas 
n'avait aucune des qualités que demandait cette œuvre si dif- 
ficile, et cette confédération, à laquelle il ne prit aucune part 
et qui aurait pu sauver la Pologne, ne fit qu'activer sa perte* 

Pendant toute cette guerre de la Russie à la malheureuse 
Pologne, les cruautés inouïes exercées contre les confédérés 
auraient dignement figuré dans les annales les plus sanglantes 
du moyen âge. Catherine avait eu l'horrible idée de lâcher les 
féroces Cosaques Zaporogues contre la noblesse confédérée de 
l'Ukraine. Les horreurs qui s*y commirent dépassent toute 
croyance. Tout ce que les écrivains du xiii* siècle rapportent 
de la fureur des Mogols se renouvela. Dans la seule ville de 
Hurau, propriété de la maison Potocki, seize mille individus 
de tout âge et de tout sexe furent égorgés. Dans ces terribles 
moments, on vit tous les usages par lesquels les nations civi- 
lisées ont cherché à adoucir le fléau de la guerre, violés à 
regard des confédérés. Les capitulations devenaient des pièges; 
la foi donnée aux prisonniers était toigours trahie. Des gen* 
tOshonunes qui s'étaient rendus prisonniers^ étaient massacrée 



%0 ttMWM 

de MDf-troîâ. On taisait «pir«r tea cb#b dan» i$B jttp^Moa 
inveatte en Ruiaie pour lea eadavea. TantM on lea liait à del 
arbreapour leseiposer, eomme uQbulyèradrenedaaaaldato; 
d'autres foiSt on lea biaait enchatner pour queleort tMast «ih 
leTéea avec dextéiiié au bout dea pîqueaj lepmenlaHeni lo«$ 
lea jeax d'un carrooaeU On vit ainsi le carnage» qni a pour 
excuse à peine la nécessité du camb%^ devenu, par ces her-' 
ribles rarCnements de cruauté» ramuaement des vainqueurs. 
La barbarie fut encore poussée plus loin» On laissailerrar dans 
les campagnes des baudca Oe malbeureaa à qui on evaît fait 
couper le? deux maius; ou bi*:n encorei par une incroifiUe 
férocité, joignant Tirooie et Tinsulte à la cruauté la plus inouïe 
on faisait écorcher des inalbeureux tout ^ivaulSi dq manière 
(}ue leur peau représentilsur eux rbabillement des Palonaia* 

Cest par de si horribles épisodes que se caractérisa cette 
(uerre; c'est par ce système d'extermination féroce, que Ga^ 
iberine procédait à raccomplissementde ses vucs% Impitoyable 
exécuteur d'ordres plus impitoyables encore^ Souwargw sui- 
vait son instinct de barbare, et, du fond de son palaiç de Sain^ 
Pétersbourg, entre une orgie de lubricité et une conversation 
philosophique^ l'impudique czarine humait avec délices la 
vapeur du sang que ses ordres faisaient verser en Pologne, et 
la fumée de l'encens que lui prodiguaient les trop comptai* 
sants philosophes de France. 

De tous temps, tes c^ars de Russie se sont montrés fort 
jaloux de l'opinion de (a France sur leur compte, et fort avides 
de l'éloge qui leur venait de ce pays. Catherine surtout, comme 
on le suit, entretenait des correspondances avec Voltaire, ap- 
pelait des encyclopédistes à sa cour. Après l'avènement du 
jeune Poniatoirski au tr6oe de Pologne sous le nom de Sta- 
nislas-Auguste, Catherine écrivait à V** Geoffrio, qui, pour je 
ne sais plus quel moQf, appelait Poniatovrski iM /Us: c Jtàt 



M LA BiTOLUTIOH MLORAIII. 47 

0l^Ufn i§ l»pcin$à ffiitt potr$JUrpi 4e Pol9$»0P G9^ 
df tel» palelioagei qu^elle 4Ui( parvenue i fMMer lololeiDent 
Vi>pimï^ des pbilofOpM fin xyiii* siècle lur ion «ompte. Du 
reitf, ppvr miev;i le» tromper» elle ^nH biX adopter pour 
système de promettre la vie et )a liberté i ceux gui meNent 
b4^s les armes, Wais^ après quelques jours de bon traitemenl, 
lorsque la nouvelle de sa modération s'était généralement ré- 
pendue en Europe^ elle foiseit mettre ces infortunés & mon» 
on an» fers, ou les envoyait en Sibérie. Ses »ua:esseur» C9t, 
dapi çerlainei arconslancesi voulu adopter ce syslèmei nnus 
les indiscrétions de la presie en rendent de plus en plus V^ip^ 
ploi moins (ructnewK. 

Cependant Topiniâtre résî«lanc« dee opnI6dérés semblait 
vouloir lasser )a férocité rpsfe» maîet pendant que le France 
ipteneneit ouvertement en leur faveur, que TAulricbe sem- 
blait se raviser à la ^uite d'une arriére-pensée, le roi de Prusse» 
sous prétexte que la peste venait d'éclater en Polo|[ne| et ré- 
clamait^ de sa part^ rétablissement d'un cordon sanitaire, en- 
velpppait de ses troupes la frontière polonaise. Cette mesure, 
plus offensive qu^bygiénique, malgré les protestations de la 
Pru8se> exaspéra les confédérés, qui déclarèrent le roi déchu, 
poyr le punir de ses connivences secrètes avec l'étranger. 

Halbeureusement, à celte époque, le duc de Cboiseul| le 
protecteur de la Pologne en France, tomba du minlslèrCi vie* 
time des intrigues de M"* Dubarry, et les secours que la France 
envoyait aux insurgés furent tout à coup suspendus. 

Alors commença pour la Pologne une série de revers, et les 
confédérés^ bientôt découragés, prirent la résolution déses- 
' pérée de s'emparer de la personne de Poniatowski, dont ils 
connaissaient les secrètes intelligences avec leurs ennemis. Ce 
coup de désespoir tut le signal de leur perte ; ils furent atta- 
quée et vaincus, Its insurgés furent traités de brigands et de 



18 ..-.•.•.,•-. 

régicides*; qndqaès-ans d'entre emjogés et décapités; La 
confédération df sparut^ et le premier partage^' ce premier des 
trois grands attentats à la nationalité polonaise, fat tranquil- 
lement consommé à la face de PEurope immobile, et au béné- 
fice de rAutricbèy de la Prusse et de la Russie. îl eut lieu eu 
1772. La Pologne y perdit ses plus belles provinces ; mais, par 
une stipulation dérisoire, et dont les éfénements postérieurs 
démontrèrent bientôt le mensonge, les trois puissances spo- 
liatrices garantirent à la P'ologne la possession du territoire T 
qu'elles Toulaient bien lui laisser. Elles s'emparèrent : la 
Prusse, de la Prusse-Royale, à la réserve de Dantzick, de 
Tborn et de tous les districts situés aux alentours de Noteck; 
TAutricbe, de la Russie-Rouge, d'une partie de la Pbdolie et 
de la Petite-Pologne jusqu^à la Vistule;la Russie s'adjugea 
Polock, WitepsiL et Hsislaw jusqu'au Dnieper et à la Dwina. Le 
grand Frédéric régnait alors en Prusse» la grande Catherine 
en Russie, la grande Marie-Thérèse en Autriche. Les histo- 
riens qui ont ainsi qualifié ces trois personnages ont oublié 
de nous dire pour quelle part était entrée Piniquité de la 
spoliation de la Pologne dans la concession de ce pompeux 
surnom. 

Ainsi, la Pologne, depuis longtemps convoitée par les trois 
grandes puissances voisines qui en avaient solennellement 
garanti Tindépendance, devint irrévocablement leur proie. 
L'Europe, stupéfaite, ne sut que protester. Les cours de Paris, 
de Londres, de Copenhague, de Stocldiolm, se bornèrent à 
manifester une stérile indignation. Le crime se consomma. Ce 
moment mémorable, où le droit des gens tut solennellement 
annulé, où les rois eux-mêmes se déclarèrent imprudemment 
hors de la loi naturelle, apparaît dans riiistoire comme l'avant* 
coureur de tous les bouleversements, de toutes les révolutions 
dont TEurope a été depuis lors le théâtre^ et dont il n'est pas 



DE LA BÉYOLUTION P0L0NAI8B. flf( 

donné à la sagesse humaine de prévoir ni de fiyçr le terme* 
Diminuée d'un tiers, la Pologne ressemblait à un corps mu- 
\\]r, qui, sans espoir raisonnable de salut, cherche cependant 
h p^uérir ses cicatrices et à prolonger son existence. Jusqu'en 
178S, le roi Stanislas parut vouloir s'occuper de quelques amé* 
liorations intérieures; mais son pouvoir était extrêmement 
circonscrit. Profitant de la haine des grands contre Stanislas, 
Catherine^ plus que jamais acharnée contre cette malheureuse 
Pologne, y multiplia ses machinations^ et amena rétablisse- 
ment d'un pouvoir exécutif qui réduisait à peu près les fonc* 
tions du roi à celles d'un simple président. Ce nouveau pou • 
voir était confié à un conseil permanent, qui, dans rinterv«ille 
des deux diètes ordinaires, surveillait l'éxecution des lois et 
les interprétait. Ce conseil pouvait admonester toutes les auto** 
rites constituées^ et même suspendre leur activité, sans cepen* 
dant intervenir en aucune manière dans le jugement des 
procès. Dix-huit membres du sénat et un pareil nombre de 
l'ordre équestre composaient ce sénat. L'autorité du roi fut, 
en un mot, restreinte autant que possible, et le liberum veto 
fut rétabli dans toute sa force. 

LaPrusie, qui dans le partage de 1772 avait été jouéo(l), 
vit sans peine le but que se proposait la Russie en avilissant 
ainsi le roi de Pologne, en autorisant même son ambassadeur 
à Varsovie à le traiter avec une morgue qui aurait paru dé- 
placée avec un simple particulier. Le coootte de Nertzberg, qui 

(i) La Prusse avait espéré dans le premier partage, une part égale à 
la proie eommone. Mais le cabinet de Vienne démontra qu'il fallait 
metire dans ce partage, non pa^s une simple égalité de fuantitéf mais 
une égalité proportionnée à Vétat de forces de chaque puissance co-par- 
tageanie^ sans que» le partage eût changé l'équilibre alors existant 
entre ces puissances. Il résultait de ce principe que rAutricbe, déjà 
souveraine de vinet millions de sujets, devait acquérir quatre fois 
autant que le roi de Prusse, qui n'en avait qee cinq millions. 

(Malle-Brun, Tableau de Pologne.) 



K2 H18T0IM 

entraves^ iniûs un tif amour de rindépendance, mobile à la 
fois de la vraie gloire et de la vraie grandear. 

Les Polonais 9 avec leur caractère chevaleresqae, leur 
fierté native» et surtout leur turbatoice habituelle de mœurs 
publiques et leur soif de liberté, ne pouvaient rester froids ^ 
ce solennel appel d'un peuple avec qui tant de liens sympa 
thiques avaient établi une sorte de fraternité. Aussi, la Révo- 
Intion française fut en Pologne TétinoeUe qui tombe sur une 
traînée de poudre. Tout ce qu'il y avait de sentiments géné- 
reux dans les cœurs s'émut, s'enflamma, et les mêmes ac- 
cents patriotiques au bruit desquels croulait, sur les rives de 
la Seine, le vieux trône des Bourbons, réveillaient, sur les 
bords de la Vistule, les glorieux temps des Jagellons. Seule- 
ment, au lieu de la liberté sauvage d'une époque de barbarie, 
la Pologne rêvait une liberté plus en harmonie avec les non- 
Teaux besoins et les exigences de la civilisation. 

Ainsi remuées par la secousse imprévue de la Révolution 
française, les populations enthousiastes de la Pologne, en- 
traînées par les principes et les encouragements de la France 
elle-4némey prirent, dans la sens de la liberté absolue, lès 
promesses jetées aux peuples pair la démocratie; et, en cela, 
elles eurent raison. Mais, trop pressées de jouir d'un bien 
dont les classes inférieures ne comprenaient pas encore la 
valeur, elle se lancèrent avec une précipitation trop hâtive 
dans la voie des innovations» comptèrent trop sur les sympa- 
thies chevaleresques de la France, et trop peu sur les ini- 
quités préméditées de la Russie, de la Prusse et de l'Autriche; 
et en cela, elles eurent tort. La rénovation qu'elles allaient 
tenter devait être le prétexte de leur perte. 

A la diète du 17 décembre 1790 avaient été adoptés, à l'una- 
nimité, sous le titre de laii fMdammUale^, en opposition aux 
prétentions de la Russie, des univsrsaux^ dont le principal 



DB LA RÉVétimoW P0L0NAI8I. fS 

étaftqoe là nation avait le droit de faire desloft^ et de n*obéir 
qu^A celles qu'elle aurait rendues. 

Ce premier pas dans une Toîe d'émancipation , joint à 
Texemple de ee qni se passait en France, réveilla Témnla- 
fîon des classes bourgeoises. Profilant de Pbspèce de liberté 
dont elles jouissaient^ elles réfléchirent sur leurs droits^ 
sur leur position^ et présentèrent à la diète le mémoire foi- 
' vant : 

c Sire, illnstres États confédérés, 

« Quand la Pologne entière se félicite de voir les opératioils 
de la dicte présente tendre directement au bonheur de la 
patrie, les citoyens des villes libres de la Pologne et du 
grand-duché de la Litbuanie sentent que c'est enfin en ce 
moment qu'ils peuvent recouvrer leurs droits. Pleins de cou* 
fiance en votre sagesse, ils vous ont choisi. Sire et illustres 
États, pour les représenter auprès de vous et vous exposer 
leurs demandes fondées sur les lois et la justice. Jaloux de 
remplir une fonction si importante, nous, délégués de toutes 
les villes de Pologne, c'est avec respect que nous nous em- 
pressons de vous les exposer, et de vous témoigner leur dé- 
sir de concourir au bien général et à la félicité des États de 
la république. 

c Le siècle de là vérité et de la justice est arrivé. 11 nous 
presse de nous exprimer dignement; il nous ixispirè des té- 
moignages de dévouement à la patrie; il nous donne le cou- 
rage d'invoquer les lois qui garantissent TÉtat et la liberté 
des citoyens des villes, qui leur donnent le droit de posséder 
des propriétés foncières; lois consacrées par des siècles de 
Jouissance, lois sages; lois prédeuses non-seulement à eux- 
mêmes, mais à l'État entier. Pleins de* confiance en vos lu- 
mières, en votre équité, nous sommes intimeâient persuadés 



M •••'..- WT01U • I • 

que tooB fli'béaitorez p«9 ^ rendre^ df^eonflrner; w ^pMib 

loi naturelle accorde à chaque individu^ et ce que, daiw las 

iempfi da^loÂi^ dtdfi pro^p^tilé de la Pologne,. vos ancêtres 

oDt oonfiriné par les cpoBtitutioiia les plus «nciemee et le 

plussaenées* Convaincus de la lépliroité de oosdroiis, c'est 

,i v^e justice que nous ies souoiettoos^ Nous exposerons 

4om vos. ^w%^ les coo^UtiUiofts.de ws an.cfHms qui gtran- 

tissent notre état civil; nous les invoquerons encore, ees lois 

oubliées depuis des siècles, dont la désuétude a produit les 

plus grands maux. La ruine des villes, t'afifiaavrisiement des 

-provinces» la destruction du commerce, def décombres et 

,des ri^oes où. exist|(^ient autrefois des cités, ricbes et {(pria* 

aantes ; voilà 1^ tristes effets de Pabiaissement de Télat des 

libourgeois et de Tine^iécution des lois, qui, soua vo^ an- 

■ pâtres , concouraient à ii^ richesse et à Ja p^^^9w;e de 

a Quand ia Pologne nUnléressait que par ses maltieurs, 
. réiat bourgeois^ quî en a épit)uvé les plua orueUes att^inl^, 
.a cependant altenduj pow ae plaindre» oe monoent fortuite 
où la patrie a réouvre sa li^nerté prenûère, où eUes'e^isous- 
traite à la dépendance étrapgère^ où TÉtat eptiar a éta rendu 
a lui-même. Quan^ un /[^quveL ordre dQ cbos^ sen^bl^ pro- 
mettre à la Pologne le retour de son ancienne splendeur» 
garderipnvnous le silence? n'iayoquerioipsr.s^oi^s pas las lois 
antiqp^ faites en notre faveur et poire liberté i^rimitive^ si 
essentieilemeat. liées et si nécessaires à la prospérité? Main- 
lenaatque.la Pologne s'élève sur ses ruines, héritiers du zèle 
de voç ancétrçft. Sire et illustres États, vous le serez de leur 
justice; leur^ travaux vous serviront de modales^ et les siècles 
.à;^enir répéteront encore avec éloge vos sages décisions. Le 
. jr^(abli9Siça»eQt. des loM que vous vous empresser^ de rendre 
;,inHattablas^.s^^«^i important 4 i'Ëlat que. iBwy inexécu^ 



DS LA BiVoLtïiÔN k>0L01IAI8B. ttl 

ttoà gf àii «lé filtoèste. tièltë itiekècafioil potii't'àit-elle légili- 
. mer la situation malheureuse dont tious ndils plaignons? 
' Poui'i^aiMBë ànéààti^ dès droits fobdés sur les principes 
Bâniéë de la iHatute et gdratlti§ pàt* te Gouvernement^ Nous 
flomtties intimement conTaidcus, Sii'e et illustres États, que 
nos droits île peuvent avoir de plus ptitssants protecteurs. 
Une oppfesâion constante pendant deux siècles né petit qu'in- 
spirer aux flmes vertueuses le désit* d^une ptortipte &n^ avec 
d^autattt plds de raison, (qu'elle bffecte une grande partie de 
la ttatfon^ et qbe, ainsi, VÉlat entier en ressent Pattêinté. 

€ Ciiis ûùt autres citoyeàs, et par lés lois les plus soletinelleâ, 
M pat'leuf bttâi^hèmeht à ia patMe> tés l)ôurgeois des villeë 
é^àdiressétil) ttVèe.la plus grande Conflaiii^ë, aux iltustl'es Ét^ts 
àsseiftiblés. Rédtiits à la plus extrême détresse, si/péndani 
lDtigtëmps> ils D^ont pu rendre aucun service à la patHe, 
jatfiail^ du kiUm^ fM tfbnlchen^hé à lût nUiré, tt^ont ajouté 
ûm dissensidtte à celleà qui l'ont lâgltée. Des pMWiâcès peu-^ 
pt6ës> itEihès et agricoles ont été détiiëttlbrée^. Lar Pblôgné a 
ptutéa pluëieurs millidtis de iMns citoyens, et plusieurs vf tleé 
de manufaicturè ël de commerce^ et» avec elles, led bburt^eoi^ 
pblDDQis ont l&usst perdu leurfbHuné étleuk*état. Qtland, pour 
ettx^ le malheur à été à son cbmbfe, ilè ottl Au iMifts M doh^ 
lolalion de j^iiMr qtté les itiAlliilOni dé tt pâtHë n'oàt Jètnrai^ 
été lew (ouvrages. ^ililq«e le géUverneiâëinl pôlôtiaië ^e hégé^ 
Hère, pnisqw la patfie est dané Uâé Sitûàlioh plus héiireuso, 
y» n'espèt'êÉt^ Më He dèilândëiit ^qà oë (}tt^ dàâë lé temps des 
plus grandes calamités^ était TanictUë objet de léUl^siëuhàits i 
la oôaôMHie> rattiob^ le puissàÉëé M lô tntiikitteft fleftlMë. lis 
ê^ûëi^ttdtt UvfiÉMt ces vëdtt diëvMt voils> mè ëtillUëUrel 
États. Ils vous demandent) pOûr toute grfteë) dé M» néndM 
utiles à la patrie, de leur donner la facuHé Qê là fce¥v(¥, de leu^ 
M«Httte^ lëurë afieieM privilège^) el, en se pénèH^lH Aë tëlrè 



S6 HtSTOIU 

zcle^ de pouvoir offrir leur fortune et leur vie poiur le mata* 
tien des lois et de la liberté.,. 

« L'ataour dq la pairie, raltaGheinent à la oation, Te^prit 
d'union qui règne parmi nous, la pureté de nos iatentioaf» 
bien capable de calmer nos inquiétudes, si nous pouvions ea 
avoir^ nous donnent le courage de vous exposer, celte grande 
vérité que tous les habitants d'un pays libre doivent mutuet-i 
lement révérer et défendre la sagesse des lois anciennes, les 
gages sacrés de la concorde qui doit régner dans une nation» 
ces remparts formidables que vos prédécesseurs ont élevés 
contre le joug, étranger. Vos sages ancêtres avaient bien senti 
que, pour le$ esclaves, la patrie est une marâtre ; que resclave 
est l'ennemi né de son despote; qu^à celui qui gémit sous le 
joug, il est bien indifférent qu'un seul Iiomme ou plusieurs le 
gouvernent. Convaincus de cette vérité si importante, ils 
avaient accordé au peuple nombreux qui fer maiMes villes» de9 
privilèges qui leur donnaient nn.rang dans Jla société, et une 
influence dans le gouvernement; ces avantages» si. essentiels 
pour le bonheur el la liberté du peuple, attestant la.sagesse^ 
la prudence et la justice de ces anciens législateurs» 

« Nous soumettons a vos lumières et à votre vertu ces droits 
dont nous jouissions autrefois. L'Europe entière verra la jus* 
L>e de nos démarches; elle applaudira à la confiance que nous 
donnent votre intégrité et votre sèle pour le bien public; elle 
rattribuera à la douceur de caractère dont la nature a doué les 
Pojonais, etaux lumières do siècle» qui ne peuvent se répandre 
et se propager qu'au sein de la liberté. 

€ Les évolutions étrangères ont retenti à nos oreilles; maïs 
nous conservons l'entière fidélité que nous avons vouée à la 
république française, et nous promettons de la lui garder éteiv 
nellemeat. L'esclave rompt ses fers dans les régions où le defr- 
potiime étouffe tous les droits de Tbomme; mais en Pologne, 



m LA BÉYOLOTION POLONAISB. 57 

OÙ le roi^ père de la patrie, ayant de se charger da pénible 
fardeau de la couronne, avait joui, comme citoyen, de tous les 
avantages de la liberté ; en Pologne, où le très-illustre sénat p 
et Tordre équestre en sont les vrais gardiens, où ils en déve- ^ 
loppent si Inmineusement l'esprit, tous, suivant l'impulsion i^ 
de leur cœur, sont intimement convaincus que la liberté est 
naturelle à Fhomme, que ses principes sont sacrés; que les 
lois dont elle est la base, et que le temps a détruites, doivent 
2lre rétablies; qu'il faut donner une nouvelle activité à celles 
qui sont atlaiblies; en un mot, élever sur ses propres ruines, 
et sur son ancien fondement, le vaste édifice d'un gouverne- 
ment libre. 

€ Bien loin de chercher à taire des sentiments si conformes 
au bien public, au droit de Thumanité et à la vraie liberté, 
nous nous faisons gloire de les rendre publics. La pureté de 
nos intentions, notre attachement à la vérité pourraient^ls 
encourir votre blâme, Sire et illustres États ?••• 

« Nous vous demandons donc, au nom des citoyens nom- 
breux des villes libres, que, dans la république, chaque indi- 
vidu soit assuré, comme homme, de ses biens et de sa per- 
sonne ; que chaque citoyen, et, d'après la constitution polonaise, 
chaque bourgeois soit membre de la patrie ; que la république 
soit composée de toutes les classes de citoyens libres, sous un 
même chef qui est le roi. C'est sur les bases des lois naturelles 
ii nationales, que les villes de Pologne ont fondé leur réunion ; 
2*est par une conformité d^intérêt avec les autres citoyens, 
qu'ils ont élu des députés, non pour fomenter le trouble, mais 
uniquement pour vous exposer, leur situation et leurs besoins 
qui sont ceux de la patrie. 

9 Sire, daignez vous rappeler vos serments et nos privi- 
lèges, et vous ne pourrez vous refuser à nos prières. Si, pen- 
dant si longtemps, des milliers de citoyens ont été opprimés 

S 



S8 HISTOIRE 

par les préjugés et Tignorance, que la vérité et les lumières 
du siècle leur rendent enfin la justice ; qu'elles leur amènent 
ces jours d'allégresse qui illustreront votre règne> et qui, dans 
les fastes de Thumanité^ seront Texempie des rois. 

« Illustre état équestre, vous à qui nous somnies unis par 
tant de liens, tous pour qui la liberté est un élément, vous 
dont les privilèges se trouvent à côté des nôtres dans le livre 
des constitutions, considérez les nombreux citoyens qui sé- 
journent dans les villes; voyez en eux des homnies qui désirent 
concourir, avec vous, à la défense de la liberté; veuillez la 
leur rendre, cette liberté sainte, en les rappelant à leurs 
droits ; à la gloire de si bien conserver la vôtre, ajoutez celle 
de révérer et défendre celle des autres. Quand le xviii^ siècle, 
en étendant le règne de la vérité, prépare une heureuse révo- 
lution sur une partie du globe, en rendant aux hommes toute 
rétendue de leurs droits, soyez, illustres Étais, le modèle des 
autres nations, et Tamour de tous les citoyens malheureux 
amoncelés dans les villes de Pologne. 

c Interprètes de Dieu et de la vérité, saint état ecclésiastique, 
c'est ici Toccasion de remplir ce que TÉvangife (cette pure et 
sainte doctrine du sauveur du monde) exige de vous. Institu- 
teurs du peuple, vous qui êtes obligés de le tirer de l'esclavage 
et des ténèbres, voici le moment de montrer au monde que 
vous êtes les défenseurs des droits îdes hofnmes, pour lesquels 
notre saiiit législateur et sauveur n'a pas hésité de verser son 
gang et sa vie. L^Évangile, le guide sûr de nos consciences, 
nous fait un devoir d'en appeler à vous. Soyez donc les défen- 
seurs et les gardiens des hommes, égaux en h*C.^ égau^ aux 
yeux du Créateur, devant qui toutes les gtandeiirs du monde 
disparaissent, et où la vérité seule demeure. Si vous voulez 
que le peuple vénère toujours votre voca:tion, qu^l respecte 
vos avantap:es, soyez les défenseurs dés drt^Us de rhumanité. 



DB LA RéV0IUTI0;« POLOlf A18B. %i^ 

du salut du pays et des privileiges d'une classe d'bomoies 
avilis » etc. 

Te] fut rintéressant et curieux Mémoire qui fut, eu 1790^ 
présenté aux étals par la bourgeoisie de Pologue. Tout Tesprit 
de la Révolutiop française ^'y reflétait, et, comme dans ce 
moment la m^ûorité de la diète était favorable à une révolu- 
tion qu*on raéditait|. ce Mémoire fut fort bien accueilli. Le 
14 avril 1791, Luocorzew^lu^ nonce de Kalicb, présenta^ au nom 
du comité auquel Is^ demande de ia bourgeoisie avait été ren« 
voyée, le projet d'une cbarte pour les villes, qui fut adoptée 
le 18. Elle se composait de trois articles» sous les titres : De$t 
villes; Des droits des bourgeois \ De r exercice de lajustieedâs^ 
bourgeois. Nous allons en indiquer les principales disposî-* 
lions. 

Par le premier étaient reconnues libres ioutes les villes 
royales dans les États de la république^ et les terres, maisons, 
villages et territoire des babitants étaient déclarés leur pro- 
priété héréditaire. U était restitué des diplômes de rénovation 
aux villes qui avaient perdu leurs privilèges (d'établissement). 
A celles destinées à la tenue des diétines, il était octroyé des. 
privilèges de location. Un diplôme d'érection était concéda 4 
toute colonie d'bommes libres qui auraient donné à leur habi- 
tation une apparence de ville; les propriétaires avaient le droit 
de rendre libres leurs villes héréditaires. Tous les bourgeois 
jouissaient indistinctement des mêmçs prérogatives; nul ci*/ 
toyen ou noblQ possessionné ne pouvait faire le connneircef 
qu'en se faisant recevoir bourge9isi.le 4rûitde bourgepi^ie^. 
les fonctions municipales, le commerce,, les manufactures, 
quelconques n'étaient plus une dérogeance. Tous les citoyens, 
concouraient au droit d'élire leurs officiers municipaux. Les. 
Villes avaient le droit de faire des règlements reb^tifs à leuc, 



60 HISTOIRB 

Par le second article^ la loi cardinale, s'étendait sur tous les 
habitants des i^illes, sauf quelques exceptions. Les villesn om- 
maient un plénipotentiaire à la diète pour y défendre leurs 
intérêts et exposer leurs doléances. Tout bourgeois avait le 
droit d'acquérir des terres, de les posséder de plein droit de 
propriété, de les laisser comme telles à ses héritiers légitimes, 
d'acquérir des biens par succession. A chaque diète, il serait 
anobli trente bourgeois possédant des biens héréflitaîrcs dans 
les Tilles, et tout citoyen entrant par droit héréditaire dans la 
possession d'une petite ville ou d'un village payant deux cents 
florins d'impôt du dixième au moins, pouvait être anobli s'il 
en faisait la demande. Les bourgeois pouvaient entrer au ser- 
vice militaire de toute l'armée, excepté dans la cavalerie na** 
tionale, et parvenir au grade de capitaine surnuméraire dans 
l'infanterie ; ils avaient droit à un diplôme de noblesse. Dans 
les chancelleries, corps d'avocats, tribunaux et juridictions 
inférieures, tout bourgeois parvenu à TofÛce de régent des- 
dits départements, était anobli sMl en faisait la demande. 

Le troisième article abrogeait toutes les juridictions sécu- 
lières et ecclésiastiques locales, et soumettait les bourgeois 
aux seuls tribunaux ressortissant de la juridiction des villes, etc. 

Telle fut cette célèbre charte des villes^ qui passa dans le 
temps pour une concession immense, et qui , en déiinilive, 
était fort peu de chose. De tous les privilèges dont la loi faisait 
une pompeuse énumération, les uns méritaient peu d'atten- 
tion, les autres n'étaient que d'anciens privilèges, non pas 
octroyés, mais restitués. Deux seulement avaient en apparence 
une grande valeur: c'étaient le droit de la bourgeoisie d'être 
représentée dans la diète par vingt-quatre membres, et celui 
qui accordait la noblesse aux principaux d^entre les bourgeois, 
et laissait aux autres l'espérance d'être un jour anoblis. Mais 
te premier de ces droits était presque illusoire i d'abord paroe 



DB LA BÉVmVIIOir POLOKAISB. 6i 

que les b<n]if[eoi8 ae faisaient ordiDairemeût représenter par 
des gentibhommes; ensuite, parce que, quoiqv^ls enssent le 
droit de demander la parole et d'exprimer le Yœn de leurs 
commettants, toute discusaon leur était interdite, et ils ne 
pouTaient prendre aucune part actiTe dans les délibérations. 

Qnant à la faculté si multipliée d'anoblissement des bour- 
gcoi?, c'était une mesure qui ne poutait atteindre le but qu'on 
se proposait. Les Polonais prétendaient qu'en ounant la no- 
blesse à toute la bourgeoisie, ils avaient fait la même opéra- 
tion que celle qui avait détruit la noblesse en France; mais 
ils n'avaient fait qu'ouvrir une porte à la vanité. Il est vrai que^ 
quand tout le monde est noble, il n'y a pas plus de noblesse 
que lorsque personne ue Test Cependant ces deux opérations 
sont bien ditTérenles; l'une, dictée par la philosophie et la 
raison, est un acheminement vers Tégalité relative; l'autre 
est une marche rétrograde vers la barbarie, et une extension 
des privilèges; car au-dessous des nobles et des bourgeois, il 
resterait forcément une autre classe que le défaut de fortune 
ou les nécessités de position maintiendraient toiyours dans 
un état d'infériorité. 

Quoi qu'il en soit, cette charte du miles fut reçue comme 
une grande concession. * 

Les opérations de la diète de 1791 furent toutes marquées 
d'un esprit de patriotisme et d'indépendance ou se reflétaient 
partout les principes, les idées et le glorieux exemple de la 
Révolution française à son début. Stanislas lui-même, ce roi 
dont tous les actes politiques avaient été jusqu'alors une fai* 
blesse ou une lâcheté; qui, soumis à toutes les hautaines in- 
sitenœs d'un ambassadeur moecovite (1), avait plutAt régné en 

;i) € Si Ton veut avoir une idée de la manière d'être da comte Stao- 
, aflibassadear msse sa Poiogne, suffira de savoir que las 



lf2 8IIII0I1B 

yJkîe*Toi ni8«eqii'6D roi de Pologne, parut avoir oublié la matn 
qui rayait porté aur un trèoe (}tt^il méritait si peu , pour se 
rappeler seulement que le peuple auquel il commandait avait 
plus â'uue fois vu fuir devant lui ces hordes barbares qui 
disaient lui disputer alors Jusqu'à sa nationalité. 

Eu eflèt> Stanislas^ qui y jusqu'à œ moment» aVait toujours 
été riusiniment de la (action russe, voyant los patriotes en 
majorité dans la diète» cfaerchoi se rapprocher de ce parti 
devenu demioaut Eblouis des avantages que pouvait leur 
mettre cette procoalition^ les patriotes y donnèrent les miins 
avec je!e. Toiit (ut pardonné i Stanisks: On excusa, on oublia 
même Jusqu'à l'irrégularité de sa conduite, efinsi qae ses li li- 
'^sons avec la Russie ; il y eut tin de ces beaut moments où un 
peuple et son rot semblent s'entendre. L'enthousiasme fut iio- 
uéral, et on travailla, de concert avec Stanislas, à une consti- 
tution nbuvelle qui devait être proclamée le 5 mai. 

Gomme on ne faisait plus mystère du projet d'une révolu- 
tion, le parti russe ^hiul. L*évêque Kassakowskî et^rariiki, 
deux chefs des plus ardents de ce parti, expédièrent des douf- 
riers pour faire venir de toutes les parties de la Pologne leUrs 

juges, dans les tribunaux, n*osaient pas signer un arrêt un peu impor- 
tant sans le lui avoir préalablement présenté. La façon dont il se con- 
duisait avec le roi est encore digae oa reuiarooe ;.lorsqa'il se traufrait 
chez Sa Majesté, il passait sans façon devant le fauteuil do ce prince, 
et se plaçait devuitiûle dos tourAéecatre le feuy et son habit tetroas>ô. 
c Un jour le roi arrivant chez le ministre russe, le trouva occupé à 
tailler an pharaon ; te comte, sans se lever, se contenta de faire au roi 
une légère inclinalioQ de tâte, et^ lui nu)ntrant avec la maia u^ fauteaij^ : 
Sire, dit-il, je vous prie de vous asseoir, et il continua sa partie. Beau- 
coup de gens ont blâmé ie oomta Staekelberg de s'^ètre ain^ conduit. 
Sans doute il avait tort, mais les Polonais méritaient d'être ainsi humi- 
liés, puisqu'ils le souffraient depuis vingt-cinq^ ans. Le prédécesseur 
du comte Sts^lb^rg^ lepnnce itepoMi» jtea traitatt encore t)awG^«p 
plus mal ; il les faisait mettre aux fers lorsqu'ils lui raisonnaient. C'est 
ce qui a fait dire à Frédéric II, dans ses œuvres posthumes» que les 
Kusses gouvernaient la Pologne par leurs ambassadeurs, comn^ les 
Homains gouvernaient autrefois ieS province^ conquises par lèur^ 
préteurs. > (Méhée, liea cité.) 



DS LA WÈVQmm»: POLOHAISB. U 

^9geMsileB[Axt$ déterminées et reikfor^r VoppvMîUM^La ré^Q- 
ItttioD, ulorsi qui m devait ^lai^r que le S maU lut avancée 
de deux jours. 

La 3tinai,dèsFovverlurédelaséftQcejlegraj»d<Qavédaal de 
Lithuanie, Igmœ Potoeki, fitcoanattre à la diète les dangers 
-poUtiques dont la Pologne éloit de nouveau menacée : c'était 
le pfiDcipalmotiCsur lequel eo ba5ai( la néeeiaité d'une ré- 
volutiOfi. Il présenta>.&nruôtne lemp^la uécesilié de prendre 
les assures les plus propres à déjouer les projets des ennemis 
et engagea le roi à s'eiipliquer en celte circonstance* 

Le rf» prit la parole. 

« La voix d'un digne ministre, dit-il^ m'engage à donner 
« mon avis; je l'ai donné dans toutes les occasions avec la 
« sincérité dont je fois profession^ et je ne m*en écarterai |wis 
« dans ce mom«.nt-ci. bien et ma conscience sont témoins 
f que moa unique but e^t de servir notre patrie communç. 
« Noua venons d'entendre laleclure qui nous vient de Tétran- 
« ger. Cette lecture a fait naître en moi une idée qui n'aura 
« échappé à personne : c'est que nous sommes perdus si nous 
« metions le moindre iretard dans rétablissement d'une 
c nouvelle forme de gouverne mei^it* Je m'occupe depuis 
c plusieurs mois, de ee qu'il convient que nous fassioj^s. 
c Des citoyens bien inleolioBués m'ont communiqué des 
c mesures différentes à l^repdre, et m'oi^t prié de m'en occu- 
c per. Des ouvertures couftiJealieUe^ ont produit deô idées» et 
« de ces idées est ne ujo projet que })ieA()es personnes veulent 
c exécuter. On vi^ vpiis en fajr^ laleclure ; je souhaite qu'il 
c soît aoceplé> et je ^ désire d'autant plus, que nous sommes 
« tous persuadés qu'il ne sera plus temps de le faire dans 
a quinsie jours, soit que nous ay ouf la guerre, soit que noi^s 
< ae^oDs eococa en paiâi ; car, pow nous tenir dans une 
n îMClion. mortdk, naa vesiipe ine nMnqaerciit §a^ 4^ 



'64 msToniB 

« n6U9 flatter de ces anciens préjugés qui nous sont si essen* 
» tieliement pernicieux^ et qui ne nous permettent pas de nous 
a compter parmi les nations indépendantes. H. le maréchal de 
c la diète va tous donner lecture du projet en question, s 

Le secrétaire de la diète se leva pour lire le projet, ayant 
pour titre : Forme constitutionnelle ; mais le parti russe ayant 
le plus grand intérêt à s'opposer à cette lecture^ un nonce, 
Sueborzewski , avait préparé une scène théfttrale qui devait 
Pempécher. A genoux, au milieu de la salle, ayant à ses côt&< 
son petit-fils, figé de six ans, qu'il avait amené, disait*il, pour 
Fimmoler à la liberté si elle était violée dans cette journée, il 
demanda la parole pour s'opposer à la lecture. Il espérait qu'on 
refuserait de l'entendre et que ce refus amènerait un scandale. 
Il se trompa. Le maréchal de la diète lui accorda la parole. 
Suchorzewski alors se contenta de dénoncer une prétendue 
conspiration du parti patriotique pour faire massacrer par le 
peuple ceux qui ne voulaient pas de constitution. On passa 
outre; et le comité ayant fait ensuite un rapport qui motivait 
le projet de constitution, le roi en fit donner lecture. Le parti 
russe l'attaqua violemment, et, quoique l'opposition ne f&t 
que de douze personnes, la séance se prolongea pendant 
sept heures. Un cri général proclama alors la constitution. Le 
roi ordonna à un évêque de lire le serment qu'il répéta tex- 
tuellement; puis, il ajouta: J^ai juré parla divinié, je ne 
m'en repentirai jamais f 9 serment téméraire, que ce roi pu- 
sillanime devait rompre moins d'une année après. 

Diaprés la nouvelle loi fondamentale qui allait soulever 
toutes les passions mauvaises de la Russie et de la Prusse 
contre la Pologne, le pouvoir exécutif, dans toute sa plénitude, 
était exercé par le roi. Un conseil, composé de l'évèque de 
Gnesne, de cinq ministres eX de deux sénateurs, nommaU, 
sous la prtsidence du roi, les grands officiers et même les 



M LA RÉVOLCTiOll R0L0HA18B. 19 

sAnatenrs. Le corps législatif était divisé et deux chambres : 
unechambre des députés provinciaux, parmi lesquels devaient 
se trouver vingt-quatre représentants des villes libres, et une 
ciKunbre du sénat présidée par le roi. La première était dé- 
clarée former la représentation nationale ; elle avait Tinitiali va 
des lois; le sénat sanctionnait ou rejetait ses propositions. 
M.iis si. pendant deux sessions successives, la chambre des 
représentants réitérait une proposition» le sénat était forcé de 
Tadopler. Les deux chambres délibéraient ensuite, par la ma- 
jorité de leurs votes réunis, si le projet serait converti en loi. 
Le pouvoir judiciaire était indépendant des pouvoirs exécutif 
et législatif. Le liberum veto était aboli ; une tolérance géné- 
rale, proclamée ; la liberté des paysans, mise sous la protec- 
tion de la loi ; la faculté d'acheter des terres nobles, accordée 
aux bourgeois; la confection d'un code civil et criminel, or- 
donnée; enfin, la succession au trône était déférée à la famille 
de rélecteur de Saxe, qui avait été appelé à la couronne à la 
oiort de Stanislas-Auguste. 

Celte constitution péchait par de nombreuses iqnperfections; 
mais elle était peut-être la seule qui pouvait être acceptée par 
les Polonais. Le légialateur avait conservé Tancienne division 
de la nation en trois classes; savoir : les nobles, les bourgeois 
elles paysans. Cette diiTérence dans les conditions avait néces- 
sairement rendu Torganisation des pouvoirs fort compliquée. 
Les droits de chacun de ces états ne pouvaient être balancés 
avec assez d'adresse ponr que le résultat des délibérations fût 
regardé comme l'expression véritable de la volonté générale, 
et non d'une telle ou telle classe prépondérante. L^esprit des 
nobles qui avaient travaillé à la constitution du 3 mai y per- 
[ait de toutes parts, non-seulement dans une garantie spéciale 
des privilèges de la noblesse, mais surtout dans sa préémi- 
nence, soit dans la vie privée, soit dans la vie publique. La 

9 



4i tflSTOtHÈ 

constitution, il est vrai, tendait à rapprocher la classe des 
bourgeois et celle des nobles; les habitants des Tilles étaient 
admis à la représentation nationale; la liberté d'élire leurs 
députés et leurs juges leur était accordée. Mais, quant aux 
paysans, cet ordre n'y était favorisé que par quelques expres- 
sions générales et vagues qui paraissaient avoir plutôt été 
dictées par la honte de passer pour barbares au xviu« siècle, 
que par la Justice, Thumanité et la raison. 

Certes, telle qu^elle était, elle n'avait rien de trop démocra- 
tique. Au premier moment, pendant que la Pologne entière 
retentissait de cris d'enthousiasme, le roi de Prusse lui-même 
s'en déclara radmirateur. Mais, d'une part, en Pologne, quel- 
ques nobles, vendus à la Russie, retardaient toutes les opéra- 
tions nécessaires pour organiser une grande armée nationale; 
de l'autre, en Prusse, les Walner, les Bischofswerder et autres 
charlatans qui entouraient Frédéric-Guillaume II, tous vendus 
à Catherine, finirent par aveugler l'esprit de ce monarque au 
point de lui présenter cette constitution comme empreinte 
d'un jacobinisme effrayant. Ce rot, qui avait la foi la plus 
grande dans cette cohue d'intrigants et de visionnaires dont il 
avait composé sa cour, qui, peut-être aussi, était tenté par la 
possession des villes que la Pologne lui avait refusées, se prêta, 
plus que jamais, à tout ce que voulut Catherine contre cette 
malheureuse nation. 

Un an après la prodamation de la constitution, pendant 
que la Pologne entière, dans le premier étan de son enthou- 
siasme, préparait une fête nationale pour célébrer Tanniver- 
saire du 3 mai, Catherine déclara la guerre à la Pologne. 
Couvrant, comme toujours, du masque des plus hypocrites 
démonstrations les vues iatéressées de son âme ambitieuse et 
cupide, elle eut l'imprudence de déclarer à l'Europe que son 
armée n'entrait eu Pologne pour rétablir ta liberté polt 



DB LA RÉYOLUTION POLONAISE. 67 

LorsqQe cet événement eut lieu^ rassemblée de 1788 dmrait 
encore. Le Ténérable Malachowski, un des plus grands citoyens 
de la Pologne, la présidait. Tous les nonces s'étaient rendus k 
la séance solennelle où Ton devait donner lecture du mani- 
feste de la Russie. Le roi lui-même y assistait. Tandis que 
TémQtioa était peinte sur toutes les physionomies» sur celle 
du roi on ne lisait qu'un embarras mal déguisé. Eu effet, à 
mesure que les vues de Catherine se dessinaient plus précises, 
que perçaiept ses ioiques intentions à Tégard de la Pologne^ 
la situation de Stanislas devenait plus embarrassante; il sen- 
tait qu'il n'avait été qu'un instrument de Catherine. Son em- 
barras se trahit pripcipaleipent dans les quelques mots qu'il 
proponça dès l'ouverture de la séance, oùj en annonçant la 
déclaration de guerre de la Russie^ il se borna à attendre de 
la sagesse des nonces à décider tout ce qu*il convenait de fair^ 
en cette circonstance pour assurer V honneur et Vindipendance 
de la Pologne. 

Halachowski se leva alors pour donner lecture du mani- 
feste. 

a Messieurs mes frères» dit-il d'une voix émue, S. M. l'im- 
c pératrice de toutes les Russies vient de déclarer la guerre 
« è la Pologne. Je vais me borner à vous donner lecture de 
a ee document^ dans la ferme persuasion qu'elle suffira pour 
« vous suggérer ce qu'une nation a droit d'attendre de ses 
c représentants. > 

Déclaration de guerre par la Bussie à la Pologne, 
le 17 mat 1792. 

ff La liberté et l'indépendance de la sérénissime république 
fV Pologne ont dans tous les temps, excité l'intérêt et l'atten- 
tion de tous ses voisins. S. H. l'impératrice de toutes les Rus-* 



68 nsTontv 

sics^ qui^ à ce litre, Jofnt celui de ses engagements formels el 
positifs avec la république^ s'est encore plus particulièrement 
attachée à veiller à la conservation intacte de ces deux attri- 
buts précieux de Pexistence politique de ce royaume. Ces 
soins constants et magnanimes de Sa Majesté, etfet de son 
amour de la justice et de Tordre autant que de son affection 
et de sa bienveillance pour une nation que Tidentité d'ori- 
gine, de langue et tant d'autres rapports naturels avec celle 
qu'elle gouverne rendaient intéressante à ses yeux, gênaient, 
sans doute, l'ambition et Pesprit de domination de ceux qui, 
non contents de la portion d'autorité que les lois de l'Etat 
leur assignaient, en cherchaient l'extension aux dépens de 
ces mêmes lois. Dans cette vue, ils n'ont rien négligé, d'un 
côté, pour lasser la vigilance active de Timpératrice sur l'in* 
tégrilé des droits et des prérogatives de Tillustre nation po- 
lonaise, et, de l'autre, pour calomnier la pureté et la bienfai- 
sance de ses intentions. 

c C'est ainsi qu'ils ont eu la perfide adressé d'interpréter 
Pacte par lequel la Russie garantit les constitutions politiques 
de cette nation comme un joug onéreux et avilissant, tandis 
que les plus grands empires, et celui de l'Allemagne, loin de 
rejeter ces sortes de garanties, les ont envisagées, recher- 
chées et reçues comme le fondement le plus solide de leurs 
propriétés et de leur indépendance. L'événement récent (la 
publication de la constitution) prouve d'ailleurs, mieux que 
tous les arguments qu'on pourrait employer» combien une 
telle garantie peut être nécessaire et efficace, et que, sans 
elle, la république, après avoir succombé sous les coups de 
ses ennemis domestiques, n'aurait aujourd'hui, pour s'en re- 
lever par l'intervention de l'impératrice, d'autre titre auprès 
d'elle que sa seule amitié et sa seule générosité, d 

Après avoir ainsi exposé (ous les droits qu'elle avait à la 



ra LA liroumoif POLonini. 99 

reûDBMi88aiic6 de la natioD polonaise, sans doute pour 
ravoir dépouillée d'une partie de ses provinces, et pour 
86 disposer à la dépoailler de l'autre, Catherine, se posant 
en défenseur de la Pologne, passait en revue tous les griefs 
des Polonais envers les promoteurs de la constitution de 
1791, acceptée aveceathousiasme, non-seulement par le roi| 
mais encore par la nation eUe-oiëme; puis elle ajoutait : 

cHais les auteurs de la révolution du 3 mai ne>se sont 
pas bornés aux ouiux quMls <mt causés à leur malheureuse 
patrie, dans soft propre sein ; ils ont encore cherché à lui 
3n attirer du dehors, en la précipitant dans des démêlés ca-* 
pabics de dégénérer en guerre ouverte avec la Russie, Tan- 
cienne alliée de la république et de la nation polonaise. Il n'a 
pas fallu moins que toute la fMgnanimii4 de Timpératrice, 
et surtout cette équité, cette justesse de lumière avec les- 
quelles elle sait distinguer Tintention de Tesprit de parti 
d'avec Tintention générale, pour empêcher les dernières ex« 
t^'cmités auxquelles elle a été sans cesse provoquée. » 

Après une longue énumération des faits par lesquels la 
czariue tâche de démontrer que toute provocation est ve* 
nue de la part de la Pologne; que, cependant, elle a tout 
supporté pour ne pas voir altérer les bons rapports qui ré« 
gnaient entre les deux pays, et que, si elle a ordonné à une 
partie de ses troupes d'entrer sur les terres de la république, 
ce n'a été que guidée par les sentiments d'amilié et de bien- 
willanee que lui inspire la nation polonaise, qu'elle voudrait 
délivrer des maux que cause la constitution du 3 mai, elle 
ajoutait en terminant : 

a Hes troupes se préaenteroot comme amies, pour coopé* 
rer à la réintégralion de la nation polonaise dans ses droits 
et ses prérogatives. Tous ceux qui les accueilleront sous ce 
titre, en éprouveront, outre Toubli parfait du passée foutes 



7^ HtSTonur 

sortes de secours et de sûretés pour léar personne et lenri 
propriétés. Sa Majesté Impériale se flatte que tout bon polo« 
nais, aimant véritablement sa patrie, saura apprécier ses in* 
tcntions, et sentira qne c'est serrîr sa propre cause que de se 
joindre de cœnr et d^armes aux efforts ginéreuw qu'elle va 
faire pour rendre à la république la liberté et lei droits que 
la constitution dn 3 mai lui a ravis... 

« SMI en était qui, par suite de leur opiniâtreté dans les 
principes pervers auxquels ils se seraient tai«sés entrât oer, 
voulussent s'opposer aux tfues bienfaisantes de Timpératrice, 
ceux-là n'auraient qu'à s'en prendre à eux-mêmes des ri» 
gueurs et des maux auxquels ils seront exposés, à d'autant 
plus Juste titre, qu'il ne tenait qu'à eux de s'y soustraire par 
une prompte et sincère abjuration de leurs erreurs. » 

Pendant la lecture de ce long manifeste, où chaque mot 
était un mensonge, une hypocrisie ou une calomnie, la 
contenance de l'assemblée fut calme et majestueuse. Fat* 
titude de tous les membres noble et digne, comme il con- 
venait aux représentants d'un grand peuple, aux prises 
avec les hypocrites duplicités de la force. Ce manifeste de 
guerre était diffus et prolixe; les motifs étaient enchevê* 
très dans des raisonnements mal définis, escortés de pro- 
testations réitérées de désintéressement, de dignité, de soUi* 
citude, et de tous ces mots pompeux qu'ont constamment 
sur les lèvres ceux qui n'ont plus dans le cœur les vertus 
qu'ils servent à désigner. On eût dit que Catherine, honteuse 
de la nouvelle iniquité qu'elle préméditait pour assouvir une 
vile passion de femme ambitieuse, avait voulu cacher au 
monde la rougeur qui montait à son front. Quoi qu'il en soit, 
si Catherine eût pu assister à cette assemblée, quelles que 
fussent l'impudeur et l'audace de cette âme de souveraine, 
elle eût ro>gi devant la dignité calme d'un peuple que Ii| 



te LA sirMirmir polonaise. f t 

ItMè fMittit ûpprlAét, ttiAfi 41III ne lai éttiil pas dotiné 
d'aviUr. 

L'assemMte^ péûétrAe tie la Jdstioè àè m oMseï décréta^ à 
l'ananimité^ de repousser la force pkt la forcei Le noble en^ 
tboasîasme que Famoar de la vertu^ de la patrie et de la gloire 
aTait excité dans rassemblée^ se comoinnlqua rapidement à 
tonte la nation* Les mesures de défense les pins courageuses» 
tarent décrétées et acceptées à runanimité. Dans cette dt* 
constance critique^ rassemblée, la nation, usèrent de tontes les 
îessources qui étaient en leur pouvoir; et, cette fois encors> 
si Stanislas-Auguste eût été i la hauteur de son rAle, s'il eût 
fiait son devoir de roi, le saint du pays n'était pas désespéré. 
Forte du dévouemenl nouveau des bourgeois et des paysans^ 
& qui la constitution de 1791 concédait quelques droits, la Po» 
logne se montra plus que jamais entbousiasle> et décidée à 
défendre son indépendance; mais sott pusillanime SoÉVerain» 
4Mt tremblant d'avoir enoouni la dlsgràee de ai protedrioe 
couronnée, en fayorisant l'établissement de la oMBtil«tioA> 
cherchait déjà les moyens de rentrer en grftoe. I^eiur aurtrott 
de malheur, le ministre de Prusse, requis par les états de 
fournir les subsides convenus dans le dernier traité. Ht une 
réponse ambiguë qui ne permit pas de douter que la Pologne 
pouTait compter le eàbiÉet de Berlin^ Mn plus oomme ué 
allié, mais comme un ennemi. La position devenait de plus 
en plus critique. 

Cependant, conforteément à la ooiislltutiim du 3 mai, Sla<» 
nislas fut déclaré èbmmandant gén^nd des férees de k répu^ 
Mique, et muni d'un pouvoir absolu pour tous les cas de 
guerre. En vertu de cette loi| il ohotoit pour lieutenatit4osepli 
Poniatovrski. 

Joseph Ponialo^ki, dont le noM devait plM tafd Millsr 
ïdans haï annales impéiMes françaises^ et doMIa An tMÉiiqui 



w 



CHAPITRE D 
1792 



Confédération de f argowice. — Premiers désastres de l'armée polo- 
naise : évacuation de ITkraine.— Combat de Zielincé.— Kosciuszko 
à Dabienka.— Mauvais succès de la guerre.— Adhésion de Stanislas 
à la confédération de Targowice. — Indignation de la nation et de 
Tannée. — Suspension d'armes. — Dislocation de Tannée polonaise. 
Émigration des patriotes. — Déclaration de Grodno. — Résultats de 
cette déclaration. 



Le 14 féTrier 1792, il fat signé une confédération générale 
à Targowice^ petite ville du palatinat de Braclaa, ou à Saint- 
Pétersbourg, par Félix Potocki, Rzewuski et BranickLi, ainsi 
que par neuf autres magnats, savoir : Antoine Czetwertinslii, 
le seul sénateur parmi eux ; Wictohurski, Zlotniski^ Mys- 
zenski, Zagreski, Sucbarzeski, Kobyleski, Szcykowski et Hu- 
lewiez. Félix Potocki, grand^mattre de rartillerie, à qui 
Catherine avait fiiit espérer que, de la tôte de Stanislas, la 
couronne pourrait passer sur la sienne, disposait de quelques 
forces, et pouvait, au besoin, mettre sous les armes vingt ou 
trente mille paysans dans ses terres seules. Dans le manifeste 
qu'il publia en juin 1792, il déclara quUl ne se proposait que 
^p rétablir la liberté en détruisant \à nouvelle monarchie 



M LA ftivauntmi polohaui. 75 

despotique Avant d'en Tenir à k voie désarmes pour ren- 
verser la oonstitntton da 3 mBi, Catherine eonmençait, 
oomme ioojonrs» par fomenter la guerre civile, et, comme 
toqjours, les Polonais avaient llnoosiséguepce d'être les plus 
actifs instruments de ostle ambitieuse souveraine. 

Le grandHloclié de LithnaniCy remné par l'or des Russes, 
accéda à cette confédération, première protestation armée 
contre la diète révolutionnaire de Varsovie. 

Les débuts de la campagne qui s'ouvrit presque immédiate- 
ment après que Catherine eut ainsi paraljsé une partie des 
forces des Polonais, en jetant parmi eux ce nouveau brandon 
de discorde, ne furent pas heureux pour ceux qui soutenaient 
la constitution. 

Arrivé en Ukraine, Poniatowsiii avait détaché les généraux 
Kosdusako et Wielhorski^ chacun à la tête de trois mille 
hommes^ pour observer Tennemi du c6té de Cbechelnik, 
tandis que le lieutenant^^lonel Grocho^vski épiait ses mouve- 
ments à Mohilow. Mais devant les forces si numériquement 
supérieures des Russes» ces divers détachements ne purent 
que se replier sur Poniatowslû^ qui, lui-même, trop inférieur 
en nombre, recula sur la Volhjnie, se contentant de répan- 
dre de petits détachements de cavalerie de trois ou quatre 
cents hommes, qui furent tous succesaivent battus ou enlevés 
par les Russes. Reculant toqjours i mesure que les Russes 
avançaient, Pooiatovski, abandonnant les meilleures positions 
sans avoir le temps de pouvoir se fortifier dans aucune, résolut 
de concentrer ses forces à Shepetowka ; mais les Russes, qui le 
poursuivaient sans répit, Tatteignirent au petit village de 
Zielincé, et le mirent dans Tim possibilité de rebiser le combat 

La division polonaise était forte de deux mille deux cents 
feuitassins et huit cents cavaliers. Elle hit placée sur une hau- 
teur^ en forme d'ampbiUiéfilrei qui présentait un demi-cercle 



76 msTOiiB 

ovale, dont la gauche était appuyée à des imraiÉ, et la droite 
au village de Zielincé. Sur le devant s'offrait un terrain uni, 
par derrière un bois clairs-^mé, qui masquait le chemin du 
camp polonais. La hauteur fat occupée par rinfanterie, 
rangée sur une seule ligne et formant le centre ; ta cavalerie 
fut disposée sur les ailes. Queliques batteries furent élevées 
sur des points assez bien choisis. 

La division russe était forte de huit mille hommes, et ne 
formait qu'une seule ligne. Elle s^avança sur quatre petites 
colonnes» sous les ordres du général Mareow, et se déplo^ya 
sous le feu des canons polonais. Depuis cinq heures jusqu'à 
midi, on se canonna de pari etd'autre. La cavalerie polonaise 
eut tant à souffrir sur la droite, que le désordre s'y mit. Atta* 
quée à ce moment de confusion par la cavalerie russe, qui 
s^en était approchée à la faveur du village dont les Polonais 
avaient négligé de s'emparer, elle se jeta sur la première 
ligne de Poniatowski, où elle porta le désordre. Pendant ce 
combat entre les deux cavaleries, les bataillons d'iâfanterie 
polonaise qui en étaient le plus proches se mirent à fuir : les 
Russes s'ébranlèrent alors pour attaquer le. centre; mais 
vivement repoussés par le feu des bataillons polonais et celui 
de deux batteries qui tiraient à mitraille, ils perdirent beau- 
coup de monde, et les Polonais restèrent maîtres du champ 
de bataille. Poniatowski ne proQta pas de l'avantage de cette 
journée, et, au lieu de poursuivre les Russes, resta spectateur 
de leur retraite. 

Cette victoire, dont le général polonais aurait pu tirer plus 
de fruits, n'eut d'autre utilité que de faire perdre aux Russes 
l'excès de confiance et d'audace que leur donnait la persua- 
sion de leur supériorité. Quant à l'armée polonaise, elle était 
totalement découragée ; d'abord par cette longue retraite à 
ravers l'Ukraine i puis par 1a 2»»^tte absolu de plan d'uûa 



• • » * 



DB LA BivoiinmN polonaisb. 77 

campagne outeiie sinis aucune de» prôèatitiobs qui peuvent 
en assurer le soccàSy telles que la .formation de dépMs^ de 

. magasins» et suivie avec utte pusittammité qui annonçait le 
peu de confiance du chef. 

Le moijivenaent de retraite de Tannée polonaise continua. 
De Zielincé > elle se porta sur Astron , elle traversa ensuite le 
Bug et prit position à Dabienka, sur la rive gauche de ce fleuve. 
IH^ur surcroit de malheur, la mésintelligence ne tarda pas à 
se mettre entre les généraux Poniatovrski et Lubomirski. 

Après quelques jeurs de repos, Tarmée polonaise se parta- 
gea en trois corps. Kosctuszko, qui avait été détaché ponr ob- 
server un corps russe aux ordres du général Lewanidow, en 
commandait un, et gardait le Bug depuis la frontière de la 
Gallicie impériale jusqu'à Dorohusk. Poniatowski, a la tête du 
second cor pB, s'étendait depuis Dorohusk jusqu'à Swiezow; 
le général Wielhorski commaudait le troisième à Stutno et à 
Wlodava. Par suite de ses dissentimenli avec Poniatowski, Lu- 
bomirski avait été appelé à Varsovie, et sa division fondue dans 
les trois corps. 

Pendant le séjour de Tarmée sous Dabienka, Poniatowski 
avait fait élever quelques ouvrages sur le bord de la rivière. 
Ces posies étaient fort mal choisis, parce qu'ils ne laissaient à 

. l'armée, pour retraite, qu'une longue digue, qui pouvait être 
enfilée par des batteries de l'ennemi placées de l'autre côté du 
Bug. Koscins^, à qui Poniatowski avait recommandé de les 
gai?der, frappé de ce grave inconvénient, changea son plan de 
défense, et se décida à prendre une position éloignée de deux 
portées de canon de la première. Sa droite couverte par un 

, bois, était appuyée à la frontière de la Gallicie, qu'il croyait 

. wvieiable; sa gauche, à un village situé au bord du Bug, dont 
la rive opposée était, en cet endroit, inaccessible. Sur tout le 
brat dé^aoacaiDp , il établit des^ batteries. Sa retraite pouvait 



78 unoiu 

être» ou par tacontrei sur Dorobiraki oa pair la droite, sur Rii- 
mow. lia {orét qu'il aVfeiit à dos masquait l'an et l'iiutre che- 
min. Ayant avac lui tiaq raitte hommes, il attendit dans cette 
position Tennemi. 

Il 7 était établi depuis huit Jours, lorsque le général russe 
Kochowski parut de Tantre côté du Bug areo un corps de 
vingt mille hommes. Il traversa la rivtàre sans que le pas- 
sage lui en fût disputé, et commanda immédiatement l'atta- 
que. On se battit avec acharnement de part et d'autre; le com- 
bat dura cinq heures i les Russes 7 perdirent deux mille 
hommes ; mais a7ant obtenu la permission de diriger une de 
leiurs attaques par la frontière de la Galliciai que Kosdusiko 
cro7ait inviolable, Farmée polonaise fut obligée de battre en 
retraite. Une nuit sombre parut la favoriser d'abord, mais 
l'obscurité devint teUe» que le désordre se mit dans les corps, 
et Kosciuszko n'arriva pas au village de Kuniow, situé à six 
lieues du champ de bataille, qu'avec deux bataillons d^infan- 
terie et un régiment de cavalerie. Le lendemain» 11 toi rejoint, 
il est vrai, par le restant de sa division; mais cet échec Ait 
grave , moins par les pertes éprouvées , que par l'effet moral 
de cette sorte de déroute. KoBdusxko, cependant» avait, dans 
cette affaire, teltement fait preuve de bravoure, de sang-treld 
et de telent^ qu'eUe fut considérée comme un doses plus beaux 
titres de gloire» 

En Uthuann, lee aihires n'allatent pas mieux* Le prince 
de Wurtemberg, qui s'était tait naturaliser ^olonai8, et qui 7 
oommondaity séduit par les insinuations de ta cour de Berlin, 
avait demandé et obtenu un congé. Son successeur^ Judicki, 
battu aux environs de MÎT , avait été remplacé parZabielloI, 
que de sourdes cabales, parties du cabinet de Stanislas isème, 
réduisirent en quelque sorte à l'iiMclîen^. 

^i fifif ^ partout la caNiS0 de ia liberté poieiiaMe Isîblisnit t 



M LA Bi?MMMhPOLOKABB> f| 

0tle éteft mil sontéBM «or terlaiiiê poibts» Irthiamir d'tutrai» 
déooaragée sur tous. 

Une guerre enlrepriee ponr nliifttire rambitton d'an oon* 
qnérant^ pour une de ces |iMBion§ tneiqnlnei que le monde 
eet contenu d'appeler grandes, et qui cependant sont le fléau 
du monde, n*inepire quTufn Mitimentde peine ou dlndilTé- 
renée. Quelle qu'en soit rissue* on reste tiroid ; on ne se pas- 
sionne ni pour la victoire ni pour la débite; on plaint les tic- 
times^ on ne les admire pas. Msis la guerre que soutenaient 
idort les Polonais présentait un carselère bien dilTérent. Ce 
ne sont ni les prétentions iQ|ttstes d^un tyran, ni le froid or^ 
gueil d'un ambitieux qui lemront mis les armes à la main ; 
a'ils se battent, c'est pour maintenir «ne etlstence civile qu'on 
leur envie, une indépendance pelitiqne qu'on veut leur ravir* 
Là, tout est grand, la cause et les malbeurs; et si, dans cette 
lutte bérDiqua, ilssoceombeAt^ laeouronne est povr le vaincu» 
le stigmate est pour le vainqueur. 

Le mmvais succès de la guene avait (mi décourager mo- 
mentanément les patriotes polonais^ sans qu'ils désespéras^ 
sent cependant encore dn salut de la république. L'ennemi | 

avait, il est Trai, envahi les pins belles provinces ; mais ce qui 
restait encore pouvait être autant de champs de bataille où 
l'béroisme patriotique pouvait, au besoin, ieter jusqu'à sou 
dernier homme et scm dernier écu. Malheureusement, l'in- 
trigue, la trahison, se glissatont partout : si elles ne pouvaient 
trouver accès à Farmée^ elles s'adressaient à la cour | au trône ; 
etlà^ elles étaient toqjoars sûres d'être favorablement ac- 
cueillies. 

Le roi Stanislas^ qui n'était patriote que par circonstance, 
qui avait plus de foi dans la puissance de Catherine que dans 
le patriotisme de son peuple» qui, en outre^ était, en tout 
temps, obsédé par les ipiri|ai»ts ^ h| soldç 4e l'astucieuse csc^- 



rine, 86 laissa ptrsuAder d'entamer tvec elle des négDctefkm 
secrètes. Voici la lettre quUl lui adressa, et la réfioiise qu'il 
en reçut. L'iiistdre doit consigner ces deux doen«ients comme 
un modèle de la pitsillanimité d'un roi ^i séj^ate ses interdis 
de ceut de son peuple» etdePinseletteeque peut afficher rdm** 
biiion frénétique à qfti on dispute une proie conToitée. 

Madame ma 8<0ur^ 

' c Je n'emploierai ni détours m lonipoiéiirS) elles ne con» 
Tiennent ni à mon caractère ni à ma situation. Je Tais m'ex* 
pliquer aTeo franclilse, car c'est i tous qae j'écris ; daignex 
me lire avec bonté eisans préoccupation... 

« Laissant de c6téce ^i s'est passée je passe au moment 
IHrésent^ et je parlerai dair. il tous importe, madame^ d'in* 
fluer en Pologne et de pouToir y faire passer tob troupes sans 
embarras^ téutes les fols que tous Toudnez tous occuper ou 
des Turcs ou de TEurope. 

a 11 nous Importe d%tre à l'abri des réTolutions continuelles 
dont chaque interrègne doit nécessairement devenir la cause^ 
en y faisant intertenir tous nos Toisins» en nous armant nous- 
mêmes les uns contre les autres. Il nom importe^ de plus, 
d*a voir un goûter nement intérieur mieux réglé que ci-doTant. 

a Or, Toici iè moment et le moyen de concilier tout cela. 
Do!mez-nous pour successeur^ à moi, TOtre petit-fils le prince 
Constantin ; qu'une alliance perpétuelle unisse les deux pays; 
qirtm traité dé ct^mmerce réciproquement utile y soit joint. 
Jo n'ai pas besoin' dé dire que tontes les circonstances sont 
(elles, que jamais Pexécution de ce plan n'a pu être plus fa- 
cile ; car ce n'est pas à Votre Majesté qu'il ^ut donner des 
conseils et suggérer des Tues. Mais il faut que je tous adresse 
mes prières, et les plus ardentes, pour que tous daigniez 
m'écouter et entrer dans ma situation. 



DB LA tirOLCTION POLOMAISE. )(1 

f La diète m'a accordé le pouvoir de faire un arfuislice^ 
mais non pas la paix finale sans elle. Je commence donc par ^ 
vous demander, par vous prier, par vous conjurer de nous 1^ 
accorder un armistice au plus tôt, et j'ose vous répondre du ^ 
reste, pourvu que vous m'en laissiez le temps et les moyens.. 

a Hais je ne dois pas vous cacher que, si vous exigiez à la 
rigueur tout ce que porte votre déclaration^ il ne serait pas 
en mon pouvoir d'eOèctuer ce que je désire tant de faire 

« Encore une fois, ne rejetez pas» je vous en conjure, mon 
instante prière. Accordez-nous Tarmistice au plus (6t,et j^ose 
répéter que tout ce que je vous ai proposé sera accepté et 
exécuté par ma nation » 

Voici la réponse qu'il reçut : 

« Monsieur mon frère, 

« J'ai reçu la lettre qu'il a plu à Votre Majesté de m'écrira 
le 22 juin. Je me conforme volontiers à son désir d'écarter 
toute discussion directe entre nous, sur ce qui a produit enfin 
la crise actuelle des affaires. Mais j'aurais désiré, à mon tour, 
que les moyens que Votre Majesté propose comme concilia- 
toires le fussent en effet, et que surtout ils eussent pu s'accor- 
der avec les intentions pures et simples que j'ai manifestées 
dans ma déclaration publiée dernièrement, de ma part, en 
Pologne. Il s*agit de rendre à la république son ancienne 
liberté et sa forme de gouvernement, garantie par mes 
traités avec elle, et renversée violemment par la révolution 
du 3 mai, au mépris des lois les plus sacrées et nommément 
des pacta convenla^ à la stricte observation desquels se tien- 
nent immédiatement et les droits de Votre Majesté et L'obéis- 
sance de ses sujets. 

11 



Vl HltrOIBlE 

« C^esl en entrant dans des Tues aussi saines, aussi salu- 
taires, que Votre Maje.'^té pourra me convaincre de la sincérité 
des dispositions qu'elle me témoigne à présent, et du désir 
qu'elle a de concourir au véritable bien de la nation. La plus 
saine partie de celle-ci vient de se coûfédérer pour réclamer 
des droits injustement ravis. Je lui al promis mon appui et je 
le lui accorderai avec toute Tefficacité que mes moyens peu- 
vent permettre. 

« Je me Balte que Votre Majesté ne voudra pas attendre la 
dernière extrémité pour se rendre à des vœux aussi pro- 
noncés, et que, en accédant promptement à la confédération 
formée sous mes auspices, elle mè mettra à même de pouvoir 
me dire, monsieur mon frère, de Votre Msgesté^ la bonne sœur, 
amie et voisine. 

€ Gathbriiib. » 

Ainsi, avec tout le mépris et toute la dureté d'un maître, 
Catherine imposait pour condition au faible Stanislas^ de re- 
connaître pour légale la rébellion de Poloclti, fomentée à 
son instigation, de concourir à Tanéantissement de la consti- 
tution du 3 mai, et de destituer tous les patriotes chargés 
d'emplois publics. 
I Un souverain à qui les intérêts de son peuple auraient été 
plus chers que les siens propres, se serait soulevé d'indigna- 
tion contre de si insultantes injonctions ; Stanislas se montra 
prêt à y souscrire. 

PouY épargner à son pays Thumiliation de celte lâche con- 
descendance, et au roi 'i honte de cette iniquité, un des hom- 
mes les plus vénérés de la Pologne, qui, à la probité la plus 
intacte, joignait toutes les vertus d'un grand citoyen, Mala- 
chowski, président perpétuel de la diète révolutionnaire de 
1788, et dont les fonctions duraient encore, fut trouver U roi 



DE LA RÉYOtimOII POLOKAISV. Il 

ef tftcha de nntmer cette ftme engouriHe M i jttvX «n |ie« 
du feu an patriotisme qui déberdîitt la stenne. *- « Sire, lui 
dit-fl, l'ennemi s'av;mce ; notre aitnfe» queiqoe battue, a 
remporté quelq,nes avantages ; nos toroee aenl aujourd'hui 
plus concentrées, et Pennemi eal plus éloigné du aeooiirBdes 
siens. La place de Kamiuieek, qu'il a laisiée en «rrièft, ed 
encore entre nos mains : elle peut servir de poiut d'appui et 
de réunion aux citoyens qui se lèverout peiir la défeusa de U 
patrie. Nous arons tout à attendre de leur lèAe, to leur doi^ 
nant le temps de revenir de leur surprise moiMPlmét* 
Notre armée, ayant la Vislule devanat die, psut|euirt1ea9epDi 
loin de !a capitale, et pent-âtre le «aiucfie s'il tonte impEq- 
demment le passage de oe fleuve. Pour, peu que les batiîUtA^ 
de )a Polodie et de liJkraiue s'animent et agissent, reanemi 
manquera de subsistanoe, toua tea eonvoia aerout coupée ; ft 
ils s'animeront, ils agiront, si on leur donne Texemple* 
Au reste, quand nous serions trompés dwt eet efpoirj serÎQlv- 
nous moins tenus de nous détendre 9 Si nous ne pen^ff eus pas 
vaincre, nous ne devons pas an moins mourir aana gloire. 
Négocier en ce moment avec la Russie, c'est s'kumilier, oMist 
se soumettre; dans une telle voie il n^ a que de la iienle. Je 
conjure donc Voire Majesté de partir ainsi lueessamnient 
pour l'armée. Paraissec^y, Sire, recommandes i obacuu de 
faire son devoir^ rendee-vous à Cracovie pour diriger les opé- 
rations du gouvernement) et, éleetrisée par votre ei^emple, la 
Pologne aura asses d'énergie poipr repousser l'iuiqui^ agir^ion 
delacsarine. b 

C'était parler à un roi un langage civique qu'U ^\ rarement 
en état de comprendre. Stanislas souleva quelques objec- 
tions ; Halechowslii les aplanit toutes ; mais le roi, dont 
le parti était alors pris, promit de se rqodfe à ses sages 
conseilei et ne chercha, dès ce mimieatj qu'il çQlorçr s^ 



14 HIBTOIM 

déteclioa par des apparences de patriotisme. H convoqua an 
grand conseil composé, non pas seulement des ministres dn 
conseil d'Etat flxés au nombre de sept par la conslitulion 
I du 3 mai, mais de tous ceux reconnus par la constitution 
I anarchique de la Pologne» où Ton comptait quatre grands- 
maréchaux ou ministres de Tintérieur, quatre grands géné- 
raux ou ministres de la guerre, quatre chanceliers, autant de 
trésoriers. En appelant tous ces fonctionnaires an conseil, 
c'était, il est Trai, agir inconstitutionnellement; mais le roi 
avait besoin de cette cohne pour faire adopter les conditions 
de la Russie, qui devaient effectuer la ruine totale de la Polo- 
gne. En effet, quatre ministres seulement, Ignace Potocki, 
Stanislas Halacboirski, Ostrowski, Kolontaj et Soltan défendi- 
rent seuls la cause de la patrie : le reste opina contre elle. Le roi 
feignit de se rendreàregret et par condescendance seule pourla 
majorité; et le 25 aoùtl792,iladbéraàla confédération deTar- 
gowice, et signa les propositions que lui présentait la Russie. 
Dès que se répandit la nouvelle d'un acte qui, aux yeux de 
la nation patriote, était à la fois une lâcheté et une trahison, 
deux sentiments seuls animèrent tous les cœurs : la conster- 
nation et rindignation. L'une et l'autre se révélèrent dans un 
nombre infini de mémoires qui noircissaient le roi aux yeux 
des nations, et dont les plus modérés appliquaient à Stanislas 
celte sentence : Sur le trône, la faiblesse et rindécision furefit 
toîyours les pires de tous les vices* 

Cette colère acerbe de la partie patriote de la nation polo- 
naise se comprenait. En effet, par suite de l'adhésion de Sia- 
uislas à la confédération de Targowice, Félix Potocki, le pro- 
I "j moteur de cette rébellion, fut proclamé, le 2 août, maréchal 
'^ de la confédération, qui, dès ce moment, prit la qualité de con- 
^dération de la couronne. Aussitôt» tout fut changé en Polo- 
gne. Le commandement de l'armée fut rendu aux anciens 



DB LA BiTOLUnOlf folouaui. S5 

gfoéraux, et, w que la république n'était en guerre avec per- 
ionne, on se disposa à licencier Farinée. 

Ainsi^ cette coostitution du 3 mai, si favoraDIe au rétablis- 
sement de Tordre et des vertus humanitaires, dont le premier 
offet avait été de ranimer les espérances du peuple, de l'inviter 
à sortir de son engourdissement, d'offrir à ses yeux un riant 
avenir de bonheur et de liberté, était, en quelque sorte, 
annulée. Chacun pressentit de nouveaux malheurs, et, à Tes- ' 
poir qui avait un moment brillé aux regards de cette malheu- 
reuse mais héroïque nation, succéda la colère d'ab<Nrd, puis 
Taccablement, les angoisses, les alarmes. 

Le résultat immédiat de cette adhésion du roi aux volontés 
de Catherine fat une suspension d'armes. Le courrier qui en 
porta la notification à Tarmée polonaise, trouva Poniatowski 
campé sous Karow, à six lieues de Lublin. Le mécontente- 
ment, la douleur, le désespoir, 7 accueillirent la publication 
de cet acte déshonorant, qui paralysait le courage de tous ces 
braves qui avaient pris les armes pour assurer Tindépendance 
de la patrie. Poniatowski lui-même, neveu du roi, ne dissi- 
mula pas son improbaiion, et, en lui faisant connaître Tim- 
pression défavorable produite sur Tarmée par cet acte, il lui 
proposa, pour réparer le mal et paraître avoir été forcé de 
continuer la guerre, de se laisser enlever et conduire à 
Tarmée. Ce coup hardi eût pu avoir un résultat immense ; 
mais, pour s^y prêter, il fallait une âme d'une autre trem|>e 
que celle de Stanislas; il refusa. 

La majeure partie de Tétat-major, refusant, à son tour, de 
porter Tuniforme d'un pays dont le roi n'était que le man- 
nequin d'une ambitieuse souveraine étrangère , demanda 
son congé. Parmi eux étaient les généraux PoniatovirskI, Kos- 
ciuszko, Zajonczek, Zabiello, Hokronowski, Wielhorski, les 
cdouels Poniatowski, Strzalkowski, et d'autres, dont la con- 



SI mmmx 

duiie, m cette circonstance, attesta les nobles senlioientA qu; 
les animaient. L'armée entière partageait telleinent TopiaiûQ 
de ses chefs, que, dès que, après racces>ioD de soq oncle à la 
ligue de Targowico, Poniatowski eut déposé son commandd' 
ment, ses compagnons d'armes firent frapper une cnédaille à 
son effigie, avec cette inscription ; Miles imperatori (rarmée 
à son général). 

Dès ce moment, Farmée polonaise rentra dans ses quar- 
tiers, et fut, en quelque sorte, annulée* 

Alors, à cette lutte armée qui, d'une part, avait quelque 
chose de grand et de magnanime, succéda une lulte de diplo- 
matie entre la Rassie, la Prusse, rAutricbe, où, de part et 
d'autre, n'existaient que de ces passions mauvaises et rapaœs 
dont, pour le malheur des peuples, l'histoire abonde. Hâtons- 
nous cependant de dire qu'il est peu de circonstances où le 
caractère et la morale de ces puissances se soient révélés 
sous une forme aussi vile et aussi hideuse. 

Déjà, depuis quelque temps, la Prusse et rAutricbe, qui 
surveillaient Les menées de la Russie en Pologne, et qui vou- 
laient avoir leur part dans ce nouveau démembrement 
qu'elles pressentaient, avaient déclaré qu'elles s'entendraient 
sur tous les accidents que l'état actuel de la politique pouvait 
faire naître en France, et qu'en attendant, elles reconnaî- 
traient l'acte constitutionnel des Polonais, siiuf à s'entendre 
ensuite avec la Russie pour en partager les dépouilles. 

Ceci s'était passé lors de la publication de la constitution 
du 3 mai, et avait précédé les hostilités que nous venons de 
relater. Mais dès que, par la conclusion de la paix de Jassy 
(7 mai 1792) avec les Turcs, Catherine eut jeté des troupes en 
Pologne, alors la Prusse et l'Autriche commencèrent à ne 
considérer que comme provisoire l'état de choses constitué à 
Varsovie, et ne virent dans l'esprit de révolution e| d'index 



M LA RÉVOLUTION POLONAISE. il 

pendance qui s'y manifestait, qu'un prétexte pour avoir leur 
part dans cette spoliation que la czarine avait préparée de 
longue main. 

Les révolutions de France et de Pologne occupaient alors 
activement ces deux Cibinets^ mais non pas au même degré 
(i'ii)lérèt. Ainsi, par exemple, contre la France, où il n'y 
av.'iit pas, pour le moment^ d'intérêt positif à réaliser, ils 
u'onvoyèreut que la moindre partie de leurs forces; mais les 
années les plus considérables fuient dirigées vers la frontière 
orientale de Pologne; et, pendant que^ répandus comme un 
torrent dans ce malheureux pays, les armées moscovites 
dévastaient tout sur leur passage, pour donner, par Pagonie 
d^ln peuple, une dernière émotion à Pâme blasée d'une in- 
ju.<te souveraine, trente mille Prussiens, sous le maréchal 
Mullendorff, et cinquante mille Autrichiens, avaient achevé 
d'enclaver la Pologne dans un clercle de fer. 

Catherine, qui, par d'iniques machinations, avait fomenté 
dans ce pays des fédérations, des diètes opposantes, avait eu 
peu de peine à vaincre, avec ses armées, un peuple dont les 
dissensions intestines paralysaient les forces. Comme ce qui, 
partout ailleurs, est appelé mensonge, duplicité, se nomme 
habileté, profonde politique, lorsque c'est une souveraine qui 
s'en rend coupable. Catherine usa largement de ce singulier 
privilège que la naïveté des peuples concède. Elle déclara que 
Foccopatioû de la Pologne n'était que temporaire, motivée sur 
la nécessité de comprimer le mouvenientrèvolutionnaire qui, 
de France, commençait à Iréagir déjà sur l'Europe, et d'étouf- 
fer la guerre civile que son or et ses intrigues avaient fomen- 
tée» La Prusse et l'Autriche déclarèrent de leur côté, avec la 
même franchise et la même sincérité, que leurs troupes, qui 
bordaiient la frontière orientale de Pologne étaient de simples 
années d'dMertation, sorte de cordon sanitaire pour pré* 



S8 HiSTomi 

Tenir la contagion des idées révolationnaires. Après avoir 
ainsi satisfait à leur conscience, la czarine, le roi de Prusse et 
i*crapereur d'Autriche, arrêtèrent les bases du nouveau mor- 
cellement du vieil empire des Jagellons. La Prusse souhaitait 
depuis longtemps de s'arrondir du grand-duché de Posen et 
de Danlzig, le port de mer de ses blés. L'Autriche, du haut 
des monts Krapaclcs, convoitait toute la Gallicie jusqu'à Lem- 
berg et Cracovie, et la Russie rêvait déjà l'extension de ses 
frontières jusqu'à la Vislule, ambitieux rêve qu'elle devait 
réaliser plus tard comme une punition providentielle d'un 
danger toujours menaçant pour les Cabinets complices de 
ses iniquités. 

Le 9 avril 1793 avait été proclamé, à Grodno, le premier 
acte public qui les consacra. Nous le donnons textuellement, 
comme un de ces monuments des abus de la force que l'his- 
toire ne saurait mieux flétrir qu'enles trasmettant d'âge en âge. 

c Les sentiments que S. M. l'Impératrice fit paraître dans 
la déclaration que ses ministres donnèrent à Varsovie, le 
18 mai 1792, à l'occasion de la marche de ses troupes en Po« 
logne, <K n'avaient incontestablement d'autre but que d'oble- 
« nir Tapprobation, le consentement volontaire, et l'on peut 
« ajouter la reconnaissance de la nation polonaise. » 

« Toute l'Europe a vu de quelle manière ses déclarations 
ont été reçues, et quel cas on en a fait. Pour frayer le chemin à 
la confédération de Targowice, afin qu'elle fût en état d'exer- 
cer les droits et de déployer une autorité légitime, il fallut 
avoir recours aux armes^ et les promoteurs de la révolution 
du 3 mai 1791, ainsi que leurs adhérents, n'ont abandonné le 
champ de bataille et la lutte à laquelle ils avaient provoqué 
les troupes russes, qu'après avoir été vaincus. 

c Hais si la guerre fut ouverte, ce ne fut que pour faire 
place aux intrigues secrètes, dont les ressorts subtils sont 



crantant plus daogereiiz qu'ils échappent i robserraUoD la 
plus attentive, et même à TacUTité des Ids* 

« L'espritde faction et de révolte ajeté de si profondes raci- 
nes, que ceux qui sont assez pervers que de se faire une occu- 
pation d'en allumer le feu et de le pépandre, après avoir 
échoué dans leurs cabales auprès des cours étrangères, où ils 
cherchaient à rendre suspectes les vues de la cour de Russie, 
ont travaillé ensuite à égarer le peuple, qu'il est toi^ours 
facile de mener, et sont parvenus au point de lui inspirer la 
même haine et la même aversion qu'ils portent à cette cour 
qui a renversé leurs espérances et ieurs desseins criminels. 

« Sans nous arrêter sur des faite généralement connus, qui 
prouvent les senUmente hostiles de la plupart des habitante de 
la Pologne, il sufflra de dire qu'ite ont abusé même des prin- 
cipes d'humanité et de modération que Les généraux et autres 
officiers de Sa Majesté ont observés, suivant les ordres exprès 
qu'ils en avaient reçus, au point de s'échapper, à leur égard, 
en injures et actes d'hostilités de toute espèce, et que les plus 
audacieux se sont emportés jusqu'à menacer de renouveler 
sur eux les vêpres iieiliennei.Cétoii là la récompense que les 
ennemis du repos et de l'ordreque Sa Majesté Impériale eA^r- 
chait à rétablir et à affermit, préparaient à ses tn/dn/tofii ma- 
gnanimes f Qu'on juge par là de la sincérité avec laquelle la 
plupart d'entre euxontadhéréà laoonfédération qui subsiste 
aujourd'hui, ainsi que de la solidité et de la durée de la paix 
qui aurait régné dans la république! 

« Mais l'impératrice qui est accoutumée, oepuis trente ans^ 
à combattre contre les dissensions sans cesse renaissantes dans 
cet Etat, et qui met sa confiance dans les moyens que la Provi- 
dence lui a départis pour contenir ces factions, aurait con- 
tinué d'employer sans relftche senmesures désintéressées, d'im- 
poser silence i ses griefs et aux justes réclamations qu'ite 



90 ' HISTOIRI 

aatorig0Dt, 9*n ne s'était présenté des circonstances désagréa- 
bles qui annonçaient des dangers d'une plus* grande impor- 
tance. L'égarement inconcevable d'une nation naguère si 
florissante^ maintenant déshonorée^ déchirée, sur le bord du 
précipice qui va l'engloutir ; cet égarement qui aurait dû être 
un sujet d'horreur pour ces es^prits inquiets, leur a paru^au 
contraire, un modèle d'imitation : ils cherchent à introduire 
dansTintérieur de la république, ces leçons infernales qu'une 
secte impie, sacrilège et insensée, a imaginées pour la des- 
' truclion de tous lés principes religieux, civils et politiques. 
Il s'est déjà formé, dans la capitale, ainsi que dans plusieurs 
provinces de la Pologne, des clubs qui fraternisent avec les 
Jacobins de Paris; ils répandent leur poison en secret, le 
soufflent dans les esprits etTy laissent fermenter. 

a L'établissement d'un foyer si dangereux pour toutes lés 
puissances dont les Etats aboutissent aux frontières de la ré- 
publique, devait naturellement réveiller leur attention; elles 
ont conféré, d'un commun accord, sur les moyens d'étouffer 
le mal dans sa croissance, et d'éloigner de leurs frontières ce 
venin dangereux. S. M. l'impératrice de toutes les Russies, 
S. H. le roi de Pmise, du consentement de. S. M. l'empereur 
des Romains, n'ont pas trouvé d^expédient plus efflcace que de 
renfermer la Pologne dans des bornes plus étroites , de lui 
donner nne telle existence et nne telle proportion d'étendue 
qui lui assignent le rang d'une puiamee moyenne , et lui fa- 
cilitent les moyens de se procurer et de se maintenir, sans 
perte de son aneiemiê liberti, un gouvernement sage et bk-n 
ordonné, qui ait à la fois asses d'activité pour réprimer les di- 
«ordres et leafaetions qui ont si souvent troublé son repos et 
celui de aes voisins. Réunis dans ce dessein par les mêmes 
principe^ et les mêmee vues, 8* IL rimpératrioe de Russie et 
le roi dePriisae ee sont convaincue qoll vfj avait pae d'iautae 



DB LA RÈYOliVZtOII POLONAISE. M 

¥010 de {uréfwir la laîne ontîore dont la jrépubUqu^ était me^ 
sacée, tant par ses disseiisioiis iatesUnes, qvMd par les opinions 
extravagantes et monstrueuses qui commençaient d'y avoir la 
vogue, que à*ificorparêr dans leurs Etats respectifs ces pro* 
vincesde Pologne actuellement frontières, et d'eu prendre dès 
ce moment possession, pour les wèeltre en iûrelé contre les ef- 
fets destructib du système extravagant qu'on cberche à y in* 
trtduîre. 

« En même temps que Leurs Majestés font connaître à la 
natîoB polonaise cette résolution ferme et irrévocable qu'elles 
ont formée, elles Tinvitent à convoquer une diète pour pro-- 
céder, à Fiumabk, à prendre les arrangements et mesures né^ 
cessaires , afin de parvenir m M $uliàt4iire que Leurs Miyes^ 
tés se proposent, eékui de procurer à la république^ et de lui 
assurer une paix ferme, durable et inaltérable» a ^ 

Donné à Gfodno, le 9 avril 1793. 

8i9né : Jacon bb Sn 



Telle fut la fameuse déclaration par laquelle la Russie ap- 
prit au monde que, de concert avec la Prusse et TAutriche, 
elle allait incorporera ses domaines les pays envahis sur la 
Pologne. Dans ce document curieux à tant de titres, et sur- 
tout comme cBuvre de mauvaise foi la plus déboutée dont des 
gouvernements aient jamais donné le spectacle aux peuples, 
on ne sait ce qu'on doit le plus admirer, ou de l'impudence î*. 
avec laquelle on essayait de colorer de prétextes honnêtes une l 
spoliation flagrante et préméditée, ou de la lâcheté avec la- ^ 
quelle on insultait un peuple qui, dans tout le malheur de 
l'oppression, devait toujours se montrer plus grand que ses 
bourreaux dans tout le triomphe de leur gloire. 

Pendant que s'était concerté cet inique dépècement, la Ré- 
i^ittJteainnfiaiieavait jetéendéfiàl'Euroipelatéledu roi 



92 mnom 

Loais XVI; spectacle unique et terrible qai, i nue même 
époque^ presque Jour pour jour^ fit que^ pendant que des rois 
coalisés^ dans un accès de flérreuse ambition, rayaient un 
peuple de la carte du monde^ un peuple^ dans un élan fana- 
tique de liberté, rayait un roi au li^re de la vie. De quel côté 
a été le crime^ s'il y a eu crime ? De quel c6té a été la gran- 
deur, s'il y a eu grandeur? 

Quoi qu'il en soit, la mort de Louis XYI étonna plus les 
Cabinets qu'elle ne les émut, parce que, tout occupés alors 
4e se faire une plus large part dans les dépouilles de la Po« 
logne, Tambition parla plus haut que le sentiment. L'Angle- 
terre saisit cependant ce prétexte pour sortir de sa neutra- 
lité; quelques historiens ont même eu la naîTeté d'attribuer 
la cause de cette subite colère à l'horreur que lui inspira 
^exécution de Louis XVI. Hais la politique de sentiment influe 
peu sur les déterminations du cabinet de SaintJames. Ce qui 
le décida, en cette ciitonslaDce, fut Toffre que lui fit la Russie 
de dissoudre la linpe maritime du Nord, et d'admettre le droit 
de yisite, si l'Angleterre loulait entrer dans la ligue euro- 
péenne contre la France, et laisser s'opérer sans protestations 
le partage de la Pologne. Le comte de Woronzoff, ambassa- 
deur spécial de Catherine, a^ait été chargé d'en taire TolTre à 
Piit, qui n'eût garde de la refuser. Ainsi, pendant que d'une 
part, Catherine abandonnait, en faveur de l'Angleterre, le 
principe si juste, que le pavillon couvre la marchandise, 
aliénait, par cet abandon, la liberté des mers, et assurait la 
suprématie maritime britannique; Pitt, de son côté, ouvrait 
à la Russie la voie de l'Occident, en laissant abattre la Polo- 
gne, son boulevard naturel, et en favorisant, par ses con< 
seils et ses subsides, la marche des armées russes contre la 
trance. 

Tels tarent les gnvM événements qui résultèrent eneor* 




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M LA lit OUmOH MtOllAISI. 13 

de ce second partage de la Pologne. Noua arona dû les men- 
tionner, parce que ces conceasiona mutuellea eurent, dana 
une proportion immense^ toua lea caractèrea de ces grands 
forfaits que la justice humaine flétrit journellement des 
peines les plus scvères. 

La France qui, dans ce moment, ignorait encore Finiquo 
pacle qui venait de rapprocher Pitt et Catherine, ces deux 
âmes si hien faites pour s'entendrCi fut la puissance qui eût 
les paroles les plus ardentes contre l'inique partage de la Po- 
logne. Mais que pouvait-elle faire alors t Ayant à lutter contre 
l'Europe entière, elle ne put que formukr en faveur de 5a 
Eccur du Kordy de& vœux que le ciel ne devait pas exaucer. 



9i VICTOIII 



CHAPITRE m 
1793 



Mouvement réactionnaire. — Igielstrom. — Première association révo- 
lutionnaire à Varsovie. — Kosciuszko. — Délibération des exilés à 
Leipzig. — Ignace Potocki. — Kolontay. — Kosciuszko consent à se 
mettre à la tète de l'insurrection : son arrivée en Pologne. — L'insur- 
rection est différée. — Entrée des Prussiens en Pologne. — Émigration 
polonaise. — Kosciuszko et Mostovirski à Paris; ils négocient avec Du- 
mouriez. — Le baron de Bars et le comité de salut public. — Insuccès 
des négociations à Paris. — Diète de Grodno. — Mémorable séance 
du 10 juin 1793. — Second partage de la Pologne. 



Le lecteur n'a pas oublié la confédération de Targowice, 
formée à Tinstigation de Catherine, en opposition de la diète 
révolutionnai re, et à laquelle Stanislas avait adhéré. Félix 
Potocki, Brawicki; Rezewski, chefs de cette confédération, 
étaient les agents secrets de la Russie, et, après la cessation 
des hostilités, devinrent naturellement ses instruments. Des 
universaux, invitant les palatinats à émettre leurs vœux en 
faveur de cette ligue, furent proclamés par toute la Pologne. 
Sous rinfluence des baïonnettes russes, les uns se soumirent 
par force, d'autres, parmi les nobles surtout, préférant la 
conservation de leurs privilèges et de leur fortune particu* 



1>I LA RÉVOLUTION POLOHAISI. 95 

lièreà nndépendaDce de leur pays^ se soumirent de bon gré^ 
•peu fftcbés d'êlre esclaves sous un rapport^ pourvu qu'ils 
pussent rester tyrans sous un autre. 

Les premiers actes de cette confédération furent tous es» 
sentiellemeAt réactionnaires : persécution des patriotes, 
anéantissement de la constitution du 3 mai, reconstitution de 
l'ancien esclavage pour les villes et les campagnes, séques- 
tres, confiscations, assassinats Juridiques, massacres. Cette 
sombre et lugubre réaction devait se terminer par Taliéna- 
tion des provinces de la république, cédées aux cours coali- 
sées à Vamiakle selon Texpression du manifeste russe. Dix- 
huit mille hommes de Farmée polonaise, en quartiers dans 
les provinces usurpées, furent forcés d^entrer au service de 
la Russie. Le restant de l'armée fut réduit ou persécuté. Ce 
qui restait de la Pologne n'eut qu'une nationalité nominale, 
et, avec une taehe de sang de plus sur son diadème, Cathe- 
rine se crut plus que Jamais la SenHramis du Nord. 

Afin que la nouvelle diète fût l'rnstrument passif de la ma- 
joriié, celle-ci déclara non*éligible tout individu qui, par 
quelque acte marquant, avait montré de l'attachement pour 
la constitution du 3 mai. On procéda à de nouvelles élections, 
qui se firent partout sous Tinfluence de la terreur ou de la 
corruption. Voici, du reste, comment on procédait ordinai- 
rement à ces sortes d'opérations; le lecteur pourra juger ce 
qu'elles durent être dans un moment réactionnaire. 

A|irës la publication des universaux dans les palatinats, 
on se disposait à se rendre dans les lieux d'assemblées. Cette 
époque était, pour les pauvres Szlaxis de campagne, un mo- 
: ment de jubilation : c'était pour ainsi dire un carnaval. On 
les voyait par douzaines sur de petits charriots, tirés par un 
petit cheval , s'acheminer vers le rendez-vous. Les uns 
étaient un peu vêtus, les autres étaient presque nus; quel-* 



96 msTOifti 

qucs-uns avaient un sabre sans foarrean, d'autres un fouN 
reau sans sabre; leur nombre, leur gaieté, leur misère, 
présentaient le coup-d'œil le plus curieux. Arrivés a leur 
destination, ils trouvaient toujours deux chefs : Tun était en- 
voyé par le roi et chargé d'accaparer le plus de voix possi- 
ble, afin de faire élire les nonces agréables à la cour, et de 
veiller à ce qu'il ne se glissât rien de gênant dans les ins- 
tructions ; l'autre était désigné par son crédit dans le pala- 
tinat, et sa tftcbe était de taire contre la cour ce que le pre- 
mier faisait pour elle. Pour s'assurer les voix de tous ces 
SzlaxiSj il n'était pas besoin de traiter avec chacun d'eux; le 
marché se faisait avec les petits chefs de certain) arrondis- 
sements. Dès que ceux-ci étaient contents, ils passaient du 
côté de la personne avec laquelle ils avaient traité, et toute 
leur bande les suivait. On les abreuvait d'une boisson détes- 
table qu'on leur disait être du vin de Hongrie, l'eau-de-vie 
coulait à grands flots : et voilà comme on gagnait la majorité 
dans les diéiines (1). 

Composée des éléments produits par de telles élections, il 
ne fut pas difilcile à la diète de Grodno de pousser la réaction 
jusqu'à Textrème violence. 

Les opérations législatives de cette confédération, siégeant 
alors à Grodno et remplissant les fonctions d'une diète natio- 
nale, étaient, du reste, exclusivement dirigées par l'ambassa- 
deur de Russie, tandis que Igielstrom, général en chef de Tar- 
mée russe, avait établi son quartier général à Varsovie. L'un 
et l'autre traitaient la Pologne en véritable pays conquis , et 
les troupes russes promenaient leurs fureurs d'une province 
à l'autre» se livrant partout au pillage, à la cruauté, aux ra* 
pines, aux excès de tout genre. 



(i) 



DB LA RÉVOLUTION POLONAIS!. tl 

Igiclstrom^ dit un témoin oculaire, compagnon ^'armes dé 
Kosciu$zko(l)»fit souffrir au: habitants de Varsovie tout ce que 
la barbarie des Buns et des Goths fit autrefois de plus révol- 
tant. La conduite, le ton et la cour de ce général retraçaient 
rimage de ces chefs d'esclaves asiatiques dont Tidée seule ins-' 
pire de Thorreur aux nations civilisées. U foulait aUx pieds la 
justice. Le mérite n'osa plus se montrer^ la vertu fut réputée* 
crime. Une foule d'espions infestaient la ville et les provinces ; 
à la moindre délation, lespatriotes étaient traduits devàntigiel* 
strom. Les peines les plus sévères étaient, sur un simple soup-- 
$on, ordonnées; l'arrestation et le ravage des temss étaient la 
punition la plusdouce, et la férocité naturelle des Russes seré- 
sumait, avec toute sa sauvage allure, en ce satrape insolent. 

Une si brutale oppression, jointe à Pesprit naturel d*indé-' 
pendance qui caractérise les Polonais, excita dans les âmes de 
ce peuple outragé un sentiment secret d'indignation. Geux^' 
dont rfime impatiente ne put subir plus longtemps un joug' 
si abhorré, formèrent une association à Varsovie. Des émis-' 
saires furent envoyés à l'armée, où la loi qui en décrétait la 
réduction avait excité une grande fermentation. Le plus grand 
nombre des officiers n'avait d'autre moyen d'existence que 
leur emploi. Le désir de conserver leur bien-être se joignit au 
patriotisme, et le sentiment de l'intérêt particulier fut enno- 
bli par celui de l'honneur national. Puis , il n'y avait parmi 
eux qu'un désir, qu'un vœu , celui de délivrer leur patrie; il 
fut dès lors aisé de les décider à une insurrection. Quelques- 
uns d'entre eux se rendirent en députafion dans la capitale 
pour se concerter avec les mécontents. Au milieu de la nuit, 
ils allaient isolément dans des lieux désignés , déplorant le 
malheur de leur patrie, et prêts à en appeler à leurs bras pour 

(0 ZajDacask, général polmais. 

13 



tOO HI8T0IEI 

expiait^ avec les principaux patriotes^ le tort de porter un 
cœur d^bomme dans une poitrine de citoyen. Il était à Leipzig 
lorsqu'une députation de conjurés vint lui faire part du vœu 
de Tarmée. C'était dans les premiers jours de septembre 1793. 
11 communiqua la proposition qu'on venait de lui faire à ses 
compagnons d'infortune, exilés ou émigrés comme lui, et 
leur demanda leur avis et leur coopération s'ils approuvaient 
Tentreprise. A côté de la grandeur du projet^ qui les frappa 
tous, nul d'entre eux ne s'en dissimula les immenses diffi- 
cultés, et, en quelque sorte, Timpossibilité de la réussite. Us 
connaissaient leur nation ; ils savaient que, dans la longue 
anarchie qu'ils avaient traversée, les Polonais avaient dégé- 
néré, qu'ils avaient perdu leur ancienne bravoure sauvage, 
sans l'avoir remplacée par la connaissance des arts qui tien- 
nent à la guerre, et qui sont ordinairement le fruit de la civi- 
lisation et des lumières. Puis, une insurrection ne pouvait 
manquer d'ailirer sur eux les forces réunies de la Prusse et 
de la Russie. Dans une lutte si inégale, pouvaient-ils se flatter 
de l'espoir d'un heureux succès? Us auraient pu compter 
alors, il est vrai, sur la justice de leur cause et l'intervention 
de la France, si cette puissance n'eût été dans de si graves 
embarras ; mais ils pressentaient déjà que Dieu était trop 
haut, et la France trop loin. 

Cependant, au milieu de ce conseil intime, de graves con- 
sidérations luttaient en faveur de l'insurrection. La Pologne, 
disaient ces généreux exilés, n'a rien à risquer. Sa situation 



rant, enfin, qu'an moment où nne Convention nationale va fixer les 
destinées de la France et préparer peut-être celles du genre hu- 
main, il appartient à un peuple généreux et libre d'appeler toutes les 
lumières et de déférer le droit de concourir à ce grand acte de raison, 
à des hommes qui, par leurs sentiments, leurs écrits et leur courage, 
s'en sont montrés SI éminemment dignes; déclare déférer le titre de 
citoyen français, etc. » {Décret du 26 août i79JL) 



DB LA BÉVOQLIJTIO!! P0L0NAI8B. 101 

est désespérée : les habitants sont réduits à ce dernier état 
d'atmttemeot oit un peuple a plus à craindre dé Toppression 
que de la résistance. Le sentiment intime de cette vérité ins* 
pire ordinairement une fureur opinifttre. Si cet acte de vi- 
gueur M sauvait pas la Poiogne, il pourrait au moins enno^ 
blîr les derniers moments de son existence, et enfin le salut 
des malheureux est souvent de n'en plus attendre. A ces ob- 
servations se joignit celle du grand effet que pourrait produire 
la levée générale des paysans. L'histoire du siècle offrait pln^ 
sieurs exemples où des succès avaient couronné des efforts de 
cette nature. Tout semblait annoncer que la classe des habi- 
tants de la campagne, condamnée à porter toutes les charges 
de la société sans en partager les avantages^ embrasserait avi- 
dément l'espoir d'une liberté raisonnable, et ferait des pro* 
diges d'héroïsme pour la mériter. D'ailleurs, la raison et 
rbumanité s'accordaient pour commander leur affranchisse* 
ment; des motifs de politique étrangère donnaient aussi quel* 
que poids à ces raisons. Ainsij par exemple, la maison d'Au* 
triche paraissait désapprouver le nouveau partage. Il leur 
semblait naturel de voir le Cabinet de Vienne non moins 
affecté de la perte d'un voisin paisible que de l'accroissement 
de la puissance qui en résulterait pour le roi de Prusse, son 
ennemi étemel, ainsi que pour la Russie, qui ne tarderait pas 
de le devenir. Ils se flattaient, en même temps, que les autres 
puissances, comme la Turquie et la Suède, menacées par Tex* 
trame agrandissement de la Russie, ne resteraient pas simples 
spectatrices des efforts que les Polonais feraient pour recon* 
quérir leur indépendance. L'Angleterre elle-même, pour pré- 
venir la rupture complète de l'équilibre européen, pouvait se 
jeter dans la balance avec tout son poids (1). 

(I) BévoUttionpoUmaiH, Ymoité, 



104 HISTOIM 

lliistoire. L'amour de rhumaDÎté fut pour lui une passion; 
rinuocence opprimée n'avait pas de plus énergique défenseur, 
et il eut le courage, au milieu de la tyrannie séculaire des ma* 
gnats polonais, de flétrir hautement Tinfâme esclaTagc où la 
noblesse retenait le paysan. Cette vertueuse indignation contre 
de si monstrueux abus que ceux qui résultaient des rapports 
des seigneurs avec leurs serfs^ lui attira beaucoup d^ennemis. 

Tels étaient ces deux hommes célèbres qui^ adorés d'une 
partie de la Pologne^ furent détestés de Tautre. Tant qu'Us 
conservèrent l'espoir d'être utiles à leur pays, ils remplirent 
avec un zèle infatigable les devoirs des ministères qui leur 
étaient confiés; dès que fut arrivé le temps de rhumiliation,du 
malheur, de l'oppression, ils se démirent de leurs fonctions, 
d*où leurs vertus, du reste, auraient seules suffi pour les faire 
exclure. L'opinion publique leur attribua sans fondement 
rinsurrection de la Pologne, qui ne fut que l'ouvrage des 
âmes jeunes et ardentes qui frémissaient sous le joug de l'é- 
tranger, et du mécontentement des troupes, qu'on menaçait 
de réforme. Dans le lieu d'exil où la persécution russe les avait 
jetés et dépouillés de Ifeuis biens et de leurs emplois, ils 
n'apprirent le projet d'insurrection que par Kosciuszko, qui, 
lui-même, n'en avait été informé que par les émissaires en- 
voyés par les mécontents de Varsovie. 

Quand un peuple est écrasé sous un joug inique^ et d'au- 
tant plus humiliant qu'il est l'œuvre de l'étranger, les âmes 
généreuses n'ont pas besoin d'être rapprochées pour s'enten- 
dre. La même pensée, le même vœu, les agitent, les électri- 
sent, et l'air» au besoin, sert de conducteur pour transmettre 
de l'une à l'autre le feu sacré qui doit les raviver ou les ré- 
veiller. Kosciuszko, Potocki, Kolontay et les malheureux exi- 
lés qui partageaient leur mauvaise fortune, pressentaient la 
situation des eeprits de leurs compaljrîotes ; mais ils atteo- 



Di LA BÊrMienaii polohaisi. 105 

«daiepi^e^QÎreonstaiKss 'plus faTOniUes pour uHliser Timpa- 
tiente fureur des âmes les plus ardentes. L'éclat que Ton 
voulait alors donner à la révolutioD polonaise leur parut seu- 
lement prématuré, parce que le pays était épuisé et oppri** 
roé, Tarmée désorganisée , la noblesse déshabituée de la 
guerre, le paysan abruti par un long esclayage ; puis les 
provinces les plus belliqueuses étaient livrées en proie à 
l'usurpation, et, dans les autres, on n'avait pour armes que 
des faulx el des piques. D'après ces considérations, au mo- 
noient surtoat où les forces de la Prusse et de la Russie avaient 
envahi la Pologne, il pouvait y avoir quelque chose de grand 
etderoagnaiiimedans une levée de boucliers; mais il était 
présumable que l'histoire seule aurait à tenir compte de son 
dévouement au patriotisme malheureux. Seulement, comme 
dftns certaines circonstances Tinaction est crime, KosciusziLO 
et ses compagnons d'exil n'faésilèrent pas à se ranger sous 
Télendard de la patrie. 

Le 15 septembre 1793, Kosciuszko quitta Leipzig. Il était 
accompagné de Zajonczek, son ancien compagnon d'armes^ 
etalorssoncompagnon d'exil. Ils se rendirent sur la frontière 
de Pologne pour juger par eux-mêmes de l'état des choses. En 
touchant le sol de leur malheareuse pairie, ils se rappelèrent 
involontairement les tentatives réitérées et tonjours infruc* 
tueuses des Polonais pour reconquérir leur liberté^ et le peu 
d'énergie avec laquelle en toutes dreonstances, avaient été 
soutenues ces entreprises. Mais dans les âmes nobles, la 
chance de l'inaoccès ne marche qu'après la certitude dô la 
gloire, et là oif les intérêts positifs ne sont comptés peur rien, 
rentbûo^iasme est le seul mobile. 

Cependant, pour nelusser au hasard que ce qi^il n^est pas 
dans la puissancede Thaaime de prévenir, KoseiusEl^o, peu 
lui-sucé aussi sur lea personnes qui formaient rassociation ré* 

14 



t06 msToiiB ' I 

Yolutionnaire^ dépêohaZ&joncîek à Varsovie pcnir ^abouchéir 
avec les méconteoU^ slbforniër de leurs ressources, de leurs 
affiliatioDSy enun mot de iousleursttioVens^ et faciliter le triom- 
phe d^une entreprise aussi grande que périlleuse. Les intor- 
mattons qu'il €n reçut ne s'accôrdaientmalheureusemeut que 
trop avec ce qu'il avait pressenU. a Les membres deTaSBOCiâ- 
tion révolutionnaire^ lui écrivît Zajonclek, sonttrës-tèlés>m&is 
trop enthousiastes, remplis de bonne volonté, mail n'ayant 
que des moyens très-bornés* L'insurrection tes paysans 
n'est rien moins que préparée t on se cOnièilte d«hiidertes 
espérances de cette dasse d'habitants sur la hàiHie géttéfàte 
qu'inspirent les Russes^ ainsi que sur lacobâande de la natièft 
^ur le cbet qu'elle vent se donner^ Les conjuréfi n'<^ntaiioa(| 
plan fixe^ il faut leur en tracer un. Leurs relattims daoile 
pays sont très-bornées , et celleil qu'ils ont dans l'armée na 
comprennent que KadaUnski^ DttiQlinski> et quelques offideift 
subalternes de différents corps. On ne. peut calcule^ M Juste^ 
«jpataît-il, quelle sera la conduite de céUe partie d€ l'àrulée 
qu'on a forcé à ptrendr^ service ebet les I^u^seë^ parue qu'on 
compte aeulement sur les vœUt secrets qu'on eu pposo ami il^ 
dividqsde ce corps; maiso&^'a.potiitd'eng^gemealB'poéltiéi 
fye<; eux^ Snfioi oe 0ont quatre Oli cinq mille hobimë^ té^ 
pa^m ep dlffdrenteé garnisons qui fbni la somme 4m 
j^oye9s;aqaoA€li$ pair. la pévolution $ .encore té rassembla^ 
men^ de c^s troupea aat'-U difficile et dëouiude^Hl boatteoup^ 
4>dres6e« » > . . 

, Cea infom^atîoos^. #1 précises de la part d'ius iKiiiiine d'uto 
patrioti^iïie ^K^ti et qui^ pkr opinion» devait plutâtlêtre pure- 
té à s'illusionner sur les ressoliëoea de l'afiSeciattoaqu'à Ib^qù 
exa^érei^ja modicité^. danvailiqiiilKesaiosBzko qiuë let nsoy^us 
que l'on a?/iii étai^t ittsuffisénts^ etd^àllleùrs trop m|tl com« 
binés pour risqnjBir me «fttrqpriaade w.gehpe contre un en- 



DB LA RÉVOLtTlON POLONAISE. iOl 

nemi dont les corps rassemblés en différents camps , se 
trouvaient prêta à agir an premier noatement des Polonais; 

II se passa^ en cette circonstance^ an éi ces fàito extraoMi^ 
nair«s qm, à mju sdols^ lésument ose sitaatton^ et» sans dé« 
noter la grasukiir des^moyens, rétèAcntlôut an moins Pnna-^ 
DÎmité du bat. Pour ne pas éveiller lés soupçons de l'autorité 
russe, Kosqimdso s'^tiiil anrèlé à la Iranisèrei Qaelqne se- 
crète qu^^t été cette appftfitîon» ta bmili^en vépandit îm*" 
médiat^miAnt 4'uii bout de la Palogn» à.fanttfe: Toiie ténx pour 
qui le nom ùa <2et .af4ent 4ffe*ieDtf de-teUherté réswnaitttn 
Toeu^ expliquait un sentiment, réveillait une espérance^ se' 
ûomqdimiqpèraiille seeretdesen arrivée, fin pràdéjours/la 
moitié de ta.P^e^M fut daâs la conftdaaee> et parmi totitè^ 
cette foDle> il ne se trtniTa pas un traître. ^ 

Ce fait iiniqiie dans rhtstoire n'a pas Mêoln de cômmen-* 
taîrea* U es4 à lui seul r^xpression la plu» Vraie de l'borr'eur' 
que peut Jnspirer à «n peuple un Joug ^^)ppfesii6tt/ utié 
situation forcée. Lorsqu'une toile borreuir se tvàdùft'par des 
faîtSjelle produit ube de ces IbriAidaMes eï teirribles catastro-* 
pbestdont le mradeconsenre éternellement la mémoit^. Les 
V4pir€tiSHilieBn$$ ian forent jadiis Teckpression sanglante. 

Cependant > malgré cette unanimité des sentiments qut 
semblait! piK»neitreuile coopératieri firanche et générale, Ros- 
ciaszkofll^Dgâger les membres de l'association à'évitertoat 
éclat préam)uré) .étendre leurs relaliêns dans le'pays, s^as^ 
surer des troupes polonaises entrées au service de la Russie, 
etsurtofit^giagner iatf paysans «sfiem^ofÉiiidaliM dhacttie dis- 
trict d^a patriotes Ééiési et adroXs pour le^ endoctriner. De tels 
consfila tendaieHI ëvidemmeAt à diférer Tépoqué de la révo- 
lution^ et la plupart des aluecièB étaient natui'ellemeRt itripa- 
tient» et Caugoeux;. Leur position d'ailhaurs était critique : en- 
toura 4'Mpi«lP».chav|s délai Mgnknlait laur dangef , et its ' 



Danç «a seconde déelaratioD, en donnant an généml ttan- 
mer Tordre de bloquer la tille de Dantog, objet éi ardent de 
ses vœwi le Cabinet dn Berlin ajoutait t € Les maniée raisons 
qui ont engagé Sa Majesté prussienne à faire entrer lin corps 
de troupes dans quelques distriots delaerande-Pologne, la 
mettent aujourd'hui dans la néceésité de s'assurer de la ville 
et du territoire de Dantsig. 

a Sans parier des intentions pen amicales que cette Tille, 
«lepuis une longue suite d'années, n*a cessé de manifester 
envers la monarchie prussienne, on se contentera de faire 
nbserver que c'est dans le sein de cette ville que s'est fordiée 
cette odieuse et cruelle conjuration, qui, marchant de crime 
en crime, cherche aujourd'hui, à Taide de ses abominables 
adhérente, à se répandre de toutes parts » 

Suivait ensuite une série dimpntations calomnieuses sur le 
peu de foi qu'on pouvait aecèrder abx magistrats de Dantzig, 
presque Ions liés aut pritacipes de la Révointlon française. Ce 
second manifeste était, toujours selon le même usage, basé 
•ur la nécessité « d'arrêter les progrès de l'esprit démocrati- 
m que que la Révolution française avait introduit en Pologne 
c avec le génie ardent des clubs et de IMnsnnrection. » 

Ciomme on le voii, ces rapaces spoliateurs variaient aussi 
peu leurs formules que leurs moyens d'arriver à leur but. 
En efllst, immédiatement les deux cours de Berlin et de Saint- 
Pétersbourg firent suivre leurs déclarations d'une armée. 
Soixante bataillons et qnaWvingtHKx escadrons prussiens, 
suivis d'une formidable artillerie, commandés par le mare- 
ehal d'infanterie MoUendorf, franchirent la firontière polo^ 
naise, tandis que la ecarine élevait à soixante -dki mille 
homnta smi contingent militaire. Dans cette campagne 
déei4'se^ eea deux souverains devaient, selon tontes les 
apparences^'Msreltre lonr royaume de quelqMs lieues^ sansr 



DE LA RÉVOLUTION P0L0NAI8B. Ul 

autre perte que l'effusion, du sang de plusieurs milliers de 
*bf âveô i^oïonàîô. ^* 

(Cependant, ceux d'entre Jès esprits les plus généreux qui 
aTaietif rêvé Pindépendance et la liberté de la Pologne , 
avaient été forcés, comme oh l*a vu, de s'expatrier, fuyant les 
perséeutiôiis de la ligue de Targowice, pouvoir illégal élevé 
par Catherine en opposition au pouvoir légat, et qu'à défaut 
du droit les baïonnettes russes soutenaient avec tirie énergie 
toute sauvage. Les uns avaieutcli.ercbé un abri en Saxe, en 
Italie, la majeure partie en t^rance, apportant partout cette 
valeur native, ce haut esprit de ile^té, c^tte turbulence, cetip 
agitation dés mœurs publiques qui lés caractérisent : partout 
braves ofôciers, nobles soldais, faisant l'orgueil et la gloire de 
leur pays. 

Ces cœurs enthousiastes, imbus de l'esprit de la ftévolution 
française, avaîeht pris au sérieux, non-seulement les encoo- 
ràgèments, mais encore les protnedses d'une démocratie géné- 
reuse, mais trop confiante. Nobles enfants proscrits et exilés, 
ils parcouraient TËurope cherchant à inspirei' partout la sym- 
pathie dont ils étaient si dignes. Ignace et Stanislas t'otocki à 
Dresde, le brave comte Hugues Kolontay et Halachowskl a 
Leipzig, plaidaient la noble cauée qu'ils avaient à défendre, 
en attendant que, trahis dans leurs destinées, 11 ne If ur restât 
plus qu'à mourir glorieusement. Mais c'était de Paris surtout 
qU41s attetldaient du secoure et de la protection ; là seiilé- 
ment, ilâ étaient sûrs de trouver des cœurs, sinon généreux, 
du moins sympathiques. Là aussi s étaient rendus .es deux 
hommes les plus fermes et les plus intellijgenls de la Pologne, 
Kosciiiszko et Motqwski. Ardents, Infatigables, ils s'étaient 
d'abord mis en rapport avec Dumpuriez et lè parti girondin 
de Brissôt. Pour contenir les trois puîssanceë, là tlùs^iô, la 
Prusse et l'Autriche, et empêcher le uo^ivëàù détnédibre^ 



r f • 

' 12 HISTOIHB 

ji. 
m&nt qu'elles projetaient, pour faire aussi une utile diversion 

au moment où le drapeau insurrectionnel serait levé en Po- 
logne un plan avait été arrêté. La France devait fournir des 
secours d'hommes et d'argent^ et en même temps Kociuszko 
devait se rendre à Constantinople pour réveiller la guerre des 
Turcs contre la Russie. Le ministre Lebrun avait mis, pour 
ce projet, quelque argent à sa disposition. 

Malheureusement pour la Pologne, la chute des Girondins 
arrêta le développement de cette négociation. Dans les pre* 
miers jours de juin 1793, Kociuszko et Hotowski quittèrent 
Paris, et le baron de Barss, ardent patriote de Varsovie, fut 
accrédité à la place du dernier. Le comité de salut public 
prêta le plus vif intérêt aux plans d'insurrection de la nalio* 
nalité polonaise ; il les encouragea même en secret. La ques- 
tion des secours publics efifectifs fut posée, discutée ; mais 
dans ce moment, pressée jusqu'au cœur de la France par les 
armées coalisées, ayant à se défendre contre des cités insur- 
gées et des départements en feu, la Convention ne put que 
renvoyer à un temps plus heureux la gloire de secourir l'hé- 
roïque fille du Nord. 

Ce fut ce moment aussi que choisit Catherine pour accom- 
plir le second partage de la Pologne. Dans les premiers jours 
de juin 1793, TAutriche avait adhéré sans peine à ce second 
démembrement, et, après les armées russes et prussiennes 
dont nous avons parlé, un corps autrichien de quatre-vingt 
mille hommes dut pénétrer dans la Petite-Pologne. Il avait 
déjà été convenu entre les trois puissances, que, le Cabinet de 
Vienne aurait pour sa part les palfttinats de Chelm, Lubiin, 
Sandomir et Cracovie. 

A^rsque la Pologne fut ainsi cernée de toutes paris, on 
nrocéda à son exécution, selon l'expression si juste de Calhe* 

M <laQS un moment de ses joyeux épauchements. 



I» LA RtVOLVnOll P0L0H118I. 113 

La manière dont en lieu cette êxéeutian couronna digne- 
ment riniqnité si longtemps préméditée. On la dirait calquée 
sur un de ces terribles épisodes, où des hommes, effroi et 
rebut de la société, ayant pour lieu de la scène un bois ou 
une caverne, pour témoins les ténèbres de la nuit, font si- 
gner à un malheureux, le pistolet sur la gorge, l'acte de sa 
raine. En Toid les détails précis. L'histoire n'ofltre pas d'en- 
seignement plus profond ni peut-être de monument plus cu- 
rieux des abus de impudence et de la force. 

Jusqu'au 10 juin 1793, Pambassadeur de Russie et le mi- 
nistre de Prusse avaient constamment déclaré qu'on ne son- 
geait pas à un second partage. Cependant, on en était à peu 
près sûr. est vrai que, quelques Jours auparavant, Stanis- 
las ayant demandé à l'ambassadeur de Russie, M. de Sievers; 
ce qu'il en était, celui-ci lui avait répondu < qu'il n'en savait 
« rien et qu'A ne le croyait pas ; qu'il était venu, par ordre de 
€ l'impératrice, pour guérir les plaies de ia Pologne, et non 
« pour les rouvrir, et qu'enfin les Polonais jetteraient des 
€ fleurs sur la tombe de la czarine. » 

Cependant, comme malgré ces dénégations et ces odieuses 
protestations, tous les avertissements s'accordaient à décla- 
rer cette affaire arrangée, le 12 mai 1793, Stanislas proposa 
son abdication à l'impératrice, dans une lettre où on lit les 
passages suivants : 

« Trente années de travaux pendant lesquelles, en voulant 
« lisdre le bien, j'ai eu à lutter contre tous les genres d'infor- 
€ tunes, m'ont enfin amené au point de ne pouvoir plus même 
« servir ma patrie d'une manière vraiment utile, ni à rem- 
c plir, par conséquent, ma tâche avec honneur. Les drcon- 
€ stances sont aujourd'hui telles, que mon devoir m'interdit 
c toute participation personnelle à des mesures qui amène- 
« raient k désastre de la Pologne. U convient donc que je ré- 



116 niTOiM 

taMoD/l'eîavpérttton étaimt au oomble. Les moHon loi plii 
TioleBtes.se/Saccédaienty se croisaient* et tontes les colères 
patriotiques que flioirle^, dans le coeur de ces homines si coqp 
pables. rinlquité de la Russie et de la Prusse^ ont fait» de cette 
mémorable séance^ une des plus belles pages des fastes polo- 
nais. Ce fut ce jour même qu'un jeune nonce» accusant en 
face le roi d'avoir amené par sa pusillanimité ces malheurSi 
termina une foudrayante apostrophe par les paroles sui- 
vantes: — c Roi de Pologne, toutes les pages de rUstoire 
c de votre règne sont nçires; la seule qui vous reste sera 
s d'or, si vous vous opposes à ce nouveau partage. » 

Le roi, ému, troublé, paraissait prôt à céder. Dans cette 
circonstance solennelle, spn exemple aurait incontestable* 
ment entraîné tous les membres. Le ministre de Prusse com- 
mençait à fléchir devant tant d'opiniâtre énergie^ lorsque 
l'ambassadeur de Russie, de Sievers, fit remettre à la diète un 
ultimatum qui se terminait par ces mots, que l'histoire doit 
conserver comme un des attentats les plus insolents qui aient 
jamais été commis contre une représentation nationale t -* 
c Le soussigné» y était-il dit, doit en outre informer les 
états de la république, qu'il a cru absolument nécessaire, afin 
.de prév<3nir toute espèce de désordre^ de foire cerner le cbi- 
teau par.deux bataillons de grenadiers avec quatre pièces de 
canon, pour assurer la tranquilliti de leurs dilibiratiani. La 
.sous^gné, tout en déclarant que nul, pas même le roi, ne 
pourra sortir, de la sidle avant que la signature du traité ne 
,6oit décidé, ne s'attend pas à voir lever la séance sans qu'il 
soit fait droit à sa demande. » 

' En même temps, le général Rautenfeld, qui commandait 
les trouves, prit place au milieu de la diète, et ne permit à 
aucun nonce de quitter la salle avant que la députation ne fût 
autorisée à signer. La diète ne délibéra pas* Les nonces assis 







•M 



-Cl 



M LA lifOLOTim fùLMAXÊM. 117 

dans leart faotenils, se tinrent immobiles, observant le pins 
profond silence. Le roi Ini-méme refusa d'ontrir les débats. 
La journée, une partie de la nuit s^écoulèrent dans ce solen* 
nel silence. Alors le général Rautenfeld demanda trois fois si 
la diète donnait son consentement Cette demande ainsi réi- 
térée n'ayant été Tobjet d'aucune réponse il déclara que, 
puisqu'il ne se présentait pas d'opposition, la députatton était 
autorisée à signer, et la concession déclarée valable. 

Ainsi se termina à Vamtable, selon l'expression de Cathe- 
rine dans sa déclaration de Grodno, la cession d'une autre 
partie de la Pologne aux puissances co-partageantes. La Russie 
gagnait à cela une partie du palatinat de Wilna, le reste de 
ceux de Polotxk et de Minsk, des parties de èeux de Nowogro* 
deck et de Volhynie, toute la Podolie et njkraine, ayant en- 
semble une surface de 4,553 milles géographiques et une po- 
pulation de 3 millions 11,688 âmes. La Prasse, outre les Tilles 
de Dantzig et de Thom, acquit les palatinats de Posnanie, 
de Gnesne, de Kalich, de Brzesc-en-Cujayie, la plus grande 
partie de ceux de Plotzk et de Rawa, ceux de Lentxchitx et de 
Siéradie, le pays de Yialan et un district du palatinat de Gra- 
coTié; le tout formant une superficie de 1,061 milles carrés 
géographiques, peuplés par 3 millions 594,640 ftmes. L'Au* 
triche, qui, dans le second comme dans le premier partage^ 
s'était toi^ours tenue en arrière, pour ne recueillir dans cette 
iniquité que du profit sans haine, allait, a^ant le partage défi- 
nitif qui n'eut lieu qu'en 1795, se mettre en mesure d'avoir 
une bonne part. 






(3HAPÏTRR !V 
1794 



Retour à T&moTie 4a roi Stanislu et do l*kïnbta8a<Jeiir 00 ti«lwiQ«'*-r 

Redoublement de pereécutioDS. -r- Situation critique .dee oonjoré^» 
— ^Insurrection de Madalînski. — Arrivée de Koscioszko à Cracovie.— 
* ' ftiSQrrectiondtoCnieoTie. -*- Acte dlnsurfectlon da 54 mars <7M.— 
> KoeoNBzlod Mfc Jioaiinô'cbèf de l'àiBiirrèctiôii ; son feiment ; seè pp»- 
clamatioi3s ^ l'armée e^ k ia Dation. ^Batfiille de Raalavii^. -r 
Beau fait d'armes de Rosciuszko. — Première3 victoire^ des insurgés. 



Depuis que le^ Eusses ayaient pris possession de la Polo- 
gne^ le siège du gouYernement avait été transféré à Grodno. 
Vers la fln de novembre 1793, le roi Stanislas et Tambassa;- 
deur dô Russie/ qui était plus roi que lui^ revinrent 4 Var- 
sovie. Leur arrivée fut marquée par un redoublement dp 
persécutions. Le nombre des espions augmenta, et les mal- 
heureux Polonais, trop flerâ pour se résigner à rarropan<^ 
insoutenable des Russes» prêtaient tous les jours aux soup- 
çons. Les délations se multipliaient ; les arrestations des per- 
sonnes les plus probes, sftB^-ëietinction d'âge et de sexe, 
devenaient de jour en jour plus nombreuses : les prisons 
furent bientôt encombrées. Les crimes imaginaires, les 
vertus réelles, tout servait de texte a des accusations ; étran- 



DB LA BiVOHtqOll P0L01IÂ18B. $iti 

gers, citoyens, tous étaient suspects et poHrviiTis. Les offi- 
ciers et les soldats russes joutaient encore, par iiiiUe désor* 
dres et mille cruautés^ am hideuses formes de cette justice 
inquisitoriale. L'iQSulte se joignit ensuite à Toppression, t^ 
les tyrans> chargés de la haine publicpie» appréhendant «o* 
révolte et défiapta oompae tous lea tyrans^ pfinmt pwr U 
préTeqir des précautiens .si saTammeMt croelleai que kt 
annalea d^ h| birharip alpflrfttt tien de semUabW* GatberiMy 
dont le san^ dana ses dernières i&méesy asiid4aiti être deveiA 
le h^het exclusif^ paraissait sMttre alors sa gloire à surpaiKr 
tout ce qa'elle reprochait à la )BléYolution. française. 

Avec ce redoublement de fnreurs^ la situatioa des conjurés 
deyenait de jour en jour plus critique* Le danger d'élrç^ 
découYerts n'était pas le seul qu'ils avaient à redouter^ Ua 
autre» plus grave peut-être, en ce qu^ils pouvait paralyser 
tous leurs moyens de révolution,, était imminent: c'était la^ 
réduction des troupes polonaises, -qu'on avait déjà commence 
i opérer. Kn effet, des compagnies avaient été réduites i 
8oixante*quinze hommes» et on s'attendait tous les jours à 
voir licencier le reste^ et même à la saisie de l'arsenal de la 
république. Ceùt été alors 6ter aux cpi^ttrés leurs dernières^ 
et, disons-lCj leurs seules ressources^ l 

Effrayés de la marche rapide de cette réactioiji» les patriotes 
expédiaient à Kosciuszko courrier sur courrier^ lui mandant 
Textrémité à laquelle ils allaient être réduits» le pressant d^ 
hâter l'insurrection, et^ pour Vj décider, exagérant leunf 
moyens et l^urs ressources^ Kosciuszko^ de son côté> ayant 
eu Toccasion d'ouvrir quelques communications avec lU- 
kjraine^ la Lithuanie et li^ Grande-PokjQueî avait acquis If^ 
convictioD que» dans toutes ces provinces, on désirait l'iiH 
surrectioUf et qpfon était prêt à s'y leyer au signal convenu*.,, 

I^lbfui|^«w¥i§i»t».^^^ crift. sp Fé^iaisait > dos .SfWft, W} 



120 BiCTom 

cachaient mal des craintes. En effet, les conjurés n'avaient ni 
armes, ni cheTaux, ni provisions d'aucune espèce. Ceux des 
nobles qui désiraient ardemment d'être délivrés de leurs 
oppresseurs^ n'attendaient cet effort que de l'armée, et ne se 
donnaient aucun mouvement par eux-mêmes. Lldée seule de 
k levée générale des paysans faisait trembler la plupart des 
propriétaires, qui se trouvaient ainsi en contradiction avec 
leurs propres sentiments, flottant entre le désir de l'indépen- 
dance et la crainte de perdre leurs droits sur les serfs. 

Ce fut dans ce moment, en mars 1794, qu'un général polo- 
nais, Hadalinski, pressé de licencier son régiment, et crai- 
gnant que l'armée ne fût totalement réformée sans avoir pu 
faire de résistance, se décida à lui donner Texemple. n ras- 
sembla son régiment, qui montait à sept cents chevaux, quitta 
son quartier de Pultusk, traversa la Yistule, surprit les déta- 
chements prussiens postés le long de la nouvelle frontière, et 
les battit l'un après l'autre. Au lieu de marcher vers Varsovie, 
gardée dans ce moment par plus de vingt mille Russes cam- 
pant dans la ville ou aux environs, il se dirigea vers Cra- 
covie, pour favoriser l'insurrection des troupes cantonnées 
dans ce palatinat, y prendre une bonne position et y attendre 
l'arrivée de Kosciuszko, L^esprit de cette province était mieux 
préparé pour la révolution que celui des autres parties de la 
Pologne. La noblesse, la bourgeoisie, les militaires, tout le 
monde y désirait et y attendait avec impatience l'arrivée du 
libérateur commun, Kosciuszko. | 

Il y arriva le jour même (23 mars 1791) où s'était con- 
sommé à Cracovie un grand acte de colère populaire. Dès le 
matin, le bruit du tocsin avait appelé le peuple aux armes. 
Des villages des environs étaient arrivées des bandes de pay« 
sans armés de faulx droites, de piques, et conduits par leurs 
propriétaires. Os s'étaient Joints à la populatiott de la ville. 



M LA BÉVOLUTIOll POIiOHASI. ISl 

flonlerie eontre la garnison russe^ forte de einq cents hom- 
mes, et qu'on Toulait chasser. Le combat commença dès onze 
heures du matin, acharné, terrible. Le sang coulait par les 
rues; le seuil des maisons en était teint. La garnison polo- 
naise, forte de quatre cents hommes, et qui ayait pris Tinitia* 
tiye de ce soulèyement, seconda admirablement les paysans et 
les bourgeois. Dès ce moment, on ne songea plus à chasser 
les russes, mais à les exterminer. Heureusement pour ces 
derniers, le plan d'attaque des insurgés n'avait pas répondu 
a leur ardeur* Les mesures furent prises si maladroitement, 
que les Russes purent évacuer la ville. Gomme ils sortaient 
par une porte, Kosciuszko entrait par Fautre. n les fit pour- 
suivre ; mais il était trop tard. Arrivés en rase campagne, les 
Russes se défendhrent vaillamment et ne perdirent que leurs 
bagages. 

Rien au monde ne peut peindre l'enthousiasme qu'excita à 
Cracovie Tarrivée de Kosciuszko. Jamais monarque, dans tout 
réclat de sa pompe et de sa puissance, n'a vu éclater sur son 
passage des sentiments plus vifs et plus vrais. Ce n'était pas 
là, une joie de commande, tout fut spontané, tout fut naturel, 
parce que les acclamations s'adressaient à l'homme et non pas 
au rang ; parce que Kosciuszko apparaissait au peuple comme 
un sauveur qui vient vouer sa vie à Pindépendance et au bon- 
heur de sa patrie. Aussi les hommes, les femmes, les vieillards, 
les enfants, toutes les classes, tous les états, tous les rangs se 
pressaient et se confondaient au-devant de ses pas ; et, au mi-- 
lieu de tout ce délire, coulaient d'abondantes larmes ; mais, 
cette fois, c'étaient des larmes de joie et d'espoir. 

Le lendemain (24 mars 1794), Kosciuszko fut proclamé gé- 
néral en chef de Varmée insurrectionnelle. En cette qualité, 
il eut à recevoir le serment des habitants de Cracovie , et à 
prêter lui-même le sien à la nation. 

16 



G^ flH un jmr iOlaiiMl dans las fàttos révolutionnaires 46 
la Pologoa» qw ealni où un peuple, insurgé contre la tyran- 
nie d'oppraeseiirs étrangers, se lia par un sèment, au ctief 
qu'il s'était choisi. Dès le matin, la vills dedraeoTie fut parée 
comme pour uu jour de fête. L'espoir et la joie brillaient sur 
toutes les pbTsiouomies* U grande saUo du ctièteau avait été 
flj(ée pour Timposante cérémonie du serment* Sur uneestrade 
au-dessus de laquelle flottait le drapeau national, était Kos- 
ciuszko. Sa figure était légèremant animée, parce qu'il sentait 
toute la respon^abiUté qui allait peser sur sa tête ; son regard 
était fier , parce qu'il avait la oonscience de la justice de sa 
cause. Autour de lui étaieut Ignace Potocki, Kolontay , Zajonc- 
zek, et d'autres patriotes qui avaient quitté la terre d'eul pour 
venir saluer cette aurore de Nnct^odauce 4e leur patrie, 
pour voler où les appelait le danger. Une foule immense^ où 
les rangs, les états , les ae^s » étaient coufondus , remplissait 
la salle^ et se prolongeait au loiui à ses aborda. Nobles, bour- 
geois, paysans, prêtres, femmes, s'accostaient, se félicitaient, 
tant l'espoir seul de la liberté avait jeté d'enthousiasme dans 
ces âmes naguère flétries sous un joug abhorré. Toute cette 
foule était rassemblée là pour prêter à la nation , entra les 
mains de Kosciuszko, le serment solennel de vivre ou de mou- 
rir pour l'indépendance de la patrie. On s*y était rendu de 
toutes les parties du palatinat; héroïque empressement d'une 
population entière rassemblée à cette fête nationale, non dans 
un sentiment de joie frivole, mais dans uno pensée de dou- 
loureux saoriûce. 

Les plus notables d'entre les habitants prêtèrent le serment 
les premiers. Parmi eux, on vit s'avancer de nobles vétéfans 
de la liberté, l'air morne et grave, mais ûcr et décidé; ayant 
passé leur vie à protester contre Toppression étrangère, ils al- 
laient illustrer leur mort par la couroune du martyre. Gomme 



DE LA RÉVOLUnOII POLONAISE. 123 

teformiiledu^eriMiit était en <j[iielqo6 sorte arbitraire^ de 
^lus d'uoe bouobe «ortfréiit^ atec des voeiti ponr la patrie^ dea 
iiDprécatioDS «entre sea fdrouehes opfnrefliettra; et ù le génie 
proteeteur d\iD peuple tient compte au ciel dea malédictiona 
popalairea, ce jeiur-là^ le génie de la Pologne dut avoir à ins« 
crire de terfiblea chargea eontm Catherine et Frédérie4iuil« 
laume. 

Aprèa lea vétérans de la libettéf a'aTancàrent dea nobles ré- 
cemment ralliéa à la cause de rindépendancoy dea militairea» 
dea boargeoia> des prêtreai dea pajaaoa, lea nna groupée au>» 
toer d'un drapeao seigneurial, les autres anionr de la bai> 
niè^ du corps de métier anqlid ils appartenaient* Tous défi'» 
lèrent devant Koaciusiko^ prfttant^ avec enthousiasme > le ser» 
ment national, et prêts à cimenter de leur sang la liberté pour 
laquelle ils sa levaient. 

Après avoir reçu le serment de tous^ KosciussIlo se leva, et, 
avant de prêter le sien , prononça les paroles suivante^ f ifuî 
forent écoutées^ comme autant d'ovaclea^ par la population 
enthousiaste qui rantourait : 

t Chcrs coricitoïens et frères, 

« Malgré ^iniquité qui pèse depuia longtemps sur elle , la 
c Pologne n'eal pas morte; elle se relève çncore contre sea 
« oppresaaurs* 

<c Pour ceux qui sentent ce qu'ils doivent à leur patrie, an 

< sang polonais qm coule dans le«rs veines $ TiMurreclion 
« d'aujourd'hui n'a d'autre but que de noua affranchir. Nous 
c noua levons pour recouvrer les provinces violemment ar- 

< racbées à la Pologne, pour reconquérir l'indépendance nar 
I tionalOj pour nous rendre à la liberté. 

« LevoBS-AOtts donc tous» joignons nos forces, et noua rem- 



124 HUTonui 

c plirons plus vite et plus aisément les yaes sacrées qui nous 
« ont mis les armes à la main. Défendons tous la même cause ; 
« unissons-nons tous dans une haine commune contre les 
a usurpateurs qui^ au mépris de traités dairs» formels^ an- 
a thentiques, divisent et morcellent notre sol^ foulent aux 
« pieds nos droits et nos libertés^ nous chassent de nos héri* 
« tages paternels^ et se partagent nos biens. 

« Aucun usurpateur ne peut réclamer des droits qui n'ap- 
« partiennent qu'aux nations, et il n'est même au pouvoir 
c d'aucun peuple de consentir à suspendre^ a exécuter le droit 
« inaliénable^ éternel, qu'il y a de poursuivre, de détruire les 
c tyrannies an dedans et au dehors, quelque nom qu'elles 
c prennent, quelques formes qu'elles adoptent. 

c Un peuple qui veut réellement être libre le sera ^ et les 
c efforts des plus nombreuses armées échoueront toujours 
« contre une nation levée en masse , et où tout le monde est 
« soldat. 

c Et vous, brave peuple des campagnes^ sachez distinguer 
c vos amis de vos ennemis^ cessez de vous laisser leurrer par 
« de vaines promesses. L'ennemi commun vous promet la 
a sûreté, la tranquillité que réclament vos utiles travaux, et 
a ne voyez-vous pas qu'il ne peut vous procurer ces avanta- 
« ges t Pouvez-vous croire à l'humanité d'une soldatesque in- 
a solente, prête à ravir votre bétail, vos chétives possessions, 
a vos instruments de labourage, et à livrer vos cabanes aux 
« flammes? 

a Ah I que vous serez cruellement désabusés, lorque le feti 
« dévorera les fruits de votre travail, et les moissons cultivées 
a par vos mains et arrosées de vos sueurs. Pouvez-vous croire 
« à la tranquillité que vous garantit la Russie, puissance dont 
« les sujets sont, depuis un siëde, envoyés à la boucherie) 

Demandez a ses soldabs, à ses cosaques^ depuis combien de 



n Là BifOi.innoii foumAUB. 129 

« temps ÛM aont excédés de Teilles, de oonnss^ de travaux de 
c toute espèce T DeiQandes4eur dans quel temps ils se repo- 
« sent? De bonne foi» la Russie peuUelIe tous promettre l'a« 
€ mélioration de votre sort, elle qui tient dans la plus dure 
c servitude les habitants de ses campagnes, qui les accable de 
€ corvées pénibles, continuelles , de sedevances exorbitantes 
€ et honteuses, et qui pmnet qu'on les vende au marché 
< comme des bétes de sommef 

€ Qu'aucune classe de dtoyens ne se laisse donc abuser par 
c les déclamations russes. La Russie vous invite à llnerlie; la 
€ patrie vous commande Tactivité, le courage, Tunion. La 
« Russie promet une tranquille trompeuse dans les travaux 
c rustiques; le gouvernement de Pologne vent assurer pour 
c jamais, à tous les citoyens » le fruit de leur travail. Les dé- 
c darations russes emploient un vain étalage de mots pour 
c nous faire accroire qu'elle veut adoucir, en votre faveur^ 
a son système de servitude, la plus dure qui existe sur la terre. 
€ LMnsurrection nationale prépare à tous les habitants de la 
c Pologne une liberté fondée sur la raison. Enfin, les déda- 
« rations russes tendent à afTaiblir, à diviser les citoyens : le 
€ gouvernement de Pologne invite tous les Polonais à la con- 
« corde, source de force et d^intailltbles succès. Citoyens et 
«firères, pouvei-vous demander qui vous devez croire? 
« D'un côté, vous entendes la voix de vos compatriotes et 
a de vos frères; de l'autre ^ celle des usurpateurs étran^ 
«gers, des ennemis de la nation et du nom polonais* 
« D'une part, vous restes Polonais; de l'autre, vous devenex 
c Russes. » 

A ce moment, Kosdnsxko fut interrompu par aitUe cris^ 
tels que : « Non ! non 1 nous voulons rester Polonais? Plus ds 
a Russes! Mort à nos tyrans » 

•-«Oui I reprit Kosciuszko avec force, oui, rensslo Polo* 



tW tomoii» 

c natvt Ptifde RosMi! Mort à no» tjnmi IlSiir pôxît ^Ui 
« il faol qiier le tdrtnept que fon^ tëti6» d« i^rSter à h na^' 
« Uon tow Qtii«0e dââ» tin6 tigne sakite et ênetée, qui hê 

• doit a^oirHe fin qMl^nqfië le Ml {MIôâÉiê «èfét ptttgê 
« de la ppésenco de <e» eiiMmi9| el cpie la Pblogiiè éeeâ, ft^ 
« dipendaote et llliMi # 

«M «Noag lé toffOMU e^&crièreot dei milHere de veMif. 

— « Eh bien? tenez votre serment^ et je ré^Md^M Wc^ 
e oès» (èMDt à mol, tfostfe KoMioadcff, Wm nTeit témdin de 
«:lailQ6àrttéd# eeliiî>qmeie viif ^rftler à UiMtiM* » 

Bi d'«Qe Toîx {dus aeleoBelle et j^ impoiaate^ il prêt* le 
eennenteuivant s 

« Moi^ thadée Koâciaszko, je jure à la nation polonaise^ en 
i présence de l^tre suprême, que je ne tournerai jamais le 
k pouvoir qui m'édt confié pour opprimer aucun citoyen; 
k tnais qde je remploierai Uniquement pour défendre Unie- 
^ gritéde mon pays^ pour recouvrer llndépendance natto- 
k noie, et pour ftCTermii' la Ifberté générale de ma pairie. » 

Les crii^ nulle fois répétés de : c vive KeeetuidWil vive la 
Polegnel » couvrireni ced dernier» moley ^ 

* Le même jour fat proclamé^ eu bmîi du eemoa» uo aele 
tfiMiirreetîeii^ ovise «évéleient tMte la dignilé d'Un pMplie 
eotragé dane ea iMUioiielilé^ et teule llierreiir ^iie bii iaipW 
lait l'oppreesion étrangère {neble ptfoteiteUieftqWiil est diffir 
elle de lire flaœ une émotion pirolôode* 

Yoici ce document important^ que l'histoire doit coueerver 
eomme on impérissable stigmate à la saUglante et sanvage 
politique de Catherine. 



DB LA BÉYOLimOll POLON AI8B. '!^ 

Acte éPinsurreùtion de la Pologne opprimée. 
(Mars 1794.) 

a L'état où se froQve actuellement 1& malhenretise Pologne 
est trop connu de runiyers; Tindignité de deux puissances 
toisines, et le crime des traîtres à la patrie Pont précipitée 
'dans cet abîme. Catherine II, qui, d^intelligence avec le par- 
jure Guillaume, a résolu d'extirper Jusqu^au nom polonais, 
Tient d'accomplir ses projets iniques. Il n*est aticun genre de 
faussetés, de perfidies ou de trahisons dont ces derux gou- 
yernements ne se soient rendus coupables pour satisfaire 
leur tengeance et leur cupidité. Laczarine^ en Se déclarant ga- 
rante de l'intégrité et de llndépendance de la Pologne^ l'affli- 
geait de toutes sortes de fléaux ; et, lorsque la Pologne, lassée 
de porter son joug honteux, eut recouvré ses droits de sotl- 
Teraineté^ elle employa contre elle des traîtres à la patrie, 
elle appuya leurs complots sacrilèges de toute sa force armée, 
et ayant détourné avec artifice, de la défense du pays, le fol, 
à qui une diète légale et la nation avaient confié tontes leuns 
forces, elle trahit bientôt honteteement ces mftmes traîtres. 
Etant, par de pareils subterfuges, devenue maîtresse des des- 
tinée de la Pologne, elle invita Frédéric-Oulllaunie è prendre 
part aux dépouilles^ afin de le récompenser de sa perOdie, 
pour avoir rompu le traité le plus solennel avec la république. 

« Sous des prétextes impudemment flaux> mais en eflTet 
pour satisfaire leur insatiable cupidité et étendre leur domi- 
nation par l'envahissement des nations limitrophes, ces deux 
puissances confédérées contre la Pol(^e, se sont emparées 
des possessions immémoriales et incontestables de la répu- 
blique; et, pour cet effet, elles ont obtenu, dans une diète 
convoquée dans ce dessein, une prétendue approbation de 



W HI8T0IU 

leurs usurpations; elles ont forcé les sujets an serment et i 
Fesclavage^ en imposant les citoyens aux charges les plus 
onéreuses; et ces deux alliés, ne connaissant qu'une volonté 
arbitraire, par un langage nouveau et inconnu dans le droit 
des gens, ont audacieusement assigné à Texistence de la ré- 
publique un rang intérieur à toutes les autres puissances, 
faisant voir clairement par là que les lois, autant que les U- 
miles des Etats, dépendent absolument de leurs caprices, et 
qu'ils regardent le nord de l'Europe comme une proie des- 
tinée à la rapacité de leur despotisme. 

« Le reste de la Pologne n'a pu encore parvenir à acheter 
l'amélioration de son sort au prix de tant de cruelles calami- 
tés. La czarine, en cachant ses desseins ultérieurs, qui ne 
peuvent qu'être pernicieux aux puissances de l'Europe, sa- 
crifie, en attendant, la Pologne à sa vengeance implacable ; 
elle foule aux pieds les droits les plus saints de la liberté, de 
la sûreté, de la propriété. La pensée et le sentiment intérieur 
des Polonais ne peuvent même être à Tabri de ses persécu- 
tions soupçonneuses, et elle tâche d'enchaîner jusqu'au lan- 
gage. Il n'y a que les traîtres à la patrie qui trouvent de l'in* 
dulgence auprès d'elle; ils peuvent impunément commettre 
toutes sortes de crimes. Aussi les biens et les revenus publics 
sont-ils déjà devenus leur proie. Ils se sont emparés de la 
propriété des citoyens; ils se sont partagé entre eux les 
charges de la république, comme s'ils pouvaient s'emparer 
de ses dépouilles, parce que la patrie est subjuguée ; et, en 
usurpant avec impiété le nom de gouvernement national, es- 
claves d'une tyrannie étrangère, ils font tout à son gré. 

c Le conseil permanent, dont l'établissement avait été l'ou- 
vrage d'une force étrangère, supprimé légalement par la vo« 
lonté de la nation» et nouvellement rétabli par les traîtres, 
franchit, à l'ordre du ministre de Russie, les limites du pou- 



m LA RÉVOLimOlC POLOlf AISE. 129 

tmr qu'il atail bdsseinent reçu de lai^ en rétablissant, en re- 
fondant, en supprimant arbitrairement les constitutions qui 
venaient d'être étniilies et celles qui avaient été détruites. En 
un mot, le prétenrhj gouvernement de la nation, la sûreté, la 
liberté et la propriété des eitoyeiis restent ontre les mains des 
esclaves d^un «erviteur de la czarine, éeni les troupes inoiH 
dent le pays et serveùt de rempart aux traîtres. 

« Accablés par ce poids immense de malheurs, vaincus 
plutôt parla trabison que par la fetce des armes ennemies, 
privés de toute protection de la part du gouvernement na- 
tional; après avoir perdu la patrie, et avec elle une Jouissance 
des droits les plus sacrés de la liberté, de la sûreté et de la 
propriété ; trompés et devenus la risée de quelques gouverne- 
ments, et abandonnés des autres, nous, citoyens, habitants du 
palatiuat'de Craeovie, en sacrifiant à la patrie nos vies comme 
Tunique bien que la tyrannie n'a pas daigné nous arracher, 
nous nous saisissons de ces moyens extrêmes et violents que le 
désespoir civique nous suggère. Dans la ferme résolution de 
périretde nous ensevelir sous les ruines de notre patrie, oude 
délivrer la terre natale d'une oppression féroce et d'un joug 
plein d'opprobre, nous déclarons à la face du ciel et de tout le 
genre bumaio, et surtout des nations qui savent apprécier la 
libertéetla mettre au-dessus de tous les biens de l'univers, qu*ea 
usant du droit incontestable de défense contre la tyrannie et 
l'oppression armée, nous réunissons dans un esprit de patrio- 
tisme, de civisme et de fraternité, toutes nos forces ; et, per* 
suadés que le succès de notre entreprise dépend surtout le 
plus de notre union, nous renonçons à tous les préjugés et 
distinctions qui ont partagé ou qui ont pu séparer jusqu'à 
présent les citoyens habitants d'une même terre et les enfants 
de la même patrie f et nous nous promettons mutuellement 
tous de n'épargner aucuns sacrifices, mais, au contraire, d'u* 

17 



ISO niRvenni ' / i 

s^cdalous k&Tno;oiu que Tamoar sacré de la Hberlé peut 

ÎQ3)tinTQur hommes que lo désespoir a f»U lef«r fiour sai 

a Affrandlihr la Potôgrte des troupes élrangàoea, recouirer 
ei assurer ribirégrité des froslièœs^ anéantir towle soifod'ith 
surf^lion^ tniii intérieure qu'exbértoure^ afftiriiûr la Uherlé 
gciii raieetrindé|>endanGede la république ;t4^ est le buistcrè. 
de BOtre insurrection. Pour que nous pijissions ratkckidre 
sûrement^ ]iaur qu'un pouvoir énergique dirige, la fucee na«* 
tioaale (après avoir attentivement con^déré la situattoo ae- 
tuelle de notre patrie e4 ses babitonts),no«8a¥oaacF« oéces- 
sdireet indi^fiensable de nommer : 

« !<" Un chef général de la ibroe armée; . , 

1 ce 2* Le cènseil suprême national; 

€ 2* La commission du i)on ordre dans le palaNnat ; 

• 4* Le trilniiial criminel s«i>réfne; 

« go Le tribunal crimifiel dans notre palatioat. s * 
' A CD noble et sincère exposé de motifs étaient joiutséouse 
arrêtés. 

Les fOG«iier> deuxième et tt^oieième nommaient Koseiitszko 
chef unique, directeur général de Kosarreetiou armée^et 
«anstituaienten sa faveur une véritabk dîelatiire temporaire. 
heé quairtème et cinquième flxaiitDiles attributions' du coot*. 
seil suprême national investidiidttoil de statuer sur les impàtsr 
provisoires, sur kdispositioiiét remploi des biens nationaux, 
eide tous lesfonds publics, choirgé d'ordonner le recrutemeni». 
de pourvoir à tous les besoins de la force armée, de veiller à 
(fadministraliondeiajusiice^auxrapportsdiplomaliqttuselàla 
sûtx^lécommeà la subsistance publiques. Par les autres étaient 
institués la comnoission du bon ardre, le tribunal criminel &n« 
^ttme, et le tribunal criminel du palalinat. La première claik 
tenue d'exécuter les ordres transmis par le chef de la force 



DG LA RÊVMOTftlIl POLONAISB. i3| 

«mée et le cènsk?ii niitionRl. Le9a»(re0éiaknjbciiArgésdejiif,'cr 
les^rimes icontne la nation, les act^s CfMtroiresjau but de V\u- 
9Brtectt0n et les délite ronire H «alut de la pnUrie» Tontes ces 
avteriféfi n'étaîentqiiû lein^erafres et îe droit de foire une 
constitution mctionAii^ mtcndenvlilt\«oit séparéincnt, leur 
était rormeddemen^Hiterdit., ' . 

' L'acte d'inêurreblion ^e tcvminnit par ks pnctles suivantes : 
« Notre désespoir esft auconvbie» et «e(r^iin¥>ur pour la 
patrie «st mus 4Mrnt6. Les^ilalbciirs les phis crnelis, les.ditfl- 
«oltésles pltys inMtvnontaUe») ne eaucaieial affajblk ni décQU- 
tager notre civiflviTe. 

<' « Nom nous pretneUoiis Tnu4uellQfnent,;età toti te la palipn 

polonai^e^de lattvfneié dans iltenk'epri^e^idelaQdélité pQur 

'les ppinctfcs, de tkvbéisiahce po»r lei: autorités patio«i4es 

dénomnr)ées dans cet acte. Nousconjuroasil^.obaf deiafopce 

annëie et 4« GohseH «oprèiiie, (par V««iour:da la ^triey (t'nser 

^t«>^d les ifi^nfip ca|»at»le» dedéli^ror :U a|ktv9n poioi^ai^e, 

'^'reimetiaht Mire leurs moins Je (wiveir 4'^ïiplpyer nos ^pr- 

sonned etntaBiMenspettdaqlque dHreraiefx>int)a(dela Wp^jcié 

' '• ateb le despoCbmey^'de' èi lastice aveo^^HN^r^ssipii «tiajy- 

< rannie. Nmis dééironsIqkiUls aient tQvyjDuJOS' (présente cf^tte 

' ' ^nde irériM : Le êUbU eu pèuj^le est i^lR$pritni hù ^ •. ^. 

'- Oet a^tey revêtu de nkilHeiPs dé $ignù turel» tul ^4|r<3as<^ 4)ins 

tous les palatinMs>^Keecibsttko y joignit deuapr^cMrnsitiws, 

i\jtt^ à l'arnicts l'autre à la nation, i v 

'VôfcHa proclamatiOtt àl'apraée 1 1 -. . i . . ^ 

« Chers tannaradfes, *n«ud'awps^j«raiph« d-une fois d'ijtre 

<*' «■ ÏMîles è îa ffeWe, ol plos d'aM fois niMà/i^n; avons donne 

^ ' « dés'treuves. Ettflh/le^vme e?lt arrivé eu nous devons 

^ ' «f rèrtïplîf »celte |irtftife«ée sdc^ôej Wnjusifce tto«a a awi-scu- 

^ « lenvent enlevé dfes piDrirtoe» enNôrei^, fiuue eitcore nous a 

• • • arraché tKWâftneB èinfe ^e«r pliit9ipiis laifsecque la honte 



132 mrrom 

a et la misère. Ressaisissons ces armes pour les tournerconine 
a le sein de nos ennemis; délivrons la pairie du joug infâoife 
c( qui couvre d'opprobre les Polonais. Rendonsàla nattonaoïi 
a Douvoîr légitime, et en revendiquant toute sa gloire, mérî* 
a tous par nos efforts, sa juste reconnaissailoe 

a Appelé par tous, chers camarades Je viens me mettre a 
« votre tête.' Je vous apporte moo sang et ma vie; Votre eou- 
a rage et votre civisme me sont garanisdusuccès et delà pros- 
« pérîté de notre patrie. Ne faisods qu'une âme avec nps 
< cbers compatriotes; réunis^onis nos cœurs, nos bras, nos 
a moyens, avec tous les habitants de ce malheureux pay. 
« Cest la trahison qui nous a arraché les armes d^ majns ; 
a que la bravoure et la vertu iMus les ireudent Le jiiaig'sons 
« lequel nous gémissons s^ra détruit, et nos, chaînes seropt 
c brisées à jamais. 

< Pourrîec-vous, ctiers camarade», supporter a^ee indi4<&- 
c rence un despotisme étrarigar qui vous a diapersé bouteya- 
« sèment, qui s'empare de nos arsenaux, jette dans des cachots 
« nos chers compatriotes, et qui, enfin^ après nous, avoir dé- 
c pouinés,se joue impunément du restedenoscitoyenst Npn! 
c chers camarades; suivez-moi! La gloire nous, appelle; 
a devenons les libérateurs de notre malheureuse patrie. Je 
a vous jure de (aire les plus grands efitots pour me rendre 
a digne de votre patriolttsme ei du iMtif qui le dirige. 

« Ne croyez pas devoirdel^obéisisftnce aux ordres de vos ffé- 
« tendus supérieurs actuels ; les magistratures établies par les 
« Russes né sost dignes que de votre mépris* Vous ne devez 
« fidéUté q u'à k palrie« C'est elle qui voua appelle aux af rqes ; 
a et c'est en son nomque je voua envoie «désordres. Je pi;e9d9# 
« efaeiv camarades, pour mot de guet : vainges oc Mouarii)} et 
« je fonde mon espoir sur vous et sur cette nation qui ,f juré 
« de mourir plutfttquede vivre dans un honteux esclavage, a 



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DE LA RÉVOLUTION POLOUAISB. iH 

La proclamatioa de Kosciuszko à la nation respirait la 
mfme énergie et le même patriotisme. Cet appel enthon- 
siaste à tous les dévouements nationaux mérite aussi d'être 
cité eo entier. Le voici : 

a Mes concitoyens, > 

€ Appelé plusieurs fois par vous au secours de la patrie/Je 
« me rends, selon vos désirs, à la tête de Tarmée; mais je ne 
c pourrai pas rompre le joug infâme de Tesclavage, si vous 
a ne m'appuyez pas avec autant de promptitude que d'efâ- 
« cacité. Aidez-moi donc de toutes vos forces, et bâtez-vous 
« de venir vous ranger sous le drapeau de la patrie et de la 
« liberté. 

« Le même zèle doit animer tous les cœurs, puisque nous 
« avons tous le même intérêt. Sacriûez à la nation une pfirtie 
« d'une fortune qui n'était plus à vous, puisqu'elle était con- 
« tinuellement en proie à la cupidité des soldats de la tyran- 
« nie. Envoyez à Tarmée des sujets capables et pourvus 
« d'armes. Ne leur refusez pas des vivres en légumes^ en bii- 
a cuit et en grains. Approvisionnez-nous de chevaux, de 
« chaussures, d'habits, de draps, de toile. Ces généreuses 
a offrandes faites à la patrie et à la liberté vous mériteront la 
a plus belle récompense, celle de la reconnaissance de là 
a nation entière. 

« C'est la dernière fois que le désespoir nous met les armes 
(( à la main. Méprisons la mortl Animes par Tespoir d'âme- 
« liorer notre sort et celui de notre postérité, ne nous laissons 
u pas intimider par les menaces de nos ennemis conjurés. Le 
« premier pas pour secouer le joug de l'esclavage, c^est d*oser 
« être libres; le premier pas vers la victoire, est de connaître 
ses forces. 

a Citoyens, le palatinat de Cracovie vous a donné le plus 



J 



X\i HISTOIRB 

« bel exemple de patriotisme : il a offert à la patrie la fleur de 
a s^ jeuqesi^e; fl ^ décrété une confributfon pécuniaire; il a 
â,pçomis tous secours possibles aux défenseurs dé ta patrie. 
a Cet exemple est «ligne de votre initiative. Ne tardez pas de 
ce prêter votre appui à la patrie, qui s^acquiKerà Je cél'te dette 
c par la plus vive reconnaissanp^, Onif%pf^tfii;|, ,^n qualité 
^ « d'impôU, les quittances çjue vous fecevrez.dea génpraux- 
« majors des palfilijials et, des coàimandaqls'n)ili(aires; et 
« tout sera payé quand la patrie sera sauvée. Je ne prétends 
M^ pas vous animer a un deyoir auâsi saci^o, et je Aie ii>!s, pour 
« ne pas paraître douter un instantde votte patr1olîs(i)e/i) 

jK JjCS vfsxatipnç que vou<? avez éprouvées des soldats russes 

« doîvenîbfen vous convaincre qu^il vaut nriîeiix taire vôïdh- 

« tairement pour la pa^trie ce que vous étiez oblij^és'de lafre 

€ par Violeilçe pour ses ennemi?. Hien ne salirait garànlir de 

'* € ïinfamîe éf dé rèxécralîoh pubtl(]iiè (Tclui I(uî; dans'dè fia- 

«'reines çîrcoYisfartCes, sVmonIrerai't ln'écfnsîb!è\itix 'beSofns 

'a 'éé l^tat. îlâîs. cîloyens, j^itlends tout de' V<!)lre>,ole, ot Vdbs 

'^ « vous unirez^ du fond de vôtre clcttr, S Celte 'Ifffue* s.11rile. 

"^^*« Ce n'est pas rin^rigûe elrarrjçèro' ni' t'envfe" de iïohi^nèr, 

'*« ïnâîs c''est V'amoii'r dë'la tîfcertè qui la cîrtîcnté. ô'î»cotiq'ue 

\« Vest pas pour nous câî contre nôus^ quiconque ne s^ubit 

.«pas à ceux'qui ont Juro (ïe'verserle'ùr'sangpou'r'lâ patrie, 

« est suspect de tramer quelque chose' contre.clle, ou est in- 

c différent; ce qui est égî^lenientun crime dans'un citôvcr». 

, « J'fii juréà la nation (jue je n'emploierai mon pouvoir 

« coptro personne en parlîciilier*;' mais jd (téctareV'en môme 

|C iepps, que quiconque agirait coi^tre notre union, sera 

« xîopi'ine traître à .Ja patrie^ tradmt Jevalit ïe lril)unar cri- 

fk minel èiatli par rac(e db ('insurrection? Nc/us avon^ Irop 

« pécne par la douceur et rindulgence : cen ^ar celle raii^on 

ft que la Pologne est à deux doigts de sa perle. 'ît'dèun fortait 



DB L> RÉVOLUTION VoLONAISE. 135^ 

« piililic o'a été pimi. Ajoutons maiutenant une autre ma* 
• nièie d'agir : récompensons la' verlu elle palnotS^me ; mais 
« poursuivons les traîtres et punissons les criminels. » 

Le résultat de rinsurrection du 2i mars et 6és deuk pro- 
cl imàlions que l'on vient de lire sur la détermination d^un 
peuple qui supportait avec tant d^mpatience et d'horreur le 
joug écrasant des Russes, était facile à prévoir. Une victoird' 
inattendue vint encore donner plus de probabilité au succès 
qu'on était en droit d'en attendre. 

Pendant les six jours qui suivirent la proclamation de Tm* 
surrection^Kosciuszko, investi de la dictature» pour prévenir, 
4lans ce moment de crise, les effets dangereux du défaut d'en- 
semble et de concert inhérent à tout gouvernement exercé 
par un trop grand concours de membres, semblait se multi- 
plier. Il avait publié des universaux, rassemblé les nob!(*s et 
les bourgeois^ institué une commission palatinale et rétabli 
la bourgeoisie dans ses droits de citoyen. Le 30 mars, if ap- 
prit que Madalinski, celui-là même qui avait le premier levé 
le drapeau de rinsurrection, était poursuivi par sept mille 
Russes, commandés par les généraux Denrsow et tormansow. 
Décidé à aller les combattre, Kosciuszko prend avec lui la 
garnison de Cracovie et douze pièces de canon, les seules qui 
fussent disponibles. A quatre lieues de la ville il augmente 
ses forces de quatre bataillons dMnfantcrie et d'un régiment 
de cavalerie, et^ après deux marches forcées, fait sa jonction 
avec Madalinski, que les Russes n'avaient pu parvenir encore 
à entamer. 

AKoniusza, où il se trouvait alors, Kosciuszko fut rejoint 
par trois cents paysans armés de faulx, ce qui fit monter sa 
pelile armée trois à mille hommes d'infanterie, douze cents 
chevaux et douze pièces de canon. Malgré son infériorité nu- 
iTiCrique, il marcha aU-devant des Russes, et son avant-gard^ 



126. HISTOIRE 

se heurta contre la leur. A la vue des insurgés, celte dernière 
s^était repliée sur son corps. Kosciuszko avait continué sa 
marche et était arrivé à la hauteur de Raslavicé. Là, il décou- 
vrit l'armée russe campée sur une montagne d'un accès très- 
difficile, et dans une position formidable. Pour profiter de 
Fentliousiasme de ses troupes, il rangea son armée sur un 
monticule opposé au camp russe^ et offrit la bataille. En 
avant de son front, il y avait une pente douce, qui se termi- 
nait au pied de la montagne où les Russes étaient postés. Sa 
droite appuyait à une vallée très-profonde; mais sa gauche, 
sans autre défense naturelle qu'un petit bois qui la masquait, 
était presque découverte. Kosciuszko fit élever à la hâte quel- 
ques batteries sur ses ailes, jeta deux compagnies d'infanterie 
et cent chasseurs dans le petit bois qui s*élevait du creux de 
la vallée, et attendit Taltaque des Russes. 

Pendant quelques heures, ces derniers ne firent aucun 
mouvement; mais, enfin, ils se mirent en marche sur trois 
colonnes, qui prirent chacune une direction différente. Celles 
de droite et de gauche, masquées Tune par une chaîne de 
monticules, l'autre par un bois, parvinrent à dérober entière- 
ment leurs mouvements. Kosciuszko commençait à croire que 
Farmée russe allait se retirer, lorsqu'il découvrit la colonne 
\ du centre descendant la montagne par un chemin creux 
- qu'enfilait une batterie polonaise de six pièces masquée. Lors- 
. que la colonne russe fut engagée dans ce défilé, Kosciuszko i 
i fit démasquer sa batterie et foudroya Tennemi, qui perdit 
i beaucoup de monde dans cet aventureux passage. Peu après, 
la colonne de droite des Russes déboucha de derrière les 
monticules qui l'avaient jusqu'alors cachée, et parut vou- 
loir se former sur la gauche des Polonais. Espérant la 
rompre plus aisémenl pendant qu'elle se formait, Zajonczek 
et Madalinski se précipilèrent sur elle, avec six escadrons. 



DB LA KtVBCenOIf POLORAISB. ' 1S7 

&1n>is réfitritNBs différentes; maid, )^epdussés cfiitqtie fois atec 
perle, une partie de léttirs troupes se déiMiuda, ef la gauche de 
l'armée pelosaise se it^uva découverte. Beureésemeut, Kos- 
ciu^koau centre rempof tait un avantagé sîgtialé. A la tète 
àe quelques bataillons dé troupes ré^lée« éf- des paysans 
aiTÎtés de la teil^y il mârelta contré la cbloiMie du milieu' 
qui s'éfaii déployée tfu soHir du déBi«, ratfiq^y, ia rbmptt 
la mit en déroute. ' > • r 

' La position dea Russes! était fort désaTanlagèûse. Entre les 
colonnes du centre et de la droite, H y atiiittin' profond et 
impraticable ravin, dont les bords étaient garnis de grands 
arbres; ces deux colonnes ne pouvaient ainsi ni se voir ni se 
secourir. Quant à la colonne de gauche^ séparée des Polonais 
par un ravin impraticable aussi, elle ne put prendre part à 
Faction qu'en les canonnant. La position des Polonais était 
plus favorable ; ils pouvaient masser à leur gré leurs forces 
soit contre le centre, soit contre la droite de Tarmée russe. 
Aussi Zajonczek, voyant de la gauche le désordre du centre 
ennemi, y lança une partie de sa cavalerie, qu'il était parvenu 
à reformer, et acheva de le mettre en déroute. En même 
temps, KosciusziLO, chargeant la droite de Tennemi avec tous 
ses bataillons, eût immédiatement décidé la victoire, si ses 
troupes ne s'étaient arrêtées plusieurs fois pour faire feu. 
L'action se trouva ainsi ralentie, et les Russes avaient eu le 
temps de se reformer. Kosciuszko, voyant alors qu'il allait 
perdre tous ses avantages, prend le demi-bataillon qui était 
le plus près de lui, s'empare du fusil d'un soldat, et com- 
mande de charger à la baïonnette; lui-même, le fusil à la 
main, charge à leur tête, et se précipite au milieu des batail- 
lons ennemis en poussant son cri de guerre : vaincu ou mou- 
lut ! Cet acte d'intrépidité décida la victoire. Electrisés par cet 
exemple, les autres bataillons suivent leur général, et cette 

18 



\ 1 38 ^ , . 1 nsnintk 

. MiGOOda oolopAoe fat ïqaversée, poursuivie, ^|J^erdîi866:ca- 
.. i^KEU.. La gaiiçte russe^ qui a'av^it pu preudre pa^i.à raptipu, 
L iroywt la 4irool9 da la. droile ^Vdii centr/e^ fli^a jratrajte. 

tyiofwtorieat la cavalerie polpuai^^ ^Taîeui étfi toUepuent 
irD|»j^uas)pai; la qhoç^ 4^ w^ooe cQuipamJe u'fftipi. |)n.^bon 
r, ardl^ et «tftt fut, ÎEupoiaeibto à; Kos<(|uad(ad^ pi^urifuîTreiicet 
nmtm^ U(^te«ta^ «eulçpw^iiiiiatke^^u cli,ap)fpi 4eMia|Ua et 
de douze pièces de canon. Les Russes avfi^^tjtoisséj.pJlu^de 

> iqmtrf ^otshOKNrl^ gurilia j)aca>tep«rt6^4e^]^okm|çiavait 

«' • ■ ' : ' / »i; ,n /il "I-. •';.. i . 'i 

- . ■ .1 ....... . ..-./.;.: i .• ; ... 1. 

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Ci 



nn lA !î:':v()f îTî'îN poloniisr. \Z9 



1701 



L'iDsuiprectioD se propage, -* Situation critique des Ell^8^s à YanoTîe* 
— Etat des esprits à Varsovie ; fermentation générale. — Goniplot des 
Ikisses pour «'emparer de Tarsenal par surprise. — L'indécision des 
I«iriole§ «Bit fixée pir lA découverte de m confki. '^ tasurreetion 
de Yarsavie. ^<^ ln9urreaiion de Wiioa« -— Une partie de Tarmée po« 
lonaise au service des Russes passe aux insurgés. —Kosciu^zko après 
la bttiffle de Baalliirleé ; il fCoccope à erganteer son armée ; difficultés 
qu'il éprouve» --^ Le seiUerde Yacsovie. ^ Lss nobles et les paysant. 
— Division et défiasce de ces ordres : motifs de ces divisions et de 
ces défiances ; leurs funestes effets. — Rosciuszko essaie d'y remé- 
dier. -* Orddmianee réglait les devoirs des paysaos envers les pr<^ 
priéUimi, ^.Uv^e d« eiMyiièiae. 



L'iosurrectioA de CracoYîe et la victoire de Raslavicé jetè- 
rent le plus grand troubla à la cour de SUnialai et dans la 
diète de Crodno siégaaat alors & Varsovie^ et devenue diète de 
la couronne* Poussé» par Tambassadeur de ftuasie^ dont cette 
levée contrariait les vues^ le roi et le conseil permanent dé- 
clarèrent les cbels des insurgés rebelles et traîtres. Us ordop- 
nèrent que leur procès fôt fait Dans son universel ou pro- 
clamation du 11 avrils le roi s'exprima en ces termes t 

a Polonais, ou vous excite à renoncer à Tétat où vous vous 
trouvez, pour recouvrer Tintégrité de votre territoire. Hais 
existe-l-il un mojen pour celai On vous exhorte à sacriûer 



140 HISTOIRE 

les restes de votre fortuae et les provisions que vous avez 
ménagées; mais le zèle peut-il aveugler ces hommes au 
point que, se trouvant sans alliés, sans forces réunies^ sans 
secours aucun, ils travaillent à notre propre ruine, et 
fournissent à ceux qui veulent notre perte et Tanéantisse- 
ment du nom polonais^ un prétexte pour accomplir leurs 
desseins? Sans doute, la situation dans laquelle nous nous 
trouvons est excessivement pénible ; mais n'oubliez pas que 
le moyen pour en sortir nous estolTert par les mains de ceux 
qui savent très-bien que rien ne peut retarder leur perte^ si 
ce n'est notre ruine. La France elle-même, plongée dans Pa- 
narchie, veut nous engager à sortir de l'anarchie. Ne souffrez 
pas que des phrases éloquentes, mais fallaeienses, fascinent 
vos yeux. Déjà les auteurs des crimes qui ont souillé la France 
sont tombes victimes de la vengeance 'populaire ; aucun 
d^eux n'a échappé à la hache des bourreaux. L'exemple d'une 
nation puissante, et estimable sous tant de rapports, doit 
vous servir de leçon. Vous voyez cette nation changée en une 
horde de brigands féroces et sanguinaires; il n'existe pour 
eux d'autre plaisir que celui que leur causent les troubles et 
la ruine d'autres peuples. On vous parle de liberté I Que de 
sang n'a pas été répandu au nom sacré de la liberté, si sou- 
vent employé à des desseins perfides ! • 

L'effet de cette proclamation d'un roi sans influence, et 
qui n'était que l'instrument volontaire ou forcé de la Russie, 
fut nul. Quelques mesures que l'on prît pour cacher les suc- 
cès des insurgés, la nouvelle de l'insurrection et de la vic- 
toire presque simultanée qui l'avait inaugurée, se répandit, 
par toute la Pologne, avec une rapidité qui tint du prodige. 
On eût dit que, pour favoriser cette tentative de résurrection, 
une puissance céleste avait misa la disposition des insnrcr^^s 
et f^a VOIX cL T'V- îiilos. 



DB LA RiVOLtriOIf MLONAISE. 141 ' 

Le général rosse Igiehlrom, qui cotnmandail à Varsovie et 
aTait à sa disposition vingt mille hommes^ essaya* vainement 
découper toute communication eritre ie'Toyerde Pinsurrec- 
tîon et lerèisle du pays, se flattant de pouvoir- éteindre cette 
éUncelleavantqu'elle devint un incendie. Tout ce que la sur- 
veillance peut suggérer de plus rigoureux en précautions fut 
mis en usage pour empêcher que le broit de Finsurrection 
ne dépassât pas le palatinat de Cracovie : une partie de ses 
troupes avait été détachée pour écraser les insurgés; mais la ' 
nouvelle de Finsurrection, comme celle de la défaite de l'ar- 
mée russe, déconcertèrent toutes ses mesures. Sa position ' 
même devint très-embarrassante et très-critique. Le peuple' 
de Varsovie, qui jusqu'alors s'était résigné frémissant au joug 
russe, devint tout à coup d'une turbulence qui allait jusqu'à' 
la provocation, et Igielstrom, qui jusqu'à ce moment s'était 
montré impitoyable, non-seulement contre les patriotes, mais 
encore contre tout ce qui était suspect de patriotisme, se re- 
lâcha fout à coup de ses rigueurs, et parut, pour la première 
fois, craindre de choquer l'opinion et d'irriter la haine des 
citoyens animés contre ses persécutions. Si, dans ce moment, 
excité par l'enthousiasme républicain, chaque propriétaire 
eût marché à la tête de ses paysans, si chaque district eût 
fait des rassemblements de gens armés, cette armée russe se 
fût trouvée gravement compromise, etFindépendance du pays 
sauvée peut-être. Mais de tels efforts exigent des âmes vigou- 
reuses, fortement trempées, et celles de la majorité des Polo- 
nais étaient alonr ab&tardies ; il n'y avait plus ni ce feu ni 
cette fougue qui avaient caractérisé la vaillance de leurs an- 
cêtres et si souvent fait leur gloire. « Alors une longue paix,une 
anarchie plus longue encore, avaient introduit un poison lent 
et secret dans toutes les parties de la république; les esprits 
avaient perdu, avec l'idée et le goût des grandes choses, IV 



nergie oécossaire pour un acte d'{ui(lace$ reftpiiliWHi^iT^ 
ôiaji en qu4^1q4i6 sorttî évaooui. Les biibilwis avaieot, ii^çqcf?., 
te&tablemant ooaservé leur valeur perêouwHe; mA\& iU .p'é-', 
tuianl plus généraleoieot animés dfi ce tU .eûlM9UjfiM0^. 
qu in:|>ireDt rhoDueur naliooal^ l'amour de hlit^lé, la viio , 
des dangers et Tbabitude da la guerre* Les soubaiU 4'un^ ^ 
grande partie des nobles élaieot (>our la révoluXioa « mw œ . 
sentiment reslail cacbé au fond de leurs cœurs. Ils désiraient 
leur délivrance, mais ils auraient voulu qu'elle s'opérât saos 
qu'ils y coopérasseui ni de leurs biens, ni 4e letir sap|;« Us . 
faisaient tous des vœux pour Kosciuszko, mais la plupart d'en-,, 
ire eux^ avec l'indifféreoce de Tégoïsme^ s'en rieposaient ;^ur , 
la Providence du soin de faire triompber la nobl^ caii^ , 
qu'ils défendaient (1). » 

Cependant la fermentution devenait depkisen plus grao4e . 
dans Varsovie. Malgré Texlrême surveiUanoe des RosseSf k$ . 
patriotes savaient tout ce qui se passait, uon-seulemenit dans . 
le palatinat de Cracovie, mais encore dans tous les a^itres^ 
ou chaque jour des adbésions isolées à l'acte d'iosurrectiom 
du ii mars venaient donner un plus grand poids à ceM 
grande maoifcslation nationale^ Les Polonais de la foct^ . 
russe étaient mornes et abattus ; les autres, au coi^traire^ , 
affichaient une joie que l'état apparent de la patrie Mmbiaî( ; 
ne pas devoir comporter. Toutes les nouvelles qu« arrivaient i 
des palatinats ajoutaient à l'abatleiuent des uns et à Tenibott^ , 
siasmedes autres. Tantôtl c'était le district de Sandomir^ qu . 
de Wladimir» ou de Cbelm^ ou de Uick, qui s'iasurgmeot 
aux cris de Intégralité et liberté de la Pologne J ou biiea enp<3arp . 
des régiments polonais incorporés dans l'armée ruisse^ et qui . 
passaient aux insurgés avec armes et bagages. Ces swcès rem* 

<l) RiwAuliQn de i794| par Zajonczek. 



DB LA RÉVOLUTIOrr POLONAISE. 1/3 

plissaient d'ardeur toutes les âmes des patriotes de Varsovie : 
;" ils iéialeot décidés à faire an effort, mais ils n'avaient pas de 

pTàfa. 6ri projet succédaîl à un autre ; la foiigiie et le zèle 

i'^emporteîcrit sar h réflexion, tes plans chimériques sur ïes 
' pïalis raisonnables. Cotrime dans tontes les girandes éircons- 
■ tatifeès'érîtJqlies de ce gèiJrfe, t'Imagînatîon s'épuisait en tê^e- 
'' t^fi'e^,' é( lé fehnps se passait en inasions sans qG^'lncut1 fait 

posflîif vînt préparer une solution. Pour surcroît de malheur, 
' ïek'pdtriofes tïianquaîent aussi de chefs, tous <îeu.t qoîau- 
^ raiéttf ^ul^être et dont tes noms populaires anf aient pu ser- 
^'■i\^ de rfrapeâtr à l^insurteclion, étaîent ott Incarcérés ou en 
'''f&ftè/'îfe^lfeir, 'Wenglcrskî, trn Jeutie 'Pottîckî'; donf'le 
^''peuple bênissatt lès noms, avaîetrt èt6 récettiment arrêtés, 
"'^ffetpfflicht'daiis les pri^onis lètir poptitei^Hé; ^^ntres, tels 
t''lc|ae fcàpù^tà», ZajortCïék, étaîehtpafmniisà^^^ ** ^' 

''•^- 'Eh'*^i^e«t llWd^dsfeh-la pitrs' cftelle,' M tiohftrre^'he 
*'Avé!ïénfr'à"VàT*Jvlèshi' qtfî ari*«ter^î(*tM* chofx; et pcfdiiikni 
''''WI''WiWpir'pré<i*eti«; pendant (|uè legénéÀ^I nissè rgfeféiVdm 

se préparait à y rendre toute insurrection sftfôtt impossrfite, 
?^8ft'rWlns^t>éti ivrdfllàble atrx hî<înri^^.'W ixviAi résolu de ^en> 
-^^àttUdéÎPàWétfal par srtrf^rise} son {lîari fte niàriquait ril ifV 
"'^^'éHéé tif Hé ëiiances *e sncccs ? fl consentait a faire îrevêHr les 
•^^Bùése^ d^nt^orme^ pôlorfais, et, Te jour de Pilques, d'en coni- 
» pésëi^fa S^arîfler ipTÎ ftgoTcf nttIcéglisfes.'Pendfant qiiê le-petiplc, 
■•'^#Éî)f*<f*éét^éïrionfes>el1^etisDS, sacrait tértu ierifermé diim 
- lë^^lé^lises iiar eetté garMe préteiVdueTioîonaise, « nb poiirrtiit 
-i)09ii#Wiaii!ik^drMM;Târsc}!ntet Icè casernes ^é^nteni être ahMs 
:i latttttluéé «t AoBéttietiti empoi^lés. neitreme^nerit péiii* le? (^ i- 
i Iriotes, un tailleur nommé Kilinski, qui travaillait alix'habiU 
n 40inMk sdtl«^leM)iJèls ^9:RiTSS«9'd(»varéîit 9e {kntestir, \)révint 
.•llMioèàJaf^iiiplan «YMee* tn^tvmnjîfye(tiMl?l A^alt ei> par 



144 lUSTOIBJS 

Un d.^nger si pre$saQt ûxa toutes les indécisions. Les otfi- 
ciers d'artillerie sur qui on pouvait compter, furent préyenns 
de Tattaque projetée d'Igielstrom, et ne quittèrent plus Tarse- 
nal, y veillant jour et nuit avec deux cents artilleurs qu^Us y 
avaient secrètement introduits à Tinsu des officier^ de l'éiat- 
major. Ils s'engogèrent, en outrera mettre au senice de Pin- ^ 
surrection deux demi-balteries et toutes les n^uDitjojis dpnt ' 
on pourrait avoir besoin. Les conjurés s'assurèrent en même 
temps deux régiments des gardes, le régiment de, Dzialinski 
et le colonel Woysiecbowski, commandant d^un dé;tacbemçnt 
des hulans du roi. Kilinski, le même q«ii avait déconvert le 
projet russje, promit d'amener cinq cents bourgeois. Le plan 
d'attaque fut réglé, le signal convenu, et le jour de la révoln* 
tion fixé au 17 avril à minuit. Deux capitaines d'artillerie, 
nommés Rope et Banczakiewic^» furent chargés de tout^ les 
dispositions accessoires, et s'en acquittèrent /avec un zèle 
et une activité qui devaient puissamment coopérer ausuo^ès 
de Tentreprise. 

Igielstrom, cependant, assailli chaque jour de nouvelles 
alarpfiantes qui lui parvenaient des divers districts, pressen- 
tant, mais sans indications précises, qu'il se tramait queUiae 
chose à Varsovie, s'était en quelque sorte fortifié dans la n^sti- 
son qu'il habitait. Un bataillon d'infanterie était affecté à 
sa garde ; quatre canons était braqués aux avenues* Sa posi- 
tion, en effet, devenait de plus en plus critique, et toutes 
ses craintes se trahissaient dans la lettre suivante^ qu'il écri- 
vait au ministre de la guerre à Pétersbourg, sous la date du 
16 avril. 

a Toute l'armée de Pologne, y disait^l, forte d'environ 
1 8,400. bomipesy est en pleine insurrection. Les ^nfédérés de 
Varsovie, de Sandomir, de Lublin, de Gbelm^ de Wiadioiir et 
de Luck, sont organisés sur des principes jacobins. L'insurrec- 



DE LA BÉVOLimOll P0L0RAI8S. U5 

tien se renforce d'un moment à l'autre ; sa marche est très- 
rapide et ses progrès effrayants 

a Faites avancer l'armée de Soltikoff^ pour que tout soit 
bientôt apaisé. On ne peut pas compter sur les Prnssien^et 
les Autrichiens. Dieu sait ce que leurs forces» regardées 
comme formidables» sont devenues! Les Prussiens ne sont 
plus présentement ce qu'ils étaient sous Frédéric II. Ils sem- 
blent ne pouvoir se tenir que sur la défensive ; ils veulent 
être méthodiques et ont peur de tout. Jugez, d'après cela, de 
la triste situation où je me trouve, au milieu d'une population 
exaltée jusqu'à là fureur» continuellement entouré d'ennemis . 
et d'espions» et ne recevant de secours et d'appui ni de nos 
alliés ni de nos troupes > 

Le lendemain du jour où le cotomandant de Varsovie écri* 
vait cette lettre à Ta cour, l'insurrection écUta. 

Voici quel était le plan général des insurgés. Un détache- 
ment de bourgeois, conduit par des officiers travestis, devait 
ouvrir la scène en se glissant dans la maison d'igielstrom 
pour détourner l'attention de sa garde de ce qui se passait à 
l'extérieur. Les premiers entrés devaient faciliter le passage 
aux autres. Si la vigilance des Russes faisait manquer oo 
stratagème» ce détachement devait toujours, d'une manière 
ou d'autre» commencer le tumulte ; le reste des cinq cents 
bourgeois promis par Kilinski devait s'augmenter» en accou* 
rant pour dégager les premiers. Des détachements d'io- 
fanterie, disposés dans les rues voisines, étaient chargés, les 
uns de soutenir les bourgeois» les autres d'assaillir la maison 
du commandant de Varsovie et de s'en rendre maîtres. 

Les officiers d'artillerie qui étaient dans le secret» tinrent 
tout ce qu'ils avaient promis. Ce corps, le plus ferme appui de 
la révolution» ne fit pas faute au moment décisif. Au jour et 
à l'heure convenus, les canons, munitions, caissons» tout fut 

19 



146 OISTOIIIB 

prêt pour être transporté avec célérité partout où il en serait 
besoin. Il n*en ftit pas de même des bourgeois qu^avait promis 
Kilinski. Ils tardèrent à s'assembler : le mouvement devait 
commercer à minuit^ et le jour parnt sans qu'aucune démon- 
stration eût été faite. Les conjurés, dans toutes les angoisses 
de l'inquiétude, se crurent trahis. Un hasard détermina l'ex- 
plosion. Vers les six heures du matin^ un officier russe 
traversait à cheval ventre à terre la place du gouvernement. 
Le commandant d'une patrouille polonaise des hulans du roi, 
qui était au nombre des conjurés^ trouvant cet empressement 
suspect, tira sur lui. Ce coup de fusil fut pris pour le signal 
convenu. Les officiers aux gardes arrêtèrent leur comman- 
dant, mirent leurs régiments sous les armes, et se rendirent 
aux postes qui leur avaient été assignés. Les officiers d'artille- 
rie sortirent de l'arsenal avec leurs canons, la mèche allumée, 
s^assurèrent des principaux passages et braquèrent une demi- 
batterie contre la maison d'Igielstrom. Bientôt, criblé par la 
anitraille du canon populaire, le bataillon russe qui en défen- 
dait les approches fut obligé de se retirer dans l'intérieur. 
ETeillés au bruit du canon^ les habitants de Varsovie qui n'é- 
taient pas dans le secret, se levèrent alors comme nn seul 
homme : les uns barricadant leurs maisons, les autres se joi- 
gnant aux combattants. Les Russes, endormis où à moitié ha- 
billéSi sont désarmés, enfermés dans des caves ou égorgés.Tout 
ce qui sort de chez le commandant de Varsovie est pris ou tué. 
Au premier coup de canon, la garde entière du roi, com- 
mandée par le capitaine Strzaikowski, avait pris les armes, et 
était sortie du chftleau, enseignes déployées, pour se joindre 
aux insurgés. Effrayé de cet abandon, le roi Stanislas conjure 
le commandant de rester pour le défendre, c Sire, lui répond 
c le brave Strzaikovrski, on n'en veut pas à votre personne, 
c voua aies en sûreté^ et la patrie est en danger. Le premier 



Dl LA RÉYOLUTIOH P0L01IAISB. 147 

< devoir d^un soldat, c'est do Toler à sa défense ; quand Je 
« Taarai rempli, je reviendrai auprès de vous. » Les soldats 
applaudissent à ces généreuses paroles, et, au cri de guerre 
de Kosciuszko, vaincre ou mourir, se jettent dans la mêlée. 

Les Russes se défendaient partout avec une incroyable opi- 
niâtreté. A la maison d'igielstrom, les canons étaient placés 
dans les croisées ouvertes en embrasure, et une canonnade 
terrible s^était engagée avec Partillerie polonaise. Dans le 
quartier du régiment de Dzialinski, commandé par le colonel 
Hauman, une action des pins sanglantes avait eu lieu. Cette 
troupe polonaise, se rendant au poste qui lui avait été assigné, 
avait été attaquée par quatre bataillons russes, commandés pat 
le prince Gagarine. Chaque parti avait des canons. La rue 
devint le champ de bataille^ et, de part et d'autre, on se 
canonna assez longtemps. Les bouches à feu, enfilant la rue, 
emportaient des lignes entières, et faisaient un ravage horri- 
ble; la terre était jonchée de morts. Pour faire cesser cette 
boucherie, Faide-major du régiment, Lipniki, prend un batail- 
lon, ordonne de charger à la baïonnette, et, à travers les vo- 
lées de mitraille, se précipite sur les Russes et les renverse. Le 
prince Gagarine fut tué, toute sa troupe passée au fil de Tépée. 

Jusqu'alors, le oombat n'avait été qu'entre soldats ; quel- 
ques bourgeois seuls, s'étaient mêlés à l'action. Mais après 
quelques heures de canonnade, chaque rue était devenue un 
champ de bataille où s'engageaient des actions partielles, ehi* 
que maison un poste retranché, chaque fenêtre une meur- 
trière d'où Ton tirait sur les Russes qui se présentaient. Hais 
^'était surtout à la maison d'Igielstrom que l'action était ta 
plus sanglante. Les Russes y soutenaient un véritable siège, et 
le feu de leur artillerie portait le ravage dans les rangs des 
assiégeants. La nuit seule suspendit la fureur du combat. 

Le lendemain, 18 avril, le combat recoinmeuça, mais 



m aiSTOIHB 

moins acbaroé que la V6iile. Les Russes ne paraissaient plus 
dans les rues ; jusque au soir encore, ils défendirent la mai- 
son d'Igielstrom, qui fut enfin forcée; à l'exception d'un 
petit nombre qui put furtivement évacuer la ville, tout fut 
pris ou tué. Igielstrom, qui, avec quelques-uns des siens, s'é- 
tait retiré dans une maison voisine, demanda à capituler ; le 
roi intervint en sa faveur, exhorta le peuple à suspendre ses 
attaques ; mais, pendant qu'on rédigeait les articles de la 
capitulation, il parvint à se dérober, et se réfugia dans le 
camp des Prussiens, qui parurent le lendemain sous Var- 
sovie, mais que quelques volées de canon suffirent pour faire 
éloigner. 

A cette attaque, les Russes perdirent deux mille cinq cents 
hommes tués sur place, quatre mille huit cents prisonniers, 
quarante^eux pièces de canon, trois généraux, et trente offi- 
ciers d'état- major. Le combat avait duré trois jours. Le 
premier jour, depuis cinq heures du matin jusqu'à quatre 
heures de l'après-midi, 'deux mille hommes de la garnison 
polooaige avaient soutenu la lutte contre dix mille Russes ; en 
s'y mêlant, vers le soir, le peuple décida la victoire. Le 
second et le troisième jour ne furent qu'une suite de triom- 
phes. Trente-cinq ans après, en France» ce nombre de trois 
jours devait être fatal aussi à une autre dynastie. 

Après cette victoire, les principaux d'entre le peuple 
s'assemblèrent pour aviser à la situation. Malheureusement, 
ceux dont l'expérience et les lumières auraient été, dans celU 
circonstance, d'une grande utilité, Soltan, Radzitzewski, Mi- 
chel Brzostowski, l'abbé Bohusz, et autres, avaient été enle* 
vés et conduits en Russie avant que l'insurrection eût éclaté 
Cependant, on adopta quelques mesures provisoires sages e. 
judicieuses. Ainsi, par exemple, on réintégra dans tous les 
droits reconnus par la constitution du 3 mai, les citoyens qui 



DE tk RÉVOLUTION POLONAISE. H9 

enav^aol été dépouillés par la faction rosse. En attendant 
fue Koscioszko eût pu procéder à rétablissement, d'un conseil 
national, on institua un conseil provisoire extraordinaire 
pour régler les opérations tant civiles que militaires. De gé- 
néreux patriotes furent rétablis dans leurs fonctions. Mokro«i 
nowski fut nommé commandant de la ville. 

L'insurrection de Varsovie, jointa à celle de Gracavie et à 
la victoire de Raslavicé, acheva d'électriser tous les cœurs po- 
lonais. Tout parut un moment favoriser les défenseurs de 
rindépendance et de la liberté de la patrie. Wilna, capitale 
de la Lithuanie, suivant une des pre*mières l'exemple de Cra- 
covie et de Varsovie, se souleva. L'insurrection» conduite par 
un officier général, homme d'esprit et de courage, Jasinzki, 
fut fomentée avec tant de prudence et de secret^ que les 
Russes furent surpris, faits prisonniers, sans qu'il en coû* 
tât une seule goutte de sang. Les troupes polonaises canton- 
nées dans les environs de Lublin, profltant de la retraite des 
Busses après la bataille de Raslavicé, s'assemblàrerit à Chelm, 
reconnurent Kosciuszko pour général, et, en attendant de r^ 
cevoir un commandant de ses mains, mirent à leur tête un 
simple lieutenant-colonel d'infanterie, Grochov^ski, homme 
de cœur et d'action, qui avait la confiance du soldat. En 
même temps, les citoyens des cantons de Chelm et de Lublin 
se déclarèrent en pleine insurrection. 

Chaque jour les insurgés voyaient grossir leur troupe du 
restant de Tarmée polonaiso incorporée dans Tarmée russe. 
Le migor de cavalerie Kopeo, chargé de commander le .corps 
en l'absence des ofQciers.supérieurs, rassembla ses escadrons, 
marcha sur Dubno, et se joignit à Kosciuszko. Le major 
WyszkovfTski suivit cet exemple, avec dix escadrons de cava- 
lerie. Plus heureux que Kopec» il rencontra aux environs du 
.Vieux-Konstantinow, quaitre bataillons de grenadiers russes 



150 fitSTOIRB 

et trois cents Closaqnes, les attaqua, les battit, et s'empara de 
sept pièces de canon. Le colonel Lazninski rejoignit aussi 
Kosciuszico, avec neuf cents chevaux. 

Ainsi, dans le cœur de ces généreux militaires, que les 
circonstances avaient forcés de prendre service chez les 
Russes, l'amour de la patrie s'était réveillé au bruit de 
rinsurreciion. Halheureusement, comme les chefs des in- 
surgés, soit à Gracovie, soit à Varsovie, ne s'étaient pas asseï 
occupés des moyens de donner un ensemble à ces mouve- 
ments insurrectionnels des troupes, ceux qui eurent lieu 
n'étant que le fruit de déterminations partielles, les Russes 
en paralysèrent la majeure partie eh désarmant les corps qui 
ne s'étaient pas encore décidés, renvoyant les of&clere et in- 
corporant les soldats dans les rangs moscovites. 

Après tous ces événements, généralement très^favorables 
pour sa cause, Kosciuszko, encore trop faible pour agir, fut 
contraint de prendre position dans le voisinage de Cracovie; 
il s'y fortifia, et ensuite se livra au soin d'accroître son armée* 
L^oppression sous laquelle avaient gémi les Polonais, l'ani» 
mosité qu'ils affichaient en toute circonstance contre les 
destructeurs de leur patrie, Tardeur que ranimait dans 
toutes les âmes la victoire récente de Raslavicé, le grand 
modèle de la Révolution française quMls avaient sous les 
yeux, tout se réunissait pour faire croire à la durée du 
zèle des patriotes. Kosciuszko, jugeant de l'énergie et de la 
fermeté de ses compatriotes par la sienne, n'en doutait pas. 
L'état de dépérissement où était son pays lui était connu de- 
puis longtemps. Il savait que la discipline militaire était cor- 
rompue et relâchée. Il n'ignorait pas que la république était 
sans forteresses, les provinces sans défense, le territoire en- 
vahi, et son seul espoir n'était que dans l'esprit public. Aussi, 
lorsque à la place de l'activité qu'il fallait oppo^^r à la tyran* 



DB LA BÉVOLtriOlf POLONAISE. 151 

nie, il ne trouva dans les villes qu'inertie et languear, il eut 
un de ces moments de désespoir que sa grande âme finit par 
snrmoDter. 

La suite de la révolution prouva que la noblesse de Cra- 
covie montrait plus de zèle que celles des autres parties de la 
Pologne; cependant, rien ne s'y organisait avec célérité, les 
recrues s'assemblaient difficilement, les approvisionnements 
devenaient de plus en plus pénibles, et les nobles répugnaient 
à toute contribution ou réquisition. Cette tiédeur de leur part, 
dans une circonstance où, comme dans toute insurrection, le 
«accès -dépend essentiellement des premiers ei!orts, faillit 
compromettre la cause des patriotes. 

Les insurgés avaient fondé leurs plus fermes espérances sur 
la levée générale du peuple. Hais cette mesure, d'une in* 
contestable efficacité en cette circonstance, présentait dans 
son eiécution des difficultés qu^elle aurait pu ne pas trouver 
ailleurs, mais qui, en Pologne, étaient inhérentes à la constl* 
tulion même de la- société. 

En effet, la noblesse, également intéressée à perpétuer Tes- 
clavage et a conserver la vie des paysans,qui étaient sa richesse 
et même sa propriété, désapprouva généralement ce moyen. 
La patrie exigeait un généreux sacrifice; la cupidité s'y refusa. 
Kosciuszko se vit alors obligé de substituer la levée du cin* 
quième de la population à la levée générale. Ce mode calma, 
en partie, l'inquiétude des nobles, rendit d'une exécution plus 
facile Torganisation des nouvelles levées, mais réduisit singu- 
lièrement les chances du succès. Bien plus encore, ce plan 
lui-même, ainsi modifié, ne recevait, toujours pour le même 
motif, qu'une exécution lente, incomplète ; on usait de mille 
délais, on épuisait les explications et les vains prétextes } le 
temps s'écoulait, et les affaires n'avançaient pas« 

Ceux des paysans que i'pn amenait au camp avaient pour 



152 HiSTonuE 

Kosciuszko cette sorte d'affection qui naît d^une grande es- 
time ; mais ils ne sentaient pas encore cet entliousiasme, cet 
attachement exalté qui va jusqu'au dévouement, jusqu'à sup- 
porter, non-seulement avec patience^ mais même avec joie^ 
la fatigue, la misère, la mort. La cause pour laquelle ils se 
levaient était sainte, sacrée : c'était celle de la liberté, de la 
nationalité ; mais une longue suite de vexations tyranniques 
de toutes sortes avait, sinon anéanti, du moins singulière- 
ment altéré en eux l'ardeur des sentiments patriotiques. La 
servitude ne leur avait laissé que de rapatbie^ et il fallait leur 
créer une âme. 

C'était le but auquel tendait de tous ses moyens Kosciuszko. 
Caresses, promesses^ bienfaits, émulation, exemples, il n'épar- 
gnait rien pour animer cette argile. Il élevait au grade d'of- 
ficier ceux qui se distinguaient par leur bonne discipline ou 
leur courage ; il endossait Tbabit de paysan, mangeait et pas- 
sait ses journées avec ses frères de nouvelle adoption. Mais, 
plus il se mettait à portée de connaître leurs sentiments, plus 
il acquérait la certitude qu'ils se défiaient des nobles, leurs 
anciens tyrans. Les nobles, de leur côté, tremblaient de per- 
dre les droits qu'ils avaient usurpés. Ainsi, alors qu'il ne fal- 
lait rien moins que l'union intime de ces deux ordres, et le 
concours des bras du premier et des richesses du second, 
pour composer une force capable de résister à la Prusse et à 
la Russie coalisées» la méfiance d'une part, et la crainte de , 
l'autre, rendaient nulles les meilleures vues. ' i 

Ce peu de sympathie entre les deux ordres se révélait non- ^ 
seulement dans leurs rapports mutuels, mais dans mille cir- y 
constances particulières. Ainsi, par exemple, au moment où 
les paysans versaient leur sang pour la patrie, la noblesse ac- 
cablait de corvées leurs femmes et leurs enfants. Les soldats 
s'en plaignaient, et le général en chef, touché de cette grande 



1>B LA RÉTOLOnON POLONAISE. 15) 

injustice, en demanda la cessation; les nobles la refusèient. 
Ce fat dans cette circonstance qu'il publia des universaux por- 
tant défense d'exiger la corvée des soldats de la république. 
Hais comme Tbomme est toujours plus prêt à se révolter 
d'une injustice prétendue de la part de ses égaux, que d'un 
abus d'autorité de la part de ses maîtres^ les nobles se récrié* 
sent contre cette mesure, qu'ils qualifièrent d'atteinte à la 
propriété, de violation de leurs droits. Le sort des habitants 
de la campagne ne reçut aucun adoucissement, et la noblesse 
resta dans les mêmes sentiments d'aigreur à l'égard des me* 
sures prises, et de peu de sympathie à l'égard des classes dont 
la souffrance avait motivé ces palliatifs. ' 

Avec deux éléments si peu conciliables, il était d'autant 
plus difficile à Kosciuszko de prendre une énergique ini- 
tiative pour quelque grande mesure, que son armée man- 
quait totalement de bons officiers. Heureusement pour lui et 
pour sa cause, il trouvait dans l'enthousiasme d'une partie de 
la population, non-seulement une compensation à la dou- 
leur de ses cuisants mécomptes, mais encore une espérance 
pour le succès de la noble cause qu'il défendait. 

Quiconque ne voudrait voir en Kosciuszko que l'homme de 
guerre, condamnerait à l'oubli la moitié de ses vertus. Citoyen 
autant que soldat, il était fait pour l'amitié autant que pour 
l'admiration. Dans les classes pauvres, surtout, il s'était fait 
un nom de consolateur. Il n'était pas riche, mais ses bienfaits 
égalaient ceux des plus opulents. A défaut même d'argent, il 
recourait parfois à des idées ingénieuses qui créaient des res- 
sources à rindigence. Nous citerons le trait suivant, em- 
prunté aux Souvenirs de Pologne. 

Un sellier, chargé d'une famille nombreuse» et qui ne pou* 
vaît suffire à la nourrir par son travail, habitait à Varsovie 
une misérable hutte dans la rue Fréta. L'intérieur de sa 

20 



154 HISTOIRE 

demeure offrait le tableau de la plus hideuse misère. 
C'était au moment où le pays était épuisé par la guerre, 
où l'ouvrage manquait, tandis que ks vivres se mainte- 
naient à des prix excessifs. Dans un coin, les enfants criaient 
en pleurant famine ; dans l'autre, la mère amaigrie se mou- 
rait de fatigue et de besoin; tandis que le Tieux père, étendu 
sur un grabat, invoquait généreusement la mort, pour que le 
malheureux ménage coiqptfit une bouche de moins à nour- 
rir. Partout, dans ce réduit de la misère, étaient des objets 
de tristesse, de larmes et de deuil. Fuyant sa maison, courant 
éperdu dans les rues de Varsovie, le sellier, désespérant de 
Tavenir, avait conçu Thorrible pensée du suicide, lorsque 
ridée lui vint d'aller implorer Kosciuszko, qui, providence 
des pauvresi n'avait jamais, disait-on, refusé de secours à 
une vertueuse indigence. 

Le lendemain, avant le lever du soleil, le sellier était à la 
porte de Kosciuszko. Il trouva déjà au travail Thomme à qui 
la Pologne avait conflé ses destinées, le héros auprès de qui 
le pauvre avait à toute heure libre accès. 

— Que demandez-voue? lui dit avec douceur Kosciuszko. 

— Secours I répondit vivement le sellier en s'inclinant pro- 
fondément. 

— On ne s'abaisse ainsi que devant Dieu, mon ami, reprit 
Kosciuszko en le. relevant. Je suis un homme comme vous; 
dites-moi franchement vos besoins. 

— Je suis un pauvre sellier, chargé d'une nombreuse fa< 
mille et manquant de travail ; endetté et sans ressources, noua 
sommes tous à la veille de mourir de faim. 

— Pauvres gensl pourquoi ne suis-je pas riche? Voilà tout 
ce que j'ai sur moi, quarante florins : prenez-les; achetez-en 
du pain pour votre famille... Je ne puis vous en donner da<- 
vanlage. Mais, ajouta>t-ii, après un moment de tristesse râ- 



DB LA RÉYOLCTIOII P0L0NAI8I. 155 

veuie, en ce temps de guerre Yotre métier devrait voqs don- 
ner de roecupation. 

— Hélas IgéDéralissime, j'ai vendu mes meilleurs outils 
pour ne pas mourir de faim ; J'ai épuisé tout mon crédit^ et 
c'est à peine si je trouve à débiter quelques chétives crava- 
ches de ma fabrication. 

— *Des cravaches i dit Kosciuszko en Pinterrompant ; il me 
semble que j'en manque moi-même, et pour combattre les 
Cosaques, on ne saurait en avoir trop. Faites-en sur le-champ 
quelques-unes pour moi, et que Dieu vous soit en aidel 
Faites-en même le plus que vous pourrez; j'irai moi-même 
les chercher ces jours-ci. 

Le sellier retourne joyeux à sa mansarde et se met à Pou* 
Trage. Pendant plusieurs jours il confectionne un grand nom- 
bre de cravaches, attendant impatiemment la visite que lui 
avait annoncée Kosciuszico. L'attente seule et la perspective de 
ee beau jour étaient une fête de famille. 

Us n'attendirent pas longtemps. Pour Kosciuszlco, la parole 
donnée au pauvre était sacrée > et un jour qu'il était sorti 
pour visiter les fortifications de la ville, il prit à dessein par 
la rue Fréta, où demeurait le sellier. Entouré d'un brillant 
état-major composé de la fleur de la jeunesse polonaise^ il 
déboucha à l'entrée de la rue, et, au grand étonnement de 
toute sa suite, il s'arrêta devant la boutique du sellier. 

*^ c Cest ici que j'achète mes cravaches, » dit-il en se tonr- 
nant vers sa suite. 

Il s'adressa alors au sellier, lui demanda une cravache, l'es* 
aaya, jeta un écu dans la boutique et continua sa route en di- 
sant : € Voilà d'excellentes cravaches, a 

Tout son état-major voulut acheter les cravaches que le 
chef avait recomnàaudées. Le prix n'était rien : on vonlail en 
avoir; on les arrachait des mains du sellier; et chacun, après 



1S6 HISTOIIB 

avoir jeté son argent, s^élançait au galop sor les traces dn 
chef. En peu d'instants le cb^peau et les poches de Touvrier 
furent remplies d'or et d'argent. Toute la provision de crava- 
ches disparut, et les derniers venus se contentèrent d'en faire 
la commande pour le len/leraain. 

Depuis ce jour, la vogue du sellier alla croissant", et les 
demandes pour les cravaches furent si nombreuses, qu'il pût 
à peine y sufQre. 

Telle était parfois» à défaut de richesse, la manière de se- 
courir l'indigence d'un homme que les destins appelaient à 
être un des plus glorieux champions d'une sainte cause ga- 
gnée dans l'avenir. 

En attendant, sa position était loin de s'améliorer. Depuis 
la victoire de Raslavicé, livré tout entier à ses pénibles fonc- 
tions, il n'avait ni consolation ni relâche. Aucune nouvelle ne 
parvenait dans son camp. D'un côté^ un corps russe com- 
mandé par le général DenizoEf, maître de tous les passs^es, 
les tenait exactement fermés; de l'autre, la mauvaise volonté 
des employés autrichiens avait^ à force d'avanies, donné aux 
voyageurs de la répugnance à prendre la voie de la Gallicie. 
Ainsi, Kosciuszko ignorait tellement tout ce qui s'était passé à 
Varsovie» à Wilna et ailleurs, qu'il chargeait un émissaire 
d'iqsurger Varsovie, lorsque cette ville l'était depuis huit 
jours. 

Désespéré enfin de l'inaction funeste où on le tenait, de la 
coupable lenteur des propriétaires à livrer leurs recrues, le 
30 avril il ordonna la levée générale des paysans. Malheureu- 
sement, comme pour la récente levée du cinquième, cette 
nouvelle mesure fut encore paralysée par les nobles, qui, 
considérant les paysans comme une propriété, et craignant 
d'être ruinés en les perdant, traversaient toujours par les 
mômes moyens l'exécution des mesures ordonnées* Aussi, 



DB LA RÉVOLUTION POLONAISE. 157 

malgré les menaces et les promesses pour déterminer les 
paysans à secouer le joug de leurs tyrans, on n'en put ras- 
sembler que deux mille. A force de les faire souffrir et de les 
faire%raindre» les nobles les ayaient réduits à un véritable 
état d'abrutissement moral. On eut dit des troupeaux d'escla- 
ves indifférents au sort qu'on leur destinait^ ne sentant plus, 
ne pensant plus, espèces d'automates dont le passé était effacé 
de la mémoire, et pour qui Tavenir n'était rien. 

Il se produisit alors un fait dont les esprits généreux se sont 
sérieusement préoccupés depuis, mais qui, à cette époque, 
passait presque inaperçu t^^'estque la principale force du des- 
potisme est dans Tignorauce et l'avilissement des classes la- 
borieuses, et qu'avant d'être affranchi un peuple doit être 
éclairé. Sans cela naissent, contre le progrès même, les résis- 
tances de ceux en faveur de qui toute rénovation est tentée. 
Il y a dans l'homme habitué à souffrir et longtemps courbé 
sous un joug humiliant, un tel sentiment de défiance et de 
timidité, que tonte régénération lui parait un leurre, tout 
changement d'état une déception. Malheur pour malheur, il 
préfère alors celui que l'habitude lui a rendu familier. 

Voici comment un Français, républicain de 1792, rédac- 
teur, à cette époque, à Varsovie, de la Gazette de Vareme, 
peint le paysan polonais (1) : 

« Les voyageurs ont observé, en traversant la Pologne, un 
grand nombre d'animaux ayant, comme les Polonais, deux 
pieds et deux mains, sans plumes, travaillant, labourant et 
recueillant pour leurs maîtres. Ces utiles troupeaux sont dé* 
signés sous le nom de paysam polonais. Cette classe parait 
vouée pour l'éternité au travail et à la douleur. Massacrés, 
martyrisés, écrasés pour les moindres fautes, ils voient, pour 

(1) Hehée, Histoire de la prêt. Bévoluticn de Pologne* 



158 HISTOIIB 

les fautes les plas légères» leurs femmes, leurs enfants livrés 
à de misérables bourreaux^ qui les déchirent à leurs yeux* 
Aucune de ces douceurs qui^ partout ailleurs. Tiennent adou- 
cir les amertumes de la y\e, n'approcbe de leurs cabanes ; 
leur vie est une longue mort, une éternelle agonie. Je n'ai 
jamais vu rire un paysan polonais. Lorsqu'on les rencontre 
sur les routes, ils font face aux passants, et leurs disent en 
baissant les yeux : Nieek bmdzie pakwalani Jeâous-Chrif 
tous I (Que Jésus-Christ soit loué). Plus je considère les paysans 
polonais, moins je conçois de quoi ils peuTent remercier Dieu* 
Casimir le Grand, surnommé le père des paysans, a usé sa rà 
à vouloir adoucir leur sort; il n'a rien pu obtenir de cette 
noblesse impérieuse et inhumaine. Lorsque quelques paysans 
Tenaient se plaindre à lui de leurs seigneurs, dans l'impossi- 
bilité où il était de leur faire rendre justice» il répondait : «Je 
c ne puis rien taire pour tous; mais n*aTes-Tous ni bâtons 
c ni pierres dans tos campagnes?» Ce grand prince sentait 
bien que, lorsque la isociétè ne peut pas dooner aux indiTidus 
qtti la composent la protection qu'ils ont droit d'en attendre, 
elle leur rend tous leurs droits naturels. » 

Ce tableau pittoresque de la situation des paysans polonais 
pourrait peut-être paraître chargé. Nous allons Tappuyer d'une 
autorité irrécusable^ celle de Stanislas Leczinski, que nous 
avons mentionnée ailleurs. Le lecteur sait que l'humanité de 
ce vertueux souverain déplût aux Polonais, au point qu'il fut 
obligé de se retirer en Lorraine. Voici comment ce prince 
s'exprime sur le compte des paysans polonais. Nous copions 
textuellement sur le Mémoire original : Nous le donnons avec 
quelques détails, d'abord parce que c'est un document peu 
ou point connu, ensuite parce qu'il peint admirablement la 
véritable source de tous les maux de la Pologne, le joug écra- 
sant sous lequel gémissait le paysan polonais. On défend mal 



DB LA BiTOiimOlt POLONAIS!. 159 

la chose d'un autre, surtout quand cet autre est notre ennemi; 
et que l'on trouve Poccasion de se venger. Il résulta de là que, 
lors de la révolution de la Pologne, les insurgés ne purent 
jamais trouver d'autres auxiliaires parmi les paysans que ceux 
queles propriétaires forçaient de marcher avec eux. Les autres 
disaient : « Les Russes on les Prussiens nous feront-ils porter 
« double bfit ou double charge ? v Et au lied de se lever pour 
voler sous les drapeaux de Tindépendance de leur patrie, ils 
restaient dans une inertiequi s'explique. 

Voici le tableau qu^en trace Stanislas Leczinski : 

a Les violences que les patriciens de Rome exerçaient sur 
le peuple de cette ville sont une image sensible de la dureté 
avec laquelle nous traitons nos plébéius. Encore cette portion 
de notre État est-elle plus avilie parmi nous qu^elle n'étaitchec 
les Romains, où elle jouissait d'une espèce de liberté, même 
dans les temps où elle était le plus asservie au premier ordfe 
de la république. 

« On peut dire avec vérité que le peuple est dans une 
extrême humiliation en Pologne; on doit cependant le regar- 
der comme le principal soutien de la nation, et je suis 
persuadé que le peu de cas qu'on en fait pourrait avoir des 
suites très-dangereuses. 

a Qui est-ce, en effet, qui procure Pabondance dans un 
> royaume? qui est-ce qui en porte les charges et les impôts? qui 
est-ce qui fournit des hommes à nos armées, qui laboure nos 
champs, qui coupe nos moissons, qui nous nourrit? qui est 
la cause de notre inaction, le refuge de notre paresse, la res 
source dans nos besoins, le soutien de notre luxe^ et, en 
quelque sorte la source de tous nos plaisirs? N'est-ce pas cette 
même populace que nous traitons avec tant de rigueur? Ses 
peines, ses sueurs, ses travaux ne méritent-ils donc que nos 
dédains et nos rebuts! Et s'ils n'étaient poiui, ne serions-nous 



160 HIflTOHIB 

pas obligés de nous plier, de nous assujettir nous-mêmes a 
toutes les pénibles fonctions où leur naissance, leur état, leur 
pauvreté les engagent? 

a Des hommes si nécessaires à l'Etat devraient y être con- 
sidérés sans doute; mais à peine les distinguons- nous des 
bêtes qu'ils entretiennent pour la culture de nos terres. 
Souvent nous ménageons moins leurs forces que celles de ces 
animaux, et trop souvent par un trafic scandaleux, nous les 
vendons à des maîtres aussi cruels, et qui bientôt, par un 
excès de travail, les forcent à leur payer le prix de leur 
nouvelle servitude. 

a Je ne puis, sans horreur, rappeler cette loi qui n'impose 
qu'une amende de quinze francs à tout gentilhomme qui aura 
tué un paysan. C'est à ce prix qu'on se rachète dans notre 
nation des rigueurs de la justice, qui, partout ailleurs, confort 
mément à la loi de Dieu, et ne faisant acception de personne, 
condamne à mort tout homme coupable de mort. 

« La Pologne est le se.ul pays où la populace soit comme 
déchue de tous les droits de Phumanité. Nous voyons 
cependant des nations voisines attentives à ménager cette 
portion de leur État ; nous seuls, nous les regardons comme 
des créatures d'une autre espèce, et nous leur refuserions pres- 
que le même air qu'ils respirent.avec nous. 

« il esi vrai que, selon la constitution de notre royaume, $ 
nous pouvons nous passer de leurs conseils et ne pas les 
admettre dans nos congrès; mais leur secours nous est né* 
cessai re, et, par cela même, nous ne devrions pas les traiter 
avec tant de cruauté. Est-il, en effet, aucune loi qui puisse 
autoriser le joug terrible que nous leur avons imposé? 

<£ Dieu, en créant l'homme, lui donna la liberté. Quel droit 
a-t«on de l'en priver, à moins que ce ne soit par la loi des 
armes, par l'autorité que prend la justice sur des criminels, ou 



DE LA BÉVOLUTION POLONAISE. 161 

par la nécessité de réprimer des accès de folie dans un homme 
privé de raison? Quoi donc! parce que certains hommes ont 
le malheur d'être nés nos sujets^ sommes-nous dispensés 
d'observer à leur égard cette première règle de la justice, 
qui est le fondement de toutes les sociétés : Suum cuiquel 
Les droits de maître et de seigneur nous autorisent-ils à les 
excéder de peines et de fatigues ; et, après en avoir exigé des 
corvées presque au-dessus de leurs forces, pouvons-nous leur 
enlever tout ce qu'il ont pu gagner d'ailleurs pour leur en- 
tretien et celui de leur famille; et cela^ par un travail qu'ils 
ont su soustraire à notre avarice et à notre cruauté? » 

Après avoir ainsi examiné ce que la conscience doit dicter 
naturellement aux nobles envers cette foule de malheureux 
qu'ils opprimaient sans cesse, le royal auteur recherche sMl 
est même de la bonne politique de tenir les paysans dans une 
aussi austère dépendance. 

«c Comme il est naturel, ajoute-t-il^ de secouer un joug rude 
et pesant, ne peut-il pas arriver que ce peuple fasse un effort 
pour s'arracher à notre tyrannie? Cest à quoi doivent le 
mener tôtou tard ses plaintes et ses murmures. Jusqu^à présent^ 
accoutumée desfers^ il ne songe point à les rompre; mais 
qu'un seul de ces infortunés^ esprit mâle et hardi, vint à cou- 1 
certer , à fomenter leur révolte, quelle digue assez forte pour- ^ 
rait-on opposer à ce torrent? par combien de ravages affreux 
ne marquerait-il point son passage? Et pourrait-on prévoir la 
fin de tous les maux dont il serait capable dMnonder la répu- 
blique? Nous en avons un exemple récent dans le soulèvement 
de rUkraine. Il ne fut occasionné que parles vexations de ceux 
d'entre nous qui y avaient acquis des domaines. Nous mépris 
siens le courage des habitants de cette contrée; ils trouvèrent 
des ressourcée dans leur désespoir, et rien n'est plus terrible 
que le désespoir de ceux même qui n'ont point de courage. 

21 



162 HmoiM 

< Quel est Pétat où nous avons réduit le peuple de notre 
royaume? Abruti par la misère, il traîne ses jours dans une 
indolence stupide, qu'on prendrait presque pour un défaut 
de sentiment. Il n^aime aucun art ; il ne se pique d'aucune 
industrie; il ne travaille qu\iutant que la crainte du châtiment 
le force de travailler. Convaincu qu'il ne pourrait point jouir 
lu fruit deson génie, il étouffe lui-même ses talents; il n'essaie 
même pas de les connaître. De là cette affreuse disette, où 
nous sommes d'artisans les plus communs; et faut-il s'éton- 
ner que nous manquions descboses même les plusnécessaireSj 
dès que ceux qui pourraient nous les fournir ne peuvent espé- 
rer aucun profit des soins qu'ils prendraient pour nous satis- 
faire? Ce n'est que dans la liberté que se trouve l'émulation, et 
la nécessité ne s'évertue qu'autant, qu'elle entrevoit une res- 
source à ses besoins, a Usembleque laProvidence aitcompensé 
« ses dons pour mettre une sorte d'égalité entre les diverses 
€ conditions des hommes. Aux uns, elle a donné la naissance 
€ et le pouvoir; aux autres une heureuse capacité qui les dé- 
c dommage des distinctions qu'elle leur a refusées. Ceux-là 
c seraient trop vains s'ils possédaient à la fois les talents et les 
c richesses, et ceux-ci trop malheureux si, par les dons de 
c l'esprit, ils ne pouvaient relever la bassesse de leur for- 
c tune. » 

Ainsi^ les grands et les petits vivent dans une dépendance 
mutuelle les uns des autres : le noble est forcé d'avoir recours 
à l'industrie du roturier, et le roturier n'a d'autres fonds 
peur subsister que les besoins du noble. 

c Nous devons donc autant estimer le mérite de l'artisan» 
quelque bas, quelque humiliant qu'il paraisse, que l'artisan 
fait cas des avantages que nous pouvons lui procurer. Sans ce 
retour réciproque, tout tombe dans un Etat, et l'on n'y voit^ 
ainsi que dans le nôtre, ni sagacité, ni invention, ni commerce. 



DS LA RirOLUTIOlf P0L0HAI8B. 163 

niaucan des secours nécessaires ou pour rarmement ou pour 
les besoins de la vie. » 

Stanislas démontre ensuite que rien n'est plus frivole qur 
les avantages que les nobles s'imaginent retirer de Tesclavagi 
où ils tiennent les paysans; et termine par ces paroles, « 
remarquables dans la bouche d'un roi : 

« C'est si peu de chose qui nous met an-dessus de nos 
sujets, qu'il est honteux à nous de nous enorgueillir de notre 
élévation et de leur bassesse. Rien n'est grand ici-bas que par 
comparaison; c'est toujours le malheur d'une portion des 
hommes qui rehausse et fait éclater le bonheur de l'autre. 
Nous ne paraissons riches, puissants, respectableSi que par 
l'indigence, la faiblesse, l'avilissement du paysan. Nous lui 
devons, pour ainsi dire, toute notre grandeur, et nous ne 
serions presque rien s'il n'était au-dessous de ce que nous 
sommes. 

c II ne tenait qu'à la Providence de nous assujettir à cent 
que nous maîtrisons. Sans doute, elle a voulu donner à ceux- 
ci le moyen de mériter par leur résignation, et à nous un 
motif de nous humilier dans notre indépendance. C'est donc 
à nous à ne pas abuser de notra pouvoir sur des malheureux 
qui ne nous sont inférieurs que par une disposition dont 
nous n'avons pas été les maîtres. 

« Nous devons adorer en eux* la main de Dieu, qui ne les a 
pas faits ce qu'ils sont par rapport à nous, et pour nous don- 
ner sujet de nous complaire dans la misère de leur état et 
dans l'opulence du nôtre. 

« Et quelle est même la différence qu'il y a d'eux à nous? 
c Elle ne vient que du plus ou du moins de quelques biens' 
a périssables. Au fond, nous sommes tous égaux ; et tel 
« homme que la privation de ces biens nous fait mépriser. 



164 

a esl peut-être fort au-dessus de nous par les vrtfls biens qui 

I font Tessence et la gloire de l'homme. » 

c Ainsi, le bon sens^ la religion, la politique^ tout nous 
engage à ménager nos plébéiens. Sans cela^ quelque ordre que 
nous puissions mettre dans notre état, il sera semblable à 
t^ette statue de Nabuchodonosor, qui, quoique faite des plus 
précieux et des plus solides métaux, fut renversée en un mo- 
ment, parce que sa base n^était que d'argile. Le fondement de 
tout Etat, c'est le peuple. Si ce fondement n'est que de (erre 
et de boue^ TEtat ne peu durer longtemps. Trayaillons donc 
à renforcer cet appui^ de la république : sa force sera notre 
. soutien, son indépendance notre sûreté. » 

Après la lecture de ce précieux document, qui tait si bien 
comprendre la situation réciproque du noble et du paysan 
en Pologne, on se rend aisément compte des dilflcuUés que 
dût éprouTer Kosciuszko pour pouvoir tirer parti d'un élé- 
ment de force que, par intérêt autant que par orgueil et par 
préjugé, la noblesse tendait toujours à paralyser. 

Pour surcroît d'embarras, la constitution de 1791, en lais- 
sant dans le vague l'existence sociale des paysans, n'avait pas 
été un mobile assez puissant pour les faire sortir de leur tor- 
peur. Kosciuszko tâcha d'y remédier, en publiant» sous la date 
du 7 mai 1794, une ordonnance par laquelle il réglait les 
devoirs des paysans envers les propriétaires, et garantissait 
au peuple des campagnes la protection du gouvernement, la 
sûreté des propriétés et la justice. Voici cette ordonnance, que 
l'exposé des motifs et les articles réglementaires rendent dou- 
blement curieuse, soit sous le rapport des machinations de la 
Russie en Pologne, soit sous celui de l'existence sociale du 
peuple. 




b 



:'5 
3 



M 



m LA RÉVOLUTION POLONAISE. 195 

A ta nation polonaise. 

c Polonais, jamais les armes des ennemis ne seraient re- 
doutables si la Pologne savait connaître et employer la force 
qui doit résulter de son union. Il serait impossible aux puis- 
sances voisines de'la vaincre dans une guerre ouverte; mais 
la ruse^ la perfidie, voilà leurs armes redoutables ; c'est par 
elles qu'elles divisent ses volontés et lui ôtent les moyens de 
repousser leur agression . 

< La longue tyrannie des Russes daub ra Pologne a prouvé 
jusqu'à quel point cette puissance se jouait dç nos destinées. 
Achetant des âmes mercenaires, abusant les esprits simples 
par des promesses perfides, flattant des préjugés, caressant 
des passions, les animant l'une contre Tautre, calomniant la 
nation chez les étrangers, ils ont tout mis en œuvre pour 
nous perdre, et les moyens du plus profond machiavélisme 
ont été de préférence employés par eui. 

c Dans toutes les circonstances où les Polonais ont pris les 
armes contre les Russes, cette nation de brigands peut-elle se 
flatter d'avoir remporté sur eux une seule victoire réelle) Et 
cependant la bravoure polonaise n'en tirait d'autre avantage 
que celui d'alléger pour un moment le joug que Tennemi ne 
tardait pas à lui imposer de nouveau. D'où vient donc cette 
étrange inconsistance des affaires de Pologne? pourquoi cette 
nation gémissait-elle accablée sous le poids des malheurs, 
sans trouver le moyen de les terminer? C'est que Tastuce des 
intrigues russes, plus puissantes que leurs armes, perdait les 
Polonais par les Polonais eux-mêmes. 

a Les malheureux Polonais n'ont été que trop longtemps 
divisés par leurs opinions politiques. Ils différaient sur leufs 
idées, quant aux principes sur lesquels la liberté et l'organi* 



lie mTom 

satioQ sociale âevaient être fondées ; mais h la différence des 

opinions, qui n'était pas coupable ep ell^rméme, Tesprit con« 

damuable de ramour*propre, des vues particuiières, raè-^ 

laient Topiniâireté ; et le penchant a se lier avec lesétran-* 

gers, ne poavait aboutir qu'à ramper bassement sous leurs 

ordres. 

a La mesure des maux et des souffrances est comblée* 
i'époque est Tenue où la destinée de la Pologne doit être 
enfin décidée^ C'est a présent ou jamais que les esprits doivent 
tendre au même but. Plus de doutes, plus de contestations^ et 
laissons à l'écart les traîtres déjà connus, ou les l&cbes qui^ 
dans la dernière agonie de la patrie, sont encore sourds à H 
voix expirante. » 

Après avoir établi que l'insurrection actuelle tendait à ren* 
dre à la Pologne la liberté, l'indépendance et l'intégrité;^ 
qu'elle laissait à la volonté nationale à décider, dans un 
temps plus calme, la forme du gouvernement qu'elle voudra 
se donner ; qu'ainsi, la différence des opinions étant anéantie 
dans sa source, l'objet de l'insurrection devait rassembler, 
sous les mêmes drapeaux, ceux qu'avait aliénés les uns des 
autres la diversité des opinions, Kosciuszko ajoutait : 

a C'est ce jour, c'est ce moment qu'il faut mettre à profit, 
Que l'ennemi déploie toute sa force, qu'il ait recours aux 
armes, moyen peu dangereux dans ses mains; aux efforif 
impuissants des esclaves épouvantés nous opposerons la 
masse inébranlable des hommes libres* La victoire, n'en 
doutez pas, sera fidèle à ceux qui combattent pour leur 
propre cause. Biais les manœuvres insidieuses avec lesquelles 
ils nous ont vaincus jusqu'à ce moment, voilà ce qu'il nous 
importe de déjouer. Brisons cet instrument de perfidies, veil* 
Ions attentivemeAt j que tou les citoyens n'aient qu'un «ontî^ 



]>I LA BiVOUmOH FOLOHAISB. lil 

mtnt) et qn^ le glaive menaçant de la Justice frappe partout 
où osera ae montrer la duplicité et la trahison. * 

« Ainsi donc^ la destinée de la Pologne dépend de la double 
force employée par nos ennemis : celle de ia ruse, celle de la 
Tiolence. C'est ici que je dénonce à la nation les moyens per« 
fides que les Russes emploient pour nous perdre. Ils cher- 
chent à excitée contre nous le peuple des campagnes. Us lui 
exagèrent le pooToir arbitraire des propriétaires, son an- 
cienne misère ; ils lui promettent d'améliorer son sort ; en 
même temps, ils le poussent à piller atec eux. Sa simplicité 
trompée peut tomber, et ne tombe que trop souvent, en eflTet, 
dans de tels pièges ; et personne n'ignore ce tait, que les 
Russes ont revêtu de leur uniforme les paysans crédules qu'ils 
avaient trompés, pour les pousser au pillage et à la dévas- 
tation. » 

Après avoir avoué que le traitement inhumain éprouvé par 
le peuple des campagnes fournissait le prétexte plausible aux 
Russes de calomnier la nation entière ; que les soldats et les 
nouvelles recrues s'étaient souvent plaints, non-seulement 
de ce que leurs femmes et leurs enfants ne recevaient pas 
d'adoucissement à leur sort, mais encore qu'on semblait ag« 
graver leur situation, comme pour les punir de ce que leurs 
époux et leurs pères servaient la république ; Kosciuszko éta- 
Uissait que de pareib procédés ne pouvaient qu'être l'effet 
de la mauvaise volonté ou des suggestions de Tdlranger, pour 
chercher a refroidir, par ce moyen, Tenthousiasme patrioti** 
que du peuple, et terminait ainsi : « Cependant, quelque 
chose qu'on tasse, Thumaniié, la justice, le bien public nous 
ont indiqué des moyens aussi faciles que sûrs pour déconcer*' 
ter ces projets. Publions hautement que ce nest pas de cette 
époque seulement que le peuple doit jouir de la protection 
du gouvernimenty mais que cette protection lui est assurée 



Hi HltTOlÛ 

en yertu des lois sanctionnées par la nation. Déclarons que 
rhomme opprimé a un refuge assuré auprès de la commission 
du bon ordre de son palatinat; que le persécuteur etToppres- 
seur des défenseurs de la patrie seront punis comme ennemis 
et comme traîtres à la patrie. Ces moyens^ conformes à la jus- 
tice, chers aux âmes sensibles et qui ne coûtent à Tintérêt 
personnel d'autres sacrifices que ceux que réclame Tintérêt 
général^ attacheront le peuple à la cause commune, et le ga* 
rantiront des pièges de Tennemi : 

« Je recommande danc aux commissions do bon ordre 
dans tous les palatinats et tous les districts, de publier le 
règlement suivant, et d'en surveiller ^exécution. 

« !<" Le peuple, en vertu de la loi, jouit de la protection 
du gouvernement. 

2"" Chaque paysan est libre de sa personne ; il peut s'éta-- 
blir où bon lui plaira, pourvu qu'il fasse à la commission du 
bon ordre de son palatinat la déclaration du lieu où il pro- 
jette de s'établir, qu'il paye ses dettes s'il en a, et quMl 
acquitte les impositions publiques qu'il devra. 

«c S^" Les jours de travail que les paysans doivent aux pro- 
priétaires sonjt réglés de la manière suivante : celui qui devait 
six journées par semaine ne travaillera que pendant quatre 
jours y celui qui devait travailler cinq jours ne travaillera que 
pendant trois ; celui qui devait trois jours ne travaillera que 
pendant deux ; celui qui devait deux jours ne travaillera que 
pendant un seul ; celui qui ne devait qu'un jour par semaine 
ne travaillera qu'un jour en deux semaines; et soit qu'on 
employât une ou deux personnes pour son travail, on sera 
désormais dispensé de les employer les jours où on aura été 
exempté de travail. 

a 4<» Ceux qui auront été requis en masse sont dispensés de . 
toute corvée pendant le temps qu'ils resteront sous les 



DE LA RÉYOIUnON MLONAISB. 169 

armes; ils ne recommenceront à y être obligés que de 
l'époque où ils retourneront dans leurs foyers. 

a 5* Aucun propriétaire ne peut ôter au paysan le champ 
qu'il possède, lorsqu'il remplit les obligations qui y sont at- 
tachées. Bien plus, les juridictions locales veilleront à ce que 
les biens de ceux qui servent la république, et que la terre, 
qui est la source de nos richesses» ne restent nulle part incul- 
tes; ce à quoi, dans chaque village, doivent concourir les 
propriétaires et les paysans. > 

Les autres articles de ce règlement établissaient des me- 
sures d'ordre et assuraient la justice. 

Pour la première fois, même depuis la publication de la 
constitution, Tamélioration du sort du paysan se trouvait 
l'objet de la sollicitude de la loi. Aussi, dans tous les palali-> 
nats en insurrection, cette ordonnance fut*elle accueillie par 
les paysans avec enthousiasme. Il n'en fut pas de même des 
nobles; et ce fut un malheur; car, s'ils éte^ient entrés fran- 
chement dans les vues de kosciuszko, s'ils avaient favorisé ce 
commencement d'émancipation des classes inférieures, ils 
auraient pu se trouver lésés dans quelques mesquins intérêts, 
mais ils auraient assuré la liberté de leur patrie. 

La levée en masse, ordonnée quelques jours après, se res- 
rentit de cette fâcheuse tiédeur, et, quoiqu'elle ne produisît 
pas tout ce qu'elle aurait pu produire, il n'en est pas moins 
curieux de constater par quels efforts d'énergie la Pologne 
cherchait à se relever de sa chute.L'ordonnance, à ce sujet, 
rappelle une de ces grandes convulsions politiques dans les- 
quelles un peuple peut, par un dernier sacrifice, sauver 
parfois son indépendance et assurer sa liberté. Voici ce 
document : 



22 



170 HltTOlU 






Lb conseil tuprime n^ional aux citoyens ds la Pologne 

et de la Lilhuame. 

€ Tout ce qui peut élever l'esprit d'un bomme libre ; tout 
ce qui peut porter à l'amour, à, la défense de la patrie, aux 
actions héroïques, a été employé dans les adresses du chef 
général, et il vous a donné l'exemple de toutes les vertus. 
Confiant dans le courage de la nation, il a irrévocablement 
lié son sort au sien ; il a bien jugé ses concitoyens en 
pensant qu'ils n'est aucun sacrifice qu'ils ne fassent avec 
joie pour assurer l'intégrité, la liberté et le salut de la patrie. 

c L'état actuel de la république ne permet p]u3 de demi- 
mesures; ce n'est qu'en employant tous nos moyens que 
nous pouvons reconquérir nos droits, nous faire respecter, 
nous garantir de toutes violences et nous venger des affronts, 
des injures et du mépris dont on a abreuvé le nom polonais. 

c Ces sentiments nous ont tait prendre les armes ; ils nous 
les feront conserver jusqu'à ce que tous nos droits soient 
reconquis. 

c L'espoir commence à nous luire; les ressources natio- 
nales sont immenses ; nous avons des bras, du pain et du fer. 
Nous ferons donc la guerre, et nous la ferons avec honneur. 

a La recrue pour l'infanterie et pour la cavalerie élève 
à un nombre formidable les troupes de la république. 
L'armement de tous les citoyens trs^nsforme la nation en 
i uerriers et prépare en eux un prompt et puissant secours à 
]'armée, partout où des circonstances impérieuses te deman- 
deraient. 

a Le oonseil général, connaissant toute l'importance des 
mesures adoptées par le chef général et déjà exécutées dans 
les palatinats qui se sont d'abord mis en insurrection, et vou- 
lant les rendre communes à tous ordonne à toutes les com- 



m LA RÉVOLDTIOll POLONAISX. 17i 

missions de bon ordre de les mettre partout à exécution, de 
la manière suivante : 

« 1* Dans toutes les villes, bourgs et Tillages^ on fournira, 
par cinq cheminées, une recrue, qui doit être jeune, sain et 
robuste, armé d'un fusil ou d'une pique longue de onze pieds 
de Pologne, ou d'une fauli droite et d'une hactie; il sera 
pourvu d'un habit tel qu'en portent communément les pay^ 
sans, ainsi que de deux chemises, de bonnes bottes» d'un 
bonnet et d'un drap de lit. On doit lui fournir du pain^biscuit 
pour six jours, et la solde pour un mois, moulant à 15 florins. 

« i" Par cinquante cheminées on fournira une recrue pour 
la cavalerie, qui doit avoir un cheval du prix de 200 florins 
de Polc^ne, et bien monté. Il doit être armé d'un sabre^ 
d'une traire de pistolets et d'une pique. 

f 3* Pour pourvoir aux subsistances et aux fourrages des 
armées, ks commissions de bon ordre ordonneront de four- 
nir, par chaque cheminée, vingt-quatre livres de biscuit, huit 
mesures d'avoine et vingt-quatre livres de foin. 

« 4* Dans tontes les villes, bourgs et villages, tous les ci- 
toyens âgés depuis dix-huit jusqu'à quarante ans , seront 
armés, autant qu'il sera possible, de piques, de faulx ou de 
sabres. Les commissions de bon ordre de chaque palatinal ou 
district veilleront à l'exécution de ce règlement. 

a 5* Si, dans quelque palatinat, district, ou même toute la 
province, il est besoin d'une levée générale, 1*^ dans toutes 
les communes la moitié seulement des hommes propres à la 
guerre sera commandée; l'autre moitié restera dans ses foyere 
pour s'occuper de la culture de ses terres et de celles de ceux 
qui vont contre l'ennemi les armes à la main. 2<* Les hommes 
commandés dans les communes pour la levée générale doivent 
être pourvus de subsist;mces pour dix jours. Les propriétaires, 
avec tous leurs domestiques, doivent se mettre à la tôte des 



172 HUTOiaE 

paysans de leurs villages. S^» Le propriétaire à qui Tftge^ ou 
une fonclion publique ne permettrait pas dVxécuter ces 
règlements, doit envoyer son ÛIs à la tête des paysans. 4® Celui 
qui serait absent, et dont le fils ne serait pas en fige on serait 
absent, fournira a sa place deux cavaliers, avec la paie pour 
un mois, et ce, pour «chaque village qu'il possède. Cette obli- 
gation concerne les ecclésiastiques, puisqu'ils sont citoyens et 
propriétaires ; de sorte que les ecclésiastiques qui n'ont que 
mille florins de revenu fourniront un fantassin, ceux qui en 
ont deux mille fourniront un cavalier, ceux qui ont au-delà 
de deux mille florins fourniront deux cavaliers, et ce, en 
raison de chaque village qu'ils possèdent. 5« Les ci-devant 
nobles qui n'ont qu'une cheminée doivent aller en personne, 
ou envoyer leurs fils ou leurs frères, sous les peines décer- 
nées par les lois anciennes contre les nobles qui se soustrayent 
à la levée générale. » 

Ce n'est pas sans dessein que nous avons donné, avec 
quelque étendue, tout ce qui concernait les paysans en Po- 
logne et tous les efforts faits pour animer cette sorte d'argile 
que la sujétion et l'abrutissement avaient rendue insensible à 
tout ce qui, partouiailleurs, réveille dans les âmes des senti- 
ments généreux. Un double enseignement devait résulter de 
cette longue exposition : d'abord, que l'insuccès de la révolu- 
tion polonaise ne devait avoir d'autre cause que le peu d'en- ^ 
tralnement des masses populairesi qui, dans tout changement 
d'état, ne voyaient qu'un changement de joug ; ensuite que 
la sujétion et l'abrutissement du peuple éteignent tellement 
tout senUment de patriotisme et de nationalité, que les mal- 
heurs et la honte de l'invasion et de la domination étrangère 
ne sont pas même des stimulants assez puissants pouf le 
ranimer. 



M LA RÉVOLUTION POLONAISE. 173 



CHAPITRE VI 
1794 



Kosciuszko àPalanièce. — Manifestes russes. — Déclaration du prési- 
dent du conseil national Dombrowski. — Kociuszko est bloqué par 
l'armée russe à Palaniëce. — Jonction de Grochowski. — IntriguQ 
contre- révolutionnaire; émeute à. Varsovie. — Kosciuszko fait punir 
les coupables. — Insurrection du canton de Gheim. — Combat de 
Szezecocyny. — Entrée des Prussiens à Cracovie. — Revers succes- 
sifs des insurgés. — Kosciuszko se retire sous Varsovie.— Arrivée des 
années russe et prussienne sous les murs de Varsovie. 



Tous les efforts de Kosciuszko pour donner une puissante 
impulsion à la nation polonaise y n'amenèrent qu'un résultat 
presque décourageant. La levée du cinquième , dans le pala<- 
tinat de Cracovie, ne produisit que deux mille paysans mal ar- 
més. Son corps de troupes alors se monta à neuf mille hom« 
mes; ce fut avec ces minimes forces qu'il se porta en avant. 
Électrisé par son patriotisme, il comptait sur un de ces grands . 
miracles que la Providence permet parfois en foveur des na- 
tionalités opprimées. 

Côtoyant la Vistule qui couvrait son flanc droit , il marcha 
sur Skalmierz au-devant des Russes, qui reculèrent jusqu'à 



174 HISTOIRI 

Stasew^ marquant leur retraite par le meurtre, le pillasfe et 
la licence la plus effrénée , enlevant les troupeaux, réduisant 
les iriliages en cendres^ ets'efforçant de détruire le pays qu'ils 
ne pouvaient pas garder. 

Poursuivant sans répit l'ennemi qui fuyait devant lui, Eos- 
ciuszko délivra le palaiinat de Cracovie et entra sur le terri- 
toire de Sandomir. Là, pour que les travaux de Tagriculluro 
eussent à souffrir le moins possible de cette levée de boucliers, 
il licencia les paysans du canton de Cracovie qui avaient rem- 
pli leur devoir en chassant Teunemi de leur territoire. Ce fut 
une faute; pour les remplacer et atteindre le même but, la 
levée du cinquième fut ordonnée, il est vrai, dans le palati- 
nat de Sandomir; mais les propriétaires mirent tant de mau* 
vaise volonté dans Texécution de cet ordre, soit en évacuant 
le pays, soit encore en s'efforçant d'étouffer dans Tâme des 
paysans les germes naissants du patriotisme, qu'il ne put pro- 
fiter des ressources que lui offrait un grand palatinat quatre 
fois supérieur en étendue à celui de Cracovie. Il se trouvait 
ainsi exposé à avoir à combattre, non-seulement les Russes, 
mais encore les Prussiens, qui n'attendaient, pour entrer en 
campagne, que la fin d'une négociation qui se poursuivait à 
Saint-Pétersbourg,et dans laquelle le Cabinet de Berlin tâchait 
de se faire ptiyer le plus cher possible, aux dépens de la Polo- 
gne, le secours et Tappui qu'il accordait en cette circonstancié 
à la Russie. Pour surcroit de malheur, les trois mille faommes 
échappés de Varsovie avaient reforcés l'armée russe , dont le 
nombre dépassait alors de plus de moitié celui de l'armée po- 
lonaise. Kosciuszko perdait ainsi l'espoir de pouvoir chasser 
les Russes du palatinat de Sandomir, ce qui eût peut-être été 
une opération décisive; il se trouvait en quelque sorte hors 
d'état d'agir avant la jonction du corps de Grocbotvski, qui 
devenait f6rt problématique, si, profitant de sa supériorité 



M LA BiYOLCTION polouaisb. 175 

numérique, Tennemi manœuvrait pour empêcher cette réa- 
nion. Faute de mieux, il prit sous Palanièce une forte position 
où, en tout état de cause , il pût tenir longtemps. U assit son 
camp sur une petite chaîne de monticules formant presque le 
sommet d'un angle dont la Vistule et une rivière peu large, 
mais profonde qui s^y jetait, formaient les côtés. Son camp 
était ainsi adossé à la Vistule , ayant le flanc droit apuyé à la 
petite rivière, et le gauche protégé par un bois. Au confluent 
des deux ea^ix, un ancien retranchement dominait la plaine 
dont la rivière était bordée; Kosciusad^o y établit une batterie. 
Pour ajouter à ces défenses naturelles, il couvrit tout le front 
de son camp de trois rangs de batteries et de redoutes palis- 
sadées. ' 

A peine avait-il achevé ces dispositions, que les Russes paru- 
rent et firent mine de vouloir Tuttaquer. En effet, dès le len- 
demain, après avoir reconnu que le front et la droite du camp 
polonais étaient presque inattaquables, ils tournèrent d^abord 
tous leurs efforts vers la gauche. Hais vigoureusement repous- 
sés à plusieurs reprises, ils se contentèrent de prendre posi- 
tion à quelque distance, tenant ainsi, en quelque sorte, Tar- 
mée polonaise bloquée. 

Après quelques jours dinnction, n'ayant pu parvenir à en- 
tamer cette armée ainsi fortifiée, ils se vengèrent sur les bourgs 
et villages des environs, pillant, tuant, incendiant, portant 
partout la désolation et la mort, et faisant une véritable guerre 
de barbares. En même temps Catherine, pour pallier toutes 
ses infamies aux yeux de l'Europe, et paralyser autant que 
possible les forces de la Pologne, inondait le pays de mani- 
festes où elle promettait, non-seulement sûreté, protection et 
défense, à ceux qui s'abstiendraient de prendre part au mou- 
vement, mais encore faisait les plus belles promesses aux pay- 
sans des campagnes. Elle atteignait le double but de couvrir 



176 HISTOIRE 

sa cruauté du masque de la philanthropie, et de cacher son 
ambition sous celui de la sollicitude. Le document suivant, 
publié à cette époque, révèle, plus que tout ce qu'on pourrait 
dire, la duplicité de cette politique. 

« En réponse aux déclarations de la Russie, écrivait le pré- 
sident du conseil national, Dombrowski (27 juin 1791), on a 
vu paraître, dans les derniers jours de cette année, plusieurs 
manifestes que les généraux russes Nicolas Repnin et Sergius 
Galitzin ont publié à leur entrée sur les frontières de Lilhua- 
nie et de Pologne. Toutes ces pièces sont marquées au coin de 
la mauvaise foi et de Timpudence. Depuis que la Russie met 
à exécution ses plans d'invasion dans les contrées polonaises, 
elle est dans Tusage de faire précéder ses actes d'hostilité par 
des écrits calomnieux. Au moment où, sous les auspices de 
Thadée Kosciuszko , la nation entière s'elTorce de secouer le 
joug de la servitude étrangère, désignée sous les noms hypo- 
crites de garantie et d'alliance , les généraux russes ne man- 
quent pas de donner celui de réTolte à une insurrection légale 
de tout un peuple. Les amis de la patrie sont dénoncés, pro- 
clamés comme traîtres. La conduite vraiment louable de la 
ville de Wilna, et plus encore celle de Varsovie , a été , selon 
eux, un attentat criminel aux droits des nations, et ces deux 
cites sont peintes comme ayant porté la rébellion àson comble. 
Les Russes traitent les Polonais de rebelles, comme s'ils étaient 
sujets de la Russie. 

« Mais est-ce à la Russie qu'il convient de les taxer de trahi- 
son, elle qui, après avoir ourdi les plus audacieuses trames, a 
violé, la première, ces traités que la force nous avait fait sous- 
crire, que nous détestions, et que l'Europe scandalisée repous- 
sait? L'Impératrice est-elle bien venue à invoquer les droits des 
nations, elle qui envoie en Pologne, comme si c'était dans ses 
pays héréditaires, des gouverneurs despotiques , de vrais en- 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE. 17? 

nemis, sous les noms spécieux d'ambassadearstSont-oelàdas 
médiateurs dignes de confiance^ des ministres de paix? 

a Qu'on ne s'y trompe pasi le vrai but que se propose notre 
pervers ennemi , en noircissant la nation dont il veut punir 
la noble résistance, est» à la faveur de ses déclarations^ d'a- 
mortir dans les fimes Tardeur du patiotisme^ Ténergie natu- 
relle aux Polonais, et de rendre nulle la force nationale. Aus* 
si^ invite«t-il traîtreusement une partie d'entre nous à rester 
tranquilles et indifférents^ afln de pouvoir plus aisément ter- • 
rasser les autres^ et subjuguer la nation entière. » 

Dans ces protestations officielles des patriotes, on saisit, dans 
leur ensemble, toutes les nuances de Tastuciense politique de 
la Russie pour atteindre à ses fins. 

Kosciuszko, cependant, desoncamp où les Russes le tenaient 
bloqué, pouvait voir toutes les nuits les incendies des vil- 
lages que les Russes multipliaient autour de. lui. L^horreur 
que lui inspirait le spectacle de cette sauvage manière de faire 
la guerre faillit plus d'pne fois déconcerter sa prudence, et le 
décider à aller attaquer les Russes, malgré Tinfériorité de ses 
forces, lorsqu^il fut rejoint par Grochowski • Fort alors de quinze 
mille hommes, il quitta sa position de Palanièce, offrit le com- 
bat aux Russes, qui, ne se trouvant qu'en force égale, ne l'at- 
tendirent pas. Il se lança à leur poursuite, mais sans pouvoir 
jamais les amener à combattre. Ce fut dans ce moment qu'il 
fut rejoint par Joseph Poniatowski, Casimir Sapieha, ex-géné* 
rai d'artillerie deLithuanie, et d'autres personnages éminents, 
qui demandèrent à servir sous ses ordres comme volontaires; 
abnégation patriotique qui honorait à la fois la vertu 
de celui qui l'inspirait et le mérite de ceux qui s'y rési- 
gnaient. 

Pendant que les uns donnaient à la cause nationale des 
sentiments de sympathie si prononcés, d'autres mettaient ^ 

23 



171 HISTOIBS 

tout en œsTre pour paralyser les efforts généreux de ces 
Ames d'élite qui voulaient arracher leur patrie au joug de 
l'étranger. Varsovie était le foyer de ces intrigues et de ces 
complots ; le roi en était le principal instigateur. Kosciuszko 
ne tarda pas à acquérir la certitude que les plus grandie dif- 
ficultés qu'il éprouvait provenaient du mauvais vouloir de la 
cour et du roi» dont TinQuence sur le conseil provisoire était 
sensible en tout. Ainsi, par exemple, les hommes les plus 
ostensiblement connus pour être attachés au parti russe, 
quoique arrêtés depuis longtemps^ n'avaient été ni interrogés 
ni Jugés. Au lieu de quarante mille recrues que devaient 
fournir les palatinata de Lublin, de liasovie, de PodlachiOi 
assez disposés du reste à sVxécuter» on en avait à peine trois 
mille de rassemblées ; puis» l'approvisionnement des vivres 
était fort négligé, et une disette était imminente à Varsovie, 
Les patriotesi en relafioo avec Kosciuszko, ne lui cachaient 
pa^ les inquiétudes que leur causait un mauvais vouloir qui 
9e trahissait eu tout et pour tout. 

La situation du roi, relativement aux insurgés, était, du 
irestet fort délicate et fort embarrassaoie. L'espèce d'unani- 
mité qu'avait trouvée rinsurrectioUi soit dans les classes 
populaires, soit dans l'armée, ne permettait plus au roi de se 
^ser en intraitableopposant. Sou opposition ostensible n'était 
que de pure forme» et n'ayaot plus les troupes russes pour le 
soutenir, il lui eût, du reste, été difûcile d'en taire d'une autre 
espèce. Quant aux insurgés, l'incapacité du roi dans une cir- 
constance aussi difficile, sa pusillanimité naturelle pour cer- 
taines choses, sa nullilé pour d'autres, en faisait un véritable 
embarras pour eux. Littéralement, ils ne savaient que faire 
d'un prince qui n'était ni guerrier, ni homme d'Etat daas un 
pareil moment, liais si, d'une part, leur faiblesse actuelle, 
jointe à d'atttre0 considérations politiques, les forçait à user 



BB LA BÉTOLimOlf MI0NAI8K. 179 

de ménagement avec lui, de Tantre, ils risquaient de compro- 
mettre la chose pnbllqne en lui laissant trop de liberté. 

Stanislas voyait sans peine combien était fausse sa situa- 
tion; aussi, depuis la proclamation qui, avant la bataille de 
Varsovie, lui avait été arrachi^e par le parti russe, tftchaif-il 
de s'efTacer le plus qu'il pouvait. Il favorisait en cachetlb les 
intrigues des ennemis de Tinsurrection, et ostensiblement se 
bornait à blâmer Topportunité d'une levée de boucliers, dont 
les désastres inévitables prouveraient la foliades insurgés et 
sa sagesse. Les elTorts des derniers pour sauver la patrie^ 
comparés à Tindifférence ou à la pusillanimité du monarque, 
formaient ainsi un assez saillant contraste. 

Pour paralyser tout mauvais vouloir de ce c6té, Kosciuszko, 
aux termes de Tacte d'insurrection, procéda immédiatement 
à la nomination du conseil national. Il en fixa la résidence 
dans la capitale. Ignace Potocki et Kolontay, en qui il avait 
mis toute sa confiance, en firent partie ; Orloveski, homme 
honnête et probe, remplaça Mockronowski dans le comman- 
dement de Varsovie. 

En parant, par cette mesure, à quelques embarras du mo« 
ment, Kosciuszko s'en créa d^autres. La fermeté, rintégrtté 
des membres qui allaient composer le conseil national rem- 
plirent la cour d'effroi. Ignace Potocki, Kolontay surtout, dont 
l'ascendant et l'inflexibilité de caractère promettaient de re- 
pousser toutes les séductions, furent en butte aux attaques les 
moins méritées, aux calomnies les plus injustes. On disait que 
le dernier regardait la noblesse comme une pépinière, tou- 
jours renaissante, de tyrans; qu'il croyait que la terre était 
une propriété publique et non une propriété particulière, et 
qu'il se proposait de niveler tout en Pologne comme le 
comité de salut public en France. 

Ces insinuations, jointes à une recrudescence d'intrigues, 



180 BisroniB , 

porlàrent leur fruit. Les principaux habitants de Varsovie dé- 
clarèrent qu'en établissant un conseil national sans les avoir 
consultés sur le choix des membres, Kosciuszko avait lésé 
leurs droits. Us lui envo^èrent^ à cet effet, une députation 
* chargée de lui faire leurs remontrances^ et de lui remettre 
une liste des personnes qu'ils désiraient pour conseillers. 
Cette résistance inattendue causa un véritable embarras à 
Kosciuszko, qui se trouvait ainsi exposé à une imputation de 
despotisme s'il soutenait sa première décision^ et à compro- 
mettre la chose publique s'il cédait à Timportunité des repré- 
sentations. Pour obvier à ces deux inconvénients^ il ajouta au 
nombre des conseillers qu'il venait de nommer, ceux qft'on 
lui présentait de la part des habitants de Varsovie, et ouvrit 
ainsi une large porte à tous les cabaleurs de la cour. 

Celte impolitique concession eut un fâcheux résultat : la 
méfiance s'empara des esprits, la concorde disparut, la guerre 
d'opinions éclata. Intriguant, criant, s'accusant les uns les 
autres, les Polonais ajoutèrent une nouvelle source d'infortu- 
nes à celle des infortunes publiques. Le parti de la cour et le 
parti russe, par d'incessantes et sourdes insinuations, par des 
artifices de toute espèce, s^appliquèrent à détruire le peu d'u- 
nion qui régnait parmi les patriotes, sûrs, par ce moyen, de 
miner leur puissance. Ces funestes agitations sans termes et 
sans bornes, réagissaient sur tout, sur le choix des généraux^ 
sur la levée des impôts, sur les mesures administratives, et 
principalement sur le jugement des factieux du parti russe, 
iccusés de trahison. Tous ces mauvais vouloirs, toutes ces 
lenteurs calculées ne servaient qu'à éterniser les discussions 
H les haines. Il s'ensuivit une de ces fermentations populaires 
A>ujours déplorables, quand elles se terminent par l'effusion 
du sang. 

Voici quel en fut le prétexte : 



«DE LA BÉYOLUTION POLONAISE. 181 

Des accusés politiques^ compromis dans les Tiolences de la 
faction russe, attendaient, en prison, leur mise en jugement. 
L'assemblée à laquelle il appartenait de les juger» arrêtée par 
les formes lentes de la justice, n'allait pas assez vite au gré de 
l'impatience populaire. Les plus ardents et les plus exaltéa* 
d'entre les patriotes, accusèrent de trahison les autorités con* 
sti tuées* Quelques jeunes gens, profitant du mécontentement 
du peuple, cherchèrent à pousser à bout sa patience. On s'at- 
troupa, on demanda la mort des accusés ; la prison fut 
enfoncée, les accusés, arrachés avec violence, furent impi- 
toyablement traînés dans les rues, la corde au cou, et quel* 
gues-uns d'entre eux furent pendus. Un prince Czetwertinski, 
la prince Massalski, évêque de Wilna, Moszinski, et un avocat 
de Varsovie, nommé Yolfers, furent les premières victimes. 

Ce fut la première et la seule tache de sang dont fut souillée 
la cause de la liberté à Varsovie. Kosciuszko se montra inexo- 
rable : dès que le président du conseil national lui eût donné 
connaissance de ce tumulte, il ordonna d'en punir sévère- 
ment les auteurs et moteurs. Cet ordre, qui annonçait une 
de ces âmes si rares en temps de révolution, et décidées i 
lutter contre les passions trop ardentes des partis, eut pour 
double résultat d'imprimer la terreur dans Tesprit du peuple, 
et de relever le courage des royalistes. La morale y gagna, 
mais le parti patriote y perdit. 

Vers ce même temps (juin 1791), le canton de Ghelm fit 
acte d'adhésion à l'insurrection, au moment môme où un 
corps russe de six mille hommes, commandé par Zagraysl^i, 
s'avançait de ce côté. Les moyens de défense de cette pro* 
vince étaient à peu près nuls. Il importait cependant de la 
soutenir, pour ne pas décourager celles qui seraient ientées 
de suivre son exemple. Détachant, à cet effet, le général We- 
delsztet, avec deux mille hommes, le chef général y dépêcha 



182 HOTOIU 

le colonel Chomentoskf, officier ptef n de talent et de pntrfo- 
tisme, chargé d'aller presser, dans ces provinces, la levée 
générale des paysans; mais il n^en reçut qu^une réponse dé- 
courageante, a Les membres des autorités consliluées dans 
ces provinces, lui écrivit Chomentoski, sont tout à fait étran- 
gers à Tesprit révolutionnaire. Ces autorités ne prennent que 
des mesures lentes et inefficaces, elles ne répondent ni au 
zèle patriotique qu'on leur supposait, ni aux circonstances 
embarrassantes où Ton se trouve. Rien n'y est préparé ni pour 
la défense du pays, ni pour la subsistance de Tarmée qui doit 
7 venir; non-seulement on y vit avec autant de sécurité 
qu'en temps de paix, mais on y a accueilli la proposition de 
la levée générale comme un acte attentatoire à la liberté. On 
doit naturellement en conclure que les nobles de Lublin, 
dont rinciyisme est notoire, n'ont adhéré à Tinsurrection que 
dans la crainte d'être traités en ennemis de la patrie. A moins 
d'employer contre eux des voies de rigueur, il n*y a rien i 
espérer d'eux. » 

Ainsi, partout mal secondé, Kosciuszko était obligé de faire 
tace à tout. Il expédia Zajonczek à Chelm et Lublin, pour 
pourvoir à leur défense ; comptant sur la fermeté, l'ardeur 
et le patriotisme de ce général, il espéra qu'il pourrait venir 
à bout de l'entreprise difficile dont il le chargeait. En mdni« 
temps, il employa Michel Wialorski à soutenir la guerre en 
Lithuanie, et confia à Mokrovrowski le commandement d'un 
corps de quatre mille hommes, dans le palatinat de Ravra. 

Dans les premiers jours de juin, il atteignit enfin les Russef ' 
sous Szezecoeyny, bourg situé aux confins des palatinats A ' 
Siradie et de Cracovie. L'armée russe était de quatorze mill^ 
hommes; mais^ près de là, à moins d'une marche, était le ro! 
de Prusse, avec une armée de vingt-quatre mille hommes. 
Mal servi, ou peutrétre même trahi par ses espions, Kociuitko 



DB LA RÉYOLOnOH POtORAISI. 183 

ignorait entièrement cette dernière circonstance. Quoique in* 
férieur en nombre aux Russes^ loin d^éviter le combat, il l'en- 
gagea le 8 juin. Dès le premier choc^ l'armée polonaise, élec- 
trisée par Texemple de son général» rompit la cavalerie des 
Russes, entama leur infanterie, et s'empara de dix pièces de 
canon. Hais^ au moment où les Russes pliaient de toutes parts» 
le roi de Prusse parut avec ses vingt-quatre mille hommes^ 
entama Faction par une canonnade terrible; foudroyée sur 
tout son front par ce nouvel assaillant, criblée de boulets et 
de mitraille» au moment où la victoire s'était décidée en sa 
faveur» Tarmée polonaise plia et se rompit; Kosciuszko or- 
donna la, retraite; mais les insurgés» assaillis à la fois par les 
troupes fraîches du roi de Prusse et par les Russes qui, s'é* 
tant ralliés» étaient revenus à la charge» furent mis en déroute 
complète, Ils perdirent» dans cette action, plus de huit cents 
hommes, deux généraux, Wadycki et Grochowski, un grand 
nombre d'officiers» et huit pièces de canon. Kosciuszko, qui, 
i plusieurs reprises» s'était jeté dans la mêlée» faillit y périr» 
il eut deux chevaux tués sous lui. Un moment il s'était trouvé 
tellement entouré» que ses troupes ne purent le dégager que 
par un de ces grands efforts de courage que le succès ne cou* 
ronne pas toujours. 

La perte de cette bataille entraînait celle de Cracovie. En- 
tourée d'une mauvaise muraille» n'ayant» pour moyens de dé- 
fense» que dix pièces de canon» en fort mauvais état, et pour 
garnison que de nouvelles levées armées de faulx, elle ne 
pouvait résister à une armée victorieuse. Avant de s'éloigner 
de cette ville» Kosciuskzo comptait, du reste» tellement peu 
sur la possibilité de sa résistance» qu'il avait donné, par écrit, 
au commandant Wiiiiaski» l'oidrede remettre en dépôt la 
place aux Autrichiens, si les Prussiens venaient Taltaquer. 
Cet ordre était cacheté^ et Winiaski ne devait l'ouvrir que 



184 Hnrtomx 

daqs le cas où il serait menacé d'un siège. Ayant décacheté 
le pli à rapproche des Prussiens^ il fit part au commandant 
autrichien, sur la frontière, de l'ordre dont il était portear ; 
mais comme c'était là un cas non prévu, le commandant n'osa 
rien prendre sur lui, et en référa à Vienne. Dans Tintervalle 
qui s'écoula entre cette communication et la réponse, les 
Prussiens parurent sous les murs de la place. Ils étaient deux 
mille à peine, n'ayant ni canons, ni matériel de siège ; et à la 
première sommation, Winiaski, qui aurait pu la défendre, 
livra la place. La garnison, avec armes et bagages, se retira 
en Gallicie, et la ville qui, la première, avait proclamé Tin- 
surrection du 24 mars, tomba au pouvoir des Prussiens. Le 
peuple, qui, enorgueilli par ses premiers succès, s'attendait 
chaque jour à de nouvelles victoires, et croyait les troupes 
polonaises invincibles, accusa Winiaski de trahison , et ne 
cessa de l'abreuver, dans la suite, de calomnies qui paraissent, 
du reste, peu méritées. Dans ces moments d'eflervescence, 
tout échec est considéré comme une trahison ; et le général 
qui est toujours heurpux peut seul se croire à l'abri des re* 
proches et des calomnies populaires. C'est ainsi qu'Annibal, 
vaincu après dix années de succès, fut accusé de félonie par4e 
peuple de Cartbage I 

A ces revers ne tardèrent pas à s'en joindre d'autres. Du 
côté de Ghelm, où Kosciuszko avait expédié ZajoncsEek, le mal 
était beaucoup plus grand qu'on ne l'avait cru d'abord. Un 
corps russe, fort de cinq mille hommes, avait traversé le Bug , 
sous les yeux même de l'armée polonaise, et avait pris posi- 
tion sur la rive droite, prêt à faire sa jonction avec un autre 
corps de six mille hommes commandé par le général Derfeld. I 
A ces dix mille combattants, les Polonais avaient à opposer 
trois mille cinq cents hommes de vieilles troupes et deux 
mille recrues. Un canon de 12 et cinq de 6 composaient toute 



DB LA RiTOLUnON POLONAIS!. 185 

leur artillerie. Vs avaient, en' outre, il est Traii quatorze 
pièces de t>ataille; mais sur ce nombre, cinq seulement en 
cuivre étaient en état de service. Les autres, en fer, et en« 
levées dans les différents monastères , taisaient seulement 
nombre. On les traînait à la suite de Tarmée pour tromper la 
crédulité du soldat et Tentretenir dans la persuasion que Ton 
avait des forces suffisantes. On avait, en outre, si peu. préparé 
dans ce district la levée des paysans, qu'on n'avait pas seule- 
ment encore expédié les universaux qui contenaient Tordre 
d'y procéder. Les nobles, du reste, qui répugnaient à cette 
mesure, disaient hautement partout que la levée des paysans 
était une précaution superflue; que les Russes, n'ayant que 
peu d'artillerie, éprouvaient les plus vives alarmes, et que les 
Polonais n'avaient qu'à se présenter pour les vaincre. Ces in- 
sinuations eurent pour double résultat d'arrêter, d'une part, 
totalement la levée des paysans, ce qui était très-fftcbeux, et, 
de l'autre, d'inspirer à l'armée et au peuple une incroyable 
confiance. 

Les généraux polonais seuls connaissaient ce qu'avait de 
critique leur situation. Us n'avaient que peu de jours pour 
prévenir la jonction des deux armées russes, composées de 
vétérans aguerris, tandis que la leur consistait, en partie, en 
recrues mal armées, promptes à se décourager facilement et 
a se débander. Us manquaient d'équipages de pont pour faci- 
liter leurs mouvements» soit en avant du second corps russe 
qui arrivait pour soutenir le premier, soit contre celui qui, 
ayant passé en partie le Bug sous Dubienl^a, s'était depuis 
lors imprudemment maintenu à cheval sur le fleuve. Les 
chefs polonais tinrent conseil, et, persuadés que, vu la dis- 
position des esprits dans le pays, le parti de la retraite expo- 
serait les troupes et le commandant au blâme général, qu'on 
leur pardonnerait plutôt d'être battus que de s'être retirés 

24 



186 HiOToraB 

âYant d'en £tre Tenus aux mains, ils se décidèrent à attaquer 
les Russes a^ant leur jonction. Un plan d'attnque fut corn- 
biné. Or devait simultanément attaquer les fractions du corps 
russe qui se tenait posté sur les deux rives du fleuve. Hais 
cette opération^ qui offrait quelques chances de succès^ se 
borna à une simple démonstration. Les généraux Z;ijonczek 
et Wedeisztet, qui en étaient chargés, ne purent l'exécuter, 
soit faute d'équipage de pont, soit pour avoir mal pris leurs 
mesures. Pendant ce temps, les deux corps russes opérèrent 
leur jonction, et il ne resta aux corps polonais d'autre res- 
source que de prendre une bonne position et d'y attendre l'at- 
taque. Le pays plat et marécageux où ils se trouvaient n'en 
offrant aucune de bien favorable, ils choisirent celle de Chelm 
et y marchèrent. 

Chelm est situé sur une montagne qui s'élève en plateau. 
Cette ville domine une plaine immense, seulement interrom- 
pue par deux montagnes parallèles qui la traversent et qui 
s'étendent en long à plus de deux mille pas. Un chemin qui 
mène de Chelm à Dubienka passe entre ces deux montagnes. 
Celle qui est à droite du chemin est terminée par un bois 
qui touche, par sa droite, au marais ; celle de la gauche do- 
mine la plaine et le chemin de Serebriszeze. Des marais 
fangeux entourent le reste de la position, ainsi que la Tille. 
Zajonczek, ayant occupé ces deux montagnes, flt éleTer une 
redoute sur celle de la gauche, et y plaça le colonel Chomen- 
towski aTec trois bataillons. 11 rangea le reste de sa division 
sur Tautre, et garnit le bois de chasseurs. Entre le bois et le 
marais qui couvrait sa droite, il plaça le corps de Wedelsztet.< 
A une demi-lieue à la droite de Chelm, était une assez bonne 
position, d'où, en cas d'attaqne, on pouvait tourner Tennerai 
ou le prendre en flaoc ; il y plaça Ozazowski avec quatre cents 
hommes d'infanterie et autant de cavalerie. 



DB LA liYOLCTION POLONAISB. 187 

Cette disposition des troupes formait^ rensemble d'une 
combinaison bien raisonnée. En effet, si l'ennemi commen- 
çait par Tattaque d'une seule de cfss montagnes, il pouvaitélre 
prison flanc ou à revers par les troupes placées sur Vautre. 
S'il les attaquait ton tes les deux à la fois, il prétait le flanc à la 
division de Wedeisztet, qui^ de son côté^ a^ant la droite et 
une partie de son front couvertes par les marais» ne pouvait 
être attaquée que par sa gauche, protégée elle-même par le 
bois. 

Le 10 juin, les Russes parurent en face de Tarmée polo- 
naise, et aucune des prévisions de Zajoncsek ne se réalisa. 
An lieu d'attaquer une des deux montagnes ou tontes les 
deuX; ils se bornèrent à mettre en balterie vingt^huit pièces 
de gros calibre, dix-huit obusiers, quarante canons de ba- 
taille; et, depuis deux heures de Taprès-midi jusqu'à sept 
heures du soir, ils canonnërent l'armée polonaise. Ecrasés par 
cette formidable artillerie, les Polonais manquèrent d'audace 
pour attaquer. Quoique le feu de leur artillerie eût été promp- 
tement éteint par le feu de Tartillerie russe, ils ne s'ébran- 
laient cependant pasencore, lorsque le colonel Cbomentoirski^ 
qui défendait la montagne de la gauche» ayant eu la tète em- 
portée par un boulet de canon, la troupe qu'il commandait, 
découragée par celle mort, quitta son poste avec confusion, 
poursuivie Tépée dans les reins par la cavalerie de la droite 
des Russes» 

A la vue de ce mouvement de la gauche, MTedelsztet crut 
que la retraite était commandée et commença la sienne. 
Ozazowski, supposant que tout éta tflni, suivit Wedeisztet. Za- 
jonczfk, découvert alors de toutes parts, n'ajaùt pu rétablir 
les bataillons rompus, com^manda la retraite en essayant de 
la couvrir avec deux bataillons d'infanterie et un régiment de 
eavaiei je. Mais pendant que les insurgés s'éloignaient et que 



188 HI8T0IU 

les deux lignes russes avançaient en faisant feu^ un des che- 
Taux d'artillerie, en s'abattant^ arrêta toute la file de canons 
polonais. La cavalerie ennemie fit une charge à fond^ et il 
7 eut un moment de désordre qui faillit changer le retraite en 
déroute. L'armée polonaise^ poursuivie jusqu'à Ghelm, tra- 
versa la ville sans s'arrêter^ après avoir perdu quatre cents 
hommes tués, autant de pris et six pièces de canon. 

Avec son corps d'armée délabré, sans avoir, en quelque 
sorte, combattu, Zajonczek se replia sur Krasnipstaw, de là 
sur Lublin, prit enfin position à Kurow, où il passa la Yistule 
à la suite d'une insubordination de ses troupes. Par suite de 
ce mouvement rétrograde de l'armée polonaise, les Russes, 
maîtres de la rive droite du fleuve^ purent alors s'avancer 
vers Varsovie. 

Kosciuszko, dans le palatinat de Sandomir, n'était pas dans 
une situation plus brillante que Zajonczek dans les districts de 
Ghelm et de Lublin. Mal secondé de toutes parts, rarement 
obéi comme il aurait dû l'être, grâce à la mauvaise volonté 
ou à l'inexpérience des chefs, mal instruit des forces des dif- 
férents corps de Tarmée, forcé de dépendre du caprice ou de 
l'ignorance de subalternes indisciplinés, dépourvu de subsis- 
tances, sans officiers habiles, le chef général commençait 
alors à désespérer de la cause qu'il défendait. Il ne trouvait 
pas dans la nation cet enthousiasme qui électrisait son âme. 
Les nobles qui le secondaient n'agissaient que par peur ; les 
paysans qui se joignaient à lui en armes ne cédaient qu'à la 
force ; et, en temps de révolution, la peur et la force sont de 
faibles mobiles et de dangereux auxiliaires. lUusionùé par 
l'exemple de la France en 1793, où la nation s'était levée 
comme un seul homme, il avait cru un moment pouvoir ino- 
culer au peuple de Pologne cette fièvre de liberté qui» sur les 
bords de la Seine, avait produit de si grandes choses. U igao-f 



DB LA RÉVOLUTION POLpNAISE. 189 

rait alors que le plus grand mobile d'une révolution n^est pas 
la justice d'une cause, ni même l'oppression ou la souffrance 
du peuple, mais seulement la connaissance que peut avoir le 
peuple de celte souffrance et de cette oppression. Or, ces 
maux étaient devenus Tétat normal du paysan polonais ; bien 
plus, ils avaient tellement faussé ses instincts naturels de di- 
gnité humaine ou de désir d'indépendance, qu'il ne pressen- 
tait même pas qu'un homme, paysan né, pût être traité dif- 
féremment que ne le traitaient ses maîtres. Aussi ne considé- 
rait-il le service que la patrie exigeait en ce moment de lui 
que comme une espèce nouvelle de corvée, dont il tâchait de 
se décharger par tous les moyens possibles. Ce n'est pas avec 
de tels éléments qu'on peut mener à bonne fin une révolu- 
tion. 

Cependant, loin de se décourager, Kosciuszko semblait, au 
contraire, redoubler d'ardeur et d'activité à chacun des revers 
ou des mécomptes qui, depuis quelque temps, venaient Tas-» 
saillir coup sur coup. Il était dans la situation du pilote qui, 
ayant à lutter à la fois contre le vent de la tempête et contre 
les vagues qu'il a soulevées, se tient ferme au gouvernail, et, 
à travers mille écueils, le dirige souvent avec plus de persé- 
vérance que de succès. Pour couvrir la capitale, il ordonna à 
Sierakowski de sortir de Varsovie à la tête de quatre mille 
hommes, et d'aller se poster sur la rivière de Yieprz. Dans les 
premiers jours de juillet, il arrive fui-même à Hozsczonow, 
éloignée seulement de dix lieues de Varsovie. Makronowski, 
du côté de Blonie, couvrait sa droite; Zajonczek, posté à 
Golkow, sa gauche. L'armée des insurgés se trouvait alors 
resserrée entre les Prussiens, qui observaient Kosciuszko et 
Mokronowski, et les Russes, qui se disposaient à attaquer 
Zajonczek.' 

La position de Golkow, sans être des meilleured, était te*- 



IM HI8T0IBB 

nable. Dne petite rivière marécageuse y couvrait la gauche 
des Polonais, et leur droite se trouvait garantie par un bois 
qui s'étendait jusque sur les derrières de leur position. Les 
Polonais n'avaient pas encore acbevé de s'y fortifier, lorsque, 
le 8 juillet^ ils furent attaqués par un corps russe, sous les 
ordres du général Denizow. Ce ne fut, pendant plusieurs 
heures, qu'un combat d'avant- postes ; mais, vers cinq heures 
du soir» l'action générale s'engagea. Le centre et la droite des 
Polonais furent attaqués jusqu'à trois reprises différentes, et, 
à dix heures du roir, les Russes se retirèrent, après une perte 
de plus de six cents des leurs. Le lendemain, cependant, l'en- 
nemi revint à la charge avec des troupes fraîches, et les Polo- 
nais, qui, la veille, étaient restés maîtres du champ de ba- 
taille, furent obligés de battre en retraite. Zajonczek se retira 
sur Sluzew, et, le même jour, Kosciuszko et Hokronowski| 
canonnés par les Prussiens, furent obligés de se replier sur 
Varsovie. 

Les opérations de Tarmée de la Lithuanie n'étaient pas plus 
heureuses. Tant que le général Jasinski avait commandé dans 
cette province» son activité avait ranimé tous les esprits; il 
avait effectué avec diligence d'assez grands rassemblements 
de troupes, avait livré plusieurs combats sans grands succès, 
mais aussi sans grands revers. Etienne Grabo^ski avait fait 
une irruption en Russie à la tête de deux mille hommes; 
Oginski avait inquiété les frontières de la Livonie, et les gé- 
néraux Wawreski et Ëiedroye avaient pénétré eu Courlande, 
tentant tous les moyens d'y faire soulever la masse du peuple. 
Mais, dans cette contrée plus encore qu'en Pologne, la ty- 
rannie des maîtres qui opprimaient les paysans, la barbarie 
des Russes qui les pillaient, l'insolence de la soldatesque qui 
lesoutrageait, avaient anéanti dans le cœur de ces esclaves 
Jttsquà ridée de la liberté. Les efforts que l'on fit pour leur 



DR XA BiVOLITTIOir POLOHAIII. 191 

donner une nouvelle âme furent inutiles^ il est Trai; mais, 
enfin, ils servirent à constater l*espril qui animait les chefs. 
Dans la même province, Georges Grabowski avait défendu 
Wilna avec un héroïsme difçne d'un meilleur sort. 

Tels étaient les efforts d'un zèle ardent qui s'étaient d'abord 
fait remarquer en Lithuanie. L'arrivée du général Wielhorski, 
envoyé en remplacement de Jasinski, avait changé toute celte 
activité en langueur. Suivant invariablement un système dé- 
courageant de retraite, il avait peu à peu abandonné tout le 
pays. Les patriotes s'en plaignirent amèrement à Kosciuszko, 
qui, de plus en plus dominé par le parti royaliste, à mesure 
qu'il approchait de Varsovie, nomma Mokronowski au com- 
mandement de l'armée de Lithuanie, et mit à la tète du corps 
d'armée de ce dernier Joseph Poniatoveski, qui, jusqu'alors 
n'avait servi Tinsurrection qu'en qualité de volontaire. 

Ainsi, sur tous les points, les armées des insurgés étaient 
en retraite. 

Parvenu jusque sous ks murs de Varsovie, Kosciuszko par- 
tagea ses troupes en trois camps. Huit bataillons d'infanterie 
et dix-huit escadrons de cavalerie composaient le camp de 
Harimont, que commandait Hokronov^ski ; celui de Czyste^ 
aux ordres de Zajonczek, était de six bataillons d'infanterie et 
de neuf escadrons de cavalerie ; le troisième, celui de Mo- 
kotow, où commandait Kosciuszko en personne, était de vingt 
bataillons d'infanterie et de trente escadrons de cavalerie. 
L'ensemble de ces forces était de vingtnleux mille combat- 
tants, dont dix-sept d'infanterie et cipq de cavalerie. La ma- 
jeure partie de cette armée était composée de levées nouvelles, 
et à peine y comptait-on dix mille hommes de vieilles troupes^ 

Kosciuszko se hâta de fixer à chacun des généraux les postes 
qu'ils avaient à défendre. Le village de Mlocixy, avec la forêt 
voisine, celle de Bielany, ainsi que les villages de Wawrzeszevv 



192 HISTQTRB 

et de Powonski furent confiés à Hokronoski ; la gauche de san 
corps appuyait à Powonski et s'y joignait à la droite de Za- 
jonczeky qui avait le village de Czyste à protéger^ et s'étendait, 
par sa gauche, à celui de Jérusalem. A ce dernier village 
commençait la droite de Kosciuszko, qui couvrait tout le reste 
du terrain jusqu'à la Yistule^ en passant par La Garenne et 
Czerniakow. 

Les dispositions de ces trois camps ne furent achevées que 
le 13 juillet. Ce jour même les Prussiens et les Russes paru- 
rent devant Varsovie. 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE. 193 



CHAPITRE vu 
1791 



Les lactions russe et royaliste à VarsoTie. — Institution d'une commission 
militaire — Irritation des partis. — Etablissement du papier-monnaie* 

— Siège de Varsovie. — Succès des Polonais. — Insurrection de la 
Grande-Pologne. — Sanguinaire proclamation du colonel prussien 
Sekuli. — Déclaration, à ce spjet» dn conseil suprême de Varsovie.— 
Les prussiens lèTcnt le siège. — Nou?elles désastreuses de la Lithuanie. 

— Suwarow. — Départ de Rosciuszko pour Farmée de Lithuanie. — 
Adresse du conseil suprême aux Polonais. «- Rosciuszko à Maciejowice. 
—Bataille de Maciejowice. — Déliûte des Polonais. — Rosciuszko est 
fait prisonnier. — Rosciuszko dans les cachots de la Russie. -— Quel- 
ques détails sur ce chef révolutionnairCy depuis la défaite de Macie- 
jowice jusqu'à sa mort. 



La présence des armées ennemies sous les murs de la capi- 
tale eut pour double inconvénient de porter le découragement 
dans rame des patriotes, et de relever le courage des partis 
royaliste et russe. Ces deux factions y étaient très-animées, 
et demandaient alors à grands cris la punition des moteurs de 
la dernière émeute. Les deux principaux accusés étaient deux 
jeunes gens, dont Pun avait jadis été dans la chancellerie 
de Kolontay ; l'autre servait encore Potocki en qualité de co- 
piste au moment de ce mouvement. Les partis royaliste et 
russe en tirèrent la conséquence que Fémeule était rou« 

25 



194 HISTOIRB 

Trage de Potocki et de Koloniay. On répandit partout que ces 
deux derniers étaient meurtriers par système, qu'ils cher* 
chaient à accoutumer le peuple au sang pour le préparer an 
massacre général des nobles ; que la vie du roi lui-même avait 
été en danger^ qu'on voulait imiter en tout la Révolution 
française^ et qu'on ne tarderait pas à voir en Pologne toutes 
les fureurs révolutionnaires qui lui avaient imprimé un ca- 
ractère si sauvage. L'interrogatoire des accusés avait été di- 
rigé dans ce sens. Menaces^ promesses^ toutavait été employé 
pour leur arracher des aveux qui inculpassent Potocki et Ko- 
lontay; mais leurs dépositions n'avaient prouvé qu'une chose^ 
c^estque le zèle exalté n'a pas besoin d'inspirations étran- 
gères pour agir avec emportement. Vers la mi-juillet» cinq 
d'entre eux furent condamnés et exécutés. 

Cette sévérité indisposa fortement les patriotes. Kosciuszko 
fut assailli de plaintes, de remontrances. On lui fit observer, 
avec raison^ que la lenteur avec laquelle on procédait à punir 
: fes accusés de trahison envers la patrie, comparée à Pempres- 
sement qu'on avait mis au châtiment des moteurs de l'émeute, 
annonçait tout au moins dans les juges une certaine partialité 
en faveur des premiers. Pour apaiser ce mécontentement, 
Kosciuszko cassa les magistrats dont on se plaignait, et insti- 
tua à leur place une commission militaire^ présidée par 
Zajonczek. 

Homme énergique et d'un patriotisme ardent, Zajonczek, 
le jour de l'ouverture de ce tribunal exceptionnel, exhorta sqs 
collègues à jurer comme lui d'être inexorables pour les trat- 
très et les factieux, mais indulgents pour les faiblesses de la 
nature humaine; en d'autres termes, c'était appeler les sévé- 
rites de la loi sur tous ceux des accusés d'une opinion contraire 
à celle des insurgés. Ce système fut suivi avec rigueur. Ea 
peu de jour > une foule de patriotes dont le seul crime était 



DE Là révolution folonaisb. 195 

d'inspirer delà terreur aux factions ennemies, furent élargis; 
les autres furent classés en deux catégories : les accusés de 
délits politiques^ et les accusés de crimes d'Etat. Les premiers 
furent passibles de travaux publics; la mort fut réservée aux 
autres. Skarszewski^ évêque de Chelm; Félix Potocki^ Bra- 
nicki Rzewuski^ promoteurs de la ligue de Targowice, furent 
condamnés à mort. Kosciuszko commua la peine du premier 
en une prison perpétuelle; les autres^ jugés contumaces, 
furent pendus en efûgie. Le caractère moral de Kosciuszko 
était fort éloigné de la sévérité que peut motiver parfois une 
crise révolutionnaire. Ce chef général concevait une révolu- 
tion sans aucun des excès qui la ternissent parfois ; telle, en 
un mot^ que la France devait en donner l'exemple au monde 
en 1830. Aussi crut-il devoir modérer le zèle un peu trop ar- 
dent de la commission militaire. Les plus exaltés de son parti 
le traitèrent de faible^ de modéré ; le parti opposé en conclut 
que cette faiblesse prouvait seulement que les affaires des in- 
surgés étaient en mauvais état, puisqu'ils s'adoucissaient à 
regard des amis de la Russie. Ainsi, de part ni d'autre^ Kos- 
ciuszko n'eut le mérite de sa modération. Les esprits s'aigris- 
saient de plus en plus ; et si, pendant ce temps malheureux, 
le calme sembla quelquefois succéder à l'orage, ces tristes 
intervalles furent moins un état de repos qu'une suspension 
d'arnies entre les factions ennemies qui s'observaient mutuel- 
lement avec l'œil de la crainte et de la haine. 

Le roi Stanislas, presque toujours dans l'ombre pendant 
cette révolution, n'en agissait pas moins efficacement pour 
amener la faction qu'il s'était formée dans l'armée, à secon- 
der le parti qu'il avait parmi les nobles et les principaux 
bourgeois de Varsovie. Il faisait répéter partout que l'en- 
treprise de Kosciuszko était absurde et chimérique, et renou- 
Teler en toute occasion des critiques, tantôt justes, tantôt 



196 niSTOiRB 

exagérées^ sur les opérations militaires. Ces frondeurs taxaient 
de folie une résistance qu'ils s'efforçaient de rendre inutile : 
ils exagéraient les souffrances et les dangers de l'armée, 
ainsi que la force et l'activité de Tennemi, et par tous les 
moyens^ entretenaient la haine ou semaient le décourage- 
ment. 

La cabale du roi l'emportait presque partout sur les patriotes, 
que tant de reyers successifs commençaient i faire douter 
du succès de leur cause. Au conseil national surtout, cette 
cabale se montrait avec le plus d'audace. KoscîuszIlo avait eu 
Fimprudence d'introduire, comme on Ta vu, les membres qui 
qui lui avaient été désignés par la ville de Varsovie, et il re- 
cueillait alors le triste fruit de sa condescendance. Des dis- 
cussions irritantes s'y produisaient journellement, et quelques 
unes avaient un retentissement qui portait le plus rude coup 
àla cause des patriotes. Ainsi, par exemple, l'établissement du 
papier-monnaie fournit aux royalistes Toccasion favorable de 
décrier les opérations des insurgés. On fit une peinture sinistre 
de ce système de finances, et le crédit et la confiance furent 
immédiatement partout altérés. 

Au milieu de toutes ces dissidences, de toutes ces intrigues, 
de toutes ces haines qui couvaient dans l'ombre ou se pro- 
duisaient ouvertement, le siège de Varsovie était commencé. 

Située sur un coteau élevé de la rive gauche de laVistulela 
ville de Varsovie domine les bords de la rive droite du fleuve. 
Une plaine presque nue entoure celte capitale. On n'y ren- 
contre que deux monticules, celui de Harimont, et un autre 
plus éloigné, nommé Babia. La ville, n'ayant jamais été for- 
tifiée, n'a pas même l'enceinte d'une muraille ; sa seule dé- 
fense consiste en un rempart de terre fort plat, fait sans 
aucun art. Dès que l'insurrection y avait éclaté, le comman- 
dant du génie, Slerakowslii, avait, il est vrai, fait élever des 



DE LA BËVOLCTION POLONAISE. 197 

redoutes disposées de distance en distance autour de la Tille; 
mais la plupart de ces ouvrages étaient encore en construction 
au moment où Tennemi s'en était approché. On hâta les 
travaux, on requit au nom du patriotisme» toutes les forces» 
toutes les volontés pour accélérer cette œuvrede défense, et on 
vit éclater un moment un de ces grands enthousiasmes qui 
quand ils durent, sauvent un paya et illustrent un peuple. 
Hommes, femmes^ enfants, jeunes et vieillards» (ont se mit à 
Tœuvre ; les plus robustes se réservèrent les travaux les plus 
rudes, les femmes charriaient la terre, gâchaient du mortier; 
les enfants portaient des vivres au travailleurs, les vieillards 
les encourageaient par leur présence ; tout annonçait le réveil 
d'un peuple qui se dresse, formidable par sa seule unité, contra 
toute inique oppression étrangère. Malheureusement ce ne fut. 
qu^un de ces feux brillants qui éblouissent un moment pour 
s'éteindre ensuite sans retour. Les factions russe et royaliste^ 
effrayées d'abord de cette recrudescence d'enthousiasme, 
n'avait pas même essayé d'en arrêter le débordement : c'eût 
été afficher de trop coupables désirs ; mais, répandant plus 
que jamais mille insinuations malveillantes, semant partout 
des défiances, propageantdes craintes, ils parvinrent à l'altérer 
d'abord, et peu après à l'éteindre. On se fit part des insinua- 
tions, on se communiqua les défiances, ou s'exagéra les 
craintes; le travail commença à se ralentir; le nombre des 
travailleurs libres diminua sensiblement» et, après quelques 
quelques jours d'éphémère énergie, la majeure partie de 
la population de Varsovie ne prit qu'un intérêt forcé à tout ce 
qui se passait. Ces ouvrages de défense, faits si à la hâte, n'ins- 
pirèrent plus de sécurité, et les troupes étrangères, qui rae^ 
naçaient la ville, accrurent, au contraire, les défiances. 
Seule, l'armée polonaise, confiante dans sa valeur et son chef, 
sans s'effrayer des cinquante mille ennemis qui l'entou- 



108 HISTOIEB 

raient^ crut encore à leurs projets sinistres et au bon génie 
de la Pologne. Le reste, paysans, bourgeois, nobles, ce 
qu^on appelé communément le peuple, parut ne vouloir assister 
à la lutte qu'en spectateurs bénévoles et non en acteurs inté- 
ressés. Sans les clubs ou les pouvoirs révolutionnaires cons- 
titués au-dedans; sans Tarmée nationale campée au-dehors, 
qui donnaient un peu de vie patriotique à cette ville insurgée 
et assiégée, on se fût cru en pleine torpeur. 

Pendant ce temps, les Prussiens, en attendant les Russes, 
qui accéléraient la marche de leurs derniers corps, avaient 
faitleurs dispositions pour mener le siège avec vigueur. Leurs 
premiers efforts tombèrent sur Yola, village situé à deux 
portées de canon en avant du front du camp de Czyste, aux 
ordres de Zajonczek. Le 21 juillet, ils attaquèrent le village et 
remportèrent. Ayant abandonné alors la position de Babia, 
où ils s'étaient établis, ils portèrent leur camp sous Vola, y 
élevèrent des batteries, et commencèrent à foudroyer le fau- 
bourg et le camp de Czyste. 

L'abandon de la position deBabia était, de la part des Prus- 
siens, un acte dont Kosciuszko ne tarda pas à profiter. Il donna 
Tordre à Poniatowski d'occuper la montagne de Babia, d'y 
élever des batteries et de s'y maintenir. Les Prussiens se trou- 
vèrent alors exposés à pouvoir être attaqués de tous côtés: sur 
leur front, du côté de Czyste; en flanc, par Gorbe et tournés 
par le village Babia. Reconnaissant alors la fautequUls avaient 
faite, ils firent les plus grands efforts pour reconquérir cette 
position ; mais ils ne purent y parvenir qu'après de grande» 
pertes et des échecs successifs. Kosciuszko, commandant det 
sorties de nuit et de jour, tantôt d'un camp, tantôt de Pautrci, 
les harcelait continuellement; il semblait se multiplier : if 
était partout. Son nom était dans toutes les bouches, soit 
dans le camp des Prussiens, ou il inspirait la terreur, soit 



DB LA RÉYOLUTION POLONAISE. 199 

dans la Tille de Varsovie^ où tant de courage et d'activité 
avaient fini par faire honte à l'indifférence des habitants. Le 
succès croissant desarmespolonaises réveilla enfin leurardeur. ' 
Ils se mirent en masse à la disposition de Kosciuszko, et^ soos 
ses ordres ou sous ceux des chefs qu'il leur donna^ firent des 
sorties heureuses qui achevèrent d'exalter leur courage et 
de décourager les Prussiens. Le moment où Kosciuszko vit les 
habitants de Varsovie seconder de tout leur pouvoir le mou* 
Tement révolutionnaire et rentrer résolument dans cette voie 
de défense et d'agression qui seule pouvait assurer le salut 
du paySj fut un de ceux où il se berça le plus du succès de sa 
cause : illusion décevante, qu'il ne devait pas tarder à expier 
dans les sombres et noirs cachots de la Russie. 

Un événement qui pouvait avoir des suites incalculables vint 
encore corroborer son espoir. La Grande-Pologne qui, lors 
du partage de Grodno, avait échu au roi de Prusse^ venait de 
se mettre en pleine insurrection, et commme là se rattache 
une de ces pages si hideuses dont les fureurs sauvages ont rem- 
pli les annales du monde^ nous allons rentrer dans quelques 
détails à ce sujet. 

Ce fut un Caslellan du palatinat de Cujavie. Mniewsls^i, qui 
provoqua cette insurrection. On savait généralement que la 
longue résistance de Varsovie provenait principalement du 
manque de grosse artillerie et de matériel de siège. Un cou* 
voi en était parti de Prusse et devait arriver, remontant la 
Vistule sur plusieurs bateaux. Ce transport de munitions de 
guerre arrivé aux Prussiens^ Varsovie» qui comme on l'a vu^ . 
était en quelque sorte une ville ouverte, ne pouvait plus tenir* i 
Mniewski conçut le projet de relarder sa soumission en 
arrêtant le convoi de munitions. Ce coup était d'autant plus 
hardi> que malgré toutes les peines qu'il se donna, il ne put 
engager dans le complot que quatre-vingt-dix citoyens. Il fait 



200 nisTOiEE 

part aux conjurés de son projet^ fixe le lieu du rendez^vous, 
et> au jour indiqué, n'y trouTe que trente des siens^ mais tous 
déterminés comme lui* Avec celte poignée de braves, il com« 
mence par surprendre la garnison prussienne à Brzézé, forte 
d0 quarante^deux hommes.. Il marche de l&surVrodaveck; 
mais ia garnison de ce lieu se amendait avec acharneméi!it^ 
lorsque les chanomes du lieu ayant forcé leurs domestiques h 
aUèrau secouiâ de la garnison, ceux-ci s'y rendent^ mais 
tuant au contraire, les [dus hardis^ ils livrèrent les autres à 
HnieWdd. 

Le bruit de cette insurrection et de ses succès ne tarda pas 
a se répandre, etllnieveski voyait chaque jour grossir sa petite 
troupe, qml atteignit bientôt le chiffre 4e cent hommes, n se 
disposa alors à attaquer le traii3port, premier objet de son 
opération. Utut à sarenooi^tre eoi descendant la Vistule» et 
ne tarda pas k le joindre. 11 consistait #n plusieurs bateaux 
escortés par un détachement de trente hommes, aux ordres 
d*un officier prussien. Hniev^rski chargea l'escorte à la tète dies 
siens et tut vigoureusement reçu; mais après un combat long et 
acharné, les Prûssîens, aydnt perdu treize des leurs, mirent 
bas les armes. Le transport fut pris, et, dans Timpossibilité de 
le conserver, on le noya dans la Vistule. Cette action de 
Hnievrsld équivalait au gain d'une bataille; elle délivrait enfin 
Varsovie d'un siège long et pénible. 

Les succès de Hniewski ranimèrent le courage des habi- 
tants. Neuf cents fantassins armés de faulx, quatre cents cava- 
liers se rallièrent à son drapeau. Profitant de Tenthousiasme 
de sa troupe, il marche au^lavant des Prussieils,.les attaque à 
Niesisawa, les bat et les force de se replier.' Dé Thorn jusqu'à 
Téki il resta, maître de la rive gauche de la Vistule. 

En apprenant ces progrès, Iq roi de Prusse détacha sept 
mille hommes de l'armée qui faisait le siège de Varsoviet 




1 



V 



vv 



DB LA RÉVOLUTION POLONAISE. 201 

pour réprimer cette insarrection. Quatre mille hommes 
étaient aux ordres du général Schevérine^ trois mille hom- 
mes à ceux du colonel Sekuli. Ces deux chefs étaient charges, 
par leur roi, des ordres les plus impitoyables, et le dernier 
surtout, les exécutant à la lettre, laissa loin derrière lui 
toutes les cruautés qui souillent les annales historiques. Voici 
une proclamation qui dépasse tout ce que les fureurs révolu- 
tionnaires ont jamais pu imaginer de plus barbare. 

Proclamation de Sekuliy colonel dans lés armées du roi de 
Prusse, contre les insurgés de la Grande-Pologne. 

€ Sa Majesté, ayant remporté de grandes victoires sous 
Varsovie, a bien voulu m'envoyer avec un corps considérable 
dMnfanterie, de cavalerie et d'artillerie, pour apaiser les trou- 
bles qui se sont élevés dans la Prusse méridionale. Sa volonté 
est que toutes les juridictions continuent d^exercer leurs fonc- 
tions. Quant à ce qui concerne les insurgés, elle a ordonné à 
tous les tribunaux civils et ecclésiastiques de publier ce qui 
suit : 

c 1* Tous ceux qui seront pris les armes à la main, seront, 
sans jugement, pendus sur le lieu même, sans miséricorde. 

a 2"* Tous ceux qui ont été les chefs de Pinsurrection seront 
pendue sans autre formalité; leurs biens seront conflsqués; 
leurs femmes, si elles ont pris part à Tinsurrection, seront 
pendues. 

« 3* Si les insurgés se trouvent sur les terres des sujets de 
Sa Majesté, et si le propriétaire ou son commis ne le dénonce 
pas au commandant ou a la juridiction la plus voisine, t7 per^ 
dra la me. Si, ce qui est plus criminel encore, il cache de pa- 
reilles bandes chez lui, i7 perdra la vie. 

« 4* Toutes les personnes des deux sexes, sans distinction 

26 



202 HISTOIRE 

d'âgey qui paraîtront suspectes^ seront envoyées, sans juge- 
menty dans les forteresses, pour être employées aux travaux 
publics. ( 

a 50 Les enfants de ces diverses classes de prévenus pour- ; 
ront être entendus comme témoins ; ceux qui se refuseraient à 
déposer seront envoyés dans les forteresses. 

a En vertu de Tordre ejtprès de Sa Majesté notre gracieux 
souverain, toutes les juridictions civiles et ecclésiastiques fe- 
ront connaître, daus tout le pays, cette volonté immuable du 
roi, afin que personne n^en prétexte cause d'ignorance, mais 
que tous fassent leur devoir de rester fidèles à leur gracieux 
souverain. Les ecclésiastiques publieront cette proclamation 
tous les dimanches, sous peine de perdre leurs bénéfices. 

a Fait au quartier de Sockaczen, le 30 août 1794. » 

De tels actes n'ont besoin que d'être constatés ; le stigmate 
de rhistoire ne peut rien ajouter à celui qu'ils impriment 
d'eux-mêmes à leurs auteurs. Voici, du reste, au sujet de 
cette sauvage proclamation, la déclaration que publia, le 
29 septembre de la même année, le président du conseil su- 
prême de Pologne, Aloïse Sulistrowski. C'est une noble pro- 
testation. 

Déclaration du conseil suprême, à r occasion de la 
proclamation du colonel Sekuli. 

€ Les menaces publiées par le roi de Prusse contre les 
citoyens habitants de la Grande-Pologne, les cruautés atroces 
exercées contre eux, exigent du conseil suprême de faire, au 
nom du gouvernement polonais, une déclaration qui, met- 
tant au grand jour la violence et Thorreur de pareils procédés, 
puisse garantir la nation polonaise de toute inculpation ca- 
lomnieuse, lorsqu'elle recourra, malgré elle, au triste droit 



DB LA RiVOLUTIOR POLONAISE. 20S 

de représailles. Non content de s'être emparé^ sans aucun 
prétexte, des domaines incontestables de la république, et 
d'avoir bravé la foi politique pour satisfaire sa cupidité, d'a- 
Yoir publié et inventé cent calomnies dénuées de tout fonde- 
ment contre la nation polonaise, le roi de Prusse, aujourd'hui, 
pousse l'injustice et la déraison jusqu^à faire un crime aux 
Polonais de défendre leur pays. Il donne des ordres sangui- 
naires contre les citoyens qui prennent les armes pour résis- 
ter aux siennes. tyrannie monstrueuse ! 

a C'est dans cet esprit que le gouvernement prussien a fait 
une proclamation dans laquelle toutes sortes de personnes 
sont condamnées à être saisies et envoyées dans les forte- 
resses; tous les citoyens qui combattent pour leur pays, pris 
les armes à la main, sont destinés à la potence, et leurs 
biens à la conflscation ; le sexe, l'ftge même, n^a pas trouvé 
grâce auprès de ce farouche ennemi. Ce même esprit règne 
dans les ordres sanguinaires qu'offre la correspondance entre 
le roi de Prusse et le colonel Sekuli, laquelle a été inter- 
ceptée ; déjà ces atroces proclamations ont produit les plus 
cruels effets; plusieurs citoyens ont été enlevés de leurs 
maisons , plusieurs ont été menacés du bourreau ; des 
femmes même» dont les maris sont allés combattre pour leur 
pays, ont été maltraitées ou tuées, et des enfants ont été forcés 
de témoigner contre leurs pères. Horreur ! 

a Dans ce siècle de philosophie et de lumière, où les des- 
potes doivent traiter leurs sujets avec humanité, ou au moins 
avec justice, contre quelles personnes, dans quelle contrée le 
roi de Prusse se permet-il de pareilles atrocités? Est-ce dans 
son pays? Est-ce dans des provinces soumises à son gouverne- 
ment despotique? Est-ce contre des hommes assez vils pour 
avoir consenti à porter le nom de ses sujets? Non, il exerce 
ses fureurs contre un peuple qui lui est étranger ; et l'Europe 



204 nisToiBB 

doit voir avec indignation que toutes ces cruautés sont diri- 
gées contre les braves Polonais. Quels sont les hommes que 
le roi de Prusse peut regarder comme suspects sur le terri* 
toire polonais? A quia4-il le droit de donner le nom de re- 
belles, parmi une nation souveraine qui ne veut conserver 
que son intégrité et son indépendance? A quel titre vient-il 
s'immiscer dans les affaires de la Pologne? 

a Hais la voix dé la raison et de l'équité parle faiblement, 
là où la cupidité et la violence se font un jeu de violer toute 
justice pourvu qu'elles arrivent à leur but. 

a En conséquence^ le gouvernement polonais est forcé de 
déclarer que, si Tordre atroce donné par le gouvernement 
prussien n'est pas révoqué, il recourra au droit de repré- 
sailles^ en assurant solennellement aux militaires^ qu'il obser» 
vera religieusement les droits de la guerre envers eux, tant 
que, de leur côté, ils les observeront, mais en déclarant aussi 
qu'il ordonne de saisir et d'arrêter les sujets prussiens, qui 
seront pendus, par compensation. 

a Sans doute il est honteux, au xvui* siècle, de recourir à 
ces moyens sauvages ; mais que l'Europe juge par qui ils 
sont provoqués. Calomniés, morcelés enfin» pour avoir dé* 
fendu notre patrie tyranniquement persécutée, est-il en notre 
pouvoir de respecter plus longtemps l'humanité envers nos 
implacables ennemis ? Leur barbarie nous force à être barba- 
res. Que le gouvernement prussien soit convaincu, par la 
mort de ses propres sujets, que les droits violés envers une 
autre nation nécessitent la même violation de sa part, qu'un 
acte de barbarie retombe sur celui qui, le premier, en a 
donné l'exemple, et, voyant à quelles extrémités il nous a 
réduits lui-même, qu'il modère enfin sa rage. } 

« Polonais, nos frères, ne craignez pas ces menaces, ni ]. 
môme les effets de la tyrannie prussienne ; votre salut est 



DB LA EÉTOLUnOR POLOIIAISE. 205 

dans votre courage. En restant dans vos maisons^ vous n'en 
serez pas moins exposés à Temprisonnement, aux traitements 
les plus cruels et à la mort. Eh bien ! il vaut mieux mourir 
dans le combat que de se tenir enfermé dans ses foyers, pour 
en être arraché par des brigands, pour être jeté dans les 
cachots, pour être conduit à la potence ; la mort n^est terrible 
que pour le lâche qui ne sait pas prendre un parti généreux. 
Qui ne sait que la mort est bien plus terrible^ pour les enne- 
mis que rien nMntéresse dans cette lutte, et qui ne son 
pas assez aveugles pour ne pas s'apercevoir que leur despote 
les expose, par sa cupidité et ses actes tyranniques, aux etTets 
de votre juste vengeance? Vengez-vous sur la vie des enva- 
hisseurs; qu'ils voient que la punition des crimes du gou- 
vernement retombe sur des têtes innocentes ; qu'ils sentent 
combien il est dangereux pour eux-mêmes de servir lâche- 
ment d'instruments à un gouvernement injuste et tyranni*- 
que, pour opprimer une nation qui ne s'est point rendue cou- 
pable envers ses sujets. 

a Habitants du pays du roi de Prusse, vous paierez de 
votre vie votre obéissance aux ordres barbares de Frédéric- 
Guillaume contre nos frères; cette vengeance, qui devrait 
retomber sur sa têtCi retombera sur vous, si vous vous 
rendez complices de sa cruauté. Quant à votre roi, songez 
qu'il y a une justice au ciel, et qu'il faudrait désespérer 
de l'humanité, si toutes ces infamies n*y trouvaient un juste 
et terrible châtiment ! » 

Après cette déclaration, la guerre, dans la grande Pologne, 
; prit un de ces caractères d'atrocité dont il répugne à l'histoire 
de retracer le tableau. Et à ce sujet une réflexion naturelle se 
présente. Ce roi Frédéric-Guillaume II , cette czarine Cathe- 
rine II, au moment ipême où ils donnaient contre la Pologne 
ces ordres sanguinaires dont on ne trouverait d'exemples que 



206 HISTOIRS 

dans les plus sanglantes annales du passée se paraient impu- 
demment d'une hypocrite indignation contre les excès de la 
Révolution française. A la rigueur, cependant^ quelque hor- 
reur qu'inspire Tefifusion de sang, on comprend jusqu'à un 
certain point cette fureur d'une démocratie victorieuse et ir- 
ritée, qui se croyait poussée dans une voie sanglante par une 
nécessité fatale. Si ce n*était là une excuse, c'était du moins un 
motif. Mais quel motif, quelle excuse pour cet instinct sangui- 
naire? Frédéric-Guillaume, Catherine, Tun imbécille et débau- 
ché, ordonnant des massacres au sortir d'une séance fantas- 
magorique de charlatans qui le dominaient Tautre, épouse ho- 
micide, signant l'extermination d'un peuple entre une déU- 
rante orgie de volupté ! Tant de cruauté à froid n'est-elle pas 
de la monstruosité? et, à part le titre d'homme, que peuvent 
avoir d'humain de pareilles natures? 

Cependant le roi de Prusse, effrayé de l'extension que pre- 
nait l'insurrection de la Grande-Pologne, essaya de pousser 
plus activement le siège de Varsovie. Hais, avant, il essaya de 
la corruption. Il fit offrir aux officiers polonais de brillantes 
faveurs s'ils voulaient abandonner Kosciuszko. Hais, en cet 
homme, alors, semblaient se résumer les destinées de la Po- 
logne, et parmi tous ses officiers Frédéric-Guillaume ne trouva 
pas une âme à corrompre. Tous révélèrent publiquement les 
offres qui leur avaient été faites ; ils renouvelèrent le serment 
de vaincre ou de périr, et le roi de Prusse en fut pour la honte 
de ses avances. 

Outré de ce mécompte, Frédéric-Guillaume résolut de livrer 
un assaut général; mais, quoique Varsovie fût en quelque 
sorte une ville ouverte, les assiégeants ne purent y pénétrer. 
A chacune de leurs attaques, ils furent vivement repoussés , 
et une fois encore, il fut prouvé que si, pour désunir les Polo- 
nais et diviser leurs forces , Catherine et Frédério-GuiUaume 



DB LA BiVOLUTIOlf POLORAISE. 207 

n'avaient pas eu îDcessamment recours à ces moyens iniques 
ou infâmes que la morale universelle flétrit des noms les plus 
abjects, et que la morale de la politique range parmi les qua- 
lités des gouvernants, il fut prouvé^ disons-nous, que sans 
cela la Pologne eût été le tombeau de ces deux armées enva- 
hissantes. 

Quoiqu'il en soit, Frédéric-Guillaume éprouva de ses échecs 
une risible colère, et, semblable à ces poltrons qui, par un 
vain bruit, veulent s'en imposer à eux-mêmes, il ordonna de 
canonner les camps et la ville. Mais cette fois encore, les sor- 
ties fréquentes et souvent heureuses des assiégés, le dégoûtè- 
rent bientôt. Aussi, dans la nuit du 6 au 7 septembre 1794, 
après sept semaines de fatigues et d'efTorts inutiles, sept se- 
maines pendant lesquelles des combats sanglants s'étaient li- 
vrés tous les jours , il leva le siège et commença sa retraite. 
Malheureusement la longueur du siège avait tellement épuisé 
les troupes polonaises, les détachements qu'on avait été obligé 
d'en faire pour parer à tous les dangers, les avaient éparpil- 
lées, que Kosciuszko ne put rien entreprendre contre un en- 
nemi qui se retirait, du reste, en ordre. 11 lança cependant la 
cavalerie polonaijse à sa poursuite^ mais avec ordre précis de 
ne pas engager de combat. 

La levée du siège par les Prussiens causa dans Varsovie et 
dans la Pologne entière une joie inexprimable. Cette sorte de 
victoire inattendue remplit tous les cœurs de jubilation et 
d'espoir, et fit trêve un moment aux émotions douloureuses 
des derniers temps. Pour la première fois depuis de longs 
jours, la ville revêtit un air de fête : on ne s'abordait que le 
sourire sur les lèvres, l'espérance dans les regards , et nul de ' 
ces malheureux ne soupçonnait que ce jour si beau était le 
dernier beau jour qui allait luire pour leur infortunée patrie! 

Kosciuszko, cependant, enivré comme les autres de cet im- 



208 histoihe 

portant saccès, crut un moment que cette levée de siège pou- ^ 
Tait avoir quelque chose de décisif^ si les opérations subsé- 
quentes lui venaient en aide. Deux objets de la plus grande 
importance Toccupaient alors. Il s'agissait de porter secours 
aux insurgés de la Grande-Pologne , et ensuite d'empêcher la 
jonction du corps russe qui avait été au siège deVarsoviei avec 
les troupes de celte nation qui opéraient en Lithuanie. La pre- 
mière de ces deux opérations offrait mille difficultés et mille 
périls, et il était presque impossible de la mener à bonne fin 
sans faire une trouée dans Farmée prussienne, qui, ayant dé- 
mesurément étendu ses lignes, s^avançait vers la Grande-Po- 
logne comme un vaste croissant. Le général Dombrowski, que 
Kosciuszko en chargea , sut triompher de tous les obstacles. 
Arrivé à sa destination avec une faible colonne de deux mille 
hommes, il attaqua et battit le colonel Sekuli^ ce féroce exé- 
cuteur des ordres sanguinaires de Frédéric-Guillaume; il prit 
la ville de Bydgoszez. Rejoint peu après par Poniatowski^ qui 
avait été envoyé avec un corps de six mille hommes pour sou- 
tenir ses opérations, il fut d'un grand secours aux insugés, qui, 
dès ce moment, prirent partout Tinitiative do l'attaque. 

La seconde opération offrait en apparence moins de diffi- 
cultés dans son exécution ; mais, par suite du peu de troupes 
dont pouvait disposer Kosciuszko, elle était en quelque sorte 
inexécutable. Il s'agissait, en effet, de fermer le passage de la 
Yistule au général Fersen^ qui, après la levée du siège de Var- 
sovie, voulait Teffectuer avec quatorze mille hommes. Kos- 
ciuszko^ sans se dégarnir entièrement, ne pouvait disposer 
que de quatre mille hommes, moitié milices palatinales nou- 
vellement levées, moitié corps francs, qu'on avait commencé 
d'organiser. Tout cela ne formait qu'un ramas de gens aussi 
mal choisis que mal armés, sans discipline et sans ensemble* 
Le commandement de cette division fut confié à Adam Ponin* 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE. 209 

ski^ qui ne put empccber Fersen de forcer le passage de la 
Vîstule sous Koziènice. 

A peine Kosciuszko eut-il pris les mesures les plus urgentes, 
qu'il reçut des nouvelles désastreuses de laLithuanie. Mokro- 
nowski^ au lieu de déployer une grande activité, dans un mo- 
ment oùles armées ennemies étant encore éparpillées^ la vraie 
prudence consistait à tout risquer^ avait imperturbablement 
gardé la position de Grodno, que nul ne songeait encore à lui 
disputer. Pendant ce temps, Sierakow^ski^ écrasé par des forces 
supérieures, après avoir soutenu un combat très-vif et très- 
meurtrier contre la division de Derfeld, près de Bereza, avait 
reculé à Brzézé et traversé le Bug. Là, fatiguées d'une longue 
marche et abattues par l'échec qu'elles venaient d'éprouver, 
ses troupes n'avaient pas eu le temps de prendre un peu de 
repos, lorsque Suvrarow, qui s'était approché à son insu à mar- 
ches forcées, inslruitdudésordre et du découragement de l'ar- 
mée polonaise, l'attaqua, la battit et la mit en pleine déroute. 
Sierakowski, ayant ramassé son armée sous Janow, à dix lieues 
de Brzézé, trouva ses forces diminuées de moitié ; il avait, ea 
outre, perdu toute son artillerie ^ consistant en vingt-cinq 
pièces de canon. 

Ce SuwarovfTy qui venait d'intervenir d'une manière si fa- 
tale pour la Pologne, est déjà connu du lecteur. C'est le même 
qui, lors de la confédération de Bar, s'était rendu célèbre par ] 
ses instincts sanguinaires; c'est le même qui, dans cette ^ 
nouvelle guerre, allait mériter une seconde fois le surnom del 
boucher; c'est le même qui passa en Europe pour invincible, 
jusqu'au jour 011, à la suite de la brillante journée de Zurich 
:il799), Hasséna devait l'écraser, lui et ses bandes. 
1 Quelques mots sur cet homme, qui a joué un rôle si triste- 
ment célèbre dans le massacre de la Pologne en 1794^ ne se* 
aont pas déplacés ici. 

27 



210 HISTOIEE 

Suwarow, dont on a très-diversement parlé, était un bomn>& 
extraordinaire par Toriginalité de son caractère, de ses 
mœurs, de son langage, de sa conduite, et surtout de sa fé- 
rocité. Il avait adopté des manières grossières, et alToctait 
une originalité qu'il poussait parfois si loin, qu'on l'aurait 
pris pour un fou ou pour un imbécile. Sa brusquerie, ses 
bons mots exprimés en langage populaire, ses habitudes tar- 
lares plaisaient singulièrement au soldat russe, devant lequel 
il atûcbait la dévotion la plus superstitieuse, portant toujours 
sur lui une image de la Vierge, de saint Nicolas, et faisant à 
tout propos des signes de croix. A la veille d'une bataille, il 
ne manquait jamais de faire mettre à Tordre du jour que ceux 
qui seraient tués le lendemain iraient en paradis. Si c'était à 
la veille d'un assaut, il ajoutait : « Demain malin je ferai mes 
« prières, je m'habillerai, puis je chanterai comme un coq, et 
^ vous monterez à l'escalade suivant les dispositions que j au*» 
« rai prises. » Il porlait ordinairement à l'armée, pour vête* 
ment, une pelisse de peau de mouton, affectait une grande 
malpropreté, changeait de chemise en plein air, devant les 
soldats, et proscrivait toute espèce de luxe dans les camps. Il 
disait ordinairement à ses soldats : « Quand vous vous battrez 
« contre les Turcs, enfoncez seulement la baïonnette : s'ils en 
<x reviennent, nous les aurons une autrefois; mais contre les 
< Polonais faites le vilbrequin avec la baïonnette, pour qu'ils 
« n'en reviennent pas. » 

j Nommé colonel à vingt-deux ans, par suite de la bravoure 
et des talents qu'il avait déployés dans la guerre de sept 
ans, il fut successivement nommé major-général après ses, 
succès contre les confédérés polonais en 1769 et 1772 ^ 
lieutenant -général en 1783, général de division après: 
avoir soumis les Tartares du Kouban et de Boudriack. En 
juillet 1789, il contribua puissamment au gain de la bataille 



DE LÀ BÉVOLUTION POLONAISE. 211 

(le Forahni ; deux mois après il dégagea, avec dix mille Ros- 
ses, une armée autrichienne cernée par plus de cent mille 
Turcs^ et fut nommé général en chef. La prise dMsmaïl suivit 
de près cette victoire. La place avait résisté pendant sept mois 
au général GondoTvitzch, et le siège venait d'être levé^ lors- 
que l'orgueilleux Potemkin, voulant réparer cet échec^ or- 
donna à Suwarow d'emporter la place à tout prix. Ce général 
obéit et commanda Tassant^ en recommandant à ses soldats 
de ne point faire de quartier : Car, leur dit-il dans le cynique 
langage qu'il affichait^ les provisions sont chères. Deux fois 
les Russes furent repoussés avec une perte énorme; mais au 
troisième assaut^ ils s'emparèrent des ouvrages extérieurs et 
pénétrèrent ensuite dans la place^ où ils égorgèrent avec une 
inhumanité atroce tous les habilants, sans distinction d'âge 
et de sexe. Suwarow^ plus féroce encore que ses soldats, les 
encourageait au carnage et leur criait d'une voix de taureau : 
Koli/ kolil (tue! tue!). Plus de trente-trois mille Turcs> 
hommes^ femmes, vieillards^ enfants^ furent ainsi égorgés à 
froid. Il fallut huit jours pour enterrer les morts. Après les 
massacres des confédérés polonais, en 1772^ Suwarow avait 
été surnommé le farouche : Catherine l'avait nommé grand - 
croix de l'ordre de Wladimir, et lui avait fait présent d'un 
panache en diamants. Après le massacre d'Ismaïl, Suwarow 
avait reçu le surnom de boucher : Catherine l'avait décoré de 
l'ordre de Saint-André, le premier de Fempire^ et lui avait 
fait don de son portrait enrichi de diamants. On ne sait trop 
où se serait arrêtée cette munificence impériale^ si Catherine, 
alors déjà fort vieille^ ne fût descendue dans la tombe quel- 
ques années après, et si Suwarow avait persévéré dans ce 
genre d'exploits que récompensait si magniûquement sa 
noble souveraine. Suwarow^ du reste, avait toutes les qua- 
lités nécessaires pour conduire des soldais à demi civilisés. 



212 HISTOIRE 

tels qu'étaient alors les Russes, et tels qu'ils sont encore au- 
jourd'hui. 

Tel était Thomme que Catherine avait envoyé en Pologne 
pour y sceller^ par des flots de sang^ raccomplissementde ses 
, sinistres projets. 

y Dès que Kosciuszko apprit la défaite de Sierakowski et le 
passage de la Vistule par le général Fersen, qui s'avançait à 
marches forcées pour se joindre à Suwarow, il résolut de ten- 
ter à tout prix d'empêcher cette jonction. Il donna des ordres 
pour renforcer Tarmée de Lithuanie^ et annonça qu'il allait 
se mettre à sa tête. 

Dès que cette nouvelle se répandit dans Varsovie^ deux sen- 
timents contraires agitèrent la population, la joie et la dou- 
leur. Quelque contradictoire que paraissent ces deux senti- 
ments^ l'opinion qu'on avait de Kosciuszko et de son carac- 
tère les motivait Tun et l'autre. En effet, jamais, avant Kos- 
ciuszko, tribun voué aux intérêts d'un peuple n'avait inspiré 
ni autant de confiance ni peut-être autant de sympathie que 
lui. Il semblait à la fois le chef et le père des gens de son 
parti. Soit que Texcès de la souffrance eût rendu intolérable 
ce qui élait, soit que le désir de l'indépendance seul eût 
donné une sorte d'exaltation aux esprits, Kosciuszko apparais- 
sait à ces malheureuses populations comme un de ces êtres 
surhumains de qui on peut tout attendre, bien plus, de qui 
seul on doit tout attendre. On comprendra dès lors sans peine 
comment Fannonce du départ de Kosciuszko pour Tarmée 
excita de la joie, parce qu'on crut à une victoire certaine, et ; 
comment ce même départ excita de la douleur, parce qu'on 
ne se crut plus en sûreté dès que Kosciuszko se serait éloigné. 
Kosciuszko, du reste, méritait cette confiance et cette sympa- 
thie ; car peu d'hommes élevés au faîte d'un État ont daigné, 
comme lui s'abaisser jusqu'à la misère et la douleur. Pour lui, 



DE LA BËVOLDTION POLONAISE. 213 

tout homme était un homme^ et il ne s'est jamais enquis de 
ses titres ou de sa position sociale pour baser sur ces dons du 
hasard son accueil, ses bienfaits ou ses grâces. 

Pour tâcher de tirer parti de ce moment d'enthousiasme et 
Tattendrissement qu'avait fait naître Tannonce du départ de 
.Cosciuszko, pour galvaniser, en quelque sorte^ ce corps déjà 
mort de la Pologne^ le conseil suprême national ûlà la nation 
une adresse qui est une des plus énergiques et des plus so- 
lennelles protestations qu'un peuple audacieusement ou- 
tragé ait jamais lancées à la face d'iniques spoliateurs. 

a Peuples de l'Europe et du monde^ 7 était-il dit, jetez les 
yeux sur la Pologne, et soyez juges si jamais plus d'infamies 
ont été amoncelées pour consommer une iniquité. Le crime 
parti du haut de deux trônes se montre enfin à découvert, 
dédaignant le masque hypocrite qui, jusqu'à présent, cachait 
ses perfides desseins. 

a Des rois osent nous engager à la guerre civile 1 

a Des rois entassent des mensonges et des calomnies pour 
grossir des griefs imaginaires et se jouer ainsi de la foi 
publique ! 

d Ils menacent de la fureur de leurs troupes tous ceux qui 
refuseront d'entrer dans une conjuration contre la patrie I 

a Ils leur annoncent le comble des maux, les persécutions, 
la mort! Us font plus : ils mettent à exécution leurs menaces! 

a Ils donnent l'exemple de tous les crimes; que tous ces 
crimes retombent sur leurs têtes? 

« Ils ont renversé les droits sacrés de tous les peuples. Peu- 
ples, voyez et jugez ! » ( 

Après cet appel solennel, qui ne devait pas être perdu pour 
l'avenir, le conseil suprême s'adressait ainsi aux Polonais : 

a Et vous, Polonais, nous vous avertissons que la Pologne 
est actuellement en état de défense contre l'irruption des 



2H HISTOIRE 

troupes russes et prussiennes. Pleins de confiance dans la va* 
leur et le patriotisme de la nation, vos chefs vont opposer aux 
etTorts que fait l'ennemi pour détruire la republique, tous les 
moyens que leur suggérera Tamour de la patrie. 
' a Cette époque, courageux Polonais, va décider du sort de 
notre pays. Que l'amour de la pairie enflamme voire courage. 
Songez que vous combattez pour vos lois, pour votre liberlc, 
pour vos femmes, pour vos enfants, pour tout ce que vous 
avez de plus cher. 

<c Une armée que votre zèle a créée, que vos fortunes en- 
tretiennent, se voue à votre défense; sa bravoure, son intré- 
pidité ne peuvent manquer d^anéanlirles entreprises de Ten- 
nemi. Ce noble feu, cet empressement pour voler à la défense 
de la patrie, ce dévouement qui n'appartient qu'aux nations 
libres, font naître dans nos cœurs un favorable espoir. 

« Chaque instant augmente nos espérances : les offrandes 
volontaires s'accumulent, les citoyens se réunissent en foule 
à Tarmée; l'amour de la liberté enflamme tous les cœurs; 
chacun paie son tribut à la patrie. Le Dieu de nos pères à qui 
nous devons ces nobles résolutions, ce Dieu eu qui nous met- 
tons toute notre confiance, qui connaît la pureté de nos vues, 
bénira nos armes et assurera le triomphe de notre cause. 

« Mais, citoyens, c'est l'union, c'est la constance qui doi- 
vent être nos armes les plus puissantes ; eu vain opposerions- 
nous la force à la force, si la division régnait parmi nous. 
Une guerre étrangère n'est jamais si désastreuse que des dis- 
sensions intestines. Aucune attaque étrangère a-t-elle clé cou- 
ronnée de succès lorsque nos pères, unis par les liens de la 
concorde, combattaient pour leurs foyers ? Us les ont repous- 
sces toutes, et nous sommes les fils de nos pères ! 

a Bientôt la voix du mensonge et de la calomnie se fera 
entendre; bientôt la trahison fera circuler des écrits impos- 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE. 215 

teurs. Ceux qui, dans leur vengeance atroce, ont pu sans 
. frémir menacer leur patrie et guider contre elle des cohortes 
étrangères, désespérant de vous vaincre à force ouverte, ne 
• manqueront pas de calomnier ceux qui vous gouvernent pour 
TOUS inspirer des soupçons et tâcher de semer parmi vous la 
discorde. Armez>vous de constance, et repoussez les perQdcs 
insinuations des calomniateurs et des traîtres. 

a Quelle confiance méritent des troupes qui se proposent 
la destruction d'un pays? Quelle confiance méritent leurs 
chefs 7 Que devez-vous en attendre? l'esclavage. Que mcrilent- 
ilsdevous? la mort. 

a Vous savez déjà ce que vous coûte la dure tutelle de la 
Russie, la perfide amitié de la Prusse. Vos représentants en- 
levés du milieu de vous, votre noblesse traitée indignement» 
les habitants arrachés de leurs foyers et transplantés sur une 
terre ctrangërc, enfin FElat morcelé, telles ont été les suites 
de cette tutelle, de cette amitié. Ce que ces puissances ont fait 
une fois, elles veulent le refaire encore. 

c Oh ! que Catherine et Frédéric-Guillaume parviennent 
à vous tromper un instant, et bientôt vos anciennes plaies 
seront rouvertes; un déluge de maux fondra sur vous; et no- 
bles et bourgeois sentironts'appesanlir sur eux un joug qu'on 
rendra d'autant plus pesant, qu'ils ont osé vouloir être libres. 
Et vous, laborieux habitants des campagnes, vous que la loi 
avait pris sous sa protection, vous serez arrachés de vos 
champs fertiles, et transportés par milliers dans des solitudes 
incultes. Enfin un nouveau partage de la Pologne et l'extinc- 
. tion du nom polonais seraient le dernier acte des scènes bar- 
bares qu'ont machinées ces iniques oppresseurs. 

a Citoyens, vous connaissez vos dangers. Puisse Tamour 
de la patrie enflammer vos cœurs! puissent les liens de la 
fraternité vous unir en un seul faisceau I Le chef général 



216 HISTOIRE 

que vous vous êtes donné brûle de verser pour sa patrie 
le sang qu'il puisa dans son sein ; c'est notre vœu à tous. 
Nous ne craindrons point d'exposer au hasard des combats 
des cheveux blanchis par Tâge. Suivez nos drapeaux; ce sont 
ceux de l'honneur. Qu'une émulation héroïque nous embrase 
tous d'un noble feu. Du courage, de la constance^ de l'union, 
et tous les obstacles seront renversés, et nos descendants, heu- 
reux par notre dévouement, béniront à jamais leurs an- 
cêtres. 

« Et toi. Dieu de nos pères, Dieu protecteur qui lis dans 
nos âmes, dirige notre courage, resserre notre union, bénis 
les efforts de nos guerriers. Ce n'est, tu le sais, ni l'orgueil ni 
l'ambition qui nous inspirent, mais l'amour sacré de la li- 
berté, dont tu plaças le germe indestructible dans le cœur de 
l'homme, mais l'amour de ce pays que tu viens d'arracher à 
la destruction. Un peuple entier, qui toujours adorera ton 
saint nom, t'adresse, par la bouche de son chef, cette humble 
prière ; exauce-la, et des actions de grâces célébreront à jamais 
ta protection puissante, o 

C'est par de telles excitations que le conseil suprême cher* 
chait à réveiller tout ce qui pouvait sommeiller encore d'en- 
thousiasme et de patriotisme dans les cœurs polonais ; mais 
on ranime peu ce qui n'a plus de vie, et, à part quelques âmes 
d'élite, le reste de la nation polonaise était, par suite de siè- 
cles d'anarchie, déjà réduit à l'état de cadavre. Longtemps 
encore ces différents réveils ne devaient être que des convul- 
sions d'agonie. Ce triste pressentiment semble percer dans la 
proclamation que, avant de se mettre en marche contre les 
Russes, Kosciuszko adressa à ses compatriotes. Voici ce docu- 
ment, qui exprimait à la fois ses craintes et ses espérances, et 
où règne un ton de mélancolie qu'on rencontre rarement 
dans ces sortes d'œuvres : 



CE LA RÉVOLUTION POLONAISE. 217 

c Chers concitoyens et frères, 

«( La liberté, ce bien inestimable^ le plus grand dont il soit 
donné de jouir ici-bas, n^est accordé par une divinité bienfai- 
sante qu'à la nation qui^ par sa persévérance, son courage et 
sa constance au milieu des adversités, sait s'en rendre digne. 
Cette vérité est prouvée par Texemple des peuples qui, après 
une lutte longue et pénible, jouissent maintenant dans la paix 
des fruits de leur courage. 

a Polonais, qui, à Pinstar de ces braves nations, aimez votre 
patrie, qui avez souffert mille fois plus de dédain et d'op- 
pression. 

« Polonais, qui, animés d'une bravoure vertueuse, ne 
pouvez supporter plus longtemps les injures dont on accable 
le nom polonais ; vous qui vous êtes levés pour défendre la 
patrie contre le despotisme, conservez, votre général vous en 
conjure, conservez ce courage héroïque ! Les peines et l63 
fatigues, le sacrifice de votre fortune, seront les suites de cette 
lutte contre un ennemi superbe. Hais il faut beaucoup sacri- 
fier pour sauver le tout; il faut souffrir un instant pour jouir 
d'une félicité durable. N'oubliez pas que ces souffrances, si 
toutefois on peut appeler ainsi ce qu'on supporte pour la 
patrie, sont passagères, et que la liberté vous promet un bon- 
heur long et durable. » 

Ce fut le 29 septembre 1794 que Kosciuszko sortit de Var- 
sovie pour aller au-devant des Russes. La population entière 
s'était portée sur son passage. Dans l'enthousiasme de cette 
foule qui se pressait sur ses pas et qui ne voyait que lui au 
' milieu du brillant état-major qui l'accompagnait, tout était 
réel, sincère; c'était cet élan instinctif d'un peuple altéré de: 
liberté sans trop la comprendre et qui ne sait encore que la 
révérer dans ce qui lui en apparaît comme le vivant symbole. 
Cette sorte d'adoration pour un homme dont on attend un 

28 



218 HISTOIRE 

bien moral, dont on n'apprécie qu'inslinclivcmenl la valeur 
et le caractère, se reproduit parfois dans le monde physique 

• d'une manière à peu près analogue; ainsi, par exemple, le 

• sauvage adore le soleil, qui le réchauffe et fait mûrir ses fruits. 
Les classes inférieures de la Pologne, malgré leur répugnance 
à servir la cause de la liberté, en étaient venues à ce point de 
vénération pour Kosciuszko. Ce chef général était, dans toute 
Tacceplion du root, une idole pour elles; seulement, au 
milieu de l'oppression séculaire qui n'avait cessé de les 
écraser, rien ne leur ayant jamais démontré l'utilité de 
leurs efforts individuels, elles attendaient tout de lui, tou- 
jours à peu près comme le Sauvage, qui attend la maturité 
des fruits sans s'être donné la peine de semer ou de planter. 

Sur toute la roule, Kosciuszko reçut le môme hommage, 
excita les mômes transports ; le 2 octobre, il arriva à Macie- 
jowîce, où il trouva l'armée de Sierakowski dans un état plus 
délabré encore qu'il n'avait cru. Il avait pensé qu'après la 
jonction des divisions Poninski et Zielinski, qui n'en étaient 
qu'à une grande journée de marche, elle se monterait à qua- 
torze mille hommes, et qu'il pourrait alors tenter le sort 
d'une bataille pour empêcher la jonction de Fersen avec 
Suwarow ; mais Poninski n'avait pas rejoint, et Zielinski n'a- 
vait envoyé que quelques escadrons de mauvaise cavalerie. 
Kosciuszko alors eût évité le combat, ou l'aurait au moins 
retardé, si Fersen n'eût préféré en venir à une action, que de 
laisser derrière lui une armée qui l'aurait gêné dans sa mar- 
che sur Brzésé, où se trouvait alors Suwarow. Le i octobre, , 
ii attaqua l'armée polonaise. Kosciuszko, dès la veille, avait 
expédié à Poninski l'ordre d'arriver à marche forcée, et d'en- 
trer immédiatement en ligne sur un point qu'il lui désigna ; 
cette division devait former la gauche des Polonais. Par les 
dispositions heureuses qu'il avait prises, Kosciuszko se flattait 



DE LA nËYOLCTION POLO?!AISE. 219 

de pouvoir tenir en échec rennemi, jusqu'à Tarrivéc Uo 
Poninski. Malheureusement^ Tordre qu'il lui envoya fut inter- 
. ccpié par les Russes^ qui, dès le début de Taction, agirent, du 
reste, de manière à persuader à Kosciuszko qu'il pouvait 
compter sur la jonction de son lieutenant. En effet, au lieu 
d'attaquer par la gauche qu'ils savaient dégarnie» ils semblè- 
rent réunir tous leurs efforts pour attaquer la droite. Kos* 
ciuszko, comptant plus que jamais sur Poninski, facilitait lui- 
même ce mouvement qui assurait son avantage et faisait 
pivoter son centre sur sa droite , de telle sorte qu'en arri- 
vant, Poninski se trouvait naturellement en ligne, et prenait 
en flanc la droite des Russes. L'action fut des plus meur- 
trières à son début ; les Polonais y eurent un moment de 
succès ; quelques bataillons russes, très-maltraités, avaient 
plié et abandonné leurs canons, et nul doute que si Poninski V 
fût arrivé en ce moment, la fortune, qui avait toujours 
secondé la valeur de Kosciuszko, ne Teût secondée une fois 
encore. Il n^en fut pas ainsi. Une forte division de cavalerie 
russe ayant chargé en muraille du côté qui devait êire 
occupé par la division Poninski, tout le flanc gauche des Po- 
lonais se trouva rompu et refoulé sur le centre, où il jela la 
confusion et le désordre. Dès ce moment, la bataille fut per- 
due. Kosciuszko fit humainement tout ce qu'il était possible 
de faire pour rétablir le combat ; mais ce fut en vain. Les 
troupes débandées ne reconnaissaient plus la voix de leur gé- 
néral, elles fuyaient dans toutes les directions. Kosciuszko 
désespéré veut tenter un dernier effort ; il prend un régiment 
de hulans, s'élance à sa tète au milieu des colonnes ennemies, 
et parvient à y jeter un moment de trouble; partout où il 
passe, il fait de larges trouées ; mais bientôt, ses hulans tom- 
bés un à un mollissent et il n'en reste plus qu'un petit nombre 
qui se groupent autour de leur chef, l'arrachent à une mort 



220 HISTOIRE 

certaino et Tenlralnent ; son cheyal s'abat en sautant um 
haie ; un cosaque qui le poursuivait lui donne un coup da, 
lance ; un carabinier, accouru en même temps^ lui assène un 
coup de sabre à la tête ; déjà blessé d'une balle dans la cuisse 
et de cinq à six coups de baïonnette dans le corps> affaibli paf 
le sang qu'il avait perdu, il tombe sous un dernier coup en 
prononçant, les yeux levés vers le ciel quHl semblait accuser, 
ces deux mots malheureusement prophétiques jusqu'aujour- 
d'hui : Finis Poloniœf 

Une grande partie de l'armée polonaise périt dans cette ba- 
taille, le resté fut fait prisonnier ; toute l'artillerie fut perdue; 
trois otûciers-généraux, Sierakowski, Kniazjewiz et Kaminski 
furent pris. Jusqu'au soir, la cavalerie russe, à la poursuite 
des fuyards, ne cessa de sabrer et de tuer. Les vœux de l'Eu- 
rope et du monde avaient suivi Kosciuszko dans cette lutte 
héroïque ; mais la fortune s'était déclarée contre lui. Le 
champ de bataille de Maciejowice devait être le Philippi de la 
Pologne. 

Gisant sans connaissance, au milieu des morts, Kosciuszko 
fut reconnu par l'ennemi, traîné du champ de bataille à 
Kriow, au quartier-général russe, et de là expédié à Saint- 
Pétersbourg : friand cadeau du général Fersen à Cathe- 
rine II! 

Dès ce moment, commença» pour celle idole populaire 
qu'un coup de la fortune venait d'abattre, une de ces longues 
et douloureuses tortures dont les tyrans de tous les âges sem- 
blent s'être transmis la recette. Catherine, en cela, était 
passée maître, et jamais ennemi vaincu n'avait trouvé grâce 
devant ce cœur sans noblesse, où il n'y avait place que pour 
l'ambition. 

Moins que tout autre, Kosciuszko pouvait compter sur la 
générosité de la czarine; car le vice même, quelque chonté 



DB LA RiyOLUTION POLONAISE. 221 

quMl soit, la fàa$se grandeur quelque fayorablement préve- 
nue qu'elle soit, sentent d'instinct la supériorité de la yertu et 
|de la Traie grandeur^ et Catherine, dans l'avenir^ se voyait 
I moins honorée, moins grande sur le trône, que Kosciuszko 
dans les fers. Cette femme, si a?iâe de son vivant de gloire et 
de renommée, comme si elle eût pressenti qu'à sa mort, le 
hurin de Thistoire rayerait impitoyablement toute cette gloire 
et cette renommée d'emprunt, se vengeait en Kosciuszko,moins 
de rbomme du présent que de l'homme de l'avenir. Aussi, 
avant même que les glorieuses blessures qu^il avait reçues à 
M aciejovfrice fussent fermées, n'eùt-elle pour lui ni de fers assez 
lourds, ni de geôlier assez barbare, ni de cachot assez infect 
dans la forteresse de Peltro-Pawoiwsks, où elle le fit enfermer. 
Couché sur le sol humide d'un sombre souterrain, les 
mains et les pieds chargés de chaînes, sans autre nourriture 
qu'un pain noir et dur, sans autre boisson qu'une eau crou- 
pie dont les sbires de la czarine se montraient même avares, 
sans feu en hiver, sans air en été, presque sans vêtements en 
tout temps, entièrement privé de nouvelles de l'extérieur, il 
passa dans ce cachot deux années, deux longues années, pen- 
dant lesquelles jamais un rayon de soleil ne réjouit sa Tue, 
jamais la douce dialenr du feu ne dégourdit ses membres, 
jamais une main amie ne pressa la sienne, pendant lesquelles 
enfin il ne put échanger une seule fois , avec quelqu'étre 
compatissant, un mot de consolation ou d'espérance. 

Mort en quelque sorte au monde, et dans le doute de ce qui 
se passait au dehors, il se berçait parfois d'une étrange illu- 
sion ; il espérait, ou que la Révolution française vengerait sa 
patrie écrasée, ou qu'un restant de pudeur de la part des Cabi- 
nets non complices de la Russie et de la Prusse motiverait 
quelque protestation qui pourrait tourner à l'avantage de la 
Pologne. Cette pensée était seule sa consolation; seule elle 



222 HISTOIRE 

berçait ses malheurs, seule elle endormait ses souffrances. 
Pologne I liberté ! tel avait été le rêve de toute la vie de cet 
homme^ et^ dans les fers^ il trouvait une secrète joie à croire 
tromper la rage de son bourreau^ en faisant des vœux pour 
Tune et se passionnant plus que jamais pour Tautre. 

A cette même époqne, Lafayetle gémissait pour cette même 
cause dans les cachots d'Oimufz. Triste analogie du sort de 
ces hommes qui^ après s'être trouvés ensemble défendant la 
liberté en Amérique» expiaient en Europe, Tun dans les fers 
de l'Autriche, Tautre dans ceux de la Russie, leurs généreux 
efforts pour le triomphe d'une cause dont ils étaient à la fois 
les apôtres et les martyrs. 

Depuis le jour de la bataille de Maciejowice, le nom de 
Kosciuszko ne figura dans les annales révolutionnaires de 
son pays, que comme un glorieux souvenir d'une héroïque 
lutte, ou comme l'emblème d'un de ces bons génies que les 
peuples, dans leurs détresses, ne manquent jamais d'invo- 
quer. N'ayant plus à nous occuper de lui qu'à ce double titre, 
dans ce qui nous reste à raconter des révolutions de Pologne, 
nous interromprons un moment le récit des faits pour ache- 
ver de tracer à grands traits le restant de la vie de cet 
homme extraordinaire, pour qui l'indépendance de son pays 
fut un culte et la liberté une religion. 

Jusqu'à la mort de Catherine (6 novembre 1796), Kos- 
ciuszko était resté enfermé dans la forteresse de Petro-Pa- 
wolwks. L'un des premiers actes du nouveau czar Paul I** fut 
d'aller, avec ses deux ills, les grands-ducs Alexandre et Cons- 
tantin, visiter, dans sa prison, cette illustre victime. Cet acte 
fut à la fois un hommage au courage malheureux et une 
satisfaction à l'opinion publique européenne, dont Catherine 
jLVait déjà pu entendre le jugement sévère et flétrissant, avant 
même que la tombe se fût refermée sur elle. Paul P' offrit à 



DE LA RÉVOLUTIOlf POLONAISE. 223 

Kosciuszko la liberté, des présents considérables en terres et 
en paysans, des dignités^ des honneurs et le grade de teld- 
maréchal. De fout cela Kosciuszko n'accepta que la liberté. 

Le premier usage qu'il en fit fut d'affranchir, par un ac(e 
authentique^ tous les serfs d'une petite terre qu'il possédait 
en Lithuanie. Après ce devoir d'honnête homme rempli^ il 
était passé en Angleterre, où le peuple et le gouveruement 
surent rendre^ par leur accueil, un hommage juste et mérité à 
ses vertus civiques. Aux États-Unis, où il se rendit de là, le 
congrès, par une résolution spontanée et pour venir noble- 
ment en aide à la noble misère d'un homme qui, après avoir 
été chef d'un gouveruement, en était sorti pauvre, lui accorda 
solennellement le capital et les intérêts de cinq années de 
traitement, qui lui restaient dus de ses précédents services 
dans la guerre de l'indépendance, 16,000 piastres environ. 

En 1798, le besoin de revoir sa patrie, une espérance vague 
qu*à la suite des victoires de la Révolution française et des 
événements politiques qui remuaient alors l'Europe, il pour- 
rait s'offrir quelques chances fayorables -à la renaissance de 
la Pologne, le décidèrent à se rendre à Paris. Là, le 26 ther* 
midor, se trouvant à une séance des Cinq-Cents, lorsque le 
président, parlant des malheurs de la Pologne, dit qu'ils ne 
seraient pas éternels, puisque l'illustre défenseur de la liberté 
sarmate était de retour en Europe, des larmes involontaires 
s'échappèrent de ses yeux, dernier tribut public qu'il paya 
au malheureux sort de sa patrie. 

, Depuis qu'il avait été mis en liberté, son nom s'était trouvé 
si intimement lié à toutes les espérances de la Pologne, que\ 
le général Dombrowki, ce chef illustre des légions polonaises : 
le rilalie durant toutes les campagnes du nord et du midi 

de la péninsule italique, n'avait cessé de lui envoyer ses 
rapports, comme au chef suprême de la république de Po« 



221 HISTOIRE 

logne» qui, à cette époque, n'existait cependant plus que dans 
les cœurs polonais. 

En 1801, ayant fait connaissance à Paris de M. Zoltner, 
ministre de la confédération suisse, et s'étant lié d'amitié avec 
lui, il accepta son invitation de s'établir à Soleure, au sein 
de sa famille, dont il fit partie pendant quinze ans. 

Dans les divers lieux qu'il avait habités jusqu'alors, sa 
pensée, toujours tournée vers la Pologne, n'avait cessé d'es- 
pérer et son indépendance et sa liberté. Aussi, toutes les fois 
que des officiers polonais se présentaient devant lui, il ne lais- 
sait échapper aucune occasion de leur rappeler a que Uavenir 
<K de la Pologne dépendait de la France, et que c'était à elle 
a qu'ils devaient se réunir. » 

En 1814, lors de l'invasion des troupes coalisées en France, 
l'empereur Alexandre, suivant la marche libérale que les cir- 
constances prescrivaient à tous les Cabinets, s'empressa d'or- 
donner aux officiers polonais de rendre hommage à leur an- 
cien généralissime. Bien plus, dans une lettre du 3 mars 1814, 
il lui avait dit : a Vos^vœux les plus chers sont comblés : 
a avec l'aide du Tout-Puissant, j'espère réaliser la régénéra- 
« lion de la brave et respectable nation polonaise, à laquelle 
a vous appartenez. J'en ai pris l'engagement solennel, et de 
« tout temps son bien-être a occupé ma pensée. » Ce langage 
si franc et si bienveillant, en apparence» était commandé par 
la crainte qu'avaient alors les troupes coalisées que la Pologne 
ne se soulevât sur leurs derrières. Kosciuszko n'y vit que l'es- 
poir de la réalisation de son idée fixe, et crut devoir se pré- 
senter devant le czar. L'accueil qu'il en reçut fut amical, con- 
fiant même, au point qu'Alexandre lui demanda des conseils 
pour le bonheur futur des Polonais. Kosciuszko, alors, s'ap- 
procha d'une carte de Pologne étendue sur une table, et, dé- 
signant du doigt le Borystène et la Dwina, lignes qui avaient 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE. 225 

formé les frontières entre l'ancienne Pologne et la Russie, il 
indiqua les principaux points qui devraient être suffisamment 
fortifiés. Le noble héros ne s'aperçut qu'on avait voulu se 
jouer de sa crédulité , que lorsqu'après celte conversation, 

i le grand -duc Constantin publia dans tous les salons de Paris 

j que ce vieillard avait perdu la raison. 

Cependant Kosciuszko, revenu de son illusion, et après 
avoir avoué à Lafayetie qu'il n'avait plus d'espoir pour l'indé- 
pendance de sa patrie reçut quelques communications de Po- 
lonais qui assistaient au congrès de Vienne, et sentit se ra- 
nimer en son cœur une espérance à laquelle il lui était si dur 
de renoncer. Cédant à la sollicitation de quelques uns de ses 
concitoyens, il entreprit le voyage de Vienne. Mais, à Braunau, 
ayant eu une dernière entrevue avec Temperenr Alexandre 
qui n'avait plus de motifs pour dissimuler, il en reçut la ré^ 
ponse désolante suivante : « Les Polonais ne doivent espérer 
« de bonheur que dans leur fusion complète avec la grande 
« race slave , et , par conséquent , ne plus songer à leur 
« ancienne indépendance nationale. )» Kosciuszko se retira 
la mort dans r&me. 

Le seul espoir qui avait jusqu'alors soutenu sa vie se trou- 
vant ainsi brutalement brisé, sa santé déclina rapidement, et 
il mourut à Soleure, en Suisse, le 15 octobre 1817. Sa 
dernière pensée, son dernier vœu, son dernier mot furent 
pour son pays. 

En Suisse, en France, en Angleterre, en Amérique et jus- 
qu'en Prusse et en Russie, on rendit des honneurs unanimes 
a sa mémoire. Mais ce fut surtout en Pologne, où Tempereur ! 

; Alexandre avait accordé la permission qu'on apportât son [ 
corps, qu'il reçut Thommage le plus éclatant qu'un citoyen 
puisse recevoir de son pays. Le prince Antoine Jablonowski 
fut désigné pour aller recevoir son corps, et raccompagner 

29 



226 niSTOiRB 

de Suisse jusqu'à Cracovic. La république lui fit des obsèques 
magnifiques^ et déposa provisoireuieut ses restes dans le tom- 
beau des roiSi entre Sobieski et Joseph Poniatowski ; puis elle ' 
lui consacra un monument à l'ouest de la irille» sur la butte , 
dite Branislawa, mot composé qui signifle défendre la gloire; 
c^est un monticule fait de main d*liorarae, de quaraute-sîx 
toises de diamètre à sa base, et de vingt toises de hauteur : 
manière antique de conserver la mémoire des grands hommes 
par un monument impérissable. Cinq ans furent employés à 
son érection. Toute la jeunesse polonaise, les femmes, les 
vieillards, les enfants, accourus de tous les points de la Po« 
logne, voulurent coopérer à cette œuvre en remuant la terre 
ou en maniant la bêche. 

Quatre familles villageoises, choisies parmi celles des Po- 
lonais qui avaient servi sous les ordres de Kosciuszko, furent 
établies autour du monument pour veiller à sa conservation, 
lel fut le restant de la vie de l'homme dont l'éloge retentit 
dans toute FEurope. Partout on rendit également justice au 
citoyen courageux, au véritable patriote qui, sans autre but 
que le bonheur et l'indépendance de son pays, s'était voué 
• corps et âme à tous les périls et à tous les sacrifices. 
I Après lui avoir payé, par cette courte notice, qui n^aurait pu 
j trouver place ailleurs, notre tribut dUiommages, nous allons : 
reprendre le récit de la révolution polonaise de 179i, où nous 
aurons encore à relater un dernier épisode, qui est une des 
pages les plus lugubres de l'histoire du xvni* siècle. 



DE LA RÉVOLLTIÛN POLONAISE. 227 



OIAPITRE Vni 
1795 



Rôle de PAulriche pendant la révolution de Pologne. — Tableau de la 
Pologne après la perte de la bataille de Maciejowice — Nomination d'un 
chef-général.— Wawrzecki.— Découragement de l'armée et du peuple. 
— Grands préparatifs de dérense; faibles chances de succès; revers 
successifs. — Famine à Varsovie. — Arrivée des Russes devant Var- 
sovie. — Prise du faubourg de Praga. — Horribles massacres de Su- 
warow. — Capitulation de Varsovie. — Fin de la révolution de Pologne 
de i794.— Arrestations, confiscations, exécutiona,— Coup d*œil rétro- 
spectif. 



Kosciuszko prisonnier, la bataille de Maciejowice perdae, 
la révolution polonaise n'avait plus ni finie pour se diriger, 
ni forces pour se défendre. La nouvelle de ce double désastre 
remplit la Pologne de douleur et de deuiL Comme dans les 
grandes calamités nationales, où un peuple n'a plus rien à 
attendre des secours humains, la foule se précipitait dans les 
temples, demandant au Dieu du ciel aide et protection contre 
les iniques oppresseurs de la terre. Jamais, à aucune époque, 
des grands du monde n'avaient amoncelé sur leurs têtes au- 
tant de malédictions qu'en amoncelèrent, en cette circon- 
stance, Catherine et Frédéric-Guillaume; mais aussi jamais 
moyens plus infâmes n'avaient été employés pour accroître 



228 HISTOIRE 

leur territoire de quelques lieues de terrain. Pour atteindre 
ce but, le sang qu'ils avaient fait verser en Pologne aurait pn, 
réunie former un torrent; grossi de celui qu'ils allaient faire 
verser encore, ce torrent serait devenu fleuve. Effrayant 
complément de cette fin de siècle, qui, comme par une inten- 
tion manifeste de la Providence, semblait n'avoir été mis 
en regard des colères populaires de la révolution française, 
que pour les absoudre toutes à l'avance! En effet, en accrédi- 
tant le droit de la force, Catherine et Frédéric-Guillaume 
avaient accrédité le droit de révolte. En brisant violemment 
tous les liens de la foi publique, en rentrant impudemment 
dans le droit naturel, ils semblèrent avoir fatalement légitimé 
ce terrible droit de représailles des peuples. 

Mais aussi quelles fureurs pourront jamais dépasser les fu- 
reurs que ces pouvoirs sans entrailles allaient exercer contre 
la Pologne ! La ruine, les spoliations, le bannissement pour 
les uns ; les fers, les tortures, le déshonneur des filles, la mort 
pour les autres; pour les condamnés à mort la flétrissure et les 
gémonies : aux graciés vivants on allait ravir tout ce qui con- 
stitue une nationalité : lois, cœur, langue, et leur culte et leur 
Dieu ! 

El quand, par la sympathie qod cdihmandenl de telles souf- 
frances, par l'horrcùt qu'inspirent de tels forfaits, quant au 
nom de la famille, de sa joie et de ses devoirs, au nom des 
droits de rbumanité, au nom de la foi des peuples meurtris, 
décimés, écrasés parla brutalité ou le dédain, se sont relevés 
saignants pour jeter le défi au puissant, qui pourrait con- 
damner cette exaltationt De telles luttes, commencées au nom 
de tous les droits brutalement foulés, ne sont-elles pas saintes 
par leur origine, grandes par leur but, immenses par leur 
audace? Et comment s'étonner alors de ces révoltes, de ces 
insurrections qui semblent devenues le patrimoine des géné« 



DE LA nÛYOLUTION POLONAISE. 229 

rations nouYelles^ et qui^ appliquant aux gouvernements les 
maximes qui ont basé leur conduite, semblent vouloir faire 
remonter jusqu'à eux la responsabilité de ces crimes. Quand 
la mer en furie engloutit matelots et vaisseau, ce n'est pas 
elle qu'il faut accuser, mais le vent de la tempête qui a sou- 
levé ses vagues et eutr'ouvert ses abîmes. 

On a déjà pu voir le singulier rôle que jouait TÂutriche 
dans cette spoliation de la Pologne. Elle laissait la Russie et 
la Prusse engager Taction, semblant dire aux Polonais s 
a Soyez vainqueurs, ou vous m'aurez pour ennemi, d Puis, 
si la fortune se déclarait contre eux, elle s'avançait bravement 
pour leur porter le dernier coup, et disait à la Russie et à la 
Prusse : « Je veux ma part. » Ce rôle avait le double avantage 
de ménager ses armées et de laisser aux deux autres puis- 
sances tout Todieux de cette grande iniquité. Après la perle 
de la bataille de iMaciejowice, le Cabinet de Vienne ne se dé- 
partit pas de cette politique, et les généreux défenseurs de la 
Pologne, écrasés déjà par les forces de la Russie et de la 
Prusse, virent les troupes autrichiennes entrer sur le terri* 
toire de la république, et venir réclamer une part de dé* 
pouilles. La Pologne» hors d'état, désormais, d'opposer d'autre 
résistance que celle du désespoir, était dans la situation d'une 
victime condamnée qui lutte une dernière fois pour échapper 
aux bourreaux acharnés contre elle. 

En proie aux factions de l'intérieur: faction royaliste, qui, 
par intérêt et sympathie» secondait les étrangers; faction 
exaltée, qui, en dehors de toutes considérations personnelles, 
croyait ne pouvoir relever que par des mesures acerbes, 
l'énergie d'une nation amollie et dégradée ; faction modérée, i 
qui prenait, pour l'eifet de la raison et de l'humanité, ce qui 
n'était que celui de la faiblesse de caractère ; un trésor vide ; 
une armée désorganisée, commandée par des généraux op* 



230 HISTOIRE 

posés de sentiments et d'inclinations, n'ayant plas confiance 
en elle-même depuis qu^elle avait perdu un chef adoré; une 
famine imminente ; une noblesse turbulente et égoïste, qui 
voulait de la liberté sans renoncer à aucun de ses droits féo- 
daux , qui voulait de l'indépendance sans rien changer i 
ses formes oppressives de caste ; une population sans énergie, 
qui pleurait quand il fallait agir ; partout de la mauvaise vo- 
lonté, de la consternation , du découragement ; trois armées 
ennemies au cœur de la république, hâtives de s'emparer de 
ce qu^elles s'étaient adjugé, comme ces voraces oiseaux de 
proie qui n'attendent pas la mort de leur victime pour la 
déchiqueter par lambeaux : tel était le tableau que présentait 
la Pologne après la journée de Maciejowice. 

Des trois factions qui divisaient alors la Pologne, les exaltés, 
les royalistes, les modérés, une seule, celle des exaltés, pou- 
vait conjurer les nouveaux désastres qui menaçaient ce mal- 
heureux pays. Elle avait pour chef Kolontay, qui, décidée 
lutter jusqu'au bout, et espérant encore quand il n'y avait 
réellement plus d'espoir, convoqua le conseil et entreprit de 
relever le courage de ses concitoyens. 

Ce que proposait Kolontay n'était pas facile. Le peuple, 
comme l'armée, avait eu jusqu'alors plus de confiance en 
Kosciuszko qu'en lui-même. Ce chef-général, soit par ses ta- 
lents militaires, soit par ses vertus patriotiques, avait telle- 
ment résumé la cause révolutionnarre, que, sans lui, cette 
cause perdait et son prestige et sa force. Il existait, en outre, 
en Pologne, comme on vient de le voir, divers partis qu'il 
n'était rien moins que facile de concilier, et ces diverses 
• nuances de patriotes ou prétendus tels n'étaient pas prêtes è: ^ 
{ ïl'accorder sur le choix d'un chef. Cependant, Kolontay ayant i 
' proposé le général Wawrzecki pour remplacer Kosciuszko, ce 
choix parut réunir les esprits. 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE, t 231 

En effets Wawrzecki joignait à beaucoup de vertus civiles 
un caractère mfile, beaucoup de fermeté judicieuse, une 
grande popularité et une défiance de lui-même, assez mo- 
deste pour ne pas porter ombrage aux ambitions qui aspi- 
raient à la succession dé Kosciuszko. Puis, Wawrzecki ne 
8*étanl jamais déclaré pour aucun parti, chacun se flattait de 
Taitirer dans le sien. Sa nomination n'éprouva pas de con« 
tradiction. 

Il n'en fut pas de même de la nomination d'un conseil de 
guerre chargé de régler les opérations de la campagne. Le 
parti de Stanislas trouva moyen de s^y faire représenter en 
miyorité telle, que Zajonczek, à qui on avait laissé la conduite 
générale de Tarmée jusqu'à l'arrivée de Wawrzecki, refusa de 
siéger dans un conseil ainsi composé. Cet éclat d'un homme 
si haut placé alors pouvait être d'autant plus fâcheux, que les 
esprits, déjà aigris par le malheur, n'étaient que trop portes à 
en accuser les royalistes, et qu'il était dangereux d'éveiller 
l'attention du peuple sur les manœuvres de ce parti. Les pre- 
miers choix furent révoqués, et le conseil suprême nomma 
d'autres membres dont le patriotisme était à l'abri de tout 
soupçon. 

Pour sortir d'une situation aussi critique, les Polonais 
avaient besoin d'un de ces grands élans d'enthousiasme et 
d'énergie, comme la France en avait donné l'exemple 
en 1793. Mais, à part un très-petit nombre de révolution-* 
naires, tels que Kolontay, Zajonczek et quelques autres, les 
révolutionnaires de ce pays n'étaient pas à la hauteur de leur 
œuvre, et ils voulaient plutôt une révolution, pour se sous- 5 
traire à la tutelle des étrangers, que pour rien changer à leur ^ 
constitution sociale. Ainsi, par exemple, les nobles, les plus'i 
oppresseurs des nobles du continent, voulaient bien, en 
grande partie, assurer Tindépendanco nationale, mais ne 



232 , HISTOIRE 

Toulaient rien abandonner de leurs droits oppressifs sur les 
paysans' polonsiis. Les paysans, de leur c&té^ qui voyaient ce^ 
mauvais vouloir^ et qui^ maîtres - poQr maf très, ne tenaient 
paç plus Q un seigneur polonais qir'à un russe ou à un prns* 
sj&n, ne prôtiàVent pdrl à la Itrtle que par force^ et voyaient 
indifférethm'ent un ennemi dans tous. Tant que Kosciuszko 
avait élé « letartête, la conflanceîiislinclîve qu'il avait su 
inspirer, bien plus que Tenlhousiasme pour la patrie, avait 
ténhi autèiir de lui les espri^is ^e l'arniéô et des classes po- 
pulaires. La niajèure partie de la nation n'avait eu d\iutre 
motif, pour rééouter etiei suivre, que l'exemple et un senti- 
ment très-pëu défini de dignité nationale froissée ctiez les' 
l^oblesy de dignité humaine écrasée, chez les paysans. Un' 
mouvement révolutionnaire aussi vague devait forcément 
^arrêter avec FhCmme qui lui avait donné l'impulsion. 

< C'est ce. qui eût lieu. Dès la période Kosciuszko, rien ne 
put ranimer et «outenit le courage des Polonais ; ils étaient 
tolalèmeni décc»ufagës, abattus ; il n^y avait nulle part ni es- 
pbir, ni énergie, et bien plus, ni esprit âe patriotisme. Ce* 
peuple, qui avail ^ariil quelque chose îsous Kosciuszko, cessa 
d'élre avec lui, et à la valeur qu'il avait montrée, succéda 
iitaie incroyable pusillanimité. Pour surcroît ile malheur, la 
faction royaliste leva fièrement la tdte, accapara insensible- 
ment totis les ser'^icés, et lèS insurges; contrariés en tout et' 
pdur tout, thaï Seèôndés,' mal obéis, n^eurent plus qu'a cour* ' 
bèr la tête devant le sort qui les attendait, line cabale àuda- 
cteuse, compôlséè, âti reste, de gens de tous les partis, et gé^ 
néralement mus par ce sentiment d'égoïsme qui a perdu la 
Pologne, allait entraver toutes les opérations, paralyser tou- 
tes le^ mesurés. • 

'Cependant Wavrrzecki, qui, au moment de sa nomination 
au titre de chef-général, se trouvait en Litbuanie, était ar- 







V 



■>« 



DE lA RÉV0LCTI02I POLONAISE. it.33 

rivé dans les premiers jours d'octobre 1795. Il n'accepta rem- 
ploi dont on l'avait revêtu que dans la crainte qu'une nouvelle 
élection n'augmentât le désordre, et s'y soumit en véritable 
Tictime. Pour éviter à la ville de Varsovie un bombardement 
certain^ on travailla activement aux retranchements du fau- 
bourg de Praga ; mais des revers successifs vinrent se joindre 
encore à la disette qui commençait d'affamer la ville. Ponia- 
towski» qui, pour faciliter l'enti'ée des vivres et ranimer la 
courage des Polonais, avait reçu l'ordre de forcer le poste de 
Kamionna, occupé par les Prussiens, fut battu et perdit beau- 
coup des siens. Mokronowski^ attaqué par les Russes, à Ko- 
bylka, à trois lieues de Varsovie^ avait été mis en dérouta 
complète, avait perdu la moitié de sa division^ son artillerie^ 
et ses bagages. Ces deux échecs achevèrent tellement de gla- 
cer d'épouvante tous les cœurs de l'armée, que ceux mêmes 
des officiers qui avaient autrefois montré le plus d'audace, 
frouvèitent la résistance impossible ; le dégoût devint géné- 
ral, la méûauce s'empara de toutes les âmes, et les plus con- 
fiants ne purent plus même espérer de tirer parti de ces es- 
prits consternés. 

a La prospérité, dit à ce «ujet l'auteur anonyme de la 
Révolution de Pologne de 1794, qui cache la lâcheté, dé^ 
robe au courage la moitié de sa gloire. C'est l'adversité seule 
qui peut déployer, dans tout leur lustre, des caractères mâles 
et fermes. Mais des caractères de cette trempe étaient rares 
en Pologne. Vainement les officiers pratriotes couraient de 
rang eu rang consoler les soldats, répétant que rien n'était 
désespéré, que d'autres armées avaient échappé à de plus 
grands dangers, qu'il ne fallait pas s'affliger sans mesure des 
' maux accidentels, qu'un coup de fortune pouvait relever ce 
qu'un coup de fortune avait rabaissé, et qu'une énergique 
résistance pouvait réparer bien des désastres. Tous ces dis- 

30 



2Zi HISTOIRE 

cours étaient vains ; le soldat les écoutait^ et^ à la seule ?ue 
derennemi, jetait les armes et s'enfuyait sans combattre, d 

Bientôt la famine jeta dans les rues de Yarsovie une popu- 
lation hâve et affamée^ demandant à grands cris du pain. Les 
distributions publiques sufflrent pendant quelques jours pour 
conjurer une parlie des maux de cet impitoyable fléau; mais 
bientôt elle devinrent insuffisantes, et^ au moment où Ton 
avait le plus grand besoin de troupes, on fut obligé d^envoyer 
dans la Grande-Pologne celles qui^ sous les ordres de Gie- 
droye, arrivaient de la Lithuanien et qu'on était hors d^état 
de nourrir. Il résulta delà que les retranchements de Praga, 
qu'on avait étendus pour couvrir la ville et qui auraient exigé 
trente mille hommes au moins pour les défendre^ ne furent 
garnis que de dix mille hommes^ huit mille d'infanterie 
échappés aux récents désastres et aux avant-postes, deux 
mille chevaux tombant de lassitude et d^inanition. Au défaut 
de soldats, on comptait sur les bourgeois de Varsovie, comme 
lors du siège des Prussiens. Hais les temps étaient changés; 
la défiance et le découragement avaient succédé à Fenthou- 
siasmeet à l'espoir, Kosciuszko n'était plus là pour redonner 
une âme à cette population qui en manquait alors totale- 
ment. 

A cette époque, dans une circonstance incontestablement 
la plus critique où puisse se trouver une ville, il se passa à 
Varso\îe un fait que l'hisioire doit consigner. Le 15 octobre, 
anniversaire de la fêle de Kosciuszko, assaillis par la famine^ 
prêts à être assiégés par deux armées, n'ayant pour les défendre 
que des troupes découragées et insuffisantes, en proie à toutes 
les inquiétudes des maux du présent et à celles des désastret 
plus grands encore que pouvait leur réserver l'avenir, les ha- 
bitants célébrèrent, par une grande illumination, la fête du 
grand citoyen dont ils déploraient la perte : action touchante 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE. 233 

et rare» où l'on voit un peuple entier rendre justice à son 
chef Taincu et malheureux. 

Cependant^ malgré le peu de chances de succès que pouvait 
offrir la défense de Varsovie^ dernière ressource des patriotes^ 
on continuait à hâter les retranchements du faubourg de 
Pragaelàélever des fortifications^ comme si la démoralisation 
de Tarmée et le découragement des habitants ne devaient pas 
les rendre d'avance inutiles. Dans celte circonstance critique^ 
le conseil de guerre fut convoqué extraordinairement. Plu- 
sieurs avis vigoureux furent émis, celui entre autres de ras- 
sembler toutes les forces disponibles sous Praga et de tenter 
un combat général hors des retranchements. Les Polonais 
pouvaient alors, en moins de trois jours, réunir une armée 
de vingt-six mille hommes» et, laissant un corps de trois 
mille hommes pour observer les Prussiens et masquer Topé* 
ration, ranimer par une victoire le courage des esprits abattus^ 
raviver les divers foyers d'insurrection, soit en Lithuanien 
soit dans la Grande-Pologne, et changer totalement la face des 
afEaires. 

Ce projet, si le succès en eût couronné Texécution, eût pu, 
en effet» imprimer au mouvement révolutionnaire un élan 
plus prononcé, plue décisif, et dont il eût été difficile de cal- 
culer les suites; mais il ne. fut pas goûté. Les raisons qu'on 
objecta ne manquaient pas de solidité ; mais elles étaient 
toutes empreintes de cet esprit méticuleux qui, aux époques 
de révolution, ne peut produire rien de spontané , . rien 
de grand. « Les troupes polonaises , disait-on , nouvel* 
lement levées, affaiblies par une suite de travaux et de fati- 
gues qui duraient depuis huit mois, découragées par des dé- 
faites réitérées et mourant de. faim, ne pouvaient se mesurer 
en bataille rangée contre quarante mille vétérans russes. 
Si Tennemi prenait le parti d'éviter Taction pendant 



£36 HISTOIRB 

quelques jours seulement^ la famine anéantirait Tarmée. Dès 
que les Prussiens seraient instruits de ce mouyement des in« 
surgés, ils ne manqueraient pas de marcher sur Varsovie, et 
Ton aurait alors devant la ville deux armées au lieu d'une^ 
Un retard de quinze jours seulement de la part des Russes 
pouvait mettre les fortifications de Praga à Tabri d'un coup 
de main, et les approches de Tbiver ne permettraient pas à 
Tennemi d'en commencer le siège. Enfin, le gain d^une 
bataille contre les Russes rendrait les insurgés tout au plus 
maîtres du pays qui se trouve entre la Vistule et le Bug : mais 
Tennemi resterait toujours maître de les arrêter sur les 
bords de ce dernier fleuve. » 

Telles furent les raisonsqui prévalurent en cette circons* 
tance. Dictées par la prudence, au moment où une téméraire 
audace pouvait seule conjurer une catastrophe imminente^ 
elles ne firent que la hftter. 

En effet, la situation des Polonais devenait de plus en plus 
critique. D'un côté, trente mille Prussiens étaient à vingt 
lieues de Varsovie ; de Tautre, quarante mille Russes mar« 
chaieut sur cette capitale. Les Prussiens, comme les Russes, 
avaient déclaré que Tarmée polonaise ne pouvait compter sur 
aucune capitulation. Cette déclaration barbare, qui, dans cette 
guerre, n'était qu'un acte de même nature que tous les autres 
actes de la Russie et de la Prusse, aurait dû pousser Ténergie 
jusqu'à l'héroïsme, et n'amena que défiance et découragement. 
Le parti royaliste, le roi Stanislas en tête , déployait toutes les 
ressources du machiavélisme le plus subtil ()our propager ces 
deux derniers sentiments, et un bruit, qui malheureusement 
courut alors, contribua puissamment à les accroître. On pré- 
tendit que, dans un accès de frénétique patriotisme, désespé- " 
rés de voir le découragement devenu général, les patriotes 
exaltés avaient formé le projet d'entraîner Tarmée et les liabi- 



DK LA RÉVOLUTION POLONAISE. 237 

tants à de tels excès^ que tout le monde Tût réduit à la néces- 
sité de périr ou de vaincre. Il ne s'agissait de rien moins que 
d'égorger le roi, sa famille» 6es partisans et six mille prison* 
niers russes disséminés «prie sol polonais* Un tel égorgement 
ne laissant plus d'espoir ni de capitulation y ni de pardon^ les 
Iiabitants se seraient trouvés forcés de se défendre en déses- 
pérés. Kolontay et Zajonczek étaient accnsés d'être les moteurs 
de ce projet. Mais, pour Texécuter^ il fallait plus que de Tau- 
dace >,il fallait une frénésie de patriotisme dont nous n'avons 
pas à discuter ici la moralité ou l'opportunité, et qui, d<)ns 
cette révolution de 1795, ne s'est révélée dans aucun parti en 
Pologne, 

Le 2 novembre, les Russes parurent devant Praga; ils 
étaient commandés par le général Suv^arow, que nos lecteurs 
connaissent déjà. Lenr nombre s'élevait à quarante mille 
hommes ; les Polonais n'avaient pas à leur en opposer plus de 
iringi-six mille. Prag^, un secoqd rang de redoutes avait été^ 
il est vrai) commencé derrière la première enceinte des retran- 
chements; les villages dont la proximité était dangereuse 
avaient été brûlés; une île de la Vlstule, dite l'ile de Saxe, et à 
laquelle appuyait la droite des Polonais, avait été fortifiée, 
ainsi qu'une seconde Ile sitttée à la gauche des retranche- 
ments^ et qui couvrait un nouveau pont qu'on avait Jeté sur la 
Vistule pour assurer la retraite. On organisa des réserves de 
bourgeois prêtes à agir en cas d'attaque. Enfin, on ne négligea 
rien pour assurer la défense ; seulement, comme nous Tavons 
dit, ces retranchements n'auraient pu être efficacement 
défendus que par des troupes plus nombreuses etsurtout plus 
aguerries que ceUes dont pouvaient disposer, à ce moment, 
les Polonais. 

En outre^ la saison était déjà rude. Le soldat n'avait ni 
paille, ni tente^ ni bois, ni pain ; des balaillons entiers étaient 



238 HISTOIBE 

sans chaussure et presque sans habits^ la plupart n'étaient 
armés que de faulx droites. Pour surcroît de malheur, le voi- 
sînage de Varsovie facilitant' aux soldais, ofDciers, généraux, 
les prétextes et les occasions de se transporter dans la ville, 
ils en revenaient toujours plus découragés ou plus défiants. , 
Zajonczek et Jasinski, commandants du camp de Praga, ne 
purent jamais parvenir à ranimer ces courages abattus. Il est 
vrai de dire que ces deux généraux, ardents et actifs patriotes^ 
n'avaient pas ces talents militaires éprouvés qui inspirent et, 
au besoin, commandent la confiance. Quant à Wavrrzeckî, le 
successeur de Kosciuszko, c'était un homme à qui on ne pou- 
vait refuser aucune des qualités d'un bon citoyen, excepté 
celles dont il aurait eu besoin an poste qu'il occupait dans une 
aussi critique circonstance, c'est-à-dire l'expérience de là 
guerre, la fermeté de caractère et l'énergie de pensée cfrd'exé- 
cution. 

On comprendra sans peine, après cela, comment le gros dé 
l'armée polonaise; quoique derrière de forts retranchements, 
fit à peine un simulacre de résistance, et abandonna, presque 
sans combattre, un camp retranché garni de cent pièces de 
canon et défendu par vingt-six mille hommes. Hâtons-nous 
de dire que, sur quelques points isolés, de faibles noyaux de 
courageux patriotes opposèrent une héroïque résistance et 
sacrifièrent presque tous leur vie à la défense de leur indépen- 
dance et de leur liberté. 

En arrivant devant Praga, le général Suwarow, réuni aux 
généraux Desferden et Fersen, fit élever une batterie de quinze 
pièces de gros calibre, qui tira sur les Polonais pendant toute 
la journée du 3 novembre. Le lendemain (4 novembre 1795), 
dès la pointe du jour, Tattaque commença; l'assaut fut 
ordonné, et Suwarow électrisa ses soldats par un de ces mots 
atroces qui lui étaient familiers. L'action s'engagea d'abord à 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE. 239 

la gauche des retranchements où commandait Jasinski ; mais 
les troupes ne tinrent nulle part. Découragées , mourant de 
faim^ agitées par Tintrigue qui répandait la consternation^ 
elles abandonnaient leurs postes et se sauvaient de toutes 
parts. Vainement les généraux Wawrxecki, Zajonczek, Jasinski, 
Grabowski essayèrent d^arrêter cette fuite générale; les deux 
derniers furent tués ; Zajonczek et Wawrzecki^ grièvement 
blessés^ ne quittèrent les retranchements que les derniers et 
au moment où les Russes s^approchaient du pont qui condui- 
sait à Varsovie. Des vingt-six mille hommes dont se compo- 
sait la garnison polonaise, douze mille périrent dans cette 
déroute, mille furent pris, plus de deux mille se noyèrent 
dans la Vistule. Par les ordres du sanguinaire Suvrarow, les 
Polonais, à Praga, Turent traités comme les Turcs Pavaient été 
à Ism#. Les habitants de ce faubourg, femmes, enfants, 
prêtres, tout fut impitoyablement tué. Pendant tout un jour, 
quand nulle part il n'y avait plus de combattants, on vit les 
soldats russesi ivres d'eau-de-vie, parcourir les rues, ayant en 
tête leur général, ivre comme eux, et massacrant tout ce qui 
s'offrait à leur vue. Quinze mille victimes innocentes, sur les- 
quelles on comptait plus de neuf mille femmes ou enfants, 
tombèrent, danscette journée, sous le fer de ces égorgeurs. 

Ce massacre effrayant, dont l'histoire moderne offre peu 
d'exemples, jeta la consternation dans Varsovie, qui capitula 
le lendemain. 

t Le chef général Wanrrzecki prit, avec les débris de ses 
Iroupes, la route de la Grand&-PolQgne pour aller joindre l0( 
corps de Giedroye, qui agissait contre les Prussiens. Le roi lit^ 
semblant un moment de vouloir le suivre; mais des bour- 
geois, appostés exprès, le supplièrent de ne pas abandonner la 
ville. Ce petit acte de comédie, arrangé à l'avance, clôtura 
dignement le rôle de ce roi pusillanime dans ce mouvement 



210 HisTomE 

iDsurrectioDtiel de 1795^ qui avait pour principal mobile un 
! des désirs les plus légitimes qai puissent mettre à un peuple 
! les armes à la main , celui d'affranchir leur patrie du Joug* 
■ étranger. Du reste, Catherine ne tint pas même compté à Sta- 
nislas de son hypocrisie. Le 25 novembre 1795, elle le força à 
signer son abdication. Il mourut trois ans après. 

Ce dernier effort da général Wawrzecki trouva, parmi les 
généraux, peu dMmîlatenrs. Poniatowski, Michel Wielhorskî, 
Mokronov\rski, dont les corps s'étaient débandés, se rendirent 
aux Russes. Gicdroye et Nicsiolowski seals parurent vouloir 
partager jusqu'au dernier moment le sort et les sentiments 
du chef général Wavrrzecki ; mais à peine ce dernier fut-il 
arrivé dans le palatinat de Sandomîr,que les soldats murmu- 
rèrent hautement contre lui. Les fourrages et les vivres man- 
quant totalement, ils eurent Finjusticé de lui iiti[4iler les 
maux qu'ils éprouvaient. Secouant peu après le reste de sur- 
bordination qui régnait encore au milieu de la misère, de la 
famine et du désordre, une révolte éclata parmi la cavalerie 
nationale, qui força Wawrzecki à mettre bas les armes devant 
le général russe Denisow et à se rendre prisonnier. 

Deux actes restaient encore à ce grand drame de la révolu* 
lion polonaise de 1795 : la famine générale, qui désola tout le 
pays par suite de la manière sauvage dont les Russes faisaient 
la guerre, brûlant et détruisant tout; ensuite les arrestations^ 
les confiscations, les vengeances, les assassinats, les massacres 
que, du fond de son palais de Saint-Pétersbourg, ordonnait 
froidement Catherine pour punir un peuple d'avoir voulu 
exister. 

Ces deux actes curent leur cours, aussi terribles et aussi 
effrayants que tous ceux du même genro que nous avons eu 
à constater pendant le cours de ce douloureux drame. 

Ainsi flnitcetle malheureuse insurrection polonaise de t793« 



DE LA BÂYOJLimOIf POLONAISE. 24! 

Uo nMHivement réTolotioDiniire^ poar réussir, a besoin, avant 
tout» â'un6 certaine matante des esprits, qui n^existait pas en 
Pologne. Ce n'est pas tout de vouloir un résultat, il faut encore 
le comprendre ; or, ni les classes nobles ni les classes labo- 
rieuses ne le comprenaient. Les nobles avaient pris les armes 
pour rindépendance de leur pays, les paysans pour une vague 
promesse de liberté dont la réalisation était toujours ajournée. 
Il ne pouvait y avoir, dès lors, ni chez les uns, ni chez les 
autres, cet ardent esprit de patriotisme qui veut à la fois et 
par tous les moyens, l'indépendance du sol et la liberté des 
masses : d^où il résulte que cette révolution ne fut, d'un bout 
à rauti'e, qu'un malent^du, et que, ce qui seul aurait pu en 
faire la force, les masses populaires restèrent, en quelque 
sorte, spectatrices de la lutte. Cependant, comme toutes les 
classes%^aient Tinstinct de ce qui manquait à cette sociabilité 
polonaise, il est probable que, si Thomme en qui se résumait 
toutes les espérances, Kosciuszko, eût eu un de ces caractères 
forts qui, par des secousses vives et réitérées, hâtent la marche 
des idées, ir est probable, disons-nous, que ce mouvement 
révolutionnaire eût eu une tout autre portée. Hais Kosciiiszko, 
dont les vertus et les qualités incontestables avaient cette 
teinte de faiblesse presque générale dans le caractère polonais, 
était rhomme d^une révolution opérée depuis longtemps dans 
las esprits, mais n^était nullement Fhomme d'une révolution 
ob il fallait, avant tout, animer l'argile populaire, et lui créer 
une âme. 

Tous ses efforts vinrent se briser contre cet écueil. 

Si ensuite nous résumons cette révolution dans ses faits gé- 
néraux, nous voyons, d'une part, un peuple, mu en apparence 
par le seul instinct du patriotisme, se lever, non pour con- 
quérirdes droits,mais pour revendiquer une simple existence 
nationale ; de I^iulre, deux souverains esclaves des passions 

31 



242 HiSTons 

les plus Tiles, cherchant une distraction dans la douloureuse 
agonie d'un peuple dont ils enviaient les dépouilles. Pendant 
que^ dans ce peuple poussé au désespoir, se révélait^ par in- 
tervalle, quelques grandes choses, dans ces gouvernements 
ivres de leur fausse gloire, tout était mesquin, sauf, cepen- 
dant, les massacres et les égorgements exécutés sur une grande 
échelle. Le résultat répondit à leurs vœux ; ils accrurent leur 
pays de quelques provinces. L'histoire sUnclina, comme 
toujours, devant ce résultat, et eut à peine quelques mots de 
blâme contre les iniquités qui Tavaient amené. Mais la main 
de Dieu, plus impitoyable, quoique souvent cachée , finit 
toujours par se montrer. Planant incessamment sur la téta 
des grands coupables, comme le tonnerre, elle passe sans les 
atteindre, ou les écrase, soit de leur vivant, soit dans leur pos- 
térité ; car si la Providence suspend parfois son bras,^le ne 
jâtourne pas les yeux. Et, tout récemment encore, n'a-t*on 
pas vu deux des spoliateurs ^hontes de la Pologne, trembler 
devant cette révolte de la Gallicie que nous aurons à relater. 
Celte terreur, c'est le remords qui suit le crime ; mais tant 
que la victime respire, la vengeance peut rendre le remords 
plus cuisant, et la Pologne vit encore ! Puis , fût«cUe morte 
sous les coups de tant d'iniquités, les résurrections des peuples 
ne sont plus, de notre temps, des miracles. 

Du reste, les deux principaux moteurs de cette spoliation 
de la Pologne ne jouirent pas longtemps du fruit de ce grand 
forfait. Le partage définitif fut arrangé en novembre 1795. 
Frédéric-Guillaume II mourut en 1797; quant à Catherine, 
elle mourut en 1796. Montée sur le trône en piétinant dans le 
sang de Pierre III, son mari, elle descendit dans la tombe en 
piétinant dans celui d'un peuple dont elle emporta la malé- 
diction. On prétend que le jour où se consomma le partage 
déQnitif de la Pologne (novembre 1795), deux des victimes de 



DB LA KÉYOLUTION POLONAISE. 243 

ses fureurs^ condamnées à expier par la mort leur généreux 
courage^ la citèrent^ dans un moment de prophétique 
désespoir, à comparaître, dans Tan et jour, au tribunal 
suprême, et, dans le délai légal (novembre 17QC), Catherine 
se présenta à la barre de Péternité. Déjà auparavant, si Ton 
en croit une vieille chronique, les chevaliers du Temple» sur 
le bûcher, avaient mandé de même, à l'audience de Dieu, 
Philippe-le-Bel et Clément V, et ni ce roi ni ce pape n'avaient 
manqué à Tappel au jour fixé. Une autre chronique rapporte 
que Ferdinand IV, roi de Castille, cité aussi à comparaître, 
par deux gentilshommes qu'il avait fait mourir, expira juste 
au terme de l'assignation, d'où lui resta le terrible surnom 
sous lequel le connaît l'histoire, Ferdinand r Ajourné. 

De têts récits, sous quelque point de vue qu'on les considère, 
ne manquent ni de dignité ni de moralité. Les choses graves 
et tragiques sont du domaine de Thistoire, et ce serait mé- 
connaître sa mission que d'en écarter les faits qui, peignant 
ou des croyances accidentelles, ou une disposition momen- 
tanée des esprits, peuvent donner de salutaires leçons; ce 
serait accuser le ciel de rester sourd à la voix de l'innocence 
et du malheur, et douter que l'oppresseur et l'opprimé ne pa- 
raissent tôt ou tard aux pieds du même juge. 



2H HISTOIRE 



CHAPITRE IX 

1815-1830 



Négociations de la Sainte-Alliance relativement à la Pologne.— Jalousie 
des puissances entre elles. — Constitution promise, accordée, annulée. 

— Mort d'Alexandre. — Couronnement de Nicolas, roi de Pologne. — 
Griefs de la Pologne contre la Russie.— Le grand^dnc Constantin: 
son portrait , ses violences. — L*Ëglise grecque et le culte catholique. 

— La Pologne en 1830. — Session de la diète en juin 1850. — Projet 
de la loi sur le divorce. — Vœu de réunion des anciennes provinces 
incorporées à la Russie. — Le contre-coup de la révolution française 
de 1830 en Pologne. — Lettre du czar à Louis-Philippe. 



La Pologne arait été la première puissance sur laquelle 
avait réagi la Révolution française de 1789 ; elle fut aussi 
une des premières sur laquelle réagit la Révolution de 1830. 
Nous avons laissé ce malheureux pays démembré et opprimé 
par suite d'un des plus impudents brigandages dont les 
annales des nations aient conservé le souvenir. Si la Pologne 
n'était pas encore effacée de la carte d'Europe^ elle n'y exis- 
tait plus que nominalement. Les trois gouvernements spolia- 
teurs^ décidés à ne pas même lui laisser Pombre de vie, 
luttaient, dans leur rapace égoîsme, d'atrocités et de persévé- 
rance pour soutirer goutte à goutte le généreux sang qui ra- 
nimait. L'Autriche dressait les plans d'extermination partielle» 



DE LA lÉYOtUTION POLONAISE. 245 

la Russie exécutait^ la Prusse laissait faire. Les années qui 
suivirent le partage de 1793 ne furent que la douloureuse 
agonie d'un peuple assez malheureux pour avoir excité la 
convoitise de ses voisins. Nous ne les suivrons pas dans leurs 
ténébreuses machinations. 

Laissant de côté ces faits monstrueux, où trois grandes coq- 
ronnes laissèrent le peu de lustre que leur avait conservé le 
temps (1), nous passerons d'emblée à Tépoque où les victoires 
des Français ayant momentanément jeté une lueur d'espoir 
dans cette tombe non encore fermée, la Pologne, après la 
chute de Napoléon, retomba a la discrétion de ses barbares 
spoliateurs. 

Les rois assemblés étaient au congrès de Vienne. Chacun 
d^eux supputait avec une joie cupide ce qui allait lui revenir 
de cette curée de peuples et de royaumes, dont la chute de 
TEmpire leur permettait de disposer. Des loups-^erviers se 
disputant des proies ne sont ni plus rapaces, ni plus pressés 
de s'adjuger les plus belles et les meilleures. L'empereur 
Alexandre, qui s'était destiné la Pologne^ et qui craignait que 
ses alliés ne se récriassent contre cette part de lion, invita les 
Polonais a se préparer à défendre par les armes la liberté 
qu'il leur promettait. La guerre semblait prête à se rallumer 
entre les vainqueurs, partagés en deux camps : d'une part 
étaient la Rusâe et la Prusse, qui s'entendaient pour s'agran- 
dir ; de Tautre, TAutriche, la France et l'Angleterre^ qui ten- 
daient à restreindre ces augmentations. Le 6 janvier 1815, 
ces trois dernières puissances condurent un traité tout 

(1) A propos da premier partage de la Pologne, Marie-ThMse 
disait s « Je sais que c'est une tache à mon nom et à ma eoaronne, 
• mais J'ai eu la main forcée. » Ses successeurs n'ont pas craint d'im- 
primer quatre nouvelles taches au nom et à la couronne de la maison 
de Lorraine. 



246 HISTOIRE 

exprès, connu sous le nom de Triple alliance de Vienne, afin 
de se garantir mutuellement dans leurs possessions contre 
l'opposition des deux autres Cabinets. Mais^ comme il n'é- 
tait pas alors au pouvoir de ces puissances d'ôter la Polo- 
gne à l'empereur de Russie^ on finit par s'accorder à regarder 
la liberté de ce pays^ à défaut de barrières naturelles, comme 
le seul fondement de la sécurité commune. Alexandre renou- 
Tela sa promesse de donner une patrie et une constitution aux 
Polonais. 

En se reportant à la marche des négociations à ce sujet, on 
trouve qu'il y avait trois états possibles pour l'ancienne Polo- 
gne conquise par la Russie : elle pouvait rester une de ses 
provinces fondues dans le grand empire ; redeveqir et former 
à coté de la Russie un autre royaume gouverné par Tempe- 
reur; ou enfin ressusciter comme nation indépendante. 
L'empereur Alexandre s'était arrêté au second de ces plans, 
sans s'expliquer sur l'organisation intérieure du nouvel Etat. 
U avait parlé aux Polonais de <c régénération de leur patrie, 
d'accomplissement des promesses que Napoléon s'était borné 
i leur faire espérer. » Toutes ces promessesi qui remontaient 
à la grande guerre contre la France, et qui n'avaient été 
faites que pour paralyser tout effort des Polonais sur les der- 
rières de Tarmée alliée, avaient non-seulement gagné à 
Alexandre la confiance de la noblesse polonaise, mais lui 
avaient encore facilité la conquête du duché de Varsovie, qui 
attendait de lui sa nationalité. 

La possibilité d'une réunion de la Pologne à la Russie, sous 
une dynastie russe, avait, nous l'avons dit, effrayé les autres 
Cabinets, qui, par cet agrandissement d'une puissance si co- 
lossale déjà, voyaient une grave atteinte à l'équilibre euro- 
péen. L'Angleterre surtout, par l'organe de lord Castlereagh, 
8*éleva avec force contre le projet de ce formidale accroisse- 



DB LA RÉVOLUTION POLONAISS. 247 

ment. L'emperear Alexandre s'était alors fondée pour motiver 
la réunion de la Pologne à ses Etats, € sur la promesse qu'il 
avait faite naguère aux Polonais de régénérer leur patrie. r> 
Ayant annoncé en outre qu'il n'entendait pas renoncer à ré* 
gner sur la Pologne, le plénipotentiaire anglais répondit: 
a que Sa Hi^esté Impériale pouvait aisément délier sa con- 
science au sujet de ses promesses à Fégard de la Pologne, en 
refaisant de ce pays une nation libre en possession de sa pro- 
pre souveraineté ; noble entreprise à laquelle PEurope s'em- 
presserait d'applaudir. » L'empereur russe renouvela alors sa 
promesse € de rendre à la Pologne une existence politique et 
un gouvernement particulier, afln de détruire par là tout 
motif d'inquiétude pour les autres puissances. » 

Cette garantie, plus rassurante pour les puissances que 
l'incorporation pure et simple de la Pologne à la Russie, 
parut les satisfaire momentanément, et le 10 décembre MH 
le prince de lietternicb, dans une note adressée au prince de 
Hardenbergy ministre plénipotentiaire de Prusse, appuyait cet 
arrangement. 

Hoins d'un mois après, le 12 janvier 1815, lord Gastlereagh 
déclarait, dans une note rendue publique peu d'années après» 
qu'il avait exprimé longtemps le vœu < de voir l'indépen- 
« dance du royaume de Pologne assurée sous une dynastie 
« distincte. » 

La France s'exprimait dans le même sens, et toutes les 
puissances paraissaient assez d'accord sur ce point, pour que 
le mot de constitution fût inséré, comme on le verra plus 
loin, en tète du traité de Vienne. 

- Cependant l'Autriche, qui, comme toujours, jouait dans 

cette affaire un double jeu, se trouva dotée à sa convenance, 

lorsque fut fixé le destin de la Pologne. Trois traités détermi- 

^ nèrent les bases de ce nouveau partage ; l'un entre la Russie 



248 HISTOIRE 

et TAutriche^ l'autre entre la Russie et la Prusse ; le troi- 
sième^ du 3 mai 1815, entre la Russie, TAutriche et la Prusse. 
Enfin, après bien des négociations, il fut définitiYement statué 
sur le sort de la Pologne, par Tacte du congrès de Vienne^ du 
9 juin 1815. 

Par Tarticle 1*', le duché de Varsovie était rangé soosia 
domination russe. L'empereur de Russie se réservait de 
prendre le titre de roi dans scm duché, de donner à ce duché 
ime administration distincte, et Textensioa intérieure qui hii 
plairait ; faisant entendre par là» que la Pologne et la Russie 
formeraient deux Etats dont chacun l'aurait pour souverain^ 
et que, plus tard, il pourrait renforcer le royanme polonais 
avec quelques lambeaux de la Lithuanie, province jointe h 
Tempire depuis le démembrement précédent 

Le second article désignait la part qui reviendrait à la 
Prusse, soufl le nom de duché de Posnanie ou de Posen. 

L'article 3 assurait à TAutricbe la rétrocession de la part de 
la Galllcie orientale, qui» en 1809, avait été se joindre aux 
possessions de l'empereur de Russie. 

Gracovie, avec son territoire, était érigée en cité libre et 
ndépendante à perpétuité, aoos la protection des trois piuls- 
sances, qui « s'engageaient à un respect perpétuel de Tinvio- 
labilité de son territoire. » Le sol de cette république était 
déclaré sacré à toute force armée. Cette constitution libre de 
Gracovie, œuvre des troi» monarques, à. cAté de la PdogÉe 
laissée pour morte, ressemblait à un autel expiatoire. Cet 
autel lui-même n'allait pas tarder à être renversé 1 

Néanmoins, conformément aux vœux exprimés par l'An» 
gleterre, les trois spoliateurs conviennent ensend>le d'accdr- 
der, chacun de leur c6té, aux Polonais qui leur sont échos, 
nne représentation et des institutions nationales. Le deuxième 
paragraphe de Farticle l" était ainsi conçu ; « Les Polonais, 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISB. 249 

c sujets respectifs de la Russie, de la Prusse et de PAutriehe, 
(T obtiendront une représentation et des institutions natio- 
« nales, réglées d'après la mode d'existence politique que 
€ chacun des gouTemements auxquels ils appartiennent Ju- 
a géra utile et convenable de leur accorder. » 

En môme temps, pour donner aux Polonais un avant-goût 
de ce qu'on leur promettait, l'empereur Alexandre leur 
adressa une proclamation ou on lisait : 

« .... Une constitution appropriée aux besoins des localités 
« et à votre caractère ; Tusage de votre langue conservé dans 
« les actes publics, les fonctions et les emplois accordés aux 
« seuls Polonais ; la liberté du commerce et de la navigation, 
ce la facilité des communications avec la partie de Pancienne 
« Pologne qui restait sous un autre pouvoir ; votre armée 
c nationale ; tous les moyens garantis pour perfectionner vos 
« lois; la libre circulation des lumières dans votre pays^ tels 
« sont les avantages dont vous jouirez sous notre domination 
c et sous celle de nos successeurs. » 

De si solennelles promesses rendirent aux Polonais moins 
pénible le coup qui les frappait, et Tempereur Alexandre, qui, 
à part quelques faiUesses et quelques ridicules, avait une cer- 
taine noblesse, se hâta de dégager sa parole. Le 27 novem- 
bre 1815, il accorda à la Pologne la constitution promise. 

Par cette constitution, réunie à l'empire de Russie, et 
placée sous son sceptre, la Pologne avait une diète nationale 
composée da souverain, d'un sénat, et d'une chambre des 
nonces. Les sénateurs était nommés à vie par le roi. Pour être 
élus, ilsdevaient avoir atteint rflge de trente-cinq ans révolus, 
et payer une contribution annuelle de 2,000 florins. Le nombre 
des sénateurs ne pouvait dépassersoixante-quatre. Les nonces 
étaient élus par les assemblées communales : tout proprié* 
taire non noble soumise un impôt quelconque, tout chef d'à* 

32 



230 HUTOIHE 

telier, fabricant, marchand, possédant une valeur de 10,000 flo- 
rins ; tout instituteur, tout artiste de talent, faisaient partie 
de droit de ces assemblées* Pour être membre de la deuxième 
chambre, il fallait compter une contribution de 100 florins; ; 
le nombre des membres était fixé au double de celui des \ 
sénateurs, à cent vingt-huit; savoir : soixante-dix-sept nonces 
nommés par les assemblées des nobles, et cinquante et un 
nommés par les assemblées communales. Cette chambre était 
renouvelable par tiers tous les deux ans. La diète entière 
de la représentation nationale, s'assemblait, sur la convo- 
cation du roi, de deux années en deux années. Sa session 
durait deux mois. Enfin, les juges étaient inamovibles et à 
vie, et les Polonais seuls étaient aptes aux emplois civik et 
militaires. Aucune disposition formelle ne garantissait la 
liberté de la presse et la responsabilité ministérielle. 

Le 27 mars 1818, la diète polonaise s'assembla pour la 
première fois à Varsovie, sous la présidence de Tempereur 
Alexandre. Dans le discours d'ouverture où ce monarque se 
prodiguait des éloges sur sa générosité, ainsi que sur les avan- 
tages de la constitution qu'il avait donnée à ses sujets de 
Pologne) il termina en disant : « Votre restauration est 
c( définie par des traités solennels; elle est sanctionnée par 
a la Charte constitutionnelle. LHfwiolabilité de cea enga- 
a gements extérieurs eide cette loi fondamentale assurent dé* 
« sormais à la Pologne un rang honorable parmi les nations. » 

Le ministre de Tintérieur rendit compte ensuite, au nom 
du souverain, de rorganisation du clergé catholique, de l'a- 
doption d'un système d'instruction publique qui devait 
activer la propagation des lumières dans toutes les classes, et 
enfin des établissements judiciaires et militaires qui, par les 
lois et les armes, devaient assurer la vie nationale de la 
Pologne. 



D£ LA RÉVOLUTION POLONAISE. 251 

Ce que Ton concédait aux Polonais ne servait qu'à leur 
laire désirer avec plus d'ardeur ce qu'on leur refusait. Âussi^ 
de tous les points du royaume^ arrivaient à la diète des pétitions 
\ réclamant l'organisation du jury^ la liberté de la presse, et 
'surtout la responsabilité des ministres contre-signant les dé- 
crets du roi. Tout cela était réclamé comme complément 
indispensable à la charte constitutionnelle^ et par respect pour 
cette même charte. Mais toutes ces justes réclamations furent 
écartées par la clôture de la session^ qui au lieu de trois mois 
n'en dura qu'un. 

Déjà celte ombre de constitution embarrassait l'Autriche et 
la Prusse. Ces deux puissances^ qui, aux termes du traité de 
Vienne, s'étaientengagées à donner aux portionsde la Pologne 
qui leur étaient échues une représentation et des institutions 
nationales, fondées sur des bases sinon exactement sem- 
blables à celles de la coDstitution que l'empereur Alexandre 
avait donnée au duché de Varsovie^ du moins plus libérales 
que ce régime de la conquête qu'on voulait éterniser; ces 
deux puissances^ disons-nous^ se trouvaient déjà gênées par 
les stipulations d'un traité qu'elles n'avaient jamais eu l'in- 
tention d'observer. 

Déjà avait percé la légitime impatience de quelques pro- 
vinces allemandes^ à qui l'on avait solennellement promis^ en 
1815, des constitutions représentatives, et- qui s'étaient ha- 
sardées à réveiller l'inertie du roi de Prusse par des requêtes 
et des adresses. Effarouché de la mémoire de ses sujets^ le 
souverain avait répondu : «Quel'époque où seraient accordées 
des constitutions d'État n'ayant pas été fixée, le souverain 
seul était juge dé l'opportunité de cette concession, et que 
témoigner la crainte que le roi n'oubliât ses engagements, 
c'était s'oublier envers lui. » 
C'était dire aux réclamants qu'ils n'obtiendraient les insti- 



252 HISTOIRE 

tutioDs promises que quand ils seraient assez forts pour es 
arracher. Ce sans-façon avec lequel FAutriche et la Prusse 
traitaient les légitimes réclamations des provinces allemandeSt 
était pour les provinces polonaises un sûr indice qu'elles ne 
devaient pas s^attendre à plus de ménagement. 

En effets les deux Cabinets de Vienne et de Berlin n^avaieut 
pas oublié leurs promesses formelles d'accorder des consti- 
tutions; seulement ils voulaient qu'on les oubliât, ou tout au 
moins qu'on n'eût plus de motifs d'espoir. Pour cela, il ne 
fallait que faire changer d'avis l'empereur Alexandre, et 
l'amener à blâmer ce qu'il avait approuvé. Le caractère plus 
qu'indécis de ce prince, qui recevait aisément l'empreinte 
de toutes les mauvaises passions qui s'agitaient autour de lui, 
rendait cette tâche facile. M. de Hetternich fut chargé de Ten- 
doctriner, et il eut peu de peine à le ranger à ses vues: V\xn 
était la rouerie, Tastuce, la duplicité, la mauvaise foi incarnées; 
l'autre avait un fond de caractère chevaleresque qui, par cela 
seul qu'il s'enthousiasmait aisément, s'effrayait de même. Le 
souverain devait nécessairement être la dupe du diplomate : 
c'est ce qui arriva. Parde perfides insinuations,M.deMetternich 
lui répéta si souvent que la France était le foyer d'où s'était 
répandu sur toute l'Europe la flamme révolutionnaire, que 
la nature des inUtutions de ce pays commença d'abord par 
être importune à ses yeux, et ne tarda pas à paraître dan- 
gereuse. 

Ce changement dans les idées du souverain du Nord devint 
saillant après i£2Q, lorsque la Pologne, à la suite des révo- 
lutions qui avaient éclaté sur le continent, donna quelques 
signes d'espérance que les interprétateurs monarchiques tra- 
duisirent par indice de sédition. On était alors en plein 
régime de la Sainte-Alliance. Par un de ces aveuglements 
communs aux pouvoirs tyranniques àrapproehe de leur chute 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE. 253 

les monarchies absolues étaient entrées résolument en lutte 
contre les légitimités des nations^ pour ne deroir qu'à la force 
et à la violence une autorité et une puissance qu'il eût été , 
plus rationnel, et surtout plus sûr, de ne devoir qu'à la con- 
fiance et au respect. Alexandre, Tâme encore saisie de la 
chute immense de Napoléon, s'était d'abord regardé comme 
l'instrument de celui par qui régent les rois; il avait pris au 
sérieux le pontificat suprême de k civilisation^ dont l'avait 
bercé madame de Krudener. Mais les facultés bornées du 
prince n'avaient pas été à la hauteur d'une telle mission; une 
sorte de vertige s*était emparé de lui : ayant eu peur de ce 
qu'il avait rêvé, il avait résolument tourné contre les libertés 
des peuples une arme qu'il avait d'abord prise pour les 
proléger. 

La Pologne dut être naturellement la première à ressentir 
les atteintes de cette versatilité. En effet, à la suite de mille 
mesures restrictives ou vexatoires que nous ne relaterons 
même pas, mais toutes basées sur cette idée uniforme que 
c( les abstractions insensées de la philosophie moderne ne 
peuvent que porter le trouble dans tous les Etats, d toutes les 
sociétés secrètes qui là^, comme dans tous les pays opprimés, 
avaient pris, du reste, un grand accroissement, furent sup- 
primées. Alarmé de la tendance d'un pouvoir qui ne se don- 
nait plus la peine de masquer ses intentions et ses vues, le 
conseil de Varsovie voulut manifester quelques inquiétudes 
au sujet de la constitution ; mais, pour toute réponse, on l'en- 
gagea a à persuader à tous les habitants que la patience et 
« la tranquillité sont le seul et indispensable moyen pour 
« conduire cette nation au bonheur, tandis qu'autrement 
< l'avenir ne lui amènerait qu'une dissolution et une ruine 
« totale. » 

La patience est la vertu des brutes; la recommander à des 



254 HISTOIRE 

hommes qui voulaient être libres^ c^était les menacer qu'ils 
ne le seraient jamais. 

L'année suivante^ ce fut pis encore. L'empereur Alexandre, 
de retour du congrès de Vérone, où Ton avait exécuté la ré* 
'volution a Naples, en Piémont, où Ton s'était préparé à Vexé- 
■ cuter en Espagne, était plus que jamais effrayé des fantômes 
' révolutionnaires évoqués, avec une perfidie calculée, par 
M. de Metternicb. Ce n^élait plus ce jeune monarque dont 
une pensée généreuse faisait parfois battre le cœur; son âme 
racornie était alors descendue au niveau de celle d'un diplo«> 
mate autrichien : le souverain n^avait d'autres inspirations 
que celles qu'il pouvait recevoir d^un homme dont toute la 
vie devait n'otre qu'un attentat contre les droits humains. 
Alors commença une nouvelle et seconde période de la vie 
d'Alexandre. Heureux pour lui si l'histoire avait pu la retran- 
cher de son règne ! 

Ce changement de politique du czar amena un ordre nou- 
veau dans l'intérieur de son vaste empire. Sans nous arrêter 
aux réformes intérieures qu'il opéra en Russie, et qui re- 
foulèrent la civilisation prête à entrer, sous ses auspices, 
dans ce grand corps slave encore à demi-barbare, nous nous 
bornerons à relater à grands traits ce qui concerne la Pologne. 

Pour punir cette nation d'avoir donné quelques signes de 
vie, lors de la commotion révolutionnaire qui agita une par- 
tie de l'Europe, de 1820 à 1823, le gouvernement représen- 
tatif y avait été suspendu. La diète n'avait pas été convoquée 
depuis quatre ans; et ce séquestre apposé sur les lois du 
royaume ne fut levé qu'au prix du sacrifice d'une précieuse 
liberté. Le 13 février 1825, la diète fut rouverte, mais la pu- 
blicité des débats fut supprimée : c'était presque la dernière 
garantie qui restât à la Pologne. Le texte du décret qui sanc- 
tionnait cette suppression était motivé sur ce que a la publi- 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE. 255 

cité dans les deux chambres faisait dégénérer la discussion 
en vaines déclamations, » et sur un motif plus curieux en- 
core, où Tempereur assurait quMl n'avait pris celte mesure 
a qu'aûn de faire jouir ses sujets du royaume de Pologne de 
tous les bienfaits que leur assure la charte. > 

Cet acte de mauvaise foi était d'autant plus déplorable, que 
sous la bienfaisante influence d'un régime représentatif même 
incomplet^ la Pologne avait vu en peu de temps s'accroître sa 
prospérité et ses lumières. Sa population atteignait le chiffre 
de quatre millions de plus ; le déQcit dans les finances avait 
été comblé ; des routes ferrées avaient été ouvertes, des ca- 
naux creusés^ des rivières rendues navigables; Tindustrie 
avait partout répandu sa bienfaisante activité : des milliers de 
bras travaillaient la laine, le coton, le lin; d'autres arra- 
chaient à la terre le fer, le sel, le marbre ; de riches mois- 
sons, espoir de populations pauvres, qui depuis longtemps 
n'avaient rien eu en propre, couvraient le sol ; les villes de- 
venaient riantes et salubres, les campagnes riches et produc- 
tives ; de nombreuses écoles ouvertes à toutes les sciences 
répandaient dans toutes les classes l'enseignement et les lu- 
mières, et faisaient plus pour la liberté que la constitution 
elle-même : le présent était supportable, l'avenir plein d*es- 
pérance; le souffle impur du despotisme passé sur tout cela^ 
et il ne resta de tant de biens et de tant d'espérances, que des 
tronçons de chaînes que des millions d'âmes furent condam- 
nées à traîner, jusqu'au jour marqué par la Providence pour 
le triomphe du droit sur l'iniquité. 

Mous avons dit que l'empereur Alexandre, pendant la pé- 
riode de sa vie où il s'était posé comme réformateur d'abus, 
comme ami de la liberté des peuples, avait introduit en Rus- 
sie des réformes assez larges pour ouvrir la voie à la civilisa- 
tion. Lorsqu*il fut tombé sous l'influence fatale de H. de Met- 



256 HISTOIBE 

ternicb^ il annula tout ce qu*il avait fait et remit les choses 
sur l'ancien pied. Mais quelques hommes généreux s^étaient 
enthousiasmés pour une régénération qu'on leur avait fait 
pressentir ; leur imagination s'était échauflée au souvenir des 
sociétés secrèles d'Allemagne; et, pour régénérer leur pays, 
ils avaient tenté ce grand jeu des conspirations, sacrées ou 
abominables, suivant le succès ou le revers. Le fil, brisé et 
renoué à plusieurs reprises, s'était depuis quelques années 
ourdi dans Tombre. En 1825, tout homme pensant en Russie 
avait été plus ou moins affilié à deux sociétés qui se parta- 
geaient l'empire. L'une, dont le siège était à Saint-Péters- 
bourg, visait à une monarchie limitée ; elle avait pour chef 
le prince Trubetzkoï, beau-frère de l'ambassadeur d'Autriche, 
et un nommé Ryleieff, à la fois officier et publicisle. La se- 
conde, celle du Midi, tenait ses conférences à Toulczin; la 
république était son but. Le colonel, démagogue exalté, et le 
lieutenant-colonel Mouravieff, en étaient les chefs. Pendant 
un voyage que fit l'empereur Alexandre dans les déserts de 
la Crimée, il apprit, par la révélation d'un des conspirateurs, 
qu'il avait trop longtemps vécu au gré de quelques-igis de 
ses sujets, et que le complot était dirigé contre sa vie. Cette 
découverte l'afTecta d'une manière si sensible, que peu de 
jours après (!*' décembre 1825), au retour d'une excursion à 
cheval le long des côtes insalubres de la Tauride, il tomba 
niourant à Tangarok, en proférant ces mots : a épouvan- 
table action!... d On n'a jamais su si cette exclamation se rap- 
portait au complot tramé contre lui, à son adhésion à la 
Sainte-Alliance et aux atrocités qui en avaient été la suite, ou 
un forfait plus vieux, dont sa mémoire n'a jamais été entiè- 
rement lavée. 

Quoi qu'il en soit, Alexandre mort, le grand-duc Nicolas, 
son frère, s'occupait à faire prêter serment de fidélité, par 



DE LA RÉVOLLTION POLOIVAiSE. 257 

tous les ordres de TÉlat^ au prince Coustantin, héritier légi- 
time de la couronne, lorsque le conseil d'État^ ayant rompu le 
sceau d'un écrit qui lui avait été conûé par le défunt empe- 
reur, pour n'être ouvert qu'après sa mort, y trouva une re- 
nonciation à la succession au trône, signée le 14 janvier 1822 
par le grand-duc Constantin, et l'acceptation de cette renon- 
ciation par l'empereur Alexandre, qui désignait son second 
frère^ le grand-duc Nicolas comme héritier de Fempire. Le 
prince Constantin renouvela solennellement sa renonciation 
antérieure. C'était le moment qu'attendaient les conjurés. Us 
semèrent le bruit que Constantin n'avait pas renoncé à la 
couronne; que ce légitime empereur, chargé de fers par son 
frère, invoquait de loin l'appui de sa fidèle armée. Un pre- 
mier manifeste parut rédigé dans ce sens; un second mani- 
feste à la nation convoquait une assemblée générale des dé- 
putés de l'empire et un gouvernement provisoire. Le prince 
Trubetzkoî y était désigné pour dictateur. Au jour du danger, 
Trubelzkoïse troubla; Ryleieff prit sa place. Un autre con- 
juré répandit l'esprit de sédition dans les casernes; le régi- 
ment de Moscou, les grenadiers du corps, les marins de la 
garde se révoltèrent et tuèrent leurs commandants. Le gou- 
yerneur militaire de Saint-Pétersbourg, la comte Milorado- 
witchy fut tué d'un coup de feu. Dans ce pressant péril pour 
sa couronne, Nicolas se porta au-devant des troupes soulevées 
qui se précipitaient vers le palais, a Rebelles 1 leur dit-il, vous 
vous trompez de chemin! « Stupéfaits de ce sang-froid, les 
rebelles se dispersèrent; la mitraille hâta leur fuite, l'écba* 
faud emporta le reste de la sédition. L'empereur Nicolas re- 
cueillit sur le tombeau de son frère un sceptre teint du sang 
de ses sujets. Ce sinistre début était d'un fatal augure ; aussi, 
sous ce règnci la Pologne devait perdre ce qui lui restait de 
nationalité. 

33 



258 HISTOIRE 

En effets la conspiration qui avait éclaté en 1825 à Saint* 
Pétersbourgy au pied du trône sur lequel le nouvel empereur 
ne s^était pas encore assis^ lui avait rendu toute la Pologne 
suspecte. Les vexations^ Tarbitraire^ les exactions^ les persé- 
cutions préludèrent à un plan de dénationalisation arrêté 
d'avance. Un moment, un seul, la Pologne eut l'espoir d'un 
peu de répit. C'était le 21 mai 1829, Tempereur Nicolas s'était 
prosterné devant un autel dressé dans le château de' Varsovie. 
Devant le monarque qui allait poser sur sa tête la couronne 
des Jagellons, étaient le sceau du royaume, la bannière. Té- 
pée, le manteau royal, le sceptre et la couronne. Sur le livre 
ouvert des Évangiles, Tempereur étendit la main et jura «c de 
a régner pour le bonheur de la nation polonaise, d'après la 
a charte octroyée par son auguste prédécesseur. » 

Cependant, par cela seul que les peuples toujours malheu- 
reux espèrent toujours, les Polonais pensaient qu'en se fai- 
sant couronner roi de Pologne, l'empereur Nicolas avait eu un 
autre but que celui d'ajouter une vaine formalité à son titre. 
Ils se trompèrent. Le nouveau roi couronné s'éloigna de ce 
pays, sans avoir remis en vigueur la constitution, sans avoir 
convoqué la diète nationale ; pour surcroît de malheur, une 
vigilance soupçonneuse enleva à ce malheureux pays le peu 
de repos qui survivait à ses libertés expirantes. La Pologne 
demeura soumise à Padministration toute militaire du prince 
Constantin; rien ne mit un terme à ses souffrances. Quoique 
enchaînée, cependant on la craignait encore, sous la garde 
del'épéedu grand-duc, on lui disputa jusqu'à la paix de 
l'esclavage. 

Après avoir montré comment la constitution de Pologne 
fut arrachée à l'empereur Alexandre par l'insistance intéres- 
sée des puissances européennes, et comment cette charte oc- 
troyée par le czar fut bientôt violée par lui-même et par son 



DB LA BÉTOLUTION POLONAISE. 259 

successeur, revenons sur nos pas, et indiquons^ avec quel- 
ques détails^ les plus importante des griefs accumulés dans 
une période de quinze années par la Pologne^ cette malheu* 
reuse, mais non pas la seule victime de ces abus de la force^ 
qui prirent le nom de traités de 1815. Malgré le caractère bru- 
tal de ces traités, la Pologne en avait stoïquement subi les 
conséquences. Mais^ en voyant comment ils furent exécutés, 
en voyant les mille blessures faites au cœur d^une nation hé- 
roïque par la verge de fer de deux despotes, on ne pourra 
s'empêcher de reconnaître que^ dans aucun pays et à aucune 
époque, cet axiome de liberté sorti de la bouche d'un grand 
homme : ce Contre la tyrannie, Pinsurrection est le plus saint 
des devoirs, » ne reçut une application plus nécessaire et 
plus juste à la fois que celle qu'en firent les Polonais en 1830. 
Il est difficile d'ailleurs, de comprendre comment les Ca- 
binets européens se firent illusion, au point de croire que 
Y autocrate de toutes les Russies, le souverain absolu des Co- 
saques^ consentirait àrégnerconstitutionnellement sur le nou- 
veau peuple quMl venait d'absorber. La réunion sur une seule 
fête de deux pouvoirs si différents^ Tun sans limite et sans 
contrôle^ Tautre borné et contrôlé, était une évidente ano- 
malie, qui ne portait en elle aucun principe de durée. Ou la 
Pologne devait être pour la Russie un foyer rayonnant d'idées 
nouvelles^ et porter la lumière et la chaleur parmi ces froids 
et durs Tartares , ou bien le czar de Hoscovie devait éteindre 
et étouffer dans un pays voisin une liberté dangereuse pour 
ses anciens sujets. L'alternative était inévitable; mais, comme 
la politique russe n'était pas d'un tempérament à attendre 
patiemment que la première de ces deux chances se réalisât 
sous ses yeux, c'était la constitution polonaise qui devait in- 
failliblement succomber et périr. Du reste, si l'empereur de 
la Russie avait fini par se soumettre aux exigences des puis* 



260 HISTOIRE 

sances^ c*est qull avait espéré un moment pouvoir tirer part 
de son apparente concession, et, sans en avoir Tair^ reprendre 
d'une main ce qu'il donnait de Tautre. Il y avait alors à sa 
Cour un parti qui obéissait à l'influence de madame de Kru- 
dener^ la maîtresse du czar. Ce partie soi-disant libéral^ avait 
persuadé à Alexandre quMl lui serait facile d'escamoter la li- 
berté^ tout en paraissant la donner. Maniée par d'adroits pres- 
tidigitateurs, celte liberté polonaise devait être pour lui un 
instrument de tyrannie^ au lieu d'être un péril et un empê^ 
cbement. Ces théoriciens de la Cour moscovite avaient raison, 
et il ne serait pas nécessaire d'aller bien loin pour trouver 
des exemples de cette politique, qui joue avec les droits des 
peuples comme les saltimbanques de nos rues jouent aux 
gobelets, et fait disparaître les franchises nationales aussi 
adroitement qu'ils font disparaître la muscade sous les re- 
gards surpris du spectateur. Mais, soit que l'habileté des 
hommes d'Etat de Saint-Pétersbourg ne fût pas de force à re- 
présenter avec succès une pareille comédie, soit qu'ici l'en- 
treprise offrît plus de difficultés, attendu qu'il fallait opérer 
sur un peuple étranger, Alexandre ne tarda pas à se con- 
vaincre que ses projets d'escamotage ne réussiraient pas, et, dès 
ce jour, non-seulement il renonça au dessein qu'il avait formé 
de doter d'une charte ses Cosaques, mais encore il jura d'é- 
craser du pied en Pologne cette liberté incommode qui refu- 
sait insolemment de porter sa livrée. 

Un des premiers actes d'Alexandre, pour atteindre ce but, 
fut d'imposer à la Pologne, en qualité de gouverneur ou vice- 
roi, son propre frère Constantin, l'héritier présomptif de la 
couronne moscovite. Disons quelques mots de ce prince, 
dont le choix accusait on ne peut plus clairement la pensée 
du czar sur les Polonais. 

C'était un homme de haute taille^ d'un physique féroce et 



DB LA BÉTOLUTIOH POLONAISE. 261 

grotesque tout à la fois : épaules larges et robustes, voix rau- 
que, nez retrousséi tel était son extérieur. Il ne quittait jamais 
ruuiforme, et portait sur sa tête un chapeau à trois cornes 
surmonté de plumes de coq, et plaôé de manière à ne pas 
gêner ses regards perçants, qui sons des sourcils blancs et 
hérissés^ lançaient toujours Téclair de la colère. Le grand-duc 
Constantin devint amoureux, à Varsovie , d'une jeune et 
belle Polonaise quMl épousa. Pour que ce mariage pût avoir 
lieu, il dut demander le consentement de son frère. Alexandre 
accorda au grand-duc la permission qu'il demandait; mais 
telle était l'estime quUl avait pour son frère, qu^il profita de 
cette circonstance pour exiger de lu)| en échange de ce con- 
sentement, sa renonciation formelle à la couronne moscovite, 
en faveur du troisième frère, Nicolas. Ainsi, Alexandre ne ju- 
geait pas Constantin digne de régner sur les Russes, et il l'ap- 
pelait cependant à gouverner les Polonais. Ce trait suffit 
pour peindre toute la sympathie du czar pour un peuple dont 
il se disait dérisoirement le restaurateur. Esclave de ses pas- 
sions^ Constantin aima mieux renoncer lâchement à ses droits 
qu'à la belle Jeannette Grudginska. Le contact d'une femme i 
la fois belle et bonne adoucit d'ordinaire les plus sauvages 
naturels; cette alliance avec une de leurs compatriotes devait 
faire espérer aux Polonais quelques améliorations dans la 
façon dont ils étaient gouvernés; mais il est des animaux 
féroces que nulle puissance humaine ne saurait apprivoiser; 
Constantin était de ce nombre. Après comme avant son 
mariage, il se fit exécrer de toute la population, bourgeoise 
et militaire, qui l'appelait le tigre. Pour un bouton mal 
cousu, il mettait le soldat en prison; si un passant ne le saluait 
pas^ il l'envoyait au corps-de-garde. Des étrangers même 
s'offraient-ils à ses yeux coiffés de chapeaux de mode in- 
connue, il les faisait amener de force sur la place de Saxe, où 



262 HISTOIRE 

il passait les troupes en revue, et là^ les obligeant à se placer 
sur un tambour, il coupait de sa main, avec des ciseaux, les 
bords de leurs chapeaux. S'il trouvait sur sa route un enfant 
polonais aux longs et beaux cheveux tombant sur ses épaules, 
il le faisait arracher violemment des bras de sa mère éplorée, 
et, pendant que la pauvre créature criait et pleurait dans les 
mains de ses ravisseurs^ il coupait en riant sa belle chevelure. 
C'étaient là les amusements les plus innocents du grand-duc; 
de ceux-là il passait souvent à d'autres plus cruels et plus san- 
glants. Pour le moindre acte d'irrévérence, pour un mot, pour 
un geste^ il lui arrivait souvent de prendre le fusil d'un soldat 
et de le décharger sur lui, ou d'assommer un officier d'un 
^coup de crosse. Sous les plus futiles prétextes, ce monstre à 
face humaine faisait conduire en prison des citoyens de toutes 
<X)nditions, coupables seulement de lui avoir déplu; et des 
conseils de guerre nommés par lui^ soumis à ses caprices, 
condamnaient ces infortunés à des travaux avillissants, et les 
jetaient dans des cachots pêle-mêle avec les forçats. Et cela 
se faisait au mépris de garanties assurées par la constitution^ 
qui n'était déjà plus avant 1820^ qu'une lettre morte, effacée 
par le pourvoir discrétionnaire accordé par le czar à Constantin. 
Le grand-duc avait reçu la mission d'abrutir la Pologne^ 
d'extirper du cœur de ce peuple ces sentiments d'honneur 
individuelet de dignité nationale qui en ont faille frère du 
peuple français. Il essaya d'abord d'accomplir son oeuvre sur 
l'armée, qui comptait dans ses rangs l'élite des citoyens. Sous 
prétexte de maintenir la discipline, il accabla de persécutions 
et d'outrages le corps des officiers ; il leur fit infliger ou quel- 
quefois leur infligea lui-même les peines lesplus infamantes, 
pour les fautes les plus légères. Quand les conseils de guerre 
ne montraient pas assez de complaisance, Constantin cassait 
leurs arrêts, et faisait rendre de nouveaux jugements plus 



DB LA RÉVOLUTION POLONAISE. 263 

sévères, que la timidité des juges épouvantés pour leur propre 
compte, finissait par leur accorder: aussi les meilleurs of- 
ficiers donnaient-ils leurdémission. D^autres^ personnellement 
insultés par le grand-duc^ publiquement frappés^ lavèrent 
généreusement dansleur propre sang Toutrage qu41s avaient 
reçu, montrant par là que ce n'était pas faute de courage^ mais 
bien la crainte de compromettre l'avenir de leur patrie, qui 
avait retenu leur bras vengeur. A Foriginede cette tyrannie, les 
Polonais aimaient à se bercer d'espérances; ils n'osaient pas, 
dansleur confiance^ faire remonter la responsabilité des actes 
dont ils étaient victimes^ jusqu'à cet Alexandre qui leur avait 
prodigué de si belles promesses. Us attendaient de lui non- 
seulement le redressement des abus, mais encore leur réunion 
à leurs frères des provinces incorporées, et ils craignaient 
qu'un acte de rébellion contrôle lieutenant du czar ne 
servît de prétexte pour refuser à leur pays la justice qu'ils 
demandaient. 

Aussi^ pendant les sessions législatives, les chambres po- 
lonaises n'usaient-elles de leurs droits qu'avec la plus grande 
réserve. Pour mieux prouver les torts de l'oppresseur, les 
opprimés ne protestèrent auprès d^ Alexandre qu'avec d'ex- 
trêmes ménagements, contre l'administration arbitraire de 
son frère, ce qui n'empêcha pas le czar de poursuivre illé- 
galement des députés pour des opinions par eux modérément 
émises; et les journaux s'étant alors permis de critiquer les 
mesures du pouvoir, la liberté de la presse fut suspendue, et 
fit place au règne de la censure. Le gouverment russe tâcha 
décolorer ces premières violations de la liberté polonaise, par 
cette misérable excuse qu'invoquent toujours les mauvais 
gouvernements en pareilles circonstances ; il accusa effron- 
tément de son propre parjure, Vusage effréné que faisait la 
Pologne des droits qu'il lui avait donnés. 



26i HISTOIRE 

Une fois entré dans cette voie rétrograde, le czar y marcha 
à grands pas. L'instruction publique fut corrompue, et on 
organisa un système d'obscurantisme, pour plonger les 
masses dans un état de barbarie pareil à celui où croupissent 
les paysans russes. Les chambres furent dépouillées de la fa- 
culté de Yoter le budget. Les charges furent augmentées, des 
monopoles créés, qui devaient prochainement tarir la source 
des richesses nationales, et le trésor public, grossi par ces me- 
sures, devint la pâture d'une valetaille de Cour, composée de 
Russes et d'indignes enfants de la Pologne. Au lieu des 
épargnes que les chambres réclamaient, on créait des places 
nouvelles, on élevait le chiffre des pensions, le tout pour 
augmenter le nombre et pour assouvir l'égoïste appétit des 
agents de la tyrannie'. La publicité des délibérations de la 
diète, cette garantie sainte de Tindépendance du vote, cette 
unique sauvegarde des droits du commettant contre les tra- 
hisons du mandataire, fut supprimée. En même temps, un 
système d'espionnage enveloppa dans ses réseaux la totalité 
des familles. Le chef de cette police occulte était le général 
Rozniecki, Pâme damnée de Constantin. Des agents payés à 
grands frais par la Pologne pénétraient dans Tintérieur des 
maisons, et, abusant de l'antique hospitalité nationale, se 
couvrant du masque de l'amitié, surprenaient les pensées les 
plus intimes, ou même provoquaient traîtreusement, par une 
apparente franchise, des manifestations verbales contre la 
tyrannie. L'empereur Alexandre avait sa police, et Constantin 
avait aussi la sienne. Gomme il arrive toujours en pareil cas, 
ces espions, alors qu'il n'avait rien à dire, imaginaient les 
contes les plus absurdes pour ne pas perdre le salaire promis; 
de telle sorte que leurs mensonges coûtaient souvent laliberté 
et quelquefois la vie aux citoyens les plus inoffensifs. Les indi- 
vidus signalés dans les rapports des espions étaient empri- 



DE LA BÉVOLCTION POLONAISE. 265 

sonnés sans être confrontés avec leurs accusateurs, et Fans 
connaître les motifs de leur arrestation. Rozniecki avait fait 
construire des bastilles où était réuni tout ce que la barbarie 
peut inventer de plus affreux pour tuer lentement les pri- 
sonniers> ou les contraindre à avouer les crimes qu'ils 
n'avaient pas commis. Dans la prison d'Etat dite des Carmes, 
à Varsovie, le prisonnier était jeté dans une espèce de cellule 
étroite et basse, où le jour pénétrait à peine et où il ne pou- 
vait marcher ni même se tenir debout; il ne voyait nul être 
humain que le geôlier, et n'entendait d'autre bruit que le 
grincement des verroux et les gémissements qui s'échap- 
paient des cellules voisines. Le système d'espionnage prati- 
qué sur les Polonais était tel, que personne, de ce pays, n'était 
certaindu lendemain. Des personnes suspectes étaient enlevées 
au milieu delà nuit et conduites devant le tribunal de;ia police 
secrète. Là ne sachant pas seulement de quel crime on les 
accusait, effrayées et trompées par des questions capricieuses, 
elles se laissaient prendre au piège qui leur était tendu; ou 
bien, quand ce moyen d'instruction ne réussissait pas à ces 
jAonveaux inquisiteurs, ils avaient recours à la faim, à des 
peines corporelles, à des tortures physiques et morales qui 
rappelaient la sanguinaire procédure du Saint-Office de 
Madrid. 

Les membres de la chambre des nonces, malgré le caractère 
d'inviolabilité qui les couvrait, n'étaient pas plus ménagés que 
les autres citoyens; plusieurs d'entre eux étaient enlevés au 
seuil même de la salle des séances, et traînés dans la prison 
des Carmes, pour expier, dans la captivité, l'indépendance de 
leurs discours. Quelques uns d'entreces députés ne quittèrent 
cette bastille que lorsque la révolution de 1830 leur en ouvrit 
les portes. 

Les choses se passèrent ainsi jusqu'à l'année 1826, où 

34 



2G6 HISTOIRE 

mourut Pempereur Alexandre. Alors crédules et pleins 
d'espoir^ comme le sont toujours les malheureux^ les Polonais 
espérèrent un moment que leur nouTeau maître leur serait 
plus traitable que l'ancien ; révénement déçut bientôt leurs! 
illusions. Nous avons tu qu'Alexandre n'avait cessé de pro- ; 
mettre la réunion au royaume de Pologne de la Lithuanie et 
autres provinces incorporées à l'empire russe. 

Plus franc et plus hardi que son frère la première parole 
de Nicolas aux Polonais fut celle-ci : a Jamais cette réunion 
« n'aura lieu; je ne reviendrai pas sur les faits accomplis, d 

Dès ce moment^ aux parjures anciens succédèrent jour- 
nellement des parjures nouveaux. 

Pour se débarrasser d'une indépendance importune leczar^ 
introduisant dans le sénat de nouveaux membres qui ne pos- 
sédaient pas les qualités requises par la loi fondamentale^ 
peupla ce corps de créatures dévouées. Il décréta, de son 
autorité privée, et sans l'assentiment des Chambres^ un 
emprunt onéreux et une autre mesure de la plus haute gra- 
vité^ l'aliénation des domaines nationaux. Les sommes considé- 
rables puisées à ces deux sources devaient être, comme tant 
d'autres l'avaient déjà été^ la proie des agents du pouvoir. 
Heureusement, le temps manqua à cette œuvre nouvelle de 
dilapidation, et cet argent, ainsi qu'on le verra plus tard, 
servit providentiellement à l'armement de la Pologne contre 
son oppresseur. 

Aux différents griefs que nous venons d'énumérer , il 
aut joindre la préférence hautement accordée à l'Eglise 
grecque, au préjudice du culte catholique professé par les 
sept huitièmes de la nation. Ainsi, en résumé, refus pei^é- 
vérant, malgré les engagements d'Alexandre, de restituer au 
royaume de Pologne les anciennes provinces annexées à 
Tempire russe, violations réitérées de la charte libérale 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE. 2G7 

arrachée à Tempereur défunt, abolition successive de tous les 
droits et de toutes les garanties constitutionnelles^ notam- 
ment de la publicité des séances de la diète et de la liberté 
de la presse^ intolérance religieuse^ persécutions brutales 
et systématiques exercées contre quiconque osait penser 
tout haut. Tels étaient les nombreux reproches adressés 
par les Polonais au gouvernement russe en 1830 tels 
étaient les griefs par eux amassés dans un espace de 
quinze années. 

Voyons maintenant quels étaient les divers éléments dont 
se composait le royaume de Pologne à cette époque, et 
quelle était la situation faite par la loi de TEtat à chacun de 
ces éléments. 

Presque toute Tactivité nationale est concentrée dans les 
deux classes de la noblesse et la de bourgeoisie. En ce moment 
encore, comme on s'en convaincra plus tard, ce sont ces deux 
classes qui prennent Tinitiative et donnent vaillamment^ au 
péril de leur vie^ le signal de tous les mouvements. Les nobles 
surtout n'ont pas encore oublié leurs antiques privilèges, et 
cette haute prérogative du liberum vetOj dont leurs pères ont 
souvent abusé^il est vrai^ et qui produisitTanarchie et la perte 
delà patrie^ mais qui au moins mettait le mouvement la passion 
politique et une vie puissante quoique frébrile, là où ne ré- 
gnent plus maintenant que l'immobilité, Tagonie et la mort. 
Lés bourgeois, maintenant admis à la possession de presque 
tous les droits autrefois réservés à la noblesse, sont dévoués 
comme elle à la cause patriotique. Un même amour de l'indé- 
pendance nationale animait déjà ces deux classes eu 1830, sauf 
cependant leurs sommités^ c'est-à-dire les propriétaires très- 
riches et les plus anciennes familles nobiliaires. Là, comme 
dans d'autres contrées^ l'égoïsme et la peur de perdre leurs 
richesses a corrompu les échelons supérieurs de la hiérarchie 



268 HISTOIRE 

sociale, el nous verrons bientôt que ce furent, en effet, ces 
deux fractions prépondérantes de la classe moyenne et de la 
classe noble, qui, en 1830, se mirent à la tête de Tinsurrec- 
tion pour l'arrêter et la faire dévier, et qui, en résultat, sans 
le vouloir peut-être, la firent avorter. Si ce ne fut pas là, crime 
et trahison de leur part, ce fut du moins aveuglement et cou- 
pable faiblesse. 

Nous avons parlé de l'Eglise grecque, et constaté son état 
de minorité dans le pays, malgré tous les efforts de la Russie 
pour y faire prévaloir ce culte. L'Eglise grecque se divise en 
deux rits : le rit uni et le rit non uni. Le rit non uni, peu ré- 
pandu dans le royaume de la Pologne, est en majorité dans 
rUkraine, dans la Lithuauie, la Yolbynie et les autres pro- 
vinces incorporées. Les prêtres de cette communion recon- 
naissent pour chef spirituel le czar, qui, pour étendre sa do- 
mination sur les consciences de ses sujets, s'est proclamé 
leur empereur et leur pape tout à la fois. Grâce au dernier de 
ces deux titres, le czar a conquis, en effet, une grande in- 
fluence sur les provinces dont nous venons de parler. On y 
rencontre plus de résignation au joug de la Russie que dans 
ie royaume de la Pologne proprement dit. 

Les provinces du royaume ne connaissent guère que le ca- 
tholicisme pur et le rit grec uni, qui n'est pas, comme le 
non-uni, sous la dépendance de Tempereur. Les prêtres de 
ces deux communions se montrèrent toujours de dignes fils 
de leur pays, et on les a vus plusieurs fois, en 1830 et depuis 
lors, mettre non-seulement leur éloquence, mais encore 
leurs bras au service de la cause nationale, combattre comme 
des héros après avoir prêché comme de saints. 

Les paysans composent les deux tiers de la population polo- 
naise. Leur position était à peu près, en 1830, ce qu'elle était 
avant la révolution de 1795, ce qu'elle est encore aujourd'hui. 



DE LA RÉVOLUTION POLOVAISE. 269 

Soumis aux servitudes et aux corvées^ exclus de la propriété 
foncière, ils portaient sur eux tout le faix écrasant des abus 
féodaux du moyen âge. Aussi se montraient-ils assez indlf- 
^ férents à ces grandes idées de nationalité qui remuaient alors 
les classes plus heureuses et plus riches, mais qui, pour eux^ 
n'avaient guère de sens, faute d'un but utile à tous. Ces pay- 
sans échappant, par leur peu d'importance et leur position 
subalterne et servile^ à Faction du despotisme russe, ne 
voyaient^ dans une révolution qu'un maître à échanger contre 
un autre. Ce que l'insurrection de 1830 avait à faire avant 
tout^ c'était donc de donner un but utile^ un stimulant éner- 
gique à cette portion si importante de la population; c'était 
de l'intéresser au succès de la révolution, de la doter enOn 
de la propriété foncière, de l'admettre à la jouissance des 
droits de citoyen^ de satisfaire ses besoins physiques, et d'é- 
veiller en elle un nouveau monde d'idées morales. 

Nous verrons lout-à-l'heure si l'insurrection de 1830 ac- 
complit ce devoir essentiel et songea à une réforme que la 
justice réclamait^ et qui seule peut-être pouvait sauver le 
peuple polonais. 

On remarquait aussi^ et on remarque encore en Pologne 
cette race vagabonde qu'on rencontre partout en Europe, 
mais nulle part autant qu'en ce pays, où les juifs composent, 
à enx seuls, au moins la dixième partie des habitants. Nous 
n'avons pas besoin de dire qu'ils sont là ce qu'on les voit 
ailleurs. Soigneusement séparés des chrétiens^ avec lesquels 
ils refusent de s'allier par le mariage; entretenus dans ce fatal 
isolement par la Bible^ ou du moins par l'interprétation pas- 
\ sionnée qu'ils en font, les juifs^ chassés de presque toutes les 
' contrées européennes au moyen fige^ par le fanatisme reli- 
gieux, trouvèrent sur le bords de la Vistule une hospitalité si 
bienveillante^ qu'ils appelèrent la Pologne leur paradis ter- 



270 HISTOIRE 

restre en effet le degré de prospérité qu'ils ne tardèrent pas à 
y atteindre. Professant une répugnance invincible pour le ser- 
vice militaire et pourTagriculture^ les juifs n^exercërent pour- 
tant jamais en Pologne les droits de citoyens, puisqu'ils refu- 
saient d'en remplir les devoirs. Le voîturage, les prêts d^argent, 
l'usure^ le commerce de détail^ qu'ils conduisaient avec 
beaucoup d'habi le té, telles étaient les professions auxquelles ils 
se livraient. Ils étaient presque tous cabaretlers^ et on leur 
reprochait avec justice d'exciter, par cupidité, Tivrognerie 
parmi les classes pauvres. Sachant tout jusle lire^ écrire et 
compter, les plus riches d'entre eux ne possédaient pas les lu- 
mières répandues parmi les bourgeois chrétiens. Stationnaires 
dans toutes leurs coutumes, ils affectaient même de se dis- 
tinguer du reste de leurs concitoyens par Tétrangeté de leur 
costume, quoiqu'elle fût l'objet de la risée publique. Ils gar- 
dèrent toujours religieusement ces longues barbes et ces che- 
velures tombant en cadenettes tressées devant les oreilles, 
qu'ils portaient dans les derniers siècles. Généralement mé- 
prisés^ on les accusait non-seulement de mauvaise foi et de 
fraude dans leurs trafics, mais encore de superstitions odieuses. 
Inutile d'ajouter qu'ils rendaient aux chrétiens le mépris 
et la haine que ceux-ci leur portaient. Quoiqu'eufanis 
adoptés de la Pologne, ils ne s'intéressaient au sort de la 
partrie que jusqu'à la limite de leur intérêt personnel. 

Vainement, à la fin du dernier siècle^ avait-on essayé d'en 
faire des citoyens utiles, de les forcer au service militaire^ et 
de fermer leurs cabarets pour qu'ils s'occupassent d'agri- 
culture. Tous les moyens coërcitifs échouèrent. Enrôlés dans 
les rangs de l'armée, ils désertaient; privés de leur commerce, 
ils se laissaient tomber dans la misère, et se croisaient les 
bras plutôt que de s'armer de la charrue. Impossible d'en 
faire des soldats ou des laboureurs. 



DE LA EÉVOLUTION POLONAISE. 271 

n 7 avait pourtant des exceptions. A côlé de ces juifs routi- 
niers qui ne voyaient dans le progrès qu'un ennemi de leurs 
doctrines^ il en était d'autres^ moins arriérési qui compre- 
naient les relations sociales^ et se rapprochaient sincèrement 
des chrétiens. Ceux-là sentaient qu'au-delà des croyances re- 
ligieuses qui se partagent le genre humain, il existait des 
connaissances et des idées qui peuvent être communes à tous> 
et qui relèvent la dignité de l'homme. 11 est fâcheux que l'en- 
têtement fanatique de leurs frères, et les préventions exagé- 
rées des chrétiens polonais, aient privé la révolution de ce 
pays de la force que lui aurait prêté cette partie considérable 
des habitants qui le peuplaient. 

Maintenant qu'on connaît^ d'une part, les divers éléments 
de la nation polonaise et la place qu'ils occupaient dans la 
cité; d'autre part, le système d'asservissement et de persé- 
cution suivi pendant un intervalle de quinze années contre 
cette grande victime, par le cabinet moscovite, nous allons 
parcourir rapidement les événements qui précédèrent immé- 
diatement et déterminèrent même la glorieuse explosion de 
1830. 

Un des moindres torts de la Cour de Saint-Pétersbourg à 
regard du peuple qu'elle opprimait, c'était de ne convoquer 
la diète, c'est-à-dire les chambres, que quand il lui plaisait. 
Ainsi, depuis 1815, on n'avaitencore compté que deux sessions, 
celle de 1818 et celle de 1825. Ce n'était pas assez de mettre un 
bâillon sur la bouche des députés : malgré tant de violences 
et de précautions, Alexandre et Nicolas trouvaient qu'ils en 
disaient encore trop, et ils ne voulaient pas que les nonces et 
le sénat s'assemblassent. Enfin, l'interrègne parlementaire 
ayant duré cinq ans, à moins de renverser brutalement la 
constitution, il fallut bien, en 1830 que Nicolas se résignât à 
convoquer la diète. Yoici dans quels termes il le fit, par son 



272 HISTOIRE 

ukase du 6 avril de cette année : « Vous avez appris par deux 
« diètes quel doit être le but de vos elforts, et ce que vous 
a devez éviter. L'expérience vous a montré les avantages des 
(( délibérations calmes et tranquilles^ et les suites préjudi- 
a ciables des dissensions. Cette expérience, je l'espère^ ne 
ce sera pas sans fruit pour vous j> Cet ukase, dont la fin rappe- 
lait, comme d'habitude, les bienfaits de Vimmortel restaura^ 
teur de la Pologne, d'Alexandre, faisait entendre clairement 
que la constitution tenait à Tusage que les chambres feraient 
de leurs privilèges. Pour nous servir d'une expression fa- 
meuse, le czar paraissait dire : a Soyez sages, servez-vous 
a bien discrètement de la charte, de ce joujou que je vous ai 
a donné, mais qu'il faut vous garder de prendre trop au 
a sérieux, sinon je retirerai le joujou de vos mains et je 
a le briserai. x> C'était enfin le langage d'un caporal en 
colère, menaçant de la salle de police des recrues indociles. 
Le 28 mai, Nicolas ouvrit en personne, à Varsovie, la troi- 
sième session. Entouré d^un cortège de Russes, il prononça 
un discours d'ouverture qui n'était que la seconde édition de 
son ukase du 6 avril, et qu'il termina en daignant s'excuser 
auprès des chambres de ce qu'il n'avait pas appelé Tarmée 
polonaise à prendre part aux deux guerres de Perse et de 
Turquie» faites avec succès par l'armée russe. Pour ne pas 
compromettre les institutions qu'ils possédaient en droit, 
sinon en fait, et qu'on les menaçait de perdre, les députés et 
le sénat montrèrent cette fois, comme toujours^ une réserve 
excessive dans leurs votes et leurs discours. Ils crurent, 
devoir, cependant, protester contre les faveurs exclusivement 
réservées au rit grec, ainsi que contre l'étoulTement de l'in- 
struction primaire. Le comte de Mastowski, ministre de l'in- 
térieur, repoussa le reproche adressé sur la question reli; 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE^ 273 

gieuse, ct^ quant à rinstruction primaire, nous nous 
contenterons de citer une phrase de sa réponse, a SMl est 
« vraiy disait-ily que Textension irrégulière des connaissant 
a ces, en augmentant la sûreté des personnes^ tend à dimi- 
« nuer celle des propriétés par les nouveaux désirs qu'elle 
a excite, le moyen le plus simple d'écarter Tappât des jouis- 
« sances illicites se trouverait en facilitant pour chaque Etat 
a rinstruction limitée qui lui convient, et qui y attachera 
« davantage. » C'était proclamer franchement Tilotisme éter- 
nel des classes inférieures, et ériger en principe leur exclu- 
sion de tous les avantages sociaux, lumières, honneurs et for- 
tune, qui doivent être également accessibles à tous. Cela était 
peut-être bon à dire aux Russes qui vivaient sous le régime 
du bon plaisir d'un homme ; mais ce n'est pas à un peuple 
doté d'une constitution libérale, qu'on pouvait opposer ce 
mur infranchissable entre les différentes classes de la société. 

La mesure du gouvernement qui souleva la résistance de 
la diète, fut le projet de loi qui avait pour objet de rendre le 
divorce ou la dissolution du mariage plus difQcile qu'aupara- 
vant. Le rejet de ce projet de loi, à la majorité ae 93 voix 
contre 32 dans la chambre des nonces, alluma la colère du 
czar, qu'enflamnièrent encore les vœux modérément et fer- 
mement exprimés par les nonces et le sénat, pour la réunion 
4le la Lithuanie et des autres provinces de l'ancienne Pologne. 
Nicolas, qui, ainsi qu'on l'a vu, avait déjà signifié impérieu- 
sement qu'il ne consentirait jamais à cette réunion, s'irrita de 
ce vœu si persistant, ferma brusquement la session, le 28 
juin, un mois après son ouverture, et partit pour Saint-Pé- 
tersbourg. Un mois encore s'était à peine écoulé, quand la 
Révolution de Juillet éclata à Paris, et ébranla l'Europe entière^ 
depuis le midi jusqu'au nord. 

Les deux révolutions française et polonaise de 1830 sont 
trop liées Tune à l'autre, elle se touchent par trop de points 
essentiels, et sont trop fraternellement solidaires, pour qu'il 
nous soit possible ici d'omettre les intimes rapports qui les 
rattachent ensemble, et conséquemment aussi les relations de 
Toppresseur d'un de ces deux pays avec les deux gouverne- 
ments qui se sont succédés dans l'autre. 

Le C2ar et Charles X avaient été toujours d'accord. Cet 
accord ne fut pas rompu par l'expédition d'Alger^ car Nicolas 
offrit même au Bourbon ae la branche aînée le concours de 
ses troupes, si celui-ci le jugeait nécessaire. Ce fut mem e^ 
il faut bien le dire, l'assentiment exprimé par le czar en celVe 
circonstance, qui imposa silence aux sentiments jaloux de 
l'Angleterre, et qui fut cause que le Cabinet de Paris ne tint 
aucun compte du veto de cette puissance. Le czar voulait, 

33 



2H HISTOIHB 

comme la France^ rabolition de la piraterie et TalTranchisse- 
meot de la navigation de la Méditerranée. Il se préparait 
même, dit-on, à profiler des avantages d'une grande coloni-( 
sation européenne sur la côte d'Afrique. Hais l'ébranlement; 
de Juillet vmt bouleverser brusquement tous ces rapports de 
bonne intelligence entre les Cours de Paris et de Saint- 
Pétersbourg. Un prince menacé par une révolte en arrivant 
au trône^ et constamment inquiété par les sourdes répulsions 
de la Pologne, ne pouvait pas voir de bon œil Tœuvre sublime 

Îue le peuple de Paris venait d'accomplir en trois jours, 
ussi, à la première nouvelle qu'il en reçut^ Nicolas s'em- 
pressa d'ordonner une nouvelle levée de recrues^ sous pré- 
texte des vides que les guerres contre la Turquie et la Perse 
avaient faits dans l'armée moscovite. Le générai Atthalin, 
envoyé pour notifier au czar Tavënement du roi Louis-Phi- 
lippe au trône^ ne reçut qu'un accueil glacé , et la lettre qui 
suit; est trop importante pour ne pas être mise sous les yeux du 
lecteur. 

Saint-Pétersbourg, le 28 septembre 1830. 

a J'ai reçu des mains du général Attbalin la missive dont il 
c était porteur. Des événements à jamais déplorables ont 
<3t placé Votre Majesté dans une cruelle alternative (c'étaient 
« les termes de la lettre de Louis-Philippe). Votre Majesté a 
<x pris une résolution qui seule lui paraissait propre à épar- 
a gner à la France de plus grands maux. Je ne dirai rien des 
« motifs qui ont conduit Votre Majesté dans cette occasion ; 
« mais j'adresse les vœux les plus ardents à la divine Provi- 
« dence pour qu'il lui plaise bénir les desseins de Votre 
« Majesté, et ses efforts pour le bien-être des Français. De 
« concert avec mes alliés^ je reçois avec satisfaction le désir 
« exprimé par Votre Majesté d'entretenir des relations de 
« paix et d'amitié avec tous les Etats européens. Aussi lonç- 
a temps que ces relations seront fondées sur les traites 
« existants et sur la ferme volonté de maintenir les droits et 
« les obligations solennellement reconnus par ceux-ci, ainsi 
cr que les propriétés territoriales, l'Europe y verra une 
« garantie de la paix, qui est si nécessaire^ même pour le 
a repos de la France. Appelé conjointement avec mes alliés 
« à continuer avec la France^ sous son nouveau gouverne- 
« ment; ces relations conservatrices, je m'empresserai» de 
« mon côté, de mettre, non-seulement tous les soins qu'elles 
€ exigent, mais de manifester encore sans cesse les sen- 
€ timents de la sincérité desquels je me fais un plaisir^ 
« etc. etc. p 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE. 273 

Par cette lettre, Nicolas reconnaissait bien en fait Tavène- 
ment au trône de Louis-Pbilippe, mais il niait la légitimité 
du principe qui Ty avait porté. Il n'est pas dans notre sujet 
de dire ici ce que la France aurait dû faire à cette époque., 
mais nous devons constater la rancune et la peur manifester- 
qu'avait fait naître la Révolution de Juillet dans l'âme de* 
Nicolas. Toujours sur le qui-vive, quoique bien convaincr 
des intentions pacifiques du monarque français, il s^attendai:! 
à chaque instant à la nouvelle du passage du Rhin par unr^ 
armée française; il doutait que Louis-Philippe eût la maii 
assez forte pour contenir la réaction populaire qui se mani< 
festa contre l'état de choses créé par les traités de 1815. U 
hésitait pourtant à prendre l'offensive, quand l'insurrection 
de Belgique, victorieux écho de celle de Paris, fixa subite* 
ment ses indécisions. Après un échange de notes et de cour- 
riers diplomatiques avec les Cabinets de Vienne et de Berlin, 
qui s'associaient à ses vues, il avait résolu de prendre hardi- 
ment l'initiative de la guerre, quand il fut arrêté tout à coup 
par deux nouveaux ennemis : le choléra-morbus, qui, arrivant 
de l'Inde, venait de passer le Caucase et de faire irrupUoa à 
Moscou dans le mois de septembre ; terrible maladie, qui 
décima d'abord l'armée russe, puis l'armée polonaise, et api, 
gagnant de proche en proche, ne tarda pas à envahir l'Eu- 
rope entière. Le second ennemi fut l'insurrection polonaise, 
que le czar eût voulu prévenir, et qui le devança. 



276 niSToms 



CHAPITRE X 

1830 



Sociétés secrètes à Varsovie. — Pierre Wisocki. — Insarrection du 29 
novembre. — Constantin sort de Varsovie. •* Les hommes d'Etat 
polonais ; leurs idées ; le parti russo-polonais. — Les cx-minislres 
sous Constantin s'emparent du pouvoir. — Lubecki. — Czartorisky. 
— Clopicki. — Nouveau gouvernement où entre Joachim Lelewel. — 
Vœu de transaction avec le czar. — Constantin quitte pour toujours 
Varsovie. — Les clubs à Varsovie ; leurs plans révolutionnaires. — 
Clopicki dictateur. — Clôture des clubs. -— Démarche auprès de 
Nicolas. — Mesures de défense prises par Clopicki. — La diète pro- 
clame la révolution polonaise. — Elle confirme la dictature à Clo- 
picki. — Enthousiasme patriotique des Polonais. 



La non-réussite de rinsurrection des patriotes russes en 
1826, et les persécutions essuyées par leurs frères de Var- 
sovie, n'avaient pas découragé les patriotes polonais. Malgré 
In vigilance de la police russe ^ de nomoreuses sociétés 
secrètes tenaient toujours leurs assemblées dans la capitale. 




^ „ comparable „ 

l'école Polytechnique française pour Tinstruction, Tardeur et 
les sentiments généreux qui l'animaient : tout le 4' régiment 
de ligne que le grand-duc comblait pourtant de ses faveurs^ 
mais dont le dévouement à la patrie avait noblement résisté 
aux caresses du tyran ; un çrand nombre de bourgeois s'était 
affiliés à ces sociétés, à la tête desquelles se placèrent les deux 
sous-lieutenants Joseph Zaliwski et Pierre Wisocki^ ce héros 
de rinsurrection de 1830, dont la vengeance de Nicolas a fait 
depuis lors un martyr. Ce mouvement se concentrait à peu 
près dans les murs de Varsovie, et ne dépassait pas les limites 
du royaume établi par le congrès de Vienne. Les conjurés 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE. 277 

comptaient sur les ressources de ce petit pays de quatre mil*- 
lions d'habitants, sur celles du trésor et de la banque, sur 
trente mille hommes de troupes qui devaient former le 
i noyau d'une armée nationale, et principalement sur l'énergie 
.;- de leurs concitoyens. Ils espéraient aussi que les patriotes 
4 russes profiteraient d'un soulèvement en Pologne pour ren- 
'J verser enfin la tyrannie des czars et proclamer la délivrance 
de leur propre pays. Malheureusement, les anciennes rela- 
tions entre les mécontents de Varsovie et ceux de Pétersbourg 
s'étaient rompues en 1826, et n'avaient pas été renouées 
depuis lors. Ce fut là une grande imprudence des Polonais. 
Deux soulèvements qui auraient éclaté à la fois, à la même 
heure, dans les deux capitales des deux pays, se seraient fait 
l'un à l'autre une utile diversion, et auraient singulièrement 
compliqué les embarras et les difficultés d'une double répres- 
sion. Ajoutons cependant, pour èixe justes, qu'il est douteux, 
si l'on eût fait appel aux mécontents de la Russie, qu'ils 
eussent répondu ; Tinsuccès de 1826 et les terribles châti- 
ments infligés par le czar aux rebelles, avaient peut-être 
abattu leur courage. 

C'est au milieu de ces feraieats de révolte préparés en 
Pologne, qu'arriva la nouvelle de la victoire populaire de 
juillet. Autant cette nouvelle avait éveillé de terreur et de 
colère au cœur de Nicolas, autant elle jeta de joie et d'en- 
thousiasme dans les cœurs polonais. Celait pour eux un es- 
poir et un aiguillon. Les clubs redoublèrent d'activité ; le 
drapeau tricolore, arboré au consulat de France, ce glorieux 
drapeau dont la Pologne avait regardé si longtemps les cou- 
leurs comme les siennes^ lui parut comme le signal de son 
réveil. C'est alors qu'on apprit que Nicolas allait porter la 
guerre en France, qu'un corps de l'armée russe devait, pen- 
dant ce temps, occuper militairement le royaume, et que les 
troupes polonaises devaient être traînées a cette guerre liber- 
ticide. Les sommes considérables provenant de l'emprunt et 
de l'aliénation des domaines nationaux étaient destinées par 
le czar à couvrir les dépenses de la lutte qu'il allait entre- 
prendre. A de telles nouvelles, les braves Polonais ne balan- 
cèrent plus ; ils s'indignèrent à l'idée de donner leur or et 
leur sang dans ce duel du despotisme contre la liberté. D'ail- 
leurs, l'occasion devenait tous les jours plus propice ; les deux 
révolutions de France et de Belgique venaient de retentir en 
Allemagne, où éclataient aussi des soulèvements populaires. 
Les Polonais résolurent de se mettre en travers de l'armée 
russe qui commençait à s'ébranler, de préserver la France et 
la Belgique, et de donner aiBâ à la reconnaissance de ces 
deux nations les moyens de venir sauver à leur tour leurs 
sauveurs. 



27S HISTOIRE 

Le 28 novembre 1830^ quelques jeunes gens de Tccole des 
porte-enseignes, réunis dans un banquet^ se laissant aller aux 
élans de leur patriotisme, avaient chanté de vieux airs natio- 
naux, et porté un toast à la mémoire de Kosciuszko. Le grand- 
duc Constantin les ayant fait arrêter, et voulant, dans les ha- 
bitudes de sa justice expéditive^ leur faire administrer le 
knout, une sainte indignation s'empara de tous leurs cama- 
rades et le mouvement éclata. 

Le 29, entre sept et huit heures du soir, une troupe de ces 
hardis jeunes gens, armés d'épées, de pistolets ou de fusils^ 
força la consif^ne de Fécole, se répandit tout à coup dans les 
rues de la capitale en criant : Vive la liberté f Mort au tyran! 
On se précipita vers le palais du Belvéder qu'habitait le grand- 
duc ; on en surprit le poste et on entra de vive force dans les 
appartements pour s'emparer de la personne de Constantin, 
qui eut à peine le temps de s'échapper par une issue secrète, 
et d'aller se placer au milieu de ses gardes. Le général russe 
Gendie et le sous-directeur de la police, Lubowieski, deux 
des séides du grand-duc, ayant essayé d'opposer de la résis- 
tance, furent les premières victimes de l'insurrection nais- 
sante. Pendant ce temps, le reste de l'école des porte-ensei- 
gnes, qui fut bientôt suivie d^une foule de peuple, s'était por- 
tée sur le quartier des hulans de la garde, qui résistèrent aux 
suggestions des insurgés, puis à celui du 4* régiment de 
ligne, qui se joignit immédiatement à eux. Le mouvement 
conquit aussi, dans la soirée même, un bataillon de sapeurs, 
la plus grande partie du régiment des grenadiers et les artil- 
leurs à cheval. Ces troupes et le flot de peuple qui les accom- 
pagnait coururent à l'arsenal, où étaient déposés trente à 
quarante mille fusils, gardés par un bataillon qui n'opposa 
qu'une légère résistance. Ces fusils furent distribués au 
peuple. 

Cependant, Constantin avait réussi à rassembler et retenir 
sous son commandement huit à neuf mille Russes ou Polo- 
nais. Parmi ceux-ci, on remarquait le régiment des chasseurs 
à cheval. Ces huit à neuf mille hommes avaient reçu l'ordre 
de se réunir sur la grande place, et de se borner à repousser 
vigoureusement ceux qui voudraient s'opposer à leur mar- 
che. Plusieurs d'entre eux, entre autres le régiment des gardes 
de Volhynie, furent attaqués par le 4- régiment de ligne, qui 
leur tua une trentaine d'hommes, mais sans pouvoir les em- 
pêcher de se rendre au point de réunion. Le mouvement 
n'ayant pas encore de chef, cette nuit se passa, du côté des 
insurgés, dans des attaques sans unité et sans lien commun. 

Le lendemain, à la pointe du jour, l'insurrection avait en- 
vahi toute la ville. Constantin avait cependant huit mille 
hommes sous ses ordres, trente canons, beaucoup de muni- 



DB LA BÉVOLUTION POLONAISE. 279 

tiens. Les troupes insurgées n'étaient qu^uu nombre de 
quatre mille; elles avaient très-peu de munitions : Constan- 
tin pouvait donc lutter encore. Il est vrai que parmi les trou- 
pes polonaises qui s'étaient ralliées sous son drapeau^ il était 
bien des corps sur la fidélité desquels ils n'osait pas beaucoup 
compter. D'ailleurs, toute la ville s'était hautement déclarée. 
Ciouvrant sa Iftcbeté d'un masque de modération, il évacua 
Varsovie en disant qu'il ne voulait pas verser de sang, et qu'il 
allait attendre que les rebelles, mieux avisés, rentrassent 
d'eux-mêmes dans le devoir. Il se dirigea sans opposition sur 
le village de Wirzucba, près de la ville, et s'y établit un bi- 
vouac, au milieu de ses régiments russes, des détachements 
Solonais dont nous avons parlé, et des gardes de Volhynie et 
e Lithuanie. Quelques Russes, qui avaient été faits prison- 
niers dans la nuit} restèrent à Varsovie au nombre de huit à 
neuf cents. 

Varsovie, ainsi libre, presque sans coup férir, aurait dû 
peut-être établir sur-le-champ un gouvernement provisoire» 
qui, tout en proclamant la déchéance de Nicolas et la déli- 
▼rance de la Pologne, aurait donné aux affaires une impulsioa 
révolutionnaire. De cette mesure dépendait peut-être le salut 
de la révolution. Les insurgés n'ayant pas eu cette pensée au 
milieu des premières émotions d'une victoire qui ôtait aux 
esprits le sang-froid et la réflexion, voici comment les choses 
se passèrent. 

La plupart des hommes importants de l'Etat, des person- 
nages qui s'occupaient des affaires publiques, ne pensaient 
pas que la Pologne pût suffire seule à l'œuvre de la résurrec- 
tion. Il est certain qu'au point de vue des forces militaires de 
leur pays, ces hommes avaient raison. Ces forces ne pouvaient 
faire face à celles que le czar devait leur opposer; mais les 
hommes dont nous parlons comptaient pour rien un élément 
bien puissant que les forces militaires, c'est-à-dire le peuple, 
les paysans de la Pologne. ^Vvec l'aide de la totalité de ses en- 
fants et des grandes idées qui présidaient à son nouveau sou- 
lèvement, nul doute que le pays ne dût braver toutes les hor- 
des réunies du czar ; mais malheureusement ces grands 
personnages qui formaient la tête de l'aristocratie polonaise, 
ne voulaient rien faire pour le peuple et pour les paysans ; 
ils voulaient bien l'importance et la liberté du pays, mais 
à condition qu'elles ne leur coûteraient pas un morceau 
de leors privilèges; ils étaient en 1830 ce qu'ils avaient 
été en 1795. Aussi, pour avoir voulu tout avoir, n'eurent-ils 
rien. 

Les hommes qui pensaient ainsi se divisaient en trois par- 
tis : l'un comptait sur la France, l'autre sur l'Autriche, et le 
troisième sur la Russie. Pendant les quinze dernières années. 



280 HISTOIBB 

malgré les attentats liberticides et les horreurs du gouverne* 
ment russe, les partisans de la Russie s'étaient multipliés. 
C^élait là un aveuglement étrange, d'espérer qu'un gouver- 
vernement qui n'avait jamais respecté la constitution de 
1815, et qui, après mainte promesse, disait enfin ouverte- 
ment qu'il ne consentirait jamais à la réunion des anciennes 
provinces polonaises, d'espérer, disons-nous, qu'un pareil 

{gouvernement donnerait les mains à la renaissance de la Po- 
ogne. Depuis quand les moutons conduits à Tabattoir comp- 
tent-ils donc sur le boucher pour protéger leur vie? Il est 
véritablement inouï que les expériences déjà faites n'eussent 
pas éclairé les partisans de ce système. 

Les hommes qui Tavaient embrassé, à la tête desquels il 
faut placer le prince Lubecki, ministre des 'finances au mo- 
ment de rinsurrection de 1830, et le prince Adam Czarto- 
risky, membre du sénat, se montrèrent sur la scène politique 
le lendemain même de l'insurrection, et s'occupèrent aussitôt 
de diriger le mouvement au gré de leurs idées. Déjà, pendant 
la nuit du 29 au 30, ces deux hommes d'Etat s'étaient pré- 
sentés au grand-duc, et l'avaient engagé à faire punir les 
perturbateurs. Le lendemain, voyant que le peuple ne son- 

f^eait pas à se donner un chef, et profitant de cette inaction, 
e prince Lubecki réunit le conseil des' ministres (nommés 
par Nicolas) j et, pour avoir l'air de donner une espèce de 
satisfaction a l'opinion publique, il appela à prendfe place 
dans ce conseil les sénateurs princes Adam Czartorisky et 
Michel Radziwil, Michel Tochanov^ski et Julien Niemcewicz, 
le comte Louis Bak, secrétaire du sénat, et le général en re- 
traite Chlopicki, tous partisans du gouvernement moscovite. 
Ce gouvernement amphibie, moitié russe, publia le jour 
même une proclamation pour annoncer à Varsovie que Con- 
stantin venait d'interdire toute intervention ultérieure à ses 
troupes. Ce manifeste finissait par ces singulières paroles : 
« Vous ne voudrez pas. Polonais, donner au monde le spec- 
<K tacle d'une guerre; la modération peut seule éloigner de 
« vous les maux qui vous menacent. Rentres dans Vorirey 
« dans le repos, et puissent toutes les agitations cesser avec 
a la nuit fatale ^m les a couvertes de son voile ! Pensez 
« à l'avenir et a votre patrie si malheureuse ; éloignez 
« d'elle tout ce qui pourrait compromettre son exis- 
« tence. C'est à nous à remplir notre devoir en maintenant la 
a sûreté publique, les lois et les libertés constitutionnelles 
« assurées au pays. y> Il était évident que les signataires d'un 
pareil acte n'avaient vu qu'avec peine les événements de la 
veille, et que c'était malgré eux qu'ils s'attelaient au char de 
la révolution. 
Ce manifeste irrite les esprits; dans la journée, les clubs. 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE. 281 

déjà secrètement orgaolsés depuis longtemps , avaient tenu 
des séances publiques auxquelles assistèrent plusieurs dépu- 
tés à la dernière diète. Ces sociétés s'indignèrent que l'ancien 
gouvernement eut la prétention de garder le pouvoir dans 
ses mains, sous prétexte qu'il s'était adjoint quelques noms 

f>lus ou moins populaires. Suivis d'une muUituae exaltée, tous 
es membres des clubs se portèrent au palais du gouverne- 
ment et déclarèrent impérieusement que l'administration du 
pays devait changer de mains. Alors le prince Lubecki orga- 
nisa encore lui-même un gouvernement tout nouveau, dont, 
cette fois, il eut soin de*s'exclure, dans la peur, dit-on, de se 
compromettre auprès de Nicolas. Les anciens ministres furent 
tous renvoyés, et Lubecki confla le pouvoir a Léon Dom- 
browski, et à trois nonces qui, pendant la dernière session, 
s'étaient fait remarquer par leurs lumières et leur patrio- 
tisme, Gustave Halacrowski, Vladisias Bélrowski, et le savant 
professeur Joachim Lelewel, chef du parti républicain. Celte 
espèce de gouvernement provisoire fut placé sous la prési^ 
dence d'Adam Czartorisky; en même temps, le commande- 
ment général de l'armée fut confié à ce même Cblopicki dont 
nous avons parié, lequel avait gagné ses épaulettes de 
général sur les champs de bataille de l'Empire ; homme ho- 
norable, brave soldat^ caractère timide, qui au courage mili- 
taire, ne joignait pas le courage civil, et qui, peut-être, est la 
première cause de la perte de son pays. Clilopicki commença 
par refuser le commandement de Tarmée polonaise, et sa 
répugnance ne fut vaincue que par les instances les plus pres- 
santes des nouveaux gouvernants. 

Ceux-ci, dont les noms, plus ou moins respectés, satisfirent 
d'abord l'opinion publique, publièrent à leur tour des [)rocla«> 
mations dans lesquelles, plus prudents que leurs prédéces- 
seurs, ils ne parlèrent ni du retour à l'ordre» ni même de 
Nicolas. Toutefois, ii;était visible quMls voulaient transiger 
avec le czar, si cela se pouvait. En efTel, quelques-uns d'entre 
eux se rendirent à Wirzucba, auprès de Constantin, et lui 
offrirent des arrangements au moyen desquels ils répon- 
daient de la soumission de leurs concitoyens. Ces arrange- 
ments ou conditions, les mêmes qui furent ultérieurement 
portés à Nicolas lui-même, c'étaient le rétablissement de la 
constitution telle qu'Alexandre l'avait donnée, la suppression 
de l'acte additionnel de 1825, la réunion si ardemment solli- 
citée de la Lithuanie et de la Volbynie au royaume, l'éloigne- 
ment définitif des troupes russes, et enfin une pleine et en- 
tière amnistie pour les derniers événements. 

La position de Constantin n'était pas telle qu'il pût ne pas 
prêter l'oreille à ces propositions. Toute la population de Var- 
sovie était armée. Le 2 décembre, plusieurs villes des eavi- 

86 



282 HISTOIRE 

rons et toutes les troupes indigènes s'étaient déclarées pour 
rinsurreciion. Dans la campagne, des corps nombreux de 
paysans soulevés menaçaient les communicalions du grand- 
duc avec les provinces russes. Les résnllats des dernières 
journées commençaient à ébranler la fidélité des corps polo- 
nais qui l'avaient suivi. Constantin, inquiet, écouta donc ces 
ouvertures pacifiques^ et, sans garantir Tadhésion de son 
frère aux déterminations gu'il adoptait, il donna l'assurance 
aux députés aquUl n'était pas dans l'intention d'attaquer 
« Varsovie; c|ue si les hostilités recommençaient, on se pré- 
< viendrait réciproquement quarante-huit heures d'avance; 
a au*il n'avait pas envoyé au corps d'armée de Lithuanie 
« Tordre de se diriger vers le royaume, et qu'en. rendant 
« compte des derniers événements à l'empereur, il en solli- 
« citerait le pardon et l'oubli, d Le grand-duc consentit aussi 
à laisser retourner à Varsovie le régiment de chasseurs po- 
lonais, l'artillerie à pied et le régiment de ligne qui l'avaient 
suivi, et à quitter lui-même avec les troupes russes le terri- 
toire polonais. Avant de s'éloigner, il publia la proclamation 
suivante : a Je permets aux troupes polonaises qui sont res- 
a tées fidèles jusqu'au dernier moment à l'empereur, mon 
« frère, de rejoindre les leurs. Je me mets en marche avec 
a les troupes impériales pour m'éloigner de la capitale, et 
a j'espère de la loyauté polonaise qu'elles ne seront point in- 
« guiétées dans leurs mouvements pour rejoindre l'empire* 
« Je recommande tous les établissements, les propriétés et les 
a individus à la protection de la nation polonaise. » 

Les soldats polonais qui quittaient Constantin, rentrèrent 
en effet dans Varsovie, le 4 décembre, avec leurs chevaux et 
leurs canons. Ils prêtèrent serment au gouvernement provi- 
soire, et se conduisirent postérieurement avec le même zèle 
que ceux qui avaient tout d'abord épousé la cause nationale. 
De son côté, Constantin s'éloigna avec ses soldats russes et se 
rendit en Volhynie, puis, de la, à Saint-Pétersbourg, où, con- 
trairement aux promesses qu'il avait faites, il conseilla l'em- 
ploi de la force à sou frère, qui seul pouvait accepter oh 
refuser les propositions du gouvernement provisoire. Les Po- 
lonais n'apportèrent aucun obstacle à la retraite de leur an- 
cien gouverneur; qui, à partir de ce moment, disparut com- 
plètement de la scène politique. 

Pendant que le gouvernement provisoire essayait ainsi de 
traiter avec les Russes, les clubs de Varsovie s'étaient consti- 
lués en permanence. Les patriotes qui composaient ces clubs 
ne voyaient pas les choses du même œil que les membres de 
Tadminislration nommée par Lubecki. Les premières mesures 
prises par celte administration révélaient un plan qu'ils n'ap- 
prouvaient pas. Il se passait à Varsovie des faits complètement 



^^ 



DE LA RÉTOLUTION POLONAISE. 283 

analogues à ceux qui se produisaient à cette même époque en 
France^ avec celte différence quMl ne s'agissait alors, pour ce 
dernier pays, que de reconquérir ses frontières du Rhin, 
tandis qu'il était question, eu Pologne, de ce qui constilue 
l'existence même d^un peuple, l'indépendance et la natio- 
nalité. 

De tels faits arrivant aux oreilles du parti polonais-russe^ 
qui avait la majorité dans le gouvernement^ lui déplurent 
beaucoup, surtout à Cblopicki, dont l'humeur brusque et 
emportée n'admettait pas la contradiction. Les sévères criti- 
ques des clubs arrêtaient et embarrassaient à chaque pas 
Tautorité que se partageaient Adam Czartoryski, Ostrow^ki, 
Dombowski, Malachowski et Joachim Lelewel, le seul des cinq 
dépositaires du pouvoir qui ne fût pas partisan du système 
russe. Pour mettre un terme à ces dissentiments, on convoqua 
la diète pour le 18 décembre. Les Russo-Polonais espéraient 
conquérir la diète à leurs idées, et faire taire ainsi l'opposition 
des clubs. 

Mais le général Chlopicki, moins patient (jue Czartoryski et 
868 collègues, ne voulut pas attendre aussi longtemps pour 
imposer silence à une résistance importune. Ce général qui, 
dans les premiers jours de Tinsurrection, s'était tenu soigneu- 
sement à l'écart, de crainte de se compromettre, et qui n'avait 
accepté son commandement qu'à regret, s'emportait mainte- 
nant et éclatait en menaces furieuses c|uand on lui annonçait 
que de simples citoyens se rassemblaient pour s'occuper des 
affaires publiques, et que des plaintes commençaient à s'élever 
contre la marche du gouvernement. De concert avec Lubecki 
et les quatre collègues de Lelewel, il ordonna, le 5 décembre, 
une revue générale de l'armée rassemblée autour de Varsovie. 
Revêtu de son ancien uniforme, coiffé d'un chapeau gris et 
noir, et entouré d'un nombreux cortège d'olûciers, il se 
rendit à la salle des séances de la Commission des Cinq, gou- 
vernement provisoire, et déclara qu'une autorité partagée et 
bornée étant insuffisante dans des circonstances aussi criti- 

aues, il était nécessaire, pour le salut de tous, qu'il prît la 
ictature jusqu'à la réunion de la diète. Il assura qu'avec le 
consentement de la Commission, il saurait se faire reconnaître 
et obéir. Les quatre commissaires, qui avaient été mis dans 
la confidence de cette espèce de coup d'Etat, ne firent aucune 
'. objection. Seul, Joachim Lelewel, qui présidait une des so- 
^ ciétés secrètes, et qui savait que c'était contre ces sociétés que 
Chlopicki voulait agir, protesta contre l'usurpation qu'on allait 
consommer. On ne tint aucun compte de 8a réclamation, et 
Chlopicki, suivi des quatre commissaires, se rendit sur la 
place où les troupes venaient d'être rassemblées. A la vue du 
petit chapeau dont il était coifie, et de cet uniforme qui rap- 



284 HISTOIRE 

pelait de si grands souvenirs, la foule s'empressait, joyeuse et 
enivrée, sur son passage ; elle crut que les cinq gouvernants 
provisoires avaient déposé, d^une voix unanime, leurs pou- 
voirs dans les mains de Chlopicki, et les soldats prêtèrent, 
sans opposition, serment au nouveau dictateur. ^ 

Celait chose grave qu'un pareil coup d'Etat. Au fond, que [ 
voulail-on ? Etouffer la voix des citoyens qui demandaient une ( 
rupture éclatante avec la Russie. Or, les événements ont ^ 
prouvé que ces citoyens-là avaient raison de ne pas compter r 
sur un arrangement honorable avec le czar. Sous ce rapport, ^ 
les Russo-Polonais eurent donc tort -, leur tort fut encore plus 
grand dans la forme. La dictature est un pouvoir illimité, en 
présence duquel tous les autres pouvoirs s'arrêtent, qui ne 
peut être conféré, par conséquent, que du consentement de 
tous, ou au moins par la majorité des citoyens ; eux seuls 
pouvaient donner à un homme de leur choix cette puissance 
redoutable, irresponsable, qui comprend jusqu'au droit de vie 
et de mort. Et cependant, non-seulement les Polonais ne fu- 
rent pas consultés, mais encore les cinq dépositaires du pou- 
voir insurrectionnel n'étaient pas même unanimes pour in- 
vestir Chlopicki de la dictature. Le veto d'un d'entre eux de- 
vait sufQre pour faire reculer ce général devant l'autorité 
exorbitante qu'il s'arrogeait. 

Aussitôt investi de celte autorité, Chlopicki, sous prétexte 
qjie les clubs agitaient trop vivement les ambitions et les pas- 
sions populaires, ordonna qu'ils ne s'assemblassent plus sans 
son autorisation ; c'était dire qu'ils ne s'assembleraient plus, 
au moins publiquement, comme ils le faisaient depuis le 
!•' décembre. 11 ne renvoya pas les cinq commissaires, qui 
devinrent comme les ministres de ce roi absolu, et ne purent 
rien faire que sous son autorisation. Enfin il chargea Lubecki 
et le comte Jerverski d'une mission auprès de Nicolas, dans 
des termes analogues à ceux de la démarche déjà faite auprès 
de Constantin. Chlopicki remit à ces deux envoyés une lettre 
très-modérée, pour ne pas dire plus, où, après avoir exprimé 
les besoins et les vœux de la Pologne, il se glorifiait et se fai- 
sait un titre, auprès de l'empereur, au coup qu'il venait, di- 
sait il, de porter aux factions en s'arrogeant la dictature, et de 
l'ordre qu'il avait ramené dans Varsovie. Lubecki partit sur- 
le-champ pour Saint-Pétersbourg, en affirmant, avec une bien 
aveugle conviction, « qu'il était sûr de convertir Nicolas à la 
cause de la révolution. 

Cependant l'opinion publique s'était émue de la clôture des 
clubs; tout le monde disait à Varsovie qu'en fermant les 
portes des sociétés patriotiques, le général usait trop dure- 
ment d'un pouvoir dont il faudrait bien qu'il rendit compte 
un jour. Plusieurs nonces arrivés à Varsovie, et qui, en atten- 



DE LA REVOLUTION POLONAISB. 285 

dant TouTerture de la diàte, tenaient des réunions prépara- 
toires^ s'associèrent an mécontentement et aux alarmes des 
citoyens, et envoyèrent des députations à Chlopicki, pour lui 
faire des représentations. Celui-ci^ après avoir longtemps ré- 
fusé, sous prétexte d'occupations urgentes^ de recevoir les dé- 
légués des chambres, consentit enfin à leur accorder au- 
dience. Il leur laissa à peine le temps de s'expliquer, et, les 
interrompant avec hauteur et violence, il leur dit « que ce 
« qu'il avait fait il le ferait encore, si c'était à recommencer; 
<x qu'il avait eu raison de fermer la bouche à des factieux; 
€ qn'il était toujours le fidèle sujet de Nicolas, et ne se pro- 
a posait antre chose que de maintenir le royaume dans ses 
a limites actuelles, à moins que l'empereur ne consentît à 
a rendre la Lithuanie et la Volhynie; que pourvu qu'à l'avenir 
c la constitution fût exécutée, et que les troupes russes ne 
a tinssent plus garnison dans le royaume, la Pologne devait 
<K être contente, et qu'on ne pouvait pas demander davantage. 
c Et je ne vous donnerai pas d'autre explication, ajouta-t*il 
« d'un ton brusque et impérieux; vous n'êtes pas la diète, et 
« je ne dois de comptes qu'à la diète. » 

Ces explications prouvaient que le parti polonais-russe avait 
encore modéré ses premières exigences, et que Lubecki avait 
ordre de ne pas insister sut* la réunion des anciennes pro- 
vinces polonaises. 

Le langage du dictateur n'était pas fait pour satisfaire les 
délégués des chambres, qui lui firent observer qu'il avait pris 
ed main un pouvoir qu'on pouvait regarder comme incom- 
patible avec les institutions et la liberté du pays. Us ajoutè- 
rent qu'il agirait peut-être avec prudence en l'abdiquant avant 
l'ouverture des chambres, a le n'abdiquerai pas, répondit 
« Chlopicki avec colère; j'ai reçu le pouvoir des mains de la 
« Commission, et je le garderai tel çue je l'ai reçu, jusqu'à la 
€ réunion de la diète. y> Les délègues quittèrent le dictateur, 
émus et attristés de tout ce qu'ils venaient d'entendre, surtout 
des paroles relatives aux anciennes provinces polonaises ; et, 
crai^ant d'alarmer la diète et le public si de telles paroles 
venaient à se répandre, ils s'engagèrent réciproquement à ne 
rien dire à cet égard. 

Si le dictateur eut le tort de ne pas profiter des avantages 
do moment, de s'opposer aune propagande soit en Lithuanie, 
soit dans la Gallicie et dans le duché de Posen ; s'il refusa de 
prendre une position hardiment offensive, du moins il ne 
s'endormit pas tout-à-fait sur la foi des négociations entamées 
«vec la Cour de Saint-Pétersbourg. 11 s'occupa assez active- 
ment de la défense et de l'armement du pays. Les sommes 
im^rtantes provenant de l'emprunt et de l'aliénation des do- 
maines nationaux furent d'un grand secours dans ces graves 



286 HISTOIRB 

circonstances. Il rappela les yieux soldats en retraite, dont le 
retour sous les drapeaux devait porter à guarante-cinq mille 
hommes Tarmée régulière. Il rendit un décret qui prescrivait 
une levée générale, dont le premier ban devait être de quatre- 
vingt mille hommes. Qnant aux moyens matériels, il fit 
iondre des canons avec le métal des cloches des églises, il 
établit des fabriques de fusils, il fit fortifier à la hâte la capi- 
tale et surtout le faubourg de Praga : il fit réparer et appro- 
visionner les autres forteresses que Constantin avait toutes 
remises au gouvernement provisoire. Enfin Tarmée, qui 
d'abord n'était que de douze mille hommes, se trouva en 
quelques jours assez forte pour repousser le corps de Lithuanie 
et celui du grand-duc Ck)nstantin, sMls osaient se présenter. 

Cependant Chlopicki répétait sans cesse quMl ne voyait pas 
une révolution dans les derniers événements, mais seulement 
une émeute causée par la violation de la constitution. Aux 
Polonais de bonne volonté qui venaient de l'autre côté du Bnç 
ou du Niémen, c'est-à-dire des anciennes provinces, offrir à 
rinsurreclion leur courage et leurs bras, il répondait « qu^il 
« n'avait pas pour eux de pierres à fusil, i» Comme la nation 
voulait s'armer, et qu'il n'osait s'y opposer, il laissa s'orga- 
niser les gardes nationales, mais il les séparait soigneusement 
de l'armée régulière, comme s^il craignait que les citoyens 
n'inoculassent aux troupes des sentiments et des idées trop 
exaltés. Tous ses actes portaient l'empreinte de la défiance la 
plus ombrageuse contre la population. 

Le 18 décembre arriva sur ces entrefaites, et la chambre 
des nonces, (par une manifestation solennelle, inaugura sa 
session en proclamant la révolution nationale, et déclarant 
qu'elle voyait dans les événements du 29 novembre le soulè- 
vement des deux nations polonaise et lithuanienne. C'était se 
mettre ouvertement en contradiction avec le dictateur, qui 
respectait la domination de Nicolas, et se contentait de la 
Pologne du congrès de Vienne. Pendant la nuit du 18 au 19, 
Chlopicki envoya aux deux chambres sa démission, comme 
il s'y était engagé; mais, en même temps, le parti qui l'avait 
armé de la dictature se mit à travailler activement pour que 
l'omnipotence lui fût restituée, a Un grand danger menace la 
« patrie, disaient ces alarmistes , Tennemi sera peut-être 
« nienlôt aux portes de la ville. L'armée n'a pas de chef, les 
« passions sont soulevées. Quel autre que Clilopicki saurait 
« suffire aux circonstances? Il nous a délivrés des clubs, lui 
« seul a la main assez forme pour contenir les factieux. S'il 
« se retire, nous ouvrons la porte aux dissensions, et nous mé- 
« contentons le seul homme qui puisse, en cas de guerre, 
« conduire les Polonais à la victoire. Il n'a pas abusé de son 
« pouvoir jusqu'à ce jour, il n'en abusera pas davantage à 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE. 287 

^ ravenir. Reconnaissons ses services passés, en lui donnant 
I roccasion de nous les continuer. » Le maréchal de la diète^ 
dstrowski, un des cinc^ commissaires, alla trouver dans la nuit 
même Cblopicki, et rédigea avec lui un projet de loi sur la 
dictature. Puis il convoqua le sénat et la cnambre des nonces 
j)0ur le 20 décembre. 

Le 20^ cette même diète , qui avait proclamé la révolution 
nationale, et s'était mise ainsi en désaccord flagrant avec le 
dictateur, se donna un de ces démentis que, malbeureusement^ 
les assemblées politiques ne se donnent que trop souvent. Les 
députés les moins partisans du gouvernement russe, ceux qui 
d'abord avaient vu du plus mauvais œil le coup d'État de Chlor 

Sicki^ se laissèrent séduire et effrayer par les insinuations des 
Lusso-Polonais, et, de quatorze membres qui prirent la parole 
sur le projet de loi d'Ostrowski, il ne s'en trouva pas un seul 
dans la chambre des nonces qui parlât contre la dictature. Le 
projet passa à la majorité de cent huit suffrages sur cent 
neuf députés présents ; celui qui vota contre lut Théophile 
Morawski. Quant à Joachim Lelewel, fidèle à ses principes, il 
s'abstint même de voter, et se borna à dire qu'en de telles 
matières il regardait le scrutin comme nul, attendu que la 
diète, qui n'était pas même le produit de l'insurrection, et qui 
avait été élue sous le gouvernement de Nicolas (c'était toujours 
la diète convoquée en mai 1830), n'avait ni qualité ni mandat 
pour prendre une aussi monstrueuse mesure. 

La dictature fut déférée à Chlopicki, sans restriction^ sans 
aucune responsabilité à raison ae ses actes. Seul il pouvait 
nommer les membres du gouvernement et les fonctionnaires 
publics. Il avait le droit de suspendre la diète et de la convo- 

S|uer, selon qu'il le jugerait nécessaire. Tous les droits et tons 
es pouvoirs lui étaient sacrifiés* Les nonces se contentèrent, 
pour toute précaution, de nommer une commission diéiale, 
qui devait surveiller le dictateur, et lui ôter le pouvoir au 
Besoin. Puis, ils en nommèrent une autre chargée de rédiger 
le manifeste de la nation polonaise, c'est-à-dire Thistorique et 
la iustiflcation des événements de novembre. 

Le vote de la chambre des nonces ayant été sanctionné par 
le sénat, les deux chambres se réunirent, dans la soirée du20, 
en assemblie plénière^ pour donner une sorte de solennité à, 
la rentrée en fonctions de Chlopicki. ^ 

Les intentions étaient bonnes. Tous, nonces, dictateurs, se-': 
nateurs, voulaient la délivrance de la Pologne ; mais tous 
obéissaient à des occupations pusillanimes et à des vues 
étroites. Les cris de : Vive le pays ! vive l'indépendance ! 
ébranlèrent la voûte du palais des anciens rois^ où se tenaient 
les assemblées de la diète ; tout le monde s'embrassait en 
pleurant de joie ; plus de huit cent mille fiorins furent dépo- 



288 HISTOIRE 

ses ce jour-là sur le bureau en dous patriotiques. Le dictateur 
lui-même renonça généreusement au traitement de deux cent 
mille florins qu'on aTait affecté à ses fonctions. Des sénateurs 
offrirent de lever des compagnies^ quelques-uns même des 
régiments à leurs frais. 

Le même enthousiasme régnait parmi le peuple ; une 
activité admirable présidait aux travaux de défense; Varsovie 
tout entière s'occupait à se mettre en état de résistance. Déjà 
une tête de front bien construite couvrait la Vistule ; des batte- 
ries avancées entouraient la ville : riches, pauvres, femmes, 
enfants, vieillards, élevaient des retranchements avec une ra* 
pidité qui tenait du prodige. On calculait, avec une orgueilleuse 
complaisance, que le total général des hommes en état de por- 
ter les armes s'élevait à près de trois cent mille ; que, grâce à 
la levée en masse, on en aurait bientôt sur pied quatre- vingt 
mille ; on comptait cent quatre-vingts pièces de canon avec 
leurs attelages ; et avec ces forces, qu'on comparait aux res^ 
sources si inférieures de la Pologne dans les dernières luttes 
soutenues pour son indépendance, en se flattait de triompher 
facilement du géant moscovite. Pourquoi faut*il que l'harmo- 
nie des volontés, que l'unité des vues <]ui décuplent les forces 
d'une nation, aient fait défaut à ce patriotisme ? Faute d'accord 
entre elles, tant de vertus civiques ne portèrent pas les beaux 
fruits qu'elles promettaient. Pourquoi faut-il que les hommes 
influents dans l'état aient été dupes au point d'espérer quelque 
chose? Pourquoi faut-il surtout que la crainte derauarehie, 

2|ue la défiance du peuple, peut-être aussi quelquessentiments 
goistes, mêlant, au cœur de la noblesse, leur impur alliage à 
l'or pur des plus généreux sentiments, n'aient pas permis de 
devoir à ce peuple la victoire qui était impossible sans lui, qui 
avec lui était chose certaine. 



DE LA lÉVOLUTtOn POLONAISE. 289 



CHAPITEE XI 
1830-1831 



Manifeste de Nicolas contre les Polonais.-» Résultat de la tentatiTe faite 
' auprès de lui.— Chlopickî ; sa proclamatiop; ses actes contre le parti 
démocratique ; il exclue Leiewel et ce parti des affaires.— Sa démis- 
sion. ~ La diète proctame, le 49 janTler 4831, rindépendance de la 
Pologne ; son manifeste. — Elle vote Texclosion de la dynastie russe ; 
Leiewel réintégré dans le gouvernement.-* Michel Radziwil commaa*^ 
dant de Tarmée. — Discussions à la diète ; elle adopte le principe de 
l'hérédité monarchique ; discours de Leiewel pour les classes popu» 
lairesy— Entrée des Russes en Pologne, le 5 février, sous les ordres de 
Diébitsch.— Batailles de Grochow et de Praga ; Skrzynecki est nommé 
général en chef,— Proclamation du gouvernement aux troupes. — ^Décla- 
ration de la diète. — Victoires de Vaver et de Dembewilkie ; victoire 
4*lnganie. — Insurrection en Lithuanle. — Fautes de Skrzynecki» sa 
débite à Ostrolenkà.— Mort de Diébitsch et de Constantin. 



Le lendemain du jour où Chlopicki fut confirmé par la diète 
dans son omnipotence, il annonça aux deux chambres ^ par 
un message^ qu'elles étaient prorogées. Ce Jour-là arriva à 
Varsovie le manifeste suivant^ que publia leczar à la première 
nouvelle de Tiosurrection, et qui venait donner un premier 
démenti aux folies espérances des diplomates où Russo- 
Polonais. 

« Polonais^ disait le czar, l'odieux attentat dont votre capitale 
« a été le théâtre^ a troublé la trancfuillité de votre pays. Fen 
' <i ai reçu la nouvelle avec une juste indigpatian , et j'en 
« éprouve une vive douleur. Des hommes qui déshonorent le 
« nom polonais, ont conspiré cont|re la vie du frère de votre 
« souverain» ont conduit une partie de votre armée à oublier 
« ses serments^ et trompé le peuple sur les ÎDtérèts les plus 
« cbers de voire patrie. 

« Il est encore temps de remédier à ce qui s'est passé et de 
. prévenir d'immenses malheurs. Je ne confondrai pas ceux 

37 



« qui abjureront Terreur d'an moment^ avec ceux qui persis* 
« terontdan8leepinfie.PolonaU,écout6z lesGonfieitod'ua-pèfe, 
« obéissez aux ordres de votre roi. 

a Voulant vous faire connaître nos intentions d'une manière 
« positive, nous ordonnons : 1* Tous ceuxde nos sujets russes, 
a qui sont retenus prisonniers, seront sur-le-champ remis en 
a hberté. 2*' Le conseil d'administration reprendra les fono- 
a lions de son organisation ^cimUiv^^pt avec les pouvoirs que 
<c nous lui avons attribuéfl par Tiotre-décret du 12 août 1826. 
a 3"* Toutes les autorités de la capitale et des taïoodies obéi- 
« ront aux décrets qui seroj»! f^.Ç^V^ en notre nom par leçon- 
« seil d^administration ainsi constitué, et ne reconnaîtront 
a aucun pouvoir illégalementétibli.— Tous les chefs de corps 
a de notre armée royale polonaise» sont tenus de se rendre à 
% Piol^, point do réupipfl. Tout armement toit pv wiJte de| 
« tfouWosdeVi^rsoviei serq dissQutj ^tc, e(el }> Ce^ disposi- 
tions étaient sui^jes 4 -du/» 4Q]qncbQR ni^i^ autoriiéf .toe«i«6 4e 
dé^rmereeux qui étaient ^ÂI^gnlem^M Armés. Lacifaii termi- 
nait sa priN^lnmalian en ciliint aux seldsts polonais l'exemple 
des chasseurs dé la ^ardeà cheval; restés fidèles àGonstanlin, 
et promenait oubli àr ceux cnu- rentreraient immédiatement 
dans le devoir, a Jilais, ajoutait-il, pas de co^ices^ions pour les 
a autres; le§ nialbéorsj^tCiU qn^'prépj^f^^.pqgir lepr pakje, 
«j relomberont'sureux,» - 

Ce Inpgage d^un mi^Ur^ àdes f»saIav«^#*éïolléSi Qe manifeste 
•il Nicolas fie daigitail pas inàitte s'^sipUqiieD sur un passé eu 
tous les torts étaient de son cAtéi^ 411 il ne-pr4Btitpas la peine 
de s*engager pour l'avenir au moins à respecter les di<oits du 
peuple auquel il s'adressait, auraient sans doute pu intimider 
des hommes moins résolus que ne Tétaient les Polonais à ac«* 
sepler toutes les bonséqueUo^ dB Itenbécoiquacoulèveinelit; 
«aqis. il n'y a.Taitpa<liàfaésil^r pour :eMK''Us«$nnansaâenti8h 
maiiK que la lyrannto moccqvîteawiut agglopiérés socemi 
f endaRtqoinat wfi de ré^iguflicm. Usa fléalii- de la igueeré 
«t de ^& résttltata pessîUes» (l'une ééCaiteiinêinii, né psa« 
«aient pas être pirep potifi ei»^ : IVaîUt ups ibiavaîent;de«a«l 
eux la radieuse perspective d^une victoire, et au boèitde lâ 
«ndairoélaiVIa^ liberté. ' - 

NoHfseukmenlii'uiaise impéiriaLque nous otons eilé ne les 
effrafà pas el i»e les fil pas reculoiS' matis il leur Mnorima une 
énergie nouvoUe» un reoOubtement'dBoeiirage désesp^vé; 
dû leiUas^parts on se>prépara à la guerre. Seuls/. les Ruao* 
polonais fusent dfabord abâttuf, à lailedMieiiB)cemanifsstef 
m^s ils aa raBSueçreni btè^iél, et sefeiam|jenDère«iobstiBé* 
ment à leur premier espoir, en songeant que le czar, quand 
il avait écrit se propiamation, a'avaîr psa^eii enoece w prince 
iAtbeoki, lleûardeutètentpas «ne colui'-oi ne Ht tevemrl^em- 



DB LA RÈyoWÈUm »OLONAISB. 291 

pmsdiletf cMr ïtiouMïi 0ur lnfrMtière de Russie. 

Lubecki et son collë^de, lé comte lewer^kt, y aTaidnt été 
arrêtée pift^hfdre de Nloèh)»^(fu} tëut flt écrire far le comte 
OrobawskI: sdrt mi&iMre dMtlat pour le royimmede Polo;rne4 
qoe si tes eVértemeitU dé Varsovie les avaient délermjnés à 
acecTfiitèf vtM délé^atioâ (((}elcon(|ne d'un pouvoir qui n'éma- 
nait ptis de la yoiontë du souverain, celni-ci ne pouvait les 
admettre en sa présence, ni leur permettre de venir dans sa 
capifûte ; maisqtie sMIssé présentaient. Pan, Lnbecki^ comme 
ministre désfinancesi et Vaotre, lewerski^ comme nonce du 
royaume, il conseritait à lenr accorder audience. Faire la dé- 
chiratfon qu'exigeait Nicoicis, c'était désavouer, en quelque 
sorte, la ijnissloti cjne les deux eùtoyés avaient teçuey et re- 
connatirè rrllégitimtlé de rinsdrrecHon du 29 novembre. A 
de pareilles conditions, ces deux mimijataireS de la Pologne 
ne se préseritarent plus au nom d'un peuple q«i demandait à 
traiter de pnissance à puissance avec un souverain ? mais ils 
se présealafent en suppliants, et nfe pouvaient plus qn'irti- 
plorer pitié et gMce. Les deux Russo-Polonnl^ ti'eurent pas le 
courage de refuser l'humiliant désaveu démandé par le cfAv^ 
et ils obtinrent h ce prix la pertnission de Se rendre à Sîilnt- 
Pétersbourg. Mais là, toute rhabileté diplomatique de Lubeeki 
vint échouer conlre la volonté immuable de Tëmpereur, qui 
leur déclara s'en tenir au manifeste précédemment renduj et 
refusa toulé concession. Ils n'arrivèrent à Saint-Pétersbourg 
que pour assister an spectacle des immenses préparatifs qu'on 
7 faisait pour soumettre ou exterminer le$ Polonais. 

Revenons •maintenant à Varsovie. Après avoir prorogé la 
dièle. Clilopickt remplaça les eirtq membres dn gouvernement 

Srovrsoire par mr conseil dit national, d'où il eolsdin d'exclure 
lalachowski, (|Uf ne lui parut pns assez Husio-Polonais, et 
surlôfttt Joaclrfm Lelewél, dont les opinions anli moscotîles et 
radicales gênîtiént sa manière dé V6lr; On ri'a pas oublié qu'il 
avait d'ailletirs an grief personnel conlre ce nonce, qui avaiè 
protesté detix fois contre sa dlcfcîrtifre. A la place de ces deux 

I personnages, trois nonces ntMi vean^, le prfnceHIcliol Radtiwil, 
e sénateur Kastellan, et le nonce BarjîykoT^ki, lurent inlro^ 
duilsdans le sein de ce^m«èil, où furent ti^amlenflsG2arto-î 
rtski, Oi*trôfr?kî et DombôWskt, Ge conseil appelé à fone- 
tiorinêrsous fa maffa du diclaleirr, avait du moin^ uhe parfaite 
homoffénoilé de vues ; il était tout rnsso-polôoais, maii mal- 
heureusement il avait contre lui Topinion ndbllqué.' 

Le 22 décembre, Clilonickt, voulant rendre compté dés njo» 
tîfsqui l'avalent porté a accepter sa éèconde dfciatofe, (tt 
publiefr une pfoclamafidtt etr ce^ terme» f 
' « CdmtWttfWté»; le déSli^'d* tet^résemaitts' dé-' te iittioïÉi 



292 msvoiRE 

tf confirmé par les deux Chambres, m'a appelé à l^exercice du 
c souverain pouvoir; je ne me suis chargé du icommande- 
« ment suprême des forces nationales que pour assurer les 
« lîbertés^e notre patrie. Dès ce moment, et aussi lonQ^'empfi 
<v que je consetverai la dignité de dictateur, mon devoir sera 
ff d'étce prêt à tout monient à vaincre ou à mourir pour elle. 
« M'étant chargé de la dictature par obéissance à la volonté 
ff du peuple^ je demande, au nom de la patrie, la même 
« obéissance. Vous trouverez toujours ma bannière sur le 
« chemin de la justice^ du devoir et de Thonneur national ; 
tf elle ne peut manquer d'être suivie par tout Polonais loyal, 
« digne flis de ses ancêtres, et qui trouve son propre bien 
« dans celui de la patrie. 11 n'y en aura sûrement aucun qui 
« agisse contre l'autorité souveraine que m'a confiée la vo- 
tf lonté générale du peuple, et qui n'en accomplisse pas scru* 
« pulcusement les ordres. Fartant donc d'un même point, et 
tt guidés par l'union. Tordre et l'énergie, nous pouvons as- 
« surer le succès do nos entreprises. Le peuple m'a mis à sa 
«c tête pour diriger ses forces^ et je promets de ne m'écarter 
« en rien des voies du devoir, mais de diriger tout dans dei> 
« vues fermes et légales vers un seul et même but ; je le jure 
a devant Dieu et la patrie. » On voit que Chlopicki, comme 
tous les gouyernements élus par des mmoriiés, afîeclait avec 
soin de confondre le peuple avec la coterie oligarchique du 
Lubecki^ La représentation nationale, séduite et entraînée par 
ce parti, l'avait porté au suprême pouvoir; dont il était Télu 
du peuple. C'est là l'éternelle logique des pariis qui usurpent 
les affaires publiques. 

Cependant, si les^lubs étaient fermés, les membres.de ces 
clubs n'en persistaient pas moins à s'occuper de ce qui se pas* 
^ait. On se rappelle les discours qu'ils tenaient, ayant l'usur- 
pation du Sde^cembre, contre le parti russo-polonais, et ou 
doit bien penser que, d'un côté, le manifeste menaçant de 
Nicolas, de l'autre Teiclusion significative de Lelewel et la 
couleur uniforme du nouveau gouvernement, n'avaient pu 
qu'augmenter les mécontentements, les récriminations et \ts 
gourdes rumeurs. Avant même que le prince Lubecki^ûl pu 
transmettre à Chlopicki la réponse définitive du czar à ses 
demandes, le dictateur s'était laissé gagner par le doute qui 
régnait universellement sur le succès de cette mission malen* 
contreuse ; et il avait si bien le sentiment du mal que tout ce 
temps perdu ferait à la Pologne, si Lubecki ne réussissait pas^ 
que la prévision d'un insuccès dans cette négociation lui fit 
presque perdre la tête. Comprenant la terrible responsabilité 
qd'il avait assumée sur lui, il ne voyait, dans les derniers mo- 
ments de sa puissance, que poignards dirigés contre sa per- 
soune; il avait toujours à la bouche le mot de factieux ; il 










1 






DE LA REVOLl'TION POLONAISE. 203 

s'eufermail cbez lui el ne sortait jamais^ refusant même de 
recevoir les membres de la chambre des nonces, qui» sinquié* 
tant de Tétat des affaires, demandaient tous les Jours a lui 
parler. C'est au milieu de ces préoccupations el de ces terreurs, 
qu'il reçut la dépêche par laquelle Lubecki lui annonçait la 
volonté inflexible de Tempereur. Â celte dépêche était jointe 
une leltre, par laquelle Nicolas remerciait personnellement le 
dictateur de ce qu'il avait fait pour maintenir Tordre dans 
Varsovie. En même temps, on recevait dans cette ville l'utase' 
par lequel Nicolas appelait les Rus^s aux armes, pour la ton- 
mission prompte y absolue, sans condition et sans réserve de la 
Pologne. Déjà une armée de cent vingt mille hommes com- 
mençait à s'échelonner derrière le corps russe de Litliuanie, 
et le vainqueur des Turcs, l&feld- maréchal comte Diébitsch- 
Sabalkanski, partait pour en prendre le commandement, ainsi 
que celui des gouvernements de Grodno» Wilna, Minsk, Po- 
dolie, Volbynie el Bialistock, déclarés en état de guerre. 

A ces nouvelles, qui ne permettaient plus d'espérer un ar- 
rangement amiable, le dictateur se hâta d'assembler la com- 
mission diétaUy nommée le 20 décembre pour supveiller ses 
opérations et lui nommer un successeur au besoin, et il lui dé- 
clara c)ue les circonslanees Tobligeaient à se démettre de son 
pouYOïr. Vainement la commission, alarmée d'une détermi- 
nation qui annonçait que le meilleur des généraux de la 
Pologne désespérait du succès de son pays dans la lutte (jui 
allait commencer; vainement, disons-nous, la commission 
insista pour que la démission de Cblopicki n'eût lieu q^u'au 
bout de quelques jours, afin qu'on ne pût pas l'attribuer a des 
motifs aussi décourageants. Le dictateur se démit le jour 
même, abandonnant ainsi son poste à l'heure du danger. 
Assurément, malgré tous les ménagements dont nous avons 
accusé Cblopicki pour la lyrannie russe, ce n*est pas à la lâ- 
cheté, à la peur, qu'il faut attribuer celte brusque démission. 
Nous verrons que plus tard, comme simple volontaire, il 
paya vaillamment de sa personne pendant la guerre. L'aban- 
don de son poste n'avait donc pas pour bu\ de le sousti-aire à 
la colère de Nicolas. Qu'importait en effet à celui-ci que ce fût 
sous le litre de dictateur, de j^énéral ou de modeste combal- 
tanl, que Cblopicki continuât à servir son pays? Toujours 
esUil qu'il ne renia pas la révolution, el qu'il fil face aux 
Russes. Hais sachant bien qu'il n'avait pas tiré des circon* 
sUmces, depuis un mois, le parti qu'il eût pu en tirer s*il n'eût 
pas si imprudemment compté faire entendre raison à l'empe- 
reur, n'ayant rien fait de ce qu'il fallait taire pour assurer un 
triomphe prochain, il voulul adroitement détourner Tatten- 
lion publique de ^ personne, et appeler, s'il était possible,. sur 
d'autres gouvernfuUs et d'autres généraux, la responsabilité 



294 ItisMAft ^ 

des t*«rerd(|ti'it'prêssêtilâiletqu^latait lui-même firépabés. 
Il eût'élé/Aé sa phti, \Àm loyal ei pilhd ferme de garder le 
pouvoir ^^il s'était faUdoiiner) et de tourner ré^luriTetiff le 
dos au tTBsiV après cette le{^n, de recsonhaftt'é'ses torts ttité^ 
rièurê, et 6ë leë ré(>arer, ^\\ en était encofe temps. En adop^ 
tant uue autre poUtîquè, phi% active et piiis énergique à ta 
foi», eé dOiirflant la fiâmme du 29 novembre de toutes parts^ 
tatit en Lithfacinie quç dafts les provinces polonaiees d'AtH 
tricbeet dé PrtisSe, péta-étre en serait-il venu à bout La va- 
nHè humaine, qui ne veut Jamais avoir toH^ inspira Chiopjoki 
fotitautremerit. 

Si Faxicien dictateury iiMnqua, àcefte âpoque, auk circon^ 
s4an(^, il n*én fol pas airtsi darls la diète. A peine Ctllopicki 
s*étaît-ilrélîr(^ que les deux chambres se reconstitutfiîerit en 
itemfaoence, et s'od^upaiéntdedortnôrau goureriiemewttftie 
organisatidn qtri lui permît* de mettre en mouvement toutes 
les forces de TEfat. le 19 janviei* S 831, le maréchal de Id 
cH^tmlifre^dés nonces, Quoique du parti russo-potonaî*, n'Iié^ita 
pA^ à regreltët- le temps perdu en de taiees tentatfvesde oon- 
cilfatiOn^ tlutén appt^^uMssant au zèle inébranlable que ne 
cessait de mdnifësfèr le p.nys pouif la causé nubiîque. « Les 
<#troup€!s réguHèi*es, disait Vladislas Ostrow^kî, dans ce dis* 
<ct:ôursudi résutfrait la stiuatfoh du mohtent, augmentent 
0^ tous, lé* jours. Le bdwrgeols saisit son éf>ée, le paysan sa 
cf 'fa[uh; -Fardre H^natt dans toutes les branches de Tadminis- 
<rf'traWon, Teipril 'public prend des forces nouvelles, elles 
<t nations amies ont promiar des secours aU» enidyés de la Po- 
<f logne. Mais voici le rhomehtdécrsifoùlesrepréàeïrtantstlela 
« nation doivent achever' leur^otivfape. Périr plulèt q^fe de se 
« soumettre, tel est le cri unanime dt| peuple. Il ne faut pas 
« Compter le nombre, Il faut Tnlé^rage^ les coears. Les pays 
« consliluMoiînels de I^Europe qui dntëpouié notre cause, 
« n'attendent dtie la déclaration de notre indépendance, et des 
« rives dé la Seine Cornme de celles de la Tùmisé s'nvao- 
or cefonl des bataillons à notre secours. Le premier devoir 
<t de*1a dîèfe est donc de prodamer cette- indépendance; é 
L'Indépendance de la Porogne fut prockiméé à Vonanimftéj 
mois ott vdie, d*aprê?S'd6' dlsconfs, que les chefs du paVs ne 
pou raietitsef résoudre à né compler que sur le pnys même 
pour son sahit. Après avoir espéré des concessions <*e Ni-' 
&i\Hi^' voîli malnte'nanl qu'ils dttetidènt' des seccters élrafr* 
gers. Nbusf ne lai*dèrons pas à voir ce ^ue devînr^èril cee espé^" 
rances nouvelles; tnais comment ne pas déplorer Cette 
déflarice de leurs propres fcrrces, cet abanddn d'«u\''-mêmey,' 
qui a été la maladie des Polonais, ou an mdiils de leurs 
chefsr dan^c'étle glorieuse ^^évolutioar Ils pduvarent encore, 
en ce moiivédf, ripàddfe \êtf isAûXe HmAOû pHtinr totHes 



DE LA RÉy<44;.7ip^ POLOMAISB. gOS 

le^apcieçDQ^ pïTpyjpçes pplpnçijs^S} f^m Jç «gfâunoç »ul \lfi 
comptaient quatre fnillionsd'babilaq^» pppii Tesq^e|$ près 
(Je cinq cent miUç n^ysqns en élit ^p porter j^s àrrties, et jls 
ne se trouvaient pas ass^z nombreux ! Ce n^éù|i( pa$ If\ lorcp 
numérique qui (eur manquait^ ce. n'étaient pa9 ijps oioyenç 4^ 
sucpès; mais ces moyens^ il^ ne seyaient m pe vôiilaieut pas 
s'en servir. On en Verrs^ la prisuye (iaqs le réqi^ ^e^ pvèx^ 
ujfints postérieurs. '. ' 

Chaque jour apportait une qp)iveUe dpmpnstratjop ^e l'jiq- 
possibilité 4'un rapprochemei^t av^c la Co^r m,o$aov{tc. A)i 
manifeste du c^ar^ déjà pilé, sppcédc| bientôt iine prOQl^niafjpfi 
d§ Diébiisct) liii-piérne, dans laquelle |e feu^-niarécbsfLn^ 





unq comqiissîQn 
ppjogne, ctd'exp 
ment ^Hâit pcril depuis longtemps; mais la rpéfipiUcuç^ lïïUr 
danç^ de l'ancien dictateur en avait d'apQr4 eqÂppcM l^pabl^ 
caliop, malgré Tesprit ^e rnodération 0onL|f ét^jt emppJAJb 
tant c|ue Cblopicki avait espéré s'arranger av^c la JRu^ie* ^ 
pMbliaali^Q de cette pièce fui la r^ppnse d$ 1^ djcte aq^nj^pi^ 
te$t^ de Diébilscb/. Ypici coinment çomr)[)i;pçail c^f te eloijiicinte 
^t noble apologie d^ événements (jq npvembrei crj dPçMK^Alt 
d'une douleur iniqiepse, qui pe pql enlp^yoj^ }^& ^ jf§ili0p 
des Vieux gouvernements européens :* 
. a t€)rsqn'qng nation, jadis iiqre et puisfaqte» ^ voit (qvq^^ 
« par Texcès ce ses maux, de recourir, au dprnier ne ^ 
f drpits, au drpit dç r^pousspr Tûppr^ssion pajr \^ fprpQj §Ilë 
fi ce dojU çUe-Jn^me^.fUp doit au moante de idiv^igqerJf^ 
(« mobf^ qui rpb^ amenée à soujcnir, ies^rm^s ^ U pia^n« Ifi 
« plMS samte des pauspSr p Ipi ^o trouvait .Ip Qd^!^ céçi^d^ 
(Qpt ce qui ^'èt^U passé depqi§ les trois dQ(nea]|br§n[ient9 i^ U 
fin d^ xvui? siècle^ jusqp^f^qx iniquités d'Àlpaâdrfi ei de Hir 
colas. Il çst ^ refnapquer qpQ p^ un fi^ot^ d^ps c^ plaidpjcer 



aus^j pipip de coi)v^nancë et ilé réserve /]U9 4^ fpr/ep ^ de 
diguilé^ n'ann()n(.iit encore, l'int^nlion 44 s^ spu^raire an 
joug de la ^u^ie. C'était pp tpft à i}û^ jf^; u^m flPilorMfi 
u'en était pas un ppi^p le C9$^p, pt il dûo^^U^uvip^MUgé^ I^ 
droit d'être traités d^poe façpp .inpins I^CH^s^l^r On ne récla- 
mait que la liberfé et 1 indépendance pour l^g^aci^poe^ V^fh 



yjnces ^éunie^ à |a V^n^m 09 m inpnlfp^{ait AUfiuoe prôli^a- 
fiop sur ççW^s de |^AH^i=^iQ)f 9 et delà Pru^^e, q\' ' 



, . ^ qui a'fkvaiepl pas 

çlç^ ^oiùfn^ ll^s dulresj^'pluet d'engfU^pppD^ . poo^s (?t 

Ap>'^ to Ffï^i^H? d^;;{4MQR>^*la9 4i9uj^ eban^bf M lte>YaieQt 



296 HISTOIRB 

remplacé, comme général en chef» par le prince Michel 
Radziwil, dont Tinsuffisance pour ces hautes fonctions ne 
tarda pas à se révéler. Quant au gouvernement, il était resté 
dans les mains du conseil dit Ma/torm/, dont on se rappelle qut* 
le dictateur s'était entouré pendant la seconde période de son 
pouvoir. Hais ce conseil se trouvant composé de Russo-Polo- 
nais, on sentit la nécessité, dans le nouvel état de choses, 
d'appeler au pouvoir d^autres hommes, moins compromis 
par leurs antécédents^ et professant des opinions plus déci- 
dées* Toutefois, on y conserva encore quelques-uns des noms 
qui avaient figuré dans les administrations précédentes, tels 
qu'Adam Czartoryski et Stanislas Barzjkovrski, dont le pre- 
mier surtout possédait une popularité et une renommée de 
patriotisme que ses sympathies russes n'avaient pas éhranlée. 
Les trois nouveaux cçllègues de ces deux personnages furent 
Vincent Niémajowski, Théodore Morawski, et enfin Lelewel, 

Îui rentrait au pouvoir, d'où il avait été exclu par Chlopicki. 
lais les Idées jeunes et avancées ne retirèrent pas grand 
profit de ce changement d'autorité. Elles ne furent représen- 
tées que par deux membres, Morawski et principalement Le- 
lewel; de sorte que la majorité resta à Tancien parti russo- 
polonais, qui, s'il avait renoncé à ses illusions moscovites. 
D'en manquait pas moins d'énergie, et s'obstinait à croire que 
la Pologne ne pouvait pas se sauver elle-même. Un autre in- 
convénient de ce nouveau gouvernement, c'était la division 
de l'autorité suprême. Au moins, sous Chlopicki, on avait 
l'avantage de l'ifiii/é, gage d'activité* et de force. Maintenant, 
à la place de cette unité, on avait cinq hommes qui n'étaient 
pas d'accord entre eux. 

En votant l'exclusion de la dynastie russe, on avait implici- 
tement voté le maintien du trône de Pologne-; mais on n'avait 
pas décidé si ce trône serait héréditaire ou électif, c'est-à-dire 
si on ressusciterait l'ancienne république polonaise fondée 
en 1573, ou bien si l'on adopterait ces formes constitution- 
nelles dont la Grande-Bretagne a donné le premier modèle à 
l'Europe. C'était une question à résoudre ; car tous les gou- 
vernements qui s'étaient succédés depuis le 29 novembre, 
n'étaient et ne pouvaient être considérés que comme des 
gouyernemenis tradsitoites, et il fallait ériger, au moins en 
principe, un gouvernement régulier, stable et définitif. 

Ce l'ut le nonce Swidzinski qui, dans la séance du 30 janvier 
souleva cette question. 

La diète vota le principe d'une monarchie consHlutionnelle 
fondée sur le droit de succession à la couronne, et déclara que 
pendant l'interrègne elle observerait strictement les formes 
de ce gouvernement. Elle se réserva de pourvoir ultérieu- 
rement à la vacance du trône. Quant à l'incident soulevé par 



DE LA KÉVOLCTIOH ^^OLONAiSE. 297 

Lèleiil-eL il n*eiit aucun résultat immédial t plds larA, la ques^ 
tioB de rémancipaliion des classes popufaifres se pfésëbta iU 
rectement à la diète ; nous verrons cé qrt'eHe décida. 

Pendant que les deux chambres délibéraient ninsi^ lefi 
Russes entraient en Pologne par plusieurs polntd. Ce fut le 5 
février qu'ils fraochirent la frorfUëre pour s'avancer sur Var- 
sovie. A mesure que leurs difTérefnts <$or|)8 d^armée inar- 
chaient- en convergeant vers cette capitale, les Polonais, évi- 
tant avec soin un engagement générât, abandonnaient les 
poste» avancés et se retiraient prudemment sur Varsovie; 
c'était le plan conçu par Cblopicki iou'exécutatt ainsi le nou- 
veau général en chef, le prince Radsîwih Ce plan consistait à 
tenir rennemi en baleine, jusqu'au moment où le dégel, 
rompant les glaces de la Vistuie et dn Bug, intercepterait 
tout-à-coup ses communications, rendrait ses mouvements 
plus difficiles, et mettrai ( en péril ses approvisionnements. 
Diverses esearmoucbes plus ou moins vives eurent lieu, où 
les Polonais obtinrent l'avantage, et où officiers et soldats ri-^» 
valisèrent de courage, d'ardeur et d'énergie; mais Diébitsch 
n'en avança pas moins vers la capitale sans sérieuse résis- 
tance. L'armée polonaise, comptant en ce moment soixante- 
dix mille hommes, avait pris position autour de Praga, en 
s'adossant à la Vistuie. C'est là qu'eût lieu, le 19 février, à 
une demi-lieue de Varsovie, près du village de Grochovtr, la 
sanglante bataille qui prit ce nom, et qui dura tout le Jour. 
De l'aveu du comte Diébitsch, le général russe Pablen, loin 
de faire reculer l'ennemi^ battit lui-même en retraite. L'an- 
cien dictateur Cblopicki, servant à PavanPgarde comme 
simple volontaire, se distingua dans ce combat par son bril- 
lant courage. Le 25, Diébitsch, pour prendre sa revanche, 
tenta une nouvelle attaque contre les troupes ennemies qui se 
dressaient toujours entre lui et la capitale. Dans cette affaire, 

r' prit le nom de combat de Praga, les Polonais firent encore 
prodiges de valeur; mais l'ensemble des opérations fut si 
mal dirigé, qu'ils dorent à la fin traverser la Vistuie, et ren- 
trer dans' les mors de Varsovie. Huit mille Russes furent 
Curtant mis hors de combat oejour-là, et quatre mille à la 
taille de Grochow. 

Diébitsch était maintenant en position â*attaquer Varsovie. 
Il ne le tenta pas, prévoyant bien quelle vigoureuse résistance 
il rencontrerait ; il faltalt d'ailleurs commencer par prendre 
Praga, et les Polonais n'avaient qu'à brûler ou rompre le 
pont de bateaux de la Vistuie pour séparer ce fliubourg de la 
ville. Diébitsch aima mieux attendre des renforts, et envoya 
son principal corps d'armée sur Plock. 

Cependant, la l>ataille du 25 février avait Jeté l'inquiétude 
dans Varsovie; on y accusait hautement de ses résultats né^ 

38 . . 



2>» «i9faiM 

gatifo rîtieapaaitçdu géoéral Badûwjl, ^i on demandait soi} 
rempiacêfi^ent; mais aialhâureagement les généraux capa* 
bies manquaient à la Pologne. La guerre seule peut eo/anter 
les gcands capilaioes, et la Pologae ne faisait plus la guerre 
depuis longtemps ; et, quant aux ebefa élevés à Técole de Hà* 
poléon^ il n'eu restait que le seul Clilopicki. Dans cetle posi- 
tion^, les colonels et les cbefs de corps polonais demandèrent 
qu'au lieu d'qngéaérat en chef, puii^ae personne ne pouvait 
rem^^lire^Sc^aGbonSyOQ insUtuaiun conseil militaire chargé 
de diriger les opérations* C'était un plan impraticable, et le 
gouvernement le reponssa; mais n'osant pas nommer lui* 
mâmeup géoéj:al en chef, il chargea tous ces pbefs de corps 
d'élire eux-mêmes leur jcommabdant suprême. Leur choix se 
porta sur le colooel Skrzynecki, brave soldat, mais d'une 
liiédiocfeeapacilé; on lui adjoignit, comme ^uide» un autre 
colont^l, Proud^ynski, militaire distiogué^ qui, tout en restait 
S<Hia les ordres de Skr^jnecki, devait lui proposer des (dans. 
Elvidemment ce n'était pas là Temédior à l^insufiisance du 
généi^al élu ; car ^ restant le supérieur de Proudzyiiski, il 
pouvait, comme bon lui semblait, admettre ou rejeter ses pians. 

Le gouvernement ratifia ees dispositioes, et les fil saoc*^ 
tionoer par la diète» 

Lfr lendemain la diète, de son côté», prit eoters le pays l'en- 
gagement suiTant» qu'elle tint noblement jusqu'au bout : 
« Lesteprcsenlautfi de la nation polonaise, réunis dans les 
« deux chambft*ee» déclarent en face de l'univers et de leurs 
a compatriotes, que, fidèles à leur piv^ftwr serment de main- 
« tenir jusqu'à la dernière eitrémité l'intégrité et la dignité 
. 4.natioiiale6s ilseo prennent de nouveau l'engagement so- 
clannel, ainsi que celui de ne point proroger la diète, et de 
«. s'unir, plus furtsmeat^iiue jamais^ avec te gouvernement 
« tnaflionai et avec la brave armée* Si quelqu'evénemeotim- 
« prévu (quoique nous soyons ^loin de le redouteri d'a^ès les 
n irichrireB remporlées par nos troufte^) nous forçait d'aban- 
« donnée, momentanémeut la capitale, nous redoublerions 
« alors ctexète etd'actijiité< Noue véiUerionifur le sort delà 
4 patrie^ eti'saos jamuia démentir le grand earaotèredenee 
« commettants, nous défendrions jusqu'à la mot! la llbetié, 
e. l'boniiew et ta gloire dn peuple pototMtts. 

M .Compaljriotoai que ladélermination de ladiète enflamnlfe 
ftileoouoage^ «ttintteoneia eonfiaoee et<augmentei t'tlest 
4 possible, «le persâvÉcanae des babliants de la capitale et de 
4 eeux des provinces.. M'oubliei jemais q«e c'est A^tat bra- 
« ¥Qiire, detla confiance muUielievde* la conetence <fue dé^ 
à pendent votre intégrité, «volve indépeodanee^ votr«) gloine 
i».aiitjyeuilde|'fiiiHipeiaâieatiYe> Ht lafHKDanaisaateeeidd la 
«pofiteriké» » ...i « • - ' • 



DE LA R£VOUIflOllTiOI.OKAISE. TfÊ 

ttwTé 1q nombre (ks troupes prwiiif éoobléi N^gfé l'inva^ 
sioD qui oQcupait UM fiarliQ du pofaiMnev C6 BMibra^ugmeD** 
taitious tes jours; la saison et reonemi mime {avoriBaienl 
r^fganjsaiioa de rarinée. Us glacée de la Vietute étaai aiir te 
point de se rompre, le général Diébitscb abandonna tee ploiMs 
chiyGrQobow^ et sei relira datie tepateUnat de Lubli»^ pou^ y 
aliSodre de» circ^netaiKs^s plue favoreMe». bee.arvifiiiiejita. 
se poursui^atent doue saoa obsleeteiaoooviplétait teêinéfp^ 
m^ots muiitee par te gnt Frej on eiorgaiiles broiipe» nenvel-' 
leméni te^eiu PréVe^a»! Qve^tee denUoéeadu paie fininaieiil^ 
par 96. décider soua lea murs mêmes de VarsoYte, op aehmai^ 
à^ïa fortifiée, eoua la directioai du fénéral gonveraeurdete 
^Ule Kruck^wiecki« £afio, Tinquiétode qui< s'était noparée 
des eaprils» après la jeuniée du^ fémer, s*^lait diaeipéi» 
peu à peu, et il y avait ua raecneoLdo ee calme eeleoiiel qm 
précède les grands événements* * .» 

Malgré ces-motifs,d^ courais et d'espoifi Skrsyneckî essaya, 
pendant le mois de msM, dea Déf^aoiatiooa anee l)iébîli?cb« 
Celui'^ ne pouvaat accepter, au nom de se» maUve» q^ovei 
soumission tans oonrditioo, cespcnirparlers reakèrentiaes leé* 
suitat, et il fallut se préparer & de nouveaoi cosobate* Aters 
Sknayn^^^l^i résolut de preikke le premterti'offeBsivef en atta- 

Îuanl tes cantonnements diapereés de Teonemi. Dana la unit 
u 30 au 31 mars, il quitta Varsonrie^TecâOyOOO ItOOMnes^^ 
traversa Praga et sa dirigea vers Yavcr, où était te général 
russe Geismar. Cette entreprise avait éU conduite aveo«n tel* 
mystère, que personne dnns la eapitate n^ea avait rteniappris.- 
Sbsynecki fit couvrir de paille tes clieminsy de aeile 'qoci 
l'artillerie et la cavalerie avancèrent dans la nuit bans être» 
vues. 11 assaillit soudainement Geiselac, qu'il débusqqa de sa» 
position, et le força à se rsplier sut te général itosen^ à fie»- 
berwilkia. Les Polonais te poursoivirent, enleffèoeni les re^ 
trancbements russes, et forcèvent lesdeuK généraux à te foî4e. 
Ces deux journées du 31 mars et du \^ avril eoftièvent 6,000i 
hommes aux Russes, 12 canons, de nombreux caissons de mu*, 
nilions, des fusils, deux drapeaux. et 6^000 prisonniers. Le 
coten^l génois Ranfiorioo^ qui était aUé offrir son épée à te 
Poio^ne^ se distingua particuliêrenitiitdabsceadeM alfaifes. 
Hosen abandonna Minsk, et, estent retiré sur ces réserves^ il 
y lui encore poursuivi fMir Skrzyneeki, qui remporta, te 10 
avril) une nouvelle vteteMre au vtUuge dUitgante, près éiedlec. 
Eu ce moment, tout favorisait te ooonge des Polonais z 1» 
saison, le déraut de sqbsislanoesi qui oeïnmençatent à roan«^ 
quer à teurs ennemis, et enfin te» ravages du dsaiéra^ qui âé- 
vissait sur l'arnsée mosoowtte, et qor ipit far sa glissar jusmir 
dans ravmée polonaise,. cemouyVaitteste ceieiitvait d'nn^ordcqi 



J 



300 HiSToms • 

du jour de Skraynecki : « Le contact de nos troilpes atec 
« celles de l'ennemi a porté le mal dans nos rangs. C'est 
« ainsi que dans leur cruauté ces Tartares, qui depuis des 
<x siècles Ternissent sur notre sol toutes sortes de maux, 
« viennent de nous apporter encore le fléau qui nous 
Qt manquait. » 

Pendant que ces faits se passaient, une insurrection é<4^- 
tait, qui semblait firomettre une diversion décisive eu faveur 
de la Pologne. Après le 29 novembre , la Lilbuanie s'attendait 
à voir Tarmée polonaise traverser le Bug et le Niémen pour 
entrer sur son territoire. Nous avons vu comment la politique 
des Russo-Polonais s'était opposée à Texécution de ce plan 
salutaire. Etonnée et émue a'unè telle couduita, la Lithuanie 
calcula cependantses rèssourcesietrésolutd'essayereespropres 
forces isolément conlre le cxar. Occupé par de nombreuses 
garnisons russes^ ce pays avait de grandes difficullés à vaincre 
pour son insurrection. Ce ne fut pas dans la capitale» Witna, 
mais fiarnyî le peuple des camidignes» dans plusieurs dislricls 
à la fois, que l'Explosion eut lieu. Des mains inhabiles à mi- 
nier les armes quitlèrenl lacbarrue pour saisir des épées et 
des fufeils, et sur tous les points commença une lutte, inégale 
contre un ennemi plus puissant et plus exercé dans Tart miU«» 
faire. Les Russes, harcelés par ces paysans, perdaient. souvent 
leurs postlions, leure provisions de bouchejet de guenrCi leurs 
lignes d'opérations. BiAitôt les jeunes nobles du pays, presque 
tous élèves des écoles milttaire&y vinrent se mettre à la tête de 
ces troupes improvisées^ et régler cette guerre de partisans» 
où les ministres de Tautel, s'associent aq mouvement com- 
mun, bénissaient les drai^eaux, et où chacun de ces soldats 
rustiques se conduisait comme un héros. Depuis Lepel et 
Dzisna jusqu'à la mer Baltique, tout le pays s'ébranla, el Tin- 
surrection ayant occupé quelques villes importantes, organisa 
une administration révolutionnaire, et se centralisa. Les 
paysans se réunirent, sous le commandement suprême de 
Zaluski, pour assiéger la capitale, Wilna ; mais l'ennemi, de 
ce côlé, ayant reçu des secours de la Courlande, iU renon- 
cèrent à prendre cette ville, et, battus à Prislovyai^ ils. réso- 
lurent de se séparer et de recommencer la guerre de parti- 
sans qui leur avait d^abord réussi. Les revers, le manque de 
munitions ne les découragèrent pas ; ils attendaient toujours 
des secours de leurs frères du royaume de Pologne. En Voil* 
hynie, en Podoiie et daus rukraine, le même mouvement se 
manifesta, et partout on courut aux armes dans toute l'étendue 
des anciennes provinces polonaises. 

A la nouvelle de ces événements, le gouvernement de Var- 
sovie s'était hâté d'envoyer enfin dans la Volhynie les deux 
généraux Dwernicki et Sierawski. Mais ils rencontrèrent en 



DI LA HÉYOLimOll POLONAISE. 301 

route le général rnsse Rudiger, quUes battît foos deux et força 
Dwérnicki à se réfugier sur le territoire autrickieu, où il tut 
désarmé par les autorités et éloigné de la frontière. 

Revenons maintenant à Slirsynecki. Apre» les journées de 
Vaver et.de Demberwtlbie, ce général avait eu le tort grave 
de ne pas profiter de ses victoires, en continuante poursuivre 
les Russes qui étaient en pleine déroute» Vaniteux et en- 
télé, Skrxyneeki refusait de enivre les plans de Proudzynski. 
Le 7 mai, il Toulut essayer de jeter en Lithuanie un corps 
de troupes qui concentrât les -forces de riosurrecliop dans 
cette province. Ce plan avait Tinconvéaienide séparer un 
corpsx^néidéraUe M reste de l'armée » intérkure en nom» 
breà Tarméè moscovite. Diébilfch occuiiait alorsOstrolenka, 
sur Is rive gauche de laNarew^où élait soa auartier géné- 
rai. Sentant la faule qu'allait commettre Slyrzynecki, il 
se prètsi à ses plans, et le 18 mai les Polonais entrèrent à Ûs- 
trolenka, afMrès avoir franchi la Narew. Le 21, Skrzynecki 
ayant pris Tykocin, où se distingua le colonel trapçais Lan- 
gurmanUi ancien aide»de-camp du général Lamarque, ie che- 
min de la Lithuanie fut ouvert, et un corps potonais, sous les 
ordres de Cblapovrskt, put pénétrer dans cette province» Uaitf, 
au même instant, Diébitscb qui , dana son mouvement rétro- 
grade et prémédité, avait ralUé toutes ses forces, reprit tout à 
coup l'utTensive, et vint présenter la bataille à Skrayneckii qui, 
aflbibli par l'absence de Chlapowski, craignant d-être écrasé 
parun ekinemi supérieur en nombre, se retira précipitamment 
sur Ostrolerika pour repasser leNarew.Hais Diébitscb le pour- 
suivit daiis ce passage, et alors s*engagea une sanglante ba- 
taille, où rétoile des Polonais commença à pâlir. Skrzynecki, 
vaincu, s'enfuit jusqu'à Praga, et Tarmée polonaise se trouva 
encore une fois adossée i la vistule* 

Cette bataille fut la dernière que livra Diébitscb. 20 jours 
* après ce général mourait subitement au milieu de ses trou- 
pes. Le 27 Juin', Fex-proconsul de Ijicolas en Pologne, le 
grand-Duc Constantin , mourait aussi à Witepsk. Des bruits 
de mort violente se répandirent à cet égard. On prétendit 

au'un meurtre ou un suicide avaient dérobé Vex-vainqueur 
es Balkans a la honte d'une disgrâce , résolue à la Cour de 
Saint-Pétersbourg contre Thomme qui, depuis le mois 
de février^ avait laissé détruire le prestige de la puissance 
russe, par les victoires des Polonais. Quant au grand-duc» on 
voulut voir dans son trépas la vengeanne secrète de quelques 
unes des nombreuses victimes par lui laites en Pologne. 



A02 aismuB 



CHAPITRE XII 
1831 



Skfxjnefckî demande î'eïclusion de Lcle^cit.— La Poloene demande des 
seeoarsi aot puismnces européenne». — Attitodé ée ta Piremce et ée 
L'Aiig)etfri%dansoette<oireonstaiice.-^Offied« la ceoreime 4« Pologne 
à oeft poiaNMcea ; refus. ^Le priacipe de noii-iiitertefttion«— Coodaile 
hostile des Cabineti de Berlin et de Vienne.-rLe» Jaifi» demandent à la 
diète lefi droits de citoyen ; demande d'affranchissement en ikveurdes 
paysans de Liihuanieet de ceux da royaume de Pologne ; rcpuasené* 
galive de la diète. — Paskîéwilsch succède à Dîébilsch, — Nouvelles 
fauteâdeShrzyneckl, — Plan de Paskiéwitsch ; il traverse la Vistnte 
^ansopposition.—DémîssInn de Skrzyneckiet nomination deDcmbinsK. 
-^ExaUalion desclulni.^-E^énementsde? i 5 et 46 août.— KfuckowieelLi 
président du gouvernement, et Maiaeho^i»kf ^érai en ehef ; pM*t9alt 
de Kruckowiecki< «*- Le 6 sapteAibre, Paskiéwitsch dmina l'aiiMt à 
Varsof ie.-r^ On refuse d'armev k peuple. — JUi4ii(f^te(9se de inuter 
avec le général n^ssie.^ KruckowiecKi signe Taale de soiimissian des 
Polonais. — Départ diS la diète etdeà débris de Tarmée polonaise, t- 
— Vengeances russes, — Causes de l'insuccès de Hnsurrection du 
ÏSSf novembre. — Comment !a Po%ne pourra un jour renaître de ses 
cendres. 



La batfifilled'OslroletikaaTîiltJelé la (ïotislèrnalion à Varso- 
▼ie. Pour annorlir le catrp, ta d!ètc envoya à Praga, rers 
Skriyiiccki, nne «Mptifaifon charg^ée dé ranimer le coonagc de 
Tarmée abattue. Celui-ci, pour saurer sa YanltéWes^ée, revint 
alors sur le thème favori des Russo-Polonais, et accusa de sa 
défaite, qn'A n'aurait Au attribuer qu'à sa propre împrudenciî, 
rinsufn^a^ce des moyens qfu'il avait dans les mains, il dit ce 
qu'on avait déjà dit si souvent, que la Pologne ne poutaltêti^ 
sauvée que par rintcrvenHon élrangcre ; il ajouta que si les 
Cabinets européens n'avaient rien tail encore pour son pays, 
c'clait la faulc du gouvernenienl ; que la participation rfe 
Lèlewel aux affaires, qui paraissaitdonner à l'insurrection une 
couleur républicaine, aYalL éxidûmment aliéné les rois de la 
car,se polonaise. 

Dans la période de découragement où on venait d'^entrer, les 



DE LA EKVOUnriOll POLONAISE. d(>3 

Poloutif, OQ du oMOA tef meiiettrs.de rîQiuTreotitfp, étaient 
comme ces roédedoo qai m saveoi p93 voir U cause réeueda 
mal, ei s'évertuent à y trouver mille causes imaginaires. Qo 
crut que Sitrzynecki avsit raisoni et, saos songer à Taccuser 
de s'être préparé une défeile inévitable, en se privant du con- 
^ cours important de CUIapow&ki» ies députés de la diète se 
bfttèront é'alLer iraoscneltre aui deux chambres les insinua- 
tions du général en chef eur la (nécessité de:chaAger le gou«- 
veraeitienL Les deux chambres ^'assemblèrent pour délibérer^ 
sur la question. D'abord on allégua lé vice originel d() ce goo- 
▼ernement péniarcUçuef l'împossiJiiUlé que cinq personnes 
ffussent se mettre d'acoord entre elles. Cela était exac^t; mais 
oe nîétait qu'on prè&exte. BijenlôL le vrai motit fotat^rdéavec 
franchise/ el le nonce Swydziasiu» te. même qui avi^t plaidé 
antérieurement la cause de lnosonarehie héréditaire» dit que, 
par ses ' articles dans les journaux et sesdiscoiirs dans les 
sociétés ^trioltqnes» Lelewe) avait mis en lumière. ses senti- 
ments démocratiques ; i)ue la présense d'un radical dans te 
gouvernement ne pouvait qu'effii-ayer la diplomatie, ia prop^ 
si lion de Swydiinski rencontra de nombreux ei éloquevts cpn- 
tradktenrs» et le 10 juin 1831^ iï membres contre 33 votèrent 
Jb inaintieo du gouvemetaent leL qufil était, et ref^aèrent de 
punir Lele^iFel des'faotes de Skriyneeki. 

Ces secours que Ton attendait des Cutiinets européens, il y 
avait longtemps déjà quV)B les soUieilail auprès des Cabinets 
'de Paris et de Londres. D^abord, ies deux gouvernements 
avqient prodigué les promesses, mais d'oûe façon équivoque, 
et en^rlantde leurs symiMUhies. Puis,.0epepdant« lie. cuar- 
gèrent leurs ambassaHeurs à Constantinople de ^nderie.aul- 
tan, et de voir 6*il ne serait pas disposé > per$Qeoeilement,ii 
ioterveoir en Pologne contre son icnéeoncitiabW en«emi , ke 
czar. les Cours de France et d'Angleterre ne sa souciaient 
guàr» de ser mélei* eUes*mémee de la quereile polgnaiseï mais * 
elles essaiyaienlde susciterit Nicolas no nou¥et ennemi* Too- 
tefoia, lA terreur qu'il le«r inspirait lut plus lorie que ta 
sowdo olpepreuse inimitié doat il itaiA robâ^t» et le CMv ayant 
^eo coanaiseaiice» par tme indiscréUoa de i>alais, d^ maebiua- 
tioas dnigées contreiluîi ia Cour du* sulUtOt les deux ftmbassa- 
deoi^ fanent âuasilôl rappelés: par tm^ra^euvememeotosf qui 
les désawuèneot lâcliemenL A dater de cette époqtteti'AÂgJbs- 
terre ei la Pranœ ne nureniplue auise^rviee de 4a Poliagoe que 
deanptes diplemaUquee auprès* de IttookuvdoAljCei^ifCi Ae 
âenaituttciiii compte, fin méme^tempe, <oinme-. elles. ne te 
dissknMiaieot pasi'intéMt(|is'«lles avaient au triooH^be de i'in- 
snerection de Varsdyie, eUesieùcounigeaient &uee Jôsialaooe 
désespéréoi tonjoars par des i^omessesambiggttôa» oe*peiipk 
^ew keqnei ettsMf'aVaiBot pae tojcoftffagod'aiiir^ . 



304 «isvcins r . 

Gdf soldats- ifairiyaMjaiims^lefboi^ 4%tatifotaia(ii 
«^'avisèrent adroitement de combattre la peur par l^anttaiticfiy 
et do joindre un nouvel intérêlà riqtérêt de l'équilibreeuro^ 
péen^ qui pariait déjà 61 baotim leurtBveiirv A oetta^épeqnt^^ 
les Betgea Tenaient d'offrir leur eouronoe an dnedaNroioiiPB;; 
L^is-Philippea'vaiireftifléfoiQirson'&tt.EspéraDt^a'élfisaraleill 
ptii0heure9X auete9 Belges» deséim8safres:<foladtèteAUèniii^ 
. colporter, de U)Qr m Cour» la conronne^e Pologne^ TeffiMit 
tantôiàuiides ftlsdu km des Français» taBlôtèd'auireB.prtBèes 
européens, Hais cet expédient ne leUr «éusaît.paSb Tanl Védnl 
de cette roT^ti^ necackail pas aux puissances A flasfarjtfad* 
cepter un trèoe. dont le terribrie Nicolas jsèiregtirdaittoiiinieJe 
légitime pt^oprâétiaîre» l^es Polonaîe offrirent deidedoniieB^cÉv 
pourcomble d'huiiMNationv^n ne irouhit pastf*e«X4: :. 

C'est alors que le obef de touèes ces néf^odattona dapionn»W 
tiques> le prince Czarioryski , comilieiiganlàoiivrieiltMi^iw 
sur les fautes commises par son parti» écrivît à Pam? ht ièttre 
suii^aala : s Nous nonssommea. reposés snr la noblease^etia 
« sagesse des Cabinets. En noua y flanl^oott» n'avons pas tiré 
^ parti de toutes les ressourees qui s'offraîentà aousy sail à 
« rintérîeQr, ^i4À l'extérieur. Pourgagner j'apprahaltoadea 
<( puissances, niérilBr- leur OQafiaace et obtenir Jtav appai^ 
c( nous ne nous sommesjamaistécarîésde la plosslriole mod&< 
tf ration» et cette considération a paralyséfaina dea^eSBriaîiiiii* 
« nous auraient secondés dans les derniers temps. i<SÉf»>ifis/ 
« promesses des Cabinets, nous aurioÉs pu fcapper un «au|i 
« qui, peut-être, eût été décisif; mais noua amnat ci».<|nr<il 
« fallait temporiser^ ne riea laisser au hasard^ al. pouravona 
« la certitude aujourd'hui quMl m'y a qite le hasard qui puisse 
« nous sauver* » La coup décisif Mnt- partait CxarkM^aki^eiéH 
lait la proclamation delà république poioflttiseietrétnanoipsM; 
tion des classes tolérieures* . i^< . ^ ;i. 

Après cet avau des wteon de aon |nrti^ fitariarfslil tooton. 
les yeux sur l'Autriche» el, par une détermioalioa; déseapé^ 
rée. il écrivit au cabinet de Yienne que la Pologne ipréiaiASli 
sa ooRiination à eeëe de la Russie» elquaai r.em|ieraur venait 
à son secours> elle aecaptarait tellr forme daugownpneniasft, 
qu'on voudrait. f^ons^noasdfaJouter^quese^taBflslaaooii^ 
sentemenide la diètcrqueie ^urinoa CcaraoByslLi JUin.Vinnae 
desouvertures que te.pays, st. on IVût^oônsulté^faût désar 
vouées d'une voix unanime. LespriDoe Metternidi ne l^ponSha 
pas formellement les propositions deÇzaïasryski} il c^ndit 
d^abord que ces offres ne pourraient>ètre aeceptues.qnràt In- 
condition de modifier lés forwkitmp^ liMra/ea.de ku^cona^^ 
tittttion de 1815, e( d'y.iniroduica dfiS/i>nnatpea.ybia anat^^ 
cratiques. Mais» peudelemps^iprès» lencabiaièisrajpuiikadepté, -■ 
pour r^ler leurs rapports lca4aiaavnoJeaaAilres»ie|Mrineipe 



DE LA RÊVOUmON l»QL0.^.4B£. 345 

et la iilm4iiterYeiilion, <^iiégoeiatiMs arec l'Aotrîclie n^ea- 
cent aucune sttUe. 

- Afvrèh<ivoir proclamé oe principe, les Cabtnetis de Londres 
et d*Ao4rkbe écrivirent au prince Caartoryski que ce qne ses 
conetto^ens avaient de mieui a faire, c'était de se soumettre 
et de demander gr&ce. Seul» le Cabinet de Paris, tout en ex- 
prinnaol ses regrets d'être tié par le nouveau principe» coû-* 
tiBoa à encourager la résistance des Polonais. 

Au reste, cette non-intervention invoquée contre la Po- 
logne, fut 'effronlément violée à ses dépens. Pour l'observer^ 
il eftt iattn.qu'oii' nO'ftt rien ni pour ni contre les insurgés; 
et, cepeatdajit, la politique de Vienne et de Berlin ne tarda 
pas à élever autour d'eux des barrières hostiles. Elle ferma à 
tous la rouie de Varsovie, et personne ne put pénétrer en Po- 
logne on en sortir sans sa permission. Des médecins anglais 
ou français; parmi lesquels nous citerons Antomarcbi, méde- 
cin de Napoléon; les docteurs Bkmdin et Sédi^lot, ne purent 
que dilidlement arriver dans la capitale, où ils allaient don» 
ner leurs soins aux cholériques et aux blessés. D'anciens of« 
fidevsde l'Empire, qui, à l'instar des colonels Ramorino^ 
Langermann, Legallois, et du jeune Gusuve de Montebello, 
lUs du- maréchai Lanaes, voulaient mettre leur courage au 
service 4es insurgés, furent brutalement arrêtés en chemin, 
et obligés de retoorner chez eux. Celaient là des actes mani- 
llsies d'hostilité qui avaient bien leur gravité; et cependant 
eo ne s'en tint pas là. Mais laissons parler Skrzynecki, qui> 
dans uae lettre adressée au roi de Prusse, révélait des viola* 
tions bien plus imfiortantes du principe de la neutralité. 

Les faits énumérés dans cette lettre.f urent portés à la con- 
naissance de la diplomatie européenne, qui ue réclama pas. 
Ainsi, ce principe de non*in4ervention qu'on trouvail bon à 
opposer aux Polonais pour s'abstenir de leur venir en aide, 
ne les protégeait pourtant pas contre les complices de la Rus* 
sie. On s'en servait contre eux comme d'une arme, et ils ne 
pouvajient s'en couvrir comme d'un bouclier. 

U était évident, plus que jamais, que la Pologne ne pouvait 
plus compter que sur ses propres ressources, sur ses propres 
entants, pour ue pas tomber dans Tablme où les uns la pous« 
'saient, tandis que les autres ne faisaient rien pour L'empé* 
cher d'y tomber. Ces ressourceSt qui étaient sous sa mam, 
s'offrirent préciséaasntd'elles^mémes. 

Parlons d'abord des juib. Nous avons dit qu'ils formaient 
m moins la dixième partie de la population du pays. On sait 
aussi que si la masse, imbue de préjugés fanatiques, se tenait 
écartée dea chrétiens et repoussait le progrès des lumières, il 



était parmi eu» des esprits moins entêtés, plus raisonnables, 
qui s étaient associés francbemeot au m(>«vement moral et 

39 



novembre^ les divers gouvernements qui .•MlAîenl imdééé 
araieni'recoiHni It befbin rfe fiBfre-qpdiiliir €lMe# p&ait tes 
§ls adopiifs de laPvrloi^iM.-Oci M^k wMgé 1» Hii|isrViiesdi^ 
po8iii(Hisarbihrbi»es éi oppretshtfs delà légiitaUoii rasse è 
leur égsrd; Rmi^ cela ne sufBsàitffes mm, jnils'Mifleiiiiablss 
et éelffif es dimt nous venbnsid fvftvler, qui demandèveiil k 
être admis à la jetûsetiie» des érellS'de ettefen» d» Teiereke 
desquels on n'ar pas oublié qif'ils aifaîent élé constemMint 
exclus. Mois les* répugnaÉices invétérées éss chrétiasis p»!^ 
nais cenlrO'efea'dhnesiidantB des andens Héi»éM,iite petml* 
rent pas d*ace«eiliir eeHe defAMUie» Odtte* wnlail m ùmm pis 
lenriaisser faire le sepviccide ta garde naAioMle» eieela pamt 
les causes les pins fntHesç po«r leur ooeiilnie, foorz^leisra 
barbes et leurs chevelurBSy tomiNWiA ew^eadenattee son leora 
épaules, doal on errigeaft d^eiix le seertioe, el<|iifila watsieiit 
garder. H est vra» qiv'â c6téde ees joifs da» bemie Toloalé/il 
yen avait d'autres qui, persistanfc dans lesir iseiemeirtfysléfc- 
imtit{De, non-seulemenl ne réelamaiant pas l^exeraiee< dea 
droits de oitofen, mais eoodre refasaient de fea(ipltrioa»iaa 
devoirs att&cnés à ce titre. Pavmi œux^, on «d wnnpla 
même qui vendirent leur dé^uemeot à la-Rossia^: eÉ:qaJi, 
atteints et eenvaiocos d'espionnage, ftarenl f^ams de «arl. 
Mais ce n^était pas là une raison» pooifrepooeier la T éq laww it ioi» 
légitime de ceux gui ne donnaient aueani sujet dè^ptatntei' il 
résulra de ee déni de justica qiie tous finirent par refuser éa 
prendrepart «ut périls de la Iutta4iatieiiale» (|ael iwieaaé^ 
nient y avait-il peurlant à aocordcr- aux ioifs leaxIfiaMsaiiâb* 
ques, avec les etiai^es içitachéed à ctadroitSy et à lateer la In- 
culte de profiter du droit, on aooemplissant ia»detotar^io«<d# 
relUsiT le tout! Si, an iieode céder aux étroites pnévantionè 
de ropinion publique^ la révolution polonaise eût agi delà 
sorte, la portioA Ignorante et bioslile de taeaste bébni6|naf a»* 
rail resiée dans son Isolement/ et la partie- InlaHigenleral dé»* 
vouée eût npporté un mile eoocxMirs^ Larésolttlkm qo^dU'arH 
est d'aotant f >liis vegrettable^ qn^os début de i^stffseetion 
plusieurs juif»^ démentant noblement la préjugé imleeraal 
sur le eat^aelève général de leur raée, amiortàreiitda'tMiw^ 
oflhmdeasor l'autel' de ta' màm-patria* ou eombattîvenliasiiee 
€0iin«^'ed;m^lei' rangs dêirarmée. , « 

La révolution polonaise outttm autres tort4>leif f^QS fit^ 
^ueuelui-là^ en nnson du nombre'Utde t'lmporlanisedai<lMté- 
tof'Sôs; On se ra|»r>elie ledlseouiv de Leluwelsiirla mimafiitfla 
Iféréditaire, et l^inoldeni'quM sOuleva«>Sur' la fiesitto»'SofiFH# 
et miséi<abte des^'Olas^es iriréHéMi«s> et -sur IlilHilâ^Mralr^, 
cesser cet abus. 4ja quecAton^' n'ayant pas élé^fteuMèrement 
présenUe ce Jonr-My ne ^adi«llMea«ot# daaolifiiolilVMÉa latii» 



DS LA RÉVfUMWII POLORAISS. Vff 

tedMtewniÉt fW,Miitdt«il0«te»teîr^.nattr# i'à\^-vfêtm; elle 
ii^toftt IHK» tfiiîso» iiiQλé^ Jui|i^oeUe#rHfidafqiie^on>de'la 
rétonnt^ f«î li^diwi.ilatt» fle^rfluMs tout l'avenir 4^1^ palrio, 
9a'PÊàÊmàoL.%mBn^i»mif»My%w deux clmmbrcs^taugoi^v^r* 

(||^ao4;n<iftUPr6Aion éphila im LUluiaoi^, en Yolliynie et 
4iiÏ5,kf/ai»bm pD^vinws Mcorporée», plu&ieurfi nobles» dans 
k)ièiijL|i'«otpaifief Iwiieto «M)MlatfoD cieg campugoes , «;i^ai<jQt 
»flB6noèà leiuwip%ysaii0 <|A»w seraient libres, d^rpi^i^, çl 
kfir avaîMi fiiwofe la propâélé d^ ferreaiiiiie ceu;i^i culli- 
Tairnl pMr^twir pit>|in» oMipîit. Mm, meAhw^^mneutB les 
paysans ne crurent pas à ces promesses, etdéciarèrenl,qu'il8 
n^9rtn9mïl^qfÊfmk}\9wtï:$ ie4 un aiH^iâJLtlcûfopmrs, lani que 
la diète et Nmmm^ Me itmv m ganianlicail paa i'ex^cuUo^. 
ffest e^e ^éfianaa.^iM filivne^ rHisjicrecVipn de (m iirovinç^ 
BS'iirUjdaiftWfUtiieaflaptèrie^érihlt la tpLqpaiH 4« ce^ «erfs 
araDtfé^BCYéleiircMpéraUoû «cMve iufii|ii'a|^ès la déoiâii^ 
deki^dièle. ^ ii - r • , 

iLa.'ftoeeton fut dooeporlM aos émsi^ ohambn^s pokMsai$es, 
otjon [ieDSQHi|ii'eUaéiaU«i«m. apposer «iisaQoUaaiieir les gi* 
néroiiQie94léclaraliiMis de la Bobiesae dsB aaoieAnes pioviacefi* 
fiiiC8fienéMi^iOh«Beéoer0yat>lef «ceAle^lièteiitti aivaii procliuna 
hf mrotuliiHi^ mom dm foyaume dp BologJie» ums 4e ta l^faogna 
(raoioatea^itB^iiieesftiilââliienDesel prussieaaes^; ces liomtnes 
mivée^isfotnaeans, «epadiiidot f|tieiée la rosurri^clioii et 
ae la réorganisation de leur anereniie patrie, deia réiittioa de 
sti(ifmçôiiSi4pa>s>4urétûBdiKAt4ue Témanciparlion dos popu- 
Mk>nsi hakitakt ûihdclàda Siig et du Mtèmou ne les regarda^ 
pas:; qu'^Ua^n'avaiMl «Il maodatm qualité |)0«r porter la ré^ 
fonnedaiis<oes<x>siiMSi;' que leurs drotis-étaiveQtieifConsGrJis 
dam tes limîie» du peffoume. Un tei vate est iaexpUcable, et 
tt^adf|M4pasde:}tt6tHteeiion.04itroque€.'étaîi ilà uo démenti 
Saigmnt qœ >ia diète té danoait à eUe-m^me^ique pouvaitHslle 
donc avoir è cmiaieeS Les naeinbresde lâchante des nonces 
étaietti tôt» éUmoftiii^iliest vrai^ amprovinoesidoiiAiL ^agit; 
ilati'«¥ai6fit{»as^èdk»8'pa€ pUes».et>iie les représentaiendfas 
MgQlemeni 9 mais est-oe que, dans les tempe deoréafoluiiofi; Uss 
{MHivûMrs nés des 'ii6]rolttlèoés.qlteartDèiiieB doivent se laifiael* 
ai»nâlep par ces fdfts sonuputes deilégpliiét Le^^aoliles et ies 
pa^Blriis >6«omiaî8Baiei]tlq légitimiiéde ladiète,«lacaeptaieiit 
dTawaiios sa dédeiMi aframraiae. £lle euLdoac tort d'arg»*- 
liiMtorde«oiiéocomp^*BmfedL«vrafiul jce^vûte négatif fut 
que les paysans, découragés, déposèreaileaarmes,^quettoutef( 
ceS'prowiiiees dodrtècpiitJas^prèiiMèites ia«a l\aU>fiaisl'ex«fifipIe 
de la*eeif«nMeioii'.diaifrnén)0 (aii d'étaii^oepwdutt lors>dela 
fé^MlMM de Afi9<t4 ;)1égeisne dos nobles avait, ^ae^e. lois 
toMnMii4MUi|imt)K6ttei^^ 



et (jjul Ht éclater Btric uiie étWence iMofilMt£(bt94e ik 
Vais n>ul(iîT des meneurs dé n«[SOi¥écffoii^*à'U^eli#TOl4fd89 
dâs^es opprimées, ce fui le ?ort dfe h^propèfeUtott^^ué tttilwiy 
;i celle époque, t.clewel, en (àv^ur de cesMefesmt'i^frittfrd^në 
rélt^ndiie seulemenldn LOYai/nrie^éép«rte^olig4<ë9^YiMfm^^ 
CeUe fois, tout prétexte di^parai^^it, etl^l diêtél^Mt^MMxplok 
lite pourdéddcr, coTiformenretità tadétliMrdedeLelewtl^ile 
la corvée serait désormais abolie, etoôfivéliiè M vmû&pBfièi^ 
hielte, pQUf procbiner rr^bolitioii dil 9éfrVa|pfi; Le^^'déiM( 
c!]iimbrcâ, pD^rtant, rectilèrenivetieote» cA^^api^dxJteloiigQeii 
et d'oraj^euses discussion!^, rep<]faètoèreol tflr'MfitattAe;><tei.d!^ 

Pendant (fuc ces faits se pd^dafènl, un ncHltéM gënérèl*» 
met (ait à Ti tèle des forces moëeôViU»: Ao vatncpieutidèé Bol^ 
kims succédait^ le 24 juin Jb vaifH|iieitf des Persesyle-^omtè 
PbskféVitsch d'Érivan. Nous avons va^ pà? Is lelUte préoédMi»* 
ment citée die Skrzy.necki^ i]ue le général riiseé tvfait f«çaiiMi 
roi de Pnissetles secours importants en munitions de boo^hè 
et de guerre. Dans sa marcbe vers Thorn^ oùiai'fUMvt'fifHii'- 
nis ces approvisionnements, il avait itnprodeminenidontiéQa 
général polonais utie occasion de facile vioMre; carf^istfciê* 
iritsch conduisait son armée ptesquesousle eanoci^enoemi^ 
et Skr^ynecki pùnvait Tatlàquer en flaac^'coiiper les OMKps 
russes, et, ainsi séparés les uns desantresy les éora8et'^*eD 
détail. Itri'en Qtrien^ et laissa ce géaéraUraveiMr «aaa><dis(- 
tacle toute cette partie de ta Pologne. . - n u 

Passkiéwitsch avait renoncé au plan de «m prédéeMseww 
4Pi s'était approcbé de Varsovie par tarife dttMie db» la Vish 
tdle. De ce côté, il fallait d'abord emperlef lea fortifieati#i|$ 



«resqu'împrenables de Praga. Ge faubourg' conqtiis^'i 
était facile de détraire le pont cm le joint ^à kl ^eapi 
Yistule séparait encore Varsovie de Partnée d'invaaicHif qtt»jile 



^(apilala^4a 



pouvait la franchir que ëous le fen dé la vHlë. Gonvûncit^des 
difûcultés d*une pareille entreprise, le noo^eau génécaiissime 
résolut de passer la Vistule au nerd-oueal de Varsovia^^» 
ayant atteint ainsi la rive sur laqaeHe ceile capitale estasse, 
de Tattaquer du c6té de rduest, où uneH^ière rapkki^ pii»- 
fonde n'entraverait point ses prc(}eto. Il fit donc j^ter; un pfiipl 

Srè>' de Tborn, çl le 19 juillet il traversa la V«sl«l«fM*le8?ettx 
e Tarmée polonaise, qtii n'essaya pas même de Iqi dlspuler 
' le pa$sage; Pâskiéwitscn occupa trafiqciiMeoièffl'le'pQlBieBird 
:£4ii<z etSoçbazew, eis'àvançaè qiièlquee^tieileade'M^araoaH; 
ponrTassiéçer et la cterner. ^ < t. .> -vi 

. QuefaSsait Skrzyaecki pendant ce témp6lL#g(«verMPMo^ 
étotiné de son incroyable inatSfion^ le ptesmîttde^iefttrflr en 
^mpagne èide nmrcber«€Mttt lèsRùsaeiuik^Milc^iS^q^ 
répondait qu^il fellail éviter les cbahcetf d^iifie telniU^^obs 



DE LA n\Of4^7aoM polonaisb. %99 

cûfnj^km toujours 8«r*vp s^c^urs d^ Piiris et de Xoodres^ H 
4Î8aH qu'iLTatlAlt gêf^n^t du temps, U 9'aoiu$ait, à faire Faire 
la. petite. gu^v^4aB9 Ja g^^^I^*^ laî^it l'enncjirij 8'çm|»a- 
rer teui tea joQra de re^ources oçuvelte^qui de^yaieot assurer 
unq défaite. Cepen^afi^ le i>eople 4^ Varsovie tra^vaillait jour 
etifiuil à éksf er des tortificHtioDs du côle w ta TUIe ét^it maÎQ-r 
ienaiU en péril. UaU le courags et, la conOaniçe;» s'ils n'étaient 
poa en tiijremeol éteints, étaient bien j-efroidis^La pressentes 
sooi^ patriptiques discutaif^ut bnutement .Içf affoirei et 
dénonçarieot les fautes du géneri|l ei^ cM* ^abandon du Day$ 
par tous les gouTemements de TEurope, les défaites en Volhy* 
nie et en LîtbunnîejiQÙ Ijs gênéiau^ Mlonais avaienat été battus 
pjur.lee- Russes» la conduite dé ia Prusse» tant déboutes 
iiTf ées, de vietpires obtenues, aîii I)out desquelles on se trou- 
▼ait cerné sans éwoir de secours^dans Veoceinle de Varsovie, 
Um ces motifs de découragement exaspérèrent 1^ esçrits. 
O^à^.ai^s la.bataiUe d'Ostroleoka, les généraux Krujtowièchi 
etPfoiÂdUinski avaient rédigé dea ^làmoires contre le géuéral 
en chef», et demandé que le commandement lui (ùjLqté. Ces 
mémoires., communiqués à la diète el au gouvernement, 
avaient été dérobés à la connaissance ^u puolic pour ne pas 
eomprometl^e Sl^rsynecki* Maïs une clameur lii^anlme s'êle* 
viaint euRn contre lui, le gouivernemeni, qui Tavait jusque-là 
ménagé» &*éfma. de rémotibn 4e tous,, et den^nda que les 
plans de campagne du général, l^ui fussent immédiatement 
.soumis. Skraynecki refusai impérieusement cette conimunica- 
•tiôn^^prétenduitt qu'il ne devait compte à personne de ses pro* 
jets* Alors» «ur^ proposition 4^ Bonaventure Niemozdwski, 
membre dejaebufttbi^e 4eaiv)nces, là diète déci4a,qu*un con- 
seil de guerre, lui eerait imposé. Qe conseil, nommé par le 
gouvernement, s'a^^émbla, délibéra sur les affairés miliiaires, 
et déclara que Varsovie u^était pas en état de résister plus de 
huit jours a un assaut en règle ^ qu^ll était donc urgent de 
«'opiioser au siégej de prendre roITençive eC de livrer bataille. 
Skrzynecki: refusa encore d'obéir. Le cri universel, Tardeur 
des troupes qui ne denmndaient qu*àse battre^ la décision im* 
•pérative du. CQnseil, rienneputrarracb^r à sou apatiiie. U 
4*oçcupaît en ce moment d entamer de son côté des négocia-» 
Uooa iiiploinatiques avec. l'Autriche» disant qu^i), réussirait 
ikiiamp que Caartor^fski. Là diète se idécid^v alors ^ envoyer une 
ODaffioission . à . Bolin)QWj o^ était' le quartier général. Quand 
les commissaires arrivèrent/Skrzyhepki. tenait de recevoir 
oaeMtre de Mtilernicb» qui rengagéaitjà se rendre à dlscré* 
tioD^.ll doana 4e. lui-q^éine ^a 4f iuissiûa.£n ce.tçoment, ^e 
3 a9ât«^ Jç^Lgéo^rat .J)An)binsk^ .pirécédêini^ni envoyé en 
litbuiUiie^tet^tUîj.au izeu ^ fèréfogiér^48n Prusse^ comme 



DiretftHftf.eV^sMtrâs ^néîraDt pokmafs, ré&ft tftat^ifftèfit 
dufèrt «rn chfertW è li^vet-s l'armée ehiiëmk, Vérthii de f ën- 
tii(^r cbiild 1& eapil^le et d'y mtnenèf ses trofs mille botiihit^s et 
dcB tbntri», aux acclamtitiôhs de l^ns les hn^ïlanls. L^'^(Aivel'* 
MrnenVeDf Vétlii d'un ïirrtjfé qtriraulèrttallà ntottinicf lea 
g^fiË^ëuk en 'éhfef, nomma DfeniWnsli tH)ur trofsjotitt setffc- 
iMttt, penâatttIeM|Mls tlnenutre nominaiiOQdevaH être tâftè, 
Miïlfcf*>e»len VtfStt ^uVih fll offrir aux aulrts pénëraux : htxtan 
nëywAiA abéepter le pesant bérilage èe Skr2îdeckl ; aiicttu 
lie ife tetttitlâ'fdf-^ de "tirer iôo pays de l'impasse filiale i)û 
Kâ^ieAl àêtTQlé tâiltdéfotrteë amoDceiée^. 

AtoàrèhiéM Sktîâ^eti élail ûd fort mauvtifg gM'^1 ) xt\n% ' 
pofar^Eiie Htt^^prit.iéhë Wi6*ères et on cartfcjtëre sans resblti- 
tfcttStfeb'^aU pastiti tràîlJre.Oti Taccusa pourtant xle tV-ahl- . 
sé¥i;fetîem*Éibttîlentehrent général, ne se trouvant satîsffilt 
qtr'è'dttniiife sa dé^iîsstoti forcée, réclama dVnfc voîxîm^Ç- 
lièuse Sa mise en jngemenl. 

A tes lii)a«ifesla¥rons tnenaçantes s'en joignaient toos.li^s 
jerîkrsde noutfielles, qui n'ëtaienl pas moins significatHeà. Dn 
tlé toHailde ri^n mbins-qtie *è renouveler le gouverrrèmenl^ 
dtelatreun'Cbiipd'Etsit, et d'ùffranchir les paysan^. Mars, mal- 
betti^èusement^toriles Ces mesures aurafîent été en ce moment 
un peu l2rrdives', Lelewëi, qui présidait nne de ces sociétés» 
ayant pris la paiî)Ie poar juslîfier les intentions du prince Czat- 
tbryskiv tMft en Wamairt sa conduite, peu s'en ftillul qull ne 
NA enveloppe à son tour dans Pâccusation redoutable quTi 
TtmWt tepoûsser pour lé compte d*un ^ulre. Il y eut utr^ 
vohc qui s'écrfa î ^ Liés avocats clés traître* soiitdés traîtres ! h 

lie çouvemetitent était au courant de ce qtii ^e passait^ et 
cèpetwwttl il nt prenait pas de rm^sures. Ecrasé sous le sen- 
frment de sen^ fentes, îl n'osait pïis déployer dlnutrles 
rif^ueurs contre tous ceux qui les lof reprochaient. Composé 
d'éléments îiétérojfènes du parti tl^artoryski,' d'une pari, et 
de l'autre du parti démocratique représenté uniquement par 
Lelewel, il VéWit d*dineurS pas û'accord avec lui-mértli0.^ 
Pour apaiser îes'mfecontenls, H se l)oma à leur prortieltre la 
n^ise eti jugement de $krzynëclci. 

Mais céRe. satisfaction était insufOsantè dans téteft d'exaspé- 
ration où 'étàïl arrivée Varsovie. Un orage s'annonçait J'tTiOr 
rrtonpAf d^s ferigiftes sï maniTestes, que le ôonseil muHictndJ 
luMn'eme détbra au gourememerft'qifîl ne rénondall'jiiuS 
delà kanquîllîté'dj la capitale. One seule victoire aura»suTff 
ptotofr eanjfirencet orage, mais lé temps (|es vicloiriçSelatt 
passé. VoicVàtiuelle occasfon cdalalatempgle. ' ,. , 

Kki avait «oup{^né de tralrisop(),t!téû^rite comme jcpUT 
d'inteUigèhte^^it^c le^ ^ùfsse», trois ^jgiébérUux-.JIuttir 
toirski et BukowskI. lËb dernier» notammetW, tii^ 




DB LA BÉ^ÇTIQ]} POLONAIS!. - |U 

Irçîà prévenus,, arrêtés depuis quelcjutja mop^. aèvaienfélrÀ 
Wvréç à on con^l de guerre. Jais» rtajgté'la cTtamenr'pq^ 

§[îque^te çoo&^il ne s'assemblaU pa$> etTanuir? ^Qp.rolonj^eatt 
^ çcui que lé gouvernement VQulail ça^ver les^ accusé^, piè 
\ les (erriblç^ évcnenFienls des 15 Ql t6 août. 
, \^ }5aoûl ausûLr^Jeau Cztnsku se rendit aupr^^ dv ^où- 
ireru.ement pour Vm^truire deTexplosion qui allait avoir Ueu. 
n porta |a parole au nom du peuple, et demanda que le procès 
des troi^ généraux commençât, ta joule qui Tavait auWl dans 
Ja cour du paiaiadugouvernementi s'écoula ^n peu satisfaite; 
mais Tavertissement donné par les sociétés venait trop tar4» 
Le même soir, upe foule irrilée, paf mi laquelle se trouvaient 
l)eaucoup.' de bourgeois honorables et (luelquçs' étranger^, 
courut tumultueusement au château^ où la diète tenait ^s 
séances, et oy élaient^nfermés Jankowskî, Bukowskl et Hur- 
tig. Dans le paroxysme de la colère, on enfooça les porle^^ji on 
i^it sortir df Uur^ cellules les prisonniers d'Etat, on ie$ mas- 
isacra dans )a cour> et çn pendit leurs corps aux réverbères. 
Puisia fureur populaire s'exallantdeplusen plus^'on se porta 
dans la prison où étaient détenus les anciens espions çtageats 
de Constantin, et le peuple immola ces nouvelles victimes. 
Des innocents» il est vrai, lurent confo|idus avec les coupable^ ; 
et d'ailleurs tes mallreurs du pays, la crise oiX était la Pologne^ 
ne aauriûent fixcuser les emportements de ce jour, ^a^ si t^ 
gOMYornemenl eût rempli 9on devoir, s'il eût fait ju^éirles 
trois généra^,, il aurait épargné ce sanglant épisode a celte 
b^lU et noble révolution de 1 831 . 

LaJMstice soncin^alre du peuple ne s'arrêta que le surleii- 
demain. £n oq moment^ les troupes régulières élaicnt toutes 
sortief de yarsovie^etsuilionnaientauxenvironsj V ^7 seu- 
lement^ le gouveriieur 4^ \\ v|li^^ ^rukowiecKi, qui s'élaUt 
tenu à réoart p^pdant j^a prenpiie:rçs scènes de ce drame^ 
«parut enfin, et arrêta, le qoprs de ç^s vengeances popul^ires^ 
Quant au gouvernement, il n'osa pas intervenir, craignait 
pfUlrAtroqiiela colère publifiue ne rerpontâj. lusau'à \\\y 
nt^Qa9,?t }e prÂn^ CiarlQryski, épouvante, s'eniuu à Itolimow 
au quartier gênerai- Il faU^t tir^r clie^rarméo, au). nVai^ms 
«and doute trop de toM^s ^e&foross contre, les Ru^se^i cinq à 
six mille hommes pour rétablir rornré daps Varspvic. 
„.|-^t?aPAt,dai^ ta^çoiréfirle générât en çhçf lulérîmairé, 



inski, occupa ^ilitavrepv^qt la capitale^, et m af0ç|^(f|r 
une|)r9(;laipation pu |1 di^n qiteb^s ^ahuants avqienfafsas^tné 
,4w iiinoceiïla,. égprgfi dus enfan^^ rt des..fpmmes. et 
aw<jnçaU Je proct^ip. clwUip^ot tf» c^p^hles, Ce n'è^|t 
pa# wm bm qqe^ftçpbiflisk^qsî^ïaiW^ gf W^ M W9hM«. S* 



312 HISTOIRK 

léstortodesauteurâ dé rémeutë. Voyant aue tous las généraux 
refusaient l6 commarNfern'ent de ramieé/et se croyàrtfdès 
lors indispensable^ il commençait à dire qu'il acceplei^ait tô- 
lorttfers^ pour son compte, ces fonctions suprémcfs d'une 
manière défliiitivey mais à une condition qu'on 7 joindrait la 
dictature. Or» le tableau sombre etexagéré quHf traçait de l'état 
de la ville avait |)0ur but d'effrayer la diète et les gens^môdé* 
rés, et de les décider à Tinrestir du souverain pouvoir, que la 
démission du gouvernement pentarchique avait rendu vacant. 

Mais la sagesse de la diète trompa régoisle calcul de Dem- 
binski ; reconnaissant la nécessité d'un pouvoir unilaire,' elle 
concentra Tautorité dans les mains d'un seul homme» appelé 
président du pouvoir exécutif; mais elle décida que cette au* 
torité serait soumise à Tobservation des formes régulières 
et légales, et en confia l'exercice au gouverneur Kruko- 
viecki. Elle eût pu taire un meilleur choix. En môme temps, 
elle api>ela au commandement de l'armée le vieux général 
Casimir Malachowski. 

Le nouveau -président do pouvoir exécutif était un espri 
remuant, ambitieux, un caractère tracassier, impérieux el 
violent. Dès le commencement d6 l'insurrection, il avait 
ouvertement aspiré au généralat en chef» et les défauts que 
nous venons de signaler avaient fait éctiouer ses prétentions. 
Nommé cependant gouvernetir de la capitale^ il avait rappelé, 
presque par ses emportements et ses procèdes arbitraires, le 
despotisme proconsulatre de Constantin. Après la bataille 
d'Osti^lenka, Ktukpviriecki s'élant promis d^oflKeqser Skrzy«> 
necki, dont it était jaloux^il s'était vo dépouiller dé sèj fonc- 
tions de gouverneur. Quand Skrzynecki eut perdu Uyài^tèàxt, 
cette circonstance ramena tërs Kruko^ecki ropiiioA^puMi* 
que ; ce aiil fut cause t|^é le ^uveloiement, Oubliant ses Mrfé- 
cédents^ lui rendft le titre de gouverneur après la déitiisisioii 
de Tancien général en chef. Krukowiecki fut accusé' de de pas 
être tout-à tait étranger atit journées des 15 et 16 août^ et de 
s'être ihénagé lé facile avantage de vaincre um l^llion 
provoquée par Ini-itiéme. Ce qu*il y a ée eûr^ c'est que les 
membres d4$ la chambré des nonces et du 'Sénal^é|MQfvahfés 
des scènes auxquelles ils vèiiiri^nt .d^assistèry ne odlÉlflè^ 
rent Krukoiriecki que Éicms dés triYpreéSioiis, «t parce ''qii% 
cruretit que hii seul,, au miKeu des itouvelles circonstanttes, 
pouvait sadter'le pa^s. 

Au lieu de s'occuper dii mal véritable; è'est^^-dii^ des 
Russes^ Krukowiettif ne ^occopa, à son début, que dé ftpi^^ 
sionsintérieuttfs.et ll'fll fnstUér léd nMèOntents de'f^^ët 
16 août. Puik il «teba de ffe rendre populaire, tfenUnsfrk 
d'hommes de tMitfe^ les cduléurs/arislocralés, démocrates, 
membres d«Éi clubs et RtlssèoPolonais, (\^il essaya de récon- 



DE LA RÉVOLl TION POtOKAISE. » 313 

crlier lei uns aiec lés«utres« îfaM \om se déflaieDi <ie lui ; 
d'ailipurs, de si brâl^ntiîs circonstiinea^ ne pemiett^n^ pav 
*rc5pérer.i^ ra^içirocberaeat etdrp dee partis k\ divers. 
gnl^Q, Knikcvwieckf ayant nommé gbuvçrnelirdeVarsoitte,* 
^ piace, le général Cnrzanowsku lef^uel était aussi soupçomiét 
^e connîverice avec les Russes^ laf confiance ne^larda^ paaà 
^^pbignerde lui. . ^ 

^ JPendqntqu^Tarssoyie i^eiHiait ainsi le t^emps à punir des 
ioidîTidiji^/^ 4^Iac<^r ^<(Qs ^esse Ta^itorifé, le comte ny9i|jé- 
leiitscti se' réjouissait de ces troubles sr déplprablet^ 4tti»'#0 
affaibjissant le» Polenaîs; préparaient aoti tri<»îiipbe. 9wtwk* 
yw\\9a, marche sor |« capitale, le JI8^ aoât il établissaitaou 
Quartier général à une deeotrlieue de VarsoYîe, les l^eioiiaia 
s^étant retirés d(ins leurs retranchements, en avant de la 
ville^ qui se trouva dès lors armée âe*too8>c6lé^ Là^^Paskîè^ 
^ilscb:,pa9sa <(iielque temps SEinsagfri atlemfànt des reoidrte^ 
peut-être aussi pensant que la famine, résultant de larru^tupo 
tle toute communicaiion extérieure^ foreerait renuemi a oa* 
]ûti!^ler. Enfin, le 25 août, voyant que cekii^ ne bougeait 
pas. et attendait Tassant, il le ftt somo^r de se rendre. . . 

Eh.ce mcHtient^ les force» réunies autour de Varsovieue 
s'élevaient pas au-delà de 96,ùùù bénîmes. La ville assi^ép 
eq comptait pins de €0,000. dans ses mursy plus une vingtaiM 
de' mille enviro» dispersés dans les^ alentours» à l|odtio^.'à 
Zfimosc, à Praga. LV^ntage numérique, du côté des* ass^ftik 
biats, était donc dei^eu d'importance^ Il est vrai «que Jes 
troupes poltMiaises avaiefit {terdu^cetèntfaeusiasmej mita foi 
2^t puissante qui fait^ que .rien n'est impossible àoeukiqiii.bi 
possèdent, jpar cela seul qullscroient quo toui leur^^eslpua^ 
sible. Mais a cet enlbousiasme oui donne presque toujours ja 
viclQir/3, .avait du moins succédé ce dévcRiemf^nt à la pairie, 
ci courage résigné à |a mort plutôt qu'à la défaileji <iui. quel- 
quefois aussi eofapteut des miracles et des succès iuespërés^ 

Krukowiecki, sane oser conseiller ouvertement à la diète 
de se .soumettra à la sommation de Paskiévrilscb^ commeuifa 
ù^ouhoins à foire enteindtfe que la posilion éiail difttcito^ 
presqu^mpossible à défendre;- puis il se contenta d'ioskiiiér 
qîr'il ferait plus prudent^ peutTé^e« de tacfaec d'ablwîr quelr 

Jues avantages au général rusée en traitaAtttvec lui, qua.ée 
opiniâlrer à une lutte où les Polonais n'avaient guèF^que le 
l&aiiacd pouFeux,et qui> si cette triste at auprèiae is^ssouroé 
venait a leur manquer, n'aboutirait qu'à uiie«api|ulaAiQii aaoa 
réserve, et sac^ çonuition.- La diètft pat juger», ea jouf*là» 
Pbomiue auquel, elle- avait,, daneiui' lUonMmÇ d'eSroi> coa^é 
ta pouyoui . Par le lotàt de l'effectif des. dett]»^mé^»4|iie mms 
avôîis donné plu» haut, te lecteur peut.^appréoiei^iiuflai -ceAle 
prétendue impossibilité de résistance; et par tout ce qu'on 

40 



saUdJfà'des dUposiUûns de Nicolas contre les insur^jon 
Toil ce cju'il étoii permU d'e^fiérer deooq4iliPps avantageuses 
de la paît de son lieulenont. Aussi^ d^d? J^s (^ox cbarfi- 
breSv pas Une voix ne s'éleva pour appuya^ les tili^des in^f* 
Anulions du généra) Rrukowiecki, qui ^pendant éntreteam 
journeUeinent des coiiitnuoications avec le comm^a^ajoi j|e 
Tarmée russe. . , i / 

Le & septembre,^ n^ayant reçu aucune réponse oHIcielTe à sa 
8OiïmiAtio0| Paskiéveitseh commeUça Tassaut, é|i dirigeant 
toutes ses forces conlre la redoute de Vola. C^(aiT, le^ point 
k mieiiK foriiiià parmi les ouvrages j^^térieàrs qui cbà- 
vraient Varsovie ; mais en avait eu llmprûdepce de ne pas 
le garnir do troupes suffisaales. U étail (fefepdq p^r le brave 
Plerte Vysockii dont nous avons déjà parlée l'un des cbéfs 
de l'insurreclioi^ de novembre, devepu colonel depuis* lors. 
La redoute fut disputée avec un acharnemjqnl àdmiHblé d)i 
côté deises défenseurs on se battit jusqu'au sôjr pour défsi;ndre 




redoiii&i du n^setlfe des araies.dans le^ mains des masses, soît 

mei 

lé c^éral Clirs^pf^wà^i menaça m^.me de faire (iisiiler Mui 
qdi oserlui conduire îë peuple sdr.le cha,mp .d^ )!^(^l^\AtlP 
gduvsrneuff de Varspvie et lé président du pouvoir e^èfjiior 
"tiévpuiusent associer aux {iérils d^ iarmée qi^^ là ga/de^nji- 
tionale.de (14 capttalei c*est-à-dire la Hclié 'boirirjg;éoi^î^p .wiçie 
db Iv^OO bommes seulen^ea^ et qui^ par cog%Bquent»jaé p>Q^- 
vait.ètre d!un grand secours* ,/ ^ \^ 

Lp lendemain 7^ Krnckqrwiecki ^ ceqdit^ au poinV 4|î ÎÇUt» 
auiirèsde Pa^kiéwiiscb^ et il eut avec lui une langue çôolSr 
i«nDe> doitliles laits ullérieurs.nous apprendroni l'objet C^tle 
domanehe^ lAitesansavopr mémo consulté les^eux cpajripre^, 
souleva oontre lui les ministres qu'il s'était iui-aièn)e ^nnis 
eo ^enSint le pouvoir, .et Qui se démirent inmiédiaM'niBnt de 
leur autorité. A son retour du oamp russe> KrukoWi^cki alU 




ebeoré le feu de la jeunesse» lui répondit avec iâdlg^atMONU 
^itfél aimail' mieux, se défendre de rue en r.ue\;de n|94$ôii 
M maison^ tk s'ensevêHr lui et S04 iyruté§ soM$Jes4k^ 
teea tell cafilale. Krukowiecki, pressentant; que.la die(eiui 
ferai! la mdniA réponseï aVm S7 prése^ier toUménre» et 



DE LA BÉT^feUnÇII' POLOR AISB. 3iS 

clMtoi PffwâiiTBlkîéif fi0rlu«/d# «iiptrt, Mi tooin» itm 

lC)éWiJlftCh« ; ' i: . . i 

Os nropcaitiont éfaîciii ka ii|j&lnfis qup telles «fi^oii éoa^ 
n«tl déjà. Pofkiéiiirilieb fnmneltâilovbli' ciomoJBkki^' mu» 
riftQ dé. plu9« Pas la imMiidre oonctMtonv pat l'ombpo ft^an 
enintgamenl^ ni sur les anbtciuias poovtiioeB fevendiqiiéea 
jmr la Psdoffne, ni rar toip ka aalrea griaft dea insurgea, 
a $tdttiiaa<{iiaaià6qt* cea cmuUUoMr il tait fiovrliat iaaao 
% cairiar^ <kl Proiiéijnalti. Le tampa prasaa} à ufie hadraf 
<i apitèa aaiét l'dttatfue ^a recrafiroenoar ai voua nr'aroeiftlaJ 
^ auMe^ckuintî)) et Yarsone aéra livrta ce sair à kmtatafu'' 
a; reur.^u iiikiui|ueur, à foafeea les liorrews dHm.pilkga et 
« d'uo.maMoere. » Walgnà oaa terriblea^ prédldiafis, les 
danta cbailibvas décidàniDt qui'eUes rafttaaiaBido traitea avad 
la gAuérid éa eaar; el se préparant à subir^ a'ii la fallait^ 
h)utf a lea eaoïéipteiieaa àm lear dAcisîoo , ellea se éMarèh 
rant an parmaneuloey comme ots sénateurs romaûia qai^ 
loi> da la premièim invasion das'Canloia, rafaaèrcnt auaii 
da 60 sornnaUré à la loi de Brennus. et dAclarèrenl «in'ila 
QMMirraiani tous, 8*il la faUaîly bmf lebis dMrises çurnlae. 

Infonné de cette déciaicm, Paskiéwttscb ftt^ à l'twarè 
fixée^ aUa^oer la seconde ligne de forliâcntiaas. La bataille 
fut encore plna sanglante c^na celle de ki veille. Sana cessé 
dat nouveaux corpa polonais i prenaient la place de ceux 
qu'écrasait la milraiUe; et disputaient vigourenseinmlleleiv 
raln à rennemi. Un instant même ils furent sur le point de 
prendre tout-ft-fail l'aivàutage, et mirent presnue les Russes en 
déroula. Jlais lies fu^rardsy prnm4>lemaoi ralliés pas'Pa^kié^ 
vrilsch^ re^iinrent auaailM i la cbarge avec une trrésistiUe 
foru)» d ajanà emporté tdnslea relrancbeinentai la boîeo-» 
i)6tle, les uns api'èa tes autres, ils se trooTèf ent le soir airivéa 
aux. tecrièma de Yaraovie. Pendant cea deux Joirmées» Ida I^a^ 
lc#ais perdirent ploade5,€0abommea; mai»2MM Rassea 
tués ou gf ièvemeiiihieaséa, témoignël^nty sur le cbamp de 
bataille 5 4« prix élevé auquel le vainqueur aotietait ans 
triomphe. . . 

, laodte ade le combpt iurait encoroy Proudipiski a'étail 
présenté de nouveau. aux deux 4:hambré9 assembléas^ non 
oueilks deequellea retosvlistaientîncessavnmentlcisbivilsd^ 
la.caoodiiadlîi II dit anitf députés et au aénat <f u'il venait de 
p,arcQ9ickrf à titre de parlemmtxira, léa rangs ennemis; moM 
r, ataii, outre ias Sf^OM bommea rangés en ligne de: bataille; 
. lâie artillerie trois fois pins nombci^use que celle des Polonais^ 
likoujiira dc^oéotaan tadiètii de a» bas apaetaa snr in capti 
taln^.par nsiaBésiaiaaoB nutf ta, fa Mracilé de la .soUalasque 
ES3aa^et:^éstalotfcquli-diMn8e taisaaarfaaiidrvn orrdM 



316 irmoiiK 

^fir lequel elle dédtr^it^ qa'aui termes delà coBsUtalion, 
rinitieUTe des traités n'appartenait <iu'aa pootnir exéenUr^ et 
leur ratification à la diète; que, dès lors, c'était le général 
Krokowiecki seal qui avait qualité pour traiter avec Pa^kié- 
witschy si les circonstances lui paraissaient telles, qu'il ne pût 
échapper à cette extrémité; comme aussi la diète, égaleriYent 
juge de ces circonstances, userait à son tour de son droit d*ac- 
corder ou de refuser sa sanctioD, selon qu'elle croirait devoir 
^~ le faire. Ce vote des deux chambres fut pe«l-être un acte de 
faiblesse et d'imprudence. Aus&iiôt qu'il en eàtconuaissanoe, 
Krukowieckî, qui n'osait agir seul, s^sn prévalut comme d'une 
autorisalioû pour signer le soir même, au'nom de la Pologne, 
*l'acte aux termes duquel il se soumit sans condition à Nicolas. 
Du reste* au. point où eil étaient les choses, il fallait, tôt ou 
tard, finir par se soumettre. Le lendemain, 8 septembre, après 

Jue la caucanadè eut cessé,, le faubourg de Câsté, touten 
ammes, éclalMt. bien encore des combats partiels, et on 
continuait à tirailler; mais.it aurait fallu des troupes fraîches 
pour re|)ousser victorieusement les assaillants. Peut-être le 
résoiiU n'aurait il , pas été ce qu'il flit, si le général Nala- 
cbowski nleài pas eu Timprudeoée, à la fin du mois d^aout, 
d'envoyer Kàmorino,.avec2S,U(K) hommes, vers Kogoznika, 
' • où ce général remporta, le 29 de. ce mois, sur Geismar, une 
belle mais: inutile victoire. Paskiéwttsdi consentit à retarder 
son entiise dans la ville jusqu'au 9, et l'armée polonaise, dont 
il craignait le désespoir, obtint de lui de se retirer avec lu-mes 
et bagages sur Plock. : 

Pendant que Krukowiecki, interprétant à sa façon la déci- 
sion de la diète, se soumettait à PasKiéwitsch et lui ouvrait les 
portes de Varsovie, les deux chambres prouvaient^ par une 
résolution ^nouvelle, que le chef «du gouvernement les avait 
mal comprises, ou <|ue, si elles avaient faibli, leur faiblesse, 
du moins, n'avait été que passdgère. Elles refusaient sotenàel- 
lement de ratiHei* Tacle signé par Krukowiecki, le déclaraient 
indigne du pouvoir, et nommaient président du gouverne- 
ment, à sa place, Bonavenlure Niémoiowski. Puis elles se 
rendaient au milieu des rangs de l'armée, et tous, nonces, 
soldats et sénateurs, se retiraient à Praga, -puis de là à Hodlin^ 
sans âtre poursuivis dans leur marché. C'était un imposant 
specL'icle que ces 30,000 soldats trsAnant derrière eux 90 ca- 
nons, ces SO à 100 membres du sénat ou de la chambre des 
nonces, qui s'en allaient encore, fermes et résolus, chercher, 

Kur reposer leur télé, un abri où n'eût pas encore pénétré 
nnemi. Gomme Sertorius, qui, à l'époque où la république 
romaine gémissait sous le joug du dictateur Sytia, ayant offert 
son armée pour asile aux sénateurs proscrits, disait avec 
orgueil : « Rome n'esit plus dans Rome; elle est toute où je 



*: f,y' 



•p' ' .V' 






' j . ' .'I 



'.' 













3.:sii.àWaiL 



DK LA l^rm.t)TfOK POLONAISE. 3t7 

^, • Vàtmée polonaise, elle anstf , eAt pu dire après le S 
septembre^ ifue la Pologne n'étaH pins à Varsovie; qu'elle 
était toute entière an milien de ses ranss. A Modlin^ la dicte 
fut réduite à s'assemlrfer dans une étante. An bout de quel- 
ques Jonrs, le nouveau président^ Ntémoiowski, ayant assem* 
blé un <;on8etl de guerre, qui appela encore un nouveau gé- 
oéralf Rybinski, au commandement de Tarmée^ la guerre 
recommença» malgré les réclamations de Paskiéwitsch, qui 
dît qu'en consentant à la retraite de Parmée polonaise sur 
Plock, il Tavait considérée comme ayant fait sa sonmiàsion, 
et. ne devant se rendre là que pour y attendre le bon plaisir de 
l'empereur. 

En œ moment eaeere, d'assez grandes ressources restaient 
è la Pologne, malgré la.prise de la capitale, si la guerre eùl 
été bien dirigée. Dans les temps intérieurs, notamment sotts 
le règne de Jean Casimir, Varsovie avait été prise plusieurs 
fois, et cependant les ennemis avaient toujours fini par être 
chassésdn pays. Il restait encore 70,000 combattants dispersés 
sur tout le territoire, et les troupes rn<ses, y comnris les corps 
qui n'avaient pas pris part aux journées des 6 et 7 ^ntembre, 
ne comptaient pas plus de 100,000 hommes. Il fallatt rallier 
tous les corps polonais et en former une masse compacte; 
mais le découragement des chefs empêcha cette réunion, et 
le corps principal, réduit à ses seules forces» manoeuvnt 
quelque temps sans plan et sans but, sous les ordres de Ry* 
bioski, qui ne se trouva pas plus que ses prédécesseurs à la 
hauteur des circonstances. Privés de cette forte direction qui 
sait tracer une ligne de conduite et la faire énergiqtiement 
suivre aux subordonnés, les Polonais passaient tour-à^lour 
d'un profond abattement à des e^ipérances irréfléchies. Chacun 
des officiers avait son plan ; les uns voulaient se porter rapi- 
dement sur Varsovie, la surprendre et la délivrer ; d'autres 
conseillaient de s'ouvrir un passage vers la Litbuanie, d'y ré- 
veiller l'insurrection et d'y soutenir une guerre désespérée; 
une troisième opinion nnontraif les montagnes de Cracovie 
comme Tinexpugnable* rempart à l'abri duquel on pouvait 
prolonger imiéiiiiment la résistance. Enfin, plongés dans un 
obaos de systèmes contradictoires, ces malheureux débris 
d'une insurrectioQ sainte passaient leur temps à discuter et h 
ne pas agir ; et, après de nonveoux et inutiles pourparlers 
avec le comte Paskiéwitsch, toujours poursuivis et traqués par 
les bataillons ennemis, les Polonais gagnèrent la partie puest 
du royaume. De là, tirant encore quelques derniers coups de 
fusil pour assurer leur retraite, ils se réfugièrent sur le terri- 
toire prussien, où ils déposèrent les armes, préférant ainsi les 
rigueurs de l'exil à la Mule do retomber saos le Joug mos« 
covite. 



»#if* ^oLiverntswieot tu%m récompensa ses chQfsietaesatIdats 
«i profilant de sa victoire pour aMir les derniert^ûiMaârs 
dii pa?se, fïonr ôOiJW tôule tnce imporliine deft, kiMfttUtîOos 
libres fïonnaes pnr Alexandre ù ce pay$,il tmpo^j)Mxilrèl)6Uè8 
dompltfs, iiwif non swimis, im fê^^irne d aflrTiin|slr«Aî«Ji ma. 
logrjea celui de U RussiLMNjcolas éleva PafkieiiUsch à la 
dr;;nilè de pniice, otlo nomma gouverneur gtinéftr'dcii ure- 
ifïnces vamcqea. , ;*. i - 

D'aprcs ua relevé ofûciel, les Russes perdireirt dami.cUle 
çanjpïixne, «oit siirleP i;lwmps do ï>i*Ujlle , i^oit 4Mn4ileiieli- 
reU et lio|iitaux, SOOW) hommes, dont 30^6*0 ptoniÉl seule- 
ment a tu prise de Varsovie. De là le recru le ment ttrtiTiitrdl- 
paire [aiwUe recrues \k\ï 5;i0 lîOmm«> qiH s mcttja dette 
année dans iocjte I filyndue de Tempire, CélaiertîHtifcnl 4e 
paysans a[ï|tar tenant a la nable^^se, qui en avntlifailràn'irr«t 
IcsftcnOa^ ausM, après la Mcïoire, celle ci dcihandanl^eèle 
,salisIjc(ion pour h morLdôlant4l^hommes mpm(>lé8ilaDS,ertle 
iulte. Or on se rappelle c*î que nous avons dfjà.'dA-dB'la 
grande iJiaiicnce rjue la noblesse rnsie ejterce &ir fegoirrer- 
nemcnU C'est dans le btji, dîton^ de modérer ctii ch^tire^e 
,vengtana* conire les Polonais, que l'empei^ur lik^an inoi>^ 
novembre de celle année^ un voy^ï^e a Moscou, oim'ifciaiiicds 
^cesse de résider cetie vieille aristocratie tarlara*; Nôaa ne 
savons pas jns^iu'a quel point nwis devons croira aui senti- 
pieuU de moiféralioo qu on prête a Nicolas dansueUedjrfcinil- 
tauce; en tout cas, s^il les eut, ce qui est doutcuî^dlnertoé- 
.fiit pas a les fajre parï^ïger aux grands de son eiupweuC'^sl à 
i^oscQu que fut sjjjuè.le 1^ de ce mois de novembre, luiorink- 
lice, ou Fdntot nu seitiblant d^^rmïsUce, qrji enveloppaftotBs 
,d msnr-es dans ses exceptions qu il n'en oppelail àjTrofller èe 
la cl<^ence un(»érrale. Cetactefut le f>retnTer pas daàscellft 
voie de reactions et de persécutions sysléjnatiijne», où «kolas 
conhnuji a marcker imper lu rbablemenl, couinoe 8*11 m tût 
prêté ajttHmfaie ce^iiMà«:« swneiiWe toliitepBinfte goutte 
agQi^ttealaPoIogQo loiités iea lanneA qiie confieniiéal sos 
yatt»^€tlpu4kaMg<»uer6»fapaiaTOiitonw; , 

m tÇMJW, cç ipii Otavurtep hirétiriatiaidv 189t, «fut 
dtabord (L^a'4l^c^f^ pas sq profiter dm cinmalaBcci an ré- 
\m^ ka prioei#ea.^mi tontes foa aMicovea pvotiMes 
W»m^\m:y^ fut d^oûr QMiiiiié aiip la jssliee ilo^cfar ; œ 
fut^owi dawr fMQ<|aé4ei;éBapAiix oÉi^àbléa ra'ii sMoit 

»QuWi|a, a;eul i»aa cteli» ]né»i.<Oi tatiesH* d^aoir compté 
^^ >j*m»geir> el. «wtouti cki ne pnnoir a»B eMtfités sur le 

.U (V^^Wuiiç^ ttocdorf^aatean en 

couper les léles, il lui en repoussera toujours de nou*«»tea. 



m LA BÉ^lilMimNI POLOMAISB. H9 

Par sa langue qu'on ne supprimera jamais complètement, 
par $e$ coutumes particulières, par s«s rcMentiuMiitoprofoMlt 
et implacables, elle est encore^ elle sera toujours distincte de 
la russie. Le moment n'est pas éloigné, peut-être, où elle 

{)0urra enfin reprendre avec autorité son rang parmi les na- 
ions. Quand ce moment viendra, nous espérons que TAngle- 
terre . que la France surtout , n'oublieront pas leurs propres 
intérêts, qui sont les i|U4réte deM Bojogne même. La France 
se souviendra aussi alt^fs de 6hi\k vieille dette contractée par 
elle, sur vingt champs de bataille, envers sa sœur du nord. 

Mais cependarlt, ce n'edt Al Ail^ rAngleterre, ni même sur la 
France, que la Pologne doit compter; c'est sur elle-même, 
c'est sur son propre sol qu'elle doit chercher les meilleurs 
éléments de sa renaissance future. Sous Kosciuszko, qu'elle 
m roiiblîe t>as, elle ne troatia qèe ir%ûk% ûiHl^hommmÀ 
dppdet à la Russie i enl831,grftce aux progrès acûompltedins 
tel Intervalle, gr&éeà la placé rafle a la bour^eoi^te da^àrla so- 
dêtô nouvelle, W PÀlpgnctrûu>{^ 80;000 combatfahtsiEh t)fen! 
si elle Vept, quaûd Thenreaura sonné» elle èa aux;^ dix Idis, 
vin^lfQjiB davantage. À, ces bordée; Urlâro^ au^j^^uelLes^ijur 
discipliiie de ter donne une laroe incwiestabt^.^^Ua pwrra 
opposer des masses que rdndra plus fortts eâcer«,te désir âa 
Wen^re niatériel et ùe la dignhé ttvotmle. PDià- atterodn^ce 
btat:el1e'n'HMWtïtl1rhflVftttcbirî$iBS pàysîin^,qir*à Us fuTr^par- 
tTdper'M'ettîfôièèdu dtoft èbmTlîuri..qu'à détruire linRn ies 



bofiûme^el vitfndront bienà ^utr de. repousser les Tartares. 
Peut-être aussi, dans un avenir plus ou mpitxs tiloigué, la 
Providence les appelle-1-elle à Thonneur de porter jusque dans 
les Etats de Toppresseur de leur patrie, les pures et 
saintes clartés du progrès, de la civilisation et de la li- 

btft|i« *i .^ . .*: . ...*: i.M '»'» .■ ,. M '.» 









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322 ' mÈtéHÊ 

etd'Mdâcfr i«E>tir venger en an Joury dans le iiuîg de sek 
tyi^ân&^ une oppresâion sécoUire. Ce précédent élût inquié- 
tant; et, 0our n'avoir ft redouter rien de pareil de la part de 
la Pologne, des persécutton8,ayant le même cabaçtère d'atro* 
cité qne led anciennes persécdtions de Rome pàïeane^ avaient 
eu heu, et le XIX* diècle ava^t eu son Diodéti^n et aae 
martyrs. 

Cette persécution renkontait i 1836. Depuis Ibrsj le pe«pU 
polondiSi privé de ses pasteurs légilimék^ UvM anx mauvais 
traitements de mercenaires^ en biitte adz vexations • des 
pdpes russes, à Tappât du gain qu'on Idi présentait sans 
cesâe, battu, emprisonné, persévérait néanmoins dans la tdi. 
On fduéttâit à tour de rdle le mari et la femme, a&a que Tes 
ded deux^ ému par la cdmpassion, engageât l'auke à apeé^ 
tabler. Oni a vu aes femmes enceintes expirer sooa les ooupe. 
Pour obtenir Taposlasie des pèreè, on poussait la cruauté, jas* 
qu*à fouetter les enfants, et plus d'une de ces innoceatei 
petites créatures avaient expiré dans ce supplice. . Si Ton ne 
savait pas jnsqu^où peut aller la fureur du prosélytisme 
exdlté par la résignation dans la résistance, ob se refuserait 
à croire de pareilles horreurs. Mais voici qui les résume 
toutes. 

Il y avait au couvent de Mensk, en Litbuanie, trente«quaM 
religieuses. Elles tenaient un pensionnat dé jeunes demoi- 
selleé» et, en outre avec leiirs économies, elleâ . élevaietti 
quarante orphelities et pourvoyaient i la subsistance d'un cer^» 
tain nombre de veuves tombées dails le besoin. Dès 1827^ 
Févêque grec-uni, Slemaszikoi, ayant consommé son apostasie,' 
les pressait de suivre son exemple. Voyant Tinuttlité de aes 
sollicitations et de ses ruses, il leur annonça tout àfcoup que^ 
si elle$ ne se rendaient pas dans un délai dé trois mais, eileg 
devaient se préparera de rudes épreuves. Mais, \roii iàurs 
seulement après cette notiQcatien, à dtq heures, du matin 
au itlomentde la prière» Va postât , entouré de factionnaifds 
et de gendarmes, Ut cerner le eouverit, enfoncer les portes et 
enlever les religieuse!, satls leur pemiéltre d'emporter ledrs 
cireti et même leurs livres dé prières, filles obtibrebt seule- 
ment la permission d'entrer un moment dans leur église 
et d^empdrter le crucifit. Là, au pied de ces autels an'il faiiatt 
quitter, une Sœur trè^pieuse et déjà avancée en age> elpini- 
de saisissement et de douleur. « 

. A peine Hors de la ville, elles furent jencfaalnces deux à 
deux, et les soldats lel ûreat marcher, en pressant le pas, sur 
la route de Witebsk. t)n craignait une émeute. Une partie de 
la population^ éveillée au bruit de Tenlèvement, accourait et 
suivait les daintëâ filles en répandant de$larnies.X.ee< cris des 
quarante ôrphelihes abandonnées natraii^dt tous les cmiMc 



DE LA RÉVOLt'TiON POLONAISE. 321 

dans les égUsesi Cftlbolique$ un autel exolusiveinent consacré 
au coite grec; çui, pour savoir si le moment était propice 
pour rintroduction delà religion grecque en Pologne^ trans- 
roettaità la police Tordre formel de surveiller le sèle religieux 
des habitants, d'examiner s'ils observaient ponctuellement ou 
non les prescriptions de l'Eglise: ou bien encore^ le même 
souverain restreignait le plus possible la possession des armes 
à fen^ et portait à la taxe annuelle de 45 copeks la droit de 
garder chez soi un fusil. Eu mémo temps^ dégradant sans 
mùiit et de son libre arbitre toute une classe de noblesse (les 
i€hlachUscM)y il la rangeait dans la catégorie des simples 
citoyens (odnodioosei).^ Dans la religion, la langue, les mœurs, 
ks usages, partout il poursuivait avec une persévérance im- 
placable un travail d assimilation; et, ne pouvant parvenir à 
efticer la barrière de sang qui séparait la yfctime du bour- 
reau, il recourait à l^abus de la force, et, par uu brutal ukase 
du mois de décembre 1845, il ordonnait : 1* la frontière 
entre la Pologne et la Russie sera supprimée ; 2* le 1*' janvier 
1847, il faudra qtie les fonctionnaires polonais sachent la lan- 
gue russe^ sinon ils seront renvoyés ; 3<> le royaume de Polo- 
gne sera supprimé ; on en fera une pro^rince russe, sous un 
autre nom, afin d'effacer ainsi le souvenir de Tancienne 
Pologne» 

C'était décréter la dénationalisation de la Pologne. La 
PjTQfise et l'Adlriche suivaient la Russie dans celte inique voie, 
arec cette implacable indifférence de deux complices qui 
n'ont en que l'infamie de Tacte, sans pouvoir même invoquer 
pour excuse Tambition. C'était de la part des trois Cours une 
guerre atroce, implacable, n'ayant plus pour arme que le 
hélxfa et je couteau ;.,^, poursuivant avec un acharnement 
féroce contre l'industrie, la foi, la langue, tout ce cjui rappe- 
lait la Pologne, tout ce que le despotisme le plus intraitable 
et le plus furieux peut invetiter s'y accomplissait chaque jour; 
et l'on ne sait ce que l'on doit le plus exécrer, ou de la barba- 
rie qui commandait, ou des instruments qui obéissaient. 




l'iniquité dont une partie i 
ment se tramait au grand jour. Nous le rapporterons avec 
détail, parce (|u*U pourra donner la mesure de ce Système 
d'ati^oce persécutiop suivi contre la Pologue. 
^ Disons d'abord qu'un des puissants moyens employés par 
l'empereur Nicolfts, pour dénationaliser la Pologne, était la 
substitution de la religion grecque à la religion catholique. 
On avait Texemple récent d'un pays, la Grèc^^ qui, après 
n'avoir eu, pendant plusieurs siècles, d'autre patrie que sa 
religioiijL avait fini par pttiser dans la foi seule assez d'énergie 

41 



cooacieocei iqçti 6Ws . do^te^ le, touraidiitoUrlooidurft, , (G^ inal- 
JwiwreuK compairiili^MrafvèB deiv^ni $ob juge. S'éjbml ^amnoifi 
rrvtogn^rîa, .il tomba ivre^ danstine mare df^aiii.e)l, ^ noga. 
yévéqtia^fit ^n^aarie qqa 'larmort ileHicbalcPv^ÀciiipfapiKM't^ 
aucuQ.MM^lagaiMni'à «es t jQ^mtei Soiitneoi oaU. VU rrapD^r 
]d« fias/maina ie^aaintas âliasrdont laconsiao^e le Jetait d^o^ 
jiBeforta dedélirayépttisaot-coatpe allas, daDacae oc^si^nfi^ 
le vocabulaire russe, si abondant en termes injiuric^ ILJ9 
jottPTil a^étoHii daflesrfaira à.toaft'fHfiib enireir da^a.iîqa ^,sés 
ég^i^as. Smppéaa^ smHflriaadexeoupsi i^onda^a d^ sangiaUo^ 
aQiiC.paQsséeaà/^fQieeidébfas'piwr teS(gaaa(def)pU6e4Mif^|f 
i4tte,aiiGMiagei:V. m - ••■.^.'-'- .■• -- r. ,-. ,^\i\['Alf x. 
' .)Smivi:$mpém»fi^'^vébnM i^^9adeseasœurpii4aptoc§r 
devant.. lavette da V4gHaeii& moffceam de lx)isqu'eIf#.V9it 
dan».la eour; 'alla leui^ fait aigne ecmuit^da s^agenouiiist» 
fiioris^.arraohaAft da Ja «aie d'un mafieeuvrenbe baahe^ ella la 
présente à Tévëque apostat; < Vous avez été notre' pastour» 
« lui dit-^e, sofesi maiiitenaBi uotre' bourreau. Tra^cHiez 
fi.nos t^tesiaM^z-lea avec dûs cadavres dans vçtre,templa« 
4b.car^^ivai]tea> vous ue^ noua y verrez pas. j» L'apostat, çour 
Iondu> pâle et défaillant^ ealeva la baeba dis la raain de l'àbr 
basse et tomba entr^tasmalos daa^9.^pes»-aui rapniqapàr 
rent. Jbas «o^urs idars sa relevant^ anioanàceni le Te fitum^ 
ainsi. qu'ettaa afvajant rfadbUud^de le.6|ire après c^aqpe 
é|)rauve> at ranivèrant ^o^assionnallement dans leuc Âer 
n^eunei^ ou plutôt leur prison^ ^ 'nu 

Pressé d'ea finir-, Slemaszka réunit una saldateaque^ qu'il 
enivre eti •qu'il stimula encore par ses promesses et par sa 
p<!ésettce> etil livre I^s raligieusea à la bifutalilé de ces mis^ 
râbles. Una boi^ible scène s'ensuitit. Les saintes béroîaaa 
Iqll^rantajrac une sumalurelle énargie« fnais< elles* pa^èpaKl 
chèremant leur victoire* Las soldats de Slarpasdio arrsia^èh 
nent ies feux À huit d'entre elles 9 d'aïu^irea eucaoi les jQitait» 
\fAihn»p, les oreilles^ toui La visage arraché et dévoré iÂWx 
moururent foulées aux pieds at luées à coup» da taloa« . ^ . . 
, Kfi YJ'iigiHseptiiiais» la Moibre des saura, tant tla Minak 
que de Witebsk.at dePolo4sk, fuiréduii à viag(*>trQis*.4Jk}vs 
on las tiïansféra à. Miedzply^ • autre- aoufveni de echiamatiqui^ 
«ituéau. Biilieu d!un.laç*>La loeaiité donna* Tid^e d'igouter du 
nouveau. auppUee aux <aaciens«.Iià> chaque religieuse fut, à 
tour de rôle^ plongée dans Teau. Lorsqu'elles revenaient à. la 
surface, les bourreaux leur demandatokrt si elles, veulaient se 
convertir, c'est-à-dire anostasier leur croyanca.; et oonoine ils 
n'obtenaient Iwjaurs'de ces saintes filles qu'qni généraux 
reCMSj.ils lessubmevgeaiaotdeoouv^au. Jusqu'à ce qu'elle 
eus^ni^fiQrdiiito^tseattinankTroia sœurs .périaent jda la 

BOrta*.. ,,.,,, -, tr'^*'\. ..... -' •('» r. ; :; )|.. ^ 4.- 



DE LA BÉvW6tfèH POLONAISE. 325 

'^ if9!ioar4êi>)hëHfre6 M CGûtèWHMe^tolf; ^/hMé^ 
ipëilcIiffWiMlt ' detf ' noT^déSj ^ éHes ^f^rQvtfëretti tous )^« ttiâif 
t«â« IniiMMiilsî^ 'WJMëk, dui^^vingl-^ix mois, et )t rat 
^fors qtieêtioii'âd iesidlivdyef à'TVilbôIsi:, cupitafe dif lu Stb^ 
«ili;ipe|à* «Il cMTvéî d«r<èi9m tftigt de ee^^tMtes captWes étaR 
fltirti^ SmolenA, et plus delà molUé étiteitt mortes atatlt 
^Pirirri^er au Itett de leur etâl; où !ês antres ne técùretft pàb 
longiembs*."' c: • .' » • ! 

B 4ie6 migi^tiseltle 8Mnt«Btf$iler étaient^ flans toute la Polo- 
1ftntnsB9i anDMiHre de^deux èeirt qnatanfe. Toutes furent 
1etiriiiM«ées;paa«iiëMtiM MlMMt sa toi. D« cer détenfU<^ 
à Miedqoly, quatre, moins estropiées et moins extéhtrééS'tfUè 
leorsîcomiiifignes, punetil 'profiter <Ae Titresseet du sdltimeil 
«tGéasiounés tutr la fête de>(a supéPteure du cobre^t pour «r^- 
elfiipper. La* siipérieotè atrtva en France par la Prusse/ lés 
tkoîs avireé Muvsi ivieftèaities Wsnrtfecka, Kofiiaii^ka/ Poh 
iViairaacka» gagnèrent FAutriche. 

^ PetidlEttit laf^ui^ de leur ttiartyre, tout si^e tfe coiiltfos- 
sidu de la |iart des asetotant» était eotistdèré comme bn crime 
cispHal. Cge dame de haute naissance^ qui; déguisée en 
paysanne, se^condemnait à contempfer ces atrocités poot en 
refadre témi^gnaiigre un Jour, ftft reconnue/ saisie et efnme^ 
«éa^ilU'apos été possible de satôir ce qu'elle e^ deTenUe'. 
Ud propriéiaii^ notable déê environs ne Pololsk assistait; 
égaleimèni^ déguisé, à kr^géliatieii des religieuses. Il eut le 
malheur de se trahir en s'écrianf : %0 Seigneur t quand dobe 
aurex^vOQS enfin pitté de nousT » Pris è ces mots, il' ftit sur- 
le-charitif), etaans aâtre jugMient, dfiporté en SiKérie; Les 
parents de pltisieufS de ces saintes filies osèrent intercéder 
eùf isfir ftttttttr aunf^ès de rempereur. L'^empereur renvoya 
Isur pétition ià IVftèque apostat, qui en prit eccasiun de mill^ 
tipUer'enoore plut Ms sopplkes et les outf^ges. Ainsi, ce 
ppinee^ qiji donna tottl pouvoir à Vapostat Slemastko sut le 
clergé et^ur le peuple âdèle, et qui Toulut à tout prix leur 
imposerlaMiet'I'egtîeedctfitil était le ponlile suprême. e6t 
MètÎTéellèiMent et- Men justement respotisable devant Dieu 
e|jâeT8iiriea!Hemmee^ loutesees bartaries^ qtreiqûe peut- 
êlire il «ne les ordonna pas en détitil.'tl Vi^atait paé besoin dé 
tMseendre Jusque^lèVit pouvait^ a? ec eonflaiicé, s'en remettre 
au zèle industrieux desf agents uuxqifelS' il ptY)diguait le pou^ 
iteéretror. 

< AprèsMoir échappé par tnimcle.'l'abbesse et les religieuses 
se réfugièrent 4 Rome. 

'Fendanique la Russie attaquait la nationalité polonaise par 
wiD culte; sa foi, sa Imiguis, la ^Prusse, dans le duché de Po- 
seur pôorsahaie^n systèané dé/e^slsr qefjetait l'épodtante 
dans toutes Un c&isms^ Ctiaque jour voyait se multiplier les 



sin, tôpfes^l'es t>a3UUe»4e.la inooarabic pmw'eiiDefi^Mieoii^ 
Jbcaienl de détenus 5ûi-4i&ant po)iMquQ9. 4aâ^ beMén,- ilA&trl- 
che se iponiraji pfête à loeUre à la disposition de«op eom- 
^lice se9 terribles cachots» mu^ (éinoins da^ tani de larmes, 
dp tanl de misèreçr f t qui dq rendwMf^inftis. teuns vitthneç. 
pt\ mêfne temps, pour ne pas dévier de Ifi politique adoptée 
par les Irois Cours spoliatrices contre la Pologne, te^roifdè 
VtuM^ réppndaU par un refus i^lu aux deMiodes' légitimes 
des diètes. provinciales de Pos>^ «tde ^iéaie,- qui* ésmaiSr 
daienty.rupe !<> une constiliilioii d'élals-génânf 11119 2)^i|4i6 les 
jpom,$./les orateurs fusç^aL imprimés d#iis iee pnocëstMrbàniK 
flùs èlatç provinciauxr 3"" ^^ pu^Jif^iti des sé^mces 4m cûoséàà 
municipaux i i'' la suppff^efsipn de la çeaài^te et ^""iotrateetioa 
ji^ne loi sur I^.lilD^rté dp la pr^sse^; Tautre» Ja pnbliatté dés 
séances des cqpséiis ^^ni^pai^Xi la UJ^epié do la pr«s9a.«t 
une loi sur la presse. > . / . 

Un systÀpe si pdi^x d'oppfpss^q dei^ naturelteiMnt 
PQpsser 4U. désespoir un ppup).e qiiln'ttmit Msaoïdpipralestar 
contrç cette iniujuité de ^iorce, pt quiis'éUiit ionsoursinoB- 
bé plus grani) mm ses ^i^y^rs (]ge ses a^Ks4»um daiM levv 
Ifiomphe. .LQr$que 1^ rjévolu^io% de , Cologne t des aodéos 
1830.et4SJl eutéçhouéi li.s'éiiiilfôriDéen'Frafice, en A«h 
ftleterre etef> Belgiqi|/^ i^p^énûgration polooftiie' q|M ^Yait 
(pis en (Biivre tous les. WOïenB d^iU^ elitf pouvait disposer, 
pqujr prx)uvpr-l^tt mon4a qpe les trQîsspoUateursdfiia Pidogne 
àyaieq^ epcgr/^. plus^ 4^^4 Uéc^ifïïokfi mf^ginnte^ à dresser 
§Y£^iit d'efff^er soi) noni.df. la ç^M d««i'£uropeu .GettB..éaoi^ 
^rstiôp, a^acpord spr le b«it> ijo Teiptr^priae» MiU divisée em 
u^rljé qui sA^Q^op/i^iei^lLap kw^^ de VmémvmeilB nàm de 
fajrç trfppipJierVuiî^ Qu rflptrft.opiiiJw- Gbsique parti aupivait 
^lor^ uu^ dpuble ^fF^^p ' 4-^bHn4jeU0 qui ptsiliomnmiQe 
^ ^rlm 1^4îfii^i«ttt|o^4f'i» J^otegq^^ pHiê iM» twduça pu^ 
ljf:ufi^(ç que yoyp pûi^y^liqf|ji)liûpr.d'«riMq€mfiqMtwite*doino- 
çr^lia^p oMe <^mmvnj^^f 8>W 4tt'il«H)t motos itiséd^Biti* 
au^.lefi f/TArts.4«s fFûis partis jiv^ iiMt^ésale piiéeisiûiii^ .il' 

giirapr^il f|iiA*lQ,}M^rtidjS^ ^to*- te sdosdrïii 

odi'a riqiti»)iy/e ^e jr'^BSMfff##t«4 Ka mia>iéli0r 



a^prenxi, ^ . , 

complet ^^ rappui des msN§ |^^<)^ Wil^o^'^ 9^1^ 
dçi iHi; cplqj du par}i sri/|^û9riiM4MP, 4o«)i kl paMstismo, ud- 
peu empreint de vues personnelles, espérait tout d^oti j|[rajsd 
i^!A«iYePSffiMp(} G^lui,d^cOiii|p[|MiSl«p» VifSCi»qii0iesiîiasse6 
ne pouvaient que gagner a tout cban^meftt» L'Àptosioo 
éj^it i^sée ^ p^éjPf F^r 4aR& PP WW ^ toutes les jpesurfis éd- 
mii}i&^'4f)4eSip&^Ùu^( AHJiliqiMl^>OÙt'doputt le emive- 
r^ip )m^ii'f4r#^i4çp ithm.^ft»^ «?* 4wtoi» è-'JBWli^r, 
(^Fsépifl^r^ ^m'iP^F^ Vf 9tf^!fWfmi qiM db s«paiiilM> par. 



DB tA RÉVeUJTIÛft POLONAISE. 327 

milliers, de$ iDetruGlions sur les actes ^ouverDementet^^ que 
de porljer ii Ia conoaifsajD^è de tous lés it^ncuàaipaUrneUeê 
de ces IcoisftBoUaieurs qui s^appekienireiiipeFeur de tîussie, 
V«a?pereur.d'iiutriche, le ro^ de Pru^e. Oa y avait jointe sous 
la forme de. çalécbisme démocvaUque^ dès appels à la 
l'âvoUe^.des iâsbructiooa pour faire la guerre par guéril-r 
[ah ete.'l}QQ.aciivjs propagande s'était orgeoisée dauë cedou*< 
plç but. '{ • ' . 

^ Dans le Jtot aussi de faciliter les opérations^ les conspira- 
teurs avaient divisé en. cinq;. régions Ta^eien terHtoire db 
Pol^ae,. savoir : le araBd-ducbé de Posea^ la Gallicie^ |e 
royaume de Pologne, la Llthfuanie et la ville libre de Craco- 
vie* Vers le ii novembre iHi$ des dépotés dea cinq içègion^ 
tioreniii»<»nioiliabttle pour, arrêter. 1^ plan stratégiaué de 
llinaoryeclion^ En prBœii^e ligne d'ovéraliona, ils àrreièrenf 
de a'empftrer>paTuiicoup de main^ des forierêsses.de Posen, 
4e Ibocn, .et^ e*il élait possible, d'une troisième située dans 
la vieHLe j?ru8se, La révolte devait éclater simultanément 
Amsioute l'étendue du royaurne de Posen> de Cracoirie el de 
la^GalliQÎe oecÂdentale. D'après les prévisiens des conspira* 
tewurs. le soulèvement du reste de. la Pologne devait r^lre la 
ooméqufiuee inévitablie de ce premier mouvement, L'expia 
sionde rinsiMrrBction était filée entra le 17 et le^l février 
IMây.et ées inMruetioBS furent partout expédiées dans ce 
sens. Le^sBotôs de c4te première partie de Tentreprise devcUt 
être suîvidt ta guerre dans le rof aume d^ Pologne. Pour le 
cas où Fentœptiae manquerait dans le grand^dncbé^ les ins- 
tructions du comité canlrâi prescrivaient que cet éctiéc, n'eût 
point de conséquence à Tégard de Texplosion dans U terri- 
toire de Cracovie et en Galiicie, voulant au contraireque.ee 
qniia»ratt été perdu dans lognand duebéda Posen fût rega- 
pié téans des deu autres pay8« : 

. Le grand mouvement quuse préfMirait ^'était pas une de 
oes. tentatives isolées dent il faut ehercber la cause dausTinp^* 
patience irréfléchie de quelques 4mea audacieusea. C'était la 
Aiftogne tout entière) sans distinction de castes^ de croyances 
?el)giëuëesv de provinces*; c'étaient les paysanSi s&rs d'un 
ffldtteiirawiiir^c'ast-^-direda se voirdélivréi!» de toutes le^ 
ctaavgesinttistess c?étaieat les .nobles» lescbrétiens^ lesisraé- 
èites:;>e^élaitint 'les. enfant» de ia LftthuaQie» do^ Varso^iji> dé 
Posen, comme ceux de Cmcefvîe el de la fiiUliciei c^étaienl 
tousieb élémeats. épari et tnoreeiéS' de la vieille nationalité 
psAonailBe, 'qui^p«r un effort simultané^ voulaient rqmpre 
leuvstiialues et <disputerleur viey leurs liber téS| aux lentes 
tortftreade leors'benrfeauxi 

i>Untel mouvement pouvait deveiftir funeste awoppveaaeurs 
da<la PeldgH'^ ^maia déadénomiintietiapurtîes >de Paris doa«> 



3ii «ISTOIRt 

jbèfént l'ëteil aux trois puissances qui se sont partagé ce tnal* 
heureû^lMys. Lès'P(flomi9^pafKU ^ P^ëHttè AàM Ib "Mirs 
grënd'tetreit, ^otif aller pvètM^Th cétasè'ttalibHVIem^iiuf ûé 
leilr influence politit|ué oti de lèi^irs talëmk'înflitMréë, Ibt'ètit 
stodaiés, àieut départ ,*& lai vignàn(;e de Id policé anf ritihiéanèj 
rMse et prusàféùhe; La Phisfce et là IW^sië, MviM i^réTeiîï^eica 
raVsnce, pfl^^t dl bien léUrS' med^f^y'qtfAtactM' Polonais, 
aecoum de la France, ne réussfl à pénétrer' en Pologne, êr 

2ue^ sur plusieurs points, des arrestations ffifuIU^iée^ firent 
elMruèrIep4a^^*dèS'eoftsrpîim(ètiiifJ>lM gOQTèrnétft^ MM- 
cbierr» prévehu d(i )a tnémè roanièf^èf, iN§pcmdil à éèul(>4(i}'I^ 
sigoalaient^ laMconspi^étidnf '^' «r Laisbéie pnà^ëi* les 0fao6ésrj 
ff laibseï éefateria con^pirattoniilrote Jdtik«» dé IgUbi^e xumt . 
c yandront adixante ans de traH^tiillfVé. » et'PhMiitfetful 
pronoiiçaces mot^, W. de Méllemi^y, avid^ dd ^àng qail rilait 
se répandre^ et dotit il aurait pu prt^enir l'éffusiew, fie* pfft 
aucune de ces mesures qu'illsavait si bien preiMré eattatfe 
et ailleurs, pQUr étduffér touttf ihtinffèstaiton popûléffè.' ^ * 
Ken plus, le goervèmetuetit atitrïÉMenendouf^élai'dtiM la 
Oallicie ^élément cohMi^dutste, qtri^^coMfM:^ l'a tu, lie ihéi 
lâiC dans cette ootispirailk^n àl^leifi^éliFt tiobiliairë et démôcra^ 
ttqoei il aftait en^la uM dcrable but : d^abbrd afln «Patottrun - 
^moyén de plus pour frsfpp^fîl» Uôblease.'et'efnuileaflnde 
sW aeHii^^oimM d'ut^ époilyaiitail flouvUMlfepeaér PEuirèj^' 
contre ia PolbgTfe.Aufssi^ttiigfabâ dk)tfDameiit des Pot^Misr; 
faaViluès if ietotes les rlguMrs de ittM^nauiie atffrkiiienne, on ' 
Tff oIrcHer 4ibren)eiit(daiiaile pa^s^^des publipatkms incetf» 
diairea marquée» du^^sceau du eommu^iatne, et <A^y^eiFHMA^-; 
chaftt le respect et'Pofoéiss4inee à Féitipefeuy; <m' exéititt ia^^ 
poptriafèan eduire'tai noblesse. ^* «»■.>. /i» 

•MslÉré eeséténef^ifli ai-tiftileiMa)i^ltt^iMraii«a diyi^^ 
ment insurrectionel, et quoique iw pMVlne«a>eà4a«Éteftii^*' 
tiona avaient? éké opèr éw fiMMttI dès- 't<m taertt4%la4'de eèo- 
tribuerà la èa^e- eommuife; rtrisufreetiën'éolsta iftit«id)v«ra 
poiBts de fo'Polegné'.f La «iillioiiei'tMl m dAseÉpéraiil dé fwti ' 
ritée des détacbeflfiearts diflsui^gée qitl de«»tflmt ùôtwfét^àéi' 
pointriÉnpcManU^deeetlei^irétiMef ttè putanAtuM^MMiiif ^ 
trkMMioe quiéKtrata&lt tM^^ea^e^tté, «t^ltodbniicMl^eni^ 
pie d'an générée» déToueàaMt au ptVMirtliiiiliaUte^fè^liftv * 
litmMiretroiif join^ âvahilie^llilMttiiirfpi^poqfoA^iAé'pQiir 'lé 
Boulëveateiit ffMMl ^ 

U>e»fttt dé «nême à Craoovie.Xày wgeufvtmemetit autrii' 
chtonvqo^eMoii yeipretitofi de son tnittiatre; toaihnè ^tu* 
rrola^olriv * èëktMeigàgMr soMmêe mé4^ fmAir/'éf «i ed 
soin de répandre le bruit que le tUMvaMoott^u^ëe ftréputtfab 
a%ittt59iywm(Mèm^aMeiiU0ll8iibttt«mii^ ^ 

€Hfe(Mfiè;> qui OD^mit tjfitMia.w iqu'âo i^t«ir''ftMir/)>rtt 



DE LA KÉVOLL'TION POLONAISE. . . 329 

ei.il0,ltusft^^:uai:enfort de taoupe» i^owMOciïttfiet *laiiriUe4)Ur 
gpUY/çrneinaQltiltricbieo^.qoi Taisait jauciriptt d^ii fllt 4^^ 1&. 
côpspinitjoj»', fut.nfttiirelisoiûnt 4& pr^ndiac à^réf^^nére^a ofA» 
&t)pet ^Q^eoyo^aut à CrapQvie m^ corps dOitrMaptfrde liâAO' 
bommQÇi.doQt 2O0 4aiuiia)#m eima«!()emihtiaUecîe.r>etU8' 
f^rca,. reunie à 500 bomaies de la milice Xomlei était ani oihi 
dfes au ^émv9X ColUfk, '. t 

jVa|gr^ce(te pa^rnpte interTOQlion^l'iodarxecttolixi'eoéelata' 
pf^iRiaio^. Pans.U soirée du.l9» ^prèa du j«fdili botanique^ mi 
Tit ^*«lavec et )>rili^f^ à Hoaigraudo hmi^ttr^i iineffmee^iL'aiyi 
Uf^c^. C'était la i9igi)a) coavanu, Oèaf^OimoolfiAtrfégQAidàtis 
la viU^.OQç ^[rpiidia agit^imt. Eu méoietitempa» itaigxand 
oprnbrçde i^r^^ontenia, parmi lewiAel^ae toiuiraient Mau^ 
coup d'éflikresi «e^ipiceoi eiijfpaiDpiia.de& eb vîronsaur ilraoovieli . 
1^( rqxup4i9\io do Ci^oone#<^QÎ AUaii.d«fQnir.4e(lbéâtr# 
d'une ltti.(ei:ai inoga^^^i'^waii quevfoiiûioietdaqrlaloniètDea 
$i|T iiingtr4euide.fiupeiifiGi6i et neipo$aadaîki|i]ectM qniMe 
mii^ onièa do {M^puUUon. Quant i^.la vtlie de ;Craoovie^.dék» 
cbue de son ancienne Aplondèur» jette n'aiait fiaa plaa de 
lr^qi#r^l9q i^iUe aabitant»^(T'^OW]trîeilea jAiifacbitoéinuii* 
gérs^f $Huee dan^, une ptainOjila^illeéUitoQUferle denlpiM 
c4taa fil P?offc^t aMfÇMBe. défend* U eiûalalfceMûnii^iiifietJiiraÂ^' 
ua;YÎiaw çbÂte*tt;¥nit i<^^)Qnl Waif?eJ,Tda càtft^é^fiodpmiv 
u^ u étalti 4|u^ 119.81 i«aujvai8 étai^.qiiïiE! u» ponyait'iMme ' 
résister à ^p çeup de meiiUr OaidenMdcrararkMB mt ^nels 
mojeii9/Bpn;rj4aient le^MMinrgéa |ioupleMiccèftdft^«niBarati. 
U^jconipfi;^ion.tisni? W4¥>m?4g0 etrdo déteâpivc: d'imi naiioa 
entière» qui, par eeprit de natiooaîUtd^iOU yaffJafteriMiivdeH 
vait.4teei/4l!«ée de,pi9end^e^ packÀ U jiiielutio|i»/«kd0Tattiilte 
une}guerrfi,de.toiiey{eofttnôtpa9,în: ..:î .iî.n i "U.i /:m 

tes wupfsatat^UicbiiiQnes^ d^piiis^ la jotts> d*<)&iif> eateés) 
c*e9t*àrdire depuis itroiaiwfS .et trois omts^-éliîerit rartéea 
sona if3a.a9m^s> occupant Ies>,pniiiaipales' pkoeeiiiB SQ léfmr 
an ifui^tin^OA commraga à tiret, sur eUeaide.toiitfeales<cioi^ 
sé4j(^jPiViir9«QaAte6^;ei lorsqwi le. général CoUki: oadoanv de 
lai(|} évaçuiiriiliis étagi^ dooea>aiiâsoni,jlet inavgéi sMalè* 
reni^àuirleat^JM.|VM]r.Ur«r.suelfidteQupc^^ ^ - n'ji tt 

UeUéiflfisitUd^.epQtini^a ptamnl toule/bîqiiiriiéo, cioîtfltfiA < 
d'heure en heure en iol^mllé* U aoir» kto dèohàigiBiqsî vpaiw 
taienlides maisaus a^iai^ni la. pràiiaîoOfet ia i vaoidilé éham (tu 
d6.j)elotm;>l«9 lemmes eiaea jounaa^fUteê 0Ohiceai0SJk>ka 
arnsÀ |tfésaeA9tienV)e8 icarliNMJfees et se mâteiei^ 
lKittont0i^u'eUe^^oij[>wagea«anAa«ee ttojMl>te'eBlfa0^ 
LeS|tQ0t^pe8 antrjohimiies, apeès ««ainaatHféilew pealepiM^ 
cipfd eoiiiro iU«Sft tmgir'wi foreot «oblige de^/faire » i^ eiéga' de 
chaque oàaiaoa où il y airait des insurges. 

/*2 



sao HfftTotiiB 

Les préiDkrg snocës furent pehr les AttlrtelneASf tes ih« 
smtgéi eardot le dessous à la pocle de Sâint^j^lorsan eidënfc 
la'deinâire de l'aubergiste Wôgt : c'étaient leiirii postes prin- 
âpaûx et leurs dépôts d'approYisionnementa d'èrthes^ de 
liMmftions et de dràpeiinx. Le 21 se pà^sa sans combat^ tneis 
non sans exécution $ lea Autrichiens iriotntili)aiënt ! L|i ville^ 
é^caée par les ihsu^gés^ fut livrée à une sbldat^que efiVénée^' 
excitée par les boissons spiritueuses que TàutoTité dutrl-i 
oiàiénne avait Ihit distriBiier a profusion : puis, à M suito d'dr- 
dres barbares^ orifuèillà dans les rues de Cracovie des pei^* 
sonnes inoffensiv^^ defoibles femmes, d'iîitiocènts enfaoË.* 

Cette, sanglante saturnald dura Tingf-quatré heures. Hais 
te 22, le bruit se répacidit tofat-à^up que des masses d'io- 
surges du dehors marchaient sur la ville; Peu après> en effets- 
des haiiteurs du château bn put découvrir des mlUjera 
d'hommefe. là plu t>a#t paysans, armés de fdsil8i.âe faqix et de 
piquesv avec leur costume nalibna^ s'avancer vers U vtltei 
Us étaiesl prêches de drapeaux natibnaqx etooaduii^ par dea^ 
nobles, entré autres PatélsKî ^ Barowsiii> Byste^aiiowskiy Yfili^ 
t!fk* Ces hommes valeureux» sûrs de périr, ataieitt entonné 
1-byihnede la reconnaissance pour Dieu, oui leur âvaii pel-misf 
de viviie libres -au moins quelques instants. Pleins d'un g^ 
néreuTi ebtbousiasme, ils savaient qu'en se levant ils (!oa- 
raient •ail* martyre, et célébraient rmdépendance épbémèrif 
de leur patrie^ em s^écriant : Ceux qui vont mourir t«i saluent^ 
Cette troupe se dirigea vers le cbâleau dé Wawel et s'en em* 
para s^ns que le général Goliin essayai dé le défendre. Peu 
cprës les Aùtricbiensf attaqués de toutes parts, ab miheti 
d'une ville insurgée. et pousséeao pllis haut degré d'eiftbou*» 
siasmO' pi^rietiquè^ furent féircés d'évacuer .la ville et de^battre 
en retraite jusqu'à Podgorze. Lek itisurgés flr^t alors leur 
entrée trloitaphale à Cràcovie, portant à la tête' de leùrsèo- 
lonnres l'image vénérée de la Vierge et Tdigle blanc de la Pe« 
logné. lia a^ient entoiiné l'hymne national de saijU Albert: 
mére^de Dieu, Viergb Marie. La population entière faisait 
eborns avec edx> et dès larhies coulaient de tous lesyeuo^i 
taairémotioapàtridtiqoe possédait toutes les âmes. 

Le nombre des iqsargés qai s'étaient rendus nksltres 4e 
• £ita«èvie ne déliassait pas quatre centfc, et les Aulf iehiétis^ 
dent le nombre était au moins ^uadruple^ continuaient leûlr 
rétpaiie, iiui i»ssemblait plutôt à une fuite. En effets lU^éva^ ' 
cuèiHBt également Podgern^, eh y laissant tout un ërsenil 
d'armes^ de munitions^ et une cassette oènteftanteeot soixante 
mille floribs en bîUels. Ils reculèrent jusqu'à W^liodat^ét 
qfli^èfent bieiilèt cette ville en y J^issant encore des «armes et 
une autre bomme dssee ronde ea billets de banfoe, qui étaient 
cependant faciles à transportei*. L'opinion publiqee eurb^ 



DE LA RÉVQ^(JJfp}$ POLONAISE. ^^1 

pc^nne accusa ^e fi^uvpi'neinen^ j^ulf^cbi/en d'uvQÎr [ait^j^jfer 
aàTi^Jès (bleuis cPlRe iilcpyaf)l;ï réffàiïe et tpt ^haïKl^vû «ra-, 
ttillxl^armeà etdefcurels (Je banque pour fncjltlcr le cJtJveTppr. 
pèméntdertnsurfeclîop et avoir pju5neve)igGancosipxefcer/ 
Quôlquli eri so)l^ |^ fuite des Aulrîchieiis, rabQMJ;ïp,ce d^ 
tIVres et d'armes trouvés à Pfjdgorze et a >Vielia^;i| éxaUp- 
f ent teflhmènt les fètéi, on se crul ji sûr dTutjé grande* conlî^ . 
gfàUqn survenue en Gallicie, que les insurgés ^'occupèrent 
ae consHtuér à Cracovie un gouvernement provisoire.. t\i 



! 'absence de toute auforifé^ plusieurs bourgeois notables 
l'êfaient réunis dfâhs la maison du comté de* !wopl2Hfi, pdur 
former urï comité' Bértreté, auq'iieil se subsHttt^y^S;* février) 



i'éfaîent réunis dans la maison 

liel st ^ .^ 

i MM. Louis GpVsk'omk^ 
^-A-uujviM»,"« iiâucïic u iiioiyiiv^ iiuiuniiié'^ Jeanïi'ésovvsiki.aod- 
teur'eri irjédecine, et GrzêgorzewsW. simple* bourgeoise de 

fèt^ff^MtXht fritte fv«/\îc tt%ttnek^ y* t\YY\ rYM\t! A'rtnffrkn û4 A* âr^aé^nrin 



Chicotîfc* tous trois jeunes, hommes (faction et d'énergie. / 
hé pjDUveau gonverniement prit' le titre de aouven^timitH 
protHsùirê^è la nation polonaise, et s'installa d^ns rancienn^ 
maison kp^e\kè Kn^vstofoàrni, et h laquelle se rfetitacliènl leé 
lAm chets-soùVenir^es Polonais, du temps du duché de VarT 
soVIfe.' Ce nouveau gouyernerpenj publia Immédiatement u|^ 
nfj'ahiïésx'e à jà riatipp polonaise, ou il retraçait les souffrances 
dé ses' compatriotes, et faisait un appel pour une ïevée en 
liasse dans toutes les parties dp l'^ancîerjne Pologne. Le len-i 
demain, îl rendit lilj décret (jui défendait, sous peine flc m'ortl 
tes allaqûes: à'ia' propriété privée et publique, et déclarait 
afttési ^rallrp envers la patrie, quiconque ètaîMirjajt!, sarts au* 
ftyr'isatfôri dn çouvernemeù^, des cltibs et des associations poli- 

^h mf mp temps^ pour tonner un démenff & une des calom- 
nies répjjhdtres par lés trois (îours, Sï^vofr V^e-lé^ Polonais 
néyipsnrgëaientqujjf poûr'cfiaSserjde la Gallifïlè et du dudié 
de^Posen respbpulaltoàs,iill,emandes, dés généraux Ipsuj-gês 
adf essèf eut ^ )a natipn allemande tin mat^ii^le^ oui cî^ijsa au- 
delà dW ftlîn une assée Vivie impression. • ^ 

Pour agir conformément à Tesprit qui avait dicté ces matif- 
fcrtës, et potf r donnfer p^'^ de force fl^'ijuitt ^ù godverrte- 
ment r^vohjilçlnnaîréj lésmerrmrfes de 6e gùûVernetVient se 
«ittttetttjspontanément, et d*on oonitriun- accord^ dfe leurs 
fonelionsf, ef iao^ihèrenf p'napiniement cùmmé dictaffe^ir 
M. Ty^pw9kî,'homme énergique et întëgre, tèuiséafjt d'une 
èlMnMkiice générale en Pologne, et qui copserVa ce poste émi- 
ftentjusqu'au derniçrmQmpnt.Çiielqttés disseijtîment^ passa 
( Ains ce nouv^âtl §èuTerhement,mai9 ils furen 



gefewgûèrenCdans ce nouv^âtl W)uTerhenjenf,mais fb furent 
«Ërti^npOTtfence sur les événements' étiife'sepVfrent qu'à alP- 
meB4èrlé9 èafléilpMieé déniées fiMiiHét^sfij^ë^ 
avaient accepté la trjste mission tf abreuver la Pologne. • 



332 , . : HlSnNIIB • ' . 1 

Pool? jtii^(^ KaiM^r ^ft piiU^iole^^i^noivi^iuaiemifQ^ 
initfUtité soûal»dîr«ctioti de ll^.JDombroiKski^ j^om! quiflguni 
avec UoDtiear daûs lea (astes.potonûis du (eoÉipa de rEmpire^.' 
Danaceelub» i|fti ne resHi otuivôrt qu*uo;join',4e.chateiiroa8e5 
isnpfôvîsattODflprap^gèrenit.au dehors iesioenlimefilfi:^ 
qiireil aftimaieôt m rpembres. Malbew^usên|ei]l^€ies4j^cxnii& 
odDf^gn^s daofl la Gaz^Ue de Gr^càt^,M^é9i éïte ankâîi 
d'aitpes dans 1(66 maiiM. des opt>re6$eur» à» m pouvo eimak 

heoretiïpBfs^: . ,i. , .ni, 

.:.P)9n4tolMe ioeurtirègtie deaidsui^géâ, PexilMuausipedeval 
mecédé^/à Fed»i^oufiaaibe»,Dès \t teMen^am de VîAsiBUatihv 
dfii iroQTeKn^mentiirovîsotre, ia.populaUoa entière^ de^la viUè 
de Wieliczka^ qui, de|iute.^Oaiint€hdi«. ans, élaM sépfiréë da la 
Baè!:e«4>atHe> arriva à Graijovîe» procasëiouneiteneut caog'ée, 
ai7aQt(e(i,tâteses pasteurs et lousies emistldi^es de in tetigioni 
9U-6n v^KxlaU tes forcer à abjaret* Depuis quelques aonecsy' 
celte foi était leur settle.patrie^etelle.devaitnaiiMrelteroB i 
paMicipe^ au triomphe qu'elle avait tant edniribué à^anpenenj 
u sfieciaide était vfaimaa^'saicûssantt Toute là ville^ toBuwt^ 
femiBes/enfaats, vieillards^ne joit^QîrôDtaux nouveauxt y^Hi^ 
On se refidiUux églises ds^is le h^\àW prier pour^ladéUirrafioè 
de la Pologne. On y eaieadjt. en mime l«mpa dea.aaiHsfaU 
ètouffiàs^ ledifuetis des:^finfis# lechan&desb'fiilDeS)saçirés^ 
IflswixfrokAidémenfeamues.d^s prêtres armés^les^emiettâsi 
des o^oyens qot.se préparaient à combattreiL^entboilsîàeiDff 
des femmes surtout toacbaU au délire. Yjâlnès de^jinbes! 
hlaacfaes etJes y èuxreiiipliade larm^s^^ommeauboif éten^ 
d'espérance^ elles encourageaient les hommes à se défeadréà 
outrance, ;çn promettant de les aimer et de mourir avec eux. 
Ui^neiif 4iix.ffimi^es.dePol(]^l,Daqs,li9 iQm ^^pu^wr^MX 
martyre de'leur pays^^' plies iront làmais dèséépére île rave^ 
nir ; partout et toujours elles ont donné f exemple de la haine 
contre l'étranger, du dévouement et de rbêroïjs^e ; gloire à. 
ces nobles cœurs ! Dieu leur doit une pairie,' et la patrie un 
tamplfi..^ '. < . . . ; • y.-: r<^j n 

. be JQor mômede eetle imposante aérémiQiM«{qi«ttoa.g«ian 
drons de Krakusy défilëpooi devant M gi^vevnempt.HOVir 
soirei» et furent accweUlta par deo bour^^i^ «ans Hs^ /C^4eR/iii 
du micacla^ Tons icos cavàUecsétaieothienfmQptés^ biap.Q^if* 
pésv bieniarjnés, et joignaient l'élégance à la foroe* • - . . *• 

Ce noble eothouaiasipe devait être sQalbeuT^^ement l^idec- 
nière loeu|r de joie.et d'es|k)iir4 ., .• > i m • 

iilais avant de passer au réoitduluguhre'driimeqttQr^iir 
tctcfae^fouaità quelûtfealiei&esde là^.QuostiilDiiala sympathie 
qulainit troH^ m^ Vjraooa el an ▲nglelfefffoJte Aobla wmt4% 

A Parie, oii sch tronvait un noHtbrft aonatdétahki dsh réfugiés 



DE LA BÉVOLtmOfC t»OLOKAISE. 3^3 

fùMatàs^ta ptbietHs; attiréti fiafMreltmhmt MirMihbtIm 6ù 
m|eteieiitle9 iioàt«tté6 dëVélogne, ^UiimlreûAWy dévies 
pinmiiers j^ors de tnafrs; & Fbôtel Lambert, cbez le prfnee 
Ssartoryeki^ iHtstre et ttobTe débris de eette nmibêoreosena^ 
thn. Paitnl<eiixse tromritterft leè^^rtociprax membres d^né 
ilssmaliôD poiitiqpse; cmt)de sbds 1^ nom àé Société <to Troisr 
JfW; Le cdotiel bréan^, président de celte société, i^^résents 
ait prince nue «dresse aa nom de phis de mille ntembresv tons 
émigrés. polonais^ dont se compose cette association. Lessen-' 
SanentsqtfexprtfAa cette fraction Imporladte de l^émt^rsffon 
Kdbriëise inrenl des pat^stsé d^tinièn ^tns aae'Jttmais désirable 
aAHs cette sahite cansb/ et de conâance dans celni que oe» 
dieA désignaient comme lenr chef natinreU ' 
, Par toelte ^dresse^ les membres* de la société du Troiê^Mm 
prdmeltaiebt an prince Czartorfsk) t le conconrs le pins sou- 
tenu et nne rigoareosé obéissance à ses'commandementa, 
peranadé qte ce concours était^ par-dessas tout, nécessaire 
pmir^e l'émigration, pat' son i^eprésentant, pût le plus èffl« 
caœtuenl s'aisocièr à ta lutte héroïque mie recommienei^ laPo* 
logiie. » Ils terminaient en déclarant ir me le temps des sacrî* 
fices étxlAl 'teiiv,'ils' offraient à cenic de leurs compagnons 
d^éûngrationqtn'népaartageaient point les opinions que la 
seciéié du TVpff^iVal propageait depuis plusieurs années, l'a- 
tiandon ^orisoire de tenrs'ddctlrines et de leurs Itiéories; nous 
réunir rémigration entière en un même fkisœau^ dirige par 
k prince et lui prêtant son concours, s m ' 

^ jsn mdmé tempsj le prinee ^ecfevutde Londres Tadressé 
suîTànté : 

IJss rif^giés polonais résidant en Angtsterr^i ,a» prifiie 
. . t CzartoryskiyAPùrù. : . 

' ., . tt Princâi 

c Les réfuffiés polonais qui résident dans la Grande-Bre*" 
« tagoe éf ^Irlande, ont fait^ le 9 fétrier^ la déclaration for- 
« meDè qu'ils reconnaissant Vôtre Altesse comme /leur cbef^ 
« et obéiront à tos ordres. Hs ont pris cette yésoliltiou afin 
« *quel^ étrorls de tous les Polonais reçoivent une direction 
c utile, et qu*il y ait entre les divers efforts toote l'harmonie 
«' nécessaire. Aujourd'hui que la lutte pour reconquérir notre 
« indépendance a commencé sur le sol de la patrie^ nous 
«I éommes plus containcus que jamais de la néœssîté de 
«' renioQ. Peur atteindre ce grand (riqety ils croient de lear 
« devoir 4e renèuteler la décfaraUon cMessiis^ et <fajoQter 
a que les Polonais résidant en Angleterre sont impatientii de 
<( partagei^ le»elievta> et les t^éitlsde leurs fràveaqui combat^ 



-^i ww>fw 




obéissance ^ yos or,dries^,$^b§ ^fiaun ^ard aujp opiaiqp^ pQ- 
. « HMquci qu'ils peuvent prpfpsger ïmjl^'^'^^')^™?'')/ î • 
. L^ Chambre des Dépples 4^ F|:an|da,.de spn côte ieipaign^it 
publiquement sa ^yuipalb;/^ ppur la cause polonaise. flÛ4!ife- 
>fpgj-qpalre dépi|lé& jcppféjjepjftnt tputes lés nu^nçiei^ '4^s 
(^pinlovsde la Chanipré, .s>s;^eniblèi;ep^ spputanéiqent; u|i 

Srand iiombri^ de n^embres prirent successivement ja[|^arolf. 
[. (ÇarnierrPagès propos^ ffe ponsliUipr PP Jr?4^^^ p^* 
'iflanpnt ppqr ^/rrêtef iQute^jçs içpsûres a prépare 4^P^n*i" 
térêtdéla cause polonaise. Celle niotioh fut içpp|}at(^e ps^ 
.p^psjej^ IHpnabres, gt surfont p4r M. Odilon fearrot, qij| ne 
içpt pas quela nécessji^ d'un comité permanent ^esso^ut (|£s 
circonsiancfîs de rinsurri^ctjôn. Qefte opipipn pr^y/^li^^ e^ jl 
' fut décidé qu^oh se bornerait a nomnier une com^nissipa qi^i 




;(de IXure), président ^^TàgQ^ dpUx^^fiiJp^e^ 
RepiiUy^ Léon i\e BaleviH^^ )U^|^yeUe, de ]^fcy, et Tp^vif}, 
trésorier- La co]i)inission fof nçipla immé4idte^(^1[)ti i^taan^ Igs 
fermes suivants, son ai>pel a^jt amis^e^^ ^plpg^© ; s 

tf Les efforts queiaPoloi;n]^ fait poçr ip/^ouvfpr sa BâtJ9- 
.nalilé, dont les lilres soatsi sçlpnnell^m^nf fi^sprjk^ d?n?l4s 
irai tés j^ii 1res que les Clminbrfs.l^.^iÇ^M^'^? 4s |a jFrancê'raD- 
pellen"]|ijq^e ^nnée a TEtirppe p^r^aes yol^ùqai^|qàesj le 
courayc hercïque que déploient ses populations qni')jfisiyç^t 
la mort pour la plussaipte des causes; la pensée douloureuse 

a^e de nouveaux martyrs sçellçnt en ce n)omentde |^ur saqg 
mr.ltK dansla puissance du droit ; ces circeostanoes oftt 
profondément ému. ia France, foûaies partis, oubliant leurs 
divisions^ se sont confondus dans une même sympathie qui 
éclate de toul^ parts; les soussignés^ éprouvant le besoin de 
s'yasfpçierf opt Quve|r| i{ne souscription. » 
'^ llalsV'r rh^of"? 9^ '?s pjros^'È pplphais se Hvr|i]ent à f es- 

tànce et adiuraiënf )eurs ^tales âivisîbns • à l'hpûré où 
ïtâlénf^îï'rifance tan|"tfè çjmp/itKlés pbiif bètW éoble 
j^p,sc^ Knéurféçtjpn'' p^ avait ét^^M^ ij^qfflptf <âàiis 



} '^ . ' • • 'i ' •" •f*»''^ *,,.v,..-.^ ..... '» 1'., r, 

• :•♦ 'fî';. .• r • ..' î:i n ... .'6 .1-.' .\l % 'MO':') " . :t';j > ,', 



DE LA RKKaMTim POLONAISE. 885 

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•î » 1 1 * 


Cfr^RPilV .,; 




M47 





Dés gonYerneiDenU dits paternels; leur polUiaoe» *ri Siluftfei^iid^pi^* 
ââns delàGàflicie, -j- leùrB rapporte avecje& sei^neurï ou pjroprii* 
taîreô. — Caases de lôuf" itrîtàtion. — Lés KoDàomKa.T-r Plàxi a opé- 

.' ration dés iHsti^géë. -^ Simva^é eïpédiëtit de rAutrîéfaé. -^Prîi^ëé 
pronriëèâ kÉi égoiigëoré.-^' MàtiVà^li Btltcèi des 6ol6niiks liistit'gieei. 
^Ifassabré des hdblëS.-^ëzOlà.^'Réebinpefedc^ étéèdrdééé pair légdu^ 
tèrnëtiejnt miriohifte svicnrgftiilsatéfifSdtittMissaeTOi — Preftlàitië^ 
lion de r^mparatvHr é'Autt?iche«|^«i{ léHeiter lIs^oBi^BEni* ^ SiM»- 

' »tîoD désespérée dja/geurernement iréwluldonQaira «• CivàcoTiè* ■ f^ 
Retour des ^Autricaieo^ g |PoidgorYe,-*«Nô{g9ci«tio;is desiii^rgé%av^ 
\€ générât Colliii. ^ Exigences de ce dernier,:— Les prii^cipauxcofps 
d'insurgés sortent de Cracovie, — Nouveau comité de sùrel^A>Çra- 

' coVîe?. -^ EMWè des tlilséés, dès'AiitrtcBîens et dés Fbnsiiéns'd Çra- 
covSe. -^ Les irisufgéô, "lié pôbviùit ga^èr \é Oaïlîëife, ié Mndèrit 
aux fimrtières'prusdieiines et tttéiiëni bas les thbéè. -^ W\ke M 6iài 
de isiége des prcnrinees insurgées. -^ AtrestatkmS) dépértitiëM^ éiéi- 
ciiiions. -r- Btt4 que s'étiâoBt oropMé les trm Qoins s|HJliaiH0BSi<»^ 
Incorporation de CracoTie à VAutriqke. r*- ProleatalioïKëe l'AKilB4> 

• terre. ^ Pi:oiestation 4e la Frapce. -ri Lfi çzar rÇcola^^ -^ PiMOi^e 

Soësèssion de Cracovie par TAutncbe. — r Eu^rgiqi^es paroles de ll« tl||( 
, [ontalembèrt au sujet des attentat^ accon^plis i^ou^re U yq/lo^ne.^ 



Noud a^i^iton^ màiiifènàbf à l'épi^çidé le plus à'j^réûi'âa ces 
âertîierii éténettiente, â deë séèjfies dé ferùàùlé téUëiS, qufpo (é^ 
èrôiratt ^inprUntéés iut bages les ^lus sàuvii^eà dés aiihaliéç 
délabaiebafië. Mais, avant d'eilifei- dànë le détail .^ë ces san- 
glantes tuèriéè, il lions faut exposer en pétt de mots la situor 
tioft dés paysans dans les|rrôvincest)elotiaiseSy ions la domir 
dation des puissatibes si impropretnènt at)pelées ôro/^c/f tc^i. 

Le gifaVe IHtibrivériiëtil des 'gpuvernèfnérits dUspaterneUy 
cfëdl-à^dtredesgoiiTernèmétltë où les lois nesôntpasexéciitées^ 
et dans-iésquëte il n'y a tPautre règle 4uë le bon plaisir d'un 
iniiiiatft^ perVërt, c*ôst dé îië tîdtlvoir gbttVèrnèf qu^eri éxci- 



336 HfBTOIlH 

tant les classes de la population les unes contre les autres, et 
en les contenait les unes {ox les autres. Ce n'est pas là sans 
doute une preuve de sollicitude^ mais c'en est une incontes- 
table de rouerie, gouvernementale : quand un peuple est assez 
abruti pour se contenter de mots, ce n^est pas à un gouver- 
nement à lui servir une plus confortable chère. Les paysans 
polonais des provinces autricbienneSy russes ou prussiennes, 
étaient soumis à ce singulier régime. Voici, du reste, qu'elle 
était la situation du paysan delà Gâllicie, dont nous avons 
spécialement à nous occuper. Dans cette province, Tesclavage 
et le servage étaient abolis de nom depuis un demi-siècle ; les 
paysans n'y possédaient pas la terre, mais ils avaient le droit 
de la cultiver de père en âls, au moyen d'un droit d'aînesse 
qui les érigeait en corps permanent; c'est-à-dire que la fa- 
culté de culture d'une propriété constituée dans une famille 
de paysaus, et subsituée aux aînés à perpétuité, n'était pas, 
en quelque sorte, sujette à l'aliénation. A défaut de l'aine, le 
pulnésuccédait. L'atne en sa qualité de possesseur de majorât^ 
restait sur le domaine; les puînées entraient dans^ l'armée. Si 
Tatné venait à mourir, le puîné se trouvait libéré du service 
militaire, afin d'aller prenare possession du majorât. C'était la 
seule -garantie réelle, quand elle était exécutée, de cette hié- 
rarchie des paysans. Moyennant des redevances en nature et 
en corvées, le paysan cultivait cette terre qui appartenait au 
seigneur ou propriétaire. 

Après ^partage delà Pologne, il y a quatre vingt-treize 
ans, l'enipereur Joseph II régla, par un décret toujours en vi- 
gueur, les rapports réciproques entre les seigneurs et les 
paysans. U réduisit les journées de corvées, et abolit quelques 
anciens usages onéreux aux paysans et aux communes, 
comme,'par exemple, le travail forcé pendant les moissons 
au profit des seigneurs, les gardes de nuit et autres charges. 
Mais tandis que dans l'ancien duché de Varsovie, et ^ansuite 
dans le duché de Posen, sous la domination de la Prusse, le 
système féodal fut aboli, l'Autriche s'appliqua à le maintenir 
dans toute sa force dans ses provinces polonaises. Elle laissa 
à dessein subsister deux privilèges importants pour les pro- 
priétaires, qui devaient être une cause toujours permanente 
de l'animosité des paysans contre les seigneurs. Ainsi, par 
exempte, c'était le propriétaire qui étaitobligé, sous sa respon- 
sabilité, de lever des recrues dans ses terres,^ et de les livrer 
lui-même aux autorités. Il était, en outre, chargé de percevoir 
l'impôt pour le com|)le du gouvernement, qui lui accqrdail la 
faculté de saisir, en cas de non payement, jusqu'à la dernière 
Tache, et jusqu'aux ustensiles aratoires des paysans, fin outr^ 
les propnétaires exerçaient, par eux-mêmes ou par d^ em- 
ployés à leurs gages» les fonctions de fu$iicier, dont reie- 



DB LA BÈYOLUTION F0J.OKAI$9. 337' 

valent éaosk ^pp^l lou9 leBééliU de polleeet tontes les affitiréft 
civiles. * 

On voit, d'un, coup d'qsil, tout Fiafernal machiavélisme 
de celte combinaison. Le gouvernement s'était réservé le 
rOIe de régulateur et de protecteur^ et se bornait à en- 
voyer de tejups en temps sesd^égués pour reeueillir, lais* 
saut tout l'odieux de ses exactions sur les seigneurs. Dans 
aucun cas il ne pesait directement sur le peuple des campa- 
gnes, et ne lui faisait sentir ses rigears et ses exigences que 
par Tintermèdiairodes propriétaires, qui formaient, dans ce 
système, le premier échelon de l'admtîBistration. Les nobles. 
de la GaUicie, de même que les nobles des provinces polonaises 
russes de Volbynie, de Podolie^ de Lithnanie. etc., où subsiste 
le même état de cboses, ont souvent réclamé un changement 
dans leurs positions visrà^vis de leurs paysans; mais le gou-. 
vernement autrichien, ' oocDoie le gM^ernemeiit russe^ n'A 
jamais voulu cooseatir à aucun arrangement, méthe à 
Tamiable. 

Indépendamment de cette classe de paysans, qui tiennent 
les terres en quelque sorte en fermage, it en est une autre 
dont*la condition est pire aue celle des anciens serb; ce sont 
les KomornickSf nom q« on leur donne <lans le duché de 
Posen. Aces mall^ureux, un ' propriétaire ou noble donne 
une parcelle de terrain et une cabane en usufruit, |iour une 
année ; ils payent ces avantages en donnant au propriétaire 
une journée tout entière de travail par semaine; cette journée, 
représentant vingi-^uatre heures, équivaut, par conséquent^ 
à deux journées ordinaires de douce heures chacune. Le rc 
venu annuel de ces paysans ae surpasse jamais 30 thaiers 
(112 fr. 50 c.}. En outre, ce qui rend leur condition plus misé- 
rable, c*e$t que leur maître peut les renvoyer à chaque in- 
stant, tandis qu'ils sont liés, eux, pour un an, et pour plus 
longtemps encore s'ils ont fait des dettes, ce qui arrive très- 
souvent. Mais ce qui est pis encore, c'est qu'ils ne peuvent pas 
même devenir de simples domestiques, c'est-à-dire retourner 
à leur se/nblant de propriété, pour avoir bonne nourriture et 
se procurer dt^s vêtements suffisants; car dans ces provinces, 
la première loi que Ton fait à un domestique, c'est de ne paa. 
être marié, taudis que pour les Komornicks le mariage est 
obligatoire. On comprend alors sans peine combien ces classes 
misérables qui coutmencent à avoir le sentiment de leur mi« 
sèré, floivent être irritées contre les propriétaires ou nobles 
qui semblent n'être pas leurs seuls oppresseurs, quand, en 
déflniiive, ils ne sont que les instruments forcés d'ignobles 
gouvernements. 

La Gallicie était, pour les insurgés, la principale ligne 
d'opérations contre les provinces méridionales de la Russie». 
^ 43 



3}8 HISTOIRE 

OÙ les conjurés, depuis longtemps, par leurs émissaires, tra- 
vaillaient l'esprit des jeunes officiers de l'armée et de la no- 
blesse. Cracovîe était le centre d'où devait partir l'insurrec- 
tion. C'est là que devait être établi d'abord un gouvernement 
provisoire, et ensuite une représentation nationale composée 
des délégués de toutes les anciennes provinces et de Témi- 
gration« 

Déjà, dès le 24 janvier, tous les comités des affiliations exis- 
tant dans toutes les parties de la Pologne, avaient transféré 
le pouvoir suprême entre les mains d'une autorité composée 
de cinq membres cboisis, sans compter le secrétaire, pour la 
ville de Cracovie et son territoire, pour le grand duché de 
Posen, polir la Gallicie, pour la Russie, et pour réraigration. 
Cette autorité devait se compléter elle-même par le choix de 
deux membres, l'un pour le royaume de Polognre du congrès 
de Vienne, Tautre pour la Litbuanie. Les membies élus, ainsi 
que te secrétaire, avaient accepté l'autorité, et devaient se 
réunir à Cracovie pour le 21 février, jour fixé pour le soulè- 
vement. Les membres pour la ville de Cracovie et son terri- 
toire, et pour la Gallicie, s'étaient rendus, elTectiveraent, à 
leur poste, et s'y étaient trouvés avant le jour fixé. D'un autre 
côté; le membre pour Posen fut arrêté, tandis que les mem- 
bres pour la Russie, et le se'crétaire, ne purent arrivera 
temps. Enflin, le membre pour l'émigration craignant pour sa 
liberté à l'entrée des troupes autrichiennes, s^éliiit vu forcé, 
pour le moment, de se cadrer de l'autre côté de la frontière. 

D'aprês le plan de l'insurrection, il était convenu, comme 
nous l'avons dit, qu'en admettant qu'elle iùl éventée sur un 
point, elle n'en devait pas moins éclater sur les autres. Gela, 
joint à la désignation de Cracovie comme centre du mouve- 
ment, aux facilités que l'Autriche procura, dès le début, à 
l'insurrection, explique corameul, malgré l'inaclion forcée 
des^provinces polonaises, russes et prussiennes, la Gallicie au- 
trichienne et Cracovie se trouvèrent être seules le théâtre de 
rinsurrection. 

Or, voici ce qui était arrivé, et à quel sauvage expédient 
avait eu recours l'Autriche, probablement de concert avec 
ses deux complices, pour en finir avec cette Pologne, dont le 
nom seul leur pèse comme un remords. 

Depuis plusieurs années déjà, les agents de l'Autriche ex- 
ploitaient la crédulité des pauvres paysans de la Gallicie, et, 
pour semer de plus en plus la discorde entre ceux-ci et la no- 
blesse, lis avaient été, comme on l'a vu, jusqu'à prêcher dans 
les villages les doctrines du communisme. Dans cette circon- 
. slaiice ils s'adressèrent principalementaux sei h des domaines 
de l'Etat, qui, la plupart, avaient été au service de l'Autriche. 
En même temps les autorités^ pour être plus sûres d'atteindre 



DE LA BÉYOLOTION POLONAISB. 319 

lenr but, prirent la précaution d'incorporer parmi eux des 
chevaux-légers et d'autres soldats déguisés en paysans. Le 
chef civil du cercle deBocbnia, le sieur Berndt^ et celai de 
Tar#0W; un nommé Breindt, furent les deux principaux insti* 
galeurs de Texécrable boucberie tramée par le Cabinet autri- 
cbien. Ces deux agents envoyèrent des émissaires dans les 
villa^^es de la Gallicie^ pour y gagner les paysans à la cause 
de TAutricbe, en leur persuadant que la noblesse polonaise 
n'avait d'autre but que de réduire les paysans à un cruel es- 
clavage, et que le gouvernement paternel de TAutriche venait 
les protéger contre les projets tyranniques de leurs oompa* 
triotes nobles. En même temps^ ils promirent de payer dix 
florins pour chaque noble polonais qui leur serait livré mort 
ou vif (1). 

Tel était rétat des choses^ lorsgu'après le succès éphémère 
de la révolution de Cracovie^ les insurgés sortirent de la ville 
sur trois colonnes^ et prirenttrois directions différentes. La 
première s'avança par la route directe de Lemberg, l'autre se 
dirigea du côté de Jordanow^ et la troisième vers Limanowa. 
Ces trois colonnes éprouvèrent le même sort : la première^ au 
lieu de trouver l'appui des rnsurgés deBochnia et de Tarnow, 
la seconde celle de ceux de Wadovirice, la troisième^ enflo, 
celle de ceux de Sandeez, se virent partout traitées en enne- 
mies, et la plupart de ceux qui les composaient furent impi- 
toyablement massacrés de la main des paysans. 

JVIais ce n'était encore là que le premier acte du drame. Les 
moyens atroces mis enjeu par rÀutriche lui réussirent à sou- 
hait, et les paysans^ poussés àPassassinat par Tappfttdu gain^ 
excités en outre par les excès des boissons qu'on leur dis- 
tribua, se livrèrent bientôt à de telles cruautés envers la no- 
blesse polonaise, que les agents de rAutriche^ surpris par un 
succès inespéré^ furent obligés de mettre le meurtre au ra- 
bais y en réduisant de moitié la prime promise aux égor* 
geurs. 

Cette prime^du reste^ était si exactement payée aux four- 
nisseurs de cadavres, que les paysans une fois livrés à ces 
sanglants excès, ne flrent bientôt plus grftce à personne, et 
tous ceux qui tombèrent entre leurs mains périrent victimes 

(1) Cette offre patente, publique, de primes pour les égorgeurs , est 
constatée par un document officiel. Dans un proclamation du préfet du 
cercle <le Zloczow, M. Andzciowbki, en date du 26 février, et (|ue nous 
avons sous les yeux, on lisait le passade suivant ; < Je préviens, par la 
présente, les habitants du cercle d'arrêter les gens suspects... J'attends 
pariiculièrcîment des communes qu'elles s'emparent, si la nécessité 
l'exige, des esprits turbulents, pour les livrer à la préfecture. Je $uis 
autorisé à donner pour cela, immédiatement ^ des récomfen$t$ conve-* 
nables en uraent, » 



3<0 : HISTOIRE 

de la r^e cupide de ces forcéDés. Des familles entières^ deB 
fempfies, des çnfants, furent ainsi exterminés, et leurs châ- 
teauXy leurs maisans^ livrés au pillage et à la dévastation, res- 
tèrent comme des témoignages accablants contre les ord«ina- 
teurs de ces scènes de carnage. 

Ce n'est pas tout, encore : le clergé polonais, témoin de 
toutes ces atrocités, et voulant ^ mettre un terme, sortit pro- 
cessionnellement avec tous les insignes du culte catholique, 
dans Tespoir que cette cérémonie religieuse contribuerait à 
calmer la rage meurtrière des paysans, et à ramener ces mal- 
heureux à des sentiments |)lus humains. Mais cette démarche 
gênait les projets de TAutricbe, et ces nobles prêtres, frappés 

Îiar les balles des soldats autrichiens, payèrent de leur sang 
eor généreuse intervention. 

Ceiid Jacquerie officielle {l)AnvdL^lmiems]om^; et, dans 
le seul cercle de Tarnow, quator;Ee cent soixante-dix-huit no- 
bles ou propriétaires, ou emplo]fés de ces propriétaires^ furent 
égorgés : huit seulement restèrent en vie (2). Les femmes 
elles-mêmes ne furent pas épargnées, et moururent victimes 
des plus odieux attentats. Plus de huit cents enfants restèrent 
orphelins^ et plus de trois cents de ces innocentes petites créa- 
tures étaient si jeune3s qu'elles ne savaient et qu'elles ne sau- 
ront Jamais ni qui fut leur père, ni qui fut leur mère. Le mas- 
sacre n'eut un peu de répit que lorsque le nombre des victimes 
étant devenu trop considérable, les argentiers de l'Autriche, 
après Avoir réduit la prime de 10 florins à 5, et de 5 à 1, n'eu- 
rent plus assez de fonds dans les caisses pour faire face à cette 
dépense de cadavres. 

Alors s'établit dans les villes et les villages de la Gallicie, 
avec Tapprobation des autorités autrichiennes, des espèces de 
marchés où les paysans vendaient ouvertement les perles, les 
■bijoux, les objets précieux, les riches étoffes, fruit de leur pil- 
lage, et, chose horrible à dire, jusqu'à des enfants dont les 
pères et mères avaient été massacrés, et que» par un sentiment 
d'humanité, quelques officiers autrichiens rachetaient, de 
crainte que, pour toucher la prime promise , les égorgeurs 
ne les massacrassent, parce qu'ils étaient moins embarrassants 
d amener au staroste Breindt morts eue vivants (3). Le prix de 
ces innocentes créatures était de 4ûkreutzers (1 fr. 50 c.) par 
tête. 



(i) Mot par lequel M. Yillemain caractérisa ce massacre à la Chambre 
des Pairs, dans ta séance du 2 juillet 1846. 

(2) Discours de M. de Montalembert, Cbambro des Pairs, séance du 
juillet. 

(3) Discours de M. de Montalembert, Chambre des Pairs, séauce du 
juillet. 







ça 






T)B LA RÉVOLUTION POLONAISE. 3<1 

Celui des égorgeurs qui fit remarquer le mieux ses sauvages 
instincts, fut un nommé Szela^ qui prit le titre de roi des 
paysans. Ce misérable s'était constitué en yne sorte déjuge 
souverain^ et faisait comparaître devant lui des malheureux 
arrêtés, et qui, après cette vaine formalité^ étaient exécutés^ 
égorgés sans accusation, sans défense, sans crime, mais non 
sans bourreaux. De toutes les garanties que le droit pénal 
accorde aux criminels, la seule qu'il accordât à ses victimes^ 
fut des bourreaux soldés pour tuer. 

Voici le détail de quelques unes des formes avec lesquelles 
procédaient ces égorgeurs, et qui prouvent qu'ils obéissaient 
avec une soumission docile à des ordres impitoyables. 

Lorsque la bande de Szela se présenta au château du comte 
Kotarski, qui, par «on humaine conduite, était depuis vingt 
ans surnommé le père des paysans^ Szela lui accorda quatre 
heures pour se confesser et communier. 11 envoya lui-même 
chercher le curé du village, et, quand le vieillard eut accom- 
pli ses derniers devoirs de chrétien, on le tua à coups de pique 
et de poignard. 

Sur un autre point, les égorgeurs montrèrent moins de 
sollicitude. Ayant envahi le château de la comtesse Mœrska, 
ils assassinèrent son mari, son trère et sa belle-mère. Cette 
malheureuse femme, prenant dans ses bras ses deux enfants, 
s'était enfuie par une porte de derrière, et s'était réfugiée dans 
une chaumière, chez une vieille paysanne. Là, après avoir 
revêtu ses enfants de chemises grossières et barbouillé leur 
visage de suie, elle se cacha elle-même dans un grenier. Hais 
les paysans. Payant découverte dans son asile, la conduisirent 
au cabaret du village, et la forcèrent de boire 'avec eux de 
Teau-de-vie. Après cette orgie, ils commirent, sur cette femme 
jeune et belle, les plus atroces et les plus infâmes attentats ; 
ensuite ils l'abandonnèrent sans connaissance dans un fossé. 

Nous terminerons la relation de ce 2 septembre en citant 
quelques-uns des récits qui accompagnaient les noms des vic^ 
times consignées sur une liste funèbre qui fut publiée en 
octobre 1846 (1). 

Bronieski (Théodore) et Bronieski (Jean). — Us ont été mas- 
sacrés de la manière la plus atroce dans leur proj^re maison. 
Théodore eut les côtes, les mains et les pieds brisés, el il fut 
tué ensuite à coups de fléau. Jean eut les oreilles, le nez coupé, 
et la peau arrachée de la tête ; sa femme fut forcée d'éclairer 
les assassins lorsqu'ils lui arrachaient les yeux. 

Madame Jhas. — Cette malheureuse feinme^ voulant sauver 

(0 Cette liste, publiée d'abord à Strasbourg, fut reproduite par plu- 
sioars journaux do l»aris, et répandue en Allemagne, sans avoir provo- 
qué aucune dénér^ation. 



J 



342 msToiRS 

son mari, le cacha dans un coffre pendant le pillage de sa 
maison. Deux brigands s'élanl approchés de ce coffre, elle les 
conjura de laisser la vie à son mari et de le cacher dans uu 
endroit sûr. Ils le promirent; mais l'ayant retiré du coffre et 
faisant semblant de le cacher, ils le menèrent dans une écurie, 
le mirent sur un char,y attachèrent trois bœufs, et l'amenèrent 
devant la maison en criant à la malheureuse épouse : 
«Puisque tu as voulu le conserver, tiro-le à présenti » Ils 
l'attelèrent avec les boeufs^ et la forcèrent à tirer le char, lia 
frappèrent de tant de coups le mari et la femme^ qu'ils en 
moururent. 

HierMrinski.->Haché en morceaux etses membres palpitants 
jetés aux cochons. , 

Kolarski (Charles).~Assaiili en route, il demanda la faveur 
de se préparer à la mort : on le mena à l'églire. En sortant de 
là il fut impitoyablement massacré/ Ses mâchoires furent 
arrachées, etc. 

Konopka (Prosper). — Pendant douze heures accablé de 
coups, défiguré et amené au cercle dans un état complet de 
nudité. 

Rusiki. — Eut les bras et les jambes cassés, puis la tête sépa- 
rée du corps ; car, comme le disaient les meurtriers, une 
récompense de diœ florins était promise pour toutes les (ites, et 
autant valait ceile-là qu'une autre. 

Stovrinski (Constantin)., — Attaché parla barbe à la queue 
d'un cheval^ et traîné de cette manière jusqu'à ce qu'il eût 
expiré. 

Setkoveska, née Kodzinwska. — Forcée d'avaler une quantité 
d'eau-de-vie, elle mourut dans les convulsions. 

Nous ne prolongerons pas cette lugubre nomenclature; et 
que peut-on ajouter à des faits dont Teloquent témoignage flé- 
trit le pouvoir qui les a tolérés et commandés d'une honte in- 
délébile? Ce qui imprime encore au Cabinet d'Autriche une 
tache qui ne sera jamais effacée^ c'est que les victimes étaient 
connues, les assassins étaient connus, et 1« gouvernement, au 
lieu de poursuivre et de punir les coupables, les récompensa. 
Les fameux starostes (préfets) des cercles (départements) de 
Bochnia et de Tarnow, Berndt et Breindt, qui avaient organisé 
les bandes armées et payé les primes aux égorgeurs, obtinrent 
de Tavancement, et furent décorés à la fois par l'empereur 
d'Autriche et par l'empereur de Russie. 

Bien plus, pour mettre le sceau à ces infamies^ pour ne pas 
avoir l'air de reculer devant cet acte de sauvage barbarie, 
l'empereur d'Autriche osa publiquement féliciter les égor- 
geuis par la proclamation suivante^ que l'histoire doit con- 
server. 



DS LA lÉVOLCnOlf POLONAISB. 343 

c A mes fidèles Galliciens^ 

«Nous avons eu à supporter deirudes épreuves dans ces 
a dernières semaines. Une conspiration ourdie à Tétranger, 
« el préparée depuis longtemps par les ennemis de l'ordre et 
« de la civilisation , a pénétré dans mon royaume de Gallicie. 
« Les conspirateurs ont réussi àgagnerdes partisans qui nour- 
c Tissaient le fol espoir de vous entrattier tous dans leurs 
« projets criminels. Pour atteindre ce but^ ils ont eu recours 
« à tous les artifices de la séduction^ à tous les genres de pro- 
« messes. Ils n'ont pas craint d'égarer les sentiments les plus 
« honorables pour en abuser honteusement. 

a Votre bon sens et votre fidélité sont restés inaccessibles à 
a ces diverses tentatives. Lorsque les conspirateurs^ se livrant à 
« leurs illusions insensées et à leur aveugle audace^ ont arboré 
a le drapeau sanglant de la révolte^ cette coupable entreprise 
« a échoué contre la ferme résistance qui leur a partout été 
« opposée. 

« Mon cœur éprouve le besoin de faire savoir solennelle- 
a ment à mes fidèles Galliciens toute la Reconnaissance dont 
o( il est pénétré pour leur loyauté et leur inébranlable fidélité 
« envers leur souverain. 

« Votre dévouement , voire amour pour V ordre et le bon 
« droit, vous ont seuls entratnés. 

a Maintenant que vous vous êtes levés pour le maintien ide 
« l'ordre et des lois, et que les projets de leurs ennemis sont 
« anéantis^ vous allez retourner dans vos foyers et reprendre 
« le cours de vos paisibles travaux. Vous montrerez de nou- 
« veau , par Taccomplissement de vos devoirs de loyaux 
« sujets^ que vous avez non-seulement combattu pour les 
« lois, mais encojre su les consolider par l'obéissance et la 
« soumission. 

a Signé FERDINAND V. x> 

« Vienne, le 12 mars 1846. » 

Mais il 7 a quelque chose de pire encore que la complicité 
avec de pareilles norreurs ; il y a quelque chose de plus 
odieux que de massacrer des innocents et de payer leurs 
têtes, c'est de flétrir leur mémoire. Et, cependant, c'est ce 

3 n'essaya de faire le gouvernement autrichien, par Porgane 
e M. de Metternich. Seul au monde, cet homme dont la mé- 
moire était, de son vivant, déjà maudite, pouvait affronter la 
honte de verser tout le venin de la calomnie sur le cadavre de 
ses malheureuses victimes. 

Pour qu'il ne manquât rien à cette épouvantable tragédie, 
il JbUait que l'ambassadeur d'Autriche près le Saint-Siège 



341 HISTOIftB 

obtînt du pape une lettre encyclique au clergé de Gallicie 
pour désapprouver ses démarches en faveur des victimes. 
Cette lettre contenait des conseils humains et pacifiques qu'il 
eût été plus dignes d'un pape de donner au gouvernement 
égorgeur, et qui contrastent d'une manière pénible avec 
Pacte infâme que^ moins que tout autre, le chef spirituel des 
chrétiens devait justifier. 

Voilà ce qui se passa avant, pendant et après les massa- 
cres de la Gallicie, une chose horrible de plus qu'on peut 
inscrire dans les annales du xix' siècle, un fait épouvantable 
que nul n'essaya de démentir, un fait clair comme le jour, 
mais comme un jour sanglant et hideux^ comme tout ce qu'il 
y a de plus sanglant et de plus hideux dans Thistoire. 

Revenons maintenant à Cracovie, où nous avons laissé le 
gouvernement révolutionnaire se flattant d'une espérance 
qui ne devait pas se réaliser. 

La Gallicie, ainsi livrée à cette armée d'égorgeurs, dont le 
gouvernement autrichien s'était assuré la coopération, ren- 
dait désespérée la cause des insurgés à Cracovie. En effet, les 
débris des trois colonnes que nous avons vu dirigées vers 
Gdow, Wadowice et Saodeez, étaient rentrés dans la ville et 
7 avaient porté la plus profonde consternation; En même 
temps, les Autrichiens^ qui ne s'étaient éloignés que pour 
donner à la révolution le temps de prendre quelque consis- 
taoce, afin d'avoir plus de victimes a frapper, revinrent sur 
leurs pas. Arrivé à Podgorze, le général CoUin braqua des 
canons sur la ville et menaça de la bombarder. Le dictateur 
Tissowski se prononça d'abord pour une résistance à ou- 
trance : il ordonna de faire des barricades. Bronislas Dom- 
browski, qui avait été nommé général de la révolte sur la 
rive droite de la Vistule^ partagea son avis et offrit de le 
seconder. Mais les bourgeois les plus notables leur ayant fait 
entrevoir la témérité de celte défense et les malheurs inouïs 
qu'elle attirerait sur la ville, il fut résolu qu'on entrerait en 
négociation avec le général Collin. Une ressource^ il est vrai, 
restait aux insurgés, celle de risquer le passage delà Vistule 
pour pénétrer dans la Gallicie, au-dessous de Podgorze ; mais 
la hauteur des eaux de la Vistule, à cette époque, leur ôta 
cette dernière et seule chance^ non pas seulement de succès^ 
mais de salut. 

Cependant, dans la nuit du 2 au 3 niars^ le corps principal 
des insurgés quitta la ville, après avoir retiré les postes qui 
gardaient la Vistule. Ceux qui restèrent envoyèrent dès lors 
au général Collin, en qualité de parlementaires, deux Fran- 
çais qui habitaient depuis longlenifis Cracovie. Le géniral 
autrichien refusa d'entrer en négociation avec des Français, 
et demanda, avant tout, à parler à des bourgeois do Cracovie. 



DE LA BÉVOLVTION POLONAISE. 3^5 

11 se forma alors un nouveau comité de sûreté, composée de 
MM. Jos. Wodzicki, Pierre Moszinski, Kosowski, Léon Bocbe- 
neck, Antoine Hentzel, Hilarius Mecisczewski, secrétaire. Le 
premier soin de ce comité fut d'envoyer des députés munis 
de pouvoirs auprès des commandants des corps de troupes 
stationnées à la frontière, afin de connaître la décision des 
trois puissances au sujet de la ville de Cracovie, et pour re- 
commander à leur clémence les habitants de cette capitale. 
En même temps, il pijblia l'arrêt suivant : 

(( Le comité soussigné, en priant tous les habitants bien 
intentionnés d'attendre le résultat des démarches, ordonne ce 
qui suit: !<" 11 est défendu, sous peine sévère, de tirer dans 
les rues. 2'' A Texception de la garde de sûreté, personne ne 
pourra portef des ariçes. Les armes et effets militaires de- 
vront être déposés à la direction de la police, à l'exception de 
ceux de la garde de sûreté. 

« Cracovie; 3 mars 1846. » 

Le même jour, conformément aux intentions du général 
Collin, une députation de sénateurs se rendit au quartier 
général autrichien, et en rapporta les conditions suivantes. 

PodgoTze, 3 mard. 

c Attendu que les rebelles ont quitté Cracovie, et que la 
bourgeoisie de cette ville, dans laquelle il n'existe plus de 
gouvernement, a imploré la protection des trois haules puis- 
sances, pour défendre les personnes et les propriétés, je 
déclare que je consens à lui accorder cette protection, mais 
sous la réserve expresse (|ue ce ne sera que provisoirement, 
et jusqu'à ce que les trois puissances protectrices aient pris 
une décision ultérieure, et ce ne sera, toutefois, qu'aux con- 
ditions suivantes : 

a 1» La ville de Cracovie me livrera tous les chefs rebelles 
qui se trouvent encore dans ses murs, ou m'indiquera le lieu 
où ils se sont retirés; 

a 2*' Les habitants seront entièrement désarmés ; et, le 
5 mars, à midi précis, les armes de tout genre devront avoir 
été livrées et être déposées au château, où une commission 
nommée par moi les recevra ; 

« 3'* Quiconque, pendant que je serai à Cracovie, sera 
trouvé les armes à la main, passera devant un conseil de 
guerre dans les vingt-quatre heures. 11 en sera de même de 
tous ceux dans la maison desquels des armes seraient décou* 
vertes ; 

a 4"* Le sénat actuel de Cracovie est chargé, sous la prési- 
dence du sénateur Kopf, de diriger, jusqu'à la décision ulté- 

44 



346 HISTOIRB 

rîeure des irois hautes puissances protectrices, les affaires 
intérieures de la ville et du territoire de Cracovie. > 

A ces conditions^ les envoyés de Cracovie répondirent que 
Cracovie ne s'était nullement insurgée ; qu'en face de Téloi- 

S^nement tant soit peu rapide des troupes autrichiennes, il 
allait bien constituer une espèce de gouvernement, a L'ad- 
ministration révolutionnaire, ajoutaient-ils, n'était qu'un 
épisode auquel la ville n'avait guère pris part. Si le général 
n'était pas parti d'une manière si imprévue, il n'aurait 
jamais été question, à Cracovie, d'une insurrection quelcon- 
que, » 

Le général autrichien refusa d'admettre ces raisons, et 
insista pour avoir des otages. « 

Le lendemain, I mars, le comité de sûreté, auquel se joi- 
gnirent encore trois bourgeois notables, envoya au général 
Coilin une dépêche conçue dans des termes soumis» mais 
. fermes, et dans laquelle il le priait de renouer les négocia- 
tions, et d'avoir égard à la position critique de la ville. Le 
général Coliin, qui, comme toutes les autorités autrichiennes, 
avait des pouvoirs pour égorger, mais non pour faire grâce, 
répondit qu'il manquait de pouvoirs pour entrer en négocia- ^ 
tious, et qu'il laissait encore à la ville douze heures pour 
réfléchir. Dans l'intervalle, les Russes, qui, durant les négo- 
ciations avec Je général CoUin, avaient été secrètement invités 
à venir occuper la ville, y pénétrèrent. Un corps de cavalerie, 
parcourant les rues au grand galop, tut immédiatement suivi 
d'un régiment de Circassiens commandé par le colonel 
Svireytkowski. En apprenant l'entrée des Russes, le général 
Coilin, désappointé, ne parla plus ni d*6tages, ni de livrer les 
chefs; et les Autrichiens, s'empressant de suivre l'exemple 
des Russes, entrèrent dans la ville purement ^t simplement. 
Le lendemain, les Prussiens entrèrent à leur tour. 

Les corps ainsurgés que la crue des eaux de la Vistule 
empêcha de pénétrer en Gallicie, s'étaient rendus aux fron- 
tières prussiennes, où ils avaient mis bas les armes. 

Maintenant, une justice à rendre au gouvernement pro- 
visoire et révolutionnaire, c'est que ,^ durant son règne, il 
n'y eut ni violence ni désordre; jamais les rues de Cracovie 
ne furent si sûres que pendant les six jours de révolution j 
aucune attaque n'eut lieu ni contre les personnes, ni contre 
les propriâtés^ un seul homme perdit la vie : ce fut un misé- 
rable, nouiine Weinsberger, qui avait dénoncé plus de sept 
cents Polonaise la police russe, dont il était l'agent secret ; il 
fut massacré par ses propres domestiques. 

Cette modération des pouvoirs révolulionnaires dans le 
triomphe, que nous avons eu occasion de constater déjà plu- 
sieurs fois, mise en regard des foreurs qui accompagnent 



DE Là RÉyOLOTK»! POLORAISB. 3^7 

toujours les succès des pouvoirs dits lé^fitimes, est un &it 
caractéristique qu'on ne saurait trop constater, car il prouve^ 
par l'histoire du monde entier, que là où est la modération et 
la justice, là aussi est la force réelle. 

A cette modération, les Cours spoliatrices répondirent par 
la mise en état de siège des diverses provinces insurgées; en- 
suite vinrent les arrestations, les confiscations, les déporta- 
tions en Sibérie, la mise à prix des têtes des princi|MLax 
insurgés, les cachots et les exécutions. La Prusse, qui se 
montra plus modérée que ses complices, se contenta de rem- 
plir ses forteresses des insui^és qui s'étaient livrés à sa foi, 
et, quand ses cachots regorgèrent de ces malheureux pros- 
critSy elle livra le reste à TAutriche. La Russie laissa au temps 
et aux tortures morales et physiques le soin de remplir ce 
dernier office. Par un ukase du 6 mars, elle ordonna que 
« tous les individus appartenant à la classe des prisonniers 
politiques qui se trouvaient exilés en Sibérje, et y seraient 
entrés au service de la couronne, ne pourraient plus être 
libérés de ce service qu'en prenant l'engagement par écrit de 
ne jamais quitter le lieu où ils servaient, et de demeurer à 
perpétuité soumis à la police locale. » Cet ordre fut expédié 
aux chefs de la police centrale de la Sibérie de l'ouest et de la 
Sibérie de Test. En même temps, le roi Frédéric-Guillaume 

Eublia une ordonnance, qui clôt dignement, par la calomnie, 
i menace et l'arbitraire, cette première série d'iniquités. 

Passons maintenant au dénoûment de ce lugubre drame, 
au but principal que s*étaient proposé les trois cours spolia- 
trices. 

On comprend sans peine comment l'Autriche, prévenue en 
même temps que la Russie et la Prusse du grand mouvement 
insurrectionnel qui se préparait, non-seulement ne fit rien 
pour le prévenir, mais encore en facilita Texécution par tous 
les moyens. Le but à atteindre nécessitait cet infernal machia- 
vélisme; mais ce ne fut que quelques mois après que l'Eo*- 
rope stupéfaite vit clair dans cet abîme d'iniquités. 

Voici ce qui arriva. 

En résumant d'abord ce que nous venons de relater, nous 
trouvons que l'insurrection était partout, dans la Gallicie, le 
duché de Posen, celui de Varsovie, toute l'ancienne Pologne, 

Ïirtout en un mût où le nom de patrie antiaue était sacré, 
u premier mouvement, les troupes autrichiennes furent 
appelées à Cracovie, puis disparurent tout-à-coup, afin que 
M. de Metternich pût alors faire commencer cette jacauerie 
organisée depuis plus de trois mois, préparée d'ailleurs depuis 
longues années, avec cette atroce persévérance de l'Autriche, 
et qui précipita une multitude ignorante et féroce contre des 
concitoyens dont on payait effrontément l'assassinat. Mais 



348 H18T0IRB 

cette vague^ une fois souleyée, ne put immédiatement rentrer 
dans son lit. L'incendie, le pillage, l'assassinat continuèrent 
à désoler cette maibeureuse contrée. Ce ne fut plus alors de 
soulèvements politiques dont il fut question, mais de bandes 
de-brigands insatiables, de dévastations^ de meurtre et de 
pillage. Cet état d'anarchie avait été prévu par M. de Melter- 
nicb, qui; avec cette froide impassibilité d'un homme habitué 
à commander des massacres et des égorgements^ essaya d'y 
mettre un terme en proclamant la loi martiale. 

Une fois la tragédie jouée^ les acteurs qui avaient présidé à 
la mise en scène, devaient naturellement chercher à en re- 
tirer le lucre qu'ils s'en étaient promis. Comme nous l'avons 
dit, le nom seul de la Pologne, encore subsistant à Cracovie, 
pesait comme un remords sur ces trois couronnes d*Autriche, 
de Prusse et de Russie, qui avaient assumé cette honte de la 
civilisation moderne. Le dernier fantôme de la Pologne, avec 
ses nobles souvenirs, importunait encoi-e. Cracovie était le 
Westminster de la Pologne; elle conservait dans ses murs 
l'ancien palais de ses rois qui avaient fondé la civilisation, 
préservé la ville de Vienne elle-même, arrêté la marche vic- 
torieuse de l'islamisme ; elle renfermait, en outre, les tombes 
de Kosciuszko et de Poniatowski, nobles souvenirs qui ofiTus- 
quaient TAutriche. Cracovie se trouvait ainsi comme repré* 
sentant de la raison et du cœur de la Pologne; et, a ce titre.> 
les trois co-partageants, dignes successeurs de Catherine, dé 
Frédéric et de Joseph, devaient vouloir faire disparaître Cra- 
covie de la carte de l'Europe. Alors, plus de Polonais, plus de 
Pologne nulle part; de cette race proscrite, partagée, dispersée 
en lambeaux dans tout l'univers, il ne resterait même plus 
une nécropole : Cracovie, ce serait TAu triche; Posen, ce serait 
la Prusse ; Varsovie, ce serait la Russie. 

Cen'é lait pas tout d'avoir comploté le vol, de Tavoir rendu 
praticable, il fallait encore Texecuter. L'indépendance de Cra- 
covie avait été stipulée par les traités de Vienne, signés par 
huit puissances ; chaque année, à la Chambre des Depulés de 
France, on avait protesté contre l'anéantissement de la Po- 
logne ; dans les circonstances graves, l'Angleterre s'était as- 
sociée à ces protestations; d'autres puissances de deuxième 
ordre avaient témoigné une sympathie plus timide, et il y 
avait quelque témérité pour les puissances spoliatrices, de 
vouloir annuler à trois ce qu'on avait stipulé à huit. 

Pendant quelques mois, les trois puissances n'osèrent rien 
entreprendre; mais, vers la mi-octobre, un dissentiment 
ayant éclaté entre la France et l'Angleterre, à propos du ma^ 
riage du duc de Montpensier avec une infante d'Espagne, les 
trois cours profitèrent de celte occasion pour mettre à exécu- 
tion leur plan oroieté de spoliation* 



DE LA BÉVOLUTION POLONAISE. 349 

Le 2S novembre 1846, il parut dans les journaux d'Alle- 
magne deux documents destinés, par les chancelleries du 
Nord, à plaider devant l'Europe et l'histoire le bon droit du 
parjure et la légitimité de la spoliation. 

C'était le cynisme du mensonge après le cynisme du vol et 
de l'assassinat. 

Cette explication, jetée insolemment à la face des puissances 
signataires du traite de Vienne, était une espèce de réquisi* 
toire après le crime; et, en cette circonstance, M. de Metter- 
nich ne sut pas garder la divinité du bourreau qui frappe et 
s'appuie sur sa hache sans essuyer le sang. Ni lui, ni l'empe- 
reur qu'il représentait, ni les souverains complices de cet 
empereur, n'eurent l'audace d'affronter le crime et descendi- 
rent lâchement à le justifier par une longue et double im* 
posture. 

La presse de Paris e.t de Londres n'accueillit qu'avec des 
paroles d'indignation l'acte de brutalité sauvage qui portait le 
dernier coup a la Pologne. Et tous les journaux, sans accep- 
tion de parti, arrivèrent à cette conclusion, que les trois sou- 
verains avaient agi, en cette circonstance, absolument comme 
des bandits armés gui, après avoir dévalisé un voyageur, au- 
raient essayé de lui prouver la légitimité de leur acte de bri- 
gandage. 

En effet, ces motifs se réduisaient à trois : 1* la nécessité; 
2"* le droit individuel de l'Autriche sur la ville de Cracovie; 
3<» le droit collectif des trois Cours de faire ce qu'elles avaient 
fait. 

Le premier motif, la nécessité, n'était pas un motif sérieux; 
il fùiiait avoir, en effet, toute l'impudence des chancelleries 
absolutistes, pour oser avancer que la république de Cracovie, 
qui comptait au plus cent cinquante mille âmes, était dange- 
reuse pour l'existence de TAutriche, de la Prusse et de la 
Russie. 

Le second motif, le droit individuel de l'Autriche sur Cra- 
covie, était tout aussi dérisoire. En effet, dans son manifeste 
de prise dû possession du 11 novembre, l'empereur Ferdi- 
nand 1«' disait qu'il reprenait la ville qui avait appartenu lé- 
gitimement à ;on père François Ileikses ancêtres. 

Or, voici ce au'on lit dans l'histoire : « En 1683, le roi de 
Pologne, Sobieski, partit de Cracovie avec sa vaillante armée, 
et sauva Vierme, d'où s'était lâchement enfui l'empereur 
Léopold, laissant sa capitale et TAutriche à la merci des 
Turcs. » Ce n'était probablement pas cet ancêtre-là qui avait 
transmis à Ferdinand 1" ses droits sur Cracovie. C'était alors 
son père, François 11? Or, voici ce qu'on lit encore dans l'his- 
. toire : a En 1796, Cracovie fui ptise par François II. Elle fut 
gardée jusqu'en 1809. C'était la première fois que cette ville 



350 HISTOIRK 

tombait aux mains des Autrichiens. APoccasionde cette occu- 
pation, accomplie violemment par ordre de Francis II, ib fut 
frappé une médaille. » Cette médaille, eu effet, existe au CQ" 
binet des antiques de Paris. Le droit légitime de possession de 
Cracovie, invoqué dès lors par TAutriclie, se trouvait réduit 
à un vol violemment accompli eu 1796, et qu^elie avait été 
forcée de restituer en 1809. 

Quant au troisième motif, le droit collectif des trois cours 
il'agir comme elles avaient agi, il suffira de résumer ce c]ue 
nous avons dit sur les conférences qui précédèrent le traité de 
Vienne, pour se convaincre que, dans ce manifeste, tout n'é- 
tait qu'imposture. Nous compléterons ainsi ce qui, dans le 
traite, concernait la Pologne. 

On a vu que, dans ces conférences, la Russie, représentée 
par Tempereur Alexandre en personne, avait pris le rôle de 

Srotectrice de la uationaiilé polonaise. Maîtresse du grand- 
uchéde Varsovie, après les campagnes de 1812 et 1813, elle 
cherchait à retenir seule la possession de tout le grand-duché. 
Cet Etat, à gui Napoléon avait donné le roi de Saxe pour sou- 
veiain. avait été formé des provinces qui, par les partages 
successifs de la Pologne, en 1793 et 1795, étaient d'abord 
échues à la Prusse et à TAutriche. Déjà, en 1807, le cercle 
de Bialystok avait été détaché de la partie prussienne par 
la Russie, qui , en 1809, s'était fait adjuger par Napoléon 
le cercle de Tarnopol, faisant partie de la Gallicie autri- 
chienne. En 1815, la Russie voulait couronner foeuvre d'en- 
vahissement, en s'emparant de tout le grand-duché ; mais 
FAutriche et la Prusse s'opposèrent de toutes leurs forces à 
cette incorporation : chacune d'elles voulait avoir sa part de 
la Pologne. La Prusse faisait valoir, auprès de l'empereur 
Alexandre, les grandes perles qu'elle avait éprouvées dans ses 
guerres avec Napoléon ; ûdèle à son système des arrondisse- 
ments, elle faisait remarquer la configuration bizarre et dan- 

Îereuse pour sa sécurité, que lui avait donnée le traité de 
807 : la Silésie d'un côté, la Prusse royale de l'autre, s'éten- 
daient en effet comme deux grands bras, en laissant un creux 
au milieu. 

L'Autriche voulait, à son tour, gagner la.Gallicie orientale, 
qu'elle avait perdu en 1809. 

L'empereur Alexandre tint bon, et ne voulut consentir à 
aucun morcellement du grand-duché. Il opposait aux préten* 
tibnsdes deux puissances alliées son droit de conquête, et, h 
ce qu'il disait, le vœu unanime de tous les Polonais, qui lui 
oOraient la couronne. Les négociations se traînaient pénible- 
ment. La Prusse demandait, avant tout, la réintégration de 
Thorn et de Dantzick; l'Autriche voulait acquérir au moins 
Craco vie. Cependant, pour terminer ce débat, Alexandre mit en 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE. 351 

avant VMée qwî, selon un bruit répandu, lui fut suggérée par 
le prince Czartoryski, de faire de Cracovie une ville libre, 
comme Francfort, et de la déclarer strictement neutre. L^dée 
fut d'abord repoiissée par l'Autriche, et ses prétentions allant 
toujours en augmentant, il y eut un moment où les trois puis- 
sances co-partageantes allaient peut-être en venir à une rup- 
ture, lorsque le retour de Napoléon de Wle d'Elbe, et son dé- 
barquement à Cannes, vinrent mettre une trêve à cette mé- 
sinleVligence. Les négociationsfurentimmédiatementrepriseg. 
La Prusse obtint, dos Tabord^ les départements de Posen et 
de Bromberg, avec une partie de celui de Kalisch, dont fut 
formé le grand-duché de Posen. Cette puissance rentra aussi 
dans la possession de Dantzick et de Thorn. 

Quant à Cracovie, elle fut déclarée, sans condition, ville 
libre, indépendante à perpétuité, et strictement neutre. 

Nous devons ajouter à ce précis historique que la liberté, 
l'indépendance, la neutralité de Cracovie, n'ont jamais été 
que nominales. D'abord, dès 1833, les puissances spoliatrices 
commencèrent à substituer une nouvelle constitution à celle 
qui avait été incorporée dans les traités de Vienne, et à faire 
passer à leurs propres résidents le pouvoir suprême qui ap- 
partenait aux magistrats de la ville. Voilà pour Tindépen- 
dance de Cracovie. Voici maintenant pour sa neutralité. En 
1836, sous les prétextes, les plus frivoles, Cracovie avait été 
occupée par les troupes autrichiennes, et, à la suite de bruits, 
de troubles et de projets révolutionnaires répandus par la vile 
police d'Autriche, deux ou trois cents victimes avaient été en- 
levées sans jugement du territoire neutre, et bannies dans 
l'Europe occidentale ou en Amérique. 

Ainsi, on voit que le troisième motif allégué par le mani- 
feste autrichien pour justifier un acte injustifiable, n'était pas 
{Aus fondé aue les autres. L'incorporation de Cracovie à l'An- 
riche ne fut que la recrudescence d'un crime politique qui, 
depuis cinquante ans fait la honte de ce gouvernement. Puis, 
l'anéantissement des traités de Vienne ; car 0es traités violés 
sur un point ne peuvent rester obligatoires sur d'autres. Les 
Cours du Nord venaient de déchirer elles-mêmes les titres de 
propriété en vertu desquels elles exerçaient^ sur tant de pro* 
minces illégitimement acquises, une domination nominale 
plutôt qu'une autorité solide et bien assise. En accomplissant 
leur œuvre de spoliation et d'oppression, en violant peu à peu 
^toutes les garanties à la condition desquelles Cracovie avait 
été laissée sous leur protection, en couronnant tous ces em- 
piétements par l'annihilation totale de la république, la Rus- 
sie, l'Autriche et la Prusse accomplirent l'acte le ()lu3 radica- - 
lementrévolutionnaire dans son ensemble, qui eût été commis 
depuis le^ngrès de Vienne; ce fut surtout le plus subversif 



352 HISTOIRE 

du principe général qui maintenait les arrangements territo- 
riaux existant sur le continent. 

Un tel acte ne pouvait passer sans protestation de la part 
des grandes couronnes de TEurope occidentale. L'Angleterre 
donna l'exemple. 

Dans cette pièce assez longue et écrite en termes secs et 
froids, lord Palmerston, ministre des affaires étrangères, rai- 
sonnait dans rhypothèse que Tusurpation de Cracovie n'était 
encore qu'un projet, et s'attachait à faire ressortir les incon- 
vénients d'une telle mesure, il discutait ensuite les deux 
auestions de droit. et de nécessité. Sur la question de droit, 
établissait, en rappelant le texte des traites, que les condi- 
tions arrêtées dans un engagement solennel par huit puis- 
sances, ne sauraient être modiflées et annulées par trois d'en- 
tre elles. 

Sur la question de nécessité, il n'admettait pas davantage 
la solution nue semblaient vouloir adopter les Cours du Nord. 
« Que trois des plus puissants Éiats de TEurope, disait la note, 
invoquent la nécessité pour détruire l'existence d'une petite ré- 
publique dont la population ne compte pas 130,000 âmes, c'est 
madmissible. Les puissances se plaignent encore de ce que 
Cracovie serait devenu un foyer de conspirations et d'intrigues 
politiques. Mais, en admettant même la réalité du fail, il se 
présente alors deux hypothèses : ou ces conspirateurs sont 
gens du pays, ou ils sont venus du dehors. Dans le second 
cas, ce n'est pas à Cracovie, mais bien aux puissances elles- 
mêmes q[u'il faut s'en prendre, car leur territoire^enferme de 
tous côtés celui de la république. Dans le premier cas, est-il 
possible de croire qu'une ville comme Cracovie refuserait à 
trois puissances comme l'Autriche, la Prusse et la Russie, de 
comprimer les conspirations, de faire cesser les intrigues, 
dont ces puissances auraient alors un si juste sujet de se 
plaindre; et si elle avait la folie de s'y refuser, quelles diffi- 
cultés pourraient jamais rencontrer ces trois puissances, 
réduites à se faire justice elles-mêmes dans la limite des 
traités? » 

La protestation du ministère français fut un peu plus signi- 
ficative. Elle était datée du 3 décembre. Elle contenait l'ex- 
pression modérée dans la forme, de la profonde injustice, du 
défaut de sagesse de l'acte du 16 novembre, et de la convic- 
tion qu'il rendait à toutes les puissances de l'Europe la liberté 
la plus entière vis-à-vis des traités ainsi détruits. 

Le cabinet français exprimait d'abord sa profonde et dou- 
loureuse surprise de la résolution des puissances; il montrait 
qu'elles avaient subordonné à des motifs secondaires, acces- 
soires, les raisons générales et plus puissantes que comman- 
dait le respect des traités, de ces traités, objet de plus d'une 



DE LA RÉVOLUTION POLOlf AI8B. 353 

résistance, et qui ont créé des souffrances de pluu d'une sorte. 
Il rappelait, en termes vivement sentis, ce qu^ivait été la Po- 
logne, et montrait qu'on n'eût pas dû s'étonner de voir les 
membres épars de ce grand Etat, violemment détruit, éprou- 
ver encore des convulsions. La Pologne ayant perdu dans le 
monde politique le rang qu'elle a conservé dans Thistoire^ 
ayant été détruite, partagée, les traités qui reconnaissent de 
tels faits ne pouvant faire disparaître tout à coup les angoisses 
et les plaies sociales qui en résultaient^ il fallait en prendre 
son parti. 

Le Cabinet français réfutait ensuite les raisons données par 
la Cour de Vienne, pour justifier la prise de possession de 
Cracovie. Il établissait que l'acte du Congrès, de Vienne et le 
traité dii 5 mai ne furent pas l'œuvre exclusive des trois puis- 
sances, et que le sort de la Pologne ayant été réglé par une 
délibération européenne, il n'était donc pas permis de suppri- 
mer le résultat de cette délibération. La dépêche se terminait 
en protestant solennellement contre Tacte des trois puissan- 
ces; et afin que cette conclusion ne fût pas un vain rappel ai> 
respect des traités, on avait soin de constater qu'aucune puis- 
sance ne pouvait s'en affranchir sans en affranchir toutes les 
autres. 

Au moment même où l'on protestait si solennellement, le 
czar Nicolas se disposait à mettre à exécution l'ukase du mois 
de décembre 1845, par lequel, au 1" janvier 1847, on devait 
compléter la dénationalisation de la Pologne, en lui enle- 
vant le conseil d'administration elles autoritésadmijiistratives 
qu'elle avait conservés jusqu'alors comme royaume indé- 
pendant. Ainsi, douanes, législation et administration dis- 
tinctes, institutions nationales, écoles, religion, tout ce que les 
traités avaient conservé à la Pologne, tout allait être passé au 
creuset moscovite. 

Cette brutale décision, qui cependant fut alors ajournée^ 
ne surprit personne de la part du czar Nicolas, prince à vues 
étroites, à passions mesquines, à haines puériles, vraie nature 
de barbajce à peine dégrossie, courant après l'éclat de la force 
brutale, et n'ayant pas même su emprunter à la civilisation 
le vice le plus commun aux soiwverains absolus, l'hypocrisie 
des moyens. 

Pendant que les gouvernements accueillaient cette grande 
iniquité avec une sorte de réserve, les partis à opinions 
ardentes la flétrissaient avec une énergie peu commune. 

Mais alors déjà, lorsque retentissaient ces nobles protes- 
tations, l'attentat était consomme. Depuis le 16 novembre, 
TAulriche avait solennellement pris possession de Cracovie. 
Uès le matin, le général autrichien comte de Castiglione 
s'était placé, entouré d'un brillant état-major, sur le balcon 

45 



354 H16T01RI 

du palais sénatorial; et du haut de ce balcon, d^où jadis les 
Jagellons avaient harangué leur vaillante noblesse, d'où Kos- 
ciuszko avait adressé \h. parole aux porteurs dé faulx de la Ma- 
zurie, plus vaillants encore que les nobles, le général autri- 
chien prononça sa sentence de mort au dernier fragment 
de l'indépendance polonaise. 

Le comte de Castiglione lut une proclamation en allemand 
et en polonais^ qui fut immédiatement affichée à toutes les 
rues et places. Après cette lecture, Taigle autrichien fut 
arboré sur le palais du sénat et salué par des coups de canon. 

Le peuple-assista, silencieux et frémissant, à cette céré- 
monie, que les sbires d'Autriche terminèrent en entonnant 
rhymne national autrichien. (Dieu conserve notre empereur 
Ferdinan(>!) 

La postérité garde pour lui une autre invocation. 

Ce fut là le dernier acte du drame. Les hommes, qui 
venaient de répéter à la lettre la sanguinaire épisode du 
massacre de la Saint-Barthélémy, en armant et en excitant 
une classe de la société contre l'autre, purent convertir en 
casernes autrichiennes le palais des Jagellons, et garder les 
tonibes de Jean Sobieski et de Kosciuszko i C'était la dernière 
insulte que pouyiit recevoir le nom polonais. 

Pendant que l'opinion européenne était le plus vivement 
agitée pr cet attentat des trois Cours, l'Autriche crut devoir 
réponclre aux pâles protestations des Gouvernements français 
et anglais, et essayer de couvrir du manteau du droit cette 
iniquité nouvelle. 

Cette nouvelle était à peine connue à Paris, que la session 
des Chambres s'ouvrit. L'opinion publique attendait, avec 
Bne incroyable impatience, le discours du Trône, pour 
connaître comment serait appréciée par le gouvernement 
cette dernière et si effrontée atteinte à la nationalité polo- 
naise. Elle ne fut que médiocrement satisfaite du paragraphe 
Îai s'y rapportait, et qui n'était que le simple exposé des faits, 
e voici : 

a Un événement inattendu a altéré l'état des choses fondé 
« en Europe par le dernier traité de Vienne. La république de 
a Cracovie, Etat indépendant et neutre, a été incorporée à 
c l'empire d'Autriche; j'ai protesté contre cette infraction 
c aux tcaités. » 

Le 3 levrier 1847, la discussion s'ouvrit sur ce paragraphe 
à la Chambre des Députes, qui, depuis seize ans, n'avait cesse 
de glisser une seule fois dans son Adresse un vœu sympa- 
thique pour la nationalité polonaise. De tels précédents lui 
faisaient un devoir, en cette circonstance, de |)iendre une 
attitude ferme, telle qu'elle convient aux représcnlanls d'un 
grand peuple; et, en présence de cette violation flagrante 



DK LA RÉVOLUTION P0L0NAI8S. 355 

des traités de Vienne, par ceux-là mêmes qui avaient seuls 
gagné à ces traités^ de déclarer solennellement que les puis- 
sances absolutistes n'avaient pu se dégager des traités^ sans 
en dégager la France. C'est ce qu'elle fit en votant^ en réponse 
la communication du Trône le paragraphe suivant : 

« Un événement inattendu a altéré l'état de choses fondé en 
« Europe par le dernier traité de Vienne. La république de 
<x Cracovie, Etat indépendant et neutre^ a été incorporée à 
a l'empire Autrichien. La France veut sincèrement le respe<4 
a de rindépendance des Etats et le maintien des engagements 
a dont aucune puissance ne peut s'affranchir sans en affranchir 
« en même temps les autres. En protestant contre cette viola* 
fi tion des traités, nouvelle atteinte à l'antique nationalité 
« polonaise. Votre Majesté a rempli un impérieux devoir, et 
« répondu à la juste émotion de la conscience publique, b 

Sur cette affaire de Cracovie, la Chambre entendit tour à 
tour MM. de Falloui et de Mornaj; mais toute sa curieuse at- 
tention se porta sur les discours de M. de Genoude et de M. 
Odillon Barrot surtout, qui flétrit avec un magnifique lan- 
gage l'acte spoliateur d js trois puissances. 

Le ministre des affaires étrangères, M. Guizot, n'essaya pas 
de détruire l'effetproduit par ces discours, maisil fltclairement 
entendre qu'une protestation plus explicite que celle du 3 dé- 
cembre, et dont le sens serait de déclarer les traités de 1815 
anéantis, aurait la guerre pour inévitable résultat, et la 

Îuerre contre quatre puissances. Cependant, vivement pressé 
e s'expliquer sur le sens de sa protestation, il finit par dire : 
a L'événement consommé, qu'a fait le gouvernement du 
« Roi? Il a protesté. Il a vu dans la destruction de la franchise 
« de Cracovie un fait contraire an droit européen. Il Ta qua- 
« lifié selon sa pensée. Et en même temps il en a pris acte^ 
a afin, dansl^avenir, s^ily avait lieu, d'en tenir le compte que 
< lui conseillerait nt les intérêts légitimes du pays. 9 

Ainsi, la situation qu'avait créée pour les puissances de 
l'Europe Tattentat de Cracovie, pourrait se résumer ainsi : 

L'Autriche, s'était chargée sans scrupule d'une iniquité de 
plus. 

La Prusse décidée en cette circonstance à tolérer pour l'Au- 
triche ce système des arrondissements qu'elle pratique si bien 
pour son propre compte^ semblait persuadée de n'avoir créé 
pour son éternelle rivale qu'un embarras de plus, et attendait. 

La Russie qui, à l'aide de ses deux complices était parvenue 
à ses fins, soufflait la discorde d'un bout de l'Europe à l'autre, 
et tâchait de brouiller tout pour tout dominer. 

La France, dans un isolement complet par suite de sa mé- 
sintelligence avec l'Angleterre, à cause des mariages espagnols, 
semblait disposée à ne pas laisser échapper l'occasion de se 



356 HISTOIBB 

déclarer la prolectrice des nationalités, et de grouper ainsi 
autour d'elle toutes les puissances secondaires menacées par 
ce nouvel attentat des Cours du Nord. 

Quant à l'Angleterre, il suffira de résumer sa conduite dans 
les actes successifs qui avaient amené Tanéantissement de la 
Pologne, pour se convaincre qu'elleétait prête en celte circons- 
tance, comme toujours, à ne jamais consulter que son intérêt. 
En effet, lors du premier partage de la Pologne, elle refusa de 
sejoindreàla France pour empêcher ce partage, et ne se 
préoccupa que d'un mince intérêt mercantile. 

Lors du partage définitif de 1795, elle favorisa ce partage 
qui lui parut un préliminaire indispensable aux coalitions 
qu'elle voulait former contre la France. 

En 1815, elle refusa de seconder la France dans ses efforts 
pour obtenir la reconstitution, alors possible, de la Pologne 
indépendante. 

En 1831, lord Palmerston, alors ministre des affaires élran- 

{(ères, n'admit pas même la discussion dans le parlement sur 
'anéantissement de la constitution polonaise de 1815. 

En 1846, elle se borna à une protestation hypothétique, et 
de nature à ne pas la brouiller avec les trois puissances. 
Jamais elle n'avait dévié de cette politique traditionnelle 
qui ne s'émeut que pour son intérêt direct menacé, et en 1847 
elle était ce qu^elle a toujours été. 

Nous ne saurions mieux caractériser ce triste récit qu'en 
citant l'opinion d'un homme essentiellement religieux et 
monarchique (1)» et dont les paroles, à ce double titre, acquiè- 
rent, dans l'appréciation de ce fait, une incontestable auto- 
rité. 

« On reproche à la Pologne d*être anarchiste* Toutes 

les fois que les diplomates et une certaine école d'hommes 
politicjues parlent de la Pologne, ils accolent à son nom le 
mot d anarchie. Cela n'est pas fondé, je m'empresse de le dire; 
mais quand cela serait, quand cet esprit anarchique ne 
serait pas désavoué par l'immense majorité de ses enfants, 
par tout ce qu'elle a de distingué, par son histoire, par ses 
antécédents, a qui serait la faute ? Ah ! la Pologne est anar- 
chique, et à qui doit-elle de l'être? 

Est-ce que ce serait à la Pologne elle-même ou à la France 
révolutionnaire et démagogique? Non, non^ mais bien à ces 
souverains, uniquement a ces souverains c(ui, il y a soixante- 
dix ans sont montés dans cette chaire d'où les grands rois, 
les grands ministres de la terre enseignent au monde le 
droit public, et qui n'ont enseigné à la Pologne que le triom- 
phe de l'iniquité et de la force brutale» de tout ce qui peut 

(1) IL to conte de Montalembert. 



DE LA RÉYOLimOR POLONAISE. .357 

faire aimer le bon ordre, la justice et les principes fonda- 
menlaux de toute société. Voilà ceux à qui il faudrait faire 
remonter la cause^ si la Pologne était réellement anarchiste^ 
à ceux qui lui ont enseigné quMl n'y avait rien de sacré sur 
la terre^ ni l'histoire, ni les iois^ ni la religion^ ni la famille, 
et qu'on pouvait impunément tout sacrifier aux nécessités poli- 
tiques du moment; ceux qui ont tout profané, tout violé, tout 
torturé pour asseoir etanermir leur puissance. Voilà bien les 
dogmes et les pratiques de Tanarchie^ voici ce qui a été en- 
seigné à la Pologne depuis soixante-dix ans par ses trois co- 
partageants, non pas seulement dans le passé, non-seulement 
par Catherine, Frédéric et Joseph, mais aujourd'hui par Tem- 

Ereur Nicolas, le roi Ferdinand et le prince de Hetternich. 
ne veux pas d'autre preuve que l'histoire des religieuses 
de Minsk et les massacres de la Gallicie. Et vous croyez que 
de telles leçons pouvaient rester sans fruit? 

Eh quoi I vous sèmerez l'iniquité, la cruauté, la perfidie, 
tous les crimes que l'humanité a jamais imaginés, et vous 
voudriez ensuite récolter le bon ordre, la paix, la satisfaction, 
Tobéissance, toutes les vertus qui signalent un pays légitime- 
ment et raisonnablement gouverné ! Mais ce serait la dernière 
et la plus sotte des illusions. Ce que vous^avez semé ne doit 
produire que l'anarchie. Quant à moi, ce qui m'étonne, c'est 
que la Pologne tout entière ne soit pas la proie d'une anarchie 
plus incurable, et que chaque Polonais ne soit pas un forcené 
armé contre tous les souverains, contre tous les pouvoirs de 
FEurope qui ont trahi et livré sa patrie (1).... i> 

Quoique sévères, ces paroles sont vraies. Mais le règne de 
l'iniquité n'a qu'un temps; son triomphe est passager comme 
sa puissance. Parce que jadis, coinme une distraction à ses 
crapuleuses débauches, il a plu à une czarine de Russie de 
rayer un peuple de la carte de l'Europe,; parce que des 
complices n'ont pas hésité à salir leur blason de ce stigmate 
d'opprobre , la Providence ne saurait sanctionner ces inspi- 
rations du vice et du crime couronnés! Sous les étreintes de 
ses tyrans et jusqu'au jour de la résurrection de la légitimité 
des nations, jusqu'à ce jour inscrit au ciel, le peuple polonais 
a dormi ; mais ce n'était pas le sommeil de la mort, c'était au 
contraire le sommeil du germe qui dort dans la profon- 
deur du sol pour devenir un arbre vivace et puissant. 

(1) Discours do M. le comte de Montalembert, Chambre des Pairs, 
séance du 2 juillet. [Moniteur.) 



SS8 mnooiB 



CHAPITRE XV 
1850 à 1863 



ÀTènementau trône d'Alexandre II. — Le congrès de Paris.— Arrivée 
d'Alexandre II à Varsovie. — Ses discours.— L'amnistie.— Apprécialioa 
de cet acte. — Protestations des partis démocrati(]nes(»t monarchiques 
Polonais. — Discours de lord Clarendon. — Couronnement du nouveau 
czar; son entrevue avec Napoléon III, à Stuttgard. — Rescrit 
d'Alexandre II au gouverneur militaire de Lithuanie. — Société agro- 
nomique fondée à Varsovie. — La société agronomique envoie au czar 
une adresse.— Sa dissolution.— Allocution del'abbé Deguerry aux Polo- 
nais. — Cantiques nationaux des poètes Aloys Felinski et Camille 
Uieyski. — Massacres des Polonais.— Lettre d'un gentilhomme Polonais 
tu prince de Mettemich.— Recrutement forcé. 



Jusqu'à la guerre de Crimée, la Pologqe, frémissante sous la 
jouç de ses oppresseurs, la Pologne à qui Tempereur Nicolas 
avait dit^ le i octobre 1835 : 

a Si vous vous obstinez à conserver vos rêves de nationalité 
« distincte, de Pologne indépendante, etde toutesces chimères^ 
c TOUS ne pouvez qu'attirer sur vous de grands malheurs. J'ai 
c fait élever ici la citadelle, et je vous déclare qu'à la moindre 
€ émeute, je ferai foudroyer la ville/je détruirai Varsovie, et 
. à certes ce ne sera pas moi qui la rebâtirai ! » 

La Pologne attendait. Alexandre II, succédant à son père 
Nicolas, inaugurait une politique plus sage. Sébastopol détruit^ 
il entrait dans la voie des négociations qui le conduisait a 
la paix. 

Le Congrès de Paris (février-mars 185G) tut chargé de fixer 
les CQnditions de cette paix qui sauvait la Russie. La France 
voulut y prendre en main la cause de la Pologne, mais l'An- 
gleterre, jalouse de toute pensée généreuse de notre pays, 
mais l'Autriche et la Prusse, intéressées au maintien de la 
domination russe, firent adroitement écarter des débats cette 
question brûlante. 

La paix signée le 30 mars, les journaux de tous les pays 
contractants qui, deux mois auparavant, traitaient Alexandre 



DB LA RÉYOLCTIOII POLONAISE. 359 

d'Ogre, se mirent à célébrer sa mansuétude et son amour de 
tous ses sujets, sans distinction d'origine. Les théories du mar- 
quis Wielopolski, sur Talliance Russo-Polonaise pritent de la 
consistance, en raison de la popularité habilement conquise à 
Tetnpereur de toutes les Russies par quelques mesurés libé- 
rales, fictives, il est vrai, et ce fut avec un vif sentiment d'es- 
poir et de gratitude que la Pologne apprit que son nouveau 
souverain allait la visiter. 

On annonçait, en effet, aux Polonais que le czar allait pro- 
clamer une amnistie générale, qu'il rendrait les biens confis- 
qués, qu'il rétablirait la constitution de 1815, qu'enfirt il allait 
réparer tous les malheurs du règne de Nicolas P'. 

Aussi Varsovie fit à âon souverain une réception enthou- 
siaste. Le 11 mai 1856, le czar devait justifier toutes les pro- 
messes faites en son nom , par un discours prononcé devant 
les maréchaux de la noblesse, les sénateurs et le clergé polo- 
nais. Ceux-ci attendaient avec anxiété les paroles pleines de 
mansuétude qu'on leur avait promises. Quelle ne fut pas leur 
douleureuse surprise, quand TËmpereur leur dit : 

a J'arrive au milieu de vous avec l'oubli du passé, animé 
« des meilleures intentions pour le pays. C'est à vous à m'ai- 
c der à les réaliser. Mais avant tout je dois vous dire que nos 
« positions respectives doivent s'éclaircir. 

« Je vous porte dans mon cœur comme les Finlandais, et 
c comme mes autres sujets russes ; mais j'entends que l'ordre 
c établi par mon père soit maintenu. Ainsi, Messieurs, et 
« avant touf, point de rêveries, point de rêveries/ Ceux qui 
f voudraient continuer à en avoir , je saura! les contenir, le 
« saurai empêcher que leurs rêves ne dépassent point la 
c sphère de leur imagination. Le bonheur de la Polog^ne 
c dépend de son entière fusion aVec le peuple de mon empire.^ 
a Ce que mon pébs a fait est domg bien fait ; je le haintien- 

« DRAI. 

« Dans la dernière guerre d'Orient, les vôtres ont combattu 
a à l'égal de tous les autres ; voici le prince Michel Gortscha- 
« koff, qui en a été témoin et qui leur rend cette justice^ qu'ils 
€ ont bravement versé leur sang pour la défense de leur pa- 
tt trie. La Finlande et la Pologne me sont également chères, 
« comme toutes les autres parties de mon empire. Mais il faut 
< que vous sachiez, pour le bien des Polonais eux-mêmes, que 
« la Pologne doit rester unie, pour toujours, à la grand<i. 
€ famille des empereurs de Russie. Croyez, Messieurs, que je 
a suis animé des meilleures intentions ; mais c'est à vous diî 
« me faciliter ma tâche, et, je vous le répète, Messieurs, point 
a de rêveries, point de rêveries f 

« Quant à vous, Messieurs les sénateurs, laissez-vous diriger 
« par mon lieutenant ici présent, par le prince Gortschakoff; 



360 HISTOIU 

« et vous, Messieurs les évéques^ ne perdes jamais de vue 
« que la base de toute bonne morale est la religion, et il est de 
« \olre devoir d'inculquer aux Polonais que leur bonheur 
c dépend entièrement de leur fusion absolue ayec la sainte 
a Russie, d 

Ce discours n'était connu que de ceux (]ui l'avaient entendu, 
quand le 15 mai, eut lieu le bal magnifique donné au czar 
par la ville de Varsovie. La population trompée par le manège 
des journaux et des intéressés, voulait fêter son jeune empe- 
reur, dont le programme devait être si libéral. Le bal fut donc 
enthousiaste. Mais lorsque le lendemain une députation vint 
remercier Alexandre II, de sa présence à la fête, la satisfaction 
des habitants de Varsovie se changea bien' vite en angoisses 
pour l'avenir. 

Il importe de faire connaître le texte même de la réponse du 
souverain qui démentait ainsi les espérances de ce peuple qui 
croyait renaître : 

a Je suis bien aise, messieurs, de vous dire que j'ai été très- 
« satisfait de me trouver au milieu de vous. Le bal d'hier était 
a un très-beau bal ; jamais il ne sortira de ma mémoire : je 
« vous en remercie. 

a Je suis certain qu'on vous a répété les paroles gue j'ai 
« adressées aux députés de la noblesse quand je les ai reçus, 
a il y a cinq jours de cela. Soyez, Messieurs, dans la réalité, 
« soyez unis à la Russie, et abandonnez toutes les rêveries 
t d'indépendance, impossibles désormais à réaliser et à main- 
« tenir. 

a Aujourd'hui, je vous le répète de nouveau : Ma conviction 
a est que le bien de la Pologne, que son propre salut, exigent 
a ({u'elle reste unie, pour toujours, et par une entière fusion, 
a à la glorieuse dynastie des empereurs russes ; qu'elle forme 
a une partie intégrale de la grande famille de l'empire de 
a toutes les Russies. En conservant à la Pologne ses droits et 
a ses institutions, telles que les lui a données mon père, j*ai la 
a volonté inébranlable de faire du bien etde favoriser la pros- 
« périté du pays. Je veux lui garantir tout ce qui peut être 
« utile et tout ce que mon père lui a promis et accordé : je ne 
a le changerai en rien : tout ce que mon père a fait est bien 
(( fait. Mon règne sera la continuation du sien; mats il dépend 
« de vous, Messieurs, de me rendre cette tâche possible ; vous 
a devez faciliter mon œuvre. Vous seuls serez responsables, si 
« mes intentions devaient échouer devant les chimériques 
a résistances. 

« Pour vous prouver que j'ai pensé à apporter des adoucis- 
« scments, je vous préviens que je viens de signer l'acte d'am- 
a nislie ; je permets à tous les cmifirés qui le demanderont 
« leur retour en Pologne. Us seront certains qu'on les laissera 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE. 361 

a en rept^s. Leurs droits civils leur seronl rendus et on ne les 
il traduira pas devaiitdes comités d'enquête. Je n'ai faitqu'une 
a seule exception : j'ai exclu les anciens incorrigibles et ceux 
a aui^ dans les dernières années, n^ont cessé de conspirer ou 
€ Je combattre contre nous. 

a Tous ceux qui reviendront pourront même, après trois 
<( années de repentir et de bonne conduite , se rendre utiles 
a en rentrant au service de TËtat. Mais avant tout> Messieurs, 
a agissez de façon à ce que le bien projeté devienne possible, 
a et à ce que je ne me voie pas réduit à la nécessité de brider 
(T et de punir ; car, si malheureusement cela devenait néces- 
a saire, j'en aurai la volonté tout comme la force : que jamais 
donc je ne sois forcé de le faire. 

a M'avez-vous compris ? J'aime mieux être à même de pou- 
ce voir récompenser que de punir. Il m'est beaucoup plus 
« agréable, ainsi que c'est le cas aujourd'hui, de dispenser 
« des éloges, de donner des espérances et de provoquer la 
a reconnaissance. Mais, sachez aussi, et tenez-le pour dit, 
il Messieurs, que quand cela sera nécessaire , je saurai répri- 
a mer et punir, et on verra que je punirai sévèrement. 

a Adieu, Messieurs ! d 

La promesse s'était changée en menace. Voyons maintenant 
comment était rendu le décret d'amnistie. 

La grâce était déclarée pleine et entière, mais les trois der- 
nières lignes en rendaient l'application subordonnée aux 
caprices du gouvernement russe, a Cette grâce, lisait-on, ne 
tt s'étend cependant pas à ces réfugiés qui, par leur conduite, 
a font preuve d'une haine constante contre notre gouverne- 
a ment.o 

Les explications que les interprêtes de la volonté du czar 
donnèrent de ces trois lignes ne laissèrent de doute à per- 
sonne. L'amnistie n'était accordée qu'à ceux qui feraient une 
soumission en règle, reconnaîtraient leurs erreurs%)assées, et 
s'engageraientpour l'avenir à une fidélité absolue. En d'autres 
termes, il fallait, pour jouir de l'amnistie faire acte d'apos- 
tasie. 

Que dcfvenait le programme si pompeusement annoncé? 
Nul ne fut dupe, en Europe, de cette mystification cruelle. 
Les réfugiés polonais de Paris rédigèrent, a ce sujet, deux pro* 
testations empreintes d'un esprit de logique et de bonne foi 
qu'on ne peut méconaitre. Le parti démocratique et le parti 
monarchique polonais ne diffèrent, du reste , en rien quant à 
leur opinion sur la domination russe. Pour eux la forme du 
gouvernement russe n'a aucune importance. Ce qu'ils com- 
battent, c'est l'étranger, et rien que l'étranger. 

c Les émigrés polonais, lit-on dans la protestation des dé- 

46 



362 HISTOIEE 

« mocrates^ déclarent à la face de leur patrie et du monde ciri- 
« lise, qu'ils rejettent Pamnistie du czar Alexandre II, aussi 
« bien que toute autre qui pourrait leur être offerte par un 
<t des trois oppresseurs de la patrie, et qu'ils ne rentreront 
a sur le sol natal que lorsqu'ils pourront en expulser Tétran- 
a ger, que lorsque la Pologne sera libre et indépendante. 

a Ils déclarent qu'ils ont une foi invincible dans la résur- 
a rection de leur patrie, et. dussent-ils succomber sur la 
a terre d'exil, ils attendront l'heure suprême comme des vic- 
a tinies, dont les cendres peuvent faire germer toute une 
« génération de vengeurs. » 

La protestation du parti monarchique n'est pas moins em- 
preinte d'une grande énergie patriotique : 
t a Nous sommes sans haine et sans rancune contre la Russie. 
a Dans la situation qui nous est faite, le calme et une résigna- 
a lion chrétienne sont la seule attitude qui nous convienne. 
« Mais il ne nous appartient pas, jusqu'à ce que justice soit 
« faite à notre pnyts, d'abdiquer la tâche qui nous a été léguée 
d par nos^^ères; et tant qu'il restera une \'Dix de proscrit libre 
a dans l'univers, elle dira aux gouvernements et aux peuples : 
(c Au nom de V Evangile et de l'histoire^ la Pologne a le droit 
(( de vivre d^une vie nationale et indépendante; elle espère en 
a Dieu, dans ses intérêts et dans la conscience d^s hommes 
« impartiaux de toutes les nations. » 

Nous n'avons donne de ces protestations que les passages 
qui font ressortir les nuances des deux partis polonais, si unis 
quand il s'agit de repousser ou combatirc l'oppression étran- 
gère. Ces documents étaient forts développés. Traduits en 
toutes langues, répandus à profusion sous forme de circulaire, 
ou par l'insertion dans tous les journaux, ils produisirent une 
vive émotion. L'Angleterre en fut remuée dans toutes ses 
parties, et il n'est pas sans intérêt de mettre sous les yeux 
du lecteuyiuclq^ues remarquables passages des interpellations 
adressées au mmistère par Lord Lyndhurst, à la chambre 
haute, le 11 juillet 1856 : 

a Le nouvel empereur Alexandre II, dans ses deux allo- 
« entions à Varsovie, vient de déclarer : que rien ne le diter' 
cf minera à dévter de la voie suivie par son prédécesseur à 
« Végnrd de la Pologne; il ajouta que, dans l'intérêt de la 
« Rnssie, la Pologne doit appartenir aux Etats de la dynastie 
a impériale. Ce langage de l'Empereur ayant provoqué des 
a murmures panni les assistants, à Varsovie, il continua en 
«t ces termes : Ne vous bercez plus d*illusions^ car si vom con^ 
« tinuez à les nourrir j moi qui sais récompenser y^ je saurai 
et aussi châtier. L'Empereur termina enfin son discours par 
(c celle exclamation : Plus de rêveries, plus de rêveries! 

a Je ne puis admettre que le noble comte Ciarendon n'ait 



DE LA RéVOLimOM POLONAISE. S63 

c point exigé, aa^seiD du dernier congrès de Paris^ une am- 
a nistie pour les Polonais! On a réellement accordé une espèce 
« d^amnistie qui a un son pour roreille mais qui ôte toute 
« espérance. En effets une amnistie méritant ce nom doit être 
a formelle, générale; ses conditions doivent être claii^s^ et 
a les exceptions aussi peu nombreuses que parfaitement déter- 
« minées , de telle sorte que l'opinion publique puisse les 
« justifier. 

« Examinons si Tamnistie russe réunit ces caractères? Cba^ 
« cun des émigrés doit préalablement adresser au gouverne- 
« ment russe une demande de rentrer dans la patrie; cette 
tf demande peut être rejelée. Vous savez sans doute, milordt^, 
« (jue le gouvernement russe avait confisqué les biens des 
a emif^rés; le décret d'amnistie ne dit pas que ces biens seront 
a restitués. Ainsi, l'émigré polonais ne retrouvera dans sa 
a patrie que la misère... Sans moyen d'existence, sans posi- 
c lion, presque sans famille, sans amis. \ingt*cinq ans ont 
« dû les disperser, l'infortuné sera devenu étranger parmi 
a les siens, s'il n'en est pas même rebuté... L'amnistie exclut 
« tous ceux qui ont montré ou montrent des dispositions hos- 
a tiles à l'égard du gouvernement russe, et ce sont les fonc- 
« tionnaires russes qui seront les juges de ces dispositions 
a hostiles! L'émijgré est ainsi livré à la discrétion du fonc- 
« tionnaire, et si celui-là est malveillant, qui jugera entre 
« l'émigré et le fonctionnaire? -^ Un autre fonctionnaire 
« russe! 

« On s'étonne que les plus notables dans l'émigration polo- 
c naise refusent d'accepter l'amnistie; les motifs de ce refus 
c sont consignés dans l'acte que je dépose ici au parlement. 
« Cet acte renferme en substance ceci : Nous ne protestons 
« pas contre V amnistie à cause d'opinions ou d'intérêts per- 
a sonnets^ mais parce qu'en f acceptant nous reconnaîtrions 
c comme fautive notre lutte et notre dévouement à riudepen- 
« dance nationale; par ce fait, nous admettrions la justice des 
« ukases promulgues contre nous. Ceux, qui, sur cette base, 
a ont rejeté l'amnistie, ont rempli un devoir sacré! » 

Ce que nous remarquons le plus dans cet éloquent plai- 
doyer, c'est l'explication franche, claire, sans rélicences et 
sans ambiguïtés de l'amnistie dont le gouvernement russe 
avait fait un si grand éloge préalable. Elle est ainsi réduite à 
sa véritable expression, et par un homme dont le rang et la 
nationalité sont une garantie d'impartialité qu'on croit ne 
pouvoir attendre d'un historien. 

Un moment l'on put croire que la paix signée le 30 mars 
àParis n'était qu'une trêve, que les hautes parties contrac- 
tantes, du moins celles qui avaient pris part à la guerre de 
Crimée^ allaient faire à la Russie des reproches sévères. Mais 



364 HISTOIM 

on dût promptement revenir de cette illusion quand on con- 
nut la réponse de lord Clarendon au nom du ministère : 

« Je ne crois pas qu'il m'appartienne de révéler à cette 
« heure et ici même ce qui s'est passé à cet égard au sein du 
« Congrès de Paris; mais je crois néanmoins pouvoir dire 
« que les plénipotentiaires, et moi-même personnellement, 
« nous avons eu des motifs sérieux de croire que les projets 
« de Tempereur de Russie à Tégard de la Pologne était gêné- 
« reux et bienfaisants. Nous avons dû admettre que Tem- 
« pereur était non-seulement disposé à décréter une amnistie 
« générale, mais encore à rendre aux Polonais quelques-unes 
« de leurs institutions nationales; quMIs recevraient des 
« garanties pour l'exercice de leur religion; que Tinstruction 
« publique en Pologne allait être établie sur un pied plus 
« libéral et plus national. Nous avons enfin cru être fondés à 
a espérer que la Russie allait renoncer pour toujours au sys- 
a tême des sévérités qu'elle avait jusqu'alors pratiqué. Mus 
« par ces convictions, nous avons alors renoncé à discuter cette 
a question dans le sein du Congrès de Paris. 

a Nous avons cru qu'il fallait avant tout examiner, peser 
« mûrement quel résultat pourrait produire une action offl- 
« cielle de notre part; car il ne faut pas perdre cette grave 
« considération de vue r les plénipotentiaires russes pou- 
« vaient nous dénier le droit de nous immiscer dans l'admi- 
a nistration intérieure de l'empire. Disons cependant toute 
a notre pensée sur ce point : il nous a semblé que la politique 
« russe aurait pu faire connaître à l'Europe ses projets à cet 
« égard. 

a Hais lorsque l'on nous a prouvé qu^une telle demande de 
« notre part serait en Russie l'objet d'interprétations irri- 
« tantes; que l'on pourrait nous attribuer Tintenlioii d'in- 
« spirer au czar des actes de grâce à l'égard de ses sujets, 
c en nous prévalant de la situation faite aux hautes puis- 
« sances respectives et contractantes par les événements; 
a lorsque Ton nous fit comprendre (le général comte OrlofTet 
i< le baron Brunow) gue si nous donnions suite à notre projet 
a de discuter les affaires de la Pologne, nous pourrions plutôt 
f faire du tort à la cause que nous voulions servir; c'est alors 
(( que les plénipotentiaires de la France et de l'Angleterre re- 
et noncirent à leur projet. Mais, je le répète, que Ton ne croie 
a pas que notre silence fût de l'indifférence : la considération 
« de la Pologne et des réfugiés a seule enchaîné notre action. 

a Dès le début de la guerre de Crimée, j'ai personnellement 
a désiré l'accomplissement de nos vœux pour la Pologne, 
tt Plus tard, j'ai partagé le sentiment pénible de déception 
« que l'amnistie, ainsi restreinte, a généralement fait naître, 
« Je ne comorenda pas, je l'avoue, ce qui a pu déterminer le 



DB LA nÉVOLOTlOlf POLONAIS!. 3(9 

n czar à décréter un acte empreint de telles restrictions^ car 
et il est à ma connaissance que la seule nouvelle d'une am- 
er nistie large, générale surtout, aurait été accueillie à Varso- 
a vie avec un enthousiasme, avec des marques de joie qui 
« auraient ému certainement l'empereur. Je suis persuadé 
<c aussi qu'une amnistie générale, entière, aurait provoqué, 
a dans le cœur de tous les Polonais, des sentiments de grati- 
a tude et d'attachement. » 

On ne peut certes pas accuser lord Clarendon d'avoir naan- 
que, dans ce discours, de témoigner de la sympathie à la 
cause polonaise. Mais si l'opinion avait lieu d'être satisfaite 
des sentiments de l'orateur, ne dût-elle pas être douloureu- 
sement émue de l'attitude de l'homme d'état. Au lieu de 
promellre une intervention, même seulement diplomatique, 
le minisire termine son discours en disant que le méconten- 
tement des Polonais était une menace pour le czar, mais 
qu'en même temps on pouvait espérer qu'Alexandre H re- 
viendrait à de meilleurs sentiments pour le peuple auquel 
l'Europe libérable s'intéressait si vivement. 

Nous vêlerons bientôt si les prévisions subsidiaires de lord 
Clarendon devaient se réaliser. 

On attendait avec une certaine impatience, tant en Polo- 
gne qu'en Europe, la cérémonie du couronnement du nou- 
veau czar. Elle eut lieu à Moscou le 7 septembre 1856. Les 
espérances furent encore déçues. Le couronnement du sou- 
verain eut lieu en grande pompe. La Pologne y fut représen- 
tée par une grande partie de sa haute noblesse. On y distri- 
bua des grâces. On y parla d'émancipation, de liberté, mais 
de Pologne, point. Alexandre 11 ne voulait pas revenir sur 
ce qu'il avait qualifié de rêveries. 

Un an après, l'Empereur Napoléon III et le czar, eurent 
une entrevue à Stuttgard. Bien que les sujets de la conver- 
sation des deux souverains n'aient pas été rendus publicsou 
sût bientôt que Napoléon III, avait inspiré à son frère de Russie, 
ridée de mettre la Russie, au point de vue de la liberté indi- 
viduelle» de la liberté de conscience, de l'égalité devant la loi, 
sur le pied des nations européennes. C'était en effet le seul 
moyen pour l'immense empire, de ne pas être à la fois une 
menace pour la civilisation, et Tobjet de l'antipathie de^ 
peuples. Le czar promit beaucoup, mais une théorie plus 

i)uissante sur son esprit que la raison de notre souverain, 
'emporta dans ses conseils. C'était la théorie du panslavisme 
qui prenait corps; théorie dont la mise en pratique devait 
amener la formidable iusurrection de 1863, et dont nous 
reparlerons bientôt 

Il fallait cependant que la Russie donnât à l'Europe un peu 
de confiance. U fallait qu'elle prenne rang parmi les nations 



3€t HisTons 

civilisées* Elle le pouvait en rendant à la Pologne une partie 
de ses droils^ mais c'eût été un ébranlement de cette autocra- 
tie immuable sur laquelle repose la puissance du czar. Le 
cabinet de St-Pétersbourg eût alors recours à une fiction qui 
'devait placer dans Topinion des libéraux , la Russie au 
dessus de la Pologne. Il s'occupa de Témancipation des 
paysans. 

Mais il est certains événements que l'histoire ne rend cer- 
tains qu*après des siècles, il en est d'autres aussi qui s'éclair- 
cjssent avec une grande rapidité. Dans cette circonstance le 
gouvernement ne faisait que s'approprier une idée polonaise, 
et par un rare bonheur, la Pologne pût voir se réaliser son 
projet humanitaire, huit jours avant que la décision ofûcieUe 
lût rendue en Russie. 

Voici les faits : 

Nos lecteurs ont dû remarquer^ peat-êtreavec une certaine 
tristesse^ que la Pologne^ si jalouse de son indépendance na* 
tjonale^ était très-arriérée en matière d'égalité et de liberté 
individuelle. Si cependant nous jetons nos regards en arrière, 
nous voyons que la Confédération de Bar, le 29 février 1768, 
décrète rémaucipation des paysans. Tout aussitôt/la czarine 
Catherine II, effrayée pour ses états russes de la tournure des 
choses en Pologne n attend pas la publication du décret et 
organise une insurrection des paysans contre la noblesse^ 

L'ignorance du peuple des campagnes venait en aide à la 
politique de la czarine. Les libéraux polonais furent donc 
obliges de remettre à des temps meilleurs leur œuvre émanci- 
patrice. 

La diète de 1776, en décrétant la création d'un nouveau 
code, lui donne pour but primitif les mesures relatives à Té* 
mancipation. Le projet est soumis à la diète de 1780. Les trois 
puissances le font écarter, Catherine 11^ Frédéric II et Jo- 
seph II, se servent aussitôt de ce fait qui était leur œuvre pour 
détacher l'Europe philosophique des polonais qu'elle voulait 
adopter. 

En 1788, la diète de Varsovie reprend Tœuvre de 1780. 
Hais aussitôt, le 5 novembre. Catherine II s'interpose pour 
empêcher toute réforme. En 1791, nouvelle tentative des po- 
lonais, immédiatement assimilés aux jacobins de France et 
désignés comme tels à l'horreur de l'Europe. Aussitôt le second 
partage a lieu. 

Le 7 mai 1794, Kosciuszko proclame de nouveau Témanci* 
pation. En 1799, son œuvre est détruite. En 1807, le Code 
Napoléon est introduit dans le duché de Varsovie, mais la Li- 
thuanie et la Ruthénie restent sous la loi de l'ancien régime. 
En 1818, la noblesse, assemblée à Vilna, pour rédiger un 
projet de loi d'émancipation^ ê.st dispersée par la force. 



DB LA BÉVOLtllON POLONAISB. 3jS7 

L'insurrecUon de 1834 et celle de 1846, proclamaient Té- 
mancipation. Mais le résultat de la répression fut de rame- 
ner la Pologne à son ancien ordre de choses. 

Il importe de réfuter cette incessante calomnie, qui a sou- 
vent indisposé Topinion libérale contre la Pologne. Le meil- 
leur argument est de prouver que la noblesse polonaise a 
inspiré, à Alexandre II, Tidée de Témancipatiod. 

Or, cette preuve, la voici : 

Le 20 novembre 1857, Tempereur Alexandre II adresse au 
gouverneur militaire de la Lithuania uarescrit où nous li- 
sons: 

< Le ministre de Tinlérienr a porté à ma connaissance les 
a bonnes intentions témoignées par le comité de Vilna, 

< Koyno et Grodrio (Lithuanie), à l'égard des paysans de ces 

< trois goubernies. 

• « Approuvant pleinement les intentions des représentants 
a de la noblesse des goubernies de Vilna, Kowno et Grodno, 
c comme étant conformes à nnes vues et à mes désirs, j'au- 
c iorise cette noblesse à procéder, dès aujourd'hui, à Télabo- 
c ration des mesures nécessaires pour la mise à exécution 
c des projets desdits comités, à condition toutefois que Vœu- 
a vre ne soit accomplie que progressivement, aûn de ne pas 
c troubler l'organisation économique actuellement en vi- 
a gueur dans les propriétés de la noblesse. » 

Remarquez-vous cette touchante sollicitude d'Alexan- 
dre II pour les intérêts polonais ! N'y a-t-il pas là une vérita- 
ble plaisanterie? Ne voit-on pas clairement que ce que le czar 
EDuvait redouter, c'est que, si la secousse était violente eiï 
ithuanie, elle eût un contre-coup plus violent en Russig. 

Alexandre 11 termine ainsi : 

« En offrant à la noblesse des goubernies de Vilna, Kowno 
a et Groduo, le moyen de réaliser ses bonnes intentions, con- 
« formément aux principes que j'ai indiqués, j'espère que la 
« noblesse justiOera pleinement la confiance dont je fais 
« preuve envers elle en rappelant à prendre part à cette 
a œuvre importante, et qu'avec l'aide de Dieu et l'assistance 
« éclairée des propriétaires nobles, cette œuvre sera couron- 
« née d'un plein succès. 

a Vous et les gouverneurs des provinces placés sous vos 
a ordres, vous veillerez à ce que les paysans restent soumis 
(( aux propriétaires, et qu'ils n'ajoutent aucune foi aux insi- 
a nualions malveillantes et aux bruits erronés qui pourraient 
a se produire. » 

Les lerines de cette conclusion semblent bien^ il est vrai, 
faire itmarquer (jue désormais la noblesse reçoit la mission 
du souverain. Mais c'est là une question de formule aulocra- 



368 HISTOIRE 

tique, reportant à TciTipereur rinitialive de (oui ce qui se fait 
sous son règne. 

Que resle-t-il de tout cela? 

C'est que c^est la noblesse polonaise qui de tout temps s'est 
occupée de Témancipation. 

C'est (jue la mesure prise par Alexandre II pour donner 
satisfaction à l'Europe civilisée^ lui a été inspirée par la no- 
blesse polonaise. 

C'est qu'enfln la Pologne doit être lavée de l'accusation 
portée contre elle par les libéraux de tous les pays qui n'ont 
entendu dans le débat que la voix de la Russie. 

Nous allons voir, du reste, par quel pauvre moyen, le gou- 
vernement de Saint-Pétersbourg, veut convaincre l'Europe et 
ses peuples de son libéralisme. 

Une société agronomique se fonda aussitôt le resci;it pu- 
blié à Varsovie. Elle réunit dans son- sein tous les nobles po- 
lonais, en même temps qu'elle centralisa leurs capitaux. Son 
but était surtout de procéder sans secousse nuisible aux inté- 
rêts des propriétaires, comme aux intérêts des paysans. 

Tandis qu'elle organise ses travaux préparatoires, qu'elle 
centralise, pour l'étendre ensuite, son action émancipatrice, 
de graves événements s'accomplissent qui doivent précipi- 
ter son action. 

Procédons par ordre. La guerre de l'indépendance italienne 
apporta un peu d'espoir aux patriotes polonais. En juillet 1860, 
eurent lieu les obsèques de la veuve du général Josepb So- 
v^inski, mort héroïquement en 1831. Tout ce que la capitale 
de la Pologne renfermait de patriotes assista à ce convoi. L'as- 
sistance fut calme et recueillie. Aucun cri ne fut prononcé, 
mais enfin c'était une manifestation. 

'Arois mois après, eut lieu à Varsovie le congrès des trois 
souverains de Russie, de Prusse et d'Autriche. Les Polonais 
comprirent que les intéressés allaient concerter les mesures 
à prendre pour empêcher les manifestations de se renouve- 
ler. Loin de s'en effrayer, ils célébrèrent solennellement l'an- 
niversaire de la révolution du 29 novembre ; puis le 25 fé- 
vrier 1861, l'anniversaire de la bataille de Grocnow. 

Mais la police russe avait pris ses mesures, et on massacra 
les femmes, les enfants et les vieillards, qui ne purent fuir 
assez vite devant la force armée. 

Le lendemain, 26 février, la troupe cerna le palais occupé 
lar la société agronomique, qui ne cessa pas de siéger. Le 27, 
es massacres continuèrent. Quelques jours après, la société 
agronomique était dissoute. 

Disons ce qui avait amené cette mesure : 

Les partisans de la Russie exaltent l'amour d'Alexandre II 
pour ses peuples et ses idées libérales et égalitaires. 11 y a. 



k 



DB LA BÉVOLUTION POLOIIAISB. • 369 

en effet, dans l'empereur de Russie un homme libéra), ami 
du progrès, mais comme le Janus mythologique, c'est un 
homme à deux visages, qui ne tourne le beau que vers l'Eu- 
rope, et qui est pour les peuples qu'il gouverne le ûdèle ob- 
servateur des vieilles traditions russes. Ces traditions, on les 
connaît assez chez nous. Elles consistent à ne flatter une partie 
des opprimés, que pour ruiner en sous-œuvre une puissance 
féodale ombrageuse, quitte à remettre, après le grand vassal 
ébranlé, les choses dans leur pitoyable état primitif. 

C'est de cette disposition d^esprit d'Alexandre II, que les 
Français, si enclins à admirer leurs ennemis de la veille, ont 
tiré cette flatteuse conséquence que le successeur de Nicolas 
était un prince émancipateur. 

Nous avons établi qu il avait été devancé par la Pologne. Or 
la Pologne émancipatrice, libérale, égalitaire, quoique mo-* 
narchique, c'était laSociété agronomique de Varsovie. 

Tandis que l'émeute grondait au dehors, que les massa- 
creurs exécutaient leur sanglante besogne, le 26 février, la 
Société agronomique votait, à L'unanimité la suppression de 
la corvée, et constituait un capital d'obligations, afln d'indem- 
niser les propriétaires, qui cédaient aux paysans les terres que 
ceux-ci cultivaient pour l'entretien de leurs familles, et dont 
la propriété entière devait leur échoir, après le payement, 
par annuités des sommes correspondant au capital d'obliga- 
tions voté par la Société. Un don patriotique d'un cinquième 
était fait aux paysans sur la valeur intégrale desdites terres. 

Or il est très-urgent de faire remarquer ici que ce grand 
acte fut accompli par la Société agronomique le 26 février, 
suivant le calendrier européen, mais le 14 février selon le 
calendrier russe. On va voir bientôt l'utilité de cette remar- 
que. 

Le 27 février, la Société agronomique envoya au czar une 
adresse destinée à réclairer sur la situation de Varsovie, sur 
les cruautés impolitiques de ses agents, dans le but de prévenir 
de nouveaux malheurs. 

a Sire, disait cette adresse, les douloureux événements qui 
viennent de se passer à Varsovie, la longue irritation qui les a 
précédés et le profond sentiment de tristesse qui a pénétré 
dans tous les esprits, nous amènent à porter la présente 
requête aux pieds de Votre Majesté, au nom de tout le pays, 
espérant que votre noble cœur, sire, ne restera pas sourd a la 
voix d'une nation infortunée. 

« Ces événements, dont nous nous abstenons de décrire les 
scènes poignantes, n'ont aucunement été provoqués par les 
passions subversives d'une classe de la population : ils sont, 
an contraire, la nianifes>lation unanime et éloquente de senti 
monts refoulés et de besoins méconnus. Noire nation qui^ pen- 

47 



370 HI8T0IBB 

dant des siècles, ayait été régie par des institutions libérales^ 
enduredepuisplusde soixante ans les plus cruelles souffrances; 
privée de tout organe légal pour faire parvenir au trône ses 
doléances et l'expression de ses besoins, elle est forcément ré- 
duite à ne faire entendre sa voix que par le cri des martyrs 
que chaque jour elle offre en holocauste. 

a Au fond de Tâme de chaque Polonais brûle un sentiment 
indestructible de nationalité : ce sentiment résiste au temps 
et à toutes les épreuves ; le malheur^ loin de l'affaiblir, n'a 
fait que le fortifier ; tout ce qui le blesse ou le menace, bou- 
leverse et inquiète les esprits. 

« Aussi, toute confiance a-t-elle cessé entre 'gouvernants 
et gouvernés. Les moyens répressifs ne sauraient la faire re- 
naître, quelles que soient leur violence et leur durée. Un pays 
jadis au niveau de la civilisation de ses voisins d'Occident ne 
sauraitd'ailleurs se développer moralement ni matériellement 
tant que son Eglise, sa législation, son instruction publique 
et toute son organisation sociale ne seront pas marquées du 
sceau de son génie national et de ses traditions historiques. 

a Les aspirations de notre nation sont d'autant plus ardentes, 
que, seule aujourd'hui dans la grande famille européenne, 
elle manque de ces conditions absolues d'existence sans les- 
quelles une société ne saurait fournir la carrière que lui a 
tracée la Providence. 

a En déposant aux pieds du trône Texpression de notre dou- 
leur et de nos fervents désirs, confiants dans la haute équité 
et dans la justice de Votre Majesté, nous osons, sire^ en appeler 
à votre magnanimité. • 

Que fit Alexandre à la lecture de cet acte remarquable^ 
émouvant, de ce cri respectueux et soumis, quoique patrio- 
tique, des représentants d'une nation qu'on égorgeait? Vous 
croyez qu'il va répondre, qu'il va chercher et concilier cet 
esprit national polonais avec ses propres intérêts dynastiques. 
Allons donc I 

Un mobile bien plus puissant doit faire agir le czar. L'acte 
d'émancipation des paysans, n'a pas été fait par loi ! 

On se met à l'œuvre à Pétersbourg. On bâcle un projet de 
réforme^ l'empereur le signe à la hâte, le publie, le fait ré- 
pandre a son de trompette dans toute l'Europe, dans le moiâde 
entier. Il porte la date du 19 février ! 

Or, remarquez bien aue ce 19 février là, est du calendrier 
russe, c'esl-à-dire que chez nous il s'appelle le 3 mars I 

Presqu'aussitôt, grâce à ce beau moyen, le manifeste de la 
société agronomique de Varsovie, est dénoncé à l'Europe 
comme un acte hostile et inutile, dont ladite société doit être 
punie sévèrement. 



DE LA RÉyOLOTION POLONAISE. 371 

Le czar, en réponse à son adresse, lui annonce qu'elle est 
dissoute ! 

La ridicule vanité du Roi-Soleil n'aurait certes pas trouvé 
celle-là. 

On pense bien que ces événements n'étaient pas de nature 
à améliorer le sort de la Pologne. Les Moscovites voulaient 
empêcher toute manifestation du sentiment national, alors 
même qu'il ne s'agissait que de prier pour les victimes des 
massacres du 26 février. 

Du reste, la juste douleur des Polonais avait un immense et 
sympathique écho en Europe. De toutes parts on organisait 
des services religieux pour les victimes de la barbarie russe. 
A Paris, ce service eût lieu à la Madeleine, le 16 mars 1861. 

L'abbé Deguerry, curé de cette église, adressa aux émigrés 
polonais présents une chaleureuse allocution : 

ff Vous savez, leur disait-il, pourquoi ces gémissements qui 
sont dans vos âmes, sont pleins de larmes. Ce sont des événe- 
ments qui sont connus, dont vous savez les uns et les autres 
les détails... 

a Vous savez cet amour de la patrie^ ne cessant jamais d'être 
ardent en vos compatriotes... 

a Vous savez ces manifestations simples^ naturelles, pro- 
duites par l'amour de la patrie... 

« Vous savez ces foules, s'agglomérant, mais ne voulant 
être que paciflques et n'ayant pas d'autre intention que celle 
d'être pacifiques... 

a Vous savez ces foules sortant de l'église, la bannière delà 
patrie déployée à tous les yeux, cette croix, qui semblait venir 
du ciel et qui disait : A genoux I Et cette foule immense qui 
se prosterne. •• 

« Vous savez alors l'événement terrible, cette charge que 
j'appellerais barbare, si l'esprit qui préside à celte auguste 
cérémonie ne m'interdisait pas des paroles de cette nature... 

« Vous savez cette foule troublée, saccagée, le sang ré- 
pandu... 

a Vous savez ces corps relevés sanglants... 

« Vous savez ensuite ces protestations adressées... 

« Vous savez le convoi de ces augustes victimes... 

« Vous savez cet ordre s'établissant par le fait de vos com- 
patriotes et des plus jeunes, au milieu de la grande ville , la 
force armée éloignée/ honteuse en quelque sorte du rôle qui 
lui était imposé... 

a Vous savez cette marche funèbre, ces corps portés à leur 
dernière demeure... 

a Vous savez aussi que quelques-uns des membres les plus 
augustes de votre patrie, traversant la voie publique en même 
temps que la foule, lui recommandaient la froide dignité... 



372 HI8T0IBI 

a Vous savez tout cela... 

« Eh bien ! nous venons vous dire qu'en ce jour votre 
cause a reniporté une soleonèUe et décisive victoire! 

a II faut donc ici un mot pour votre cause, un mot. pour la 
vérité, un mot aussi pour la grande vi'ctoire que vous venez 
de remporter, victoire pour les destinées de la Pologne !... 

<K Votre cause, quelle est-elle ? Elle est sacrée votre cause. 
Pourq.uoi donc? Parce que tout ce qui est selon Dieu est 
sacré ; parce que tout ce qui est conforme à la pensée de Dieu 
est sacré, de même que tout cela est saint... Qu'est-ce qu'une 
chose sainte.?... Cest une cho^e qui est selon la pensée de 
Diej. Or, votre cause renferme la famille et la patrie... Est-ce 
que Dieu ne veut pas la famille et la patrie? Qu'estrce que la 
famille? L'établissenient de Dieu. Qu'est-ce que la patrie ? La 
réunion d'un qertain nonàbre de fatmilles. Le divin Sauveur a 
aimé sa patrie... Vous savez qu'un jour, la voyant près d'être 
la proie de calamités immenses, il a pleuré sur elle; il n'a 
pleuré que trois fois : sur l'ami té, sur sa patrie, sur l'huma- 
nité... » 

Plus loin, le vénérable curé de la Madeleine, explique cette 
idée de victoire : 

. —Une' grande victoire !... Voyons, qu'est-ce qu'une grande 
victoire remportée î... . 

a Sont-ce des ennemis abattus, renversés ? Sont*ce des tor- 
rents de sang répandus, des villes incendiées?... 

a Ce n'est rien de tout cela. 
' ; a Qu'estrce donc qu'une grande victoire ?... 

• C'est quand Tennemi est vaincu, désarmé, subjugué par 
la puissance morale, bien autrement puissaute que celle des 
armes 1 Alors c'est une véritable victoire; alors )a cause qu'on 
soutient est victorieuse !... 

a C'est pour cela que nous vous déclarons vainqueurs dans 
.cet événement dont nous célébrons en ce moment la mémoire. 
Voyez les pjremiëres lettres des noms de ces illustres victimes, 
appendues sur ces murs : ce sont des martyrs, ce sont aussi 
des vainqueurs, .car martyr veut dire vainqueur. Oui, nobles 
victime^ dont nous honorons la mort, le sang a été répandu, 
la foule a été dispersée, jetée de côté et d'autre^ et vous avez 
vaincu !... » 

H. l'abbé Deguerry terminait son 4iscours par cette tou- 
chante péroraison : 

« Voici un trait tiré de l'histoire de l'Église, qui m'est d'ail- 
leurs suggéré par votre propre bilstoire : Une jeune fille est 
amenée dans l'arène. Les juges l'avaient condamnée à être 
dévorée par les bêtes. Un lion entre dans l'arène. Il la regarde. 
Il s'arrête d'abord, it s'approche d'elle, ensuite lui lèche les 
mains et se couche à ses pieds ] 







4 



■^ 



>4 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE. 373 

a Pologne! il y a plus d'an siècle que, par les divisions 
intestines bien plus que par la force de tes ennemis^ tu es en- 
trée dans Tarène du martyre. Plusieurs fois tu as essayé de 
briser tes fers^ et plusieurs fois ou t'a donné des promesses 
sur lesquelles tu devais compter. Noble Pologne ! toi, tu as 
toujours donné ton sang ! Tu es dans l'arène^ tu ne peux plus 
briser tes fers pour les jeter à la tête de ceux qui en ontchargé 
tes bras ; tu ne peux plus lutter contre le lion qui te regarde 
et qui semble te menacer de sa férocité. Il te regarde^ mais il 
ne s'apprête plus à te dévorer. Un cri de réprobation retenti- 
rait sur sa tête : il te regarde^ il s*approcbede toi, il écoute ta 
plainte ^ il semble vouloir accorder quelque chose à ta 
souffrance. Noble Pologne l tu verras tomber tes liens dans 
quelques jours, dont je ne sais pas le nombre. Le lion viendra 
lécher tes plaies, baisjer tes piçds meurtris. L'Europe qui^ 
aujourd'hui^ te regarde^ s'unira à toi, et alors tu continueras 
ta grandeur» et tu élèveras les mains au ciel, en disant : 
Christ, par qui j'ai vaincu, soyez éternellement adoré : à vous 
la gloire^ la reconnaissance^ à vous Tamour i Ainsi soit-il. i» 

. La société agronomique avait été dissoute par un ukase du 
6 avril. Le peuple de Varsovie fut très-ému de cette mesure 
que pour lui rien ne motivait^ et dont nous avons donné les 
singuUères raisons. Cette émotion causa des rassemblements 
très-paci&queS; que les russes dispersèrent les 8 et 9 avril en 
massacrant les citoyens inoffensifs, et tout particulièrement 
ceux qui^ infirmes ou âgés ne pouvaient se retirer assez vite 
devant les charges de cavalerie exécutées dans les rues de la 
ville. 

Ne pouvant se défendre contre ces injustes agressions, les 
Polonais protestèrent de la seule façon qui leur fut possible. 
Réfugiés dans leurs églises, ils priaient et chantaient leurs 
cantiques nationaux. Le premier, composé par le poêle Aloys 
Felinski en 1815^ est un appel à l'intervention divine, appel 
touchant, filial, et sans excitation violente à la haine des mos- 
covites : 

«Seigneur Dieu^ toi qui, durant tant de siècles, entouras la 
Pologne de splendeur, de puissance et de gloire ; toi qui la 
couvrais alors de ton bouclier lutélaire, en détournant d'elle, 
les malheurs dont on voulait Taccabler, 
Seigneur ! 'prosternés devant t^s autels, nous t'en conjurons, 
« Daigne conserver notre chère patrie 

a Seigneur Dieu, toi qui, plus tard, ému de notre chute, as 
protégé lescombaltants pour la plus sainte des causes; toi qui 
voulais avoir l'univers pour témoin de leur courage, et faire 
grandir leur gloire au sein même de leurs calamités, 
Seigneur ! prosternés devant tes uulels, nous t'en conjurons, 
« Daigne conserver notre chère patrie I 



374 HI8T0IRB 

a Seigneur Dien^ rends à notre Pologne son antique splen- 
deur^ fertilise nos champs et nos plaines dévastées par une 
guerre injuste; que le bonheur et la liberté fleurissentà jamais 
parmi nous. Dieu^ daigne apaiser ton courroux et cesse de 
nous éprouver. 

Seigneur ! prosternés devant tes autels, nous t'en conjurons^ 
« Daigne conserver notre chère patrie ! 

a Dieu,.dont le bras juste brise en un clin d'œil les sceptres 

des maîtres du monde, mets à néant les desseins perfides de 

nos ennemis, réveille Tespérance dans chaque âme polonaise. 

Seigneur ! prosternés devant tes autels, nous f en conjurons^ 

« Rends-nous notre patrie, rends-nous notre liberté ! 

« Dieu très-saint ! partes divins miracles, éloigne de nous les 
calamités et les horreurs des champs de bataille, daigne unir 
tes peuples par le nœud de la liberté, et plaçe-les sous le 
sceptre de Tange de la paix. 

Seigneur ! prosternés devant tes autels, nous t'en conjurons, 
« Rends-nous notre patrie, rends-nous notre liberté ! » 

Le cantique de Camille Uieyski, composé en 1846, à Toc- 
casion des massacres de Gallicie, est des plusénergiaues. C'est 
un cri de haine et d'espérance, un appel à la maléaiction di- 
vine : 

« Avec la fumée des incendies et du sang de nos frères, 
cette voix s*élève vers toi. Seigneur. C'est une plainte terri- 
ble, c'est un dernier soupir. De pareilles prières font blan- 
chir les cheveux. Nos prières ne sont plus que des gémisse- 
ments. La couronne d'épines s'est fixée sur notre front comme 
un signe de ta colère* Nos mains suppliantes s'élèvent vers toi. 

a Et nous, nous regardons dans le ciel si deses hauteurs cent 
soleils ne tomberont pas pour confondre nos ennemis ! Tout 
est tranquille dans l'azur des cieux; comme toujours, l'oiseau 
libre y voltige. Alors, dans l'égarement horrible du doute, 
avant que notre foi se réveille, nos lèvres blasphèment, bien 
que nos cœurs saignent. Aussi, juge-nous d'après nos cœurs, 
et non d*après nos paroles ! 

« Combien de fois ne nous as-tu pas fustigés ? Et nous, 
avant que le sang de nos dernières blessures ne fût séché, 
nous nous écriions de nouveau : « Il s'est laissé fléchir, car 
«c il est notre Père, il est notre Seigneur ; » et, de nouveau, 
nous nous relevons plus sincères dans notre confiance. Et ce- 
pendant, avec ta volonté, l'ennemi noua écrase de nouveau. 
Son rire, comme une pierre sur notre poitrine, nous crie : 
Où est donc ce Dieu, leur Père ? 

a Seigneur i Seigneur ! le monde a horreur des choses 
terribles que le temps nous apporte. Le fils a tué son père, le 
frère a tue son frère. Il y a, parmi nous, des masses de Caîn. 
Mais, ô Seigneur, ils sont innocents, bien qu'ils aient reculi 



DE LA RÉyOLUTION POLONAISB. 

notre avenir ; d'autres démons ont traTaillé avec eux. 
glaive flamboyant, punis seulement la main qui les 

rigés. 

« Regarde, dans le malheur, nous sommes toujours les 
mêmes. Comme les oiseaux des bois qui vont reposer dans 
leurs propres nids, nous nous élevons vers toi, vers les étoi- 
les, par la prière. Préserve-nous, par ta main paternelle ; 
promets-nous de voir ses futurs bienfaits ; que le parfum de 
la fleur du martyre nous endorme, que Tauréole du martyre 
nous entoure ! 

a Et, avec son archange en tète, nous courrons à la lutte 
sanglante, et, sur le cœur palpitant de Satan, nous enfonce- 
rons ton étendard victorieux. Nous ouvrirons nos cœurs à nos 
frères égarés ; le baptême de la liberté lavera leur faute. 
Alors, le vil blasphémateur entendra notre réponse : // y 
avait, il y a un Dieu. » 

Mais les églises mêmes n'étaient pas sacrées pour les Rus- 
ses. Les femmes, les enfants, les vieillards, qui chantaient des 
hymnes patriotiques, se virent mitraillés dans leur temple. 
On arrachait les prêtres de l'autel, les cosaques se paraient de 
leurs ornements sacerdotaux. 

Ces profanations obligèrent le clergé polonais à fermer les 
églises. Toute la population prit le deuil. Hais le deuil même 
sembla factieux aux Moscovites, qui mirent le pays en état de 
siège. 

Un doit penser quelles affreuses rigueurs étaient la consé- 
quence de cette mesure, exécutée par des barbares. La Polo- 
gne laissait faire. Elle attendait, pour se lever, une occasion 
solennelle. Cette occasion lui fut bientôt fournie. Sentant le 
sentiment national vivace, malgré toutes les persécutions, 
Alexandre II dût trouver le moyen de l'éteindre en adoptant 
enfin la théorie du marquis Wielopolski sur le Panslavisme. 
C'était le fameux recrutement qui donna le signal de celle 
immense révobition à laquelle nous assistons aujourd'hui. 

Hais avant d'entrer dans les détails de cet acte politique, 
expliquons un peu ce qu'est le marquis Wielopolski, et ce 
qu^est son système. 

Ecoutons Henri Martin (1) : 

« La Pologne, après 1831, semblait finie pour cette fois 
sans retour. L'armée nationale dissoute, la langue russe en 
possession exclusive de l'administration et de l'enseignement, 
les études libéralessystématiquement étouffées, le terrorisme 
en permanence, une conscription écrasante enlevant inces- 
samment de^ ses foyers une jeunesse qui ne les revoyait ja- 
mais ; ce n'était point assez : quarante-cinq mille laniiUes 

(1) Pologne et Moscovie, 



376 HISTOIRB 

sont déportées au Caucase !... Ce n'était point encore assez : 
Tenlèvement d'un seul enfant juif a plus fait que cent griefs 
séculaires pour perdre le gouvernement du pape ; le pape- 
empereur du Nord» arrache par milliers les enfants à leur 
mère, pour les envoyer pénr dans les déserts de la Rus- 
sie! » 

Le succès paraissait d'autant plus complet que la Pologne 
russe ne bougeait pas, quand les deux autres fragments de 
cette grande nationalité se soulevaient. En 1846, Cracovieet 
laGaliicie; en 1848, Posen et encore Cracovie se révoltent 
contre la Prusse et rAutriche, tandis que la Pologne russe 
reste immobile. Elle semble morte. 

Cette mort, c'était la lente, mais profonde et sûre prépara- 
tion à une vie nouvelle. La Pologne, démembrée^ réunissait, 
retrempait en silence ses membres déchirés ! 

Tuée par les divisions des sectes et des castes^ elle renais- 
sait par Tunion dans le commun martyre I 

Le fanatisme religieux avait détruit, en Pologne, l'unité. 
Au fanatisme a succédé Vesprit vraiment chrétien. 

Le malheur a éclairé les esprits et touché les âmes, et les 
sentiments de justice et d'égalité préparent l'enfantement 
d'une nouvelle Pologne. 

Nous avons vu les trois envahisseurs réunis à Varsovie. 
La Pologne avait subi leur présence comme an outrage. 
Elle avait compris leur alliance comme un pacte conclu 
. pour son asservissement éternel. 

Aussi bientôt, sans autre impulsion que le sentiment de sa 
foi dans son existence nationale, la Pologne se lève. Désar- 
mée, elle se lève sans armes. La révolution n'a, pour elle, 
que le chant des hymnes, que la prière dans l'église. El 
voyez comme elle est puissante cette idée révolutionnaire: 
prêtre, ministre, rabbin, se donnent la main. Chacun selon 
son rite, adresse à Dieu le même cri d'espoir, la même fer- 
vente prière. 

C'est que pour la Pologne toutes les religions se sont réu- 
nies en une seule, une sorte de religion nationale, dont la 
devise est Dieu et la patrie t Leur dieu n'est ni celui des 
chrétiens, ni celui des Juifs, c'est le Dieu de la justice et de 
l'humanité. 

Ce peuple s'avance en chantant, hommes et femmes, en- 
fants et vieillards, devant les bataillons ennemis. Il s'arrête, 
les bras croisés sur la poitrine, sans résister et sans fuir, 
sous les sabres levés et la fusillade. Ceux qui ne tombent pas 
continuent le chant; les autres apparemment l'achèvent de- 
vant Dieu? 

Que pouvait le despotisme sur ce grand peuple ? N'avait-il 
pas à craindre que le soldat se lasse d'être bourreau ? 



DB LA KÉVOLCTION POLONAISE. 377 

Il fallait à la Russie un moyen de forcer la Pologne à pren- 
dre les armes, afin d'avoir un motif pour Técraser. 

Biais qui trouvera ce moyen? Les Husscs connaissent trop 
bien les mensonges officiels de Sainl-Péfersbourg, pour se 
contenter de paroles, et il faut qu'ils luent la Pologne. Quel 
moyen emploiera-t-on pour armer le peuple esclave contre 
ses oppresseurs ! 

En vain les hommes d'état russes cherchent- ils. C'est un' 
Polonais nui peut seul trouver le moyen d'étouffer le cri des 
Polonais demandant une patrie. 

C'est le marquis Wielopolski. 

Est-ce un ennemi de son pays, ou bien est-ce un homme 
qu'une immense erreur a entraîné dans une voie fatale ? 

C^est un patriote exclusif, un homme à idées arrêtées, pré- 
conçues, qui, se trouvant méconnu par les Polonais, s'est 
adressé aux Russes. 

Il n'a pas trahi les hommes, mais la nationalité. Il voulait 
sincèrement que le sang ne coule pas. Il assassinait la Polo- 
gne, mais croyait ne pas tuer un Polonais. 

Voici son histoire : 

Il servait la révolution en 1831. Envoyé à Londres, il y pré- 
senta des mémoires diplomatiques très-remarquables a lord 
Palmerston. Ses efforts se brisèrent contre le parti-pris d'im- 
mobilité de TAngleterre. Quand la révolution fut vaincue, il 
n'émigra point. Il attendit. 

Pendant quinze ans, il garde le silence. En 1846, il écrit 
un ouvrage d'une sombre éloquence : Lettre d'un gentil- 
homme polonais au prince de Me tternich^C'é\sii\ au sujet des 
massacres de Gallicie. L'Europe tout entière fut remuée parce 
livre. 

« La Pologne, disait-il, abandonnée de l'Occident, ne sau- 
« rait s'affranchir de ses trois oppresseurs; qu'elle se donne 
« à un seul, à celui qui est Slave comme elle ; qu'elle abiii- 
a que dans un suicide vengeur, et qu'elle punisse l'Europe 
c( en créant le Panslavisme ! d 

Il 7 avait, dans ce programme, une monstruosité et une 
erreur. 

L'erreur, c'est que la Russie, — c'est-à-dire la Moscovie, 
n'est pas Slave. 

La monstruosité, c'est que la nationalité polonaise repré- 
sente la liberté, plus que l'idée de race, et que proposer à la 
Pologne d'abdiquer son titre de nation, c'est lui faire abdiquer 
sa liberté. 

« C'était, dit Henri Martin, la tentation du Christ sur la 
montagne 

c Renonce à ta mission, à ton âme, et tu auras, au lieu de 
c la croix et de la couronne d'épines, les couronnes et kss tré- 

48 



378 H16T0IRB 

a sors de la terre, — et quelque chose de plus que ce qui fut 
o offert au Christ, la vengeance! », 

c< La tentation était forte. La Pologne ne devait rien à PEu- 
rope; rien, hélas! pas même à la France! 

a Rien à rAllemagne ! ce serait trop peu dire : ce qu'elle 
lui devait, c'est à la conscience de rAllemagne que nous le 
dcnriandons! 

a La Pologne refusa. Cette nation vraiment sainte ne voulut 
pas descendre de son calvaire. 

« Le marquis Wielopolski s'enfonça seul dans sa pensée. 

« Nicolas, bien assis dans son terrorisme, méconnut ou dé- 
daigna le concours qu^offrait à sa force matérielle cet esprit 
redoutable. Avec Alexandre 11, le marquis Wielopolski crut 
son jour arrivé. Un moment il fut ému, ou du moins étonné, 
par la grandeur et par les formes inouïes du mouvement 
populaire de 1861; mais il n'avait que dédain pour les pacifi- 
ques révolutionnaires qui avaient préparé ce mouvement par 
trente années d'obscures et infatigables travaux, et qui résu- 
maient leur sentiment et leur action dans ces deux mots : 
droit et patience. Zamoîski et Wielopolski se trouvèrent alors 
en présence comme le bon et le mauvais ange de la Pologne. 

« Le marquis fut enfin accepte à Saint-Pétersbourg, où avait 
commencé cette politique d'incohérence et de contradictions 
énormes qui a remplacé le simple et net despotisme de Nico- 
las. » 

Pendant ce temps, il y avait à Varsovie un homme qui con- 
trebalançait rinfluence russe, sous le gouvernement du grand 
duc Constantin. C'était le comte André Zamoîski. L'idée q^ue 
représentait le comte, c'était la Pologne libre, autonome, in- 
dépendante ayant un gouvernement polonais, une adminis- 
tration polonaise, une armée nationale, mais un souverain 
russe, un prince de la famille du Czar ou le Czar lui-même. * 

Wielopolski commença par faire intenter à Zamoîski un 
procès de haute trahison. Il ne réussit pas. Il ne pût parvenir 
qu'à le faire envoyer en exil, sans lui donner le temps de dire 
adieu à sa femme mourante. 

« Et pourtant, dit Henri Martin, un reste de sentiment 
national se débattait encore dans cette âme étrange; tout en 
prétendant faire disparaître la Pologne dans la Russie, il eût 
voulu çouverner la Pologne avec des Polonas, avec la langue 
polonaise; il visait, au fond, à faire gouverner la Russie elle- 
même par l'intelligence et l'activité des Polonais. Une espèce 
de patriotisme monstrueux se laissait encore entrevoir dans 
son (sniement de la patrie. Hais l'esprit de système ulcéré 
par la résistance qu'il soulevait, la haine pubhque dccbainée, 
les quelcjues tentatives individuelles de violence désespérée 
qui succédèrent tout à coup à optte douceur unanime dans la 



DE LA RÉVOLUTION POLONAISE. 379 

martyre, impossible à soutenir longtemps pour la nature 
humaine, poussèrent rapidement le lieutenant du czar à 
cette fureur froide des tyrans où s'abîme tout ce qui reste en 
eux d'humain. 

« Il faut qu'il écrase tout ce qui résiste. 

« Ce qui résiste, c'est tout ce qui fait groupe et tout ce qui 
sait lire. 

« Ce qu'on peut gagner peut-être, c'est la portion la plus 
ignorante, la plus dispersée, mais la plus nombreuse, les 
classes agricoles. 

« II cherche, il se concentre, il se résume. 

« L'homme de la Lettre au prince de Metternich va de- 
mander ses inspirations à la tradition de Metternich. » 

C'est Torganisation de la Vénétie qu'il va imiter, et même 
dépasser. 

Pour cela il supprime la conscription générale, et la rem- 

tlace par une conscription sans tirage, sur désignation facul- 
itivedeTautorité! 

On rasait ainsi les trois classes révolutionnaires, petits, 
nobles, bourgeois, ouvriers, toute la sève, toute la vie de la 
nation. 

Hais en même temps l'autorité n'attaquait pas le paysan. 
Elle le laissait à sa charrue. 

Que devail-il arriver? 

La conscription s'opérerait silencieusement, et la nationalité 
polonaise était tuée sans coup férir. 

Ou il y allait avoir révolte, insurrection, et on voyait cette 
nationalité dans le sang. 

Des deux façons le panslavisme était établi. 

La stupeur, on l'eût d'abord à Varsovie ; une nuit. les exécu- 
teurs de l'œuvre de Wielopolski forcèrent, comme des voleurs 
nocturnes, les portes des familles varsoviennes, et en arra- 
chèrent, au milieu des pleurs et des cris de toute la cité, les 
victimes désignées. Le lendemain, le journal officiel rendit 
hommage aux bons sentiments des conscrits, satisfaits d'aller 
servir sous le drapeau de leur prince. 

C'en était tropi la Pologne ne put supporter ce dernier | 

outrage. L'insurrection qu'on voulait, on l'eut. Les conscrits, i 

traînes dans la citadelle, refusèrent le serment. ! 

a Les recrues des autres villes, où les opérations allaient 
suivre celles de Varsovie, résolurent de se faire tuer dans 
leur patrie plutôt que d'aller mourir au Caucase. Dans la nuit 
du 22 au 23 janvier, on se jeta partout avec des faux, des 
bâtons, ou les mains désarmées, sur les garnisons russes, leurs 
baïonnettes et leurs canons. 

a Voilà, dit M. Henri Martin, ce qu'on a eu l'audace de 
nommer une tentative de Saint-Barthèlemy, Là où les Russes 



380 SISTOIBB 

se sont laissé surprendre^ on les a désarmés et renvoyés libres. 
Par compensation , bon nombre d'insurgés faits prisonniers 
ont été passés par les armes avec plusieurs officiers de Tarmée 
russe qui les avaient rejoints. 

a Et maintenant les hommes de tout rang^ de tout ftge, sont 
accourus de toutes parts s'unir à cette jeunesse désespérée. 
Les paysans font mentir les espérances insultantes qu'on avait 
fondées sur eux. La guerre de partisans s'étend, multiple, in- 
saisissable, immense. 

« Et maintenant, que les imprécations de ces milliers 
d'Iiommes réduits à errer comme des loups dans les forêtâ, 
parmi les neiges, pour n'avoir pas voulu livrer leur cou au 
collier comme des chiens servîtes; que les malédictions des 
mères désolées, que les cris d'angoisses des familles livrées 
aux fureurs de la soldatesque étrani^ère déchaînée dans les 
campagnes, que l'anathème qui monte des poitrines d'une 
nation entière éclate et tombe sur une seule tête! — sur la 
tète de l'homme dont Tinsolent orgueil a prétendu disposer 
seul des destinées de son peuple, malgré son peuple et contre 
son peuple! 

a Le marquis Wielopolski a voulu un nom retentissant dans 
Phistoire. 

a II Taura. 

€ On dit : Koscîuszko. 

a On dira : Wielopolski. (1) » 

C'est qu'en efi'et, ce mouvement n'est pas seulement aujour- 
d'hui une de ces aurores sanglantes qui précèdent le grand 
jour de l'affranchissement. Le soleil de la justice a enfin lui. 
L'insurrection désirée par Wielopolski, a dépassé ses calculs. 
Il s'attendait à une émeute dans les rues de Varsovie, au calme 
dans la Pologne. Varsovie est restée calme et silencieuse^ et la 
Pologne' entière s'est levée. 

(i) Pologne etMQficovie, 



DELA RÉVOLCTION POLONAISE. 381 



CHAPITRE XVI 



Le gouYernement national aux conscrits polonais. -^ Le recratement. — 
Compte rendu du journal officiel. — L'insurrection commence. — 
Adresse aux ouvriers français sans travail. — Les faucheurs. — Actes 
répressifs du gouvernement moscovite. — Maryan Langiewicz. — Son 
histoire. — Le camp de Wonchock. — Combat de Mielico. — Bataille 
de Sainte-Croix. — Attaque du camp polonais de Staszow. — Langie* 
wicz cerné par les Russes. — Bataille a*01kusz. — Le camp de Gorscza. 
— Portrait de Langiewicz. — La reine des insurgés. — Mademoiselle 
Poustowojtoï. ^ L armée polonaise,* — Instructions et manœuvres. — 
Langiewicz est nommé dictateur, — Sa proclamation. — Cérémonie 
d'investiture. 



Pour ceux qui lisent Thistorique des événements dont la 
Pologne est le théâtre, dans les journaux inféodés à la poli- 
tique russe, nous n'avons pas à revenir sur la mesure du 
recrutement que nous venons d'apprécier sommairement 
dans le précédent chapitre. 

Dès que la nouvelle en courut, Fopinion publique en Po- 
logne ne pût croire à la réalité du fait. On ne croyait pas que 
le système Wielopolski pùi être pris au sérieux. On ne soup- 
çonnait pas le czar d'être à la fois assez cruel et assez maladroit 
pour engager ainsi un duel à mort entre Théroique Pologne 
et la froide Hoscovie. 

1 La preuve de ce fait, est que sur le bruit d'un prochain 

I recrutement, un écrit daté de Varsovie le !•' janvier 1863, cir- 

j cula dans le pays, distribué par des patriotes, et émanant d'un 

comité secret, impalpable, introuvable, germe du gouver* 

nement nalional : 

Cet écrit, fort remarquable par sa modération est intitulé : 

A ceux qui seront atteints par la conscription^ un mot d'adieu. 

On n'y trouve aucune excitation à ]^ désobéissance, rien de ce 

qui pourrait motiver des infractions aux lois militaires : 

a Vous serez enrôlés non sous votre véritable drapeaUi 



382 HisTOUis 

mais soas œlui de la Russie. Nous avions espéré que la déli- 
vrance du pays précéderait et empêcherait ce nouveau recru- 
tement. Dieu ne Fa pas voulu. Nous devons^ non pas nous 
plaindre, mais travailler à ce que cette conscription soit la 
dernière. 

a Vous qui en serez les victimes, le pays vous accompa- 
gnera de ses prières et de ses vœux. Vous ne renierez pas 
votre patrie; vous garderez, au contraire, profondément en- 
raciné dans vos cœurs le sentiment national, et vous servirez 
partout où vous le pourrez la cause de la Pologne. 

«La Pologne vous demande ce sacrifice, et c'estle plusgrand 
que vous puissiez lui offrir. Il est beau sans doute ae cueillir, 
par une résolution hardie, la palme du martyre; mais il est 
plus difficile et plus glorieux de vivre, loin de sa patrie, d'une 
viede sacrifices continuels et sans cesse renouvelés, sans laisser 
fléchir sa foi et son patriotisme. C'est là ce que (e pays vous 
demande* 

et Vous laisserez derrière vous des mères, des sœurs, des 
femmes condamnées au veuvage anticipé; des enfants devenus 
orphelins; ne craignez rien pour elles ni pour eux; le pays 
les prendra sous sa protection; vos enfants deviendront ceux 
de la nation, et seront élevés par elle comme ils t'auraient été 
par vous, dans des sentiments de liberté et de patriotisme. » 

La Pologne n'avait pas compris jusqu'où allait la cruauté de 
ses bourreaux. 

Mais son erreur ne fut pas de longue durée, car le 12 janvier 
le gouvernement russe expédiait dans toutes les directions 
des instructions qui ne laissaient pas ïe moindre doute. 

Les maires, les commissaires de police et les bourgmestres 
devaient veiller sur la conduite de toute personne n'ajant 
pas d'occupation fixe, et surveiller attentivement les agita- 
teurs, soit qu'ils résidassent dans la localité soit qu'ils vins- 
sent du dehors. t\u premier siçne inquiétant, les agitateurs 
devaient être livrés au chef du district ou au commandant de 
gendarmerie. Les autorités étaient à ce sujet investies d'un 
pouvoir discrétionnaire. 

11 était défendu de laisser célébrer aucun service religieux 
en commémoration de faits historiques ou d'anniversaires 
nationaux ; de laisser prier pour les condamnés ou pour les 
personnes mortes en prison ou dans Texil ; de laisser chanter 
dans les églises les hymnes défendus par le gouvernement 
impérial et royal. 

Toute manifestation extérieure d'un caractère national 
devait être empêchée soit par la persuasion, soit par la force. 
Toute espèce d'illuminations, non autorisées sur quelque 

E)int que ce soit, devaient être immédiatement signalées par 
police à la gendarmerie qui éiait chargée de^ punir ceux 



DB LA RÉVOLUTION POLONAISE. 383 

qui les auraient allumées, et ceux qui se seraient opposés à 
ce qu'elle fussent éteintes. 

Les costumes nationaux et vêtements de forme insolite 
étaient de nouveau défendus. Les récalcitrants devaient-être 
immédiatement arrêtés et livrés au tribunal de simple police^ 
puis envoyés, s'il y avait lieu au district ou au commandant 
de gendarmerie. 

Tous emblèmes nationaux et inscriptions ayant un carac- 
tère public^ devaient-être immédiatement effacés. La plus 
grande surveillance allait-être exercée sur tous les écrits^ 
placards^ brochures non autorisés, et sur les personnes soup- 
çonuées de concourir à leur propagation ou seulement d'en 
avoir en leur possession. 

A la moindre infraction^ à la moindre observation sur cet 
arrêté^ les délinquants ou récalcitrants devaient-être saisis et 
livrés a Tautorité militaire. 

Cette dernière mesure pouvait augmenter sensiblement le 
nombre des recrutés involontaires. On choisit pour mettre le 
projeta exécution lanuit du iSjanirier 1863. Les victimes furent 
enchaînées et traînées dans les casernes et la citadelle, au* 
milieu des cris, des larmes, des malédictions des familles. 

Ces recruteurs trouvaient drôle, de prendre les passants 
et de les enrôler; quelquefois deux hommes portant le 
même nom, les exécuteurs du plan Wielopolski, choisissaient 
un malade alité. C'était un délassement comme un autre. 

Les conscrits, étaient liés étroitement les mains derrière le 
dos. 
A cinq heures du matin l'opération était terminée. 
La Pologne n'avait pas remué devant l'attentat. Hais quelque 
chosede plus horrible que le crime lui-même devait soulever 
cette nation comme un seul homme. 

Ce fut le compte rendu du journal officiel. Le voici dans 
toute son infamie : 

a Le recrutement s'est opéré à Varsovie, avec une tran- 
« quillité et un ordre parfaits. On n'a pas eu à rencon- 
a trer une résistance, même isolée, et depuis trente ans, 
c( il n'y a pas eu d'exemple que les recrues aient montré tant 
a d'empressement et de bonne volonté. 

a A l'heure qu'il est dans les sallesde l'Hôtel-de-Ville et de 
a la citadelle, où les conscrits sont provisoirement placés, ils 
a témoignentles meilleures dispositions et montrent même|de 
a la gaieté. 

a Beaucoup d'entre eux se sont plaints des machinations 
« du parti de l'action et des prétendues autorités de ce parti 
« qui, de la voie du travail honnête, les a jetés dans celle de 
a Toisivetéet des illusions chimériques, les privant ainsi de 
a leur unique source de revenu, plaintes qui sont d'accord 
« avec les aveux faits devant la cour martiale. 



384 HISTOIRE 

a Beaucoup ont aussi exprimé leur sali sfacUon de ce qu'à 
a ré<'ole d'ordre qu'ils trouveront dans le service militaire, 
« ils pourront s'affranchir de l'oisiveté de la vie inoccupéi; 
a qui leur parait, aujourd'hui surtout où la diminution des 
a années de service (15 an^ au lieu de 25) et le changement 
a dans la manière dont on traite les soldats^ mettent dans de 
a toutes autres conditions ceux qui entrent dans les rangs mi- 
a lilaires. 

a Ceci est tellement vrai, qu'un grand nombre de personnes 
« désignées pour le recrutement et qui, absentes pour le 
« moment, ignoraient le jour de la levée, ou, pour d'autres 
« raisons, n'avaient pas été trouvées à leur domicile, se pré- 
ce sentent volontairement devant l'autorité. 

a Le lendemain même du recrutement, quarante-neuf in- 
a dividus se sont ainsi présentés. 

a 11 se trouve même des volontaires. 

u Les mesures répressives, préparées à Varsovie par les 
« autorités civiles et militaires, pour le cas de désordre n'ont 
« dû nulle part être employées. 
^ « La conduite de la troupe et de la police a été exemplaire, 
« et le résultat si satisfaisant de celte importante opération 
« dans la capitale , fait espérer que le recrutement s'accom- 
« plira de la même manière dans les provinces et que, là 
« aussi, les tentatives des anarchistes, pour provoquer des 
a troubles, resteront sans résultat. » 

L'impression produite par cet article fut immense. Cette 
goutte de poison fit déborder le calice. Ce qqe n'avait pu 
encore exciter aucun des attentats commis depuis deux ans à 
Varsovie et ailleurs, dit M. de Hontalembert, a été l'œuvre du 
scribe anonyme qui a écrit ce mensonge dans sa feuille offi- 
cielle. Sa main vénale a mis le feu aux poudres. Cet outrage 
public à la douleur et à la pudeur publiques, prendra rang 
dans l'histoire, à côté de ces outrages à la pudeur des femmes, 
qui donnèrent le signal, à Rome de l'expulsion des Tarquins 
et des Décemvirs; à Palerme, des Vêpres Siciliennes. Honneur 
immortel au peuple que l'injure morale révolte plus que tous 
les supplices matériels; qui peut tout subir, tout endurer, 
hormis Thypocrisie officielle, hormis le mensonge promulgué 
en son nom et pour son compte. Esclave, soit; mais esclave 
reconnaissant et satisfait, non; esclave qui se laisse féUciter 
d'être libre et heureuxy non, mille fois non ! 

Garotté, bâillonné, déporté, soit encore; mais sous l'en- 
trave, sous le bâillon, et sous le knout, le polonais veut au 
moins que le monde le sache victime et jamais complice de la 
servitude. La mort et la ruine, tous les désastres et toutes les 
tortures, plutôt aue l'adhésion silencieuse au mensonge cou- 
ronné et impuni! 



* DE LA RÉVOLITTKm MLONAISB. 385 

Le Comili eentrtU national, n'airail eu jaaqaalors d'autre 
mission que de veiller à la conservation des principes de 
nationalité qui sont comme la base de Théroîsme polonais. Il 
comprit dès lors sa mission. Il n'y avait d'ailleurs pas à re- 
culer. L'insurrection allait commencer. 

Eh bien! cette puissance inconnue, anonyme, s'éleva aussi- 
tôt à la hauteur de sa tâche. 

Le 18 janvier une proclamation, répandue immédiatement 
sur tout le sol potonais-lilhuanien-ruthénien , appelait aux 
armes, tous les hommes de cœurl 

C'était le signal attendu depuis trente-trois ans! Cétait ce 
que Wielopolski espérait, mais moins grand, moins puissant» 
moins unanime. 

Cette proclamation la voici. Elle est le premier acte du gw^ 
vemement national, elle appartient à Tbistoire : 

« Polonais, 

« Ce désastre ne nous fait pas reculer; nous allons hardi- 
ment en avant, remplis.de confiance en Dieu et en la sainteté 
de notre cause. 

< Le comité central national ne s'est pas dissout, il existe 
continuellement, fort, et animé d'autant plus de zèle, que la 
situation du pav^ exige une plus granae part d'activité et 
d'énergie. Notre drapeau n'est pas tombé et ne tombera pas; 
ralliez-vous, frères, autour de lui avec d'autant plus.de force 
et d'ardeur que l'ennemi écrase et opprime davantage. 

« Ne perdez pas courage, redoublez Hu contraire d'énergie. 
Que l'ennemi, dans ses projets criminels ultérieurs, trouve en 
vous une résistance vigoureuse et héroïque, et il ne prendra 
plus de recrues. 

a Polouais! appuyez-vous les uns aux autres, par votre 
courage, votre dévouement, votre audace, et nous le jurons, 
nous ne vous abandonnerons pas, nous persévérerons jusqu'à 
la fin et vous vaincrez. 

<c Le Comité central national proclame tout le pays en état 
exceptionnel; il ordonne à tous les véritables fils de la patriede 
se défendre jusqu'à la dernière extrémité, fût-ce individuelle^ 
ment contre le recrutement; il leur ordonne de délivrer ceux 
qui ont été déjà 'saisis par les Moscovites, et de donner asile à 
ceux qui se cachent. 

a II met hors la loi tous les complices polono-russes, qui 
ont pris part à l'accomplissement du recrutement à Varsovie, 
et tous ceux qui, jusqu^à présent, ont prêté la main, ou doré« 
navant la prêteront aux actes criminels de l'invasion. Il est 
permis à chacun de mettre à exécution ce jugement et 
cette sentence sans encourir aucune responsabilité devant 
IKeu et la patrie! » 



388 mmmiB 

' Le !!i j&tivfef^ cette t>ToeIamtttion avait porté ses fraiU. La 
Potogne entière était en insarrection. 

Datis la nuit du 20^ les rues de Yanovie présentaient im 
étrarige spectacle. 
Des bandes de jeunes gens se formaient pour fairf.... 
~ Datis lt3s égUdes, les femmes étaient en prière.». Ces jeunes 
gens entraient^ recevaient la bénédiction du prèkre et par^ 
talent... 

' Le 22, aux environs de Serock, petite vide près de Varsovie^ 
sept cents jeunes gens de la capitale étaient réunis. C'était là 
ùtï des noyaux de cette Immense guérilla!... 
'Le drapeau national» flottait au-dessns de leur fôtel 

Dans ce moment suprême, tandis que les premiers ecmps 
de* fà^ s'échangent, nue rinsurreciion commençai un aote 
des Polonais mérite d'etré êtgnalé ici, car il a une portée im** 
mense^ au point de vue des sympathies françaises pour la 
Pologne. 

Lés ôOHfrïeh; de Varsdvle^ etivoient le 27 janvier aneadtetse 
àtix ouvrière finançais. 

« Salut, frères français! Nous savons que cbei vous beau* 
éQUp d«f fàbric}Ue9 sont fermées, que le coton manqoe et que 
Beaucoup d*ouvHer6 sont sans travail; et nous avons apprit 

Îné chacun ed France, s'impose pour ses frères plus pauvres. i 

Ms, noué Aussi, nous arvons rassemblé, à la hâte, ce que 
ECUS avons pu. Nous vous l'envoyons. Cest peu, mais nous ne 
pouvoné le faire ouvei^tement. Pourtant, cette offirande vous la 
recevrez cordialement, car c'est Toffrande de frères pour leurs 
frères ; et il *y a longtemps ^«e nous sommes frères, cela môme 
A'a pas besom d'être prouvé» NosCrères onttxHnbattu avec les 
vôtres sous le même drapeau. 

' « Nous sympathisons d^autant pins ai^ecvous, que neus 
•<Hllffh!>ns beaucoup nous^miêmes. Vous, du moins, vous aves 
Irotjhe patrie!... » 

Ici Vadresse racontait les événements de 1861» et le drame 
(ont irécetit du recrutement^ puis terminait ainsi t 

« Nous avions Juré il y a deux ans^ qu'il arriverait malheur 
ant Moscovites si leur czar ne nous tenait pas parole. Nous 
avions delà perdu beaucoup de temps à vouloir obtenir paci-* 
flqnemenl des améliorations. Tous sestir«it dans notre nation 

Sue les promesses du gouvernement moscovite sont men-* 
3ngèreSi Alors criant : vengeance! à Dieu Jeunes ou vieux 
nous allons a un combat désespéré. Nous quittons les ateliers | 

et les Ihbriques et nous marchons à la mort, 
c Les Moscovites s'acharnent contre nous s ils ont des | 

Îirmes; il leur vient des renforts. Vous n'ignorez pas, frères 
rançais,que nouslKurona beaucoup de aang à verser, car noua | 

n'avons ni soldats, ni armes, ni poudre à «anoft;.maîaiiaiii 



DB LA RÉV<n.l)TrON POLONAISE. SSl^ 

combatlrons Tolontlers Jnsqu^à l.n mort, car vivre ainsi dan» 
une horrible servitude, c^est impossible. Notre cause est 
bonne et juste, nous nous aidons nous-mêmes, et Dieu noua 
aidera, si personne ne vient à notre secours. 

a Tous ayant dit, frères français^ ce qui se passe chez doqs» 
nous vous prions d'être toujours nos amis. 

« Recevez notre embrassement fraternel. » 

Suivons maintenant la marche de ces héroïques défernseurs 
de la plus noble et de la plus sainte des causes. 

Les deux premières bandesdinsurgés se formèrent à Serock» 
au confluent du Bug et de la Narew, et à Kasmierz. sur la; 
Vistule. ■ 

Le 22, les hostilités commencèrent ; dans la nnit du 23 aq 
2i, il y eut un combat dans les forêts situées entre Lonviez et 
Piotrkovir. Les Russes n'eurent pas l'avantage dans cette pre^ 
mière rencontre, où fut tué un de leurs colonels* 

Au même moment l'insurrection s'étendait «t prenait dei 
aspecb différents. A Radom^ ville située au snd de Varsovie; 
unevingtaine de jeunes gens au cœur même de la vill^, avaient 
fittaqué le principal corps de garde mais s'étaient dispersés 
devant l'arrivée de troupes considérables. A Plock, siiuée à 
Touest de la capitale^ il y avait eu^ le 28 janvier des engage^ 
ments fort meurtriers. A Surate, les Polonais furent pendant 
plusieurs heures, maîtres de la ville. On se battait à la fois ^ 
Rdadzvn^ à Siedlce, à Lomza. Pour quiconque sojt sur M 
carte de Pologne le mouvement insurrectionnel, le fait ca- 
ractéristique de cette guerre, est qu'elle éclate dfe tous cAté$ 
en même temps, sans auMl semble possible qu'un moid'ordfé 
soit échangé entre les diverses bandes. Un corps considérabld 
Be formait dans le gouvernement d^Augustow. Une véritable 
armée se créait dans le palatinat de SandOnnir. *' 

Dès le premier moment, l'héroïsme des insurgés venait 
enflammer les polonais. Dans les derniers jours de janvier, ï 
Plock, l'avocat Zegrzda fut pris les armes à la main. Il se fit 
immédiatement sauter te cervelle pour ne pas rester prison^ 
nier des russes, • 

C'est à la même époque qu*on revit les faucheurs. 

Les faucheurs polonais ne sont^pas, comme on pourrait le 
supposer, des insurgés de hasard. Leur arme est certes la 
plus nationale de la Pologne. Dans toutes les insurrections 
précédentes, la faux a été l'arme démocratique, grâce à la- 
quelle, malgré la prohibition sévère de tont engin de guerre, 
ie peuple r/est jamais désarmé. Quand éclata le mouvement; 
les propriétaires polonais n'avaient pas même le droit de 
posséiler un 'fusw pour se défendre et défeqdre leurs besliau^ 
contre les- atriioaux danjiiereuîi. Maia en revanche }es faut 
étaient assez nombreuses pour que les premiens insurgée 



98it nisTomi 

sorlis des villes puissent s*en armer» Les ouvriers, IcscuUiva- 
teurs, les jeunes gens, tous ceux enfin qui n'avaient pu se 

Erocurer une arme à feu'devenaient Kossyniers. Cest Ig nom 
éréditaire des faucheurs. 

En trois ou quatre jours TinsurrectiOD s'étendait a plus de 
cent localités. Poursuivant malgré cette terrible opposition, 
l'œuvre commencée à Varsovie, le gouvernement russe fixa le 
27 comme jour du recrutement dans les provinces. Mais nulle 
part, il ne put faire exécuter cette mesure. Aux environs de 
la capitale on enleva quelques infirmes que l'on promena 
liés et garottés, ou plutôt que Tou traîna par les rues dans le 
but de faire éclater à Varsovie même une insurrection qui 
eût été immédiatement' punie d'une destruction complète de 
la ville, ce qui eût dans la pensée du gouvernement, éloufiTé 
rinsurrection. 
Mais plus puissant que la tyranme, plus fort que la Russie 

f et ses bourreaux, le comité national maintenait Tordre que 

1 les règlements de police étaient bieu plus tôt de nature à faire 

troubler, par l'exaspération des babi tants. 
Ainsi, le 26 janvier avait paru cette ordonnance s 
a 1* Les attroupements ae plus de trois personnes sont 
défendus ; 

I * tt 2'' Les rassemblements en cas d'incendie sont défendus ; 

' a 3"" Les portes des maisons doivent être fermées à neuf 

heures du soir ; 

a i"" A. partir d'aujourd'hui, on ne pourra pas sortir après 
neuf heures du soir, sans être muni de lanterne ; depuis une 

j heure du matin jusqu'au jour, personne ne doit se montrer 

I dans les rues : 

I c S^" Les cabarets, cafés, restaurants, doivent être fermés à 

: six heures du soir. » 

I . En même temps commençaient les actes de sauvagerie que 

l'on ne peut considérer comme conséquences de la guerre. 

I Ainsi le 28 janvier, à Szydlov^ice, dans le gouvernement de 

I Sandomir, un conflit ayant eu lieu entre les insurgés et les 

; cosaques, ceux-ci, alors que toute résistance avaitcessee, et que 

les insurgés étaient dispersés, se précipitèrent dans la ville, 
qu'ils mirent littéralement au pillage. Après le pillage, vint le 
massacre. Quand il ne resta plus rien à tuer ou à voler, ils 
allumèrent un vaste incendie , qui détruisit entièrement la 
ville. 

Il semble, et c'est un des caractères de cette lutte sans pré- 
cédents, que les soldats de S. M. Alexandre II, croient ayoir 
effacé toute trace de leurs méfaits, quand ils en ont incendié 
le théâtre. La tactique suivie à Szydlowicey fut un exemple 
fidèlement imité. Le lendemain, à Podzentyn, les mêmes faits 
eurent lieu. 



DE LA BiVOLOTIOIf POLONAISE. 389 

Est-ce en vertu d'un ordre supérieur? Est-ce qu^un même 
instinct de destruction forme le fond du caractère national 
moscovite ? 

On ne saurait cependant admettre cette dernière hypothèse, 
car la haute société russe désapprouvait ce brigandage ofÛcicK 
Ainsi, un Kusse écrivait, le 28 janvier de Saint-Pétersbourg à 
un journal français : 

a Qui sont les brigands des recruteurs ou des recrues? En^ 
voycr des Polonais à mille lieues de leur pays, servir vingt- 
deux ans, car c^est bien vingt-deux ans et non quinze que le 
soldat sert chez nous, les mal nourrir, les mal vêtir et les 
battre sans miséricorde, n'est-ce pas là une perspective propre 
à pousser tout un peuple au désespoir? 

a Si Ton émancipe les serfs, pourquoi ne pas émanciper les 
Polonais ? 

a Comment Tempereur peut-il prendre sur son fime toutes 
les cruautés qui se commettent en Pologne? d 

Voyons maintenant qu^eùe était la conduite des Polonais 
dans la lutte. Lorsqu'ils pénétraient dans une ville dont ils se 
trouvaient momentanément les maîtres, ils s'emparaient aus^ 
sitôt de toutes les sommes renfermées dans les caisses pu- 
bliques , mais en donnaient reçu aux dépositaires russes. Ils 
comprenaient merveilleusement que l'argent devait être le 
nerf de cette guerre, et certes ce n'était pas agir déloyalement 
que de faire servira la délivrance, les impôts levés arbitraire- 
ment au profit des oppresseurs. 

. Dans une petite ville voisine de Piock, une somme de plu- 
sieurs milliers de roubles tomba ainsi dans les mains d'un 
chef de bande, qui, ne pouvant en faire l'emploi, ni l'envoyer 
au comité, la restitua aux contribuables* 

Quant aux prisonniers, les insurgés se contentaient de leur 

{)rendre leurs armes et leurs munitions de guerre, sans leur 
aire subir aucune vexation, elles laissaient partir dans leurs 
uniformes. 

C'est ainsi que les insurgés répondaient à la calomnie que 
le gouvernement russe Taisait courir sur leur compte. Les 
agences télégraphiques avaient, en etTet, répandu en Europe 
la nouvelle qu'une Saint-Bartliélemy avait été concertée à 
Vai*sovie, mais qu'elle avait échouée, grâce à la vigueur des 
mesures prises par les autorités civiles et militaires. 

Et l'on a vu, jour par jour, quels événements s'accomplirent 
à Yarsovi»! Du reste, cette calomnie ne fut pas prise en con- 
sidération, et lorsque plus tard, Gorstchakotf énuméra les 
griefs de la Russie contre la Pologne, ileut la pudeur de taire 
celui-là. 

A la fin de janvier, la Pologne toute entière était eu état de 



390 mflTOtti 

Biége^ et fontes lé9 Juridictions étaient remplacées par 4es con- 
seils de guerre. 

A ce moment aussi rinsurrection n'avait aucun espoir. Les 
insurgés ne combattaient que pour mourir dans leur patrie, 
plutôt que d'aller en Sibérie, où une mort moins glorieuse les 
attendait. Tous les incidents de cette période, révèlent cette 
pensée désespérée. Un fait, provenant dé source certaine, le 
montre mieux que tout ce que nous pourrions dire. 

Le !•' février, un jeune homme de dîx-huit ans, pénétra 
dans la ville, char^d^u ne mission de sescompagnonsd'arines 
et attiré par le désir de voir sa famille. 

11 avait une blessure au front et quatre doigts de la main 
coupés. 

Sa mission remplie, ses parents voulurent le retenir et I^ 
conjurèrent, à genoux, de rester au moins parmi euxjusqu^a 
ce que ses plaies fussent guéries : a Le temps me {)resse, ré-r 
a pondit le noble enfant, et je nç puis m'arrêter ici davan-* 
« lage. Vous dites que notre perte est assurée; c'est ce que 
c nous verrons. Prankowski, notre chef, dit qu'avec des bâlonç 
a et desconteaux nous pourrons nous emparer des baïonnettes 
« russes, et qu'une fois maîtres de leurs baïonnettes, il sera 
< facile de leur prendre leurs canons. it 

Mais si les insurgés les plus voisins de Varsovie combattaient 
ainsi en désespérés, sur a'antres points de la terre polonaise^ 
on avait de plus grandes espérances. 

Sur les frontières de Gallicie, notamment, Tinsurrection se 
fermait d'une façon régulière, sous Fimpulsion d'un jeune et 
brillant chef, Maryan Langiev^icz ! 

Quel était ce premier soldat de la Pologne? IVoù venait-ilt 
Quel était son titre au commandement des insurgés? 

Il était né le 5 aoât 1827, à Krotoszym, où sou père était 
médecin. Quand vint la révolution de 1830, \e docteur Lan* 
gieveicssefitchirurgien des insurgés. En 1831, le typhus qui 
sévissait dans les prisons de Varsovie, l'enleva à ses" malades, 
prisonniers comme lui . 

Ainsi, à quatre ans, Maryan Langiewicz, avait déjà souffert 
pour la cause nationale, qui le rendait orphelin I 

Il avait deux frères. La veuve du docteur s'imposa les plus 

ors sacrifices, pour élever ses trois enfants. L'on se fit corn- 

erçant, l'autre devint médecin. Maryan, se destina à la car* 

ère militaire. 

Krotoszym, est une ville de la Pologne prussienne^ où Ton se 
garde bien d'apprendre aux enfants la langue polonaise. Lan» 
giewicz se lia avec un allemand, qui la lui apprit à peu près, 
au moyen d'une grammaire polonaise à l'usage des allemands. 
11 étudia ensuite au .gynmase de Trzemeszno, où il compléta 



DB LA HÉfOi;iffVOi POLOllAISi; 4l9i 

tes étariBB nmthéin&tlqiiee^ pol» eerfA dam Fàriihérie de la 
tondtrMr' prussien ûe, pendant un an. 
H déserta enauite, pour ne pat serrir les oppresseurs de son 

Îa^s et B0 rendu à Gênes, où il' fui qiielqae temps professeur 
i'éeole mUitirife polonai$e ét<iblie dans cette ville. Il y resta 
jusqu'à la campagne de 1869, qd'ii âl en qualité d'offlcler des 
Tolontaires garibaldiens. 11 suivit le dictateur dans sa glorieuse 
promenade miHiaire> de Harsala à Paterme, et de Palerme à 
Naples, puis rentra comme professbut k l'école de Cuneo. 

La noutelle du déerei ordonnant le recrnlement lui fit en^ 
treToir rinsarreelion polonaise. Il se rendit dans le palatlnat 
de Sandomir^ dont le comitt national lui dotlna le commande- 
ment militaire. 

C'est là que nous le troutons ie 2 février, à la tête d'nû corps 
bien organisé de qninse cents •hommes. 

Il établit son camp à Wonchoek. Deux colonnes russes, en- 
voyées contre lui de Kieloe el de Radom, rencontrèrent dans 
le villag:e de Sochedniow^ un détachement avancé d^une 
soixantaine d'hommes, qui soutinrent bravement le feu, et 
ne se retirèrent que lorsque les deux colonnes russes ayant 
opéré leur jonction, il y eut eu foli à en soutenir le choc. Les 
moscovites ne firent que deux prisonniers. 

Selon leur habitude, les russes, entrés dans Suchedniow, 
^mirent les maisons au pillage, massacrèrent les habitants 
inoflënsif^^ et incendièrent les maisous. Gela se passait te 
3 février. 

Le lendemain, lés deux colonnes se dii^isèrent de nouveau, 
et arrivèrent, devant Wonchock par des routes différentes. 

Cette ville est bâtie sur un rocher, à droite de la grande 
route de Kielce à Radom. Elle renferme d'importantes fon- 
deries, qui avaient éteint leurs fourneaux et dont le personnel 
était enrôlé dans la petite armée de Langiewicz. Un vaste 
monastère de Tordre de Citeaux la domine. C'était là le quar- 
tier général du jeune chef. 

La ville avait changé d'aspect. « Ici, depuis quelques jours, 
écrit un témoin occulaire, tout se i*éveillc et prend une vie 
tiottvelle. Les tristes murailles du couvent répètent, sur un 
ton d'allégresse, Técho des chants nationaux. Dans les rues, 
on voit passer et repasser sans cesse d'intrépides volontaires 
vêtus, qui d'une camisole de peau de mouton, qui d'une 
teste usée ou d'habits de chasse: tel autre a déjà endossé un 
uniforme de lancier. Là, un tout Jeune homme fait résonner 
son sabre, et sa fleure rayonne d'un si fier enthousiasme qu'on 
dirait qu'il court a une victoire certaine; plus loin, nne ordon- 
nance passe au galop, portant un ordre; ici> c'estune patrouille 
de kossynieti qui s'éloigne pour une reconnaissance. On ne 
peut se figurer un spectacle plus vivant et plus animé. 



3S2 Hinoin 

< Hors de la yiUe, dans une vaste plaine, les jeunes gens, 
divisés en petites escouades, s'exercent au manlment des 
armes et à la manœuvre, sous la direction de quelques offi- 
ciers instructeurs. On sent involontairement son cœur battre, 
en voyant Tair de résolution et de fierté empreint sur ces 
visages, dont quelques-uns ne sont pas môme encore ornés de 
la classique moustache. 11 est impossible aussi de n'être pas 
frappé des progrès qu'ont déjà faits, dans les exercices mili- 
taires, ces réfractaires d'hier, qui pour la plupart n'avaient 
jamais manié un fusil. L'enthousiasme et une sorte de dis- 
position innée, leur tiennent lieu d'expérience. x> 

Une avant-garde de tirailleurs avait été placée près du village 
de Mielica. Pendant trois heures, ce détachement soutint le 
choc des Russes à qui il tit éprouver de grandes pertes. En* 
hardis par ce premier succès, ils quittèrent leurs positions 
pour s'emparer des canons de l'ennemi, et procurer ainsi à 
Langiewicz une artillerie dont il avait le plus grand besoin. 

Mais les moscovites, comprirent cette tactique, et sentant 
bien que les kossyniers, n'étaient pas des hommes à reculer 
devant le feu des pièces, ils concentrèreht toute la force de 
leurs deux corps d'armée sur leur parc d'artillerie* La lutte 
fut terrible. On se battait corpç à corps sur les canons. 

Voulant épargner à ses braves une mort inutile, Langiewicz 
donna le signal ite la retraite. Les insurgés se retirèrent en 
bon ordre, dans les montagnes de Swienty-Krzyz (Sainte 
Croix). 

Les pertes des polonais furent assez considérables. Deux de 
leurs chefs de compagnie Prendowski et Kosiecki furent tuas 
dans la mêlée de Mielica. 

Les russes perdirent environ deux cent cinquante hommes, 
et, chose remarquable, leur bulletin officiel enregistra, une 
disparition, et une blessure, pour tout désastre. Personne, n'a 
du reste pu être trompé par un aussi grossier mensonge. 

Les insurgés avaient complètement abandonné Wonchock, 
afin d'éviter, au cas où ils y eussent été vaincus, que les ha- 
bitants paisibles n'aient à souffrir des représailles des russes. 
Malgré cette précaution, les moscovites, traitèrent Wonchock 
en ville prise d'assaut. Les blessés trop ffrièvement atteints 
pour être transportés, avaient été laissés dans la ville. On les 
acheva tous, sans exception. On massacra ensuite tous les 
habitants sans distinction d'âge ni de sexe, qui ne pouvaient 
fuir dans les montagnes, et pour ne pas laisser de trace de 
ces crimes» on détruisit par rincendie, ia ville de fond en 
comble. 11 ne réista debout qu'une église, et la maison d'un 
pharmacien. On traita de la même, façon cinq villages voisins 
en punition de ce qu'ils n'avaient pas envoyé prévenir les 
autorités deKielce ou de Radom do la prêirenco des insurgés* 



DB LA RiTOLUTIOll POLONAISB. 393 . 

£t tandis que ces infamies se commettaient^ies blessée rus- 
ses étaient emportés dans les montagnes» où ils étaient soi- 
gnés, avec autant de charité que les blessés polonais 1 

Le lecteur nous permettra d'abandonner Tordre chronolo- 
gique des faits pour suivre chaque ligne d'opérations, aûn de 
bien établir ainsi la part de gloire de chacun des braves 
chefs de Tinsurrection, afin de bien établir aussi la part de 
honte qui revient à chaque représentant du gouvernement 
russe. 

Continuons donc rbistorique de la campagne de Langie- 
wicz. 

Le jeune chef s'était retiré dans les montagnes de Sainte- 
Croix, ainsi que nous' Tavons dit. U établit son (quartier gé- 
néral au couvent de Slupia, très-fortement protégé par des 
défenses naturelles, mais aussi très-voisin de Kieice, centre 
des opérations de Tarmée russe. Il trouva moyen de se pro- 
curer en Autriche huit canons, à la manœuvre desquels il 
exerça ses volontaires, et un tnillier de carabines» Pendant 
huit jours, les Russes le laissèrent ainsi se préparer à une 
attaque. 

Le 11 février, deux mille hommes d'infanterie^ plusieurs 
compagnies de cosaques, une. batterie d'artillerie, s'avan- 
cèrent vers les insurgés, mais leur attaaue fut vigoureu- 
sement repoussée, et la petite armée russe éprouva des pertes 
considérables. Des tirailleurs postés dans un petit bois et abri- 
tés par des fagots, changèrent leur retraite en déroute. 

Mais un second corps russe très-important faisait alors di- 
version vers le couvent, qui n'était défendu que par trente 
chasseurs et trente faucheurs, barricadés derrière l'entrée 
attaquée. L'arrivée de Langiewicz sur ce point acheva de 
démoraliser les russes, qui abandonnèrent ce second champ 
de bataille où il laissèrent quatre-vingts morts, beaucoup de 
blessés, et leurs munitions. 

Cette journée du 11 février fut fatale aux russes. Elle leur 
coûta auatre cents hommes tués ou grièvement blessés. Les 
insurges perdirent seulement quatre hommes, et eurent trois 
blesses. 

Dans leur retraite, les russes rencontrèrent un petit poste 
de sept hommes, gardant sept paysans suspects. Il les mas* 
sacrèrent impitoyablement, confondant dans leur aveugle 
fureur, leurs espions et leurs ennemis. 

Le lendemain , 12 février^ toutes les forces ^des gouvernements 
de Kielce et de Radom, revinrent à Sainte-Croix, pour écraser 
Langiewicz. Hais ils ne trouvèrent pas un seul nomme. Se 
doutant bien de ce retour, le chef des insurgés avait levé son 
camp pendant la nuit, et s'était mis en marche dans la di- 
rectiOB de Staszow. 

50 



394 HiSTOiws 

Ne trouvant pas d'ennemis les russes bombardèrent le 
couvent, dont les religieux avaient suivi Langiewicz. Ne 
pouvant se venger autrement, ils procédèrent au pillage, 
mais ne firent pas un grand butin, vivres, et vêtements, tout 
était emporté par les polonais. Il essayèrent un incendie, les 
murailles du couvent étaient inattaquables. Ils s'eu retour- 
nèîent, honteux, affamés, harassés de fatigue sans pouvoir 
môme trouver un homme sur qui ils puissent se venger de 
leur déconvenue! 

Les Russes laissèrent Langiewicz à Stâszow, augmenter sa 
petite armée, se pourvoir de chavaux, d'armes, de chaussures, 
lient bientôt sur pied un millier de cavaliers. II forma et 
équipa là aussi environ dix mille fantassins, qu'il envoya en 
grande partie grossir les autres corps d'insurgés. 

Les généraux moscovites, étaient effrayés de Texistence de 
ce dépôt militaire, et résolurent de faire les efforts les plus 
énergiques pour le détruire. Djins la nuit du 17 février, une 
colontie' de trois mille russes, s'avança en reconnaissance 
vers Staszov^. Mais assaillis de tous côtes, mitraillés, fusillés, 
par un ennemi invisible et puissant, les russes abandon- 
iièreût la place en laissant cent cinquante-huit morts. 

Le lendemain matin, suivant sa tactique ordinaire Lan- 
llè-vvlcz aliahdonna Staszow, se dirigea vers le nord, puis 
flpinrhant brusquement vers Touesl, établit son camp a sept 
mmr de Kiclce. limtile d'aiouler que la nuit suivante, les 
rqs^os votjlui'ent le surprendre à Slaszow, qu'ils s'y rendirent 
au iionibiu de plus de 6,000 et que là, comme à Sainte-Croix, 
Ils ne irouverenl pas un seul homme. 

Le 18 février, Langiewicz, qui se tenait aux environs de 
KiL^lce, intercepta un convoi de prisonniers qui se rendait dans 
cette villu i^tte rencontre eut lieu à Xionz, et valut la liberté 
à cent Ironie polonnais. La plupart des cosaques de l'escorta 
furent, tués ou blessés, Quelques fuyards en portèrent la nou- 
velTe à' Rielce. Mais tandis que l'on ralliait dans cctie ville 
toutes les foijccs moscovites, le chef des insurgés se dirigeait 
tranquillement verâ Czentochowa, place forte située à la froa^' 
Hère oMCst d^ Ja Pologne russe. . 

llrt instant l'étoile de Langiewicz pâlit. Tandis que croyant 
donnerie'cbânge aux Russes, il louruaitCzeniochowa et pous- 
sait vers^Oikusz, ceux-ci formaient un demi-cercle dont ces 
deux villes étaient les extrémités et l'acculaient à la fron- 
tière. Malheureusement son principal lieutenant Jezioranski 
se tenait hors de ce cercle, et les communications se trou- 
vaient intei*ceptées*. 

M?usle23, les deux corps d'insurgés se joignirent cutfq 
Wloszczowa et Malogoszcz. Ils rencontrèrcat un coi^voi e 
prisonniers qu'ils délivrèrent à Cenciny. 



DE LA RÉVOf^TiQV POLONAISE. .' 395 

Cet exploit aUjra sur eux l'aLteotiou des Rassef». Trois corps 
de 6,000 hommes cliacun marchèrent contre Langiewicz^ 
ycnant Tun de Kielce, Tautre de Cenciny, le troisième de 
Brzez)[. Le général eut l\idresse de faire évoluer son armée de 
façon a n'avoir a combattre qu'un de ces corpsd'arméeà la fois. 
Il y eut trois engagements partiels. Simulant une fuite dès le 
premier engagement, Langiewic?- arrivait aussitôt vers le 
second corps, le saluait d^une décharge de tous ses canons et 
de tous ses fusilsi et fuyait yers le troisième qu'il saluait de 
même. 

Déroutés par cette manœvre, les trois corps russes ne se re- 
connurent plus. Le preiniers'euruitvers Kielce» en se croyant 
attaqué par le second cor^^s, qu'il prenait pour une armée 
d'insurgés. Le second, croyant poursuivre Langiewicz, pour- 
suivait le premier corps et fuyait devant le troisième qu'il 
croyait être aussi une armée considérable de Polonais. 

Liorsque tous ces braves moscovites se reconnurent à 
Kielce^ après avoir échangé quelcjues décharges de mousque* 
terie» ils s'égayèrent de leur mésaventure, dont ils crurent 
pouvoir tirer cette conséquence que Tarmée de Laogiewicz 
était complètement détruite. 

Ils en envoyèrent la nouvelle àVarsovie« C'était la troisièoie 
fois qu'une semblable dépêche y arrivait. . . 

Le 25 février, Laogiewicz était à Slupia où nous l'avons déjà 
YU vainqueur le 11. 11 avait donc accompli une immense pro- 
menade militaire, renforçant sur son passsage tous les corps 
insurrectionnels, affaibli et démoralisé Tarmée russe touîe 
entière. 

Les jouruées des 26, 27 et 28 février, se passèrent en escar- 
mouches entre les faucheurs et les russes. Les polonais 
laissaient passer la première décharge, abrités par les- bois, 
puis avançaient au pas de course sur les russ(?s. Les traînards 
touchés parles faux étaient morts. Dès que les Russes fuyaient, 
les polonais, n'ayant pas d'armes à feu, reprenaient le chemin 
dé leurs abris. 

Le 1^ mars, Langiewicz apprenant qu'un train amenait 
quatre canons àMiszkow, fit couper le pont du chemin de fer. 
Le train voulut rétrograder, mais un rail enlevé à temps 
arrêta sa marche. Le général, s'empara des canons, fit re- 
mettre le rail, et laissa le train rapporter la nouvelle à 
Olkurz. 

Le 4 mars fut un beau jour pour l'armée insurrectionnelle. A 
10 heures du matin, une forte colonne russe attaqua les campe- 
ments polonais à Piaskowa-Skala. Le combat fut vif.Chaquesol- 
dat russe brûla trente-ci. .q cartouches, tandis que les polonais 
n'en possédaient que six. Mais à deux heures de Taprès-midi, . 
les fusilliers polonais se retirant ce Jèreut la place aux fau- 



396 HISTOIIIB 

cheurs, qui s'élancèrent sur les russes. Ceux-ci n'araient 
plus de cartouches. Ils se retirèrent en désordre sur Wolbrow. 

Le soir à dix heures^ à Skala, un corps russe très-considé- 
rable allait être fait prisonnier lorsque Tobscurité fit croire 
aux faucheurs qu'un corps de Langiewicz qui accourait^ était 
un corps russe. Les morcovites profilèrent de cet instant 
d'hésitation et s'enfuirent. 

Nous pensons devoir placer ici une lettre d'un des volon- 
taires de Langiewicz, M. Ladîëlas Hikiewicz , gui nous donne 
sur le général des renseignements forts curieux, ainsi qac 
sur l'organisation des troupes polonaises. Cette lettre est datée 
du camp de Gorzcza, le 6 mars, au moment où Langiewicz 
était littéralerhent le souverain du palatinat de Sandomir : 

a Quoique je sois harassé de fatigue, je ne veux pas laisser 
passer, sans en profiter^ un de ses rares moments d'inaction 
que nous ayons trouvés depuis un mois. 

a Dans la nuit d'hier, nous avons rejoint ici Langiewicz , qui 
nous a fait camper à gauche vers Pockusz. Nous arrivions de 
Volbronn, où nous nous étions repliés après l'affaire de Pias- 
kowa-Skala. En arrivant, notre petite colonne (nous n'étions 
que 750) fut acclamée sur toute la ligne insurgée^ et cet hom- 
mage' nous a fait plaisir» car il était, à vrai dire, un peu mé- 
rité. Sans cartouches (en commençant nous en avions chacun 
cinq), nous avons tenu pendant six heures 3,000 russes en 
échec, et ils n'ont pas osé nous suivre. 

«c Nous acclamâmes à notre tour les vainqueurs de Skala* 
On s'embrassa. Ce fut un instant de tumulte indescriptible. 
Quelaues minutes après, Langiewicz arrivait. Nous battîmes 
aux champs et sautâmes aussitôt en ligne. Il faisait une pleine 
lune superbe, et c'est la première fois que je vis le général. 

a 11 était à pied, prit le bras de notre colonel, et, tout en cau- 
sant avec lui, passa lentement sur notre front. 

a C'est un homme d'une taille moyenne, plutôt petite, mais 
carré des épaules, une ûgurelronde, des cheveux châtains, de 
longues moustaches fauves , un regard très-mobile et très- 
perçant, la tétc rejetée en arrière, un air martial et décidé, la 
démarcne brhsque. 11 paraît avoir trente ans. 

« Il porte une czamarka (sorte de tunique) en. drap gris 
sombre, bordée de laine noire, et à brandebourgs noirs. iJne 
écharpe en soie blanche et rouge à la ceinture, une koufede- 
raika (bonnet carré) blanche avec une bordure de laine grise, 
et au coin une petite aigrette blanche ; des bottes de chasse et 
une capote paysanne grise j un ceinturon, un sabre de cava- 
lerie à fourreau d'acier et a poignée d'ivoire. C'est du reste le 
costume de ses officiers supérieurs. Les simples officiers n'ont 
pas récharpe, mais une simple cocarde blanche au bonnet 
carré. 




^ 






1 



1 



>^ 



DB LA RiVOLUTION POLONAISE. 397 

a Deux aides de camp à cheval suivaient de loin le général. 
A quelques pas derrière lui^ un cavalier tenait en bride son 
cheval^ magniflque animal de race arabe ^ dont la housse de 
soie blanche et rouge, brodée d'argent est un présent des dames 
de Cracovie. , 

« Arrivé à l'extrémité de notre ligne, le général s'arrêta et 
commanda: Conversion à droite! Il s'avança sur le centre, et 
fit battre à Tordre ; les offlciers sortirent des rangs, et le géné- 
ral, se tenant au milieu d'eux, nous dit, d\ine voix assez vi- 
brante pour être entendue du dernier soldat : 

a Camarades, vous vous êtes battus en braves, •— je vais 
a bientôt vous mener encore à Tennemi, et, Dieu aidant, nous 
« le vaincrons. » 

€ Un hourrah lui répondit sur toute la ligne; Langievdcz 
remonta à cheval et partit au galop avec notre colonel. Et nous, 
comme nous venions de faire dix lieues, nous formâmes nos 
faisceaux et nous nous étendîmes sur des bottes de paille. 
Tous furent bientôt endormis. 

a Ce matin, à dix heures, avant de nous mener à nos posi* 
ttons, nous eûmes parade avec tout le corps de Jezioranski, 
dont il a repris le commandement. Langiewicz arriva et passa 
comme un tourbillon avec tout son état-major: puis, s arrê- 
tant au front de bandière, nous défilâmes devant lui. 

« Ses aides de camp sont presque tous fort jeunes. Pen ai 
remarqué un très-jeune et singulièrement gracieux dont je 
vous reparlerai. Les aides de camp portent tous une carabine 
en bandoulière et le revolver à la ceinture. Ils ont pour signe 
distinctif une écharpe en laine rouge. Presque tous sont dt 
nos meilleures familles. 11 faut dire aussi que leur poste est le 
plus dangereux, et qu'on en tue beaucoup. 

« Cet aide de camp si joli , qui m'avait frappé» nous a ins-» 
tallés au campement. Tous serez étonné d'apprendre c^e cet 
officier est une jeune fille , mademoiselle Poustowojtoi. Elle 
est de Lublin et a fait toute la campagne jusqu'aujourd'hui. 

a En 1861 et 1862, elle était à la tête de toutes les manifes- 
tations patriotiaues. Elle fut ensuite jetée dans les cachots de 
la citadelle de KrzemienieCy où elle passa onze mois. Dirigée 
le 24 janvier sur Zamors, elle fut délivrée en route par une 
bande d'insurgés qu'elle amena à Langievricz, et a pris une 
part active à toutes les actions. Le général Ta nommée adju** 
dant à Halogoszcz, et elle est aussi belle que brave. 

r> Ces détails sont de toute authenticité et connus de tout le 
camp. 

» L'adjudant Poustowojtol disposa donc nos camps comme 
un vieux maréchal expérimenté et repartit rejoindre le 
général. 

» Nous sommes dans une prairie sur la gauche, à droite 



3^ Hipioiap 

de la router d'OlkusiQ. Au-dessus de nous, car cette (>rairici est 
le versaût d'une petite colline, sont établies «n batterie deujt 
fort belles pièces de canon de bronze. Vient ensuite, sur la 
crête à droite^ le bataillon académique) une vieile connais- 
sance d'Ojcow, et à gauche, c'est-à-dire à rextrémité gauche 
de toute la ligne, les chasseurs de Zétinski; plus loin encore, 
aux a^aut-po^tes, une compagniede zouaves de M.Bocbebrun. 
. «i En remontant vers la droite, nous trouvons au bout de la 

frairie les corps du centre, à savoir les bataillons de faucheurs, 
, 4 et 6, et en avant de$ faucheurs deux escadrons de lanciers 
^ une pièce de canon. £n arrière le grand camp sur la bau- 
teur, avec les forges, les ambulances, les fnagasins et le ma- 
tériel. Plus loin, toujours vers la droite, en avant d'un fort 
ruisseau, un piquet de cavalerie; en arrière, dans le bois,- le 
2« chasseurs, le bataillon des zouaves de la mort; plus haut, 
toujours en arrière, les faucheurs 3, 5, 7 et 8; ennn, à l'ex- 
trême droite, les deux régiments d'infanterie nationale, et 
aux avant-postes, vers Proszov^, deux autres pièces de canon, 
^t une cpmpa^nie.des chs^s^eurs de Waligorski» 
. c Le quartier général est dans une mauvaise petite ferme 
^ofoncée dans les dois. 

«.^ous avons un total dé 11,750 hommes> dont 6,000 armés 
aarmes à feu, et le reste de faux, et environ 2,000 hommes 
^ recrues^ non encore organisées. 
< ' « Né. croyez pas que nous restions inactifs dans nos campe- 
ments. Nous Y tràvaiIloDS,au contraire» aussi activement qu'en 
campagne. De6|transports d'armes, de poudre et de mutions 
ne cessent d'aifluer on ne sait d'où, — et nous en avions grand 
besoin* A chaque instant des troupes de paysans arrivent avec 
leurs prêtres et leurs seigneurs en tête, — et il faut tout or- 
ganiser et classer. — Notre champ de manœuvres est en ar- 
rière à droite du quartier général; il est rempli d'instruc- 
feurs et de recrues, et le général y passe souvent. 
« A quatre heures nous y avons fait des manœuvres de 




que nous avons au camp i/u pr 
sonniers russes qui scient le bois, chargent, déchargent et 
rangent le matériel, etc. On se conduit très-humainement 
avec eux. 
c Le général n'a pas permis de construire de barraques 

Kar le^ aoibulances, ce qui fait présumer que nous ne resto- 
ns pas longtemps ici. 
, « A Malogozcz, un boulet a frôlé la jambe droite de Lan- 
giewicz et l'autre a été contusionnée; — mais ce sont deux 
atteintes sans gravité et qui ne l'empêchent pas de déployer 
un^ /activité prodigiieiase. » 



DB LA BÉVOLUTtON P0L0BAI8B. à 99 

Nous avoiis publié cette lettre en son entier, parce qn'elU 
révèle^ le génie du jeune général» en qui se résuma pendant 
quelques jours la destinée de la Pologne, et qq^elle fait con-^ 
naître la jeune héroïne dont nous avons tous entendu parler 
il y a quelques mois, et que les calomnies desjournaux russe$ 
ont en vain cherché à noircir. 

Quelques jours après les événepients que nous avons ra'* 
contés avant de publier celte lettre, le gouvernement national 
voulut utiliser la prodigieuse activité de Langiewicz en lui 
donnant tout pouvoir et en lui confiant un commandement 
unique. 

Nommé dictateur, L^ngiewicz Tannonça ainsi à ses corn- 

fagnons d*armes, par une proclamation datée de Gosnicza^ le 
mars: 

« Les plus ardents fils de la Pologne ont commencé, au 

pom du. Tout-Puissant, une lutte contre les éternels ennemis 

de la liberté et de la civilisation^ contre l'envahissement mos- 

covite, lutte provoquée par d'épouvantables abus. 

« Malgré les circonstances les plus défavorables, et bien 

aue le conflit armé ait été précipita f^r les excès d'onpressjon 
ef ennemi lui-même, la lutte commencée, les maïqs vides, 
contre les nombreuses bandes moscovites,* dure depuis six 
mois. Cette lutte se fortifie et se développe énergiquemen^ 
devant une guerre à mort. Grâce à l'activité et au dévoueA 
ment de toute la nation^ celle-ci est résolue de devenir libre'oq 
de périr. Le sang' polonais coule à torrents sur plusieurs 
champs de bataille : il coule dans les rues de nos villes et dé 
nos villages que le sauvage envahisseur asiatique détruit 
de fond en comble, en massacrant les habitants inoffensifs^^ 
et livrant le reste de leur avoir an pillage d'une bestiale 
soldatesque, 

« Vis-à-vis de ce combat à mort, vîs-à-vîs des meurtres^ 
du pillage et des incendies par lesquels notre ennemi marque 
sa route, la Pologne voit avec douleur, à côté du plus grand 
dévouement et de l'enthousiasme de ses enfants, le défaut 
d'une direction unitaire et avouée, qui seule potirrait em- 
pêcher le fractionnementdes forces, et donner un nouvel 
élan à celles qui sommeillent encore. 

« Il résulte de la situation générale, de même que dei la 
nature de la lutte engagée, qu'outre les champs des msurgés, 
il ne se trouve pas sur toutTCienltbirede la patrie une place 
où pourrait se poser un pouvoir central, publiquement avoué 
et c'est là la raison pour laquelle le gouvernement provisoire 
secret qui était sorti de l'ancien comité central secret, n'a pu 
se révéler au grand jour devant la nation et devant l'univers, 
a Bien qu'il y ait dans le pays des hommes qui sont beau- 
coup au-dessus de moi par les capacités et le mérite ; bien 



100 HISTOIRE 

3ue j'apprécie toute l'étendue de la gravité des devoirs qui 
ans une position si difficile, pèsent sur le pouvoir national 
suprême Je prends néanmoins, avec le consentement du gou« 
vernement national provisoire, le pouvoir dictatorial suprême 
prêt à le déposer, quand nous aurons secoué le joug mosco- 
vite, entre les mains des représentants du peuple; je le 
prends en considération de Turgence des circonstances qui 
demandent impérativement un prompt remède, en considé- 
ration de la nécessité d'augmenter les forces de la nation 
par la concentration des pouvoirs civils et militaires dans 
une seule main, pour la lutte meurtrière contrôles mosco* 
rites dirigés par une seule volonté.... 

« Aux armes, frères ! Aux armes 1 pour reconquérir la 
liberté, Tindépendance et Tintégrité de la patrie. 

Une cérémonie imposante eut lieu.le 12 mars à Slosnowka, 
près de Miechow. 

L'armée de Langiewicz se rangea en bataille devant le front 
âe son camp. 

Elle forma un quadrilatère, au centre duquel s^élevait un 
autel. 

Après une allocution de l'aumônier, le dictateur prêta ser< 
inent à la nation 

Puis les dignitaires envoyés par le gouvernement national 
prêtèrent à leur tour le serment d'obéissance au dictateur. 

I^'armée tout entière défila devant lui en répétant ce ser- 
ment. Le Soir le camp fut illuminé, et la Pologne eut ^a 
première fête nationale. 

Hais le lecteur doit se souvenir que pour ne pas inter- 
rompre le récit de la campagne de Langiewicz, nous avons 
laisse les événements depuis le 5 février pour ne nous occu< 
per que de lui. 

Il nous faut revenir en arrière, et raconter toutes les dou- 
leurs dé la Pologne^ pendant ce oeaumois, où le futur dicta- 
teur marchait de triomphe en triomphe. 

Ce sera l'objet du prochain chapitre. Nous reprendrons en- 
suite le cours des événements dont Langiewicz fut le iiéros* 



DE LA RÉYOLOTION POLONAISE. 401 



W ii m ii 



CHAPITRE XVII 



Massacres de Tomaszow. — Combat de Wengrow. — Lés nouvelles 
Thermopiles. — Meurtres et vols à Modliboft. — Combat et mas- 
sacre de Siematycze. — Massacre sans combat à Pulawy. — Le 
château du comte Zamoyskt et celui du marquis Wielopolskt. ^ I^* 
lage du château de Woyslavice. — Suicide glorieux de U, de Korff. — 
Combat de Miechov et destruction de la ville. — François Roehebmn. 
— Sigismond Padelovirski. — Héroïsme de madame Micholska. —Les 
Prussiens et le droit des gens. — Proclamation du gouvernement na- 
tional. — Les sermons des popes russes. — Mielencki. — Combat de 
Dobroslaw. — Noble conduite de quelques officiers russes. — - Nou- 
velles instructions secrètes. 



Nous ayons suivi sans interruption la campagne de Lan- 

f^iewicz jusqu'à sa proclamation comme dictateur, afin que 
a mémoire du lecteur ne s'égare pas dans le récit des dhrers 
érénements qui s^accomplissaient en Pologne pendant 1» 
même période. 

Revenons au début de Tinsurrection. 

Trans|>ortons^nous dans le palatinat de Lublin. 

La petite ville de Tomaszow^ avait des premières organisé 
son mouvement insurrectionnel. Une troupe de cent hommes 
s'y forma. Presqu'aussitôt une colonne de mille moscovites, 
avec deux pièces de canon fut envoyée le 5 février contre ce 
petit corps. La lutte dura longtemps, mais les polonais furent 
obligés de se retirer devant le nombre. 

Après leur retraite^ les Russes entrèrent dans la ville. Pour 
les récompenser de leur facile victoire^ il leur fut accordé 
deux heures de pillage. 

Avec le vol^ l'assassinat ; puis Tincendie. C'était le pro- 
gramme de la fête. Aussi est-ce à Tomaszow, que Ton pût 
juger de Fesprit des Russes dans la guerre actuelle. 

Cle n'est pas en effet une guerre ordinaire» mais une œuvre 
aveugle d'extermination. On peut s'en convaincre rien qu'en 
lisant la liste nominative de vingt et une personnes entre 
autres^ qui furent égorgées paries moscovites pendant ce 
pillage. Elle est empruntée au rapport officiel du gouverneur 
civil de Lublin. La voici : . 

51 



MS HISTOIU 

!• Brzezinski; capitaine chargé du service d'extradition des 
perfionaesqui pas6ent«an6 passe-port lafrontière aostro-rasae. 

2* Dombrowski^ médecin^ traîné hors de sa maison dans la 
pue et égorgé; 

3* Mnller, employé de la douane; 

4* Lenkowicz, idem, père de six enfants; 

5* Soltawski^ maire de la ville; 

G*Mastewski, mattre de poste; 

7* Piotroveski^ pharmacien; 

S^Kotowski, comptable des bureaux de la douane; 

9* RaszewslUi a4joint au contrôleur des finances de larron-- 
diàsement; 

l(y> Ehret, greffier du juge de paix; 

ll«Malinowski> secrétaire dans les bureaux de U douane; 

ii^KaaiedLi, employé retraité; 

13« Jasinski, juge de paix; 

14» Un vérificateur de Tadministration des tabacs; 

15"* L*abbé Rylski^ vicaire de la paroisse; 

16* Zelikowski, médecin de l'arrondissement^ brûlé vivant 
dans sa maison avec tous ses domestiques; 

17* Wondolovrski , notaire ; 

18<» Jarchoki, ancien maître d'école aveugle; 

19« Brzeski, employé des douanes en retraite; 

aO"* Un officier de rarmée russe en retraite; 

21* Bbcheda^ officier russe en activité de service^ appar- 
tabant à rarme du génie, et ({ui passait à Tomaszovr, son 
congé de convalescence. Assassiné dans son lit. 

Pour que rien de ce que ces faits ont d'étrange ne poisse 
être contesté, nous Joignons à cette liste, les lignes suivantes 
eu bulletin officiel du gouverneur civil de Lublin précité t 

c Comme je n'ai encore reçu, aucune communication sur 
\m horribles scènes de Tomaszow ni de la part du magistrat 
ée cette vilk^ ni de celle du préposé du cercle, et que je n'ai 
appris ces faits que par l'intermédiaire du cercle de Hrubies* 
zow, il y a lieu de croire que tous les fonctionnaires de Tom/U- 
wow f>nt piri\ n^^i par suite, la marche de Tadministration 
ge trouve sus^ndue et f u't/ ne resté personne pour faire um 
rapport. En vue de ces circonstances extraordinaires, j'ai 
rbonneur de prier Votre Excellence d'obtenir de S. A. I. le 
grand-duc gouverneur de Pologne, un ordre destiné à pro« 
léger la vie et la propriété des citoyens tranquilles^ d'autant 
plue que les habitants de la ville de Hrubieszove craignent a 
(on droit que les actes commis par les troupes dans la ville 
de Tomasaow, ne se renouvellent en d'autres lieux. 

a f^ terminant» je vous informe que j'ai envoyé immédiate- 
imentj par estafette, à la direction des postes de tomaszow^ 
l'ordre de faire en sorte que la municipalité ou, si aucun 



DE L4 RÉVOLimOll POLONAISB. lOf 

flMOiftrf 4f M Mrps n'0ât #n irie, le curé ou ua fepctiaiAadûni 
quelconque prenne les mesures indispensables dans des c«| 

Ereilt^ telles que la conslatation des personnes tuées ou brû- 
iBy leur enterrement, autopsie, Tinv^n taire etla gar4o dof 
biens restant^ etc. Mais conome je ue puis oooipter avec cerf 
titude qu'aucune des personnes sus^ndiwées soit eu uie, j'ai 
envoyé aussitôt par estafette au préposé du cercle de Zaoïow» 
Tordre de se rendre en {personne à TomasioWi eu cas de besoin 
avec une escorte militaire, et d'y organiatr um admloistrftf 
tion municipale. » 

Sîgoi s Bpnvsanigii. 

Une lettre écrite sur les lieux nous apprend qu'il ne rest^ 
dans la ville d'autres employés aue le substitut du j[uge, 1^ 
secrétaire et le sous-secrétaire de la justice de paix, le cour 
trôleur des finances, Texpédiieur de la poste et un employé de 
la douane. 

Les insurgés s'étaient retirés à une demi-verste de là (50p 
mètres, environ), dans le bois de Bolimow. Durant la soiréOf 
une patrouille ae cosaques fut envoyée en reconnaissance de 
ce coté, et, le lendemain, dès le pomt du jour^ les patriotea 
furent attaqués dans leur camp, de deux côté» a la lois^ p^ 
des troupes envoyées de Lov^icz et de Varsovie, 

Halgre Tinfériorité du nombre et des armes, les insurgés S9 
défendirent avec la plus grande énergie, ils furent tués pre^ 
que tous, mais après avoir vendu chèrement leur vie. tee 
Russes emmenèrent quelques prisonniers, mais les blessée 
furent abandonnés sans secours. 

Sur le lieu du combat, après la retraite de Tennemi, on en- 
tendait, presque sous chaque buisson, les cris douloureux de; 
mouranu, et les corps des insurgés tués étateot tellement crir 
blés de blessures, et de coups de toute sorte qu'il était presque 
impossible de reconnaître leurs figures. 

Un témoin authentique trouva au milieu des taillis, six 
cadavres liés dos à dos, trois par trois, les tètes entièremcqt 
fracassées, les habits déchirés en lambeaux, gisant dans uu^ 
mare de sang. C'étaient des insurgés qu'on avait trouvé plu)s 
commode de fusiller sur place^ au lieu de les emmener avec 
les autres. 

La journée du 6 février ne mérite pas une moins large place 
que celle du 5, dans Thistoire de la révolution polonaise. 

Plusieurs bandes d'insurgés formées à la bâte dans le pala- 
tînat de Lublin avaient choisi pour point de réunioD la ville 
de Wengrovir, 

Les Russes, pour se débarrasser de ces bandes pensèrent 

Îue le meilleur moyen était d'attaquer leur quartier ^énéraL 
>e 6 février, plusieurs milliers de moscoviteSi avec aix pièces 



404 nsTOMB 

de canon; #rri?èrent à Wengrow^ sous les ordres du colonel 
Poi>ofo8opQk). 
La TîUe n'offrait aucun moyea de défense. Les insurgés ne 

Cuvaient avoir la pensée de résister avec avantage à des 
rces si supérieures; la retraite fut décidée, et, tandis que la 
plus grande partie de leurs bandes se dirigeait sur Sokolow, 
on détachement formé des plus résolus se plaça en avant de 
b ville, sur la route de Morzbodli^ pour arrêter les Russes et 
empècner qu'une attaque soudaine ne vint clianger la retraite 
en déroute. 

Cette poiffuée dliommes, à peine armés, soutint sans 
s'émouvoir le feu des Russes, répondant à la mitraille par 
quelques coups de fusil, défendant le terrain pied à pied, 
cherchant à inquiéter Tennemi par de feintes attaques, sup- 
pléant au nombre par le sang-froid et l'intrépidité. 

Il fallut cependant renoncer bientôt à Tespoir de prolonger 
cette lutte inégale. Contre ces trois cents héros, combattant, 
non pas dans un défilé, mais sur une grande route, devant 
une ville ouverte, le colonel Popofosopulo disposait de trois 
bataillons d'infanterie, de trois escadrons de cavalerie et de 
plusieurs sotnias de cosagues. Les Polonais comptaient déjà 
dans leurs rangs un certain nombre de tués et de nlessés. Les 
progrès de Tennemi étaient sensibles et il fallait gagner quel- 
ques instants encore pour assurer la retraite du principal 
ccftfjS des insurgés et empêcher que le commencement d'or- 

Sanisation qu'avaient reçu les bandes à Wengrow, ne fut en- 
èrement perdu. 

Deux cents jeunes gens, à peu près, tout ce que^cette arrière 
garde comptait encore de valide , presque tous nobles , 
ouelques-uns n'ayant pas vingt ans, s'offrirent pour arrêter 
rennemi par une charge de desespérés. Us mourraient tous, 
mais le corps dont ils protégeaient la retraite, le principal 
espoir de l'insurrection serait sauvé I 

C'est aucentre de l'ennemi, sur les bouches à feu qui vomis- 
saient la mitraille, et qu'il importait le plus de faire reculer, 
ou du moins de faire taire un instant, c'e;t là que se précipita 
cette vaillante troupe. 

Quelques-uns n'avaient pour arme qu'une faux; c'étaient 
les plus lurdents I 

Notre grand poète Auguste Barbier a chanté ce dévouement 
sublime : 

Alors les plus beaux faits que Thistoire enregistre, 
Reparurent soudain sur ce terrain sinistre,. 
Bt l'on vit, ooibme aux jours du grand Léonidas, 
Deux cents nobles enfants, au salut d'une armée 
Se dévouer, et tous, de la gueule enflammée 
. Des canons dévorants, recevoir le trépas I... 



m LA RiVOLUTION.POLORAISI. 405 

Tous turent tués, mais, joignant l'habileté, le sang-froid à 
l'audace, les deux cents surent mesurer leur élan, régler leurs 
coups de façon à prolonger plus d'une heure celte lutte hé- 
roïque. Quand ils araient dispersé les artill^rs et fait taire 
les canons, ils couraient aux officiers, obligés de se défendre 
a?ec leurs rcTolvers dans une sorte de duel à mort. Ils firent 
ainsi éprouver aux Russes des pertes considérables et, (|uand 
4es derniers eurent succombé, le mouvement de retraite de 
leurs camarades s'était accompli en bon ordre et le gros 
des insurgés était sauvé. 

« Si ces hommes avaient des armes, disait un officier russe, 
au sortir de cette sanglante mêlée, et s'ils étaient organisés 
en corps réguliers, aucune armée européenne n'en viendrait 
à bout et ne serait même capable de résister à leur fougueux 
enthousiasme. » 

Le spectacle de cet héroïsme ne parait pas, toutefois, avoir 
dispose les Russes, à la générosité. Dès que la route fut libre, 
ils se précipitèrent dans la ville et s'y conduisirent absolu- 
ment comme ils l'avaient fait à Wonchock. 

Leur artillerie avait mis le feu à quelques maisons du 
faubourg. Loin de chercher à l'éteindre, ils firent tout 
ce qu'il fallait pour propager Pincendie, qui bientôt s'é- 
tendit à presque toute la ville. Les maisons où il était 
encore possible de pénétrer furent mises au pillage, et un 
.ffrand nombre de personnes furent massacrées et grièvement 
blessées. 

Les Russes ne quittèrent Wengrov^, que lorsque la ville 
entière ne tut plus qu'un monceau de cendres fumantes, et 
de ruines ensanglantées. Et tout au contraire de ce qui avait 
eu lieu à Tomaszow, le bulletin officiel constata, que deux 
garçons juifs avaient été tués par accident. 

A Tomaszovr, au moins, les autorités russes avaient eu le 
mérité de la franchise. 

Les atrocités commises par les russes à Tomaszow et à 
Wengrow, avaient en auelque sorte leur excuse dans Texas* 



pération qui provenait de la lutte. On a vu en effet que si les 
insurgés n'étaient pas en nombre, leur héroïsme y suppléait. 
Mais ce qui s'explique moins, c'est le massacre décidé froi- 
dement, exécute par des soldats, sur l'ordre de chefs qu i 
veulent passer pour dépositaires des bonnes manières, ^of- 
ficiers qui prétendent faire des salons de Saint-Pétersbourg, 
des succursales du faubourg Saint-Germain. 

Dans ce même gouvernement de Lublin, le lendemain du 
combat de Wengrow, une autre colonne russe, chargée par 
le colonel Biedraga d'explorer les environs d'Yanow, s'ap- 
procha du château de Hodliborz. Un jeune homme nommé 
Wojocki, qui en sortait paisiblement fut d'abord tué, puis 



409^ raMnor 

sans aucune provocation les moscovites ouvrirsot un tea tiès- 
nourri sur les fenêtres. Les portes furent enfoncées, le pro^ 
priétaire M. Ladislas Gorskowski, fut littéralement assommé 
à coups de crosse de fusil, et laissé pour mort. On procéda 
aussitôt au pillage. 

Pendant qu'une partie des soldats se livrait à cette dévas- 
tation, encouragée par les officiers qui les commandaient, le 
capitaine Zowadzki et le lieutenant Wasilocki, une bande de 
Cosaques, quittant le détachement, allait attaquer à quelque 
distance de là le château de Walitza^ appartenant à M.SolmaQ. 
Celui«ci et son régisseur Lipinski furent conduits avec toutes 
sortes de mauvais traitements à Hodlibon où M. Solman fut 
assonmiéàcoupsde crosses de fusil, etfinalement achevéd'ua 
coup de poignard, malgré ses protestations d'innocence. 
L'examen des cadavres a constaté vin^t-buit blessures sur le 
corps de Wojocki et seize sur celui de Solman. Quanta 
MM. Gorzkowski et Lipinski, ils furent emmenés à Yanow, au 
colonel Biedraga, comme trophées de cette glorieuse victoire* 

Nous voudrions pouvoir rejeter sur quelques bas officiers la 
responsabilité de ces actes de sauvagerie, mais notre devoir 
d'historien nous oblige à constater que les soldats russes 
obéissaient strictement aux ordres venus du sommet de la bié* 
rarchie militaire. 

Un arrêté du chef du district de Zamosc le prouve snrabon* 
damment s c Les troupes ont l'ordre d'agir, y litron, tout à fait 
comme en pays ennemi I b C'était le colonel Biedraga à qui 
était laissée la faculté d'interpréter cet ordre. 

Le même arrêté ajoute : t Si des insurgés se réfugient dans 
quelque village, lors même que les babitants ne prendraient 
aucune part a la lutte, la troupe agira contre eux avec TartU* 
lerie, la mousqueterie et la baïonnette , sans avoir égard au 
droit d'asile attribué aux églises et aux endos qui les envi- 
ronnent. » 

Et, afin de se montrer paternel, le magistrat sus désignéi 
croit devoir terminer son arrêté par cette recommandation : 
a Âbstenez-^vous de recevoir chez vous des étrangers, dans la 
crainte que la troupe, voyant dans le pays des visages nou«- 
veaux, n'attaque les maisons et ne fasse feu ians autre rao- 
men. » 

On le voit, rhistorique du martyrologe de la Pologne peut [ 

faire avec les pièces officielles russes. l 

Eh bien, malgré toutes ces mesures, l'insurrection nais* l 
santé s'étend comme une traînée de poudre. Jusqu'ici elle est 
circonscrite dans le royaume de Pologne, mais la voilà qui se 
montre en Lithuanie. 

Le 6 février, la ville de Siemiatycze devient le boulevard de 
rinsurrection lithuanienne. Douze cents polonais , tirailleurs 



DB LA RÉVOLtîTlON Y0L0NAI8B. ëfl 

et kos$vniers^ s'y établissent. Un premier comtet a lieu ters 
quatre heures du soir. Les Russes sont repousses malgré leur 
iprtilierie. 

Le lendemain, le général russe Manioukine^ avant de recom- 
mencer Tattaque, fit engager les femmes à sortir de la tille 
avec leurs enfants. Elles refusèrent héroïquement^ mais notre 
impartialité nous oblige à tenir compte de la tentative. 

Après ce refùs^ les Russes devaient s'attendre a une résis* 
tance désespérée. Us lancèrent aussitM sur la ville des fusées 
à la Congrève, qui y allumèrent un efft'oyable incendie, puis 
Commencèrent l'assaut t^lacés entre ces deux terribles enne** 
-mis, rincendie et le cosaque^ les Polonais furent littéralement 
bftcaés. Privée de ses défenseurs, la population deSiematycze 
fût massacrée. On pilla tous les environs. La ville n'était le 
lendemain qu'un monceau de cendres. 

Une vingtaine de maisons à peine avait été épargnées* 

Le même jour, écrit un témoin oculaire, une de ces colonnes 
russes à qui conviendrait si bien le nom de a colonnes f nter^ 
nales» entrait à Biala, après avoir vainement poursuivi un 
détachement d'insurgés dans les bois voisins. Tous ceux des 
habitants qui se trouvaient dans les rues furent plus ou moins 
maltraités ^ et le soir les soldats s'amusaient à tirer aux 
fenêtres^ dès qu'ils voyaient apparaître une lumière, 

A Rawa^ encore le même Jour, une caserne où s'étaient 
retranchés des soldats russes fut attaquée par un détachement 
d'insurgés. Pendant le combat^ le feu prit au bfttiment cons* 
truit en bois. Les assaillants laissèrent sortir tous les soldats 

Si voulurent échapper à l'incendie et se contentèrent de les 
re prisonniers sans en maltraiter aucun. Les blessés furent 
recueillis et soignés par les habitants. 

Les Polonais avaient cependant vu tomber^ à la porte même 
de la caserne, percés de nombreux coupé de baïonnette^ leur 
chef Sokolovrski, et un jeune homme plein d'esp^ances , 
M. Godlewski. 

Afin d'éviter toute accusation de partialité , nous avons le 
soin de nous entourer de renseignements authentiques. On 
nous a VU) on nous verra signaler les moindres faits à la 
louange des moscovites. De chaque événementnouscherchens 
là cause, et si nous pouvons, l'excuse. 

11 en est cependant de réellement inexplicables. Ainsi, le 
8 février, un régiment d'infanterie russe traversant la ville de 
Pulaw^, au moment de la sortie de la messe, chargea la popu- 
lation a la baïonnette. 11 y eut un grand nombre de blessés^ 
une femme et un vieillard tués. 

Un haut fonctionnaire, le directeur de l'Ecole polytechnique 
de Pulawy, M. Okinski, sortit aussitôt en grand uniforme^ avec 
les décorations, pour adresser quelques observations attcom- 



4êS flMTOIU 

mandant des troupes» et essayer de calmer Texaltation de ces 
insensés. Avant que Tofflcier eût pu lui répondre^ M. Oklnski 
tombait frappé de plusieurs coups de baïonnette. 

Pour toute explication , le rapport officiel constate Tétat 
dlvresse de tocs les soldats. 

Nous avons^ à propos du marquis Wielopolski, parlé de son 
ancien collègue^ le comte André Zamoyski, qui paya de Texil 
la gloire de ne pas être de Tavis du marquis. Fut-ce un supplé- 
ment de vengeance de ce dernier ou simplement Teffèt d'un 
singulier hasard, toujours est-il que le 9 février les Russes se 
présentèrent, sans qu'aucun motif de guerre les y amenât, à 
Zwierzyniec, dans le gouvernement deLublin. 

C'est au château de Zwierzyniec que se trouvent les caisses, 
les bureaux d'administration des vastes domaines, formant le 
majorât des comtes Zamoyski, et que se conservent les 
archives de cette ancienne et illustre famille. 

Aussitôt que les troupes eurent occupé la ville, le comman- 
dant se rendit auprès du régisseur du comteetlui intima Tordre 
de laisser visiter tous les bâtiments dont il avait la garde, 
attendu que le château de Zwierzyniec était soupçonné de 
receler la caisse et les bureaux du comité national. Sur la 
déclaration du régisseur, que le château ne contenait pas 
d'autre caisse et d'autres bureaux que ceux de la régie des 
domaines de la famille Zamoyski, le commandant feignit d'être 
satisfait et demanda seulement que cette déclaration lui fût 
remise par écrit, pour servir à sa décharge personnelle. 

Une fois en possession de cet écrit, il alla rejoindre son déta- 
chement, mais pour revenir aussitôt après, et cette fois, sans 
autre explication, il fit sortir tous les employés, leurs femmes, 
leurs enfants, les fit conduire dans un parc voisin, dont la 
porte fut fermée et rigoureusement gardée, puis, à un signal 
donné, la troupe envahit le château, enleva l^a caisse, conte- 
nant environ 60,000 roubles (240,000 tr.), pilla tous les appar- 
tements du château, et enfin mit le feu aux quatre coins de 
l'édifice. 

Presque le même jour, il arriva que les insurgés pénétrè- 
rent dans une des résidences d'été du marquis Wielopolski. 
Ils s'abstinrent de tout pillage et de toute violence envers les 
personnes, mais exij^èrent la remise des armes qui se trou* 
vaient dans le château, et d'une partie de^ provisions de 
bouche dont ils avaient le plus grand besoin. 

Continuons, dans l'ordre chronologiq^ue Je récit des épisodes 
qui eurent lieu, tandis que s'accomplissait la formation de 
l'armée du dictateur Langiewicz. 

Quelques-uns de ces épisodes demanderaient pour être mi- 
nutieusement racontés plus de place que nous n'en donnons 
à toute l'histoire de la Pologne. 



DB LA RÉVOLUTION POLONABB. 409 

Tel est celui qui eût pour théâtre le cbftteâu de Woyslavice. 

Le 12 février, une colonne russe, composée de trois compa- 
gnies d'infanterie de la, garde impériale^ d'ua escadron de 
cavalerie de cent cosaques et de deux canons, opéra le matin 
une visite domiciliaire dans le château de Rakolopy, où on ne 
trouva pas d'armes^ mais simplement de l'argent que Ton 
prit. 

La colonne se rendit ensuite à Woyslavice, où elle arriva 
vers trois heures de l'après-midi. 

Le château appartient à un conseiller d'État nommé par 
Tempereur, le comte Léopold Poletyllo^ patriote modéré. Il 
avait ce iour-Ià quelques personnes à dîner, entre autres 
M. Tite-Woyciechowski, son beau-frère, accompagné de son 
fils Joseph, jeune homme de vingt-quatre ans, ancien élève de 
notre école d'agriculture de Grignon ; le colonel Dunin, an- 
cien officier de l'armée polonaise et soldat du premier Empire 
français ; et enfin M. Kun, également ancien officier polonais, 
aujourd'hui propriétaire et \oisin du comte. 

comme il n'y avait d'insureés ni à Woyslawice ni aux en- 
viron^ on ne vit au château, dans l'approche des Russes, que 
Yettei d'un passage ordinaire de troupes. Par précaution, 
néanmoins, on fit monter les dames et les enfants de M. Pôle* 
tyllo dans les salons du premier étage, tandis que les hommes 
restaient dans les appartements du rez-de-chaussée. 

Cependant, le commandant de la colonne russe, arrivé à 
l'entrée du bourç, rangea sa troupe en bataille, plaça en avant 
une ligne de tirailleurs et fit tirer deux coups de canon à mi- 
traille avant d'y pénétrer. C'est dans cet ordre et avec cetappa- 
reil qu'il traversa le village, se dirigeant vers le château. 

Au bruit des coups de canon, suivis de plusieurs décharges 
de mousqueterie, le comte Poletyllo et ses notes coururent aux 
fenêtres. Les récits, déjà répandus en tous lieux, des atrocités 
commises par les Russes partout où ils passaient, leur disaient 
à l'avance ce qu'il fallait attendre de cette attitude et de ces 
démonstrations hostiles. 

— Notre dernière heure a sonné ! s'écria le comte ; nous 
n'échapperons pas à la mort. Je cours auprès de mes enfants, 
c'est là ou'est ma place ! 

Ses botes se dispersèrent aussitôt dans diverses chambres, 
sans Ronger le moins du monde à la résistance. 

Un cou[) de canon chargé à mitraille tua le fils de M. Woy- 
ciechov^ski et le blessa lui-même grièvement. Les soldats péné- 
trèrent dans le château. Ils trouvèrent dans le salon le colonel 
Dunin, assis sur un canapé et les attendant tranquillement les 
bras croisés. Ils tirèrent sur lui cinq coups de fusil. Un soldat 
voulut le frapper ensuite de sa baïonnette, mais le colonel eût 
ore assez do force pour parer le coup et demander d'une 

52 



ilO HtSTomi 

voix ferme à être conduit deyant le commandant de la 

colonne. 

Deux soldats le prirent sous les bras et le traînèrent dehors. 
D'autres le poussaient à coup de crosse. Sur le perron^ le 
colonel rencontra un officier de la garde : 

— Vous n'avez pas de honte, lui dit-il, de laisser frapper 
sous vos yeux, par vos soldats, un homme de mon âge! 

— Taisez-vous et passez votre chemin , répondit brutalement 
l'offlcier. 
On conduisit ainsi le colonel Dunin devant le commandant i 

— Qui êles-vous? lui demanda celui-ci : 

— Dunin, colonel démissionnaire aux grenadiers de lagarde 
de l'ancienne armée polonaise, actuellement propriétaire dans 
ce pays, et en visite chez mon parent. 

— Monsieur, reprit le commandant je regrette que vous 
ayez été traité de la sorte, mais ne vous en prenez qu'à vous 
et à vos amis, vous êtes seuls coupables. On a tiré contre les 
troupes plus ae cent coups de feu; vous en subissez les con- 
séquences. 

Alors d'une voix encore assurée, ce vieillard couvert de sang» 
se redressant autant que ses forces le lui permettaient : 

— Vous savez qui je suis, dit-il au commandant, et tout ser- 
ment de ma part serait superflu. J^ai vu la mor^^e prèsj mes 
blessures Tattestent, et je n'ai jamais dit que la vérité. Eh 
bien, j'affirme que vous avez menti, en disant que des coups 
de feu ont été tirés du château; faites-moi garder ici; fouillez 

Partout, et si vous trouvez une seule arme a feu, je consens à 
tre fusillé avec. 

A cette rude apostrophe le commandant tourna le dos et ne 
répondit rien. 

Le major Kun, attaqué dans une troisième chambre, s'était 
défendu avec les mains contre les fusils et les baïonnettes. Il 
avait les doigts du milieu coupés aux deux mains, lorsqu'on le 
conduisit, à coups de crosse, devant ce même commandant. 

Un autre officier de la garde, dont il implora la pitié lui 
répondit par un coup de sabre dans la figure. 

Les domestiques mâles furent tous massacrés. On épargna 
les femmes, sauf deux. 

Tout ce qui ne put être emporté fut brisé. L'argent, les 
bijoux, rorfévrerie. furent partagés séance tenante. Quand 
on n'eut plus rien a prendre ou à briser, le commandant fit 
ranger ses troupes en bataille et leur adressa ses félicitations : . 

— Valeureux soldats, leur cria-t-il, vous avez noblement fait 
votre devoir, je vous remercie! 

Par un heureux hasard, les Russes ne pénétrèrent pas dans 
la chambre où se trouvaient le comte Poletyllo et ses enfants. 
Ce qui prouve bien que ce n'est qu'au hasard qu'il dût d'êtr« 



Dl LA RÉVOLUTION POLONAISE. 411 

sauTéi c'est me le lendemaia^ lorsquMl fit demander au com- 
maodant militaire de Lublin» la permission de lui amener ses 
enfants, celui-ei fut très-surpris. 

—Comment, s'écria-t-il naiYement, il est encore en iriel 
mais il doit être blessé. 

—11 se porte à merveille. 

'— Il est bien heureux l II peut venir. 

Cet événement ne fut nullement démenti par les autorités 
russes. Elles prétendirent seulement que des coups de feu 
avaient été tires des fenêtres du château. 

Ce quMl est surtout indispensable de foire remarquer, c'est 
que les coupables de cette incroyable attaque étaient des offi- 
ciers et des soldats de la garde impériale ! 

Le 14 février, dix insurgés s'étani réfugiés dans une grange 
près de Gonstantinow, y furent massacrés après une vive résis- 
tance par un détachement de Cosaques. Immédiatement ces 
braves incendièrent le village, pillèrent et détruisirent en par- 
tie le château appartenant au comte Alexandrovricz. Le même 
jour^ et sans aucun combat, les Russes détruisirent, à Iva- 
nowice, le château de M. Stanislas Walewski, cousin de M. le 
comte Walewski, ministre français et frère de la marquise 
Wielopolska, 

Egalement le même jour, les mêmes foits se passèrent à 
Florianka et à Bukow. 

Or, saves-vous ce que le gouvernement russe, qui veut 
compter parmi les gouvernements de l'Europe civilisée» faisait 
dans ces circonstances? Il autorisait les soldats kmeUre à l'en- 
can, sur les places publiques des villes, les objets volés ! 

Nous avons dit mettre et non tendre, car nul ne voulait ac- 
quérir des biens dont on connaissait la singulière provenance. 

t G^est ainsi, dit une lettre de Radom du 14 février, qu'un 
dragon offrait ici, avant*hier, une édition rare des Psaumes 
de David, richement reliés. Personne n'a voulu se rendre ac- 
quéreur d'un objet ayant une pareille provenance. On a vu 
également, dans la ville, des soldats vendre des manteaux de 
femmes» doublés de riches fourrures, des perles, de l'argen- 
terie, des boucles d'oreilles et d'autres objets précieux prove- 
nant, disaient-ils eux-mêmes, du sac de Woncnock. » 

Et cependant nous devons, pour être impartial, raconter 
deux faits assex rares dans l^histoirei et qui sont à la louange 
des Moscovites. 

Un colonel russe, d'origine polonaise» avait reçu à Petrikau» 

Srèsde Varsovie, l'ordre de mire fusiller son propre neveu, 
lit prisonnier par les Cosaques. U préféra se faira sauter la 
cervelle. 



412 

Un autre colonel russe , fils du général Korff , a inspiré ces 
belles lignes à notre historien national Henri nfartin : 

a Tandis qu'une soldatesque aveugle et brutale, conduite par 
des chefs serviles et dépravés^ renouvelle les horreurs des 
jours de Souvarow 

a Tandis que tous les forfaits de la barbarie déchaînée au 
nom du czar^ appellent de nouveau sur la Russie des autocrates 
Panathême du monde civilisé 

« 11 est des Russes qui ont emprunté à TOccident . non pas 
ses frivolités et ses corruptions^ mais ses principes ae droit et 
de justice, ses idées de progrès et ses aspirations d'avenir! 

« I) est de ces Russes aujourd'hui dans l'empire de Russie, 
comme il était des chrétiens dans l'empire romain : il en est 
dans les rangs de cette armée qui renferme ce qu'il y a de 
plus pur auprès de ce qu'il y a de plus immonde et de plus 
brut. 

a II y a trois mois^ une lettre adressée au grand-doc Constan- 
tin, au nom des officiers de l'armée russe en Pologne^ lettre 
qui fit changer en toute hâte la garnison de Varsovie, avait 
protesté contre l'abominable rôle infligé aux officiers russes. 
*Une autre lettre d'officiers russes, dans leKolokoldu 10 fé- 
vrier, renouvelle ce refus de p^ticiper à une œuvre de bour- 
reau. « Nous avons résolu^ écrivent-ils, de sceller notre refus 
par notre mort. Celui qui osera aider notre gouvernement al- 
femand-tartare à nous arracher notre héritage d'honneur, ce- 
lui-là^ que sa mère le maudisse! » 

« Us commencent à tenir parole. 

a H est des Russes qui meurent silencieusement sous des 
balles russes, dans les fossés de auelque citadelle, pour avoir 
mieux aimé être les victimes que les complices des egorgeurs, 
pour n*avoir pas voulu mettre le fer dans la gorge de leurs 
frères polonais. 

a Un chef russe ^ un colonel de la garde impériale , H. de 
Korff (sa mémoire ne périra jamais !)^ avait reçu l'ordre de dé- 
truire une ville polonaise ; plutôt que d'être l'exécuteur du plan 
d'extermination, plutôt que de consommer le crime, il s'est ré* 
fugié dans la mort ; il s'est brûlé la cervelle en tête de son ré- 
giment; désespoir sublime, dérogeant, par le plus chrétien des 
sentiments, à la juste loi chrétienne qui interdit à l'homme de 
s'affranchir lui-même de la vie, 

<c De tels hommes rachètent le nom souillé de leur patrie; 
ils couvrent ses hontes sanglantes de leur auréole devant le 
monde; ils seront les saints d'une nouvelle Russie, les martyrs 
honorés d'une Europe nouvelle, pour avoir scellé de leur sang 
le pacte de la réconciliation des races ennemies et de lasainliB 
alliance des peuples ! n 



DE LA RiVOLUTION POLONAISE. 413 

Voici^ dans sa simplicité historique, le trait d'héroïsme de 
H. de Korff. 

A Ogrodziniec, sar le chemin de Pilica à Opoczno, le co« 
lonel Korff, fils da général de ce nom, qui commandait à Var- 
sovie, reçut de son père Tinjonction de se joindre à un déta- 
chement chargé de Texécution d'un de ces ordres impitoyables 
à Taide desquels on avait espéré étouffer rinsurrecUon en quel- 
ques jours. Ayant assemblé les officiers de son régiment, il 
leur dit : a qu'il lui était impossible de concilier les instrnc* 
« tions paternelles et son devoir d'officier avec sa conscience 
« d'honnête homme, » et, passant dans une chambre voisine, 
il se fit sauter la cervelle. 

Ce sont là des faits consolants , mais malheureusement ils 
sont rares dans les fastes de la domination russe. 

Aussi devons-nous, après ce court temps d'arrêt, reprendre 
le cours de nos récits. 

Un détachement des insurgés dispersés le 7 février à Siemia- 
tycze, venait de traverser, le 16, le village de Dolobizna» pour- 
suivi par les Cosaques. Ces derniers, trouvant le pays de leur 
goût, arrêtèrent là leur poursuite. Ils se dirigèrent d'abord 
vers le château , et là se renouvelèrent les scènes horribles 
dont la demeure du comte Politello, à Woysktwice avait été le 
théâtre, et que nous avons racontées. 

H. Sniezko, propriétaire de Dolobizna, se trouvait chez lui, 
seul avec ses domestiques. Les soldats commencèrent par tirer 
des coups de {«sil dans les fenêtres. Le Journal de Wilna, pour 
justifier cette infâme agression, a dit qu'il y avait des insurgés 
dans la maison et qu'on avait commencé par tirer sur la troupe. 
C'est toujours la même fable, servant à couvrir, d'une excuse 
mensongère, les mêmes atrocités. Il a été, au contraire, irré- 
fragablement démontré que, depuis plusieurs heures, tous les 
insurgés s'étaient éloignés du village et que pas une arme ne 
se trouvait dans le château. 

M. Sniezko, s'étant présenté pour parler à Tofflcier, est at- 
teint d'une balle à la jambe. Il tombe; deux cosaques se jet* 
tent sur lui et le traînent dans le jardin. Un troisième accourt, 
couche en joue le malheureux blessé, tire; mais, au lieu de 
M. Sniezko, la balle va frapper un de ses camarades qui tombe 
auprès de sa victime. H. Sniezko reçoit ensuite plusieurs coups 
de lance, et les cosaques, le croyant mort, se dirigent vers la 
maison pour la piller. 

Un juif, qui traversait le jardin, ayant reconnu qu'il respi- 
rait encore, essaya de l'emporter dans ses bras ; à peine ses 
bourreaux s'en furent-ils aperçus qu'ils revinrent sur leurs 
pas, l'achevèrent, le dépouillèrent de ses vêtements et aban* 
donnèrent son cadavre nu au milieu 4a chemin. 



414 U8T0IU 

Neuf personnes furent massacrées. Un prêtre y fut brûlé 
▼if I 

Le 15 féyrier, une bande dUnsurgés s'arrêta à Ojcow et s'en 
éloigna le même jour sans avoir pratiqué, à l'égard des habi* 
tants, aucune vexation ; le surlendemain une colonne russe » 
commandée par le prince Bagration^ s'y arrêta à son tour. 

La fureur des Russes s'arrêài d'abord sur les blessés polo- 
nais restés à Ojcow» On leur creva les yeux à coups de baïon- 
nette, puis on les pendit à des arbres ornant une des places de 
la ville. On procéda ensuite au pillage; l'incendie, allumé en 
plusieurs endroits, s'étendit bientôt aux principales maisons. 
Au moindre signe de résistance et de protestation ^ les habi- 
tantsétaientexposésaux violences des soldats; la plainte même 
était un crime aux yeux de ces sauvages, et les plus inofTeusiEs 
n'échappaient pas toujours à leurs brutalités. 

Il existe, dans le voisinage, une population flottante de con- 
trebandiers et de soldats retraités, sans liens bien étroits avec 
le pays. Comme si les cosaques et les soldats russes n'eussent 
pas suffi à la tftche, ces hommes, généralement familiers avec 
les scènes de violence et peu scrupulisux en matière de probité^ 
furent appelés à prendre part au pillage. On leur promit non- 
seulement l'impunité, mais la faveur des autorités russes. 

a Depuis le célèbre château d'Ojcow jusqu'aux moulins de 
Czaye, écrivait, deux jours après, un des habitants échap- 
pé au massacre, tout ce pays , naguère si prospère^ n'est plus 
qu'un monceau de ruines sanglâmes et de déb^s fumants, au 
milieu desquels on a trouvé des corps à demi-consumés. Dans 

{plusieurs endroits, il est impossible de distinguer la place où 
urent les habitations; on voit que la barbarie orientale a 
passé par là, en y semant, comme toujours, la destruction et 
la mort. » 

Là ne s'arrêtèrent pas les exploits du prince Bagration et de 
ses braves. La ville de Miechovir allait voir encore un plus af- 
freux spectade, si affreux que nous n'osons le raconter qu'en 
reproduisant textuellement le rapport officiel adres&é par le 
chef du district de Miechove au général russe iTszakoff, com- 
mandant miUtaire du gouvernement de Radom : 

« Arrivés dans la nuit du 16 au 17 de ce mois» les insurgés 
(itta<|uèrent , à six heures du matin , la ville de Hiechovr; 
après un combat d*une heure et demie avec les |>ostes avancés 
et la garnison impériale russe de cette ville, ils furent re* 
pousses. 

a Les habitants sont restés entièrement en dehors de ce 
combat. Les portes cochères, les issues et les fenêtres ont été 
formées, et nul des habitants n'est sorti dans les rues, pour 
laisser toute liberté d'a gir à la troupe * 



M LA BÉyOLCTIOlV POLOHAISl. 418 

c Une demi-henre après la retraite des insurgés, les soldats 
commencèrent à tirer dans les fenêtres des maisons; puis, 
brisant les portes^ ils envahirent les demeures particulières, 
sous prétexte d'y chercher des insurgés, ou bien en affirmant 
qu'il en était parti des coups de feu. 

a Us se firent remettre de Tardent» arrachèrent les proprié- 
taires paisibles de leurs habitations et les maltraitèrent sans 
pitié; après quoi ils emportaient tous les objets de prix et bri- 
saient les meubles. 

c En rétidf lissant Vordrede cette manière, beaucoup d'entre 
eux abusèrent des liqueurs fortes qu^ils trouvèrent dans les 
caves, les cafés, les boutiques et les brasseries et qu'ils buvaient 
avec avidité. Dans cet état, sans même obéir aux ordres des 
officiers qui cherchaient à les retenir, ils se portèrent à tous 
les excès, mirent le feu aux maisons sur plusieurs points de la 
ville, et, profitant de l'alarme pour saisir les passants inoffen- 
sifs, les assommer et les tuer, ils se livrèrent à toutes les hor- 
reurs du massacre et du pillage. 

a Ni rautorité du rang, ni le grade, ni l'uniforme, ni lessi** 
mes honorifiques ne pouvaient préserver la vie des victimes» 
Le bourgmestre Pierre Orzechowski, renommé pour son 
tèle civique, proposé pour une récompense par le prince Ba* 
gration, lorsque les soldats assaillirent sa demeure, sortit re* 
vêtu de son uniforme et de ses insignes, sans doute pour les 
haranguer et pour se faire reconnaître ; mais appelé aussitôt 
par eux rebelle, traîné vers le corps de carde sous une grêle 
de coups de crosse et de baïonnette, il fut égorgé devant le 
poste même, à Quelques pas de sa maison. Une demi*heure 
après, les soldats insultaient au cadavre en le perçant de 
coups de lance et de baïonnette, le dépouillaient de tout vétor 
ment, et le traînaient dans le ruisseau voisin du corps de 
garde. Il y resta, souillé de son sang, jusqu'à ce que des hom- 
mes de cœur, touchés par les prières de sa malheureuse fem- 
me, eussent recueilli ces restes mutilés dans sa maison, où i}fi 
furent bientôt consumés par l'incendie. 

« Le juge de paix, Gidlewski et le maire de Miechovr, LeD- 
czewski, malgré les insignes et le costume de leur emploi, 
furent dépouillés et conduits à coups de crosse au corps de 
garde, d'eu ils ne furent délivrés, après plusieurs heures de 
détention, que sur les instances de quelques officiers dont ils 
étaient connus. Le maître de poste, arrêté dans le bureau de 
poste même, fut traîné dans la rue, dépouillé jusqu'à la che- 
mise et roué de coups. Il resta prisonnier, plus longtemps 
encore, au corps de garde et ne dut son salut qu'à une pareiùe 
intercession. 

« Le chef même du district (Jauuszkiewicz) fut assailli dans 



416 HISTOIBB 

sa maison dont les portes avaient été enfoncées ; menacé de 
mort il ne fut sauvé que grâce aux efforts d'un invalide^ non 
toutefois sans avoir payé une forte rançon à sept soldats qui 
voulaient le tuer^ comme rebelle en disant que des coups de 
fusil étaient partis de sa demeure, ce qui, pourtant était une 
insigne fausseté. L'ingénieur voyer Wysocki, revenu le soir 
précédent de Varsovie, bien qu'il logeât dans sa maison deux 
officiers de chasseurs, fut de même rencontré par des cosaques 
ivres, malmené et dépouillé. 

< Le nombre des habitants tués sans aucun motif est, jus- 
qu'à présent difficile à évaluer. En voyant ce qui se passait, 
quelques officiers et quelques soldats, plus humains, allèrent 
conseiller à beaucou[) de personnes de quitter leurs demeures, 
car, disaient-ils, la ville entière devait être brûlée. 

» Or, ce n'était au'un moyen d'obtenir des objets précieux 
sans être obligé de recourir à la violence. Les protecteurs 
imposaient une taxe aux protégés, puis pillaient leurs domi- 
ciles vides. 

c Toute autorité» même militaire, était absolument mé- 
connue. La soldatesque tirait sur les officiers qui offraient 
rincèrement leurs concours aux habitants. 

« A chaque instant le feu était mis à une maison. Ce qui 
est le plus affreux, c'est que ces incendies n'éclatèrent pas à 
la suite du combat, mais furent allumés par le caprice des 
soldats, défenseurs naturels de l'ordre, et sorlis victorieux 
d'une lutte à laquelle leurs victimes n'avaient pas pris 
part. 

€ Le désordre, le pillage, les massacres allant toujours crois- 
sant, il fut bientôt déclaré par plusieurs officiers, et entre 
autres par le major Zubkoff, le lieutenant Kuriatkowsky, et 
un petit nombre de leurs camarades, que le bureau du district 
et le couvent où s'était réfugié le personnel administratif, 
n'était plus suffisant pour le proteger. 

cGes officiers escortèrent les employés, leurs femmes, 
kurs enfants, et les habitants des deux sexes hors de la ville, 
en les laissant libres de se disperser dans les villages, et d'y 
cberchjer un refuge. Conduits par détachements, ceux-ci se 
dirigèrent vers la contrée voisine, ne pouvant rien sauver de 
ce qu'ils avaient emporte dans le couvent. Le détachement où 
se trouvaient le chef du district, son secrétaire, l'ingénieur ' 
du district, l'ingénieur voyer, le juge de paix et plusieurs 
autres fonctionnaires ^t habitants, douze personnes en tout, y 
compris la femme du major Zubkoff, la famille du major 
Jablonsky, etc., se rendit à pied au village deZagorze, distant 
de sept verstes de la ville ; pendant le trajet, l'officier d'escorte 
des gardes frontières, dut se quereller vivement avec ses 



Dl LA RÉVOLUTION POLONAtSK. 41T 

propres soldats qui Toulaient traiter ce convoi comme un 
atlroupemenl de rebelles. 

a Au moment où j'écris ce rapport, le secrétaire du chef 
de la circonscYiption, celui du district, le sous-greffier du 
tribunal , l'adjoint honoraire , les maires communaux de 
Wielko-Zagorze et de Hiecbow, domiciliés dans cette ville. . 
viennent d'arriver àUnieiow, et;demMnformer qu'ignorant 
où se trouvaient leurs familles^ ils avaient suivi à pied le 
convoi de Patroszyce et de Podlesna-Wola, et qu'au moment 
de leur départ, la ville était déjà tout embrasée, à 

Ce rapport, complètement officiel est signé de MM. Janns- 
kieWy cnef, et Ranienski^ secrétaire du district de Miechow. 

Or* il est bon de dire qu'elle était, pour les russes, l'excuse 
de toutes ces cruautés. 

Miechow avait une garnison de huit cents russes. Un déta- 
chement de deux cents insurgés, désignés sous le nom de 
zouaves de la mort^ les attaqua pour s'emparer de la ville. 
Une petite église dans laquelle s'étaient retranchés les russes, 
fut bientôt enlevée par ces zouaves que commandait Roche- 
brun. 

Un coup de fusil parti de la fenêtre d'une maison voisine, 
tua le cheval du chef des insurgés. Contusionné dans la chute, 
il s'élança cependant vers cette fenêtre, et des cinq coups de 
son revolver» tua cinq hommes. 

Les russes se retirèrent dans la ville où les insurgés les 
suivirent. 

Mais aussitôt arrivés à la place de la caserne, les russes se 
formèrent en carré et préparèrent la caserne et le couvent 
pour leur défense. 

Devant cette résistance» les insurgés durent se retirer en 
éprouvant de grandes pertes. Ne pouvant se venger sur eux^ 
les russes tournèrent leur fureur contre les habitants inoifen- 
sifs. L'incendie fut terrible. 11 dura trois jours entiers. Quatre 
maisons seulement furent préservées par hasard. L'hôpital, la 
poste, le tribunal, les archives et le musée furent entièrement / 
détruits, après avoir été pillés. ( 

Nous devons ici, comme nous l'avons fait quand notre récit » 
a eu à s'occuper de Langiewicz dire ce qu'était le comman- 
dant des insurgés de Miechow. 

François Rochebrun, notre compatriote, est ne à Vienne 
(Isère), le !•' janvier 1830. C'est un enfant du peuple II fut 
apprenti typographe chez H. Timon, imprimeur a Vieune. 
Puis il quitta l'imprimerie pour apprendre l'état de piâlrieri 
qu'il exerça bientôt comme patron. 

Rochebrun servit au 17* léger, puis au 62'^ de ligne. Il a 
fait en qualité de sous-officier la campague do Crimée. 

53 



41 s BI8T0IU 

Au sortir du serrice, il fut appelé en Pologne par H. Tom- 
kowitz, riche propriétaire du palatiuat de Cracovie^ (]ui le 
chargea de réducation de ses enfants. Il revint ensuite à Paris 
où il passa Tannée 1862, puis repartit pour la Pologne où il 
tint une salle d'escrime. 

Dès les premiers jours de l'insurrection, il transforma sa 
clientèle, deux cents jeunes gens de la meilleure noblesse 
polonaise, en soldats de la cause nationale. Ce fut le noyau des 
zouaves de la moft. L'aîné des fils Tomkowitz fut sous-lieu^ 
tenant. 

Tandis que Rochebrun se signalait a Hiechow, apparaissait 
sur un autre point de la terre polonaise un autre héros, du 
même âge que lui et Langiewicz, polonais comme ce dernier: 
Sigismond Padlewski. Sa lamille possède de grands biens dans 
rUkraine et la Podolie. Il a fait ses études à Funiversité de 
Kiew; comme Langiewicz il se destina de bonne heure à Tétat 
militaire et suivit , à Saint-Pétersbourg» les cours de Técole 
d'artillerie avec un tel succès, qu'il fut nommé capitaine de 
la garde et professeur, bien qu'il fût encore tort jeune. 

Deux ans plus tard, Padlewski fut envoyé par le gouverne- 
ment russe à l'étranger pour y compléter ses études spéciales. 
C'était le temps où les événements de Varsovie commençaient 
à occuper l'Europe. Notre jeune officier, arrivé à Paris, ne 
songea plus qu'à sa patrie et devint l'un des membres les plus 
actifs de l'émigration polonaise. Plus tard il remplaça Lan-> 
^ewicz comme professeur d'artillerie à l'école de Cuneo; cette 
école ayant été supprimée par le gouvernement italien, il re* 
vint à Paris et bientôt après (septembre 1862), il partit pour 
la Pologne, où il séjourna sous un faux nom, iusqu'au moment 
où il put prendre rang parmi les plus intrépides champions 
de la cause nationale. 

Bientôt la guerre, «- et nous avons vu comment les rasées 
la comprennent, -^ ne suffit plus au gouvernement du Czar. 
La persécution va appeler à son service les passions du popu* 
laire iffnorant. Les paysans sont conviés à aider au vol des 
biens de leurs malires. On récompense ainsi leur zèle à obéir 
aux instructions du lieutenant du Czar. 

Le 25 février, le grand-duc Constantin adresse cet ordre à 
tons les chefs militaires : 

« 11 est arrivé à la connaissance de Son Altesse Impériale 
que les paysans du royaume, fidèles à leur souverain et à leur 
serment, prêtant partout leur appui à l'armée, mettent tous 
leurs soins, pour aider au rétablissement de la tranquillité et 
de l'autorité de la loi, troublées par les ennemis de leur propre 
pajs et de tout ordre. 

« Considérant qu'il est indispensable de définir cet appui 
dans des règlements chiirs^ afin d'éviter qu'il ne puisse de- 



ra LA BÉYOLOnOll POLONAin. lit 

venir un danger pour les personnes et les propriétés, le grand- 
duc Constantin a daigné ordonner ce qui suit : 

a l'* Les autorités communales doivent veiller sur toutes les 
personnes qui habitent la commune d'une manière fixe ou 
provisoire, et même sur celles qui ne font que la traverser. 
Les gardiens ou surveillants de ces communes seront, en 
outre, à leur disposition; 

a 2"" Les maires et les conseillers municipaux sont obligés 
d'arrêter, sans délai, tout individu armé ou faisant partie deg 
bandes de perturbateurs, ainsi que tous les vagabonds, et de 
les livrer, avec le concours d'un certain nombre de paysans, à 
l'autorité militaire la plus voisine, jt 

11 est utile de bien faire remarquer que cet ordre, lancé 
dans le but d^eiciter le pauvre contre le riche, sous les trom- 
peux dehors d'une réglemefitation impossible, est l'œuvre du 

{;rand-duc Constantin, le propre frère du Czar, un prince que 
es journaux inféodés à la Russie représentent comnl^e le plus 
vaillant de tous les champions du progrès, le plus fervent des 
amis de rhumanitc. 

Les incidents se pressent. Chaque jour un nonveau combat. 
Chaque jour aussi un nouveau crime. La plume se refuse à 
tracer le récit de toutes ces horreurs. Bornons-nous à raconter 
les faits caractéristiçiues de l'oppression et de la résistance. 

Le 27 février, trois cents faucneurs et deux cents ftintasshië 
ou cavaliers, bien équipés et bien armés traversèrent la ville 
de Lodz, et établirent un camp à quelque dislance. 

On remarçiuait parmi eux un jeune et beau volontaire, et 
on apprit bientôt que c'était une dame, madame Micholskâ, 
âgée de vingt-trois ans, et mère de trois enfants. 

Trahis par des paysans allemands, ces insurgés furent sui:- 
pris au moment de leur repas par un corps d^armée russe si 
considérable qu'ils reconnurent rimpossibilité de se défendre 
et offrirent de se rendre. 

Les officiers russes auraient consenti, mais les cosaques ne 
voulurent pas perdre une aussi facile occasion de montrer 
leur bravoure. Ils attaquèrent avec furie les polonais, qui vaii- 
dirent chèrement leur vie. 

A elle seule, madame Mîcholska, tua plusieurs ennemis. 
Elle fut cependant prise, et quoique Ton connût facilement 
son sexe, elle fut immédiatement égorgée. 

Le lendemain, plusieurs habitants de LodE se rendirent sur 
le lieu du combat; ils trouvèrent 57 cadavres d'insuiig^és, 
dépouillés jusqu'à la chemise et ayant au moins chacun six 
ou sept blessures; beaucoup d'individus, grièvement blessés, 
moururent peu après, de façon que cette affaire a coûté aux 
insurgés à peu près 100 morts. Les Russes emmenèrent avec 



430 HfSTOIRB 

eux 85 insurgés prisonniers et deux voitures remplies de sol- 
dats ayant reçu aes blessures graves. 

Le père de madame Michoiska fut frappé d'apoplexie en 
apprenant la mort de sa flUe^ et tous deux furent enterrés 
ensemble quelques jours a|)rès à Lodz. 

Un autre fait mérite aussi d'être cité à un tout autre point 
de vue. 

Le 28 février, un détachement d'insurgés d'une centaine 
d'hommes se troiJVait campé aux environs deWielun, près de 
la frontière prussienne et de la rivière Prosna qui sépare ia 
Pologne proprement dite du grand duché de Posen. 

Ce petit corps fut rencontré par une colonne moscovite cinq 
fois plus considérable. Les polonais combattirent vaillam- 
ment. Au bout de 2 heures, leur chef fut tué et ils se trouvaient 
réduits à une cinquantaine d'hommes. Ils eurent alors la 
pensée de se réfugier sur le territoire prussien. 

De l'autre côté de la rivière Prosna, ils trouvèrent un autre 
ennemi. Les prussiens les reçurent d'abord, puis au nom du 
droit des ^ens les désarmèrent, et, une fois désarmés, les re- 
reconduisirent sur le sol polonais, la baïonnette dans les 
ireins. 

U n'en restait plus que quarante. D'une seule décharge des 
russes trente-sept furent tués. Les trois autres passèrent de 
nouveau la Prosna à la nage. Deux furent pris par les prussiens 
<et livrés aux russes qui les achevèrent. Un seul parvint à 
s'échapper ! 

Ce fait plus que tous les documents diplomatiques dit élo- 
qnemment quelle est l'opinion du gouvernement de Prusse 
sur la révolution polonaise. 

Et tandis que ces événements s'accomplissaient, le gouver- 
nement national continuait sa tâche. Le 1^ mars, la ville de 
Tarsovie trouva en s'éveillant, placardée sur tous ses murs, 
la proclamation suivante : 

c Concitoyens, 

a Lorsqu'il y a six semaines, une oppression sans exemple 
eût porté au dernier degré les souffrances du peuple, nous 
vous appelâmes aux armes, pleins de confiance en la sainteté 
de notre cause pour les droits de l'humanité, pour la liberté 
et l'indépendance de notre patrie. 

a Notre confiance en la force et la virilité delà nation polo- 
naise ne nous a pas trompés. 

« L'ennemi, rendu impuissant, se venge de ses défaites 
par le meurtre et l'incendie, ment à l'Europe, et envoie, après 
chaque coup qu'il reçoit, des bulletins de victoires fabuleuses 
à rOccident. 

« La semence répandue par les mains des dénonciateurs et 



DB LA RÉVOLirriOlV POLONAISE. HX 

des traîtres^ n'a pas profiié à notre ennemi. En souillant nos 
temples de sang innocent, il a porté le scandale jusqu'au pied 
de rautel. Notre.clergé a rejeté^ a^ec indignation^ renseigne- 
ment des faux prophètes et s'est mis da côté du peuple oppri- 
mé. Dieu bénisse nos armes ! 

c Dans sa honte, Tennemi a avoué devant le monde entiefi 
comment il voulait décimer notre population par un recrute- 
ment de proscription. La. population urbaine et les bandes 
valeureuses de la Jeunesse des campagnes ont commencé le 
combat auquel prend part aujourd'hui toute la nation. 

« Epuisé par sa guerre avçc TOccident, tourmenté par le 
mécontentement de son propre peuple, l'ennemi ne pouvait 
nous écraser par des forces supérieures, et s'est efforcé pen- 
dant deux ans de tromper l'Europe et nous leurrer par de pré- 
tendues concessions. Malgré toutes les déceptions que nous 
avait fait éprouvé le czarisme» et la défiance qui en était ré- 
sultée pour les réformes qu'il avait opérées, une partie de nos 
concitoyens se mitcependant à 1-œuvre au sein des institutions 
accordées. 

c L'expérience de Tannée 1862 a fait paraître en plein 
jour Tarriëre-pensée cachée sous ces prétendues concessions. 
Les efforts de ces travailleurs infatigables furent dissipés en 
essais infructueux, embarrassés de fausses complications, 
entoura de mille difficultés. Pas une seule proposition utile 
des conseils de cercle n'a été mise à exécution. Le don de 
rennëmi a été apprécié à sa valeur. Aujourd'hui, il n'y a pas 
un seul homme honnête dans le pays qui croyant à la fourberie 
moscovite, se fasse l'illusion de supposer qu'il est possible de 
travailler utilement pour la Pologne avec l'ennemi. 

a Lorsque des hommes peureux ou de peu de foi doutaient 
de la possibilité d'une insurrection, nous n'en avons pas moins 
persisté dans notre croyance et dans nos opinions nationales. 
Le succès a convaincu tout le monde. Parmi les propriétaires 
et les habitants des villes il n'y a plus une âme véritablement 
polonaise qui ne partage l'enthousiasme général ; et les or- 
dres du gouvernement national sont reconnus par tous les 
bons citoyens. 

<x La force du peuple des campagnes a toujours fait l'effroi 
principal de l'ennemi ; voilà pourquoi tous les moyens furent 
tentés pour paralyser ce Samson. Le renégat qui voulut mettre 
aux pieds du czar la Pologne opprimée, qui envoya des espions 
parmi les cultivateurs et les leurra de l'espoir du don de la 
propriété d'autrui, tandis au'en môme temps il plaidait pour 
a corvée devant le czar, fut sincère, pour la première fois, 
lorsqu'il déclara, au sein du conseil d'Etat assemblé, que nos 
ennemis avaient excité sciemment et systématiquement Firri- 



r. 



481 HttTOlBB 

tation en souleTant la question des paysans sans la régler 
définitivement. 

« Voilà i)ourquoi aussi le prenoier mot du gouvernement 
national a été 1 Wrancbissement de tous les enfants de notre 
sainte mère^ la Pologne ! Fermant la source du mécontente- 
ment nourri par le czarisme, pendant de longues années^ le 
gouvernement national a proclamé de suite raurancbissement 
es paysans, et leur a conféré des propriétés. 
« En rendant cette disposition, il n'a nullement été dirigé 
par les théories utopiques ou subversives qui menacent de 
renverser les principes sur les(^uels repose la société civilisée 
dans le reste ne TËurope, mais il n'a fait qu'accomplir le vœu 
depuis longtemps formé par les propriétaires nobles et mettre 
en pratique les espérances légitimes des cultivateurs. 

< La perte qui en résultera pour la propriété privée sera 
honnêtement récompensée parle trésor de l'Etat. Le gouver- 
nement national prend la responsabilité de l'exécution exacte 
de cette mesure^ aui est conforme à la volonté des propriétai- 
res, et avec laquelle cesse toute cause d'animosité réciproque, 
au sein des populations rurales. C'est pour cela que les ten- 
tatives d'exciter les passions haineuses, contre l'insurrection 
nationale sont presque partout restées sans résultat. 
« Le prix de cinq roubles (20 francs) que le czarisrae a offert 

Kur le sang de nos frères n'a pas créé de fratricides ! Malgré les 
lèbres et l'abrutissement dans lesquels l'ennemi a maintenu 
systématiquement les populations rurales, l'instinct honnête 
de la nation polonaise a fini par prévaloir sur l'instinct anti- 
slave des Tartaro*Moscovites. Partout où le peuple entend que- 
3ues mots de vérité et de sympathie, il accourt dans les rangs 
es défenseure de la patrie. 

a Le sang polonais de toutes les classes qui a coulé dans les 
rues de Varsovie j nous garantit que nos frères appartenant i 
la religion israélite prendront part aussi- à l'insurrection ac- 
tuelle comme il convient à de braves enfants du pays qui ont 
reçu ici un accueil hospitalier, y ont trouvé leur vie et obtenu 
les droits civiques. 

a Ainsi donc, en avant avec courage l Avec nous est Dieu, 
avec nous sont les hommes de cœur de tous les pays, d 

Ce document a cela d'important qu'il révèle, d'une façon 
certaine, la portée de la révolution polonaise. Comme on vieut 
de le lire, le mouvement ne touche pas aux principes sur les- 
quels repose la société européenne. Il révèle aussi un côté de 
la ligne politique suivie par le marquis Wielopolski^ qu'il dé- 
signe sous le nom peu parlementaire de renégat. 

Après cette manifestation des sentiments polonais, voyons 
une manifestation des sentiments russes. 

Au milieu des combata et des massacres , on eut ridée de 



DK LA BÉTOLUTION P0L0HAI8B. 423 

célébrer avec uoe certaine solennité Panniver^aire de l'acle 
d^émancipationdu 2 mai 1861. On chargeait les popes de cette 
singulière mise en scène. Hais^ si les agents religieux ou mili- 
taires de la politique russe ne manquent pas de bon vouloir, 
on ne peut faire autrement que de nier leur intelligence. 
Le gouverment moscovite semble en convenir lui-même, lors- 
qu'il rédigea Tavance les sermons que ses prêtresdoivent pro- 
iioncer. 

Il est heureux, pour Tédiflcation delà postérité, gu^on ait pu 
connaître la teneur de ce sermon uniforme. La voici : 

« Je vous salue, mes chers amis. Je vous salue du plus pro- 
fond de mon cœur, par Tannonce du plus grand bonheur qui 
puisse être donné à Thomme sur la terre; je vous salue par 
rannonce de la liberté que vous recevez aujourd'hui de celui 
dont la mémoire vivra éternellement dans tous les siècles, par 
l'annonce du présent qui vous est octroyé par notre bienfai- 
teur, notre czar, notre bien-aimé père Alexandre II, l'ami de 
son peuple. Jusqu'à ce jour, vous ne jouissiez d'aucune liberté, 
vous étiez forcés de faire ce qu'on vous ordonnait, et d'aller là 
où Ton vous envoyait. Jusqu'à ce jour vous n'étiez pas des 
hommes; mais, ô joie! 6 bonheur! maintenant vous êtes li* 
bres! Je vous salue donc avec les transports de la plus viveai« 
légresse. 

a Vous savez, mes frères, à qui vous devez ce bonheur su** 
prême. Je vous ai déjà dit le nom de votre libérateur dont la 
mémoire sera éternelle. Quel don lui ferez-vous en retour de 
cette grande preuve de son amour paternel, de votre émanci^ 
pation récente? Il n'a besoin d'aucun de vos dons : il ne de- 
mande que votre amour et vos prières. 

a Que chaq ueâme russe orthodoxe, dans IMvresse de sa Joie, se 
Jette à genoux ; que du plus profond de son cœur elle prie Dieu 
d'accorder à son libérateur, à son Moïse, ses meilleurs dons sur 
la terre et dans le ciel! Russe orthodoxe, n'oublie Jamais de 

1>rier pour ton bienfaiteur; apprentis ce devoir à tes fils, qui 
e transmettront à tes petits-fils de siècle en siècle ! 

< Hais vous avez encore un autre moyen pour remercier di<^ 
gnement votre libérateur; son âme est actuellement attristée 
par la révolte de ceux qui naguère étaient vos maîtres, ie veux 
dire les Polonais. Ils essaient de séparer notre terre natale de la 
Russie, notre sœur dans la foi. Us veulent vous arracher à la 
tutelle protectrice du czar russe orthodoxe, votre libérateur^ 
]>eut-étre même, par leurs funestes cabales, chercheront- ils a 
TOUS faire retomber dans le dur esclavage dont vous êtes au* 
jourd'hui délivrés. Us l'ont déjà demandé à votre czar; ils ont 
même osé dire dans leur adresse, que vous-mêmes vous vou* 
Uez vous séparer de lui et de la Russie, pour être incorporés à 
la Pologne. J'ai conflancg dans le sentiment unanime d'indi- 



424 HISTOIKI 

gnalion avec lequel vous accueillerez la triste nouvelle de 
cette lâche calomnie quMlsont proférée devant votre libéra- 
teur. Oui; mon âme en est profondément convaincue, on vous 
a indignement calomniés dans res|;)rit du czar. Hais lui, notre 
bien-aimé père, comment saura-t-il que c'est réellement une 
calomnie, tant que vous ne lui attesterez pas qu'on Ta trompé 
sur votre compte? 

<x Que de vons*noas faire? me demandez-vous. Je vous ré- 
pondrai : Voici ce que vous devez faire. Ecrivez sur un papier, 
qu'on vous a calomniés devant le czar; que vous jurez, pour 
vous et pour vos descendants, de vivre et de mourir sous l'au- 
torité de notre bienfaiteur, et (][ue vous ne voulez entendre ja- 
mais parler ni de la Pologne, ni des Polonais. Nous enverrons 
ensuite ce papier à notre czar. » 

Le lecteur est renseigné sur les finesses de la prédication 
orthodoxe russe. Hais ce qui serait risible , si la pensée ne se 
refusait pas à toute émotion autre que Thorreur, en présence 
de la conséquence espérée de ces machinations, rest rinstruc- 
tion dont le gouvernement moscovite accompagnait le modèle 
de sermon. Cette instruction est confidentielle et tris-secrète; 
mais il est heureux pour Thistoire que le mystère n^ait pas 
enveloppé un semblable document. 

a Le discours ci-joint ne peul manquer de faire éclater un 
témoignage unanime d'assentiment ; il faut donc tenir toute 
prête l'adresse en question et la faire signer sans retard. Cola 

!)eut se faire après le service divin ; mais il vaudra mieux le 
aire avant. 

« Le discours doit être prononcé de mémoire, sans que le 
desservant tienne entre les mains un cahier ou un [)apier 
quelconque. Car il est très-important que toute la conduite de 
cette affaire soit couverte du plus épais mystère et entièrement 
cachée aux regards de nos ennemis; qu'elle ne soit, enuo 
mot, connue que de Dieu seul. 

a Désormais, à l'énumération abrégée des titres de l'Empe- 
reur, qui est lue pendant la grand'messe, on devra ajouter ces 
mots : Libérateur du peuple russe. 

« Quant à l'Adresse, elle doit être écrite directement à 
PEmpereur et à son nom personnel, en ces termes : 

a Nous soussignés, en [)résence du Dieu très-haut et très- 
c juste, réunis dans son temple au jour solennel et à jamais 
a mémorable de notre délivrance de Fesclavage, attestons, par 
<i le présent écrit, et jurons à notre très-miséricordieux lioé- 
(c rateur, le grand czar et empereur Alexandre-Nicolaévitsch, 
a que des hommes pervers nous ont calomniés devant lui en 
(< disant que nous ne voulions pas vivre et mourir sous Tau- 
« torilé de notre czar, d'éternelle mémoire, de notre bien- 
« aimé père Alexandre II et de ses successeurs ; au contraire 



DE LA RÉVOLUTIOR POLONAISE. 425 

« nous voulons rester inséprablement unis à la Rassie, notre 
« sœur dans la foi, et n'avoir rien de commun avec la Pologne 
a et les Polonais. j> 

a On aura soin de faire siçner cette adresse par tons ceux 
qui savent écrire ; ceux qui ne savent pas écrire devront 
aire une croix en présence du desservant ou de son diacre. 

« Les Adresses doivent être envoyées le même jour au doyen 
par les popes, pour être ensuite remises à Tévéque qui, de 
son côté^ les fera parvenir aux gouvernements généraux, char- 
gés de les transmettre à FËmpereur. 

a Le texte de ces Adresses peut être modifié dans la forme; 
l'essentiel ne consiste que dans le sens et non dans l'expression 
plus ou moins éloquente. » 

Il ne faut pas oublier que le paysan lithuano-ruthénien est 
dans ^ignorance la plus complète^ et qu'il ne sait ni lire ni 
écrire^ ce qui explique Tuniformité et Punanimité de ces 
adresses^ dont le gouvernement russe eut le singulier courage 
de se faire une arme contre l'Europe sympathique à la 
Pologne. 

Quoi de plus simple , en effet, que d'amonceler dès croix 
sous un document, lorsqu'on a joué si bat)ilement sur les dates 
d'un décret aussi solennel que celui qui proclamait l'aboli- 
tion de l'esclavage ! 

Après de tels détails, le ridicule disparaît pour ne laisser 
de prise qu'au dégoût. 

Reprenons donc la suite des événements militaires. Voici 
un jeune héros dont la bravoure et l'habileté vont^ pendant 
quelques instants^ reposer l'esprit lassé de toutes ces tur<> 
pituaes: Mielencki. 

Ainsi que faisait Langiewicz sur la frontière de Gallicie» 
Mielencki tenait la campagne entre Konin et Powidz^ sur la 
frontière de la Silésie. Déjà dans une foule de rencontres, il 
avait battu les Russes, et avait même poussé l'audace jusqu'à 
es poursuivre sous les murs de la ville de Kasimir. 

Le grand-duché de Posen (Pologne prussienne) lui fournis- 
sait des volontaires, qui bravaient à la fois les soldats russes 
et prussiens pour se réunir à lui. 

Les Russes, effrayés de l'importance que Mielend^i prenait 
chaque jour, envoyèrent des renforts à la garnison de Konin. 

Le 1*^ mars, trois cents volontaires vinrent de leur côté ren- 
forcer la petite armée de Mielencki. 

Un corps russe qui entravait ses mouvements fut complète- 
ment taillé en pièces, près de Dobroslaw, village du gouver- 
nement de Varsovie, situé à deux lieues seulement de la 
rentière prussienne. 

Le 1*' mars au soir, les Polonais occupèrent le village et 

U 



426 RISTOIBS 

reposèrent pour pouToir^ le lendemain^ tenter une attaque 
sérieuse. ^ 

Le 2, Mielencki divisa sa troupe en deux détachements, afin 
deforcer Tennemi à se diviser. Un de ses meilleurs lieutenants 
ce sépara donc dt? lui^ tandis qu'il marchait droit aux Russes. 

A peine celte séparation venaitelle de s'effectuer, que les 
Russes arrivèrent, a Timproviste, avec des forces cinq ou six 
fois supérieures en nombre et dirigèrent, contre la petite 
troupe de Mielencki, une attaque vigoureuse que celle-ci, du 
reste, soutint, pendant plus d'une heure, avec un courage 
admirable. Surprise au moment où elle allait se mettre en 
marche, elle fit des prodiges de valeur et disputa le terrain 
pied à pied ; mais son chef, ne voulant pas sacrifier inutile- 
ment tant de courages héroïques, se décida, vers le soir, à 
abandonner une position et à rallier ses hommes en bon 
ordre, à quelque distance du village qui fut aussitôt occupa par 
les Russes. 

Dobroslaw vit alors se renouveler les scènes de désolation 
et de carnage dont nous avons eu déjà souvent à retracer le 
tableau. Le village, comme tant d'autres, fut pillé, saccagé : 
les habitants : femmes» vieillards, enfants, qui s'étaient réfu- 
giés dans des granges, furent impitoyablement massacrés. On 
se fatigue à retracer et sans doute à lire les récits de toutes ces 
atrocités ; il faut pourtant rapporter deux faits attestés par un 
témoin oculaire, échappé avec beaucoup de peine à ces hor- 
ribles piassacres. 

« Un jeune médecin qui, de Ronin, était venu se joindre 
aux volontaires pour soigner les blessés, avait trouvé asile 
dans une maison servant d'ambulance. Surpris par les Russes 
il fut, sans égards pour son âge , son dévouement, sa profes- 
sion, percé d'abord de dix coups de baïonnette, puis fusillé 
parce qu'il n'expirait pas assez vite. 

« Sur le lieu du combat, des soldats russes, ayantremarqué 
le corps d'un des plus jeunes et des plus nobles descendants 
d'une vieille famille posnanienne, se mirent à lui frapper ou 
plutôt à lui écraser le crâne à coups de crosse, en Papostro- 
p^jant d'odieuses plaisanteries et pour voir, disaient-ils, sUl 
avait la tête dure. 

a Enfin, un malheureux, nommé Sléphonowitch, étendu 
parmi les morts et les mourants, ayant osé demander un peu 
d'eau et du secours, a été odieusement achevé. Quant aux 
paysans réfugiés dans les granges et dans les greniers, on les 
attachait deux par deux pour les fusiller. 

On peut affirmer, car sur ce point tous les récits sont d'ac- 
cord que, du côté des Polonais, le nombre des tués pendant le 
combat de Dobroslaw, ne s'est pas élevé à plus de quatre, k 
cause des moyens de défense naturels que présentaient les 



DE LA RBVOLOTtOlf POLONAISE. 427 

maisons, les jardins et les baies. Et pourtant on a ramassé 

Elus de quarante cadavres dans la partie du village où avait eu 
eu celte sanglante rencontre ! C'est donc après la lutte, quand 
déjà les volontaires^ ne se défendant plus, commençaient à 
se replier, que les Russes ont frappé et égorgé sans pitié les 
blesses, les paysans, les prisonniers, les vieillards, tous ceux 
en un mot qui ont eu le malheur de tomber entre leurs 
mains. 

Le 4 mars, dix-huit jeunes gens à cheval s'étaient arrêtés à 
la chute du jour à la ferme de Szydlovin, propriété du feu 
général Szydlowski> entre les villages de Nakowy et deKrynica. 
'S'y croyant en sûreté, ils résolurent d'y passer la nuit. 

Ils étaient couchés dans une grange, lorsque, vers six heures 
du matin, la ferme fut envahie par une demi sotnia de 
cosaques (50 hommes), qui, dès qu'ils eurent découvert la pré- 
sence des patriotes, entourèrent la grange et manifestèrent 
Tintention d'y mettre le feu. 

Les insurgés, reconnaissant l'impossibilité de se défendre, 
ouvrirent la porte et'se rendirent à merci. Les cosaques, pous- 
sant une clameur de joie féroce, les tirèrent de la grange, les 
traînèrent à cinquante pas dans la plaine, et, après les avoir 
complètement déshabillés, firent sur eux une décharge de 
carabines à bout portant. 

Puis ils achevèrent ceux qui n'étaient que blessés, en les 
frappant sur la lête, sur les épaules, et même en leur ouvrant 
le ventre à coups de sabre. 

En les massacrant de la sorte, ces barbares trouvaient ingé: 
nieux de vociférer les commandements des insurgés : 

^ Messieurs les faucheurs, en avant ! 

— Messieurs les lanciers, en avant I 

Et lorsque ces malheureux, couverts de sang, jetaient des 
cris de douleur, ils riaient et les contrefaisaient. 

Ce massacre, qui bientôt ne fut plus qu'unCv suite dinsultes 
à des cadavres, dura une heure. . 

Et le plus âgé de tous ces martyrs n'avait pas vingt-quatre 
ansi 

Les russes mirent ensuite le feu aux granges et aux étables 
dont ils avaient préalablemens fait sortir et confisqué le bé- 
tail. Ceci terminé ils tirèrent des coups de fusil dans les fenê- 
tres de la maison principale, ordonnèrent aux habitants de 
leur livrer les meubles et l'argent et montrant les corps morts 
épars dans la plaine, ils criaient : 

— Regardez, voici votre sang, buvez-le. C'est ainsi que nous 
égorgerons tous les polonais. 

Quand tout fut pillé, et que les cadavres des morts furent 
dépouillés de leurs vêtements, on eu chargea cinq chariots» 



428 HiSTonB 

et on les amena à Siedlce. A l'arrivée, on s'aperçut que plu- 
sieurs de ces malheureux vivaient encore. 

On fut obligé d'employer la force pour les arracher aux 
cosaques^ et les transporter à Thôpital. 

Le lendemain, à Krzyvosonckz^ où se trouvaient quelques 
blessés, les russes procédèrent de même. Un jeune médecin 
accomplissait son pieux devoir. On l'avait appelé d'une ville 
voisine, Krosniewice, sans lui dire à l'avance à quels gens il 
allait donner ses soins. 

Les russes le clouèrent en croix contre un mur !... 

Ils lui déchirèrent le sein à coups de baïonnette i... 

Et Tachevèrent à coups de fusil. 

Pendant qu'ils pillaient , à Krzywosoncz , un habitant 
se permit de leur rappeler une circulaire du prince Constan? 
tin : 

— C'est bon pour le public, répondit un chef de cosaques. 
Nous avons d'autres instructions. 

Ce cosaque avait raison. Il eût mieux fait de dife : C'est pour 
TEurope i car malgré son impertinence à Tégard des puissan- 
ces européennes, la Russie éprouve souvent la nésessité de 
donner le change sur ses procédés, et de cacher les ordres 
qu'elle donne à ses sbires. 

Mais bien que récents^ tous les faits relatifs à la Pologne 
sont déjà du domaine de l'histoire. Aussi possédons-nous les 
plus curieuses des instructions secrètes de la Russie. 

En voici une : 



« Au commandant du district de 



« Il est inutile et embarrassant de faire affluer ici une foule 
de gens suspects. D'ailleurs les paysans ne se soucieraient pas 
d'aUer les prendre et les conduire ici ^e trop loin, et beau- 
coup sont délivrés ou s'échappent en route; il faudrait donc 
y remédier et engager les paysans à se conduire en fidileê 
sujets de P Empereur. 

« C'est pourquoi vous êtes autorisé à payer, à votre quartier 
même, les récompenses promises pour les rebelles et les gens 
suspects amenés (morts ou vifs sans doule) ; vous pouvez mê- 
me, si vous en voyez la nécessité, élever la récompense à peu 
près dans la lattitude suivante, à savoir : 30 roubles pour un 
chef et 10 rs. pour un officier de rebelles, 5 roubles pour un 
szlachcic (noble), 3 rs. pour un rebelle pris en armes, 2 rs. 
pour les suspects retenus au chef-lieu, et i r. pour un juif ou 
un paysan. » 

Cette circulaire est signée parle chancelier Szumanow^ par 
ordre du gouverneur général adjudant, Nazimow. 

Si ces instructions sont barbares, on peut voir que l'élite de 



DB LA RÉVOLUTION POLONAISE. 129 

la société russe pousse plus loin encore la férocité. Voici un 
fait à la date du 5 mars. 

Une compagnie de troupes est rejointe^ dans les environs 
de Rawa, par une compagnie de la garde^ au moment où elle 
venait de rencontrer un rassemblement dMnsurgés et de leur 
faire quelques prisonniers qui, par une très-honorable eicep^ 
tion avaient été jusque-là traités avec humanité. 

Les officiers de la garde demandent à les voir. Le capitaine 
Potyniew, qui commandait la compagnie de ligne^ les fait 
amener devant eux sans défiance. Celaient tous des jeunes 
gens bien élevés et quelques-uns même de très-bonne fa- 
mille. 

A peine furent-ils amenés^ que les officiers de la garde^ 
malgré les remontrances du capitaine Potyniew, firent subir 
à ces malheureux les plus lâches traitements, les insultant, 
les frappant, leur crachant au visage. 

Qu'on juge de Feffet de tels exemples sur des soldats déjà 
disposés à tous les excès I 

Le lecteur voit avec quel soin nous recherchons tous les 
faits qui montrent quelque russe n'obéissant pas aux instruc- 
tions, au mot d'ordre de lâche persécution, émanésdes régions 
supérieures du pouvoir. Du reste, de semblables récits font 
réellement du bien à la cause polonaise. Us montrent par le 
contraste, tonte la hideur du système moscovite. 

Le 10 mars, le capitaine russe Tideman, faisait une perqui- 
sition au couvent de Sulejow, pour y trouver des armes, lors- 
qu'on vint lui annoncer que ses soldats brisaient à coups de 
hache les portes de l'église. 

Il y courut pour empêcher cet acte de vandalisme, mai 
deux baïonnettes de ses propres soldats s'abaissèrent aussitô 
sur sa poitrine, et le cri Na sztycliy jeho (tuez-le i) fut aussitô 
poussé par ces furieux. 

Sans l'arrivée d'un autre détachement, c'en était fait du 
capitaine Tideman. 

Le jour même un incident du même genre se passait à 
Radoszyce. 

Une perquisition faite chez un fermier n'avait amené que 
la découverte de deux fusils de chasse avec un permis du 
général russe qui commandait à Radom. Le capitaine Kakuskin 
ordonna aussitôt la retraite, mais il fut menacé par ses soldats 
qui l'accusèrent de connivence avec les insurgés, et malgré 
lui pillèrent la maison de ce fermier. 

' Quand la compagnie rejoignit le régiment auquel elle appar-. 
tenait^ on arrêta les principaux coupables, mais ils furent im- 
médiatement délivrés par leurs camarades. 

En France de semblables événements seraient impossibles. 
En Pologne, l'autorité militaire russe est souvent heureuse de 



430 HISTOIRE 

celle insubordination qui ne rend pas Tarmée meilleure^ il 
est vrai, mais garantit à l'occasion contre le manque de bo.ur- 
reaux ! 

Ne terminons pas ce chapitre sans raconter la fin glorieuse 
d'un chef de bande. 

On le nommait Casimir Boj^anowics. 

Il devait ôtre exécuté à Lublin> le 12 mars, à six heures du 
matin. 

Quand il Ait sur la place où il allait être (ùsillé, le général 
russe Cbruszczeff s'approcha de lui : 

^Demandes grftce lui dit-il, vous êtes si jeune ! 

«-C'est vrai^ répondit Bogdanowics, mais notre cause est 
vieille. 

«^Vous avez une mère» répartit ChruszczeiT. 
' -«Elle aurait honte de moi, répliqua le jeune martyr, si je 
demandais grâce. Du reste , pourquoi jouons-nous cette 
comédie inutile? 11 est six heures dix minutes vous êtes en 
retard. 

Un instant après, Bogdanoviricz tombait pour ne plus se 
iwever. 

Ainsi, en Pologne on ne peut déjà olus croire à la pitié. 
Gomédiel a dit ce martyr en rudoyaiit un soldat qui avait 
peut-être nn bon mouvement de générosité. 

La nation de Sobieski n'a plus qu'une foi> comme elle n'a 
plus qu'une espérance. 

Sa m, son espérance, c'est son épée! 



Dl LA RÉTOLUnON POLONAISI. 4Î1 



CHAPITRE XVm 

Ungîcwîci dictateur. — Le conseil de guerre. — Langiewicz prigonnier 
— Le gouvernement national reprend son autorité. — L'oplDion de 
1 Angleieire. - L'opinion de la France. - Russes et Polonais -T 
Lafenir de rinsurrection. - Reprise du récit. - M. Déodat Leikrs 
U PrusM et les insurgés. ^ Une amnistie du Czar. ^ Protestation 
contre 1 amnistie. — Un curieux document officiel. — U conduite do 
clergé polonais pendant Tinsurrection. — Encore la Prusse — Petite 
géographie de la Pologne et du pays slave. — Mort de trois chefs 
français. — Proclamation du gouvernement national. — Biographie 
de Narbutt. ~ Le général Toll. - Mort de Paldlews^. ^ Physionomfe 
de r msurrection, — Mourawièf à Viina. 

Langiewicz nommé dictateur^ rinsurrection entrait dans 
une nouvelle phase. 

On allait abandonner la guerre de partisans, grossir cetle 
armée dont nous avons vu la composition, et marcher sur 
les russes comme sur un ennemi ordinaire. 

Cétail respoir de la Pologne, espoir JusUflé par l'admirable 
instinct militaire du Jeune général. 

Hais aussi la Russie allait changer de tactique. Il ne sV 
gissail plus pour elle de massacrer quelaues bandes d'in- 
surgés, de bi-ûler quelques villages, de faire régner une 
terreur qui ressemblât à Tordre, li fallait qu'elle s^apprêtât à 
combattre un ennemi régulier, et les l'usses sont faits depuis 
longtemps, à la guerre. ^ 

La campagne de Crimée leur a donné même un ranir dis« 
tingué parmi les nations militaires. ^ 

Les généraux russes oublièrent un instant leurs habitudes 
de chefs de bandits, pour reprendre leurs vieilles traditions 
On enveloppa Langiewicz d'un formidable cordon sanitaire' 
Il obtint malgré ce déploiement des forces ennemies auelaues 
avantages partiels, à Zagosc el à Grochowisko, mais il s'a- 
perçut bienlôl qu'il ne pouvait plus tenir campagne. 

Dans la nuit du 19 au 20 mars, vers minuit, il convoqua un 
conseil de guerre a Welce, près de Grochowisko. 

On décida, entre autres, qu'il fallait revenir à la guerre de- 
parlisans, laquelle avait été en partie négligée par suite 'ï-* 
1 accroissement subit du corps de Langiewicz ; qu'il fallalli 



de 

;>ar 



432 BISTOIRB 

conséquentséparercecorpsen deux grands dctachementset en 
d'autres plus petits qui combattraient comme par le passé et 
seraient envoyés dans différentes directions. 

La chose était considérée comme d'autant plus urgente, 
qu'il était impossible de nourrir une aus^ grande quantité 
d'hommes et de chevaux. 

On désigna les chefs de ces détachements» car Langiewic; 
devait se rendre dans une autre partie du pays, afin d'or- 
ganiser le même système de guerre suivant une même idée 
et une même direction. 

Par suite de manque d'officiers dans les autres contrées et 
de leur affluence dans le corps de Langiewicz, celui-ci devait 
prendre avec lui plusieurs orûciers supérieurs et leur donner 
des commandements dans diverses localités. 

Pour que tout ce plan d'opérations pût réussir» il devait 
être secret» et l'ordre du jour de Langiewicz ne fut commu- 
niqué aux polonais qu'après un commencement d'exécution 
du projet. 

Les deux petites armées eurent pour chefs Smiechoroski 
et Czachowski. Trois détachements moins important furent 
confiées au commandement de Rochebrun» Jezioranski et 
Waligorski. 

Ces dispositions prises Langiewicz» ne pouvant traverser les 
lignes russes» et voulant se transporter sur un autre point delà 
Pologne» passa la frontière autrichienne à laquelle son armée 
était adossée» avec l'inlenlion de rentrer par un autre point» 
hoi'S de la portée des forces moscovites. 

Il entreprit ce voyage en compagnie de mademoiselle Pous- 
tovtrojtoï» seuls» avec deux passeports suédois au nom de 
M. Waligorski et son fils. 

Hallieureusemenl l'identité des faux Waligorski fut re- 
connue par un agent autrichien. Il furent arrêtés tous deux, 
passèrent la nuit du 19 au 20 mars sous bonne garde à Uscie- 
Jansieki, et furent le 20 conduits à Tarnow. De là on les 
envoya à Cracovie où ils séjournèrent dix jours. 

L'ex-dictateur demanda à résider à Tiscbnowilz, près 
Briinn» et mademoiselle Pousiowojloï choisit Prague pour son 
séjour. Le gouvernement aulrichien» les y ût conduire» avec 
toutes sortes d'égards. 

C'en était fait de la direction unique à donner au mouve- 
ment militaire. Le gouvernement national reprit aussitôt le 
pouvoir» et Tannonça le 21 par cette proclamation : 

a La dictature prise par un général est tombée le 19 mars» 
et le pouvoir suprême du pays passe de nouveau aux mains du 
Comité central national^ siégeant à Varsovie» qui n'a pas cessé 
*de remplir les devoirs de gouvernement provisoire, et qui est 
le seul pouvoir constitué du pays. 



DS LA lÉtOLUTiOR POLOHAISB. 133 

M Le retour de la direction suprême aux maina des hommes 
qui ont proYoqué l'insurrection nationale et Font guidée avec 
persévérance^ vous garantira que l'insurrection sera main-^ 
lenue^ et qu'elle ne se terminera que par la victoire. Nous 
combattrons sans reiflcbey sans nous laisser abattre par les 
revers, sans nous laisser arrêter par les obstacles qui peuvent 
surgir. 

« Nous ne concentrerons pas le pouvoir suprême dans une 
seule main, car cela pourrait avoir pour résultat la chute de 
l'insurrection ; mais, forts du sentiment du droit» nous résis- 
terons fermement à toutes les tentatives que pourraient faire 
des factions pour élever des pouvoirs indépendants de nous. 

c Compatriotes, c'est avec un espoir et une foi inébranlable 
une nous reprenons en mains les rênes de l'Etat; habitués à 
écarter les oangers, nous sommes convaincus que nous par- 
viendrons aussi à surmonter les périls qui résultent de la 
chute du dictateur. 

«Fidèles à la cause dont le drapeau, que nous tenons, em- 
pêche toute division dans notre sein, nous demandons obéis* 
sauce à tout le peuple. 

« Aux armes I Tennemi est encore devant nous. Nos frères 
tombent i Al'armée est aujourd'hui la place de tout Polonais I 

Avant de reprendre le récit des événements, il nous paraît 
utile d'apprécier cette phase de la révolution polonaise. 

Ce qui est remarquable dans ce grand mouvement, c'est la 
fusion complète des opinioqs et des castes , c'est l'obéissanCd 
absolue à ce gouvernement anonyme, qui ne représente ni 
république, ni monarchie, mais bien lindépendance natio- 
naie. 

Or, un homme peut-il ne représenter absolument que cette 
idée d'indépendance. Tout individu, héros ou tribun, n'a-t-il 
pas derrière lui un passé dont les conséquences sont écrites, 
de fait ou de drqit sur le drapeau qu'il porte ? 

La Pologne, en suivant Langiewicz, marchait dans la voie 
politique que suivait Langiewicz. 

En obéissant sans intermédiaire au gouvernement national, 
la Pologne ne sert que l'idée d'une Pologne indépendante, se- 
parée de la Russie. 

Cette dernière condition lui donne-t^elle plus de force ou 
plus de faiblesse ? 

La dictature a duré huit jours. 

Le gouvernement national a déjà duré près d'un an. 

Les faits parlent plus éloquemmentque les discours. Ils ont 
leur conclusion logique, immuable. 

L'Angleterre, sympathique à la Pologne, n'est pas précisé- 
ment de l'avis des faits. 

Un voyageur anglais, parcourant ce malheureux pays peu 

53 



A4 iisltMlift 

de ifirn\A apfts U thnU du pouvoir dictàtok*i.il, écrivît au jèur- 
lUkl The Speeialof, une longue lettre^ qui hioutre une CDn>- 
naissande profonde des hommes et des choses, et à laquelle 
doùs aurons plus d'un emprunt à fcilre. 

Ali sujet des deux moyens d^action) Pécritaiti anglais tfBx* 
priide ainsi i 

a Là où^ à mon avis, le gouvernement national a été le 
ifaoitis heut^ut. c'est dàiis la conduite de la guerrei Je ne nie 
(MS le lar^e et brillant succès d'uà(9 insurrection commencée 
sabs espoir, et t}hi aujourd'hui ée soutient contre des forces 
^Ibs que doableis, dans trois provinces au moins^ Hais je pense 

St'il y A eu défaut de plan et de concert dans les opérations 
ililliiréS; et dispositioti à gaspiller un temps irréparable en 
ébhtkiô-marcHes et eh escarmouchiôs. 

« LiBi première faute est en partie la conséquence de la corn- 
^sIHbn dû jgodverbement. Dans les commencements e^était 
un corps purement démocratique. 

è Une fois la gticf re commencée^ nnflnence des nobles et 
Aè lÀbourg6ohiié,sabsle concours desquels on ne pouvait rien 
faire, ne tarda pas à se faire sentir, et la nomination de Langie- 
¥ict cottltne drctateut* tût en réalité un petit coup d'Etat, dans 
le but dtè sûb^tilbéf un pouvoir aristocratique à un cMWi 

a Malbéurétisett)ént> on s'était trop bftté t Langîewicz ftit 
Jeté hot:s du pays, et le conseil ètécutif actuel est un corps 
ttiiile, dans lequel l'élément démocratique a la prépondérance 
fln taombî^, et Télément aristocratique celte de l'influence. 
Toute dissension active est susptftndue en présence du danger 
commun; mais chaque parti entretient contre l'autre unecer^ 
t^ine JAlbusie^ Lbs démocrates sont surtout attentifeà écarter le 
|)éril d'une seconde dictature, et ils ont même, dit-on> dépré-^ 
cié une victoire importanle i^mportée par un de leurs meil- 
leurs généraux, J'ériorabski, dans la craints^ que sa grande 
jréptitâion ée MéVftt bu souverain pouvoir. Getie disposition 
conserve à la guerre le caractère d'une guerre de partisans. 

« Toutefois^ je né doute pas qu'un nomme d'une capadté 
supérieure ne pérvtnt à vaincre ces jalousies, qui sont com* 
munes à tous les pays libres. La préférence pouk" le système 
(ictuél de j^timY/a» vient) je pense, d'un vtf sentiment du 
dommage éprouvé par la défaite de Langie^ici, d'une résolu** 
tion ai'rétée de ne pas tout risquel* d'un seul coup, et encore 
plus d'un désir de gagner du temps, dans Tespoit d'une inter- 
vention européenne. Tout dernièrement encore, on croyait 
avec confiance par toute la Pologne que la France s'interpose- 
rait si la rébellion se soutenait elle-même. A qui revient la res- 
ponsabilité d'avoir excité ces espérances, c'est à l'histoire de 
le décider, le penche à croire qw le canctèirc tn^p «rdent des 



DB LA BÉVatUnM: POLONAUB. Wi 

eiilés, portés à trop te fier à Topinioii pubUqqei « été \% piin^ 
cipale seuroe de cette fatale iUusioQ. m 
\ En France, on ne partage pas ce doute de l^éerivaîp apgl^i^t 
\ On croit, au contraire^ au auecè$ de ce pài|veir apopyme, Ces 
ôlémenls divers qui le coioposent en lout, ^elon npi^s, Ig vefir 
tnble repré^eotant de la Pologne entière, qjvisce dao$ sçs 4sph 
râlions fgturesi mais opanime dans ses aspirations présentas.. 

Dn r^stei au n^oment niêm^ oi) tpipbdii la dictature^ penr^ 
Martin résunuât ainsi la situation : 

a Un grand maltieur a frappé la juçte qause ! 

« Le jeuqe cbef qui, par ses talents et son courage avait 
fait accepter sa dictature à une ^révolution d^abord multiple et 
anonyme^ est momentanément perdu pour elle. 

a Nous n'avons pas à dîscoter iei, les circonstauce^ de cet 
épisode de Tinsurrection. Hais il importe de dire que U prîsil 
de possession de cette dictature avati été tint fQUt$i et que le 
retour à la direction multiple et anmyfM, a été la aalut de 
l'insurrection polonaise. Le comité central de Varsovie, dont 
le patriotisme avait ratifié la dictature pour éviter la diseorde» 
a«u, depuis prévenir par sa fermeté toute tentative du mdnM 

Senre, réunir dans son action collective les éléments Ips j^iip 
ivers^ et faire ce qu'on n'eût obtenu d'aucun cbef ni d*auouB 
nom, en maintenant la guerre dans la seule forme qui pftt 
empêcher Tennemi d'user de ses resouvces, si s upérieurei^ 
pour étouffer promptement rinsuvrection. Ce gonvernemeâ 
sera Tun des phénomènes les plus extraordinaires de 1- bistoirt» 

« Une impression de douleur et de itontteroatioa a aaisi AU 
premier moment les amis de la Pologne. 

« Il y a eu douleur» certes, mais buILb eonsterpatiop, quI 
découragement chez les Polonais. Nul ne s'arrête, nul n-bàrils 
devant la mauvaise nduveUe. 

« Les Polonais disparaissent de tqus las pays d'Europe | 0J1 
ils étaient dix, ils ne*sont plus que deux ; où il y pn avait deux, 
il n'y en a plus. Le jeune bomme à la barbe naissante part; 
le vieux proscrit de 1831 part, abandonnant une place» up 
travail qu'il ne retrouvera plus au milieu de la oouourren^ 
étroite et nombreuse de rOccic^ent. Us vendent lisur paMvre 
patrimoine ; la Pologne se soulève, la Pologne a b(99Pin d'eux, 
il n'y a pas à réfléchir : il faut pat tiv. 

« Ceux du dehors continuent de se diriger en foule vers la pa- 
trie; de ceux du dedans, pas un ne pose les arfues» La petite 
armée, quoique mutilée, a glissé, pour Ainsi dire, entre les 
mains ennemies qui l'étreignaient; elle s'est fragmentée ^n 
guérilias qui recojnmeticent à éparpiller la guerre. 

a L'instinct des Polonais ne les trompe pas. Nous étions 
trompés, nous, par nos habitudes et nos souvenirs; nous nous 
figurions toujours la guerre régulière, la grande Wprr#, ie 



199 . Hinoia 

général perdu» c'était pour nous tout de suite une bataille dé- 
cisive perdue ; nous nous reporttons à la campagne de 1831 , 
au dernier choc devant Praga : Consommatum est. 

« Rien de pareil. La guerre ne finit pas ; on pourrait presque 

dire qu'elle commence. La dictature ne Pavait pas créée et ne 

I remporte point avec elle. La guerre n'était pas seulement où 

était Langiewicz, mais partout : des portes deCracovie àcelles 

I de Moliilevir, de la Warta aux marais de Pinsk, de laPodolie à 

la Samogitie. 

c Les habitudes et les idées de centralisation que nous por- 
tons en toutes choses, nous avaient, Dieu merci» fait illusion. 

« La guerre dure et durera ! » 

Cest, du reste, à la chute de Langiewicz que l'on sût réel- 
lement ce qu'était la Pologne. 

Jusqu'à cette phase de l'insurrection de 1863, la science 
russe nous montrait dans l'ancienne Pologne une agrégation 
factice qui s'était dissoute pour ne plus se reformer. Hais ces 
ombres se sont dissipées, et, comme le dit Henri Martin, nous 
avons vu partout s'agiter d'un môme frémissement les mem- 
bres épars de Tancienne, de la vraie Pologne. On ne peut plus 
demander où elle est I — Ne disputons pas sur telle ou telle 
ville, sur tel ou tel district I — Elle est partout où s'étend la 
civilisation polonaise, partout où règne l'esprit polonais. Il n'y 
a plus aujourd'hui un homme sérieux en France qui s'arrête 
aux traites de 1815 et prenne pour une solution le rétablisse- 
ment du petit royaumede Varsovie. On discute sur ce qui doit 
ou sur ce qui peut se faire, sur ce qui doit se faire aujourd'hui 
ou sur ce qui doit se faire demain ; on ne discute plus entre 
1815 et 1772. 

La Russie, tout naturellement, ne cAnmence qu'où finit la 
Pologne. Hais qu'est-ce que la Russie? 

D'un c6té, nous voyons éclater chez les Polonais tons les 
signes des plus brillantes races européennes : le génie cheva- 
leresque, l'activité, la spontanéité, la libre expansion, l'en- 
tente et l'action commune par l'unité de sentiments, par une 
aorte d'électricité sympathique et non par le mécanisme de 
masses impersonnelles; les femmes enflammant le courage des 
hommes et ajoutant une poésie nouvelle à la poésie de l'hé- 
t*oîsme. 

D'autre part, qu'estpce qui frappe nos yeuxt 

Nous ne parlons pas des cruautés ordonnées de sang-froid 
par le pouvoir! 

Nous parlons de la façon dont l'armée russe pratique la 
guerre. 

Nous faisons allusion a cet esprit de destruction, à cette pas- 
sion , pareille à celle des animaux féroces, de faire le d&ert 



m LA mkmLïrmm polohaub. 437 

autour de soi, passion qai se réveille avec le cri de guerre 
chez un peuple assez doux à ses sillons et dans ses foyers. 

N'y art-il pas là tous les signes d^une race étrangère à TEu* 
rope^ d'une race qui n'est pas la nôtre? 

La tète et le cœur de la vraie race alave, ce n'est pas la Rus- 
sie, c'est la Pologne!.... 

Une Pologne nouvelle, affranchie de corps et d'esprit, la- 
tine, grecque et juive tout à la fois, qui suivra toutes les 
croyances dans la liberté, comme naguère dans le martyre... 

Voilà ce qu'on peut nommer le vrai Panslavisme! 

De tout ce qui précède que doit-on conclure T 

La Pologne peut-elle lutter victorieusement contre la Mos* 
covie? 

Oui, parce que les Russes Pont mise dans Fimpossibilité de 
croire à une solution pacifique. Ce n'est plus pour une idée 

£ie les Polonais se battent, c'est pour la défense de leur exis- 
nce matérielle. 

Il semble que, dans cette guerre, la Russie ait juré d'effacer 
complètement la trace de la race slave. 

Or, pour résister à cette persécution . pour prévenir un 
peuple en armes contre les mille dangers oe l'oppression, vaut- 
il mieux un pouvoir anonyme ou une puissante dictature? 

Pour la défense, le pouvoir multiple est incontestablement 
préférable. 

Mais rien n'empêche de supposer qu'un jour, bourreaux 
et victimes, s'arrêteront lassés; que, du sein de cette lutte, 
surgira un homme puissant qui changera la face des choses, 
6t,groupant autour de lui toutes les forces de son parti, balaiera 
les débris du parti adverse. 

Si cet homme survient, il ne pourra être russe, car alors ÇQ 
serait un autre Attila devant lequel l'Europe, dresserait une 
barrière infranchissable. 

Si, au contraire, c'est un polonais, c'est que, sorti ou non 
de la lutte, il sera assez grand poUr résumer en lui la Pologne 
toute entière, — comme un jour.l'Italie s'est vue grande dans 
la personne de Garibaldi 1 

Or bel homme, ce ne peut être ni Langiewicz, ni Rochebrun, 
ni Hierolavski, ni aucnn de ces héros. Ils ont du courage, de 
la bravoure; ce sont de grands'et beaux caractères; mais ils ne 
suffisent pas à ce peuple héroïque, à cette nation aux annales 
merveilleuses, qui s'est personnifiée, à plusieurs siècles de 
distance, en Boleslas, en Sob)e6ki,en Kosciuszko! 

Pour la dictature d'une nation en armes, il faut un prestige 
et non pas un prestige local. 

Lançiewicz est tombé, et, s'il eût tenu encore, la Pologne 
se serait divisée. Ceux qui étaient grands par la naissance ou 
las exploits, ne se seraient pas rangés volontairement sous le 



188 BlITOllB 

drapeau du Jeune chef. Le malheur a eimâuté ruAion, Un 
succès de la dictature eût créé ia discorde. 

Langiewicz est tombé et la Pologue s'est trouvée plus forte 
après sa chute. 

Nul ne sait comment finira la lutte. 

Nul ne sait comment Taction providentielle se manifestera. 

Nul ne sait quelle voix sera assez forte pour dire à la Po- 
logne t Marchons I 

Mais ce que l'on ne peut nier, c'est que la voix du gouver-- 
nement national est assez puissante pour lui dire : Résiste 1 
et que, dans son obéissance, la Pologne trouve la force néœs- 
saire pour résister. 

Reprenons les événements étrangers à la campagne de Laiir 
giewicz, à Tépoque où il fut proclamé dictateur. 

Nous trouvons le 13 mars, à Zamosc, un chef de cosaques, 
se faisant remettre par un intendant toutes les sommes dont 
il devait compte à son maître, afin, disait-il que cet argent 
ne fût pas saisi par les insurgés. Comme le digne intendant, 
nommé Horawski demandait à cet officier un reçu, il fut im«- 
média'ement poignardé. Le même jour, aux environs de 
Kielce. eût lieu un engagement qu'un officier russe raconte 
ainsi dans un Journal de Saint-Pétersbourg; le Sank-Pêterê^ 
burskiê' Wiedomosti : 

a Nous nous avançâmes vers la forêt, où nous fûmes reçi» 
à coups de fusils, et où nous perdîmes quelques-uns des nôtres. 
Après avoir pris un neu de repos, nous gagnâmes lé lendemain 
la ville de Wolhowsk, où se trouvaient beaucoup de révoltés. 
L'attaque fut chaude, et pour les déloger, on mit le feu à la 
ville. C'était un affreux spectacle. 

« Obligés de revenir sur Kieice, nous traversâmes da nou- 
veau le grtss bourg que nous avions lai&é Tavant^veille et 0«, 
cette fois, un polonais armé d'une pique se jeta sur nous* 
malgré les efiTorts désespérés de sa femme pour te retenir; ils 

Eérirent tous deux en se défendant, ei la ville fUt incêndiéeê^* 
fous délivrâmes ouelques prisonniers russes. 

a Les chefs de bandes sont presque tous des prêtres; nous 
en avons tué dnq. La vie est abondante et facuet la volaille 
tort commune... 

< Nous allâmes ensuite à Skaszow pour attaquer un détache- 
ment de Langiewicz; la lutte, dans laquelle U eut quarante 
hommes tués et cent blessés, dura plusieurs heuri^s; après 
quoi, nous ineendtûmet la ville... » 

S'il est affreux de songer à ces trois villes incendiées en 
deux jours n'est-il pas horrible de penser qu'un 4)fficier russe 
raconte ces événements en si peu de lignes et avea tant de 
légèretét 

Et que Poo ne considère pas oes faits comme isolée. Les 



DB LA RÉVOLUTION POLONAISE. 4)9 

officiers el soldats rosses pouvaient continuer leur teuvre. A 
ime grande revue^ le 15 noars, le propre frère deTempereur, 
le grand duc Constantin, n'avait-il pas dit aux troupes : 

« Soldais! je suis Qer de vous commander 1... » 

L*exception étail au contraire dans les nobles actions. Lô 
lendemain de cette revue^ à Giebullowo^ tandU que l'on faisait 
une perquisition chez le {propriétaire du château, H. Bielski^ 
un major russe nommé Ëentkowski, empêcha, au péril de sa 
vie, le pillage d'avoir lieu, et saiiva ses soldats de cette, honte, 
en menaçant de son revolver le premier qui Jui résisterait. 

Le 15 mars, à Stanin, lés insurgés eurent une rencoutrie 
avec les russes. Ces derniers furent repoussés, mais ils revin- 
rent le lendemain, et se vengèrent par le pillage et l'incendie^ 
sur les habriants ineffènsilTs. 

Le 21, sur les bords d'une petite rivière, le Wierpz, & là 
suite d'une autre rencontre où ils avaient eu le dessous^ led 
russes s'ennparèrent de cinq hommes, quatt*e femmes et huit 
enfants, les fustigèrent et après les avoir solidement attachés, 
lesmirentsur une barque, entourés de matières inflammables, 
àuxqtlelles ils miteiit le f(^ut... 

A côté de cet horrible tableau, et pour faire diversion, citont 
la proclamalioti adressée le 24 mars, par Hielencki aui in- 
Burgés. Elle a un intérêt taut spécial pour des lecteurs français : 
c Goftipagnons d'arnœs 1 

« Je TOUS remerofe du omirage dont tous aveft fait preuve 
dans les deux combats qui ont eu lieu successivement te 
22 mars. 

< Malgré les forces supérieures contre lesquelles vous aviez à 
lutter, malgré votre arniemeni défectueux et notre organisation 
hâtive, vous arez, dans une série de combats glorieux, prouvé 
que vous étiec de vrais enfants de la Pologne, tous dignes de 
vos pères, par votre bravoure et votre grand cœur. 

< Continuez cette lutte héroïque: là est rindépendance» là 
est la liberté 1 

« Nommer tous ks braves qui ont fait leur devoir, ce serait 
vous nommer tous ; mais il faut que je distingue M. Déodat 
Le Jars, ancien eotiave, enfantée ^^(/«gémbiubuse France sous 
iet irspeimx de laquelle nos pères ont tant de fois combailu. 
lielars a versé son sang pour notre noble et juste cause» en 
xouave français, c'est-à-dire en héros. Je le |)orte donc à l'ordre 
du jour et le nomme capitaine. 

« MlBLENGU. s 

Le 25 mars, à Rowel, les Kusses, battus encore par les Polo- 
nais, revinrent le soir sur le champ de bataille, pour achever 
les blessés, Deuxfemmes^qui lessoignaient, furent en butte aux 
brutalités de ces misérables, mais Tune d'elles ayant poignardé 



440 HISTOIU 

le soldat qui Pavait choisie pour sa proie^ elles furent immé- 
diatement fusillées. 

Le 28^ à Raclawice^ un combat ayant duré toute laionmée, ' 
les Russes^ pour protéger leur repos, eurent l'idée d'attacher 
à des poteaux, en avant de leur bivouac, les quarante«cinq 
habitants d'un petit hameau quMls incendièrent. Les insurgés 
arrêtèrent effectivement leur feu, et profitèrent de la nuil 
pour prendre une position plus avantageuse. 

Le lendemain matin, les Russes ne trouvant plus leurs 
ennemis, s'en vengèrent en ensevelissant tout vifs les qua- 
rante-cinq paysans qui les avaient, — involontairement il est 
vrai,*- protèges pendant la nuit. 

Si les Polonais excitent la svmpathie de tous les peuple 
libres, ils n'ont pas, en revancne, à compter sur Taffection 
du roi de Prusse. Tandis que le peuple prussien leur témoi- 
gnait de sa sympathie, le ministre de la guerre envoyait au 
général Werder, qui commandait sur la frontière, le rescrit 
suivant, relatif aux insurgés qui pouvaient s'enfuir sur le sol 
de la Prusse. 

a l^'En général, ces individus seront traités d'après les 
conditions de la convention de cartel conclue entre la Prusse 
et la Russie, le 8 août 1857 (c'est-à-dire livrés aux Russes). 

€ 2» S'il n'est pas possible de renvoyer immédiatement les 
individus qui passent la frontière, ils doivent être considérés 
comme en état d'arrestation et conduits à.la ville prussienne 
la plus voiMne« 



« 4* Après l'arrestation, il y a lieu de procéder immédiate- 
ment à l'interrogatoire pour constate^ Pidentité des prison- 
niers et les circonstances de leur arrivée. En raison de cet 
interrogatoire, ils seront divisés en catégories dont dépendra 
la façon de leur extradition et le remboulrsement des frais. 

c 5* Ces catégories seront les suivantes : 

a A. Insurgés à traiter d'après les articles 15 à 17 delà con- 
vention, |>arce qu'ils ont commis en Russie un crime ou délit, 
(c'est-à-dire à livrer aux Russes). 

« B. Non insurgés, mais individus d'ftge à être tenus au 
service militaire, auxquels sont applicables les articles 1 à 9 
de la convention de cartel (c'est-à-dire à renvoyer aux Russes). 

Telle était l'attitude que crut devoir prendre le gouverne- 
ment prussien, tandis que l'Eurone entière frémissait d'indi* 
gnation au récit des crimes de la Russie. 

Le jour de Pâques, le grand-duc Constantin accorda aux 
habitants de Varsovie la faveur de pouvoir se promener jus- 
qu'à dix heures du soir. Hais au premier coup des horloges, 
les cosaques exécutèrent une charge à fond de train dans les 



DE LA BâVOLUTION POLONAISB. 441 

rues. Deux cents personnes furent tuées ou blessées, et cent 
cinquante furent arrêtées et enfermées à la citadelle. 

— Monseigneur, disait ce soir-là au grand-duc, Lowszyn, le 
chef de la police,Yarsovie possëdeencore une population virile 
trop nombreuse. Tant que Votre Altesse impériale n'aura pas 
éloigné ce foyer permanent d'agitation et de mécontentement, 
il me sera impossible de répondre de la tranquillité. Le recru- 
tement a manqué son effet; il 7 a encore a Varsovie vingt 
mille hommes de trop. 

— ^Faites, répondit le grand-duc; mais pas de sang. 

Le czar, pour donnerle changeàl'opinion publique, crut faire 
un coup de maître en proclamant, le 12 avril, une amnistie, 
pour tous les Polonais qui déposeraient les armes dans le 
délai d^un mois, a A nous, disait l'Empereur, est imposée Fo- 
bliçation de préserver le pays du retour de ces agitations con- 
traires à l'ordre, et d'ouvrir une nouvelle ère à sa vie poli- 
tique. Celle-ci ne pourra être amenée que par une organisation 
rationnelle de l'autonomie dans l'administration locale comme 
fondement de l'édifice. Nous en avons donné les bases dans 
les institutions que nous avons accordées au royaume, mais, 
à notre regret sincère, le résultat n'a pu encore être soumis à 
répreuve de l'expérience, par suite des excitations qui, à la 
place des conditions d'ordre public indispensables à toute 
réforme, ont mis les chimères de la passion. 

« En maintenant encore ces institutions dans leur intégrité, 
nous nous réservons, quand leur utilité sera prouvée par la 
pratique, de les développer davantage suivant les besoins du 
temps et du pays. C'est uniquemement par la confiance que le 
pays témoignera vis-à-vis de nos intentions que le royaume 
de Pologne pourra effacer les traces du.malheur présent, et 
marcher sûrement au but de notre sollicitude. Nous invoquons 
l'assistance divine pour qu'il nous soit donné d'accomplir ce 
que nous avons constamment regardé comme notre mission, » 

A l'annonce de cette amnistie, à laquelle, du reste, personne 
ne crut, le gouvernement national publia une proclamation, 
repoussant toute grftce, toute faveur impériale, et se terminant 
ainsi : 

« Au souvenir de tant de cruautés du gouvernement mos- 
covite, à la vue de toutes ces tombes encore fraîches et de tant 
de victimes, à la vue des débris fumants de nos villes, de nos 
campagnes et du sang encore chaud de nos frères assassinés, 
quiconque a un cœur réellement polonais, frémira d'horreur 
à la pensée d'un pacte quelconque avec la Russie, rejettera 
Tamuistie avec mépris et s'écriera avec la nation : Arrière 
avec vos grfices impériales ! Nous avons pris les armes, ce 

56 



U2 HISTOIU 

sonl les armes seules qui doivent résoudre notre querelle avee 
les Russes. » 

A celte énergique protestation, nous devons joindre la 
lettre adressée au czar par Tarchevêque de Varsovie, à la suite 
de sa démission de membre du conseil d'Etat, où il avait siégé, 
même depuis rinsurrecUon, ainsi quHui certain nombre de 
ses compatriotes, dans un esprit de conciliation et d'abnéga- 
tion. Voici cette lettre : 

« Sire, ce fut toujours la mission de TEglise de porter la 
voix aux puissants de ce monde, dans les moments de grands 
mallieurs et de calamités publiques. C'est au nom de ce privi- 
lège et de ce devoir qu^en ma qualité de premier pasteur du 
royaume de Pologne , J'ose m'adresser à Votre Majesté, pour 
lui exposer les besoins pressants de mon troupeau. Le sang 
coule à grands flots j et la répression, au lieu d'intimider les 
esprits, n'en fait qu'augmenter Texaspération. Je supplie Votre 
Majesté, au nom de la charité chrétienne et au nom des inté- 
rêts des deux pays, de mettre fin à cette guerre d'extermina- 
tion. Les institutions octroyées par Votre Majesté sont insuffi- 
santes pour assurer le bonheur du pays : la Pologne ne se 
contentera pas d'une autonomie administrative^ elle a besoin 
d'une vie politique. 

« Sire, prenez d'une main forte l'initiative dans la question 
polonaise ; faites, de la Pologne, une nation indépendante, 
unie à la Russie seulement par le lien de votre auguste dynas- 
tie : c'est la seule solution qui soit capable d'arrêter l'effusion 
du sang et de poser une base solide à la pacification définitive. 

a Le temps presse. Chaque jour perdu creuse davantage 
l'abtme entre le trône et la nation. N'attendez pas, Sire, l'issue 
définitive du combat ; il 7 a plus de vraie grandeur dans la clé* 
mencc qui recule devant le carnage que dans une victoire 
qui dépeuple un royaume. Une grande parole, digne de la ma- 
gnanimité d'un grand souveraifi, suffit pour nous sauver. 
Nous l'attendons de la bouche de Votre Ms^esté. 

a J'ose espérer que le monarque qui a délivré du servage, 
malgré tant d'obstacles, vingt millions de ses sujets pour eo 
faire des citoyens libres, ne reculera pas devant la tâche éga- 
lement glorieuse de faire le bonheur d'une nation si cruelle- 
ment éprouvée. Sire, c'est la Providence qui vous a confié ce 
peuple, c'est elle qui vous soutiendra, c'est encore elle qui 
vous réserve une couronne de gloire éternelle, si vous arrétex 
une fois pour toujours le flot de sang et de larmes qui coule 
depuis si longtemps en Pologne. 

« Pardonnez, Sire, la franchise de mon langage : mais le 
moment est solennel. Pardonnez à un pasteur qui, témoin de 
malheurs immenses, ose intercéder pour son tronpeau. » 

A l'appui de plusieurs des traits de barbarie que nous avons 



OE LA BÉV<IUITiOII POLONAISE. «3 

publiés, nousavoDS cité âps pièces officielles, des rapporte pro- 
venant des autorités russes» Il est bien certain que ces pièces 
officielles n'ont pu être livrées à la publicité que par suite 
d'indiscrétions des employés d'administration. G^est ce qui 
inspira^ le 18 avrils au comte Keller, directeur de la commis- 
sion (le rintérieur ^ la circulaire qu'on va lire, et qui, rendue 
publique elle-même^ malgré son caractère confidentiel, est 
fort curieuse par ses appréciations. La voici : 

« Dans les rapports déposés à la chancellerie sur les opéra- 
tions de l'armée, depuis le commencement de la révolte, 
Mii-il, les gouverneurs civils exposent sévèrement ei autcbeaa- 
rcup de partialité les pumtionê infligées aux villes et villages 
convaincus d'avoir donné asile aux rebelles. Ite n'omettent 
aucun de ces détails insignifiants qui sont la conséquence 
INÉVITABLE de la guerre, dans un pays révolté. Tout au con- 
traire, ils présentent les faits commis par les rebelles, qu'ils 
qualifient de déiachtments d'insurgés^ avec une telle partia- 
lité, qu'il semble que tous ceux qui ont été pendus ou fusillés 
Tont été par les troupes russes, tandis que le plus souvent ces 
morts violentes sont le fait des rebelles. 

« Dans les rapports sur les combats de l'armée avec les 
rebelles» les gouverneurs civils^ par opposition au Jmmal 
officiel, qui publie les pertes des rebelles par centaines de tués, 
disent toujours que, sur les champs de bataille , on a trouvé 
cinq ou six corps >d'insurgés, en ajoutant inévitablement, 
« complètement nus... • 

«r Dans les rapports des bourgmestres et des chefs de dis- 
tricts, les incendies et les cas de mort, à la suite des rencontres 
des troupes avec les rebelles, sont dépeints sons de fortes cou- 
leurs et publiés dans le Czas de Cracovie, qui les présente à 
l'Europe coriime des faits et des preuves irrécusables de la 
barbarie russe. Il ressort de là clairement que le journal en 
question a des correspondants dans les bureaux des gouver- 
neurs civils. 

J'ai donc l'honneur de vous inviter, monsieur le gouver- 
neur civil, à prendre des mesures pour qu'à l'avenir les 
infractions indiquées et Penvoi aux feuilles étrangères des 
rapports et des nouvelles provenant de vos bureaux, n'aient 
lieu sous aucun prétexte, etc. » 

Nous avons publié la lettre de Monseigneur Felinski. Ce 
n'est pas la seule preuve que donna le vénérable prélat de son 
dévouement à une cause qui a le privilège d'exciter la sy m pa- 
thie des hommes de toutes les croyances et de toutes les opi- 
nions. 

Ainsi, le 22 avril, par ordre de rarchevêque, un service fu- 
nèbre fut célébré dans toutes les églises de Varsovie, pour les 



444 HISTOtlB 

morts du combat de Rabice, quoique Fautorité n'ait pas voulu 
permettre des prières publiques pour les rebelles. 

— FaisonSydisaitle bon pasteur^ notre devoir sans crainle, 
partout et toujours I Le royaume éternel nous attend là-haut^ 
et la Pologne nous regarde sur la terre ! 

Le clergé polonais tout entier suivit l'exemple du di^ne 
prélat. Les prisons regorgeaient de prêtres. Beaucoup se font 
aumôniers des insurgés. Le 16 avril, les abbés Zoltowski, 
Benevuto, Orlowski sont tués dans un combat, où ils prodi- 

Êuaient à leurs compagnons les encouragements et les conso- 
itions. 

Le 23 avril, un détachement polonais , commandé par 
Grylinski, livra un combat aux Russes près de Lubinia, et les 
repoussa avec de grandes perles. Le valeureux général Cza- 
kowski, accouru sur le lieu du combat, acheva de les mettre 
en pleine déroute. 

Après cette éclatante victoire, le détachement forma le carré 
autour de son chef, qu'il félicita avec expansion sur son 
habileté et son courage, couronnés d'un si beau succès. En ce. 
moment Tabbé Symanski, naguère aumônier du corps de 
Langiewicz et attaché en la même qualité au détachement 
commandé par Czakowski, rappela aux combattants que le 
moment était arrivé d'adresser à Dieu la prière dont les Polo- 
nais ont l'habitude les jours de bataille. Tous se mirent à 
genoux, le général en tête. 

L'impression de cette scène fut grande sur tons les assis- 
tants. Ils se relevèrent le cœur retrempé par Tamour et la 
toi. 

Après la prière, Symanski adressa à la petite armée dont il 
était entouré une allocution pleine de feu pour la féliciter de 
son courage et l'exhorter à lutter avec persévérance pour la 
patrie et la foi. Tous les cœurs étaient profondément émus, et, 
quand le pTêtre cessa de parler, des larmes coulèrent de tous 
les yeux. Jamais scène plus touchante ne s'offrit à l'imagina- 
tion d'un poète ou d'un peintre. 

Nous avons déjà parlé de la Prusse. Le 26 avril, un détache- 
ment d'insurgés, sous les ordres d'un chef sorti des rangs de 
l'armée française, Yunff de Blankenheim, battitun corps russe 
sur la frontière et le forçant à la passer, le laissa se réfugier 
à Inowroclaw, en Prusse. Là les Russes furent logés et héber- 
gés chez les habitants, par ordre*de l'autorité, et lorsque 
quelques propriétaires voulurent protester, on leur répondit 

Par l'exhibition d'un ordre du cabinet du roi, prescrivant 
exécution d'une convention qui venait d'être niée effronté^ 
ment à la face de l'Europe. 

L'amnistie proclamée par le czar, obligeait les Russes à 
quelques ménagements. Et cependant, les préparatifs pour 



01 LA BÈVOLUTIOII P0L0NAI8B. 4iS 

une répression prochaine se faisaient trop aa grand jour, pour 
que les Polonais^ de leur oôté^ ménageassent leurs ennemis s 

< Ces préparatifs, dit une correspondance adressée, vers 
cette époque, de Varsovie au Jmmal des Débats, se produi- 
sant ostensiblement, conjointement avec Tamnistie, semblent 
démontrer le peu de valeur réelle que le gouvernement lui- 
même attache à cette concession apparente, vraie décoration ' 
d'opéra, destinée à tromper la vue de ceux qui regardent de4 
loin. 

« Indépendamment des détenus qu'on a expédiés d'ici en 
Sibérie et en Russie, depuis l'apparition du manifeste, beau- 
coup de personnes ont été incarcérées en province. A Kurow 
gouvernement de Lublin), le lendemain même du jour où le 
manifeste avait été lu publiquement, on s'est emparé de six 
bourgeois de la ville, rentrés chez eux après s'être cachés, 
pendant quelque temps» pour échapper au recrutement. 

Jusqu'à présent nous n'avons vu l'insurrection que dans ce 
qu'on appela, en 1815, le royaume de Pologne. Peu à peu elle 
s^étendit sur tout le pays occupé parla race slave, c'est-à-dire 
à la Lithuanie et à la Ruthénie. Si l'on suit sur une carte le 
développement que nous indiquons, on verra que la Russie 
est fort peu de chose, lorsqu'on lui enlève cette immense con- 
trée slave qui commence à Riga, à Smolensk, à Kiew, que le 
Dnieper sépare Je la Russie , et le Dniester de la Bessarabie, et 
qui, par la Courlande touchant à la Baltique, par la Podolie et 
rUkraine, touchant à la Mer Noire , semble la barrière giRan- 
tesque interdisant aux nouveaux barbares la route de rEu- 
rope. 

Peu de chose, s'entend dans l'équilibre européen , car la 
puissance asiatique de la Russie n'est pas discutable. 

Et qu'on n'accuse pas cette délimitation de la Pologne d*élre 
fantastique. Son exactitude géographique est, du reste, ^ran* 
tie par les Russes eux-mêmes. Les massacres de Livonie, en 
montrant jusqu'où s'étend la persécution^ montrent aussi jus* 
qu'où s'étend la nationalité qu'on opprimé. 

Ce n'est pas, qu'on le remarque, la Pologne que la Russie 
veut détruire, mais la race slave toute entière. Mouravrieff en 
est la preuve. Le proconsul de Wilna règne sur la Lithuanie, 
et la Lithuanie n'est pas la Pologne proprement dite. 

Cette petite dissertation n'est pas inutile. Elle montre la 
signiflcation de l'expression a Lithuano-ruthénienne, » que Ton 
retrouve fréquemment dans ce livre. Elle prouve ensuite que 
les traités de 1815 ont été absurdes en appelant Pologne ce qui 
n'était que le duché de Varsovie. 

Nous pouvons ajouter que dans le partage la Russie semble 
avoir dit : La Lithuanie et la Ruthénie m'appartiennent parce 
que je suis le plus fort; maintenant partageons le reste. 



141 

La Pologtie> c esC-è^dlre le pays 6lave> celui que la RoMÎe 
opprime, et où elle est combatlae comprend une populatioD 
de plus de Tingt millions d'habitants. La Gallicie» part de TAu- 
triche» en possède enriron six millions. La Posnanie, part de 
la Prusse, quatre millions. 

Et qu'on dise maintenant (fu'un peuple brave, civilisé» de 
trente millions d'hommes» joignant la Baltique a la Mer Noire, 
n'est pas un obstacle sérieux a l'enYahissement de l'Europe 
par la race tartare. 

C'est dans cette force même que yous trouTeres la raison 
de l'oppression russes C'est celte force qui empêchait le mar« 
quis Wiéloposki d'être absurde. Hais la race slave était con- 
trairement à sa croyance» trop forte par elle-même, trop pure 
d'origine» pour consentir à cette union. Si les Slaves n'eussent 
été que dix milliom» le Panslavisme eut été possible. 

Voici, du resté, un document qui lève le doute. C'est le ma^ 
nifsste du gouvernement national au sujet de l'amnistie pro- 
mise par lé C2ar. Ge manifesté émane du Comité directeur deê 
prmnm de lAthuéinè. Lé tt)id : 

« Vu lé manifeste et t'ukase du c2ar de Russie» en date du 
(31 mars) 13 avHl iiti, dans lesquels le czar promet de foire 
grâce aux Polonais combattant pour l'indépendatice de la pa^ 
trié, s'ils déposent les armes avant le 13 mai de l'année cou- 
inante; 

« Considérant que des milliers de Polonais^ gtêi n^ont cas 
prié les nrmeSy sont journellement emprisonnés dans les ciki- 
délies, déportés en Sibérie ou enrégimentés dans l'armée du 
Caucase ; 

c Considérant que les troupes russes massacrent tes per* 
€oanes inoffenei^es ; que, par conséquent, en déposant les 
armes, on ne ferait qu'augmenter le nombre des victimes ; 

c Considérant que la guerre avec l'envahisseur mosco^ 
vite n'a pas été engagée dans le but d'obtenir certaines conces- 
sions du czar, mais dans le but unique de reconquérir l'indé- 
pendance de toute la Pologne dans les frontières qu'elle avait 
«vaut les partagée; 

« En ré|x>nse au manifeste et à l'ukase du czar» le comité 
dii^ecteur des provinces lithuaniennes et rutbeoes publie ce 
qui suit: 

% La lutte natiotiate durera sur tous les points de la Lilhua- 
nie et de la Ruthénie^ tant qu'on n'en aura pas expulsé le der- 
iMer soldat moscovite» et tant que battra un cœur généreux, s 

Nous venons de parler, à propos de l'affaire d'tnowroclaw, 
de Yung de Blankenheim. Nous le retrouvons le 1*' mai avec 
Alexandre Wasilewski» à Brdow. Après des prodiges de valour, 
ils sucoooihèniiii aous le nombre» et ftirent tués tous deux 



DB LA ftÉVOLUTIOR POLORAISK. 447 

ainsi que deux ofQciers français volontaires» MM. Buffet et 
RouX'Chaussé. 

«[ Léon Yunck, dit M. Anatole de la Forge « était né le 
3 décembre 1837^ à Cbaumonl, dans le déparleineot de la 
Haute-Marne. Ses étals de service ne sont pas longs, mais plus 
d'un général lesenvieraft 

« Entré à Técole de Saint-Cyr le 18 janvier IZW, Léon 
Yuncii fut nommé sous-lieutenant au 88' d'infanterie de ligne 
le 1" octobre 1856, et, le 3 avril 1863, il donnait sa démission 
afin de pouvoir se mettre à la disposition du comité central 
de Varsovie. 

« Au mois de septembre dernier, l'auteur de ces lignes 
rencontrait chez le général Daumas, à Bordeaux, Léon Yunck 
de Blankenheim, Il n'était pas difficile de deviner en lui les 
qualités qui devaient signaler sa trop courte carrière. Cest 
un officier d'avenir, nous disait le général en parlant du 
jeune homme. 11 a donné raison à ropinion de son juge,,, 

a La campagne militaire et la mort de Léon Yunck de Blan* 
kenheim appartiennent déjà à rhistoire.EIle placera son nom 
à côté des noms les plus respectés des défenseurs du pripcipe 
des nationalités. » 

Une lettre adressée au Siècle par un médecin français, 
H. Waille, demeurant à Paris, rue Doudeauville, 10, et aui, se 
trouvant accidentellement en Pologne, assistait au combat de 
Brdow, nous fournit de curieux détails sur une autre affaire t 

« Je me disposais à partir pour la France; écrit M. Waille, 
quand je rencontrai une autre colonne de patriotes, comman- 
dée par Taezanowski. 

< C'était le 8 mai^ jour de la Saint-Nicolas, à Pentrée de la 
forêt d'Ignacwo : un combat était imminent. Je fis halte; je 
campai avec la colonne et attendis le dénoûment. 

« Entre onze heures et midi, les Russes, au nombre de 
8,000, dont 600 cavaliers, et soutenus par six pièces de canon. 
ont attaqué la colonne polonaise, forte seulement de 850 à 900 
hommes, et qui néanmoins les a tenuven échec pendant trois 
heures et demie. 

« Contre des forces aussi supérieures le résultat ne pouvait 
être douteux. En ce qui me concerne dans cette occasion, je 
n'ai pu donner mes soins à ces héroïques soldats, les Mosco- 
vilts ê'emparant de tous les blessés, qu'ils bhulaisiit su tas 

AVEC DE LA PAILLE ET DES BRANCHES DE SAPIN. )» 

lie 10 mai, le Comité central de Varsovie, qui depuis la chute 
cleLangicwicz s'intitulait Gouvernement national proiï^oirè, 
rendu le décret suivant, se fondant avec raison sur ce fait, que 
la nation entière, ayant déposé sur l'autel de la patrie son sang 
et sa lortune, le reconnaissait volontairement : 

« Art. 1*'. La dénomination jusqu'alors employée de Comité 



m mSTOIRB 

central f comme Gouvernement national Provisoire, est suppri- 
mée. 

c Art. 2. Le comité central^ à partir du présent décret^ prend 
la dénomination de Gouvernement nationaly comme conforme 
à la nature de ses actes, et c'est sous ce titre qu'il rendra désor- 
mais toutes ses décisions. 

a Art. 3. Ce changement de dénomination n'entraîne nulle- 
ment le cbançement des principes, qui restent les mêmes dans 
toute leur intégrité et notamment : 

« a) La conquête et la garantie d'une complète indépen- 
dance pour la Pologne, la Lithuanie et la Ruthénie : 

c 6) L'émancipation des paysans de la Pologne, ae la Lithua- 
nie et de la Ruthénie, d'après le décret du 22 janvier de Tan- 
née courante ; 

< e) L'égalité devant la loi de tous les habitants de la Pologne^ 
delà Lithuanie et de la Ruthénie^ sans distinction de classes et 
de croyances; 

c d) La garantie aux nations sœurs de la Lithuanie et de la 
Ruthénie réunies à la Pologne , du développement le plus 
étendu de leur nationalité et de leur langue ; 

c e) La reconnaissance de la Lithuanie et de la Ruthénie 
comme des parties complètement identiques au royaume et 
constituant avec lui une partie intégrante de la Pologne ; 

ce /) La défense des principes et des traditions nationales, 
sans préjuger telle ou telle forme de gouvernement pour l'a- 
venir, car c'est à la nation seule, après qu'elle aura recouvré 
son indépendance, qu'appartient le droit de statuer à ce sujet. 

c Art. 4. Le sceau du gouvernement national portera les 
armes des trois parties qui constituent une Pologne une et in- 
divisible; l'aigle, le cavalier et l'archange saint Michel, réunis 
sur le même écusson, avec la couronne royale des Jageilons et 
l'exergue : « Gouvernement national. Liberté, égalité, indé- 
pendance, p 

Trois jours après, le délai fixé pour l'amnistie par le czar, 
expirait. Le gouvernement national l'annonça par cette pro- 
clamation : 

a Le délai fixé par le czat pour déposer les armes est expiré 
hier. Aucun Polonais ne s'est placé sous la protection russe, 
)et la lutte n'a pas cessé un seul instant. La nation a repoussé 
avec le même mépris, et la grâce, et les menaces du czar. 

« Nous ne voulons pas de grâce, car nous combattons pour 
nos droits violés et pour notre indépendance qui nous a été 
traîtreusement arrachée. Nous ne craignons aucune menace ; 
nos pères nous ont appris à combattre et à mourir pour la pa* 
trie. Il n'existe pas d'ailleurs de menace si terrible ou de si 
atroce cruauté qui puisse nous effrayer ; le joug moscovite 



DB LA RÉVOLimaN POLONAISB. 449 

senl nous effiraye. Pour secouer ce jong honteux» le mot d'ordre 
de rinsurrectîoa a été donné le 22 janyier. La lutte avec l'en* 
nemi a commencé, et aujourd'hui on n'entend dans tonte la 
Pologne (]n'un cri : Aux armes ! 

« Concitoyens, continuons donc à combattre comme jus- 
qu'ici. Ce n'est qu'avec les armes qu'on acquiert la liberté, ce 
n'est qu'avec le sang qu'on achète l'indépendance de la patrie. 
Loin de nous tout arrangement avec la Russie ; il n'y a que 
des traîtres et des misérables qui puissent y penser. Malheur 
à tous ceux qui cherchent à détruire l'union delà nation I 

«r Tous les braves Polonais veulent combattre sans repos 
jusqu'à la dernière goutte de leur sang. Jusqu'à ce que l'aigle 
blanc ait repris tout son éclat, au nom de Dieu, en avant ! 
Avec ce mot d'ordre, courez au combat I Entourez Tennemi 
du mur de vos poitrines! que les armes puissent accomplir 
l'œuvre de raffranchissement, que les ruines sanglantes de 
nos habitations incendiées deviennent le tombeau des cohortes 
russes ! 11 faut que la Poio^ne soit libre, et elle le sera I » 

Ces paroles, comme en France en même temps qu'eu Po- 
logne eurent un retentissement immense : Toute chance de 
transaction pacifique, de concessions acceptables, écrivait 
Henri Martin, est absolument perdue, ou plutôt n a jamais 
existé, comme le prévoyait quiconque avait connaissance du 
fond des choses. 

c La lutte inégale, meurtrière, destructive entre l'insurrec- 
tion polonaise et les hordes moscovites se prolonge cependant; 
chaquejour de nouveaux champs de cette région de douteur 
se ravagent et se peuplent ; chaque jour des vies précieuses 
sont sacrifiées en foule ; c'est le sei de la terre qui s épuise, la 
fleur de l'Europe orientale qui se moissonne ! Lutte inégale, 
non pas seulement par les armes, par l'organisation, par les 
ressources matérielles, mais parce que là, en dépit de 1 égalité 
théorique des hommes, l'inégalite de fait entre la valeur des 
pertes respectives, entre la qualité des hommes qui périssent, 
est incalculable. D'un côté, le soldat qui meurt est un chiffre 
qui se remplace par un autre chiffre pris au hasard dans uns' 
masse confuse de créatures humaines, au plus bas degré de' 
développement et presque à l'état brut ; de l'autre côte, c'est 
l'élite morale et intellectuelle d'une population admirable,: 
des hommes dans le sens le plus élevé, le plus complet dm 
mot ; chacun de ces jeunes héros qui tombe laisse un vide 
que bien des années ne rempliront pas. 

jc Depuis plusieurs mois; l'administration russe tnivaille â 
préparer une immense Gallîcte, c'est-à-dire à étouffer la guerre 
nationale de Pologne sous une guerre sociale, en exploitant 
l'ukase sur l'affranchissement des paysans, en empêchant par 
la violence les propriétaires de transiger directement avec les 

57 



41Q ' HisTonui 

classes agricoles^ et en réveillaat^ par tous les moyens^ ches 
cciies-ci, les vieux ressentiments d'une oppression séculaire 
contre la noblesse, et les yieiiles querelles religieuses du rite 
grec et du rite latin. Sauf quelques cas particuliers^ cette ma- 
nœuvre, imitée deTAulricne de 1846, a radicalement échoué 
dans le royaume de Pologne^ où les paysans, du reste^ n'é- 
taient plus serfs depuis nos guerres de l'EmpirCi ainsi que 
dans la Lithuanie proprement dite et la Samogitie; mais le 
traïAÎl souterrain continue dans la Russie Blanche et la Petite 
Russie, conlre«minant partout le mouvement polonais ou 
antimoscovite> qui s'étend moralement , sinon encore par les 
armes, dans toute la Pologne de 1772^ sinon au delà. . 

ce Les paysans de ces grandes provinces sont dans un état 
de fluctuation et d'agitation inouïe. Profondément ignorants 
et plongés dans des ténèbres de plus en plus épaisses par les 
prêtres moscovites qu'on leur a imposés y disputés entre les 
vieilles rancunes de caste contre les seigneurs polonais^ l'a- 
version de races et de tendances contre les Moscovites , et la 
répulsion d'instinct contre les tchinoonikê (les fonctionnaires 
russes), ils se déflent des avances des propriétaires par ressen* 
timent traditionnel, ou n'osent les accepter et s'unir à eux 
lar peur de la vengeance du czar, se déflent au moins autant 
tes bienfaits du czar et sentent vaguement que le tokinowiky 
employé^ sera un pire maître que le seigneur ; la tâte de ces 
malheureux est un chaos. — Une horrible tempâte peut sortir 
de ce chaos; ils peuvent^ un jour ou l'autre^ dans telle ou 
telle de ces contrées, se Jeter sur les propriétaires dans une 
vaste jacquerie qui gagnerait sans doute la Hoscovie elle- 
même, sauf à se retourner le lendemain contre les ichino* 
pmks\ D'effroyables spectacles, des catastrophes lamentables 
menacent l'Europe, si lente às'émouvoir. » 

Le 13 mai fut un jour de deuil pour l'insurrection lithua* 
nienne. Son brave chef, Narbutt, fut tué, non dans un com- 
bat ordinaire, mais par suite de la trahison d'un garde fores- 
tier. Onze de ses compagnons se firent tuer en le défendant. 

Narbutt était flls d'un célèbre historien polonais de ce nom. 
n fit de bonnes études, mais à sa sortie de l'Université, il fut 
mis en prison pour deux ans^ à cause de son patriotisme trop 
expansif . On renvoya ensuite comme soldat dans l'armée du 
Caucase. 

Pendant la guerre de Crimée il fut blessé à Rars, ce qui le fit 
rendre à sa patrie. Il se maria. U vivait entouré du respect de 
tous quand éclata l'insurrection. Dès le 8 février^ à la tête de 
sept hommes, il donna en Lithimnie le signal de la guerre. 

La petite bande des sept se grossit bien vite de toute la jeu- 
nesse de Wilna. Elle reçut le premier baptême du feu à Rud- 



s 



I 

MLARÉyèttTIONPOLOKAISK.* 4 A 

i^lki.oùelle ent la victoire sur les Russes. C'étaft uti début 
heureux. 

De ce jour, Narlntt commença cette guerre babilement 
conduite^ dont toute la tactique consistait à attirer Tennemi, 
en paraissant fuir devant lui^ Jusque dans des forêts ou dQ,8 
marais peu praticables ; et lorsqu'il ne songeait qu'à se tirer 
desdifOcultés de la route, sans redouter un adversaire qu'il 
croyait bien loin^ à tomber sur lui à Pimproviste^ pour le 
couperet le disperser. Ce système, suivi pendant deux mois, a 
toujours réussi au vaillant et habile chef. Les Russes le redou- 
taient et le regardaient comme invincible. Les soldats préten- 
daient qu'il était sorcier. Tmies les forces des villes de Wilna 
et de Grodno furent dirigées contre lui. Le jour de Pflques, ^ 
tête fut mise à prix. Mais le même jour Narbutt répondait à 
ces menaces en faisant éprouver aux Moscovites un sanglant 
échec. 

Enfln Tennemi, à bout de ressources, tenta d'obtenir par la 
trahison un succès qu'il n'espérait plus de son habileté. Nous 
avons déjà dit que NarbuU avait été livré par un garde fores- 
tier gagné à prix d^arçent. Investi à Timproviste de tous les 
côtés, il réussit cependant à se frayer un chemin à travers les 
Russes, et, malgré une blessure au pied, il commandait avec 
énergie, porté par ses compaenons d'armeS', et allait échapper 
à Tennemi, grfice à son intrépidité et à sa connaissance des 
lieux, quand une balle est venue le frapper au cœur. Il expira 
en prononçant ces mots d'une voix ferme encore : a Mon Dieu, 
je meurs pour ma patrie I » 

Quelques jours après, dans la petite église en bois de Dnbi- 
czauy, étaient rangés dowse cercueib, dont un^ plus élevé que 
les autres, était couvert d'un crêpe funèbre. Le colonel rnne 
avait permis ces obsèques, cédant aux supplications des sœurs 
de l'infortuné chef, on plutôt voulant bien convaincre les 
habitants du pays de la mort de son redoutable adversaire, aân 
de les décourager. L'église et ses alentours étaient remplis 
d'une foule éplorée que cinq^ prêtres ne pouvaient réussir à 
consoler. C'était un deuil universel. 

Narbutt avait à peine trente-trois ans. Il était d'une taille 
au-dessous de la movenne, d'une physionomie réffulière et 
agréable ; il avait le front élevé et marqué déjà des rudes 
traces des soucis et des fatigues d'une vie agitée* Sa parde 
était tranquille ; mais, dans les circonstances décisiv^, elle 
prenait un accent grave et solennel, qui agissait comme un 
courant électrique sur ceux qui l'entouraient. Obéi etreapeeté 
de ses compagnons d'armes, comme l'aurait été un général 
blanchi dans le commandement, il était aimé de tous comme 
un frère. Aussi son souvenir fera longtemps couler des larmes 
des yeux de ceux qui Vont connu. 



482 BisTom 

Si nouB nous arrêtons ainsi sur chaque héros de hréroli^ 
tion polonaise, au fur et à mesure que son nom se trouve sous 
notre plume, nous devons aussi faire connaître les officiers 
russes qui se distinguent par leur cruauté. 

Au premier rang de ces derniers, on peut placer le général 
ToU. 

Cet offlder supérieur, un jour qu'il occupait la ville d'Os- 
trow, avec deux compagnies d'infanterie;, et une centaine de 
Cosaques, fit appeler devant lui un Israélite nommé Bérek^ et 
lui dit : 

—Tu possèdes une maison ici t 

—Oui, général. 

—Et dans cette maison demeure un tailleur I 

— Oui, général. 

--Que fait ce tailleur? s^écria le général en levant les 
poiuRs. 

—11 vit de son travail. 

—Tu mens 1 il confectionne des uniformes pour les in- 
surgés. 

—Je ne l'ai pas vu : je ne puis donc rien dire a cet égard, 
répondit froidement rlsraélite polonais. 

—Eh bien l pour Rapprendre à savoir désormais ce que font 
tes locataires, tu recevras deux cents coups de fouet. 

Les Cosaques exécutèrent ponctuellement l'ordre du gêné* 
rai. Le malheureux Bérek fut transporté ensuite dans son lit, 
où il expira deux heures plus tard. 

Reprenons Tordre chronologique de notre récit. 

Le 18 mai, une bande d'insurgés, poursuivie par les Russes, 
arriva à Tuczapy et se réfugia dans les bois, où le lendemain 
les Russes la rejoignirent. Il y eut le 19 un combat qui dura 
de midi à sept heures du soir. 

Furieux des pertes qu'ils avaient éprouvées, les Russes 
revinrent à Tuczapy. Un soldat creva un œil d'un coup de 
baïonnette au propriétaire du chftteau, et le menaça de lui 
crever l'autre œil s'il ne le conduisait pas où était son argeut. 
Les Russes pillèrent et brûlèrent cette habitation, puis ensuite 
une vingtaine de chaumières. Vingt habitants furent massa- 
crés. Deux furent brûlés vifs. Ces faits sont relatés dans un 
rapport de M. Winnicki, maire de Mientkie, remplaçant le 
maire de Tuczapy, grièvement blessé. 

Voici maintenant la mort d'un des héros, d'un des martyrs 
de cette sanglante épopée, Siaismond Padlewski, dont nous 
avons dit précédemment les débuts (1). ' 

Padlewski avait été prisonnier et condamné à mort depuis 



(1) Page 418. 



'DB LA liVOLCTlON POLONAin. 453 

la promesse d'amnistie da czar que nous avons relatée. On hé- 
sita cependant à exécuter la sentence avant l'expiration du 
délai fixé dans Vukase impérial. 

Le 19 maiy Padiewski était depuis près d'un mois à Plock 
quand arriva Tordre d'exécution revêtu de la signature du 
grand-duc. Deux jours auparavant le général russe Semeka 
promettait au jeune héros un brillant avenir dans Farmée 
moscovite, s'il voulait s'engager à se rendre au camp des 
insurgés et les inviter à déposer les armes. 

Padiev^ski se leva avec indignation en disant que cette pro- 
position, si elle était sérieuse, était pour lui un outrage. Il 
déclara que l'insurrection, répandue aujourd'hui sur tout le 
vaste territoire de l'ancienne Pologne, ne pouvait se termi- 
ner que par le rétablissement de l'indépendance nationale ou 
par l'extermination entière de tous les Polonais. Il igouta 
anfin que si l'empereur, ce qu'il ne croyait pas, lui faisait 

S race, il considérerait encore comme un devoir sacré pour lui 
e rejoindre les insurgés. 

Le général russe fit alors reconduire Padlevrski dans sa 
prison, où aucun de ses parents n'a été admis à le voir. 

Le confesseur qu'il avait demandé ne fut autorisé à pénétrer 
auprès de lui que deux heures avant l'exécution, et il fallut de 
vives instances pour que l'officier chargé de faire exécuter la 
sentence permit au vénérable ecclésiastique d'apporter la 
sainte hostie au prisonnier. Padiewski était encore à genoux 
aux pieds de son confesseur quand les soldats entrèrent vio- 
lemment en criant : Assez I assez ! L'héroïaue jeune homme 
les suivit aussitôt et demanda pour toute grâce a être exécuté 
sans qu'on lui bandât les yeux. 

Arrivé sur le lieu de son supplice : c II est pénible, dit-il, de 
mourir à vingt-sept ans; mais la consolation d'avoir bien 
mérité dt la patrie soutient le courage et rend glorieux le 
moment suprême.» 

Il tomba percé de douze balles sans qu'aucune l'eût atteint 
à la tête ou à la poitrine. Sur l'ordre de l'officier, un soldat 
courut vers le supplicié et lui déchargea son fusil à bout por- 
tant. Padlevirski tomba dans le fossé encore vivant. 

Son père, vieux soldat de la cause nationale en 1831, prit 
aussitôt les armes pour le venger, et se distingua dans plusieurs 
combats contre les Russes. 

Nous trouvons dans une lettre d'un officier moscovite, 
adressée à l'Invalide russe, un fait qui donne une juste idée 
du caractère de la lutte engagée entre les défenseurs de la 
cause nationale elles soldats du czar : 

« Dans une rencontre qui eut lieu le 9-21 mai, à Lukno, 
j'ai été témoin d'une scène affligeante, je rencontrai, sur le 
champ de bataille, un .Polonais blessé portant un costume qui 



464 msTOni 

annonçait une dasse élevée. Il gisait à terre^ paraissant beati- 
coup souffrir^ et s'écria à notre vue : 

— Un peu d'eau ! par pitié, un peu cf eau I 

a Je dis à un soldat d'aller chercher un peu d'eau et de le 
faire boire. 

< Le soldat obéit^ et^ se penchant vers le blessé» 11 lui dit : 

— Avant de te donner à boire, je veux que tu me dises le 
nom du chef de ta bande. 

« Le Polonais^ au lieu de répondre^ se soulève à demi et 
saisit le pistolet du soldat. 

— Va-t'en au diable, Moscovite damné 1 s'écria-t-il en dé- 
chargeant Tar^ne. 

< Le soldat parvint à la lui reprendre et le tua sur place. i» 
Un autre fait nous montre que^ quoique maîtres du pays, 

les Russes sont souvent mis dans une situation embarrassante 
par leurs propres auxiliaires, qu'ils recrutent, — on va voir 
comment. 

Pour lutter contre un chef polonais nommé Ciechonski, qui, 
à la tâte de six cents hommes, occupait une partie de la forêt 
de Minkowice, les Russes recrutèrent des journaliers sans ou- 
vrage, d'anciens soldats, qu'ils excitèrent, par de larges liba- 
tions d'eau-de-vie, au meurtre et au pillage. 

En outre, on avait mis en liberté, par ordre de Pautortté 
militaire, les criminels l'enfermés dans les prisons des villes 
voisines, à condition qu'ils recruteraient des bandes et se met- 
traient à la disposition des troupes. Des soldali leurmaient 
été adjoints. 

Ainsi renforcés, ils attaquèrent, dans la nuit du 22 au 2S, 
le corps de Ciechonski. Les insurgés étaient beaucoup moins 
nombreux que leurs ennemis; ils succombèrent et perdirent 
à peu près la moitié de leurs hommes en morts, blessés et 
prisonniers. Ciechonski lui-même fat tué. 

Le combat fini , les prétendus paysans se précipitèrent sur 
les insurgés qui étaient tombés sur le champ de bataille; les 
morts furent littéralement hachés, les blessés massacrés d'une 
manière affreuse. Les prisonniers, dépouillés de leurs vête- 
ments, furent conduits tout nus, à pied, à Zvtomir. Au jour, 
et l'œuvre d'extermination accomplie, les nordes recrutées 
par les Russes se jetèrent sur les propriétés voisines, pillèrent 
plusieurs châteaux et brûlèrent des villages etotiers, sans épar- 
gner les amis du gouvernement plus que les patriotes. 

Il fallut l'intervention de la troupe pour arrêter ces actes de 
brigandage. 

Parmi les crimes de toute sorte qui signalent cette période 
de là révolution polonaise, il en est dont la raison même est 
la condamnation la plus éclatante de la politique moscovite et 
de ses moyens d'action. Tel est l'assassinat de M. Pulawski, 



DS LA KÉYOtUnon POLONAIS!. 155 

jeune homme de viofft-sept ans, riche, bienveillant, plein 
d'intelligence, adoré oes paysans^ aimé et estimé de tons. 

En traversant le village de Grzymiszew, pour aller attaquer 
le camp de Grochow^ les troupes russes apprirent que le pro- 
priétaire; M. Pulawskiy avait fait partie au détachement de 
Taczanovirskl, et qu'il s'était trouvé aux affaires de Pyzdry, 
Kolo et Ignacewo. Aussitôt ils mirent le village à sac^ enva- 
hirent le château, le pillèrent et emmenèrent avec eux celui 
qu'ils considéraient toujours comme un insurgé. 

A deux lieues du camp de Grochow, ils le dépouillèrent de 
ses vêtements, et l'abandonnèrent au milieu dés champs, 
après ravoir percé de quinze coups de baïonnette. Le malbeu- . 
reux jeune homme fut aperçu par une jeune flUe, qui prévint 
les habitants du village le plus voisin. Ceux-ci transportèrent 
dans ses domaines de Grzymiszew M. Pulawski^ qui a expiré 
le troisième jour, après des souffrances atroces. 

Nous arrivons à la fin de notre fftche. Nous avons résumé 
avec impartialité les i)éripétie8 émouvantes de la lutte actuelle. 
Un fait d'abord sans importance, mais qui eut bientôt un re- 
tentissement immense, Tavènement du général Hourawieff, 
changea encore la physionomie de la Pologne insurgée. 

La lutte du duché de Varsovie contre la Russie ne fut plus 

Îu'un épisode. La guerre n'eut plus l'apparence de la guerre, 
'armée moscovite n'eu! plus à exercer de brigandage, mais 
quelque chose de pis. Tout soldat russe devint le sbire d'un 
proconsul. 
Nous sommes loin de la théorie du panslavisme. Le mar* 

2 ois Wielopolski est distancé avec sa méthode d'absorption, 
'est Vextination qui est à l'ordre du jour. 
C'est l'exécution du plan proposé au gouvernement russe 
par le conseiller d'Etat Pogodine... 

L'extirpation de l'élément polonais dans la Lithuanie^ la 
Volhynie, la Podolie et l'Ukrame... 
L'extirpation de l'élément polonais, c'est-à-dire do? nro- 

I)riétaires et des lettrés qui parlent polonais, quelle q* e suit 
eur origine, tandis que la plupart des paysans parlent soit 
les dialectes ruthéniens, soit la langue hthuanienne. Le but 
est de détruire dans ces contrées la société, la civilisation po« 
lonaise, et de moscùviîiser les paysans ruthéniens, que l'on 
s'efforce de faire passer^ par un grand mensonge historique, 

CWLV les frères des Grands-Russes ou Moscovites, peuple d'un 
ut autre caractère et d'une toute autre origine. 
Les principaux moyens proposés pour atteindre ce but 
sont : 

1* De forcer les propriétaires à émettre des obligations dont 
la baisse prévue et calculée les ruinera; 
X* De (aire vendre immédiatement à l'enchère, et inévita- 



456 H18I0IRB 

blement à vil prix, toutes les propriétés jB^revées d'bypothè- 

Sues ou engagées dans les sociétés de crédit de Tempire russe, 
e façon à les faire acquérir par des Russes et par des fonc- 
tionnaires; 

3^ De déporter immédiatement dans le fond de la Russie 
(c'est-à-dire en Sibérie) les personnes soupçonnées d'avoir des 
tendances à la révolte, avec vente de leurs Siens aux enchères 
publiques, ou confiscation, suivant le degré de leur cnlpa* 
bilité; 

i^ D'introduire dans ces provinces des colonies de petite 
noblesse et de bougeoisie russe ; 

5" De faire donner l'enseignement public exclusivement en 
langue russe, par des professeurs russes, etc., etc. 

M. Pogodine, professeur, bistorien, bomme de plume et de 
cabinet, enveloppait sa conception des formes lentes de la mé* 
thode administrative • Il fallait la simplifier. 

Le temps pressait. Le plan Pogodine eut, selon les inten- 
tions de son auteur, été exécuté par des employés civils... 

Le czar en confia l'exécution à des généraux,à Mouravirieff !... 
a ses imitateurs. 

M. Pogodine voulait, dit H. Henri Martin, supprimer les 
lettrés polonais par la suppression de tout enseignement polo- 
nais; supprimer les propriétaires par l'expropriation, par les 
ventes à l'encbère, par l'emprunt forcé sous forme d'assignats, 
bref^ par des procédés de procureur-autocrate et de bureau- 
cratie nanqueroutière ; ceci pour le gros de la race condamnée; 
quant aux gens spécialement suspects, aux bommes dange- 
reux, sa modération ne demandait pour eux que la transpor- 
tation dans l'intérieur de la Russie, eupbémisme qui, dans le 
langage administratif de là-bas, veut dire communément la 
Sibérie. 

Tout cela supposait du temps et des loisirs. On a dû serrer 
les crans de la machine pour faire vite et tout faire monter 
d'un degré. 

La transportation dans l'intérieur de l'empire est donc ap- 
pliquée, non plus aux suspects, mais aux employés catho- 
liques, c'est-à-dire polonais ou lithuaniens, que l'on remplace 
par des Moscovites. 

Les fonctionnaires électifs de l'ordre de la noblesse qui se 
sont démis de leurs charges pour ne plus communi(|uer avec 
le gouvernement, ont eu orare de retirer leurs démissions, 
sous peine de haute trahison. Quant aux propriétaires et aux 
bourgeois, on les somme de signer des adresses de fidélité au 
czar^ dans lesquelles ils doivent manifester leur désir de voir 
la Lithuanie ou la Ruthénie à jamais incorporée à la Russie 
Tout refus est considéré comme crime de haute trahison, et 
le coupable est arrêté et traduit devant le conseil de^guerre. 



DB LA RiVOLDTIOH POLONAISB. 457 

Geax qui se soumettent peuvent échapper à la captivité et 
au gibet^ mais ils n'échapperont pas à l'expropriation après la 
révolte étouffée, sUls échappent pendant la révolte aux partis 
de Cosaques et aux couteaux des bandes organisées dans les 
campagnes, et auxquelles on les renvoie en les expulsant des 
villes. 

En effet, les forces régulières n'étant pas suffisantes poui 
dompter les factieux, on fait appel aux forces irrégulières des 
populations /idiles, c'est-à-dire qu'on invite les pauvres à 
extirper les riches, en les leurrant de l'espoir de recevoir de 
la munificence impfériale la totalité des domaines dont le gou* 
yernement révolutionnaire offre seulement aux paysans une 
partie avec promesse d'indemnité aux propriétaires. 

Enfin la fidélité des populations rurales, égarée dans le 
royaume et en Lithuanie, n'étant pas suffisamment assurée 
ailleurs, et ces populations, même en Rulhénie, inclinant en 
très-grande partie à la rébellion, on mande du fond de TÂsie 
les hordes des Baschkirs, des Kirghiz et des Kalmoucks pour 
achever l'œuvre. 

C'est tout simplement un retour aux traditions d'Attila* Pis 
que cela. Souwarow eut pu être pris pour un lieutenant du 
chef des Huns. Â qui assimiler Hourawieff le pendeur ! 

kt voyez quels sont les acolytes de cet exécuteur du plan 
Pogodine. 

Plotowski, le commandant de Witepsk, celui qui a fait fu- 
siller le comte Plater, et qui harangue en toute occasion les 
paysans pour les persuader de se débarrasser des propriétaires 
afin d'inaugurer le règne a de Dieu et le vrai bonheur !... » 

Zabolotski, le commandant de Minsk, celui qu'on surnomma 
le duc du faubourg de Cracovie, â cause de ses exploits contre 
les femmes et les enfants dans ce faubourg de Varsovie. Zabo- 
lotski, qui ne connaît qu'une seule façon de faire la guerre : 
Mettre à prix la tète des chefs ennemis !.«. 

Trepow, le fameux colonel de gendarmerie de 1861 à Var- 
sovie, congédié alors, comme Zaboloiski, pour les excès un 
peu trop sanglants de son zèle, aujourd'hui nommé général 
et chargé d'organiser les milices de paysans dans l'Ukraine et 
la Volhvnie ; on sait ce que cela veut dire. 

Toll, le général de la guerre sans quartier, qui ne permet 
pas à ses soldats de s'embarrasser de prisonniers, et que des 
témoins oculaires accusent d'avoir fait nrûler vifs des blessés. 

L'énumération serait trop longue ; Mouraveieff résume 
tout. 

Quelqu'un lui demandait, il y a bien des années de cela^ dit 
M. Henri Martin, s'il était parent de ce Mourawieff qui mourut 
sur i'échafaud avec l'héroïque Pestel , après l'insurrection de 
1825, à Saint*Pélersbourg : « Non, répondit*il ; je ne suis 

58 



>f58 HISTOIRC 

pas de^ Mourawieff qu'on pend ; Je sdîb des Monrawieff qui 
pendent! » 

Le surnom lui est resté et il a tenu parole ; il a été^ en 1831 
et depuis^ le plus cruel, le plus odieux des généraux de 
Nicolas. Tenu à l'écart^ comme les principaux instruments 
du règne passé, dans les premières années d'Alexandre 11^ il 
reparait maintenant : on sait a^ec quel horrible éclat. 

Et cependant le général Nazimoff n'était pas d'une dou- 
cenr angélique. Il était avant Hourawieff le gouverneur gé- 
néral des provinces orientales, c'est-à-dire de la Lithuanie. 
C'est lui qui avait organisé les massacres de Livonie. Le cabi- 
net de Saml-Pétersbourg le trouva insuffisant. 

Le premier mot de son successeur en mettant le pied sur la 
terre lithuanienne fut : Il est inutile de faire des prisonniers ! 

On comprend ce que signifiait une telle parole dans la 
bouche de Mourawiefl". 

Le 25 mai, au soir^ il fit son entrée solennelle dans Wilna. 

Tous les hauts fonctionnaires allaient le 26 rendre visite au 
nouveau gouverneur. Voici le langage qu'il leur tint : 

« Vous me connaissez déjà, il est donc superflu d'exposer 
longuement ce que j'exige de vous. Le serment de fidélité 
que vous avez prêté à l'empereur vous impose un dévouement 
complet au service de Sa Majesté. Quiconque ne se sent pas 
capable de donner sa vie pour l'empereur doit résigner ses 
fonctions. » 

Le général menaça ensuite de l'exil en Sibérie les maré- 
chaux de la noblesse et les juges-arbitres qui, ayant donné 
leurs démissions, ne les retireraient pas. En outre il annonça 
nettement sa résolution d'inonder le pays d'agents moscovites 
grassements rétribués, et d'envoyer en Sibérie, ou dans la 
province d'Orenbourg, tous les fonctionnaires catholiques et 
d'origine polonaise qui ne se conduiraient pas de façon à éloi- 
gner d'eux tout soupçon. 

Une somme de 100,000 roubles (400,00 fr.) a été mise à sa 
disposition par le ministère des finances pour payer ses agents, 
et on assure en outre qu'il a obtenu de l'empereur l'autorisa- 
tion de brûler, au besoin, toutes tes forêts de la Lithuanie ! 

Pour terminer ce volume, il nous faut donner au lecteur 
Kne idée coniîplète de l'état des esprits en Pologne. 
• La plus surprenante manifestation de la puissance de l'idée 
d^ndépendance est l'existence dugouvernenient national. 

La lettre d'un voyageur anglais au journal TAe 5jp6e:^a/0fj 
nous fournit sur son fonctionnementles détails les plus^urieux 
et les plus antheVitiques : 

« Le gouvernement national a une organisation sans 
pareille dans'l'histoire, pour sa perfection et son efficacité. 



DE LA aÉVOLUTIOll POLONAISK. 4S9 

c II n'a peQt--èire fait que deux fautes : Tenter (f interdire la 
circulation sur les chemins de fer, et donner i'ordre aux em-* 
ployés des lignes ferrées de quitter leurs places. Ils obéirent ; 
mais comme les Russes leur répondirent par la menace d'em- 
prisonner tous ceux qui ne donneraient cas une raison satis- 
faisante de leur démission, la mesure a dû êlre rapportée. 

c Hormis ces deux points^ les succès du gouvernement 
secret ont été en quelque sorte miraculeux. Il recueille les 
contributions qu'il a imposées^ et il empêche les Russes de 
recevoir un denier. 

« On cite* à ce sujet une anecdote dramatique que je puis 
garantir. Le grand-duc lui-même fut un jour sommé de payer 
10,000 roubles (environ 40^000 francs), pour sa part de la con- 
tribution sur le revenu. 11 envoya un aide*de-camp avec l'ar- 
gent à la maison indiquée, en même temps que la police 
recevait Tordre de la cerner secrètement. L'officier se trouva 
en présence d'un vieillard qui prit les billets de banque, sortit 
de la chambre pour faire un reçu et ne reparut plus. Lorsque 
la police fut appelée, on trouva que la chambre était occupée 
par une institutrice qui donnait des leçons en ville, et le pro- 
priétaire protesta qu'il ne connaissait aucunement le vieillard. 

a On ajoute que lorsque Tofficiet* vint faire ses excuses au 
grandnluc, il trouva que le reçu avait déjà été envoyé au 
palais. 

« Ce qui doit paraître encore plus étonnant, c'est que les 
Russes ne puissent réussir à lever les contributions dans une 
ville comme Varsovie, où ils ont actuellement quelque chose 
comme un soldat sur trois habitants. Mais ils ont rencontré 
partout un refus obstiné. 

« S'ils* faisaient une saisie, cela pourrait occasionner un 
rassemblement et amener une émeute. De plus, personne 
n'achèterait Tobjet saisi et mis en vente. 

c Un pareil état de choses ne peut durer longtemps. Hou- 
rawieff lui-même a été presque déconcerté par cette déter- 
mination en Lithuanie, et réduit à fixer pour le bétail saisi un 
prix nominal, comme 3 francs pour une vache, et alors sou- 
vent les paysans les rachetaient pour les propriétaires. 

c Dans la Pologne proprement dite, la police refuse des 
passe-ports à tous ceux qui n'ont pas payé l'impôt. Un de mes 
amis cependant m'écrit qu'il viendra bientôt me voir en An- 
gleterre. Aussitôt, me dit-il, que l'on saura oue je désire 
quitter le pays, quelque employé, en vue d'une légère gratifi- 
cation, m'apportera une quittance dûment expédiée etcertifiée 
des contributions que je n'ai jamais payées, et cela sans que 
f aie même la peine de le demander. 

« Une seconde preuve de l'action efficace du gouvernement 
national, c'est le système postal qu'il a organisé. Lorsque je 



460 HISTOIRB 

partis pour le théfttre de la guerre^ je me procurai deux 
passe-ports. 

« Le premier^ émanant du préfet de Varsovie , disait sim- 
plement : a le porteur est autorisé à visiter Tarmée nationale^i 
et au-dessous étaient indiqués mon nom et ma qualité de sujet 
britannique. 

« Le second était ainsi conçu : «Le préfet de... (chef-lieu de 
<x province) informe toutes les autorités nationales, tant civiles 
« que militaires, qu'elles doivent donner toute Tassistancequi 
« sera en leur pouvoir au porteur du présent, voyageant dans 
« l'intérêt de la cause nationale. Les stations nationales sont 
« obligées à lui fournir deux chevaux et une briska. Le pré- 
« sent avis est bon pour (|uinze jours, b 

« Tant que je suis resté dans la Pologne soumise à la Rus- 
sie, j'étais si complètement entouré d'amis, que probablement 
j'aurais circulé sans faire usage de ce document. Mais lorsque 
j'eus passé la frontière, j'arrivai dans une partie de la Gallicie, 
où |e n'avais aucune connaissance, et où^ je crois, il n'y a pas 
ordinairement moyen de se procurer autre chose qu'une 
charrette dç paysan. Grâce à mon passe-port, j'accomplis un 
voyage difficile en très-peu de temps, et je rencontrai partout 
le plus cordial accueil. 

« Il faut se rappeler que quoi qu'on puisse dire de la 
Pologne russe, le pouvoir du gouvernement national dans la 
Pologne autrichienne est purement idéal. 11 n'a pour lui que 
les classes éclairées, et certes il ne pourrait employer sur elles 
aucun système de terrorisme en présence de la police autri- 
chienne et de l'hostilité des paysans. J'ajouterai que comme 
mes passe-ports portaient respectivement les numéros 947 et 
806, l'usage qui s'en fait doit être considérable. En effet, à un 
relai on m'a dit que les chevaux travaillaient à en crever. 

« Je me suis arrêté sur ces deux points, les contributions et 
la question postale, parce qu'ils peuvent, je pense, jaire mieux 
que toute autre chose, apprécier la force réelle diî gouverne- 
ment national. Il ne faut rien moins qu'un succès universel et 
absolu pour le soutenir dans ces deux moyens d'action. Hais 
son pouvoir est, sous d'autres rapports, singulièrement remar- 
quable; il est instruit des plans des Russes presqu'aussitôt 
qu'ils sont conçus, et il obtient les informations les plus 
promptes sur les opérations militaires des deux partis; s'iliiv 
terdit une émeute, tout reste tranquille, et personne ne doute 
: c|ue s'il donnait un ordre, les rues de la ville désignée seraient 
inondées de sanç. Il y a peu de temps, le gouvernement russe 
acheta deux maisons dans l'une des principales rues de Var- 
sovie, le boulevard de Cracovie, pour les démolir atin de faci- 
liter racllon de rarlillerie en cas de troubles. Le gouverne- 
ment national défendit à qui que ce fut de travailler à cette 



DE iA RÉVOLUTION POLONAISE* iùi 

démolition^ et Tautorité moscovite fut obligée de faire exécu« 
ter le travail par des soldats que la municipalité de Varsovie 
fut condamnée à payer, d 

Le même voyageur donne des renseignements surTorga** 
nisation des corps d'insurgés, qui complètent ce que nous en 
avons dit : 

« L'espoir des chefs repose sur les paysans. Ceux-ci d'abord 
étalent indifférents et répugnaient à s'opposer au gouverne- 
nient. Mais graduellement l'esprit de la guerre s'est emparé 
d'eux, et dans la Pologne proprement dite ils prennent libre- 
ment Jes armes. A Posen, ils sont prêts dès le commencement 
de l'insurrection, mais ils désirent commencer par combattre 
leurs, ennemis naturels, les Prussiens. 

« On dit que dans un seul district, celui de Lublin, 3,000 
paysans ont été récemment enrôlés. 

a On disait dernièrement à Cracovie qu'un paysan était allé 
rejoindre les insurgés avec sa femme, sa fille et le fiancé de 
c<!lle-ci. Le détachement fut attaqué au moment où il passait 
la frontière; le père, la mère et l'amoureux tombèrent dans 
la lutte, et la fille, déjà blessée, fut sauvée par un officier qui 
avait reconnu son sexe. 

<K Généralement ce sont les combats sur les frontières qui 
sont ce qu'il y a de plus fatal pour la rébellion. Le conscrit 
qui peut-être ne sait même pas manier son fusil, est saisi 
d une terreur panique lorsqu'il se trouve devant une force 
écrasante. 

« Pendant mon séjour dans les districts insurgés, je ren- 
contrai une division en marche, et plus tard faisant halte. Elle 
consistait en deux régiments forts l'un de 500 et l'autre de 
420 hommes; ils se dirigeaient vers la frontière pour protéger 
l'entrée de nouvelles compagnies et faire des recrues. Un tiers 
ou un quart était des cavaliers, montés la plupart sur des che- 
vaux de labour; il y avait environ autant de faucheurs, tous 
paysans. A voir les bagages et les malades n'occupant que six 
voitures, sir Charles Napier, si amoureux de la simplicité, 
aurait été ravi. Les hommes étaient comparativement des' 
vétérans, à la figure bronzée, à l'attitude martiale, marchant 
irrégulièrement il est vrai, mais toujours en bon ordre et avec 
précision. Chacun était habillé et armé à sa guise; on ne 
voyait de tous côtés que de gros manteaux militaires, des uni- 
formes improvisés, des vestes de chasse, des habits ordinaires 
et des manches de chemises de paysans; les fusils étaient de 
toutes les formes et de toutes les fabriques. J'ai marché pen- 
dant deux milles à leurs côtés et je puis attester qu'ils fai- 
saient près de quatre milles à l'teuiîç. Aux haltes, le quartier 
gênerai était établi danà^Hintoiloifdtf principal propriétaire 
au village et ces hôtes dangereux étaient reçus avec la plus 



462 HISTOIRB 

franche cordialité. Notre hôte me dit plus tard qu'il avait deux 
fils au service. 

<i Dans une lutte comme la lutte actuelle, ce sont les plus 
nobles et les plus purs qui tombent les premiers. Au nom de 
Dieu, que deviendra la Pologne si elle est pacifiée ou si elle 
est libre l'année prochaine, alors qu'elle aura perdu ses gen- 
tilshommes les meilleurs et les plus capables? Que devien- 
drons-nous, si nous laissons les cosaques fouler aux pieds ijne 
civilisation basée^ comme la nôtre sur Tesprit de liberté^ de 
chevalerie et de christianisme? » 



Notre tâche est accomplie, ou plutôt elle doit subir ici un 
temps d'arrêt. 

La révolution polonaise n'est pas l'œuvre d'une conspiration^ 
mais le résultat des procédés du gouvernement russe. 

Elle se résume en quatre périodes : 

Les partages, œuvre d'ambition de trois souverains, sans 
parti-pris de haine pour la nationalité polonaise. 
, La persécution, provoquée par Timpossibilité d'assimiler la 
race slave brave, civilisée, catholique, à la race tartare ou 
moscovite. 

Le Panslavisme, tentative d'absorption de la Russie par la 
Pologne, amenée par une erreur sur les races, et ayant eu 
pour conséquence les mesures extrêmes qui firent éclater l'in- 
surrection. 

Enfin Texécution du plan Pogodine, raisonnable au point 
de vue moscovite, mortel au point de vue polonais. 

C'est, nous Tavons dit, dans cette période que la Pologne est 
entrée avec de Berg et Mourawielf. 

Ce sera la dernière. 

Ou la Pologne, seule ou secourue chassera à jamais de son 
sol les Moscovites... 

Ou les