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Full text of "Histoire de l'Empire ottoman, depuis son origine jusqu'à nos jours"

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SX VaOUTS iGAIiXKXW 



à BauXELLU, 

AnSTSaDAM, 

Là Hatk, 

FaàHCTOET , 

GiNsSy 

Lxxpzia, 

Tuanr, 

Ynirint, 

TA.E80TIX, 

Moscov, 



Odessa, 

GomTAirriifOPLB, 



chez J.-P. Meline, Cans et C**. 
Lutcfaman et fils. 
Les frères Tan-Cleef. 
Jûgel. 

Yves-Gravier. 
J. Piatti. 
Brockhaus. 
Jb. Bocca. 

Rohrman et Schweigerdr 
£. Glucksberg. 
A. Semen. 
y Gautier et fils. 
Ch. Urbaia et C^. 
J. Sauron. 
J.-B. Duboit. 



tMPEXMiail D'AlCiois ORÀTIOT it C^*, II , aUB M XA uomàiMm 



HISTOIRE 



DB 



L'EMPIRE OTTOMAN 

VBFins SON OBienfB jusqu'à nos ioubs 



PAR j: de hammer. 

•urmAOB nui avx moecm lu vlv* authuitiqvm bt amoà mm sts soamurs 
MX 9B« KunrM&iTi i^ vLVVAaT uieomnrt ■■ ivmovi; 

PAR J. J. HELLEBÏ ; 

ACcowAoai b'ov atla* cowAmÉ vm L*xa»tmB OTTOKASt «omrwMAmr %t camxl» 

BT l5 riiàSi BB BATAILX.Bt BEBuis VAB LB TBABOCTBVB. 

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~ !\ 

TOME ONZIÈME. 

Simi LX OEAHD-VXZXaAT DX MOHAMMXD SOSPAILU, «USQU'a UL PAIX 

Dl ZnXAWVA. 

1666 — 1676. 



PARIS 

BELLIZARD, BARTBiS, DUFOUR ET LOWELL,^ 

X biS^ EUX DB TXXXXUIL. 



BOSSANGE , BARTHÈS ET LOWELL , 
i4 fOxul MarlboroBgh Strtet* 



J5atiit-|lrter»bour0. 

Fd. BELLIZARD ET Cie, LIBRAIRES 
feu FM»-4«^olioe. 



M DGGG XXXTIU 



APERÇU DES SOURCES ORIENTALES 

DOMT ON ▲ FAIT V8AGB POUR LA SIXIEME IPlUuODB 

DE CETTE HISTOIRE* 



10. TaaulBi Rascbu), Histoire de Rasehidp trois toIubms 
in-fol., imprimés à Constantînople en ii53 (i74o)» Le pre- 
EBÛer Yolume contient les ëTénemens depuis 1071 (1661] jus-» 
qu'à l'année 1 1 15 (1705). 227 feuillets *• 

a<>. L'HiSTOiBE d'un avtevr iifcosmu, qui se troure à la 
Bibliothèque royale de Berlin (parmi les manuscrits de 
DieZf n* 75) ; un vol. in-4 de 309 feuil. L'auteur, témoki 
oculaire, décrit les événemens de son époque depuis 1099 
(1687) jusqu'en 1116 (1705). 

5**. Soubdetoul Wekayat, Choix des É9énemens, par 
ledefterdar Mohammed -P?scha; depuis l'année 1060 (i65o) 
jusqu'à l'avènement d'Ahmed III en 1 1 15 (i7o4)* 4^6 feuîl.f 
das» ma collection '• 

j$t0t0irr0 %i^it\ait^. 

fy*. Djswahiret-tewarikh, Joyaux des Histoires , par 
Uasanaga, garde du sceau de Kœprilii Ahmed-Pascha* Cet 



I Le second volume de Nalma finit avec les événeinens qui se sont pass^ 
dans la ]ireinière moitié de ramiée 1070, et le premier volume de Raschid 
oommenoe avec les événemens qui ont signalé la seconde mmtié de l'année 
1071 ; rhistoire de Tempire contient donc une lacune d'un an qu'il a fallu 
remplir par d'autres auteurs. 

3 II existe un Antre Soubdet ou Nokhheioul-iejvarik , par Saadi-Efendi 
de Larissa, dté par Cantemir sous le titre de S^/nopsit historiarum, mais 
qu'A nous a été impossible de nous procurer. 

a 



If SOURCES ORIENTALES. 

ouvrage raconte les érénemens de la guerre contre la Hon- 
grie et contre Yenise, y compris la conquête de. Candie* 
Un Toi. in-fol. de 481 feuil.; dans ma collection. On trouve 
la traduction latine de cette histoire parmi les manuscrits 
de la Bibliothèque I. de la cour de Vienne, sous les n<» DIY 
et DY) sous le titre : Annalium Gemma authore Hasanaga 
Sigilli Custode Kupurli, seu Çypri Ahmed Bassœ, supremi 
vùurii Mehmed Quarti Turcarum Tyranniex iurcico-arahicO' 
persico idiomate in latinum translata et dit^ersis notis ac re^ 
miniscentiis illustrata a Joanne Podesta S, C. R, MajestaUs 
asecrelis 1680. La traduction du premier tiers de cette ex.- 
cellente histoire est due à Podesta, qui la reçut d'un imam 
des Archives du grand -vizir Kara Moustafa* J'ai lieu de 
croire que mon manuscrit est celui de Podesta , car il ne se 
trouve aucun autre exemplaire à Vienne; de plus, ce ma- 
nuscrit est couvert d'annotations allemandes qui datent du 
dix-septième siècle. 
^ 5<^. Tarikhi Mohammeo-Ghwaî , Histoire de Mohammed^ 
Ghiraï, C'est ime histoire spéciale de la Crimée, depuis 1096 
(1684) jusqu'en 11 14 (1702). Un vol. in-fol. de 124 feuil.; 
dans ma collection. 

6^. Tarirhi-Kamenitsché, Histoire de la conquête de Ka- 
miniec en 1082 (167 1), par Mabi. Un vol. in-8 de Sg ieuil.; 
dans ma collection. 

7®. MedjtoumaÏ Souri Hovmatoun, Collection des noces 
impériales. Cet ouvrage contient la description de la circon- 
cision des princes et des noces de la sultane Khadidjé en 
1086 (1676). Un vol. petit in-8 de 4^ feuil.; dans ma col- 
lection. 

8°. Tarikhi Abdoullah- Mohammed Schefik , Histoire 

d^ Abdoullah-Mohammed Schefik. Elle ne contient que les 

événemens de l'année qui suivit Pavènement d'Ahmed III 

en iii5 (1705); elle se trouve reliée avec V Histoire de la 

:■ rébellion de io65 (i65a). Un vol. in-4 de 74 feuil. 

c^. Eoremé* Wakaasi , VËsfénement d'Andrinople. Cet 



SOURCES ORIENTALES. m 

ouTrage raconte la ré?olution de 1073; à la Biblioth^ue R. 
de Berlin, parmi les manuscrits de Diez, n? 5* Un yoK in-4. 

10®. MizANOUL-HAKK FI iKHTiAR iL-AHARR, la Balance dc 
la vérité pour choisir le plus vrai. Cet excellent traite, du à 
Hadji K.halfa, est un expose succinct du schisme entre les 
orthodoxes et les mystiques. Un vol. grand in-4 de 34 feuil.; 
dans ma collection. 

1 1«. Tarulhi Soulfikar, Histoire des négociations de paix 
à F'ienne, en 168g, par Pambassadeur Soulfikar-EfendL 
Un ToL in-8 de 97 feuil.; dans ma collection* 

0t0j0ra}y|)ir0 et 2lntl)0l0jgitf0. 

Outre les ouvrages dont nous avons déjà &it mention dans 
le Tableau des sources du tome X de cette histoire, nous 
avons consulté : 

ia«. Teskeretoul-SchovarA) Liste des Poètes y par Safayi, 
mort en II 38 (1725). Cet 'ouvrage est la continuation des 
anthologies de Riasi, Rixa, Kafzadé et Nacmi, cités dans le 
Tableau des sources du tome Y III de cette histoire^ il con*- 
tient les biographies des cinq cents poètes. Un vol. in-foL 
de 309 feuil.; dans ma collection* 

ColUrttone îrr tm et ^t Ifxttn d'Ctat* 

i3*^. Moukatebati-Nabi, les Ecrits de Nabi. Un vol* in*4 
de 147 feuîL Cet ouvrage, renfermant 294 écrits, se trouve 
dans la collection du comte de Rzewuski. 

i4®- L^Insgha de l'interprète français Le Grand, contenant 
37 pièces d'Etat, se trouve à la Bibliothèque I. de la cour de 
Vienne, n* 4^^* Un vol. in 4 de 4^ feuil. 

i5<». MovNscBiATi DiwAni HouMATouN , Ecrits du cùwon 
ùnpériaL Ceat une collection de 66 pièces d'Etat et di*- 
plômes, depuis Tannée 1687 jusqu'en 1696. Un vol. in-4 de 
99 feuil.; dans ma collection. 



IV SOURCES ORIENTALES. 

16^4 RÈeMTRB 9BB piEFS, provenant de la chafâcellerie du 
rèis-efendi Mou^tafa en 1087 (1669)9 k la Bibliotlièque L de 
Viettâc, îi*ga. 

170. Registre du samd^ak. ds Saic£Tto, àr hk BibtiotbèqueR* 
de Dresde, a^ 4* 

l8^. KeOISTRB des SAMDIA&S DE G A AU , DS WlSSEGRAD ET 

DE NoTiGRAD, à la Bibliothèque R. de Dresde^ vfi 8. 

19^. Liste de» jueidigtioiis de l'empire ottoman, à la Bi- 
Uiothèque R. de Dresde^ n^ g. 

ao<*« DefterI' MBKAssiBi Kaza, le$ emplois de juges, Q^esuk^ 
dire Liste des juridictions de RoumiUe et d*Anatolie. Un yoL 
in-8 de 88 feuiL; dans ma collection. 

ai^. Defteri menassibi Kaza, Cet ouvrage diffère peu du 
précédent. Un vol. in-8 de 55 feuil. 

a2<>. Dëftbri Tesgdrifati, Registre du cérémoniaL Petit 
in-8 de 63 feuil. ; dans ma collection. 

a3'. KAnouifif ameH HEZARFENif, Collation des lois Jhnda^ 
menuitès de VEuit promulguées par Mohammed IVy publiée 
en 1080 (1669), dîvi^c 611 treize chapitres; elle se trouve 
dans la collectton du comte Rzewuski. Cette statistique sert 
de base à l'ouvrage fort rare : DeUa letteratura dei Turchi 
da Giovanni Battista Donado Senator Veneto fu iaHo in 
Costantiàopoli, Yenetiai 1688. i4o pages in-ia. 

24^. Umb Collection de lois fc^o amentales, de diplômes, 
DE fermans et autres PIECES, recucillis dans diverses Ar- 
chives. A la Bibliothèque I. de Vienne, nf^/^ik. 

25^. Une Collection de 546 pièges d^£tat, de la fin du 
dix-septième et du commencement du dix-huitième siècle. 
Un vol. ib^8 de i56 feuil.; dans ma coUectîoil. 



HISTOIRE 



IHS 



L'EMPIRE OTTOMAN. 



LIVRE LUI. 



Origine de Uohammed Kœprilû. — Les orthodoxes. — Ambassadeurs 
d'Autriche, de Perse, de Pologne, de Suède et de Transylvanie. — R&- 
bettes exécutés. — Éloignement des adversaires de Kœprilû. — Le pa- 
triarche pendu. — Défaite de la flotte ottomane dans les Dardanelles. — 
Conquête de Ténédos et de Lenmos. — Le moufti est déposé. — Mort 
du scheïkb Houseïn. — Courses du khan des Tatares dans la Transyl- 
vanie t la Moldavie et la Yalachîe. — Barcsai , prince de Transylvanie. 

— Révolte d'Abaza Hasan. — Machiavélisme de Kœprilû. — Emprison- 
nement de l'ambassadeur français de La Haye et de son fils. — Mort 
des poètes Djewri et Riazi , du moufti Aziz-Efendi et de Hadji Khalfa. 

— 'Déçasi du Sultan pour Scutari. — Mourtesa-Pascha battu par Abaza. 

— Massacre des paschas rebelles à Haleb. — Exécution de Houseïn. — 
Le moufti Bo^levri est déposé. — Défaite de la flotte ottomane devant 
Attalia. — Révolte en Egypte. — Ismail, grand-inquisiteur. — Institu- 
tion de tûnars. — Construction de nouveaux châteaux sur les Darda- 
nelles. — Ghika nommé prince de Yalachie en remplacement de Michné. 

— Mort de Rakoczy. — L'ambassadeur autrichien Mayem à Brousa. — 
Le comte de Souches occupe Szathmar et Szabolcs. — Conquête de Gross- 
wardein par Seîd Ali. — Expédition des Tatares et des Cosaques ea 
Russie. — Ambassades cosaque, russe, polonaise, algérienne et anglaise. 

— Incendie , peste et famine. — Constructions sur le Don et le Dnieper. 

— Mosquées de la sultane Walldé et de Kœprilû. 



L'appel à la prière, Dieu est grand! retentissait 
da haut des minarets , au moment où Kœprilû Mo- 

T. XI. 1 



3 HISTOIRE 

hammed reçut des mains du Sultan le sceau de l'em- 
pire. La nomination de Kœprilû fut généralement 
désapprouvée ; ni la cour., ni la ville ne prévoyaient 
alors la future grandeur de cet homme d'État , qui 
devait raviver l'éclat de la puissance pâlissante de 
l'empire. «C'est un ignorant, disaient les oulé- 
» mas , qui ne sait ni lire ni écrire. — C'est un in- 
» capable, disaient les agas, qui s'est laissé battre 
» et faire prisonnier par le rebelle Wardar. — C'est 
» un pauvre diable , disaient les dignitaires de la 
o chancellerie, qui ne saura remédier en rien aux 
» désordres financiers du gouvernement. » Tout Je 
monde se plaignait que le Sultan eût choisi un vieillard 
faible, amoureux du repos, sans caractère, sans for- 
tune, au moment où la révolte se déchaînait à Tinté- 
rieur, où la guerre ensanglantait les frontières, et 
lorsqu'il eût fallu un homme d'un grand courage et 
d'une grande habileté pour sauver le vaisseau de 
l'Etat des tempêtes qui menaçaient de l'engloutir; 
mais Kœprilù avait été méconnu jusqu'alors , et n'a- 
vait pas encore manifesté ses hautes qualités gouver- 
nementales. Il n'entra pas aux affaires dans toute la 
plénitude de sa force , comme Sokolli , mais seule- 
ment à l'âge de soixante-dix ans; il ne régna pas, 
comme lui, sous trois Sultans, mais seulement pen- 
dant cinq années. Et cependant ce court espace de 
temps lui suffit non seulement pour marquer sa place 
dans l'histoire conmie un grand homme d'Etat, mais 
encore pour fonder la grandeur de sa maison. En 
effet , il transmit par héritage le grand-vizirat à son 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 5 

fils, tandis que SokoUi vit sa puissance s'éteindre dans 
le sang de son neveu, gouverneur d'Ofen, tué par la 
main du bourreau. Mohammed Kœprilû, fils d'un 
Albanais ' émigré en Asie-Mineure, a tiré son nom 
de Kœprilû du lieu de sa naissance, la ville de Kœpri, 
située à six lieues de Merzifoun , à douze d'Amassia , 
au pied de la montagne de Taschan , entre deux pe- 
tites rivières qui se jettent dans le Kizil-Ermak (Halys). 
Un pont de bois ayant été construit sur Tune de ces 
rivières, la ville changea son ancien nom de Kara- 
kedé (claie noire) contre celui de Kœpri (pont) ; mais 
à dater de la puissance des Kœprilu , elle s'appela 
Vizir-Kœpri. Treize mosquées, plusieurs khans, 
bains, cloîtres et serais^, et quarante villages relevant 
de la juridiction de Vizir-Kœpri , témoignaient assez 
de rétat florissant de cette ville, qui comptait alors six 
mille familles et n'en a guère maintenant que deux ou 
trois mille. Les productions du sol étaient des poires, 
des raisins et des pommes ; celles de Findustrie , des 
manufactures de teinture, de laine et de toile; le port 
de Bâfra , distant d'une petite journée de marche , à 
l'embouchure de THalys, servait d'entrepôt aux riches 

I Kœprilti était Albanais et non Français, comme l'ont si long-temps dit 
les histori«[is earopéens , sur la foi d'un ouvrage intitulé : Histoire des 
GrandS'Vizirs Mahomet Kaprogli Pascha et Ahmet Koprogli Pascha, 
celle des trois derniers Grands-Seigneurs, de leurs Sultanes et princi- 
pales Favorites, avec les plus secrettes intrigues du Sérail et plusieurs 
autres particularités des guerres de Daimatie, Transylvanie, Hongrie, 
Candie et Pologne. Paris , 1676. 

a Les principaux sont ceux du sultan Moustafa, d'Yousoufaga, un autre 
éleyé par un riche janissaire et par un contemporain de Kœprilû, et ceux 
construits par Kœprilû lui-même et par Abaza Hasan. 



4 HISTOIRE 

négocians de Vizir-Kœpri. Le château, situé au som- 
met d'une montagne escarpée et qui domine toute la 
contrée, avait été construit cinquante ans avant Kœ- 
prilû et Ewlia, pour tenir en bride les fugitifs de Ke- 
resztes , qui , pour se dérober aux poursuites de la 
Porte, avaient levé l'étendard de la révolte dans les 
montagnes de THalys. Dans sa jeunesse, aide de cui- 
sine , puis cuisinier dans le serai , il était devenu à 
vingt-cinq ans payeur du grand-vizir Khosrew, et 
s'était élevé, sous le grand- vizir Kara Moustafa, à la 
dignité de grand-écuyer ; depuis il avait été nommé 
successivement gouverneur de Damas , de Tripoli et 
de Jérusalem, et vizir de la coupole; mais ayant dû 
accepter plus tard Tinsignifiante investiture du sandjak 
de Gustendil, il était retourné au lieu de sa naissance, 
avait ensuite marché contre Wardar-Pascha , qui l'avait 
fait prisonnier, et avait été délivré par Ipschir, ainsi 
que nous l'avons raconté plus haut. Ipschir, pendant 
son grand- vizirat , lui conféra le gouvernement de 
Tripoli ; mais avant même qu'il pût entr^er en fonc- 
tions, il en fut dépossédé par le successeur d'Ipschir, 
et se retira dans sa ville natale. Mohammed-Pascha au 
cou courbé l'engagea à le suivre dans son voyage de 
Damas à Constantinople ; mais jugeant bientôt qu'il 
avait en lui un rival dangereux , il mit tout en œu- 
vre pour l'éloigner. Cependant Mohammed Kœprilû 
n'intrigua pas pour obtenir le grand- vizirat ; mais, 
cédant aux instances de ses amis, qui savaient appré- 
cier sa valeur et qui devinaient en lui le sauveur de 
l'empire , il consentit à prendre en main l'adminis- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 5 

tration, sons la condition que ses rapports seraient 
approuvés par le Sultan immédiatement après leur 
présentation ; qu'il conférerait les emplois comme bon 
lui semblerait , sans avoir égard à aucune espèce de 
recommandations , et qu'il distribuerait à son gré les 
peines et les récompenses ; qu'il n'y aurait pas d'in- 
fluence de grands ou de favoris rivale de la sienne , et 
que le Sultan accepterait toutes ses mesures avec une 
aveugle confiance. 

Le Sultan avait ordonné la confiscation des biens 
du grand-vizir déposé, Mohammed au cou courbé, 
et l'avait condamné à mort; mais il lui fit grâce de la 
vie, sur l'intercession de Mohammed Kœprilû, qui lui 
assigna, pour le peu de jours qui lui restaient à vivre, 
les revenus du gouvernement de Kanischa. L'ancien 
deftertar Sadjbaghi Mohammed-Pascha avait racheté 
sa vie au prix de cent cinquante bourses ; mais il ne 
put jouir de son pardon qu'un jour, car il mourut le 
lendemain des suites de la peur que lui avait causée 
Ja prévision de son supplice. Huit jours après l'éléva- 
tion de Kœprilû au grand- vizirat (ââ septembre 1 656 
— 3 silhidjé i 066), à l'heure où les minarets retentis- 
saient de l'appel à la prière, les rigides orthodoxes, par^ 
tisans fanatiques de Kazizadé, espérant pouvoir, sous 
l'administration d'un vieillard, continuer leurs persé- 
cutions contre les soffîs et les derwischs dansans , se 
rassemblèrent dans la mosquée de Mohammed II ; ils 
résolurent de détruire tous les cloîtres de ces ordres, 
d'en forcer les membres à la confession de la vraie 
foi, de tuer tous ceux qui s'y refuseraient, de ne laisser 



6 HISTOIRE 

subsister qu'un minaret dans chaque mosquée, en 
supprimant tous les autres comme un luxe inutile ; de 
condamner comme de coupables hérésies l'usage des 
vaisselles d'or et d'argent, des habits de soie, du tabac, 
du café et de l'opium, le chant des hymnes, les danses 
au son du tambour et de la flûte ; en un mot, de vouer 
à la damnation tous ceux qui ne partageraient pas les 
doctrines de Kazizadé , et d'infliger à ceux qui per- 
sisteraient dans leur hérésie toutes les punitions tem- 
porelles qui seraient en leur pouvoir (22 septembre 
1656) [i]. La nuit qui suivit ce rassemblement, toute 
la ville fut en émoi; les étudians des collèges, dont les 
recteurs et les professeurs étaient orthodoxes, s'armè- 
rent de bâtons et de couteaux, attirèrent à eux les mar^ 
chands et leurs esclaves, et se rendirent tumultueuse- 
ment à la mosquée de Mohammed n, poussant des cris 
menaçans contre les derwischs mewlewis, khalwetis, 
djelwetis et schemsis'. A la nouvelle de ces désordres, 
le grand-vizir envoya un message aux scheïkhs prédi- 
cateurs, fauteurs de tous ces troubles, pour les exhor- 
ter à rentrer dans Tordre ; mais cette démarche étant 
restée sans résultat, il adressa au Sultan un rapport 
dans lequel il lui représenta la nécessité d'anéantir les 
rebelles. Les sentences de naort signées par Moham- 
med contre les auteurs des troubles, furent commuées 
par Kœprilù en ordres de bannissement : Oustouwani, 
Turk Ahmed, Diwane Moustafa et quelques autres, 
furent immédiatement embarqués pour Chypre. 

I L'ordre de ces derniers fut fondé, au commencement de ce siècle, par 
le scheikh Schemseddin Siwasi. 



■N 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 7 

Aussi long-temps que du haut de leurs chaires les 
scheïkhs ne lancèrent que de sots blasphèmes contre 
les réformes et les innovations du grand-vizir, le gou- 
vernement se tint tranquille , laissant le soin au bon 
sens public de faire justice de la barbarie de ces fana- 
tiques et de rendre ridicules les efforts qu'ils faisaient 
pour bannir toute civilisation. C*est ainsi qu'un jour 
un des assistans demanda au prédicateur Ahmed, 
surnommé', à cause de sa grossièreté, Turk : «Pour- 
» quoi ne défendez-vous pas aussi, comme une inno- 
» vation , de porter des pantalons ? — Un véritable 
» musulman, répliqua le barbare, peut en effet se 
» passer de pantalons et n'a qu'à se couvrir d'un ta- 
» blier . — Mais , interrompit son interlocuteur , les 
» peignes et les cuillers sont aussi des innovations. 
» Que proposez- vous à leur place? — Nous les ferons 
» disparaître également ; servez-vous de vos doigts 
» comme peignes et de vos mains pour cuillers, etc. » 
Ce Turk Ahmed n'était qu'un moine mendiant; mais 
les prélats du parti ne pratiquaient guère l'austérité 
des principes qu'ils prêchaient. Les jeunes garçons 
qu'ils entretenaient portaient sous leurs vêtemens 
grossiers d'autres habits d'étoffe de soie brodée , et 
déployaient un grand luxe dans leur intérieur. Un 
de ces sévères moralistes , à qui le fils de Fakhred- 
din, Maanzadé, demanda comment il conciliait les 
plaisirs voluptueux défendus par la loi avec ses pré- 
dications contre l'usage de l'argenterie, de la soie, 
contre la musique et la danse, fit cette réponse : «Pour 
« qu'un péché puisse s'expier, il faut qu'il ait procuré 



8 HISTOIRE 

» une jouissance réelle, telle que la procurait les fiém- 
» mes, les garçons, les dés et le vin; mais l'iMège de 
» Targent et de la soie, la musique et la danse, ne 
» donnent aucun plaisir sensuel ; du reste, cette absti- 
» nence n'est bonne que pour le peuple, et l'homme 
y> considéré comme pieux et saint peut en secret se 
» livrer à toute sorte de plaisirs. » Ce tableau des 
mœurs, que nous a laissé l'historien Naîma sur son 
époque , prouve qu'en Orient comme en Occident, 
les hypocrites sont toujours les mêmes. 

Mohammed Kœprilû avait déjà soumis au Sultan 
deux rapports pour demander sa signature à des sen- 
tences de mort; il est vrai qu'il commua ensuite la 
peine capitale en bannissement; d'un côté, sa sévérité 
avait pour but d'essayer le degré de sa puissance; de 
l'autre côté, il voulait endormir par son indulgence les 
terreurs secrètes de la sultane Walidé qui, au nom du 
Sultan, avait juré les quatre conditions posées pour son 
acceptation du grand-vizirat. Il espérait encore, par 
cette même indulgence , obtenir d'autant plus facile- 
ment le consentement de la sultane Walidé à utie troi- 
sième proposition, celle de l'exécution de son protégé, 
l'ancien defterdar Karagœz Mohammed-Pascha. Le 
rapport lui ayant été renvoyé avec la signature du 
Sultan, la sentence fut exécutée sur l'heure (7 octobre 
1656—18 silhidjé 1067). Abaza Ahmed-Pascha , 
compatriote du kapitan Kenaan-Pascha, et dont la fai- 
blesse avait été une des principales causes de la dé- 
faite de la flotte près des Dardanelles , comptant sur 
la protection spéciale de la sultane Walidé , n'avait 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 9 

pas craint de venir à Gonstantinople ; à son arrivée, fl 
fat mis à mort. Cette nouvelle exécution jeta la ter- « 
reur parmi tous les protégés de la sultane-mère. Le 
vieux moufti Hanefi fut destitué (11 novembre — 
S3 moharrem) et sa place donnée à Balizadé, homme 
érudit et auteur de plusieurs commentaires sur des 
ouvrages de jurisprudence et sur la tradition '. Le 
defterdar Diwrighi Mohammed- Pascha , poursuivi à 
coups de pierres par les troupes qui avaient brisé les 
vitres de sa maison , parce qu'il n'avait pu payer leur 
solde en entier, \int tout tremblant porter ses plain- 
tes au grand -vizir. Celui-ci, bien qu'irrité de ce dés- 
ordre, lui dit en souriant : « Les choses marchent 
» ainsi; connais-tu si peu les affaires de ce monde? 
» Combien de fois les defterdars tes prédécesseurs 
» n'ont-ils pas vu briser leurs vitres! Ils en ont été 
» quittes pour passer deux ou trois fois chez le vi- 
» trier et pour en acheter d'autres. Jusqu'à ce que 
» Dieu nous fasse la grâce de faire tout rentrer dans 
» l'ordre , nous devons prendre patience, d Mais 
comme le defterdar paraissait peu disposé à attendre 
jusque-là , Kœprilû nomma le lendemain à sa place 
le baschbakikouli Ahmedaga. Khalilaga , chef de la 
première chambre, qui jouissait de la faveur par- 
ticulière du Sultan, fut éloigné du serai avec une 
pension' journalière dé deux cents aspres, et remplacé 

I II laissa un commentaire sur le Kmz, des gloses marginales au com* 
mentaire du Miftah, un commentaire sur la Borda, une traduction et un 
commentaire sur les traditions. Voyez sa Biographie, dans Ouschakizadé, 
la 17)^. 



10 HISTOIRE 

par Gourd Sefer, aga du serai de Galata. Le kapitan 
Sidi Ahmed-Pascha, un des vizirs les plus influens, 
et que ses amis du harem avaient voulu élever au 
grand-vizirat, reçut ordre de se mettre sur-le-champ 
en route pour prendre possession du gouvernement 
de Bosnie et du commandement en chef des troupes 
cantonnées dans cette province. Il eut pour succes- 
seur, dans le ccnnmandement supérieur de la flotte, 
le gouverneur destitué de Temeswar, Mohammed- 
Pascha le boiteux (1 2 décembre 1 656 — M sâfer 
1067). L'ambassadeur persan, Pir Ali, porteur d'une 
lettre dans laquelle le schah protestait de son désir de 
voir la paix maintenue entre les deux empires, offrit 
au Sultan quelques traits de mulets et un éléphant. 
Le jour de son audience de congé, le grand- vizir lui 
donna un festin splendide à Eyoub , dans le jardin 
d'Yousouf-Pascha, et nomma pour l'accompagner en 
Perse , en qualité d ambassadeur , Ismaïlaga (30 dé- 
cembre — 13 rebioul-akhir). Le Sultan envoya au 
schah deux chevaux arabes de noble race, dont l'un 
avait des harnais enrichis de pierres fines, et quelques 
ballots de magnifiques étoffes et de drap fin d'Europe. 
Ismaïlaga les présenta au schah Âbbas II dans sa ca- 
pitale d'Isfahan, et revint à Constantinople après un 
séjour de trois mois à la cour de Perse. Quatre mois 
plus tard, le Styrien Simon Reninger, résident impé- 
rial, introduit à l'audience solennelle du grand-vizir et 
du Sultan, remit les lettres de créance de Léopold P% 
nouvellement élu empereur d'Allemagne. Malgré la 
paix qui existait entre les deux empires, les plaintes 



DE L'EMPIRE OTTOMAW. ii 

contre les ravages commis sur les frontières conti- 
nuèrent sans interruption de part et d*autre. Trois 
années avant Tarrivée de Reninger à la Porte, les 
Turcs, forts de quatre mille hommes, avaient poussé 
une incursion jusqu'à Radkersbourg , appartenant 
au prince d'Eggenberg ; une autre troupe avait mas- 
sacré, près de NeuhâBUsel, soixante-quatre heiduques'; 
ce qui n'empêcha pas le pascha d'Ofen d'envoyer des 
tschaouschs au feld-maréchal comte de Puechhaïm, à 
Vienne, pour se plaindre des incursions de Bathyany 
et Forgacs, et des brigandages conmiis par les hussards 
et les heiduques entre Komorn et Gran. Le jour de 
l'audience du résident impérial , les ambassadeurs de 
Transylvanie et de Suède furent également admis en 
présence du Sultan. Le roi de Suède, Charles Gustave, 
demanda par son ambassadeur , Claude Sohalam , le 
même qui avait conclu au nom de son maître l'al- 
liance avec la Transylvanie et les Cosaques , que la 
Porte donnât au khan des Tatares l'ordre d'envahir 
les provinces méridionales de la Russie, tandis que 
les Suédois attaqueraient celles du nord '. Charles 
Gustave était alors en guerre avec la Pologne ; Kœ- 
prilû lui fit répondre : « Que la Porte agréerait son 
» amitié aussitôt qu'il aurait fait sa paix avec la Polo- 
» gne. » Un mois plus tard, une nouvelle ambassade 
suédoise, composée de Liliencron et deGotthard Wel- 
lig, auxquels s*étaient joints, de la part de Rakoczy, 
François Szepessi et Nicolas Tordaï, fit son entrée à 

I Rapport de Reninger , dans les Archives de la ville. La lettre du roi 
au Sultan est datée du 25 septembre 1656. 



la HISTOIRE 

Constantinople; elle était chargée comme la précé^ 
dente d'exciter les Ottomans contre la Pologne. Tjc 
drogman de la Porte, le vieux Soulfikar, ne pouvant 
pas traduire la lettre latine du roi de Suède, fut rem- 
placé par l'interprète impérial, Panajotti Nicusi *. 
L'ambassadeur polonais, Nicolas de Leszczye Jas*- 
kolski, pour déterminer le grand- vizir à rompre avec 
la Russie, insinua à la Porte que le czar avait le pro- 
jet de soulever contre l'empire ceux de ses sujets qui 
professaient la religion grecque. Cette intrigue n*eut 
aucune suite ; cependant Jaskolski eut la satisfaction 
de voir conduire dans les Sept-Tours les envoyés tran- 
sylvaniens, François Tordaï, Etienne Tessaï et Jean 
Harsanyi, en partie à cause du retard apporté au paie- 
ment du tribut , en partie à cause de Talliance que 
Rakoczy avait conclue avec les Suédois et les Cosa- 
ques contre la Pologne, contrairement aux ordres du 
Sultan. Les députés suédois, craignant le même sort, 
s'empressèrent de conjurer l'orage par un présent de 
cinq cents ducats fait au grand- vizir. Wellig mourut 
peu de temps après, et Liliencron fut renvoyé sans ré- 
ponse ^ (15 août 1657). Loin de se laisser intimider, 
Rakoczy gagna à ses intérêts les voiévodes de Mol- 
davie et de Valachie , mais cette alliance fut aussitôt 
rompue que conclue. Constantin Scherban, prince de 



I On lit dans la lettre du roi : Confidimus fore ut omnia et singula 
pensitentw et nohis pro nostra et rei necessitate respondeatur. Rapport 
de Reninger du 12 juin 1657. 

a HUtaria b$Ui Cosacoo-PoUmioi autorê Grondiki. Pestini, 1789, 
f . 408 et 400. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i3 

Valachie, qui avait commencé son r^ne par faire 
couper le nez à $on rival au trône, I)ikoghli, et par 
faire pendre Chrice qui lui disputait la principauté, 
réclama de Rakoczy huit mille ducats que celui-ci 
avait empruntés de Matfaias Bessaraba. Rakoczy paya 
la somme; mais, pour se venger, il souleva contre 
Scherban les milices (seïmes) du pays ; par la suite , 
3 se ligua de nouveau avec lui contre la Pologne et 
l'abandonna. Lui-même, abandonné par les Moldaves 
et les G)saques, fut battu par les Polonais, et destitué 
par la Porte. Les États transylvaniens nommèrent à 
•sa place François Rhédei, qui, pour faire sanctionner 
son élévation , envoya aussitôt Sigismond Banfi au 
pascha d'Ofen , et François Keresztesi à Constanti- 
nople ; mais tous deux échouèrent dans leur mission. 

Une nouvelle rébellion était sur le point d'éclater, 
lorsque la vigilance du grand-vizir la prévint. Kœ- 
prilù avait appris, par les nombreux espions qu'il en- 
tretenait dans toutes les provinces de Tempire, que les 
rebelles, auteurs de l'événement du Platane et du pil- 
lage du trésor de la famille de Hasandjan (Seadeddin), 
s'agitaient en tous sens et n'attendaient qu'une occasion 
pour se soulever. Ils crurent avoir trouvé cette occa- 
sion dans l'éloignement des affaires de Sidi Âhmed- 
Pasoha, dont ils demandaient impérieusement la no- 
mination comme grand-vizir, ou du moins la réinstal- 
lation comme kapitan-pascha. Kœprilù s'étant rendu 
chez le moufti , lui demanda un témoignage écrit qui 
déclarât légaux tous les actes de son administration. Le 
moufti signa l'écrit dressé par le reïs-efei\di Schami- 



i4 HISTOIRE 

zadé, et, le remettant entre les mains du grand-vizir, 
il lui demanda d'un air étonné : « Mais à quoi cela 
» peut-il vous servir? — A m'assurer de votre fidélité, 
» lui répliqua Kœprilû ; j*ai voulu qu*un écrit de votre 
» main témoignât en ma faveur auprès du Sultan , 
» dans le cas où mes adversaires essaieraient de vous 
» gagner, comme tant de vos prédécesseurs, à leur 
» parti. » Le moufti lui jura de nouveau qu'il ne ces- 
serait de le seconder avec franchise et de tout son 
pouvoir dans ses mesures de réforme. En quittant le 
moufti , Kœprilû se rendit chez le scheïkh des janis- 
saires, Kara Hasanzadé: le vieux Houseïn, qui déjà 
avait aidé les précédens grands- vizirs à s'emparer des 
auteurs de l'événement du Platane, lui promit égale- 
ment sa coopération pour étouffer la révolte naissante. 
Kœprilû appela à un conseil secret l'aga et le lieute- 
nant-général des janissaires , ainsi que les principaux 
officiers de leur état-major, et après avoir reçu d'eux le 
serment de leur sincère coopération pour le rétablis- 
sement de la tranquillité publique, il fit annoncer un 
grand .conseil pour le matin du jour suivant. Pendant 
la nuit , et pour prévenir les troubles qu'on craignait 
devoir éclater, le grand- vizir, accompagné de l'aga des 
janissaires, fit lui-même la ronde dans toute la ville. 
Le lendemain, vendredi 5 janvier 1657 (19rebioul- 
ewwel 1067), au moment où les vizirs, les émirs, les 
agas et les oulémas se trouvèrent tous réunis, un mes- 
sager leur remit cet ordre de l'empereur : « Depuis 
n mon avènement au trône, les sipahis n'ont cessé de 
» dépasser les bornes de l'obéissance, de fouler aux 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 1 5 

» pieds la gratitude qu'ils me doivent, et de se jouer 
» de l'honneur de Tempire. En conséquence , nous 
» avons chargé notre grand-vizir de les anéantir, ce 
» qui pour l'instant est l'affaire la plus importante 
» pour le maintien de la foi et de l'État. Que les bien 
» intentionnés prêtent leur secours à mon grand- vizir 
» afin de punir les méchans, et ils seront l'objet de 
» mes meilleurs vœux. » L'assemblée dit que de jour 
en jour elle avait attendu la punition des fauteurs de 
troubles, et qu*elle remplirait fidèlement les ordres du 
Padischah. Sur le rapport envoyé au serai', et qui fit 
connaître au Sultan les dispositions favorables des prin- 
cipaux dignitaires, Mohammed leur envoya ces lignes : 
«Les chefs des rebelles doivent être saisis et mis à 
» mort. » 

Ce même jour , le silihdar déposé , Âhmedaga , le 
kiaya des djebedjis, Khalilaga, le grand-chambellan, 
Khasseki Moustafaaga, et soixante de leurs adhérens 
furent décapités devant l' Alaïkœshk , sur la place même 
où le Sultan avait reçu des mains des rebelles la liste 
de proscription, et avait dû assister à la strangulation 
des deux eunuques gouverneurs de la cour. Les deux 
khans situés près de la nouvelle mosquée, autrefois le 
séjour des ambassadeurs chrétiens, et depuis le quar- 
tier-général des rebelles, furent occupés par la force 
armée ; la nuit où le grand-vizir et Taga des janissaires 
firent ensemble leur ronde dans la ville, ils se saisi- 
rent de ceux des janissaires , des sipahis, des djebe- 
djis, des topdjis, connus pour être des artisans de trou- 
bles, et firent jeter leurs corps dans la mer, pour ser- 



i6 HISTOIRE 

vir de pâture aux poissons, suivant Texpression de 
rhistorien de Tempire \ Vingt receleurs d'objets vo- 
lés dans la dernière révolte furent exécutés sur Thip- 
podrome; la tête du defterdar de Bosnie, Alagœz , 
fut envoyée d'Ândrinople à la capitale; Sournazen 
Moustafa-Pascha mourut de mort naturelle dans son 
gouvernement d'Erzeipoum. L'ancien silihdar Siaw- 
ousch-Pascha , comptant sur la protection du serai* , 
avait refusé, malgré des ordres formels, de se rendre 
dans la province dont l'administration lui avait été con- 
fiée ; Kœprilù adressa un rapport au Sultan pour lui 
représenter les dangers d'un pareil exemple, et lui de- 
mander la mort du coupable. Le consentement impé- 
rial s'étant fait attendre par suite des intrigues des fa* 
voris , le grand-vizir se présenta devant le Sultan , 
tenant le sceau d'une main, et prêt à le lui remettre , 
puisque, contrairement aux conditions stipulées, son 
rapport n'avait pas été ratifié sur-le-champ. Moham- 
med lui dit : « Je t'abandonne la punition de tous 
» ceux qui se mêleront de tes affaires ; fais comme tu 
» l'entends. » Par déférence pour le Sultan, Kœprilù 
fit provisoirement grâce de la vie à Siawousch , et atten- 
dit quelques mois avant de bannir les favoris qui pré- 
tendaient exercer une influence sur la marche du gou- 
vernement; mais, ce terme expiré, il éloigna du serai 
ses adversaires les plus influens, le teneur de Fétrier, 
Anber Moustafa, l'aga du turban, Gourdji Ibrahim, le 
grand-écuyer Omer, et le silihdar Moustafa, er ,ur 

* loicheleri nefakaï kaïwanati deryaoldi. Naîma, p. 610. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 17 

étonnant des emplois ou des pensions. Le scheïkh 
maure, Salim , hypocrite enthousiaste, dont nous avons 
déjà signalé Timpudence, s'étant permis des murmures 
sur une diminution de sa pension, fut étranglé d'après 
Tordre de Kœprilû , et jeté à la mer par le bourreau 
Soulfikar, qui avoua par la suite à ses amis qu'il avait 
ainsi livré secrètement aux flots du Bosphore plus 
de quatre mille victimes. Un pareil traitement infligé 
à un scheïkh, Toracle du peuple de Constantinople , 
faisait suffisamment pressentir la sévérité qui serait 
déployée contre le patriarche grec accusé de tra- 
hison. Kœprilû intercepta une lettre de ce dernier au 
voïévode de Yalachie, G)nstantin Bessaraba, dans 
laquelle on remarquait le passage suivant : « Llsla- 
» misme approche de sa fin; la foi des chrétiens va 
» bientôt régner partout en souveraine ; bientôt tous 
)> les pays seront entre les mains des chrétiens, et les 
» seigneurs de la croix et des cloches seront les sei- 
» gneurs de l'empire.» Kœprilû fit comparaître de- 
vant lui le patriarche, et le questionna sur le sens de 
sa lettre; celui-ci répondit que tous les ans il écrivait 
des circulaires semblables pour exhorter les fidèles à 
l'aumône; mais cette interprétation ne l'empêcha pas 
d'être pendu à la porte de Parmakkapou. Ce fut le 
troisième patriarche exécuté, bien qu'il fût peut-être 
aussi innocent que le clergé grec qu'on avait accusé 
d'avoir poussé ses co-religionnaires à se mêler aux re- 
bellesiirft.des derniers troubles, en prétendant qu'un 
grand nombre d'entre eux avaient porté des bonnets 
de janissaires et des dolmans bleus. Une enquête or^ 

T. XI. 2 



i8 HJSTOIHE 

àomée par le grspd-vidr pouf vérifier cette acou- 
sation amena la découverte de qo^raide à cfnqnante 
bonnets et dolmans , mais qui appartenaient au déta^ 
diemént de jmjssaireg commis à la garde du pa^ 
triarehat. 

Ko^rilù, qui s'ëtait attiré les malédictions du peu*' 
p1^ par les supplice du nàiéûsb Salim ei du patrinr^ 
die, voulut, pr^isément pour cette raison, organiser 
un service de prières publiques, et cela d'autant plus 
que r^poque de Fouv^ture de la cimtipagne était 
arrivée. Il approuva fort la proposition que lui sou^ 
nut un sclietkh de Kastemouni , nommé Mohammed 
SacKk , de faire imiter mille fois par jour la soure 
FeiA (de la conquête). Sur le rappwt du grand-^vizir^ 
le SuHan dioisît céfft im pages, qui fwent diargés de 
dire chftràn dix fois cette soure dans la mosquée. Il 
fit rechercher tous ceux de ses pages qui portaient le 
nom du Prc^ète : ils étafent au nombre de quatre^ 
viâgt'dooK, qui reçurent Tordre de répéter tous les 
vendredis quatre-vingt-^iouze fois la i^mre Feih. Lins^ 
torien de cette époque, le grand-cafetiér Mohammed 
Khalife, Ss du Bosnien Housel'n, faisait partie des 
quatre-vingt-douze Mdiàmmed : cette instîtutirài resta 
en vigueur jusqu'au départ du Sultan pbm* la guerre. 
Dès ce moment, quarante-un seutenstent d?s cent un 
pages continuèrent à réciter la i»)ure de la conquête. 

Le graad-via^ir expédia dans toutes les provinccB 
des ordres pour les armemens et la préparation des 
provisions nécessaires; les éiendsuxSs împémc£^ fu'^ 
rem fdaïaAés devait la porte du serai, en ïate des ca-^ 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. I9 

serneg des ^ mûriers. Soiianfe vaisseani en comtruo-^ 
lion devaient rejoindre la flotte du kapitan-paschâ 
Topai Mohammed, qui sortit de6 Dardanelles avec 
trente-six galères et quatre mahones , avant que les 
Vénitiens eussent pu former le blocus du détroit (§3 (é- 
vrier 1657 -r- 9 djemazioul-ewwel 1067). Sur Tavis 
des opérations maritimes des Ottomans , le capitaine- 
général Mocenigo sortit en toute hâte du port de 
Candie avec dix-neuf galères et seize galéasses ; il prit 
quelques caïques près des îles Spermadori, dans le 
canal de Khios, et rencontra la flotte turque qui faisait 
voile vers le canal de Samos. Trois jours après (â mai 
1657) , les Vénitiens en vinrent aux mains avec les 
Barbaresques ; ils remportèrent Tavantage , et s*em^ 
parèrent de leur vaisseau-amiral. Parmi les prison* 
niers se trouvaient raîdin-tschaousch , qui avait été 
envoyé de Constantinople à Khios avec de Targent et 
Tordre d'amener les vaisseaux barbaresques au kapi^ 
tan-pascha, Mohammed, colonel des janissaires , et 
Houseïn d*Âlger, commandant de Tescadre. La perte 
des Vénitiens s'éleva à cent dix-sept morts et trois cent 
quàrante-si:2i prisonniers : des marchandises d'£gypt6 
à!we valeqr de trois cent mille piastres tombèrent 
entre les mains des vainqueurs. La flotte vénitienne 
se rendit ensuite devant Sougadjik , dans le gc4fe de 
^cala-Nova, et s'empara de la forteresse, dans laquelle 
se trouvaient trente canons qui presque tous étaient 
ornés du lion de Saint «Marc, et avaient été transport 
tés de Chypre ^ Sougadjik après la conquête de Tile. 
Ainsi le capitaine-général avait pris en moins de deui; 



a* 



20 HISTOIRE 

mois quarante-quatre vaisseaux turcs et une place forte 
sur les rives asiatiques '. Les succès des Vénitiens et 
Tavortement de la tentative des Ottomans sur Spalato ^ 
trouvèrent une sorte de compensation dans la victoire 
que remportèrent en Crète les troupes de la Porte sur 
celles de Venise, victoire qui fut décidée en partie 
par la brillante valeur de Katirdji Mohàmtned ^. Pour 
venger les derniers échecs de la flotte, le grand-vizir 
fit équiper dix-neuf galions, dix mahones, treize galè- 
res, une baschtarde (vaisseau-amiral), et envoya dans 
les Dardanelles, sous les ordres de Schemsipascha- 
zadé, cent cinquante galères et frégates, montées par 
deux ou trois mille janissaires et deux mille volon- 
taires, qui s*étaient enrôlés sous la condition qu'après 
la campagne ils seraient incorporés dabs les sipahis 
et les silibdars. Le 6 juin (23 schàban), le Sultan 
donna à Kœprilû le commandement en chef de Tex- 
pédiàon, attacha à son turban deux panaches de héron 
retenus par des agrafes de diamant, le revêtit de deux 



t Voyez, sur la bataille des Dardanelles, !<> Lettera di raguaglio del 
eombtUtimento ira Varmata veneta e turca ai Dardanelli sotto Lazaro 
Mocmigo net di H, 18 et 19 Luglio 1657. Venet. 1657; 2o LeUera di 
raguaglio délia citta e fortezza di Suazich fatta dalle armi venete sotto 
Lazaro Mocenigo nei di 18 Maggio 1657. Venel. 1657. 

a Spalato sostenuto contra l'Ottomana Potenza Vanno 1657 sotto gli 
auspicii deUa Seren, Rep, di Venezia con Vassistenza del S, Angeolo 
Orio Conte e Proveditore di Lésina da Giov, Giorgio Nicolini, Venet. 
5655. 

3 jNaïma, II, p. 615, convient d'une perte de mille braves qui, dit-il, 
ont bu le vin du martyre ; mais il ajoute < que plus de dix miUe cochons 
» inBdèles ont pris le chemin de T enfer; » ce qui est peu vraisemblable, 
puisque les historiens vénitiens ne font aucune mention de ce combat. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ai 

kaftaiis, l'un sans fourrure, l'autre doublé de zibeline, 
et lui remit Tétendard sacré entre les mains. Le grand- 
vizir quitta son camp de la prairie de Tscherpedji, 
située devant la porte de Siliwri, et se rendit par 
terre aux Dardanelles avec les janissaires , les six es- 
cadrons de cavalerie régulière et les feudataires. A 
la première station, à Karakaldùrun, il fit une revae 
de ses troupes, et conféra les emplois des tschaouschs 
absens à des mouteferrikas et à des saïms. Au bout 
de cinq jours, il arriva à Gallipoli, et passa sur le ri« 
vage asiatique, où il établit son quartier-général dans 
le château des Dardanelles. Des batteries furent dres- 
sées des deux côtés de THellespont, en Europe à 
Soghanlidéré , en Asie près du village du Petit-Kipos. 
La flotte vénitienne vint, de son côté, jeter l'ancre sur 
les rivages européens entre le village du Grand-Kipos 
et la baie de Kafirboudjaghi. Tscherkes Osman-Pascha 
prit le conunan dément de Tescadre ottomane à la place 
du kapitan-pascha. Le 1 7 juillet (5 schewai), les deux 
armées navales en vinrent aux mains : sept mahones 
ottomanes engagèrent l'action ; une fut prise , trois 
eurent leurs équipages tués ou furent démâtées, et les 
trois autres, montées par des janissaires , s'enfuirent. 
Les janissaires débarquèrent dans la baie de Kafirbou- 
djaghi, et assistèrent tranquillement au combat. Le beg 
d'Alaïyé, Mohammed le Petit, se jeta avec cinquante 
ou soixante hommes dans deux caïques, attaqua qua- 
tre mahones ennemies qui traînaient à leur suite la 
mahone turque, et leur enleva cette proie grâce à des 
prodiges de valeur. Kœprilû, qui du rivage avait été 



!ia HISTOlkE 

témoin delà lâcheté des janissaires, s'embarqua potir 
la baie Kafirbondjaghi, et les détermina non sans peine 
à remonter sur leurs vaisseaux. Les escadres maltaises 
cl florentines, étant entrées dans le détroit, renouve- 
lèrent lattaque; dix-sept galères turques cherchèrefit 
à se réfugier sous les canons du château d'Asie, près 
du Petit-Kipos ; quinze autres , auxquelles les enne- 
mis coupèrent le c^iemin , se dirigèrent stlr le Grand- 
Kipos , où leurs équipages descendirent. Le grand-* 
vizir ordonna à ses troupes de faire feu sur les fuyards!, 
dont huit cents tombèrent sur le rivage. Il fit dresser 
immédiatement des batteries pour protéger la partie 
de la flotte qui s'était retirée près du Grand- Kipos. 
Les dix-sept galères , qui avaient fait force de rames 
et de voiles vers le Petit-Kipos , fur At poussées par le 
vent contraire beaucoup plus bas sur la côte asiatique, 
et jetèrent l'ancre près du château de Koumtourni , 
où, protégées par des batteries établies sur le rivage, 
elles résistèrent le jour suivant à utie nouvelle attaque 
des enneniis. Le troisième jour après le combat, le 
vaisseau-amiral monté par Mocenigo , et pavoisé de 
tous les pavillons des différens États qui avaient en- 
voyé leurs escadres à la flotté vénitienne, passa, une 
heure avant le coucher du soleil , toutes voiles dé-- 
ployées, devant le château de Koumtourni ; lecanon^ 
nier Kara Mohammed pointa une des pièces de gros 
calibre avec tant d'habileté , qu'il atteignit la pou- 
drière du vaisseau'-amiral et le fit sauter en l'air; pen- 
dant une heure, le canal fut obscurci d'un nuage de 
fumée, qui, lorsqu'il (ut dissipé, laissa voir les mille 



DE L'EMPIKE OmOMAN. 33 

débris dii naiirè éfnrft giir les flots t les Turot acooiJH 
jtirent pour s'emparer du drapeau et du fanal de Ta-^ 
mirai ; mais le chevalier Avogaro , de Tréyise , If ur 
arracha ces trophées^ aiaai que les paviHons, les re^ 
gisires ^ la caisse et le cadavre de Moceuigo, celui de 
FraDcesco , frère et heutenatit de TattHral , el sanva 
trois cent cinquaiite^sept soldats et marÎBs. Ce fut ainsi 
que , par le seul fait d'un canonmer, b défaite de^ 
Ottomans fut Changée en une victoire inespérée. 

Kœprilu ne se dissimiria pas que la défaite de la 
Sotte était due à la Iftcheté des janissaires, et il songea 
à punir les fuyarcb en même temps qu'à récompenser 
le canminier dont Thabileté avait causé l'explosion do 
taisseau-amiral et décidé la victoire. Il avait pour 
principe de récompenser tes actes de bravoure, mais 
û pensait avec raison qu'on ne doit pas dissimuler les 
fautes des favoris en leur accordant de§ récompenses 
imméritées dans le but d'égarer l'opinion sur leur 
compte, et de pallier les suites des mauvais choix 
qu'on a faits sd-méme. Il fit yenir devant lui le jeune 
Mc^anmied, qui avait repris aux Vénitiens la mahone 
capturée; lorsque ce dernier fut introduit: « Yiens^ 
» mon faucon royal , lui dit-il ; que le pain du Padi^ 
» schah soit ta légitime nourrittire ; que Dieu récom- 
» pense les vaillans et les zélés tels que toi ^ » Et â lui 
baisa le front et les yeux, fixa à son turbdn deux riches 
panaches, ôta son propre kaftan pour l'en revêtir, et 
lai donna une bourse d'or pour la (Rétribuer à ses 
compagnons d'armes. Il reçut également le canonnier 
dont les coups hàbil^»ent dirigés avi^iit t^ saut» 



à 



2i4 HISTOIRE 

le vaisseau-amiral , lui conféra une place de sipahi 
avec soixante-dix aspres de revenu quotidien, et lui 
fit présent de cent ducats et d*un vêtement d'honneur ; 
il récompensa de même les autres braves qui s'é- 
taient distingués dans le dernier combat. Ferhad-Pa- 
scha , qui avant même le commencement de l'action 
s'était enfui sur le rivage et avait brûlé son vaisseau ^ 
fut atteint par les volontaires envoyés à sa poursuite , 
et immédiatement mis à mort. Le lieutenant-généra) 
des janissaires et sept colonels de cette milice, qui les 
premiers avaient donné l'exemple de la fuite, furent 
étranglés derrière la tente du grand- vizir, et leurs 
cadavres jetés dans la mer. Kœprilû fit décapiter le 
b^lerbeg de Siwas , Tscherkes Osman-Pascha , dont 
les fautes avaient eu des suites désastreuses pour la 
flotte. Le capitaine Sipahizadé-Mohammed , qui avait 
eu sa mahone brûlée par l'ennemi, le capitaine Pous- 
soladji-Mohammed, le capitaine des galères, Kasim, 
furent pendus pour l'exemple. L'aga des janissaires 
Sohrab, ancien ami du grand-vizir, perdis, sinon la 
vie, du moins sa place, à laquelle fut nommé le cham- 
bellan Âlikhodja, qui se trouvait alors au camp. Pour 
réparer le plus tôt possible les pertes éprouvées, Kœ- 
prilû envoya les ordres les plus pressans à Ck>nstan- 
tinople et dans les provinces. Quatre semaines après 
la bataille, il partit des Dardanelles, et vint camper à 
l'embouchure du fleuve Tschaïbaschi , près du vieux 
Istamboul (Alexandria Troas), en vue de Ténédos 
(1 4 août 1 657 — 4 silkidé i 067). Le kapitan-pascha, 
qui craignait que sa dignité ne pût le soustraire aux 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. a5 

rigueurs du grand-vizir, différait de jour en jour de 
se rendre auprès de lui , malgré les invitations réité- 
rées qu'il en avait reçues ; pour se dérober à sa ven- 
geance, il avait déjà formé le projet, avec les capitaines 
de la flotte, de se réfugier à Alger, Tunis ou Tripoli. 
Kœprilù, en ayant été instruit, leur envoya des lettres 
flatteuses pour les tranquilliser ; le kapitan-pascha crut 
pouvoir dès lors aller à Behram auprès du grand-vizir, 
qui lui fit en effet Taccueil le plus gracieux. Kœprilù 
ordonna les préparatifs nécessaires pour s'emparer 
de Ténédos ; il rassembla à Tschakmak , sur la rive 
asiatique, troisi mille sipahis, à qui on promit un sup^ 
plément de paie de cinq aspres par jour après la con- 
quête de l'ile; il réinscrivit également sur les rôles de 
Tannée deux mille janissaires, djebedjis et topdjis, et 
les mit sous les ordres de Kourt-Pascha. Il aborda lui- 
même à Ténédos le 25 août (15 silkidé) , et campa 
dans la vallée de l'Aqueduc (KemerDeresi), derrière 
la vallée des Moulins (Deghirmen Deresi) . Le lende- 
main, avant le lever du soleil, les tranchées furent ou- 
vertes sur la colline des Sentinelles (Tekfour Bagh- 
djesi). Le 27 août (21 silkidé) , un parti des assiégés, 
qui s'était rendu dans \e jardin de l'Empereur, au sud 
de Tîle, fut battu par un détachement de deux mille 
Turcs. La garnison fît uiie sortie dans laquelle elle 
perdit cinq cents hommes tués et deux cents prison- 
niers. Pour mieux enflammer le courage de ses trou- 
pes, Kœprilù fît transporter de nuit dans Tîle deux 
grands canons et dix-huit galères chargées de soldats, 
qiH échappèrent heureusement aux poursuites de Tes- 



â6 HISTOIRE 

cadre vénitienne. Le 31 août (31 êtikidé), âlxiètne jouf 
du siège , les Vénitiens abandonnèrent le chàt€i^u et 
s'embarquèrent sur leurs Taisseaux » après avoir feit 
sauter les toiirs, et avoir enckiaé les trente à quarante 
canons qu'ils laissaient dans File'. On fêta à Constan-^ 
tinople la nouvelle de la Victoire par des illuminations 
qui durèrent trois nuits. Le trésorier impérial, Solak-* 
Mohammed, apporta au grand- visir, de la part du Sul^ 
tan , un sabre et un kaftan d'honneur, acconipagnéd 
d'une lettre de félidtations. C'est ainsi que Ténédos fM 
de nouveau incorporé à l'empire, les Vénitiens n'ayant 
pu garder plus d'un an cette île, sur laquelle ih 
avaient autrefois exercé leur domination. L'empereuif 
Andronicus avait cédé Ténédos à ses amis les Gé^ 
nois, à Taide desquels il avait renversé du trône son 
père Jean Paléologue. Le commandant de l'He, resté 
fidèle à Jean Paléologue, l'avait remise aux Vénitiens. 
Les Grecs et les Génois se liguèrent pour la leur ên-^ 
enlever; les Vénitiens résistèrent à cette coalition^ 
mais ils ne tardèrmt pas à être forcés d'abandonner 
leur possession aux Turcs. Ténédos fut une dés pre-^ 
mières îles de l'Archipel conquises par les Perses, 
qui, après la défaite des Ioniens devant Lack^ en fk^ 
de Milet, s'emparèrent successivement de Khios 61 
de Lesbos. Par la suite, les Lacédémomens la dé- 
vastèrent, parce qu'elle avait embrassé 1^ parti àèi 
Athéniens. Sous les Romains, Verres la mit au pilldge, 

I Nalina. Soubdet, f. 115. Abdi-Paacha. La lettre de Ke^pv^ii au 1^ 
laraga et à Mohammed Khalife sur la bataille des Dardanelles, p. 17; et 
le Journal du drogman Pdal Homero , daHs La Croit , Il , p. 199. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ù^ 

et enlevai la atatoe de Ténès dont elle tirait son nom. 
A TëoédoB, LuculIuB battit Mithridate, et l'empereur 
Jostinioi établit d'immenses magasins de grains pour 
rapprovisionnement de Constantinople. Le plus cé- 
lèbre temple de Ténédos était celui d'Apollon Smin- 
thée, destructeur des taupes, qui figure ordinairement 
avec une hache sur les monnaies de Tile. 

La sévérité avec laquelle Koeprilû avait traité les 
feuteurs des troubles n'avait pas entièrement dompté 
l'eftprit remuant des troupes, qui avaient mis pour 
condition à leur tranquillité le paiement 'de leur solde 
en bonne monnaie. Malgré l'ordre introduit dans les 
finances, il manquait trois cents bourses pour faire 
iace aux besoins du trimestre qui allait échoir. Pour 
combler ce déficit, Kœprilù usa du moyen dont s'était 
déjà servi un de ses prédécesseurs, Sinan; c'est-à-dire 
qu'il fil un emprunt au trésor privé, emprunt qui fut 
garanti par le moufti et les kadlaskers. Grâce à cet 
expédient , la solde des troupes fut payée ; le Sultan 
exprima sa satisfaction au grand- viiir par le don d'un 
poignard enrichi de pierreries et d'un kaftan de zibe* 
line (âO juillet 1657 — 8 schewal 1067). Malgré les 
service qu'il avait rendus à Kœprilu, le moufti Bali- 
zadé fut destitué, parce qu'il ne suivait dans ses pro- 
motions d'autre règle que son caprice (ât juillet). Non 
seulement il avait méconnu les lois d'avancement qui 
règl^il les évolutions hiérarchiques des oulémas, ma» 
encore U avait conféré des places de mooderris à de 
jeunes garçons , et même à des porteurs d'eau ou à 
des fondeurs de bois. A ceux qui lui conseillaient une 



a8 HISTOIRE 

conduite plus prudente, il avait coutume de répon- 
dre : « Dois-je blesser mes amis et ne pas servir mes 
» connaissances ? On dira ce qu'on voudra ; peu m*im- 
» porte. » Le grand-juge de Roumilie , Moustafa-Bo- 
lev^i, fils d'un marchand deBoli, succéda àBalizadé, 
conformément aux dispositions du kanoun, sa dignité 
venant immédiatement après celle de moufti. L'anden 
kapitan-pascha , Kara Firari Moustafa, qui naguère 
s'était démis de ses fonctions et avait acheté le gou- 
vernement dTgypte, partit pour Constantinople, afin 
de répondre aux plaintes élevées contre lui par ses 
administrés ; le grand-vizir obtint du Sultan sa sen- 
tence de mort, que le grand-écuyer fut chargé d'exé- 
cuter. Sa haine contre Kara Firari datait de l'époque 
où , rebelle aux ordres de la Porte , il avait interdit 
l'entrée de Haleb à son gouverneur, Sidi Ahmed- 
Pascha ; Kœprilù se trouvait alors au camp d'Ahmed. 
Le grand-écuyer fut donc envoyé à la rencontre du 
gouverneur d'Egypte, avec une mission officielle qui 
servait à cacher le véritable but de son voyage; il 
avait pour le gouverneur de Damas, Tayaroghli- 
Mohammed, et celui de Haleb, Âbaza Hasan, des or- 
dres qui leur prescrivaient de lui prêter la main dans 
Taccomplissement de sa mission secrète. Firari Mous- 
tafa-Pascha apprit, près du pont de Jacob en Syrie, le 
danger qui le menaçait : il reçut le grand-écuyer avec 
les égards dus à son rang, mais aussi avec toutes le» 
précautions nécessaires ; celui-ci , trouvant son hôte 
sur ses gardes et ne pouvant dès lors exécuter les in- 
structions qu'il avait reçues, se contenta de lui com- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 29 

muniquer son message officiel : Firari Moustafa feignit 
décroire aux apparences, mais il refusa d'écouler ses 
amis qui lui conseillaient d'arracher de force au grand - 
écuyer le ferman portant sa sentence de mort. A son 
arrivée à Koniah , Firari Moustafa apprit qu*Âbaza 
Hasan était à sa poursuite. Moustafa se réfugia , sous 
un déguisement, à Coustantinople , où il échappa, 
grâce à une retraite absolue, aux recherches du grand- 
^izir. Il est à croire que ce fut Âbaza Hasan lui-même 
qui conseilla la fuite à Firari Moustafa ; en effet, il arri- 
vait souvent que les vizirs avertissaient secrètement 
les fonctionnaires disgraciés lorsqu'ils étaient char- 
gés d'exécuter une sentence de mort, et s'excusaient 
ensuite de n'avoir pu accomplir la mission qui leur 
était confiée, en feignant d'ignorer le lieu de la retraite 
des condamnés, ce qui, au jugement de l'historien de 
l'empire, était une action louable. 

De semblables actes de rigueur contre des digni- 
taires du rang de Firari Moustafa et de Sidi Ahmed- 
Pascha, et plus encore le supplice d'un grand nombre 
d'officiers de janissaires, après l'échec des Darda- 
nelles, suscitèrent à Kœprilû un nouvel et dangereux 
ennemi dans la personne du scheïkh des janissaires, 
le vieux Kara Hasanzadé Houseïn , qui depuis long- 
temps avait trempé dans toutes les révoltes. Consulté 
par la sultane Walidé et le Sultan dans toutes les oc- 
casions importantes, par les vizirs toutes les fois qu'il 
s'agissait de réaliser un projet de quelque gravité , il 
avait aidé puissamment à la défaite des agas rebelles ; 
puis, de concert avec les agas du harem, il avait pris 



3o HISTOniE 

une part aetive à la chtiG^ d'Ipidûr, à VUnip 
de 9on successeur, Mourad-Pascha» à la nominatkm 
de Souletmau-Pascha au grand-\izirat, et/ sous Kœ-^ 
prilû lui-même, à la punition des ai:rteurs de Tévé* 
nemeiit du Platane. Mais il se déclara lout-à-coup 
Tadversaire de Kœprilû, pansant, d'après Tautoriié 
d'Orner et cdle de la tradition, qu'il n'était pas p^mis 
de mettre à mort un si grand nombre de oonfesnnirs 
de la vraie foi , uniquement parce qu'ils avaient priiS 
la fiiite dans un combat. Orner avait blâmé un jour lest 
habitans de Jérusalem de ce qu'ils avaient adressé dfis 
reproches aux musulmans pcHir s'être retirés devant 
un ennemi supérieur en nombre; d'autre part, la tra*^ 
dition dit : La fuÀe devam des forces inrésù$ibtes est 
pour ks musulmans une coutume ixuiorisée par le Pro^ 
phète ' . Ce fut sur ces motifs que le sdiélfch fonda sa 
proposition de déposer le grand- vizir ; il envoya utt 
de ses confidens, Baki-Tsdielebi, au moufti Bolewi, 
pour lui persuader de rendre un fetwa dans ce sens^ 
Mais, au moment même où le moufti se trouvait jeté 
dans une étrange perplexité par cette ouvertinre inat^ 
tendue, son kiaya vint lui dire que le scheikh était 
mort subitement. Kœprilù fut ainsi délivré d'un de we$ 
adversaires les plus dangereux. Le tschobanaga Ka»m» 
ancien kiaya du grand-visir Tarkbouncyi-Ahmed , et 
depuis segban - bascfai , convaincu d'avoir donné ai| 
scheïkh Hasanzadé Hous^n les listes d^ parsonofis 



i Naima, il, p. 651. El firar-mimma la youtake min §uni!mih 
wewrselin. 



DE L'EMWRE OTTOMAN. 3i 

eiéciitées par les ordres de Koeprilâ , Ait nnmédHi-* 
tmmi mis à mort. 

Pendant qu'aux Dardanelles Kœprilû ramenait sous 

les drapeaux ottomans la victoire qui les avait fois si 

long-temps, Sidi Ahmed, Fazli-Pascha et Ali Tscfaen^ 

gbizadé, gouverneurs de Bosnie, d'Albanie et de 

THerz^ovine, rivalisaient de valeur sous les murs de 

Zara, de Spalato et de Caltaro, sans qu'aucun d'eux 

cependant réussit à s'emparer d'une de ces places. 

Kœprilû fut plus heureux <fans son entrq)rise contre 

I^emaos ; quatre mille bmves furent embarqués pour 

cette lie, sous le commandement du kapitan-pescha 

Topd-IVIohammed. G)mme la forteresse ^ait bâtie sur 

des rochers <jpi'on avait vainement essayé de miner , et 

que la garpison avait reçu des renforts d'une escadre 

vémtienne composée de dix-sept vaisseaux, le iriége, 

auquel fièrent blessés le kapitan-pasdi^, le commandant 

d^ jaiMssair^, le samsoundji-baschi, dura soixante^ 

trais jours ; enfin le commandant de la place offrit de 

q^ler l'il^. La reddition du fort fut conclue de part et 

d'autre sous la condition d'une libre retraite, sans baga« 

ges tqutdbis, pour la garnison ; mais un ou deux cents 

hommes furent massacrés ; cinq cents esclaves des ga-» 

lères, que leji Vénitiens avaient délivrés dans le cours 

de ^eurs victoires , furent rendus aux chaînes corn-" 

munes, ounlestinés à faire partie des troupes d'occu» 

pstionque le kapitan-pascha devait laisser diuis l'tte; 

enfin, sur les quatre cents qui s'y trouvaient, quelques 

Grecs fiu^ent pais à iDort « pour servir d'exemple aux 

» apsdtrf» , ^ dit rbi&toriogWHf*^ de l'empire. Les his- 



5^ fflSTOIRE 

toriens vénitiens gardent le plus profond silence sur 
les circonstances de cette conquête de Lemnos par les 
Turcs. Le témoignage des historiens ottomans accuse 
la perfidie des vainqueurs qui commirent véritable- 
ment un acte de Lemnos. Les Grecs avaient coutume 
d'appeler les cruautés et les trahisons dctes de Lemnos, 
parce que les femmes de Tile avaient fait autrefois un 
massacre général de leurs époux, en raison de l'odeur 
qu'ils exhalaient , et parce que , lors de l'émigration 
des Pélasges , ils avaient tué les femmes qui les avaient 
accompagnés au sortir d'Athènes et les enfans qu'ils 
en avaient eus. Quelque temps après, l'ile avait été 
frappée de stérilité dans ses champs, dans ses animaux 
et dans ses femmes, et Pythia avait promis aux Athé- 
niens la possession de ce territoire , pour apaiser les 
dieux irrités. Lemnos s'était rendue à Miltiade, fils de 
Cimon , après quelque résistance de la part des habi- 
tans d'Hephaista et de ceux de Nisyrna. Hephaista , 
aujourd'hui Cochino, avait pris son nom d'Hephaistos, 
qui était descendu du ciel dans l'ile, et qui le premier 
fit rougir le fer dans la fournaise , afin de le forger. 
On trouve suffisamment l'explication de ce mythe 
dans les mines de métal de Lemnos et le volcan Mo- 
sychle, d'où l'ile a été nommée aussi la brûlante et la 
flamboyante. La terre sigillée de Lemnos fut célèbre 
dès la plus haute antiquité, surtout comme spécifique 
contre la morsure des serpens, dont Tile ne compte 
pas moins de sept espèces différentes. Kœprilû Mo- 
hammed envoya au Sultan, à Ândrinople, un rapport 
dans lequel il lui annonçait sa nouvelle conquête ; 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 53 

Kœprilû lui avait conseillé de se rendre à Andrino- 
pie, espérant le retenir hors de sa capitale par Tattrait 
des plaiârs de la chasse , pour lesquels il avait déjà 
montré une vive passion. Une année après son avé* 
nement , Mohammed , alors âgé de huit ^ns , avait 
assisté à une chasse aux faucons, près des Eaux- 
Douces à Constantinople ; Naïma cite ce fait conmie 
un événement extraordinaire, parce que le jeune Sul- 
tan , en voyant un lièvre et un aigle succomber sous 
le bec des faucons, avait demandé la vie des malheu- 
reuses victimes. Lorsque, trois ans plus tard, Mo- 
hammed tua un pigeon de sa propre main et en fit 
présent au grand- vizir Tarkhoundji Ahmed, Con- 
stantinople fut inondé d'odes et de chronogrammes 
sur l'exploit du royal chasseur, et Thistorien de l'em- 
pire le consigna dans ses annales à côté des événe- 
mens qui à cette époque signalèrent la politique otto* 
mane. Mohammed se livra, chemin faisant, aux exer- 
cices de la chasse, et employa dix jours à parcourir 
la dislance qui sépare G)nstantinople d'Andrinople , 
quoique cette distance ne soit que de trois journées de 
marche; il était accompagné du résident impérial et de 
l'interprète Panajotti ; les princes fils d'Ibrahim P le 
suivaient dans des litières grillées à la suite des fem- 
mes du harem. À une lieue en avant d'Andrinople, sur 
les hauteurs de Kara-Baïr, les habitans vinrent à sa 
rencontre. Le moufti , la sultane Walidé , les kadia- 
skers, les membres du diwan et toute la cour, avaient 
quitté Constantinople avec lui. Quatre semaines après, 
on célébra la nouvelle de la prise de Lemnos par 
r. XI. 3 



34 HISTOIRE 

une illumination qui dura trois nuitâ, et le grand-vizir 
reçut du Sultan Taccueil le plus distingué (25 novem- 
bre 1 657). Les troupes établirent leurs quartiers d'hi- 
ver à Koumouldjina, Schoumna, Hezargrad, Karafe- 
ria et Rodosto. Le froid fut des plus rigoureux, et 
on le sentit encore davantage à Ândrinople, par suite 
du manque de bois et des inondations de la Toundja. 
Beaucoup de propriétaires abattirent leurs maisons 
pour en vendre le bois ; ce commerce leur fut des plus 
favorables, dé sorte que la destruction de leurs ha- 
bitations les enrichit. Les troupes coupèrent sans pitié 
les plus beaux arbres des campagnes de Tempereur 
ou des particuliers. La Toundja envahit les jardins du 
serai. 

Kœprilû mit à profit les loisirs de l'hiver, pour 
préparer une expédition contre Rakoczy , auquel no- 
tre récit nous ramène maintenant, et dont Tesprit re- 
muant attira sur la Transylvatiie une guerre désas- 
treuse. Déposé, ainsi que nous l'avons dit en parlant 
incidemment des relations extérieures de la Porte, les 
événemens qui se passèrent entre Rakoczy, ses alliés 
les voïévodes de Valachie et de Moldavie , Thetman 
des Cosaques , et leur redoutable ennemi le khan des 
Tatares , veulent être racontés avec quelques détails. , 
Mohammed-Ghiraï , immédiatement après avoir pris 
possession de la souveraineté de la Crimée, avait con- 
firmé dans leurs fonctions le kalgha Ghazi^Ghiraï et 
le noiireddin Âadil-Ghiraï, et revêtu Seferaga de la di- 
gnité de vizir. Bientôt après, des querelles s'élevèrent 
entre les descendans de Moubarek-Ghiraï et ceux de 



DE UEMPIRE OTTOMAN. 55 

Behadir-Ghiraï : Sefer-Ghazi, prenant le parti de ces 
derniers , protégea Sélim-Ghiraï contre le noureddia 
Aadil-Ghiraï, qui avait épousé la cause de la famille de 
Moubarek-Ghiraï ; Sélim-Ghiraï invoqua le secours 
de la tribu Schirin, et Âadil-Ghiraï celui de la tribu 
Manssour. Quelque temps après, Âadil^Ghiraï étant 
mort des suites d*une chute de cheval, Mourad-Ghi- 
raï fut élevé à la dignité de noureddin. Mohammed- 
Ghiraï , qui , lors de son premier avènement , avait 
envoyé deux ambassadeurs à l'empereur d'Autriche, 
accrédita auprès de la même cour Meïdan Ghazibeg % 
avec la mission d'annoncer son second avènement. 
L'année suivante, cet ambassadeur assista au couron- 
nement de Léopold comme roi de Bohême et de Hon- 
grie, et deux ans plus tard, lors de la mort de Fer- 
dinand m , au sacre de ce même Léopold comme 
empereur d'Autriche. Meïdan Ghazibeg était chargé, 
pour le nouvel empereur, non seulement de félicita- 
tions, mais encore d'une lettre du khan, dans laquelle 
on remarquait les passages suivans : « Rakoczy s'est 
)) démasqué; le grand-vizir Mohammed Kœprilû s'est 
» mis en marclie pour le punir. Moi-même j'ai reçu 
» du Sultan l'ordre d'appuyer le grand-vizir : j'ai ra- 
» vagé la Transylvanie à la tête des Noghaïs» et pour- 
» suivi Rakoczy jusque sur les bords de la Theiss; 
» mais là j'ai dû m'arrêter, pour ne pas franchir les 
» frontières de votre empire. La Porte a conféré la 
» principauté de Transylvanie à Acate Barcsay ; si 



Ce fut le neuvième ambassadeur tatare qui parut à la oour impériale. 

3* 



56 fflSTOIRE 

» vous tenez à Tamitié du Sultan et à la n?ienne, vous 
» traiterez Rakoczy comme un rebelle. » L'empereur 
réclama contre le passage de la lettre dans lequel il 
était question des limites de son royaume , en disant 
que le khan ignorait la véritable démarcation des fron- 
tières qui s*étendaient au-delà de la Theiss. Meïdan 
Ghazib^ reçut de la munificence impériale cinq mille 
rixdales, une chaîne d*or et de la vaisselle d'argent 
pour une valeur de deux mille soixante florins. 

L'hetman des Cosaques avait sollicité de la Porte 
l'investiture de la souveraineté du pays qu'il gouver- 
nait» mais la Porte la lui avait refusée par égard pour 
le khan des Tatares qui aurait pu prendre ombrage 
de cette faveur accordée à un infidèle ; mécontent de 
l'issue de cette négociation , il s'était joint à Rakoczy 
dont les forces combinées à celles de ses auxiliaires 
s'élevaient à soixante mille hommes. Le khan des Ta- 
tares envahit la Transylvanie avec deux cent mille 
cavaliers, dont la moitié était sous les ordres du 
khalga. Dans cette expédition , vingt mille chrétiens 
périrent ; vingt mille à peu près furent faits prison- 
niers, parmi lesquels se trouvaient sept cents nobles 
transylvaniens ; plusieurs milliers de chariots furent 
chargés de butin , cent cinquante canons traînés à la 
suite de l'armée victorieuse ; le khan imposa en outre 
au pays une contribution de trois cent mille piastres 
pour la rançon des plus proches parens de Rakoczy 
tombés en son pouvoir. Le Sultan exprima sa haute 
satisfaction au khan , en lui faisant prient d'un poi- 
gnard garni de pierreries, et d'un riche kaftan de zi- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 37 

beline. Les voiévodes de Valacbie et de Moldavie, qui 
avaient pris part à Texpédition contre la Polc^e, fu- 
rent appelés à G)nstantinople pour rendre compte de 
leur conduite. Mais comme les voiévodes ajournèrent 
leur départ sous difTérens prétextes, et que celui de 
Valachie, G)nstantin Bessaraba, eut l'imprudence de 
dire que, si jamais il se rendait à Constantinople, ce se- 
rait le sabre au poing , la Porte les déposa. Le Grec 
Michné, fils d'un serrurier, fut nommé voïévode de 
Valachie, et TÂlbanais Ghika, compatriote du grand- 
vizir, vieillard de soixante ans, voïévode de Moldavie. 
Le Sultan envoya au khan des Tatares dix mille du- 
cats à titre d argent de bottes, et une lettre qui lui 
prescrivait d occuper la contrée d'Âkkerman avec qua- 
rante mille hommes. Le gouverneur de Silistra, Fazli- 
Pascha, reçiJt Tordre d'entrer en Valachie parRous- 
djouk, à la tête des sipahis et des jaftissaires, et des pos- 
sesseurs de siamets et de timars. Au lieu de partir en 
toute hâte deRousdjouk, Fazli perdit dix-sept jours à 
des temporisations inutiles, et laissa à Bessaraba le 
loisir de brûler les faubourgs de Tergowitsch et de 
s'enfuir en Transylvanie ; vingt mille ducats offerts à 
Fazli par un interprète auraient, dit-on, été le prix de 
ces retards complaisans. Le kaigha à qui avait été con- 
fié le commandement en chef de l'armée tatare , re- 
fusa dès-lors d'agir de concert avec Fazli-Pascha, qui 
fut rappelé à Andrinople et exécuté. Le Sultan témoi- 
gna sa satisfaction au kaigha en lui envoyant par un 
chambellan une chaîne d'or et un poignard enrichi de 
pierreries (1657). 



\ 



38 HISTOIRE 

Le 1 3 avril 1 658» la tente impériale fut dressée datiD 
la plaine d'Ândrinople, pour annoncer la reprise des 
hostilités contre la Transylvanie. Le grand-vizir ne par- 
tit que neuf semaines plus tard, après avoir été revêtu 
solennellement du titre de serdar par le Sultan, qui, 
conformément à Tancien usage, fixa de sa propre main 
à son turban deux agrafes de diamans surmontées 
de panaches de héron. Les gouverneurs d'Ofen et de 
Silistra, Kenaan et Kadr-Pascha , ayant réuni à leurs 
troupes et à leurs lewends de la Tatarie Dobroudja, 
douze mille Polonais, marchèrent sur Jenœ qu'ils pri- 
rent après un siège de vingt-quatre heures (30 août)- 
La cavalerie tatare et cosaque se rendit à Weissen- 
bourg (Alba Julia) , résidence de Rakoczy ^ et la dé- 
vasta. Deux cent mille Talares réduisirent en cendres 
cette belle contrée, et lui enlevèrent cent cinquante 
mille habitans dont les deux tiers périrent par Tépée, 
et le reste fut traîné en esclavage. Sur les instances 
des Etats de Transylvanie, Barcsay fut nommé voie- 
vode de cette province, à la charge par lui de payer à 
la Porte, au lieu de l'ancien tribut de quinze mille du- 
calts, un tribut de quarante mille; à cette condition 
ruineuse, le chambellan envoyé à cet effet remit, sui- 
vant l'usage , à Barcsay un kaftan, une kouka et une 
masse d'armes, et accomplit ainsi la cérémonie solen- 
nelle de son installation sur le trône, ou plutôt sur le 
tabouret de la Transylvanie , parce que cette princi- 
pauté, comme celles de Valachie et de Moldavie, 
n'est pour ainsi dire qu'un tabouret doré pour les 
pieds du Sultan, Tschenghizadé Ali-Pascha, en sa 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. Sg 

qualité de gouverneur de Temeswar, reçut ordre 
d'occuper la Transylvanie ; le gouverneur d'Ofen , 
Kenaan-Pascha » fut chargé de la garde de J^enœ. Le 
Sultan éleva à la dignité de grand-écuyer le cham- 
bellan qui lui apporta la nouvelle de l'heureux succès 
des armes ottomanes , et envoya au grand-vizir un 
sabre tout brillant de diamans et un kaftan doublé 
de zibeline. Le triomphe de Kœprilû fut célébré à 
Andrinople et dans tout l'empire par des illumina- 
tions qui durèrent sept nuits. Entre Acate Barcsay, 
le nouveau prince de Transylvanie, et le gouverneur 
d'Ofen, furent arrêtées les cinq conditions suivantes : 
V. Lugosch et Sebes, dont les revenus étaient desti- 
nés à être distribués en aumônes à la Mecque et à 
Médine, devaient désormais, ainsi que tous les villa- 
ges qui en dépendaient, faire partie du territoire turc. 
2°. Jenœ , avec son ancienne circonscription, devait 
à l'avenir relever de la Porte. 3°. La même disposition 
s'appliquait aux villages du district deSzolnok, érigés 
autrefois en fiefs et en wakfs. 4°. Le prince et les trois 
nations de Transylvanie s'engageaient solidairement à 
écarter Rakoczy. 5**. Les frais de la dernière guerre 
devaient être à la charge des Etats qui promirent en 
efifet de contribuer à les payer, proportionnellement à 
leurs moyens. 

Les troubles qui venaient d'éclater dans l'Asie- 
Mineure rendirent nécessaire la présence du grand- 
vizir dans cette partie de l'empire, et ne permirent pas 
aux Ottomans de mieux exploiter leur victoire. Pen- 
dant les préparatifs de l'expédition contre la Transyl* 



4o mSTOIRE 

vanie , Abaza Hasan , « ce levain de toutes les dis- 
» cordes , cet agent provocateur de toutes les sédi- 
» tions, r> avait organisé dans TÂsie-Mineure une des 
plus terribles révoltes dont l'histoire ottomane fasse 
mention ; il avait réuni autour de lui non seulement 
cette masse flottante de rebelles qui vivaient de trou- 
bles, mais encore des paschas, tels que le gouverneur 
de Damas, le vizir Tayyarzadé Ahmed, le beglerbcg 
]>janmirza et plus de cinquante sandjakbegs. Outre une 
horde de saridjés et de seghbans, qu'on appelait la 
milice du pays, et qui n'était en réalité que le soutien 
de toutes les révoltes, sous prétexte d'obéip aux or- 
dres qui leur enjoignaient de se rendre au camp im- 
périal avec leurs contingens, divers beglerb^s ou san- 
djaks avaient rassemblé leurs troupes et s'avançaient 
vers la capitale ; lorsque le Sultan alarmé leur adressa 
un kattischérif , dans lequel il leur reprochait leurs 
retards , ils déclarèrent qu'ils ne se mettraient pas en 
route avant qu'on eût destitué Kœprilû, qui, disaient- 
ils, avait fait exécuter plus de mille sipahis et un nom- 
bre encore plus considérable de janissaires. Ils envoyè- 
rent un d'eux, nommé Hasan, au Sultan avec cette 
réponse, et marchèrent immédiatement sur Brousa. 
Dans le cours de ce voyage , les chefs rebelles ne 
permirent pas le pillage aux soldats sous leurs ordres ; 
mais ils frappèrent les villes qui se trouvaient sur leur 
passage de contributions de dix mille à vingt mille 
piastres, et les distribuèrent ensuite à ceux qui avaient 
juré fidélité à leurs drapeaux. Ils forcèrent le juge de 
Brousa de se rendre auprès du Sultan avec un second 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 41 

message. Mohammed, irrité d'une semblable audace^ 
fit un accueil terrible au juge : « Le roi de Pologne, 
» lui dit-il, bien qumfidèle, a pourtant contribué à la 
i> victoire de la foi dans la dernière campagne, et ceux* 
» ci , qui s'appellent les vrais croyans et les confesseurs 
» de l'unité, ont égaré par des propositions diaboliques 
» un grand nombre de musulmans, parce qu'ils avaient 
» peur de perdre la vie. Si Abaza Hasan n'ose venir id, 
» qu'il aille administrer Bagdad et disperse son armée. 
y» 11 n'est pas à propos de déposer le grand- vizir; si on 
» n*obéit pas à mes ordres, j'en atteste le ciel, je les 
» anéantirai tous ainsi que vous ; aujourd'hui vous êtes 
» protégé par le caractère inviolable d'ambassadeur ; 
» partez.» Le grand-vizir fit secrètement mettre à mort 
le chambellan Hasanaga, qui lui avait apporté un mesr 
sage d' Abaza Hasan et l'annonce de la révolte, de 
peur que quelque chose n'en transpirât dans le camp. 
Les janissaires et les sipahis qui étaient auprès d' Abaza 
écrivirent de nouveau au Sultan pour lui demander la 
destitution de Kœprilû, mettant à ce prix leur subor- 
dination. Mohammed se déclara hautement le pro- 
tecteur du grand-vizir, et ferma ainsi la bouche aux 
ennemis de ce dernier, qui avaient espéré tirer parti 
des circonstances ;'on répandit dans toutes les provin- 
ces une grande quantité de copies du fetvi^, dans le- 
quel le moufd et tous les oulémas avaient mis les re- 
belles au ban de l'empire. Le gouverneur du Diar- 
bekr, Mourteza-Pascha , feçut Tordre de marcher 
contre Abaza avec tous les begs du Kurdistan et le 
conlingent d'£rzeroum. La défense de Brousa fut con- 



42 HISTOIRE 

iSée à Kenaan -Pascha, celle de Modania à Tschaousch* 
oghli Mohammed-Pascha. Le gouverneur d'Anatolie, 
Konakdji Ali-Pascha, eut provisoirement le comman* 
élément en chef de Farmée d'expéditic»i ; en attendant 
l'arrivée de Mourtéza-Pascha , l'ancien kaïmakanr, 
Sinan-Pascha, fut chargé de la garde de Scutari qu'il 
fortifia par des redoutes. Toutes ces maures étaient 
bonnes en elles-mêmes, mais elles furent déjouées par 
les secrètes intelligences de Kenaan-Pascha, gouver* 
neur de Brousa, avec les rebelles. 
, Â son retour de File de Crète, le serdar Deli Hou- 
seïn, qui avait fait pendant douze ans la sainte guerre 
aux Vénitiens, qui avait victorieus^nent défendu Ca- 
née contre toutes les attaques des ennemis , assiégé 
Candie avec tant de vaillance, si heureusement étouffé 
la révolte de ses troupes, ne trouva pour toute récom* 
pense de ses services que l'hostilité de Mohammed 
Kœprilû. Le grand-vizir voulait mettre à mort Deli 
Houseïn , sous prétexte qu'il avait amassé de grandes 
richesses et n'avait pas fait la conquête de Candie; il 
voyait en lui un rival à la plus haute dignité de l'em- 
[»re, et craignait qu'on ne lui envoyât de nouveau le 
sceau, ainsi qu'on l'avait déjà fait une fois. Les nom- 
breux amis de Deli Houseïn à la cour et dans le gou- 
vernement empêchèrent la réalisation des projets du 
grand-vizir. Le khazinedar Solak Mohammed obtint 
de la sultane Walidé la grf^ce de Deli Houseïn. Le 
reïs-efendi et Gourdji-Kîaya , de concert avec Solak 
Mohammed, représentèrent à Kœprilû qu'on né pou- 
vait mettre à mort un vizir sur de simples soupçons 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 45 

et sans un fetwa. Mais Kœprilû , qui n'abandonnait 
pas si facilement une résolution, chargea le reïs-efendi 
de demander un fetwa au moufti, qui le refusa en di- 
sant qu'il ne devait pas s'occuper de ce monde, mais 
deTautre. Le reïs-efendi rapporta celle réponse à 
Kœprilû. Mais, comme il redoutait son obstination, il 
crut devoir entrer dans ses vues, pour être plus utile 
à son ami, et lui conseilla de chercher à assouvir in- 
directement sa haine sur Houseïn, en lui conférant 
des fonctions dont l'exercice suscitât forcément con- 
tre lui un grand nombre de plaintes ; il lui insinua 
en même temps que la place de grand-amiral serait 
celle qui pourrait le mieux servir ses vues , et que les 
begs de la mer et les gouverneurs des îles ne man- 
queraient pas d'accourir bientôt à Conslanlinople pour 
se plaindre des exactions de leur nouveau chef. Le 
Teis^-efendi mit ainsi en défaut la défiance ordinaire 
de Kœprilû, et sut même exploiter sa haine au point 
d'en obtenir la place de kapitan-pascha pour Deli 
Houseïn; il avertit en même temps sous main ce der- 
nier du piège qui lui était tendu. Il fut d'autant plus 
facile à Deli Houseïn de ne pas y tomber et de ne 
donner aucune prise sur sa conduite, qu'il était re- 
venu de Crète immensément riche, et qu'il n'avait 
nul besoin d'dactîons pour tenir un brillant état de 
maison; il poussa même, dit-on, la prudence jusqu'à 
ne point accepter les présens en jeunes garçons , 
draps , riches étoflFes et autres objets semblables, que 
lui offrirent les capitaines de la flotte. L'historien de 
l'empire n'affirme pas ce fait , et ne le cite qu'avec 



44 HISTOIRE 

des restrictions dubitatives, tant un pareil refus de la 
part d'un vizir , même dans des circonstances où sa 
vie est en danger» lui parait une chose incroyable. 
L'habileté du reïs-efendi donna ainsi le change à celle 
de Kœprilû ; aucune accusation ne s'étant élevée con- 
tre Deli Housem pendant le temps qu'il fut kapitan- 
pascha, son exécution fut nécessairement ajournée. 
Un dernier trait complétera l'esquisse du caractère 
vindicatif de Kœprilù. L'ambassadeur français de La 
Haye, voyant cette rapide succession de grands-vizirs 
qui ne se montraient un moment au faite du pouvoir 
que pour disparaître aussitôt, pensa qu'il en serait de 
Kœprilû comme de ses prédécesseurs, et apporta 
quelques retards à lui offrir les présens que les am- 
bassadeurs donnent ordinairement aux grands- vizirs 
à leur entrée en fonctions ; puis, lorsqu'il ne put plus 
douter qu'il s'était tronipé dans ses calculs, il fit à 
Kœprilù les présens d'usage , pour désarmer sa co- 
lère, mais il n'était plus temps. La haine du grand- 
vizir n'attendit plus qu'une occasion favorable pour 
se manifester, et cette occasion ne tarda pas à s'of- 
frir. Un certain Vertamont, à qui le capitaine-géné- 
ral des troupes vénitiennes de Candie avait remis des 
lettres chiffrées pour l'ambassadeur français et le se- 
crétaire vénitien Ballarino , fit part au kaïmakam du 
message dont il avait été chargé. Le secrétaire de 
l'ambassade française, qui trembla pour sa vie en se 
rappelant qu'un interprète vénitien avait été mis à la 
question pour n'avoir pas pu donner la clef d'une cor* 
respondance en chi0Sres, demanda à M. de La Haye 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 45 

de lui permettre de se cacher. M. de La Haye, appelé à 
Aodrinople, et ne pouvant s'y rendre parce qu'il était 
malade, y envoya son fils, M. de Vantelet, qui répon- 
dit avec présence d'esprit et courage aux questions de 
Kœprilû. Cependant celui-ci lui fit administrer la bas- 
tonnade par les tschaouschs, ce qu'ils firent avec tant 
de cruauté , qu'ils lui cassèrent une dent, et il donna 
Tordre de le jeter dans une tour des remparts de la 
Tille, « parce que, dit-il, on ne devait pas supporter 
» de l'envoyé d'un ambassadeur ce qu'on ne suppor- 
n terait pas de l'ambassadeur lui-même (avril 1 658). » 
M. de La Haye vint lui-même à Ândrinople, et, comme 
3 ne put donner la clef des lettres chiffrées , il fut 
également incarcéré. Lorsque Kœprilû revint de son 
expédition de Transylvanie, et qu'on lui parla de 
M. de La Haye et de son fils, il répondit : « Sont-ils 
» donc toujours là? » ce qui, en d'autres termes, signi- 
fiait qu'ils devaient être mis en liberté. Louis XIV en- 
voya à Constantinople son ambassadeur près de la 
cour de Berlin, Blondel, pour faire une enquête sur 
la conduite de M. de La Haye et demander satisfac- 
tion au Sultan. Kœprilû, dans l'audience qu'il donna 
à Blondel , le fit asseoir sur une chaise sans dossier , 
tandis que lui-même le reçut étendu sur un sofa ; il 
ouvrit la conférence par des plaintes sur la perfidie 
de M. de La Haye, qu'il accusait d'entretenir des cor- 
respondances avec les ennemis de la Porte. Il refusa 
obstinément à Blondel de lui donner accès auprès du 
Sultan, sous prétexte que cet honneur n'était accordé 
qu'aux ambassadeurs permanens, et non à des chargés 



'•«: 



46 HISTOIRE 

d'affaires en mission extraordinaire. Averti par cette 
réception hostile, Blondel ne jugea pas prudent de re- 
mettre au grand-vizir la lettre dans laquelle Louis XIV 
demandait au Sultan, pour satisfaction de Tinjure faite 
à son ambassadeur, la déposition de son premier mi- 
nistre. Comme il ne trouva personne à qui confier la 
dangereuse mission de présenter cette lettre à Mo- 
hammed, il dut se contenter de la délivrance de M. de 
La Haye et de son fils, et de la permission qui leur 
fut donnée de quitter Constantinople. Cependant, un 
navire sous pavillon français étant sorti du port avec 
des mardfiandises turques , ils furent de nouveau in- 
carcérés, jusqu'à ce qu'ils eussent racheté leur liberté 
à prix d'argent. 

Avant de suivre le Sultan dans son expédition con- 
tre les rebelles d'Asie , dont l'extermination formait 
pour ainsi dire le faite de l'édifice cimenté par le 
sang des victimes de l'implacable justice de Kœprilù, 
nous remontrerons le cours des événemens , et nous 
raconterons, dans leur ordre chronologique, les des- 
titutions et les exécutions des hauts dignitaires qui fu- 
rent sacrifiés à la haute influence de Kœprilû , alors 
maître absolu des affaires. Nous aurons occasion aussi 
de mentionner la mort naturelle des hommes célèbres 
qui firent pendant un espace de vingt ans, depuis l'a- 
vènement dlbrahim P jusqu'à cette époque, la gloire 
de la littérature ottomane. Le kapitan-pascha Topai 
Mohammed, qui s'était distingué à la prise de Lemnos 
en £»sant prisonniers deux cents soldats vénitiens avec . 
leur capitaine , dut cependant céder sa place à Tscha- 



DE L'EMPffiE OTTOMAN. 47 

ousdizadé Mohammed - Pascha , uniquement parce 
qu'après la bataille des Dardanelles il avait refusé de 
se rendre auprès de Kœprilû, à la première invitation 
qu'il en avait reçue; le grand- vizir, pensant qu'il se- 
rait imprudent de le mettre à mort avant que le temps 
eût rendu moins vif le souvenir de la reprise de Lem- 
nos, ajourna à une époque plus favorable l'assouvis- 
sement complet de sa haine. Le kislaraga Dilawer, à 
qui son poste dans le serai donnait une certaine in- 
fluence sur le Sultan, fut envoyé en Egypte, à la suite 
de deux rapports que Kœprilù adressa à Moham- 
med IV pour lui demander de nommer le trésorier 
Solak-Mohanuned à la place du kislaraga ; la dignité 
de khazinedar fut donnée au confident (moussahib) 
Sehahin ^ qui eut lui-même pour successeur Aliaga. 
L'éloignement du grand-feuconnier Ibrahim fut pro- 
voqué par une cause d'une nature diflTérente. Ibrahim 
avait dénoncé par jalousie à la sultane Walidé l'amour 
du Sultan pour le fauconnier Yousouf , jeune homme 
dont la beauté rappelait celle de son patron (Joseph 
d'Egypte). Cette indiscrétion ayant attiré à Moham- 
med quelques remontrances maternelles, Ibrahim fut 
éloigné du serai» et envoyé à Kaffa en qualité de san- 
djakbeg. Souleïman , qui succéda à Ibrahim dsms les 
fonctions de grand-fauconnier, reçut l'ordre de se 
rendre à Erlau, neuf jours après sa nomination, pour 
s'être livré inconsidérément à quelques railleries sur 
la passion du Sultan. Le chef de la chambre inté- 
rieure , le Franc Mohammedaga , s'étant permis 4e 
désapprouver, en présence de Mohammed IV, les 



48 HISTOIRE 

taxes extraordinaires imposées à la nation, dut échan- 
ger sa dignité contre celle de khazinedar,, qui lui don- 
nait moins d'accès auprès de la personne impériale ; 
mais, bientôt après, il fut nommé kapouaga ou grand- 
maitre d'hôtel de la cour extérieure. L'ancien aga 
des janissaires , sur qui on fit peser la responsabilité 
de la conduite de ses troupes, qui, dans leur trajet des 
Dardanelles à Andrinople, s'étaient révoltées à Koum- 
ouldjina , fut mis à mort ; quelque temps après , on 
étrangla toutes 4es nuits trente à quarante janissaires, 
et on jetait leurs troncs inanimés dans la Toundja, qui 
le matin les déposait sous les murs des jardins du 
serai'. Le percepteur des impôts de la Morée, Abdi- 
Pascha, qui avait autrefois été protégé par le defter- 
dar Morali contre les nombreuses plaintes provoquées 
par ses exactions, et qui, sous le grand-vizirat d'Ip- 
schir, avait été nommé gouverneur de la Morée pré- 
férablement à Kœprilû , paya de sa tête ses concus- 
sions. Nakkasch Ali, volontaire sipahi, qui avait au- 
trefois rempli les fonctions de juge du marché de 
Constantinople , et qui, se trouvant depuis quelque 
temps sans emploi , avait sollicité en vain , tantôt la 
place de directeur des douanes, tantôt celle d'aga des 
Turcomans, résolut avec quelques sipahis de tuer le 
grand-vizir , pensant que ce meurtre lui faciliterait 
l'accomplissement de ses vœux. Lorsqu'il crut avoir 
suffisamment mûri son projet, il dit hautement au mi- 
lieu d*une assemblée nombreuse : « Nous n'avons pas 
» besoin d'un vizir aussi sanguinaire ; que ceux qui veu- 
» lent en délivrer le monde, me suivent ! 9 Quelques 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 49 

centaines de personnes se réunirent à lui ; mais l'aga des 
janissaires et le koulkiaya les dispersèrent, et condui- 
sirent Nakkasch Ali et cinq de ses compagnons dans 
la tente du grand-vizir. L'aga des silihdars, protecteur 
secret de Nakkasch Âli, exprima le désir de Ta voir sous 
sa garde en qualité de camarade (sipahi) ; mais le koul- 
' kiaya refuâa de le lui livrer. Ce même jour, Nakkasch 
\li et ses cinq complices furent exécutés (17 juin — 
IGramazan). L'ancien kaïmakam, Kœr Houseïn, qui 
tout récemment avait été nommé serdar de Tarmée de 
Crète en remplacement de Deli Housein, avait eu quel- 
ques entrevues avec Nakkasch Ali. Sur une circon- 
stance aussi insignifiante, le grand- vizir le soupçonna 
d'avoir trempé dans la conspiration, et lui ordonna 
de partir immédiatement pour la Crète , réservant sa 
vengeance pour d'autres temps. En revanche , il fit 
exécuter Siawousch Moustafa, Tancien gouverneur de 
Damas, qu'il n'avait épargné jusqu'alors que par égard 
pour le Sultan. Après s'être fait long-temps prier, 
Siaw^ousch s'était enfin fendu à Andrinople, où Kœ- 
prilù, suivant son habitude, l'avait reçu avec de fausses 
démonstrations d'amitié. Kœprilù était un si grand 
maître dans l'art de feindre , que personne ne savait 
si les sentimens qu'il exprimait étaient faux ou sin- 
cères. Il avait pour principe que la colère et l'injure 
sont inutiles et même dangereuses au dépositaire du 
pouvoir royal, et qu'il faut tromper ses victimes pour 
les immoler plus sûrement ' . 

I 11 fit cette confidence au maître des requêtes Wedjihi, qui en fit part 
àNaïma, II, p. 653. 

T. XI. 4 



5o HISTOIRE 

Parmi les hommes distingués morts depuis Tavè- 
nement dlbrahim, nous citerons le calligraphe et 
poète Djjewri, le poète et philologue Riazi, le moufti 
et historien Âziz-£fendit et Katib Tschelebi Hadji 
Kbalfa. Djewri, Tarai du reïs-efendi Sari Âbdoullah 
et le premier calligraphe de l'empire depuis la mort 
d'Aarif ' , a laissé un traité rimé sur les logogriphes , 
un second sur les médicamens simples et un troisième 
sur les prédictions astrologiques ^. Riazi, qui suivait la 
carrière de légiste, et qd en dernier lieu avait rempli 
la place de juge du Kaire , a fait des biogra[diies de 
poètes et un recueil de proverbes persans, intitulé 
Règle de conduite, un diwan, et une traduction tur- 
que des vies des hommes célèbres , par Ibn Khalli- 
kan. Nous avons déjà eu occasion de parler plus d'une 
fois de Tambitieux et intrigant kadiasker Kara Tsche- 
lebi Âbdoulaziz-Efendi, rencMnmé par le fanatisme et 
l'arrogance qu'il avait déployés dans ses fonctions de 
moufti ; outre son traité sur le drdt dont il fît hom- 
mage ait sultan IVIc^ammed, il a laissé deux ouvrages 
qui lui assurent un rang honorable parmi les histo- 
riens ottomans : le premier est une histoire univer- 
selle intitulée Jardin des Justes (Raouzatoul-ebrar) ; 
le second est l'histoire des événemens qui se sont suc- 
cédé en Turquie depuis la déposition d'Ibrahim jus- 



» Abdonlbaki Aarif , mort en 1025 (1616) , est autear de plusieurs poé- 
sies, entre autres d'une liymne (Miradjiyé) sur l'ascension du Prophète. 
Voyez les Biographies de Saffayi . la 269», et de Nabi , la 429e. 

> Djewri et Naïma, II, p. 542 et 543. D'après le Fexlihé, mort en 
1065 (1655). 



DE L'EMPIllE OTTOMAN. 5i 

qu'à sept semaines avant la mort de l'auteur '. Abdoul- 
aziz parle toujours avec orgueil de lui-même , et en 
termes haineux de ses œncurrens à la dignité de 
im)u(ti, particulièrement du petit-fîls de Seadeddin, 
dont la fortune, Tinfluence et Tautorité étaient deve- 
nues le point de mire de sa jalousie envenimée. Cette 
dispasition d'esprit ne laissa pas de lui attirer de nom- 
breux ennemis. Sa vanité et son luxe donnèrent lieii 
à des bruits injurieux , mais souvent injustes ; sa mai- 
son était peuplée d'une troupe de beaux garçons, 
vêtus l'hiver de bogazin ■ indien à fleurs avec des 
ceintures de cachemire, et l'été de fine mousseline 
avec des ceintures d'étoffe d'or à la ihode de Crimée ^ r 
par les grandes chaleurs, ils portaient des robes dé lin 
blanc ^ et point de pantalons ; leurs robes , ouvertes 
sur la poitrine et ornées d'agrafes ou de boutons d'or, 
laissaient voir l'éblouissante blanchenr de leur teint r 
dont l'éclat luttait avec celui de leurs bijoux. Le cé- 
lèbre et savant historien Hadji Khalfa, officier de lai 
chambre des cc^nptes , eut une vie moins briflante , 
mais plus glorieuse que celle du voluptueux et am- 
bitieux ntoulti Âbdoulaziz. Fils d'un sipahi, Hac^t 
Khalfa était entré ei^ 1629 (1039), conraie schaghirrf 
(apprenti), dans la diancellerie des secrélaires-d'État 
(basch-moukabdé), avait suivi en cette qualité les ar- 



1 II moarat le 6 rebioul-akhir 1068 (11 janvier 16^) , et son histoire se 
termine à l'arrivée de Kœprilû à Andrinople, le 18 sâfer (25 novembre). 

2 Bogaei. — Hindi, d'où dérive le mot indienne. 

3 Siyrmaj le u^pf^a^cç des Byzantins. 

4 Tschiniian, Naïma. 

4' 



5a HISTOIRE 

mées ottomanes dans leurs expéditions contre Hama' 
dan et Bagdad, et fréquenta à son retour à Constan- 
tinople un cours sur les leçons de Kazizadé. Sous le 
grand-yizirat de Mohammed au Gros-Talon, pendant 
que les troupes étaient établies dans leurs quartiers 
d'hiver à Haleb , il fit le pèlerinage de la Mecque 
et de Médine , ce qui lui valut le surnom de Hadji 
(pèlerin), et enfin il assista au siège d'Eriwan en 
1635 (1045). A dater de cette époque, il se voua en- 
tièrement aux lettres. Il suivit les cours des profes- 
seurs les plus .distingués de la capitale ' ; après avoir 
étudié pendant dix ans la jurisprudence , la logique, 
la rhétorique , Texégèse et la tradition , il s'appliqua 
aux mathématiques et à la géographie , vers laquelle 
la guerre de Crète sollicita particulièrement son es- 
prit. Devenu valétudinaire , il apprit la médecine , 
puis il se livra à l'interprétation du sens des lettres et 
des noms de Dieu. Les fruits de cette vie, consacrée 
pendant trente ans à l'étude des sciences, furent qua- 
torze ouvrages importans : une description du Pelit- 
Âtlas, sous le titre de Réflexions de la Lumière *\ une 
géographie de l'Asie et de la Turquie d'Europe, inti-^ 
tulée Aspect du monde ^ ; une histoire universelle en 
langue arabe, depuis la création du monde jusqu'à 
trois années avant la mort de l'auteur; une histoire 
de l'empire pttoman, conduite depuis l'année iOOO de 



« Aradj Moustafa, Kourd Abdoullah, près du collège de TAya Sofia; 
Ketschi Mohammed, près du collège delà Souleïmaniyé; Souhraniweli. 
a Levoq^ioun-nour, — 3 Diihatmwna. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 53 

• 

Thégire ' jusqu'à l'époque de sa mort (i 685 — i 068) ; 
uoe histoire des guerres maritimes des Turcs, et une 
histoire de Constantinople ^ ; des Tables chronologi- 
ques précieuses pour la vérification des dates, bien 
qu'on puisse y relever quelques erreurs ; une collec- 
tion de fetwas ^; deux traités de statistique et de philo- 
logie; enfin, le dictionnaire bibliographique et ency- 
clopédique, intitulé : Noms des Liserés et des Sciences^. 
Cet ouvrage, dans lequel l'auteur a suivi pour le clas- 
sement des matières l'ordre alphabétique de la grande 
encyclopédie de Taschkœprizadé , porte la lumière 
dans le ténébreux chaos des littératures arabe, per- 
sane^ et turque. 

A la nouvelle des troubles de l'Asie, Mohammed 
invita le grand- vizir à se rendre en toute hâte auprès 
de lui, à Andrinople. Dix jours après que les étendards 
impériaux eurent été plantés à Constantinople, et vingt 
jours après son départ de Jenœ, Kœprilû entra dans la 
capitale avec une pompe extraordinaire (i 5 octobre — 
17 moharrem). Deux jours plus lard, Mohammed, 
assis dans sa tente, s'adressa, à l'issue du conseil qu'il 
avait présidé, aux officiers des troupes : « Mes servi- 
» leurs, leur dit-il , le maudit Abaza refuse d'obéir à 
» mes ordres; en interrompant celle année le cours 
V» de mes victoires et en prêtant secours aux infidèles, 



I Roumili et Borna, traduit par Ilammer. Vienne, 1812. 

3 Rexcndkos saltanet, c'est-à-dire, da splendeur de la domination. » 

3 Bedjmet^edjim bissin wel djim, c'est-à-dire , e lapidation de celui 
• qui doit être lapidé (de Satan) par S. et Dj. » 

4 Msamil-koutoub wel founoun. 



54 HISTOIRE 

D il a sufËsamment prouvé s^ rébellion. Maintenant 3 
» ravage FÂnatolie avec une troupe de brigands. J*ai 
p donc résolu de le combattre, et j'espère que vous 
1» vous joindrez à moi. Marcherez-vous? >» Â ces mots, 
tous les assistans crièrent d'une voix unanime : F^i'Çe le 
Sultan! en déclarant qu'ils ne déposeraient leurs sa- 
bres qu'après avoir puni les rebelles ; seulement ils 
supplièrent le Padischah de pardonner aux janissaires 
et aux sipahis qui se trouvaient encore parmi les re-^ 
belles, et de leur accorder une amnistie pleine et en- 
tière, promettant d'anéantir ceux qui resteraient sourds 
à sa voix. Mohammed écouta cette demande avec bien- 
veillance, et se disposait à y satisfaire, lorsque le se- 
gardji-bascbi, avec lequel Kœprilù avait concerté cette 
démarche, s'avança accompagné de quelques ancien3 
des janissaires, et dit : « Que résultera-t-il de la mort 

* 

y> de ceux qui tomberont dans un combat contre des 
yi Musulmans, et qui font, comme nous, cinq fois leur 
y> prière par jour? » On lut immédiatement des fetwas 
dans lesquels le moufti Bowlewi déclarait légitime la 
mort des rebelles ' . 

I D'après lé principe établi dans le droit de guerre musulman (kitabos^ 
9etr) : Inné kattel-aounet tvessouat fis-zoulmet fi eyamil-fitret mouha^ 
houn liennihUm yessaotméfil erzi hil-fesadin we yesabé kaiiluhum Henné 
min eseh-schouroutil islami eseh-^schifkatotm ala khalkillahi wel fera- 
hou hi ferahihiim wel houznou bi houznihum we hilm ala aksihi; c'est" 
à-dire : « ïl est permis de tuer ceux qui secondent ou qui commettent des 
> injustices dans des temps de troubles , car ils tendent à bouleverser le 
9 monde : celui qui les tue acquiert im grand mérite, car c'est un devoir de 
«l'Islamisme d'avoir pitié du peuple de Dieu, de se réjouir des joies des 
» serviteurs de Dieu et de partager leur tristesse ; mais c'est le contraire 
• chez les rebelles. » Naïma, II, p. 676, et Mohammed Khalife, f. 84* 
AVedjibi, f* 88, et Soubdet, f- 121. 



DE L'EMPraE OTTOMAN. 55 

Le âO octobre (22 moharrem) , la sidtane Walidé 
partit pour Constantinople ; le Sultan la suivit à un 
jour de distance. Vers le même temps, arriva de Syrie 
le bostandji qui avait porté à Sokhté Mahmoud-Pa- 
scha la nomination au gouvernement de Hateb ; mais 
le gendre d'Abaza , Hamamdji Oghli , qui occupait 
cette ville avec ses troupes , lui en avait obstinément 
refusé l'entrée. Le bostandji , loin de cacher le mau^^ 
vais état des afiaires, eut Timprudence de dire au kis- 
laraga et au grand- vizir lui-même, que TAsie-Mineute 
était perdue, et qu'on ne pourrait espérer le rétablis- 
sement de la tranquillité tant que Kœprilû ne serait 
pas déposé. Sur un signe du despote au tschaousch- 
baschi, le bostandji, conduit devant la tente du grand- 
vizir, paya de sa tête sa franchise irréfléchie. Le Sul- 
tan arriva à Daoud-Pascha, situé aux portes de Con- 
stantinople, après une marche de dix -sept jours. Prés 
des Eaux-Douces , les troupes furent payées , passées 
en revae, et les noms de tous les absens rayés des 
contrôles (31 octobre — 3 sâfer) ; huit jours plus tard, 
Mohammed s'embarqua pour Scutari. Les gouverne- 
mens de Damas, de Siwas, de Karamanie, d'Anatolie 
et d'Angora, dont les paschas avaient fait cause com- 
mune avec les rebelles, furent conférés à de nouveaux 
titulaires. A Scutari, Yousouf-Pascha fut nommé ser- 
dar, et reçut ordre de marcher sur l'ennemi. Il dé- 
bloqua Koutahia, qui s'était défendue pendant deux 
mois contre le chef des rebelles , Djanmirza-Pascha , 
commandant quatre mille seghbans et saridjés. D'un 
autre côté, Hasan-Pascha était heureusement entré 



56 HISTOIRE 

• 

dans Angora, et y avait massacré quatre-vingts s^h- 
bans. Le moutesellim de Sokhlé Mahmoud -Pascha 
était parvenu à se faire ouvrir les portes de Haleb, et 
les habitans avaient chassé de la ville le gendre d'A- 
baza et -«es lewends. Abaza lui-même avait établi son 
camp à Aïnegœl (à cinq marches de Constanlinople) ; 
de là il s'était dirigé sur Akhischehr, qu'il avait assigné 
à ses troupes pour point de réunion. Le beglerbeg 
d'Anatolie, Konakdji Ali-Pascha, chargé de la défense 
de la contrée d'Isnik (Nicée), fut surpris et complè- 
tement défait par Tavant-garde d' Abaza. Mourleza- 
Pascha, qui avait été nommé serdar de l'armée d'ex- 
pédition contre les rebelles dans la partie sud de l'Asie- 
Mineure, se tenait enfermé à Koniah. Lorsqu'Abaza 
apprit que les troupes avaient reçu leur solde près 
des Eaux -Douces, et que par conséquent il fallait re- 
noncer à l'espoir de voir éclater dans leurs rangs une 
nouvelle rébellion, il eut le projet de faire jouer à cinq 
nouille de ses sipahis le rôle de transfuges. A cet effet, 
il leur ordonna de rentrer les uns après les autres 
dans le camp du Sultan, de fraterniser avec les trou- 
pes restées fidèles pour les gagner secrètement à sa 
cause, et de provoquer la ruine sinon le meurtre du 
grand-vizir à la première occasion favorable qui se 
présenterait ; mais Kœprilû , instruit de ce projet par 
ses espions, publia la liste de sept mille sipahis qui s'é- 
taient enrôlés sous les drapeaux d' Abaza ; treize cents 
d'entre eux, qui s'étaient déjà introduits dans le camp, 
furent saisis et massacrés. Les murmures qu'excitèrent 
parmi les troupes la radiation de ces sept mille sipahi» 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 5? 

des contrôles ' , et le meurtre de ceux qui avaient été 
pris, déterminèrent le grand-vizir à renoncer à son 
projet de marcher en personne contre les rebelles, à 
rentrer à Scutari , et à remettre le commandement en 
chef entre les mains de Mourteza-Pascha. Ce général 
ayant découvert que trois des paschas qui s'étaient 
rangés sous ses drapeaux entretenaient une secrète 
correspondance avec Abaza, les fit décapiter et envoya 
leurs têtes au grand-vizir, qui lui adressa des félicita- 
tions sur cet acte de vigueur. Àbaza, qui était instruit 
par ses secrètes intelligences de tous les mouvemens 
de Mourteza , le surprit aux environs dllghoun , et 
lui fit éprouver une défaite si complète (i 1 décembre 
1658 — 15 rebioul-ewwel 1069), que l'historien de 
Tempire avoue lui-même une perte de huit mille hom- 
mes ^. Ce sanglant échec fut pour Mourteza un mérite 
aux yeux de Kœprîlù , qui avait douté jusqu'alors de 
sa fidélité ; il lui confirma ses pouvoirs de général en 
chef au lieu de les lui retirer. Au milieu de l'abatte- 
ment général qu'avait causé la nouvelle des malheurs 
des armes ottomanes , il ne jugea pas prudent de lais- 
ser le Sultan passer l'hiver à Scutari. Conformément à 



I II Supremo Vezir ha fatto levar la paga a tutti % Sipahi che non si 
9ono trovati presenli nella rcusegna, Panajotti. 

a Le meilleur Rapport que nous possédions sur cette rébellion, si dange- 
reuse par l'extension qu'elle avait prise, est celui de Panajotti : Cassanaga 
che di gia haveva sottomessa tuita VÂsia minore con 80,000 e piu per- 
ione, tra quaXe 58^000 cavali tutta gente bellicosa, fattosi padrone di 
tutte quelle provincie; contra di lui tre Bassa (di Alepo, Damasco, 
Meraas) con 70,000 soldati, capitano di quelli Mustafaoghli d'Alepo 
uomo belicosissimo. 



58 lUSTOlRE 

ses conseils, Mohammed se rendit à Constantinople 
pour habiter le serai pendant les quarante jours les 
plus rigoureux de la saison '. 

Mourteza-Pascha, qui depuis sa défaite avait re- 
gagné la confiance de Kœprilù, se montra dès lors le 
digne et terrible instrument de la politique machia- 
vélique du grand- vizir. Là où la valeur ne peut rien, 
la trahison vient en aide ; les plus braves sont sou- 
vent les plus faciles à tromper, et le succès sur le 
champ de bataille est moins sûr que l'assassinat. Âbaza 
s'était retiré à Aïntab, dans Tintention d*y passer Thi-. 
ver ou de franchir TEuphrate si le manque de vivres 
Ty forçait. Mais déjà le sandjak de Biredjik avait dé- 
joué une de ses tentatives. Mourteza , maitre de Ha- 
leb, entretenait sans cesse, par des lettres circulaires, 
l'activité parmi les troupes turcomanes, kurdes et 
arabes ; des proclamations adroitement répandues dans 
le camp des rebelles par ses agens secrets lui fai- 
saient espérer .de voir prochainement les sipahis et 
les janissaires révoltés rentrer dans le devoir, ou du 
moins séparer leurs intérêts de ceux des seghbans 
et des saridjés. Il gagna surtout par de grandes pro- 
messes les chefs des lewends. Un de ces derniers, 
homme rusé et d'un esprit diabolique ^, se chargea 
de la ruine d' Abaza en mettant à profit son extrême 
simplicité. Il lui persuada qu'aussi long-temps qu'il 
ne serait pas maître d'une forteresse comme celle de 

I Erhatn, quarante jours, depuis le 25 décembre jusqu'au 3 février 
vieux style. Naïma, II, p. 677. Abdi, f. 52. 
> Schettan ou ghaddar harif, Naïma. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 69 

Hal^, sa position ne serait pas sans danger, et il lui 
conseilla, puisqu'il ne pouvait s'emparer de cette place 
par la force , de recourir à la ruse. Il lui proposa 
d'envoyer à Haleb, sous l'apparence de transfuges, 
les lewends, de la fidélité desquels il s'était assuré 
par le serment sur le sabre et le Koran, de s'y rendre 
ensuite lui-même sous prétexte de demander au gé- 
néral ottoman l'oubli du passé, et de saisir cette occa- 
sion pour se mettre en possession de la ville. Âbaza 
donna dans le piège que le juge de Klis et le moufti 
d'Aïntab , d'accord avec Mourteza , aidaient à lui ca- 
cher. Il assista sans s'émouvoir au départ de ses sol- 
dats pour Haleb, et si quelquefois un soupçon parut 
se glisser dans son esprit , les chefs des levi^ends , le 
juge et le moufti vinrent le rassurer. Plusieurs let- 
tres envoyées par les officiers qui s'étaient rendus à 
Haleb ajoutèrent à son aveugle confiance , car toutes 
lui annonçaient les bonnes dispositions du serdar à 
son égard, et son zèle pour obtenir sa rentrée en grâce 
auprès du Sultan. Enfin, le moufti s'oifrit de partir 
lui-même pour terminer cette affaire. Il revint à Aïn- 
tab avec les promesses les plus formelles de Mour- 
teza et de Kounakdji Ali-Pascha , gouverneur de Ha- 
leb ; ils étaient prêts à Itiî jurer, par un plénipoten- 
tiaire et au nom du Sultan, la sécurité la plus parfaite 
pour sa personne. Abaza ayant agréé la proposition, 
Mourteza envoya au-devant de lui le sandjak d'A- 
khiska, Arslan-Pascha , porteur d'une lettre dans la- 
quelle il lui garantit, par le Koran et en invoquant le 
nom de Dieu , une sûreté entière et sa médiation la 



6o HISTOIRE 

plus active auprès de la Porte pour lui obtenir son 
pardon. Suivant une convention concertée d'avance, 
Arslan-Pascha fut remis comme otage au chef des le- 
wends, et Abaza, loin de se douter de la trahison que 
ce dernier méditait contre lui , se rendit d'Aïntab à 
Haleb. Il y fut reçu avec les plus grands honneurs. 
Mourteza lui assigna pour demeure son propre serai, 
et log.ea sa suite chez les habitans de la ville. En même 
temps on dressa , en présence de tous les magistrats 
de Haleb , une supplique au grand-vizir, au moufti 
et au kislaraga, en faveur d' Abaza, qui fut remise de- 
vaut lui à un courrier. Abaza lui-même, avec trente 
paschas et begs de son parti, parmi lesquels se trou- 
vaient les vizirs Kenaan-Pascha, Tancien gouverneur 
d'Ofen etTayyaroghliAhmed-Pascha, furent retenus 
par le serdar à un souper donné en leur honneur. 
Cependant les propriétaires des maisons, chez lesquels 
on avait logé la suite d' Abaza, reçurent Tordre de 
massacrer leurs hôtes sur le signal donné par un coup 
de canon tiré du haut du château (1 7 février 1 659 — 
24 djemazioul-ewwel 1069). A la fin du souper, 
Mourteza, se tournant vers ses gens, leur dit : « Don-* 
» nez aux paschas nos frères l'eau pour les ablutions 
» nécessaires avant la prière du soir. » C'était le signe 
convenu pour leur massacre. Lorsque tous eurent 
rendu le dernier soupir, un coup de canon donna le 
signal du meurtre général des rebelles dans la ville. 
Trente têtes de paschas et de begs furent envoyées à 
Constantinople comme témoignage de la perfide jus- 
tice de Kœprilû et de Mourteza. Le Sultan récom- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 6t 

pensa la trahison de son général par une lettre louan- 
geuse sur son zèle et sa fidélité, et lui envoya un sabre 
garni de pierreries pour Téchanger contre celui qu'il 
venait de rougir dans le sang de ses hôtes. Dans la nuit 
qui suivit ce grand assassinat, un violent tremblement 
de terre menaça de réduire en ruines la ville de Ha- 
leb, comme si les élémens eux-mêmes avaient voulu 
se révolter à la vue de tant d'horreurs ; ce tremble- 
ment de terre et le grand incendie qui éclata peu de 
temps après à Constantinople furent généralement 
considérés comme une punition de Dieu pour les cri- 
mes récemment commis ' . 

La vengeance publique qu'on avait si heureuse- 
ment tirée du chef de la rébellion facilita à la poli- 
tique de Kœprilù l'assouvissement de sa haine person- 
nelle contre son rival au gt*and-vizirat, Deli-Houseïn. 
¥[ous avons déjà dit qu'il n'avait dû la conservation 
de ses jours qu'à l'intervention de la sultane Walidé 
et du kislaraga, et que Kœprilû n'avait retardé son 
exécution que jusqu'au jour où une plainte viendrait 
la justifier. Mais comme Deli-Houseïn, averti par ses 
amis, ne donnait aucune prise contre lui dans l'exer- 
cice du grand-amiralat, on lui conféra, avant qu'une 
année se fût écoulée , le gouvernement de Roumilie, 
dans l'espoir que cette charge fournirait plus facilement 
l'occasion de le prendre en défaut. On avait permis au 

I Nalma, II, p. 684, reproduit à cette occasion un Itaité d'Aristote, 
sous le titre arabe Edwar ou ékrar, c'est-à-dire les Cycles et les Révolu- 
tions, dans lequel il démontre l'intime liaison qui existe entre les grands 
crimes {moulhimé) et les grands malheurs célestes ou terrestres (dahiye). 



62 HISTOIRE 

nouveau gouverneur d'établir sa résidence, soit à An- 
drinople, soit à Filibé ou à Sofia. Deli Houseïn, se 
fiant à l'apparente tranquillité du grand- vizir et ou« 
bliant les avertissemens de ses amis, préleva qudques 
sommes au lieu de prestations en nature, soit pour 
remplir sa caisse épuisée, soit par avidité. U est vrai de 
dire que ces sommes, comparativement à celles extor- 
quées habituellement par les gouverneurs , étaient si 
minimes, que personne n'aurait pensé à se plaindre, si 
Kœprilù n'eût excité le juge de Filibé, Souleïman- 
Efendi, à adresser secrètement à la Porte des plaintes 
contre les injustices du gouverneur, sous forme de 
supplique rédigée par les habitans. Aussitôt que ces 
plaintes furent arrivées, DeM Houseïn reçut l'invitation 
de se rendre à Constantinople. Ne se doutant de rien, 
il se présenta au palais du grand-vizir, qui lui fit un 
accueil gracieux et le revêtit d'un kaftan de zibeline ; 
mais le jour suivant, dans l'audience du Sultan, celui-ci 
l'apostropha avec colère, l'accusa de négligence et d'a- 
vidité , Taccabla d'invectives , et lui répéta en termes 
véhémens tout ce que le grand- vizir lui avait insinué. 
C'était ainsi que Kœprilû, non content d'employer la 
main du souverain à signer la sentence de mort de ses 
ennemis , voulait encore les injurier par sa bouche ; 
dans cette circonstance, il se plut à aggraver la cruauté 
d'un jugement injtiste par la raillerie d'une harangue 
apprise , et l'esclave , pour assouvir sa vengeance , 
abusa non seulement de la faiblesse, mais aussi de 
l'éloquence de son maître. A tous ces reproches immé- 
rités, le vaillant guerrier répondit seulement : « Je re- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 63 

)> mets à Dieu la punition du crime qa*on médite con- 
» tre moi ; depuis long-temps on a voulu me retran- 
» cher de ce monde ; les griefs et les plaintes ne sont 
» que le résultat d'insinuations mensongères dans le 
» but de me perdre. » Il fut jeté aux Sept-Tours, puis 
exécuté deux jours après malgré Tintercession du kis-* 
laraga et de la sultane Walidé, malgré Tattitude mena- 
çante des troupes \ Ainsi périt le brave Deli Housdn, 
après avoir rempli successivement les postes de grand- 
écuyer, de gouverneur du Kaire, de Chypre et de 
Bagdad, et combattu avec bonheur dans la sainte 
guerre pour la foi et Tempire. Pour prix de la valeur 
qa*il avait déployée pendant son commandement en 
chef dans la guerre de Crète et pour récompense de 
ses longs services, Houseîn dut livrer sa tête au bour- 
reau. Né dans la ville d'Yenischehr, il était entré sous 
Mourad IV dans le serai comme simfde fendeur de 
bois ; mais bientôt sa force extraordinaire et son ha- 
bileté dans l'exercice de Tare le recommandèrent à 
l'attention du Sultan. Un ambassadeur persan ayant 
apporté un arc qu'aucun des lutteurs de Constanti- 
nople n'avait pu tendre , l'arme était restée dans un 
coin de l'appartement du kislaraga. Deli-Houseïn, qfin, 
en apportant du bois un jour d'hiver, se trouva seul 
dans la chambre, s'amusait à la tendre en secret, 

I Deli Husein doppo esser stcUo accolto dal Vezir grande e regaiato 
oon due vesti di zibelino e stato earcerato nelle 7 torri, dove ha hiêo- 
gnato Uberarlo 9tante la minaceia deUa milixia, ma la natte ieguente^ 
e ttato strangolato eon dispicieer grande délia miUzia, Rapport de Pa-^ 
najotti. Valiero, 1. VI, p. 497, mutile le nom de Deli Houseîn en écrivant 
Qwreaiiam, 



64 HISTOIRE 

lorsque, effrayé par Farrivée du kislaraga, il se relira 
en toute hâte. Ce dernier, voyant Tare dérangé, de- 
manda qui avait pu le tendre. Deli Houseïn se pré- 
senta, et tendit Tare en présence du kislaraga. «Don- 
» nez-lui sur-le-champ des vétemens convenables, dit 
» celui-ci, pour qu'il puisse paraître devant le Padi- 
» schah. y> Revêtu d'un doliman , Deli Houseïn fut 
conduit devant le Sultan, qui lui-même, habile dans * 
tous les exercices guerriers , sut apprécier d'autant 
mieux l'habileté du baltadji , qu'elle lui permettait de 
répondre victorieusement au défi de l'ambassadeur 
persan. Deli -Houseïn fut aussitôt nommé grand- 
écuyer, et, après la conquête d'Eriwan, promu à la 
dignité de gouverneur d'Egypte. Son esprit fin et na- 
turel et ses saillies égayèrent fréquemment les festins 
secrets de Mourad IV. Sa réputation de force et sa 
figure noble et imposante lui gagnèrent surtout la bien- 
veillance des femmes, qui, toutes les fois qu'il passait 
à cheval par les rues de Constantinople , accouraient 
en foule pour voir le joyeux Houseïn , le héros et le 
vaillant champion dé la foi pendant la guerre de 
Crète. Deli Houseïn méritait cette distinction non seu- 
lement par sa valeur, mais aussi par sa galanterie toute 
chevaleresque. Lorsque dans ses promenades il ren- 
contrait une société de femmes , il avait coutume de 
leur dire : « Que le salut soit sur vous, mes femmes, 
» plantes de basilic céleste , anges de la terre ! Vous 
» nous donnez de braves garçons pour en faire des 
» légistes et de vaillans guerriers ; que Dieu vous com- 
» ble de ses grâces; ne nous oubliez pas dans vos 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 65 

» prières. » Hommes et femmes lui criaient alors : 
((Que Dieu te conserve long- temps au Padischah! Si 
» la dignité de vizir est due à un héros, elle est due à 
«un homme d'honneur tel que toi *.» Sans doute 
l'aflfection que le peuple portait généralement à Hou- 
seïn détermina Kœprilû, Thomme de vengeance, à 
hâter sa perte. 

Le moufti Bolewi, bien qu'élevé par Kœprilû à la 
première dignité législative, avait néanmoins obstiné- 
ment refusé le fetwa qui devait déclarer légale Texé- 
cution de Deli Houseïn. A toutes les instances du 
grand-vizîr, il avait toujours répondu : « Je ne vois 
» pas quelle faute a commis cet homme, qui d^ailleurs 
» peut encore servir activement l'empire et la foi. » 
En outre , Bolewi n'avait pas craint de remettre au 
Saltan une représentation écrite contre le voyage pro- 
jeté de Brousa que le grand-vizir avait tout récem- 
ment conseillé à Mohammed, Bolewi insistait dans cet 
écrit sur ce qu'il était plus urgent de prendre des 
mesures convenables pour combattre avec succès les 
Vénitiens dans Vîle de Crète, que de courir en Asie 
après une troupe de rebelles. Le Sultan remit l'écrit 
du moufti entre les mains du grand- vizir, avec ces 
mots : « Je te rends le maître de bannir ou de tuer le 
» molla (moufti), jusqu'ici ton protégé. » Kœprilû se 
contenta de le destituer de ses fonctions et de le ban- 

I Eahreman foezir oîindjéboilé gerek, Naïma, II, p. C48. Eahreman, 
KttéralemeDt homme vengeur, est le nom d'un ancien héros persan ; il est 
aussi connu chez les Orientaux que chez nous les noms d'Aleiandre et de 
César. Dans Herbelot, Cahriman; les femmes répondaient à la galanterie 
de l'homme galant en l'appelant le galant homme. 

T. XI. 5 



66 HISTOIHE 

nir à Mikhalidj ; il nomma à sa place Mohammed de 
Brousa ', qui, en sa qualité déjuge d'armée de Rou- 
milie, pouvait, d'après les dispositions de la loi, pré- 
tendre au siège de moufti de préférence à tout autre. 
Le gouvernement de Roumilie, devenu vacant par la 
mort de Deli-Houseïn, fut conféré à Khissim Moham- 
med, et celui de Bosnie à Tancien grand-vizir Melek 
Ahmed-Pascha ^. Sidi Ahmed-Pascha succéda dans le 
gouvernement d'Ofen à Fazli-Pascha, qui venait d'être 
exécuté. 

Sur ces entrefaites, l'ancien kaïmakam Kœr Hasan, 
à ce moment gouverneur dans l'île de Crète, et qui, 
soupçonné d'avoir trempé dans la rébellion de Nak- 
kasch Hasan , avait dû alors la conservation de ses 
jours à celte circonstance seule qu'il se préparait à 
partir pour son gouvernement, provoqua sa sentence 
de mort par une lettre que Tancien moufli Bolewi 
avait remise au Sultan , et celui-ci à son premier mi- 
nistre. Dans cette lettre , Kœr Hasan disait impru- 
demment que, si le grand-vizir ne se rendait pas en 
personne à Candie, on ne pourrait espérer la conquête 
de l'île. Kœprilù crut entrevoir dans ces paroles le 
conseil indirect d'envoyer au gouverneur le sceau de 
l'empire; à l'instant il fit expédier sa sentence de 
mort, dont l'exécution ne fut arrêtée que par la mort 
naturelle de Kœr Hasan , survenue deux jours avant 
l'arrivée du courrier. L^ fonctions de serdar, qu'il 

z Ou&c\ïà\t.udidé, Biographie Z19», 

a Melek Ahmed renouvela à cette occasion le monument de Itfourad U' 
sur le champ de bataille de Kossowo. Ewlia, Il , f. 9. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 67 

ranpEssait à rarmée de Crète, forent confiées à 
Taoukdji Affouslafo-Pascha. L'ancien kapitan, Topal- 
Pascha, dont rexécalion arsdt été ajournée à cause du 
service qu*il avait rendu à TÉtat en reprenant Lem- 
DOS, fut également voué à la mort. Invité par son suc- 
cQBsenr (le kapîtan-pascha Ali Hosamzadé) à qu^r 
la station de Khios et à venir le trouver sur son vais- 
seau-amiral, il fut étranglé par les esclaves des galères 
aussitôt qu'on lui eut fait lecture de sa condamnation. 
Ali Hosamzadé ' ne jouit pas long-temps de la dignité 
de grand-amiral qu'il avait recouvrée; il mourut de la 
peste, et laissa pour lui succéder son fils Abdoulka- 
dir-Pascha (1 6 mai 1 661 ). Le {Mremier acte du nouvel 
amiral fut la punition du sandjak d' Attalia , Kœrbeg 
Moustafa-Pascha, qui, d'accord avec le juge Wehab, 
tiié depuis dans le massacre de Haleb, avait à plu- 
»eurs reprises levé Tétendard de la révolte, et qui 
venait de mettre la ville en état de siège. Abdoulkadir 
s'était rendu de Khios à Bbodes, lorsque, averti des 
projets de la flotte vénitienne par la capture d'un brig 
chaîné de porter des lettres de George Morosini à 
PriuH , il revint à Khios. De là il fit voile pour Zea 
et l'tle Longue. A peine les deux armées navales 
étaient-ell^ en présence, qu'un ouragan les s^ara, 
et dispersa la flotte turque non sans lui faire éprouver 

X Journal des campagnes de l'armée narale ottomane , dans De Lacroix , 
ttat général de VEmpire ottoman. Il ; p. 215. NaTma ne fait aucune 
meotion de ce diangement. D'après les Tables chronologiquei de Hadji 
Kbaifa, Hosamzadé moorut en 1072 (1662) ; mais dans le Journal de Paul 
Omero , l'interprète de la flotte (qui l'appelle J^axamama) , il mourut en 

leei. 

5* 



68 mSTOIRE 

une perte de plusieurs galères. Le S6 août 1 661 , dés 
la pointe du jour, la flotte vénitienne rencontra de- 
vant Milo celle des Ottomans dans un désordre com- 
plet et Tattaqna. Dix galères se sauvèrent démâtées 
dans le port de Milo; six avaient coulé bas; deux 
autres furent prises à Tabordage par la capitana véni- 
tienne et les galères de Malte. La perte des Ottomans 
dans ce combat fut évaluée à plus de quatre mille 
hommes tant morts que faits prisonniers. De son côté, 
l'amiral vénitien avait à regretter la perte d'un galion 
chargé de cent dix esclaves musulmans qui tombèrent 
entre les mains des Turcs. Malgré cet échec, Abdoul- 
kadir-Pascha reprit sa route vers Attalia ; après avoir 
débarqué son artillerie, il se disposait à ouvrir le siège 
de la ville, lorsqu'une députation envoyée par les ha- 
bitans vint le supplier de leur épargner un bombar- 
dement, promettant en retour de lui livrer le pascha. 
En effet , les principaux de la place persuadèrent à 
Kœrbeg qu'il lui serait facile d'acheter son pardon 
moyennant quelques milliers de ducats. Kœrbeg, 
avec ses frères, son kiaya et son bouloukbaschi, quit- 
tèrent donc la ville pour se rendre à bord du vais- 
seau-amiral ; à peine y étaient-ils montés, qu'ils furent 
étranglés et leurs corps jetés à la mer. Les têtes em- 
paillées des rebelles et cent bourses d'or, qu'Âbdoul- 
kadir avait prélevées sur les habitans, conjurèrent la 
fureur que devait inspirer au grand- vizir la perte de 
la bataille de Milo ; il écrivit même au kapitan-pascha 
une lettre de condoléance sur le malheur dont Dieu 
avait voulu le frapper, lui promit de détourner de 



DE L'EMPIRE OTTOMAM. 69 

lui h disgrâce du Sultan , et lui ordonna de ramener 
]a flotte à Constantinople. Kœprilû resta fidèle à sa 
parole : Abdoulkadir eut la vie sauve , mais sa place 
fut donnée au gendre du grand-vizir, Moustafa*Pascha. 
En même temps que TAsie-Mineure était menacée 
par la rébellion d'Abaza d'une révolution complète , 
le feu de la révolte avait éclaté dans la Haute-Egypte. 
Mohammed, beg de Djirdjé, un des principaux chefs 
du pays et aussi riche que puissant , avait conçu le 
projet d'expulser le gouverneur d'Egypte, Schehzou- 
war Mohammed-Pascha, pour se venger de son refus 
de lui conférer la dignité d'émiroul-hadj (comman<- 
dant de la caravane des pèlerins). Son projet devait 
recevoir son exécution le jour où le gouverneur lui 
remettrait le kaftan, insigne de sa nouvelle dignité 
comme b^. A cet ^et , il répandit Tor à pleines 
mains parmi les janissaires , les azabs et autres sol- 
dats des sept milices du Kaire. Schehzouwar, averti à 
temps, réunit ses troupes, refusa de le voir, et lui 
envoya le kaftan avec Tordre de retourner à Djirdjé. 
Sur le rapport adressé par Schehzouwar à la Porte, 
une lettre du Sultan enjoignit au gouverneur de des- 
tituer Mohammedb^ et de nommer à sa place Ahmed- 
bc^. Les chefs des mamlouks, les agas des sept odjaks, 
les kaschifés et les anciens se soumirent à ces ordres; 
mais Mohammedbeg refusa d'obéir au Idiattischérif qui 
le nommait gouverneur d'Abyssinie , et résolut de re- 
pousser la force par la force. Il fît fondre des canons , 
et alla même, s il faut en croire Naïma, jusqu'à faire 
battre monnaie en son nom. Schehzouwar, pour étouf- 



70 HISTOIRE 

fer la révolte, eiir^a de nouvelles troupes et confia 
rétendardsacréàrémiroul'hadj, Kaïtasbeg, avecor^ 
dre de marcher contre le rebelle , à la tête des sept 
corps réguliers des milices du Kaire. Mdhammedbeg 
s'était avancé jusqu'à Manfalout; profîtsoitde son ab- 
sence, le schdkh des Arabes de la tribu Hawwaré 
pilla les magasins du beg de Djirdjé. Près de Mflo , 
non loin de Manfalout , les deux armées en viiu^nt 
aux mains. Mohammed, complètement défait, s'enfuit 
vers rOasis où il avait envoyé d'avance cinq cents dro* 
madaires et trois cents jumens chargés de ses trésors. 
Kaïtasbeg se mit à sa poursuite et l'atteignit près des 
ruines de Kassr, à quelque distance de TOasis. Malgré 
la vaillante défense de Mohammedbeg , qui avait fak 
des corps de ses dromadaires des retranchemens vi^ 
vans , il fut fait prisonnier , ainsi que ses principaux 
officiers, et envoyé chargé de chaînes au Kaire, où il 
subit le dernier supplice. Sa tète fut portée comme 
trophée à Constantinople, où elle fut jointe à celles des 
rebelles qui arrivèrent en masse de l'Âsie-Mineure. 
Pendant plus d'une année, on vit journellement vingt à 
trente des têtes des princ^>aux chefs des rebelles ex- 
posées à l'entrée du s^^ï ; les historiens ottomans por-> 
tent à quelques mille le nombre de ceux qui exonèrent 
leur rébellion sous la hache du bourreau. La place de 
gouverneur de Dfirdjé fut conférée à Tourna Mous- 
tafa, page de la chambre intérieure du serai; il eut 
pour successeur le poète Abdi, qui sortait de la cham- 
bre des seferlis. Né dans la belle vallée des Eaux- 
Douces^ cette nature majestueuse l'avait fait poète; 



DE L'EMPIRE OTTOMAN- 71 

plus tard, il échangea cette yocation contre celle 

d'historien. 

Le i*^ mai 1659 (8 schàban 1069), le Sultan partit 
de Constantinople pour Brousa, afin d'être plus près 
des opérations militaires dirigées contre le reste des 
rebelles dont Textermination avançait de jour en jour. 
A son passage à Scutari , on exposa, à l'entrée de sa 
tente, les têtes du secrétaire d'Âbaza, qui jusqu'alors 
sëtait tenu caché, etdukiayadel'émiroul-hadj, accusé 
tl avoir soustrait quelques sommes du présent que la 
Porte envoyait annuellement à la Mecque. La trahi- 
son exercée par l'ancien gouverneur d*Ânatolie, Djan- 
mirza, contre Abaza, lui avait valu une première fois 
sa grâce , mais de nouvelles plaintes arrivées contre 
lai provoquèrent sa sentence de mort; elle fut exécu- 
tée; le même sort frappa le kiaya-yeri (procureur 
des janissaires) du Diarbekr; Parmaksiz Ali, silihdar 
à l'époque du grand - vizirat d'Ipschir; le second 
écuyer Hasan, confident de Mohammed, beg de 
Djirdjé , ti le neveu de Soukhté Mahmoud-Pascha , 
qui avait soulevé contre la Varie les habitans de Sy- 
rie et de Tripoli. L'ancien juge de Brousa , Schami 
Nououman , dont les exactions étaient restées long- 
temps impunies en récompense des sages mesures 
qu'il avait prises pour proléger la ville contre les re- 
belles, eut la tête tranchée, ainsi que l'ancien bostandji- 
baschi Pir Aama , en expiation de la mcdlesse dont il 
avait fait preuve dans le commandement des troupes 
envoyées contre les seigneurs de l'hippodrome. De 
Brousa, où on avait exposé sur un trône, à la véné- 



72 fflSTOIRE 

ration du serai' , la plus sainte relique du trésor im- 
périal , le manteau (borda) du Proï^iète , le Sultan 
manda auprès de lui le kaïmakam de Constantinople, 
Ismaïl-Pascha , et lui conféra le titre de moufetisdi 
(grand-inquisiteur). Homme ardent dans Taccomplis- 
sèment de ses devoirs, et vizir zélé, Ismaïl était sou- 
vent exposé aux injures de son harem , et surtout à 
celles de la sultane, veuve de Kenaan-Pascha, à cause 
de la faiblesse de son organisation, comme homme et 
comme époux. En sa qualité d'inquisiteur, Ismaïl 
parcourut toute TAsie-IVIinetire et la Syrie jusqu'aux 
confins de l'Arabie , sévissant partout avec la der- 
nière rigueur contre ceux qui avaient pris la moindre 
part à la dernière rébellion, et sans avoir égard au 
rang des coupables. Ses instructions lui prescrivaient 
en outre de contrôler les listes des sipahis, des seïdes 
et des rayas. Un grand nombre de ces derniers s'é- 
taient soustraits au paiement des impôts par des lettres 
d'affranchissement illégalement délivrées. Deux cents 
émirs, qui, à Eregli, s'étaient arrogé le droit de porter 
des turbans verts, furent forcés d'abandonner ce 
signe distinctif de la descendance du Prophète, et leur 
nombre fut réduit à vmgt. A Koniah, on arrêta comme 
suspects huit derwischs mewlewis. Conduits devant 
Ismaïl, celui-ci leur dit : «Les mewlewis qui voyagent 
)» ont coutume ou de lire le Mesnewi, ou déjouer de 
)» la flûte , ou de danser la valse sacrée ; montrez-moi 
» donc ce que vous savez faire. » Quatre d'entre eux 
seulement ayant pu le satisfaire, les quatre autres, qui 
étaient en effet des rebelles déguisés, furent mis à mort. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 75 

Au milieu des nombreuses eiécutions , qui firent 
violemment échouer les projets ambitieux de tant de 
dignitaires , la mort naturelle de l'ancien grand-vizir 
Gourdji Mohammed , à Tàge de cent dix ans , doit 
exciter notre étonnement. Après avoir été employé 
pendant trente années comme gouverneur des pro- 
vinces asiatiques de Damas , Haleb , Diarbekr et Er- 
zeroum, il était parvenu à près de cent ans au grand- 
vizirat, mais il dut Tabandonner presque aussitôt à 
cause de son incapacité, résultat d'une vieillesse si 
avancée. H vécut encore dix ans, pendant lesquels 
dix autres changemens de dignitaires investis du pou- 
voir suprême vinrent le consoler de sa destitution. 

La tranquillité était à peine rétablie dans TAnatolie, 
que Kœprilû reprit avec une nouvelle ardeur son sys- 
tème de réforme et de répression. A Damas, les janis- 
saires, qui d'ordinaire étaient envoyés en garnison pour 
trois ans dans les provinces , et qui avaient pris pour 
cette raison le nom de nobetdji (garde montante), 
qu'ils échangèrent ensuite contre celui de yerli-kouli 
(soldats du lieu), avaient refusé l'obéissance aux or- 
dres de la Porte ; Kœprilû confia le commandement 
d'un corps de janissaires delà capitale à l'aga Ali, avec 
ordre de lui renvoyer les rebelles et de livrer à la mort 
les auteurs de ces troubles. La grande sévérité qu'Ali 
déploya, en cette circonstance, trouva sa récompense 
dans sa nomination au gouvernement de Saïda. Pen- 
dant son administration , il essaya , mais en vain , de 
s'emparer des émirs des Druses. Mohammed-Pascha, 
son successeur à Saïda , fut plus heureux : secondé 



74 HISTOIRE 

par VÂIbanais Hasan , il fit trattreusement prisonnier 
le plus puissant des émirs de la tribu Maan (du dra-- 
peau rouge), puis il se ligua avec les émirs du drapeau 
blanc, ennemis jurés de la tribu Maan. 

Pour remédier aux abus qui s'étaient introduits dans 
les fiefs de la cavalerie, Kœprilû ordonna qu*à Tave^ 
nir leurs possesseurs, tant ceux d'Asie que ceux d'Eu* 
rope, eussent à renouveler leur diplôme. Cet ordre 
n'aurait pas laissé d*exciter de vifs murmures, ces re- 
nouvellemens n'ayant lieu d'ordinaire qu'à l'avène- 
ment d'un nouveau Sultan, s*il n'avait pas aban- 
donné en même temps la moitié de la taxe échue. 
De l'armée , le grand* vizir tourna ses regards vers 
l'Hellespont, qu*il songea à rendre inaccessible aux 
flottes ennemies par la construction de plusieurs nou^ 
veaux châteaux. Déjà , sous le grand-vizirat de Mou* 
rad-Pascha, la sultane Walidé avait appuyé ce projet 
de toute son aut(»ité ; mais , outre que le Trésor ne 
pouvait pas disposer alors des quarante mille pias* 
très que devaient coûter ces constructions, les repré- 
sentations des habitans des villages environnans, 
qui redoutaient le voisinage de la garnison , le firent 
abandonner. On prétexta que la distance en|re les deux 
caps du canal était trop considérable pour pouvoir 
être croisée par le feu des batteries, et qu'on y man- 
quait d'eau. Cependant toutes ces difficultés dispa- 
rurent devant la volonté inébranlable de Kœprilû : la 
flotte reçut ordre de passer l'hiver à l'entrée des Dar- 
danelles , et les équipages furent employés aux con- 
structions dirigées par l'architecte Moustafaaga , sous 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 75 

Tin^ecdon du commandant des Dardanelles Frenk 
Ahmed -Pascha. Les deux châteaux formèrent un 
carré régulier dont chaque façade avait une longueur 
de trois cents aunes : l'un reçut le nom pompeux de 
KitidoUBahr (clef de la mer) ; l'autre celui de &rf- 
doUBahr (digue de la mer), tandis que celui construit 
par Mohammed n, sur la côte d'Asie , portait le nom 
modeste de Tschmuik-KalaMi (chkXeiàa des assiettes), 
à cause des fabriques de poterie qui Tavoisinaient ; un 
antre château sur la même côte est appelé Koum^ 
Kalaasi (chftteau du sable). Comme les villages voi- 
sins étaient tenus de fournir les matériaux nécessaires 
à la construction de ces diàteaux , Frenk Ahmed- 
Pascha et l'architecte surent , par leurs vexations , 
amasser des sonunes considérables; la dureté inhu- 
maine avec laquelle ce dernier surtout traita les mal- 
heureux habitans lui valut la haine et la malédiction 
générale, plus encore que son excessive avidité. Un 
jour , Frenk Ahmed lui ayant demandé pourquoi il 
avait fait battre un musulman innocent jusqu'à ce que 
mort s'en suivit, il lui dit pour toute réponse : « C'est 
» ainsi qu^il faut agir \ » En retournant de Brousa 
à Andrinople (septembre 1659 — moharrem 1070), 
le Sultan visita les nouvelles constructions, et ordonna 
de les munir d'une nombreuse artillerie. Pour l'oc- 
cupation du château d'Asie , on transforma les fiefs 
supprimés de cavalerie des sandjaks de Boli , Kaste- 
mouni, Khoudawendkiar, Bigha et Karasi, en fiefe 
soldés (gedik-timar) de trois mille aspres chacun; 

t BoiU%m»a eder, Soubdet, f. 156. 



76 HISTOIRE 

pour le château de Roumilie, on employa les féuda^ 
taires, dits des Faucons (toghandji^timar), deSilistra, 
Nicopolis, Tschennen, Kirkkilisé et Wiza. Dans le 
courant de la même année , Maanzadé Houseïnaga , 
fils de Fakhreddin, revint à Constantinople de son 
ambassade auprès du sultan indien Djihanschah. A 
son passage à Scutari, Houseïnaga remit au Sultan les 
lettres de Mourad-Bakhsch, fils et successeur de Dji- 
hanschah. Les présens dont elles étaient accompa- 
gnées consistaient en un panache de plumes de héron 
retenu par une agrafe de diamans, au milieu desquelles 
brillait une table ôblongue pesant cinquante carats ; un 
sabre avec son fourreau d'or garni de pierreries, et 
dix ballots de châles et d'étoffes indiennes. Le Sultan 
lui ayant demandé ce qu'il avait vu de beau dans le 
pays d'où il revenait, Houseïnaga répondit que rien 
ne pouvait être comparé à la position du Bosphore , 
qui dépassait tous les miracles de la nature et de l'art 
indien. Maanzadé Houseïn était arrivé dans l'Inde pré- 
cisément à l'époque de la guerre civile allumée entre 
les quatre fils de Djihanschah. Il tomba entre les mains 
de l'aîné des quatre princes, Mourad-Bakhsch, qui 
retint l'ambassadeur ottoman et les présens dont il était 
porteur, et répondit aux lettres du Sultan comme ve- 
nant de succéder à son père; cependant, peu de temps 
après, il dut céder le trône à son frère Orengzib. 

Nous avons vu plus haut que Kœprilû , à son dé- 
part de Jenœ, avait laissé Kenaan-Pascha gouverneur 
d'Ofen , et Djan Ârslan-Pascha gouverneur de Silis- 
tra, pour maintenir la tranquillité en Transylvanie. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 77 

Michné, voïévode de Valachie, avait obtenu du pre- 
mier l'autorisation de rentrer dans ses Etats, sans l'a- 
voir sollidtée du second. Le jour où il vint prendre 
congé, Ârslan-Pascha, le frappant violemment sur la 
poitrine , lui cria d'un ton menaçant : « Maudit ! ne 
» suis-je pas le gouverneur de Silistra, le seul à qui tu 
» dois demander la permission de retourner chez toi ?» 
Cet outrage fit naître une haine implacable dans l'ame 
de Michné , ce Grec orgueilleux , qui , à son avène- 
ment, s'était fait couronner publiquement par un 
moine comme archiduc de Valachie ; depuis il mit 
tout en œuvre pour obtenir un diplôme de la Porte 
qui sanctionnât ce titre. Cependant la prudence lui 
ordonna de dévorer cette injure, mais il se promit d'en 
tirer vengeance à la première occasion '. Peu de temps 
après, Arslan-Pascha fut assailli, sur la route de Si- 
listra, par les gens de Michné, et ne leur échappa que 
par une fuite précipitée sur l'autre rive du Danube, en 
face de Sistow. 

Michné, l'ennemi juré de Constantin Cantacuzène 
et de son gendre Philippeskoul , qui s'était réfugié 
chez le prince de Moldavie, Ghika, résolut la perte de 
l'un et de l'autre. H commença par calomnier le pre- 
mier à Constantinople, et par s'allier secrètement avec 
Rakoczy contre Barcsay que la Porte venait de lui 
donner pour successeur. Constantin Cantacuzène, rap- 
pelé dans la capitale, se justifia contre les allégations 
de Michné en prouvant d'une manière incontestable 

I EDgel, dans son Histoire de Valachie, ne dit pas quel fat le motif 
de la rébellion de Michné. Naïma, II, p. 204, en parle ayec détail. 



7» HISTOIRE 

que Tinfidélité dont il était accusé retombait sur l'ac- 
cusateur. Dès lors Michné jeta le masque , et com- 
mença sa rébellion, en faisant exécuta les boyars 
dévoués aux intérêts de la Porte ^ Les uns furent 
étranglés, les autres précipités dans la cour du haut 
des fenêtres du palais; leurs cadavres, foulés aux pieds 
de des trabans, furent laissés sans sépulture et jetés 
sur des tas de fumier; les fenmies des suppliciés fu- 
rent soumises aux plus affbeux tourmens, pour obtenir 
d'elles la révélation des lieux où était cachée la fortune 
de leurs maris. Tergowitsch fut cernée par la cava- 
lerie de IVIichné , et tous les Turcs qui s'y trouvaiœt 
passés au fil de l'épée par l'infanterie; Braila et Djour- 
djewo furent pillées et livrées aux flammes. A la tête 
de dix mille Valaques et de cent mille Hongrois sous 
les ordres de Mikes , Michné marcha à la rencontre 
de Ghika , et le battit si complètement sous les murs 
d' Yassy , qu'il dut s'enfuir à Bender. Il espérait y trou- 
ver lekaigha Ghazi-Ghiraï envoyé à son secours par 
ordre de la Porte avec cinquante mille Tatares *; mais, 
ne se croyant pas en sûreté, Ghika quitta Bender et 
se réfugia à Ândrinople. 
 la prenodère nouvelle des événemens dont la 



1 Engel, BistoirB de V(Aachief p. 305. Michné souleva contre la 
Porte les évéques et les prêtres bulgares; il portait dans ses rangs six dra- 
peaux rouges avec une croix blanche. On lit, dans les RelaU di Costan- 
tinopoli : — n Mickne Voivoda di Valachia disgustato délia Porta si 
mise in pensiere di cacciare il Twrco da CostantinopoH havendo fatto 
corrispondenza colli vescwi e ecclesiastici di Bulgaria, 

a Engel dit seulement vingt mille Tatares. Naïma, aueontralie (II, 
p. 706), dit cinquante mille. 



DE L*EMPIRE OTTOMAN. rg 

Valadiie et la Transylvanie étaient le théâtre , le Sul- 
tan avait intimé au khan de Crimée Tordre de se met- 
tre en campagne et d'envahir la Valachie. La nouvelle 
guerre amena quelques changemens administratifs. Le 
gouverneur de Bosnie, Sidi Ahmed, fut nommé gou- 
verneur d^Ofen, et le sandjak dllbessan, Moham- 
medbeg, qui s'était brillament distingué dans les cam- 
pagnes de Moldavie et de Valachie, passa au gouver- 
nement de Silistra. Ghika, qui s'était réfugié chez son 
protecteur et compatriote, le grand-vizir Kœprilû, fut 
installé comme voîévode de Valadiie , et Etienne , fils 
de Lupul , qui jusqu'alors avait langui dans les Sept- 
Tours, fut élevé à la dignité de prince de Moldavie. 

Cependant les Tatares, renforcés d'un corps de Po- 
lonais et de Cosaques, avaient franchi les frontières de 
la Moldavie, et livré une bataille sanglante à l'armée 
réunie des Valaques et des Szikliens, près d'Yassy, 
sur les rives du Baschlocu. Le sort de cette lutte ne 
fut décidé en faveur des Tatares qu'au bout de trois 
jours ; douze mille sept cents Hongrois et Valaques 
couvrir^[it de leurs cadavres le champ de bataille ; un 
grand nombre d'entre eux trouvèrent une mort misé- 
rable dans les eaux du Baschlouï et dans les marais. 
L'intrigant Michné, qui avait été élevé comme page par 
le vieux conquérant d'Akhiska, Kenaan-Pascha, possé- 
dait les langues arabe, persane et turque ; il avait long- 
temps feint de vouloir échanger la foi de ses pères 
contre celle des musulmans, et, pour mieux accréditer 
cette croyance, il avait adopté leurs usages et leurs 
vêlemens ; dès lors il se vit forcé de se réfugier en 



8o HISTOIRE 

Transylvanie. Les murs de Tergowitsch, résidence 
des voïévodes de Valachie, furent rasés sur les ordres 
exprès du Sultan, et la cour du prince yalaque trans- 
férée à Bucharest. Rakoczy, battu près de De va par 
Sari Houseïn (ââ novembre 1 659), frère de Siawousch- 
Pascha, san^jak d'Erlau, et par Sidi Ahmed gouver- 
neur d'Ofen, s'était enfui à Szaszvaros (Broos), après 
avoir laissé sur la place trois mille sept cents morts , 
et abandonné au vainqueur soixante drapeaux et six 
pièces de canon. 

Au commencement du printemps suivant (1 6 avril 
1660 — 5 schàban 1070), Seïd Ali fut solennellement 
investi à Andrinople de la dignité de général en chef des 
troupes destinées à marcher contre la Transylvanie. Il 
partit aussitôt pour Belgrade, où il devait attendre les 
instructions ultérieures de la Porte. Le sagardji-baschi, 
avec quinze régimens de janissaires, reçut ordre de le 
suivre à marches forcées. A la nouvelle de l'approche 
de Sidi Ahmed , Rakoczy avait levé en toute hâte le 
siège de Hermannstadt et s'était replié sur Clausen- 
bourg, entraînant à sa suite tous les hommes capables 
de porter les armes. Il s'y retrancha entre Kapous et 
Gyalou, résolu de courir les chances d'une bataille. Elle 
fut livrée sur la rive droite de la Szamos, entre Clau- 
senbourg et Szamosfalva. Rakoczy fut battu et s'enfuit 
grièvement blessé dans le fort de Grosswardein où il 
mourut dix-huit jours après. Quatre mille têtes pro- 
venant de la défaite de Rakoczy, fichées sur des pi- 
ques , furent portées en triomphe à Andrinople par 
des Grecs et des Arméniens , puis roulées aux pieds 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 8 1 

dagrand-vîzîr, qui les fit jeter ensuite en pâture aux 
chiens. La nouvelle de ces succès détermina le Sultan 
à se rendre pour la troisième fois à Andrinople; mais 
Kœprilù s'y opposa, en lui repirésentant que Targent 
qu'on attendait de Transylvanie n'était pas encore ar- 
rivé. Un khattischérif du Sultan ordonna à Sidi Ahmed 
de confirmer en qualité de prince de Transylvanie 
son prisonnier Barcsay. 

Avant de reprendre le récit des événemens qui sui- 
virent la mort de Rakoczy et qui entrsdnèrent TAu- 
triche dans de nouvelles guerres avec la Porte, nous 
devons jeter un regard sur les relations diplomatiques 
des deux puissances entre elles pendant les trois der- 
nières années. 

Les plaintes mutuelles contre les incursions* et les 
brigandages exercés par Tun des deux peuples contre 
l'autre se succédèrent comme de coutume. Le gouver- 
neur d'Ofen, Kenaan, envoya à plusieurs reprises des 
tschaouschs au comte de Puechhaim , à Vienne , pour 
se plaindre de la garnison de Weszprim , qui avait 
saccagé le village d'Ercseny, situé à cinq lieues seule- 
ment d'Ofen. Il se plaignit en outre d'une attaque im- 
prévue contre le sandjak de Koppan, d'une incursion à 
Pankota, sous les murs de Szegedin, et de l'enlèvement 
de trente habitans et de huit cents têtes de bétail ' . 

1 Du 3 redjeb 1067 (17 avril 1657). Dans les Archives I. R. se trou- 
Tent également deux lettres de Kenaan-Pascha à Puechhaim et à Sagan , 
datées du 2 silhidjé 1067 (4 octobre 1657) , et relatives à la violation des 
frontières par le commandant de AYeszprim et à l'insurrection de Rakoczy. 
Voyez aussi Lettera del Veztr di Buda Kenaanbassa al S. principe 
Gmzaga partata di Hasan daus 26 Agosto 1657, en réponse au message 

T. XI. 6 



6a fflSTOIRE 

De son côté, le grand- vivir, dans une note au résident 
impérial Reninger, se plaignit ^e ce que dans la Hon- 
grie supérieure Nadasdi, Forgacs, Zriny et Batbyany 
assistaient ouvertement le traître Rakoczy dans sa lutte 
avec la Pologne. L'Autriche enverra à Ofen le docteur 
Metzger, afin d*aplanir, s'il était possible, le différend 
survenu entre Bakoczy et la Porte, tandis que Henri 
Woggin partait, avec une mission semblable, pour le 
camp du grand-vi^sir. Il le rencontra à Temeswar où 
il fit son entrée avec une pompe inaccoutumée. Comme 
il se rendait à Jenœ, à la suite du grand-viadr, Woggin 
fut joint par Tinterprète impérial Panajotti ; Reninger 
était resté à Constantinople à la cour du Sultan. Barc- 
say, récemment nommé par la Porte prince de Tran- 
sylvaine , mit tout en œuvre pour s'assurer les bons 
oifices du résident; mais les habitans de la Hongrie 
supérieure ayant pris le parti de Rakoczy, l'empe- 
reur crut devoir à sa politique autant qu'aube intérêt^ 
de la religion de se rendre aux prières de ce dernier 
et de le secourir. Qnq mois auparavant le grand-vizir, 
dans une lettre au grand mattre-d 'hôtel prince Porda, 
s'était plaint de ce que l'empereur avait pemus à la 
mère de Rakoczy de faire des enr^emens dans les 
États d'Àllemagiie. Dans sa réponse, le cabine de 
Vienne déclam .sans détour que n'^ayant pas agr^ le 
choix du nouveau prince , François Rhédei , il avait 

de Metzger à Komorn, concernant les incursions «ur le territoire de Stuhl- 
weissenbourg à la date du 21 juillet, Lettera del Vezir Kenaanbassaa 
5. Maestà Caes. portata 4al Arnaud Ali Aga nelV audienza del 21 
JUarzo 1659. 



DE L'EMPffiE OTTOMAN, 85 

pu approuver la conduite de Kakoczy ; qae cependant 
il ne lui avait jamais prêté secours , et qu'il persiste- 
rait dans WP système si la Porte s'abstenait de toute 
innovation en Transylvanie. Lorsque plus tard Jenœ 
£ut succombé et que Rakoczy eut pris la fuite, le gou- 
verneur d'Ofen, Kenaan-]Pascha \ commis à la garde 
de la Transylvanie, écrivit au palatin : a que, Rakoczy 
I) ayant désobéi au Sultan, il ^vait été (jiargé de Ten 
» punir, mais qu'il n'avait pu le fairç, celui-ci s'étant 
» réfugié au-delà de la Theiss ; que fidèle aux ^tipu« 
» lations du dernier traité de paix, il ne ferait pas pas- 
» ser cette rivière à un seul homme si le palatin se con-* 
» formait aux articles de ce même traité.» L'aga envoyé 
par le grand-vizir à l'empereur rapporta , à son re- 
tour à Constantinople, qu'on avait permis à Rakoczy 
et aux deux voïévodes de Moldavie et de Valachie de 
se rendre à Francfort où ils devaiept réclamer I^ se- 
cours de l'empereur, tandis qu'on l'avait obligé de res- 
ter à Vienne. Kœprilu, dans une violente sortie contre 
Reninger et Panajolti, dit à ce sujet que, diaprés la let- 
tre de la capitulation octroyée par le sultan Souleiman 
au prince de Transylvanie, ce dernier ne pouvait en- 
tretenir de relations avec aucune puissance étrangère ; 
que Rakoczy venait de la violer pour la troisième 
fois, et que la teneur du traité conclu avec Tempereur 
exigeait qu'on lui livrât les princes de Moldavie et 
de Valachie. L'année suivante, Auguste de Mayern se 
rendit en qualité d'inlernonce à Constantinople, et de 



I Liitera Kenaanba$$a ad Pàla^inum $ castris J&me, 15 Dec. 1638. 



84 HISTOIRE 

là à Broiisa pour notifier au Sultan le couronnement de 
l'empereur Léopold (1 2 août 1 659—23 silkîdé 1 069). 
Depuis Bayezid Yilderim qui avait reçu à Brousa les 
ambassadeurs de Hongrie , de France et de Chypre, 
pour négocier la rançon des prisonniers faits à la ba- 
taille deNicopolis, aucun ambassadeur européen n'a- 
vait été admis dans cette capitale à l'audience du Sul- 
tan. Mayem remit ses lettres de créance et ses présens ; 
mais ayant appris que la lettre de l'empereur resterait 
sans réponse, il crut devoir à la dignité de son maître 
de ne remettre au moufti que les sommes qui lui 
étaient destinées. Dans son audience du grand- vizir, 
l'internonce répondit à Kœprilù, qui revint sur l'ex- 
tradition de Rakoczy, que l'empereur ne l'avait pas en 
sa puissance, et que, s'il l'avait, son honneur lui défen- 
drait de le livrer. Le reïs-efendi Schamizadé, conseiller 
intime de Kœprilù, insinua à ce sujet à Mayern, dans 
un repas donné en son honneur, que l'empereur pou- 
vait agir à l'égard de Rakoczy comme jadis le pape 
envers Djem, et le schah de Perse envers Bayezid, fils 
de Souleïman. Sur la réponse de l'internonce, que le 
cas était différent, et que le pape et le schah s'étaient 
couverts d'opprobre aux yeux de la postérité ' , Scha- 
mizadé laissa tomber la conversation. Pour répondre 
à la mission de Mayern, la Porte chargea Souleïman- 

< Che Vesempio del Sofi di religione e costumi toiaimente da lui hm- 
tano e inefficace a persuaderci, e che quello d'Alessandro VT e moUo 
diverso per la qualità del soggetto tradito, e poi e stato hiasimato da 
tutti gli Storicij ch'a ponto di cià la sua memoria detbe esser hastevole 
a dissuadere ogni Principe di simile attentato. Rapport de Panajotti et 
de Reninger, et Relation de Mayern. Vienne, 25 décembre 1639. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 85 

aga de porter à Vienne ses félicitations au sujet du 
ooaronnement de l'empereur. Dans une seconde let- 
tre, le Sultan et Kœprilû disaient que Rakoczy avait 
commis des crimes en Transylvanie, un des pays tri- 
butaires de la Porte ; que cette puissance avait résolu 
de le poursuivre les armes à la main, et que Tempe- 
reur devait éloigner en lui le dernier obstacle qui s'op- 
posât à une paix solide et durable. Dans son audience 
de congé, May ern avait entendu de la bouche même du 
Sultan ces menaces indirectes, et l'ambassadeur fran- 
çais manda en toute hâte à sa cour que le seul moyen 
(Tentraîner Tempereur dans une nouvelle guerre avec 
la Porte était de secourir activement Rakoczy. 

Cependant la Transylvanie succombait sous le poids 
énorme d*un nouveau tribut annuel de quatre-vingt 
mille écus , et d'une contribution de cinquante mille 
écus. L'internonce de Barcsay, Michel Szara, qui 
était arrivé à G)nstantinople avec la moitié de cette 
somme seulement , fut jeté dans les Sept-Tours , bien 
qti'il eût apporté en outre des présens en joyaux d'ar- 
gent d'une valeur de vingt mille écus. Il n'en sortit 
qu'à l'arrivée d'un courrier porteur du reste du tri- 
but, et de cinq mille écus à compte sur les cinquante 
mille imposés pour couvrir les frais de la guerre. Ces 
sommes étaient hors de toute proportion avec celles 
imposées aux autres pays tributaires, puisque la Mol- 
davie ne payait que vingt mille écus, la Valachie 
trente mille, et Raguse tous les trois ans vingt-cinq 
mille. 

L'agent de Barcsay, Sigismond Buday, dans une 



86 HISTOIRE 

conversation à Vienne avec Terivoyé tutc, Sôtileïnian- 
agà, avait appris que Sidi Âhtned-Ï^âscha et le khan 
des Tatare» venaient de recevoir Tordre de réduire 
Kakoczy ' . Au retour de Souleïmanaga à Constanti- 
noplé , lè reïs-efendi se montra blessé du style de la 
lettre de créance de Tempereur, dans laquelle on li- 
sait ces mots : « Nou9 lui avons permis d'approcher 
» de notre trône impérial *. r> Il se plaignit à l'inter- 
prète Panajotti de l'orgueil inaccoutumé de l'Autriche. 
Panajotti excusa sa cotir en lui faisant remarquer cette 
phrase humiliante de la lettre du Sultan : k Après avoir 
» prosterné son front devant l'étrier impérial ; » ce 
qui, disait-il» n'était pas non plus très-agréable à en*- 
tendre. 

Peu dé temps après là discussion soulevée à ce 
sujet, un messager du nouveau gouverneur d'Ofen, 
le serdar Seïd Ali-Pascha ^ arriva à Vienne auprès du 
duc de Sagan. Il était porteur d'une lettre dans la- 
quelle la Porte se plaignait, entre autres griefs, de 
l'incendie de Jassols par la garnison de Weszprimi 
de l'enlèvement de quinze cents têtes de bétail par 
les garnisons de Raab et de Papa, du meurtre de 
quinze cents Turcs par les troupes dé Gran , Ko- 
morn et Totis; de l'enlèvement des troupeaux de 
Somlyo , de Tincursion des commandans de Gyar- 



t 



Relazione di quello nhè e poisato ira Suleimanaga Intemunzio 
Ottomano e Sigismondo Buday huomo del S, Àchatio Barczay nel con-' 
gresso seguito fra loro nella casa del tnedesimo aga 15 Dec. 1659. 

a Permisimus ad Imperialem C. R, Nostrum thronum Sanctosacrum 
Intemuntium accedere — » quarum litterarum ienore nohis débita eum 
humiïUate relataé 



DE L'EMPIRE OTTOMAN, 87 

malh et Szecseny, avec huit cents cavaliers et quatre 
cents fantassins, jusque sous les murs de Gran, de 
celle des commandans de HatvsM et de Fûlek dans les 
environs de Putnôk, et .des ravages exercés par les 
troupes de Papa dans te voisinage de Simontomya ' . 

Sur ces entrefaites, le comte de Souches, généra- 
lissime de l'armée impériale en Hongrie, avait pris 
possession , en vertu du traité conclu avec Rakoczy , 
des diâteaux de Szatbmâr, Kâllo etTokay, et occupé 
aa nord du royaume de Hongrie les deux palatinats 
de Szathmâr et Szabolcs , que plus tard Barcsay ré- 
clamait pour Itii-mémé à Constantinople. Vischer de 
Rampelsdorf qui avait été député à Sidi Âli, pascha 
d'Ofen, pour s'entendre avec lui , revint avec une 
letti^ dans laquelle celui-ci , après avoir raconté la 
défaite de Rakoczy, se plaignait de l'occupation par 
les troupes impériales des palatinats de Szathmâr et 
de Szabolcs. De Souches , dans une seconde lettre 
que le chef d'escadron Lambach remit à Sidi Ali , 
répondit qu'il ne s'était porté avec son armée sur les 
frontières qu'afîn de garantir la paix , et de protéger 
les provinces limitrophes contre les ravages des Ta- 
tares, La lettre du duc de Sagan était conçue dans le 
même setis. Loin de se laisser tranquilliser par ces 
protestations , Sidi AU faisait ses préparatifs pour le 
siège de Grossv^^ardeitl. L'envoyé de Barcscky, Haller, 
qui s'était rendu auprès du serdar dans l'intention 
d'obtenir la remise du restant de la contribution de 

I Lettera di Seid Àli Bassa de Buda al Ecc, duea di Sagan pre 
imtata dàl alfier Zefnper H 17 Àprile 1660. 



88 HISTOIRE 

guerre de cinquante mille écus, imposée à la Transyl- 
vanie , fut jeté dans les fers pour son refus de livrer 
aux Ottomans la forteresse de Grosswardein confiée à 
sa garde. Â cette nouvelle, Barcsay se rendit en per- 
sonne au camp turc, établi entre Uppa et Jenœ, pour 
se plaindre de cette violation du droit des gens ; mais 
Sidi Ali , après l'avoir accablé de reproches au sujet 
des troupes qu'il avait envoyées au secours de Ra- 
koczy , le retint prisonnier, et continua sa marche sur 
Grosswardein. A son approche, François Gyulay s'en- 
fuit avec les restes de Rakoczy à Patak. La garnison, 
forte seulement de neuf cent cinquante hommes, 
voyant l'impossibilité de défendre la Ville contre les 
Ottomans, livra aux flammes les faubourgs et s'en- 
ferma dans la citadelle. Ali-Pascha investit aussitôt la 
place en vue du généralissime impérial, qui restait 
tranquille spectateur. La trahison fournit au serdar les 
moyens de faire écouler l'eau des fossés, et l'explosion 
d'un magasin à poudre détruisit une partie de la cita- 
delle. Six semaines après louverture du siège , re- 
poussé avec perte dans un premier assaut, Sidi Ali ac- 
coi'da une libre retraite à la garnison. Les Ottomans 
qui avaient évalué le nombre des troupes au double de 
ce qu'il était réellement, ne purent revenir de leur 
étonnement lorsqu'ils virent défiler devant eux un 
corps à peine égal à celui des immortels soldats des 
Thermopyles. Lambach , qui pendant tout ce temps 
avait été retenu dans le camp ottoman, fut alors ren- 
voyé avec une lettre du serdar, dans laquelle celui-ci 
s'excusait de la négligence qu'il avait mise à congédier 



DE L'EMPIRE OTTOMAN- 89 

son envoyé sur les travaux que lui avait imposés le 
siège de Wardein. Cette conquête était d*une haute im- 
portance pour le sort de cette guerre, et formait avec 
la prise dç Jenœ, en Transylvanie, un pendant à la 
conquête de Ténédos et de Lemnos dans FArchipel. 
Le fils du grand- vizir, Nassouh-Pascha Thistorien, dit 
de Grosswardein qu'elle était entourée de trois murs 
formés de tuiles et de mortier, et que ses fossés remplis 
d*eau avaient vingt aunes de profondeur et cent aunes 
de largeur : « Ses remparts, continue-t-il , sont siéle- 
» vés, qu'aucun oiseau ne saurait atteindre leur cime; 
» ses fossés si larges, que l'imagination la plus hardie 
»De pourrait concevoir l'idée de les franchir. » Il 
ajoute: « Ce boulevard, situé sur les rives du Kœrœs, 
» est aussi imprenable que celui formé par les rochers 
» du Caucase. » La lettre adressée par un sandjakbeg ' 
aux comtes Adam et Ladislas Kâroly , conmiandans des 
forteresses de Szathmâr et Kàllo, plus prosaïque que 
le pompeux récit de l'historien, n'est pas cependant 
moins, caractéristique ; elle commence ainsi : (< Moi , 
» Houseïn, le champion de l'empereur le plus invin- 
» cible, grand-palatin de Bihar, Szathmâr, Szabolcs 
» et Grosswardein , je te salue , toi , Adam Kâroly. 
» Je te prends en pitié, car Szatlimâr appartient au 
» padischah le plus invincible, et c'est en vain que ta 
» essaies de soulever Kallo. Ceux qui ont recours 



I Probablement le frère de Sarischab, et non pas le commandant de la 
forteresse, comme le dit Ortellus , et, d'après ki, tous les autres chroni- 
queurs hongrois ; car le Sautbdeij f. 148, dit expressément que le com- 
mandant s'appelait Arnaoud Sinan*Pascha. 



90 HFSTÔItlE 

j> à la grftcé du Pàdischah jouiront de ses faveurs. 
B Réfléchis bien que Koevâr et Backo sont les fron-- 
» tîères de la Transylvanie, et que Munkacs, Patak et 

T 

» Tokay appartiennent au Pàdischah.-— « Chef de Kallo, 
» comment te portes-tu? cotnrtiettt dors-tu ? Nous le 
» ferons bientôt une visite.'GouYemeur de Szathmâr, 
)» chien aveugle , pourquoi , dans tai stupidité, restes- 
» tu tranquillerdent enferttié avec lé gouverneur de 
» Ousdin? Celui que tu disais ton maître est mort, et 
» Gtfisdin est é^lement tombé entre les Gbains du Sul- 
» tan. Sacheâ^-le donc et hàtéz-tôus d'agir en consé- 
» quence. Fait à Wardéih; Moi, Houseïnsfgâ, qui, 
» ceint dti sabre depuis treize anhées , trempe mes 
» armes depui» celte époque dans le sang dés Hon- 
» grois [n]. » 

Sidi Âli-Pascha dans son expédition contre War- 
dëin dut se passer des secours du khan des Tatares , 
qui alors était eti pleine guel*re contre les Russes et 
les Coâaqueà. L'hétttiaii des Cosaques zaporogues, que 
les historiens ottotnaiis appellent Ouzou Kirali ou roi 
d'Ociakow Ou du Dnieper, avait informé le khan des 
Tatares qu'il lui était arrivé une ambassade dont lé 
but était de lés éxcitek" à pi^éndre les armes contré 
Ténhettli comniiiii, les 'îatiàrés, en leur rappelant qu'ils 
étaient comme Itii chrétiens et compatriotes ' . Le khan 



i La lettre qae le czar envoya à rhetman des Cosaques zaporogues a été 
traduite par Slirza Alexandre Kayembeg» à l'ooéasion d'une erreur dans 
laquelle est tombé M. de Hammer en consultant le texte de Naïma; mais 
cette erreur est due, comme le dit Kayembeg lui-même, au copiste turc ou 
à la typographie de Constantinople. Void ce que dit Naïioa : « Le roi de 



ï. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. gi 

desTatares se mit aussitôt eii iriardie contre Teifi- 
nemi ; un corps d'armée du czar de Russie, fort de dix^ 

«Moscou envoya an susdit (à fhetman des Cosaqties Zaporojski) un am- 
•bassadeur avec une lettre conçue en ces termes : 

«Notre but principal, notre seul désir « est d'entrer dans les pays des 
•Hasulmans pour venger nos alliés et nos coreligionnaires. L'obligation 
«quela rdigioB nous impose etigts que lious attaqniOtis lésTatares avecded 
•forces noDal>reuses ; que nous ruinions leurs possessions (qui, semblables 
*à Doe épaisse muraille, nous empêchent d'étèndk^ nos conquêtes dans les 
•pays des Musulmans). Après en avoit* fini avec èùt , notre résolution est 
•d^ fixée quant aux mesures ultérieures à prendre dans Pintérét général (dé 

> la ^ire des chrétiois). Âlnfti le zèle reUgîeux et Futilité commune exigent 
*qae tous agissiez de concert avec noiis, et ne permettent pas que, sou^ 
MQcun prétexte, vous montriez de la froideur dans ^exécution de cette 

* e&trqirise. > 

» Le reste de la lettre contenait d^ ptomesses flattetises. Les Cosaques, à ]â 

* réception de èttte lettre, furent inquiets. VàSisûbe conclue avec ce khad 
» généreux, pensaient-ils, leur avait valu la possesiioil de tant de forteresses» 
•^ de places et de terres fertiles acquises avec le seèours dès Tsdiinguizèdesy 
« qu'ils regardaient la violation de leur seraient comme le plus gtatid mdhenr 
» qui pût leur arriver. Ils résolurent donc de faire part au khan de cette pro- 

* position (du czar), enhii conséiHant de prévenir les' Busses, de rassembler 
^ une nombreuse armée et de marcher contré eux avant qu'ils se missent en 
« mouvement; de ne pas leur donner le temps de se reconnaître; de mettre 
^en déroute leurs troupes; de piUer et de ravager leur pays. Le khan, 
«après avoir reçu cet avis» rassembla aussitôt une nombreuse armée; et» 
» dans le mois de ramazan de l'année susdite (1069 de l'hégire» c'est-à-dire 
» au mois de mai de Tanhéè 1699) , marcha contre Tennemi. Le roi de 

• Moscou, voyant de son côté que les Cosaques s'éloignaient de lui avec 
« défiance et restaient fidèles à leur alliance avec le khan, détacha un cor^ 

> d'armée pour ruiner quelques forteresses qui se trouvaient sur lès frontières 
>des possessions des Cosaques, afin de les punir. Au nombre de ces forte- 

> Tcsses se trouvait celle de Iffaf khli , contre laqueOe furent envoyés dix-sept 
^mifie hommes, sous les ordres de deux boyards, qui, avec le secours de 
•cinq miBe Cosaques qui étaient restés attachés à la Russie, pillèrent les 

• faubourgs (de cette forteresse) et en firent le siège. Le l«r du mois de 

• schewal 1070 (10 juin) » après la prière solennelle, l'armée des Tatares, 



92 HISTOIRE 

sept mille hommes S et de cmq mille cosaques fidèles 
à ce dernier , sons les ordres de deux boyards , fit le 
siège de Maïkhli *. Le khan était sur le point de passer 
TArel ^ lorsqu^il fut instruit du siège de la forteresse 
par les Russes. D hâta aussitôt sa marche et envoya 



» ayant traversé une grande ririère nommée Edil, se disposait à mardier 

> contre la Russie , quand elle reçut la nouvelle du siège de cette forteresse , 
» et crut prudent de se diriger de ce côté. Quinze mille guerriers intrépides 

> et prompts comme le vent, sous les ordres du brave Terrasihbeg» furent 

> aussitôt envoyés en avant. Le lendemain , an point du jour, ils se préd- 
• pitèrent avec la rapidité du torrent sur l'ennemi (qui assiégeait la forte- 

> resse). Alors commença un combat terrible qui dura environ trois heures. 

> Enfin l'ennemi fut complètement défait, et de dix mOle (dix-sept mille) il 

> ne s'en sauva que mille; les autres tombèrent sous le glaive des Tatares, 
» qui les poursuivirent, et aucun des cinq mille Cosaques dévoués à l'ennemi, 

> et qui se trouvaient au siège de la forteresse, ne parvint à se sauver : tous 

> furent précipités dans le gouffre de l'enfer. Les vainqueurs s'emparèrent de 
'tous les bagages de l'armée (vaincue); et, après avoir envoyé au khan 
» quelques officiers faits prisonniers, avec la nouvelle officielle de la vic- 

> toire, ils s'arrêtèrent duis ce lieu. > Voyez Journal oiiatiquej t. XVI. 

(Note du Iraducteur.) 
' Naîma dit dix mille Turcs; ce qui est une erreur, puisque, comme l'a 
prouvé Mirza Alexandre Kayembeg, le khan, en recevant la nouvelle du 
siège de Malkhli, envoya à son secours quinze mille hommes de troupes 
légères sons les ordres de Firaschbeg. (Note du Tr<iducieur.) 

3 Maïma commet ici une autre faute, qui avait induit en erreur M. de 
Hammer. Il n'existe pas de forteresse du nom de Halkhli ni dans l'Ukraine, 
ni dans les environs du Volga; mais on trouve encore, dans le gouverne- 
ment de Poltawa, district de Krementshouk, un bourg nommé Mangeleïa qui 
fut cédé à la, Russte par un traité de paix avec la Pologne. Ainsi il doit être 
question ici d'une autre forteresse de l'Ukraine ; car cette province était alors 
le théâtre de toutes les opérations mOitaires. (Noie du Traducteur. ) • 
3 Kayembeg a prouvé qu'au lieu du Volga fl faïut lire rArel> puisque la 
guerre se fit alors dans l'Ukraine, et que le khan ne pouvait pas se porter 
sur le Volga pour abandonner la Crimée aux attaques des Russes. Les Ta- 
tares traversèrent l'Arel dans le voisinage de Pere^chpina, à environ cent 
soixante verstes de Mangeleïa. (Note du Traducteur.) 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. gS 

au secours des assiégés quinze mille Tatares sous les 
ordres de Firaschbeg. Déjà, le jour suivant, Firasch- 
b^ attaqua un corps considérable de Russes dont 
mille seulement , après un combat de trois heures , 
échappèrent par la fuite à une destruction complète ; 
les cinq mille'dosaques du Dnieper, qui avaient com- 
battu dans les rangs des assiégeans , furent anéantis. 
A la nouvelle de cette victoire , Mohammed-Ghiraï 
suspendit sa marche, et ayant fait amener les pri- 
sonniers en sa. présence, il les fit tous massacrer dès 
qu'il eut obtenu d'eux les renseignemens dont il avait 
l)esoin. L'hetman des Cosaques zaporogues fut ad- 
tjcùs à baiser la main du khan. Sur ces entrefaites, 
six prisonniers, amenés au camp tatare , déclarèrent 
qu'une armée forte de cinquante mille hommes as- 
siégeait la forteresse de Konotop, et qu'un second 
corps de cinquante mille Russes protégeait les gués 
de la Tisna , afin d'empêcher le passage des Tatares 
et des Cosaques. Mohanuned-Ghiraï résolut de cul- 
buter d'abord le corps d'armée russe laissé à la dé- 
fense des gués, et d'attaquer ensuite l'armée campée 
devant Konôtop. Les Cosaques, secondés par les Ta- 
tares, furent les premiers lancés contre l'ennemi. Le 
khan , placé sur le haut d'une colline , d'où il re- 
gardait la bataille , appelait l'assistance de Dieu sur 
les armes tatares. Toute l'armée russe fut anéantie. 
Vingt mille hommes périrent sur le champ de ba- 
taille, trente mille furent faits prisonniers '. On fixa 

1 M. de Hammer, dans sa réponse à la note de M. Kayembeg, a donné 
b traduction littérale d'une relation turque de cette bataille, puisée dans ie 



94 HISTOIRE 

aussit^ la rançon de ces derniers ; la valeur des 
principaux officiers échus en partage au khan fut 



jrapport officiel du khan. L'importance de ce document, autant que la par- 
ticularité de sa rédaction , no^s détennine à l'ins^r^ {(À ^n ^er. 

L'AN 1060 (1650). 

Combat du Taiarkhan Mohammed Gnirai, et défaite de Varme'e 

mo$comte. 

< En ce temps arriva à l'étrier impérial , de la part du tatarkban Moham- 

> med Cuirai , une lettre annonçant la yictctire , dont le contenu ét|dt ce qui 

> suit : 



».Le maiidit roi moscovite aux mapvfdses actioinsy séduit par l'erreur, 
avait depuis quelques aimées rassemblé une armée destinée à la dé- 
faite , dans l'intention de nuire aux musulmans ; il la tint sur pied 
pour se rendre maître des Cosaques du Dnieper, dont il avait attiré la 
moitié par mille ruses et artifices. Il leur avait préposé comme chef le 
Cosaque rebelle nommé Serké, tandis que le reste y tropipé par ces pres- 
tiges , se porta à la révolte. Sur ces nouvelles , le noureddin avait été en- 
voyé avec une partie des Talares, redoutai^i^es aux ennemis, contre cette 
division des idolâtres et cette cohue de renégats. En même temps arri- 
vèrent des hommes de la part du hetman des Cosaques, qui se réftigia 
auprès du khan. Ils annoncèrent que les ennemis assiégeaient la ville de 
Konptopj ; et que , si cette ville tombait entre les mains des Moscovites , 
tous les Cosaques réfractaires iraient se soumettre au czar de Moscovie. 
Pendant que l'illustre khan se préparait à se porter vers ce côté , on sut 
que le roi aux mauvaises actions, s'imaginant de donner de rembarras, 
avait envc^yé quelques Cosaques devant .la ville d'Assow. A cette nouvelle, 
Ahmedgmrai Sultan, avec une partie de sa maison, tous les Tatares 
Chidak, la troupe du mirza Netorouz, et toute l'armée circassienne, 
avait maKChé sur Assow. Les coquins de Cosaques réfractaires, lorsqu'ils 
en eurent ayjs^ se retirèrent à l'epdroit où était leur camp et le joignireqt. 
Aussitôt que l'illustre khan eut reçu cette nouvelle, sans perdre ^n moment 
et mettant sa confiance en Dieu, il se mit en marche les premiers jours 
du ramazanj et traversa avec une aimée innombrable de Tatares les sta- 
tions etpes espaces. Comme le passage de l'armée tatare était impossible 
tant que les bourgs et villages situés sur les grands fleuves débouchant 
du pays des Cosaques ne seraient pas soumis , une troupe de Tatares avec 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. gS 

estimée à plus de cent mille ducats. Les plus âgés 
dans le conseil desTatares émirent cette opinion, que 

>da8 cheraux Tschatàl (?) fut isayojée fm «ecoors des Cosaques assié- 
igés, aussitôt qu'on fot arri?é au fieuïe Arghala (?); mais le Dominé 
? Sfsrké (Be^polin?), sans religiOD etsans ent^dement, qui ayaÛ été nommé • 
*)ietinan de Cosaques de ia part des Moscovites, avait oi^cupé, avec trente 

> mille Cosaque^ et Moscovites , tous les endroits des passages aux diâteaux 

• âlu/6s /sur le fleuve Aghéla et les autres fleuves , et avajt wà$ le siège devant 
i)e ch|i.teau de ffouvaltova (Poutiwl); pesant qu'op s'y ))attait avec 
«acharnement, Farmée envoyée sous )a bénédiction et l'autre du padi- 
*ç}ioh de l'Islam (que^ Dieu veuille le rendre victorieux jusqu'au jour du 
•jugement!) arriva; et aussitôt qu'on eut mis la main h Véç4e, les mau- 
>dits voués à la perte furept défaits et tombèrent généralement comme 

> victimes du glaive humilianjt des ennemis ; quelques-uns seuk^ent furent 

> faits prisonniers et mis aux chaînes. Le vfouifX Serké et quelques deys 

> infidàes étant tombés entre les mains favorisées (du ciel) des vn^queurs , 

• l'on apprit, après des informations prises sur les intentions de l'ennemi^ 

> après le siège du chAteau Konotop , que l'armée moscovite , forte de trds 

> cent cinquante miUe fantassins et cavaliers , avait reçu l'ordre de leur roi 

• de se porter e^ masse auprès de leur général en cjiief , de se rendre mattre 
>des Cosaques d^ Dnieper, d'envoyer leur rapport an jrql, et de ne pas 

• changer de position jusqu'à ce qu'ils epssent reçu de nouveaux ordres ; 
>qu'fl leur enverrait les renforts et provisions nécessaires, qu'il s'attendait 
> à être témoin de leur bravoure, qu'i^ devaient marcher de deux côtés 

> contre les musulmans et se mettre à tout prix en possession de Konotop. 

• Lorsqu'on apprit ces nouvelles, on fît tous les efforts pour délivrer cette 

> forteresse assiégée. Sans avoir égard aux troupes qui devaient arriver de 

• quelques endroits, le noureddin et le hetman passèrent sous la protection 
>cle Dieu avec une armée aussi nombreuse que victorieuse, et mardièrent 

> sur le camp moscovite. Chemin fidsant, on fit tous les jours des {ffison- 
•Diers; les v^tables nouvelles. surpassèrent les espérances; et TAIustM 
'khan, se trouvant après une marche de quarante et un jours auprès du 
*camp des Moscovites, laissa en arrière tout son bagage et anriva leste et 
•léger au camp des infidèles, rempli de confusion. Près le camp de cette 
«4ior4e , séduite par l'erreur, se trouvaiept dans deux endroits de grands 

> marais ; outré qu'il était impossible de les passer autrement que par le 
«moyen de ponts, il y avait quatre camps ennemis, chacun commandé 
• par un général en chef. Le premier était Dourhinski (Troubetzkoj/) , le 
second Poscharski, le troisième Ildidje ïlbaouski {Hu^enieki) , et le 



96 



fflSTOIRE 



rexpérience ne permettant plus d'ajouter une foi ab- 
solue à la parole des Cosaques ligués, il valait mieui 



quatrième Ramdanoski. Toute leur infanterie, la cavalerie et Tartillerie 
avaient occupé les ponts , et leurs corps s'étaient réunis pour rendre le 
passage impossible. De ce côté» Tannée tatare et les autres troupes et Far- 
mée du hetman étaient arrivées aux ponts , et pendant que Ton se canonna 
chaudement des deux côtés, on fit des préparatifs pour passer, dans un 
endroit éloigné à trois heures de ce pont, le marais vaste comme la mer, 
et dont le fond n'était pas visible. La cavalerie et l'artillerie passèrent 
avec mille difficultés ; et sans que les Moscovites infidèles en eussent aucun 
avis , l'armée fut rangée et attaqua tout d'un coup les infidèles avec le cri 
de guerre : Allah! AUah! avec la gr&ce de Dieu le conquérant absolu. 
C'est par la prière (zikr) des cavaliers du paradis (les anges et les saints), 
et par la grÂce de Dieu et sa providence, que les infidèles furent battus 
et les champions de la foi victorieux ; ceux-là forent mis en fuite et ceux-ci 
les poursuivirent. La cohue détestable des infidèles arriva an marais de- 
vant eux, à cette eau bourbeuse, où, comme des sangliers blessés, ils 
furent tous enfoncés dans la boue, et ils restèrent le pied fixé dans le 
limon atteints par la vengeance divine. Lorsque les Tatares altérés de 
sang qui étaient à leur poursuite s'en aperçurent, ils en firent justice par 
les coups du glaive vengeur, et la plus grande partie forent faits prison- 
niers. Le général Troubetzkoy, qui était resté au camp, le trésorier qui 
lui avait été adjoint de la part du roi aux mauvaises actions ; les pages, 
les princes et les autres intimes ayant été témoins de ce combat, et n'étant 
pas sûrs si l'armée en vue était la leur , envoyèreirt quarante mille infi- 
dèles au secours , dont pas un ne fut sauvé. Les braves Tatares ensan- 
glantèrent le champ de bataifie avec les flèches à quatre ailes, avec les 
lances qui déchirent les seins, avec les massues de fer qui fendent les 
cr&nes; de sorte qu'à force de torrens de sang, tout le champ parut cou- 
vert de saules pourprés. De cette manière, une grande bataille eut lieu, 
les cadavres furent amoncelés sur la steppe en collines ressemblant à des 
montagnes. Les Tatares, si experts en guerres, ne regardant ni derrière 
ni devant eux , et ne donnant aucun repos à leurs brides , pénétrèrent 
dans leur assaut, avec ces démons dignes d'être lapidés, jusqu'au fond 
du camp, où ils ne s'arrêtèrent pas non plus; mais ils s'enfoncèrent dans 
le camp, pillèrent les tentes et le trésor de ces mauvais gamemens, et 
firent mille dommages et ravages. Joyeux de s'être vengés comme il faut 
de l'ennemi (au naturel dur et cherchant toujours noise), l'armée musul- 
mane se retira yers le soir en repos ; mais ceux qui avaient été épargnés 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 97 

8*en débarrasser par un massacre général. Leur opi- 
nion ayant prévalu , tous les officiers russes furent 

par répée , qui ne se refuse à personne, furent rassemblés dans un en- 
droit; et considérant que, s'ils se trouvaient encore là le matin , pas une 
tête ne serait sauvée, ils abandonnèrent dans les ténèbres de la nuit leurs 
effets les plus précieoi, leur artillerie et tout leur bagage, changeant 
leur constance en fuite , et Texistence de la bataille en absence de tout 
conflit. Se flattant d'avoir fait un échange heureux , ils se réfugièrent 
dans un endroit éloigné du camp voisin de la rivière et de difficile accès. 
Lorsqu'au matin on vit le camp évacué, les chefs de l'armée s'assem- 
blèrent en conseil et délibérèrent; en voici le résultat : Dieu soit loué 
qu'outre la vengeance la plus complète , tant de princes et de généraux 
sont tombés entre nos mains ! si nous cherchons des richesses , le roi aux 
mauvaises actions, qui est assez riche, affranchira ces prisonniers ; d'au- 
tres se sauveront par la fuite, et après quelque temps ils viendront en 
force pour prendre vengeance ; il vaut mieux qu'ils tombent tous vic- 
times du glaive, pour que notre vengeance soit complète, et que nous 
nous fassions un nom jusqu'au jour de la résurrection. On ne convoita 
point les richesses des deux généraux Trotibetzhoy et Poscharshi , qui 
promirent des trésors pour leur délivrance, et on ne leur accorda non plus 
ni repos ni pardon ; ils furent tous dévorés par l'épée. Ainsi périt une 
année de plus de cent mifle hommes ; comme c'était l'élite de leurs trou- 
pes, on se dépêcha de les envoyer dans l'autre vie ; le troisième général, 
s'étant embourbé dans le marais, fut tué comme un cochon sauvage; le 
quatrième ayant eu recours à la fuite , ne fut point pris. Ceux qui s'en- 
fuirent du camp et se réfugièrent auprès du fleuve difficile à passer s'é- 
taient d'un côté appuyés au fleuve et de l'autre barricadés par des cha- 
riots; ils respirèrent ainsi deux jours. L'hetman des Cosaques marcha 
contre eux avec ses canons et avec ceux pris dans le camp des infidèles, 
et les mit en pièces des quatre côtés ; plus de la moitié des infidèles pé- 
rirent par les ravages du canon ; ceux qui s'enfuirent furent poursuivis 
l'épée dans les reins, et, outre ceux qui avaient péri dans la fuite jusqu'au 
fleuve Jsamardjik et le château de Toboli sur la frontière moscovite , 
une grande quantité d'infidèles furent sauvés. Le feu de la guerre, allumé 
le 11 de schewal, fut éteint le vingt-unième jour. Bref, quoique l'armée 
nuisulmane fût comme un point au milieu des masses des pervers , et que 
l'armée des infidèles fût innombrable, néanmoins, par l'effet du grand 
courage des hommes heureux , et sous les auspices du grand-khakan , à 
peine la dixième partie de leur armée fut-elle sauvée. Louange à Dieu , et 

T. XI, 7 



98 HISTOIRE 

d'abord décapités devant la tente du khan , puis les 
trente mille prisonniers abandonnés à la fureur des sol- 
dats. Couvert de sang , Mohanuned-Ghiraï se porta 
rapidement contre Tarmée russe devant Konotop. Les 
Cosaques, formant l'avant-garde , commencèrent la 
bataille qui dura trois jours consécutifs sans que la 
victoire se filât dans les rangs des Tatares supérieurs 
en nombre (27 juin 1660). Le quatrième jour, les 
Russes, ayant pris la fuite, furent poursuivis avec 
tant de vigueur qu'arrivés sur les bords d'une grande 
rivière, ceux qui ne périrent pas dans les flots succom- 
bèrent sous les sabres tatares. L'armée victorieuse s'y 
arrêta quelques jours pour soigner ses blessés, puis 
elle se porta sur le château de Rumnia dont la gar- 
nison, jugeant toute défense inutile, négocia avec 
l'hetman sa reddition. Mais le commandant fut conduit 
en présence du khan, et massacré, ainsi que lés cinq 
cents hommes qu'il avait sous ses ordres. Redoutant le 
même sort , les garnisons des châteaux environnans 

» louange encore à Dieu! une victoire aussi brillante, une aussi grande 

> conquête n'eut pas lieu depuis la création du monde; les hommes les plus 
» ftgés et les plus instruits s'accordent là-dessus. Outre cette grâce insigne, 

> plus de soixante possesseurs de ch&teaui qui a?aient obéi aux Moscovites , 

> et qui avaient renforcé le roi malencontreux, séparèrent après cette grande 
» bataille leurs intérêts des siens ^ tuèrent les officiers moscovites, brûlèrent 
» quelques palanques, passèrent le Dnieper et se soumirent. Le khan ayant 
» donné ces détails , fut remercié de la part de Sa Majesté pour ce service 

> distingué ; des lettres flatteuses , accompagnées de présens , lui furent en- 
» voyées. Quand l'envoyé allemand eut appris ces nouvelles , il fut embar- 
» rassé et confus , changea de ton en faisant des excuses ; on ne l'arrêta 
• plus un moment, il fut congédié avec tous les honneurs, et Souleîman- 
» aga fut nommé de la part de Sa Majesté le Chahinchah ambassadeur à 
» Viemie. > 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 99 



S enfuirent OU firent leur soumission. A son arrivée 
à la montagne sablonneuse de Poschon, Mohammed- 
Ghiraï détacha, dans Tintérieur de la Russie, des corps 
nombreux de Tatares^ qui^ ne trouvant plus nulle part 
de résistance, ravagèrent pendant quinze jours tout le 
pays, le feu et le fer à la main, et revinrent au camp 
chargés d'un immense butin. La perte des Russes, 
durant cette campagne , fut évaluée à cent vingt mille 
morts ; cinquante mille âmes, honunes, femmes et en- 
fans, furent conduits en esclavage. La nouvelle de ces 
succès arriva à Constantinople en même temps qu*un 
oanvoi de trois cents téteg, que le gouverneur de Bos- 
oie, Meld£ Ahmed-Pascha , avait coupées à la suite 
d'un combat contre trois mille Hongrois. La joie que 
manifesta le Sultan en apprenant le succès de ses armes 
en Hongrie et en Russie, fut annoncée à la capitale 
par des fêtes et des illuminations qui se prolongèrent 
pendant sept jours et sept nuits [m]. 

La guerre des G)saques et des Tatares contre les 
Russes fut suivie de plusieurs ambassades que les par- 
ties belligérantes envoyèrent à Constantinople. Le gé- 
néral Wikowski, au nom des Cosaques, vint implorer 
les secours de la Porte contre les Russes; il était 
accompagné d*un autre ambassadeur envoyé dans le 
même but par toute la nation. L'ambassadeur russe , 
diargé d'une lettre du Czar pour le Sultan, se plaignit 
des incursions des Tatares. U réclama, mais en vain , 
que la Porte intervint dans sa quereHe avec ces der- 
niers , et défendit au khan de ravager l'intérieur des 
provinces russes. L'ambassadeur du roi de Pologne 

7* 



loo HISTOIRE 

était chargé d'eiprimer au Suhan la gratitude de son 
maître pour les secours qu'il avait reçus du khan dans 
sa lutte contre la Russie,, et de le féliciter au sujet de 
la conquête de Grosswardein. Le jour de Taudience, 
cent tètes de G)saques , appartenant à ceux de cette 
nation qui avaient voulu surprendre les châteaux nou- 
vellement construits sur le Don , furent plantées sur 
des piques à l'entrée du diwan. L'ambassadeur Szo- 
mowski \ dans sa harangue au Sultan, parla longue- 
ment de la prospérité de la Pologne qui, selon lui, 
était due aux secours desTatares et à l'humiliation du 
Czar. Malgré ses paroles flatteuses , le grand- vizir ré- 
clama d'un ton menaçant l'extradition du voïévode de 
la Yalachie qui s'était réfugié à Kaminiec. 

L'ambassadeur de Pologne retourna dans sa patrie, 
accompagné d'un tschaousch chargé de protester con- 
tre l'élévation du jeune Rakoczy au trône de Pologne. 
Trois mois auparavant , le Sultan avait reçu en au- 
dience un envoyé de Ramadhan, dey d'Alger, por- 
teur de présens pour une valeur de dix mille ducats. 
Son arrivée excita d'autant plus l'attention de la ca- 
pitale, que le dey avait succédé au rebelle Khalil, son 
cousin, qui, après avoir chassé le gouverneur que la 
Porte nommait tous les trois ans pour cette province, 
usurpa le premier le titre de dey d'Alger. Pour l'ex- 



I Szomoinrski apporta à Lemberg un précieux manuscrit de YEfedayet, 
que le renégat Bobowski avait sauvé du grand incendie qui avait désolé 
Gonstantinople l'année précédente , et dont il fit don aux jésuites de sa ville 
natale, Lemberg. Ce manuscrit se trouve acludlement à la Bibliothèque I. 
de Vienne , n» 555 et 556. 



DE L'EMPIRÉ aiTOMAH. loî 

pédidon des affaires, Ramadhan s*était entouré d'un 
diwan composé de vingt-quatre colonels (boulouk- 
baschis), dont chacun commandait à vingt-quatre sol- 
dats, de vingt-quatre capitaines et de dix-huit anciens. 
Vers la fin de Tannée précédente, Ramadhan avait con- 
clu avec le comte deWinchelsea, ambassadeur du roi 
d'Angleterre, Charles II, un traité en sept articles qui 
avait pour objet de protéger le commerce anglais 
contre les pirates barbaresques. D'Alger,^ Winchelsea 
s'était rendu à Constantinople, où il devait remplacer 
l'ambassadeur Sir Thomas Bendyçh. En son honneur, 
le grand- vizir fit renouveler le présent de bienvenue 
qui avait été donné à son prédécesseur ; ce présent 
consistait en dix moutons, cinquante poulets, cent 
pains, vingt pains de sucre et vingt cierges, dont dix de 
cire blanche et dix de cire jaune. Dans son audience, 
Winchelsea obtint dix-neuf kaftans au lieu de dix-huit 
qu'on avait coutume de remettre aux ambassadeurs 
des puissances européennes. Les présens offerts par 
Charles II, aux fraiis de la Compagnie du Levant, com- 
prenaient cinquante habillemens complets, dont dix 
de velours , dix de taffetas , dix d'étoffe d'or , dix dç 
soie, dix autres de drap, fin d'Angleterre, et quatre 
dogues. L'interprète de l'ambassadeur fit lecture d'une 
lettre clans laquelle le roi d'Angleterre notifiait à la 
Porte son avènement, et l'informait du pardon qu'il 
avait accordé aux assassins de son père. Il terminait en 
recommandant au Sultan le commerce de la Grande- 
Bretagne, et en demandant, comme marque d'une fa- 
veur particulière, la mise en liberté de tous les esclaves 



102 HISTOIRE 

anglais. La Porte satisfit en partie à cette demande, et 
renvoya trois esclaves anglais sur la frégate qui ra- 
mena Tambassadeur à Londres. L'ambassadeur fran- 
çais fut forcé de s'embarquer , moins à cause de la 
haine personnelle que lui portait le grand-vizir, qu'en 
raison du mécontentement que la Porte lui avait té- 
moigné pour les secours fournis aux Vénitiens dans 
nie de Crète par le gouvernement français. Après l'oc- 
cupation d^s rochers de Sciathos au nord de Nègre- 
pont par François Morosini, et celle de la ville au bout 
d'un siège de huit jours, la flotte combinée des Véni- 
tiens, des Maltais, du pape et de la France, avait paru 
tout-à- coup -devant Suda, et s'était emparée du fort de 
Santa-Veneranda (ââ août 1660). Les Ottomans dé- 
jouèrent l'espoir qu*avait l'amiral vénitien de s'em- 
parer par »irprise de la Canée; mais les troupes de 
terre , sous le commandement du prince Âlmerich , 
emportèrent les chàteaux-forts de Galojero, Galama et 
Âpricorno, dont les murs furent rasés; les quatorze 
pièces de canon qu'on y trouva furent enlevées. Le 
6 septembre, le capitaine-général vénitien vint m(^urer 
ses forces contre le serdar de l'ile, Katirdjioghli, dans 
un combat près de Cicalaria, dont l'artillerie, prenant 
en queue les Ottomans , leur fit éprouver une perte 
sensible. Peu de temps après, Katirdjic^hli ccmduisit 
quatre mille Turcs de Candie au secours de la Canée, 
vivement pressée par les Vénitiens; mais trois mille 
hommes seulement rentrèrent dans la ville fort mal- 
traités ; aucun d'eux ne serait revenu si les neuf cents 
cavaliers vénitiens avaient fait leur devoir. Malgré tous 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. io3 

les efforts des VénitieDs, les Turcs réussirent plus tard 
à jeter douze cents hommes, moitié cavalerie, moitié 
infanterie, dans la place. Dès lors, les Vénitiens réso- 
lurent de marcher sur Candia-Nova, fort nouvelle- 
ment construit par les Ottomans en face de Candie, et 
dont la réduction offrait quelques chances de succès, 
Katirdjioghli ayant affaibli la garnison en la diminuant 
de quatre mille hommes. Mais Tentreprise échoua en- 
core par Tesprit de pillage dont firent preuve quel- 
ques officiers et les soldats en général. A la première 
nouvelle des dangers qui menaçaient la place, Katirdji 
accourut, et fttfça les Vénitiens à se rembarqua. 
L'exécution de7raouk(^i-Pascha et la nomination de 
Katirdji en son lieu et place confirment en quelque 
sorte les rapports des historiens ottomans sur la vic- 
toire remportée par leurs armes '. 

La nouvelle du siège de Grosswardein , qui plus 
tard amena une guerre désastreuse entre FAutriche 
et la Turquie , arriva à Gonstantinople à l'époque où 
un incendie fortuit ravagea pendant trois jours une 
grande partie de la capitale. Le feu qui avsdt pris à 
la porte d'Ayasma-Kapou détruisit toutes les maisons 
situées près de cette^porte, à l'extérieur comme à Tin* 
teneur, réduisit en cendres le palais de l'aga des ja- 
nissaires et le quartier qui s'étend jusqu'aux mosquées 
des sultans Bayezid et Mohammed II. Le second jour, 

I Wedjihi, f. 119 et 120, dit qae deux mille Mosnlmaiis seulemeot 
avaient défait l'armée des infidèles dix fois supérieure en nombre. Brusoni 
coQYient de la défaite des Vénitiens , tandis que Grattant, te panégyriste 
4elIorosini,la passe sous silenoe^ 



io4 HISTOIRE 

Tincendie éclata dans le Bezestan de Mahmoud-Pa- 
scha et de Tahtoul-Kalaa, dévora d*un côté toutes les 
maisons jusque dans le voisinage de Thippodrome , 
de l'autre côté les casernes des janissaires en face du 
magasin aux farines ; la nuit suivante, le feu se dirigea 
avec un redoublement de fureur vers les portes de 
Koum-Kapou et de Psamatia. et jusqu'aux abords de 
Daoud-Pascha ; il ne cessa d'exercer ses ravages que 
vers le soir du troisième jour. Près de quarante mille 
habitans , qui s'étaient réfugiés avec leur$ objets les 
plus précieux et leurs meubles dans les mosquées de 
Djerrah Mohammed-Pascha et de Mahmoud -Pascha, 
ou dans les citernes de Ylanga-Bostan et de Bodroun 
( l'ancienne citerne Mocisîa) , devinrent la proie des 
flammes ou périrent misérablement sous les décom- 
bres des maisons qui s'écroulèrent de toutes parts. 
Deux cent quatre-vingt mille maisons, trois cents se- 
rais, cent khans et karavanseraïs, disparurent dans cet 
immense désastre. Le kiayabeg Souleïman, qui, par 
sa négligence et son peu de zèle à maintenir l'ordre , 
avait beaucoup contribué aux progrès de l'incendie, 
fut accusé des malheurs cle ces trois jours , dans un 
rapport adressé à ce sujet au Sultan , par Dabbagh 
Mohammed , l'un des vizirs de la coupole. Kœprilû 
récompensa le zèle officieux du rapporteur par une 
sentence de mort, attendu que, d'après le Kanoun, le 
kaïmakam seul avait le droit de présenter un rapport 
à ce sujet. Presqu'à la même époque , on apprit la 
nouvelle d'incendies qui avaient pareillement éclaté à 
Brousa, Tokat, Sofîa^ Silistra, Yaissy et Kanischa. Les 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. io5 

hicendies marquèrent cette année, comme la peste et 
la famine signalèrent la suivante. On vit sortir journel- 
lement plus de mille cadavres par la porte d'Andri- 
nople; dans la Roumilie, des villages entiers furent 
dépeuplés ; TAnatolie souffrit également de la peste, 
de la famine et du feu. Comme le magasin des poudres 
de Kanischa avait sauté dans le grand incendie de cette 
place et détruit une partie de la ville, le comte Zriny 
vint y mettre le siège. Il était sur le point de s'en ren- 
dre maître, lorsque des ordres de Vienne le forcèrent 
à la retraite. A la lecture des dépêches , Zriny, plein 
de colère, jeta son sabre par terre; mais en même 
temps il jura que son entreprise n'aurait pas été faite 
en vain, et il éle\^ sur la Murr, à une lieue de Kani- 
scha, un fort auquel il donna le nom de Serinwar. La 
fureur de Kœprilû ne connut plus de bornes lorsqu'il 
apprit la construction de Serinwar ; cependant il se tut 
en attendant le moment de se venger, car le résident 
impérial s'était plaint de la marche de Sidi Ahmed sur 
Wardein comme d'une première violation de la paix ; 
pour lui donner une satisfaction apparente, il appela 
même Sidi Ahmed du gouvernement d'Ofen à celui 
de Kanischa, et conféra le premier de ces deux postes 

à Ismail-Pascha. Tous les deux furent ensuite mis 

11 

sous les ordres d'Ali-Pascha, qui s*avançait contre la 
Hongrie. Vischer de Rampelsdorf fut envoyé au-de- 
vant du nouveau serasker à Temeswar, pour arrêter 
sa marche. Sidi Ahmed-Pascha était un des vizirs qui 
s'étaient attiré la haine implacable du vieux Kœprilù, 
et un de ceux dont l'exécution n'avait été ajournée que 



io6 UISTOIHE 

pour l'aUeindre plus sûrement à la première occasion 
favorable. Après son rappel du gouvernement d'Ofen, 
le serask^r Ali-Pascha avait reçu, pendant sa marche 
vers les frontières de Hongrie, seize lettres du Sultan, 
qui lui demandait la tôte de i^di Ahmed; mais, à cette 
occasion/il dut attendre quelque temps pour remplir 
sa mission. Percé de cinq balles dans la tente d'Ali-* 
Pascha, Sidi Ahmed eut encore la force de s'élancer 
sur*son cheval, et il serait parvenu à se sauver si Ton 
n'avait pas d^avance coupé les jarrets de son cour- 
sier. Un de ses propres serviteurs lui envoya une der- 
nière balle. «Tratti^! mgrat! » lui cria Sidi Ahmed, 
et, s'enveloppant de son mantean, il attendit la mort 
que lui donnèrent les gens d'Ali en l'assommant avec 
des {Heux de tente. Le jour où la tète de Sidi Ahmed 
arriva à Constantinc^le, le pascha de Haleb, Khasseki 
Mohammed, époux de la sœur cadette du Sultan, fut 
étranglé avec son kiaya, son secrétaire et son trésorier. 
Ni la parenté du Sultan, ni leur mérite ne purent ga- 
rantir d'une mort prématurée ceux sur lesquels s'ap- 
pesantissait la haine meurtrière de Kœprilù. Le juge 
de Constantinople , Seadeddinzadé Rouhallah , le se- 
crétaire*d'£tat Widjdi, le chambellan Kemalzadé Mo- 
hammed, furent tous mis à mort sous prétexte qu'ils 
s'étaient livrés à des calculs cabalistiques et à des pré« 
dictions astrologiques ; mais la véritable cause de leur 
fin tragique fut la haine invétérée que Kœ[n*ilû avait 
vouée, pendant qu'il n'était que gouverneur de Oby- 
pre, au poète Rouhi leur maître; le poète Wi(J!jdi fut 
bien plutôt victime de la haine du reïs-efendi Scha- 



DE L'EMPniE OTTOMAN. 107 

mizadé que de celle de Kœprilû. Le gouverneur 
d'Egypte Sdbehzouwar fut étranglé pour avoir sous^ 
trait quelques bourses d'argent provenant de la suc- 
cession du beg de Djirdjé, ainsi que Taoukdji Mo- 
hammed, pascha de Crète, pour n*avoir pas su vaincre. 
Le beglerbeg de Silistra, Moustafa, qui avait remplacé 
dans ses fonctions Moustafa, le meurtrier de Sidi Ah- 
med, fut relégué dans le gouvernement du Diarbekr. 
A peine y fut-ii arrivé, qu'il subit le dernier supplice, 
tandis que son kiaya était exécuté , chemin faisant , à 
Eregli, près de Kirkilisé (7 août 1661—11 siihidjé 
1071). Kœprilû, qui déjà depuis quelque temps souf- 
frait d'une hydropisie, ne. rêvait encore que sang et 
combats. Afin de pousser avec plus d'aictivité ia guerre 
de Hongrie, il détermina le Sultan à se rendre pour la 
troisième fois à Andrinople , et installa en qualité de 
kaïmakam son fils Ahmed Kœi»*ilâ, qu'il venait de 
rappeler de son gouvernement de Damas. Moham- 
med IV se rendit par Gallipoli aux Dardanelles, pour 
y inspecter les châteaux nouvellement construits , et 
alla vingt jours après dresser son camp dans la plaine 
qui s'étend sous les murs d' Andrinople. 

L'esprit entreprenant de Kœprilû se manifesta 
encore, dans l'avant-demière année de sa vie, par de 
grandes constructions. Les unes furent entreprises 
aux frais de l'Etat et dans le but de mieux protéger 
les frontières au nord de l'empire , les autres par la 
sultane Walidé et aux frais du grand-vizir. Naguère 
il avait fait construire deux nouveaux châteaux pour 
garantir les Dardanelles contre les entreprises des 



io8 HISTOIRE 

puissances maritimes étrangères; maintenant il or- 
donna la construction de deux autres châteaux sur les 
rives et à l'embouchure du Don et du Dnieper. Le 
premier de ces châteaux s'élevait près d'Azov, et ser- 
vait à empêcher les caïques des Cosaques de passer 
l'embouchure du Don, ou du moins à surveiller 
leurs mouvements ; il reçut le nom de Seddoul- 
Islam (digue de llslamisme). Sur un ordre exprès 
du Sultan , le khan se mit en marche conti^ Azov à 
la tête de vingt mille Tatares, tandis que le kalgha avec 
quarante mille hommes établit son camp à Perekop , 
et que le noureddin envahit les pays limitrophes avec 
le reste des troupes de Crimée. Cinquante mille Polo- 
nais vinrent se joindre aux Tatares. Cette expédition 
coûta aux Cosaques vingt mille morts et la perte de 
deux forts. Dès que la construction du château de 
SeddouMslam fut terminée, la flotte ottomane se 
rendit à Kaffa. En sortant du port, de violens orages 
lui firent éprouver de grandes pertes. Presque toutes 
les galères furent submergées , un très-petit nombre 
parvint à se sauver à Sinope ; la galère du kapitan- 
pascha Abdoulkadir et celle d'un kiaya furent les 
seules qui rentrèrent saines et sauves dans l'arsenal de 
Constantinople. Le second château de Kœprilu fut 
construit sur les rives du Dnieper , dans le vcHsinage 
de l'ancienne résidence ruinée de Ghazan-Khan , en 
face du gué Toghangetschidi (gué du Faucon). Le 
nouveau gouverneur de SUistra , Souleïman-Pascha , 
avec tous ses feudataires et les troupes de Moldavie 
et de Yalachie , et le kalgha Ghazi-Ghiraï avec trente 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 109 

miUe Tatares , furent employés à cette construction. 
L'armée cosaque et huit caïques qui étaient accourues 
pour empêcher les travaux furent battues par les Ta- 
tares et les Ottomans , et refoulées dans les marais 
du Jonc- Jaune. Au commencement de l'automne , 
l'armée ottomane , après avoir laissé une garnison 
suffisante dans le nouveau fort , rentra dans ses quar- 
tiers d'hiver à Akkerman. Le château de Toghan- 
getschidi était un monument de la puissance ottomane 
élevé au milieu des steppes de la Tatarie , que les 
géographes orientaux appellent les Champs de Heihat. 
Ces champs s'étendent à l'est et à l'ouest , depuis les 
rives de l'Aksou (Bog) et de l'Ouzou (Dnieper) jus- 
qu'à celles du Ten ( Don ) et du Tel ( Wolga ) , au 
Dord jusqu'à Astrakhan, et au sud jusqu'aux rives du 
Kouban ( Hypanis ) ; situés entre la mer Caspienne 
et la mer Noire , ils embrassent une superficie de 
mille parasanges. Ces immenses steppes, queTimour, 
en marchant contre Tokhatmisch , traversa en cent 
quatre-vingts jours, sont couvertes en hiver d'une 
neige aussi haute que Therbe en été, et sont habitées 
par des Noghaïs et des Kalmouks. Pendant que ces 
constructions étaient élevées pour garantir les fron- 
tières au nord de l'empire, l'inspecteur architecte, 
Djewheri Ibrahim, poussait avec la plus grande acti- 
vité, dans le quartier des Juifs à Constantinople, les 
travaux de la mosquée de Walidé. Cette mosquée, qui 
avait. été conunencée par la sultane Safiyé , mère de 
Mohammed III, avait été détruite dans le dernier in- 
cendie de la ville. Simultanément Kœprilû éleva à ses 



no HISTOIRE 

frais un khan , ane maison destinée à la lecture de la 
tradition et son tombeau. Pendant le reste de ses jours, 
ce tombeau fut constamment rempli de blé, qui fut 
distribué à sa mort aux pauvres pour faire place à 
son cercueil ; changement qu'un initié aux mystères 
de Démétrius et d'Isis n'aurait pas pu ordonner avec 
plus de sagacité. On prétend que sur son lit de mort 
il donna au Sultan le conseil de ne jamais prêter 
Tordlle aux femmes, de ne jamais confier le pouvoir 
à un homme riche , de remplir par tous les moyens 
possibles les caisses de VEtat, et de tenir sans cesse en 
mouvement les troupes et sa propre personne. Lors- 
qu'après la prise de Grosswardein le résident impérial 
Reninger lui fit quelques représentations et lui insi- 
nua que les puissances dirétiennes , continentales et 
maritimes, pourraient bien se liguer pour envahir Tem- 
pire, Kœprilù répondit, suivant l'esprit de la politique 
turque : « que le lion, son maître, ne craignait ni le 
» feu ni l'eau, qu'il était libre à tous les chrétiens réu- 
» nis d'attaquer l'empire s*ils tenaient à connaître sa 
» force. » Quelques années auparavant, il s'était refusé 
à solder le compte d'un gros morceau d'ambre, acheté 
pour le serai, en disant qu'un lion aussi redoutable 
que le Sultan, son maître, devait fuir la mollesse. Ces 
paroles sont au moins dignes de Kœprilû, homme 
d'£tat consommé non moins que tyran inflexible. Pen- 
dant les cinq années de son grand-vizirat, il fit périr 
trente-six mille hommes'. Ce nombre ne parait pas 

I Having in his Urne put to dealh thirty tix thousand persons , whom 



PE L'EMPIRE OTTOMAN. 1 1 1 

trop exagéré si on se rappelle Tavea de Taga qui con- 
vint d'avoir expédié à lui seul quatre mille hommes ; 
si l'on se rappelle le massacre de Haleb, et les vingt à 
trente tètes qu'on vit, pendant toute une année, se suc- 
céder presque journellement , fichées sur des piques 
à l'entrée du serai*. En adm^tant qu'il n'ait fait mettre 
à mort que trente mille personnes , chaque mois de 
son grand-vizirat fut marqué par cinq cents meurtres, 
le double des exécutions que, d'après une tradition 
populaire , imposée par le despotisme oriental à ses 
hordes d'esclaves , le Sultan peut sans scrupule or- 
donner chaque jour. Cette tradition porte que le Sul- 
tan est en droit de sacrifier journellement sept têtes , 
le grand- vizir six, et ainsi de suite, en ligne descen- 
dante, chaque vizir de la coupole jusqu'au septième ; 
tous les autres vizirs n'ont droit qu'à une seule vie par 
jour. Si, d'après tout ce que nous avons raconté, la 
cruauté du despote octogénaire ne peut être révo- 
quée en doute, cruauté qui ai^^menta à chaque pas 
qu'il fit vers le tombeau, il parait cqp^idant, en con- 
sidérant la réputation d'homme juste et doux qu'U 
s'était acquise pendant son administration comme gou- 
verneur de province , que cette cruauté ne lui était 
pas naturelle , et qu'elle n'était que la conséquence 
d'un principe implacable : il crut qu'on ne pouvait 
autrement dompter l'hydre de la révolte ni maintenir 
l'obéissance absolue. On pourrait demander, il est 
vrai, s'il y aurait eu moins de sang versé dans l'espace 

heproscribed in several countries andprivately strangled in the dty. 
Rycaut. 



lia HISTOIRE DE L'EMPIRE OTTOMAN. 

de cinq ans, lors même que Tanciemie anarchie, résul- 
tant du changement rapide des premiers dépositaires 
du pouvoir et de la rébellion des troupes, aurait con- 
tinué, et s'il n'aurait pas été possible d'obtenir par une 
voie plus humaine la tranquillité intérieure et la gloire 
extérieure? L'histoire répondra négativement' avec 
quelque certitude à la première de ces deux ques- 
tions , mais elle portera un jugement affirmatif sur la 
seconde; car, même à l'époque où la révolte se dé- 
chaînait de toutes parts, sous Mourad-Pascha le creu- 
seur de puits, et sous Mourad IV, jamais tant de sang 
n'avait été versé. D'ailleurs le même but a été atteint 
plus humainement par le fils de Kœpriiù , Ahmed , 
dont l'administration eut une durée triple de celle de 
son père et brilla de l'éclat d'une triple victoire, rem- 
portée dans les guerres d'Allemagne , de Crète et de 
Pologne. La gloire d'Ahmed Kœprilû, comme capi- 
taine et honune d'Etat, comme ami de l'ordre et pro- 
tectew* des sciences, comme conquérant d'Ujwar, de 
Candie et de Kaminiec, remplira les trois livres sui- 
vans. 



LIVRE LIV. 



Efttrée aux affaires de Koeprila Ahmed; il est nommé grand-vizir. — Mort 
de Kemeny. — Retour du Sultan à Constantinople; il semble vouloir 

régner par lui-même. — Défense de reconstruire les églises grecques. 

Négociations diplomatiques avec les agens de Venise, d'Angleterre, de 
France, de Transylvanie et d'Autriche. — Guerre contre la Hongrie. — 
Négociations avec les plénipotentiaires impériaux à Belgrade, à Esseg 
et à Ofen. — Expédition dirigée sur Neuhaeusel. — Défaite de Forgâcs. 
— Prise de Neuhsusel. — Exécution du rels-efendi et de son beau- 
père. — Apafy au camp turc. — Prise de Neatra, de Lewencz, de 
Novigrad. — Les Tatares en Moravie et en Silésie. — Départ de l'en* 
Toyé impérial. — Arrivée d'un ambassadeur polonais. — Quartier d'hi- 
ver. — Marche de Zriny sur Szigeth et Ftinfkirehen. — Naissance du 
prince Moustafa. -^ Prières publiques. — Le scheïkh Wani. — Les 
sultanes Walidé et Khasseki. — Jardins et chasse. ^ Départ du grandr 
vizir. — Chute de Neutra. — Levée du siège de Kanischa. — Siège, 
prise et démolition de Serinwar. — Le grand -vizir marche sur la 
Kaab. — Bataille de Lewencz. — Marche des deux armées sur les bords 
de la Raab. — Nouvelles propositions de paix. — Bataille de Saint- 
Gotthard. — Paix de Yazvâr. — Chasse du Sultan. — Envoi d'un am^ 
hassadeur extraordinaire à Vienne. — Un soulèvement des troupes est 
réprimé au Kaire. — Impositions frappées sur les habitans de Chypre 
et de Khios. — Les Grecs chassent les catholiques de leurs églises. — 
Négociations entre Alger, l'Angleterre, la Hollande et la France. — Exé- 
Ctttion d'un athée. — Goût de Mohammed IV pour la littérature. — Le 
Sultan à Demitoka, aux Dardanelles et à Constantinople. — Consécration 
^e la mosquée de la sultane Walidé. — Ambassade du comte Leslie. — 
Ambassade turque à Vienne. 



Kœprilû Ahmed, alors âgé de vingt-six ans^ avait 
ï^u dès son enfance Içs leçons d'Osman-Efendi, juris- 



ii4 HISTOIRE 

consulte estimé. Osman était célèbre entre les oulémas 
bien plutôt par le titre de khodja de Kœprilù que par 
les commentaires dont il a enrichi ses nombreux ma- 
nuscrits, et le don qu'il a fait à la mosquée de Sélim à 
Constantinople de sa bibliothèque, devenue ainsi wakf, 
c*est-à-dire bien religieux et inaliénable , à condition 
que les livres dont elle se composait resteraient con- 
stamment dans rintérieur de la mosquée ^ Bien que 
Kœprilù Mohammed ne sût ni lire ni écrire, il sentait 
assez les avantages de l'instruction pour les souhaiter 
à son fils, et, lorsque l'anarchie exposa à de continuels 
dangers les têtes des begs et des vizirs, il crut devoir 
mettre en sûreté la personne et les biens de son en- 
fant en le destinant à remplir un jour les fonctions 
d'ouléma. Ahmed Kœpriiù ' fut donc placé de bonne 
heure sous le patronage du célèbre historien et moufli 
Karatschelebizadé Âbdoulaziz-Efendi en qualité de 
moulazim ou candidat à un emploi de mouderris : à 
l'âge de seize ans, il arriva, tout naturellement et par 
suite d'extinctions, à être nommé Tun des huit mou- 
derris attachés à la mosquée de Mohammed II. Il suivit 

> Sa biographie est la 346«, dans le Recaeil d'Ootsciiakizadé. 

a Dans la lettre si remarquable de Toliio Miglio, qui accompagna le 
comte Gœs k Belgrade, lettre déposée k la Bibliothèque impériale : Le parti- 
colarità deW Impero OtUmumo.^HisLprof,, np 544, RéUa. du 21 mars, 
p. 644 , Ahmed-Pascha est ainsi caractérisé r Ahmêd-Pateha di staiura 
médiocre, di harha nera, di colore brtmo, di complessione sanguinea, 
dwnore gioviàl, nelparlar molto affabile, si sforzapero d'ostentarn 
terribile, e con certi movimenti délia bocea e degli occhi procura di 
mostrarsi rigoroto e severo^ ben e vero ehe quelV non mo$tra la suaive 
fisonomia , eerea d*effettuarlo neW intemo, essendo certo che nudto in- 
clinai alla profiuione del sanguine umano. 



DE L'EMPIRE on OMAN. n^ 

dix ans cette carrière; mais, au bout de cette période, 
UD différend avec ses collègues , ou , ce qui est plu3 
vraisemblable, r^mbilion, lui fit abandonner les di- 
gnités législatives pour les charges politiques ; trois ans 
avant la mort de son père, il fut nommé gouverneur 
d'Erzeroum; Tannée suivante, il devint gouverneur 
de Damas. En cette dernière qualité, il s attira le^béné^ 
dictions des pauvres en renonçant à devx impôts S qui 
avaient rendu annuellement à ses prédécesseurs de 
trois à quatre cent mille aspres, et mérita les suffrages 
de son père et ceux du Sultan par une expédition qu'il 
accomplit avec bonheiir. Il marcha contre les Druzes 
avec les troupes de Damas, de Tripoli, de Jérusalem 
et de Ghaza, formant environ trois mille honunes, et 
auxquelles s'étaient adjoints dix autres mille hommes 
fournis par les voïévodes de Saïda , de Safed et de 
Béîroot. Il évita de s'engager dans les défilés où Ip- 
schir-Pascha avait été vaincu et blessé par les Druzes, 
et gagna à marches forcées les lieux désignés sous les 
noms de Djizr-Yakoub (pont de Jacob), de M^djol- 
Ouyoun (prairib des Sources), de Kassiyé et de Re- 
schid , où s'élevaient les palais des fils de Schehab, 
distingués par leur drapeau blanc ' des fils de Maan, 
leurs ennenûs acharnés, qui portaient le drapeau 
roQge ^. Les fils de Schwab prirent la fuite, ceqx de 



* Detchisché et kariyé, Djetoghiret tewarikh, c'est-à-dire les Joyaux 
^ Vhiitoire de Hatan, gardien des seeattx de KiBprilU Ahmed, p. 6. 
' Àkîi. 
3 KxHUû, § II, 6d. S. 655. Maan et Mainoghli déslgneat la même 

tribu. 

8* 



ii6 , HISTOIRE 

Maan firent leur soumission, et envoyèrent des otages 
pour soustraire leur pays aux maux de la guerre ; sur 
la proposition du gouverneur, le territoire occupé par 
les fils de Schehab et de Maan, celui de Saïda, de 
Safed et de Beïrout» furent confiés à la garde d'un 
b^lerbeg nommé par la Porte. li n'y avait pas en- 
core un an qu'Ahmed était gouverneur de Damas , 
lorsqu'un ordre impérial le rappela précipitamment 
à G)nstantinople , où la situation alarmante de son 
père, âgé de quatre-vingts ans et atteint d'une hydro^ 
pisie parvenue à son dernier période, rendait sa pré- 
sence nécessaire. Il succéda à ce dernier dans la ges- 
tion des affaires avec le titre de kaimakam, lorsque le 
Sultan partit pour Ândrinople avec le grand-vizir; 
mais dès le vingt-quatrième jour qui suivit son entrée 
en fonctions, il fut mandé d'urgence à Andrinople, 
où le Sultan lui confia les sceaux de l'empire, 1^ len* 
demain de la mort de son père (\ •' novembre 1 661 — 
8 rebioul-ewwel 1 072) , survenue un mois après son 
arrivée dans la capitale ' . Ses premiers actes témoignè- 
rent bientôt qu'il était résolu à maintenir une justice 
sévère, et à n'abandonner aucune de ses prérogatives. 
Deli Hafiz-Hasan , que son père avait dépouillé du 
fitre de chambellan, et qui, le jour où passa devant sa 
maison le cadavre du vieux tyran, manifesta une joie 



< Raschid, f. 7, dit que ce fut dans la nuit du septième jour; Abdi, 
f. 55, est du même avis. Osman-Efendizadé ou un copiste ont changé, 
dans la transcription « le 7 en un 1 ; en sorte que le 6 est devenu un 9. 
C'est à tort que Rycaut, p. 115, désigne le 19 octobre (29 nouveau style) 
comme le jovr du décès. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 117 

publique et inconvenante, fut relégué en Chypre; Taga 
des Turcomans, Dal Ahnied, fut décapité pour ses 
injustices. Le moufti Esir Mohammed - Efendi de 
Brousa, celui-là même qui seize ans auparavant avait 
été fait prisonnier par les Vénitiens à bord du vais- 
seau de Teunuque Sûnbûlaga, et depuis avait recou- 
vré sa liberté , s'était permis, en présence du Sultan 
et de Kœprilû Ahmed, quelques observations sur 
l'extrême sévérité du dernier grand-vizir, et avait 
parlé de sang injustement répandu. Le grand-vizir dit 
au moufti ; « Si mon père a signé des arrêts de mort, 
>v il l'a fait en vertu de ton fetwa. » Ce dernier répon- 
dit : « Si j'ai délivré des fetwas, c'est parce que je r€^ 
»^ doutais pour moi-même les effets de sa cruauté. — 
» Efendi ! répliqua le grand- vizir , est-ce à toi, qui es 
» insb^uit dans la loi du Prophète , à craindre Dieu 
» moins que sa créature? » Le moufti garda le silence; 
mais cet entretien lui valut sa destitution et son exil à 
Rhodes ', et sa place fut donnée à Sanizadé ^. La pre-« 
mière condamnation à mort, régulièrement prononcée 
par fetwa , atteignit un renégat grec , ex^métropoli- 
tain de Rhodes, qui s'était lié autrefois au bagne, où 
il était renfermé, avec un eunuque du serai, qui plus^ 
tard concourut à lui faire obtenir un emploi. Un jour,- 
en visitant une Grecque du Fanar, il trouva sur le 
sofa un portefeuille que venait d'y oublier un agent 

> C'est là qa'il vivait en 1669 (an de Thégire 1080) » lorsque ;Nassouh- 
Pasdiazadé écrivit son histoire. Soubdei, p. 154. Sa biographie figure dans 
celles d'Ouschakizadé, sous le n» 379. 

" 191« Biogcaphie d'Ôuschakizadé. 



1 18 HISTOIRE 

du prince de Moldavie. Ce portefeuille contenait une 
lettre par laquelle les moines du mont Âthos accu- 
saient réception à Lupul , prince de Moldavie , de 
cent mille ducats qu'il leur avait envoyés. Le renégat 
porta cette lettre au defterdar Morali, véritable sangsue 
des finances, et les moines du mont Âthos furent 
obligés de rendre les cent mille ducats. Pour recon- 
naître un service aussi important, Derwisch Moham- 
med, alors grand-vizir , nomma le révélateur cham- 
bellan , et lui donna même la prééminence sur tousr 
ses collègues. Sous Kœprilû Mohammed, le ren^t 
avait fait condamner à mort deux juges de Rhodes 
qu*il accusait de prévarication, mais il avait gardé 
par-devers lui trente mille piastres provenant de leurs 
biens personnels. Le frère de l'un des juges réussit à 
prouver la fraude du chambellan qui fut décapité. 

Quant aux affaires de Hongrie et de Tiransyl vanie , 
à la continuation des hostilités contre là république de 
Venise et à la guerre avec l'Allemagne , de jour en 
jour [dus immitiente, Kœprilû Ahmed adopta entière- 
ment la politique de son père. Dix jours encore avant 
de mourir, le grand- vizir Mohammed, sentant sa fin 
prochaine, avait mandé auprès de lui le résidant im- 
périal Reninger, et lui avait déclaré formellement, en 
présence de son fils, que l'empire ottoman ne souffri- 
rait pas l'intervention de l'empereur dans le choix 
du prince de Transylvanie, que les troupes ottomanes 
n'évacueraient pas cette province, et qu'enfin Apafy, 
au lieu de Kemeny son concurrent , serait seul re- 
connu par la Porte en qualité de prince de Transyl- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i ig 

Tanie. Ali-Pascha , gouverneur de Silistra , et le khan 
des Tatares, reçurent en conséquence l'ordre de con- 
tinuer la campagne en Transylvanie, et de soutenir les 
prétentions d'Apafy à la principauté. Ismaïl, pascha 
d'Ofen , avait mis à feu et à sang la vallée d'Hatzeg 
(juillet 1661) , réduit en cendres les villes saxonnes 
de Szâszvaros et de Szâszsebes. Les Tatarels de Bes- 
sarabie s'étaient avancés jusqu'à Âlvincz, lorsque Ke- 
meny se retira tout-à-coup sur les bords de la Szamos, 
et de là à N^erfalva. Les Talares coururent à sa pour- 
suite , laissant à leur droite les Alpes Emberfbe, l'at- 
teignirent à Nagy-Banya, et ramenèrent à Domahida 
pinceurs milliers de prisonniers et de nombreux trou^ 
peaux. Ali-Pascha suivait avec le reste des troupes les 
traces des Tatares qui se ruaient en avant comme des 
oiseaux de proie : il franchit la frontière hongroise, et 
campa près dé Nyalâbvâr, dans le palatinat d'Ugocs, 
à environ un mille d'Huzt. N'ayant pu forcer Kemeny 
à lui livrer bataille, il envoya en qualité de négocia- 
teur Hbuseïn-Pascha à Huzt, où on le fusSla par ordre 
du ccmimandant. Ali vengea la mort de son ambassa- 
deur en ravageant le palatinat de Marmarosch ; puis il 
retourna en Transylvanie, campa entre Bethlen et 
Dès, et désola tout le pays qui s'étend sur les rives de 
la Maros jusqu'à Maros-Vâsârhely ; des centaines de 
villages furent incendiés , les honomes massacrés , les 
femmes et les enfans réduits à l'état d'esclavage. De 
son camp de Maros-Vâsârhely, Ali-Pascha offrit alors 
la principauté de Transylvanie à Etienne Pelki, dont 
il punit le refus par l'incendie des villes sziklienBes 



120 HISTOIRE 

de Maros et d'Udwarhely; puis il conféra le titre de 
prince à Michel Apafy , noble transylvanien , qu'un 
long esclavage parmi les Tatares de la Crimée avait 
dégradé au point qu'il se résolut à courber la tête 
sous le joug de fer que lui réservait la suzeraineté des 
Ottomans. Le jour même où. Apafy recevait avec le 
kaftan et la masse d'armes l'investiture de sa voïévodie, 
Kemeny, qui, à la tête des troupes impériales , s'était 
avancé jusqu'à Klausenbourg, se retira de nouveau en 
Hongrie \ Sans quitter le camp d'Udwarhely, Ali- 
Pascha sonuna les villes des Szikliens, Szasi, Kesd, 
Orbai et Csik, de prêter au nouveau prince le serment 
deBdélité (du 17 au 19 octobre 166Î). Elles s'y refu- 
sèrent, se fiant à l'époque avancée de la saison: celle 
de Csik comptait d'ailleurs sur le rempart naturel que 
lui offraient les Alpes. Ismaïl, pascha d'Qfen, miarcha> 
aussitôt sur cette ville avec une armée, dont l'aile 
droite était formée par la cavalerie turque, et l'aile 
gauche par celle des Tatares. Ni les abattis d'arbres, ni 
les retranchemens élevés en avant de Csik, ni le voisi- 
nage des Alpes qui couvrent ses derrières ne peuvent 
éloigner d'elle le fer et l'incendie. Des villes paisibles 
disparaissent sous des nuages de fumée, et Petki ne 



I Bethlen, p. 80. Le voyageur Ewlîa, que sa destinée a mêlé k tontes 
les négociations et h toutes les expéditions entreprises de son temps, a pris 
|Mirt également k cette campagne de Transylvanie ; il a pénétré jusqu'aux' 
bords de la Theiss (I. B., p. 92). Il raconte fort en détail les invasion» 
successives de la vallée d'Hatzeg jusqu'à la hauteur de Kascliau , puis des 
villes des Szikliens jusqu'en Transylvanie, et notamment jusqu'à Schaes- 
bourg, qu'il nomme Sas (Sasmadjari) , et jusqu'à Fogaras. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i2i 

réussit qu'avec pdneà s^ènf uir dans les bois '. Partout 
le meortre s'allie au viol ; spectacle affreux et bien 
digne de* (ntié ^l Cependant Âli^Pascha se porta des 
l)ords de la grande Kukel, où est située Udwar- 
hely, vers ceux de rAlt et dans la direction de Foga- 
ras, tout comme précédemment il s'était avancé des 
bords de la Szamos sur ceux de la Maros, et enfin sur 
ceux de la Kukel. Hors d'état d'appuyer par un long^ 
siège Icjs sommations qu'il adressait à la ville, il se di- 
r%ea sur Hermanstadt non sans avoir brûlé les ponts 
de l'Ait et de la Scheuem (20 novembre 1661). De 
Hermanstadt, il força les villes saxonnes à contribuer 
pour moitié dans les frais de la guerre et frappa sur elles 
un impôt de deux cent cinquante mille écus ; il con- 
voqua la diète de IQsselik, où le prince prêta serment 
aux États et reçut leurs hommages, et où ces derniers^ 
consentirent à ce que le district de Szathmâr fût affé- 
rent à Grossvvarddn. Ali-Pascha laissa au prince deux, 
mille Turcs et dix-huit compagnies de Yalaques sous 
les ordres d'Ibrahim , et ramena à Temeswar le reste* 
de son armée. 

Kemeny , contrairement à Tavis de ses sept plus dé- 
voués partisans, des deux Haller, des deux Bethlen,. 
d'Etienne Petki, de Denis Bânffy et de Jean Szent- 
paly, s'obstina à entreprendre au commencement de 
Tannée suivante une dernière expédition contre Me- 
gyes, résidence d'Apafy (3 janvier 1662). Ce dernier 

I Bethlen,!. III ^ p. 35. 

> Stupracœdibuê, cœdes stupris intermixtas; miseremini, o mise' 
reminij iec(ore«/ Bethlen, p. 55. 



/ 



122 HISTOIRE 

implora le prompt secours d^ÂIi , qui lui envoya le 
sandjak de Jenœ , Kootschouk Mohammed , et deux 
mille cavaliers, avec lesquels il se reâferma dans 
SdiaBsboui^ '. Kemeny était campé à peu de distance, 
près de Tejergyhâz, et les troupes auiiliaireg alle- 
mandes à Valkany-Zentpaly, près de Segesd. Cepen- 
dant Koutschouk Mohammed-Pascha sortit de Me- 
gyes et se dirigea sur Schaasbourg. Tous, frappés du 
dango* qui le menaçait , pensaient qp'il allait immé- 
diatement ou attaquer ou se replier sur la Hongrie. 
Pierre Huszar précisait hautement que Koutschouk 
Mohammed sortirait de Schaesbourg avec autant de 
hardiesse qu'il y était entré la veille (23 janvi^ 1 66â). 
Personne ne voulait le croire, lorsqu'à midi on aper- 
çut tout-à-coup les cavalia*s turcs. Koutischouk Mo- 
hammed était sorti de Schaesbourg et s'avançait d'un 
pas assuré sur Retour; dans sa première s^tâque, il cul- 
buta les auxiliaires allemands et croates. Radak s'en- 
fuit dans les bois avec l'infantarie; cet exemple fiit 
bientôt imité par la cavalerie. Kemmy , foulé aux pieds 
des chevaux, abandonna, en rendant le dénier soupir, 
toute prétention à régner sur la Transylvanie. C'était 
ainsi qu'un an et demi auparavant Rakoczy était 
tombé victime de son ambition , en voulant , comme 
Kemeny, lutter contre les forces supérieures des Otto- 
mans *. 

' Ewlia , I , p. 92 , dit que Houséln était le frère de Siawonsch-Pascha , 
lequel n'est autre que Gifra Hasan dont nous ayons parlé; car de Jkoti- 
UchxAik (petit) on a fait Cifra, 

a Opère di RairMmdo MéraetuecoU corrette, aeeresdwte ed iUtutrate 
da Giuseppe Grossi. Torino, 1821 , II, p. 27. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. laS 

L'hiver que le Saltan et le grand-vizir passèrent à 
Andrinople fut signalé par quelques mutations entre 
les fonctionnaires, et par l'exécution de Mohammed- 
£fendi, Tandeii tezkeredji d'Ipschir-Pascha, qui, après 
s'être liHig-temps caché , crut pouvoir impunément 
rentrer dans Constantinople ; à la vérité , le grand- 
^vizir mit à le poursuivre beaucoup moins d'acharne- 
ikient que le reïs-efendi Schamizadé , et Mohammed 
dut sa perte aux haines de ce dernier. Au commence- 
ment du printemps, le Sultan repartit pour G>nstanti- 
nople ; une partie de chasse qui le retint deux jours à 
Tschatalcijé n'ayant pas ^é heureuse , le bostandji- 
baschi ( surintendant des forêts) perdit son emploi 
pour n'avoir pas su mieux pourvoir aux plaisirs du 
Saltan. Le moufti Sarizadé, auquel on reprochait une 
cupidité excessive , fut pareillement destitué ' , et sa 
place donnée à Minkarizadé *. Le gouverneur d'E- 
gypte, Ibrahim-Pascha, envoya au Sultan la tête du 
scfaeikfaoul-beled Ahmed, beg de Nikopolis, qui, 
en voulant introduire des réformes dans le règle- 
ment et l'administration des finances , s'était attiré la 
liaine dii pasdia. Un édit impérial qu'il avait provo- 
qué pcMait : qu'à Tavenir aucun Arabe ne serait incor- 
poré dans les sept milices du pays ; qu'il ne lirait 
plus accordé de pensions aux femmes et aux enfans ; 



I À Fappui de cette accusation , Ouschakizadé raconte , dans sa 191 « 
Isiogra^hie, qa'un jour, étant elez son grand-père, Sarizadé lui demanda 
une coupe de porcelaine arec tant d'instances» qae le propriétaire iropor- 
tané finit par briser la coupe. 

> Voir la. 406e biographie , dans le Recueil d'Ouschakizadé. 



i!x4 HISTOIRE 

que celles actuellement payées seraient réduites de 
dix aspres à trois, de huit à deux et de six à une; de 
plus, il s'était réservé la disposition exclusive des ar- 
rérages et des autres pensions ' . C'était là ce qui avait 
motivé les plaintes dii gouverneur, et ce dernier avait 
obtenu d'autant plus facilement le kattischérif, ou or- 
dre de son exécution, qu'Âhmed-Beg avait manqué à 
l'engagement pris envers le grand-vizir, Mohammed 
Kœprilû, de lui rendre un compte annuel des trésors 
confiés à sa gestion. Averti du danger qui le menaçait 
par un page du gouverneur, il sut d'abord y échapper 
en évitant de paraître chez Ibrahim-Pascha; mais le 
jour vint où il fut obligé d'aller lui offrir ses félidta- 
tions à l'occasion de la Fête du Sojcrifice. Lui et les 
siens furent aussitôt massacrés par les gens du pascha 
(27 juillet 1 662 — 1 sUhidjé 1 072). C'est ce gouver- 
neur qui a élevé une mosquée sur l'empreinte que les 
pas du Prophète avaient laissée aux portes du Kaire. 

Le gouverneur de Nicosie en Chypre, Ibrahim, sur- 
nommé ordinairement l ivrogne^ avait, pendant une 
nuit du Ramazan, cerné tout^à-coup une mosquée où 
s'étaient réfugiés une troupe de soldats rebelles, en 
avait tué plus de deux cents et avait expédié leurs tétes^ 
à Constantinople. La même punition avait été infligée 
par le gouverneur du Diarbekr aux troupes révoltée» 
qui avaient pris le titre d'ouftediwla , c'est-à-dire du 
sandjak renversé. L'émir arabe Ali Haris fut décapité 
à Constantinople, où il s'était rendu sans défiance. Ce 

I Histoire du /Us d'Yousouf, p, 152. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. iii5 

destin lui fut commun avec un prince dnize de la fa** 
mille Schehab qui se tenait caché dans la capitale et 
dont Tasile vint à être découvert. Les concussions de 
Potour-Âli , defkerdai' de Damas , furent également 
punies de mort. Quatre-vingts hommes signalés par le 
sandjak d'Eskischer comme voleurs de grands che- 
mins furent décapités devant le kœschk des revues. 
Les trois begs des sandjaks de Hamid, d'Âïdin et de 
Magnésie, furent mandés à Constantinople, et après 
une réprimande sévère, le cimeterre du bourreau 
les punit de n'avoir point délivré leurs beglicks des 
bandes de brigands qui les infestaient. En Asie-Mi- 
neure, le sandjak de Kanghri s'était laissé battre par 
un chef de partisans qui avait arboré l'étendard de la 
révolte et qu'il avait reçu ordre de châtier ; par suite 
de cette défaite, tout le territoire de Kanghri et de Mo- 
drenifut impitoyablement ravagé. Le grand-vizir con- 
fia le soin de réprimer ces désordres à Biiklû Moham- 
med-Pascha, l'ancien kapitan-pascha , qui, peu de 
temps auparavant , s'était enfui à Venise, craignant la 
colère de Mohanuned Kœprilu , et n'était rev^iu à 
Constantinople qu'avec l'assurance d'obtenir sa grâce. 
Après avoir purgé le pays, il reçut en récompense le 
gouvernement de Roumilie, et en même temps l'ordre 
formel de réparer les routes de Cattaro, de Sebenico 
et de Spalatro pow la prochaine campagne. L'ancien 
grand-vizir Melek Ahmed - Pascba , gouverneur de 
Bosnie, étant mort de la peste, sa place fut donnée à 
Serdar Âli-Pascha avec les sandjaks de Poschega, de 
Zwornik , de Banyaluka et de Hélouni. Le capitaine 



ia6 BISTOIRE 

Dellak Moaatafa, qui commandait une encadre à Mity^ 
lène, fut exécuté comme le chambellan Deli Hafiz, pour 
8*étre réjoui puUiquemait de la mwt du grand-viadr; 
ce fut ainsi que le vi^ix Mohammed Kœprilû continua 
du fond de sa tombe à firapper de mort ses plus mor- 
tds ennemis. Le gouverneur de Bagdad, Mourt^ea- 
Pascha, qui venait d'être exilé en Crète, chercha en 
route à soulever les agas de Mossoul et du Diarbekr, 
mais ces derniers ne lui laissèrent que l'alterni^ve 
de passer en Crète ou de s*enfuir sous le cçstume de 
derwisch ; se voyant poursuivi, il se jeta dans l'Eu- 
phrate et parvint non sans peine à joindre te ch^f 
kurde d'Âmadia, Seïdkhan-Oghli^ Il s'empressa d'en- 
voyer sou imam à Gonstantinople pour demander 
sa grâce; piais celui-ci fut décapité, et le grand-cham- 
bellan fut dépéché auprès du beglerbeg du Diarbekr, 
Mohammed-Pascha, précédemment kiaya du grand- 
vizir ' , avec l'ordre d'exécuter la sentence de mort qui 
frappait Mourteza-^Pascha. En apprenant que le pascha 
du Diarbekr marchait contre Âmadia, Seïdkhan livra 
Mour(eza-Pascha avec deux millions d'aspres. La tête 
de ce dernier et celles de deux autres begs furent en- 
voyées à GonslanUnople , mais une très-faible partie 
de Targent fut versée dans les caisses du trésor. En 
Géoi^, des différends s'étaient élevés entre le gou- 
verner du Tsohildir, Roustem, fils de Sefer-Pascha, 
et les begs géorgiens : d'un autre côté, Moustafa-Pa- 

I Eycaut, p. 119. Tullio Miglio dit de ce foncUonnaire : Mohamet- 
pascha di Aleppo, che puo tutto appresso il Veziro, fu gia Maggior- 
domo del defimto Veziro, il principal motore di questa guerra (1664). 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 127 

scfaa, gouverneur d*£i^erouiii, accusait Roumain de 
J'avoir calomnié : ce damier fut condamné à mort; 
Moufitafa et le chan^eilan Sélim furent chargés d'exé- 
cuter l'arrêt. De retour à Ccmstaniinople, après avoir 
^M^onipli cette mission, le chambellan perdit son em- 
ploi et fot emprisonné pour un an dans la tour du char 
teau qui s'élève sur le Bo^hore, et une seconde année 
dans le logement assigné au bourreau, entre les deux 
portes du serai. Sur la nouvelle doni^ par le khan 
des Tatares que les ciûfques des G)saques se montraient 
dans la Mer-Noire, lesandjak d'Alayé, DeH Moutew- 
di Mohammed , un des princes de la mar , fit voile 
pour ces parages avec dix galères , tandis que Memi-- 
Paschazadé partit en cette même qualité pour la Mer-- 
Blanche avec vingt autres bâtimens. 

Ken que, parmi ces exécutions, il n'y en eût peut- 

^e pas une qui neftA justifiée ou par un crime d'Etat, 

ou du moins par un abus de pouvoir, un tel début de 

la part d'Ahmed qui, à l'exemple de son père, parut 

d'abord n'aspirer qu'à répandre le sang , déplut à la 

sultaneWalidé et à son conseiller intime, le reïs-efendi 

Schamizadé ; tous deux semblèrent voir d'un mauvais 

ceil le pouvoir illimité , qu'ils avaient soufiert chez 

Mohammed Kœprilû, passer aux mains de son jeune 

fils. Mais ce qui causa surtout l'animadversion de la 

sultane Walidé et du kislaraga contre le grand-vizir, 

^::e furent bien moins les nombreuses exécutions dont il 

^vait donné l'ordre, que le renvoi du defterdar Hou- 

sein-Pascha, leur créature , auquel Ahmed Kœprilû 

substitua une des siennes, Àhmedaga, général des djeb^ 



128 HISTOIIΠ

edjis. Us s'en vengèrent en forçant le grand-vizir à 
éloigner de lui son kiaya, qui était en même temps son 
bras droit et son confident, en le nonmiant gouver- 
neur du Diarbekr; ils cherchèrent en outre à per- 
suader au Sultan qu'il ferait bien de régner par lui- 
même. Une seule fois depuis l'entrée au pouvoir du 
vieux Kœprilû , et pendant un séjour que ce dernier 
fit aux Dardanelles , le Sultan avait eu un éclair de 
volonté politique (1 657 — 1 067). 0)mme il passait à 
cheval devant la mosquée des Roses, il y entra pour 
faire sa prière, et aussitôt le prédicateur s'étendit avec 
une intention marquée sur ce texte : Nous t'awns placé 
sur la terre pour y succéder au Prophète; juge donc 
les hommes avec justice. Le Sultan, ayant cru voir 
dans ce discours un reproche indirect, fit demander 
au prédicateur ce dont il avait à se plaindre : ce dernier 
répondit que l'administrateur des biens de la fonda* 
tion laissait par négligence tomber sa maison en ruinesi 
Aussitôt le Sultan donna au kislaraga, administrateur- 
général des fondations pieuses, l'ordre de réparer la 
maison du prédicateur. A Tépoque que nous retra*^ 
çons maintenant, et dans le but de limiter, sinon de 
renverser le pouvoir d'Ahmed Kœprilû, le kislaraga 
et la sultane Walidé obtinrent du Sultan qu'au lieu 
de monter à cheval et de chasser continuellement, 
conune il l'avait fait jusqu'à ce jour, il passerait tous 
les jours quelques heures à la fenêtre du kœschk des 
revues. Ce kœschk avait jour sur la rue qui condm- 
sait à la Porte, c'est-à-dire au palais du grand*vizir, 
car de là Mohammed lY pouvait voir tous ceux qui 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 129 

entraient ou sortaient ; s*il apercevait des étrangers ou 
des gens dont il ne présumait pas que les affaires fus- 
sent assez importantes pour nécessiter leur présence 
au palais du {fremier dignitaire de l'Etat, il envoyait 
clçmander au grand- vizir des reUseignemens sur ces 
individus et le motif de leur visite. Un matin, il vit des 
chrétiens se diriger vers la Porte en kalpaks doublés 
de rouge et en pantoufles jaunes , costume que .leur 
interdisait la hiérarchie des costumes, mais il est vrai 
de dire que depuis long-temps cette défense n'était pas 
strictement observée. Le Sultan, vivement irrité, en- 
voya chercher le soubaschi (chef de la police) , et lui 
ordonna de se rendre à la Porte, d'y sa^ir les délin- 
quans et de les renvoyer chez eux , sans bonnets ni 
pantoufles, après leur avoir administré la bastonnade. 
Le soubaschi remplit ponctuellement sa mission : il fit 
coucher par terre et bâtonner le chargé d'affaires du 
prince de Moldavie et de Valachie , qu*il contraignit 
ensuite à s'en retourner chez lui la tète et les pieds nus. 
Il fut enjoint de nouveau sous peine de mort d'ob- 
aerver le règlement qui interdisait aux chrétiens les 
]x>nnets rouges et les pantoufles jaunes , et aux janis- 
isaires les turbans de soie et les poignards. Le Sultan 
:tie se contenta pas de répandre dans toute la ville des 
espions et des gardes ; déguisé et confondu parmi les 
exécuteurs , il parcourut en personne les rues de la 
c^apitale, afin de veiller par lui-même à lobsiervatioQv 
^'une défense si importante. Dans le cours de ses ex- 
cursions, il rencontra un fiancé arménien qui, en vertu 
d'un ancien privilège , s'était cru autorisé à porter 

T. XI. 9 



i 



i3o HlâtOiftÉ 

ées cbaDssareft jailties te jour de son mariage : au fieu 
du Kl lïupliâl , ce fui là tombé qui s'ouvrit aussitôt 
pour c^ malhétireul. Cette sévérité dura quelques 
jours; puid on laissa de nouveau dorthir le règlement, 
et ce fut à tme déâiônslratiian que se réduisît Tini- 
tiatiVe du itié^nt pi*is6 par le Sultan. 

Entouré de toulèâ parts d'ennéiiiis acharnés à le per- 
dre, te g^attid-iiair, p6ur se cônciïîer la sultane Wà- 
Mè, éôtribtâ d*égà¥âs et de dislînctiotis son confident 
S^aiiiizadé; il eiit sèiti dé déilaander et de suivre en 
toutes drcôttstancéà TâVis de ce dernier, et parvint, 
par cette habile tâlélique, à feire exiler en Egypte le 
kfeiaraga Soiàk Mohàitiined , qui fut l'emplacé par le 
bàsch - kapoflô^laà (pi*e«iier garçon de la Porte). 
CépéiKdàftt riéii tié put apâîset' la Walidé ; bientôt le 
l^uît €li»iM*ut pânÂi te peuplé que la mère du grand- 
tiiir, (|ui passait ^ut avoir ensorcelé le Sultan en 
fôveur de Môhamihed et d'Ahtned Kœprilù, venait 
de l&NKrdre toute infhience sur la sultane Walidé. Néan- 
moins AhWed était trop adroit pour ne pas accéder à 
8^ v^lontéâ autant qu'il dépàidait de lui. Pour plaire 
au schéïkh Watii, chef^des fanatiques orthodoxes et 
Fédu^tili déclaré des chrétiens, il se vit forcé de dé- 
HÈioUr tes n^u^ de toutes les églises grecques qui avaient 
été la proie d'un vident incendie et que Ton tra- 
vaillais à reconi^uire : il dut égatement faire jeter en 
prison les ouvriers qui avaient été employés à cette 
recoustruction ' . La sultane WalWé , trouvant que la 

I Rapport de Reninger, en date du 15 mai 1C62. 



DE L»EM1»1RE OTTOMAN. i5i 

coostrucâon de la mosquée fondée par elle avançait 
trop lentement , s'en plaignit au mimar-baschi (ins- 
pecteur des constructions), celui-là même qui récem- 
nfient avait bàâ les châteaux qu*on voit aux Darda- 
^odles. Il s'excusa auprès de la strltane sur ce que les 
vieilleurs ouvriers avaient été incarcérés par ordre du 
j^nd-vizir pour avoir pris part à la construction de» 
^gKses grecques. A la requête de la sultane Wâlidé , 
Ahmed ne fit nulle difficulté de les relâcher immédia- 
tement, mais sa colère attdgnit l'inspecteur des con- 
i^tructions qui avait osé lui susciter de pareils embarras. 
Ge nkalhçureùx fbt décapité, et ses biens confisqués : 
ils se montaient à environ deux mille bourses dont 
chacune valait cinq cents écus. C*est ce même in- 
specteur qui , un jour aux Dardanelles , fit périr un 
ouvrier sous le bâton, et se borna à répondre aux re- 
proches du pascha : « Il le fallait. » En parlant de son 
exécution (1 5 mai 1 662), Thislorien Nassouh-Pascha- 
2adé s'écrie à son tour : «Il le fallait aussi '. » 

Les armemens préparés contre la Hongrie déter- 

lïiinèrent la république de Venise à faire de nouvelles 

px'opositions de paix. Bakibeg, qui s'était présenté h 

l'airmée vénitienne comme fugitif de Candie, et s'é- 

t^sàit ensuite rendu dans ses domaines situés en face de 

CI>)rfou, et de là à Constantinople, sous prétexte que 

sa fuite simulée av^it eu uniquement pour but de re- 

^^onnaitre les forces de l'ennemi, entama les premfêres 

^négociations par l'intermédiaire de Balktrino. Les 

■ m mahaUdi OaUhi mié iklifa ««««M. Soabdet, f. 186. 

9* 



i52 HISTOIRE 

Turcs voulaient raser la Nouvelle-Candie, rendre le 
territoire de Candie et de Souda, mais ils demandaient 
en échange Souda qu'ils avaient perdue, un présent 
annuel pour le Sultan, et le droit d'établir à Candie 
un receveur des impôts. Le sénat de Venise répondit à 
ces propositions : que Souda, place renommée par sa 
position inexpugnable, ne pouvait être rendue; mais 
qu'il offrait en échange Tiné et Karabouza; que, si on 
insistait pour maintenir à Candie un receveur des con- 
tributions, il était juste que du moins un consul véni- 
tien résidât à la Canée ; que le tribut annuel ne devait 
pas excéder vingt-cinq mille écus, et le présent ré- 
clamé pour le Sultan trois cent mille écus. La nouvelle 
d'un combat naval livré près de Kos, et dans lequel la 
flotte vénitienne avait pris ou coulé quatre vaisseaux et 
vingt-huit caïques égyptiens ' , coupa court aux négocia-» 
tions (30 septembre 1662). Le parlementaire vénitien 
Ballarino, qui se trouvait alors à Constantinople où il 
jouissait de toute sa liberté, fut menacé un instant du 
sort de l'ambassadeur Capello , qui depuis sept ans 
gémissait enfermé à Andrinople où il a terminé ses 
jours *. L'ambassadeur anglais Winchelsea obtint le 
renouvellement de la capitulation britannique ^ et un 

I Brusoni, II, 1. XIX, p. lil. Rycaut, p. 122. Journal de Paul 
Omero, interprète de la Porte. Dans les Mémoires de Lacroix, vol. II, 
ce fait n'est pas seulement passé sous silence : il y a confusion de dates; 
car, à la page 229, on désigne, comme étant encore grand-vizir le 19 mai 
1662, Mohammed Kœpriltt, mort le 16 octobre 1661. 

a Rycaut, p. 125 et 124, et lettres de Ballarino au docteur Nicolas 
Gontarini sur sa situation périlleuse. 

3 Rapports dç Renioger et de Panajolti. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i55 

article supplémentaire au traité conclu avec le gouver- 
neur de la Morée à Athènes , portant que les navires 
anglais ne seraient soumis à aucune visite ; mais survint 
une rixe provoquée pai* l'équipage d'un vaisseau an- 
glsûs qui, étant descendu en Morée pour faire du bois, 
8*élait pris de querelle avec des Turcs et avait tué pin- 
ceurs de ces derniers; cette scène fâcheuse se passa 
dans un jardin de Smyme, où des soldats ivres s'ou- 
blièrent au point de frapper plusieurs négocians an- 
glais, et fit prévoir dans quelle position difficile se 
trouverait le nouvel ambassadeur. Un outrage que fit 
subir le pascha de Haleb à d'autres négocians de la 
même nation , entrava encore lés négociations qu'il 
se proposait d'entamer. Deux secrétaires de l'ambas- 
sade française , MM. Du Prtessoir et Fontaine , arri- 
vèrent dans ce même temps à Constantinople, porteurs 
d'une lettre royale pour Tagent Roboli, qui était resté 
dans cette capitale ; d'autres dépêches , adressées au 
grand-vizir et au Sultan, avaient pour objet de récla- 
mer la satisfaction due à M. de La Haye pour les mau- 
vais traitemens qu'il avait essuyés, et de s'informer si 
la Porte était disposée à bien accueillir son fils, désigné 
pour lui succéder. IjC grand-vizir répondit que le Sul- 
tan consentait à recevoir le nouvel ambassadeur, con- 
formément aux capitulations ' . Le nouveau prince de 
Transylvanie, Apafy, se plaignit par l'intermédiaire 
de l'un de ses magnats, Je^n Datzo, des outrages que 
lui faisait subir le pascha Koutschouk Mohammed ; il 
demanda également la diminution du tribut exorbitant 

X Ces quatre pièces se trouvent dans Rycaut, p. 226 et 227. 



i34 IU5T01RE 

qui lui avait été imposé, et la restitution des parties de 
territoire qui avaient été retranchées de la Transyl- 
vanie. En ce qui concernait la délimitation des deux 
territoires, un certain Gabriel Haller fut chargé de diri- 
ger les négociations auiH*ès du pascha de Temeswar ' ; 
d'un autre côté, Apafy réclama en cette circonstance 
Fintervention de Tambassi^deur anglais Winchdbea ; 
mais ce fut en vain , car le moment était venu où la 
Porte devait songer sérieusement à convertir ^i un 
paschalik la principauté de Transylvanie ; d'ailleurs 
l'opposition manifestée par la cour impériale rendait 
à chaque instant la guerre plus imminente. 

Aussitôt après son entrée au pouvoir et la mort 
de Kemeny, Ahmed Kœprilû avait donné au duc de 
Sagan avis de son élévation et de celle d'Apafy ' ; 
Ismaïl-Pascha avait également dépêché au même duc 
de Sagan Âli-Tschaousch pour lui annoncer l'avène- 
ment d'Apafy^. A Constantinople , le loyal Styrien 
Simon Reninger ^ mit tout en œuvre pour maintenir 
la paix entre l'Autriche et la Porte. Le conseiller au- 
lique ]3eris fut chargé par le cabinet de Vienne de 
négocier un accommodement avec le Sultan. Le grand- 
vizir déclara, dans une réponse écrite', quelaTran- 

t Betblen, Comment., H, p. 148. Ryçaat, p. 121. Lettre d'Apafy, 
datée du camp de Koczard, da 25 septembre 1662. 
^ a Lettera del nuovo Vezir al Duca di Sajan. 

3 Leitera del Vezir di Buda Ismailbassa portata da Ali Ciaus li 30 
Gennœro 1662. 

4 SifMm RerUnger a person sincère, free and open hearted, agréable 
the nature ofthe Germons, Rycaut,. p. 105. 

Lettera di Ahmedbassa per il Beris tradolta in Vienna 18 Giugno 
662 da d'Asquier. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ï35 

sylvanie feisaijt partie derempipe otUKnaâa ' , et renvoya 

BerisàÂli-Paseha, j;iouveau serdar préposé av]^ froa- 

(ières, et autorisé à conclure, s'il y av^t lieu, rari'an- 

gement projX>^. Mais Ali refusa d'entendre Beri$ : cet 

ambasf^adeur n'avait, disait-il, qye hijte àTenpieswar; 

il pouvait s'en retourner à Çonstantinople ou môjEnç à 

Vienne; on n'avait nulle crainte de son ^^peregr, qui 

a'avait pas mênie su défendra Wprd^in ^, Reninger 

se 6t alors adresser (19 jpilJet 1^6^) de Vienoie le 

traité de paix, qu'il pria le grdnd-vjïàr de vouloir 

bien renouveler ; il en fut délibéré en pleîxi ûiyvm » 

€t dans un conseil secret composé d^ grand-yizir, du 

inoufti, du reïs-efendi, du kiayabeg de Taga des j^r 

nissaires. La Porte ne voulut abandonwr ni le droit 

de choisir le prince de Transylvanie , ni reineltre m 

liberté les heiduques , ni restitua 9if^^\ky4 tant »de 

fois réclainé par l'empereur. Â|i-Pascba de Tiwieswar 

énonça au divt^an que Szekdbyd avait appartemi à 

^^edei, cpmm^uidant de WardeîQ, que, depuis la 

prise d'Erlau? Karoly ét^t un fief turc, qu'il en était 

* t^ién^e de Kâllp, que les hejdvi^iu^s libnes de War^ 

^^ fipparten^âent à la fartere^çg. Àin^> l'iân ne pul 

^^Ocorder sur aucun point. 

A^u printemps suivant, la guerre fut résolue contre 

^ *ïongrie. Le Sultan et le grand- vizir partirent pour 

^'^^rinople; Kara Moustafa, beau'-père de ce dernier, 

^^^ , un mois auparavant , avait succédé à feu Ab- 

^^^Ikadirzadé dans le po^te de kapiUui-pascha , fut 

^ansUvania patrimomo ere4itqriQ degU Imperatori Oltomanù 
^ Rapport dfi BeriSk 



i36 HISTOIRE 

laissa à la garde de la capitale avec le titre de kaïma- 
kam (19 mars 1663 — 9 schâban 1073). C'était le 
quatrième voyage du Sultan à Ândrinople, d'où le 
grand-vizir, qui venait d'être nommé serasker, partit 
avec la pompe habituelle, après que le Sultan eut at- 
taché de sa propre main un double panache de plumes 
de héron à son turban , et l'eut fait revêtir de deux 
kaftans garnis de fourrures de zibeline ; au moment 
de se séparer, il lui remit un sabre enrichi de dia- 
mans et 1 étendard sacré du Prophète. Ahmed Kœ- 
prilù fit dans Belgrade une entrée triomphale ' : à sa 
droite marchaient les beglerbegs ; à sa gauche les san- 
djaksbegs, à la tête desquels on remarquait les tscha- 
ouschs, les mouteferrikas et le defterdar-pascha. Ce 
dernier, qui avait été autrefois général des armuriers 
et qui depuis avait été nommé par le grand-vizir mi- 
nistre des finances, justifia ce choix par la promptitude 
avec laquelle il sut réunir des denrées et des munitions 
de guerre. Deux frères du grand-vizir, Moustafab^ 
et Âlibeg, le précédaient immédiatement. Suivi de son 
nombreux état-major, Kœprilù se rendit à sa tente au 
milieu d'une haie de sipahis et de janissaires, qui tous 
le saluaient de leurs vœux et de leurs félicitations '• 



' On trouve une relation circonstanciée de ce voyage dans Ortelius Ke- 
divivus, par Martin Mayem. Nuremberg, 1665; 2 vol. in-fol., p. 248. 
Les Agia Maghlani ne sont autres que les Adjemoghlans ; les Hoswadar 
se confondent avec les Tschokadares; le Mole ou le Schoufti de Belgrade 
dorrespond au moUa et au moufti , etc. 

3 Cette entrée est décrite dans Ortelius Redivivus, t. II, p. 248 et 249, 
et dans un autre ouvrage in-4o, intitulé : Magnifique entrée des Turcs, 
et ce qui a eu lieu par ardre du premier-vizir, le S juin 1665, non loin 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. \lj 

Deux jours après , il donna audience aux plénipoten- 
tiaires impériaux , qui avaient attendu son arrivée à 
Belgrade : c'étaient le baron de Çœs et le conseiller au- 
lique Beris, qui déjà, à Temeswar, avait inutilement 
cherché à entamer des négociations avec Âli-Pascha ; 
il reçut également le résident habituel Reninger, qui 
Tavait accompagné dans cette expédition. Mais il n'en- 
voya à leur rencontre ni tschaouschs ni janissaires, 
et ne leur oiOTrit ni le café ni l'encens habituels. H se 
plaignit à eux de ce que l'empereur d'Autriche avait 
violé la paix en dépassant les frontières de la Transyl- 
vanie, en s'emparant de Szekelhyd et en élevant près 
de Kanischa le fort de Serinwar : il demanda en consé- 
quence l'évacuation de Szekelhyd et la démolition de 
Serinwar. C'est dans le sens de ces réclamations que 
fut projetée la réponse au duc de Sagan ; mais cette 
réponse fut remise à deux jours de là, et lorsqu'on se- 
rait arrivé à Essek '. Le grand-vizir fit conduire le ba- 
ron de Gœs sur une hauteur, pour lui faire embrasser 
d'un coup-d'œil l'ensemble de son armée, forte de 
cent vingt-un mille six cents hommes, de cent vingt- 
trois pièces de campagne , de douze canons de siége^ 

de la ville grecque de Weiserd)Owrg, dans le camp où il a rauemblé, 
dit-on, une armée de deux cent mille hommes, 1663. (TUrkischer 
Prcschtiger Einzug, was fur Ordnung der primo Vezir den 8. Junius 
1663 nicht weit von Griechisch Weisenburg in dem Loger, wo seine 
Armada zu Feld liegt, so ûber 200^000 Hann stark seyn soU, sehr 
prcBchtig durch die Armada angelangt. 1663.) 

I Raschid, f. 8, etc. Djewahiret , p. 20, et Compte rendu, par TuUio 
Miglio, qui accompagnait le baron de Gœs, de la conférence de Belgrade 
et de la situation de l'armée ottomane, 12 feuilles in-4o. Vienne, 21 juin 
1663. Voir aussi Ortelius Redivivus , p. 250 et 251. 



i38 HISTOIRE 

de soixante mille cbameaux et de dix mille mulets [i]. 

Quinze jours après, eurent lieu l'entrée du graqd- 
vizir à îEssek , et sa seconde entrevue avec les deu)L 
plénipotentiaires impériaux , le baron de Gœs et le 
résident Reninger. Dans cette conférence, à laquelle 
assistèrent le reïs-efendi , le kiaya et Taga des janis* 
saires et des sipahis, le grpnd-vizir réclama, outre la 
cession de Szekelhyd et la démolition de Serin war, 
le paiement d'un tribut annuel de trente mille ducats , 
tel que le kanoun de Souleïman l'avait déterminé ' , 
preuve bien évidente qu'il ne désirait pas sincèrement 
le maintien de la paix. Les plénipotentiaires autri- 
chiens promirent de soumettre les deux premiers 
points de la réclamation à l'examen de leur gouver- 
nement; mais, quant au troisième, ils déclarèrent 
nettement qu'ils ne se chargeraient point de le com- 
muniquer à l'empereur. 

Tandis que l'armée défilait sur le pont d'Essek, le 
grand- vizir reçut une lettre du khan des Tatares, au- 
quel avait été dépêché le tschaousch-baschi Ahmed, 
porteur, suivant Thalritude, d'un présent, dit de car- 
quois, de dix mille ducats. Le khan annonçait l'arri- 
vée prochaine an camp turc d'une armée de cent mille 
Tatares , commandés par son fils Ahmed-Ghirai ; il 
promettait en outre de la faire suivre bientôt d'un 
corps de quinze mille Cosaques *, On reçut en même 

1 Baschid, t. I, f. 9. La lettre de l'empereur se trouve dans le me^ 
y}ahiret , p. 26 , et dans les Rapports de Reninger et du Iwon de Gœs. 

2 Raschid, I, f. 9. Voir dans le JDjevoahiret, p. 31, la lettre du khan 
des Tatares, et, p. 34, celle de son fils Âhmed-Ohiraï. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. iSg 

temps des nouvelles du gouverneur d'Ofen, Houseïn^ 

Pascha, frère de Siawousch-Pascha, que le vieux Kœ- 

prîlu , au lit de mort , avait signalé à son fils comme 

le plus intrépide défenseur des frontières. On naarcha 

donc sûr Ofen , dont la forteresse reçut les envoyés 

^'Xipériaux. 

Dans un grand conseil de gu^re, assemblé dans 

c^ette ville (â3 juillet 1663 — 17 silhidjé 1073), le 

S^^nd- vizir soutint que de^ trois forteresses, Raab, 

*Comom et Ujwar ou Neuhœusel, la dernière était 

^^^Ue dont on pouvait s'emparer le plus facilement, et 

lont la prise offrait le plus d'avantages et un imoieiise 

^utin, puisque le second vizir de l'empereur s'y était 

^^'"^enfermé ■ : il fit observer à ce sujet que Raab était 

['un accès difficile et Komorn défendu par de large9 

^t {»*ofonds fossés remplis d'eau. Cinq jours après ^ 

tes envoyés furent appelés de nouveau dans la tente 

^u vizir; ils y trouvèrent le serdar AH-Pascha, le 

l)^Ierbeg de Damas , Moustafa - Pasdia , et le reïfi- 

«fendi. Le grand-vizir n'était pas iH*ésent, mais sans 

doute il s'était cadié derrière les tapisseries de sa tente. 

Âli-Pascha prit la parole en son nom : il offrit aux 

plénipotentiaires la paix aux termes posés jadis par 

Souleïman, c'est-è-dire, moyennant un tribut annud 

de trente mille ducats , ou aux conditions fixées par le 

vieux Mourad -Pascha, c'est-à-dire, à la charge d'ac-» 

quitter une fois pour toutes la somme de deux oeiA 

I Raschid , f. 9, dit que le conseil de guerre eut lien le 10 , et le J^e^ 
voahiret en fixe la date au 47. Ortelius prétend qu'U y eut deux séances, 
l'une le 10 et l'autre le 30. 



î4o HISTOIRE 

mille florins. Les plénipotentiaires , qui s'étaient déjà 
expliqués quant à la proposition d'évacuer Szekelhyd 
et de raser Serinwar, demandèrent alors un délai 
pour en référer à leur souverain ; car les Ottomans ne 
se contentaient plus de la démolition des forteresses 
transylvaniennes; ils exigeaient maintenant qu'elles 
fussent remises entre leurs mains. Âli-Pascha leur ac- 
corda un délai de quatorze jours , pendant lequel il 
leur signifia que l'armée turque continuerait sa mar- 
che sur Ujvi^ar (30 juaiet 1663 — M silkidé 1073). 
Deux jours après , le camp fut levé et l'armée se 
dirigea sur Gran. Lé grand-vizir avait donné ordre 
de jeter un pont à la hauteur de cette place; mais il fut 
obligé d'attendre quatre jours son entier aciièvement. 
Dès le premier jour de la nouvelle lune (5 août 1 663 
— 1*' moharrem 107iî) , le serdar Ali-Pascha et Mo- 
hanmied-Pascha franchirent la rivière avec huit mille 
hommes. Le comte Forgacs , commandant de Neu- 
haeusel, trompé par un faux rapport et croyant le pont 
coupé par le milieu, crut devoir saisir l'occasion d'ef- 
fectuer une sortie aveb six mille hussards ou heidu- 
ques, huit bannières de cavalerie et cinq cents hom- 
mes d'élite choisis dans l'infanterie, afin d'attaquer les 
Turcs séparas par la largeur du fleuve du reste de 
l'armée. Aussitôt que ces derniers, qui stationnaient à 
Parkan, le virent approcher, ils replacèrent les bar- 
ques du pont , qui avaient été enlevées pour mieux 
tromper l'ennemi ; vingt mille hommes, commandés 
par Ibrahim-Pascha et Kaplan-Pascha , traversèrent 
le fleuve en toute hâte, et, se joignant aux troupes du 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ï4ï 

serdar Âli et de Gourdji Mohammed-Fascha , fon- 
dirent dur rarméç hongroise et la défirent complé- 
feaient. Plus de la moitié resta sur le champ de ba- 
taille; Forgaçs eut beaucoup de peine à regagner 
Neuhaeusel, et Palfy rejoignit avec deux cavaliers seu- 
leicnent le palatin qui arrivait de la Hongrie-Supé- 
rteure. Sept cents prisonniers furent sabrés ou égor- 
gés conune des veaux ou des pourceaux en présence 
*ïxéme du grand-vizir; trois •cent quarante-quatre, 
^Vi nombre desquels se trouvaient les capitaines Rû- 
■■^ïad et le baron Welss, furent dirigés sur Ofen. Le 
^^^nd-vizir accorda une prime de quarante à cin- 
^^uante piastres pour chaque prisonnier qui lui fut 
^^^jmené , et une autre de vingt à trente piastres pour 
:haque tête d'ennemi. 

Pendant la durée du combat, Kœprilù ne s'était pas 
aventuré à sortir de son camp ; mais , quand tout fut 
terminé, il se mit en marche pour se rendre à Parkan, 
^"^t envoya en avant les paschas Ali, Moustafa et Gour- 
dji, avec ordre de rétablir les ponts de la Szitva et de 
laNilra sur la route d'Ujwar. On avait saisi un courrier 
porteur de plus de vingt-cinq lettres, contenant soit 
des instructions aux officiers qui commandaient à No- 
vigrad et à Ujwar, soit des réprimandes adressées à 
forgacssur son impéritie '. Une lettre du grand-vizir 

I Le Sjewahiret dit que, parmi les lettres interceptées, il s'en trouvait, 
'^ une adressée à Locatélli, commandant de Neuheusd, p. 50; 2» une de 
^ontecuccoÙ à Forgacs, p. 21; S» une au capitaine du régiment l^io, 
p. 51 ; 4o la dépèche du président de la chambre envoyée à Lewenz , à Neu- 
^%usel et à Novigrad, p. 52; &> une du comte Harrach au commandant 
^emand à Novlgrad, p. 52; 6» une au marquis Grana à Neuhaeusel. 



10 HISTOIRE 

sotmna ce dernier de rendre Neufaâeusel (17 août 
1663 _ 13 moharrem f074) Cette lettre était ainsi 
conçue : « Le premier vizir, le serdar-sipehsalar du 
y> grand Padischah terrestre, fait savoir à Forgacs 
» qu'il se dispose, avec des armées si innombrables 
» que la terre fléchit sous leur poids , à reprendre 
» Ujtvar au nom du souverain de l'Islamisme. Si les 
M Hongrois lui remettent volontairement la place, ils 
» conserveront leurs biens et leurs vies : sinon, par 
» le Dieu tout^puissant, créateur du ciel et de la terre, 
y» ils seront tous passés au fil de Tépée. Si les Hon- 
>> grois savaient combien le Padischah leur est â£fec- 
3f> tionné, ils s'empresseraient de lui offrir leurs en- 
)> fens en holocauste. Et, sur ce, paix à celui quimar- 
» che dans la véritable voie du salut ' . » 

Comme dans la forteresse il ne se trouvait personne 
qui entendit le turc, les deux porteurs du message 
furent priés de le traduire en langue hongroise. Après 
avoir lu cette traduction, Forgacs se borna à lui ré- 
pondre : « Dites à votre maître que la forteresse ne 
>i m'appartient pas ; que cette nuit nous nous propo- 
>> sons de délibérer sur ses propositions , et que de- 
» main il aura ma^réponse. » Pendant la nuit, la tran- 
chée fdt ouverte, et, à la prière du matin, des vic- 
times furent égorgées pour tâcher d'obtenir la pro- 
tection du ciel. Vingt-un gros canons du calibre de 
ââ , de 35 , de 48 et de 64 livres tonnèrent dans la 
forteresse. Cependant Ârslan-Pascha, à la tête des mi- 

I Cette lettre se trouve dans le mewahiret, p. 56, et dans Ortelius 
RediyiYOS, p. 267. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 14$ 

neurs, coupa les conduits qui amenaient les eaux de 
laïTitra dans les fossés deNeuhaeusel, et mit à sec les 
Joyaux souterrains (27 août t663 — 23 moharrem 
1074). Le fils duUian des Tatares, Ahmed -^Ghiraî, 
arriva à la tête de cent mille Tatares, et presque aus- 
sitôt son frère Mohanimed-Ghiraî apparut avec vingt 
ttriHe Cosaques. Ahmed-Ghiraï était armé d'un àabre, 
d un poignard éi d'un carquois , et portait des four- 
rures de zibeline ; son frère était revêtu d'un kaftan 
totjt en étojQTe d*or, d'un contousch rouge et d'un 
^alpak de zibeline ; on distinguait également i'hetman 
^^s Cosaques à son contousch et à son kalpak; les 
^Ciïévodes de Moldavie et de Valachie suivaient leurs( 
*^<)upes. Kaplan Moustafa-Pascha reçut l'ordre de se 
t^CDrler sur l'autre rive de la Nitra pour couper le pas- 
ge au corps d'armée que Montecuccoli se proposait 
*envoye^ aii secours de la forteresse. Les assiégeans 
ourrissaient un feu très-vif; mais la plupart de 
urs coups s'égaraient , et les assiégés recueillirent 
arts les premiers jours sept cents boulets dont le dia- 
ètre avait au moins trois palmes. Jusqu'alors les bas- 
ons de la forteresse n'étaient pas entamés. Un boulet 
arti des rettiparts atteignit et creva la pièce de canon 
u plus gros calibre qui fût dans l'armée turque : 
lie avait été coulée à Brunswick et surnommée le 
^rise-miiroiHes. Le grand-Vizir divisa en quatre déta- 
oliemens les hommes qui ne figuraient pas sous les 
armes ou travaillaient à la tranchée , et les employa 
successivement à élever une chaussée. Lui-même se 
P'aça à la tête du premier détachement composé du 




i44 HISTOIRE 

kiaya et de tous les dignitaires attachés à la Porte ; le 
defterdar-pascha forma le second avec le personnel 
de toutes les chancelleries ; dans le troisième entrèrent 
le mouteferrika et les tsc)iaouschs , et dans le qua- 
trième les sipahîs et les silihdars. Le vizir Houseïn, 
pascha d'Ofen, fut chargé d'in^>ecter ces divers dé- 
tachemens. Nuit et jour résonnaient les tambours et 
les fifres, les trompettes et les timbales; chaque nuit, 
le grand- vizir parcourait les tranchées , et encoura- 
geait les mineurs à pousser leurs travaux jusqu'au 
pied des remparts (1 8 septembre 1 663 — 15 sàfer 
1074). Une maison prit feu sur le bastion de Sierot, 
et, à cette occasion, un pascha et deux compagnies 
vinrent de nouveau sommer les assiégés. Quatre jours 
après (2â septembre i 663 — 19 sâfer 1074), un as- 
saut fut donné au bastion Frédéric ^ ; le lendemain ce 
fut le tour du bastion Forgacs, et le surlendemain on 
attaqua de nouveau le bastion Frédéric. Les Turcs 
étaient déjà parvenus au sommet du bastion, lorsque 
la garnison réussit à les repousser : les marquis Pio 
et Grana furent tous les deux blessés dans ce nouvel 
assaut. G)mme la redoute élevée en avant de $ierot 
atteignait à peu près la hauteur de ce bastion, les Turcs 
en profitèrent pour diriger un feu meurtrier sur Jes 
défenseurs de la place. On se prépara à un assaut gé- 
néral, mais les assiégés ne Tattendirent pas. Les Hon- 
grois et les Allemands forcèrent leurs généraux, le 
marquis Pio et le comte Forgacs , à signer une capi- 

I Ce bastion est décrit par Rycaut, dans son Rampire of the fort Fré- 
déric, p. 143. 



D£ L'EMPIRE OTTOMAN. i45 

tulaiion divisée ^ huit article (34 septembre 1 663 — 
â1 sàfer 1 074)> qui accordait aux assiégés la vie sauve 
etlafecuUé de se retirer avec tout ce qu'ils possé- 
daieiU, sans traverser le camp et sans courir la chance. 
4'êtFe dépouillés par les hordes de Tatares; miUe 
cbaciûts devient leur être fournis à cet effet; une let- 
tre adressée par le g^nd- vizir à Teoipereur deviat 
téfiacjgner qiue la garnison de Neidiœusel afvait faiisoo^ 
devoir jusqu'au bout; il était défendu aux vainqueurs 
de pénétrer dans la ville avant le départ de tous 
^^s^iégés; les blessés, qiû ne pouvaient s éki^ner 
^vec leurs compatriotes^ conservaient l'option d'dter , 
^tle foift guéris , ou bon leur sead)Ierait. Eflfective* 
^^^Qt la garnison hongroise se retira tandx>ur bottant ' 
(^8 septembre 1 663— 25 sàfer 1074.). 

On trouva dans la forteresse quarante canons et 
^^Xia^oiTe miUe kilos (sept cents tcmneaux) de farine. 



I RaâdiM, f. 12, et le JJjewaMret, p. 78. Dans hBjewahiret, \e 

^^^igdesi décrit avaè pliis de détailg que daa» Ortdihs oi toi te Jttlafidii 

rite en latin et traduite en langue allemande : io Journal der A, 1663 

*^m den Tiirken bloquirten, und mdlich aueh eroberten Oherungariseken 

'êstung Uywar oder Neuhatusel, 6 f. in-4. S» Verzetchniss, wa$ iich 

fHeh vom 16. Auguit 1665> da er in dièse FeUung kommen^ 6i» 

r^i*r Uebergabe ergebenj von Johann Pfleger aus dem lateinied^en tifraiv 

^^Ut, 1663. 30 Aussage dnes ft'anzosichen Renegat$n$, weleh«r ankeut 

23. Aug. des 1663^ Jars vor dem tjirkisehm loger, $ojenseiU d«t 

lusses Neutra um dos J>wf Udler gesMagen, freiwittig heuKU nat^ 

-^fêuhœusel kommen, 4» Extraet des Sehreibens ^ Bm. GeiMnA Spot'^ 

1, aus dem £(auptlager Jjosis^ wm 29. Augiusi 1663; OÊteh andere 

von den listigen und ungewoniiehen I^Mtagemen der TUrken 

S^rausqmen Wuitenund lyranisiren^ iWiS, 4. 5» FékUiug, dertikrki'- 

^^!€he, d. ». wahrhafter Beri^t von der tikrkiscken Armée, weMeund 

^Die viele Passen solçhe gefuirèt, wie stark diesélbe von Be^prad a^ 

T. XI. iO 



i46 HISTOIRE 

Quatre jours après, à la prière du vendredi, les deux 
grandes églises d'Ujwar furent converties en mos- 
quées. Quatre mille hommes choisis parmi les janis- 
saires, les sipahis, les djebedjis, les topdjis, les azabs 
etles martoloses, dont la solde s'élevait annuellement 
à trois millions huit cent mille sept cent trente-deux 
aspres , furent laissés dans la place , et le grand-vizir 
adressa des lettres de grâce à toutes les garnisons des 
palanques environnantes. 

Gomme cette prise de Neuhaerusel était le premier 
fiiit d'armes qui signalât la reprise des hostilités contre 
la Hongrie , ajournée depuis un demi-siècle par les. 
renonvellemens successifs de la paix de Sitvatorok, 
elle retentit dans toute l'Allemagne, où jamais ne pa- 
rurent autant d'écrits, de prédications, de jour- 
naux, de prédictions, de conseils et d'exhortations 
relatifs à l'envahissement de l'empire par les Turcs, 
que dans cette année et celle qui la suivit '. La forte- 
resse de Neuhaeusel avait été attaquée par des forces si 
supérieures, le siège en avait été conduit avec tant de 
vigueur et avait duré si long-temps, qu'aujourd'hui 



marsehirety und was mit solcher bis zu des kays. Legaies R, di Goys 
Abreisepassirt, samt einer Liste derer im Forgaczischen Tre/fen (1663) 
gefcmgenen Chritten. fjB64. 4. Rycaut, dans KnoUes, p. 141. Bfontecao- 
coK, n^ p. 50. ^ 

I Entre antres : Lapuissemce des Tares devenue le jouet de Dieu, 
ou Guerre des Turcs et victoire des Chrétiens, par Lassénins, diyisé en 
vingt lettres/ Danger itnminent dont nous sommes menacés par Vain 
proche des Turcs, 1665; Quelques ConHdéraHons polUigues et histoH- 
gués soumises aux Réflexions de nos contemporains, Wittenberg, 
1665 ; Considérations loyales et impartiaieé relatives à la guerre des 
lïircSf4tc. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 147 

encore, si Ton veut parler en Autriche ou en Hongrie 
d'un grand déploiement de forces, d'une fermeté 
inébranlable, on dit souvent : Comme un Turc devant 
NeuhœuseL 

Quatre jours avant la prise d*Ujwar, et un matin 
que le grand- vizir inspectait la tranchée, le reïs-efendi 
Schamizadé , conseiller intime de la sultane Walidé, 
auquel le père de Kœprilù avait dû son élévation, fut 
t.out-à-coup décapité avec son beau-père Kazizadé 
Ibrahim-Pascha, à la grande stupéfaction de Tarmée 
^1 2 septembre i 663 — 9 sâfer i 074). Pour expliquer 
^[^tte exécution, les historiens européens de l'époque 
ont prétendu que Schamizadé , honune d'un naturel 
pacifique , s'était opposé à la guerre ' . Il est vrai que 
le résident et les envoyés d'Ofen, où cinq jours plus 
tard les tètes de Schamizadé et de Kazizadé Ibrahim 
furent envoyées comme celles de deux traîtres, témoi- 
gnèrent de son amour pour la paix ^. Mais nous ajou- 
tons (dus de foi à la version adoptée par les historiens 
turcs. Suivant ces derniers , Schamizadé , moins dé- 
voué à Ahmed qu'à Mohammed Kœprilû et à son 
propre beau-père, avait proposé au Sultan de nom- 
mer celui-ci > grand-Vizir à la place d'Ahmed. A 
pdne le grand- vizir en fut-il informé, qu il se hâta de 
signaler au Sultan les entraves que le bruit de sa ré- 

> Rycaut seul en donne, p. 135, la véritable raison ; et, sur ce point, il 
est d'accord avec les historiens ottomans. 

a « Nous ne savons pas. pourquoi cet homme juste , qui avait toujours 
conseillé la paix , a été mis à mort si promptement et d'une manière si im- 
prévue. » Rapport àR €oes et de Reninger, écrit à Ofen le 19 scptembrt 

1663. 

10^ 



i48 HISTOIRE 

Vocation lie manquerait pas d'appofrter à fa marché 
déà àfi^iréi^, et il insista sUr là nécessité de mettre Gû 
à ce briiit : c'eât ce tpâ fût anssitût résolu et exécuté : 
Schamizadé fut sacrifié (29 septembre 1 663). 

Informé de la prise d*Ujwar, ïè frère du gralnd-vîzir 
se rendît à Ofeti, dû, li l'occasion de Cet éyéneiliénf, 
des réjouissances eurent lieu pendant t^ois^ jouï's con> 
èécntifs '; à Constantinople , les fêtes durèrent sept 
jours: on y protnena en triomjdie les sept cents prison- 
niers faits sur i'arrdée de Forgacs et trois cents autres 
tooibés au pouvoir des Turcs en diTt^ses rencontres. 
Au tionibt*e de ces infortunés , on retnarqnàtt Jeaii 
Aur, qui depiiifi â décrit les souffrances d'une cap- 
tivité dé onze ans q[u'il subit au ëhâteau des Sept- 



Nèuhaeusël, érigée en forteresse paf Tévêquè Pau! 
Wardai, prise par les Turcs à la faveur des troubles 
èxcitèii ()àr fiethleh et Botnonai» reprise par les Hon- 
grois; plus tard assiégée inutilement par Bouquoi, 
gériéral dés ttotipeâ impériales, qui, seize fois blessé; 
troùta )à inort devant cette place, veîiait de soutenir un 
sitièthe siège; sa tliùté eut Un long retentissement, car 
Neuhéusei était un des boulevards qui prot^eadent là 
Hongrie cohtrè les Ottomans. Ijcs croissans et les éten- 
dais turœ outragèrent les six bastions Foires , Sie- 
rot, Frédéric, de Bohême, Ernest et l'Empereur, qui 



I ponanma, selon Rycaut dunelma , p. 144. Oatré plusieurs dih>no- 
gammes sûr la prise de Neuhsusel, on trouvé dans le Soubdet, 1 166, 
un rapport sur lé même ëTénemeht dû Au poêle Souleïmali-Efèidi, qui 
alors était le maître des requêtes du grand-Tizir. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ^49 

jusquVors avaient é^ c(uisidéréscoiii^JesriQi[n[Ku4s 
invincibles de la cbrétiepté; le cube de ^lobamoçied 
profana les églises de cette ville. La prise de Neqhaeusel 
parut d'un simstre présage en 1663, c'est-à-dire, trois 
cents ans après la défaite des Serviens près de la Ma- 
riza , Qù les Hongrois et les Serviens coalisés avaient 
combattu les Turqs pour la première fois, et où |a 
cbapelle de Mariazeil avmt été fondée en souvenir de 
la miraculeuse évasion du roi Louis de Hongrie. 

BÇuit joui^ après cet événement , on vit arriver an 
icamp turc Âpafy, prince de Transylvanie, qui s'était 
^abstenu de rendre à une première invftat^on, de 
:|^ur de rencontrer au camp un .prétendant à sa prin- 
cipauté dans la personne de l'envoyé Gsibriel Hal)er, 
qu'on avait essayé de noircir à ses yeux etqiii se trou* 
yait effeotivement auprès du grand-vizir'. Mais invité 
de nouveau par ce dernier à venir le reîojn^re et 
rassuré par les internonces ISatzo, Ladisl^s Ballo et 
Valentin Jlilvasi, qui revenaient du camp, il parut ^^ 
fin à l'armée qui campaitsousles muiB d'Ujvvar; il fut 
reçu par Qabriel Haller, les princes de Moldavie et 
de Valachie , et le tscbaoMsch-baschi, accompagné de 
soixante tscbaouschs.Encçuragé par. cet .accueil favo- 
rable, il passa deux mois au jcamp, Qi^» pçnclanttpiit 
ce temps, on lui fournit ^es ^ vivres ^n^essfiires piçpr 
lui et son escorte; mais, malgré Içs^^pi^p^sçs quo- 
tidiennes du grand- vizir, il ne put en obtenir une con» 



t VoyW, pouif lès détails, VMs^wia rmim jnrawyZvamçaram,, d^ 
)eaa Betblen , p. 27 «t suivantes^ 



iSo HISTOIRE 

r 

vention écrite (ahdnamé). Gabriel Haller profita de 
son audience de congé pour demander aussi Tautori-' 
satiqn de partir; le grand- vi^îr, pour toute réponse, 
lui adressa un sourire. Croyant voir dans ce signe une 
affirmation, Haller partit avec Apafy. Mais' à peine 
arrivés à Gran, sur le pont du Danube, ils furent re- 
joints par des Tatares de Crimée qui les poursuivaient 
à bride abattue, et qui, se ruant en furieux sur Tes- 
corte d'Apafy, l'auraient jeté lui-même dans le fleuve, 
d'il ne s'était promptement élancé dans l'un des ba- 
teaux qui soutenaient le pont. On eut beaucoup de 
peine à sauver la vie du vice-maréchal Nalatzi, qui, 
dans le choc , avait été -précipité dans le Danube. A 
Nemeth, où ils se disposaient à passer la nuit , soixante 
cavaliers turcs vinrent saisir Gabriel Haller, accusé 
d'avoir pris la fuite : conduit devant le grand-vizir, 
ce malheureux fut décapité sans avoir pu même ou-^ 
vrir la bouche pour justifier de son innocence et in- 
voquer le droit des gens, qui, en sa qualité d'ambas- 
sadeur, devait le rendre inviolable. 

L'arrivée du grand-chambellan au camp d'Ujwar 
suivit de près celle d' Apafy : il était porteur d'une 
lettre louangeuse du Sultan pour le grand-vizir, et 
d'un présent consistant en un sabre, un poignard, un 
panache de héron, un kaftan et des fourrures hono* 
rifiques. La lettre du Sultan ^ , conçue dans la formule 



> Voyez le khaltischérif^ dans Raschid, t. I> f. jl3 et 14, et' dans le 
Sjewahiret, p. 92; et les lettres da commandant deWessprim, dans 
Bfontecuceoli, p. 82; Zriny, p. 83; Esterhazy, commandant de Papa, 
p. 84. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i5i 

ordinaire 9 portait « que le pain du Sultan avait été 
» bien gagné par tous ses esclaves qui, en combattant 
» pour la vraie foi et Fempire, n'avaient eu d'autres 
» coussins que les pierres, et d'autres lits que la terre 
» nue; il souhaitait, ajoutait-il, que ce pain leur pro- 
» fitât. » 

Dès le jour qui suivit la prise de NeuhaBUsel, le 
grand-vizir avait adressé des sommations auK châ- 
teaux et aux palancfues des environs , à Lewanz , à 
^ovigrad , à Neutra , à Freystadtl et à Schintau ' 
(^8 septembre 1663). Kaplan-Fascha, envoyé à No- 
>^grad, fit savoir que le château se défendait, et de- 
^loianda des munitions. Houselh-Pascha , gouverneur 
^'Ofen, parti pour s'emparer de Neutra, annonça au 
^^xmtraire que la garnison s'était rendue volontaire- 
snent, et qu'il revenait avec tout le butin trouvé dans 
le fortV(i8 octobre 1 663— 1 6 rebioul-ewwel 1074). 
De Neutra, Houseïn se porta sur Lewenz, dont la gar- 
nison ne se montra pas moins déterminée que celle de 
Novigrad : le grand-vizir se réserva le soin d'assiéger 
lui-même ces deux places. 

Cependant les Tatares parcouraient de nouveau la 
Moravie et la Silésie (2 septembre 1 663). Dès le mois 
d*août , six mille d'entre eux , après avoir ravagé les 
environs deTyrnau, de Freystadtl et de Saint-George, 
outragé les jeunes filles, égorgé ou écrasé les enfans 

« Voyez la sommation adressée à Freystadtl, dam Orlelius, t. !I, 
p. 284, et dans le Djewahiret, p. 80. 

a Djewahiret, p. 88 ; compte rendu par un prisonnier d'une Conversation 
qû eut lieu entre Forgacs et It commandant de Kornona. 



i52 HlStOIHE 

contre les murs , jefé pêle-méle dans tdes sdcs cetn 
qu^ils ëpargnaieùt pour les empmlër giur la croupe 
de leurs chevaux, et àcCôtiplé conime des chiens les 
hommes et les femmes/franchirent la March et la 
montag;ne du Wassenberg , guidés par les hussards 
hongrois de la frontière, et fondirent sur la Moravie 
en passant par Landshut : Freystadtl et Schintau leur 
opposèrent une énergique résistance. Pendant dix 
jours , dix mille janissaires investirent Freystadtl ; 
mais, après trois assauts infructueux, ils se retiré- 
rent en jetant bas le pont dé la Waàg * (13 septem- 
bre 1663). Les Tatares parcoururent les environs de 
Nikolsbourg, de Rabensbourg et deBrûnn, en brû- 
lant tout sur leur passage : ils arrivèrent ainri jus- 
qu'à trois milles d^Olmûtz. Les domaines des princes 
de Dietridistèin et de Liechtenstein furent pillés et in- 
cendiés : trente-deux viHages appartenant au second 
furent détruits de fond en comble *, et les Tatares 
traînèrent douze raille nouveaux esclaves au mardié 
de NeuhaBusel. Puis ils marchèrent de nouveau sur 
Pressboui^, réduisirent en céridres Geyersdorf et 
Saint-George , traversèrent à la nage la rivière de 
laWaag, et arrivèrent jusqu'au défilé de Rosincko, 
dans le cercle deHradisch. En même temps, quatorï^e 

i Montecuccoli^ ei h Recueil périodique militairùd^Âutriche, i828^ 
p. i4l. 

a Orteliu8« t. n^ p. 275, <St la Couronné de lauriers, MHoire des 
chevaliers chrétiens qui ont combattu en Transyl'Oanie , en Hongrie, erê 
Styrie et en Afrique pour l'honneur de la Chrétienté {Bistorischer Lor" 
berkranx der christlichen Bitterleute, so in SiébehbUrgen, Vngafnf 
Steiermark und in Africa fUr die Ehre christlichen Namens gefbchten)* 
Nuremberg, 1664. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i53 

(mile ^Fatttrest htiadards.et j^^ ravageaient les 

«QVirons de Brunau et de KJcbadh, tuaient, brû- 
laient , pillaient et chuEiaient devant eax ^ coups de 
fouet deux mille prisonniers qu'ils ramenaient en 
Hongrie avec quatre chariots traînés par aeiie che- 
taux et chargés de malheureuses jeunes fiUes. Gomme 
-ils revenaient au camp de Neufeeusel, le comte Ni- 
^ cc^as Zriny sortit d'une embuscade et leur tua qualve 
- cents honmies ; mais, assailli à son tour parle pascha 
de Hsdeb, il fut obligé de se retirer sons le feu 
de Komom. Vietnd Zriny, frère de l^ieolas Zriny, 
< fut plus heureux contre Djaikdji-^Pascha , gouverneur 
; de Bosnie, qui fôpéra vaittore|das fadleniient l'un dès 
cZriny en l'attaquant isolément, etqaA songesalàfoodre 
, ensuite sur la Styrie^ Dans ce but, il cputta'ja Bosnie 
. avec dix taille hommes, en Isdssa deux hMe à lica et 
à Gorbcrio, et marcha avec le reste sur Ottlodiaz^ ville 
(située aux environs de Gar]stadt,>pour 'Sutprendre 
:Neu^riawar, et, si ce coup de^ main jéchouait,^ ^ra- 
vager iaS^e (17 octobre 1663). vFiérrer Zriny iîat- 
c ten£t dans! une forêt avec quajtremtllei Croates; il 
-laissa défiler tranqmllenientJas moitié de ses troupes ; 
{Miis il fondit. sur l 'mitre, lui tua mille hommes, 
prit hià\ étendards^ et lui fit detix cent cinquanlensept 
prbonniers. 

Le nombre des dhrétiensemm^és en esclavagepar 
les hordes incendiaires qui parcoururent à cette épo- 
que la Mwavie, la Silésie et la Hongrie, s'éleva à 
quatre-vingt mille ' . 

> Voyez, daiia.O|l6Uu8> i.U^ p» 3g8, k liste des priaiJpini]^ morts. |g 



i54 fflSTOIRE 

A la fin d'octobre (38 octobre 1 663 — - 36 rebionl- 
ewwel 1074), le grand-yizir leva le camp de Neu- 
haBusel. L'armée passa la Neutra , la Szituva et la 
Gran, et eut à soutenir une marche pénible sur une 
terre marécageuse rendue encore plus impraticable 
par les pluies d'automne. Vingt canons hors de ser- 
vice trouvés à NeuhaBUsel, et parmi lesquels deux re- 
montaient au règne du sultan Souleïman, furent en- 
voyés à Gran. Lewenz , qui avait refusé de se sou- 
mettre à la première sommation du grand-vizir', se 
. rendit trois jours plus tard ; la garnison sortit avec 
tous ses bagages ; des cartes de sûreté, d^tinées à pro- 
téger les habitans contre les pillards, furent expédiées 
dans tous les environs, et vingt mille nouveaux sujets 
courbèrent la tête sous le sceptre ottoman ; le sandjak 
de Lewenz fut confié au tschatrapatra Ali-Pascha, 
auquel fut laissée une garnison de quatre cents hom- 
mes (â novembre 1663 — 1" rebioul-akhir 1074). 
En même temps, on apprit que Neograd avait ouvert 
ses portes à Kaplan-Pascha , après avoir soutenu un 
siège de vingt-sept jours et lui avoir fait essuyer une 
perte de huit cents à mille hommes. On y laissa éga- 
. lement une garnison de quatre cents hommes com- 
mandés par Kasim-Pascha. Les princes de Transyl- 
vanie, de Moldavie et de Valachie quittèrent le camp, 
après avoir reçu des vètemens d'honneur *, et le ba- 



X Voir la sommation et la réponse, dans le Djewahiret, p« KM , et dans 
Ewlia, 1. 1, f. 93. 

3 Voyez la lettre de Stanislas Potocki, palatin de GracoTie, et celle do 
chancelier Nicolas , dans le DiewaMret, p. 112 et 114. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i55 

ton de Grœs, jusqu'alors détenu à Ofen, fut congédié 
par une lettre polie, dans laquelle on lui demandait si 
son refus d'entrer en accommodement tenait à son 
dédain pour les avantages de la paix ou à l'insuffi- 
sance de ses pouvoirs. 

A Essek, le grand- vizir donna audience à un ambas- 
sadeur polonais qui, au nom du roi son maître, était 
venu implorer le secours des Tatares contre la Russie. 
n répondit à cet ambassadeur que l'empire ottoman ne 
pouvait se priver de pareils auxiliaires dans un mo- 
ment où l'on était en guerre avec l'empereur^ et que 
les Tatares marcheraient sur la Pologne elle-même, si 
elle tentait de prendre part \ la querelle survenue 
entre la Porte et l'Allemagne. Le quartier-général du 
grand- virir fut transféré d'Ofen à Belgrade ; Kaplan- 
Pascha partit pour Kanischa ; les Tatares prirent leurs 
quartiers d'hiver à Szegedm, Szombor et Fûnfkir- 
chen; Houseïn, pascha d'Ofen, général de l'arrière- 
garde, reçut la mission d'observer les mouvemens 
de Zriny. 

On était au cœur de l'hiver, et les troupes impé- 
riales crurent devoir en profiter pour diriger de nou- 
velles opérations sur la Mur et la DraVe. Au milieu 
de janvier, le comte Wolf Jules de Hohenlohe, qui 
commandait les troupes del'Empire, sortit tout-à-coup» 
avec six mille fantassins et mille cavaliers, de Pettau, 
l'antique Petto vium, célèbre parlesmonumensromains 
tpie renferme son enceinte , et où l'empire romain 
d'Occident expira * dans la personne du jeune Au- 

« Les ettibaitts auxquels yempire romain fat en proie pendant que son 



..i*. 



166 HISTOIIIE 

< 

gustule, son dwoiier souverain. Neu-Serinwar, c^«* 
teau^fort que le xontite l^icolas Zriny avait élevé sur 
jes riv^ de la Mur , malgré les plaintes du grand-* 
vizir, fut la place d'armes où Zriny, ban des Croates 
et généralissime de Tarmée de Hongrie, réunit ses 
troupes aux Hongrois, commandés par le comte Ba« 
Ihiany , à douze nulle Bavarois guidés ^par le quartier- 
maitre-général JPouchard , à sept cents faqts^sins et 
h Bix escadrons des cavaliers de Piccolomini, sous lep 
ordres du comte Leslie " ^(â1 janvier 1664). Forte 

^ernîer empejreiit résidait à'Petlaa, ont probablement donné lieu i|q die* 
ton français : La cour du roi Pettau. 

I Dans la Relaiian d'Ortdius, p. 297 à 300, il s'en trooré deox sgédik»^ 
leinent relatives à cet éyénemeilt. La preimère est intitulée : Courte et vé* 
ridigue Relation de la glorieH$e et mémorable expédition entreprise 
pour la chrétienté, et heureusement accomplie dans Vintervaîle qui ^est 
4ewAiàepvÀs le 20 (lOionv^er) jusqu^au 16 {% février) delà précédente 
asmée 1664, par JT le eomieNiklas de Z&in, avee ses troupes^ eéUes de 
Budiany et celles de fieidasdy, formant en tout vingt'-irois mille hommes, 
Gratz, 1664. La seconde : Très-belles, très'-excéllentes et très-chrétienneà 
dU^nùrtatUms au sujet de la guerre contre les J\ires, où se trouve rof* 
contée d^ abord en toute exactitude et impartialité Vimpresag^e le 
comte de Hohenloe et le comte Zrinyi ont, avee leurs troupes , exécutée 
Vhiver dernier sur le territoire turc, Nuremberg , 1664. — Comment 
Us Timiaxiaient^profUédu montent où la diète était eonooguée à Nth 
rasdin, en CrocUie, par le comte N, de Zérin, pour tentet un» incwnian 
dans Vile de ce nom, mais comm^ ils ont été repoussés et poursuivie 
par Ht. Pierre; comment ceux de Wardein ont été battus par les nôtres 
dans une mtoafrnou^ el los^ essuyé ufM peirte a^ez epfm'dero&te.Qcto* 
bre 1664. (l» Berichthurzer und toahrhafter der hcdchst ruhm^und denk- 
îcerthen Entreprise, so von Hm, Niklas Grafcn von Zerin mit eigenen 
<aiueh budianiseh wèd IMdasdisehen JSriegswAgkh sammt in die 23^000 
Mtark vomStO (iO) Janner bis 16 <8) Feibrufir g;sgemimrtig 1664. Jars 
»u gedeihlichem Aufhehmen der werthen Christenheit lœblich ist vorge^ 
fiommen undglilcklich vollbracht worden, Gratz, 1^64. 2o Auserlesene 
jchrislliche und iiberanus schcmeErmaknungmundfUsthsehU^ge von dem 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. iSj 

de vîngt-trote lïMlle hommes, Farmée marcha de 
Serinwar sur PresnHz, qui capitula au bout de deai 
jours. Huit cents hommes , au nombre desquels se 
trouvaient quatre cents soldats turcs, cent Tatares et 
trente-sept agas, évacuèrent la forteresse, abandon- 
nant quinze pièces de canon. Les hussardis et les hei- 
dnques se jetèrent îrtir les Tatares ; Zriny les retînt à 
coups de sabre; mais il eût été massacré lui-même pat* 
un Bohémien hongrois, si l'un des serviteurs du ôomte 
âohenlohe n'avait brûlé la cervelle à ce dernier. 
Dans la même nuit , Babocsa fut cerné , et ie qua- 
trième jour (95 janvier 1664), devtx mille soiiràte- 
douze individus, parmi lesquels onze agas, quittèrent 
la place, et furent conduits sur les rives de la: Drave, 
où les Hongrois incendièrent le château de Barcs, éva- 
cué par les Turcs. A Babocsa et à Bàrcs, vingt canonâ 
tombèrent entre les mains du vainqueur. Le lende- 
main, Zriny gagna avec sa cavalerie le défilé de Szi- 
geth ; mais dépotirvd d'aHilleriè, il passa outre et s*a^ 
Vani^ jusqu'à Funfkirchen. Dans cette excursion, leâ 
Hongrois mirent le feu à la pàlanque de Tôrbeg : là 
s'élevaient un tombeau et un coûtent au lieu même 



TUrkMkrieg, dàbey gleich anfangs die Impresa, welche der Grafvon 
Hohmiohe mit dm BeUihsvœlkem in Begleitung des Qrafen Zrini auf 
dùÊ iik'k, Gêbiét naèehit vér^fofc^nen VTtnter vorgenomfnen, richtii 
vnd glaubwUrdig erzahit wird. NOrnberg 1664. Relation wasmauen 
der durch G, iV. von Serin nach Wàrcudin in Eroatien ausgeschriébene 
landtag die tiirken der Serenische^ ïnsul eihen EihfaU tentirt, aber 
tjon Brh. Peter repouâirt und verfoïgtf die Watdeiher von den Unse- 
reo in einem ScharmUtxel mit einer Schlappe ahgewieien worden* Oct. 
1664.) 



i58 HISTOIRE 

OÙ avaient été ensevelis, après la prise de Szigeth, le 
cœjar et les entrailles de Souleïman ' . Fûnf kircben et 
ses mosquées recouvertes de plomb devinrent aussi 
la proie des flammes : le château seul ne put être pris 
faute d'artillerie de siège *. Au reste, comme le prin- 
cipal but de cette expédition était de fermer pour 
Tannée suivante Taccès du pays à Tarmée ottomane, 
Zriny laissa de côté Sziklos, se dirigea sur le pont 
d'Ëssek , prit d'assaut la palanque de Terrak qui en 
formait la tête, et ce. pont magnifique, œuvre du 
grand Souleïman, dont la longueur était de huit mille 
cinq cent soixante-cinq pas et la largeur de dix-sept^ 
fut brûlé en deux jours. Cinq cents villages environ, 
qui se trouvaient sur le passage des Hongrois, furent 
également réduits en cendres, et servirent à éclairer 
leur marche dévastatrice. - 

Informé par Mourad, beg de Fûnfkirchen, que 
Zriny s'avançait vers Szigeth , le grand-vizir, fort in- 
quiet, s'empi?essa de nommer serdar (30 janvier 1664 
— S redjeb 1074) le pascha Mohammed , qui était 
Sflors en quartier d'hiver à Essek, plaça sous ses or- 
dres les paschas.de Stouhlweissenbourg et d'Yence, 
Kaplan-Pascha et les Tatares, et lui ordonna de mar- 
cher en toute hâte à la rencontre de Zriny ; lui-même 
arbora ses queues de cheval^ Belgrade, et fit annon- 
cer aux troupes que le lendemain elles partiraient en 

»■ 

X Torheg, selon Ortelius Torpech, suivant la relation précitée Dareh^ 
peck, ne figare ni au répertoire de la carte de Lipzki, ni sur cette carte 
même. 

» Ortelius et les deux Belatiom précitées. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i/ïg 

laissant derrière elles lés bagages pour alléger la 
route. En effet, le jour suivant il sortit de Belgrade 
avec mille hommes de ses troupes particulières et 
deux mille janissaires pour se rendre à Semlin (SI fé- 
vrier 1664 — 24 redjeb 1074). Mais arrivé à Mitro- 
witz, il apprit que les Hongrois avaient passé outre, 
renonçant à assiéger Szigeth. s'en retourna aussitôt 
à son quartier d'hiver de Belgrade, confiant au serdar 
Mohammed-Pascha la garde de Szigeth, et celle de 
l'ùnfkirchen à Kaplan-Pascha , au beg de Behké , à 
l'alaïbeg de Bosnie , au moutesellim d'Ofen , et aux* 
paschas de Koloswar et de Temeswar. Des lettres 
^'Apàfy, qui répondaient à celle du palatin et annon- 
çaient en même temps l'occupation de Clausenboui^, 
de Szekelhy d et de plusieurs autres châteaux tran-^ 
syl vaniens , firent un peu diversion aux mauvaises 
nouvelles qui les avaient précédées. 

L'expédition de Zriny au cœur de l'hiver donna^ 
lieu à Âttdrinople et à Ck)nstantinople aux bruits les 
plus exagérés : elle fut surnommée V Eocpédùion du 
pieu de fer ' . Cependant plusieurs exécutions de per- 
sonnages éminens et divers changemens adipinistratifs 
occupaient aussi l'attention publique. Dihan Ârslan- 
Pascha, gouverneur de Silistra, avait été étranglé, 
devant Neuhaeusel, immédiatement avant le départ du 
grand- vizir, et le serdar Âli-Pascha avait été coinmis 
à la garde d'Ofen. Mdiammed-Pascha succéda au gou- 
verneur de Karamanie, Tschatalbasch-Pascha, étran- 
glé devant la tente du grand- vizir. Le grand-cham- 

> Kazih timour seferi, Soubdet, f. 61. 



i6o HISTOIRE 

béllan 6f favori du Saltan', Ydusoiifega^ contre lequel 
les potltérs du serai ayairàt adressé des phinles; au: 
Sultan à son retour de la chasse, fut^ d'abord éloigné' 
du serai el noàiiné sand}ak d'Angora;, puis il fut déca- 
pité à Babaiedd, sui^ la rôutle dé Gonist^ntinople , par 
un kiq^idji envoyé ksà poursuife. Le confident Hasan, 
<|Qi' s'était enorgneHli dô son titre de favori et en z^ak* 
abusé envers les pages^ db serait perdit sa place, et 
fut â6igi# avec le titré de chaiid>dlan et un revenu 
jburnalii^ de cent cinquante aspres^ Son poste fut 
confié à MousAâfa KonlogbK, fils d'an simple janissaire 
de Safran Vorit, lieu de naissance de l^pric^l^IOioc^, 
si mal femé sous le scAtan IbràMm. Moùstafà devait 
à aestflten côÉime miisTcîen et comme po^e les ban- 
tes feveurs du Sukalkt. Ddi KEohamxned , qui coibman- 
daif Tescadre de la Mer-Noire, revenait à Constantin 
nople, après avoir coitfé bas quelques esiqties appar- 
tenant aux Cosaques , lorsqu'il reçM un inesisage du 
kban qui l'kivilSHt à levtoir pouj* l'aider à repoûi^er 
une nouvelle invaimai des Cosiaques du Dnieper. L^a- 
nûral ottonian fit peiKlre renvoyé du khan , mais il 
fïft lui-lÉéme exécuté peu de temps après pour cet 
abus de pouvâr ' . Tstsfaengizadé ^ gouverneiir de Bos- 
nie, qui, sans y être autorisé, avait attaqué le fort dé 
Klis et avait été vepomeé, paya de sa vie son éëhec et 
se» insubordination. Ali-Pascha, qui avait commandé 
l'armée dé Transylvanie et plus lard la garnison d'O^ 

X Dans rexemplai^ 4u Soubtfet, qui existe à la aUdjoUi^Qe de Dresde , 
le texte saute ici de la feuille 69 à la feuûlè 51 /car les dix feuilles suivantes 
ne sont pas séparées. 



DE L'EMPffiE OTTOMAN. 161 

fen, mourut àTemcswar, âgé de quatre-vingt-^sept 
ans. Le ressentiment du grand-vizir atteignit Taga Mo- 
hammed, l'ancien kislaraga, jusque dans la ville de 
Médine, où une fatale condamnation vint le frapper de 
mort. L'ordre fut donné de reconstruire le pont d'Es- 
sek. On recruta en Hongrie mille janissaires pour ren- 
forcer la garnison de G)nstantinople , et cinq cents 
qui furent envoyés en Crète. A Andrinople et à Gûl- 
baba , lieu situé à une lieue et demie de la capitale et 
dans le village de Tjœlmekkœï , le Sultan fit élever 
des kœschks et tracer un jardin qui fut orné de fon- 
taines et de jets d'eau. 

Le printemps était arrivé, et le grand-vizir n'avait 
encore reçu qu'une réponse vague à la lettre remise au 
iDaron de Gœs '. Aussi, dès le commencement de la 
Baison, les queues de cheval furent arborées dans la 
;|)laine de Belgrade, et, trois semaines a[n*ès, le grand- 
^zir campait dans celle de Semlin (SO mars 1664 — 
^ scbâban 1 074). Afin de mettre l^armée au cpmplet, 
on y incorpora même ceux des fonctionnaires salariés 
qui n'en faisaient point habituellement partie ', tels 
que les grands -officiers de marine inscrits à la chan- 
cellerie de l'amirauté, et trois vizirs qui avaient été mis 
à la retraite, entre autres l'ex-gouvemeur du Kaire, 
de Bagdad et de Diarbekr. De peur que le pont d'Es- 

I Voyez cette lettre dans Rasehid, t. I, f. 16, ô&m h Djeujahiret , 
p. 152, et dans la St. R. Leltera del G. F. Ahmed a S, Eco, dwa di 
Sagan tradotta 2 Maggio 1664, et la réponse laconique du grand-vizir. 
Djewahiret, p. 155. 

a Eat^li et Defterli. Raschid^ I, f. 16, et JD^ewahiret, p. 154. 



i6a HISTOIRE 

9ek^ recpnslniit dans Tespace de trois mois ' , ne f&t 
de nouveau Incendié par Tennemi , Kikleli Mousiafa- 
Pascha^ qui commwdait la garnison d'Essek, Ismaïl- 
Pascba, beglerbieg de Bosnie, et le samsoundji-baschi, 
furent pi^éposés à sa garde. Comme depuis long-temps 
îl n'avait plu et que le pays était désolé par la séche- 
resse, Je grand- vizir c»*donna des prières publiques*; 
un ^utel (mihrab) fut élevé sur les rives de la Save , 
et, le troisième jour, une pluie abondante exauça les 
vœui: des fidèles croyans (âO avril 1 664 — 24 ra- 
mazan 1074). D'autres prières furent prescrites en 
même temps, comme sous les règnes de Mourad et 
de Mohammed III, à Andrinople et à Constantinople, 
pour appeler la protection de Dieu sur les armes otto- 
manes. Au sujet de ces prières, il s'éleva un démtié 
très-yif entre le moufrï Minkarizadé Yahya et le 
sch^kh prédicateur Wani , qui insistait pour que les 
prières eussent lieu en public : le moufti prétendait 
au contraire que la prière individuelle et dans Tinté- 
rieur de la moscpiée n'était pas n^ns agréable à Dieu 
que la prière en commun et sur la place publique. 
Ck%mme le scheïkh Wani 'joignait à la faveur particu- 
lière du Sultan celle du grand- vizir, qui l'avait connu 
^ Erseroum pendant le cours de son gouv^nement, 
sa proposition l'emporta sur celle du moufti. Il s'é« 
tait appelé Wani du nom de Wan, lieu de sa nais- 

< 

I mewahir9$^ p. 153. Ce ne fat pas en quarante joufs , comme l'ont 
prétendu qudqaes historiens européens. 

a iitiska. Voyez Mouradjea d'Ohsson, I^ p. 236. 

3 La Biographie de Wani est la 459e^ dans le Recueil d'Ousdiakizadé. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i65 

saoce : c'était un fanatique^ ennemi Juré des sofis et 
des chrétiens , affectant une hypocrite orthodoxie , et 
ne songeant point à s'appliquer les préceptes sévères 
qu'il adressait au peuple. Un de ses confidens lui de-^ 
mandait comment il pouvait concilier Tanathême que, 
du haut de sa chaire, il ne cessait de fulminer contre 
les vases d'or et d'argent , la soie et les perled , le^ 
jeunes garçons et les belles esclaves, avec Tusage qu'il 
en faisait lui-même : il lui répondit par une subtilité 
qui caractérise parfaitement la casuistique de l'ortho- 
doxie musulmane. « Les biens de ce monde, lui dit-il, 
» ne sont en eux-mêmes ni pernicieux ni condàmna- 
» blés ; la manière de les acquérir et d'en user décidé 
» geule en quels cas et à quelles sortes de gens Qs sont 
» permis ou défendus. Ijes friandises que la loi t'inter- 
» dit peuvent très-bien m'étre permises, car tout dé- 
» pend des intentions, des forces et de la mamère d'ac- 
» quérir et de posséder. Par exemple , la loi défend 
» d'avaler les débris de viande extraits des gencives à 
» I aide d'un curedent. Si cependant je veux me don-» 
» ner cette jouissance, je détache ces débris avec ma 
» langue, et je les avale sans enfi^ndre la loi. Vous 
» autres, vous achetez des plats exquis et des vêtemens 
» somptueux avec de l'argent mal acquis, et voilà juste-^ 
» ment pourquoi ces jouissances vous sont interdites; 
» quant à nous, loin de nous révolter contre la rigueur 
» des préceptes, nous achetons aussi, mais à crédit, des 
» femmes et des mets délicats , et nous avons bien 
» soin de ne les payer qu'après en avoir joui. Dès 
» lors, le précepte par lequel il est défendu d'acheter 



il* 



i64 HISTOIRE 

» avec Targenl qui provient d'une source illicite, ne 
» nous est plus applicable , puisqu'au moment de la 
» jouissance nous devons encore cet argent. » Un pa- 
reil casuiste, un aussi digne contemporain du jésuite 
Tellier, était bien fait pour rassurer le Sultan au sujet 
de l'inaction dans laquelle il vivait à Ândrinople, tout 
entier aux plaisirs de la chasse et aux voluptés du 
harem , ne pouvant se résoudre à retourner à G>n- 
stantinople, ni à se placer à la tète de Farmée. « Que 
» ferai -je à Conslantinople? répondit-il au kadias- 
n» ker qui rengageait à se montrer dans sa capitale. 
» Le séjour de Gonstantinople n'a-t-il pas coûté la vie 
» à mon "père? Mes prédécesseurs n'ont-il pas été 
» constamment les prisonniers des rebelles? Plutôt 
» que d'y retourner, j'y mettrais le feu de ma propre 
3» main, et je verrais avec joie la ville et le serai con- 
» sûmes par les flânâmes !» 

Sur ces entrefaites, une illumination de sept jours 
fut ordonnée dans les principales villes de Tempire à 
l'occasion de la naissance du prince Moustafa (2 juin 
1664 — 8 silkidé 1074). La joie du Sultan fut d'au- 
tant plus vive que la mère de ce fils était Khasseki, la 
nouvelle sultane favoritg , jeune Grecque originaire 
de Crète, qui, tombée au pouvoir des Turcs à la prise 
de Retimo, avait été offerte au Sultan par le serdar 
Deli Houseïn, et avait pris au harem le nom de sidtane 
Rebia Gûlmisch ' , c'est-à-dire qui a bu les roses du 

X Mouradjea d'Ohsson, t. Il, p. 514, et non pas Zaehi, comme Alix, 
dernier historien français de l'empire ottoman, l'a prétendu en copiant le 
roman des Anecdoti segretti, 1. VIII , p. 407. On y trouve que le Sultan 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i65 

printemps ; or, le crédit de la brune Khasseki commen- 
çait à balancer celui de la blonde Walidé, Tarkhan- 
Sultane , née en Russie ' . Partageant sa faveur entre 
la Walidé et la Khasseki , et exclusivement adonné 
aux plaisirs des jardins et à ceux de la chasse; le Sul- 
tan ne songeait à la guerre qui se préparait que pour 
consulter les astrologues dont les prédictions, alors 
accueillies comme des oracles en Turquie et en Aile-- 
ixiagne, annonçaient une grande effusion de sang *. 

Les queues de cheval flottaient encore dans la plaine 
^ Semlin, lorsque le grand-vizir fut tout*à-coup ar- 
iiaché à son inaction par de nombreux messages qui 



-oniraH sobstitaé à son nom d'Eugénie celui de lachi, qui signifiait Cara^ 
Ce nom de Zachi n'est autre diose qu'une altération du mot Mhasselti» Alix 
ne s'en doute même pas; car illa désigne , U II, p. 154, sous le double 
nom de Chaiseki Zachi. 

I « La Sultane Valida, Moscovite de Mttion, grande, maigre, un peu 
» picotée de vérole, les yeux bleus, le teint fort blanc, et les dieveux d*un 
9 blond doré fort ardent. * Mémoires de La Croix, I, p. 556. 

3 Rycaut, àaps Knolles, II, p. 150. En Allemagne, à cette époque, 
parurent successivement deux éortts qui avaient trait également à la poli-^ 
tique et à l'asfarologie, publiés k peu près sous le même titre et dans les 
mêmes termes, au sujet de deux météores , dont l'un s'était montré en Hon- 
grie et l'autre en Arabie. Le premier est intitulé : Aggression des Turcs et 
protection de Dieu, numifestée par le phénomène apparu au ciel au mois 
de décembre 1660, à Scharoshidach, dans la Hongrie-Supérieure^ lequel 
nous annonce la prochaine invasion des Turcs , et signifie que nota de» 
vons espérer en Dieu et tenir une conduite en harmonie avec les circon- 
stances (1661). Le second : Aggression des Turcs et protection de Dieu, 
extrait publié tel quHl m'a été adressé de Transylvanie par un ami 
dévoué, reUaif au phénomène apparu dans le ciel au mois de janvier 
de la présente année 1665, en Aral)iey à Medina^Thalnabia, et qui nous 
annonce Vinvasion é^ Tu/rcs et les cruautés qu'ils ne manqueront pas 
de commettre, par S. H. de G. ; suivi d'un Extrait relatif à Varrivéê 
46S Turcs, 1663. 



i66 HISTOIBE 

lui faisaient sentir la nécessdté de ne pas différer i^cis^ 
long-teinps de se nietfere en campagne. Le prince de 
Transylvanie, Apafy, lui adressa une lettre du kapi-> 
tan de Szathmar, relative aux arméniens de Tempe- 
reur^ et aux renforts que loi envoyaient la France et 
ses autres alliési ' . Le beglerb^ de Haleb ^ Gourdji 
Mohammed-Pascha, commandant de S^igeth, annonça 
la marche du Pieu de fer, Zriny , contre Szigeth et Ka-- 
nischa *, et Houseïn-Pascha écrivit d'Ujwar que Neu- 
tra venait d*être cerné par le Iieutenant*général comte 
de Souches. Aussitôt les paschas Koutschouk Moham^ 
med, Kasim et Khalil, beglerbegs de Warasdin, de 
Yenœ et d'Erlau, Apafy ^ et le yali-aga Ahmed, reçu- 
rent l'ordre d© partir avec les Tatares répartis dans 
les quartiers d'hiver , afin de protéger Ujwar et de 
sauver Nèutra. Presqu'en même temps , le grand- 
écuyer apporta, avec une lettre du Sultan qui invitait 
l'armée à entrer en campagne , deux habits d'hon- 
neur (la fourrure et le kaftan) » un sabre et un poi- 
gnard enrichis de diamans et deux panaches de héron ; 
il amenait aussi dix chevaux provenant des haras im- 
périaux : enfin , il était porteur d'autres présens de la 
part du kaimakam, du silihdar et du kapou-aga. Le 
jour du départ, on apprit une fiSlçheuse nouvelle: 



1 Voyez la lettre d' Apafy , dans k t^^oMut,^ 14S, ei cdle da ka- 
pitan de Szath^lar« iUd., p. 144. 

à 12ela(tan du beglerbeg deSzigetb, dans le BJ9¥ihUrei, p. 13S| H 
l^nse du grand-vizir. 

3 Lettre à Apafy. I^ewahiret, p. 143< 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 167 

Neatra; assiégée par des forces imposantes ' , avait été 
obligée de se rendre, et ie comte deSooches menaçait 
Lewenz, après avoir battu Koutschook Mohammed- 
Pascha sur les rives de la Gran près de Si^ent-Kereszt 
(Sainte-Croix) (7 mai 1664—11 schewal 1074). 
Rouseïn, pâscha d'Ujwar, le frère de Khalil, pascha 
d'Erlau, le reïs-efendi et le defterdar d'Ofeil, qui s'é- 
taient readus à Neutra pour en solder la garnison , ve* 
fiaient d'évacuer la forteresse avec quatre cents cava- 
liers et deux cents hommes d'infanterie , emportant 
armes et bagages, et abandonnant au vainqueur qua- 
tre-vingts i^èces de canon et une grande quantité de 
inunitions de guerre ; mais de Souches né trouva pas 
"de vivres dans la place, car la disette seule avmt dé- 
terminé la reddition de Neutra '. 

I Seize mille Sommes au dire des Tares. Suivant le Recueil périodique 
^nUitaire ^Autriche, 1828, p. 270, huil mille hommes seuIemeiA. 

a Ortelias, p. 311. l». JRela^ton écrite au camf de Cemizza; premier 

^combat etUre les Turcs et les Chrétiens, soutenu demièremmt par le 

^eomie de Souches, à la tête de ces derniers, cofUre plusieurs milliers 

de Taiares et de Turcs coalisés. Mai 1664. 2». Jfolofion de la première 

rencontre gui tut Ueu en 1664 entre les Jures, d^une part, et, de Vautre, 

èes chrétiens et les Hongrois; comment M. le général de Souches a porté 

-dans ce conibai, cdmtn^ tout récemment par le blocus de Nitria, un 

^oup funeste aux Turcs, et leur a enseigné la marche de Véerwissep 

«uivie d'tm Historique cte tous les Événemens remarquables survenus 

^depuis au camp de Kanizza, Mai 1664. (l». JEin Bericht von dem Canizzi- 

^jeAai loger y u>ie auch deT TUrken und ChristenJYe^, se ttnlarigst G. 

Souches mit denen bei etVieh tausend zusammengezogenen TUrken und 

Tatenren vorgegangen, Honath Hay 1664. 2». BMation von der ersten 

T&rken rencontre des Jars mit d«fl Christen und Ungam, die ihnen H* 

€^eneral B. de Souches gleichwie zunor in Bloquirung der V^tung N^ 

tria, aiso nunmehr auch im Feld àen ersten bluHgen Streieh versetzt 

und den Krebsgang gelekrt, samt femerem Bericht ^ vas seither t*m 

loger zu Kanischa denkwUrdiges passirt, Hay 1664, 



168 HISTOIRE 

A l'instigation de Reninger, le grand-vizir ce 

j9entit de nouveau à écrire de 3a propre main 

duc de Sagan, pour lui annoncer que, toujours à 

posé à conclure la paix, il marchait néanmoins à 

rencontre avec des soldats « aussi innombrables c 

j> les flots de la mer ' . » A Vukovar, une lettre pr 

santé de Houseïn, pascha de Kanischa, l'instruisit ( 

cette ville assiégée et bombardée depuis la fin d'a^ 

par Zriny, Hohenlohe ^ et Strozzi, tomberait au p< 

voir de l'ennemi si elle n'était immédiatement sec< 

rue. Vers le milieu de mai (1 4 mai 1 664 — 18 sche^ 

1074)» le grand- vizir passa le pont d'Essek, et tén 

gna sa satisfaction aux beglerbegs de Bosnie et 

Syrmie, pour le zèle dont ils avaient fait preuve d 

la reconstruction du pont, et celle de la palanque 

Darda. A Mohacz, il donna un habit d'honneur au 

du khan qui y tenait son quartier d'hiver ; de Szikl 

il donna secrètement avis de son arrivée prochaii 

la garnison de Kanischa. A Fûnfkirchen, il visita 

ruines des maisons incendiées lors du dernier si 

Au pont de Csaukal, à deux lieues de Szigeth, il 

une conférence avec Grourdji Mohammed-Pasc 

gouverneur de cette ville, qui lui rendit compte d 

situation de Kanischa ^ (25 mai 1 664 — 29 sche 

1074). A Szigeth, il fut reçu en grande pompe pa 

, I Derya misai yer getUrmex, 

a Rycaut désigne Hohenlohe sous le nom d'Olach, et Honteco 
t. II, p. 60, sous celui d^Hollach, Grassi, son annotateur, ajoute : 
Uggono Hohenlohe, comme s'U tenait pour défectueux le véritable 
Rycaut transforme encore le nom de Souches en celui de Susa et de ; 

3 Rycaut. Voir aussi les Rapports du pascha de Kanischa. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 169 

eommandant Mohammed-Pascha, par le pascha de 
Foschega, Kaplàn, et le beglerbeg d'Aoatolie ' (S6 mai 
1 664 — i " silkidé 1 074) ; les gouverneurs de Morée, 
de Roumilie, de Nicopolis et d'Okhri, se joignirent à 
lui avec leurs contingens et mille fusiliers albanais. 
Dans un œnseil de guerre tenu à Szigeth , on agita 
la question de savoir s'il convenait de s'emparer des 
palanques deBaboesa et de Berczencze (Pressnitz), 
qui interceptaient la route directe de Kanischa, ou 
de les tourner et d'entreprendre une marche plus 
pénible à travers les marais. 

Ce fut le dernier avis qui prévalut ; mais en même 
temps , les principaux chefs de l'armée hongroise , 
réunis de leur côté eu conseil de guerre sous les 
remparts de Kanischa , et considérant que l'armée du 
grand* vizir s'élevait à plus de trente mille hommes , 
que les assiégeans attdgnaient à peine la moitié de ce 
nombre , que d'ailleurs ils commençaient à manquer 
de vivres , et qu'enfin l'armée ottomane pouvait se 
jeter entre eux et Serinwar et marcher sur Pettau , 
Radkersbourg et Gratz, après avoir franchi la Mur , 

I La meilleure relation da siège de Kanischa se trouve dans les Àrmaléê 
militaires, 1828, II, f. 6. Partni les anciennes relations du même siège, 
on remarque : Diarium und kurze Erzœhlung, wie die Belagerung der 
Fettung Canischa den 17. (27) Âprili» hegoffunen, continuirt, und aus 
was erheblichen Ursachen dietelbe den 21 Mai (11 Junius) 1664 toieder 
aufgehoben worden, sodann wie der Tiirk die Vestung Neu Serinwar 
àttaguiert und erobert; eamt Anhang, begreifend unterschiedliche ge- 
fMTole tmd partictilare iiber die seithero bevorab den 1. und 2. Aug, 
1664 bei JSrobemng Levenz uind Barkan, sodamn bei dem blutigen 
Baupttreffen bei 5. Gotthard an der Raabpassirte aetiones und Kriegt» 
handlungen; mit einem Grundriss beider Lager» 1664. 



170 mSTOUlE 

se décidèrent à kver le i^e. L'armée impériale se 
replia donc avec tonte son artillerie sur Neu-Serin^ 
vrar '. T^ies palanques de Babocsa et de Berczencze , 
évacuées et incendiées' par leurs garnisons, tombèrent 
d'elles-mêmes entre les mains des Turcs. A Babocsa, 
le grand-viasir fut rejoint par le grand-cafetier de h. 
sultane Walidé qui lui apportait de sa part des coupes 
précieuses, une fourrure de zibeline et un poignarcE 
orné de pierreries. Ce fut à une lieue de Kanischa, au 
pont de Boghan, qu'il apprit le départ de l'armée 
ennemie (31 mai 1664 — 6 silkidé 1074) : H entra 
seul dans la forteresse , remit à son vaillant défen- 
seur, Hous^'n-Pascha , un kaftan garni de zibeline 
et un pdgDfird enrichi de brillans ; il distribua aussf 
des kaftans aux officiers et sept bourses aux scddat^ 
blessés pendant le âége. Sans perdre de temps, il 
se mit à poursuivre l'armée impériale qui , par sa 
retrmte forcée sur la rive droite de la Mur, donna 
au graud'-vizir un triple avantage, puisqu'elle le laissa 
en possession d'une forêt où il devait trouver un abri 
naturel, d'une hauteur d'où il pouvait fecilement bom- 
barder Serinwar, et enfin de routes frayées jusqu'à 
la forteresse. Smnwar, en ce moment la pomme de 
discorde entre les deux nations, avait été élevée pour 
servir de tête au pont jeté sur la Mur, contrairement 
au traité et «ix intentions de l'empereur , qui appré- 
hendait de fournir par là aux Turcs des griefs contre, 



X Voyeslft JRdkKfM détaillée da siège, dtndOrteliiis, fh 3t8rdaf»llfoiH 
tecttccoU, t. II, p. 62; dans Rycaat, p. 1&1« 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 171 

lui. Cette place n'avait ni flancs, ni fossés» ni chemin» 

couverts; elle était dans on emplacement défevorable, 

dominée par une hauteur, ouverte de deux côtés où 

les remparts ne s'étendaient pas jusqu'à la rivière; sa 

mauvaise construction nécessitait une survdllance ex- 

trêmaDuent pénible de la part d'une garnison peu n<»n- 

l^reuse ; en un mot , Serinwar était si peu propre à 

devenir une place de guerre cpie , dans le principe , 

on l'avait surnommée étable à moutons '• Déjà, à la 

cour impériale et en conseil de guerre , il avait été 

éèddé que ce fort serait rasé et remplacé par un autre 

lorsque , les hostilités venant à éclater, on fut obKgé 

de recourir au plus vite à l'art des fortificattons, pour 

mettre Serinwar en bon état de défense. Fossés, puits, 

mines et contre^mines , blindes, flancs couverts, re^ 

tirades, passages souterrains, galions , batteries , gre^ 

nades à mains, bombes, artifices^ rien ne fut épargné 

pour ajouter aux moyens de défense de la place.. 

A pdne l'armée ottomane fut-elle arrivée sous les 
murs de Serinwar, que le passage de la Mur fut ré- 
solu : trois cents janissaires et autant de segbbans 
reçurent l'ordre de traverser le ft)uve sur des ra- 
deaux construits à cet effet. La moitié de ce détache- 
ment venait de débarquer dans l'tle de la Mur et de' 
se retrancher, IcMrsque le comte Strozri fondit sur elle 
(6 juin 1664) l'épée à la main, à la tête de cent'cin* 
quante mousquetaires, l'extermina entièrement et brisa 
deux autres raifeaux à bord desquels se tit>uvaient qua- 

> Ovile. HoDtecucooli, t. II, p. 64; et Soubdei, f. 56, ne la nomment 
pat «utrement (jue Itolaft Ealaa, c^est-à-dire U Châiecnt du maraU. 



172 HISTOIRE 

tre cents janissaires ; tous périrent dans les flots. Déjà 
Strozzi jouissait de son triomphe , lorsqu'il tomba ' 
frappé d*une balle. La nouvelle de sa mort précipita 
l'arrivée au camp du feld-maréchal Montecuccoli , 
qui prit six jours après le commandement supérieur 
de Tannée , et sur qui reposa désormais le soin de 
protéger Serinwvar et de défendre le passage de la 
lyiur. Les troupes autrichiennes embrassaient Tes- 
pace compris entre le confluent de la Mur et de la 
Drave, et le point opposé à la forteresse de Serinwar 
assise sur la rive gauche de la Drave ; le terrain qui 
s'étendait depuis là jusqu'à Kotory était occupé par 
les confédérés impériaux sous les ordres de Hohen- 
Iphe; enfin, à partir de Kotory et en remontant, cam- 
paient les heiduques et les hussards, commandés par 
Zriny , Bathyany et Nadasdy (22 et 23 juin i 664). 

Le siège continuait , et la nature du terrain dé- 
trempé par les pluies et devenu trop glissant pour que 
les assiégés pussent gravir la hauteur, au sommet de 
laquelle étaient disposées les batteries de l'ennemi, fit 
échouer deux sorties successives. Quelqu'un proposa 
alors de surprendre les derrières des assiégeans ; mais, 
pour mettre ce plan à exécution , il fallait deux fois 
traverser la Drave, d'abord au lieu de sa réunion à la 
Mur, et ensuite près de Dernis au-dessous de soii con- 
fluent, n fallait en même temps dégarnir les bords de 
la Mur ; ce projet fut donc rejeté comme dangereux et 
inexécutable, et l'on résolut d'attendre les troupes con- 
fédérées d* Allemagne et de France qui marchaient au 
secours des assiégés, les premières sous les ordres de 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 175 

Léopold, margrave de Bade, et les secondes sous ceux 
du comte de Goligny. Un assaut impétueux (S9 juin 
1 664) dirigé sur la demi-lune de Serinwar fut repoussé 
par les assiégés, et une nouvelle tentative des Ottomans 
pour traverser la Mur échoua comme la précédente. 
I>eux jours après, les assiégeans avaient gagné tant 
de terrain que le feu de la place ne pouvait plus les 
atteindre ; les palissades furent incendiées, et les offi- 
ciers Avancourt ' , Tasso, Buttler et Rossi écrivirent au 
général en chef que, dans l'impossibilité de tenir plus 
long-temps, ils se disposaient à retirer les postes des 
fossés sans attendre que Tennemi les forçât de les 
abandonner. Montecuccoli leur donna Tordre de brû- 
ler les ouvrages en bois, de faire sauter les mines et de 
se retirer au-delà du pont, aussitôt que le ravelin ne 
serait plus tenable. Cependant, Tasso crut pouvoir se 
maintenir jusqu'au lendemain ; mais ce jour-là même 
les assiégeans assaillirent la place avec tant de fureur, 
que les défenseurs de Serinwar perdirent courage, et 
prirent la fuite dans le plus grand désordre sans dé- 
truire les ponts ni brûler les fortifications. Onze cents 
Hongrois furent taillés en pièces ou noyés dans la 
Mur '. Dans cette journée, périrent, entre autres, le 



I Avangaur, suivant Hontecaccoli ; Bemberg sans doute n'est autre que 
Lamberg. 

a Montecuccoli ne porte qu'à huit cents le nombre des morts; mais, 
d'après le JDjetoahiret , p. 169, ce nombre s'élève à onze cents; et cette 
dernière assertion est confirmée par celle de Reninger , qui dit : « Onze 
cents têtes furent déposées devant la tente du grand-vizir , et sur treize pri- 
sonniers vivans, sept furent massacrés. » Ortelius, p. 560. 



1 74 HISTOIftE 

lieutenant-général comte Thurn et nombre d^officieri 
(29 juin 1664 — Ssilhidjé 1074) '. 

Pendant le dége, le nouveau favori du Sultan, 
Yousouf, était arrivé au camp porteur d'une lettre 
impériale, d'une fourrureet d'un poignard d'honneur. 
Le grand- vizir reconnut cette nouvelle ÙLvear par un 
don de vingt bourses d'or qu'il fit à Yousouf , et un 
envoi de douze cent tètes qu'il adressa au Sultan^ à 
titre de présent. 

Trois mortiers, six faucons et une coulevrine, 
trouvés à Serinwar, furent envoyés à Kanischa , et, 
sept jours après, les Turcs firent sauter et ras^'ent 
le fort (7 juillet 1664), en signe de mépris pour le 
fondateur et les défenseurs de la place. Pendant le 
siège, les paschas de Nicopolis, d'Âwlona et d'Okhri 
avaient rejoint l'armée. Le beglerbeg de Silistra, Hou- 
sdn-Pascha, et celui de Meràsch, Moustafa-Pasdia , 
reçurent l'ordre de marcher sur Ofen avec les vingt 
canons laissés à Essek, et des munitions ^i quantité 
suffisante. Quant au grand -vizir, il se proposait de 
marcher sur la Raab ^, et de gagner ainsi le point 

> Voyez la Bdatiwh éa giége et de la i^rise de Stiiinrar. Raschid» I, 
f. 19. Les Annales militaires de 1828, II, p. 20, auxqadles est joint un 
fac-similé du plan original qui accompagnait le Rapport adressé à l'em- 
pereur par Montecuccoli ; et trois relations intitulées : lo Diœrium armi 
i654 a die 20 Jtmii ad 5 JtaU in oasiris ad UU-Zrimar. 2o Copia 
Schreiben J. Ex. H, G, v. Setin an die fpratzischen Geheimen Regmten 
aus Czakathwm^, Juni, wegen Verlustvon Neu Serinwar ie6à. S» Re- 
lotion vot^i^êàjwasmaumdie TUrken dos Fort Neu Serinwar demoUrt 
vnd gespremgt. ^Qê^. 

3 Djewahirtiî, p. 172. Cette version est la seule vraie des trois qui ont 
été émises par Montecuccoli, II. p. 65 : Pwrre assedio a Giovairino, 



DE L'EMnilE OTTOMAN. 176 

de ralliemeiit fixé à Stoublweissenbourg. Cinq jours 
après (1S juillet 1664 — 18 silhidjé 1074), il quitta 
un matin les bords de la Mur et alla camper le soir 
à Kanischa ' . De là, U fit adresser une sommation au 
fort du Petit-Komorn , et, bien que la commandant 
de cejlte place réclamât , avant de se rendre , la vie 
sauve pour lui 4 pour les siens et le droit d'empor- 
ter tous les bagages , il n'obtint que le premier ol]jet 
de sa demanda* et un seul chariot fui mis à sa dis- 
positicm. 

a N'avez, vous pas dépcmiUé au milieu de l'hiver 
D et diasaé saus pitié les défenseurs de Babocsa et de 
» Berczencise f Quel droit avez'-vous donc à des mé- 
» nagemens ? ^ » dit le grand- vkir au négociateur. La 
^mison eil^t été hwreusement inspirée de rester au 
Petit -Komorp après une pareille déclaration; car, 
malgré h foi jurée , elle fut égorgée au sortir de la 
place. Quatre canons et deux cents cpiintaux de pou- 
dre tombèrent aux mains des Turcs, qui, après avoir 
f^t sputer le fort (1 8 juillet — ^ S4 silhidjé), revinrent 
camper auprès du ruiss^u de Kanisdba, et, deux jours 
après, su? les bords du lac Baittton \ Kaplan-Pascha, 
^voyé^ reconnaissance dans la direction d'Egersz^» 
manda au grand-vizir que la garnison de ce château 
était $w le pi^nt de le brûler. Ismaîl«^ascha, gouver- 
jfmT de ISosnie, partit aussitôt et eut beaucoup de peine 
à arracher aux flânâmes neuf canons et trente prison- 

1 ilpiitecacceli , il , p. 15, Le Hjewahirét dit arec raison qae ce Ait 
im dimaiiche (18 silhidjé), car le iâ jiifflet était un dimanche, 
a Voir la sommation et \ê réponse dans le Jljtwahiret, p. 175. 



176 raSTOIRE 

niers musulmans que, dans la précipitation de sa fuite, 
la garnison avait oubliés dans le fort (21 juillet — 
â7 silhidjé). 

Le quartier-maitre Houseïn-Pascha alla assiéger, 
avec deux escadrons de seghbans crétois et mille Alba- 
nais, Beleske qu'il incendia» et dont la garnison se 
retrancha dans une église, où elle se défendit vingt- 
quatre heures avec le courage du désespoir ; mais en- 
fin, les Ottomans mirent le feu à l'édifice et elle périt 
sous les décombres. Le sandjakbeg de Doukaghin fut 
tué avec un grand nombre de seghbans à la prise de 
Beleske. Les palanques d'Egerwar et de Kemend- 
vvar, l'une située entre des marais, l'autre sur une 
hauteur, repoussèrent d'abord les sommations qui leur 
furent adressées par les Turcs ; mais, dans l'impossi- 
bilité de résister , elles arborèrent le drapeau blanc , 
et leurs garnisons obtinrent la vie sauve : toutes furent 
rasées par le vainqueur (27 juillet — 3 moharrem) '. 
Il en fut de même de Kapornak que ses habitans 
avaient abandonné. D'Egerwar, les Turcs se firent 
conduire aux bords de la Raab, sur lesquels ils cam- 
pèrent en face de Kœrmend. Gourdji, Ismaïl et Ka- 
plan, qui commandaient l'avant-garde , tombèrent 
dans leur marche sur une embuscade ennemie qu'ils 
défirent et rapportèrent deux cents têtes. Mais les 
Turcs essayèrent vainement d'effectuer en cet endroit 



> Le Bjevoahiret dit , p. 176^ que les palanques suivantes dépendaient 
d'Egerszeg : Beleschke (Bdeske) à une distance de deux lieues, Kapornak 
à quatre lieues, Saint-Gotthard à quatre lieues, Berwar a quatre lieues, 
Egerwar à une lieue , Kemendwar à deux lieues. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 177 

le passage de la Raab, car Tannée de Montecuccoli, 
renforcée 'des troupes françaises et impériales , était 
déjà sur Tautre rive du fleuve, et s'opposait à ce pas- 
sage comme tout récemment elle s'était opposée à celui 
de la Mur. Leurs tentatives furent donc repoussées par 
Montecuccoli et le comte de G>ligny ; les gentilshom- 
mes français saisirent avec transport l'occasion qui 
s'ofirait à eux de déployer leur bravoure contre les 
Ottomans. L'adjudant-général Chàteauneuf et ]e che- 
valier de Saint-Âignan furent tués dans ce combat, 
l'un sur ]e pont-levis, l'autre sur le rivage; le comte 
de Sault et le marquis de Troiville furent grièvement 
blessés ' . 

Pendant le siège de Serinwar, le comte de Souches 
avait suivi Âli-Pascha, qui, avec une armée forte de 
vingt à trente mille hommes, s'était dirigé de Neu- 
haeusel aux environs de Lewenz à Saint-Bénédict , 
où il l'avait attaqué et défait avec douze mille hom- 
mes : les Tatares et les Moldaves avaient été les pre- 
miers à s'enfuir^, et le reste de l'armée les avait sui- 
vis de près [11]. Toute l'artillerie et tous les bagages 
avaient été la proie du vainqueur ; les cadavres de six 
mille Ottomans et celui de leur chef, Ali-Pascha, 
avaient jonché le sol; on n'avait fait que trois pri- 
sonniers , et un corps de cinq cents janissaires , se- 

I Ortelius, p. 235. Montecuccoli, II, p. 75. Le Ljewahiret seul indique 
les haltes du grand-vizir pendant son trajet de Serinwar à Kœrmend. 

a Le Djewahiret repousse ici, p. 191, tout secours des infidèles, et rap- 
pelle le précepte du Prophète : La tetakhadou el kafirinéewliae min dou- 
neV^noumininé, c'est-à-dire : t Ne choisissez pas pour amis les infidèles, 
» mais bien les vrais croyans. » 

T. XK la 



jj8 UISTOIKE 

paré du reste de l'armée, avait été taillé en pièces. De 
Souches avait poursuivi lennemi jusqu'à Parkauy 
dont il s'était auparé '. 

Â{H*ès la chute de Serinwar, Montecuccoli , ne 
pouvant pressentir si l'ennemi marcherait sur la ville 
de Raab ou se dirigerait en droite ligne sur le fleuve 
du même nom, avait pris le parti de traverser la Mur 
(♦6 juillet 1664) à Neuhof, afin d opérer sa jonction 
avec les auxiliaires allemands et français, et de pro- 
t^er les frontières de l'Autriche sur la rive droite de 
la Raab, comme naguère celles de la Styrie sur la 
rive gaudie de la Mur. Heureusement il arriva à Kœr- 
mend comme le grand-vizir débouchait sur la rive 
oi^[K)8ée (26 juillet — S moharrem). Après avoir 
tenté inutilement de traverser le fleuve et vainement 
canonné la ville, les Turcs se résignèrent à suivre la 
rive droite du fleuve, tandis que Mpntecuccoli mar- 
chait sur la rive gauche. A Kœrmend, le grand-vizir 
reçut une réponse du duc de Sagan, prince de Lob- 
kowitz , à la dépêche qu'il lui avait adressée lors de 
son départ ; soit que cette réponse eût été antidatée, 
soit que les circonstances de la guerre eussent retardé 
son arrivée , elle datait environ d'un mois. Le rési- 
dent impérial Reninger et l'interprète Panajotti se 
trouvaient au camp du grand- vizir *, où l'un était pri- 



> Recueil militaire, 1828, II, p. 140-143. Rycaut donne les discoins 
du comte de Souches et celui d'Houseïn-Pascha, et Ortelius la Relation de 
Souches, p. 351-354. C'est , d'après cette relation, que les Âtmàlet mUi' 
taires autrichiennes ont décrit cette expédition. 1818, i^ cahier, p. 117. 

a 11 s'était rendu d'Essek à Siklos, à Szi^th, Babofcze, Berczencze, 



DE UËMPIRE OTTOMAN. 179 

soDirier et confié à la garde des janissaires , et Taiitre 
remplissait volontairement les fonctions d'interprète. 
là Reninger eut la douleur de voir de ses propres 
^eux les Alliages incendiés , les femmes et les enfans 
freinés en esclavage et traités comme de vils ani- 
maux, les tètes de ses compatriotes accumulées devant 
la tente du grand- vizir, qui payait chacune trois écus. 
Pendant toute la marche , ce fut le renégat hongrois 
Garba, alaïbeg de Kanischa, qui servit de guide à l'ar- 
mée ottomane. A la hauteur de Czakan , située ainsi 
que Kœrmend sur la rive gauche de la Raab, Tavant- 
garde des Turcs chercha de nouveau à traverser le 
fleuve (29 juillet — 5 moharrem) ; mais ses efforts 
échouèrent encore une fob contre la bravoure des 
Impériaux. Deux jours après, les deux armées étaient 
en présence près du village de Saint-Gotthard, situé 
sur la rive droite de la Raab; celle du grand- vizir était 
campée du côté de Saint-Gotthard, et la Raab la sé- 
parait des Impériaux. Montecuccoli se prépara à la 
bataille désormais inévitable qui allait fixer le sort de 
la guerre , et rendit un ordre du jour divisé en qua- 
torze points, qui réglait à la fois Tordre dans lequel 
devaient se ranger Tinfanterie et la cavalerie, la hau- 
teur et la profondeur des lignes, la répartition de la 
cavalerie légère et de la grosse cavalerie, Tordre de la 
marche et la disposition des bagages '. Pendant ces 



SeriDwar, Segesd, Petit-Komorn, Beleczke, Egerwar, Kœnnend. Relation 
' deReninger, datée du camp de Saint-Gottbard, août 1664. 

V PurUi da osservùrsi délia bat^Ua, publicati a di trenta diJMglio 
1664. '^ 

12* 



i8o HISTOIRE 

préparatifs, une lettre du duc de Sagan, conçue en 
termes généraux , fournit au grand-vizir l'occasion 
d*entamer avec le résident impérial une quatrième 
négociation, semblable sur tous les points à celles qui 
avaient eu lieu précédemment à Belgrade, à Essek et 
à Ofen. Reninger fut donc mandé sous la tente du 
grand-vizir qui, pour ne donner aucun soupçon à ses 
troupes, avait appelé à. cette réunion tous les chefs de 
Tarmée ; lui-même se tint cadié derrière une tapis- 
serie. Les vizirs et beglerbegs, gouverneurs d*Ofen, 
de Haleb, de Damas, de Roumilie, d'ÂnatoIie, Taga 
des janissaires , celui des sipahis, le kiayab^ et le 
reïs-efendi, ouvrirent la conférence. Reninger com- 
mença par demander, au nom de l'Empereur, la dé- 
molition de Szekelhyd et celle de Saint-Job ; à cette 
proposition, tous les chefs musulmans partirent d'un 
éclat de rire; lorsqu'il réclama en outre la cession 
de Neuhaeusel, ils lui demandèrent en riant s'il avait 
jamais entendu dire que les Ottomans eussent cédé 
volontairement une conquête aux chrétiens. Enfin, 
lorsqu'il proposa d'élever une forteresse aux bords 
de la Waag , entre Neutra et Guta , pour mettre un 
terme aux incursions des Ottomans, Ismaïl-Pascha, 
gouverneur d'Ofen, et l'aga des janissaires, se levè- 
rent pour aller soumettre ces conditions au grand- 
vizir. Ce dernier parut alors au milieu de l'assemblée 
et posa son ultimatum au résident impérial. H lui 
déclara que la cession de NeuhaBUsel, la démolition 
de Szekelhyd et celle de Saint- Job étaient également - 
impossibles ; que l'élévation d'une forta^se sur la 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i8i 

rive droite de la Waag pourrait être accordée, mais 
dans le cas seulement où Tempereur s'engagerait à 
ne pas reconstruire Komom et Neu-Serinwar. Il ne 
pouvait rien promettre, ajouta-t-il, à Fégard de Neu- 
tra , car tout dépendait de la résistance de cette ville. 
Pour Babocsa et Berczencze , dont le résident avait 
demandé la non réédification, il répondit que ces deux 
villes, enfoncées dans les terres, ne pouvaient entrer 
en parallèle avec le Petit-Komorn et Serinwar, immé- 
diatement situés aux portés de Kanischa. Quant à re- 
nouveler la paix de Sitvatorok, il ne voulut pas en 
entendre parler; un autre traité devait être conclu sur 
les nouvelles bases que venait d'établir la victoire des 
armes ottomanes. Ainsi fut congédié Reninger : le 
lendemain (31 juillet — 7 moharrem), il écrivit son 
rapport à la cour de Vienne , et le soir , au moment 
où partait le courrier, l'avant-garde turque franchit 
laRaab'. 

Sur les frontières de la Hongrie et de la Styrie, au 
confluent de la Raab et de la Laufnitz qui sert de limite 
à ces deux pays , s'élève , non loin de la Raab , le 
couvent de Saint-Gotthard, habité par des religieux 
de Tordre de Citeaux, et célèbre à jamais dans l'his- 
toire par la grande bataille qui fut livrée sur la rive 
gauche du fleuve, et à laquelle il a donné son nom 
(1" août 1664). La Raab coupe une vallée fertile 
bornée des deux côtés par de petites collines, et dont 
la largeur sur la rive gauche (où se livra la bataille) 

■ Rapport de Reninger au camp de Saint-Gotthard. 



iSa HISTOIKE 

n'excède pas deux mille pas '. Â une lieae au-dessus de 
Saint^Gotthard et sur la riye droite , on découvre le 
village de Semiiig, et entre deux est situé le chétif vil- 
lage de Windfschdorf , qui alors était désigné sous le 
nom hongrois de Ciasfalou ^; en face et sur la rive 
gauche s'élève Moggersdorf , qui fut , à proprement 
parler, le centre de Faction. A Test, la plaine de la 
Raab est bornée par les hauteurs de Saint*Gotthard ; 
mais, à Touest , la vue s'étend au loin jusqu'à la crête de 
Hainfeld et celle de Gleichenberg, sentinelles avancée» 
des Alpes de la Haute-Slyrie, dont les lignes bleues 
apparaissent à l'horizon. Sur la rive droite de la Raab 
campait l'armée ottomane, sur la rive gauche, l'armée 
impériale. Les tentes du grand- vizir s'élevaient sur la 
colline qui domine Windischdorf ; celles des Impé* 
riaux étaient dressées en face , au [Hed des collines. 
En cet endroit, la Raab n'a pas plus de dix ou quinze 
pas de large , c'est-à-dire , la moitié moins qu'à son 
confluent avec la Laufnitz, dont le vcrfume d'eau est à 
peu près égal au sien. Entre Moggersdorf et Win- 
dischdorf, la Raab décrit sur sa rive droite ^ une 



' J'ai visité deux fois le champ de bataille de Saint-Gotlhard, et notam- 
ment le 17 octobre 1828 pour la seconde fois. Deg bords de la Raab à la 
chapelle de Moggersdorf, on compte quinze cents pas, et de cette chapelle 
au pied de la hauteur, sept cents : la colline a environ miUepas d'élé- 
Yation. 

a Rycaut dans KnoDes, II, p. 156. Ce village ne figure pas au plan des 
Armales militaires / Moggersdorf y est désigné sous le nom de Magers- 
dorff et Seming sous celui de Zaming, 

3 Dove Vacqua non più di dieci in dodici paîsi larga con tortuoso 
corso formava un angolo verso lui (il Vesiro) rientrante ed avcaUag' 
giosOé 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i83 

courbe rentrante , et sur ga rive gauche une courbe 
saillante, sinuosité qui facilitait à Tarmée turque le pas- 
sage du fleuve, car le feu croisé de Fennemi se trou- 
vait ainsi masqué par le rivage qui se recourbait des^ 
deux côtés à partir du point le plus extérieur de 
l'arc. 

Cette double sinuosité correspondsnt justement au 
«entre du camp impérial ; dans la nuit qui précéda la 
bataille , le grand-vizir avait fait amener sur ce point 
quinze pièces de campagne : quelques autres avaient 
été également disposées sur la hauteur qui dominait 
la plaine, et devaient protéger le passage de l'armée 
turque. Les troupes de l'empire, qui formaient le 
centre de l'armée chréti^ine, montrèrent dans cette 
circonstance une telle incurie que le mouvement des 
Turcs leur échappa entièrement. Ceux-ci commen- 
cèrent à effectuer leur passage et à se retrandier sur 
la rive gauche du fleuve. Le lendemain (1*^ août 
1664 — 8 moharrem 1075), à neuf heures du matin, 
le grand-vizir se dirigea avec ses troupes vers le gué 
qui se trouve au milieu de la courbe. Ismaïl-Pascha 
et trois cents sipahis passèrent les premiers, ayant 
chacun un janissaire en croupe. Ces derniers se re- 
tranchèrent aussitôt à Mog^ersdorf. Les troupes alle- 
mandes dont se composait le corps de bataille (car 
les Impériaux formaient l'aile droite et les Français 
l'aile gaudie) , placées vis-à-vis la courbe rentrante, 
plièrent au premier choc , et s'enfuirent dans un tel 
désordre que le comte de Waldeck mit l'épée dans les 
reins à plusieurs officiers, et que bien peu écoutèrent 



i84 mSTOIRE 

la voix du prince de Holstein ' , qui avait voulu par-* 
tager le commandement de la cavalerie avec le comte 
de Waldeck. Le général d'artillerie Fu^er tomba 
frappé d'une balle; le margrave de Durlach n'é- 
chappa à la mort qu'avec beaucoup de peine ; le mar- 
grave de Sulzbach ne put déterminer le régiment de 
Schmid à marcher sur l'ennemi ; le bataillon de Nas- 
sau fut taillé en (ûèces , Nassau lui-même fut tué et 
Schmid blessé dans l'action. Les Turcs, en possession 
de Moggersdorf , n'étaient pas à une portée de pis- 
tolet des tentes allemandes et de celles du margrave 
de Bade. Déjà les Ottomans se considéraient comme 
vainqueurs , lorsque les ailes de l'armée impériale 
relevèrent la bataille. A la tête de son régiment , le 
prince Charles de Loiraine, préludant à ses exploits 
futurs, tua de sa propre main le commandant de 
la garde personnelle du grand-vizir, et les Ottomans 
furent repoussés dans l'arc décrit par la Raab. Mog- 
gersdorf fut repris et brûlé : tout le poids de l'at- 
taque porta sur le centre de l'armée chrétienne. Mon- 
tecuccoli , abandonnant l'aile droite , vola au secours 
de ses alliés avec les régimens de Sparr, de Tasso, de 
Lorraine et de Schneidau, prit les Turcs en flanc et 
les força à repasser le fleuve. Les janissaires, qui s'é- 
taient jetés dans les maisons du village, poussèrent la 
fermeté au point de se laisser consumer par les flam- 
mes plutôt que de se rendre ^. Comme cependant 

I Voir Ortelius, p. 338, le Mémoire de Rinteln et la RéUaion de Mon- 
tecuccoli dans les Annales militaires, 1818, cahier XV, p. 359. 
^ OstinazUmedegnadirifless^ioneed'ammirazione, 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i85 

rarmée turque continuait à passer le fleuve, Monte- 
caccoli envoya dire au comte de Goligny, général des 
troupes françaises , que le moment était venu de lui 
prêter main forte. Ce dernier lui envoya aussitôt mille 
hommes d'infanterie et quatre escadrons de cavalerie, 
commandés par le duc de La Feuillade et Beauvezé. 
Les régimens d'infanterie impériale Spick ' et Pio, et 
le régiment de cavalerie Rappach, qui marchaient à 
leur suite, rétablirent la bataille. Lorsque Kœprilû vit 
arriver les Français sous les ordres de La Feuillade, 
il s'écria à l'aspect de leurs perruques poudrées : 
« Quelles sont ces jeunes filles? r> Mais les jeunes filles 
dont il parlait, sans se laisser intimider par le formi- 
dable cri d'Allah! s'élancèrent sur les Turcs en criant 
à leur tour : Allons! allons! tue! tue ! * Ceux des 
janissaires qui eurent le bonheur d'échapper au car- 
nage se rappelaient encore, après de longues années, 
ce cvi: Allons! allons! tue! tue! et le nom de Fouladi 
(l'homme d'acier), sous lequel ils désignaient le duc 
de La Feuillade ^ 

Enfin, vers midi, les Ottomans firent mine de 
vouldr attaquer les ailes de l'armée ennemie : quatre 
grands corps de cavalerie irrégulière passèrent la Raab 
et fondirent sur l'aile droite (les troupes impériales) ; 



I Et non Spilik, comme dans Montecuccoli. 

a Du Vigneau, p. 113. 

3 Du Vigneau, État présent deV empire ottùman,^, 117. Cette dénomi- 
nation est la meiDeure réponse à la critique de Senkovski, suivant lequel 
Favladi (l'homme d'acier) ne serait pas un surnom comme Foulod^ acier. 
Abuveau Jowmat cuiatique, t« II, p. 59. 



i86 HISTOIRE 

trois entamèrent TaOe gauche (les troupes françaises) ; 
en même temps, trois grandes masses de cavalerie ré- 
gulière se groupèrent en-deçà de la Raab et en face du 
corps de bataille, pour assaillir les troupes de la con- 
fédération allemande, tandis que les janissaires se re- 
tranchaient aux bords du fleuve. Ces divers mouve- 
mens facilitent à un autre corps de cavalerie turque le 
passage de la Raab à une demi*lieue au-dessus de l'en- 
droit où le terrain est le plus vivement disputé ; un 
cinquième corps se dispose à franchir la rivière au- 
dessous^ en sorte que Tarmée impériale court le danger 
imminent de se voir prise eptre deux feux. A Taile 
droite, les rumens de cavalerie Spork et Montecuc- 
coli ; à l'aile gauche, les Français se précipitent pour 
arrêter le passage des Turcs ; au centre, Montecuccoli, 
entouré de tous les généraux, arrête le plan, d'une at* 
taque générale. Déjà quelques-uns songeaient à battre 
en retraite, déjà les Français et les troupes de l'Empire 
avaient plié bagages, lorsque le général en chef leur 
démontre qu'une attaque prompte et en masse est dés- 
ormais leur seul moyen de salut. Vaincre ou mourir, 
tel fut le mot d'ordre donné par Montecuccoli aux 
chefs de l'armée, et par ceux-ci aux troupes qu'ils 
commandaient. Le général de cavalerie, Jean Spork, 
qui ne savait ni lire ni écrire, mais que son héroïque 
bravoure faisait comparer à TÂjax d'Homère ', se 



I Voir ce qui est relatif au oomte Jean de Spork dans les Ârmàlei mt- 
litaires, 1S20, cahier VIII, p. 211. Devenu comte et ayant beaucoup de 
peine à écrire son non? , il signait toujours Spork comte au lieu de eom4e 
Spork j car, disait-il, il avait été Spork avant d'être comte. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 187 

prosterna à terre la tête nué et dit à haute voix : « Pois- 
» sant généralissime qui es là-haut, si tu ne veux pa» 
» secourir en ce jqur les chrétiens, tes ^ifans, du 
» moins ne viens pas en aide à ces chiens d'Ottomans, 
» et tout à Fheure tu riras bien. » 

Aussitôt on sonna la charge. Une immense accla- 
mation s'éleva des rangs impériaux , et déconcerta les 
Turcs habitués eux-mêmes à terrifier Tennemi en 
criant Allah! ' A Vaile droite, étaient placés les ré* 
gimens de Spick , de Pio , de Tasso , de Schneidau ^ 
de Lorraine et de Rappach ; à Taile gauche les Fran- 
çais, et au centre les troupes allemandes. Toute cette 
ligne, repliée en forme de croissant, attaque simulta- 
nément Tannée ennemie et la refoule dans la demi-lune 
formée par la courbe du fleuve. Janissaires, sipabis, 
Albanais sont précipités péle-méle dans les flots de la 
Raab. Plus de dix mille Turcs sont tués ou noyés, et 
dans ce nombre le gouverneur de Bosnie, Ismaïl- 
Pascha [ni], beau-frère du Sultan, Taga des janissaires, 
celui des sipahis, trente agas et Técuyer cki grand- 
vizir, enfin l'alaïbeg de Kaniscba, Fethibegzadé ^, ce 
G^rba, ce renégat hongrois, qui avait conduit l'armée 
turque à sa ruine et qui devait y être enveloppé. Le 
carnage dura jusqu'à quatre heures du soir. Trente 
mille cavaliers qui, sur l'autre bord du fleuve, étaient 
restés paisibles spectateurs du combat, prirent la fuite, 
abandonnant les quinze canons mis en batterie sur 

I AUa foggia dei harbari coW arte loro deluzi, Montecaccoli, p. 85. 
3 Le Rapport de ReniDger est d'accord sur ce point avec le Djewahiret, 
p. 190. 



i88 HISTOIRE 

cette rive par ordre du grand-vizir. Ces canons et qua- 
rante drapeaux furent les trophées de la bataille. Les 
chrétiens recueillirent aussi une abondante moisson 
de harnais d'or et d'argent, de sabres et de poignards 
ornés de pierreries, de vétemens et de coupes somp- 
tueuses, précieux souvenirs de la victoire. Le lende* 
main matin , Montecuccoli rendit grâces au Dieu des 
armées et à la Vierge sainte, et fit chanter solennelle- 
ment rhymne : Seigneur, nous te louons! au lieu 
même où fut élevée la diapelle qui subsiste encore 
aujourd'hui, en commémoration de la victoire la plus 
signalée [iv] que les troupes chrétiennes eussent rem- 
portée sur les Turcs depuis trois cents ans; et si 
le champ de bataille où les Serviens et les Hongrois 
furent vaincus par l'armée ottomane, trois cents an- 
nées auparavant [v], a été appelé la défaite des Ser- 
viens, la plaine de Saint-Gotthard , aux bords de la 
Raab, peut bien aussi à juste titre être surnommée la 
déroute des Turcs ; il faut remarquer également que 
le nom de la mère de Dieu fut mêlé à chacune des 
deux actions. La chapelle de Mariazell a été fondée 
après l'échec essuyé p&r les Turcs sur les rives de 
la Marizza, et Montecuccoli remercia la sainte Vierge 
après la victoire de Saint-Gotthard '. C'est de la ba- 
taille de Keretztes que datent les séditions et les trou- 
bles intérieurs qui hâtèrent la décadence de l'em- 
pire ottoman, et c'est après la bataille de la Raab que 
s'ouvrit cette guerre contre Venise , la Pologne , la 

I Jkûla implorata intereessione deUa tanotiisima vergine ioUeeitata» 
Montecuccoli, p. 88. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 189 

Russie, reprise et continuée dix-sept ans contre FAu- 
triche, et à laquelle mit un terme la paix de Carlowitz 
qui marqua le dépérissement de l'empire ottoman. 
Cette bataille mémorable , sinon par le nombre des 
morts et par ses résultats , car la paix qui s'ensuivit 
ne changea presque rien à la face des affaires, mais 
parce qu'elle mit un terme aux succès des Turcs con- 
tre les chrétiens , fut livrée le 1 " août , c'est-à-dire , 
le même jour que les deux célèbres batailles navales 
d'Actium et d'Âboukir. 

Après sa défaite , le grand-vizir était venu camper 
à Vasvar ou Eisenbourg où il signa, le 1 août 1 664, 
un traité de paix en dix articles ; trois jours après, les 
expéditions de ce traité furent mystérieusement échan- 
gés ' en attendant que sa ratification par l'Empereur 
terminât les hostilités. Cette paix n'était rien moins 
qu'un renouvellement de celle de Sitvatorok, dont 
le grand- vizir n*avait pas voulu entendre parler. La 
Transylvanie devait être évacuée aussi bien par les 
troupes impériales que par celles de la Porte. Apafy, 
reconnu en qualité de prince de Transylvanie par 
l'Empereur et par le Sultan, devait payer à ce dernier 
le tribut habituel. Quant aux sept palatinats hongrois 
compris entre la Theiss et la Transylvanie , il devait 
en revenir trois à l'Empereur , et la Porte s'en ré- 
servait quatre enlevés à Rakoczy. Novigrad et Neu- 
haBusel restaient entre les mains du Sultan , et Sze- 
kelhyd au pouvoir de l'empereur. Ce dernier était 

> Au camp situé non Ion de MarzeUi, 14 août. Rapport de Reninger. 
Le kiaya seul avait été mis dans la confidence de cette paix. 



igo HISTOIRE 

libre de fortifier en retour Lewenz, Schinfa, Guta, 
Neutra , et d'élever une forteresse sur la Waag entre 
ces deux dernières villes. Les habitans du pays qui 
s'étend sur les rives de la Gran et de la Waag, depuis 
Neutra jusqu'à la Mardi, et les heiduques libres ne 
devaient pas être forcés de reconnaître la souveraineté 
ottomane y et les incursions devaient cesser de part et 
d'autre. Il était défendu à l'Autriche de relever Neu- 
Serinwar, et la paix devait être ratifiée par un échange 
d'ambassadeurs et de présens dont la valeur serait au 
moins de deux cent mille florins ' . Toutes les clauses 
des précédens traités qui n'étaient point abrogées par 
celui de Vasvar continuaient d'être obligatoires. En 
résumé et malgré la brillante victoire ide Saint-Got- 
thard , cette paix fut beaucoup plus avantageuse à la 
Porté qu'à l'Autriche , car elle enlevait à cette der- 
nière puissance non seulement Serinwar , objet de la 
guerre, mais l'importante forteresse d'Ujwar, une 
des clefs du royaume de Hongrie. 

Le grand-vizir s'était porté à Neuhaeusel d'où il 
comptait se diriger sur Neutra, lorsqu'il reçut de 
Vienne la ratification du traité (27 septembre 1 664) ; 
force lui fut de ramener ses troupes dans leurs quar- 
tiers d'hiver. Reninger ^, qui lui remit en audience 



I En latin florini, en turc karagrousch; cette monnaie valait trente oo 
quarante aspres de moins qu'un reiscMhcHer o\ï heyazffrousch, Legrousch 
noir des Turcs avait donc la valeur d'un florin : le grousch blanc équivalait au 
thaler. Rapport de Reninger du 15 août 1664, daté du camp de Weitzen. 

a HappoTt de Reninger en date du 1^ octobre 1664 sur cette audience 
solennelle , et Traduxione (^eïla rati/icaziom di S. Maometto IV, délia 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 191 

solennelle une expédition du traité approuvée par 
TEmpereur, reçut en présent une fourrure d'honneur 
et un cheval richement harnaché ^ Ce fut le kapidji 
Yousouf qui porta à Vienne, accompagné d'une suite 
nombreuse , l'autre copie du traité également ratifiée 
par le Sultan ^. 

Vers la fin d'ocU^re, le grand- vizir leva le camp, 
et établit son quartier d'hiver à Belgrade (SS octobre 
1664 — 1" rebioul-akhir 1075). Le fils du tatar- 
khan reçut une fourrure de zibeline, un sabre et un 
carquois d'or. Les Tatares avaient rendu de grands 
services à l'armée ottomane, surtout pendant le trajet 
de Saint-Grotthard à Stouhlweissenbourg, où ils avaient 
attelé plusieurs centaines de chevaux aux canons, sur 
le pdnt de rester enfouis dans les marais. Le grand- 
vizir leur fit distribuer deux mille écus au lion. D'Ofen, 
la tête du beglerbeg d'Adana, Tschatrapatraoghli Ali- 
Pasdia , fut envoyée à Constantinople ; le gouverne- 

pace fatta nel eampo iutco a Vasvar 10 Agostp, et dans YTrucha du 
reïs-efendi Mohammed, no 6. 

X Montecuccoli l'appelle Reiniger, et l'historien de Kœprilû Ahmed, 
Tauteur du Djewahiretj lui donne même, p. 195, le nom de Doukaginf 

a Raschid, f. 22. Il transcrit également les deux expéditions du traité 
raUfiées par l'empereur (f. 22) et par la Porte (f. 25) ; mais il faut en cher- 
cher les articles dans Vlnscha du reïs-efendi Mohammed. On trouve aussi 
dans Rasdûd, f. 21, la lettre adressée à l'empereur par Reninger au sujet 
de la si^ature du traité par le grand-vizir. Cette lettre figure pareillement 
dans le Djewahiret, p. 186, avec un traité de paix en dix articles, non pas 
celui qui fut signé à Vasvar, mais un autre qui fut proposé par Reninger 
avant la bataille de SainUGotthard , et que le Ljewahiret désigne à tort 
comme ayant été accepté avant cette bataille. Les neuf articles de la paix de 
Vasvar donnés par Rycaut, p. 160, ne sont pas exacts. C'est Dumont qui 
nous en a transmis le véritable texte. 



192 HISTOIRE 

ment de cette ville fut confié à Gourdji Mohammed- 
Pascha, et celui de Haleb à son prédécesseur Hou- 
srïn. 

Lorsqu'on apprit à Andrinople que le grand-vizir 
était aux bords de la Raab , le Sultan décida que la 
ville serait illuminée pendant une semaine; mais le 
troisième jour, on apprit la défaite de Saint-Gotthard, 
qui mit un terme aux réjouissances. 

Le Sultan n'en continua pas moins à tuer le temps 
par mille fantaisies et à satisfaire son goût pour la 
chasse. Un jour qu'il se livrait à cet exercice aux envi- 
rons du village de Tschœlmek ' , au lieu de bétes fau- 
ves, il trouva des cadavres sur son passage, et enleva 
au bostandji-baschi d' Andrinople le titre de surin- 
tendant des forêts dont il était revêtu. Deux chefs de 
brigands anatoliens, Kemantschedjoghli et Berzendji- 
Arab, furent saisis et amenés à Andrinople; on leur 
introduisit des torches allumées entre la peau et la 
chair, et ils furent ainsi brûlés vifs. 

Aussitôt après la conclusion du traité de Vasvar, le 
grand-vizir s'empressa de l'envoyer à Constantinople 
où il fut ratifié sur-le-champ. Pour eflFacer le souvenir 
du désastre qui avait terminé la campagne, une partie 
de chasse fut projetée aux environs de Yanboli ; le kaï- 
makam KaraMoustafa, beau-frère du grand- vizir, fut 
choisi pour accompagner le Sultan dans cette excur- 
sion : en son absence, les fonctions de kaïmakam furent 
confiées au vizir Yousouf. Comme l'histoire ottomane, 

I Rycaut; p. 151; désigne ce village sous le nom de ChUmUicMt. 



DE L'EMPIIΠOTTOMAN. 195 

et particulièrement celle de Mobainmed IV, qui , en 
sa qualité de chasseur intrépide, marcha sur les traces 
de son aïeul Bayezid Yildirim , enregistre les parties 
de chasse du Sultan avec le même soin que s'il s'a- 
gissait de campagnes véritables, qu'il nous soit per- 
mis de suivre Mohammed à celle de Yanboli : car 
notre but n'est point de faire assister le lecteur à la 
destruction des bêtes fauves , mais de faire avec lui 
une reconnaissance géographique aux bords de la 

Toundja. 
Le Sultan sortit d'Andrinople par la porte Tekké : 

le kaïmakam et le moufti l'accompagnèrent jusqu'à 
Taschlik , où il les congédia après leur avoir donné 
des vêtemens d'honneur. II passa la première nuit à 
Tschœlmekkœï (26 octobre i 664 — 5 rd)ioul-akhir 
1075), dans son nouveau palais, et les trois autres à 
Degirmend^^si , à Kizilaghadj - Yenidjé et à Fiindû- 
klù ; là , onze têtes de brigands anatoliens , apparte- 
nant à la bande de Siwribouloukbaschi , roulèrent 
devant la tente impériale. Le quatrième jour (30 oc- 
tobre 1664 — 9 rebioul-akhir 1075), il descendit à 
Yanboli au serai des princes tatares, qui y étaient gar- 
dés en otage , et du reste honorablement traités ; ils^ 
en sortaient pour monter sur le trône de Crimée, 
et revenaient y chercher un asile après leur dédiéance. 
A Yanboli , le Sultan se montra à la fois humain et 
rigoureux, en ce sens qu'il fit remettre cinq mille 
aspres à un pauvre homme dont la maison venait 
d'être incendiée, et fit pendre, malgré l'intercession 
du kaïmakam ^ un valet d'écurie pour quelques bru- 

T. XI. l3 



ig4 HKTOIRE 

talités envers les animaux confiés à ses soins. « Tu es- 
ly Tizir, dk-il au kaïmakam, et la prière d'un vizir esË 
I» toulours esaucée ; mais aujourd'hui^ par Dieu ! elle 
)» né le sera pas. y> Le grand- viair lui ayant annoncé 
qu'il se rendait au quartier d'hiver de Belgrade, il lut 
adressa une lettre de sa main avec une founrure et un 
sabre d'honneur. L^ sixième jour qui suivit son ar- 
rivée à Yaid)6li (6 nov^abre 1664 t- 16 relrioul- 
âkhir 1075), comme il s'amusait à voir ses page», 
lancer le djirid, le kaïmakam lui annonça que les têtes 
des brigands qui désolaient T Asie-Mineure et avaient 
pour chef Kourd Hàsan, venaient de lui être expé- 
diées des environs d'Yenisôhehr : en récompense, il 
donna des kaftans au porteur. 

Quatre jours après (1 novembre 1 664 — 20 re- 
bioul-akhit* 1075), commença la grande battue dans 
les landes de Taousli , où le St^ltan , après avoir pro- 
longé son excursion jusqu'à Ismifa, revint le soir en 
chassant. Le kaifmakam, qui avait été assez heureuse 
pour l'accompagner, reçut une peau de zS)elineet 
prit place au banquet impérial (12 novembre 1664-^ 
22 rebiotil-akhir 1075). Le surlendemain, le Sultan 
partit pendant la nuit, avant le lever de la lune, au son 
des trompettes et des timbales , fit la prière du matin 
à Seïrandjik et ialla se baigner dans les eaux thermale!» 
d'Àïdos. Après avoir exploré tout le pays, il revint à 
Yanboîi (1 9novembre 1 664 — 29 rebioul-afchir 1 07 5). 
Là , il condamna le kiaya du serai à recevoir mille coups 
de bâton sur la plante des pieds. Cette sévérité inusitée 
du Sultan doit être attribuée à l'exaspération qui s-em- 



DE L'EMPfllE OTTOMAN. ij)5 

para de 1^, en apprenant que, sans autorisation, le 
Jdaya avait osé chasser pour son propre compte. 

Le lendemain, le kaïmakam lui apprit quelemou- 
tesellim de Selefké s'était emparé du fameux chef de 
bande Erdehanoghli , et le lui avait envoyé avec un 
aiitre brigand : le supplice fut remis au lendemain 
(20 novembre 1664 — 1*' djemazioul-ewv^el 1075). 
Le Sultan voulut y assister. Dans cette exécution la 
peau du malheureux Erdehanoghli fut tailladée en tous 
sens ; on lui introduisit au défaut de Tépaule des tpr- 
ches auxquelles ou mit ensuite le feu. Son compagnon 
allait éprouver le même sort, lorsque le kaïmakam 
protesta de son innocence ; car, dit-il , Erdehanoghli 
lui-même avait déclaré que, le jour où il fut pris, cet 
homme qu'il ne connaissait nullement lui avait été 
amené de force. Le Sultan ordonna qu'il fût conduit 
à Andrinople, et tenu' sous bonne garde jusqu'à ce 
qu'un fetwa du moufti eût fait connaître s'il n'y avait 
pas lieu d'exécuter un homme trouvé en compagnie 
d'un brigand (21 novembre 1 664 — 2 djemazioul- 
ewwel 1 075). Il fit la prière du vendredi dans la mos- 
quée de Seïrandjik, ceuvre de Souleïman-le-Grand. 
Le jour d'après, il chassa à Sarikiz , et enfin , après 
une chasse dç vingt-cinq jours aux environs de Yan- 
boli et cinq haltes nocturnes à Osroanli, Pascha-Kœyi, 
Dérékœyi, et à Kara Hanzalù, il se rendit à Kirkki- 
lise. Ck>fnme la mosquée (^e ce lieu , constituée wakf 
(fonds religieux), tombait en ruines, il recommanda 
au kizlaraga de veiller plus attentivement à son en- 
trelien , et il la pourvut de tapis, de lampes et de 



i.'i' 



igô HISTOIRE 

candélabres. Ce fut là que le nouveau favori, Mous- 
tafa, lui offrit deux magnifiques coursiers arabes et un 
troisième de race différente , tous richement hama- 
diés : il reçut en échange une peau de zibeline et un 
simple kaftan. 

De retour à Andrinople (24 novembre 1664 — 
5 djemazioul-ewwel 1075), le premier acte du Sultan 
fut de nommer , sur la proposition du grand-vizir, 
Kara Mohammedaga, l'ancien odabaschi des bostan- 
djis, ambassadeur à Vienne et beglerbeg de Roumilie : 
il lui accorda en même temps une somme de huit 
cent mille aspres pour l'aider à soutenir Téclat de 
son rang. Le nouveau diplomate fut admis à baiser la 
main du Sultan ' et reçut Tordre de partir immédia- 
tement (30 janvier 1665— 13 redjeb 1075). Il fut 
chargé de remettre en présent à l'empereur un pa- 
nache de héron avec une aigrette en diamans , une 
grande tente soutenue par un seul pilier, vingt tapis, 
dont cinq de Perse, cent pièces de mousseline, quatre- 
vingts pièces d'étoffe , deux livres et demie d'ambre, 
douze dievaux de main , et deux autres avec tout le 
harnachement usité aux galas du diwan. La suite se 
composait de cent cinquante personnes, dont cinquante 
fonctionnaires. 

On y remarquait surtout le célèbre voyageur Ew- 
lia, qui depuis quitta Vienne pour continuer ses 
voyages , visita Dunkerque , Amsterdam , le Dane- 

I Âbdi, f. 43, et Raschid, ï, f. 23, disent assez légèrement que ce fîit 
le 13 du mois précité ; mais le dernier mois qa'ils citent est celui de djem* 
azioul-akhir. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 197 

mark, la Suède, la Bohême, la Polc^e, la Russie, 
la Crimée, et revint à Constantinople après avoir été 
trois ans et demi absent ' . 

Àvaùt de décrire l'échange des plénipotentiaires qui 
eut lieu entre la Porte et l'Autriche un an après la con- 
clusion du traité de Vasvar, et leur entrée pompeuse 
à Vienne et àConstaninopIe, qui fut considérée comme 
la ratification définitive de ce traité, quelques événe- 
mens dignes de remarque , survenus dans Tintérieur 
de l'empire pendant la dernière année de la guerre et 
la première année qui la suivit , nous semblent mé- 
riter une courte mention. Le plus grave fut, sans con- 
tredit, une révolte de troupes qui éclata au Kaire, et 
dont nous allons faire connaître l'origine^ 

Le beg de Djidda, Mohammed , envoyé précédem- 
ment à Constantinople pour rendre compte de sa con- 
duite y en était revenu avec le nouveau gouverneur » 
Omer-Pascha , auquel il avait été adjoint comme def- 
terdar d'Egypte; en cette qualité , il exerçait un pou- 
voir sans bornes sur le pascha lui-même, qui ne pou- 
vait se soustraire à sa tyrannie. Ce dernier imagina 
de se concerter avec Oweïsbeg sur les moyens de 

1 Ewlia, I, f. 93, dit avoir visité l'Aneinagne , Dankerque et le 
Danemark, mum cTune patente impériale, puis Amsterdam, la Suéde, 
la Bohème > la Pologne , jusqu'à Gracovie. Il ajoute qu'il traversa le Dnie» 
per, prés du gué de Toghan Getschid; puis qu'il franchit les steppes pour 
se rendre en Russie, et notamment à Azov, en compagnie de ranU)assa- 
deur russe; de-là en Crimée, où le khan Tschoban-Ghira! le combh de 
présens, et revint à Constantinople avec Ak-filohammed par Vienne, Prague 
et Landshut (Londskat) , où il eut avec les prêtres de longs entretiens sur 
le sort du malheureux Djem et la parenté qui existait entre les sultans et 
fes rois de France, 



198 HISTOIRE 

secouer un joug si onéreux. Oweïs , qui avait été 
scieur de bois au serai, était venu en Egypte avec 
l'eunuque Nezir, lorsque ce dernier fut expulsé du 
palais impérial. Dix mille ducats que Nezir lui confia 
en dépôt et qu'il garda , avaient été la base de sa for- 
tune. Il avait su devenir aga des silihdars, et prenait, 
en sa qualité de b^, une part active à l'administration 
du Kaire. Il conseilla au pascha d'éloigner le defter* 
dar , en lui conférant le gouvernement de Djidda. 
Ce dernier ameuta plusieurs chefs et se présenta 
avec eux au diwan, où il réclama le droit du sang 
contre Oweïs, sous prétexte qu'un de ses frères 
d'armes nommé Osman avait été massacré par ce beg. 
Oweïs allégua en vain pour sa défense quil avait eu 
cet Osman pour esclave. Les agas des troupes révoltées 
forcèrent le gouverneur à porter contre Oweïs une 
sentence de mort. Deux kiayas furent blessés par les 
mutins, puis étranglés, et un troisième banni, tou- 
jours en vertu de condamnations rendues par le gou- 
verneur à son corps défendant. Sur le rapport qui 
lui fut adressé à ce sujet, le Sultan ordonna par un 
khattischérif que justice eût son cours. Le gouverneur 
manda auprès de lui le jeune Mahmoud, favori de 
Mohammed , et invita ce dernier à venir lui parler 
sans témoins (â septembre 166S — â1 sàfer 1076). 
Mohammed vint avec Mahmoud ; le gouverneur leur 
offrit la pipe , le café et le sorbet ; mais au moment 
où ils prenaient congé, ils furent taillés en pièces par 
îes gens du pascha. 

A cette nouvelle, les agas réunirent leurs soldats , 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 199 

"^u nombre de nulle Ibommes, âsaos la mosquée du sul- 
tan Hasa» ; de là ils mandèrent aux begs de renverser 
le pasoha et d'élever Tun d'entre eux à la dignité de 
laïmakam. Les begs s'y refusèrent d'abord, et enfin 
dirent aux agas qu'ils eussent à renverser le pasdba , 
et qu'alors le kajfmakam se trouverait sans peine. Les 
agas allèrent donc trouver le pascha, qui, pour sa jus- 
tificalioii, produisît le Miattisehérif . A cette vue, ils se 
refirèrent avec une apparence de soumission; mms, 
quatre jours après , ils se retranchèrent à la porte de 
Fer, dmis la mosquée de Moeïyed. De son côté , le 
pas€^ assembla au diwan ses vingt-quatre begs, leur 
donna lecture du khattischérif impérial , et les troupes 
farait sommées de livrer les cinq principaux meneurs. 
La réponse fut : « Nous périrons tous avant de faire <;e 
» cpi'on nous demande.» Bakladji Mobammedbeg fut 
envoyé contre les rd^^les, et reçut, à cette occasion, 
le titre de serdar; il attaqua la mosquée du sultan 
Moeïyed de quatre côtés à la fois, fit amener des ca- 
nons à la porte Souv^eîla, et la battit en brèche. Les 
rd^dles caj^tulèrent. Ceux dont Texécutiou avsdt paru 
nécessaire, furent saisie , décapités, et leurs tètes en- 
voyées à k POTte. Soulfikar, un des premiers begs qui 
avsœnt pris part au soulèvement , fut envoyé vivant 
à Ccttistantinoide, où l'intereesn^on du kaïmakun lui^ 
métee ne put lui éviter une sentence de mort 

Les habîlans de Chypre avaiait réclamé contre les 
in|adtk:es de leur gouverneur, Ibralum-Pascha. Le 
chambellan qui fut envoyé daas Tile pour y feire une 
enquête, rencK im n^port favoraUeà ce dernier; 



200 HISTOIRE 

mais le juge d'Âtalia prouva qu'il s'était trompé. Ibra- 
bim-Pascha fut rappelé à Andrinople , emprisonné 
dans l'appartement du bourreau, entre les deux pw- 
tes du serai, et enfin livré aux mains de l'exécuteur. 
Le gouvernement de son successeur, Derzi Ibrahim-^ 
Pascha, excita de nouveau les plaintes des habitans et 
du juge de Chypre. Mais le grand-écuyer (baschzi- 
lakhschor) chargé de Tenquéte s'étant prononcé en 
faveur du pascha , ce dernier sortit de prison et fut 
remplacé par un des begs de la flotte, Âbdoulkadir. 
Les habitans furent condamnés à une amende de 
trente-six mille piastres, dont la moitié tomba à la 
charge des troupes de Tile, et l'autre moitié à celle des 
habitans. 

Les mêmes faits se reproduisirent à Khios , où le 
kaïmakam- pascha envoya un commissaire chaîné 
d'examiner les griefs des habitans contre leur gou- 
verneur. Suivant le désir du pascha , le commissaire 
fit incarcérer le molla de Tile. Mais un second com- 
missaire d'enquête ayant rendu compte de la suspen- 
sion du molla, le premier fut, à son retour, con- 
damné à mort et étranglé par l'ordre du Sultan. 

Un dififérend survenu à Khios entre les Grecs et les 
Latins fournit au kaïmakam Kara Moustafa une excel- 
lente occasion de satisfaire sa cupidité. Ignace Néo- 
khori , métropolitain grec de Khios , naturel de cette 
île, homme adroit et astucieux, obtint un ordre de la 
Porte qui retirait à l'évéque catholique de Khios toute 
sa juridiction pour l'attribuer en entier au métropoli- 
tain , et dépouillait les catholiques de leurs églises en 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. aoi 

îavear de la religion grecque. L'évéque catholique 
partit , accompagné de dix prêtres , pour aller expo- 
ser ses griefs à la Porte ; mais comme il prit la route 
la plus longue, celle de Constantinople, le métropoli- 
tain le devança à Ândrinople , où il calomnia les ca- 
tholiques et les représenta comme secrètement alliés 
aux Vénitiens. Le kaifmakam Kara Moustafa profita de 
cette circonstance pour extorquer aux grecs quatre 
mille écus et aux catholiques sept mille, en faisant 
espérer aux tins et aux autres une décision favora- 
ble. Au diwan, il promit à la fois des églises aux 
grecs et aux catholiques ; mais , dans sa dépêche au 
pascha et au molla de Khios, il représenta comme 
douteux les résultats d'une enquête ultérieure, et plus 
tard il leur intima Tordre de mettre les grecs en 
possession de celles des églises catholiques qui n'ap- 
partenaient pas à ce culte depuis plus de soixante ans 
(1 665). Les catholiques perdirent ainsi plus desoixante 
églises. 

Pendant la guerre de Hongrie et Tannée qui la. sui- 
vit , Thydre barbaresque avait voulu dresser une de 
ses têtes, la plus puissante et la plus turbulente des 
trois; nous voulons parler de la régence d'Alger; 
mais la France lui infligea, pour cette tentative, un chà« 
timent bien mérité. Alger, Tunis et Tripoli avaient 
conclu iavec l'Angleterre , sous l'approbation de la 
Porte, un traité qui autorissdt la seconde de ces puis- 
sances « à châtier les Algériens dans le cas où ils man- 
» queraient à leurs engagemens, sans que cette puni- 
»> tion nuisît en rien à la bonne harmonie qui régnait 



loa HISTOIRE 

n entre k Porte et TAngleterre, » preuve convaincante 
de r^lroitterie de ces brigands ^ de la faiblesse de la 
Porte. Rycant, consul- général anglais à Smynie, avait 
apporté à Alger, à Tufris et à Tripoli, la ratification du 
traité oondv avec ces trois nids dé pirates. Mais , à 
A^r, lediwan refssa de reconnaître ce principe de 
droit noaritiûie consacré en Angleterre , qu'à bord 
d un navire libre il ne peut être porté aucune atteinte 
à la pi^priété (1663). C'est dans ce sens que le dey 
d'Alger répondit au roi d'An^terre, et deux ans 
î^rès les hostilités furent reprises entre cei^ deux 
États. 

Mais Alger eut à soutenir une guerre plus sérieuse 
coitfre la Fnmce, qui s'hait maintenue dans les meil- 
leurs termes avec cette régence jusqu'aux premières 
années du dix-septième siècle; elle était même la seule 
puissance maritime qui possédât quelques emplace- 
mens sur la côte septentrionsde du territoire algérien, 
entre autres le bastion de France et plusieurs parcelles 
de torrdn aux caps Negro, di Ro^ et à la Galle. Mais 
les hostilités , long^temps suspendues par un traité de 
paix dont la Porte s'était rendue médiatrice (1698), 
éclatèrent de nouveau; et, dans les premières années 
du règne d'Ibrahiâi, les Algériens captuirèreiit quatre- 
vingts et qudques bâtimens français , dont la valeur 
s'élevait à plus de quatre millions. Le corsaire Ali Pi- 
cenino s'empara du bastion de 'France, et tous les ha- 
Mtans de ce fort, au nombre de trois cent soixante* 
dis, furent ettlmenés comme esclaves à Alger, où ils 
ne tardèrent* pas à recouvrer leur liberté, en vertu du 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 2ù5 

traité condu entre Alger et la France danâ le cours de 
cette m^e année (1 640). 

Depuis le commencement da dh-fieptième siècle, 
les pirates algériens avaient poussé au loin leurs courses 
maritimes ; on les avait vus débarquer à Madère, en 
Irlande et même en Islande. De la première de ces 
trois tles, ils avaient emmené douze cents esclaves, dé 
h deuxième quatre cents, et de la troisième deux ceM 
soixante-treize. Le nombre des esdaVes chrétiens dé- 
tenus dans rÉtat d'Alger flottait continuelleméUt en- 
tre àix et vingt mille. Quarante ou cinquante "bâti- 
mens, armés d'un pareil nombre de boucheis à iêà , 
montés chacun par frois où quatre céilti^ ^hsttës , 
composaient ta marine algériéniie. Lés Hollandais qui 
tombaient au pouvoir de ées forbans ^^diéhl pendus 
pour la plupart; les Espagnols brûlée à petit feu en 
expiation des âuto-da-fé ; ceux dont ils ^argn^rieixt 
la vie subissaient les plus affreux traitémens. Lés ^flo^tés 
anglaise et hollandaise, commandées par Black et 
RuVtér, forcèrent Alger et Tuîlis à relâcher ceùi dé 
leurs compatriotes qbi languissaient àtb: bagtfes cfe 
ces deul villes (1665). îRuy ter donna la châsse à 
tous les corsaires d'Alger, de Tunis, de THpoH et de 
Tétouan; mais le mauvais temps Pempêcha d'ittéén- 
dierla flotte ennemie dans le port d'Alger, commé^fl 
en avait conçu le projet (1662). La paix shréc la Hol- 
lande précéda d'un an le traité conclu avec l'Angle- 
terre que nous venons de rappeler, et dbrit hotîs àvotis 
parlé beaucoup plus haut. La Hollande avait proposé 
àrEspagne, à la France età rAnglétérre,^de^S" aisociér 



2o4 HISTOIRE 

pour mettre un terme à ces pirateries^ non moins dans 
rintérét du commerce que pour soutenir l'honneur 
chrétien et faire respecter le droit des gens ; mais ce 
projet trouva aussi peu d'écho auprès des puissances 
européennes, que de nos jours la voix du libérateur 
de Saint-Jean d'Acre (Akka) , sir Sidney Smith , au 
congrès des monarques réunis à Vienne. Comme les 
pirates algériens infestaient les côtes de Provence, la 
France envoya à leur poursuite le duc de Beaufort, 
qui, après un combat naval où triompha la tactique 
de l'amiral français, s'empara de plusieurs bàtimens 
ennemis et dispersa les autres. 

La France résolut en même temps d'établir une co* 
lonie aux environs de Bougie, et, dans ce but, elle 
transplanta à Gigeri une population de douze mille 
âmes. Le diwan algérien tint conseil sur les dangers 
auxquels le voisinage d'un établissement européen 
exposait le refuge des pirates , et ordonna la destruc- 
tion du château que la France élevait à Gigeri. Trois 
galères sortirent une nuit d'Alger, et un corps de quel- 
ques mille hommes alla par terre attaquer la nouvelle 
colonie. Le château de Gigeri fut assiégé et pris d'as- 
saut; toute la population française fut massacrée, à 
l'exception de huit cents personnes qui échangèrent la 
mort contre l'esclavage. Les Algériens voulurent en- 
suite raser le château, mais les azabs (soldats de ma- 
rine) s'y opposèrent non seulement à cause de la perte 
qui en serait résultée pour le conunerce , mais parce 
que la plupart d'entre eux habitaient les environs deGi- 
geri. Il fut donc convequ que les frais de l'occupation 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 2o5 

seraient supportés par les marins qui s'offraient à dé- 
fendre la ville. Les noms de Beaufort et de Ruyter ne 
causaient pas moins d'effroi aux pirates que, trente ans 
auparavant, ceux dcis chefs de corsaires Ali Picenino 
et Mourad Reïs aux équipages des navires marchands 
et aux habitans des côtes de la Méditerranée (35 dé- 
cembre 1665). 

Le chevalier d'Arvieux fut envoyé à Tunis pour 
veiller à Texécutioii du traité de paix en vingt-neuf ar- 
ticles conclu par le duc de Beaufort avec le dey de la 
régence. D'Arvieux et Rycaut , consuls-généraux de 
France et d'Angleterre à Smyrne, et qui, tous les deux, 
reçurent des pouvoirs extraordinaires pour faire exé- 
cuter les traités passés entre leurs gouvememens et 
les puissances barbaresques, ont écrit sur les contrées 
et les hommes du Levant deux des ouvrages les plus 
utiles et les mieux pensés qui aient été publiés sur 
l'Orient. 

'A Andrinople , d'autres parties de chasse avaient 
succédé à celle de Yanboli; le Sultan se livrait comme 
toujours à cet exercice , ou se délectait à contempler 
un éléphant aux prises avec des chiens de chasse , à 
admirer des tours de bateleurs ou l'adresse de ses 
pages à lancer le djirid. Toutefois un événement qui 
préoccupa toute la capitale produisit également quel- 
que impression sur Mohammed IV. Un athée fut con- 
damné à mort et exécuté en vertu d'un fetwa émané 
du juge de Constantinople, en l'absence du moufti, 
alors à Andrinople. Mohammed Lan, Persan d'ori- 
gine, à ce que l'on disait, et qui demeurait au khan de 



206 HISTOIRE 

Walidé, avait nié le jugement dernier, Tobligation de 
jeûner et de prier cinq fois par jour. Le juge de Con- 
stantinople, « doué d'une foi robuste, niai^ d'un fai- 
y> ble savoir ' , » beaucoup moins versé en l^islation 
qu'en musique et en calligraphie, porta contre lui un 
fetv^a dont Texécution « fut un hommage rendu à la 
» loi du Prophète et à la foi mahométane ^. » (34 
février 1665 — 6 schàban 1075). Beu de temps 
après ,^ le marchand de lait Beschir , accusé de sym- 
pathie pour la doctrine de Hamza, Tapôtre des Druzes, 
fut Clément exécuté à Constantinople. 

Le Sultan, qui venait de confier à yn écrivain dis- 
tingué de l'époque, Abdi, page de la chambre inté- 
rieure, la mission de rédiger les annales de son règne, 
lui remit le procès- verbal, dressé en justice, de l'exé- 
cution de Mohammed Lan, en lui ordonnant de con- 
signa cet événement dans son histoire. Âbdi rapporté 
jour par jour les prescriptions que lui adressait le Sul- 
tan de mentionner tel ou tel fait dans ses annales ; son 
ouvrage nous a été d'un puissant secours lorsque nous 
avons cherché à apprécier l'esprit et le caractère de 
Mohwuned , car ses paroles y sont fidèlement rap- 
portées et le peignent mieux que la foule des histdres 
turques ou européennes publiées sur le règne de ce 
prinoe. Si Mohammed a été nul comme souverain, il 
sut dti moins apprécier et encourager le talent Les 
égards avec lesquels il traitait l'écrivain Abdi, et les 
idées qu'il lui prescrivit de consigner dans son livre, 

I Saïfoul ilm kawioul-itikad. 

> Tekmili namousi scheriaat ou din eldi. Rasdiid, I^ p. 34, 



i 
t. 



r 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 207 

prouvent que sa passion pour la chasse n'excinait pas 
chez loi une certaine culture intellectuelle. Ainsi, il 
iui raconta, en Tinvitant à relater ce fait dans sou 
histoire , qu'un jour, poursuivant un lièvre , et ayant 
aperçu une vache en train de mettre bas, il la re- 
garda faire ; puis il persuada au paysan qui en était 
propriétaire de se convertir à Tislamisme, et le nomma 
aussitôt kapîdji. Une autre fob qu'il venait de chasser 
un verrat avec ime panth^, il demanda à Abdi s tl 
avait pris en note cette particularité, et lui ordonna 
en riant de ne pas y manquer. Un jour encore qu'Abdi 
lui présentait Je savon sur une asi^ette d'argent , Mo- 
liaaimed ne fit que prenne le savon et le replaça aus- 
sitôt sur l'assiette , len lui disant : « Je ne l'ai pris que 
» pour le faire pladsir^ va , et cpie cette marque de fdn 
V v^ur «oit mentionnée dans ton histoire. 1» Il s'exprima 
dans le même sens un jour qu'il visitait en persomie 
acm fidèle historien, malade depuis quelque teipps. 
«Qu'as-tu écrit aujourd'hui? » iui demanda-til dans 
une aulre circonstance ; et sur la réponse d' Abdi <iue 
jBul inddent mémoraUe n'avait epcore signalé celte 
journée^ le Sidtan lui knsiça un djirid , le blessa et lui 
^it : « Mamienant , n'as^tu rien à écrire ? d Âbdi se 
garda bttn d'omettre un. événement aussi remarqua- 
Me. Plus d'uDé fois le^Sultan ajouta, de sa profNpe main, 
à IliistoiiPe d*Âbdi, des faits dont cet écrivain n'avait 
|ias connaissance , et son ouvrage ^t ila seule histoire 
ottomane dont quelques passages aient été écrits de la 
main d'un Sultan. 
Lorsque Mohammed permit au confident Mou3tafa 



2o8 HISTOIRE 

d'écrire son nom en chiffres entrelacés (toughra), 
il demanda à Âbdi s*il savait écrire un tougfara 
(3 août 1 665 — 23 moharrem 1 076). « Je ne le puis 
» sans la gracieuse permission de Votre Majesté, » 
lui répondit le page ( la loi condamnant celui qui 
récrirait sans autorisation à avoir le poing coupé). 
« Eh bien ! écris-en un », dit le Sultan. Âbdi se hâta 
d'obéir. « Exerce-toi désormais à cette écriture, lui 
» dit Mohanuned. Je connais ton désir (Âbdi voulait 
» être nischandji); prends patience, et ton tour vien- 
» dra. » Une autre fois ils traversaient une rivière, et 
Abdi parut la franchir avec peine; le Sultan lui dit : 
« Tu as éprouvé bien des difficultés , mais que Dieu 
» vdlle sur toi; si je venais à te perdre, où trcKiverais- 
» je un nischandji ? » Âbdi lui ayant offert une traduc- 
tion turque du cél^re poème Kassidé Lamiyé, écrit 
par Kaab-Ben-Soheir à la louange du Prophète, il lui 
fit présaat de Xxokè lampes et d'une assiette d'argent 
(31 mars 1665 — 14 ramazan 1075). 

Le jour même où Âbdi fut admis à offrir au Sultan 
sa traduction du poème arabe en Thonneur du pro- 
. {diète Mohammed, qui donna son manteau au poète, 
le médecin de la cour, Salih-Efendi , présenta égale- 
ment son fameux traité de médecine intitulé : Le but 
des commentaires ' ; c'était la veille du jour de fête 
qui partage le mois de jeûne et où les reliques de la 
Bwda ' (manteau donné par le Prophète au poète 

V GhdiyetwXAieyQia. Abdi» p. 45. 
-^ a Mouradjea d'Ohsson, historien si exact, a cepeDdant con(imis deui 
erreurs en ce qui concerne la Borda : la première en écrivant Hirca au 



DE L'EMPIRE OTTOMAN, 209 

Kaab-Ben-Soheïr), et celles du Saint-Vêtement, glo- 
rifié par un autre poëme de Boussiri, sont offertes dans 
le serai à la vénération de la cour. Trois jours après, 
le Sultan chargea le moufti Yahya-Efendi, le scheïkh 
prédicateur Wani-Efendi, et son médecin Salih- 
£fendi, de composer pour le tesbih (prière extraor- 
dinaire qui a lieu aux approches du mois déjeune), un 
nouveau tesbih S c'est-à-dire, un nouvel hymne sur 
la toute-puissance de Dieu (7 avril 1 665 — SI ramazan 
1075). Quant à Abdi, une semaine après a voit* remis 
au Sultan sa traduction du poëme arabe, il reçut Tor- 
dre de dresser un chronogramme qui fut transcrit par 
le calligraphe Teknedjizadé et placardé dans la nou- 
velle salle d'audience , en face du trône impérial. Le 
Sultan, qui aimait à lire des inscriptions sur les portes, 
chargea également le page Abdi de lui en proposer 
trois. Ce dernier lui soumit trois sentences qu'il avait 
extraites du Koran, et qui obtinrent l'approbation im- 
périale. La première , inscrite sur la porte qui conduit ' 
du harem dans la salle d'audience, portait : Dieu a or- 
donné Injustice et la bienfoùance ^ ; celle du mur qui 
fait face à la porte était ainsi conçue : Scdut à ceux qui 
répriment leur colère et pardonnent à leurs semblables ^ ; 



lieu de Klûrka, la seconde en faisant de Bourde (le panégyrique de Mo- 
lianuned) le nom d'un poôte arabe aveugle. 

I Le tesbih ordinaire est celui qui commence ainsi : Sfmhhantk rebhoU 
azim, c'est-à-dire : c Louange à toi , Seigneur très-puissant! » Mouradjea , 
II, p. 79. Tesbih signifie également un chapelet à cent grains de corail ^ 
à diacun de ces grains , on récite un des noms de Dieu. 

a IrmaUahé yemiir bilaadli weV-ihsani, XVI , v. 92. 

3 Wel kasiminéfrghaHsi wel aafiné anen-^nasi^ Ul, v. 428. 

T. XI. 14 



110 



HISTOIRE 



enfin on lisait sur le panneau extérieur qui donnait aux 
vizirs ^ccès dans la salle d*audience : O vous qui croyez, 
obéissez à Dieu, au Profhète et aux Sukans ' , Aujour- 
i'hui encore il n'est pas rare de rencontrer ces trois 
^entaotces dans les salles de diwan et d'audi^ice de 
l'Orient. 

lie Sultan avait choisi, comme l'automne précédent, 
llfanboli pour son quartier de chasse; il partit au com- 
mencement du printemps pour Demitoka. La sultane 
Khasseki était partie la veille pour cette ville, et le Sul* 
tan l'avait accompagnée avecloute sa cour depuis An- 
drinople jusqu'à Timourlasch. Les baltadjis du vieux 
serai ouvraient le cortège à cheval et sur deux de front; 
venaient ensuite le kiaya de la Sultane et le grand- 
écuyei', contrairement au kanoun , d'après lequel le 
second grand-écuyer doit seul accompagner les Sul- 
tanes en voyage ; deux voitures argentées contenaient 
la Sultane et son fils (1 9 mai 1 665 — 4 silkidé 1 075). 
A Kapidjikœi, village situé aux portes de Demitoka, le 
Sultan prit son repas dans la maison d'un simple par- 
ticulier. De Demitoka, il se rendit à Feredjik (le Do- 
riskos d*Hérodote), en traversant les villages deSal- 
tikkoei et de Wakf. De Feredjik il alfa visiter les bains . 
chauds situés près de la mer et le couvent de Nefs- 
baba, construit au sommet d'un rocher. Il chassa en- 
suite sur les rives de la Marizza (l'Hèbre), comme il 
avait fait l'automne précédent sur les rives de la Toun- 
dja. U confia au kaïmakam Moustafa le gouvernement 




I Ya éUesiné amerum etio%iouUahé ioe etiouou er'tnùuli we ouHoul- 
5mr^. IV, v.6i. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 211 

de Bagctod, et fit présent d'une tabatière aîi xnotifti, qai 
avait déjà reçu , peu de temps auparavant, un cheval 
richement harnaché ; Tastronome de la cour ne fut 
pas traité moins généreusement. Mohammed accueillit 
avec joie le courrier du khan de Grimée, qui venait de 
remporter sur les G)saques une victoire où cinq mille 
d'etitre eux avaient péri. De retour à Ândrinople, il 
fat informé qu'un athlète et un bostand|i avaient osé 
lutter dans le harem en présence des pages : tous deux 
expièrent leur crime à la potence. Puis ayant appris le 
retour du grand-vizir, il chaîna le kaïmakam Mous- 
tafa-Aga d'aller à sa rencontre jusqu'à Djizr-Moustafa, 
et de lui remettre un écrit de sa main avec un panache 
de héron et une fourrure d'honneur, un poignard, un 
cheval et une chaîne d or. Les vizirs, les émirs, les offi- 
ciers des sipahis et des janissaires, tous à cheval, re- 
çurent le grand-Vizir à l'entrée du camp ; ce dernier 
quitta lui-même sa tente et s'avança à pied jusqu'à l'en- 
droit *où étaient arborées les queue» de cheval. Dans 
sa gratitude pour les honneurs dont il était comblé par 
le Sultan , il donna à l'envoyé impérial trois pelisses 
de zibeline, deux chevaux avec selles et harnais, deux 
autres chevaux de main, un poignard d'or, une cein- 
ture , mille ducats et vingt bourses d'aspres ; il remit 
pareillement à son kiaya Ibrahim trois bourses d'ar- 
gent, une pelisse toute garnie de zibeline et des kaftans 
pour les gens de sa suite (12 juillet 1665— 28 silhidjé 
1075). Quatre jours après, le grand-vizir rendit au 
Sultan l'étendard sacré en audience solennelle. Il reçut 
également, au sujet de la dernière campagne, les féli- 



^i^ HISTOIRE 

dtations de la cour ^ des ministres réunis dans une 
grande tente drei^sée pour cette céréoionie» et h l'entrée 
de la<|uelle il plaça les deux janissaires qui le premier 
61 le second avaient escaladé les murailles d'Ujwar.Le 
Sultan leur parla beaucoup et long-temps; il attacha 
lui-même des décorations à l^ors turbans et les mit à 
la retraite» en assignant au premier soixante-dix et au 
second cinquante aspres par jour sur les douanes 
d'Erzeroum. Le favori Moustafa obtint les sandjaks 
de Tireh et de Magnésie à titre d'argent d'orge, le 
defterdar Ahmed fut nommé vizir à trois queues de 
cheval , et l'intendant Karakasch , diargé de Tinspec- 
lion des bàtimens , fut envoyé à la frontière pour re^ 
lever les murailles de Wan , renversées par un trem-- 
blement de terre. 

Sur ces entrefaites, le kaïmakam manda de G>nstan- 
linople qu*un incendie avait' éclaté dans le harem du 
nouveau serai*. A cette nouvelle, le Sultan se résigna 
tranquillement à la volonté de Dieu ; mais en apprenant 
que le feu s'était de nouveau manifesté près de la Porte 
de Bois, dans la boutique d'un tonnelier, dont les es^ 
claves avaient conservé de la lumière pendant la nuit» 
et qui , prévenu par ses voisins , leur avait répondu 
qu'il prenait sur lui toute la responsabilité du fait , il 
ordonna que cet honune fût pendu. Le kaïmakam an- 
nonça dans l'intervalle qu'il avait déjà fait pendre deux 
fenunes et un ouvrier comme auteurs de l'incendie. 

A cette époque, le Sultan quitta Andrinople, se- 
conde capitale de remjnre. Il alla visiter aux Darda-^ 
nelles et à Gallipoli les nouveaux châteaux et le nou- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. il5 

vean territoire desEtiné à la chasse. Les queues de che- 
val furent arborées dans la Plaine du Pascha aux 
portes d' Andrinople (1 8 août 1 665 — 6 sâfer 1 076) ; 
le départ eut lieu la semaine suivante, et, après sept 
jours employés à la chasse et deux consacrés au re- 
pos, on arriva à Gallipoli '. Le Sultan visita à Boiilaïr 
le tombeau de son aïeul, le prince Souleïman, celui 
qui s'était emparé de Gallipoli et de la côte euro- 
péenne de l'Hellespont ; il eut soin de faire renouveler 
le couvercle du cercueil et le turban qui le décorait. 
U voulut sahier aussi la tombe de Yazidjizadé Mo- 
hammed'Efendi , l'un des premiers écrivains mys- 
tiques des Ottomans, auteur du Mahammediyé, poème 
didactique de Flslamisme en neuf mille distiques. Il 
renouvela le bérat de la fondation pieuse établie sur 
celte tondre, et ordonna au page Âbdi d'inscrire sur 
les murailles une phrase qui perpétuât le souvenir 
de cette visite. U parcourut ensuite les anciens et les 
nouveaux châteaux des Dardanelles, et retourna à 
Gonstantinople. * 

Le kaïmakam vint au-devant de lui jusqu'à Hara- 
midéré, et lui fit mie brillante réception (1S octobre 
1665 — 3 rebioul-akhir 1076). Le Sultan descendit 
au palais: de Daoud-Pascha, et fit deux jours après à 
Gonstantinople une entrée solennelle. 

La nouvelle mosquée de la sultane Walidé, située 
près de la porte des Juifs et du marché aux Poissons, 
conunencée par la Walidé Kœsem, grand'mère de 

1 lo Tourbe owasiî 2o Ouzaunkœpri j 3o Dérekofii 4o Karûdjabêgi 
5o Baibandjikj 6» Kawakf 7o GeUlipoUs, Abdi , p, 49. 



ai4 HISTOIRE 

Mohammed, restée inachevée a|n*èft la mort de cette 
derntôre, sous le nom de Soulmiyé (Ténèbres), fut ter- 
minée à cette époque et nommée Âdliyé (la Juâie). 
Elle fut consacrée sdennellement à la praère du ven-* 
dredi en présence du Sultan, de la cour et des mi- 
nistrest C'était pour avoir soustrait ime des colonnea 
qui goutiennekit la tribune du Sultan que le vainqueur 
de la Canée avait été frappé d'une condamnation. La 
n^agoîficence des présms que la sultane Waiidé oikit 
au souverain, le nony[>re des bourses et des pelisses de 
zibeline réparties à cette occasion, effacèrent toutes les 
distributions qui avaient eu lieu jusqu'alors en pa- 
reilles circonstances (30 oolobre 1665 — 90 rebfeul-^ 
akhir 1076). Elle.donim au Sultan un poignard d or 
dont le manche était une émeraude, des ceinttures et 
une sdgrelte en diamans , et dix coursiers rapkle» 
comme le vent '. Le grand- vizir, le moufti, le kapkan- 
pascha, le nbchandji et le deflerdar-pascha, les deux 
grands-juges de Roumilîe et d' Analolie , le chef des 
émirs, le juge de Constantinople, Tag^ des janissaires^ 
Wani-Efendi , nouvellement nommé scheikh de la 
mosquée, ainsi que Timam et le [H*édicateur, furenl; 
tous revêtus de spl^idides fourrures. Le rds--efendi, 
le tschaousch -faaschi , le grandHchambellan ^ les (fix 
chambellans orcËnaires, les deux grands-écD;^er8, le» 
six agas des troupes, les syncfic», les secrétaires et les 
premiers tschaouschs de la milice, l'intendant ', le syn- 
dic ^ et le capitaine des gardes de Tarsenal ^, reçurent 

1 Badpa&, Raschid, I, p. 28. — > Ter$ané Emini. 

2 Tersané Kiaycai, — 4 Wardian baschi. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ai5 

âes kaûaQb d'hônneor. L'inépécteor des l)àtimem , 

£I-Hadj Bii^m, ofalifat, avec une pelisse de zibelitie; 

oioq bourses d'ai*gent, et pour ses fils des emplois de 

xnouteferrikas. La sultane Walidé envoya au kislaraga, 

qu'une maladie retenait au sei^ï^ une pelisse de «ibe- 

line ; le favori, le silihdar, le kiâyà du seraî, le bostàn- 

<3gi, l'inspecteur des fondations pietttes de la Mecque 

«t Médine, le président de la chambre deb comptes et 

e^ui des fermes , furent décorés de la pelisse dans 

l'iitférieur de la mosquée. Lors<|Qe le Sultan, sifivi de 

toute la ccfur, fut de r^our au s^*aï, la sultànd Wtt^ 

Mdé fut reconduite à son tour avec le même <dérémô- 

niai. On jeta de Targent aux pauvres; Les sommes af^ 

fectées à la oon^ruction de la mosquée, du ténibeâciv 

de la fontaine et de leurs dépemlandes, s*t^vèfëÉf à 

trcMs mille quatre-vingts bourses ou un miMibii dUq 

cent (piatre nsHe piastres. 

-Dix jours après la consécration de la noiïveflé ndos^' 
quée, Fambassadeur impérial , le comte étyrièn Wàttëi* 
deLeslie, sdgneur de Pèttau et de Neustadt, côn^ 
seiller privé, feld-^mal^éehàl, gouverneur des fron- 
éèites esdavoQntEjs , qtii d^ , ft Andrinople, aVmt êlé 
adBoiia ea prince du Sûlfâti , réélit sôii a^dièfice de 
congé (19 novembre 1665 — â djeiiàaîîôûl-^wwyi* 
1076). C'était poçr éblouir cet àmbassâfâeiotr ^trerlb^ 
Sàtam avait déployé une telle magnffitehce à sa s6i^ 
d'Andrino|de et à sa rentrée d^lis la capitale. Cette^ 
ambassade fut la septièofô déj^diâ là p&ix ëàihciue à 
SttvafHnrok au commencémeiir dli sièdë. Cette psH!x 
ayak étésnccessivemeiitrènoui^ée à Vienne, àGyàr- 



în6 fflSTOIKE 

ipath, à Komoni, à Gonstantmople et deux fois k 
Szœn ; les ambassadeurs Pucchairab , Kinski , Kuef- 
steiu, SchiYiid de Schwarzenhorn, et deux foisCzemin, 
avaient pris part à ces renouveUemens; mais aucun 
d'eux n'avait été escorté d'un suite aussi nombreuse 
et n'avait déployé autant de pompe que le comte Wal- 
ter de Leslie; nul surtout n'avait offert de si riches [h^ 
sens; car le traité en fixa la valeur à deux cent mille 
florins. G'âaient un miroir de hauteur d'homme, 
dans.W cpdre d'argent et mobile sur un pied de même 
mét^ ; , deijix ^andes aiguières , l'une reposant sur 
trois c^c^pnpes en argent conmie le vase , la seconde 
dç hauteur d'homme et ornée de figurines ; deux bas- 
sins et Jfîurs couvercles dorés , dont une ouverture 
lai^smt jécbfippper Veau suivsuit le goût oriental ; douze 
dbandi^liers d'argent de la hauteur d'une aune; douze 
aspersoirs dorés pour les eaux de senteur; douze plats 
d'ar£ei;it, dont li^ couvercles arroiidis imitsdent douze 
turb^o^; dquze ^i^ttçi» df& dessert «I leurs tréteaux 
d'argent", un guéridon en argent, couvert d'ornemens 
ingénieux; quatre fiisils . damasquinés d'argent; un 
gran]d cputelas.de même métsd ; deux pupitres de ja^ 
qui rppferm^nt des lunettes; deux autres en bois 
d'^pe incrusté d'or, d'argent et d'écaillé; un rafnâ- 
c^iisfioU* et unç grande coupe d'ai^nt; quatre tapis 
des Pays-Bas espygnol^t brodés en argràt ; quarante 
montres où des chiffres arabes et des chifires romains 
ijfiarquîûent également l'heure; une grotte qui renfer- 
mait ui^ csKlran, et un c^lon mis en mouvement par 
ui}e cm jaillissante; un surtout d'argent haut d'une 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 217 

aime, orné de bassettes d'argent et garni de salières , 
deiSambeaux, etc., le tout en argent; une grande cas- 
sette ornée de figurines en argent doré ; un grand 
pupitre d'argent doré, chaîné d'ornemens, garni de 
i)oites et de lircnrs secrets merveilleusement imaginés. 
Il y avait pour la sultane-mère un coussin à coudre 
brodé renfermant un miroir et un carillon dans un 
cadre d'argent ; deux chandeliers d'argent de la hauteur 
d'nne aune; une aiguière d'argent artistement ciselée ; 
et enfin quatre coupes. Pour le grand-vizir, douze 
asâettes d*argent avec leurs couvercles; deux chan- 
deliers de même métal, également hauts d'une aune; 
douze assiettes de dessert en argent, ornées de belles 
ciselures; une aigui^ et douze grandes coupes d'ar- 
gent. Pour les autres ministres, trente montres, les 
unes portant des diiffres arabes, les autres des chiffres 
romains ; vingt-une montres d'or ; sept Vas« et sept 
bassins d'or. Le poids de l'argent seul s'élevait à trente- 
cinq quintaux. 

La magnificence des présens était dignement re- 
haussée par réclat du cortège, par la noblesse de ceux 
qui le composaient et la richesse de leurs costumes. 
Lorsque l'ambassadeur fit son entrée à Andrinople et à 
Constantinople, un drapeau précéda la foule dés cava- 
H^s, ch(»sis parmi toute \û noblesse chrétienne, et au 
nombre desquels on remarquait les ducs de Norfolk 
et de Holstein, les princes de Lichtenstein et de Die- 
trichstein, les comtes Trautmannsdorf et Herberstein, 
Stierhaimb , lord Ârundel , les barons Coronini de 
Gœrz, Finn de Trieste, Fùnfkirchen de Moravie, 



KUSTOIRE 

de WMphadie , le Fhinçaig Vernayél de Chà- 
ieux , rÉcQssais Hay de Dëlgrave , le marquis 
itin Pecori, le Grénois Durazn, les Hollandais 
si et Hardick, le conseiller d*£tat Kastner, c»î- 
e de Tyrol , Marcino de Lucqoes , Igâace de 
m, né à Gratz, et le Styrien Simon de Reninger, 
mt impérial , homme dont le mérile lui avatt 
lié jusqu'à Testime des Turcs. ^ 
lanova de Milan, nommé résident à sa place, 
i^enu recevoir l'ambassade à Belgrade ; die eût 

secrétaire le docteur Metzger qui, seize ans 
■avant, avait suivi en la même qualité Schmid 
fa warzenborn, ambassadeur impérial à Constan- 
le; W(^n renapliësaît les fonctions dlnter-^ 
, le jésuite Paul Taferner celles de chapelain ; 
e autres jésuites accompagnaient aussi Tambas*^ 

fut le 1'' août , anniversaire de l'éclatante vic^ 
remportée à Saint-Gotthard une année aupara* 
> que l'ambassadeur impérial fit son entrée dans 
tantini^le. Le 5 du même mois, il fut regu par 
Itan : sa suite était composée de catit trente pèr- 
» qui toutes avaient été. revêtues de kaltans. 

pape Galixte avait ^olennisé ce jour en instî- 

la fête de la Transfiguration on de FAssoftiption 

émcMre de la glorieuse résistaiicc} oppo&ée à Mo^ 

aed H par les dtfenseurs de Belgrade. A cette 

vue la présence du Suhan tie permit pas que les \^^ 

Durs battissent aux champs et que l'étendard fût 

^é; mais à Constantinopiey où Tambassadeur ft 




^-^ 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 219 

»oii entrée avant le sooveraiii, les tambours battirent 
leux fois; cinquante ans plus tôt, Tambassadeur Czer-- 
lin avait fait son entrée dans Constàntinople an son 
\e la musique militaire et à l'ombre de l'étendard im- 
^rial , qui portait l'aigle d'un côté et de l'autre l'i- 
aage de la Sainte- Vierge, écrasant la tête du dragon, 
eposant sur le croissant ^ Panajotti Nicusi, premier 
Irogman de l'ambassade et de la Porte, remplit, dans 
^ette audience, les fonctions d'interprète; il venait 
i^étre récompensé, par un présent de deux mille du- 
:sats, de la part qu'il avait pcise aux négociations re* 
latives à la dernière pan. 

Avant l'arrivée du Sultan , ce fut le kalmakam , et 
aparès le retour du grand- vïzir, ce ministre lui-même, 
qui fat chargé d'accueillir l'ambassadeur sur les côtes 
asiatiques do Bosphore où il reçut une hospitahté 
spla^de dans la belle vallée des Eauû^ douces. De 
lueslfe visita ensuite le moufti et en obtint deux fer- 
mans, l'un en faveur du commerce, Tautre qui auto- 
risait le libre exercice (ki culte catholique. Tels forent 
les résiahats les plus importants de sa mission ; mais it 
ne pxxi obtenir qoe les saints lieux à Jérusalem passas-' 
sent de la garde des grecs à celle des catholiques, ni 
que plusieurs prisonniers de distinction , parmi les- 
quels se trouvait le comte Esterhasy, fussent relàehés^ 



> Déjà à Andrinople , bien que le drapeau Mt pHé par ordre du Sultan , 
le porte-étenéard s'était arrangé pour laisser voir Taîgle et le dragon foulé 
aux pieds : IlfaXhtt donc le porter plié, mais avec cette adresse, qu'on 
pouvoit voir (fiin côté Vaigle impérial, et de Vautre la mère de Dieu 
qui briêoit la tête du dragon, Briot, p. 67. 



220 HISTOIRE 

sans rançon < . Son intervàitkm ne fut pas d*ùii mal- 
leur secours à Tenvoyé de Transylvanie , Christophe 
Padko, ni à Tambassadeur Michel Gzermeny : ces 
derniers ne purent obtenir aucune réduction sur le 
tribut exorbitant de quatre -vingt mille écus qu'ils de- 
vaient acquitter. 

Après nous être aussi long-temps appesantis sur 
Tambassade impériale , il ne sera pas sans intérêt de 
fixer l'attention du lecteur sur celle du Sultan : non 
que nous devions y trouver des noms comparables à 
ceux de la noblesse européenne; mais elle a été con- 
duite par deux écrivains renommés dans Fhistoire de 
la littérature et de la géographie orientales , par le 
grand historien des voyages, Ev^lia-Efendi, secrétaire 
de l'ambassade , et par le Lorrain Mesgnien , anobli 
plus tard sous le nom polcmais de Meninski , inter- 
prète de la cour, THennès Trismégiste de la gram- 
maire et de la lexicographie turques , arabes et per- 
sanes. Il accompagnait Tambafisadeur en qualité d'in- 
terprète ; le conseiller Fddi^-'fatsait fonctions de 
mihmandar (conunissaire pour les réceptions). Cet 
emploi était occupé à la cour de Darius par Omarès ', 



> On demanda 6000 florira pour avoir la liberté du C. François 
MaerhaÊiag, ce 91M ne pouwmi payer, on flU ohUgé de le laieser dàan 
Uf eep$, Briot, p. 155. 

a 'o Tûv ^rfvwv fly«/*wv *QfKxprii. Ailas, I, 16. Anabas, 1. XVI, Le nom 
grec 'ûftnpi; peat représenter également les noms arabes Omar et Ammar} 
le mot Ammar, qui yeut dire esprit cultivé, est aussi le nom d'une dy- 
nastie ^Murticulière, celle des Béni Ampiar de Tripoli. Le plus célèbre de 
ceux qui portèrent le nom d'Omar est le second khalife, celui dont le Pro- 
phète disait: Yantcik el hakk ala lisanil Omar, c'est-à-dire : « La vérité 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 221 

guide des étrangers» conjointeiiient avec Tinterprète 
Melon '. 

On iKH&ma en outre trois autres commissaires; 
celui des subsistances fut le consdller des finances , 
Corelics', et le feld-raaréchal de Souches fut nommé 
commissaire de réception et d'échange. La réception 
eat lieu aux environs de la forteresse de Komom, 
jprès du bourg de Szœn que deux renouvellements de 
la paix de Sitvatorok ont rendu historique : deux po- 
teaux y avaient été dressés à la distance dé cinquante 
pas ; les deux ambassadeurs vinrent s*y placer à che- 
nal ; là ils mirent pied à terre et les commissaires de la 
réception les échangèrent Tun contre Tautre ; l'ambas- 
sadeur impérial était placé entre le feld-maréchal de 
Souches ei le conseiller Feiditer; celui du Sultan 
entre le beglerberg de Stouhlweissenbourg et le b^ 
de Gran. Après s'être rejoints au milieu de Tespace 
qui séparait les deux poteaux, le feld-maréchal prit la 
main de l'ambassadeur impérial, et le beglerberg celle 
de l'ambassadeur turc , puis ils les mirent lune dans 
l'autre comme s'il se fût agi d'un mariage ^ , en s'a- 
drçssant des vœux réciproques de bonheur, et en 
s*engageant à rendre un compte fidèle de l'échange et 
de la réception qui venait d'avoir lieu. Après cette cé- 
rémonie , les commissaires de chaque nation en dres- 

parle par la bouche d'Omar. » Celte parole devrait servir de guide à tous 
les interprètes. 

! Jbi iffitur Melon Darii inUrpres exdpitwr. Quint. Curt. , 1. VI. 

a II a laissé à la Bibliothèque impériale, parmi les manuscrits histori- 
ques , une relation de celte ambassade adressée à l'empereur. 

3 Quasi ehe faeeuero un matrimonio. Relation de Meninski. 



HISTOIRE 

Dt UD acte écrit qu'ils échangèrrat entre eux à titre 
écépissé légal. 

l'entrée solenndle dans Vienne eut lieu par le pont 
I Schwechat ; le marédial du pahds et le lieutenant- 1 1 

od d'Ugarte, nommés commissaires, vinrent à la 
scmtre de l'ambassadeur turc, qui se plaça entre en 
(. Les corporations de la ville ouvraient la marche, 
âvalerie bourgeoise et la cavalerie impériale ve- 
ut ensuite, puis la suite du maréchal du palais, le 
rai de main du Sultan, les agas, les deux queues de 
rai, et immédiatement qprës les douze trompettes 
'Empereur (8 juin 1665); puis l'ambassadeur en- 
e maréchal du palais et les commissaires , monté 
un cheval magnifique qui sortait des écuries im-- 
lies; ensuite l'interprète, le fils de l'ambassadear 
e un imam et un kadi; les pages, les officiers de la 
ion, le garde du sceau, le trésorier, le maître de la 
lé-robe, le kiaya (ou syndic procureur de la mai- 
>, le diwan-efendi (secrétaire d'ambassade)rLe 
»eau rouge de Tambassadeur était précédé par la 
ique turque; puis venaient les voitures de Tarn- 
sideur, tendues de drap rouge et ccmtenant tous 
résens du Sultan. La mardie était fermée par les 
ards qui, depuis Raab, accompagnaient l'ambas- 
. Le cortège passa sous la porte de Carynthie, 
it les fossés des Âugustins, traversa le marché 
Herbes , et arriva enfin à la Tour-Rouge , dans 
Lé de Léopold, où sept maisons avaient été dis- 
es pour le recevoîir ' . Pour l'entretien de l'am- 

'an^Assadeur deveurait k Y Agneau tPor, le Uaya et le secrétaire 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. %^5 

bassade, il tMut chaque jour deux cents soixante 
pains, cinquante moutons, trois brebis, trois mesures 
d*orge, quatre-vingts charges de foin et de bois, et 
cent dnquante écna, montant de la somme payée en 
Turquie à l'ambassade impénale. La même i^le fht 
suivie pour le bois et le foin ; toutefois l'ambassadeur 
trouva ces fomrnitures insuffisantes , et prolesta for- 
mellement. 

li'iiyerprète de la coqr ré^a d*avanee avec Tam- 
liassadeur le cérémonial de Tauifience, les trois saints 
à faire à rentrée de la salle, au milieu et devant le 
trône , le baisement du manteau , le dfêpût des lettres 
de créance sur' la table placée au[Hrès de l'empereur, 
le nombre des personnes de la suite qui seraient ad- 
mises à l'auctience, nombre que l'ambassadeur restrei- 
gnit lui-même; ciur l'honneur de baiser le manteau 
impérial était peu envié ; il ne voulut même aller à 
l'au^fiœce que seul dans sa voiture avec son interprète. 
Les présens furent portés en grande pompe ; le secré- 
taire d'sunbassade tenait élevées dans ses mains les 
lettres de créance du Sultan et précédait la voiture de 
oour attelée de six chevaux, qui contenait l'ambassa- 
deur et l'interprète, assis en fece de lui (1 8 juin 1 665). 
Après avoir fsât les trois saluts, baisé le manteau et 
déposé sur la table les lettres de créance, l'ambasaa- 
deur adressa à l'empereur une allocution qui futtra- 



d'ambassade (Ewlia) au Hérisson bleu, la suite à YAutruêKe d^cr, l'aga- 
à ï Aigle noir, les j^aleûreuiers au Cheval &kmc, la' musique d^pu la maison 
des Balayeurs et dans une maison située en face du Prater. Relation de 
Meninski. 



aa4 fflSTOIRE 

duite par Tinterprète , ainsi que le discours du vice-* 
chancelier prononcé au nom de l'empereur. Alors la 
suite de Tambassadeur apporta les présens , et lors- 
qu'on déploya les tapis de Perse, l'ambassadeur dit à 
l'oreille de l'interprète : « Combien ils éclipsent celui 
» qui est étendu sur la table de l'empereur ! » 

Deux jours après cette audience, l'ambassadeur fut 
reçu par le prince Gonzaga, président du conseil de 
guerre et du conseil aulique (âO juin 1665); mais il 
n'accepta pas la voiture du prince; il s'y rendit à dbe- 
yal. U lui offrit en présent des pelisses, des kaftans, 
des tapis, des mousselines, ainsi qu'au maréchal du 
palais, au vice-chancelier de l'empire, au président du 
conseil des finances d'Autriche et de Hongrie, aux 
grands-écuyers les princes Porcia et Âuersperg, aux 
comtes Montecuccoli, Schwarzenberg et Zriny, aux 
commissaires de réception , de la bouche et des vi- 
vres et à l'interprète; le confesseur de l'empereur, 
le P. Muller, jésuite, reçut un kaftan, un tapis et un 
turban. Aux dames de la cour qui vinrent le visiter, il 
donna des flacons d'essence et des étoffes brodées. 

Toute l'ambassade faisait solennellement ses prières 
cinq fois par jour; après midi, l'ambassadeur tenait 
tous les jours un diwan; à ce moment jouait la mu- 
sique militaire. Il visita Saint-Etienne, le Kahlenberg, 
la Nouvelle- Ville, Ëbersdorf, le jardin de la Favorite 
et Schœnbrunn, où il fut reçu au nom de l'impéra- 
trice mère. 

Dans toutes ces excursions, il était accompagné 
de l'interprète, et quelquefois seulement du corn- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. aaS 

-amissaire de la bouche. Pendant son séjour, il dé- 
ploya une extrême avidité et une avarice sordide. A 
l'audience de congé , il voulut tenir ses lettres de 
-créance des mains de Tempereur; mais ce fut le vice- 
chancelier de Tempire qui remplit cette formalité. Les 
^résens lui furent rerais par le prince Gonzaga , pré- 
sident du conseil de guerre et antique, à qui il envoya, 
en prenant congé, trois assiettes de sorbets; il usa de 
la même libéralité envers le duc de Sagan , grand- 
maitre de la cour. 

L'ambassade s'embarqua sur trente-deux bateaux, 
et suivit le cours du Danube pour retourner à Constan- 
tinople. Pendant ce trajet , l'ambassadeur écrivit la 
relation de son voyage. Parmi les fausses indications 
qu'elle renferme, on remarque celle-ci : « A la ba- 
» taille d'Ujwar, dit-il, l'ancienne ville de Vienne (le 
» Kahlenberg) fut ravagée par les Tatares, qui emme- 
» nèrent deux cent mille prisonniers.» Il ignorait à tel 
point les événemens d'une guerre qui avait à peine 
trois ans de date, qu'il confondit la campagne d'Ujwar 
avec le premier siège de Vienne ; or ce siège avait eu 
lieu cent trente-quatre ans plus tôt. C'est la première 
relation des ambassades turques à Vienne qui ait été 
insérée dans les annales de l'empire ottoman, et Tarn- 
bassade qui suivit la paix de Vasvar a fixé le cérémo- 
nial des trois grandes ambassades accomplies dans 
l'espace de soixante-quinze ans , et qui eurent pour 
objet les négociations relatives aux traités de Carlo- 
witz, de Passarowîtz et de Belgrade. 



T. XI. i^f 



LIVRE LV. 



ss diplomatiqaes arec rAutriche, Gènes, U Toscane, la France^ 
issie. — NoQTeaa khan des Tatares. — Une eipédition en Crète 
rejetée. — Magnificenoe du Sultan; son amoor pour la chasse. — 
uif Moïse Sabathal et le Korde Mehdi. — Troubles à Bassra et en 
lie. _ Eboulemens et sinistres. — Influence des prédications de 
i. — Chasse du Sultan. — Fiançailles et noces de sa tante. — 
joos avec la Russie, les Tatares, les Cosaques, la Pologne, la 
ce, V Angleterre^ la Hollande, Ragnse, la Moldavie, la Valachie et 
ansylvanie. — Le Sultan se rend d'Andrinople à Larissa , où il reçoit 
nbassades vénitienne et russe, et d'où il envoie Soulefman en France, 
roubles à Brousa , à Boli , à Andrinople. — Diminution et accrois- 
nt du trésor. — Incendie d'Ofen. — Première éducation du prince 
litaire. — Mohammed sur le mont Olympe. — Départ de KoeprilCt 
Candie. — Investissement , siège et prise de Candie. 



)rès Tambassade du comte Leslie et le retour de 
nger» le résident Casanova s'occupa de la mise 
kution des fermans obtenus en faveur des je- 
\ '; car l'ambassade avait eu, dans cette négocia- 
plus de bonheur ou d'activité que dans ses dé- 
hes pour les franciscains *. En revenant de Con- 



Un ferman en faveur du commerce, du 29 djemazioul-ewvrel 1076 
srobre 1665); 2o un ferman. en faveur du jésuite Dammayer, même 
it cinq autres a^ant pour objet le règlement d'intérêts privés, 
hâtivement aux franciscains, l'empereur avait écrit au vizir dix ans 
irant, en 16S6 : Intélligimus patres Franciscanos Hierosolymœ 
lies a Grœcis, etc. 



fflSTOIRE DE L^EMPIRE OTTOMAN. 227 

;«|aatinop]e, l'wibaaaadecir troara à Ofen le savant bi- 
hlUÀhécsire de l*4!«iper€ur Ferâtnand, Lambecdos, 
envoyé dans cette ville pcmr demander, avec Tappui 
de liéslk et de ReoiQger, rautorisation de visiter la 
l)ibliothéque de Malhias Corvin, dpni les plus beaux 
f ragmens avaient été emporiés à Constantinople, avec 
les statues d'airain du château, par ]e grand-vizir Ibra- 
him, lors de la prise d'Ofen sous le régne de Souleï- 
man ; mais il en restait encore une bonne partie qm 
pourrissait dans une salle souterraine '. Lambecdus s'y 
fit conduire avec le jeune comte Leslie et rinterpréte 
d'Asquier , et il obtint , par l'entremise de l'ambas- 
^deur, deux manuscrits des discours des Pères de 
l'Eglise ^, plus propres à irriter qu'à apaiser la soif 
d'un érudit (mars 1 666). 

Casanova fît adresser aux pasdias de Neuh»usel et 
de Wardein un ferman qui leur enjoignait de ne pas in- 
quiéter les Hdduques libres de Szobos (23 août 1666). 
Néanmoins, quatre mms plus tard, l'interprète Mes- 
gnien, dans le cours d'une mission dont il fut chargé 
auprès du vieux Oourdji Mobammed-Pascha, qui ^it 
encore gouverneur d'Ofen , renouvela ces réclama- 

1 Cryptam illam in qua BibUothecœ Corvinianœ reliquias aiebanl ad^ 
servari. Diarium intineris budensis 1666. 

a Le comte Ledie obtint : S, G. Nazianzmi sermones apologet, in 
membrano 4. S. Augustini sermûnes de Verbis. Joarmis Quinque eccle- 
Hensis pœnuUa, Lambecdus dit , dans le Rapport en langue allemande 
qa'il adressa à l'empereur, à propos d'auti;es. ouvrages : « J'ai soUidlé de 
^ >Douyean ces livres au nom de Votre Majesté, mats inutilement. > Il visita 
le Gûlbaba (lieu de pèlerinage daus les vignes d'Ofen), les bains, et^ avec 
Ârundel , les restes des anciennes constructions romaines à Gran; puis, en 
compagnie de fi. de Finn, les débris attestant la défaite de Forgacs. 



1 >* 



2z8 HISTOIRE 

tions. n était porteur de présens et articdait divers 
griefs contre les paschas de Neuhœiisel et de Wardein ; 
ses plaintes étaient fondées sur les mauvais traitemens 
dont les Heiduques libres étaient demeurés Tobj^. 
Les Ottomans répondirent à ces plaintes par des ré- 
criminations sur les incursions de Zriny et de Nadas£ 
(30 octobre i666). Deux mois après, Kasim-Pascha, 
le nouveau gouverneur d'Ofen, notifia sa nomination 
à Vienne par Tentremise d'un aga. Ce dernier, à la tète 
de trente-six personnes, fut présenté à l'empereur en 
audience solennelle par le duc de Gronzaga. Kasim 
épousa la sœur du Sultan , promise au favori Koul- 
oghli Moustafa , qui refusa cet honneur , heureux de 
conserver sa liberté et la faveur du souverain. 

Le marquis Augustin Durazzo * , qui était déjà vena 
à Constantinople à la suite de Tan^assade impériale» 
revint par mer l'année suivante , chargé de négocier 
une capitulation pour la république de Gènes. A son 
arrivée, il fut admis auprès du Sultan en audience so- 
lennelle; mais il ne put obtenir une audience de congé. 
Toutefois il reçut trente-cinq kaftans et une indemnité 
de soixante écus. Pour récompenser Panajotti d'a- 
voir dirigé les négociations et favorisé l'admission de 
son ambassadeur, la répubUque de Gênes lui conféra 
des titres de noblesse *. Les sujets du grand-duc de 

I De La Croix , dans son Étal général de VEmpire ottoman, I , p. 295, 
fait un Doriade Durazzo : Le principal point de V instruction de Doria, 
ambassadeur de la république de Gênes à S. Mehemet IV, en i 668, 
n'était-ce pas de procurer à Philippe IV Vamitié de cet empereur, qui 
lui fijtt refusée? 

3 Pertanto havendo euo per mogUe una Sciùtta di Casa Cavalooressi» 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. aag 

n^'oscane obtinrent en même temps, et par son entre- 
«aise, un ferman qui assurait certains avantages à leur 
commerce ' . 

Peu de temps avant le départ de Tambassade im- 
périale, l'ambassadeur français, M. de La Haye Van- 
telet, le même auquel Mohammed Kœprilû avait fait 
donner la bastCMinade, arriva à Constantinople sur 
le vaisseau de guerre le César. Il demanda à être reçu 
comme les ambassadeurs d'Angleterre et d'Autriche; 
mais le grand- vizir ne voulut pas lut accorder plus 
de dix tschaouschs pour escorte, et le l^idemain il 
eitra obscurément au palais de l'ambassade française 
(7 décembre 1665). Le grand- vizir n'avait pas par- 
donné à la couronne de France les secours qu'elle 
avait envoyés aux Hongrois , et il reçut son représen- 
tant avec hauteur, sans se lever et en lui reprochant 
l'alliance des Français avec les ennemis de la Porte, 
La Haye se retira et fît dire au premier ministre que, 
si une autre fois il ne se levait pas pour le recevoir, 
il rendrait les capitulations et retournerait en France. 
Dans une seconde audience où le grand-vizir ne se 
montra pas moins impoli, La Haye jeta les capitu- 
lations à ses pieds. Le grand- vizir le traita de juif; te 
chambellan l'arracha de son tabouret, et commença à 
l'en frapper; l'ambassadeur ayant fait mine de tver son 

famiglia dal 1537 agregata ai NohUi GmoveH. Vaiiero, 1. VU , [k 621. 
Dans la Relation de l'ambassade impériale, cette Cavalcoressi, mariée à 
Fanajotti, est désignée comme appartenant à la famiUe des Gantacuiènes. 
I II comandamento per il traffico delU Sudditi del Granducamon a 
(lUto ancora, perche siamà $tati in viaggio ^^ hora procwro di averlo. 
Panajotti, 



23a HISTOIRE 

épée, un tscfaaoosch lui donna un soufflet ' . Lie grancl' 
vizir le tint trois jours enfermé, et employa ce temps 
à délibérer avec le moufti Wani-Efendi et le kapitan^ 
pascha. Enfin il fut convenu que M. delà Haye aurait 
une nouvelle audience, qui serait r^rdée comme étant 
te première. Dans cette nouvelle entrevue, le grand- 
vizir vint à lui, lui adressa un salut amical et lui dit 
avec un sourire ironique : « Que tout était fini, qu'il fal- 
j» lait tout oublier, et qu'à l'avenir ils seraient bons 
» amis. » Les coups de tabouret et le soufflet furent 
liasses sous silence; sans doute celui qui les avait re- 
çus omit d'ai parler à son gouvernement; ce qu'il y a 
de certain, c'est que les histoires de la diplomatie 
française ne mentionnent pas cet événement. 

Le czar de Russie avait prié Denys , patriarche 
grec de Constantinople , de venir à Moscou présider 
le synode qu'il avait réuni pour faire déposer le pa- 
triarche russe, qui lui était opposé (1 665); mais le pa- 
triarche de Constantinople avait trop présent à l'esprit 
le sort de son prédécesseur Parthenius , que Moham- 
med avait fait pendre à cause de ses relations avec la 
Russie , pour oser entreprendre un pareil voyage ; il 
envoya secrètement à sa place le patriarche d' Antioche 
et d'Alexandrie et l'archevêque du Mont-Sinaï^ qui 
furent trè»-bien accueillis par le Czar. 

4 

< Ltf Rapport Ae Casanova , dans tes Archives I. R. , donne le 8 janvier. 
Flassan se trompe ici. L'audience où de La Haye fut si pavement injurié 
eat lieu le 7 ou le 8 janvier, et cdie qui devait être considérée comme la 
première n'eut lieu que dix jours après. Flassan, ainsi que Chardin, I, 
p. 35, se taisent sur l'injure faite ail roi dans la personne de son ambassa- 
deur^ 



DE rEBIPIRE OTTOMAN. s3i 

A cette nonvelte, le grand-viiir fit appeler lepa* 
Wiârche de Constantinople , et- le força à déposer 
l'archevêque et les deux autres patriarches, qui se vi- 
rent ainsi dépouillés de leurs bénéfices, pendant qu'ils 
éélibéraient à Moscou sur le sort de leur collègue 



Cette circonstance détermina le Czar à envoyer un 
ambassadeur à Constantinople : le surlendemain de 
son arrivée à Andrinople , ce dernier fat reçu par le 
kaïmdiam : trois jours après , le Sultan lui donna au- 
dience sous sa tente , n'ayant pas jugé à propos de 
l'accueMlir dans son pakis ( 8 octobre 1 666 — 8 re- 
bioul-akhir 1077 ). Il déploya, à cette occasion , un 
cérémonial tout-à-fait inuâté. Le trône impérial s'é- 
levait au milieu d'une grande tente dressée aux bords 
de la Toundja* De chaque côté du trône , on voyait 
l'un des deux Moustafa , dont le premier était vizir 
favori et le second le kaïmakam Kara Moustafa , les 
pages du palais intérieur et les laquais impériaux *, 
les fauconniers et les confidens, les muets et les nains. 
L*envoyé s'exprima dans sa langue maternelle : puis 
le Sultan se tourna vers le kaïmakam et lui dit : « Si 
n l'amlÂssadeur a quelque chose à ajouter, qu'il parle 
» devant moi. » Le kaïmakam répondk que le reste 
du message était contenu dans la lettre du Czar. Ainsi 
fut terminée l'audience. La mission de l'envoyé russe 



I VÉlat préierU des I<^tions et Églises grecqae, arménienne et mor 
ronite en Ikxrguie, par M. de La Croît. Paris, 1716, dwp. 38, de /« 
^ierelle du G. Duc de Moscùvie cmee son Patriarche, 

3 Schatir, Âbdipascha , p. 5S. 



23^ HISTOIKE 

avait pour objet de solliciter la réintégratioii de Tar^ 
chevéque et des deux patriarches : sa demande fut 
accueillie [i]. Les patriarches passèrent une année à 
Moscou ; ils employèrent ce temps à remettre en 
vigueur la discipline ecclésiastique qui avait perdu 
toute son autorité et à établir en Russie le rite adopté 
par réglise de Constantinople. Ils saisirent cette occa- 
sion pour intercéder en feveur des malheureux exilés 
dans les forêts noires ' , et obtinrent du Czar une dimi- 
nution des droits de douane au prc^t des n^bcians 
grecs établis en Russie. Us retournèrent enfin à G>n'- 
stantinople, porteurs de riches aumônes et de présens 
considérables. 

De son côté , l'envoyé russe se plaignit du tribut 
levé par le khan des Tàtares sur quelques peuplades 
soumises à la domination du Czar. Le nouveau khan, 
Âadil-Ghiraï, fils de Tschoban Dewlet-Ghiraï , avait 
été nommé par le grand-vizir qui n'avait pu par- 
donner à son prédécesseur, Mohammed-Ghiraï, de 
n'être pas venu en personne à la guerre de Hongrie 
où il s'était borné à envoyer son fils, et la seconde, 
de harceler avec les Tatares de Crimée les Noghaïs, 
auxquels la Porte avait assigné des territoires en Bes- 
sarabie '. Aadil-Ghirsu avait quitté son exil de Rhodes 
pour devenir khan des Tatares aux lieu et place de 



> « Ib intercédèrent pour les relégués aux forêts noires. > La Croix, 
p. 112. 

a Boudjak, Le Soubdet explique cette dénomination qui, à proprement 
parler, signifie Y angle f car la Bessarabie est resserrée entre le Danube, le 
Dniester et la Mer-Noire. 



DE UEMPXRE OTTOMAN. 133 

Mohammed -Ghir aï. Avant de quitter la capitale, 
Aadil-Ghiraï s'était fait devancer en Crimée par son 
kalgha, Islam-Ghiraï, et par Serkhosch Ibrahim-Pa- 
scha : le premier avait pris la route de terre , le se- 
oond s'était rendu à Kaffa avec deux galères, où le 
nouveau prince , suivi du chambellan (£gùz , le re- 
joignit avec une escadre de onze galères (7 avril 1 666). 
Xies terres situées aux bords du Dniester , qui jus- 
qu'alors avaient été attribuées au khan et considérées 
comme biens de la couronne , passèrent aux mains 
du fisc et constituèrent une voïévodie qui fut remise 
aux Tatares noghaïs. L*établissement de ces derniers 
en Bessarabie ne dura que trois ans, et, pendant cet 
intervalle , les voïévodes de Moldavie et de Valachie 
ne cessèrent de réclamer contre leurs incursions et 
leurs pillages continuels : enfin la Porte fit droit à ces 
justes . récriminations , et le chambellan Saribeg Mo- 
hammedaga fut nommé commissaire, et chargé de 
reconduire les Tatares dans les steppes de leur pays 
natal. Dans Tannée qui suivit son avènement, Aadil- 
Ghiraï envoya à Vienne une ambassade solennelle pour 
notifier son avènement à la cour impériale ' . Ce fut le 
premier Tatare qui, outre les dépêches du kalgha, du 
noureddin, de la Walidé et du grand- vizir adressées à 
l'empereur, remit à l'impératrice, en audience solen- 
nelle, une lettre de la Walidé *. L ambassadeur tatare 



I Ahmedaga , seizième ambassadeur tatare à la cour impériale. 
: 3 Traducion de carta de la Valide o madré del Chan di Talaria por 
la Hlagd. de la Emperatriz, presmtada à los 12. Agosto 1667. Ml sobre 



a54 HISTOIRE 

avait exprimé le désir que Tempereur envoyât en re- 
tour un ambassadeur à son maître : cette demande fut 
passée sous silence. 

Venise , qui pendant la guerre de Hongrie avait 
respiré plus à Taise , sentit , après la conclusion du 
traité de Vasvar , que les hostilités ne tarderaient pa» 
à se rallumer entre elle et la Turquie. Cependant elle 
ne désespéra pas de rétablir la paix et chargea le né- 
gociateur Ballarino , qui n'avait pas quitté Constanti- 
nople , de remettre au Sultan et au grand - vizir les 
nouvelles dépêches du doge G>ntarini. Le grand-vizir 
mit pour conditions à la paix le paiement de cent mille 
ducats par les mains de l'ambassadeur vénitien chargé 
de conclure le traité, Tacquittement d*un tribut an- 
nuel de douze mille ducats frappé sur Tile de Candie, 
et enfin la cession de Suda à l'empire ottoman : de 
son côté, la Porte s'engageait à détruire les deux châ- 
teaux qui faisaient face à la forteresse de Candie et à 
relâcher tous les prisonniers détenus aux Sept-Tours. 
La république accepta toutes ces conditions , moins 
une. Bien que Suda fût à peine située à trois milles de 
la Canée, elle ne put souscrire à son abandon, et Bal" 
larino refusa de céder sur ce point. Dans un grand 
conseil réuni à Constantinople, on décida qu'il fallait 
poursuivre la guerre de Crète avec plus de vigueur 
que jamais. Kaplan-Pascha reçut le commandement 
d'une flotte redoutable, et les queues de cheval furent 



ëscrito dize on* : Uegue con el ayuda de dios felizmente à la preseneia 
de la Emperatriz eonsorte del muy podroso César nuestro caro amigo» 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. a35 

cirboréés à la porte du serai (â avril 1 667 — 7 schewal 
i077). 

Le Sultan campa à Daoud-Pascha et se rendit, par 
Kirkkilisé, à Ândrinople où il arriva après un voyage 
ou plutôt une chasse qui dura vingt-deux jours (35 mai 
i 667 — 1 " silhidjé 1 077) ' . A Khan-Kœi, il passa en 
revue les troupes des beglerbegs d'Adana, de Kara- 
manie et du beg de Tarschouz (Tarsus), et donna des 
kaftans d'honneur à chacun de ces officiers. Vers la 
même époque , arrivèrent à Andrinople l'ambassa- 
deur Mohammed-Pascha de retour de la mission qu'il 
venait d*accomplir à Vienne , et le tschaousch Abd- 
ounnebi qui, chargé par le grand-vizir d'un message 
pour le premier ministre de Perse, Tltimadeddewlet, 
rendit compte de la position critique dans laquelle se 
trouvait le schah de Perse, souverain faible et inin- 
telligent. 

Quinze mille bourses destinées à terminer ta guerre 
et puisées dans le trésor particulier du Sultan , furent 
avancées au defterdar du grand-vizir. Déjà il était 
arrivé au sultan Mourad lU de prêter à son premier 
ministre, Sinan-Pascha , un million d'aspres sur son 
trésor privé , pour l'aider à subvenir aux frais de lat 



I Les stations que fit le Sultan dans ce trajet sont indiquées par Raschtd , 
mais mieux encore par Abdi : ce sont Yarik Bourghaz, Tschataldjé, Fetar, 
Koestmer, Oghraschkœi (où se livra la bataille entre Bayezid II et son fils 
Sélim), près de Tschorlo-Seraï, Wixa, Souleïman-Aouri, Biné, Kirkkil&é, 
Khasskœi, Hafsa, Tschœlmekkœi , Andrinople. Les dates indiquées par 
Kaschid, Soubdet, et celles de Valiero, I. VII, p. 656, parti da qui atti 
35 Maggio il Suit, da Costantinopoli , ne sont exactes ni les unes ni les 
autres. 



ûjti HISTOIRE 

guerre entreprise contre les Hongrois. Le Sultan remit, 
avec le cérémonial ordinaire , Tétendard sacré au 
grand- vizir dont les troupes campaient à Timourtasch, 
aux environs d'Andrinople. Cinq jours après, ce der- 
nier marcha sur Candie avec toute son armée. Pen- 
dant les quatre premiers jours qui suivirent cette en« 
trée en campagne, le Sultan se fit lire par le page et 
rhistorien Âbdi le récit des victoires remportées par 
ses aïeux, telles que la prise de Constantinople par Mo< 
hammed II, la bataille de Tscbaldiran sous Sélim P^ 
les prises de Rhodes et de Belgrade sous le règne de 
Souleïman; ce fut pour lui comme un avant-goût de 
la prise de Candie; mais moins guerrier que ses an- 
çêtres, il craignait de se mettre lui-même à la tête de 
ses armées. De telles lectures servaient tout au plus à 
exalter son amour pour la chasse, exercice dans lequel 
il déployait plus d'héroïsme que sur les champs de 
bataille ou même dans le sein du harem ' , car une 
femme grecque deRetimo, sa favorite, le tenait courbé 
sous son joug impérieux. Le préjugé populaire vit 
même dans cette circonstance un présage favorable 
au succès de la nouvelle campagne, et ne douta pas 
que cette Grecque, originaire de Candie et admise à 
partager la couche du Sultan, ne fût appelée à régner 
exclusivement sur son pays natal. L'empire que cette 



I La Regina madré osservava Vaversione che il figliolo teneva aU$ 
femine non inclinandç punto cUle delitie dei Seraglù Valiero est tout4- 
fait d'accord avec Tullio Miglio sur le Particolarità deW Imper, Ottam. : 
Il nu> humore à più del maiinconico, ehe non si cura troppo délie 
donne. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 357 

femme avait pris sur Mohammed calma toutes les in- 
Cfuiétudes du grand-vizir, qui craignait de se voir sup- 
planté par les favoris du Sultan ' ; mais à peine eut- 
elle donné le jour à un héritier du trône, que le Sul- 
tan songea à écarter les compétiteurs de cet enfant en 
faisant étrangler ses deux frères Ahmed et Souleïman, 
et il eût accompli ce double fratricide, légitimé par 
la loi, si le moufti ne hii eût pas fait observer qu'un 
enfant au berceau offrait trop peu de garanties pour 
qu'un pareil meurtre ne fût pas au moins prématuré. 
La sultane Khasseki, mère de ce prince alors âgé de 
deux ans, reçut une portion des domaines de la cou^ 
ronne qui représentait une valeur de dix millions d'as- 
pres , et la sultane Fatima , fille d'Ahmed P' , étant 
morte trois ans qprès, ses biens furent réunis à ceux 
de la Khasseki. Quel que fût l'amour du Sultan pour 
cette Grecque , l'ostentation qui lui était si naturelle 
entra pour beaucoup dans cette libéralité. Ce fut à la 
même époque qu'il institua douze coureurs (schatir) 
dont la livrée magnifique effaçait tout ce qu'on avait 
vu jusqu'alors en ce genre , rehaussée d'ailleurs par 
des ceintures d'or, des panaches et des sabres ornés de 
pierreries; plus douze gardes-du -corps (tschokadar) 
et douze hommes choisis parmi la garde des archers 
(solak) qui marchaient à côté du Sultan toutes les fois 
que ce dernier paraissait en public , et étaient pré- 



1 Poehi anni fa mostrava di voiler machiarsi con Vinfame vizio chs 
tra Turchi armai e reso più famigliare che Vuso délie dorme ^ ma il de- 
forUo Vesiro aecortosene Hro con destrezza fuori del Seraglio il ragazzo, 
che gia era vecekio di 18 armi, TulUo Miglio, p. 7. 



258 HISTOIRE 

posés spécisdeinent à la garde de aes étriers. H confia 
aussi, vers leinéine temips, le poste de second vizir à 
son favori Moustafa Kouloghli , auquel il Ût un apa- 
nage (arpalik) des revenus de trois siyncyaks asiastiques 
{Aidin, Saroukhan et Karahissar); il lui céda ^le- 
inc^t des biens de la couronne pour une valeur de 
dix millions d aspres. <Quant à lui, il continua à partager 
son t^mpii entre la diasse et le jeu du djirid '. 

Avant son départ de Constantinople, la mosquée di 
palais impérial de Daoud Serai avait reçu plusieurs em- 



bellissements : on y avait élevé un minaret et construit=: 
une chaire (minber) pour les discours prononcés ei^ 
présence du Sultan après la prière du vendredi. ^ 
cette occasion, de riches présens avaient été distribués 
aux desservans de la mosquée, mais surtout au pre- 
mier chapelain et au premier prédicateur de la cour, 
Ibrahim et Wani-Efendi. Déjà, dans une autre cir- 
constance , ce dernier avait reçu un présent de cent 
(moutons ; car Mohammed était musulman orthodoxe, 
et il avait , comme le grand* vizir , accordé toute sa 
confiance à Wani-Efendi. Il ne sortait jamais, même 
pour aller à la chasse , sans être précédé d'un dia- 
,Eneau qui pprtait le Koran, et, au serai, il tenait sé- 
vèrement la main à ce que chacun s'acquittât des 
prières ordinaires ou extraordinaires ordonnées par 
la toi (â juUlet 1 666 — â9 silhidjé 1 076). Au moment 

' Xt tuoi esercitii sono il giuoeo di gerit , e deUa caecia inparticolare 
e tanto amatçre, che sp$$so m eonumm It^to il giorno in essft, PG^t$ 
alla caecia con solo, turbante, resta molitissime ore esposto aUe ingiwrie 
del calore e del sole, Tullio Miglio, ParticolaHlà del Jmp. OUgm, p. 7. 



\ 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 259 

OÙ ]*armée ottomane partit pour la campagne de 
Cr^e, un ferman fut publié dans toutes les provinces 
de Tempire qui ordonnait des prières publiques pour 
le succès de la gueire. Une éclipse de lune étant sur- 
venue, il enjoignit aux pages de réciler, pendant toute 
sa durée , les prières ordonnées en pareille circon- 
stance. 

la superstition populaire et leasectes des orthodoxes, 
qui avaient intérêt à l'entretenir , virent ou feignirent 
de voir dans cette éclipse un symbole , au reste assez 
ingénieux , des ténèbres que l'apparition contemporaine 
d'un De^jal et d'un Mehdi devait momentanément ré- 
pandre sur la vraie foi, mais que la vive lumière de l'Is- 
lamisme ne tarda pas à dissiper. Dedjal est aux musul- 
mans ce que l'Antéchrist est aux chrétiais: M^di est 
l'imam qui reparaîtra comme lui à la fin du monde et 
annoncera sa venue avant le jugement dernier. Le 
Dedjal dont nous voulons parler n'était autre qu'un 
juif, nommé Sabathaï Lévi , né à Smyrne , et qui , 
après avoir épousé trois femmes , parut à Jérusalem 
où il se posa en réformateur, déclara la fête du temple 
abolie, et se donna enfin pour le Messie. Il écrivit sous 
ce titre à tous les juifs de l'empire ottoms»i , et ses 
lettres drculaires mirent surtout en émoi les syna- 
gogues de Smyrne et de Thessalonique, auxquelles il 
s'était adressé plus particulièrement, de même que les 
épitres de saint Paul révolutionnèrent seize siècles 
auparavant les faabitans de ces deux villes. U s'inti- 
tula, lui, Sabathaï Lévi, le premier né, le fils unique 
de Bieu, le Messie et le sauveur d'Israël. 



24o HISTOIRE 

A la voix du nouveau Messie , des milliers de juifs 
accoururent non seulement de Smyrne , de Selanik 
de G>nstantinople , mais d'Allemagne , de Livourne ^ 
de Venise et d'Amsterdam. Les rabbins prirent partS- 
pour ou cotitre Sabathaï. Lorsque le grand- vizir Ah- 
med Kœprilu le fit emprisonner à Constantinople , ses^ 
partisans fanatiques virent dans cette persécution 1^ 
premier accomplissement de l'antique prophétie qum 
annonçait la disparition du Messie pour neuf mois^ 
temps au bout duquel il reviendrait monté sur une 
lionne, la dirigeant avec une bride formée de serpens 
à sept têtes, escorté par les frères juifs qui habitCDt 
l'autre côté du fleuve Sabation , et désormais le seul 
maitre du monde. En partant pour Candie , le grand- 
Vizir fit transférer l'Antechrist-Messie au château des 
Dardanelles situé sur la côte européenne. Sabathaï » 
qui atteignait alors sa quarantième année, âge légal des 
prophètes aux termes des canons, employa le temps de 
sa détention à développer sa nouvelle doctrine dont 
un des principaux points abolissait la fête du temple 
et y substituait la célébration de son anniversaire. Un 
rabbin polonais, du nom de Néhémias, qui ne se sen- 
tait pas moins disposé que Sabathaï à jouer le rôle de 
l'x^ntechrist, mais qui n'avait pu lui persuader que les 
prophètes annonçaient la venue de deux Messies, l'un 
maitré de Tunivers, et l'autre son précurseur; Néhé- 
mias, disons-nous, ne pouvant même plus aspirer à un 
rôle secondaire, ameuta les autres rabbins et se rendit 
avec eux à Andrinople où, par-devant le kaïmakam, 
il accusa Sabathaï de souffler la révolte au peuple. Ce 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. a4i 

dernier, conduit à Andrinople, y subit un interroga- 
toire en présence du Sultan, du kaïmakam-pascha, du 
moufti et du scheïkh Wani. Le Sultan voulut mettre 
sa puissance à l'épreuve : il ordonna que Sabathaî fût 
dépouillé de ses vétemens et servit de but à des ar- 
chers d'une adresse éprouvée, désirant voir comment 
les flèches rebondiraient sur le corps du Messie. A 
ces mots , l'Antéchrist avoua qu'il était tout simple- 
ment un pauvre rabbin et ne se distinguait en rien 
de ses confrères. Le Sultan lui offrit alors de réparer, 
par sa conversion à la foi musulmane , le scandale 
dont il avait été l'objet et le crime de haute trahison 
qu'il avait commis en s'attribuant le titr^ de Messie de 
Palestine, un des sandjaks de la Sublime- Porte, for- 
fait qui devait être expié par le supplice du pal (24 sep-^ 
tembre 1666 — 24 rebioul-ew^wel 1077). Ici se dé- 
noua la comédie : le Messie devint musulman, et, en 
échange de sa renonciation à l'empire du monde , il 
accepta une bourse d'argent et un emploi de gardien 
du serai au traitement de cinquante aspres. Toute sa 
famille se réfugia comme lui au sein de l'islamisme , 
et il fut un des instrumens les plus utiles que mit en 
œuvre le scheïkh Wani pour obtenir la conversion 
des juifs. Dix années de sa vie furent employées à 
atteindre ce but : au bout de ce temps on l'exila en 
Morée où il mourut dix ans après. Le système de pro* 
pagande adopté par le scheïkh Wani et pour l'appli- 
cation duquel il trouva dans Sabathaî un puissant 
auxiliaire, échoua quelquefois, notamment auprès de 
l'intrépide Panajotti que le grand-vizir avait entre- 

T. XI. i6 



24à HlSTOiRÊ 

pris de ècmVéfrtîr à TislàïniàMe : à cet éffist il provoqua 
nne polémique religieuse entre lui et le schéïkh Wanî 
qui ne réussit pas à convaincre son adversaire . 

Pendant que Sabathaî catéchisait les juifs de l'em- 
pire ottoman , le fils d'un scheïkh du Kurdistan se 
donnait pour Mehdi et soulevait plusieurs milliers de 
Kurdes. Le beglerberg de Mossoul, de concert avec 
le gouverneur d'Amadia, parvint à disperser les par- 
tisans du jeune prophète , s'empara de lui et de son 
père et les envoya tous deux prisonniers au Sultan 
(avril 1667 — schewal 1077 ). Ce dernier chas^it 
aux environs de Wizé, lorsque le nouveau Mehdi lui 
fut présenté. Interrogé en présence du souverain , le 
jeune homme abandonna son rôle de précurseur et 
répondit avec beaucoup de sens aux questions qui lui 
furent adressées : le Sultan en fut satisfait et Tattachàf 
à la chambre du trésor en qualité de page : quant à 
ton père, il le nomma supérieur d'un couvent. Ainsi 
l'Antéchrist juif et le Mehdi kurde, l'un page et 
l'autre concierge du serai, contribuèrent tous deux à 
assurer la tranquillité du Sultan non moins que celle 
de l'empire. 

Des troubles d'un autre genre éclatèrent à Bassra, 
en Egypte et à la Mecque. Houseïn-Pascha , qui avait 
obtenu le gouvernement héréditaire de Bassra, s'at- 
tira la disgrâce du Sultan par sa rébellion , et le gouver- 
neur de Bagdad , Ibrahim-Pascha , reçut l'ordre de 
marcher avec les begs contre lui , et de procéder à 
l'installation de Mohammed-Pascha qui devait rem- 
placer Hôusëïn. Ibrahim - Pascha , nommé serdar, 



DE L*£MPtRE OtTOMAN. a43 

rétoÂt SOUS sen dtafpéàtnt , à HeHé, les b^lerbegs du 
Dtarbékr » de Seh^ra^l ^ de Mosisout , de Haleb , de 
Rakka, les émirs kurdes et arabes, et se dirigea vers 
le château fort de Kâv^a^iia, as^s au confluent du Tigre 
et de rEuphràte, oà s*était retranché Honseta avec 
les débris des corps de dragons (saridjé), de hus- 
sards (seghban) et de là mSicè indigène (lewend), qui 
avrîent combatta sous les chefs rebelles d'Abaza Ha- 
san. Après avoir infructueusement assiégé Kavama 
pendant trois ou quatre mois, le gouverneur de Bag- 
dad se vit contraint de tramdger avec Houseïn-Pascha. 
n fut convenu que Housein se retirerait à la Mecque 
€A qu^en prenant le gouvernement de Bassra, son fils 
Efrasiab paierait huit cents bourses pour les frais de 
la guerre et verserait annuellement vingt mille écus 
au trésor du Sultan. Ibrahim-Pascha retourna alors 
à Bagdad , et Houseïn à Bassra où , en son abseiice , 
les négodans avaient pris les rênes du gouvernement 
stei tiom du sultan Mohammed. A sa rentrée dans la 
\ille , il sévit contre ces derniers et envoya au Sultan , 
par l'intermédiaire de son cousin et mandataire Yahyà- 
Aga , trois cents bourses provenant d'eiactions et de 
meurtres , eti promettant d'acquitter en divers paie^ 
mens le reste de la cotitribution qui lui était imposée 
(1666). 

Yi(hya*Aga rencontra à Andrinople plusieurs négo- 
dans de Bassra qui venaient demander justice pouf 
les violences inouïes dont leurs frères avaient été Tob- 
jet. Leurs plmmes furent portées au diwan, et comme 
Ih défeme de HôuiÉeïn-JPascha éuift nulle dans la boun 



a44 HISTOIRE 

che de son mandataire, qui offrit de fournir les mêmes 
sommes que son cousin , le gouvernement de Bassra 
fut confié à Yahya-Aga, et le nouveau gouverneur de 
Bagdad, Firari Moustafa, reçut Tordre de marcher 
sur Bassra avec les begs de Rakka et de Mossoul, de 
Diarbekr et de Scfaehrzol , la cavalerie feudataire et 
les janissaires (1667). Firari Moustafa laissa d*abord 
passer les grandes chaleurs dans son camp de Hdlé; 
puis il imagina d'assaillir Kavama du c6lé des marais, 
qu'il rendit praticables en Êûsant abattre des forêts de 
palmiers; Houseïn-Pascha, reconnaissant l'impossi- 
bilité de tenir plus long-temps, s'enfuit en Perse; le 
fort se rencfit aussitôt, et Yahya- Aga en prit possession 
comme gouverneur de Bassra. 

A celte nouvelle, le Sultan nomma Rahma Kazim- 
zadé defterdar de Bassra , et le diargea en cette qua- 
lité de fixer les limites de ce gouvernement et le mon- 
tant des impôts à percevoir dans la province. La 
garnison de Kavarna reçut en même temps un renfort 
de mille janissaires. A l'arrivée du defterdar, le gou- 
verneur, lui défendit de s'immiscer dans les af&ires de 
finances , et « comme les troupes réclamaient le paie- 
ment de leur solde arriérée , Rahma leur déclara que 
ses efforts pour les satisfaire étaient paralysés par le 
gouverneur de Bassra. L'armée se souleva, et ce der- 
nier, incapable de conjurer l'orage, prit la fuite au 
milieu d'une fête (16 août 1668 — 8 rebioul-evvwel 
1079). Le Sultan chassait à Brousa, lorsque cet évé- 
nement lui fut annoncé : il conféra immédiatement le 
gouvernement de Bassra à Moustafa-Âga qui avait 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 245 

épousé la nourrice du souverain. Après avoir rallié 
autour de lui tout ce qu'il y avait de plus infime dans 
les tribus arabes, Yahya-Pascha reprit possession de 
Bassra par l'intermédiaire de son kiaya. Puis il mar-* 
cha avec ce dénier sur la forteresse de Kavama, pré- 
voyant iHen que le gouverneur de Bagdad chercherait 
à secourir la garnison de cette place. Mais ses troupes 
furent assaillies et dispersées par celles du pascha de 
Bagdad, et son kiaya fut tué dans la mêlée. D s'enfuit 
de nouveau à Sourit, sur la frontière de Perse, où il 
réunit une seconde fois le rebut de la nation arabe : 
puis il fondit comme un fléau sur la ville de Bassra; 
Les brigands arabes dont se composait son armée 
entrèrent dans cette capitale, tenant le fer d'une main 
et la flamme de l'autre, violant les femmes et égor- 
geant les hommes ; ils détruisirent la ville de fond en 
comble et massacrèrent toute la population. Depuis 
les horreurs commises par Timour à Siwas , on n'a* 
vait rien vu de semblable. Firari-Pascha reçut l'or- 
dre de marcher une seconde fois sur Bassra avec lé 
b^lerb^ de Diarbekr, de Rakka, deMerâsch et de 
Schehrzol (1668). Il laissa passer les grandes chaleurs 
et en automne il se disposa à asiâéger Kavarna. Il 
adressa une circulsâre aux scheikhs des tribus arabes 
dont la plus puissante était celle des Ibn Oulian et qui 
^nbrassèrent la cause du Sultan. Yahya se vit réduit 
à s'enfuir en Perse. Ce fut ainsi que la province de 
Bassra redevint pour la trdsième fois tributaire de la 
Porte. A peine Moustafa-Âga était-il entré en pos- 
session de son gouvernement , qu'il en fut dépouillé 



«46 H18T01IIE 

m profit de Firari Mousiafa « pascha de Bagdad f 
chargé de Torganiaer sur une meilleure base. 

Quelques troubles qui édat&rent eu Géorgie vers la 
même époque furœt apaisés plus facilement : il suffit 
aux paschas d^Erzeroum et de Tscbildir de s'eatipsOTr 
de quelques châteaux- forts i et Tordre fut réiaUi. 
^lais, comme quelques GéorgiiMiis, protégés par le 
scheikh Wani , avaient réclamé coutre Tii^ustioe àe^ 
Mohammed , kiaya du gouv^neur d*£rzeroum, luk 
khasseki alh demander sa mort, ainsi que celle du juger 
militaire, et Ieiu*s tètes furent portées à Andrinople. 
A Gonstantinople, Vanden khan de BidKs, Abdal^ 
khan, qui, après avoir été réduit par Meld^ Ahmed-^ 
Pascha, avait depuis vécu paisiblement dans la cafri-^ 
taie, fut étranglé inopinément m vertu d'un cMtire du 
Sultan apporté d'Andrinople par un kozbegdji du se^ 
rai, saiis que personne pût découvrir la cause de cette 
exécution; toutefois on l'attribua au désir qu'avait 
Mohammed de s'approprier les richesses qu'Abdal^ 
khan possédait encore. 

A l'époque où nous sommes parvenus , l'hieiciiffe 
d'Egypte et celle de la Mecque, qui ont eu jusqu'à pré-» 
sent de nombreux points de contact , seront à Taveniv 
bien près de se confondre. L'Albanais Ibrahim-Pascha 
avait succédé à Qmer-Pascha dans le gouvernement 
d'Egypte : c'était un homme bon et jurte ; mais il 
était sous l'influence d'un véritable démon dans la 
personne de son kiaya. Le rouzname^yi Sohrabsadé 
Mousta&-£^endi , qui , lors des derniers troubles sus^ 
i^ftiés en Egypte par le b^ de Djirdjé , s'était rendu à 



DE L'KMPIRE OTTOMAN. 47 

ÇopstantinopJe , çn reviut avec ]a mission de meUre à 
ijfiorl le kiaya : effectivement il ne tarda pas à Tenipoi^ 
sonner dans un festin. 

A la Mecque, le sçhérif Seïd Mouhsin étart mort , 
^n fils Saad le remplaça. L'emirol-badj Ouzbeg qui 
^it venu visiter le tombeau du Prophète , tranoa le 
renversement du schérif avec Hamoud , frère de ce 
magistrat, et envoya au Kaire ses deux fils qu'il char- 
gea de remettre un présent de trente mille ducats au 
pascba d'Egypte. Celui-ci , ou plutôt son kiaya, prit 
largent et retint I^ deux fils prisonniers. Hamoud 
s'en vengea en marchapt sur Yenbouou et en faisant 
maîn-hasse sur toutes les aumônes et les marchandises 
qui y étaient eiitreposées à la destination de Médine* 
A cette nouvelle, Yousoufbeg sortit du Kaire et mar- 
cha contre lui à la tête de cinq cents janissaires, A trois 
reprises différentes, Hamoud le fit inviter à ne pas 
trop se rapprocher de Yenbouou : Yousouf n'en tint 
|>a$ compte et s'aventura dans les gorges de Djémi- 
jdéré où il fut assailli par Hamoud et perdit tout son 
corp3 (l'armée ; lui-même fut pris avec son fils (3 jan- 
Ticr 1668—18 fedjeb 1078). La nouvelle de cette 
4éf9ite fut portée en Egypte par quatre janissaires, 
les seul^ qui furent parvenus à s'enfuir. Deux mille 
liommes et dix begs des. Mamelouks reçurent l'ordre 
4le devancer la caravane des pèlerins, et de rétablir 
Jes communications interceptées entre l'Egypte et la 
Mecque. Hamoud , sentant son infériorité , se retira en 
secret, et la vue de ses tentes trompa et retint l'armée 
égyptienne: il en profita pour gagner du terrain. Les 



a48 ' HISTOIRE 

Egyptiens ayant reconnu leur méprise le poursuivi'» 
rent pendant trois jours, mais sans pouvoir l'atteindre. 
Après le départ de la caravane, Hamoud pilla la Mec-- 
que et Djiddé , et ravagea si bien le pays, que la fa- 
mine y enleva sept ou huit mille personnes. Soixante 
ou quatre-vingts fugitifs de la Mecque vinrent, en 
poussant les hauts cris, demander du secours à Brousa 
où le Sultan était alors en quartier d'hiver. Frenç 
Hasan-Pascha, sandjak de Morée, fut nommé sandjak 
de Djiddé et reçut la mission de pacifier rAràbie : 
pour le mettre en état de soutenir son rang, on lui assi- 
gna les revenus d'Itschil (Qlicie). 

En Egypte, où il pleut très-rarement et où la grêle 
est encore moins fréquente, il tomba cette année des 
gréions d'une grosseur prodigieuse ; quelques-uns pe- 
saient jusqu*à deux livres, et leur chute tua non seu- 
lement les oiseaux qu'elle surprit dans les airs, mais 
un grand nombre de bestiaux (28 juillet 1667 — 
18 sàfer 1 079). Ce ne furent pas les seuls phénomènes 
qui signalèrent l'année 1 667 : elle fut témoin aussi de 
tremblements de terre assez violents pour renverser 
des villes et faire disparaître des montagnes. La moitié 
d'Erzendjan fut engloutie dans les entrailles de la 
terre ; à Mossoul on vit s'écrouler bon nombre d'édi- 
fices , entre autres la coupole qui recouvrait le tom- 
beau du prophète Jonas ' . Deux ans auparavant , la 
mort de deux honunes d'Etat célèbres, l'ancien grand- 
vizir Bami Yarali Mohammed - Pascha et l'ancien 

I Le Sotibdet rend compte également d'un tremblement de terre, qui en 
1077 aurait fait de grands ravages à Cataro , Spalatro , Sebenico et Raguse. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. a/îg 

^snoofti Sanizadé, avait pareillement fixé l'attention pu- 
i)]ique. L'un d'eux, le vieux Turcomau Yarali Mo- 
hammed, s'était d'abord distingué sous les ordres de 
Khalil, surnommé k Pieu de fer, pendant ]a guerre de 
Perse où il avait reçu quarante blessures ; à son re- 
tour, le Sultan Mourad IV l'avait nommé gouverneur 
de Haleb, pour reconnaître le présent d'un kœschk 
dessiné et construit au goût du souverain ; plus tard, 
le parti des eunuques l'avait porté au grand^vizirat où 
il avait précédé immédiatement Kœprilû Mohanmied. 
Au bout de cinq mois, son incapacité notoire avait dé- 
terminé sa chute, et, depuis dix ans, il menait une vie 
paisible non loin du couvent de Schahsewen ; exem- 
ple de modération bien rare au temps du sanguinaire 
Kœprilù Mohammed qui, pour se maintenir au pou- 
voir, avait dû écraser tant de rivaux, et qui cependant, 
soit mépris, soit respect, n'avait pas voulu anéantir 
son faible prédécesseur. En rendant le dernier sou- 
pir , l'ancien moufti Sanizadé sembla entrsdiner dans 
la tombe une foule de personnages revêtus des plus 
hautes dignités législatives ; car immédiatement après 
lui moururent à Constantinople, à Andrinople, à Da- 
mas et à Haleb, le kadiasker, Abdourrahman Schaa- 
ban, et une centaine de grands-juges moUas. Selon 
toute apparence, la peste causa cette mortalité, comme 
vers le même temps nombre de villes turques furent 
dépeuplées par des tranblements de terre. 

Ce double fléau fut un excellent tfiême pour un pré- 
dicateur aussi habile que l'était Wani : il en tira si bon 
parti , qu'il réussit à faire pleurer tout son auditdre et 



:»5o IIISTCHRE 

le Sn\\m M-môQiQ , à Id point que ce dernier , dans 
1^0 nccès de repentir , défendit, après le sermon , de 
laisser pénétrer les çlievwx dans les diamps ensemen- 
cés , et dédqra que toute infra<^n à ce règlement se- 
rait punie par la cqiifi^catian du cheval et qu'en outre 
fi|i cbfttilQ^nt ser^ infligé aux palefreniers délinquans. 
|Ji^ aiilre fois Wani annonça en chaire qu'aux envi- 
rons de Hafssa un si grand nonilMre de pépins attaient 
V^^J|^r ^^ tombeau d'un c^tain E^nbourdédé, qu'il se 
g]m9^ Pl^ mélaii^e d'idoifttrie dans les honneprs dont 
il é^ijt rp)g^. Le kaïnidaim, frappé de cet avis, 
S' einprefw de spqinettm au ^tan une proposition 
à l'effet 4e détruire ce foyer de superstition. «Dieu 
» soif, loué ! s'écria le Sultan» le kaimakam a pré- 
2> veuM miw désir * car je me disposais à lui écrire 
>> 4aiv» ce but. »> (3 octobre 1667 — iâ rebioul-akbîr 
4078). £n çc^séquence, un ordre impérial ordonna 
1^ /suppression du pèlerinage en question , et défendit 
lipus des peines sévères de continuer à visiter le tom* 
beau de Kanbourdédé. Cette victoire de Wani sur les 
mystiques ne put toutefois prévenir la fondation d'un 
noi|v^l ordre de derwiscbs , celui de Sinan Oummi, 
qui moiirut l'amiée suivante à Almali. 

Su réprimwt avec sévérité les pratiques supersti^ 
fiimm 9 Mobvnined n'odbKait pas de remplir exacte^ 
ment se^d^voirs r^igieux. Peu de temps après il reçut, 
avec les honneore dus à son rang , le scheikb de la 
Meeqtt^ qui, suivant Tusage» lui remit, au retour de 
le cs^yene des pèlerins, les cMs de la Kaid)a; il Im 
fàimm flîverse» que^tkmf sur les deux villes sainte^ 



DE L'EtffiMmE OTTOMAN. à5i 

fi lut fit don d'ime pdlise dé z9)dline (1 4 nov€iDbi« 
1667 -r- M 4iemaaoul-ewwd 1076). 

Cette réception ent lieu aux enyiions d^ Philippe^ 
polis cw Je Sttllan faisait une partie de chasse. Ces bat^ 
Um étaient Irés^onéFeoses ans habîtans des oampa-t 
g«es, et bien souvent eoOtident la vie à quelques-uns 
d'entre ma. Ainsi, dras années auparavant, une parUe 
de cliasae airait eu lieu à Tschalaldjé : la popidatien 
de qpipnae dî^riots, ç'est^à-dim envircm trente mille 
homnaes, avut été obligée d'y prendre part, et il en 
était résulté la mort de trente personnes. Pendant Vhu 
ver que le Sultan passa à Andrinople, dix autres par^ 
tiesde chasse eurent lieu spicoessivenient. Dans le cours 
de Twnée précédente, il avait voulu chasser au cœur 
de riûver à Kirkkilisé, à Aîdos et à Karinabad. Dans 
chacune de ces localîiés, on avait mis en réquisition 
vingt ou trente mille rayas appartenant à quinze di- 
fttrîels, et lorsqu'à Yanboli les personnages qui en- 
touraient le Sultan , las d'mi pardi exerciee dans la 
saison la plus rigoureuse de l'année, proposèrent de 
retourner à Andrinople, le Sidtan leur réponifit ironi- 
quement « qu'en e^et ce parti lui semblait prudent. » 
n parcourut à cheval en vingt heures, avec toute son 
escorte, le trajet qui sépare Yanboli d' Andrinople sans 
mettre pied à terre. 

Les rayas de quinze juridictions furent invités dxa^ 
parties de chasse qui eurent lieu aux environs de Fikla 
et de Kod Kiasi. Quelquefois le Sultan n'emmenait avec 
loi qu'un personnel peu nombreux : c'était ce qu'on 
appelait la petite chasse. Chaque jour il organisât mie 



ti5% HISTOIRE 

nouvelle partie , excepté toutefois le vendredi où il 
entendait le sermon du prédicateur Wani , et assistait 
ensuite au jeu du djirid. Les pages , le kaïmakam- 
pascha et le viaôr favori , Moustafa-I^ischa , prenaient 
part à cet exercice. Souvœt même Mohammed éprou- 
vait son adresse à lancer le javelot : une fois ^ aitre 
autres, il atteignit le but à une distance de qusâre-vingts 
pas» et non seulement Tluitorien Âbdi consigna le fait 
dans ses annales , comme un exploit digne de passer 
à la postérité, mais il composa à ce sujet un dirono- 
gramme : en un mot, Thistoire et la poésie s'uùirent 
pour immortaliser le nouveau Guillaume Tdl. Le Sul- 
tan partit ensuite pour Philippopolis. En route il chassa 
continuellement et fit dix-neuf haltes ' à distances iné- 
gales, suivant l'importance et la durée des chasses \ 
Comme Abdi n'avait pas quitté Ândrinople , le dul- 
bendagasi (porteur du turban) fut chargé de prendre 
en note tous les événemens remarquables qui survien* 
draient pendant cette excursion et de les transmettre à 



I fo Àkbinar, 2» Koutschouk Derbend, So Paschakœyi , 4o Giindûsler, 
5p Bakhsdialsch» 60 Schaaban binari, 7o Karabinar, 80 de retour a Bakh- 
schaïsch, 9o Ewlialer, lOo Arnaud bakacyigbi, ilo Yanboli, f2o Khalil- 
obasi, 15o Sagraï djedid, f4o Kademli Baba, i5o Sagral aUk, I60 Ali 
Pascba deresi , i7o Kara Osman , f 80 Tcboban biDari , f 9» Felibé. De Phi- 
lippopolis , le Sultan s'en alla à Kizflhissar ; U prit un bain duiud a Tatar- 
bazardjik^ se rendit dans les landes de Bourdjada kourousi, Kodoudébour- 
oudsch, Moustafaaga kourousi, Istimanka. De Philippopolis à Andrinople, 
le Sultan s'arrêta, io à Papasli, 3o Kiali, 3o Ouzoundjowa, 4o Kbermenli» 
50 Moustafapascha koeprisi. De retour à Andrinople, le Sultan chassa à 
Tschœhnekkœi, Ispekli, Gfilbaba, Ouzounkœpri, Wakfler, Ouskoudar. 

3 La grande chasse se nommait bùuyouk sourgount la petite ItoUouk 
$owrgQun, 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 253 

rhi^oriographe, afin 'que les annales pussent en faire 
mention. A Philippopolis , lesi rayas de quinze dis- 
tricts furent, comme à Fordinaire, invités aux diasses. 
Le trépas de chaque béte fauve abattue par le Sultan 
fut mentionné avec soin dans Thistoire de son règne : 
quant aux hommes auxquels ces divertissemens coû- 
tèrent la vie, il n'en fut pas question. 

De retour à Ândrinople, le Sultan explora de nou- 
veau en chassant les environs de cette ville, et visita 
le nouveau serai qu'il faisait élever sur la hauteur de 
Haïdorlik. En même temps, il ordonna d'achever en 
pierres la partie du nouveau serai de Constantinople 
que deux ans auparavant un incendie avait réduit en 
cendres. Le defterdar Ahmed-Pascha, qui avait com- 
mencé la construction en bois , fut obligé de la dé- 
molir ; l'édifice, désormais plus durable, coûta deux 
trésors égyptiens ou douze cent mille ducats, et fut 
tell^xient somptueux, qu'au jugement de l'historien 
Abdi, ce le palais merveilleux de Schedad, fils d'Aad, 
» et celui de Khosroës de IVledaïn , n'étaient rien en 
» comparaison '. On y voyait des estrades de marbre, 
» des rangées de colonnes en pierres multicolores , 
)> des kceschks dorés , des fontaines jaillissantes or- 
> nées de lames d'argent , des portes richement d- 
» selées , des murailles revêtues en nacre de perle. 
:» En un mot, la magnificence de ce nouveau serai* 
K> laissait bien loin toute description. » 

Un autre événement digne de fixer non seulement 
lattention de l'historien Abdi , mais celle de nos lec- 

1 Kw/ra Nami kàhniichdir, littéralement n'était que des noms secs. 



254 HISTOIRE 

tetfs, fut le mariage de la fiiihane {^ma (3 septeitibN 
— 14 rebk>ul-ewwd)f lanté do StriDan, elilée Tingt^^ 
deia ans aupamvaint par le sultan Ifarabim ^ avec geH 
deux aœtiFSt Àisdié et Khaitiaadë , du serat de la càpi^ 
taie àsam celtti d'Ândrilioplé^ et qui, parvenue à Fâfge 
de cinqnaBle ans et plus ' , n'en épousa pas moins en 
grande pompe Yousouf-Paacha» gouverneur de Silis^ 
trie : elle reij^ttt en dot un trésor é^yfAien ou six cent 
mille ducats* A cette Occasion, le mbufti^ le kateiakam 
et le khazlnedar favori Yousoilf-^Pascha, se rassem* 
bièrent à Andrinople dans le jârdm ifit du bassin, et 
eûmiBîe une indisposition du kislara^ ne lui permet-^ 
tait pas de remplii^ auprès de la sultane, dans les cèré- 
momes du mariage, Toffice de protecteur qpli Im avsât 
été confié , le khasdnedar-vizir Yousofuf le remplaça 
dans cette solennité. Il n*y avait pas encore bien Icmg- 
temps qoe ce demier avait refusé pour femme la filte 
du Sultan, désireux avant tout de comlerver sa liberté, 
et bien d^érent en cela de Mti prédécetôeor, le favori 
Yousottf-Pascha , vainqueur de la Cairëe, qtii aVait 
épousé une fille dlbrahim, la sultane Fatima. Le vizir^ 
silibdar Yousouf, favori du sdltan Ibrahmi, s'était 
fiancé par ambition à la sultane Fatima, &gée dé deux 
ans et demi, et sœur du sultan Mohammed. Quamt au 
vizir et gouverneur de Silistra » Yoàsouf , il avait accepté 
la main ou plutôt la dot de la sultane Fatkna, tante de 
Mohammed , bien qu'elle comptât plus d'im demi^ 
siècle, tandis que le viaâr et favori le khazinedar You- 
souf refusa Tbonneur dangereux de devenir gendre 

> Le sntton Ahmed, sonpto, raeuralen Tamiée i6l7. 



DE L*EMnKE OTÏOMAN. ^55 

dû Sdtan. Aimi, les dettk Fatittia , la ^emièré aii 
l)erGeau , la seconde au bord de la tombe, enchatnéed 
p«* des liens disproportionnés, se Tiretit sacrifiées k 
rayeugle ambition d'esclaves parvenus et à Tégoismè 
pc>iiti<|ue du souverain ' . 

Quelle que fût l'aversioti du Sultan pour lotite af^ 
faire sérieuse, car il ne vivait que pour chasser, il lui 
fallait bien de temps à autre dcmner audience aûi 
ambassadeurs étnmgers, et encore les recevtift^l sôu-^ 
vent au milieu d'une chasse , témoin Tambassadeuf 
russe. Deux ans pins tard , un envoyé de là même 
nation » dont le cortège se composait de Soiiante-dil 
ou quatre-vingts personnes , eut à subir les mêmes 
traitemens que M. de La Haye, ambassadeur de 
France. II refusa de communiquer sa dépêche au kai- 
makam Kara Moustafa-Pascha , homme vindicatif , 
dont la diqplicité égalait l'avarice. Admis à l'audience 
du Sultan, il voulut, mai$ en vain, y paraître en épée ; 
il fut conduit en présence de Mohammed , avec son 
secrétaire et un envoyé tatare, Âbdoul Aliaga (25 jan- 
vier 1668 -- 10 schàban 1078). Il apportait en pré- 
sent des dents de morse et des fourrures d'hermine 
et de zibdine; il reçût en échange d^ kaftans pour 
lui et quinze hommes de sa suite. Comme il refusait de 
s'incliner assez profondément, et se révoltait contre 
le cérémonial barbare en vertu duquel les chàm- 
l)ellans de service l'avaient saisi à la nuque et s'^or- 

X La VieiOe stdtane F&tffiàà moutttt deux ans après son mariage, 6t ses 
liléils airdnaiiei^ furent i^txois à ceux de la sultane khasseki , comme nous 
rayons dit préé&ieMtàtjm. 



256 HISTOIRE 

çaient de lui courber là tête, ces derniers le prédpi- 
tèrent la face contre terre. A cette vue, son inter- 
prète fut tellement saisi, qu^il perdit tout-à-coup Tu- 
sage de la parole. Le Sultan s'écria alors avec colère : 
<c Que mes ministres se chargent de traduire la dé- 
» pèche : on y répondra plus tard. » Puis il ordonna 
au kaimakam de chasser Fambassadeur à coups de 
bâton. Le kaïmakam frappa alors de sa propre main 
l'envoyé russe, le secrétaire et l'int^prète, et les ex- 
pulsa ignominieusement. Transporté de rage, l'am- 
bassadeur monta à dieval et se retira inunédiatement. 
Comme la traduction mise en r^ard du texte russe 
n'était pas intelligible, le kamiakam demanda le len- 
demain un autre interprète qui pût en indiquer le 
sens. L'ambassadeur saisit cette occasion pour se 
plaindre amèrement des outrages qu'il avait essuyés, 
et refusa d'envoyer l'interprète dont le Sultan avait 
besoin; enfin, il y consentit à la prière du mihmandar 
et du tschaousch-baschi ' . Le Sultan fit une réponse 
amicale à la lettre du czar Alexis Mikhailowicz. 

La mission du Tatare IMUrza, admis avec l'envoyé 
russe à l'audience impériale, avait pour objet le traité 
conclu entre la Pologne et le khan des Tatares, par 
le grand-hetman, Jean Sobieski, à la suite des capi^ 

I Er Sultan erzUrnt, dem Kaimakam hefoMen, dièse leuih zu scMa- 
gen undt ans dem Zimer zu treiben, wie er den Bothschafter Secreiari 
und den DolJmetseh gesehlagen , mit aigner Hand und mit Stossen M- 
nausgetrieben hat, folgenden Tag, weil die Interprétation toiaritch ge- 
setzt, \md nit deutlich, hat der Camecam einm anderen DoUmettcher 
vom P<rtschafter hegert, welcher $ich Uber da$ von ihm empfangene Ttac* 
tament beKhwert, Rapport de Casanoya du Si janvier 1668» ' 



DE LIEMPIRE OTTOMAN. 267 

tolations intervenues entre la Pologne et les khans 
Islam-Ghhraï et Mohammed-Ghiraï. Ce traité de paix, 
ratifié par le sultan-kalgha, comprenait sept articles, 
aux termes desquels : 1 ® le passé devait être oublié ; 
â^ les griefs des parties contractantes devaient être ex- 
posés mutuellement par Tentremise d'ambassadeurs; 
3** leurs amis et leurs ennemis devaient être com- 
muns ; 4** la Pologne ne devait plus être inquiétée par 
les Tatares noghaïs du Boudjak et d'Âkkerman, qui 
obéissaient au khan de Crimée; 5"* à Tintercession du 
kalghâ , les Cosaques rebelles devaient rentrer sous 
la dépendance de la Pologne ; 6^ lés esclaves devaient 
être mis en liberté; 7* il devait être mis un terme aux 
incursions. 

Trois mois après la réception de l'ambassadeur 
russe, Barabasch, envoyé des Cosaques soumis à la 
Porte, vint réclamer sa protection contre un arme- 
ment préparé par le général Cerkas, dans l'intention 
de fondre sur eux avec deux mille Cosaques [ii]. Il 
fut admis en présence du Sultan sous une tente dres- 
isée aux bords de la Toundja , et parut ébloui de la 
nouvelle et magnifique livrée des laquais impériaux. 
Six semaines plus tard et immédiatement après Tam- 
basssideur russe, il obtint son audience de congé 
(30 mars 1668 ~ 16 schewal 1078). A l'entrée et à 
la sortie de ce dernier, les chambellans qui , suivant 
l'usage, le tenaient vigoureusement sous les bras, lui 
firent cfourber la tête jusqu'à terre : justement irrité, 
il se dâ)attit , frappant à droite et à gauche. Le pre- 
mier et le second drc^man de l 'ambassadeur impérial , 



T. XI. 



258 HISTOtl^ 

Pans^jotti et Marco Antonio^, rmiplveèrc»^ m cette 
circonstance l'interprète de la Porte. L'an^J^aasadeur 
reçut en partant de belles protestations d;'aaiit|é et 
de nouveaux kaflan^. Après Taudie^ce ^ U ei^pnoia 
an kaïmakam, par rintermédiaûr^ de Marco Antonio, 
le désir que l'envoyé des Cosaques révoltés contre 
la Russie n'obtint pas l'entreviji^ qq'il spUicitait. En 
échange du général Scheremet dont il r^ainait la 
mise en liberté , on lui demanda deux ipille Ttircs, 
et comme il mani^stait égaleipeiit ^ vœu qiie son son-» 
verain fût reconnu en qualité d'empereiir, le kaïma^^ 
kam , poqr toute réponse , le tr^a de poorceau, A 
l'audience de l'envoyé cosaque, Miarco Antonio ne 
put servir d'interprète, faute de savoir la langue, lie 
Sultan rendit à cet envoyé qu^^ l€^ Cosaquieft n'a- 
vaient qu'à se tenir tranqutlleii et à obéûr au khan des 
Tatares. 

Cependant les intempnces et les ambasaadeurt po- 
lonais se succédaient depuis, l'année précédente, où 
rinternopqe Jean George Podjeroski* porte-épée de 
Néograd, avait annoncé l'arrivée proçhaii^ d'un am- 
bassadeur chargé de négociation^^ relatives! au renou- 
vellement de la paix : ce fut le mi^n^e qjui signifia a» 
magnats polonais qu'ils ne devaient pi^ çonCérerà v» 
Français la dignité ?oyaIe, Uiq^monoe se plaignit 
(}e Talliance qui unissait les Tatares, et les Cosaques 
rebelles. On lui demapida ce qiiv'était devew liii^-* 
mirski : il répondit, par h bpwh^f ^ l'inleifHPéte 
Marco Antonio, qw ç^ derijjer avait fait m soumis- 
sion au roi; il m^ou^ que la^Po^omfi awit ceMé d^'étce 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. aSg 

en guorre avec h Rouie, et qae les deux puissanGes 
avaieiit oondb une trêve de treiie ans. Cette dé- 
daralioo provoqua Thilarké du kaïmakam (3 avril 
1667 — 8 schewal iO??). Deux mois après, Tam- 
baauideur Hiéronyme Jonosi^ Radzieiowsky, palatin 
de Lithuanie, se présenta à son tour, et fut reçu sous 
une tente à Demitoka (98 juin 1 667 — 6 mobarrem 
f 078). Le Sultan trouva qu'il ne s'inclinait pas assez 
profondément, et voulut feire mettre à mort les cham- 
bellans de service, pour ne s'être pas mieux acquittés 
de l'emploi qui lemr était confié. Le drogman impérial 
Marco Antonio Mamucca ddla Torre , chevalier de 
Tordre du Saint-Sépulcre, qui r^ofiplissait les fonc- 
tions d'interprète de la Porte, fut étendu par terre, 
et, dans cette portion, reçut la bastonnade '. L'am* 
bassadeur obtint le renouvdlement de la paix, et mou- 
rot à Gonstantinople (8 août 1 667). Le nouvel en- 
-voyé, Franz Wysoçki, méprisé par les Turcs à cause 
de sa naissance vulgaire , et qui , après l'arrivée de 
l'ambassadeur cosaque et du vivant même de son 
prédécesseur, avsât eu à subir de mauvais traitemens, 
signa enfin une paix qui, à tout prendre, n'était que 
la confirmation des précédens traités, et ne faisait 
droit explicitement à aucune des réclamations pré- 
sentées au nom de la Pologne. Telle quelle cependant, 
cette paix fut achetée à beaux deniers comptans. En 
réponse aux assurances données par le roi, que la 

> Mamncoa n'e^t ganl^ de se i4oip4re au rétitat , mns PafmjstH waii 
ce fait en lumière dans son Rapport du 7 septembrf» 1667, sur la demande 
faite par le Sultan d*un meilleur interprète. 

17' 



26o mSTOIKË 

Porte n'avait rien à redouter de la paix conclue entre 
la Pologne et la Russie, le kaïmakam lui écrivit que 
son intérêt était de servir la Sublime-Porte, comme il 
avait déjà pu s'en convaincre lors de la guerre avec 
Bakoczy. uYous dites, portait la lettre du kaïmakam, 
» que la paix conclue entre vous et la Russie ne nous 
» menace en rien : sachez que, Dieu merci l telle est 
» la force et la puissance de l'Islamisme, que peu loi 
» importe l'union des Russes et des Polonais. Les sept 
'» elles neuf rois qui ont marché contre la Porte n'ont 
» pu nous, arracher un seul poil de la barbe , grâces 
» en soient rendues à Dieu et au Prophète ! et This- 
» toire vous dira dans quelles mains sont aujourd'hui 
» leurs trônes et leurs couronnes. Notre empire a 
» toujours été le même depuis son origine; jusqu'à 
» présent sa force et sa puissance ont toujours été en 
» progrès ; s'il plaît à Dieu, il en sera toujours ainsi, 
» et notre empire ne finira qu'au jugement dernier. » 

Huit jours après la première audience (5 août 1 667) 
obtenue par l'ambassadeur polonais, celui des Cosa- 
ques rebelles (Karonka), fut admis en présence du 
Sultan, et reçut pour sa suite six kaftans et six habits 
de drap. En vain l'ambassadeur polonais réclama con- 
tre la réception faite au représentant d'une nation 
rebelle : on lui répondit que cette nation était restée 
vingt -cinq ans sous le patronage de la Porte. 

M. de La Haye, ambassadeur de France, qui le pre- 
mier avait eu à soufTrir une partie des mauvais traite- 
mens que le Sultan fit essuyer à plusieurs diplomates 
européens , avançait d'autant moins les affaires de son. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 261 

gouveraeinent , que la Porté témoigDait un nouveau 
ressentiment contre la France au sujet des renforts 
qu'elle venait d'envoyer à Candie. G)inme il se plai- 
gnait de la réception faite au marquis de Durazzo, am^ 
bassadeur génois, on lui répondit que le roi de France 
devait se contenter d'être reconnu en qualité de padi- 
schah et traité conmietel par le Sultan. L'ambassadeur 
réplif^a que le roi de France ne devait son titre qu'à 
Dieu et à ses armes victorieuses. Les- ministres du Sul- 
tan lui répondirent que lui seul, de tous les ambassa^ 
deurs accrédités auprès de la Pente, osait donner à son 
midtre le titre de padisdiah. Ce fut en vain que M. de 
La Haye rédama la conclusion d'un traité siar de nour 
velles bases, et fit observer que les droits de douanç 
imposés aux marchandises françaises s'élevaient à cinq 
pour cent, tandis que les Anglais, les Génois ^ les 
Hollandais ne payaient que trois pour cent. Enfin , à 
Larissa , où il avait obtenu la permission de se rencbre, 
il déclara que le peu d'égards témoignés au titre d'^HOa^ 
bassadeur dont il était revêtu, avait détmniné le roi 
de France à le rappeler ; dans sa patrie et à le rem{^- 
cer par un simple chargé d'affaires. Le kaïmakam de 
Larissa l'invita à s'adresser à celui de Constanti- 
nople qtd le renvoya lui-même au grand- vi2ir, alors 
au si<^ de Candie , en sorte que provisoirement les 
choses en restèrent là ' . 
Aux yeux de quelques personnes, l'ambassadeur gé- 



« Chardin , I , p. 39, d'après la Rekaion de La Haye : « Relation qu'A 
» donna au Roi à Paris, de laquelle j'ai tiré presque tout ce déUil. > 



2&à mSTOIRE 

nots passait pcmr «âd^gent de l'Espagne ' , et tXNsmie la 
France ayiA déjà rédanaé contre le traité conclu avec 
la république de Grénes, le grwad-vizir mit des obsta- 
cles au renOttveUenieiit de la convention passée avec 
la Tosôane '. 

L'ambassadeur anglais s'était plaint également de la 
conduite tenue par le directeur des douanes syriennes 
qui , indépendamment des trois pour cent p^çus à 
Haleb, exigeait encore à Alexandrie un droit de deux 
et demi peiir cent. Rycaut , qui aloro se trouvait à 
l'ambassade de Condtanânople , toi envoyé au emsup 
du grand-^ vizir à Belgrade , et fimt par obtenir Tas^ 
surance satisfysamte que les deux et demi pour cent 
perçus à Alexandrie , en dehors des trois pour c»it 
qu'il friint payer à Haléb , ne figuraient point sur 
les registres du trésor >, et par conséquent n'étaîeit 
point erigjbles. Le deftcÉrdar se vengea de la victoire 
remportée surlui par l'ambassadeur d'Angleterre , en 
imerdisant le port d'iUexandrette aux navires de cette 
contrée, désormais rédinto au seul port de Tripcdi. Or, 
depm long-^temps, la factorerie anglaise de cette vflle 
avaât été transfék*ée ii Alexandrette pour éviter, entre 
autre» inconvéniens , le dangereux mouillage de Tti^ 
poli. Mais t^ie mesure d'intimidation n'avait pas d'an* 
tre ol:jet que d'amener à composition les négodans m* 
glais; aussi n*eut-elle pas de siiites. 



I Credevano aleuniche Vïmperatore havesse stimato di beneficare gli 
Spagnttoli cm questo mezzo. Valiero, 1. VII, p. 624. 

» tn Mffaîio ijlél Gran Dfnea il Gran Vezir lo rUarda, perché tonoscé 
digutti diFremdatke haper la^ùpitolaziane Getwvêêê. PimajMti. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i65 

La Hollaûde avait auissi des grirfs contre la Porte 
qui ruinait , disait-elle , son commerce et sa naviga- 
tion. Un navire hollëndaig, thargé de marchanj^ises 
turques , et attaqué par troià corsaires chrétiens , avait 
été pillé etenMuené à Candie. La PoHe, soupçonnant 
le capitaine de n*ètre pas rmé étranger à cet acte de 
piffiiterie , voulut se dédommager sur les navires hol- 
landais. Plusieurs beaux bfttimens armés par le com- 
merce hollandais forent capturés par les pirates des 
Etats darbaresqiies , car la Hollande avait refusé le 
paiement intégral de te somme convenue pour le ra- 
chat de ses marins prisonniers à Alger et à Tunis, sous 
prétexte qu'un grand nombre de ces derniers étaient 
morts dans Tintervalle écoulé depuis la transaction. 
De tels événemens et quelques autres circonstances 
non moins funestes au commerce hollandais détermi^ 
nèréirt tes Provinces -Unies à accréditer auprès de la 
^fte un nouveau résident , M. Goli^, qui trouva à 
Andrinople le résident impérial et deux agens ragu- 
sains. 11 assista au départ solennel du Sultan , et olMint 
une a»^nce sous la tente impériale aux bords de la 
^bstixm (1â août 1668). Il parcourut l'espace qtii ^- 
parait la tente dti Sultan de celle du tschaousch-baschi 
où il avait reçu l'hospitalité , entre deux longues haiei» 
d'hommes et de chevaux ; à droite se tenaient les bos- 
tandjis ou gardes des jardins , coiffés de lon^ bonnets 
ronges qu'ils portaient sur le; derrière <te la tête, et 
silencîeusenient appuyés sur lem^s bâtons; à gauche , 
on voyait alignés quarante-deux dievaux provenant 
des écuries impérisdes et dont les harnais élince- 



;i64 HISTOIRE 

laienl d'or et de pierreries. Le tsqhaousch-baadii lui 
demanda si le roi de Hollande (car les Turcs dési- 
gnaient ainsi la république) av^it d'aussi beaux. cour- 
siers. Après avoir franchi avec sa suite la haie de.che- 
vaux et de bostaudjis que nous ayons décrite, le rési-' 
dent se trouva sur un emplacement pavoisé de dra- 
peaux, et où vingt et quelques têtes fraichemeùt cou- 
pées et gisant dans la poussière durent lui prouver 
qu'en Turquie la justice ne plaisantait pas. U trouva le 
Sultan wtouré de muets et de nains; le kaïmakapi et 
le vizir favori étaient à ses côtés, et. derrière lui se te- 
nait l'eunuque, secrétaire privé du cabinet; il trônait 
dans un fauteuil élevé sur une estrade haute de trois 
pieds 9 sous un baldaquin orné de frangea d'or et d'ar- 
gent; ses pieds reposaient sur un v^oussin deyelpurs 
rouge. Il était vêtu d'une étoffe ^ $v doublée de rouge ; 
sur sa' poitrine brillaient des agrafes en diamatis. Sur 
son turban s élevaient trois aigrettes égalenient enri- 
chies de diamans. Le. résident donna ses lettres de 
créance enfermées dans un sachet d*or à. l'eunuque 
secrétaire du cabinet qui les renUt au kaiïmakam ; ce 
dernier les offrit au vizir favori, qui enfin les déposa 
sur le sopha. Les cadeaux offerts par le résident se 
compcMsaient de draps hollandais, de satin, de velours,, 
de soie, de dahias et d'étoffe d'or, de télescopes , de 
cadrans et de fusils. Les seize articles du projet dont il 
était porteur et qui avait pour objet d assurer la lib^é. 
du commerce hollandais à Constantinople , àSmyme 
et à Haleb , conformément à la capitulation existante, 
furent approuvés moins un , paie lequel on stipulait 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 266 

t 

que les armateurs hollandais ne seratent pas tenus do- 
rénavant de louer leurs navires au Sultan sur sa ré- 
quisition : néanmoins , les capitulations furent renou- 
velées i. 

Pour compléter le tableau des négociations diplo- 
matiques auxquelles la Porte prit part à cette époque , 
il nous reste, après avoir passé en revue les trois 
grandes puissances Imiitrophes de Tempire ottoman, 
l'Autriche, la Pologne et la Rusi^e, les trois gf'ândesc 
puissances maritimes et conmierdales, TAngleterre, la 
France et la Hollande, et les trois principaux Etats de 
la péninsule italienne, Venise, Gênes et la Toscane: il 
nous reste, disons-nous, à parler des quatre provinces 
chrétiennes tributaires de la Porte : c'étaient Raguse , 
la Moldavie , la Yalachie et la Transylvanie. Dans 
Vannée même où la Dalmatie, les iles de libumief 
et les monts Âcrocérauniens furent ébranlés par ua 
tremblement de terre, une catastrophe semblable dé- 
truisit la viHe de Raguse ; cinq mille personnes fu- 
rent ensevelies sous ses décombres; quatre fois la n^r 
s'éloigna du rivage, laissant son Kt à découvert, ^ 
revint en grondant; quatre fois le port fut mis à sec 
et les vaisseaux qu'il renfermait s'entredhoquèrent ; 
quatre fois la terre s'entr'ouvrit et le jour fut obscurci 
par ime noire poussière dont les tourbilloji^s s^^levë- 



1 li fut convenu également que les douaniers prendraient les écus aa 
lion pour quatre-y|ngt-dix aspres, et tous les autres pour cent aspres. Aussi 
les premiers tombèrent-ils bientôt à soixante et les seconds à quatre-yingts 
aspres. On lit dans un Rapp(yrt de Panajotti, écrit, à Constantinople et daté 
de 1669 : Pér un talm sono ottavlM %m4ioi. 



266 HisTome 

rent jusqu'au (M. Uû orage attisa la temme qui bril^ 
l»t eiicofe daff» les maififons à demi renversées , et 
b changea en im vai^e incendie : Teau, le feu, Fair 
et la terre se confondirent dans un affreux combat 
dont l'issue fat la ruine de Kaguse. Ce qu'avait épar- 
gné la fureur dea élétnens , fut ptllé par les paysans et 
les McHiaques qm se précif^tèrent sur la ville sans dé^ 
fewe. Pendant huit jours toute la côte de Dalmatie 
ûismbla oontinuelleaie!^ ; les lies de Maczo et de Santa- 
Croce» les villes de Perasto, de Gattaro, dé Dulcigno 
et d'Antivari furent bouleversées en partie. Parmi les 
victime du tremblement de terre se trouva George 
Crook, l'envoyé hollandais, alors à Raguse, d'où il 
comptait se rendre à Gonstantinopte. 

Au lieu de compatir à la déplorable «tuâtion des ha- 
bitans de Haguse^ de leur accorder la remise du tribut, 
la Porte leur fit f\m que jamais sentir le poids de sa 
tyrannie. Le nègre kaïmakam MouAaÊi , dont Tame 
é^t aussi nonre que le visage , au lieu de céder à leurs 
suf^lications , les rendit responsables delà mort fior- 
Mte de l'ambassadeur holtandais , emprisonna les dé- 
putés qu'ils lui avaient envoyés et réclama d'eux le prit 
du sang dé George Crook qu'il évalua à cent cin- 
qimme mUie écfus. D'après la juridiction turque , un 
vol ou un meurtre commis sur un territoire quelconque 
retombaient à la diarge de ceux qui Thabitaient; les 
grands dignitaires saisissaient avec en^ressement de 
semblables occasions pour atteindre l'innoceiit au heu 
du coupable et extorquer le double ou le triple de ce 
qu*i]s avaient droit d'espérer , sous le prétexte d'ex%er 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. «67 

«ne réparation l^ale. Ma» jamais auCun gi^od-vizir 
m'avQût donné une telle eilensioa aux tennesdu kanoun; 
Jamais aucun d'eux n'avait si ingénieusem^tit exploité 
les trcddalckiieiiê de teire et découvert une nouvelle 
hranK^he de revenus dan» la ruine d'unis ville tributairo 
et vaanale de la Porte. . 

Au teste , les Moldaves , qui avaient combattu dans 
les guerres de Hongrie à Lewenz et sous les remparts 
de NeuhsBUsel, n'ieurent pas un meiUéilr sort et ne fu-^ 
rent pas Iraitéa avec moins dlnjustioe. Les Turcs ayant 
fait Inain^faai^e sur la garnison du Petit-Komora , 
sept cents prisonniers moldaves et valacpies furent 
pendus en représailles devant les nMn*s de Gran. Le 
prmce de Moldavie, Eustatibâus DaUscha, fils d'& 
tienne et successeur de Liq)ul, Ait déposé^ et après hu, 
Elias et Duka échai^èrent deux fois dans le cours de 
deux années la kouka , bonnet du ccdonel des janîs^ 
sajres, et Tnn des insignes de la dignité prinoière. 

En Vaiadhie, Gligoraskul (Grégoire) succéda à son 
père Ghika, et Ahmed K^piilû le prit sons isa protec- 
tion , comme Giiika avait obtenu telle du vieux Mo^ 
hanamed Koeprilâ : ainsi , dans les deux femilles, les 
rapports de patrons à cilens se transonirent de père en 
61s (1 9 jtillet 1664). Giigoraskul prft part, avec dni) 
Hiille <?aFvaliers valaques et m cents fanta^s , à la 
cacn^gnë d'Ujwar ; à fe bataille de Leva , les Yala*- 
tques placés à Faite droite s'enfuirent tes premiers et 
facilitèrent ainsi la victoire de l'artnée impéri^. Après 
la bataille de Saint-Gotthard , le grand-vizir manda de 
nouveau àGtan les voïévod^ de MoUavie et de Yala- 



268 HISTOIRE 

chie; GMgoragkul, espérant échapper à cène cofen{)a** 
rution, lui envoya le dief de sa garde-robe .Démétriûs 
Cantacuzène , diargé de lui offrir quatre-vingt mille 
ducats. Mais Démétrius se rendit eh toute bâte à Con- 
stantinople où il accusa le voiévode de mauvaise foi et 
rejeta sur lui le meurtre du vieux Constantin Canta-^ 
eusène. Ghika prit la fuite, se retira en Transylvanie, 
et Radul, fils de rex-voïevo(te Léon, acheta la princi- 
pauté de Valacfafe au prix exorbitant de quatre-vingt 
mSle écus. Le surnom dlstridiad^i, c'est-à-dire niar- 
clmnd d'huttres, que lui dcnmaient les Turcs, indique 
àsBes qudle fut son origine. Son administration fut 
marquée par les^ plus criantes injustices. Une bande de 
Grecs avides, dont le voisinage avait toujours été fu- 
neste à la Valachié ', pilla cette province où elle n'é^ 
pargna ni les églises, ni lés coitvens. Les saiùtsome^ 
mens forent convertis par eux en étriers d'argent , 
en garnitures dé selle à Tusagé du prince; les tra- 
bans de Radul arrachèrent les anneaux d'or brillans 
de pierreries qui ornaient le doigt desséché d'Oigu- 
menos Nicodemos révéré à l'égal d'un saint. Enfin» 
las de ces excès , deux cents boyards et slouschitors 
se rendirent à Larissa et obtinrent de la Porte le ren- 
voi d^ Grecs et la dépo^tion du prince. A Radul i 
qui termina ses jours à Constantinople , succéda h 
viçil Antoine Dwornik (1 3 mars 1669 — 10 schewal 
i069). Ce fut sous 1^ tente impériale et dans la plaine 
dé Larissa que ce dernier reçut les insignes de sa nou- 

> Greeo, naxiom 9empr$ fatalû alla Yalaehia. Dd Ghiaro, p. 133. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. - 26g 

-velle dignité. « Je t*ai conféré la principanté de Vala- 
yi diie , lui dit le Sultan ; mais si j*apprends que tu 
». opprinàes tes isujets, je te ferai couper la tête. » 

L'envoyé de Transylvanie , Christophe Pasko , c?n 
faveur duquel le comte T^ie , ambassadeur impé- 
rial , avait employé vainemept son intervention, était 
reparti après une lutte infructueuse prolongée pen- 
dant dix-huit mois et sans pouvoir obtenir ni la restitu- 
tion des villages séparés de la Transylvanie et inscrits 
au Défier ' (registre des impositions perçues pour le 
compte de la Porte), ni la diminution du tribut de 
quatre-vingt mille écus qui devait être acquitté par 
les Transylvaniens. La querelle qui survint entre le 
prince Âpafy et Tun des nobles les plus puissans de 
la contrée , Nicolas ZoIIyomi , au sujet d'un partage 
de biens , acheva d'épuiser cette malheureuse pro- 
vince qui pliait déjà sous le poids du tribut annpel 
dont elle engraissait les finances de l'empire ottoman. 
ZoUyomi , esprit turbulent , trois fois emprisonné sous 
les trois princes de Transylvanie, Rakoczy , Barcsai 
et Kemeny, et trois fois remis en liberté, dut, pour 
obéir à la diète de Vasarhely , partager, avec Bar- 
kocsky et Tœkœly, ses biens, notamment le château 
du grand Hûnyade qui s'est conservé jusqu'à nos jours 
dans tout l'éclat romantique qui distingue les vieux 
manoirs contemporains du moyen-âge et des temps 
héroïques de la chevalerie *. Zollyomi s'enfuit auprès 

I On Ut dans Bethlen : Registrum teste verbo twrdco; c'est bien plutôt : 
Défier verho turcico, ^ 

3 II existe de ce château une vue gravée sur cuivre, d'après le dessin de 



370 ^ HISTOIRE 

du vidl Hamiia , p^sdia de Warddn , qui lui fit un 
accueil honorable , et écrivit en même temps à Apafy 
une lettre amicale pour lui annon^eer que Zollyonri 
était entre ses maing ; ^ndis qu'Apafy lui adressait 
une forte somme d*argent pour loi témoigner sa re« 
connaissance, il envoya Zollyomi à Tenneswar , auprès 
de Koutschouk Mohanuned , vainqueur de Kemray. 
Le fictif poussa jusqu'à )a Porte , où KcMitschouk* 
Pascha dépécha sonkiaya, ofirant au nom d' Apafy 
une scinme de douze mille ducats si on voukat le 
confirmer dans sa principauté et dédder que Zollyomi 
serait désormais exdu de la Transylvanie \ 

Les deux envoyés de Transylvanie , ordinaire et ex- 
traordinaire , Jean David et Jean Némès , joignn^nt 
ieurs instances à celles d' Apafy , par l'intermédiaire 
du drogman Geoi^e Brencovics. Le kaïmakam Kara 
Moustafa renvoya le débat contradictcnre entre Zol- 
lyomi et les envoyés transylvaniens au diwan de 
Demitoka , où la question fut soumise à l'examen du 
moufti et des kadiaskers , et résolue par une décision 
aux termes de laquelle Apafy devait rendre à Zol- 
lyomi ce dont il l'avait injustement dépouillé. Ua 
tschaonsch remit à Apafy, qui alors assistait à la 
Aèle de Radùoth, une lettre du kaïmakam Moustafa^ 



la baronne wahehnine de Hohenegg, dame d'honnenr de S. M. l'Impé- 
ratrice. Cette œuvre d'art est l'un des fruits du dernier voyage de S. M. 
l'Empereur en Transylvanie, 

I Bethlen et les pièces diplomatiques de l'époque, également rédigé» en 
latin, altèrent la dénomination de kiaya et en font tiaia; il en est de même 
de kaïmakam qui est métamorphosé par eux en carUnchamm, 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 271 

conçue dàng les termeasvivms : « Zolfyomi s'est plaint 
» à la Sublime^Porte de ce que tq avais promis )e 
» cbàteap d*Hunyade à Tœko^ly, le grand^palaliiiat 
i> d'Hunyade k Kapi et Gyalu à BanSy. Tu as eu 
» toort , mon ami , éam eette circonatance : car» chez 
» TOUS r 1^ bieiB des nobles doivent passer à leurs 
I» fils. L'ordre impérial est que ZoUyonoî reoôuvre 
» tout ce qqi lui a été enlevé. Tu devras donc t'y 
» spinnettre et renvoyer amiealement le tschafatseli 
» pcurteur de cette dépêche (jirin 1667). » 

Etienne Kadar , serviteur de Zoltyomi , qm était 
revenu en Transylvanie avec le tschaousch , échoua 
oomplèlemwt dans ses déosarches lorsqu'il réclama , 
au nom de son n^tre, le& biens de Rekdilyhid et de 
tUos»^ qui é^cmt édms en partage à Rakocssy. Apsrfy 
diargea le duuneelîer J^an BelUen , l^storien des 
événemeoa que nous rapportons ici , de remeltre la 
dépêche du kaïmakam et le rapport de l'envoyé Mé^ 
mes aux Etats réunis à la £ète où fi«e»t cGscutés les 
termes de la réponse à faire au kaîmakmn: par cette 
féponae , les Etats demandèrent que la réclamatien de 
Zollyomi £âit soumise à Tautorité locale, ann(»içant que 
du res^ ils étaient prêta à exécuter les ordres du Sul- 
\jàa. Apafy commumqua alors aux Etats un projet de 
réponse à la lettre du kaânakam , réd%é par B^hlen 
dws un sens tout contraire ^ et qui , ^dn de gri^s 
«ontm Zcdtjromi , gatdait non seulement un silence 
absolu, sur la resdiiilion ordonnée par le Sultan^^^mais 
i^it jusqu'à demaoder rextnadilion du noble fufptàS. 
h^ kaïmakam ne dévia pas ep c^ta eircoMtanoe delà 



272 mSTOIRE 

ligne de conduite qu'il avait suivie jusqu'à ce jour. 
Tel il s'était montré dans les dissensions qoi avaient di- 
visé long-temps les Grecs et les catholiques de Khios, 
ou lorsqu'il imposa aux Grecs un patiîarche univer- 
sellement détesté , puis le déposa pour vingt-cinq mille 
jnastres ; tel il fut encore dans ce nouveau débat, faisant 
pencher alternativement la balance en faveur des deux 
partis , sachant mettre en œuvre la crainte et Tespé- 
rance pour s'enridiir aux dépens de l'un et de l'autre. 
Tant qu'il attendit les douze mille ducats annoncés 
par le pascha de Temeswar, il fut contraire à Zol- 
lyomi; plus tard, séduit par ses promesses , il em- 
brasa sa cause. Une seconde lettre du kaïmakam or- 
donna péremptoirement à Apafy de lui restituer sans 
délai tous ses biens. Némès ayant annoncé en même 
temps à Âpafy qu'il courait le plus grand risque 
d'être déposé, puisque son meilleur ami et son protec- 
teur, le tschaousch-baschi, partageait lui-même cette 
crainte, il réunit à Garlsbourg les Etats du marché 
annuel de Médyes où se concluaient ordinairement 
les fermages et les autres traités, comme aujourd'hui 
encore dans les marchés de Pol(^e , puis il envoya 
à Constantinople l'émissaire Jean Also, porteur de 
dix niille ducats destinés à acheter les services du kaï- 
makam; il donna aussi à Némès l'ordre secret d'em- 
poisonner Zollyonû, et un Turc, moyennant la somme 
de sept mille écus, se chargeai de cette commission. Also 
voulut d'abord négocier directement avec Zollyomi, 
mais celui-ci éleva les prétentions les plus exagérées. 
Pour se conformer jusqu'à un certain point aux ori- 



DE UEMPIRE OTTOMAN. 275 

dres de la Porte , Apafy remit le château d'Hunyade 
au mandataire de son antagoniste, mais il se dispensa 
de rendre Gyalu , car une lettre de Némès . son en- 
voyé, lui apprit que le kaimakam n'avait pas été in- 
sensible à Tappât des dix mille ducats et avait promis 
|>ositivement que désormais il ne serait plus question 
de Zollyomi. 

La dernière lettre qu'il adressa à Apafy, et qu'un 
tschaousch apporta à celui-ci avec une dépêche im- 
périale , faisait , contrairement à sa déclaration ver- 
bale , une nouvelle allusion à la restitution ordonnée 
dans le principe ; mais le nom de Zollyomi ne figurait 
pas une seule fois dans celle du Sultan qui se bornait 
à lui accuser réception du tribut et à lui adresser, en 
termes généraux , l'exhortation de gouverner avec 
justice. Apafy crut donc que sa responsabilité était 
mise à couvert par le silence gardé dans l'écrit im- 
périal et l'assurance verbale donnée à Némès par le 
kaïmakam , tandis que la lettre officielle de ce haut 
dignitaire , en revenant sur une restitution tant de 
fois exigée , ouvrait la porte à de nouvelles réclama- 
tions , et , par l'effet d'une politique essentiellement 
machiavélique , contenait le germe de dissensions in- 
testines et de persécutions ultérieures. La mission de 
Balo, envoyé par le prince Apafy auprès du grand- 
vizir, alors à Candie, coïncida avec celles de Némès 
et d'Also : nous en parlerons plus tard lorsque le 
temps sera venu. 

Le grand-vizir avait quitté Andrinople avec l'é- 
tendard sacré le 14 mai 1666, et un an s'était écoulé 

T. \I. 18 



274 HISTOIRE 

depuis cette époque. Ayant de présenter au lecteur un 
historique de cette campagne et du si^ de Candie, 
revenons encore une fois au Sultan, qui, au bout de 
Tannée, forma le projet de quitter Andrinople, et de 
se porter, en chassant, jusqu'à Larissa, pour se rap- 
procher du théâtre de la guerre ( 27 mars 1 668 — 
13 sdiewal 1078). L'astronome de la cour, Ahmed- 
Efendi , fut consulté , comme d'habitude , afin de 
savoir quelle heure convenait le mieux pour le dé- 
part. A cette occasion, le SuUan voulut mettre à l'é- 
preuve sa science cabalistique ; en conséquence, il or- 
donna à un page de tenir caché dans sa main un pe- 
tit miroir, et invita l'astronome à faire connaître l'ob- 
jet caché. Le rusé Ahmed-Efendi , qui , sans doute , 
était d'accord avec le page, déploya toutes ses pan- 
cartes, mit en œuvre tous ses horoscopes, tous ses 
calculs cabalistiques, et finit par déclarer que l'objet 
en question était un morceau de verre. En soumet- 
tant tous ses calculs à l'examen du Sultan', il eut l'a- 
dresse de mettre sous ses yeux un compte d'une na- 
ture toute différente, écrit au revers d'une page : c'é- 
tait celui de ses dettes, que le Sultan s'empressa de 
payer, pénétré d'admiration pour un talent si remar- 
quable et un coup-d'oçil $i pénétrant (11 juin 1 668 
— i " moharrem i07 9 ). 

G)mme le moment du Répart approchait, les sulta- 
nes Khasseki et Walidé furent renvoyées à Constanti- 
nople, et le soin de les accompagner fut confié à Mous- 
lafa, second vizir et favori du Sultan ; le kaimakam, le 
moufti, les vizîrs et les émiirs les reconduisirent éga- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 275 

lement jusqu'à Textrémité des jdrdÎBS d'AndrinopIe. 
Le Sultan distribua à celte occasion des dievaux à ses 
grands dignitaires : le kaitmakam en eut quatre pour 
sa part, le moufti deux, le defterdar et je reïs-efendi 
chacun un. Le Sultan accompagna lui-même la Khasseki 
et la Walidé jusqu'à Kirkkilisé, en passant par Binar- 
baschi (1â juin 1668 — â moharrem 1079). En 
route , il rencontra le fils d'un derwisch qui , sur sa 
demande , déclara s'être voué à l'étude des sciences : 
Mohammed lui ayant assuré un revenu de vingt-quatre 
aspres par jour , recommanda à l'historien Abdi de 
mentionner dans ses annales ce trait de haute généro- 
sité. Le lendemain, il se sépara, non sans verser des 
larmes , de sa mère et de son épouse , et retourna à 
Andrinople en suivant le même itinéraire. A Binar- 
baschi , il manda le prédicateur Wani , et lui envoya 
par le grand-écuyer plusieurs pièces de gibier, disant 
qu'il lui serait bien permis d'en manger, puisque c'é- 
tait un produit de la chasse du khalife (18 juin 1669 — 
8 moharrem 1079). Le jour suivant, comme les pages 
tiraient à la cible, il engagea en riant le prédicateur à 
les imiter; cetin-ci, qui ne noanquait jamais i^n coup, 
tira et atteignit le but : cette prouesse lui valut un arc 
doré que lui donna le Sultan. 

Une maladie de la rate ayant fait perdre la vue au 
kiaya et président de la seconde chambre du trésor, 
qui étsdt en même temps secrétaire du cabinet impé- 
rial, ce dernier poste fut confié à l'historien Abdi, qui 
se trouva à la fois page et gardien de la nappe ' , chef 

« Pisekghir goulami. 

i8* 



a 76 HISTOIRE 

de la troisième chambre des pages et secrétaire parti- 
culier du Sultan. 

Quarante-trois têtes envoyées d'Anatolie par Mo- 
hammed-Pascha , chargé de sévir coutre les rebelles 
d'Asie, furent déposées devant la tente impériale, et 
le Sultan déclara à ce sujet que le sang innocent re- 
tomberait en ce monde et dans Tautre sur la tête de 
ceux qui l'auraient versé, et que Des ministres et les 
gouverneurs ne devaient point abuser de leur pou- 
voir pour assouvir leurs haines personnelles. Le grand- 
inquisiteur lui ayant expédié plusieurs prisonniers faits 
sur une bande de brigands, deux seulement furent 
pendus, Salim (le Cruel) Âbdi et l'Arabe Merdjan 
(5 août 1 668 — 26 sâfer i 079). 

Enfin, au commencement du mois d'août, eut lieu 
le départ du Sultan, annoncé depuis quatre mois. Le 
moufti, malade de la fièvre, obtint la permission de 
^ rester à Andrinople, et reçut en dédommagement un^ 
somme de mille ducats avec une lettre fort affectueuse 
(iâ août 1668 — 4 rebioul-ewwel 1079). A la pre- 
mière halte qui eut lieu à Timourtasch, le résident hol- 
landais , G>1ier , obtint l'audience que nous avons dé* 
crîte plus haut. Là aussi Mohammed Schouhi-Pascha, 
qui avait perdu son gouvernement de Saïda et de Beï- 
rout, fut amené en présence du Sultan, qui Taccueillit 
en ces termes : « T'ai-je confié une province pour que 
» tu causes sa ruine ou pour que tu protèges les ser- 
» viteurs de Dieu?» Cette allocution sévère fut suivie 
d'une sentence de mort immédiatement exécutée. La 
distance qui sépare Timourtasch d'Yenischehr(Larissa) 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 277 

fut parcourue en trente-deux marches ' . Â Larissa , la 
cour établit ses quartiers d'hiver, et le Sultan régla 
les charges auxquelles seraient assujettis les habitans 
de la ville. Quatre maisons eurent un cheval à nour- 
rir; par chaque réunion de huit chevaux, il dut être 
fourni un valet d'écurie; un quintal de paille dut être 
réparti entre quatre chevaux , et chaque homme eut 
droit à cent drachmes de viande et à une provision de 
bois suffisante pour sa consommation, depuis le jour 
de Kasim jusqu'à celui de Kizr, c'est-à-dire depuis la 
Saint-Démétrius jusqu'à la Saint-George (1 3 octobre 
1668 — 7 djemazioul-ewwel 1079). En retour, les 
propriétaires des chevaux durent payer aux habitans, 
d'après le tarif des denrées (sourssat), douze aspres 
pour le kilo d'orge, huit pour le quintal de paille, 
une pour l'okka de pain, trois pour l'okka de viande 
et cinq pour la charge de bois. 

Pendant le trajet de Timourtasch à Larissa, le Sul- 
tan s'était arrêté à Kawala pour assister à l'office divin 
et entendre un sermon de Wani dans la mosquée 
Ibrahim-Pascha. A Saltouk, il avait envoyé au favori 



I Les haltes qui interrompirent la marche du Sultan forent , d'après 
Raschid et Âbdl» lo Timourtasch^So Youndtschaïri, 3o Demltoka, 4o Sal- 
touk, 50 Wakf Sendil, 0o ^eredjik, 7o Schahinler, 8» Me^» 9o Koumoul- 
djina, 10» Yassikœl, ilo Karassou, 12o Karakoul, 13o Bereketli, 14o Ka- 
wala^ 15o Portoz kaïnardjesi» près de Dirama, i6o le pont d'Esdrawik, 
dans la juridiction de Sihné, 17o Tourbiné, iSo Sirouz (Seres), 19o Ti- 
mourhissar, 20© Tschaïr, 21<y Halderli, 22o Yaïdjiler, 23o Arabler» 24o Se- 
lanik (Thessalonique), Ârabler, 25o TopdjUer, 26o le pont d'Indsche Kara, 
27o Tschehoz, 28o sur les rives du Schefleler, 29o château Poulatmina» 
30o gué deLasdjor, 51o Kara Khalil tschaïri, 52o Yenischehr (Larissa). 



278 HISTOIKE 

Moustafa, qui veiratît de tomber malade, des fomrureB 
el une lettre pour s'informer de l'état de sa santé ; il 
voulut même le vi^ter eu personne. A Sérès , il fit 
couper la tête à deux prisonniers que Mdhammed- 
Pasdia lui avait envoyés d'Anatolie. En revenant de 
cette exécution, il se promena dans un jardin avec le 
prédicateur Wani et le médecin de la, cour, (fiscou- 
rant avec eux sur des scgets tour à tour mondains et 
religieux : en sa qualité de secrétaire intilne, Abdi ne 
manqua pas d'assister à cet entretien pour le con»- 
gner dans son histoire. 

A Larissa, un soir qu'il revenait de la chasse, il se 
fit lire par Abdi un passage de l'histoire ottomane, 
(|u'iinmédiatement après il renvoya au kaïmakam 
Kara Moustafa pour qu'il pût à son tour en praidre 
lecturCé Le kaïmakam lut et demanda si ce passage 
avait fixé l'attention du Sultan. Abdi lui ayant |*éponda 
afifirmativement , il le chargea de dire au Sultan que 
ce passage Tavait vivem^at intéressé. Mc^sonmed en 
parut fort content , et dit : « Le but constant de mes 
n efforts, c'est de pouvoir Isdsser quelques bons sou- 
» venirs * . » 

A Sérès, l'interprète Grillo, qui venait d'accomplir 
une mission à Venise, lui avait annoncé l'arrivée pro- 
chaine d'un nouvel ambassadeur vénitien. Après la 
mort violente des deux secrétaires Giavarino et Pada- 
vino, chargés des négociations relatives à la paix ' , le 

X Hêp hifUmda tKfkekdigUmiiz sakhmet hou efsert ii^emil itschmtn 
dUr. Abdi, p. 68. 
a Finirono miseramente i loro gi^mi. Vatiero, 1. Vir, p. 667. Une 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 279 

^nd-vizir avait cra faire oublier ratteinle portée 
dans leurs p^^sonnes au droit des gens, en demandant 
à là république l'envoi d*un autre ambassadeur, et le 
collège dei San avait choisi pour cette mission le gé- 
néral conimandant à Géphalonie, à Zanteet à G)rfou, 
Andréa Yàliero, qui a publié une histoire de la guerre 
de Crète, ouvrage que recommandent un style éner- 
gique et la profonde expérience de l'auteur ; mais , 
piqué de se voir réduit aux fonctions de simple se- 
crétaire après de longs services, il prétexta, pour 
motiver un refus, son ignorance des localités et le 
manque d'interprètes habiles, cachant son dépit per« 
sonnel sous une abnégation apparente et un dévoue- 
ment sans bornes au bien public ' . La mission qu'il 
rrfusait fut confiée au chevalier Luigi Molini (8 no- 
vembre 1668 — 3 djemazioul-akhir 1079). 

Arrivé à Larissa, ce dernier eut une entrevue avec le 
kaïniakam-pascha, le moufti qui, aussitôt guéri, avait 
rejoint le Sultan à Sérès, et le prédicateur Wani. « Je 
M suis venu , dit-il en commençant , pour mettre un 
-h terme à l'effusion du sang. — Bien , bien ! dit le 
« kaïmakam Moustafa , il ne s'agit pas du sang qui 

jRekifion écrite par un Vénitien et datée de Smyme (12 norembre 1666), 
rend seule compte de la mort de Ballarino : Fu spedito dal S. Patavino 
per ordine dél Vezir un Dragomano al E» F. dal qwde ihtmderam 
€he U' Eccmo. S. CaneeUiere Grande BàUarino in tre sospiri termina 
le miserie di questo mondo li 28. Sett» in Ostina due giamate prima 
^arrivare a Tebe dal Vezir, 

X II laissa percer la cause de son refus , lorsqu'U écrîTit , à roccasion du 
décret qui portait le traitement du négociateur à quatre cents écus d'or 
par mois : Ma questa parte non fu inviata al Valiero, ne egli n'hebbe 
notixia se non dopo seguita Vultima rifiuta, p. 681. 



28o HISTOIRE 

» coulera ; pour dix aspres par jour et par homme 
» Dous disposons de cinquante mille sipahis , et pour 
» six aspres de cinquante mille janissaires ; Tintention 
» de la Porte n'est pas de rester en paix , mais bien 
» en guerre avec les infidèles. » L'ambassadeur offrit 
une indemnité de cent mille ducats et un tribut annuel 
de yingt-<}uatre mille écus, la cession de Klis et de plu- 
sieurs autres points occupés en Dalmatie par l'armée 
vénitienne, à condition que Venise garderait l'ancienne 
Candie , tandis que la Porte conserverait la nouvelle et 
démolirait les autres fortifications qui s'étendaient jus- 
qu'à la montagne de Retimo. Kara-Moustafa répondit 
que « ces propositions avaient déjà été soumises à la 
» Porte qui ne les avait pas agréées , avant le départ 
» du grand- vizir pour Tlle de Crète ; que le Sultan 
» voulait Candie tout entière , dût la guerre se perpé- 
» tuer à l'infini , ce qui , du reste , était pour lui un 
» passe-temps; que s'il avait pu prévoir que l'ambassa- 
» deur ne lui apporterait pas les clefs de Candie, il n€ 
» lui aurait pas même donné audience. » L'ambassa- 
deur fit observer que <€ Candie n'était plus au pouvoii 
» de Venise , mais bien entre les mains du pape , du 
» roi de France et des autres puissances chrétiennes 
» qui avaient envoyé des troupes au secours de la 
» ville assiégée. — Ainsi, dit à son tour le moufti, la 
» république a mis sa confiance dans les Espagnols , 
y> les Français et les Allemands. Eh bien ! la Porte a 
» mis la sienne en Dieu seul, à l'aide duquel elle saura 
}> bien s'emparer de Candie. » 

Là fut rompue la cpnférence. Du reste, l'ambassa- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. aSi 

deur fut bien traité ; on pourvut à ses besoins par une 
allocation quotidienne de trente écus , et on lui dé- 
clara qu'il pouvait rester ou retourner à Venise, comme 
bon lui semblerait. 

Trois semaines après , les envoyés de Russie et de 
Transylvanie obtinrent une audience du Sultan ; le raya 
Duka fut nommé voïévode de Moldavie et congédié 
avec un kaftan d'honneur ; un envoyé cosaque fut reçu 
dans la même journée (5 décembre 1 668 — i" redjeb 
1079). Comme les envoyés des G)saques rebelles 
étaient attendus, l'ambassadeur russe fut renvoyé avec 
deux dépêches. Le Sultan promit au Czar que le khan 
des Tatares se tiendrait en repos à l'avenir, pourvu 
qu'on lui fît parvenir les présens d'usage. Le kaima- 
kam demanda à l'ambassadeur s'il était vrai que les 
Polonais eussent élu pour roi le fils du czar de Russie. 
L'ambassadeur répondit affirmativement, mais il ajouta 
que le fils du czar n'avait pas accepté, ne se souciant pas 
de devenir catliolique. Le kaïmakam parut très-salisfait 
de cette résolution. Marco Antonio Mamucca. délia 
Torre , qui avait déjà reçu la bastonnade à Demitoka 
parce qu'il ne traduisait pas assez vite les dépêches ap- 
portées au Sultan par un ambassadeur polonais , faillit 
subir le même traitement dans le cours de l'audience 
accordée à l'envoyé russe : déjà on l'avait couché par 
terre, lorsque le reïs-efendi implora et parvint à ob- 
tenir sa grâce (1 5 décembre 1 668). Un mois aupara- 
vant , le kaïmakam lui avait fait donner impitoyable- 
ment cent cinq coups de bâton et à son domestique cent 
vingt , pour avoir voulu empêcher un tschaousch de 



282 HISTOIRE 

ôhasser un horloger de sa boutique , suivant Tordre 
qu'il en avait reçu. En vain le résident impérial adressa 
à ce sujet des réclamations au reïs-efendi : il en reçut 
cette réponse , que Mamucca devait attribuer à lui seul 
et à une intervention déplacée le traitement qu'il avait 
subi. C'était une cruelle époque pour les diplomates 
accrédités auprès de la Porte que celle où un ambas- 
sadeur français recevait un soufflet et se voyait assailli 
à coups de tabouret; où l'ambassadeur russe était 
chassé à coups de poings ; où l'envoyé polonais était 
presque assoïnmé , pour n'avoir pas voulu s'incliner 
assez profondément ; où enfin l'interprète de l'empe- 
reur , qui remplissait les mêmes fonctions auprès de 
la Porte , était couché par terre et battu à diverses re- 
prises. Dans dé telles circonstances , le résident impé- 
rial , qni avait sdivi lé Sultan et qui habitait Tornôvo 
aux environs de Larissa , dut s'estimer fort heureux 
d'obtenir trois bérats , en faveur du commerce toscan ' , 
des habitans de Kaschau ^ ; et enfin pour Lelio de 
Luca y consul-général de la compagnie orientale du 
commerce. 

Le Sultan consacra tont l'hiver à parcourir, en chas- 
sant , les environs de Larissa. Un jour , près de Ca- 
tharino , il entendit des coups de canon tirés à la côte ; 
il courut à cheval dans cette direction et aperçut un 

X Diploma del G. S, eoncesao , occioche i mereanti del G. Duea di 
Jhscana possino liberamente venire nêlV Impero Ottomano ed indi 
ritomarsene œn loro vasseUi oon mereanzia e denaro sotto la handièra 
di S. Jf. C. R. meseSilkide 1079 (Âprile 1668). 

a Diploma pro commerzio concesio Ousoviœ Larissœ fine Schaaban 
1079 (Gennairo 1669). 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 285 

bàtkiient toscan monté par de& pirates qui donnait la 
chasse à une caïque et lui envoyait des bordées. H 
ordonna aux bostandjis et aux pages qui composaient 
ta suite de porter secours au navire poursuivi : ils 
^'élancèrent aussitôt dans les embarcations qui s6 
pouvaient à leur portée , et gagnèrent la caïque pour 
lider l'équipage à servir les canons qui défendsaent 
e bord. Le corsaire jeta l'ancre et dirigea le feu de 
»i batterie sur le rivage ; plusieurs boulets passèrent 
près du Sulfôn qui déjà avait couru .ks mêmes dan- 
gers , lorsque suivant , à la sortie de Sérès , un die- 
min parallèle à la mer , il eut à essuyer le feu d'une 
croisière vénitienne. Le jour suivant , il envoya de- 
mander au grand-fauconnier et au kapitan-pascha de 
Larissa des renforts que le corsaire toscan ne jugea pas 
convenable d'attendre. 

Quinze jours après , des troubles eurent lieu à Con- 
Btantinople , à Smyrne et à Brousa ; ils avaient pour 
cause l'émission des monnaies fausses dont les bâtimens 
arrivés à Constantinople, sous le commandenlent de 
M. d' Aimeras, avaient inondé cestrois villes. A Smyrne, 
¥Hi arrêté démonétisa les anciennes pièces de huit aspres , 
qui jusqu'alors avaient été préférées aux autres, comme 
de meilleur ald que les nouvelles pièces de même va- 
leur nominale. Ce fut là un des motifs principaux qui 
déterminèrent le Sultan à accorder enfin à l'ambassa- 
deur français Tautorisation de se rendre à la cour im- 
périale que depuis long-temps il sollicitait. M. de Là 
Haye donna pour prétexte à ce voyage le désir de 
prendre congé et de s'en retourner avec l'escadre com^ 




284 HISTOIRE 

mandée par M. d' Aimeras , puisque la Porte refusait 
obstinément de prendre en considération les notes de 
l'ambassadeur français et continuait à traiter ses com- 
patriotes avec beaucoup moins de faveur que ies négo- 
cians anglais et hollandais. Il avait effectivement reçu 
l'ordre de rentrer en France; mais, comme il tenait à 
rester, il obtint à Larissa qu*un négociateur ottoman 
serait envoyé à Paris avec une lettre par laquelle le 
Sultan s'engageait à traiter désormais plus favorable- 
ment les négocians français et réclamait indirectement 
le maintien de l'ambassadeur. Cette mission fut confii^Li "n 
au mouteferrika Souleïman ; on lui adjoignit une suit< 
composée de douze personnes ; la Porte ne voulut pj 
lui accorder pour son voyage plus de deux mille écus^ 
mais l'ambassadeur français lui fournit une somm(^ 
égale de ses propres deniers ^ Souleïman, qui, en sm. 
qualité de mouteferrika, ne touchait que quinze aspres 
par jour , c'est-à-dire sept sous et demi d'après le cours 
habituel de la monnaie au dix-septième siècle , était 
dans le principe simple bostandji '. Il s'embarqua à 
Athènes à bord de l'un des bâtimens sous les ordres 
de M. d'Almeras, et arriva à Paris au commencement 
de novembre. Le ministre des affaires ét^ngères, M. de 
Lyonne, calqua sa réception sur celle que le grand- 
vizir avait récemmetit faite à l'ambassadeur français : 



I Chardin dit : « Les Proyençaux rappefloîent l'ambassadeur de M. de 
> La Baye, et ils osèrent assurer que M. de La Haye avoit fourni l'arguent pour 
9 son équipage. > Les Provençaux avaient raison. 

a Flassan fait du simple bostandji Souleïman un bostandji-baschi, et b 
attribue le titre d'intendant des jardint du serat! 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ^85 

pendant le cours de l'audience, il demeura dans un 
fauteuil élevé sur une estrade au bas de laquelle Souleï- 
man occupait un simple tabouret. Ce dernier n'ayant 
pas voulu remettre à M. de Lyonne la lettre dont il 
était porteur , le roi , auquel cette dépêche était adres- 
sée , consentit à lui donner audience (5 septembre 
1669). Dans cette entrevue, Louis XIV, portant un 
habit d'étoffe d or et couvert de diamans, parut assis 
sur un trône d'argent élevé sur quatre marchesde même 
métal. L'envoyé prit la parole et s'exprima ainsi : «Le 
» Padischah des Ottomans , mon très-gracieux mai- 
» tre , le Sultan Mohammed m'envoie auprès de Sa 
» Majesté le pasdischah de France avec cette lettre, où 
» il exprime le désir de voir continuer la bonne in- 
» telligence qui règne entre les deux Etats.» Souleïman , 
qui se donnait pour ambassadeur et voulait être traité 
comme tel (tandis que, depuis un demi-siècle, les 
ambassades n'étaient confiées qu'à des paschas), fit 
quelques difficultés pour remettre sa dépêche : il de- 
mandait que, pour honorer le Sultan, le roi se levât 
et vînt à sa rencontre recevoir en main propre l'écrit 
impérial. Mais le roi attendit sans quitter son trône la 
remise de la dépêche , et dit à Souleïman qu'il lui fe- 
rait parvenir sa réponse. 

Le Sultan demandait par cette lettre pourquoi l'am- 
bassadeur était rappelé, et pourquoi un simple chaîné 
d'affaires devait le remplacer à Constantinople. Sou- 
leïman resta à Paris jusqu'à la nomination de M. de 
Nointel , successeur de M. de La Haye. Cette mission 
eut cela de particulier, que le messager Souleïman était 



286 HISTOIRE 

4'un rang inférieur, puisque le grade de mauteferrika 
précédait presque immédiatement celui de tschaousch. 
Ce fut la première qui produisit une grande sensation 
en France et à Paris , et où Ton vit se renouveler les 
ridicules prétentions des aaibassadeurs orientaux à 
des honneurs dus seulement aux souverains. Enfin , 
de cette époque date en France l'importation du café, 
dont le grand -vizir Mohammed Kœprilù avait de 
nouveau interdit T usage à G)nstantinople peu d'an- 
nées auparavant , défense que son fils Ahmed ne put 
maintenir, malgré les sévères prédications de Wani 
qui proscrivait cette jouissance matérielle (pour les 
autres bien entepdu) , et en dépit des considérations 
politiques, qui tendaient à faire envisager les cafés 
comme les rendez-vous des détracteurs et des ennemis 
^u gouvernement. Ainsi , malgré les décisions anté- 
rieures des mouftis et des sçheïkhs, malgré les ordon- 
nances des sultans et des grands-vizîrs , l'usage du. 
café et celui du tabac se sont acclimatés aussi l>ien sur 
les rives du Bosphore que sur celles de la Seine. 

Indépendamment des troubles auxquels donna lieu 
dans les trois résidences de l'empire, Constantinople, 
Andrinople et Brousa , l'émission des fausses mon- 
naies apportées par l'escadre française , d'autres mou- 
vemens eurent lieu dans ces trois villes. A Brousa , le 
peuple ameuté lança des pierres au chef des janissaires 
et au juge qui, en percevant les impôts extraordinaires 
(awariz), ne voulurent pas recevoir les pièces de huit 
^spre$ altérées par l'alliage. Il en fut de même à Boli , 
où te moufli et le juge^ qiu présidaient à la récolte du 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 287 

salpêtre, furent poursuivis à coups de pierres ; le monfti 
resta mort sur la place. Une sédition du même genre 
éclata à Koutahia ; d'autres motifs soulevèrent le peu- 
ple d'Ândrinople. Une vieille femme nommée Djanbaz 
kizi, c'est-à-dire la fille du joueur dames, qui avait en- 
trepris de soutenir la cause des opprimés, était parve- 
nue à obtenir une décision impériale en vertu de la- 
quelle les habitans de cette ville n'avaient plus à fournir 
un contingent de rameurs à la flotte du Sultan. Mais 
l'année suivante, le contingient ayant été exigé comme 
à l'ordinaire, cette prétention fut l'objet de qi^erelles et 
de contestations. Le juge d'Ândrinople ep référa au 
kaïmakam, et la vieille fenmie se rendit elle-même à 
Brousa pour implorer la justice ou la clémence du Sul- 
tan. Mais le kaïniakam la fit pendre sans autre forme 
de procès, et le bostandji-baschi d'Ândrinople, en ce 
moment occupé à réunir la population qui devait con* 
courir aux parties de chasse projetées par le Sultan, fut 
envoyé en toute hâte à Ândrinople pour faire cesser le 
désordre. Il fit pendre la fille de la vieille fenune dont 
nous avons parlé, et qui voulait continuer le rôle joué 
par sa mère, et trente de ses partisan$ : un pareil nom- 
bre de mutins fut envoyé aux galères. Il extorqua vio- 
lenmient aux habits^is d'Ândrinople l'argent à l'aide 
duquel ils eussent échappé au recrutement maritime; 
heureusement un ordre émané de Brousa lui enjoi- 
gnit de mettre un terme à ses abus de pouvoir. Le 
trésor perdait par cette mesure plus de quarante mille 
bourses ; mais la persécution avait dépassé toutes les 
bornes y et un grand nombre de rayas, cédant au dés- 



288 HISTOIRE 

espoir, prirent la résolution d'attenter à leurs jours; 
neuf d'entre eux se pendirent dans la seule ville de 
Constantinople. En somme, la rigueur que déploya 
l'administration en cette circonstance coûta la \ie à 
plus de cent personnes. D'un autre côté, le trésor 
réalisa dans la même année de grands bénéfices, en 
économisant soixante-dix millions d'aspres affectés à 
la solde de plusieurs charges militaires auxquelles il 
n'avait pas été pourvu (30 avril i 669) . 

Par compensation , l'empire eut à supporter une 
perte bien funeste : la ville d'Ofen fut incendiée avec 
tous ses magasins et toutes les munitions de guerre et 
de bouche qui s'y trouvaient accumulées. Tous les af- 
fûts des canons furent réduits en cendres, et il ne resta 
pas dans la place une seule pièce d'artillerie qui ne fût=r 
hors de service. En sautant, la poudrière fit dans \^ 
rempart une brèche de plus de soixante toises de lar- 
geur. Plus de quatre mille Turcs périrent dans ce 
désastre, sans parler des esclaves chrétiens qui furent 
brûlés ou suffoqués dans leurs prisons. i>nt vingt 
d'entre eux furent trouvés asphyxiés : ils étaient en- 
chainés par couples, et, soit tendresse, soit désespoir, 
ils se tenaient embrassés étroitement. Un mois après, 
quatre-vingts maisons brûlèrent à Ujwar. Cet incendie 
et l'établissement d'une redoute près de Komorn va- 
lurent à Sohrab Mohammed-Pascha , gouverneur de 
Neuhaeùsel , la disgrâce du Sultan. L'inspecteur des 
jardins, Koutschouk Mohammed-Pascha , fut envoyé 
de Brousa à Ujwar où son premier acte fut de faire 
trancher la tète à son prédécesseur (juin 1 669) ; puis il 



I 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 289 

l*€xpédia au camp de Larissa où le Sultan chassait tou- 
jours, ne pouvant échapper, si Ton en croit la rumeur 
populaire, à la malédiction de son père qui, au mo- 
ïnent où le bourreau se disposait à Tétrangler, avait 
souhaité et prédit à Mohaiïkned une vie errante comme 
celle des animaux sauvages. Il ne chassait jamais sans 
se plaindre d'une vive douleur occasionée par une 
chute de cheval qu'il avait faite plusieurs années aupa- 
ravant en voulant franchir un large fossé. Aussi lui 
arrivait-il souvent de mettre pied à terre dans un état 
déplorable. Cependant sa passion dominante ne ces- 
sait de l'entraîner à travers les bois, les champs, les 
bruyères et les pâturages. Quoique la naissance de son 
fils eût éveillé dans son ame la pensée de mettre à 
mort ses deux frères pour assurer le trône à son fils et 
à lui, son esprit inquiet, bien plus que des inclinations 
sanguinaires, lui faisait un besoin de cet exercice 
continu. La sultane Walidé ' , d'origine russe ou po- 
lonaise et autrefois nommée Tarkhan, qui ne voulait 
pas voir sacrifier la vie de ses deux autres enfans au 
profit de l'atné, remplissait un devoir maternel en 
protégeant ces derniers contre la politique ombrageuse 
du Sultan ; elle eut la précaution de les enfermer dans 

I On lit dans Tullio Miglio : Sultana Àrse nativa délia Rossia, rossa, 
subcUta dei Polachi, fu giovinetta presa dai Tatari e transportata a 
Costantinopoli, resta schiava d^un tal Kor Suleimanbassa, quale per la 
sua helleza stimandola degno présente per un Monarca Ottomano, Vin- 
vio al Seraglio dove Vanno 1642 3. di Gennaro verso la mezza notte 
partori il vivente G, S. 11 dit du Saltan : Di statura più alta che hassa, 
4i complessione sanguinea, secco di corpo e di colore brunOja segno che 
chi non lo coMSce lo giudicherehbe un figlio d'un Zingaro piutosto che 
figlio d'un împeratore. 

T. XI. 19 



290 HISTOIRE 

une des chambres du harem où Ton ne pouvail arriver 
qu'en pénétrant dans la sienne propre. Cependant, 
une nuit, le Sultan s'introduiat un poignard à la main 
dans l'appartement de sa mère : deux esclaves qui 
veillaient auprès d'elle, n'osant pas crier, la réveil* 
lérent du geste. Aussitôt la sultane Walidé se lève, sai- 
sit le bras du Sultan et le conjure de la tuer avant ses 
fils. Mohammed dut renoncer momentanément à ses 
projets fratricides, mais les deux esclaves furent pen- 
dues pour en avoir entravé l'exécution. Cette tentative 
eut lieu immédiatement avant le départ de la sultant 
Walidé et de la Khasseki pour Constantinople : aussi 
la Walidé exprima-t-elle le désir d'être escortée peu — 
dant ce voyage par le kaïmakam, le moufti et les ka — 
diaskers ; car elle craignait de se trouver seule avec? 
le confident favori qui pouvait devaiir un instrument 
du fratricide projeté par son fils. 

Ce meurtre était devenu une idée fixe chez le Sultan 
qui tremblait sans cesse pour sa propre vie , car il 
n'était pas cruel et donna souvent des preuves d'un 
naturel doux et bienveillant. Ainsi, on le vit pleurer la 
mort d'un conducteur indien, qu'un éléphant confié 
à sa garde avait tué dans un accès de fureur. Dans 
une autre circonstance, ayant besoin d'une saignée, il 
présenta le bras à son vieux chirurgien dont la main 
s'égara deux fois de suite : le kaïmakam ayant à cette 
occasion proposé de mettre le vieillard à la retraite, 
le Sultan s'y opposa, en disant qu'autrefois il en avait 
reçu d'excellens services. A la fête du Sacrifice , au- 
trement dite le petit Baïram, qui avait lieu annuelle- 



DE L'EMPIKE OTTOMAN. 991 

ment le 10 du mois de silhidjé, après avoir reçu 
d'Âbdi le tablier du sacrificateur, il se contentait de 
trancher la tête à une ou deux victimes , et laissait à 
une main subalterne le soin d'égorger toutes les au- 
tres , bien différent en cela de Selim P' et de Mou- 
rad IV, princes sanguinaires qui tenaient à accomplir 
eux-mêmes cette cruelle exécution. 

Lorsque le prince royal fut parvenu à Tâge de cinq 
ans, on sentit le besoin de commencer son éducation, 
et une première leçon lui fut donnée en grande céré- 
monie. Les tentes du diwan furent dressées autour de 
la tente impériale, dans le village de Thogan , situé à 
peu de distance de Larissa (4 juin 1 669 — 4 mohar- 
rem 1 080). Le moufti, le kaïmakam, le vizir favori, le 
nischandji, le defterdar, le prédicateur Wani, leska- 
diaskers et tous les autres grands fonctionnaires se 
rangèrent dans le même ordre que pour la célébra- 
tion de l'anniversaire du Prophète et conduisirent le 
prince royal sous la tente du Sultan. Mohammed se 
leva> vint à la rencontre de son fils, lui donna un 
baiser sur les yeux et le fit asseoir auprès de lui. Le 
prédicateur Wani , dont l'arrivée précéda celle de 
Témir-efendi , chargé de l'éducation du prince, ré- 
cita d'abord la formule : Au nom du Dieu très-clément 
et très-miséricordieux ; puis il nomma devant le prince 
les quatre premières lettres de Talphabet et les lui fit 
répéter trois fois. Là se borna la première leçon. En- 
suite , les vizirs et les grands-oulémas reçurent des 
pelisses de zibeline, garnies d'étoffe d'or pour les 
premiers et de tissu de laine pour les seconds : des 

'9* 



2|)2 HISTOIRE 

kaftans furent distribués aux autres personnes de la 
suite. Le Sultan plaça lui-même un panache de héron 
orné d'une aigrette en diamans sur le front du prince 
royal qui fut reconduit par toute l'assemblée ; pendant 
le trajet, on jeta au peuple des pièces d'or et d'argent. 
Le cortège fut ensuite traité avec magnificence sous 
les tentes du diwan. 

Huit jours après , il y eiit en présence du Sultan une 
conférence scientifique à laquelle le moufti et les 
oulémas furent priés d'assister et où plusieurs pas- 
sages du Commentaire de Beïdhawi et de quelques 
autres ouvrages furent donnés en lecture et provo- 
quèrent une discussion (12 juin 1669 — 12 roohar- 
rem 1 080). Le Sultan goûta à tel point la science du 
moufti, qu'il lui donna son propre kaftan et ordonna 
de dresser pour Wani et ses collègues trofe tentes der- 
rière la sienne propre, afin qu'ils pussent s'y livrer à 
des entretiens et à des discussions théologiques. Un 
mois après , mourut Âbdipascha , secrétaire d'État et 
gardien du chiffre impérial ; il fut remplacé par le 
page et historien Âbdi, qui reçut en même temps 
le titre de vizir, et réunit désormais la triple qualité 
de gardien de la nappe , de président de la troisième 
chambre et de secrétaire privé (29 juillet 1669 — 
29 sâfer 1 080). Pour mieux le distinguer, le Sultan ne 
lui envoya pas, suivant l'usage, sa leftrede nomination; 
il voulut la lui remettre en main propre et lui dit : 
tf Que ce fardeau te soit léger ! » Abdi sortit du ha- 
rem et reçut l'hospitalité chez le kaïmakam ; le sur- 
lendemain , le Sultan vint à passer, au retour de la 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 295 

chasse, devant la tente du nouveau secrétaire d*Etat ; 
lui envoya dire qu'il eût à continuer l'histoire qu'il 
avait entreprise dans l'intérieur du serai*. Le dernier 
jour du mois suivant , mourut le savant médecin de 
la cour, Salih-Efendi : il fut remplacé par Hayatizadé- 
Efendi (31 août 1669 — 3 rebioul-akhir 1080). 

Mohammed passa tout Tété à chasser au milieu des 
sites imposans de la Thessalie , dans les belles cam- 
pagnes de Larissa, ' aux bords du Pénée et de l'Eni- 
pée , dans les champs de Pharsale et sur les hauteurs 
de Cynocéphale , entre l'Othrys et le Pélion, l'Ossa 
et l'Olympe ; il tua l'un de ses meilleurs chevaux en 
voulant escalader un des rochers les plus escar|)és du 
mont Olympe ^ ; une autre fois il franchit à cheval 
une crevasse qui laissait voir un abîme entre deux ro- 
chers. Plusieurs personnes de sa suite qui , dans le 
but de lui être agréables , s'efforçaient de le suivre 
partout, arrivant tout en nage au milieu de l'atmo- 
sphère glaciale des hautes montagnes de la Thessalie , 
tombèrent malades et moururent là où il n'y avait pas 
même assez de terre pour les ensevelir. Comme le 
sultan Mohammed, Mardonius, lieutenant de Xerxès, 
avait hiverné dans la Thessalie. Scipion campa à La- 
rissa avec une légion avant la bataille de Pharsale. 
Larissa , témoin de la défaite de Pompée , donna asile 

s Larissœ campus opimœ. Horat. I, 6. 

3 Pythagon ou Kissagon, Voir les Voyages de BrowD, qui rencontra le 
Sultan en Thessalie : il en fait un portrait tout différent de celui que Tullio 
Miglio en traça cinq ans auparavant : Wohlbetetzt von Person, die von 
Hais und fett nach der Gestalt, im Angesichte fast etwas hœsslich und 
ttwoi hochfarhig wegm des vielen Ausreissens in diesem Lande, 



2€ji HISTOIRE 

à ce grand capitaine que les revers n'avaient point 
abattu ' . De grands souvenirs se rattachent aux champs 
de bataille de Cynocéphale et de Pharsale où la ré- 
publique romaine porta le coup de grâce au royaume 
de Macédoine ; mais le Sultan chasseur et son histo- 
rien Âbdi n'y songèrent pas plus qu'au premier et au 
dernier Philippe de Macédoine , dont l'un avait con- 
solidé sa [missance en prenant Larissa , et l'autre 
avait passé en Thessalie Tété même où Annibal s'em- 
parait de Sagonte. Mohammed l'habitait Clément 
lorsque la ville de Candie tomba au pouvoir du grand — 
vizir Ahmed Kœprilu. 

Pour ne pas couper le récit de la dernière cam — 
pagne de Crète , dont la durée fut de trois ans , il 
était nécessaire de passer préalablement en revue tou9 
les événemens contemporains : maintenant revenons 
au grand-vizir que nous avons quitté au départ d'An- 
drinople. Après une marche de quatre mois à traven» 
FAsie-Mineure, il s'embarqua à Isdin *, fit voile vers 
le promontoire Benefsché (cap Mallo) , et aborda le 
3 novembre le rivage de Crète en face de la Canée 
(3 novembre 1666 — 5 djemazioul - ewwel J077); 
il consacra deux mois à tout disposer pour ses quar- 

I Vidit prima hue testis Larissa ruinœ nobile ne victum fatis capuU 
Lucanus. 

3 Au lieu d'ïstina, on lit dans Raschid, Istifa, Une circonstance parti' 
eulière, la mort de Ballarino (Brusoni^ p. 151), qui, suivant le Djewahint, 
p. 259, succomba aux environs d'ïstina, prouve suffisamment que cette ville 
n'est autre qu' hdin, et non pas Setina (Athènes). Cantemir, avec son in- 
croyable légèreté, désigne Istina sous le nom de Thèbes, et prétend que 
le grand-vizir partit de Thèbes pour Thermes (la Tbermis du eap Skyilo), 
qu'il prend pour Thermis^ lieu situé dans le golfe de œ no«i. L. III,. d. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 2g5 

tiers d*hiyer, pais il se rendit au camp établi devant 
Candie sous les murs de la Nouvelle-Canée , fort ré- 
cemment élevé par les assiégeans, afin de passer l'ar- 
mée en revue et d'inspecter les fortications. Là se 
trouvment des bandes de vétérans qui, depuis vingt- 
deux ans, combattaient dans la guerre sainte de Crète 
et avaient att^idu , mais en vain , depuis cette épo- 
que , l'arrivée d'un grand-vizir. Kœprilû donna sa 
main à baiser aux sandjaks et aux alaïbegs, et leur 
rendit le courage et la confiance en leur témoignant 
tout Imtérét que le Sultan et lui-même prenaient à 
leurs soufirances. Le lendemain il fit à cheval le tour 
de la place, accompagné de Taga, du lieutenant- 
général des janisssdres et du beglerbeg d*Anatdie , 
Kara IVfoustafa , vieux soldat plein d'expérience, qui 
avait pris part aux deux premiers sièges de Candie 
et à celui de Neuliaeusel comme b^lerbeg de Rou- 
roilie; il revint ensuite à la Nouvelle-Canée (26 dé- 
cembre 1 666 — â8 djemazioul-akhir 1077). A la fin 
de janvier* arriva la flotte égyptienne, forte de vingt- 
un vaisseaux et de sept caïques ' . En vue de la Ca- 
née, die fut assafllfe par la flotte vénitienne, com- 
mandée par ixrimani et Molino, qui lui prit cinq vais- 
seaux et incendia celui du commandant égyptien ; ce 
dernier , le beg Ramazan , tomba lui-même au pou- 
voir des vainqueurs, bien que quatorze galères fussent 
sorties du port de la Canée pour lui porter secours 
(26 février 1667 — 2 ramazan 1077)*. Sentant le 

i Schattié. Djewahiret, p. ^3IQ. 

a mewahiret, p. 230. Brusoni, 1. XXII, p. 154. L'auteur du DjeumMreî 



296 fflSTOIRE 

besoin de rallier à la cause ottomane les flottes des Etat 
Barbaresques, le grand-vizir chargea le khasseki Mo- 
hammed-Âga de remettre aux gouverneurs d'Alger, 
de Tunis et de Tripoli , des lettres par lesquelles il 
réclamait leur coopération active à la prise de Candie 
et leur annonçait, que lui-même campait devant 
ville avec Tétendard sacré. N'ayant pu réussir à dé 
livrer le commandant de l'escadre égyptienne , bie 
qu'il eût offert vingt mille piastres pour sa rançon 
Kœprilù se résigna à lui donner pour successeur 1 
chef des mouteferrikas égyptiens, qui lui avait apport 
du Kaire une lettre du scheïkh Ba3i. 

Aussitôt après la mort de Ballarino , qui précéda 
de fort peu l'embarquement du grand-vizir à Isdin , 
ce dernier avait écrit à Venise pour demander Tenvoi 
d'autres négociateurs. Il vit bientôt arriver en cette 
qualité les secrétaires Giavarino et Padavino qui lui 
remirent une lettre du doge et lui offrirent, au nom 
de la république , une somme de cent mille ducats , 
indépendamment de douze mille autres qui seraient 
payés annuellement à la Porte à titre de tribut : Kœ- 
prilù ne répondit ni à la lettre ni à la proposition. 

A la JSn d'avril , la flotte ottomane , forte de trente 
bàtimens, munie de provisions de toute nature et 
commandée par Kaplan Moustafa-Pascha , mouilla 
devant la Canée (26 avril 1667 — 2 silkidé 1077). 
Kaplan Moustafa s'était distingué pendant la guerre de 

altère ces faits en disant que le commodore égyptien combattit seul contre 
treize vaisseaux ennemis; toutefois il reproduit, p. 355, la lettre du beg 
prisonnier. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 297 

Hongrie , notamment à la prise de Novigrad , et le 
grand-vizir lui avait donné en récompense la main de 
sa sœur avec ]e titre de grand-amiral ; en même lemps, 
son autre beau-frère , Kara Moustafa , obtenait la 
charge de Itaïmakam et était attaché au camp de plai- 
sance du Sultan. Ainsi , il avait élevé ses deux beaux* 
frères aux deux postes les plus éminens de l'empire. 

Vers le milieu de mai , il quitta la Canée et donna au 
kapitan-pascha Tordre de faire voile pour Tscheschmé 
(17 mai 1667—2 silkidé 1077). Ce dernier parvint 
heureusement à Giropetra avec cinq mille janissaires, 
six vaisseaux et dix calques chargés de boulets : trois 
jours après, la flotte ennemie, forte de trente vaisseaux, 
de six mahoneset de vingt cinq galères, passa devant 
la Canée et prit position à Karabousa où elle se forma 
en croisière , sans que le grand-vizir voulût autoriser 
aucune sortie de la flotte turque. Toute son armée se 
composait de quarante mille hommes, outre dix- 
huit mille coureurs et incendiaires et les renforts qui 
lui arrivaient continuellement : en sorte que bien- 
tôt TefTectif fut porté à soixante-dix mille hommes. 
Tout le camp retentissait de salves d'artillerie aux- 
quelles se mêlait le feu de la forteresse ; peu s'en fallut 
que le grand-vizir ne fût tué par un boulet de canon 
(â3 mai 1 667—29 silkidé 1 077). Il donna des pelisses 
de zibeline à Ahmed-Pascha , qui , jusqu'alors , avait 
commandé le siège, et à l'aga des janissaires, Ibrahim- 
Pascha; des kaftans d'honneur au beglerbeg d'Ana- 
tolie et à celui de Roumilie qui, pendant la guerre de 
Hongrie, avaient commandé, le premier l'aile droite, 



ôgS HISTOIRE 

le second ]'aile gauche de Tarmée; il en fit distribuer* 
également à tous les officiers des sipahis et de Tartil- 
lerie , à tous les sdndjaks et les alaïbegs; en tout trou 
cents kaftans. I^ surlendemain, on tint un conseil di 



guerre pour délibérer sur le meilleur mode d'attaque — = 

à mettre en usage (25 mai 1667 — 1" silhidjé 1077) 

Les avis qui prévalurent dans l'assemblée furent cent: — 
de Kara Moustafa et de Pehliwan Mohammed-Pascha^ 
beglerbeg de Roumilie, qui avaient pris part aux deui^ 
premiers sièges, et celui du serdar, Franc d'origine^ 
qui, depuis sept ans, était investi du commandement: 
supérieur des expéditions dkngées sur Candie. Ces 
trois personnages soutinrait que l'assaut devait être 
donné aux bastions de la Reddition ' (Saint- André), 
des Juifs * (Bethlehem) et du Piège au Pourceau * 
(Martinengo). D'autres soutenaient qu'il valait mieux 
attaquer le bastion Blanc ^ (San-Demetrio) ; mais le 
grand-vizir en jugea autrement et pensa qu'un assaut 
donné à ce bastion , véritable château-fort , rendrait 
beaucoup plus difficile la tâche des assiégeans. En 
conséquence, on adopta un plan qui consistait à laisser 
à Test de la ville quelques sipahis et cavaliers soutenus 
par quelques pièces de canon , et à diriger la prind- 
pale attaque sur la partie ouest de la forteresse. 

Si les voyageurs et les archéologues , les philolo- 
gues et les géographes ont droit à la reconnaissance 
publique pour s'être voués sérieusement à rechercher 
les murs d'Ilion et la colline des Figuiers, témoins 

■ Wéré tahiesi, — 2 Yehoud tàbiesi. 
3 Tomouz dami tahiesi. .^ ^ Ak tabié. 



DE L'EMPniE OTTOMAN. 299 

d^un siège qui participe de la fiction poétique , coin- 
l)ien le véritable ami de l'histoire devra nous savoir 
gré de mettre sous ses yeux le théâtre de ce fameux 
siège de Candie , unique dans les annales anciennes 
et modernes, soit par sa longue durée, soit par le but 
de la guerre , le nombre des assiégeans , rhéroïçme 
des assiégés et le nombre des mines qui furent mises 
en œuvre dans le cours de cette lutte mémorable ! 
Le terrain du siège est un champ [^^réen où , à 
chaque 'pas , la terre s'entr*ouvre et lance des flam- 
mes et où des cratères sulfureux sèment au loin la 
destruction. Il importe de décrire ici les points d'at- 
taque et de défense, autrement l'ensemble du siège 
échapperait au lecteur. Leurs noms , illustrés par les 
fondateurs ou les défenseurs de la ville et presque 
tmis conservés par les Turcs , sont caractéristiques , 
et il serait impossible de les reconnaître d'après la 
description qui en est faite par l'auteur des Joyaux 
de l'histoire, garde du sceau du grand- vizir, et le gé- 
néral de l'infanterie vénitienne, le marquis Grhiron di 
Villa , historien du siège de Candie , si nous n'avions 
pris soin de contrôler l'un par l'autre ces deux his- 
toriens. 

L'intdligence du récit nécessite égalaient ici une 
courte description topographique. La partie des mu- 
railles qui, s'élevantau bord de la mer, frappe d'abord 
les regards des navigateurs venant du nord , forme 
une sous-tendante dont l'arc embrasse le reste de la 
forteresse. A gauche on voit un château spéciale- 
ment affecté à la défense du port , peu spacieux à la 



3oo HISTOIRE 

vérité et qui contiendrait au plus trente galères ; mai^ 
d*un mouillage très-sûr. La mer qui gronde sans 
au pied de ces murailles rend superflue toute autrc=^ 
fortification dans la direction nord. La moitié de Tari 
est protégée dans sa circonférence par sept bastioni 
et un fort détaché , trois ouvrages à corne , quati 
redoutes et une demi-lune. Chacun de ces ouvra — - 
ges avancés est on ne peut mieux fortifié par des bo — 
nettes, des palissades, des lignes transversales, des 
batteries, des redoutes, au-dessous desquelles ont été 
creusés des galeries de mineurs et des fourneaux , 
autre forteresse souterraine. Laissons maintenant le 
demi-cercle formé dans cette direction par les mu- 
railles de la place et les sept bastions , ainsi que les 
ouvrages avancés qui en dépendent, et éloignons-nous 
en commençant à gauche. par le château du port, 
c'est-à-dire en suivant le côté est et en marchant au 
nord , puis en revenant du nord à l'ouest jusqu'au 
septième bastion situé au bord de la mer en face du 
lazaret. G)mme Tattaque principale fut dirigée contre 
les bastions de l'ouest , ils doivent être particulière- 
ment décrits. Le premier qui s'élève à gauche au bord 
de la mer dans la direction est, est celui de Sabio- 
nera sur lequel est bâti le fort détaché de San-Deme- 
trio ; vient ensuite le bastion Velturi où se voit un 
ouvrage à corne nommé Palma ; enfin le bastion le 
plus au nord est celui de Jésus. Entre ces trois bas- 
tions et le plus voisin s'élève la redoute de Saint-Ni- 
colas. Ainsi se présentent les deux faces nord et est de 
la forteresse, qui cette fois ne furent l'objet d'aucune 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 3oi 

Bittaque. A partir de Textrémité nord-ouest de la forte- 
resse où nous nous trouvons en ce moment jusqu'au 
bord de la mer, sont jetés quatre bastions entourant 
trois courtines dont chacune contient une redoute, de 
même que chacun des trois autres bastions est flanqué 
d'une ouvrage avancé, le quatrième et le sixième d'un 
ouvrage à corne et le cinquième d'une demi-lune. lie 
bastion le plus au nord-ouest (le quatrième dans Tor- 
dre que nous avons suivi) portait le nom de Marti- 
nengo illustré aux sièges de Rhodes et deFamagosta. 
Les Turcs l'appelaient le Piège du Pourceau, parce 
que le porc infidèle, c'est-à-dire le chrétien, qui avait 
inventé les tambours de mines et construit le bastion, 
avait attiré dans ses pièges nombre de Musulmans : or, 
les pièges en question n'étaient autres qu'une combinai- 
son savante de fossés, de redoutes, de lignes parallèles 
et transversales, de puits et de galeries souterraines. 
L'ouvrage à corne qui s'élève en avant du bastion est 
celui de Sainte-Marie. Ce nom a quelque affinité avec 
celui du bastion voisin de la redoute qui les sépare , 
car l'un et l'autre s'appellent Bethlehem ; les Turcs les 
désignent sous les noms de bastion et de redoute des 
Juifs. Devant le bastion de Bethlehem est située la 
demi-lune Mocenigo. La redoute adossée à la cour- 
tine qui s'élève entre le bastion de Bethlehem et le 
suivant (celui de Panigra), et l'ouvrage à corne atte- 
nant au bastion, portent également le nom de Pani- 
gra. Ce nom dérive probablement de Pantocratora 
{toute-puissante) , nom sous lequel la Vierge était ho- 
norée dans une église voisine , bien que les Byzantins 



\ 



5o2 HISTOIRE 

allribuent cette épithète à Dieu seul, ou, dans uq autr^ 
ordre d'idées , à Satan qui gouverne le monde. Pa^ 
suite d une légère corruption , les Turcs ont nommée 
ce bastion Panighrad. Le septièn^e bastion est celui â^m 
Saint- André ; il s'élève en face du lazaret , au bord d^^ 
la mer et à Tembouchure d'un fleuve : les Turcs l'oi^.! 
ndmmé la Reddùion , parce que les clefs de la vilf ^ 
leur furent apportées sur ce bastion. Le long de c^i 
ouvrage et d'une petite rivière qui coule parallèlement 
aux fortifications élevées entre les deux bastions Sainf- 
André et Panighrad , les Turcs avaient bâti précé- 
demment le fort de la nouvelle Candie qu'ils détrui- 
sirent immédiatement avant le siège , le grand-vizir 
ayant résolu de camper sur cet emplacement. L^arihée 
ottomane fut divisée en trois corps qui devaient atta- 
quer simultanément les trois bastions Panighrad, 
Bethlehem et Martinengo. A gauche , en face de Pa- 
nighrad , le grand*- vizir campa sur les ruines de la 
Nouvelle-Candie ' avec le beglerbeg de Roumilieet 
Taga des janissaires; au centre les tronpes égyptiennes, 
commandées par le renégat Ahmed -Pascha , furent 
opposées au bastion cte Bethlehem et à la demi-lune 
Mocenigo. A droite , et en face de Mocenigo , étaient 
les troupes anatoliennes sous les ordres de Kara- 
Moustafa. C'était avec ces trois armées , Tune euro- 
péenne , l'autre africaine et la troisième asiatique , que 
la barbarie ottomane s'apprêtait à renverser les trois 

> L'ordre dans lequel se troayaient placées les tronpes asiatiques et rou- 
miliotes est interverti sur le plan , du reste fort consciencieux , du siège de 
Candie , tracé par Dappbr. 



DE L'EMPUIE OTTOMAN. 5o5 

bastions Panighrad, Bethlehem elMaitinengo, et avec 
eux le plus ferme boulevard de la chrétienté qui s'é- 
levât dans toute la Méditerranée. 

L'avant-veille au soir du deux cent quatorzième 
anniversaire de la prise de Constantinqple, Ahmed 
Kœprilù ouvrit la tranchée sous le feu de trois cents 
canons (28 mai 1 667 — 3 silhidjé 1 077). Une batterie 
de trois canonç, placée sur chacun des trois bastions, 
commença à foudroyer les corps avancés de Tannée 
ottomane: les deux pièces de cinquante-six, qui avaient 
été fondues dans File, furent tenues en réserve. Quel- 
ques jours après, l'armée turque reçut, avec une dé- 
pêche impériale qui prodiguait les encouragemens aux 
troupes, la nouvelle qu'un tremblement de terre avait 
détruit de fond en comble Cattaro, ville frontière des 
Etats vénitiens (1 2 juin 1 667 — 1 9 silhidjé i 077). Elle 
y vit un présage favorable. 

Au solstice d'été, le capitaine-général Morosini ar- 
riva de Standia, île située en face de Candie, et son 
arrivée fût saluée par lexplosion des premières mines 
qu'on fit sauter de part et d'autre. Huit jours après, 
les escadres auxiliaires, celte du pape, commandée par 
le prieur Bichi, et celle de Malte, sous les ordres du 
commandeur del Bene, mouillèrent dans les eaux de 
Standia, mais rien ne put décider leurs chefs à tenter 
un débarquement ou à risquer toute autre démons- 
tration hostile qui aurait pu jeter la terreur parmi les 
assiégeans. Le beglerbeg de Siwas, qui arriva avec six 
galères, se réunit au centre de l'armée turque ; Hou- 
seïn-Pâscha, ancien gouverneur d'Ofen, se joignit au 



3o4 HISTOIRE 

corps asiatique ; enfin, le defterdar-pascha reçut Toi 
dre de faire disposer la maison de Katirdjizadé, situ^^^^ 
dans le voisinage du camp , pour recevoir les deu^^^ 
secrétaires-négociateurs envoyés par les Vénitien^^ s 
Les explosions de mines et de fourneaux se suc< 
daient sans interruption ; tout le siège n'était qu'i 
feu de pelotons entretenu par les mines qui volaie 
en éclats, et dont la bruyante monotonie n'était q^je 
rarement interrompue par quelques incidens : c**^- 
taienl, au camp, l'arrivée de lettres et de présens e/7. 
voyés par la sultane Walidé, et, dans la forteresse, la 
réception de dépêches louangeuses adressées par le 
doge aux commandans de la place '. Jusqu'au 8 sep- 
tembre , jour célèbre dans l'histoire ottomane par 
révacuation de Malte et la chute de Szigeth, cent cin- 
quante-deux mines firent explosion du côté des assié- 
geans et cent quatre-vingt-deux du côté des assiégés, 
et cependant le bastion de Panigra, contre lequel por- 
taient les plus vives attaques du grand- vizir, avait 
résisté à de pareilles secousses. Ce ne fut que sept 
semaines après, que les Turcs réussirent pour la pre- 
mière fois à planter cinq étendards sur le haut du 
bastion; mais :>is mines, dont chacune contenait 
soixante-dix barils de poudre, lancèrent au milieu des 
airs et les drapeaux et ceux qui les avaient arborés 
(16 novembre 1667 — 29 djemazioul-ew^w^el 1078). 
Ce jour-là, les assiégés lancèrent pour la première fois- 
en dehors des remparts les têtes de leurs ennemi» 

I On trouve deux de ces dépêches dans Viaggi di Villa, p. i4G et 250. 



) 

\ 



\ 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 5o5 

morts ou faits prisonniers. Quatorze jours plus tard, 
les assiégeans donnèrent, après l'explosion simultanée 
de quatre mines, un assaut dans lequel succombèrent 
trois généraux, Taga des janissaires, Taga des djebedjis 
(armuriers), et celui des serdengetschdis (volontaires) 
(1 i novembre i 667 — 24 djemazioul-ewwel i 078) '. 
Les assiégés, forcés de se retirer, se retranchèrent 
dans le bastion Martînengo, et, ajoute rhistorîen otto- 
man avec Turbanité qu'affectent habituellement les 
historiographes de cette nation en parlant des chré- 
tiens, « comme les pourceaux rentraient dans leur 
» piège, on leur coupa quatre têtes. » 

Huit jours après, le grand-vizir suspendit les tra- 
vaux du siège pour toute la durée de l'hiver; cepen- 
dant il n'abandonna pas encore la tranchée (18 no- 
vembre 1667 — 1*' djemazioul -akhir 1078). 

£n six mois et demi, vingt mille quintaux de poudre 
avaient été brûlés, huit mille soldats avaient péri, 
quatre cents janissaires avaient été mis hors de com- 
bat. Des deux beglerbegs de Roumiiie, l'un était mort 
naturellement, et l'autre avait péri en combattant pour 
la foi musulmane; l'un des begs égyptiens avait été 
tué et l'autre fait prisonnier; les %l des janissaires 
et des silihdars étaient restés sur le champ de bataille; 
la mort avait fait une abondante moisson parmi les 
chefs comme dans les rangs inférieurs de la milice 
ottomane. 

I Easchid, p. 47. Djewahiret, Villa, p. 285, attribue la perle des 
Turcs à TexplosioD des mines; mais il ne parle pas de la soitie décrite en 
détail par Brusoni, 1. XXXHÏ, p. 201. 

T. xï. 20 



5o6 HISTOmE 

Le kapitan-pascha Kaplan, qui se trouvait à la 
Canée, fut appelé à Candie. Il fut décidé que douz^- 
vaisseaux mouilleraient devant cette place jusqu*à la..^ 
fin de rbiver ; le reste de la flotte retourna à G>nstan — 
tinople. Les deux secrétaires de la république . Gia — 
varino et Padavino , que le grand-vizir avait retenue 
pour faire croire aux troupes qu'ils étaient autorisés 
à rendre la forteresse , aussitôt que les assiégeans se- 
raient parvenus à arborer leurs étendards au sommet 
des bastions, avaient été secrètement mis à mort, sans 
doute afin de persuader à Tarmée ottoman^, qyi avait 
vu flotter ses drapeaux sur le bastion Panigra , sans 
toutefois obtenir la reddition de Candie , que les né- 
gociateurs vénitiens subiss^ent le châtiment de leur 
imposture. Cependant, pour écarter tous les soupçons 
qui auraient pu planer sur lui à ce sujet, Ahmed Kœ- 
prilù écrivit de sa propre main au doge de Venise, 
pour réclamer l'envoi de nouveaux négociateurs en 
remplaceinent de Giavarino, connne si ce dernier fût 
mort de maladie. 

La neige et des pluies abondantes ayant inondé la 
tranchée , le grand-vizir l'abandonna vers le milieu 
de janvier, après avoir décidé que la garde en se- 
rait confiée tous les quatre jours et à tour de rôle , 
savoir : le premier jour au kiaya, à la tête de mille 
seghbans, le second aux sandjakbegs, le troisième au 
beglerbeg de Roumilie, à la tête de sa cavalerie feu- 
dataire, et le quatrième au koulkiaya, qui commandait 
les janissaU*es (1 6 janvier 1 668 — 1 •' scbàban i 078). 

Des transfuges avaient montré clairement au grand- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 807 

vizir qu'en dressant des batteries aux deux extrémités 
des fortifications qui faisaient face à la mer, il ferme- 
rait en quelque sorte rentrée du port de Candie aux 
vaisseaux qui venaient apporter aux assiégeans des 
vivres et des troupes. Il fit en conséquence élever des 
batteries dans cette direction à Textrémité du rempart 
maritime , en face du bastion Sabionera que les Turcs 
nomment le bastion Rouge ' , et en même temps à 
l'extrémité ouest vis-à-vis le bastion de Saint-André 
ou du Marais ^ , car les Turcs le désignent ainsi , 
sans doute à cause des inondations fréquentes ooca- 
sionées par les débordemens du fleuve qui a son 
embouchure auprès du bastion. 

Comme devant Sabionera le sol était sablonneux 
d'un côté * et rocailleux de l'autre , et que par consé- 
quent il était impossible <i y ouvrir des tranchées , 
on y éleva, à l'aide de fascines et de gabions, deux 
redoutes ou plutôt deux bastions, d'où un feu croisé 
pouvait atteindre les vaisseaux qui cherchaient à en- 
trer dans le port. 

Le jour de la Saint- Valentin , un messager se pré- 
senta avec un drapeau blanc : il était porteur d'une 
lettre adressée par le capitaine-général , Mprosini , au 
grand-vizir ; ce général vénitien proposait de traiter 
immédiatement pour éviter les lenteurs qu'entratne- 
rait infailliblement l'envoi d un courrier à Venise 
(i 4 février 1 668 — 1 " ramazan i 078). Il fut répondu 
à cette dépêche que le grand-vizir avait reçu pleins 

» 

> Kizil iabié. Raschid, 1. — > Gallik, Raschid. 
3 Crebanoto. Brusoni, 1. XXV, p. 231. 

îio* 



3o8 HISTOIRE 

pouvoirs du Sultan et n'entrerait en négocialions avec 
le capitaine-général que si ce dernier était autorisé , 
comme lui , à évacuer l'île et la forteresse '. 

Pour faciliter les arrivages dirigés de la Canée sur 
le camp ottoman , et que rendait eitrémement diffi- 
ciles le mauvais état des chemins rocailleux qui avoi— 
sinent Candie , le port de Tschanakliroan (Saint-Pé- 
lage), situé à quatre lieues de distance de la forteresse^ 
fut fortifié au moyen d'une palanque. Mais le prové- 
diteur Lorenzo Cornaro croisait à l'entrée du port 
avec sept galères pour intercepter les convois qu'at- 
tendait l'armée turque *. Afin de remédier à cet état 
de choses, le grand- vizir donna à Meroizadé Moham- 
med-Pascba qui commandait une escadre de douze 
bàtimens de guerre mouillés à Retimo , l'ordre de 
mettre à la voile. Memi-Pascha lui fit répondre que 
l'équipage de son escadre suffisait à peine à mainte- 
nir Tordre parmi les esclaves des galères, mais qu'avec 
un renfort il s'empresserait de se conformer à ses 
instructions. Le grand-vizîr lui envoya promptement 
douze cents hommes sous les ordres de Khalil-Pascba, 
beglerbeg d'Anatolie. Morosini , qui en fut informé , 
expédia aussitôt trois conserves, montées par six cents 
Français ou Italiens et quelques escouades de ses gar- 
des-du-corps, à la rencontre des douze galères turques 
qui, pendant la nuit, devaient entrer avec un charge- 

> Raschid, I, f. 48 et 49. Réponse du secrétaire Cavalli Giovanni 
Pctro. 
a Brusoni, 1. XXiV, p. 216. Raschid prétend qu'il y avait en outroj 

trois frc'gaics. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 309 

ment de vivres à Fodella ' , à environ une lieue de 
Tschanakliman (Saint- Pelage) (8 mars 1668). Les ga- 
lères vénitiennes étaient au nombre de vingt. Il faisait 
déjà nuit lorsque les deux escadres se trouvèrent en 
présence, et ce fut en vain que Memi-Pascha , marin 
expérimenté, invita Khalil-Pascha à ne pas attaquer 
Tennemi sans connaître sa force ^. Dourakbeg, Tun des 
plus fameux corsaires turcs , combattit d'abord avec 
avantage la galère de Polani ; mais Morosini accourut 
et fit lancer des torches à Tépreuve de l'eau à bord 
de la galère ennemie qui fut capturée après la mort 
de Dourakbeg. Memi-Pascha avait été englouti: les 
Vénitiens prirent cinq galères turques outre celle de 
Dourakbeg , et sept bàtimens ennemis seulement ren- 
trèrent à Retimo. Au nombre des quatre cents pri- 
sonniers faits par les Vénijieus , se trouvaient les begs 
de Chypre et de Navarin , Moustafa et le tschaousch 
de Khalil-Pascha ; parmi les morts, on comptait deux 
b^ de Komorn, outre Memi-Pascha et Dourakbeg. 
Un bâtiment chargé de prisonniers, de pavillons et 
d*étendards ennemis , fit à Venise une entrée triom- 
phale , et la république , pour récompenser le capi- 
taine-général Morosini, lui décerna le titre de chevalier. 



1 Les historiens ottomans écrivent Fodolé, c'est-à-dire le pain deêjor 
mssatres» 

a Guidava questa squadra Durakbeg Corsaro famoso, Brosoni, 
1. XXIV, p. 216, est dans l'erreur, car le commandement supérieur ap- 
partenait à Khalii, et cehii de l'escadre à Memi-Pascha. Raschid affirme, 
avec aussi peu de fondement , que Dourakbeg combattit 2a Baschtarde ou 
vaisseau-amiral du capitaine-général , parce que c'était la galère de Nicolas 
Polani. La vérité ne peut jaillir que de la comparaison des deux récits. 



3io HISTOIRE 

L'armée ottomane se trouvait réduite à vingt mille 
hommes, dont quatorze mille seulement en état de 
combattre. L'arrivée de renforts devenait de jour 
en jour plus urgente. Enfin abordèrent à Girope- 
Ira , non loin de Smy me , dix frètes ayant à bord 
mille janissaires : tous les autres bàtimens de la flotte 
amenèrent aussi de nouvelles troupes ; en tout, cinq 
mille janissaires, outre mille hommes d'élite pris dans 
les troupes égyptiennes. 

Le marquis di Villa , que le duc de Savoie avait 
envoyé au secours de la république, et l'un des plus 
vaillans défenseurs au bastion Panigra , fut rappelé, 
et on lui donna pour successeur un Français , le mar- 
quis Saint- André Montbrun (mai 1 668) . 

D'un «utre côté , le grand-vizir s'occupait de com- 
pléter son artillerie de siège ; outre vingt grands ca- 
nons et dix mortiers fondus en Crète , il fit couler 
des pièces de calibre vénitien , afin de pouvoir uti- 
liser les trente mille boulets lancée de la forteresse et 
qu'il avait fait soigneusement recueillir. £n témoi-^ 
gnàge de satisfaction , il distribua aux fondeurs douze 
kaftans , du drap pour douze pantalons et une bourse 
d'argent. Deux cents volontaires appartenant au corps 
des janissaires se chargèrent , moyennant une solde 
de di^L aspres par jour, de valler à l'entrée des mines. 
Leur aga et celui des troupes égyptiennes reçurent 
des vêtemens d'honneur ; le defterdar passa l'armée 
en revue suivant l'usage consacré. Mohammed- Aga , 
commissaire envoyé auprès des Étals Barbaresques , 
rapporta les réponses des paschas : celui de Tunis , 



DE L'EMPIRE OTTOMAN, 3ïi 

Mohammed, promettait dix bàtimens armés eh guerre; 
Osmap , pascha de Tripoli , dix , et Ismaïl , pascha 
d'Alger, s'engageait à fournir tout ce dont la guerre 
qu'il soutenait alorâ contre les Français lui permettrait 
de disposer. Enfin, le kapitan-pascha Kaplan débar- 
qua heureusement avec toute la flotte dans le port de 
Fodella. 

Ce fut au retour de Tété , vers la fin de juin , et sous 
d'heureux auspices, que le siège fut repris avec une 
nouvelle ardeur. Un des premiers boulets ottomans 
élla frapper le général de Candie, Bernardo Nani ', 
et utie lettre du kapitan* pascha annonça qu'une vic- 
toire venait d'être remportée dans les parages de Nio 
stir le chevalier Giorgio Maria Vitali, que les histoires 
ottomanes représentent comme un des plus célèbres 
corsaires vénitiens de l'époque et qui périt dans le 
combat. Son vainqueur, le kapitàn-pascha Môustafà- 
Kâplaii, c'est-à-dire la Pamhère, a construit dans l'île 
dé Leros un bastion dont l'iiiscription , enlevée par 
des voyageurs vénitiens ou autres , a été déposée au 
âiu^e des^ antiquités de Milan et a perpétué le nom 
de l'tle , cdui du fondateur et la date de la prise ^ 
(1 5 juin 1 668). L'arrivée des galètes pontificales, com- 
mandées par Rospigliosi, neveu du pape Clémetit IX, 
ne répara taûUement l'échec essuyé par la marine vé- 

I Brusoni dit ç(ue cet événement eut lieu le 22 juin; mais, suivant Ra- 
schid et le Djewahiret, ce fut le 7 moharrem (17 juin). 

a On trouve dans la Bibliothèque I. K. , parmi les manuscrits de Ran- 
gon, no IX, f. 15, un ouvrage intitulé : ViagQio del Generalissimo ai 
mare il Cav. Vinc, Rospigliosi per il soccorso di Candia; mais il ne 
commence qu'à l'année 1669, et ce n'est qu'un jburnal de borcl. 



3 12 fflStOIRE 

nitienne; car, au lieu de troupes auxiliaires, elles n*a- 
vaient à bord que le dominicain Padre Oltonnano, pré- 
tendu frère de Mohammed IV. Fait prisonnier sur un 
vaisseau turc chargé de pèlerins dont la capture avait 
déterminé la guerre de Crète, et se donnant pour un 
fils dlbrahim, il reparut dans cette ile à la fin de la 
guerre ; mais sa présence insignifiante ne put impri- 
mer aux événemens une tournure plus favorable aux 
intérêts de la république, et lui-même fut oublié au 
milieu dç la conflagration générale. 

Le 1 1 juin, le grand-vizir retourna à la tranchée, et 
aussitôt recommencèrent de part et d^autre les explo- 
sions de mines qui , Tannée précédente, pendant un 
siège de neuf mois, avaient atteint le nombre de douze 
cents (i 1 juin 1 668 — 2 nrioharrem i 079). Aux trou- 
pes campées dans Tile étaient venus se joindre mille 
Egyptiens, huit cents janissaires, quinze cents djeb- 
edjis , mille topdjis ^ mille pontonièrs ' ou mineurs , 
cinq cents Syriens, quatre mille volontaires sipahis et 
silihdars ; il était arrivé également vingt mille quin- 
taux de poudre, quinze mille bombes, quatre-vingt 
mille boulets de canon du poids de quarante à quatre- 
vingts livres , vingt mille grenades , six cents sacs de 
goudron, des houes ^ des pelles, des clous, du plomb, 
du fer et du bois en abondance, en un mot, tout ce 
qui constitue le matériel d'un siège. Comme les ca- 
nons de Tarrnée ottomane avaient déjà tiré six cents 
coups chacun , et que Tèlargissement de la lumière 
nècessilait la refonte de ces pièces, cette opération eut 

I Pouldar. Rasclûdy I^ p. 52. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 3 19 

* 

lieu à la fonderie établie dans Tile, et comme il était 
passé en proverbe que Targile. puisée dans les Eaux 
douces de Constantinople était indispensable pour la 
fabrication des moules de toutes les pièces de calibre 
léger qu'il s'agissait de fondre, des cargaisons entières 
de cette argile et de cette vase accumulées pendant 
rhiver furent employées à la refonte de l'ancienne ar- 
tillerie et à la fonte de vingt nouveaux mortiers. Telle 
était la réputation de celte argile, que des navires de 
commerce anglais , français , toscans et génois , en- 
voyaient nuitamment leurs chaloupes en recueillir 
dans les Eaux douces et s'en faisaient un lest ; mais 
un ordre sévère du kaimakam en interdit enfin, l'ex- 
portation. 

L'escadre tripolitaine , composée de six bàtimens , 
qui , après la victoire remportée sur Giorgio Vitali , 
avait pris un autre grand vaisseau , mouilla sur ces 
entrefaites à Matella , et tous ses capitaines furent re- 
vêtus de kaflans. Ils s'étaient arrêtés pour faire des 
vivres et demander l'autorisation de retourner à Tri- 
poli ; mais on les chai^ea de porter au juge et à l'ia- 
tendant de Smyrne des ordres pour l'expédition de 
quatre mille okkas de graisse , de mille okkas d'huile 
d'olive , de mille okkas de vinaigre, de trois mille kilos 
de froment, de mille okkas de panne, outre le biscuit 
nécessaire à l'armée; ils reçurent en même temps 
Tordre de croiser devant l'île de Crète avec les bàti- 
mens algériens à la hauteur de Giropetra '. Nous 

> Raschidy I, f. 55. Giropetra est évidemment un dérivé du mot turc 



\ 



3i4 HISTOIRE 

avons TU que tout l'eifort du siège précédent avait 
porté sur le côté £. de la ville et le bastion dePani- 
ghrad, lequel n'était plus qu'un monceau de décom- 
bres ; cette année l'attaque des Musulmans fut dirigée 
sur les deux extt^émités des fortifications qui s'élèvent 
au bord de la mer, contre le bastion nord-est, Sabio- 
nera, et celui du nord-ouest, autrement dit le bastion 
Saint-André '. Les fougades et les grenades à main 
volaient et éclataient; les chanteuses * et les canons 
chambrés résonnaient et sautaient , et au milieu de 
cette terrible et continuelle musique de l'artillerie 
turque, retentil^sait parfois, comme un coup de cim- 
baies, l'explosion d'une miné contenant soixante-dit 
barils de poudre et quelquefois plus , ou celle d'une 
poudrière, comme, par exemple, celle qui sauta près 
de l'église Saint-Pierre. 

Le général Cornaro défendait le poste important de 
Ssdnt-André , tandis que le général Battaglia , duc de 
Candie , défendait le bastion de Sabionera. Ce dernier 
fut tué dans une sortie; quatorze jours après , la mort 
frappa également l'intrépide guerrier allemand, baron 
de Frisheim ; avant lui, le baron de Degenfeld et le 

Perepeiréf mais je ne sais quelles localités désignedt les hiétoriens otto- 
mans sous les noms de Martella et de Djoudjouda, 

> Bvusoni raconte très-sommairement , à la fin de son livre XXlV* , le 
siège de la yllle pendant l'été de i66S; mai» U en donne^ dans le XXV«, 
deux autres relations très-circonstanciées, qui, fondues avec celles des his- 
toriens ottomans , formeraient un volume sur le siège de Candie. On trouve 
encore, dans Vlnêcha du reïs-efeodi Rami, une suite de comptes-rendus 
fûts par le grand-vizir au yizir favori Houstafa-Pascha, et qui vont du 
no 124 au n» 134. 

s Sorte de gros canons. Véiius les appelle cantatrices. 



'■■» 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 5i5 

marquis Francesco di Villa revenu en qualité de gé- 
néral des troupes pontificales, avaient trouvé une 
mort glorieuse '. Avec eux périrent ou furent blesséis 
un grand nombre de nobles vénitiens, entré autres 
Balbi , Badoero , Barbaro , Pisani , Grimaldi , Cor- 
naro, sans compter le marquis français de Montbrun. 
Le courage des assi^eans fut encore exalté par l'ar- 
rivée successive de plusieurs lettres émanées du ca- 
binet impérial (khattischérifs). Bien que ces dépêche!» 
fussent rédigées et écrites par des secrétaires , on les 
assimilait à des lettres autc^apbes à cause de l'annota- 
tion que le Sultan ajoutait de sa propre main en tête 
de la missive, et qui, d'ordinaire, portait simplement : 
Qu'il soitfaa conformémeni à ces instructions *; sou- 
vent aussi il ajoutait : D'après l'avis et le jugement du 
maître. Il y avait quatorze jours que le g^nd-vizir était 
dans la tranchée, lorsqu*arriva une dépêche en marge 
de laquelle était écrit de la main du Sultan : « Qu'il soit 
» fait suivant mon écrit impérial ; Dieu veuille bientôt 
» réjouira par la victoire et la prise de Candie le peuple 
» de Mohammed. S'il platt à Dieu, je ne tarderai pas 
» à partir moi-même , et je m'efforcerai de rejoindre 
» mes serviteurs , les soldats victorieux de Tlslam. 
» Que Dieu daigne exaucer vos vœux avant votre re- 
» tour, tel est nuit et jour l'objet de mes prières. » 

Au mois de décembre , une courte dépêche du Sul- 
tan annonça au grand-vizir l'arrivée d'un ambassadeur 

I II Marchese Francetco Villa nuwo SargwUe générale délie Truppe 
pontifice, p. 225. 

3 Moudjebihdjé amel olouna. 



3i6 mSTOIRE 

vénitien à Larissa, et Timpossibilité où l'on serait 
Tannée suivante de continuer le siège avec un pareil 
déploiement de forces. Pendant trois jours , le grand- 
vizir fut en proie à la plus vive agitation; le quatrième, 
il écrivit , outre son rapport au Sultan sur les opéra- 
tions du siège, des lettres au kaîmakam, au moufti, au 
favori, à Técuyer et au prédicateur Wani, les priant 
de la manière la plus instante de représenter au Sul- 
tan que déjà trois cents aunes de murailles avaient été 
renversées , et que les assiégeatis étaient tout au plus 
à dix aunes du rempart intérieur. Il ajoutait qu'après 
avoir emporté tant de redoutes, franchi tant de lignes, 
de palissades, et triomphé d'un nombre si prodigieux 
de fôugades et de mines sur une aussi grande étendue 
de terrain, Dieu leur accorderait bien la grâce de s'em- 
parer des dix aunes qui restaient ; qu'il ne fallait pas 
se laisser aveugler par des offres d'argent ou des re- 
lations mensongères; que l'armée et son général pas- 
seraient l'hiver dans la tranchée. 

Cette lettre produisit son effet. Molino, dont nous 
avons rapporté plus haut la conférence , fut envoyé à 
la Canée auprès du grand-vizir. Il chercha à calmer ce 
dernier, en lui donnant les assurances les plus loyales 
qu'à Larissa il n'avait pas été en son pouvoir de céder 
Candie, que depuis il n'avait reçu aucune nouvelle 
instruction , et qu'il était seulement autorisé à aban- 
donner aux Turcs les montagnes qui s'élevaient au- 
delà de Candie , et à leur promettre un tribut annuel. 
Ahmed Kœprilû le fit venir au camp, l'accueillit hono- 
rablement et le logea, comme ses prédécesseurs, dans 



DÉ L'EMPIRE OTTOMAN. Si; 

la métairie de Katirdjioghli ' . Il savait bien que Mo- 
lino ne pouvait faire évacuer Candie, mais sa présence 
lui était nécessaire pour imposer silence aux murmu- 
res des sipahis et des silihdars dont cinq cents à peu 
près , las de voir se prolonger le siège, s'étaient ras- 
semblés tumultueusement autour de la tente du grand- 
vizir et voulaient le lapider. L'aga, le koulkiaya et le 
beglerbeg de Roumilie, instruits par Kœprilû de cette 
démonstration, accoururent au lieu de Témeute avec 
leurs soldats les plus dévoués , et chassèrent les sédi- 
tieux à coups de bâton. Us invitèrent le grand- vizir à 
ne donner aucune suite à cette affaire, ajoutant que 
telle était la coutume de cette canaille, dont Mo- 
hammed Kœprilû avait réduit le nombre à quatre ou 
cinq mille ; que les volontaires et les rayas pionniers 
recrutés à Constantinople avec une augmentation de 
solde rendaient plus de services que les janissaires et 
les sipahis; que ce ramas d'émeutiers , se targuant de 
la protection des écrivains et des tschaouschs, et tou- 
chant une solde de quatre-vingts à cent vingt aspres 
par jour, n'étaient bons qu'à ruiner le trésor et à per- 
dre l'empire, comme on en avait déjà fait plusieurs 
fois l'expérience. 

Au négociateur vénitien qui vint faire au grand- 
vizir de nouvelles offres pécuniaires , ce dernier ré- 
pondit : <c Nous ne sommes pas des marchands ; nous 



I La correspondance de Molino et du grand-Yizir est rapportée en partie 
dans Rascbid , 1 , 56 ; mais , dans le Djewahire^, p. 295-405 , on trouve 
en entier non seulement la lettre de Molino au grand-vizir, mais encore celle 
(ju'il adressa à Panajotti. 



5id HISTOIRE 

D avons assez d'argent , et nous n^abandonnerom 
» Candie à aucun prix. » 

Le siège continua donc au cœur même de l'hiver; 
inais ce fut surtout au commencement du printemps 
et à l'arrivée de nouveaux renforts qu'il reprit son 
alliure meurtrière. Le bastion qui opposa aux assié- 
geons la plus vive résistance, fut celui de Sabionera 
(le bastion Rouge), où les Vénitiens firent sauter 
une mine chargée à deux cents^ quintaux de poudre, 
dont l'épouvantable explosion fit voler dans les airs 
milice et artillerie, et força à la retraite les janissaires, 
qui déjà gagnaient du terrain (3t mars 1669 — 38 sche- 
wal 1079). La force de l'explosion fit sauter égale- 
Qient vingt ou trente sentinelles et la redoute du def- 
terdar-pascha , établie devant Sabionera, que proté- 
geaient une forte palissade et une voûte à l'épreuve 
de \sk bombe. Entre Sabionera et la fausse-braye du 
fort le plus voisin, celui de San-Demetrio, s'étendait 
un rocher de cinq cents aunes de long, sur une largeur 
de ceitf : comme il était impossiUe d'y étabUr desfon- 
dalions , on y avait élevé une tranchée au moyen de 
fascines et de gabions ingénieusement disposés. I..es es- 
pions du grand-vizir lui avaient appris que depuis six 
mois les assiégés creusaient des mines sous ce rocher. 
Il fit aussitôt percer en cinq ou six endroits des puits 
qui, à une profondeur de trois brasses, atteignirent les 
couches de sable étendues sous le roc. Se voyant dé- 
couverts, les assiégés mirent le feu aux mines ', dont 

1 Raschid, I, f. 58. Yelq^a taghlar ftt'6i, c'esUà-dire m morceaux 
gros comme des montagnes. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 3 19 

Texplosion fit voler les rochers en éclats et trem- 
bler la terre à deux lieues à la ronde. Les assiégeans 
creusèrent une autre mine en face de Sabionera ; mais 
à quinze aunes de Touverture , les lumières s'étei- 
gnirent. Un renégat allemand qui se trouvait au nom- 
bre des mineurs remédia à cet inconvénient en éta- 
blissant une communication entre le fond du puits et 
Tair du dehors au moyen d'un boyau de cuir ouvert 
à l'entrée de la mine, en sorte qi;ie les flambeaux pu- 
rent être rallumés. Cet homme offrit en outre de con- 
tinuer la mine jusqu'à une distance, de cinquantç au- 
nes au-delà du point déjà atteint; mais, de peur 
qu'elle ne fût éventée, on se détermina à la faire sau- 
ter immédiatement et à monter ensuite à Tassant; 
avant que cette mine eût seulement renversé les ga- 
leries extérieures de Sabionera , la milice , déjà toute 
prête à donner l'assaut, se contenta de décharger ses 
mousquets et de lancer des grenades sur le bastion , 
puis elle se reUra (7 avril 1 669 — 6 silkidé i 079). 

Quatorze jours après, l'aga des janissaires fut ren- 
voyé à Gonstantinople, en qualité dekaïmakam, pour 
faire rentrer dans l'ordre les habilans de cette ville 
qui se permettaient une foule de propos injurieux sur 
le gouvernement. Sa place fut donnée au premier 
lieutenant-général des janissaires (koulkiaya),. qui fut 
depuis le dernier gouverneur d'Ofen et que nous re- 
trouverons dix-sept ans plus tard sur la brèche de 
cette ville (mai 1 669 — silhidjé i 079). 

Cependant l'attaque de Sabionera présentait à cha- 
que pas de nouvelles difficultés ; les palissades , les 



320 HISTOIRE 

abattis d'arbres, les herses et les trappes, les clayon- 
nages , les fossés , les galeries ' et les casemates Re- 
couvertes en terre , se succédaient sans interruption. 
Les assîégeans trouvèrent une résistance un peu moins 
vive du côté opposé , c'est-à-dire au bastion Saint- 
André , où une bombe vînt frapper mortellement le 
provédileur Catarino Cornaro sur la brèche de la 
demi-lune *. Un négociateur que les assiégés avaient 
député auprès de l'envoyé vénitien Molino fut ren- 
voyé, et on leur signifia qu'ils eussent désormais à 
choisir pour leur correspondance une autre voie que 
le camp ennemi. A la fin de mai, le bastion Saint-André 
était déjà tombé en grande partie aux mains des assîé- 
geans , lorsque le capitaine-général et le marquis de 
Montbrun vinrent s'y installer avec la ferme résolu- 
tion de le défendre jusqu'au bout (§8 mai 1669). 

Une nouvelle révolte de sept cents volontaires éclata 
dans le camp : le beglerbeg de Roumilie et l'aga des 
janissaires se disposaient déjà à les cerner et à les tail- 
ler en pièces; mais, dit l'historiographe de l'empire, 
« c'étaient des misérables qui, loin déjouer leurs têtes 
» en cette circonstance, n'eussent pas même exposé 
» leurs pantoufles^. » Ils furent donc trop heureux 
d'expier leur faute en obtenant la permission de se 
précipiter dans les fossés de Sabionera. 

I Tomouz damleri (piège des pourceaux). Raschid, I, f. 58. 

a BrusoDi, 1. XXVI, p. 301; Raschid, I, f. 58, et le Djetoahiret, 
disent que la bombe atteignit la fille de Cornaro , et que le malheureux père 
en mourut de désespoir. 

3 Raschid, I, f.^ 58. Serden gelichmek degUl papouschletinden dakhi 
geàjer makoulesi olmadouklarindcm. 



DE UÇMPIRE OTTOMAN. 3a i 

Le premier jour de Tannée ottomane (1«' juin 
1669 — 1" moharrem 1080), un courrier apporta 
une dépêche dans laquelle le Sultan avait écrit de sa 
propre main : <c Je te visiterai en personne , mon 
» grand- vizir Lala ! C'est dans cette année de béné- 
» diction que tu dois déployer toute ta bravoure et 
» ton énergie; je t'ai engagé, toi et tous les défen- 
» seurs de la foi qui combattent sous tes ordres, vis- 
» à-vis du Dieu tout-puissant. Nul ne sait mieux que 
» moi quelles ont été depuis deux ans vos luttes et vos 
» victoires ; que vos visages soient radieux dans ce 
» monde et dans l'autre , aujourd'hui comme au ju- 
» gement dernier ! Puissiez-vous, avec l'aide de Dieu, 
» prendre Candie dans cette année de grâce, pour la- 
» quelle je vous demande un redoublement de zèle ! » 
Après avoir donné lecture de cette lettre au conseil 
de guerre assemblé, le grand- vizir dit : «Vous con- 
» naissez maintenant la volonté de notre très-glorieux 
» Padischah. Il veut que nous prenions la forteresse : 
» qu'en pensez -vous? Peut-être n'oserez- vous pas 
» vous exprimer librement en ma présence ; je vais 
» me retirer , afin que vous puissiez franchement 
» émettre votre avis. » Dès qu'il fut sorti, l'alaïbeg de 
l'aile droite (des troupes d'Asie), Resoulaga, prit la 
parole en ces termes ; « Dieu soit loué des progrès 
» que fait notre tranchée ; nous avons gagné vingt- 
» cinq aunes sur lé glacis de la forteresse , tandis 
» que , l'année précédente , nous en étions à pareille 
» distance ; nous avons détruit le bastion Rouge et 
» celui de la Femme (la fausse-braye). Nous pouvons 

T. Xt. 21 



322 raSTOlKE 

» maintenant viser à prendre la forteresse sans ré- 
y> pondre au feu de l'ennemi, n Tous s*écrièrent qu'ils 
partageaient l'avis de Resoulaga : à ce moment le 
grand- vizir rentra. On résolut en conséquence de ré- 
partir les attaques dirigées sur Sabionera dans huit 
approches roulantes, et de confier les quatre pre- 
mières aux janissaires ; la cinquième aux djebedjis 
volontaires, la sixième aux volontaires silihdars, la 
septième aux sipahis crétois , et la huitième au corps 
de Roumilie. Les mines continuèrent à ouvrir des 
brèdies dans les murs et les bastions de la place. 

L'arrivée de la flotte du kapitan-pascha à la Canée 
enflamma le courage des assiégeans (19 juin 1669 — 
19moharrem 1080); mais, bientôt après, l'apparition 
d'une flotte française produisit sur les assiégés an 
effet analogue : commandée par le duc de Noailles , 
cette flotte portait la fleur de la noblesse française, 
entre autres le brave comte de Saint-Pol Longueville, 
depuis grand-prieur de France, le chevalier de Ven- 
dôme, qui n'avait pas alors quinze ans , le chevalier 
d'Harcourt, et d'autres princes de la maison de Lor- 
raine et de Bouillon, Dampierre, Beauveau, Colbert, 
Castellane , le maréchal de La Motte-Fénelon et ses 
deux fils, le jeune Se vigne et une foule d'autres jeunes 
nobles , avec « six mille pourceaux mal intention- 
» nés , » dit l'historiographe de l'empire (â4 juin 
1669) \ 

Gnq jours après le débarquement des troupes fran- 

t Ehinzit bed tedbir. Raschid, I, f. 60. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 3^x5 

çaises, le jeune due de Beaufort succomba dans une 
attaque dirigée sur la tranchée entre le fort San-De- 
metrio et celui de Sabionera, avec six cents cavaliers 
et un pareil nombre de fantassins. Le kapitan-pascha 
paya dix piastres les tètes qu'on lui apportait au bout 
d'une lance. Â son tour, le grand-vizir les paya quinze 
piastres ; msàs il accorda une prime de soixante-dix 
piastres pour chaque tête de prisonnier. Les Turcs 
recueillirent une si grande quantité de selles garnies 
en ai^nt, de riches harnais, de boutons d*émeraude, 
de bagues en rubis et d'autres objets précieux , que 
le camp semblait être transformé en un vaste magasin 
de joaillerie ou d'orfèvrerie. Après avoir cherché 
pendant trois jours le cadavre du malheureux duc 
de Beaufort , les assiégés l'envoyèrent demander au 
camp par des hérauts d'armes portant le drapeau 
blanc. « Il est blond, de haute taille : s'il est vivant, 
» nous vous donnerons pour sa rançon tout ce que 
» vous demanderez ; s'il est mort, nous vous paierons 
» son cadavre au poids de l'or, » dirent les messagers. 
Toutes les recherches furent inutiles. 

Au commencement de juillet parurent les esca- 
dres auxiliaires, fortes de vingt-neuf bâtimens , dont 
neuf appartenant au pape, quinze français, sept mal- 
tais et quatre dalmates (3 juillet 1669). L'arrivée de 
ce renfort, loin de démoraliser les assiégeans, ne fit 
qu'accroître leur ardeur. Morosini concerta' avec les 
commandans des escadres alliées une attaque géné- 
rale, qui, dirigée du côté de la mer sur la tranchée 
en face de Sabionera, devait être appuyée par une 

21* 



334 HISTOIRE 

sortie des assiégés. Effectivement, toute la flotte, com" 
posée de soixante-dix à quatre-vingts bâtimens et 
formée en croissant , s*avança vers la tranchée dont 
les canons venaient d'être pointés du côté de la mer; 
les vaisseaux étaient remorqués par les galères. Les 
alliés espéraient placer Tennerai entre deux feux, et, 
en le repoussant loin de ses lignes , détruire ses re- 
doutes et ses tranchées. Malheureusement Fun des 
bâtimens français vint à sauter par Timprudence des 
bombardiers, et jeta la confusion dans la ligne chré- 
tienne*. 

La flotte se présenta en désordre ; d'un autre c6té , 
la sortie des assiégés n'eut aucun résultat , Morosini 
ayant refusé de donner au duc de Noailles les quatre 
mille hommes que lui demandait ce général : il crai- 
gnit d'aventurer son corps de réserve. Dix-sept as- 
sauts , repoussés avec peine , ne lui avaient que trop 
démontré le danger de combattre un ennemi si supé- 
rieur en nombre. Cent cinquante Français et autant 
d'Allemands s'élancèrent seuls sur les retranchemens 
turcs, mais sans faire essuyer de grandes pertes à l'en- 
nemi. Ainsi échoua la tentative des assiégés. Le comte 
de Waldeck, commandant la belle troupe de Bruns- 
wick ^, tomba mortellement blessé auprès des mu- 
railles qui font face à la mer ; c'est là qu'il s'était posté 

I Brosoni , 1. XXVII , p. 507. Un vascello chiarMXto S, Teresa, D'après 
les Relations ottomanei, celle de Raschid , I, f. 61 , eile Ljewahiret, 
ce bâtiment était la Patrona. 

a La gente di Brunsvich era benêi tmiversàlmmte beUa. Bpmù, 
p. 908. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. SaS 

pour combattre les assiégeans, qui menaçaient de fon- 
dre à la fois du bastion Saint-André sur la porte Tra- 
mata et du bastion Sabionera sur l'arsenal (9 août 
1 669). De ce point, treize approches roulantes s'avan- 
çaient vers la forteresse : quatre défendues par les 
janissaires ; trois par le corps de Roumilie ; une par 
les sipahis crétois ' ; une par les djebedjis ; une par les 
seghbans du grand-vizir ; une par Faga de Constan- 
tinople; deux par les troupes d'ÂnatoIie. Mais ce qui 
porta aux Vénitiens un coup plus funeste que les tran- 
chées et les mines des assiégeans, ce fut la mésintelli- 
gence qui éclata entre Morosini et le duc de Noailles, 
et qui coïncida avec le rappel des escadres française, 
pontificale et maltaise (31 août 1669). « Ils se reti- 
» rèrent en enfer, dit Thistoriographe de Tempire, 
» dans ce refuge ouvert au désespoir *. » 

Après le départ des Français, la garnison de la 
forteresse se trouva réduite à quatre mille hommes 
capables de porter lés armes : les explosions de mines 
avaient donné Taspect de taupinières aux fortifications 
intérieures et extérieures de la place ^ dont la reddi- 

I Raschid, I, f. 60. Seïtoun Sipahi, c'est-à>dire tavalier$ de Vhuile, 
farce que leurs fiefs consistaient en plantations d'oliviers. 

a lia djehennemi wt bis al massirù Raschid, I, f. 61, Z 5. Cette 
gentillesse appartient en propre à rhistoriographe de l'empire , car on n'en 
trouve pas trace dans le JDjewahiret , source à laquelle il a puisé. 

3 Manuscrits de Rangon , n» IX. Relazione e diario delV attacca délia 
piazza di Candia da 28 Maggio 1667. La Bibliothèque I. renferme, 
nos 570^75^ Hist, prof,, le Journal du marquis de Villa. On trouve éga- 
lement , parmi les manuscrits de Rangon, deux écrits politiques pour et 
contre les Vénitiens au sujet de cette guerre; ce sont : Délia fratellansa dei 
Turchie Francesi, XXYIII, f. 1^139; Difesa dei Venetianif XVII, 



326 HISTOIRE 

tion fut enfin arrêtée en conseil de guerre. Pendant 
six jours les termes de la capitulation furent débattus 
entre les envoyés de Morosini , Anandi et Scordili , 
d'une part, et de Tautre le karakoulak Âhmed-Âga 
et Tinterprète de la Porte , Panajotti , qui jouissaient 
tous les deux au plus haut degré de la confiance du 
grand-vizir. L'éloquence et l'adresse de Panajotti fa- 
cilitèrent puissamment les négociations ', et enfin, le 
septième jour, les plénipotentiaires vénitiens et ceux 
des Turcs au nombre de cinq *, le gouverneur de 
Haleb, l'ancien kiaya du grand- vizir, Ibrahim, le 
koulkiaya Soulfikar, le second maître des requêtes, 
le karakoulak Âhmed-Âga et Panajotti signèrent un 
traité de paij^ en dixrhuit articles , par lequel la ville 
de Candie et toute l'île étaient cédées aux Turcs. 



f. 406-467 'r Risposta alla giustifkazione déUa Signoria di Venezia per 
lapace fatta colli Turchi, XVIII, f. 469-492 ; enfîn^ un poëme sur le siège 
de Candie : la Candia vittoriosa, XXVIII, f. 573-374. 

I Que l'éloquence de Panajotti ait contribué à la reddition de Candie, 
c'est ce que l'histoire ottomane (Raschid, 1, f. 60) ne cherche même pas à 
nier; mais ce qui es^ au-dessous de toute critique, c'est la fable absurde 
que raconta depuis Cantemir au postelnik de son père et de son frère (M ah. 
IV, not. f). Suivant ce récit , Panajotti aurait fait accroire à Morosini, 
ayant l'arrivée des Français , que ces derniers voulaient eux-mêmes s'em- 
parer de la viUe ; et, pour donner plus de poids k cette insinuation, fl aurait 
fait arborer le pavillon français à une partie de la flotte turque, qui aurait 
ainsi navigué de conserve, sous ces couleurs étrangères, avec les autres 
vaisseaux ottomans. D'après le même conte, aucune escadre française ne 
serait venue au secours de Candie I Au surplus , Cantennr déploie , au point 
de vuephflologique, la même ignorance que sous le rapport historique; car 
il désigne le koulkiaya Soulfikar sous l'étrange dénomination de Koulieti 
Houdasi Kououlficar, 

a Rycaut;, dans KnoUes, II, p. 217, ne parstt pas savoir au juste queb 
ftirent ces plémpotentiaires. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 5^7 

Kœprilû eut pour Morosini toutes les attentions 
imaginables et lui envoya des rafraichissemens presque 
tous les jours. Les chefs ottomans qui commandaient 
dans les tranchées devant Sabionera et Saint-André 
désirèrent connaître personnellement leurs vaillans 
adversaires : les uns louaient la bravoure des Sa- 
voyards, celle du duc de La Feuillade et de ses com* 
pagnons ; les autres faisaient Féloge des cavaliers mal- 
tais. L'aga des janissaires (le Suisse Coigny) et le 
beglerb^ de Roumilie traitèrent avec distinction le 
général Montbrun et le chevalier Grimaldi. Au bout 
de trois semaines , toute la ville était évacuée , non 
seulement par la garnison, mais par les habitans qui 
sortirent en masse, à l'exception de deux prêtres 
grecs, tl'une femme et de trois juifs. Dans la nuit 
du 26 au S7 septembre , on enleva la grande croix 
qui s'élevait sur les remparts de Candie , et le len- 
demain matin, à neuf heures, Ahmed Kœprilù reçut 
dans un plat d'argent les quatre-vingt-trois clefs de 
la ville, des forts et de tous les édifices publics, sur 
la brèche du bastion Saint-André , qui s'appela dés- 
ormais le bastion de la Reddition. Le grand-vizir 
déposa six cents ducats dans le chapeau du principal 
bourgeois de la ville qui lui apporta les clefs ; il en 
donna quatre cents à ses deux compagnons , et ce 
même bourgeois fut revêtu d'un kaftan d'honneur, 
ainsi que le karakoulakaga et l'interprète de la Porte. 
Le frère et l'oncle du grand-vizir , le reis-efendi , le 
kiayabeg, les deux maîtres des requêtes (le premier 
et le second), vinrent baiser le bord de ses vêtemei\s 



328 HISTOIRE 

en versant des larmes de joie. Le grand- vîzîr envoya 
ensuite les clefs de la ville à Taga des janissaires et 
lui ordonna d'occuper Candie avec le koulkiaya , en 
lui recommandant de veiller à ce que personne n'y 
entrât par curiosité, avant son entière évacuation. Ce 
fut alors seulement qu'il écrivit de sa propre main au 
Sultan pour lui annoncer la prise de Candie et le ré- 
tablissement de la paix. 

Le lendemain , il se rendit à Emadia auprès de sa 
mère , sage et pieuse femme , qui , depuis la mort de 
son époux, avait puissamment contribué par ses con- 
seils à rélévation d'Ahmed Kœprilû et avait voulu le 
suivre à Candie pour être témoin de ses hauts faits. 
Elle embrassa son fils aine en pleurant de joie et lui 
demanda la permission d'entreprendre , avec Mous- 
tafabeg, son fils cadet, le pèlerinage de la Mecque pour 
remercier Dieu d'une victoire si éclatante. 

Pendant sept jours , la forteresse et le camp furent 
illuminés en réjouissance de la prise de Candie et de 
la paix récemment conclue. Six jours après le départ 
des habitans de la ville, le grand- vizir rassembla les 
chefs de l'armée et les colonnes du diwan , leur offrit 
le sorbet et le café (rareté d'autant plus précieuse que 
tout récemment encore cette boisson avait été dé- 
fendue) et les combla d'éloges pour les services qu'ils 
avaient rendus pendant le siège : « Vous avez tous 
» concouru à cette prise , leur dit-il , de toutes vos 
» forces et de toute votre ame ; que votre visage soit 
i> radieux en ce monde et dans l'autre ! Le pain du Pa- 
» dischah vous est bien et légitimement acquis ! Je lui 



DE L'EMPIRE OTTOMAIS. 329 

» rendrai compte dé tous vos services et Ton songera 
» à vous récompenser chacun suivant votre grade. » 
(3 octobre 1669 — 7 djemazioul-ewwel 1080). Ce 
fut ainsi qu'il parla successivement aux janissaires , 
aux sipahis , aux alaïbegs de Roumilie et d' Anatolie ; 
les vizirs furent revêtus de fourrures de zibeline ; les 
beglerbegs et les sandjakb^, les agas des janis- 
saires, des sipahis, des silihdars, des djebedjis et des 
topdjis reçurent des kaftans. 

Le lendemain , qui était un vendredi , le grand- 
vizir fit dans la ville une entrée solennelle, ayant en 
main Tétendard sacré du Prophète: il l'arbora dans 
Tune des plus grandes églises de Candie, près du maî- 
tre-autel que remplaça la niche du Koran ; là furent 
adressées à Dieu les prières du vendredi , et l'église 
fut convertie en mosquée. Un bulletin pompeux fut 
adressé de Candie à tous les gouverneurs de l'empire; 
une autre dépêche fut écrite aux Maïnotes qui , se- 
condés par les Vénitiens , avaient cherché à secouer 
les chaînes de l'esclavage. Toutefois , et à condition 
qu'ils seraient désormais les paisibles sujets de la 
Porte, le grand- vizir leur pardonna et leur fit remise 
des impôts arriérés. En cas de nouveaux troubles, ils 
devaient être soumis au régime du sabre dès le prin- 
temps suivant ' . 

Le grand-écuyer du Sultan, arrivé quelque temps 
après de Constantinople , remit au grand-vizir une 



t On troave, dans le Djewahiret, p. 458. cette lettre fort laconique, 
mais tout4*fait pragmatique. 



5?io UISTOIRE 

lettre toute gracieuse du souverain , avec un sabre et 
un poignard étincelans de pierreries, une fourrure et 
un kaftan dont s'était revêtue Sa Majesté elle-même, 
sept fourrures pour les vizirs et des kaftans pour les 
beglerbegs , les sandjakbegs et les agas. Le Sultan 
approuvait toutes les propositions d'avancement qui 
lui avaient été soumises par le grand-vizir et Tinvitait, 
de la manière la plus bienveillante, à se rendre lui- 
même dès le printemps prochain à Andrinople , où 
toute la cour se trouvait ré|jnie. 

A la fin dé février, Molino , jusqu'alors retenu 
à Candie , lui remit la lettre du doge et celle de 
Morosini, qui avaient pour objet la confirmation du 
traité récemment conclu et en vertu duquel la répu- 
blique de Venise conservait encore h Candie les trois 
ports de Karabousa, de Suda et de Spinalunga (26 fé- 
vrier 1670 — 5 schewal 1080). Le quartier d'hiver 
passé à Candie fut consacré à l'enlèvement des dé- 
combres et à la réparation des forts ; les églises furent 
converties en mosquées à l'exception de deux que Pa- 
najotti acheta , l'une pour les Grecs au prix de deux 
mille louis d'or , l'autre pour les Arméniens moyen- 
nant mille quatre cents écus. 

Jamais place-forte, non seulement dans l'empire 
ottoman , mais dans aucun autre pays , n'avait été 
disputée comme celle de Candie et n'avait coûté tant 
de sang et tant d'argent. Sa possession avait donné 
l^eu à une guerre dont la durée n'avait pas été moindre 
de vingt' cinq ans; pendant cet intervalle , elle avait 
essuyé trois sièges dont le dernier s'était prolongé 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 33i 

pendant près de trois années, et avait coûté la vie à 
trente mille Turcs et à douze mille Vénitiens. Desl)at- 
teries construites devant les bastions de Sabionera et 
de Saint-André, cinquante-neuf bouches à feu avaient 
lancé des boulets de cinquante et de cent livres ; les 
Turcs avaient livré cinquante-six assauts et entrepris 
cinquante-cinq attaques souterraines ; la garnison de 
la ville avait effectué quatre-vingt-seize sorties. Les 
assiégés avaient fait sauter onze cent soixante-douze 
mines et les assiégeans trois fois autant ; les premiers 
avaient brûlé cinq mille trois cent soixante-dix barils, et 
les seconds sept cent trente mille quintaux de poudre. 
Les Vénitiens avaient lancé quarante-huit mille cent 
dix-neuf bombes de toutes les dimensions , depuis le 
calibre de cinquante jusqu*à celui de cinq cents livres, 
outre cent mille neuf cent soixante-dix grenades de fer 
et d'airain et quatre mille huit cent soixante-quatorze 
projectiles semblables en verre. Deux cent soixante- 
seize mille sept cent quarante-trois boulets avaient été 
pareillement lancés par les Vénitiens ; ils avaient usé 
cent trente mille cent vingt-cinq mèches et cent 
quatre- vingt mille quatre cent quarante-neuf quintaux 
de plomb. Leur perte pendant le siège avait été de ^ 
trente mille hommes et celle des Turcs de plus de 
cent mille. 

Ce fut neuf mois seulement après la^rise de Candie 
qu'Ahmed Kœprilù quitta le théâtre de sa gloire où 
les mines avaient imprimé de si profondes traces. 



LIVRE LVI. 



Retour da Sultan à Àndrinople. — L'usage du vin est interdit. — Malna. 
— Délimitation du territoire vénitien. — M. de Nointel à Gonstantinopla, 
à Andrinople et à Antiparos. — Les députés des Hongrois rebelles auprès 
de la Porte sont présentés par Panajotti. — Mort de ce dernier. — Am- 
bassades russe, polonaise, vénitienne, génoise. — Le Sultan dans les 
montagnes dites les Alpes de Despottaghi. — On nomme un nouveau 
khan de Grimée. — Lettre remarquable du grand-vizir au chancelier 
polonais. — Marche sur Kaminiec. — Prise de cette ville et traité avec 
la Pologne , bientôt rompu par la bataille de Khocim. *— Prise de cette 
ville et de Ladyzin. — Prise d'Human. — Rebelles hongrois. — Traité 
avec la France. — Circoncision du prince héréditaire et mariage du 
grand-vizir. — Ambassade anglaise. — Etats Barbaresques; — Les Grecs 
en possession du Saint-Sépulcre. — Frontières de Hongrie. — Troubles 
en Egypte. — Le Sultan à Gonstantinople. — Paix avec la Pologne. — 
Mort d'Ahmed Kœprilû. — Poëtes , jurisconsultes et historiens. — Pa- 
rallèle entre Ahmed KoeprilU et Sokolli. 



Lorsque nous quittâmes le Sultan , il se rendait en 
chassant de Larissa à Négrepont , et nous le retrou- 
vons chassant encore à Liwadia, où il reçut le message 
du grand-vizir qui lui annonçait la prise de Candie et 
l'entière évacuation de cette place. Trois semaines s'é- 
taient écoulées depuis cet événement, et la paix conclue 
avec Venise était déjà signée , lorsqu' Ahmed Kœprilû 
craignant un retour de fortune , et ne se croyant pas 
sûr de posséder la place tant qu'il n'aurait pas vu 
s'embarquer le dernier Vénitien , se décida enfin à en 



fflSTOIRE DE L'EMPIRE OTTOMAN. 335 

donner au Sultan la première et heureuse nouvelle. Un 
soir le kaïmakam Kara-Moustafa venait de prendre 
congé du Sultan, lorsque le kiaya du grand-vizir lui 
présenta le tschaousch-baschi de Kœprilû qui arrivait 
du camp, porteur de cet agréable message (3 octobre 
1669 — 7 djemazioul-ewwel 1080). Le kaïmakam 
plaça sur son sein la dépêche du grand- vizir et re- 
tourna auprès du Sultan qui ne fut pas peu étonné de 
le revoir à pareille heure. Ayant appris ce dont il s'agis- 
sait, il demanda aussitôt à voir la dépêche, mais Témo- 
tion Tempêcha de la lire, et le secrétaire du cabinet fut 
obligé de lui en donner lecture. c< Dieu soit béni! )» 
s'écria le Sultan, et il iSt à Vinstant même revê^r d'une 
fourrure de zibeline le kaïmakam et le tschaousch- 
baschi qui avait apporté la dépêche. Il donna en outre 
au dernier vingt-cinq bourses d'argent et un gouver- 
nement avec le titre de beglerbeg. Pour célébrer la 
prise de Candie, des fêtes et des illuminaticms furent 
prescrites pendant trois jours et trois nuits sur toute 
la surface de l'empire , et le quartier d'hiver impérial 
fut transféré à Salonique où la sultane Khasseki se 
rendit la première. Quant au Sultan, il chassa pen- 
dant six jours dans la vallée de Tawschan-owasi 
(vallée des Lièvres). 

A Salonique, le précepteur du Sultan, Emirtsche- 
lebi, qui était décédé, fut remplacé par le prédicateur 
Wani; le gardien des aiguières (ibrikoghlani) de la 
première chambre des pages, Aliaga, fut nommé b^- 
lerb^ de Tunis; au défunt gouverneur d'Egypte, Ka- 
rakasch M-Pascha, succéda le gouverneur deHaleb, 



554 HISTOIRE 

Ibrahim, autrefois kîaya du grand- vizir ' (15 janvier 
j 670 — il schâban 1080). Sous radministration de 
Karakasch Ali , TEgypte avait fourni à la Porte des 
subsides extraordinaires , tant en hommes qu'en ma- 
tériel de guerre ; pendant la dernière année du siège 
notamment , elle avait envoyé quatre cents quintaux 
de poudre , quatre cents rangs de chevaux de re- 
monte, vingt-cinq mille kilos de froment et mille fu- 
siliers. 

Au commencement de mai , la cour se rendit en 
chassant de Salonique à Andrinople [i] (â mai 1 670— 
ti silhidjé 1080). A Timourtasch , on apprit que le 
grand-vizir , revenant de Candie , était aux environs 
de Rodosto ^ Le silihdar Saatdji Mohammedaga fut 
envoyé à sa rencontre, et chargé de le complimenter 
et de lui remettre des fourrures , un poignard et une 
lettre du Sultan. Lorsqu'il fut proche, les vizirs et 
les émirs allèrent au-devant de lui dans la plaine du 
Pascha où campa aussi le Sultan sous une tente de 
chasse (3 juillet 1670— 14 sâfer 1081). Kœprilû re- 
çut Taccueil le plus gracieux; le lendemain il entra 
solennellement à Timourtasch, où il remit l'étendard 
sacré entre les mains du Sultan. Le jour d'après , le 
Sultan fît lui-même son entrée dans la résidence, où le 
troisième jour il y eut grande réception et distribution 



I Raschid, I, f. 61 , et Y Histoire de Yousouf, f. 165, disent formel- 
lement que le gouverneur de Haleb, Ibrahim, et le kîaya (ministre de l'in- 
térieur) étaient une seule et même personne. 

s Abdi, f. 74, nomme ce Heu Djelpleri. 



^ 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 335 

devétemens d'honneur (khalaat), autrement dit gala ' : 
)e Sultan, sur son trône élevé dans un kœschk, offrit 
très-gracieusement sa main à baiser et distribua les 
habits de gala (7 juillet 1670—18 sâfer 1081). A 
Taga des janissaires, Abdi, qui s'était particulièrement 
distingué , et à Soulfikar , lieutenant-général de cette 
milice , il daigna adresser la parole : « Soyez bénis, 
» leur dit-il, vous avez rendu de bons services; aussi 
» ma faveur vous est-elle acquise à juste titre. » Après 
la cérémonie , le prédicateur Wani-Efendi éleva les 
mains au ciel pour remercier Dieu d'une victoire 
aussi éclatante. Dans le but de plaire à FEtre-Supréme, 
la défense de boire du vin, tombée en désuétude, 
fut renouvelée sous des peines sévères ; on détruisit 
les cabarets, et on supprima la place de receveur 
des impôts sur le vin (19 juillet 1670 — 1" rebioul- 
ewwel 1081). Cette dernière mesure, bien que con- 
séquente avec l'interdiction de cette liqueur enivrante, 
n'en était pas moins fort déraisonnable , car elle dé- 
truisait en grande partie l'effet de la défense. Elle 
était logique en ce sens que la suppression des caba- 
rets devait nécessairement amener celle des droits sur 
le vin ; mais le bon marché de cette liqueur, qui en 
était la suite , était pour les soldats une excitation de 
plus à en boire secrètement , et la consommation de 
ce liquide, du moment où elle cessait d'être publique, 
augmentait dans une progression effrayante en échap- 
pant à Timpôt ; il en résulta une notable diminution 

I Le mot gala Yient de l'arabe khalaat, et diaque Yétement d'honneur 
est on habH de gala. 



336 HISTOIRE 

dans les droits que percevait le fisc sur les boissons 
en généra]. Cette interdiction fut Tœuvre de Thypo- 
crile prédicateur Wani, précepteur du Sultan ; fidèle 
aux principes que nous lui avons déjà vu développer 
confidentiellement dans le cours de cette histoire , il 
ne se faisait aucun scrupule de boire en secret le vin 
qu'il défendait au peuple. Ce qu'il y a de certain, 
c'est que Kœprilu n'eut aucune part à cette mesure ; 
car f bien que pendant le siège de Candie il n'eût pas 
bu une seule goutte de vin , depuis la prise de cette 
ville il avait eu de fréquens rapports avec cette ^/fe du 
cep » que le Prophète appelle la mère de la dégrada- 
tion ^. Pendant le trajet de Candie à Rodosto, il 
avait passé quatorze jours dans l'Ile de Khios auprès de 
ses belles fontaines aux ondes de cristal ^ : là il n'avait 
voulu recevoir personne , et oubliant les aJBfaires de 
l'État ^ , il s'était borné à apprécier lequel de ses pages 
excellait à faire rafraîchir le méthymne brûlant ou le 
doux vin d'Homère ^ dans la source qui bruissait mol- 
lement à ses côtés ^. 

Pendant les quatorze jours qu'Ahmed Kœprilû 
passa auprès de la source de Khios, couché à l'om- 
bre des hauts pins et des pâles oliviers, il refusa 
tous les présens que lui offrirent les begs asiatiques 

« Dockteri rez. — 2 Oummol'khabaïs. 

3 By the cool and crystaîline founlains of Scio, Rycaut. 

4 Rycaut, I, p. 223. Quid Tiridatem terreat unice, fecurus. Hor., 1, 21. 
s c Hamet Koprili commencoit à goûter les délices de cette isle agréable 

> et le bon vin d'Homère. > La Croix, État général, IJ, p. 259. 

6 Quis puer ocius restinguit arderUis Falemi pocula prœtervwi^t 
Lympha. Horat.^ IJ, 11. 



I 



DE L'EMPIIΠOTTOMAN. 537 

des sandjaks voisins ; il faut ajouter qu'il repoussa 
également les plaintes de leurs sujets. £n un root , il 
voulut consacrer ces quatorze jours au repos après 
les fatigues de corps et d'esprit qu'il avait essuyées 
depuis quatre ans , et la guerre acharnée qu'il avait 
soutenue sans interruption pendant ce laps de temps. 
Toutefois, il s'occupa de réduire les Maïnottes contre 
lesquels il envoya de Khios Kœsé Ali-Pascha avec 
six mille hommes de troupes prises à Négrepont, à 
Athènes et èi Lepanto ' . Ce dernier débarqua à Sar- 
nata, où il bâtit un fort , en éleva deux autres à Ppr-- 
tovecchio et un quatrième k Panava , sans aucune op- 
position de la part des Maïnottes ; bien plus , ces der- 
niers , trompés et séduits par Kœsé Ali-Pascha, tra^ 
vaillèrent eux-mêmes k construire ces forts, tombeau 
de leur indépendance. 

L'ambassadeur vénitien Molino, qui avait déjà rem- 
pli les mêmes fonctions à Candie auprès du gr^nd- 
vizir/ venait d'obtenir à Andrinople une audience so- 
lennelle du Sultan. L'échange des prisonniers, stipulé 
par le traité de paix, fut conlSé à Kcesé Âli-Pascha, 
d^à chargé de la construction des forts maïnottes. Ali- 
Pascha envoya à Castel-Tornèse trois cents prison- 
niers, sous la conduite de son interprèle Paul Orner o, 
qui les remit au primat de Gastouni , et , quelques 
jours après, il se rendit lui-même à Castel-Tornèse 

I VInscha du reïs-efeadi Rami, no 450, contieDt la proclamation en 
cinq lignes qui fut acbressée aux infidèles de Maîna^ pour leur offrir une 
ammstle générale en cas de soumission immédiate , sinon la perspective 
4'ètre tous passés au fil de l'épée, 

T. XI. 22 



338 HISTOIRE 

pour recevoir les prisonniers tores. Au nombre de 
ces derniers, se trouvaient trois begs : celui d'Egypte, 
Ramazan, celai de Chypre, Portoukôghli, et cdui de 
G)ron, Âgalo. 

£n décembre, le kapitan-pascha revint à Gonstan-' 
tinople, où il fit une entrée triompiiale (10 décembre 
1670). On vit à la remorque du vaisseau^amiral celui 
de Giorgio Vitali et plusieurs autres bâtimens maltais; 
on vit également figurer sur Tavant de ces navires des 
esiclaves affublés de vieilles Jaquettes et de perruques, 
et qui étaient censés , sous cet accoutrement , repré- 
senter des Européens de distinction. 

D'après la teneur du traité depaixauquel servit debase 
celui qui avait été conclu immédiatement après la prise 
de Candie, les Vénitiens gardèrent en Crète les ports dé 
Suda, de Spinalunga et de Karabousa, avec les terri- 
toires y afférens , ainsi que la ville de Klis en Dal- 
matie. La délimitation des territoires respectifs était 
un point fort délicat et fort important ; aussi donnâ- 
t-elle lieu Tannée suivante à de nouvelles négociations 
(5 août 1670 — 18 rebioul-ewwel 1081). Ijcs pléni- 
potentiaires turcs et vénitiens se réunirent sous la 
tente dans la plaine située entre Zara et Sebenico. 
C'étaient, d'une part , avec Nani , commissaire véni-^ 
tien, pour la délimitation, le commandant de Zara, le 
provéditeur de Klissa, avec les officiers et les pléni- 
potentiaires des villes de Zara, de Sebenico, de Spala- 
tro et de Gran; de l'autre, Mahmoud-Pascha, avec le 
moufti et le kadi de Bosnie, tous les kadis et les agas 
des frontières et des troupes, formant ensemble à peu 



DE UEMPIRE OTTOMAN. SSg 

près cinq mille hommes, mal armés et mal vêtus. Les 
plénipotentiaires turcs voulaient qu on adoptât la dé- 
limitation arrêtée par Ferhad-Pascha , qui , avec le 
chevalier Soranzo , avait été deux fois chargé de ce 
travail en 1572 et en 1576. La plupart des plans 
dressés par lui à cette époque avs»ent été dédiirés ou 
détruits par le temps; et, sur ceux qui restaient, les 
noms des différentes localités avaient été effacés ou 
altérés : ce fut Tobjet cte mille contestations. Enfin, il 
fut convenu que Zara serait limitée comme dans le 
projet de Soranzo et de Ferhad; le même précé- 
dent fut suivi à Sebenico , où il fut décidé que la 
Kerka ' séparerait les deux territoires. On eut plus de 
peine à s'entendre à Scardona , car la possession du 
fort Verpogly faillit rompre toutes les négociations. 
Mahmoud - Pascha , vieillard âgé de quatre «-vingt- 
douze ans , en disputa obstinément l'occupation , et 
alla même jusqu'à appeler aux frontières le beglerbeg 
de Roumilie, à la tête de dix mille hommes; un in- 
stant la reprise des hostilités parut imminente. Mais 
sur ces entrefaites, Mahmoud vint à mourir; le grand- 
écuyer Houseïn-Pascha le remplaça avec de nou- 
velles instructions , et on arrêta enfin , du ccmsenle- 
ment mutuel des parties, que la chaîne du Tartarus 
servirait de frontière , et que la vallée de Daniel ap- 
partiendrait aux Vénitiens. On alla ensuite à Trau, où 
le travail des commissaires ne fut pas difficile, car la 
délimitation tracée sur ce point par Soranzo et Ferhad 



I C'est Kerka cft non CSf^eca^ Gonune le prétend Rycaut, p. 331. 

22* 



54o fflSTOlRE 

ne pouvait être l'objet d'aucun doute. Enfin, ils se ren« 
dirent à Spalatro, Tille au-dessus de laquelle est située 
Klissa en face de la montagne, ainsi que Scardona au- 
dessus de Sebenico. Jusqu'à ce jour, le territoire de 
Spalatro avait été fort restreint ; mais il s'accrut alors 
d'une grande et fertile plaine qui s'étend jusqu'au 
pied de la montagne. Les Turcs n'élevèrent aucune 
prétention à la possession de Klissa, que le traité de 
paix avait formellement cédé auxVéniliens, mais bien 
à celle de Salona et de Magnizza, situées entre Spa- 
latro et Klbsa ; cependant la possession de Klissa ne 
pouvait être utile aux Vénitiens que sous la condition 
d'occuper en même temps Salona et Magnizza ; autre- 
ment toute communication devenait impossible entre 
Qissa et Spalatro. Les Turcs l'avaient bien senti; 
aussi attachaient-ils beaucoup de prix à garder ces 
deux places , et ils donnaient pour prétexte que Sa- 
lona et A'Iagnizza faisaient partie d'une fondation ins- 
tituée en faveur de la sultane Mihrmah, veuve de 
Roustem-Pascha ; enfin Houseïn se rendit à l'évi- 
dence des droits invoqués par Nani , et , après trois 
mois de négociations , le règlement des frontières fut 
signé en diwan solennel dans la plaine de Salona. On 
procéda ensuite à la nomination de consuls à Candie, 
à Négrepont, en Morée et aux Dardanelles, institution 
dont le principe avait été posé par le traité de Candie ' 
(24 octobre 1671). 



I Coronello en Morée » Franceschi V CoMole, Oirone F. C. en Nègre' 
pont, Palayra C. alla Sastia, Balta Dragomano à Athènes, Jsac Bosso 



DE L'EBfPIRE OTTOMAN. 34i 

Le kapitan-pasdia Kaplan, qui s'était rendu, avec 
la caravane ordinaire de T Archipel, pour la levée du 
tribut imposé aux lies, des Dardanelles à Athènes, en 
touchant , suivant Tordre habituel , à Mitylène , à 
Kbios, à Samos , à Pathmos, à Kos et à Rhodes, et 
qui avait, mais inutilement, soutenu à Égineun combat 
de sept heures contre cinq corsaires, la terreur des 
musulmans dans les eaux du Levant ' , visita dans le 
trajet les nouveaux forts de Maïna, où, pour se con- 
dlier l'affection des habitans, il rendit la liberté à 
cinq de leurs compatriotes enchaînés à bord des ga- 
lères, employant ainsi tour à tour pour les asservir la 
force et la douceur. 

Trois mois après l'arrivée de l'ambassadeur véni- 
tien à Constantinople. celui de France, M. de Nointel, 
entra dans le port de cette capitale avec une escadre 
composée de trois vaisseaux de guerre et d'un brûlot 
(ââ octobre 1670). Le commandant de l'escadre, 
M. d*Apremont, exprima au kaïmakam et kapitan- 
pascha le désir que les batteries du serai lui rendissent 
le salut royal, et le pria de vouloir bien s'y engager 
par caution. Les deux demandes ayant été repoussées 
comme contraires à tous les précédens, Tescadre passa 
devant le serai sans lui rendre le salut habituel, au 
grand étonnement de la flotte et du port. Dans ce 
moment, une balle de mousquet, partie d'une galère 

Drogomano àUi Castéllif Gontostaalo Omiole di CoMa, riscuotitore det 
Cadaxi per il Turcho, Rel. yen. 

I c De ce nombre étaient les capitaines français Bdknville, Creviiliers^ 
> Daniel. * La Croix, II, p. 270. 



34a HISTOIRE 

turque, atteignit un matelot français ; M. d'Âpremont 
allait engager un combat naval dans le port même et 
sous les yeux de la sultane Walidé, qui avait assisté du 
kœschk de Tarsenal à l'entrée deTescadre, et qui ad- 
mirait la précision d? ses manœuvres, si les sages con- 
seils de l'interprète Fontaines , qui heureusement se 
trouvait à son bord, ne Ten eussent empêché. La sultane 
Walidé, quiavait entendu vanterlagalanteriedes Fran- 
çais, fit prier M, d'Âpremont, par le kislaraga, de vou- 
loir bien la saluer lorsqu'elle se rendrait avec sa cour 
à Scutari , et le commodore s'empressa d'accéder à 
son désir. Les quatre b&timens de guerre, pavcnsés de 
drapeaux bleus semés de (leurs de lys , de grandes 
flammes blanches qui flottaient comme des rubans 
argentés dans la mer bleue du ciel, et d'immenses pa- 
villons dont les extrémités retombaient jusque dans 
la mer, saluèrent du feu de leurs batteries la sultane 
Walidé, au grand dépit du kapitan-pascha, qui, pour 
se venger, accusa auprès de la Porte les capitaines de 
navires français d'avoir donné asile à un grand nom- 
bre d'esclaves évadés, entre autres au chevalier de 
Malte Beaujeu ; il demandait même, en conséquence, 
que des perquiffltions fussent faites à bprd des bàtimens 
de guerre français à l'ancre dans le port et des navires 
marchands mouillés aux Dardanelles ; mais le grand- 
vizir, qui avait pu apprécier les Français à Saint- 
Gotthardt et en Crète, ne jugea pas convenable d'ac- 
cueillir cette proposition, et s'abstint de toute démon- 
stration hostile. 

Au jour fixé pour son entrée solennelle au palais de 



DE L'EMPTKE OTTOMAN. 343 

Tambassade (11 novembï^ 1670), M. de Nointel ftit 
reçu par ]e techaousdi-baschi et le vd^vode de Galata ; 
^ofi escorte éuôt ccHnaposée de cent azabs, de cent ja- 
nissaires et de cent tachaoïischs. Des palefrraiers turcs 
lui présenterait deux chevaux de main envoyés par le 
kaïmakam, couverts de chabraques brodées en or et en 
perles, et dont les rênes et les étriers d*argent étaient 
ornés de rubis et d'émeraudes. Les interprètes français 
portaient des habits de satin ; leurs pardessus écariates 
étaient doublés de martre , et ils avaient pour coifiiire 
des bonnets de zibeline. L'écuyer du kaïmakam, deux 
officiers de sipalus^ le tsçhaousch^basdii et le voïévode 
de €ralata, les officiers de la maison de Tambassadeur, 
et quatre musiciens sonnsmt continuellenient de la 
trompette dans des instrumens d'argent , précédaient 
les deux ambassadeurs ; Tauci^i, M. de La Haye, oc- 
cupait la droite; le nouveau, M; de Nointel, s'avan- 
çait à gauche; l:un revêtu d'un habit de velours noir 
à boutons d'or et portant un collier de perles autour 
de son chapeau ; l'autre en habit écarlate orné de den* 
telles^ coiffé d'un chapeau que rehaussait une touffe 
de plumes blwdbes; le premier sur un cheval blanc ; 
le second wr un cheval isabelle. Venaient ensuite les 
secrétaires, l'abbé de Nointel, frère de l'ambassadeur, 
précédant une troupe de gentilshommes qui apparte- 
n»ent à la première noblesse de France et montaient 
de superbes coursiers ; suivaient enfin le secrétaire 
privé, trente gentilshommes, et tous les négocians 
français présens à Constantinople. Les rues où pas- 
sait le cortège étaient encombrées de. curiisux. L'ex- 



344 HISTOIRE 

plosion de cent bombes d'artifice d: une déchargé 
d'armes à feu faite par les mousquetaires turcs rangés 
devant rhôtel de l'ambassadeur, saluèrent son arrivée. 
M. de Nointel traita magnifiquement les principaux 
officiers turcs, et leur fit de superbes présens ' . 

Aux termes de ses instructions, M. de Nointel de- 
vait éviter avec soin de communiquer à l'avance ses 
demsmdes et ses griefs au grand- vizir; il lui était en- 
joint de les porter en plein diwan et de ne les sou- 
mettre qu'au Sultan lui-même , afin que ce dernier 
cessât d'ignorer les mauvais procédés du grand-vizir 
envers les ambassadeurs français. Son refus de com- 
muniquer au premier ministre lobjet de sa mission 
retarda son départ pour Andrinople, et il se vit enfia 
obligé de s'ouvrir à Panajotti, qui, depuis le retour 
de Crète, avait le titre de premier interprète et de 
premier secrétaire de la Porte. Le manifeste qu'il lui 
remit comprenait trente-deux articles : par cette pièce, 
il demandait que la Porte ne reçût désormais dans 
les ports ottomans aucun bâtiment à quelque nation 
qu'il appartint, si ce n'est sous pavillon français (à 
Texception toutefois dès navires français, anglais, hol- 
landais, arabes et génois) ; que les Français ne payas- 
sent à Tavenir qu'un droit de trois pour cent à la 
douane, comme les Hollandais, les Anglais et les Gé- 
nois; que le conmierce des Français avec l'Inde pût 
avoir lieu en franchise par la Mer-Rouge; que les 
saints lieux de Palestine fussent rendus aux cathdi- 

1 D'Àrvfeui, t. IV. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 545 

qoes, et que le roi de France fût reconnu comme le 
seul protecteur de la chrétienté ; que les capucins de 
Galata eussent la faculté de reconstruire leur église 
brûlée quinze ans auparavant ; que toutes les églises 
pussent désormais être réparées sans qu'il fût besoin 
d'en demander la permission; enfin que tous les es- 
claves français fussent aussitôt remis en liberté. Ces 
propositions parurent tellement inouïes, que le grand* 
vizir feignit de ne pas les croire émanées du roi de 
France. Il demanda à M. de Nointel s*il était porteur 
d'une lettre adressée par son souverain au Sultan et 
où les mêmes demandes se trouvassent formulées , et 
l'ambassadeur ayant répondu naturellement qu'il n'a- 
vait pas besoin d'autres lettres de créance, il ne voulut 
lui accorder une audience solennelle que sous ren- 
gagement formel pris par ce dernier de produire, 
dans le délai de six mois , une dépêche du roi de 
France, où seraient reproduites les réclamations ci- 
dessus émnicées. Â cette condition, il put se rendre 
au camp impérial, où il arriva au bout de quatorze 
jours, et fut reçu le lendemain en audience solennelle 
par le Sultan et le grand-vizir (15 janvier 1671). 

Dans cette entrevue; M. de Nointel, qui^aimait la 
pompe et la profusion aussi bien dans le discours que 
dans les cérémonies, adressa au grand- vizir une lon- 
gue allocution, à laquelle celui-ci ne répondit que 
par un : très-bien ', ou par des épigrammes. Lors- 
qu'il s'étendit sur la grandeur et la puissance de 

> Pek eyii. 



546 BISTOIRE 

Louis XIV, Kœprilù rinterrompit en (fisant : « Le 
» padischah de France est un grand souverain , mais 
Tff son épée est encore neuve. » Lorsqu'ensuHe Tam- 
bassadeur ps^la de la vialle amitié qui unissait la 
France à la Porte , le grand -vizir lui répondit en 
souriant : « Les Français sont peut-* être d'anciens 
^ amis, maisi nous les trouvons toujours avec nos en- 
» nemis (à Saint^Gotlhardt et à Candie). » En se re- 
tirant, M. de NcHOtel dît qu'il avait pour rais^on ^- 
ciale de lui recommander avec instance le commerce 
d^ Ia.Mei*-RQuge. « Comment est-il possible , lui ré- 
t^ pondit sèchement Koeprilû, qu'un aussi grand padi- 
» schah s'intéresse si vivamenf: à une aflfoire de mar- 
9 chands;? » £q, sortant de chez le grand- vizir, M. de 
Noii^tel fut au^tilH conduit en présence du Sultan , 
et, faute pai: lui de s'incliner assez profondément, les 
chambelli^ns chargés de l'introduire lui courbèrent 
la tête avec tant de violence , qu'il ne put éviter une 
chute '. Le discours qu'il adressa au Sultan dura plus 
d'im quart-d'beure ; mais Panajotti en fit un court 
abrégé au grand-vizir, qui résuma au Sultan tout le 
discours en d^ux mots. C'était là une des formes les 
plus remarquables du style curial en usage chez les 
Ottomans lors de la (présentation des aipbassadeurs : 
la harangue de ces derniers était d'abord traduite par 
l'interprète de la Porte au grand-vizir, qui en deux 
mots la reproduisait au Sultan. Mohanmied répondit 

V Cette circonstance, omise par Flassan» Chardin et d'Aryieax, est re- 
latée dans le Rapport du résident impérial Gasanoya sur cette audience 
(3 février 1671). 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 34; 

comme à Tordînaire : « Qqe l'ambasBadaur s'adresse 
» à notre lala (le grand-vizîi!). n Après Ifaudiençe, 
convié suivant le cérémonial d'usage à prendre part 
chez^ ].e Sultan à un festin dpnné dans l'intérieur du 
diwan, et se trouvant à table avec le grande vizir, 
tandis qu(^ les principales personnes de sa suite dt^ 
naient avec les vizirs de la coupole , M. de Nointel 
voulut ramener la conversation sur le terrain poli* 
^que : «Monsieur Tambassadeur , lui ditKœprilû, 
» souvenez-vous de ce que vous avez promis; dans 
» six mois, nous saurons si nouA sommes amis ou ^i« 
i> nemis. » Ç^te dérogation à l'étiquette diplomatique 
contraria d*autant plus le grand-vizir, que ce dicton 
déjà accrédité chez les Qttomans: D'abord le repas, 
et ensuite F entretien ', applicable surtout aui céré- 
monies de TEtat, révèle l'habitude que ce peuple a 
contractée de manger en silence. 

Quelques jours après son audience solennelle, 
M. de Nointel eut avec le reïs-efendt qne conférence 
relative au renouvellement des capitulations. Il cher- 
cha à obtenir par 1<^ menaces la sanction des trente- 
deux articles contenus dans ses propositions (1 1 mars 
1671). lie grand -vizir lui dit à ce sujet, dans son 
audience de cpngé , que les avantages garantis aux 
étrangers par la Sublime-Porte n'avaient jamais été 
accordés à la violence , mais seulement à la douceur, 
et que , s'il ne voulait pas adhérer au renouvellement 
des capitulations (feins les mêmes termes qu'aupara- 

I Ewvûél taam haadé kelam. 



348 raSTOIRE 

vant , il pouvait retourner en France. M. de Nointel 
dépêcha alors à Paris le chevalier d'Ar vieux, porteur 
d'une lettre du grand-vizir, et demanda en même 
temps de nouvelles instructions que d'Arvieux lui rap- 
porta avec une dépêche adressée au grand- vizir psff 
M. de Lionne : il était dit danscettre lettre « que, du 
» moment où M. de Nointel n'était pas traité con- 
» formément aux assurances données par le dernier 
ii ambassadeur ottoman , Spuleïman , le roi ordonnait 
» à son ambassadeur de s'en retourner immédiate- 
» ment à bord du bâtiment qui lui était envoyé à cet 
1» effet. » Toutefois, M. de Nointel confia au grand- 
vizir qu'il était autorisé à conclure le renouvellement 
des capitulations sur les basçs précédentes avec cette 
clause que les droits de douane imposés aux prove- 
nances françaises seraient réduits de cinq à trois pour 
cent comme pour celles d'Angleterre, de Hollande 
et de Gênes. Cette proposition fut accueillie ; mais, 
sous prétexte que la campagne de Pologne était sur 
le point de s'ouvrir, la signature du traité fut remise 
et n'eut lieu que deux ans après. Les innovations ob- 
tenues par la France et comprises dans les soixante- 
un articles dont se composaient les capitulations 
étendaient la réduction des droits de douane de cinq 
à trois pour cent aux bàtimens portugais , siciliens 
et américains, qui naviguaient sous pavillon fran- 
çais ; elles assuraient aux capucins et aux jésuites la 
possession perpétuelle de deux églises à Galata; aux 
négocians européens , la franchise du commerce in- 
dien par l'isthme de Suez ; aux catholiques, la paisible 



DE L»EMP1RE OTTOMAN. 349 

possession des saints lieuï , et la liberté des pèleri- 
nages ; enfin , elles diminuaient les droits qui pesaient 
sur la mezetterie ' et l'éducation des vers à soie. 

Après avoir signé la capitulation, M. de Nointel en- 
treprit un voyage dans TÂrchipel : les inscriptions et les 
médailles qu'il rapporta de cette tournée sont Tun des 
principaux ornemens du cabinet de numismatique 
et d'antiquités de Paris. Il pénétra dans la magnifique 
grotte aux stalactites d'Ântiparos que ses belles pétri- 
fications ont rendue célèbre: il y passa les trois jours 
de la fête du Girist avec une suite de plus de cinq 
cents personnes, composée des gens de sa maison, de 
marchands, de corsaires et d'habitans de Tile. A l'ex- 
trémité de la grotte s'élève, en forme de tiare, la plus 
belle plante de marbre qui soit au monde ^ ; d'une 
blancheur éblouissante , elle est encore rehaussée par 
de grands pendentifs en pierre dont la perfection na^ 
turelle le disputerait à l'art du plus habUe sculpteur. 

Ce fut devant cet autel brillant , secrètement dressé 
par la nature dans cette grotte souterraine , que fut 
célébré le mystère de la naissance du Sauveur dans 
une messe solennelle. L'éclat de cent cierges et de 
quatre cents lampes qui se reflétait de toutes parts sur 



I Le cheyalier d'Arrieux traduit ainsi, p. 328, le mot Massderiyé. H 
donne, p. 301-562, les détails de la négociation relative au renouvellement 
de la capitulation, et transcrit la lettre de M. de Nointel au grand-vizir, 
ainsi que la réponse de ce dernier. La lettre du Sultan au roi de France, qui 
accompagna l'envoi des ciq[»itulations modifiées, figure dans T/nscAa dà 
rels-efendi Mohdtamied, sous le n» 149. Voir la capitulation elle-même, dans 
les Mémoires de La Croix, I, p. 399. 

> Tournefort, Litt.,y, p. 229. 



35o HISTOIRE 

les parois d'albâtre à mille facettes de cette église 
improvisée était bien fait pour exciter dans cette nuit 
sainte l'enthousiasme de la commutiauté réunie pour 
la célébration : sans doute Tartiste reçoit une impres- 
sion analogue à l'aspect de Vauréole qui entoure lé 
Christ enfant dans la nuit du Corrège. Au moment dé 
l'élévation, lorsque ces murs étincelans répétèrent 
mille fois le son des trompettes et des hautbois, des 
flûtes et des chalumeaux, il sembla véritablement que 
le ciel venait de s'ouvrir et que les anges entonnaient 
le cantique : Gloire à Dieu au plus haut des ciem! 
On eût dit, s'il faut en croire l'inscription gravée au 
pied de l'autel en forme de pyramide, que le Sauveur 
assistait lui-même à la célébration de sa glorieuse na- 
tivité '. 

Les relations diplomatiques entre la Porte et l'Au- 
triche depuis la paix de Saint-Grotthardt furent signa- 
lées par deux circonstakices particulières ; ce furent 
d'abord les propositions faites à la Porte par les re- 
belles hongrois , et en second lieu la conspiration de 
Zriny. Dans le cours de Tannée qui suivit la paix de 
Yasvar , la PoHe avait offert sa protection aux ma- 
gnats de Hongrie qui l'avaient refusée (1664). Trois 
ans après, Balo, envoyé d'Apafy, prince de Transyl- 
vanie, se chargea de transmettre à la Porte les offres 
de ces mêmes magnats , cherchant à reconquérir la 
faveur que ses démêlés avec ZoUyomi avaient fait per- 
dre à son maître. Panajotti , interprète de la Porte , 

I Hic ipse Christus adfuit ^ui NcUali die média nocte célébrât, 
MDGLXXIII. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 35 1 

mais qui, jusqu'à la campagne de Caiidie, avait rempli 
les mêmes fonctions pour le compte de l'empereur, 
trahit le secret en informant de cette démarche le ré- 
sident impérial. Âpafy, loin de se laisser intimider, 
envoya Tinternonce Iticzédy avec un interprète par- 
ticulier qui devait directement soumettre ses propo- 
sitions au grand- vizir. Inczédy s'acquitta de son mes- 
sage en audience secrète par l'intermédiaire de son 
interprète, et le grand- vizir parut étonné et de la ré- 
vélation du secret et de l'accusation portée conlrePa- 
najotti qui possédait toute sa confiance. Ce dernier 
qui n'avait pas assisté à cette entrevue , mais qui en 
devina le sujet , détermina le grand-vizir à renvoyer 
i'internonce et à rejeter ses propositions , comme 
tendant à enfreindre le traité conclu avec l'empereur 
(juin 1667) ^ Ainsi fut éventée la conspiration ourdie 
par les Hongrois pendant que la guerre de Candie 
préoccupait l'attention publique. Apafy se résigna au 
repos d'autant plus volontiers que les Turcs de Yarad 
Pavaient accusé auprès de la Porte de fortifier Sebes- 
var situé à huit mille hongrois de cette ville. Les 
Transylvaniens avaient reconstruit cet ancien repaire 
des Banffy pour détourna de Klausenbourg les fré- 
quentes irruptions des Turcs; mais, dès l'année sui« 
Tante survint un envoyé du pascha d*Ofen, porteur 



t Beihlen. Bitt,, I, p. 590. Suivant la Belation d' Inczédy, Panajotti 
aurait persuadé le grand-Yizir par la bouche de sa tille : Filiam it(ique pri- 
mum, moxper eam supremum Vezirium in eamperduxit sententiam. 
Bethlen, p. 590. Il résulte de plusieurs passages de la même histoire que 
cette fille s'appelait Siaiam, 



352 HISTOIRE 

d'une lettre pour Âpafy : ce fonctionnaire Tavertis-^ 
sait que, dans le cas où il n'interromprait pas immé- 
diatement les constructions , il avait ordre, ainsi que 
les paschas d'Erlau et de Temeswar, de Vy con- 
traindre par la force des armes \ Les secrétaires d'Â-^ 
pafy, Pietro et Stefano Beauset , qui étaient venus à 
Conslantiuople , porteurs des propositions en vertu- 
desquelles plusieurs seigneurs hongrois s'engageaien 
à reconnaître la suzeraineté de la Porte, ne réussiren 
pas dans leur mission ^. L'année suivante, Balo revinC 
avec le litre d'envoyé extraordinaire, et offrit au grand — 
vizir les présens d'Âpafy et ses félicitations au suje£ 
de la prise de Candie : le moment n'était pas favorable 
pour développer les propositions des magnats de 
Hongrie. A son audience de congé, le grand-vizir lui 
dit avec hauteur : « Ton maître se flatte de conserver 
» les quarante-neuf villages portés sur le registre des 
» contributions d'Yenœ: dis-lui de ma part que, s'il 
» ne les rend pas, je dévasterai , par Dieu ! toute la 
» Transylvanie. » 

Tandis qu'Apafy faisait valoir avec si peu de suc- 
cès les propositions faites par les magnats hongrois, 
arriva, dès le commencement de l'année, Franz Bu- 
covacsky ^ mattre-d'hôtel du comte Zriny, chargé 

I Bethlen s'écrie à ce sujet : O nos infelices , quihus nec stabulq quidem 
in territorio proprio facultas erigendi super est! 

3 Rapport de Panajotti adressé à Casanova, 11 avrU 1668. Bethien ne 
mentionne pas cette circonstance; il dit seulement, p. 50, que Balo écriTit 
à Apafy que le moment n'était pas venu de s'immiscer dans les a£Gures de 
Hongrie. 

3 Et non Buhoratzky, comme dans l'ouvrage de BetUen, ni BoukovicK 
comme dans l'Histoire du comte Tekeli, p. &è. 



i 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 353 

d'offrir, au nom des magnats rebelles de Hongfrie, 
le paiement annuel d'un tribut de soixante mille écus, 
« afin , disaient-ils , de se soustraire à la tyrannie des 
» Allemands et des jésuites (janvier 1670). » Le Sul- 
tan auquel fut soumise cette proposition la renvoya à 
Texamen du grand- vizir ; ce dernier congédia Buco- 
vacski, et lui adjoignit un de ses gens porteur d'une 
réponse par laquelle il signifiait à Zriny que sa pro- 
position ne pourrait être accueillie tant que son ter- 
ritoire serait occupé par les troupes impériales '. Au 
mois de juin, François Bucovacski , chargé d'un se- 
cond message par Zriny, se rendit par Bosnaseraï 
auprès de la Porte où Balo appuya ses propositions ; 
mais le grand -vizir qui en voulait à Âpafy de n'avoir 
pas attendu ses ordres pour soumettre au Sultan les 
offres des magnats hongrois, congédia durement ses 
envoyés de la manière que nous avons dite. L'envoyé 
transylvanien , Rhedei , qui vint se plaindre à Con- 
stantinople des irruptions fréquentes des Turcs de Ya- 
rad et de Yenœ, ne fut pas mieux reçu. Peu de temps 
après , les chefs de la conspiration dont Panajotli avait 



I Rapport de Casanova , en date dû 15 janvier 1670 : Un Croato che 
dicono esser Maggiordomo del Zrin e venuto qui, mandata d'alcuni 
Ungari delV Ungaria stqieriore per sottomettersi alla Porta e pagarle 
tributo di 60^000 taleri a Vannoper liber ar si délia Tyrania delli Tode- 
schi e delli gesuiti, che non H lasdano store nella loro religione; fu 
mandata dalli Ongari Croatie al Sultano, lui Vha mandata qui al G. F. 
Il Prencipe di Transilvania ancora manda qui il suo Interprète con 
,ittesse commissioni e raccommandazioni al G. V. il Croata ritoma 
col isiesso uomo del SultanOj il Transilvano parte ora» Panajotti, 
15 février 1670. 

T. XI. 23 



354 HISTOIfiE 

xévélé Texistence à la cour impériale, Zriny, Frangi- 
^ni, Nadasdy et Tattenbacfa, eondamnés à mort pour 
crime de haute trahison, furent exécutés à Neustadt, 
à Vienne et à Gratz. Les magnats hongrois, auxquels 
ce& exécutions firent craindre le même sort, envoyè- 
rent auprès de la Porte Etienne Petroczy et Paul 
Szepesi (juin 1671). Ils offraient de mettre sur pied 
dix-huit mille hommes et de payer un tribut annuels 
de cinquante mille écus. Cette fois ils furent gra — 
deusement congédiés. Le kiaya du grand- vizir ' leuir*' 
donna l'assurance que le grand et l'invincible Padi — 
schah prenait la Hongrie sous sa protection particu^ 
lière; ils furent revêtus de vêtemens d'honneur dou- 
blés de martre, et on leur adjoignit un tschaousch, 
porteur d'une lettre écrite par le Sultan à l'empereur 
pour le sonuner d'évacuer toutes les places que ses 
&x>upes occupaient en Hongrie, à moins qu'il ne pré- 
férât la guerre contre la Porte. Petroczy et Szepesi , 
après s'être plaints du peu d'appui qu'ils trouvaient 
chez Datzo , résident ordinaire de Transylvanie , s'en 
retournèrent dans cette principauté avec le tschaousdi 
Brenkovics, envoyé extraordinaire. Âpafy jugea de 
l'accueil fait aux envoyés des magnats hongrois par 
la lettre dont Brenkovics était porteur. 

François Rhedei, ambassadeur ordinaire de Tran- 
sylvanie, quitta également G)nstantinople quelque 



I Bethlen, p. 106. Une faute d'impression fait que le kiaya est sourent 
désigné dans Bethlen sous le nom de filia vesirii, et le lecteur qui n'est 
pas au courant pourrait très-bien croire qu'il s'agit de la fille du Tiâr. 



DE L'ËMPmE OTTOMAN. 355 

temps après, et remit à Apafy ufie lettré fort laco- 
nique do. grand-vizir qui réclamait de nouyeau la 
cession des villages dépendan tde Yenœ. Afin de pré- 
venir ce démembrement inouï, les Etats dépéchèrent 
trois de leurs membres à Gonstantinople : ce furent 
Jean Datzo, tout récemment revenu de cette capitale, 
Mathias. Balo qui avait rempli plusieurs missions au- 
près du khan des Tatares, et Michel Gsermenyi (mai 
467 1 ). Pendant seize jours, ils attendirent une audience 
à Ândrinople : enfin , le dix-septiénle , ils déposèrent 
aux pieds du grand-vizir , avec un présent de deux 
mille écus , les vœux des Etats de Transylvanie. Le 
vizir entra en fureur et fit jeter dehors les députés, en 
proférant des menaces terribles contre Apafy et la 
Tr^msylvanie. Peu de temps après , Apafy reçut du 
grand-vizir une lettre qui lui enjoignait de veiller au 
maintien de la paix avec l'empereur d*Allemagnei et 
d'éloigner à cet effet les brigands hongrois qui , sui- 
vant les griefs allégués par le résident impérial , s'é- 
taient réfugiés en Transylvanie ; mais en supposant, 
toutefois, que ce fussent des malfaiteurs et non des 
magnats mécontens qui pouvaient vivre tranquille- 
ment dans les Etats héréditaires appartenant au Pa* 
dischah. 

Quatre mds après, l'envoyé Datzo retourna eu 
Transylvanie, suivi d'un kapidji-baschi : les neuf mille 
écus dépensés en présens n'avaient amené d'autre ré- 
sultat que l'honneur d'une seconde audience , où le 
grand-vizir renouvela les ordres qu'il avait précé- 
demment donnés relativement à la cession des qua- 

25* 



356 fflSTOIRE 

rante-neuf villages. Le tk^* du pasdia de Temeswar 
arriva en même temps avec trente sipahis de Varad , 
pour prendre possession de ces quarante-neuf vil- 
lages : la lettre du grand-vizir apportée par le kapidji 
comprenait dans cette cession le district d'Hunyade, 
Doboka, Colos et le centre du palatinat de Szolnok, 
où sont situés les châteaux de Cseh , de Sebes , de 
Gyalu, de Kœvar, de Kolosvar, de Bethlen, la ville 
saxonne de Bistritz et les salines de la contrée. En 
perdant ce territoire, Âpafy se vit dans impossibilité 
de réunir le tribut jusqu'alors exigé par la Porte. Le 
Sziklien Jean Nemès et le Saxon Yalentin Szilvasi par- 
tirent pour Constantinople avec mission d'adresser 
à la Porte de nouvelles représentations à ce sujet 
(janvier 1672). Assez bien accueillis, ils furent ren- 
voyés au diwan avec quatre des principaux habitans 
de Varad qui accusaient les Transylvaniens d'avoir 
construit cinq nouveaux châteaux autour de cette ville; 
mais Nemès et Szilvasi nièrent positivement le fait. Un 
kapidji-baschi et un tschaousch furent envoyés sur les 
lieux pour faire une enquête et en rendre compte à la 
Porte. Les commissaires turcs visitèrent les cinq châ- 
teaux nouvellement bâtis au dire des habitans de Va- 
rad. C'étaient Somlyo , vieux manoir héréditaire des 
Bathori, possédé alors par Bethlen, l'historien -chan- 
celier, qui leur donna l'hospitalité, ainsi que BaniTy à 
Gyalu , et enfin Cseh , Hadad et Sebesvar : les quatre 
premiers d'entre ces châteaux avaient été incendiés 

> Bethlen désigne, p. 177, le klaya sous le nom de Tiha, autrement 
fiHo, 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 357 

pendant la guerre de Rakoczy, et leurs toitures ve- 
naient d'être remises à neuf ; le cinquième seul avait 
été épargné par Seïd Âli-Pascha. Cependant les Turcs 
de Varad h*en persistaient pas moins à soutenir que 
les châteaux dont il s'agit avaient été recouverts illé- 
galement; étendant ainsi, aux châteaux de Transyl- 
vanie» le principe du droit canon de Tlslamisme, qui 
défend la reconstruction des églises chrétiennes. Cser- 
menyi qu'Apafy venait d'envoyer à G>nstantinopIe 
(mars 1 673) principalement pour y soutenir les inté- 
rêts des mécontens hongrois, rapporta une lettre du 
grand-vizir qui interdisait toute violation du traité 
de paix condu avec l'empereur d'Allemagne, et Kha- 
dim-Pascha, ami intime d'Apafy, lui conseilla de ne 
pas chercher inconsidérément à pénétrer le secret 
d*£tat relatif à la protection qu'il s'agissait d'accorder 
;aux mécontens hongrois, secret jusqu'alors inconnu à 
tout autre qu'au Sultan, au grand- vizir et au moufti. 
Même avant le retour de Valenlin Szilvasi , Apafy 
avait vu arriver un second chambellan porteur d'une 
dépêche ou le grand- vizir lui mandait « que l'audace 
» avec laquelle il prétendait s'approprier les villages 
y^ inscrits au registre des contributions et depuis long- 
» temps affectés à l'entretien de la garnison de Varad 
» était vraiment inconcevable; que Varad, par le fait 
» nâême de la rébellion des Transylvaniens , était in- 
» contestablement perdue pour eux, et que par con- 
j> séquent les villages en dépendant devaient appar- 
» tenir au Padischah ; qu'il devait chasser le com- 
» mandant de Somlya (c'était l'historien-chancelier 



558 raSTOIRE 

1» Bethlen '), qui inquiétait les habitans de Varad, et 
» valler à ce cjue leur repos ne fût plus troublé désor- 
3» mais par le commandant de Klausenbourg. » 

Szilvasi revint aussi peu de temps après et sans que 
le grand- vizir eût daigné le charger d'une lettre pour 
Jes Etats de Transylvanie; l'envoyé des mécontens 
hongrois, qui, jusqu'à ce jour, avait compté sur l'in- 
tervention de Gligoraskul, voïévode de Valachie, fut 
congédié par ce prince au moment où il reçut les in- 
structions du grand- vizir : il y était dit que , loin de 
s'opposer aux efforts des Hongrois, la Porte se plai- 
sait à les favoriser , mais que les chefs mécontens de 
l'empereur devaient agir prudemment pour ne pas 
être les artisans de leur propre ruine. La guerre de 
Pologne, qui était imminente, empêchait la Porte de 
secourir plus efficaoement les rebelles hongrois. Un 
kapidji-baschi remit à la diète de Transylvanie , con- 
voquée à Radnoth , une lettre du Sultan qui frap- 
pait sur la province une contribution en nature de 
six cents chars de farine et de froment, attelés chacun 
de six bœufs, à l'occasion de la guerre de Pologne 
(août167â)*. 

Aux frontières de Hongrie , le diangement du gou- 
verneur d*Ofen fut , comme toujours , un événement 
grave pour les deux Etats limitrophes, et il eut pour 

I Le yéridique Bethlen fait cette remarque : Mirarit fonitan mi lee" 
iùT inusitatam hanc loqaendi formulam, sed veritatem scribenti non 
iicet immuiqreea qwB vwhotmia eranttrantnUssaj p. 2i6. 

a Voir la lettre, p. 251, Datœ sub initia Julii in eastrisjuxia Fêl^ 
furtlc. C'est sans doute à Eornali deré que le camp fut établi le 29 sàfer 
1085 {26 juin 1672). Abdi-Pascha , f. 79. 



\ 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. SSg 

première conséquence un échange mutuel d'ambas- 
sades , de nouveaux griefs, de nouvelles {Mrotestalions 
d'amitié et de nouvelles assurances que le traité de 
paix sçrait rigoureusement observé. Une permutation 
d'emplois eut lieu entre Ibrahim-Pascha, jusqu'alors 
kaîmakam de la Porte, et Mahmoud-Pascha, gouver- 
neur d'Ofen. Ibrahim-Pascfaa, Albanais de naissance, 
aga des janissaires en Crète , puis kaîmakam , avait 
amassé de grandes richesses dans ces deux postes. 
Dans la même année, la Porte rappela Sidi Ahmed, 
pascha de NeuhaBUsel, beau-frère du grand- vizir, qui 
avait été le fléau de la Transylvanie. U eut pour suc- 
cesseur le fils du célèbre Abaza, exécuté sous le sul- 
tan Mourad IV. L'interprète de la cour de Vienne, 
Mesg^ien, fut envoyé à Ofen pour félicita le nouveau 
gouverneur, et lui soumettre quelques réclamations. 
Dans le cours du mens suivant, l'envoyé de ce der- 
nier, Derwisch-Aga, obtint une audi^ice du président 
du conseil de guerre Montecuccoli (juin 1670) '.* 

Au commencement du printemps de la même an- 
née , Tempereur fit offrir au grand-vizir, par l'in- 
termédiaire du conseiller Beris , de riches présens , 
afin d'apaiser la colère qu'avaient fait naître en lui les 
derniers troubles des frontières, et pour le ùire re- 
noncer à donner des secours aux magnats hongrois. 
Beris trouva le mattre-d'hôtel de Zriny , François Bu- 
covacski , qui avait été auprès de la Porte l'oi^ane 

X RéUuUme di eio ehe pana ndV audienxa data da S. E. Monté- 
ewseoli a DmvU Âga imiaio dal Vesir di Buda adi 11 Laglio 1671. 
St. R. 



36o HISTOIRE 

de la conspiration, dans la plus grande misère; car, 
bien qu'infidèle à son maitre et à son roi, il avait re- 
fusé d'abjurer la foi de ses pères. Beris obtint à An- 
drinople une audience du grand- vizir (27 avril 1671). 
Aux demandes écrites dont il était porteur, Ahmed 
Kœprilû répondit que les paschas de Neuhaeusel , de 
Wardein , d'Erlau et de Stoublweissenbourg rece- 
vraient Tordre de. lui remettre les villages récemment 
conquis. Les rebelles, écrivait-il, ne seraient point 
livrés , mais renvoyés , et un asile leur serait refusé 
désormais. On échangerait d'ailleurs les prisonniers 
avec ceux que retenait l'empereur. Ce dernier aurait 
à raser les fortifications récemment élevées en Croatie 
^ans l'aveu de )a Porte '. Nulle construction, ajoutait 
le grand' vizir dans sa lettre, n'aurait lieu désormais 
aux frontières sans tjue la Porte en fût instruite préa- 
lablement, pour ne point donner Talarme aux com- 
mandans des Etats limitrophes ^. Le résident Casanova 
retourna à Vienne, et fut remplacé par Kindsberg 
(19 mai 1673). Mesgnien se rendit encore de Vienne 
à Ofen, pour féliciter suivant l'usage le nouveau gou- 
verneur de cette ville, Kara Mohammed-Pascha, rap- 
pelé du gouvernement de Bosnie pour succéder à 
Ibrahim. Au mois d'octobre, arriva à Constantinople^ 

I Rapport de Casanova , écrit sous la dictée de l'un des trois commis — 
saires transylvaniens nonmiés pour aplanir les différends auxquels avai ^ 
donné lieu la délimitation. Ce furent Michel Termen (Czermenyi) / Jea^v 
Daszo (Datzo) et Pétrin Drainer. Nous avons déjà parlé des deux premiers 
Bethlen ne fait aucune mention du troisième. 

a Lettera del Primo Vezir a Sïontecuccoli tradoita V<rrm i&F^ 
25 Àpr. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN . 36 1 

un rebelle hongrois, nommé Thomas Âpazay, juge 
dans le palatinat de Szabolcs, originaire de Tarfol près 
Tokay; il élait envoyé par Bakony, qui inspirait aux 
Turcs plus de confiance qiie Zrîny. Vers la même 
époque, mourut le conseiller Beris, et le secrétaire de 
la chancellerie de cour et de guerre, Hausch, fut 
envoyé en Turquie pour y recueillir sa succession. 

Kindsberg, qui avait dû attendre six mois à Ândri- 
Tiople une première audience, accompagna le grand- 
vizir sur le théâtre de la guerre (janvier 1 673). L'ou- 
verture de la campagne milita en faveur de la de- 
mande qu'il avait adressée à la Porte pour obtenir 
Téloignement des rebelles hongrois : grâce à lui, Paul 
Szepesi, leur chef, fut expulsé. Plusieurs autres de ces 
rebelles ne cessaient d'importuner la Porte et de l'ex- 
citer contre l'empereur : c'étaient Teleki en Transyl- 
vanie, Petroczy en Valachie, Suchay dans la Haute- 
Hongrie, et Kende à Constantinople. Kindsberg se 
plaignit de Fassistance donnée par le pascha de War- 
dein à ces rebelles (octobre 1673). Alors parut au 
camp une nombreuse ambassade envoyée par eux : elle 
se composait de Nicolas Forgacs , de Gabriel Kende, 
de Paul Szepesi, de Ladislas Kubini, de Gaspard Pecsi 
et de George Diak, assistés de Tinterprète Brenkovics; 
mais l'audience qu'ils demandaient leur fut refusée. 
Une nouvelle mutation s'opéra dans le gouvernement 
d'Ofen, où Kara Mohammed-Pascha fut remplacé par 
Ibrahim. Panajotti Nicusi mourut frappé d'apoplexie 
(â octobre 1673), perte également funeste à la Porte 
et à la cour impériale. Pendant vingt-cinq ans, il avait 



362 HISTOIRE 

exercé les fonetioiis d'interprète auprès de l'ambas- 
0ade impériale , puis attaché en la même qualité aux 
ambassades des puissances étrangères et à la Porte; 
enfin, depuis le départ de Kœprilû pour la campagne 
de Candie, il s'était voué exclunvement au service de 
la Porte dont il avait bien mérité en contribuant à 
accélérer la reddition de cette place; l'^apereur lui 
devait aussi la découvre du complot de Zriny et 
l'expulsion des rebelles hongrois,, qui furent les seuls 
à se réjouir de sa mort '. Négociateur habile, poli- 
tique à larges vues, homme juste et drdt, il était l'en- 
nemi et la terreur des séditieux ; défenseur énergique 
de relise grecque, ^i faveur de laquelle il soutint 
contre Wani de savantes discussions, il obtint la red- 
dition des saints lieux à Jérusalem; enfin, si les Grrecs 
jouirent de quelque influence auprès de la Porte, ils 
le durent à ses cmistans efforts *. 

D»is l'année qui suivit la dernière ambassade russe, 
un marchand de cette nation, Manoli Iwanovich, ar- 
riva avec une lettre du Czar et quinze faucons blancs 



> Bapport de Kindsberg. Les interprètes impériaux étaient alors le 
Grec lanaki Cleronomo, nerea de Panajotti, et le rabbin Ridolfi. Le con- 
sul de la société de commerce orientale, Lello di Lucca, fut remplacé par 
George Christophe de Kunitz. 

» Dans la dernière lettre que Panajotti écrivit trois semainer avant sa 
mort an vénitien Bailo Quirini, S septembre 1675, il s'excuse : Per la 
gran maHatia ehe doppo la partenxa tPAdrianopoli ha travagliato il 
piimo Vêtir e me ; puis : Lettera del dottore Mawroeordato (l'interfHrète 
qui lui succéda aiqirès de la Porte) al faUo Q^ifM. Une autre lettre de 
Panajotti, en date du 21 avril 167S, porte : Sono pwre arrivaiê le mie 
faiiehe a eomplire li dêHderi di F. E. per quel nefarro Condotier, hrug^ 
giare e levare dàl Golfo le fiuto wero harehe di Dutgin e 5. iVoura. 



DS L'EMPIRE OTTOMAN. 363 

destinés au Sultan : il réussit à disculper le patriarche 
d'Alexandrie qu'un Albanais avait calomnié à G>n- 
stantinople ' . Tous ses efforts pour obtenir une au- 
dience du Sultan furent infructueux, et celle qu'il eut 
du grand-* vizir faillit le rendre la risée des assistans : 
il s'embarrassa dans sa longue robe et fit une 6hute^ 
mais sa présence d'esprit fit tourner l'accident à son 
avantage : « Fasse Dieu, s'écria-t-il aussitôt, qu'ainsi 
» tombent à vos pieds tous les ennemis du nom mu- 
» sulman ! ' » Deux ans après , un autre envoyé du 
Gzar, Basile Alexandre, quitta Moscou le 12 mai, fut 
emprisonné par les Turcs à Azov, et arriva à Ck)n- 
stantinople un an après avoir quitté Moscou (1679). 
La Mtre qu'il apportait au grand-vizir avait pour objet 
de prévenir la Porte contre le danger d'une guerre 
avec la Pologne au sujet de Doroszenko, et la menaçait 
de l'intervention des Cosaques du Don et des autres 
pmssances chrétiennes [ii]. Le grand-vizir répondit : 
« Que c'étaient là des paroles vaines et déplacées; 
yi qu'il ne convenait pas au Gzar de se proclamer le 
» défenseur du roi de Polc^e, et qu'un message aussi 
» inconsidéré pouvait comim>mettre sa sécurité ; que 
» la résolution de la Porte était prise à l'égard de la 
» Pologne ; que si le Czar avait voulu secourir ce 
» royaume, il aurait dû intervenir plus tôt et en ter- 
» mes plus convenables; que si lui ou d'autres monar** 

• 

> Scusando U Pmtriarca d^AUuaiUbria dêU9 càUmmie dTun Greco 
Albaneêe. 

3 Augura cke Dio facH eascart i nemici ai piedi dei JUtif idmotit'. 
Casanova. 



564 HISTOIRE 

» ques chrétiens se plaignaiçnt de la Sublime-Porte, 
» elle s'en inquiétait peu, connaissant bien le mobile 
» des accusations dirigées contre elle ; que leur inimitié 
B était soulevée par l'aspect des villes, des forteresses 
» et des provinces qu'elle avait enlevées à la chré- 
» tienté ; mais que la justice divine saurait bien faire 
y> tomber l'orage sur la tête de ceux qui désiraient le 
» mal d'autrui ; qu'enfin la Porte réglerait sa conduite 
» sur celle du Czar, en bien comme en ntol [m]. » 

Après la mort de l'ambassadeur polonais Radzie- 
iowski, le secrétaire d'ambassade Wysocki fut nommé 
intemonce et chargé de notifier h la Porte Tavènement 
du nouveau roi , Michel Coribut , et de lui demander 
le renouvellement des capitulations. Le kaïmakam lui 
donna une audience à Seres (30 mai 1672). Mais, 
comme il n'avait apporté aucun présent , il fut mal 
accueilli, et forcé de se tenir debout ; toutefois, dans 
l'audience de congé qui lui fut accordée deux mois 
après, on lui offrit un siège (26 juillet 1672). Il conti- 
nua les négociations entamées par Radzieiowski pour 
faire comprendre l'Ukraine et les Cosaques dans le 
renouvellement des capitulation^. La Porte répondit 
qu'elle ne s'opposerait pas à l'occupation de l'Ukraine, 
mais que le Sultan ne pouvait retirer ostensiblement 
aux Cosaques l'appui qu'il leur avait prét^ jusqu'à ce 
jour. Wysocki, négociateur d'un caractère vif et cÛffi- 
cile , déclara alors en plein diwan que, dans le cas 
même où le roi son maître, le sénat et la république^ 
accéderaient au renouvellement pur et simple des ca- 
pitulations, lui seul s'y refuserait, comme sa qualité 



DE L'EMHRE OTTOMAN. 565 

de noble polonais loi en donnait le droit. Lé grand- 
Tizir, outré de tant d'orgueil, se prépara à la guerre. 
Trpmpé par la nouvelle d'une insurrection des Ara- 
bes à la Mecque, et par les assurances de M. de Noin- 
tel qui lui promettait, au nom de Sa Majesté très-chré- 
tienne, l'envoi de cinquante bâtimens français dans 
Farchipel , Wy socki avait toujours conseillé à la ré- 
publique de tenir bon et de ne céder sur aucun point. 
La république, mieux informée, envoya à Constanti- 
nople en qualité d*internonce un interprète avec une 
suite de huit personnes : malgré son caractère semi- 
officiel, la Porte lui accorda le logement et l'entretien 
gratuits ' . U fit son entrée à Constantinople six se- 
maines après le départ de Wysocki (23 mai 1 672). La 
lettre que le chancelier Tavait chargé de remettre au 
grand- vizir exprimait Tétonnement dont la république 
avait été frappée en apprenant les armemens de la 
Porte ; il ajoutait que, si cette puissance voulait ratifier 
la paix de Khocim, la république était disposée à lui 
envoyer un ambassadeur extraordinaire ; ique si, tou- 
tefois, le Sultan voulait la guerre, le roi était prêt à 
la soutenir; mais qu'assurément la rupture de la paix 
ne devait pas être imputée à la Pologne. L'inter- 
prète fut congédié huit jours après, avec la promesse 
qu'un ambassadeur extraordinaire serait le bien- venu ; 
en attendant , l'armée reçut ordre de continuer sa 
marche. En même temps et aussitôt après le départ 
de Wysocki, le chevalier Quirini, envoyé vénitien, 
qui avait terminé le travail de la délimitation des 

I « Treize francs par jour. > Chardin, I, p. 75. 



366 HISTOIRE 

frontières à Kliœa, vint pour régler réehdnge des pri- 
sonniers. Le grand-yizir allégua que renvoyer mille 
esclaves des galères, c'était désarmer la flotte otto- 
mane; mais il promit d'en libérer deux cent cinquante 
psor an, dès que la guerre de Pologne serait terminée. 
Quirini s'en retourna six mois après, admirant la po- 
litique ottomane qm empruntait tant de force à l'in- 
flexibilité de ses principes et surtout à la fermeté mé- 
branlable d'Ahmed Kœprilu dont la prudence , la 
sagesse , la clairvoyance et la discrétion paraissaient 
augmenta chaque jour, et qui, sans se mettre en frais 
d'éloquence et sans de grands efforts , sut gouverner 
et agrandir les vastes Etats de la Porte ottomane '. Le 
résident génois , Giâstiniani , venait de se donner la 
mort , soit qu'il y filkt poussé par une mélancolie na- 
turdle, soit qu'il désespérât de voir jamais prospérer 
sa patrie, dont les intérêts avaient été gravement com- 
promis par la suppression des faux sûmn * (pièces de 
huit aigres). 

n nous reste à dire en peu de mots queUes furent 
les relations de la Porte avec les voiévodes de Mol-* 
davie et de Valachie et les Cosaques dont Thetman , 
Doroszenko, fut te plus grand moteur de la guerre de 
Pologne. En Moldavie, les boyards Hinkul et Durak 
avaient organisé contre le voïévode Duka une territrfe 
révolte , qui l'eût renversé sans l'assistance que Ini 

I Charly I, p. 73. « Il assnroit que, s'il avoit un fils, il ne lui donoe- 
rolt point d'autre école de politique que la cour ottomane. > P. 76. 

3 Rjcaut, II, p. 135. De La Croix dit que le sUmn éqmyshii k um 
pièce de cinq »oU, 



DE L'EM1>1RE OTTOMAN. 36; 

prêta Khalil-Pâscha, serasker de Babatagh et du ya- 
Haga, ou inspecteur des rives des fleuves et des côtes 
de la mer en Bessarabie. Déjà les boyards, adversai- 
res de Duka, l'avaient fait citer à Constantinople ; 
déjà Duka était parti pour la capitale et était parvenu 
à Karassou dans la Dobroudja, lorsqu'il reçut l'ordre 
de retourner sur ses pas. Le nombre des rébelles se 
mtdtiplia à Orhei, foyer de la révolte, Ils déclarèrent 
au paschâ à diverses reprises qu'ils ne reconnaissaienf 
pas le prince; mais le pascha leur répondit chaque 
fois que, d'après les intentions du Sultan, le voïévode 
devait r^nar. Ceux qui persistèrent dans leur opposi- 
tion furent taillés en pièces ' . 

Gligoraskul Ghika, qui, après le règne du voïévode 
Antoine dont la durée fut de trois ans , était monté 
pour la seconde fois sur le trône de Valachie, com- 
mença par donner un libre cours à sa haine contre là 
puissante famille de Scherban Cantacuzène; il fit jetei" 
en prison les quatre frères Cantacuzène. Invité par 
Valentin Nemessani, qui s'éfsdt présenté devant lui 
comme délégué des magnats hongrois, à prendre le 
parti des rebelles, il lui conseilla de retourner sur ses 
pas en lui faisant observer qu'au moment où éclatait 
la guerre de Pologne, il éhrtt bien difficile de répondre 
aux vœux de ses commettans, car lui-même dut four- 
nir à l'armée expéditionnaire de Pologne un corps 
de six mille hommes (1673). 

Pour avoir une notion suffisante de l'histoire des 

I Réoolte contre le prince Douka, le 29 octobre 1771, cbtns les NoiicH 
et Extrait» de» MoMiaerit» du Roi, tome IX, p. 571. 



368 HISTOIRE 

Cosaques en tant qu'elle se rattache immédiatement à 
celle de Tempire ottoman dans les dernières années, 
il importe de jeter un coup-d'œil sur ce peuple et de 
signaler ses troi3 grandes divisions. Les Ck)saques s'é- 
taient fixés sur les riyes du Don, près des cataractes 
du Dnieper et des marais qui s'étendent depuis Tem- 
bouchure de ce fleuve jusqu'au Bug : les premiers 
s'appelaient communément les Cosaques du Don ou 
de Tscherkesk, leur capitale; les seconds étaient dé- 
signés sous le nom de Zaporogues ou des cataractes, 
dans le voisinage desquelles était leur principale rési- 
dence (Setscha) ; enfin les derniers étaient classés par 
les Ouomans en trois catégories, celles des Barabasch, 
des Roseaux jaunes et de Potkal ; les premiers avaient 
pris le nom de l'hetman Barabasch, avec lequel les 
Polonais avaient précédemment traité pour l'extermi- 
nation de tous les Cosaques Zaporogues '. On appelait 
les Roseauœ jaunes ^ ou les Eaux jaunes ^, les marais 
compris dans l'angle que forment les embouchures 
du Dnieper et du Bug ; Potkal était le nom d'une île 
voisine. Dans le courant de cette histoire, nous avons 
déjà eu occasion de citer le nom de Chmielnicky, qui 
gouverna quelque temps les Cosaques de l'Ukraine et 
ceux duDnieper, et la paix qu'il conclut àZbaraw avec 
la Pologne ; nous avons dit comment il contraignit 1 
prince de Moldavie, Lupul, à accorder la main de 
fille à son fils Timothée ; nous avons retracé le ravage 

I Scherer, Annales de la petite Russie, ou JSisloire des Ccsaq^* 
Saporogues et des Cosaques dWkraine, l, p. 143. 
a Ssari kamiscli, — 3 Zdle wcdy. 



DE L'EMPIRE OTTOldAN. 669 

de la Moldavie et le traité qui soumit à la Russie les 
Cosaques Zaporogues (1665). Deux ans après la paix 
de Saint-Gotthard , deux hetmans se trouvèrent op- 
posés l'un à l'autre sur les deux rives du Dnieper : 
c'étaient, d'une part, Bruchowezki, hetman des G>- 
saques Zaporogues, dévoué au Czar, et de l'autre, 
Doroszenkp , hetnaan des Cosaques du Roseau jaune 
et partisan du roi de Pologne. Bruchovirezki, pressé 
par rhetman Serko , envoya Etienne Gretschenoi au 
khan de Grimée pour l'exciter à la guerre contre la 
Russie; il députa en même temps Grégoire Galmaleel 
et récrivain Casporovitsch près de la Porte pour pla- 
cer toute rUkraine sous la protection de l'empire 
ottoman. La politique d'Ahmed Kœpriliî s'accom- 
moda fort bien de cette proposition. Tjcs envoyés 
furent donc congédiés avec une lettre où la protec- 
tion du Sultan était promise à l'hetman Bruchowezki, 
comme au chef des Cosaques Barabasch, du Roseau 
jaune et de Potkal, en un mot, des Cosaques de l'U- 
kraine; on lui assurait en outre que le khan de Crimée 
recevrait l'ordre de venir à son secours (juin 1 668 — 
silhidjé 1078) '. Peu ^e temps après. Doroszenko fut 
proclamé hetman des Cosaques sur les deux rives du 

t La lettre adressée à Bmchovezki figure dans YInscha du reïs-efendi 
Mohammed, sous le no 123. On y trouve également, sous le n» 121 , une 
seconde dépèche écrite, en 1089 (1669) à l'hetman des Cosaques du Ro- 
seau jaune, où on leur donne seulement l'assurance qu'en leur qualité de 
fidèles serviteurs de la Porte, ils n'auront rien à redouter du khan. Les 
instructions adressées an khan des Tataves, suivant les termes de la pre- 
mière lettre (en 1080) , figurent dans le même Intcka, sous les n^ 151 
et 132. 

T. XI. M 



X 



370 ^ HISTOIRE 

Dnieper ; mais les Zaporogues ne tardèrent pas k 
l'abandonner et à proclamer hetman Sudiovei , en 
implorant la protection du khan des Tatares. Presque 
simultanément, Damien Gretschenoï, lieutenant de 
Doroszenko , ise détacha de lui , et , nommé hetman., 
chercha un appui dans la protection des Russes. Dans 
cet état de choses, Doroszenko dépécha au Sultan un 
envoyé, Portianka^ et son juge, Kelogrud, pour de- 
mander que rhetman de TUkraiine fût reconnu par 
un traité avec le titre de sandjakbeg. Cette dignité 
qui lui fut conférée avec les queues de cheval sanc- 
tionna son installation ; Tordre fut transmis à diverses 
reprises au khan de^ Tatares de protéger efficacement 
rhetman des Cosaques Barabasch, du Roseau jaune et 
Potkal ', et en. même temps un tschaousch lui fut en- 
voyé avec six mille hommes *. 

Le second ambassadeur député par Doroszenko, 
fut Basilio Loboiko. Celui-ci, au nom de son maître, 
ranercia la Porte de lui avoir conféré leteadard et 
la masse d'armes , la priant de vouloir bien lui con- 
tinuer scm appui et de transmettre des CH*dres en con- 
séquence au khan des Tatares et au pascha de Silistra ; 
enfin il lui fit connaître les mouvemens des armées 
russe et polonaise [iv]. 

I Voir la teneur du traité (Àhdnaméï houma^ioj^) conclu avec Doros- 
zenko , àsDBYInscha du reîs-efendi Mohammed» no* 135 et 136 (1er joiik 
1060 — 1«'' nu^arrem 1080). 

» Cette lettre, adressée au khan par le kalmakam^ ie trouve àsBS 
VInschu du reXs-efendi Uohammed , sous ie no 40; n» 44^ laUre du Sultan 
à Sélim-Ghiral (juillet 1671— rebfoul-e^wel 1082); 00 146 (segtismbre 
1671 — djemazioul-ewwel 1082.) 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 371 

Quant à l'intarprète polonais qui , après le départ 
<le Wysocki , était arrivé à Omstantinople avec une 
lettre du roi , il fut congédié avec la réponse du Sultan, 
dont voici la teneur : « L'betman des cosaques, Do- 
w poszenko, s'est réfugié à Tombre de la protecdon 
« impériale, et d^à, par une précédente communica- 
» lion , le roi a été invité à le ocmsidérer comme un 
» allié de la Porte , et à ne point l'inquiéter. Mais il est 
1» venu à la onmaissance du Sultan que le rcA mardie 
» à la t^ d'une armée contre Doro^^enko, et cette ex- 
9» péditkm a déterminé le Sultan à renoncer au projet 
1» qull avait formé de pass^ l'hiver en Âsie-Mineure , 
» et à ne pas quitter Ândrinople. Il invite donc le roi à 
9 prendre une attitucfe plus pacifique et à r^ourner 
» dans son pays sans tourmenter Doroszenko ; autre- 
» ment , il aura violé la paix , et, dans ce cas , le Sultan 
» est résolu à se mel^ en campagne avec la bénédic- 
» tion du Dieu vengeur et du prophète Mohammed , 
» fécond en miracles , dès le printemps prochain , à la 
Vf tête d'armées innombrables qui chasseront rennenù 
» et désoleront son pays natal. Tu dois te comporter 
» «n fidèle et féal sujet ; et sur ce , salut à celui qui 
» marche dans la vraie voie ! ' » Ainsi fut déclarée la 
guerre de Pologne qui éclata en effet dès le printemps 
suivant. 

Avant de quitter Andrinople et de suivre à Kami- 



I Wàktùuné hcuir clcuUn, wesselam ala menittehaàl-houda: Jhtcha 
éa rels-efendi Mohammed, no 146; lettre du Sidtan à Doroszenko, lors de 
son entrée en eampagne , pour réclamer son concours et sa présence sous les 
étendards impériaux; Inscha de l'Académie orientale, no 25. 



372 HISTOIRE 

niec les queues de dheval et le Sultan que nous avons 
laissé dans la pranière de ces deux villes en n^ocia- 
lions avec Fambassadeur vénitien, il est nécessaire de 
rapporter quelques événemens qui eurent lieu vers 
cette époque. L'audience obtenue par l'ambassadeur 
vénitien fut bientôt suivie d'une autre que le Sultan 
accorda au khan de Crimée; car, à la place d'Aadil- 
Ghiraï * , que le Sultan et le grand-vizir accusaient 
d'avoir pris le parti de l'hetman Hanenko contre Do- 
roszenko [v], Sélim-Ghiraï avait été proclamé khan; 
à l'issue de l'audience, il reçut l'investiture impériale 
par les insignes ordinaires, qui se composaient d'un 
vêtement d'honneur orné de zibeline , d'un panache 
de héron enrichi de diamans et d'un sabre étincelant 
de pierreries'. Par laméme occaaon, son frère, Se- 
lamet-Ghiraï, fut nommé kalgha et son cousin Safa- 
Ghiraï noureddin (mai 1 67 1 — moharrem 1 08S). 

G>mme toute crainte de vœr se rallumer la guerre 
contre Venise était dissipée» le Sultan résolut d'aller 
poursuivre les bétes fauves dans les belles Alpes du 
Rhodope, dont le hourra des chasseurs n'avait ja- 

> On trouve, dans 1' /tuc^ du rels-efendi, une série deletties adresiées> 
par le grand-vizir au tschabanghiral Aadil-Ghiraî : elles vont du no 80 au 
no 96. Sous le no 97, on remarque la lettre de nomination de Sélim-Ghiral, 
après la destitution d'Âadil-Ghiraî. Sous les nos 99 et 102 figurent les lettres 
écrites au khan révoqué ; les no* 103 et 105 comprennent les dépèches 
adressées au nouveau khan Sélim-Ghiraï. 

a Raschid, I, f. 65. Geropoldi, dans la BiUmcia higtorico-polUica, 
p. 121 , parle d'une mission de Djanihek-Ghiraï (Dziambeth GerHo) qui 
eut lieu en février 1671, au nom de 8on4>ère Mahometto Gercio (Moham- 
med-Ghiraï) , mais dont Tobjet est exposé avec aussi peu de clarté que 
l'orthographe des noms est inexacte. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 575 

mais troublé la paix et le silence, que le pied des Bar- 
bares avait seul foulées jusqu'à ce jour , et où jadis 
la Bacchante troublée dans son sommeil et jetant un 
regard sur THébre, fut frappée d'étonnement à l'as- 
pect de la Thrace couverte de nagé^ Ces belles mon- 
tagnes conservent encore ai:yôurd'hài le nom d'Alpes 
despotiques (Despottaghi) qu'elles reçurent autrefois 
des autocrates serviens sous les empereurs byzantins '. 
Là , le Sultan jouit d'une fraîche et douce traiipéra^ 
ture pendant les chaleurs de l'été; puis, au commen- 
cement de septembre, il retourna à Andrinople ^. 

Le bruit s'était répandu généralenàent que l'hiver 
suivant il se rendrait à Brousa, pour se rapprocher 
du théâtre de la guerre projetée en Arabie contre les 
Seïdiyés ^; mais les armes ayant été prises contré la 
Pologne, il établit ses quartiers d'hiver à Andrinople. 
Un spectacle fixa vivement l'attention du Siiltan et de la 
cour : ce fut l'aspect d'un malheureux qui, sans pieds 
ni mains , et seulement avec des tronçons de mem^ 



I NontecM injugis exiomnis stnpet Evita, Eebrum prospideM, et 
mveeandidam Jhraxm, aepede harharo lustraiam Bhodopên. Horat., 
III, 19. 

> Daiœ êub àlpilms dê^ticis, porte la dépèche adressée par le grand« 
yms k Apaff en date du i«<^ novembre 1671 , et reeueilHe dans Bethlen , 
II, p. 111. Novmnbris est sans doute mis ici pour septembris; car le Sul- 
tan quitta les Alpes dès le 6 septembre. Raschid, I, f. 65. 

3 Stations : lo Uoustafapascha kœpirisi, 2oRhirmenIi, 3o 0u20undja 
abad, 4oSeimsdjé, 5o Kiaii, 60 Papasli, 7o Koaribaschi, 80 Pbitippopolis^ 
9o YenikOî, lOo Àladjalar» llo Otloudjik, 12o Batak, 13» Despot yallasi. 

4 Raschid^ I, f. 65. Voir, dans Vlmeha da rels^fendi Mohammed, 
no 153, la lettre écrite au schérif Seld pour loi accuser réception de la 
couverture de la Kaaba/ en 1081. . 



374 HISTOIIIE 

Inres, était parvena, grâce aux leçons de rinspecteor 
des eaux S exedient calligraphe, à tracer lui-même le 
soMihus et le rwschi, c'est-à-dire les titres en gros ca-* 
ractères et la petite écriture des textes. Le Sultan 
voulut le ftire écrire devant lui, et fut si charmé de 
son talent qu'il lui assigna une pension quotidienne 
de vingt àspres sur les revenus de la douane. 

Kœprilu prit, dans celte même année (1 67 1 ), trois 
mesures d'administration intérieure qui témoignèrent 
de son économie; ainsi, les châteaux construits sur le 
territoire de Maîna, sous la surveillance d'AK-Pascha, 
furent gardés, à partir dé f 67â, par des soldats pris à 
Gorintbe, et les cent soixante mille aspres attribués 
à l'entretien de cette dernière garnison furent désor- 
mais versés au itéMv ; il en fut de même pour les &eh 
àèê troupeift qui occupaient les forteresses de Glicie; 
wAn il ordonna l'arpentage de tout le territoire de 
Crète»* 

Avant la mort de Panajotti, le patriarche Methodius^ 
avait été remplacé par Parthenius, auquel avait depuis 
succédé Dionysios. Ce dernier s'était attiré la haine de 
l'épouse de Panajotti, femme impérieuse et vaine de 
l'opulence de son mari ^. Panajotti, qui partageait l'a- 
nimadv^iBion de sa fenrnie contre le patriarche, obtint 
du grand- vizir l'éloignement de ce dernier, qui dut 
accepter comme un faible dédommagement l'évêché 
de Philippopolis. Après la mort de Paina^tli^ dans bi 

t Sou ycHc^. 

a Sovhdet. Là finit i'eteeBenle hMofre du fib dSe^ I^fassoiiA. 

3 Rycaut, EUtoire de Vétatprésmt de VÈgUéegreequtej ^. lllr 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 576 

isuccession duquel on trouva un ferman que son in- 
fluence avait obtenu et qui attribuait aux Grecs la pos- 
session des saints lieux, le plus beau legs que pût faire 
à rÉglise un zèle qui ne s'était jamais dénaenti , (ran- 
cîen patriarche, Parthenius, mit tout en œuvre pour 
ressaisir le patriarcat ; il y parvînt ; mais bientôt après 
il dut le céder une seconde fois à Dîonysios. 

Le prix de la dignité patriarcale, qui précédem- 
ment ne dépassait pas dix mille écus, avait fini par 
s'élever à vingt mille. Nicolas de Neokhorio, jeune 
honmie de seize ans, qui , circoncis malgré lui, n'en 
continua pas moins à professer ouvertement la reli- 
gion chrétienne, rendit hommage à sa doctrine eti 
suUssant le martyre ' (1672). Quant à Parthenîas, 
il mérfta le surnom de virginal, en provoquant l'abo- 
lition des unions temporaires alors fort usitées ehti^ 
les Turcs et les femmes grecques. Ces sortes de ma- 
riages qui, du reste, 'n'étaient contractés que pour un 
temps limité, s'appelaient kabin^ c'est-à-dire concubi- 
nages. Le patriarche, non moins rusé que pudique, 
alla trouver le moufti et lui demanda : « S'il était per- 
» mis aux musulmans de s'unir aux femmes qui bu- 
» vaient le vin et mangeaient la chair du porc , et si 
» les enfans qui naissaient de ces liaisons impures n'é> 
» taient pas , même au sein de leurs mères , indignes 
» d'appartenir à l'islamisme? » Après ime mûre ré- 

I La Yie et le martyre de Nicolas, enfant grec martyrise' à Constantin 
nople pour la foi de Jésus-Christ , p. 213 ; dans VÉtat présent des nations 
et Églises grecque, arm&nienne et manmite, par le S. de La Croix. 
Paris, 1T15. 



376 HISTOIRE 

flexion, le moufti répondit que de pareils nœuds étaient 
ill^times. « Alors, répondit le patriarche, proscri- 
» vez-les en Roumilie où ils ne sont que trop corn- 
» muns. »Le moufti en conféra avec le grand-vizir, et 
bientôt après fut publié un édit qui interdisait aux mu- 
sulmans le commerce des femmes chrétiennes, à moins 
que préalablement elles ne fussent converties à Tisla- 
misme (1 672) ' . Le consul anglais Rycaut , le prêtre 
Smith, son compatriote, qui en 167 S visita les sept 
églises d'Asie ', et le Français de La Croix qui, dans 
la même année, accompagna M. de Nointel à Gon- 
stantinople en qualité de secrétaire d'ambassade, ont 
tous les trois décrit la situation des églises grecque, 
arménienne et maronite , à l'époque dont nous par- 
lons, et les humiliations dont la tyrannie musulmane 
abreuvait les communautés chrétiennes. 

Dans les premiers jours du printemps, tout fut prêt 
pour se mettre en campagne. On commença, comme il 
était d'usage, par de nombreuses distributions de four- 
rures et de vétemens d'honneur, de sabres et de poi- 
gnards ; ainsi se révélait partout cet amour de la ma- 
gnificence qui est un des traits caractéristiques du ré- 
gne de Mohammed IV. Les queues de cheval furent 
arborées devant la porte du serai ^ Le Sultan adressa 



t Rycaot, Étai de$ tglUe», p. 314-516. 

a Stptem Aiim 9ed€Harum et ConttarUinopoleos notitia autare Ihmna 
Smitho. Trajecti, 1094. 

3 De La Croix dit, État général de Vempire ottoman, p. 24, que ce 
fat le i^' avrfl. Il se trouve ainsi en eontradiction avec Rascfaid , leqod 
affirme que ces distributions eurent lien le 24 mars (24 silkidé). La Crois 



DE L^EMPIRE OTTOMAN. 577 

au noaveau khan de Crimée, avec une lettre pleine 
d'éloges, quinze mille ducats pour couvrir les premiers 
frais de la campagne, une fourrure et deux kaftans; de 
son côté, le grand- vizir envoya un poignard orné de 
pierreries au kalgha'^etau noureddin-sultan , et cin- 
quante habits d'honneur aux schirinbegs et aux mir- 
zas '. Un traitement annuel de quatre cent mille aspres 
fut accordé au gouverneur de Candie, Ankebout Ah- 
med-Pascha ; les vizirs et les oulémas reçurent des 
fourrures de zibeline , doublées , pour les uns d'une 
étoffe d'or ^, pour les autres^d'un tissu de laine ^. 

La veille du I''mai, jour où les jeunes filles 'grec- 
ques vont, avant le lever du soleil, recueillir la pré- 
cieuse rosée qui, s'il faut en croire une naïve tradition, 
embellit leur visage , et , foulant le gazon qui com- 
mence à poindre, exécutent la gracieuse danse de la 
Romaïque, le Sultan quitta son palais d' Andrinople et 
se rendit sous la tente impériale dressée dans la plsdne 
du Tschoukour-tschaïri (30 avril i67â — Smohar- 
rem1083). Les respectables vizirs et les oulémas à la 
profonde science suivaient le cortège. Le Sultan était 
revêtu d'une cuirasse dorée et ornée de pierres pré- 
cieuses ; il portait sur l'épaule un carquois enrichi de 
diamans ; un sabre étincelant de pierreries pendait à sa 
ceinture; sur un turban vert qui ceignait sa télé, s'éle- 
vaient deux panaches de héron ; la schabraque, la cou- 

dit également par erreur que le Sultan partit le 27 avril : H obammed ne 
partit que le 30. 

I Rascbid, I, f. 66. Voir la lettre , dans VInseha du reïs-efendi Mo- 
hammed, no 148. — a Seraser. — 3 Stouf. 



378 HISTOIRE 

Yertare de son dieval et le coursier lui-même étaient 
couverts de pierres précieuses. Tous les agas de là 
cour, soit intérieurs, soit extérieurs, ceux delà chasse 
et ceux de Tétrier, portaient des cottes de mailles do- 
rées et montaient des chevaux fichement harnachés. 
Des coursiers du haras impérial avaient été offerts aux 
vizirs à Toccasion de la nouvelle campagne. Le grand- 
vizir en reçut neuf, et le favori Moustafa, second vizir, 
quatre ; le moufti, le précepteur et prédicateur Wanî, 
Taga des janissaires et le nischandji-pascha (l'historien 
Abdi) en obtinrent chacun deux, et le reïs-^efendi un 
seul. 

Ahmed-Tschaousch, chargé récemment d'une mis- 
sion auprès du roi de Pologne, revint avec une lettre 
du monarque polonais. Il déclarait au grand-vizir que 
rukraine^ était un des Etats héréditaires de la Pologne 
et que Doroszenko n'était qu'un vassal révolté ; en6n 
il répondait aux réclamations élevées contre les incur- 
sions des Polonais par des plaintes formulées contre 
les précédentes invasions des Tatares *. Le grand-vizir 
écrivit au chancelier du royaume au sujet de l'Ukraine 
que le roi , de Pologne revendiquait comme sa pro- 
priété : Ci Sans nul doute, le maître du monde, c'est 
» Dieu, dont la sagesse a confié ai un monarque aussi 
» puissant qu'Alexandre le soin de rétablir la tranquii- 
t* lité parmi les habitaiis d'un pays où régnent le dés- 
» ordre et la confusion. Les Cosaques , peuple libre, 

I Sa lettre se trouve dans Haschid, I, f. 67; elle est traduite dans les 
Collectanea de Senkowski et dans Dziejopisoro Turekich rzeczy do His- 
toryi Polskieg, p. 11. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 379 

1» se sont soumis aux Polonais ; mais incapables de sup^ 
» porter pins long-temps la cruauté, l'injustice, Top- 
» pression et les exactions qui pesaient sur eux ' , ils 
1» en ùùi appelé aux armes , se sont réfugiés sous la 
» protection du khan de Crimée, et ont obtenu, avec 
» son appui, des étendards et des queues de cheval. 
» Comment donc le roi de Pologne peut-il continuer 
» à cfire que TUkraine est une des provinces hérédi- 
» taires qui font corps avec son royaume? D'ailleurs, 
» si les habitans d'une contrée, pour obtenir leur dé- 
» livrance, implorent l'appui d'un pacfischah puissant, 
» est-il bien prudent de les poursuivre dans un pareil 
31 asile? D'un autre côté, en voyant le plus puissant et 
» le plus glorieux de tous les padischahs , le refuge 
» du monde entier, délivrer et secourir contre leurs 
» ennemis les opprimés qui se placent sous sa protec- 
» tion, les gens doués de qudque esprit d*observation 
» sauront bien dire lequel a rompu la paix. Que si , 
» pour appaiser le feu de la discorde prêt à se rallumer, 
» on veut envoyer mi ambassadeur, rien de mieux! 
» Mais, si la solution du cMérend est remise à ce juge 
» tranchant qu'on nomme l'épée, alors que l'issue de 
» la lutte sent prononcée par le Dieu qui a puisé dans 
» le néant le ciel et la terre, et à l'aide duquel, depuis 
» plus de mille ans, l'Islamisme triomphe de ses en- 
D neitiis. Le 8 sâfer (5 juin), le puissant et l'illustre 
» Padischah quittera Andrinople entouré de gloire , 
» de foBce et de prospérité * ; il marchera aux fron- 

I Soulm ou teaddij^we âiewr o« en'eta. Seakovski. 
^ Sehewket ou idjlal we seaadet ou ikhal birlé. 



s. 



38o HISTOIRE 

]i tières avec des années aussi innombrables que les 
» étoiles, ces ornemens du ciel, sans s'arrêter nulle 
» part. Le roi fera bien de hâter sa réponse ; car, à 
)» chaque nouveau campement, on lui tiendra un lan- 
» gage plus énei^que , et des conditions plus rigou- 
» reuses lui seront imposées. » Cette dépêche est d'une 
haute importance , non seulement parce qu'elle est 
tout entière d'Ahmed Kœprilû qui ne remettait à 
personne le soin de rédiger sa correspondance poli- 
tique, mais parce que le principe de l'intervention de 
monarques puissans pour la délivrance d'un peuple 
opprimé y est posé à diverses reprises et en termes 
fort explicites. Il est bon de rappeler qu'Ahmed Kœ- 
prilû écrivait ces lignes au moment où il enchaînait de 
nouveau la liberté des Grecs en faisant élever les châ- 
teaux maïnottes. 

Sobieski, fils du héros de Khocim, qui, vingt-un 
ans auparavant, avait suivi à Constantinople Bie- 
ganowski , était revenu , l'année précédente , vain- 
queur des Cosaques et de Doroszenko : dans le cours 
d'une seule campagne, il leur avait enlevé leurs places 
frontières les mieux fortifiées , telles que Czetwer- 
tinka, Human, Braclaw, Stanislaw, Rascow, Mo- 
hilow et Impol. Cette campagne avait excité l'admi- 
ration des chrétiens et frappé les Turcs d'épouvante. 
La Porte s'était résolue à la gu^re afin d'opposer , 
dès le principe , une digue aux rapides conquêtes de 
Sobieski. Après avoir fait payer aux troupes un quar- 
tier de solde arriéré et donné au beg de Tschirmen, 
quartier-maitre-général , l'ordre d'ouvrir la marche 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 38i 

avec les queues de cheval , le Sultan partit lui-même 
autour indiqué par la dépêche ci-dessus transcrite , 
c'est-à-dire le dimanche 5 juin [vi]. Au pied du Balkan, 
le chariot d'argent de la sultane Khasseki dont la cage, 
entourée dune grille d'or, suivait les étendards du 
Sultan , resta embourbé dans la vase > le grand- vizir 
s'empressa d'y atteler son propre cheval et ce fut avec 
la plus grande difficulté qu'on parvint à le tirer de la 
boue où il était plongé ; la sultane Khasseki s'arrêta à 
Babataghi avec le vizir de la coupole, Ibrahim-Pa- 
scha, affecté à son service particulier. A Isakdji, on 
construisit avec sept cents barques amenées à cet effet 
de Gradiska et de Poschega un pont dont la longueur 
fut de sept cent cinquante aunes et la largeur de dix. 
Le gouverneur de Bosnie, Ibrahim, et leb^lerb^ 
d'Anatolie, Ali-Pascha, reçurent l'ordre de marcher 
en avant avec leurs troupes et de transporter les vi- 
vres réunis de tous côtés pour l'entretien de l'armée ; 
Osman-Pascha , sandjak de Nicopolis , celui de Kan- 
ghri, Mourad-Pascha , furent chargés de surveiller 
L'arrivage des convois, et le sandjak de Khoudawend- 
kiar , Mohammed-Pasçha , fut préposé à la garde du 
pont jeté à Isakdji sur le Danube. Les gouverneurs de 
Haleb et de Karamanie, Kaplan et Ali-Pascha, lesbc^ 
de Begschehri et de Kirschehri, dont les troupes se 
firent remarquer par leur excellente tenue et défilèrent 
devant la tente du Sultan, obtinrent des vêtemens 
d'honneur. A Brusicht , en Moldavie , fut publié un 
ordre du jour impérial qui réglait le rang de chaque 
gouverneur dans le cortège du Sultan et la place que 



382 HISTOIRE 

chacun devait occuper à droite ou à gauche pour sa- 
luer le Padischah lorsqu'il traverssût les rangs de l'ar- 
mée. La droite fut assignée , comme il était d'usage 
dans les gu^res. d'Europe , au b^Ierbeg d'Anatolie, 
à ceux de Karamanie, de Siwas, de Diarbekr, de 
Mer^h, de Haleb et d'Adana ; à gauche oq vit figu^ 
rer le beglerheg de Roumilie et sous ses ordres ceux 
de Bosnie et d'Oczakov. En même temps, parut une 
ordonnance en vertu de laquelle les vizirs qui depiib 
qudque temps n^ligeaient de porter le turban de 
cérémonie ( kalewi) , orné d'uzie large bande d'or 
disposée obliquement, ne devaient plus désormais 
paraître sans ce signe distinctif du rang qu'ils occu* 
paient. 

Lonsque le Sultan visita Yassy, capitale de la M(d- 
davie et résidence du prince, Duka qui, pour la se- 
conde fois, régnait sur cette province, déposa à ses 
pieds un poignard orné de pierres précieuses, deux 
superbes fourrures de zibeline et un ballot de ri- 
ches étoffes. Les présens habituels d'entrée en cam- 
pagne furent distribués aux troupes : les janissaires , 
les sipahis, les djebedjis et les topdjis reçurent chacun 
mille aspres. Après cette répartition, les vizirs fu- 
rent triâtes sous les tentes impériales. Khalil-Pascha, 
commandant d'Oczakov, les beglerbegs d'AnatoIie 
et de Karamanie et le b^ de Tschirmen, reçurent 
Tordre de veiller aux travaux du pont qu'on élevait 
sur le Dniester, et l'emploi de quartia*-maitre fut 
donné au b^lerbeg d'Adana. Le sandjak de Kanghri 
arriva de Kilia avec l'artillerie dont le transport fut 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 385 

conSé à la milice feudataire de Boumilie et de BcKsnie. 
Spr c^ entrefaites , on reçut un avis du khan de 
Criniée portant que le Noureddin-Sultan et le sandjak 
d'AwIona , Yousoaf-Pascha , en étaient venus aux 
noains dans le voisinage de Ladyzyn avec le fils de Ha- 
nenko , adversaire de Doroszenko , et avec les mille 
Cosaques accourus du château de Braclawau secours 
de ee dernier ; que les Polonais étaient sortis de Bar , 
eounenant avec eux Hanenko qui avait eu beaucoup 
de peine à recouvrer sa liberté : les prisonniers qu'on 
renvoya à l'armée ottomane confirmèrent ce récit. 
Lorsque Tarmée campa près de la source située à une 
lieue de Khocim, la garnison du château de Zwwiûc, 
sitaé sur l'autre rive du Dniester , se retira sans coup 
férir ; elle fut remfdacée le lendemain par un corps 
turc composé de cinq chamlnrées de janissaire , de 
trois cents seghbans h cheval et de deux cents à pied, 
enfin de cent cinquante hommes choisis parmi les 
seghbans du kaïmakam. lie grand-vizir et Kaplan- 
Pascha se postèrent près du pont dont ils surveillèrent 
la construction ; on commença immédiatement à ou- 
vrir les tranchées sur la rive droite du Dniester, pen- 
dant que sur la rive gauche on éleva des redoutes '. 
Khalil-Pascha , commandant d'Oczakov, et Mourad, 
pascha de Kanghri, passèrent le fleuve sur des radeaux 
(7 août 167â — t2 rebioul-akhir 1083). Cinq jours 
après» les beglerbegs de Siwas et de Merâsch , ainsi 



I Scherenpo veut dire redoutes et non pas batteriei, comme le ferait 
supposer la traduction de Senkowski. 



384 mSTOIRE 

que le voïévode de Moldavie, montèrent la garde en 
grande pompe devant la tente du Sultan , et, suivant 
l'usage, reçurent des vêtemens d'honneur. Le pont en- 
tièrement achevé, les janissaires le franchirent d'abord, 
ensuite le Sultan , et ce fut après avoir traversé le 
fleuve que l'armée ottomane campa pour la première 
fois sur le territoire de Pologne '. I^ kaïmakam, les 
vizirs, les paschas de Bosnie et de Haleb , srccompa- 
gnés de quelques alaïbegs et du commandant de l'ar- 
tillerie , firent une reconnaissance de la forteresse 
(15 août 1672— 20 rebioul-akhir 1083). Duka, voïé- 
vode de Moldavie, tomba en disgrâce, et sa place fut: 
donnée à Etienne Petreitschak. Le lendemain, le kham. 
de Crimée fut présenté en audience solennelle par les 
vizirs et les b^lerbegs; il reçut un panache de héron 
orné de pierreries, un sabre, une fourrure de zibeline 
garnie en or, un kaftan et de nobles coursiers; vingt 
personnes de sa suite obtinrent des kaftans, et le jour 
d'après rhetman Doroszenko essuya du front la pous- 
sière qui souillait les pieds du souverain en recevant 
le kaftan, la masse d'armes et des chevaux harnachés 
(1 6 août 1 672 — 21 rebîoul-akhir 1 083). Ce fut après 



I Les dates de Raschid coïncident parfaitement avec celles du résident 
impérial qui se trouvait au camp. Le Sultan traversa le Dniester dans la 
journée du 15, et le grand-vizir dans celle du 14. Les dates mentionnées 
dans VÉtat de La Croix sont inexactes; il suppose, dans ses MémoireSt 
I, p. 513, que le passage du Dniester est de trois jours antérieur à sa date 
véritable , et le fait remonter au 4 août ; s'il fallait l'en croire , toute l'armée 
aurait campé le 7 devant Kaminiec (p. 515). yoir ibidem j p. 519, la som- 
mation adressée au commandant de cette forteresse ; suivant lui^ la capilH- 
lation aurait eu lieu le 17. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 585 

trente-huit marches et autant de haltes , que Tarmée 
campa devant Kaminiec (18 août 1 673 «-* S3 rel^oul- 
akhir1083). 

Le grs^d-vi;dr se plaça au centre de Tarmée assié- 
geante s^ec les jmissaires et les troupes roumiliotes; 
la droite fut occupée par le favori Moustafa*Pas(^a, 
second vizir, avec Tarmée d'Ânatolie et le sageffdji- 
baschi; la gauche par le kaïmakam Kara-Moustafa avec 
les troupes de Siviras et le samsoundji-4)aschi ; ce fut 
dans cet ordre que la trmchée fut ouverte -, et au bout 
de cinq jours elle atteignit le revers des fossés (1 9 août 
1672 — 24 rebiouKakhir 1083). On s'occupa alors 
de régler les fournitures de sacs : chaque feidatàire 
dut en livrer deux par chaque mille aspres de revemis 
de son siamet, les sipahis deux; les écrivains du di* 
waa possesseurs de fiefs et les aides de la chancellerie 
durent prendre part à celte contribution, chacun pro- 
portionnellement aux revenus de son fief. Un plénipo- 
tentiaire envoyé par les assiégés reçut un logement 
convenable sous la tente du tschaousdi-baschi. Deux 
mille quintaux de poudre laissés à Isakdji furent ame- 
nés au camp par le kiaya du beglerbeg de Diarbekr , 
Hasan-Pascha, qui commandait la garnison de Baba- 
taghi. Le transport de l'artillerie fut confié à Osman- 
Pascha , sandjak de Nicopolis. Le siège durait depuis 
huit jours, lorsque le principal bastion fut escaladé par 
les Turcs qui y plantèrent leurs étendards (25 août 
1672 -T- 1er djemazioul-ewwel 1083). Le lendemain, 
une mine fit voler en éclats le rempart extérieur ; mais 
un autre se trouva derrière, et les Turcs se diposaient 

T. XI. 25 



386 HISTOIRE 

à le faire sauter comme le précédent , lorsque les as- 
siégés arborèrent le drapeau blanc, signe de la reddi- 
tion '. Une capitulation, dont la remise de cinq otages 
garantit Texécution fidèle, fut rédigée en cinq articles : 
elle portait que les habitans de Kaminiec seraient li- 
bres de rester ou de se retirer, et que, dans Tun ou 
l'autre cas, aucune atteinte ne serait portée, ni à leurs 
personnes, ni à leurs propriétés; que les catholiques, 
les Grecs et les Arméniens conserveraient leurs égli- 
ses ; enfin que les ecclésiastiques et les nobles polonais 
restant dans la ville seraient exemptés des logemens 
militaires. 

Au moment de l'évacuation , la poudre que conte- 
nait la ville prit feu soudainement et fit sauter avec um. 
tiers de la garnison deux tours et un pan de muraille r 
on n'a jamais su si le hasard seul causa cette catastrc^he 
ou si elle fut le résultat d'une résolution désespérée da 
capitaine allemand *. Le 30 août, le commandant de I9 

I On lit, dans Raschid, âiùumaa, yendredi, ao liea de djùtunaorirtni, 
samedi : c'est une faute d'impression. Cette erreur est d'autant plus pal- 
pable que, cinq pages plus haut, le 2 djemazioul-ewwel parait tomber nn 
yendrédi : non seulement M. Senkowski n'y a pas pris garde, mais ils 
aggrayé les fautes d'impression par de faux calculs. Ainsi, dans son oa- 
yrage, le 5 djemazioul-ewwel (16 tcierpnia) est mis pour le 27 août : or, 
même dans le yieux style, le S djemazioul-ewwel ne tombe pas le 46, 
mais bien le 17 août, comme on peut le yoir dans Abdi. 

3 Rapport de Kindsberg : 30 Agoaio reso Camieniec. il Veteovo e 
Ommandantepartono verso Leopol, non haveva che 1500 soldaii tMli 
quali miUe quando si trattava di paee s*ahbnKciarono con la poUvere 
ddla fortezza, che ^accese coMondo due torri et una bona parte ^ 
ponte. Support de Kindsberg écrit de Timoya. c On ne sait pas , ajoate- 

> t-il, si les poudres n'ont pas été enflammées exprès par le capitaine alle- 

> mand. > Tout le mal fut causé par l'ineptie de l'intemoace polonais 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 587 

place en remit les clefs et reçut un vêtement d*hon- 
neur; trois cents chariots furent mis à sa disposition 
pour le transport des bagages appartenant à ia garni- 
son deKaminiec; le pascha de Haleb et le beglerbeg de 
Roumilie reçurent la mission d'escorter les émigrans 
et de veiller à leur sûreté ( 30 août 1 67â — 6 djem- 
azioul-ewwel 1083). Le lendemain, le Sultan reçut 
les félicitations des principaux dignitaires au sujet de 
cette prise ; il y répondit par une distribution de four- 
rures de zibeline appropriées au rang et à la dignité 
de chacun. U envoya au moufli retenu chez lui par 
une indisposition celle qui lui était destinée. Le ven- 
dredi suivant , dans la matinée , les principales églises 
deKaminiec furent converties en mosquées', au nom 
du Sultan, des sultanes Walidé et Khasseki, du grand- 
vizir , du kaïmakam et vizir favçri (2 septembre 1 679 
— 9 djemazioul-ewwel 1 083). 

L'internonce polonais, qui était toujours au camp 
turc, fut enfin renvoyé avec un message portant que, 
si la Podolie était rendue sans coup férir et se recon- 
naissait tributaire du Sultan , on pourrait accordeiçr la 
paix ; mais que, dans le cas contraire, toute la Pologne 
serait soumise au régime du sabre. Quelques jours 
après , le khan de Crimée , le gouverneur de Haleb , 
Kaplan-Pascha , les beglerbegs de Roumilie et de 



(Wysocki) , lequel écrivit d'AndrinopIe que le Sultan ne marcherait pas 
contre la Pologne, attendu que les rebelles de la Mecque lui donnaient 
assez d'occupation. 

I Alagdeleine> Mirùir ottoman, la Marche du suUan Mohemet contre 
la Pologne f en Ucraine, p. 1. 

25* 



388 HISTOIRE 

Roum , d'AnatoIie et dé Kâramanie , dé Moldavie et 
de Valachie, et rhetman Bot^oszetiko, reçurent Tordre 
de marcher sur Lemberg qu'ils prirent d'assaut après 
avoir tout ravagé sur leur [Kissage (9 septembre 1673 
*- 16 djemazioul-^ewwèl 1083). Dé son côté , \e Sul- 
tsm B*en alla chasser aux environs de Zwanic ' , où le 
ÉJficlMindfi-pascha et historien Abdi lui remit une 
pièce de vers en quarante-huit distiques, que lui avait 
inspirée la prise de Kaminiec ^. 

De Zv^anic , on se dirigea vers la palanque de Kn- 
landare et on campa devant celle de Bucsacs ^. 
defterdar-pascha Ahmed ne pouvant la soumettre avec? 
ses propres forces , on lui adjoignit Taga des janis — 
saires qui était alors le vizir Àbdourrahman Ou Abdi-* 
Pascha , et la palanque se rendit à ce dernier : en 
même temps Houseïn-Pâscha , gouverneur d'Âdana , 
et le second vizir et favori, Moùstafa-Fâscha, soumet- 
taient celles dé Jazlowiec et de Zadlotanka (1 3 sep- 
tembre 1 672 — 1 9 djemazîoul-ewwel 1 083). Six jours 
après, fut conclue par Tintermédiaire du khan de 
Crimée la paik de Bucsacs si humiliante pour la Po- 
logne^, aux termes de laquelle la Podolie était cédée 
aux Ottomans et rUkraine aux Cosaques. La Polc^e 



t II Suit, partito da Camieniee verso LeopoliytmJhieniuttciopokieo 
ai Tartarhano per intercéder dal StUtcmo. Rapport de Kmdsberg^ daté 
de Timaroa. 

3 Cette pièce de vers est franscrite dans son Histoire, p. ^. 

3 Dans Magdeleine, p. il. Bousanof, 

4 Les plénipotentiaires étaient, du côté de la Pologne : François tubo- 
mirski, ch&telaln de Voibyttîe, Gabrid Silniecki, ebàtdaiii de Gîemie- 
chow, Szumowski, grandrtrésorier, et Zlotnicki. 



•s 

\ 



DE L'EMPIp: OTTOMAN. SSg 

devait acqoitter en outre un tribut annuel dQ deui^ 
cent vingt mille ducats, et enfin iinç contribution d^ 
guerre de quatre-vingt mille écup» une fois payés, était 
frappée sur la ville de Lemberg (1 8 septembre 1 67 S). 
Du reste, les églises qui n'avaiept pas été converties en 
mosquées ne devaient pas être soustraites h leur culte 
primitif; les levées de jeunes garçons, qpi à la vérité 
étaient tombées en désuétude depuis le règne de Mou- 
rad IV , mais auxquelles la Porte n'avait jamais re- 
noncé, étaient abolies définitivement; les Tatarest 
Lipkans qui avaient cherché un refuge dans le camp 
turc et les Cosaques qui avaient abandonné Haneako 
étaient libres de retounier dans leurs foyers ; les con- 
tributions annuelles devaient être payées, suivant Tu-^ 
sage , au khan des Tatares; mais en revanche le ter- 
ritoire de Pologne n*avait plus k redouter les inçursi(Mi& 
de ces peuplades, et à l'avenir aucun Polonais ne pou- 
vait être vendu comme esclave '. 

Aussitôt après la rupture de la paix, le^ Tatares lip*. 
kans, sujets de la Polo^e, s'étaient retirés en Bessa-; 
rabie (]Soudjak) où le khan leur av^it assigné un terri-^ 
toire de concert avec Khalil-Pascha, gouverneur de 
Silistra ^. Le 18 octobre, jour marqué dans l'histoire 
par taiit de batailles décisives , les crieurs publics pron 
clamèrent, dans le camp impérial, le pardon qui. 
venait d'être accordé au roi de Pologne ^, Le lende- 
niain , le khan des TaHares et Kaplan-Pascha revinrent 

I Le traité est transcrit tout aa Ipog dans Rischki, I> f. 73 et 74, et 
dans Abdi , f. 84 et 85. 
« Sebi sfyyaré. — - ' Aman (pardon). 



Sgo mSTOIRE 

de leur expédition contre Lemberg; ils avaient pris la 
faite devant Sobieski, seul défenseur de sa patrie, qui 
chassa les Turcs de Lublm, de Belczice et de Lem- 
berg, passa le Dniester de glaçon en glaçon, fit ca- 
cher ses troupes dans les bois de Bednavow^, battit à 
Calu^z les Tatares qui lui étaient vingt fois supérieurs 
en forces et fit trente mille prisonniers aux troupes du 
kalgha et du noureddin , après les avoir mises e 
pleine déroute. Le khan reçut, conformément à Tan 
tique usage, une îourtùte dite icpanû^a, et de plus ^ 
un sabre et un carquois ornés de pierreries; le kaî — 
makam et le reïs-efendi furent revêtus de zibeline * 
}e tschaoùsch-baschi et l'ambassadeur polonais, Je 
simples habits de galas. Les bulletins de la victoire fu- 
rent répandtis dans tout l'empire et des illuminations 
eurent lieu pendant trois nuits. 

Le 21 octobre, on se mit en devoir de retourner à 
Ândrinople où on arriva après six semaines de marche 
et trente-quatre stations (21 octobre i672 — 28 djem- 
azioul-akhir 1 083) [vu]. D'Ândrinople, le second vizir 
favori, Moustafa, fut dépéché à Constantinople pour 
y escorter la sultane Walidé avec les honneurs dus à 
son rang. Pendant l'hiver, le Sultan s'occupa de faire 
construire un khœschk et un serai à Ândrinople près 
du pDnt du marché aux Selliers, dans le lieu qu'on 
nomme Âkbinar, ou la Fontaine blanche^ tandis que 
le grand-vizir faisait d'immenses préparatifs de guerre 
non seulement contre les Polonais qui n^avaient pas 
payé la somme de deux cent vingt mille ducats à la- 
quelle était fixée leur contribution, mais en même 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. Sqi 

temps contre le czar de Russie. A la fin de juin (37 juin 
1673 — 12 rebîoul-ewwel 1084), les queues de che- 
val furent arborées de nouveau dans la plaine du 
Cimetière, d'où Ton partit vers le milieu de juillet. Au 
commencement d'octobre, l'armée était parvenue à 
Isakdji sur les rives du Danube, lorsqu'elle y reçut 
une heureuse nouvelle : après avoir assiégé inutilement 
pendant dix-sept jours le château dépendant d'Azov 
et nouvellement construit aux bords du Don, les Co- 
saques avaient battu en retraite. Vers la même époque, 
le général Sobieski dépécha au camp turc Iwan De- 
briz, avet une lettre d'excuses au sujet du retard ap- 
porté dans le paiement du tribut de deux cent vingt 
mille ducats que la Pologne aivait promis d'acquitter , 
engagement que la perte de la Podolie ne lui permet- 
tait pas de remplie en ce moment. Le grand vizir se ré- 
solut alors à envoyer au roi de Pologne le moutefer- 
rika Houseïn, porteur d'une lettre du Sultan (21 sep- 
tembre 1673 — 9 djemazioul-akhir 1084). Par cette 
dépêche, Mohammed insistait sur Tévacuation des 
palanques et l'envoi d'un ambassadeur avec les deux 
cent vingt mille ducats, ajoutant que ses armées cam* 
paient aux bords du Danube et que, dès le printemps 
suivant , s'il n'obtenait pas une réponse satisfaisante , 
elles inonderaient la Pologne '. Sur ces entrefaites , 
le Danime fut passé à Isakdji , et on apprit que les 
troupes détachées pour prendre possession du canal 
de Tschoplitscha avaient soutenu un combat acharné 

I Voir la lettre dans Raschid, I , f. 75 et 76, et dans Vlnseha du rels- 
efendi Mohammed, no 15. 



îga HISTOIRE 

contre les Coàaques et que le vcnéyode de Moldavie 
avait passé dam les rangs polonais (19 octobre 1673 
— 1" redjeb 1 084). Ce dernier, après avoir entretenu 
des intelligences secrètes avec Sobieski, avait enfin 
jeté le masque: U indiqua aux Polonais le côté faible 
du camp oltotnan. Il fut remplacé par son chargé 
d'affairés auprès de la Porte, ÏNmitrasko (Démétrius 
Càntacuzène). Instruit que l'armée pdcHiaise se con- 
centrait aux environs de Khocim , le Sultan fit re- 
vMr, avec le cérémonial d'usagé ; Ahmed Ko^rilâ 
d'une pelisse de zibeline brodée d*or, lui fit présent 
d'un sabre orné de pierreries, d'tiin panache de hà*on 
orné de diamans , et lui remit de sa propre main Té-- 
tendard sacré, eti le notmiiant serdar, c'est-à-dire, 
commandant supérieur investi d*un pouvoir absolu . 
Le jour où l'armée quitta, après un repos de soixante 
et tin jours , le. camp d'Isakdji , le Sultan se rendit ; 
accompagné du vizir favori et du nischandji-pascha, 
Àlxfi , au quartier d'hiver de Babataghi. Cependant 
toute Tannée polonaise était réunie à Khocim sous 
les ordres du grand et du petit hemian , de celui de 
litihùanie, du voïévode transfuge de Moldavie et sous 
le commandement supérieur de Sobieski dont l'étoile 
briifo alors de son plus vif éclat. Four dissimoter sa 
marche à l'ennemi, il s'était Mt précéda par le grand 
porte-étendard de la éouronne, Sieniavvski, aveô ordre 
d'enlever les avant-rpôstes énnenriis. Ce demiQ^ avait 
ébranlé la dôVninfiftion turque jusque ^àtis le coeur de 
rUkraine, en soumettant les villes de Satanow, de 
Jarmolinick , de Zy ukowicz et de Bar. A la faveiH* de 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 393 

ces opérations dirigées sur le fbm de Femiemi avec 
tapt d'habileté, Solneski était arrivé au bord du Dnie- 
ster qui chariait déjà, corome l'année précédente, des 
monceaux de glace , obstacle plus facile à surmonter 
que l'ardeur et l'exaltation des troupes qu'il comman-* 
dait. Le soir qui précéda la bataille décisive, Ghika, 
voïévode de Yalachie, avait passé avec ses troupes du 
côté de Sobieski : ainsi les Valaques et les Moldaves 
devaient combattre de nouveau dans cette journée 
mémorable sous les ailes de l'aigle polonais. Le camp 
ottoman embrassait trop d'espace pour pouvoir être 
bien défendu. À peine Solneski y eut-il fait irruption 
que le gouverneur de Silistra, Housëûi-Pascha, passa, 
avec les beglerbegs placés sous sa dépendance, le pont 
jeté sur le Dniester et se dirigea sur Khodm et Ka* 
miniec. Le reste de l'armée les suivit dans le plus 
grand désordre; le pont se brisa, et bmnmes et che>« 
vaux furent eQglo9tis dans le fleuve. L'svmée turque 
fut anéantie '. Parmi les principaux chefs milkaires 
qui périrent dans cette journée, nous citerons le beg-^ 
lerbeg de Bosnie, Soul^'man-Pascha, celui de Salo-^ 
nique et le beg d'Okliri, le sagar<^ibaschi et l'alaïbeg 
de l'aile gauche , le kiaya et le deflerdar des fi^s de 
Romnilie, le beg de Gustendil, Taga du drapeau vert, 
le mir-alem de Bosnie; Saidoghli, beau- frère du 



I cOe trente-deux mffle qu'ils étaient, à peine en échappa-t-il quinze 
• cents. » Ghassepoh Bistoire dei Grands^Vizin, p. â9S. De La Gfoii, 
II, p. 50. Gantemir, 1. VI, p. 6, avec une gravure représentant le camp. 
Deux relations de celte bataille sont insérées dans les Spislolœ familiares 
de Zflèiâki, t. I. 



594 HISTOIRE 

grand-vizir, fut grièvement blessé ; Houseïn , pascha 
de Silistra, qui avait perdu avec Ghika la bataille de 
Lewenz, ne fut sauvé qu'avec peine (1 1 novembre 
1673). L'étoile d'Ahmed Kœprilû, qui avait déjà pâli 
aux bords de la Raab devant celle de Montecuccoli, 
fut éclipsée sur les rives du Dniester par celle de So- 
bieski, qui avait dignement suivi les traces paternelles 
sur ce champ de bataille de Khocim, dont la valeur 
héroïque des Ghodkiévicz, des Lubormiski, des So< 
bieski avait fait un des tl^éâtres de la gloire polonaise. 
Le carnage avait duré trois heures ; quarante mille 
morts jonchaient la terre ; le prince Radziwill avait 
tué de sa propre main le serasker Housem ; Sobieski 
s'était emparé du drapeau vert que Houseïn tenait du 
Sultan et qui fut envoyé à Rome pour orner l'église de 
Saint-Pi^re. Au surplus, ce drapeau devait être suivi 
d'un grand nombre de trophées semblables qui , de- 
puis la bataille de Khodm jusqu'à celle de Zenta, attes- 
tèrent les victoires des chrétiens sur les Turcs, et dé- 
corèrent les églises et les arsenaux de Vienne, de Ve- 
nise, de Munich et de Stuttgard. Le grand-vizir s'enfuit 
à Cecora, d'où il envoya à Kaplan^Fascha l'ordre de 
venir le f^joindre, et il assigna aux troupes Isakdji 
pour quartier d'hiver; mais Texiguité du lieu l'obligea 
de se transporter à Babataghi, d'où le Sultan se rendit 
à cheval à Hadjibazaroghii, accompagné seulement du 
vizir favori, Moustafa-Pascha. Peu de jours après , < 
arrivèrent à Babataghi, sous la conduite du nischandji 
Abdi-Pascha, les juges militaires ayant avec eux ]a| 
sauve-garde de l'armée, c'est-à-dire l'étendard sacr^ 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. SgS 

et le manteau du Prophète, avec le cortège habituel de 
la cour. Ce fut dans ce lieu retiré que la naissance d'un 
second fils, Ahmed, vint consoler le Sultan de la dé- 
faite essuyée à Khocim, et, en réjouissance de cet évé- 
nement, des illuminations eurent lieu pendant trois 
nuits par ordre du souverain sur toute la surface de 
l'empire » (1â décembre 1673—3 ramazan 1084). 
Le Sultan reçut les félicitations d'usage à l'époque du 
grand Baîram^dans la maison où se trouvaient déposés 
le vêtement du Prophète et l'étendard sacré, et où un 
appartement avait été érigé en salle du trône. 

À Constantinople, le kaïmakam décédé fut remplacé 
par Ibrahim-Pascha qui avait été précédemment re- 
vêtu de cette dignité, et au moufti IVIinkarizadé éloigné 
pour cause de maladie, succéda Âli-Efendi de Tscha- 
taldjé, créature du grand-vizir, et qui, pendant le siège 
de Candie, avait rempli les fonctions déjuge du camp. 
Les envoyés du prince des Ouzbegs avaient prétexté le 
vol d'une caisse de présens, commis à leur préjudice, 
pour demander une'^audience qui ne leur fut pas ac- 
cordée, car la découverte d'une caisse vide dans leur 
propre maison donna à penser qu'eux-mêmes étaient 
les auteurs du vol . La Moldavie fut ravagée par les 
troupes polonaises auxquelles servait de guide le trans- 
fuge Etienne , voïévode de cette province : en même 
temps, Mohammed parcourait aux environs de Hadji- 

f Raschid, I , f. 27. Defterdar Mohammed-Pascha , f. 25. Voir la noli- 
ficatioD adressée aux gouyeraeurs, daiis Yïnscha du reis-efendi Mohammed, 
nu 1)8 : celle que reçut le juge de Constantinople figure dans ce Recueil , 
sous le no 59. 



SgG HISTOIRE 

bazaroghli les steppes de la Tatarie Dobroudja, et, 
comme il était accompagoé du vizir favori , ce fut le 
nischandji-pascha Abdi qui expédia les affaires en l'ab- 
sence de ce dernier. 

Fendant son séjour à Babataghi, le grand-vizir fut 
exclusivement occupé de communications diploma- 
tiques, de détaOs administratifs et des armemens que 
nécessitait la prochaine campagne (janvier 1674)* 
Duka , autrefois voïévode de Moldavie et actuelle- 
ment de Valachie, envoya à Constantinople le tribut 
de cette dernière province qui s'élevait à cent mille 
écus. Le résident impérial, Kindsbei^, se plaignit par 
écrit de ce qu'au dire des rebelles hongrois qu'avait 
amenés Barkoczi, Denis Banfiy avait, par ordre du 
prince de Transylvanie , donné pour chefs aux re^ 
belles François Ispan et Jean Looî , et de ce que 
ceux-ci avaient trouvé un refuge sur le territoire turc; 
de ce qu'ils avaient 6guré dans le cortège des pascbas 
et s'étaient publiquement enorgueillis du ferman ap- 
porté par Szepesi et aux termes duquel les Turcs, 
comme les Transylvaniens, devaient leur assurer aide 
et protection. D'un autre côté , Doroszenko annonça 
que les Russes s'étaient emj^rés de six villes cosaques, 
entre autr.es de Gzerkas , de Kaniovir et de G)rsum ; 
qu'ils avaient investi Cehrin , sa propre résidence , et 
marchaient avec une armée de cinquante mille G)sa- 
qties et Kalmouks contre le khan des Tatares. Bien 
qu'il eût reçu d'avance les présens habituels d'entrée 
en campagne , qui consistaient en selles et en four- 
rures , plus une somme de douze mille ducats pour 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 397 

frais d'équipement , le khan pria le Sultan de vouloir 
bien excusa son absence momentanée, car, disait-il, 
il avait tout lieu de craindre que les Russes ne fon- 
dissent sur lui après avoir écrasé Doroszenko : eu con- 
séquence, il redemandait même les six mille Tatares 
qui se trouvaient encore en Moldavie (18 février 
f674). On recruta de nouveaux janissaires, et deux 
mille pages enrôlés comme sipahis furent remplacés 
par des enfans chrétiens enlevés de force à leurs pa- 
rens ; car, bien que le corps des janissaires eût , de* 
ptds le règne de Mourad IV , cessé de se recruter en 
grande partie comme précédemment, sous la direction 
de trois commissaires, d^enfans enlevés aux familles 
chrétiennes de Bulgarie , de Grèce et d'Albanie , ces 
rapts étaient remis en usage lorsqu'il s'agissait de re- 
peupler les chambres du serai. Les nouveaux janis- 
saires furent passés en revue par le Sultan à Hadjiba- 
zaroghli, et, à cette occasion, leur lieutenant-généfal, 
le samsoundji, obtint une gratification de cent ducats; 
vingt colonels reçurent des kaftans et une sonune de 
trcis mille aspres fut distribuée à la milice. 

An commencement de mai , Siekierzyni^ , inter- 
nonce de la république et de Sobieski , roi nouvelle- 
ment élu, arriva à Babataghi et remit au grand-vizir 
une lettre d'excuses au sujet du retard qu'on avait 
mis à renvoyer l'ambassadeur turc arrivé dès l'année 
précédente : ce retard était at^bué à la mort du roi 
et à l'élection du nouveau souverain : des vœux paci- 
fiques étaient pareÛlement exprimés dans cette dé- 
pêche. Le grand-vizir répondit que la paix devait 



398 HISTOIRE 

être demandée par l'intermédiaire d'un ambassadeur '. 
Quelques jours après , le Sultan fit dresser ses tentes, 
et les b^lerbegs de Siwas , de Damas et de Silistra, 
qui , suivis de leurs troupes , venaient d'arriver au 
camp impérial, reçurent, selon l'usage, des vêtemens 
d'honneur : des fermans , répandus sur toute la sur- 
face de l'empire , prescrivirent des prières publiques 
le lundi et le jeudi dans toutes les mosquées pour le 
succès de la guerre * (1 7 mai 1 674 — 11 sâfer 1 085). 
Vers le milieu dé juin, le Sultan quitta son camp de 
Ha(]yibazaroghli ^ (13 juin 1674 — 9 rebioul-ewwel 
1085). Le grand-vizir partit de Tschiftaï pour aller 
à sa rencontre ; le Sultan fit , à cheval , son entrée 
dans Babataghi entre son premier ministre et le vizir 
favori, Moustafa-Pascha. Des fourrures et des kaf- 
tans furent ens^uite distribués suivant Thabitude. On 
apprit à Babataghi que les Persans menaçaient les 
frontières de Tempire ottoman , et cette nouvelle fit 

I Rapport de Kindsberg en date de mai. C'est à cette circonstance que 
se rapporte la lettre adressée à Sélim-Ghiral, publiée dans Ylnseha du re!S- 
efendi Mohammed, no 105, datée de rebiool-ewwel 1085 (juin 1674), et 
ayant pour objet de demander que l'accès de la Sublime-Porte fût ouyert à 
l'hetman de Pologne (Sobieski), qui avait réclamé l'entremise de la Tatarie. 
On trouve, dans le Rapport de Kindsberg, les Litterœ Sobieski ad Galgam 
du 15 juin 1674, par Gacsarowski. L'ambassadeur envoyé par Sobieski ao 
khan des Tatares avant ce dernier s'appelait Zokowski. 

a Voir le ferman, dans VInscha du reïs-efendi Mohammed, sous le 
no 102, et à la date de 1085 (1674) ; ibidem, no 81 , le ferman relatif à 
la campagne précédente 1083 (1672) ; et no 85, un ferman sans date, cpii 
ordonne également des prières. 

3 Raschid, I, f. 78, parle du mardi 9 rebioul-ewwel; c'est une erreur, 
car le 9 rebioul-ewwel est un mercredi et non pas un mardi. Le il rebioul- 
ewwel correspond au 15 juin. (Voir Senkowski, 5 czerwca.) 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. Sgp 

sentir la nécessité d'envoyer sur ce point un gouver- 
neur actif et énergique. Le choix du grand-vizir tomba 
sur le vizir Àbdourrahman-Pascha , aga des janis- 
saires , qui s'était sigualé par sa bravoure au si^ de 
Candie et auquel fut confiée la garde dés frontières 
orientales de Bagdad , la maison du salut ; les begs de 
Rakka , de Mossoul et de Schehrzor furent placés 
sous ses ordres; Kaplan-Pascha, qui jouissait conune 
Abdourrahman de toute la confiance du grand- vizir 
(son beau-frère), fut nommé gouverneur du Diarbekr 
et reçut l'ordre de se rendre au plus vite dans cette 
province avec des chevaux de poste. En Moldavie , 
le khan des Tatares, Sélim-Ghiraï, arriva au camp im- 
périal où l'on reçut en même temps l'heureuse nou- 
velle que la ville de Khodm s'était rendue sans résis- 
tance au gouverneur de Damas, Houseïn-Pascha, qui, 
pour l'assiéger, avait fait venir de Kaminiec trois ré- 
gimens de janissaires, de mineurs et de bombardiers. 
L'armée passa le Dniester près de Soroka et campa 
pour la première fois sur le territoire cosaque , dans 
la plaine d'Ispel (30 juillet 1674 — S6 rebioul-akhir 
1085). De Soroka, le voïévode de Moldavie retourna 
à Yassy afin de s'y procurer cinquante mille kilos de 
froment et de farine ; celui de Valachie fut chargé du 
rétablissement des ponts et de la réparation des routes; 
la palanque d'Istené, située à cinq ou six lieues de So- 
roka , fut détruite par Ibrahim , gouverneur de Haleb , 
Sidizadé Mohammed-Pascha , gouverneur de Rou- 
milie et le samsoundji'. Quatre-vingts têtes, trophées 

I Histoire du defterdar Mohammed-Pascha. Cet Isteoé est probable-* 



4oo HISTOIRE 

de la victoire remportée par les Tatares Lipkans sur 
les Polonais qui avaient assailli Bar , fenrent jetées de- 
vant la tente impériale. Au camp de Komar , les incur- 
sions en pays ennemi furent prohibées , et le khan des 
Tatares reçut , avec noe fourrure de zibdine, la mis- 
sion de voler au secours de Thetman des Cosaques en- 
fermé à Cehrin. Les gouverneurs deHaleb, d'Anatolie 
et d'Erzeroum construisirent des ponts et ravagèrent 
le pays. Â Tymanowka survint un envoyé polonsds ; 
l'armée marcha ensuite sur Ladyzyn ', qui , au bout 
de trois jours , ouvrit ses portes aux assiégeans (19 
août 1 674 — 17 djemazioul-evrwd 1 085). Huit cents 
Folonads fur^it fànts prisonniers: cent soixante-dix fu- 
rent dioims dans ce nombre pour le Sultan. Le beg- 
letheg de Roamilie brûla ià palanque de Kopanidja , 
et revint en triomphe au camp impérial avec plusieurs 
centaines de tètes que les soldats portaient au bout de 
leurs [Âques. 

Après la prise de I^adys^n et Fincendie de Kopa-* 
mdja (Winnica) , une audience fut accordée à l'envoyé 
polonais , Jean Karwewski, échanson de Podolk , que 
BOUS avons vu arriver à Tymanowka (31 aoât 1 674— 
19 djemazioul-ewwd 1085). Il apportait la nouvelle 
du cooronnement de Sobieski; il demanda verbale- 
rnsM la resÊiMkm de la Podolie et de l'Ukraine et le 
retour de ces provmces an trône de Pologne : ces 

Dient le TSesé de Rasdiid, I^ f. 80, 1. S, toat-À-fait omis dans la eoHeetkw 
de Senkowski, II, p. lis. 

' Magdeleine dit qu'il fat envoyé de Ladyzyn comme parlementaire. 
4firotr o^fonum, p. 26. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 4ot 

prétentions ayant été mal accueillies , il fut congédié 
avec une lettre du grand-vizir et ne put obtenir une 
réponse écrite du Sultan. Sobieski avait envoyé en 
même temps Mysliszewski et plus tard Kaczorwski, 
porteurs de riches présens auprès du khan des Ta- 
tares, espérant obtenir, par son influence sur la Porte, 
la cessation des hostilités '. Cq^ndant le kaîmakam 
Kara Moustafa ' marcha contre la ville forte de Hu- 
man ^ avec seize chambrées de janissaires , toutes les 
troupes feudataires d'Ânatolie, de Roumilie, de Syrie 
et de Bosnie, et un train d'artillerie de vingt-six fau- 
conneaux et six coulevrines ^. C'est la première expé- 
dition guerrière que le kaîmakam Kara Moustafa ait 
conunandée en chef; jusqu'à présent nous Tavons 
toujours vu à la chasse auprès du Sultan, et il fit ses 
premières armes au siège de Kaminiec : au surplus, le 
succès de cette expédition était assuré par les forces 
supérieures dont il disposait. Avec l'aide de Doros- 
zenko, Human fut prise d'assaut ; tous les habitans 
furent massacrés ; les rues de la ville furent inondées 
de sang ; nombre de chrétiens furent écorchés vifs , 



I Communication de Jf. le comte de Swidziniïsi, Si Ton en croit une 
communicatioii de M. le comte Rzewuski , rambassadeur envoyé par So- 
bieski, en 1674, auprès de la Porte, s'appelait Siekierzynski. 

a Ce n'est pas Kara Mohammed, conmie Fa appelé Salvandy, trompé 
par de fausses relations {Histoire de Pologne, II, p. 290). Il est encore 
moins exact que le SuUan et Akpied Koepriltt aient voulu sacrifier Kara 
Moustafa dans cette circonstance. 

3 Dans Rasdiid et Defterdar, f. 27 , Oman, 

4 Sckahi top et kolenbowma (coulevrine). Senkowski, qui n'a traduH 
ni l'on ni l'autre mot, dit seulement, II» p. 117 : Spociagu artyleri, 

T. XI. 26 



4ôè tOSTOnVÊ 

puis empaillés et àitisi envoyés' au SdTlân (4 septembre 
1674 — 3 djemaî^ril-âkhir 1 085). Tel fut le premier 
haut-fait de MoQstafa le Noir, dont lame était en effet 
aussi noire que son nom. 

Sâim-Ghiraï, khan des Tatares, ai^nohça que les 
Russes et les Cosaques qin investissaient Gehrin, en 
apprenant son arrivée, s*étaient enfuis à Tâclierkes* 
kerman qu41 avait ravagé. Si Ton eh excepte le posté 
de Bialacerkiew que défendait le colonel Rapp, et 
Kiow occupée par les Russes, toute la contrée , de- 
puis le Dniester jusqu'au Dnieper , venait d'être sou- 
mise par les armes ottomanes > . Le khan des Tatares 
et Doroszenko furent présentés au Sultan et obtinrent 
la permission de retourner dans leur patrie ; comme le 
grand-vizir n'était pas bien portant , ce fut le kaîma- 
kam Kara MoUstafa qui les introduisit. Le premier fat 
revêtu d'une fourrure de ministre * garnie de drap et 
doublée de zibeline ; il reçut aussi uii carquois orné de 
pierreries et un cheval richement harnaché ; le kalgha- 
sultan fut revêtu d'une fourrure de zibeline à longues 
manches, garnie d'une étoffe d'or ; ses deux fils et les 
autres sultans reçurent des kaftans, et l'hetman des 
Cosaques un kalpak de velours 6mé de zibeline, une 
masse d'armés et un cheval harnaché. Pour marqua* 
au grand- vizir tout l'intérêt qu'il prenait à son réta- 



■ Salvandy tombe id, II , p. 291 , âftns tnie erreur inatéri^e, lorsqti'il 
dit : « C'était la première fois que les fifoscorites et les Tares setencon- 
» traient sur les champs de bataille; ^ car un siècle auparavant, en 1569, 
quinze mille Russes ayaienl battu lëk Tur(^ sm le Don (III , p. S5i). 

3 Eriuxnkottrki^ 



DE L*EMRIRÇ OTTOMAN. 4o5 

blissement, le SuHaii \^i envoya, p^ç le grand-écuyer, 
une de ses propres foi^rniires cfe ^beline , afin de le 
gs^rantir contre les rigueurs de la saison, et, dans le 
fait , mieux valait une destination semblable crue ces 
distributions qui se reprodubent ^ satiété dans les 
histoires ottomanes, et qui avaient liçu invariablement 
à titre de récompense, d'encouragement , d*installa- 
tion , c|^ |*emerçiement pour une heureuse nouvelle , 
ou commQ m^rqiie c|® faveur , ou seulement à Toc- 
çasion d*q|i ga)a. L'action de donner ou de retirer 
une fourrure ou un vêtement (|*hpnneur équivaut, 
en Orient, à celle de confier à quelqu'un une charge, 
une dignité, ou de l'ep dépouiller, sans aucune dis* 
tinction d^ rangs , depuis le fourrier jusqu'à l'émir, 
au scbah et même au Sultan, dont le détrônement est 
désigné par une expression adoucie, celle de dé- 
pouUlement ' ou de déshabillement; 

Au milieu de septembre , commença la marche 
rétrograde sur Andrinople (18 septembre 1674 — 
17 djemazioul-akhir 1085). A Isakdji, tous les hauts 
fonctionnaires furent admis à la cérémonie du baise- 
piain, à l'occasion de la naissance d'une sultane, fille 
di'une esclave que la mère du Sultan lui avait donnée 
l'année précédente. Cependant Sobieski et Jaj^Jo- 
ppwski continuaient à purger la Pologne des Turcs 
et des Tatares : ces derniers avaient entraîné vers le 
Balkan les habitans des rives du Dniester , et les 
avaient établis sur les deux versans de cette chaîne de 

I Khcdaa^ Khalaat, c'est-à-diré te Tétement d'honneur, d'où dérive 
le mot gala, 

•i6* 



4o4 HISTOIRE 

montagnes et à Kirkkilisé. Jablonowski assiégea Bar, 
battit le sultan Âadil-Ghiraï le jour anniversaire de 
la bataille de Khocim et réduisit Braclaw, Nimro^nr 
et dix autres villes. Le référendaire de Lemberg, 
Rzewuski, prit Rascow, d'où s'était enfui Ahmed- 
Fascha ; toute l'Ukraine jusqu'à Cehrin rentra sous la 
domination polonaise (25 octobre 1 674). 

L'hiver fut comme toujours plus favorable que l'été 
aux négociations diplomatiques, car cette dernière sai- 
son avait été remplie par les hostilités. Le voîévode de 
Moldavie manda que le roi de Pologne avait établi 
son quartier-général à Kaminiec et que Lanchorouski 
campait à trois lieues de Cehrin * (février 1675). L'é- 
vêque de Marseille, ambassadeur de France en Polo- 
gne, envoya au grand-vizir un gentilhomme, du nom 
de Savanie, pour négocier la paix entre les deux puis- 
sances belligérantes. Le kiaya, s'appuyant sur le texte 
de la loi, fut d'avis d'accepter la paix offerte par les 
infidèles et de confirmer le traité que trois ans aupara- 
vant la Porte avait imposé, à Bucsacs, au roi de Polo- 
gne, Michel Coribut. Cette ouverture ne fut pas mieux 
accueillie par le grand-vizir, que les propositions de 
paix faites au nom de Sobieski par le général Coricki 
n'avaient été goûtées par le serasker Schischman Ibra* 
him-Pascha : ce dernier mit à feu et à sang toute la 



> Rex PoUmiœ Camenecii, Landscorontky autem apud Bar etMohi- 
low cUiquot trihtmos militum reliquit, ipse Ucrainam iniravit, sdus 
cum exercitu selectiori usque Boristhenem penetravit, 3 milliaria a 
Zehrin distans, ubi in dvitate Scola persistit, partem cum Moseit 
facit. Extract, litt. princip, Mold., 24 decemb. 1674. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 4o5 

Volhynie. Zbarras , Tancien patrimoine des Wies- 
nowiecki , défendu par le capitaine français Desau- 
teoil avec quarante Heiduques et soiunte Polonais , 
succomba ; car six mille paysans russes, qui s'étaient 
réfugiés dans cette ville, avaient égorgé sa faible gar- 
nison et jeté le capitaine Desauteuil dans les fossés , 
par-dessus les remparts. Ibrahim punit sévèrement 
cette trahison ; il monta sur une colline avec les dé- 
putés polonais, et de là les fit assister à Tincendie de 
la ville et au massacre des habitans ; voulant honorer 
dans la personne de Desauteuil le guerrier intrépide , 
il fit panser ses blessures et le renvoya sans rançon 
au roi de Pologne. 

Un mois après, Jablonowski chassa vingt mille 
Tatares de Zloczow. Le sultan-noureddin lui adressa, 
en lui demandant un médecin , ^n carquois d'or garni 
de flèches; sans doute il prétendit lui donner , par-là , 
une marque de souvenir affectueux , mais non lui faire* 
un aveu de sa défaite, suivant l'interprétation que les 
Polonais donnèrent à ce message (juin 1675). JablO'» 
nowski lui envoya le chirurgien français Renaud , et 
lui fit remettre en même temps une selle magnifique , 
manière indirecte de l'inviter au repos , car les Tatares 
se servent de leurs selles en guise d'oreillers ; mais le 
noureddin saisit d'autant moins l'intention de Jablo- 
nowski, que la sienne n'avait jamais été de Thumilier 
par la nature de son présent. Après la prise de Kami- 
niec, dernier boulevard de la république, le serasker se 
dirige sur Lemberg que les Polonais nomment Lwow, 
e\ les Turcs Ilba; Sobieski vole au secours de la place 



4o6 HÎStOIRE 

dont rarlîllerîearinonce son arrivée % tandis que celle 
de l'armée ottomane est signalée par Vincendie des vit 
lages environnans (fin d'août 1675). lie roi, en ^ 
qualité de généralissime , avait fak'tous ses préparatifs 
dans la prévison d'une bataille ; la reine était age- 
nouillée dans l'église des Jésuites devant l'image mira- 
culeuse de Stanislas Kotzka et implorait la protection 
du ciel. Un orage étant venu à éclater, un nuage de 
gréle fondit sur le camp ottoman. Le roi donna sa bé- 
nédiction à l'armée polonaise et la lança sur rennemi 
à ce cri de guerre trois fois répété : Ji^w/^/ auquel celui 
à^ Allah ! répondit aussi à trois reprises ; le noureddin 
prit la fiiite, bien que ses troupes fussent infiniment sv^- 
périeurés en nombre à celles dé Sobieski '. La viôtoire 
de Lèmberg retentit dans toute ITurope, et elle brille 
d'un éclat d'autant plus vif, qi)e les historiens otto- 
mans ont jugé à propos de la passer entièrement sons 
nlence. Ibrahim-Pascha jeta alors ses vues sur la Vol- 
hynie. La garnison de Mitelène ayant été empalée, 
Podhaice et le château de Zawale s'étaient rendus 
avant que le roi eût pu les secourir. Ibrahim éprouva 
une résistance plus énergique devant la forteresse po- 
dolienne de Trembowla, où lliéroïque ChrasEanovvki, 



t iSalvandy prêiend que k bataille der Lembes^ eut lieu le ^ août, 
(ercé qnie Zaluski (f , p. 567j et VELUiaire de Legnich (p. 249) la placent 
tous les deux dans les derniers jours du mois d'août. Suivant les autres 
historiens , eUe fut livrée le 24 septembre^ 

3 Connor, p. 149, et Daleyrac disent, ayecbeaaoonp d'eiagéntioD, 
que les Turcs étaient au nombre de trois cent mille , tt les Polonais seule- 
ment au nombre de cinq mille. 



DE li'EMPmE OTTOMAN. 407 

^L^llé par le courage de sa femme, soutint les ravages 
de cinq mille bombes^la destruction des aqueducs qui 
alimentaient la place, les masses de rocher que la mine 
faisait voler en éclats et quatre assauts successifs. Au 
moment où, malgré ses effwts, il était sur Je point de 
succomber, il fut heureusemmt secouru par Sobieski, 
et la Pologne, une seconde fois délivrée du joug otto- 
man, retentit de joyeuses acclamations. 

liC grand-vizir refusait toujours de prêter Tordlle 
soit>aux JnsmuatioQs des ageo^ français envoyés par 
révéque de Marseille et qui Cherchaient à Teiciter 
contre les Allemands, soit aux propositions des re- 
belles; hongrois, renouvelées par Torgane de leur man- 
dataire Fqç^es. Dès: le commenceipent de la guerre 
polonaise (mai 1673), on avait promis à Szepesi, 
jsoqs le sceau du ^secret le plus inviolable , Tappui 
d^ mécoQtens honnis , et cette : promesse avait été 
renouvelée par Ahmed Kœpdlû à leurs députés For- 
.gacs, Kende, Fetsy, Ladislas Kubiny, ainsi qu*à 
renvoyé trai^ylvanien Szf kely ' (mai 1 67 4). Deux 
mois après , trms chefs de rebelles , >Szq[>esi , Radoczi 
et PetroQzi , reçus, à Andrinople par le grand- vizir, 
lui soumirent une nouvelle demande '. Le gouverneur 
d'Ofen, Ibrahim -Pascha, qui avait succédé à Kara 



I BelhleQ et, d'après lai, Fesder, IX, p. 358, donnent une relation 
plus exacte que V Histoire 4fis ,trfffthle$ «te Hongi;ie {^jam, 1686)^ mais 
uoioa ooinplètev^pie la présenta histoire. 

a Mémoires des Mécontens hongrois, et La Groii, État^Snéràk4e 
VJSmpire ottoman. If, p. 60, d^ux ouvrages entièrement inconnus de 
Fessier, tiapport de Kiodsberg,^ en dute de mars 1674. 



«» 



4oS HISTOIRE 

Mohammed-Pascha ' , et celui de Wardein se plaigni- 
rent des Heiduques de Komorn, Bessarmeny, Nanod 
et Dosoys ; en tête de la dépêche écrite par le gouver- 
neur de Wardein , était peint un sabre ensanglanté à 
poignée d'or , sorte de comète à queue sanglante qui 
semblait annoncer la ruine des Heiduques '. Le Fran- 
çais Nicolas Beaumont avait apporté une lettre de Mi- 
chel Teleki ^ , président de la chambre d'Âpafy qui, 
par un manifesté , s'était proclamé généralissime des 
mécontens hongrois, depuis que la France avait con- 
clu avec lui un traité à Fogaras par Fifitermédiaire 
de son agent, Roger Acacia. Sept des prindpaux re- 
belles hongrois, Emerîch, Tœkœly, Gabriel Kende, 
Etienne Bignol, Paul Szaley, Melchior Kecser, Mar- 
tin Kende et Etienne Baka promirent, au nom de 
Wesseleny et des autres magnats mécontens, de ras- 
sembler une armée de douze mille hommes ; de son 
côté, la France s'engagea à leur fournir un subside 
mensuel de quinze mille écus et m. mille dragons 
commandés par Béthune (beau-frère de Sobieski), que 
les mécontens voulaient nommer roi. Au bout d'un an, 
le pascha d'Ofen fut de nouveau remplacé par Sin- 



I Lettera del Vêtir, di Buda Ibrahim Bassa a S, M, il C, Sfonteeuc- 
eoli reeata da Hasamaga 18 Fehr, 1674. 

3 On lisait sur le sceau : Ilahi mebada djouda zi Mohamed resouli 
Khouda^ c'^est-à-cHre , • G Dieu, que Mohammed ne soit pas séparé de 
» Mohammed le Prophète de Dieu ! > La lettre est du 9 octobre 1674 ; puis : 
Lettera del Bassa di Buda recela da Nuhaga 6 Giugn» 1674 ; neeala 
da Ahmedaga 26 Nov, 1674. 

a Rapport de Kindsberg, daté d'ilndrinople. Lettre écrite de Fogaras, 
le 15 fé^er 167&; le traité du 2S ayril 1675 conclu à Fogaras. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 409 

t 

ogUi Ali-Pascha ; les fonctions d'interprète de la Porte 
qui, depuis la mort de Panajotti, avaient été mal rem- 
plies par le renégat polonais Bobovski, furent confiées 
au médecin grec Maurocordato '. 

Le Sultan oubliait la défaite de Khodm en dirigeant 
les préparatifs d'une double fête, la circoncision de son 
fils et le mariage de sa fille, qui devait, au printemps 
prochain, étonner les habitans d'AndrinopIe, mais qui, 
malgré sa magnificence, n'égala pas en éclat et en durée 
la fête de la circoncision qui eut lieu sous le r^e de 
Mourad III. A cette époque, des ambassadeurs spé- 
daux avaient été envoyés à Vienne, à Venise, en France 
et en Pologne, pour invita l'empereur, le doge et 
les deux rois à assister en personne à cette fête. Ces 
derniers s'étaient excusés de ne pouvoir se rendre 
eux-mêmes à cette invitation et s'étaient fait repré- 
senter à la fête par des envoyés extraordinaires. Ces 
invitations n'eurent pas lieu sous Mohammed, soit que 
le temps manquât, soit pour éviter de paraître soUi- 
dter des cadeaux de noces, soit de peur que les en- 
voyés extraordinaires manquassent à l'appel. Si les 
rois chrétiens échappèrent à cette représentation , les 
sujets chrétiens de l'empire ottoman furent obligés de 
concourir de leurs deniers aux réjouissances publiques. 
Chaque famille grecque dut acquitter un impôt de 



I Ce dernier interpréta si mal, dans la première conférence à laqnene 
assista Kindsber;, le 20 mai : Dau er, dit Kindsber; , sich eoram amni^ 
bw prostituiret und in derglHchen fimetion u>ol nieht mehr géb/raueht 
werden mœchte, La Groii, Mémoires, U, p. 24. Il altère, p. 32, le nom 
du résident impérial et en fait Chinisperg. 



,4io TOSTOIRE 

tl*6itle aspres \ tt les familleB établies à Ândrinople, 
isomposées de dix manbres et payant la ciqpitation 
cpodr un pareil nombre de personnes , furent obligées 
de fournir six poulets , deux oies grasses et quatre 
canards; de plus, toutes les familles grecques et juives 
furent tenue» de contribuer à la fabrication d*un grand 
chaudron de cuivre étamé. On fit venir de Constanti- 
nc^e les plus habiles artificiers arabes et les meilleurs 
cooreursdé bagues, danseurs de corde, escamoteurs, 
baieleucs et boufiKins persans ; les esclaves des galères 
furent extraits du bagne en grand nombre et ^n- 
ployés à la construction et à l'iomement des yachts et 
des barques de {riaisance; on voulut même demander 
•à Veilige des comédiens et des chanteurs; mais le 
bsôle ^drini représenta qu'il faudrait plus d'un an 
pour xtécouvrir ces articles et les amener à Andrt- 
nopleMm prit donc leparti d'y rem>ncer. Le grand- 
viiir^ qui, de concert avec le defterdar, avaât été 
ehai^éid*ordonner la fête, présida lui-même à la sortie 
de la tente impériale que Ton porta hors du serai' au 
son des tronqpettes et des timbales , des cimbales et 
des dialumeaux (SI mai 1675). Le camp de plaisance 
^abli devant le serai présenta la^ forme d'une dani- 
lune prés de cet édifice.- A l'une des pointes du crds- 
sant étaient dressées les tentes de l'eunuque noir qai 
allaient rejoindre les tentes impériales : là, deux petits 
kœschks avaient été élevés à six (ûeds au-dessus du 

■ Trente aspres (quiBse sous). 

a La Crqii lui-même écrit toujours Bamtt au lieu d'Ahmed. 



DE L'EMt»IRE OTTOMAN. 4 1 1 

sdl pour le Sultan et le prince Môttiélafe. Plus Ioîd, on 
voyait lés temés dti grand-vizir , dti vizir favori, chi 
kàîmakani et du defteirtar , ^ttenifin celles de Tétat- 
liîajor général des jatiissaires qui formaient Tautre 
pointe dii croissant. ^ 

Le premier joiir de la fête fut rempli par la mar- 
che pompeuse des vizirs et de leurs H6tes. Ils vinrent 
av^ tine suite nombreuse qui forma deux haies sur 
leur passage : dès qu*ils avaient défilé, ceux devant 
lesquels Us venaient de passer couraient de toutes 
letirs forces pour se placer à Fautre exlréonté du 
rang, afin de pbuvdr continuer la haie jusqu'à Fén- 
tl^e de chaque vizir dans la tente qui liii était des- 
tinée (26 mai 1675 — r*^ rebloul-ewwel 1086). Le 
grând-vizir, le vizir favori, le kafmakam, ledefterdar 
et le nischàhdji-pascha portaient de somptueuses four- 
rures qui recouvraient un vêtement de dessous en 
àatm blânc et le ttuhban de cérémonie qu'enlaçait une 
large bande d'or, semblable à un serpent doré ; les 
gârdes-du-corps postés devant les tentes impériales, 
Tés archers et les hsdlébardiers, les trabans et les four- 
riers, les tsdiaouschs et les chambellans, s'inclinèr^t 
devant eux avec le plus profcmd respect; ils furent 
logés dans de grandes tentes de forme circulaire ', et 
ce fut sous d'autres tentes obk>ngues, assis sur des 
sophas ^ , qu'ils assistèrent aux danses, aux voltiges, 



1 Tscherkej térehio, eWwhMf eerde, circle. 
> SaJiban. Rasdiid, I^ f. 83. Histoire du defierdar MÊohammêd' 
Mfendi, et ane description de ces fêtes appelée Sotkri Btoumayoun. 



4i2 ^ mSTOIRE 

aux luttes, aux dbasses à courre, aux tours de bâte- 
leurs, et que la nuit ils contemplèrent le feu d^ardfice 
pendant lequel on lança sur le petit peuple des ours , 
dea chiens et des ânes entraînant avec eux des fusées, 
au grand divertissement de la cour. Le second jour, 
le moufti, assisté des kadiaskers et du moUa, lut en 
présence du Sultan diverses interprétations duKoran; 
le troisième jour, le khodja et prédicateur de la cour, 
Wani, amena les scheïkhs des couvens et des ordres 
religieux ' ; on fit courir devant ces derniers quelques 
teriakis, c'est*à-dire quelques individus ivres d'opium ; 
piquante allusion au goût manifesté par un grand 
nombre de denvischs pour ce genre de hyosciame ^. 
Les quatrième, cinquième, sixième et septième jours, 
eut lieu la réception des officiers de sipahis, de janis- 
saires, de rétrier et des écuries impériales; le hui- 
tième , ce fut le tour des présidens de chancelleries , 
du diWan et des chambres ; le neuvième , celui des 
canonniers et des armuriers ; le dixième, le prince hé- 
ritier, Moustafa, fut emporté en grande pompe hors 
du vieux serai par les vizirs très-grands et les ou- 
lémas très-excellens ^ et condmt auprès de son père 
qui lui donna sa main à baiser ; là , le moufti récita 
la prière habituelle (4 jmn 1675 — 10 rebioul-ewwel 
i 086) ; le onzième jour, on distribua des vivres aa 



> La Groii désigne, p. 108^ les Sofis sous le nom de Sophm. 
a Bendj, hyoseiamus, lié parlent kopte, fmi niben^j, le nepmthe 
d'Homère. 
^ Wouseraïousamovlemaïkeram. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN, 4i3 

peuple de la ville ' ; le douzième, jour de la naissance 
du Prophète, après que le service divin eut été célé- 
bré dans la mosquée et qu'on eut servi le repas des vi- 
zirs, un coup de canon donna le signal de la circonci- 
sion (6 juin 1675 — 12 rebioul-ewwel 1086). Le 
grand-vizir et les vizirs de la coupole reçurent du 
Sultan des fourrures et des chevaux dont les harnais 
valaient bien mille écus pièce. La circoncision eut lieu 
dans la chambre intérieure, en présence du grand- 
vizir, du moufti, des vizirs et des kadiaskers. Le kis- 
laraga portait le prince dans ses bras ; le grand- vizir et 
le vizir favori lui tinrent les mains et le kaîmakam lui 
ferma les yeux. La partie détachée et attestant l'heu- 
reux succès de l'opération fut remise par le chirurgien 
dans un bassin d'or orné de pierreries au Sultan qui 
loua l'habileté de l'opérateur et le récompensa magni- 
fiquement ; le kislaraga porta ensuite ce gage précieux 
dans l'appartement des sultanes pour être solennelle- 
ment exposé à leurs regards. Toutes accoururent et s'e& 
forcèrent àe consoler le prince. La sultane mère» la 
grande sultane iOiasseki et la petite sultane du même 
nom, nouvelle favorite, pleurèrent toutes trois, mais 
par des motifs bien différens; la sultane Walidé, de 
peur que la circoncision de son petit-fils ne fût le si- 
gnal du meurtre de son second fils Souleim^n, depuis 
long-temps^ prémédité; la mère, transportée de joie 
d'avoir donné le jour à l'héritier du trône ; et la petite 
favorite, de chagrin et de dépit de n'être pas aussi la 

> Et non pas aui schelkhs et aux derwischs , comme La Croix Ta pré- 
tendu à tort. 



4^^ HISTOIRE 

mtee d'un prince. Les canons du seraï annoncèrent 
rheureux succès de l'opération k touç ceui^ qui atten- 
daient impsftiemment cette noqyelle fsou^ la tente et 
dans le monde entier. 

La féie de la circondsiop £iit encore célébrée pen- 
dant troia jours par des festins, des représcintations 
diéàtrales , des parades , des distributions de prévus 
et des feux d'artifice qui se prolongeaient fort avant 
dans la nuit. La plus intéressapte de ce^ ei^iibitions 
fui celle qui représenta les trois forteresse^ d^ Neu- 
kaeusel, de Candie et de Kamipiec, prises par le çrand- 
YÛdr dans les guerre de Hongrie, de Crète et de Po- 
logne, et les trois plus beaux monumeiis de sa gloir^ 
nûliture; oa i!it les murailles de ces villes et les mos- 
quées s'élevanl au-dessus des remparts; on les vit 
assiéger, o» assisla à divers assauts, on les vit sauter 
en partie ; un autre fragment resta intact au milieu 
des flammes. On put contempler également la prise 
des galères maltaises par les nayir^ barbaresques ; 
dfa\}tres bMin^ns s*embrasèrent au niilieu de feux 
d'artifice où, à trayeri des transparent, chacun put 
iire des vers à la louange du ^v^Xj^n. Tous les après- 
aiidis, les diverses corporation^ de la ville formaient 
avec les pi^dcâts de le^r jif^i^ustriis d'ingénieuses expo- 
sitions; Gomn^ H9 MW^sfli l'babitude de les étaler sur 
des tapis iSpéci^ement el^qtés à cette destination, on 
les appelait les présens de la iitière ' . 44ni^i les cordon- 
mers offrirent une paire de bottines l:»*pdées et ornées 

I Satiehi. Raschid, I, f. 82, septième ligne avant la fin. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 4i$ 

de pierres précieuses ; les boulaiogars et les boudiera 
donoèrent des coussins en velours el en riche» étoffes 
papsanes ; le présent des orfèvres figura un jardin au 
Ton voyait des rossignols sur des cyprès d'argent; le 
tribut des forgerons se composa de fers à cheval en 
urgent; les chaudronniers ofirirent des viises d'ar- 
gent et les ouvriers en soie déposèrent des tapis de 
même étoffe sur celui destiné à recevoir les présens; 
les foinrl^ssecnrs, quatre sabres avec des fourreaux do^ 
rés et des poignées d'agate , d'aloës et de dents de 
morse ; les n^içons offrirent un kœschk portatif re- 
couvert en plomb et cont^iant trois fontaines jaillis^ 
santés; les tailleurs alertèrent» non pas des vétq^ 
mens , mais quatre basnns , quatre vases de senteur et 
quatre de parfums. La magnificence de ces présens 
étsât m rapport avec celle du cortège de dhaque oot^ 
poration ; les plus beaux étaient ceux des orfèvres , 
des marchands et des corroyews. Les premiers 
étaient vêtus en Arméniens , en Juifs et ea Persans ; 
une de leurs boutiques, trainée par quatre mulets, 
étincelak de pierreries; les commisrmarchands^ au 
nombre de deux ceitfs , s'étm^ot affublés de peaux de 
tigres ; ils avaient l'épée au côté et le bouclier sur l'é^- 
paule ; cette multitude avait un aspect toi^-à-fait guer^ 
rier ; les corroyeurs avaient revêtu les fourrures de 
tous les animaux dont ils trafiquent , et portaient en 
outre des lions , des tigres , des léopards , des ours , 
des loups, des renards, des lynx, des martres, des 
zibelines, des hermines, des belettes, des lièvres, des 
lapins ^ des chiens et des chats eflo^^aillés ; trente-six 



4i6 HISTOIRE 

membres de la corporation, couverts de peaux de ti- 
gres , portaient une maisonnette couverte de zibeline 
et entièrement tendue d'autres fourrures précieuses , 
invention unique en ce genre, dans une cour. où Ton 
était si appréciateur et si prodigue de fourrures. La 
plupart de ces cort^es étaient fermés par un bouflfon 
couvert de paille ou de papier et saluant avec un gros 
priape ' les spectateurs, et surtout les femmes qui se 
cachaient la bouche avec le bout de leurs voiles, afin 
de rire sans être vues, ou se couvraient les yeux avec 
leurs doigts qu'elles avaient soin de tenir écartés, afin 
de pouvoir lancer des regards furtifs sur l'objet en 
question *. Sur une échelle beaucoup plus grande, 
vingt-quatre palmiers artificiels, dont vingt-deux petits 
et deux grands, offraient un emblème de |a fête qne 
nous décrivons; les deux grands, hauts comme des 
mâts de navires, ornés xle six étendards, de six voiles 
tendues et de seize vergues transversales, et portés par 
cent esclaves, furent plantés comme des obélisques 
devant le seraï : chacun d'eux formait douze étages et 
se terminait par un chapiteau richemail doré , orné 
d'un croissant et imitant le chou du palmier, au- 
dessous duquel ou voyait flotter de chaque côté six 
drapeaux entrelacés et douze flammes ondoyantes. Â 



1 « Tenant en main un ^os priape dont il saluoit tout le monde. > La 
Groii, II, p. 119. 

a c Les femmes mettoient le bout de leur voile devant leur bouche, afin 
» que Ton ne les vit point rire; d'autres se fermoient les yeui avec leurs 
> mains , dont les doigts écartés leur permettoient de regarder sans honte 
» ce dieu, qui fait tous leurs désirs. > De La Croix» II, p. 120. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 417 

Vêlage inférieur , douze vases contenaient alternati- 
vement six parterres de fleurs et autaqt de cyprès arti- 
ficiels ; on voyait au second un buisson de rameaux 
verts entremêlé de fleurs, et douze pentagones de qua- 
tre couleurs différentes qui représentaient douze énor- 
mes pierres précieuses ; le troisième était semblable- 
au premier , le qu£^ième au second: au cinquième, 
douze flambeaux de cire étaient disposés circulaire- 
ment ; aux sept autres, on voyait simplement des touf- 
fes de fleurs et de friiils , qui allaient en diminuant 
jusqu'au chapiteau ' ; ainsi resplendissans de lumière 
et de dorures, bigarrés de fleurs et de fruits, ces deux 
palmiers étaient Temblème de la force qui engendre 
et qui fertilise. Les présens offerts par les vizirs et les 
gouverneurs de Tempire, inscrits au registre des cé- 
rémonies , témoignent encore aujourd'hui de la ma- 
gnificence et du goût de Tépoque [viii]. Mais la plus 
grande solennUé de cette fête, celle qui parut au 
moufti et au grand* vizir intéresser le plus vivement 
l'empire et la foi musulmane, fut la circoncision de 
trois mille enfans du sexe masculin enlevés à des fa- 
milles chrétiennes et qui servirent à recruter l'armée. 
C'était ainsi qu'avaient lieu autrefois les levées de ja- 
nissaires. 

Deux semaines après la circoncision du prince , le 
mariage de Khadidjé , fille du Sultan , avec le second 
vizir favori, Moustafa-Pascha , fut célébré pendant 



I Voir le deiaîB fidèie de ces palnûers gravé sur coiTie, dans Ryéaut, 
H, p.352, atec cette ÎDicnpIion : A turkUh pageant,' et dans Pelisse La 
Croii, II,p. 128- 

T. XI. 27 



4i8 HISTOitRE 

quatorse joim {mr des présenUftioiis , des parades , des 
festins el des rqpcésentations ihéSttrales. Ï3u éa*it im- 
périal confia au vizir*deftérdar le soin d'accompa^er 
la fiancée ' . La veii)e du plus long jour de Tannée , les 
cadeaux de noces du fiimcé , que Ton désignait habi- 
tuellement sous k dénomination de nùchan (signes), 
furent portés au serai (90 juin 1675 *^ 96 relrioid- 
ewwel 1086). Les jamsstfires , conduits par le kia^^- 
beg et quatorze de leurs colonels , ouvrirent la mar- 
che; ils étaient suivis du tsdiaoQsdi-basdii avec sdxante 
tsdiaouschs; valaient «isuite les généraux de lartil- 
lerie et des munitions , cei^ fourriers de cour et les 
ehambeiiahs , puis trei^ porte-faix chaînés de sucre- 
ries, et vingt jamssaires ^ tenant diacun un vase rempli 
de sorbet à Tembouchure duquel s^élevait un arbre 
dont les branches pliaient sous une multitude de fruits 
eonfits. Quarante autres portaient deux jardins artifi^ 
ciels de six pieds carrés, ornés de kœschks d'or et de 
fontaines d'argent; dix portaient sur leurs têtes des 
corbeilles pleines de sucrmes et couvertes de fleurs. 
Vingt tschaouschs tenaient chacun une corbeille rem- 
plie d'étofies de soie, de mousselines, de châles et 
de peignoirs brodés d'or ; vingt-quatre autres por- 



> Saghiiidj. Raschid, I, f. 85. 

3 II faut redresser dans L^ Croix plusieurs erreurs de dates et de nom- 
brés , au sajet desquelles il se met en contradiction avec les historiens turcs. 
Ainsi La Croix fixe au 12 juin (p. 150) et Rycaut (dans KnoUes, II. p. 253) 
au 10 juin la dateducorftése. ils se trompent tous deux ; onr Basdiid, Abdi, 
le defterdar Mohammed et le registre du cérénioiiiai disent um;imncipeot 
que ces présens furent portés le 26 rebioul-ewwel (20 juin). 



I 



DE L'ËMPUIE OTTOMAN. 419 

laient un pareil nombre dé corbeilles , contenant cha- 
cune trois pièces dé riche étoffe , destinées à vêtir la 
fiancée. Les joyauï étaient portés par vingt tschaouschs 
dans des basons d^ai^nt sur des étoffes brodées ; c'é- 
laient un bonnet de fin velours couvert de diamans 
disposés en forme de diadème; quatre ceintures ornées 
de diamans pour la Walidé , les déut Rhasseki et la 
fiancée; trois panaches de héron enrichis de diamans 
pour te fiancée, le prince héritier et le Sultan, trois 
turbans gàrtiis dé diamans pour la fiancée, la Khasseki 
et là filte de la petite Khasseki destinée en mariage au 
kaïmakam Kara Moustafa; deux korans, dont les re- 
liures brodées d'or étincelaient de pierreries; une 
paire de pendans d'oreilles en émeraude du poids de 
cent karats, ttoh paires de bracelets en diamans pour 
la sultane mère , la sultane favorite et la sultane fian- 
cée; enfin des boutons en diamans pour sa majesté le 
Padischah; venaient ensuite les fourrures de zibeline, 
d'hermine et de lyqx , et deux chevaux de maân dont 
les housses étaient couvertes de perles» de saphirs, de. ' 
rubis et de turquoises ; enfin le defterdar et lé reïs- • 
efendi avec cent pages à cheval fermaient le cortège 
qui fut reçu à la pcHie du serai par le kislaraga au 
nom dé la fiancée. 

Le palais du fiancé fut spécialement affecté à la cé- 
lébration des fêtes du mariage, et, pendant sept jour^, 
les vizirs, les oulémas, les scheïkhs, les officiers des 
janissaires , des sipahis et des silihdars , les ofliciei^s 
de rétrier impérial y reçurent une bospitaUté splen- 
dide. Le huitième jour, le trousseau de la fiancée^ 

3 



2-* 



4ao HISTOIRE 

fut exposé dans la chambre impériale ', et, ce jour-là 
même, on revêtit le kaïmakam Kara-Moustafa d'une 
fourrure de zibeline pour honorer en lui le second gep- 
dre du Sultan. Le dixième jour, les vizirs et les moufds 
furent invités à se rendre au seraï où le mariage fut cé- 
lébré par ce dernier, et où des fourrures furent distri* 
buées à tous les assistans (30 juin 1675 — Grebioul- 
akhir 1086). Après la cérémonie , les vizirs de la cou- 
pole se mirent à la tète du cortège pompeux au milieu 
duquel le trousseau de la fiancée fut transporté dans la 
maison de Tépoux *. On y remarqua , , entre autres , 
deux jardins de sucre, souvenir emprunté aux bocages 
de Tancienne divinité des jardins, honorée chez les 
Grecs et les Romains, quarante palmiers qui en étaient 
l'emblème et quatre-vingt-six mules, avec tous les 
détails d'une parure féminine, disposés de manière à 
laisser voir , et les coussins brodés de perles , et les 
voiles d'or , et les joyaux étincelans. La marche était 
fermée par douze chars pleins de femmes esclaves 
qu'escortaient trente-six eunuques noirs. Les exhibi- 
tions de bateleurs f?t de danseurs de corde se prolon- 
gèrent pendant trois jours ; deux de ces derniers fran- 
diirent trois fois la distance qqi sépare le minaret de la 
Selimiyé du palais du fiancé sur une corde tendue entre 
cesdeux édifices, en langant des flèches et en soutenant 
unçnfantsur un de leurs bras. Le quatrième jour, la 



f Djihaz,Vii9c\ûdf l, f.'SS. Abdu Mohanimed-nefterdar» Livre des 
Cérémonies, 

' ^ la Croix ne mentionne pus cette circonstance. Bycaat s'est trompé de 
dile > <je|t le QO et non le 19j|a'fiit lieu le transport du trousseau. 



DE L»EMPIRE OtTOMAM. . 4^i 

fiancée sortit do serai impérial ' et fut conduite par tous 
les vizirs et les grands dans celui de son époux (4 juil- 
let 1675 — 10 rebioul-akhir 1085). Deux palmiers , 
en tout semblables à ceux qui avaient orné la fête de 
la circoncision , et deux autres en aident de moindre 
dimension, figuraient dans le cort^e; la fiancée était 
dans un char argenté , traîné par six chevaux blancs 
et surmonté de banderoles qui flottaient au vent, cou- 
vertes de paillettes d'or ; quatre autres chars à six che- 
vaux et vingt-un à quatre chevaux contenaient chacun 
deux eunuques ; leur chef précédait à cheval le char 
delà fiancée; venait ensuite à quelque distance la sul- 
tane IChasseki , mère de la fiancée , dans un char ar- 
genté , suivi d'eunuques et d'esclaves femelles que 
contenaient dix autres chars. La fiancée fut conduite , 
pour la forme seulement, à la chambre nuptiale : elle 
n'était pas en âge d'être mariée, et le don de sa main ne 
prouvait qu'une marque de haute faveur ou une spé- 
culation assise sur son douaire ; car, dans le cas même 
où elle serait venue à mourir avant là consommation 
du mariage , son époux aurait dû en tenir compte au 
trésor impérial, ainsi que du trousseau ^. Les grands, 
les honorés et les savans, les plus grands et les meil- 
leurs, les vizirs et les émirs, les kadiaskers et les mollas 
furent ensuite congédiés après avoir été parfumés 



I Rycaut suppose à tort que cette cérémonie eut lieu le 23 juin et non 
te 4 juillet; l'usage du yieui style Ta d'ailleurs fait tromper d'un jour. 

3 Rycaut, p. 253. Notwithstanding which (her deàth) he would he 
ohliged to pay her dowry wkieh was said to be the ium of Uco yearg 
revenue of G. Cairo (1 ,200,000 ducats) . 



432 HISTqiRE 

d'ambre et d'eau de ro»e3, après qu'on leur eut offcsl 
le café et le ^rbet, et qu'on les eut revêtus de fourrures 
et de kaftans. A l'ocea^ion de oes ^eux fôtes, la drco^- 
cision et le inariage, lesqoUége» de pages étabIîs,à.Ga- 
lata et à Jbrahim-Pftseha ^raient été vidés pour garnir 
le3 chambres des serais împéri^yx d'Ândrinople et ^e 
G)nstantinopIe : il fut donc résoly que les wakfs de 
ces collèges seraient distribués et asâmilés à des mou- 
derris. Le serai des pages à Ândrinople n*ayant pas 
trouvé d'acheteurs aux enchères, avait été cédé anté- 
rieurement au defterdar Mohammed-Efendi pour une 
modique somme ' . 

Les envoyés de Raguse et de Transylvanie, le» 
seuls qui eussent offert des présens à Toiccasîon de la 
circoncision, avaient obtenu ra^dienee qu'ils deman-^ 
daient six jours avant le commencement des fêtes aux- 
quelles cette circonstance avait dcmné lieu, et le même 
jour que lord John Finch, ambassadeur anglais qui 
venait de succéder au chevalier Harvey. Le noble lord 
eut pour toute escorte soixante tsçhaousçhs et soixante 
janissaires; une litière portée par quatre mulets et une 
voiture attelée de six chevau?^ anglais fermaient le cor- 
tège ; il fut conduit dans le quartier des Juifs e^ \q^ 
dans une maison qui eût beaucoup odieux convenu a 

< Cette eirconstaDce n'est mentionnée que dans Y Histoire du deflerdar 
M(^ammed'Efendi , f. 36, que BJouradjea d'Ossen ne connaissait pas; 
c'est pourqpoi il a fait remonter la suppression ^a collèges 4^ pa^ au 
règne d'Ibrahim , c'e^t-à-dire à une époque antérieure de vingt-iânq aj^ 
On trouve aussi, dans les, Tables chronologiqui^ de Hadji khalfa, ce» 
mots : Ihtali Seraï Ghi^lmanani IbrafUm-Pascha, c'est-^-nlire Suppres' 
sion du Seraï des pages d*IbrahimrPas€ha, 



DE L*EltVfim OTTOMAN. 4^$ 

une tfôypé de bohéiairas qu^à un ambaisadeur; U 
eu fut tQltonent affecté qu'il ne voulut pas imêoie re-i 
cevoir leS' félicitations des autres an^Muasadtavs à Toe-* 
casion de sou arrivée (SO mai 1675). A Taudiem» 
du graud-viair , TambassaideQr eut pour tout siège utf 
tabouret placé sur une estarade, tandis que son interto^ 
cuteur était assis sur les coussins de Tesiraâe. Cominé 
il se répétait fréquemment dans sa conversation, le 
grand-viw ne lui aeeorda pas plus d'attention qu*aux 
glands discows et aus: grands naots de Vanabassadeur 
français, M, deNointd. Cependant il obtint le renou^ 
vellement des capiti4ations. Deux mcMs avant son ar-r 
rivée k Cionstantipople et à la mite dk la victoire na- 
vale remportée sur une escadre tripK^aine par l'amk 
rai ang^s Narborougb qui, avec trois frégates, deux 
bril^lots et deux bàlimens de transport avait ineencSé 
quatre 90s b&timens mnenûs ; FAngleterre avait con«^ 
clu par. riptermédiaire de cet amiral, avec le gouver-^ 
neur Kbalil-Pascha» le dey Ibrabim » Taga et le diwan 
de Tripoli, un traité en vingtrtrois articles qui assurait 
la i^vigation de V Angleterre et scm commerce avec 
cette puiasanc^. Un des iniermédiaireft de cette paix fut 
Ha&ibeg, frère du dey de Tunis mort peu de temps 
après, et qui à la mort de son frère disputa la di^ûté 
de dey à ses deux neveux, Sidi Mohanœied et Sidi 
Ali; vaincu par eux, il alla demander et obtint do 
secours à Contfantinople. Avec une chambrée de ja*^ 
Bissairea et les volontaires €|a'il avait recrutés sur fai 
côte asiatique, il retourna à Tunid, mais il ne put en 
obt^r l'entrée. Par^lle diose arriva au nouveau 



4a4 HlSTOmE 

gouTernear de Tripcrfi, MissirlioghH Ibrahimbeg qui 
ne put pénétrer dans cette ville, bien qu'une flotte de 
neuf bàtimehs de guerre eût reçu Tordre de protéger 
ion installation. L'hydre des Etats barbaresques coO'- 
tinuant à soustraire ses trois têtes au joug de Tem- 
pire ottoman , les puissances chrétiennes, telles que 
la France, l'Angleterre et la Hollande, furent désor- 
mais en paix ou en guerre avec les régences d'Alger, 
de Tunis et de Tripoli , sans que la Porte fût ap- 
pelée en cause. Ainsi, à l'époque dont nous parlons, 
le Pascha , le dey et le diwan d'Alger écrivirent à 
Louis XiV trois lettres en réponse à celles que leur 
avait apportées de sa part le chevalier d* Arvieux , con- 
sul de France : ils lui représentèrent avec assez de hau- 
teur que ses sujets se servaient de navires livournais, 
génois, portugais,' espagnols, hollandais et maltais, 
à bord desquels les Algériens n'avaient pas coutume 
d*épargner les Français , mais bien de les tuer ou de 
les réduire à l'esclavage. Le corsaire algérien Meza- 
morto ramena à Alger , sous les yeux du chevalier 
d' Arvieux , deux bfttimens génois et livournais chargés 
de Français qui avaient entrepris le voyage de Rome, 
afin de gagner des indulgences (1675). D' Arvieux 
cherchant à faire valoir leur qualité de pèlerins, le dey 
lui répondit qu'il n'avait pas à rechercher si c'étaient 
des pèlerins, des soldats ou des matelots, et que, du 
moment où ils naviguaient sous pavillon ennemi, il 
avait droit de les emniener en esclavage. La lettre de 
Louis XIV rappela brièvement, mais sans succès, les 
traités que le duc de Beaufort et le marquis de IVlartel 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 425 

avaient conclus avec le dey d'Alger, Ton dix ans, Tau- 
Ire cinq ans auparavant. M. de Nointel , qui avait fait le 
pèlerinage de Jérusalem pour ne pas laisser tomber eh 
désuétude le droit de protection que le roi de France 
avait sur les lieux saints, avait plutôt affaibli cette pré- 
rogative qu'il ne l'avait soutenue , en concédant aux 
Latins plusieurs localités occupées par les Grecs. Le 
patriarche grec, muni d'un khattischérif que Panajotti 
avait obtenu en faveur des ûrecs, mais qui n'avait ja- 
mais été produit de son vivant, était apparti au diwan 
d'AndrinopIe et avait publiquement pY*otesté contre 
l'usurpation commise par les Latins et par M. de Noin- 
tel ' (6 janvier 1 675). En vertu de ce khattischérif, lés 
Grecs obtinrent un berat qui, se fondant sur celui du 
sultan Mourad lY et se reportant au prétendu berat 
d'Omar, garantit aux Grecs la possession du Saint- 
Sépulcre, de Bethlehem, des clefs et des candélabres, 
à la condition de servir une rente annuelle de mille 
piastres à la mosquée du sultan Ahmed ^. Au commen- 
cement de l'année suivante (35 janvier 1676), les 
franciscains, qui avaient offert vainement au grand- 
^ vizir une somme de dix mille écus pour faire sup- 
primer un diplôme si favorable aux Grecs, se virent 
enlever les clefs, les tapis et les candélabres de Jéru- 



t Voir le khattischérif, dans Arvieax , V, p. 254. Le protocole de l'au- 
dience obteiHie par le patriarche, ildd,,}^. 261 , fut signé par Tinterprète 
anglais, Tinterprète vénitien Tarsia et Tinterprète ragusain, nommé Barca, 
marchand et maronite* 

s Rapport de Rindsberg, Diploma 5. Jlf. consultum Grœci PatriaV' 
ckof conlra Catholicos, 



496 HISTOIRE 

* 

aalepn, ^ les Grecs iiurent mi^ eq possession des sainti 
Jieox \ Ainsi, pendant que Femp^eur et le roi àt 
Fniqoe se disputaient la garde du S^nt-Sépidore, eet 
hounepr fut dévolu om^ Grecs ^, 

Si riutepvenlîott du r^idçnt impér^I Kindsbei^ ne 
réussjt p^ts à ^ire maintenir lep franciseains en posses^ 
sien dçi9 iiaiuts lieux» l'envoyé de Tfansylvanie ne put 
oblenir pour les magnais hougroii^ l'autorisation dç 
reçouuattre publiquement Tdteli ccHumeleur général. 
Le léqdemain du dj^part de cet envoyé, Paul Ssepe» 
et Pantsçho Hpuseïn vinrent aihresser au grand- vizir 
des pkÛPtes exag^i^ sur les eiAreprises du général d^ 
l'empire Strasolda qu'ils açcuspi^t d'ayw pris, avee 
dix mille honpimes, la viUe de Pebrecija en Hoi^rie, 
et d'avdr bâti une palanqne à Erlau. i^indsbe^, tn^^ 
pelé k ce sujet, répondit que S^solda n'avait batte que 
des rebelles à Debreezin et a'avaît pas attaqué tes 
Turcs ; que la force seule pouvait maintew la tran-- 
quillité ; enfin que la palanque dopt il s'agissait était 
celle de Wolgar brûl^ par Ifs Tures un an et deon 
auparavant. Les Turcs de Pod^raé avaient fiiit une 
incursion en Croatie avec trente ccwpag^Mes et avaient 
ravagé sur les frontières autrichiennes Gradiska ^ Du- 



> Relation de VomenicoLàM, procuratorein Gerutalemme, adressée! 
KiDcUberg, et jointe au Rapport de ce dernier : Loca saneta a Regina 
SicUiœ St^a Anno 1300 eoneessa et 547 atmis patiftee inhabUata, 

s Ce que dit La Crdx, État général, l, p. 32, esl |oia-è4)iil dénué 
de fondemeot : « L'empereur de Fiance, W^iiiel S. ft. aoooidtt ce priri- 
• lége spécial en 1525, avec la qualité de protedev mi^ie du Chrîstifr' 
> nisme dans rorient^ > En 1525 ! Le premier traité entre la France et li 
Porte ne fut conclu que dix ans plus tard. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 4»7 

ibiza, Yelîca, Zoboka, Niispka et CQ$|Lano\vitz sons la 
concluite du rebene Wi^owfiçki, .99ps qu'il fût pos- 
sible d*Qbtenir une indempité. Il en résulta que la pa- 
lanqqe turque 4e Wihitsçib fut assaiUie par les habitans 
de KarJstadt. Les événe^iens des {routières causèreiit 
beaucoup de mauvaise huipeyr à Gonstantinople o^ le 
kaïmaks^ fit enlever Taigjie dM ^z^ de la sociiété 
orientale du coinmerce et défendit qu'il reparût à ra-* 
venir. Le vizir gouverneur d'Ofen , AJi-Pascha, en- 
voya à plusieurs repris^ des jtscmaouschs à Viepne^ 
soit pour le disculper des grie& qui lyi étaient im^ 
pûtes, soit pqur fQrmuler des accusatipns contre les 
généi^ux autrichiens* A|i^ plaintes él'^véïes par l'ÂjU- 
triche sur ce que le b^lerb^ de Neuh^usel avait £Eiit 
donner deux mille oo^ps d^ b^ton 9^ çoi|im99dsH3,t 
impérial de Neutra, il fut répondu que qç bc^erbeg 
avaU été réprimandé pour sa crij^ifgé ' . lie duc <)e 
Mantôue 9^.ant fait dire qu'il éfail dis(K)9é h entretaûf 
une correspondance intime avec la Sn^ljiperrPorti?* 
comme aujtrefois son aïeul avec le siiltaifi l^pprad IV, 
on rinfprina que s'il voulait envoyer |un ambia^^ar- 
deur ^veç 4es présent, on consentirait k le v^^mm^- 
Peu de temps après (mars 1676), on vit arriver à 
Constantinople le Vénitien Morosini en qualité de baile 
et le noble polonais Bombrov^ski, Ce dénier étiût 
pocteur d'une leUre de Fé»véqm de MarseiHe qui était 
alors ambassadenr de France en Pologne. 

« 

I Lettera del V^r di JBufSU^ AUbc^sia n^aiç^ i^ Mcuum €^mu aS. B. 
Montecyficqli IQ 9Iarzo 1676; et l$Uera M Y^inf d/LBuda r^eata da 
Ahmed CioM àli 8 Àgoilo 1676. 



4a8 . HISTOIRE 

On reçut simultanément de Bagdad et du Kaire la 
nouvelle inquiétante que les troupes s'étaient soulevées 
dans chacune de ces deux villes, surtout au Kaire, où 
elles avaient renversé le gouverneur Âhmed-Pascha. 
Sous le gouvernement de Djanbouladzadé Housein, 
ancien gouverneur de Chypre et prédécesseur d'Ah- 
med , les envois de troupes nécessitées par la guerre 
de Pologne avaient eu lieu sans obstacles ; trois mille 
Egyptiens avaient partagé la gloire et les fatigues de 
cette campagne , comme précédemment celles de la 
guerre de Crète ; l'élévation arbitraire du taux de l'ar- 
gent ^ n'avait pas même troublé la tranquillité pu- 
blique, dar l'équité du pascha était connue de tous * ; 
mais sous l'administration d'Ahmed la moindre de- 
mande de la Porte répandit l'épouvante, car l'expé- 
rience qu'il avait acquise pendant sa gestion comme 
deflterdar sur toutes les branches du revenu public, 
faisait continuellement redouter de nouvelles exac- 
tions. Les troupes se rassemblèrent donc sur la place 
de Romaïli et sommèrent le pascha gouverneur, qui 
s'était réfugié dans le château, de quitter volontai- 
rement cet asile, c'est-à-dire de renoncer à son gou- 



X Un khattischérif frappa le trésor égyptien d'un impôt de trois cents bour- 
ses en écns au lion, sur le pied de trente paras, tandis que celte monnaie 
en valait quarante, Técn espagnol quarante-deux , le docaton (sctierîfi) 
quatre-vingt-dnq et le yaldiz quatre-vingt-quinze. Hittaire de JtfoAam- 
med, fils d'Youêouf, p. 170. 

a On a souvent raconté Tanecdote du dépôt nié par un dépositaire infi- 
dèle, dont le pascha sut découvrir la fraude, en lui envoyant un rosairo 
avec Tordre de remettre, à ce signal, le coffire qu'fljàvait bien« Mémoire 
de Mohammed, fils d'Ycusouf, p. 171. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 429 

vernement, s'il n'aimait mieux les voir pénétrer jus- 
qu'à lui, l'arracher de sa retraite et lui ôter la vie. 
Ahmed ayant cédé à ces menaces, ils installèrent le 
beg Ramadhan en qualité de kaïmakam et envoyèrent 
à la Porte un rapport circonstancié de tous les évé- 
nemens qui venaient de s'accomplir. Sur l'ordre du 
Sultan, le gouverneur de Bagdad , Abdourrahman- 
Pascha, passa en Egypte en la même qualité. Sous 
son gouvernement, cette contrée fut en proie à deux 
jQéaux terribles, la famine et la peste : Terdeb de fa- 
rine se paya jusqu*à six piastres , et l'erdeb de lé- • 
gumes en valut quatre ; la charge de paille monta à 
cent cinquante aspres ; les habitans du Kaire pillèrent 
le marché aux farines de la mosquée Sultan Hasan 
et incendièrent les magasins de la place Kara Meïdan. 
Abdi-Pascha ramena les troupes dans le devoir en 
faisant périr un à un les principaux instigateurs de la 
révolte; le puissant kiaya des azabs, nommé Ahmed, 
qui entravait toutes ses mesures, fut le seul dont il ne 
put triompher par la force : une politique machiavé- 
lique lui suggéra un expédient plus sûr. Un jour il 
dit aux officiers de sa maison : « Lequel d'entre vous 
» ne craindrait pas de recevoir cinq cents coups de 
i> bâton pour gagner une bourse d'argent et une aug- 
y> mentation de solde de cinq bourses? » L'un d'eux 
aussitôt se mit en posture de remplir la condition 
imposée. « £h bien ! dit le pascha , lorsque viendra 
y> le kiaya , en lui offrant une tasse de sorbet , tu la 
y» laisseras tomber. » Ce qui fut dit, fut fait; la tasse 
échappa des mains de l'officier auquel furent appli- 



43o ftlSTOlKE 

qnés cinq cents coups de bâton ; le pascha offrît alors 
au kiaya sa propre tasse pleine de sorbet empoisonné : 
ce fut ainsi qu'il s'en débarrassa. Sous lé gouverne- 
ment d'Abdi, plusieurs villages idtués aux environs 
d' Aschoumim et dans le Gharbiyé furent érigés en 
wakfs par la sultane, mère du souverain, et affectiés 
à Tentretien dur couvent et de Thôpital qu^ellé avait 
fondés à ht Mecque. 

n y avait près de dii ans que Mohammed avait 
quitté sa capitale pouk» se fixer à Andrinople, seconde 
villb de Tempire : il parut alors utile d'éblouir Istam- 
bol par Féclat de la pompe impériale. Avant de quitter 
Andrinople , Mohammed visita avec le harem le nou- 
veau palaid d^ Akbinar , qui s'élevait à trois lieues de 
cette ville et à la construction duquel avaient été em- 
ployées les plus belles colonnes du serai' de Constan- 
tinople; à son retour, il posa la première pierre d'un 
nouveau seraï que l'on bâtissait à Andrinople et au- 
quel travaillaient dix mille ouvriers (i^â mai 1676). Il 
partit pour Constantinople dans les premiers jours 
d'avril' , tnsds il avait si peu Tinténtion d^y séjourner , 
qu'il invita sa mère Walidé à ne pas quitter Andri- 
nople^ afin dé lui éviter les fatigues d'un double voyage 
(7 avril 1676 — 23 moharrem 1087). A son arrivée, 
il ne se rendit pas même au serai, mais il descendit à 
Daoud-Pasdia , d'où il se rendît sur la place d'Ok- 
Meïdan, derrière le faubourg de Khasskœi. 

De son camp d'Ok-Meïdan, il assista au départ de 
ses floHies pour la Mer-Blanche et la Mer-Noire : le 
kapitan-paseha Sidi Mohammed (beau-frère de Kee- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 43 1 

prilu) et le second amiral, floueeïn-Pascha, comman- 
daient diacan vingt-quatre galères ; Tifn fif voile pour 
la mer Egée, Tantre se dirigea vers le Pont-Enxîti. 
Un diwan fut réuni sur la place d*Ok-Meïdan pour 
aviser aux moyens de solder les troupes ; comme le 
gra»d<-vizir était gravement malade y il fut remplacé 
en celte circonstance par son beau-frère, le karmakam 
Kara-Moustafa (14 mai 1676 — 1"* rebioul-ewwel 
1 087). Le gentiment de sa position avait peut-être dé- 
cidé le grand-vizir à entrer en accommodement avec 
h Pologne , surtout depuis qu*il avait reconnu Tim- 
possibilîté de compter sérieusement sur Doroszenko. 
L'mnée Ottomane, forte de vingt mille honnnes, avait 
mardié sur Kaminiec après avoir franchi le pont de 
IQiocim qui venait d'être rétabli ; elle campa devant 
Bar aussitôt qu'elle eut réuni des vivres et opéré sa 
jonction avec le khan des Tatares. Le serdar généralis- 
sime , Ibrahim-Pascha , gouverneur de Bosnie , étant 
venu à mourir, fut remplacé par Ibrahim-Pascha de 
Damas (ao6t 1676). Le premier de ces Ibrahim avait 
été surnommé schisehman, le gras, et le second schet^' 
ion, c'est-à-dire Sa^n. Au lieu de parcourir la Vol- 
hynie, déjà entièrement ravagée, Schrïtan Ibrahim 
se dirigea sur la Galicie. Maître de la Podolie et de la 
Pokuaâe, il en constitua un fief au profit du voïévode 
Dukàs , et ceux des habitans de ces deux pays qui ap- 
partenaient à la religion grecque se soumirent vo- 
lontiers au joug ottoman. Cependant les janissaires 
commencèrent à murmurer, et se plaignirent haute- 
ment de ce qu'ils étaient exposés à toati^ les fatigues 



43a HISTOIRE 

de la guerre pendant que le Sultan se livrait au plaisir 
de la chasse, et que le grand- vizir se reposait tranquil- 
lement à Constantinopie. Heureusement le mécontente- 
ment du soldat se dissipa à la nouvelle de la prochaiae 
conclusion de la paix; six officiers de chaque nation ' 
furent chargés d'en régler les conditions. Ibrahim était 
à table avec les négociateurs polonais , lorsqu'on lui 
annonça que le roi de Pologne avait attaqué et mis en 
déroute plusieurs naille Tatares campés sous les rem- 
parts de Mohilow. Après avoir accablé de reprodies 
ses plénipotentiaires, Ibrahim donna à sa cavalerie 
Tordre de marcher contre les Polonais qu'elle atteignit 
sous les murs de Zurawna. Le combat fut long et san- 
glant, mais la victoire resta indécise et la nuit seule vint 
suspendre la lutte (27 septembre 1676 — 19 redjéb 
1087). Sobieski se retrancha près de Zurawna avec 
quinze mille hommes et s'adossa au Dniester; ses de- 
vans étaient protégés par la petite rivière Switza ; à^sa 
droite s'étendaient des bois et des marais ; à sa gauche 
s'élevait la petite ville de Zurawna. Pendant vingt 
jours, il se défendit avec soixante-six csinons contre 
deux cent mille hommes ; quatre batteries , armées 
chacune de vingt pièces de cinquante , firent feu tout- 
à-coup sur le camp ottoman ; chaque jour fut marqué 
par une attaque ou un combat» Le khan et le serasker se 

> Les fondés de pouvoirs^ qui représentaient la Pologne dans cette cir- 
constance» furent : Constantin, prince de Wisniowecki; George Wiel- 
borski, François Kobytecki, Pierre Telef, Stanislas Debrowski et Jean 
Karwowski. Au nombre des plénipotentiaires turcs ^ on remarquait le frère 
du grand-vizir et Mourtezabeg . beau-père du khan. Zaluski , Epistolœ, 
Goyer, 1. ly, ne nomme que BedioakLei Koricki. 



DE L'E^ï^ipiE OTTOMAN. 45$ 

reprochèrent mu^i^eHement leurs fautes et liir^nrd'aviii 
qu -il fallait trater. Le kban d^ Crimée envoya- plu- 
sieurs fois au roi de l^Ipgne AUscbabilga ppur tâ- 
cher de. lui faire accepter les çon4^iûng pp^es par 
le grapd- vizir; de son côté , Sohîediî sie fit reprér 
senter par lecolouçl Gr;^ '. Eiifin la pai^^^t signée ^ 
(â7 octobre 1676 — 49 schâban 1037). Aux lerines 
de ce traité, les Turcs gardaient Kaminiec et la Pô- 
dolie; la ligue, des frontières d^y^it longer Buçs^cs, 
JBar , Bialow ^t Cerkow^ ; l'Ukraipe , à re:(^ption dç 
Fiaraako e,t d,e Paw:olocza \ étajt spiiipaise àja Porte.; 
la.pah.de Buczacs fut e|;[»*essénaentreai9iivelée,^t, 
dans la.paijqLute ,tui;gw, il/ut décidé. ^^Anf^ré Mpdrf 
;EeioT*p^ki sç. rjendraitauprès du graod-^vi^ir ^çt y peste- 
rait jq^u'.à ce qu'il fût pcmryu à la nom^iatiQii d'un 
am^ssadew. ^ ; ; 

Sur. ces entrefaites^ le camp <j^ Sultan, fut ;t|¥in$^ 
porté de la place d'Ok-Bleïdan sur qelte (j^e ^s^h^n- 
tschaïn et de là à Andripople ; le kaïai^waiM|^)!W^a^ 
Paçqba pi rie favori du mtoie nom f^ccpIPP^g^!^^ 
le SuU^b ainsi que le vizir^nisçhandji 41>dirPs^s^^ 






I béye^ désigne Kiir]^ki et BSdziiuki odmine W plénipotentiaires qui 
ftosiK^nV è <x>n<liii^ H paix. Jonsak Dmmnt lo» siie q^ftnlltt airens 4ih|- 
mérés plus h^ut, et cite à leur tète Rze^nisM, d'après^Zfluski, dans 
l'ouvrage' duquel nous n*aYons trouvé aucune de ces indications. 

I f 1 * 

3, Colome; d'àpriis les dcMSÛmens polonab, le 27 octobre fut le jour de 
la si^ture du' traité, il gbIL dàir que la 4«te du 9 sdiàbAn (17 octobre), 
rapportée par les historiens turcs, est le résultat d'une faute d'impression 
ou di^ copiste^ et que la véritable date est le 19 schâban. 

3 iHiDi Rajsdlid, I y PiUdjé et KodpàUndid. 

T* XI. !l8 



454 W&r(!)*9iE 

déjà fôtt ttk^h&$ , ^^9liSt ëfibrcé dé suivre le camp 
impérial. En MtHtït de Bour^az, !1 iTut obligé de 
«*àrret6r ptès de là ^i^ dl^kèùé, dans la métairie 
dé KsMbëbér, tfh il Uioti^ut au bcmt de dii-hoit jours 
(ÎO.dcMJbfè 1^6 — 22 schfiban 10B7). Après les 
)[^rNÉ^ d^usàgè èh pM^éiHe drboÀstatiee, les gefts de sa 
«tiilè Mf^pôrléren^'sMi corpsà tlonstiaiiïtiriople, où il fut 
dé^^dsé daiil» le tMâ^ëati élevé par Èon Jpère ^oliam- 
nHëd Koepi41â. 11 avait ^té grand-Vizir pendant quinze 
années ifiôifis rni jbùr t ^ tous ceux qui, jusqu'à cetle 
ëj(K)qtie, aV^9ieM VéAr lès tènes de Tadministi^tion datis 
Témpirte éllMhtati, t^'ëlÉ^ !ài qtii ^vaftisu se maintenir 
lé plus Ibng-^èÉips en plade ; il à'taît gouverné huit 
ihbié^ et déttn de j^s que Sékolli. H mounA dans sa 
^^al^tite-tttrièihte Àimëe dNme Ùydro^iâe déienninée 
par l'abus du vin et de Teau-de-vie. 1! était d'une 
batkfë tàfîle et né manquait pàs (fan certain embon- 
point^ ^ ^vtfft de grands yeux ^en ouverts» ^e tant 
fok%l!itancvifodôMenèfnc moi)este; ses 

^ttàiifêtlës étaieiît étfgiâg«MtÂé^; il n^aVaît ni la iyl^annie, 
Hïï la cruaiÂé de wû père; il était ennemi de fôp- 
{tt«lsÉièn«lîdè4'iiijil^ Venénoiëift ^ati-d^àus de la 
corruption, de la cupidité et de tout sentiment d'in- 
:térèt personnel y qne lui offrir 4^ |>réseiisi, c'étôt, le 
fltts Movenls se deapenir «après de ini. fidn espiH 
isailûssant et Ihdsif , sa Inéiïioire déa plus heureuses , 
«on jugement ferme et «ûTi l'intelUgmce élucide et le 
sens droit doiA il doiàna lant "dé pteùvéi, 'le servaient 
merveilleusement dans la redherche de la vérité ^'9 
atteignait ordinairen^ent par le {dus coitrt cbMin. 



DE L'£a4PIR£ OTTOMAN. 455 

gnu^e rései've, ^prèa une miQure réfle^qn ,et e^i coor 
naisss^pçe ,()ç eau^e. La m^c^f h T^tiiclç 4e ^queijb 
il s'élçdt vQué d<^ Je pr^cipe, au t^mp^ o^ )i .ce 4eçr 
tiinaijt à ),a cai^nère du drc^t; fut aa çoiupago^e da^g }ç^ 
camps aux l)ord3 de la ïVaab ,c^ du Quie^ter, ^el juj^r 
qu'au milieu des nuages de f uniée et de^ d^combce^ 4^ 
^ndie. A .CQu^tantiuople, il lui éleva uu ,n^nuB|ent 
en ii^tUji^nt we JMbliothèiçue puisque *. Il ^y^ 
choisi jpQur prdi^eu du scçau Bon bi^tosmn^ H^f^,, 
auteur de»J()ymp^4e l'hàtme^ un de aeg JPOiaiti^esf^ 
Requêtes é|ait le poète Ns^i , hiçtorjien de 1^ prise ,4e 
Kamin^ç ; ifn ^utre étpit Je po^ ^3^ qiu^^çç^^^pip^ 
un çl]irQno^QQiQ!ie J9ur la chute de^euh^^Uf^^^ CjBllp 
4e Ç^pç^ie fut chantée p^ ^e ppete pi jpti^tre ^jep reauêtqs 
Mç2^; j^ cçwiia quelqpie tenais au j^ie '^^x^i^ \e^ 
foçctioif s 4e r^ii^efw^^ et, pq^r avcw ^!^u^4|^s > 
çomj)Qsition d\m kassklé , Jie pç^ femn p/f, J^tpjç^^ 
jBeorétair^ 4e TimpOt dit 4e la .ça^tatiop. ^q^i^ay^ 
4eu;?t passipns domiu^ptes ; ^ejle 4^ j^n^x^ ^ ^f^lp 
des çQ|n;|ti^ctipu9 ^ Il fit ïAtir jjrès du ^^u qui 



I Mooradjea d'Olisson , . II > p. 488. Ce pe . fût pas son père Jllolu^ipii^ed , 
avec leqad Toderîni le confond. Wohammed K^œprllû ^pe savait pi )ire ni 
écrire. Tigneaa , État présent de la Puissance ottomqir^ê , jf, .7,5. 

a Sa.Biograpbie ^t la 79«, dans le Bec$Aeil de Safayi. 

B Le sultan Mohammed IT lui dçpiapda ^pn jour s'il oonnajssajt ajm 
monde une jouissance que le Padischah ne pût se procurer. « Oui, répon^t 

> Fenni, ceUe de répudier tout d'un coup quatre fournies légitimes ; c'est ^ 

> plus grand plaisir qui soit au monde , c'est là véritablement un plaisir dç 
» roi {hasretol moulouk) ; mais ce plaisir qu'on goûte à se débarrasser de 
» quatre despotes à la fois , les souverains ne peuvent l'apprécier : car (e 
• Sultan n'a pas de femmes; il n'a que des esclaves. > Safayi, no 513. 

28* 



456 ttrSTOlllE 

s*élève sur la rive européenne du Bosphore un kœschk 
magnifique orné de belles peintures. Un monument 
plus durable fut élevé par Houseïn Hezarfenn, qui, 
sous le patronage d'Ahmed Kœprilû , composa trois 
livres précieux : une histoire universelle, une statis- 
tique de l'empire ottoman, et un ouvrage sur la gran- 
deur de la maiison d'Osman '. 

Par sa douceur , son équité et la protection qu'il 
accorda aux poètes, aux jurisconsultes , aux statisti- 
cietis , îiotammietit aux sept personnages que nous 
àvotis nomrtiés , Ahmed Kœprilû répara en quelque 
sorte le mal que son père Mohammed, injustement 
itumommé le grand, avait fait à la science et à l'huma- 
nité, en condamnant à mort des poètes et des savans, 
Itels que Ruhi et Widjdi, et en fai^nt périr trente et 
quelques 'milte hommes. Le règne de Mohammed IV, 
ou plutôt celui des deux fcœprilû, d'Ahmed et plus 
tard de son frère Moustàfa ,' fut ràvànt-derhîèpé pé- 
^riode où brilla la littérature ottomane; et bien qu'à 
cette époque elle n'ait pas atteint ïe degré de splen- 
-déur où elle était parvenue soûsie règne de Souleïmàn, 



■'-. 



\à Tenkihet-tewarihh, c'est-à-dire Éclaircissement des Histoires, Cet 
ôuVrage figure à la BibKothëque impériale, sous le.no 474, e(, dans mon 
RecueÛ, parmi les Pièces justificatives du premier volume, sous le no 23. 
2o LeKanourmamé du sultan Mohammed, èn\U\ chapitres. On le trooTe 
dans la bibliothèque de M. Gr. Rzewuski, Organisation de VEmpire 
ottomanf I, p. XX. 3o Trattato délia Grandezzà deUa Casa Ottomana, 
tiré d'un opuscule très-rare que je dois à l'amitié de M. Gr, Ottavio Casti- 
^ioni^ et qui est intitulé : Délia lett&ratwra dei Turchi da Battista 
Donado. Venez. 1688, p. 12, 14. La Statistique de Houseïn en fait égale- 
ment partie. Voir avant la p. 82 : Ristretto del Governo deW Impero 
Ottomano. * 



DE UËMPIRË OTTOMAN. 457 

{MÎncipalement pour tout ce qui tient à la jurispra?^ 
dence et à Tart oratoire, et où elle fut élevée plus 
tard par ses historiens non moins que par Térudi- 
tion encyclopédique de Hadji Khalfa -, cependant elle 
compte, au temps de Mohammed IV, des poètes, des 
historiens, des jurisconsultes, des médecins, des mu- 
siciens et des calligraphes distingués : quelques-uqs 
excellèrent particulièrement dans le style épistolaire* 
Sur les cinq cents rimeurs que Safayi a compris dans 
sa biographie comme ayant' signalé la dernière moi- 
tié du dix-septième siècle et les dix-sept premières 
années du dix-huitième , cinquante ont laissé des di-^ 
wans [ix] ; douze n*ont composé que des hymnes sur, 
le Prophète (naat) ' ; deux (TiQi et Medihi) se sont 
occupés de poésies cycliques^; Tascension du Pro- 
phète en a inspiré deux autres ^.. Les poésies arabe et 
persane trouvèrent aussi des traducteurs et des com- 
mentateurs à cette époque ; nous citerons , entre au- 
tres, les célèbres khassidés de Thograyi et de Kaab 
Ben Soheïr ^ . La Rose et les premiers jours du prin--, 
temps y œuvre du poëte persan Djelal, furent tra- 
duites par Sabir qui dédia également à Ahmed Kœ- 
prilû les catégories de YEîsagogîe ^. Âazim continua 



I Ces douze poêles sont Rhaki, Khoulouzsi^ Danischi, Schani, Rizki^ 
Kiza, Remziy Ssari, Àbdoullah, Adii^ Feaayi et Rensi. Ils remplissent, 
dans le Recueil de Safayi, les biographies 70, 75, 85, 93, 107, 151, 225, 
245, 262, 277,315, 344. 

> Celle de Tifli est la 227e ; celle de Medihi, la 564». 

3 Celles de Miradjiyé Àarif eî de Nabi, la 269^ et la 429». 

4 La Lamiyet et la j^anet Soad, traduites par Abdi. 
^ 210e biographie, dans le Recueil dé Safayi. 



45» riifsTèifeiE 

le pôême toiïiatifi^e de Léllti et Mêdjtiùtàt ^p ttàf-^ 
iàûé ', et Âaéisim ia CoÈléciidn déjeutts dn rtièsûë 
pôêtè *. Apii^ès Riazi et Rfeâf, ïzetî * et Kefenî < re- 
écrdllit^ent deâ détails ^r leâ poètes. L'un des (^lus cé- 
tëbte^, Sfàfai, âeci'étairë pttvé de Môùstafa , etit rhôii- 
ûëW d'élrè pt-dcïamé , pâi' Safayl , le toi des poètes 
cotiféihporaids *. 11 édrivit un livre sut* les boni côn- 
sèik ^, mie dissertation soas ce titre : Présent pont les 
déuoo harems (la Mecque et Médine), et Thistoire de 
Ta J3rise de Kamihiec qtie nous avons citée. D'autres 
poètes forent estimés coinme calligràphes , et se dis- 
tinguèrent surtout dans le taalik, écriture dite coulée, 
d^i , appropriée à ta poésie , Sethble plàiièi- cotnihè 
elle entré le ciel et la tefrte ^ La mort du pôëtë Djèwri 
nbu^ a fourni bèàilcoup plus haut ^occasion dé citer 
ses œuvré^ mystiques ; eîi theUtionnant celle de plu- 
sieurs jurisëohstiltes ëminCns, nous ehti*etiendrons nos 
lecteurs de Missri et de ses ouVràgeS qui ont marqué 
dans la jurisprudence. ÎJes œuvres éthiques ou esthé- 
tique du reîs-efendi Sari Âbdouliah , dont le noul 
poétique est quelquefois Àbdi, furent : Le Conseil des 
rois •, fe Fruû des cœurs ^, la Petle et les joyaux " et 
te Sentier des amans '' i il a laissé en outre un Côm- 



i neeireil dé Sîrfayi, 274». — > Ibid, 256*. — â Ihid, 259*. — 4 Ibid. 
540*. — 5 ma. 428e» _ 16 Khaïriyé. 

7 Voyez les éenvaio» da téalîk, dans Saîa}!, Kadih : Slahi, Aarif, 
Aassim, Kaschif, Saadi^ Aouni^ Hilmî, Schouhoudi, ScbebH, doht les bio- 
graphies portent leà ûo» 5âa, iS5, 26^^ ^i^, S42, I6t, 254, 77, i94 el 
176. 

8 Nassihatovl-moulàuk. '■— 9 Semrètoul-/otiai, 

10 Dùurret we Djewhérhi, — ti MeêUkoul-ùuschak. Safiiyi, no 24&r 



DE L'EMFIIV]^ OTTOMAN. ^ 

meiibiire «ur dm% des plus cél^res OMvr^ig^ i^y ^ i 
Uques qui aÎQpt été composés c^^ le9 An^be» et le^ 
Persans : les^/zn^oi^^ à caçhçier ' d*Q>UQli|rahî et ^ 
Mesnewi ^ Qjelaleçl^iu Rouini. Les ^eltr^A le^ plu^ 
estimées de Tépoque sopt celles du fno^i At^oul^iziz 
et dapoeteNabi. Selisi^ éUye de !Md^r:(a#, Im^p k 
Texeupiple de soa mattre', des modèles pour les ôf)^ 
çumens judiciaires ^ Parmi o^te multitude de poetfis, 
plusieurs furent élevés aiu: phi^ hautes cpgmt^ de 
Tempire : deux, Hasim et Àbdi, furent nomm^ seciré- 
taires d'Etat et préposés à la garde du chiffre du Sul^ 
tan ; quatre autres, Bebayi, Azîz, Saïd et F^ÏTi S fureut 
appelés au poste de mpiffii. 

Nabi, roi des poètes contempor^ips , |if pouvait 
toutefois entrer en parallèle avec les p^vs^&e^ poçt^ 
ottomans, notamment avec Balâ, le p€#e lyrique pa^r 
excellence ; mais Téponpie dont nw* psrkMï» PPt «^te 
qui a été le |d us féconde eu dQçunei^ d'upe feipte 
valeur pragmatique. L'histoire éaiîte par HputeiR 
Wecyihi, garde- des-scea^ du k^pitwrpa^h» Micwsr 
t^fa, embrasse uw période de viqgiTuu spp, et l'émir 
AJi a faij d» piége de §*egedw l'^pt d*«w pwrage^ 

spécial ; ipus deux ^vajent été téD»oifls dej^ fajfis qu'il* 
fwçntionnent. Le fils de F^Wbreddip, priw de? ï)rp- 
ces , et cepit du grapd-viw Nswpprf» (Moaw^dé et 



■ F0U8SOUS8, 

^ » iStoeri ^«IdiifzcMr^^ e^ési^ànyie ^^mpl0»^ éi0 Bâltlilrjffâ^^ déposé» 

3 ' 5elt«i. Sàfayi^ no 143. Mort en ^060. 

4 Les Biogifaphies de Seïd, deBehayi^ de Feïzi et d*Aziz-Efendî, fîçurcnf 
da«&^lB>Iiect«ea de Safo|i, SOQ^ Ifs noi i^, 52, ses «1 943. 



44o HISTOIRE V 

Nassouhzadé), qui, échappés au glaive, furent élevésr 
au serai parmi les pages , jugèi^edt plus prudent de 
raconter les évéïiemens auxquels ils avaient assisté 
que de fournir; par leurs propres actions, suivant 
Texemple paternel, un teite tragique à Fhistoire; le 
fils du commentateur &iMtriar,^ le judicieux et im- 
partial edcyelopédiste Hadji Khalfa, ont éclipsé entiè- 
rement lë style boursbuffié du grand-niâchandji, This- 
torien de Souleimaû le Législateur, et le pompeux 
étalage de mots q[ui dépare les œuvres du grand-mouflr 
Seadeddiû; Thistoire universelle du moufti Âziz est 
trop fleurie et trop sommaire ; dans celle qu'il a écrite 
sur son époque, il se montre trop diffus et trop pas- 
siontié. Quant au Secrétaire d*£tat Âbdr-Pascha , il 
enr^istre, avec une ponctualité par trop servile, les 
moiiidrés minuties pour pouvoir être placé sur le 
même rang que SchàHhoul-Minàrzadé, Nassouhzadé 
et Hadji Khalfa; mais, cotnparées aux autres, les his- 
toires d'Âziz et d'Âbdi soiit deux documens précieux! 
L*historien de Tempire, Naïma, s*est borné à faire une 
compBation sans ordre et sans unité des matériaux que 
lui ont fournis les œuvres précitées; mais il a droit 
à nos élevés pour les passager de son histoire où il 
a courageusement flétri la tyrannie de Nlourad, les 
débauches d*lbràhiln , Tàteùrdé gouverhenletit des 
soldats et des eunuques , en signalant la cause et le 
levier des révolutions qui détrônaient les souverains 
ottomans. Après Id, lés historiens de Teâripire abju- 
rèrent toute indépendance, et son successeur,^ Raschid, 
qui le plus souvent n'a fait que copier Abdi-Pascba 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 44i 

jet le defterdar Mohammed-Pascha, continuateur de 
ce dernier, semble avoir reiiôncé à toute apprécia- 
tioii historique ,. et particulièrement à ces traits ^ qui 
peignent le caractère d* une époque. La meilleure 
source à laquelle il ait puisé est Thistoire d'Ahmed 
Kœpriiû jusqu'à la fin de la guerre de Candie par son 
gardë-du-sceau Hasan. Cette biographie, dont l'au- 
teur mentionne avec simplicité les notés de Kœprilû, 
et a compris au nombre de ses pièces justificatives les 
écrits politiques échappés à la plume de ce grand- 
vizir, est le plus bel éloge qu'on ait pu faire dé cet 
homme d'Etat, chez lequel la science et l'art militaire 
se trouvaient réunis ; car le maniement de 1 épéé ne 
lui avait point fait oublier l'usage de la plume, avec 
lequel il s'était familiarisé dès le début d'une carrière 
qui annonçait devoir être puremept scientifique. Trois 
guerres, celles de Hongrie, de Crète et de Pologne, 
trois conquêtes, celles de Neuhaeusel, de Candie et de 
Kaminiec , et tr<ns paiï, celles de Yasvar, de Candie 
et de ZdraWna , jettent un vif éclat sur la vie du 
grand Ahnied Kœpriiâ ; pendant trois lustres, il éten- 
dit r;empire, le pacifia, et y établit un ordre salu- 
taire, ïï administra, comme nous l'avons dit, neuf 
mois-déplusqué le grand Sokolli, le seul qui mérite 
de lui é^ comparé : et , en effet , c*est une question 
dé savoil^ le^el des deux fut supérieur à l'autre. Il 
s'ééotik'^}i^te Un "siècle entre l'administration et la 
inort dé Ce^^dëtullônàmes d'Etat, et ainsi fut justifié 
le dicton populaire àcci^dité chez les Musulmans, 
d'ap#ès leqfa^; au commencement de chaque siècle, 



44^ HISTOIRE 

un girand homme doit sui^, et imprimer à soa 
épcM]ue le cach^ qui lu» est propre. SokoUi et Ahmed 
KœprQu suivirent tous deux, par système, dam» le 
cours de leur vizirat , une direction entièrement ap^ 
posée à leur aptitude naturelle ou acquise. SokoUi 
sortit de la chambre des ps^ pour embrasser bi 
carrière militaire, et il la suivait depuis trente aog 
avec courage et bonheur, lorsque Souleïman , ayant 
découvert en lui tontes les qualités qui font un pre- 
mier ministre, le nonmia son grand- vizir : !*empire 
dut à ce choix de conserver, même après la mort de 
Souleïman, le degré de puissance auquel il était par- 
venu sous son règne. Kœprilu, au contraire, voué de 
bonne heure aux études judiciaires, avait déjà atteint 
le grade de mouderris j^ès la Souleïmaniyé, lors- 
qu'à Tâge de vingt-six ans, il fut appelé, grâce au 
nom de son père et à l'habileté de sa mère, au poste 
de grand-vizir dont il n'avait pu encore se rendre 
digne. Sans aucunes prédispositions au rôle de géné- 
ralissime, mais, soit amour de la gloire, soit con- 
viction que la guerre à l'étranger était le mdlleur 
moyen de faire diversion aux troubles intérieurs, il 
se jeta dans une voie belliqueuse ; et iMen qp'à force 
d'opiniâtreté jointe à la supériorité du nombre, il se 
soit emparé de Neuhasusel, de Candie et de Kaminiec, 
les batailles de Saint-Gotthard et de KhoeiBi furent 
de sanglantes {Mreuves à l'appui de cette pppfioi^ Ioim;- 
temps accréditée dans l'aroaée <#qmaB€i, qu'Ahnied 
Kœprilu n'était pas fait pour être général. 

Après avoir cx>mbaUu trente ans sio* tc^e et sur 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 443 

mèr» Sokdli , bien dîffiktent dé Ko^rM, àii^liqua tous 
ses soins au maintièii dé la paix ^ 0t \SB oomiiiétes les 
plus importantes qui aietit été fslites sods son gouver- 
nemenè, celles d'Arabie, de Chypre ce de Oéoi^, fo- 
rent lé fé^uHat invôloiitaite des campagnes que Tesprit 
guerrier de chefs tarbiilens et avides^ tels que Sinan 
et Moustafia, le força d'entreprendi^. On doit dire^ à 
la louange de Kœprilû et de Spkolli , que tous deut 
aimèrent également la justice. Le naturel de Kœprilû 
était plus doux et son esprit plus ctâtrré que celui de 
Sokolli ; car il est doutent qtie ce dernier sût lire et 
écrire, et cependant il fut le protecteur des savatis, et 
les plus distmgués d'entre eux lui dédièrent lèim ou-^ 
vrages. Si la première année du grand^viÈirat d'Ah-^ 
med fut signalée par une sanglante série d'exécutions^ 
c'est que sans doute la nécessité d'étouffer le germe 
de la révolte lui en fit une oU^tion ^ ou qu'il jugea 
utite d'épouvanter tout d'abord les séditieux, afin 
qu'habitués à trembler devant le fils comme devant te 
père , ils n'osassent plus renouveler leurs audacieusesi 
tentatives. Ce fut ainsi qu'il affecta de prendre un air 
sombre , tandis que l'expression naturelle de son vi^ 
sage était la Uenveillance. Kœprilû et Sok(Jli eurent 
tous deux à vaincre de grandes difficultés d'une na-« 
ture bien différente. Sokdli trouva l'empire dans un 
ordre parfait ; tous les pouvoirs nouvellement réor-» 
ganisés concouraient dans le meilleur accord à sapros^ 
périté; il sut te maintenir ainsi d'une main ferme jus* 
qu'au moment de sa mort et sous le règne de trois 
sultans ; mais il eut à lulter contre des compétiteurs 



444 HISTOIRE 

puisBans^tels quèMoùstàfa, Sinan et Ferhad-Pascha 
qui, plus d*une fois, trouvèrent, dans les passioos 
déréglées de Sélim et là faiblesse de Mourad, de re- 
doutables àlixiliaires contre le pouvoir du grand-vizir. 
Sous ce point de vue, la tâche de Kœprilû fut beau- 
coup plus simple; car iln*eut à redouter ni compé- 
titeurs, ni mâne * les caprices du souverain , absorbé 
dans sa passion pour la chaâse. 

Les trois dignitaires les plus élevés et les plus in- 
fluens de Teinpire , le kaimakam Kara-Moustafa , le 
kapitan-pascha Kaplan-Pasdia et Sidi Mohammed- Pa- 
scha S étaient ses beaux- frères. Avec ces trois bras, il 
enserrait rempire ottoman, de même qu'avec ses trois 
armées,* d'Asie , d'Afrique et d'Europe, il s*empara de 
Candie; mais, depuis la mort de SokoUi, les institu- 
tions de l'empire s'en allaient en débris, la révolte et 
les révolutions avaient brisé tous les liens qui unis- 
saient ses diverses parties ; à la vérité , le père d'Ah- 
med avait apporté des remèdes énergiques à cet état 
de clK>ses , mais son administration n'avait duré que 
cinq ans; les finances et Torgamsation de Tarmée 
étaient tombées en décadence; la réduction des fiefs 
et là levée extraordinaire de trois mille jeunes galrçons 
chrétiens, qui eut lieu dans la der^nière année du gou- 
vernement d'Ahmed Kœprilù, ne furent que des ten- 
tatives ayant pour objet de rétablir les finances sur 
leurs anciennes bases^ et le recrutement de l'armée 
par les enfans chrélièns suivant le précepte du Ka- 

I La Croix , État général, Il , p. 89, à été mal informé, car iî ne lui 
attribue que deux filles^ ilont Tune aurait épousé Khiavouz-Pasciia. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 445 

noun . A cel égard , la position de Kœprilù fut assuré- 
ment plus difficile que celle de Sokolli, car il est 
beaucoup plus aisé de maintenir que d'innover ou d'a- 
méliorer; aussi, à part une bibliothèque, ri'a-t-il 
laissé aucun monument de son administration , tan- 
dis que Sokolli a fondé un très-grand nombre * de 
mosquées, de khans , d'écoles et d'hospices , tant en 
Europe qu'en Asie, depuis Szigeth où il fît élever une 
coupole sur la dépouille mortelle de Souleïman , jusqu'à 
la Mecque et en Cilicie où il fortifia Pajas. Non seu- 
lement , Ahmed Kœprilù n'a pas laissé un monument 
de civilisation et d'humanité qui puisse entrer en pa- 
rallèle avec ceux qu'éleva Sokolli ; mais aucune épo- 
que de sa vie ne peut être comparée à celle où fut 
prise Szigeth , et où Sokolli , en s'emparant de cette 
ville au nom de Souleïman qui n'était déjà plus , sut, 
par un secret inviolable , étouflfer les germes de la 
guerre civile et assurer le trône au successeur de Souleï- 
man. C'est à raison de ces faits et parce que Sokolli, 
bien qu'habile général, s'appliqua constamment à main- 
tenir la paix et à fortifier le gouvernement, tandis que 
Kœprilù , né avec des goûts pacifiques , trouva le 
moyen de faire succéder sans cesse une guerre à une 
autre, et, sous prétexte de pacifier la Hongrie, ne sut 
qu'y attiser le feu de la discorde; c'est pour ces motifs, 
dis-je , que Sokolli semble le plus intègre et le plus 
grand des deux; mais, après lui, Ahmed Kœprilù est 
certainement le premier homtne d'État qui ait tenu 
les rênes de l'empire ottoman. 

FIN DU TOHB ORZIÈHE. 



NOTES 

ÉCLAIRCISSEMENS. 



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NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENS 

DU ONZIÈME VOLUME. 



LIVRE Lin. 

ï. — Pjgb 6. 

Vaîma , II I p. S96 , mentionne ces seize points litigieux 
d'après le Mizanoul-hakk [la Balance de la vérité)^ de Hadji 
KhaUa ; mais ce dernier éuumère les vingt-unes questions qui 
divisaient lés partisans de Kazizadé et de Siwasi-Efendi. Les 
y oici V il s^agissait de savoir, i^ si Khizr était encore en vie ou 
s'il était mort; les orthodoxes le nient , les mystiques Faffîr- 
ment; 2^ si le chanl (des mystiques) était permis; 5^ si la valser 
au son do tambour était permise; 4^ s'il était nécessaire d^aJQu-- 
ter aux noms de Mobammed et de ses disciples le Tassliyé et 
le Tenivë^ c'est-à-dire d'ajouter ces mots aux noms du Pro- 
phète: Saltallahou a/elA/ (que la bénédiction 4^ Dieu soit 
avec lui); et ceux-ci aux noms de ses disciples : Razallahou 
ankou (que Dieu le reçoive dans sa grâce); les orthodoxes 
Texigeaient; 5* si Tosage du labac, 6° du cafiè et ^o de ropiùia 
était permis; 8^ si le père du Prophète ^ mort avant la mis- 
sion divine de son fils^ était mort en musulman ou eu infir 
dèle, comme le soutenaient les orthodoxes; 9* si Pharaon avait 
cru en Dieu : les orthodoxes le nient et les mystiques l'affirment 
en se fondant sur un verset du Koran, cîté par le grand 
scfaefkk Mouhiédditi Âl-Arabi, et qui dit : « îl n^ a de Dieu 
T. Xi. 39 



45o NOTES 

que celui auquel je crois ; les enfans d'Israël et nous , nous 
sommes musulmans. » loo Les deux partis étaient pareille- 
ment divisés au sujet du scheîkh Mouhieddin Al- Arabie né 
H Murcie, le 27 ramazan 56o (7 août 11 65), mort le aa re- 
bîoul-akbir 638 (10 novembre ia4^)y ^ Damas, oà il repose à 
Salebijé ; c'est le plus célèbre scbeïkh mystique des musul- 
mans; ses doctrines furent vivement attaquées par les disciples 
de Kazizadé (le Jansénius turc) ; il s'agissait de savoir, 1 1» si 
on devait maudire Yezid (qui| avec la vie, avait arracbé le 
kbali&t aux fils d'Ali); la** s'il était permis d'innover en ma- 
tière de religion : les ortbodoxes étaient naturellement opposés 
à toutes les innovations; i3o s'il était obligatoire de visiter les 
tombeaux : les mjstiqueé le voulaient ainsi. i4* Les ortho- 
doxes condamnent comme une innovation les prières qui plus 
tard furent introduites dans l'Islamisme et qui avaient lieu 
dans les trois nuits, Berat ( t5 schâban)| Ragalb (le premier 
vendredi du mois de redjeb) et Kadr {%y ramazan)^ i5* l'habi- 
tude de se serrer la main était également considérée par lei 
orthodoxes comme une innovation . ainsi que 1 6^ l'inclination 
de la tète par forme de salUt (Intima); 170 s*il était nécessaire 
de recommander particulièrement tout ce qui était ordonné 
par la loi , et de défendre expressément tout ce qu'elle prohi- 
bait^ s'il était permis de rechercher secrètement les pécheurs 
et les criminels* comme le pensent les orthodoxes, tandis que 
leurs adversaires s'appuient sur ce passage de la tradition : 
m Celui qui découvre la honte de son frère • verra la sienoe 
révélée par.Dieu même* » 180 Les ortbodoxes se plaiffuentde li 
dénomination de doctrine du peuple d^ Abraham^ q^^, les mjs- 
tiques emp\oiepi j;omi^^ de d(fe(rincet peiipk de 

Mohammed; 19*^ ils rejettent .-^ distinction, qy^ les ipystique^ 
font entre corrup^tion et présent ; 20^ les orthoçlpxjea donuent 
la préférence au moufti Ebousououd, les jffji^timefi à Viregli 
Molîainmed; 210 les orthodoxes préifèrenjl, Kazi^ildé è Siwast- 
Efendi le mystique. Hadii Khalfa termine, son traité, doca- 
men^ tiies-curieux pour l'histoire do, nrntiçisçiiçf turc | par des 



ET ECL4^1ieCISSEMENS* 4S> 

«n^iwiU 1 4<mt le but «#t ,c|f< HKVMtedlr k |mc entcc lea Diéo- 
(Qgieii% 

Cette lettre qu^oti trouve dânsÛrtetius, p. 187^, et dans d^au- 
tres chroniques hongroisesi pt)urrait être considérée comme fal- 
sifiée, puisqu'elle fut «dressée au gouverneur de Wardein qui 
^taît Sinaa et non pas Hasan, si elle ne se trouvait traduite en 
langue latine dans les a^olilveff^ de ^^nne* «Ego potentissi* 
M mi ac invictisstmi Imperatoris arma tus miles , 4irmis Kekel- 
» hicl.y Dominus comiifttuora Bibarielisis^ Ssarthmariensis, 
M Szobolizcnsis 9 Ugocsensis et Bereghients supremus cornes. 

• (Cfcifra) Hâsan Aga Salutem tibi precor Magnifiée Adanie 

• Kdroli , intefligens teBaronem et bonuni vîriiin ësse, corn* 
•» patioir tibi , quoniirm eastrùm &athmaY invfctissimi "Turca* 
ti riim Imperatoris est. Discedas illinc , KaroHnurà tu'possîdes, 

• et a dedUione prohibes ; qui ad graiiam inVictissimi Impe^a- 
» tori^cônfi]git| né capillus quidem ex câpite ejus decidit : 
«» ÀTblti^rîs Deskcerar et Bànyà liVniiés Tr^n£>jlvaui« essef 
•> Munciiacs Iiivictissindi Imperatoris est, sic et Lyanuar, ]&- 
n drogké^ Eptscbpattts LelkîensiS| Pataàiùutii et Tôlkainum 
« éjttodetki saUe CàUoAfeâsis, Càpitatie, uij vâlék? quid dbr- 

• mis? Call^niaa te Vhitkbiitius. Tu i^tur éH cahis, quid' 

• weà^ ^cÉéêShài àhst^ekikfïtëj èikm tfle , qui ttfufà tàput 
» fÙertrt^déftinotÉis sitT EctecHoàià tnvldtis^mî est fmpefàtdHs 
ff Hbc'sti^j^lum meum ré^deté, sèitole et condiscite. Siib- 
9 iM^tiol St^fisi eg<o (€éîfra} RJr^aa Àgà , ffàmëà sii^ctn^f 
M àsbè^lètiÀ. Jani très sépra déeem ab hinc anni sùnt| à quo" 
M AgHSé'lïilTi^rdi^m cruorem arma tiiéà baùrîti^^^ ' ' 



- '^ 



qj4^ l^jlfgp^ 9^ivaAtp^ W<r ^||^a^4e ,c^p^4i^^^ 4ea ïafcMi^^. 



45a NOTES 

» logne, non content d'avoir battu les Russes en Lithuanie, 
» pénètrent dans la Russie et avancent jusqu'à Sicvsk. Ils sont 
» repoussés , mais peu de temps après ils se rendent maîtres 
» d'Astrakhan ; cependant Ils ne peuvent garder cette ville et 
» sont obligés d'abandonner leur conquête. >• 



UVRE LTV. 

/ 

I. . Paob i38. 

« Giaoizari 5ooO|TimarSipabi Soooy gente délia corte 
» del G. y. çompreso li officiali maggiori 8000^ condotti da 
M Alipascia 4800; Kibleli Mus^tafap. di Damasco cugnato del 
» G. y. i5oo, Mehemetp. d'Aleppo ehe fu Cbiaia del defonto 
» padre aooo; Caplonp* Albanese 5oOy Serkboscb Ibrabimp. 
» Cbiauso^hli Mubametp. Heiderp. 9000. Gente apresso li Ca- 
» noni 800 y Gebegi 6000 ; Summa 35^6oo^ Servitori circa 
» 22,000 sin 24)000 1 che negli bisogni.combattouo. Le sud- 
» dette niilizie si calcolano appresso a poco : Gianizari 65oo ; 
» Gebegi 6000 , ,qi?elli del Canpne 806 , Albanesi 3opo ; Snm- 
n ma 1 6)5oo , si che la, cavalleria sarebbe 1 9|3oo 9 Servitori 
1^ à piedi e cayallo 2490^09 Summa 59,600. Oltre di questo 
»,deyono venire al servizio 4 Tatari 2o,ooo,.Moldavi6oo, 
• ^Yallaçhi 6I0009 Bekobej Albanese looo* Il Pascia di Silis- 
» tra ip»ooo^ Kutsoiuk Mehmotp. tîene in Transilvania iooo^ 
» Appa% 4^^P» la gente deUi confini a piedi 5ooo, li suddetti 
M a Giva|lo 6000 ; Summa 62,000. Summa. Summarum di 
s» tutto l'esercito 121,600. Il Primo yesiro e huomo di 3o 
» anni incirca, di médiocre stàtura, di barba nera assai nera, 
» nel parlare molto affabile, procura per6 e si sfonsa concetti 
»' tnovimenti dél occhio et délia bocca mostrarsi severo. Quelle 
» perë che non tnostra la sua fîsionomia cerca d'affetarlo nell' 
» intenio , essendb ^értô eh'ihclina alla profusione del sangtte 



ET ECLAIRaSSEMENS. 45$ 

» IminaDO. Fa dal padre jjcsUnato ad esser Mufti, ma dopo la 
» morte del padre | da cui il G. Signoire rieojio9ceva in bona 
w parte ilproprio esser, per mostramie gr^titudine naa «qIo 
» gli lascib iuiti li béai 4^1 padre, ma lo esaltô al Veairato^ 
» percio vedendosi air ipuproyîsto ele?atp a tantoi posto ne è 
» diveuuto aaperbo eta|ii«^. Nell' esereito tien commune 
» coacetto di sqggetto ben si doto feleilerato^ ma non gia 
nsoldatOy per non ayer fato profes^ione di t|dç , o^de la di- 
» rettione dcU' armi restera corne dicono Iprp apppgiata a .tre 
» capî principali , cbe si riputanio ^rayi spl^ati e i piu. y^loroai 
» deU' Imperio Ottomanp» Il primo è Beko Bej, che ultiaaar 
» mente fu fatto Pascba di Soffîa e Beglerbey délia Greçia^i 
» non era per anco capitato alF esseccitp"^ ma. s'aspett^va in 
» brève; per quello çbe ho in^eso discorr^re d^Ua snaquaf- 
• lità , è di nascita Albane^e , e se pallei|a^ non s6 , p^j^ (^al 
» cagiooe infensissimo nemico .del Conte Niçolo^djiSdrJnQ., 
M contre qui vol rivolger l'arme., La di lui brayura yien daUi 
» Turcbi stimata sopra tutti l'altri et lo cbiama];io çpn encomi 
» siugolari Taltro Sejdi, che fu quello, cbe diede Urottii^ al 
» Racozii Tanno 1660, et che il sussequente fù amazzatp in 
n Temesvar. Il secundo è Kutsçiuk Mehemet Pasch^, cbe si 
» trova appresso FAppaffy j et hora dal Gran Vesîr yien çhiar 
» matoair armata, havepdosi acquisitatp.il nome d*intrepido 
» et valoroso dopo la.scpofitta data al Kemjni Jano^. Il terzo^ 
M iJsaîm (Houseïn) Pascha , fatto nuovamente VcsU'o di Bud^, 
M huomo crudelissimp^ et taie cbe ii;ii dissero rhabitan^i; di 
w quella Città, dove arrivé doi giorni prima di me; d^e^ç^ 
» più crudele del suo antecessore Ismael Pascba , cbe ora coj;^ 
» carica di loc^tçncnte si ri trova in Gonstantinopoli, et li9 per 
» moglie la sorella del Gran Signore. Non per ^llro fine fu in 
» Buda inviato dettb Usaim , c^e per bayçr a questiConfini in 
» huomo crudele , havendp in suo Ioqo inviato a Yarad^ilP 
1 Kenam Pascba, che poochi giorni dopp Ismael govern6 i^ 
u Buda, et lo sogUono chiamare laves (Yaouz) cioè maasuetou 

» loMf signifie tout le eo^aire , e'e8(4f4ire Js ortie). 



451 HÔTES 

» Ad à\\v9a0Amdie»tt9i^i^Unà tàtitigûatiià jl&êpiÊtchlt^ 
» 'pér f mdetk^ev *1IA% itàên pér sôlldaflé , 'litiTéiidok> spesse volte 
%kkimo^Mi\9 Mtlitli H 'dî^, >èti'eé8D non si mettetà tnaî né li 
pAoïiCento adkitrè^^ia^uadMnei nrà empire nel metzo peir 
)i iiofi<CM0r^rdlpH<^( Dot>o1à pt èVM iR Yataditao è dhrénut 
%:•! ^lero dite 4i^l^b« tinte to\t6t « dire , «oa è Yittiiiar dopa 
ik V«rtdkM>, et*i^i ^MVk dî irôléf ptctidër le Ibirtexze dî Vostni 
-w^Miifpsta ^é»a vm'sdlo ^|fiNiii^ d*6cetiro. Ibtaim IPascba dettv 
» cttn topflitiltiiie^ âai*h09èk (Sët-llro^cii) doe Ubriacone, clie 
%» tiileè ap^ùtûy-èliti^oitio diTvatitii'hidre^ytlkcoiio ettede6ti- 
l» iifÉlo']i«ir'f»ne<»D'fo géhtè dî ttdÀ6ni tma éûoilE'etfa cbiitro îl 
mGomÀ: ëf Sdiiâ^,^i«lii feséfentdb io |iàsâato a ^aefoViz et Mo- 
« biCy ambi 8li^ I^Vei^i im dièser^ dke efsi dèstinalo per 
-yt tlUdd^rfe il Gtttièiie ^^èpTâ il Damiliio/Sôno pufe cOnsidè' 
» fttii tieir «serciie il Agi dlGriaiiinM^ AU^anese, ilTéffter- 
f» dar cioé Preftideiiie, ete tùtï ^i^andtssima qtiaatità di denaro 
>» ivi si trovti> il Riaîte ddi VeàiVir, quate la condotto seco It 
<» àu^î dttoi fhnetH. Gaplafii P^àtlha p«r AtliaKiese vîen in 
U qiialelie parte iiotàsiderato. Si rittov^a néi luedemo esaercito 
» il fiiMoSà titdftoriB 'HalKerGabor, et il rikellela Dio et a 
>» VMra^BfoeètàiliildreaHétzlidtyrrîerb, ridotto n miserabite 
n ^^A\^r et a ti(le /die ftt rforta:t6 di mcfttei^i al servîtiè d'an 
^» 'seÉi)^Uce Aj^tiy %1aV^iid6 n ^ak pena ottenùta dal Grai» 
4i Yesif o , cb'ogni jgvcd^noli bH data ttez^a Itbra di castralo^,. ba 
oi firoitté^o al llesldétite di irôhfr ifu^re , già che Vostra Maesta 
'» lo asâleur^ ^ftettà -%ita Glisiheh^.' * Lé Énànuscrit da inême 
"ttiitewr^ qui ée tuty^Vé à "& KUliblhèque I. de Tienne, diffère 
^Mënrt^lléinent àVec ee raf^pén : le pânictAarità dëV Impêiio 
^Hdimino, ti^SifJf. La position militaire fie» Saridjés, des Segb- 
'batik et des BescU» 7 en parfaîtement expliquée : « Sarigt 
^ii' gente &'ordi6àHb servons li Bàséia , porlano un scliioppo 
^^ lungo e ihititatio a piëde e cavaillo cotne nostri dragonif 
'îi BescIfK eorispolïdono ai Huskftii. tii ^imen (corrotto da 
*i>âe^ban) sono piu stf azstati, Iricevono il mangiar ôgni giorno, 
» bisGoit0yca8thKoe^l<reila riso.i»P/ft)vf;«^aliftetiy'dbtbg^ 



ET ECLAÏRCISSËMENS. 455 

ffdrhlt^éttt les sfpaliîs ( eàvâKers fetidâtéfîres ) déft si^àbil 
ûglilàns dti gieihlè soldée des six drapeaux, blanc, vert, rotrgé^ 
jttutiè» bîane et tert, Veft et rougè; là solde des jànissaireà 
<$tait alors êe trois 'à doo^e akpres; celTe des sipàhis de dottse S 
vingt àspreu; celle dès âerdengetschdîs (volontaires) de qnk* 
torzè à Vingt-trms aspres; le "présent d*avènétnetit étàiï dé 
vingt ducats outre une augmentation de solde d'une aspre par 
jour; à la .première campa^îe du ^ultàny chaque soldat rece- 
vait une gratification de vingt piastres et une augmentation de 
àolde d'une aspre par jour* 

M, -^ Page 177. 

Les boUetiiM do b^ liataille de Levi^eiiz se Irûuirent foiats. à 
ce^x 4«i ba^îU^s de Seifnvrar et de Sftittt-Goittliftfd; voyez 
encare : i<> « ReUtlan ve^rdenen Krtegspraparatoricfi ià Qester* 
M reich npd l^ngarn wider den i^Usohea ErUetod^ àueh ion 
.w einiger 7M^^niiiederkge bey Lebens > Fevn i664* 4m «u>^ 
» a® RelftiioA von tfUerb^od Vôri^erdtàngen xum Aiiaxiigde'B 
» iûr]Ms«hei| SUif^r^f vpagro^ser Sterbsei^he zm Ne«SiœQsel> 
» und wie :p«i»jOi4ieb devOt^esveBf àeA Tvrken êo m jung* 
» ftea leripi^b^ Feld«agv ^ch nicfht gewan, de» Protess 
» gnnacbh Mars 1 644* * 

III. — Page 187* 

tulHiï IWf ^îïb, pàMdotdtkh deW Ifnp. Ou. ; dît dlsmarf- 
Pàscha : « I^àilBassstt hàcque in Herzec, bàomo alto, ^raslsô, 
v)iall àatsô grande, barbk lôVï^a di cbrôire di cfasia^na, bà 
» Vdce sonora, c si "sSétta di lÀositi^arsi térri£!le; il dtefontdTezîr 
le Yïcè H kto Ciausbààsiy pbi iiVrrv6 accota à e^ser quétfo 
» àÀ G. 9. ; r^n^o it^ Vu spe'dît.iô ib Aila ^htàrhe ^nd- 
• attiftiish^^ per ëèdare li ih'dti, il éàe ]gli ritiSci l^cilméntè 
V K^ve^do fetté UgHare ta tWta à 6oôo personé. H G. Sr. in 
M rîcompénsà gU diedé pèr cbnsorte la sUà soreAa , già thbgife 
w'di YaodKenaihtibAsiMi; per questo ihatnmonib é ètald^for- 



456 NOTES 

» lato d'abbandanare Y» sua prima conaorte ; doppo il malri» 
» monio destinato Yezir di Boda , et l'anno paasato | cbe il 
» G. S. si mpsse da Coatantinopoli ^ fn lascialo Gaimacamo in 
» qucsto governoy si poFt6 coo tanta tirannia , che accusato 
» dal Muf'ti^ fu deposto e mandato al Governo d'Asak, ini- 
» mico mortaUdei Christiani, crudele a mftggior segiio* » 

IV. — Vaqe i93. 

Consultez I outre Montecuccoli , Rycaut > Ortelîus 9 les Mé' 
moires de Tekeli, le JijewaJùret^ les Histoires de Rascbidet 
d'Abdi qui conticnneut des détails fort sommaires sur cette 
bataille et n'indiquent pas le nombre des morts , les relations 
suivantes: \^ Beriàht aUerjungster, was bei det am 23. Juli 
vorgehabten Cai^àlcade, absonderlichen aber bei dem darauj 
am \m jiugusii, unfemdemKlosterS. Gottkard, anderRaab 
mit den Tûrken gehéUienen Treffen passirt 1664* s^ Copia dér 
vemeren allerunterthanigen Relazion, so an I. K. M. der 
Generalueldmarsckall, Herr Re^mand Gr, u. Montecuccoli, 
iàber dos den i • AugUst 1664 una^eit bei S* Goithard/urge- 
gangenen Haupttreffen gehorsamb isi erstattet (vorden, Wien. 
4* 3® GlàckundUnglùck teutscherFTaffen npiderdieTùrkert, 
dr, i. pernùnfîige Betrachtung ailes dessen , (vàs uom Eifi" 
tritte des 1 664* Jahres an , bis auf den halben August des^ 
selben Hauptsachlich in der Wqffenhandlung wider den 
Erbfeind porgegangen , /umemlich von der Belagerung Ca^ 
nischa y Serinwar^ 'beiden Treffen von Letvenz und der 
jùngst an der Raab bei der Coni^ersalion der Freinde fVoU 
rath und Frischmuth discurirt und erwogen i664* 4^ Denk- 
^ûrdige Historia , d* i, kurze und waJirhaJïige Beschreibung 
des jûngst vorgegangenen Kriegs Leopold /•- o^ider den Erb* 
feind christU Namens^den Tûrken , von Martin Zinvner» 
«TUi/i. Augsburg i665. 5* Lorberkranz, historischerder christh 
JRUtersleute , so in Siebenbiirgen und Ungern (c. /. 1660-— 
i66iJ/ur die Ehre christlielien Namens gefochten und dcavr 



ET ÉCLAIRCISSEMENS. 457 

berden Tùderîiiten. Nûrneberg i664- 12* 6® Extrakischreir- 
b^n aus dent Aqjrs. Feldlager undanderen Onen, ah nam^ 
iich aus dem Feldlager an der Pienk vom 9. Augusi, aus 
Raab pom 1 o. aus Komom vom 9. tuis dem Feldlager 9on 
St. Gotihard am i o. , aus Szaûimar am 1 • /. 1664* 

V. — Paob i88. 

L'année 1664 ^ ▼^ paraître un grand nombre d'oavragei 
sur l*empire ottoman. Voici les principaux : i® Tûrkischer 
UfUetgang oder rathliches Bedenken K, M. Ferdinando /•> 
uif. i558 ubergeben durch Simonem Woldèrum Pomeranum 
i&Si^^ . ^^ Kurzer Begriff* der herûhmtesien fVeissagungen 
Muthmassungen uiid Erklarungen von des iûrkischen Rèidis 
Tyrannei i664» 3o Tûrkischen Staais-und Regimenisbe^ 
schreièung, dieser sind beigefugt eiUche der berûhmtesien^ 
sofVQlen allen aU neuen fVeissagungen , Muihmassungen 
und Erklarungen von gedachier turk. Machi, Tyrunnei und 
jinhang 1664* 4^ UnlMgst gepflogene Unieitedung eûtes 
fumemen Ungams und de^utschen Cavaliers , oH^bt^ die 
Frage , ob bei iizigen Conjuncturen der Kneg oder Friede 
mit den Tûrken raûisamer scheine i664- 5® ChisêUdÉc 
Kriegstrompete wider den oUomanischen Erbfeinddes chrish 
lichen Nahpiensp i664* 6® Einesjumekmen Bossa zu Cons^ 
t a ni inçpel Tisd^reden nui einem teutsçben dmestabel» i664» 
7** Tûrkischer Bund , von Bonifacio Stoalim. Ulm 1664* 
&*J<^bann Schoffler's TùrkenschrifL i664* 9^ Auch noth^ 
wendiger Bericht und Anta^ort auf Johann Schqffler's Tur- 
kensehrifi durch Christianum Chemniiium, Jefana i6€4« 
I o** Turkeneinfall oder hiarzer ^ jedoch scheinbârer Bericht 
von dem gnmssamen Eirifall God und. Magog's. Stuttgart 
i6G4»n^ Des grossen Propheten Môhammed^s Testàmem, 
d. i. Friedensartikel , beinebst eine Tiirk» Prophezeiunjg. 
1664* ta'' Tùrkische Chronica, beschrieben durch M. Cas^ 
parum Maurer. Schleiisingen i664« i^* Mahommetes und 



458 NOTBS 

TuHlb8n Graul , durch Dauid Sohiusteni. Franckfurt 1664. 
6 Theile. 1^9 Ausfhhriichen tûrek. Chroniea. Franickftirt 
i664* i5* Klctgendes DeiUsohiand ftu^çt c^hmûûiig nack 
éefi Unàcheh turkùdhen Kriegsuberzuges. i6ô4' «6* Dér 
DonaustNmd ^mèt kuner yetftuning einer hangar. uM 
tûrk. Chronik, und des Anno i663 und 1664 gefuhrten 
Krieges , beschrieben dwreh ^igokxïné. vod Bîrken> Cum* 
PaUu* Nuremberg 1664* ^J^ Tûrkischer Landsturzer , als 
neue Beschreibung der fornehmsttn i^ate und P^estungen 
durch Urq;em nnd Aegypten^ sambt einem Anhang der bd 
S* GoUardund LepensgeschelienenTreffèn. 1664* iZ^ Vr^ 
bùU The<^iU, tûrkisches Stadtbâàhiein. Naremberg i€€l|. 
i«. igû Tobias WÈLgwr*9 reuidirtes und sferméhrtes Tûrkekh 
bûcheL Ulm 1664. ao^ Historié mn de Turkse en Vngarise 
Orlogh^ ia^schen den Turksen Sukan Mahomet de iFé 
en den R. Keysér Leofiôêdus-^ndigendt met de f^rtede de- 
tes /• 1664 béschreven dcuor Vèirut dé Lttnge. kidAtsetà^nk 
l6â4u <&!'' éfyngitagmà SiMriiie SàimeHièûi^TtiMcaè atitm 
Jacobo SkmMin%èa. iielniêfadii YG64. !2^o SeUi istona dette 
irtatop^9$entedeU'Jmf^roÛUdmkn6.9ologiikt^^\ «3»Bè^ 
'i^i^èutsKomtanHnùpelam^é'Fébr,^^^ 2y- 

wtuuten und Widèréhrists'i^erderbHôkën Ausi;ug$ 'vt^r'âk 
-CkristenheiiiêS/i.^mSn les lettres rîtcuTBitéàMi lafiigtt^èlà'- 
iiote et «llcwauile adreMéeè ^r llËni'pcii^ur à là JM^ gtefmft* 
nî^e et ks StftU^'Itftlîe (pkr l^anMvfa^siedèîiir JcM^àrt^è ^ti^ 
quif dePiccolofèini)>ett l'aotiée i664> pc^ efl^tèVrfr^ëèl^eoiifè 
«oatre leê Tuit». Ii«bi oùVràges qui portcht là dftte éé llaiméè 
Mhiiàiiie, Moxki 2 'a4^ JSùht^idei tiMûchen^Crrosifbèiûi^ki^isi^ 
MhhammedboêMf ^¥ie dêrèelke dén d^ /iMiliîr i665 i^dèr là 
"Wien-emffmèf^ iporden. tSd&r ifi^ Abrégé de l^hiHaù^ des 
Turcs par Yerdi^v, enirms tomes. Par^ lOSS. afr» L'O^uh 
pmn ou t Abrégé des vies des E^npereUrs Tards par Vincent 
de Stocbore. Ambtctdafli 1^65. ^7^ Caes. iegatio ^uam suS'- 
4)epiipérfecilqueD. Cohèôs de LesUe^ eccposùa^a Pàïte 9éû\ù 
Tafemer. YieB* i^^^ Partie séamde de l'Èmpirt ^tthmaà 



ET ECLÀltlGtôiSEMEMS. 459 

éé BHol (A^tterdatn i^ii\ V Ambassade h ta Porte Oito^ 
rmme eaféôutée par Gautier de Leslte^ commencée le n indi 
4<$65> finie le oiQmars t666» 



LIVRE LV. 

L «— Paob 933. 

Leitre du Sultan au Cuir de Moskpu, extraite de /inscba 
du iReïs-'Efendi Molmmmed. n^ CXXIL 

H Gloire des plus gf^Liids princes de iti Chrétiètoté/ëlu dés 
grands parmi le peuple du Messie, médiateur dû peuple hà« 
caréeiiy qui a revêtu le nntnteau de l'^titoHté et de ta magnii- 
ficence, possesseur des titres de gloire et de piiisËaueei Cïthr 
de toutes les Russies et efaefde tous les pays russes, notre ami 
Alexis MiolMiiloinrîez, que sa fiti soit héurétase et que Dieu luï 
Atas trouver le i^rai chcwdn ! Voua sautez en é^ée4wi\tit hôbtè 
cbtffire tnpënalf ^e^ par lu grilee du Di«u tfè^^iatlt , ddttt 
Inexistence ne petit êtt<e révcMfwée en dtiuté', et parla bi^^ 
feUlance et la direction dto tiottie pÊtià Prophète , \t HMitty 
«elai qui aavaoncé ou monde la vérité, ^lii est f dppiit déb 
èioinaaee ^urs, de Mohaftasied (ntius appelons iéur ÏUi ^ snt ism 
Aiinîllé les «plus fèrv«€«|e« pyièMsI) tiKiitt tf dne ^sofbliteè et 
companible liu ciel est le refuge vers lequel nk pressent tes 
•ptui grandi ssltans et les ItsUtans les ))lus étntnens, afin de 
"proatei^er leur Iront dàtts la po«ssière. Goiàmie Vous vevek 
dVhvojrer en qtMiiité d^aiÀbassadeiivs le beglérbég idfe BreslsÈW, 
le modèle à» princes «Airétiens, Akpètmiseh Anôwà Pàptwh 
Vesterounî (?J et H detpetAat I^^n Haratti Ynnôuî (?) aY^b 
prifèrre^e renouer l'atthîé et l^âwewh*, la efNtcordeet le bôA 
"iroisitàaKe, là bc^he intéttigènee et TtNreord qui ont «tiflfté de^ 
^nis l'ép0que heuéeuise ^à vivaient inos'iAeux(que JMeu éclaire 
leur souvenir I)y entre «m et les czars deMoskou, irdtre père 



46o NOTES 

et vos ancêtres , nous voos informons qu'ils se sont pré^nléi 
k ma Sublime Porte, qu'ombrage le lotus du paradis , et avec 
leurs visages ont essuyé mon étrier suivant un louable usagc!. 
L'essence de vos deux lettres a été poriëe au pied de do re 
trône de justice par nos honorés vizirs et les grands fonction- 
naires , les éprouvés , ainsi que les présens que vous avez en* 
voyés comme témoignage de votre amitié ; notre science impé- 
riale y qui embrasse le monde entier , en a pris une parfaite 
connaissance. Vous nous avez prié d'agir de manière à ce. que 
Son Altesse , le Khan de Grimée , qui est le serviteur fidèle 
et bienveillant de la Sublime Porte, dont la durée est éier- 
nellei Aadii Gbiraî-Kbani revêtu du titre de prince, qui poi- 
sède un vaste territoire , bonoré pour son pouvoir et éprouvé 
par la fortune (que ses éminentes qualités ne l'abandonnent 
jamais), maintienne dans l'ordre les sultans, les mirzas et les 
Tarares ^qu*il ne fi^se aucun ravage sur vos froniières, et 
qu'i^ rende à la liberté vos habitaps qui autrefois avaient été 
faits prisonniers et qui maintenant sont retenus comme esclaves 
en Crimée, A cet effet vous avez demandé notre sublime ordre 
impérial, qui est le garant de l'obéissance et de la soumission; 
voua demandez en oiilare la <MMi6rmaiion de deux moines dans 
leur ancienne dignité comme patriarebes d'Alexandrie et d'An- 
tiqcbe. Votre prière a reçu notre suprême saaetion et nous 
avons expédié notre édit, qui frappe comme. le destin, à Soa 
Altesse le Khan, notre, serviteur, auquel il est enjoint de rap* 
peler les sultans, les minas et l'armée tatare, et de faire cesser 
toute incursion dans vos Etatsj aussitôt que vous lui aurez rer 
mis le tribut et les préseiis qui ont étsé payés dans tons les 
temps* Moê prisonniers, que le 8or:t de la guerre e| des ba- 
tailles a jadis mis en notre pouvoir , ainsi que les prisonniers 
faits par vous, doivefit èïr^ écbangés pendant la, paix qai 
existe entre nous. En conséquence , vous devrez i laa baute 
faveur, impériale de pouvoir échanger, contre les prisonniers 
faits par nous, les Musulmans, Tatares et autre» personnes 
qui se trouvent prisonniers dans; vos paj9. En ouUe , cçmine 



ET EGLAIRGISSEMENS. 46t 

de tout temps les affaires litigieuses sur les frontières de Ci i- 
mée , et Fadmiobtration de ces pays ont été confiés au noble 
Khan y notre serviteur, que nous avons investi de toute notre 
confiance, nous Favons également chargé de cette affaire. 
Vous aurez donc à lui envoyer vos gens, pour discuter et vous 
entendre y si vous voulez | à ce sujet. Noas vous faisons con- 
naître encore que les patHeirches précités ont été confirmés 
comme autrefois dans leurs plAces, et qu'à leur égard nous 
avons fait droit à vos prières et à votre intervention ; nous 
vous avons envoyé le diplôme délivré par notre noble Porte, 
séjour du bonheur, et orné de notre sublime chiffre. Comme 
vous venez de renouveler les liens d'amitié et d'affection que 
vous avez conservés de tout temps avec notre illustre maison 
souveraine , qui repose sur des colonnes éternelles , et avec 
Notre Majesté que rien ne saurait ébranler, comme d'ailleurs 
les articles de la paix sont bien arrêtés et que la prospé- 
rité de vos sujets est bien assurée, il est de votre devoir de 
tenir en bride les Cosaques qui habitent les rives du Don et 
du Dnieper ; il convient qu'à l'avenir vous empêchiez les 
tschaîques et les caïques de croiser dans la mer Noire ; que 
vous ne permettiez ni aux Cosaques, ni aux Kalmouks de 
causer le moindre dommage aux pays situés sur les bords de 
la mer Noire et aux provinces de la Crimée enclavées dans 
nos frontières victorieuses; au contraire vous devez vous op- 
poser sérieusement à leurs incursions. Le tribut et les présens 
que les Czars de Moskou ont coutume d'envoyer aux khans 
de Grimée doivent être donnés en temps Utile ; les négocians 
des deux peuples dc^ivent pouvoir se rendre en toute sûreté et 
librement de l'un des pays dans l'autre , et personne ne doit 
inquiéter ni leurs personnes ni leurs biens sur les routes qu'ils 
voudront suivre. Comme les Begs du Daghistan et des Kou- 
niouks sont des musulmans, qui dès les premiers temps se sont 
réfugiés à l'bmbre de notre protection impériale; comme les 
peuples habitant les rives du Dnieper, qui reconnaissaient au- 
ti^îfois la souveraineté de la Pologne, sf sont mis sous la pro- 



463 KOTi^ 

iection de notre Sublime Porte à riaa^'gatipQ iix khaa 9 notre 
fiervitev^r, e^ comine, depuis que noua. a^iQ^ inonté^ «ir 
le trône de Satompn et qpe n^ou;» ^blppi^pA« Iç niqndq ig^ 
notri^ gloijrc, Us comptent parmi nps serviteur^» vpfis n^ 
devez, çQiiduire contre eux auc^if^ arméiQ* ni pr^ju4içier ) 
leurs biens ou 4 leur personne. En m^ mot, au^i long-temps 
que, par la Tolontéi du Dieu tout-puisw^t , voua obs(erverei( 
religieusement la paix conclue , et que vous ne la violerez ea 
aucupe façon^ aussi long-temps qw le khaii.i i^Qtre serviteur, 
ni vous, n'agirez contrairement aux stipulations 4€^ cette paix, 
nom o^rverons également les, articles confirma»» de sorte 
qu'on ne pourra npiis soupçonner de voulpir rompre le traiti 
existait. Ç*eçt ppurquoi i^ons ayom doiiné les ordres oéç^ft- 
Sfiires tant aju^l^b^p de Crimée, à ses su^Mm^ e^t aux Tatarei, 
qji'aux vizirs, aux émirs et aujlrea comp^andans des troi(pe«, et 
il est certi|iii q^'ei^ observait lei çoi)4ttions qu^ vous out faitsi 
notre aipitié e\ notre., amour de la paix et du bon accorda 
on veffa naître, si. Di^u>?iVlt->-pui9saut le veut, leS) beur^iasi^ 
e£Pets do pptre bon yoisiafige» » 

IL *TT! PAQf ^y. 

VInscha du reîs-efe|idi Mobammfd qop^eii^ spus len** 12S 
la lettre impériale écrite à rbetma^n des Cosaques, Bairabascb 
Jean Beroyi^ki, chef des Cosaques Bar9b;af|cb et Potlial; cette 
dëp^c^e le repyoie au l^^a^ 4^0 Ta,tare« p^piir ii|irp,saisppmis'^ 

sion à la Porte Qoo^me Tavaieiit fait l^s.Çps^qiaes da J)n;içper. 
Le n** ia4 cou tient i^u ordre du Sulta^ adi?s9j& aux cbefs des 
bordes du Dagbistan, eu l'aunée io^3î dam cette l^^^r^* Venk' 
pereur les informa quHl avait agréé Içur prière, et qu'il avait 
ouvert des négociations avec l'a|ml)ss^deur rus^ à TefiFet de 
garantir leur, tranquillité» Le ferma^n est adres^ au grand- 
scbemkhal Sourkhaï, au sçcond schemkbal Tschppalpw » su 
troisième schemkbal Sultan-Mahmoud et au qn^itriième schem* 
khal Qttloubeg. Cç fçrro9n uqus apprend qiie le uonjn 4^ set^m^ 



ET ECLAIRCIS6EMENS. 463 

kM «oirratpond À celui deGbiralf que le Sourkbai était le 
UMm di| DiigliisUiiy que T^dippalow était le premier ^ SuIUmw 
|lfabiiiiO|id 1^ tr/oiâième siKtpeaveur^ tout connae cliez les Ta<r 
torffs de Crimé^i le kalgba et le aoureddin. I^a lettre «a kfcaa 
<)ea Talareif dutée de 1078 (daas lei même Inscha,,u^ 1117)9 
dît qM^y puÂiqii'il fallait craindra la^ecMLlition deé Ruisea et dea 
I?a]k>oAi8 qui venaient de feire la. paix t on, avait. mia.deua ses 
9fdiv^ loa Co^aques^Barabasch. Qt lea Kalmouks» et les habitans 
demeSotfcaU 



Abdi donne encore les noms sciivans : Sikhna • Sirouz 
(Seres), le cban^p de l^abowa; Kaïnardjé (défilé étroit); 
Yenidjé; Yassil^œï; de 1^ le Sultai^ fit une excursion à Semen* 
drek (3an[iotbrace)| de Yassikoeï l^s queues de cheval furent, 
portées à Kçiumouldjina ; Btegri; Schabinler; Sendel; S9I- 
touk; la plaine de Oemitoka; la plaine de Poulad; Timour- 
tasch I prè^ d'Andrinople ; Andrinople. 

IL — Page 363. 

« Eilractaa littenar^m a Mâgno duce Moicoviai ad Tur« 
» oarom Imp^^alelnQinpiecLe^atii^m suiun rallatarum 3 i^/^n'^ 
^/\QlJ:k^éUmâic$ Aifck. h tL Netifiep firairi nostro Turcarum 
• Sliltaoe PefteAtiaitmOf'quodiBtiernos nmgnum dominuaiyel 
» fratrc«a ncMtnim Sofen^asiroiim BlkhacUni Polonîao I)«gen^ 
tt LiitlMMiQin; etRussiiB magnum JDucem, ac alioram Rrtgno*- 
» r»m Damimun 9 auiilianto Omnipotente Dec ^ uno efr 
9 TninOi pecem oeniftnniavierimiis.y et «x utraquc parte fra-^ 
» ternaiQ amioiftiam: renovaverimua; qiiapropter Vestram Me<^ 
« jettatem véluli antîiiaam Irvtrcm^^ amiemi et vicinum, è» 



464 NOTES 

j» bac nostra conclusa paoe certiorem facere voluimiiSy ut 
» etiam per banc legatum j yesiram erga nos bonam amicî* 
» Uam confirmarey simniqae Hanno Grimensi impônere'non 
» intermittatisi ne vigentem in ter nos paeem et amicitiam 
» turbet , ac ad bellam pforsns nutlam prabat occaaionem , 
» quemadroodum jam prasterlapsia annU vos meis legatis 
» ioscriptis promisistis , etvestri Yesîrii oretenns erga eosdem 
» affirmarant, quod nobiscmn antiquam. amicitiam et bonam 
» vicinitatem continuare desideretis y tum non solam dic- 
» tum Hannnm cam Saltanb^ sed et Mirsam , ac quemque 
s» Tartarorum, nos et civitates nostras Ukrainiae bostiliter in- 
» vadere prohibueritis : Sîgnificantes | quomodo boc anno 
» 167a Frater noster Polonise Rez ad nos lUustrissimnm 
» Joannem Gininski Palatinnm Helminiensem 9 Ciprîanum 
» Paulum Bostanski Referendarium et Notarium Magni Do- 
» cis Litbuaniaei et Alezandrum Hotoviz Sacerdotem Scbo- 
• lasticum Vilnîensem , Legatos misent nobis et nostro con- 
w silio ezponendo 9 qualîter maledictus Doroszenko j non 
» tantum âdelitatis suae oblitus rebellaverit , Cbristiano san- 
» gnine enormiter se polluent^ protection! et obedienti» 
» Vestrae subjecerit , ac sanctam pacem inter Regem Polo- 
» niae et vos sceleste yiolaverit| quin imo ijiUerîores ru- 
» mores et tumuUus ez ci tare studeat. Cum vero bujusmodi 
» contra initam cum fratre uostro Poloniae Rege, et bujas- 
» que conservatam pacem ac sinceram amicitiam directe coin- 
» mittantur, conveniebat nobia, 4anquam àmico vestro me- 
» liora persuadere , ne propler diotu^ reb<^llem Doroszen- 
» kom j postbabita antiqua amicitia et bona vieinitate , bello 
w nos ezponatis, sed exercitus Testrps ezmissos revocetis, si- 
a» mulque Hanno | tam cum Polonis, qoam nobitcum , pris- 
» tiqam amicitiam et bonam vieiqitatem connervare deman- 
» detis. Quod si tamen repudiatis nostris stnceris persua- 
» sionibus , ab intente vestro hostili non recedere et in bello 
s» faciendo persistere volueritis , nos ut TCfe snmus Princeps 
» Cbristiaousy et pacia paets cota Rege Poloniai fecimoSi 



ET ECLAIRCISSEMENS. 465 

» coram Deo testamur, qnod et nos exercitus Dostros educe- 
» mus , Cosacog Tanaienses ac reliquos noatre ditionia , ad 
» infestandum mare nîgnim , Tartaros Calmukîenses , No- 
M gaienses et Gensishanienses ad alias partes vestras inva- 
» dendas ordinabimuS) et non modo dilîgentem curara im- 
» pendemiis, ut verus zelus inter Principes Ghristianos ezcî- 
» teturt ex quo inanimis omnium consensus fiât, et vicini 
» Reges et fratres nostri nobiscum sentientes , pro tuendîs 
n partibus Christiania , contra vos arma càpiant ^ sed et 
» Rçgi Persi« Schach Soliniano Vicino nostro ansam dabi- 
» mus y at cognita tam apta occasione , ille quoque prop-> 
» ter passas a Vobis injurias e suis regnis in Vestras ditiones 
• erumpat* Quamobrem si consultum vobis esse vultis , eam | 
1» quam nos desideramas antiquam amicitiam et bonam vici- 
» nitatem , pacifiée conservetis. In quem finem hasce litte- 
» ras per legatum nostrum Basilium Alexandrum misimus, 
» requirendo Vos , ut illum quam citins cùm responsoriis ad 
» nos re?ertere permittatis etc. Datum in civitate nostra 
» Moscua y tertia mensis Aprilis 167a. » 

III. — Page 364. 

Traduiione délia leUera del Supremo F'esir al Gran Duca di 

Moscoçia de 27. Mono t6j3* 

« Al piu bonorato tra li Prencipi Cbristiani (con il resto 
» del titolo) Gzar de Moscovia, etc. Doppo affettuose et ami- 
1» cbevoli salutationi v*avisiamo , qualmente la vostra lettrra 
» scritta et mandata al SerenissSmo, Clementissimo^ Potentis- 
» simoy Magnificentissimo Imperatore del mondo, simile alla 
w potenza d'Alessandro roagno (Dio eccelso moltiplicbi le di 
» lui vittorîe e potenze!) è stata al solito interpréta ta, et refe- 
» rito il suo senso al trono impériale^ dal quale si è inteso, 
1» cbe per voler giovare et proteggere il vostro gran amico et 
n diletto vicino Re di Polonia, bavete scritto parole vane, 
» indécent! et inconvenienti alli Re et Monarcbi, et bencha 
T. XI* 3o 



466 NOTES 

• per la providenza dîvina questa serenissima iat potentissima 
» Impérial casa sia superiore a tutte le altre, non suole ascol- 
» tare simili parole vane ed indecentiy tuttavia vi rispondiamo^ 
» maravîgUandoci molto^ cbe essendo voi in posto honorato 
» tra li Re Christiani , et possedendo un posto si stiroato tra 
» li raedesimiy non habbiate aequistato anche qualcbe pro« 
» prietà degna et buon costnme, conveniente alli Re et Mo- 
» narcbi de Cbrbtianità| li quali stimano et proeurano la pace 
» per la quiète et riposo de loro sudditi. Ma voi inconside- 
» ratamente prorumpete in vane et scandalose parole , quali 
» possono levar et privarvi délia pace e délia qniete. Quanto 
» alli Polachii quel tanto, che ci è cônvcnuto fare si è di gia 
». fatio et determinato in quel modo e manierai che la pro- 
» videnza difina, che governa il tutto , hà destinato, ne per 
•> hora vi è cosa di dire in questo proposito, ma se voi desi- 
» derate di giovare et agiutare il vostro Amico vicino Re di 
» Polonia, dovevate farlo avanti la guerra, con dargli buoni 
» consigli^ e corne amico d'ambe le parti farvi mediatore alla 
» felice et eccelsa Porta con ufBcii amicbevoli, quali nessuno 
» baverebbe potuto biasimare. Gbe poi, voi ci minacciate cod 
n li altri Re Yicini , et dite, cbe si lamentano de noi, poco ci 
» curiamo, sapendo, che banno ragione di la^nentarsi^ perche 
» noi sîamo vincitori de tutti, et babbiamo da loro preso tante 
» provincie, città e fortezze. £ gia che la divina providenza ha 
» destinato, di far caderquel maie a quelli, che lo desiderano 

• agi' altri, cosi succédera anche a voi. Mentre in quel istessa 
» conformittà, che vederemo procedersi da voi, cosi nelFis- 
» tesso modo , si procédera anche da questa parte con voi , si 

• al bene, corne al maie, etc. Adrianopoli 27. Marzo lôyS. » 

IV. — Page 870. 

Les documens qu'on va lire, publiés dans les Archives I. R., 
donnent à ce sujet les notions suivantes : 

« Il contenuto délia lettera del Gran duca di Moscovia 



N ET ECLAIRCISSEMENS. 467 

» mandata al Hatmanoo Générale dei Cosacbi di Zaporovia, 
H Pietro Doroszenko, et poi da esso copsegnata a Ali Aga Ca- 
» pîgi Bassa mentre era Ambasciadore costi per esser mostrata 
» et inlerpretata al grao Signore • 

n Dicbiara cfae essendo statp mandato da parte del detto 
M Hetmano Theodoro Korprka Afnbasciadore al gmii duca di 
M Moscovia con (ettere supplicbevqli a qiiellA Corona per la 
» liberatiope di suo fratelio Gregorio Dorosiepkp et altri offi- 
» ciali dalla prigipnia loro, et al incontro efferendosî ancor 
n essQ di liberar li prigionieri Moscoviti in Cherina sua for- 
ai tezza, presi dal tempo délia rotta di Bruhpwitski générale 
•» di Cosacbi per parte del detto duca. 

» A questa riebiesta e stata data la riposta con séquestra- 
» tione del Ambasciadore Tbeodoro, ma per6 al ultimo con- 
n descese il gran duca aile preghiere del Dorosscnko , libe- 
M rando il detto Ambasciadore et promettendo di liberar an- 
M cora suo fratelio con altri prigionieri Cosacbi, pur cbe il 
w detto Doroszenko rinuntii le piazze cbe sono di là del fiume 
n Borislbene a Damian Hinatozits suo générale, il quale in 
M brève tempo deve esser spedito con Farmala per custodir le 
n sue provincie Poltaviensi^ Miroborodiensi^ Lubensi et altre 
» cbe nelle convention! con Casimiro Re di Polonia furpno 
>i cedute alla sua Corona et poi usurpate da ^sso, et che in nis- 
» suna maniera non deve infestar 11 governatori délie piazze^ 
M cbe di là del Boristbene si trovano, ne cbiamarli alli suoi 
» consiglii in Umau, essendo Ipro ordinato, cbe debbino con- 
n sultarsi con il suo générale Honatozits in Jliubova , poicbe 
w già da molti anni essi sono suoi giurati çoggetti e fideli sol- 
w dali , ma con le sue fraudulenti Jetlere et persuasioni , si 
» come ancora per le varie invasioni sue si sono desviatî et 
M segregati dalla loro obbedienza, il cbe essendo eseguito dal 
» detto Doroszenko sara partecipe di ogni gratia et favore di 
» detta Maestà j si come ancora di quella di suo fratelio et il 
M Re di Polonia. Doppo la speditione del Ambasciadore Ali 
u Aga dal Tartarbano y dove si tralenne due mesi , comia- 

3o* 



468 NOTES 

M ciorno conaparir le schiere Moscovitiche di là dal Boristlieney 
» donde con diligenza fu spedito al hora arrlvato Arabascia" 
n dore Gosako Basilio Lobeiko alla Porta con tre lettere, una 
M a Caîmecamy altra al gran Vesiro, le qualî lutte due sono 
» d'un medesimo tenorey la terza a sua Maestà istessa con la 
» informatione data sotto il buUo générale al detto Basilio di 
» cio che deve desiderar et dir al gran Signore. 

n Nella lettera del Gaimecam ringrationo a sua Eccellenza 
» per la intercessione /atta a Sua Maestà per loro, che lor ha 
N fatto si gran honore, rice?endoli sotto la sua protettione 
w con i doni dei standard! , li quali essi ricevomo con ogni 
» sommissione et allegrezza et sene gloriarano eternamente di 
» tal omamento et segno délia gratia et tutela dclla Porta 
» Ottomana, ofiferendo ancora essi le loro vite per servitio di 
w Sua Maestà a ogni su* commando, purche siano conservati 
» i loro antichi privilegii et libertà con sangue comprata , et 
» poiche Sua Maestà non postponendoli alli altri Prencipiet 
» Potentat! si e dignata di riceverli alla sua amista et lor com- 
» manda nelle sue ultime lettere che debbano fargli aviso 
• d'ogni loro prospero o infelice stato , et battendo alla Sua 

N Porta di félicita dimandar le gratie loro necessarie. Percio 

> 

n hora presentandosi l'occasione che il gran Duca di Moscovia 
w prétende secondo li patti et conventioni et tregua fatta per 
N alquanti anni con il fu Re di Polonia tutte le piazze et mi- 
» litie che sotto il loro commando sono di là dal Borislhene 
» dal loro Hatmano Doroszenko et per questo effetto gia inviar 
w le' sue truppe verso qùella parte supplicano humilmente Sua 
m Eccellenza, che loro facci favore di intercéder appresso il 
» gran Signore che quanto prima sianno mandati i suoi stretti 
M commandameuti al Bassa Silistrense et Tartarhano, che al 
» primo aviso cbe haveranno , mandino in aiuto loro senza 
» tardenza et scuse tanla mililia che vorrano nei luoghi da 
w loro dissegnati, et che csscndo nei loro paesi vivano da fra- 
» telli senza depredare i loro béni et prender scbiavi. 

w La lettera di Sua Maestà contiene le précèdent! relatiobi 



ET ECLAIRCISSEMENS. 4^ 

• délie ultime lettere mandate per il servitore di Ali Aga Am- 
» basciadore, cioé del suo arrivo cola con i presenti et sten- 

• dardi ricevuti da loro con ogni riverenta, et corne il Doros- 
w zenko vedendo la înconstansa et discordie fra la sua militia 

• havea deposto il suo of&cio del generalatO| ma poi essendo 
n stato pregato e necessitato, Tha poi ricevutonn altra volta 
» COQ consolatione délie essibite gratîe .et protettione confer* 
» mata da Sua Maestà , perci6 ancora loro sVssibiscono di 
» voler spender il loro sangue nel servitio di Sua Maestà ognî 
» volta che lorara comroandato. Poi fa relatione délie pretese 
» del Moscovita et la marchia delli eserciti Moscoviti verso i 
» luoghi délia giarisditione di là del BoristfaeDe, et corne per 
» ovviar a ogtii danno^t ineonvenienze^ ha ancor egli spedito 
w in loco suo il Golonello Cfaerinense et il Colonello Podo- 
w lirnse con mille Tartan di Akerman, ma dubitando che la 
w sua armata non sia sufficiente perci6 prega per li comman- 
» damenti alli sopradetti conformi di sopra. 

» Le instrutioni date dal générale Doroszenko al suo Ambas» 
» ciadore Basilio Loboiko di quel, cbe ba da cbieder dalla 
•> sua Afaesta aboccato. 

w Primo deve far bumilissima reverenza da parte sua e tutto 

• Tesercito Cosacco a sua Maestà et ringratiarla delli concessî 

• stendardi e protettione ^ secondo deve offerir da parte delli 
w predetti a Sua Maestà ogni loro ossequio e prontezza alli suoi 
» commandi fin al altima goccia del sangue loro e dei loro 

• posteri* 

• Terzo, cbe impetri da Sua Maestà un severo commanda- 
n mento per i( Tartarbano et Bassa dî Silistria , cbe venéndo 
» loro nei loro paesi in aiuto non lasciano far scorrerie per i 
w loro villagi aile loro militie, ma cbfî gli tengbino in freno et 
to probibiscbono di far loro danni depredando et saccbeggiando 
M le loro case et facendo scbiavi li loro popolî. 

• Quarto et cbe dimandi ancora un commandamento per il 
«» Tartarbano cbe debba dar parte d'ogni novita al detto Do* 
» roszenko , rimandando le lettere capitale ue'le sue mani 



470 NOTES 

n <ïal1a sua natlode, et clie sapendo clie àlcuno delU Sapord- 
» vieAsi o Ukraàiensi màccbianàsse alcun danno o pregiii- 
w dizio ai detti paesi o alïa Sua persona, gli deTa dare aviso 
» seni^a celàr alcuna cosa. 

» Quintû et ehe sia commandato al Tartarhano che se alcun 
» mal eonteiito ddla sua natîone si richia masse a esso et gli 
» scrivesse aleune lettere, non debba riceverle , o rtcevendole 
N debba mandarle al Pietro Dôroszenkô Générale. 

M Sesto se alcun Ukranense vorrà fare seditioni e tumuiti 
w lîella Ukraine senza il consehtimento del générale Doros- 
w zenko e verra sottoinettersi alla stta pfotettioney desîderando 
» da esso gente in aiuto, non gli debba ricever, ne concéder 
w aiott, anzî quanto prima dovra dar notifia al detto générale. 

» Setlimo che riicconti a Sua Maesta la marcia delli eserciti 
» Moscovitichi in gran numéro verso le sue giurisditioni, del 
» che di già si commincia fra di loro guerra aperta , dichia- 
» randosi il Duca di Moscovia patrone di tutti quei luoghi 
» ctic ci partengono di là del Boristbene et pretendendo tutte 
w le piazze et militie cbe sono sotto il mio commando. 

» Ottavo che se per opponersi aile forze di si potente nemico 
» le sue forze non bastassero et havendo essi bisogno di soc- 
w corso che il Bassà si Silistria et Tartarhano gli debbano soc- 
» correr con tanti numeri dei soldati che il générale deside- 
» rerà senza far scuse et dilationî, perci6 sopplichi sua Maestà 
w per commandamento ai detti Signori che iramediameate 
» siano spediti. » 

V. — Page 373. 

Copia délia lettera del Hatman Dorozenko, mandata per Ah- 
sandro Besodonoçitsch al Caimecam» L'altre tre, cioé per il 
Sultan, Mufti et Gran Veùer sono deW istesso tenore. 

« Titoli. Racconta^ che j^er innanzi con espressi Ambascia- 
» dori e letlere si clamentato alla Porta, che per commando 
» del Tartar Hanno hanno fatlo danni Intolerabili nei suoi 



ET ÉCLJtHIfilSSEMENS. 471 

«» paesi, hora aacora continuando sempre il mal afietto et ini- 
«» micitia del Tartar Hanno, maBdo il detto InternuntiOf con 
» supplichevoli lamenti et nvisi, corne gi4 per tre rolte hab- 
w bîno H Tatarî invasi unitamente con i Gosacchi suot ribeUati 
w per fattione del Tartar Hanno i loro paesi ; nella primavera 
i> passata è nscito da Krima con un esercito di 20 m. Tartan, 
» sotto il commando del Nurdin Sultan, unito con Suho- 
«> vienko, fatto Hatman del Tartar Haono, sopra i Cosaccbi di 
• Zaporowa, con quali hanno dato un guasto nelia Ukraina 
w nel autunno passato, parti il Batirtscbamirza con la orda 
w di 16 m. Tartan, et venendo a Uman ammutinè quei Gosa- 
w cbi, cbe in numéro di it» m. erano li, et con persuasione et 
M lettere patenti del Tartar Hunno, ha fatto Hatmano sopra di 
n quelle trappe Micbele Hamelko, veccbio soldato et oliciale, 
« con questi unitamente banno invaso la Ukraina, et depre- 
w dato una gran parte del paese, abbruggiorno una gnin parte 
» con molti borgfai, villaggi^ et massîme due Città Tecgovitdi 
w et KuTschun levaado sei milla anime in scbiayitù. Il cbe 
«> sentendo Hattman, DoroEcnko, et credendo, cbe il Tartar 
w Hanno già avisato delli stendardi manda tigli dalla Porta 
» per segnx) di protettione non ardisse di transgredire li ordini 
n del gran Signore, et vedendo poi il contrario, cbe in Ipco 
» di venir loro in aiuto contro il Moscevito, e venuto a rui* 
» narli, protesto in presenza di 600 Tartan Akermanensi et 
» Nogaiensi, cbe appressa di lui si trovayano^ cbe par salvar 
» loro vite e quelle delli loro sudditi erà oostretio di andar 
«> incontro a questi inobedienti al gran Signore, e cosi riso- 
» Jutamènte si levô cOn docendo, seco li detti Tartari, et in- 
^ conU*6 tl «detto Batirtcha con la detta gente sotto un borgo 
» detto Stilova ; al quale mand^ due Cosaccbi et due Tartari 
« a dimandar, perche loro fiskcevano questi danni, sapendo, 
M che « l^ro ^oae aetto la protettione del Oran Signore , al 
« che Bàtirteba rispose , cbe hora vederà il Dorozenko, cbe 
« cosa li valeranno i stendardi délia Porta, e già una parte dei 
« paesi per doye é passato, hanno visto oorae era più neces*- 



473 NOTES 

• 

» sariii la protettione dei Tartari che dei Tarcbi, andate et dite 
N al DoroKenko si non yuol veder ruiuato taie delli suoi paiesî 

• che venghi ad hnmiliarsi ai miei piedi, et stracci i detti sten- 
n dardi $ ch'ottenerà ogoi gratia dal Tartar Hanno* Doppo la 
n riposta^ che hebbe il Dorozenkoy continué la sua marchia 
N con li stendardi avanti, et venendo ii Tartari incontro, cor* 
» rendo a cavailo monstrarono con irreverenza il tergo, et 
N poi arrivando molti allri banno tirato una gran quantité di 
» freggie alli detti stendardi ^ et alla gente dcl Dorozenko. 
» Donde questo vedendo offesa la riputatione dei Gran Si- 
» gnorcy protesté un altra volta a suoi detti Tartari, et poi 
» inanimato la sua génie, fece brava resistenza ai Tartari et 
» Cosacchi assalitori, et cpu continue discaricbe dei moscheti 
» l'ha ributtatO) poi perseguitando, li messero affatto in una 

• disordinata fuga, lasciando tutle le loro prede, et li Pedoai 

• Cosacchi buttorno le ioro armi et lasciorno ivi li loro can« 
M noni et bagagli in preda a quel dei Dorozenko i quali fra 
» le altre robbe delboltino trovorno una cassetta di denaridcl 
» detto Mihai Hanenko loro Hatmano, et la presentarono al 
» Dorozenko^ costui avendola aperta, trovo dentro varie scrit- 
,9 ture, et in parlicolare lettere délia conginra dei Tartarbano 

• con essi di questo tenore. » 

Copia délia leuera dei Tariarhanno, al Mikal Hanenko Hal- 
. mono delli Cosacki Zaporot^iani da parie sua messo nelt 
officia, scritta in Ungua Polaca. 

n Titoio. A te Mibal Hanenko Hatmano delli Cosacki di 
» Zaporovia mio amico pace et sainte. In sin adesso non ho 
.• potnto spedire li tuoi Ambasciadorii per esser si prolongato 
» il nostro consiglio piu dei ordinario, hora.e conclusa la 
» nostra congiura et con promessa , et siamo risoUo di osser- 
» vare etema amicitia con voi, et protegervi da ogni ?ostro 
» nemico con tutti li nostri esercîti , et hora per primo segno 

• vt mando il Batircha Mirza Begh^ et delli oiiei servitori di 



ET ÉCLAIRCISSEMENS. 473 

9 Porta Faimaz Aga tutti doi con pdnderosi eserciti , andate 
» insieme et guerregiate in Ukraina contra il vostro inîmico 
» Doroszenko , si più ne havrete di bisognOi avisatemi cbe vi 
m mandar6 quanta gente voleté, con questo patto, che havendo 

• ancor noi bisogno delli vostri aiuti contra qualsivoglia nos- 

• tro nemico, non manchiate di venir, et da qui avanti, ia 
» conformità di questa nostra congiura in vostro favore, non 
» vi sottomettete alla Casa ottomana, ne al Doroszenko, il 
» resto di quello , cbe vi ho da dire , senti rete délia bocca 
» delii vostri Ambasciadori, rimandati insieme con il Batircha 
w Mirsa et le sue truppe, vi raccommando a Dio. Data Bak-> 

• ciaserai. a6« Ag. i66g. » 

r 

Copia délia lettera del Veziro del Tartarhano al Michèle fla- 

nenko et suo esereito. 

M Titolo et saluti. Sapete, cbe bo preso il vostro negotio su 
» le spalle mie, et tntta Grima ba visto le gran procure, cb'ho 
» fatto per voi et attendo con ogni diligenza ai vostri affari, 

• poicbe il mio maggior desiderio è questo,. cbe l'interpres^ 
n amicitia fra noi non cessi mai , bora bo tanto eflPetuato, cbe 

• tutti li Begbi et Aga, et tutti li principali oiEciali délie nos- 
» tre orde essendosi radunati a un gran consiglio, banno al 

• fine risolto, di continuar eterpamente nella vostra et del 

• vostro esercito amicitia bora a maggior segno confirmata ; a 
» questo fino gia vi mandiamo due orde contra i vostri ne- 
I» mici, et cosi ginrato et conditionato babbiaroo tutti quanti^ 
I» cbe non vi lasciaremo mancare i nostri aiuti, come piu pro-* 

• lissamente vi contaranno i vostri Ambasciadori, quello cbe 
» banno visto, ma per6 desideriamo ancora da voi et dal vos- 
w tro esercito, cbe osserviate bene et siate constanti nella 
» nostra amicitia, et cbe ci yogliate ogni bene, et il nostro 

• Tartarbano et i Snltani et i Begbi sperano, cbe ogni volta, 

• chebavremo di bisogno, ei mandarete i vostri aiuti, quanti 
M vorremo et io in particolare ancora vi prego, cbe ne servite 



474 NOTES 

n con ogni sincerità| poi che la continuatione délia nostra aroi« 
» cîtia commune sarà molto utile ad ambe le parti. Data in 
w Bakeie Serai 3o. d'Agosto 1669. — Yoâtro benevolo amico 
w Yezir et Seriasker del Tartarhanno. » 

Copia délia scrittura délia congiura universale dei Tartari con 

i Cosacki Zaporot^ianî. 

« Noi Begbi Aga, Mirza Saltani et tutta Grima Nagai, Cir- 
)» cassiy Attat et Taman et altri officislli di tutte le orde Tar-> 
» tare, cbe facciamo saper a tatto il mondo et in particolare 
» a tutti li Hatmani, ai Sauli, capi di Truppe et altri officiali 
» et Soldati, privati et communi, cbe per la continuatione 
j» delta Voàtra con hoi amîcitia et fratellanza, siamo risoloti 
» di protegervi et defender da ogni vostro nemico, corne bora 
» a bon conto vi mandiamo Batirscba Mirza et Taimaz Aga 
* noUri compagni, con due orde^ accioebe con esse andiate a 
» tîbcontrare et offiendere il vostro nemico Dorozenko, et in 
» qnesto ultimo consiglio tutta Grima ba cbncluso i patti et 
» conditioni d'unanimità con voi, et confirmatoli con i nostri 
» giuramenti, si corné ancora giuriamô per il Dio creatore, et 
N vi promettiaho mentre cbe Grima sarà Grima, non si gua^- 
» terà la nostra amicitia et vi darcmo ogni aiuto ail' incontro, 
)» ancora vogliamo , cbe voi altri Zaporoviani ci diate éiati 
» contra i nostri n^emici quai volta desideratemo et non é\ 
» mancate di parola, eosi àncôra noi non vi mancaremo di 
» difesa cou tutte le nostre orde, etsecondo questi patti sa- 
» remo costanli nelF amicitia sempitema con voi, ancor cbe 
» la Casa ottomana sia contenta o non, sempre baverete i 
» nostri soecorsi, voi ancora ne darete i vostri senza scuse 
I» pretenzioni alcune, con questo vi raccommandiamo a Dio et 
« per piu ferma attestenza , confidenza, et osservanza impri- 
» mémo i nostri bolli et sôttoscriviamo i liostri nomi in questa 
» charta di congitira. Data Bakua Sarai û6. Agosto 1669. *> 
» Vostri affectionâlissimi et fidelissimi amici tutti i Bcgbiy Aga, 



I 



ET ECLAIRCISSEMENS. 475 

• Mina, Sultani del Dominio et orde Krimensi et altre et in 
» particolare noi Scbirin Begli, Giafer Begh , Murteza Begh, 
I» Arghin Mirza, Barin Mirza, Bartcha Mirza, Kîratcli Begh, 
n Bairali Mirza, Seidabmed Begh, Mubamedche Mirza , Su- 
» giudscheigh Ali Begb, et al tri tutti. » 

Copia delîa lettera scruta dal Chmelniski figliolo di quelfamosb 

rebeUe deUa eorona di Polo nia, 

« Charissimo et generosissimo Hattmani e officiale délie trup- 
» pe deî Cosacki. Gia sapete , come io vedendo le miserie di 
w questo mondo et l'esparsione di sangue fatta ne! tempo délia 
» vita del mlo padre, lio abbandoDato le cose mondane et ve«- 

• tito un babito monastica, mi sono ritrovato alla divotione 
» et servitîo di Dio dove sin bora rincbiuso in un monasterio 
» et meditando le cose passate et future delli affari délia nostra 
» cbara patria, mentre cbe al improviso mi venne a visitar 
» un buomo et mi présenté le lettere del Tartarbano, nelle 
n quali mi invita alla carica del mio padre con moite pro- 
» messe, sono stato altonito per un pezzo da simil cosa, et con- 
» siderando , cbe questo e arrivato dalla volontà di Dio, il 
» quale mi da questa vocatione per defender la mîa patrîa et 
n i poveri sudditi di Polonia, ebesono délia nostra fede greca, 

• oppressi dalli catbolici et tenuti come scbiavi, cbe con 
» questo baverè più gran merilo da Dio, sostentando il tra- 
» vaglio per beneficio di tutte le nostre anime, cbe per la mia 
M sola, et sono risolto di spqngliarmi di questo babito, per 
» yestir il giacco del mio Padre, et cosi vado ai piedi del Tar- 
» tarbano nostro Patrone, dandovi il primo aviso et sperando 
» cbe mi riceverete con oghi bonore, ricordandovi deî meriti 
M del mio padre, cbe vi ba liberato dalla scbiavitu dei Polaki, 
» et messo et libertà per sempre. » 

Un altra del medesimo al Got^ematore di Tergouitcza, 
« Carissimo Signore et fratello. Non una volta, ma spesso 



476 NOTES 

» ho cogDOScîutto il baono affetto suo verso di me, essendo nel 

• habito monastico, bora che sono nel babito seculare, voglîo 
» meritare ancora il megliore, dandogli aviso di gran impor- 
» tanza et allegrezza , cbe lodato sia Iddio, nei nostrî tempi 
9 succedono le cose mai per avanti successe ci6 é cbe la scimi- 

• tara di Grima agguzzata si leva sopra i roUi delli Turchi , 
» come altre volte ^\i bo scritto, ma bora di certo confermo, 

• per esser più sicufo, quello cbe l'ocbio vede , îo mi stimo 
» più felice del mio Padre, cbe ha ammutinato voi et i Tartan 
» contra U Polachi, ma io ho ammutinato Musolmani contra 
9 Musolmani, Mohametto contra Mohametto, havendo dunque 
» risguardo a questoper amor di Dto et la sua Cbiesa Santa, et 
» per voi altri stessi, crediate a questo, et servitevi dell' occa- 
» sioncy per vostro avantaggio, et unitevi a me et al Tartar 
» Hanno, perche si sarete con Dorozenko, sarete ruinàti da 
» Moscoviti et Polaccbi, havendo il Tartar Hano buone cor- 
» respondenze et patti sicuri con queste due Corone. Data a 
i> Grima i3. Agosto 1669. 

» Questo miserabile mandato dal Tartarhano insieme con il 
w Batirtcba Mîrza et le suc orde con titolo del Bas Hatmaii, 
» come era il suo Padre andava a pigliare il giuramento dalli 
» altri Ilatmanni e gnvernatori Zaporoviani , et si trovo in 
» quel conflitto dove devendo le cose andare in raale, si resti 
n di novo da Pappas^ et fuggiva Ramengo, ma fu chiappato^ 
» et conosciuto da quei del Dorozenko et cosi mandato al 
m Bassa di Silistria^ dove bora e nei ceppi^ credo che lo fo« 
n ranno venir in Adrîanopoli. » 

Altéra letiera del medesimo. 

« Per queste continue invasioni et danni insopportabili^ che 
» per ordine de Tartar Han ci sono fattî , supplichiamo Soa 
» Majestà, di farci questa gratia et probibire rigorosamente 
» che non procéda con noi inimîcamcnte ricognoscendoci per 

• iunici et confederati con la Porta, overoi che li rimova dal 



ET ÈCLAIRaSSËMENS. 477 

» officio di Tartar Han, e cbe si facci un altro nel suo luogo^ 
M che sîa pîu ben affeUionato al Sultan, e cbe vîva pacifica* 
w mente con noi altri> corne buon vicino, perclie se non ci 
w sarà fatta gracia, et contînuarà questo tiranno a molestarci 
» corne adésso, saremo constretti ben con nostro dîspîacere di 
» cercar altri rimedii^ et gionger le nostre forze con qualcb*un 
» altro, per vendicarcî delli danni passati, et non solamente 
» opponerci aile sue scorrerie, ma andar a trovarlo nella sua 
» regione , e dargli un simile guasto , cbe esso ci diede , già 
» che è dovero , cb'ogni uno défende la sua vita , e procurî 
» il bene délia sua patria, donde pregbiamo il Gran Signore, 
w cbe non ci babbia per maie, si essendo astretti veniremo a 
w quel termini d'inimicitia. 

M Non babbiamo offeso il Tatar Hanno în altra cosa cbe in 
» questo, cbe non mandiamo i nosiri Ambasciadori prima a 
w lui et cbe li mandiamo dirittamente alla Porta, senza fargli 
» passar per Grima , e per ci5 é adirato di questa sorte e fa 

• le continue învasioni delli nostri paesi, anzi di piu, secondo 
M cbe miei Ambasciadori ci riportano , ba risoluto di venir 
» questa primayera in persona contra di noi, con tulle le sue 
» orde. Quel Ambasciadori erano partiti con il Capigi Bassi 
» Ali Aga al Tartar Hano, per dargli aviso, come cbe con ogni 
» bonore babbiomo ricevuto li stendardi del gran Sîgnore,eper 
» esser da esso ricognosciuti e protêt li come dafideli servitori 
» délia Porta ma esso li mando via senza dar loro alcuna rispota, 
» et senza fare loro alcuna grata accoglienza , dal cbe bab- 

• biamo scoperto il suo odio contra di noi, et credtamo per 
» certo cbe se non sara raffrenato dalla Porta, verra per rui- 
w narci affatto. 

w Doppo que&to , uuito cbe aveva tutti li nostri insolenti 
» Cosaki con le sue forze, mi vuol deslrugger^ poi prepararsi 
» alla difesa et offesa del gran Sîgnote, non volendo esso piu 
» esser sotto i commandi dellâ Porta, et pretendendo d'baver 
» il suo regno successivo dalpadre al figliuolo, come di moite 
» interectle lettere si ba inteso, délie quali questi paesi sono 



478 NOTES 

» pienâ, scrivçndo essp a yari nostr? Goveroatori, a fin dîri- 

• durli alla sua fattione , et tutti ii nostri ribelVi Gosaki presi 
» da Noi , dicono , cbe publicameute in Grima et pçr iî ioro 
» paesi seue parla di questo , et ip ho mandato parecchie let^ 
» tere sue al Bassa di Silislria per esser mandate alla Porta, et 
» scoperli i suoi catti?i dissegni contra la Porta, se siano capi- 
» tati a sua Maestà, non lo 80, qi^esto postro Ambasciadore an- 
» cora porta seco le principali, le^etele, et consideratele bene, 
» ne e stato dato aviso, corne il Tartar )lano procura di farmi 
w privo délia graiia del grau Signore, et mi accusa» cbe io l)o 
» corrispondeiiza cpn i Pol^chi et Moscoviti, et cbe maudo a 
» lorp le mie le itère et Ambasciadori , donde mi trata d'infe- 

• de}e traditore et ribelle , non nego io questo , bavei^dp noi 
» corne cppQnanti d'uufi et dell* altra Gorona molti trattati et 
» accordi per la pacificatione coipmune, et mandiamo anoora 
» spesso a consplare quei poyeri sudditi, cbe sono délia medesi- 
w ma reiigionecbenoi, etobjedientlaipatriarcbiGon&tantinopo- 
» litani, esseudp dal tempo antico Ii Hatmaçi difensori et pro- 
» tettori di quei poveri et oppressi , il cbe non paia strano a 
» sua Maestà, poiche questi tratti non pregiudicauo niente aUa 
» fprza et glpria di sua Maestà, et io sono fermo et constante 
» nel osservare la mia parola, una vol ta data, con pgni fedeltà 
M et sipçerità, fintanto, cbe questa carica d*Hatmanato é sopvà 
» le mie spalle, et insino alla morte. 

» Il Tartar Hano, cbe non confina cpn le dq^p dette cprone, 
w et cbe ba Ii suoi paesi più dentro, non lascia di mandare i 
» messi in Poloiiia et Moscovia, et Suecia et Persia, et ha sta- 
» biliio i supi Residenti nelle corti del Re di Polonia et Mos- 
n covia , quanto maggiormente noi , cbe siamo in mezzo di 
9 qpelle due Gprone, potiamo trattare con esse di varj negozj 
» apparlenenti alla nostra sigurtà et accomodamenti dcUi ac- 
» cidenti, cbe giornalmente fra di noi arrivano,senza farman- 
» camenio nel ponto délia fedelta verso la Porta, et bavendo 
» noi conbdentemente avertito del tutto il Tartar Hanno, man- 
^ dandogli le più secrète lettere, cbe da qy^elle parti ne veni- 



ET ÉCLAIRaSSEMENS. 479 

» TaDO y ma esso le rimendava a quei Rè, et palesava tutti i 
n miei dissegoi^ donde era avertitO| et percio Ko mandato il 
» stiloyCt in loco di mandar le dette lettere al Tartar Hano, le 
» roandava al Bais^ di SiUslria^ per «sser poi da esso rimandate 
» alla Porta, poi sapendo che anche qoesto ri&pettando il Tar- 
» tar Hano più, che il gran Signore, le maiidava ad easo> sona 
» rîsolto di mandarle cpn i miei Ambasciadori dirittamente 
» alla Porta 9 sicome fo adesso, mandando ivi le due lettere 
» delli Ambasciadori plenipotentiarj di Polonia et Mofloovia^ 
M nelle quali sono invitato alla unione con loro^ con ofiferte d.i 
n perdono et assolutione et ogni gratia, cheposso desîderace. 
w Le dette lettere sono d'un medesimo tenore, una scritta in 
» Polacco, et l'altra in Moscovitico^Ja cosa é questa : Pi«tra 
» Doroszenko Hatmano dei Cosaki in Tchehrin. Noi che per or» 
» dîne dcl Michèle Hostpodar Re di Polonia et Gran Dnca di 
» Liihuania nostro signore, et di tntta la Republica siamo Am- 
» basciadori etComissarj plenipotentiarj GioanneGninski Pà- 
w latino di Gbelma et Governatore di Kovalowgrodeck et Ra« 
» dzin, Nicolao Tchiehanoziesski di TchieanDwitch, Palatino 
» et Governatore di Plicislava ^ Cipriano Paulo Bizostowski 
M Reierendaiio etNotario del gran Duca de Liihuania, Gover« 
» natore di Osemia^ Naemia d'Zicla Martiano Oghinski di ko^ 
w zielkot Tiinciante del gran Duca di Litbuania, Governatore 
M di Rohatcaew et in Szibow, Alessandro Casimiro Zapolski 
» Sottocamerlengo del palalino di Sieradz , Stanislao Gasi* 
» mi sio Kowalowaki Supremo Qicciatore del Palatinato 
» di Kyoia, et noi| che per ordtne del Czar di Moscovia nos- 
w tro Signore, siamo Ambasciadori et Commissarj plenipoten<« 
» tiarj Atanasio Lourentchewitch, Boiaro et locotenente di 
» schatsnardin et Nastchok et Gioanne Saninow figlio di Ho- 
» rohow notarié, a Voi Pietro Doroszenko Hatmano delli Cos- 
w saki Zaporoviani et a Voi, che per tutta la Ukreina siete Ge- 
» nerali, Colonelli, Castellani, Capitani et tutti che si siano 
» délia Gonditione secolare o spirituale antichi nostri sudditi 
» Dio Vi dia pace et salutis. Facciamo noto a tutto il monde,' 



48a NOTES 

n cbe easendo $tati mandali per avatiti altri Gomissaij nella 
N città d'Andrusa da parte délie corone di Polonia et Mosco- 
» via per ag^ustar le dîssenssioni et moderar le revolutioni che 

• continuamente nella Ukreîna succedono , et non essendosi 
N potuto al hora compitamente sodisfar a tutte le accommo- 
M dationi, siamo an allera y olta per ordine delli Re et i loro se* 
w nalori radunati nel medesîmo locoi per pacificar le dîscor- 
» die et agiustar H a&ri per il beneficio délia nostra Patria, et 
» a ben qui arri?ano alcune nuove che già voî v'bavete reso o 
» vi ?olete rendere sotto la proteltione di stranieri, non pres* 
» tiamo pero fede a tali novità, giudicando cbe fra li Gbristianî 
» non si trovi un si impio ^ cbi lasciando la fede et confrater- 
» nità di Gesu Christo, vogli spontaneamenle sotto met tersi al 
» duro giogo dei nemici dell' Evangelio et délia santa Groce et 

• precipitar la sua anima nelle pêne d'infemo^particolarmente 
» sapendo noi, cbe da molti migliaja d'anni per la difesa del 
w boaor sarmatico et propagaiione sclavonica et per non esser 
M soggiogati d*altre nationi havete constantemente combattnto 
» et dato riparo ad ogni nem«co corne ancora doppo baver ri- 
I» cevuto il batesinio resistendo sempre ai gran insulti dei pa« 
M gani 9 con gran sparsione de sangue proprio bavete acquis- 
w tato faroa et gloria immortale fra le nationi et popoli Gbris- 
M tiani et pagani, bora per conûrmare la pace et accordi se- 
» guiti fra i due potentati nostri signori/vcH ancora cbe siete 
» nellipaesi di Ukraina et Zaporavia come membri di Gesu 
» Christo et per gratia et volontà d*Iddio ad essi commessi^ et 
» confidati sudditi slate compresi in quelli trattatt, et per 
m ovare al sprgiamento di sangue Ghristiano, siete partecipi 
» délia pace , e di quel bene pubblico cbe da essa seguirii, et 
» perc.6 li duoi potentati Nostri Sign or i Re di Polonia et 
» Schar di Moscovia pcrdonano^ corne buoni benîgni et sin- 
M ceri| tutti et delitli et colpe dt lésa Maestà a tutti quanti H 
» Ukraineusi et Zaporoviensi 9 et cbe non pensarano di ven- 
» dicarsiy anzi viaugurano ogni bene et quiète pubbltcâ ^ 
» sorte I che mai più si faik mentiotie délie vostre prevarica* 



. ET ECLAIHCISSEMENS. 48k 

1» tî6nî,et o^iii lind thé délti Ukràirieii&i et Zàporovîehàt siànb 
i> officiali fatoomîni di grado o popôlarî Codachi o âùdditi, ri«> 
W berendb qu<»ttà particoht'e ^ràti& et aljbi'éëciàhdô i^ùèsto 
À UinTeHàlé fïerdoiioy vorrà vènire iVi pek^bbà msiiidarÂtip^ 
^ Cliché, b fattoH, o prbcui-atorî àî Gôbimysarj déi diioi Pb- 
lé tetalati 6 àd tiîtd di q^^uèlli, et îkb()etrarë gtiiié, càriclië, oft- 
yt cij^ et àlti^ Ibk-o i;>i^tehàiôiii, et âbbibddhëri il ^artito déi në*- 
h âiici ddlà fede et iribélU bstinati, jprbméhetido di hûb intri* 
If ëattà iûài pià cbb étàij àe cbbgiafi^rèl hbti lorb. t soprânb- 
11 fetarinati bbmmià^rj , Jilënîi^otebtiàrj , gfiùrikiiid pet* Iddib è 
'^ ÉiàtAô plégi cùtk i nô^tri behl et cbn le ùoÉtré teste, bbé noti 
i> gli àrrivcrA dantio àlcutab> bë nellà vita, ne neili béni, anti 
^ k latà sarà pbrtâtô riàpéttô et fttte cfif etzis et bdnorï, |>arébè 
Hn vé^knente vëngbino ad incûntràr tk ébbrdciàr le clémente 
^ et bebigni^ dei due Potéùtati IfostH é'gbôH , et kiàté cbme 
«I prittlà lorb fédéli anïici, poicbe à questb fine skitiû àiàndati 
n ^bïy àhé dbppo bavèiVi puBblicàto la gratià dèl pèrdbïib 
il bbiièii^ale^ accordlaibb i vbstri intére^i, et ristagbtamô quel 
i> sàngiië, chè già dk moUi anni ^ <;alàndô dallé tibstrë vëne 
W et îéiTv\ bgui gràtia âècondb lé nbstrè supplicbé et jirétén- 
a tiomi y dké cosi é la tolbiità dei duoi Potentat! é nostri Si- 
n gnàtij Vi ^uàH péi- tiikg^àt ti6iitù Hf^bsb et bènfe, ^IrÀè^^rît- 
li i^hb H'àc^tiMnkb^a^si^ttébra eèn \à GàsàOttbtiibù^ élioii 11 
^ tàrtàr Ôbttiio, àoh diibHàtiab dël lélro àcisbn^failitiëàtb kn- 
1^ tùtÉL alla bàbba jpiée. Dubqber aspettamdb là ^oittà t\ïp6sik 
lé tf ràèëbmÉiisMdiffînb à Dio, et Vi întîtiariho dH bà^on bdbfe 
i alla i^àcié et àifiiëitia^ dÀta béllà cobgi^gâtibbè d*AibbhiciJ- 
» iôti ïû th^ d^Aiidnlsà VvAiiinù d*Ott<Aké i66^. n 

Altéra fèt(èt*a Oi ÙàMiièhko. 

<( Diamo aviso alla Porta ebnié i MbscbiHli cbh ntt fèer^itû 
• di4o liii bttotBiini ibfestàbrb gr<rùdeàl:èbrtë le Aosiré régionî 
» di la dei Boristberfe, bo «iamlÀlo cbbtro dî loro il mio frâ- 
» tello bén âlqnanii mille Gosacbi, et bo fatto ins:anza al Bassa 



482 NOT£S 

» di Sllûtria, clie mi mandi un soccorao bastanie per iiicoii- 
» trar il nostro nemicoi si corne fece, mandando mille Orde 
M AkkermaneQsi et Nogaieosi, sotto la condotta del Seydi 
» Bassa d'Akkermaiiy li quali essendo arrivati al tempo che U 
» fiumi non erano ancora aggiacciati 9 e( essendo gU loro Ca- 
» valli straccbi dal lungo viaggio, m'hanno pregato cbe con* 
» cedi loro un termine di riposo^ aqquarierandoli per la no»- 
» Ira regione , al che acconsenti| et feci loro dare alloggi con 
» ordine di dar loro il foraggio pçr i loro cavalli^ ma essi non 
M contenti di qneâto banno fatto grandissime Tirannie ^ spo- 
» gliato i loro Patroni di Casa di luiti i loro beni^presi gcbiaT| 
» molli suagligiati gli mercanti et pasa^ggieri per le strade, 
w rolti Monasleri et le Ghiese nostrCi et fatti altriinfinîti danni, 
i> elbencbeioprotestassi^cbe non procedessero connoinemica- 
N mente^non fui aseoltato^poi essend» giacciate le acque, feci 
j» instan^aiCtchepassassero contra il cemicoy maloro non voU 
» sero,anzi continuorono di farci ognimalci et senza combattere, 
» anzi senza vege;rsi con il nostro commune nemico, souo ritornati 
M con grandi bottini neile loro case^il.che non e provenuto d*al- 
» tro che d'un secreto commandamento del Tartar Chano, et 
M infedeltà del SeijdiBassaloro Commandante^ del qualeliTa^ 
w tari non haveano paura, et non gli abbidirono, per esser egU 
M d'ani^o molle, d'oiide supplichiamo ch'un altra volia desi- 
» derando Noi il loro a^nio^ ci mandi con loro un Qapo y%o- 
i> rosO| et asspluto di puoter castigare et raffrenar l'insolenti 
» dalle lirannie, et che non trovando scuse ne pretesti ^ mar- 
» chino con uoi verso il nostro nemiço* Il restante delli nostri 
9 negoiii saranno raccoptaii dal nostro Ambasciadore piena- 
M mente instrultoy supplicando, che gli sia prestato orecchia 
» et fcdci et che fioiti i loro affis^ri, siano spcdiii quanto 
» prima, insieme con un Aga délia Porta , che venghi a vedere 
» Il danni| che banno fatto i nostri aussiliari ingiusti^ et con 
w questo ci raccommandiamo alla gratia e protettione di Sua 
n Alaestà. In Tcberin alli to décembre 1669. 

» Pietro Dorozenko. » 



ET ECLAIRCISSEMENS. 483 

« Tutte queste cose predette sodo comprese nell' inslruttione 
« cieir Ambasciadore , questo solo vi è d'avantaggio cbc sup- 
« plica per frescbi agiuti^ et da aviso, corne già il Moscovita 
» si e impadronito di moite piazze, proteslando, che quelli di 
3» là del fiume saranno soggiogati, che anco questi di quà non 
9 potranno resistere aile loro forze et saranno conslretti di ce- 
* dere al Yîttore. Ancora s*ha da lamentare dei missi dri Am- 
» basciadori délia Porta , si conie ancora dei Capi delli aussi* 
» liari cbe venendo in quelle parti dimandano gran présent! 
)> etsumme essorbitanti, non contentandosi di quello, cbe cor- 
» tesemente loro doua THatmano del suo^non bavendo cgli dal 
M communealcuna intrada o assegnationi, o contribution! et es- 
9 sendo i loro paesi da venti anni in qua, cbeanno la guerra es- 
» saustiet i sudditi gravemente impoveriti; percib pregano de- 
n vcndolisopradetti airHatinanno,si contenlînodi quello,cbe 
» essosenza esserdimandatOipresentera-disuacortesia.il Sabba- 
» to passa to sotto pretesto di bancbetto, fù fatto il Goosiglio so- 
M pra questOy essendo cbe i motî del Tartaro, loro b»nno dato 
» un terrore, fintto îl Gonsiglio fu spedito il Sarabor Mebemet- 
» aga al Yizir donde credo, cbe insino cbe non viene la ris- 
M posta, non baveranno speditioni. » 

VI. — Page 38 i. 

<]*est par erreur que M. de Salvaady dit, dans son Histoire 
de Pologne, que le Sultan avait quitté Andrinople le jour du 
passage du Rbîn par Louis XIV . Voici les lieui où il s'arrêta : 
Tschomlekkœyi , Degbirmenkœyi , Yentdjé , Kizilagbadj , 
Yanboli, Serai, Karinabad, Aidos, Ilidjé, Kaparan , Sou- 
djiler, Kœprikœyi, Widiné, Ouscbenli, Hadjiogblibazari , 
Mousabeg , Komalidéré , Tekfoursouji , Karassou , Arli* 
Ificbairi , Moufti -Yaïlasi , et non paa Iglasi comme dit 
Senkowski, Babatagbi, Koullewi, Isakdji, Kirkoul , Serin- 
îseh , Bereschtina, Gegedj Boghazi, Labouscbté, Yagboul, 
Brousûscht, Tscbotschora , Papora, Wieslonicza, Kcrtscbin , 
Madodka , Khocim , Kaminirc. 



484 HOTES 

YIL ^ Fage 390. 

L'armée ^ mit en m^^rqbç le 28 djeinazioul-^kbi:r (a< oc-$ 
tobre), vi^ vendredi», çl; poi|^ pas un jeudi comme le préteD4 
Raschid. Çlle i^rrîvii à Ao^r^nople le i& scbâhaii (gdéceQibre)^^ 
voici les stations : le pon^ du Siretb , Corocza (Urocina)i 
Zwanieky la tète de sources près Kboçinoi ^ MpdçULa (Me- 
djka)y le Cbamp dlsloundja (Saloniec), Kppidjan , Bipuré ^^ 
T^chotsçhora devant Ya^^ % G^rwaresebt j Yaghoul ^ ^eres? 
fine y Gegedj agha^i, Serinischi \&9(%i Gbirekol^ Isakdji, Badj( 
JJLisoblasiy Tscbif^ï 1 Qfifouf^ Ali Tschaîrî ,, Tf kfourkoçji t 
Kourtlûderé^ Mousfibeg, lla^iiogblihazari ^ Qusçl^enU Kazi-, 
kœï, Kozlidjéy Parawadj^i, Kçeprikceji, Nadirderbf ^4 « «^ 
pied du Tscbeiiké Bàlkai^i AÂdos^ Karinabadi Y^khacbil^t 
PascbaJ^oeji , T^çlmek l/^œy] ^ Audrinpplo^ B^ascbid I, f. '}4^ 

VIII. — Page 417. 

La liste de ces présens oiire quelque intérêt | ti^nt par 
lappotrt h la personne de ceux q^i les ont donnés 9 que par 
vapport k ce qui fui donné. L KœprUu Ahmed dornia au 
Sultan: un Koran> un Masebzeno)-ezraF, on cbeval avec le 
barnais garni de dîamans^ un ba mais garni de perles, trois 
cbcvaux de main» un bocal d^or avec son couvercle, une 
pfau ^ ^ibeUm^, une peau de Ijnx, vingt-quatre bi^llots de 
f^bâl^es» q^iose e^eUves aaAlfs» deux esclaves de Tau tre sexe ^ 
ff9HK h pr^^ Moussa : un Konan telié en »r et couvert 
^e piepfçç $nes , i^n pai^acke de héirQB avec un agnaié de 
diamant I dem c|iandeliçrs d'argent > cinq ballots 4*étoffes, 
^roÎA esclfivea^ ^ pçt^r k jmn^e Abm^d : m Soran re)ié en 
ort un panacbe de kéron avec un agrafe en diamans, u» 
fbandelier d'argent^ cinq ballot^ d'étoffes, trois esclave». 
II. Le vixir Kdimakam : un Koran écrit de la, main de 
Y^QUt, une peau de zibeline, une peau de lynx, buit pièces 
d'éitpfie d'^or df CpQStAi^Une|>le , trois béroas de Ferse , 
•nie kbataîs d*or (étoffe de soie de Kbios,)^ quaioqEc kkatai» 



ET ÉGL4IRCISSEMENS. 485 

simple^, ^qMze kjliam» k i^^^ qoule^rn , dpuz^ tfçbpulioMklâ, 
harés (^^toffe 4^ &qîe rajcée), <|ni(tprz(ç pièces df sqie brochée, 
ijua^orz(^ iicie/7» simples , clii ftsclaves î au prince Jfçustqfiiik ; 
un diif ap de Hafiz» de la ipaia du cfilligr^pl^e pçr^ai) Am^dn 
Al-Uou60ïn , lin poignard garni de pierres fines ; trois riiîbçft 
étoffes persanes, frqiç pièces d'étoffe;^ de W^ brochées d'pr, 
troia khataïs simples et troia barës simples } au prince Ahmeii^ 
un poignard en or^ trois ncbe^ étoffe^ persane^, trois kbataî^ 
brochés d*or , irois simple^ idem. III. Le vi^iP'ii^enia^ 
AhmedrPiischa, ; un panache de Vrpn av^ç qpe «grafp en 
diamanç, un harnais garai de pierrea fin^, v^i^ mors ginr^i 
de pierfes fines, une petite ^ln^^Q)^ une pçti^ pendules 
une peau de zibeline, ut^e peaiu à,^ lynf ^ dou^ séri^eira 
(étoffes d'or de Çonstantinople), dqu^e Kbataïs brPpbésd^PC» 
douze khataïs ^in^plea 9 dowçe à àe%\j^ ^pf^le^^Si dpu?^ pièces 
de velours orné de fleurs, às^m^ pièç^^ de ^ojc d'Europe» 
dou^e pièces de spje l^rpcbf e , 4PWZÇ b«|r^* d'PvrPpe i dpu¥f| 
pièces d'étoffe 4^ foie de l'I^^^î dpuz^ ^urbilP^, «ppt e9r 
claves; pour Içpiime Moustqfc^ : ^e Bo^tan de Saf^diy dpréf te 
GuUstan du n^ème, UQ ppignard ep pr, une piqntre garnie d« 
pîerrerieS| trois riches étoffes persanes , trpU khataîa br<»cbé9 
d'or, Upis khataïs sipiples. JV. Le viw' Y<?u$q\^; np ehor 
v^l harnaché , up cheval ^ ipafn, ^ix pi^çs de riche étpSp, 
six l^bAtaîa sio^ples , six haré^ , six piècea de sc|tip , ^ix autrf^ 
de VIûçleY six pièces de mous^fline indienp^, cipq eaç;l^vQ| 
dppt pp ipuet ; pour le sultan Jffousiqfa : trois riches éi^f- 
fes^ frp^s khata^ simples, (xpis. barés^ Les ipônies présem 
fp^nf faita au prince Ahn^ed. V^ Le niscfu^nff/i Aidi^ 
Pascha; l'exégèse de Ka^^^khan avec une reliure dorée, un 
encfief garni de pierreries ^ hpit riches étofies persanes , bpif 
pièces de Y^Q^*^ à fleprs, hpit pièces de satin , hqi^ aptrea 
a fleurfjt buit de mpps^eUne , huit kb^^l^ 9 bpit turbans; 
a^pri^çejifc^usU|f^: V onvts^^ Mi^iyeiftlrMous^lla (le port 
dç fîclpi qui prie), pa? l'ip^^pi KasçhglMiri, imprio^é. à Cou* 
f Untif^qp^p ei^ ;8a? 5 le Gi^i^fofit de Saadi t u* epcrier garoi 



486 Î^OTES 

de perles, trois pièces de riche étoffe persane j trois idem k 
fleurs, trois khataïs brochés d'or, trois esclaves; pour le 
prince Ahmed : un Koran doré , trois pièces de riche étoffe 
persane, trois kbataîs brochés d*or, trois idem h fleurs, 
deux esclaves. VI. Le juge d'armée de RoUmitie : un 
Koran , une tradition de Bokhàra , un Hedayet , quatre 
pièces de souf (étoffe de laine), quatre pièces de satin , trois 
pounedar (espèce de châle indien brodé, pour turbans), 
quatre badewa (autre étoffe), six pièces de mousseline, six 
cachemires, six turbans. Y II. Le juge d^ armée d'Anatolie 
donna les mêmes présens. VIII. Le chef des émirs : un 
Koran, nnjiokhara, un Me<vahib, de Djelialzadé, un Kastali, 
un Germsoud, quatre châles, quatre pièces de mousseline, 
quatre pannedar, trois souf (shalloon). Les juges de Brousa, 
d'Andrinople , de Galata, du Kaire, de Damas, de Salonik, 
d'Yenischehr, de Smjrne, fournirent des présens dans la même 
proportion et chacun suivant son rang. Les présens que le 
gouverneur d'Egypte donna au Sultan et aux deux princes 
Moustafa et Ahmed étaient aussi nombreux que riches. Le 
sandjak de Djizieh, le defterdar d'Egypte, le kapitan-pascha, 
le beglerbeg de Chypre, ceux de Morée et de Rhodes, les san- 
djaks de Khios, de Négrepont, de Misistra, de Lepanto et de 
Soughla, se distinguèrent par le choix de leurs offres. Le kaî- 
makam de la Porte Ibrahim-Pascha, le defterdar d'Anatolie, 
le second defterdar, Tinspecteur des douanes, le gouverneur 
du Diarbekr, Kaplàn-Pascha, et celui d'Alger, le commandant 
kurde de Ghazou, celui d'Amadia, les beglerbegs de Tschildir 
et d'Erzeroum, le sandjak de Kodja-Ili, le bostandji-bascht , 
le juge de Brousa, les juges d'Eyoub, de Philippopolis, de 
Magnésie, de Koniah, d'Erzeroum et d'Angora, déposèrent 
également de riches présens. De ce nombre étaient encore : les 
agas des sipahis, des silihdars et des janissaires; le gouverneur 
de Bagdad, Abdourrahman*Pascha ; le grand-chambellan Ah- 
niedaga, le porte-drapeau de l'étendard sacré, les chambellans 
Abdoullah, Moustafa et Omeraga,le fauconnier-chambellan 



ET ECLAIRCISSEMENS. 487 

Osmanaga, le tschaousch-bascliî, le gouverneur de Bassra, le 
yizir Honseïn-Pascha ; le beglerbeg de Mossoul et celui Je 
Chypre, Hasan-Pasoha ; le saudjak de Siouhlweissenbourg Ibra- 
bimbeg; le defterdar de Constantinople, Mouselli-^Ëfendi ; Ibra- 
bim-Pascha, vizir et gouverneur de Candie ; le vizir et gouver- 
neur d'Erlau, Ali-Pascba; le gouverneur de Wardein, Mo- 
bammed-Pascha ; le beglerbeg de Neubaeusel, Moustafa-Pascba ; 
le gouverneur béréditaire de Hersek, Ali-Pascba; le bostandji- 
baschi d'Andrinopie, Mouselliags^ ; le premier ëcuyer, Tina- 
pecteur des magasins d'orge, le tschakirdji-bascbl, le grand- 
fauconnier, l'atmadji-baschi, le voïévode de Trapsjlvanie, le 
doge de RagusCi le djebedji-bascbi, le topdji-bi^scbiî Iseti, an* 
cien juge d'armée de Roumilie; Damad Moustaia-Efendi, an- 
cien kadia&ker d'Anatolie; Mohammed- Ëfendi , précédem- 
ment juge de Constantinople ; Hamid-Efendi, ancien juge de 
Constantinople ; Mohammmcd-Efendi, juge de Sofia ; le juge 
de Belgrade; Khalil-Efendi, le deflerdar de Damas; le defter- 
dar de Bosnie, le defterdar de Karamanie, le percepteur des 
impôts (mouhassil} de Haleb, le deflerdar de Yenœ; Ismaïl- 
Pascha, beglerbeg de Saïda et de Baïrout; le beglerbeg de 
Yenœ, Mobammed-Pascha; Sohak-Ëfendi, ancien kadiasker 
deRoumilie; Isitib Boli-Efendi, ancien juge de Constanti- 
nople; Mohammed-Efendi, idem; le reîs-efendi Moustafa, l'ins- 
pecteur du Defter, ceux de la ville et de la cuisine ; le rouz- 
namedji, le mouhasebedji, le moukabeldji, c'est-à-dire prési- 
dent du journal des comptes et de la Chambre du contrôle; 
le secrétaire des janissaires; le gouverneur d'Ofen, Ibrahim- 
Pascha; Feîzoullah, ancien kadiasker d'Anatolie; les juges de 
Scutari et de Kaîssarijé ; le beglerbeg de Rakka ; Mousa-Pa- 
scha, commandant de Jérusalem et de Ghaza; les voîévodes 
du Diarbekr et de Tokat; le patriarche grec, le voïévode de 
Yalachie ; en tout cent quatorze dignitaires qui vinrent dé- 
poser aux pieds du Sultan et des princes Moustafa rt Ahmed, 
des présens dont l'énumération, fatigante par leur retour uni- 
forme, est sans aucun intérêt. 



488 NOTES ET ECLAIRCISSEMENS. 

IX. — Pace 437* 

î* Hëdayt, dans !é^ biogrà^biéd dé Sàifàyi, ta y*; 2^ te^ 
hàyi, là 3ti*; i^Tedjelli, la 48*; 4^ feabit, la Si*»; 3» Dscliè- 
itii; lu 5e»; ©» Ifecbefiûî, la 58* ; 70 Habibi, la 60*; B*" Wazi, 
ta gi5« ; 9* Roubî, Id 97*; ib* Rabftii, là ii6«; iio Rifdî, la 
123*; 12» Ra^cbid, là 428*; i3<^ Sebmî, la 14^^; ^4^ Samii, la 
i5i*; t5<»Salîrti, la ï68* ; i6« Sabri, la 2o4«; i;*» Sabir, 
la 210*; 18* Sidki, h ^iJ^^; i^ Sàmiri, la 222«; 20^ T^balii, 
la 225»; 21* Talaatiyla aSo*; 22*Soubouri, la 236*; 2Î* Aali, 
la 240*; 240 Tsâmeti, la 247*; !i5**0inrî, là 253*; ^6^ Aassim, 
la 256*; 270 Izetî, la 269*; 28** Abdi, la 267*; agoFebim, la 
aSg»; 3o* Fèhti, la 324»; 3t* Kascbîf, la 34a*; 32o Mewdjî, 
la 357*; 33«Messakî, la 367*»; 34o Medjdi, là 384*-, 35* Nw- 
Éàri, \à 392«; 36oNazini, la 394» ; 570 Nali, la 4o2«; 38o Naz- 
mi, là 4o5*; 39* Naàti, la 4o6* ; 4^0 Niazi, la 4i2* ; 41°^^^°^» 
la 4>4*; 42*^aziiii, là 4>8*; 43'' Nazimy là 4^o« ; 44"* Kesib, la 
42i3*; 45* Ndtik, la iij^; 46* Wîdjdî, la 442*; 47** Nabizi, 
la 432* ; 48*Tabja,la 472* ; 49* Yetimi, la 475* ; 5o* You8ouf| 
là 474*- 



rm téi nùfè» tn ftmn otattàt. 



TABLE DES MATIÈRES 

G0BTIJIUI8 

DANS LE TOME ONZIÈME. 



LIVRÉ LUI. 



I»«ge.. 



Origine de Mohammed Kœprila. — Les orthodoies. — Ambas- 
Mdeun d'Autriche, de Perse, de Pologne, de Suède et de 
Transylvanie. — Rebelles exécutés. — Éloignement des adver- 
saires de Kœprilfl. — Le patriarche pendu. — Défaite delà 
flotte ottomane dans les Dardanelles. — Conquête de Ténédos 
et de Lenmos. — Le moufti est déposé. — Mort du scheikh 
Houseln. — Courses du khan des Tatares dans la Transylvanie , 
la Moldavie et la Yalachie. — Barcsai , prince de Transylvanie. 

— Révolte d'Abaza Hasan. — Machiavélisme de KœprUû. — 
Emprisonnement de l'ambassadeur firançais de La Haye et de 
son fils. — Mort des poètes Djewri et Riazi , du moufti Aziz- 
Efendi et de Hadji Rhalfa. — Départ du SuHan pour Scutari. 
— Mourteza-Pascha battu par Abaza. — Massacre des paschas 
rebelles à Haleb. — Exécution de Houseln. — Le moufti 60 w- 
lewi est déposé. — Défaite de la flotte ottomane devant Attalia. 

— Révolte en Egypte. — Ismad, grand-4nquisitenr. — Insti- 
tution de timars. — Construction de nouveaux châteaux aux 
Dardanelles. — Ghika nommé prince de Yalachie en rem- 
placement de Michné. — Mort de Rakoczy. — L'ambassadeur 
autrichien Mayern k Brousa. — Le comte de Souches occupe 
Szathmar et Szabolcs. — Conquête de Grossvardein par Seïd 
Ali. — Expédition des Tatares et des Cosaques en Russie. — 
Ambassades cosaque» russe, polonaise, algérienne et anglaise. 

— Incendie , peste et famine. — Constructions sur le Don et le 
Dnieper. — Mosquées de la sultane Walidé et de RoeprUtt. 1-112 

T. XI. 33 



490 TABLE 

LIVRE LIV. 



RigM. 



Entrée aux affiûres de Koeprihi Ahmed ; il est nommé grand-vizir. 

— Mort de Remeny. — Retour du Sultan k Gonstantipople; il 
semble youloir régner par lui-même. — Défense de recon- 
struire les églises grecques. — Négodaiions diplomatiques avec 
les agens de Venise , d'Angleterre , de France , de Transylvanie 
et d'Autriche. — Guerre contre la Hongrie. — Négociations 
avec les plénipotentiaires impériaux à Belgrade , à Esseg et à 
Ofen. — Expédition dirigée sur Neuhsusel. — Défaite de For- 
gacs. — Prise de Neuhsusel. — Exécution du rels-efendi et 
de son beau-père. — Apaff au camp turc. — Prise de Neutra , 
de Lewencz, de Novigrad. — Les Tatares en Moravie et en 
Silésie. — Départ de l'envoyé impérial. — Arrivée d'un am- 
bassadeur pobnais. — Quartier d'hiver. — Marche de Zriny 
sur Szigeth et FQnfkirchen. — Naissance du prince Moustafa. 

— Prières pi^liques. — Le schelkh Wani. — Les sultanes 
Walidé et muisseki. — Jacdins et chasse. — Départ du grand- 
vizir. — Chute de Neutra. — Levée du siège de Kanischa. — 
Siège, prise et démolition de Serinwar. — Le grand -vizir 
marche sur la Raab. — Bataille de Lewencz. — Marche des 
deux armées sur les bords de |a Raab. — Nouvelles proposi- 
tions de paix. — Bataille de Saint-Gotthard. — Paix de Vasvir. 

— Chasse du Sultan. -— ËDvpi d'un ambassadeur extraordir 
naire à Vienne. — Up soulèvement des troupes est réprimé au 
Kaire. — Impositions i^appées sur les habitant de Chypre el 
de Rhios. — Les Grecs chassent (es catholiques de leuia églises. 

— Négociations entre Alger, l'Angleterre, la Hollande el la 
France. — Exécution d'un athée. — Goût de Mohammed IV 
pour la littérature. — Le Si^tan à Demitoka, aux Dardanelles 
et à Constaiitinc|ile« — Go«sécratîoQ de la mosquée de la sul- 
tane Walidè. — Avibasaade du comte Leslîe. — Ambassade 
turque à Vienoe. 119-925 

LIVRE LV. 

Relations diplomatiques avec l'Autriche, Gènes, la Toscane, la 
France, la Russie. — Nouveau khan des Tatares. — Une ex- 
pédition en Crète est projetée. — Magnificence du SuUan ; son 
amour pour la chasse. — Le Juif Moïse Sabathal et le Rurdft 
Mehdi. ^ Troubles à Bassra et en Egypte. — Eboulemens et 



DES MATIÈRES. 491 

Page*. 

sinistres. -— Influence des prédications de Wani, — Chasse 
du Sultan. — Fiançailles et noces de sa tante. — Relations 
avec la Russie^ les Tatares, les Cosaques, la Pologne, la 
France, F Angleterre, la Hollande, Raguse, la Moldavie, la 
Vabchie et la Transylvanie. — Le Sultan se rend d'Andrinople ' 
à Larissa, où il reçoit les ambassades vénitienne et russe, et 
d'où il envoie Soulelman en France. — Troubles à Brôusa, à 
Boli, à Andrinople. — Diminution et accroissement du trésor. 

— Incendie d'Ofen. — Première éducation du prince hérédi- 
taire. — Mohanmied sur le mont Olympe. — Départ de Rœprilû 

pour Candie. — Investissement , siège et prise de Candie. 226-331 

LIVRE LVI. 

Retour du Sultan à Andrinople. — L'usage du vin est interdit. 

— Bfalna. — Délimitation du territoire vénitien. — M. de 
Nointel à Constantinople, à Andrinople et à Antiparos. — Les 
députés des Ilongrois rebelles auprès de la Porte sont présentés 
par Panajotti. — Mort de ce dernier. — Ambassades russe, 
polonaise, vénitienne, génoise. — Le Sultan dans les mon- 
tagnes dites les Alpes de Despot-taghi. — On nonmie un nou- 
veau khan de Crimée. — Lettre remarquable du grand-vizir 
au chancelier polonais. — Marche sur Raminiec. — Prise de 

cette ville et traité avec la Pologne , bientôt rompu par la ba- ^ 

taille de Khodm. — Prise de cette vîDe et de Ladyzin. — Prise 
d'Human. — Rebelles hongrois. — Traité avec la France. — 
Circoncision du prince héréditaire et mariage du grand-vizir. 

— Ambassade anglaise. — Etats Barbaresques. — Les Grecs 
en possession du Saint-Sépulcre. -^ Frontières de Hongrie. — 
Troubles en Egypte. — Le Sultan à Constantinople. — Paix 
avec la Pologne. — Mort d'Ahmed Kceprild. — Poètes, juris- 
consultes et historiens. — Parallèle entre Ahmed Koeprila et 
Sokolli. 333-445 



riN DE LA TABLE DU TOSfE ONZIÈNB. 



DESP; 



KHonRREMSCHAH (daiis Deguignes Cbrum) , appelé communément Schah Djihan, fils 

Djihanghir, f en 1658. 
MoHAKMED Orergzeb, fils de Djihan-Schah. 



V. 

Khans de la Crimée* 

Mobammed-Ghirat; il fut nommé khan deui fois et destitué en 1076 (1665), f en lOi 

(1674). 
Aadil-Ghiraï , fils de Tschobau Bewlet-Ghiraï > : destitué en 1082 (1671). 
Sélim-Ghiraï , fils de Behadir-Ghirat, petit-fils de Selamel-Ghlraï, destitué au moisdesilhic 

1088 (février 1678). 
tfourad-Ghiraï, fils de Moubarek-Ghiraï , petit-fils de Selamet, destitué en 1094 (1683). 
ladji-Ghiraï , fils de Krim-Ghiraï, petit-fils de Selamet, destitué au mois de redjeb 101 

(juillet 1684). 
élim-Ghiraï pour la seconde fois; il abdiqua au mois de mars 1691. 



\ 



ntemir commet une grave erreur, en disant de kiorgirai (Ahmet tl, note o) ; «Il elt le seiil de 
le des Choban-Guerai qui soit parvenu â la dignité de khan des Tatares* » Kior Ha^ji^biralf n'était ji 
amille Tscboban, mais U était petit-fils de Selamet^'Cbiraï. 



r