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Full text of "Histoire de la ville et des institutions de Tirlemont: d'après des documents ..."

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FROF ESSOR OF HÏSTORY 

FOR BOOKS ON FRENCH HÏSTORY 




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I 



Edifices publics. 

i Eglise» de> S^Germaàif 
cadrons Cottétpalc. 

2 * JVbtrvl). catLac. 

3 , du J$epiànap&, 
au/ourdfaadarlkmunf 

£IfylisedJâz>eRjdoren > dem% 

6JTotel-de>-Vïlle. 

7 ChUeg&desJôstphites, 

ana Gnat.des Sœurs gr* 
âCbUèp&annmuncd' et* 

OrpTieSnat^ano. Cbuo. 

des Capucins, 
g Couvent deDanenhvo^. 
w „ des Sœurs grises, 

ana Cbuv.dc-Cahbeeck. 
u Gna>. aetueldiardnnûnc. 
12 , des Alecaens ,jas- 

çu, 'enyiSyâ. 
loJxncicnnc Gnwna7idert& 

cle l'Ordre de-Malte'. 
i^ÀnaCbuv.desJJamJflarZ 
îS » , daJnmmdades. 
16 „ „ des Carmes, au- 

trefôis Palais des Thtcs 

dr, Emhanti 




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HISTOIRE 

DE LA VILLE ET DES INSTITUTIONS 

DE TIRLEMONT, 

D'APRÈS DES DOCUMENTS AUTHENTIQUES, 

LA PLUPART INÉDITS, 

PAR P. V. BETS, 

VICAIRE DE SAINT-JACQUES A LOUyilN. 

TOME M. 



Il n'est point à mes yeux de terre plus douée que 
la patrie. 

Homère, Odyssée , IXe chant. 



vSx2^ 



LOUVAIN, 

TYPOCWAPIUE ET MBBAIKIE MB C-J. WONTKVN, 

RUE DE MAUUR , 57. | HUE DE BRUXELLES, 6. 

1860. 



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MAY 24 1910 



Cift of 
Prof A.C Coolidge 

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PREFACE. 



Il y a longtemps qu'on désire une monographie sur 
Tirlemottt. 

En 1849, feu M. le Bourgmestre Goossens, à la suite 
d'une notice sur les anciens établissements charita- 
bles de cette ville, s'exprimait à cet égard dans les 
termes suivants : « En faisant ces recherches sur l'état 
» du paupérisme ancien et sur nos institutions de bien* 
» faisance, nous n'avons pu nous empêcher de déplorer 
» qu'il n'existât aucune histoire particulière de notre 
» ville et de ses institutions. C'est une lacune à remplir 
» par quelque homme studieux, ami de noire ville. 
» Nous convions nos compatriotes à ce travail. Nous 
» aiderons de toutes nos ressources celui qui y consa- 
» crera ses loisirs (1 ). » 

Nous avons donc la confiance qu'en publiant un 
nouvel ouvrage sur notre ville natale, nous comblerons 
les vœux d'un grand nombre de personnes. 

Hais les paroles du Magistrat, que nous venons de 
citer, indiquent aussi le plan du livre attendu : elles 
demandent une histoire de la ville et de ses institutions. 
Ce plan nous l'avons adopté. Dans le premier Volume 
nous donnons l'histoire de la ville; dans le second, 
celle de ses institutions. 

Quant aux documents authentiques sur lesquels nous 
appuyons notre récit, nous en distinguons de deux 
sortes. Nous reproduisons eu note, au bas des pages, 
ceux de la première catégorie, consistant en extraits 
de comptes, de livres censaux , de registres de biens, 
de chroniques, etc. Les documents de la deuxième 
espèce, tels que chartes, octrois, contrats, lettres, etc., 

(1) Voir le Rapport sur l'administration et la situation des affai- 
res de la ville de Tirlemont de 4849, p. 47. 



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nous les incorporons dans le récit, quand ils sont écrits 
en français; mais nous les publions, comme pièces 
justificatives, à la fin du premier ou du second volume, 
lorsqu'ils sont conçus dans une autre langue et encore 
inédits. 

Les annales de Tirlemont, que nous voulons faire 
connaître par ce travail , ne sont pas sans importance. 
La place de cette ville était autrefois marquée immédia- 
tement après les quatre chefs-villes du Brabant : Lou- 
vain, Bruxelles, Anvers et Bois-le-Duc; elle était la 
première des trois petites villes capitales de cet illustre 
duché. En outre, les nombreux malheurs qui ont frappé 
cette commune , sans pouvoir la détruire , attachent à 
son histoire un caractère particulier et, en quelque 
sorte, dramatique. 

Dans les recherches auxquelles nous avons dû nous 
livrer, nous avons joui du secours de plusieurs savants ; 
nous devons surtout beaucoup à l'obligeance de M. M. 
Schaeffer, chanoine et archiviste de l'archevêché à Ma- 
lines; Ch. Piot, membre de la commission royale des 
monuments et directeur de section aux archives du 
royaume à Bruxelles ; F. J. R^ymakers , prieur de l'ab- 
baye de Parc ; Edw. Van Even, archiviste de la ville 
de Louvain et Ch. De Ridder, vicaire aux Minimes à 
Bruxelles. Nous leur offrons l'expression sincère de 
notre profonde reconnaissance. 

Nous nous empressons aussi de rendre hommage au 
zèle patriotique de MM. Del porte, Bourgmestre ; De Cart, 
Curé-Doyen; De Brouwer, Curé de Notre-Dame; Budts, 
Curé de Grimde, et d'autres habitants de Tirlemont, qui 
ont bien voulu nous confier les archives commises à leur 
garde. 

Louvain, le 4 Août 1860. 



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HISTOIRE 

DE LA VILLE ET DES INSTITUTIONS 
»E TIRLEHONT. 



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— 8 — 

de l'ère chrétienne, il devait en être ainsi surtout aux 
environs de Tirlemont, désignés par le nom de Bage- 
land, c'est-à-dire, pays couvert de baies et débrous- 
sailles. Cependant il parait certain qu'au VII e siècle des 
villages commençaient à s'y former. Les légendes et les 
chroniques font remonter à cette époque les commence- 
ments d'Orp-le-Grand, de Meldert et de Hakendover. 
Dans ces temps éloignés, les villages naissaient souvent 
à la suite de la fondation d'une église ou d'un monas- 
tère. La maison religieuse s'entourait de chaumières, 
qui devenaient un hameau, plus tard un village, quel- 
quefois une ville. Cest à une telle circonstance que les 
trois villages que nous venons de nommer paraissent 
devoir leur origine. 

D'autres localités eurent pour berceau une manse ou 
ferme. Les serfs et les colons , employés aux travaux de 
la ferme , s'établirent à l'entour. L'ensemble de ces ha- 
bitations porta le nom de villa ou village. Le chef de la 
villa en était le propriétaire et le seigneur. 

Tirlemont existait déjà au VIII e siècle, puisque cette 
localité est mentionnée dans la vie de S. Amalberge ou 
Amélie, décédée Tan 772 (4). L'auteur de cette biogra- 

(1) S. Amalberge, née dans les Ardennes et appartenant à l'illus- 
tre famille des Pépins, s'était retirée au couvent de Bilsen, près de 
Tongres, afin de s'y consacrer à Dieu. Mais son proche-parent, 
Charles-Martel, voulant l'avoir en mariage, vint à différentes 
reprises la troubler daas sa retraite* Comme elle ne voulut pas se 
prêter à ses désirs, il se porta envers elle à des injures et à la 
violence; un jour il lui cassa un brajs. Alors la sainte s'enfuit en 
Flandres. Accompagnée de son frère et d v une servante, elle passa 
par Tirlemont et Vilvorde, se retira à Tamise et y mourut sainte- 
ment en Tannée 772. Les nombreux miracles, que Dieu opéra par 
son intercession avant et après sa mort, la firent nommer la Thau- 



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- 9 - 

phie ne donne à notre ville que la qualification de villa 
ou village. A quelle cause faut-il rapporter son origine? 
Il est impossible de dire quelque chose de certain à cet 
égard. Cependant il est «assez probable qu'une wanae 
fut sou berceau, puisque dans des documents historiques 
et des actes authentiques du XII e et du XIII e siècle ou 
trouve des traces de l'ancienne famille seigneuriale 
de Tirlemont, probablement Les anciens propriétaires 
de la villa. Werner de Tirlemont (Werner van Thienen) 
fut tué pendant la longue guerre des comtes de Louvain 
contre les puissants seigneurs de Grimbergen, guerre 
qui se termina l'an 1159 (1). Eu 1173, Godefroid III, duc 
de Brabant, accorda une faveur au chapitre de S. Jean à 
Liège, à la demande de son féal Rixon de Tirlemont (2). 
C'est probablement le même qui figure dans l'acte , par 
lequel S. Albert, évêque de Liège, organisa, vers l'an- 
née 1190, le chapitre à l'église S. Germain, d'après les 
dispositions prises par le chapitre S. Jean à Liège et par 
h seigneur Rixon (5), Dans un acte de 1161, on donne 
à Tirlemont le nom d'allodium^ franc-alleu, ou terre 
appartenant en toute propriété à son maître (4). Dans 
un acte de 1 180 figure comme témoin , parmi d'autres 
seigneursbrabançons, Walterusde Thienen (5)> En l'anuée 

maturge de son siècle. Voir Bollandus, Acta Sanctorum, Mensis 
JuUi, tout. 3. page 96 et suit. 

(I) Dietscke Warànde, Ànn. 1858, p. 342. 

{%) « Petitione fideli* nostri Rixonisde monte Tienes». Mirœus, 
I, 189. 

(3) a Prabendas in eâ a Baldrico B. Jobaûnis Decano et a loto 
ejus capitule, et Domino Rixone dispositas et ordinatas, clericis 
nostris... conluliraus. » Mirons, III, 65. 

(4) « ÀUodiauft de Tienestemont. » Cette pièce, encore inédlle, 
* sera publiée dans le second volume. 

(5) Voir Wolters, Codex diplomalicus Lossensis, p. 60. 



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— 10 - 

1188, Godescalc, prêtre et chanoine, conféra à l'église 
de S. Jean à Liège tous les droits qu'il avait, comme 
propriétaire du sot, sur le personat, les dîmes et les 
offrandes de L'église de Tirlemont (1). 

Une dame Geilade Praet, conjointement avec ses sœurs 
Alicie, Ide et Béatrice de Thenis ou de Tirlemont, dota 
au XÏP siècle le monastère de Forêt, fondé, enrichi et 
protégé par leurs ancêtres. En 1203, Béatrice de Thenis 
fit une nouvelle gratification au même monastère (2). 
Robin de Tirlemont (Robinus de Thienelemont) figure 
comme témoin dans un acte de 1209 (3). En Tannée 
1214, Pierre de Tirlemont, (Pires de Tylemont) se 
distingua au siège de Tongres. Après avoir escaladé un 
des premiers les murs de cette ville et fait des prodiges 
de valeur , il fut tué par l'ennemi (4). Plus tard on ne 
rencontre plus les de Tirlemont.^ Au XII e et au XIII e 
siècle les Ducs de Brabant agissaient déjà comme pro- 
priétaires de Tirlemont, soit que cette famille leur eût 
cédé ses droits sur cet alleu, soit que les Ducs se les 
fussent arrogés eux-mêmes. 

Nous connaissons l'origine probable de la villa deTirle* 
mont. Mais quelle est l'étymologie du nom qu'elle porte? 
Avant de répondre à cette question , il est nécessaire de 
déterminer l'orthographe de ce nom à son berceau. 

(1) <r Godescalcus sacerdos el canonicus ecclesiam de Monte 
Tienes, sîcut eam juste et canonice tanquam Dominas fundi, tam 
in personatu ecclesiae ejusdem, quam in décima et obtationibus 
fideliura, et in omni jure quo ipsam possidebat , ecclesise vestrœ 
contulit. i» Mirseus 1, 190. > 

(2) Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, 1, 200 et III, 240. 

(3) Miraeus, II, 1209. 

(4) \o\t Jean d'Outremeuse, cité par fcl. Namèche, Cours d'his- 
toire nationale, V, 927. 



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- H — 

Le nom originaire de Tirlemont, c'est Thienen, nom 
que cette ville porte encore en langue flamande. Gela 
résulte évidemment des citations que nous venons de 
faire et de beaucoup d'autres qu'on rencontrera dans 
cet ouvrage. Dans presque tous les actes anciens se pré- 
sente la formule Tienen ou Thienen. Seulement, dans les 
actes latins et français, on ajoute fréquemment l'affixe 
Mons, Le Mont. Il est vrai, quelques chroniqueurs 
prétendent que cette ville portait primitivement le nom 
de Tienhoven. Nous n'en croyons rien , parce que nous 
n'avons rencontré cette manière de désigner Tirlemont 
dans aucun document authentique. Mais en admettant 
cette expression, loin de détruire nos assertions, on ne 
ferait que les confirmer, parce que Thienhoven ne peut 
signifier que Villa de Thienen ou de Tirlemont. 

La forme primitive de Thienen-le-Mont est devenue 
par des altérations successives Tylemont, Tillemont et 
enfin. Tirlemont. 

Quelques auteurs ont prétendu que Tirlemont ou Til- 
lemont signifie Mont-aux-Tilleuts. Ces écrivains se sont 
laissés tromper par la forme altérée en usage à leur 
époque. 

Pour déterminer d'une manière plausible la signifi- 
cation du nom de cette commune , il faut nous arrêter 
à son nom primitif Thienen. 

La plupart des auteurs ont vu dans ce nom ancien le 
chiffre décimal. Cette explication plut tellement à Tiers 
Damien, savant médecin, né à Vissenaeken et établi à 
Tirlemont, qu'il prit l'épithète de Decipolitanus ou Bour- 
geois de la ville dite Dix (1). Ceux qui défendent cette 

(1) Tiers Damien publia à Anvers, en 1541, un ouvrage intitulé : 
Theorica Medicinœ, et Chirurgiœ : cum libello de morbo sudorifèro. 
Voir Valère André, Bibliotheca belgica, voce Tertius Damianus. 



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- il - 

étymotegie* prétendent que cette ville est appelée ainsi, 
parce qu'elle a commencé par dix maisons on par dix 
familles; ou parce qu'elle est assise sur dix collines 
(ce qui certainement n'est pas); ou parce que c'était 
l'endroit désigné par le souverain pour recevoir la Dîme 
de tous les environs. Toutes ces explications purement 
arbitraires ne méritent certainement aucun égard. 

Quoiqu'il soit en général très-hasardeux d'expliquer 
les noms propres, nous croyons cependant avoir trouvé 
une explication assez naturelle du nom de Thienen. 
D'abord il est à remarquer qu'it existe encore dans diffé- 
rentes provinces de notre pays des villages appelés Thines, 
Thimes? Thynnes ou Thisnès. De la similitude de ces 
noms , M. Ch. Grandgagnage conclut à une origine 
commune (i). Nous croyons que cela résulte, non seule- 
ment de la ressemblance des noms, mais aussi et surtout 
du complément Mom ajouté au Thienen, devenu la ville 
de Tirlemont et ayant pour berceau la colline , sur 
laquelle 6'élève l'église de S. Germain. Pourquoi peut-on 
avoir appelé cet endroit Mons-Tkienes^ Thienen-tc-Mont, 
sinon pour le distinguer des autres Thinnes, surtout 
Thinnes ou Thisnes situé près de Hannut et par consé- 
quent dans les mêmes parages ? 

Ensuite il est à remarquer que d'après l'auteur de 
la vie de S. Amalberge, Tirlemont était une villa fermée 
et ayant môme des portes. Il raconte que cette vierge 
s'avançant à travers la Hasbanie et arrivée près de là 
rivière, nommée la Ghète (2), fut arrêtée dans sa marche 
par un événement étrange. Elle se vit assaillie par une 

(1 ) Voir son Mémoire sur les anciens noms des lieux, p. 01 . 
(2) <r Devenitad fluvium,cui«/etfaestnoiiieii. » 



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- 43 - 

troupe nombreuse d'individus armés de pied en cap et 
tout barbouillés de noir. La sainte y vit une bande de 
dénions. Mais son frère les prit pour des soldats envoyés 
à leur poursuite par Charles-Martel. Cette troupe détrui- 
sit d'abord le pont 'sur lequel les fugitifs devaient 
traverser la rivière. Puis elle se mit k pousser des cris 
horribles. Attirés par ce brait, les habitants de la villa 
voisine, nommée Thienen, ouvrant précipitamment leurs 
portes, accoururent en tonte hâte. Lorsqu'ils eurent 
appris de quoi il s'agissait , ils rétablirent le pont et 
permirent ajnsi à la sainte de continuer sa route (f ). 

Ainsi , d'après le récit du biographe de S. Amélie, 
Tirlemont n'était -pas. un village ordinaire, mais c'était 
une villa fermée. Or, il existait dans la vieille langue 
teutonique, que parlaient nos ancêtres, un mot pour 
désigner des villa semblables. L'ancien substantif tun, 
dont dérive l'anglais Town (ville) , signifiait un clos, vît 
endroit fermé et protégé par des haies ou deà palissades, 
en latiri septum et par extension prœdium, villa (2). Il 
nous semble done assez plausible que tons les Thinnes 
ont été originairement des clos de cette espèce et que 
c'est là la véritable explication de leur nom. 

Avant de terminer ces réflexions sur l'étymologie 
de Tirlemont, nous devons encore faire une remarque. 

(1) a Quam (turban) audientesin contiguâ villa, Tienas vocabulo, 
com morantes, non sine magnâ quâdam admiratione, apertis pro- 
rnperunt portis. » etc. 

P) Voir Jacob Grîmm, Deutsche fiechtsalterthûmer. p. 554, et 
Delfortric, Analogies des langues flamande, allemande et anglaise, 
p. 559. Dans une vieille traduction Anglo-SaxooBe, citée par M. Del- 
fortrie, le mot villa dans ce passage de S. Mathieu : Tune venit 
Jésus cum illis in villam, est traduit par Tun. Du mot Tun dérive 
aussi le mot flamand Tuin, jardin fermé. 



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— u — 

Nous avons cité un Mémoire de M. Grandgagnage. Dans 
ce travail le savant académicien a pour but de démontrer 
l'action toujours envahissante de la langue flamande; 
il. croit qu'on parle aujourd'hui le flamand dans une 
foule de localités qui étaient wallonnes autrefois, et il 
pense que tel est en particulier le. cas pour Tirlemont. 
Pour satisfaire à cette opinion nous aurions dû expliquer 
le mot Thinnes par une racine romane et non teutonique* 
Malgré notre infériorité de talents et de. connaissances, 
qu'il nous soit permis de dire que nous croyons l'asser- 
tion de M. prandgagnage une grande méprise et le 
con trépied de la vérité. Ce n'est pas l'élément 'germa- 
nique qui s'est développé aux dépens des races roma- 
nes ; au contraire, le premier a dû continuellement 
céder le terrain à l'action envahissante du wallon. Ce 
qui le prouve, c'est qu'il est dans toutes les provinces 
wallonnes un grand nombre de villages, dont les noms 
ont. évidemment une origine flamande. Pour s'en con- 
vaincre, il suffit de jeter les yeux sur une carte de la 
Belgique et de s'arrêter à quelques noms. 

Quant à Tirlemont , plusieurs faits démontrent qu'on 
y a toujours parié le flamand. D'abord les noms des 
différents quartiers de cette ville, tels que eeux de 
Avendoren , ffqendoren, etc., noms fort anciens, ont cer- 
tainement une origine teutonique. Ensuite la 'même 
chose nous semble résulter de plusieurs vieux: mots 
flamands, employés encore par les habitants de cette 
ville, et qui sont perdus ailleurs. Dans tous lesf livres 
flamands on rencontre encore les formes adverbiales 
kwanswys et kwansuis, ce qui signifie faisant semblant 
de. Mais quel est le substantif d'où ces adverbes 
dérivent ? Ce vieux mot, perdu partout ailleurs, s'est 



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- 15 — 

conservé à Tirlemont: c'est le substantif kwans, qui s'y 
trouve sur les lèvres de tout le monde. Cette phrase de 
l'ÉvangHe : // fit semblant d'aller plu* loin, le Tirlemon- 
tois la traduirait de la sorte : Hy maekte de kwans van 
verder te gaen. 

Il parait que déjà au VIII e siècle Tirlemont comptait 
une population assez nombreuse. Et en effet, il est dit 
dans la vie de S. Âmalberge, que la foule qui sortait 
de Tirlemont, attirée par la bruit que faisaient les 
ennemis de la sainte, n'était pas petite (1). Malheureuse* 
ment ce sont les seuls renseignements que nous possé- 
dions sur les premières époques de cette villa. 

Quelles furent les destinées politiques du pays dont 
elle faisait. partie? Quelles vicissitudes cette contrée 
a-t-elle traversées avant d'être réunie au Brabant ? C'est 
ce que nous allons raconter brièvement. 

A l'arrivée de Jules César dans notre patrie, 60 ans 
environ avant la naissance de Jésus-Christ, les environs 
de Tirlemont étaient habités par les Éburons, occupant, 
sur le sol belge, le pays de Liège f le Limbourg et toute 
la partie du Brabant située en deçà de la Dyle. Les 
Éburons, exterminés par le glaive du vainqueur, fu- 
rent remplacés, dans le pays de Liège et du Limbourg, 
par différents peuples portant le nom collectif de 
Tongrois. Dans la partie du Brabant, située entre la 
Ghète, le Demer et la Dyle et connue sous le nom de 
Hageland, ils paraissent avoir eu pour successeurs les 
Bethasii, peuple qu'on voit figurer souvent dans les 
troupes belges au service des armées romaines et dont 
les empereurs dans leurs rescrits vantent la bravoure. 

(1) « Erat turba non modica.» 



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- 16 — 

Henscbemus et Des Roches ont remarqué que le village 
de Belz sur la Ghète (appelé pour ce motif Geet Betz) 
rappelle, par sou nom, l'existence de cettenation.il 
en est de même, paralt-il, de Walsbetz et de Betecom, 
communes situées la première près de Landen et la 
seconde près d'Aerschot (4). 

Le pays des Tongrois fut affligé souvent de grands 
désastres. Les Francs-Saliens, les Vandales, tes Huns, 
d'autres peuples barbares le dévastèrent tour-à-tour. 
En 450, Attila roi des Huns, prit d'assaut la ville de 
Tongres, capitale des Tongrois, et la détruisit de fond 
en comble; toute la population fut passée au fil de 
l'épée (2). 

La contrée habitée par les Béthasiens fut-elle enve- 
loppée dans les désastres, qui désolèrent la province 
Tongroise? L'histoire écrite ne le dit pas. Toutefois la 
proximité des lieux et des monuments élevés probable- 
ment à •cette époque nous engagent â le croire. Ces 
monuments consistent en tombeaux, appelés commu- 
nément Tumuli. On en rencontre encore dans différents 
endroit» de l'ancien pays dés Betbasii. A Tirlemont il en 
existe encore trois, s*élevant près de la porte de Maes- 
tricht. Ils sont très-rap proches l'un de Fautre. Autre- 
fois il en existait aussi au faubourg d'Avendoren, non 
loin de la porte actuelle de Lôuvain. Ces derniers, nous 
les avons trouvés mentionnés plusieurs fois dans le 
registre des biens de la Table du S. Esprit, Commencé 



(1) Revue d'histoire et d'archéologie, I, 183. 

(2) Driesen, Recherches historiques sur Tongres et ses environs , 
p. 149;Namèche, 1,76. 



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- 17 — 

Tan 1340 (\). En 1511, il n'existait plus à Avendoren 
qu'un seul de ces monuments funèbres. Cela résulte 
d'un testament fait en cette année par une certaine 
Marie Nackaerts, qui légua à l'église de S. Germain un 
bien situé « près du tumulus d'Avendoren (2) » . Au 
siècle dernier, celui-ci avait disparu également (3), 

Il s'est engagé entre les archéologues de longues 
disputes afin de déterminer l'origine et l'âge des 
Tumuli. Quoiqu'il en soit, ces tertres sont certainement 
les monuments les plus anciens de la ville de Tirleraont. 
C'est ee qui nous engage à entrer dans quelques détails 
à leur égard. Dans les lignes suivantes on trouvera des 
renseignements assez curieux c 

« En sortant de Tirlemont par la porte de Maastricht, 
on trouve à sa droite trois de ces monticules assez com- 
muns dans la Hesbaie, qu'on désigne sous le nom de 
Tumulus. Ils marquent d'ordinaire la place d'un cbamp 
de bataille et ont été élevés par des armées pour servir 
de tombes à leurs chefs, mais les antiquaires ne sont 
pas d'accord sur la question de savoir si ee sont des 

(i) Voici deux extraits de ce registre: 

ce Item dimidium bonnarium prope tumbas de Avrendoren. 

« Item duo cum dimidio j orna lia juxta- tumbas de Avrendoren 
prope viam ducentem de Avrendoren usque vivarium Domini Ducis. » 

f. 65 verso. 

(2) a By hettommeken van Avrendoren. » Voir aux archives de 
S. Germain un manuscrit du siècle dernier, intitulé : Goederen 
ende inkomsten van de fabrycke van S. Germeyns. 

(5) Et en effet, l'auteur du manuscrit, cité dans la note 2, ajoute, 
en marge au testament de Marie Nackaerts, une note, dont cela 
résulte- Cette note indique en même temps remplacement de ce 
tumulus. La voici : « Het tommeken van Avendoren heeft geslaen 
wevnig bôven den eersten bareel na den slinken kant van den sieen- 
weg nae Loven gaende. » 

2 



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- 18 — 

tomb es romaines ou des tombes gauloises. Les peuplades 
guerrières de la Gaule avaient coutume , en effet, de 
même que les armées romaines, d'élever des Tutnuli, à 
l'endroit où elles enterraient leurs chefs tombés sur les 
champs de bataille. Le guerrier mort était enterré avec 
ses armes; chaque soldat emplissait son casque de terre 
et venait le vider sur la tombe (1). » 

Il a été fait à différentes reprises des fouilles dans 
plusieurs Tumuli. S'appuyant sur les données fournies 
par ces explorations et aussi sur une citation de Tacite, 
un écrivain, jouissant d'une grande autorité en ces 
sortes de matières , assure que ces tombeaux sont des 
monuments essentiellement germaniques. Quant à leur 
âge, le même archéologue s'exprime à cet égard de la 
manière suivante : « En Belgique tous ceux de ces tom- 
beaux qui, à notre connaissance, ont été fouillés, étaient 
indubitablement postérieurs à l'époque celtique, et la 
plupart même dataient du III e ou du IV e siècle de l'ère 
vulgaire (2). » 

La profusion avec laquelle ces monumemts funèbres 
sont semés dans les plaines de l'ancien pays des Ton- 
grois et des Béthasiens,' où ils .s'élèvent tantôt isolés, 
tantôt par groupes, tantôt nus et arrondis comme de 
monstrueuses taupinières , tantôt couverts d'un bouquet 
de vieux arbres; cette multiplicité nous dit assez que 
les guerres, soutenues par nos ancêtres pendant les 
premiers siècles de l'ère chrétienne, ont été nombreuses 
et meurtrières (3). 

Pendant ces luttes d'extermination, la patrie des Ébu- 

(1) Eugène Gens, Belgique monumentale, ï, 256. 

(2) Schayes, Histoire de l'architecture en Belgique, 1, 18. 
(5) Eugène Gens, loco cit. 



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- 10 — 

rons avait reçu, sans qu'on sache pourquoi, un nom 
nouveau : on l'appelait la Hasbanie ou Haspengauw. 
Haspengauw ou Hespengauw signifie terre ou pays de 
Hespen, nom qui s'est conservé dans Neerhespen et 
Overhespen, deux communes des environs de Tirlcmont. 

Au IX* et au X e siècle le Haspengauw se trouvait 
divisé en un grand nombre de petits gauws, gouvernés 
par des comtes, circonstance qui fit donner aux gauws 
le nom de comtés. Quoiqu'on ne puisse pas déterminer 
leur quantité, il est certain , dit un auteur, que la Has- 
banie comprenait le comté de Haspinga ou Hesbaie 
(qu'il ne faut pas confondre avec la Hasbanie), ceux de 
Looz ou Loss, de Diest, de Louvain, de Moila, de Bruge- 
ron, de Nastenaco, de Steps et de Duras, outre celui de 
Maeseland ou haut Maesegauw, qui parait y avoir été 
adjoint, s'il n'en a pas fait partie (4). Le comté de Moila 
est probablement le même que le comté de Jodoigne, 
dont il est question dans plusieurs anciens documents. 

A cette liste des comtés Hasbains, il faut probablement 
ajouter ceux de Tourinnes et de Hougaerde, cités dans 
une inscription latine , qu'on lit dans l'église de S. Paul 
à Liège et dont voici la traduction : Cigit Alpaïde, com- 
tesse de Hougaerde, qui a fait de son château de Hougaerde, 
une église, où elle a établi des chanoines richement dotés, 
et qui nous a légué Jodoigne et Tourinnes (fi). Il faut y 

(1) de Cors wa rem, Mémoire historique sur les anciennes limites 
et circonscriptions de la province de Limbourg, p. 30. 

(2) Beaucoup d'historiens ont confondu cette comtesse avec la 
célèbre Alpaïde, concubine de Pépin d'Herstall, morte vers l'année 
700 à Orp-le-Grand et y enterrée. Alpaïde fondatrice de l'église et 
du chapitre de Hougaerde et enterrée à Liège, a vécu beaucoup plus 
tard que sa fameuse homonyme. Voir une notice de Dewez sur 
Alpaïde dans les Nouveaux mémoires de V académie , III, 317. 



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- 20t — 

ajouter encore le comté de Léau, cité dans une charte 
de 822» Cependant M. Piot croit que les mots Pagus 
Lewenticus, qu'on lit dans cette charte, désignent le 
comté de la Legia ou de Liège (1) , probablement le même 
que le comté de Haspinga ou de Hesbuie. 

La villa de Tirlemont ayant fait partie du comté de 
Brugeron, nous n'avons à nous occuper que de ce seul 
gauw hasbain. 

Lé comté, appelé Brugeron par les écrivains mo- 
dernes, autrefois Brunengeruz, s'étendait depuis les 
environs de Tirlemont jusqu'à Louvain. 11 avait pour 
limites principales la Dyle et la petite Ghète (2). 

Ce comté est mentionné pour la première fois dans 
une charte de 984. Il faisait partie alors du patrimoine 
de l'église de Liège. Par ce diplôme, l'empereur Othon III, 
i la prière de Notger , évêque de Liège et son ancien 
précepteur, déclara confirmer Notger et ses successeurs 
dans toutes leurs possessions. Parmi ces possessions, il 
nomma le comté de Brunengeruz. (3). 

Un auteur du XIII e siècle, Gilles d'Orval, a donné 
du comté de Brugeron une description très-détaiilée. 
Mais les noms des endroits qu'il cite étaient pour la 
plupart inconnus jusqu'à nos jours. De sorte que le 
texte de cet ancien écrivain avait toujours paru indé- 
chiffrable à tous ceux qui avaient voulu l'expliquer. 
Cependant en parcourant, parmi les localités indiquées 

(1) Notice historique sur la ville de Léau dans la Revue d'his- 
toire et d'Archéologie, I, 17. 

(2) Moulaert, Essai sur le comté de Brunengeruz, p. S. 

(5) « Fideli nostro Notkero venerabili episcopo , et omnibus qui 
post eum in ecclesia Leodiensi futuri sunt episcopi, conârmamus... 
comitatum de Brunengeruz. » Voir cette charte dans Chapeauville, 
1,211. 



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- '31 - 

par l'historien liégeois, celles qui ont conservé lenr 
non», et en interrogeant les. habitants des environs, 
le P. Moulaert, bibliothécaire du couvent des Domini- 
cains à Tirlemont, a réussi à reconnaître presquetous les 
endroits marqués par Gilles d'Orval et à rétablir ainsi 
les limites de l'ancien comté de Brugeron. 

Nous allons laisser suivre les conclusions du travail 
du studieux Dominicain. 

• « Le comté de Brugeron, dit-il, devait s'étendre au 
moins sur quarante-sept paroisses , formant les trente- 
huit communes et trois annexes qui suivent : 

« Archennes. — Aqtgaerden. — Bauttrsem. — Bier- 
beek. — Biez. — Bincum. — Blanden. — Boulez. — 
Bossut. — Gottechain. — Pécrot. — Chaussée. — 
Bunsbeek. — Chaumont. — Gistoux. — Coorbeek-Dyle. 

— Cumptioh. — Glabbeek. — Gossoncourt. — Hamme- 
«Mille, — Hautem S. Marguerite. — Rerkom. • — Kiese- 
ghem. — L'Écluse. — Longueville. — Loveajoul» — 
Meldert. — Melin. — Neerbutsel. — Roosbeek. — 
JNeervelp. — Nethen. — Nodebais. — Oitobeek. — - 
Op-Velp. — Pietrebais. — Chapelle . S. Laurent. — 

.Rouxr miroir. — Tirlemont-Grimde. — Yaelbeek. — 
Vertryck. — Yieux-Héverlé. — ?Visseaaken S. Martin. 

— Vissenaken S. Pierre. — Weert S. Georges. 

>Wever. — Willebringen. -^'Wulmeraum. » 

D'après le même auteur; il est possible que le comté 
de Brugeron se soit aussi étendu sur les communes 
dX)pheyiissem, Neerhevlûsem,* Noduwez, incourt, Hé- 
verlé et Corbeek-Loo (1). 

,1e P. Moulaert . a tâché . aussi d'expliquer le aom de 

(i) Voir Essai $ur le eontié de Brunen&eruz.p. 31 et siiiv. 



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— 22 — 

Brugeron. Mais nous croyons qu'ici il a été moins 
heureux. « Avant de finir, dit-il, reportons notre 
attention sur le nom de Brunengeruz, qui est aussi écrit 
Brunengerunz ou Brunengurt, et que plus haut nous 
avons rendu par celui de Roux-miroir, commune du 
Brabant Wallon. On ne peut douter selon nous, que ce 
nom n'ait été substitué au premier, d'abord par la 
position que Gilles d'Orval assigne au village de Brunen- 
geruz, entre Melin et Longueville, et ensuite, parce que 
le nom moderne ne semble être que la traduction de 
l'ancien. Brunen, la première partie du nom, c'est bien 
roux; mais que geruz, gerunz ou gurt soit l'équivalent 
de miroir, c'est ce que nous laissons à démontrer par 
des philologues plus instruits que nous. » Le P. Mou- 
Iaert semble avoir commis ici la faute de ceux qui, pour 
expliquer le nom de la ville dont nous racontons l'his- 
toire, travaillent sur les formes modernes Tillemont et 
Tirlèmont) altérations du nom primitif Thienen-le^Mont. 
La forme moderne Roux-Miroir est aussi une altération. 
Le nom de cette commune était orthographié autrefois 
tout autrement. C'est ce qui nous a été assuré par 
M. Wauters, archiviste de la ville de Brnxelles, qui le 
prouvera dans une notice historique sur ce village. 

Un homme, qui pendant toute sa vie a poursuivi le 
projet d'écrire une histoire de la ville de Tirlemont et 
réuni dans cette intention un grand nombre d'extraits 
d ? auteurs et de notes manuscrites (1), le chroniqueur 
Jean-François-Antoine Vandevin , décédé dans notre 
commune, le 29 AvriH813, a proposé une explication 
plus ingénieuse, du nom de Brunengerunz, quoique 

(1) Nous devons la communication de ces notes à l'obligeance de 
M. Van Dormael, membre de la Chambre des Représentants. 



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— 23 — 

également inadmissible. Il croyait que ce nom signifie 
Terre de Brunon, Bruno 9 s grond. On sait que S. Bru- 
non, archevêque de Cologne, né vers Tan 925, devint 
duc de la Lotharingie en 953, dignité dont il resta 
revêtu jusqu'au jour de son décès, le \\ Octobre 965. 

« De vieilles traditions, dit Vandevin, nous appren- 
nent que ce prélat a habité, près de Lintre, une montagne 
qui conserve encore son nom : On rappelle Bruynissem- 
berg ou Montagne de Brunon. Il y avait bâti un château 
et l'avait habité. Après sa mort , ce château et tous ses 
biens furent légués à l'hôpital de Tirlemont. » . 

Afin de corroborer ces traditions , Vandevin rapporte 
des extraits des anciens comptes de l'hôpital de Tirle- 
lemont (1). Il résulte de ces extraits qu'il a existé soit 
une demeure claustrale, soit une ferme sur la colline dite 
Bruyntssemberg. Il rapporte aussi qu'en 1775, le nommé 
Louis Geets, meunier du moulin dit Roosmolen, en 
labourant une terre près de ce monticule , découvrit 
une cave contenant des bouteilles et des verres à boire 
en cristal. Preuve évidente, ajoute-t-il, que cette pro- 
priété a appartenu à quelque grand seigneur ! 

S'il était prouvé que l'illustre Duc de la Lotharingie, 

(1) Voici un de ces extraits : « Extract uyl de rekeniogh van 
S. Jans gasthuys gedaen door Joannes Van Kiesegem , eu de Joannes 
Raymakers rentmeesters van net selve gasthuys van den jaere 1561 
tôt 1562 : 

« Anderen ontfanck in coren comende van verpacbte landen bin- 
nen dese jaere. Ëerst de weduwe Franck Traetsen atèpachtersse van 
denHovEVAN Bruvnissen diéwelcke tselve hof gepacht taeeft, eenen 
terroyn van negen jaeren, d'een d'aader vol g en de, jaerlyçkx ,voor 
ende omme seventigh mudden coren, dry mudden terwe, ses en 
half halsters boonen , ses hondert walmen , ende een voeder steen- 
colen. » 



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- 84 - 

duché qui s'étendait sur toute la Belgique actuelle, a 
eu des propriétés dans le Brunengeruz, l'éty urologie du 
nom de ce comté, indiquée par le chroniqueur Vandevin, 
serait certes fort probable. Malheureusement il est 
certain qu'il n'en est pas ainsi. L'histoire a conservé 
le testament de S. Brunon. Ce beau monument de 
l'histoire du X e siècle énumère toutes les possessions 
du grand archevêque, qui en dispose en faveur d'églises 
et d'institutions de charité. Or, il n'y est question ûi 
de Bruynissemberg, ni de Brunengeruz (4). 

L'étymologie de Brunengeruz demeure donc une 
énigme. Nous restons aussi sans renseignements sur ce 
comté jusqu'à l'année 984. Quoique à cette date une 
confirmation de la possession de ce comté eût été 
octroyée par l'autorité souveraine à l'église de Liège, 
celle-ci se vit bientôt menacée de la perdre. Lambert* 
le-Barbu, premier comte de Louvain, chercha à s'en 
emparer. BaWéric, successeur de Notger, faisait élever 
à Hougaerde, sur le bord de la Ghète, un château, 
destiné sans doute à défendre cette partie du domaine 
Liégeois contre les attaques du remuant voisin. 

Prétextant que cette forteresse était une menace 
contre lui, Lambert prit les armes et s'avança avec 
l'intention de la renverser. Le 10 octobre 1013, il 
rencontra, entre fîrlemont et Hougaerde, les soldats 
de l'évêque Baldéric. Ceux-ci s'empressèrent de courir 
sur leurs ennemis. Leur attaque fut si impétueuse, que 
du premier choc l'ennemi fut culbuté et mis en fuite. 
La victoire était complète du côté des Liégeois. 

Cependant un acte de félonie fit recommencer le 

(1) Voir ce beau testament dans Pertz IV, 274. 



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_ 25 - 

combat et changer le triomphe des Liégeois en défaite. 
Le comte de Namur, quoique neveu de Lambert de 
Louvain, avait combattu aux côtés deBaldéric, parce 
qu'il élait son feudataire. Mais la défaite de son oncle 
lui parut une honte insupportable pour sa famille. Il 
passa donc, avec tous ceux qu'il commandait, du côté du 
comte de Louvain et fit reprendre à celui-ci les armes. 
La nouvelle lutte rendit Lambert vainqueur. 

Le triomphe obtenu par l'heureux Lambert fut pour 
lui un premier pas, afin d'arriver à l'objet de sa convoi- 
tise. La lutte entre les deux princes dura encore quelque 
temps. Mais Baldéric, auquel l'histoire reconnaît le titre 
de prince pacifique, soupira après la paix. Il fut assez 
heureux de la conclure en i 01 4, en engageant à son 
belliqueux voisin le comté de Brunengeruz pour la 
somme de 1200. marcs d'argent (1). 

Les historiens disent généralement que Tirlemont a 
été: la capitale du Brugeron. Nous croyons que c'est là 
une ^conjecture, dénuée de toute preuve historique. 
Quoiqu'il en soit, l'annexion du .Brunengeruz au comté 
de. Louvain fut pour Tirlemont un événement heureux* 
11 y a des motifs ducroire que cette villa fut élevée- alo»s 
au rapg de ville. Nous les rencontrerons tout à l'heure. 
Ce changement produisit encore un autre avantage poJW 
Tirlemont. Le nom du comté de Brugeron disparut 
, peu-à-peu de l'histoire. Naus n'aurons , plus à le men- 
tionner qu'une fois. Un autre district se forma aux 
environs de notre ville; il fut connu, jusqu'à la fin dji 
siècle dernier, *ous le pom de ( Quartier de la GhefrMayerie 
deTiriemont. 

(1)> Voira 9a Bibtiofbèque royale à Bruiellfes > le MS. portant te 
Wm&t\nbtiV*\élMémt>we'èoncertwnt Gmbhw* et le e&mêéde 
Brugeron. — — 



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Chapitre deuxième. 

Première enceinte murée de Tirlemont , élevé au rang de ville par 
les comtes de Louvain vers Tannée 4044. — Charte octroyée à 
cette ville , en \ \ 68 , par Godefroid III , duc de Brabant. — Nou- 
veaux remparts en 4494. 



Les nsiles que les seigneurs ouvraient aux vagabonds ou 
aux serfs des autres seigneurs, donnèrent naissance à un 
grand nombre de villes neuves , qui le plus souvent se peu- 
plèrent aux dépens des seigneuries voisines , dont les paysans 
désertaient. 

Augustin Thierry. 

Il nous parait hors de doute que Tirlemont n'a pas été 
élevé au rang de ville, ni entouré de murs, avant l'an- 
nexion du Brunengeruz au comté de Louvain. Et en 
effet, s'il s'était trouvé là une place forte, Baldéric, évo- 
que de Liège, pour mettre ses domaines en garde contre 
Lambert de Louvain, aurait-il eu besoin d'élever, en 
1013, une forteresse une demi lieue plus loin, à l'endroit 
où s'élève maintenant le magnifique pensionnat des 
Dames des SS. Cœurs à Hougaerde? 

Nous avons vu que le prélat liégeois céda 1 à titre 
d'engagère, le comté de Brugeron au comte de Louvain 
en 1014. Nous croyons qu'un des premiers soins de ce 
dernier fut de donner une enceinte murée à Tirlemont 
et de se ménager de la sorte une forteresse aux fron- 
tières de son territoire agrandi. Est-il à supposer qu'un 
prince guerroyeur* comme Lambert-le-Barbu, ait pu 



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- 27 - 

omettre cette précaution? Et comme on ne trouve, du 
côté du pays de Liège, aucun endroit du Brugeron qui 
ait jamais été fortifié, sinon Tirlemont, n'est-il pas pré- 
sumable que cette dernière localité fut choisie à cette 
fin? 

Deux autres circonstances donnent beaucoup de va- 
leur à cette conjecture. C'est d'abord une tradition, an- 
notée par l'historien Gramaye, d'après laquelle Tirle- 
mont a été investi de murs vers l'an 4000. C'est ensuite 
l'exacte concordance entre la première enceinte murée 
de cette ville et la manière de construire des forte- 
resses au XV siècle. 

La première enceinte murée de Tirlemont se compo- 
sait de deux parties : d'une enceinte extérieure, close 
par un mur et des fossés; et d'une éminence à l'une des 
extrémités, défendue également par un mur. 

L'étendue extérieure n'était pas considérable (1). Elle 
avait pour fossés les deux bras de la Mène, qui forment 
presque un cercle au centre de la ville actuelle. Ce 
ruisseau porte le nom de Molenbeek au village de Mel- 
dert, où il prend sa source. Sous le même nom, il tra- 
verse le hameau de Hoxem et la commune d'Oorbeek. 
Mais à Tirlemont, on l'appelle Mène. Cette circonstance 
nous semble rendre très-vraisemblable l'étymologiedece 
nom indiquée dans les lignes suivantes : « Grigny dérive 
le nom de Menin de l'ancien mot flamand meen, petit; 
Gramaye de mennen, conduire, et M. de Smet de Man- 
heim. Cette dernière opinion nous semble inadmissible, 
parce que l'orthographe du nom de la ville n'a jamais été 
écrite de cette manière. Mennen signifie : conduire, en- 

(1) Voir la Carte qui se trouve en tête de ce volume. 



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tourer, couler; et pour preuve, nous citerons .la Meene, 
ou cours d'eau qui entourait la première enceinte de 
Tirlemont; à Bruges, le Minne-Water, et en Allemagne, 
le Mein (1).» 

La Mène se divise à son entrée à Tirlemont près du 
passage,appelé par corruption Meênryk, et ayant pour 
nom véritable Meêndyk ou digue de la Mène (2). Ce nom, 
il le porte à juste titre : ce n'est en effet qu'une berge 
élevée là pour préserver les prairies voisines des inon- 
dations de cette rivière. 

Un des ruisseaux, formés par la division de la Mènç, 
passe derrière le couvent des Annonciades et les autres 
maisons de la rue du Marais, traverse la rue de Pervre 

(1) Schayes, La Belgique et les Pays-Bas avant et pendant la 
domination romaine, III, 572. Ce volume, paru depuis la mon de 
M. Schayes, a été publié par M. Cb. Piot, qui en est le vrai auteur. 

(2) Dans tous les ancieus documents nous Usons Meéndyk : nulle 
part nous n'avons lu Meênry k. Nous allons prouver notre assertion 
par quatre citations, extraites de pièces appartenant à quatre siècles 
différents. 

« Johannes Scotelen de sua petia stante juxta menia super Meén- 
dyk. x» Registre des cens des Ducs à Tirlemont de 44fl5, Archives du 
royaume à Bruxelles. 

» Betaelt Janne Van Mulck, Dionysius Boonen, etc.- van dat sy 
'thuyske opten Meendyck nae den Minnebrueders hernagelt hebben. » 
Comptes de la ville de 15i£ à 4545. 

< Geeraert Van Herbergben van synen huyse ende hove ghelegen 
opden Meendyck, regenoten den selven Meendyck ter eendere, 
d'erffgenamen Antboon Vanden Berghe tertweedere, bel huys«sm 
Chantrain ter derdere ende Sheerenstrate ter vierdere seyde.i» 
Registre des cens des Ducs à Tirlemont en 1689. Archives du 
royaume à Bruxelles, 

* ,ltem beiaelt aen Matthys Uten seven guld. seten stuyvers voor 
gelevert hout tôt reparatie van de Meendyck. » Comptes de la ville de 
1708 à 1703. 



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v — 2» — 

et s'avance, derrière l'hôtel-de-ville et par les rues de la 
Cigogne et de la Chapelle, jusqu'à la place des Capucins. 
À cette place arrive aussi l'autre ruisseau, apTès avoir 
côtoyé le Meèndyk, le Marché-aux-Poissons et la rwe des 
Lombards. Cependant ces deux ruisseaux ne mêlent pas 
leurs eaux à la place des Capucins : ils s'arrêtent à une 
faible distance l'un de l'autre, décrivent un angle droit, 
et, parcourant deux lignes parallèles, ils vont se perdre 
dans la Gbète, l'un en amont, et l'autre en aval du Pont- 
aax-Chevaux. Toutes ces circonstances nous font croire 
qoe la division de la Mène en deux bras n'est pas l'œuvre 
de la nature, mais celle de la main des hommes. 

La presqu'île formée au centre de la ville actuelle par 
les deux ruisseaux de la Mène, voilà toute l'étendue de 
la cité primitive ou plutôt de la forteresse construite au 
commencement du XI e siècle. Même cette étendue était 
plus petite encore. La division de la Mène, au lieu de se 
faire près du rempart de Hougaerde, se faisait, croyons- 
nous, près du Marché-aux-Poissons. En effet, le premier 
ruisseau, au lieu de côtoyer la rue du Marais, longeait 
autrefois la rue des Récollets, appelée alors Neirinc- 
strate. L'an 1364, les Récollets, se construisant un nou- 
veau monastère, obtinrent de la duchesse Jeanne l'auto- 
risation d'élever un mur à l'endroit, où coulait autrefois 
la Mène. Le document dont nous avons tiré cette parti- 
cularité, nous apprend aussi qu'il y avait une ligne de 
remparts derrière le local St-Georges et le couvent des 
Récollets, actuellement les casernes (1). 

(1) « In die neirincstrate sagittarii Thenenses de fossatis antiquis. 
« Fratres minores dat zy mogen haren muer setten... opte strate 
daer die Medene plach te lopenen , tôt haren Steenen. 
» Item de fossatis antiquis rétro claustrum eorum, illo salvo si 



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- 30 - 

Gramaye, qui a visité Tirlemont avant 1610, assure 
que de son temps beaucoup de restes de ces vieux rem- 
parts étaient encore debout. Le chroniqueur Van de 
Vin, né en 1750 et mort en 4813, l'affirme également 
pour son époque. Au siècle dernier, une partie de ces 
vieux murs en pierres de taille blanches servait de 
clôture au jardin de rétablissement, dit la Table du 
St-E&prit, aujourd'hui la demeure de M. Van den Broeck, 
rue de Poivre. En 4769, les maîtres des pauvres la firent 
démolir et en employèrent les décombres à élever deux 
maisons pour les indigents (1). 

L'enceinte que nous venons de décrire était percée de 
cinq portes, dont voici les noms, au XIV e et au XV* 
siècle. 

1° La Porte dite Veldbornestraetpoorte dans la rue des 
Bornes, entre les rues de la Cigogne et de la Chapelle. 

2° La Porte de la rue Longue à la place des Capu- 
cins (2). 

5° La Porte-au-Fromage au pied de la rue de la Grande 
Montagne (3). Elle portait sans doute ce nom, parce 
qu'elle était proche du Marchè-au-Fromage, aujourd'hui 
Marché-au-Beurre. 

contingeret facere pontem ultra dictam fossatam propter gêneraient 
Milita te m , non contradicent. Datum per Dnam Johannam duiissam 
Brabantie anno MCCCLX111I circa festum Johannis Bastiste. » Extrait 
du registre des cens des Ducs à Tirlemont en 1465. 

(1) Voir Setboeck ou Registre aux résolutions du magistrat de 
Tirlemont, de 1752 à 1782, f. 150. 

(2) « In vico capelle de fossatis antiquis inter portam fontis et 
langstraet -porte, » Registre de cens de 1463, f. 44. 

(3) « Junioris et Johannis de Bost de domo stante ab uno laterein 
de Bocstrate (aujourd'hui rue des Lombards) juxta portam caseo- 
rum.» Ibid. f. 91. 



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- 31 - 

4° La Porte des Lombards, à l'autre extrémité du 
Marché-aux-Poissons (1). Nous croyons qu'elle était ap- 
pelée ainsi, parce qu'on se rendait par là à un château 
ou synagogue, appartenant aux Juifs ou Lombards (2). 

5° La Porte de Poivre aux coins des rues de Poivre et 
du Marais (5). 

Telle était donc l'enceinte extérieure de Tirlemont au 
XI e siècle. D'autres murs, s'élevant à l'une des extrémi- 
tés, complétaient le système de défense de la nouvelle 
forteresse. Et en effet, la hauteur qui s'élève au centre 
de Tirlemont, aujourd'hui la place St-Germain, a certai- 
nement été entourée de murs. Même la plupart de ces 
murailles, d'une hauteur très-considérable, sont encore 
debout. Mais ce qui est plus remarquable encore, c'est 
qu'il existe un souterrain creusé au fond de cette col- 
line. C'est un long couloir, dans lequel la lumière ne 
pénètre point ; il a presque une hauteur d'homme et 
une largeur d'environ deux mètres. Les murs sont en 
moellons grossièrement travaillés ; le plein cintre de la 
voûte accuse évidemment l'époque du style roman. On y 
a accès par un magasin appartenant à M. Tuerlings, rue 
Longue. 

Un archéologue français a décrit, d'après Jean De 
Colomieu, auteur de la vie du B. Jean, évêque de Té- 
rouanne au XI e siècle, la manière observée au X° et au 
XI e siècle, en France et en Belgique, dans la construction 

(1) c In neirincstrate. Reynerus Yanden UIsputte de antiquiori 
parte domus sue et supersaltu juxta portam Lombardorwn. » Regis- 
tre citéf. 101 verso. 

(2) Nous retrouverons cette chapelle juive au chapitre suivant. 

(3) « In de Peperstrate. Johannes Fiiien de fossatis antiquis inter 
portam quondam Peperstrate et mansionem suam. » Ibid. f. 84. 



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- 32 _ 

de forteresses. Chose remarquable! Son récit expose 
exactement le plan suivi à Tirlemont. 

« Au X e et au XI e siècle, dit cet archéologue distingué, 
les châteaux étaient en général composés de deux par- 
ties : d'une cour basse et d'une seconde enceinte renfer- 
mant une tour ou donjon. 

« L'étendue de la cour basse ou première enceinte 
était proportionnée à l'importance de la place. Souvent 
elle occupait environ une demi-acre, quelquefois une 
acre de terrain et même davantage. Beaucoup de ces 
châteaux étaient entourés d'un rempart en terre sans 
maçonnerie, qui devait être surmonté de palissades en 
bois, et dont l'approche était défendue par un fossé plus 
ou moins profond. Beaucoup avaient aussi des murs en 
pierres, savoir là où la pierre était abondante et où on: 
savait la mettre en œuvre. 

« A l'une des extrémités de la cour, quelquefois au 
centre, s'élevait une éminence arrondie , souvent artifi- 
cielle, quelquefois naturelle, sur laquelle était assise la 
citadelle ou donjon. Le commandant de la place habitait 
dans cette citadelle, sous laquelle était ordinairement 
une prison souterraine, où le jour ne pénétrait pas (!).» 

Tout concourt donc à nous faire croire que Tirlemont 
a été entouré de murs et élevé au rang de ville au com- 
mencement du XI e siècle. 

Les fortifications que nous venons de décrire présen- 
tent encore une particularité, qui semble indiquer 
qu'elles ont été élevées par les comtes de Louvain, afin 
de défendre le Brunengeruz contre le pays de Liège. 
A ce dernier pays a toujours appartenu Hougaerde, avec 

(1) De Caumont , Histoire sommaire de l'architecture religieuse, 
civile et militaire, 2 e édit., p. 229. 



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ses dépendances Bost, Overlaer, Rommersora, aie. Or, le 
donjon s'élevant à une extrémité dç la forteresse de Tir- 
lemont, se trouvait du côté de Hougaerde. Cette citadelle 
s'appuyant sur les remparts qui traversaient l'endroit, 
appelé aujourd'hui le Marché-aux : Pois$ons, semble s'être 
dressé là pour tenir en respect la principauté voisine, 
souvent ennemie. 

Cependant quelques chroniqueurs attribuent Phon- 
aeur de cette construction à l'illustre Godefyoid de 
Bo*rilLon. C'est sans <Jout,e cette opinion que veut 
exprimer un auteur déjà cité, lorsqu'il dit : * Le.frras 
.delà Mène, qui paase derrière rhôtel-de T ville actuel, ^ 
élé creusé, selon un manuscrit anonyme, du temps de 
Godefroid de Bouillon (vers U.OO), afin que la ville nou- 
velle fiât $ntaurée.de,tGps ; côtés par de6 remparts fprti- 
fi&. Cette assertion se, trouve confirmée en partie par 
tin s aete xle.1368, dans lequel ,011 ljt :.« Syp tweehuyse... 
gelegen tusschen $ie,ovde Medme epde die nouwe Jfe- 
(fene(ft. St-Germ. f.,I*XH r°) (!)• » 

;I1 est à remarque^ ^ue.daiis la plupart des Hvpe$, où 
il e*t parlé de Tirlsnjpnt, 09 fait jouer un rôle apsçz 
considérable . dans . celte ; ville au clief de la première 
croisade. ;Qn qn fait même uje, espèce de Deus ex Mq^ 
phiiiû, arrivant toujours à point pour tirer l'écrivain 
.d'embarras, lorsqu'une difficulté historique pur Tirje- 
f«ont se présente.. Qui a douné à cette ville VAgnmDei 
poyr sceau comm.unal? ^- Godefroid (le ^puillw* — 

(t) Moulaert, Essai sur le Brunengerux, p*i4, not. a. 

Nous avons vti plus baùt, qu'en 1564 les Récollets obtinrent l'au- 

tortsâticm de bâtir un raur dans l'ancien lit de la iMène , que jpar 

conséquent un des bras de oet^e rivière, avait été déplacé. Ne se - 

. rpâentrce pas là ['Ancienne et la Nouvelle Mène, dont ; parle l'acte 

de 1568? ' 

3 



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- u - 

A qui doit-elle d'avoir St-Germain pour patron ? — À Go- 
defroid de Bouillon. — De qui tient-elle ses superbes 
fonts baptismaux? — De Godefroid de Bouillon. — Qui 
a créé cette ville ? — Godefroid de Bouillon, toujours 
Godefroid de Bouillon. 

Et cependant ce prince n'a jamais exercé aucun pou- 
voir direct sur Tirlemont. Lorsque, de 4089 à 4096, 
c'est-à-dire, jusqu'à son départ pour la Terre-Sainte, il 
gouvernait le duché de Bouillon, le marquisat d'An- 
vers, etc., Tirlemont se trouvait au pouvoir des comtes 
de Lou vain. Godefroid exerçait, il est vrai, un pouvoir 
indirect sur Tirlemont : en sa qualité de duc de Lothier, 
tous les princes belges lui devaient prêter foi et hom- 
mage pour tout le territoire qu'ils possédaient, et en ce 
sens, Tirlemont, comme la Belgique tout entière, lui 
était soumis. Mais il est impossible de conclure de là que 
Godefroid de Bouillon doive occuper un rang si impor- 
tant dans les destinées de cette ville. 

Comme cependant les traditions vulgaires se trouvent 
fondées, le plus souvent, sur quelque chose, nous conjec- 
turons que ce qui peut avoir donné origine à celle qui 
reconnaît à Godefroid de Bouillon d'avoir joué un cer- 
tain rôle dans Tirlemont, c'est l'inscription des anciens 
fonts baptismaux de St-Germain. On y lit encore au- 
jourd'hui : Ânno Dominice incarnationis M C° quadra- 
gesimo nono, régnante Conrado, episcopo Henrico II, 
dominante marchione septenni Godefrido. Comme le nom 
de Godefroid figure sur cette inscription, il est très- 
possible qu'on l'ait confondu avec celui du héros de la 
première croisade. L'éclat, dont le nom de Godefroid de 
Bouillon était environné, effaçait celui de tous ses homo- 
nymes et devait donner lieu à des méprises. L'histoire 



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- 35 - 

signale des erreurs semblables commises ailleurs* C'est 
ainsi que les Chevaliers de Malte, auxquels Godefroid 
III, duc de Brabant, donna, en 1162, l'église de Saint- 
Jacques-sur-Caudenberg, à Bruxelles, finirent par con- 
fondre ce Godefroid de Brabant avec Godefroid de 
Bouillon, Et en effet, au dos de l'original de l'acte de 
Godefroid III, ils ont écrit ces mots qui s'y trouvent 
encore : Del don Godefroit de Bouillon kil nous fist à 
Brusse/e (1). 

Comme point stratégique, Tirlemont avait été bien 
choisi pour servir de place forte. Outre les fortifications 
qu'elle avait reçues de l'art, cette forteresse avait encore 
pour défenses naturelles : au Nord le Broekberg et le 
Bruynissemberg ; au Midi et à l'Est la rivière la Grande- 
Ghète; à l'Occident des marais et dés lacs, qui sont 
remplacés aujourd'hui par un des quartiers les plus 
beaux de la cité, mais où l'on retrouve encore, comme 
souvenirs de leur état primitif, la rue du Marais, la 
ruelle dite Pasepoel et l'église de Notre-Danie-au-Làc. 

Les comtes de Louvain possédèrent sans contestation 
la nouvelle forteresse pendant 82 ans. Mais, en 1096, 
Obert, évêque de Liège, réclama tout le comté de Bru- 
nengeruz. Cette demande parut singulière aux Seigneurs, 
chargés de l'administration du comté de Louvain pen- 
dant l'absence de Godefroid le Barbu, qui était allé com- 
battre les infidèles en Palestine et avait été fait prison- 
nier (2). Afin de terminer cette affaire à l'amiable, on 
convint d'en remettre la décision à des arbitres choisis 
de part et d'autre. Ces commissaires jugèrent la demande 
de l'évêque fondée. L'abandon du Brunengeruz n'avait 

(1) Voir cet acte dans la Revue d'histoire et d'archéologie, 1, 181. 

(2) Piot, Histoire de Louvain, p. 75. 



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- 36 - 

pas été une cession absolue, mais une vente, avec la 
faculté de réméré pour le vendeur. lies arbitres jugè- 
rent donc que l'évêque , moyennant le remboursement 
de la somme reçue par son prédécesseur, rentrait en 
possession du Brugeron. C'est ainsi que le comté retourna 
aux évêques de Liège, Cependant ils ne le gardèrent 
pa6. L'an 1099, l'évéque Obertle donna en fief à Albert 
III, comte de Namur (1). 

La réunion du Brunengeruz au comté de Namur ne 
dura tout au plus que six ans. On croit qu'Albert III 
mourut en 4105, du moins son nom n'apparaît plus 
dans l'histoire à partir de cette époque. Après son décès, 
le comté de Brunengeruz, on ne sait à quel titre, re- 
tourna au Brabant pour ne plus en être séparé (2).. Un 
historien, conjecture que ce retour du Brugeron au fira- 
fcant se fit .en vertu d'une convention secrète entre 
Albert de Namur et Godefroid de Louvain, qui avait 
épousé la fille du premier (5). Quoiqu'il en soit, Gode- 
irùid le Barbu, qui récupéra la liberté en 1106, avait, à 
«son retour en Belgique, la consolation de retrouver le 
Bruneageruz et Tir lemont réunis à ses domaines. 

Godefroid le Barbu, le premier comte de Louvain qui 
réunK lès titres de duc de Brabant et de Lotirier, jeta 
les fondements de la grandeur de sa famille. Noos 
^croyons que sous son règne Tirlemont prit beaucoup de 
développement. Tout porte à croire que ce fut à cette 
tépoque qu'on construisit l'église de S. Germain. La 
tour de cet édifice appartient. à l'architecture romane. 
L'éléganee des ornements qui décorent .cette partie en- 

(1) Moulaert, p. 7. 

(2)IWd. 

(5) David, Vaderlandsche Historié^ V, 4t. 



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— 37 — 

core debout de l'ancienne église, la sveltesse de ses 
colonnes > la correction des têtes humaines placées à» 
l'extérieur et des deux statues qui décorent l'intérieur,, 
tous ces caractères, auxquels, d'après M. de Caumont^l), 
on reconnaît l'architecture romane tertiaire ou de tranr 
sition, font croire que ce monument a été élevé au Xll* 
siècle. D'autres faits semblent le prouver également» 
Ce fut en 1149 que furent fondus ses fonts baptismaux. 
En 1157, Henri de Leyen, évêque de Liège, donna- 
l'église de Tirlemont (ecclesiam de Tieneslemont), au» 
chapitre de St-Jean à Liège (2). 

Nous croyons assez probable, qu'avant l'existence dfe 
cette église, le territoire de Tirlemont faisait partie, sous 
le rapport ecclésiastique, de la paroisse d'Avendoren. 
Car le seigneur d'Avendoren suscita à la même époque: 
de grandes difficultés par rapport à l'église de Tirle* 
mont, sur laquelle il prétendait avoir des droits (3). 
Ainsi, au commencement du XII e siècle, la- population, 
de Tirlemont était devenue déjà assez oonsidérabîe> 
pour former une paroisse séparée. 

Qu'avaient fait les comtes de Louvain pour l'y attirer? 
D'abord en entourant cette localité de fortifications,, 
c'était pousser à ce résultat. On trouvait là un abri» 
contre les vexations sans nombre et les brigandages 
continuels, qui désolaient les campagnes à cette épo* 
que de désordre social. Cependant nous croyons que 
les comtes de Louvain avaient encore employé un autre, 
moyen pour y faire affluer les étrangers, savoir, l'appât; 
des franchises communales. 

(1) Ouvrage cité, p. 179. 

(2) Miraeus, III, 49. 

v5) Nous reviendrons sur ce point dans le second volume. 



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— 38 - 

Au XI e siècle la position des classes inférieures, 
courbées sous le joug de l'esclavage dans les siècles 
précédents, s'était déjà beaucoup améliorée. L'esclavage 
et la servitude de la glèbe avaient disparu, grâce aux 
dogmes, proclamés par le Christianisme, d'une origine 
et d'une destinée communes à tous les mortels (1). Ce- 
pendant au XI e siècle un droit odieux pesait encore sur 
les classes laborieuses, le droit de main-morte. Il attri- 
buait au Seigneur, dans certains cas, une grande part 
dans la succession des manants morts sur ses terres. 
Cependant on commençait déjà à cette époque à en 
affranchir certaines localités. Les seigneurs avaient 
recours à ce moyen pour attirer les paysans dans leurs 
villas. Beaucoup de villes et de bourgades se formèrent 
de la sorte. L'histoire attribue à cette cause le dévelop- 
pement de la ville d'Àlost. Pour y attirer la population, 
Thierry, comte d'Àlost, accorda le droit de bourgeoisie 
et affranchit de celui de main-morte tout étranger sans 
distinction qui viendrait s'établir dans le bourg d'A- 
lost (2). 

11 est permis de croire que les comtes de Louvain 
avaient eu recours à la même mesure pour remplir 
d'habitants la forteresse qu'ils avaient construite à 
Tirlemont. Ce qui le rend probable, c'est une charte 
importante, par laquelle le duc Godefroid III, renouvela, 
en 4168, aux habitants de la ville de Tirlemont, tous 
les privilèges qui leur avaient été octroyés par ses 
ancêtres , notamment l'affranchissement de la main- 
morte. 

(1) Namèche, V, 1 J37; Troplong, Influence du christianisme sur 
le droit civil des Romains _, 2 e partie, chap. i. 

(2) Schayes , Histoire de l'architecture, II, 176. 



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Aucune ville du Brabant ne possède un document 
de cette espèce aussi ancien. Cette charte remarquable 
est écrite en langue latine. En voici la traduction : 

« Godefroid, par la grâce de Dieu, duc de Lothier, à 
tous présents et à venir pour toujours. 

« Par la présente charte, nous renouvelons, en faveur 
des bourgeois de la ville de Tirlemont, (Thienensis 
oppidi burgensibus), l'antique privilège de liberté, tel 
qu'il leur a été octroyé par nos ancêtres. Résumant en 
quelques mots toutes les particularités de ces disposi- 
tions et adhérant, suivant le désir qui nous est exprimé, 
aux lois qui consacrent la liberté civile, contre toute 
offense et exaction, notamment contre le partage arbitraire 
des biens, au décès du mari ou de la femme; pleinement 
rassuré d'ailleurs par l'usage que nos prédécesseurs ont 
fait de leur autorité, nous plaçons les dits bourgeois, 
pour dissiper toutes leurs inquiétudes, sous la protec- 
tion d'une liberté perpétuelle. » 

Suivent les noms des témoins, dont les principaux 
furent Giselbert de Landen ; les trois frères Henri , 
Gérard et Michel de Bierbeek ; Henri de Woluwe ; 
Gosuin de Hévèrlé ; Àrnould de Velpe ; les cinq frères 
Henri, Alard, Siger, Guillaume et Francon de Bauters- 
hem, etc. (1). 

Il est probable, que lorsque les bourgeois de Tirlemont 
prièrent Godefroid III de confirmer leurs anciens privi- 
lèges, ils accompagnèrent leur requête d'une copie de 
la charte primitive, contenant ces franchises. Or, remar- 

(1) Le texte latin , publié pour la première fois, en 1837, par 
M. le professeur Serrure dans le Messager des sciences et des arts, 
tom. V, p. 159, a été reproduit depuis par MM. Willeros, Braband- 
sche Yeesten, I, 61 i, et Namèche, IV, 552. 



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- 40 — 

quons ces paroles du prince brabançon : Antique privilège 
de liberté.,., octroyé par nos ancêtres (Antique libertatis 
privilegium a progenitoribus nbstris.... colla tu in). 11 
nous parait donc certain , que la concession de lia charte 
primitive remonte aux premiers temps de l'élévation de 
Tirlemont au rang de ville. 

Il nous semble au&sî que le document qu'on vient de 
lire, confirme ce que nous avons dit sur l'existence 
d'une famille seigneuriale à Tirlemont. La charte indique 
clairement qu'on cherchait à dépouiller les bourgeois de 
Tirlemont de leurs anciens privilèges, surtout qu ? ort 
essayait de les soumettre de nouveau au droit de main- 
mûrie. N'est-il pas probable que ces tentatives eurent 
pour auteurs* les descendants des anciens seigneurs (1) ? 

Quoiqu'il en soit, la charte de 4168 prouve que 
Tirlemont avait déjà acquis une certaine importance. 
Plusieurs faits démontrent que cette importance ne fit 
que grandir jusqu'à la fin du XH° siècle. Vers 1190 
S. Albert, évéque de Liège, y organisa l'enseignement 
publie, en même temps qu'un chapitre. 11 établit à 
S. Germarin six chanoines , parmi lesquels un écolàtre* 
chargé de la direction des écoles (2).- Le béguinage doit 
avoir été établi vers la même époque, puisqu'il est déjà 
mentionné dans un acte de 1202 (5). 

Mais voici un fait plus important. Gramaye dit qu'on 
a agrandi cette ville en 1194. De nouveaux remparts 
furent élevés du cèté des portes actuelles de Louvaia 

(1) Le droit de main-morte avait été aboli dans le pays de Liège, 
en 11*4, par l'évêque Alberon I. Il le fui en Brabant, en 1247 , par 
le duc Henri II. 

(2) Miraeus, I, 65. 

(3) MineusIV,529. 



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— 41- — 

et de Diffst. La Rue-des-Vieux-Reftiparts, qui relie aujour- 
d'hui les rues de L&uvain et de Diest, indique encore en 
partie le tracé des nouveaux travaux. Nous ne possédons 
aoeuo titre pour établir l'exactitude de la date indiquée 
par Gramaye* Cependant il est eertain que ces travaux 
appartiennent à des temps très-anciens. Le cartulaire de 
S; Gerihain et le registre des biens de la Table du 
S. Esprit de 1540 les mentionnent plusieurs fois. Nous 
donnons ici en note un extrait de l'un et de l'autre de ces 
anciens documents (1). lï en résulte que ces rempart» 
existaient à Tendrait iridiqué par Gramaye, c'est-à-dire, 
près dii refuge de S. Gertrude de Louvain, occupé aujour- 
d'hui par l'externat des Dames des SS. Cœurs de Hou- 
gaerde. Il eu résulte aussi qu'en 1340 des remparts? 
n'avaient plus leur ancienne destination : une partie 
était de vernie la propriété de l'abbé de S. Gertrude. 

Comment cette nouvelle circonvalfation se reliait-elle' 
à l'ancienne ? C'est ce que nous ne saurions déterminer' 
avec certitude. Il est probable qu'à droite, les nouveaux 1 
remparts allaient rejoindre la Mène datas la rue du 
Marais et quec'est alors qu'on a fait subira ce ruisseau la 
dérivation, dont il a été parlé plus haut. A gauche, ils 
avaient sans doute pour fossés la gàz, courant d'eau 
qui passe près de la Rue-des-Vieux-Hemparts et se jette 
clans la Mène, rue de la Cigogne. 

L'année 1194 fut eiicore marquée pour Tirlemont et 
plusieurs autres villes du Brabant par un événement 

(1). « Llttera de tribus flo renia super parvam domum , si ta m in 
vico Lovaniensi juxta fossata, que donius ad presens spectat ad 
dominos de S. Gertrude in Lôvanio;» Gart. f. 15* 

a Johannes S*ttdeiee* XL S. Hered. dè'domo jacente inter domum 
suam et fossata meniorum Diii S. Gertrudis Lovaniensis. » Registre 
f. 10 V. 



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— 4St - 

de haute importance. Les bourgeois de la ville de 
Tirlemont (Thienelemont), ainsi que ceux d'Anvers, 
Bruxelles, Louvain, Nivelles , Gembloux , Tervueren et 
Jodoigne, furent appelés à garantir , de concert avec les 
nobles du Brabant, un traité de paix conclu entre 
Henri I, duc de Brabant, et Baudouin, comte de.Hai- 
naut. C'est la seconde fois que l'histoire du Brabant 
mentionne un fait de ce genre. En 4179, les échevins 
et quelques bourgeois de Bruxelles étaient intervenus 
au mariage du même Henri I (1). . 

On voit qu'à cette époque les villes du Brabant 
avaient déjà réalisé de grands progrès et marchaient 
déjà presque les égales de la noblesse. Certes ces 
princes étaient conduits par des vues politiques en les 
élevant de la sorte : ils voulaient abaisser les seigneurs 
qui les gênaient souvent et leur voulaient dicter des 
lois. Mais il est certain aussi que d'un côté les désordres 
et l'ignorance de la noblesse, de l'autre la vie labo» 
rieuse, et, nous pouvons ajouter, studieuse des habitants 
des villes ont contribué beaucoup à amener cette 
révolution pacifique. 

L'église rallumait partout le flambeau de la science. 
Elle avait de nombreuses écoles près des cathédrales, 
des monastères et des chapitres (2). Qui profitait de 
l'enseignement qu'on y donnait généreusement ? Tandis 
que le noble déclarait ne pouvoir lire ni écrire, en sa 
qualité de gentilhomme, les enfants des bourgeois accou- 
raient en foule aux écoles. 

Nous trouvons à cet égard de curieux renseignements 

(1) Henné et Wauters, Histoite de Bruxelles, I, 12. 
<2) Stallaert et Vander Haeghen, De l'instruction publique au 
moyen âge, p. 29 et suiv. 



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— 43 ~ 

dan6 la vie d'une sainte personne , née à Tirlemont vers 
cette époque. 

Guillaume de Malines , religieux de l'abbaye de 
S. Trond et contemporain de la Bienheureuse Béatrice 
de Tirlemont, raconte dans la vie de cette sainte le trait 
suivant : <t Vers le même temps , c'est-à-dire , lorsque 
Béatrice eut atteint l'âge de sept ans et perdu sa mère, 
son père la confia à des maîtres des arts libéraux, 
afin de la faire avancer dans les études des écoles, 
dont sa mère avait commencé à l'instruire. Forcée 
de la sorte à se trouver du matin au soir au milieu 
d'une multitude d'écoliers ( inter multitudinem scholas- 
tieorum), la pieuse servante du Christ ne prêta 
aucune attention à ce qui se disait ou se faisait autour 
d'elle. S'en détachant, autant que possible, par les sens 
et l'esprit, détournant aussi la tête, elle ne s'occupait 
qu'à imprimer profondément dans sa mémoire la leçon, 
qui lui avait été indiquée par le maître (1).» Il n'est 
pas impossible que ces maîtres des arts libéraux , c'est- 
à-dire , des sept sciences constituant le Trivium et Qua- 
drivium, ou ce que nous appelons aujourd'hui Y enseigne- 
ment moyen 9 se soient trouvés à Tirlemont, puisqu'il 
y avait déjà des écoles en 4190. Cependant comme 
Guillaume de Malines ne le dit point, nous n'oserions 
l'affirmer. Ces précieuses paroles n'en prouvent pas 
moins, qu'il y avait dès lors , parmi les habitants des 
villes, une grande ardeur à faire instruire leurs enfants. 

A la même époque vivait la B. Ide de Léau. L'auteur 
de sa vie raconte qu'elle aussi fréquenta avec zèle les 
écoles dès l'âge de sept ans (2). 

(1) Voir Henriquez, Quinque prudentes virgines, p. 11. 

(2) Henriquez, livre cité, p. 441. Voir aussi dans le Brabandsch 



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- u - 

Il nous semble que des faits pareils ont une grande 
signification, et qu'ils méritent d'être conservés par 
l'histoire. U est permis de croire qu'ils exercèrent une 
grande influence sur les destinées de nos communes , . 
pendant l'époque brillante dans laquelle nous allons 
entrer. 

Muséum I, 37, notre article : De scholen van Thienen in den voortyd. 




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Chapitre troisième. 

Sac fle Tirlemont en 4243. -— Développement et prospérité de cette 
ville pendant le XIII e et la première moitié du XIV e siècle. — 
Chartes de 4294 , 4303 et 4306. — Nouveaux remparts en 4300. — 
Grande enceinte. 



Lorsque chacun balai» la rue devant sa maison , a dit un 
grand politique, toute la ville est propre; elle ne l'est jamais 
sous un directeur général. C'est i l'aide de cette forme de 
, gouvernement que les Belges ont traversé les invasion* des 
barbares, triomphé de tous leurs ennemis, appelé les arts et 
les sciences , et fondé cette agriculture , ce commerce , ces 
manufactures et ces fabrique*, qui feront h jamais notre 
gloire. Raktsact. 

L'histoire de la ville de Tirlemont s^ouvre au XIII e 
siècle par un événement des plus déplorables et unique 
peut-être dans les annales du genre humain. C'était 
en 1213, après la bataille de Steppes, où Henri I, duc 
de Brabant, avait été battu par Hugues de Pierrepont, 
prince-évéque de Liège. L'armée Brabançonne mise en 
déroute, le duc s'était enfui en toute vitesse vers 
Tirlemont. Oubliant ses devoirs de souverain., il or- 
donna lui-même le pillage de cette ville ! Ajoutant 
l'insulte à la cruauté; aux plaintes des habitants, . il 
répondit par ces paroles dérisoires : « II vaut mieux que 
je prenne vos richesses que de les laisser prendre par 
l'ennemi (i). » 

(1) Namèche, V, 937. 



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- 46 - 

Le lendemain de cet acte étrange, les Liégeois 
entrèrent dans le Brabant. Après avoir pris et brûlé 
Hannut et Léau, ils portèrent la dévastation dans trente- 
deux villages des environs de Landen , Jodoigne et 
Tirlemont, qui au bout de quelques jours ne présentaient 
plus qu'un amas de ruines et de cendres (1). Ils s'avan- 
cèrent jusqu'aux portes de Louvain, où Henri était allé 
cacher sa honte et ses remords. Cependant ne jugeant 
pas à propos de l'y attaquer, ils rentrèrent dans leur 
province (2). 

Henri I fut un grand bienfaiteur du chapitre de 
S. Germain à Tirlemont. Entre autres bienfaits que ce 
collège lui doit, nous signalerons une augmentation du 
nombre des chanoines créé par ce duc en l'an 1221 (3). 
Les chapitres étaient des corps d'une grande utilité 
pour les villes : partout où on les trouve, on les voit 
ouvrir des écoles à l'ignorance et des établissements 
de charité à la misère. En développant le chapitre de 
Tirlemont, peut-être que ce prince, tant aimé des 
Brabançons, a voulu réparer sa faute de 1213. 

Le triste événement, que nous venons d'exposer, n'a 
pas arrêté le mouvement progressif de la prospérité et 
de la population de notre ville. Afin de le démontrer, 
nous allons indiquer quelques faits, qui nous feront 
connaître en même temps d'assez curieux détails sur 
les habitants de Tirlemont au XIII siècle. 

Le père de la sainte, dont nous avons parlé à la fin 
du chapitre précédent, le Vén. Barthélémi Lanio ou 



(1) Ibid. 

(2) Piot, Histoire de Louvain, 93. 
(S) Mirœus, 1,199. 



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— m — 

De Vleeschouiver (Boucher), appelé ainsi du nom de 
sa profession , fonda , pendant la première moitié 
du XIII 9 siècle, trois monastères, celui de Florival 
près de Wavre, de Maeghendael ou Val-des-Vierges 
à Oplinter et de Nazareth près de Lierre (1). Sa fille, 
la B. Béatrioe, fut la première supérieure de ce dernier 
monastère. Si un homme appartenant à une humble 
profession, a pu se faire une fortune aussi considérable 
et réunir des ressources suffisantes pour imiter de la 
sorte et même surpasser les riches seigneurs de l'époque, 
ne faut-il pas que la ville qu'il habitait renfermât déjà 
de grandes richesses et une population nombreuse? 

Cette assertion se trouve confirmée par un document 
authentique de 4245. En cette année, Robert de Tôrote , 
évêque de Liège, établit une nouvelle paroisse à Tirle- 
mont : il institua un deuxième curé à l'église S. Ger- 
main. Chacun de ces deux curés, aidé de plusieurs 
vicaires, était chargé des fonctions pastorales dans une 
moitié de la ville. Or, parmi les motifs qtii ont engagé 
lé prélat liégeois à prendre cette mesure , se trouvent 
allégués l'accroissement de la population et le riche 
temporel de cette église. « Considérant , dit l'évêque , 
l'étendue de cette paroisse et la masse de ses fidèles, 
de sorte qu'un seul curé a de la peine à l'administrer; 
considérant aussi que cette église est bien pourvue de 
biens temporels y qu'elle à des ressources suffisantes et 
même en abondance pour entretenir un deuxième 
curé, etc* (3); » 

(1) Henri<juçz, p. 2. 

(2) « Nos altendentes ecclesie ejusque populi multitudinem, oujus 
cure honeri -persona una vix posse sufficerecreditur et eamdem 
ecclesiam in tantis temporalibus proventibus babundare, quod de 



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— -48 — 

L'état prospère de Tirlemorit pendant la première 
moitié du XIII e siècle se trouve aussi confirmé en partie 
par un autre document authentique, portant la date 
de 4249. Cet acte nous apprend -que la source princi- 
pale de la prospérité des villes belges pendant le' moyen- 
Age, la fabrication des étoffes de Jaine,.se trouvait déjà 
établie alors en cette ville* L'art dit tisserand, cette mine 
d'or, qui attirait partout la population et l'opulence, 
\j employait xie nombreux bras. : Malheureusement les 
.drapiers enrichis devenaient turbulents et causaient 
souvent beaucoup de troubles. Ils .se livraient à -eetie 
vie de désordre avec d'autant plus de hardiesse, qu'ils 
pouvaient . presque le faire impunément. N'avaient-ils 
pas toute facilité pour se soustraire à l'action de la 
justice? Chaque ville formait comme une petite -répu- 
blique, indépendante <d es autres. Ui* malfaiteur, compro- 
mis dattes une localité, s'enfuyait dans uoe autre et se 
mettait «ainsi à l'abri de poursuites. Pour Obvier à «et 
inconvénient, les villes stengageaient mutuellement par 
des traités à me pas recevoir dans leurs murs des 
hommes qui se seraient rendus coupables de délits 
pareils. ! Une convention semblable fcrt -conclue, le «jour 
de la Division des apôtres (45 juillet) ^en l'année *fi49 , 
entre les villes d?An vers et de iTirle mont. t,e magistrat 
et tous les habitants de ces deux epmmunes.(i) s'enga- 
geaient « si un tisserand ou foulon ou d'autre^persoones 

ipsius proventibus duobus investies provideri valsât ethabunde. » 
Cartulaire de S. Germain, f. 75 V°. 

(1) Dans cet acte le magistrat et les habitantsde îirlemont sont 
fodiquésde la manière suivante : uYWcus, scabihi^urétti', totum- 
que commune Tkenarum, » c'est-à-dire, les Mayeur, Échevins, Jurés 
et toute la commune de Tniemont. 



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_ 40 _ 

» de la ville (alliées) de tout autre métier ou condition , 
» contrevenait à cette franchise, aux droite et coutumes 
^ de cette ville, on machinait quelque chose contre cette 
» franchise au préjudice et détriment de cette ville, 
» croyant y trouver refuge, conservation et .sécurité ; » 
ils s'engageaient, disons-nous, « à ne le. recevoir d'aucune 
» maniéreaus$i longtempsqu'ilseraitenétatderébelHon, 
» et à ne lui accorder aucun asile, mais à le bannir pu- 
» ibUquement de leur ville et de sa franchise; de manière 
» que chacun d'entr'eux qui aurait hébergé quelqiiUip 
)» de ces bannis plus qu'une seule nuit, payerait £0 
» escalins, et autant de fois qu'il l'hébergerait , autant 
» de fois il payerait 30 escalins;. quiconque destiualtres 
» qui l'employer ait perdrait sa maîtrise .pendant toute 
» \une année; celui. qui vendrait de la nourriture ou de 
» la boisson à un tel homme, payerait 20 escaHns, et 
» autant de fois qu'iMui vendrait, autant de fois >il paye- 
» rait 20 escalins (4). » 

La ville d 'Anvers :fit des conventions semblables a,vec 
des villes de Bruxelles, Gand, ifluy, ;Léau, Câlines, 
>Maestrieht et Saint-Trond; on en j>eut conclure que 
toutes ces communes possédaient des fabriques de 
draps (2). La sévérité des dispositions, renfermées. dans 
ces traités, prouve sansxloute que Je mal qu'elle voulait 
détruire avait pris des proportions alarmantes. Peut- 
-être cependant qu'elle était entrée et qu'elle a dép&sâé 
•son but. Cette sévérité n'aurait-elle pas été une .des 
causes, qui ont amené l'émigration *de nos ouvriers 



(1) Marshall, BiblioUtèque des (mtiqmtés Belgiques, II, 42. Les 
originaux de ces pièces reposent aux archives de la. ville d'Anvers. 

(2) lbid. 

4 



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- 50 - 

drapiers en Angleterre, où ils transportèrent leur 
industrie aux dépens des cités belges ? 

L'importance de Tirlemont au XIII e siècle résulte 
aussi de l'existence d'un atelier monétaire dans cette 
ville à la même époque. 

Il a été battu delà monnaie à Tirlemont sous le règne 
du duc Henri III, qui gouverna le Brabant de 4248 à 
1261. Cette monnaie consiste en petites inailles d'or, à 
la croix brabançonne d'un côté, et figurant de l'autre 
l'agneau pascal, sceau de la ville de Tirlemont (1). 

Des deniers battus sous le même prince portent 
l'inscription Tine. Ce sont probablement ces monnaies 
qui ont fait dire à Gramaye dans sa description de Tir- 
lemont : « On a la coutume de battre ici une monnaie 
ducale; j'ai vu des pièces marquées du nom de Tirle- 
mont (2). » Nous crûmes aussi devoir revendiquer ces 
monnaies pour notre ville. Cependant il paraît que par 
Tine on n'a pas voulu exprimer le nom d'un endroit, 
mais celui du monétaire. La raison en est que les 
inscriptions, qu'on trouve sur les autres monnaies de 
cette époque, ne peuvent être expliquées que de cette 
manière. 

Telle est l'opinion qu'un numismate distingué, notre 
ami M. Charles Piot, défend dans une lettre qu'il a bien 
voulu nous adresser. L'extrait suivant ne peut que 
faire plaisir au lecteur : « Je m'empresse de répondre 
immédiatement à la demande que vous me faites relati- 
vement à l'inscription Tine, qui se trouve sur plusieurs 
deniers de Henri III, duc de Brabant. Comme vous , j'ai 

(1) Piot, Revue numismatique, IV, 35. 

(2) « Solet et moneta ducalis hic cudi et vidi nummos cum inscrip- 
tione Thenarum. » 



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— 51 — 

cru, lorsque je me suis occupé de numismatique, que 
Tine signifie Tirlemont, et je le crus d'autant plus 
sincèrement que Gramaye parle quelque part de la 
monnaie frappée en cette ville. Mais en comparant Tine 
avec Basty Lego, etc, je me suis convaincu, à l'évidence, 
que ces mots sont des noms de monétaires et non de 
villes. Ce qui le prouve mieux encore, ce sont les mon- 
naies de Jean I, sur lesquelles on lit Petr (us), Joha (nnes), 
Walt (erus), etc. » 

Plusieurs autres faits attestent la prospérité toujours 
croissante de Tirlemont. En voici quelques uns emprun- 
tés à l'histoire religieuse de cette ville. Quatre ordres 
religieux y établirent des maisons à cette époque : les 
Dames Blanches, en 1251; les Récollets, en 1261 ; les 
Bogards, en 1266: les Frères Alexiens, vers le même 
temps. Il se forma à la même époque une congrégation 
de pieux laïcs, connus d'abord sous le nom modeste de 
Frères ou Clercs de Notre-Dame, plus tard sous le titre 
plus pompeux de Chanoines laïcs. Ils commencèrent 
dès le XIII e siècle la construction de la magnifique 
église de Notre-Dame-du-Lac. On éleva aussi pendant 
le même siècle des chapelles dans différents quartiers 
de la ville, et plusieurs abbayes y établirent des refuges 
ou maisons destinées à recevoir leurs archives et autres 
effets en temps de guerre. 

Pendant que tout ceci se passait à Tirlemont, un 
événement de la plus haute importance vint répandre 
la joie dans cette ville et dans tout le duché de Brabant. 
Le 5 juin 1288, le duc Jean I remporta la victoire à la 
célèbre bataille de Woeringen. Ce brillant fait d'armes 
eut pour résultat principal l'extension du territoire du 
Brabant, auquel fut annexé le duché deLimbourg. 



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-Sa- 
la gloire de la grande journée de Woeringen appar- 
tient particulièrement à Jean I, qui non seulement 
dirigea les divers mouvements de son armée, mais 
encore paya partout de sa personne, fit bon nombre 
d'actions d'éclat et de bravoure, et qui, par sa valeur 
à toute épreuve, donna du courage aux plus timides (i). 
Cependant il fut secondé merveilleusement, tant par 
la brave chevalerie brabançonne, que par les milioes 
redoutables fournies par les principales communes. 
Celles-ci, pour aider leur Duc à porter le poids de la 
guerre , ne s'étaient pas contentées de payer, de leur 
volonté et Se pure grâce, de même que les autres 
habitants du Brabant, un vingtième de la valeur de 
leurs propriétés, mais encore elles avaient fourni leur 
'Cowtingent d'hommes armés. Louvain, Bruxelles, Anvers, 
Nivelles et Thiemont avaient envoyé chacune leur ban- 
nière pour la bataille ; leurs gens étaient probablement 
'des arbalétriers. Les Xirlemontoi6 étaient commandés 
par leur mayeur, Gilles Van den Berghe(â). 

Le duc, qui porta depuis lors le surnom de Jbàn-le- 
Vi'Ctorje&x, n'oublia pas ceux qui l'avaient aidé à mériter 
Ce titre glorieux. Il accorda à un grand nombre de com- 
munes de son duché des chartes, par lesquelles il con- 
firma leurs anciens privilèges et leur en octroya de 
nouveaux. 

La 'charte , accordée à la ville de Tirlemont, porte la 
date de la fête de S. Matthias (24 février) 1291. Nous en 
'donnons le texte latin, à la fin de ce volume, aux Pièces 

(1) Auguste Voisin, La bataille de Woeringerij dans la "Revue de 
Bruxelles , 3 e année, p. 29. 

(1) Auguste Voisin, lococit.el Jean VanHeeîu, chronique rimée 
de la bataille de Woeriagen. 



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— 83 - 

justificatives, N° 1 . Nous al tous eu indiquer ici les dispo- 
sitions principales. 

Ce document commence par confirmer, en {aveu* des 
habitawfs t!eThrtejnon!,.le privilège de se faire juger par 
leurs propres éehev*ns>. Si le majeur veuH les distraire 
de ce tribunal, ils peuvent adresse* tours plaint W 
Duc, o» T en son absence, au Sénéchal* 

Ensuite ii le» proclame quittes i pendant, quinze ans,, 
dé sept services qu'ils devaient au Due, savei*,, à l'oeoar 
sion de son mariage, de celui de ses fils et de ses filles;, 
de la réception de ses fils daa*s la chevalerie r e& en. outre 
de tous* autres services dont le Due ou ses fils pourrawAt 
avoir besoin ; il excepte le cas de captivité* 

II défend au ranyeur et à ses sergents de saisir les 
biens d'un habitant de Tirlei&ont , accusé dg quelque 
délit, avant que celui-ci, jugé par ta&échevios, aitqté 
reeonnu coupable. 

Cette charte nous apprend aussi que dès cette époque 
la ville de Tiriemont percevait le droit d'octroi à Ventrée 
de la ville et un droit de barrière sur ses rues; qu'elle 
possédait des marchés publics ; qu'elle avait ses propres 
poids et mesures ; que ses habitants étaient distingués çp 
deux classes de personnes, les chevaliers ou tes patri- 
ciens et les simples bourgeois 1 ; qu'elle nommait elle- 

(1) La distinction des habitants en patriciens et eu twpte Ixw** 
?<oîft existait dans toutes les villes belges. Lea patriciens, hommes 
libres possesseurs de francs-alleux, formaieut une classe mitoyenne, 
entre les nobles et les roturiers. Cependant sous plusieurs rapports 
ils allaient de pair. avec tes nobles; ils avaient un blason et jouis- 
saient d'antres distinctions propres à la noblesse* Toutefois beau- 
coup de patriciens, sans être nobles par le fait même de leur pa- 
triciat, Tétaient pour d'autre» motifs. 

Dans la charte de 1291 les patriciens de Tiriemont sont appels 



* 



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— u — 

même le secrétaire communal et le receveur de la com- 
mune, ainsi que tous les autres fonctionnaires de la ville. 

A cette époque les échevins étaient toujours choisis 
dans la classe des patriciens. Leur charge principale 
était de rendre la justice. Toutefois ils devaient aussi 
faire les fonctions administratives de la ville. La charte 
de 4291 leur permet de choisir quatre bourgeois, avec 
l'aide et le conseil desquels on déterminera les accises et 
auxquels on rendra compte des affaires de la ville. C'était 
alléger la charge des échevins , mais c'était aussi , 
croyons-nous , donner satisfaction à la classe des bour- 
geois, en introduisant quatre de ses membres dans le 
conseil administratif de la commune. 

Enfin, la charte permet aux habitants de Tirlemont de 
prendre les mesures nécessaires, afin de s assurer la 
conservation de certains prés, dits communément Vre- 
debroek et situés sur le territoire d'Oplinter, près d'une 
montagne appelée Doenberg ; prés qui sont de temps 
immémorial, ajoute le document officiel, des pâturages 
communaux de la ville de Tirlemont. 

Parmi les témoins de cet acte figuraient Jean, fils aine 
du Duc auquel il succéda bientôt sous le nom de Jean II; 
Godefroid, seigneur d'Aerschot; Jean, seigneur de Guyck; 

équités ou chevaliers. Dans d'autres chartes ils sont nommés Rykerij 
Wel Geborenetij Schildborstigen, etc. C'étaient probablement dans 
le principe les membres de la famille seigneuriale de Tirlemont, 
ainsi que les propriétaires des différentes villa ou hameaux, telles 
qu'il vendoren, Grypen, etc., ajoutées successivement à la ville. De 
ces familles il en sortit un grand nombre d'autres. 

Parmi les familles encore existantes, nous trouvons, comme ayant 
appartenu à la classe des patriciens de Tirlemont, les Vanden Berghe, 
les Stevens, les Goossens, les Landeloos, les Styls, les Immens, les 
Preuveneers, les Yanderlinden, etc. 



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— 55 — 

les Seigneurs de Diest , de Rotselaer, de Waelhem , de 
Weseraael , d'Heverlé, etc. 

Où étaient situés ces prés appelés Vredebroek ? Quelle 
était cette colline dite Doenberg et que dans d'autres 
documents on écrit Dunberg et Dunneberg (4)? Nous 
l'ignorons. Peut-être que cette montagne est la même que 
le Broekberg et que ces prés sont une partie des proprié- 
tés adjacentes, qui portent encore aujourd'hui le nom de 
Thiensch Broek. 

Cependant nous croyons* que la masse des terres, for- 
mant le Thiensch Broek, n'est devenue propriété de la 
ville qu'en 1297. En cette année, le dimanche après la 
fête de S. Nicolas, Jean II, duc de Brabant, transféra aux 
habitants de Tirlemont tous les marais, situés à Grimde, 
depuis la demeure que ce duc avait autrefois à Grimde, 
jusqu'à un endroit, dit vulgairement Scantbroek, à con- 
dition pour les habitants de Tirlemont de payer à per- 
pétuité aux Ducs de Brabant une rente annuelle de cinq 
solidi , monnaie de Louvain (2). Il est probable qu'il 
s'agit dans cette pièce du Thiensch Broek, d'autant plus 
que d'après une ancienne tradition ces terres ont fait 
partie autrefois du hameau de Grimde. 

Le siècle que nous venons de parcourir avait été une 
époque heureuse pour le Brabant. Les habitants des 
villes , jouissant d'une indépendance presque complète , 
généralement respectée par leurs princes; se livrant avec 
ardeur à toutes sortes de métiers et d'industries, avaient 
vu se développer rapidement leur population et leurs 
richesses. Il en fut encore de même pendant la pre- 

(1) Voir le Cartulaire de S. Germain, f. 44 V° elle Cartulaire de 
f abbaye de Heyli sseWj aux archives du royaume à Bruxelles, f. 120. 

(2) Voir le texte latin de cel acte aux Pièces justificatives, N° 2. 



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— 56 — 

mière moitié du siècle suivant. Ce qoîle prouve, c'est 
que presque toutes les villes travaillaient alors à PextenV 
stôki de leur enceinte niurée (f). 

D'après l'historien Gramaye, dans Fanée 1500, la viMe 
de- Ttrlêniont se livrait également à des travaux de oe 
genre. L'agrandissement de 1194 s'était fait du côté des 
perles actuelles de Lotrvain et de Diest; celui de i30ffse 
fitidn côté opposé de la ville. « On étendit la ville, dit 
Gramaye, jusqu'à la Vieille porte et celle qui cfst proefrë 
du Béguinage (2). » 

Quelles portes sont désignées ici par l'historien dw 
Bitabant? Elles se trouvaient y la première entre le 
faubourg de Hafendbréir et la rue longue ; fa Seconde 
à l'endroit appelée encore aujourd'hui la ParU-dé** 
Prisonniers (Gèvangefieirpoort), près de l'église des Du*-' 
ironisai n$. 

La première de ces portes, encore appelée Vieille p&ie 
au XVI e siècle (5) et à l'époque de Gramaye * porta petite 
tard le nom de Fausse porte de Maastricht otf MaestiicHp- 
8ohebinnenfiàort[k). Elle a été démolie an commencement 
du siècle actuel/ 

L'autre porte a été eorinue sous plusieurs dénomina- 
tions. Efens le registre des biens âéè pauvrwen 4540tfdus 
îa> trouvons mefttibnnée sows lé tmw de Patte neuve (#), 

(i) échayeS, Étitoire dé ? architecture en Belgique, IV, liO. 

(î) « Ampliûta urbsaid portant antiqnam et eam quae Beginaskr 
pioximaf est. « 

(Z) r> Vuytgheven aen de Oodèt Poirt byden cloester van der Wit- 
tevrouwen. » Comptes de la ville de 1548 à 1549. 

(*> Voir Ordohnaritwboék van it8ft tdt #714, f . W* 

(5) v Wilhelmus de Tin XX sot. hered. de domo «rijifitt Néto* 
PofcTAk versos moerspic. » Registre cilé, f. 50 Versos 



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- m ~ 

apparemment parée qu'elle a été construite auprès d'ûa 
pont appelé Pou* neuf. Au XVI e et au XVH* sièele le nom 
de Porte neme ne figure pi as, mais est reuipJaCé par deux 
dénominations nouvelles : on l'appelle indifféremment* 
quelquefois dans un même document, Porte des Bêguintâ 
et Porte d- ï oiseau (1). 

Puisque dette porte se trouvait proche dm béguinage , 
la dénomination de Porte des Béguines s'explique tout» 
watureHement. Quant à l'autre nom f en voici , croyons* 
nous, l'explication. Le local des Archers, établi plu» tard 
dans la rue de Diest* à l'endroit o4 s'élève aujourd'hui 
la demeure de M; Gîtai* , s'est trouvé dans le voisinage 
de la Potte des Béguines (2). Or, on sait qae ces sociétés 
attatènt la coutume de tirer annuellement un oiseau 
attaché àt* sommet de quelque bâtiment élevé. News 
croyons dftne probable, que les ardbers plaçaient tour 
dteem art haut de la porte qui tentât à le»* local* et qoeJ 
de là est dérivé le nom de Potte à l'oiseau. 

È& Porte â l'oiseau, démolie en 474$, fut reconstruite» 
quelque temps après, d'après le plan et soûl la direction 
de J. À< Hustifry géomètre et architecte à Louvain (5). 

(1) Nous tfert» contentons <te donne* ici deui eitaiioftb extfsiite* 
(Tan môme documents savoir, deé comptes àr la ville dé 1662 à 1665* 

« Item den 25 julr 1665 betaeit aea éen seupier van de Begeyn*- 
poort dry guidons vyfthien stuyvers voor de oosten van den gevan- 
genen Francollin. 

» Jtem betaeit aen den soupier van de Vogelpoert tôt onderndudt 
vain* den gevangenen Francollin- voignens ordonnaneie de dato 22 
Augusti 1663, 3 guld. 10 stuyv. » 

(2) c Ontfaen van Jântie Nys vàtfdèïl àuwétt hantbaghen sMtler- 
kity*e lùetten hove ïanck der burchgrachten aen de Vogéïpôrtéf 
**V st. » Comptes de la ville dé lSSl à 1552. 

(5) Voir les comptes de cette construction aux archives de l'hàtéi- 
de- ville de Tirlemont. 



i 



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— 88 - 

Cette porte, élevée à l'intérieur de la ville d'alors, dans 
le dessein de servir de prison, fut désignée depuis sous 
le nom de Porte des Prisonniers (Gevangenen poort). Cette 
prison , masquant le bel hôpital St-Jean , construit en 
1825, a été démolie en 1848. 

Ainsi, il n'existe plus rien des portes des murs con- 
struits vers l'an 1300. Mais les larges fossés de ces rem- 
parts existent encore. Ils portent toujours leur vieux 
nom de Borchgracht. Ils servent aujourd'hui de réservoir 
à la grande Ghéte, aux époques de grande pluie et lors- 
qu'on fait le curage de cette rivière. 

Le Borchgracht, appelé aussi Burchgracht et en latin. 
fossa castrensis (1), signifie Fossé du Château, probable- 
ment parce qu'il avait été commencé près d'un château 
ou synagogue, appartenant aux Juifs ou Lombards. 

Pendant le moyen-âge, il y avait des Juifs dans toutes 
les localités importantes de la Belgique : ils y faisaient 
l'échange des monnaies et le prêt à intérêt. Ces banquiers, 
qui faisaient partout de lucratives affaires, portaient in- 
différemment le nom de Juifs, â cause de leur religion, 
et celui de Lombards, par suite de leur pays d'origine. 

Ces habiles spéculateurs ont fait de brillantes affaires 
à Tirlemônt. Ils y avaient acquis tant de puissance, qu'ils 
pouvaient braver les lois et commettre impunément 
les crimes les plus atroces. C'est au moins ce que nous 
croyons pouvoir déduire d'un passage de la chronique 
de St-Trond. 

En l'année 1508, racontent les rédacteurs de ces an- 

(1) <c Item Lambertus de Hanuteo unum florenum hollandicum 
ad et supra mansionem Lainberti predicti, jacenlem inter Albarum 
Dominarum et Castrensem fossam ex utraque parte. » Registre des 
biens de ia Table du S. Esprit de 1340 f. 32. 



DigitlUby G00gle 



nales, une masse de gens du peuple, tant hommes que 
femmes, habitant les bords du Rhin , avait pris sponta- 
nément la croix et s'était mise en route pour la Terre- 
Sainte. Arrivée à Tirlemont, elle se vit exposée aux 
insultes des Juifs, qui poussèrent l'insolence jusqu'à tuer 
une femme faisant partie de la pieuse bande. En vain les 
croisés demandèrent réparation. La justice, gagnée par 
For des enfants d'Israël , demeura sourde à leurs récla- 
mations! Alors les Chrétiens, dans leur exaspération, se 
jetant sur les Juifs, commencèrent Un carnage horrible. 
Ils poursuivirent leurs ennemis jusqu'au château de 
Genappe, que le Duc de Brabant avait cédé aux Juifs. 
Us commencèrent le siège de cette forteresse, mais le 
Duc de Brabant y ayant conduit une puissante armée , 
ils se retirèrent (1). 

Les Juifs ou Lombards avaient leur local à l'ancien 
Marche-au-Fromage, actuellement Marché-au- Beurre (2). 
De plus ils avaient un château ou synagoge à l'endroit 
dit aujourd'hui Y Ile- St- Hélène (3). Nous croyons que ce 

(1) Pertz,X,412. 

(2) « Item supra forum caseorum Domus Lombardorum. » Comp- 
tes de l'église de Notre-Dame de 1420 à 1421 . 

(3) Ce château nous l'avons trouvé mentionné souvent. Voici quel- 
ques citations : 

« Item de caslello quondam Judeorum. » Comptes du domaine de 
Thiement de 1370 à 1371, aux archives du royaume à Bruxelles. 

« Item (curia Beghinarum) de quadam semila ten dente de supra 
caste! prope magnam archam (les grandes écluses ouvrant le 
passage des eaux de la Ghèle dans le Borcbgracht) versus moers- 
pic. » Livre censal de 1463 f. 70 Verso. 

« Item (Wiihelmus Cuper) de parva petia castello prope molendi- 
num Domini Ducis (le moulin dit aujourd'hui Drymolen). » Ibid. 
82 V*. 



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— 60 — 

château était la synagogue des Juifs, parce qu'à Louvain 
le Meuc, oa se réunissaient les Israélites powr faire leurs; 
prières et entendre l'explication; de la loi divine, partait 
également le nom de Château des Juifs ou Jvdenborcht (A )« 
On sait que le temple de Jérusalem, ressemblait plus à; 
une citadelle qu'à une église cbrétwooe. 11 est probable 
que les Juifs construisaient leurs synagogues sur ce plan 
et que c'est pour ce motif que nos ancêtres leur don- 
naient) le nom de châteaux. 

Les- remparts, dont iïems venons de parler, commençant 
à rile-St*Hélèae et se terminant à la Gbète près de l'an- 
cien eonvent des Dames Blanches, n'étaient qu'un bout: 
dô circonvallatioiu Probablement qu'on avait l'intention* 
de les prolonger à droite et à gauche et de les relier aux. 
remparts élevés en 1194. Cependant on a abandonné 
alors, ce projet pour donner à Tir le m ont la grande en- 
ceinte, dont nous parlerons bientôt. Mais exposons d'abord 
ce qui s'est passé d'important dans notre ville pendant la> 
première moitié du XIV e siècle. 

Jean II, duc de Brabant, accorda, le mercredi avant la 
fête de S. Jean-Baptiste de l'année 1305, une charte aux 
habitants de Tirlemont pour confirmer leurs privilégies 
et leur en octroyer de nouveaux. 

Voici les dispositions principales de ce document : 

D'abord le Duc reconnaît aux habitants de Tirlemont 
le pouvoir de juger eux-mêmes tous leurs bourgeois, de 
quelque délit qu'ils se soient rendus coupables ,. excepté 
quatre crimes : viol, rupture de ban, meurtres et violen- 
ces faites sur les valets du Duc. Le prince se réservait la 
connaissance de ces crimes > mais il s'engageait a faire 

(I) Van Even, Louvain monumental, p. 95. 



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-ai- 
le procès en public, et non eu secret, avec l'intervention 
des bourgeois (4). 

Il dit ensuite que ni lui ni ses justiciers »e «pouvaient 
citer un bourgeois de Tirlemont devant un tribunal en 
dehors de la viHe , ; ni forcer quelqu'un à le suivre à la 
guerre. 

Il permet aussi au Bourgmestre (commonimeestef), 
aux échevins et aux jarés de nommer un ou plusieurs 
valets, afin de convoquer ceux qu'on désirera ^entendre 
sur les intérêts de la ville. 

Il confirme aux bourgeois de Tirlemont leur ancien 
privilège de pouvoir pécher dans les rivières en amont 
et en aval «de leur ville (2). 

11 ordonne que lorsque quelque bourgeois veut ester 
en justice, si. après avoir adressé sa demande au mayeur, 
celui-ci néglige de lui faire rendre justice , qu'alors le 
bourgmestre introduise lui-même l'affaire auprès des 
échevins. 

Il défend aux Lombards de Tirlemout de taire leurs 
comptes avec les bourgeois de cette ville avant une année 
écoulée ; si les Lombards prêtent àd'ôutres, il veut qu'ils 
prêtent aussi aux 'habitants de Tirlemont. 

,11 fixje aussi le taux auquel les Juifs pourront prêter à 
Tirlemont (3). 

Il veut qu'on rende compte aux bourgeois de l'admi- 

'(I) « Van desen vier poenten.... ne selen doen gheoe slille waer- 
'helt, maer openbare, met poTters bedriven. » 

(?) « Voert gheve wi hen dasse vesschen moghen op ende taie 
inde rivieren. ».Op tnteJale «ponr op ente daie. Voir Willems, 
Mengelingen, p. 460. 

(3 j a Voert willen wi dat onse Joeden, ocbtse leeaen selen • van 
onsen porteren , nemmeer ne nemen dane tweeléf penningevaaden 
ponde de maent paymends. » * 



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nistration des biens communaux chaque fois qu'ils le 
désirent. 

Enfin il ordonne qu'à l'expiration des pouvoirs des 
sept jurés, ceux-ci nomment sept autres jurés, après 
.avoir pris l'avis des échevins et de deux bonnes gens de 
chaque métier, et que les sept jurés, après s'en être ré- 
férés aux mêmes, nomment le bourgmestre (1). 

En comparant la charte de 1303 avec celle de 1291, 
on voit que, depuis douze ans, il était survenu de grands 
changements à Tirlemont dans la formation du magistrat: 
l'élément populaire y occupait déjà une large place. Des 
changements semblables eurent lieu dans toutes les 
communes belges à cette époque. Une lutte intestine 
existait dans toutes les villes entre les familles patri- 
ciennes et le peuple. Les gens des métiers et les petits 
bourgeois, parfaitement organisés en corps reconnus par 
la commune, faisaient partout des grands efforts pour 
enlever l'administration de la cité aux familles riches et 
s'en rendre maîtres eux-mêmes (2). Cette lutte, qui 
donna lieu à de terribles explosions à Louvain, à Bruxel- 
les et ailleurs , parait également avoir causé des désor- 
dres à Tirlemont. Gela nous semble résulter d'abord 
du considérant de la charte , dont on vient de lire une 
courte analyse ; le Duc de Brabant y dit, qu'il accorde 
cette charte « afin de détruire toute discorde (3). » Cela 
parait résulter plus clairement encore d'une charte oc- 
troyée parle même Duc, le 15 octobre, jour de la S. Rémi, 

(1) Le texte flamand de cette charte se trouve dans Willems, Men- 
gelingen, p. 457. 

(â) Naraèche, IV, 611. 

(3) « Omme allen twist te bevelne. » — « Te be veine, dit M. Wil- 
lems, te bevellen, te vellen, nederteleggen. » 



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- 63 - 

1306. Dans ce dernier document, Jean II ordonne à son 
mayenr et, à son défaut, au magistrat de Tirleinont, de 
sévir sévèrement contre tout corps de métier qui lèverait 
l'étendard de la révolte. 

La charte de 1306 fut accordée à l'occasion d'un sub- 
side extraordinaire, auquel la ville de Tirlemont s'était 
engagée, pendant vingt ans, envers le Duc. Par recon- 
naissance, Jean II ratifia en faveur des habitants de cette 
ville quelques points, dont voici les principaux : 

Le Duc commence par accorder aux habitants de Tir- 
lemont remise entière de toutes les amendes, prononcées 
ou à prononcer pour délits commis jusqu'alors. 

Si quelque corps de métier se rendit coupable à l'égard 
de la ville ou se mit en révolte contre elle, il veut que le 
mayeur ou, à son défaut, le magistrat emploie inconti- 
nent les mesures nécessaires pour l'empêcher. Ni le 
mayeur ni le magistrat ne doivent craindre de manquer 
au prince, en agissant de la sorte. Quelques soient les 
mesures qu'ils prennent , ils sont sûrs d'avance de son 
approbation. 

La ville a le droit de faire des ordonnances de police; 
elle peut les changer et les abroger, quand cela lui plait. 

La ville peut accorder le droit de bourgeoisie à tout 
étranger, qu'il vienne d'un village seigneurial ou d'ail- 
leurs. 

Personne n'a le droit d'appeler un bourgeois en duel 
afin de terminer un différend; toute affaire semblable, 
les bourgeois de Tirlemont peuvent la porter au tribunal 
du Duc. 

La charte de 1306 renferme encore plusieurs autres 
dispositions curieuses ; nous trouverons plus d'une fois 
l'occasion de les invoquer. Toutefois il en est une que 



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nous devons signaler de suite. Par celte disposition Je 
Duc déclare , qu'il nommera sept échevins d'année «n 
année. Les éohevins nommeront, aussi d'an née : en année, 
quatre jurés, qui se rendront aux assemblées de la ville 
et travailleront avec eux (4). 

On le voit, depuis 1305 jusqu'à 4306, il g'est introduit 
de nouveau des changements importants dans le^nodede 
fermer le magistrat, te nombre des jurés ou conseillers 
est reporté de sept à quatre ; il n'est plus question : de 
demander, avant de procéder à la nomination des jurés, 
l'avis des gens de métier. Sous se rapport la 4& use popu- 
laire parait avoir perdu 4u terrain. Mfdp d'autre ps^pjt, 
les fonctions d'éehevin, autrefois à vie »et mqinteQant 
soumises i un, renouvellement annuel, voilà une grande 
défaite pour les familles patriciennes et u* immense 
triomphe pour les classes laborieuses. 

ta lutte, engagée par lepeuple ; cQntf»e les classe^ riches, 
était dirigée en «même temps contre les immunités, d,u 
clergé et surtout contre les congrégations religieuses se 
livrant à l'industrie. Plusieurs articles des chartes .que 
nous venons de parcourir, prouvent à l'évidence Inexis- 
tence deceMe Jufcte. 

•On sait que les Bogards et les Béguines ont contribué 
beaucoup au développement de l'industrie drapière d^ps 
les villes belges. A Tirlemont , ces personnes étaient 
exemptes du droit d'octroi établi sur les matière^ pre- 
mières de cette industrie. La ébarte de 1291 les soumet 
à la loi commune pendant quinze ans. fin autre article 
de cette charte dit que le droit d'accise établi sur le vin 
et sur d'autres objets .vendus à la pièce, sera acquitté 

(1) Voirie texte flamand de cette charte aux Pièces justificatives , 
N"5. 



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par fout habitant, qu'il soit religieux, prêtre séculier, 
clerc, chevalier, ou qu'il appartienne à une condition 
quelconque; il veut aussi que les clercs mariés (les cha- 
noines laïcs de Notre-Dame) , s'ils ne portent pas le cos- 
tume ecclésiastique, paient toutes les tailles et accises, 
établies dans la ville. Dans le même document, il est 
défendu, pendant quinze ans, de léguer à une commu- 
nauté religieuse quelque propriété , à moins qu'elle ne 
reste soumise aux tailles et accises dues à la ville. 

Dans la charte de 1303 il est dit que pendant l'espace 
de dix ans, les Béguines concourront avec les autres 
bourgeois à l'acquittement des charges locales $ que 
celles, qui font le commerce, payeront aussi les droits 
d'accises. La charte de 1306 défend à tout habitant de 
Tirlemont de léguer quelque bien soit à des couvents soit 
à des personnes religieuses. 

Mais si une certaine défaveur semble avoir entouré 
alors les institutions religieuses s'occupant d'industrie, 
les corporations se livrant à des œuvres charitables n'ont 
fait que se développer pendant le XIV e siècle. La charte 
de 1306 mentionne l'hôpital et le couvent de Danenbroek. 
Ce dernier se trouvait établi hors de l'ancienne porte de 
Louvain et était destiné à recevoir les malheureux at- 
teints de la lèpre. Vers la même époque un nouveau 
refuge pour ces malheureux fut établi du côté opposé de 
la ville. La dédicace de la chapelle de cet établissement, 
aujourd'hui la chapelle de Notre-Dame-des-Pierres, se fit 
en Tannée 1331. Le couvent, dont l'emplacement porte 
encore le nom de Val S. Barbe (Barberendael), fut fondé 
en 1338. 

Le duc Jean II, qui a octroyé lèk deux chartes de 1303 
et 1306, devait avoir une affection particulière pour 

5 



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- 66 - 

Tirlemont. Nous croyons qu'il a habité cette ville. Et en 
effet, dans l'acte par lequel il céda, en 1297, le Thiensch 
Broek aux habitants de Tirlemont, il parle des portes de 
son ancienne demeure. Ensuite, des historiens assurent 
que Jean II avait été frère ou chanoine laïc de l'église 
de Notre-Dame (1). 

Il n'est donc pas étonnant quece prince se soit souvenu 
de Tirlemont dans un document , rédigé à la fin de sa 
vie en faveur des villes principales de son duché. En 
1312, le duc Jean II publia la célèbre Charte de Corten- 
berg, par laquelle fut établie une sorte de représentation 
nationale. Ce prince y déclara « que lui et ses successeurs 
désigneront quatre bons chevaliers, trois personnes de 
Louvain, trois de Bruxelles, une d'Anvers, une de Bois- 
le-Duc , une de Tirlemont et une de. Léau , lesquels 
quatorze députés ainsi élus se réuniront à Gortenberg de 
trois semaines en trois semaines et ordonneront ce qu'ils 
trouveront en équité convenir pour le repos et le plus 
grand bien du pays, et que les sentences rendues par eux 
seront tenues fermes et stables (2). » 

Il ressort de cette pièce qu'à cette époque la ville de 
Tirlemont occupait un rang très-distingué parmi les villes 
brabançonnes. Peut-être qu'à cause de celte importance, 
la nouvelle enceinte commencée vers 1500 ne parut pas 
assez étendue. On l'abandonna pour commencer la con- 
struction d'une enceinte très-vaste. 

Les nouveaux remparts entouraient la ville sur une 
longueur d'environ trois quarts de lieue ou 4,426 mètres, 

(1) Jonghen, Marianum Hasletum, p. 42. 

(2) Voir le texte flamand de cette charte dans David, Middelaer, 
11, K59 et Vaderlandsche historié, V, 447. L'original repose aux ar- 
chives de la ville de Louvain. 



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— 67 - 

59 centimètres (1). L'indication de l'emplacement des 
huit portes, dont ils étaient percés, fera connaître leur 
périmètre. i 

4° La Porte de Louvain, appelée aujourd'hui Vieille 
porte de Louvain. En 1715, l'établissement de la chaussée 
de Louvain à Tirlemont obligea le magistrat de cette 
dernière ville à faire une nouvelle ouverture à ses rem- 
parts. C'est alors qu'on construisit la Porte de Louvain Ç2). 

2° La Porte de Cabbeek, aujourd'hui Porte de Diest. 

3° La Porte de la rue des Bornes, aujourd'hui Porte de 
Lintre (3). 

4° La Porte du Roosmolen. Elle se trouvait établie près 
du moulin dit Roosmolen (4). 

Les remparts se prolongeaient depuis le Sliksteen jus- 
qu'à la Ghète près du Roosmolen. Ils reprenaient à l'autre 
rive de la rivière et passaient derrière le presbytère de 
Grimde. Ces remparts, depuis le Sliksteen jusqu'à la porte 
de Maestricht, ont été vendus et aplanis au commence- 
ment du siècle actuel. 

5° La Porte de ffakendover (5), appelée plus tard Porte 
de St-Trond et Porte de Maestricht. Ce dernier nom est 
seul en usage aujourd'hui. 



(1) Rapport sur l'administration et la situation des affaires de 
la ville de Tirlemont, 1849, p. 5. 

(2) Ordonnantieboek, f. 342. 

(3) « Hintaes de uno jornali et XIIII virgis sitis inter pprtam cab- 
beeckensem et portam Fontiscampi. » Livre ceosal de 1465, f. 121, 

(4) « Vutgheven voor het ruymen ende vaghen vander Gbeeten 
by der sluyse aen de Roosmoelenpoorte tôt aen de Peertsbrugge. » 
Comptes de la ville de 1555 à 1556. 

(5) oc Huys beleghen bi de Haghedorneporte int bornes treetken. » 
Cart. de S. Germain f. 51. C'est un extrait d'un acte de 1367. 



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©° La Porte deJodoigne, aujourd'hui Porte deNamur(i). 

7" La Porte de Mulck, aujourd'hui Porte de Hougaer- 
de (2). 

8 6 La Porte d'Avendoren (5). Elle se trouvait noii loin 
de la station actuelle du chemin de fer. 

Les anciens remparts depuis l'ancienne porte d'Aven- 
doren jusqu'à la porte de Namur, ont été vendus par la 
ville en l'année 1859. 

De cette grande enceinte il reste encore : 1° les rem- 
parts dits de Langenvesten, depuis la porte de Namur 
jusqu'à la porte de Maestricht. Ils sont livrés à l'agricul- 
ture, ainsi que leurs fossés, qui sont à sec; 2° les remparts 
entre le Sliksteen et la Vieille Porte de Louvaïn. Ces 
derniers font partie d'une nouvelle cîrconvallation, dont 
nous aurons à parler plus tard. 

Les remparts, dont noua venons d'indiquer le tracé, 
ont été élevés, croyons-nous , pendant la première 
moitié du XIV 6 siècle. Cependant Gramaye dit que ces 
travaux , depuis la porte de Maestricht jusqu'à celle de 
Hougaerde, ont été faits par les ouvriers drapiers en 1 390; 
qu'enfin, en 1450, « sous le règne de Philippe4a-Bon, la 
population et la renommée de cette ville croissant Cou* 
jours, les bourgeois, aidés d'ouvriers mercenaires, aux- 
quels on payait un denier par jour, bâtirent des murs 
fort élevés et creusèrent des fossés très-étendus. (4) » 

(1) « Betaelt den portier vanden Geldenakenpoorte. » Comptes de 
la ville de t546 à 1547. 

(2) « Den portier vanden Mulckpoerte. » Ibid. 

(3) « Die stadt van Thienen van eene plyne daer tegenwoordigh 
die poorte van Avendoren opstaet. » Livre censal de 1689 f. îî Verso. 

(4) <c Ad extremum crescente rncolarum numéro et famâ , procu- 
rante Philippo Bono , civium et mercenarium operâ (quibus indiem 
denarius assignabatur), muro fossaque amplitndine allitudineque 
eximiis cincta est. » 



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Nous croyons qu'il y a dans ces lignes de Gramaye 
antant d'erreurs que de mots. D'abord , pour ce qui re- 
garde la date de^!390, puisque la porte de Hakendover 
ou de Haestricht est déjà mentionnée dans un acte de 
4567, il faut bien que cette enceinte existât avant 1590* 
L'existence de ces remparts avant l'année 1390 nous pa- 
raît résulter encore d'autres documents. Dans toutes les 
pièces du XV e siècle on donne à la première enceinte de 
Tirlemont, construite vers 401 4 , le nom de vieux rem- 
parts, fossata antiqua (1), et à celle construite en 1194, 
le nom de remparts du milieu , fossata média (2). Pour- 
quoi ces derniers remparts ont-ilspuétreappelés enceinte 
du milieu, sinon parce qu'ils étaient situés entre la vieille 
petite enceinte et la grande aux huit portes ? Or, nous 
rencontrons déjà la dénomination de remparts du milieu 
dans les comptes du domaine de Tirlemont de 1371 à 
1572 (3). Dans ceux de 1383 à 1584 on mentionne les 
vieux remparts et les remparts du milieu (4). Mais, d'autre 
part, dans le registre des biens de la Table du S. Esprit 
de 4340, les remparts, appelés remparts du milieu, sont 
indiqués comme déjà détruits et devenus une propriété 
privée (5). On en peut conclure que la grande enceinte 
a été construite, au moins en partie, avant Tannée 1340. 

Le récit que fait ensuite l'historien du Brabant de la 

(l)c De weduwe Soeteters ex parte Bartholomei Lombard! de 
Hugarden de domo prope sanctum spiritual, scilicetde petto fossatis 
antiquis. » Registre censal de U65 1. 47 Verso. 

(S) « In vico Cabbeekstrate Watteras de Tielt ex parte Katharine 
Diebouts de fossatis tncdiisjacentibus jaxta donmm saam. »1b.f. 2t. 

{5) * fieeepta de fmsaUs taThenis midm pro patte Domini dacis.» 

(*) « ttecfcpta de fossatis antiquis et medus aecnen de parvis pla- 
nitiis circumquaque. » 

{S) Toir p\w tarât pag. 41. 



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— 70 — 

construction des murs de la grande enceinte , qu'il dit 
avoir été élevés à une grande hauteur, nous parait une 
fable. Nous croyons que cette enceinte n'a jamais eu des 
murailles. Car nous trouvons ces remparts toujours ap- 
pelés Logenvesten ou Faux remparts (1). Il est probable 
qu'on a voulu dire par là que ce n'étaient que des rem- 
parts en terre. 

Enfin, ce que Gramaye raconte de l'accroissement de 
la population et delà renommée de Tirlemont, en 1450, 
est controuvé également. En 1450, la ville de Tirlemont 
avait déjà essuyé plusieurs désastres. Sa population, loin 
d'avoir augmenté , devait avoir diminué. D'après un 
relevé officiel, fait en 1451, il n'y avait alors à Tirlemont 
que 1601 foyers (2). En supposant sept personnes pour 
chaque ménage, on aurait 11,207 habitants. 

Le relevé de 1451 est le second connu. Unautre avait 
été fait en 1435 : il avait donné pour Tirlemont exacte- 
ment le même nombre de foyers (3). Pendant la première 
moitié du XIV" siècle, lorsque Tirlemont était à l'apogée 
de sa splendeur, la population de cette ville n'aurait- 
elle pas été plus grande ? S'il faut en croire Gramaye, 
elle était alors de 40,000 âmes. Il assure qu'il y avait à 
cette même époque 400 fabricants en laine, 61 bouchers, 
51 brasseurs, 48 pelletiers et fourreurs, 57 cordonniers, 



(i) « Census vanden Logenvesten : 

» Beinerus Martyns de parte menie jacente apud porlam Geldonie. 

» Walterus de Tielt de parte menie juxta portam Lovaniensem. 
. » Bintaes de uno jornali et XIIII virgis sitis inter portam Cab- 
beeckensem et portam fontiscampi. » Registre censal de 1463 f. 121. 

(2) Schayes , La Belgique et les Pays-Bas; avant et durant la 
domination romaine, tom. III, p. 251. 

(3) Marshall , Bibliothèque des antiquités Belgiques, tom. I, p. 83. 



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- 71 — 

i 42 tailleurs, 286 tisserands, 34 fabricants de tissus fins 
de lin, 60 drapiers, 57 boulangers, 53 mégissiers, ^meu- 
niers , 67 menuisiers , ébénistes, tourneurs, charpen- 
tiers, etc. {lignarii), 300 d'autres métiers. « Or, continue 
Gramaye, tous ceux-ci étaient des maîtres-ouvriers et 
seulement les principaux d'entre eux. A quel chiffre n'ar- 
riverait-on pas en comptant les ouvriers, les domesti- 
ques, les enfants et les apprentis ? En y ajoutant la jeu- 
nesse de la ville et des hameaux, qui toute devait suivre 
la bannière de Tirlemont? Enfin, si l'on tient compte des 
familles pratriciennes et de leur domesticité, il ne sera 
pas difficile d'atteindre le chiffre proposé. » 

Nous ne possédons aucune donnée certaine pour ad- 
mettre ou rejeter les calculs de Gramaye. Cependant 
nous croyons pouvoir affirmer qu'il y avait au XIV e siècle 
plus d'habitants à Tirlemont que dans les siècles posté- 
rieurs. Et en effet, ce qui le prouve d'une manière 
péremptoire , c'est un grand nombre de rues , qui exis- 
taient alors et qui ont été supprimées depuis. 11 y avait 
une ruelle à côté de l'ancien corps-de-garde , allant de 
la Grand'Place à la rue des Vieux-Remparts (i). Il a été 
supprimé plusieurs rues à droite et à gauche de la rue 
de Louvain (2). Une ruelle, partant de la rue des Carmes, 
s'avançait parallèlement aux rues Neuve et de la Cigo- 
gne (3). Le faubourg d'Avendoren et l'endroit voisin, dit 
Grypen, étaient sillonnés de rues et couverts de maisons. 
C'est ce qui résulte du registre de la Table du S, Esprit 
de 4340 et d'une foule de restes de constructions qu'on 

(1) Livre censal de 1689, N° 129. * 

(2) Ibid., N° 75 et le plan de l'ancien couvent de Cabbeek, con- 
servé aux archives des Sœurs Grises. 

(3) Livre censal de Îê89, N° 192. 



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- 78 - 

y découvre fréquemment. Les environs du Moerspic 
comptaient aussi un grand nombre d'habitations. Dans 
la rue, conduisant de l'hospice des Orphelins au Roos- 
molen, aujourd'hui sans habitations, s'élevaient l'établis- 
sement des Alexiens et plusieurs autres maisons. An 
milieu de cette rue, près des remparts actuels, en com- 
mençait une autre, qui traversait la propriété deM. l'abbé 
Van Cuyck et débouchait dans la rue Pont-aux-Chevaux, 
vis-à-vis l'ancien hospice S. Laurent, etc. 

Cependant de vastes terrains; par exemple, les prairies 
«'étendant du Sliksteen au Roosmolen, les champs tra- 
versés par le chemin dit de Groef, tout cela a toujours 
été vide de maisons. C'est pourquoi, quelque population 
qu'on veuille donner àTirlemont, nous croyons que 
jamais elle n'a été en proportion avec la nouvelle «en- 
ceinte. En la construisant, le magistrat de cette ville aura 
été entraîné par l'esprit vantard , qui dominait partout 
les chefs des communes, arrivées à l'apogée de leur 
puissance. Chaque cité voulait l'emporter sur la cité 
voisine. C'était à qui aurait la tour la plus haute et l'en- 
ceinte la plus vaste. Cette tendance a été pour plusieurs 
turc source de grands embarras financiers. 

Malheureusement ce n'était pas là le seul défaut de .nos 
ancêtres. Un débordement de vices semblait couvrir 
la Belgique. La démoralisation était à son comble. 
Déjà à la fin du XIII e siècle, le poète flamand , Jacques 
Van Maerlant, s'était écrié avec l'accent de la douleur : 
* Le inonde tire & sa fin ; nous sommes aux jours prédits 
par l'apôtre. Les hommes n'aiment plus rien qu'eux- 
mêmes. Pourvu qu'ils possèdent des biens, ils ne s'in- 
quiètent guère s'ils sont légitimement acquis ; pourvu 
qu'ils s'amusent, peu leur importe que ce soit mensonge 



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— 73 - 

ou vérité qu'ils entendent. Pourvu que nous soyons bien 
parés, que nous dînions bien, que le vin ne nous manque 
pas, que nous soyons mollement couchés, c'est tout ce 
qu'il nous faut à tous, tant que nous sommes, prêtres 
aussi bien que laïcs. C'est l'égoïsme qui trône (1). » 

Un chroniqueur du XIV e siècle, Li Muisis, abbé de 
Si-Martin à Tournay, s'exprime sur les mœurs de son 
époque avec non moins d'indignation. « Ceux qui vivaient 
en l'année i 349, dit-il, virent et ouïrent des choses telle- 
ment surprenantes, qu'il m'a paru nécessaire d'en donner 
une idée à ceux qui viendront après nous. » Puis il 
raconte plusieurs traits dont il résulte que la licence 
était extrême, aussi bien parmi les femmes que parmi 
les hommes (3). v 

C'est pendant que la démoralisation avait atteint ainsi 
toutes les «classes de la société, qu'un fléau épouvantable 
.vint visiter les nations. Ce fléau était la peste. Elle éclata 
d'abord en Asie , puis elle 6e jeta sur l'Europe, en corn* 
mençant par l'Italie; de là elle gagna le midi de la France s 
puis le nord et le couchant, d'où elle envahit nos pro- 
vinces. Dans les lieux qu'elle atteignit, elle enleva tan- 
tôt le tiers, tantôt le quart, tantôt le cinquième des 
habitants; dans d'autres elle enleva presque tout (3)» 

Au milieu de la stupeur générale , causée par cette 
terrible calamité, apparurent des bandes de pèlerins à 
demi-nus , portant des croix rouges sur leurs chapeaux 
et des fouets à la main. On les appelait Flagellante. Ces 
hommes» exaltés par l'excès de leur eèle religieux, par 
le souvenir de leurs crimes et la crainte d'une fin pre» 

(1) Soellaert , Histoire de la iittératmre flamandes p. 47. 
(£) Jtetierlaehe, QEwnwauapltoi», VI, lao. 
(5) Ibid. p. 172 et 175. 



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-r n - 

chaîne, se promenèrent de ville en ville, où ils se flagel- 
laient jusqu'au sang. Le magistrat des différentes villes 
les accueillit partout avec un religieux respect. En 4349, 
le magistrat de Louvain fit offrir le vin d'honneur à une 
bande de flagellants de Tirlemont arrivés dans cette ville 
afin de s'y fustiger. Quelque temps auparavant des fla- 
gellants de Louvain avaient été honorés de la même 
manière à Tirlemont (4). 

Ces manifestations , commencées d'une manière paci- 
fique, prirent bientôt une tournure des plus violentes et 
des plus déplorables. Le bruit se répandit généralement, 
raconte Li Muisis, que les Juifs, en jetant du poison dans 
les puits et les fontaines, cherchaient à détruire le peuple 
chrétien. Cela suffisait pour désigner les malheureux 
enfants d'Israël à la vengeance des flagellants. Le mas- 
sacre et la destruction des Juifs en furent le résultat 
immédiat (2). C'est probablement dans cette tempête 
que disparut à Tirlemont la synagogue juive, men- 
tionnée dans un document de 1370 comme un monument 
ayant existé autrefois (3). 

Ces malheurs étaient pour les cités brabançonnes , 
surtout pour celles de second rang, le commencement 
d'une nouvelle période : période de décadence et de 
ruine ! 



(i) « Van wine die men ghegheven heefl dien van Thyenen, dien 
van Lyere, diète Lovene h are penitentie ghedaen hebben,voer- 
mits dat syt dien van Lovene daden. » Comptes de la ville de Lou- 
vain de 1349. Citation de M. Van Even, Jaerboeken der stad Leuven, 
p. 103. 

(2) DeGerlache, loco citât., p. 183. 

(3) < Item de caslello quondam Judeofum. » Comptes du domaine 
de Tirlemont de 1370 à 1371. 



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Chapitre quatrième. 

Malheurs et décadence de Tirlemont depuis le milieu du XIV e jus- 
qu'au commencement du XVI e siècle. — Prise de cette ville , 
en 4356, par le comte de Flandre. —Chartes de 4358 et 4478. 
— Sacs de notre ville en 4489 et en 4507. — Réduction de ses 
remparts décrétée en 4542. 



C'est une chose digne de remarque dans notre histoire 
qne tontes les révoltes ont en lieu sous des souverains 
étrangers à notre pays. 

Piot , Histoire de Louvain. 



En Tannée 4356, la ville de Tirlemont fut prise par 
Louis de Maie , comte de Flandre. Quelles furent les 
causes de cet événement ? 

Jean III, duc de Brabant, ayant perdu, en 4354, le 
dernier de sesjtrois fils, statua qu'après sa mort, tous 
ses domaines passeraient à sa fille aînée, Jeanne, veuve 
do comte de Hainaut et épouse en secondes noces de 
Wenceslas, duc deJLuxembourg et frère de Charles IV, 
empereur d'Allemagne. Cependant il lui imposa l'obli* 
gation d'assurer un apanage convenable en numéraire 
à chacune de ses deux sœurs : Marguerite, unie au comte 
de Flandre, et Marie, épouse du duc dé Gueldre. 

Le duc de Brabant, voulant donner à cet arrangement 
le sceau de l'assentiment national, convoqua à Louvain, 
pour le 8 Mars 4354, les députés des bonnes villes 
(goede steden)£de Bruxelles, Anvers, Bois-le-Duc, Tirle- 



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- 76 - 

mont, Nivelles et Léau (1); et ceux des petites villes et 
franchises (smalsteden en vryheden) de Maestricht, Lim- 
bourg, Dalhém, Roldac, Kerpen, Wassenbergh, Spri- 
mont, Lierre, Herenthals, Turnhout, Jodoigne, Hannut, 
Genape, Landen, Dormael,Halen,Diest,Ârschot, Sichem, 
Berg-op-zooni, Steenbergh, fireda, Heusden, Grave, 
Helmont, Eyndoven, Sint-Oden-Roden, Oirle, Eerse), 
Oisterwyck, Waelryck, Vilvorde, Tervueren,OveryssGhe, 
Asscbe, Merchtem et Capellen. Les dépotés approuvèrent 
à l'unanimité les dispositions prises par leur souverain , 
et s'engagèrent à ce qu'il pût les maintenir (2). 

Jean III étant mort le 5 décembre 435b, Jeanne et 
Wenceslas furent solennellement inaugurés à Louvain , 
le 3 janvier 4356. Quelque temps après , Jeanne vint 
visiter la ville de Tirlemont (3). 

Tout le Brabant était dans la joie. Mais les nouveaux 
souverains, ayant été sommés par leur frère, Louis de 
Jiale, de lui payer l'apanage, qui lai revenait du chef de 
sa femme, firent la sourde oreille à cette juste demande» 
Bien plus, Wenceslas entama des négociations auprès 
de son frère, l'empereur d'Allemagne, afin de frustrer 
les comtesses de Flandre et de Gueldre de leurs droits 
éventuels sur le Brabant et le Limbourg, en cas que 
Jeanne vint à mourir avant loi et sans enfants» L'empe- 
reur se prêta à ces desseins et les deux frères arrêtèrent 
quelques dispositions, afin d'assurer à leur maison le 

(1 ) Voilà, en y ajoutant Loutam, las Quatre chefe-villes et les trois 
petites villes capitales du BrahanL. 

<2) Naroèche, IV, 664. 

J5) « Item in aie adventus Domine Bràbantie scolarïbus ad Jus- 
smn capftnfi X toi. » Comptes du efaapitre de S. Germain 4te 1955 a 

ta». 



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— 77 — - 

droit de succession à ces provinces. Les villes des deux 
duchés, appelées à ratifier les nouvelles dispositions, 
donnèrent leur adhésion. Ces menées injustes rendirent 
la guerre inévitable. 

Le comte de Flandre , indigné , ayant réuni à la hâte' 
une armée, entra dans le Brabant et ravagea toutes les 
terres proches de son comté. Bientôt il arriva devant 
Bruxelles. En vain les Louvanistes couraient-ils sur 
secours de leurs frères de Bruxelles. Le 17 août 1356 ? 
Louis de Maie battît les uns et les autres au hameau 
de Scheut. Ses soldats entrèrent dans Bruxelles pêle- 
mêle avec les fuyards. Aussitôt le comte de Flandre y 
fil arborer sa bannière. Puis il courut sur Louvain, 
Tirlemont, Léau et Nivelles. An bout de deux jours 
tout le Brabant lui était soumis. 

Le comte de Flandre s'empressa d'adresser à toutes 
les villes de la province conquise des lettres pour les 
engager it prêter serment à lui et à ses successeurs. 
Chose singulière ! Les fiers, bourgeois des cités braban- 
çonnes, qui s'étaient déjà parjurés une fois en ratifiant 
les dispositions arrêtées par Charles IV et Wenceslas, ne 
craignirent pas de prêter de nouveau un faux serment. 
Tentes jurèrent fidélité à Louis de Maie et à ses sucees- 
éexErs. 

Les lettres adressées à la ville de Tirlemont sont 
datées de Matines le 22 août 4356 (1). Le magistrat de 
Tirlemont répondit le 24, en ces termes : 

« Les échevins, jurés, conseil et tous les bourgeois 
déclarent que sauf leurs privilèges, libertés, coutumes et 
usages, ils se donnent à perpétuité, eux et leurs succès- v 

(î) Voir le texte de cette pièce dans Willems, Drabantschê 
Yeesten, IF, 498. 



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r- 78 - 

seurs, au comte de Flandre et à ses descendants, et 
s'engagent à faire tout ce qui est du devoir de bonnes 
gens à l'égard de leur souverain légitime (1). » 

Le comte de Flandre avait adressé les mêmes de- 
mandes à la noblesse et au clergé du Brabant. Mais ici 
il rencontra de l'opposition. Plusieurs membres de ces 
deux ordres eurent le couf âge de déclarer que leurs 
serments ne leur permettaient pas d'adhérer à sa de- 
mande. Aux environs de Tirlemont nous trouvons, parmi 
ceux qui ont tenu cette noble conduite, les seigneurs de 
Rummen et de Gossoncourt (2). 

Le comte de Flandre prit encore d'autres mesures, 
afin de consolider sa conquête» Il pourvut à la nomina- 
tion des officiers, qui, sous le nom d'Amman, Drossard, 
Ecoutèle, Bailli ou Mayeur, administraient une partie du 
Brabant. 

Le 27 septembre, Jean de Wilre fut nommé mayeur 
de Tirlemont. Le comte de Flandre indique l'étendue du 
quartier qu'il doit administrer, il dit que le district de 
Tirlemont comprend les mayeries de Halen, Léau, Ghète 
et Cumptich (3). 

Pendant que tout ceci se passa dans le Brabant, que 
fit Wenceslas ? Se trouvant à Maestricht au moment 
de l'invasion de ses états par son beau-frère, il s'était 
efforcé de tirer du secours de l'Allemagne. Lorsque les 
forces qu'il en avait reçues, lui parurent assez considé- 

(1) Voirie texte flamand, ibid. p. 502. 

(1) Ibid., p. 512 et 516. 

(3) Ibid., p. 522. — Nous avons ici la plus ancienne mention des 
quatre sous-mayeries dépendantes de la chef-mayerie de Tirlemont. 
Le quartier de Tirlemont a été composé de la sorte jusqu'à la fin 
du siècle dernier. 



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— 79. - 

râbles, il voulut marcher sur le Brabant, mais il trouva 
le passage fermé par le prince-évêque de Liège, le 
comte de Namur et par d'autres seigneurs, partisans du 
comte de Flandre. Le Brabant, le plus beau joyau de sa 
couronne ducale, parut perdu à jamais pour le malheu- 
reux .Wenceslas ! 

Cependant une nouvelle étrange se répandit; on ra- 
conta qu'un coup de main hardi venait de délivrer 
Bruxelles du joug des Flamands, et que le courage d'un 
chevalier généreux avait- relevé dans cette ville l'éten- 
dard du Brabant. La nouvelle était vraie ; le libérateur 
de Bruxelles, c'était Evrard T'Serclaes. Le triomphe 
remporté par lui dans cette ville fut le signal de la 
délivrance du pays tout entier : au bout de quelques 
jours, toutes les cités du Brabant, Malines seule excep- 
tée, avaient chassé les Flamands et s'étaient remises 
sous l'obéissance de Wenceslas et de Jeanne (1). 

Cependant la guerre avec le comte de Flandre dura 
encore quelque temps. La lutte ayant continué avec des 
chances diverses, jusqu'au 4 juin 1357, le faible Wen- 
ceslas consentit à une paix tout à l'avantage de son 
ennemi et au grand détriment de ses sujets. Le comte 
de Flandre restait en possession de Malines, obtenait 
Anvers et sa banlieue pour la dot de son épouse, et pou- 
vait sa vie durant, prendre le titre de duc de Brabant. 
Pendant toute la vie du même comte, les villes de Lou-, 
vain, Bruxelles, Nivelles et Tirlemont devaient lui. 
fournir annuellement, à l'époque qu'il le désirerait, 
vingt-cinq hommes pour le suivre à la guerre, six se- 
maines durant (2). 

(î) Namèche, IV, 680; De Smet, Histoire de la Belgique, 1, 239. 
(2) Willems, Brabantsche Yeesten, tom. II, p. 64. 



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- a> - 

Restait encore une difficulté pour les villes braban- 
çonnes : elles devaient se faire pardonner par Wenceslas. 
Les villes de Bruxelles, Louvain et Tirlemont se char- 
gèrent de conduire les négociations avec le Duc. Les 
députés envoyés par la ville de Tirlemont furent 
Àrnould Van,den Weyere, Jean de Kersbeke, chevaliers, 
Ywan de Meldert, Jean van Halle, Henri Olivier» et 
Renier de Hou t hem, surnommé le Mardi. Les efforts 
réunis des dépotés de ces trois villes furent couronnés 
de succès. Wenceslas consentit à pardonner à toutes les 
cités rebelles, pourvu qu'elles consentissent à demander 
pardon, quand le Due et la Duchesse viendraient les 
visiter, et que toute la province leur payât un subside de 
900,000 moutons. Les trois villes désignées s'engageaient 
aussi à aider le Duc pour qu'il put faire accepter ces 
conditions par les villes qui feraient de l'opposition (I). 

Le récit que nous venons de faire prouve qu'à cette 
époque Tirlemont occupait un rang distingué parmi les 
villes du Brabant. Malheureusement cette guerre, fatale 
à toat le duché, fut un grand désastre pour notre com- 
mune, qui venait de s'imposer déjà de si grands sacrifiées 
pour la construction de sa grande enceinte. La cam- 
pagne malheureuse avec le comte de Flandre l'avait 
entièrement épuisée et même chargée de dettes. 

Afin de la tirer de cet embarras financier, Wenceslas 
et Jeanne lui octroyèrent le 17 décembre 1358, une 
charte, dont le commencement était conçu en ces 
termes : 

« Wenceslas, par la grâce de Dieu, duc, et Jeanne, 
» par la même grâce, duchesse de Luxembourg, de 
» Lolhier, de Brabant, de Limbourg, et Marquise du S. 

(1) Ibid. p. 250 et sniv. 



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• — 8i — 

» Empire, faisons savoir, que considérant les nombreux 
>» et féaulx services rendus par les bonnes gens de 
» notre ville de Tirlemont à notre bien aimé seigneur 
» et père, à ses prédécesseurs dans le duché de Brabant 
» et à nous ; voulant les mettre à même de nous servir 
» encore dans la suite et leur donner une preuve de 
» l'affection que nous leur portons; considérant leura 
» besoins, l'utilité et le profit qui en résulteront pour 
» eux et pour nous, nous leur avons accordé et accor- 
» dons les faveurs suivantes : 

» D'abord, comme ils ont essuyé de grandes pertes et 
» se trouvent fort chargés de dettes, contractées à 
» l'occasion des services rendus à nous; en outre, puis' 
» qne l'administration de cette ville et son entretien 
» entraînent de grandes dépenses : nous leur avons 
» accordé plein pouvoir de reporter ces dettes sur leurs 
» personnes, sur leurs industries et sur leur ville, soit 
» par rétablissement de taxes, par la création de rentes 
» viagères , par la vente ou l'engagement de leurs pâ- 
» turages, soit par tout autre moyen qui leur paraîtra le 
» plus convenable, sauf à ne pas manquer à nos droits.» 

Les paroles qu'on vient de lire disent assez que la 
ville de Tirlemont se trouvait devant un gouffre finan- 
cier. Malheureusement elle s'y jeta. Parmi les modes 
proposés par Wenceslas pour échapper à la banque- 
route, le magistrat de Tirlemont préféra la création de 
rentes viagères, « système aussi ruineux pour les villes 
» du moyen-âge que les emprunts pour les états mo- 
dernes, (1). » Nous verrons plus loin ce qu'il en résulta 
de peines pour notre ville. 

(1) Schayes , La Belgique et le Pays-Bas avant et durant la domi- 
nation romaine, III, 253. 

6 



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- 82 - 

La charte du 17 décembre 4358 accorda encore deux 
autres faveurs à la ville de Tirlemont. 

Le Mayeurde Tirlemont avait deux sergents ou licteurs 
(Vorsters) pour l'aider à exécuter la justice. La charte 
en créa un troisième. Mais comme la ville avait eu à se 
plaindre des deux autres , le duc et la duchesse lui 
accordèrent le droit de nommer elle-même ce troisième 
Vorster. 

La charte ajoute ensuite, que « pour contribuer au 
développement de l'industrie des bonnes gens de la ville 
susdite et pour attester ce développement, le duc et la 
duchesse leur permettent de choisir un endroit con- 
venable et d'y élever une Halle (i). » 

La charte de 1358 ne produisit pas le résultat qu'on 
en attendait. Notre ville, loin de récupérer son ancienne 
prospérité, ne fit que dépérir davantage. Hélas ! Les évé- 
nements qui doivent finir par la ruiner entièrement, ne 
cesseront de se succéder pendant le laps d'un siècle et 
demi. 

En 1360, la rivière la Ghète, enflée outre mesure, 
déborda sur plusieurs points et causa un grand dom- 
mage aux habitants (2). 

(1) Voir le texte flamand de cette charte dans Willems, Brabant- 
sche Yeestcn, tom. H. Il est probable qu'il s'agit à la fin de cette 
charte de la Halle au- Drap, qui d'après le registre censal de 1463, 
cité plus haut, était bâtie à la Grand'Place actuelle, à l'endroit où 
s'élève aujourd'hui le Corps-de-garde. Cependant il existait plusieurs 
Halles dans notre ville avant cette époque. Dans un acte de 1290, 
inséré dans le Gartulaire de S. Germain, f° 1 verso, on nomme la 
Hàlle-àux- Pains; un titre de 1295, conservé aux archives de l'abbaye 
de Parc, mentionne la H alle-des- Bouchers. Ces deux derniers 
bâtiments 6e trouvaient à la place S. Germain , le Forum ou la 
Grand'Place de Tirlemont jusqu'en 1635. 

(9) Gramaye. 



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— 85 — 

A la même époque, les dissensions civiles, fruits de la 
lutte entre les patriciens et les petits bourgeois, avaient 
recommencé avec une violence plus grande que jamais : 
elles doivent avoir agité la ville de Tirlemont, de même 
que les autres cités brabançonnes. Il est vrai, nous 
n'avons pas de détails particuliers sur les faits et gestes 
des agitateurs de notre ville. Cependant il est certain, 
qu'il y en avait , puisque l'histoire nous montre des 
Tirlemontois, bannis pour ce motif du duché de firabant, 
figurant, en 1364, aux réunions, que tenait le fameux 
Pierre Coutereel de Louvain dans la petite ville de 
Heusden en Hollande (1). 

En 1372, la duchesse Jeanne céda le palais qu'elle 
possédait à Tirlemont, à une communauté religieuse de 
Carmes (2). 

Il est probable que cette princesse, très-affectionnée 
à notre ville, a voulu lui accorder un bienfait, en pre- 
nant cette mesure. 

Cependant le clergé et le magistrat de Tirlemont s'op- 
posèrent à l'établissement des Carmes. Les comptes de la 
duchesse Jeanne nous apprennent, qu'elle dut envoyer 
deux fois dans cette ville son receveur, Nicolas Specht, 
afin d'obtenir leur acquiescement (5). Quel peut avoir 

(1) Divaeus, Jaerboeken der stad Leuven, uitgegeven door Ed. Van 
Even , Leuven, Fonteyn, 1857, bladz. 132. 

(2) ce La maison le Duc à Thielmont, laquelle Madame la duchesse 
Johanne de Brabant donna aux Carmes de Thielmont , et est sur la 
place où souloit {solebat) estre icelle maison > maintenant située 
l'église des Carmes. » Archives du royaume, Chambre des Comptes, 
Reg. 15, f. 125. 

« De domo Domini Ducis nihil, quia Domina Ducissa eoncessit 
fratribus Ste-Marie ad edificandum claustrum. » Comptes du domaine 
de Tirlemont de 1375 à 1376. 

(3) « Item fuit Nicolaus Specht missus duabus vicibus ex parte 



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— 84 — 

été te motif de cette opposition ? Peut-être craignait-on 
que l'aliénation de la maison ducale n'ôtàt à la ville l'a- 
vantage de voir souvent ses princes dans ses murs. Cette 
crainte n'était pas sans fondement. 

Nous avons vu plus haut, dans un acte de 1297, que 
les ducs de Brabant avaient une maison à Grimde, et 
qu'elle avait été habitée par Jean IL 11 est probable que 
le palais de la rue des Carmes remplaça celui de Grinide. 
D'après Gramaye il fut bâti vers Tan 1300; cet historien 
ajoute qu'il fut habité souvent par nos ducs. Nous avons 
mentionné plus haut un vivier des ducs de Brabant (1). 
Plus tard il sera question de trois parcs appartenant à 
ees princes. Toutes ces circonstances ne prouvent-elles 
pas que réellement les princes brabançons faisaient de 
fréquents séjours à Tirlemont? Quant à la duchesse 
Jeanne, il e6t certain qu'elle se plaisait à habi ter cette ville. 
Les comptes du domaine de Tirlemont, qui reposent 
aux archives du royaume de Bruxelles, nous apprennent 
que, dans la seule année 1371, cette princesse séjourna 
six fois dans cette ville , quatre fois seule et deux fois 
accompagnée du duc son époux. Dans les années suivan- 
tes, mèqae après avoir aliéné son palais, elle y vint en* 
core fréquemment (3). 

Dans les mêmes comptes faits sous les successeurs de 

Domine dncisse ad plebanum ecclesie Tbenensis et etiara ad oppi- 
dum, consules et scabinos, ut consenti re vellent ibi fieri unum mo- 
nasterium Garmelitarum. Comsumpsit quatuor francos. » Compte- 
rendu de la commission d'histoire, 2« série, tom. I, N° 2. 
, (1) Voir pag. 17, note 1. 

(2) C'est peut-être cette affection de Jeanne pour Tirlemont qui 
a fait dire à des historiens, que cette princesse avait reçu le jour 
dans cette ville. C'est là une erreur : Jeanne est née à Bruxelles, le 
24 juin 1322. Voir Histoire de Bruxelles, 1, 115. 



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Jeanne, on ne mentionne pins de dépenses pour frais 
de séjour de ces princes dans notre ville, sinon une fois 
au commencement de leur régne. C'est pourquoi il 
s'attache certainement un regret à la cession du palate 
ducal faite par cette princesse. 

Cependant la duchesse voulant venir en aide à ses 
communes appauvries, accorda, en 4396, pour le terme 
de dix ans, à toutes les villes franches du Brabant le droit 
de battre monnaie en son nom , d'en faire l'évaluation et 
d'en retirer les profits, moyennant une somme de deux 
mille tours d'or payée une fois, plus une pension annuelle 
de deux mille tours également. La ville deTirlemont était 
du nombre de celles qui jouirent de cette faveur. Dans 
un compte détaillé de différents payements que les vil* 
les et le pays de Brabant devaient de ce chef i la du- 
chesse pour les Pâques de l'année 4397, la ville et là 
mayerie de Tirlemont sont cotisées à six cents tourè 
d'or (4). Ensuite dans les comptes de la recette générale 
de Brabant il est fait mention du maître de monnaie de 
Tirlemont. Enfin le compte de 4397 et 4398 mentionne 
des dépenses pour ustensiles nécessaires aux monnaies 
de la même ville (2). 

Hélas ! Deux malheurs empêchèrent bientôt les habi- 
tants de Tirlemont de tirer profit de cette mesure avan- 
tageuse. En l'année 4400, la peste reparut dans le Bra- 
bant. Elle sévit longtemps et avec une grande violence 
dans notre ville. Dans la même année l'administration 
de la commune se trouvait confiée à des mains indignés : 
des membres du magistrat détournaient à leur profit les 

(1) Piot, Berne numismatique, tom. II, p. 127. La ville de Jo- 
doigne avail été admise aussi à battre monnaie. 

(2) Ibid. Nouvelle série, tom. II, p. 447. 



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fonds de la cité. Il en résultait , d'abord que la ville 
n'était plus en état de payer l'intérêt des nombreuses 
rentes viagères, dont elle était chargée ; ensuite, que 
les bourgeois ne pouvaient plus sortir des murs de la cité 
sans se voir arrêtés par les créanciers de la commune. 

Comment sortir de ce nouvel embarras? On commença 
par faire le procès aux membres du magistrat accusés 
de concussion. Trois des plus notables, dit Divœus, 
furent trouvés coupables et envoyés en exil : c'étaient 
les nommés Jean Van Halle, Henri d'Audevoorde et 
François Oliviers (4), 

" Quant aux nombreux créanciers de la ville, sur les 
instances de la duchesse , ainsi que du magistrat de 
Louvain et de Bruxelles, ils consentirent le 5 novembre 
1401, à réduire leurs rentes de moitié, à condition que 
leurs rentes viagères fussent converties en rentes perpé- 
tuelles et héréditaires (2). « C'était une mesure bien fâ- 
cheuse pour la ville de Tirlemont, dit Divœus. Les 
charges de ces dettes, dont sans cet arrangement elle 
eût été délivrée par la mort de ses créanciers , pèsent sur 
eUe jusqu'au jour d'aujourd'hui (1580). Mais c'était pour 
cette commune l'unique moyen de se tirer de graves 
embarras (3). » 

Nous avons vu plus haut que la duchesse Jeanne était 
venue visiter Tirlemont quelque temps après son inau- 
guration. Son successeur, Antoine de Bourgogne, 
nommé Ruwaerl ou gouverneur du Brabant, en 1404, 
fit la même chose. Et en effet, les comptes du domaine 

(1) Divœus , Jaerboeken der stad Leuven, p. 205. 
(S) Voir aux Pièces Justificatives, N° 4, le texte d'un acte de con- 
version de ces rentes. 

(5) Divœus, Rerum Brabanticarum, lib. XVI. 



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- 87 — 

de Tirlemont de 4404 à 4405 mentionnent une dépense 
faite par le receveur du duc pour frais de transport à 
Bruxelles de drap offert par le magistrat de Tirlemont 
au prince, lors de sa visite à cette ville (1). Nous croyons 
pouvoir conclure de ces deux faits que la ville de Tirle- 
mont était une de celles, auxquelles, d'après la coutume, 
les ducs de Brabant devaient une visite après leur prise 
de possession du duché. 

L'arrivée au pouvoir d'Antoine de Bourgogne, fut 
un nouvel événement très-nuisible sous plusieurs rap- 
ports. L'avènement de la maison de Bourgogne, princes 
imbus des idées françaises de centralisation et de souve- 
raineté, amena pour nous un changement, non seulement 
de dynastie, mais aussi de régime gouvernemental. Les 
communes, si puissantes et dictant souvent la loi à leurs 
princes, allaient trouver dans leurs nouveaux souverains 
des maîtres, auxquels il fallait obéir ou s'en laisser 
écraser. 

Les villes du Brabant en firent l'expérience dès le règne 
du premier prince bourguignon. 

En 1412, le duc Antoine leur demanda des hommes et 
de l'argent pour faire le siège de la petite ville de Baten- 
bourg, qui, engagée au duc de Brabant, avait été reprise 
à l'improviste par les Gueldrois. Les villes refusèrent. 
Mais comme elles craignaient que le duc ne recourût à 
la violence, elles décidèrent de se réunir à Louvain, 
afin de délibérer sur les mesures à prendre en pareil 
cas. Instruit de ce projet, le duc fit saisir en route les 

(1) « Peter Van Winde omtrintSiute Remeis-misse van den lakenen 
tôt Brussele te vuerene, die de stad van Thienen minen Heren schinc- 
te doen ni eerst te Thienen quam, XXVII, groeten vlem. » 

(2) Namèche,IV, 735. 



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- 88 — 

députés de Tirlemont etdeLé&u, et Ieâ retint prison- 
niers. Les députés de Bruxelles avalent eu la précaution 
de se faire escorter par les archers de la ville. Sans celte 
circonstance ils eussent subi le même sort (1). 

Que de troubles et de malheurs le nouvel état des 
choses allait attirer sur la patrie! Nous verrous les viites 
brabançonnes entreprendre , vers la fin du XV e siècle, 
des luttes acharnées afin de ressaisir ce qu'elles croyaient 
leur appartenir de droit. Mais avant d'en venir au récit 
de ces graves événements , exposons brièvement les faits 
les plus importants arrivés à Tirlemont avant cette 
époque. 

En l'année 4444, notre ville fut dotée d'une nouvelle 
congrégation religieuse. Des chanoinesses de S. Augus- 
tin fondèrent, rue de Diest, le couvent dit Cabbeek. 

En 4455, sous le règne de Philippe-le-Bon, duc de 
Bourgogne , qui depuis 4450 avait réuni toutes les pro- 
vinces belges sous son autorité, un recensement général 
de tout le Brabant constata à Tirlemont l'existence de 
4604 foyers, dont 450 non imposés. Ainsi, sur dix mai- 
sons il n'y en avait approximativement qu'une seule 
habitée par des indigents (2). 

En 4456, des inondations causées par un nouveau 
débordement de la Ghète, firent de nouveau beaucoup 
souffrir les habitants de cette ville (5). 

Le 4 mars 4449, à la prière du magistrat de Tirle- 
mont, Philippe-le-Bon détruisit trois garennes qu'il 
avait dans les environs : la première était située proche 
de la porte de Maestricht, la seconde à Hakendover et la 

(1) Histoire de Bruxelles, I, 221. 

(2) Marshall, Bibliothèque des antiquités Belgique», l, 85. 

(3) Gramaye. 



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troisième à Hespen. C'étaient des parcs dans lesquels 
on élevait des lapins pour les plaisirs de la chasse et la 
table des princes brabançons. La ville en fit l'acquisi- 
tion, ainsi que des terres voisines, à condition de payer, 
à perpétuité, un cens annuel à Philippe-le-Bon et à ses 
successeurs dans le Brabant, et de ne plus jamais con- 
vertir ces endroits en garennes (4). 

L'été de 4438 avait été extraordinairement sec : il 
n'était pas tombé de la pluie depuis le mois d'avril jus- 
qu'à celui d'octobre. Cette sécheresse nous amena la 
peste, qui sévit avec tant de fureur à Louvain, que les 
quatre collèges de la faculté des arts de l'université se 
virent obligés de déguerpir avec professeurs et étudiants. 
Le Château se réfugia à Malines , le Lis et le Fauœon à 
Diest, tandis que le collège du Porc s'installa à Tirle* 
mont (2). 

Le 48 octobre 4459, Philippe-le-Bon octroya une charte 
contenant des dispositions très-avantageuses pour les 
tanneurs de Tirlemout (3). 

Le 5 mai 4460, le même prince prit une mesure sévère 
eu faveur du commerce des grains et des laines dans 
cette ville. Il adressa une lettre au mayeur de Tirle- 
mont, lui ordonnant de faire connaître dans tout le 
quartier qu'il était défendu d'y vendre du blé ou delà 
laine , sinon au marché de Tirlemont , sous peine de 
payer une amende équivalant à la valeur de la marchan- 
dise vendue* Le produit de cette amende devait être 



(1) Voir aux Pièces Justificatives, N° 5. 

(2) Petrus Impens, Chronicon Bethlehemiticum, Ms. de la Biblio- 
thèque royale à Bruxelles. 

(3) Voir aux Pièces Justificatives, N° 6. 



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- 90 - 

partagé entre le duc, le dénonciateur et l'église de l'en- 
droit où le marché aurait été indûment conclu (1). 

Philippe-le-Bon signala son régne dans toutes les villes 
par des mesures, semblables à celles que nous venons 
d'énumérer. C'est pourquoi son nom fut béni dans nos 
provinces, auxquelles l'amoindrissement de leurs privi- 
lèges n'arracha aucune plainte, parce qu'elles étaient 
heureuses. 

Le régne de son fils et successeur, Charles-le-Témé- 
raire, les replongea dans le malheur et prépara dans ce 
peuple une réaction contre ses souverains. 

Sous le règne de ce prince, nos provinces ont toujours 
été désolées par le fléau de la guerre. Quelle fut la part 
de notre ville dans ces calamités? Les faits suivants 
vont nous apprendre qu'elle fut très-grande. 

Au mois d'octobre 1467, Charles-le-Téméraire, par- 
tant pour sa terrible expédition contre le pays de Liège, 
s'arrêta plusieurs jours dans notre commune. Il y écrivit 
au magistrat d'Ypres, deux lettres en date la première du 
20 et la seconde du 24 octobre. Ses troupes occupaient 
les environs de Tirlemont. En effet, dans la seconde de 
ses lettres le duc dit : « Quant à nostre armée, elle est en 
» bonne puissance à l'entour de ceste ville et marche 
» avant pour tirer sur nos ennemis. Et au regart de 
» nous, nostre intencion est de, au plaisir de Dieu, 
» partir mardy prochain de cy, pour nous mettre aux 
» champs devant Saintront et exploistier le fait de nos- 
» tre guerre (2). » 

Au commencement de 4471, Charles déclara la guerre 

(1) Voir aux Pièces Jusuificatives, N° 7. 

(2) Gacbard, Collection de documents inédits, 1, 167. 



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- 9i — 

à la France et alla mettre le siège devant la ville d'A- 
miens. La ville de Tirlemont prit nne grande part à 
cette expédition. Nous donnons en note quelques extraits 
des comptes de la ville de 4470 à 1471, d'où cela résulte. 
Ces extraits sont fort curieux, parce qu'ils nous font 
connaître l'organisation militaire de Tirlemont à cette 
époque. Outre les arbalétriers et les archers, fournis 
par les patriciens , il y avait des piquers, recrutés dans 
les corps des métiers. Il y avait aussi de l'artillerie. Les 
boulets étaient encore en bois. Ces différentes forces 
étaient commandées probablement par le mayeur, le che- 
valier Martin de Wilre (1). Les corps de métiers avaient 
envoyé en France vingt-cinq hommes , soldés en partie 
par eux et en partie par la ville. La ville y avait expédié 
aussi deux chars , armoriés à ses armes (2). 

(1) Les de Wilre étaient seigneurs d'Oplinter. 

(2) ce Item betaelt Janne Kisten van dat hy gereden heeft geweest 
te Brussele aen den président van Brabant om der vier wagenen 
wille , die de stad uutstellen moeste. 

« Item ultima januarii betaelt Janne Batten voer XXVI pinseelkens 
mitter stad wapenen gemaict voere der stad wagenen ten oorlogbe 
mede te vuerenen. 

« Item betaelt Janne Kisten vander buys hueren daer Jan Merdens 
twee wagenen te Rysselt inné gesedt waeren om der orlogen wille. 

« Item verteert doen Heere Merten Van Wilre, riddere, tooeh ten 
oorloge werdt in Vrancrycke. 

« Item XXVII e Februaii gegeven Migbiele Van Waersbeke om dat 
by ten beerwerdt gbinc in Vranckrycke om te vernemenen hoe dat 
stont met onsen genedig beere ende met onsen ruyters die aldaer 
waeren vander stadt van Tbienen. 

« Item betaelt tolten wagenen vanden donderbussen. 

« Item betaelt voere VIII crayken wyns die gesconcken waeren 
den président van Brabant ende meestere Felixse doen zy te Tbienen 
quamen om de pyckeniers van Tbienen te bebbene. 

c Item betaelt voere IUI cruyekens wyns die gesconcken waeren 



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La ville de Tirleinout a pris de même une part active 
à toutes les autres expéditions militaires de Charles-le- 
Téméraire. Les dépenses, dans lesquelles elle fut en- 
traînée de la sorte, plusieurs autres désastres, qui la 
frappèrent à la même époque, dérangèrent de nouveau 
sa situation financière et la mirent hors d'état de payer 
ses nombreux créanciers. En effet, une charte, octroyée 
à la ville de Tirlemont, en janvier 1478, par l'archiduc 
Maximilien d'Autriche et Marie de Bourgogne, fille uni- 
que et héritière de Charles-le-Téméraire , commence 
dans les termes suivants : « Maiimilien et Marie, par la 
grâce de Dieu, duc et duchesse d'Autriche, de Bourgo* 
gne, de Lothier, de Brabant etc. faisons savoir à tous, 
présents et à venir, que nous avons reçu une humble 
requête de nos bien-aimés les bourgmestres, échevins et 

den voetbogescutters, doen haer hoetsman (hoofdman) heere Merten 
van Wilre ten oorloge werdt toecb. 

«c Item betaelt voere UI e donderbufiseclopte, van wieligen honte 
gedraeydt. 

c Item betaelt Goenens De Ravehuysvrouwe, omdatde voirscre- 
ven Coenen tromppet stiete onder de pyckeniers. 

Item betaelt Jacobbe den grachlmakere voere een troua pet daer 
hy opten tbooren mede blaest, want de pyckeniers van de r stad 
Jacobs trompet met bem droegen ten oorloge wert. 

« Item betaelt van VU ellen wits lakens ende VU ellen blauws 
daer de wagenknecbten ende de loenslegers mede gecleydt waeren, 
doen zy ten oorloge werdt trocken, metten maecgelde van VII tab~ 
baerts. 

« Item betaelt voere XXV pyckeniers» die inden dienst van mynen 

, genedig béer geweest bebben voere hen saudye van XX dagen, elken 

sdaegs II stuvers, boven tgbeene dat ambacbten betaelt bebben. » 

Les comptes de t470 à 1471 reposent aux Archives du royaume. 
Chambre de Comptes, N* 50643. Ce sont les seuls qui s'y trouvent. 
Tous les autres, cités dans ce travail, sont conservés aux archives 
de la ville de Tirlemont* 



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- Œ — 

conseillers de noire ville de Tirlemont déclarant, au 
nom et de la part de toute la commune, qu'à cause de 
la situation de cette ville aux frontières de Brabant; de 
la mauvaise administration de ceux qui ont géré cette 
commune autrefois et qui ont converti les rentes viagè- 
res, dont la ville était grevée, en rentes perpétuelles; 
des voyages et des guerres faits par feu le due, notre 
prédécesseur, tant en France, que dans les pays de 
Liège, Looz, Gueldre, Outre-Meuse, Lorraine et ailleurs; 
la ville susdite a été tellement accablée de charges et 
s'est tant endettée, que ni les dits suppliants ni leurs 
successeurs, ne pourront, au moyen des ressources 
ordinaires, savoir, les accises et choses semblables, 
payer leurs créanciers ni servir l'intérêt des rentes, 
dont la ville est chargée, encore moins pourvoir aux 
dépenses extraordinaires, tels que subsides et services 
semblables, puisque cette ville s'est beaucoup appauvrie 
par suite de grande mortalité, de cherté de vivres, de 
mauvaises récoltes, d'excès de contributions, de revers 
industriels. Elle a tant souffert dans ses intérêts matériels 
et essuyé tant de tourments de la part des hommes de 
guerre, qu'un grand nombre de ses habitants l'ont aban- 
donnée avec tout leur ménage et la quittent encore tous 
les jours. Beaucoup de maisons y sont inoccupées et 
tombent en ruine. Un tiers de ceux qui y restent vivent 
et devront vivre de la Table du S. Esprit, à moins que 
nous ne leur accordions, sous forme de privilèges, les 
points qui suivent. » 

Voilà donc ce qu'avait valu à la ville de Tirlemont le 
règne de Charles-le-Téméraire. Ce prince avait péri, le 
4 janvier 1477, sous les murs de Nancy, dont il voulut 
s'emparer. Le court règne de sa fille, qui épousa l'ar- 



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- u - 

chiduc Maximilien, le 18 août 1477, commença sous 
de bien fâcheuses auspices. En 4477, il y eut des émeu- 
tes dans plusieurs villes du firahant. Tant que le bras 
de fer du défunt duc se fût appesanti sur les gens de 
métiers, ceux-ci s'étaient tenus tranquilles. Délivrés 
maintenant de cette crainte et d'ailleurs irrités contre 
la maison de Bourgogne , ils se révoltèrent en plusieurs 
endroits et commirent de grands excès. 

Comme du temps du fameux Coutereel, la ville de Lou- 
vain était de nouveau pour le Brabant le centre de ces 
menées révolutionnaires. Un nouveau démagogue, le 
boucher Paul Luenckens, y mettait tout en émoi et souf- 
flait le feu de la sédition dans les cités voisines. D'après 
ses instigations, les métiers de notre ville se soulevèrent 
également. Plusieurs habitants de Tirlemont furent con- 
damnés à des amendes pécuniaires. Un chapelier de 
Louvain, affidé de Leunckens et son sergent, saisi à 
Tirlemont, fut condamné par le mayeur de cette ville 
et passé au fil de l'épée (1). 

(1) Voir aux archives du royaume, les comptes du mayeur Martin 
Van Wilre de 1477 à 1478. En voici quelques extraits : 

« Janne Vanden Eecken , boeymakere te Loeven, in de commocie 
van Leuven , ten tyde Pauwel Luenkens tregement aldaer bad , ge- 
maect vorster door Luenkens, alsoe allom met Luenkens gegaen 
ende gestaen. De Meyer van Loevene uytgeweesl ende thuis geco- 
men , deed hem zyne roede nederleggen. Maer corts daerna de Meyer 
gevangen zynde, is de zelfde Jan weer vorster gemaekl by force en 
tegen wil van den Heer. Alsoe is wederom deselve alom geweest, dat 
meer is , heeft gesegt , dat Heer Jacob Uiterliemingen door Luenkens 
ende zynen geselscap gevangen was , dat men den selven wysen zou 
by der banck oft zy souden die wethouderen dootslaen. Omme die 
expressien ende meer andere poinlen van muiteren Jan gevangen is 
te Thienen, ende gewesen ten bancke des voorscr. meyers van 
Thienen ende gericht met den zweerde. 



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- m - 

La charte dont nous avons vu le préambule fut accor- 
dée probablement pour prévenir des calamités sembla- 
bles. Ce document est extrêmement remarquable. Cette 
charte est comme une nouvelle constitution ou loi fon- 
damentale pour la ville de Tirlemont : elle consacra le 
triomphe et la suprématie des classes populaires sur les 
familles patriciennes. Il est probable que la condamna- 
tion prononcée en 1401 contre trois patriciens, cou- 
pables de concussion, ne fut pas sans influence sur ce 
résultat. 

La charte de 1478 a régi la ville de Tirlemont jus- 
qu'en 1796, sauf quelques modifications introduites 
après 1635. Il importe donc de la bien connaître : 
«Tous les ans, dit-elle, huit Jours avant la fête de 
S. Jean-Baptiste, les huit nations de notre ville de Tir- 
lemont nommeront huit hommes notables, c'est-à-dire, 
un de chaque nation, parmi les plus âgés et les plus 
importants par leur commerce. Les huit désignés par 
les suffrages, après avoir prêté serment à celte fin et 
sans s'inquiéter du conseil d'autrui, se réuniront à 
l'hôtel-de-ville de Tirlemont. Ils y choisiront, après avoir 

» Van Wouteren Van Carlewyck smet, die welke was deken ge- 
roaict vaoden smeden , doen die gemeynte opgestaen was te Thienen 
ende seyde woorden : « Ik woude dat wy hadden onse privilegien 
» ende tgbene dat wy begheren ende dat bel my geweest were wt 
» myner borssen X gulden. » Den selven laten componeren om XII 



» Van Anthonyse Oedens, die welke hem mesdragen badde inder 
tyd vanden voerscr. commocien 9 doen de ambacbleren vanden clee- 
dermekers vergadert waeren te Minderbruederen ende seghdede 
woerde hierna volgende : « Wat hebben wy mit deser vergaderiugen 
» te doene ? Laet ons in den hoop slaen. » Den selven laten compo- 
neren, want hel een arm geselle was, om II rynsgulden. » 



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- 96 - 

prêté serment devant Dieu et sur leur âme, quatorze 
personnes bonnes, honorables, sages, discrètes, légiti- 
mes, en possession depuis au moins trois ans du droit 
de bourgeoisie et convenablement fortunées. De ces 
quatorze, huit seront prises parmi les patriciens [gikorti- 
ghen) et six parmi les simples bourgeois (Gemeyne poer- 
leren). On choisira parmi elles les sept échevins. 

« En outre les huit personnes désignées plus haut, 
avant de se séparer éliront quatre personnes honorables, 
sages, discrètes et légitimes, savoir, deux patriciens et 
deux simples bourgeois , les plus convenables qu'on 
pourra trouver. Parmi ces quatre personnes nous choi- 
sirons deux bourgmestres et pas davantage. 

« De la double élection mentionnée on dressera des 
procès-verbaux, qui, étant fermés exactement et sceltés, 
seront remis à un secrétaire ou à un messager asser- 
menté de la dite ville. Celui-ci nous les apportera ou les 
remettra à notre chancelier, si nous étions absents, afin 
que nous fassions choix parmi les quatorxe élus de sept 
personnes pour les places d'échevin, savoir, quatre pa- 
triciens et trois simples bourgeois ; et, parmi les quatre 
élus, de deux personnes pour les fonctions de bourg- 
mestre, savoir, un patricien et un simple bourgeois. La 
liste des sept échevins et des deux bourgmestres sera 
envoyée par nous ou par notre chancelier, afin que 
notre mayeur de Tirlemont puisse recevoir à serment 
les nouveaux élus. 

« Les huit personnes prédites , après avoir procédé 
au double choix prédit, nommeront encore dans chacune 
des huit nations, une personne bonne, légitime, notable 
et sage. Les huit désignés de la sorte seront pour l'an- 
née suivante les conseillers de la ville de Tirlemont, 



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- 97 — 

sans lesquels les bourgmestres et échevins ne pourront 
ordonner aucune dépense, ni terminer aucune affaire 
concernant la ville. Cette triple élection terminée, la 
tâche des huit personnes désignées sera achevée, et elles 
seront à l'abri d'amendes. » 

Les corps de métiers, ayant chacun une organisation 
particulière, se réunissaient partout plusieurs ensemble, 
quand il s'agissait de délibérer sur les affaires de leur 
commune. Il en résultait dans chaque ville plusieurs 
groupes de corps de métiers, formant en quelques sorte, 
à plusieurs réunis, une seule corporation. Ces groupes 
de corps de métiers étaient appelés Nations (1). A Bruxel- 
les, ils étaient au nombre de neuf. A Louvain, il y en 
avait huit comme à Tirlemont. Les nations avaient par- 
tout une part plus ou moins grande dans la formation 
du magistrat. On voit qu'à Tirlemont elles avaient tout 
pouvoir entre leurs mains. Il est vrai, il devait y avoir 
dans le conseil de la commune un bourgmestre et quatre 
échevins sortis des classes privilégiées. Mais puisque 
personne ne pouvait parvenir à ces dignités, si les dépu- 
tés des corps de métiers n'eussent agréé et proposé sa 
candidature, n'était-ce pas en fin de compte investir 
ceux-ci de tout pouvoir? 

La charte de 1478 règle aussi les jours et heures, aux- 
quels le magistrat doit siéger toutes les semaines; indi- 
que les qualités qu'il faut avoir pour être conseiller ou 
administrateur d'un corps de métier; détermine le prix 
auquel on pourra vendre de la bière; dit que les petits 
tribunaux, dont les causes viennent en appel au banc 

(1) « Raetsliede uuten acht natien vanden ambachten van Thie- 
nen. » Comptes de 1470 à 1471. 

7 



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de Tirlemont, continueront à reconnaître cette juridic- 
tion ; défend aux corps de métier de s'assembler sans le 
consentement du mayeur et du magistrat; ordonne aux 
mômes corporations de se réunir annuellement le jour 
de la fête du S. Sacrement, afin de renouveler leurs ad- 
ministrateurs, etc. (1). 

Le document remarquable, dont nous venons de faire 
l'analyse, n'est pas le seul bienfait que la ville de Tir- 
lemont doit à l'archiduc Maximilien. Ce prince et son 
épouse octroyèrent, le 5 décembre 1479, des privilèges 
au métier des bouchers (2). Le 30 mai 4484, l'archiduc 
Maximilien et son fils, Philippe-le-Beau , faisant droit 
aux plaintes faites par les patriciens (Goede ende Schilt- 
borstiffe mannen) et les chefs des corps de métier contre 
les brasseurs, privèrent ceux-ci du monopole de la fabri- 
cation de la bière. Tout bourgeois reçut le pouvoir de 
faire brasser de la bière à son compte, mais pour son 
usage seulement. Aucun brasseur ne pouvait se refuser 
à une demande de cette espèce (3). 

L'ârchiduc Maximilien apposa son nom à la pièce de 
4484 en sa qualité de régent du Brabant pendant la mi- 
norité de son fils. La mère était morte, d'une chute de 
cheval, le 27 mars 1482. Sauf en l'année 1477, le règne 
de Marie s'était passé d'une manière assez heureuse 
pour ses états. Sa mort replongea nos provinces en gé- 
néral et la ville de Tirlemont en particulier dans le 
malheur. Mais avant d'en venir au récit de ces malheurs, 
il faut raconter un fait fort important. 

En Tannée 4482, les Tirlemontois et d'autres habitants 

(t) Voir le texte de cette Charte aux Pièces Justificatives, N d 8. 
(2) Voir aux Pièces Justificatives, N° 0. 
(5) Voir aux Pièces Justificatives, K°10. 



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du duché de Brabant s'engagèrent dans une guerre, qui 
nous dépeint bien les sentiments chevaleresques et reli- 
gieux de l'époque : ils prirent les armes, afin de venger 
un crime commis sur leur évéque. 

Depuis longtemps l'artificieux Louis XI, roi de France, 
convoitait la Belgique. Afin de susciter des embarras à 
Maxiniilien, un homme dévoué de corps et d'âme à la 
politique française, Guillaume de La Marck, porta le 
désordre dans la ville de Liège et l'effroi dans toute la 
Belgique. Non content de disposer de tout à Liège, il tua 
de sa main Richard , secrétaire de l'évêque , et marcha 
contre ce prélat, qui l'avait comblé de ses bienfaits. Il 
le rencontra désarmé près de la ville, et, après l'avoir 
accablé d'outrages , il le blessa lui-même à la gorge, et 
ordonna froidement à un des siens de l'achever. Le cada- 
vre meurtri, sanglant et presque entièrement nu du 
prélat demeura plusieurs heures exposé dans la boue 
aux regards et aux insultes de la populace (1). 

Ce meurtre sacrilège souleva tout le Brabant d'in- 
dignation et lui fit prendre les armes. Les Louvani&tes 
apprirent la terrible nouvelle au milieu des réjouissan- 
ces de la fête communale. Aussitôt ils s'armèrent et par- 
tirent encore le même jour pour Tirlemont. Le lende- 
main ils continuèrent leur route avec les Tirlemontois, 
sur lesquels le chevalier Martin de Wilre avait le com- 
mandement. Ils s'emparèrent de St-Trond. 

Dans cette ville, d'autres Brabançons vinrent les re- 
joindre. Ces derniers avaient été envoyés par Maxiniilien 
sous le commandement de Philippe de Clèves. Ils s'em- 

(1) Divœus, Jœrboeken der stad Lewom, p, 513; De Smel, /7t*f. 
de ta Belgique J 4* édit., 1,511; De Gerlache, Histoire de Liège, 
OEuvres compl. IV, 515. 



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— 100 - 

parèrent de Looz, de Hasselt et Tongres. Arrivés près de 
Liège, ils assirent leur camp non loin de cette ville. 
Après plusieurs escarmouches de peu d'importance avec 
l'armée Liégeoise, commandée par de La Marck, ils fini- 
rent par lui faire accepter une bataille décisive, dans 
laquelle ils le défirent complètement. Alors les Liégeois 
demandèrent et obtinrent la paix (1). 

Cette guerre, qui fait honneur aux habitants du Bra- 
bant, porta malheureusement un grand préjudice à leurs 
finances. Les dépenses qu'elle entraîna, les obligèrent à 
contracter des dettes. Il résulte des comptes de la ville 
de Tirlemont, que pendant la première moitié du XVI e 
siècle ces dettes pesaient encore sur les habitants de 
cette ville (2). 

Délivré du poids de la guerre dans le pays de Liège, 
l'archiduc Maximilien eut à soutenir une lutte contre 
la Flandre, qui refusant de le reconnaître pour régent, 
avait revêtu de cette dignité Philippe de Clèves, celui-là 
même qui avait commandé les troupes de Maximilien 
dans le pays de Liège. 

Cette affaire se termina, en faveur de l'archiduc, par 
un traité conclu le 24 juin 1485, entre ce prince et les 
'états de la Flandre. Une autre bonne fortune échut à 
Maximilien Tannée suivante : le 16 février 1486, il fut 
élu roi des Romains , c'est-à-dire , futur empereur d'Al- 
lemagne. 

Ne semblerait-il pas naturel que cet agrandissement 

(1) Divœus, loco cité ; Haraeus , Annales, I, 461. 

(2) « Uuytgeven van lyftochten die de stadt van Thienen heeftte 
dragen voer een quote ende portie der financien vercocht in den 
oorloge van Luydicke geweest in den jaere van LXXXII. » Comptes 
de 1521 à 1522. 



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- 101 — 

de pouvoir dût raffermir l'autorité de Maximilien dans 
nos provinces? Cependant le contraire eut lieu. Les mé- 
contents criaient maintenant dans les villes, que le roi 
des Romains dilapidait les deniers publics, épuisait le 
pays par des dépenses superflues et envoyait en Alle- 
magne l'argent qu'il extorquait au pauvre peuple. Bien- 
tôt le mécontentement éclata d'une manière extraordi- 
naire. Au commencement de l'année 1488, Maximilien 
se rendit à Bruges. Le peuple de cette ville se souleva à 
à son arrivée, s'empara de sa personne et l'enferma 
dans la maison de Philippe de Glèves. Ensuite il s'occupa 
de changer le magistrat, sans oublier le pillage et les 
violences de toute espèce. Plusieurs conseillers du prince, 
ainsi que des membres de l'ancien magistrat, furent 
condamnés à mort et exécutés impitoyablement (4). 

La captivité du roi des Romains dura quatre mois. La 
nouvelle de l'approche d'une armée allemande, com- 
mandée par l'empereur lui-même, obligea les bourgeois 
de Bruges d'y mettre fin. 

Le 46 mai 4488, Maximilien obtint la liberté, après 
avoir signé, avec les états de la Flandre et le magistrat 
de Bruges, un traité, dont voici les principales dispo- 
sitions. Le roi ne pouvait demander aucun châtiment 
pour son emprisonnement ; il ne pouvait laisser entrer 
en Flandre les troupes allemandes envoyées à son se- 
cours; Philippe de Clèves cesserait de prétendre à tout 
pouvoir en Flandre (2). 

L'empereur Frédéric, devançant une armée considé- 
rable, était déjà avec son avant-garde à Louvain, lorsque 



(1) David, Manuel de l'histoire de Belgique, 1* édit., tom. I, p. 272. 

(2) David, loco citato ; Divœus, Jaerboeken der stad Leuven, p. 324. 



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— i02 - 

Maximilien sortit de prison. Celui-ci courut à sa rencon- 
tre dans cette ville. De là, il déclara que le traité de 
Bruges, conclu avec des sujets rebelles, ne pouvait l'obli- 
ger et que le serment qu'il avait fait, ne pouvait le lier, 
parce qu'il avait été extorqué par la force. 

L'empereur d'Allemagne entra donc dans la Flandre 
afin de châtier cette province rebelle. Après avoir ravagé 
les environs de Gand, il mit le siège devant cette ville. 
La fortune lui fut contraire. Philippe de Cléves, qui 
s'était mis à la tète des Flamands révoltés, défendît si 
bien la ville de Gand , qu'après six semaines d'efforts 
inutiles, l'empereur fut obligé de se retirer honteuse- 
ment. 

Cet échec inattendu détacha bientôt le Brabant pres- 
que tout entier de l'obéissance à Maximilien. Philippe 
de Clèves s'était hâté de marcher sur cette province. Le 
17 septembre 1488, Bruxelles le reçut dans ses mors. 
Louvain et Tirlemont levèrent aussitôt l'étendard de la 
révolte. Les archers de ces deux villes, commandés res- 
pectivement par Léon d'Udekem et Martin de Wifre, 
chassèrent les troupes de Maximilien de leur pays (1). 
Nivelles, Léau, Jodoigne, Aerschot et d'autres villes 
n'attendaient qu'une occasion pour se prononcer dans le 
môme sens (2). Anvers, Lierre, Hal, Vilvorde et Malines 
demeurèrent fidèles à Maximilien. Bois-le-Duc, Diest et 
Siehem gardèrent la neutralité (3). 

Révolution bien étrange! Il nous semble qu'on ne 
peut l'expliquer, qu'en admettant que les communes 
rebelles croyaient y voir le moyen de récupérer leur ïn- 

(1) Divœus, Jaerboeken der stad Leuven, p. 327. 

(2) Henné et Waoters, Histoire de Bruxelles, I, 303. 

(3) Divœos, Jaerboeken, p. 328. 



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— 405 - 

dépendance et la plénitude de leurs privilèges (i)* 
Gomme leur entreprise était insensée ! Elles s'attaquaient 
à un colosse, qui devait finir par les écraser* 

Après son échec de Gand, l'empereur était retourné 
en Allemagne, et Maximilien s'y rendit peu après, lais* 
sant à Albert de Saxe le gouvernement de nos provinces. 
Les exploits d'Albert de Saxe étaient célèbres par toute 
l'Europe. Alliant la prudence la plus consommée à une 
bravoure à toute épreuve, il était regardé comme le meil- 
leur général de son temps. Il guerroya dans la Flandre 
jusqu'au commencement de 1489, et fit essuyer de gran- 
des pertes aux Flamands (2). 

. Cependant les cités Brabançonnes du parti de Philippe 
de Clèves, effrayées par les nouvelles. qui leur arrivaient 
du comté de Flandre, prirent les mesures nécessaires, 
afin de pouvoir résister à l'orage qui grondait sur leur 
tète. Le magistrat de Louvain manda dans ses murs et 
équipa tous les villageois des environs ; il mit de la gar- 
nison aux châteaux de Roest , Horst, Rhode-Ste-Agathe, 
Heverlé, Wesemael et de la Rivière. 11 prit aussi à son 
service des volontaires français et liégeois. Le comman^ 
dément de la ville fut confié à Jacques Calliot, comman- 
deur de Chan train, et à Jean Pinnoi, lieutenant-mayeur* 
La défense d'Àerschot fut confiée à Robert d'Arenberg, 
et celle de Léte. & Gratien Gerra, portugais» EngeU?ert 

(1) Nous sommes d'autant pins porte à le oroire, qee dans an 
dialogue entre trois habitants de Tirlemont; le dojen du chapitre» 
un, bourgmestre et le secrétaire communal» le doyen dit* en parlant 
de cette guerre : Defen&io juris naturalis est et resistere tyrannidi 
icitum. Voir dans le Brabandsch Muséum, I, 55, ce que nous avons 
dit sur cet incunable, imprimé à Louvain en 1488 ou 1489. 

(2) De Smet, Histoire de la Belgique, !, 515. 



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— 10* — 

de Jodoigne et Martin de Wilre étaient chargés du com- 
mandement à Tirlemont (1). 

Au commencement de Tannée 1489, après avoir confié 
à Engelbert de Nassau le soin de continuer la guerre en 
Flandre, Albert de Saxe tourna ses armes contre le Bra- 
bant. Commençant cette campagne par des revers, 
comme le fit son maître dans la Flandre, il fut battu 
deux fois de suite, le 2 et 15 du mois d'avril. Mais depuis 
lors , il marcha de triomphe en triomphe. A la fin du 
mois d'avril il se rendit maître d'Aerschot, et enleva 
ensuite les châteaux de Wesemael, Roost et Horst. Jean 
de Schoonvorst, lieutenant d'Albert, traita avec une 
grande barbarie la garnison, qui avait défendu le châ- 
teau de Wesemael. Ces hommes se réfugièrent à la tour 
du château. Quoiqu'ils eussent l'intention de se rendre, 
Jean de Schoonvorst y fit mettre le feu : tous les soldats 
périrent^ asphyxiés par la fumée ou consumés par les 
flammes (2), 

Tournant Louvain, Albert de Saxe parcourut en vain- 
queur tout le firabant-Wallon et répandit la terreur 
dans toutes les villes insurgées, dont il épiait les moin- 
dres mouvements. Les Liégeois ayant envoyé un secours 
en canons à la ville de Tirlemont, Albert de Saxe réussit 
à les enlever. 11 s'empara sans peine des villes de Nivel- 
les, Gennape et Jodoigne. Cependant il subit un échec à 
Léau. Engelbert de Jodoigne et Martin de Wilre, com- 
mandants de Tirlemont, coururent à la défense de cette 
ville. Aidé par les vaillantes milices tirlemontoises, 
Gratien Gerra, commandant de Léau, repoussa l'ennemi 
et lui fit éprouver une grande défaite (3). 

(!) Divœus, p. 327. 

(2) Ibid. p. 529. 

(3) Ibid. p. 530. 



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— 405 — 

Enfin, au mois de juillet, Albert de Saxe se présenta 
devant Tirlemont. La guerre approchait d'un moment 
solennel ! De la résistance ou de la chute de cette ville 
allait dépendre le sort des localités qui tenaient encore 
pour Philippe de Glèves. Albert de Saxe établit son quar- 
tier général non loin de la vieille porte de Louvain, au 
couvent de Danenbroeck. Il y trouva des ennemis dignes 
de sa valeur. La garnison de Tirlemont fît noblement 
son devoir et résista opiniâtrement à tous les efforts du 
grand général. Malheureusement ce que celui-ci ne put 
obtenir par la force, il l'obtint par la ruse. « La ville de 
Tirlemont, raconte Haraeus, était riche en vivres de 
toute espèce. Albert de Saxe tenta plusieurs fois, mais 
en vain, de s'en rendre maître. Irrité par les railleries 
amères que les habitants lui lançaient sans cesse du 
haut de leurs remparts, il ordonna d'attaquer la place 
de deux côtés à la fois. Ces attaques, il les fit recommen- 
cer plusieurs jours de suite, afin que les assiégés, en s'y 
habituant, se laissassent aller à les repousser avec moins 
de vigueur. Afin il ordonna une attaque générale : il 
réussit à pénétrer dans cette ville opulente, la ravagea 
par le pillage et l'incendie, tua presque tous les Liégeois 
qui s'y trouvaient, et constitua tout le reste prison- 
nier (i). » 

Il ne resta d'autre ressource à la ville de Tirlemont que 
de demander grâce au vainqueur. Celui-ci s'empressa 
de conclure avec les habitants de cette ville et du ha- 
meau de Grimde un traité qui fut ratifié par Maximilien 
et son fils, Philippe-le-fieau, le 14 du mois d'Août. Ce 
traité est fort curieux : il nous fait connaître comment 

(1) Haraeus, Annales Brabantiœ, I, 480. 



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- 106 — 

les souverains traitaient alors les villes rebelles. En 
voici les dispositions principales. 

D'abord les habitants de Tirlemont et de Grimde 
s'obligent à payer une amende «'élevant à la somme de 
41,000 florins du Rhin. 

Ensuite les princes déclarent que les mêmes habitants 
peuvent rentrer en possession de leurs demeures. 

Ils disent aussi que tous les habitants, séculiers et 
ecclésiastiques, sont obligés à payer leur part dans 
l'amende prédite. Ils exceptent cependant les ordres 
mendiants, les hôpitaux , les léproseries, la table du 
S» Esprit et tous ceux qui, pendant les troubles passés, 
ont tenu le parti de Maximilien. 

Ils ordonnent au magistrat d'appeler les ecclésiastiques 
aux réunions, dans lesquelles se ferait la répartition de 
la quote-part de chaque habitant; et de les inviter de 
même à la reddition des comptes. 

Ils déclarent que les habitants de Tirlemont ne de- 
vront contribuer en aucune manière dans les conditions 
qui seront imposées à ceux de Louvain dans la conclu- 
sion du traité de paix, que ces derniers sont en voie de 
conclure. 

Ils déclarent aussi les habitants de Tirlemont quittes 
et libres de toutes dettes, dont elle pouvait être chargée 
envers ceux qui, jusqu'au jour de la conclusion du traité, 
avaient adhéré au parti rebelle. 

Ils rétablissent les habitants de Tirlemont dans les 
privilèges, qui leur ont été octroyés par la charte de 
1478, ainsi que dans la faveur de pouvoir brasser de la 
bière, privilège qui leur a été accordé en 4484. 

Ils permettent à tous les habitants , qui ont quitté la 
ville, de rentrer moyennant une amende de 30 sons. 



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— i07 - 

Enfin ils déclarent exclus du traité Arnould Berwouts, 
Guillaume Diericx, maître Jean Vander Capellen, Pierre 
Traetsen, Paul Leenen, Henri Straetsmans et Jean le 
vitrier. Ils prononcent contre eux la peine du bannisse* 
ment et la confiscation de leurs biens (4). 

La perte de Tirlemont fut le coup de mort pour le 
pouvoir de Philippe de Clèves dans le duché de Brabant. 
C'est lui-même qui nous l'apprend dans une lettre qu'il 
adressa aux échevins d'Ypres, à la date du 51 Août. 
« Noos vous tenons assez advertis, dit-il, de la prinse 
» de la ville de Thielmont, faite par noz ennemis, â 
> l'occasion de laquelle prinse toutes les villes du pays 
» de Brabant, excepté la ville de BrouxelIes> ont esté si 
» espoentées (épouvantées), qu'il n'a esté possible de 
» les povoir rasseurer; ainçois (mais) ont fait leur 
» traittié aux dits ennemis (2). » 

Ainsi qu'il est dit dans cette lettre, les différentes 
villes du Brabant s'empressèrent de faire leur soumis- 
sion au vainqueur. Le traité conclu entre Albert de Saxe 
et la ville de Louvain fut conclu et signé à Tirlemont 
même, dans le couvent de Danenbroeck. Pour ce motif 
il porta dans la suite le nom de Traité de Danen- 
broeck (3). Au 51 août, la ville de Bruxelles avait fait sa 
soumission également (4). Bientôt la Flandre se soumit 
de même. 

La ville de Tirlemont avait beaucoup souffert de cette 
campagne. Lorsque les états de Brabant, excepté les 

(1) Voir le texte de ce traité aux Pièces Justificatives, N* ii. 

(2) Gâcha rd, dans le Compte-rendu de la commission royale d'his- 
toire, fr série, tom. III, p, 238. 

(3) Divœus, Jaerbœken, p. 532. 

(4) Voir la suite de la lettre citée de Philippe de Clèves. 



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- 108 — 

villes d'Anvers et de Bois-le-Duc, eurent consenti, en 
1491, à Maximilien un florin du Rhin par foyer pour 
aide; par acte du 13 décembre de la même année, le 
prince consentit que la ville de Tirlemont entièrement 
ruinée ne devrait pas payer comme les autres villes, 
mais comme le plat pays (1). 

Au chapitre suivant nous rencontrerons une pièce 
authentique, qui nous donnera d'autres détails sur les 
suites malheureuses de cette guerre pour notre ville. 
C était au reste un malheur dont elle devait prendre 
son parti, puisqu'elle l'avait provoqué. Il n'en fut pas 
de même du désastre que nous allons raconter mainte- 
nant. 

Afin de faire comprendre au lecteur les causes de ce 
nouveau malheur, nous devons remonter un peu plus 
haut. Charles-le-Téméraire, duc de Bourgogne, profitant 
de démêlés qui déchiraient la famille d'Egmont, en pos- 
session du duché de Gueldre et du comté de Zutphen, 
avait réussi à réunir ces deux provinces à ses autres 
états. Le vieux duc Arnould les lui avaient engagés au 
prix de 500,000 florins. Les Gueldrois, peu satisfaits de 
cet arrangement, conclu sans leur intervention, se sou- 
levèrent plusieurs fois sous Charles-le-Téméraire, afin 
de rendre le pouvoir à leurs anciens princes. Toujours 
battus, ils se soumirent pendant quelque temps, afin de 
recommencer à une première occasion. 

(1) Pour le même motif Maximilien accorda cette faveur aux villes 
de Halen, Aerschot, Hannut, Landen et Vilvorde. « Dat die hertstedea 
van onsen steden van Thienen, Halen, Aerschot, Hannuyt, Landenen 
ende Vilvoorden, die geheel verdorven zyn, zelen worden gerekent 
gelyk die hersteden ten platten lande. » Archives du royaume. Etats 
de Brabant. 



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- 409 - 

A la voix d'un de ses plus illustres princes, du célèbre 
Charles d'Egniont, surnommé Y Achille Gueldrois, la 
Gueldre s'était soustraite de nouveau à l'obéissance de 
nos souverains à la fin du XV e siècle. On chassa de 
toutes parts les gouverneurs et les garnisons, que 
Maximilien y avait mis. En 1504, Philippe-le-Beau se 
disposait à soumettre ce pays par la force des armes, 
lorsque la mort de sa belle-mère, Isabelle, l'appela en 
Espagne. Il conclut donc avec Charles une trêve de deux 
ans, pour avoir le temps d'aller recueillir la succession 
de sa femme (1). 

Ce fut en Espagne que Philippe-le-Beau mourut subi- 
tement à la fleur de l'âge, le 25 septembre 1506, laissant 
héritier de ses états, un enfant de six ans et demi, 
devenu depuis si célèbre sous le nom de Charles-Quint. 
Cette nouvelle combla de joie le général des Gueldrois. 
Aussi, sans attendre la fin de la trêve, se jeta-t-il sur la 
Campine qu'il ravagea complètement. Combien la Bel- 
gique n'avait-elle pas à craindre des entreprises de cet 
audacieux guerrier, peu scrupuleux sur les moyens .à 
employer, pourvu que le succès vînt couronner ses 
efforts (2) ! 

Deux circonstances fâcheuses rendaient l'invasion des 
Gueldrois pleine de dangers pour nous. D'abord l'ennemi 
était soutenu par la France. Charles d'Egmont avait 
conclu aussi un traité avec la puissante famille des de 
la Marck, cet instrument si actif de la politique française. 
Mais ce qui donnait lieu de craindre plus encore, c'était 
la situation déplorable du gouvernement. 



(1) David, Manuel, p. 276. 

(2) Henné, Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique, 1, 53. 



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- 410 — 

L'empereur Maximilien (1), dès qu'il eut appris la 
nouvelle de la mort de son fils Philippe-le-Beau, s'était 
offert lui-même pour la tutelle et la régence pendant la 
minorité de son petit-fils. Mais ceux auxquels Philippe 
avait confié le soin du gouvernement durant son absence, 
avaient d'abord refusé ces offres et nommé un conseil de 
régence sous les auspices du roi de France. Cependant 
s'apercevant bientôt que c'était là exposer l'indépendance 
du pays, ils envoyèrent une ambassade à l'empereur 
pour le prier d'oublier le passé et de venir au secours 
de la Belgique. Maximilien ne se montra pas difficile; il 
promit de se rendre aux Pays-Bas, dès que les affaires le 
lui permettraient : en attendant, il nomma , pour gou- 
verner ces provinces, 6a fille Marguerite d'Autriche. En 
même temps, il donna pour gouverneur à son petit-fils , 
Guillaume de Croy, seigneur de Chièvres (2). 

On conçoit qu'avant que toutes ces difficultés fussent 
aplanies, on ait négligé de prendre les mesures requises 
afin d'arrêter l'invasion Gueldroise. Que fera-t-on main- 
tenant? Lorsque Marguerite arriva dans nos contrées, 
elle trouva le gouvernement sans argent et sans soldats. 
Cependant trois armées nous menaçaient à la fois. On 
réunit à la hâte le plus de soldats possible. Mais tout ce 
qu'on pouvait mettre sur pied, ne suffisait pas pour aller 
arrêter à la frontière les Gueldrois et une double armée 
de Français. L'autorité militaire décida donc de concen- 
trer toutes ses forces dans la ville de Tirlemont et d'at- 
tendre là l'ennemi. C'est pourquoi le prince de Chiniay 
et le comte Antoine de Ligne furent chargés de diriger 

(1) Il était devenu empereur en 1493. 
(2J David, Manuel, I, 278. 



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— lid — 

proraptcanent sur cette place les piétons du HainauL 
Guillaume de Cray devait s'y rendre également avec une 
partie des piétons et des genlilhonunes fieffés du pays 
deNamur (1). 

Le choix fait de la place de Tirlemont fut un double 
malheur pour cette ville. D'abord il devait attirer sur 
elle tous Les efforts et la rage de l'ennemi. Ensuite il 
régnait tant d'incurie au gouvernement et si peu de 
discipline à l'armée, que lorsque cette ville fut attaquée, 
il n'y avait pour toute garnison que 169 cavaliers namu- 
roiset quelques piétons (2) ! 

Cependant les Français au nombre de 500 lances et 

2,000 piétons, opérèrent à Cou vin, leur jonction avec 

Robert de La Marck, qui leur amenait2,000 lansquenets 

et un grand nombre d'aventuriers à cheval et à pied. 

Le duc de Gueldre, apprenant la marche de ses alliés, 

s'avança aussitôt avec 7,000 lansquenets, 200 chevaux 

| allemands et 9 pièces d'artillerie. Après avoir surpris 

Turnhout, il marcha sur Diest, où devaient venir le 

i rejoindre ses auxiliaires. Ceux-ci brûlèrent sur leur 

! passage Dalhem et Landen; ils se portèrent ensuite sur 

Diest. Cependant ils durent renoncer à prendre cette 

ville, qui fut sauvée par la valeur de son baron, Henri 

de Nassau, et par celle de ses habitants. 

lœ& trois armées confédérées pillèrent et brûlèrent 

! Haeien, le 18 septembre 1507. Le lendemain elles se 

! présentèrent devant Tirlemont (3). Elles l'attaquèrent 

I (1) Heune, Hist. du règne de Charles-Quint, 1, 157. 

; (2) ibid. 

! (5) La date du 19 septembre, indiquée par M. Henné, nous semble 

| appuyée par des documents authentiques. Voir Gâcha rd, Rapport 
i sur différentes séries de documents conservés à Lille, p. 378. 



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- 112 — 

de suite. Le duc de Gueldre dirigea l'attaque d'un côté, 
et le prince de la Marck, de l'autre. Il était impossible 
que cette place, presque sans garnison, résistât long- 
temps. Bientôt l'ennemi monta à l'assaut. Des aventu- 
riers liégeois, qui étaient venus grossir les armées 
confédérées, furent des premiers sur les murailles. Les 
autres les suivirent. La ville était prise! Le sac fut 
épouvantable ; rien ne fut respecté par les ramassis de 
vagabonds, qui s'étaient joints aux vainqueurs (4). Les 
églises, les couvents, les demeures des particuliers, 
tout fut pillé; beaucoup d'babitants furent tués, d'autres 
faits prisonniers (2). 

Le désastre de i507 ne se borna pas à la ville seule, 
il s'étendit à toutes les localités voisines. Le duc de 
Gueldre et Robert de la Marck restèrent treize jours à 
Tirlemont, ravageant toute la contrée et incendiant un 
grand nombre de villages. Ils se disposaient à étendre 
leurs entreprises sur d'autres villes voisines ; on crai- 
gnait surtout beaucoup pour Louvain, laissé sans garni- 
son. D'ailleurs tout n'était-il pas à redouter en présence 
de l'inconcevable incurie des généraux des Pays-Bas ? 
Heureusement la discorde éclata, d'abord entre les 

Cependant Divœus, Jean de Los, Boonen, d'autres auteurs encore, 
prétendent que l'attaque de Tirlemont eut lieu le 29 septembre, fête 
de St-Michel. Boonen dit qu'on fit à cette occasion le chronogramme 
suivant : 

MaChIeL VersaCh 

den thïensChen sLaCh. 

Selon les usages de cette époque, dans ce chronogramme la lettre 
D ne compte pas. 

(1) Henné, p. 160. 

(2) Boonen, Antiquitates Lovanienses, Ms. reposant aux archives 
de la ville de Louvain, tom. I, f. 119 V°. 



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— 415 - { 

soldats de ces bandes, puis entre les chefs. Cela nous est 
attesté par un auteur contemporain, qui après avoir ra- 
conté la prise de Tirlemont, continue de la sorte : 
« Quand les lansquenets feurent dedans et les adventu- 
riers, se commencèrent à battre l'un l'aultre, tellement 
qu'il en mourut beaucoup d'un costè et d'aultre (4). » 

Ne pouvant plus vivre ensemble, les alliés se sépa- 
rèrent. Les Gaeldrois partirent les premiers et retour* 
nèrent dans leur pays. Us arrivèrent à Ruremonde, 
chargés de butin et de nombreux prisonniers;. Ces 
infortunés, dont un grand nombre étaient des habitants 
de Tirlemont, languirent longtemps dans les prisons de 
cette ville et y endurèrent toutes sortes de souf- 
frances (2). 

Le cruel duc de Gueldre avait laissé , en partant , 
l'ordre à Robert de la Marck de mettre le feu à la ville de 
Tirlemont avant de la quitter. Mais le prince français, 
jugeant sans doute que cette ville avait souffert assez et 
que c'était là un crime inutile, n'obtempéra pas à cet 
ordre barbare (3). 

Par le départ de ces chefs de guerre, la Relgique 
était à l'abri de graves dangers. Mais la ville de Tirle- 
mont était ruinée. Ce qu'il y avait de plus déplorable, 
c'est que les habitants se laissaient aller au désespoir. 
En moins de vingt ans leur cité n'avait-elle pas été 
saccagée deux fois? C'est pourquoi personne ne s'y 
croyant plus en sûreté, un grand nombre d'habitants 
abandonnèrent cette malheureuse ville avec toute leur 
famille et leur avoir. Le nombre de demeures délaissées 

(1) F leu ranges cité par M. Henné, p. 160. 

(2) Boonen, loco cit. 

(3) Chapeauvilie. 



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— 114 — 

augmenta sans cesse et la population diminua sensible- 
ment. 

Voulant rendre la sécurité aux habitants et arrêter* 
leur départ, le magistrat jugea nécessaire de relever et 
d'augmenter les fortifications de la cité. Le gouverne- 
ment, auquel il avait demandé les autorisations néces- 
saires, y envoya une commission composée d'architectes 
et d'autres personnes compétentes. Après avoir inspecté 
les lieux, cette commission décida qu'il fallait réduire la 
ville et tracer une nouvelle ligne de remparts. Cette 
décision déplut à beaucoup de bourgeois, surtout à ceux 
que les nouveaux remparts allaient rejeter hors du mur 
d'eneeinte. Mais il fallut céder à la nécessité. Le 29 
Mars 1512, Maximilien et son petit-fils, Charles, accor- 
dèrent au magistrat de Tiriemont l'autorisation nécessaire 
pour démolir les portes et les tours des anciens rem* 
parts, combler les fossés et élever une nouvelle enceinte 
d'après le plan arrêté par la commission précitée. Les 
deux princes ordonnèrent en même temps, non seule- 
ment aux habitants de la ville, mais aussi à tous ceux 
du quartier de Tiriemont, de travailler tous les mois un 
jour à ces remparts, soit en personne, soit en prêtant 
des chevaux, des chariots, des charrettes ou autres choses 
nécessaires. Les récalcitrants devaient être condamnés 
pour chaque jour de refus à une amende, équivalant 
au salaire d'une journée de travail (1). 

L'ordre imposé aux habitants de la ville et du quartier 
de Tiriemont de prendre part aux travaux de fortifica- 
tion du chef-lieu de l'arrondissement, n'était pas chose 
neuve. Les comptes de la ville de 4470 à 1471 nous ap- 

(1) Voir aux Pièces Justificatives, N° 12. 



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- 41& - 

prennent que cette pratique était déjà en vigueur au 
XV e siècle (i). Au reste le même usage existait partout» 
Cependant ces corvées déplaisaient souverainement aux 
habitants de la ville et surtout à ceux, des autres locali- 
tés du quartier. Beaucoup négligèrent de faire leur 
Journée de travail mensuel. C'est pourquoi le magistrat 
sollicita et obtint le 26 septembre, un nouvel octroi, qui 
renouvela celui du 29 mars, et enjoignit aux seigneurs 
de villages, aux justiciers et aux officiers de le faire;, 
exécuter (â). 

L'octroi du 26 septembre avança les affaires de Tïrle-. 
mont aussi peu que celui du 29 mars. Il y avait un vice 
radical dans ces deux ordonnances : il leur manquait 
une sanction suffisante. L'amende, prononcée contre les 
récalcitrants, n'équivalant qu'au salaire d'une journée 
de travail, la plupart des intéressés préféraient la 
payer et passer leur temps à leurs propres affaires* 
D'autre part, la ville n'avait aucun intérêt à poursuivre 
la solution de ces amendes, parce que les frais de pour- 
suite, qui étaient à sa charge, l'entraînaient à des dépen- 
ses plus fortes que les sommes qu'elle avait l'espoir de 
toucher. C'est pourquoi les deux ordonnances de 1512 
étaient comme non avenues. 

Par octroi, accordé le 44 mars 4337, l'empereur 
Charles-Quint modifia cet état des choses : il mit les frais 

(i) « Itembetaeit Wouteren Van &st van 111 brieven te dragenen 
aen 111 dorpen, te wetenen, Bunsbeke, Stock ende Hou t hem, dat sy 
aouden comen wercken aende vesten om de stad te ster ckenen. 

ce Betaelt Janne Oliviers van dat hy gedragen heeft twee brieve te 
Yertrycke ende le Roesbeke, dat sy souden comen wercken aende 
vesten. » 

(2) Voir aux Pièces Justificatives, N° 15. 



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— 116 — 

de poursuite aux frais du gouvernement. C'est au moins 
le sens que nous croyons devoir attacher à ce document, 
dans lequel l'empereur, après avoir signalé les défauts 
des ordonnances précédentes, chargea le mayeur de 
Tirlemont, c'est-à-dire, le représentant du gouvernement, 
de poursuivre ceux qui refuseraient d'acquitter leur part 
de travail. (1). 

La nouvelle ordonnance produisit son effet. Elle 
permit au magistrat d'exécuter les travaux projetés 
depuis longtemps. Afin de réduire la ville, on revint à 
l'enceinte commencée vers l'année 1300. On tira profit 
des remparts construits alors. Ce bout de remparts, 
ayant le Borchgracht pour fossés, partait de l'île S. Hé- 
lène et s'arrêtait à la Ghète, près de la fausse porte de 
Maestricht. On continua ces remparts depuis ce dernier 
point jusqu'à l'endroit dit Sliksteen. Ces travaux furent 
exécutés en 1537 et 1538, d'après les plans et sous la 
direction de deux grands architectes : de Maître Alexien, 
architecte du comte de Buren, et de Jean Du Quesnoi , 
maître-maçon del'empereur dans le comté deHainaut(â). 

(1) Voir aux Pièges Justificatives, N° 14. 

(2) « Item betaelt Steffen Crans die welke VU dagén heeft geva- 
ceert int reysenen ende wederom commenen tôt in de stadt van 
Kennoey in Henegouwen aen Keysers werckman aldaer met eenen 
missievebrieve vande. stadt. » Comptes de 1555 à 1536. 

ce Item XXIII Martii betaelt M. Alexiane, boumeester des greven 
van Bueren, die welcke ten bevele van mynen Heer van Bueren ende 
ter begeerten deser stadt alhier gecompareert is ende eene ordinan- 
tie gemaect beeft aengaende der minderingen ende fortificatien 
vander stadt, voor XXIII daegen, sdaegs XX st. 

c Item ten selven dage betaelt M. Jannen Van Kennoey, metser 
ons Heren des Keysers in syn landt van Henegouwe, van dat hy ter 
begeerte vande stadt alhier gecompareert heeft om zyn advys te 



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- 117 — 

En 1540, on commença la construction de la tour dite 
Sliksteen, à la place d'une autre plus petite appelée 
VOEU chassieux (Leepoog) (1). S'il faut en croire une 
tradition populaire, le terrain mouvant de cet endroit 
engloutissait plusieurs fois les couches de pierres de» 
vant servir de fondement au nouveau bastion, et de là 
est dérivé le nom de Sliksteen ou endroit avalant les pier- 
res. Quoiqu'il en soit , la nouvelle tour était une con- 
struction importante. H résulte des comptes de la ville 
que de nombreux ouvriers y ont travaillé plusieurs mois 
durant. L'architecte impérial, Jean Du Quesnoi, s'était 
de nouveau transporté à Tirlemont et avait fourni le 
plan de la nouvelle fortification (2). 

Les remparts construits au commencement du XVI e 
siècle devaient se prolonger depuis l'Ile-Ste-Hélène jus- 
qu'à la vieille porte de Louvain, en passant par les rues 

geven op die miuderinghe ende fortificatie van deser stadt, XII 
R. guld. 

« Item nono Àprilis betaelt Àendriessen Van Broeckem zekere 
montcosten ende wyne toi zyne huyse by Meester Alexiane, bouw- 
meester van den grève van Bueren, ende M. Jannen Van Kennoey, 
roetsere in Henegouwe, ten tyde doen zy alhier den patroen maecten 
ende ordineerden om dese stadt te mi rider en ende forlificeren, XÏII1 
H. gnld. » Comptes de 1537 à 1538. 

(1) « Item betaelt Aendriessen Van Broeckem voer tgebrnyk by 
der stadt gedaen van zekere loegenvesten iiggende buyten der straet 
achter den torren van de Leepooge oft Slicksteen. «Comptes de 1547 
à 1548. 

(2) a Den XIX 8ten Augusti betaelt M. Jannen Van Kennoey van d a 
by alhier ter versuecke vander stadt vuyt Henegouwe gecomen is 
ende die minderinge vander stadt gevisiteert ende een nieuw bol - 
werck aen de Leepooge betrocken ende eenen patroen daer aff ge- 
maect heeft, by den selven gevaceert XIIII dagen, sdaegs XX st. » 
Comptes de 1539 à 1540. 



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— 118 - 

de Hougaerde, du Marais et de Louvain. Mais ces tra- 
vaux ne se firent qu'an siècle plus tard. Nous en parle- 
rons au chapitre suivant. 

Les ouvrages construits en 1537 et en 1540 ne furent 
que la suite des désastres de 1489 et de 1507, C'est 
pourquoi nous avons cru devoir les faire connaître en 
cet endroit. Nous devons revenir maintenant sur nos 
pas. Le commencement du XVI e siècle va nous présen- 
ter quelques faits fort intéressants pour notre histoire. 




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Chapitre cinquième* 

La ville de Tirlemont , dont le commerce et l'aisance s'étaient rele- 
vés au commencement du XVI e siècle , retombe dans la misère à 
la suite des troubles et des guerres causés par la Réforme. — Elle 
se relève de nouveau sous le règne des Archiducs Albert et Isa- 
belle. 



Remarquez , Messieurs , que c'est là un droit nouveau en 
Europe, je dirai même que c'est la un droit nouveau dans 
le monde , car on sait que jadis la tolérance pratique n'exis- 
tait nulle part; elle n*est pas même admise aujourd'hui 
dans plusieurs états protestants. 

Comte os Theux, Discours à la Chambre des 
Représentants. 

Le commencement du XVI e siècle fut pour la Belgi- 
que une époque de prospérité et de gloire. Un Belge, 
très-attaché à sa patrie, l'illustre empereur Charles- 
Quint, se trouvait à la tète d'une grande partie de l'Eu- 
rope et s'efforçait de combler nos provinces de toutes 
sortes de bienfaits. Grâce à cette puissante protection 
notre industrie se développa extraordinairement : nos 
industriels nouèrent des relations commerciales avec la 
Hanse Teutonique, l'Angleterre, l'Italie, etc. (4). 

Cette situation heureuse, qui releva bientôt la plupart 
de nos cités de leur état de misère et de ruine, fit un 
immense bien à notre ville. Chose remarquable! Cette 
cité si pauvre par suite des désastres de 1489 et de 1507; 
si vide d'habitants , parce que les uns avaient péri par 
le glaive, que d'autres avaient été traînés en exil ; et 

(1) De Smet, 1,518. 



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— ISO — 

parce que beaucoup avaient fui cette ville, où personne 
ne se croyait plus en sûreté; avait déjà recouvré, 
en 1326, son ancienne aisance et comptait même une 
population plus forte qu'au siècle précédent. Et en 
effet, tandis que le recensement de 4435 ne lui attribue 
que 1601 foyers, un relevé fait en 1526, constate l'exis- 
tence de 2041 habitations, dont seulement 31 inhabi- 
tées (1). En supposant que chacune des 2010 demeures 
habitées comptait, l'une parmi l'autre, sept personnes, 
on aura une population de 14,070 habitants. 

Le recensement de 1526 donne les détails suivants sur 
cette population. La ville comptait 1975 maisons pri- 
vées, dont 30 inhabitées et 7 à deux foyers ; le hameau 
de Griuide 22, dont 1 inhabitée ; le béguinage 24, dont 
7 inhabitées. 11 n'y avait que 16 béguines. A la maison 
du St-Esprit il y avait 5 personnes et 16 enfants. Dans 
une maison, nommée la Grâce, 3 personnes. Au couvent 
des Carmes, 32. Au couvent des Bogards, 9. A l'hôpital, 
11. Au couvent des Dames-Blanches, 39. Au couvent dit 
Barberendael, 79. Au couvent des Alexiens, 6. Au cou- 
vent dit de Broeder Vandernyt (2), 7. Au couvent des 
Sœurs-Grises, 12. Au couvent de Cabbeek, 104. Au cou- 
vent des Récollets, 27. Au couvent de Danenbroeck, 
hors de la ville, 11 (3). 

A quels moyens avait-on eu recours pour procurer à 
notre ville l'état prospère que nous venons de constater ? 
Les comptes de la commune du commencement du XVI e 
siècle nous montrent le magistrat faisant de nobles et 

(1) Marshall, Antiquités belgiques, II, 54. 

(2) Nous ne savons de quel couvent il s'agit ici; nulle parf nous ne 
l'avons trouvé mentionné. 

(o) Marshall , loco cit. 



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- 121 — 

intelligents efforts, afin de ranimer, au sein de la cité , 
le commerce et l'industrie, ces sources fécondes de la 
prospérité des peuples. A sa demande, des tisserands de 
Diest étaient venus s'établir dans notre ville, pour réap- 
prendre à ses habitants l'art de faire toutes sortes de 
tissus; de même, un nommé Jean Vanden Bossche, tein- 
turier à Anvers, avait fixé son domicile au milieu d'eux, 
afin de les initier au secret d'orner ces tissus de couleurs 
riches et variées. 

Voulant assurer des débouchés à ces produits de l'in- 
dustrie tirle mon toise, le magistrat sollicita et obtint, en 
1517, l'autorisation de réaliser un grand projet, destiné 
à faire une immense bien à la cité. 

Depuis des siècles, les deux rivières , la Grande et la 
Petite Ghète, étaient en partie navigables. La ville de 
Léau, arrosée par la Petite Ghéte, entretenait par eau, 
dès le XIII e siècle, des relations commerciales avecHalen, 
Diest, Sichem, Àerschot, Malines, Anvers, etc. Des navi- 
res, partant de Léau, portaient les produits industriels 
de cette localité sur la Petite Ghète jusqu'à Budingen ; 
puis ils entraient dans la Grande Ghète , navigable en 
aval de Budingen ^traversaient le Demer, la Dyle, etc. 

Quelque temps après le sac de Tirlemont en 1489, il 
avait été question de rendre la Grande Ghète navigable 
en amont de Budingen, savoir, depuis cette commune 
jusqu'à la ville de Tirlemont, afin d'indemniser cette 
dernière des pertes qu'elle avait essuyées. Malheureuse- 
ment le nouveau désastre, qui frappa cette ville en 1507, 
jeta la panique parmi les habitants, et ne permit pas de 
donner immédiatement suite à cet excellent projet. On 
y revint lorsque les craintes se furent un peu calmées. 
A la demande du magistrat de Tirlemont, Charles- 



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- m - 

Quint (1) octroya, le 4 décembre 4517, les autorisations, 
nécessaires pour le mettre à exécution. 

Cet octroi fort important à raison de la faveur qu'il 
accorda, l'est aussi par suite des renseignements histo- 
riques qu'il renferme. « Nous avons reçu, dit le prince, 
l'humble supplique de nos bien aimés les bourgmestres, 
échevins, conseillers et autres habitants de nôtre ville 
de Tirlemont. Cette supplique expose que la dite ville 
est grande et étendue, mais vide; qu'elle est située sur 
la frontière de notre pays de Brabant; que les droits qjui 
nous y sont dûs pour nos domaines , tels que contribu- 
tions, droits de louche et autres diminuent sans cesse; 
que de plus cette ville a été prise, il y a trente ans, 
pillée et détruite, au point qu'elle paraissait destinée à 
une ruine complète, à moins qu'on lui vint en aide en 
permettant d'y exercer et d'y introduire quelque indus- 
trie considérable, qu'il en résulterait que les droits de 
nos domaines augmenteraient notablement et que les 
dits habitants récupéreraient leur aisance, puisqu'on 
voit se relever et prospérer toutes les villes, où l'on se 
livre au commerce et à l'industrie; qu'il y a onze ou 
douze ans les dits suppliants ont eu un projet de cana- 
lisation, afin de conduire à Malines, à Anvers et ailleurs 
des navires chargés de marchandises; qu'on les charge- 
rait près de la dite ville de toutes sorte de grains, pour 
lesquels cette ville sert d'entrepôt général à tout le 
Brabant; en outre de fer, de pierres à payer, de bière 
de Tirlemont et de Hougaerde, de vin et aussi de char- 
bon, qu'on pourrait facilement y amener du pays de 
Liège, et d'autres marchandises; qu'en retour ils pour- 

(1) Il ne portait pas encore ce litre; mais nous l'appelons ainsi , 
parce qu'il est plus connu sous ce nom. 



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— *23 — 

raient amener d'Anvers des harengs, du sel, de la laine 
brute et autres objets...; qu'ils ont chargé diverses per- 
sonnes d'Anvers, de Malines et d'ailleurs d'examiner les 
rivières, afin de voir s'il y aurait moyen d'en faire usage 
afin d'amener des navires à Tirlemont; que ces person- 
nes ont jugé que cela serait très-facile, qu'il ne faudrait 
que canaliser la Ghète depuis Tirlemont jusqu'à Budin- 
gen, situé à deux milles de cette ville et où les rivières 
de Tirlemont et de Léau se réunissent; que c'est là que 
passent les navires allant de Léau à Halen, Dtest,Sichem, 
Aerschot, Malines et Anvers; qu'ayant reçu ce rapport et 
considéré les grands avantages qui en résulteraient pour 
leur commerce, leur industrie et les droits de nos do- 
maines; ceux de Tirlemont ont supplié, il y a 11 ou 12 
ans, feu notre père, le roi de Castille, de leur permettre 
de faire la canalisation projetée ; que lui et son conseil 
ayant apostille cette supplique, elle a été renvoyée à la 
chambre des comptes, établie à Bruxelles , afin qu'elle 
prit les informations nécessaires; qu'en tretemps ladite 
ville a été prise de nouveau et pillée par les Gueldrois; 
qu'alors la plupart de ses habitants ont été faits prison- 
niers, envoyés en exil et forcés à vendre leurs terres 
afin de payer leur rançon; qu'il en est résulté que cette 
ville est devenue très-pauvre, et que beaucoup d'habi- 
tants, ayant tout perdu, sont allés s'établir dans d'autres 
villes; que pour ce motif il a fallu différer l'exécution 
de la canalisation; qu'enfin puisque la dite ville souffre 
beaucoup de cet état de choses, puisqu'aussi beaucoup 
d'industriels des environs désirent reprendre l'ancien 
projet, les dits habitants nous supplient humblement de 
leur faire expédier un octroi pour faire la dite canali- 
sation. 



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— m - 

« Nous, après avoir pris l'avis de notre chambre des 
comptes, de notre chancelier, de notre conseil privé et 
du conseil des finances, nous leur accordons l'octroi de- 
mandé; nous leur permettons de canaliser à leurs frais 
la prédite rivière; d'y établir des écluses et autres cho- 
ses nécessaires; nous permettons à eux et à tous autres, 
de quelque état ou nation qu'ils soient, de conduire des 
vaisseaux, chargés de marchandises ou de tout autre 
chose, depuis la ville de Tirlemont jusqu'au village de 
Budingen, et de là à Halen, Diest, Sichem, Aerschot, 
Malines, Anvers et ailleurs, ainsi qu'il leur plaira, à con- 
dition que les mariniers, qui veulent passer avec leurs 
vaisseaux et marchandises par cette ville et son canal, 
paient, au profit de cette ville, pour leur passage depuis 
Tirlemont jusqu'à Budingen, le même droit qu'on paie à 
Léau pour la traversée des navires depuis cette ville 
jusqu'à Budingen; lequel droit, eu égard aux grandes 
pertes essuyées par la ville de Tirlemont dans la dernière 
dévastation, et énormes dépenses qu'elle devra faire 
pour canaliser la dite rivière, nous leur permettons de 
lever 21 ans durant, à la condition qu'ils nous paient 
annuellement la somme de 20 florins du Rhin, de la 
valeur de 20 sous...., à moins que la ville prédite ne 
fût empêchée par des guerres ou par d'autres causes de 
se servir du dit canal (1). » 

Il est à remarquer qu'au commencement du XVI e siè- 
cle la Belgique était encore pauvre en voies de commu- 

(1) Le texte flamand de cet octroi se trouve dans le rapport fait à 
la Chambre des Représentants, le 23 décembre 1839, et ayant pour 
titre : Eludes faites par ordre du gouvernement belge sur la Meuse. 
Il a été reproduitdaus le rapport administratif de la ville de Tirlemont 
de 1850. 



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- 125 — 

nication. Peu de chaussées, presque point de canaux, 
liaient les villes les unes aux autres.. Une seule route 
pavée aboutissait à notre ville ; on l'appelait Chaussée de 
Hakendover. Elle conduisait de Tirlemont à Hakendover, 
à Léau, à St-Trond, à Maestricht et à Cologne» Il paraît 
que c'était une ancienne chaussée romaine, et qu'autre- 
fois elle continuait de Tirlemont, en traversant Louvain 
et Vilvorde, jusqu'à Bavai, où aboutissaient toutes les 
chaussées construites en Belgique par les Romains (4). 
Quoiqu'il en soit, il. est certain que la route, reliant 
Tirlemont à Louvain, n'était pas pavée (2). 

La faveur accordée par l'octroi de 1517 était donc un 
immense avantage pour notre ville. Aussi le magistrat 
mit résolument la main à l'œuvre et entama de suite les 
travaux nécessaires. Les comptes de cette époque ren-r 
seignent une foule de dépenses faites pour construction 
d'écluses, de demeures pour éclusiers et de ponts, etc. 
ainsi que pour travaux d'approfondissement de la Ghète 
depuis Budingen jusqu'à Tirlemont. Les travaux étaient 
terminés à la fin de 1825. La ville lança ses premiers 
vaisseaux peu de temps avant la fête de Noël. Un pre- 
mier navire étranger y arriva le 5 mars de l'année sui- 
vante. Le marinier reçut une gratification de la ville (3). 

(1) Henné et Wauters, Histoire de Bruxelles, 1,3, note 2. — 
Remarquons que nous avons ici l'itinéraire suivi au VIII e siècle par 
S. Amalberge (Voir plus haut, p. 8). Cela nous semble confirmer 
l'opinion de ceux qui en font une chaussée romaine. 

(2) Il existe aux archives du royaume des plans du chemin de 
terre de Tirlemont à Louvain el de la chaussée de Hakendover. 

Il existe aussi deux actes par rapport à cette dernière. Voir Cham- 
bre des Comptes, Registre 145, f. 262 verso, et Registre 144, f. 292. 

(3) « II1& Martii gesconcken Henrick Deprince om dat hy deeuste 
scep tê Thiener brachtte, XXXYHI st. » Comptes du 1 octobre 1525 
au 1 octobre 1526. 



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— 436 — 

Cependant il se présenta bientôt des difficultés. La 
ville de Léau, en possession, depuis des siècles, du 
monopole de la navigation de la Ghète, s'opposa à ce 
que la ville de Tirlemont partageât ces avantages. 11 
en résulta entre les deux cités voisines un long procès, 
qui, entamé au mois de janvier 1526, n'était pas encore 
terminé en 1550 (1). Malgré ces difficultés, la naviga- 
tion sur la Ghète n'a cessé d'être en pleine activité. 
Nous donnons en note quelques citations qui le prou- 
vent d'une manière irréfragable (2). 

Le chargement et déchargement des marchandises, 
partant ou arrivant par les vaisseaux, se faisaient dans 
la rue longue, à l'endroit où la Ghète, d'une largeur 
extraordinaire, ressemble encore à un bassin, destiné à 
recevoir des navires. Dans les comptes de la ville au XVI* 
siècle, cet endroit est appelé Werf ou Embarcadère (3). 

(1) « Item XI* januarii betaelt Dionysiis Vanden Bergbe borghe- 
meester ende M. Peeteren Traetzens secrelaris, van dat zy gereden 
zyn geweest inden raed van Brabant om aldaer lalen te proponeren 
de zake van de scepvaerl tegben die van Leeuwe die hun hadden 
geoppooeeri tegben onse octroyé. » Ibid. 

(2) Item XXVI junii betaelt Jonckereo Anthoonis Van Houthem 
borgemeester ende meesteren Peeteren Traetsens van dat ly geva- 
ceerd hebben lot Bruessele....omme te doen maken zekere requeste 
tegen den heer van Neerlinter, die de sceplieden int opcomen van de 
scepen beledt gedaen hadde. » Comptes de 1535 à 1536. 

» Item betaelt Liebrecbt Boelen van dat by te Leeuwe is geweest 
met een missieve aïs de Thiensche scepen gearresteert waeren. » 
Comptes de 1550 à 1551. 

« Item XV Novembres Adolf den scippere om onsschellekens van 
Mecbelen toi hier te voeren ende vuyt het scep op de kerre te leveren 
XIII 1/2 st. d Comptes de l'église de S. Germain de 1554 à 1555, 
Archives de l'Archevêché de Matines . 

(5) Aujourd'hui cette place est appelée Aen hetschip, nom qu'elle 
doit probablement à l'estaminet dit In het schip. 



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- 127 - 

Les nobles efforts tentés par le magistrat de Tirlemont, 
afin de donner un nouvel essor au commerce et à l'acti- 
vité de. ses administrés, firent une grande sensation dans 
tontes les cités voisines (1). Malheureusement plusieurs 
événements douloureux vinrent distraire bientôt les 
habitants de Tirlemont de ces travaux de restauration 
et préluder à une nouvelle ruine. 

En l'année 1530, le feu du ciel frappa l'église de S. Ger- 
main et détruisit la plus grande partie de cet antique 
monument. Hélas! lorsque le culte catholique subit dans 
notre ville cette perte matérielle, il avait déjà essuyé des 
pertes plus douloureuses et plus nuisibles au repos de 
la cité! En 1526, le nommé Simon Vanden Rerckhove 
avait été condamné par les échevins de Tirlemont à six 
années de bannissement pour profession d'hérésie luthé- 
rienne. Pour le môme délit, le même tribunal condamna, 
en 1531, le nommé Jean Vanden Damme à la peine de 
mort, et, en 1553, le nommé Matthieu Ferneys à avoir la 
langue percée d'un fer rougi au feu (2). 

Les échevins de Tirlemont, en rendant ces arrêts, 
s'étaient conformés aux ordonnances de l'empereur 
Charles-Quint, qui défendaient la profession publique 
des hérésies luthériennes. Ces doctrines nouvelles étaient 
un danger et une menace autant pour l'État que pour 

(1) La note suivante, extraite des comptes de la ville de Diest, 
tout en confirmant le récit que nous venons de faire, prouve qu'on 
suivait ailleurs avec intérêt les travaux et les difficultés dès Tirle- 
montois : « Anno Domini XV«XXV ante et prope festum Nativitatis 
Christi applicuemnt ad oppidum Thenense prime naves per rivulum 
extunc fossum magnis iinpensis Tbenensium. Unde inter Thenis et 
Leeuwis questiones et lites sunt suborte. » 

(2) Voir aux archives du royaume, Comptes des Mayeurs de Tir- 
lemont, Registre 12682. 



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— 128 — 

l'Église. C'est pourquoi l'empereur jugea nécessaire de 
s'opposer à leur profession extérieure et publique. Que 
l'appréciation de l'empereur était marquée au coin de la 
justesse, c'est ce qui devient évideut lorsqu'on consi- 
dère, d'abord, que la tranquillité ne fut pas troublée dans 
nos provinces tant que vécut l'empereur; ensuite, que 
les troubles commencèrent, dès que, sous son succes- 
seur, Philippe II; roi d'Espagne, on crut devoir suivre 
une autre ligne de conduite. 

Marguerite de Parme, gouvernante-générale des Pays- 
Bas, accorda, le 23 août 1566, un édit de tolérance aux 
sectaires. Cet acte attira dans notre pays une foule de 
Protestants allemands et de Huguenots français. Pendant 
l'année 1567, ils se livrèrent à d'horribles désordres dans 
presque toutes nos provinces à la fois. Partout les ab- 
bayes, les couvents et les églises furent envahis par des 
bandes de forcenés, qui brisèrent et pillèrent tout ce 
qui se présenta à leur fureur, et commirent des profa- 
nations et des sacrilèges de toute espèce. Dans l'espace 
de quatre à cinq jours, plus de 400 églises furent pillées 
et dévastées dans les seules provinces de Brabant et de 
Flandre (1). 

Marguerite, ayant jugé nécessaire de rétablir des 
mesures répressives contre les sectaires , convoqua les 
états de Brabant, afin de les soumettre à leur avis. Les 
députés de toutes les villes furent unanimes & deman- 
der la répression des troubles. Cependant ils deman- 
daient quelque adoucissement dans l'exécution des or- 
donnances, émanant de feu l'empereur. Les députés de 
Léau et de Tirlemont, présents à la réunion des états, 
ont opiné dans ce sens (2). 

(1) David., Manuel, II, 318. 

(2) Henné et Wauters, Histoire de Bruxelles, I, 407. 



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— 129 — 

Après les graves désordres de 1567, Philippe II réso- 
lut de remplacer Marguerite de Parme, dans le gouver- 
nement général, par le dire d'Albe. Celui-ci , à la tâte 
d\i«e armée de 20,000 hommes* arriva a Bruxelles, le 
22 août 1567. La duchesse avait manqué par trop de 
condescendance; le nouveau gouverneur tomba dans 
l'excès opposé. Par une sévérité excessive, il fit beaucoup 
de mal à la cause de son maître et donna des chances 
de réussite aux projets de Guillaume de Nassau , prince 
d'Orange , qui depuis quelques années cherchait à révo- 
lutionner les Pays-Bas et à en acquérir la souveraineté. 

Lé prince d'Orange, à l'approche du duc d'Albe, s'était 
retiré en Allemagne et y avait recruté une armée. Ap* 
premni le mécontentement causé par les mesures sévè- 
res du tiouveau gouverneur, il crut devoir profiter de 
la circonstance pour tenter une attaque à main armée 
contre son autorité. Il divisa ses forces en différents 
cotçs d'armée, qui envahirent les Pays-Bas sur plusieurs 
péihts à là fois. Pour lui, il résolut de s'emparer du 
Brabant. 

Le duc d'Albe, par d'habiles manœuvres, fit échouer 
cette campagne* Les corps d'armée, envoyés par le Ta- 
citurne dans différentes provinces, furent tous battus. 
Lui-même, entré dans le Brabant, à la tôte de vingt-huit 
mille hommes, se trouva arrêté devant Tirlemont, au 
mois d'octobre 4 568. Il se retrancha au village de fia- 
kendo ver, attendant, pour attaquer Tiriemont, le secours 
d'une armée française. Notre ville était 6ans garnison. 
Mais des troupes espagnoles se trouvaient stationnées 
à.Léau. Le gouvernement, ayant appris la nouvelle du 
danger qui nous menaçait, retira aussitôt la garnison de 
Léau et la jeta dans Tirlemont. De cette manière noire 



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— 430 — 

ville fut assez forte pour résister aux efforts de l'armée 
d'invasion, qui finit par retourner sur ses pas. Mais Léau 
fut pris et livré au pillage (1). 

En 4572, le prince d'Orange fit un nouvel essai de la 
campagne, manquée en 4568. Le fameux Guillaume de 
la Marck, seigneur de Lumey , surnommé, comme l'un 
de ses aïeux, le Sanglier des A r dermes, réussit à mettre 
en pleine insurrection toute la Hollande méridionale. 
Louis de Nassau marcha sur le Hainaut. Le prince 
d'Orange choisit de nouveau le Brabant pour théâtre de 
ses exploits. 

Le 2 septembre , un de ses lieutenants réussit à se 
faire ouvrir la ville de Tirlemont. Un rapport adressé 
sur cette affaire au duc d'Albe par le magistrat de notre 
ville, le 27 mai 4573, nous fait connaître toutes les par- 
ticularités de l'entrée et de la conduite des soldats du 
prince d'Orange dans notre commune. Si l'on peut ajou- 
ter une foi entière à sa déclaration, la conduite des 
soldats a été irréprochable. Quoiqu'il en soit, voici la 
traduction de ce curieux document : 

« Excellence. — Comme il nous a été remis de la part 
de votre Excellence des lettres fermées, datées de Ni- 
mègue, le 3 du présent mois de Mai, dont il résulte que 
vous avez beaucoup d'affection et d'attention pour les 
bons et fidèles sujets, pour lesquels sentiments nous 
vous témoignons notre reconnaissance; voulant satis- 
faire aux ordres de Votre Excellence, nous commençons 
par le premier point, par lequel vous voulez que nous 
fassions connaître les noms et prénoms des personnes 



(4) Piot, Revue d'histoire et d'archéologie, ï, 39; Haraus, An- 
nales BrÙbantiœ, III, 97. 



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- 131 — 

qui ont été la cause de la reddition traitreuse ou prise 
de cette pauvre ville, ou qui y ont pris quelque part. 

» Quant à ce premier point, nous devons déclarer 
que la ville n'a pas été livrée traîtreusement et qu'il n'y 
a pas eu dïntelligence avec l'ennemi. Mais comme toute 
l'armée des rebelles avait quitté Saint-Trond, le 2 sep- 
tembre , de grand matin , et marchait sur notre ville , il 
s'est présenté le même jour, à cinq heures du matin, à 
l'end roi t le plus faible de la ville , un certain Félix Van- 
der Hoeven avec un enseigne d'arquebusiers composé de 
cinq ou six cents hommes. Ce Félix Vander Hoeven con- 
naissait bien notre commune, puisqu'il y a demeuré huit 
ou neuf ans; il disait qu'il voulait entrer en ville de gré 
ou de force. Pendant que les portes étaient encore fermées 
et qu'on espérait toujours pouvoir empêcher le dit Félix 
d'entrer, toute l'armée est arrivée et s'est présentée éga- 
lement du côté de St-Trond, où les fossés de la ville sont 
sans eau et où la défense était impossible. Comme ils 
voulaient entrer de suite et par force, et ne voulaient 
souffrir aucun délai, qu'ils nous menaçaient de tuer tout 
le monde, de piller et de brûler toute la ville, la pau- 
vre bourgeoisie a été saisie de grandes craintes et per- 
plexités, parce qu'il n'y avait aucun moyen de conserver 
une ville aussi grande et peu habitée, et de la défendre 
contre les rebelles. Et en effet, on était dépourvu de 
munitions et de garnison, et la ville n'était pas en état 
de fournir deux cents hommes capables de combattre, 
ce dont elle n'est pas capable non plus en ce moment. 
Pendant qu'on tenait toujours les portes fermées, les 
arquebusiers du dit Félix et les autres se préparaient à 
courir à l'assaut de la ville. Au delà de deux cents hom- 
mes avaient déjà passé les murs et se réunissaient en 



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grandes troupes. Enfin, vers les huit heures, de peur de 
perdre la vie et ses biens, et pour éviter d'autres dan- 
gers, on a ouvert les portes. C'est ainsi que les rebelles 
dont entrés à notre grand regret. Tout ce qu'il importe 
donc à votre Excellence de connaître par rapport à ceci, 
c'est que le dit Félix Vander Hoeven a été la cause prin- 
cipale de la prise de cette ville et qu'il a servi comme 
homme d'arme dans la compagnie du duc d'Àerschot. 

» Quant à ceux qui ont servi comme chefs ou capi- 
taines contre sa Majesté, le roi , nous devons déclarer A 
votre Excellence que nous n'en connaissons aucun, sinon 
ce même Félix Vander Hoeven. 

* Pour ce qui regarde les chefs ou instigateurs du sac 
et du pillage des églises, etc., nous devons faire obser- 
ver à votre Excellence que nous n'en savons rien, puis- 
que ces choses ne sont pas arrivées en notre ville, Dieu 
merci ! 

» Quant à ceux qui, étant revêtus de fonctions royales 
ou ayant prêté sermept i sa Majesté, ont adhéré aux 
rebelles, et quant à ceux qui portent encore actuelle- 
ment les armes , nous n'en savons rien , sinon que depuis 
la prise de cette ville, Phôte de la Cigogne et àrno&ld 
Mormans, marchand de drap, l'un et l'autre bourgeois 
de Cette ville et ayant prêté serment A sa Majesté, en 
leur qualité d'arbalétriers, ont adhéré à la cause des 
rebelles, et pour ce motif se tiennent au pays de Liège, 
hors des états de sa Majesté; nous ne savons pas cepen- 
dant s'ils ont porté les armes contre sa Majesté* Ensuite 
nous avons appris que, depuis la prise de cette ville, les 
personnes suivantes se sont retirées d'ici et portent les 
armes contre sa Majesté : Jacques Wal&ert Et Nicolas 
Goddon, habitants de cette ville et ayant prêté serment 



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à sa Majesté comme archiers dans la compagnie de fea 
le comte de Uoogstraeten; Jban Gqddon, qui en tant 
qu'arbalétrier, à prêté serment à sa Majesté et à cette 
rille ; Wautier Goddon et Désiré Cleine, bourgeois de 
eette ville. 

» Fait le XXVII Mai 1573 (i). » 

Le prince d'Orange entra aussi dans Diest, Louvain, 
Afalines, Termonde, Audenaerde et Nivelles, mais il 
échoua devant Anvers et n'essaya même pas de s'empa- 
rer de Bruxelles. Malgré ces succès, cette nouvelle cam* 
pagne se réduisit bientôt à rien. Le ducd'Albe manœu- 
vra si bien, que le prince d'Orange dut se retirer ci» 
Hollande. Là, ce dernier obtint des succès plus dura- 
bles. Une grande partie de ces provinces, en lui demeu* 
raut attachée, avait jeté le fondement de son indépen- 
dance. Malheureusement c'était au prix de sa foi. 

Le duc d'Albe fut rappelé par le roi d'Espagne à la fin 
de 1573. Cette mesure fut prise x parce que, par son zèle 
outré, il s'était fait ici beaucoup d'ennemis. Cependant la 
ville et le district de Tirlemont n'avaient pas eu à se 
plaindre de sa sévérité. D'abord les comptes des mayeitrs 
de cette époque ne mentionnent aucune condamnation 
pourcause d'hérésie. Ensuite nous avonsàcet égard le té- 
moignage non suspect du fameux Henri Bochorinc, doyen 
du chapitre de S. Germain, doyen rural du district de 
Tirlemont et pléban de la ville. H quitta notre commune 
en 1578, et apostasia, en 1587, la foi catholique à Warms* 
kirehen, dans le duché de Clèves. Dans un opuscule, 
dans lequel il exagère beaucoup la rigueur déployée par 
le gouverneur-général, il dit que « tandis que le duc 

(1) Voir le texte flamand aux Pièces justificatives, N° 15. 



• 



— 434 - 

d'Albe dressait partout des gibets et des échafauds, il a 
su préserver de ces cruautés , non seulement les habi- 
tants de Tirlemont, mais aussi ceux de Landen et de 
quarante villages, formant le district sur lequel il avait 
été établi Àrchiprêtre par le Cardinal-Archevêque Gran- 
velle (1). » 

Cependant le pays continua à être malheureux. Aux 
charges de la guerre, que l'Espagne poursuivait contre 
les provinces rebelles de la Hollande, s'ajoutèrent les 
pillages commis par les soldats espagnols, qui laissés 
souvent sans solde, se livraient fréquemment à de graves 
désordres. Ces circonstances engagèrent toutes les pro- 
vinces des Pays-Bas à contracter la fameuse confédéra- 
tion, connue sous le nom de Pacification de Gand. Par ce 
traité les Belges se constituaient ouvertement en révolte 
contre le roi d'Espagne, tout en prenant des précautions 
pour se conserver le libre exercice de la religion catho- 
lique. 

Le prince d'Orange semblait être à la veille d'atteindre 
le but de son ambition et de ses longs efforts. Son espoir 
était d'autant plus fondé, qu'au mois de mars 1576 le 
roi confia provisoirement l'administration de nos con- 
trées aux États des provinces, qui bientôt gouvernaient 
comme s'ils eussent été investis du pouvoir souverain et 
laissaient le champ libre à la révolution. 

Malheureusement pour le prince d'Orange, au mois de 
décembre de la même année, arriva en qualité de gou- 
verneur-général , don Juan d'Autriche, célèbre par la 
mémorable victoire, remportée au combat naval près de 

• 
(1) Voir Verklaringhe des levens Boxhornii, ghebedswyse^ ende 
des saligen afstervens zynder dry soonen, opuscule dont Bochorinc 
est lui-même l'auteur. Voir aussi, sur ce personnage, Paquot 1, 410. 



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- 435 - 

Lépante. Cet illustre général, après avoir, pendant quel- 
que temps, observé les esprits et simulé approuver tout 
ce qui s'était fait, s'empara par surprise de la citadelle 
de Namur. Là, il s'apprêtait à marcher sur les autres 
villes de la Belgique, à en chasser les garnisons que les 
États y avaient placées et à rétablir partout le pouvçjr 
du roi. Gomme il n'avait presque pas de soldats, son 
entreprise parut insensée. Cependant elle devait réussir. 
Pourquoi? Parce que les populations étaient aussi mé- 
contentes des soldats à la solde des États, qu'elles l'a* 
vaient été autrefois des troupes espagnoles. Les Alle- 
mands, les Écossais, les Wallons, au service des provin- 
ces confédérées, étaient devenus, eux aussi, un véritable 
fléau pour le pays. 

Voici sur ces calamités le témoignage d'un témoin 
oculaire nullement suspect, de Jean de Raispelt, agent 
du duc de Bavière et chargé par celui-ci de remettre 
des lettres à différents commandants des troupes des 
États. Ses paroles méritent d'être consignées dans l'his- 
toire de Tirlemont, parce qu'elles nous font connaître 
la triste position de cette ville et de ses environs à cette 
époque malheureuse. Jean de Raispelt fit le voyage de 
Bruxelles pendant l'an née 1577. Ce qu'il a vu en Belgi- 
que , il l'expose de la manière suivante : 

« De Maestricht à Bruxelles tout le chemin est cou- 
vert de soldats Wallons et Hauts-Allemands; les Hauts- 
Allemands escarmouchent fortement avec les Wallons; 
qui sont placés sous les ordres du commandant de 
Glimes. 

» Les Wallons commettent force infamies, pillages et 
assassinats, et il se passe rarement un jour sans que des 
marchands soient détroussés et quelquefois tués. Pour 



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- 436 - 

ce motif, il n'est pas bop de voyager seul dans ces can- 
tons, et j'ai dû souvent me faire accompagner par des 
soldats allemands d'un lieu à l'autre pour me garantir 
contre la méchanceté des Wallons. 

» Les paysans ont, pour la plupart, abandonné les 
villages, et leurs champs restent sans culture. Quant au 
petit nombre de ceux qui sont restés, ils ne peuvent 
guère labourer, vu que les Wallons détellent les che- 
vaux des charrues et battent souvent ces pauvres paysans 
jusqu'à la mort. 

» J'ai passé par une petite ville, — on l'appelle Tyue 
(Tîrlemont), — à un quart de lieue de laquelle les Wal- 
lons avaient pillé un marchand et son chariot braban- 
çon. Us avaient pris 6,000 florins au marchand, qu'en 
outre ils avaient blessé. Je l'ai vu, et je crains bien que 
le malheureux n'ait plus vécu longtemps (1). » 

Les désordres commis par nos troupes désaffeetion- 
naient pos populations de la révolution elles faisaient 
incliner de nouveau vers le gouvernement espagnol. 
Jugeant parfaitement cette situation des esprits , don 
Juan d'Autriche marcha sur le Brabant. Les troupes des 
États allant à sa rencontre, le rencontrèrent en ba- 
taille rangée à Gembloux, où il se livra un sanglant 
combat, le 31 janvier 1578. La victoire fut complète et 
éclatante pour les Espagnols. L'armée des confédérés, 
entièrement détruite, perdit ses drapeaux, son artillerie 
et ses bagages. 

Le gouverneur avait l'intention de marcher sur 
Bruxelles. En attendant qu'il pût la réaliser, il envoya 
le capitaine Octave de Gonzague, à la tête de cinq cents 
chevaux d'élite et de quelques compagnies d'infanterie, 

(1> Coremans, Trésor national, II, 117. 



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- 13? _ 

prendre Louvaîn et les autres villes du Brabant. Octave 
tfeGonzague n'eut auèune peine à exécuter ces ordres. 
Sans attendre la sommation, la ville de Louvain, ayant 
chassé la garnison écossaise, se rendit volontairement, 
le S février (4). La garnison de Tirlemont, craignant 
peut-être le même swt que celui éprouvé par leurs 
frères d'armes de Louvain , s'empressa d'entrer en com- 
munication avec le facile vainqueur de cette ville. Elle 
obtint, le 6 février, un traité, conçu en ces termes : 

v Comme ainsi soit que nous, Octavio de Gonzaga et le 
conseil lier Del Rio, sommes entrés en communication 
aveeq les capitaines, officiers et soldats estant présente- 
ment à Tillement , a esté accordé entre nous et les dits 
«oldats en la forme et manière que sensuit. 

» À savoir que les dits capitaines , officiers et soldats 
seront tenus et obligés de remettre la dite ville en la 
obeyssance et pouvoir de sa majesté entre les mains de 
celluy ou ceulx que son Altesse y envoyera si tost que* 
requis en seront. Moyennant ce accordons et promettons 
par ceste de leur faire avoir ung pardon gênerai signé et 
scellé de son Altesse; et attendant ce, leur donnons par 
ceste toute seureté suyvant le pouvoir que en avons : 
qaels seront receus en service et soldée de sa Majesté et 
seront tenuz d'obeyr tel colonel que par la dite Altesse 
leur seront ordonnés; que Ton leur advancera la paye 
(Tung mois de gaiges leur prenant la monstre (2) et fai- 
sant pareillement serment à ce requis; que tous ceulx 
qui vouldront, se polront se retirer en leurs maysons 
avecq armes et baggaiges et pour leur seureté leur sera 
baillé convoy pour estre sur le pays de Liège au plus 
prochain de la dite ville de Tillemont. 

(1) Strada, lib. IX. 

(2) Lorsqu'on en fera la revue. 



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- 138 — 

» Et afin que ce présent accordt soit tant plus ferme 
et stable, a esté signé dunque part et daultre en double, 
à savoir, de nous et des dits capitaines et officiers , tant 
en leur nom privé que pour les dits soldats. Faict à Lou- 
vain ce VI e de febvrier 1578. 

(Etait signé) : « Octavio de Gonzaga, de Noyelle. 
Del Rio, Rossignol (1). » 

Le 6 février, la ville de Jodoigne se soumit également. 
Aerschot se rendit le 7, après quelque résistance,(2). 
Don Juan s'empara aussi de Diest et de plusieurs autres 
places. La consternation était générale , tout se soumit 
sans grande difficulté. Les Etats-Généraux eux-mêmes, 
le prince d'Orange, tous les chefs des confédérés, saisis, 
d'une honteuse panique, s'étaient sauvés à la hâte de 
Bruxelles et retirés à Anvers (3). 

Après ces succès, le gouverneur général retourna dans 
le Namurois et alla camper à Bouges. C'était accorder 
aux confédérés le temps de se remettre de leur frayeur 
et de songer à réparer leurs pertes. Ayant reçu du se- 
cours de l'Angleterre et de la France, ils attaquèrent, le 
1 août, les Espagnols à Rymenam, près de Malines, et 
remportèrent la victoire. Don Juan d'Autriche se retira 
d'abord à Aerschot, et ensuite à Tirleraont (4). 

Cependant, le 15 septembre, Aerschot tomba par tra- 
hison aux mains des confédérés. Ce nouvel échec pour 
l'Espagne engagea Don Juan à retirer toutes les troupes 
éparpillées dans les différentes places du pays et à les 

(2) Archives du royaume. Conseil de l'audience, Carton 98. 

(2) Strada. lib. IX. 

(3) Henné et Wauters, I, 480. 
*(4) Strada. 



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- 159 — 

concentrer sur un point. Il livra de cette manière toutes 
ces villes aux confédérés. Ceux-ci s'emparèrent de Tirle- 
mont,le 13 octobre 1578. Leur armée était composée 
d'hérétiques et de mauvais sujets de la pire espèce. Ils se 
livrèrent dans cette ville à des excès horribles. « Six semai- 
nes durant, dit Gramaye, ils y exercèrent toutes sortes 
de cruautés, tuèrent beaucoup de personnes, privèrent 
un grand nombre de leurs proches et de leurs biens. » 
— « Le pillage dura, dit l'auteur d'un manuscrit, depuis 
le 13 octobre jusqu'au dernier novembre. L'armée des 
États (Staetevolck) brûla toutes les maisons situées dans 
la rue du Marais (1). » Ces iconoclastes brûlèrent aussi 
et détruisirent de fond en comble le couvent des 
Alexiens ( v 2). Un grand nombre d'habitants s'enfuirent à 
St-Trond ; d'autres à Namur. Ils revinrent au mois de 
décembre, après que le prince de Parme , successeur de 
Don Juan d'Autriche, eût délivré Tirlemont de ces hordes 
barbares (3). 

Les six semaines d'horreur que cette ville venait de 
traverser, lui avaient fait un tort immense. Son commerce 
était de nouveau détruit. Elle avait la douleur de devoir 
cesser l'exploitation de la grande entreprise , pour la- 
quelle elle avait fait d'énormes sacrifices : la naviga- 
tion sur la Ghète cessa (4) . 

Les désordres commis à Tirlemont furent renouvelés 
par les confédérés dans un grand nombre de villes 
belges. Ces excès firent un tort immense aux projets de 

(1) Diversche notabele voorvallerij Ms. reposant aux archives de 
l'église de S. Germain. 

(2) D'après un Ms. conservé dans ce couvent. 

(3) Diversche notabele voorvaUen» 

(4) Voir aux Pièces justificatives, N° 20. 



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— uo — 

Guillaume de Nassau. Les Belges, voyant clairement que 
le but des Hollandais était de détruire la religion catho- 
lique, malgré la Pacification de Gand, commencèrent à 
se séparer des provinces septentrionales et à songer à se 
remettre sous l'obéissance du roi d'Espagne. « La des- 
truction des églises, disent MM. Henné et Wauters, les 
mesurés rigoureuses prises contre leurs adversaires, 
ôtèrent aux Calvinistes le droit de se plaindre à l'avenir 
delà persécution; persécuteurs anarchistes , ils firent 
regretter la persécution légale, et leurs excès rendirent 
à l'Espagne les plus belles provinces des Pays-Ba9 (1). » 

Le mouvement séparatiste commença dans les pro- 
vinces wallonnes. L'Artois, la Flandre française et le 
Hainaut formèrent, le 6 janvier 1579, une ligue, dont le 
but principal était la défense de la religion catholique. 
Quoique ne voulant pas encore s'entendre avec les Espa- 
gnols, elles se séparèrent formellement des autres pro- 
vinces confédérées. Enfin, le 28 juin, les Mécontents, nom 
qu'on donnait aux adhérents de la ligue wallonne, firent 
leur retour à FEspagne (2). 

Dès le 6 janvier, Guillaume de Nassau, prévoyant que 
les provinces méridionales allaient lui échapper, avait 
donné ses soins à former une nouvelle union entre les 
provinces septentrionales. De là sortit Y Union d'Utrecht, 
conclue le 23 jarnvier 1579. De cette manière les Hollan- 
dais, n à l'abri de leurs marais et de leurs inondations, 
abandonnaient ceux qu'ils avaient longtemps appelés 
leurs frères (3). » Bien plus, ils devinrent nos ennemis 

(1) Histoire de Bruxelles , 1,-563. 

(2) Le reste de la Belgique rentra sons l'obéissance de l'Espagne, 
en 1585 , après la prise d'Anvers par le prince de Parme. 

(3) Histoire de Brux., 1, 564. 



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- m - 

acharnés. Il arriva fréquemment de leurs provinces dans 
nos contrées des bandes d'hommes armés, connus sous 
le nom de Francs Pillards, parce qu'ils fie venaient ici 
que pour piller et ravager, 

Tirlemont souffrit d'une manière particulière de leurs 
déprédations» Une de ces bandes s'empara de notre ville 
pendant l'année 1581 et la pilla six jours durant. Le 
couvent des Récollets souffrit surtout* Tous les religieux 
s'étaient enfuis, & l'exception d'un vieillard, nommé 
Thomas de Beeringen, et vénérable par une vie de sain* 
teté. Les soldats le trouvèrent dans l'église, à genoux 
devant les SS. Autels. Ils lui demandèrent de leur re- 
mettre l'argent de la communauté» Gomme il répondit 
que la communauté, faisant profession de pauvreté, n'en 
avait points ils le maltraitèrent d'abord longtemps; 
ensuite le traînant hors de l'église, ils le jetèrent, la 
tête en avant, <tyns un puits, où il perdit la vie. Ses 
ossements, exhumés plus tard, furent ensevelis dans 
l'église (1). 

L'histoire nous a conservé le souvenir de quelques 
autres faits, arrivés à Tirlemont pendant cette triste 
époque. Nous allons les exposer par ordre chronologique, 
en poursuivant en même temps, dans le même ordre, 
le récit des brigandages commis par les francs pillards. 

Au mois de septembre 1581 , il y eut à Tirlemont un 
tremblement de terre si violent, qu'on eût dit que 
toutes les maisons et les tours allaient s'écrouler les 

(1) Origo, progressas etc. ordinis fratrwn minorum Provinciœ 
Germaniœ inferioris, chronique Ms. appartenant à l'abbaye de 
Parc. — Le couvent de Danebroek fut détruit également pendant 
ces troubles. C'est alors queles religieuses desservant cette léproserie, 
sont venues s'établir en ville. 



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— U2 — 

unes sur les autres. La secousse dura environ deux 
Patenôtres (l). 

Le 2 mai 1582, des Hollandais, en garnison àDiest, 
s'emparèrent de Tirlemont à quatre heures du matin , 
pillèrent la ville jusqu'à dix heures , firent beaucoup de 
bourgeois prisonniers et brûlèrent la porte de Lintre, 
ainsi que plusieurs maisons (2). 

Le 20 février 1785, le duc de Parme apostilla une 
demande de sauve-garde faite par les Dames Blanches de 
Tirlemont. La requête de ces religieuses mérite d'être 
conservée : mieux que le récit des chroniqueurs, elle 
nous fait connaître combien notre ville était malheureuse 
à cette époque. En voici le texte : 

« A son Altesse. — Remonstrent en toute humilité la 
supérieure et autres nonnettes du couvent des Dames 
Blanches à Thielemont , comme icelle tant par la gène- 
raie clade (3), destruction et pillaige tombés par diverses 
fois sur la dicte ville depuis six ou sept ans en ça, que 
par les grandes charges et despens (4) quelles ont souf- 
fert par les continuelles garnisons, dont la dicte ville at 
esté chargée, sont esté réduites à tant extrême pénurie, 
que leur at esté force de voyer (5). La plus grande partie 
des dictes nonnettes cherche leur vie après Iheurs amis, 
yoirres (6) mendier ça et là une space de temps. Lequel 
pouvre estât et condition de vivre lesdictes remonstran- 
tes estudiant amender et par espoir que les temps tant 

(1) Diversche notabele voorvatten. 

(2) Ibid. 

(3) Défaite. 

(4) Dépenses. 

(5) Partir. 

(6) Même. 



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I 



— 1-43 - 

calamiteux se changeront bien tost, se sont rassemblez 
dedans leur dict couvent, vivantz illecq de sueur de 
leur face et gaignantz la vie par ung peu de labeur et 
agriculture qu'elles exercent à l'entour de la dicte ville. 
Par lesquelles soingneuses practhiques les dictes non- 
nettes pourvoient aultrement substenir la vie et conti- 
nuer honnestement leur relligion, ne fussent les grandes 
services quelles doivent furnir aux garnisons de la dicte 
ville et les fréquents arrestements de leurs chevaux, 
lesquels elles doibvent souvent par. commandement du 
magistrat ou capitaine employer, postposant (1) leur 
propre labeur, au service de sa majesté et du dict garni- 
son, comme ammener les bois pour les gardes' et aultre- 
ment. Et pour ce que les dictes religieuses se treuvent 
par les dictes charges tellement endommaigeez, que leur 
est du tout absolument impossible de continuer le mes- 
nage ne (2) profession, si ce que dict est ne soit par son 
Altesse debuement pourveu, supplient très humblement 
que plaise à sa dicte Altesse, en lieu daulmosne et pour 
l'amour de Dieu, de pourvoir le dict couvent de prestii 
nente sauvegarde, franchise et exemption contre les 
dictes et semblables charges et à cette fin depescher 
lettres closes au dict magistrat et capitaine de la dicte 
ville de Thielemont (3). » 

Au mois de juin et de juillet 1587 le seigle se vendait 
au marché de Tirlemont huit florins et dix sous la me- 
sure dite hais ter y le froment dix florins et dix sous, l'orge 
sept florins et dix sous, l'avoine quatre florins et dix 

(1) Différant. 

(2) ni. 

(3) Archives du royaume, Papiers d'état et de l'Audience, Liasse 
241. 



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— iU - 

sous; en 1588, la même mesure de froment se vendu 
onze et dix sous, le seigle six sous, l'orge quatre sous et 
demi (1). 

Le il avril 4589 (2}, une nouvelle bande francs pillards 
essaya de faire un riche butin dans notre ville. Cette 
nouvelle expédition fit perdre à notre commune son 
h4tel-de-ville, construit depuis environ deux siècles. Les 
Hollandais ne purent causer d'autres dommages à la 
ville, grâce à la bravoure de la petite garnison espagnole 
qui s'y trouvait cantonnée* 

L'historien Strada raconte ce ooup de main de la ma- 
nière suivante. Quelques troupes hollandaises» sorties 
depuis peu de Berg-pp-Zoom» faisaient des excursions 
à droite et à gauche, afin de faire du butin. Elles ne 
comptaient que quatre <;ents fantassins et u*e cornette 
de cavalerie. S'imaginant que les ténèbres et la surprise 
tiendraient lieu d'un plus grand nombre, elles se ren- 
dirent à Tirlemont et arrivèrent devant cette ville an 
milieu de la nuit. Ayant escaladé les remparts, sans qu'il 
y eût une sentinelle du côté où elles le faisaient (3)» elles 
passèrent jusqu'à la Grand'Place (4), où la maison-dé- 
fi) Diversche notabele voorvaUen. 

LHalster était la sixième partie du Mnid. Un muid de Tirlemont 
équivalait à un hectolitre et environ 8 décalitres, mesure actuelle, 
et pesait, en froment, de 147 à 150 kilogrammes. 

VHaister contenait deux mesures dites ntôkvat (vase de moulin). 

Voir, sur les anciennes mesures de Tirlemont, une curieuse note 
du P. Moulaertdans le Messager des sciences, 1860, pag. 16. 

(2) C'est la date indiquée par Gramaye et les Diversche notabele 
voorvallen. D'après Strada cet épisode a eu lieu au mois de Mai* 

(5) « Elles entrèrent par le chemin passant près du Moulin de fer 
et longeant la Mène. » Ms. précité. 

(4) Aujourd'hui place S. Germain. 



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- us - 

villç éiait gardée par quarante soldats. Les autres étaient 
logés en ville, ainsi que leur capitaine, Christophe Maes; 
la plupart étaient malades, ou leurs blessures les ren- 
daient incapables d'agir. Ceux qui étaient de g^rde ne 
perdirent point courage à cause de cette surprise; ils sor- 
tirent du lie» ou ils étaient, et voyant que l'ennemi s'était 
saisi de leurs piques, rangées devant l'hôtel-de-ville, 
ils se firent des armes de la fureur. Les uns en branlant 
tfépée et les autres en tirant de la maison communale, 
empêchèrent non-seulement l'ennemi d'y entrer, mais 
avec le secours de Maes qui accourut avec les siens, ils 
le refoulèrent jusqu'au fond de la place. Même leur car 
plaine ayant été tué dans le combat, cette perte les 
anima davantage, fie sorte que par les persuasions de 
Jean Morales, leur caporal, ils firent une accoude sortie, 
ôt après s'être jetés au milieu des ennemis et en avoir 
tué le chef et plusieurs soldats, ils revinrent glorieuse- 
ment dans leur retraite. Cependant les ennomis étaient 
furieux, de ce que durant l'espace d'une heure et demie 
une poignée d'hommes eût empêché quatre cents soldat? 
d'entrer dans une seule maison. Le nouveau comman- 
dant, qui était Français de nation, ordonna 4e mettre le 
feu à r&ôtei-de-ville. Quelques Espagnols furent br&Lqs; 
les autres, pour ne pas mourir inutilement,, se jetèrent 
avec le caporal au travers des ennemis çt moururent les 
armes à la main, après avoir fait payer cher leur vie. 
De quatre-vingt-dix Espagnols il en resta seulemenjt six 
#vec le caporal. Le Français ne voulut pas qu'on les tuât. 
Plein de compassion pour le caporal, qui était presque 
mourant, à cause de ses blessures, admirant d'ailleurs 
son courage et celui de ses compagnons, il les fit porter 
dans une maison voisine, parce que l'hôtel-de-vUle étgit 

40 



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- 446 - 

tout en feu. Après leur avoir dit quelques paroles pour 
les cousoler, il leur jeta une bourse pleine d'or, afin de 
se faire panser. Alors ayant fait amasser tout le bagage 
des capitaines et des soldats, et ayant enlevé des mai- 
sons quantité d'autre butin, ils n'osèrent demeurer da- 
vantage à Tirlemont, en partie par la crainte des habi- 
tants, que l'horreur de la nuit et l'épouvante d'un 
ennemi inconnu commençaient à ne plus retenir dans 
les maisons, et en partie par l'appréhension du secours 
qui pouvait venir facilement. Ainsi, les vainqueurs sor- 
tirent promptement de Tirlemont, menant les prison- 
niers avec eux. 

Cependant un capitaine espagnol, Barthélémi de To- 
ralvà , revenant d'une expédition entreprise contre la 
ville de Gertruydenberg, mena sa compagnie à Aerschot, 
et rencontra à Langdorp la compagnie de Berg-op-Zoora. 
Dès qu'il l'eût vue, il anima ses gens au combat et atta- 
qua l'avant-garde. L'ennemi, mis promptement en dé- 
route, fut obligé de lâcher les prisonniers et une grande 
partie du butin (1), 

Le 25 août 1590, 2000 nouveaux francs pillards , com- 
mandés par N. Baekers et venus des environs de Berg- 
op-Zoom, entrèrent de nouveau pendant la nuit à Tirle- 
mont, qu'ils livrèrent, durant sept jours, au pillage (2). 

Le 8 février 1592, la foudre frappa la tour de Saint- 
Germain : cet ancien monument fut de nouveau consi- 
dérablement endommagé. 

En 1596, la peste fit de grands ravages à Tirlemont : 
la ville fut en partie dépeuplée par cette triste épi- 
démie (3). 

(1) Strada, lib. XX et Diversche notabele voorvallen. 
(2; Diversche notabele voorvallen et Gramaye. 
(5) Chroniqueur Vande Vin. 



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- U7 — 

Ah! que de malheurs et de désastres accumulés en 
quelques années! En 1596, notre ville devait présenter 
un triste aspect! Un auteur contemporain, Arnold 
Janssen, depuis 1578, curé du béguinage de Diest, 
faisant allusion à ce que Tirlemont avait enduré à cette 
époque, met les souffrances de cette ville sur la même 
ligne que celles d'Aerschot (1). Or, nous Connaissons les 
malheurs de cette dernière ville par des documents au- 
thentiques. Rien de ce qui y avait existé n'était resté 
debout! En 1575, on y comptait 300 maisons, un hôpital, 
un couvent de Bogards, un Béguinage et un couvent de 
religieuses. Aux jours de marché, qui s'y tenait le jeudi, 
la foule encombrant la place était d'OTdinaire si grande, 
qu'on avait de la peine à y passer. En 1594, H n'y avait 
plus que 30 demeures, dont les deux tiers des huttes en 
bois; les couvents étaient dépeuplés; le marché était 
fréquenté par trente ou quarante villageois au plus (2). 
On peut donc se faire une idée de l'état également misé* 
rable dans lequel se trouvait alors la ville de Tirle- 
mont. Comme à Aerschot, ses monuments et ses demeures 
étaient détruits, sa population décimée, son commerce 
anéanti! 

Cependant Tannée 1598 vit la fin de ces maux et le 
commencement d'une nouvelle ère de bonheur. En cette 
année commença l'heureux règne des archiducs Albert 
et Isabelle, auxquels Philippe II, roi d'Espagne, avait 
cédé la souveraineté des Pays-Bas. 

(5) u Fuimus in lanto rerum discrimine et vit» periculo, ut nihjl 
minus expectaremus ab hostibus fidei, quam quod Arschottenses et 
Thenenses, viciai nostri, ab eis perpessi sunt. » Voir De Ram, Vener, 
Nicolai Esschii vita et opuscula, p. 147. 

(2) Les documents ont été publiés par M. Van Even dans le Bra- 
bandsch Muséum, 1, 15. 



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- 148 — 

Toutefois, à Faurore de cette époque de restauration 
ft de félicité, la ville de Tirlemont se vit menacée d'une 
nouvelle ruine. En 1604, un corps de troupes, laissé sans 
solde, s'était mutiné. Les villes du Brabant n'étaient 
occupées que par de faibles garnisons, parce qu'Albert 
employait toutes les forces disponibles au siège dis- 
tende, qui, commencé, le 8 juillet 1601, ne se termina, 
par la reddition de cette ville, que le 20 septembre 1604. 
tes mutinés avaient donc beau jeu au centre du pays. 
Ils parcoururent une grande partie du Brabant, en li- 
vrant tout au pillage. 

Jean Drusius, abbé de Parc, prés de Louvain, nous a 
conservé des détails très-curieux sur la marcbe de ces 
pillards. Nous allons en donner la traduction : 

« Le 26 avril, ils apparurent aux environs de Jodoigne 
4Bt de Tirlemont. 

* Le 27 avril, ils vinrent assiéger Tirlemont, où il n'y 
avait aucun préparatif de défense et qui était gardé par 
ie comte Frédéric Van den Bergbe avec un petit nombre 
d* soldats. Car toute notre armée était partie pour la 
Flandre avec le duc et la duchesse , afin de résister aux 
Hollandais, qui voulaient envahir cette province. Ne 
ttous laissant presque point de soldats, on nous avait 
laissés exposés au pillage , à l'incendie et à la mort. La 
garnison de Jodoigne fut appelée à Tirlemont. Alors les 
bourgeois et les paysans effrayés s'enfuirent, en aban- 
donnant toutes choses. J'ai commencé par faire trans- 
porter tous nos effets à Louvain, 

» Le 28 avril , jour auquel on célébrait la S. Marc, les 
mutinés, se répandant dans les environs de Tirlemont, 
ont tout dévasté. J'ai envoyé tous mes religieux à Lou- 
vain avec le restant de nos effets, pour autant que j'ai 



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~ U9 - 

pu. Je n'ai laissé dans notre maison que le proviseur el 
le chambrier (cubicularius) avec les frères coadjuteurs et 
les domestiques, afin de garder notre cloître. Le même 
jour les mutinés attaquèrent avec fureur la viltedeTirle* 
mont, mais ils eu furent expulsés avec grande perte. Us 
avaient brûlé le couvent des Dames Blanches. 

» Le 29 avril, ils brûlèrent l'église du St-Sauveur à 
Hakendover; ils partirent de là du côté de Jodoigne(i).» 

Le magistrat de Tirlemont , plein d'admiration et de 
reconnaissance pour le courage déployé en cette occa- 
sion par le comte Frédéric Van den Berghe et ses soldats, 
fit dessiner en leur honneur le combat du 28 avril. La 
gravure, faite à cette occasion, a été reproduite par 
Gramaye dans la première édition de sa notice sur Tirle- 
mont. On y voit le couvent des Dames Blanches, tout le 
reste du faubourg de Haendoren, le hameau de Grimde 
et l'église de Hakendover devenus la proie des flammes. 

La confiance que le règne des archiducs Albert ei 

Isabelle avait fait renaître dans toutes nos provinces, 

! engagea toutes les villes belges à relever les ruines 

I faites par les troubles et les guerres de la fin du XVI" 

(1) Annotatioms Joannis Drusii, Ms. aux archives de l'abbaye 
de Parc. 

Jean Drnys ou Drusius était né à Cumpticb près de Tirlemont. 
C'était un des hommes les plus distingués de la Belgique à cette 
époque. Il était en haute estime auprès des princes et des évêques, 
qui lui confiaient souvent ta direction d'affaires fort délicates. Les 
archiducs Albert et Isabelle le chargèrent, en 1607, do fairo la 
visite de l'université de Louvain, où il s'était glissé des abus qu'il 
fallait faire disparaître. En 1616, il fut chargé des mêmes fonctions 
à l'université de Douai. Tant à Douai qu'à Louvain, il porta de sages 
règlements dans l'intérêt des professeurs et de renseignement # 
VoirRayniakers, Revue cctfh., 1858, p. 668, 



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— iSO - 

siècle. Un de leurs premiers soins fut de rétablir ou de 
restaurer leurs remparts détruits. La ville de Tirlemont 
se chargea de ce soin en Tan 1604. Le 10 juin de 
cette année, elle obtint des archiducs un octroi, renou- 
velant les diplômes obtenus un siècle auparavant. Tous 
les habitants de la ville et du quartier furent obligés de 
nouveau à travailler, un jour par mois, aux remparts de 
la ville, soit en personne, soit en fournissant des voitu- 
res et des chevaux, sous peine, pour chaque jour de 
refus, d'une amende de trois florins à payer par ceux 
tenus de travailler en personne , et d'une amende de 6 
florins à payer par ceux obligés de fournir des voitures 
et des chevaux (1). 

Comme les comptes de la ville de cette époque man- 
quent, nous sommes sans détails sur les travaux faits 
alors. Cependant il est certain que, non-seulement on a 
réparé les anciens remparts, mais aussi quïl a été 
élevé une ligne nouvelle de remparts ou plutôt on a 
achevé lenceinte de réduction, décrétée au commence- 
ment du XVI e siècle. L'enceinte réduite, commençant au 
Sliksteen, s'arrêtait à Vile Ste-Hélène. En 1604, on l'a 
continuée depuis cet endroit jusqu'à la vieille porte de 
Louvain. Près de cette porte on éleva le bastion, démoli 
il y a quelques années et dit de Schrans. Que ces travaux 
datent de cette époque, c'est ce que prouve le dessin 
dont nous avons parlé tout-à-1'heure. La ligne de rem- 
parts depuis l'Ile Ste-Hélène jusqu'à la vieille porte de 
Louvain y porte un numéro, renvoyant à cette légende: 
Nouveaux remparts et fort (2). 

(1) Voir le texte flamand de cet octroi aux Pièces justificatives, 
H* 16. 

(2) » Novi aggeres eu m propugnaculo. » 



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— 451 - 

L'enceinte de réduction exclut delà ville des quartiers 
importants et en fit des faubourgs ou Buitingen, savoir, 
Haendoren, le Béguinage, Mulck et Avendoren (1). 

Les nouveaux remparts, commencés en 1512 et termi- 
nés en 1604, avaient englobé dans leur contour une 
partie de la grande enceinte, savoir depuis la vieille 
porte de Louvain jusqu'au Sliksteen, comprenant les por- 
tes de Diest et de Lintre (2). 

(1) a Item betaelt aen Jan Vanden Berch van dat den capiteyn van 
de jonckmans van debuytinge hebben verteert in net optreden van 
de parade op den feestdag van Sinte Peeters. » Comptes de la ville 
de 1670 à 1671. 

» Item afgescreven twee guldens vier stuyvers voer eene aem goet 
hier gelevert aen de buytinghe van Mulck. » Comptes de 1687 à 1688. 

(2) L'octroi de 1512, permettant la construction de la nouvelle 
circonvallation, avait ordonné de démolir les portes et de combler 
les fossés de la grande enceinte. Voilà cependant ce qu'on n'a pas 
fait. Ces portes et ces remparts sont demeurés intacts jusqu'en 1675. 
Ils furent détruits en cette année par les Français , ainsi que nous le 
verrons plus loin. La grande enceinte fut rétablie alors, aussi bien 
que l'enceinte réduite. En 1781 , la grande enceinte était debout avec 
toutes ses portes , sauf la porte du Roosmolen. Nous le savons par 
des documents authentiques , qu'il est bon de conserver. Quoiqu'ils 
portent une date postérieure, d'environ deux siècles, à l'époque 
<|ue nous traitons , nous les donnons ici, parceque nous croyons 
qu'on les comprendra plus facilement à la suite de ce qu'on vient de 
lire. 

On sait qu'en 1781 l'empereur Joseph II ordonna la démolition de 
toutes les forteresses inutiles. A cet effet des ingénieurs furent 
envoyés dans toutes les villes , afin de déterminer les travaux à dé- 
molir. L'ingénieur Jamez , envoyé à Tirlemont, y trouva debout les 
deux lignes de remparts ou , comme il disait, deux corps de place. 
Voici un extrait du rapport qu'il adressa au gouvernement. 

« 1° Toutes les fortifications en général des deux corps de place 
appartiennent à la ville. 

» 2° Le corps de la place extérieure fait en terre par les mar- 



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— 452 — 

Un autre soin des villes sous le règne d'Albert et d'Isa- 
belle fut de réorganiser renseignement public. La plu- 

chands drapiers, occupant un terrain considérablement trop grand , 
a déterminé les bourgeois à demander à L. A. R. l'Archiduc Attoeri 
et Isabelle 'de pouvoir construire un corps de place en maçonnerie , 
qui est précisément celui qui doit subsister, tant pour la fraudation 
que pour la conservation des droits de S. M. (Il y dans cet alinéa 
plusieurs inexactitudes, que le lecteur pourra facilement rectifier au 
moyen de ce qui précède). 

» Au delà de ce corps de place en maçonnerie il n'y a dans tout 
son contour aucune fortification extérieure. 

» 4° Le second corps de place , fait en terre, comme il est dit , 
par les marchands drapiers, lequel on peut franchir et passer en 
tout temps, comprend depuis le cranstoor, à gauche delà vieillie 
porte de Louvain, passant par l'ouverture de la nouvelle porte de 
Louvain, les portes d'Avendoren, d'Ougaerde, de Buost, deMaslrech 
et de là à la partie inférieure de la Gette. Toute cette enceinte doit 
être aplanie, les fossés comblés, les portes et les ponts rasés et dé- 
molis , étant l'un et l'autre très-inutiles» 

« Fait sur le lieu le 15 Xh"« 1781. * 

Le magistrat de Ti rie mont qui avait reçu Tordre, aa 31 décembre, 
de se conformer à ce rapport, adressa, le 21 février 1782, la requête 
suivante aux gouverneurs généraux : 

« Ceux du magistrat de Tirlemont, à qui V. V. A. A. R. R ont 
ordonné de faire raser la seconde enceinte delà ville, en faisant 
couler les terres dans les fossés, supplient par la représentation 
ci-jointe , qu'il soit déclaré qu'ils auront satisfait à cet ordre en 
diminuant la hauteur et profondeur de la dite enceinte, en faisant 
couler en pente les terres de la crête pour qu'on soit à même de 
réduire le terrain en culture, avec autorisation des suppliants de 
vendre ce terrain ou de le louer à long terme par partie. » 

A cette requête les gouverneurs-généraux firent , le 28 février , 
cette réponse : « Nous agréons que vous effectuiez la dite autorisa- 
tion sur le pied repris dans votre dernière représentation , bien en- 
tendu toutefois que vous devrez démolir les portes de cette enceinte 
à la hauteur des voûtes et vous y laisserez les battants. » 

Nous avons trouvé ces pièces aux archives du royaume à Bruxelles , 
Conseil des finances , Carton 1541. 



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_ i53 - 

part confièrent cettecharge importante à des corporations 
religieuses* Tirlemont en agit dé même. Elle chargea 
d'abord de la direction de ses écoles les religieux Car- 
mes. En 4617, elle traita avec les Augustins, qui y ou- 
vrirent un collège, le 1 octobre de cette année (1). 

Enfin, on s'efforçait partout dans les villes à relever le 
commerce et l'industrie. Sous ce rapport nous avons à 
signaler pour la ville de Tirlemont un octroi fort cu- 
rieux , accordé par Albert et Isabelle , le 27 septembre 
164$. Ce document est important à un double titre : 
outre l'intérêt qu'il offre pour l'histoire du commerce 
de Tirlemont, il relaie aussi plusieurs particularités, 
qui confirment entièrement ce que nous avons dit de 
l'état malheureux de cette ville à la suite des troubles 
de la fin du XVI 9 siècle. C'est pourquoi nous donnons 
ici la traduction de la plus grande partie de cefédit. 

« Albert et Isabelle-Claire-Eugénie, infante d'Espagne, 
de Brabant, etc. Faisons savoir que nous avons reçu la 
supplique de nos bien aimés les bourgmestres, échevins 
et conseillers de Tirlemont, contenant que la multipli- 
cité des afflictions notoires et indicibles, essuyées par 
cette ville dans les troubles précédents, l'ont dépouillée 
de son ancienne forme et figure et ne lui ont laissé que 
le nom de ville appauvrie. Parmi les misères qui l'ont 
affligée et qui sont sans comparaison , la plus grande 
c'est qu'elle reste toujours dans le même état misérable 
sans apparence d'amélioration, tant à cause des charges 
accablantes de rentes restées sans payement pendant les 
dits troubles, qu'à cause de diminutions de droits d'en- 

(1) Nous avons publié dans le Brabandsch Muséum, l, 50, le texte 
de la belle convention , conclue par le Magistrat de Tirlemont avec 
les Augustins. 



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— 454 — 

trce, de la charge des garnisons, du dépérissement des 
portes et des murs. Toutefois la plus grande cause de 
misères, c'est que la guerre a détourné de cette ville et 
conduit ailleurs, comme à Mons en Hainaut et en d'autres 
villes, une branche importante du commerce, qu'on y a 
vu florissante autrefois. Il s'y tenait toutes les semaines 
un marché, qui occasionnait beaucoup de dépenses au 
profit de cette ville et offrait beauèoup de facilités aux 
nombreux marchands, affluant des villes de Louvain, 
Bruxelles, Anvers, Malines, Aerschot, etc., venant même 
de la Westphalie, d'Outre-Meuse, de Maestricht et d'au- 
tres villes éloignées. Comme la ville de Tirlemont n'est 
pas tombée par sa faute dans cet état de misère, mais 
s'est d'ordinaire montrée fidèle à la religion, à nous et à 
nos prédécesseurs, dans le duché de Brabant, comme 
pour ces motifs elle mérite notre compassion et du se- 
cours; considérant la demande que nous font les sup- 
pliants de leur accorder un octroi leur permettant de 
tenir tous les ans deux foires aux moutons, à commen- 
cer : la première, le 24 avril, et la seconde, huit jours 
avant la St-Denis, et à durer chacune huit jours. C'est 
pourquoi, prenant ces motifs en considération et ayant 
pris d'abord l'avis de Guillaume de Semele, notre rece- 
veur dans la ville et quartier de Tirlemont, nous leur 
octroyons pour toujours, par nos présentes lettres, l'auto- 
risation de tenir tous les ans les deux foires prédites 
avec toutes les franchises , dont jouissent les marchés 
francs dans les autres villes. Pendant le temps que du- 
reront ces foires, on ne pourra arrêter aucun des mar- 
chands, se rendant à ces marchés, en revenant ou y 
séjournant; toute action contre leurs personnes ou sur 
leurs biens est interdite. Nous exceptons cependant de 



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— 455 — 

cette franchise les bannis . les criminels et nos ennemis. 
Pour cet octroi, les suppliants payeront annuellement un 
cens de 52 escaliers de Louvain (i). » 

Tout donc concourait pour faire oublier les maux 
passés et nous rendre le bonheur. Malheureusement des 
peuples voisins tramaient en secret pour nous enlever 
cette heureuse position, et nous rendre le fléau de là 
guerre. 

Les archiducs Albert et Isabelle, ne voulant que le bon- 
heur de leur peuple et la consolidation de l'ère de répa- 
ration si heureusement inaugurée par eux, étaient prêts 
à faire le sacrifice des provinces septentrionales, que le 
roi Philippe II leur avait cédées, aussi bien que les pro- 
vinces méridionales. C'est pourquoi, ils firent des propo- 
sitions de paix à la Hollande dès Tan 1607. Celle-ci ne 
voulut consentir qu'à une trêve de quelques années. 

En 1632, l'infante Isabelle lit, au nom du roi d'Espa- 
gne, Philippe IV (2), de nouvelles avances à la Hollande, 
qui furent rejetées. 

Pourquoi la Hollande s'obstinait-elle de la sorte à re- 
pousser la paix, qui devait avoir pour résultat la consé- 
cration de son indépendance ? C'est qu'il ne lui suffisait 
pas d'avoir brisé le joug de l'Espagne et de s'être rendue 
indépendante de fait ; elle voulait encore s'agrandir et 
s'emparer des provinces belges. 

Après avoir tenté inutilement, en 4652, d'engager les 
Belges à secouer également le joug de l'Espagne et de 
faire des provinces belges et hollandaises une république 

(1) Voir le texte flamand de cet octroi aux Pièces Justificatives, 
N«i8. 

(2) L'archiduc Albert était mort le 13 juillet 1621. Depuis cette 
époque nos provinces étaient retournées à l'Espagne. 



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— 456 — 

fédérative, elle signa avec la France, le 8 février d65S t 
un traité par lequel il fut résolu d'attaquer les provinces 
belges avec une armée de 60,000 hommes, dont chacune 
des parties contractantes devrait fournir la moitié. 

Les deux armées se mirent en marche au mois de mai. 
Celle des Français pénétra par le Luxembourg, défit, 
au village d'Avin, dans le pays do Liège, les troupes es- 
pagnoles, qui voulaient l'arrêter, et opéra, près de Maas- 
tricht, sa jonction avec l'armée hollandaise. 

Cependant, Ferdinand, cardinal-archevêque de To- 
lède, plus connu dans l'histoire sous le nom de Prince- 
Cardinal, nommé gouverneur-général de nos provinces, 
en remplacement de l'infante Isabelle, morte le i dé- 
cembre 1633, s'empressa de mettre le Brabant en état de 
défense. Le 21 mai, il partit pour Tirlemont, afin d'in- 
specter les travaux, qu'il avait ordonnés dans les envi- 
rons de cette ville et d'encourager les travailleurs par sa 
présence (1). 

Une armée espagnole avait été placée, entre Hanntit, 
Tirlemont et Diest, le long des deux Ghètes ; de nom- 
breux forts avaient été élevés sur les bords de ces ri- 
vières. Le gouverneur-général avait choisi cette ligne de 
défense, afin de couvrir le Brabant contre l'invasion 
ennemie. Logé au refuge de l'abbaye de Parc (2), il 

(i) Mercator , Rdbies ac clades Franco- Batava sive nefandum, 
immane et gehennale Thenarum excidium. Lovanii, 1655. François 
Cremers (Mercator était son nom latinisé) de Bois-le-Duc, était curé 
de la paroisse S. Michel à Louvain. Il mourut en 1636. Son livre 
eut deux éditions. Au siècle dernier, le chroniqueur Pelckmans de 
Louvain en fit une traduction flamande encore inédite. 

(2) <c Le refuge de Parc à Tirlemont était situé derrière le chevet 
du chœur de l'église de Notre-Dame-au-Lac. » Raymaekers, Revue 
cath., 1858, p. 550. 



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— 157 — 

s'arrêta une quinzaine de jours dans la ville de Tirle- 
mont; il inspecta plusieurs fois les travaux de défense 
et passa la revue de ses troupes. Mais bientôt il se per- 
suada que ce point stratégique offrait peu de chances de 
succès. Le long cours de ces rivières exigeait un épar- 
pillement considérable de ses soldats et leur peu de 
profondeur ne permettait pas d'espérer de s'opposer à 
leur passage par l'ennemi. C'est pourquoi le prince-car- 
dinal abandonna cette position et se replia sur la Dyle 
entre Louvain et Matines (1). 

malheureuse ville de Tirlemont! Tu es abandonnée 
à la fureur des Calvinistes hollandais et des Huguenots 
français ! Les cruautés qu'ils commettront sur tes habi- 
tants seront horribles! Leurs bras homicides seront ar- 
més par la haine de cette sainte Religion , que tu as le 
bonheur de professer et pour laquelle tu es pleine de 
zèle, ainsi que l'ont dit en ton honneur deux princes 
illustres, les archiducs Albert et Isabelle (2). 

Les soldats de la Hollande avaient été excités et 
fanatisés par les chefs du parti protestant. On leur 
avait. représenté la destruction du culte catholique 
comme la destruction de l'idolâtrie. Nous en trouvons 
la preuve dans des formules de prières imprimées, 
dans lesquelles on leur faisait dire à Dieu: « Vous savez, 
Seigneur, à quel dessein notre Josué porte ses armes au 
loin, c'est pour délivrer ces innocents et ces misérables, 
qui ont été contraints d'adorer les idoles; vous savez, Sei- 
gneur, que c'est particulièrement pour cela que nous 
faisons la guerre à nos ennemis, qui ne peuvent ou ne 

(1) Aitzema, Zaken van staet en oorlog, édit. in-4°, 4 e partie, 
pag. 205. 

(2) Voir plus haut pag. 154. 



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— 158 - 

veulent pas permettre que nous cherchions notre salut 
dans votre seule grâce et les mérites de votre Fils ; mais 
qui veulent nous contraindre à l'acquérir par nos pro- 
pres mérites, par les prières des saints qui sont morts, 
par des pèlerinages et par d'autres coutumes qui tien- 
nent de l'idolâtrie (i). >» 

(1) Hersant, Mars Français, pag. 371. Cet ouvrage est la traduc- 
tion du Mars Gallicus du fameux Docteur Jansénius, d'abord pro- 
fesseur à l'Université de Louvain et puis évêque d'Ypres. 



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Chapitre sixième. 

Sac de Tirlemont, en 4635, raconté par un témoin oculaire. — Nou- 
veaux pillages commis par les Hollandais à Tirlemont en 4636, 
m* et 4646. 



Les deux armées marchèrent vers Tirlemont, ville qui 
est devenue célèbre par sa prise et par le saccageaient hor- 
rible qui en fut fait avec tant d'inhuraanitez et de sacri- 
- léges que je ne puis encore y penser sans que les cheveux 
mè dressent presque à la tète. 

Lieutenant de Portis. 

Le prince-cardinal, en abandonnant Tirlemont, y avait 
laissé une garnison de mille à douze cents soldats sous 
les ordres de l'Espagnol Don Martino de Los Àrcos. Ce 
capitaine, chargé aussi du commandement de la place, 
s'était empressé, de concert avec le magistrat, de se 
préparer à la résistance. 11 avait tâché de renforcer sa 
I petite armée en appelant sous les armes tous les habi- 
, tants capables de les porter. 11 avait demandé des soldats, 
non-seulement aux trois serments : les arbalétriers, les 
archers et les fusilliers , aux deux Chambres de Rhéto- 
rique et aux nombreux corps des métiers ; il en avait 
' cherché jusque dans les cellules des couvents (1). 
' Les forces alliées des Français et des Hollandais qu'on 

| se préparait à combattre étaient redoutables. Elles se 

■ (1) Une note Ms. , tirée du registre des Augustins de Tirlemont et 

: que nous avons trouvée sur une feuille volante à la Bibliothèque de 
l'Université de Louvain dans l'ouvrage de Mercator, dit que tous les 
Augustins furent armés et durent monter aux remparts. Nous avons 
cru pouvoir en conclure qu'il en a été de même pour les autres reli- 
gieux. Au reste, c'était dans les usages de l'époque. 



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— 160 — 

composaient de cinquante mille hommes d'infanterie et 
de onze mille chevaux. Le matériel répondait à la gran- 
deur d'une telle armée, qui traînait après elle cinq mille 
chariots et deux cents bouches à feu. Elles étaient com- 
mandées par un des plus grands capitaines de cette 
époque, le célèbre Frédérie-Henri, prince d'Orange, 
nommé généralissime des deux armées. 

Le commandement en chef confié au prince d'Orange 
était un trait de cette politique fausse et perfide, qui 
dirigeait le gouvernement français à cette époque. Par 
cette nomination le roi de France voulait en apparence 
rendre hommage aux talents militaires du prince 
d'Orange. «Nous avons résolu , disait-il dans l'acte de 
nomination , de donner le commandement de la dite 
armée à nostre très cher et bien aîné cousin le prince 
d'Orange, a quoy nous avons esté conviez 9 non seule- 
ment par la connaissance que nous avons de son expé- 
rience, de la grande réputation qu'il a acquise dans la 
guerre, en tant de périlleuses et glorieuses entreprises 
qu'il a exécutées avec autant de prudence que de valeur, 
mais pour l'estime particulière que nous faisons de sa 
personne, et singulière affection que nous lui portons. » 
En réalité, la France n'avait en vue que ses intérêts. 
Comme sa part dans le partage projeté de la Belgique 
était plus grande que celle de la Hollande, le comman- 
dement sur les deux armées était une compensation 
accordée à cette dernière puissance (i). 

Ce dernier trait de perfidie coûta cher à la France. La 
nomination de Frédéric-Henri, prince valeureux mais 
jaloux, fut une grande faute et une source féconde 

(1) Aitzema pag. 58 et suiv. 



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— 161 — 

d'emharras. A Tirlemont on s'attendait tous les jours, 
avec une inquiétude fébrile, à voir arriver les années 
ennemies. « On ne saurait décrire , dit un témoin ocu- 
laire (1) , dans quelle pénible situation nous nous trou- 
vions durant les quinze jours qui précédèrent la .prise 
de Tirlemont. On n'entendait .parler que de l'approche 
des ennemis. On criait continuellement : Ils arrivant! 
Ils arrivent ! » Et cependant l'ennemi n'arrivait pas. Il 
passa .inutilement une dizaine de jours dans les environs 
de Maestricht. Ce fut là un premier résultat de la nomi- 
nation du prince d'Orange. Il étaitjaloux de l'éclat que 
les Français avaient répandu sur leurs armes par la 
brillante victoire d'Avin;(2)! Le vainqueur de Boisde- 
Duc,, de VenJ>oo;et de Maestricht, qui avait habitué ses 
soldats à îvair autre .chose en lui, signala toute sa nou- 
velle ,camp^gae jpar- ces lanteurs, «que les historiens hoV- 

.(1) La mère supérieuredesAnnoïiciades dans un curieux Ms. iiitfi- 
tnlé : Gedenkweerdige avonturen* altracien ende verstroyiryen, jae 
martelie ende verwoestinge, die de Annuntiaten binnen Thienen 
hébben geledenvan de geusen, À. 4635, inhet beginsélvan Jùtiivsj 
tmsehen deweleke den Eerw. Pater Egidius Dobbeiervus, die aèsàan 
hunnen bichtvader ,was y .den 'IW™ van iMemaendvan.de gmsçn is 
txrmoord; ende voerts soo <tjerre aïs het emigsintsin 'tschrift kan 
achtergelaten worden. 

Les annonciades de Tirlemont ne. possèdent plus flu'un fragment 
de ce, précieux rMs.. Heureusement que te-récqllet Jean.Kieckens, qui 
éuil leur confesseur en 1777, en a fait plusieurs copies. 

Une de ces transcriptions a été vendue récemment 20 fr. à la vente 
délivres de feu Jl. Verdussen d'Anvers. Nous nous sommes. servi 
fflune copie appartenant au Hé v. M. De Wilde, curé à l'hôpital de 
Tirlemont. Le texte, flamand, a été «publié par M. Schuermans, vicaire 
au '.Béguinage de Louvaki, dans la traduction qu'il a faite de BOtre 
opuscule : Caypqgne des finançais et des Hollandais,,. etï. 

(2) Mémoires de De Ponlis, tom. 2, pag. 146. 

il 



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— 462 — 

landais eux-mêmes n'ont pu s'empêcher de faire remar- 
quer (1). 

Enfin, au commencement du mois de' juin, on apprit 
à Tirlemont que l'armée ennemie s'était mise en marche. 
Les premières villes qu'elle rencontra furent Tongres et 
StTrond. Comme villes du pays de Lïégè, elle ne leur 
demanda que le passage. Allors elle entra dans le Bra- 
bant. Le prince d'Orange envoya quelques compagnies 
pour occuper Léau, Haelen et Landen. Il s'avança avec le 
gros de son armée jusqu'aux environs de Tirlemont, 
logea ses soldats dans les retranchements élevés et 
abandonnés par le prince-cardinâl et s'installa lui-même 
à l'abbaye d'Heylisseni , dont il fit son quartier-général. 

Le vendredi, 8 juin, au soir, le prince d'Orange fit 
sommer le commandant de Tirlemont de lui livrer la 
vilïe. — Celui-ci, après avoir tenu conseil avec le magis- 
trat et quelques autres personnes notables, refusa. — 
Le lendemain matin le prince fit répéter sa sommation 
une seconde et une troisième fois. — L'Espagnol persista 
dans son refus. — Alors le prince d'Orange, irrité, or- 
dpnna d'attaquer la place sur deux points à la fois (2). 

(1) Van Loon {Beschryving der Nederlandsche Historiepenningen , 
tbm. 2, pag. 227) s'exprime de la manière suivante : « De prins van 
Oranje toonde geenszins zyne gewoonlyke voortvarendheid. » 
*(2) Copie d un Ms. de Pelckmans, reposant aux archives des Frères 
Alexiens de Louvain, fol. 75. Le chroniqueur Pelckmans avait réuni 
dans un Ms. un grand nombre de pièces importantes concernant la 
destruction de Tirlemont en 1635. Nous ne savons ce que ce Ms. est 
devenu. Heureusement qu'un Alexien de Louvain, le frère Alexis 
Mast, chargé des soins d'un malade, a employé ses loisirs à copier 
ce précieux recueil. Il a signé son travail comme suit : c7» *t juer 
1807 door my geschreven, by M. Joseph Leunckens dienende, B r 
Alexis Mast cellebroeder tôt Loven. » Le supérieur de celte maison 
a eu l'obligeance de mettre ce Ms. à notre disposition. 



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- 165 - 

Henri de Nassau vint occuper les abords du Béguinage 
avec deux mille cinq cents hommes. Trois mille Fran- 
çais, sous les ordres du maréchal de Brézé, se placèrent 
aux environs de la porte de Maestricht (1). 

D'après la supérieure des Annonciades l'attaque de la 
ville commença à une heure et demie de faprès-diner. 
Quoique de courte durée, la lutte fut de part et d'autre 
vive et acharnée. 

<t. Nous allasmes droict à Tirlemont que nous atta- 
quasses vigoureusement, » écrivitau cardinal de la Val- 
lette le général français d'Espenan, qui parait avoir 
commandé le détachement chargé d'investir la porte de 
Maestricht. « Le gouverneur, après s'eslre deffendu trois 
ou quatre heures, s'addresça à moy et demanda accord; 
je fis faire trefve, et luy de mesme , et fus trouver son 
Excellence (le prince d'Orange), qui ne voulut pas capi- 
tuler avec luy qu'il ne vinst en personne; on perdit 
environ demie heure de temps dans cette contestation. 
A la fin je le portay à venir vers le prince. Mais comme 
les Hollandois, qui donnèrent à nostre gauche, ne trou- 
vèrent plus de résistance à cause de la trefve qui s'estoit 
faicte, ils passèrent le fossé, et plantèrent des eschelles 
à une tour, et entrèrent dans la ville. Les nostres ayans 
veu cela forcèrent une porte et en firent de mesme (2). » 

(1) Commelyn, Leven en bedryf van Frederick- Hendrick, 1*« p 
pag. 214. 

(2) La lettre du général d'Espenan fut écrite de Liège, le 25 juil- 
let 1655. Elle sert de préface au livre d'Ericius Puteanus : De obsi- 
dione Lovàniensi. Elle se trouve aussi dans le recueil de Pelckmans. 
Ces deux auteurs Tout traduite, le premier en latin, le second en 
flamand. Nous en avons trouvé le texte français, à la Bibliothèque 
royale à Bruxelles, dans un volume intitulé : Recueil de pièces refo- 
tives au Pays-Bas, 1635-1636. 



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,1 

LVftftemt avait cominèiiëè par se rendre màîfrfe'des 
ïâtibbu'rgs de Hàendoren et du Béguinage, te fcfuèèès, 
htiiû d'abattre le ctmrage des assiégés, ne sembla ^trè 
les irriter. Qûélques ; nns prireht une mesure âésespéfrëè: 
ils tentèrent dïncendier 1tefc quartiers occupés par ï*en- 
•ùemi. En face du Béguinage et du sentier, côtoduteàtot 
dés remparts à la rue dès Voyageurs , s'élevait à défte 
époque une tour nommée : De toren Van ùeet. } Oftôn 
"Càtfs, 'lieutenant-mayétli , de TÏrlemorit, ordonna d'e tirer 
Au haut de cette tortîfléàtïcfa ufc grand nombre de tibttps 
'de inôtisquet sur le Beguiuage afin d'y mettre le feu. 
^Quoiqu'on tfrât presque à tout portant et que beaucoup 
h'e d'effleurés fussent couvertes de chaume, le feu ne 
prit'pâs. Ùè quartier continua à jouir de cette immtfiilté 
'après 'là prisé de la ville et lorsque les flammes ftévb- 
itâérit presque tout. Les habitants de tirlemoiit attri- 
buèrent fa préservation du Béguinage 'à la protection 
spéciale de S. Agathe, *ju'ôn invoque Ôaiis le Vieux 
J $3hctfiaîre de fcô quartier, aujourd'hui ï'églïsë des H. P. 
'frôtoitiftâîus (l). 

f ta prolongation de ïa résistance étaint devenue impos- 
sible, les habitants demandèrent à capituler et obtinrent 
ùnè'suspensioh d'armes. Peïidàiit qu'dn toégodaft 'les 
côtfdifiôùs de là reddition et que lés défèîisetirs dfe la 
ville, se 'confiant k la foi de la parole donnée, abandon- 
naient les remparts et déposaient les armes, les Hollan- 
dais, occupant le Béguinage, méditaient le projet de 
s'emparer traîtreusement de la place. 

'Il .y vivait au Béguinage un grand nombre de chariots 

{\) Provoost> curé du Béguinage de Tirlemorit à cette ëpôqûè, 
Levenvan de k. Agatha, pag. 70 et suïv. Cette biographie fut im- 
primée à Louvain, Van 1687. 



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- 165 — 

des villageois des environs, qui les y avaient conduits» 
daps l'espoir d ? y sauver leur avoir. Les soldats du prince 
d'Qrangç enlevèrent les échelles qui servaient de rampes, 
à ces véhicules, traversèrent le fossé dit de Borchgracht, 
appliquèrent leurs échelles contre les murs et bientôt 
ils, furent jnaîlres des remparts (1), 

Cet exemple fut imité par les Français qui se rendi- 
rent coupables de la même trahison, «. Je fis approcher, 
raconte le lieutç.nant de Pontis , notre régiment contre 
la porte (sans doute la Vieille-Porte, appelée ^ussi Fqus$$ 
Pqrte de Maestricht ou Maestrichts.che mnnfin-.PoQ.rt)^ 
après avoir fait abattre avec beaucoup de peine lç. pqrçt- 
leyfc. Mais coqame cette portç. était bien tanricftdéq par 
derrière, et qu'il, étoit nécessaire d'entrer dedans, aftft 4e, 
1^ 4ét>sura$sev, je fis fort serrer le* soldats qui étoijBflt 
les plus proches de la j><?rte, et étant mont$ sur l^urs 
ép^ujes avec u» soldat qui ^voit unç ha^chç, je le Çs» 
entrer par une des fentes , dans lesquelles s'^n^boîtep.t, 
Içs solives qui soutiennent le pont-levis. J'çntp^i dw$ 
1$, mémç fente et fis rompre la porte par laquelle .iyt\tf$ 
rçginieut et le reste de Tarinçe, entra (3). » 

Lç premier acte du draw.ç affreux de la deçtvuqtiçQ, fle, 
lirlemont était consommé* 1\ fut suivi dç sçèpes aYu^e 
inhumanité et d'une atrocité saps. çxeippl& clans Vhi$-. 
toire* 

En un moment la soldatesque s'était, répande d?fl& 

' (!) Ms. de Petekmans fol. 8. 

(2) Mémoires, loco cit. — 11 y avait, au XVII e siècle, des ponts- 
levis près de toutes les portes. Afin de çOTQfefirçfi te f&it dq pe 
Hvti» t x «oitft donnons; uçe, çl^Uon ooncejroairt te pan^lévs. çlté loi : 
« Item Clauwens eenen dach 111 quaert 4at, b$ fcttty gefltëttU a&R 
de Valbrugge aende oudepoort. » Comptes de la viM$4e 1G4Q à 
1644. 



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— 166 — 

tous les quartiers de la ville, elle setait mise à piller, à 
ravager et à massacrer avec une barbarie inouïe. Ils 
commencèrent , dit Fhistorien Erycius Puteanus , par 
remplir tout de meurtre et de sang (1). Un grand nom- 
bre de personnes périrent sous leurs coups, entre autres, 
les deux confesseurs des Annonciades , une femme qui 
s'était réfugiée dans leur monastère et un vieux prêtre 
retiré chez les Carmes. Ils arrachaient les enfants des 
bras de leurs mères et les égorgeaient ou les fracassaient 
contre les parois des murs. Plusieurs cadavres, un grand 
nombre de corps mutilés gisaient dans les églises et les 
rues (2). 

Du meurtre , continue Puteanus, ces barbares pas- 
saient au pillage des maisons, des couvents et des 
églises (3). Ils faisaient main basse sur tout ce qu'ils 
trouvaient et se chargeaient de dépouilles. Ce qu'ils 
n'emportaient pas, ils le détruisaient. Tout était-il dé- 
truit, ils forçaient les habitants par des tourments hor- 
ribles de leur indiquer l'endroit où ils avaient caché 
leurs effets précieux. Ils liaient de faibles femmes, leur 
répandaient sur le sein de la poudre à laquelle ils met- 
taient le feu, pour leur arracher des déclarations sem- 
blables. Ils faisaient subir ce traitement cruel jusqu'à 
des enfants en bas âge (4). 

Mais ces furieux en voulaient surtout aux personnes et 
aux maisons consacrées à Dieu. 

Pénétrons dans une de ces saintes maisons au moyen 

(4) De obsidione Lov. p. 11. 

(2) Mss. de la supérieure des Annonciades et de Pelckmans; Her- 
sant, le Mars français, pag. 365. 

(5) Locb cit. 

(4) Hersant, pag. 364. 



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- 167 — 

du récit que nous a laissé la révérende Mère supérieure 
du couvent des Annonciades. 

Les Annonciades n'étaient établies à Tirleraont que 
depuis Tannée 4629. C'était une colonie venue de Lou- 
vain. Le couvent qu'elles habitaient alors et dont une 
partie a reçu de nos jours une nouvelle destination pieuse 
(elle est devenue la maison de la conférence de Saint- 
Vincent-de-Paul), était situé à quelques pas de la porte 
de Linter. Le 9 juin 1655, lorsque la canonnade ennemie 
et la mousquetade de la ville eussent tout-à-coup cessé, 
les bonnes religieuses croyant, comme tout le monde, à 
un accord entre les deux partis, s'étaient rendues à 
TOratoire afin, d'épancher leur joie devant les SS. 
autels et d'offrir à Dieu un tribut de reconnaissance. 
A peine s'y trouvaient-elles qu'une voix appela la supé- 
rieure. Celle-ci s'empressa de descendre et elle vit une 
bande de soldats espagnols, qui avaient escaladé le mur 
de leur jardin et qui criaient à tue-téte : Laissez-nous, 
entrer, on en veut à notre vie. La supérieure s'écria : Mais 
n'est-on pas parvenu à un bon accord? Les soldats, sans 
répondre à cette question , entrèrent dans la maison, 
montèrent aux greniers, et se cachèrent sous quelques 
bottes de paille. 

Ces pauvres soldats s'étaient sauvés à temps. « Dans, 
ce moment (laissons la religieuse parler elle-même) il se 
fit un bruit dans notre église, comme si c'eût été le jour 
du jugement dernier. Il s'y était réfugié quatre ou cinq, 
cents personnes de la ville, que la méchante engeance 
des Gueux avait poursuivies le sabre au clair. Toutes ces 
personnes furent dépouillées, chargées de coups et faites 
prisonnières. On brisa tout ce qui se trouvait à l'église. 
Les sœurs converses essayaient de calmer la fureur de 



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l'ennemi; mais c'était en vain. Nos deux confesseurs 
couraient aussi de côté et d'autre croyant pouvoir faire 
du bien. Mais c'était peine inutile. Il y avait beaucoup 
d'objets dans la partie de l'église qui n'est pas soumise 
à la clôture (1) : en une demi-heure tout avait disparu. 
» Alors les soldats se mirent à frapper à coups de 
marteaux sur la porte de la clôture. Nous descendions et 
je criais par une fenêtre : Personne ne peut entrer ici sans 
encourir Vexeommtinieatîon papale. Le père directeur 
criait : Ouvrez, ils ne feront aucun mal. Mais déjà ils 
avaient forcé la porte, et une troupe de vingt à vingt- 
cinq soldats, le sabre à la main, se jeta dans notre mai- 
sion et s'empressa de monter les escaliers. Us parcouru- 
rent nos cellules et forcèrent les armoires. Je courus à 
leur suite. Je venais d'achever l'écriture d'un nouveau 
livre d'heures; j'y avais mis quinze mois; il n'était pas 
encore relié. Ils se sont emparés de ce livre et t'ont mis 
en pièces. H y avait dans une de ces armoires trois 
patacons, que nous avions reçus pour avoir lavé le linge 
du prince-cardinal. Je Pes enlevais habilement et après 
les avoir tenus cachés pendant quatre heures dans inçn 
mouchoir (c'était le seul argent en notre possession)? je 
les leur donnais , dans l'espoir que cela calmerait leur 
foreur. C'était en vain ! Ils continuaient à ouvrir tout de 
force. Je disais : Attendez, j'ouvrirai moi-même. J'ouvrais 
alors tout. Ils se jetaient sur tout et emportaient ce qui 
était à leur convenance. Un trompette s'empara dfun 

(t) Bans lès monastères on entend par-clôture uae étendue déter- 
minée de bâtiments et de terrain, qui' se trouve entourée d'un mur 
et dont rentrée est interdite aux personnes étrangères au couvent. 
Voir noire livre : La Règle de £. Augustin, traduction nouvelle 
avec des réflexions morales, pag. 157. 



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drap de lit et le remplit de linge autant qu'il put. A cet! 
effet il parcourut toutes les cellules* Quand il en eut fait 
le tour r il entra dans l'Oratoire et se mit! à arracher les 
rideaux. Quelqu'un lui eria : Ce sont Us ornements dei 
l'église. 11 répondit : Je ne sers pas Dieu, je sers le dàr 
mon,. Il s'enfuit alors avec sa charge. Les autres le suivi* 
rent chargés comme des bétes de somme. 

» À peine cette première bande fût-elle partie, qu'il 
en arriva une autre de vingt à trente hommes. Ceux-ci 
s'emparèrent du beurre, du fromage, de la viande et de 
toute la baUerie da la cuisine. Ils sfcmblaienC vouloir 
nous) affamer. Ils avaient si bien pillé nôtre maison,, qu'il 
n'y restait pas une miette de pain. Après cet exploit, ils 
mentaient afin de voir ce qui: se passait là.. Ils voulaient 
foncer le sacrarium et en enlever le saint Ciboire. Moi, 
du côté opposé, je brisais le verre avec la main et j'en 
enlevais le saint Ciboire et les remonsfcrances.. Je les 
donnais à quelqu'un qui les à enserrés dans une forte, 
armoire près du tour. Une demâ-heure aprèâ r ees servi* 
tedrs du démon brisèrent cette armoire. Ils répandirent 
à terre les SS* Hosties et les foulèrent aux pieds. J'étate 
étonnée crue ces sacrilèges ne fussent pas punis sur le 
champ. Mais il est à croire que Dieu leur a laissé failre 
afin> de les punir par le feu éternel. Notre père directeur 
auccueillieesSS. Hosties et le&a consommées. 

» Lorsqu'ils eurent achevé la spoliation de notre i»ai- 
son; ils s'attaquèrent à nos personnes. Ws nous arrachè- 
rent t'aoneau que nous portions au doigt. Ils nous 
parlaient dans les termes les plus durs et les plus 
grossiers. Nous: croyions notre dernière heure arrivé^ 
Cependant vers Te soir arriva un Français qui se mott- 
trait irrité de voir emporter tofct. Quand c'étaient d#* 



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_ 470 — 

Français, il les frappait avec son épée. Alors il nous 
arriva de nouveau des Hollandais semblables à des 
furies d'enfer. Le Français voulut s'opposer à eux. Mais 
plus forts que lui, ils lui portèrent un grand coup de 
sabre à la tête. Il fut obligé de prendre la fuite. 

>♦ Alors il arriva des gens à cheval; ils entrèrent avec 
tant de fureur que nous croyions qu'ils allaient nous 
fouler aux pieds. Nous nous enfuyions à la chambre du 
chapitre. Ces tyrans de Gueux nous y suivirent et nous 
chargèrent de coups comme si nous eussions été des 
chiens. Je m'écriai : Jésus, Marie. Ils dirent : Oui, oui, 
criez : Jésus, Marie, vous... Et ils me frappèrent encore 

davantage. Alors ils dirent : Ch , donnez-nous de 

l'argent* Je leur répondis : Je n'ai pas d'argent. Ils se 
mirent à blasphémer de la manière la plus horrible. Le 
père directeur était avec nous. Il dit : Laissez-la en paix, 
elle n'a pas d'argent. Ils tombèrent sur lui en criant : 
Papiste, et ils le frappèrent comme s'ils eussent battu 
sur une enclume. Notre sœur Barbe reçut un grand coup 
de sabre à la tête; si elle ne s'était pas laissée choir, elle 
eût été morte sans aucun doute. Alors ils firent la chasse 
à notre père directeur et le poursuivirent jusqu'à l'en- 
trée du verger. Il tomba à genoux. Ces bourreaux ne 
firent qu'en rire et le frapper. 11 avait reçu huit bles- 
sures à la tête, perdu trois doigts et reçu deux coups 
d'épée au côté. 

» Quelqu'un avait donné par la fenêtre de la chambre 
du chapitre douze florins à. garder à sœur Elisabeth 
Wielant, et une pauvre femme, trois patacons. Ces gens 
ne rêvant qu'argent lui mirent trois fois l'épée sur la 
gorge afin d'en obtenir. Elle disait: Tuez-moi, mais ne 
me faites pas d'autre mal. Enfin vaincue' par les menaces, 



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- 171 - 

elle donna l'argent. Alors ce fut pire encore; ils nous 
frappèrent encore davantage. Sœur Elisabeth se sauva 
par la fuite et moi je reçus un coup si violent à la tête 
qu'il me semblait qu'il en jaillissait du feu. L'épée glissa 
sur mon nez que je croyais coupé. Je saignais au moins 
pendant dix heures, de sorte que j'étais toute en sang 
de la tête aux pieds. Cependant je réussis à monter et à 
rejoindre les autres. Quand nous étions de nouveau 
réunies, nous faisions la revue de notre monde. Il nous 
manquait deux religieuses : la sœur vicaire et sœur 
Catherine Van Beveren, notre messagère (ons looperke). 
C'était pour nous un nouveau sujet de douleur et une 
nouvelle blessure. 

» Alors montèrent quatre soldats, le sabre dégainé. 
Ils nous frappèrent comme si nous eussions été des ani- 
maux. J'étais agenouillée en avant des autres; je reçus 
force coups à la tête. La sœur Elisabeth Wielant me ren- 
versa en disant : Laissez-les frapper sur votre corps. 

» Il y avait parmi nous une femme du voisinage, 
qu'ils frappaient à la tête avec un marteau. Elle s'écria : 
Jésus, Marie. Ils lui portèrent un nouveau coup et celte 
femme tomba morte au milieu de nous. Une demi heure 
après, l'assassin revint et dit : J'ai tué cette femme, c'est 
ma faute. Et il se mit à rire. Lui et ses compagnons nous 
accablèrent de nouveaux coups. Ils ont rompu quatre 
sabres en nous frappant. 

« La sœur Vicaire et sœur Catherine s'étaient tenues 
cachées derrière la porte de l'armoire près du tour. 
Quand un peu de tranquillité se fut rétablie, elles re- 
montèrent auprès de nous. Nous étions au comble de la 
joie. La porte de notre cloître avait été fermée, nous ne 
savions par qui. 



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— 472 — 

)> Nous espérions enfin d'être Ubres. Mais bientôt oa 
frappa avec violence à la porte. La sœur Vicaire et sœur 
Barbe descendirent. Celles-ci alors se trouvèrent devant 
des soldats malhonnêtes et grossiers, qui de nouveau 
nous chargèrent de coups et tinrent les propos les plus 
licencieux. La sœur Vicaire s'était sauvée au jardin, et 
sœur Barbe à l'Oratoire. » 

La religieuse raconte ensuite différentes autres scène? 
assez semblables à celles qui précèdent avec cette diffé~. 
rençe que les soldats, poussant encore plus loin ta li- 
cenee, essayèrent plusieurs fois de porter, atteinte à la 
chasteté des religieuses. Elles résistèrent courageuse- 
ment et prolestèrent qu'elles étaient les. épouses de JUC, 
Puis la supérieure continue ainsi ; u l\ était deux heur/es 
de la nuit. Nous avions 4 peine respiré pendant le temps: 
qu'où dirait deux Pater, qu'il arriva de grandes bandes 
de soldats qui brisèrent à cQup& de marteaux, les b^ç* 
sur lesquels neus étions assises* Jugez, lecteur, du, 
trouble de njos cœurs. Nous ne vîmes aucune ftn à nos 
douleurs et nous nous dîmes souvent pendant cette cuit; 
Seigneur^ ri êtes -vous plus miséricordieux lit qou&tMoriç* 
Mère de Dieu, n'étes^vous plus la. Mère d$ Ifl miséricorde? 
Et wusi Ames du purgatoire <*% IfQSrWW* puisque voy# 
nou,s abandonnez ? 

» Il m'est impossible de décrire ce que ces, méotftnt$ 
nous ont fait souffrir encore jusqu'au matin. IJs uous 
traitèrent comme auparavant Us eu avsûe/it agi envers 
les martyrs de (Jareum. Quelquesruqs voyant qu'il u'y 
avait plus rien à prendre et qw nous étions si désolée^ 
noua disaient que nous étions bien folles de ne pas n.o.uft 
marier. L'une eu l'autre parmi nous essayait bien uns 
réponse. Cependant nous n'osions pas répliquer grand'- 



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- «5 - 

dtôse, fle peur de les ifaive recommencer. D'autres arri- 
vèrent habillés de hochets -et d'elles obtenant (tes gBu- 
j)i»otts & ! la ttfeilâ, tlâ tadtfs dôtfnàieflt l^âa'bétàfè par 
'dérision. *» 

Ce qui se pâSBli pëbèa^la jôu^nfee du 9^inet la nuit 
4tajo»!s?uivaintdans le fco&vent des AnnoneiacteS, Se re- 
nouvela ^Vec plus ou tuôiiïs de dualité ktenstouftèfs les 
itoàisëns religieuses et dans toutes les églises. «Tout ce 
que là relighîta , disent dëti* écrivains tfé nos jflurfc d'a- 
près Erycius Ptitefanus, tout fce que la religion a dfe plus 
vénérable et de plus sacré fut pollué, détruit. Ils brisè- 
rent les images des saints, de Ta Vierge, ftu S&tfvfeur, 
foulèrent aux pieds les saintes 'hosties, les collèrent an* 
portes des temples, ils poussèrent même leur démence 
sacrilège jusqu'à les jeter dans les 'râteliers de leurs 
tefrévaux (1). » 

Les attentats qu'ils Se permirent contre la cfcastëté 
âèfs femmes, des jetfnes Hlïes et des vierges consacrées & 
ÏJieu ne furent pas moins révoltants. Si nous devkfris 
reproduire les détails que rapportent les auteurs con- 
temporains, nous ferions frémir la pudeur et rhmtfa- 
flité. Qu'il suffise de dire Qu'ils n'eurent égard ni àl'àge 
ou 'à-la condition des personnes, ni à la sainteté ou & ïa 
publicité des lieux. Ils outrageaient les religieuses £n 
prësen'ce de leurs supérieures, les femmes à 4a rue 8e 
leurs é'pbux, les enfants malgré le désespoir 'de lews 
parents. Ces infamies ïtfretft comtoises dafns les mes, 
dans les couvents, dans les églises et jusque sur les 
marches de nos saints autels (2). 

(1) Marshall et Bogaerts, Antiquités Bèlgiques, toto. I, pag. MB. 

(2) Erycius Puteatms, pag. 14. 



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- 174 - 

' Quelque grands que fussent les malheurs que noms 
venons de décrire, une calamité plus terrible encore 
attendait la ville de Tirlemont. Le dimanche, les soldats, 
repus de sang, de pillage et de débauche, veulent en 
.finir avec Tirlemont! Ils décident de détruire par le feu 
jusqu'au dernier vestige de cette ville infortunée. Ils 
commencèrent par mettre le feu au refuge de l'abbaye 
de Parc. Ils disaient que cette maison, où le prince-car- 
dinal avait reçu l'hospitalité, exhalait une trop forte 
odeur espagnole! Us la détruisirent de fond en com- 
ble (1). 

Après cet exploit, ils se partagent les différents quar- 
tiers de la ville. Au signal donné parle tambour et le 
tocsin, ils courent de rue en rue, des torches allumées 
à la main, et mettent le feu aux demeures des bourgeois, 
aux asiles des religieux et aux églises. Bientôt une fumée 
épaisse s'élève au-dessus des toits. On entend déjà le 
fracas des maisons qui s'écroulent. La destruction de- 
vient générale. Là où elle ne marche pas assez vite au 
gré de ces Vandales, comme aux églises de Saint-Ger- 
main et de Notre-Dame, ils apportent avec de grandes 
. peines d'énormes fagots de bois. Sur ces fagots ils répan- 
dent des braises allumées et ainsi ils détruisent parle 
feu ce que leur hache avait conservé des trésors reli- 
gieux et artistiques renfermés dans ces deux beaux 
temples. Heureusement les voûtes en pierre ayant em- 
pêché les flammes d'atteindre la toiture, le vaisseau de 

(1) « Dormis Parchensis in oppido Thenensi, in quâ Princeps Cardi- 
nalis hospilatus fuerat, prae omnibus aliis, hoslibus calumnianlibus 
nimis m use uni hispanicum olere, prima incensa fuit et penitus con- 
flagravit. » Annotationes circagesta Joannis Masii Abbatis Par- 
chensis, Ms. reposant aux archives de l'abbaye de Parc. 



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- 175 - 

ces deux monuments fut conservé. Un grand nombre de 
personnes qui s'étaient réfugiées dans ces églises 
comme dans des asiles sûrs, furent consumées dans 
le feu (I). 

En voyant les flammes s'échapper par flots de la vieille 
collégiale de S. Germain, du plus ancien monument de 
leur cité, dé cette église dans laquelle presque tous 
avaient reçu le saint sacrement de la régénération, les 
habitants ne purent retenir leurs larmes. Le prieur des 
Augustins, Walterus Lipsius, qui avait pris une part 
active à la défense de la ville, s'était réfugié, après l'acte 
de félonie de l'ennemi, au couvent de Cabbeek et caché 
aux greniers de ce monastère. 11 y fut découvert par cinq 
soldats français , qui l'emmenèrent prisonnier auprès de 
leur général, le marquis de la Force, à Meer, hameau 
dépendant de Gossoncourt. De là, il vit, le dimanche, ' 
10 juin, vers le soir, l'église de S. Germain tout en feu. 
Ce triste spectacle déchirait le cœur du bon religieux. 
Dans sa douleur il disait au marquis : « Combien des fois 
ai-je moi prié en cette église afin qu'il plairoit à Dieu 
d'accorder ces deux grandes voix ensemble pour em- 

Dier ces fortes armées à meilleur dessein. Et à cette 



(1) Il D'y a pas plus de trente ans qu'on a descendu de la tour et 
des combles de l'église de S. Germain des charretées entières d'os- 
sements humains. C'étaient encore là probablement des restes des 
victimes immolées par 2a fureur protestante. 

Les soldats avaient enlevé de l'église S. Germain trois tableaux, 
dont deux servaient de volets à l'autel de la' S te- Vierge. Ils représen- 
tent l'un S. Dominique, l'autre la présentation de Jésus au temple; 
le troisième Ggure S. Pierre attaché à la croix. Ces trois tableaux 
furent restitués; les deux premiers, en 1640; le troisième, en 1715. 
Pour les détails, voir aux Pièces Jdstificatives, Nf" 19, 21 et 22. Ces 
trois œuvres d'art ornent encore aujourd'hui l'ancienne collégiale. 



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— 176 — 

heure l'église brûle!... » — « Sur quoi, continue l'Att- 
fuëtin, il n'a répondu eircs. Entendant ma voix et 
voyant mes larmes, il s'est retiré. Et an nous a mené 
à la grange où que nous a couché. Il nous a «emvoytë un 
pot de vin d'Espagne sans que Je te pduivois ta 1er ou 
goûter (!).*> 

Hlais bientôt les habitante de Ttalentont furent témoins 
^dtan spectacle plus déchirant «ncoite. Ghassés de leurs 
^demeures par l'épéede l'ennemi euîpar :1e feu, tme foule 
ide malheureux ts 7 é*aient réfingiés à :l ? MpitaA Sadiit+Jeaii, 
établi alors Rue L&rtgtfe. Celte maiston, dams laquelle on 
soignait lies hadigerits malades^ s'appelait ïfépkalS. Jean 
ou Vieil .Hôpital, ptiur/le distinguer de l ? jB6f»'(a/ 5. Lau- 
rent ou Nwvellfaspùje, étabii:dans:la»méme rufeiet dfetns 
(lequel les ouvres voyageurs recevaient Ile logement. 
.Lcfe malheureux 4pui encombraient l'hôpUal S. Jean *&- 
péraierit qu'au motos dans ee refuge des misères et dés 
souffrances ite frouveraietnt un asile inviolable! Mais 
n r était-ce pas trop attendre de furieux qui ne respec- 
taient pas les sfanctuafces de Dieu? Et en eâet, les: sol- 
dats brûlèrent ta chapelle, le .quartier des religieuses 
et kssallesdes malades. Plu sieurs decesnwijbeujreuit de- 
vinrent la proie des flammes, en poussant les cris les plus 
déchirants e!t les lamentations les plus effroyables' (4 }«. 

Cependant deux citoyens Courageux, le ôhëf-mayetrr 
du quartier de Tirlemont et le vicaire de S. Germain, 
s'en vont, au nom des autorités civile et ecclésiastique, 
trouver le prince d'Orange à l'abbaye de Heylisseto. Ils 
lui fotit en quelques mots te récit des meurtres, du ^fi- 
lage et du libertinage auxquels ses Soldats se sont livrés; 

(4) Ms. de Pelckmans, fol, 76. 
J (!) Mercatèr, pag. 45. 



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— 477 — 

ls le supplient par leurs prières et plus encore par 
eurs larmes de faire cesser ces horreurs. Pour réponse 
le prince balbutie quelques excuses banales. Il parle de 
la difficulté d'arrêter les soldats, de l'impossibilité de 
prévenir tout excès , etc. Cependant il termine par la 
promesse formelle de faire cesser l'incendie (1). 

Les députés revinrent donc quelque peu soulagés 
auprès de leurs concitoyens. Hélas ! il ne leur fut pas 
donné de jouir longtemps de cette faible consolation ! 
L'incendie continua son œuvre de destruction jusqu'au 
lundi soir. Pendant la nuit du dimanche au lundi, l'em- 
brasement répandit tant de clarté, que le triste spec- 
tacle offert par cette nouvelle Troie fut visible du haut 
du château-César à Louvain (2). 

Les excès commis à Tirlemont furent jugés tellement 
horribles, que les deux nations dont les soldats s'en 
étaient rendus coupables, en voulurent décliner mutuel- 
lement la responsabilité et la rejetèrent l'une sur l'autre. 
En France, on disait que les soldats de la Hollande seuls 
avaient commis toutes ces horreurs. En Hollande, on en 
chargeait les Français (5). Erycius Puteanus, Jansenius, 
tous les historiens belges regardaient les uns et les 
autres comme également coupables. Le récit de la supé- 
rieure des Annonciades atténue beaucoup les torts des 
soldats français. 

« Au point du jour, continue cette religieuse, il arriva 
des Français. Quand ils nous eurent vues, ils avaient si 
grande pitié de nous, qu'il est impossible de l'exprimer. 
Même quelques-uns pleuraient avec nous. Ils deman- 

(1) Mercator, loco cit. 

(2) Erycius Puteanus. 

(3) Commelyn, pag. 215. 

12 



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- 178 — 

daient : Ah! est-ce quelqu'un de notre nation qui vous a 
traitées de la sorte? Nous répondîmes : Oh! que non ! ce 
furent des Hollandais et des Frisons. Je crois que depuis 
six heures jusqu'à neuf heures et demie du matin nous 
avons reçu la visite de vingt à trente bandes de Fran- 
çais. Tous nous témoignaient la même compassion. Alors 
nos cœurs étaient soulagés et la crainte disparaissait. 
Nous commencions à parler et à leur raconter ce qu'on 
nous avait fait endurer la nuit et la veille. Quelques-uns 
apportaient du pain. J'ignore si quelqu'un en a mangé. 
Quant à moi, j'étais si malade quïi m'aurait été impos- 
sible de manger la moindre chose. Le Français, dont j'ai 
parlé plus haut, /qui nous avait courageusement et chré- 
tiennement aidées et protégées et qui avait reçu pour 
nous un coup violent à la tête, revint aussi. II était tout 
couvert de sang et vint s'asseoir auprès de nous. Sa tête 
était pansée avec un mouchoir, et il nous témoignait 
beaucoup de compassion. Ils s'assirent auprès de nous et 
agirent comme les amis de Job malheureux et couvert 
d'ulcères. Ils nous apportèrent toutes sortes d'objets, des 
assiettes d'étain, des plats, etc. 

» Vers neuf heures et demie il arriva trois Français 
qui nous disaient : Mais, mes sœurs, que restez-vous ici? 
Allez avec nous, nous vous conduirons chez le comman- 
dant. Je répondis : Nous n'avons pas d'ordre. Nous ne 
Savons ce qu'est devenu le père directeur, ni le père sous- 
directeur. L'un d'eux disait : Il y a un père couché à Vè- 
glise; allez lui demander si vous pouvez partir. 11 me 
semblait qu'un autre ajoutait : // est mourant. Ces pa- 
roles étaient comme un glaive perçant pour mon cœur. 
Nos sœurs descendirent, et trouvèrent l'église en feu de 
trois côtés à la fois. Heureusement elles parvinrent à 



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— 179 — 

éteindre l'incendie. Le père directeur, Egide Dobbele- 
rius, était mort, pour sa gloire, le matin de ce jour, de 
trois blessures mortelles à la tête et au ventre et de 
plusieurs autres blessures, qu'il avait reçues des Gueux. 
Le sous-directeur, le P. Guillaume De Witte, mourut le 
mardi suivant des suites de ses blessures. 

» Cependant les trois Français ne cessaient de dire : 
Mes sœurs, partez avec nous. Il arrivera bientôt des An- 
glais. Ils vous enlèveront l'honneur et la vie! A ces mots 
nous nous levâmes toutes. Voyant un crucifix, je le pris 
à la main et nous descendîmes ensemble, en laissant 
tout ce que les Français nous avaient apporté. Dans un 
petit grenier, donnant sur l'escalier, avait été déposé un 
tonneau contenant de l'huile. Les Gueux l'avaient mis en 
pièces et l'huile s'était répandue sur tout l'escalier. 
Notre habit religieux en recevait force taches. 

» Dans cet accoutrement et entièrement dépouillées, 
nous quittâmes notre couvent au nombre de dix-huit, 
quinze religieuses et trois personnes séculières revêtues 
de ffiabit religieux. Nous laissâmes notre maison ou- 
verte à tous les vents et nous suivîmes les Français. 

» Arrivées dans la ville, nous avons vu les rues des 
deux côtés tout en feu et remplies de cendres. Nous en 
avons eu jusqu'aux aisselles. Ce n'était pas sans peine 
que nous nous sommes avancées parce que le pavé était 
brûlant. La sœur Vicaire privée de souliers a dû se 
traîner nu-pieds sur ces pierres ardentes ! Avant d'arri- 
ver à la porte de la ville, nous avons rencontré un esta- 
minet, nommé La Cigogne, et nous avons dû y passer 
sous une porte dont trois poutres étaient enflammées. 
Il y avait grand danger à passer et nous ne l'avons fait 
qu'en tremblant, niais heureusement, par un effet de la 



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— 180 — 

bonté de Dieu, sans accident fâcheux. Sa Providence 
nous avait préservées de la mort. Et en effet, un mo- 
ment après, les poutres s'étaient écroulées. 

» Nous nous avancions, et nous voyions, ici un corps 
d'homme sans tête, là un homme à l'extrémité, plus loin 
un enfant inanimé, plus loin encore une femme agoni- 
sante. C'avait été un massacre général. 

» Deux autres Français sont encore venus se joindre 
à nous. L'un, qu'on disait le nonce du Pape, portait une 
croix rougej sur son manteau. L'autre, page du premier, 
avait un habillement bleu et gallonné. Ces deux Fran- 
çais sont demeurés auprès de nous. 

» Arrivées à la porte de la ville, nous la trouvâmes 
investie par des soldats de la cavalerie frisonne et hol- 
landaise, qui voulurent s'opposer à notre passage. Les 
Français tirèrent leurs épées et les Hollandais firent de 
même. Les chevaux de ces derniers se pressèrent si fort 
qu'il ne fut pas possible de passer. Cependant les Fran- 
çais, à force de pousser, pratiquèrent une ouverture et 
nous passâmes. Dans cette bagarre, deux de nos sœurs 
perdirent chacune une pantoufle. 

3» Les Gueux se moquaient beaucoup des Français, 
parce qu'ils allaient en compagnie de béguines. Mais les 
Français riaient également des Gueux. Entretemps nous 
marchions avec tant de peine que certainement nous 
eussions succombé en route, si le Dieu miséricordieux 
ne nous eût fortifiées. 

» Faute de bien connaître le chemin, on nous avait 
mal conduites. Après une marche d'une demi-heure, il 
nous a fallu revenir sur nos pas. On concevra mieux 
que nous ne le pouvons dire, combien cette contrariété 
nous a paru pénible! 



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- 181 — 

» Nous avons rencontré plusieurs fois sur notre route 
des Hollandais, qui ont offert de nous servir de guides. 
Mais les Français leur ont adressé des paroles très-dures. 

» Il arriva aussi deux hommes à cheval, qui nous pa- 
rurent des personnes de distinction. Car les Français 
- furent très-réservés à leur égard. L'un d'eux portait une 
ceinture blanche. Nous jugions que c'étaient des mem- 
bres des Etats de Hollande, parce qu'ils cherchaient à se 
rendre auprès du prince-commandant pour expliquer la 
conduite des soldats. Ils rejetaient tous leurs excès sur 
la vile soldatesque! Mais nous voyions bien que les 
Français n'opinaient pas de la sorte. Ceux-ci nous pa- 
raissaient avoir l'intention de porter des plaintes contre 
les Hollandais. Malgré ce différend , les deux nouveau- 
venus étaient restés avec nous. 

» Voyant avec quelle peine nons nous traînâmes , nos 
bons Français descendirent de leurs chevaux et voulu- 
rent nous y faire monter. Nous leur présentâmes nos 
excuses et nos remerciements. Alors marchant à pied à 
côté de leur monture, ils nous, aidèrent à marcher en 
nous soutenant du bras. 

» Après une marche pénible d'une heure, nous étions 
arrivées, harassées de fatigue, à l'église de Hakendover. 
Nous n'étions encore qu'à une demi-lieue de Tirlemonl! 
Dans l'église de Hakendover tout avait été mis en pièces, 
c'était affligeant ! Par les soins des Français on nous y 
apportait de l'eau et de la bière. Après quelque temps 
de repos, nos guides faisaient panser nos plaies par un 
chirurgien. Cette opération finie, ils nous faisaient mon- 
ter, deux autres sœurs et moi, un chariot déjà occupé 
par d'autres religieuses. Le reste devait marcher à pied. 
Arrivées une heure après, à l'abbaye de Heylissem, nous 



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- 182 - 

y trouvions un millier au moins de personnes et toutes 
sortes de religieux. Nous y rencontrions également le 
P. Guardien des Récollets. 

» Nos Français s'étaient rendus auprès du prince; ils 
y demeuraient une demi-heure. Alors, revenant auprès 
dé nous, ils nous disaient que nous devions tous, d'après 
Tordre du commandant, partir pour St-Trond. Trois 
lieues nous en séparaient ! Tout le monde se mettait de 
nouveau sur pied et en ifcouvement; on aurait dit le 
départ d'une procession ! Grâce à l'appui du P. Guardien, 
j'obtenais une place sur un chariot, déjà chargé de 
trente-et-une personnes. La supérieure de l'hôpital, 
dangereusement malade et enveloppée dans une couver- 
ture, s'y trouvait aussi. Nous étions serrées et empa- 
quetées comme des harengs. Moi , j'étais assise sur 
l'échelle ou la rampe du véhicule. J'en avais le corps 
comme brisé. 

» Le prince-commandant avait fait remettre cinq 
pièces en or de quatre florins à nos sœurs converses; il 
nous avait donné une garde de cinquante hommes. Les 
Français ont encore marché un quart de lieue avec nous; 
alors ils ont fait leurs adieux. Nous les avons remerciés 
aussi cordialement que possible , et nous leur avons 
promis de prier toute notre vie pour eux. Cela leur a 
fait beaucoup de plaisir. Nous n'avons eu qu'à nous 
louer des Français. 

» A la distance d'une lieue de St-Trond, on nous fit 
descendre du chariot. On n'osa pas nous conduire plus 
loin, de peur, disait-on, des soldats espagnols (conincx- 
volck), faisant parfois des sorties de Léau. Chacun dut 
s'en alter comme il l'entendit. La supérieure de l'hôpital 
fut déposée dans une chaumière et le lendemain trans- 



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— 483 — 

portée à St-Trond. Elle y expira deux jours après et 
recueillit, ainsi que nous l'espérons, la palme du mar- 
tyre (4). 

» Nous sommes arrivées à St-Trond entre huit et neuf 
heures du soir. Nous y avons reçu, pendant dix jours, 
l'hospitalité chez l'oncle d'une béguine de Tirlemont. 
L'oncle et la nièce, qui s'y était réfugiée aussi, nous ont 
traitées avec grande charité. Mais les Récollets de Ton- 
gres nous ayant invitées à nous rendre dans cette ville, 
nous partîmes dans deux carosses pour cet endroit, et 
nous y descendîmes chez les Sœurs Grises, dites du petit 
monastère de S. Jean. Ces religieuses abandonnèrent 
leurs cellules et leurs pauvres lits pour nous les céder.» 

Pendant que l'œuvre de brigandage, que nous venons 
de raconter, s'accomplissait à Tirlemont, les villages des 
environs souffraient comme le cheMieu. Des bandes de 
pillards se jetaient sur les demeures des habitants aisés 
et surtout -sur les églises. Nous avons vu qu'ils ont 
dévasté une église à laquelle une gracieuse légende à 
attaché une vénération particulière et où elle attire tous 
les ans des milliers de pèlerins. Avant 4635, la célèbre 
procession de Hakendover se faisait avec un éclat qu'elle 
n'a plus aujourd'hui : des chariots splendides, montés 
par des groupes de personnages, figurant des scènes de 
la vie et de la passion du divin Sauveur, en faisaient 
une magnifique cavalcade ou ommegdng. Ces chars ont 
été détruits, en 4635, avec les autres décorations et 
l'ameublement de l'église (2). 

(1) Le prétexte dont se servaient les soldats pour se défaire de 
leur monde, reposait sur une erreur. Léau était occupé, non par les 
Espagnols, mais par l'ennemi. Voir Piot, Notice historique sur Léau 
dans la Revue d'histoire et d'archéologie, I, 42. 

(2) Arnold Pieraets, Brief, claire et véritable déclaration de Vori- 



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- 18* — 

Les ennemis ne bornaient pas même leurs courses au 
Brabant: ils les poussaient jusque sur le territoire du 
pays de Liège. Hougaerde , qui était alors un bourg lié- 
geois, enclavé dans le Brabant, possédait un couvent de 
Bogards auquel de grands souvenirs se rattachaient. On 
sait que Baldéric, évèque de Liège, éleva une forteresse 
dans ce village , afin de couvrir ses Etats du côté du 
Brabant. Nous avons vu que cette entreprise ayant excité 
la colère de Lambert, comte "de Louvain, celui-ci accou- 
rut, en 4013, avec ses vassaux et détruisit la nouvelle 
construction. Il paraît que ce fut sur les débris de ce fort 
que, peu après, ce prince fit construire une église en 
expiation de ses torts. Plus tard, les Bogards élevèrent 
un couvent à côté de ce temple (1). Les soldats de Fré- 
déric-Henri se jetèrent sur cet établissement et le pillè- 
rent. Les religieux, chassés de leur retraite, s'enfuirent 
à Louvain (2). « 

Mais revenons à Tirlemont. A la fin de la troisième 
journée depuis la prise de cette ville, à la nuit tombante 
du lundi , un roulement extraordinaire du tambour re- 
tentissait au milieu des décombres de cette cité malheu- 
reuse. Etait-ce l'annonce de nouveaux malheurs?... Non. 
Les chefs ennemis, honteux enfin des excès commis par 
leurs soldats, intimaient Tordre de cesser et de partir. 



gine et progrès de la fondation de l'église miraculeuse du Sauveur 
du Monde en la paroisse d'Haequedeur. L'auteur était curé à Ha- 
kendover et publiait son livre, en 1650, à Louvain. 

(1) Moulart, Essai sur le Brunengeruz, pag. 5. 

Le couvent des Bogards de Hougaerde fut supprimé en 1797. Il y 
existe aujourd'hui un pensionnat de demoiselles très-florissant et 
dirigé par les Sœurs des SS. Cœurs. 

(2) Hersant, pag. 36ô. 



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- 185 — 

Ces hommes, auxquels le prince d'Orange avait prétendu 
ne pouvoir commander, obéissaient à l'instant et aban- 
donnaient le théâtre fumant de leur dévastation. Quel- 
ques compagnies y restèrent pour garder des remparts 
et des ruines (1). 

l'ennemi s'en alla porter ses fureurs plus avant dans 
le pays. Mais arrêtées longtemps par le courage admi- 
rable des habitants de Louvain, décimées par la faim et 
surtout profondément divisées, les deux armées confé- 
dérées renoncèrent bientôt à la conquête de nos pro- 
vinces et s'enfuirent honteusement en Hollande. Il n'ap- 
partient pas à notre sujet de les suivre dans ces 
différentes conjonctures. Nous l'avons fait ailleurs. Ici 
tâchons de déterminer les pertes essuyées par la ville 
de Tirlemont. 

À en croire quelques historiens , la plupart des habi- 
tations avaient été détruites. Le prieur des Augustins, 
relâché par les Français le 24 juin, et rentré aussitôt en 
ville, le dit expressément : « Toutes les maisons, dit-il, 
à l'exception d'un petit nombre, ont été brûlées (2). » 
Provoost, curé du béguinage de Tirlemont, et le Tirle- 
montois Nicolas de Tombeur s'expriment de la même 
manière. « Fort peu de demeures, dit ce dernier, furent 
conservées (5). » Cependant un religieux de Louvain, 
l'Augustin Rivius, affirme que le feu n'avait détruit 
qu'environ sept cents maisoiis (4). Cela ne ferait qu'un 
peu plus du tiers des demeures , en prenant pour base 

(1) Mercator, pag. 22. 

(2) Hs. de Peickmans, f. 122, 

(5) <c Perpaucis dunlaxat superstitibus. » Ms. reposant chez les 
Augustins de Gand. 
(4) Mercator, pag. 22. 



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— 486 - 

le nombre des maisons en 4526. Gomment concilier ces 
écrivains ? Peut-être que les premiers ont voulu parler 
de la ville proprement dite et que la destruction y aura 
été à peu près complète, tandis que la plupart des mai* 
sons des faubourgs auront été préservées. Remarquons: 
depuis qu'on a descendu les remparts au niveau des 
rues, la distinction entre la ville proprement dite et les 
faubourgs ne se voit presque plus. Il devait en être au* 
trement en 4635. En conciliant de cette manière les 
différents auteurs, on pourra toujours dire avec vérité 
que tout ce qu'il y avait eu d'important à Tirlemoot, 
avait été détruit. 

Cette catastrophe a entraîné encore d'autres pertes. 
Une partie considérable des archives de la ville (4), des 
églises et des communautés religieuses , des écrits 
remarquables en manuscrit, fruit des veilles et de l'ex- 
périence de savants religieux (2), d'autres documents 
précieux furent dévorés par les flammes. Les historiens 
ont encore annoté une autre destruction, mais qui a été 
plus regrettée par ses auteurs que par les habitants de 
Tirlemont. Des provisions considérables de céréales 
remplissaient les magasins des marchands de cette ville, 
qu'un auteur de cette époque appelait l'Entrepôt et la 
Halle-au-blè du Brabant(#). Le général d'Espenan croyait 
qu'elles auraient suffi pour nourrir pendant deux mois 

(1) « Item betaelt aen den procureur Pruine ende Daerner dat sy 
hebben groele devoyren gedaeu om te hebben dieversche beschee- 
den uyt die charters die de stadt syn dienlyck, mitdls de stadsbe- 
scheeden syn verbrant. » Comptes de la ville de 1659 à 1640. 

(2) Valère André , Bibliotheca Belgica, voce Joannes Mater tu s. 

(3) Havermans, Kort begryp en bericht van de historié van Bra- 
bant; Leyden, 1652. 



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- 187 — 

les soldats des deux armées alliées. Tous ces vivres 
furent anéantis pa$ cette imprévoyante soldatesque, qui 
mourut devant Louvain d'inanition et de faim! 

Il nous reste à signaler un dernier résultat de ce 
grand désastre. Seul il suffit pour nous mettre à même 
de sonder toute la profondeur de la plaie dont Tirle- 
mont avait été frappé. Il jeta la perturbation dans la 
cité, bouleversa les lois et coutumes établies depuis deux 
siècles. 

Ainsi qu'il avait été établi par la charte du mois de 
janvier 1478, les huit nations des corps de métier jouis- 
saient de grands pouvoirs concernant la formation du 
magistrat de la ville. La tempête de 1635 ayant détruit 
oa dispersé un grand nombre de gens des métiers, ces 
corps étaient comme mis à néant et le renouvellement 
du magistrat ne pouvait plus se faire d'après le mode en 
usage. Une seule corporation était restée debout, celle 
de la draperie ou des ouvriers en laine : elle demeura 
en possession de ses privilèges. Mais les trois gildes des 
arbalétriers, des archers et des fusilliers se mirent à la 
place des antres corps des métiers et s'arrogèrent leurs 
droits. Plus tard, les corporations ouvrières, rendues à 
la vie et redevenues puissantes, protestèrent contre cette 
usurpation de leurs privilèges. Maintes fois ils firent 
entendre leurs plaintes et leurs réclamations auprès des 
Etats du Brabant. Ce fut en vain ! Jusqu'à l'époque de la 
révolution française les trois serments restèrent en pos- 
session des pouvoirs contestés et la discorde continua à 
agiter la commune (1). 

La campagne, dont nous venons de raconte» un dou- 

(1) De volumineux rapports, pour et contre, sur ce différend, se 
trouvent aux archives du royaume, Conseil privé, Carton 847. 



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— 188 — 

i 

loureux épisode, avait eu pour but principal la destruc- 
tion de la souveraineté du roi d'Espagne sur nos pro- 
vinces, ïlle eut un effet tout opposé : elle raffermit le 
pouvoir de cette puissance et lui rallia tous les Belges. 
Cela se manifesta, non-seulement au centre du pays, qui 
avait souffert presque seul de la guerre, mais jusqu'à 
ses extrémités les plus reculées. C'est ainsi que dans la 
ville de Lille, capitale de la Flandre française et faisant 
alors partie de la Belgique, le magistrat fit* frapper une 
médaille, dont les inscriptions sont, sur une face, une 
aspiration à la paix, et, sur le revers, une déclaration 
de fidélité à Philippe IV, roi d'Espagne (1). 

Ces sentiments de fidélité à la royauté espagnole et 
en même temps de haine à l'étranger se manifestèrent 
d'une manière non moins éclatante dans une foule de 
chansons, imprimées à Louvain, à Bruxelles, à Anvers, 
etc. Ces poésies , dans lesquelles la muse populaire 
pleure sur les malheurs de Tirlemont et rit de la fin de 
la guerre, fournissent la preuve que la campagne entre- 
prise, en 4655, par les Français et les Hollandais, avait 
produit une sensation profonde dans le pays tout en- 
tier (2). 

L'issue de celte guerre ne suffit pas pour mettre la 

(1) Voir Van Loon, Beschryving der Nederlcmdscke Historiepen- 
ningen, tom. 2 pag. 226. 

(2) Nous avons mentionné quelques-unes de ces poésies dans 
notre opuscule : Campagne des Français et des Hollandais dans les 
provinces belges, en 1655, et Notre- Dame- Consolatrice de Tirlemont, 
p. 86, note 2. 

Il existe aussi à la Bibliothèque royale, à Bruxelles, un grand 
nombre d'autres chansons, recueillies par un curieux bibliophile et 
réunies dans un volume, portant pour titre : Recueil de pièces rela- 
tives au Pays-Bas, 1655-1656. 



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— 189 — 

Belgique à l'abri^des attaques de la Hollande. Des bandes 
de Francs pillards, sorties de ce pays, portèrent encore 
fréquemment le pillage dans nos contrées. Gomme tou- 
jours TirlemonJ entrait pour une large part dans tous 
ces malheurs. iGette ville fut encore prise et pillée par 
des soldats hqjïlandais en 1656, 1641 et 1646 (1). 

Nous n'avons aucun détail sur^Je coup de main de 
1636. Quant ^ celui de 1641, nous savons qu'il eut lieu 
le 1 juin et qjie les pillards commirent de grands dégâts 
dans l'hospice S. Laurent. Ils brisèrent la porte d'entrée 
et enlevèrent un grand nombre de crampons en fer 
(yseren haeclçen), sans doute afin de briser les portes 
ailleurs; ils firent aussi le feu à un tas de bois destiné 
au chauffage 4es pauvres pèlerins (2). 

Le numismate Van Loon donne sur la troisième de ces 
expéditions lqs détails suivants : 

Le comte de/Zolms , gouverneur de Maestricht, projeta 
le dessein de surprendre la ville de Tirlemont, et il 
l'exécuta de la manière suivante. On avait remarqué 
que les Jours de marché les soldats de Lamberg, en gar- 
nison dans cette ville, n'examinaient pas avec l'attention 
nécessaire ceux qui entraient et sortaient par les portes 
de Tirlemont. Le gouverneur de Maestricht tira parti de 
cette négligence. D'après ses instructions, Jean Remak, 
cornette du comte Pompejo, accompagné de deux sol- 
dats déguisés en capucins et d'un troisième, habillé en 
jésuite, s'avança, le 27 février 1646, vers une des portes 
de la ville , au moment qu'on avait la coutume de les 
ouvrir. Il était suivi d'un trompette des Etats qui avait 

(1) Voir aux Pièces Justificatives, N° 19. 

(2) Voir, aux archives de l'église S. Germain, le compte de cet 
hospice de 1640 à 1641. 



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— 490 - 

une écharpe espagnole et qui conduisait quelques sol- 
dats hollandais liés les uns aux autres?, comme si c'eût 
été des prisonniers qu'il était chargé de conduire à la 
ville. 1 

A peine les prétendus religieux furenf-ils entrés dans 
le guichet, qu'un d'entre eux cassa d'un cciup de fourche 
la tête à la sentinelle qui le leur avait outfert. Ils furent 
suivis dans l'instant par le trompette et ^ar les soldats 
qu'il avait détachés. Tons ensemble tombèrent dans le 
corps-de-garde, où ils expédièrent en peu d'instants dix 
Espagnols, qui s'y trouvaient pour leur malheur. Dès 
qu'on se fut ainsi rendu maître de la porte; 5000 fantas- 
sins s'y jetèrent tout d'un coup avec 200 cavaliers, qui 
sous la conduite du lieutenant Griffon l'étaient tenus 
jusques là en embuscade. On ne trouva jpas la moindre 
résistance, et la ville se trouva prise de la manière du 
monde la moins attendue. On fit prisonniers tous les 
officiers et tous les soldats de la garnison ; on prit vingt 
et un drapeaux, sept étendards et tout le bagage du 
baron de Lamboy, estimé douze mille écus. Les maisons 
des bourgeois furent pillées (1). 

Comme la ville n'était plus tenable, tout le butin fut 
conduit avec les prisonniers à Maestricht. Les Etats 

(1) On pilla aussi la caisse communale. Les Hollandais enlevèrent 
124 florins ; sans les sommes que le receveur communal ne se rap- 
pelait pas. En effet, nous trouvons la note suivante dans les comptes 
de la ville : a Item den XXVIl" n February 1646 is ten huyse van 
desen rendant ontnomen by (door) die Hollanders, ierst drye dobbel 
pistolletten van Spaingien, het stuek tôt XVIII guld, is LIIII gnid. 
Item eenen auden Jacobus tôt XII guld. Item vier fransche croenen, 
het stuck tôt III1 guld. X st., is XVIII guld. Item drye pistolletten tôt 
IX guld. Tsamen, sonder hetgene niet seker en weten, I c XXIJII 
guld. » 



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— 491 — 

Généraux de la Hollande firent suspendre , comme des 
monuments de ce glorieux succès, les drapeaux et les 
étendards dans la grande salle de la cour de La Haye. 
Ils trouvèrent encore à propos de reconnaître la bonne 
conduite des officiers et des soldats, qui avaient pris 
part à l'expédition, en faisant frapper une médaille, où 
l'on voit d'un côté le lion belge couronné, tenant de sa 
griffe droite un sabre nu et de sa gauche le faisceau des 
sept flèches et cette légende : Virtutis premium (récom- 
pense de la valeur); et sur l'avers, une vue de Tirlemont 
et ces paroles : Tienen, 27 february 1646 (Tirlemont, le 
27 février 1646) (1). 

la situation de Tirlemont à la frontière du Brabant et 
près du pays de Liège, où l'ennemi était à l'abri de 
poursuites, la renommée de richesse et d'abondance qui 
restait à cette ville, malgré ses malheurs et son dépéris- 
sement, toutes ces circonstances y attiraient les pillards 
plus qu'ailleurs. Heureusement le danger disparut bien- 
tôt du côté de la Hollande : le 50 janvier 1648, on con- 
clut le célèbre traité de Munster, qui établit entre la 
Hollande et l'Espagne une paix solide. Cependant notre 
ville n'était pas au bout de ses épreuves. Nous verrons 
bientôt d'autres voisins continuer à la menacer et à l'af- 
fliger. 

(1) Histoire métallique, II, 282. 



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Chapitre septième. 

Tirlemont depuis 4650 jusqu'à la fin de la domination espagnole en 
Belgique. — Cette ville préservée du pillage , en 4 675 , par un 
religieux Capucin. 

Le quartier de Tirlemont étoit passé quarante ans le 
théâtre ordinaire des guerres des Païs-Bas. 

Délices des Païs-Bas , publiées en 1743. 

Le sac épouvantable de 1655 a pesé plus longtemps 
sur Tirlemont que ses malheurs précédents. Cette ville 
paraissait condamnée à ne plus se relever et à descen- 
dre à l'humble rang de commune rurale. Ce n'est pas 
cependant qu'on négligeât les moyens nécessaires pour 
arrêter sa décadence et rétablir sa prospérité. Mais tous 
ces moyens semblèrent ne pouvoir amener aucun résul- 
tat; plusieurs même durent être abandonnés. 

La plus grande de ces mesures réclamée par le magis- 
trat et consentie par le gouvernement, fut le rétablisse- 
ment de la navigation sur la Ghète, interrompue depuis 
l'année 1578. Il paraît, que dès l'an 1595, cette ville 
a eu l'intention de rouvrir à son commerce cette 
excellente voie de communication. Car, un document 
authentique nous apprend qu'en cette année le ma- 
gistrat de Tirlemont fit restaurer les écluses, établies 
sur la Ghète à Neerlinter. Ce dessein, resté sans 
exécution, fut repris, paraît-il, en 1614. Et, en effet, le 
même document nous fait le récit d'une inspection de 
tous les travaux le long de la Ghète, depuis Budingen 
jusqu'à Tirlemont, entreprise en 1614,d après l'ordre du 



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— 195 - 

gouvernement, par le prélat de l'abbaye de Parc, le 
bourgmestre de Louvain, Van der Vorst, et le nommé 
J. Fannins, afin de constater si la Ghète pourrait être 
rendue de nouveau navigable (1). Mais ce projet resta de 
nouveau sans suite. s 

Enfin il fut repris en 1650 et cette fois d'une manière 
efficace. Le il août de cette année, un diplôme fut ac- 
cordé à cette fin par Philippe IV, roi d'Espagne (2). Ces 
lettres patentes furent octroyées aux habitants de Tirle- 
raont avec les mêmes faveurs et charges que celles ex- 
primées dans les édits précédents. 

Le curage de la rivière, la restauration des écluses et 
des ponts, tous les autres travaux nécessaires ayant été 
ordonnés promptement par le magistrat, la Ghète était 
de nouveau navigable l'année suivante. Les comptes 
de la ville mentionnent une dépense de 13 florins 13 
sous, faite le 24 novembre 1651, par les deux bourgmes- 
tres et les bateliers, dans un estaminet où l'on fêtait 
l'arrivée du premier vaisseau dans notre commune (3). 

Si notre ville eût pu continuer à se servir de la Ghète 
pour porter au loin les produits de son industrie, il est 
probable qu'elle eût repris bientôt son ancienne aisance. 
Malheureusement les énormes dépenses nécessaires pour 
l'entretien des écluses, des ponts, etc.,, étaient au-dessus 
des ressources de la cité appauvrie. C'est pourquoi les 
habitants eurent de nouveau la douleur de voir cesser 
la navigation. Le service des navires cessa au mois de 

(1) Voir ce document aux pièces justificatives, n° 17. 

(2) Voir cet octroi aux pièces justificatives, n° 20. 

(3) « XXIIH 9i>r«s i55i betaelt aen Joos I.enaerts by die borge- 
roeesters eode schippers in het incomenen van bet ierste scbip ten 
synen buyze verteert XIII guld. XIII st. » Comptes de 1651 à 1652. 

13 



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mai 1656, ainsi qu'il est dit dans une réclamation 
adressée, en 4662, par le magistrat de Tirlemont « aux 
chefs thesoriers et comis des domaines et finances de Sa 
Majesté. » Il s'y exprime de la manière suivante : 

« Remonstrent très-humblement les burgemestre et 
conseil de la ville de Tirlemont qu'ils se trouvent mo- 
lestez par le receveur des domaines de sa dite Majesté de 
la dite ville pour le payement de trente et deux livres 
arthois par an duz à Sa Majesté à cause de l'octroy ac* 
cordé aux remonstrants pour la navigation de la rivière 
de Jauche ou Ghete passant par la dite ville jusques au 
Village de Budingen, et ce pour le terme de la concession 
au dit octroy, nonobstant qu'icelluy octroy contient ces 
mots exprés, qu'en cas que cy après les remontrants ne 
pourroient jouir ou bien que la dite navigation viendroit 
à cesser, qu'en tel événement la dite recognois&ance des 
deux livres viendroit à cesser. Et comme là dite naviga- 
tion at cessé dez le mois de may de l'an XVP cinquante- 
six, au grand préjudice des suppliants, et que nonobstant 
le dit receveur ne cesse de poursuivre le dit payement , 
supplient que le bon plaisir de votre Excellence et Sei- 
gneuries illustrissimes soit d'ordonner au dit receveur 
de se déporter de poursuivre le dit payement (4), » etc. 

(1) Le 4 février 1064 là ville de Tirlemont reçut la réponse sui- 
vante : « les président et gens de la chambre des comptes du roy eo 
Brabant ayant vu et visité cette requête avecq l'a d vis y rendu par 
Henry Van Gestel , adjoint receveur des domaines du quartier de 
Tirlemont, et considéré les raisons y alléguées, ont pour et au nom 
de Sa Majesté déclaré et déclarent par cette, que les suppliants se- 
ront d'icy en avant exemps du payement de la recognoissance des 
52 1. arthois jusqtres à ce que les escluses seront rétablies. » — Les 
deux pièces, d'où nous avons tiré ces extraits, reposent aux archives 
de l'église de Neerlinter. 



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- M - 

La Ghète avait été navigable à Tirlemont depuis 4825 
jusqu'en 4578, et depuis 4654 jusqu'en 4656, c'est-à-diré, 
en tout pendant 60 années. Nous verrons plus tard que 
depuis lors cette voie est restée fermée au commerce de 
notre ville. 

Cependant la ville de Tirlemont ne soaffrait pas seule* 
ment de ses malheurs privés, mais encore de la situation 
malheureuse dans laquelle languissait la Belgique tout 
entière. Le milieu du XVII e siècle ne compte-Il pas 
parmi les époques les plus tristes de tiotre histoire? 
Les intérêts de nos provinces n'avaient-ils pas été 
sacrifiés impitoyablement à ceux de la Hollande par le 
traité de Munster? Il est vrai, la paix obtenue avec cette 
puissante république nous mit à l'abri des attaques de 
ses rapaces flibustiers. Mais nous continuâmes à être 
rançonnés par des pillards, Venus du pays de Ltégè, et 
bientôt nous eûmes la guerre avec la France. D'autres 
calamités encore portèrent la désolation dans nos cités 
et dans nos campagnes. Indiquons brièvement la part 
de notre ville dans ces tristes événements. 

Que les environs de Tirlemont eurent beaucoup à 
souffrir de pillages commis par des gens venus du pays 
de Liège, tandis que cette province souffrit en même 
temps d'actes pareils, commis par àe,s pillards braban- 
çons, c'est ce qui résulte du fait d'une conférence tenue à 
Tirlemont en 4654. Le prince-évêque de Liège y avait 
envoyé le comte de Furstenbergh, le tréfoncier Tabolet, 
le conseiller de Méan et l'ambassadeur impérial, le sieur 
Starlembergh, afin de s'entendre avec les députés des 
Etats de Brabant sur les mesures à prendre pour empê- 
cher le retour de ces actes de brigandage (I). 

(1) Pierre Le Boucq, Histoire des choses les plus remarquables 



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— 196 — 

Nous ne savons quel fut le résultat de ces conférences. 
Mais si notre ville en reçut quelque soulagement, comme 
il est probable, elle eut bientôt à souffrir d'autres maux. 

Le 24 février 1658, un violent dégel succédant tout-à- 
coup à de fortes gelées et à la chute de montagnes de 
neige, la Ghète déborda de toutes parts et une partie de 
la ville se trouva inondée. La violence des eaux avait 
dépavé la rue Longue , depuis le pont-aux-chevaux jus- 
qu'à l'endroit où s'élevait l'hôpital S. Jean; la rue des 
Voyageurs tout entière et une partie de la rue de Hou- 
gaerde. Afin de se débarrasser des eaux, il fallut prati- 
quer une large ouverture dans les remparts, aujourd'hui 
disparus, situés entre le Sliksteen et le Roosmolen (1). 

En 1667 et en 1668 le fléau de la peste fit de grands 
ravages à Tirlemont. Les religieux de la ville, surtout 
les Récollets, les Bogards et les Alexiens, rivalisèrent de 
zèle pour consoler et soulager les malheureux attaqués 
par la terrible maladie. Comme le personnel de nos cinq 
couvents d'hommes n'était pas assez nombreux pour pour- 
voir aux besoins des malades , la ville fit venir d'autres 
religieux de Louvain, de Diest et de Léau (2). Il nous 
paraît permis de conclure de ce fait que le nombre des 
pestiférés a été très-considérable dans notre ville. 

La conduite héroïque des moines pendant ces jours 
d'épreuve fut probablement la cause de l'accueil, plein 
de sympathie et de générosité, fait par le magistrat de 
Tirlemont à un nouvel ordre religieux, qui vint s'établir 
dans notre ville l'année suivante. Les Capucins sïnstal- 

advenues en Flandre, Hainaut, Artois et pays circonvoisins depuis 
4596 jusqu'à 167^ p. 124. 

(1) Comptes de la ville de 1657 à 1658. 

(2) Comptes de la ville de 1666 à 1667 et de 1667 à 1668. 



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- 197 — 

lèrent à Tirlemont le 19 décembre 1669. Le magistrat 
leur fit présent de quatre charretées de bois, d'une tonne 
de morue salée et d'une petite tonne de hareng. L'année 
suivante il renouvela le cadeau de morue et de ha- 
reng (1). La ville n'eut pas lieu de regretter ces pré- 
sents. Nous allons voir que les Capucins les lui ren- 
dirent avec usure. 

On sait que le roi de France Louis XIV a fait des ef- 
forts considérables pour obtenir la possession de la 
Belgique. Sous le spécieux prétexte de récupérer les 
biens qui lui revenaient du chef de son épouse, l'in- 
fante Marie-Thérèse, enfant du premier lit de Philippe 
IV, tandis que le frère de cette dernière, Charles II, roi 
d'Espagne, était né d'un second mariage, il se rendit, 
en 1667, maître de la Flandre. 

Les conquêtes aussi rapides que désastreuses de l'am- 
bitieux monarque jetèrent la consternation dans tout le 
pays. Les magistrats de Tirlemont, croyant leur ville à 
la veille d'un nouveau siège, firent transporter en toute 
bâte les archives de la commune au couvent des Capu- 
cins, à Saint-Trond ; ils ordonnèrent aussi de fortifier 
les remparts , ordre qui fut exécuté par les religieux de 
la ville et par les villageois des environs (2). Mais cette 
fois la ville de Tirlemont en fut quitte pour la peur : la 
paix entre la France et l'Espagne fut conclue , le 2 mai 

(1) Chronique manuscrite des Capucins de Tirlemont. Ce Ms. 
faisait partie des papiers de feu le chroniqueur Van de Vin et nous 
a élé confie par M. Van Dormael. La bibliothèque de l'Université de 
Louvain psssède aussi une copie partielle de cette chronique, trou- 
vée parmi les papiers de feu M. Flawinne, curé du Béguinage de 
Tirlemont. 

(2) Comptes de la ville de 1666 à 1667. 



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1668. Ce traité ne devait pas être longtemps respeeté. 
En. 1673, une nouvelle armée française, commandée par 
le Roi lui-même, envahit nos provinces. La guerre dura 
au delà de quatre ans ; le sol belge fut foulé par les ar- 
mées et livré à la désolation , jusqu'à ce que le traité de 
paix, signé à Nimègue, le 17 septembre 1678, vint met- 
tre fin aux hostilités. 

Un Capucin de Tirlemont se signala , à cette époque 
de calamité, par une action digne d'être rapportée. En 
1675, après que l'armée française se fût emparée de 
Dînant, de Huy et de la ville de Limbourg, elle marcha 
sur Tirlemont avec l'intention de livrer cette ville au 
pillage. En apprenant cette triste nouvelle, les habitants 
furent terrifiés et l'épouvante réduisit leurs magistrats 
à l'inaction. Au milieu de cet abattement général, le 
Père Guardien du couvent des Capucins se chargea de 
la noble mission de sauver la ville. Grâce à sa prudence, 
à sa fermeté et à son noble désintéressement, il vit le 
succès couronner ses efforts. 

Le religieux Capucin a fait lui-même te récit de sa 
belle conduite, et nous l'avons trouvé dans la chronique 
manuscrite, dont nous avons parlé plus haut(l). Le ton 
de sincérité qui règne dans ce récit, écrit avec beaucoup 
de naïveté , nous parait mériter toute confiance. Nous 
allons le mettre intégralement sous les yeux du lecteur. 

« Au commencement de l'année 1 675, le roi de France 
entra de nouveau en campagne avec une armée puis- 
sante; s'étant rapidement emparé des villes de Dînant 
et de Huy, ainsi que de leurs citadelles, il alla faire le 
siège de la forteresse de Limbourg. Le siège fut mené 

(1) Nous avons publié le texte flamand de cet épisode' dans le 
Brabandsch Muséum, I, 267. 



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aree une grande vigueur et cette ville tomba au pouvoir 
du Roi le 20 juin 1675. Après avoir obtenu cette victoire, 
Louis XIV vint, avec son armée de ce côté de la Meuse et 
marcha droit sur Tirlemont. 

» Le dimanche 23 juin, on fêtait la kermesse de Tir- 
lemont, kermesse dont les habitants garderont un long 
souvenir et qui fera verser des larmes à leurs descen- 
dants! 

» Nous reçûmes la nouvelle, le 25 juin, que l'armée 
française s'approchait de Saint-Trond et qu'elle se con- 
duisait très-mal. Le Père Antoine, guardien du couvent 
des Capucins de Tirlemont, a envoyé aussitôt deux reli- 
gieux, afin de s'enquérir dans quel district elle avait 
l'intention de se rendre. Les deux religieux étant arrivés 
au quartier du duc de la Feuillade , celui-ci les appela 
et leur demanda d'où ils venaient. Apprenant qu'ils ap- 
partenaient au couvent de Tirlemont, il leur dit que la 
lendemain matin, 26 juin , une partie de son armée pas-» 
serait à côté de Tirlemont, et le reste, avec les canons 
et les bagages, par la ville même ; qu'il voulait loger le 
soir avec 15,000 hommes à Bautersem. Il remit aux deu* 
religieux une lettre ouverte, adressée au magistrat de 
Tirlemont, et dont voici la teneur : 



Copie de la lettre du duc de la Feuillade au magistrat de 
Tirlemont. 

« Ceux de la ville de Tillemont, Bourggemaistres et 
Esehevains, auront à dresser ceste nuict trois ponts pour 
passer l'armé de Sa Majesté très-cbrestienne avec canon 
et bagage pour demain au grand matin. A faute de quoy 



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— 200 - 

seront pillé et bruslé. Faict au camp de St. Tron, le 25 
de juin 1675. 

>» Estoit signé : 
» Le ducq de la Feuillàde. » 

» Munis de cette lettre, les deux religieux sont ren- 
trés au couvent, le 25 juin, à 9 heures du soir. Us re- 
mirent la lettre ouverte au Père guardien, le Père 
Antoine, de Bruxelles. Celui-ci en fit porter de suite une 
copie à Louvain, par un exprès à cheval, à qui il donna 
aussi une lettre pour messieurs les Mayeur , Bourgmes- 
tre et Échevins de cette ville, afin de les engager à être 
sur leurs gardes, puisque l'ennemi se dirigeait sur eux. 
Cette communication leur fut fort agréable. 

» La même nuit, vers les 10 heures, le P. Antoine, 
guardien, s'est rendu à Thôtel-de-ville et y a convoqué 
MM. les Mayeur, Bourgmestres et autres membres du 
magistrat, auxquels il a donné lecture de la lettre du 
duc de la Feuillàde. Le magistrat et toute la ville furent 
grandement surpris et saisis de crainte. On avait tout 
lieu de s'attendre à un pillage, puisque la brièveté du 
temps ne permettait pas de préparer les ponts pour le 
lendemain matin. 

» Voyant ce grand abattement et cette crainte de la 
population, le chef-Mayeur et plusieurs autres des prin- 
cipaux delà ville s'enfuirent cette nuit à Louvain. Tous 
les autres membres du magistrat, excepté le bourgmes- 
tre, François Immens, et un ou deux autres, coururent 
chez eux mettre en sûreté leurs effets les plus précieux. 

>» Durant cette nuit agitée, dont dépendait le bonheur 
ou le malheur de la ville, le P. Antoine est resté à l'hôtel* 
de-ville avec le bourgmestre et le receveur, jusqu'à 2 



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- 201 — 

heures du matin, afin d'ordonner toutes les mesures 
nécessaires pour la conservation de la ville, ce qu'on ne 
pouvait obtenir sans la construction des ponts. C'est 
pourquoi le P. Antoine a donné sept beaux chênes, 
ayant tous la longueur d'au moins 40 pieds, quelques- 
uns même de 50 pieds, appartenant à son couvent. Le 
frère Gilles, d'Alost, frère-coadjuteur Capucin, fut en- 
voyé avec les ouvriers de la ville. Pendant cette nuit, ils 
ont entamé la construction des ponts avec vigueur. Les 
Capucins contribuèrent à ces travaux par tous les moyens 
en leur pouvoir. Mais aucun religieux des autres cou- 
vents ne se donna la peine de se rendre à l'hêtei-de- 
ville, afin de fournir quelque secours ; nous étions seuls 
à le faire. 

» A deux heures du matin, le P. Antoine quitta le 
bourgmestre et l'hôtel-de-ville, et alla porter des conso- 
lations et présenter ses services à tous les amis de son 
couvent. Il envoya aussi deux religieux observer la 
marche de l'armée. Entre temps le P. Antoine arriva au 
monastère et réunit tous les frères; il assigna à chacun 
son poste, leur recommandant d'accueillir et de conso- 
ler, pour autant qu'ils en auraient le moyen , tous ceux 
qui se présenteraient, les pauvres aussi bien que les 
riches. 

» Il n'est guères possible de décrire la cohue que for- 
mait la foule de gens qui se pressait dans notre couvent, 
ni la masse d'effets qu'on y apportait. Tous ces objets, 
placés avec ordre dans des endroits convenables, ont été 
rendus plus tard sans que la moindre chose ait été éga- 
rée. 

» Pendant la même nuit, le P. Antoine envoya quatre 
prêtres pour veiller à la sûreté du couvent de Lintre et 



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- 20* - 

engagea Madame l'abbesse et toutes les religieuses & se 
réfugier de suite en ville. A l'aurore toutes ces dames 
sont arrivées ici avec leurs bagages. Les quatre religieux 
envoyés à la gaTde de l'abbaye l'ont défendue avec beau- 
coup de courage; sans eux, elle eût été pillée plusieurs 
fois (1). Nous exposerons plus loin les services rendus à 
ce couvent et la réception faite par nous à ces Dames 
dans notre monastère (2). 

» Parmi ceux qui s'étaient réfugiés dans notre cou- 
vent, se trouvaient les amis particuliers, qui y ont 
mangé et dormi , et qui ont été logés dans des cham- 
bres, chacun suivant sa qualité, savoir : M me Vandsn 
Roye avec M. et M m ° Sehot, leur petit enfant, une ser- 
vante et une nourrice ; M me Willemaers avec . tout son 
bagage et un cheval espagnol de son beau-fils; Marie- 
Catherine Landeloos, fille de notre syndic (3), avec ses 
deux servantes; M"" Vucht et son époux ; le maréchal-» 
des-logis, sa femme et sa mère ; le porte-drapeau Vao 
Landen,. sa femme et ses enfants* En résumé, la biblio- 
thèque au-dessus du chœur, les cloîtres au rez-de-chaus- 
sée, les escaliers du couvent au-dessus des cellules des 
frères, tout cela était occupé par du monde. Nous avons 
accueilli toutes ces personnes avec grande charité. Noire 
jardin était rempli d'animaux qu'on y avait sauvés, tels 

(1) Un des trois ponts, dont les Français demandaient la construc- 
tion, fut jeté sur la Ghète à Oplinter, ainsi qu'il résulte des comptes 
de la ville, du 1 octobre 4674 au même jour de Tannée Î675. C'est 
pourquoi l'abbaye de Maegdendael à Oplinter ne pouvait échapper 
aux visites des soldats. 

(2) C'est ce que l'écrivain n'a point fait : plus loin il ne parle plus 
de ces religieuses. 

(3) En flamand Geestelyke vader. (Tétait la personne chargée de 
l'administration de leur temporel. . 



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que vaches, moutons, chevaux , porcs , etc., de chariots 
et charrettes, etc. II était aussi rempli de pauvres gens, 
qui y occasionnèrent beaucoup de dégâts. 

3» Les deux religieux revinrent de l'armée, le 26 juin, 
à cinq heures du matin; ils apportèrent la nouvelle 
qu'elle était en marche et éloignée de Tirlemont d'une 
lieue seulement. Immédiatement le P. Antoine convoqua 
de nouveau le magistrat et lui fit comprendre que s'il 
voulait conserver la ville, il devait aller au devant du 
roi et implorer sa clémence. Mais les membres du ma- 
gistrat ne s'entendaient point; plusieurs se disputaient 
et se disaient force injures. Alors quelques-uns des 
principaux s'adressèrent au P. Antoine et le prièrent, 
les mains jointes, de se rendre lui-même auprès du roi 
et d'implorer sa clémence en faveur de la ville de Tirle- 
mont. Le P. Antoine accueillit cette demande sans hési- 
ter et leur fit un discours dans lequel, après avoir dit 
qu'il se sacrifierait lui et tous ses religieux pour le bien 
de la ville, il les priait de vouloir s'entendre et de déli- 
bérer de commun accord sur les mesures à prendre. 

* Aussitôt le P. Antoine envoya un de ses religieux 
chez M** Landeloos, un second chez M. Landeloos, un 
autre chez M ro * Vanden Berghe et un quatrième chez le 
sire Pierre Van Ranst, afin de garder leur maison. 11 
plaça aussi trois portiers, un pour ceux qui entraient, un 
autre pour ceux qui sortaient, un troisième pour rester 
près de la porte. Il mit encore un homme et un frère 
près de la porte de devant, afin d'y veiller, etc. 

» Après avoir pris toutes ces mesures, le P. Antoine 
marcha seul à la rencontre de Farmée. Il trouva Favant- 
garde près de la chapelle de Notre-Dame-de-la-Pierre, 
hors de la porte de Maestricht; elle avait reçu l'ordre 



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- 2M — 

de s'arrêter en cet endroit. Un peu plus avant se trou- 
vaient les chefs de l'armée , savoir : le duc de la Feuil- 
lade, le duc de Luxembourg, le marquis de Villeroi , le 
comte de Saint-Poi , neveu du marquis de Louvois, et 
plusieurs autres. Le P. Antoine alla droit à eux. Le mar- 
quis de Villeroi, avec dix ou douze cavaliers, fît avancer 
son cheval et demanda : 

» Mon père, où allez-vous, et qui ètes-vous»? Je répon- 
dis : « Monsieur, je suis le Père Guardien des Capucins 
» de Tillemont, envoyé tout exprès pour parler à Mes- 
» sieurs les généraux de Sa Majesté très-chrestienne de 
» la part du magistrat et communauté de ceste ville. » 

» Il répondit à l'instant : « Fort bien, mon père; voicy 
» le duc de Luxembourgh et le ducq de la Feuillade. >» 

» En même temps six cavaliers faisant avancer leurs 
chevaux, arrivèrent jusqu'à nous. Le P. Antoine haran- 
gua le duc de la Feuillade dans les termes suivants : 

« Messeigneurs, je viens icy au nom du magistrat et 
» de la bourgeoisie de ceste pauvre ville de Tillemont, 
» qui se soubmettent entièrement aux ordres de Sa Ma- 
» jesté très-chrestienne avec les portes ouvertes de leur 
» ville, priant la ditte Majesté de leur faire miséricorde 
» et de leur prendre soubs la protection royale, afin 
» que rien ne leur arrive contre la bonté ordinaire du 
» roy envers ceux qui ont tous les jours fidèlement obéys 
> à ces ordres, payant les contributions et rations selon 
» leur taxe, etc. >» 

>» Le duc de Luxembourg répondit : « Mon père , on 
» empeschera les désordres tant qu'il sera possible, mais 
» où une armée royale marche, il est impossible de 
>» tenir une discipliné militaire comme l'on voudrait. 
» Qu'on ouvre les portes et les barrières, et qu'on aille 
» visiter si les ponts sont faits. » 



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— 205 — 

» A cela j'ai repondu : « Monsieur, les ponts sont 
» faict, mais non pas encor du tout en estât pour si 
» grand nombre de gens et de bagage. » 

» Et en effet, les ponts n'étaient pas rendus assez soli- 
des pour supporter le passage de toute l'armée, sans 
interruption, mais seulement d'une certaine quantité à 
la fois. 

» Le duc de la Feuillade dit alors : « Qu'on passe par 
» la ville. » 

» Je répliquai à ces mots : « Monsieur, il est asseuré . 
» que si les armées passent par la ville, qu'ils ne tien- 
» dront pas bon ordre, et que comme estant affammé ils 
» voudront partout avoir du pain, et causeront des vio- 
» lences à la bourgeoisie. Aussi y auroit-il plusieurs qui 
» déserteront. Je prie donc vos Excellences d'avoir la 
» bonté, pour la conservation de ceste pauvre ville et 
» communauté, de faire passer l'armée au-dessous de la 
» ville. » 

» Là-dessus le duc de la Feuillade demanda s'il y avait 
un pont pour passer à côté de la ville. Je répondis que 
oui, et je vins avec lui, ainsi qu'avec dix ou douze cava- 
liers, examiner les ponts de Barberendael (1). Ils furent 
jugés convenir, et l'armée, composée de 15,000 hom- 
mes, avec canons et bagage, passa par là. 

» Le duc de Luxembourg ayant entendu ces rapports 
résolut, de commun accord avec les autres généraux, de 
passer avec l'armée à côté de la ville. S'ils avaient pris 
leur chemin à travers la ville, ils l'auraient pillée infail- 
liblement, car ils étaient comme des démons enragés. 

(1) Ces deux ponts se trouvaient l'un à côté de l'autre : le premier 
sur le Borchgracht, le second sur la Ghète. De là l'armée se rendit à 
Oplinter, où un troisième pont était en construction. 



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— 206 — 

Les ducs se firent donc ouvrir la barrière et prirent les 
devants jusqu'aux Dames Blanches, où ils descendirent 
de cheval... Le P. Antoine y fit apporter des chaises, 
afin de servir de sièges aux généraux, qui de là tirent 
passer toute l'année, tant la cavalerie que l'infanterie (I). 

» Lorsque l'avant-garde commença à défiler, le duc de 
Luxembourg engagea le P. Antoine à s'asseoir auprès 
d'eux, afin de considérer les belles troupes de leur Roi. 
Il demandait sans cesse : « Que vous semble, mon Père? 
» Le roy d'Espaigne a-t-il bien semblables troupes ? » 
A cela le P. Antoine répondait : « Monseigneur, je n'ay 
» pas veu les tronppes d'Espaignes comme je voy ceux- 
» cy. » 

» Pendant le passage de l'armée, le P* Antoine offrit 
à déjeûner aux généraux, ce que ceux-ci acceptèrent. 
Il alla demander des beurrées et de la bière chez les 
Dames Blanches. Mais un Carme, qui n'était pas fort peli, 
faisant des difficultés, il n'obtint qu'une bouteille de 
bière et un peu de pain. Le P. Antoine envoya de suite 
quelqu'un chez M. d'Aspeo, dont la servante apporta un 
déjeûner splendide : du jambon , de la viande salée, de 
la bière et du pain. Le P* Antoine fit encore chercher 
une bouteille de vin. Les généraux déjeûnèrent avec 
grand appétit et furent de très-bonne humeur. Le P. An- 
toine déjeûna avec eux. 

» Pendant que les généraux étaient occupés à déjeu- 
ner, plusieurs paysans vinrent faire des lamentations et 
des supplications pour ravoir leurs Taches et leurs che- 
vaux. Le Père Antoine pria instamment les généraux de 



(1) Les soldats eutrèrent dans la rue du Moulin, conduisant au 
Roosmolen et passant devant l'ancien prieuré de BarbermdaeL 



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- 307 - 

faire rendre leurs botes à ces pauvres villageois. C'est 
ce qu'ils firent On leur rendit quinze Taches et six che- 
vaux qui avaient été volés par différents soldats. 

y Le duc de la Feuillade fit une charité d'une pistole, 
ajoutant comme excuse qu'il n'avait pas plus sur lui* 

» Lorsque cette armée fut passée avec 22 canons et du 
bagage , il arriva au magistrat un nouvel ordre , lui 
prescrivant de travailler avec plus de vigueur au* trois 
ponts et de les préparer pour le lendemain matin, sfcus 
peine de pillage, puisque le roi se proposait de passer le 
lendemain, 27 juin, avec le gros de l'armée. 

» A la réception de ces ordres, le P. Antoine s'est 
rendu, de rechef, à l'hôtei-de-ville et y a convoqué tout 
le magistrat, ainsi que les capitaines des serments» Il y 
fut résolu d'ordonner à tous les bourgeois , tant maîtres 
que domestiques, de se livrer à ces travaux avec pelles 
et pioches. Cet ordre ayant été mis à exécution, les trois 
ponts étaient achevés le 27 avant midi. 

» Ce qui a lait le bonheur des villes de Tirlemoat et 
de Louvain, ce sont les pluies abondantes et continuelles 
qui avaient rendu les chemins tellement impraticables, 
qu'il était impossible d'y passer ni avec des voitures ni 
avee des chevaux. Selon toutes les apparences, le roi des 
Français avait le projet de s'emparer de la ville de Lou- 
vain, où il n'y avait pas un seul soldat. Les grandes eaux 
empêchèrent la réalisation de ce projet. C'est pourquoi, 
le 27, les Français prirent d'autres résolutions. 

» Le bruit courait, le 27 juin, vers deux heures de 
l'après-midi , que le Roi allait permettre à ses soldats le 
pillage de la ville de Tirlemont. Mais le marquis de Lou- 
vois traversant notre ville, vers quatre heures, avec deux 
compagnies de la gard&du Roi, le P. Antoine alla lui 



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- 208 - 

parler au milieu de la grand'place. Il lui représenta que 
les habitants avaient toujours payé fidèlement leur con- 
tribution (1); il le pria de vouloir mettre la ville à l'abri 
du pillage. Descendant de cheval, le général lut la côte 
de la contribution et dit ensuite : v Mon Père, je vous 
• i» donne ma parolle, au nom du roy, que la ville ne serat 
» pas pillé. >» Cela fut entendu par les membres du ma- 
gistrat et par un grand nombre des bourgeois les plus 
notables ; ils en ressentirent beaucoup de joie. 

» Nonobstant la promesse du marquis de Louvois, des 
actes de violence furent commis le soir par les soldats de 
la garnison, qui ouvrirent plusieurs maisons de force et 
se livrèrent à des actes de brutalité, non sans danger de 
provoquer une émeute. 

» Le 28 juin, à huit heures du matin, il fut publié un 
ordre du roi, enjoignant à tous les bourgeois de la ville 
de Tirlemont de déposer leurs fusils à l'église de Notre- 
Dame-au-Lac. Deux heures plus tard la même ordon- 
nonce fut publiée de nouveau , sous peine pour les 
récalcitrants d'être pendus devant leurs portes. Immédia- 
tement tous les fusils furent déposés. 

» Le magistrat craignait que les soldats ne devinssent 
encore plus insolents, puisque les bourgeois étaient sans 
armes. C'est pourquoi il pria le P. Antoine de se rendre 
auprès du roi et de lui demander une sauvegarde pour 
la ville. Le dit Père députa aussitôt le P. Eugène de 
Rotselaer auprès du marquis de Louvois. Celui-ci envoya 
de suite une compagnie de la garde du roi pour veiller 
à la sûreté de la ville, et la ville demeura sauve. 

» Le même jour un ordre, émané du Roi, enjoignit de 

(1) Sans doute qu'il s'agit ici de réquisitions militaires, imposées 
en temps de guerre aux pays ennemis. * 



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— 909 — 

visiter tous les greniers et les couvents,, de s'assurer dès 
quantités de grains et d'avoine qu'ils contenaient, .ainsi 
que do nombre de bestiaux, tels que vaches et moutons* 
Cet ordre fut exécuté promptement. Cependant le P. An- 
toine s'était emp.res6é d'envoyer un exprès au marquis 
deLoBvois, qui donna par écrit un ordre défendant 
expressément d'emporter la moindre valeur au courent 
dts Capucins , et cela sous peine de mort. Ctet ordre 
inspira fceâueoup de crainte aux soldats et fit respecter 
le couvent des Capucins , à l'étonnement des bourgeois 
et des paysans qui s'y étaient réfugiés. 

» le même jour, 28 juin, toute l'armée, du duc de 
Luxembourg, du duc de la Feuillade, etc., avec les 
canons et les bagages , retourna au quartier du Roi par 
la villcde Tirleniont. Car les grandes pluies ne permet- 
taient pas de revenir par le même chemin. . . 

» Le soir du même jour, il arriva un ordre dn Rod à la 
ville, prescrivant de tenir prêtes ppur le Jiepdemain 
60 tonnes 4e bière pour ceux qui viendraient démanteler 
h ville. 

» Le 29', à six heures du malin, quatre mille Suisses 
détruisirent les remparts à coups de pelle et de pioche ; 
ils ritftfèrent les portes, et le 50 Juin, ils les firemt sauter* 
Tous les Français partirent le même jour, emportant les 
grains des eouvents et des bourgeois ; cependant ils les 
avaient payés un prix raisonnable,» 

Jusqtricfi le récit du religieux Capucin. La ville de Tir- 
lemont, délivrée d« grands dangfers par la retraite des 
Français , fut soumise bientôt à de nouvelles épreuves. 
Le 14 janvier 1677, elle fut de nouveau affligée d'une 
inondation. Les eaux, gonflées extraordinairement , 
quittèrent le lit de la, Ghète. A 9 heures du soir, elles 

14 



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- 210 — 

s'élevaient à un pied et demi de hauteur dans le cale- 
fac(l)du couvent des Capucins. Elles renversèrent sur 
une longueur de 70 à 80 pieds, le mur du jardin des 
mêmes religieux (2). 

D'après un relevé fait en 1686, il n'y avait alors dans 
notre ville que 601 maisons (3). Ce n'est pas le tiers des 
foyers de Tirlemont en i 526 ! Cette donnée officielle ne 
prouve-t-elle pas que loin d'avoir exagéré plus haut les 
pertes essuyées par notre ville en 1635, nous pourrions 
plutôt encourir le reproche d'être resté au dessous de la 
vérité ? 

Le 16 septembre 1692, notre commune souffrit d'un 
tremblement de terre. Beaucoup de cheminées furent 
renversées; plusieurs murs lézardés (4). 

L'année 1693 fut malheureuse pour notre ville et ses 
environs. Depuis 1689 la Belgique était devenue de nou- 
veau le théâtre d'une guerre atroce entre la France d'un 
côté et plusieurs princes ligués de l'autre ; ces derniers 
avaient pour chef Guillaume III , roi d'Angleterre. Au 
mois de juillet 1693 les forces des deux armées se trou- 
vaient réunies aux environs de Tirlemont , qu'elles 
ravagèrent complètement. « Des personnes dignes de foi 
ont assuré , raconte le chroniqueur Vande Vin , que sur 
tout le territoire, situé entre la Grande et la Petite 
Ghète, les champs étaient dévastés, les maisons dé- 
truites , et le bétail enlevé ; que les terres demeurèrent 
plusieurs années* sans culture , que les champs étaient 
couverts de ronces et d'épines, que les gens étaient 

(1) Salle dans laquelle les religieux se réchauffaient. 

(2) Chronique Ms. des Capucins. 

(3) Se bayes, La Belgique et les Pays-Bas, etc., III, 251. 

(4) Chroniqueur Vande Vin. 



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— 244 — 

devenus tellement pauvres qu'on achetait un bonnier de 
terre pour la fabuleuse somme de 40 à 50 florins. » 

Le 8 mars 4700, il y eut de nouveau une grande inon- 
dation à Tirlemont. Afin de se défaire des eaux et d'en 
faciliter l'écoulement dans le Borchgracht , il fallut en* 
lever la solive de la charpente des grandes écluses (1). 

En la même année, une guerre ayant éclaté entre 
la France et l'Autriche, au sujet de la succession de 
Charles II, roi d'Espagne, mort sans enfants, nos envi- 
rons furent de nouveau foulés plusieurs fois par les 
armées rivales. Le 9 septembre 4703, l'armée française, 
commandée par le maréchal de Villeroi , établit son 
camp au village de Weser. Le 9 novembre de la même 
année la ville de Tirlemont dut lui fournir pour 46,754 
florins d'avoine et de foin (2). En 4705 les alliés, com- 
mandés par le célèbre duc de Malborough , établirent 
leur camp au village de Meldert. 

Non-seulement ces armées ravagèrent nos environs , 
mais encore la ville et les villages des environs leur 
durent venir en aide. A l'appui de cette assertion, nous 
ne citerons qu'un seul trait. 

Le 3 août de cette année le magistrat de notre ville 
reçut du camp de Meldert le billet suivant : « Il est or- 
donné de la part de Son Altesse le Duc de Marlborough 
à la ville de Thillemont de fournir incessamment vingt- 
cinq paysans avec des pailles (pelles) pour creuser la 
terre. Fait au camp de Meldert ce 5*° août 4705. » Et 
était signé : « Cadogan, qnarthier maître général (5). >» 

(\) Register oft ordonnantieboek de 1688 à 1715, fol. 70, aux ar- 
chives de la ville. 
(2} Chroniqueur Vande Vin. 
(3) Ordonnantieboek, f. 201v°. 



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— 212 - 

Le 25 mai 1706, le Duc de Malborough défit complète- 
ment tes Français à la bataille de Ramttlies , près de 
Jodoigne. De cette manière les environs de Tirlemont 
furent délivrés de nouveau d'une source féconde de des- 
truction. 

•Cependant, comme si tous les maux dussent continuer 
à s'accumuler sur notre pauvre ville, un grand malheur 
Tarvait frappée l'année précédente, à savoir, le 2 Avril 
1705. S'il faut en croire certains historiens, ce nouveau 
désastre ressemblerait à celui de 1655. 

« On voit, dit l'auteur des Délices des Païs-Bas , que 
cette ville a été 'florissante et bien habitée autrefois par 
l'étendue de l'enceinte de ses murailles. Mais outre les 
passages continuels des armées et les degats causez par 
les guerres, deux grands malheurs Tant fort endommagée. 
Le premier lui arriva Tan 1635 lorsque les Français et les 
Hollandais la prirent et la saccagèrent ; l'autre fut un 
embrasement qui arriva Tan 1704 par la négligence d'un 
ouvrier ; la pluspart des maisons y furent alors réduites 
en cendres avec son église principale de S. Germain. » 

Ces lignes sont pleines d'exagération et d'erreurs. L'in- 
cendie, arrivé en 1705, et non en 1704, comme le dit 
erronément ce livre, ne détruisit qu'environ trente mai- 
sons, mais elles comptaient parmi les plus belles du 
quartier le plus important de la ville. De plus, quelques 
granges, écuries et remises étaient devenues également 
la proie des flammes. C^est ce que nous lisons dans des 
actes d'une autorité irrécusable (4). 

(î) « Waren geconsommecrt geworden entrent de derlich van de 
besle huysen geleghen in het schoonste van de sladt, sonder alnoch 
verscheyde schueren, stallen ende achierhimen, » Çh % dormanUeboek, 
f. 199, v°. 



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- 9» - 

Cependant le conseil de Brabant, au nom du roi Phi- 
lippe V 9 s'empressa de venir au secours de la ville de 
Tirlemont. Afin d'engager les habitants, frappés par lïn- 
eeadie, à rebâtir promptement leurs demeures, il ac- 
corda un subside à toucher par ceux qui feraient les 
bâtisses dans un temps déterminé. L'arrêté pris à cette 
fin par le conseil de Brabant, le 29 avril 1703,. était 
conçu en ces termes : 

« Le roy en son conseil. — Sa Majesté a par avis de son 
conseil et à la délibération de son vicaire-général de ces 
pays, accordé et accorde par cette aux habitants de la 
ville de Thillemont, intéressés dans les maisons brûlés 
e» la dite ville, par l'incendie y arrivé le deuxième du 
présent mous , la somme d£ huit «aille trois cent cinc- 
quante florins seize sok, solz par livre, selon la perte, que 
chacun a fait suivant Testai de l'estimation y attaché 
sous le cachet royal , à assigner La dite somme sur les 
vingtièmes de la dite ville de Thillemont dans les sub- 
sides de l'année courant 1705 et de la prochaine 1706 ; 
accorde sa Majesté aux dits intéressés la permission de 
se pouvoir servier des matériaux de la vieille maison de 
ville au dit Thillemont, à repartir selon la perte qu'un 
chacun a fait et ce à l'intervention du chef-Maieur Van- 
der Straeten et du juge des domaines Van Ranst ; l'un 
et l'autre à profiter par ceux qui ont commencé à rebat- 
tier avant la fin du may prochain ; ordonnant à tous 
ceux quïl appartiendra de se réguler et conformer seton 
le contenu du présent acte. Fait à Bruxelles, le 29 avril 
1705. » Signé ; « Emmanuel. » Plus bas : « Le comte de 
Bergeyck (l), » 

(1) Ordonmntieboeîc, f. 19», v°. 



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— 214 — 

fi est à croire que grâce à ces faveurs du gouverne- 
ment, toute trace de l'incendie de 4705 aura disparu 
promptement. 

Cependant la fin de l'année 1705 fut marquée pour 
Tîrlemont par un événement heureux. Le 45 novembre 
1705, Jean-Germain Landeloos de cette ville avait été 
proclamé premier de philosophie à la célèbre université 
de Louvain. On sait avec quels honneurs et quel enthou- 
siasme on accueillit toujours le primus de Louvain dans 
son endroit natal. Deux circonstances ont dû rendre à 
Tîrlemont la joie bien vive et la fête de réception extra- 
ordinairement brillante : le lauréat appartenait à une 
des familles les plus distinguées de la ville, et il avait été 
proclamé premier à l'unanimité des examinateurs (om- 
nium votis), ce qui n'arrivait qu'assez rarement. Le jeune 
Landeloos promettait de devenir une illustration pour sa 
ville natale. Malheureusement il mourut, en 1706, à la 
suite d'une chute de cheval (1). 



(1) Lennckens, Promotiones in artibus, Ms. reposant à la biblio- 
thèque de l'Université de Louvain. — Voici, d'après le même Ms., les 
noms des autres Tirlemontois ayant obtenu des places distinguées 
en philosophie à l'ancienne Université de Louvain. 

En 1431, Henri Kîesken fut proclamé le quatrième. 

En 1667, Hubert de Tombeur, plus tard conseiller au grand tri- 
bunal de Malines et membre du conseil privé, du gouverneur-général 
à Bruxelles, obtint la huitième place. 

En 17 12, la même place fut obtenue par Henri-Antoine Poringo, 
né. le 16 février 1691, de Jean-Herman Poringo et de Marie-Suzanne 
Van Banst-de Berthout. Il avait fait ses humanités chez les Augustins 
à Tirlemont. Le 26 mai 1722 , le prince Eugène de Savoie , goûter- 
neur-général, le nomma professeur en droit à l'université de Louvain, 
fonction qu'il remplit avec distinction jusqu'au 13 juillet 1765 , jour 
de son décès. Il fut enterré dans l'église S. Pierre à Louvain, près de 



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— 215 - 

La bataille de Ramiilies, livrée, ainsi que nous l'avons 
dit, le 23 mai 4706, eut pour résultat la soumission du 
firabant et de toute la partie la plus importante du pays 
à l'archiduc Charles d'Autriche. Quoique la guerre dite 
de la succession n'ait cessé définitivement qu'en 1716, 
cependant depuis 1706 nous avons cessé d'appartenir à 
l'Espagne et commencé à dépendre de l'Autriche. 
, Nous allons voir que nou» gagnâmes beaucoup à ce 
changement sous le rapport des intérêts matériels, mal- 
heureusement c'était pour souffrir de nouveau dans 
nos droits politiques, civils et religieux. 

son épouse, Dame Marie-Catherine Van Wevelinchoven , décédée le 
31 mars 1749. 

En 1750, Arnold Collaerts fut proclamé le sixième. 11 embrassa 
Peut ecc!e>iastfque, devint vicaire-général en 1776, après avoir en- 
seigné la théologie au grand séminaire de Matines, et mourut subi- 
tement dans cette ville, le 8 octobre 1787. 

En 175», Martin-Wynand Goelens, obtint la sixième place.' Ayant' 
achevé son cours de droit, il revint dans sa ville natale , où H fut 
élevé, pour ses mérites, à toutes les dignités de la magistrature. Il 
futécbevin de 1775 à 1779, bourgmestre de 1779 à 1791. £près la 
raprt de son épouse , Jeanne-Marie Preuveneers , décédée le 25 'août 
1816, il embrassa Tétat ecclésiastique et fut ordonné prêtre, en 1815, 
dans la soixante-quinzième année de son âge. if décéda, le 21 avril 
1816. 

En 1762, Mathieu Verlat fut le troisième. Il occupa d'ahord les 
fonctions de professeur de philosophie au collège du Porc à Louyain. 
Il devint ensuite chanoine de l'église S Martin à Liège. Il mourut à 
Louvâin, le 20 février 1821. ' 

En 1764,' la quatrième place fut obtenue par Charles Hërmans > 
devenu depuis professeur de philosophie au collège tlu Faucon, à 
Lob vain. 11 mourut curé de Kerkbem en 1820. s , t , 

En 1797, M. Jean-Albert Pardon fut proclamé le huitième. 1,1 a 
rempli d'une manière distinguée, pendant quarante-cinq ans, les 
fonctions de secrétaire communal dans sa ville natale; il est démis- 
sionnaire depuis 18-48. La mémoire riche et fidèle de ce respectable 
vieillard nous a été plus d'une fois d'un grand secours. 



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Chapitre feolttême* 

Tirlemont se relève de nouveau pendant le XVIII e siècle. — Inva- 
sion dans le Brabant d'une armée prussienne en 4758. — Part de 
Tirlemont dans la Révolution brabançonne. — Émeute ej*4&44. 
— Situation actuelle de cette vifle. 



La révolution dite Brabançonne eut cela de particulier, 
que Le» véritables résolut ion» j»#«s étaient le* h*aunes 4 a 
gouvernement et que ceux qui excitèrent les troubles ne 
voulurent pas de révolution. 

Rafbdius dx Bsbg. 



Au commencement du XVIII e siècle on commença à 
pourvoir, en Belgique, au défaut de voies de communi- 
cation, tas Etats de Brabant entreprirent coup sur coup 
la construction d'un réseau de belles et larges rei»te& 
payées pour relier Bruxelles aux autres villes du pays. 
En 1704,, ils mirent la main à ta chaussée de Bruxelles à 
Louvain, coulinuée, eu 1715, jusqu'à Tirlemont, et de là 
à Sfc-Trand et à Liège, Ce f «t à l'occasion de la construc- 
tion de la nouvelle route , qu'on fit à Tirlemont une 
ouverture aux remparts, pour y élever la porte, . dite 
alors Nouvelle Porte de Louvain et aujourd'hui Porte 
de Louvain. À ces travaux furent appelés, à tour de rôle, 
Us membre* du magistrat, tes religieux, U» membres» du 
chapitre, les personnes en possession d'immtmijfcés oit les 
membres des anciennes ramilles patriciennes, et tes 
simples bourgeois (1). 

([). Ordonmantieboçk, f, 542. 



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— ai? — 

Jusqu'à cette époque le magistrat deTirlesaont, dans- 
l'espoir de rétablir un jour la< navigation de la Glifite, 
avait entretenu différents ouvrages établit» le long 4e 
cette rivière depuis Tirlenjont jusqu'à Budingeo. Jugeant 
sans doute qu'on pouvait se passer de ee canal, puisqu'on 
conanuiniquait par une belle chaussée avec les communes 
importantes du Brabant, il prit, le 42 février 1735 > ute 
résolution par laquelle il déclara faire abandon de tout 
droit sur la Ghète et abandonner à leur sort les. 
ponts et les écluses, que jusque là il avait entretenus (4). 

Quelques années plus tard une nouvelle route patàe 
relia la ville de Tirlemont à celle de Naojur. Noua 
croyons que eette ebaussée fut construite vers l'an, 4738. 
Les comptes (le la ville de cette année nientkmoefitt une 
somme payée à l'auteur du plan de ee pavé (2), 

Ces excellentes mesures contribuèrent beaucoup» à 
rappeler le mouvement et l'aisance dans notre villev 
A cette prospérité renaissante vinrent encore contribuer 
de belles fêtes, qui s'y renouvelaient de temps à autre 
et y attiraient un nombre considérable d'étrangers. 

Tirlemont, situé à la frontière du Brabant et pris du 
pays de Liège, resté indépendant sous son prince-évëqpe» 
était la première ville que les gouverneurs-généraux , 
envoyés par l'Autriche* rencontraient sur leur route en 
se rendant dans leurs Etats. Comme ces hauts adminis- 
trateurs étaient toujours des princes du sang, le gou- 
vernement jugeait nécessaire et ordonnait de leur faire 

(1) Voir aux archive» 4e la ville une farde intitulé* '- Stuctm 
aengaende 4e scepwert. 

(2) a item betaelt aen meester Aneau landmeter, om de finie ge- 
irocken te hebben van den steenwegh van Naemen, die' somme van 
negpAOB twûrtis guider, a«btieasUiyvers. » 



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- 218 - 

une réception brillante; La série de ces éclatantes fêtes 
s'ouvrait à Tirlemont, où se rendaient alors les députés 
du Brabant et d'autres hauts dignitaires. 

Notre ville vit la première fois une solennité de cette 
espèce, le 4 oetobre 1725, lors de l'arrivée de l'Archi- 
duchesse Marie-Elisabeth, nommée gouvernante générale. 
La lecture du programme des fêtes, arrêté d'avance 
à Vienne , le 20 septembre, et exécuté à la lettre, nous 
donnera une idée de ces réceptions 

« Lorsque son Allèze Sérénissime, dit la pièce officielle, 
arrivera à Tirlemont, elle sera receue avec tous les hon- 
neurs possibles. 

» La bourgeoisie sera sous les armes, tant à son entrée 
qu'à son départ. 

» Le magistrat la recevra en corps à la porte, en luy 
présentant à genoux les clefs de la ville dans un bassin 
d'argent. 

» Ceux du dit magistrat et cinquante bourgeois, por- 
tant chascun des flambeaux allumez de cire blanche, 
raccompagneront jusqnes à son logement. 

» On fera sonner toutes les cloches principales des 
églises. 

» On ornera les maisons des rues par où elle passera, 
et le soir on fera des feux de joye et des illuminations 
par toute la ville. 

■» Elle y sera logée avec sa suite, le mieux qu'il sera 
possible. 

» Le lendemain matin, le dit magistrat luy présentera 
le vin d'honneur en cercle orné, et tiré sur un char. 

» Et, à son départ, on luy fera les mesmes honneurs 
qu a son entrée (1). » 

(1) Gachard , Compte-rendu de ta commission d'histoire, 2* série, 
VIII, 169. Voir aussi ton». Vil, p. 204 et 212. 



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- 219 — 

La gouvernante-générale arriva à Tirlemont, le 4 oc- 
tobre au soir. Logée à l'bôtel-de-ville, elle y dîna le 
lendemain; elle partit, à 5 heures de l'après-midi, pour 
Louvain, où de nouvelles fêtes l'attendaient . 

Grâce à toutes ces circonstances, Tirlemont se remit 
peu-à-peu du grand désastre de 4635. Malheureusement 
la prospérité renaissante de notre ville amena des con- 
flits et des déchirements entre les différentes classes de 
bourgeois. Ce fut alors que les corps de métiers , que 
nous avons vu prépondérants dans la commune au XV e 
siècle et déchus après les événements de 4635, commen- 
cèrent à réclamer la jouissance de leurs anciens privi- 
lèges. Les brasseurs, constituant alors la corporation la 
plus riche et la plus puissante de la cité, se trouvaient 
à la tête de cette petite guerre intestine. Ainsi que nous 
le verrons plus loin, ils faisaient à cette époque de bril- 
lantes affaires et voyaient les produits de leur industrie 
se placer même à l'étranger. La part d'influence de ces 
industriels sur les affaires de la commune était déjà con- 
sidérable. Le tribunal de la draperie, qui, avec les trois 
serments, désignait les candidats pour former le magis- 
trat, et qui était censé représenter la corporation des 
ouvriers en laine, n'était guère composé au XVIII e siècle 
que de brasseurs (4). Mais cela ne leur suffisait point : 

(1) Cependant le commerce des laines n'avait pas cessé de rester 
fort important dans notre ville. En voici une preuve péremptoire. 
Nous avons mentionné plus haut, p. 89, une lettre de Phîlippe-le- 
Bon, accordant à la ville de Tirlemont, en Î460, le monopole de la 
vente des grain» et. dés laines. Par cet acte il était défendu de vendre 
du blé pu de la Laine dans le quartier de TirJemont, sinon aux 
marchés de cette ville. Eh bien ! Cet acte fut renouvelé en faveur 
du commerce de Tirlemont en 1506, 1640 et 1712. Voir Placards 
de Brabant, VI, 74. 



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ils exigeaient la jouissance pleine et entière 4e temrs 
anciens privilèges. 

Après avoir tenté en vain d'obtenir le redressement de 
leurs griefs des chefs de la eommune, ils se tournèrent 
vers le pouvoir central. Maïs le gouvernement autrichien 
ne voyait pas de bon «il les corps de métier, et 
limitait leurs pouvoirs autant que possible. En l'an~ 
Bée 1719, il avait fait mourir; sur l'éebafaud, le mal- 
heureux François Anneessens, faiseur de grosses chaises 
eu euir à Bruxelles, pa rce que celui-ci lui avait fait de l'op- 
position au sein du corps de métier, «tant il était doyea. 
C'est pourquoi il n'eut aucun égard aux plaintes de la 
petite bourgeoisie de Tkieinont. Au contraire, l'impéra- 
trice Marie-Thérèse, par un règlement en date du 24 no- 
vembre 4749 , légalisa l'état des choses, contre lequel on 
réclamait. Seulement ce règlement limita quelque peu 
les privilèges que s'étaient arrogés les gildes. Il leur 
enleva le droit de dresser seules une liste double de 
candidats, pour la formation du magistrat à sa sortie an- 
nuelle. Les membres du magistrat sortant obtinrent Le 
droit de dresser aussi une liste pareille (1). 

Le règlement du 24 novembre 1749 ne contenta per- 
sonne à Tirtemont. Loin de remédier aux abus, introduits 
depuis 1635, il en établit de nouveaux. Aussi longtemps 
qu'il n'avait été dressé qu'une seule liste de candidats 
pour la formation du magistrat, on n'ayait jamais vu des 
proches parents siéger ensemble dans ce corps. Mais 
depuis que les gildes, d'une part, et le magistrat, d'autre 
part, présentaient séparément une liste f il arrivait firé- 
quemment que le gouvernement, prenant des noms dans 

(1) Voir un extrait de ce règlement aux Pièces jqstificatitcs^N^ 23. 



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chaque liste, confiait les fonctions de bourgmestre, 
d'échevin on de conseiller à des membres d'une même 
famille. C'était faire tomber l'administration de la corn*- 
moue aux mains d'un petit nombre de familles et les 
mettre à même d'exploiter la magistrature communale k 
leur profit particulier. 

Jusqu'à la fin de la domination autrichienne sur nos 
provinces, les gens de métier continuèrent à s'agiter et à 
adresser des plaintes à l'autorité supérieure, notamment 
en 1746,4787, 1788 et 4795. Toutes ces réclamations 
demeurèrent sans résultat. Toutefois le grand inconvé- 
nient, produit par le règlement de 4749, fat écarté en 
4766. Le 9 juin de cette année, l'impératrice Marie- 
Tfoérèse, après avoir renouvelé le dît règlement, pro- 
mulgua quelques nouvelles dépositions, afin d'empêcher 
que les membres d'une même famille n'entrassent à la 
fois dans le conseil de la commune. D'abord elle ordonna 
au magistrat d'examiner la liste dressée par les gildes 
« pour être reconnu, si dans telles nominations faites 
par eux respectivement, il y a des personnes cousins 
germains ou plus proches les uns aux autres, dont en 
ce cas il en sera fait mention au pied de la nomination, 
du magistrat, sans y faire toutefois aucun changement » 
L'impératrice statua en outre « que dans le même ordrp 
du magistrat , savoir, des Bourguemaftres, des échevins 
et des conseillers, ne pourront être placées deux per- 
sonnes qui seroient entre elles en degré de consangui- 
nité ou affinité prohibé parles ordonnances (1). » 

11 résulte de ces faits que pendant tout le XVIII e siècle 
la discorde a déchiré notre ville. Il est probable que ces 

(1) Voir aux archives du royaume, Conseilprivé, Carton 847. 



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luttes ne furent pas étrangères à l'irritation extraordi- 
naire des Tiriemontois contre le gouvernement autri- 
chien pendant la révolution brabançonne. 

Tandis que le gouvernement autrichien s'efforçait 
ainsi d'amoindrir les franchises communales, il méditait 
aussi le projet déporter une main attentatoire à la liberté 
religieuse. Dès Tannée 1755, le plan a existé de diminuer 
le nombre des couvents. C'est pourquoi le conseil de 
Brabant demanda à toutes les localités, ayant des mo- 
nastères , un rapport sur le nombre de religieux qui y 
vivaient d'aumônes et sur les réductions que le magistrat 
de chaque commune jugeait utile de faire. 11 résulte des 
rapports fournis par le magistrat de Tirlemont, que sans 
compter les Récollets et les Augustins, dont nous n'avons 
pu retrouver les déclarations, il y avait, en 4755, dans 
cette ville 291 religieux : 17 Bogards, 26 Carmes, 
24 Capucins, 7 Alexiens, 69 Béguines, 22 Dames Blan- 
ches, 15 Religieuses Hospitalières, 22 Sœurs Grises, 16 
à Danenbroek, 26 à Barberendael, 23 à Cabbeek et 24 
au couvent des Annonciades (1). 

Cependant les religieux en furent quittes cette fois 
pour la peur. Le gouvernement ne s'engagea pas plus 
avant dans la voie de l'arbitraire et de la persécution, 
peut-être grâce à la bonne Marie-Thérèse , cette grande 
impératrice, qui se dévoua tout entière au bonheur de 
ses sujets et posséda constamment leur affection. Le 
règne de cette princesse, commencé en 1740, au milieu 
du bruit et des désolations de la guerre, se passa pour 
nous dans une paix profonde à dater de l'année 1748 , 



(1) Voir aux archives de la ville une farde intitulée : Stucken van 
hetgetal religieusen in de klooslers te Thienen. 



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quoique la guerre continuât à ravager plusieurs autres 
provinces de son vaste empire. 

Toutefois il y eut une alerte assez vive dans nos 
provinces au mois de juillet 1758. Comme il s'agit ici 
d'un point historique , qu'aucun historiographe n'a en- 
core traité, nous croyons rendre service en publiant les 
détails qui nous sont tombés sous la main. Un autre motif 
nous engage à le faire, c'est que, de 1748 à 1780, 
l'histoire de notre pays est très-stérile en événements. 

Depuis l'année 1736, Marie-Thérèse était en guerre 
avec Frédéric II, roi de Prusse. En 1758, un des 
meilleurs généraux du monarque prussien, le prince 
de Brunswick, ayant remporté à Crévelt, dans la Prusse 
Rhénane, une victoire brillante sur les Français , alliés 
des Autrichiens, marcha sur les Pays-Bas. Il prit Rure- 
monde, d'où ses soldats entreprirent des excursions dans 
le Brabant, obligeant les villes à leur payer de fortes 
contributions et enlevant des otages, afin de s'en assurer 
le payement (1). 

La ville de Tirlemont souffrit une des premières des 
courses ennemies. Au premier bruit du danger, son 
mayeur, Gabriël-Michel-François de TEscaille , avait 
placé les troupes qu'il avait reçues du gouverneur-géné- 
ral, le long de la chaussée de Tirlemont à S. Trond, 
afin d'arrêter l'ennemi. Pendant la nuit du 3 au 4 juillet 
deux soldats prussiens parurent dans Tirlemont. On les 
arrêta. On enleva également un piquet de Prussiens en 
station à Hakendover. 

Mais laissons le chef-Mayeur de Tirlemont raconter 
lui-même ces exploits. Le 4 juillet, de grand matin , il 

(1) Fromageot. Annales du règne de Marie-Thérèse, édit. de 
1781, p. 136. 



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- «i - 

adressa de Louvain le rapport suivant au gonvernetrr- 
général : 

» l'ai l'honneur d'informer votre Excellence que les 
cavaliers de ma compagnie, qui étaient placés sur la 
route de S. Tron etTongre, viennent de me faire raport 
que celuy qui étoit à Tillemont avoît arrêté detix ïF<ro- 
sard prussien à Tillemont et sont allés ensuite à trois, 
accompagnés de quelques bourgeois , prendre cinq 
Housard qui étaient restés à Raquedeur à un bon quart 
de lieue de Tillemont. Le bas officier de ce petit parti 
leur a raconté qu'il y avoit un corps de près de dix mil 
hommes qui étoit éparpillé dans le pays pour le mettre 
à contribution jusqu'à Louvain , comme V. E. verra par 
la lettre écrite au pensionnaire Vanden Brouk, que je 
luy envoie directement par exprès.' Si j'apprends quelque 
autre particularité , j'aurai l'honneur d'en faire ra- 
port (1). >» 

(1) Voici le texte de la lettre mentionnée dans le rapport ci-dessus: 
« Ayant fait reconnaître le soir après les Houssards en q Gestion , 
qui étant endormis dans une ferme à une demie lieue de la ville près 
de la chaussée vers S. Trond, un piquet de notre garde bourgeoise a 
trouvé bon de les aller enlever à une heure de la nuit, ils sont au 
nombre de sept (a) et autant de chevaux. Je viens de les examiner 
l'un devant l'autre. Ils se déclarent Houssards prussiens, envoies en 
avant pour aller reconnaître S. Trond, Leau, Tirlemont, exceptant 
les villes de Diest, Sichein, Montaigu, comme appartenant au prince 
d'Orange. J'ai été obligé de recoler les voix du magistrat et te plu- 
part déclinent à les relâcher dans le moment, par des craintes pour 
les suites qui peuvent être de conséquence. Ils ont à leur tête 
une espèce de maréchal de logis qui a déclaré qu'il y a un corp 
considérable en marche pour: ve&ir meilre le pays en contribution. » 

(signé) « L'Escaille » 

(a) Sept, en y comprenant les deux soldats arrêtés à Tirlemont. 



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- 225 — 

Le chef-Mayeur, après avoir adressé ce rapport au 
gouverneur-général, se hâta de retourner à Tirlemont. 
11 y tomba entre les mains des Prussiens qui l'emmenèrent 
en otage, en même temps que plusieurs autres bourgeois 
de Tirlemont, ainsi qu'il conste par le rapport suivant, 
adressé ce jour-là même au chef du gouvernement par 
le magistrat de notre ville : 

« Nous avons l'honneur de donner part à votre Excel- 
lence que ce jourd'huy, vers les neuf heures avant midy, 
un détachement d'environ cent cinquante Hussars prus- 
siens, commandés par un major, sont arrivés en cette 
ville et nous ont demandé , scavoir de la ville et du 
quartier, cent mille écus de contribution , dont le tiers 
auroit dû être compté à une heure après-midy, mais 
enfin ayant mitigé leur demande, nous leur avons payé 
provisionellement la somme de trois mille cinquante huit 
florins huit cols , dont le major nous a donné son reçu ; 
et pour assurance du restant, ils ont emmenés avec eux 
M. le vicomte de Lardenois (1), notre premier Bourge- 
maître, et M. le Président eschevin Wouters (2), et pour 
le quartier ils ont emmenés avec eux M. le grand mayeur 

(1) Le vicomte Louis-Antoine de Lardenois -de-Ville, seigneur de 
Villers-le-Peuplie^Croix-à-Lens^ens S.Remy,etc. licencié en droit, 
administrateur-général des commanderies de Villers-au-TempIe, 
Chantraine, Tirlemont et Vaillainpont de Tordre de Malte, né à 
Tirlemont le 27 Mai 1687, y décéda le 22 juin 1779. Le 19 Mai 1744, 
il avait épousé , à Neerlinter, Dame Wilbelmine-Marie-Ernesline de 
Waba, fille de Théodore-Jean, Baron de Waha et seigueur de Neer- 
linter. Voir Wekelyks nieuws uyt Loven, tom. XIV, p. 81. 

(2) Pierre-Guillaurae-Joseph Wouters, seigneur d'Opliuter, licencié 
en droit, revêtu plusieurs fois des fonctions d'échevin et de bourg- 
mestre, mourut subitement à Tirlemont, au mois d'Octobre 1777. Il 
était célibataire. Voir ibid. tom. XI, p. 28. 

15 



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et un des députés (1), qui sont tous partis avec ledit dé- 
tachement vers les trois heures après-midy, C'est, Mon* 
seigneur, la triste situation où nous nous trouvons, dont 
nous avons cru ne pouvoir différer d'en aviser à Votre 
Excellence , et que nous avons l'honneur d'être avec le 
plus profond respect. >» 

Les Prussiens se portèrent aussi sur la ville de Louvain, 
ainsi que sur les abbayes de Tongerloo et d'Averbode. 
Us prirent pour otages à Louvain : Joseph-Nicolas Van 
Couwenhoven, bourgmestre, et Charles-Robert Quirini, 
secrétaire du quartier de Louvain; à Tongerloo, le 
chanoine VanEykel, archiviste; àAverbode, le reii- 
rieux Salé, proviseur. Us s'étaient aussi portés sur 
Àerscbot et Gheel. Van Leempuiten^ majeur d'Aerschot, 
fut emmené en otage. Ils conduisirent, dans le même 
but, un échevin de Gheel jusqu'à Mol. Mais les habitants 
de Gheel leur ayant payé le lendemain la somme (te 100 
ducats, Téchevin fut relâché. 

Les otages furent d'abord, conduits à Ruremonde. Mais 
des revers, essuyés par les armes de la Prusse, ayant 
forcé le prince de Brunswick à quitter cette ville r notre 
pays fut délivré des déprédations de ses soldats. Le gé- 
néral prussien repassa le Rhin et marcha sur Munster, 
où il conduisit les otages belges. Ces malheureux y res- 
tèrent longtemps prisonniers. Nos villes se refusaient à 
payer la rançon, parce que, disaient-elles, ce serait 
approuver la conduite de l'ennemi. Cependant le prince 
de Brunswick finit par rendre successivement ses déte- 
nus. Le mayeur de l'Escaille et le bourgmestre de Lar- 
denois furent rendus à la liberté pendant le mois de 

(!) J. Vao Meldert. 



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— 227 - 

septembre. Mais l'échevin Wouters et le député Van 
Meldert languirent en prison jusqu'au commencement 
de l'année suivante (1). 

Sauf dans les familles, dont des membres avaient 
souffert, le petit épisode que nous venons de raconter, 
fut oublié bien vite en Belgique. 

De 4758 à 4778 nous n'avons à signaler rien d'intéres- 
sant pour notre ville. En cette dernière année, elle fut 
éprouvée par un nouveau malheur. Des. pluies torren- 
tielles y occasionnèrent, le 8 juillet 1778, une inonda- 
tion comme on n'en avait jamais vu. Les eaux de la 
Grhète s'étaient élevées à une si grande hauteur, qu'elle 
déborda partout et inonda une grande partie de la ville , 
nommément, la rue de Hougaerde tout entière, les prai- 
ries s'étendant entre cette rue et le faubourg d'Avendo- 
ren, le Marché-aux-Poissoos, la rue des Récollets, une 
partie du Béguinage, le couvent des Bogards tout entier 
(dans leur église l'eau avait un pied de Hauteur), Fbôpi- 
tal, la rue Longue, etc. Les eaux, ayant séjourné dans 
les rues depuis sept heures du matin, ne commencèrent 
à se retirer qtie- vers midi. Cependant l'inondation ne fit 
pas des dégâts considérables (2). < 

Si l'historien delà Belgique n'a pas de grands faits à en- 
registrer durant la domination de Marie-Thérèse sur nos 
provinces, il n'en est pas moins certain que notre patrie 

(t) Nous avons trouvé les renseignements qui précèdent, aux ar- 
chives du royaume à Bruxelles, Sccrétairerie d'état et de guerre, 
Carton N° 2, excepté le rapport du magistrat de Tirlemont au 
gouverneur -générai, que nous devons à l'obligeance de Louis-Hanoré 
Foutrel, ouvrier-mécanicien à la station du chemin de fer à Tirle- 
mont. 

(2) Settoeck of resolutieboeclc, f. 262. 



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CkCkO 

— 220 — 

était heureuse sous son règne. Toutes les villes belges 
virent renaître leur aisance. Quant à notre ville en par- 
ticulier, elle recouvra bientôt son ancienne prospérité. 
En voici une preuve irréfragable. 

Nous avons vu précédemment qu'en 4686 il n'y avait 
que 601 maisons, ce qui, si on pût supposer encore 
7 personnes par ménage , n'indiquerait qu'une popula- 
tion de 4,207 habitants (1). Or, un relevé fait en 4784 
donne à notre ville une population de 8,524 habitants (2). 
Ainsi, la population était déjà doublée et peut-être 
triplée. 

Nous trouvons une autre preuve du retour de l'ai- 
sance à Tirlemont dans le témoignage d'un auteur con- 
temporain : « J'ai resté deux jours à Tirlemont, dit-il. 
Cette ville est située sur la Geete à trois lieues de Lou- 
vain , d'où l'on y arrive par une belle chaussée , com- 
mencée en 1715 par ordre des états de Brabant, et qui a 

été prolongée jusqu'aux faubourgs de Liège Cette 

ville est peu chargée d'impôts , et nombre de ses habi- 
tants jouissent d'une grande aisance. Elle est située très- 
favorablement pour le commerce des grains; on y fabri- 
que des flanelles et des bas de laine , mais pas en assez 
grande quantité pour en former une branche de com- 
merce d'exportation ; elle a aussi une rafinerie de sel, 



(1) En prenant 7 personnes par ménage, nous avons suivi les 
évaluations de feU M.. Willems, qui, dans ses Mengelingen van his- 
torisch-vaderlandschen inhoud, propose celle moyenne pour les 
petites villes pendant le moyen-âge. Mais on admet généralement 
qu'au XVII siècle ce chiffre est trop élevé. C'est pourquoi il est 
probable que notre"ville ne comptait en 1686 qu'une population d'un 
peu plus de 3,000 âmes. 

(2) La Belgique et les Pays-Bas, III, 251. 



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une salpétrerie et une savonnerie, dix à douze moulins 
à l'huile. Un suffirait pour la consommation de ses habi- 
tants, ils vendent le surplus pour l'Allemagne. Sa bierre, 
qui est fort estimée, forme la branche principale de son 
commerce d'exportation (1). » 

Voici encore d'autres faits altestant l'état assez pros- 
père de Tirlemont au XVIH" siècle. En 1759, un sculp- 
teur de Namur, nommé Julien Feuilliat, vint y ouvrir 
un atelier pour l'exercice de son art (2). A la môme 
époque, il existait déjà dans cette ville des presses d'im- 
primerie. L'éditeur Vanderlinden publia, en 178S, 
un almanach , contenant une description de notre 
ville (5). Il annonçait, à la fin de son calendrier, qu'il 
commencerait l'année suivante, sous le titre de: Nieuws- 
blad van Thienen, la publication d'un journal hebdoma- 
daire , pourvu qu'un nombre suffisant de souscripteurs 
vînt encourager ses efforts. L'abonnement annuel devait 
coûter 18 escalins. Il ne paraît pas qu'il ait été donné 
suite à ce projet. 

Était-ce faute d'encouragement de la part du public? 
Ou bien, le temps n'était-il pas favorable à des entrepri- 
ses pareilles? En 1785, il y avait déjà cinq ans que nous 
avions perdu notre Marie-Thérèse. Son fils et son suc- 

(1) Durival, Le voyageur dans les pays-Bas autrichiens, tom. II, 
p. 555. Le même auteur dit qu'à Bruxelles il se faisait une grande 
consommation de bière de Tirlemont. Au reste, nous savons par les 
comptes de la ville des trois derniers siècles qu'on la consommait 
non seulement à Bruxelles, mais encore dans beaucoup d'autres 
localités. La bière payait un droit de' sortie. Or, des droits pareils 
sont renseignés, d'année en année, dès le XVI e siècle. 

(2) Selbocck f. 40. 

(3) Nieuwe Thiensche Almanach voor het jaer 178$ met eene 
beschryving van Thienen. 



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- 230 — 

cessear au trône, l'empereur Joseph II, en décrétant une 
fcmle de mesures , la plupart attentatoires aux lois fon- 
damentales du pays, jurées par le prince, et toutes anti- 
pathiques à la nation, répandait déjà le trouble et Tin- 
quiétude dans les esprits et les préparait à cette 
révolution , qui devait lui faire perdre nos provinces. 

Il débuta par s'attaquer à la liberté religieuse. Le 17 
mars 1783, parut un édit, ordonnant la suppression des 
couvents, dits inutiles. Par suite de cette ordonnance trois 
couvents furent supprimés- à Tirlemont, à savoir, ceux 
de Danenbroeck, de Cabbeek et de Barberendael. 

En 1787, l'empereur abolit les tribunaux échevinaux, 
seigneuriaux et autres. Par suite de la nouvelle organi- 
sation de la justice, Tirlemont devait avoi* un tribunal 
de première instance. Cette cour de justice devait être 
composée d'un juge royal, de trois assesseurs, d'un se- 
crétaire, d'un officiai archiviste, de deux officiaux expé- 
ditionnaires, d'un protocoliste des exhibitions, d'un 
taxateur, d'un contrôleur des taxes, d'un dépositaire des 
nantissements, d'un premier huissier et de deux seconds 
huissiers (1). 

La ville de Tirlemont dépensa, pendant l'année 1787, 
la somme de 1,202 florins 14 sols et 5 deniers, afin d'ap- 
proprier quelques salles de l'hôtel-de-ville à l'usage du 
nouveau tribunal (2). Cependant ces dépenses étaient 
faites en pure perte; l'opposition formidable, que ren- 
contra la réforme, força bientôt l'empereur à rapporter 
son édit. 

II fallait que l'opposition contre le gouvernement fût 

(î) Gérard, Rapédiusde Berg, tom. lî, p. 347. 
(2) Setboeck, f. 516 v<\ 



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- 331 — 

devenue bien forte pour forcer l'opiniâtre Joseph II à 
se dédire et à déchirer ses décrets. Et en effet, elle 
ne se contentait plus de. protester par des suppliques et 
des brochures : à la voix de son chef, le fameux Vander 
Noot, elle organisait déjà dans la plupart de nos villes 
des moyens de se défendre par la force. A Tirlemont, 
« un des plus mauvais foyers de troubles (1), » on orga- 
nisa dès le commencement de 1787, une compagnie de 
chasseurs à pied et une autre de dragons à cheval. Leur 
drapeau portait, d'un côté, les armoiries de la ville et, 
de l'autre, celles du Brabant, avec cette légende : Omnia 
vincit Léo (Le lion triomphe de tout). Une mitre et un 
casque en sautoir couronnaient la hampe. Ces deux 
compagnies se trouvaient sous le commandement de Jean 
Windelincx, ancien soldat dans le régiment Vierset, sous 
l'Autriche, et maintenant brasseur à Tirlemont. Le npm 
de cet homme, encore obscur en 1787, était destiné à 
acquérir une grande célébrité. 

Cependant le gouvernement s'empressa d'ordonner la 
dissolution de ces compagnies de volontaires et l'envoi 
du drapeau. Il en vint difficilement à bout. Au mois de 
novembre 1787 nos volontaires étaient encore parfai- 
tement organisés et se permettaient même de parader 
en public. C'est ce qui résulte d'une lettre fort curieuse, 
adressée, le 2'novembre, au conseiller procureur général 
du Brabant par le comte de Trautsmansdorff, ministre 
plénipotentiaire de l'empereur en Belgique. Voici le 
texte de ce document : 



(1) Expressions d'un membre du gouvernement autrichien. Voir 
aux archives du royaume, Conseilprivé, Crimes et délits politiques, 
Carton, 1&12. 



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« Monsieur, 

» Il me revient qu'il existe encore à Tirleinont des 
associations ou corporations dites de volontaires et que 
dans certaines occasions ces volontaires reparaissent 
revêtus d'uniformes et d'autres marques ou attributs 
militaires. Il est parvenu nommément à ma connaissance 
que le 27 du mois dernier , demeurant à Tirlemont et y 
relevant de couche, la comtesse de Glimes se seroit ren- 
due à l'église et qu'elle y auroit été escortée en grande 
cérémonie par un détachement de 50 volontaires ou 
chasseurs en uniforme , les officiers portant Tépée nue 
et les soldats la bayonnette au bout du fusil, qu'on au- 
rait posté des sentinelles à la porte de l'église et que la 
cérémonie finie, cette dame auroit été reconduite par le 
même cortège à sa maison , toujours au son du carillon 
et accompagnée d'une troupe de musiciens. 

» Que le même jour l'après-diner ces mêmes volontai- 
res auroient accompagné le convoi d'un capucin qui 
auroit été prétendument leur aumônier, que les Capu- 
cins precedoient le corps mort en récitant des prières, 
que le char funèbre orné d'une draperie étoit supporté 
par des volontaires, que les officiers de ces derniers 
tenoient l'épée nue et les soldats les armes renversées, 
à la manière des militaires, qu'enfin le tambour et fiffres 
avoient des sourdines et rendoient des sons lugubres. 

» Je ne vous cacherai pas que c'est avec la dernière 
surprise que j'apprens que pareilles choses se pratiquent 
encore, au mépris des ordonnances et des dispositions, 
pour lesquelles vous vous êtes rendu vous-même à Lou- 
vain et à Tirlemont, etc. (1). » 

(1) Archives du royaume, Secrétaireried'étatet de guerre, N*27o4. 



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Le gouvernement eut bien de la peine à se faire obéir 
à Tirlemont. Il ne réussit , parait-il , qu'à la fin de l'an- 
née 1788. Après de nombreuses réclamations, les volon- 
taires se dessaisirent de leur étendard et l'envoyèrent à 
Bruxelles, le 11 décembre de cette année (1). 

Cependant l'Autriche comptait encore de nombreux et 
chauds partisans dans notre ville. Un Jour qu'une troupe 
d'impérialistes se trouvait attablée devant un estaminet 
de la place S. Germain, un coup de fusil parti d'un caba- 
ret voisin, vint frapper l'un d'eux et le blessa mortel- 
lement. L'auteur de ce lâche attentat n'avait pas été 
reconnu. Mais comme les royalistes s'en allaient répétant 
partout que le coupable était Jean Windelincx, celui-ci, 
contre lequel jamais aucune poursuite n'a été intentée 
de ce chef, mais qui craignait ce résultat, parce qu'il 
était compromis pour avoir commandé les volontaires, 
s'expatria volontairement et se retira à Hougaerde, bourg 
de pays de Liège. Il y resta plusieurs mois. 

Le 21 du mois de juillet 1789, Windelincx se hasarda 
de rentrer dans sa ville natale. Dans toute la Belgique 
les esprits étaient en effervescence. L'ancien comman- 
dant des volontaires de Tirlemont crut , qu'à cause de 
cette circonstance, on n'oserait pas agir contre lui. Il se 
trompait : il fut arrêté. Mais cette arrestation impru- 
dente et arbitraire excita une émeute à Tirlemont et al- 
luma le feu de la révolte dans la Belgique tout entière (2). 

Il s'agit donc ici d'un épisode fort important de la 
révolution Brabançonne. Or, puisqu'on n'a encore publié 
sur ce fait que des détails incomplets et inexacts, nous 

(1) Setboeck,f. 473. 

(2) Gérard, Rapédius de Berg, II, 237; Borghet, Lettres sur la 
Révolution Brabançonne, 1, 209. 



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- 23* - 

allons tâcher d'en faire le récit au moyen de plumes 
officielles. 

Voici d'abord, sur l'orageuse journée du 22 juillet, le 
rapport du lieutenant de la maréchaussée, Bayl, qui se 
trouvait à Tirlemont avec six cavaliers de son arme, un 
caporal et dix hommes du 5 e bataillon de ligne, pour 
veiller à la sortie des grains. A la date du 25 juillet 
4 789, il adressa de Louvain à son chef la pièce suivante. 

« i'ai l'honneur de vous faire rapport qu'en suite des 
ordres de son Excellence le Ministre du 50 juin dernier, 
que vous m'avez fait parvenir en son tems, Monsieur, 
pour me faire connoitre qu'elle désir oit que j'apprében- 
disse le nommé Windelincx en cas qu'il eut la témérité de 
se reproduire à Tirlemont ou ailleurs sur le territoire de 
sa Majesté, et qu'aiant appris le 22 du courant à 9 heures 
du matin, que le dit Windelincx était entré la veille en 
ville à 40 1/2 heures du soir, par la porte de Hougaerde, 
avec 3 moines, dans une voiture ouverte, précédée d'un 
avant-coureur à cheval , qui crioit : Place, place, pour 
annoncer sans doute plus ouvertement son entrée, je 
me suis rendu à midi chez le lieutenant-maîeur (4) pour 
lui communiquer la copie de l'ordre de sa dite Excel- 
lence, à quoi il se refusa, en m'objectant qu'il n'y avoit 
point de prise de corps à sa charge, que de plus il croioit 
qu'il avoit sa grâce. Dans cette incerlude je le chargeai 
de s'en informer d'abord et de vouloir bien m'en ins- 
truire; ce qu'il fit. Étant venu, après avoir été chez le 
Bourgmaitre Goelans, me dire à midi et demi qu'il n'avoit 
pu découvrir s'il jouissoit de cette faveur ou non, alors 

(1) Joseph-François Vander Monde, lieutenant-mayeur depuis le 
49 octobre 1783. Le cbef-mayeur Kindermans, parti en congé, se 
trouvait à Liège. 



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— 235 — 

je le requis une seconde fois d'agir en conséquence et 
de me prêter main-forte, ce qu'il refusa de faire, me 
répétant encore qu'il n'étoit point décrété de prise de 
corps et qu'il étoit inutile de faire la moindre démarche 
pour s'en saisir, qu'il étoit parti de la ville et qu'il n'y 
reparaitroit plus avant que ses affaires fussent finies, ce 
dont il me répondoit sur sa parole d'honneur. 

» Qu'à quatre heures après midi le dit Windelincx ' 
passant sur la place devant moi à un pas de distance, 
probablement pour me narguer, je le fis suivre d'abord 
par mes six cavaliers et arrêter dans la rue de Diest, et 
m'étant mis à la tête de dix fantassins du régiment de 
Ligne pour le conduire en prisera, mille à douze cens 
habitants de la ville s'étant assemblés au bruit du toc- 
sin, vinrent pour l'enlever faisant feu sur no-us, nous 
assaillant à coups de pierres, et l'un d'eux aïant donné 
un coup de hache sur le derrière de la cassequette d'un 
de mes commandés , fut tué sur le champ et je fis conti- 
nuer on feu Voulant sur cette populace jusqu'à ce que je 
sois parvenu à la, prison (1), où je fis mettre le dit Win- 
deiinx dans un cachot, que je fis fermer à la clef. 

» Qu'alors m'étant aperçu que le nombre des gens 
armés augmentait de plus en plus, et la situation de cette 
prison ne permettant point que je puisse y laisser une 
garde sans l'exposer à y être massacrée , j'ai cru devoir, 
Monsieur, prendre le parti de faire la retraite par le 
rempart pour parvenir aux logements de mes comman- 
dés (2) où je les fis barricader de manière à s'y maintenir 
jusqu'à ce que j'aurois pu leur procurer du secours que 

(X) Rue de Namur. 

(2) Ils étaient logés au couvent supprimé de Danebroeck, rue des 
Augustins. 



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— 236 — 

je fus obligé d'aller demander, étant parti de Tirlemont 
à cheval jusqu'à Louvain et de là en poste jusqu'à 
Bruxelles pour l'obtenir. De sorte que les six cavaliers 
de votre compagnie, Monsieur, et les dix fantassins de 
ligne furent dégagés le 23 à midi, par soixante hommes 
du régiment de Vierset commandés par un capitaine et 
un lieutenant , qui parvinrent sans coup férir sur la 
place de Tirlemont. Les mutins, et la canaille s'étant 
sauvés dans les petites rues à leur entrée en ville, n'aïant 
tiré de loin qu'un ou deux coups de fusil sur la troupe 
et trois sur moi et sur le cavalier Blairon , lorsque j'ar- 
rivai une demie heure après ce détachement avec des 
ordres de M. le Major de Gontrœur pour le capitaine, qui 
me dit de me replier avec mon détachement et celui de 
Ligne sur Louvain. 

» J'oubiiois de vous faire rapport, Monsieur, que deux 
bourgeoises qui étoient dans une boutique, voïant con- 
duire Windelinx en prison et pleurant son sort, celui-ci 
leur dit : Ne pleurez pas, Mesdemoiselles, si je suis pris, 
je ne suis pas encore pendu ; et qu'étant entré dans le 
cachot, il se mit à crier de toutes ses forces aux passants: 
Mes amis, allez avertir à Hougaerde que je suis ici et qu'on 
vienne bien vite (1). » 

Il est à remarquer que le 22 juillet est le jour de la 
fête de S. Marie Magdelaine. Or, dans une maison de la 
rue aux Vents, occupée alors par M. le baron d'Eynat- 
ten (2) et aujourd'hui par M. le comte de Rottermund- 

(4) Archives du royaume. Conseil privé, Carton N° 46. 

(2) Théodore-Guillaume-Marie baron d'Eynatten de Schoonhove, 
ancien bourgmestre de la ville de Louvain, avait épousé à Tirlemont 
la seconde fille du vicomte de Lardenois de Ville, fait prisonnier en 
1758. Voir Wekelyks nieuws uyt Loven, XIV, 82. 



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- 237 — 

d'Aerschot , à quelques pas de la rue où l'arrestation de 
Windelincx fut accomplie, se trouvait une chapelle cas- 
trale, dédiée à cette sainte. D'après une ancienne cou- 
tume, cet oratoire et les vastes jardins de cette belle 
propriété étaient ouverts au public, le 22 juillet, et visités 
par la ville tout entière. Cette coïncidence ne contribua 
pas peu à réunir, en quelques instants, la foule autour 
des ravisseurs de Windelincx. 

Le commandant Bayle, qui nous rapporte jusqu'aux 
moindres paroles de Windelincx, est très-laconique sur 
les faits et gestes de ses propres hommes. Puis il ignore 
ce qui s'est passé après sa fuite. C'est pourquoi , afin de 
compléter son récit , nous allons laisser suivre le rapport 
adressé, le 24 juillet, par le magistrat de Tirlemont au 
ministre plénipotentiaire, le comte de Trauttsmansdorf. 

« Monseigneur, 

» Le magistrat de la ville de Tirlemont a l'honneur de 
donner part à votre Excellence, que le 22 du courant 
l'officier commandant de la maréchaussée en station en 
cette ville, escorté par le détachement militaire du régi- 
ment de Ligne, a fait arrêter, vers les quatre heures de 
l'après-midi, un certain Jean Windelincx , bourgeois de 
cette ville, et le mener à la prison. 

» Que chemin faisant cette trouppe a lâché quelques 
coups de fusil , dont une balle a atteint un certain Noël 
Bertrain d'Hougarde, dont il est resté roide mort, et 
deux personnes en ont été blessées. Sur quoi est parti 
le dit officier commandant Baile avec un de ses archers. 
Peu après les dits militaires aïant quitté la prison , il 
s'est attrouppé beaucoup de monde, dont la plupart était 
d'Hougarde , qui coururent vers la prison , et après en 



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_ 258 — 

avoir forcé les portes , ils en ont délivré le prisonnier. 

» Les deux Bourgmaitres ont d'abord fait assembler le 
magistrat pour aviser aux moyens les plus propres pour 
prévenir les suites (1), et il a été trouvé bon de faire 
commander toute la garde bourgeoise de cette ville , 
consistant en quatre serments (2) et leurs quartiers 
respectifs. 

» Aïant été fait rapport au magistrat assemblé que ces 
attroupements comireni plusieurs excès en parcourant 
la ville, cassant les vitres et pillant les maisons , il s'est 
transporté en corps vers ces mutins pour tacher de les 
appaiser,mais après s'être exposé en différentes reprises, 
au péril même de leur vie, au milieu de coups de fusils, 
pistolets, bâtons et autres instruments, en vain, ils furent 
obligés de retourner à la maison de ville pour accélérer 
autant que possible l'arrivée de la garde bourgeoise et 
prendre les mesures convenables. 

» Ensuite de quoi pour empêcher qu'on sonnât le toc- 
sin, il s'est fait remettre les clefs des tours par toutes les 
personnes qui en étoient dépositaires, comme margoil- 
liers, sonneurs, deux carilionneurs, orlogeur (sic) et 
gardes de tour. 

» Vers le soir la garde bourgeoise s'est trouvée au 
rendez-vous ordinaire et puis s'est transportée vers les 

(1) Parmi les moyens employés par le magistrat pour terminer les 
troubles, nous signalerons un appel adressé au clergé, tant régulier 
que séculier. Celui-ci fut prié d'intervenir auprès du peuple et i! 
s'acquitta de cette lâche avec beaucoup de dévouement. Le magis- 
trat de Tirlemoni publia en sa faveur une attestation,, que nous 
publions aux Pièces justificatives, N° 24. 

(2) Les arbalétriers, les archers, les fusiiliers et les deux chambres 
de Rhétorique. Ces deux dernières formaient une compagnie sous 
le nom collectif de Jongheid ou Jeunesse. 



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attroupés, mais n'aïant rien pu, ny osé entreprendre, ils 
se sont repliés au lieu d'appel. 

» L'audace des attroupés s'augmentant avec leur 
nombre , qui étoit augmenté considérablement quand 
après avoir forcé la porte de la tour de notre église col- 
légiale et sonné le tocsin, a continué toute la nuit* 

»» Le magistrat resté assemblé toute la nuit, a excité à 
différentes reprises les officiers de la bourgeoisie de 
mettre ordre à ces excès inouïs. Mais ceux-ci leur ont 
toujours représenté que vu-le nombre des mutins, ils se 
eroïoient insuffisants de les assaillir, et même dangereux 
n'étant pas trop assurés de leur monde. 

» Vers le midi les excès commencèrent à diminuer, 
au point qu'on se flattoit que moïennant l'entremise des 
ordres réguliers , que le magistrat avoit emploie à cette 
fin, tout alloit cesser. Mais malheureusement à l'arrivée 
d'un détachement des troupes militaires de Louvain, les 
esprits des mutins se sont échauffés de nouveau , et ont 
enfoncé la porte de la tour, et sonné le tocsin, et les 
militaires en ce moment se sont retirés de la ville. 

» Les attroupés se croïant pour lors maîtres absolus 
se sont portés à des excès plus exorbitants en pillant et 
ravageant des maisons dont la veille ils n'avoient que 
brisé les fenêtres. En ce moment (1) tout paroit calme. 
La garde de bourgeois continue à patrouiller toute la 
ville (2).» 

Les troubles, commencés le 22 juillet dans l'après- 
midi, continuèrent pendant les journées du 25 et 24. 
Àu-delàde trente maisons, dont les propriétaires étaient 

(1) 34 Juillet, sepl heures du soir. 

(2) Conseil privé, loco ci lato. Ce rapport se trouve aussi dans le 
Setbocck, f. 500. 



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— 240 — 

réputés appartenir au parti impérialiste , furent livrées 
au pillage (1). 

La plupart de ces propriétaires étaient des fonction- 
naires de l'état. Le pillage avait commencé dans la de- 
meure du nommé Nys, teinturier, rue de Namur, à côté 
de la prison. Delà la foule s'était transportée au domi- 
cile de Charles Verlat, négociant et fabricant de savon, 
au coin du marché-aux-poissons et de la rue des Lom- 
bards. « Une tourbe féroce vint forcer, piller et saccager 
sa maison, et il ne resta rien -que les murs d'un bâtiment 
neuf, achevé en 4782, et qui lui revenait à 20,000 flo- 
rins (2).» De chez Verlat les pillards coururent à la 
maison du chef-Mayeur Kindermans , au coin des rues 
des Bouchers et de la Chapelle. Tout y fut détruit, ainsi 
que partout ailleurs. 

Afin de donner au lecteur une idée des excès , aux- 
quels se livrait cette populace en fureur, nous allons 
donner une lettre du chevalier Jean-Hubert Persoens 
d'Ordinghen , alors juge du tribunal de tonlieu de Tir- 
lemont, plus tard, en 4791, chef-Mayeur du quartier de 
cette ville. Elle est datée du 24 juillet et adressée aux 
membres du grand conseil de Brabant. 

« 11 seroit audessus de mes forces, Messeigneurs, de 
vous faire un tableau des scènes d'horreur et d'effroi que 
la populace effrénée s'est permise ici, depuis mercredi le 
soir jusqu'à ce jour. Je ne puis que vérifier ce qui s'est 
passé chez moi. 

» La populace , après avoir pillé , ravagé et même 
arraché plusieurs toits des maisons, se rendit mercredi 

(1) « In de dertigh huysen. » Setboeckf. 488. 

(2) Extrait de la déclaration qu'il envoya au gouvernement. Voir 
aux archives du Conseil privé, loco cit. 



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— 241 — 

dans là nuit devant ma demeure, et aïant vainement 
travaillé à s'y introduire , brisa toutes les fenêtres et 
volées qui donnent sur la rue. Ceci ne fut que le prélude. 
Car le lendemain de grand matin et ainsi tout le long du 
jour ils renouvelèrent toute sorte de pillage, non-seule- < 
ment dans les maisons qui furent leurs victimes, mais 
dans celles , que le peu de temps avoit fait échapper à 
leur rage. Ce fut donc dans l'après-dîné, que je vis d'une 
maison de ma famille, où je me suis réfugié, que la ditte 
trouppe effrénée s'avança vers ma demeure et seut s'in- 
troduire par les fenêtres qui furent brisées la veille. 

» Là rien n'y a été ménagé, meubles quelconques 
furent jetés en plein jour par les fenêtres , approvision- 
nements de toute espèce transportés et fracassés, papiers 
quelconques relatifs à la place de juge, tels que lettres, 
dispositions, ordonnances, notes du conseil roïal, ré- 
ponses à icelles servant de minutes, furent enlevés et 
jettes au vent. Deux procès instruits et rapportés n'y 
furent pas épargnés, et leur rage finit par brûler et fra- 
casser en plein jour et plein marché ma voiture, qui fut 
conduite par ces forcenés vers les quatre heures de 
l'après-midi. » 

Le 29 juillet arriva à Tirlemont un bataillon du ré- 
giment de Clerfait et un escadron de chevaulégers, 
afin d'en imposer au peuple et de prévenir de nouveaux 
désordres. Ces soldats commencèrent par désarmer la 
population : tous les habitants, en possession d'armes i 
feu , furent sommés de les remettre entre les mains de 
quelques militaires désignés à cette fin. Puis ils firent 
quelques arrestations. Les babitants arrêtés, tous hommes 
appartenant à la classe du peuple, à l'exception du fils 
du notaire Raeymaekers , furent conduits à la Portede- 

16 



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— 2*2 — 

Hal à Bruxelles , où l'on enfermait alors tous les prison- 
niers arrêtés pour délits politiques. Ils furent élargis au 
mois de novembre 4789 en vertu d'une amnistie accordée 
par l'empereur (1). 

Pourquoi cet acte de condescendance de la part du 
gouvernement? C'est que dans ce moment sa domination 
sur nos provinces était gravement compromise. L'exem- 
ple donné par Tirlemont avait été imité dans plusieurs 
autres villes. Le 24 octobre 1789 avait paru le Manifeste 
du peuple brabançon, qui avait déclaré l'empereur déchu 
de toute souveraineté dans le Brabant ; le même jour, une 
armée de patriotes, accourue en Hollande., avait fait une 
invasion sur le territoire de la patrie, sous la conduite 
du colonel Jean-André Vandermersch. Après avoir battu 
les Autrichiens à Turnhout , Vandermersch s'avança au 
centre du pays; il s'empara de Tirlelnont, le 26 novembre. 

Notre ville avait été occupée par une garnison autri- 
chienne sous le commandement du comte d'Harnoncourt. 
Celui-ci, à l'approche de l'armée des patriotes, s'était 
empressé d'abandonner Tirlemont, en emportant toutes 
les armes à feu, déposées quelques mois plus tôt par les 
bourgeois; c'étaient environ 300 fusils, dont plusieurs 
de prix. Il avait laissé à la place une masse de fusils 
brisés et ne pouvant plus servir (2). 

L'entrée de Vander Meersch dans Tirlemont, où il fut 
reçu avec enthousiasme , donna beaucoup d'inquiétude 
à d'Alton, commandant en chef des forces autrichien- 
nes (3). Par contre les. patriotes brabançons en conçu- 

(1) Archives du royaume, Conseil privé, Crimes et délits politiques 
Carton, N° 1612. 

(2) Setboeck f. 514. 

(3) Spectateur universel, 2« partie, p. 147. 



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- 245 — 

rent de nouvelles espérances. Cependant quelques jours 
plus tard, notre ville se trouvait dans une extrémité 
alarmante. Le général d'Alton et les généraux-majors 
de la Tour et d'Harnoncourt , à la tête de trois colonnes 
de quinze cents hommes chacune, avec plus de vingt 
pièces, tant canons qu'obusiers, s'avançaient sur elle 
par trois points à la fois. Déjà les postes avancés des 
patriotes avaient été attaqués. Ne se croyant pas assez 
fort pour résister, Vandermersch, qui feignait de pren- 
dre toutes les dispositions pour une résistance et faisait 
travailler sans interruption aux remparts, évacua Tirle- 
mont à huit heures du soir, à l'insu de l'ennemi et se 
retira à Léau (1). C'était préserver notre ville d'une 
destruction certaine. 

Cependant le triomphe des Autrichiens fut de courte 
durée. Le 10 décembre, ils durent évacuer Bruxelles, 
où ils avaient été attaqués par les habitants en Cent en- 
droits à la fois. L'évacuation de Louvain se fit le 19. A la 
fin de l'année, tout le pays, à l'exception de la province 
de Luxembourg, était affranchi du joug autrichien. 

La perte de la Belgique fut un couptyiortel pour l'em- 
pereur Joseph II, qui mourut de chagrin le 20 février 
4790. Il eut pour successeur son frère, Léopold II, grand 
duc de Toscane. Ce prince fit de grands efforts pour ra- 
mener les Belges sous l'obéissance. Mais ils échouèrent, 
et la Belgique conserva son indépendance pendant toute 
l'année 1790. 

Cependant les personnes sages prévirent bientôt que 
le nouvel état de choses n'aurait pas de durée. Il ne suf- 
fisait point d'avoir chassé un gouvernement, il fallait 
maintenant le remplacer et pourvoir à l'administration 

(1) Dewez, Histoire générale de la Belgique, VII, 12. 



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— 2U — 

du pays. Pour cela il aurait fallu des hommes d'une 
trempe d'esprit extraordinaire. Or, voilà ce qui faisait 
défaut. Ou avait confié la direction du pays à des hom- 
mes « d'une portée d'esprit au-dessous du médiocre (i). » 
. On comprend dès lors facilement que le pays dût 
être abandonné à lui-même et que chacun fit ce qu'il 
voulait. Voici le spectacle que présenta bientôt la Belgi- 
que. Dans toutes les villes on réorganisa les compagnies 
de volontaires. Ces patriotes ardents, se croyant chargés 
de la garde de leur commune et du pays tout entier, 
sortirent fréquemment de leurs cités, afin de faire la 
chasse à ceux qu'on leur désignait , à tort ou à raison, 
comme dévoués encore au gouvernement déchu. 

Les patriotes de Tirlemont ne se montrèrent pas les 
moins ardents. Us s'étaient empressés de réorganiser le 
régiment de dragons, placé de nouveau sous le comman- 
dement de Windelincx. Les fonctions de commandant 
lui furent confiées par le corps tout entier. Le régiment 
comptait quatre compagnies, commandées ; la première 
par le chevalier de Partz ; la seconde, par Mertens, capi- 
taine,et Van Méditer, lieutenant; la troisième par Bos- 
mans T capitaine, Raeymaekers et Janssens, premiers 
lieutenants, et Van Hagthen, lieutenant; la quatrième 
par J. M. Stevens, capitaine, Henri Marnef, lieutenant 
et Maximilien d'Àubry, lieutenant. J. T. A. Vandevin, le 
chroniqueur, était lieutenant-rapporteur. Ces soldats- 
bourgeois, vêtus d'un pantalon jaune et d'un habit bleu 
avec collet et parement rouges, avaient pour armes deux 
pistolets et un sabre. 

D'après la formule du serment à prêter par tous ceux 
qui entraient dans le corps des volontaires, ils étaient 

(1) De Gerlache, OEuvres compl., I, 357. 



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- afô — 

établis pour conserver Tordre et la tranquillité dans la 
ville et réprimer tous les désordres qui pourraient y écla- 
ter (1). Toutefois ils ne surent pas toujours borner leur 
activité à ces modestes fonctions. Plus d'une fois ils 
faisaient comme les volontaires des autres villes et al- 
laient guerroyer au dehors contre ceux qu'on leur disait 
tramer le retour du gouvernement autrichien. Ils ont 
entrepris des expéditions pareilles, entre autres, aii châ- 
teau de Gossoncourt, habité par la noble famille God- 
friaux, et à une maison de campagne, appelée Gobiery, 
située entre la ville de Jodoigne et la commune de Jo- 
doigne-Souveraine. Cette maison était habitée par M. Ma- 
tbias Vlemincx (2). 

L'attaque contre le château de Gobiery se fit le 4 juil- 
let 1790. Les Tirleinontois s'y étaient rendus au nombre 
de 200 et avec deux pièces de canon, à la demande, parait- 
il, de De Failly, mayeur de Jodoigne. Le siège de la mai- 
son dura *2 heures; le maître s'était barricadé à l'inté- 
rieur et défendu vaillamment avec l'aide d'un ses fils et de 
quelques domestiques. A la fin, le propriétaire ayant été 
blessé gravement, fut forcé de laisser entrer les assié- 
geants. Ceux-ci, après avoir tout dévasté, firent conduire 

(1) Voici la formule de ce serment : 

<c Ik....in myne qualityt van volontaire, gewapent voor de ge- 
meyne ruste dezer stad Tbienen, sweere van getrouw te zyn aen 
d'orders van bet magistraet ende degeoe van myne officieren, ende 
dat soo laog als ilc in net seive corps der volontairen syn sal, ailes 
sal doen uvat in myne macbt is, om te çonserveren de ruste der 
selve stadt, ende om te stillen aile onrusten ende troubels die er 
souden konnen voorvailen. Soo belpt my Godt ende aile syne Heyli- 
gen. » 

(2) Cette habitation appartient aujourd'hui à M. Justinien Pastur, 
notaire à Jodoigne. 



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- 246 - 

à la porte de Hat, à Bruxelles, M. Vleminx, sa femme, 
son fils aîné et sa fille, qui subirent un emprisonnement 
de six semaines (1). 

Ces différentes expéditions avaient été commandées 
par Jean Windelincx. C'est sans doute ce qui lui valut, 
auprès de ses contemporains et dans les écrits de l'épo- 
que, le nom de Général Windelincx. 

Le 12 septembre 4790, les volontaires de la ville et du 
quartier de Tirlemont partirent pour une expédition 
plus digne de la cause qu'ils défendaient. Les Autri- 
chiens, qui s'étaient toujours maintenus dans le Luxem- 
bourg, s'avançant pour reprendre les provinces belges, 
le congrès souverain, auquel les états des provinces 
avaient confié l'administration du pays, décida, le 25 
août 4790, de lever dans tout lé pays des corps de vo- 
lontaires, et de les envoyer à Namur, afin d'arrêter la 
marche de l'ennemi. Louvain et Tirlemont furent dési- 
gnés comme points de réunion pour les volontaires du 
Brabant et de la province de Malines(2). Le 12 septembre, 
Henri Vander Noot arriva dans notre ville, afin de passer 
la revue des volontaires, qui s'y trouvaient réunis au 
nombre de 5,000, prêts à partir. D'après une corres- 
pondance l'arrivée de Vander Noot occasionna parmi les 
patriotes un enthousiasme extraordinaire, qui fut porté 
à son comble par les cérémonies religieuses s'accomplis- 
sant au moment de leur départ. Tous les prêtres, 
tant réguliers que séculiers, se trouvaient réunis à la 
Grand'Place. Ils donnèrent, du haut du perron de l'hôtel* 

(t) Nous devons ces détails à l'obligeance de MM. Dassis, curé de 
Jodoigne-souveraine, et R. Vlemincx, de Folx-les-caves. Ce dernier, 
fils de Mathias Vlemincx, avait 2 ans en 1790. 

(2) Spectateur universeel, 4 e deel, bladz. 155. 



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- 247 - 

de-ville, la bénédiction avec le S. Sacrement aux volon- 
taires armés pour la défense de la patrie, et les accom- 
pagnèrent processionnellement jusqu'à la porte de la 
ville en chantant des hymnes sacrées (1). 

L'expédition de Namur , dirigée par un général étran- 
ger et incapable, fut malheureuse. Avant la fin de l'an- 
née, toute la Belgique était rentrée sous la domination 
autrichienne, pour passer Tannée suivante sous celle de 
la France (2). 

(î) Ibid, bladz. 205. 

(2) Deux brochures ont élé publiées sur les événements, que 
nous venons de raconter. 

La première, imprimée en 1791, sans nom d'auteur, à S. Trond , 
est intitulée : Liste ou Tableau des noms et actions de tous les scé- 
lérats, coupe-jarrets , assassins, chefs de pillards, etc. de la ville de 
Tirlemont. Elle avait pour auteurs les victimes des troubles de Tir- 
lemont, le 22 juillet 1789 et jours suivants. Réunis à S. Trond, où ils 
s'étaient réfugiés, ces bannis, donnant un libre cours à la colère et 
au ressentiment, ont écrit ces quelques pages brûlantes, dans les- 
quelles, à côté de quelques faits vrais, ils ont entassé une foule d e 
mensonges et de calomnies. 

Quelques-unes de ces calomnies furent refutées par le Bourgmestre 
de l'Escaille dans une brochure, imprimée à Louvain, la même 
année, et portant pour titre : Mémoire justificatif pour M. M. F. B. 
De l'Escaille, écuyer, Bourguemaître de la ville de Tirlemont, 
ci-devant administrateur du couvent supprimé du val S. Barbe à 
Tirlemont et du prieuré du val des écoliers à Léau, etc. etc., contre 
un libelle diffammatoire aiant pour titre (suit le titre donné plus 
haut). 

Les auteurs de la première brochure annonçaient à la fin de leur 
œuvre, qu'il paraîtrait bientôt une seconde partie. Il ne paraît pas 
qu'il a été donné suite à ce projet. Il est probable que la protestation 
énergique et motivée du Bourgmestre de l'Escaille leur en. aura ôté 
l'envie. 

Ces deux brochures, devenues des raretés bibliographiques, nous 
ont été communiquées, la première par M. Prospère Keymolen, la 
seconde par M. Van Dormael. 



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— 2*8 — 

Le général français Dumouriez, qui avait remporté la 
grande victoire de Jemmape, le 6 novembre 1792, s'ap- 
procha bientôt de notre ville. Elle était défendue par un 
corps de trois à quatre mille hommes, campés sur 
les hauteurs des environs. Ce corps , renforcé par un 
secours de cinq mille hommes, fut forcé de céder à la 
foudroyante artillerie des Français, qui entrèrent dans 
Tirlemont le 22 novembre au matin (1). 

Dumouriez y établit une forte garnison et un magasin 
à poudre dans le beau local du serment de S. Georges. 
11 en résulta un grand malheur pour notre ville. Ce dépôt 
de poudre sauta, le 10 mars 1793. La secousse fut si forte 
qu'on crut à un tremblement de terre et la destruction 
de la cité. Le couvent des Récollets et toutes les autres 
maisons du voisinage furent considérablement endom- 
magés. Les vitres des fenêtres de l'église de S. Germain 
et d'un grand nombre de maisons particulières étaient 
brisées. « Au de là de 80 personnes, dit le chron. Vande 
Vin, tant soldats que bourgeois, furent tuées ou bles- 
sées (2)» Quelques jours après cette catastrophe, les Fran- 
çais furent battus à la bataille de Neerwinden (18 mars). 
Cette victoire remit l'Autriche en possession des provinces 
belges. Cependant la guerre ayant continué entre l'Au- 
triche et la France, celle-ci s'empara de nouveau de la 
Belgique en 1794. L'année suivante, en vertu d'un décret 
du 51 août, nos provinces furent divisées en neuf dé- 
partements. Le quartier de la chef-Mayerie de Tirlemont 
cessa d'exister. Notre ville devint un chef-lieu de canton 
du département de la Dyle. 

(1) Devrez, VII, 185. 

(2) « Daer syn ter dier oorsaeke verongelukt over de 80 persoo- 
nen, soo soldaeten als borghers. » 



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- m — 

D'autres changements devaient encore avoir lieu. Au 
mois de novembre 1796 tous les couvents de Tirlemont 
furent supprimés et leurs biens vendus. Bientôt les exer- 
cices du culte catholique furent prohibés. L'église de 
Notre-Darae-au-Lac fut convertie en temple de la loi. 
L'image du divin Sauveur disparut de nos S. S. autels 
et fit place à une prétendue Déesse de la Raison. A la 
prédication de l'Evangile succéda l'explication des dé- 
crets de la République. Cet état de choses dura, avec 
plus ou moins de rigueur, jusqu'à la conclusion du con- 
cordat en 1801. 

La fin de la domination française dans nos contrées 
fut marquée à Tirlemont par une émeute assez sérieuse. 
Une troupe considérable de gens du peuple se jeta sur 
l'hôtel-de-ville et en voulut expulser les conseillers mu- 
nicipaux, dont quelques-uns étaient connus pour possé- 
der des biens dits nationaux. Grâce à l'énergie et à la 
popularité du bourgmestre Persoens, la ville fut préser- 
vée de graves désordres (1). 

Afin de prévenir le retour de scènes pareilles, le ma- 
gistrat de Tirlemont fit afficher aux coins des rues une 
proclamation , émanant de l'autorité militaire et en- 
joignant à l'autorité locale de poursuivre, devant les 
tribunaux, tous ceux qui se permettraient d'insulter les 
acquéreurs de domaines. Cette pièce avait d'abord été 
écrite pour la ville de S. Trond; on n'y parle que de 
troubles commis dans cette commune (2). De cette cir- 

(1) Voir une petite brochure publiée en 1819, par M. De Glimcs, 
principal du collège de Tirlemont et intitulé : Sur la mort de Mon- 
Heur Persoens, Maire de la ville de Tirlemont, pag. 12. Voir aussi 
un article nécrologique, inséré dans le Cultivateur, N° du 1 août 1857. 

(2) Nous croyons que cette pièce, dont nous devons la communi- 



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- 250 — 

constance nous croyons pouvoir conclure que ce qui 
s'était passé à Tirlemont, n'était pas un accident local, 
mais l'explosion de sentiments communs à toute la na- 
tion. En protestant contre les acquisitions de biens natio- 
naux, nos populations, lasses du joug de la France, qui 
ne se faisait connaître ici que par ses guerres continuel- 
les et des impôts accablants, croyaient témoigner leur 
aversion pour tout ce qui nous venait de ce pays (i). 

cation à l'obligeance de M. Van Dormael, est encore inédite. C'est 
pourquoi nous la publions ici. 

Armée combinée du nord de l'Allemagne. 

Bureau de l'état-major général» 

a J'ai l'honneur de rendre compte à S. A. R. le prince royal de 
)> Suède du contenu de votre lettre du huit de ce mois, par laquelle 
» vous vous plaignez des désordres qui se sont commis à St. Trond, 
» et notamment de ce que quelques malveillants insultent les acqué- 
» reurs de domaines. S. A. R. m'ordonne de vous communiquer , 
» Messieurs, qu'elle veut que les acquéreurs soient protégés, et que 
» vous fassiez traduire devant la justice et juger par les tribunaux tout 
» individu qui sera coupable envers eux. L'intérêt public exige que 
» les personnes qui ont fait des acquisitions sous la garantie de la 
» foi publique, soient maintenus dans la libre propriété et jouissance 
)> de leurs biens, sans trouble ni empêchement. Les alliés ne se sont 
» point coalisés pour déposséder aucun propriétaire, mais bien pour 
» obtenir une paix juste et basée sur les droits des nations. 

» Quartier-général, Liège, le 10 Mars 1814. 
» Par ordre de S. A. R. 

(signé) » B. SPAIRE, chef del'état-major-général. » 

Plus bas était signé « Guill. PEYRON. » 

(4) On sait qu'un des premiers soins des Républicains français, 
lors de leur seconde invasion en Belgique, en 1794, fut de frapper 
dix-huit villes de nos contrées d'une imposition de plus de 60 mil- 
lions de livres (60,290,875 francs), somme sextuple de celle que pro- 



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— 25i — 

Sous le gouvernement du roi Guillaume P, on avait 
Tintenlion de relier Louvain à Tirlemont au moyen d'un 
canal, et de mettre cette dernière ville en communication 
avec Léau, Diest, etc., en canalisant de nouveau la Ghète. 
L'exécution de ces plans fut empêchée par la révolution 
de 1830. Ces projets de canalisation, voilà la seule chose 
remarquable que présente l'histoire de notre ville pen- 
dant la domination hollandaise. 



Qui ne sait que la ville de Tirlemont a pris une part 
active et glorieuse à la révolution de 1850? « Ses habi- 
tants, écrivit à Gand, en 183 î, un auteur consciencieux, 
se sont beaucoup distingués dans la révolution ac- 
tuelle (1). » Les volontaires Tirlemontois se sont couverts 
de gloire dans leur ville, les 23 et 28 septembre, et à 
l'attaque du pont de Waelhem, le 21 octobre. Afin de 
perpétuer le souvenir de ces trois journées, l'adminis- 

duisaient annuellement les revenus de la Belgique entière (Schayes, 
Messager des sciences et des arts, année 1859, p. 84). La ville de 
Tirlemont fut imposée à 400,000 livres. 

Cette contribution en numéraire fut suivie d'autres impôts en na- 
ture : il fallait livrer tantôt des bêtes à corne , tantôt des chevaux et 
des voilures; un autre jour, on demandait du blé, du foin, delà 
paille , du lait , du fromage , des œufs ; puis venaient des extorsions 
d'objets de literie, de bandages, de compresses, de paquets de 
charpie pour les blessés, etc. Tous les jours on inventait quelque 
vexation nouvelle. 

Cette note, nous l'avons rédigée d'après des documents authenti- 
ques, qui reposent aux archives de l'église du Grand Béguinage à 
Louvain et nous ont été communiqués par M. Schuermans , vicaire. 
Cet établissement dut intervenir pour la somme de 6,300 livres dans 
la contribution de 400,000 imposée à la ville de Tirlemont, parce 
qu'il avait beaucoup de propriétés dans le quartier de cette ville. 

(1) De Smet, Nouvelle géographie, 2 e éd., tom. I, p. 100. 



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tration communale fit frapper une médaille en argent, 
sur laquelle on lit, d'un côté : Union et Force. — Mémo- 
rables journées des 23 et 28 septembre et 21 octobre 1 830; 
de l'autre :Aux braves volontaires Tirlenwntois défenseurs 
de la patrie. 

En faisant, ainsi que nous en avons eu l'intention, le 
récit de ce qui s est passé alors dans notre ville, nous 
pourrions ajouter quelques belles pages à notre livre. 
Mais nous nous aperçûmes bientôt qu'il est difficile d'é- 
crire avec impartialité l'histoire de son temps, surtout 
lorsqu'on a l'intention de lui donner immédiatement la 
publicité de la presse. C'est pourquoi, à l'exemple de 
Divœus et de la plupart des annalistes, nous avons 
renoncé à notre projet et abandonné cette tâche à nos 
successeurs. 

Si les généreux efforts de Tirlemontois ont contribué 
beaucoup à affranchir le pays de la domination étrangère 
et à constituer l'indépendance nationale, oh ! leur ville 
a eu aussi une large part dans les bénéfices , assurés au 
pays par le nouvel état des choses , consolidé et fécondé 
par l'heureux règne de notre bien aimé roi, Léopold I. 

Depuis 1830 la population de Tirlemont a augmenté 
d'année en année. En 1851, elle n'était que de 7,800 
habitants; aujourd'hui, elle approche de 13,000. 

En 1830, elle n'avait que des chaussées sur les villes 
de Louvain, de St-Trond et de Namur. Aujourd'hui elle 
est traversée par le rail-way national; elle est reliée avec 
Huy et Diest par deux nouvelles chaussées ; elle doit 
être reliée avec la ville d'Aerschot par une nouvelle 
route pavée, déjà achevée jusqu'à Winghe-St-Georges. 

Sous le rapport de l'enseignement, Tirlemont s'est 
placé au rang des grandes cités. La ville possède un 



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collège communal, une école primaire supérieure, des 
classes gratuites pour les garçons et les filles, une aca- 
démie de dessin et d'architecture. L'enseignement libre 
y compte un collège-pensionnat, 5 écoles pour garçons, 
4 pour filles, une école dominicale et 2 écoles gar- 
diennes. 

En 1850, notre ville possédait déjà deux de ses plus 
beaux monuments de construction moderne. L'hôpital 
St-Jean et l'hospice des vieillards, ces deux palais élevés 
à l'indigence et pouvant soutenir, sous tous les rapports, 
la comparaison avec les établissements de bienfaisance 
des grandes villes, datent de l'administration de feu 
M. Henri Loyaerts. Sous les trois bourgmestres qui se 
sont succédés, depuis \ 830, MM. Van Dormael, GoOssens 
et Delporte, la construction de plusieurs nouveaux mo- 
numents et l'exécution d'un nombre considérable de 
travaux d'utilité publique n'ont cessé d'embellir la ville 
et, en quelque sorte, de la métamorphoser. 

La construction d'une caserne dont la dépense s'est 
élevée à la somme de 313,020 fr. 45 cent.; la recon- 
struction de la façade de l'hôtel-de-ville, qui a coûté 
51,341 fr. 25 cent. ; l'hospice élevé pour les orphelins. et 
qui a absorbé un capital de 260,000 fr.; le local bâti, 
aux frais de 32,000 fr., pour l'établissement des écoles 
gratuites ; le local St-Georges acquis au prix de 27,582 
fr v 53 cent.; les embellissements de cette ancienne 
propriété des arbalétriers, dont les dépenses sont esti- 
mées à plus de 100,000 fr. ; l'ancien corps de garde 
converti en académie de dessin et d'architecture, ce qui 
a occasionné une dépense de 46,772 fr., 86 cent.; une 
nouvelle prison communale au fond de la cour du même 
bâtiment; un manège, une infirmerie pour chevaux et 



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— m — 

un laboratoire pour vétérinaire, établis derrière les ca- 
sernes ; des travaux importants de restauration et d'em- 
bellissement aux églises de la ville; le forage de 
nombreux puits artésiens ; la construction jamais inter- 
rompue d'égoûts, d'aqueducs, de voûtes sur les petits 
courants d'eau, de murs de soutènement le long de 
laGhète, etc., etc., voilà quelques-uns des nombreux 
travaux par lesquels les différentes administrations 
de Tirlemont n'ont cessé, depuis 1850, de témoigner 
de leur activité et des ressources extraordinaires de la 
cité. 

Les établissements de bienfaisance, qui ont effectué 
quelques-uns des travaux, que nous venons d'énumérer, 
sont extrêmement riches. Les recettes ordinaires et ex- 
traordinaires du bureau de bienfaisance montent, dans 
le budget de 1859, à la somme de 163,894 fr., 72 cent.; 
celles des hospices, pour l'année 1857, atteignent le 
chiffre de il 9,831 fr., 71 cent. 

Dans l'année 1858 les recettes de la ville se sont éle- 
vées à 125,989 fr., 69 cent. De cette somme, 76,649 fr., 
97 cent, avaient été donnés par l'octroi. Une telle somme 
prélevée, en grande partie, sur la consommation d'une 
population de moins de 13,000 âmes, en dit beaucoup 
sur les ressources dont elle dispose. 

Ces richesses, la ville de Tirlemont les doit surtout 
aux établissements industriels, qui s'y sont développés, 
surtout depuis 1850, d'une manière aussi heureuse que 
rapide. 

A l'heure qu'il est, on y compte 25 boulangeries, 9 
brasseries, 5 briqueteries, 5 poteries de terre , 8 forges 
de maréchaux-ferrants, 20 poeliers-serruriers, 11 ate- 
liers de menuisiers, 5 plombiers, 4 manufactures de 



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— 255 — 

tabac, 14 fabriques de laine et de coton, 2 fabriques de 
vinaigre, 4 taillandiers, 15 tanneries, 1 teinturerie, 2 
distilleries de grains mues par des chevaux, 3 distille- 
ries d'alcool mues par une machine à vapeur, 4 moulins 
à blé mus par l'eau, 1 mû par des machines à vapeur, 2 
moulins à huile mis en mouvement par l'eau, 5 mus par 
chevaux; une fabrique dégraisse industrielle, 3 saune- 
nies, 3 savonneries, 2 fabriques de fécule de pommes de 
terre, une fabrique de colle forte , un atelier de sculp- 
ture et d'ornements d'église , 5 établissements typogra- 
phiques, une fonderie de fer, une ganterie de peau, une 
pelleterie, etc., etc. 

Il y a, en outre, 3 fabriques de sucre de betterave, 
qui occupent, en hiver, 450 ouvriers, et, en été, le 
nombre s'en élève au triple. Les trois établissements de 
M. Gilain : filature de laine, chaudronnerie et forge de 
grosses œuvres, emploient 250 ouvriers. 

A ces sources de prospérité pour Tirlemont, il faut 
encore ajouter ses nombreux établissements d'agricul- 
ture et d'élevage de bestiaux ; ses marchés de grains et 
de bestiaux, qui y amènent, deux fois par semaine, un 
nombre considérable d'étrangers ; enfin, ses carrières de 
pierres de grès. 

Chose heureuse ! Le sol des environs de Tirlemont, 
dont la fertilité a permis, avec grand succès, l'établisse- 
ment de sucreries de betterave, renferme dans son sein 
des richesses minérales considérables. Il n'y est point 
de propriété qui ne contienne d'énormes blocs de pierre. 
L'extraction de ce grès hausse, d'année en année, les 
revenus des particuliers et des établissements publics. 
Neuf concessions pour extraction de pierres, accordées 
par le bureau de bienfaisance à trois entrepreneurs de 



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Tirlemont, du 15 septembre 1857 au 16 février 1859, 
avaient déjà fait verser, à cette dernière date, dans la 
caisse de l'administration charitable, la somme de 
4,613 fr., 59 cent. 

L'importance actuelle de Tirlemont n'est pas encore 
assez connue au dehors. Beaucoup de compatriotes con- 
tinuent à regarder notre ville comme une commune 
ruinée et appauvrie. Quel n'est donc pas l'étonnement 
de l'étranger, qui, en la traversant, voit devant lui une 
ville pleine de vie et de prospérité? Ce sentiment, 
M. Eugène Gens, un des savants rédacteurs de la Belgi- 
que monumentale, l'a exprimé, d'une manière éloquente, 
dans ces lignes, que tout Tirlemontois lira avec plaisir : 
« Après tant et de si effroyables désastres, on a lieu de 
s'étonner que Tirlemont ait conservé l'aspect d'une ville, 
et surtout on a droit d'être surpris d'y rencontrer des 
monuments anciens. Cependant, quand du haut du 
remblai du chemin de fer, qui domine la ville, on 
l'embrasse tout entière d'un coup d'oeil, rien n'y rap- 
pelle une ville ruinée. Tout, au contraire, semble 
indiquer la prospérité. Les habitations sont neuves, 
fraîchement peintes, et respirent un air d'aisance. Des 
édifices publics somptueux y ont été récemment élevés, 
et au-dessus de tous dominent encore les tours de deux 
vieilles églises, une tour romane et une tour gothique : 
St-Germain et Notre-Dame-du-Lac. >» 

L'état prospère actuel de Tirlemont fut prédit, dès 
l'an 1837, par un ministre de notre roi. Le 22 septembre 
de cette année, aux fêtes d'inauguration de la section du 
chemin de fer de Louvain à Tirlemont, M. J. B. No- 
thomb, ministre des travaux publics, répondant au dis- 
cours de notre bourgmestre, termina en ces termes: 



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— 257 — 

« La ville de Tirlemont, j'ose le croire, ne sera pas 
trompée dans ses espérances : elle grandira avec la Bel- 
gique indépendante ; elle participera au vaste mouve- 
ment imprimé au pays. » 

Nous dirons à notre tour : Si nous continuons 
à jouir de la paix, Tirlemont grandira encore. Telle 
est la destinée de cette ville ; tel aussi est le résumé 
de ce livre : Tirlemont, pauvre et malheureux en temps 
de guerre, a toujours vu revenir la prospérité avec la 
paix. Chose remarquable! Le sort de notre ville res- 
semble beaucoup à la vie de l'Homme-Dieu, dont l'image 
symbolique est empreinte sur son ancien sceau com- 
munal : elle a beaucoup souffert, mais finalement elle a 
toujours triomphé. Ce résultat consolant, elle l'a tou- 
jours dû aux ressources de son sol, richement doté par 
la divine Providence, et au caractère industrieux de ses 
courageux habitants. 



M 



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PIÈCES JUSTIFICATIVES. 



N° i. 



Charte octroyée à la ville de Tirlemont, le 2£ février 1291, 
par Jean 1, duc de Brabant. 

Joannes, Dei gratia Lotharingie , Iirabantie et Lymburgie dus, 
universis quibus presens se ri plu in videre contigerit, salutem in om- 
nium salvatore. Petierunt dilecti et fidèles opidani nostri de Thenis 
quosdam articulos, quos per communem dictiopidi Thenensis pro- 
fectum et utilitatem inter se ordinaverunt, in dicto opido statuendos, 
ipsis et suis successoribus a nobis et a nostris successoribus concedi 
et indulgeri. Consideratis itaque multimodis obsequiis que nobis et 
nostris predecessoribus dicti opidani et eorum predecessores mul- 
tociens impendunlur, ipsorum precibus annuentes omnes articulos 
in presenti carta subnotatos prefatis opidanis et eorum successori- 
bus concedimus et indulgemus perpetuo a nobis et a nostris succes- 
soribus inviolabiliter observandos. 

lnprimis siquidem concedimus et indulgemus dictis nostris opida- 
nis quod a nunc in antea de omnibus causis et casibus rationabilibus, 
qui usque ad hec tempora ad sententiam scabinorum Thenensium 
stare consueverunt, ipsi opidani communiter secundum sententiam 
scabinorum Tractabuntur. Et si villicus noster Thenensis per duos 
scabinos ad hoc monitus aliter opidanorum Thenensium hoc facere 
récusa verit, hoc nobis dicti opidani nostri suis litteris, si infra 
Brabantiam fuerimus, vel nostro dapifero, si nos extra BrabanUam 
esse contigerit , intimabunt. Quo facto , si ipsa injuria per nos vel 
per dapiferum nostrum aut villicum nostrum non relaxetur, jam 
tune scabini nostri Thenenses nobis nec cuiquam alteri ex parte 
nostra sententiam nec proférant nec dicant, nulla ipsis ab hoc in- 



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cumbente culpa, quousque ipsa injuria per nos vel dapiferum nos- 
trum aut villicum nostrum deponatur aut relaxetur. 

Preterea quitos clamamus dictos nostros opidanos Thenenses de 
septem servitiis in quibus nobis tenentur , utpote si nos nubere con- 
tigerit, aut filios vel fiiias nostras, aut si filios noslros cingulo cin- 
xerimus militari et preterea de omnibus aliis servitiis pecuniariis, 
que infra quindecim annos continuo sequentes nobis aut nostris 
liberis quoquo modo accidere poterunt seu advenire, captivitate 
duntaxat excepta , quam Deus avertat, in qua dicti opidani nostri 
Thenenses nobis sucurrere tenerentur et auxiliari. 

Concedimus etiam iisdem opidanis nostris Thenensibus , ut ipsi 
ad idem servitium, quod promiserant per spatium quindecim anno- 
rum quibusdam Francigenis, necnon et alia quelibet et quecumque 
dicto opido Thenensi necessaria ad eorum melius accipiunt et prout 
eis videbituc expedire. 

Preterea indulgemus eisdem opidanis Thenensibus et volumus 
quod nec villicus nec forestarii nostri Thenenses quemquam opida- 
norum Thenensium . super aliquibus excessibus qui usque ad bec 
tempora ad sententiam scabinorum Thenensium steterant , pannire 
possint, nisi presens ipse opidanus fuerit sententialiter devictus et 
in eumdem emende ratione sui excessus sint sententialiter adju- 
dicate. 

Concedimus etiam dictis nostris opidanis, quod durante termino 
dictorum quindecim annorum, Beghardi et Beghine tam in conventu 
quam extra conventum Theuensem, dommodo in libertate Thenensi 
morentur, de universis mercimoniis que vendiderint cum ipsis assi- 
siam solvant, tamquam et ceteri eorum opidani. 

Volumus etiam et indulgemus eisdem opidanis ut omnes clerici 
uxorati, se minime clericali tegimine tegentes, similiter commemd- 
ratis opidanis Thenensibus talliam et assisiam solvant durante ter- 
mino prenotato. 

Indultum etiam et concessum est a nobis sepe dictis opidanis 
nostris Thenensibus, ut quicumque, durante termino ante dicto, 
libertate Thenensi uti voluerit, utpote in vino et aliis mercimoniis 
ad brocam venditis, sive fuerint persone religiose, aut sacerdotes 
seculares, seu clerici , vel milites aut alii quicumque, cum ipsis opi- 
danis, assisiam solvant. 

Ceterum concedimus sepe dictis opidanis nostris Thenensibus, ut 



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iidem repagula platearum suarum que vulgariter dicuntur ameyden } 
per terminum quindecim annorum habeant et ad eorum melius 
ponant, et ita quod universi tam persone religiose, sacerdotes, secu- 
lares, clerici, et milites, et ceteri alii indifferenter de bonis sais per 
plateas Thenenses vectis jura hameydarum solvant, secundum con- 
suetudinem hactenus in opido Thenensi observatam. 

Volumus etiam ut forestarii Thenenses absque mercede sine sala- 
rie» assisiam in dicto opido situatam vel situandam panniant vel 
inducant. 

Indulgemus insuper et concedimus, ut durante termino ante 
dicto, universi etsinguli in libertate Thenensi commorantes, exclu- 
sis tantumdem sacerdotibus secularibus, clericis modo clericali se 
regentibus, militibus, uxoribus militum et relictis eorumdem, mer- 
ci mon ia sub spe lucri non exercentibus, assisiam solvant, nec etiam 
per preces aliquorum ab assisia debeant aut potuerint liberari ant 
absolvi, nemine etiam habente potestatem» diclam assisiam aliter 
reorittendi. 

Volumus etiam ne quis opidanorum Thenensium bona sua ad 
claustra aut ad alias religiosas personas conferre possit, nec boc 
semper salvo quod ipsa bona sic data ad solutionem ta I lie et assisie 
remaneant, quoad terminum ante dictum, dicto opido Thenensi 
obligata. 

Gonsentimus etiam, concedimus et perpetuo indulgemus ut sca- 
bini Thenenses scriptorem suum ad conditiones et tractatus coram 
ipsis et per ipsos faotos conscribendos, et collectorem redituum dicti 
opidi instituant, et alia officia conférant , prout ab antiquo usque ad 
bec tempora instituere et dare consueverunt. 

Licentiamus etiam perpétue et consensuro nostrum benivolum 
adhibemus, ut universi et singuli opidani Thenenses uncias suas et 
pondéra eorumdem tenere possint ad mercimonia sua libranda, 
prout ab antiquo tenere et librare consueverunt. 

Insuper licentiamus perpétue et concedimus ut scabini Thenen- 
ses singulis annis , terminis debitis et statutis , decanos Guide The- 
nensis et famulos ejusdem instituant , qui dictam Guldam fideliter 
gubernent , secundum tenorem litterarum dicte Guide concessarum 
et secundum consuetudinem hactenus observatam. 

Item licentiamus et indulgemus prefatis opidanis Thenensibus ut 
ipsi et quilibet eorum , cum necessarie fuerint, debitorem suum vel 



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— 261 — 

fidejussorem extraneum , cum ipsum in libertate Thenensi depre- 
hendere poterit, sine culpa manu propria tenere possit, donec 
copiam forestarii vel villici habere possit, nec etiam villicus vel 
ejns vices gerentes alicui debitorum conductum conferre possint 
absque illius cujus debitum fuerit consensu et voluntate. 

Insuper concedimus ut scabini Thenenses quatuor opidanorum 
eligant, per quorum auxilium et consilium assista ipsius opidi po- 
nantur et de rébus ipsius opidi computetur. 

Preterea volumus etassensum nostrum adhibemus ut quicumque, 
utrum extranei vel opidani fuerint, mercimonia sua infra libertatem 
Thenensem deposuerint nec primo die fori , postquam in ipsa liber- 
tate venerint, mercimonia sua vendiderint, immo ultra dictum diem 
fori in ipsa libertate remanserint et postmodum vendiderint, as* 
sisiam solvant, exclusis etiam ecclesiasticis et religiosis personis, 
militibus, uxoribus militum et eorum relictis ac etiam clericis 
modo clericali se regentibus. 

Volumus preterea quod statuta opidi Thenensis sepe dicti per 
scabinos et villicum loci predicti ordinentur , ipso villico nullam 
potestatem habente dicta statuta per dictos scabinos et villicum, 
secundum consuetudinem hactenus observatam ordinata, augendi , 
minuendi , alienandi seu mutandi prêter dictorum scabinorum con~ 
sensum et voluntatem. 

Insuper promittimus ante dictos opidanos Thenenses in quibus- 
dam pratis, vulgariter diclos Vredebruch, jacentibus in territorio de 
Oplintera juxta Doenbergh, quemadmodum lapidibus terminali- 
bus distincta sunt et circumfossa , que quidem dictorum opidano- 
rum Thenensium ab antiquo tempore communia extiterant et adbuc 
sint, firmiter warandizare et eorumdem esse warandia de iisdem. 

Et super hec omnia promittimus sepe dictos nostros opidanos 
Thenenses a nunc ulterius conservare in omni jure et consuetudine 
ac libertate , quas a nobis et a nostris predecessoribus ab antiquo 
usque ad hec tempora produxerint, cartasque a nobis et a nostris 
predecessoribus ipsis opidanis et suis predecessoribus concessas in 
perpetuum ratas et inconvulsas ipsis et suis successoribus observare. 

Et ut hec omnia premissa dictis opidanis nostris et suis successo- 
ribus a nobis et a nostris successoribus firmiter et inviolabiliter ob- 
serventur, in perpetuum presens scriptum iisdem contulimus sigillo 
nostro sigillatum in testimonium et omnium promissorum, rogantes 



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Jobannem, fiJium nostrum primogenitum, ut hec omnia consentiat, 
servet fideliter et conservet. 

Et nos Johannes, predictus, ad requisitionera et reverentiam Karis- 
simi Dominî nostri et patris predicti, hec omnia concedimus , con- 
sentimus et permittimus rata de cetero tenere et inconvulsa ; propter 
quod sigillum nostrum una cum sigillo dilecti Domini Patris nostri 
predicti presentibus apponi fecimus et appendi. 

Ad majoremque evidentiam et securitatera premissorum nos Jo- 
hannes, Dux memoratus, rogamus dilectum fratrem nostrum Gode- 
fridum, Dominum de Arschot et de Vyrzon ; Godefridum , comitem 
Vyannensem, nostrum consanguineum ; Johannem , Dominum de 
Kuuc; Arnoldum, Dominum de Diest; Gerardum, Dominum de Rots- 
iair; Arnoldum, Dominum de Walheem; Arnoldum de Wesemale; 
Egidium Berthout; Gerardum de Wezemaîe; Robertum, Dominum 
deAscha; Henricum, Dominum de Boutershem; Florentium Ber- 
thout ; Henricum, Dominum de Heverle ; Walterum Volkaert et Ar- 
noldum de Wyneghem, milites, necnon et Egidium de Morte, terre 
nostre Brabantie senescalcum, ut sigilla sua una cum sigillo nostro 
et sigillo fîlii nostri memorati, presentibus apponant et appendant. 

Et nos milites supra dicti, omnes et singuli , quemadmodum in hac 
carta sumus conscripti, atque nos, Egidius, senescalcus supra dictus, 
ad preces et requisitionem incliti principes nostri ducis memorati, 
sigilla nostra una cum sigillo suo atque sigillo fîlii sui predicti carte 
apponi fecimus et appendi, ad majorem evidentiam premissorum. 

Datum anno Domini millesimo ducentesimo nonagesimo, in die 
beati Matthie Apostoli (1). 

Et sciendum est , quod omnes persone ecclesiastice mercimonia 
causa lucri non exercentes, etiam quidquid vendiderint, ab omni 
assisia liberantur. 

Datum ut supra. 

Archives du royaume, Chambre des Comptes, 
Registre 633, f. 134. 

(I) Jusque sous le régne de Philippe II, roi d'Espagne, Tannée finissait et com- 
mençait en Brabant à la fête de Pâques. C'est pourquoi cette charte datée de 1290, 
appartient réellement, d'après le style nouveau, à Tannée 1391. 

Dans d'autres provinces Tannée finissait et commençait à d'autres époques. Afin 
d'introduire de l'uniformité dans notre calendrier, par placcard daté du 16 juin 1575, 
Philippe II ordonna de la commencer partout au 1 janvier. 



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N° 2. 

Acte par lequel Jean II céda, en 1297, à la ville de Tirkmont, la 
propriété de certaines terres situées à Grimde, sous la condition 
d'une rente perpétuelle. 

Nos Johannes, Dei gratia Lotharingie, Brabantie et Lymburgie 
Dux , notum facimus universis tain presentibus quam posteris pré- 
sentes litteras visuris vel audituris, quod nos conferimus dilectis et 
fidelibus nostris opidanis Thenensibus universis omnia varisca- 
pia (!)_, quocumque sive qualicumque nomine nuncupata sunt, 
prout jacent seu sita sunt apud Grinida prope Thenis a porta 
quondam mansionis nostre , site apud Grimda, usque ad quemdam 
locum vulgariter dictum scantbruch, super quinque solidis Lova- 
niensibus, hereditarii census, singulis annis nobis et nostris 
successoribus a dictis opidanis nostris Thenensibus et eorum 
in perpetuum successoribus in Nativitate Domioi nomine here- 
ditarii census persolvendis. Et ita quod dicti opidani nostri The- 
nenses suique in perpetuum successores de dictis variscapiis suam 
faciant et facere poterunt utilitatem et profectum. Et ut dicta colla- 
tio dictis opidanis nostris et eorum successoribus a nobis et a nostris 
successoribus in perpetuum rata et firroa observetur , eisdem pré- 
sentes litteras sigilli nostri munimine contulimus roboratas. Datum 
annoDominice Incarnationis millesimo ducentesimo honagesimo sep- 
timo, Dominica post festum B. Nycholai episcopi. 

Original sur parchemin aux archives de la ville 
de Tirlemont. Sceau brisé. Au dos on lit : Fan hct 
brocck gelegen tôt Grimde onder Thienen. 

(i) Variscapium, le mot flamand waterschap latinisé, signifie proprement - 
aqueduc. Mais on le rencontre aussi dans les actes du moyen âge avec le sens 
d'endroits publies servant au commun usage des habitants. Voir Du Cange, Glossa- 
rium , voce Variseapium. Nous croyons que c'est dans ce dernier sens qu'il faut 
prendre ici cette expression. 



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~. 264 — 

N° 3. 

Charte accordée aux habitants de Tirlemont par Jean II, 
le i octobre 1306. 

Wy, Jan, metter gratien Goidts hertoghe van Lotherike, van 
Brabant ende van Lymborch maken condech hen allen die nu siin 
ende namaels wesen selen, die dese carthre sien selen ocbte hoiren 
lesen, dat wy orame die minne ende jonsle, die wy tonsen lieve 
poirteren van onser liever stad van Thienen dragen , ende omme 
den menichfuldegen dienst dien sy ende hore vorderen ons ende 
onsen vorderen, hertogen van Brabant, dicke gedaen hebben met 
vlite ende groten jonsten , dies wy ben groten danck weten ; ende 
sunderlinge omme den dienst dien zy ons nu doen ende doen 
selen, twinticb jaer durende, al tiende een, ende ierst ingaende van 
nu S. Remeis daige over drie jair hier na comende. Ende dair toe 
omme onse voregenoemde stadt ende onse goede liede dair bynnen 
in rasten ende payse te settenen ende te houdenen voirtaen , zoe 
hebben wy gegeven van ons ende van onsen oyre . onser liever stadt 
bier vor genoemt ende onsen oyre, onsêr liever stadt hier voerege- 
noemt ende onsen goeden lieden die nu dair bynnen siin ende na- 
maels selen wesen portren , aile dese pointe die hier na staen 
bescreven, die »zy mit raide ende mit voresenicheiden hebben geset 
ende geordineirt omme gemeynen oirboir van onser stadt hier 
voere genoemt , eeuweleke durende sonder breken oc h te weder- 
seggen vortane in engheenrer manieren. 

Eertswerven scelde wy quyte onse stadt ende onse portre hir vore 
genoemt van allen calaengien ende van aile ockesoene dair wy die 
stadt ochte die poirteren int gemeynen aff ockisoeneren mocbten 
ochte hadden gemoecht , tôt op desen dach heden , van stucken ofte 
van fayten die geschiet siin ofte gevallen bynnen ochte buyten in en- 
niger manieren ; ende geloven dat wy se voir tan e dair aff nemmer- 
meer en selen calengieren. 

Voirt hebben wy hen gegeven ende geven dat men onse poirteren 
van onse stadt van Thienen van allen redeliken saken ende faiten ter 
scepenen vonnisse kere ende scepene vonnisse doe, geleyc dat syt 
van ouden tyden herebracht hebben ende hare cbarten spreken, dien 
opgemaict syn hier voirmaels. 



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— aô5 — 

Voirt hebben wy gegeven ende geven, waire dat ennich ambacht 
misgrepe jegen die stadtochte selte hem dair jegen in conickenissen 
(sic, V. De Klerck I, 741) der stadt, soe wille wy ende gebieden onsen 
meyer van Thienen die nu es ochte namaels sal wesen, dat hy dat 
stappans wederstae ende aflegge. Ende dade hy des niet, zoe wille 
wy, dat dat die stadt selve wederstae ochte die rait van der stadt 
met sire hulpen ende betre. Ende dat mogen sy doen sonder mis- 
grepen jegen ons van wat fayte dat dair géschiede. Want wy geloven 
hen dair af warant te zyne. 

Voirt geloven wy hen ende hebben hen gegeven ende geven dat 
wy onse portre van onser stadt van Thienen noch hare oir en selen 
verbynden noch moghen verbynden bynnen noch buyten mil onzen 
Ietteren noch mit onzen zegelen , noch oie selve letteren yemande 
geven noch zegelen op hen, zy en haddent selve geloift met huren 
monde ofle mit zegelen. 

Voirt hebben wy hen gegeven ende geven, dat aile die pointen 
van coren die goet syn, die de stadt ordineren sal ofte ordineert, 
wanneer ende wie dickte datse die rait vander stat geordineert sal 
hebben, tonser stadt oirbore onse richtre, wie zoe hy is ofte namaels 
sal syn, van onsen thalven gebieden doe ende vastehouden doe op die 
for faite diere op werddën geset. Ende willen dat die rait van onser 
stat van Thienen, wanneer dat hy wilt ende hem orboirlic sal dunc- 
ken, aile dese pointe die hy geset hadde ofte een deel, die rait van 
onser stat hier voren genoemt verwandelen moge ochte afleggen, aise 
dicke'als zy willen ent hen sal orboirlic duncken hogen ende ne- 
deren wie zy willen. Ende dat onse richtere die forfaite panden 
zèle dair zy va lien. 

Voirt soe geven wy onse stadt van Thienen dair zy die portre, die 
zy ontfaen hebben uut anderen hurelanden ochte nute anderen 
heerendorpe, houden mogen ende noch ontfaen mogen aise portre, 
gelyc dat zyt van ouden tide herebracht hebben ende gehouden. 

Voirt zoe geven wy hen dat onse vorstre van onser stadt van Thie- 
nen, die' nu syn ofte die namaels wesen zelen, nemen selen alsulc- 
ken cost van dien gevangenen die zy houden t'horen huys ochte elwair 
in die stadt , aise onse meyer ende onse scepenen die nu syn ofte 
wesen selen taxe ren ende ordineren selen, gelyc dat ment hier 
voirmaels by ouden tyden gestaen heeft ende geplogen. 

Voirt soe geve wy hen ende hebben gegeven dat wy ende onse 
richtre kiesen selen zeven schepenen van jaire te jaire, ende die 



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scepenen selen voirt kiesen vier geswoirue oie van jare te jaire, die 
ter statraide selen comen ende met hen werken gelyc dat zyt hère- 
bracht hebben ende hare chartren spreken. 

Voirt selen die schepenen kiesen jairlike zevene guldekene, ende 
dat dairtoe beboirt ter gulden. Ende dat die guldekenen selen hou- 
den die guide in aile die pointen ende in al dien rechte, gelyc dat 
zyt van ouden tide herebracht bebben ende gehouden. 

Voirt geven wy hen ende hebben gegeven, dat sy dien haveliken 
dienst dien zy on s nu hebben gewillecoert jairlics te doene tôt twin- 
tich jaren nemen mogeu drie ende twintich jaren van nu vorwert 
thoren, aire besten met beden, met assisen ende met weghegelde, 
dat men heit cauchiedegelt, ende desen dienst ons gelden in alsulke 
paimenten aise gemeynlic in borse sal gaen, telken termte datment 
sculdich is te gheldene. Ende wille dat onse richtre ende onse 
vorster welc haerre dat es, die nu siin ochte wesen selen, dien jair- 
liken dienst, dien ons die stad geloifd heeft in selen helpen doen 
met pandene, gelyc dat syt hier voirmaels hebben* gedaen. 

Voirt sal men ons desen jairliken haveliken dienst geloven ochte 
dair wy willen van onsen talven met die vorweerden : wordde eenich 
onser porteren van onser stad van Thienen, by ochte syn goed, 
gevaen ochte gerasteert , hier in binnen , in ockisoenen van onser 
scout, ochte onser letteren , ochte andere ockisoene die van onsen 
talven quame te goeder wairheit , datmen van dier sommen die men 
ons jairlics sculdich is te gevenen ochte te elre van onsen talven, 
twee hondert ponden jairlics af sal cortten dat gevanenisse ochte die 
arrest met af te doene ende te ledeghene, ware dat wy ochte onze 
oir dat gevancenisse ochte die arrest nietaf en daden. 

Voirt hebben wy hen gegeven dat onse lieve poirtren hier voren 
genoemt binnen dien termte, dat dese dienst dueren sal en selen 
doen ende gheenen haveliken dienst noch van rechte noch van gra- 
tien van en ghene saken, vutghenomen gevankenisse van ons selven, 
dat God verbiede, dair zy ons sculdich weren toe te hulpenen ende 
tedienen. 

Voirt hebben wy hen gegheven ende geven, ware dat onse voirge- 
noemde statin fauten quame ende in scoude viele bynnen desen voir- 
genoemden tyden die sy niet vergouden en hadden, dat sy die fauten 
ende die schout nae desen termt alrenaest voirtane nemen moghen 
bynnen huren stat, thoren aire besten, tôt dat zy gebeelic ende al 
vergouden syn. 



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Voirt faebben wy hen gegeven ende geven, dat sy die Taeffle van 
den Heyligen Geest, dat Gasthuys van Thienen ende dat huys van 
den besiecten lieden van Daerenbroeck vermomboren, ende dat men 
werke van al baren stucken bi der statraide der scepenen ende der 
gesworene, ende dat die stat dair toe momboiren kiesen sal ende 
setten, bi der welcker raide men dair aile dinge sal ordineren, ende 
die weten selen wair men tgoed bekeert derre huyse voirgenoemt 
ende rekeningbe horen der aff ende oversitten dair men rekenen 
sal. Want sy der stat loebeboeren, gelyk dat zy hier voirmaels heb- 
ben geplogen ende huren charteren spreken. 

Voirt soe willen wi ende geven dat en gheen onser portre van 
der stat van Thienen en gheen erfelic goet en bringhe noch en geve 
in cloestre noch aen geestelyke lieden binnen desen tyde dat onse 
stad geloift heeft te dienen ende selen gebonden bliven thoren 
dienste den termt dien sy ons hebben geioift te dienen, gelyc dat 
syt voirmaels hebben gehat. 

Voirt hebben wy hen gegeven ende geven dat nieman bynnen 
onsen lande geseten en gheenen porteren van onser stad van Thie- 
nen hier voere genoemt te campe heysschen en mag noch roepen van 
en ghenen faite buyten onsen lande, op dat die porteren voere ons 
ochte voere onsen richteren rechts plegen wilt. Ware oie dat sake dat 
yeman onder ons gesetene ennigen poirteren van onser stad van 
Thienen te camp yessche ochte riepe ochte roepen dade, dengenen 
geloven wy sulk te hebbenen na onse macht dat hy van onser 
poirteren recht nemen moet sonder camp. 

Voirt soe confirmeren wy onser stadt van Thienen aile huere char- 
tren die zy heeft van ons en van onsen vorderen eeuwelic te duerne 
ende te blivenen in huren macht. 

Voirt geloven wy by onser trouwe ende mit onsen eede hebben wy 
ons dairtoe verbonden ende verbynden , dat wy onser stad hiervore 
genoemt en onsen porteren die nu syn ende namaels wesen sullen 
porteren van derselver stad, aile dese pointe ende ele bysondere, die 
hier voeren staen bescreven in desen chartre, houden selen van ons 
en van onsen oire, eeuwelic durende, vast endegestade sonder breken 
ende sonder dairjegen namaels te corn me ne ochte te doene, over- 
mits ons ofte andere van onsen talven. 

Ende hebben onsen segel aen dese charteren ghangen in oir- 
conscape ende kennisse der wairheit van allen desen voirnoemde 
pointeu. 



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Ende ommedat wy willen datmen hen aile dese poentenhoude vast 
endegestade van ods ende van onsen oire,soebiddenwy edelen lie- 
den, onsen lieven magen, vrienden ende mannen die bier na staen 
bescreven, dat zy aile dese pointen mit ons besegelen ende belpen 
houden onser liever stadtende onsen portren voere genoemt, dat es te 
verstane : Henric, grève van Lnsselborch; Janue, grève van Namen; 
Gerarde, grève van Gullic; Àrnoude, grave van Loon ende vaa Cby- 
ney; mynheere Guide van Vlaendren ende Janne, heere van Kuuk. 

Ende wy, Henric, grave van Lusselborch ; Jan, grève van Namen; 
Gerart, grève van Gullic; Arnoude, grève van Loon ende van Chyney; 
Guiden van Vlaendren ende Jan., heere van Kuuk, bebben te bede ons 
liefs heere, ni aegs ende vrients Jans , hertogen van Lothrike, van 
Brabant ende van Lymburch onse zegelen mit zynea zegelen hier aen 
dese charlre gehangen , in oirkonschape ende in kennisse der 
waerheit. 

Dese lettere was gegeven int jaer ons Heere, dat men schreef 
duysent dry hondert ende zesse, in S. Remeysdage. 

Archives du royaume, Chambre des comptes, 
. Registre 633, f. 136 V°. 



N. 4. 

Acte de conv&'sion d'une rente viagère en rente perpétuelle et héré- 
ditaire, conclu, en 1401 , par le magistrat de Tirlemont avec 
Hubert, seigneur de Berthem. 

Universis et singulis présentes litteras visuris vel audiluris scabini, 
jurati totaque communitas opidi Thenensis salutem et rei subscripte 
cognoscere verjtatem. Cum dictum opidum uostrum Thenense tam 
propter maximam ypidimiam, que pro tune invalescebat et diu inva- 
luerat, quam alia gravissima inforlunia, in tôt et tantis debiiis ac 
vitalibus pensionibus quam pluribus personis fuisset et esset obliga- 
tum et debens, quod ipsis personis omnibus hujusmodi débita seu 
vitales pensiones exsolvere nequebamus et propter hec pedem extra 
opidum nostrum Thenense predictum ponere non audebamus quod 
nobis et dicto opido Thenensi nostro in multa et magna dampua, 



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pericula et inconvenienlia redondebat et in posterum permagis et 
invincibilius cedere potuisset, si non congrue vie moderationum 
invecte et contraposite fuissent; babitis mu 1 lis deliberationibus con- 
suluimus super boc illustrissimam ac perpotenlissimam principem et 
Domioam nos tram, Dominant Jobannem, Dei gratia Brabantie ducis- 
sam, tamquam nostrum melius refogium post Deura, acejus nobileet 
venerabile consilium necnon circumspectos et prudentes viros ma- 
gistros coQimunitatis, scabinos, juratos et consules opidorum Lova- 
niensium et Bruxellensium, qui nobis in dictis noslris penuriis 
fraternaliter et bénigne compatientes se una nobiscum ob aliquam 
bonam et rationabilem viam inveniendam nobis et dicto nostro opido 
Thenensi sustiuibilem et nostris pensionariis non valde dampnosam, 
quomodo nostri pensionarii possent contentari, favorabililer ordina- 
veruot. Tandem inter cetera inventum, ordinatum etconclusum erat 
quod nos nomineet ex parte dicti opidi Thenensis cum certis nostris 
pensionaribus Lovaniensibus et Bruxellensibus de eorum pensioni- 
bus vitalibus debemus facere commutationem dantes et daturi ipsis 
personis et eorum heredibus, videlicet pro singulis viginti solidis 
grossorum predictorum vitalis pensionis decem solidos eorum gros* 
sorura annui et hereditarii redditus. Ua quod sic onus nostre solu- 
tionis annuatim debeat alleviari, salyo tum nobis et dicto nostro 
opido Tbenensi in dicte ordinationis tractatu quod quemlibet dena- 
rium hujusmodi hereditatis seu hereditarii redditus possumus et 
poterimus dequitare et redimere quandocumque valebimus et volue- 
ri mus cum et mediantibus octodecim denariis consimilibus. Ad quem 
quidem tracta tu m seu commutationem se pauci dédissent, nisi preces 
et favorabiles labores p redicte nostre ducisse ac ejus nobilis et ve- 
nerabilis consilii, necnon magistrorum communilalum, scabinorum, 
juratorum et consulum dictorum opidorum Lovaniensis et Bruxel- 
lensis intervenissent : bine est quod nos scabini, jurati, totaque 
comunitas opidi Tbenensis predicti notum facimus universis, quod 
nos et quilibet nostrum insolidum pro nobis et nostris heredibus et 
successoribus ut debitores principales, ac nomine et ex parte dicti 
opidi nostri Tbenensis tenemur et efficaciter nos esse obligatos tenore 
presentium recognoscimus dilecto nobis Huberio de Bertheem, filio 
legitimo Walteri de Bertheem, ac ejus heredibus et successoribus in 
decem solidis grossorum Turonensium veterum bonorum et legalium 
annui et hereditarii redditus, videlicet quindecim aureis denariis 
cum dimidie nuncupatis Torren monete Lovaniensis bonis et iegali- 



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— 270 — 

bus pro viginti solidis grossorum turonensium predictorum compu- 
tatis. Quosquidem decem solidos grossornm predictorum annui et 
hereditarii redditus ipse Hubertus de Bertheem ratione tractatus 
prescriple commutationis pro et cum viginti solidis grossorum turo- 
nensium veterum bonorum et legalium annue et vitalis pensionis, 
quos idem Hubertus ad vitam suam supra dictum opidum nostrum 
Thenense habebat, erga nos légitime acquisivit et comparavit dictam 
suam vitalem pensionem pro dicto hereditario redditu commutando, 
de quibus nos tenemus nos ipsos bene contenlos et nobis ad plénum 
esse satisfactum. Quos quidem decem solidos grossorum prescripto- 
rum annatim et hereditarie pro mi si mus et promittimus fideliter et 
bona fide et quilibet nostrum insolidum et pro toto ut debîtores 
principales eidem Hufoerto ac suis beredibus et successoribus aut 
ejus vel eorum certo nuntio latori presentium, vel copiam presentis 
littere deferenti sigitlo autentico alicujus prelati sigillatam, dare, 
persolvere et deliberare eisdem termiuis quibus predictam vitalem 
pensionem sibi solvere consuevimus et solvere tenebamur, videlicet 
mediatim septima die mensis decembris et mediatim septima die 
mensis junii perpetuis temporibusin futurum. Et si nos, quodabsit, 
essemus vel fuissemus in aliquo defectu solutionis dictoruni decem 
solidorum grossorum Turonensium prescriptorum in parte vel in 
toto in aliquo termino superius declarato, ad quem solvere debémus 
denarios superius nominatos dicto Huberto ac ejus heredibus et suc- 
cessoribus seu ejus vel eorum certo nuntio, ut predictum est, volumus 
jam tune et nos ad boc obligamus ac in hoc nostrum consensuel 
pariter et assensum de nostra speciali voluntate adhibemus, quod 
dictus Hubertus vel ejus heredes aut lator presentium seu copiam 
littere presentis sigillo, ut predicitur, autentico habens pênes se sigil- 
latam, sive eques fuerit sive pedes, expendet et expendere poterit ad 
quemlibet terminum in quo fuerimus in defectu solvendi , eiapsa 
Çtiindena post diem monilionis facte, videlicet quaiibet die post 
ipsam quindenam de dictis decem solidis grossorum veterum predic- 
torum quatuor grossos turonenses antiquos monete régis Francie 
bonos et légales supra nos et opidnm nostrum Thenense predictum. 
Quos quidem quatuor grossos turonenses predictos de dictis decem 
solidis grossorum predictorum nos tenemur, debemus et promittimus 
solvere et delibrare prefato Huberto vel ejus heredibus et succès- 
soribus seu ejus vel eorum certo nuncio, pro suis expensis cujuslibet 
diei nostri defectusad suam voluntatem absque aliquaj»iftradictione 



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- 27i - 

una cum debito principali predicto, et si deficerimns vel in defectu 

solvendo essemus de dicta pecunie surama dicto Huberto vel ejus 

heredibus aut ejus seu eorum certo nuntio quoquo modo die vel 

terminis supradtctis, et dictus Hubertus vel ejus beredes aut ejus 

vel eorum certus nuntius a nobis et a nostro opido predicto recede- 

retvel recédèrent sibi non satisfacto terminis supradictis seu aliquo 

eorumdem terminorum , et ipse Hubertus vel ejus beredes propter 

hoc custus et expensas haberet vel baberent seu dampna incurreret 

vel incurrerent in dando vel in promittendo, quibuscumque dominis 

terrenis, ballivis, majoribus, forestariis, scultetis, advocatis seu villi- 

cisaut aliis personi s quibuscumque in placitando in spirituali vel in 

seculari, in quocumque Ioco hoc esset et coram quibuscumque justi- 

ciariis spîritualibus vel secularibus hoc esset vel quocumquo alio 

modo hoc esset, pro dicto suo debito requirendo et assequendo, omnes 

ilios custus, expensas et dampna quos sic haberet et incurreret seu 

haberent et incurrerent, eidem Huberto ac ejus heredibus et succès- 

soribus tenemur, debemus et promittimus sol v ère, reddere et deli- 

berarebona fide et sub nostra fidelilate una cum debito principali 

predicto ad simples verbum seu dictum prefati Huberti vel heredum 

autsuccessorum ejusdem sine aliqua probatione super hoc facienda. 

Proquibus quidem conventionibus , promissionibns su péri us con- 

scriptis, prefato Huberto ac suis heredibus et successoribus, a nobis 

nostrisque heredibus et successoribus bene et fi déliter tenendis, 

perficiendis et adi ni pi en dis, nos nosipsos obligamus et bona nostra 

universa pouendo nos in jure, lege necnon et in indicto ac nostros 

beredes et successores qui nunc sunt et qui pro tempore erunt, ad- 

versus omnes et singulos judices et justitiarios tam ecclesiasticos 

quam seculares quacumque aucthorilate fungentes, nos omnes et 

quemlibet nostrum insolidum et pro toto ac omnia bona nostra, 

mobilia et immobilia, presentia et futura et ad majorent securitatem 

omnium premissorum renuntiamus in premissis, et promissis et 

promissorum quolibet per présentes pro nobis et nostris heredibus 

ac successoribus, exceptionibus fori, doii, mali, fraudis, deceptionis, 

circumventionis, condilionis sive transactions in factum, non nobis 

numerate, non soluté, non tradite pecunie et adhuc quod dicere non 

possumus, quin antedictus Wilhelmus predictos vigiuli solides gros- 

sorum Turonensium veterum bonorum et legalium annue et vitalis 

pensionis ad et supra opidum nostrum Thenense predietum hàbuit et 

erga nos légitime acquisivit et compara vit cum suis propriis denariis 



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— 272 — 

nullâ interveniente usnra vel aliquo alioillicilo contracta, et qain 
denarii emptionis et acquisilionis dictorum viginti solidorum gros- 
sorum Turonensium veterum vitalis pensionis pro quibus ipse Wil- 
helmus et ejus heredes predictos decem solidos grossornm predicto- 
rum annui et heredîtarii redditos ratione pretacte commutationis 
singolis annis in perpetuum, ut prefertur, supra dictum opidum 
nostrum Thenense habebit et habebunt, sunt nobis bene et légitime 
presoluti ac in communi utilitate dicti opidi Thenensis totaliter 
exposili et conversi omnique jaris consilio et auxilio tam canonici 
quam civilis et omnibus aliis exceptionibus que de jure vel de facto 
contra promissa vel eorum aliqua possent objici, proponi vel allegari 
seu que nobis et nostris contra dictam solutionem possent prodesse 
et dicto Huberto vel ejus heredibus aut successoribus in aliquo 
obesse, et specialiter legi dicenti Generalem renuntiationem non 
veUere de jure, necnon et exceptioni Ultra médium justi pretii re- 
nuntiamus expresse. Quas quidem conveniiones omnes et singulas 
superius conscriptas integraliter proraittimus bona fide et sub nostra 
fidelilate, quas debemus dilecto Domino nostro, illustri principi 
Domino nostro duci Brabantie similiter tenere et observare, nullo 
modo contra veniendo in futurum nec pro compulsione vel inhibi- 
tiooe Domini terne, nec pro aliqua alia occasione vel causa que ac- 
cidere posset nobis et dicto opido nostro Tbenensi nos dimittemns 
quin persolvemus istud debitum superius expressum sub modo, 
forma, conditione, tenore et conventionibus superius conscriptis. 
Rogamus insuper omnes et singulos Dominos terrenos, ballivos et 
alios justitiarios ac volentes et nos ad hoc obligantes in quocumque 
loco fuerimus inventi seu bona nostra fuerint inventa, si nos essemus 
in aliquo defectu in parte vel in toto de conventionibus in presen- 
tibus litteris contenus, quod ipsinos compellant per corpora et bona 
nostra et per saisisionem corporum et bonorum nostrorum arrestatio- 
nem premissas conventiones omnes et singulas flrmiter et inviolabi- 
liter observare, perficere et adimplere. Et ita si aliquo tempore in 
futurum presentem chartam deleri contigerit aut igné, aqua, furto 
vel incendio deperire vel aliquo alio modo annullari, promittimns 
eidem Huberto vel ejus heredibus lune aliam chartam huic charte 
similem de verbo ad verbum tradere et deliberare sigillatam infra 
mensem post suam requisitionem omni maia actione cessante in 
premissis, promittentes amplius dicto Huberto et ejus heredibus ac 
successoribus, nomine et ex parte dicti opidi nostri Thenensis, de 



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— 273 — 

premissis semper satisfacere, si per p rehabita in aliquo minus suffl- 
cienter eidem vel eisdem extiterit satisfactum. Et ut prémisse con- 
ventiones omnes et singule firmiter et inviolabiliter observentur acin 
perpetuum firme et stabiles per m a néant secundum formam superius 
expressam, ullo modo contraveniendo, presentibus litteris sigillum 
opidi nostri Thenensis predicti duximus apponendum in testimo- 
nium omnium premissorum. Rogamus insuper affectuose dilectam 
Dominant nos tram, Dominam Ducissam Brabantie, quatenus ad et ob 
majore m securitatem omnium premissorum, premissa omnia et 
singulo sua auctoritate laudare, approbare et confirmare dignetur 
et velit, et si opus fuerit nos corn pel 1ère et compelli facere ad con- 
pignam satisfactionem et perfectam observanliam omnium premisso- 
rum, et in hujus testimonium sigillum suum una cum sigillo dicti 
opidi Thenensis his litteris presentibus apponere seu apponi facere. 
Et nos, Johanna Dei gracia Luxemburgii, Lothringie, Brabantie, et 
Lymburgii ducissa, ad humiles preces et diligentes requisitiones 
nostrorum dilectorum, videlicet dictorum scabinorum, juratorum et 
communitatis opidi nostri Thenensis ante dicti, premissa omnia et 
singula laudamus, approbamus auctoritate nostra et confirmamus 
promi lient es ipsos et eorum quemlibet, si et prout opus fuerit, corn- 
pellere et compelli facere ad satisfactionem et perfectum comple- 
mentum omnium et singulorum premissorum. Et in hujus rei testi- 
monium et fidem pleniorem sigillum nostrum his litteris presentibus, 
una cum sigillo predicti nostri opidi Thenensis, duximus apponen- 
dum. Datum anno a Nativitate Domini millesimo quadringentesimo 
primo, mensis Novembris die quinta. 

Plusieurs originaux sur parchemin aux archives 
' de la ville de Tirlemont et à celles des Sœurs Gri- 

ses. Le sceau en cire jaune de la Duchesse et celui 
de la ville en cire verte , sont , le plus souvent, en- 
core en bon état. C'est d'après une de ces emprein- 
tes que nous donnons sur notre Carte l'ancien 
sceau et contre-sceau de notre ville. 



— cso 



18 



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— 27* - 

N° 5. 

Contre-lettres par lesquelles le magistrat de Tirlemont reconnaît, 
le 12 mai 1430, dewir à perpétuité, un cens annuel à Philippe-le- 
Bon et à ses successeurs dans le Brabant, parce que le Duc avait 
cédé, le 4 mai 1450, à la ville de Tirlemont trois garennes, si- 
tuées? dans les environs, ainsi que les terres adjacentes. — Lettres 
de Philippe-le-Bon à ce sujet. 

Allen den ghenen die desen letteren sel en zien oft hoeren lesen, 
borgermeesteren , scépenen , rentmeester ende raide ende aile die 
poîrteren ende ingesetenen der stat Thienen gemeynlic, saluyt ende 
aile vruntscap. Àlso als na dien dat die hogeboeren doirluchtige 
vorst, onse lieve genedege hère hertoge Philips , hertoge van Bour- 
gognien, van Lolhryck, van Brabant ende van Lymborgh , etc., toi 
onser sunderlinger beden ende begeerten mids synen openen besel- 
gen (sic) brieven, gegeven in zynre s lad van Bruessel, vier dage in 
meerte in jairons heren IUI c XL(Xlestleden, te nyente gedaen hadde 
syne waranden van drien tommen omtrent zynre stadt van Thienen, 
dàir af die eene gelegen is voere die Hackendoverpoirte der sel ver stat, 
die ander by Uackendover, ende die derde by Hespen, op zekere erf- 
chéinse die die ghene omtrint den voirscreven tommen geguedt 
zynre genaden ofsinen rentmeester tôt sinen behouff jairlicx erflic 
dair voere geven souden, die selve onse genedige hère die piaetsen 
vanden voirscreven drien tommen ende waranden heeft gedaen ge- 
bieden ter kerken om erflic ten hoeghsten ten verpachten. Ende na 
die selve piaetsen ennigen goeden luden also den ghenen die meest 
dair om geboden hadden waeren gebleven op zekeren erfpachte den 
selven onsen genedige hère dair voere jairlicx te geven ende tebe- 
talenen. Ende die voirscreven goede Inde ende pachters mids zekere 
redenen hen dair toe dienende die voirscreven huere pachtingen 
begeert hadden ons over te gevenen om den selven pacht ende in 
aile der mate zy dien gedaen hadden. Ende onsen voirscreven gene- 
dige hère oitmoedelic gebeden die selve resignacie te vrillen belie- 
ven ende ons die gonnen die resignacie wiliich ende liberalic belieft. 
Na begripp van synre genaden openen besegelden brieven dair op 
gemaict, vanden welcken die teneur hier na van woorde te woorde 
volght ende is aldus : <c Philips, byder gracien Gods hertoge van 



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— 275 — 

» Bourgognien, van Lymborgh, grève van Ylaenderen , van Artois, 
» van Bourgognien, palalyn van Henegauw, van Hollant, van Zee- 
j) tend ende van Namen , mercgreve des heiiiclis rycx , hère van 
» Vriesiant, van Salins ende van Mechelen , allen den guenen die 
» desen brief selen zien oft hoiren lesen, saluit. Alsoe ais wy ter 
» beden ende sunderlinger begeerten van onsen wailgeminden bor- 
» germeesteren , scepenen ende rai de onser stat van Thienen mids 
» anderen onsen openen besegelden brîeven ende overmidts seke- 
» ren erflicken chynse die wy dair voere selen heffente nyente 
» gedaen hebben onse waranden van onsen drien lommen omtrint 
» der selver onser stat gelegen met allen ende iegewelke hueren 
» toebehoirten , dair af die eene gelegen is voere die backendover- 
» poirte onser voirscreve sladt , die ander by Hackendover, ende 

> die derde by Hespen ; behoudelie ons den voirscreven onsen tom- 
» men ende den plaetsen endeerven totten voirscreven waranden 

> toe behoorende, om die anderssins te gebruicken, uut le geven off 
» tedoen ende laten bedriven ende wynnenalso ons dat oirbelic 
» soude duncken. Soe doen wy te wetene dat by raide ende avise 
» van onsen lieven getrnwen raiden ende commissarissen van ajlen 
» onsen fînaneien ende die lude van onsen reken camerente Brues- 
» sel,na dien dat van onsen wegen die voirscreven drie tommen 
». mitten plaetsen ende erven dair toe behoirende mitten boute dair 
» op staeude ende des dair meer aen cleeffe, gelyc, ons die toebe- 
» boire ende wy die gehouden hebben. Ende mit ter voirscreven 
» ierster tommen voir die Hackendover poirte een cleyn streetken 
» ingane ende beginsel nemende ter zyden van Hackendover* uuter 
». rechfcer Heerstraten ende alsoe streckende vastaen derveQttin 
» reders, dat gelegen is.tusscben tselve streetken ende die vokscre- 
» ven tommen , ende viort oie deynde vanden voirscreven streetken 
» alsoet hem streect vast achter des voirscreven Otten reders erve 
» lancxhenen die voirscreven tommen ende den landen Wouters 
» van Bnekem; behoudelic den aertgaten . int. tselve sUreetkea.co- 
» meude , om den goeden lieden dierre te gebruyckeaip<gewoanli- 
» ken tiden, mit zekeren Keregeboden dair op navolgende den 
» costusoen van geliken onderhouden ende zekere ordinancien dair 
» op gemaict geboden zyn geweest ende gekundich verpaeht ende 
» uutgegeven te- werden teaekeren dagen dair toe gesedt. Ende na 
» <iyen dat die yerste voirscreve tomme voir die Hackendoverpoirte 
» mitten toebehoirten voirscreven, mitter voirscreven kerssen, geble - 



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- 276 — 

)> ven was Vrancken van Halle, Vrancx sone, als die gbenedie meesl 
» dair omme hadde geboden voere die somme van zesthien balster 
» tarwen, der maten onser stat van Thienen goets pachts in tween 
» penningen naist den besten , ons oft onsen rentmeester van Thie- 
» nen in onsen name jairlicx erffelicx inder selver onser stat van 
)) Thienen te leveren, altoes te St-Andriesmisse des heiligen apostels 
» vallende , ende te Eersmisse betaiit te syne. 

» Item die andere voirscreve tomme by Hackendover mit hueren 
» toebehoirten Willeme Coele, aise dën ghenen die om die zelve 
» tomme meest geboden badde voir die somme van thien halster 
» tarwen, maten ende pachts voirscreven , vallende te leveren ende 
» te betalenen ten voirscreven terminen. 

» Item ende die derde voirscreve tomme mit hueren toebehoirten 
» by Hespen gelegen , oie den voirscreven Willemen Coele, aise den 
» ghenen die dair meest om hadde geboden, voir die somme van 
» negen balster tarwen der voirscreven maten ende pachts, ende 
» oie vallende te leveren ende te betalene jairlicx ten terminen 
» voirscreven. Ende na dien dat die voirscreven Vrancke van Halle 
» ende Willem Goele, mitds zekere redenen hen dair toe beruerende, 
» die voirscreven pachtinge alsoe zy die in maten voirscreven had- 
» den genomen ende gedaen, begeert hadden over te gevene onse 
» voirscreve stat van Thienen ende ons gebeden dat wy dat believen 
» wouden ende der selver onser stat die voirscreven tommen mit 
)> hoeren toebehoirten gonnen gelyck ende in der selver maten hen 
» die waeren gebleven ; wy totter voirscreven beden geneycht die 
» voirscreve resignatie ende overgonnige believende voir ons, onse 
» hoire ende erfgenamen uutgegeven hebben ende verpacht den 
» burgermeesteren, scepenenende onser voirscrever stat van Thie- 
» nen , totter selver onser stadt bebouff uutgeven ende verpachten 
» mit desen onsen brieve die voirscreven drie tommen mitten honte 
» dair op staende ende allen huere anderen toebehoirten, voere 
» gespeciGceert, om die van nu voirtaen tôt ewigen dagen te houden, 
» te hebben, te wynnen ende te gebrtiyken , also hen dat oirbelic sal 
» duncken, sonder nochtan dair op ennige conynen te moegen 
» houden of waranden dair af te maken, om den pacht van zesthien 
» halster tarwen voere die voirscreven tomme , voere die Hackendo- 
» verpoirte , van thien halster tarwen voir die voirscreve tweeste 
» tomme by Hackendover, ende om neghen halster tarwen voir die 
» voirscreve derde tomme by Hespen ; aile der maten van Thienen 



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— 277 - 

» intween penningen naist den besten, ende aldair ons off onsen 

» rentmeester van Thienen, inder tyt zynde, jairlicx t'onsen behouff 

» te leveren altoes tS te Andriesmisse des heilegen apostels vallende 

» ende te Kersmisse bétail t. te syne , in desen versien dal onse voir- 

d screve stadt van Thienen om ons den pacht jairlicx erfflicx inder 

» maten voirscreven waii ende dueghdelic le belalen, sculdich zal 

» syn te gevene in handen van onsen lieven ende getruwen den 

» laden vander cameren van onsen rekeningen voirsceven huere 

» conterbrieve hier op inhebbende desen onsen brief van woorde te 

» woorde in behoirliker vormen gemaict ende besegelt, dair inné zy 

» ende den licbame onser voirscrever stadt geloeven seien ons oft 

» onsen voirscreven rentmeester tonsen behouff jairlicx erfflicx den 

» voirscreven pacht , in maten voirscreven , te betalene. Ende dair 

» voere verbinden aile der selver onser stadt ende bueren poirtere 

» ende ingesetene goede tegewoirdige ende toecomende, ende ver- 

» thyen op aile vryheyden die hen dair tegen dienen soude moigen, 

» om die selve conterbrieve by hen in weerden mit onsen anderen 

» charteren ende privillegien van Brabant geleeght ende onsen 

» rentmeester van Thienen die copie dair aff overgesonden te werd- 

» den, om by hem die groette vanden pachte die hy jairlicx in 

» onsen name vander voirscreven onser stadt voere die voirscreven 

» drie tommen heffen sal ende die termine dair op die seien vallen 

» in onsen cheinsboeke van Thienen te behoirliken plaetsen gesedt 

» gehaven te werdden , dwelik wy den selven onsen luden vander 

» voirscreven cameren onsen rekenningen alsoe bevelen te doene, 

» ontbieden hyrom ende bevelen onsen rentmeester van Brabant, 

» onsen rentmeester van Thienen ende allen anderen onsen ambach- 

» teren , officiers ende dieneren ons landts van Brabant , nu zynde 

» ende namaels wesende, ende allen anderen dien dat aengaen 

» mach , dat zy der selver onser stadt der tommen ende erven hen 

» by ons in manieren voirscreven uutgegeven ende verpacht ruste- 

» lie ende vredelic doen ende laten gebruyeken, sonder enichsans 

» dair teg'en te doen by hen selven oft yemant anders. Ontbieden 

» voirt ende bevelen onsen rentmeester van Thienen, dat hem in 

» maten voirscreven overhebbende van onsen voirscreven luden van 

» onsen cameren van onse rekeningen die voirscreve copie vanden 

» voirscreve conterbrieve, hy die groette vanden voirscreven pachte 

» ende die termine dair op den selven pacht jairlicx sal vallen te 

» leveren ende te betalene in onsen voirscreven cheinsboeke sette 



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— 278 — 

» ende inscribere int capittel dair dat sal behoiren , ende dat de 
» selve onse rentmeester, nu zynde ende namaels wesende, van nu 
» voirtaen tôt ewigen dagen den voirscreven pacht vander voirscre- 
» yer onser stadt opbuere ende ontfangt ten tide ende termine voir- 
» screven ende dair af jairlicx rekeninge ende bewys doe, voere onse 
» lude voirscreven vander cameren van onsen voirscreven rekenin- 
» gen, dien wy bevelen die selve rekeningen van hen dair afte 
)> ontfangen ende te lyden, des torconden bebben wy onsen segel 
» aen desen brief dôen bangen. Gegeven in onsen stad van Bruessel, 
5> sonder andér proffjrt vanden voirscreven tommen ende erven.' dae 
» toebehoirende gerekent te werdden sonder letsel oft wederseggen, 
)> want wyt alsoe gedaen willen bebben , niet tegenstaende ennigen 
)> ordinancien , statuten , geboden, verboden oft'restrietiea ter con- 
» trarien wesende ; des torconde bebben wy onsen segel aen desen 
» brief doen bangen. Gegeven in onsen stadt van Bruessel opien, 
» vierden dach der maent van Meye int jair ons beren dusent II II e 
».endevyftich. Aldus geteykent by mynen hère den hertogedair 
» ghy, Henrick maynns, hère Aernt van Pede, ridder, Jan Hinckartt 
» Simon van Herbens, meesteren Glaes Gloeppere ende Jan die 
» groote by waert. J. Stoep. » Soe doen wy te wetene bekennende 
voere ons, onse erven ende nacomelinge dat onsen voirscreven geue~ 
dege bere tôt onsen oetmoedeger beden ende begbeerten die voir- 
screve resignacie vander pachtingen vanden plaetsen der voirscreven 
drie tommen belieft beeft opten pachten in sinen brieven boven 
geinsereert begrepen. Ende geloven voir ons, onse erven ende naco- 
melingen voirscreven den selven pacbt, te wetene zestbien halstere 
tarwen voir die voirscreven plaetsen vanden tommen voere die 
Hackendover poirte, tbien halstere tarwen voir die voirscreve plaetse 
vanden tommen by Hackendover^ ende van negben halsteren tarwen 
voir die voirscreve plaetse vanden tommen by Hespen gelegen, aile 
der ma ten van Tbienen, ende aldair te leveren jairlicx te S te An- 
driesmisse des heiligen apostels vallende ende te Kersmisse betailt 
lezyne, gelyckdie voirscreve brieve hier boven geincorporeert, dat 
inhouden, den selven onsen genedegen hère, sinen erven ende naco- 
melingen oft sinen ende der seiver zynre erven rentmeester inder 
tyt van jaere duegdelic ende wail ten voirscreven terminen te leve- 
ren ende te betalenen , verbindende dair voere die voirscreve stadt 
van Tbienen, ons selven ende aile onse ende onsen voirsereven erven 
ende nacomelingen goede tegewoirdige ende toecomende vertyende 



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- 279 — 

op aile vryheiden ende excepcien die wy hebben of namaels vercri. 
gen souden moegen ende die ons hier tegen eoichsins te baten soude 
moegen comen ende besunder den rechter uutgevende generaille 
vertyenesse van egheepre weerden te wisen aile argelist iii desen 
uutgeschieden. Ende des torconden hebben wy voere ons, onse 
erven ende nacomelingen voirscreven der voirscreven stadt segel ten 
saken, in absencie ende by gebreke vander selver stad groeten zegele, 
jewoirdelic aise gebrpken ende gecasseert, gesloten aen desen lette- 
ren doen hangen. 

Gegeven opten XIl en dach der maent van Mçye int jair ons heren 
dusent vierhondert ende vyftich. 

Archives du royaume, Chambre de» comptes, 
No 133, f. 84. 



N. 6. 

Charte octroyée par Philippe-le-Bon en faveur des tanneurs de 
Tirlemont, le 18 octobre 1439. 

Philips, etc. Allen den ghenen die desen brief sullen sien oft boren 
lesen, saluit. Want die goedeluden van denvetterambachte in onser 
stat van Thienen, die van ons houden ende van ouden tyden genou- 

den hebben, op eene erfrente van twee ende dertich, ende twee 

ende derlich ponden was ons jairlicx in handen ons rentmeesters 
van Thienen in der tyt te betalenen, eenen onsen Schoerssemoelen, 
inder voirscrever onser stat van Thienen gelegen, die een banmoelen 
is, ende vore sulck over vêle jaeren geleden verclairt ende mit von- 
nisse gewesen ende gedecerneert, zoo wy weten, ende wail te binnen 
syn ons jegenwoirdelic gethuent hebben, dat tegenstaende der 
groetheit vander voirscreven erfrenten ende der costen ende lasten, 
om den voirscreven moelen te houdenen van reparacien ende andere 
behouften, ende dat vêle van den voirscreven vetteren, die in onser 
voirscreven stat plagen te woenen, vertroicken syn van dair inden 
dorpen dair omtrent, om also vander contribucien inder selver 
erfrenten ende costen ende lasten vanden voirscreven moelen ton- 
derhouden ongclast te bliven. Doende niet te min die vetteren 
also buyten onser voirscrever stat vertrocken ende wonende, ten 



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— 280 - 

selven plaetsen dair sy also vertrocken syn niet alleene dambacht 
vanden voirscreven vetteren, mair oie mede van schoen te maken; 
en de die sulke van hen die selve ambachten van vetten ende schoen 
te maken te samen, dat in anderen onsen goeden steden van Brabant 
verboden is, ende niet geschien en niach, mids den gebreken ende 
bedroege die dair inné bevonden syn ende gevallen die selve schoen 
ende leder ten afnemen vander neringen der voirscreven vetters, 
die inder voirscrever stat van Thienen syn gebleven ende woenen, 
huere schorssen op onse voirscreven moelenen malen, ende inder 
voirscreven onsen erfrenten ende reparacien ende behouften der 
sel ver moelen contribueren, veroirborende, vercopende ende ver- 
thierende, beide aen die ingesetenen onser stat ende vriheit van 
Thienen ende oie andere, sonder huere voirscreven schorssen op 
onse voirscreven moelen te malenen, oft inder betalingen der voir- 
screven onsen erfrenten, ende lasten ende costen vander reparacien 
ende onderhouden der voirscreven moelen, mit hen te contribueren 
also wail behoeren soude zy vetteren in onser voirscrever stat van 
Thiennen, die op hen selven die macht niet en hebben gehadt op 
huere neringen die voirscreven moelen te onderhoudenen van synen 
behoeften, ende ons onse voirscreven erfrente te betalen, den selven 
onsen moelen hebben moeten laten vervallen, sonder dat sy yet kon- 
nen bedincken, dien moelen by ben te konnen werden opgericht 
ende gerepareert ende ons onse voirscreven erfrente betaelt. Het en 
were dat wy hen op de voirscreven, die also uuter voirscreven onser 
stat vertrocken syn, ende dat voirscreven ambacht van vetten om- 
trint der selver onser stat doen, ende anders, van redeliken rechten 
ende provisien dair toe ende om ons also onse voirscreven erfrente 
te moigen werden bétail t, ende die voirscreven moelen opgericht, 
gereparreert ende onderhouden, dienende guetlic wouden versien 
dair om die selve vetters ons oitmoedelic hebben doen bidden. So 
doen wy te wetenen dat wy, na goeden rypen raid hier op gehadt, 
overmids onsen raide ende onsen lieven ende getrouwe den luden 
vander cameren onsen rekeningen, hebben den voirscreven vetteren 
in onser voirscrever stat van Thienen gegeven ende verleent, geven 
ende verlenen mids desen die pointen hier na bescreven : Te wete- 
nen inden iersten, dat een jegelyc vettere, geseten binnen onser 
voirscrever stat ende vriheyt van Thienen, ende binnen eenre mile 
ommegaens der selver onser stat, van nu voirtaen malen sal, ende 
schuldich selen syn te malen syne schorsse opten voirscreven onsen 



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— 281 — 

moelen, die die voirscreven vetters van Thienen in maten voirscre- 
ven houden, ende aldair trecht vander selver moelen te betalen, 
sonder die selve huere schorssen elswairt oft op anderen moelenen 
te doen malen opte pêne ende verbuerte vander selver schorssen, 
die zy also op andere moelen selen bebben gedaen malen, ende tôt 
dien die somme van drîe royalen, te bekeren, deen derdendeel tonsen 
behouf, dandere derdendeel tôt behoef vanden voirscreven ambacbte 
vanden vetters ter verlichtingen van hueren lasten, ende tderde 
derdendeel ende voir den voirtbringhere. Item dat aile die gbenen 
die voirtaen ennicb leder bringen selen in onser voirscreven stat 
van Thienen, dat buyten der selver onser stat gevet is, ende dair af 
dieschorsse nietgemalen en is, op onsen voirscreven moelen, om al- 
dair te vercopen oft te veroirboren, betalen selen ende sculdich syn 
te betalenen trecht vanden malen vander schorssen, die totlen selven 
ledere behoeft sal hebben, ter redeliker taxacien vanden gesworenen, 
ende audere goede knapen vanden voirscreven ambacbte, op te ver- 
buerte oie van den selven ledere, ende tôt dien van drie royalen te 
bekeren als voere. Item dat niemant binnen der voirscrever onser 
stat ende der voirscreven milen ommegaens en sal moigen doen ende 
houden die ambachte van vetten ende schoen te maken te samen, 
raaer sal die ghenen een van dien ambachte doende hem van den 
anderen le doen verdragen op te verbuerte vanden ledere ende 
schoenen, die hen also gemaict sal hebben, ende van thien der 
voirscreven royalen, also dicke ende meniebwerven aise dat bevon- 
sal werden, oie te bekeren als boven. Welcke voirscreven pointen 
ende ele bisunder wy willen ende ernstelic bevelen onsen meyer, 
rentmeester, borgemeesteren, scepenen ende raide ende ingesete- 
nen onser voirscrever stat van Thienen, ende der voirscreven mileu 
ommegaens der selver onse stat, ende allen anderen dat sy ende ele 
van hen so hen toebehoirt den voirscreven vetteren onser stat van 
Thienen, der voirscreven rechten doen ende laten rastelic ende vre- 
delic gebruyeken, ende die houden ende doen houden by eenen 
yegelyken, onverbrekelic voerderende die pêne ende brueken voir- 
screven over die ghenen die ter contrarien selen doen, ende willen 
dat om die voirscreven pointen te bat ende sekerliker te werden 
gehouden, ende over die overtreders geprocedeert, dat onse voir- 
screven rentmeester van Thienen inder tyt den voirscreven vetteren 
stelle eenen moelenpandere, die macht sal bebben van onsen wegen 
op die selve overtreders te procederen, mit die te panden ende te 



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calengeren, ende die panden ende calengen te bueren ende aen te 
bringen onsen voirscreven rentmeester, om dan op voirt by béate 
werden geprocedeert ende die pêne ende verbuerten bekeert in 
maten voirscreven, ende also beboeren sal, ende des niet en laten, 
want wyt also gedaen willen hebben, des torconden bebben wy 
onse zegel aen dezen brief doen hangen. 

Gegeven in onser stat van Bruessel, achtien dage in octobri, int jair 
ons beeren duysent vier bondert negen ende vyftich. 

Archives du royaume, Chambre des Compta , 
Registre 632 f. 374. 

— cso 

N* 7. 

Lettre de Philippe-le-Bon, adressée au tnayeur, de Tirlemont* le 
5 mai 1460, en faveur du commerce des grains et des laines dans 
cette, ville. 

Pbilips , by der gratien Godts, hertoge van Bourgoingnen , van 
Lotberrike, van Brabant ende van Lymborcb , grève van Vlaenderen, 
van Artois, van Bourgoignen. Palatyn van Heuegouwe, van Bollant, 
van Zeelant, ende van Namen, mercgreve des beylichs rycks, Heere 
van Vrieslant, van Salins ende van Mechelen. Onsen Meyer ende 
rentmeester van Tbienen oft buren sledebouderen, salnyt. WaDt 
tonser kennissen is conien dat alrehande cooplnde van diverschen 
plaetsen, beyde onse onderseten ende oick uutlendige, nuwelingen 
begonnen bebben op ten platten landen van onser meyerien van 
Tbienen te coopen, alrebande manieren , beyde van grane , ende 
van wollen, om die te vueren ende te penninckweerden , dairt ben 
gelieft, sonder die te brengen ten behoirlycken mercten, ende 
roerctdagen, in onser stadt van Tbienen , aïs van outs gewoenlyk 
is geweest, ende behoeren soude te geschien, verstekende ons alsoe 
die rechten van onsen toile ende lepele, ende oiek anders tonser 
ende onser voirscr. stadt van Thienen grooten bynder ende achter- 
deel; Soe eest dat wy om dat te verbueden, ende in vordernissen van 
den gemeynen oirboir, ontbieden u ende bevelen dat gby over al 
bynnen uwen ambacbte ende bedrive ten gewoenlycken dagen ende 
plaetsen van onsen wegen uutroept ende ghebiedi oft doet uut- 



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roepen ende gebieden, ende onder die smale Heeren versueckt 
uvtgeroepen ende geboden te worden , dat van nu voirtane nye- 
uuandt wie h y zy in onse voorschr. meyerien enige coren noch wolle 
en coope noch en vercoope om te vervuren tselve coren oft wolle 
en sy ierst bracht in onser stadl van Tbienen, ter vryer merci, oft 
die cooper en bebbe ons oft onsen pacbteneren dair af betaelt, 
trecht van onsen lepele ende toile, alst behoirt, opte verbueren, 
soe wie dit contrarie dade, tcoren oft die wolle , dat alsoe waere 
gecocbt oft vercocht ende dairtoe- alsoe veele gelts als dat ba^de 
gecost, deen derdendeel dair af tonsen behoef, dander derdendeel 
tôt desgbeens beboef diet voirbracbte , ende dat derde derdendeel 
totter kercken behoef daerl onder bevonden wordt , beboudelyc 
den vryheyde» van den mercte ende merctdagen van den anderen 
stedenende dorpen onser voors. meyerien in bure maebt te bliven 
ende oick dat deen gebuere den anderen sal mogen gerieven tôt 
zynre nootdorts, betalende aile gewoonlycke ongelt. Dit verwaert 
alsoe ernstelic dat ghy in egheenre versuemenissen en werdt be- 
vondem Want wyt alsoe gedaen willen bebben. Gegeven in onser 
stad van Brussel opten V ten dacb van Meye in 't jair ons Heeren 
duysent vierhonder» ende tsechtich. 

Archives du royaume , Chambre de Comptes, 
Registre 682, f. 397. 



N° 8. 



Charte octroyée à la ville de Tirkmont, en janvier U78 (N. S.), par 
les archiducs Maximilien et Marie. 

Maximiliaen ende Maria, by der gratiën Goidts , hertogbe ende 
hertoginne van Oistenryck , van Bourgoigniën , van Lodlryck , van 
Brabant, van Limbourgh, van Luxembourgb , ende van Gelre, 
grève ende Grevinne van Vlaenderen , van Arthoys , van Bourgoi- 
gniën , palatyn ende palatyne van Henegouwe , van Hollant, van 
Seelanl, van Naemen, van Sutphen, merckgrave ende merckgravinne 
des beylighs rycx , heere ende vrouwe van Vrieslandt, van Salines 
ende van Mechelen, doen condt aen allen luyden die nu syn oft 
uaermaels wesen selen , dat wy ontfangen bebben die oytmoedigbe 
supplicatie van onsen wel geminden borgbemeester, scbepenen ende 



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— 2&£ - 

raedt onser stadt van Thienen , in den naem eude van weghen der 
geheelder gemeynten onser voorschreve stadt, inhoudende hoe dat 
die selve onse stadt gelegen is op die frontieren ons landts van Bra- 
bant, ende by den soberen regcemente der geenen die se in voorlede 
tyden geregeert hebben , ende committerende dye lyfftocht, staende 
ten laste onser voors. stadt, in erffelicheden, ende andersints due- 
rende den reysen ende oorloghen die wylen hertoghe Carie, onse 
voorsaete , dyen Godt genade, gevuert heeft soo in Vranckeryck, 
soo in den Landen van Luydicke, Loon , Gelre, Muysen, Loryenen 
ende elswaer , is de selve onse stadt in alsulcken schout ende swae- 
ren last gevallen , alsoo dat den vorschreven suppliant , noch heure 
naercomelinghen , borghemeesterens schepenen oft raedt onser 
voorschreve stadt , metten renten , proufifyten ende vervalien dye de 
selve onse stadt in 't geheele heeft, beyde van assysen ende ander- 
sints heure pensionarissen , ende eenige renten het sy erffelycke oft 
te lyve, hebbende op onse voorschreve stadt niet en sal van nu voor- 
taen mogelyck wesen die te betaelen ende besundere andere extre 
ordinarissche , het sy van beden , diensten , oft andersints te drae- 
ghen, overmits dien dat die voors. gemeynte soo verarmpt is by de 
sterftens , dieren tyde , quaden corenwassche , overtuldiger scbat- 
tingen, quader neringhen , schade gehadt in het logeren ende lyden 
van den volcke van wapenen ende andersints, soo dat vêle van den 
ingesetenen onser voorschreve stadt, metter wooninghen vertrocken 
syn, ende daeghelycks vertrecken in andere plaetsen , alderhande 
huysen ende herdtsteden vergaen blyven , onbewoont ende verval- 
ien , ende dat dyen derdeel van den ingesetenen aldaer nu woonende 
leeft ende leven sal moeten van den heyligen Geeste , het en sy dat 
wy ondere andere pointen ende articulen hem verleenen informen 
van privilegiën 't gène des hier naer volght : 

In den iersten dat van nu voortaen ten eeuwigen daeghe alleu 
jaeren, acht daegen voer S 1 Jansdagh Baptiste, by de acht natien 
onser voors. stadt van Thienen gecoren moeghen worden achte 
goede, nolabele, wettighe mannen, te weten, uyt elcker natien onser 
voors. stadt een van die goede outsten ende geerne neringhe ende 
.goedt rennent saeghen , welcke acht gekoren mannen ierst daertoe 
behoorelyck geëdt terstont sonder eenige informatie van iemanden 
te nemen , schuldich selen syn te comen ende te vergaederen in een 
camer op ter stadthuys van Thienen , ende die alsoo te saemen ver- 
gaedert ende besloten zynde eendrechelyck eer sy scheyden op Godt, 



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— 285 — 

benne siele, eede ende bescheydicheyt , kiesen vierthien goede, eer- 
baerer wyse, bescheyde, wettigbe mannen, dye ten minste drye 
jaeren poirters van Thienen geweest hebben , en allen redelyck ge- 
,goidt syn, te weten, acht van de gebortighen en sesse van den 
gemeynen poerteren onser voors. stadt, om daer uyt seven schepe- 
nen gemaeekt te worden. Voorts dat dese acht gecoren persoonen eer 
sy van een scheyden, in der voors. manieren kiesen selen vier 
eerbaere, wyse, bescheyden, wettighe mannen, te weten, twee 
van de geboortighen, ende twee van de gemeyne porteren, de nutste 
ende oirboirelyckste die sy sullen connen ende moghen vinden, om 
daer uyt twee borghemeesteren, ende niet meer, by ons gecoren te 
worden , welcke twee keusen voors. sy wel besloten ende toegesegelt 
overgeven selen eenen van den secretarissen oft gesworen boden der 
voors. onser stadt, die se ons voorts sal brengen oft onsen cancellier 
van Brabant in onser absentien , om uyt den vierthien tôt schepe- 
nen gecoren seven daer uyt genomen te worden , te weten , vier 
van den geboirtighen ende dry van den gemeynen poirteren voors., 
ende oir.me uyt den vieren tôt Borghemeesters gecoren de twee, te 
weten, eenen van den gebortighen en eenen van de gemeyne poir- 
teren, oick genomen te worden , welcke seven en twee persoonen by 
ons ofte onsen cancellier voors. in den voors. manieren genomen, 
wederom besloten, gesonden selen worden, om by onsen meyer 
onser voors. stadt van Thienen behoirelyck geëdt te worden, de 
seven tôt schepenen ende de twee tôt borghemeesters onser voors. 
stadt voor dat toecomende jaer. 

Item ende dat daer naer de selve acht gecoren persoonen noch 
selen moghen kiesen uyt elcker van de acht natiën voors. eenen 
goeden, wettighe, notable, wys m an, den oirboirlyckst en proyfyte- 
lycksten ende nutsten tôt onsen ende der voors. stadt behoeff, die 
synaer hun beste wetentheyt sullen gevinden connen omme voor 
dat toecomende jaer raedslieden onser voors. stadt te syne, sonder 
welcke acht raidtslieden voors. de borgemeesteren ende schepe- 
nen voirscr. egeensints en sullen mogen appoincteren noch schul- 
dich syn te sluytene die saecke van der selver onse stadt, ende dat 
die voors. dry voisen, in der voors. manieren voldaen, de acht 
persoonen die gecoren hebben alsdan van keure bevinden ont- 
slaeghen ende ontlast selen syn. 

Item dat de seven schepenen voors. schuldich selen syn winter ende 
somer op de dinghdaeghen ter goeder ure in der vierschare te comen, 



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omme partye te onteommeringhe ende expeditie van recfate te doene, 
te weten, van S. Jans tôt Remigii ten negen ure, ende van Remigii 
tôt S. Jansmisse te thien ure, ende dat de twee borgemeesteren voors. 
schuldigh selen syn allen daeghen alsoo wel naer der noen oft daer 
voor, wanneer sy versocht selen worden recht te doene ende par- 
tyen te beslichten , dat oock die twee borghemeesteren , seven sche- 
penen, ende acht raidsluyden voors. gehouden ende schuldigh selen 
syn y allen maendaeghen te negen uren voor noenen op ter stadihnys 
in der raedtcamerte comen, omaldaerdie saecken onser voors. 
stadt aengaende, ten besten dat sy selen connen ende moegken, 
gelyck hen selfs proper , goed te ordonoeren ende voort te keeren, 
ende oft gebeurde dat eenigh van de voors. borgeineestersin der oir- 
boir onser voors. stadt, oft syns selfs, uytwesen moeste, dat dese 
alsdan eenen van de acht raidtslieden voors. in syne stadt tôt 4ynder 
wetfercomende sal moghen ende moeten setten, op dat by syfider 
absentiën deo oirboir onser voors. stadt niet en geachtert en wort, 
ende partyen niet onbeslicbt en blyven. 

Hem dat van nu voortaen niemandt raidt oft momboir van 
eenignen ambachten eu sal mogen syn noch oock eenige officien 
oft diensten hebben in onse voors. stadt van Thienen, hy en sy 
van wettighen bedde, poirier der selver onser stadt ende in 
onsen lande van Brabant ofte van Overmaese geboren. Item om 
te verhueden onse voors. stadt van vergaene ende destructiën, 
men' nu voortaen niet en sal mogen brouwen noch vercoopen ten 
tappen, binnen der myle ommegaens der voors. onser stadt, eenigh 
bier der quaerte Thienscher maeten te hoogher pryse dan eenen 
halven grooten Brabants op de verbeurte van twee guldens ry- 
ders, alsoo dicke ende menighwerven dat men de contrarie van 
desen bevinden sal , te appliceren , nalff tôt onsen pronfyten ende 
halff tôt p rouf y te onser voorscr. stadt van Thienen. Item dat aile 
icleynen bancke, dye van soo lange tyden dat van den contrariën 
egeen memorie en is, voor schepenen van Thienen te boeden ge- 
ptoeghen hebben , te comen ende daer aff die possesëie hen V ande- 
ren tyden by den raede onser voorsaeten gbeordouneert in Brabant 
in judicio contradictorie aengewesen is, van nu voortaen eeuweiyck 
van allen en eenen iegelycken alsnlcken saecken daer sy aff voor de 
voors. onse schepenen, geploeghen hebben te comen , noch sullen 
moeten ende schuldigh syn te comen, sunderlinghe van vonnissen 
daer de gronde van erfve , by faulten van betaelinghe, van erffpachte, 



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-_ 287 — 

oft erfchynse. oft andersints, soe met veraptwoordèn verreyst ende 
uytgewonnen worden. 

Item dat niemant sonder consent tan onsen meyer ende der sel- 
ver onser stadt wettigen raide aldaer eenige vergaertnghe'Vanden 
gemeyiien ambachten oftnattën en -sal moghen maecken,eirtléwaert 
soo dat iemant dat dede, oft* by rumoer; dedinghe, discours, oft 
eénîgh opset maeckte tegens ons, oft onser voors. stadt oft ooek 
tegéns die regeerders der selven , dat dye uyt onser voors. stadt 
ende uyt onsen Lande van Brabant gebannen sal worden alsoo 
lange als onsen meyer ende der selver onser stadt oitboir sal dunc- 
ken naer gelegentheyt van saecken , endè waer wy oft onsen voors. 
stadt die vinden* sal cunnen in onsen voors. lande , oft elswaerts 
daer men se gecryghen moehte , dat wy daer over richten selen 
sonder verdrach. 

Item dat die goede lieden van ambachten onser voors. stadt van 
Thienen elck in syn ambacht van jaer te jaer op den Sacramentsdagh 
kiesen selen , by keureneede, sesse der eerbaerste, notabelste ende 
versiendigbste mannen van beuren ambacbte, die sy sullen connen 
gevinden, ende dye bînnen vier daghen daernaer presenteren der 
weth en raide , om daer «yt gecoren te worden de momboiren van 
elcken ambacbte voor dat toecomende jaer, in alsucken getalle 
alsdat beboort ende van oudts gewoonelyck is geweest, welcke 
momboiis selen moeten doen eenen behoorelycken eedt in presen- 
tien der voorgenoemde weth ende raide. Item dat die gène die poir- 
ters worden willen onser voors. stadt, selen mogen gestaen alleene 
betaelende alsulcken recht, het sy van wyne oft andersints, als men 
daer afT geploeghen heeft te betaelen. Item dat soo wanneer iemandt 
poirter is ofte poirtersse onser voors. stadt van Thieuen , van onsen 
meyer van Thienen in rechte aengesproken wordt van wat saeken bet 
sy, dat die sal mogben roepen en nemen tôt synen raide eenen van de 
acfat raedtslieden voorgenoemt. Item dat tôt desen ende ten leste wy 
aile andere privilegiën , onde oft nieuwe der voors. onse stadt, dèsen 
ende onser bleyder incomste niet repugnerende, ende desgelycks alleu 
anderen hercommen, usagien, costuymen ende géwoonten der selver 
onser stadt , wouden confirmeren , ratificeren ende approberen 
ende van al hen verleenen onse opene brieven in behoorelycke 
forme , soo ist dat wy desen aengesien ende naer dien aile die 
voors. poincten ende articulen syn oversien ende wel ende in 't lan- 
gue gevisiteert geweest by onsen lieven ende getrouwen die cance- 



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lier ende andere lied en van onsen voorschreven raide geordonneeri 
in Brabant , wy by adviese ende deliberatien der selver genegenbeit 
wesende ter beden der voorscbreve supplianten den selven bebben 
voor ons, onse erfFve ende naercomelinghen hertoghen ende herlo- 
ginnen van Brabant gewillicoort, verleent ende geconsenteert, wille- 
coren, verleenen ende consenteren in for m en van privilegien ende 
van sonderlinghe gratien o ver mi dis desen onse brieve, allen den voors- 
poincten ende arliculen ende tôt dyen geconûrmeert, geapprobeert 
ende geratificeert , confirmeren, approberen ende ratificeren, aile 
henné voors. andere oude ende nieuwe privilegien desen ende den 
brieven van privilegien van onser voorschrever blyder incomste, 
niet repugnerende hercomen , usagien ende costuymen soo verre sy 
die deugbdelyck gebruyckt ende geuseert hebben, ontbieden daer- 
omme ende bevelen onsen drossate van Brabant oft syne stadthouder, 
onsen voors. meyer van Thienen, ende voorts allen anderen onsen 
ambachten, richleren, officieren ende ondersaeten ons voorschreve 
lants van Brabant dat sy ende eenen yegelycken van ben soo hem toe- 
behoort die voors. supplianten ende naercomelinghen van nu voor- 
laen vastelyck, vredelyck ende eeuwelyck van allen den voors. poinc- 
ten ende articulen hen als voors. is verleent in forme van privile- 
gien, gratien ende confirmatien doen ende laeten in manieren voors. 
useren ende gebruycken sonder hen te doen oft te laeten geschie- 
den eenigen hinder, stoodt oft letsel ter contrariën ; want ons alsoo 
gelieft. Ende des t* oirconden ende eeuwiger memorien ende vastiche- 
den, hebben wy, hertogh ende bertoghinne voors., onsen segel hieraen 
doen hangen behoudelyck ons altydt onsen rechten ende eenen 
yegelycken des syns. Gegeven in de maent van Januario in het jaer 
ons Heer duysent vier hondert seven en seventigh naer costuyme 
ons hoffs. Aldus ondergeschreven ende geteeckent by my heer den 
hertogh ende myne vrouw de hertoghinne in heuren raide, daer ghy, 
dieHeeren van Beersele, herRobrecht Cotoreau ridderen, Mr. Hen- 
drick Stoep, Jan van Waetermale ende Jan van Houthem, by waert; 
de Rahinvels. Ende onder stont : gecollationneert met seker bonck 
der voors. stadt Thienen geschreven in pampiere, is dese copye daer 
mede bevonden te concorderen by my Jo r Royleeuwe, openbaer 
notaris by den selven raide van Brabant geadmitteert. Actum den 
sesse en twintigsten september duys. sesse hondert seven, ende was 
onderteekent : Royleeuwe nots. Ende onder stont : collatione facta 
cum sua copia authentica scripta et subsignata ut supra, concordan- 



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tiam attestor. Ende was onderteeckent : J. Schellekens nots Lovanii 
residens. Onderwaerts stont : Collatione facta cum sua copia authen- 
tica, concordantiam attestor. Ende was onderteeckent : G. J. Yrancq. 
Noch leeger stont : collatione factâ cum suâ copia authenticâ concor- 
dantiam attestor. Signalum :S. De Catte, Septembris 1688. Noch 
leeger stont : concordantiam attestor. Ende was onderteekent : 
G. H. Michiels Nots. 1763. 

Archives du royaume , Conseil privé , Carton 847, et 
Chambre des Comptes, 133 fol. CO. 



N° 9. 

Charte octroyée aux bouchers de Tirlemont par les archiducs 
Maximilien et Marie, le 3 décembre 1479. 

Maximiliaen ende Marie, by der gracien Goids, hertoghen van Oist- 
rycke, van Bourgognen, van Lotheryke, van Brabant, van Limborch, 
van Luxemborch ende van Ghelre, Graven van Vlaenderen, van Bour- 
gonen, palatynenvan Henegouwe, van Hollant, van Zeellant, van 
Namen ende van Zuytphen , mercgreven des heylichs rycx, heer en 
vrouwe van Vrieslant, van Salins ende van Mechelen, allen den ghenen 
die dese onse tegenwoordige brieven sulien sien oft hoiren lesen saluit. 
Want onse geminde dje gesworenen ende de andere gemeyn gesellen 
van den vleeschhouweren ambachte, geseten ende woonachtigh in 
onser stat van Thienen, ons zeer oetmoedelic getboent ende te kennen 
hebben doen gheven,hoe datzy om die welvairt onser stat vorschr. ende 
oie om die neringe van den voirs. ambachten van den vleeschouweren 
te voirderen en te meerderen, hebben, mit ende by avis van onsen 
zeere wel geminden borgemeesteren, sebepenen ende raide onser 
voirs. stat van Thienen, gemeynlic overdragen, geraempt ende geslo- 
ten zekere pointen , voirweerden ende conditien gelyc dat dat ons 
gebleken is by brieven métrer voors. onser stat zegele ter saken be- 
zegelt, ons oitmoedelic dairom biddende, die voorsch. van den am- 
bachte van den vleeschhouweren, dat wy hen die selve pointen, vor- 
weerden ende conditien insgelycx wouden gheven, gonnen ende ver- 
leenen; soe doen wy te wetene, dat wy aengehoirt tgene dat voorsch. 
staet, ende om aile eendrachticheyt, neeringe ende welvaert van den 

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— 290 — 

vorscta. ambachte tonderbouden, ende te vermeerderéfi bebben ùuyt 
zunderlinger gracien als prinche ende princhesse Van den lândt; ende 
uuyt onser macht ende auctoriteyt, den voirsch. vaii den vleeschhôo- 
wers ambacbte voir hen en bunere nacomelïngen van den selve am- 
bacbte ende van der condicien ats hier nae sal votghen wesende, 
gegont, gegeven ende verleent, gonnen, geven ende verleenen met 
desen onsen brieve de voirscbr. pointen, vorweerden ende condicien 
in der manieren bierna volgende. In den iersten dat van nu voirtaene 
nyemanl binnen onser voirscbr. stat van Tbienen en sal moeghen 
vleesch slaen, nocb in onze vleeschuys aldaer ter banck staen, by en 
zy iersl comen int voirschr. ambacht. ende dat soe iemant int voors. 
ambacbt sai willen comen ende van den roomberen des zelfs am- 
bachts ontfaen sal worden, dat die sal moeten gheven, eer hy hem 
deszelfs ambachts sal moegen onderwinden , thiene oude schilde ofl 
die weerde daeraf tôt des voirscb. ambachts behoef ende tôt desén 
den momboiren des selfs ambacbts twfee gelten ende des ambachts 
knape eene quarte Rynswyns. Item voirt geven wy noch den voirscb. 
van den vleescbhouweren ambachte dat soe wie acbter straten ter 
goeder lueden husen dagelyckjt zullen gaen slaen, syn die van buyten 
oft van binnen die int voorscbr. ambachte niet en sullen syn, dat die 
su lien jairlycx geven den selven momboren tôt des ambachts behoef 
in des heyligen Sacramentsdaige eenen assysgulden ende dairvoere 
selen die selve momboren alsulcken luden op dats behoeft moegen 
doen panden. Item voirt en sal van nu voirtane niemant bii.nen der 
voirscb. stat van Thienen seiven moegen beesten slaen noch doen 
slaen die int voirsch. ambacht niet en is gemandt voirts te vercoe- 
penen. Ende oft yemant dair tegen contrarie dade die sal verbueren 
eenen kuere van drie assysguidenen, den eenen dairaf tôt onsen, den 
anderen totter voirsch. onser stat van Tbienen , ende den derden tôt 
des voirsch. ambachts behoef te bekeerenen. Ende sullen de voirsch. 
die momboren de luden, hier tegen contrarie aïs boven doende,moegen 
calengieren. Item voirt geven wy hen noch dat soe wie van nu voir- 
tane ruynipt ende den goeden lueden thuren ontruympt, dat de selve 
al wairt dat hy nochtans dairnae de goede lude vernueghde niet 
weder syns ambachts plegen en sal moegen in eeniger manieren , hy 
en sal van yersl dambacht wederom coepen moeten ende vercrigen. 
Item bebben wy ben noch gegeven dat soe wie van nu voirtane 
ennige oneerlyke faiten dade oft gedaen hadde, te wetene , muterie, 
diefte, mort ofte diere gelyke, dair God eenen iegelyken af behueden 



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- 294 - , 

willen; dat die dairmede syn ambacbte verliesen en de verbaeren 
sal, eode beterde ofl gebetert h ad de, dat die nocbtans nemmermeer 
dairinne wederom comen en sal moegen in enniger manieren. Item 
voirt hebben wy den voirschr. van den vleeschouweren ambacbte 
nocb gegeven, dat soe wanneer de momboren van den selve am- 
bacbte, om ons, onss voirscbr. landts oft oick desselfs ambacbts 
eere, oirbere ende prouffyten te voirderen, de gesellen van den 
voirscbr. ambacbte bevelen byeen te comenen, dat zy alsdan comen 
selen moeten ende den momboeren onderboerich syn opte pêne van 
drie placken te bekeeren in sa m bac h ts oirbere ende proffyte, bet en 
waere dat zy wetlege nootsaken hadden, in welken gevalle zy alsdan 
die te voren selen moegen cundigen den voirscbr. momboeren. Item 
sal insgelycs een iegeiyc van den gesellen van den voirscbr. am- 
bacbte op processiedaigen, soe wanneer dat dander ambachten met 
haeren tortysen gemeynlic gaen , onder des voirschr. vleeschouwers- 
ambachts tortysen moeten comen opte pêne van drie placken tè 
bekeerjen als voirschr. is , ende opte peertbrugge by den seîven 
bunnen ambachte te syne. Ende als men opte selve dagen thuys 
gebiedt toe te sluytene, dat alsdan een iegeiyc sal moeten 
uutgaen. Ende soe wie hem rebel dairtegen maicte, sal verbue- 
ren vive boddragers te bekeeren als boven, van welken penen 
voirschr. de momboeren met huren knape sullen moegen doen 
panden, op dat van noode ware, by onsen meyere onser voirscr. 
stat van Thienen, syuen stedebouderen oft by anderen onsen officie- 
ren dieu dat behoirt. Item geven ende verleenen nocb den voirschr. 
ambacbte van den vleeschouweren, dwelc sy oie van ouden bercomen 
ende usaigien gehadt hebben , te weten dat soo wie int ambacht 
compt, comen is oft in toecomenden tyden comen sal, dat die syn 
kint oft kinderen niet vrieen sal moegen int selve ambacbt , dan 
alsoe vere als syn kint oft kinderen geboren worden , nader tyt dat 
hy int voirschr. ambacbt ôntfaen is oft sal worden ontfaen. Item dat 
oie van nu voirtane de momboeren desselfs ambachts vernieuwt ende 
gemaict sullen worden na tenure ende inhoudene van den privilegien 
by ons, hertoge ende hertoginne voirscr. onser voirscbr. stat van Thie- 
nen verleent ende gegeven in den Jaire zeven en zeventigb laistle- 
den. Welcke voirschr. pointen , vorweerden , ende condilien ende 
een iegelyk van dien besundere, soe die hier boven verclairt ende 
gescreven staen, wy willen dat van nu voirtane tôt eeuwigen daigen 
onderhouden worden, behoudelyc ons in desen onser hoeheyt ende 



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heerlicheyt ende opte selve pointée , ende op een iegelyc van dien 
onse verclaeren, meerderen, minderen, veranderen, corrigeren ende 
wederroepen om dat te moegen doen tallen tyden alst ons oft onsen 
nacomelingen hertogen ende hertoginnen van Brabant dat sal dune- 
ken van noode, oirboerlyc ende behoeffelyc wesende, sonder argelist. 
Ontbieden hieron ende bevelen onsen meyere van Tbienen ende 
a lien anderen onsen ambachten, richteren , officieren, justicieren, 
onderseten ende dierende, ende allen anderen dien dat nu oft in 
toecomende tyden macb oft sal moegen aengaen , dat zy die voirscr. 
pointen, vorweerden ende condicien ende ele van dien, in der voegen 
ende manieren die bier boven gescreven staen, voirtaenen achtervol- 
gen ende onderhouden. Ende oft yemant wie by ware dair tegen 
wederspennich oft gebreckelyc bevonden ware , dien willen wy dair 
toe bebben bedwongen , ende de brueken dair op geset ende bier 
boven vercleert, aïs die verbuert sullen werden van eenen yegelykx 
hebben genomen sonder verdrach by onsen voorscr. meyere van 
Thienen oft ennigen anderen officieren dien dat aengaen sal moegen 
ende die dair op sal worden versocht, den welcken wy oie dat alsoe 
bevelen te doene sonder wederseggen, dissimilacie oft ander gebot 
dair af van ons te verwachten. Ende des torconden bebben wy onsen 
segel desen letteren doen aenbangen. Gegeven in onser stat van 
Brussel, opten derden dacb der maent van decembri int jairons 
Heeren duysent vier-bondert negen en 'tseventieb. Aldus geteekent 
by mynen beere den hertoghe ende myne vrouwen der hertoginnen 
in huren raide, dair gby Hend. Wouteren Vander Noot, Philips 
Villain ridderen , meesteren Janne van Houthem , Jan van Waeter- 
maele ende meer andere van den raide by wairt. 

Archives du royaume , Chambre des Comptes , 
Registre 633, f. 46. 



N. 10. 

Maximilien et Philippe-le-Beau enlèvent aux brasseurs de Tirle- 
mont le monopole de la fabrication de la bière, le 25 mai 1484. 

Maximiliaen ende Philipps , by der gracien Goidls , hertogen van 
Oistrrcke, van Borngognen, van Lotheryke, van Brabant, van Lym- 
borg, van Luxemborg en van Ghelre, graven vanVIaenderen,van Artois, 



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- 295 — 

Tan Borgonen etc. Palatyn van Henegouwe, van Hollant, van Zeellant, 
van Naraen en van Zuytphen, Mercgreven des heilichs rycx, heer van 
Vrieslant, van Salins en van Mechelen. Allen den gbenen die deze onze 
brieve zullen zien oft boiren lesen, saluyt. Doen te wetenen dat wy 
ontfanghen bebben dieoitmoedige supplicatie van onsen wel geminden 
Borgemeestere, schepenen ende raide onserstat vanThienen, inhou- 
dende boe dat zy te vêle ende diverse stonden van wegen der goeder 
ende schiltborstiger mannen, ende van wegen oie der momboiren van 
den ambacbten der voirsebr. stat van Tbienen, representerende den 
buyten rait ende die geheelegemeynte der sel ver stat, ten onderbouden 
van den gemeynen oirboere versocht bebben geweestom van ons te 
vercrygen consent ende octroyé dat die ingesetenen der voirsc. stat 
ende ele van hen van buer selfs graenen ende goede den briederen der 
selver stat souden moigen doen brouwen bier, nyet om te tappe te 
vercoepen mair voere buers selfs siyten, familie ende buysgesinne, 
betalen dair aff aile die assysen ende andere recbten ons ende der 
voors. stat toebeboerende, dat oie die briederen der selve stat tallen 
tyde, soe wanneer sy by ennigen van den voorschr. ingesetenen dair 
toe versocht souden wordden , dat scbuldich souden zyn te doene, 
nemende dair van bueren arbyt. Ende dit om sekeren redenen wille. 
Want in den iersten die vorschr. ingesetenen ende ele van hen tôt 
noch toe bebben moigen van hen selfs grane op te dorpen den brie- 
deren aldair woenende doen brouwen ende dat bier brengen binnen 
der voirsch. stat, betalende dair van die assyse ende andre recbten, 
van welcken bierene zoo op te dorpen gebrouwen, vedtte als draf 
ende slyck ende oie den arbeyts loen, buyten der stat bliven moet, 
welck bier oft by den briederen der voirsc. stat in de stat gebrouwen 
wordde, den arbeyts loon ende oirboere van den ingesetenen briede- 
ren ende die vedtte voirscr. tôt groeten oirboere van den anderen 
armen ingesetenen om huere beesten dair mede te vuedenen binnen 
der stat bliven soude. In welke grooten gemeynen oirboere gelegen 
waere ten anderen maie want die selve onderseten aile andere ban- 
teringe als backen, vleeschslaen, cleedermaken ende diergelyke voere 
ben ende buere familie doen moigen, oie inneleggen wyn voere hen 
selfs drinken op huere assyze ende andere recbten. Item in andere 
plaetse omtrent Thienen gelegen als te Leeuwe, te Lan den, te Gelde- 
naken ende elswairt doet men dagelycx. Ten derden maie soe eest oie 
waer, dat soe wanneer die wethouderen van den vorschr. stat den 
peghel van den briederen dassysedairvan nyet en stellen tôt der selver 



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— 294 — 

briederen appetite ende genuechten, soe cesseren de selve briederen 
van brouwen uuyt huers selfs wille ende auctoriteyt om alsoe de 
stat te dringen, van deweicken ons ende onss voirscr. stat gebuert 
groete ende verderffelyke scbade , ende die ingesetenen voirscr. 
bliven dien tyt sonder bier, dwelck al mit den voirscr. octroyé versien 
ende gebetert souden wordden. Om welcke ende andere reedenen 
ons t' anderen tyden beliefl badde, tvoirscr. tpoint Leverleenen. Mair 
want sy dairaff int besundere egbeene brieven genomen en hadden, 
alsoe zy seggen , soe vvaere ons van buren wegen oitmoedelic ver- 
socht hen die nu te willen gunnen ende consenteren ende anse 
gracie dair aff te henweerts keeren. Soe eest dat wy desen aengesien 
ende nae dien wy ons van der se h ad en, prouffyte oft intereste dat 
wy ofte andere souden hier by moigben bebben ende nemen, bebben 
doen wel en behoirlyc informeren ende hier op gebadt dadvys van 
onsen meyere ende rentmeestere van Thienen, den voirschr. sup- 
plianten geneycht wesende tôt huere voirschr. beden hebben gewil- 
lecort, geconsenteeert ende uirlof gegeven, willecoeren, consenteren, 
ende oirlof geven by desen onsen brieve dat zy ende andere inge- 
setenen onser voirschr. stat ende eeniegelyck van hen van syns selfe 
graene ende goede den briederen van der selver stat sullen van nu 
voirtaene moigen doen brouwen bier voere slyten van hen ende van 
hueren familien ende hnysgesinne , ende niet om te tappenen te 
vercoepenen, betalende dair aff aile recbten van assyzen ende andere, 
beboudelic dat zy dassyse van den meesten bieren ende nyet van den 
minsten, dat oie zyt voirscr. bier nyet en sullen moigben doen brou- 
wen zy en hebben tyerst de voirschr. assyze betaelt. Item dat op te 
pêne van drie royalen, te bekeeren half ten prouffyte van ons ende 
half ten prouffyte van den voirschr. stat. Hebben voirts gewillecoert 
ende geconsenteert als voere, dat die voirschr. briederen versocht 
synde by ennige van den ingesetenen om te bruwen , dat zullen 
moeten doen ende schuldich syn van doene op hueren redelyken 
salaris, ende oft zy weygerden dat zy telken maie uuyt saken van 
dier weygeringen oie sullen verbueren die voirschr. drie royale, te 
bekeeren als voere, dit nochtans duerende alsoe lange àlst ons sal ge- 
nuegen ende tôt onsen wederseggenen. Ende behoudelyk ons ende 
andere onsen ende hueren rechte. Onlbteden hierom ende bevelen 
onsen voirschr. myer van Thienen, dekenen, gezworenen, raide ende 
gemeynen ingesetenen der selver onser stat ende allen anderen den 
welken dit ennichsins aengaen sal moigen, dat zy ende eenyegelyek 



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van hen, spe hem toebeboirt,den supplianten van deser onzer gracien 
pirlove ende consente doen ende laten inder manieren ende op te 
conditien voirschr, peyselyc, vredelyc gebruyke sonder hen dair inné 
te doen ofle te laten geschien ennigen hinder, stootof letsel tercqn- 
trarien, doende van den overlreders heffen ende beuren de voirschr.. 
pêne telken maie alst dat sal gebueren, om bekeert te werdenen aïs 
boven. Want ons alsoe gelieft. Ende des toirconden hebben wy onsen 
zegfcel hier aen doen hanghen. Gegeven in onse stat van Bruessel 
XXY daghe in meye i,nt jaer ons Heeren duysent vier bondert vier en 
aohtfcb. 

Archives du royaume, Chambre des Comptes, 
Registre 635, f. 65 v. 



N° 11. 

Traité de paix conclu entre Albert de Saxe, d'une part, et les habi- 
tants de Tirlemont et de Grimde , d'autre partj ratifié par l 'em- 
pereur Maximilien et son fils, Philippe-le-Beau, le il août Ï48&. 

Maximiliaen, by der gratien Goidts, Roems coninck, etc. allen den 
gfcenen die dese onse letteren sullen zien oft hoeren lesen, saluyt. 
^ant onsegeminde borgemeesteren, schepenen, raide ende gemeyne 
iifgesetenen van Thienen endè van Grimde int tracteren vanden 
peyse, onlancxgeledep,gemaect by onsen lieven oemen den Hertoge 
van Sa x en tusschen ons ter eenre, ende de voirs. van Thienen ende 
vaja Grymde ter andre zyden , toegeseyt ende gelooft hebben te 
betaleneu de somme van ellef duysen currenten rins guldenen, tôt 
zejkeren termeynen, te vyetene de sesse duysent dairaf te Kersmisse 
naestcomende, ende die andere vive duysent gui. te Paesschen oie 
naestcomende ende naer voirs. Kersmisse yerst volgende. soe doen 
wj te wetene dat wy mits desen ende ten eynde dat die voirs. van 
Thienen ende van Grymde, niet geheelic ende al verclorven en bliven ) 
raair ben enichsins te bat onderbouden mogen, hebben den selven 
uuyt onser sonderlinger gracien gewillecoert, geconsenleert ende 
yçrleent, willecoeren, consenteren ende verjeenen mit desen, die 
pointen ende arliculen hier na bescreven : 

^rst dat de voirsçr. van Thienen ende van Grymde sullen terstont 
m^egen aenveerden ende besitten huere huysingen ende woeningen 



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in sulker manieren als sy die sultan vinden sonder dair aff nu oft 
in toecomenden tyden ons, den voirsc. onsen oemen oft yemandt 
anders yet meer te dorven geven oft betalen dan voirscreven staet. 
Item sullen gebouden worden te betaelene inder voirsc r. somme, 
beyde geestelycke ende weerlycke persoenen ende nyemant dair af 
exempt zyn, dan de mendicanten, de gaslbuysen, lasarie ende tafele 
des heylichs Geest ende andere die uuter voirscr. stat geweest ende 
onse partie gehouden bebben. Item dat mits desen de voirs. van der 
wet nu oft in toecomenden tyden egbeenen opset maken en sullen 
omme die voirscr. somme te betalene, de voirs. geestelycke persoe- 
nen en sullen dair af geadverteert zyn, ende dair by wesen, ende 
oîck de rekeningh dair af boeren totten slote inclusive. Item dat een 
iegelyck betalen sal inder voirscr. sommen na die quantiteyt van 
zynen huysen oft goeden ; alsoe dat geordineert sal worden. Item oft 
yemant waer, nu oft in toecomenden tyden, die bem rebel maken 
woude, seggende dat hy egheene scbult en badde inder voirscr. 
sommen te betalene , soe salmen in (lien gevalle doen heerlycke 
executie opte weerlycke persoenen ende buer goeden, ende oie 
opte goeden vanden geestelycken. Item dat die voirscr. ingesëtenen 
van Thienen ongehouden sullen syn yet te betalenen mit (lien van 
Loevene aengaende bueren tractate ende peyse die zy in wege zyn 
aen te gane metten voirs. onsen oemen, betalende de voirscr somme 
van XI m inder manieren voirscreven, mitten welcken van Loeven de 
meyerie van Tbienen , bebalven Leeuwe, uuytgesloten is. Item dat 
oie mits des voirs. is de voirscr. van Thienen , bet zy geestelyck oft 
weerlycke persoenen, sullen ongebouden ende ongelast zyn ende 
bliven van den brandschatte die de dorpen doen sullen , wair dat 
datzy, ende zullen buere goeden ende renten die zy in gelde oft in 
coerne bebben sullen , los trecken ende gestaen mit huere voirscr. 
sommen alsboven. Hebben oie, mits des voirscr. is, den voirscr. van 
Thienen quytgeschouden, gegunt endegegeven, schelden quyte,gun- 
nen mit desen aile alsulcken scbulden als de voirscr. onse stat 
scbuldich is den gbenen die contrarie partie van ons gehouden 
bebben , tôt opten dacb toe van huden. Item dat de voirscr. van 
Thienen sullen voirtane gebruyeken aile huere privilegien die zy 
gebadt ende gbebruyct hebben tottertyt toe dat wylen saliger ge- 
dachten onse lieve ende wel geminde geselline moeder aen dlant 
quam , mit oec den privilégie oft octroyé dat hen zindert der aen- 
compst onser voirscr. gesellinne ende moeder gegeven ende gegunt 



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- 297 - 

is geweest, van te mogen bruwen op dassisen ende laslen van den 
hoochslen teeken aldaer ende dat tôt onsen wederseggen alsoe lange 
als ons sal genuegen. Item dat voirts die van den heiligen Geest van 
Thienen sullen bebben ende bebouden bueren moelenen ten onder- 
stande van den armen. Item dat voirts aile de poirteren der stat 
van Thienen buyten wesende, van wat coudicien die zyu, sullen in- 
commen souder gevangen te moegen worden van enngeenen ruyteren, 
mair selen gestaen mit buerer passepoerten elc XXX str. Hem dat 
mits der voirscr. sommen van XI™ guld. de voirscr. ingesetenen van 
Tbienen ende van Grympde, alsoe wel buyten als bynnen wesende, 
sullen geabsoluteert zyn ende bliven van aile mesdaden, die zy in 
desen oirlogen gecommitteert hebben, bebalven dat zy ons den 
beboirlycken eed doen sullen , zoe wairt dien niet gedaen en zy. 
Item dat aile de ingesetenen van Thienen ende van Grympde schul- 
dich zullen zyn de voirscr. lasten te dragenen als voirsc. is. Ende dat 
oft soe gebeurde dat yemandt toge uuyter voirscr. slat om uyt te 
blivenen, ende huysen oit erffelycke renten, het waer in coerneoft in 
gelde , aldair badde , dat in dien gevalle de selve huysen oft goeden 
gehouden sullen zyn inder voirscr. sommen te geldcn ende te beta- 
len , na gelaude dat die weert zyn. Item dat voirts de meyer ende 
wethouderen van Thienen recbt ende justicie doen sullen over de 
mesdadige ende quaetdoenderen na huere ouder gewoeuten. Item 
dat de borgeren van Thienen , soe verre de knechten int vertrecken 
van Thienen enich goet achterlaten , tselve goet houden selen in 
hueren huysen ende aldair laten liggen een maent lanck , het en zy 
dat lien dat mit gewalt genomen worde. Item dat uuten voirscr. 
tractate bliven sullen Aernt Berwouts , Willem Diericx , Meester Jan 
Vander Cappellen, Peter Traetsen, Pauwels Leenen, Henrick 
Straetmans , ende Jan de glaesmakere. Item dat by alsoe wy eene 
poirte van onse stat van Thienen sterken wouden , dat de voirscr. 
ingesetenen dair aen sullen werken ende die hulpen maken na onsen 
voirnemen ende belieften. Item dat de voirscr. Aerndt Berwouts, 
Willem Diericx ende andere persoenen hier boven genoempt, sullen 
oick moeten bliven uuyt allen onsen landen ende heerlicheyden. 
ende huere goeden geconfisqueert. Aile welcke voirscr. pointen ende 
elc van dien wy gelooft hebben, opte vuegenende conditien boven 
vercleert, tonderhouden ende te doen onderhouden, ontbieden 
hierom ende bevelen onsen drossate van Brabant, meyer van Loe- 
ven, amman van Bruessel, meyeren van Thienen , van Leeuwe, van 



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HaJen, en de voirts allen anderen onsen justicieren , officieren ende 
onderseten ons voirscr. lants van Brabaut , ende den justicieren» 
officieren ende ondersaten van den smaien beeren, inden sel yen 
onsen lande van Brabant geseten , onde voirts allen anderen dien 
dit enichsins aengaet oft aengaen sal moogen, datzy den voirscr. van 
Tbienen ende van Grymde ende elken van tien, alsoe hem dat aen- 
gaet, van deser onser gratien , verleeningen , abolicien , ende con- 
sente , mit oie van allen den inhpud voirscr. inder manieren boven 
vercleert, peyselyck ende vredelyck doen ende laten genyeten ende 
gebruyeken , sonder hen te doene oft te laten gesebien ennigen bin- 
der, stoot oft le^el ter contrarien. Want ons aldus gelieft, ende wy 
dftmits den redenen voirscr. aldus gedaen willen hebben. Ende (j^s 
tprcpqden hebben, wy onsen zegel aen desen onsen brjef doen bajn- 
gen. Gegeven opjle.q ^HII e " dach der maent vanAugusto, intjaer qns 
Heeren duyseut yierhondert negen ende tacbenlicb, ende van deji 
rycfce yan ons çoninck tvierde. 

Archives du royaume, Chamkre de* Comptes, 
Registre 8, f. 411 verso. 

— eso 

No 1a. 

Octroi permettant de fortifier et 4e diminuer la vilk M Tirlemoni, 
le 99 mars 1842 (#. S.). 

Ma*imiliaen , J>y der gracien Goidts , gecoren keyser , coninck y^n 
HQngrjin, van palmaUen, van proatien, etc., ende Karel, by der 
server gratte , prtsher^ogben yan Oisiericb etc. aljen den ghenpn die 
tfc^ei) pnsen brief suljen zien, saluy t. Van wegen orçs freminden gop- 
g^naeesteren , sc^-eppoen , ende raedtpnser sladf. yan T|)ienen, $qe 
pger ben aïs vqexe ende in den name yan allen den borgers ende jn- 
gflftftep der sefver sfa.dt, is ons vertboent «q.dp J# keqnen gegejjeji 
gfttyeest, jhae opte clacblen ende begheerte by j^en yoirsr. ttyopp- 
«jer/anons onlançx gedaejq vauden verfiese, scao^en çncje iqljeresj}çn 
My ben -gejeden , s#e ,jyei doer dinnen^en van den voirscr. stede, gj$ 
tltf grpote meniente ,v>n 4en ingese^enen ende inyvoonendç ^er 9$- 
,v£f#fôdt , b^kenneo^e $e crancqeyt ende yveecheyt van diere. , çn^te 
4gt sjy,$pte îro,ntiepeja yan den lande geseten sya , fren «Jagejip* y^- 
ftoclffîl in andere steden ende piaeteen , ons be^eft Jxeeft gejjadj te 



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ordonneren ende committeren eenige goede notabele maunen , heu 
verstaende der oirlogen ende fortiûcalien van steden ende andere 
werckmeeslers om die voirsc. stadt ende sterkten van dien te visite- 
ren ende duersien, ende te adviseren, ramen ende sluyten by wat 
middel ende manie ren, men toiter fortificalie van diere soude moe- 
&en versien. Welcke commissarissen h en inde voirscr. stadt getrans- 
porteert hebben ende nae de voirscr. visitatie gedaen . bebben be- 
voûden dat van noode wesen zoude, de selve stadt te niinderen 
ende nyeu vesien, poorten ende mueren dairaen te maken. Ende 
hoewel t voirscr. advys ende concept zeere lasticb ende verdrietlick 
es voir vêle van den voorscr. tboenderen , die gescepen zullen zyn 
buyten der sterkte van der voirscr. stadt te woonen, ende dat twerck 
in hem selven zeer groot , costeiick ende zwaer vallen soude, soe int 
cQopen van den erven dair men de voirs. mueren s te II eu soude als 
andersiois. Desen nyettegeu&iaende zoe souden die voira, supplian- 
ten wel genegen zyn te verstane toi gbene des voirscr. es, indien sy 
dairinoe by ons ende huere gebueren, die by den voirscr. fortiû- 
catie ende stercxte zouden n ogen beschudt ende bescherrat zyn, 
gesucureerl ende geholpen worden , oitmoedelick dairom biddende 
ende versoucfcende ende zunderlinghe dat ons gelieven wille ben 
kwyt te scelden buere part ende porUe van allen onsen bede voire . 
den tyt ende termyn van thjen jaeren , beginnende ende ingaende 
tsint-Jansmisse vvftbien honder} deribiene naistcowende , dat die 
gracie ende quytscbeldinge die sy nu ter tyt bebben , uuytgaen ende 
expireren sal, ende dairenboven ben le gpnnen ende verleenen 
oirlof ende consent te moogen coopeii de erven ende gi onden vançjen 
particulière persoonen , ople welke van nqqde wesen zal tvoirsçr. 
werck te bestaen ende op te bringen , ende die selve erven te doen 
loven ende extimeren by luyden ben des verstaende ende niet sus- 
pect synde , ende vanden pryse dairmen .alsoe raitten grondervers 
Qvercomen sal. net zy métier roi nnen oft by taxalien ende prise- 
ringen , den selven grondeners ende besitters vanden voirscr. erven 
te mogen assigneren ende bewysen ren te n ople voirscr. stadt, bet 
zy ervelycke oft te lyve , soe men tselve geyoegelicxt sal inoegen 
doen , ende dat ben insgelicx geoirloefl ende geconsenleert wordt te 
doen bedwingen soe wel die borgeren eude ingesetenen vander 
voirscr. stadt, als degene die buyten der selver ende inde iaeyer4e 
\w Thienen woonende zyn , bel zy onder die. swale beeren oft an- 
dene, van wal slate oft conditien zy zyn , aende voirscr. fortifiicatie 



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- 500 — 

ende sterckte te wercken ofte doen wercken , het zy in huere eygene 
persoonen, leenende huer peerden , wagenen oft kerren ende an- 
derssins nae huerer faculteyt ende die gelegentheyt ende beboefle 
vanden selven wercke, ten minsten eenen dach ter maent, ter 
ordonnantie van scepenen ende andere vanden gerechte der selver 
stadt, oft by dengenen die by hen tolten selven wercke gestelt, 
geordonneert ende gecommitteert zullen worden , ende hen op al 
verleenen ende doen expedieren onse oepenen brieven in behoir- 
lycker voirmen. Soe eyst dat wy die saken voircr. overgemerct, be- 
gheerende voersien te worden totter bewa émisse , sekerheyt ende 
deffensie van onser voirscr. stadt van Thienen ende vanden ingese- 
tene ende nabueren van diere, ende hierop gehadt tadvys, eerst 
van onsen lieven ende getrouwen die cancelliere ende lu y d en van 
onsen raide ende rekeninge in Brabant , ende dairnae vanden hoot 
gouverneurs, raden ende trésorier generael van onsen domeynen 
ende finantien, wy hcbben den selven borgemeesteren , scepenen 
ende raidt der voirscr. stadt van Thienen , genegen wesende tôt 
huerer begheerte ende supplicatie, by deliberacie ende goetduncken 
van onser lieve dochter van ons keyser, vrauwe ende moye van ons 
Kaerle , die Eirtshertoghinne van Oistenryck , hertoginne ende gra- 
vinne van Bourgoingnien , douagiere van Savoyen , régente ende 
gouvernante etc., ende vanden luyden van onsen heymelycke rade, 
neffens huer wesende , gegonnen , geoctroyeert ende gewillekuert, 
gonnen , octroyeren ende willekueren , hen gevende oirloff, macbl 
ende auctoriteyt uuyt zunderlinge gracie, midts desen onsen brieve, 
dat zy die voirscr. stadt van Thienen zullen mogen minderen ende 
nauwen , die buytenmueren ende vesten afbreken ende voile n, ende 
die poorten , torren , muren ende vesten versetten , ende die repa- 
reren , fortiffieren ende sterck maken , al na uutwysen vanden con- 
cepte ende patroen dairvan zynde, ende by advyse ende goetdunc- 
ken van goede mannen hen des verstaende , die zy gehouden zullen 
wesen daerover te roepenen. Ende om tselve werck te beslaen, 
beleyden ende volcomen , zullen die selve thoenderen mogen coopen, 
nemen, aenveerden ende gebruycken vanden particulière persoenen 
alsulcke partyen van goede ende erve, alsmen dairtoe nootsakelick 
beboeven sal , ende tôt sulcken redelycken pryse als de selve gron- 
den ende erve by dengenen die wy dairtoe committeren zullen recht- 
vaerdelick gepresen, geextimeert ende getaxeert sullen wesen. 
Welcke gronden ende erven die voirscr. thoenderen gehouden 



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— 301 - 

sullen wesen te gelden ende te betalen na die voirscr. extiniacie 
eode taxacie ende die grondenaeren ende proprietarissen van dien 
dairvan vernoegen , het zy in gereede penningen , ofte met losrente 
ende lyftocht die zy hen dair voeren assigneren ende bewysen sul- 
len , op tlichame der voirscr. stadt , oft anderssins zoe zy tselve best 
ende gevoegelicx zullen connen ende mogen volcommen ende belee- 
den. Yan welcken renten zy hen geven ende passeren zullen goede 
bezegelde brieven onder der voirscr. stadtsegel tôt sekerheyt ende 
genoegen vanden voirscr. grondeneren, inhoudende, onder andere 
clauaen , renonciatie van allen respyten , gracien ende attermina- 
cien ende andere exceptien , by denwelken die betalinge vanden 
selven renten eenichsins verachtert, uuytgesedt ofte geschorst zoude 
mogen wesen, nu oft in toecommende tyde. Ordonne rende ende 
verclaerende mits desen , dat aile die borgeren , inwoonende ende 
ingeseten der voirscr. stadt ende meyerien van Thienen ende andere 
die ongelast zyn in andere steden eenich werck ofte fortificatie te 
doen, van wat state ofte conditien die zyn, gehouden ende be- 
dwongben worden te commen wercken inder voirscr. stadt, tôt 
fortifficatien ende sterckten van diere , het zy in hueren persoenen , 
leenende huere peerden, wagenen ende kerren, ende anderssins, 
yegelyck nae zyn macht ende faculleyt , eenen dach ter inaent , ter 
ordonnancie ende vermanen vanden officier ende gerechten der 
selver stadt oft van denghenen die by hen dairtoe geordonneert 
zullen wesen , op pêne te belalen byden weygers , teicker reysen dat 
gebueren zoude , zoe vêle als een ander lantman oft arbeyder elcx 
daighs zoude mogen winnen Ordonnerende ende verclarende voirts 
dattvoirscr. werck opgeinaict, volcommen ende volbracht zynde, 
als dat behoirt, tselve wel ende lovelick onderhouden worde byden 
borgeren ende ingesetenen der selver stadt tôt hueren eygen coste 
ende lasle. Ende dat zy dairtoe bedwongen zullen worden realyck 
ende by feyte , nyet tegenstaende opposilie oft appellatie gedaen oft 
te doene ter contrarien , ende sonder achterdeel van dien alsmen 
gewoenelycker es te doen om onsen eygen saken ende afferen. Ont- 
bieden dairom ende bevelen onsen voirscr. cancellier ende luden 
van onsen raide ende rekenninghen in Brabant, den selven van 
onsen financien , meyeren van Loeven ende van Thienen ende allen 
anderen onsen ende der smalen heeren richteren, justicieren, offi- 
cieren ende ondersaten, wien dit aengaen mach, ende eenyegelyck 
van hen bysondere . zoe hem toebehoiren sal , dat zy die voirscr. 



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tboenderen doen, laten ende dedoegben tan deser baser grade, 
octroyé, ordinancie ende declaralie ende van al den inhouden vai 
desen onsen brieve, inder voegen . manieren ende op die condicieo 
boven verbaelt , rnstelick , vredelick ende volcommelick genyetea 
ende gebruycken , sonder ben daer jegens te doen oft te laten g* 
schîen eenigen hinder , stoot , letsel ofte moyenisse in eeniger »a- 
nieren. Wanl ons alsoe geîieft , niettegenstaende eenige ordinancie, 
costumen, geboden ofte verboden ter con ira rien. Des torconde» 
hebben wy onsen segel bieraen doen hangen. Gegeven in onser 
stadt Tan iMecbelen, den XXIX e » dacb van Meert int jair onss Reeren 
du y se ni vyf hondert ende elve voor paesscben ende van den ryckefl 
van ons keyser , te wetene , van Germanien 26* ende va* Honga- 
rîen ete. 23. Aldus geteekent, etc. 

Archives du royaume, Chambre det complet, 
Registre 63b, f. 197. 



N. 15. 

Octroi renouvelant, le 47 septembre 4512, Vèdit qui précède. 

Maximiliaen, by der gratien Goidts, gecoren keyser, enz; Karel, 
byder selver gratien, Ertsherlogen van Oistenryck, enz. den ierslen 
van onsen Deurweerderen , Boden , ofte andere onse officieren , dien 
dat behooren sal, hier op versocht, saluyt. Van wegbens der borghe- 
meesters, schepenen ende raedt onser stadt van Thienen isonste 
kennen gegeven geweest , hoe dat der selver onser stadt xxix dae- 
gen in meerte, anno elfve leslleden, verleent ware geweest de voor- 
schreve stadt te minderen, affte brecken, erve te coopen ende 
yegelycke van heuren ingesetenen ende meyerye der selver daer 
inné te doen contribueren ende gelden, met oyck daer inné te 
wercken ende voitureren, andersints daer inné te doen wercken ende 
contribueren tolten eynde toe van den selven wercke , ende boe wel 
nyemandt van den ingesetenen ofte ondersaeten van den selver ben 
in t' voirschr. wercken ofte betaelinge, daer op sy geset wordden, 
daer inné nyet en bestonden, eenighen sioot ofte letsel te doen, 
desen nochtans nyettegenstaende soo voerderen ben eenige innege- 
setenen , ende ondersaeten dèr voortsebreve meyereyen daer inné 
rebel ende wederspannich te maecken , beyde Int betaelen ende 



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- 305 — 

tfefek'én , ander gevende quâet exempte , d'welck hen compt toi 
henrèn odgennaeéten, bidden'de daerom de vooïs. sffppiiantëiï, #à(t 
oui éefteveh vvbuden hen op heure voôtfschtevè prbvisie tforikètit 
etliie bctroye te verléenen , ônse opene brieven van executcfrîéh fti 
henô'orelyckér for tu en. Waerom soe eest, dat wy desen aengesien 11 
ontbieden ende commitleren by desen , dat sde verre u blyckfe 
van de opene brieven van consente ende octroyé, daer boven aff mén- 
tiegemaeckt is,ghyin dyen gevalle len vérsuecke van vofrschreve 
thôenderen sedt ende stelt oft setten ende stelten , dat die voorscr- 
brieven van consente ende octroyé nae heure forme ende teneur tôt 
vôlcomender ende behoorelycker executien bedwingertde daer toe, 
realyck ende met feyte , aile diegene , die daerom snllen behoiren 
bédwongen te syn. Want ons âlsoo geiieft, ende van des te doen Wy 
u m'acht geveh. Ontbleden ende bevelen voirts allen anderen on&h 
ende der smalre heeren richteren, officieren , ende ond'ersaeten , 
dyeb dat àengaen sa! moeghen , dat sy ende elck van lien soehén 
toebehoirt, dat sy u dit doende gehoorsaem syn , behnlp ende by- 
stant doen*, soo yérre gy des behoeft, ende sy des van u versocbt 
worden. Gegeven in onse stadt van Brussele « xvij daegen in septem- 
mi , int* jaer ons Heeren dnysent V e ende twelfve. 

Archives de la ville 
de Tirlemont. 



N° 14. 



Octroi de V empereur Charles-Quint, accordé en 1557 ( N. S. ) et 
modifiant les deux diplômes qui précèdent. 

Caerle by der gratien Goidts roemsen keyser alteyt vermeerder 
'srycx, coninck van Germanien , enz. onsen lieven ende getrauwen 
den cancellier , ende luyden van onsen raede in Brabant , meyer van 
Thienen , ende allen anderen onsen, ende der smalre heeren rich- 
terèn, justicieren ende officieren in onsen lande van Brabant gese- 
ten, wien dit aengaen sal moghen , ofte huere stedehouderen, saluyt 
ende dilectie. Wy hebben ontfangen die supplicatie van onsen be- 
minden, die borghemeesteren, schepenen ende raedt onser stàdt 
van Thienen , inhoudende hoe dat wylen .onsen lieve Heere ende 



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— 304 — 

grootvaeder, Maximiliaen, in syn leven roemschen keyser, wyens 
siele Godt genaedich sy , ende wy by andere onse opene brieven in 
datbe van xxix fn dach van meerte in den jaere XV e elfve voor 
Paesschen, aenmerckende dat de voors. stadt van Thienen iseene 
frontier van desen onsen lande van Brabant, lanck, wyt, ende seer 
quaelyck geforliGceert ende waeromme sy dickwylen by den vian- 
den ingenomen is geweest, ende syn d'ingesetenen ghevangen, 
gespolieert ende bedorven, ende soo voorts groolelycken van 
noode was niet alleen ten voordeele ende defensien van de ingese- 
tenen der sel ver sladt maer oyck van de inwoonende, ende ingese- 
tenen binnen onse meyeryen van Thienen , ende andere daer om- 
trent gelegen ende van heure goeden, hebben den suplianten verleent 
ende geoctroyeert dat sy die voorschreven stadt souden moghen 
fortiûceren op sekere vuegen ende manieren inde voorschreven 
brieven van octroyé naerder gespecificeert , onder andere ordonne- 
rende ende bevelende, verclaerende dat allen die borgheren in- 
woonende ende ingeselenen der voorschreven stadt, ende meyeryen 
van Thienen , ende oyck andere die ongelast syn in andere steden, 
eenich werck, ofte fortificatie te doen , van wat staet, ofte conditie, 
die syn gehouden ende gedwongen worden te coemen wercken inde 
voorschreve stadt tôt forliûcalien ende sterckte van dyer , het sy in 
heure persoonen , leenende heure peerden , wagenen ende kerren 
ende andersints, yegelyck nae syn macht ende faculteyt, eenen 
dach ter maendt ter ordonnantien ende vermaen vanden officier 
ende gerechten der selver stadt , ofte van den genen die by hen 
daer toe geordonneert soude worden opte pêne van te betaelen by 
den wygers, telcker reyse dat gebeuren soude, soo veele als een 
anderwerckman ofte aerbeyder elex sdaeghs soude moghen winnen, 
gelyck die brieven daer aff synde dat naerder begrypen, ende 
waerop hen thoenderen by u luyden van onsen voirs. raede in Bra- 
bant syn geexpedieert geweest diversche brieven executoriale , in- 
houdende, dat onse deurweerdere , ofte andere officiers ten ver- 
suecke van hen thoenderen die voorschreve brieven van octroyé 
ende consente souden setten ende stellen ter execu lie, nae heure 
forme ende teneur, bedwingende daertoe, realyck ende met feyte, 
allen die gène die daertoe behoiren bedwongen te syne, nu eest 
dat overmits die voorschreve pêne cleyn is, ende onse voorschreve 
brieven van octroyé niet hune en souden , dat men die quaetwil- 
lige weygeringe doende in desen te obedieren de seive pêne soude 



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- 305 — 

mogen affnemen metten coste daer omme gedaen , soe syn de selve 
brieven den supplianten illusoir, want als eenigenyet en willen obe- 
dieren , gelyck daegelycx gebeurt , meynende te ghestaene metter 
voorschreve pêne sonder costen , sy thoonderen bebben meer costen 
vande executien, on» telcken reyse die penen hen afftenemen ende 
inné te baelen , dan die selve pêne gedraegbt , ailes ten grooten 
acbterdeele van den supplianten en meer sal en worden hen 
hier op nyet versien met naerdere behoorelycke provisien , alsoo sy 
seggen , ons daeromme oodtmoedelyck biddende. Waeromme soo 
eest dat wy desen aengesien ende gehadt hier op d'advys van u, 
luyden van onsen voorschreve raede in Brabant, genegen wesende 
ter bede ende begeerte vanden voorschreve supplianten ende bege- 
rende te versien totter bewaernisse , sekerheyt ende deffensie onser 
voorschreve stadt van Thienen, amplierende ende interpreterende 
die brieven van octroyé van wylen onsen voorschreve grootvaeder 
ende van ons, hebben geordonneert ende verclaert, ordonneren ende 
verclaeren by desen dat aleer de voorschreve supplianten eenige 
executie oft afpandinge uyt crachte vande selve brieven van octroyé, 
sullen mogen doen ofte doen doen op den gène die gebreckich 
syn, naervolgende den selven brieven, te comen wercken aen onse 
voorschreve stadt van Thienen tôt fortificatie der selver, sullen 
ierst ende vooral ende goetsteyts moeten su m m ère n den genen die 
sy meynen ende pretenderen, naevolgende den selven octroyé, daer 
inné gehouden ende subject te syne, ende den selven daer toe eenen 
bequaeraen teyt te prefigeren, ende dat die selve sommatie sal 
moeten geschieden sonder çost vanden genen die alsoo daer inné 
gehouden syn , d'welck gedaen ende den teydt vanden sommacien 
overstreeken synde, dat alsdan die voorschreve supplianten sullen 
by u, onsen meyer van Thienen , ofte uwen stedehoudere, moghen 
doen executeren, soo dickwils als van noode wesen sal, die ge- 
breckelycke voor die penen in onse voorschreve brieven van octroyé 
begrepen, ende opde voorschreve gebreckelycke , gelieckelyck ende 
nae raette, ooek mede executeren uwen redelycken salaris van uwe 
executien, sonder dat gy, meyer ofte uwe stedehouwere , van 
elcken gebreckelycken uwen salaris ofte vaccatien suit mogen execu- 
teren , ofte exigeren ende om l'selve alsoo te doene ende om meer- 
dere costen te verhueden , wy hebben u, meyer ofte uwen stede- 
houwere, daer toe gecommitteert ende geauthoriseert , committeren 

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— 506 — 

ende aulhoriseren by desen , want ons alsoo ghelieft. Gegeven ia 
o»se stede van Brussele , xiiij daeghen in meerle int' jaer ons 
Heeren duysent vyff hondert ende sessendenigb. 

Archives de la ville 
de TirlenoBt. 



N. 15. 

Rapport du magistrat de Tirlemont au Duc d'Albe, en date du 
27 Mai 1573 , sur la prise de cette ville par des soldats du 
Prince d'Orange, le 2 Septembre 4572. 

Oenaedige. heer. — Àlsoe ons van wegen uwer genaeden zyn ge- 
presenteert geweest sekere besloten brieven gedateert lot Nyinegien 
den derden deser tegenwoordige maent van Mey, waer unyt men wb! 
bemerken can die goede affectie ende intentie van uwer Excell. totten 
goeden ende innocenten subjecten, ende waeraff wy deselve uwe 
Excell. grootelyck bedancken ende zyn. Ende om te voldoen de 
bevelen, ende erst dat wy uwer Ex cî « souden adverteren ende over- 
scryven de namen ende toenamen van de persoonen , die culpabile 
oft oirsaecke souden syn geweest van de verraderye oft innemen van 
deser armer stadt , oft ter cansen van dien eenige intelligencie heb- 
ben gehadt. Welcken aengaende sal uwe Ex«e gelieven te weten, 
dat wy nyet en weten van eenige verraderye oft intelligencie ; maer 
alsoe de geheele armée van den rebellen marcherende was , in den 
dageraet, op den tien septembris 11. van omtrent St Trnyen recht 
naer ende op dese stadt; heeft hem voir dese selve stadt, des mor- 
gens omtrint den vyflF uren, gepresenteert , ter plaetsen ende in het 
weecxten van derselver stadt, een genaempt Félix Van der Hoeven, 
met een vendel harquebousiers van tusschen v c oft vie hoefden. 
Welcke Félix de situatie ende gelegentheit van der stadt zeer wel 
kende , als degene die hier voertyden binnen deser selver stadt wel 
gewoent heeft den tyt bat (omtrent ofover) van vin oft ixjaeren; 
seggende de voers. Félix , dat by metter minnen oft metter macht 
wilde in de stadt wesen. Ende alsoe de poirten deser stadt alsdoen 
noch vastgesloten waeren , ende men geerne den voers. Félix met 
zynen volcke zoude buytengehouden hebben is de armée voerts aeB- 
gecomen, haer insgelycx op de syde naer St Truyen met zeer groote 



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- 307 — 

menichte presenterende , ter plaetsen daer dese stadt t' enemael 
droege ende nyet bewaerbaer en was , willende insgelycx terstont 
ende metter macht , ende sonder eenich voirder delay inné wesen , 
deende dreygementen van ai te vermoerden , dat binnen dese stadt 
was, ende voerts van deselve stadt te plnnderen ende te verbran- 
den, waer deur dese arme borgeren in groote benauwtheit ende 
perplexiteyt zyn gecomen , als egheen middel gehadt hebbende, om 
dese stadt, die zeer groot ende vague is te hebben connen houden 
ende tegen den rebellen defenderen, als onversien synde geweest 
van aile munilien ende defence; ende binnen deser stadt nyet en 
waeren, gelyck als noch nyet en syn r twee hondert werachtige man- 
nen. Ende alsoe die poirten noch worden toegehouden, ende de 
harquebousiers van den voirs. Félix ende and ère apparence maeck- 
ten , om de voirs. stadt te beloopen, gelyck alreede meer dan II e 
van dien over de wallen deser stadt waeren gecomen ende groote 
foule begonsten te doen, zyn ten lesten, omtrint den VIII uren, uyt 
vreese van lyff ende goet te verliesen, ende andere periculen te 
scouwen , de voirs. poirten geopent geweest , ende syn alsoe de voirs 
rebellen inné gecomen tôt onsen zeer grooten leetwesen. Ende en 
souden uwe Ex ce dienaengaende nyet naerder weten tadverteren , 
dan dat de voirs. Félix vander Hoeven is geweest de principale 
oirsaeke van het innemen deser stadt; ende is de voirs. Félix vander 
Hoeven geweest homme d'armes onder de compaingnie van den 
Hertoghe van Àerschot. 

Ende aengaende denghenen , die, als hoeffden ende cap nen souden 
hebben gedient tegen Z. M., adverteren wy uwe Ex le , dat wy dyen 
aengaende nyemanden en kennen oft en weten, dan de voirs. cap n 
Félix. 

Ende aengaende denghenen , die souden syn geweest als hoeffden 
oft promoteurs vanhetberoven ende sacageren van dekercken, enz., 
adverteren wy uwe Ex ce , dat wy daer aff nyet en weten , als saeken, 
die binnen dese stad nyet gebuert en zyn, God hebbe loff ! 

Ende aengaende dengenen, die in officie ende eedt van zyne Ma 1 , 
zyn geweest ende adherenten zyn geweest van de rebellen ende van 
dengenen, die noch tegenwoordechlyk de wapenen dragen tegen 
Z. M*, adverteren wy uwe Ex ce dat wy nyet en weten van eenige ad- 
herenten oft denghenen, die de wapenen dragen tegen zyne M* dan 
dat, sedert het innenemen van de voers. stadt, Jan Mercelis, werdt 
in den Oyenvaer, ende Aert Mormans laeckenvercooper , burgeren 



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— 308 — 

dezer stadt, ende als soutiers wesende in den eedt van de M 1 ende 
dese stadt, zyn geweest aenhangeren ende adherenten van den rebel- 
len, ende hen, ter causen van dyen, uyten lande van zynder Ma* ende 
binnen den lande van Luyck zyn houdende, maer nochtans nyet en 
weten, dat zy de wapenen tegen Z. M 1 souden hebben gedragen. 
Ende dat wy verstaen ende tonsen kennisse gecomen is, dat, sedert 
tvoirs. innenemen van dese stadt, Jacques Walbert ende Nicolaes 
Goddon , innegeseten deser stadt, ende wesende in den eedt van 
Z. M 1 als archiers onder de comp ie wylen des Graven van Hoech- 
straten, item Jan Goddon wesende als scutter In den eedt van Z. M* 
ende dese stadt, Wouter Goddon, ende Dierck Cleine, insgelycx bor- 
geren deser stadt hen van hier vertrocken hebben, ende tegen woir- 
dechlyck de wapenen dragen tegen Z. M 1 . Dit is, genade Heer, dat 
wy uwer Ex ce weten te adverteren, biddende, enz. Geschreven desen 
XXVHen May 1573. 

Die aile uwer Ex c «e onderdanige ende goetwillige dienaren, de 
Meyer, bourgm., scepenen ende raedt der stadt van Thienen. 
(Était signé) : A. Berwouts. 

Archives du royaume , Conseil des Troubles , 
No 7, f. 60. 



N° 16. 

Octroi par lequel les archiducs Albert et Isabelle permettent^ 
le 10 juin 160f, de fortifier la ville de Tirlemont. 

Albert ende Isabel Clara Eugenia Infante van Spaignien, by der 
gratien Godts, Ertshertogen van Oistenryck , etc. a lien den genen 
die dese onse opene brieven sullen sien ofte hooren lesen, saluyt. 
Doen te wetene, dat wy ontfanghen hebben die oodtmoedige suppli- 
calie van den borghemeesteren , schepenen ende raedt onser stadt 
van Thienen, inhoudende dat by wylen, hooger gedachten, Maximi- 
Uaen ende Gaerle respectieve van Oistenryck , keysers ende herto- 
ghen van Brabant, hen luyden is geoctroyeert ende gegunt geweest, 
dat elk ingesetene der selver stadt, ende meyerye van dyen, by den 
voorsaeten der suplianten gesommeert wesende, moeste ende was 
gehouden soo in persoon, als met waegenen ende peerden, een dach 
ter maent commen te arbeyden ende corwyden, tôt fortificatie der 



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— 509 — 

selver stadt, blyckende, sonderliuge by den bescheeden van de res- 
pectieve excutorien daer aff synde, ende alsoo die voorschreve stadt 
deur toedoen , ende gedurende dese troubelen, is aengaende heure 
poorten, mueren, wallen, enz., seer beschaedight, vervallen, onge- 
repareert ende by den suplianten quaelyck houwbaer, ofte defensi- 
bele, nyettegenstaende de selve is frontière, jae de rechte poorte, 
deur die welcke den vyandt lancx d'opene velden des quartiers van 
Hespegouwe, landt van Luyck, voor het gevuegelyckste soude con- 
nen, ofte moghen inné trecken, binnen desen onsen lande van Bra- 
dant, soe tôt vêle reysen t'selve notoirelyck is geblecken in vuegen, 
dat d'invasie der selver niet alleenelyck en soude causeren het verlies 
van d'innegesetenen aldaer, maer oock merckelyck naedeel vanden 
dienst, domynen, ende assistentie van ons, ende sunderlinge die 
ruine van den quartiere der selver stadt, daer ter contrarien die 
selve stadt, wesende in redelycke fortificatie soude dienen tôt be- 
quame retraiete ende conservatie van de persoonen ende goeden 
van allen den omliggende naebueren tôt beletsele vander incursie 
des voorschr. landts ende sunderlinge dat de selve stadt, wesende 
behoorelyck versien, sal van borghers multipliceren, ende conse- 
quentelyck sal aldaer augmenteren den middel om ons te moghen 
dienen. Maer geconsidereert die voorsch. nootelycke fortificatie nyet 
en considereert in het vermogen der supplianten alieen, soo hebben 
sy ons oodtmoedelyck gebeden, dat ons soude gelieven die boven- 
geroerde octroyé te vernyeuwen, ofte waere noot, van nyeuws hen 
lieden te octroyeren ende te gunnen , dat sy allen ondersaeten der 
selver stadt ende der geheelder meyerye, resort ende quartiere der 
selver ten platten lande geseten, egeene uytgesondert, sonderlinge 
mits den tegenwoordigen noodt ende staet vander saecken, souden 
soo in persoon, als met waeghen ende peerden, eenen dach binnen 
elcke maent doen comen wercken ende corweyden , als boven, ende 
in cas van weygeringe, diley ofte oppositie, den suplianten te ver- 
leenen behoorelycke executorien, om alsulcke onwillige te bedwin- 
gen soo in equityt ende aile billichheyt soude bevonden worden te 
behooren. Waerom soe eest dat wy desen aengesien, gheneghen 
wesende ter bede ende supplicatien der voorschr. supplianten, 
ende willende promptelyck versien dat de voorschreve stadt ende 
den ingesetenen van dyen worde gestelt in defentie ende goede 
vaste bewaernisse, hebben in regarde ende respect van de octroyen 
ende privilegien hen by onse voorouders, hertoghen van Brabant, 



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— 310 - 

verleent ende geaccordeert, den voorschr. supplianten van nyeuws 
uuyt onser sonderlinge gratien, princerlycker macht ende authori- 
tyt, gegunt ende geaccordeert ende geoctroyeert, gunnen, accorde- 
ren, ende octroyeren by desen dat sy voortaene allen ondersaeten 
der voorschr. onser stadt van Tbienen ende der geheelder meyeryen, 
ressort ende quartier der selver, ten platten lande geseten , egeene 
uytgesondert, sullen soo in persoon als met waegen ende peerden, 
eenen dach binnen elcke maent, die hen daertoe geassigneert ende 
geinsinueert sal worden, mogen bedwingen van ben te doen werc- 
ken, ende corwyden aen onse voorschr. stadt om die te repareren, 
fortificeren ende in defence te stellen, soo behooren sal, ende dat 
opde pêne ende verbeurte van te betaelene by de onwillighe, ende 
défaillantes soo dickwils als sy des in gebrecke oft faulte sullen 
wesen, te wetene, voor eenen persoon, die somme van dry rins gol- 
dens, ende die met waegenen , peerden ofle kerren, sullen moeten 
wercken ende corwyden , die somme van sesse rins guldens eens, 
d'een deel daerafif te appliceren tôt onsen profyte ende d'ander deel 
tôt profyte ende oirboir van de voorschr. fortificatie onser stadt van 
Thienen. Ontbieden daerom ende bevelen onsen seer lieven ende 
getrouwen, die cancellier ende luyden van onsen raede, geordon- 
neert in Brabant, meyer van Loven, amptman van Brussele, schou- 
telten van Antwerpen, ende van den Bosschen, hooftmeyer onser 
stadt van Thienen ende allen anderen onsen ende onser vasallen 
richteren, justicieren ende officieren, ende elcken van hen beson- 
dere, soo hem toebehooren ofle aengaen sal moghen, dat sy den 
voorschr. supplianten van deser onser teghenwoordiger gratien, 
octroyé, privilégie, ende van allen den inhondt van desen, inder 
manière als boven, doen, laeten, ende gedoogen rustelyck, vredelyck 
ende volcomentlyck ghenyeten, ende gebruycken, sonder hen daer 
inné te doen ofte te laeten geschieden eenich hinder, letsel, ofle 
moeyenisse ter contrarie. Want ons alsoo gelieft. Ende des t'oircon- 
den hebben wy onsen segele hier aen doen banghen. Gegeven in 
onser stadt van Brussele , thien daegben inde maent van junio int* 
jaer ons Heeren duyssent sessen hondert ende viere. 

Archives de la ville 
de Tirlemont. 



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- 3ii - 

N« 17. 

Rapport sur l'inspection de la Ghète, faite, en 1614, par le Préla 
de Parckj le bourgmestre de Louvain Vander Vorst et le nommé 
J. Pannius. 

Yerbael van 't gebesoigfteerde des Heere Prelaetsvan Parck, Bor- 
gemeester vander Vorst ende van my, J. Fannius, in het visiteren 
van de reviere vander Gnete ende de sluysen daerop staende : 

Wy syn vertrocken van Perck, den XX e » mey 161^ 's morgens 
vroech tusschen vyff ende zess uren , opden wagen des voorschreven 
heere Prelaets, ende syn van daer gereden tôt boven de justiqie van 
Tnjenen (1) lancx den breën wech, hehbende te Roosbeke geren- 
contreert den Borgemeester vanden Bergbe, J r Ranst ende Rent- 
meester Emond Goossens, die ons voirts hebben geleyt doer Oplinter 
ende Nederlinter, tôt by Budingen, ter plaetsen geheeten te Bossche, 
alwaer ons den sluysmeester , genoempt Gilis Leys > en eenen molen- 
slager, genoempt Laureys Dei Mot, hebben verlhoont sekeren ver- 
vallen sluys, ofte soe syt (sy het) noemden verlaet, dienende om 
het water op te bonden ofte steygen , ende by dyen middel de sche- 
pen te dienen van water , willende de voerschreve sluysenier seggen 
dat het bedde oft fandament daer van noch goet soude wesen, mits 
dat hyt in't jaer 1577 selve hadde helpen opmaecken. Van daer syn 
wy voorts lancx die rivière opgecommen tôt op den sluys van Neder- 
linter, die geheel goet is gemaeckt in den jaere 1593 ende heeft 
doen terlyt gecost, soe de voerschreve heeren van Thienen vercle- 
ren , twelf hondert gulden ; syn voirts wederomme de reviere opge- 
commen tôt op eenen vervallen sluys , genoemt den Hooehwmdel, 
liggende op d'eynde van Neerlinter, te weten , daer Neerlinter scheyt 
van Oplinter. Van daer voirts wederomme tôt eenen anderen verval- 
len sluys gelegen acbter het cloester van Oplinter, den welcken men 
wîlt seggen te staene ten laste van het selve clooster, te weten , dat 
sy dien souden moeten maecken ende onderhouden , gelyck syt oyck 
onderhonden. Noch eenen anderen slnys , staende in het clooster by 
hunnen mol en. Dit gedaen synde , syn wy gereden tôt by Thienen 
aende molen , geheeten de Grimde, alwaer wy affgeseten syn ende 

(1) La Justice de Tirlemont ou le lieu des exécutions judiciaires était située & 
Bryssem , hameau de Cumptich. 



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- 512 - 

gegaen tôt by eenen anderen vervallen sluys , die oyck soude moeten 
gemaeckt worden. Boven welcke voirschreve sluysen worde ons ge- 
seegbt daller noch was een ander verlaet , d'welck wy nyet gesien en 
hebben, staende te Budingen, op d'eynde van de Gbete van Thienen» 
d'welck oyck is vervallen. En is, te Budingen aende moelen nocb een 
steenen sluys die goet ende in esse is ende wordt onderhouden by 
de stadt , dien den molen toebeboirt. Ende voir d'iesle is binnen de 
stadt noch een steenen sîuyse , die oyck in staet ende onderhouden 
wordt byde tafele van Thienen, die haeren molen daeraenheeft (1). 
Voir soe vêle die Reviere aengaet, als de seive op hoere behoir- 
lycke breyde ende diepte geruympt souden wesen , ende voirscreve 
sluysen gemaeckt, is notoir dat de selve seer wel navigabel soude 
wesen. Ende het mynen ende suyveren staet tôt last vande gegoyde, 
een ieder aen syne erve. De voirscreve visitatie gedaen synde heeft 
Gheerdt de Vleeschouwer , gesworen molenslager van hunne hooche- 
den , die wy met ons geleyt hadden , verclaert , dat iederen sluys, 
d'een doer d'ander , ten boochsten nyet meer en soude costen als 
dusent gulden, ende de twee verlaten soe vêle als eenen sluys, 
willende de voirschreve Geerdt voirts seggen, dat in den grond 
noch pylen en balcken sullen gevonden worden, die noch goit 
su lien wesen. 

Archives de la -ville de Lonvain, 
Ms. No 9, f. 181, lin. G. 



N. 18. 

Octroi établissantj le 27 septembre 1618, deux foires annuelles 
à Tirlemont. 

Albert ende Isabel-Clara-Eugenia , Infante van Spagnien, hertogen 
van Brabant etc. Allen den genen die dese onse opene brieven sullen 
sien oft hooren lesen , saluyt. Doen te wetene dat wy ontfangen heb- 
ben die supplicatie van onse lieve ende wel beminde die borgemees- 
teren, schepenen ende raidt onser stadt Thienen, inhoudende 
dat d'infiniteyt vande notoire ende indicible afflictien der selver, 
inde voorlede troublen overgecoinmen, haer hebben berooft van 

(1) C'est le moulin dit Roosmolen. 



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— 313 - 

het geheel wesen , forme ende Ogure , alleen haer gelaeten hebbende 
den naem van een arme stadt ; ende hoewel die voorgaende allenden 
ende miserien zyn geweest sonder gelycke, nochtans scheynt te 
wesen het allendichste dat de selve blyft in allendingen staet, 
sonder apparentie van redres oft veranderinghe tôt eenich bêler, 
soo mits die ons onspreeck«lycke lasten van renten onbetaelt geble- 
ven , duerende die voorscr. troublen , diminutie van innecominen, 
last van garnisoen, décadence van poorten ende mueren, ende inson- 
der h eyt dat het malheur van den oorloge heeft van daer gediverteert 
endegetrockenbuytens ians (als lot Bergen in Henegouwe ende elders) 
den principaelsten handel die aldaer , telcker weecke , placht flore- 
ren ende vigeren , duer die coopmanschapen van den schapen , me- 
degebracht ende gecauseert hebbende merckelyke neringhe voor die 
arme stadt ende notabel gerieff voorden afflnerenden coopman van 
onser steden yan Loven, Bruessele , Antwerpen, Mechelen , Aerschot, 
Diest ende andere, aldaer gerecontreert by den vercooperen uuyt 
onsen lande van Westphalen , Overmase, stede van Maestricht ende 
andere , soo ten regarde van bequamheyt ende naer gelegenheyt van 
der plaetse , als oock ten opsien van het faciel ende spoedich dryff- 
ven vandencudden. Ende alsoo onser voors. stadt van Thienen totter 
voorsyden desolatie nyet en is gecomen door eenich misbruyck , dan 
deurgaens getrouwe, soo in religie , als in dienst van ons ende onse 
voervaederen , hertogen van Brabant, gebleven ende oversulcx meri- 
terende compassie ende hanlryckinge. Welcken aengemerckt, waeren 
die voorsc. supplianten ons zeer ootmoedelyck biddende, dat ons ge- 
lieven soude hen te jonnen ende octroyeren , telcken jaere, twee vry 
merckten, ten regarde vande voorscr. coopmanschappe van schae- 
pen, deen te beginnen den vierentwintichsten April, ende dander acht 
daegen voor sint Dionys dach, elck derselver acht daegen duerende. 
Ende voor het ierste jaer te beginnen iuden naestcommenden jaere 
duysent ses hondert ende neghentiene , ende hen daerover te ver- 
leenen ende doen depescheren onse oepene brieven van gratie ende 
octroy, in behoorlycker forme, daerloe dieneude. Waeromme soo 
eest dat wy desen aengesien, ende ierst hierop gehadt d'advis van 
. onsen lieven ende getrouwen rentmeester onser voorscr. stadt ende 
quartiere van Thienen , Guillaum de Semet , den voorscr. supplian- 
ten geneycht wesende tôt heurder voorscr. bede ende supplicatien, 
hebben geoctroyeert, gegunt ende geconsenteert, octroyeren, gun- 
nen ende consenteren uuyt zunderlingher gratien by desen onsen 



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— Ul — 

brieve , dat sy ende heure naecomelingen , van nu voortaene ten 
eeowighen daegen , binnen onser voors. stede van Thienen, sullen 
moegen hebben ende houden twee vry jairmerckten tsaers, op zoleke 
vryheden ende inder manieren als andere onse steden gelycke vrye 
jairmerckten hebben ende gebruycken. Zyn te weten die ierste 
jaermerckt altyt beginnende den vierentvintichsten aprilis, ende die 
tweede acht daegen voor S. Dionys dach , bey de respectieve te begin- 
neo inden naestcomenden jaere duysent ses hondert ende negen- 
Ihiene, duerende die vrydicheyt van elck van den voorscr. twee jair- 
merckten acht daegen, sonder dat men duerende den voorscr. tydeden 
gaenden coopman oftiemanden anders, aldaer negotierende, gaende, 
corn en de, blyvende ende keerende, zai mogen arresteren oft becom- 
meren in zynen persoone, lyve oft goeden, nuyt saecken van eenighe 
personele schulden oft obligatien in eeniger manieren, behoudelyck 
egeene ballinghen, oft andere criminele persoonen oft andere, hou- 
dende onse tegenparty, van der selve vrydicheyt niet en sullen moe- 
gen genieten, gebruycken noch van de selve gauderen. Ende dat 
oock eenen iegelycken de voorscr. jairmerkten hanterende, gehouden 
sal wesen te betaelen die gewoonlycke tollen, weechgelt ende andere 
rechten, impositien ende ongelt, gelyck men tôt hier toe betaelt 
heeft ende gewoonlyck is geweest te betaelen, sonder, onder tdecsel 
van deser onser voorscr. gratien ende octroyé, eenige vrydom oft 
exemptie te genieten, noch moegen pretenderen oft allegeren ter 
eontrarien, behoudeîyck oock dat de voorscr. supplianten ende heure 
nacomelingen, in recognitie van deser onser gratien, consent ende 
octroy , gehouden sullen syn ons ende onse naercommelingen, her- 
togen van Brabant, teeuwigen daegen, jaerlycx ende altyt te Kers- 
misse te betaelenen eenen erfflycken chyns van twee ende dertich 
sehellingen Lovens, daer aff den iersten termyn vallen ende verscby- 
nen sal te Kersmisse vanden voorscr. jaere XVI e ende negentbien. 
Weîcken erffelycken chyns die selve supplianten gehouden wordden 
ons behoorlycke brieven ende bescheet tôt hennen coste te overly- 
dene, ende dese tegenwoordige metten voors. beschiede binnen 
zesse weken naesteomende te bringen ende te leveren In voorscr 
camere van rekeninghe, om aldaer geregistreert te wordden ende 
in desen onsen rechte te bewaeren, aîzoo men in gelycken saecken 
gewoonlyck is te doene. Ende tôt onderhoudenisse ende observatie 
vari deser onser voors. gratte, octroy ende consent, hebben wy die 
voors. supplianten ende heure naecomelingen geconsenteert ende 



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— 315 — 

gepermitteert, consenteren ende permitleren, by desen, die te ver- 
condigen ende uuytroepen alomme binnen die steden ende. plaetsen 
van onsen lande ende hertogdomme van Brabant ende van Over* 
maeze, daer men gewoonlyck rs uuytroepinge ende pnblicatie te 
doene, ende de selve publicatie te vernieuwen van jaere te jaere. 
Onthieden daeromme ende bevelen onsen zeer lieven ende getrouwen 
Cancellier ende luyden van onsen raede ende rekeninghe in Bra- 
bant , meyer van Loven, amman van Bruessele, schoutbetten van 
Antwerpen ende van Bossche, bailly van onsen waelschen lande van 
Brabant ende van onser stede van Nivelle, meyeren van Thienen, 
Leeuwe, Landen ende Haelen, bailly van Geldenaken ende Hannuyt, 
ende allen anderen onsen recbteren, justicieren, officieren ende 
dienaers ons voors. lants van Brabant ende van Overmaze, ende 
der smaelre heeren ende vassallen ende heure stedehouderen , 
dien dat eenichsins aengaen sal mogen , dat sy de voors. supplianten 
ende heuren naecomelingen van deser onser tegenwoordiger gratien, 
octroy ende consent ende van allen inhoudt van deser inder vuegen 
ende manieren boven verclaert, tieuwigen daegen, pyselyck ende 
vredelyck doen ende laeten genieten ende gebruycken, sonder de 
voerscr. supplianten, oft heuren nacoinelingben, nu oft in toecomende 
tyden, daerinne te doene oft te laeten geschieden eenich h in der, 
stoot oft letsel 1er contrarien. Want ons alsoo gelieft. Ende des toir- 
conden hebben wy onsen zegel hieraen doen hangen. Gegeven in 
onse stadt van Bruessele, den XXVII septembris XVI e achtiene. 

Archives du royaume, Chambre des Comptes, 
Registre J44 f. 182 v«. 



JN T0 19. 

Acte passé j le 45 férrier 4640, par devant les échevins de Tirlemont, 
par rapport à deux tableaux enlevés de l'église de S. Germain 
6iil635. 

Extract uyt de schepene protbocollen liggende tôt Brussel, gecon- 
sîgneert ter greffîe van den souver. raede van Brabant. 

XV Eebruarii 1640 corara Lievaerts ende Van Winde. 

Naerdemael op9 junii 4635 door de furie ende plunderinghe, by dîe 
staeten als fransche légers gedaen , binnen onse stadt van Thienen, 



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— 316 - 

ende syn gerooft twee schilderyen van de deuren van den Àutaer van 
onse Lieve Vrouwe van den Roosencrans in die kercke van Sinie Ger- 
meyns, die naer ondersoeck souden syn gekomen ter goeder handt 
binnen Mecbelen. Maer aisoô sekeren sieur Bacarl , aldaer woonag- 
tig, sig weygerich maeckt om de selve te doen oft laeten volgen, vree- 
sende hem dienaengaende eenige recherche mogte gebeuren ; soo 
ist dat voor ons, schepene voorschreve, syn gecompareert Lowies 
Vander Meeren, modernen Borgemeester deser stat, ende Aert Lan- 
deloos, coopman in seyde en wolle lakenen, de welcke, onder renon- 
ciatie van aile privilegien, henlieden hebben gestelt als borge ende 
cautionarissen voor den voorscr. sieur Bacart voor de voorscr. twee 
schilderyen ende allentgeae dien aengaende by imant ten synen laste 
soude connen oft mogen gepretendeert worden , consenterende 
daerenboven dat aen voorscr. sieur Bacart sal worden gerestitueert 
aile rechtelyken en redelycken onkost, die zal bethoont worden, soo 
van vracht als andersints voer de voorscr. belden gebourseert, daer- 
enboven aen hem een gratuit te doen voor syne moeytens. Allent 
welcke den voorscr. Landeloos gelooft te sullen restitueren sine 
fraude. 

Archives de la bibliothèque de l'Université de 
Lovain , copie trouvée parmi les papiers de feu 
Mr Flawinne , curé du Béguinage de Tirlemont. 



N. 20. 



Octroi de Philippe I V permettant, le 11 août 1650, de rendre de 
nouveau la Ghète navigable depuis Tirlemont jusqu'à Budingen. 

Philips, by der gratie Godts, coninck van Gastillien, van Léon, 
van Arragon, van beyde de Sicilien , van Hierusalem, van Portugael, 
van Navarre, van Grenade, etc. allen de genen die dese jegenwoor- 
dige sullen sien , saluyt. Wy hebben ontfangen d'oodtmoedige sup- 
plicatie van onse lieve ende wel beminde, die Borgemeesteren, Sche- 
penen ende Raedt van onser stadt Thienen , inhoudende dat hunne 
voorsaeten op den 9 rn xbris vanden jaere 1517 van ons hebben ver- 
socht ende vercregen octroy, om die rivière van Gete, loopende door 
de voorscr. stadt , navigabel te maecken , uyt deselve stadt tôt voor 
by den dorpe van Buedingen , alwaer die Gete van Thienen ende 
Leeuwe t'saemen vergaederen , volgens het uytwysen van de copey 



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- 517 - 

van octroy hierop geexhibeert , welck octroy oock is gebruyckt ge- 
weest totten jaere 1578 oft daer ontrent, alswanneer door de in- 
landtsche oorloge deselve schipvaert is te niet gedaen , by destructie 
van de sluysen, verlaeten, ende anderssints; daertoe dienende, 
sulcx dat t'sedert denselven lydt de voorscr. rivière van Thienen tôt 
voor by Buedingen niet meer en is bevaeren geworden , maer syn 
die waeren ende coopmanschappen van Thienen gesonden, ende 
aldaer oock gebrocht geworden, met waegens ende kerren, tôt 
grooten excessiven coste , ende tôt onse schaede van ons lepelrecht 
ende andere rechten , ende oock van de voorscr. stadt van Thienen 
ten respecte van hunne accysen , ende voorts tôt groote schaede van 
degemeyne ingesetenen van onse lande van Brabant, ende alsoo de 
voorsc. stadt van Thienen in den jaere 1635 door de frantsche ende 
hollandtsche légers innegenomen synde , ten gronde is affgebrandt 
geweest , ende de ingesetenen derselver gepilleert, ende den mees- 
tendeel gevangen ende geranconneert, mitsgaeders dat deselve stadt 
door quaede toesicht van de wachte in den jaere 1636, 41 ende 1646 
is gesurprenneert geworden door die van de gamisoenen van Maes- 
tricht , in welcke respective occasien de borgers ende andere inge- 
setenen aldaer wedderom seer vêle verloren hebben , sulcx dat sy 
quaelyclc connen respireren , principaelyck daerom de voorscr. stadt 
geduertohlyck wordt getravailleert met swaere gamisoenen, ende 
nimmermeer geexcuseert van andere lasten , van beden , sabsidien, 
ende imposten van Brabant , min oft meer , als ofte deselve stadt 
niet geleden en hadde , ende alnoch in vborigen staet waere , soe 
hebben de supplianten geconcipieert ende voorgenomen die voorscr. 
schipvaert wederom te doen redresseren , ende in staet te stellen op 
hope , dat deselve stadt ende gemeene ingesetenen aldaer door dyen 
middel tôt betere fortunen mochten comen. D'welck hun niet geoor- 
loft synde te doen, sonder onse voorgaende permissie, hebben sy 
ons daeromme seer oodtmoedelyck gebeden dat ons gelieve hun 
t'accorderen ende doen depescheren onse oepene brieven van conti- 
nuatie vant voorscr. octroy, voor den tyt van vyfftich toecomende 
jaeren , op conditie dat sy d'eerste 25 jaeren geduerende, ter consi- 
déra tie van de groote costen , die aen de voorscr. schipvaert sullen 
moeten geemployeert worden , niet en sullen hebben aen ons te 
betaelen voor recognitie , maer wel alleenelyck voor de resterende 
25 jaeren , alsulcke redelycke recognitie als wy sullen vinden te be- 
hooren. Doen te welen , dat wy de saecke voorscr. overgemerckt, 



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— 318 - 

ende daerop gehadt het advys van onse seerlieve ende getrouwe die 
Hooffden Trésorier generael ende gecommitteerde van onse domey- 
nen ende finantien, wy ona dese ende andere redenen ons daertoe 
bewegende genegen wesende ter bede ende begeerte van de voorscr. 
Borgemeesteren, Scbepenen ende Raedt onser stadt van Tbienen 
supplianten, bebben hun by deliberatie van onsen seer iieven ende 
seer beuinden goeden Neve, Leopoldus-Guillielmus , by der gratie 
Godts, Eertsbertoge van Oostenryck, hertoge van Bourgondien etc. 
stadthouder, Gouverneur ende Gapiteyn generael van onse Neder- 
landen ende van Bourgondien etc., gegonnen, geoctroyeert ende 
geaccordeert , gunoen, octroyeren ende accorderen , ben ge vende 
oorloiï ende consent uyt onse sonderiinge gratie, midts desen, dat 
sy de voorscr. rivière ende scbipvaert su lien mogen maecken ende 
ordineren, oft doen maecken ende ordineren op beuren coste, ende 
tôt beuren meesten gerieve, ende deselve soo repareren ende voor- 
sien van aile sluysen, spaeyen ende andere nootsaeckelyke instru- 
menten , dat sy ende aile cooplieden ende andere persoonen van wat 
natien, staeten oft conditien die syn, sullen mogen vueren met 
scbepen, waeren ende coopmanscbappen ende andere goederen, 
hoedanich dat sy, deur deselve rivière ende vaert uyt onse voorscr. 
stede van Tbienen tôt in den dorpe van Buedingen , gelegen outrent 
twee mylen van derselver stadt ende van de stadt van Leeuwe, ver- 
gaederen als voorseyt is , nemende van daer baer vaert te Haelen 
ende soo voorts lot Diest , te Sicnene, t'Arschot, lot Mecbelen, ende 
van Mechelen t'Antwerpen , ende voorts , daer ben goetduncken sal, 
behoudelyck ende wel verstaende dat die scbipluyden ende coopiuy- 
den die met heuren scbepen ende goed aldus deur die voorscr. 
rivière ende vaert sullen willen vaeren , gebouden sullen wesen te 
betaelen binnen onse voorscr. stadt van Tbienen ende van daer 
voort lot in den dorpe van Buedingen , tôt behoeff derselver stadt, 
alsulcken tbolrecbt , sluysgelt, accys oft ander ongelt, alsmen van 
gelycken beft ende betaelt in onse stadt van Leeuwe , ende voorts 
tôt den voorscr. dorpe toe van Buedingen. Welck tbolrecht, sluys- 
gelt, onde ander ongelt, aensiende die groote ende overwinnelycke 
scbaede, druck ende verlies, die de voorscr. supplianten gebadt 
ende geleden bebben by den innenemen ende spoliatie der voorscr. 
stadt, ende oock de swaere costen ende lasten die sy sullen moeten 
draegen ende opbrengen om die voorscr. rivière ende scbipvaert te 
repareren , ende vlieticb te maecken , wy deselve supplianten , by 



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- 319 — 

advyse als boven, gegonnen ende gegeven hebben, gunnen ende 
geven, midts desen, onsen brieff voor den tydt ende termyn van 
twintich jaeren , beginnende ende innegaende tôt St-Jansmisse lest- 
leden, midts daer voor uytreyckende ende betaelende aile jaeren tôt 
onsen behoeff de somme van twee endertich pond en, van veertich 
grooten vlaems elck pondt , in handen oos rentmee&ters van Thie* 
nen, inder tydt wesende , van halff jaere ende te halve jaere St-Jans- 
misse ende Kersmisse in elck jaer, daerdfr d'eerste halff jaer ende 
tet rayn van betaelinge , bedraegende sesthien derselver ponden, ver- 
vallen ende verschynen sal te Kersmisse toecommende, ende den 
tweeden termyn van betaelinge , bedraegende gelycke somme van 
sesthien ponden , te St-Jansmisse daernaervolgende ende soo voorts* 
van hatven jaere tôt halven jaere, ende van terœyue te termyne den 
voorscr. tydt van twintich jaeren geduerende ende eenpaerelyck 
acbtervolgende , van welcke tweeendertich ponden s' jaers onsen 
voorscr. Rentmeester van Thienen, inder tyt wesende, gehouden 
sal syn reeckeninge, bewys, ende reliqua te doene tôt onsen profyte 
mette andere penningen van synen ontfanck. Wel verstaende datin- 
dyendie voorschr. van Thienen, mits oorloghen oft ander mercke- 
lyck gebreck ende beleth , die voorscr. rivière ende schipvaert niet 
en consten repareren ende bequaem maecken , om daer deur te 
Hiogen vaeren met schepen , oft dat sy anders t'selve schipvaert niet 
gebruycken en mochten, sy by dyengevalle souden ontlast ende 
gehouden syn yet te mogen geven ofte betaelen vande voorscr. twee 
endertich ponden t' s'jaers, voor den tydt dat sy oft die voorscr. 
schiplnyden ende coopluyden die voorscr. vaert niet gebruyckt en 
souden hebben , den ysganck hierinne merckelyck gereserveert, ende 
die voorscr. twintich jaeren geexpireert synde, soo sal t'voorscr. 
tholrecht; sluysgelt ende ander ongelt wedderom comeu aen ons 
ende aen onse naercomelingen , hertogen ende bertoginne van Bra- 
bant, ende sullen alsdan daeraff mogen disponeren ende ons proflfyt 
daermede doen tôt onsen geliefte, sonder der supplianten oft 
yemandt anders wederseggen , ende sonder dat dit jegenwoordich 
appointement ons eenichsins sal mogen prejudicieren , behoudelyck 
oock dat die voorscr. schiplnyden ende coopluyden , die uyt onse 
voorscr. stadt van Thienen ende van Buedingen voorts sullen willen 
vaeren met heure schepen ende goeden door die voorscr. vaert van 
Thienen , oock gehouden sellen wesen te betaelen in andere steden 
ende plaetsen , als te Haelen , Diest, Sichene, Mecfcelen, ende elders, 



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— 320 - 

aile alsulcke thollen ende andere rechten ende sluysgelden als an- 
dere schippers ende coopluyden commende ende vaerende van 
andere plaetsen ende quartieren, gewoonelyck syn te belaelen, ende 
noch daegelycx betaelen , daermede sy gestaen su lien sonder voor- 
der getravailleert oft gelast te roogen wesen , ende dit sonder preju- 
dilie van andere onse rechten, hoocheyt, authoriteyt ende juridictie, 
die wy bebben in de voorscr. rivière, ende die blyvende in heure 
cracht ende weerde, van aile welcke saecken ende conditien voor 
verhaelt, wel ende deuchdelyck te volcommen ende te furnieren by 
de voorsc. supplianten , soo verre als hen aengael, zy oock gehouden 
sullen wesen te geven heure brieven in goeder vormen , inhoudende, 
onder andere , obligatie ende verbont de voorscr. somme van twee 
endertich ponden, ten pryse voorscr., jaerelycx te betaelen tôt onsen 
behoeff, onder die conditien ende ten termynen voorscr., ende die- 
sel ve brieven over te leveren in onse rekencaemer in Brabant , om 
aidaer bewaert te worden tôt onse voorscr. naercomelingen verse- 
kertheyt ende behoeff, behoudelyck oock dat al eer te mogen génie- 
ten van d'effect van dese onse jegenwoordige gratie ende continnatie 
vanoctroy, de voorscr. supplianten gehouden sullen syn deselvete 
doen presenteren , soo in onsen raede van finantien , als in onse re- 
kencaemer in Brabant, om aidaer respectivelyck geregislreert, 
gevisiteert ende geinterineert te worden tôt bewaerenisse van onse 
rechten , hoocheyt ende authoriteyt , daer ende alsoo behooren sal, 
midts betaelende aen onse lieve ende getrouwe, de président ende 
luyden van onse rekencaemer , het oudt recht voor t' voorscr. inleri- 
nement. Ontbieden daeromme ende bevelen onsen cancellier ende 
luyden van onsen raede ende rekencaemer in Brabant, meyer van 
Loven, van Thienen, van Leeuwe, van Haelen, araptman van Brus- 
sel , schoutet van Mechelen, marckgraeve van Àntwerpen, schoutet 
van Diest , onsen voorscr. rentmeester van Thienen. ende aile andere 
onse smaelre heeren rechteren, officieren, dienaeren , ende onder- 
saeten, wyen dat aengaen oft aencleven mach, heure stedehouderen 
ende elcken van hen toebehooren sal, dat sy de voorscr. thoonderen 
ende schippers ende coopluyden , fréquenter ende de voorscr. rivière 
ende schipvaert, doen , laeten ende gedoogen van dese onse gratie, 
oclroy, oorlove ende consente, ende van allen den inhoudt van desen 
in der vormen ende manieren voor verhaelt, rustelyck, vredelyck 
ende volcommelyck genieten ende gebruycken , sonder hen te doen 
oft laeten geschieden eenich hinder, letsel, ofte moyenissc ter con- 



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trarien. Want ons alsoo geliefl. Ende des t'oirconden soo nebben 
wy onsen segel hieraen doen bangen. Gegeven ia oose stadt van 
Brussele, den elffsten dach der maent augusti in den jaere ons 
Heeren 1650, ende van onse rycken het dertichste. 

Diaprés une copie authentique trouvée aux 
archives de l'église de Neerlinter. Ce document 
se trouve aussi aux archives du royaume, 
Chambre des Comptes , Registre 146, f. 112. 



N° 24. 

Lettre de Jean De Cock, docteur en médecine à Bois-le-Duc, ren- 
voyant, à Tirlemont, un tableau qui y avait été enlevé en 1635. 

Nobilissimi viri , 

Recepi modo bonorificas vestras litteras et ecce vobis restituitur 
desiderata crucifixa S. Pétri pictura olim sacrilegâ manu ex altari 
vestro in furiis erepta ac depredata. Redemi illam ex impiâ manu ut 
tandem aliquando in debito suo refulgeret loco , ejusque aspectu 
gloria illius martyris, ac zelus adpicti datoris renoverentur. Pro 
nobis si praemium mereatur, unica missa in vicino tabernaculo Divae 
Virginis montis acuti expostulatur, exspectando insuper ut sanctus 
ille claviger dignetur nobis, post mortem, recludere januam cœli. 

(Hisce erat signatum) : Johannes'De Cock. 
(Inferius erat sequens ebronicon) : 
Joannbs De GoGk nobIs restïtUIt petrUM. 



N° 22. 

Lettre de remerciement du magistrat de Tirkmont à Jean De Cock, 
10awt71715. 

Clarissime Domine , 

Luctuosa quondam ac lacrymosa nimis fuit illa dies quâ anno 
1635 ultro cîtroque saeviente Marte urbs nostra ferro flammâque in- 
vadio Gallo-Batavo totaliter propemodum devastata fuit, adeo ut 

21 



Digfzedby GoOgk 



vix dumtaxat ant hominis aut urbis superfuerit vestigium. Uterque 
ferro cecidit seins, templa flammis consompta , vasibus sacris spo~ 
lia ta, orna mentis picturisque suis vel pretiosissimis orbata fuere. 
Inter caeteras erepta nobis fuit iila quam e nefariis manibus redi- 
mere ac tam benevolo affecta gratis nobis nuperrime tibi placuit 
restituere. Ingrati foret animi si pro tanto accepto beneficio , grates 
vobis non responderemus ; ingratioris foret animi si exigu» vestrae 
petitioni non annueremus ; ingratissimi foret animi si non satisfa- 
ceremus. Quapropter in prima annna nostra supplicatione ad Dei- 
param Aspricollensem solemni musica solemne ad intentionem 
vestram decantabitur sacrum , publieisque civium precibus recom- 
mendabimus , ut cum satisfaciendo non sumus , merces vestra sil 
copiosa in ccelis. Cteterum indissolubiii amoris vinculo tibi obstrictnm 
babebis seoatau populumqte Thenensem. 

Thenis, 10 aprilis 1715. 

(Inferius erat sequens cbronicon) : 

JUstas agIMUs çratUs JoawnI De CoCk, 

Archivée de la bîhliotWqae de l'Univeivité de 

Couvain , eopie troavée parmi les papiers de fea 
M. Flawinofi , curé du Béguinage de Tirlemout. 



N* 23. 

Extrait du règlement <fc %b novembre \74# par rapport aux 
tleçtùm du mv&i»tmt tfe Tirtetmt. 

By deKeyserinneendeConinginne.-- Geconsidereert de overgroote 
interesten , met de welcke onse stadt Tbienen haer tegenwoordigh 
belast vindt, soo ter saecke van geticbte capitalen, geduerende de 
vier jaeren van den lesten oorlogh als te vorens, tôt dien aengemerckt 
de oneenigbeden , questien ende processen , onlangs opgeresen in 
onsen raede van Brabant tusschen de wethouderen der gemelde stadt, 
ter 1", die leden ende die van het brieders (brouwers) ambacbt 
aldaer, ter andere zyde, ende voorhebbende de selve onse stadt daer 
van op het spoedigste te ontlasten , d*eendrachtigheyt ende het goet 
order te brengen , soo tusschen de wethouderen ende leden , als 
tusschen d'eerste genoemde ende de deekens, ouders ende supptian- 



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ten tan het brieders ambacht hebben wy, naer gehadt hebbende 
t'advfes van onsen lieven ende getrouwen raedt fiscael , goet gevon» 
den t'ordonneren ende te statueren, gelyck wy ordenneren ende 
stadtuercn desen het naervolgende. «..«». 

18° Dat de Borgemeesters, schepenen, ende raedt in dienst synde, 
H samenderhandt ende behoorelyck vergaedert synde , vierthien 
daeghen voor S. Jan, sullen kiesen vierthien eerbaere ende wettige 
mannen* die ten minsten dry jaren poorters van Thienen sullen 
gëweest hebben, ende redelyck gegoeyt syn, om daeruyt seveft sche- 
penen gecosen te worden. 

19° Dat sy insgelyckx vier diergelycke persoonen sullen opgeven 
om twee borghemeesters te kiesen. 

90» Dat sy op de selve werve sullen opgeven sesthien persoonen 
om de raeden van de stadt daeruyt te kiesen* 

21° Dat sy den keus , wel besloten ende toegesegelt, overgeven 
sullen aen eénen geswooren bode, die denselven sal behandigen aen 
den raedt-commissaris. 

22° Dat de vier leden insgelycks ten selven tyde, 't âamenderhandt 
ende behoorelyck vergaedert synde, diergelycken keus op den selven 
lydt sullen doen ende besloeten ende toegesegelt oversenden als 
voren 

66° Ailes by provisie ende tôt dat andersints by ons sal wesen ge- 
disponeert, ordonnerende aen den meyer, wethouderen, leden, 
borgers, ende andere innegesetenen van Thienen , ende aile de gène 
des raeckende hun hiernaer te reguleren ende aen den voorscr. 
meyer van dit tegenwoordigh règlement op de gewoonelycke plaetsen 
ende manieren te publiceren op dat niemant daer van pretexere 
ignoratie, want ons alsoo gelieft. Aldus gedaen binnett Brussel , den 
24 nov* 1749. ' 

Archives du royaume , Conseil privé , Carton 847. 



N° 24. 

Déclaration du magistrat de Tirkmont sur la conduite du clergé 
de cette ville pendant les troubles du mois de juillet 4789. 

Wy, Borgemeesters , Schepenen ende raedt der stadt Thienen 
tuygen ende doen cont, eenigelyk cerliûcerende by ende mits desen , 



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- 324 — 

dat wy op dry en twintighsten der maendt july laestleden, omtrent 
thien uren voor middagh goetgevonden ende geresolveert hebben » 
om soo veel als in onse macht was , te doen ophouden de iroubeis 
waerin onse stadt sigh ongelukelyk was bevindende, te convoceren 
ten stadshuyse al hier, de respectieve oversten van aile manscloosters 
van dese stadt, om door de tusschenspraeke der biechtvaders, pre- 
dicanten ende andere van hunne gemeynte met ons te coopérerai 
tôt net stillen van den oproer; dat dese oversten hun soo seffens ten 
stadhuyse begeven hebben, ende dese onse voorstellingen ende sol- 
licitatien hebben goetgevonden ende toegestaen met belofte van 
hun seffens daervan te acquitterez 

Daerwy inderdaet hebben bevonden, dat een deel van hunne 
. paters, benevens andere séculière geestelyke, van onsen twegen ook 
aensocht , hun uyterste beste hebben gedaen om de gemoederen te 
stillen , selfs met hun eigen aen ongevallen te exponeren : in teeken 
der waerheyt hebben wy dit geresolveert doen ende laeten schryven 
in voile vergaedering magistrael , ende door onsen stadssegel be- 
vestigen ende secretaris onderteekenen, desen 1 augusti 1789. 

(Etait signé) : J. L. Wouters. 

ArchiTes de la Tille de Tirlemont, 
Setboek, t. 491. 

FIN DO PREMIER VOLUME. 

ERRATA. 

Pag. 08, ligne 11, au lieu de 50 mai, lisez : 25 mai. 
Pag. 115, ligne 7 et 14, » 26 septemb. » 17septem. 
Pag. 1*2, ligne 8, » 1785, •» 1585. 



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TABLE DES MATIÈRES. 



* Pag. 

Préface 5 

Chapitre I. — Origine et étymologie de Tirlemont.— Destinées 
politiques des environs de la villa de Tirlemont depuis les 
temps les plus reculés jusqu'à leur réunion au Brabant en 
Tannée 1014 7 

Chapitre II. — Première enceinte murée de Tirlemont, élevé 
au rang de ville par les comtes de Louvain vers Tannée 1014. 
— Charte octroyée à cette ville, en 1168, par Godefroid III, 
duc de Brabant. — Nouveaux remparts en 1194. . . 26 

Chapitre III. — Sac de Tirlemont en 1215. — Développement 
et prospérité de cette ville pendant le XIII e et la première 
moitié du XIV* siècle. — Chartes de 1291, 1303 et 1306. — 
Nouveaux remparts en 1300. — Grande enceinte. . . 45 

Chapitre IV. — Malheurs et décadence de Tirlemont depuis le 
milieu du XIV" jusqu'au commencement du XVI e siècle. — 
Prise de cette ville, en 1356, par le comte de Flandre. — 
Chartes de 1358 et 1478.— Sacs de notre ville en 1489 et en 
1507. — Réduction de ses remparts décrétée en 1512. . 75 

Chapitre V. — La ville de Tirlemont, dont le commerce et l'ai- 
sance s'étaient relevés au commencement du XVI e siècle, 
retombe dans la misère à la suite des troubles et des guerres 
causés par la Réforme. — Elle se relève de nouveau sous le 

règne des Archiducs Albert et Isabelle 119 

Chapitre VI. — Sac de Tirlemont, en 1635, raconté par un té- 
moin oculaire. — Nouveaux pillages commis par les Hollan- 
dais à Tirlemont en 1636, 1641 et 1646 159 

Chapitre VII. — Tirlemont depuis 1650 jusqu'à la fin de la do- 
mination espagnole en Belgique. — Cette ville préservé0 du 
pillage, en 1675, par un religieux Capucin* • . .192 



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Pag. 
Chapitre VIII. — Tirlemont se relève de nouveau pendant le 
XVIII* siècle. — Invasion dans le Brabant d'une armée prus- 
sienne en 1758. — Part de Tirlemont dans la Révolution bra- 
bançonne. — Émeute en 1814. — Situation actuelle de cette 
ville 216 

Pièces Justificatives. 

N° 1. — Charte octroyée à la ville de Tirlemont, le 24 février 
1291, par Jean 1, duc de Brabant 258 

N° 2. — Acte par lequel Jean II céda, en 1297, à la ville de 
Tirlemont, la propriété de certaines terres situées à Grimde, 
sous la condition d'une rente perpétuelle. . • 263 

N° 3. — Charte accordée aux habitants de Tirlemont par 
Jean II, le 1 octobre 1306 264 

N° 4. — Acts de conversion d'une rente viagère en rente per- 
pétuelle et héréditaire , conclu , en 1401, par le magistrat de 
Tirlemont avec Hubert , seigneur de Berthem. . . » 368 

N° 5. — Contre-lettres par lesquelles le magistrat de Tirlemont 
reconnaît , le 12 mai 1450, devoir à perpétuité, un cens an- 
nuel à Philippe-le-Bon et à ses successeurs dans le Brabant, 
parce que le Duo avait cédé , le 4 mai 1450, à la ville de Tir- 
lemont trois garennes , situées dans les environs, ainsi que 
les terres adjacentes. — Lettres de Philippe-le-Bon à ce sujet. 274 

N° 6. — Gharte octroyée par Philippe-le-Bon en faveur des 
tanneurs de Tirlemont, le 18 octobre 1459. . 279 

N° 7. — Lettre de Philippe-le-Bon , adressée au majeur de 
Tirlemont, le 5 mai U60, en faveur du commerce des grains 
et des laines dans cette ville 282 

N° 8. — Charte octroyée à la ville de Tirlemont, en janvier 
1478 (N. S.), par les archiducs Maximilien et Marie. . . 283 

N° 9. — Charte octroyée aux bouchers de Tirlemont par les 
archiducs Maximilien et Marie, le 3 décembre 1479. . . 289 

N* 10. — Maximilien et Philippe-le-Beau enlèvent aux bras- 
seurs de Tirlemont le monopole de la fabrication de la 
bière, le 25 mai 1484 292 

N è 11. — Traité de paix conclu entre Albert de Saxe, d'une 
part , et les habitants de Tirlemont et de Grimde , d'autre 
part, ratifié par l'empereur Maximilien et son fils, Phillppe- 
Ie-Beauj le 14 août 1489 295 



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- 327 - 

N° 12. — Octroi permettant de fortifier] et de diminuer la ville 
deTirlemont, le 29 mars 1 SI 2 (N. S.). . '. . .298 

N° 13. — Octroi renouvelant, le 17 septembre 1512, l'édit qui 
précède 302 

N° 14. — Octroi de l'empereur Charles-Quint, accordé en 1337 
(N. S.) et modifiant les deux diplômes qui précèdent. . 305 

N° 15. — Rapport du magistrat de Tirlemont au Duc d'Albe, en 
date du 27 mai 1573, sur la prise de cette ville par des sol- 
dats du Prince d'Orange, le 2 septembre 1572. . . . 306 

N° 16. — Octroi par lequel les archiducs Albert et Isabelle per- 
mettent, le 10 juin 1604, de fortifier la ville de Tirlemont. 308 

N° 17. — Rapport sur l'inspection de la Ghète, faite, en 1814, 
par le prélat de Parck, le bourgmestre de Louvain Vander 
Vorst et le nommé J. Fannius. 311 

N° 18. — Octroi établissant, le 27 septembre 1618, deux foires 
annuelles à Tirlemont 312 

N° 19. — Acte passé, le lo février 1640, par devant les éche- 
vins de Tirlemont, par rapport à deux tableaux enlevés de 
l'église de S. Germain en 1635 315 

N° 20. — Octroi de Philippe IV permettant, le 11 août 1650, de 
rendre de nouveau la Ghète navigable depuis Tirlemont jus- 
qu'à Budingen 316 

N° 21. — • Lettre de Jean De Gock, docteur en médecine à Bois- 
le-Duc, renvoyant, à Tirlemont, un tableau qui y avait été 
enlevé en 1635 321 

N° 22. — Lettre de remerciement du magistrat de Tirlemont à 
Jean De Gock, 10 avril 1715 ib. 

N° 23. — Extrait du règlement du 24 novembre 1749 par rap- 
port aux élections du magistrat de Tirlemont. . . . 322 

N° 24. — Déclaration du magistrat de Tirlemont sur la con- 
duite du clergé de cette ville pendant les troubles du mois 
de juillet 1789. 323 



IMPRIMATUR. 
Mechlini», 5 oct. 1860. 

J. B. Van Hekel, Vie. Gen. 



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