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Full text of "Histoire de l'empire ottoman depuis son origine jusqu'à nos jours"

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T #-2 6 



BCU - Lausanne 

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Inin il M il ■ IMNii H il ■ Ml 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



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HISTOIRE 

L'EMPIRE OTTOMAN. 



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%M TBOTTX iOALKKXMT; 



(hei J.-P. Heliiic, Cana el C». 



iKlTItDill. 


LuIchmiQD el fils. 


L* HlTM, 


Les frère» ■van-Cleef. 


Frahofokt, 


Jùgd. 


Gfaiu, 


Tves-Gnivier, 


FioaâHcï, 


I. Fialti. 


LiiFEia, 


BrocLhauu. 


Tnia. 


Jt. Boccï. 


TlH»!, 




TABMf», 


E. Glucksbere. 


MOKOO, 


A. Semen. 




Y* GauliM- et fils. 




Ch. Urbain el C'^ 


ODïki*r " 


J. Sauron. 




Hiérille. 




J.-B. DuboL«. 



HISTOIRE 

L'EMPIRE OTTOMAN 

DEPUIS SON OKIGINE JDSQD'A MOS JOUBS, 

PAR J. DE HAMMER. 

Siatuit it V3\ltmanb 
PAR J.J. HELLERT; 



TOME TREIZIÈME. 



PARIo 
BELLIZAKD, BAKTBÈS , DDFODH ET LOWELL , 



D ETCle, LIBRAIRES. 



HDCCC llXllt 



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D,gn,-.rihyGOO^IC 



TABLEAU DES SOURCES ORIENTALES 



DONT l'AUTEUB S'BST SERVI POUR LA SEPTIÈME PÉEIODB 
DE CETTE HISTOIRE. 



j^ifitoir» géniraUs. 

L'Histoire de Rase bid que nous arons citée au tome XI; 
depuis le rhgfte d'&hmedIII( iitS—i^oS) jusqu'à la fia de 
l'année 1 1 34 ( 1 72a )• A cet ouvrage se joint : 

i". Tarikhi TschelebUadé^EJendi, c*esl-i-dîre. Histoire de 
Tschelebizadé, depuis l'année de rbégire ii35 (1739) jus- 
qu'àl'annëe 1141(1728). Un Tol. in-folio de i58 leuillets. 

a". Tarikhi Sami wéSckakirwé Soubhi, c'est-i-dtre, His~ 
toiredeSamif de Sckaiir el de Soubhi, depuis l'année ii34 
— 1730 jusqu'à la fin de l'année Ii56(i743). Deusvol. in-fol, 
Lepremierde 71 feuillets, le second de a38 feuillets. Imprimés 
& Constanttnople en iigSC 1783). 

3°. Tarikhi Izi, c'est-à-dire, Histoire de l'historiogmphe 
Izi, continuateur de Soubhi , depuis l'année iiS^ (1744) 
jusqu'à la fin de l'année ii65 (i^Si ). Un vol. in<folio de 
a88 feuillets. Imprimé à Constantinople en 1 199(1784 )■ 

4". Tarikhi Wa^sif, c'est-à-dire, Histoire de l'historiogra- 
phe JVazsi/, continuateur d'izi ; depuis l'année 1 166 (ijSa) 
jusqu'à la fin de l'année 1187 (1775). Deux toI. in-folio, 
mprimés à Constantinople en i2i9( 1804 )• 

S°. Tarikhi Enweri, c'est-à-dire, Histoire d'Eniverif l'his- 
toriographe , depuis la guerre de Russie, en 1 ;68, jusqu'à la 
paix de Kaïnard je f Un Tol.in-fol., dans ma collection. 



,,-.rihyGOO^IC 



u SOURCES ORIENTALES. 

6". Tarikhi Ibrahim Melek'EJenài, c'est-à-dire, Bisloire 
d'Ibrahim Melek-EJendi de Temeswar, depuis l'année 1094 
( i683) jusqu'à l'année ii57(i744)' Un yol. 10-4°; dan» 
ma collée lion. 

f^Ktoirta spMatra. 

7*. Ahnali ghafewat der Diyari Bosna, c'est-à-dire, fliw- 
toire des victoires remportées en Bosnie, par Ibrahim , di- 
recteur de la première imprimerie à ConslantinopLe. Impri- 
mée en l'année 1154(1^4* ]• Un T0I. in,-4° de 62 f. Traduit 
en allemand par Dubski. 

8". Teviarikbi Banalouka, c'esti-diTe, Histoire de Sanya- 
lauha, pendant cette même campagne en Bosnie, par un 
auteur inconnu. Un -roi. ra-i^" de 4^ C Dans ma collection. 
Cf. Tarikhi Seyyah , c'eH-k-dire, Bisloire tùi voyageur ; 
la traduction du Chroiuconperegrinantis de Cmsius, contient 
l'histoire da la guerre des Persans et des Afghans. C'est le 
troisicme ouvrage imprimée Constantinople en l'année 1 14^ 
( 1739). Un vol. in-4'' de97£ 

10". Tahkiki Tetofik, c'est-à-dire, S Épreuve de la direC' 
lion. Cet ouvrage contient l'histoire des négocialions avec 
Madir Eoulikhan , par le grand-vizir Raghih-Pascha. Dans 
ma collection. 

1 1". Souri baanayoun, c'est-S-dîre, les Noces impériales, 
ou description des fêtes lorsdu mariagedes filles d'Ahmed III 
en l'année ii36 (i7a3). Un vol. in-4'' ^^ ^4 f- Dan» ma 
collection. 

la". Moukalemati Mizsri a>é Sehami,c'cst-A-dire, Dialo- 
gues de l'Égyptien et du Syrien ( ie premier musulman, le 
second chrétien) sur les événemens de tépoque ; brochure 
politique de l'amhaasadeur Ferriolj 65 FeutUels ïn-^"- Dans 
ma calteclion. 

\Z\ Medjmou alatoekaii Mizsr, c'est^i-dire, Collections 
4t(r les événemens de l'Egypte, et en langue arabe sur les 



,,-.rihyGOO^IC 



SOURCES ORIENTALES. ni 

événemens du Caire; depuis Tannée ■ loo (1668) jusque dans 
l'année ii5o (1937). Dans ma coltection. 

l4*> Ris4xlei Dûm-Efeadi, c'est-à-dire, Relation d'am- 
&ujWe (^Uiirrt-.E/^ntfi, ambassadeur à la cour de Perse en 
l'année ii35 (1720). Traduit eo français par Petis de La 
Croix et impriméi Parisen 1810. 

iS". Tedbirati pesendidé, c*est-à-4ire, les Projets agréa^ 
blés parNouountan-Efendi, juge de camp de Henghli-Gbiraî, 
puis commissaire pour la délimitation des frontières. La 
première partie de cet ouvrage contient la relation do son 
lëjour en Crimée, la seconde partie traite de la délimitation 
de ta frontière entre l'Autriche et la Porte ; dans la troisième 
partie enfin, l'auteur parle de ce qui lui est arrivé pendant 
son voyage à Hamadan en société de l'ambassadeur enroyé 
par la Porte â Nadirscbab. Un vol. in-4°- Dans ma collection. 

t6o. Tarikhi Ali-Pascha, c'est-ï-dire. Histoire d'AU'Pa- 
scha, Ëls du médecin qui a été trois fois grand--vuîr, par son 
fils Siayi. Un vol. in-4° de 167 feuillets. Dans ma colleclion. 

17". Rapport sur la délivrance de B$fdad par Topai Os- 
man-Pasclia en l'année 1^33 ; cet ouvrage parait être une 
traduction française du docteur Jean Micodème. UoTol. iu-4° 
de a6 feuillets. Dans ma collection. 

18°. Tarik&i Silistra,{feH-k-AtFe, Histoire deSilistra par 
Malmioud SabiU Un vol. îd-4° '^^ ^4 feuillets. Dans ma col- 
lection. 

190. Koulazsatoul-aÂhAar, c'eat-A-dirEf le Choix des Nou- 
velles, par Resmi Ahmed-Efendi ; traduit en allemand par 
Diez, sous le titre : Wesenilicke Betrachtungen wn Resmi 
Ahmed-E/enrU. Berïin^iBiZ. Un vol. ia-4<> de 45 feuillets. 
Dans ma collection. 

20". Tedbiri djedid, c'est-à-dire* Nouveau conseil pat 
Djaoik-Pascba. Un vol. in-8''de7i feuillets; dans ma collec- 
tion et parmi les manuscrits de DicE à Berlin , n" 1 3 ; cet ou- 
vrage y porte le titre : Teriibi djedid, c'est-à-dire, les Nou- 
velles institutions par Dîanik-Psscba. 



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lY SOURCES ORIENTALES. 

ai". Seîli Ouschakizadé, c^eit^-dlre^ la Continuation {A.« 
l'ouvrage) d'Ouschahizadé, biographe des lëgiites, depuis le 
régDe de Mourad IV jusqu'à )a fia de celui d'Ahmed III, par 
Scfaeïkhi et son fils. Cet ouvrage forme 2 vol. grand in-fol. de 
757 feuilleta el contient aooobiographics. 

22*. TezieretoulnSchouara, c'esi-à-dire, Liste des Poêles, 
par Sélim ; cetouvrage contient les biographies de 4 lOpoeles. 
Va vol. in-lbl. de 162 feuilleta. Da as ma collection. 

a5'. SeïUHadikaioul fyouzera, c'est-Mire, Continuation 
du jardin des vizirs par Osmanzadë-Efend!, ou biographies de 
trente-deux graods-T isirs par Schebricadë Mohammed Saïd- 
Efendi. Un roi. grand ia-^" de 78 feuillets. Daos ma collec- 
tion. 

34°. SeïUsouimadiiatiPf<xi%era,c*esi-à-àire, Continua- 
tion des èiographies des grands-vizirs, par Djawîd-Efendi; cet 
ouvrage coolient les biographies de vingt-cinij grands-vizirs, 
depuis Bagbib-Pascha jusqu'à Yousouf Sia inclusivement. 
Un vol. iu-ë' de 46 feuillets. Dans ma collection. 

ColUctîon tft Cote et €(rit9 ît'fEtat. 



aS". Telikhizsati Raghib-PascJia, c'eet-à^ire, Raj^rU 
de Raghib-Pascha à son diwan. Un vol. Dans ma collection 
et dans celle du comte Rzewuski. 



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D,gn,-.rihyG00glC 



LC 



8. Sèïweb II , Bancée au grand-ïiiir Mouslara-Paecha , née le"!^ 



nov 



1709), morte ta mois de djemazioiil-ewwemaa (juillet i|^i-i'-, 
9, Rabiia, Dée le 16 moharrem 1132 (29 roïerabre 1719). «nhimm I 

10, ODaMETODLLAB . Die le 16 silhjdié 11S5 (17 septembre ^^X lUt ^ 

(28 juillet 1724). oùtÏ7iO < 

11. NtlLt SoiLTt!)! , née au mois de djemazioul-akbir 1137 (fé _,tHii>n 
akhir 1159 (10 décembre 1726). ^ i'-EtèaÛ 



12. SKurt SotTAKE , née au mois de redjeb 1137 (mars 1725). 
15. EsKtSDLTARE, DËe U 10 redjtb 1138 (14 mars 1726). 
14. SiBiuA , née le 24 rebioul-akbir 1139 (19 décembre 1726). 



Mobani i 



rbzadé H 

Efcndi .' 



(4 aïril 1728), vpipnai I I 

16. SoBElDit, née Iel7 Echflban 1140(19 mars 1728), morte leiii.h i-tJ 
IT. 0«»» Sïi»», née va rannée 1J45 (1739). Lan-£.iei[ | 

18. SelNE» lll,morieIe25marg 1774, elle fut mariée aveclepi 

enraonéeini (1757). t \\ 

19. KDADmitK, née les EcMban 1122 (27 septembre 1710). kidé Sebel 

20. Emikeh, morte enl'aDBée 1145 (1732). Einkdjizaii 

MAHMOUD I, flb de Mocstifa ifelwif.'î' 

né le 3 moharrem 1108 (2 août iÇdé-Efénf 

"«oustarJ 

Table généalogique de la Dynastie persi 



AO. Sens HouseIn I, déMné par let Argbans le 26 octobre 



•^ïi 



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HISTOIRE 



L'EMPIRE OTTOMAN. 



LIVRE LXI. 



Adoucissement dans les mœurs oitomanes. — Houseln KaprOlO, Rami- 
Efendi , Haurocordoto. — Le rooufli Felzodtah. — Daltaban-Pascha 
et )e kisbiaga Nëzir. — Le Sultan quitte A.ndrinople pour retourner à 
ConstaDlinople. — Ambassade ottomane à Vienne. — D^ulations de 
la Pologne, de l'Autriche, de la Russie et de la république vénitienne. — 
Condusion d'un traité de paix avec Venise et la Russie. — Fcrriol et 
Sutlon. — Ambassade de Baguse et du prince du GuHel. — Relations 
politiques avec la Perse et l'emjiire de Maroc. — Campagne de 
Bassra. — La caravane des pèlerins. — La Sourre et le achËrif de la 
Hecque. — Rétablissement de la tranquillité en Egjple et dans les états 
barbaresques. — La Crimée et Dewlet-GhÎTal. — loslitutions de KœpriUU. 
— Lettre pastorale du Uoufti. — Chute et mort de KœprUld. — Les 
*avaDS et les poètes. — Rallaban, grand~vizir. — Règlemens relaUlï 
aui costume». — Mesures linancières. — Hasan-le-Fngi(ir est proscrit. — 
Persiculion des Arméniens. — CoDslniclion de plusieurs chAteaux 
forts. — Troubles de Crimée. — Dallaban est eiécuté. — Campagne 
contre les Géorgiens. — Délimitation des frontières. — Administration 
de Rami. — Brancovao est confirmé dans la principauté de Valachie. — 
Troubles et rébellions dans l'empire, leurs progrès et leur fit Iws du 
détrdnement de Houstafa II. 



Il est enfin permis au lecteur del'histoire ottomane 
de respirer plus librement et de fixer son attention 
sur des objets moins sanglans que ceux qui , dans 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



a HISTOIRE 

la précédente période, s'offraient sans cesse à ses 
yeux. Celle époque est encore signalée, il est vrai, par 
des rébellions, qui amènent la chute de deux Sultans, 
mais aucun d'eux ne meurt victime de la fureur 
d'une soldatesque déchaînée. L'empire est encore agité 
par plusieurs §:uerres sanglantes; la capitale frémit 
encore au bruit de la hache du bourreau ; mais la nuit 
de la barbarie qui couvrait ses vastes provinces com- 
mence à se dissiper; les horreurs qui ont imprimé 
une tache ineffaçable au règne tyrannique de Mou- 
rad IV disparaissent; l'anarchie militaire, telle que 
nous l'avons vue sous la minorité de Mohammed IV, 
cesse d'attrister l'esprit du philosophe, et le vieux 
Kœprùlû parait avoir emporté avec lui sa cruelle 
politique. Le mahomélisme perd de sa sauvage 
âpreté , grâces aux rapports fréquens de la na- 
tion ottomane avec les puissances limitrophes et k 
l'influence de la politique et de la civilisation euro- 
péennes. L'humanité pénétre dans toutes les classes ; 
les mœurs publiques voient s'adoucir leur rudesse ori- 
ginaire, et, de même que deux cent cinquante ans 
auparavant, à l'époque où fut inventée l'imprimerie, 
une nouvelle vie se développa dans tous les États de 
l'Europe : ainsi l'empire ottoman sort, lentement il 
est vrai, grâce à l'introduction de cet art, des ténèbres 
de la barbarie. Si les bases du droit public ottoman, 
telles que les institutions militaires d'Ourkhan et de 
Mourad 1", et les kanounnamés de Mohammed II , de 
Souleiman-Ie-Législatcur, d'Ahmed I", et de Moham- 
med IV, demeurent stalionnaires , on commence à 



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DE L'EMPIRE OTTOMAN. 3 

les interpréter, à les développer, et, pour la première 
fois, l'histoire oitomane signale des changemeDs et 
des modifications introduits dans les institutions pri- 
mitives, altérations jusqu'alors sans eieraple. Les his- 
toriens européens ont disserté depuis des siècles sur la 
stabilité des institutions et des mœurs de l.'Orient , 
par opposition à l'instabilité des constitutions et des 
mœurs des peuples de l'Occident; fnais cette stabilité 
n'est qu'apparente , car il n 'y a rien de fixe et d'im- 
muable dans la nature ni dans l'histoire d'une nation. 
Des milliers d'années se sont écoulées depuis que l'œil 
humain croit à l'immobilité des étoiles fixes ; cepen- 
dant elles s'agitent et accomplissent leurs révolutions. 
C'est ainsi qu'il existe un progrès réel dans la civili- 
sation des peuples et des nations de l'Orient, et nul 
ne saurait y méconnailre la réaction de l'Ouest sur 
l'Est. Le Chinois, lui-même, malgré la muraille qui 
devait séparer le céleste empire des autres peuples de 
la terre, est préd^tiné à subir l'influence de la civili- 
sation européenne, car il ne saurait fermer entièrement 
l'accès de ses côtes aux vaisseaux qui sillounent ses 
mers , et les juifs se fondent peu à peu avec les com- 
munautés chrétiennes. 

Ceux des gouvernemens et des peuples qui vou- 
draient résister à celte marche progressive de la civi- 
lisation, doivent s'attendre au sort des Maures d'Es- 
pagne et des enfans d'Israël. 

Il y a ici une profonde distinction à établir entre le 
musulman sujet d'une puissance chrétienne , et le mu- 
sulman dominateur des chrétiens. La Russie compte 



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4 HISTOIRE 

parmi ses sujets quatre millions cinq cent mille mu- 
sulmans ; plus de onze raillions de ces derniers obéis- 
sent à la Grande-Bretagne dans les Indes-Orientales. 
Les provinces d'Astrakhan et de Crimée sont aujour- 
d'hui soumises aux Russes; les états de Baberet de 
Tipou-Saïb, ne sont plus que des provinces du vaste 
empire qui appartient à la Grande-Bretagne; les 
murs du Kremlin , à Moscou , renferment les sym- 
boles de la puissance des khans d'Astrakhan et de 
Crimée, tandis que le palais de la compagnie orien- 
tale à Londres possède les couronnes de Tipou- 
Saïb et des princes de Ceyian : c'est que tous ont péri, 
vaincus moins par le nombre de leurs agresseurs, 
que scwmis par l'ascendant de leur génie. L'into- 
lérance de l'islamisme apparaît clairement dans les 
lois musulmanes, et dans tes règnes des dynasties 
qui confessent cette rdigion. Aussi l'histoire des chré- 
tiens soumis à l'empire des princes musulmans, n'offre- 
t-elle d'un côté qu'une suite ^on interrompue de 
viol^ices et de tyrannie, et de l'autre qu'un esclavage 
dégradant l'humanité dans l'homme. Dans ces der- 
niers temps, on s'est donné beaucoup de peine inutile 
pour écrire une histoire des Grecs sous la domination 
ottomane ; les événemens qu'elle retrace sont aussi peu 
mémorables que le serait une histoire des Arméniens, 
quiQoueferaitvoirl'existence de ce peuple courbé sous 
le sabre ottoman ou sous te joug persan. Mais ce qui est 
vrai relativement aux Turcs dominateurs des chrétiens , 
nel'est point pourlesTurcs soumisau princes chrétiens, 
dans le bens politique que nous y attachons. A l'époque 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 5 

OÙ la Crimée fut subjuguée par la Russie, tous les ma- 
hométans de celte contrée eurent la liberté d'émigrer. 
Il ne vint à la pensée de personne d'expulser par la 
force les babilans du pays. Une pareille violence eût 
été également indigne de la tolérance chrétienne et de 
la politique européenne. Autre chose est d'affrandiir 
une contrée du joug de fer des musulmans ; autre 
chose est de dépouiller de leurs maisons et de leurs 
champs des possesseurs séculaires. Malgré eux les 
Ottomans seront , par la suite des temps , réduits à 
l'alt^native ou de renoncer à leur domination sur les 
peuples chrétiens ou d'en alléger le pwds etdel'exercer 
avec modération. Nous avons fait remarquer, vers la 
fin de la période précédente , que dans les dernières 
années du dix-septième siècle , les Sultans en avaient 
déjà reconnu la nécessité , à l'occasion du nizami 
djedid ( nouvel ordre ) promulgué par Kœprulû , 
qui , le premier, songeait à améliorer le sort des 
sujets chrétiens , répandus sur toute la surface de 
l'Empire. L'influence de la politique des cabinets 
d'Europe, soutenue par d'habiles diplomates, fit en- 
core mieux sentir celte nécessité à la Porte après la 
paix de Carlowicz.et l'avertit incessamment des dangers 
qiii la menaçaient. Depuis long-temps, la Porte recevait 
les ambassadeurs des puissances chrétiennes, et dès 
le commencement du dix-septième siècle , les Etats 
marilimes , l'Angleterre et la Hollande, entretenaient 
À Constantinople des ambassadeurs , comme avant 
eux , Venise et la France. Les ambassadeurs polonais 
et autrichiens allaient et venaient sans cesse, mais 



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ceux de l'empire ottoman envoyés, à de longs inler- 
\alles, ne faisaient que de courtes apparitions dans les 
capitales de l'Europe, d'où ils repartaient sans avoir 
rien appris. Ce fut seulement au commencement du 
dix-huitième «ècle, que les ambassadeurs ottomans 
rapportèrent dans leur pays quelques germes de la 
civilisation européenne. Ce fut d'abord par l'entre- 
mise des plénipotentiaires turcs à Carlowicz , Soul- 
fikar et Maurocordato, que l'esprit qui préside à la 
diplomatie des cabinets d'Europe s'introdnisil dans 
les chancelleries ottomanes ; c'est donc à partir du 
traité de Carlowicz que la politique ottomane se trouve 
plus intimement liée à celle des puissances chré- 
tiennes. 

Avant dé parler du traité qui fut conclu avec les 
Russes , une année après la paix signé à Carlowicz 
avec l'Autriche, Venise et la Pologne, et des ambas- 
sades qu'échangèrent les puissances belligérantes pour 
la ratiHcation de ce traité, qui accorda un repos long- 
temps désiré aux sujets des divers états, il est néces- 
saire de jeter un coup-d'œil sur les hommes qui se 
partageaient alors le pouvoir gouvernemental. La po- 
sition nouvelle de l'empire vis-à-vis de l'Europe nous 
oblige de faire précéder cette partie de notre histoire du 
portrait consciencieux des hommes qui y ont eu la plus 
grande part , ou qui en ont été seulement les acteurs 
passifs. Au faite du pouvoir était le grand-vizir. C'était 
le quatrième Kœprùlu , Amout^azadé Houseïn, neveu 
du vieux Kœ[Hrûlù et cousin d'Ahmed Kœprùlû , et de 
Kœprùlû-le- Vertueux, l'un le second et l'autre le troi- 



D,gn,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 7 

ziéme grand-vizir sortis de cette famille. Élevé sons 
l'administration de son oncle et de ses cousins qui Je 
destinaient aux affaires publiques, Amoudjazadé avait 
accompagné Kara Moustafa sous les murs de^enne; 
plus tard, il, avait commandé succes^vemeot les for- 
teresses de Schehrzor, d'Amassia et les châteaux des 
Dardanelles. Il avait suivi ensuite le Sultan régnant à 
Belgrade, où il s'était fait remarquer en lui donnant le 
conseil de ramener l'armée & Wardein, et de renoncer 
à la marche projetée sur Temesvrar. Le désastre de 
Zenta avait témoigné de la sagesse de ses avis, et après 
la mort d'£lmas Mohammed-Pascha , resté sur le 
champ de bataille, il avait élé nommé grand-vizir à 
sa place. II s'était hàlé de conclure une pais si néces- 
saire à l'empire, et mit tous ses soins à la conserver. 
C'était un homme généreux, libéral, ami des savaoa 
et des poêles , que , pour une seule kassidée, il avait 
coutume de récompenser par un don de cent et même 
de deux cents ducats. Il distribuait, chaque année, aux 
scheikhs de Conslanlinople une somme de cinq cents 
bombes et, chaque jour, aux pauvres de la ville une 
autre de mille aspres. Après lui, l'homme le plus in- 
fluent par son pouvoir et ses talens était te reïs- 
efendiRami, fils d'un uivelem- de Constantinople , 
natif du faubourg d'Ë^oub. Rami avait d'abord suivi 
la carrière de son père, puis, nommé écrivain de ta 
chancellerie , il s'était attaché h la fortune du poète 
Nabi , secrétaire du grand-vizir Kara Moustafa. Il 
avait égalé celui-ci comme poète et l'avait surpassé 
dans le genre épislolaire : car ses écrits politiques 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



subsistent comme un monument inimitable du stj'Ie 
le plus riche et le plus élégant qui ail jamais été appli- 
qué aux affaires d'Etat. Lorsque Nabi fut élevé 
à la dignité de kiaya, Rami le remplaça comme secré- 
taire auprès de Kara Mouslafa. Après la mort de 
celui-ci, il fut nommé Beglikdji, c'est-à-dire sous- 
secrélaire d'État et référendaire du reïs-efendi, puis 
en6n rels-efendi lui-même. C'est en cette qualité 
qu'il avait reçu les pleinâ pouvoirs du Sultan pour 
traiter de la paix qu'il avait signée h Carlowicz , de 
concert avec le drogman de la Porte , Maurocordato. 
Maurocordato , né d'un marchand de scùeries de 
Khios, et de Losandra, fille du riche marchand de 
bœufs Skarlato, avait ajouté à son nom de famille celui 
de son grand-père, d'où vient qu'il est désigné dans 
l'histoire ottomane et dans le diplôme de l'empereur 
Léopold comme fils de Skarlato. Il avait terminé 
ses études à l'université de Padoue ; nommé doc- 
teur en philosophie et en médecine , il s'était rendu 
célèbre à Constanfinople comme professeur au collège 
de l'église patriarcale , et , comme médecin , il avait 
gagné la confiance du grand-vizir Ahmed Kœpnilû 
qu'avait possédée avant lui l'interprète Panajotti. Il 
lui avait bientôt succédé dans la dignité de drogman 
de la Porte , et avait , en cette qualité , suivi le grand- 
vizir Kara Moustafa sous les murs de Vienne, Après 
la chute de celui-ci, il avait été vivement poursuivi par 
la haine de son successeur Kara Ibrahim. Ce n'avait 
été qu'avec les plus grandes difficultés et au prix de 
tous ses biens , qu'il était alors parvenu à dérober sa 



,,-.rihyGOOglC 



I)E L'EMPIRE OTTOMAN. 9 

tête an bourreau ; il avait dû enfin céder sa dignité au 
renégat Seferaga '. Cependant, rentré bientôt dans ses 
fonctions, il accompagnaàVienne, après )'avénement 
de Souleîman II au trône , Soulfikar-Efendi, muni par 
la Porte des pleins pouvoirs nécessaires pour négO' 
cier de la paix à Vienne. Il revint, après y avoir été 
retenu prisonnier pendant trois ans, sans que lui non 
plus que Soulfikar eussent réussi dans l'objet de 
leur mission. U fut plus heureux, dix ans plus tard, 
à Carlowicz , où il signa le traité de paix entre la 
Porte et l'Autriche. Depuis lora, il fut l'âme de 
toutes les négociations comme de la politique exté- 
rieure de la Porte et reçut, en récompense de ses ser- 
vices , les titres nouveaux de conseiller intime et d'ex- 
cellentissime *. Après la paix de Carlowicz, l'empe- 
reur Léopold réleva au rang de comte de l'Empire. 
Son influence , comme autrefois celle de son prédé- 
cesseur, l'habile diplomate-interprète Panajotli, servit 
puissamment la causedeses coreligionnaires et lès né- 
gociations des princes chrétiens. Dévoué à trois grands- 
' vizirs de la famille de Kœprûlû, il forma avec le der- 
nier d'entre eux et le reïs-efendi Rami une espèce de 
triumvirat , dans lequel se personnifiait une politique 
douce et modérée. Cependant leur influence ne put 
leur assurer une domination exclusive, et tous les trois 
durent fléchir devant le pouvoir du plus ambitieux de 

I CaDiemir II vol., L. LV. noie M.; et Cim Hiitoire de la UoldavU 
et de la Yaiaehie à Jassi, 1777, p. 120, où Serernga a été cbangé en 
Feraga. 



,,-.rihyGOO^IC 



tous les Dqouftis cpie mentionnent les annales de l'Em- 
pire, le moufli Feïzoullah-Ëfendi. 

Feïzou1Iah,_fiIs de Mohammed, seïd ou descen- 
dant du Prophète , natif dXrzeroum , et qui faisait 
remonter son origine au seïd Schemseddin Tefarizi, 
professeur et ami de Mewlana Djelaréddio, le grand 
poële mystique, élaitarrivé,trente-troisansauparavant, 
d'Erzeroum à Constantinople avec l'iltustre scheikh 
Wani, l'orthodoxe prédicateur de Mohammed IV. 
Sa qualité de gendre de Wani lui valut bientôt une telle 
influence qu'il obtint, avec son beau-père, un libre 
accès auprès du Sultan, à la faveur duquel il dut sa 
nomination comme précepteur des princes Ahmed 
et Moustafa. Feïzoullah fut un légiste assez profond; 
il est auteur de plusieurs traités et commentaires'; 
mais il était rongé par l'ambition, et l'intrigue, plutôt 
que le savoir, le fit élever , d'abord sous le sultan 
Ahmed II, et ensuite sous Moustafa II , à la plus haute 
dignité législative. Placé à la tête des afîaires spirituelles, 
il usa de tout son ascendant sar le Sultan régnant pour 
conférer à sa famille les places les plus lucratives, 
au préjudice des oulémas d'un mérite reconnu et au 
mépris des formes usitées jusqu'alors en matière 
d'avancement. L'alné de ses enfans fut d'abord nommé 
makiboul-eschraf, c'est-à-dire chef des émirs, ou chef 
des descendans du Prophète. Non content de celte 

■ 11 a hiasé des gloses marginales à l'eiégise du Kotad de Brïdhavi , 
aui Commentaires des dogmes de NeseB , et ua (railé arabe avec ce titre : 
Natiaïhoul Tiumluuk c'esl-à-dire , cont#il fMur Im roit. Sa biogra[diie M 
trouve dans Schellihi, ta tceize-c«nl-iiaatre-viogtH]uiiuièiiH. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EHPIRE OTTOMAN. ii 

nomination , il demanda et obtint pour ce même S\& le 

titre et le rang de moufti . et renouvela ainsila promotion 
inouïe dont l'ambitieux Karatschelebi Abdoulaziz avait 
donné le premier et jusqu'alors l'unique exemple; en 
outre, il lui assura, par un diplôme du Sultan, la 
survivance de la première dignité judidaire et spi- 
rituelle de l'Etat. Un autre de sesenfans, Ahmed, 
fut nommé juge de Brousa avec le rang de juge d'ar- 
mée en Anatolie; un troisième enfin, Mousiafa, fut 
promu à la dignité de grand -juge d' Anatolie. Le 
quatrième de ses fils , Ibrahim-Efendi , fut employé 
comme précepteur du prince héréditaire, Mahmoud; 
l'oncle d'Ibrahim, Ahmed, fut appelé aux fonctions 
de juge de la Mecque, et un autre parent du moufti , 
£sseïd -Mohammed, obtint la dignité déjuge d'armée 
en Roumilie. Enfin, Abdoullahbeg, un des deux fils 
du troisième Kœprûlù, sans avoir rendu de servic^à 
l'État, sans même s'être fait remarquer par des qua- 
lités personnelles , fut nommé vizir , non point 
parce qu'il était fits du cousig du grand-vizir, mais 
parce qu'il était gendre du tout-puissant moufti. Parmi 
les paschas-gouverneurs que protégeait Feïzoullah, se 
trouvait encore Mousiafa, surnommé Daltaban, c'est- 
à-dire au tabn étroit ' . Moustafa Daltaban fut d'abord 
simple janissaire; il était natif du village dePetreit- 
schik, près dcMonastir, et ne savait ni lire ni écrire. 
Sous le grand-vizir Kara- Ibrahim, il avait été succes- 

' Surnom dooné ani grands nurcheura ; il aignIEe que leurs courses In 
expose à user leurs talons. Ceeldoncuneerreur lorsque Ganlemlr II, L. IV, 
n. 99, dit < saus diaussure >. 



,,-.rihyGOO^IC 



àvement chef des soldais chargés de dresser les 
tentes, puis chambellan, aga des djebedjis, et enfin des 
janissaires ; comme gouverneur de Babatag^i et pascha 
à deux queues, il avait fait une invasion en Bosnie et 
avait paru sous les murs de Soroka ; mais il ne fut pas 
plus heureux au siège de cette ville que dans ses tenta- 
tives pour amener la Pologne à foire la paix avec la 
Porte. Il fut enfin nommé gouverneur d'Anatolie et 
pascba à trois queues ; mais les habiuns s'élant plaints 
de sa tyrannie et de ses vexations, il fat sommé de com- 
paraître au diwan et de rendre compte de son admi- 
nistration. Le grand-vizir, ElmasMohammed-Fasdia, 
l'eût sans doute condamné à la peine de mort, si le 
moufU Feïzoultah ne l 'eût couvert , dès celle époque, de 
sa puissante protection, et n'eût fait commuer sa peine 
en un exil sur les frontières de Bosnie ' . Ce bannisse- 
ment l'avait empêché d'assister à la bataille meurtrière 
de Zenta, et avait été pour lui une nouvelle source de 
fortune et d'autorité ; comme serasker de Bosnie, il 
avait enlevé à l'ennemi, en une seule campagne, vingt* 
quatre ch&teaux-forts situés sur les deux rives de la 
Save. Plus tard, il succédaàlsmaïl-Pascha, gouverneur 
de Bagdad , trop faible pour résister aux Arabes re- 
belles de Bassra et de Kawama. Ceux-ci se courbèrent 
à la vérité sous son joug de fer, mais la tyrannie et 
la cruauté qu'il déploya dans son administration exci- 
tèrent l'indignation générale. Ce fut lui qui travailla 



1 Osmanndé-Ef^di dit h Fosldial ; Cantemir qui affirme s 
l'ordre de banDissemenl, ditàfijhkË, c'est-à-dire Hbaa. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIIIE OTTOMAN. ï5 

de ses propres mains à démolir le conBulat et l'église 
des Français à Bagdad , et qui en frappant les mu- 
railles de sa hache , donna le agnal de la destruc- 
tion '. Sa cruauté alla au point de faire déchirer par 
des serpents le ventre de la femme ..encânte, d'un 
scheïkh arabe, pour lui faire avouer où son ma^i 
avait caché ses trésors; puis il abandonna son cadavre 
aux tigres. Le kiaya ( ministre de l'intérieur ) du 
grand-vizir était alors Hasan , surnommé le Fugitif , 
qui , élevé plus tard à la dignité de kaimakàm, fut 
cause de grandes infortunes *. La place de kaïmakam 
était occupée par un autre Hasan, surnommé & gen- 
dre , époux de la sultane Khadidja , ancienne fiancée 
du grand-vizir Kara Mouslafa ; sa parenté avec le 
Sultan lui ouvrit par la suite le chemin du grand- 
vîzirat. Le tsdiaouscbhaschi Moustafa^a était gendre 
du grand -vizir Kara Mouslafa, mort sous le^aive 
du bourreau ; le fils de ce même Kara Moustafa, AIÎ- 
beg , s'était frayé la route des premières dignités , 
grâce à la protection du grandvizir actuel, son parenl^. 
!En recevant le titre de vizir , il avait été nommé 
gouverneur de Candie , et avait obtenu ta main de 
la princesse Rakiyé , fille du Sultan régnant *. Les 
sœurs de cette princesse , les sultanes Âïsché et 



> PsuILncas (Troiiième wgage). Pirj», 1731, p. 340. 

9 Biliaire 4e la bibUatkigue de Berlin, p. 256. 

3 La première épouse de Kara Houstafa de«ceDdait du second et da 
troisième KceprûlU. 

i RàscUd, p. 261. L'Histoire de la bibliothi^ae de B»rlin te aamiM 
Soïneb. 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



i4 HISTOIHE 

Eminèh , âgées l'une de cinq , l'aulre de six ans , 
avaient été fiancées aux gouverneurs de Damas et 
d'Erzeroum , Hasan et Nououman-Pascha. Toutes 
deux recevaient annuellement sur les biens de la cou- 
ronne, devenus vacans par la mort de leur tante Oum- 
mi, une somme de soixante mille piastres, provenant 
des impôts levés sur les tribus lurcomanes de Tor- 
ghond et d'Ouschak : mais Hasan-Pascha, étant tombé 
Iiientôt après dans la disgrâce, la main de là sultane 
Aïsché fut accordée au silihdar Ali -Pacha deTschorli, 
plus lard favori et grand vizir. Le kapitan-pascba était 
toujours Houseïn Mezzomorto, le vainqueur de la 
flotte -vénitienne et conquérant de Khios '. La place 
de kizlaraga était occupée par Nezir, surnommé le 
gaucher, parce qu'il avait coutume d'écrire et de com- 
battre de la main gauche , et qu'il montait à cheval 
du côté droit. Celait un eunuque libéral et spirituel , 
dont la bouche savait aussi bien s'ouvrir pour réciter 
des vers que sa main pour secourir les malheureux '. 
Tels furent les personnages les plus considérables qui, 
sous le régne du sultan Moustafa, se trouvèrent à la 
léte des affaires de l'Empire. 

Six mois s'étaient écoulés depuis la paix de Carlo- 
wicz , et le temps approchait où , conformément à la 
teneur des divers traités , les ambassadeurs de l'Au- 
tridie , de la Pologne , de la Russie et de la républi- 
que vénitienne , devaient se rendre à Constantinople, 

< TtAle ehronologiqu» un Hadjl Kbaira. 

1 ttaschid, I, p. 361; et Resnti, biographiet des Kislaragas : ella «*t la 
treDle-lroisiËaie. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ,5 

pour échanger les ratiBcalions du trailé , et h&Ier ainsi 
la ronclusion d'une paix finale. Pour les recevoir, noa 
point à Andrinople, mais dans la capitale de l'Empire, 
avec pompe et grandeur , il fut résoin , à la suite 
d'un grand conseil des ministres , que le Suliap re- 
tournerait à Constantinople. Vers la fin du mois d'août, 
eut lieu le départ solennel du souverain pour la capi- 
tale. Au lever du soleil, les vizirs et les émirs, les co- 
lonnes du diwan et les chefs de la chancellerie du 
trésor, c'est-à-dire les khodjagans, se trouvèrent ras- 
semblés devant ta porte du Serai où le Sultan, revêtu 
d'unkaflan de fourrures' , le sabre aucôlé, le carquois 
sur l'épaule et le turban sur la tête , devait monter à 
cheval. Le moufti, les deux juges d'armée, le chef des 
descendans du prophète et les - grands oulémas se 
mirent en marche, revêtus de pelisses à quatre man- 
ches ' et de leurs turbans de cérémonie '. Le grand- 
vizir, monté sur un cheval richement harnaché, était 
revêtu du kaftan d'État en drap rouge : il portait le 
kallawi, c'est-à-dire un turban de cérémonie de forme 
pyramidale orné d'une large bande d'or, des pantalons 
de velours fort larges, l'arc et le carquois sur l'épaule, 
à la manière des Tscnerke^ses. Venaient ensuite le def- 
terdar, le reïs-efendi et le defter-emini (înteudant 
du trésor), avec des surtouts garnis de zibeline * , et 
un turban de forme -rond^^ inventée par le sultan 
Sélim. Ils portaient aussi des carquois et des arcs , à 

I SchibKertOié. 

s Momeahbadi. — > Ovrf. 

4 Perradjé. — î Séiimi. 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



la manière des Tscherkesses. Après eux s'avançaient 
les denxjugesd'amiée, lesagasdesnpahisetdessiiih- 
dars , les chambellans , revêtus d'un kaftan doublé 
de fourrares en d^ors et en dedans ' et enfin les 
' khodjagans avec leurs hauts turisans en forme de 
cylindre *, et de larges surtouts garnis de zibeline ; les 
écuyers conduisant en lesse les chevaux de main du 
Sultan, couverts de leurs harnais du diwan, et portant 
des boucliers étincelans de pierres précieuses. 

Treize jours après son départ d'Andrinople , le 
Sultan arriva , en chassant et toujours à cheval, à Sîti- 
vm, où le grand- vizir, accompagné du moufti, s'était 
rendu en voiture, afin de tout disposer pour la récep' 
don du maître, dans la ferme qu'il possédait en ce 
lieu. Il y reçut d'abord le Sultan avec magnificence, 
.et le jour suivant la sultane Walidé. Le surlendemain 
(1 septembre i 699) , le cortège , en passant par 
Daoud'Pascha, fît à Constantinople son entrée solen- 
nelle, qu'un témoin oculaire, La Motraye, a décrit 
en quatre-vingt-cinq chapitres ; cette description, bien 
que fidèle, est loin pourtant , comme il l'avoue lui- 
même, d'être complète et entière ^. Dix-huit escadrons 
de sipahis, quinze chambrées de janissaires ouvraient 
la marche, avec les queues de cheval et les bahuts 

' Sératéri htptoti-mtaleia. 

' ^au^iwvieié fiaicbid I, et Èittoire dt la b&Aiothè<fue ât Berlin. 

3 • Je ne donne qu'uoe liste peu citfoiMlaociée des personnes qui coitipo- 
• saienl cette cavalcade. ■ Vbyajrâ du sieur deLa Motraye à La Baje, 173T, 
S volumes in-rollo. La description des vêtements i laquelle La Moirajre 
n'entendait rien, se trouvedaasrffiJ(ofrctI«IaB(6liotAj^« de It«rl<n, XIII, 
p. \&% et 153. L'auteur fait mAme remarquer que paisqu'il était si sou- 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 17 

les bahuts du trésor , recouverts de drap écarlate. 
En avant de ces caisses , marchaient le nûnistre des 
finances ( defterdar) , le trésorier du Sultan (khaù- 
nedar), avec six cents armuriers, autant decanomiiers, 
quatre cents mineurs et cinq cents bostaDdjis. Sui* 
vaient les domestiques du Serai , les cuisiniers , 
les confiseurs, les fendeurs de bois, les porteurs d'eau, 
les conderges, les baigneurs, les barbiers, les tailleurs 
d'ongles, les maîtres d'école, les imams, tes médecins 
des pages, trois cent «soixante tschaouschs avec leurs 
chefs , le maréchal de l'Empire , deux mille posses- 
seurs de petits fiefs (timar) et de grands fiefs (siamet) : 
venaient ensuite le ministre de l'intérieur et le secré- 
taire d'Etat, gardien du chiffre du Sultan, l'aga des 
janissaires, le grand-mattre du serai ', le juge de 
CoDstanlinople , le reïs-efendi , les quatre vizirs de 
la coupole , les quatre administrateurs des noosquées 
impériales, les six qneues de cheval du grand-vizir, 
toute sa musique militaire, ses gardes du corps, les 
courageux (gœcûllùs) et les téméraires (delis), ses cou- 
reurs (schalirs) et ses laquais (tschokadars) ; puis le 
grand-vizir lui-même et le moufli montés sur des 
coursiers richement caparaçonnés avec un frein et 
des étriers d'argent et une selle garnie de pierres fines ; 

vent question de céréiDonies , il o'éUit pas inutile de donaer celle fois h 
description des vËtemens. 

■ BaschKapouAga, que La Hotra^re n traduit impropremeat par la 
qoalilicatioo de surin teodant des portiers : les Kapou Agalers sont les eu- 
nuques commis à la garde des portes du Harem. Leur chef est le grand 
marécbal de la cour, le premier des eunuques blancs, comme le kiilaraf^a 
est le chef des euuutiues ooirs. 



,,-.rihyGOO^IC 



i8 HISTOIRE 

au flanc droit des coursiers étaient appendus un 
sabre dans un fourreau couvert de joyaux , une 
massue et une masse d'armea en argent massif riche- 
ment dorées : les gardiens ' des turbans portaient 
de la main gauche leurs turbans de gala recouverts 
de mousseline brodée. A leur suite s'avançaient le 
vizir kaïmakam . lesdeux juges d'armée , les beg- 
lerb^ d'Analolie et de Roumilie; l'étendard du 
prophète et le Koran déposés dans une caisse d'or 
étaient portés par un chameau couvert de riches 
étoffes ; enfin on voyait apparaître les gardes du 
corps du Sultan, c'est-à-dire les lanciers et les ar- 
quebusiers , et au milieu de leurs panaches de héron 
étincelait le turban g^mi de diamants du Sultan, 
comme le soleil brille à travers de légers nuages. 
Derrière lui marchaient les quatre premiers pages de 
la chambre intérieure, savoir: les porteurs du sabre, 
du vase destiné aux ablutions, du turban et du kaftan. 
Ils étaient suivis du kiztaraga entouré des eunuques 
blancs et noirs; quarante chevaux de main, les ve- 
neurs du Sultan, les chasseurs au faucon et à l'éper- 
vier, les gardiens des dogues et des chiens d'arrêt, 
les muets et les nains venaient ensuite.La marche était 
fermée par les sipahis, les djebedjis, les topdjis, les 
janissaires et les laquais des paschas, les soldats char- 
gés de dresser les tentes avec trois cents chameaux et 
dromadaires , et les porteurs d'eau avec leurs che- 
vaux chargés d'outrés. 

L'arrivée journalière des ambassadeurs qui ve- 
naient ralifer le traité de Carlowicz , occupait alors 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMflKË OTTOMAN, 19 

l'attention de ta Forte et de la capitale. Récemment 
les habitans d'Andrinople avaient vu entrer dans leurs ' 
tours l'ambassadeur polonais Stanislas Rzewuski ', 
Slaroste de Chelm : il avait apporté et reçu la confir- 
maiioD de la paix : il avait en même temps offert k la 
Porte des présens de vases d'ai^ent , et obtenu lui- 
tnème uue allocation de deux cents piastres par jour 
pour l'entretien de sa suite » (juin 1699 — siikidé 
i 110). En vertu de ce traité, les forteresses de Cé- 
cora, de Soroka el de Caraieniec, situées en Moldavie, 
furent immédiatement évacuées |Kir les Turcs. Sept 
tent» diariots attelés de quatre ou six chevaux , livrés 
par les voîévodes de Moldavie et de Valachie, trans- 
portèrent de Camieniec aux rives du Dniester cent 
quarante-huit canons de bronze, cent vingt-deux ca- 
nons de fer , el vingt-trois obusiers avec leurs affûts, 
pour être dirigés de là avec la garnison sur Bander et 
Akkermnn^. Avant son départ d'Andrinople, le Sultan 
avait fait choix d'un ambassadeur extracotliuaire pour 
la cour devienne, dans la personne d'Ibrahtm-Pascha 
originaire de Gènes. Au siège de Vienne, Ibrahim était 
attaché au service particulier de Kara Moustafa; 
plus lard il était successivement devenu trésorier du 



' Raschid, I, p. SGO, l'appelte à tort Stanltlu Sertiehki. L'kiuoirt du 
Dffterdar, p. 314, ce doDoe poiol ion nom. 

3 l'hialoire du Defierdar, qui devait élre mieal initrait que Raschid, 
pnrie de cinquante piastres seulement 1 mais il parait que c'est nue Taute 
d'impression. 

3 Rascllid, 1 , p. 151 , et hittoire du Deperdar, p. 3TS. Le premier 
nomme les Torteresses de Moldavie. Tschoischota , Sorika, DoupealCsché; 
la seconde Donime la deruiire Ni^tsdké. 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



30 HISTOIRE 

grand-vizir Kara Ibrahim , et kîaya du grand-vizir 
Âli-Pascha '; comme gouverneur de Camieniec et de 
Mégrepont, il avait défendu avec courage )a première 
de ces forteresses contre les Polonais et la seconde 
contre les Vénitiens ; promu ensuite au ccmunande- 
mentde la flotte ottomane, il avait récemment été en- 
voyé dans la Mer-Noire pour y combattre les Russes ; 
présentement, il fut nommé pascha à deux queues, 
gouverneur de Roumilie et ambassadeur auprès de la 
cour de Vienne. Les présena qu'Ibrahim-Pascha dut 
remettre à l'Empereur consistaient en une tente, dont 
les colonneltes étaient surmontées de pommeaux d'or 
et dont la tenture intérieure était d'un satin multico- 
lore brodé de fleurs ; un panache de héron orné âfi 
cinquante-deux diamans ; des harnais garnis de cinq 
cent trente-deux diamans , de trois cent trente- huit 
rubis et étincelans d'or et d'émait ; une clialne double 
en or massif qui descendait de la selle au mors el des 
boutons du même métal ; une sangle et des licous en 
or, des élrier» aussi en or el couverts de cent vingt- 
huit diamans et de deux cent quatre rubis ; une housse 
brodée d'or et de perles , garnie de franges aussi en 
perles ; une masse d'armes où brillaient soixante- 
dix rubis et cinquante-cinq émeraudes , et dont l'ex- 
trémité était d'or ; elle était suspendue à un ruban 
de brocard rouge orné d'émeraudes et de perles; 
une housse de velours rouge brodée d'or et une cou- 



• Boidild, I, p. S50. Dellerdar, p. 574. Biitoire de la BiMiolhiqat 
de Btrlta. p. 15Ï. 



D,gn,-.rihyGOO>^IC 



DE L'EMPIKE OTTOMAN. 31 

verture de selle écarlate ; des harnais couverts d'émail 
d'azur, de cent douze émeraudes, de trois cent quatre- 
vingts rubis, avec le frontal', le mors*, la chaîne^ et 
les étriers en vermeil *; une sangle dorée ^, une massue 
ouvrée *, une lourde housse en drap rouge, parsemée 
de cent vingt-six roses d'argent et ornée de franges de 
corail; une housse dorée; une antre housse écarlate 
pareillement dorée ; une verge d'ambre pesant trois 
cent trois myskales (quatre-vingt-neuf onces) ; vingt 
vessies pleines de musc ; trente bézoards '; deux pièces 
d'étolTe d'or' appliquées sur des nnousselines rouges ; 
six pièces larges d'éloffe d'or des fabriques de Constan- 
tinople ; vingt-deux pièces de riches étoffes de Con- 
Btantinople brochées de fleurs ; six pièces de laines 
pour turbans ^ ; cent vingt de fines mousselines dont 
se composaient les turbans impériaux ; vingt pièces de 
mousselines rayées d'or ; quatre grands tapis de Perse ; 

> AlinUlc. _ 3 EDselib. 

B YUbd, c'est-i-direleBerpenl. 

4 Som-dizgin. 

s Son-lopkour. 

e Kikma-topouz. 

7 Dans la TeUtion de celle ambassade on oe mentionne que 10 vessie* 
de musc, et 16 bézoards. 

s Kilaboodan Sireng. Hiitoire de la Bibliothégae de Berlin, p. 153. 
Ce« deai mots se trouvent aussi chez les Greci ; le premier chez ka 
BjuDiins , le second chez le« Uellènes. Kilaboodan est le kïùrwts; des 
Bjunlins. Voy. Ducange média «I it^ma Graeia. Sireng est le zxpàr/jn 
/i^iuv Ts fipn^a dePoUui.L.Vn, C.XIH.p.ei. Gel un Titerowtrayède 
pDorpre. Dans la relation de cette ambassade ce» deui Sireog sont cod- 
«idïris comme deax pièces de satin rouge brodé avec des fils d'or. 

9 Dou-hezari est transformé dons la ration de cette ambassade en 
Duezarchi. 



,,-.rihyGOO^IC 



quinze de ces lapis lurcomans brodés ■ sur lesquels 
PD s'agenouille pour faire la pnère; quinze chevaux 
de main ; une chaine d'ai^nt pour retenir le cheval ; 
un abreuvoir eo argent; des housses de Perse bro- 
dées d'or; deux léopards retenus par des chaînes 
d'argent. 

L'échange solennel de l'ambassadeur ottoman con- 
tre l'ambassadeur autrichien eut lieu dans les murs de 
Slankamen (7 décembre 1 699), que les deux peuples 
avaient, huit ans auparavant, jonché de leurs cadavres. 
L'ambassade ottomane se composait de sept cent» 
personnes, et avait à sa suite neuf cents chevaux, mu^ 
lets ei drcunadaires. On subvint à son entretien en 
lui allouant journellement des vivres pour une valeur 
de cept soixante florins et cent cinquante écus en 
numéraire. Le 31 janvier 1700. l'ambassade fit son 
entrée dans la ville de Vienne, précédée par le grand 
maréchal et l'inlerprète de la cour. La marche était 
ouverte par quatre voitures chargées de présens, par 
les gardes-du-corps, les délis (téméraires) de Bosnie 
et les gœniillus (courageux) d'Albanie , par le grand 
étendard rouge et les deux queues de cheval, les 
huit coursiers de l'ambassadeur couverts de troâs 
housses, l'une d'étoffe d'or, l'autre en étoffe d'argent 
cl la troisième formée d'une peau de tigre ; sur le cdté 
droit de la selle pendaient un bouclier , une masse 
d'arme, un arc et un carquois garni de flèches. L'am- 
bassadeur était étendu dans sa voiture garnie de drap 

■ Ouschak «edjadé : Ouschak est une Iriba lurcomane près du fort de 
r« nom dans l' Asie-mineure, non loin de Sraynie. 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIIIE OTTOMAN. a5 

roage et Iraloée par six chevaux blancs , dont la cri- 
nière et la queue étaient pdntes en rouge , suivant 
la coutume turque , avec du henna : devant la voilure 
marchaient six laquais armés de courtes hallebardes. 
et sur tes deux cdtés quatre yayabaschis, c'est-à- 
dire , capitaines des janissaires , et quatre trabans 
armés de boucliers et de flèches ; derrière , on portait 
son fauteuil de campagne , en velours rouge brodé 
d'or, et son turban recouvert de drap VM-t. Venaient 
ensuite son porte épée, le gardien de son sceau, son 
trésorier, son premier valet de chambre et les autres 
ofliciers de sa maison avec les ustensiles caracté- 
ristiques de leurs fonctions , le porteur des vases 
avec l'aiguière et le vase d'ablutioD, le cafetier avec 
la cafetière, le barbier avec le miroir et les rasoirs, le 
gardien du linge avec tes serviettes, etc. I^a litière de 
l'ambassadeur était portée par deux chevaux; soixante 
janissaires avec leurs longues et lourdes carabines dont 
le canon était incliné vers la terre, escortaient les voi- 
tures qui portaient les présens; lekiaya, ou le maître 
d'hôtel , et le chancelier de l'ambassadeur avec une 
canne en aident , le diwan-efendi et l'imam , c'est- 
à-dire le secrétaire de la légation et le chapelain pré- 
cédaient les trois étendards du reste de la stiite de 
l'ambassadeur, et la musique ottomane, dont les cha- 
lumeaux, les cymbales, les trompettes , les tambours 
et les grosses caisses tatares jouaient de bruyantes 
fanfares'. 

> Grflnd-uDd umstandliclier Bericht S. 53 , und Selazionc distinla e ve. 



,,-.rihyG00glC 



%i HISTOIRE 

Quatre mois avant l'arrivée de l'ambassadeur tare 
à Vienne , le président du conseil d'état et de guerre 
rhargé de négocier la paix à Carlowicz , le comte 
(Kltingen avait pris, avant de partir pour Constan- 
linople, congé de l'Empereur avec une pompe inusitée 
(â6 septembre 1699). Sa suite était moins nom- 
breuse peut-être que ceHe de l'ambassadeur tore, 
mais elle comptait plus de personnages illustres. 
Après les courriers, les chevaux de main, les 
pages et les musiciens , venaient le médecin de l'am- 
bassadeur entre son apothicaire et son chirurgien ; 
deux bénédictins , ses confesseurs ; le maréchal de 
l'ambassade et douze sdgneurs, marchant par trois et 
ayant au milieu d'eux une bannière aux armes d'Œt- 
lingen. Parmi eux , on remarquait le capitaine du génie 
Jacques de Rauschdorf, et Guillaume Ernest Scbmid 
d'Anhalt-Zerbsl, que , vingt ans plus tard, nous ver- 
rons renégat ; le secrétaire de légation Macari, et le 
secrétaire-int^rète pour les langues orientales Lacko- 
vitz ; au milieu d'eux marchait Simpert, abbé de Neres- 
heim, prélat de la légation, et qui a laissé une relation 
de celte ambassade'; puis suivaienttrois à trois, quinze 
comtes, cavaliers d'ambassade. Entre les comtes de 
Colloniz et de Breuner, man^it te fîls de l'ambassa- 



ridiPA deDa sdenne inlrsla in Vienna della givaie ambasdala ottomana 
segirita addi 31 gennaro 1700 (fogtio etraordiaario 3 Feb.). 

I Diarium ou Relation evrieute d'un voyage de Vienne à CotutatUi- 

nople et de là m Allemagne; Augsbourg, 1701, par Simpert, abbé de 
Neresbeim, prËlat domestiqae de S. E. l'ambassadeur; et Relation du se- 
erétaire d'ambassade Uacari ; à la Bibliothèque de la rout de Vienoe. 



,,-.rihyGOOglC 



DF. L'EINlFIltE OTTOMAN. 25 

âeuT, portant un étendard en étoffe d'arçent, dont une 
face représentait l'image de la vierge de AlI-CEttingen, 
et l'autre les aigles doubles des armes de Hongrie, de 
Bohème et d'Autriche , magnifiquement brodées. Ils 
étaient suivis des comtes de Dieirichstein. de Lippe, de 
Swirby, de Sprinzenstetn, de Louis de Sinzendorf, de 
Thun , de Saur, de Kuefslein , de Nostiz, des deux 
comtes. Adolphe et Charles de Sinzendorf. au milieu 
desquels figurait Adolphe-Auguste duc de Holstan ; 
tous portaient des coiffes d'écariate bordées de zibe- 
line, des surlouts dé velours de différentes couleurs 
et des vétemens de dessous en étoffe d'or et d'argent. 
Derrière eux , on distinguait l'ambassadeur , portant 
sur sa tête un kalpak hongrois de velours rouge, bordé 
de fourrures de zibeline et surmonté d'un panache 
noir de héron, retenu par une agrafe dediamans venant 
du trésor impérial . Son vêtement de dessus était formé 
d'une étoffe d'or et garni soit intérieurement, soit ex- 
térieurement de zibeline , comme le sont les pelisses 
d'Etat du Sultan et du grand-vizir. A sa gauche pen- 
dait un sabre turc couvert de pierres fines ; à sa suite 
marchaient vingt-quatre laquais, armés de piqnea 
turques. Au seconde rang, on voyait vingt-quatre tra- 
bans et deux étendards,. dont l'un, rouge et blanc, 
représentait l'image de la vierge d'QËItingen, l'autre, 
jaune et noir, les doubles aigles, symbole de la puis- 
sance de l'Autriche. Leurs surloula de couleur écarlate 
étaient ornés de quatorze aiguillettes en argent ; leurs 
vétemens de dessous en soie de couleur orange et 
leurs écharpes de couleur bleue. Ils portaient des hal- 



D,gn,-PrihyGOO^IC 



36 HISTOIRE 

lebardes où étaient incrustées les armes de la maison 
d'CEttingen. Le carrosse de l'ambassadeur était garni 
inlérieurement de velours cramoisi, et tratné par àx 
chevaux de race daDoise ; deux autres carrosses, égale- 
ment attelés de six clievaux précédaient le vaguemestre 
monté sur un cheval superbe. Après avoir obtenu sod 
audiencedecongédeTEmpereur, l'ambassadeur quitta 
Vienne et s'embarqua avec sa suite sur une escadrille 
composée de quarante-deux Lf^limens; il se rendit par 
le Danube à Slankamen , oùil fut échangé avec l'ambas- 
sadeur turc. Arrivé à Constanlioople (8 février 1700), 
il y fît son entrée dans le même ordre qu'à sa sortie de 
Vienne. La Porte lui alloua pour son entretien jour- 
nalier quarante poulets, trois dindons, dix oies, tr«ite 
pigeons , cent cinquante okkas de la farine la plus 
pure, dix okkas de fruits, trente okkas de légumes, 
trois bœufs , un veau , dix moutons , cinquante kilos 
d'cMTge, dix quintaux de paille, trois chamots de 
foin, trente mesures de bois, cent dix okkas de char- 
bon, un okka de fines épiées , enfin cent cinquante 
piastres, dont chacune équivalait alors à un rdchs- 
thaler. Le 13 février 1700 (26 schâban 1111)', i'am- 
bassadeur eut ^n audience du grand- vizir et , trois 
jours après, il fut admis à celle du Sultan; c'était un 
jour de diwan et de solde pour les troupes, auxquelles 
on distribua quinze cent bourses, c'est-à-dire cinquante 
mille sept cent reichsthalers '. Les présens que l'Em- 

• Rflachkl écrit par errear le 20 an lien du 36 sdiàban. 

> VHUtoiredt la Bibtiothèque de Berlin, p. 166, arec plui de jn». 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 87 

pereur avait destinés au Sultan consistaient en un 
plateau d'argent, des grilles de cheminée, des rafrai- 
chissoirs, des flàmbeaui, des arrosoirs, des vases, des 
tasses à café , des vases pour le sorbet , le tout de 
même métal , des flacons dorés avec leurs chaînes, 
des encensoirs, des vases à fleurs, des lustres à roi- 
rcMFs, des montres, un réchaud en ai^nt et une fon- 
taine arliBcielle du poids de coil marcs. La sultane 
Khasseki reçut un panier à couvercle tout en or rï mar- 
telé en bo5se , une autre à anses dorées , un troisième 
en argent roat et sans couvercle, une pendule à mi- 
roirs, une seconde à jeux de flûte, et «ifln une cassette 
de joyaux ornée de pierres fines; l'ambassadeur remit 
aussi à la sultane Walidé une table à café, des vases h 
fleurs en vermeil ornés de guirlandes et d'émail, 
deux bras de lustre, quatre corbeilles en fils d'argent, 
une montre en forme de disque aussi en fil d'argent , 
garnie de pierreries , une montre à jeu d'orgue , six 
petits vases à fleurs soigneusement travaillés et ornés 
de pierres rouges , enfin un écrin magnifique. Des 
arrosoirs, des vases, des rafraîchissoirs, des corbeilles 
avec leurs couvercles, des encensoirs, des cassolettes, 
des flacons pour l'eau de rose, des montres et des 
pendules, des assiettes et des tasses , des flambeaux, 
des miroirs , des bureaux et des écriloires du plus 



leste qoe la Relation prédtto, p. 74 , dit 60,000, renfermés dans SOSO 
bounea ; ouû e'eit une double erreur, car 2050 bourses , cbaïuiie de 
500 piiBltes font l,O2&.O0O piastres, et 60,000 écus font si 



,,-.rihyGOO^IC 



r.8 HISTOIHE 

beau travail furent distribués au grand-vizir, aux six 
autres vizirs, au reïs-efeadi et au moufti. Les préseos 
offerts au Sultan pesaient seuls deux mille okkas , 
c'esl-à dire quarante-cinq quintaux d'ai^ent. Tous 
ces [H'éscns coûtèrent à l'empereur une sonune de 
quatre-vingt-treize mille sept cent cinquante-sept flo- 
rins. La cour de Vienne offrit encore à l'ambassadeur 
turc , lors de son audience de congé , de riches 
présens, consistant en vases et arrosoirs d'ai^nt, en 
cafetières, théières , lasses, corbeilles , coupes, flam- 
beaux, et quelques pièces de drap fin d'Angleterre '. 
Les instructtons données au comte QEttingen lui 
enjoignaient de présenter an Sultan la ratification du 
traité de paix et les présens de l'Empereur dans une 
audience solennelle , et selon les formes usitées du 



■ La Relation cirfODsUndfe de cette ambassade, p. 119, donne la 
liste da peraonnei de l'ambassade, et les noms des principaux emplois. Le 
kiayabeg (maître de cériimoDiel. Le diwaD-eTeDdi (Eecrétaire deligatiaD). 
Le kipidjiler kiajaEÎ (chambellan). Le miri akhor (grand -écufer). Le we- 
kilikhardj (chef des cuisines). Le doughandji (fauronnier). Le Isha- 
ouschbaschi.silibdar (porte-épée;. Lekhaiinedar (trésarier). Le tsdiokadar 
(valet de cbambre). L'anablar agazi (gardien de» deA). Le kaftandji 
(gardien du kattan). Tsebamascbirdji (gardien du linge). Le piscfagirdji 
fgardiende la nappe). Le kahwedji (préparateur du café). Le kilardjï 
(gardien des coaGluresj. Le kitabdji ( biblîotbécaire ). Le aofradji ( Tilet 
qui dresse la table). L'ibrikdar (gardien dn vase des aUutions). Le 
mehter-bascbi (luatlre de chapelle). L'ilscb mebler (le tapissier attaché k 
la mais<m). Le malaradji ( porteur des outres destinées à contenir l'eau)- 
Le acbatirbaschi (premier laquais). Le tschadir mebterbascbl (cbef des 
dresseurs de tente). Le serradjbaschj (chef des palefreniers). L'ascbdjl- 
bosi^i (premier cuisinier). Le tsdiascbnegir-bascbi (grand sommelier). Le 
aarbanbascbi (premier gardien des cbameani). Le khanDandebaschi 
(premier gardien des mulela]. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIKE OTTOMAN. 39 

cérémonial. H devait vdller à l'échange des prison-: 
niers conjointanent avec le comte Adolphe de Kn- 
zendorf , spécialement chargé de celte affaire , presser 
la délimitation définitive des frontières, arrêter les 
articles du traité qui garantissaient la sûreté des indi- 
vidus et du commerce, la protection des églises et de 
leurs dessarans; enfin il devait tâcher de faire pren- 
dre en considération la situation difficile des hospodars 
de Moldavie et de Yalachie, et insister sur l'éloigne- 
ment deTœkœli'.Le comte de Sinzendorf n'eut pas 
long-temps à s'occuper de l'échange des prisonniers; 
il mourut quelques mois après, et son corps fut rap- 
porté à Vienne par ces mêmes prisonniers qu'il avait 
délivrés de l'esclavage. 

Pour honorer de sa présence la fête que le grand- 
vizir donna dans sa maison de campagne sur le rivage 
asiatique du Bosphore, non loin du château d'ÂnatoIie, 
l'ambassadeur autrichien s'embarqua, comme autre- 
fois le comte Leslie , sur trois galères. La plus grande 
d'entre elles, ornée de trois pavillons et dirigée par 
trois cents esclaves chrétiens , traînait à la remorque 
une galère pleine de musiciens dont les bruyans 
accords ne pouvaient se faire entendre au milieu du 
cliquetis des chaînes qui résultait , à chaque coup 
de rames , des efforts des trois cents esclaves. Pour 
amuser les ambassadeurs (car on avait encore invité à 
cette fête les envoyés des puissances médiatrice, l'An- 



I iDsInictioiu du comte d'CEltJDgen, du imnte de Wermoud et d'Uirnld, 
BDibaissadeurs dans 1m auoÉes 1718 et nH'. 



,,-.rihyGOO^IC 



5o lUlSTUifiE 

gleterre et la Hollande), on leur donna le spectacle 
d'un tir à l'arc ; des Itittenrs , des maîtres d'escrime, 
des danseurs, des joueurs de gobelets, et une canta- 
trice saltimbanque de Perse égayèrent la fête. Le repas 
fut aussi court que magnifique. Des plats de riz 
crevé, de toutes les couleurs, des viandes hachées, 
servies dans des citrouilles ou enveloppée dans des 
feuilles de vigne, des pigeons confits, des poulets 
rMis , toutes sortes de gibier et de pâtisseries passèrent 
rapidement sur les tables, apportés par une foule de 
domestiques qui , se transmettant les mets les uns aux 
autres, les emportèrent presque aussitôt après Im avoir 
déposés. Ce mode de service témoigna beaucoup 
moins de ta sobriété des convives, que de l'empresse- 
ment et de l'avidité de ceux auxquels les restes de- 
vaient appartenir. 

Après la mort du comte de Sinzendorf, la cour de 
Vienneconclutavecrambassadeurturc, Ibrahim, une 
convention particulière en quatre articles, par la- 
quelle l'article XH de la paix de Cariowicz , qui 
réglait le rachat des prisonniers, fut étendu à tous les 
esclaves tirés de contrées soumises au sceptre de 
l'Autriche, à quelque nation qu'ils appartinssent , et 
même aux enfans nés des esclaves restées chrétiennes 
durant leur esclavage ' (36 juillet 1 700). L'ambassa- 
deur antridiien à Conatantinople obtint trois fermans 

■ /n(tn(in«nlun> aâ faeilitandam Captivorum uiriUMque Imperii 
eliberationem ettm magno Porta OItomanica Ugalo DOn/êclwn. Vienne, 
Î6 Jidltet 1100. Le fermui poar les goDveraears de Buenle et de Temeswar 
te trouve dans l7mcAa de Ram), d" 149. 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIKE OTTOMAN. 3i 

favorables au commerre, à la protection à accorder aux 
églises catholiques et à leurs desservans en Turquie, 
et particulièrement à ceux de Jérusalem (septembre 
1 700 — rebioul-akhir 1 1 1 S) . Le premier de ces fer- 
mans ne s'appuyait pas sur le traité de commerce 
négodé en l'an 1617 par le comte de Czernin , et tombé 
en désuétude de part et d'autre, au point qu'un siècle 
plos tard les diplomates autrichiens en avaient même 
perdu le souvenir. Il était basé sur le dernier traité de 
Vienne '. Les deux autres fermans concernant la pro- 
tection à accorder aux desservans catholiques et aux 
églises de Jérusalem, par les autorités turques, étaient, 
à peu de chose près, la lettre des deux traités conclus 
à ce sujet par l'avant-deroier ambassadeur, le comte 
de Leshe. Parle premier, la Porte s'engageait à pren- 
dredes mesures pour qu'à l'avenir les prêtres catho- 
liques ne pussent être troublés dans l'exercice de leur 
culte par les évéques grecs, serviens et bulgares, ni 
molestéspardesautorités qui trop souvent n'écoutaient 
que leur caprice, leur haine ou leur avarice '. Le der- 
nier assurait aux catholiques de Jérusalem la posses- 
sion incontestée de l'église de Saint-Jean, au nord de 
la ville, des sépulcres de Sion, des couvens de Belh- 
lehem et de Nazareth avec leurs tombeaux et leurs 
jardins , des lieux saints de Safed , de Saïda et de 



■ TraiulaHa eam originaH collatœ copia diplomati$ mercatorum. 
Dans les Arcb. I. R. 

' Transialio cum origitudi eollatœ copia aiplomati$ Beligioioi con- 
eeriumli$ A. 1700. Ibid. 



,,-.rihyGOO^IC 



3^ HISTOIRE 

Kamla, de fa chapelle de la Vierge, et des lieux pos- 
sédés par les chrétiens autour du Saint-Sépulcre. Ce 
même ferman les antorisait à célébrer la Fête des 
Rameaux sur la montagne des Oliviers et dans les lieux 
témoins de la naissance de saintJean, de saint Joachim 
et de sainte Anne ; à accueillir les pèlerins dans leurs 
couvens de Jérusalem , de Damas, de Bethlehem , de 
Nazareth et de Saîda ; à rétablir les monumens qui 
tombaient en ruines, et a acheter les vivres nécessaires 
pour l'entretien de leurs moines, sans qu'on pût les 
forcer à accepter des denrées et des viandes corrom- 
pues ; enfin il leur promettait aide et protection contre 
les Arméniens et les Grecs '. 

Avant son audience de_congé (â octobre 1700), 
l'ambassadeur recommanda au grand-vizir les patriar- 
ches syriaques deHaleb, les catholiques de Khios, les 
Bagusains, et le pria de terminer promptement la 
délimitation des frontières du côté de Novi '. Le 
grand-vizir lui donna encore une fête à Eyoub; et à 
sa dernière entrevue, il décora soixante personnes de 
sa suite de vétemens d'honneur. Enfin, par une nou- 
velle déférence pour l'ambassadeur, il alloua, suivant 
nn antique usage, une augmentation de solde de 
deux aspres par jour à quatre fourriers, à quatre 



I Tratulaiio ettm originali coUalm copia confirmati tUfiomatii pro 
ISttigioiit terrœ Sancta. RebiouV-akhir 1113 (S«pl. 1700). Dana lea 
Arch. I. R. 

' Cesacles se IrouvealdaDdles Arch.de Vi«uie; les letlres de recréance 
du cuide d'OEIlIngen dans Bainl, p. 464. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 33 

tschaonscbs, à quatre silihdars , et quatre upahis *. 
L'ambassadeur polonais , qu'arait précédé de six 
mois le nonce Stanislas Rzewuski, était arrivé à 
Constantinople en mtoie temps que l'ambassadeur 
autrichien. C'était Raphaël deWiniawa Leszczynski, 
petit -trésorier de la couronne, père de Stanislas 
Leszczynski, qni plus tard occupa le trône de Po- 
l(^ne. Il fît son entrée à Constantinople avec nne 
pompe telle que n'en avait jamais déployé aucun des 
ambassadeurs qui jusqu'alors avaient paru dans cette 
ca[Htale. Sa suitç, composée de quatre ou cinq cents 
personnes , fut logée dans les environs du palais 
d'Ibrahim-Pascha sur l'hippodrome *, que la Porte, 
par une distinctioa particulière, lui avait asugné pour 
demeure. Les présens qu'il apporta au Sultan consis- 
taient en vases, flambeaux, pendules, fontaines à jets 
d'eau ; le tout en at^ot, et en clûens de chasse attachés 
avec des chatnes de ce métal ^ Quoique sa suite fût 
plus' nombreuse, l'ambassadeur fut traité avec moins 
d'égards que ne l'avait été l'ambassade autrichienne ; 
car, sur cent p«*sonnes de sa suite, il ne lui fu||>ermis 
d'en emmener qu'une seule avec Iiii ai présence du 
Sultan. Il entra dans la salle d'audience avec dnq 



t Cet OHge n'esl oiasIgDé niOlB pul, eu^ du» le maDosoit de la 
bibliotbèqae de Beriln, r<> 75. f. 175. 

> L'Hiitoire de la Bibliolhéqut d» BerUn, n» 76,' p. 1S5, donne U 
daledeson arrivée; leDtarivm deSimpert, p. ao^U fiieauS nui. 

i Bipport dëUiUé el circonataadé, où m trouvent amd deux baranguea 
qu'UâteD Ulin aaSulIan et an grand-tiiir, p. B8 et 89. 

T. XIU. 3 



,,-.rihyGOO^IC 



54 HISTOIRE 

nobles seulement S révélas comme lui de amples 
Itaftans. tandis que la suite du comte d'OEtliogen. 
ccHnpofiée de seize comtes, avait été admise dans l'in- 
térieur du serai. En outre, le comte d'OEltingen s'était 
aB»s pendant l'audience sur l'estrade même da diwan, 
homieur qui fut refusé à Leszczyn^i ; il dut se con-: 
tenter d'un siège recouvert en sde, mais sans dosàer. 
Pour le repas même que l'on a coutume de donner 
anx ambassadeurs , immédiatement après te diwan et 
avant de les revêtir du kaftan ou de la pelisse pour 
paraître à l'audience , le grand-vizir avait fait r^ler 
Tordre des plats suivant le rang des ambassadeurs, et, 
conformément à c^e r%le, CEttingen seul eut rhon< 
nenr de se \àr servir nn çiat de pcnssc»» frits*. La 
mission de l'envoyé p(^(Hiais ccmsistait surtout à h&lw 
la nomination d'ane commission pour la délimitation 
définitive des frontières. Les ccunmissairefl nommé» 
par le roi de Pologne, ét^nt runbassadeur lui-même, 
le palatin de Podolie, François de Sas Dziedusycki. 
le starosie de Stszyca, Adam de Topor Tarto, le séné^ 
cbal d&,Podolie, et l'historien du traité de Carlowicz, 
Etiame de Junosza Humiecki*. Dès que l'c^jet de sa 
demande lui eut été accwdé, la Porte lui signifia 

' L'HUtoire de ta Bibliothèque de Berlin, no 75, p. 155, n'ai men- 
Uonne qoe Iroii. 

3 Bapport de l'ambassade, dans lei Arah. de VEenne. 

3 Pliuieurs de ces noms paraissent être cachés dans les noms mulilîs 
qne mealionne la lettre de recréance de LesiczfOiki (Vojei RamF, dans 
ion Jnteha, n» 461), où U est cité comme amlMBsadeut; les Rapports du 
comte d'CËltlagen, leZKorfutnde Simpert, et la relation clrconstaDciéo 
de l'imbasside autrlcbienne ne parlent que d'un seul ambassadeur. 



n,gn,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAM. 55 

qu'il ponrait partir, en loi disant qu'il n'était pas 
d'usage d'accorder des audiences de congé à tous les 
ambassadeurs. Leszczynski répondit qu'il connaissait 
fort lùen les usages , ainsi que les égu^s dus à son 
souverain et à lui-même, et qu'U mouirait [dolôC 
à Constantinople ■ que de supporter patiemment une 
pareille injure ; dès-lora l'audience de congé lui fut 
accordée sans difficulté (â7 juillet). Le troisième am- 
bassadeur 'des puissances qui avaient participé à la 
paix de Carlowicz fut celui de Voiise , Lorenzo So- 
ranzo ■ qui fit son entrée à Conslantinopte trois mois 
avant l'ambassadeur autrichien. Averti de son ar- 
rivée à l'emboocbare des Dardanelles, la Fcme lui 
avait envoyé , selcm l'usage , denx galères pour le 
conduire dans la capit^, oà it fut I(^ dans une maison 
da faubourg de Galata et reçut jonmellemetrt one 
somme décent vingt piastres destinée à son entretien et 
à celui de sa suite'. Son audience duSnltan avait en lies 
U ià novembre 1699 (31 djemazibul-evrwel 1111). 
Soranzo , qui était venu chercher la confirmation du 
traité deCarlovricz,que le plénipotentiaire vénitien n'a- 
vait voulnûgner que proviscnremenf et conditionnelle- 
ment, obdntencore de laPorte un traité additionnel plus 
oqiliâte, auquel fiirentajoQtéesdix-sq[>t antres dauara 



■ • J'iteMnii nlcm cnreri ComUntlBopleqm de tnpporttr cette bt- 
Jin. > Dtartmn de Simpert, p. 264. 

• Lakllce dereertence de Soniuo K trône duii le grud Tiuehaào 
Rsml, n» 471. 

s mtioire <U ta BaUotMque dt BerUn. n- 7B, p. 11» et Rudiid, I , 
p. 351, tcrirent foiela que let Franiaii tpp^kat piattre* iaioU». L« 

y 



D,gt,,-.rihyGOO^IC 



36 HISTOIRE 

conlenues dans les traités précédais : de sorte que le. 
traité de Carlowicz, qui primitiveineDt ne contenait 
que seize articles, en eut alors trente-trois '. La Russie 
n'avait pas n^ocié avec la Forte une paix définitive ; 
elle avait seulement conclu un armistice de deux ans. 
Pour mettre un terme à cet ^Ul provisoire , le Czar 
avait muni de pleins pouvoirs son ambassadeur Ou- 
iLraintzow qui , assisté par nn autre plénipotentiaire * 
russe , arriva à Osnstantinople dans les premiers mois 
de l'année 1700, où, pendant toute la durée des né- 
gociations, il fut retenu sous bonne garde dans le voisi- 
nage de la Forte des Sables. Deux fois par semaine, 
ils conféraient avec le rds-efendi Rami et le drogman 
de la Porte Maurocordato, dans l'ancien serai du. 
grand-vizir Kara Mousiafa.* Les Russes demandaient 
l'abandon au Czar des forts de Ghazi et de Schabin- 
Kennan , la liberté du commerce , l'élargissement des 
prisonniers , le libre exercice du culte pour ses sujets, 
et la protection de )a Porte pour ceux qui voudraient 



IradncUoD dea leûres de créance da Soraïuo se trooTC dans l'InnAa de 
LeGrand, à h bibliothèque devienne, no 436, n» lA. L'AucAa defUuni, 
n° 584 notu rapporte nne lettre du grand-vizir k Soraïuo, aunruit aux 
cominer(SDS de Venue un traitement bienT^Uant. 

' tti république parait afoii conûdéri ce traîU comme m grand uertt 
d'état, car elle a'en fait menUon nulle part. On peut cqwndanl le retrouver 
dans lea Archivea I. R., parmi les acie» vénilleni «lec la date et la sus- 
cripliea de l'inletprète : Seritto net eampo M BmtdpatHa oRi prlmt 
délia Itma Zlleade 1113 eioi IS. (9) Avril. 1701. Tradotiona delti giti 
«MtOKrtilj Dragomani publM .- Tomaio Tartia Dragonumo grand». 
Giaamo Tania Dragomano di Strada, Âloit» Forti* Dragomimo p«- 
Wco. Ifae Saii Drag. publfco. Gtov. B. Naom Drag. pubUco. 

■ Bittoir» d» Ut Bibliothi^t de BerHn, n> 75, p. 156. Daiu U 



n,gn,-.^hyG00^lc 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. Î7 

se rendre en pèlerinage à Jérnsalem. Les Turcs, de 
leur c6té, insistaient sur l'évacuation de loutesles pla- 
ces fortes conquises par le Czar. Les négociations du- 
raient depuis six mois sans que l'on pût s'entendre ; 
enfin des courriers apportèrent aux ambassadeurs 
moscovites le consentement de leur souverain à la dé- 
niolition des forteresses conquises, mais les Turcs per- 
sistèrent dans leur demande d'une restitution pldne et 
entière, et traînèrent ainsi en longueur les négociations. 
Ce ne fut qu'à la nouvelle envoyée par le khan des 
Tatares du rassemblement autour d'Azof d'une armée 
russe de cent mille hommes ; que la Porte ûgna un 
traité conçu en seize articles, et qui , pour trente ans, 
assurait la paix entre les deux nations '. I^e second 
article de ce traité|slipulait la démolition des fortifica- 
tions de Tc^an, de Ghazi-Kennan, de Scbabin-Ker- 
man, et de Noussret-Kerman. Le cinquième, relatif à 
la délimitation des frontières , établissait qu'on ferait 
on désert des douze lieues de pays comprises entre Or et 
Azof changées en un désert. Le sixième permettait éga- 
lémentaux Tatares et aux Russes de chasser, de pêchw, 
d'élever des ruches, de couper du bois, et d'établir 
des marais salins dans le district situé entre Or et le 
ch&teau'fort de Meyousch. Le septième accordait à la 



leLlre de recrèance (vojrM Bami, grand Itucha) <m tilt mention des con- 
teîllen AmilianDsdi, d'IgnatadMich, d'Ouki'aiiiUow, el du plénipolentiiire 
Yaio Daldïfchere. Il nt difGdle de dir« quel est cet Emélteo, mds consulter 
leaAiebiTM rtuses. Le premier plénipoteotUinaa traité de Carlovicz était 
PMCopius Bogdanovitscb WosDitiin. 

■ Le traité te trouve dani Bascliid , I . p. S53-25S. 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



forteresse d'Azof la possessicm d'uue étendue de ter- 
ritwre de dix lieues, dans la direction du Kouban, oà 
les Nogbaîs et les Tscherkessn ne devaient point in- 
quiéter les Cosaques et les Russes. L'article huit sti- 
pulait que les Tatares de Crimée s'abstiendraioit à 
l'avmir de toute incursion sur le territoire russe. Le 
neuvième était relatif à l'échange des [»isonniers; le 
dixième, à la liberté du commerce'; le onzième, aux 
pèlerins qui se rendnùent à Jérusalan ; le treizième 
concernait les privilèges des agens et des interprètes 
des deux nations ; et «ifin, le quatorzième stipulait 
l'envoi miduel d*nne ambassade extraordinaire pow 
ratifier le traité dans l'espace de six mois. 

Un évtoement inoui jusqu'alors dans les fastes de la 
diplomatie européenne, eut lieu à l'audience que le 
Sultan devait accorder au nouvel ambassadeur fran- 
çais, Ferriol, nurquis d'Argental. Ce dernira était ar- 
rivé vers la fin de l'année précédente pour remplacer 
son prédécesseur, monsieur de ChAteauneuf ', qui 
l'avait pk-ésenté au grand-visirdans une audience soleo- 
iielle,(6 janvier 1 700) *. Quelques jours après, Faii(4 



■ La lettre de npçii de Cbileaoneur, rerobe p» Ferriol an grand- 
vidr, dtfésda IS nul 1699, le troure dans Vlmehaûe te Gnxtâ,iv 15; 
à U bibUolhèqiie Impérùle , do 433; et la lettre de recréanee qoe Chàtean- 
neuT refut da Sollan, se trouve dam le grand ThicAa de Raml, o* 463. 

> La Motraje , p. 368 , donne la desaiption de celle cérémoide , aTM la 
date du 96 décembre (rieni aljle). Raacbid, p. S31, donne pour date 
le 13 redjeb 11)1 , c'eit-i-dlte le 3 janvier avec eelle Mueription : JMeep- 
Uon4eVambiutaiieurfrantaUettagr<Miir»Udaialedboim..VM ut 
hoava aussi dani VHiitoire dù{ Dtfitrdar, p. 316 et dans Flassan , t. 4, 
p. 169. 



D,gn,-.rihyGOOglC 



DE L'EMHRE OTTOMAN. 39 

aniva, entouré de sa suite, aa serai pour remettre an 
Sultan les présens da roi de France, consistant en une 
glace magnifique, Icmgne de quatre-vingt-dix pouces 
et large de soiiante, en une belle pendule, une horloge 
arlistement travaillée, représentant la rotation des 
étmles, et en plusieurs pièces de riches étoffes et de 
drap fin de première qualité. Tout se passa à merveille 
jusqu'au moment où l'ambassadeur, revêtu d'un kaf- 
lan d'élofife d'or parsonée de Bsutè, fut sur le point 
d'être introduit dans la salle d'audience. Le tscha- 
ousch'baschi, ayant remarqué que sous son kaftan 
l'ambassadeiu- tenait cachée une longue ^pée, refusa 
de l'introduire avec cette arme. Maurocordato lui fit 
ol»erver qu'en inùstant il violerait tous les usages 
reçus, et que jamais personne, quelque fût aoa rang, 
n'avait paru avec des armes en présence du Sultan. 
Ferriol mit la main sur son épée, protedant qu'elle 
ne lui serait reprise par nul autre que par son rcù. Le 
grand-vizir lui fit alors signifier qu'il n'obtiendrait 
point d'audience du Sultan, s'il ne consentait à se des- 
saiar de son épée. Ferriol répondit que monsieur de 
Oi&teauneuf lui avait assuré que, lors de son audiaice, 
ii loi avait été permis de gîu^er la sienne. Le grand- 
vizir lui dit qu'il se trompait, et que, dans tous les 
cas, si son prédécesseur avait porté une arme, elle 
avait dû ^re si petite que personne n'avait pu la 
remarquer sous son kaftan. L'^ des janissaire es- 
.sayait en vain de persuader l'ambassadeur et de le 
faire renoncer à son projet. « Vous êtes des suj^, 
» s'écria l'ambassadeur, et moi je suis le représentant 



,,-.rihyGOOglC 



4« mSTOlRB 

» d'uD grand roi. » Les vizirs de la coupole, les kar 
diaskers épuisèrent à leur tour toute leur éloquence, 
sans pouvoir rien obtenir de lui. Les chambellans, qui 
l'avaient déjà pris sous les bras pour le conduire, sui- 
vant l'usage , à l'audience', tentèrent alors de lui en- 
lever son épée sans qu'il s'en aperçût , mais il les re- 
poussa violemment en les firappant des coudes et des 
genoux, et , plein de colère, il cria à Maurocordato : 
« Est-ce ainsi qu'on viole dans cepaysie dr<Ht desgens? 
» Sommes-nous donc amis on ennemis? — Amis, ré- 
» pondit Maurocordato; mais vous ne pouvez paraître 
» à Paudience avec votre épée. — En ce cas, je n'y 
• paraîtrai pas du tout, » s'écria l'ambassadeur fu- 
rieux. Il se débarrassa aussitôt de son kaflan, or- 
donna aux personnes de sa suite qui en étaient aussi 
revêtues de l'imiter, et de le suivre à son quartier. Le 
lendemain, la Forte lui renvoya les^présens du roi. 
Six mois après , Ferriol se promenait sur les eaux 
du Bosphore , dans un yacht semblable à celui du 
Sultan, et recouvert aussi du parasol doublé de pour- 
pre ' . Le grand-'^'izir lui signifia au nom du Sultan qu'il 
eût à s'abstenir de se promener sur un yacht sembla- 
ble, s'il ne voulait pas se faire couler à fond : en même 
temps, 11 fit donner deux cents coups de b&ton aux ra- 
meurs, qui étaient turcs (âO juillet i 700). Le cabinet 
français n'ayant pas eu connaissance officielle de l'in- 
jure f^te à son ambassadeur, la Porte n'apporta aucun 

■ Flassan, v.lV, p. 163,et IeiKariumdeSlmpen,p.363.Flissan ne 
ni^iorle que le fait de la décoration du jacht, nub Slmpcrl parle auisi de 
l'injure que lui Brait atliiée Mie aflaire. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIBE OTTOMANi <( 

changement dans ses relations avec la cour de France, 
et Ferriol demeura dix ans à Constantinople, oà il géra 
les affaires de son maître, sans avoir jamais été admis 
à t'audiwce du Sultan. Trois mois après l'insalle qu'il 
avait essayée dans le Bosphore, il obtint, m faveor 
des prêtres chrétiens et de% missionnaires , un 
khaltiscberif semblable en tout point à celui qui était 
accordé en même tnnps au comte d'QEitingen '; 
Lorsque, dix ans après, Ferriol perdit réellement la 
ruson , le grand-vizir , instruit de cet accident par 
l'interprète français de Bru , parent de Voltaire '^ 
lui répondit avec son flegme naturel ; «Il était déjà fou 
» quand il est arrivé. » M. de Ferriol est le dernier am- 
bassadeur françaisqui, parsa vivacité et sonîrréflexion, 
ait justifié la réputation de l^èreté dont le peuple 
français est en possession dans l'empire ottoman ; aussi 
ne fut-il pas traité avec plus de considération que ses 
prédécesseurs, les deiirs de La Haye, père et fils, les 
sieurs de Nointel et de Guilleragues, lesquels eurent 
à essuyer nombre d'outrages dans leurs relations avec 
le grand-vizir Kœpriilii, notamment lors de la que- 
relie à laquelle donna lieu la place au sofa, et dont 



T GeUiaUiscliÊrifse(roiiTedaiiiLaI(olraTe(Vo;eil.p. 37>), demCroe 
que celui du comte d'OEIlÎDgeD, daté da dentier jour de rebioul-akhlr. Sant 
legraDd/rMcAadeBaiiii, no JRS, se trouve uDC lettre du grand-TiuriFer- 
riot. Le graod-vlïir lui dit qu'il ne peut «ali^bire i eon déair de ne point 
traiter le* atbires internatioD^ei par l'entremiM du kalntakam Osman- 
Pascha. On troure eiKore dan» le même ouvrage , no 484 , une autre 
lettre qnî auure aai négodaiH français le même irallement qu'à ceui de 

> mtloire de Oiarlei XII, liv. V. 



,,-.rihyGOO^IC 



4s HISTOIRE , 

nous avons fait connaître les d^taQs dans le volume 
précédent. Brave comme son épée qu'il refusait de 
remettre aux Turcs, M. de Ferriol, avant d'obtenir le 
titre d'ambassadeur, avait assistéà sept campagnes dans 
les années du Sultan et du grand-vizir, en qualité de 
commissaire français auprès de Toekœli. Toutefois, il 
s'était moins familiarisé avec les mœors et les usages 
des Ottomans qu'avec leurs costumes, qu'il fit desûner 
par nn peintre, et qu'il puUia sous le titre de Tableau 
de la cour ottcarume, œuvre qui, jusqu'à la publication 
du célèbre ouvrage de Mouradj^ d'Obsson , fut con- 
sidérée comme la meilleure autorité en pareille ma- 
tière. 

Les envoyés anglais com|venaient mieux que ceux 
de France la conduite qu'ils devaient tenir avec les 
ministres de la Porte. A l'ambasBadeur anglais Paget, 
un des médiateurs du traité de Carlowicz, avait suc- 
cédé le chevalier Sutton, qui sut tellement gagner les 
bonnes gr&ces du Sultan que, lors de son audience, il 
l'honora d'une répCHise verbale, comme l'avaU faU jadis 
Souleïman n. « Les Anglais sont ne» bons et vieux 
w amis, lui dit-il et nous saurons leur prouver, dans 
» l'occa^on, que nous sommes animés des mêmes sen- 
» limensàleur^ard. Nous tâcherons surtout de don- 
» ner à votre roi des témoignages de reconnaissance 
» pour sa bienveillante médiation à Carlowicz, et de 
■» la confiance que nous avons en son amitié '. • 



< RBBddd, I, f. 361. La Hotraye, I, p. 394. Dons la DMeriifone «om- 
pendUaa MiloHea 4i guonto più eurioto a nguito fwU' nmo 1704, par 



.-.rihyGOC-l^lC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 45 

Après avoir jeté un coup-d'œil sur les relation» de 
la Porte avec les puisrances dirétiennes et particaliè- 
rement avec leors ambassadeurs, il est utile d'examiner 
ses rapports avec les Etats d'Asie (Mmfessant la religion 
musulmane et avec Baguse, province dirétienne qui, 
«tuée en Europe, mais tributaire de la Porte, justifia 
ce proverbe accrédité dans te Levant, que les Ragu- 
sains ne sont d'aucune religion '. Nous avons vu pré- 
cédemment que Raguse était redevable à la Patte 
d'un tribut de plusieurs années montant à douze mille 
cinq cents dufiats; que, lors de son dernier paianent > 
effectué s^t années auparavant , elle n'avait envoyé 
an trésor qu'un à-compte de quatre-vingt-cinq 
bourses, et que pendant la gueire, elle avait suspendu 
entièrement le cours de ses paiemens. Mais ctnnme la 
Porte entrevit, lors du traité de Carlowîcz ■, la possi- 
bilité de recouvrer les sommes arriérées, elle adjoignit 
à l'ambassadeur venu de Raguse un commissaire, le 
diambellan Mouezin Moustafa , chargé de recueHlir 
le tribut (juin 1700 — mobarrem 111S). L'ambas- 
sade do prince du Gonriel, qui arriva quelque temps 
après, fut encore plus mal accueillie : les perscuines 
qui la composaient furent emprisonnée dans le châ- 
teau des Dardanelles sur les eûtes d'Asie, pairce qu'au 



BNUgHa, K tronre une graTore reptéMDiant l'audience de l'ai 
fTancalt; le Suhaii lui dit qa'il ne le laisKra point irriter contre l'Empe- 
reur ; nuit H. de Ferriol n'ajani jamaii été admia à l'andience, ce fait esjt 
dénué de toute Tédté. 

■ Ni» tktmo OtriUitmi , non tfomo Ehrti, ma povtri Ragviti. 

3 La lettre qui annonce à la république la cencliuion de la paix et le 



,,-.rihyGOO^IC 



44 HISTOIRE 

lien d'apporter le tribut stipulé, elles avaient amené 
boit esclaves mâles, et quatre femmes esclaves, pour 
les oflrir au Sultan. L'ambassadeur Mohammed- 
Fascha élait revenu de Perse, où il avait été envoyé 
pour faire part au schafa du traité de paix de Car- 
lowicz ' et d'où il rapportait la r^mnse du schab et 
do khan des kbans aux lettres du Sultan et du grand- 
vizir. En arrivant sur les iMu-ds de l'Arpatschaï, alors 
frontière entre ia Perse et la Turquie , Mobammed- 
Pascba avait trouvé un mibmandar et deux cents 
cavaliers diai^ de l'escorter à Is^h^, par Eriwan, 
Nakhcyiwan , Tebriz , Sultanieh , Koum , et Kas- 
chaa. Durant un séjour de quatre mois dans la 
capitale du schah Houseïn, l'ambassadeur avait été 
admis trois fois à l'audience du roi et avait été con- 
gédié avec de riches présens en or et en tapis de Perse*. 
Il est probable qu'il était chargé aussi de lettres con- 
fidentielles relatives au transfuge Ismaël-Fascha, an- 
cien gouverneur de Bagdad, qui, après avoir .occupé 
successivement les places d'aga des janissaires, de 
gouverneur de Roumilie, de kaïmakam auprès de la 
Porte, de gouverneur d'Egypte et de Bagdad, avait été 
destitué par le grand-vizir Houseïn Kœprùlii; enfin, 
appdé au gouvernement de Wan et croyant sa léte 



noriA poar la limltatioD des fronUËres an gouTemear de Bosnie, le trouve 
dons le grand ifweha de Raml , n* 406. 

• La IcUre du grand-vIzir à l'ambosudeur Hobammed-Pascba se trouTe 
dsns le grand tmeba daEami, n*'31. 

■ BistotTe dt la BiUiothiqw rffl Bwltn, n' 75, f. 1B3. L'anleili ^lall 
un ami de l'ambassadeur. 



n,gn,-.rihyGOOglc' 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 45 

menacée, il s'était enfui pendant la nuit eo Perse, où il 
était mort l'année suivante. Quelque temps après le 
retour de Perse de Kara Mohammed- Pascha, parut, 
encore sous l'administration de Houseïn Kœprûlû, et 
quelques jours avant sa chute, un messager, porteur 
d'une lettre écrite, non par le schah, maïs par le khan 
des khans, le Mirza Mohammed Moumin Khan, dans 
laquelle ce prince demandât à la Porte la permia- 
fdon d'installer des prédicateurs persans auprès des 
saints tombeaux d'Ali et de Houseïn , et de' recon- 
struire , aux frais de la Perse , les dûmes de ces lieux 
vénérés, menacés de ruine '. Les présens offerts par le 
Mirza consistaient, suivant le nombre sacré des Ta< 
tares, en neuf nappes brodées d'or, neuf schalls , neuf 
pièces de satin velu, neuf pièces de velours, neuf 
pièces de coton ouvré, neuf pièces de coton uni, neuf 
pièces de satin de Tebriz , neuf mîskales de momie 
pur, et neuf bézoards. Le grand-vizir remit au messager, 
pour les offrir à son maître, trois housses à sofas de 
Tunis, ornées de broderies rouges, Iroisautres de même 
couleur, également brodées et garnies de franges, un 
grand manteau rouge de pèlerin , fabriqué à Tunis , 
quatre housses pour sofas de Khios , sur le fond Uanc 
desquelles était brodé le sceau hexagone de Salomon, 
orné d'une riche guirlande en soie de toutes couleurs. 
On remarquait encorei parmi ces [u^ns, une grande 



I UrépooMoégaUTedugraKl-TiiiraakliaDdei khaos, d»mVIn*eha 
de Btinl, 00 33, e( celle du kûyabeg i l'ambassadeur dans le m£me,'ii< TU, 
penTent senlei expliquer le coaieou de celle leiire. 



n,gn,-..rihyGOO^IC 



46 HISTOIRE 

toitede Mardin, dont le fond était rouge et violet ; 
les bords, richement brodés, représoitaieQt des niches 
de différentes coulears ; trois tapis de Kandùllù, dont le 
fond était bleu et les bords brodés en soie verte, tra- 
vaillés à Kandûllû ; trois arcs ^[ypiiens dorés et sculp- 
tés, selon le goût de l'égyptien Jos^ ; une pendule 
d'ébène, montée en argent, dont les quatre faces étaient 
en verre; une longue-vne dorée; trois chevaux de 
course , et deux chevaux de race. Ainsi les grands- 
vizirs turcs et persans échangeaient alors entre eux le» 
plus riches merveilles de la nature et de l'art que pro- 
duisaient leurs pays respectifs. La réponse du grand-vi* 
zir, conçue dans des termes de bienvôllance parfaite , 
contenait l'assurance que les pèlerins persans pourraient 
désormais visita les tombeaux des deux imams, avec 
la même sécurité que la sainte ville de la Mecque, mais 
qu'il était imposable de leur permettre de s'y fixer ou 
de réparer les saints édifices aux frais du schah ; il 
terminait en disant que maintenant où , par suite du 
rétablissement de la paix, la tranquillité intérieure était 
assurée, la Fcn-te s'occuporait elle-même de toutes le» 
réparations nécessaires. Deux lettres, adresséesau sou- 
verain de Fez et de Maroc, Moidajf Ismaël, alors en 
guerre avec le dey d'Alger, étaient dictées par le même 
esprit de Getlé nationale et de pacification. On y lisait 
ces mots : «Maintenant que ht paix est rétablie à l'iolé- 
» rieur et à l'extérieur, nous pouvons employer tous . 
» nos soins à assurer la prospérité du pays et la sûreté 
» de nos sujets '. » En effet, l'Empire avait besoin, 

I Lu leltiœ du SoUu m trouTeot duii l'Jnuha de Le Grand , i la bibli» 



D,gn,-.rihyGOOgle 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 47 

plus que jamais, de valler à rextérieur aa maintien 
de la paix avec la Rusne, l'Aotriche, la Pologne, Ve- 
nise â la Perse , car des troubles sérieux éclataient 
succesàvement sur la frontière de Perse, à Bassra, en 
Arabie , en E^pte , à Tripoli, sur te côtes du nord de 
l'Afrique et daus la Crimée, et menaçaient l'Etat d'un 
long déclùranent. 

An midi des mines defBabylone et des lieux saints 
TÎsilés par les pèlerins mabométans et persans , est 
Nlué, sur les rives de l'Euphrate, le village de Ronm- 
ahiyé , dans le voisinage duquel , à quatre lieues du 
c6té de l'Est, se trouve un canal qui traverse les pays 
compris entre l'Euphrate et le Tigre, jusqu'à ce qu'en- 
fin il se perde dans ce dernier fleave. se nomme 16 
canal de Diab '. A partir de Roumahiyé , l'Euphrate 
parcourt les districts de Khaled, de Kisché, de Sémé- 
'wat, de Beni-Maldc, de Haské, d'Aordjijé, jusqu'à 
Kama où il se jette dans le Tigre ; prenant ensuite le 
nom de grand Schatt, il baigne les murs de Bassra et 
sedirigevers le golfe Persiqne. Depuis trente ans envi- 
ron, les digues qui resserraient l'embouchure de ce ca- 
nal avaient été intérieurement n^ligées ; en sorte que , 

tbiqne iOipMile, n* 43& t la première cit éraile en luigae torque et datée 
ia mois de tdtewvd ma (Hw> 1 TOI}; une leconde, n* 8, «erite « bngo* 
arabe , eat meiutiiite pour le naTerain de Hiroc et bronUe aai Alg6> 
lins. 

> Dani la enta de DanTfUe de l'EntArate et da Tigre, le Ztb paraît cor- 
leapondre à ce qae Macdonald Kinnelr et Haude appellent le Oeuve de Hje ; 
il D'en est p<Hat parU dans lea eicellente» carlea de Lapie où notu tToni à 
regretter, comaie dam celle de Uacduiald Kiondr, beaucoup da défeclno* 
•Itéi ; ils eusHuI mien M de l'en Icmi à colles de Dantilla et de Niebubr. 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



48 HISTOIHE 

tout-à-coap l'Eaphrale fit ope violente irraptiori dans 
le canal , et , submergeant tout le pays d'alentour , le 
transforma en on vaste marais, qu'on appela Hor Sé- 
lamé ; puis le fleuve regagna son ancien lit en se diri' 
géant sur Sémévrat . Celte catastrophe ayant fait suspen - 
dre le départ des caravanes de commerce ei interrompu 
la culture du pays, les babitans, incapables de payer les 
impôts qui leur étaient donandés par le gouverneur, 
abandonnèrent leurs villages et allèrent chercher on 
refoge dans les roseaux et dans les lies de cet im- 
mense marais. Un certain Âbbasoghli avait su profiter 
de leur fuite , et s'était emparé des fermages de Rou- 
mahiyé, de Kisché, de Haské, et de Beni-Malek et 
même de ceux du tombeau d'Ali , sans que les troupes 
envoyées contre lui à plusieurs reprises par les gou- 
verneurs de Bagdad pussent les lui faire abandonner. 
Aux environs de Bassra , le chef rebelle de la tribu 
arabe de Mountefik, le fameux scheïkh Maani, s'était 
approprié les revenus d'Âaracyiyé et de Séméwat; 
un autre rebelle, Abbas Anouri, avait ravagé le pays 
compris entre l'Euphrate et le Tigre, les environs de 
Kouds, deSolbona, de Sib, d'Abadé, de Baschiyé,et 
de Hoariyé, et le chef de brigands Selman avait mis le 
siège devant Ne^jef i . Malgré le concours des troiq>es 
envoyées par les gouverneurs de Bassra pour étouffer 
larebeltion,i]sn'avaient pu réduire les chefs que nous 
venons de nommer et qui comptaient sous leurs ordres 
près de cent mille Arabes. En outre, une armée de 

* HMoA-f itt laSihlMhipu dt BerUn, O' 15, f. i7Q. 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. % 

quarante mille Persans stationnait à Dorak, localité 
située à l'ouest de Bassra, auxiliaires sur l'appui des- 
quels coraplaieni, avec une égale certitude, les rebdies 
et le khan persan dç Bassra ; car, bien que jadis le 
khan Feredjoullah eût, pour enlever la ville de 
Bassra au schetkb Maani, devenu son ennemi, en- 
voyé les clefs de cette ville à Constantinople parl'en- 
fremise de l'avant- dernier ambassadeur persan, Ab- 
Oulmassoum-Kban, Bassra était alors entre les mains 
de Daoud-Khan, appelé par le schah à succéder k 
Feredjoullah dans te gouvernement de cetle impor- 
tante place frontière. Four apaiser cette dangereuse 
révolte, le nouveau gouverneur de Bagdad, Daltaban- 
Mûustafa , hommed'un caractère despotique, maisd'une 
grande énergie, réunit, sousses drapeaux, en sa qualité 
de serasker, les troupes du gouverneur du Diarbekr, 
avec les contingens des begs kurdes de Falou, d'£- 
ghil, de Tschermouk, de Djeblé, de Mehran, de 
Khazou, déDjezireh et d'Âmadia ; les troupes feuda- 
taires des gouverneurs de Mossoul, -de Schehrzor, 
de Siwas, d'Amassia, de Meràsch, de B^rédjik et de 
Karamanie ; les janissaires de Bagdad et les lewends, 
dont il apaisa les mutineries par quelques dons en 
argent. Les sililidars et tes sipahis, enrôlés volonlai- 
remenl sous ses drapeaux dans le pays de Siwas et 
de Tokat , reçurent un supplément de solde : le sol- 
dat, de cinq aspres, l'officier (kiaya), de quinze, et 
l'aga de vingt aspres par jour. Mohammed-'Fascha 
Aschdjizdé, c'est-à-dire le fils Ai cuïsùuer. qui dans 
la dernière guerre avait commandé la floiiilie du 

T. U|]> 4 



,,-.rihyGOO^IC 



5o raSTOIRE 

DàDtdiie , fit construire b Biredjik , avec des bois 
tir^ des montagnes de IMerâscIi, vingt tachaïques 
dont le commandement fut-c(Hifié au nouveau gou- 
verneur de Bassra , A!i-Pascha , frère du gouver- 
neur de Haleb. En outre, cinquante frégates, trente 
radeaux portant quinze canons de gros calibre ', 
trente iauconneaui et quatre mortiers partirent de 
Bagdad. Le beglerbeg de Siwas, Moustafa-Pascha, 
commanda l'avant-garde de l'armée sous les ordres 
du serasker Moustafa-Dattaban. Vers la fin de jan- 
vier, les deux armées se rencontrèrent à Zouweïta, 
eu-dessous de Roumabiyé. Les Arabes furent vaincus, 
et un tropbée de mille têtes , élevées en forme de 
pyramide , témoigna de la cruauté des vainqueurs 
<29 janvier 1701 — 19 schàbaniUS)'. Les bruit» 
qrâ avaient transformé les quarante mille hommes de 
l'année ottomane en une armée de cent cinquante 
■mile hommes^ avaient jeté l'épouvante dans le camp 
des Arabes et dans celui du soheïkh A^aani, où se 
trouvait alors le khan persan Feredjoultah, réconcilié 
depuis quelque temps avec eux. Le schéïkh rebelle 
de la tribu arabe de Beni-Adiffla, Abdousch-schan, se 
chai^ea de négocier leur paix avec Moustafa-Datlaban. 
Pour hii prouver le désir âncére qu'avaient lés re- 
belles de foire leur soumission, il s'offrit à conduire 

I Baljeniez; Itaschidj I, p. 257, et l'Hiiloire de la BibUolkégue de 
Btrlin, n» 15, p. 167, menliannent seulement quatre gros canons; mais 
tous deux parlent de neuf coulevrines , quatre rent vingt canons de bord 

(kogousrli), et trois cent vingt canons à mitraille (satscborna). 

> Rascbid), p. 260; Voyages d'Otler, t. Il, p. 200. Celui-ci puis 
iiiUH, p. âl3,'du marais de Uaour. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OITOMAN. 6i 

l'armée oHomane à travers les marais et les iles jus- 
qu'à Bassra, et le khan Feredjoullah lui envoya des 
lettres de Daond, khan de Bassra, que son neveu avait 
interceptées. Koma se rendit dès que l'armée otto- 
mane parut devant ses portes (25 février — 17 rama- 
zan). Ali-Fascha, désigné conune gouverneur de 
Bassra , y fut laissé en garnison. Daoud-Khan , qui 
stationnait avec ses troupes à Kourdelan, en face de 
Makam-Àli, se retira dés qu'il eut reçu la nouvelle 
de la prise de Korna, et le khan de Houweïzé, Fere- 
djoultî^, se présenta au camp ottoman pour faire sa 
souoùssioD. L'armée ottomane ne fut pas plus tôt arrivée 
dans le vobinage de Bassra, que Moustafa Daltabaa 
reçut les félicitations du juge , du moufti , des salds et des 
oulémas venus à sa rencontre. Quelques jours 3[»rès, 
Ali'PaschafutsoIennellementinstallé parDaltaban en 
qualité de gouverneur de Bassra, et la campagne de 
Diab, ainsi nomoiéeducanal de ce nom, dont le débor- 
dement avait été la cause première de tous ces troubles, 
se trouva dès-lors heureusement terminée (1 mars — 
30 ramazan). Mais, outre les quelques milliers d'A- 
rabes dont les têtes avaient formé les trophées de 
Zouwnta , cette campagne coûta la vie au pascha 
du Diarbekr, Mohammed - Pascha, surnommé La 
Moustache, que Daltaban avait accusé auprès de la 
Porte , d'avoir favorisé la mutinerie des janissaires. 
I^ précédent grand-écuyer, Hasan le petit, fut chargé 
d'apporter sa tête à Gonstantinople '. 

t Budiid, 1, p. tfiS et 15?. L'BUtoin du Dtfttrdar, p. 391, parla 

4* 

D,gn,-.rihyGOO^IC 



Avani et jusqu'à l'aTènement du troisième Kœprûlû , 
l'emiroul-hadj (conducteur de la caravane des pèle- 
rins pour la Mecque ) avait reçu annuellement une 
somme de vingt-trois mille vingt-neuf piastres, pré- 
levée sur le trésor de Damas pour être distribuée 
aux tribus qui habitent les déserts situés entre l'Arabie 
ctlaSyrie, lesBeni-Mâmour, lesWahidan, lesZamar, 
les Ghaza et quelques autres- Depuis vingt ans, on 
ne leur avait distribué annuellement que vingt mille 
sept cent trente-quatre piastres ; et, tout récemment, 
la somme au moyen laquelle la Forte achetait des 
Arabes la sûreté de la caravane des pèlerins avait été 
élevée à cent onze mille piastres. Mais l'avarice dit 
schériff de la Mecque l'avait porté en dernier lieu à 
en réduire le chifTre , aussi bien que le nombre deA 
troupes chargées de l'escorte des caravanes (1699 
— 1111). 

Le dernier emiroul-hadj , Âhmed-Pascha , fils de 
SalUi-Pascha , qui , sans doute pour se plaindre de 
cet acte arbitraire, s'était rendu à Andrinople sans en 
avoir obtenu la permission, avait été décapité au mo- 
ment de son arrivée, pour cette infraction à s« devoirar. 
Son successeur fut l'ancien ambassadeur en Perse, Mo- 
hammed-Pascha, surnommé Abou-Kaouk, c'est-à-dire 
\epère du turban. Sous sa conduite, ta caravane fut 
pillée par les Arabes frustrés de leur présent annuel, 
et Mohammed, dépouillé de sa dignité de pascha, fut 

de deui lettres adressées au goavemeur de Bassra, relatives à la sûrelâ 
des roules de Bassra ; leur ilai« esl iiusUrieure de deuK. au*, /weha da 
Baïui.ii" 4ô9«t4ti0. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPlllE OTTOMAN. 53 

exilé, pour sa négligence, dans sa maison de campagne 
d'Amassia. L'avant -dernier emiroul-hadj , Hasan- 
Pascha, auquel on avait imputé en partie le récent 
pillage de la caravane, eut un sort plus déplorable 
encore. Il fut d'abord exilé, puis décapité. De si 
graves événemens firent qu'on apporta pour cette 
année (4 décembre 1 701 — 3 redjeb 1113) et l'année 
suivante une grande exactitude dans le paiement de la 
sourre, c'est-à-dire du présent annuellement envoyé 
par le Sultan aux pauvres de la Mecque. L'envoi de 
ce présent, expédié de Constantinople, a lieu tous 
les ans dans les premiers jours du mois dé redjeb 
çvec une grande solennité. Le kîzlaraga convoque un 
diwan auquel asastent tous les conservateurs des mos- 
quées impériales, les inspecteurs des fondations pieu- 
ses, le chef de la chambre des comptes et de la cham- 
bre des fermages de la Mecque et Médine, les cham- 
S)ellans, les nischandjis, le defterdar et le reïs-efendi. 
Ces fonctionnaires, aprèsavoir chai^ la sourre sur des 
mulets, conduisent hors du serai te chameau magnifi- 
quement enharnaché, qui la porte ensuite jusqu'aux 
portes de Constantinople. Le reïs-efendi rédige la lettre 
9uschérif de ta Mecque, le defterdar dresse les registres . 
de la sourre, et le nischandji la marque au chiffre du 
Sultan ; le tout forme dix registres qui sont placés dans 
des coffres avec le présent. I^e kiziaraga remet la sourre 
augrand-écuyer.qui, àson tour, ladélivreàl'emiroul- 
hadj. Gnq cents pauvres sont, ce jour-là, nourris aux 
frais du Sultan, et le chameau sacré sort du serai, pré- 
cédé par le corps des balladjis. D'ordinaire, le présent 



,,-.rihyG00glC 



54 HISTOIRE 

s'ëlève à soixaDte-cinq mille ducats qui sont distribués 
aux pauvres de la Mecque et de Médiue ■ . Le kizla- 
raga , en sa qualité de premier inspecteur de la sourre 
et des fondations pieuses de la Mecque, percevait au- 
trefois la sourre sur les revenus de ces dernières, et en 
conservait l'aifient dans la chambre de l 'inspecteur des 
appartemens du Sultan où, jusqu'à son départ , il res- 
tait enfermé dans une caisse appelée haremeïn dolabi 
(la caisse des deux sanctuaires, c'est-à-dire de Mé- 
dine et de la Mecque). Fendait la dernière campagne 
de Candie, et tandis que la cour séjournait à Larissa , la 
sourre était prélevée sur les revenus des fondations 
pieuses du Caire et de Djirdjé, et envoyée d'Alexandrie 
à Constantinople. Depuis lors, la portion de cette 
somme que renfermait la caisse des deux sandnaires 
ne s'était jamais élevée à plus de vingt-cinq mille pias- 
très payées par le trésor d'^ypte. Cette rétribution 
annuelle fut alors augmentée d'une somme de trois 
mille trois cent piastres, que l'Egypte dut fournir éga- 
lement pour subvenir aux frais des fêtes de la naissance 
et de la mission du prophète, nouvellement insti- 
tuées par le Sultan. Dece moment, ces deux fëtesfurent 
célébrées annuellement, la première le 10 rebioul- 
evrwel, la seconde dans la nuit du 17 ramazan, par la 
lecture des traditions dé Bokbora, et des deux célèbres 
panégyriques sur le prophète, de la Borda et l'Hem- 
ziyé , par de larges offrandes d'encens et des distri- 

> Duu Vlnttha At Bami te trouvenl deux lettres aa b«g)erbeg de DamM 
comme emiroul-hadj , relatives lui frais que nécessite l'enlrelieD de !• 
canvaiw ; diet usai daUes du 33 djemaiicul-evirel 1114. 



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DE L'EMPIRE OTTOMAN. 55 

butions de sucreries , de café «t de scherbet ' . De 
nouvelles dépenses forent encore faites pour renou- 
veler la couverture de la Kaaba et pour encadrer à 
neuf la pierre sainte où se voient empreints les vestiges 
du pied d'Abraham, et que l'on croit être tombée da 
ciel, ainsi que la {rierre noire de la Kaaba. La vieille 
ch&sse d'argent usée et remplie de terre pétrie avec de 
l'eau puisée à la sainte fontaine de Zemzem, fut ap- 
portée à Constantinople par le commissaire Ibrabim- 
Ëfendi, à la grande joie du Sultan. La piété du Grand- 
Seigneur n'étendit, pas seulanent son effet au sanc- 
tuaire de la Mecque; il institua encore en faveur de 
de la mosquée de Ben Ommeya, k Damas, une fon- 
dation pour qu'elle reçût annuellement un ciei^e de 
camphre qui devait être placé près du tombeau où est 
déposée la tête de saint Jean *. 

Le sandjak de Djidda, Souleïman-Pascha, avait été 
nommé tout récemment conducteur de la caravane; 
mais la Forte ne tarda pas à le révoquer, en lui confé- 
rant le simple titre de schei'cidi du sanctuaire de la 
Mecque. Arslan-Pascha de Tripoli * en Syrie, fut 

< Scherbet et non êorbêt, comme l'oal tradait ^esqne tout les peuples 
de l'Europe. La première lettie de l'/n*cfta de Bami, adrwteaascbërifdel( 
Uecque, coulient l'instrudion pour la c^lébralion de ces deui fêtes dans la 
maison de la suluine Khadischa. Pour les détails, voyez Boscbid, f, p. 359, 

1 Bascfaid , I , p. SOO. Qnolque la ICIe de saint Jean ait été transfère à 
Conslantinople parles empereurs d'Orient, et que plasiears exemplaires en 
aient été distribués dans les dinïtentes cours de l'Europe, comme le ra- 
conte nalveraent Cearsin, chancelier de l'ordre de Saint- Jean , les gardiens 
du tombeau assurent qu'elle "est encore i Damas. 

3 Les lettres du grand-viiir, adressées i cet ArslaD-PaBcba, fronremeiic 
de Damas et nniroul-hadj, se troarent dans ITtMcAade Rami, no 911, 
215, Î14 , «5. 



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56 HISTOIBE 

désigné pour lui succéder dans la dignité d'emiroul- 
hadj '. D'un autre côté, )e schérif de la Mecque, 
Saad , qui av&il si long-temps administré tes afîaires 
de la ville sainte avec le ccmcours de son frère Ahmed, 
se d^oit , vers cette époque, de sa dignité en faveur de 
8on fils Saîd, que la Forte reconnut en qualité de 
schérif. Quelque temps avant sa retraite, Saad avait 
dépouillé de ses lettres de créance et des présens qu'il 
portait à titre d'indemnité de route, l'ambassadeur que 
l'imam de l'Yemen avait dépéché au Sultan, et que la 
Porte avait renvoyé d' Andrinople àla Mecque avec un 
don demitle piastres. Les troisautresschérifs delà Mec- 
que, qui se trouvaient alors au Kaire, le sdiérif Ahmed 
fils de Kkalil, le schérif Abdoullah fils deHaschim, et 
le schérif Yahya fils de Berekiat , furent mandés par la 
ForteèConstantinople. Les deux premiers étant morts 
peu de temps après leur arrivée , le troisième obtint 
la permission de retourner au Caire '. Ce fut ainsi que 
les difficultés relatives aux caravanes de pèlerins, à la 
sourre et au sanctuaire de la Mecque, se trouvèrent 
mcHnentanément ratées. 

En Egypte, le gouverneur Housm-Pascha avait été 
remplacé par Kara Mohamraed-Pascha, kiaya deson 

■ Baichid. I, p. 359, et ITnicha de Rami, qualrième Icltre. Les vingt 
p'emiers numërw de l'inicha conHeafieat les leUrea du Brand-Tizir aa 
Bcbérifde la Mecque, Saad, el à son frère Ahmed ; elles sont relatives aa 
pillage delà caravane, A la condulledela sourre, ■ la nouvelle de ion beii> 
reuse arrivée, etc.; d'autres sont adressées au conducteur de la sourre; 
mais le numéro 21 , qui est dans celte calégorie , est daté de (rente au 
auparavant (1670—1081). 

■ HUtoin d^Égjiptt, pu le fila te Yotuoaf, f. 106 et 197. 



„-.^ii,.Goo^lc 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 57 

prédécesseur Ismaïl. Houseïn-Pascha, toujours guer- 
royant avec les tribus arabes de l'Egypte supérieure, 
que souvent it poursuivait jusque dans l'Oasis, avait, 
fort mal administré la province. Des quarante mille, 
erdebs de blé que les gouverneurs étaient tenus d'en- 
voyer chaque année à la Mecque pour l'entretien des 
piuvres de cette ville, il n'en avait livré que trente- 
quatre mille : il était encore redevable an trésor de; 
neuf cent quarante -quatre bourses du trésor égyp- 
tien , et d'une somme de douze mille huit cent 
soixante-dix^neuf aspres affectée à la solde des trou- 
pe et dont il les avait frustrées. De plus, il avait dis- 
posé d'avance, pour huit ans, des terres dont le re- 
venu constituait les émolumens des paschas-gouver- 
neurs et qui s'élevait àliuil bourses et demie par mois. 
Ije nouveau gouverneur reçut l'ordre de percevoir ces 
arrérages ', et pour lui faciliter le recouvrement des 
revenus destinés à l'entretien du gouverneur, un 
khattischérif impérial lui assura le gouvernement de 
l'Egypte pour cinq années entières. Le précédent gou- 
verneur HouseïD et son kiaya furent jetés dans les 
deux prisons du Caire, où on incarcérait ordinaire- 
ment les gouverneurs destitués et leurs agens. La pre- 
mière de ces prisons s'appelait le kœschk d'Yousouf 

I Dans Vhiieha de Rami, qui figure à la Bibliothèque impériale, toai le 
no 433, se Irouveut trois leltrea du graud-vizir i ce gourerneut, Mvotri 
n» a04, 305 et 306, sur les trriiages dUs par le pascba de Djidda ; une qua- 
Irième est adressée i ce dernier , n* 207 ; deux autres au gouTflraeur du 
Caire, D- 208 et ^09 1 les lettres o' 382, 385 et 505, toutes de l'auDée 1103 
(1114), oot rapport aui fournitures. ËaSn une dernière lettre se IrouTedau 
mon snmd /ntoho. 



,,-.rihyGOO^IC 



(Kazsri Yonsouf) , en souvenir de la captivité de 
Joseph sous Pharaon; la seconde est le Âœsckk des 
sueurs (Arak khané) , oa la Maison des tourmens, 
itinsTDOmmée parce que les prisonniers n'en sortaient 
que lorsqu'on leur avait extorqué tout leur argent, à 
fcH-ce de tortures. Kara Mohammed-Pascha, qui avait 
été jeté naguère dans l'Àrak khané, par Houseïn- 
Pasdia, successenr d'Ismaïl-Pascha , auquel il était 
altadié en qualité de kiaya, fît à la vérité sulnr des 
tourmens au kiaya de son prédécesseur', mais il se 
comporta avec noblesse et générosité envers Houseïn 
hii-méme; car, loin de se venger sur. lui des souf- 
frances qu'il avait endurées dans l'Arak khané , il 
fournit le blé dont ce dernier était débiteur, et s'em- 
ploya aclivement pour obtenir sa mise en liberté. Kara- 
Mohammed quitta ri^pte avec une réputation de 
douceur et de magnanimité bien rare. Il éleva le 
cours des monnaies, d'après lequel la piastre légère 
(esedi, ou piastre au lion) valait, au Heu de quarante, 
soixante aspres; la piastre forte on noire (riala), au 
lieu de soixante, quatre-vingts aspres ; le ducat léger, 
marqué au chiffre du Sutlan (loughrali), au lieu de 
cent, cent vingt aspres, et le ducat lourd, ducat à 
chaînes (yaldùz) , au lieu de cent dix , cent trmte 
aspres. Il fixa la valeur de la piastre légère à cin- 
quante-cinq aspres; celle de la piastre forte à soixante- 
cinq; le ducat léger à cent aspres, et le ducat lourd 
à cent quinze aspres. Sous son administration, arriva 



> Bïitoireâufibd'ïciiuour, f. 179. 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIKE OTTOMAN. Sg 

en Egypte (mai 1 702 — silhidjé 1 i 1 3), le beg de Tri- 
poli, Khalitbeg, qui, de concert avec le beg de Tunis, 
Mourad, avait fait, à la tële de quelques milliers d'hom- 
mes , une tentative pour s'emparer d'Alger. Vaincu . 
par les Algériens , les habitaos de Tripoli et ceux de 
Tunis avaient refusé de l'admettre dans leurs murg. 
Après son éloignement , la Porte parvint facilement 
à rétablir ta paix entre les Etats barbaresques, et à 
apaiser leurs différends. 

En Asie , Bébé Souleïman , chef des Kurdes de 
Schehrzor, avait levé l'étendard de la révolte ; mais 
défait, sous le gouvernement de Hasan-Fascha, 
prédécesseur de Daltaban , par les troupes du Diar- 
bekr et de Haleb , it avait été fait prisonnier et d^ 
capité avec dix-sept begs kurdes. Il ne fut pas plus 
difficile à la Forte de mettre fin aux violences que 
deux chefs du nom d'Eyoubc^hli, le premier habitant 
ï'Aïdin , le second à Denizli , exerçaient en Asie- 
Mineure. Eyouboghli d'Aïdin, invité à un repas par le 
percepteur des impôts d'Aïdin , y fut traîtreusement 
assassiné. Eyoubc^hli de Denizli , contre lequel les 
habilans avaient élevé des plaintes nombreuses , fort 
de la protection du dief des émirs , se rendit à Con- 
stanlinopte, où il osa. paraître au diwaa au milieu 
même de ses accusateurs. Les charges qui pesaient 
sur le coopable déterminèrent le Sultan, présent à la 
séance, mais caché derrière la fenêtre grillée de la salle 
du diwan, à faire décapiter sur-le-champ l'audacieux 
ayan de Denizli. Pour hâter l'extermination des bri- 
gands turcomans et autres qui désolaient l'Asie-Mi- 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



6o. HISTOIBE 

neure, plasieurs fermaos adressés aux beglerbegs de 
Siwas et de Karamanie et aux sandjakbegs d'IIghoun 
et d'Akseraî, leur enjoignirent de les poursuivre sans 
relâche '. 

Les affaires de Crimée , alors fort embrouillées, 
furent plus difficiles à régler. Sélino-Ghiraï, élevé 
pour la troisième fois à la dignité de khan , avait 
demandé sa retraite en raison de son âge et de ses 
infirmités. Elle lui fut accordée, et sa place fut 
donnée, sur sa demande, à son fils aîné le katgha 
- Dewlet-Ghiraï ; un autre de ses fils, Schebaz-GhiraT, 
fut nommé kalgha. Sétira-Ghiraï se relira , avec une 
pension annuelle de huit cent mille aspres, dans une 
métairie située non loin de Siliwri, et l'installation de 
son fils, qui fut traité d'abord avec magnificence dans 
le village de Giilbaba, eut lieu à Andrinople, avec le 
cérémonial usité (Q5 mars 1699 — 3ramazan 1110). 
Lekiaya (ministre de l'intérieur) l'accompagna à son 
départ, jusqu'à la distance d'une lieue, avec toute la 
musique du serai. Outre le kalgha Schebaz-Ghiraî, le 
khan avait trois autres frères : Ghazi-Ghiraï , Seadet- 
Ghiraï et Kaplan-Ghiraï. Les qualités de Schebaz- 
Ghiraï, homme brave et spirituel, qui avait d^à rendu 
des services signalés à la Porte, excitèrent la jalousie 
de son frère Dewlet-Ghiraï qui, pour s'en défaire, 
ne trouva pas de moyen plus eipéditif et plus sûr que 



■ Dans l'Iiischa de Raoïi ee trouvent les fermant adressés, n" 175, 
nndjakbeg d'Akseraî ; n'° 176 , au beglerbeg de SLwas ; q° 177 , au bt 
lerbeg (le KarsDtaDie et d°479, au Madjakbeg d'IIghoun. 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 61 

de l'empoJsonoer '. Son frère, Ghazi-GhiraT , trem- 
blant dès-Iora pour sa propre vie, crut devoir le pré- 
venir ; il souleva les Noghaîs d'Anapa , à la télé des- 
quels il fit une incuràon en Polc^ne et vint s'érablir 
en Bessarabie, dont les habilans lui jurèrent fidélité et 
- refusèrent obéissance à son frère. Fort de leur assen- 
timent , Ghazi , dans une lettre adressée à la Porte , 
demanda la dignité de khan pour lui, ou la réinstal- 
lation de son père Sétim-Ghiraî. Cependant les gou- 
verneurs d'Oczakow et de Kaflà, Yousouf et Mour- 
teza-Pascha, marchèrent avec le khan contre Ghazi- 
Gbiraï. Celui-ci quitta Baghdjéseraï et vint camper à 
Kanticyik, non loin deFerh-Kerman (14 janvier 1701 
— à schâban 1113). Mais les Noghaîs ayant été avertis 
par leurs espions que le khan marchait sur Ak-Ker- 
tnann , les Mirzas , à part quetquea-uns d'entre eux , 
se montrèrent disposés à traiter avec lui. Après quel- 
ques négociations, on passa une convention qui assu- 
rait aux Noghaîs rentrés dans l'obéissance la liberté 
de séjourner en Bessarabie et en Moldavie, dans l'asile 
dit de Khalil-Pascha, et l'abolition de la taxe foncière. 
En outre, le khan s'obligea à ne prélever à titre dé 
dime que le huitième de leurs revenus, mais il ne ré- 
duisait pas ta taxe sur les moutons. Les tribus d'Ormit 
et d'Orak obtinrent, en vertu decet arrangement, qu'il 
leur serait donné un juge dont les émoluments annuels, 
fixés à mille piastres , seraient perçus sur le dixième 
de leurs revenus ; quant à ta dime pour l'année cou- 

• Bucbid, I, f: S50 BUlofre du Dtfterdar, f.385, Stàetâoyar, t. 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



6^ HISTOIRE 

rante , le khan eu fit remise moyeDnaDt qu'il lai fût 

compté une somme de huit cent mille aspres. 

Cependant Kaplan-Ghiraï était entré en campagne 
contre les Tscherkesses, auxquels il avait livré une ba- 
taille sanglante h DJindjik , siège prindpal des N(^aïs 
ile la tribu Yedissan (février 1701 — ramazanlIlS). 
L'idée de cette expédition lui avait été su^érée par le 
désir de se venger sur cette Iribu de la conduite 
qu'elle avait tenue envers son malheureux frère Sche- 
baz-Ghiraï, mort empoisonné. Sur ces entrefaites , le 
khan et Seadet-Ghiraï, son frère et son kaigha, rame- 
nèrent en Crimée huit cents familles de M<^aïs établies 
en Bessarabie (juin 1701 — moharrem1113).Quant à 
ijhazi-Gbiraï, il s'était réfugié à Andrinople , d'où, 
après un emprisonnemait de dix-huit jours, il fut en- 
voyé eu exil dans l'Ile de Rhodes. La Crimée paraissant 
jdevotrêtreenfinrendueàlatraDquillité, le khan nomma 
.à la dignitédenoureddiason cousin Inayet-Ghiraï, fils 
de Séïamet-Ghiraï, et à celle de beglerb^ d'Or, Men- 
gK-Gbiraî. La Porte compla au khan, comme par le 
passé, l'arg^it, dit des seghbans, s' élevant à quarante 
mille piastres, et quatre mille cinq cents au kaigha. 

Jje repos dont on s'était flatté n'était qu'apparent. 
Kaplan-Gbiraï et Hadji Merdan Ali , vizir du khan , 
tramèrent peu de temps après une nouvelle con^i- 
ration à Kafîa. Lorsque le kaigha Seadet-Ghiraï arriva 
pour se rendre maiire de leurs personnes , tous les 
deux, pour se soustraire à sa puissance, s'étaient déjà 
fait inscrire sur les rôles de l'armée en qualité de 
ùmples janissaires ; leurs nouveaux compagnons d'ar- 



D,gn,-.rihyGOOglC 



DE L*EMPIR£ OTTOMAN, 65 

mes refusèrent de les livrer et en firent une affiiire 
d'honneur, invoquant ce proverbe arabe : Il faut se 
garder de déshonorer son épée ; la mort est préférable 
au déshonneur et au mépris '. Gràc6 h celte protection, 
tous deux purent s'enfuir à Conslantinople ; mais à 
peine y furent-ils arrivés , que Kaplan - Ghiraî ' fut 
jeté dans le ch&teau du Bosphore, et Merdan Ali exilé 
dans l'tle de Lemnos. Dans le chàleau du Bos[^ore se 
trouvait aussi prisonnier Schirinbeg Ogtinour, accusé 
d'avoir commis des actes arbitraires en administrant 
la justice. A. quelque temps de là, le khan s'étant plaint 
àla Porte de ce que le séjour de son pèreàSiliwri, 
dans le voisinage de la capitale, occasionnait des bruits 
inquiétans, Sélim-Ghiraï fut exilé à Seres. Plus tard, 
il obtint la permission de se retirer à Fùndûklù prè» 
de Yanboli, où son père Behadir-Ghîraï avait aidre" 
fois habité. Sélim était alors âgé de soiiante-dix ans 
et paralytique. Comme l'air de Fùndûklù ne lui était 
pas fevorable, il se relira dans le village de Djaghir- 
ghan , dans une métairie que possédait précédrai- 
ment Seadet-Ghiral ; ce séjour ne lui convenant pas 
davantage, il alla s'établir dans les jardins d'Ahmed, 
scheîkh des derwiches Djelweti, qui, au pont de 
Korghouna, ncm loin deYanbdi, avait fait construire 
sur la Toundja ané machine hydraulique destinée à 
arroser trois jardins , et dont la roue à godets faisait 
encore tourner un moulin. Mais le vieux Sélim n'y 

I En-narteila ei aar elmeniy»tv>ê la td-deniyel. Sebeiieyar, f. 1S9. 
> Sebeiieyar , 1. 100, dit a RLodea, nuit Basdiid et l'Hiitoin de 
KoAammtd-GAiraï disent le conUaire. 



,,-.rihyGOO^IC 



64 HISTOinE 

resta pas long-temps '. Espérant que sa santé se réta- 
blirait promptement sous l'influence d'un air plus vif, 
il se fit transporter à ta source des Oiseaux dans les 
Alpes, au-dessus d'Islemiyé, sur un chariot traîné par 
cinquante bufRes. Pendant son séjour dans ces mon- 
tagnes, le grand-vizir Houseïn Kœprûlù lui envoya à 
titre de don. à deiii reprises différentes, une somme 
de mille ducats, et le Sultan y joignit un présent sem- 
blable avec une pelisse de zibeline. Dans sa réponse, lé 
vieux khan rendit grâce au Sultan pour ce témoignage 
de sa haute bienveillance, mais il demanda, comme 
une faveur plus grande encore, la mise en liberté de 
son fils Kaplan-Ghiraî, enfermé au château du Bos- 
phore, en disant que, si on la lui refusait, il ne restait 
plus personne pour lui fermer les yeux. Sa prière 
fut exaucée ; Sélim quitta les Alpes et descendit au 
village de Djouboukli , situé dans le district d'Isle- 
miyé. Le jour suivant, il fit son entrée dans Islemiyé 
même, où il fut accueilli avec les honneurs dns à son 
rang par le juge , le scheïkh et l'ayan. Après avoir 
parcouru, dansieursodété, la vallée des rouesàgodets, 
il revint en six heures vers la source des Oiseaux qui 
jaillit au haut de la montage. Ce fut là que l'auteur 
de l'histoire de Crimée, le prince Mohammed-Ghïraï, 
vint le trouver et demeura quatre jours avec lui. 
Sélim quitta de nouveau la montagne (39 août 170â 
— 5 rebioul-akhir 1 1 1 4) , et se rendit au village de Ki- 



I Biitoire de Crimée «oui Im i^[IM d'AhmeJ II et SloucteTâ II pu le 
piiaoÉ MohimnKid-Gblrat , t. tl4. 



D,gn,-.rihyGOOglC 



DE 1,'EMPIRE OTTOMAN. 65 

zildjikli dépendant de Saghra ; puis il reloarna une 
seconde fois à Fûndûkli, sans avoir pu trouver aucun 
adoucissement à sa maladie, et soit sous son in- 
fluence , soit poussé par son esprit inquiet, il ne cessa 
d'errer dans toute la contrée. 

Lestroubles d^Àsie, d'Afrique et d'Europe, loind'ar- 
rêter les mesures de réformes conçues par le grand- 
vizir Kœprulû, l'un des membres les plus dignes de 
porter ce nom , n'avaient fait que le stimuler dans l'exé- 
cution de ses [Hvjets. Il avait en effet résolu de poursui- 
vre sans relâche et jusque dans leurs sources, les abus 
qui rendaient imminente la ruine de l'EJnpire ; de réta- 
btir.rordre et la discipline dans l'administration et dans 
l'armée, et d'étendre ses sages réformes aux fînances, 
aux fondations pieuses, à la flotte, à l'armée, aux mu- 
sulmans et aux chrétiens. Son premier acte de haute 
politique administrative, après la conclusion de la paix , 
avait été de rendre quelques ordonnances en faveur de 
ces derniers. I^e grand-vizir suivit à leiu* ^ard les tra- 
ces de son cousin Kœprûlii, surnommé le verttieux, 
qui, par la promulgation d'un nouveau décret appelé 
nizamidjedid, avait le premier apporté quelque adou- 
cissement à l'affreuse position des sujets dirétiens; il 
avait vaincu ainsi tes premiers obstacles qui s'op- 
posaient à une réforme générale dans toutes les bran- 
ches de l'adminbtration. Aussitôt après la ratiHcation 
du traité de Carlowicz , les habitans chrétiens de la 
Servie et du Banat furent exemptés de la capitation 
pour l'année courante'. En Europe, les sujets chré- 

* Raicbîd (, f S50. Siif(i{r«duI>a/lr«rtl<n-,f.S73, L'ordre anpaiduila 



,,-.rihyGOO^IC 



tiens de rEmpire obtinrent la remise de l'arriéré de la 
conlribnticHi de guerre , qui s'élevait à troscent soixante- 
cinq bourses', c'est-à-dire à un million et demi d'as- 
près ; et les Syriens qui confessaient la religion cfaré- 
tienne furent exemptés , pendant la m^e année, de 
]'imp6t dû pour les pâturages d'hiver'. À Bagdad, il fit 
r^er par le secrétaire du trésor Dùrri-Efendi les fer- 
mages arriérés; le produit des mines de Maaden, dans 
le pasdialik d'Erzeroum, fut exclusivement affecté à la 
fonte des monnaies ; il fut décidé qu'il ne pourrait plus 
être vendu ni servir à alimenter la fcmderie de canons. 
Les mines d'ai^ent de Sidri Kaïsi, prés de Selanik, 
depuis long-temps abandonnées, furent exploitées de 
nouveau; et comme on avait à craindre, en raison du 
voiânage de la mer, les descentes des corsaires, Kœ- 
priilà y envoya un détadionent de quarante seghbans, 
soldés à raison de quinze aspres par jour, pour dé- 
fendre ta palanque de bois construite près du rivage. 
£n mtoie temps, Kœprtilu ordonna une révison sé- 
vère des rôles des janissaires et de ceux des tscha- 
ouschs. Tous ceux d'entre les premiers qui n'étaient 
pas inscrits sur les râles, ou qui n'avaient pas fait le 
service de guerre, furent rayés des registres. Quant à 

Temesirir , Be trouve dans l'hacha de Roimi, H" 4^ (h \t Bibliothèque 
impfrâk de Beriifl , n» 4S3 ) . 

■ Rmcbid, T, T. 348, et le Deflerdar; cederoler cite les lellrea des direnes 
fournilurea d'argent: SouTuai, Bedeli beldaT, Bedeli fourun, Bedtli 
ordov, c'est-i-dire founiitureg d'argent , argent de rachat pour les fours, 
poarlecani|i, etc. 

' Lettres au pascha de Haleb, arec ordre de faire ane remise da Kischlak 
(droit pour le pâturage d'hlrer des bestEaui), dans les districts de Semaan, 
Harim, Haaranet Sernoln, Djoboul. Kasûr se Iroure dans Vlntcha de Haoïi. 



,,-.rihyGoogle 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. «7 

la tlolte, elle n'avait été l'objet d'aucune innovation 
depuis son organisation par Kilidj^Ali (Okhiali) , le 
célèbre kapitan-pascha de Sélim II. Le grand-viiir 
composa un nouveau banounnaraé (code) qui régla 
le rang des vaisseaux amiraux, savoir de la kapitana, 
de la patrona et de la riala de même que l'avancement 
de leurs capitaines, non-seulement d'après leurs an- 
nées de service, mais Picore d'après la nature des ser- 
vices qu'ils avaient rendus. Ce kaDounnamé, publié 
BOUS le grand-amiralat de Mezzomorlo, fut le précur- 
seur d'un autre kanounnamé concernant la flotte et 
l'arsenal, composé, cent ans plus tard, sous le grand- 
amiralat du petit Housean, et durant le règne de Sé- 
lim m, et qui , en nûson des détails inBois dans les- 
quels il entre , est considéré comme an modèle de 
législation maritime par les OtlCHnans. 

Le grand-vizir rendit en outre , sur le rapport du 
juge d'Ândrinople, deux ordonnances relatives à ces 
vieilles snperslilions qui subsistent encore de nos jours 
cbez les Grecs, les Serviens et les Hongrois, à l'égard 
des morts qui reparaissent au milieu des vivans. Ces 
fantômes imaginaires sont désignés en Orient sous le 
nom de sckemen. \jss juge d'Andrinople avait rapporté 
au grand'Vizir qne les Grecs, depuis des siècles, avaient 
l'habitude de visiter le tombeau des revenans, afin de 
voir s'ils avaient ainservé l'apparence d'être vivans, 
auquel cas on leur perçait le nombril avec un pieu ; 
s'ils sortaient encore de leurs tombeaux, on leur tran- 
chait la léte , et on la leur jetait aux pieds. Le grand- 
vizir ordonna que le cadavre fût examiné , quoique 



,,-.rihyGOO^IC 



68 HISTOIRE 

le cas dont il s'agit ne concernât pas on Grec, maia 
bien un musulman. La seconde ordonnance, adressée 
à un commissaire de police d'un quartier d'Andri- 
nople, prescrivit à quatre matrones d'inspecter le tom- 
beau d'une musulmane accusée de magie, et dans 
le cas où on y apercevrait des traces de sorcellerie, 
de mettre en œnvre tous les moyens usités pour ren- 
dre la paix aux habilans du quartier '. 

I^ zèle de Kœprùtû pour le rétablissement de l'or- 
dre et de la discipline fut vivement secondé, d'une 
part, par le Lapitan-pascha Mezzomorto ; de l'autre, 
parlemoufUFeïzouIlah,etparson fils, le précepteur 
du prince. En effet, le moufli adressa à tous les juges 
et mouflis des provinces de rjEknpire- des fennans par 
lesquels il leur fut enjoint de veiller : 1" à ce que les 
imams et les khâtibs (récilateurs des prières et prédi- 
cateurs ) fussent parfaitement instruits dans les trois 
points les plus importans de la religion , savoir : dans 
les dogmes, dans la lecture du koran et dans les for- 
mules spéciales de la prière ; 2° à ce que les professeurs 
supérieurs ( les muderris) , héritiers naturels de la di- 
gnité du prophète, s'appliquassent à la lecture et à la 
commoilalicm de la loi et des traditions, et se rendis- 
sent familiers, selon l'expression d'£bou-Daoud, avec 
les trois preniiers rudimens de la science, du koran, 
de la sounaa et des' devoirs qu'ils imposent *; S^àce 

■ Dang le quartier EUtadj Sarràf. 

> Elilmouftieielayetowi movhitmeUmn, leéiounattounkaïmttoun, 
vii faridluitoun , lo^ ma *ewa taliké hovwii fadldoun : c'eri4-dir« , Is 
icienoe cansiiU en trou cbosn i la dmoaisMim ii^nofbiidls dn TanHl 



D,gn,-.rihyGOOgle 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 69 

que les prédicateurs s'abstinssent de raconter des 
anecdotes dans leurs serinons ; i° à ce que les écoles . 
élémentiùres fussent dirigées par des maîtres habiles ; 
et 5° à ce que tous les musulmans eussent soin de 
{Hier, déjeuner, d'aller en pèlerinage, de faire des 
aumônes aux pauvres, d'mstruire leurs oifans dans la 
connaissance du koran , et de contribuer à la con- 
struction des mosquées et des écoles. En même temps, 
pour répandre l'instruction religieuse fort négligée 
depuis long' temps, des scheikhs furent envoyés dans 
la Houmilie, en qualité de misûonnaires '. Ibrahim- 
Efendi, fils du moufïi, et précepteur du prince Mab- 
Dioud , pour faire revivre l'esprit de la sounna da pro - 
phète, poussa même son zèle au point d'eiercer, de 
son propre mouvement , son jeune élève à tirer de 
l'arc. 

La première leçon de lecture que reçut le prince 
fut célébrée par une fête magnifique ei avec tout le 
cérémonial usité en pareil le circonstance (10 mai 1701 
— 3 silbidjé 1 1 1 â). Le café et les biscuits furent off»te 
au grand-vizir, au moufli et au kizlaraga par les eu- 
nuques blancs du serai, dans des tentes dressées à cet 
effet. On y vit paraître les chambellans , les inspec- 
teurs de la chancellerie, le defterdar, le reïs-efendi, 
les généraux des sipahis et des silihdars , les bostan* 
djis-baschis et le grand-écuyer, conduits et précédés 

du ko»D el de Uklndilion , et l'eincîce ponctuel de aes devotn : laroir 
davantage eat du snperfln. HiitôiTe de la BibUothègue de Berlin. 

I La lettre eoTojée an miseioonalre de Bosnie se IrouTe dam l'hueha 
de Bami, soui lei d» 418-431 , de même que c«lle qni fat adressée au 
pudta, et qui pcnle le a< 135, 



,,-.rihyGOO^IC 



70 HISTOIRE 

par le grand-maréi^l de la cour et le grand-cham- 
bellan. Le mouni et le grand -vinr allèrent à la 
rencontre du prince jusqu'à la tente impériale. Les 
chefs des émirs , le khodja du prince ei les chape- 
lains de la cour impériale saluèrent son apparition 
pardelraigoesacclamatîons.Cedemia-.àgédecînqans 
et monté sur un cheval richement caparaçonné, fut 
conduit à la tente du Saltan au milieu d'une pluie 
de pièces d'argent que ses ofHciers jetaient au peuple. 
Les premiers dignitaires du serai, te silihdar, le Ischo- 
kadar et le rikiabdar, c'est-à-dire les porteurs de 
répée, du manteau et de l'élrier impérial, enfin le 
khazinedar (trésorier), et le kapouaga (premier maître 
d'hôtel du Sultan) vinrent revêtus de leurs pelisses 
d'hennine et de leurs turbans, dont la forme était une 
invention du sultan Sélim. Pendant la cérànonie, le 
prince eut à sa droite le grand-vizir, à sa gauche le 
mouCli ; les directeurs des fondations pieuses et les 
joges d'armée occupaient des places sur le sopha , tan- 
dis que le deflerdar et le reis-efendi se tenaient debout 
L'ancieD précepteur du Sultan, le moafti Fmonllah, 
prit en cette occasion la place de son fils, précepteur 
du prince , et fit répéter au jeune Midunoud les pre- 
miers mots du Koran qui commence ainsi : « Au nom 
» du IKeu bienfaisant et miséricordieux , Seigneur ! 
» fïuilite-nouB l'accomplissement de notre devoir, et 
n ne le rends point trop pénible. Seignew! fais que 
» nous puissions nous en acquitter avec bonheur ' ! » 

I Bitmâlah'^rralurum «r-roAtm, relibi yuMr, we la lotKutir rebbé 
f mm im biWuiïr. Bitoirt de la BibUothigue dt Berlin , t. IH. 



,,-.rihyGOO^IC ■ 



DE L'EMPIHE OTTOMAN. 71 

Au nombre des monomais élevés par le grand- 
vizir Kœprùlû, il ne faut pas seulement mentionner les 
édifices dout il fît les frais, entreaulres une école de lec- 
ture et une académie construites à Conslantinople dans 
le Marché des Selliers , et non loin de son tombeau ; 
les mosquées de Gradiska, de Lepanio, d'Andrinople, 
et de ConstanliDopIe, de nombreuses écoles, et la ré- 
paration de l'aqueduc qui conduit \es eanx du bassin 
des eaux douces dans la capitale, et dont les dépenses 
s'élevéreid à cinquante bourses ; l'établissement de cinq 
fontaines, la construction de plusieurs bassins à jets 
d'eau dans l'académie de Tascblik à Andrinople, de 
dix fontaines à Merzifoun, la recontfruction des abat- 
iCHFs hors des murs d'AudHnople, et quelques antres 
fondations dictées par sa sollicitude pour l'utilité pu- 
blique. Il fit construire eof^re , mais aux frais du trésor. 
quelques monumens' dont l'ulilUé ne fut pas moins 
réelle. Il fît restaurer un pont à l'entrée du Marché 
des Selliers, à Andrinople, moy^nant une somme de 
quarante-cioq bourses' . La m^e somme fut «nployée 
au rétablissement d'un canal m ruines qui conduit 
l'eau du Nil à Alexandrie. Les nouvelles casernes des 
janissaires étant devenues la proie des flammes ktn 
du dernier incendie de ConaftanHoople , Keeprûlû «e 
fît élever d'assez spacieuses pour log^ s^anle-dîx'- 
huil compagnies de janiss^re»; l^lrfti^ de c^e coor 
BtruoiiHi atteignirent deus cent douxe booraee , dont 

> L'Hittotre de la Bibliotkéqv» dé Berlin , ne 75, f. 176, donne h 
dironagranime rimé fait k celte occasion. Voyez aussi l'Histoire du Def- 
iM-dor , f. 393, et Raicbld. 



,,-.rihyGOO^IC 



73 HISXOIUE 

cent furent payées par le grand-vizir et les autres 
ministres : les agas et les officiers des janissaires con- 
tiâmèrait pour quarante autres bourses, et le trésor 
public en fournit soixante-douze. Les forteresses fron- 
tières de l'Empire, Belgrade, Temeswar et Nissa 
furent mises de nouveau en état de défense : mais à 
Nissa , UD ingénieur renégat dépassa de beaucoup la 
somme de trois cent soixante mille quatre cent trente- 
cinq piastres qui lui avait été allouée, en y établissant, 
de sa propre volonté et sans autorisation aucune, des 
fossés et des bastions. Onq mille piastres furent affec- 
tées à la reconstruction du magasin de poudre d'Oc- 
zakow, détruit par la foudre, et à la réparation des 
dommages causés par ce «nistre. Il est à r^retter que 
Kœprulû n'^t pas eu une liberté pldne et entière dans 
l'administration des affiiires, et que, sa mort ait suivi 
de si près sa retraite du ministère, où il n'était resté 
que cinq ans. 

Ceux qui enchaînèrent la toute puissaoce adminis- 
trative de Kœprûlû furent le mouflî et le kizlaraga. 
A la mcMi du kapilan-pascha Mezzomorto ', le kiaya 
du grand- vizir , à l'insu de son matire et sans son 
assentiment, mit tottt'^n«euTre pour se faire cmifé- 
rer la dignité de vizir, '^ il fut soutenu dans ses pré- 
lentitms par le moufli et le nouveau kapitan-pascha. 
Koeprûlù, irrité de cette conduite, destitua le kiaya, et 
lui donna pour successeur un de ses anciens cliens 
Hasanaga. Mais, bientôt, il reçut du Sultan l'ordre de 

• Kanowvto nounit uu mate aprèi. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 73 

renvoyer le nouveau kiaya : toutefois et comme com- 
pensation à sa disgrâce, Hasanaga fut nommé au gou- 
vernement de Schehrzor. Le kaïmakam de Gonstan- 
tinople fut destitué , parce qu'un navire avait failli 
sombrer au moment où on le lança à la mer; il fut 
envoyé à Canée, dont il reçut le commandemmt. 
Enfin le tschaousch-baschi Moustafaaga, autre protégé 
de Kœprulù, fut également révoqué. Mais aucun de 
ces avant-coureurs d'une disgr&ce complète et pro- 
diaine n'i^gea le cœur de Kœprulù autant que l'^é- 
cution de son neveu, le grand-écuyer Kiblelizadé Ali- 
beg. Elle n'eut pas pour motif, comme le raconte 
faussement l'historien Cantemir ' , le secret gardé par 
Kiblelizadé Alibeg sur l'état véritable des armées 
ottomanes près des frontières de l'empire russe , car 
ce secret, ordonné, dit-il, par le grand-vizir, n'aurait 
pas manqué d'être signalé par les historiens nationaux 
comme un (rime de haute trahison. Ce motif fut tout 
autre, le récit de l'historic^raphe de l'Empire en fait 
foi. Alibeg fut exéoité, parce qu'il était accusé par le 
kizlaraga d'avoir commis un crime.de lèse-majesté, 
ou plutôt d'avoir profané le bsrem impérial. « U périt, 
» pour nous servir de l'expression de Haschid, parce 
» qu'il avait voué un attachement secret à l'une des 
a souveraines gardées dans la chambre du trésor de la 

■ Canleniîr, L. IV, p. 95-98. L'Hiitoin dt la Bibliothèque de Berlin 
attribue la raorl de K<epriiIUzadé à une espèce de labiés cbronologiquea 
qu'il aurait apportées d dans lesqueDM anrail élé prédite la déchéance du 
Sultan et la destitution dn grand-vizir et du monfli, cinxiottaDce qœ rhô* 
tOTien dit être parvenue à la connaissance du Grand- Seigneur. 



,,-.rihyGOO^IC 



74 HISTOIRE 

» Chasteté '.» Ainsi ce ne fat ni nn acte consommé, 
ni an amour partagé, ni on rendez-vous donné; mais 
un amour intime, mais un culte pieux pour l'une des 
sultanes ou l'une des esclaves dn harem impérial, 
que l'on qualifia de crime de lèze-majesté, et qui valut 
au malheureux amant la couronne du martyre. Le 
chagrin qiié le grand- vizir ressentit de la triste fin de 
son neveu , et une maladie incurable qui pendant six 
semaines l'avait déjà retenu dans son lit, le détermi- 
nèrent à demander au Sultan la permission de quitter 
les afi^res, demande qui loi fut accordée sur-le-champ, 
avec le droit de jouir de tous ses biens et de choisir 
k lieu de sa retraite (5 septembre 1703 — lârebioul- 
akhir 1114). En se retirant , Kœpnilii fit présent au 
Sultan de soixante de ses meilleurs coursiers , et de 
tous ses joyaux ■ . Il se retira ensuite à Andrinople , 
dans son palais, construit sur la colfine de Boutschou- 
kdepé, et, quelques jours après, il alla se fixer dans 
sa métairie près de Siliwri , où il mourut au bout 
de trois semaines , pendant l'équinoxe d'automne 
(âS septembre 1 709— 29 rebionl-akhir 1114). C'était 
un homme généreux, magnanime , grand politiqoe , 
ami des sciences , qui , après son oncle Mohammed 
Kœpriilû-le-Cmel, et sescousins, Ahmed-le-PolitiqDe 
et Moustafa-le-Vertueux , mérita ajuste titre le sur- 

■ Cantemir, L. IV, p. 98, te trompe encore lonqu'îl >fBmie qa'apria 
avoir été destitué il avait été envoyé ea eiU. 

I C'est donc une grave erreurjorsque Fanl Local, dans son premEer 
tojage i Constanlinople , p. 594 , dit : • On Id dta plus de wiumie dw- 
vaui et poor phu de cent bounea de [»emdes. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE t'EMPIRE OTTOMAN. 75 

nom de Sage. Malheureasement, il resta trop peu 
de temps sur le tbé&tre où l'avaient placé ses hautes 
qualités , bien capables de retarder, »noD de pré- 
venir tout-à-fait, la décadence de l'Empire, et d'où 
il disparut comme un météore, après avoir donné 
les plus hautes espérances. Trois mois avant sa mort 
(i 3 juin — 17 moharrem) , il avait envoyé à NaÏDM- 
Efendi, qui venait d'adresser à la Forte les premiers 
chapitres de son histoire ottomane, commencée à l'an 
mil de l'hégire, une bourse d'or avec le diplôme d'his- 
toric^aphe ; il lui avait de plus alloué un traitement 
journalier de cent vingt aspres (un ducat) à prélever 
sur les revenus de la douane. Les fastes de la nécro- 
logie mentionnent encore, dans la même année, la mort 
d'un astronome célèbre, lescbeïkh Ahmed-dédé[i], 
auteur d'une histoire universelle et de placeurs au- 
tres ouvrages ' ; de Rodosizadé-£fendi, traducteur 
en langue turque des biographies d'Ibn Khallikan , 
deNisami, un des mouderris, et des cinq de l'histoire 
naturelle de Kazwini , et auteur de plusieurs com~ 
mentaires sur quatre kassidés du poète persan Ourfi *, 
et enfin des deux poètes Katib ^ et Emri ^ ; ce dernier 

> Ces ouvrages sont : la conlinoalloii iet gloses marg[iiBlM d« Seftded- 
diniadâ aa btMbaioi; une traduelion arabe du commenlaire da (raiU 
persan d'Oasamsur les aDégories ayant pour titre : Ghayetoat-beyati; but 
des eiplicatioDB ; un commentaire arabe à l'Ethique d'Adbadi; une his- 
toire universelle dont Houradjea d'Obsson a tiré un grand parti ; plusieurs 
traita «ur la géométrie, l'asItoDomie, la médecine et la musique ; quelques 
poésies comines sous son nom de poète, Aaickik (l'amoureux). Vojei les 
biographia d«» Ugiitei par SchelkU, la IseT-». 

• iUiflalSSl». 

) Biographie de SafiTi la 343fr. —4 IbidWll"". 



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76 HISTOIRE 

nous a laissé un ouvrage intitulé Trésor de l'art épù- 
foÂzire'. L'année précédente avait aussi vu mourir le 
scheikh mystique Nazmi Mohammed, qui a traduit en 
langue turque le premier livre du Mesnewi.^évxix sur 
les sept mois sacrés des derwisches un livre intitulé:' 
La pierre de touche des règles de l'ordre* . Sept savans 
mentionnés dans les biographies des poètes étaient 
morts dans celle même année : parmi eux était le 
moufti Debbaghzadé ^ Mdiammed. Une mortalité plus 
grandeencore avaiteu lieu parmi les poètes.dansl'année 
où le grand- vizir Housein Kœprûlû conclut le traité de 
Cariowicz, caries biographies et les anthologies de ce 
temps ne mentionnent pas moins de douze poètes 
morts à cette époque ^. 

Le sceau impérial fut remis, d'après le conseil du 
moufli Feïzoullah , à Moustafa Daltaban-Pascha , Ser- 
vien sauvage, ne sachant ni lire ni écrire, et dont la 
cruauté s'était révélée lorsque , pendant sa campagne 
à Bassra, il fit élever des pyramides de têtes arabes. 
L'esprit grossier dont il avait également fait preuve 
en refusant de se conformer à ta lettre pleine de sages 
avis que lui avait écrite alors le grand-vizir Hou- 

I SentouX-liacha. 

• Mayaret-TaHkat. BiographU de Seheïiki la I363»>. 

i Dane Schnkbi , n° 1312; RifU, no 1248; Bû«, D° 1379; WohU, 
0' 1392; Bahri, n° l^TB et DjoudiU, n<> 1308. 

4 EmiDl, dansSafap, n°13, Riu, ibEd D" lOS ; Raslkh, Utid, ii<>lll, 
Feiii, le moufli Ebousaidzadé. ii° 306 el ijnu Scbeikhi. n^ 1373; fethi, 
daniSafayi;n'<FaEsih, ibid, d° 311; Kaschif, ibid 342,MaaDewi, Ibid, 
ir> 378; Naaaoubi , ibid 417 ; Rezmi , dans les biograpliiei de poète* da 
Saiiin,D<>110,Scherr, ibid,ii«'l60; Bilki, ibid d- 623. 



,,-.rihyGOOglC - 



DE L'EMPIRE OTTOMAW. 77 

Kœprûlû, s'était peu modifié ' . En recevant le khatti^ 
sdiérif de sa nomination, le nouveau grand-vizir se 
mit aussitôt en marche pour gagner la résidence du 
Sultan. Tje sixième jour 'après la retraite deKœpriilu, 
il arriva près de Scutari, dans te jardin dit du Pro- 
montoire, appelé aussi le jardin du Phare. Là, te 
chef de la douane et le kiaya de son prédécesseur Wn- 
rent à sa renœntre, porteurs de riches présens, et 
le kaïmakam de Constantinople, Yousouf-Pasdia, loi 
donna un magniGque repas. IjC jour suivant, it arriva, 
sans mettre le pied dans la capitale de l'Empire, au 
jardin de Floria, situé près de S. Siephano , sur la 
rive européenne du Bosphore, et de là il continua sa 
route vers Andrinople(â1 septembre 170S — 98 re- 
bioul-akhir lild). Le delterdar, le reïs-efeadi, le 
tschaousch-baschi vinrent au devant de lui jusqu'à 
Hafssa, pour le complimenter sur son heureuse ar- 
rivée ; dans leur suite, figurait l'auteur anonyme de 
l'histcùre qui est déposée à la bibliothèque de Berlin, 
histoire d'autant plus précieuse que l'écrivain a été 
le témoin oculaire des événemens qu'il raconte. Ils 
' accompagnèrent le grand-virir jusqu'à KouUélikœi , 
et , trois jours après, ils allèrent passer la nuit à une 
lieue d'Andrinople , dans le village d'Iskenderiyé 



' Celte lettre se trouve dans t'Sittoire de la BiblMhègue ds Berlin, 
f. 206. 

" Cantemir m trompe doDClorgqn'H assare, (L. IV, p. 90) qua la place 
de grand-vizir était restée vacante pendant quarante jours. Raschid, I, 
p. 364 et VHiitoire de Ui BibUothéqtie de Berlin, 1. 183, ainsi que Paul 
Lncu , jf. SOS , aoDl DDaninM lur cette date. 



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78 HISTOIRE 

(â5 s^embre — 3 djaaazioal-ewwel) , où , à gao- 
che de la fontaine de l'Arcber, avaient ^é dressées 
leurs tentes, &. où le grand-vizir fut traité par le 
reïs-efendi. Là, il fut salué par les trois premiers agas 
de l'armée , savoir ceux des janissaires , des sipahis 
et des silihdars, par le fils du moufti, par l'imam du 
Sultan et le kaîmakam d'Andrinople, le vizir Hasan, 
gendre da Sultan. À une demi- lieue au-delà d'Isken- 
deriyé, ses cotneurs furent revêtus d'habits de velours 
et le reste de sa suite de vétemens de drap fin ; enfin 
les tschaouBchs vinrent régler l'ordre de la marche. 
Une demi-Heue plus loin, on vit paraître le grand- 
chambellan et les vizirs ; les juges d'armée et les sei- 
gneurs du diwan l'attendirent à l'endroit où il devait 
prendre son repas. Le kaîmakam chevauchait à côté 
du grand-vizir, lorsque le cortège arriva devant la 
lente du moufti, ce dernier et l'inspecteur des émirs 
vinrent à la rencontre du nouveau dignitaire jusqu'à 
l'eitrémité du ta[Ms de la tente. Daltaban descendit 
de cheval , non sur la pierre dressée à cet effet , 
mais au hasard et en pl«n air ; il baisa la main du 
moufli , et pressa dans la sienne celle du nakib. Après 
le repas et les cérémonies usitées, où tous les assistans 
furent revêtus de pelisses d'honneur , le grand-vizir 
et le moufli montèrent à cheval suivis du nakib , du 
kaîmakam, du nischandji, et des seigneurs du diwan; 
on remarquait que ces derniers n'étaient pas coiffés de 
leurs turbans, comme l'avait prescrit le cérémonial '. 
Hors de la ville étaient rangés, sur deux baies, les 

I L'aul«ur àaVHistoira qui te irouTeà li Bibliolhè^e de Bkrlio , dit 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 79 

jaiussaires et leurs crfBciers coiffés de leurs bonnets 
de gala, qol l'attendaient pour le complimenter et loi 
servir d'escorte jusqu'au serai. Ce fut dans le kœschk 
des fêtes publiques que le grand-vizir reçut, des mains 
du Sultan, le sceau de l'Empire (5 djemazioul-ewwel 
— 27 septembre). Le grand-vizir et lemoufti, revêtus 
de pelisses d'honneur, se retirèrent; le premier entra 
dans la salle du diwan, où les officiers de l'état -m^or 
des divers corps de l'armée vinrent lui baiser la main 
et le féliciter sur son élévation. Le moufli et le na- 
Idb reçurent en présent des ballots de scfaatls faits 
des étoffes les plus précieuses ; le kaïmakam et le 
nisdiandji furent revêtus de pelisses de zibeline et d'é- 
toffe d'or; le juge d'armée d'une pelisse d'honneur, 
doublée de drap; le deflerdar, le tschaousch-baschi 
et le refs-efendi de kaftans magnifiques. Après toutes 
ces cérémonies, auxquelles on attadiait encore, à cette 
époque , une haute importance , la première me- 
sure administrative du grand -vizir fut d'ordcmner 
l'em^nisonnement du kiaya, du trésorier et du gendre 
de son prédécesseur , pour obtenir d'eux l'aveu des 
richesses qu'ils possédaient. Sur la recommandation 
du moufti, le chef du corps des bouchers, Kara Mah- 
moud et l'imam du moufti, Pirizadé, furent dé^gnéa 
par le grand-vizir, le premier, pour remplacer pro- 
visoirement son kiaya, resté en arrière avec le gros des 
bagages, le second, pour être imam du grand-vizir. Le 

que deui fois 11 artit assisté à l'entrée dans Conslantinople de deai 
gracds-viiin, et que, dam ces deux urconstonces, on avait oég\îgi ce poiDt 
tanportant du cérémoiual. 



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8o HISTOIRE 

Sultan , la favorite Khadisché et la Walidé envt^èrent 
au grand-vizir des pelisses de zibeline brodées d'or, 
UD poignard garni de pierreries et un cheval richement 
hamadië; en retour, Daltaban-Paecha donnait an 
porteur de ces présena, le sUihdar Ali de Tschorli, 
mille ducats, et à chacun des deux pages des cham- 
bres intérieures qui l'accompagnaient , une bourse 
d'or avec un cheval sellé et bridé. Le grand-vizir 
revélit aussi d'une pelisse de zibeline le précepteur 
du jeune prince, le fils du tout-puissant moufli, qui 
était venu le complimenter sur son élévation , et le 
barbier du Sultan qui lui avait apporté la joyeuse 
nouvelle qne la tête du prince Mahmoud venait d'être 
rasée pour la première fois. Quelques jours après , le 
grand-viùr eut l'honneor de traiter le Sultan dans 
son palais; et, pour lui témoigner sa reconnaissance, 
il lui offrit en présent un poignard garni de perreries, 
une ceinture, une pelisse magnifique, un dieval, pla- 
neurs ballots d'étoffes et dnq bonrses de monnaies 
nouvellement frappées. Poor reconnaître dignement 
ces offres, le Sultan lui envoya de nouvelles pelisses 
de zibeline. Celte fête, assure Paul Lucas, coûta au 
grand-vizir vingt mille ducats. D'autres présens furent 
distribués par lui, lors de sa visite aux écuries impé- 
riales : le grand-écnyer lui ayant amené un cheval 
richement harnaché, Daltaban lui envoya en édiange 
un cheval de race , dix karïans de velours pour ses 
piquenrs, et cinq cents piastres pour les palefreniers 
(1«^ schewwal 1114 — 18 février 17Ô3). Enfin le 
chef des baltadjis bouclés, c'est-à-dire des eunuques 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIUE OTTOMAN, 8i 

blancs, qui, le premier, avait apporté an grand- 
vizir la nouvelle de la naissance du prince Ahmed , 
reçut un présent de cent ducats, outre de riches 
étoffes et des pièces de drap 6n; Aliaga, confident du 
Sullan, qui lui avait remis les lettres de notification re- 
latives à la naissance du prince, et que les tschaouschs 
avaient salué de longs vivats, reçut huit cents ducats, 
un cheval et une pelisse. Douze jours après (3 mars 
1 703 — 1 3 schewwal 1114), quand le Sultan donna un , 
halvcet, c'est-à-dire une collation composée de sucre- 
ries , le grand-vizir lui envoya un magnifique dieval 
de selle , une bourse entière «t un paquet de fleurs 
avec une lettre où , suivant l'usage , il le félicitait au 
sujet du retour de la belle saison. Ce retour du prin- 
temps dut être d'autant plus agréable au Sultan que, 
comme son père, le sultan défunt Mohammed , MouS' 
tafa aimait passionnément la chasse et'qu'il parcourait 
sans cesse les campagnes situées entre Andrinople et 
ConslantÏDople. Aussi le grand-vizir prit-il grand soin 
d'établir des magasins de vivres, au moins pour trois 
Ecmaines, à Tschorli, à Bourgas et à Karischdùran. 

Quelques jours après son installalion , Daltaban ' 
rendit une ordonnance relative aux vêlemens des diré- 
tiens, des juifs et des femmes musulmanes. Défense 
fut faite aux chrétiens et aux juifs de porter à l'avenir 
des pantoufles jaunes , des kalpak s de drap rouge , ou 
ornés de galons suivant la mode tatare; enfin il leur 



■ VHitloire de Crimée , par le prinœ Slobannied-Gtiiriil , 
déai^iiB SVU3 le nom de Sirbolafil (le Servien grossier). 



„-..hyGoo^lc 



fut ordonné de ne se couvrir les pieds et la tête qne de 
drap et de cuir noirs. Le drogman du traître vénitien 
qui avait livré Karaboussa aux Turcs et auquel depuis 
lors la Porte payait une pension, reçut le premier la 
bastonnade, pour avoir commis une infraction à cette 
ordonnance , en continuant à porter des pantoufles 
jaunes. Quant aux femmes , qui , dans ces derniers 
temps, au lieu de porter de larges et amples vêlemens 
en portaient d'étroits pourmontrer l'élégance de leurs 
formes, et se couvraient le visage de voiles en mous^ 
selîne l^ère, pour le laisser entrevoir/ elles durent 
reprendre les anciens vêlemens larçes et flotlans, et se 
couvrir la face de voiles épais couronnés d'un ban- 
deau noir (6 novembre 1703) '. D'un autre côté, les 
vizirs et les autres seigneurs du diwan, qui jusqu'alors 
avaient paru dans les cérémonies avec leurs mou- 
djéwTrvezés ou turbans de forme cylindrique, obtin- 
rent la permission de porter le kallawi, c'est-à-dire le 
turban de forme pyramidale . orné dans sa base de 
bandes d'or, qui jusque-là avaient été l'attribut parti- 
culier du grand-vizir II permit aussi au kaïmakam et 
au nischandji-pascha de porter dans le diwan , comme 
lui-même, -une pelisse de zibeline doublée de satin. 



I BUtoire du Defterdar, 403, Hitioire de la BihUothiqat de Berlin . 
t. 191, et Paul Lucas, p. 414. • Le siiième , od publiait une ordonDance 
par laquelle on déTcndait aux remmes turques de porter des tarpouches, 
( de longs bonneU rouges sjriena ) ; elle leur ordonnait de mettre ud 
bandeau noir sur le front et une guimpe qui descendit sur le nez, et de ne 
(lorier mtme que de» veilea fort largei, afin que leur derrière ne parut 
poinl. > 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. " 85 

et en dessous un kaftan de salin de Nikddi. Le grand- 
vizir prit d'autres mesures plus utiles que cette ordon- 
nance somptuaire. It faut ranger dans le nombre la 
défense de transporter des armes hors des provinces 
de l'Empire ; le contrôle établi sur les registres des 
tschaouschs et des wakfs ou biens religieux; le règle- 
ment des tarifs de la douane, et le paiement régulier 
de la solde des troupes [ii]. Quelques tsdiaiques 
qui, au mépris de la prohibition, avaient trans- 
porté des boulets et des bombes sur les côtes de la 
Mer-Noire, furent confisquées, et le gouverneur du 
château du Bosphore fut destitué. EnBn, pour mieux 
faire respecter l'ordonnance du grand-vizir, vingt-six 
canons et vingt fauconneaux furent envoyés dans les 
châteaux du Bosphore pour contraindre les contreve- 
nans à amener ou pour les couler à fond. Un abus grave 
appelait encore une réforme : le nombre des tscha- 
ouschs, soldés employés à la Porte, s'était peu à peu 
élevé jusqu'à mille, et cependant cinquante seulement 
faisaient un service actif dans le serai. Jx tschaousch- 
baschi , sur l'ordre du grand-vîzir, fut invité à nota* 
tous ceux qui n'étaient pas portés sur les listes ou qui 
ne faisaient pas de service actif, et à tes rayer des con- 
trôles. L'administration des biens religieux conférés 
aux mosquées parle Sultan Souleïman-le-Législateur, 
appartient au grand-vizir. Daltaban-Pascha, dans un 
rapport au Sultan, fit observer que. dans les derniers 
temps, une mauvaise administration avait causé la 
diminution des revenus de ces biens; qu'il en avait 
comparé les produits avec ceux des autres épo- 



ogle 



84 HISTOIRE 

ques menlionnés dans les registres conservés aux ar- 
chives de la Mecque et de Médine: que dès-lors, 
pour obvier à ce délabrement des biens religieux , il 
fallait laisser aux cinquante fonctionnaires nouvelle-, 
ment créés leurs émoi umens journaliers de Irenic-six 
aspres, leur vie durant, à la condition qu'après leur 
mort, les deux tiers de leurs revenus rentrassent dans 
la caisse du wakf;qu*en outre, pour les grandes répa- 
rations des édifices , aucune dépense ne devait être 
faite sans le consentement préalable de l'inspecteur 
des wakfs et des inspecteurs des constructions publi- 
ques et hydrauliques. 

Cependant le grand-vizir poursuivait le cours de 
ses vengeances. II envoyait au kiaya de son prédéces- 
seur Hasan-Pascha , gouverneur de Schehrzor,' une 
sentence de mort que le chambellan Baïramaga était 
chargé d'exécuter. Mais Hasan , se défîant de Baï- 
ramaga, qu'il savait avoir souvent été employé à de 
pareilles missions, le fît élrangleravec le cordon même 
qui lui était destiné , et envoya sa léte à Andrinople; 
puis it s'enfuit dans le lieu où on devait moins soup- 
çonner sa présence, à Constanlinople même ; il s'y te- 
nait caché dans son propre harem, qu'il avait dû lais- 
ser dans la capitale , lorsqu'il reçut l'ordre de partir 
pour le gouvernement de Schehrzor. Sa tête fut ce- 
pendant proscrite par le grand-vizir, et on lui donna 
depuis lors le surnom dejiran, c'est-à-dire h fuyard. 

Vers la même époque, le patriarche arménien, 
Avietlis, persécutait ses compatriotes catholiques, et il 
en fit jeter plusieurs dans les cachots. L'arbitraire de 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 85 

sa conduite le fit mander de Constantinople à Andri- 
nople, où le grand-vizir, le voyant entrer dans son 
appartement , s'ëcria avec l'accent de la colère ; 
« Chien, ne sais-tu pas que le Sultan seul a le droit de 
>> mettre ses sujets en prison ? » N'écoutant que sa 
fureur, il le fit jeter lui-même dans un cachot, mais 
il le relâcha presque aussitôt, sur l'intercession du 
moufti. Toutefois, comme il lui fallait des victimes, 
il fît enchaîner quatre des plus riches catholiques 
arméniens sur le banc des galères. Une éclipse de lune, 
qui apparut vers le même temps, sembla aux Armé- 
niens le [«"ésage de celte persécution. Us étaient encore 
assez superstitieux pour ne voir dans ce phénomène 
qu'un effet de magie, dont ils espéraient détourner les 
effets désastreux par le bruit discordant de chaudrons 
et de poêles frappés les uns cçntre les autres, comme 
autrefois les Romains espéraient prévenir les sinistres 
présagés par les éclipses, par le son des cors et des 
trompettes '. 

Les jésuites , qui avaient reçu du patriarche Supi 
la permission de prêcher en langue turque dans les 
églises arméniennes, soulevèrent de nouveau, vers cette 
époque, l'indignation des Arméniens non catholiques*. 
Les wertabîetés de ces derniers, et te métropolitain 
Ephraïm à leur lête, se rendirent à Andrinople, pour 
porter plainte contre les catholiques et le patriarche 
lui-même. « Qu'Ml-ce que les cathoKques.' » de- 

■ Tacit, ADD. 1 , 38. 

1 LaHotraje, [, p. 299, parle du m^mofrg publié à cette occosioii par 
la jésaites en faveur des Arniéniens calholiqDw, 



,,-.rihyGOO^IC 



86 mSTOlUE 

manda le kiaya. ministre de l'intérieur, aux plaignans 

qui comparurent devant lui ; « Ne sont-ce pas des 
» infidèles? » Ephraîm ayant répondu affirmative- 
ment , le kiaya reprit ; « Peu importe qu'un pour- 
» ceau soit: blanc ou noir; ce n'en est pas moins un 
» pourceau, et la sublime Forte ne fait pas de distinc- 
» lion entre un arménien, un catholique, et un chré- 
» tien schismatiqDe. » Malgré celte réponse ironique, 
qui peut donner une idée de la tolérance musulmane, 
Ephraîm parvint à faire destituer le patriarche Supi, 
dont le successeur, Avidick, bien que gagné par l'or 
des jésuites , et bien qu'il eût promis sa protection 
aux catholiques , commença son administration par 
lancer sur eux les foudres de l'excommunication , 
les poursuivre de tout son pouvoir. Le collège des 
jésuites à Erzeroum, où trois cents jeunes Arméniens 
avaient été convertis à la foi catholique, fut fermé, él 
les jésuites, forcés de se disperser, se réfugièrent, les i 
uns en Perse, les antres à Constantinople. Ce qui nui- 
sait surtout aux catholiques dans l'esprit des musul^ 1 
mans, c'était, outre les jésuites, ce grand nombre de 
renégats français qui se convertissaient alors à la foi 
musulmane; entre autres, un abbé qui, pour blas-, 
phémer le Christ devant le grand-vizir , avait foulé I 
aux pieds la sainte hoslîe. Le grand-vizir n'avait té- 
moigné pour lui ni mépris ni ironie, mais il avait froi- j 
dera«it ordonné qu'on procédât à la circoncision du 
néophyte musulman, 

LemouftiFeïzoalIah, auquel Dallaban-Pascha de- | 
vait son élévation à la première dignité de l'empire, et 



D,gn,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. l-j 

qui ne le trouvait ni assez souple ni assez docile à en- 
trer dans ses vues, crut presque aussitôt devoir ren- 
forcer son parti au moyen d'une alliance 'avec ie reïs- 
efendi Ramî, auquel il fil accorder la dignité de vizir 
(1^'schâbanllU — ai décembre i70â) '. Le Sultan 
lui donna pour successeur Abdi, fils d'un sche'ikh des 
Khalwetis. Les fonctions de kaïmakam furent déférées 
à Kœprùlù Abdoullah-Pascha, fUs du grand-vizir 
Aloustafa Kœprùlù-Ie-Vertueux, mort à la bataille de 
Slankamen ; celles de nischandji échurent au savant 
styïisie persan EboubeUr de Schirwan. Son successeur 
dans l'emploi de rouznamedji fut l'ancien deflerdar 
Mouhsinzadé Mohammed. Une autre place était deve- 
nue vacante par la mort du savant juge d'armée Ewtia 
Mohammed, qu'il ne faut pas confondre avec Ewlia 
l'ancien, qui eut lui-m^e pour élèvo, Ewlia, le célè- 
bre voyageur ottoman. Vers le même temps, mourut, 
à l'âge de qualre-viugt-cinq ans, une femme pieuse et 
savante, surnommée Oumméloul-djebbar, c'est-à-dire 
la mère du souverain dominateur de l'univers, épouse 
du célèbre prédicateur Wani, et belle-mère du moufti 
Feïzoullah. Elle était si versée dans le Koran et dans la 
tradition, qu'elle soutenait avec son époux et son gen- 
dre des discussions théologiques ; si pieuse, qu'elle se 
levait cinq fois dans la nuit pour faire ses prières, et 
qu'elle achevait en cinq jours la lecture intégrale du 
Koran. Lemoufti, le grand-vizir, le nakib, lesjug» 



< Kuchid, I , r. 3G9. Le dipUme st trouTt ta entier àm l'Bimirt de 
Fauteur uwuyoïe, Â la liUiliUtièque de Beclio. 



,,-.rihyGOO^IC 



d'armée, et les grands oulémas suivirent ses dé- 
pouilles mortelles, qui furent ensevelies à Andrinople, 
dans le porche de la nnosquée de Taschlik. Peu de 
temps après, mourut aussi, en prison, le schcïkh 
Mànewi, fils de Karabasch Ali, si célèbre sous le sul- 
tan Ahmed 1" : sa mort naturelle prévint une exé- 
culîoD qu'il avait méritée eo assassinant sa femme. 

Mais tandis que ces illustres personnages mouraient 
autour de lui , des événemens d'une importance bien 
plus grande, survenus en Crimée, attiraient toute l'at- 
tention du grand-vizir, et contribuèrent à préparer sM 
chute. Daltaban voulait la guerre , et bien qu'il eût 
témoigné des intentions très-pacifiques à l'ambassadeur 
russe, arrivé à Constantinople peu de jours après son 
élévation , il ne songeait qu'à augmenter les moyens 
de défense sur tes frontières de l'fjnpire du c6té de la 
Russie. Il faisait bftiir à l'entrée du détroit de Kertsch, 
à la pointe même du promontoire d'Akindi-bourouni, 
ou du Q>waju, un château-fort dont les meurtrières, 
disposées de manière à ce que les boulets pussent raser 
la surface de l'eau, devaient fermer l'entrée du canal 
aux vaisseaux russes. Four hàler cette construction, il 
fit venir de Samakow le fer dont on avait besoin ; la 
Moldavie et la Valachie furent mises en réquisition 
pour l'envoi de maçons et de charpentiers : les bois 
de construction furent tirés de Tscherkasâe et de Si- 
nope; Constantinople fournit le reste des matériaux'. 



. Raschid, I, f. 266. UMoire du Defttrdar, t. 402. L'BUtoin do 
Bami-PïsGhaconUent, Mue les n» 153,173, 327, 300^304, 553, 553, 665, 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 89 

D'un autre côté, le khan de Crimée, Dewiet-Ghiraî, 
qui n6 songeait qu'à recommencer le plus tôt possible 
ses incursions en Pologne et en Rusâe, avait plusieurs 
f(Hs déjà envoyé à la Forte des rapports sur les grands 
armemens que faisait la Russie. Presque toujours ces 
nouvelles étaient controuvées. Tout-à-coup, le kalgha 
Seadet-Ghiraï parut en Bessarabie avec un corps de 
Tatares. En entrant dans cette province, il donna avis 
à Yousôuf-Pascha, goiivemeor d'Oczakow, de la 
construction de plusieurs forteresses et del'armranent 
d'une flotte par les Rosses '. L'ambassadeur du Czar, 
interpellé à ce sujet dans la ville d'AndrinopIe, répondit 
que le fort élevé pour contenir dans l'obéissance les 
cosaques de Potkal, était situé à plus de quarante 
lieues de Férékop ; que son souverain n'avait pas plus 
de douze vaisseaux de guerre dans la merd'Azof, et 
qu'il était disposé d'ailleurs à les vendre au Sultan. 
C^te déclaration détermina la déposition du khan de 
Crimée. La Porte lui donna pour successeur son père, 
Sélim-Ghiraï, vieillard goutteux, qui ainsi se trouvait, 
poin- la quatrième fois, appelé à la dignité de khan 
(6 schaban i 1 U— 26 décembre 1 7 Oâ) . Dallaban vou- 
lut, en cette circonstance, se montrer reconnaissant 
envers le vieux Sélim, qui, en le faisant nommer aga 
des janissaires, avait Jadis été le premier instrument 
de sa grande fortune. Ce dernier fut conduit à Andri- 

lea décrets relatif^ A mtte eonslruction; voyez aussi BiiloiTe de la BibUo- 
thiqut de Berlin , f. 324. 

1 Les assertions meiHODgère« d'i khan sont déroiltes dans VSisloire du 
P^ce Uolummed-Ghiral , r. 114. 



,,-.rihy.GOO^IC 



go UISIDIKË 

nople dans une voilure de la cour, el le grand-vizir 
l'installa dans sa dignité en lui remettant, avec le cé- 
rémonial usité, une kapanitscha (pelisse d'État), un 
sorgoutsdi (panache de héron), un kalpak, un car- 
quois et un arc, avec un sabre garni de pierres fines. 
11 reçut en outre, à litre de présent d'installation, une 
somme de deux mille ducats. Son. plus jeune 6I3, 
Kaplan-Ghiraï, fut nommé noureddin, et son troisième 
fils, Ghazi-Ghiraï, kalgha. Mais le khan déposé, Dew- 
let-Ghiraï, refusa de se soumettre aux décisions de la 
Porte, el envoya son frère Seadet-Ghiraï contre \k- 
kerman et Ismaïl, que Yousouf-Pascha défendait contre 
lui et contre les Noghaïs soulevés. Le Sultan dépécha 
au secours de Yousouf dix régimeos de janissaires et 
quinze cents lewends, et ordonna une levée en masse 
dans les pays situés au-delà du Balkan, dans les pa- 
schaliks de Silistra et de Kicopolis ; en mêrtie temps, le 
beglerbeg de Roumilie, avec les levées deValona, 
Delvino, Akhrida, Ilbessan, Yanina et Scutari, et le 
pascha de Selanik, furent invités à voler au secours 
du gouverneur d'Oczakow. On ne négligea pas non 
plus d'adresser des lettres pressantes à Dewlet-Ghiraï 
pour l'engager à faire sa soumission. 

Cependant, si on redoutait à Constantinople une in- 
corsioR des Tatares Notais, on tremblait à l'idée 
d'une nouvelle guerre contre l'Aulridie et la Russie; 
car le bruit s'était généralement répandu que les gran- 
des levées de troupes ordonnées dans l'Empire n'au- 
raient pas tant pour mission de réduire à l'obéissance 
les Tatares I^oghaïs et ceux de Crimée, que de mar- 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 91 

cher sur les frontières contre les deux puissances limi- 
trophes les plus formidables, rAUemagtie et la Russie. 
Ces bruits étaient du reste fondés. Dallaban dloustafa- 
Pascha disait à qui voulait l'entendre ; « Nous n'avons 
» pas à nous plaindre des Tatares, nous sommes d'ac- 
» cord avec eux ; >> puis il racontait à ses intimes qu'il 
avait eu un songe, dans lequel il s'était vu conquérant 
d'Ofen, et lès personnes de sa suite répétaient haute- 
ment : « Notre pascha fera la guerre, et fixera la vic- 
n toire dans nos rangs. » Toutefois, ses projets belli- 
queux rencontrèrent une vive opposition dans la per- . 
sonne du moufti, qui refusait de les sanctionner par 
un fetwa, et dans Hami-Pascha , celui-là même qui 
avait conclu la paix de Carlowicz avec Skarlatzadé 
Maorocordato. Pour lever cet obstacle, Daltaban ne 
trouva pas de meilleur eipédient que de faire empoi- 
sonner le moufli dans une fêle qu'il voulait donner '. 
Riais ce projet ayant été révélé par le kiaya Ibra- 
him, le moufti se Uni sur ses gardes; il profita du 
temps qu'il avait devant lui pour se liguer avec Rami 
et IVIaurocordato contre celui dans lequel ils avaient 
appris à reconnaître leur ennemi commun; et tous 
trois le peignirent au Sultan comme un empoisonneur, 
et l'instigateur principal de la nouvelle guerre dont 
on parlait. Daltaban-Pascha s'était aliéné depuis quel- 
que temps l'esprit du Sultan. Si la violence de son 
caractère et sa grossièreté, jointes à la proposition d'é- 

< CanlemiT, L. IV, p. 106 «t 107 et d'accwd avec loi VBMoiTt da 
prince Hohammfd-Ghinl , f. 110. 



,,-.rihyGOO^IC 



lever aux premiers emplois plnsieurs de ses créatures 
qui étaient incapables de les remplir, avaient indisposé 
le Sultan contre son grand-vizir, ]es humilialiona qu'il 
avait fait subir au'moufli et au silihdar toutes les fois que 
l'occasion s'en était présentée, avaient fait naître dans 
leur àme une haine qui n'attendait qu'une occasion 
pour se faire jour. Elle s'offrit dans le meurtre projeté 
par Daltaban-Fascha. Seïd Feïzoullah, Rami et Mau- 
rocordato, représentèrent au Sultan que la Iranquitlilé 
ne pourrait être rétablie en Crimée tant que Daltaban 
tiendrait les rênes du gouvernement. Leur assertion 
parut d'autant mieux fondée, que les rebelles, Dewiet 
etSeadet-wGrhiraï,pourtromperleurs partisans, avaient 
fait courir te bruit que le grand-vizir agissait de con- 
cert avec eux. A la suite de cet entrelien, Moustafa II 
fit inviter le grand- vizir à se rendre au serai ; en même 
temps, un ordre secret enjoignit à Rami de se Irans- 
porlM' au palais de Daltaban, où on lui dit qu'il venait 
de sortir pour se rendre auprès du Sultan. Au retour 
du messager que Rami avait envoyé au serai, celai-â 
lui remit le sceau de l'empire que Moustafa avait re- 
demandé à Daltaban-Pascha (24 janvier 1703 — 6 ra- 
mazan 1114). Immédiatement après , ce dernier fut 
emprisonné dans l'appartement du bourreau, situé 
entre les deux portes du serai, et au bout de trois 
jours, il paya de sa tête un pouvoir qu'il n'avait 
exercé que pendant quatre mois. 

Kami Mohammed-Pascha, le plus ferme soutien du 
parti de la paix , en se chai^eant de la direction su- 
prême des affaires publiques^ s'occupa avant tout de 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAM. gS 

rétablir l'ordre à l'intérieur et de maintenir la tran- 
quillité à l'extérieur. La rébellion des Tartares No- 
ghaïs cessa à la première nouvelle de sa nomination, 
et des bruits exagérés le représentèrent lui-même 
comme devant se mettre à la tète de dix mille janis- 
saires et de dnq mille volontaires pour punir les re- 
belles. Le kban précédent, le kaigha Dewlel-Ghiraï et 
Seadet-Gbiraî s'enfuirent vers le Kouban où ils trou- 
vèrent un refuge chez les Tscherkesses '. Yousouf- 
Pascha d'Oczakow fondit avec ses troupes sur les 
Kc^baïs; pendant les trois mois qu'il passa sur leur 
territoire, il sévit contre eux avec cruauté, leur imposa 
une contribution de six cents bourses d'ai^nt et obli- 
gea chaque famille à lui fournir dix kilos de froment, 
dix kilos d'oi^e et un bœuf. Non content de cette 
mesure, il installa une commission composée du juge, 
du molla et du moufli de Babataghi , des juges de 
Kilia , d'Ismaïl et d'Ak-Kerman dans le but de faire 
restituer aux propriétaires tous les biens que lesTatares 
avaient pillés et dévastés aux environs de Tomorova, 
d'Ismaïl et de Kilia '. Dès que la tranquillité fut rétablie 
parmi les Tatares, le nouveau grand-vizir songea à 
réduire les habilans de Mingrelie et du Gouriel qui , 
révoltés depuis plusieurs années, refusaient tout impùt, 



■ Hiiloire lie la Bibliothèque de Berlin , t. 31S. Hiatoire du prince 
Xohamtneii-GhiTaïiUlS. Lorsque c«deraierécriiit son hLsloire,DewleU 
Gbirsï se trouvait dans la KarwirU, Hascbid I , f. 3T2 ; Sébttteyar. 

' Baschid 1 , f. 272. Vlmcha de Eami contient un grand nombre d« 
letlres du graad-vizit au khan Sâlim-Ghital et au gouverneur d'Oczakow, 
idatives aat troubles en Ciimée. 



n,gn,-.^hyGoOglc 



94 HISTOIHE 

et à puQÎr les Abazes qoi , après avoir pillé les cara- 
vanes réduisaient à l'élat d'esclavage les marchands 
dont elles se composaient. Cinquante-sept ans s'étaient 
écoulés depuis la dernière campagne que, sous le règne 
d'Ibrahim 1", sept paschas avaient faite en Mingrélie; 
Kœsé Khalil-Pascha d'Erzeroura , se mit en marche 
avec plusieurs paschas et un grand nombre de begs 
pour attaquer les rebelles de trois eûtes différens, en 
partant deTrabezoun, de Tschildir et d'Erzeroum '. 
Qnq années s'étaient passées depuis le traité de 
pais de Carlowicz, sans que la délimitation des fron- 
tières fut définitivement réglée avec l'Autriche, Venise, 
la Pologne et la Russie. De grandes difdcullés s'é- 
taient élevées à ce sujet, surtout vis-à-vis de l'Au- 
triche. Trois mois après la signature du traité, on avait 
rédigé uu acte préliminaire ' , dont l'objet était de fixer 



■ Ruchid, I. f. 273 ,et Viliatoirt dt la Bibliothèque de Berlin, seoini- 
plèleot l'un l'aulre dam l'énoiDAration du troupes commandées pour 
ccUe eipAditloD : I . Sotn les ordres du serasker , qui atUquiit de Gonia et 
de Bïtoum , ee trouvaient le beglerbeg de TrabezooD , te sandjakheg de 
Karaliissarscberki , le.beg de Gonia; 6 régimens de janissaires, 300 
djebedjis, 100 canonniers, 50 toparabadjii, S galères, 40 galiotes.— II. Da 
câiË du Tscbildir, attaquait le begicrbeg du Tsebildir avec tes jaoissairei 
d'Ahbiska( Ahhaliik) , 3O0 go^aullits, les garnisons des chiteaut-forU 
d'Aïazour, de Khartnis et d'Ardenoudj , les sandjakbegs de Schouschad, 
OIti, Levané, Bertekrck, Ardehan, Pelek, «akhdjil, Postschou, Souda, 
Ascbteré, Altounkalaa, Akhkelek, ( Akhalkalak), Keskim et lladjrek; 
le beglerbeg de Ksrss avec les rusiliers de Karss, de Ketscbwan, de 
Hefrird , et de Kagbicroan ; les eindjakbegs de Sarscbad et de Koulé. — 
III. DucdlË d'Eneroum, se troufaient échelonnés le kia^fa du gouTemeur , 
BTeclessandjakbegsdePasin, Kboonis, Hedjnikerd, Helazkerd, Kozdjan, 
Tekman , Schelwé, Kol , KelB, HamrewaD , Bajezid, Alesebkerd. 

' Du23avriinO0. 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 96 

les limiles respectives; l'annde suivante, on signa 
l'acte général de délirailation ', puis les réglemens 
séparés relatifs à la frontière de Syrmie ', à celles de 
Bosnie et de Croatie ^ , de Transylvanie et du Banal *. 
Ce fut alors seulement que la Porte régla dérmîtive- 
ment avec Venise la question des limites, en ratiBant 
un traité par lequel Novi fut proclamé ville frontière^. 
Marsigli, fondateur de l'Institut de Pologne ', présida 
à la conclusion de cette affaire aussi longue qu'em- 
brouillée, et au soin de laquelle la Forte avait commis 
Ibrahim- Fascha , qui , à son retour de son ambassade 
extraordinaire à Vienne, avait été nommé gouverneur 
de Temeswar. A son départ de Consfaiittnople , le 
comte Œttingen, ambassadeur d'Autriche, avait laissé 
dans celle capitale, en qualité de président impérial, 
le secrétaire de légation Talman ; celui-ci obtint de la 



< DuSmanlTOI.— 'Du 13 mai 1699. — > Du 35 juillet 1700, dan 
le rapport détaillé de l'aoïbusade, p. 95, et dans la puUicatioDdu trail6 
conclu près de Bri>d , concernaDt la délimitation de la fhtDlière en-detà du 
Danube, le 18 août 1700 ; à la biliothèque de Manich. 

4 Du 2 décembre 1700. 

5 Imtrumtnto limitattto délia «vatuazione del lerriioria di JKnrf« 
c«iiîon« di «»o iiitUme col caslello dai nomtalla Porta Ottomana, 
ti^goito 1705. 

e La lettre du grand-riiirRamià l'afflbasaadeur anglais Sulton, pour le 
remercier de sa médiation dans celte alTaire, se trouve dans l'Inicha de 
Rami, n* 46; le n» 89 contient une lettre du grsnd-viiir au pascha de Bel- 
^de, datée 1700, et relative à la démolition des tschardaks à l'embou- 
chure de la Drina, dans la Save. Dans mon /nxcAase Iroureul n°*195, 
196 et 197 , les leUres du grand-viiir au gouverneur de Temeswar, dans 
lesquelles le général se plaint de la grossièreté de Harsgili et invile le 
pascha à s'entendre avec Ibrabim-Pascha , de'' retour de sou ambasMds 
i VteoM , nir la délimitation des froDlièna. 



,,-.rihyGOO^IC 



96 HISTOIRE 

Porte non-seulement l'éloignement de Tœkœli du 
territoire de Transylvanie, mais même de Constanti- 
nople, et son exil dans une ferme située aux environs 
de Nicomédie. La délimitation des frontières de Ve- 
nise avait été accomplie en même t«nps que celle des 
frontières de l'empire d'Allemagne '. Quant à celle 
des frontières polonaises, elle ne fut terminée qu'au 
mois d'octobre 1703, et lorsqa'Auguste , appelé par 
les historiens otlomans briseur dejer à cheval, eut 
envoyé à la Porte l'architrésorier de la couronne , 
Raphaël deWieniawa Lesczynski, père do roi de ce 
nom, et qu'il eut été reconnu parelle en qualité de roi de 
Pologne*. Il avait annoncé son élection par l'entre- 
mise du châtelain de Halicz, Pierre deWieniawa Bro- 
niez. Deux conventions précédèrent la signature défi- 
nitive de l'acte qui régla les limites entre la Russie et 
la Porte '.Dans la première, datée du mois d'octobre 
170i, le commissaire russe Oukrainizow et Moham- 
med -Efendi décidèrent que la frontière des deux 
empires serait marquée par la rivière de Suliva ; dans 
la seconde, portant la date du ââ octobre 5705, on 
indiqua comme limite invariable à l'est le cours du 
Dnieper. Lies instructions reçues par les deux com- 
missaires avaient donné lieu à une correspondance 



1 L'/nicAa de Rami , donne plusieurs lettres du grand-vizir an gonver- 
neur de Bosnie , relatives à la déliinitatioa des fronlières de Venise. Voj» 
n«> 153, 155, 151, 311, 339, 240. 

> L'acte de déUmilation envoyé par le baron de Thagut , e*l daté du 
4octobrelT13.BasGbid, I, f.355. 

1 EllËest datée du 32 octobre 1103. VoïezHaiieiu. 



D,gn,-.rihyG00^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 97 

Irès-active entre le khan, le gooTerneur d'Oczakow 
et Mohamined-Efendi '. 

Ranoi, qui, à l'instar de l'avaiit-dernier grand- vizir, 
Amoudjazadé Houseïn Kœprûlù , était pénétré de ta 
nécessité d'une réforme administrative et qui dès sa 
jeunesse avait été employé dans plusieurs branches 
de l'administration intérieure, voua à l'exécution de 
ce projet toute son activité. Il songea d'atx)rd à affer- 
mir l'autorité des commandans des forteresses-fron- 
tières situées à l'est et à l'ouest de l'empire. A cet effet, 
il envoya au gouverneur de Bagdad ' trois cent dn- 
quante bourses d'ai^ent destinées à entretenir un 
coi^s nombreux de milices (lewends) contre les tri- 
bus arabes rebelles; àWidinetàTemeswar, il trans- 
forma les biens de la couronne, possédés jusqu'alors 
par les grands-vizirs, en odjaliks ou biens héréditaires 
pour les sujets. Cette mesure eut le double avantage 
d'assurer un paiement plus régulier aux troupes , dont 
la solde fut prélevée sur les impôts de ces terres, et 
d'augmenter le nombre des habilans du Banat de Te- 
meswar, que les dernières guerres avaient singulière- 
ment dépeuplé ; ausà eut-il la satisfaction de voir s'y 
fixer plus de huit mille sujets, dans Tannée même de 
la publication de cet édit. Une autre ordonnance eut 

I Duul'Awha de Kami, le irooTent lei letlm an gonTenteai d'Adjou, 
au gouTerneur d'Oi-'tJiciw et au Kban ; mon Ititeha coatleat une pUtoHe 
conlie les Coaaqnek de Potkal el plusieurs kUrei au gonTemenr d'Oisakow, 

s Les lettres sa gourerueur de Bagdad , relatives à l'adminislTatloD du 
pays se troaTent.damr/nicAadeRaini, soui )es ni» 33, 34, 65,69, 
70, 163; d'autres, ii«13T,167, 661, adrwsie* au gouvwnenrdel'Égy- 
IÂb , soqI relalivëi a l'a^^rovIsiODneoieDt de~tB HeCque. 

T, X^ll. 7 



,,-.rihyGOO^IC 



9» HISTOIBE 

pour objet la solde de seize mille hommes des troupes 
de Bosnie, s'élevact à quatre millions d'aspres (trente- 
trois mille trois cent soixante-trois piastres) ', et qu'il 
conv^it en odjalik, c'est-à-dire, qu'au lieu de char- 
ger le trésor do paiement de celte somme, il ordonna 
au gouverneur de Bosnie de la prélever sur Jes biens 
que la couronne possédait dans cette province *. Il 
décida en même temps que la solde des garnisons de 
JBelgrade et des palanques voisines, se montant à deux 
cent soixante-trois mille piastres pour dix mille hom- 
' mes et plus, serait prélevée sur les fermages des villes 
environnantes *. Afin de r^ler les dépenses et les 
revenus 'de la Qotte, Rami-Pascha appela à Àndri- 
nople le kapitan-pascha et l'intmdant de l'arsenal ; un 
grand nombre de droits éventuels , qui jusqu'alors 
avaient été considérés comme le bénéfice des em- 
ployés, furent adjugés au trésor '. Les prix exagérés 

< VHiitoira dt la BibliathèqfM d« B*rlitt dit «preueBeat la piutra 
mt^pUe à 180 aspm. 

1 S*Tefr : des fenna^ de Bmnfe. 15,406,695 piislre». 

De la douiD» de Ragase. 1 ,S15,7SI> 

DelBdouauedeSawa,SawalPalaTr«lroal. 2,538,84ft 
De la caiiitalioii de Bosoie. 13,093,848 

De b rtgie des (antagt» d'Ouskoab. 9,409,550 

Tout. 40,814,689 plutrn. 

3 Bibliothèque de Bgrlin,f.335.l.ag»taisoadeBéigrade56i<lhomt!i(s, 
■Teckso)dejour[ialièrede60,4T3a5prM; dam tes palanques, S04thomn]ea, 
aTce 63,456 ispre*. Ces sommes, désignées comme «djalik , ftire at pré- 
leTËes sur la donane el la eapilatioa de Belgrade , sdt )e Armage des 
impols SOT tes moutons de Porils-cha , Niseb, Sc)i«tiAoei et Semeodra , inr 
U eapitalion des BohéniieDS de Bahora et RJcopolls. 

4 RasAid, I , r. 947 , VItueha de Btmj, n* 164, coDlieot ane lettre qui 
déUSTmine les slalioni de la flotte. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTrOMAN. 99 

des marclunds de pelleteries, qui, dans les der- 
niers temps, vendaient quinze cents piastres nne pe- 
Hsse de zibeline, et ia fourrure d'hermine cinquante 
et m^e cent piastres, tandis qu'ils l'achetaient vingt 
piastres , furent r^és par un tarif qui fixa en raâme 
temps le prix des foormres d'une moindre valeur [ui]. 
La police d' Andrinople occupa également l'attention du 
nouveau grand-vizir. En même temps qa'un édit fut 
rendu contre les filtes publiques de cette capitale , des 
ordres furent donnés pour l'amélioration du système 
employé pour son approvisionnement d'eau au moyen 
d'aqueducs. Ce fut l'aga des janissaires et le bostandjï- 
bascbi, que le grand- vinr chargea de dresserla liste de 
tontes les femmes de mauvaise vie et de tes faire axi- 
duire sous escorte à Kodosto et à Mat^ara. Une autre 
ordonnance exila à Àndrinofde tous les soldats déser- 
teurs de l'Egypte. Pendant son règne, Soul^man-le- 
Législateur arvrat fait amener à Andrinc^le les eaux 
de Saroukhanli, dont la source, située è cinq lieues de 
la ville, fournissait à Constantinople une masse d'eau de 
trente-six pipes par jour. Depms, les habitans s'^ent 
souvent plaints du manqae d'eau, circonstance due en 
partie au dëlalvement de l'aqueduc et en partie à l'avi- 
dité des portews d'eeu, qui en livraient en abondance 
anx grands au détriment des moins aisés. Afin de re- 
mécKer à cet inconvénient , Rami-PascHa , accompa- 
gné du defterdar et "du bostandji-basdil, se rendit à 
Saroukhanli où il fit évaluer par des architectes la 
dépense qu'entraînerait la réparation de l'aqueduc et il 
assigna pour cet objet une somme de huit mille pias- 

D,gt,,-.rihyGOO^IC 



loQ HISTOIRE 

très. En oalre, il fit conduire dans la viDe Tes eaux 
de l'Youndja , source qui jaillit de terre dans le voi- 
sinage du serai de Kbizrlîk. Rami paraissait s'occuper 
de ces détails avec une certaine prédilection , et il y 
apporta d'autant plus de zèle qu'il était lui-même fils 
d'un nivelenr du fauboui^ d'Eyoub à Constantinople, 
et que, dans sa première jeunesse, il avait exercé cette 
profession. Il veilla avec le même scnn au rétablisse- 
ment de la mosquée de Yanboli, entièrement négligée 
depuis nombre d'années ; des juifs et des chrétiens 
avaient adossé leurs maisons à ses murs, et là où 
l'on voyait autrefois le maitre - aulel , on n'aper- 
cevait plus que des herbes et le feuillage de quel- 
ques arbrisseaux. Rami ordonna de démolir les mai- 
sons des infidèles qui profanaient les murs du sanc- 
tuaire, et il le rendit en peu de temps au culte d» l'isla- 
misme, sous le nom de Mosquée dusultan Moustafa II. 
Afin de pourvoir à la sûreté des caravanes de pè- 
lerins pour la Mecque , si souvent compromise dans 
le cours des années précédentes, Rami-Pascha prit 
soin non-seulement de faire remettre exactement la 
sourre aux Arabes du désert, mais aussi il investit 
de la dignité de chef du pèlerinage (emiroul-hadj) le 
gouverneur d'Adana, Mohammed-Pasdia, fils de 
Beïram, homme brave et énergique ; en ihême temps, 
il donna le rang de ^jerdedji ' (celui qui va à la ren- 
contre) à Kawassoghli Hasan-Pascha , en plaçant sohs 
ses ordres 1^ sandjakb^ de Ghaza et de Nablous et 

> ItucUd I , f. 376. Histoirt de la Bibliothèque de Berlin, t. 33t. 
lyerdt^meaelà Kartehoudit- 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ^ loi 

les troupes des sandjaks de Tripoli, deSaïda, deBeï- 
roul et de Jérusalem. Par ces sages mesures, la cara- 
vane passa au milieu des Arabes sans être inquiétée. 
L'emiroul-hadj Mohammed, loin de s'arrêter à la Mec- 
que , comme ses prédécesseur avaient coutume de 
faire , se remit en marche aussitôt qu'il eut accom- 
pli les pieux devoirs de sa religion, car il avait résolu 
d'attaquer les Arabes avec son corps d'armée , fort 
de quatre-vingt-dix bannières, partout où ils se mon- 
treraient; d'ailleurs le djerdedji Kawassoghli devait 
venir à sa rencontre avec trente bannières. Les Arabes 
des tribus de Sahra et d'Anza, dans l'espoir de pill^ 
la caravane à son retour , s'étaient rassemblés au 
nombre de six mille et se montrèrent à l'arrivée de 
l'emiroul-hadj à la station Maan ; mais pendant qu'ils 
étment tenus eu respect par ledjerdedji et lescheïkh des 
Arabes deDaraas, Koleïb, la caravane passa sans éprou- 
ver de pertes '. Les tribus turcOmanes, non moins pil- 
lardes que celles des Arabes, et qui infestaient la contrée 
d'Azir et de Massiss, furent exterminées par le gou- 
verneur d'Adana, et le gouverneur de Siwas trans- 
planta quelques autres de ces tribus dans le sandjak 
de Bozok en Anatolîe [iv] *. 

■ L'JKsfoire précitée contient le rapport d'un TaUre, CourriN du graDd- 
Tizir, qiiiélBitalIéchereherleEChelkhKolelbïHezrib , et qui, de là, s'était 
rendu en trois jours, à dos de dromadaire , à Temest, camp du djerdedji ; 
le lendemain, il arriva à Amu et le surlendemain à Kstran. Ce fut là 
qu'il reçut la nouvelle du raseemblemenl dans la brujère de Taboul de» 
Arabes que la caravane raicoalra ensuite à Maan. Buchid, f. 276 , appeSe 
le lieu du combat Magbara. 

1 Rami. n» 419, appelle les tribus, appartenant à la grandeUibu des 
MmUu$; ScherUii, NaUiï , mklere et TaT);houdkr&. 



,,-.rihyGOO^IC 



Rami-^tsdiB, qui se mettra loujours faroraUe 
aux junovations 37001 pour ol^et une amélioralion 
immédiale, tourna paiement sa sc4lîcitude vers l'in- 
dastrie; l'ordre qu'il iitfima aux fabricans de draps 
de Selanik , et aax fabricaBs de soie de Broasa , les 
pretnierg, Juifs, les seconds, Grèce de nation, de faire 
confecHonner à l'avenir dans leurs ateliers les diverses 
sortes de draps et d'ëto0èsqne l'Europe aTaît impor- 
tés jusque là, témoigne an moins do désir qu'il avait 
d'affranchir sa patrie de la dépendance de l'élranger '. 
Oette volonté se révéla également dans la tentatÎTe 
qu'il fit àConstantinopIe, à l'eflèt d'y implanter le ca- 
fter, an moyen de {lèves que le h^erb^ de Sjidda 
lui avait persuadé n'être propres à la culture qu'afrès 
avoir été av^ées et rmdues par des hirondelles '. 

Toujours préoccupé de la sûreté de l'Empire et des 
des moyens de remplir les caisses du trésor, le grand- 
vizir ne cessa de veiller sur les provinces d'Europe, 
d'Asie,etd'Afrique,etde rechercher avec soin lesabos 
qni s'ét^ent glissés dans toutes les branches de l'admi- 
nistratifHi. il fit partir pour Yaffa, qui, servant de port 
à Ghaza , & Ramla et k Nabloos , avaft besoin d'être 
prot^ et contre les corsaires francs et- contre les 
Arid)esde Syrie, uncorpsdeceotbommesavecùxoffi- 



> Raschid, I, f. 97S; La Hotnje, I, p. 343,dil, inr l'iiulig&lioD 
d'un UTOomois : Ce rcnifat élait un grtiid faiieur de projets ^ un de 
ceux qui mirent duu la Miite en ttte an grond-Tini Btuni-Pucba , d'érigtr 
dfs manufactures de drapi. 

> La lellre lur ce aujal au gonTemeur de Ojidda, w trouve dant 
l'Aubade Rami. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMI'lItE OTTOMAN. io5 

ciers, deux tschaouschs, et ud intendant de la forteresse 
(kalaa kiayaasi) . A son départ , le commandant (dizdar) 
de celte troupe emmena avec lui dix canons de gros 
calibre , trois de sept, et deux de douze, outre deux 
mille boulets et deux cents quintaux de poudre. 

Peu de temps après sa nomination, Rami appela k 
Conslantinople le prince de Valachie , Brancovao Can- 
lacuzène Bessaraba ' , dont le règne a été si pompeuse- 
ment décrit par son chancelier Radul Gretschan. As- 
sis sur le siège ducal depuis près de quinze ans, i| 
s'était maintenu dans son poste pendant douze cam-r 
pagnes, grâceàla politique adroite qui Iui6l éviter tous 
les pi^es que lui tendaient tour à tour Tcekœli, le 
Kban, le Sultan, le Czar, et l'Empereur. Bien que cç 
deroier l'eût élevé au rang de prince de l'empire 
romain , et malgré tous ces précédents , |e tidtan 
Monstafa le confirma de nouveau dans sa voïévodie. 
Après la paix de Carlowicz, il la lui assura njèmeè 
vie. L'influence qu'il avait dû se ménager sur le diwan, 
l'avait fait triompher d'une conjuration que les bo^'ards 
mécontens avaient tramée contre lui prés de la Forte ; 
elle avait même été assez puissante pour provoqqer I9 
chute de son ennemi, levoîévode de Moldavie, An- 
tiocbeCantemir, fils de Constantin, et frère deDémé- 
trius Cantemir , l'historien , et pour faire obtenir cette 
principauté à son beau-fils, Duka. Mais il avait un en- 



I Caotetnir, IV, h, b,, s'étend longuemeol sur l'origine de ces noms, 
■nais U ne peut dissimuler sa haine contre celle famille et contre celle de 

Ctrra. 



,,-.rihyGOOglC 



io4 HISTOIRE 

nemi implacable dans la personne d'AIeiandre Mau- 
rocordato, interprèle de la Porte , qui alors se ligna 
avec te graod-vizir, pour assouvir une vengeance pro- 
jetée depuis long-temps. Au mois d'avril 1703, le se- 
cond grand-écuyer , Sélimaga , arriva à Bukarest, et 
remit à Brankovan l'ordre de se rendre h Andrinople. 
Le prince, attaqué par la fièvre ou tremblant de peur, 
prélendit ne pouvoir se mettre en route en ce mo- 
ment ; il espérait , en retardant son voyage , obtenir 
par l'intercession de ses protecteurs de Constanti- 
nople la permission de rester chez lui. Son méde- 
cin, Pilarino' , parvint, non sans peine, à modérer 
l'impatience de Sélimaga, en lui représentant que, s'il 
voulait qne le prince arrivât vivant à Andrinople, il 
fallait le faire voyager .le plus lentement possible. 
Malgré la puissante intervention des amis de Branko- 
van, parmi lesquels il comptait le moufli Feïzoullah, 
le ulihdar Ali de Tschorli, et Hasan, gendre du 
grand-vizir,' la Porte refusa constamment de révo- 
quer son ordre. Après s'être traîné pendant un mois 
entier sur la route de Bukarrat à Andrinople, il arriva 
à Amaoud-Kœi, près de Constantinople. Lorsque 



I UHUtoire dt la Bibliothéqua de Berlin , f. 3S3 , eoatient ane anec- 
dote corieuse «ur tes médecin» de CoosUDtÎDiqtle ii ctUe époque. Un méde- 
cto.frtDe, dit l'auteur, a Hé envojèdaiu l'eiilparle proto-médedD Nouh, 
fuee que qd de sis malades avait péri pour avoir avalé des (Mllales d'eilraEt 
de graines de concombres. Il ajoute : autrerois , on avait conlome 'de 
mêler 7 à 12 dradunes d'eilrait de graines de coocombres avec de l'huOe 
d'amande , Idracfamede graines d'anaoas (agbadjkaoani) et 3 1]3 drachmes 
de Mnelle ; mais les médectni fraocs réduisaient cet extrait de concombres. 
pettotlOdrachioei, en uo seul drachme, conléon en une seule piDule. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. io5 

Maarocordato vint le félidtersurson heureuse arrivée, 
Brankovan, pour se concilia- les bonnes grâces de 
son ennemi, lui fit présent d'une pelisse de zibeline 
précieuse, d'un dieval richnnenl caparaçonné, et de 
.mille ducats. Ce sacrifice lui parut d'autant plus né- 
cessaire, qu'il savait devoir traiter avec ce demin- an 
sujet de l'augmentation du tribut annuel de deux cent 
soixantenlix bourses que la Porte voulait élever an 
double. Brankovan, après de longues discusnons, of- 
frit de payer cent ou tout au plus cent-vingt bourses, 
en sus de l'ancien tribut ; maisvoyant qu'il ne pouvait 
arrivera rien par la corruption , il consentit à payer 
au Gsc une somme de cinq cents bourses, sous la dé- 
nomination de trésor de Moldavie, par analogie avec 
le tribut payé par l'Egypte appelle le trésor ésyptien, et 
non pas sous celle de capilation, comme la Porte l'a- 
vait d'abord exigé (§4 juin, 1703) '. Rami-Pascha, 
gagné en sa faveur par les prolecteurs du prince , 
lui fit un accueil gracieux, et lui promit une audience 
du Sultan , pour le mardi suivant , qui était jour de 
diwan. Brankovan fut introduit dans la salle du trône 
avec le cérémonial usité pour les princes de Moldavie 
et de Yalachie. D'après un ancien usage , ils sont 
(XHiduits en présence du Sultan par le secrétaire , 
et l'intendant des tschaouschs; cette présentalion 
difiëre de celle des ambassadeurs des puissances 
étrangères, en ce que les princes n'assistent pas , 

> CoDHilln à ce sujet l'fftjhrfre de la BibXiothiqtu dé Berlin, la sSuto 
qui donne qudquet détaila ■ et sujets 



,,-.rihyGOO^IC 



avant raudience , au dîner des grancte-viàrs , mais 
qu'ils soDt revêtus, après le diwan et le r^pas du 
grand-vizir, d'unkaflan et d'une kouka, par les mains 
du trésorier. La kouka est un bonnet orné déplumes, 
telles que le portent les officiers supérieurs des janis- 
saires, avec cette différence que ces derniers sont ornés 
de plumes de héron noires, tandis que ceux qu'on 
donne aux princes sont onrés de plumes de héron 
blanches. Les commissaires chargés de leur investiture 
sont le mouhzir (aga des introducteurs), et le sëlam- 
aga (aga du salut), qoi perçoivent de ceux qu'ils as- 
sistent certaines taxes déterminées. A l'issue de l'au- 
dience, le Sultan fît remettre à Brankovan le diplôme 
par lequel il le confirmait à vie dans la di^té de ' 
[Hince de Valacbie. 

Bien que Rami-Pasdia , ne laissât échapper au- 
cune occasion d'augmenter les revenus du fisc , il 
ne commença pas son régne par extorquer de l'ar- 
gent des grands ; au contraire , il restitua les mai- 
sons et les fermes d'Àmoudjazadé Kœprùlù, con- 
fisquées à sa famille par Daltaban Moustafa-Pascha. 
Pendant son administration , on ne toucha pas une 
seule fois aux successions des riches fonctionnaires, 
à part le cas où ils étaient morts sans avrar réglé 
leurs comptes avec le fisc; autrement, elles passaient 
intactes aux héritiers. Si cette conduite lui fit beaucoup 
d'amis parmi les fonctionnaires, elle lui attira la haine 
des hauts dignitaires qu'il frustraainsi de certains droits 
éventuels.D'ailleurs, les coupsdebàtonqu'il ne craignit 
pas de leur faire administrer , contaairemeot à tous Im 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 107 

usages reçus et sans distinction de rang , lui valut au 
même degré l'inimitié des grands et de l'armée. 
C'est ainsi qu'il fit donner quelques centaines de coups 
de bâton au defterdar des galions, et douze à l'inten- 
dant de l'orge,' qui déjà avait occupé deux fois la 
place de secrétaire-inspecteur des janissaires , pour 
s'être refusé de solder les comptes des ouvriers ; ce 
ne fut que sur les représentations du mouhziraga qu'il 
fit cesser ce traitement ignominieux, et qu'il le remit 
à la garde de l'aga des janissaires < . Par cette punition 
infligée à un crffici^, Rami se fit des ennemis dans 
tous les rang de l'armée, surtout parmi les janissaires. 
Leur mécontentement s'accrut encore lorsque, ayant 
envoyé leur a^ à la Canée » , avec le rang de pascha 
à trois queues de cheval, il le remplaça par scm kiaya 
(ministre de l'intérieur), qui occupait déjà cette place 
sous Kœprùlû , à l'époque où Rami n'était que reîs- 
efeodi, et qui , par conséquent , tendait alors un rang 
supérieur au sien. N'ayant pu supporter avec indiffé- 
rence le traitement dést^igeant que lui fit sabir son 
anci^i subordonné, le kiaya s'en était plaint aumouffi, 
et ce fut à sa rectMnmandation qu'il obtint sa nomina- 
tion et sa place d'aga des janissaires. 11 Fut remplacé 
au ministère de l'intérieur par l'aga des sipahis, qui à 
son tour eut pour succraseur lé général des ariouriers. 

> Vbe lettre defiamiàTschilik, relative aumuotien debdiecipline, se 
bMTe dana »oa Inteha. 

1 Baschid, 1, t. 374. Létal-major des jauluaires était alors cwnpfté 
ainsi ; i" l'aga Ali ; 2° le koulkiaya ; 3° le Ugardji ; io le samssouDdji ; 
•• iBBUWlUk*^ (griDd-^tolj. 



,,-.rihyGOO^IC 



Oulre que Rami s'était aliéné les esprits, et surtool 
l'afiectioD des jaDÏssîùres , par le tFaitement ïgDûini' 
nieux qu'il avait inOigé- à leur inspecteur des re- 
-vues , il existait encore deux autres causes qui , dès 
l'origine, avaient excité le méconteittemeni des trou- 
pes. Rami n'avait jamais occupé de grade dans l'ar- 
mée et n'était arrivé à la première dignité dans l'État 
qu'en marchant sur le cadavre de Daltaban-Pascha , 
auquel sa valeur avait fait pardonner, en partie, sa ty- 
rannie ; de plus , il n'avait dû son élévation qu'à la 
protection du moufti Fà'zoullali, généralement détesté 
à canse de ,son ambition et de son caractère impérieux. 
Jamais, jusqu'à ce jour, on n'avait mieux senti l'in- 
fluence que peut exercer sur la machine gouverne- 
mentale la nomination d'un grand-vizir pris dans les 
rangs des seigneurs de la plume, c'est-à-dire des em- 
ployés civils , tandis que les Sultans avaient eu juE= 
qu'alors coutume de le choisir parmi les seigneurs du 
scûjre, c'est-à-dire les officiers supérieurs de l'armée. 
Daltaban-Pascha, le rude et grossier tyran, ne savait 
ni lire ni écrire, mais il rachetait cette ignorance par 
une bravoure à toute épreuve. Rami, au contraire, 
n'avait aucune des qualités de l'homme de guerre, et 
n'était connu que par la pureté de son style et ses 
talens diplomatiques. L'histoire ottomane, commç 
celle des autres peuples, a consacré les noms de plu- 
sieurs grands hommes d'État , qui étaient en même 
temps des capitaines célèbres , mais elle cite bien peu 
de généraux qui aient manié avec un égal succès la 
plume et l'épée , ou d'auteurs qui se soient dt^in- 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAM. 1*9 

gués au même degré par leur courage et le mérite de 
leurs çeuvres. Rami-Pascha possédait à un degré émî- 
nent les qualités du politique et de l'écrivaiD, ainsi que 
l'attestent au reste les deux collections que nous possé- 
dons de ses écrits politiques , au utHubre de quatorze 
cents, et qui sont de véritables modèles d'un style sim- 
ple, clair et noble. Mais, nous le répetons, it n'était pas 
homme de guerre; les soldats le détestaient d'autant 
plus qu'il avait contribué à la mort deDaltaban, et qu'il 
les avait humiliés dans la personne d'un de leurs offi- 
ciers. Son administration n'était pas vue avec plus de 
faveur par le corps des oulémas, dont il s'était aliéné 
l'affection par ses complaisances pour le moufti , 
qui y au mépris des r^lemens en vigueur sur l'a- 
vancement des Oulémas , avait élevé aux premières 
dignités de l'Empire. ses fils et tous ses parens. Qua- 
tre de ses fils et son neveu Mofaammeddedé , tous 
jeunes encore, remplissaient les fonctions de juges 
d'armée de EVoumilie '. Schtikh Mohammed- 
Hendi, l'un de ses fils , était précepteur des [vin- 
ces, et l'ainé semblait même devoir hériter de la 
dignité de moufti. lies mollas les plus considérés 
étaient obligés d'accepter des emplois de juges subal- 
ternes, tandis que les places les plus lucratives deve- 
naient la proie des Bis du moufti et de ses protégés. 
Le rapide avancement du jeune Kœpriilû Àbdoullah, 
promu d'abord au rang de nischandji, puis à cdui de 
vizir, fut même considéré, non comme un (kôit 

■ Raschii] . I , f. S63 , 271 , 375. C'ëUient : Ibrabîm , HouMAfll A 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



héréditaire dmts la famille Kœprfilû, mais comme 
une faveur qu'il ne devait qu'à sa qualité de gendre 
du moufli. L'esprit de domination de ce dernier 
devint de plus en plus insupportable , et ccunmença 
à peser de tout son poids sur le grand - vianr lui< 
même. La famille elles créatures deFeïzoutlah ne 
craignirent point de dire hautement que Ramt-Pascha 
était le client de leur patron. Le grand-vteir , sachant 
fort bien que son prédéceiseur avait été victime de 
l'ambition démesurée du moufti, visa dès-lors à Té- 
loigner du pouvoir. 

A tous ces motifs de mécontentement causés aux 
grands fonctionnaires par l'administraitcm du grand- 
vizlr, vinrent se joindre les plaintes auxquelles donna 
lieu , de la part des habîtans de ConBtantinopte , la 
résolution prise par le Soltan de prolonger son séjoui* 
à Andrinople, où il passait son temps à chasser. Les 
dépenses occasionnées par l'ameuUement des palaia 
de ses troB filles fiancées, l'une avec le Vizir Nouou- 
manKœprnlù, fréred'AbdoullahKceptnilii, h secondd 
avec le vizir Ali, fils du graild-vizv Kara Moustafa, et 
la trcMsième avec le sttibdar AU deTschorll, le fevori 
du Sultan, ne laissèrent pas d'atigmenter ces disposi- 
tions hostiles. Moustafa II fk construire pour elles de 
somptueux palais en ville et des maisons de campagne 
sur les rives de la Toundja ; le plus grand luxe présida 
à l'ameublement de ses harema, et, pour les remplir, 
il invita les paschas de Bosnie, d'Erzeroum et d'A~ 
khiska à envoyer des esclaves. Dans sa lette circulaire 
aux pasfchas, le grand-vizir leur dit : « Qu'aulrefbia 



nyN,-.^hyGOO^IC 



DE L'EMPÏRE OTTOMAN. m 

» on avait coutume de fournir des hommes, mais que 
» le Sultan n'avait besoin que d'çsclaves '. » 

La haine générale à laquelle se vit en butte le grand- 
vizir Rami-Pascha fut un présage beaucoup plus 
certain de sa chute prochaine, que celui qu'on 
avait cherché dans le tremblement de terre qui 
renversa un grand nombre de maisons et plusieurs 
mosquées dans la juridiction de Denîzlû. Il en avait été 
de même d'un incendîe'-et d'un orage terrible qui 
avaient éclaté l'année précédente à Constantinople ^, et 
dans lesquels on avait va les pronostics de la destitu- 
tion du grand-vizir Honseïn Kcepriilii, bien qu'elle eût 
}n^cédé de long-temps ces deux fléaux. Mais ce qui 
présagea surtout des troubles prochains, ce fut la con- 
duite que tinrent quelques centaines de djebedjîs en ré- 
clamant leur solde arriérée de trois trimestres. Ils refu- 
sèrentde se mettre en marche pour la Géorgie, où ils 
devaient rejoindre l'armée . avant d'avoir été payés in- 
tégralement ( mi-juin 1703| — premiersjoursde sàfer 
1 i 1 5). Depuis quelque temps déjà, la Perle avait pris 
l'habitude de ne jamais payer aux sqH odjahs, c'est-à- 



■ CeU« ieUte m tronve dans VlnttKa de Kami, b<> S32. Lm qoa* 
Ulés qu'eiige la lettre adressée au heglerbeg de l'Herzégovine, des femmes 
croates et hODgroiMS, sont : 1» un corps bien propoTtionné (mouteDUiboul- 
endam) ; un cmps bten pris ( mewiomikidi ) j 5* an corps impoMnt 
(gtttschlil) et 4» un coivs robuste (kouwwellU). 

1 Easchid, f. 200 , dît le 3 redjeb 1113 (4 décembre 1701). Un grand 
iDCendie atail aussi ravagé Constanliiiople l'année préeédeole. La HMraye, 
I, p. 278. 
•3 Kaschid, F. 261, le 22 moharretn 1114 (18 juin 1702). Unorage nos 
mcritu lenible eut lieu le 20 uai 1701 ; Lt Motrtye, p. 280. 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



dire aux sept corps de troupes soldées, les janissaires, 
les sipahis, les silihdars, les topdjis, les loparabadjis, 
les djebedjis, et les bostandjis, leur solde entière, ei 
de ne leur donner qu'un à-compte sur ce qui leur 
était dû. L'aga et le kiaya des djebedjis, pour apaiser 
le tumulte et éloigner les mutins de la capitale, cru- 
rent devoir appuyer la demande de leurs soldats. Sur 
le rapport que le kaïmakam de ConstantiDopte, You- 
souf-Pascha, adressa à ce sujet à Andrinople, Bami- 
Fascha blâma sévèrement la condescendance du kaï- 
makam et du djebec^i-baschi, et les punit en nommant 
pour successeur au premier le jeune Kœprulù Abdoul- 
lah, et en donnant la place du second à Ibrahimaga, 
l'une de ses créatures. Au lieu de faire connaître offi- 
ciellement la nomination de ce dernier, il lui c»>donna 
de se rendre à son poste à 03nslantinopIe , voulant 
ainsi donner à croire qu'il avait été disgracié et exilé 
de la résidence du Sultan '. 

Ibrahimaga était à Constantinople depuis un mois à 
peine, lorsque les djebedjis se soulevèrent de nouveau 
(17 juillet 1703 — 3 rebioul-ewwel 1115);maiscette 
fois ce fut avec tant de succès qu'ils amenèrent un 
diangement de souverain'. Le kaïmakam, dans l'es- 



I Rasclifd, II, f. 6, piralt roulolr dire qae m nominallon avait fbarnE 
aa grand-rizit l'occasJoD de se renger du monfti ; il cile i celle occaBma 
les maiinjCB «uivanles : La Baocie de la domination n'est accordée qa'i 
celui qui ose Imprimer un baiser sur les lèvres de fépée; <i la deslinée 
coupe le fil de la sagesse que peut coolre elle un cerveau malade? — Si la 
dotioée se Jette sur si proie , les sages deviennent lourds cl aveugle*. 

' Bastftid , I. C. donnb p^rernHir IB S ifebjotil- ew^el (toarUi t6 jttiltet 



,,-.rihyGOO^IC 



DE I.'FMPUIE OTTOMAN. ii5 

poir de coDJarer l'orage, s'empressa delear promettre 
le paiement de leur solde arriérée de dix trimestres, 
et de leur faire espérer en outre un présent de vingt 
bourses. Mais alors les janissaires se joignirent à eux; 
donnant un libre cours à la haine long-temps con- 
ique que leur avaient inspirée le traitement ignomi- 
nieux infligé à leur mattre des revues, et la sévère ré- 
vision des contrôles à laqudle un grand nombre de 
leurs camarades avaient dû leur expulsion de l'armée, 
ils «inseillèrent aux djebedjis de ne point accepter 
l'aient qui leur était offert, de faire cause commune 
avec les janissaires, leurs frères de cœur et d'âme, 
de se réunir sur le marché aux viandes , autour des 
chaudrons, et d'y planter leurs drapeaux. En effet, 
dans la matinée du 18 juillet (4 rebioul-ewwel), 
ils s'y rendirent au cri mille fois répété de Dieu est 
grandi et en récitant les sourres de la victoire et de 
la conquête '. Trente émirs environ, avec trois cents 
djdiedjis, et quelques centaines d'hommes apparte- 
nant au bas peuple, rassemblés avec un drapeau, 
parcoururent la ville; toutes les boutiques et tous les 
magasins furent aussitôt fermés. Le kaimakam et le 
B^hban-baschi, Haschimzadé Mourtezaaga, voulurent 

1103) , an Uh do Tendredi. VBisMndu Difttrdar dit te 3 reblo(il-«wwel 
■a liea du 3. SdielkbuadA et raaicur de VHittofr» anonyme, qui a décrit 
cette révolte soiu le titre Eirtné Wakaaii (éTinementà Andrinople), 
■ont d'accord «ir la date. Vojei encore l'histcôre de celte rérdtc écrite [>h 
HobanuDed ScbeQk sur l'ordre d'Ahmed lU ; NafniB , dans le I, Il , de 
lOD hitloir»i\'hUtoiTê de Hohammed-Ghiral. Les redis de La Hotnjs 
«t de Cantemir «ont trop superfidels pour Atre connMst 
• La SO' et la 48<«. 



,,-.rihyGOO^IC 



ii4 RISTOIRE 

faire une dernière tentative pour rélablir l'ordre, en 
convoquant une ass^nblée des oulémas et en déployant 
l'étendard du prophète; mais le juge de Constanti- 
nople, Seïd Mahmoud, gendre du moufli, avait depuis 
peu rompu, ainsi que le kaïmakam, toute relation ami- 
cale avec ce dernier, et s'était reTusé à convoquer à sa 
demande, en assemblée générale, lecorps des oulémas. 
Le .lendemain (19 juillet — 5 rebioul-ewwel) , le 
segbban-baschi se rendit, avec les officiers et les ja- 
lùssairea restés fidèles, au serai pour l'occuper mili- 
tairement. Mais te préfet Yadkar, craignant que les 
troupes ne le missent au pillage, s'obstina à leur en 
défendre l'entrée. Aussitôt que la populace, assem- 
blée sur le marché aux viandes, pressentit le projet 
du seghban-baschi, elle marcha sur le palais de l'aga 
des janissûres, s'en empara, et ouvrit les prisons pour 
grossir ses rangs de la foule de criminels qui y était 
enfermée. De là, elle se porta au palais du kaïmakam. 
Au moment où elle allait y pénétrer, une voix lui cria 
que Kœprulù Âbdoullah était depuis la veille au serai, 
et les invita à respecter sa demeure. Des mots on 
en vint bientôt aux coups, et malheureusement une balle 
. partie de la maison vint frapper un djebedji '. Ce pre- 
miermeurtre exaspéra la foule ; l'édifice, cerné de tous 
les côtés, fut envahi et livré au pillage ; une quantité 
de fourrures précieuses furent mises en pièces. Les 
criminels tirés des prisons se firent surtout remarquer 

' LaHotraje ignorera fait; il <UI, pur erreur, ea pariant du meurtre du 
seghban-bascbi t il est a tenianiuer qœ c'est le seul hooime avec Je nio^ifU, 
I qui ^t lue dans celle s^ilion. • 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ,,5 

par leurs brigandages. Le seghban-baschi, en s'en- 
fuyant du serai à la porte de l'aga des janissaires, 
tomba entre les mains des rebelles qui Je jetèrent à bas 
de son cheval et le gardèrent prisonnier. Sur ces entre- 
faites, une troupe de jeunes gens sortis de la lie du 
peuple, avait arrêté le Juge de Constantinople, gendre 
du moufti, que les rebelles désignai»)! généralement 
sous les noms injurieux d'hérétique et de Persan. 
Tous les deux furent soigneusement gardés pendant 
la nuit ; le lendemain matin , vendredi gO juillet 
(6 rebioul-ewwel) . les mutins ayant ordonné au 
seghban-baschi , qu'ils avaient proclamé aga la vdlle, 
de déployer l'étendard du commandement en chef', 
et celui-ci s'y étant refusé, l'un des janissaires s'écria : 
« L'infidèle a caché l'étendard dans son sein ; » au 
même instant , il tira son sabre et le tua ». Sa mort 
fut le signal de nouvelles violences. L'étendard du 
seghban-baschi fut arboré et des hommes furent en- 
voyés dans les divers quartiers de la ville pour publier 
à haute voix : « Que tout janissaire qui ne se rangerait 
» pas sous le drapeau serait séparé de sa femme, et con- 
w sidéré comme incapable d'en satisfaire aucune*. » 
L'un des rebelles monta sur un arbre dans l'hippo- " 

■ • ^ettt étendard que coii qui ont le coimnandemeiit des Janissaires 
portent ou font porter, mus bllon, sons leur robe , rtHilé comme une eer- 
riette et qui sert A les rallier en cas de besoin. > 

' VBUtoire de la Bibliothèque da Bertin fait remarquer que le désir 
ambitieux de Hascbimiadé , de ne point mouriT avant d'aroir été aga, 
avait élé ainsi eiaocé. 

3 Karisi boiehanmiidt oUovrt ; c'esUi-dtre qu'il aoil sépare de sa 
femme et incapable d'haUler avec aucime. 



,,-.rihyGOO^IC 



drcMne, et barangoa ainsi le peuple :•> Salut, raésflrères 

* qui êtes réunis ici ! Que IMeu noos soit en aide i tous ! 
«que sa grâce soit sur tous! Amen! Mes ft^res et mes 

* amis , peuple de Mohammed! Lequel d'entre nous 
B voulez-vous pour moufti? Lequel voulez-vous pour 
«aga? Lequel voulez-vous pour juge de Constanti- 
» nople? — Monsvoul(His, s'écriaTliydre à mille têtes, 
» Paschmakijtjizadé pour moufïi ; pour aga, Tschalik 

* Ahmed, et pour joge de G)nslantinople, S&noUah- 
> Efendi. » 

Cependant les rebelles avaient conduit le juge Seïd 
Itiahmoud à la mosquée des janissaires , foyer de 
toutes les révdtes de cette milice turbulente, et l'a- 
vaient fcox^ à écrireà tous les oolânas pour les invi- 
ter à se réunir dans la mosquée centrale. Un des 
snds, sacristain d'une mosquée, déploya un drapeau 
et se mit à la tête àea émirs rebelt» ; pluraeurs mil- 
liers de pelefraiiers syriens et de dresseurs de tentes se 
réunirent à eux et, roulant autour de leur turbans des 
bandM d'étoffe verte, ils s'attribuèrent, de leur pleine 
autorité, la qualité d'émirs ou descendans du profdiète. 
Des crieups parcouraient la ville, ordonnant qoetontes 
les boutiques restassent formées, k l'exception de cdies 
des boulangers, des bouchers et des fruitiers. Les ins- 
pecteurs des BezestaiH, du roardié des sdlicrs et les 
chefs des divers corps et métiers, furent invités à se 
rendre ji l'assemblée des janissaires ; les topdjis, les 
toparabadjis , les portefaix, les matdots et tons les 
hommes de mer, se présentèrent en foule ; enfin, les 
étudians des diverses fondations pieuses Tinrent join- 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i , 7 

dre leurs chaudrons à ceux des rebelles , sur la plaos 
des Bonchers. Les bostandjis. qui avaient en vain 
dierdié l'éteodard du prophète , secrètement trans- 
porté d'Eyoub au serai, parurent alors devant le palais 
du Sultan et voulurent y pénétrer. Le préfet, intimidé 
par leurs menaces et n'osant pas leur refus» l'entrée, 
comme il l'avait fait aux janissaires , leur en ouvrit 
les portes (â1 juillâ — 7 rebioul-evnvel). L'étendard 
sacré fut profoné et planté à c6té de celui des rebelles, 
d'abord sur la place des Bouchers, puis dans la mos- 
quée centrale. Là , un certain Karakasch , qui avak 
à se plaindre du moufïi au sujet de la perte d'un fief, 
s'était déclaré l'orateur et le chef de la révolte, et avait 
rédigé une pétition par laquelle on demandait ou , 
pour mieux dire, on ordonnait au Sultan de destituer 
le moufli et ses fils, dont deux remplissaient les fonC' 
tions déjuges d'armée, et de venir résida* à Constan- 
tinople *; en cas de refus , les rebelles menaçaient 
de se rendre en masse à Ândrinople. Cinq oulémas*, 
deux députés de chaque corps des septodjaks * ei 
deux de chaque corps des métio^, furent chutes de 
port» cette demande à la ré«dence du Sultan (99 
juillet — 8 reMoul-ewwel). 

Le jour où celte dépotation partît de Constanti- 

' Rudiid el ScheBk nadonDent qoe le Eeni deectto EUfpliqae, roaie l'in- 
learduJIfamMcWI deBerlin, n> 6, fMOetli, donne U supplique en entier. 

• C'étafent : l'uidn jage da Caire , Haian ; TandeD juge de PhlUppo- 
pdii , Scfalban ; k pré^teor de la SiUmifé , Isa ; cdui de la mqiqate 
des PrlDcesj Orner, et le echefth Alidoallah. 

3 l»YanitscheH; S°Sipabli; S» SilUidani *< Djebediis; 5°Topdjis; 
6° Toparabadjisi 7» Boatandjû. 



,,-.rihyGOO^IC 



nc^Ie , le moufïi coBvoqoa les oulémas , en assem- 
blée extraordinaire , dans son palais d'AndrinopIe ; le 
grand-vizir et tous les généraux de l'état-major des 
janissaires assistèrent à cette réonton. On y résolut 
d'envoyer sans relard ' te premier lieutenant -général 
(koulkiaya) dans la capitale, avec trente buorses des- 
tinéesàapaîser les mutins'. Le lendemain, le consal, 
se réunit dans le ptalais de Rami-Pascha ; comme 
la vdlle, tous les grands oulémas y prirent part. Après 
une longue délibération sur les mesures à adopter, 
dans le cas où la mission du koulkiaya resterait sans 
efièt, l'assemblée se sépara sans avoir rien arrêté. Ce 
retard funeste , dans un moment aussi criti<{ue , fut 
motivé par la proposition intempestive de venger le 
meurtre du seghban-baschi , faite par un officier des 
(Ijebedjis au nom dés janissaires, et, disait-il, sur l'or- 
dre qu'ils lui en avaient donné. Après une discussion 
prolongée, on promit cependant de satisfaire à la de- 
manda des troupes , en ajournant toutefois l'exécu- 
tion de ce projet jusqu'au retour du koolkiaya. A 
l'issue du c<Miseil , le moulti se rendit au serai pour 
faire au Sultan le rapport de ce qui s'était passé, et le 
le leodonaio, il eut encore avec lui une conférence 
secrète. De son côté, le grand-vizir profita de l'occa- 
HOn pour éloigner du serai le «lihdar, Ali-Paschade 
Tschorii , dont l'intimité avec le Sultan avait depuis 
long-temps excité sa jalousie. Bien que le cadre des 
vizirs fût au complet, il le promut à cette dignité, sous 
prétexte que la crise actuelle exigeait cette nomination> 

1 D'après le proverbe penan; TemplisseilaboiidwdiichieiitTeedupaiDt. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 119 

A peine eut-on appris à Andrinople qu'une dépn- 
talioa des rebelles venait de quitter la capitale , que 
Bami-Pascha convoqua un nouvean conBeil dans son 
palais. On y décida que le bostandji-baschi d' Andri- 
nople serait envoyé, à la tète de cent hommes, sur la 
route de Constantinople, avec ordre d'arrêter les dé- 
pûtes et de les conduire en prison. Celui-ci les ayant 
rencontrés à Hafssa, livra aux flammes la demande 
des rebelles, couverte de trois cents signatures, et les 
conduisit k la palanque d'£ghrideré , oà il furent in- 
carcérés. Moustafa , aga des Turcomans , muni d'un 
diplôme de sertscheechmé (commandant), enrôla des 
volontaires pour la défense du trône , tandis que le 
grand- vizir, le kaïmakam et le silihdar, arboraient 
leurs drapeaux , sous lesquels venaient se réunir nn 
grand nombre de pages et de lewends. Toutes ces 
mesures furent ordonnées contre la volonté du grand- 
vizir, et à l'insligalion du moufli , mais sans que le 
premier eût osé y apporter la moindre opposition. Enfin 
laWalidé, informée par ses agens de l'accroisseraent 
ra{Mde que prenait la rébellion, représenta à son fiU 
la nécessité de sacrifier à sa propre sûreté le mouRi et 
toute sa famille. Dès que le Sultan eut rendu le kfaat- 
liscbérif contenant la destitution du moufli, le grand- 
viùr ordonna au tschaousch-baschi de conduire ses 
quatre fils, le nakib , le kbodja et les deux juges d'ar- 
mée à Erzeroum.Rami-Pascha, questionnépar le Sul- 
tan sur le sort qu'avait eu la supplique des rebelles et 
l'emprisonnement infligé à leurs députés, s'excusa en 
attribuant ces mesures au pouvoir presque ilKmité 



,,-.rihyG00glC 



dcmt avait joui le moufti, et, pour, réparer celte faute, 
il fit venir les députés d'Egfarideré à Andrinople où 
on les traita convenablonent. La maison du moufti 
et celles de ses fits avaient chacane été occupées, la 
noit même où ils avaient quitté la résidence , par une 
compagnie des janissaires , qui devait tes préserver da 
pillage (S8 juillet — 14 rebioul-ewwel). En même 
temps, Rami écrivit à Constantinople à Paschmak- 
djizadé ponr lui annoncer la destitution du moafti 
Fâ'zoullah, ainsi que celle de ses quatre fils et sa nomi- 
nation à la première dignité l^;islalive, dont disait-il, 
il lui envHTaît le t^l^Mne dés le lendemain matin par 
legrand-écuyer. 

Cepoidant la révolte s'oi^nisait h Constanti- 
nople , à mesure qu'elle se renforçait d'une foule de 
gens sans aveu, arrivés d'Asie et de tous les hommes 
qm, précédemment , avaic^it déployé quelque capa- 
cité dans la direction des mouvemens populaires. 
La place des Bouchersétant trop petite pour contenir 
la fbule, les rebelles tran^mrtèrent leur camp dans la 
{Hrairie du nouveau jardin. Outre Tscbalik Ahmed, 
nommé par les mutins aga des janissaires, un ^mple 
juiissaire de Koutschoak - Tschekmedjé , nommé 
ToridjanliAhmed,etSoal^managa, un des officiers de 
cette milice, qui croyait avoiràse plaindre du pouvoir, 
s'étaient mis à la tête delà révolte. Enfin les r^>elles 
trouvèrent on noovel appui dans Ahmedaga, gendre de 
Houseîn Kœprùlù, qui, dirais sa destitution des fonc- 
tions de nischandji, avait vécu dans la retraite, et qui, 
immédiatement après la fuite d'AbdoulIah Koeprûlû« 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i3t 

avait été proclamé kaïmakam de Constantinople*. 
Malgréreffervescence des esprits, Ahmed maintint avec 
sévérité la police dans la capitale, au point qa'an miliea 
de plus de dix mille rebelles assemblés , on n'mtendit 
parler ni de vol , ni de querelles, ni de viols. Les biens 
deshabitanaetl'hoDnenr desjeaoes garçons forent reli- 
gieusement respectés; on ne vit même nulle part d'ivro- 
gnes parcourant la ville. Fashmakdjizadé, dé»gné par 
les rebelles pour succéder à Fâzoullah dans la dignité 
de moufti , soit qu'il feignit d'être malade , stùt qu'il 
le fût réellement *, ne put remplir ses fonctions; en 
conséquence, on nommaà sa place l'imam Mohammed- 
Efendi de Brousa , un des partisans de Tschalik 
Ahmed. Le maître de requêtes du grand-vizir et le 
^wid-écuyer du Sultan, qui venaient d'arriver h 
GoDstantinople , porteurs du diplôme du nouveau 
moufti , n'échappèrent qu'avec pane à la fureur des 
rebelles ; car ils les soupçonnèrent, au premier abord, 
de n'être que des espions envoyés pour les tromper. 
Lorsqu'ils se furent convaincus de la réalité de leur 
mission , les rebelles mirent aussitôt les scellés sur les 
maisons du moufti destitué et sur celles de ses quatre 
ËIs, puis ils écrivirent au grand-vizûr en foveur du 



' Ifahaani«d SelieGk , T. 54 «I K, noniiDe lei drai premiRt , les deux 
ailes de l'oisean; lomiDe SouleimuuiKa lint le joindre tai deux antres , U 
les appela, Isa trois pieds du trépied, et en pariaat de tous les quatre , il dit 
que c'étaient le« quatre cotonnes de la tente de la rébèllioD. 

> L'antenr da maDosctit de Beriin , t. 347 , affinne qu'il arait en nue 



3 Cette lettre se Ironve dani le manuscrit précité , f. 949, et la repensa 
deltani,r. 360. 



,,-.rihyGOO^IC 



iioirvpan monfti Mohammed-'Efeiidi, et finirent par 
l'exhorter à faire cesser les enrôlemens de troupes 
à Constaotinople, qu'ils disaient ne pas ignorer (1 août 
18rebioul-ewwel)'. Le Sultan coDBrma, par une lettre 
autographe , les nominations ordonnées par les rebelles, 
bl&ma sévèrement l'auteur de l'iiyure faite à leurs dé- 
putés en leur annonçant lenr mise en liberté, et ter- 
mina en promettant de se rendre sous peu dans la ca- 
pitale. Mab la révolte prit une tournure toute nouvelle 
à l'apparition subite de Hasanaga le Fugitif , celui-là 
même qui jadis avait envoyé à la Porte la tête du 
chambellan chargé d'y apporter la sienne, à l'époque 
où il était encore gouverneur de Schebrzor, et qui de- 
puis avait vécu caché à Constantioople. Les rebelles, 
alors au nombre de cinquante à soixante mille, établi- 
rent un camp régulier dans la prairie Tscherpoudji, 
voisine de Daoud-Pascha , et décidèrent qu'Us mar- 
cheraient sur Àndrinoplé le samedi suivant 6 août 
(S3 rebioul-ewwel) : car une nouvelle lettre, par 
laquelle le Sultan s'excusait du retard de son voyage 
àConrtantinople, avait vivemenlirrité les esprits. Après 
la lecture de cette lettre , plusieurs des principaux 
rebelles dirent même hautement : « Si le Sultan était 
» mort, son cadavre pourrait être apporté en deux 
» jours d' Andrinoplé à Constantioople; pourquoi ne 
» peut-il venir ici en quatre jours, puisqu'il est vi- 
f> Tant? » Avant de 'se mettre en marche , la foule 
demandalepillaged'Àndrinopleetunfetwadumoufii 

■ Uohamioed Scbefik, f. 53-54, donne ce Khallisctiérif en entier. 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. laS 

qui déclarât leur rébellion légitime. Les oulémas, qui 
s'étaient efibrcés, mais en vain, de rétablirlatranquUlilé 
en gagnant du temps , et d'empécha> les rebelles de se 
pctfler aux dernières extrémités , se virent dès-lors 
obligés , sous peine de périr sous le glaive suspendu sur 
leurs têtes, de rendre trois fetwas, contresignés par le 
moufli et le juge d'armée. Le premier était conçu en ces 
termes : « Si le Fadischah , choisi pour gouverner le 
M peuple de Mohaouned , abandonne la capitale pour 
» se livrer au plaisir de la chasse; s'il écrase les sujets 
• par d'énormes impôts et prodigue les trésors , est-il 
» juste de le laisser continuer dans cette rente ? » 
Cette question fut résolue négativement. Le second 
fetwa portait : « si des musulmans se soulèvent contre 
m les cruautés de l'imam, méritent-ils le nom de re- 
» belles? » Non. Le troisième fetwa enfin sanctionna 
la révolte conune les deux précédents , car , sur la 
question ainsi posée : « Si des musulmans se met- 
B tent en marche pour réprimer la cruauté de l'imam, 
o d'autres penvent-ils aller à son secours ?» le moofti 
répondit également par la négative '. 

La révolte fermentait depuis'plos de trois semunes 
dans la capitale, lorsque l'armée des rebelles partit, le 
9 août (S6rebioul-ewwel), deDaoud-Pascha, dans 
le meilleor ordre , et suivit la roule d'Àndrinople. £n 
tête étwl porté l'étendard sacré de Mohammed , et 
dans un diar recouvert d'étoffe verte , précédé par 

• Ces troll (Hwu Se tronrenl dans le minmcril delà Biiliothique d» 
Berlin, f. 356. 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



124 BISTOIRE 

un grand nomlHre d'écoliers et d'étodians, âait «m- 
tenae la sainte relique du manteaa do prophète. Tons 
les matins et toos les soirs, on récitait la sonrre delà 
Tictdre, qu'on terminait en proférant le cri de guerre 
Allah . Les corps disciplinés confondus dans cette masse 
de rebelles, consistaient en raille janissaires , qnatre cents 
npahis et silhidars, mille hommes de planeurs autres 
régimens, quatre mille djebedjù, neuf cents cancHi- 
niers et neuf cents émirs on prétendus tels,qui rece- 
vaient de la douane de Gonstantinople une solde jour' 
nalière de dix aspres chacun. Le parc d'artillme 
se composât de vingt coolevrines , de dix faucon- 
neaux, de trente pièces de campagne, de quatre 
rawtiers , de huit cents grenades, dont quatre cents ï 
main et quatorze cents barils de poudre; on emporU 
en outre soixante-douze mille instromens de siège ; 
tcJs que bèdies, pelles, haches, etc. 

Loniqu'on sut à la cour d'Andrinople que le der- 
nier khaltischérif dn Sultan était resté sans effet, le 
grand-vizir prit les mesures les plus efBcaces pour 
repousser la force par la force. Le b^lerbeg de Rou- 
mihe avec son contingent , Khodawerdî-Pascfaa avec 
un coi^ de dix mille Albanais, et tous les S^bans 
des environs furmt invités à se rendre dans la plaine 
d'Andrinople; l'ordre fut envtr^é an percepteur des 
impôts d'Aïdin de passer en Eorope avec dix mille 
fuùliers; le même courrier enjoignit an gouver- 
neur d'Anatolie, Nououman-Fascha, dertsjtMndre le 
Sultan avec toutes les troupes de sa province. D'autres 
dépêches furent expédiées au b^s de Nicfunédie, de 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIIΠOTTOMAN. isS 

Modama et de Mikhalidj , avec injonction de ne IcUBser 
sortir de ces ports aucun navire diargé de troupes 
pour Constantinople. Hami-Pasc^ plaça à la tête des 
troupes restées fidèles, Hasan , dief des Yôruks de 
Rotnnilie. Quant aux Tatares, qui avaient été invités 
à diverses reprises à hàtn leur mardie sur Andri- 
nople, pas un q'avait aicore paru ' . Lorsque les me- 
sures prises par le graud-vizir furent connues des 
rebdles , ils envo;^«nt dans les ports ci-dessus dési- 
gna de l'Àsie-Mineure quelques dâachemens de 
volontaires , afin que leurs complices trouvassent le 
passage libre ; mais ils dévastèrent et pillèrent les mvi- 
rons de Brousa et rerinr^it à Constantinople , en em- 
menant prisonniers, du boui^ du Kastel, les deux fils 
de Wam, tous deux g^idres du moufli Fmoullah. 
Sur ces entrefaites, les Yûrûks, c'est-à-dire les levées 
eo masse de Roumilie, appelles aussi Ewladi Fati- 
han (les enfans des conquérans), et Khodavrerdi- 
Pascha avec ses Albanais, s'étaient rassemblés dans la 
plaine d'Andrin(q)le avec planeurs autres paschas et 
les levées de la plupart des aatreê provinces. Cette 
armée présentait un effectif de quatre- vingt mille hom- 
mes, contre lesquels les rebelles n'auraient pu tmîr un 
instant , si Rami-Pascha eût voulu sérieusement leur 
faire la goeire et surtout s'il avait nommé général eo 
chef un homme plus capable que le vieil Hasan. Â la 

I h'Inteha de Bami contient, lou» les n» 560 , 561 , 663 et 663 , )» 
lettres aai begt et aux pastdias retativei h cette levées la letlr« it° 564 
est adressée à la tribu Rompetoghii en Bessarabie et celle q> i53, au gou- 
Terneur d'ADototie. 



,,-.rihyGOO^IC 



vérité, le grand-Tîzir, dans une harangue solennelle , 
appela toute l'armée h la défense du tr6ne, et un 
khallischérif impérial donna surtout les plus grands 
étc^^es aux janissaires, m leurs rappelant les services 
qu'ils avaient rendus si souvent à l'£mpire dans les 
dangers les plus imminens. £n outre , Rami-Pascha 
fit prêter sur le Koran à toute l'armée ce serment 
solennel :« Par /ej€/, lepaàt et le sabre/ nous jurons 
de défendre le dotmatevr des deux premiers par le 
dernier '. Mais en même temps , il donna l'ordre à 
Hasan-Pascha de se replier sur Àndrinople à la pre- 
mière apparition des rebelles; car], en déployant 
ses forces, Rami espérait les intimider, etlesramener 
à l'obéissance par le seul aspect de sa supériorité *. 

Ason arrivée à Siliwri (1 août— 27 rebioul-ewwel), 
l'armée des rebelles avait mis au pillage et détruit de 
fond en comble la ferme du cbef des bouchers, contre 
lequel le peuple était depuis long-temps irrité. Là, les 
oulémas s'assemblèrent dans la tente de l'aga des janis- 
saires, Tschalik , qui tout récemment avait proposé d'é- 
lever au trdne Ibrahim, fils d'Abmed II, à la place 
d'Ahmed , fils de Mohammed. Mais on lui représenta 
que sa proposition était contraire au drtnt de succès- 

■ Ruchid, 1 , 13 et 11 1 manaKTit de la BibUotkéqat A» Berlin, f. 268. 
La Uolraje, i, p. 33S. Hi$toire de Uohammed-Scheiik , f. 60. 

> J|fanafcr<a de la Bibliothèque de Berlin , t. 259. L'auteur dit dam 
un passage des feuillets précédents qa'il arait souTcnt entendu Rami- 
Pascha eiprimer se» intentioas padGqaes, puis il ajoate : we ghiSrt 
mahreialeri dakki ittimaa eïlidiler, c'est.à-dïre :• et d'autres qui n'étaient 
pas initiés dans le secrel l'ont entendu aussi. ■ D'après ce passage , il paraît 
que l'auteur appartenait h la maison du grand-rizir. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 127 

sion en vigaeur chez les Oltomaus , qui assare le trt^e à 
l'aloé d^ prioces da sang d'Osman, et Tschalik dut se 
ranger à l'avis général. Dés ce jour, on récita en chaire 
les prières publiques non plus an nom de Mousiafa II. 
mais bien d'Ahmed III. Au moment où les rebelles 
entrerait dans Tsdiorli , une dépulation du Sultan, 
composée des {u^miers pascbas de l'armée, Hasao- 
Pascfaa, Khodawerdi-Pascha , Souteïman-Pascha et 
le prédicateur de la vieille mosquée d'Andrinople, le 
jeane et ^t» Ali , ainsi que de plosienrs autres envoyés 
des oulémas, vint leor apporter des paroles de con- 
ciliation. Souleîman'Pascha et le prédicateur se ren- 
dirent dans la^ tente d'Ahmed-Pascha , général en 
chef deTarmée des rebelles, qui venait d'échanger le 
titre de kaïmakam contre celui de grand-vizir. Os 
. épuisèrent, mais sans succès, tous les raisonnemens 
basés sur lajusticeet le devoir, qu'ils jugèrent susc^- 
tibles de changer leur résolution; ceux-ci lenr mon- 
trèrent sept fetwaa qui légitimaient leur conduite et 
appelaient un changement de régne. Les deux députés 
demandèrent qu'on leur remit les fetwas pour les 
montrer à leur chef, le vieux Hasan-Pascha qui, lié 
par les ordres du grand-vizir, en référa à la Porte au 
lieu de commencer l'attaque. Mais Rami-Pascha avait 
lui-mtoie quitté Andrinople deux jours après, et était 
arrivé à Hafssa, où Hasao, en attendant sa réponse, 
s'était également rendu. Le grand -vizir le blâma 
d'avoir battu en retraite, et voulant réparer cette pre- 
mière faute , il se consulta avec les généraux sur la 
question "de savoir s'il fallait attaquer sans retard les 



,,-.rihyGOO^IC 



laS HISTOIRE 

ràelles et les dûperser (1 9 août — • G rebiool-akbir) ; 
en même temps, il dépêcha des courriers à la rési- 
dence pour annoncer au Sultan qa'il ne lui restait 
plus qu'un seol moyen de salut, celui de se mmre en 
penmine à la tête des troupes restées fidèks et de 
venir au camp. Le lendemain, on apprit que les deux 
fils de Wani , qui depuis leur captivité avaient été 
traînés à la suite de l'armée, venaient d'être assassinés 
par les relies arrivés de Brousa. 

Cependant le Snltan s'était rendu d'Àndrinople aa 
camp de Ha&sa (30 août — 7 rebioul-akhir) et les 
deux wmées n'étaient plus séparées (jne par une jour- 
née de marche. Mais, depuis quelques jours déjà, les 
troiq>eB d& deux camps entretenaient des intelligences 
secrètes. Vers le soir de ce même jour, le grand-vizir 
donna des ordres pour for merles retranchemens. . 
liOrsque l'aga des janissaires les transmit aux soldats, 
qoelques hommes répondirent qu'il était trop tard 
A qu'il fallait attendre jusqu'au lendemain matin. 
Fendant la discussion que souleva cet incident, on 
entendit partir de tous côiés des fusées et des coupa 
de fusil, et personne ne put plus douter que ce ne ((& 
là le àgnal convenu avec l'ennemi. Les janissaires, 
quelques présens dont on les eût comblés, passèrent 
en niasse dans les rangs des rebelles. Le grand-viàr 
prit la fuite et le Sidtan retourna, bride abattue, à Ân- 
drinople. Le lendemain (21 août), juste cinqsemainea 
après l'explosion de la révolte , les rebelles vinrent 
camper aux bords de la Toundja , devant les portes 
d'Andrioople. Le Sultan, en rentrant au serai', ^ren- 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMl'IUE OTTOMAN. lag 

dit chez son frère, et lui adressa ces mots : « Mon 
» frère , ils veulent te choisir pour leur Padischah. » 
Aussitôt Ahmed III confirma dans leurs dignités le 
grand-vizir, le moufli, le juge d'armée et l'aga des 
janissaires nommés-par les rebelles. La Walidé , dés 
qu'on lui eut apprit le changement de r^ne projeté , 
s'était prononcée en faveur deson fils Ahmed III contre 
le prince Ibrahim. Ce fut ainsi qu'Ahmed , le irobiérae 
sultan de ce nom, monta sur le trône à la suite d'une 
révolte qui avait duré trente-six jours (ââaoût 1703 — 
9 rebioul-akhir 1 11 5) ; et les djebedjis qui , soixante- 
dix ans auparavant , s'étaient révoltés par une ambi- 
tion mal entendue, et qui, pour ne pas rester en arrière 
des janissaires et des sipahis , avaient massacré leur 
aga , virent cette fois leur rébelhon couronnée d'un 
plein succès ' . 

I L'toteur anonyme de ÏHiiloire de la Bibliothéqng de Berlin fiie, 
puerreur, lejourdel'avèDen)eatd'AbiDedIllBul2rebioal-aUiiT. Sdteikhi 
et Hahommed Schefik donnenl le 9. Rasdiid , II , f. 17 dil que le 10 
était le jour de la prestation da serment. 



n,gn,-.rihyGOO^IC 



LIVRE LXU. 



ATènetiieiit du sultao Ahmed III. — Exécution du moufli et de plusieurs 
chefs de rebelles. — Destitutimi da grand-vizir Niscbandji Ahmed-Pa- 
icha. — Le grand-ïiiir Hasan-Pas*^. — Mort du Butlan Mouslah II. 
— Mesures prises a l'égard de la BusEie. — Échange des lettres de doU- 
ficalioQ et de fëlicitation. — Bérocatian du grand-vizir et de plusieurs 
autres fonclioimaires. — Adimnislralion de Hasan-Pascha et de son suc- 
cesseur. — Chute de ce dernier. — AdmiaistralioD de Kalallikoz Abmed- 
Pascba et intrigues de Baltadji Mohainmed-Pascfaa. — Mort de Sélim- 
Gliiralet de Ilasan le Fugitif. — Mominatioa deTschorli Ali-Pasdu au 
grand-vizirat. — Troubles à Bassra." Passe- temps favoris du Sultan. — 
Craiales d'une nouvelle rébellion. — Ambassades de P»m , du prince 
des Ouzbega , de Venise , d'Autriche et de Rakoczjr. — Relations de la 
Porte avec la Bussie, la Pologne et la France. — Persécution des A rmé- 
Dieos. — A vedick et Comidas.— Restriction apportée au pouvoir du mouflj. 

— Ghazi-Gbiraï, khan de Crimée Gueire contre les Tcberkesses. — 

iDstitutioDsdeTsciiorliAli-Pascha. — Fiançaillesde quelques saltanes. — 
PhéDomènes. — La Sjrie et l'Egypte. — Mort de Rami-Pascha et de Moub- 
i;reodi. — Descente dans l'Ile de Majorque. — Les clefs d'Oran. — 
AppaKtion d'un prétendu prince ottoman. — Arrivée de Charles Xll, 
roi de Suède, sur les rrontières de l'Empire; sou départ. — Destitution du 
ffrand-vizir. — Nououman, dernier grand- viiir de la famille KœprillO. — 
Déclaration de guerre contre la Bussie. — Départ de Perriol. — Rap- 
ports diplomatiques de la Porte avec les puissances européeDoes. — 
KalalbkOï; Yousouf-Pascba ; lesilibdar, kalmakam. 



Ahmed m monta sur le Irône dansla force de l'âge; 
car il n'avait pas encore atteint trente ans. I^e ^3 août 
1703 (10 rebioul-akhir 1115), il reçut le serment de 
fidélité des hauts dignitaires de l'Empire, assis sur son 
trône, suivant l'ancien usage de la cour ottomane, et 



,,-.rihyGOO^IC 



HISTOIRE DE L'ËMPIBE OTTOMAN. i3i 

pQrtant sur sa tête le turban rond appelé Yousot^' , 
sunuonlé de trois {dûmes de béron ; le reste de son 
sétemeot de dea&us -se composait d'uae kapanidja ou 
pelisse garnie de zibeline qui descendait jusqu'à mi- 
corps. Le leodemain, qaand il se rendit pour la |H«' 
mière fois à la mosquée , pour asâster à la prière du 
vendredi ' , les rebelles , à peine apaisés , s'assem- 
blèrent en tumulte et lui crièrent : « Nous sommes 
» contens du Padischah, mais nous ne voulons pas des 
«traîtres.» — «Mes serviteurs, leur dit le Sultan, ce qui 
> vous plait m'est agréable ; tous les chef^i que vous 
» avez nommés ont reçu notre confirmation, a — o S'il 
» en est ainsi, crièrent-ils tous d'une seule voix, il faut 
* nous livrer le moufti, le kizlaraga, le khazinedar, 
» en tout soixante personnes dont nous avons la liste. 
» Que le monfli meure sur-le-champ, aûn qu'on ne 
» puisse supposer par la suite qu'un autre ait péri à sa 
» place, » Le Sultan promit de satisfaire à leur demande, 
et Ht planter le même jour les queues de cheval , en signe 
de départ pour Constantinople. Le kizlaraga, acm se- 
crétaire et le kiaya des baltadjis furent emprisonnés 
entre les deux portes du serai, dans l'appartement du 
bourreau, et confiés à la garde du bostandji-basdii ; 
quatre eunuques , con6dens du dernier Sultan, furent 
chassés du palais; les places d'imam du Sultan, de pre- 
mier et de second écuyers tombèrent en partage à des 

I Rgscfaid, ^r,f. 17. 1 A la JoKphd'Ëgjple.i 

I L'Bittoire qui se trouve à la Bibliothèque de Berifo , d» V, f. 41 , 
commet deiu erreurs , car le jour de l'avèneiDeet était le 10 et non le 13 , 
et le vendredi èuil le 11 et non le 13 rebioul-akMr {26 aoat), qui était uu 
diinaDChe(la lettceG.). 

8* 

D,gn,-.^hyGOO^It- 



i5» HISTOIRE 

protégés des rebelles; la solde arriérée des (^'ebedjis fut 
acquittée, et on leur distribua une somme de deux cent 
cinquantebourses-Âpr^ avoir payé aux troupes le pré- 
sent d'avènement qui leur était dû, et qui coûta au trésor 
une autre somme de trois raille six cent quatre-vingts 
bourses, le Sultan quitta le serai pour aller habiter sa 
tentedresséeauborddelaToundja, dans la prairie du 
Pascha , non loin de Koutschoukdepé, où se trouve un 
palais construit par le dernier grand-vizir de la fe- 
milte Kœprulu. Ce fut là qu'il donna audience au nou- 
veau moufti, Mohammed-Efendi, qui, sachant bien 
qu'il ne devait son élévation qu'aux exigences d'une 
soldatesque rebelle, était venu lui demander la prompte 
exécution de son prédécesseur , de peur que sa place 
ne lui échappùt. En effet , le moufti Feïzoullah ', qui , 
déjà était en route pour Warna, où il devait s'embar- 
quer avec ses quatre fîld pour gagner de là la côte 
d'Asie el se rendre ensuite à Erzeroum, lieu de son 
exil , fut ramené par les mêmes tschaouschs qui l'a- 
vaient escorté, de Parawadi par Islamiyé et Sagra à 
Andrinople, et jeté dans la plus dure prison. Le trop 
faible Sultan abandonna la victime des rebelles à trois 
de leurs chefs , le janissaire TcHidjanli , le sipahi Ka- 
rakasch et le djebedji Koutschouk-Alt. Pendant trois 
jours, ces hommes inhumains firent subir à Feïzoullah 
les trailemens les plus ignominienx. Enfin Moham- 
med , le premier et le seul de tous les mouftis qui ait 
donné cet exemple, ayant osé délivrer le felwa néces- 

' Felioullih avait quatre filsel non pu imile on quarante que lai donae 
liMnlement UUotraye, I, p. 334 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMRIPE OTTOMAN. i53 

saire pour l^limer l'exécution de son prédécessear, 
ces bourreaux placèrent Feïzoullah, coiffé de son lûr- 
bau de cérémonie' , sur un cheval de trail, dont la queue 
devait lui servir de bride et le conduisirent ainsi à 
travers la ville, après avoir forcé nn juif à con- 
duire le cheval. Arrivés au marché des fripiers , ils 
le firent descendre et lui tranchèrent la tête. Deux 
prêli-es arméniens qui, de retour d'un enterrement , 
passaient en chantant des hymmes et en agitant leurs 
encensoirs, furent obligés de marcher derrière le ca- 
davre du supplicié qu'on traina à travers le camp, 
attaché avec une corde. Ils accablèrent d'invectives 
sfô restes défigurés , parce qu'il avait rendu le fetwa 
par lequel Camieniec, avec ses mosquées, avait été 
cédé aux infidèles. Non contens de l'avoir fait périr, 
son cadavre devint l'objet des plus barbares mutila- 
tions; l'un lui coupa le nez, un autre les oreilles , tin 
troisième lui perça les lèvres ' ; deux fois ils le plon- 
gèrent dans la Toundja, deux fois ils l'en retirèrent; 
oifin , de même que jadis les bacchantes de Thrace 
avaient livré les membres mutilés d'Orphée aux ondes 
del'Hebrus, ainsi, plusieurs siècles après, les Turcs 
précipitèrent dans les flots du Bosphore les restes dé- 
figurés de leur premier chef spirituel. C'est, depuis 

> LaHotraje, qui raconte i^etle exécution, d'accord avec les hùlOTiens 
nationaai , contmet use ^ave erreur , en préteudanl que le Sultan s'était 
contenté de le dégrader au rang d'un pascha de Sofia. Vo;., du reste, sut 
cette circonstance , le JMonufcn'I ds la Bibliothèque da Carlin, no T, f . 43, 

' VBiïïtoiTe duprfnce ifoAammeif, f. 124, dit que la punition du ciel 
atteignit bienliH ces trois monstres, que l'un devint aveugle, le second 
gaieui, et que le troisième mourut de mort subite. 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



i54 HISTOIRE 

TcKi^ne de l'Etninre ottoman et jusqu'à nos jours, le 
troisième nioofti qui ail péri d'une mort violente. I>es 
patriarches grecs qui ont scellé de leur sang leur fidé- 
lilé à la foi chrétienne sont aussi au nombre de trois; il y 
a entre eux celle seule différence que les nns ont péri 
sous le glaive , tandis que tes autres ont été étranglés. 
Ainsi le supplice infligé aux chefs de la religion chré- 
tienne était moins ignominieux qoe celui qu'on faisait 
subir aux premiers dignitaires de la foi musulmane; 
car, en Turquie, IB décollation est considérée comme 
plus infamante que la strangulation'. D'après la Im 
musulmane, qui place tout chrétien au-dessous d'un 
musulman , la personne inviolable des oulémas an- 
dessus des autres musulmans, et qui assigne au moufti 
un rang m élevé au-dessus des oulémas, l'exécution de 
Fdzouliah était donc bien plus ignominieuse que celle 
despatriarcheset constituait uneviolalion plus flagrante 
de toutes les lois humaines et divines que ne l'était la 
strangulation des chefs de l'Église grecque. Si l'on 
agissait ainâ envers les premiers, que ne devaient pas 
attendre les seconds? 

Trois jours après l'arrivée du Sulian à Daoud- 
Pasdia , il fit son entrée solennelle à Constanti'nople. 
Le même jour, eut Heu la cérém(Hiie qui veut que le 
nouveau souverain aille ceindre le sabre dans la 
mosquée d'Eyoub. Celte cérémonie se fit avec une 



> Cett U tu^ilieê ordinaire en 7\irquie et le plwi iafamani , de re- 
fondre le long du criminel dont l» même lieu où le erime a élieommit. 
La Hotnje, 1, p. 3S3. 



n,gn,-.^hyGoOgle 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. iS-î 

pompe noD moins grande que cdie qui avait étonné 
la capitale trois années auparavant , lors de l'avène- 
ment de Mousiafa II. Ce malheureux prince ouvrit 
le cortège, enfermé dans une voilure grillée et gardée 
par des eunuques blancs ^ Derrière, venaient sa 
mère, ses sŒurs, ses filles et trente voitures remplies 
des femmes de son harem , que , depuis le jour de sa 
déchéance, il lui avait été défendu de revoir. Ces fem- 
mes, surveillées par dœ eunuques noirs, furent con- 
duites immédiatement au vieux serai, tandis que Mous- 
iafa II fut enfermé, avec ses quatre fils, dans la cage 
réservée aux princes, dans le nouveau serai. 

Au moment où, conformément à un ancien usage, 
}e silihdar, le nakib et l'aga des janissaires ceignirent. 
le sabre à Ahmed III * , une salve d'artillerie , 
tirée par les canons du serai et des vaisseaux du 
port, annonça à l'Empire le commencement du nou- 
veau r^ne. Le même jour , un édit défendit aux 
habitans de porter des armes dans la ville , puis on 
satisfit les troupes en leur donnant le présent d'usage; 
et une augmentation de solde. Elle fut de quarante 
aspres par jour pour les agas des serdengelschdis, da 
vingt aspres pour les porte-drapeaox , et pour les> 

I ht Holraye, I, p. 334. Relalion von d«m pratcKtigtn Zug dei tUrk. 
Grotshtrm S. Abmet au £bnti(inlinop«{ 1703 ; Bibliolbique de Hflnidi. 
Vo;ei aussi : W^rfler Beriekt wm der jUngtien talarUehen Zv»am- 
mtnroltang, wie aucA der dea 16. Jœntter 1705 erfolgten Slrangvli- 
natg de» Groiiteetin DatttAan tmd RebtUioa von 4000 JaniUcharen 
am. 21 *ept. 1703. 

' Et non pas, cmnme le dit Li Holraje : • l'Âdji Beclasie CHadji 
BegUsch) gu( en fait l'office eit, dit-on, un descendant d'Eiub. > An- 
dreo»; et Hao-Fariane (ont tomUe dans vote erreur «emblable. 



,,-.rihyGOO^IC 



i36 - HISTOIRE 

mille ^irs de dix aspres à percevoir sur la douane. 
Vingt mille janissaires, quatre mille trois cents dje- 
bedjis et mille topdjîs furent inscrits sur les contrôles 
avec une augmentation de solde de trois aspres par 
jour. Un grand nombre de janissaires , qui avaient 
été rayés autrefois des rôles, affluèrent journelle- 
ment à Constantinople pour se faire réinscrire. Mais 
un édil sévère adressé à l'aga et, plus encore, la tran- 
quillité des janissaires casernes à G>ns(antinople et 
qui refusaient de faire cause commune avec les nou- 
veaux arrivans, étouffèrent celte nouvelle tentative de 
rébellion. La fermeté du gouvernement fit avorter 
aussi le soulèvement des gardes du jardin du serai 
( bostandjis ) , auxquels on avait promis, au départ 
d'Andrinople, te paiement de leur solde arriérée 
de huit trimestres, et qui maintenant réclamaient 
tumultueusement leur paie et en outre un présent 
d'avènement , bien qu'ils n'en eussent jamais reçu 
précédemment. Le Sultan se rendit à l'estrade de 
marbre, appelée, le sofa, dans la cour la plus reculée 
du serai. Là, entouré du grand-vizir, du moufti, de 
l'aga des janissaires et des scheïkhs, il exprima hau- 
tement le mécontentement que lui causait la criminelle 
conduite des bostandjis , autrefois la garde la plus 
fidèle du serai ; il ordonna d'expulser ces ingrats et de 
les remplacer par de jeunes garçons chrétiens en- 
levés aux rayas sujets de l'Empire [i]. Après une dis- 
tribution de trois cent vingt bourses, montant de la 
solde arriérée, on chassa du serai sept cent soixante- 
treize coupables, et on nomma un commissaire pour 



n,gn,-.rihyGoOgle 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 137 

procéder immédiatement à la levée de mille enfans 
chrétiens. Ce fui la dernière tentative de la Porte pour 
rétablir ces sortes de levées , tombées en désuétude 
depuis plus d'un demi-siècle. 

Tschalik , l'aga des janissaires qui , avec quelques 
mille hommes de ses troupes, avait présidé à la distri- 
bution de la solde des bostandjis et à rexpulsion des 
mutins, et qui , par là , espérait avoir captivé pour 
jamais la haute faveur du Sultan , ne craignit point 
d'offrir une fête à son maître ( 3 novembre 1 703 — 
S3 (^emazioul-akhir 1 H S ). Le Sultan accepta , bien 
que cette distinction ne fût généralement accordée 
qu'aux grands-vizirs. A celte occasion , Tschalik osa 
lui demander la place de grand-vizir. Déjà il se croyait 
assuré du succès par la réponse bienveillante, mais con- 
trainte d'Ahmed , lorsque son peu d'égards envers le 
nouveau kizlaraga , Abdourrahman , fit échouer son 
ambition et hàla sa chute. Abdourrahman occupait , 
à l'époque de la dernière révolution , la place d'aga 
du vieux serai à Constantinople ; il avait d'abord re- 
cruté des partisans pour le sultan Ibrahim , mais 
lorsque les chefs de la rébellion lui promirent la place 
de kizlaraga, à condition de les aider à mettre sur le 
trône le prince Ahmed , il prit avec chaleur le parti 
de ce dernier- Ce changement d'opinion lui valut , à 
l'avènement d'Ahmed , sa nomination à la place 
du kizlaraga Nezir, qui fut emprisonné , dépouillé 
de tous ses biens , puis conduit en exil. Il était 
d'usage à la cour ottomane que , dans toutes les 
fêtes données au Sultan , le kizlaraga devançai le 



,,-.rihyGOO^IC 



i58 HISTOIRE 

grand-vizir , et que celui-ci , en s'adressant au 
premier , soit verbalement , soit par écrit , lui donnât 
le titre de oghltim sultanûm (momiew mortels) ; en 
cas de vi^te , le grand- ^izir devait aller au-devant du 
kiziaraga jusqu'à l'escalier, et les autres vizirs étaient 
tenus de lui baiser la main. Loin de se conformera 
cet usage , Tschalik , qui venait d'accompagner le 
Sultan et qui se reposait sur qn sofa, sans turban, et 
n'ayant sur la tête qu'une simple calotte, resta assis à 
l'arrivée d'Abdourrahman, et, sans se couvrir de son 
turban , il lui dit : « Vous plairait-ii , ^ , de vous 
» asseoir ; » en lui dé«gnant en même temps une place 
vis-à-vis dix sofa. Dans ce moment, on apporta de l'eau ; 
Tschalik but, et lorsque le kiziaraga lui demanda aussi 
à boire, il lui donna le verre qui lui avait servi. Cette 
conduite irrespectueuse avait déjà vivement blessé le 
kiziaraga; un autre oubli des formes usitées combla la 
mesure. lies eunuques, conBdens du Sultan, venaient 
d'entrer dans la salle sans que Tschalik leur donnât la 
moindre marque de bienvdllance. «Nous sommes des 
» janissaires, dit-il,, et nous ignorons votre étiquette; 
» nous ne savons pas s'il faut vous donner le titre de 
» fils ou de père. Soyez toujours les bien- venus; » pui» 
il se mit à crier ; «Héîgarçon, ducafé!»Leseunu- 
ques , habitués à une étiquette sévère, se confondirent 
en remercimens; mais ils ressentirent vivementle man- 
que d'^rds de l'aga envers eux, et ils sûsireut adroi- 
tement, pour s'en plaindre, le moment favprable où ils 
crurent avoir l'oreille du Sultan. AinM la fête qui de- 
vait servir de mardie-pied à l'ambition de Tschalik, ne 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. iSg 

Bl que hftler sa ruine, à laquelle travaillait d^'à avec 
activité le grand-vizir, qui voyait en lui, et avec raison, 
un rival dangereux. 

Âfamed III sentit bientôt qu'il ne pourrait se main- 
tenir sur le trône qu'autant que les chefs de la rébel- 
lion, qui pouvaient être tentés chaque jour de la re- 
nouveler, seraient privés de toute influence ou rayés 
de la liste des vivans. Il commença donc par l'aga des 
janissaires, Tschalik, et, d'accord avec le grand-vizir, 
il s'y prit de la manière suivante. On invita les vizirs et 
1» oulémas à se rendre au serai pour assister à une 
lecture de la tradition. On savait qu'à la porte dn jardin 
ils devai^it, suivant l'usage, y laisser leurs chevaux, 
pour franchir le seuil et se rendre au kœschk d'Erivran, 
lieu désigné pour la réunion. Lorsque tous furent 
entrés, on conduisit les chevaux du côté opposé du „ 
serai, à la grande Porte. Au moment de congédier l'as- 
semblée, le kaftandji jette sur les épaules de Tschalik 
un^kaftan, pendant que le grande vizir lui déclare quele 
Sultan l'a nommé gouverneur de Chypre. » Quel est 
mon crime ? » s'écrie Tsch^ik plein de fureur , et 
ausàtôt il se précipite vers la porte du jardin dans l'es- 
pc»r d'y trouver son cheval. Trompé dans son attente, 
il B'aperçoit, mais trop tard, qu'on en veut à sa tête', 
et seh&lede retourneràla Forte du Cancm, où il monte 
dans la galère qui l'attendait. Le chambdian qui l'avait 
accomp^é, était enmême temps porteurdesa sentence 

' Rasdiid, II, f. 24. Serifelaket mtdari tapyoUnê gidedji gin 
fehm edoup , c'est-à-dire , qne u malheureuse Ute éUit deEtioée i rouler 
comme im boulet. 



,,-.rihyGOO^IC 



de mort, rendue par le Sultan, et basée snr an fetwa 
du moufti. L'exécution de Tschalik fut suivie de près 
de celle des autres chers des rebelles, du janissaire 
Toridjanli et du sipahi Karakasch. Le koulkiaya (pre- 
mier lieutenant-général) et le mout^iraga (grand pré- 
vôt de l'armée), le tschaouscb et le bwtandji-baschi 
furent destitués et envoyés en exil (H novembre 1703 
— § redjeb Hi 5). Le silibdar Ipscbir, qui avait rem- 
placé AU de Tschorlr, avait été précédemment éloi- 
gné ' par le Sultan ; les quatre fils du moufti Feï- 
zoullah , son kiaya et son r^érendaire furent bannis 
à Famagosia ; son gendre Mabmoud, qui, pendant la 
révolution ,' était juge de Constanlinople et n'avait 
échappé qu'avec peine aux poursuites des rebelles, fut 
exilé à Bronsa. D'un autre c6té , on rappela de l'exil 
.. les deux juges d'armée de Roumilie bannis par le pré- 
cédent moufti , savoir : Mirza Mousiafa et Abazadé- 
Efendi , le premier originaire de Sinope , le second 
de Giypre. ]> chef de la confrérie des bouchers , 
homme dont la richesse immense était employée à se- 
courir les pauvres de la capitale, et l'un des protégés 
du moufti Feïzoullah, qui avait dû racheter sa tête aux 
rebelles par le sacrifice d'une somme de trois cents 
bourses , fut confirmé dans ses fonctions. L'épuisé- 
ment du trésor suggéra au grand-vizir de nouveaux 
expédiens. U réclama de l'ancien deflerdar Mouhsîn- 

' TtBschid , f . SO , dMine ici les muUlioDS opérées dans les [^einièreg 
fonctions de la chambre iatérieore des pages, Mvoir : 1° le sijibdir 

(porte-épée) ; 30 le tscbokfldar (gardien du porte-msnteau); 5"leriki8b- 
dar (leiieur de l'élrier}; io dtilbeod ghoularai (le teneur du turhan) ; 
■ 5"lesert«8ïh (barbier) ; 6" lei«schgiragaai(lB girdiendela nappe). 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. >ji 

zadé Mohammed-ËfeDdT, qui n'avail jamais rendu 
comple de sa gestion comme intendant de la cuisine 
impériale, la somme de huit cent soiiante-sepl bour- 
ses, et lui donna pour successeur Tbistorien Hadji 
Mohammed. Pour subvenir à la dépense du présent 
d'avènement , on préleva , comme d'habitude , les 
sommes nécessaires sur les revenus mensuels que 
les possesseurs de fermes , de wakfs et de pensons, 
devaient laisser dans les caisses publiques au re- 
nouvellement de leurs bérats. Autrefois , on avait 
payé l'accroissement de solde allouée aux troupes à 
l'occaaon d'un avènement, au moyen d'une augmen- 
tation de dix aspres inscrite sur la quittance de la capi- 
tation, et désignée sous le nom de newyafc (nouvelle- 
ment trouvé). Mais comme le grand-vizir Kœprulû 
Moustafa avait ramené à un système légal le recou- 
vrement de cette taille, en faveur des sujets non musul- 
mans; on eut recours, pour faire face à cette dépense 
du trésor, aux possesseurs des fermes viagères (maU- 
kianés) qui, sur mille piastres, durent en payer deux 
cent cinquante au fisc. Les ressources du trésor étaient 
alors très-restreintes , car l'avidité du grand-vizir 
Ahmed, qui avait dû son élévation aux intrigues des 
rebelles, avait porté la corruption à un point effrayant. 
Ahmed-Fascha , russe d'origine , était sorti du serai 
sous le règne du sultan Mc^ammed IV pour prendre 
possession du gouvernement de Bassra; i! avait élé 
successivement nommé gouverneur de Mossoul , de 
Saïda et de Beïrout. Destitué lors de l'avènement du 
sultan Souleïman, il était resté long-temps sans emploi. 



,,-.rihyGOO^IC 



i4-t HISTOIRE 

et n'était rentré en fonctions que sous le grand-vizirat 
de Kœprûlù Amoudjazadé Honean, sur les prières 
instantes de sa fenune, sœnr de ce dernier. Kœprâlû 
le détestait personndlement , an point que toutes les 
fois qu'Ahmed se rendit à la Porte pour offrir, comme 
les autres vizirs , ses hommages au premier chef de 
l'Empire, celui-ci regardait par la fenêtre en disant : 
« Voilà encore l'adminislrateur, » piquante allusion à 
l'avidité connue de son beau-frère et à son esprit in- 
ventif pour amass»- de l'argent. En effet, pendant 
son grand'Vizirat, Ahmed poussa la cupidité à ses 
dernières limites, en favorisant la corruption et la 
vente des emplois. Il avait choisi pour son kiaya, ou 
ministre de l'intérieur, un âne ' (pour nous servir de 
l'expression de l'historien otioman) qui ne savait ni 
lire ni écrire ; il lui arriva plusieurs fois de donner 
des diplômes d'investiture de sandjaks sans y apposer 
sa signature, et d'en délivrer d'autres à trois ou qua- 
tre reprises différentes ; enGn, il ne parlait à ceux qui 
venaient réclamer ses services que pour leur dire : 
«Ya-t'il de l'arg^it à gagner?» Lorsque l'emiroul- 
hadj (le conducteur de la caravane de la Mecque) 
partit de Conslantinople , Àhmed-Pascha lui remit , 
suivant l'usage, les présens et les sommes destinés aux 
pauvres de la ville sainte ; mais à peine fut-il éloigné, 
qu'il envoya à sa poursuite des commissaires chargés 
de les lui rapporter. Il est connu sous te surnom de 



■ Eichekharif; Slanvierit At la BiWotkéqut tU Berlin, t 
r. 283 



,,-.rihyGoogle 



DE L'£MPIEË OTTOMAH. 145 

KowaDOS {ta ruche d'abeilles), sarnom qu'il devait, 
soit à son talent de butiner le miel, c'est- à-dire de tirer 
l'or de toutes choses, soit à sa taille trapue et ra- 
massée. Le Sultan, qui n'ignorait rien de toutes ces 
particularités, avait offrit plusieurs fois déjà le sceau 
de l'Empire à son gendre Hasan; mais celui-ci avait 
toujours refusé. Il tenait cependant à s'en défaire, sen- 
tant bien qu'Ahmed-Pascha , qui lui avait été imposé 
comme grand-vizir par la rébellion , serait toujours 
prêt à la fomenter par des menées secrètes pour se 
maintenir en place. MaisenBn, assailli de suppliques qui 
demandaient sa destitution, le Sultan envoya le silihdar 
lui redemander le sceau. Âhmed-Pascha, en entaidant 
cet ordre, fut tellement troublé qu'il ne put même pas 
défaire le nœud du cordon auquel il était attaché ; il le 
rendit avec la bourse qui le renfermait. On lui signifia 
de se retirer dans sa maison située prés de la Souleîma- 
DÎyé. Giemin faisant, il rencontra son successeur, le 
gendre du Sultan, Damad Hasan-Pascha, qui l'apos- 
tropha ainsi : « Mon frère pascha , si tu ne cherches 
» pas à cacher tes trésors, lu n'auras rien à craindre; » 
lui donnant ainsi à entendre adroitement que, dans le 
cas contraire , il serait livré à la torture. Âhmed-Pa- 
scha lui parla quelque temps à l'oreille, puis il lui 
baisa la main et se rendit dans sa maison. Malgré la 
promesse qui lui avait été faite de ne point l'inquiéter, 
il fut exilé à Lepanto après qu'on lui eut fait rendre 
les trésors qu'il avait si illégalement accumulés. 

Damad Hasan-Pascha, Grec né en Morée, était 
c« commandant de Khios qui, sous le règne de Mo- 



,,-.rihyGOO^IC 



»4i HISTOIRE 

hammed, avait été retenu prisonnier pendant quelque 
temps dans l'appartemeot du bourreau du seraï, en at- 
tendant que son sang coulât en expiation de la reddition 
de l'Ile et de la forteresse de Khios aux Vénitiens. Il 
n'avait dû son salut dans ce^te circonstance et sa no- 
mination au gouvernement d'Azof, qu'à l'intercession 
de la princesse , son épouse. Plus tard , il avait été 
nommé kaïmakam d'Andrinople, d'où il avait passé, 
en cette même qualité , à Ginstantinople. Devenu 
grand-vizir, sa première démarche fut de se consul- 
ter avec le moufti sur les moyens à prendre pour le 
maintien ou plutôt pour le rétablissement de l'ordre. 
Dans cette entrevue, le moufti, voulant faire sa cour 
à Damad Hasan, lui insinua qu'il devait sa dignité à 
l'opinion publique. Protégé des rebelles, et depuis 
long-temps habitué à leur langage, il lui dit: «Mon 
» fils , c'est à la volonté du peuple assemblé que tu 
» dois le grand-vizirat '. » Ces paroles prouvèrent 
suffisamment au grand-vizir que le moufti n'avait pas 
encore perdu de vue les moyens dont il avait usé 
pour parvenir à la suprême dignité législative ; cepen- 
dant il lui répondit avec une amitié feinte, et, pour le 
tranquilliser sur les suites de la parole inconsidérée 
qui venait de lui échapper, il l'invita à l'accompagner 
chez le Sultan. uMais nous n'avons pas été appelés par 
» lui,» dit le moufti. — «Il n'est pas besoin d'une invita- 
» tion spéciale, » lui répliqua le grand-vizir : voulant 
ainsi faire connaître à son interlocuteur le degré de 

> l^imaaï oummelj Raschid , Il , f. 26. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 14S 

son pouvoir et de son influence auprès du Sultan, de 
même que celui-ci lui avait fait pressentir sa popularité 
et la puissance des rebelles. Le matin même de sa 
nomination, Damad Hasan assista à la distribution de 
la solde des troupes. Dans l'aprës midi, il reçut les 
félicitations des oulémas et des généraux des sept 
ordjas , confirma quelques-uns des hauts dignitaires 
dans leurs emplois ou dans leurs gouvernements et 
en destitua quelques autres. Du nombre de ces der- 
niers, fut le kaïmakam Hasan -Pascha Firari , qu'il 
abaissa au rang de deflerdar, au préjudicede l'histo- 
rien Hadji Mohammed-Pascha. Ceiui-ci se consola 
de son éloignement des affaires , dans l'espoir que 
cette mesure ne serait que provisoire; en effet, Hasan 
fut peu de temps après renvoyé de Constanlinople et 
nommé gouverneur d'une province, et Hadji Moham- 
med rentra pour la troisième fois dans ses fonctions 
de defterdar. Différant en cela des grands-vizirs ses 
prédécesseurs, Damad Hasan dédaigna d'accepter le 
moindre argent pour ces nominations. Il remit, de ses 
propres mains, les diplômes d'installation aux sd- 
gneurs du diwan, et donna ceox des nouveaux gou- 
verneurs à leurs agens, sans leur demanderune seule 
aspre. H po^nit à Nououman-Pascha, qui faisait quel- 
que difficulté de se rendre à la Ganée, de choisir pour 
lieu de sa retraite Àmassia ' ou Une des lies de l'Ar- 
chipeLLe vieuxHasan, chef des Yûhiksoudes tribus 
errantes de Roumilie, fut nommé conducteur et pro- 

■ Camme commandaiit du Tscbardak d'Amauiat 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



lecteur de la caravane des péleriDs. Une tenlalive de« 
serdengeischdis (volonlaires) , pour soulever le premier . 
régiment des janissaires, fut comprimée par deux 
khaltischérifs du Sultan, adressés aux janissaires et aux 
sipahis , et par l'active surveillance de la police, qui 
purgea en secret la ville des chefs de la dernière ré- 
volte. L'aga des sipahis Salih, qui avait obtenu, avec 
la main de la veuve de Houseïn, fils de Fakhreddin, 
prince des Drnses de la tribu Maan , ses immenses 
richesses, et qui, pendant la rébellion, avait acheté 
sa place au prix de trente bourses, périt par la main 
du bourreau. Le même sort atteignit les djebedjis 
Koutschouk Ali et Karabadjak, eu punition de la part 
qu'ils avaient prise à la dernière révdution. Hamevn 
Ali-Efendi, chef de la chancellerie des taxes', qui 
s'était fait passer pour astronome , bien qu'il ignorât 
jusqu'aux premiers principes de cette tciwce, et qui 
débitait, dans ses fréquentes ivresses d'opium, des pa- 
roles vides de sens, fut envoyé en exil. Le précédent 
silihdar, Ali de Tschorlî, qu'on était sur le prant d'é- 
loigner en lui dcmnant le titre de gouverneur de Haleb, 
obtint, gr&ce à l'iotercessioEL de sa femme et de la mère 
du sultan Moustafa , la permission de rester à Con- 
stantinople et de prendre place parmi les vizk's de la 
coupole. La conduite que le nouveau grand-vizir tint 
à l'égard du kai'makam destitué , Abdoulbb , mérite 
surtout d'être remarquée ; il le fit sortir de son obscu- 
rité et l'envoya à la Canée avec le titre de c(»nman- 



I X^kOl^^i, 



,,-.ri'h,GOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 147 

dant. L'histdre ngnale encore sa générosité envers 
son prédécesseur Rami-Pascha ; non content de Idi 
accorder la \ie eauve, il lui restitua ses biens immeu- 
bles et le nomma au gouvernement de Chypre '. Le 
sultan Monstafa , dont la faiblesse avait seule causé la 
dernière révolution et tous les maux qui la suivirent , 
mourut le 31 décembre 1703 (33 schàban 1115)*; 
il fut enterré à côté de son père danà la mosquée 
de la Walidé.' Monstafa avait l'esprit cultivé; c'ét^t 
vn prince d'un caractère doux et bienveillant ; il est 
cité pour ses talens calligraphiques . H cherchait son 
plainr dans la chasse et dans le jen dn i^irid ; avare 
dn sang de son peuple, il se montra toujours humain, 
et respecta la fortune des grands. Pendant son règne, 
Monstafa aima à protéger les savans et les poètes; 
mais presque tous ceux qui figurent dans les biogra- 
phies de 'son époque méritent à peine le titre de ri- 
meurs. Les Ottomans ont conservé les noms de dix- 
neuf poètes, dont sept étaient morts ^ l'année qui pré- 
céda la fin de Monstafa , et douze dans celle qui là 

t Itaacbid , II, t. 98, et Ettfotre 4a ïa BibUothéque de BerUn , ii> 76, 
f. 391 . L'autear donne aa graDd.viur les plus grandes louanges sur ton 
faDmanité : aferin adamtytljaii hàkikat iie andjak oiour, c'esl-à-dire : 
l'humanité qui se rnootre sous ces formes mérite les louanges de tous. 
' ' Biitoire de la BibHothiqiM de Berlin, I. 192, dit le 32 scbàbtn. 
Baschid dit par eireur le 30 ; les Tables cbronologiqucs fixent sa mort au 
mois de rebioul-akhir, ce qui est entièrement faui. 

3 En l'année 1114 (1703), mouruient: Idescbelkh Naluebi-IlH'^ni, 
d«ns&AeUAf,n.i370;2oIeEche(kbMazDii,n. 1363; 3° SIsaaewi Schelkh 
HouifUi, 0. 1373; 4i>EaicoUahbeaNa»oah, suwt appelé Emri; 6° Scbe. 
hri; &>Baki!udéls[Qa«)-Efendi,aTecleD(aadei>oiteBemû;7*EdnMli 
flcdjib. 

)0* 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



1^8 HlSTOiKÉ 

suivit '; cette dernière fut signalée encore par la mort 
des denx mdlleurs hiâtorieDs du règne de Moustafa, 
le defterdar Mohammed et l'auteur anonyme de l'his- 
t<Hre qui enrichit la bibliothèque de Berlin. 

Le commencement de l'administration du grand- 
vizir Damad Hasan-Pasdia coïncida avec l'arrivée des 
lettres de félidlation que les souverains d'Europe et 
d'Asie envoyèrent à Conslantinople , en réponse aux. 
lettres de notification de l'avènement du Sultan*. Mous- 
tafaaga fut chargé de porter cette nouvelle à Venise , 
et Ibndiim fut dépêché en cpialilé d'intemonce à l'Em- 
pereur Léopold. Pour rehausser l'éclat de cette mis- 
sion, le Sultan lui accorda le rang de miralem (prince 
du drapeau, porteur de l'étoidard sacré ). Talman , 
ministre résidant à Constantinople, remit la lettre de 
félicitation de l'Empereur ^ Ibrahim passa par l'Es- 
clavonie et Gratz, et arriva à Vienne le §8 mai 1 704. 
Le 9 juin suivant, il reçut une audience de l'Em- 
pereur. Il lui remit , avec la lettre du Sultan , un 
écrit par lequel la Forte se plaignait des heiduques 
qu, contrairement au traité existant, avaient con- 
struit trente-cinq tsdiardaks dans le territoire compris 

I EaraDiiéelllS(I703)itKninireDt, loDarri, dans Satbfi, n» 89; 
3» Eoutâidi; 5° RazI; A" Roakhssat; &> Seki; 60 Scbakir; 7° Sarif; 
S'Abdoul Hagi; 9° Fenaji; lO» Loutfi; llo HoaDiri; 13° Niazi, et 
enfiD U femme poile OammetauUah Sidki. Scbelkhi meDiioDne encore 
Im poilesNazii, Hamdi, Nattibet LoutG. 

" La circulaire se troure dans Vlntcha de Rami , n» 469, et les lellres 
un paissances étrangères, a- 364. 

3 Crtdentialet pro Internttntio rolmon 9 Àag. 1704 ad S. Âhmtt lll. 
gratvlaloria, pois: ItitporuorUt pur IbrahimagaSO Avd- 1704; Illettré 
de recTiance porte la date du 30 aodt 1704. 



D,gt,,-VrihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i4g 

entre les conflaena de l'Unna et de la BogsQt, Rien, da 
reste, ne troublait alors sériensement la bonne intelli- 
gence qui existait entre l 'Autriche et la Forte. Tœkœli 
avait été banni à Nicomédie, et les menées de Ra- 
koczy en Hongrie, où il s'était mis à la tête des magnats 
mécontëns, inspiraient seulement quelque défiance au 
diwan ; aus^ un corps de cinq cents janissaires fut-il 
envoyé vers Belgrade et Temeswar pour protéger la 
frontière contre toute violation'. Ali-Pascha, gouver- 
neur de Belgrade, qui, plusieurs fois déjà, avait essayé 
d'entraîner la Porte dans une nouvelle guerre avec 
l'Empereur , fut puni de sa tentative ; le Sultan lui 
retira l'étendard à tras queues et ne lui laissa que le 
titre de pascha à deux queues de cheval '. 

Les troubles qui divisaient alors la Hongrie per- 
mirent à la Porte de détourner son attention des af- 
faires d'Autriche pour la concentrer snr celles de 
Russie. La première de ces. puissances était trop ab- 
sorbée par sa qoerelle avec Rakoczy pour que l'on 
eût à craindre avec elle une rupture prochaine. La 
seconde au contraire donnait de vives inquiétudes 
depuis que le czar Pierre augmentait sa flotte dans la 
Mer-Noire. Incertaine sur le but de ces armemens, la 
Porte ordonna de pousser avec la plus grande activité 
la construction du cbSiteau-fort de Temrouk qui avait 
déjà été commencé sous le règne précédent , et qui, 
s'élevant au bord de la mer prés du village de Kizil- 

> Biachid, II,f. SlrEOUBlelUre : Appirition dufib deRakoay. 
* Rapport de Talman du 3 décemlire 1703 ; Toir 1m lettres ta peKha 
de Temetwar relaliret à Rakoczy dans Rami, jt" 6i3, 64t et 645. 

n.,N,-r.hyG00^IC 



(asch, devait fermer le passage entre Kersch et Ta- 
naan. Mais, comme ces coDstractions ne pouvaient 
être terminées avant une année , le vizir Osman , 
kapitan-pascha, partit aveu une flotte pour la Mer- 
Moire (1 avril 1 70^ — 5 silhïdjé 1115), avec mission 
de munir d'une nombreuse artillerie la nouvelle re- 
doute qm défendait provisoirement l'entrée du dé- 
troit de Kersch. Plusieurs pétitions arrivées de Cri- 
mée et les rapports du khan tenaient le diwan en 
éveil ; les unes mandaient que le Czar fortifiait Âzof et 
construisait un nouveau fort à Taïghan (Taganroc) ; 
les autres faisaient savoir que Pierre réparait les forti- 
fications de Kamanika, sur les rives du Dnieper, et con- 
struisait des vaisseaux dans le port de Waskor pour 
empêcher l'achèvement de la redoute qu'on élevait 
devant le nouveau château qui prit le nom de Yeni 
Kalaa*. Le gouverneur de Kaffa, Mourteza-Pascha, 
et celui d'Oczakow, Yousouf-Pascha, furent invités 
à protéger les travaux et à tenir leurs troupes prèles 
è marcher au premier signal '; cependant, afin de 
prévenir toute rupture, le grand-vizir enjoignit à 
Yousouf-Pascha de se conformer aux conditions du 
dernier traité de paix, de remettre en liberté les pri- 
sonniers traînés en esclavage par les Tatares ^ lors 

I Bascbid, U, f. 35, 31 et 52. Les leltresaa khan, tetatives à 1« 
rabsioa de Novali Houstafa, se trouvent dans l'Inschaàe Eami, w 675 el 
«elles qui traitent de» eecouts ptomis à te Pologne contre la Rnssie , n» 675, 
6T1,fi7«ettf80. 

• RaMliid.n.f. S3. 

1 BBKlikl,ll, r.B4. Lalettraaukhan, relaUreanxIbrliflcattoBselàla 
déHoUutijHi des ftoolitai nuso se trouie, duu fJhtcAa de Rami (BUo- 



n,gn,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i5i 

de lenra récentes incarnons , et de défendre sévère- 
ment tout acte d'hostilité contre les sujets rasses '. 
L'ambassadeur russe, arrivé à Ândrinople pendant la 
rébellion des troupes qui coûta le trône au sultan 
Moustafa, apprit, delà bouche même du grand-vizir 
Ahmed-Pascha, quela Porte n'avait aucune confiance 
dans les protestations d'amitié de la Russie, et, à son 
départ, Ahmed lui remit pour le Czar une lettre dans 
laquelle il se plaignait des mesures qui lui faisaient 
craindre une rupture de la paix *. Venise nomma , en 
remplacement du baile Ascanio Giustiniani, le che- 
valier Moncenigo, chargé de faire agréer à la Porte 
les félidlations de la république ^. Dans le cours de 
celte année , les commissaires préposés à la délimi- 
tation des frontières de Venise achevèrent heureuse- 
ment leur travail *. Ahmed-Pascha déféra au désir de 



Ihèque I. IL, n" 435), n" 467 ; eDe est dalé«du2TsafH' 1115. L'helmao de» 
cosaques Berabasch était chargé de celte stTaire par le Czar; la lettre 
B" 468, datée du 28 safer, est relalire, comme la précédente, à la délimiU- 
tioD de la rrooliire pris d'Aiot et te long de la Hojeach ; celle qai est en- 
registrée sons le 11° 469 a trait à uoe afTaire coDclae entre les deut né- 
gocians russes Àleco et Andréa et l'associé da DégocianI frantais Bava ; le 
no 470est une lettre concernant le commlssairetarcNoïaliMouslafti ; la lettre 
B" 471 est adressée au gouverneur d'Oczakov; celle qui porte le d° 473 est 
adressée à Ibrahimaga et le n° 473 au goutemeur d'Adjou. 

■ Toyei à e« sujet les lettres du grand-Tiiir êa Uao, dans Vtnteha 
deltamii ii<» 359; puis celles ipil sont relatives ani înenrskinB, b" 613, 
eiS, 616, eiT, 631, 631, 633, 633, 6H, 6S5, «B» et 643. 

> Raschid, 11, f. 32. La lettre du grand-vizir au Czar, do ISsafèr llIS, 
M trouve dans Vlatcha de Rami , a» 4S&. 

3 La lettre de recréance de Giustiaiani se trouve dans le grand Inteha 
de Rami , n° 4B1, «t la lettre rdatini à la délimitation des frontière» arec 
Venise, no 608. 

4 ih«rom«rtBi»çerftiIe(H«»/(*ri/<i«o(fotaS*rm.J(»p«t6(,el«i« 



,,-.rihyGOO^IC 



l'ambassadeur génois et écrivit une lettre an doge, en 
réponse à la lettre de félicitation que la république 
avait enTC^ée à Constantinople ', Le prince des Ouz- 
begs, Esseîd Mohammed Befaadir -Khan , envoya 
Koutschouk Alibeg ' , en qualité d'ambassadeur*,, pour 
féliciter le Sultan sur son avènement; nn autre ambas- 
sadeur arriva de la part d'Âyouka , khan des Kal- 
mouks, qui infonna la Porte de son refus d'admettre 
en sa présence l'ambassadenr des Tscherkesses de la 
Kabarta, révoltés contre le khan des Tatares. La Porte 
informa le chef des Kiimûks , le st^emkhal du Da- 
ghistan , du changement de souverain , ainsi que cela 
avait eu lieu déjà lors de l'avènement de Moustafa II. 
D'autres lettres , annonçant celui d'Ahmed III , 
furent expédiées au schah de Perse, au souverain de 
Fez et de Maroc, Moulai Scbérifismaïl, et au domi- 
nateur del'Inde^ quantauxdeys de Tunis, de Tripoli 
et d'Alger, et au schérif de la Mecque, ils en furent 
informés , suivant l'usage, par des lettres circulaires. 
Les ministres résidens de France , d'Angleterre et de 
Pologne, répondirent à la lettre de notîBcation de la 
Porte par des lettres de félidtation de leurs oiurs res- 
pectives. 

felice Porta ddo. Cotutantinopoli 1 ehoahan 1815, meiàde dte. 1703, 
tradotto da G. P. iVouon. — Attet vtnit. 

' DaDalileUrederecrianee.ruDbaBsMlearB'appeQeSigiiotGcn^opour 
Ctnei. Inxha de Rami , a" 485. 

' Ibid D» 1)1. Le V 116 contient la lettre de recréance de l'ambsisa- 
deoT Oozbeg, qui eut son audience le 13 novembre 1703. Le n" 681 est 
uoe lettre da kban de Djagatal au grand-vizir; enfin une deniière adreasée 
au kalinakaiii etl relative â la réception de l'ambassadeur ooibeg. 

S Les lettres de faire part enrojéea à tous les waverains et princea se 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIKE OTTOMAN. i53 

Nous avons vu quç, déjà sous le grand-viurat d'Ah- 
med- Pascha , le Sultan s'était débarrassé des prin- 
cipaux rebelles de l'armée; Damad Hasan-Pascha 
entreprit d'en pui^r également le corps des oulémas. 
Lemoufti, dont l'esprit turbulent était connu du Sul- 
tan, dut le premier expier' sa participation à la dernière 
révolte. 

Un samedi que la cour s'assemblait au serai' pour 
assister à la lecture des exégèses du koran ou de la 
tradition, et que, quelques jours aprèsavoir présidé pu- 
bliquement un concours pour les places vacantes de 
mouderris , auquel il n'avait admis que les fîls d'une 
foule d'épiciers et de marchands de riz, an préjudice de 
candidats d'un mérite reconnu , restés sans emplois 
depuis huit ou dix ans', lemoufti attendait qu'on l'ap- 
pelât en présence du Sultan, le silihdar vint lui 
remettre rordi;e de se rendre en exil à Brousa (§6 jan- 
vier 1704 — 19 ramazan 1 H 5). On ne lui permit pas 
même de rentrer chez lui pour faire les préparatifs de 
son voyage ; en sortant du sera'i , il fut conduit dans 
la galère qui l'attendait au pied de la digue du palais. 
Ahmed-Efendi, qui trônait sur le coussin, insigne de 
la dignité déjuge de Constantmople* , et le sacristain 
ïimini, qui, depuis la rébellion, s'était am^ le titre et 
les fonctions de chef des émirs , furent arrêtés en 
même temps et embarqués pour Famagosta. lia place 
de moufti fut conférée à Paschmakdjizadé Ali , et la 

trouvent dus l'/nwAa de Bami,ii<" 473, 479, 119, 1S0/.40, llSellI?. 

' Bascbid était de ce nombre. 

' Ittaiibol kaxaii mnnediné tiUet wtren, Raschid, II, f. 30. 



D,gn,-.rihyGOO^[C 



i54 BISTOIBE 

même galère qoi avait conduit son prédécessear à 
Broasa ramena à G>n^ntinople le digne juge d'ar* 
mée Yabya-Efmdi, que le moufti Mobammed y avait 
exilé. Hasan le Fugitif, après avoir occupé , pendant 
quelques semaines, le poste de premier defterdar, fut 
promu à la dignité de b^lerb^ deRouroilie, et Hadji 
Mt^ammed, l'historien, rentra pour la troisième fois 
dans l'exercice de fonctions qu'il avait dû céder mo- 
mratanément. House&i le Fugitif fut nommé gouver- 
neur de Damas et Gourd Bararo-Pascha de Rakka, 
emironl-hadj de la caravane des pèlerins de la Mecque. 
Mais comme on avait appris que les Arabes voulaient 
piller la caravane, la Porte ordonna an sandjakb^ de 
Tripoli de Raccompagner avec sept cents bommes 
jusqu'à KrGbanem dans le désert. Un ordre analogue 
enjoignait aux sandjakbegs de Saïda et de B^ront de 
le rejoindre avec un corps de cinq cents hommes, et 
ceux d'Adjeloun et de Jérusalem furent invités à 
l'escorter avec toutes les troupes de leur maison '. 
liS schérif de la Mecque ', Saïd et le gouv^neor de 
Bjidda, comme scbeikh du sanctuaire, devairat fare, 
de leur côlé, tout ce qu'ils pourraient pour protéger 

I L'ordre earojé i eet eSet aa MDdJak d'Ailidoun , dati do S6 silkidé 
1115, setToute flans l'Aucha de Rsmi.n" ei9. La n° 633 cootiml une 
lettre au saodjak d'Egypte relative au compte des lommes employées pour 
proléger la caravane ( Irsaliyé ) . 

1 Rami donne aoiu les w' 67« et 581-383 deai Wtrei an icMrif Sald 
coDcemant l'envol de la Sourre ; deux aalres datées du mob de «chewval 
1115 et aifeeasées l'une i Sald, l'aiAre à «on père Saad, sont reUlivei k 
l'ab&ndon fait au tEouvemeur de Djidda des taies appeUes Mleï, 
yemaniyé et miurtyi. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i55 

la caravane. lamaS, kiaya du pascha de Bjidda, Bal- 
tadji Mohammed, vint, vers celte époque, à CoDstan- 
linople, et comme il jouissait depuis tong-temps de la 
feveur particulière du grand-vizir, il obtint pour son 
matire, moyennant de fortes sommes d'argent, le 
diplôme de gouverneur d'Égypie et pour lui-même 
celui de gouverneur de Bjidda (23 juin 1 704 — 1 9 sa- 
fèr 1 M6). £nBn, le schérif de la Mecque, Saïd, fut 
confirmé en cette cpiatité *. 

Une innovation remarquable eotKeu vers ce temps 
en Moldavie. Les boyards, qui, même avant la rébellion 
des troupes dans la capitale , s'étaient plaints à la 
Porte des oppressions de leur prince Duka , furent 
autorisés à choisir pour bospodar un d'entre eux. 
Toutes les voix s'étant réunies en faveur de Michel 
Rakoviza, gendre de Ginslantin Canlemir; il reçut 
l'investiture non dans le diwan, mais dans le bœschk 
du rivage et avant d'être admis à l'audience du Sultan 
(3oclobre 170.^ — 22 djemazioul-ewwel H15). 

Cette dért^ation aux usages établis était une suite 
de la confusion qui depuis la dernière révolte régnait 
racore dans le conseil. Le grand- vizir se souciait peu 
que ce fut un prince électif ou nommé par la Porte 
qui opprimât les sujets de Moldavie; mais ce qui lui 
importait, c'était d'éloigner àa Sultan tous ceux qui, 
en captivant sa confiance, pouvaient devenir des en- 
nemis dangereux à son pouvoir. Aussi, n'eut-il pas de 

■ Le H" 4^2 de Vlmcha de Bami cootieni one lettre du grand-Tizir au 
khan de Criniée, dans laquellË il lui annonce la r^lrAite du schérif Saad en 
faveur de s^n Gla Said. 



,,-.rihyGOO^IC 



repos qu'il n'eût fait révoquer le âlihdar Ibrahimb^,' 
homme simple et peu attentif aux couseils de ses amis 
(f6 avril 170d— 11 ùlhidjé 1115). Le poste vacant 
fut donné an tschokodar Abaza Soulnman '. Il ne 
lui fiit pas aussi facile de donner la place de kiziar- 
aga au trésorier Mohammed ; il craignait , non sans 
raison, que, à elle revenait à Souleïman, le premier 
eunuque de la Walidé , il ne pût se maintenir Jong- 
lemps dans la dignité de ^nd- vizir. Il communiqua 
Bon projet au trésorier par l'entremise du nain Ham- 
zaaga : mais Mohammedaga , moins ambitieux que 
pusillanime, en fit part à l'eunuque, celui-ci à la 
Walidé, et cette dernière au Sultan. Ce que Hasan- 
Pascha avait redouté, arriva : le Sultan éleva Soula- 
man a la dignité de kiziaraga. A pdne ce dernier 
fut-il en possession de sa place, qu'il 6t jouer tous les 
, ressorts de son influence sur la Walidé pour hâter en 
secret la chute du grand-vizir. Far ses intrigues et 
celles de son confident, le kozb^dji (gardien du 
noyer), il fit secrètement rappeler de Candie Kal^l 
Ahmed-Pascha , gouverneur de l'ile et autrefois sim- 
ple baltadji (porteur de bois) du serai'. Kalaïli Ahmed, 
aussitôt après avoir lu le khattischérif du Sultan, 
apporté par un simple bostandji, se mit en route pour 
Conetantinople, où il arriva un jour de diwan (S8 sep- 
tembre — â8 djemazioul-evnvel) ; étant entré au 
serai, il fut invité à attendre la fin du conseil dans la 



■ Le rikiabdsr refut la place da tschokodar, el le prépiratéir da café, 
le Franc Osoun, celle du rikiaUar. 



,,-.rihyG00glC 



DE L'ËMPIRE ottoman. t5j 

chambre du gardien du sofa. Dès que le grand-vizir 
se fut éloigné pour se rendre au palais de son épouse, 
la sultane Khadidjé , le grand-chambellan alla le cher- 
cher pour lui redemander le sceau de l'Empire. En 
attendant son retour, le Sultan se rendit au kœschk de 
Bagdad , où il voulut investir Kaliuli Ahmed du pou- 
voir suprême. Personne dans le seraï ni dans la ville ne 
soupçonnait le changement projeté. Lorsque le Sultan 
fut entré dans le kceschk et que l'on annonça l'ap- 
proche du grand-vizir, tout le monde crut voir arri-, 
ver Damad Hasan-Pascha, le gendre d'Ahmed, mais 
tous furent saisis d'élonnement , en voyant sortir de la 
chambre du kozbegdji et s'avancer vers le kceschk , 
Kalalli Ahmed-Pascha. 

Le grand- vizir, que sa parenté avec le Sultan n'avfùt 
pu maintenir à son poste , ni protéger contre l'in- 
fluence d'un eunuque, fut relégué avec son épouse 
la sultane Khadidjé, à Nicomédie; toutefois, le Sultan 
lui laissa, outre les biens de la couronne qne possédait 
sa femme, un revenu annuel de trente bourses. 

L'administration de Hasan-Pascha, dont la durée 
avait été de onze mois , ne fut signalée que par ses 
mesures vigoureuses contre les rebelles de Géorgie 
et par quelques constructions d'utilité publique sur 
les frontières et dans la capitale. Sous sou adminis- 
tration, les habitans de Mingrelie, du Gouriel et d'Imi- 
rette avaient refusé de payer l'impôt , et, se croyant 
à l'abri de toute punition dans leurs montagnes , ils 
avaient levé l'étendard de la révolte. Ils furent néan- 
moins soumis; et, pour les contenir dans l'obéissance^^ 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



iS8 HISTOIRE 

Hasan-Pascha fit construire deux châteaux forts à Ba- 
toum et à Bsgdadjik (17 avril 170i — IS silliidié 
1115). Dans le but de protéger les caravanes, il or- 
donna d'élever un chàteau-fort sur la frontière de 
SyrieàreDtréedudéBléd'Amanus, elprésdel'endroit 
mal famé de Koubçagadj. Â Conslaiitinople, on jeta 
par ses ordres les fondemens d'un nouveau kœschk, 
près de la mosquée de la Walidé, d'un grand magaun 
dans l'arsenal , et d'une caserne pour les matelots. 
Damad Hasan avait fait construire en outre, à ses frais, 
une mosquée, des fours et plusieurs boutiques. Pour 
les autres constructions, chacun des vizirs avait fourni 
trc»s bourses et chacun des gouverneurs provinciaux 
deux bourses. Bésirant faire disparaître la différence 
qui existait entre la monnaie de Constantinople de bon 
aloi et les monnaies d'Egypte et de Roumitie de mau- 
vais alliage, Hasan avait publié un édit par lequel il dé- 
cidait qu'en E^ple dix drachmes et demie de mauvaise 
monnaie égyptienne éqiùvaudraient à dix drachmes de 
bonne monnaie, et qu'en Koumilie cent dix drachmes, 
de cette première monnaie équivaudraient à cent 
drachmes de bonne monnaie '. L'attention de Hasan 
•s'était £xée aus» sur les fêtes du grand et du petit 
Laïram, ainsi que sur celle de la nativité du prophète, 
à laquelle il avait invité les oulémas par des billets 
particuliers'. Six jours avant sa destitution, il avait 

• Rasdid, II, f. 33. En Egypte le niBavtia pirafut frappai 70 
dradimes, et èi CoMlntinople » 60. 

> La fi)nBe de ces UleU d'inritatim ft iToan im )t Mmvterlt dtls 
BiblMbi^t lie Berlin. "* 



.UhyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. tSg 

réglé la fête donnée en honneur de la naissance de 
Fatima , allé première née da Sultan (S3 septembre 
1 704 — â9djetnazîoul-ewwel 1 H 6). Le grand nombre 
de lœurs qae celte princesse eut dans les quinze années 
du règne de son père, permettent de crdre qu'Ahmed, 
qui n'avait alors que trente ans , aurait eu dans les 
quinze années précédentes, un nombre non moins 
grand d'^nfaus, si les princes renfermés dans le serai 
pour garantir la succession au trône pouvaient avoir 
d'autres femmes que des femmes stériles. Quoique les 
Ottomaos prêtent rarement une grande attention à 
la naissance d'une princeaae, celle de la fille première 
née , fut cependant célébrée avec tin Iui,e inaccou- 
tumé. I^is corporations rivalisèrent de magnificence 
dans leur marche pompease; des feux d'artifices 
sur l'eau, représentant des châteaux et des fcHteresae» 
de l'invenlioD d'AU-Fascha, vieux ren^t français de 
Marseille, augmentèrent la jcàe publique '. Les am- 
bassadeurs des puissances européenne témcngnèrenl 
leur satisfaction par des fêtes diverses. 

Le nouveau grand-vizir Kalaïlikoz Âhmed-Paschii 
était loin d'imiter les nobles efforts de son prédéces-^ 
seur, pour doter J'Empire d'institutions utiles et pour 
rendre au pouvoir le respect qu'il perdait de pim en 
plus. Il n'employa les ressources de son esprit qu'à in-* 
venter de nouvelle» modes et à étal^ une pompe 

1 La H«lr)ije, I, p. 968, dît ftr orreur, van le m Pieu de jnBM; tl 
commel une nuire fïute, lorsqn'eo [urlant de la destHulion du giand-vizIr 
DanudHoMa, i]dK: ncoaiBeiK«Mat detepleinbieaulieude: à la fia 
ésKpKDibre. 



n,gn,-.^hyi^OOgle 



\6o tilSTOIRÈ 

inouïe dans ses vétemens. Fils d'un polier d'élain * du 
village deMolo, près K^sariyé, il ne devait son élé- 
vation qu'à -des intrigues du sçraî, où il avait été intro- 
duit comme baltadji par son oncle, qui était lui-même 
un des baltadjis (porteurs de bois) du palais impérial. 
Protégé par Yousouf, lekizlaraga de MohammedIV, il 
avait été Bomméchef des cafetiers, puis chef des pw- 
teurs d'eau. Lorsque le kizlaraga fut exilé en Egypte, 
Kalaïli Ahmed l'y suivit, et obtint, par son crédit, le 
sandjak deDjiddaet la place de Scheïkhol-Harem. Au 
bouldeseptaonées, il passad'Ëgyptedans le Kurdistan, 
où il prit possession du gouvernement deWan; plus 
tard, il fut nommé kapitan-pascha et kaïmakam de la 
Porte. Exilé ensuite à Lemnos , il rentra de nouveau en 
fonctions et occupa snccesàvement les places de gou- 
verneur de Si was, de Trabezoun , et de l'tlede Chypre. 
Après avoir été nommé pour la seconde fois kaïmakam , 
il passa au gouvernement duDiarbekr, puis à ceux de 
Bagdad et d'Adana. Plus tard, il fut cbargé du com- 
mandement d'Azof, mais il s'enfuit et se déroba pen- 
dant quelques temps aux poursuites dirigées contre 
lui, jusqu'au moment où, par l'intercession de la Wa- 
lidé , il lui fut permis de séjourner à Brousa. Ce fut 
encore à la faveur de la sultane-mère, qu'il dut sa no- 
mination an gouvernement de Candie. Bappelé à Con* 
«tantinople à l'instigation du kozbegdji et élevé à la 
dignité de grand-vizir,, il fut surnommé Kalailikoz, 
c'est-à-dire rutùt: de l'étameur '. Sa ridicule vanùé 

■ C'est â fslte circonalaiice qu'il doit son nom de kallli (l'éUmeur). 
3 Paul Lucas, second Vorage, Koneo, 1719; traufarme ce nom en 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMA». iGi 

contribua à le faire connaître bods ce sobriquet. Tan- 
tôt , il se présentait au diwan avec un turban orné de 
quatre bandes d'or au )ieu d'une seule, qui distingue 
le turban kallawi d^ vizirs ; tantôt, il se montrait avec 
un turban orné de bandes d'argent; souvent, il se 
couvrait d'un vêlement de dessous en drap d'or, et 
attachait à son turban un panache de héron couvert 
de pierreries. Les mesures administratives qu'il prit 
se bornèrent h la défense de ne faire cuire le pain de 
première qualité que dans douze foura de la ville, à 
interdire la vente de plusieurs sortes de gâteaux, à 
fixer le prix des pantoufles, d^ socques, des turbans 
et à régler le tarif des pelilea embarcations. Il se met- 
tait peu en peine d'exécuter les rescrits impériaux, 
lorsqu'ils n'étaient pas conformes à ses idées. Sa pro- 
digalité lui fît contracter des dettes énormes'. Une 
semblableadministralion ne pouvait durer long-temps, 
et il était facile d'en prévoir le tenue. Trois mois après 
son avènement, Kalailikoz Ahmed expia son incurie 
par une destitution justement méritée. 

Pendant les quelques semaines de son administra- 
tion, aucun événement d'une haute importance ne 
signala le règne d'Ahmed m, et les annales ottomanes 
n'enregistrent que des foils d'un intérêt secondaire , 

Cataillers; Il fait encore ûeBaïta^, Abasta^, de Khadidjé, Qua- 
dige , elc. 

I L'aoleor do ScaaiKTit de BerUn raconte que Damad Haran, arant 
ion élévation an graiMl-mirol, avait reproché au grand-vizir Ahmed 
Xowanoa eon Bjalème d'eitorquer des préseiu de aes subM'doDnés , nutis 
qu'en»ul(e il avait lui-mtme suivi ce tystème. L'historien ulcute la dé- 
ip^^e des prtsens fails par Kalaflikoi Ahmed è 500 bouTsts an dnIdi. 



,,-.rihyGOO^IC 



faits que d'ailleurs on voit se rép^er k ravènement 
de chaque grand-vizir. Ismaïlaga, kiaya du précédent 
grand-vizir Damad Hasan-Pascha, et le baschbakikouK 
(premier agent fiscal), furent condamnés à payer au 
trésor, le premier, trois cents bourses, et le second 
cent. Toutefois, l'ub ne versa que cent vingt bourses 
et l'autre quatre-vingts. Le chef des bouchers, qui , déjà 
une fois avait été c^ligé d'acheter son repos par une 
somme de trois cents bourses, fut ccmdamné à verser 
dans les caisses dn serai quatorze cents bourses , reli- 
quat d'ancims ccHnptes qu'on prétendait n'avoir jamais 
été réglés. Deux confidens du sultan Moustafa eurent 
la tête tranchée pour s'être permis quelques propos 
inconsidérés. Jje khasseki, ou chef des bostandjis 
exempts , fut promn au rang de bostandji-baschi , le 
kozbegdji devint khasseki, le précédent aga et l'oda- 
baschi furent admis à la retraite , le premier avec une 
pension quotidienne de deux cents , et le second de 
soixante aspres. Le fiilihdar Ibrahim, que Damad Hasan 
avait éloigné du snaï, rentra en faveur ; le gouverneur 
de Schehrzor, le ailihdar Ali-l*ascha de Tschorli 
reprit ses fonctions de gouverneur de Tripolis en 
Syrie. Ismaïlaga, kiaya de Damad Hasan, passa 
comme gouverneur en Chypre , et son prédécesseur 
Bami Mohammed - Fascha , dernier grand - vizir de 
Moustafa II, prit possession, en cette même qualité, 
du gouvernement plus lucratif d'Egypte: car les babi- 
tans avaient refusé obstinément de reconnaître Sou- 
leiman - Pascha , sandjak de Djidda , que la Porte 
avait voulu leur imposer (8 octobre 1704 — 8 dje- 



,,-.rihyGOO^IC 



_ DE L'EMPIRE OTrOMAN. >65 

mazioul-akfair 1116). Rami reçut ordre de seconder 
dans sa misnon AoDzbeg, envoyé à la Mecque avec 
un corps de mille hcounes poar y rétablir la tran- 
quillité , fortement compromise par les menées des 
adversaires du scherif Saïd. Sur les plaintes de ce 
dernier, le moufti avait rendu un fetvra oà it dé- 
clarait légitime la réduction, par la force des armes, 
des adversaires du chef de la maison sainte, dans le 
cas où celui-ci ne pourrait s'entendre avec eux à l'a- 
miable, bien que, depuis Mohammed, le sanctuaire 
de la Mecque fût considéré comme ne devant jamais 
tire troubla par le bruit des armes. 

Le nouveau grand-viztr expédia à tous les gouver- 
neurs de l'Empire des ordres dus de justice (ewamiri 
edalel) qui leur enjoignaient de ménager et de proté- 
ger les sujets du Sultan. Un khatlischérif d'Afamed III 
défendit l'usage des vétemens d'étoffe d'or et des 
brides en or tressé, qu'il permit seulement aux pre- 
miers dignitaires. 

. Quelques désastres marilimes occupaient à cette 
époque l'attention publique '. Ce fut d'abord l'in- 
cendie d'un b&timent français qui périt, corps et biens, 
dans le port de Gonslantinople. L'achèvement d'un 
vaisseau de haut bord, lancé peu de jours après, avait 
fait oublier cet accident, lorsque survint une autre 
catastrophe. Ui flotte ottomane, après av(xr prot^é 
la construction du (Mteau-fort que la Porte avait fait 

< 1,'rtucA* de Riml contient ane lettre da grand-rlilran scbétif S«ld 
«iT le pillage, daoi le goUb d'AraUe , d'un biliipeDt anglaû commande 
par le c«|ritaine ColaDft,n° 603. 



,,-.rihyGOO^IC 



i64 HISTOIRE 

élever à l'entrée du détroit de Tamao, dans la ma* 
d'Azof, était en roule pour Conslantinople, lorsqu'elle 
fut assaillie par une affreuse tempête à la hauteur du 
port de Koken. Neuf galères seulement et le vaisseau 
amiral rentrèrent sains et saufs dans le poH de la capi- 
tale : tous les autres avaient été détruits par l'ouragan 
dit du sc^stice d'hiver, que les Turcs appellent \^ fléau 
de la saison des châtaignes ' , parce que son retour 
coïncide avec l'époque où mûrissent ces fruits. 

A quelque temps de là, il n'était question dans la 
capitale que d'un esturgeon (murina) du poids de 
trois cents livres, que la mer avait jeté sur les côtes 
du Pont-£uxin. Le grand-vizir s'était rendu au 
kœschk du rivage , le jour où le Sultan fît peser cet 
éncH^e lacipensère. Il se trouvait dans la salle des 
étrangers (mousafirodasi) , où il avait coutume de 
raconter indiscrètement aux assislans ses plus intimes 
conversations avec le souverain. Lorsqu'on vint à 
parler du poisson , le grand-vizir, qui aimait à faire 
des contes, dit: « Du temps que j'étais kapitan-pascha, 
» cm prit un poisson long comme d'ici à Eyoub (un 
» mille).» Personne n'ayant osé exprimer un doute h 
ce sujet, il continua : « Le Padischah, dit-il, ne put re- 
» venir de son étonnement en voyant le grand nombre 
» de mes gens » (c'était le jour où les galères entrèrent 
dans le port avec ses bagages et sa suite , arrivés de 
Candie). « Ce n'est rien ! lui répondis-je ; il y avait un 
» temps où j'avais, auprès de ma personne, un monde 

■ KMané laroH taabir oloamm (ortmma. Ra^chid , 11^ f. 36. 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMJ'IltE OTTOMAN. i65 

N entier de serriteurs ; » tons gardèrent nn sUence r»- 
pectueux. Enfin , pour prouver ce qu'il avançait , il 
finit par dire qu'il avait dans sa patrie des con«ns 
dont l'un était à riche, qutl distribuait annuellonent 
aux pauvres la somme de mille bourses d'ai^enl. Le 
«lihdar Souleïmanaga , qui était présent, fit obssrver 
malicieusement qu'en prenant pour base la règle qui 
ordonne de dépenser en aumônes la quarantième par- 
tie de sa fortune, ses cousins devaient être riches 
d'une somme de quarante mille bourses. Souleûnan- 
aga avait été l'ami de Kalaîlikoz-Âhmed ; mais, trompé 
par le faux bruit qu'avait répandu l'intrigant Baltadjt 
Mohammed, l'un des confidens intimes du grand- 
vizir, sur l'intentioa qu'avait ce deroier de rappeler 
d'Egypte le précédent kiziaraga Yousouf , il était devenu 
son ennemi secret. Mohammed , le kapitan-pascha, 
avait été le camarade de KalaOikoz , dans le temps 
où ils habitaient ensemble le serai en qualité de bal- 
tadjis ; rusé el intrigant, il avait exercé dès cette époque 
nne grande influence sur l'esprit simple et lourd de 
son ami. Devenu grand-écuyer, le précédent grand- 
vizir, Damad Hasan-Pascha, gendre du Sultan, avait 
déjà essayé de l'éloigner de ta cour, mais ce projet lui 
avait valu une destitution. Ëlevé par le nouveau grand- 
vizir à la dignité de kapitan-pascha, Mohammed paya 
son protecteur de la plus noire ingratitude, et prépara 
sous main sa ehute. Ponr y parvenir, il se lia avec 
Osmanaga , qui , employé d'abord comme kiaya da 
grand-vizir, avait ensuite été éloigné avec le titre da 
grand'écuyer, et qui depuis brûlait de venger ceU« 



,,-.rihyGOO^IC 



injure. Bakadji Mohammed, en récompense de son 
zèle, loi promit le ministère de l'intérieur. Ausàtôt 
qu'il fut certain de l'inimitié du kiziaraga contre le 
grand-vizir, il ^'attacha à diviser les cliens du moufti 
et ceux de Kalaîltboz Ahmed ; loin de se douter du 
[nége qui lui était tendu , te grand-vizir s'acharna 
contre le moufti qu'il d^onça an Sultan comme fau- 
teur de Iroofates. Ahmed lil l'ayant invité à prouver 
ce qu'il avançait, Kalatlikoz répondit que la voix po- ■ 
blique accusait baoïemenl le moofti. Une pareille ré- 
ponse dut être d'autant plus désagréable au Sultan 
que le grand~vizir avait commis l'imprudence de faire 
valoir sa participalion à la dernière rébellion , «4 de 
se foire nn mérite d'avoir adnsi contribué h son avè- 
nement. Ahmed ayant demandé au kiziaraga ce qu'il 
pensait de ce bruit , ce dernier saisit celte occasion 
pour se vmger, et assura au Sultan que tout cela étut 
nne calomnie du grand- vizir; en même temps , il in- 
forma le moufli de l'accusation portée contre lui. 
Baltadji Mcdiammed, pour mieux assurer la perte àé 
son ancien camarade , lui consalla de répondre an 
&iltan , dans le cas où il renouvellerait sa premi^ 
question , qu'il teo^ ses renseignemens de l'état- 
major dra janissaires. Malheureusement, le grand-vizir 
suivit de point en point ce conseil perfide. Le Sultan 
s'adressa dés-l(H^ au kapitan-pasdia, qu'il savait avoir 
de nombreuses relations avec les janissaires; Mobam- 
med-Pascba demanda nn jour de délù, afin de poa- 
TCHT répondre avec pleine connaissance de cause. II se 
rendit chez le premier lientenant-général Tortoumli, 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIBE OTTOMAN. 167 

lui découvrit, sous le sceau du secret, que le grand- 
vizir avait calomnié les janissaires auprès du Sultan, 
qu'Âfamed lui avait destiné la place de Kalaïlikoz, et 
qu'il lui promettait de l'élev» à la dignité d'agade 
celle milice, si, questionné par le'SnIlan, il afBrmait 
q/aa le grand-vizir avait excité t'état-major à se eou- 
]ever et qu'il les avait tous gagnés h l'exception de lui 
seul. Tortoumli accepta, et, le lend«nain, le kapitan- 
. pascha manda au Sultan qu'il était sur les traces de 
menées secrètes , mais que le HetAenant'gén^l des 
janissaires Tortoumli s'^il borné à Ira donner quel- 
ques rmseigoeraents saw voidoir lui confesser le tout; 
ce qu'B avait dédaré ne vouloir faire, que s'il ^1 ^it 
requis par te Padiscbah lui-même. Lorsque Tor- 
toumli comparut devant le Sultan, il dàhita hardiment 
le mensonge que lui avwt soufOé le kapitffli-pasofaa. 
A la suite de celte «itrevue, Âbmed III fît redemandai' 
le sceau à KakïlSïoz Àlnned-Pascha pour le remettre 
au roté McÂtammed (§5 décembre i 70^. — §7 sobA- 
ban 1116)'. 

Mohammed , plue particuli^'ep)«it connu sous le 
nom de Battid^ (le fcndeur de bds), bien qud 
son prédécesseur eût été employé, comme lui, ea 
cette qu^^ dans le aeniï, fut l'iatrig^nt Je ^g 
adroit et le plus dangereux entre tous les gr&nc^ 
vizirs dont il soii fait otention daus^ks annale otto- 
manes. Circonspect et rusé, il chercha les principaux 
appuis de sa puissance, dans ceia-1à mdbie qui In 

• RasctiJd, l[,f.38-40, raconte celt« intrigue daD»lw|!iiKpWid*fUtub. 



,,-.rihyGOO^IC 



i68 BISTontE 

avaient servi d'instniment pour y parvenir. Le pre- 
mier lieutenant-général des janissaires Tortoomli fut 
nommé aga de cette milice; le grand-écuyer Osman, 
ministre de l'intérieur, comme on le lui avail promis ; 
le âlihdar Afaaza So'uleïmanaga sortit du serai avec le 
grade de vizir à trois queues de cheval et te diplôme 
de gouverneur de Halêb; le renégat français . Jouvin 
de Mazarques, originaire de Mat>seille ' , d^uis Ab- 
dourrahman, fut promu au grade de kapiian-pasdia; • 
le premier valet de chambre Ali, plus tard grand- 
vizir*, prit la place d'Abaza Souleïman en qualité de 
silihdar, et Ali de Tschorti, qui parvint par la suite, 
comme le précédent, an premier poste de l'Empire,' 
fut rappelé de THpoli en Syrie pour siéger parmi les 
vizirs de la coupole. Le tsi^aousch-baschi , Tûrk 
Ahmed, fiit destitué pour n'avoir pas su vivre en 
bonne intelligence avec le kiayab^ Osman, tl pour 
avoir, non-sentement proféré , en plein divvan . des 
injures contre son adversaire , mais m^e provoqué 
une lutte à coups de poings et tiré lesabre du fcnn-reau. 
Ce fut pareillement une querelle avec le luayab^ 
Osman qui fit éloigner des aflaires le deflerdar Hac^ 
Mobammed-Efendi , l'historien. Cependant, un mots 
après, il y rentra pour la quatrième fois, avec le titre 
de ministre des finances. 

Sélim-Ghiraï, après avoir été investi à quatre re- 

■ itoppott de Talmui et La Hotnje, I, p. 3TS. Ce demi» le dit fil^ 
d'une bouchère de Ifarseille. 

> Il resia snr le champ de iMliille de Peterwardein ; c'élait le proledeu 
delUucUdl'Uiteleii. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 169 

prises différentes ' du pouvoir suprépie en Ciimée et 
avoir r^né dans ce pays pendantvingt -quatre ans, était 
mort le 33 décembre 1 7 Oà (M schàban i i 1 6). 11 avait 
laissé dix Bile» et dix fils ^ dont l'un, Ghazi-Ghiraï, 
lui succéda dans la dignité de khan ; Kaplan-Ghiraï, 
son frère, fut nommé katgha. La Forte dioisil., pour 
remelti'e an premier les insignes de sa nouvelle di- 
gnilë et l'installer sur le siège ducal que son père avait 
occupé non sans gloire, le grand-chambellan, qui fut 
à celte occasion nommé beglérbeg de Boumilie. Le 
nom de Ghaii-Ghiraï est célèbre dans l'histoire otto- 
mane par la brillante valeur qu'il d^loya le jour de 
la bataille de Kossovo, et par les poésies qui ont fait 
admettra sa biographie parmi celles des poêles de 
l'Empire *, 

La mort de Sélim-Ghirtâ précéda de peu celle de 
deux autres hommes non moins imporlans. Le pre- 
mier, Âhmed-Pascha le Russe, surnommé Kowanos 
(la ruche aux abeilles), que les rebelles avaient placé 
ai la tète des afiàires , mourut âgé de cinquante ans 
dans son gouvernement de Lepanto, où, depuis son 
renvc» de Khios, il avait été relégué^. Ijè second. 



< La premier* foTi dii-tqil ans , ID seconde foJs sii acis oiue mois, la 
troisième fois six sng S mois et la qualiiètac fois deux ans ODxe iums, 
Sebetteyar, t. 203. 

> Dewlel-Ghiral , Seadet-Ghiral, Schehbax-Ghiral , Gbazi-Ghiral, Ka- 
ptan-Ghirai, HeogUi-Ghiral, UaLssond-GMral , Safo-Ghiralj SahilMSblral, 
Aadil-GhiTai. Sabtueyar, t. 205. 

3 Ghad, BiograjAiu dtSafityi, Ik 101. 
. 4 Biogr^wda gruds-lizin, parDilnnnigazadéOina'.Baschid,!!, 
f. «. 



,,-.rihyGOO^IC 



■ 70 HISTOIRE 

Tabya-£fendi, juge d'année de RotaniKe et rds des 
ool^nas , sprés avoir ocoqié , comme son père 
Salih, la place de premier médecin du Snltan, el, 
avcnr été investi trois fois de la dïgfùté de ji^ 
de Roomilie, monnit le â mai 1705 (8 ntoharreni 
1117). Homme d'un esprit droit et peu façonné aux 
manières de la cour, Yahya-£fendi ne pot j»nais se 
résoudre à feindre en matière politique '; déjà, sous 
le régne de Soulernian li, il avait déjoné par sa fran- 
diise les intrigues du kiziaraga qui, après la conquête 
de Belgrade , avait projeté la chute du grand-viur 
Moostafa Kœprûlû. Yahya â'était rendu alors, à la 
tète des oulémas, au serai, où , sans vouloir écouter 
les remontranc» .du kiziaraga, il ^it allé jusque 
dans l'appartement du Sultan lui demander une sen- 
tence de mort contre t'iiririgant kiziaraga ; celai-ci, 
duis cette circon^nce, n'avait eu que ta ressource de 
se jeter aux pieds de Soulaiman , qui s'était contenté de 
l'éldgner de sa personne. 

Le khan Ghazi-Ghiraï était h peine installé en 
Crimée, que la Porte lui envt^a l'ordre de réunir 
à Bender' ses troupes à celles du gouverneur d'Ocza' 
kow, el d'agir de concert avec loi dans le cas oà 
l'avis parvenu à Otnatantinople du pn^t conçu par 
les Russes de prendre Camieniec, viendrait à se con- 



I iïi/ïM4-«inr ne Ué ondan Utartaj keîam HfvnvMiiA «ti« tMemtdigi 
adtanéberaimattlahatixliarihoumileutwtdiouhttmaiédii e'Mt4t-dir«, 
aDcnne parole ne sartil de h bouche um avoir «n bot , et ses iMnières 
CDTH's ceui qn'B djlestail pour leur itéglIgciKC dMu ta* affciTn,.u'étdMil 
pas bienveillanleSi 



,,-.rihyGOOt^lC 



DE L'EMPIRE OTTOMAH. .71 

firmer. En attendant , B^at^i Mohammed ordonna 
au ka[Mtan-paacha de prendre la mer arec neuf ga- 
. 1^^ et dix galions, afin de hâter par sa présoice 
J-'achèrement des fortifications du nouveau chàteaa 
que l'on construisait à l'entrée du détrtMt de Taman 
dans la mer d'Azof. 

Peu de temps après (§3 juillet 1705 — 1" rebioul- 
akhir 1 H7) , on reçut de iSyrie une autre nouvelle 
Ëtcheuse. hs gcuvernenr de Damas , Houseïn-Pascha 
Firari {iejuyard) , avait marché contre le scheïkh de la 
tribu Kolrâb, qu'il poursuivait de sa haine d^uis l'é- 
poque oà il avait pris possession du gouvernement dé 
Tripoli ; sur le refus fait par i'emirCHiI-hadj de se join- 
dre à lui, Hous«n avait attaqué seul les Arabes supé- 
rieure ep nombre et avait péri dans sa fuite, justifiant 
asH, jusqu'au dernier moment de sa vie, son surnom 
de fuyard '. Au reste, il était rare qu'il n'y eât pas 
habîlu^ement quelques hauts fonclicmaaires méritant 
le surnom Aejtrari ou fuyards. Un an après la mort 
de Hooseïn-Pascha , l'emiroul-hadj lui-même , Mo- 
bannned fils de Gourd Beïram, s'enfuit de Syrie en 
Crimée; IVlaabé Mahmoud-Efendi , l'un des signa- 
taires d'une piaille qui (ut adressée au Suhan contre 
te grand-vizir Baltadji, sut se soostraire à la surveil- 
lance du tschaous<^,chargé de le omduire en eiil à 
Sinope; le percepteur de la capîiaiion de Sdanik 
s'échappa également à Gonstanftnoirfe de la maison du 

< Rucbid , II , r. 45. Les Béni Kolelb foimiissaienl , k la carmne des 
pèlerin» , les cb«neaai nécessaires poor te transport des marehandnes et 
^pOTteoteo langae Ineque le Dom de Solma «teo arabe celui de 5aïma, 



,,-.rihyGOO^IC 



172 HISTOIRE 

tschaousch qui devait le livrer aux mains de la jus- 
tice. Deux années plus tard, le plus renommé entre 
tous ces fuyards, le vizir Hasan-Pascha, un des prin- 
cipaux chefs de la dernière rébellion , fut frappé à- 
son tour. Sur son refus d'accepter le gouvernement 
d'Egypte, il expia son ambition immodérée, car il ne 
visait à rien moins qu'à remplacer le grand-vizir ; sa 
tête fut livrée au bourreau. 

Balladji Mohammed, qui n'avait dûqu'à ses intri- 
gues soa élévation au grand-vizirat , devait bientôt 
quitter le pouvoir comme il y était arrivé. Il était doué 
d'oaesprit fin et subtil, qualité nécessaire pour saisir 
et conduire le B1 d'une intrigue , sans que ses talens 
administratifs dépassassent les bornes de la médio- 
crité. Mais, outre qu'il était incapable de conduire les 
affaires d'une haute importance , il négligeait sciem- 
ment les affaires courantes, afin d'en rejeta- la faute 
sur les intimes du Sultan , le silihdar Ali et le secré- 
tûre du cabinet, Ibrahim, qu'il avait le plus grand 
intérêt à éloigner du serai. Ahmed III, déjà mal dis- 
posé ra sa faveur, car il savait quelle intrigue avait 
déterminé la destitution de l'aga des janissaires Tor- 
tourali, voulut l'éprouver et lui demanda d'où prove- 
nait le désordre qui r^nait dans l'administration : 
« Il est impossible de bien gouverner, dit Baltadji , 
» quand on n'est point secondé ; pour bien labourer, 
» il faut une bonne paire de bœufs ; » il désignait ainsi 
le silihdar et le secrétaire. Mais ceux-ci s'étaient fait 
des partisans du moufti et du kizlaraga qui, ne pou- 
Tant plus douter de l'incapadté administrative dii 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 17$ 

grand-vixir, saisirent l'occasàon d'en ^instruire le Sul- 
tan. Balladji, qui n'ignorait pas le danger dont il était 
menacé , crut pouvoir le conjurer par de nouvelles 
intrigues, mais cette fois il se prit dans son [H^pre 
piège. Un de ses agens ,, habile imposteur , Amber 
Mahmoud, adressa une supplique anonyme au Sultan; 
dans cet écrit, l'auteur, après s'être plaint da secré- 
taire du cabinet, terminait en disant que s'il fallait eu 
croire les calculs cabaii^iques, la tranquillité s«^iC 
impossible , ausû longtemps que ce deruier resterait 
en place. Gagné par l'appât d'une récompense de dix 
bourses d'ai^nt , le muet Mohammed , un des con- 
fidens du Sultan, lui remît cette supplique qu'il dit 
avoir été jetée dans son appartement, et proposa de 
nommer un baltadji à la place du prétendu coupable. 
Mais Ahmed III , qui avait surpris le secret de cette 
intrigue, chassa le muet du serai, força le balta4ji à con- 
fesser la part qu'il avait prise à cette machination, et 
destitua le grand- vinr. Il le fil appeler dans le kœschk 
du jardin central , où le kiziaraga lui demanda le sceau 
impérial qui fut aussitôt remis, au silihdaraga , Ali de 
Tschorli (3 mai 1706 — 19 moharrem 1118). Le 
bannissement de Balladji Mohammed dans l'Ile de 
Khios fut commué , sur l'intercession du secrétaire 
Ibrahim , celui-là même dont il avait juré la perte : il 
fui envoyé à Erzeroum avec le titre de gouverneur. 
Le nouveau grand-vizir, fils d'un laboureur ou 
d'un barbier de Tschorli ', qui, du rang de pge s'é- 

' Fils d'uii laboureurde Cbouriou. •PaulLucu, weonef wi/tiirii, I, p. 110} 



,,-.rihyGOO^IC 



■ 74 HISTOIRE 

tait élevé à cehiî de tschokodar, de silUidar, pins de 
vizir et de ^»ïm^lfcî^In , avait passé de ce dernier em- 
ploi à celui de gouverneur de Triptdi. A sqd retour 
de Syrie, il avait repris, pour la aeconde fois, les fonc- 
lioos de »Iihdar; il fut revêtu, avec le céFémooiai 
usité , de la kapanidja ou prisse de zibeline noire à 
large collet, ornée d'aiguillettes en or. La première 
dépêche de quelque importance que reçut, à son 
entrée en f<»ctions, Ali-Pascha de Tschorli, lui an- 
n<Hiça le soulèvement des tribus arabes voisines de 
Bassra, qui de nouveau valaient de refuser obéissance 
aux paschas-goQvemeurs des provinces situées sur 
les bords de r£u[4irate. Les révoltés étaient les Ara- 
bes du désert de la grande tribu des Monlefik , qui , 
même avant la conquête de Bassra parles Ottonans, y 
possédait quatre villages. Souleïman le Légidateur, 
en les ccMifinnant dans leurs anciennes possessitMis, 
avait institué un corps de quatre cents cavaliers pris 
dans Imr tribu , et qu'il avait chargés de la garde des 
champs et des villages d'alentour; depuis celte époque, 
les habitans de ces villages payaient au trésor un impôt 
de deux abasis (l'abasi compté à quarante aspres) par 
cent palmiers , et d'un abasi par arpent de terre. Cet 
impôt, qui produisait annuellement au trésor du pascha 
une somme de soixante-dix-huit ou quatre-vingts 
bourses, était perçu par les gouverneurs, qui remet- 
taient, tous les ans, avec des vêtemens d'honneur, cinq 



Cantemir Ahmed III, n. f. dit qu'il était fib d'un barbier de ChioarioD. 
LtKotrSfe, I,p,3T5. 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OrfOMAN. i,5 

cents tomang (le foman à raison de saze piastres) aux 
cavaliers arabes des Monlefiks , chargés de protéger 
les habitans de celte contrée et de veiller sur leurs 
récoltes. Outre cet impôt, les Monlefiks payaient en- 
core, à titre de fermage , une somme annnelle de trois 
oa qoatre cents bourses pour avoir le droit de cultiver 
les lies de ]'Euphrate.Mais, pendant la dernière guerre 
(1690 ~110â), le gouverneur deBassra, Abraed- 
Pascha, s'était approprié ces lies, et avait tellement 
opprimé les sujets ottomans, que, s'étant levés en 
masse, ils l'avaient massacré lui et ses troupes '. Ses 
BuccesseurB, B^adé Ali-Pascba et Aschdji Moham- 
med-Paseha , ne parent rétablir la perception de ce 
fermage; et, lorsque le moulezelim (administrateur 
provisoire) du nouveau gouverneur, Khalil-Pascha, 
refusa de payer la solde des cavaliers gardiens du ter- 
ritoire avant l'arrivée du pasdia, la lutte recommença 
avec plus d'acharnement. Vaincus quatre fois par le 
kiaya de Khajil-^scha , le chef des Monteflks , le 
scheïkh Maghanis, se vit obligé d'implorer le pardon 
du vainqueur. Celui-d , après s'être consulté avec les 
ScheîUis des tribus Idris et Raschid, désigna dans 
cette dernière le scheïkh Nassir pour coramiînder 
aux Arabes montefiks; mais la tribu, ' h l'instigation 
du sdieïkh Mc^jbanis , ayant refusé d'accueillir ce 
Nassir, le kiaya du gouverneur entra pour la cin- 
quième fois en campagne contre tes Arabes du désert 
et les déBt dans deux rencontres. Comme on corn- 



■ JTourban otdi. Bucbid, Il , f. 47. 



,,-.rihyGOO^IC' 



176 HISTOIRE 

mençait à manquer de vivres, une partie de l'année 
ottomane se dispersa ; les lewends à cheval retournè- 
rent presque tons à Bagdad , et il ne resta plus an 
kiaya que quelques milliers d'hommes. £norgueilK 
par ses succès précédens, il marcha néamoina avec ce 
faible corps contre l'ennemi qui lui était de beaucoup 
supérieur en nombre ; mais il expia sa témérité par 
une défaite signalée. Dès- lors , les vainqueurs se jetè- 
rent , comme une nuée de sauterelles , sur Bassra et 
ses environs , et ravagèrent toute la contrée. Aussitôt 
qu'on eut connaissance de ces événemens à Constan- 
tinople, le nouveau grand-vizir nomma le gouverneur 
de Bagdad serasker de l'année destinée à réduire les 
tribus rebelles. 

L'arrivée au pouvoir d'Âli-Pascha de Tschorli fut 
marquée, comme celle de tous les grand'Vizirs ses 
prédécesseurs, par de nombreuses mutations, surtout 
parmi les vizirs. Ce fut ainsi qu'Ibrahim- Pascba, na- 
guère internonce de la Porte à Vienne, passa au gou- 
vernement de Négrepont , et Kœprulùzadé Nouou- 
man, plus tard grand-vizir, à celui de Candie. 

L'impression produite sur l'esprit du Sultan par 
les événemens qui compromettaient depuis deux ans 
la tranquillité des frontières au nord et au sud de 
l'Empire, fut en quelque sorte effacée par le senti- 
ment du bonheur qu'il éprouvait comme père. Il 
avait eu, dans les trois premières années de son règne, 
six enfans', dont trois filles et trois fîls. Ses trois 
fils, Mohammed, Isa et Àli, étaient morts, lorsque la 

■ Faliroa, Holiainin«d , IsS , Khadiilji! , R.ikiy^ e; Wlirh, 



D,gn,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 177 

naissance du prince* Sélim, issu d'une esclave russe, 
donna Heu à de nouvelles réjouissances qui reçurmt 
un éclat particulier de l'arrivée d'ambassadeurs des 
piûssances étrangères, chaînés soit de féliciter le Sul- 
tan au sujet de son avènement , soit de notifier à la 
Porte celui des princes, leurs maîtres. A cette époque 
de sa vie, Ahmed III changeait de palais suivant les 
saisons; tantôt il habitait le palais de l'arsenal , tantôt 
celui de Karagadj, situé l'un au centre, l'autre à l'ex- 
tréniité|du port deConstantioople. Quelquefois, il allait 
visiter la collection des harnais impériaux qui est 
fermée avec son sceau. Dans ces circonstances, il mar - 
chait accompagné seulement de trois de ses confi- 
dens, les porteurs du sabre, du manteau et de l'étrier , 
de trois grands officiers de la cour et de l'État , savoir : 
le grand-écuyer, te grand-vizir et le deflerdar, et de 
quatre autres personnes. Souventaussi, il se rendait au 
bassin de l'aqueduc de Constantinople pour y passer 
quelques jours dans la société des femmes du harem 
et de la Walidé. Pendant que le kiaya du grand-vizir 
l'y traitait avec magnificence dans le kœschk de la 
sultane-mère , et qu'il s'y abandonnait au plaisir que 
procure une nature florissante et majestueuse, une nou- 
velle rébellion menaçait d'éclater à Constantinople 
(2 juillet 1 705 — 10 rebioul-ewwel 1 1 1 7). Les janis- 
saires et les sipahis, irrités de la disparition d'un grand 
nombre de leurs camarades accusés d'avoir pris une 
part active à la dernière révolte, s'étaient rassemblés 
dans la mosquée du sultan Bayezid, et, prenant pour 
point de départ le marché aux Viandes, parlaient d'aller 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



i;8 HISTOIBE 

s'établir (bos la mosquée centrale. Four conjurer l'o- 
rage-, le grand'vizir rappela ea toute hiie le Sultan 
et le lûaya dans la capitale , que vingt mille janissaires, 
listes 0dèleB , avaient promis de défoidre contre 
les rebelles ; d'un autre côté, les bostandjis se mon> 
traient Clément disposés à préserver le serai contre 
leurs agresHona. En efiet , conduits par le kiaya et 
l'aga , les janissaires parvinrent à disperser les re- 
belles ; un petit ncMubre ' d'entre eui , saisis les armes 
à la main , furent immédiatement eiécutés, ^ deux 
vizirs de ht coupole, le nischandji Houseîn-Pascha ^ 
le précédent grand-viair, gendre de Hasan-Pascha, 
tous deux soupçonnés d'intelligence avec les rebelles, 
furent envoyés en exil, le premier à Kos, le seccmd k 
Lemnos. 

Ainsi affermi sur son trône , le Sultan reçut avec 
la plus grande bienveillance l'ambassadeur persan 
Mourteza Koulikhau, gouverneur de Nakhdjiwan, 
chai^ de le féliciter sur son avènement. La Porte lui 
assigna pour logement le palais de Schah-Khoban , 
d'où , au premier paiement de la solde des troupes , 
il fut conduit, avec le cérémonial usité, à l'audience 
du Sultan (15 janvier 1706 — 30 ramazan 1117). 
Avant son départ, le grand-vizir lui donna un fe^n 
près du châleau d'Asie du fiosphco^, dans la maison 
de campagne d'Âmoudjazadé Housan Kceprùlii. Une 
musique bruyante et la beauté du site firent les prin- 
cipaux frais de cette fête : car Bcstaodji M(4iam-> 



I U Hotiai« dit 50, 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIHE OTTOMAN. 179 

med-Fascha teiiait à loi ^^ver qae la beauté des 
rives du Bosphore surpassait celle des jardins si re- 
nommés de Tficharbagh et d'Islahan, et que la ma- 
sique tufque était supérieure à celle des Persans. 
L'arrivée d'un ambassadeur du prioce des Ouzbe^ , 
et , un mois plus tard (5 juîb — SS safer) , celle du 
nouveau baile vénitien Ruzzini, chargé de renouveler 
le traité de paix avec la Porte * , préoccupèrent ensuite 
l'altentiOD de la capitale. L'envoyé de Baguse qui, 
outre les félicilations du sénat, apportait le tribut ar~ 
riéré des irois dernières années , s'élevant à douze 
mille ducats ', fît son entrée à Constantinople. con- 
jointement avec l'internonce autrichien et ambassa- 
deur extraordinaire. M, Quarient de Rail (22 octobre 
— j redjeb). le dernier avait pour mission spéciale de 
notifier à la Porte l'avènement de l'empereur Jo- 
seph I'', et de l'assurer du désir qu'avait son maître de 
voir s'affermir de plus en plus la bonne harmonie 
qui régnait entre les deux nations. Quarient, à l'exem- 
ple de plusieurs de ses prédécesseurs , avait voulu 
faire son entrée dans Constantinople au son des trom- 

' Eascbid, I[,f. 49.D'aprèEleraiqHtrl de Quarient, l'ambassadeur vénU 
tioh eat soa audience le 13 octobre, simuttandnent avec l'ambassadeur de 
Raguae; Bsjchid dit le S redjeb, ce qui fait une erieur de deuijoun. 

' Raschid, f. 50- Vojei auesl relation von dem, den il. Maj/ iï06 
ausser Slangement beschehenen Empfang des flm. Hofgriegiratb» vnd 
exlTooTdineren Gesandtem , Edlen von Quarient v. EaU , auf der 
JfilfwAner Biblioiheq .■ er hall» aaeh ein Credtniiale fïir Maurocor- 
dato : LilteTiB fiditeiarice Jotepki I, ad Mawocordatum pro Inlermmtia 
extraordinario Quarient 25. Fevr. 1T06. Si. R. Dos larcq. Credén^ 
ticde (m H. Aanh. tind in dem grotien Intcha Sami'i Nro. 476. 
StIvHben de» Groineeiirt, ebenfalU im B. ÀTeh, 

D,gn,-.rihyGOO^IC 



pettes, mais la P<Mrte s'y était opposée, en pr^exlant 
le deuil où la cour venait d'être plongée paria mort 
des deux plus jeunes princes Jsa et Ali ■ . Pendant son 
s^our à Conslantinople , l'internonce autrichien se 
concerta avec le grand-vizir, au sujet de l'institution 
d'unecommission chaînée de régler les différends qui 
s'étaient élevés entre l'Autriche et la Porte, par suite 
de la capture d'un navire dans le port deDurazzo, 
du pillage commis à Kecskemet au préjudice de quel- 
ques négocians turcs , et de la construction de plu- 
»eurs tschardaks sur la frontière ; toutefois , ce fut 
trois ans plus tard seulement que ces difficultés furent 
aplanies dans une conférence entre le baron de Ne- 
hemb , commissaire autrichien, et le pascha de Bel- 
grade, chargé par la.Porle de suivre cette affaire ". 

L'activité du diplomate autrichien s'employa sur- 
tout à faire avorter les projets de l'ambassadeur fran- 
çais Ferriol , qoi avait mis tout en œuvre pour bien dis- 
poser le diwan en faveur de Rakoczy et qui soutenait 
de tout son crédit les rebelles hongrois. ABn de gagner 
à sa cause les ministres de la Forte et le Sultan, Ferriol 
avait rédigé et fait traduire en langue turque trois 
mémoires qu'il envoya au Sultan par l'entremise du 
moufti et du kizlaraga. Dans uu de -ces mémoires, 
écrits en forme de dialogue, l'auteur, dans la bouche 
d'un Persan nommé Ali et d'un Ottoman nommé 
Mousa, blâmait en termes sévères, mais mesurés, la 

■ IM, mort le lOsafer Ill8(24iiiai 1706), et Ali, mortleSdjemaiiou] 
•kbir (12 septembre 1T06). 

■ L'iuatrunieal poKe la date du 13 mobanem 1121 (25 mars 1709}. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIUE OTTOMAN. i8i 

politique indécise du grand-vizir ' qui, disait-il, pos- 
sédait tous les vices , n'avait aucune vertu , et se dé- 
chaînait contre la Hollande et l'Angleterre. Les es- 
pions - que Quarieot entretenait dans la maison de 
Ferriol et dans le harem caètae du ministre de l'inté- 
rieur de la Porte, étaient, d'une part un minorité et 
un jésuite, de l'autre une renégate allemande, du nom 
de Fatima '. L'ambassadeur français appuyait de tout 
son pouvoir les envoyés de Aakoczy, Papay et Hor- 
vath, qui, arrivés avec le missionnaire protestant Sco- 
lontai , quatre mois avant l'internonce d'Autriche , 
avaient été logés dans une maison appelée Magyor- 
Serai, à Balata, faubourg de Conslantinople , où l'on 
trouve à chaque pas des tavernes et où une populace 
ivre s'abandonne aux plus hideuses débauches; c'était 
là que logeaient autrefois les ambassadeurs transyl- 
vaniens. Avant de se rendre à l'audience du Sultan, 
où ils se montrèrent habillés en Turcs et non pas dans 
leur costume national ^, ils avaient rerais au grand- 
vizir on présent composé de deux mille ducats et de 
deux gros lingots d'or fin, au kiaya trois mille ducats, 
&. au kiziaraga de la Walidé quelques barres d'or 

1 Rapport de Qiurient, du 24 octobre 1106. LatradactioD lurque h 
IrouTe encore à Comiantbople. 

o Dit Erfahmiis xeuget , dan die tUrt , MinUtTi , (com n> gtm»i- 
nigliah unter «inonder verborgen halttn, oft in ihrem Harem oder 
Cynecaei* ihren Frauen «rxMien, aleo tst eine gewieie teatiche Titr- 
àhin, Fatma gênant, velcht 6et dmten Frauen dts Grouvieiiri, uinti 
Chyi^a, tmd vertcUedenen anderen vomehmben TUrihen den Zuîrilt 
gefundm, taeleheT monatHehi2& Vtaier gtreicht vierdm. 

i LaHotnje, 1 , p. 378, et le JfaiRpori de TalDUD. 



,,-.rihyGOO^IC 



iSa HlSTOll^ 

fiD. A l'âodirace , ils présentèrent au Sultan un mé- 
moire dirigé ccmtre l'Empereur, le prince de Valacbie 
et le Czar ; ils accusèrent ce dernier de vouloir sub- 
juguer la Suède et la Pologne (â6 juillet 1706). Le 
rals-efendi, le savant persan Eboubekr, qui avait 
assisté au dernier àége de Vienne et qui connaissait 
la turbulence ambitieuse des rebelles hongrois', se 
montra bien moins disposé en leur faveur que son suc- 
cesseur Abdoul Kerim-Efmdi, bomme d'un esprit 
inquiet. Celui-ci favorisa de tout son crédit b nûs- 
ûon du renégat italien Ahmed (l'ingénieur Golappo 
de Modène) , homme qui possédait parfïiil«nent les 
langues allemande, hongroise et turque, et qui avait 
dirigé naguère les ccmstrucUons du cèàteau de Yeni- 
kalaa, à l'entrée du détroit deTaman'. Il accordaht 
même protection à l'agent français Desalleurs, qqe la 
cour de France avait chargé de subsides pour Ra- 
koczy, auprès duquel il avait été accrédité en qualité 
de commissaire, comme Ferriol l'avait été autrefois 
auprès de Tœkœli. L'année suivante, on vit arriver à 
Constantinople une nouvelle ambassade de RaJioczy 
chargée de lettres pour le Sultan et de préseus poiw 
le grand-vizir, son kiaya, le moufli et Maurocordato. 
Le [H^nt destiné au pr«nier consistait en quaranle- 
cinq livres d'or, celui du kiaya en dix livres d'or ; 
les deux autres reçurent dix mille ducats. Dans sa 
lettre, Rakoczy annonçait à la Porte que la diète de 
Hongrie, convoquée à Onod, avait déclaré l'empe- 



■ ta Hotnje, I, p. U3. Apport dsTdiun. 



,,-.rihyGOO^[C 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. iW 

reur Jose]^ I" décha de ses droits sar ce ps^, et 
qu'en aHeadant la constîlution de la Hoi^;rie en mo- 
narchie ou en république, Ini-mëme en avait été pro- 
damé r^eot; enfin que la Transylvanie l'avait reconnu 
pour son prince. Il mandait en outre que le roi de 
Suède, Charles XII, avait pris le parti des proteslans 
et armait pour défendre lenrs droits. 

Malgré ta constante surveillance que la Porte eier- 
çait alors sur les méandres mouvemens de Pierre-le- 
' Grand et l'attitude menaçante que gardaient l'un en- 
vers l'autre les souverains des deux emi»res, suriont 
depuis la construction de quelques forte sar les fron- 
tières, on en vint cependant à une délimitation défini- 
tive du territoire ', mais ce ne fat qu'après de longues 
discussions entre les commissaires turcs et russes : car 
les premiers voulaient assigner pour limites- à la Rus- 
^e les rives du Dnieper, tandis que les Busses pré- 
tendaient reculer ces limites jusqu'aux rives Ùa Bog. 
Cependant, la Forte ne se crut pas en sûreté par ce 
traité , et une flotte compc»ée ds galères p»fait tous 
les 3sa, comme par te passé, poor la Mei^Ncwre, avec 
mission de surveiller tes ctMSiructions que faisait Ëiïre 
le Czar dans ces parages ' (33 oc^l«'e1705). 

Vers le même ten^, la Pologne envoya GuFski à 
Constantinople , en qualité d'ambassadeur , dan» le 
aetà. bul de resserrer les liais d'amitié qui unissaient 

' Vo;eidnttB(WiI(<Hrf<>n>«%MdelMta]tlftanveiitiMidalnU 
de Belgrade de l'année 1739. 

> Le Sapport de Tahnan, dn mois de septembre ITOT , Domine les chik- 
teaui constiuils ou en conetiuction ; Jersch , Oesi , Kerscb et Adjou. 



,,-.rihyGOO^IC 



i84 HISTOIRE 

la Porte et la République , et sans le chaîner d'aucune 

négociation spéciale '. 

L'ambassadeur français près la Porte, fidèle à la i>oli- 
tique de Louis XIV, ne cessait de prêter l'appui de tout 
son crédit, tantût aux protestans rebelles de Hongrie, 
tantôt aux jésuites, comme les plus fermes soutiens des 
catholiques, sujets des Ottomans ou résidant en Tur- 
quie. Trop faible pour résister aux instances de ces 
derniers et cédant à leur influence, Ferriol fit enlever 
de Khios le patiiarche grec Avedick. Ce Grec, élevé 
au patriarchat par l'influence de la société de Jésus, à 
laquelle il avait promis d'être toujours favorable aux 
catholiques ,. n'avait cessé de les poursuivre avec le 
plus grand acharnement depuis son élévation au siège 
patriarcal. Avedick fut embarqué sur un vaisseau de 
guerre et conduit en France , où il fut secrètement 
retenu et d'où il ne revint jamais. Cet enlèvement fut, 
pendant tout le grand-vizirat d'Ali , la cause d'une 
mésintelligence continuelle entre lui et Ferriol ; car 
l'un ne se lassa pas de réclamer le patriarche, et l'au- 
tre de nier sa participation à cet acte de violence. 
La disparition d'Avedick eut pour résultat immédiat 
de nouvelles persécutions dirigées contre les catho- 
liques arméniens et la mise à exécution de mesures 
sévères contre les pères de la société de Jésus. Ceux- 
ci qui , autrefois, avaient poursuivi le patriarche grec 
à Constantinoplc à cause de l'établissement d'une 
imprimerie, furent persécutés à leur tour pour avoir 

■ Le Rapport de Talnun de l'aonée ITOT. Gurskî eut ton ludience de 
congé le 5 Mptembre JIOT, 



n,gn,-.^hyG00^lc 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i85 

fondé ane imprimerie arménienne qui, sons la pro- 
tection de l'ambassadeur français, répandait des libelles' 
contre le patriarche et les Arméniens non catholiques. 
lie grand -vizir fît activement surveiller la maison des 
jésuites et arrêter tous les Arméniens qui s'y ren- 
daient on qui en sortaient Soixante d'entre eux fu- 
rent envoyés au bagne ou aux galères- Le même sort 
attendait les deux patriarches arméniens de Constan- 
tinople et de Jérusalem , pour avoir permis aux jé- 
suites de prêcher dans les églises arméniennes ; dé- 
noncés par les prêtres arméoiens schismatiques , ils 
furent enlevés de la maison du patriarche, àBalata, et 
conduits au bagne. Tschorli Âli-Pascha menaça le 
supérieur des jésuites du même traitement , dans le 
cas où te patriarche Avedick ne serait point ramené . 
à Constantinople. Un khatlîschérif du Sultan leur 
défendit toute propagande et ordonna l'arrestation 
de tous les Arméniens du rite catholique '. Le pa- 
triarche de ces derniers, Sari, et six autres qui- gé- 
missaient dans les prisons , furent condamnés à 
mort par le grand-vizir. Six d'entre les captifs sau- 
vèrent leur tête en abjurant leur foi efen embt'as- 
sanl l'islamisme ; un seul, le vertabiele Comidas , 
eut le courage de se confesser catholique , et se 
déclara prêt à recevoir la couronne du martyre. Ac- 
cusé de catholicisme devant le grand-vizir par le 
patriarche Ther Joannes, le premier lui demanda s'il 
, iguMiait que , par sa désobéissance aux ordres du Sul- 
■ LaHobtje, p. SU rtSSS, donin ce khatUgchérif dtBS touleson 



,,-.rihyGOO^IC 



Vm\ il fi'étùt déclaré rebelle et avait niérité ta mort. 
G>mida3 lui répondit qu'il ne pouviùt être accusé de 
rébellion pour avoir préféré un rite à un autre ; pois, 
s'adressant au grand-vizir, il loi demanda hardiment 
si, par cela même qu'il tenait entre ses mitins le poo- 
voir et décidait de la vie et de la mort des sujets , il 
était aussi appelé à décider lequel des deux rites , 
l'orthodoxe ou le scbismalique, était le meilleur? «Je 
»juge l'un et l'autre également mauvais, répKqua 
» Ali-Pascba , et je te condamne à mort cconme re- 
» belle ; du reste, ton sang retombera sur tes acco- 
» sateurs, s'ils se sont rendus coupables d'imposture. 
» — Qu'il en sut ainsi ! s'écria le patriarche armé- 
» nien ; que ton sang retombe sur les jésuHes qui t'ont 
» sé'dmt, toi et beaucoup de membres de notre église. » 
Aussitôt le grand-vizir donna M-dre de faire trandier 
la tête au hardi défenseur de sa foi et à deux autres 
qui, encouragés par son exemple, votriaient mourir 
avec lui de la mort da martyr. Ils furent conduits der- 
rière le palais du gnoid-vizir; là, Comidag exhorta ses 
deux compagnons à recevoir avec cowage le «>up 
fatal , puis, s'agenowlIaDt, il fil une courte prière et 
présenta sa tète au bourreau qm , après l'avoir séparée 
du tronc d'un seul coup, la plaça entre les jambes du 
cadavre qu'il étendit le vertre contre terre. Trois 
jours après, la fille de Comidas , â^e de seize ans, 
vint réclamer les restes de son pénra , qui lui furent 
abandonnés I, et'^ ks fit déposan dans le omelière 

> La Ito^sfe et Aopport do-Trinmii LIMcha d* Mmi omUent dedx 
lettres du grsnd-viiix rancernant le commerce qi» l'Aulridie eiitr«l«aiift 



n,gn,-.^hyG00^lc 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 187 

de Bailikli, sur l'emplacement duquel se trouvait jadis 
le célèbre palais des fontaines des empereurs de By- 
lance. Depuis , son tombeau a toujours été trës-fré- 
quenté par les pèlerins arméniens du rite catholique. 
Ainsi, la première persécution qu'eurent à essuyer 
les Arméniens catholiques dans l'Empire ottoman, et 
la suppression de la première presse arménienne à C<hi- 
stantinople, furent l'œuvre des jésuites, auxquels on 
doit également attribuer l'enlèvement du patriarche 
arménien non catholique, l'apostasie des Arméniens 
orthodoxes , leur conversion à l'islamisme, le martyre 
de Comidas et celui de ses deux compagnons d'infor- 
tuue. Commeces derniers, lepatriarcheAvedickmou- 
Fut martyr de sa foi dans la prison où pu l'avait enferme 
à perpétuité, et le mystère , encore inéclaîrci , du mas- 
que de fer, qui a donné lieu à tant de recherchés inuti- 
les et à tant de suppositions extraordinaires , pourrait 
peut-être s'expliquer parla présence contemporaine en 
France du captif arménien '. 

avec la Perse par l'entremUe des ArméDiens et que la Parle Toulait em- 
pêcher. Lalelireii<'4l0, daUe du mois de sBTerlllS, ordonna l'arrestalion 
k Belgrade de deuK n^ociana persans : le d<' 577 coatieBt l'ordra au 
gouverneur de Bagdad d'envofersous escorte, à Constanlinuple, les Dégo- 
viaos arméniens, en atteodaDt que cette affaire fut réglée avec l'Autriche. 
1 Depuis que le chevalier Taulé, dans son ouvrage YHotnnie au masque 
da/«r.FartilS25, adéraooU^lepeaderoi ^le mérite le journaJ de lonbai 
falsitié par le Jésuite OnlTel, l'opinion que ÏHomm* au maïquê dtfer ^t. 
été un miDistre sarde, ne saurai! élre défendue, et il est à croire que c'était 
lepattiarche Avedick. Si Taulé avait connu le passage de Paul Lucas (Ill<°> 
voyage I, p. 122)et lefiofgxiri.de IaUotraje(l. p. 371), oùilest qqes- 
tion de l'épOque de renlèveroent du patriarche, il aurait sans doute par- 
Ug# notre opinion. Tahnui, dus son Bmfipart, dH qu'il avait eu lieu tu mois 
de septembre 1700. La Hotraj'e enfln ajoute : • tes autres prétoident qu'on 



D,gn,-.rihyGOO^[C 



Le grand-vizir , jaloux de conserver le pouvoir ab- 
solu sans le soumettre au contrôle d'une influence 
étrangère, éloigna, peu après son élévation , l'anden 
kapitan-pascha Weli, vizir de ta coupole; il l'envoya 
en qualité de gouverneur en Bosnie, uniquement parce 
qu'il l'avait jugé capable de rivaliser avec lui. Kassuré 
de ce c6lé , il songea à éloigner également le moufU 
Ali-Faschmakdjizadé , que le Sultan honorait d'une 
estime toute particulière. Pour y parvenir, il ne cessa 
d'assaillir Mousiafa II de ses doléances et de lui insi- 
nuer quePaschmakdjizadé.Iepremierd'entre les moof- 
tis, avait été nommé par les rebelles, et que c'était lui 
qui avait été la preinière cause de la révolte. Trompé 
par ces faux rapports, le Sultan nomma, à la place de 
Pascbmakdjizadé, Sadîk -Mohammed qui , avant l'in- 
surrection , avait été revêtu delà dignité demoufti(l "fé- 
vrier i 707 — §7 schewwal 1118). Mais la jalousie du 
grand- vizir, si ricbe en expédiens, trouva encore 
moyen de limiter le pouvoir du nouveau moufti; il dé- 
cida , chose inouïe , qu'à l'avenir les promotions aux gra- 
des de juges et de mudcrris seraient faites de concert 
aveclesdeux juges d'armée d'Anatolieet de.Roumilie, 
et ne dépendraient plus de la seule volonté du moufti. 
Cette immixtion des jugesd'armée dans les nominations 
des juges causa de grands désordres , car on eut trois 
mouftis au lieu d'un. Six mois s'étaient écoulés depuis 
cetteordonnance, lorsqu'un jour legrand'Vizir,setrou- 
vanten visite chez le moufti, lechefdesbaltadjis entra 

trariitenfennédu» les priEODs de l'inquiBition et depuis dans les bagnes 
»de Marseille. > 



D,gn,-.rihyGOO>^IC 



DE L'EMPIRE OtTOMAN. 189 

et remit une lettre à ce dernier. « Le khattischérif est 
» sansdouteàradressedesonexcellencelegrand-vizir, 
B dit Sadik-Mohammèd. — Non, reprit le grand- viziren 
» souriant, il s'adresse à voire révérendissime gran- 
» deur.nCekhatlischérif contenait le rétablissement du 
moufti dans la plénitude de son pouvoir , et ûlait aux 
juges d'armée toute paticipalion h la nomination des 
muderris. A peine le grand-vizir se fut-il retiré, qu'on 
annonça les deux juges d'armée; car ce môme jour, 
plusieurs promotions devaient avoir lieu à diverses 
places de juges vacantes en Europe et en Asie. « Com- 
» meoçoDs par tendre la chaîne des deux bras ' (de 
» l'Asie et de l'Europe), et apportez la liste d^ cari- 
» didats, disaient les deux kadiaskers qui ignoraient ce 
» qui venait de se passer. — Non , dît le moufli , ap- 
» portez plutôt du scherbet à ces messieurs ; » leur 
donnant ainsi à entendre que leur pouvoir avait cessé. 
Quatre mois plus tard (février 1 708 — silkidé 1119), 
Sadik Mohammed-Efendi fut destitué pour cause d'in- 
firmité, car, lors des funérailles de la princesse Kha- 
didjé, fille du Sultan, âgée d'un an, sa vieillesse l'avait 
empêché d'élever les bras au ciel en prononçant la 
prière des morts. Sa place fut donnée à Àbazadé (fils 
de la nourrice) Abdoullah. Le juge de Constanlinople, 
qui cumulait, contrairement à tous les précédens, celte 
place avec celle d'imam du Sultan , au grand détri- 
ment des deux services, fut destitué par le Sultan lui- 

I Le coips des oulémas s'appelle la chaîne, et teodrela chaîne des deui 
bras, signifie, en d'autres termes , augitieuler le corps des oulémas par des 

[H-oinolioDS en Asie et ea Europe. 



,,-.rihyGOO^IC 



190 HISTOIRE 

même. Ahmed in élut irrilé de ce que son hnam, on 
jour où i] devait faire en sa présence la prière da 
vendredi dans la mosqaée d'Eyoub , s'y était rende 
suivi d'une douzaine de sergents et de trabans. Il 
nomma à sa place le chef des émirs, Seïd Mohammed 
Sahhafzadé (61s da libraire), homme d'an mérite 
reconnu, et qui, sans jouir du rang déjuge de Con- 
stantinople, s'était trouvé blessé de la préféroice 
donnée au chapelain de la cour , lors de sa nomination 
comme juge de la capitale , et vivait dq)uis dans la 
retraite. 

Un changement non moins important que celai du 
moufU fut la destitution du khan de Crimée. Ghazi- 
Ghiraî , outre qu'il avait accordé un asile ao chef de la 
tribu tsdierkesse desHdduques ', qui venait d'assas- 
siner son frère, avait négligé de mettre un terme aot 
incursions dcê Tatares nt^iaïs d'Anapa au-delà du 
Kouban , comme il en avait reçu l'ordre. Ce fat aalant 
pour donner une juste satisfaction à la Russie , qui 
s'était plainte de cette violation de la paix (avril 1 707 — 
moharrem 1119), que pour punir la résistance que 
Ghazi-Ghiriu avait opposée naguère aux ordres de 
son frère atné, le khan Dewiel-Ghiraï, que la Porle 
éleva à sa place Kaplan-Ghirai*, et lui envoya, par 



< Les Heidaqnes , doot le nom a été dériré josqn'alors dn mot arabe 
Hotiloud (yoïeai de grand cbemin ), se priseatrat id ramme une (riba 
tschcrkesae. Se&«Hey(ir, f. 308. 

I Raschid, II, f. 53; Vlnteha de Rami ronlienl une lettre da grand- 
vizir au khan de Crimée contre Devlel-Gturai et une secwde à Devlsl" 
Ghiral lai-mïmei n- 593593; 500 et 807. 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. igi 

le roiëgat Osmaoaga, grand-écayer ', avec les in- 
signes de sa nouvelle dignité, le présent d'asage de 
dnq mille ducats. Menghii-Ghiraï fut proclamé kal- 
gha et son frère puiné, Makssoud'Ghiraî, reçut le titre 
de nooreddio. Ghazi-Ghiraï mourut pea de temps 
après de la pesle, à Karinabad', ainsi que MaUssoud- 
Ghiru , auquel succéda dans la dignité de noureddin 
Sahib-Ghinu. Kaplan-Ghiraï, en prenant enmaiale 
pouvoir , entreprit une guerre contre la tribu tscher- 
kesse de Kabarta établie à Pischtaw (tes cinq mon- 
tagnes) dans le Caucase. Jusqu'alors les b^ de cette 
tribu avuent été nommés par les khans de Crimée. Bien 
que tenant leur autorité du khan, ils ne laissaient pas 
de secouer leur joug de temps à autre; et toutes les fois 
qu'ils furent réduits à l'obéissance, ceux-ci avaient cou- 
tume de les punir en leur imposant un tribut levé sur la 
jeunesse des deux sexes et qui est désigné sous le nom 
d'^ïbHk (tnhut honteux). Pour se soustraire à l'op- 
pres»on que les Tatares de Crimée faisaient, dans les 
derniers temps, peser sur eux, les Kabartiens quittèrent 
leurs demeures de Pischtaw et allèrent s'établir dans 
les montagnes inaccessibles de Balkhandjan. Plusieurs 
messages que le khan leur envoya pour les déterminer 
à rentrer dans leur ancien territoire, et la tentative 
mérae du kaigha Menghii-Ghiraï pour les y forcer 

I 11 paratl arair été français d'origine , car Raschid le désigne sous lo 
nom de ffenk , de néine que le kapilan.pagcba Abdonrrabmaii , originaire 
àe Haneilto. 

' Et non paa, commele dit l'Hiitoired\t royaume de la Chersotméta 
Taitrtqut , p. S9S : • An palais de Genghis serai, tiolSH^ d'an de^ dfl 
>l'i<|ualew de ComUntinople. > 



,,-.rihyGOO^IC 



igï aiSTOlHE 

par les armes, ébûent restés sans résultat. Dés-tors 
le khan résolut de marcher contre eux à la tète d'une 
armée formidable. Six mille Noghaïs de Bessarabie, 
quinze cents s^bans du khan, lebeglerbeg de KafTa, 
Mourteza-Pascha, avec les troupes de sa maison, trois 
mille sipahis', cinq mille Tscherkesses de Kemûr- 
kœyi et les tribus nc^haïs Ischtouakaghii, Youwar- 
Iak,Kataï,KipdjaketYedisan, qui, sous la dénomina- 
tion de Y aman Ssadak, formaient un effectif de vingt 
mille hommes, passèrent le Kouban, se dirigeant sur 
le Caucase. Arrivé au défilé de Balkhandjan, Kaplan- 
Ghiraî, voyant toutes ses propositions rejelées par les 
tscherkesses Kabartiens, donna l'ordre d'attaquer; 
mais il fut complètement battu et laissa sur le champ 
de bataille la fleur de' sa noblesse , et notamment le 
scherinbeg , les begs des tribus Djarik , Youroutdjé 
et Manssour, vingt-trois oulémas et avec eux la plus 
grande partie de son armée. Le khan lui-même n'é- 
chappa à la mort qu'avec une peine infinie. Lors- 
qu'on apprit celle défaite à Constantinbple, le Sultan, 
qui lui reprochait déjà d'avoir assigné à Khandepa, 
pr^ de Temrouk ' , un territoire à huit mille Cosaques 

> Âl{&Sehahi\Béia'Mshtgleri.JiAi'Mi.,\\,i. 6t. 

> Baschid, ll,f. 53; ni rSittoiVe de la TaaHde [lar Sesbensien'ici 
ni aucune des histoires connues sur ces contrées, ne parleat de celle cun- 
pagae mémorable. RsschLddoDnesur cette rËvoUedesCosaqueset sur celles 
d'Astrakhau , des détails bien plus complets qu'aucune des histoires russes. 
Il raconte dans quelle occasion les boyards Stetïin et Sudj(?) ont reçu mission 
de ramener , par la force^ à Astrakhao, les hahitansdeceUe prorince qui 
s'étaient rËfugiés dans les 52 villages désignés sous R nom de Kerman, et 
situés BUT les lires du Don etduBozok; Il dit que les babitaus de ces 33 
villages, après s'iire coucertéa avec le commaDdont dn. cbtleau-fort da 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIllE OTTOMAN. iy5 

fugitifs de Kerman et partisans du cosaque Ignace , 

révolté contre le czar Pierre-le-Graiid , le déposa, 
et plaça, pour la troisièioe fois, sur le trône deCriraée, 
le khan Bewlet-Ghiraï, jusqu'alors retenu prisonnier 
à Andrinople. 

Âli-Pascha deTschorli était âgé de trente et qud- 
ques années seulement lorsqu'il fut nommé grand- 
vizir. Son caractère vif , énergique et l'activité de son 
esprit donnaient lieu de craindre qu'il ne Kiivit la roide 
tracée par le grand-vizir Kara Moustafa '. Quelques 
innovations en matière de finances. témoignent de l'es- 
prit d'ordre qui régla ses actes administratifs , et le 
contrôle qu'il établit sur leà comptes des cuisines im- 
périales, prouve en favenrde son activité. Jusqu'alors 
on n'avait jamais fixé le nombre des defterlùs, c'est-à- 
dire des affranchis du service actif en temps de guerre, 
et des chens du khan de Oimée et des vizirs, posses- 
seurs de fiefs. Pour en réduire le nombre excessif, 

Rogfaalf sur le Bomk et le voUiodt des Cosaques , Boolanio , avaient com- 
idèlement battu les bojards «l dispcni leur ataée ;. jl rapporte eunite qne 
30,000 Cosaques , alliés de BoulawiD , s'étaient jetés près du Bozok suc les 
babitans des 32 riUages, pour avoir abandooné leur parti; qu'après avoir 
pris possession de plusieurs de ces villages, Ils avaient marché sur Tscherkes- 
Kerman, et qu'après s'en être rendus matlres, ils s'ttaienl dîfigts sur 
Azof ; enlin , il raconte que les habitans de X9Cherke»-Keruuut s'étaient 
réunis aui Cosaques pour perdre Boulawin, el que celui-ci, se vofant 
trahi, s'était donné la mort. Nous avons déjà parlé de piosieurs de ces vil- 
lages on bourgs du ntm de Kernian, Vtntcha de lUaii , n* 396 , nomme, 
dans l'ordonnance de délimilalian, art. Il du traité russe, les chtteaui de 
ïlghan , Gbaii-KMman et Scbabin-Kernum. 

I rinile àa Bi«grt^iti de DilaKtrafftaadi Omer , qu'en l'année 
1123 (1111) , «ù il moonit , Ali était ftgd de 40 ans. C'est donc i tort que 
Vtdtoire, dans son Hiitoire dt Charles XII, L. V, dit en pariuit de M: 
• Ce vieux niinislre, etc. • 



,,-.rihyGOO^IC 



,(^ HISTOIRE 

égalementpréjudiciableaQtrésoretauBervicemililaîre, 
Ali-Pascha décida qo'à l'avenir, le khan de Crimée ne 
pourrait faire' inecrire sar les rôles des deflerlùs plus 
de vingt moatererrikas soldés , de vingt tschaouschs 
soldés, de vingt sipahis, d'autant de silihdars et de 
trente feudataires (possesseurs de ttmars et de siamets); 
quant aux vizirs, ils n'eurent plus droit qu'à l'inscrip- 
tion de Ja moitié dece nombre. L'administration d'Ali 
fut également «gnalée par son amour de ta justice. 

Sur les plaintes qu'élevoient les Moldaves contre 
la tyramiîe de leur prince, Antiocfae Cantemir, il te dé- 
posa, et éleva , pour la seconde fds, son prédécesseur 
Midiel Kakoviza à la dignité de hospodar (SO octo- 
bre 1707 — SSredjeb \U9). Pour rétablir suf un 
pied reapeclaUe 1«« forces navres , ÀH ûi construire 
des vaisseamc, fondre des canMis et des apcreS'. Jus- 
que-là , on avait fail venir ce dernier article d'Angle- 
tCTre ; par bos ordre» , on consfruisit une fonderie der- 
rière les chantiers de l'arsenal , appelés Terzanagoes 
fcr((lc8yeoEderarsena!)parcequ'ilsoDtvu«wirl«poft. 
Cette fonderie, dirigée par le bombardier Ali, fournit 
bjenlôt des ancres du poids de soixante-dix à quatre- 
vingt quintaoï. B^ui» long-terops, l'îIedeKeikowa 
servait de refuge à de nombreux corsaires, et il était 
devenu néc^saire de les en <;baesw. Ali y fit bâtir 
un ch6leau-f6r* et y laissa tpms galères pour ïa garde 

■ Raschid, II. f- 73. Un ordre aatédenridnuiiH diieclairï detfondiriM 
retativemenl à I» fonte ia* 130 cMMwi ûeMnéi ani diâtewï nwiMllewMit 
mMtrnHs, h IraavedaurjnlaAAdeaana, n<t.>41). Le tm 3W conUeat 
un* IcUre du grand-vIzir au krinoban relative aa catlbra des fiuils ■ Tour- 
nir; elle est datée du mois de moharrem Hi5 (mal 1703). 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMHRE OTTOMAN. ig5 

des parages de Ule; i] envoya anq galions et quatre 
frégates ayant à bord les troupes des eandjaks de 
GoDÏa et de Trabezoan . et trois mille janissaires char- 
gés de défendre le château de Yeniludaa dans le canal 
de Kerlsch ; un ailre corps de trois mille janissaires 
fot envoyé en garnison à Bender. Lorsque la mos- 
■ quée, <H>nstrHke devant le bagne par les ordres da 
grand-vizir, se trouva terminée, le Suttan s'y ren<Kt 
un vendredi ' pour^assÎBler à la première prière qai 
y fut adressée à Dieu. Outre cette mosquée, Ali en 
fonda une autre qu'il dota d'une cuisine destinée à 
l'alimentation des pauvres, d'un couvent, d'une école 
cid'tmefaibliotfiéque. Cefnt^us son administratitm 
qu'on posa, en {H-ésoice de tous (es oulàaas, la pre- 
mière pierre de la mosquée que la Walidé fit élever & 
Scutari, à l'heure désignée par l'astronome de ta cour 
comme la plus favorable'. L'aqueduc du vHfaige de 
lUialkali qui approviaonoe le serai d'eau, et qiu de- 
puis quelque temps conunçnçait à tomber en, ruines, 
fut réparé par les soins da grand-vizir qui , Bur le 
devis des ingénieurs, affecta à ces travanx une somme 
de cinquante bourses, dont vingt setilement à la diarge 
du Bsc : le reste fut donné par Ali-Pasoha et les autres 
ministres. Il fit également réparer le palais dp grand' 
vizir ffiildii Monstafa, pour la fille du Soltan régnant, 
Fatitna, celui de Sirek pour la princesse Aïsché, fille 
du sultan Moustafa U, et celui du chef des bouchera, 

1 Rasdiiddil leSanlieuduT rebioul-abbîr;leS^(aU uDMmedj. 
> Le 3S redjeb et non pas le 33 comme le dit Rascliid , car le 25 £laît 
un liiDdi (8 octobre) e( non un mercredi. 



,,-.rihyGOO^IC 



196 HISTOIHE 

pour aoe antre fille du Sultan , la princesse Khadidjé. 
Les deux filles de Moustafa II, Eaiineh et Aïsché, fu- 
rent mariées, )a première au grand- vizir, la seconde à 
Nououman Kœpriilûzadé, second fils de Kœprûlû le 
Vertueux. Ces deux noces furent célébrées avec la 
plus grande magnificence (9 avril 1 708 — 18 mohar- 
rem 11 30) -.Chacune des princesses reçut une dot de 
vingt mille ducats, c'est-à-dire le cinquième seulement 
de la sonome qu'on allouait autrefois aux sultanfea, £t 
te dixième de celle que Mohammed IV donna à la fille 
de Moorad IV, lors deson mariage avec le grand-vizir 
Melek Ahmed. La câi4)eille de noces que le grand- 
vizir Ali de Tschorli donna à son auguste fiancée et 
qui fut exposée aux yeux du public, contenait un ban- 
deau, un collier, des bracelets, une bague, une cein- 
ture , des boucles d'oreilles et des anneaux destinés à 
parer les articulations des bras et des pieds ; ces sept 
objets, tous sphériques et ornés de diamans, sont con- 
sidérés par les Orientaux comme la sphère se^^ple de 
la femme ' . Ces présens comprenaient encore un miroir 
garni de pierreries, un voile parsemé de diamans, des 
pantoufles et des socques ornés de perles, des édiassés 
en oret garnies de joyaux pour le bain, deux mille du- 
cats et quarante tasses pleines de sucreries. A[h^s les 
noces de ses deux nièces, le Sultan songea à fianceraussi 

> Buchid, I[,f.67. Ceiseptpr6s«us7inbo1iqDeg, de*lhiésàornerle) 
parties priDciptIes dn corp» de la f^me, le front, les oreilles, le coa , les 
bras, h taiDe et les jaml)es, fndiqnent les sept sphères dans lesquefles doit 
■e mouvoir la femme apri« son mariage, on, ea d'autres termes, qu'eidoe 
de toute participalion aui a&Ures publiques, elle doit Tlfre eirlusivemenldani 
» «phire d'tpouM et de mère. 



n,gn,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAM. 195 

sa fille Fatlma , âgée seulement de quatre ans. En 
vain, Ali-Fascha essaya de dissaader le Sultan d'ac-^ 
corder la main de la jeune princesse au silifadar-pascha, 
son fevori avoué; elle fut fiancée à ce dernier, aaquel 
elle apporta une dot de quarante mille ducats; de 
plus, le Sultan ajouta aux biens delà couronne, qu'il 
possédait déjà , les revenus de l'ile de Chypre '. Les 
fiançailles furent célébrées avec an faste d'autantplus 
extraordinaire (1 6 mai i 709 — 6 rebioal-ewwel 1 1 SI ) 
que le Sultan se plaisait à ces aortes de réjouissances. Ces t 
ainù que, quelques mois auparavant, il avait ordonné 
que la capitalefûlilluminéependant trois jours, pour 
célébrer la nais^nce du prince Mourad (il 5 janvier 
1708 — 21schewwaI1119), né d'une esclave croate; 
trcHS jours après , une esclave rosse le rendit père 
de deux filles jumelles ; mais la naissance de ces der- 
nières passa inaperçue et ne donna lieu à aucune ré- 
jouissance publique. Outre les deux fêtes dû baïram, 
et celles de la naissance du prince, de l'exposition du 
manteau du prophète et du départ de la caravane des 
pélmns pour la Mecque, on célébra sous le règne 
d'Ahmed III, pour la première fois, la fête du prin- 
temps; les parterres de tulipes situés dans le jar- 
din dit des buis du serai , furent illuminés en verres 
de couleur*. Au milieu de ces fêtes, Ahmed oubliait 

I Rsachid , r. 6S. Comme le silthdar moanil kgè de 43 aiu , il avait 
alon 36 ans.'VoItaire a donc tort de dire ; • Ce vEnii miDistre (Ali de 
> Tediorli) fut la viclimedu caprice d'an enTaiil (lesîlfhdar Ali) ijcarila 
étaient da mime kge. Voyez l'extrait de ta d«scription de ces noces par 
Baschid, dans lafeaillepériodique do Vienoe de l'année 1833, 0° 43, p. 311. 

> Tttkiiateltirlik. 



,,-.rihyGOO^IC 



igS HISTOIIΠ

également les aflaîres de l'Ëlat et les malheurs que 
les incendies , les ouragans . les tremblemens de 
terre , les inondations et la peste faisaient peser snr 
son peuple. Deux incendies, dont l'an consuma le 
marché des préposés aux balances pour les mar- 
chandises', une partie du fauboui^ d'Eyoub situé 
sar le bord de la mer, et L'mtre une grande partie du 
quartier de KhoiÇa-Pascha, éclatèrent à peu d'inter- 
valle à Gonalantinople*. A GalKpotis, ^x cents ou- 
vriers périrent-par suite de l'explosion d'un moulin k 
poudre ; un accident semblable donna la mort à six 
ouvrïers d'une poudrerie de Conslantinople , et la 
foudre , en tombant sur un autre magasin à poudre , 
fit sauter une partie du chAleau de Lemnos '. L'année 
suivante , une forte pluie enfla tellement la petite ri- 
vière de Kiagadkhané (Cydaris), qu'elle submergea 
la bdie vallée des eaux donces et entraîna les canons et 
les caissons de Kiagadkhané* . Deux années auparavant, 
une nouvelle tie s'était élevée tout à coup du fond de 
la mer, présdeSantcwin^, appelé jadis par les Grecs 
la plus belle ou la paisï>le '. Pendant dix semaines, 
celte nouvelle île gagna continuellement en étendue, 
et , lorsqa'dle eut atteint tout bod dévetf^pement , 
la terre trembla ik Constantinople ^ 

. ir«M(Ç««r»uÉ(. — -LeMredjebUao (9 octobre 1108). — î L* 
15 Bchawval 1190 (38 décembre 1708). —4 Le 6 djemaiioid-ewirei, 1121 
^14 juillet 1709). — s k«;;;ît». — « Eip*™. 

7 Voir la leUre da consul de Pan», Condili, daDS Ortelin* nd. p. S86 , 
(UT Wagner ; ADdrtattf , *w l'apparition des iles Calmentt, I , p. 347; 
LaHoIraje, I, p. 388 Batcfald, II, p. 53, dil le 1 rebkml-ewvd 111» 
{SjuiDlTOT). 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIBE OTTOMAN. 199 

La Syrie , l'Egypte et tout le Hltoral du nord de 
l'Afrique jusqu'à Oran^ appelèrent ensuite, à un égal 
degré, la sollicitude du grand-vizir, du Sultan et du' 
peuple. Nassoub-Pascha , non moins renommé pour 
sa valeur que pour son activité et son énergie, était à la 
tête des troupes chaînées d'escorter la caravane des 
pèlerins de la Mecque. Lorsqu'il arriva à la station 
appelée la Fontaine de la Walidé, il y rencontra un 
corps de quatre mille Arabes, sous les ordres du 
ficfaeikh Kol^b, vainqueur du précédent emiroul-badj 
Hmiseîn - Paacba te Fayard. Nassouh-Fascha, sans 
donner Ji l'ennemi le temps de réfléchir, se jeta sur 
lui, le défît, puis usant de trahison , il invita Koleïb à 
une entrevue dans une tente dressée entre les camps 
arabe et ottranan , et l'y fit périr. 

£n Egypte, RamirPascha, dernier grand-vizir de 
Mouslafa II, n'eut guère plus de satisfaction pendant 
son adminislralion qu'il n'eu avait eu durant songrand- 
vizirat. La famine s'était étendue sur tout le pays. 
Four implorer la miséricorde divine, Kami ordonna 
des prières publiques dans les lieux de pèlerinage les 
plus en renom, au Caire, sur la colline de Djeblol- 
t^jouyousch (ta montagne des troupes) et dans la mos- 
quée d'Âmrou-Ben-Âass. La célèbre pierre sur la- 
quelle les musulmans crdent voir la trace des pieds 
du Prophète, et qui a fait donner à la mosquée con- 
struite au bord du Nil le nom de f^'esu'ges du Pro- 
fite, fut portée en processirai par les scheîkhs et les 
émirs jusqu'à ce que les eaux du Nil eussent atteint 
une hauteur de seize aunes et que l'on eût percé les 



,,-.rihyGOO^IC 



digues. Cependant, le prix de toutes les denrées allait 
toujours en augmentant, au point que l'erdeb de fro- 
ment ou d'orge se payait cent paras , l'erdeb de len- 
tilles deux cents et l'erdeb de riz trois cents ; le bat- 
man de viande de mouton trois paras, et celui de 
bœuf deux paras ; le quintal de graisse fondue valait 
six cents paras , l'huile de lin trois cents , un poulet 
hait et trois .œufs un para. 

Sous l'administration de Rami-Pascha, laPorte 
déposa le schérif de la Mecque Saîd , dès qu'elle eut 
été instruite du meurtre de son père Saad , et nomma 
pour lui succéder le schérif Abdoulkerim. Feu de 
.temps après, Ranii dut céder sa place à Ali-Pascha de 
&D)yrne , surnommé Gûmrùkdji (le Douanier) , qtn 
rappelé de Temeswar par te grand-vizir Bajladji 
Mohammed-Pascha , pour siéger à Constantinople, 
parmi les vizirs de la coupole, avait par son ingratitude 
eDcoyru la disgrâce du Sultan et du grand-vizir, en 
briguant la dignité de premier ministre. 

Le gouvernement d'£gypte, tour à tour berceau et 
retraite de tant de grands-vizirs , ne fut ni l'un m 
l'autre pour Rami. Sous Âli de Tschorli, il fut 
exilé à Rhodes, où il mourut à la suite des tourmens 
affreux qu'on lui avait fait subir pour lui extorquer 
ses trésors. 11 n'a laissé d'autres monumens que son 
Inscha, véritable modèle de style politique diez les 
Ottomans , et les panégyriques que des poètes , tels 
que Nabi et Samî, ont écrits sur lui, en reconnaissance 
des faveurs dont il les avait comblés. Vers le même 
temps que Rami , mourut le premier médecin du Sul<- 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. soi 

tan, Nouh-Efendi, renégat italien, dont le caractère et 
l'esprit lui avaient concilié l'estime générale (29 
septembre 1 707 — 3 redjéb I il 9)' . Malgré son origine 
étrangère, Nouh-Efendiavait acquis, en fait de littéra- 
ture orientale, devastesconnaissances, qui lui assignent 
un nom parmi les savans ottomans ; c'est lui qui a 
traduit VtSstoire des religions par Schéhrigtani. 

Une antre circonstance signale encore le grand- 
vizirat d'Ali de Tschorli dans l'histoire ottomane. 
Sous son administration , les flottes torque et barba- 
resque reccHnm»icère&t à donner de sérieuses inquié- 
tudes aux puissances limitrophes de la Méditerranée 
et à l'Italie. Le kapitan-pascha, £I-Hadj Mohammed, 
fit une descente dans l'ile de N^repont, s'empara 
d'un couvent et d'un ch&leau-fort , détruisit l'un et 
l'autre, et emmena en esclavage trois cents prisonniers 
0707— 1119). Delà, il fil voile vers Malte, d'où, 
après ^rc resté à l'ancre pendant un jour entier, en 
face de l'Ile, il se rendit dans les eaux de Paros, où il 
captura deux navires de l'Ordre, qu'il emmena àCon- 
stanllnople *. yers la fin de la même année, la flotte 
d'Alger vint mettre le siège devant Oran, dont le 
port et la position avantageuse excitaient depuis long- 
temps l'envie des Etals barbaresques. Le 39 décembre 
(4 schewwal), les capitaines des trois vaisseaux-ami- 
raux d'Alger, la Kapitana , la Patrona et la Biàla, 



il qu'il était Fnnc d'origiiM ; lei n^Mnta â« im- 
busadeun le désigneat comme Italien de nation; Cantonir , Ahmed III, 
note I, dans sa fïbnleiue hiitirire de BaltadjI , le dit Grec de rtle de Crile. 
> &ud>id,f. se.paileaiwidelapriiedWooTuiredeLiToiinw. 



,,-.rihyGOO^IC 



commandés par trois renégats, dont deux Hollan- 
dais, jetèrent l'ancre dans le port de Constantinople, 
et présentèrent les clefs d'Oran ' au Sultan , alors 
convalescent de la petite-vérole. La consoltation médi- 
cale qui eat lieu au sujet dç sa maladie, en pré- 
sence du grand- vizir et du moufti, mérite d'être signa- 
lée en ce que. outre le médecin ordinaire de la cour, 
Mohammed Efcndi , successeur de Nouh-Ëfendi , on 
y appela les médecins Souleïman et Omer-£feodi, 
l'astronome Mohâmosed-Efendi , andea médecin du 
serai, et le Hollandais GoTvin, qoi, depins sa conver- 
»on à ri&lainisme, avait pris le ncmi de Moiiammed. 
Lorsque la nouvelle de la prise d'Oran parvint à 
Maroc, l'empereur Moulai Hasan, auquel les Otto- 
mans ne donnent que le titre de souverain de Fez , 
crut qu'il serait d'une bonne politique d'envoyer i la 
Porte une ambassade solennelle chaîne de [votester 
auprès d'rfle de scm dévouement, et d'y faire con- 
duire, avec tout le respect dû à un [Hince ottoman , 
un prétendu fils de Mohammed IV, dont la mère, 
traversant la Méditerranée pendant sa grossesse, avait 
été poupée par un coup de vent , (Ësait-il , sur les 
rives de Fez *. A son arrivée à Khios , le prince fut 
rel^iu sous bonne garde, mais l'ambassadeur fut rea- 

I Rascbid donne les noms de ses bastions d'alors , Mvoir : Uoukhakho 
fie bistioD rouge de l'ean) , Casielnovo et Cette) Rosson ; il éyaloe la perte 
des Alinéas i SOOO hommes , cebe dei Espagnols i 15,000, el Bie le 
nombre <k« priionnîen à 4,000 et S.OOO'ien^tU. VojetLa Homye, I, 
p. 403. 

> Raschid , f. Gi. ht Uotnit , I , [i. 403 , dit que Citait on pi^leodo 
filsdeSoukUiiaiill. 



D,gn,-.rihyG00gle 



DE L'EMMRE OTTOMAN. ao3 

voyé, et ne dut son salut qu'à ce principe de droit 
public ottoman , qui dit : aucun outrage ne doit at- 
lefndre les ambassadeurs '■, Moulai Hasan , offensé 
de cette conduite, adressa au Sultan une seconde lettre, 
conçue dans des termes moins soumis, et qu'il finissait 
en offrant à la Porte de lui prouver la légitimité du 
prince par titres authentiques. Celte lettre ne Gt que 
hâter l'exécution du prétendu prince , et , dans sa 
réponse au souverain de Fez, la Porte déclara : « Que 
» les augustes descendans d'Osman ' étùent inacces- 
» sibles à de semblables insinuations ; que les Bis des 
n Sultans ne couraient pas le monde comme ceux des 
» autres princes , et que le bruit de l'existence d'un 
» prince légitime n'avait d'autre fondetnent que les 
» rêves d'une imagination fébrile ou de vains dis- 
» cours. » La tête du fil^ de Mohammed IV fut jetée 
sur le seuil delà porte du serai, avec quelques lignes * 
accusant celui à qui elle avait appartenu du crime de 
lèse-maj^té, pour avoir prétendu à la parenté du 
Sultan : « comme si , disaient ces lignes , sa mère, es- 
» clave. enceinte des œuvres de Mohammed IV, avait 
» été faite prisonnière pendant son pèlerinage à )a 
» Mecque. » 

L'année suivant^ (1709 — 11§t), après la malheu- 
reuse bataille de Pultaw'a, Charles XII de Suède pa- 
rut lout-à-coup sur le territoire ottoman , réclamant 
la protection d'Ahmed III. L'apparition en Turquie 

■ Rapport de Talman, daté du moU de inan 1708. Cfll avis s'a^Mlla 

■ MlhcMuéieteaiviikmr. 



.D,gn,-.rihyGOO^IC 



9o4 HISTOIRE 

du héros suédois av^ éié ameDée do reste par le 
grand- vizir Ali deTschorli lui-même. L'hislcàre otto- 
mane rarontc en détail tes causes de cet événement , 
et, comme les historiens européens paraissent les avoir 
ignorées jusqu'à présent, du moins en partie, il est 
de notre devcùr de les faire connaître. Sur les 
rapports que le vizir-commandaol de Babalaghi et 
gouverneur d'Oczakow, Yousouf-Pasdia, avait adres- 
sés à la Pmie , au sujet de la guerre engagée entre 
Pierre -le- Grand , que les Ottomans appelaient la 
mousiacke blanche (Ak-biik) , et Charles XII sur- 
nommé la tête de fer (demûrbasch), le grand-vizir 
ordonna à Yousouf-Pascha d'envoyer , comme ve- 
nant de sa part , un ambassadeur au roi pour le fé- 
liciter du succès de ses armes. La Porte connaissait 
toutes les particularités de celte guerre ; elle savait 
qu'après la paix avec le Danemarck, CharlesXfl avait 
défait les Russes à Narva , conquis Thorn et Danzig, 
vaincu les Saxons à Fultavcsk , soumis Lemberg et 
Varsovie, où il avait fait élire roi de Pologne Sta- 
nislas Lcczynski ; elle n'ignorait pas qu'Auguste de 
Pologne avait été battu par les Suédois à Frauenstadt, 
que Charles , en pénétrant en Saxe , l'avait forcé à 
signer la paix d' A llranstadt et de renoncer au trône de 
Polc^e; elle savait aussi que Charles avait vengé le 
désastre de Katisch par la défaite qu'il avait ^t es- 
suyer aux Russes à Holofezim, et que, secondé par 
l'hetman desCoBaques,Mazq)pa, il avait pénétré dans 
l'Ukraine. Le gouverneur d'Oczakow, de plus en plus 
pénétré de l'utilité d'unealliance entre la Porte et la 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 3o5 

Suède, choisit pour ambassadeur un homme droit et 
loyal , dans la personne deMohammed-Efendi de Yer- 
kϕ. Crfui-ci, sachant que la roule de, Pologne oflfrait 
peu de sécurité , se rendit à Thorn, en longeant les 
frontières de Hongrie et d'Allemagne , et en ayant 
soin de cacher son caractère diplomatique. H arriva 
heureusement dans cette ville, et remit au roi la lettre 
par laquelle Yousouf-Pascha l'invitait à entrer en 
relations intimes avec la sublime Porte. Charles XII 
demanda à l'ambassadeur à quelle circonstance il de- 
vait les témoignages d'amitié du pascha , n'ayant jamais 
entretenu de relations particulières avec le gouver- 
nement du Sultan. > Mon pascha, lui répondit Mo- 
» hammed-Efendi, a entendu parler de ta valeur, et 
» depuis il a conçu en secret le plus grand attachement 
» pour toi. — Quel nom me donne-t-on à la sublime 
» Porte ? reprit Charles. —Tu n'en as aucun, répliqua 
M l'ambassadeur , parce que tu n'y fais résider aucun 
» de tes ministres , comme le font les autres rois 
n francs ; ton nom ne pourra y être prononcé et la 
» position y être connue que lorsque tu voudras y 
» envoyer une ambassade el entrer avec nous en rela- 
» tions de commerce '. » Le Roi demanda si le pascha 
d'Oczakow avait assez de pouvoir pour lui ouvrir des 
relations amicales avec la Porte, et obtenir un traité 
qui garantit la sûreté des navires suédois contre les 
pirates barbaresques ; jMohammed - Efendi répondit 
que l'influence de son maitre était assez puissante pour 

. I ÀhmàUn nwxfew, sehaniim mewfthour. 



n,gn,-.^hyG00^lc 



3o6 HISTOIRE 

lui faire accorder ce qu'il désirait, aussitôt qu'un am- 
bassadeur suédois serait accrédité auprès de la su- 
blime Porte, o Que, l'on commence donc à restituer 
» ]e bâtiment suédms qui vient d'être capturé par les 
» Algériens, » dit le roi, etl'efendi le lui promit. Puis 
il continua en ces termes : « La Porte serait-elle dis- 
» posée à me fouroir des secours contre la Russie? » 
Sur l'observalion faite par Mohammed que la grande 
distance qui séparait les deux pays ne permettrait pas 
de lui envoyer une armée, Giarles répliqua; «£h 
» bien ! je marcherai droit sur Caraieuiec, d'o& it s«^ 
» facile à la Porte d'envoyer des troupes à mon se- 
» cours. » L'aoïbaseadeor lui ayant promis de secon- 
der son projet de tout son pouvoir, le roi le renvoya 
porteur d'une lettre où il demandait à Yousouf-Pa- 
sclia un traité qui assurât aux ambassadeurs suédois 
près de la sublime Forte les mêmes égards et privi- 
]éges qu'aux ambassadeurs des -autres puissances ; la 
liberté du commerce entre les deux nations, sauf le 
paiement des droits de douane établis ; la restitution 
des navires capturés par les pirates d'Alger ; la re- 
cunaaisâance de Stamslas Ijesczyndci comme roi de 
Pologne et le secours d'une armée ottomane pour 
chasser les Russes de la Pologne. Enfin Charles s'en- 
gagea pour lui et Stanislas à envoyer des ambassa- 
deurs à la Porte. Le gouverneur d'Oczakow ayant 
mandé au diwan le succès de la mission de Moham- 
med-Lfendi , le grand-vizir lui répondit que rien ne 
s'opposait à !a conclusion d'un traité d'amitié et de 
commerce avec la Suède, mais que la Porte ne pou- 



D,gn,-.riByGOOglC 



DE L'EMPIKE O'.FTOMAN. 1107 

vait pnMëger cfmtre les pirates algériens les fa&timens 
suédois , ni faire marcher une armée au secours du 
roi , sans violer le Irailé existant avec la Russie. Il 
termina en disant que tout ce que la Porte pouvait 
faire, dans la situation actuelle des choses , c'était de 
veiller à ce que la paix ne fût pas conclue entre la 
Soède et le Czar sans son intervention, et que s'il im- 
portait au roi d'avoir avec la Forte des relations de 
bonne amiUé, il n'avait qu'à lui envoyer prochaine- 
ment une ambassade. Yousouf-Pascha écrivit dans ce 
sens au roi, et il s'établit entre eux une correspon- 
dance à cette occasion '. 

IjC grand-vizir , qui désirait la guerre avec ta Rus- 
sie , contrairement à la volonté du Soltaa , se servît 
du gouverneur d'Oczakow pour faire croire au roi 
que le khan de Crimée marcherait à son secours avec 
tout son corps de Tatares. On prétend qu'il écrivit 
lui-mi>me dans ce sens , sous le sceau du secreX , au 
khan ', qu'il en informa le roi Charles XII, et que le 
Sultan, ayant appris ces menées, l'en avait blâmé 
sévèrement et lui avait ordonné d'écrire sur-le-champ 
au khan de ne violer en rien la paix existant avec la 
Russie. Mais Charles XII, dans l'ignorance absolue où 
il était de ce qui se passait dans la capitale de l'Empire 
ottoman , et se f^nt à la promesse que lui avait faite le 

I Baschid, II, f. 71. C'e.<l dose une erreur lorsqueVottairedouneaDede 
ces lettrei comme venant du eultao ; Charles Xll a'tlail pas m£iiie en 
Gorretpondance avec Je grand-Tizir, moins encore avec )e Sultan. 

> Basi teaUfani eirar Ulifagleri ilsré, c'est-i-dire d'après l'aTls des 
- honimas initiés dans les seùets d'Ëlat. Raschid, f. 71. 



,,-.rihyGOO^IC 



ao8 HISTOIRE 

grand-TÏzir de faire marcher à son secoDfE le khan de 
Crimée, se hasarda, avec une armée de huit mille Sué- 
dois el un nombre à peu près égal de Cosaques zap(HH>- 
giies, que les Turcs nomment Cosaques de Potkal et de 
Berabasch , à donnerla célèbre batûlle dePullawa^-on- 
tre l'armée du Czar infiniment supérieure en nombre 
(8 juillet 1 709) '. Battu complètement et blessé au pied, 
le roi fut obligé de prendre la fuite , et vint se placer 
sous la protection d'AhmedlII, accompagné des comtes 
Piper el Poniatow&ki, du chancelier Mûllern, des se- 
crétaires Neugebauer, Klinkowstrom et Horodenski , 
de rhetman des Cosaquee du Don et de Mazeppa, het- 
man des Cosaques Potkal et Berabasch , c'est-à-dire 
des habitans de l'ile Potkoul' et des hommes libres et 
«rai» '. 

Dans sa fuite, Charles XII arriva au ch&teau des 
Cosaques Perevvolotschna , situé sur les rives du 
Dniep»-, où pendant deui jours il lutta contre les 
Russes et les Kalmouks envoyés à sa poursuite. S'il 
eût voulu suivre la roule la plus fréquentée et celle 
qui était le moins encombrée de troupes russes, il 
aurait pris celle qui conduit directement en Crimée; 
mais se croyant trahi par le khan desTaiares , le Roi 
préféra se diriger sur Oczakow , dont le commande' 
ment avait été confié depuis peu à Abdourrahman- 

' Suivant La Motraje, Gordon, Voltaire et Levesque, ce fat le 8, el d'a- 
près RQhi le JQ juiUel ; d'autres encore dUeol le 9. 

1 L'Ile Potkoul est situfeau coofluent des ririères BuBowlik el Podiial- 
bola dans le Dnieper. 

s Ils s'oppelleni en langue slarepere, eu langue rueeepre, en polonaïi 
prie, H en tore 6ere c'esl-à-dite librei. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. aog 

Pasdia , ancien général des armuriers. Mais comme 
les Busses avaient livré aux flammes tous les moyens 
de transport, navires et barques plates ' , on construisit 
tant bien que mal, avec des roseaux et des débris de 
chariots , des radeaux sur lesquels Charles passa le 
fleuve, non sans essuyer une grande perle d'hommes, 
car bon nombre de soldats se noyèrent. Lorsqu'il ar- 
riva près du gué dit des Russes*, situé à une lieue et 
demie au-dessus du confluent du Bog et du Dnieper, 
il fut assailli vers le soir par les troupes russes au 
moment où cinq cents Suédois et trois ou quatre' mille 
Cosaques Fotkal et Berabasch, qui le suivaient, allaient 
effectuer leur passage. On se battit avec le plus grand 
acharnement pendant toute la nuit et jusqu'au lende- 
main vers l'après-midi ; un grand nombre de ceux 
qui ne périrent pas dans le combat se noyèrent en 
traversant le fleuve. Le roi qui était heureusement ar- 
rivé sur la rive opposé du Bog , dans la claie de Can- 
temier ^, située à une lieue et demie au-dessus d'Oc- 
zakow, se sépara en ce lieu des deux hetmans, qui 
allèrent s'établir avec douze mille Cosaques dans la 
forêt de Kardasch Ormani (la forêt des frères), 
appartenant au khan de Crimée. Charles XII était sur 
le point de quitter la claie de Cantemier pour se 
rendre à Bender, lorsque le grand-chambellan du 
gouverneur de Babataghi , Yousouf- Pascha , vint lui 
remettre les présens de son maître et prendre des me- 

■ Potnttaii. 
' Bo»i gettcMdi. 
I Canlemir yiirdi. 



n,gn,-.^hyG00^lc 



sures ponr subvenir à son entretien et à celui de sa 
suite ' . L'obstination du gouverneur d'Oczakow, Ab- 
dourrahman-Pascha , à exiger duroi une forte somme 
d'argent , pour lui fournir les barques nécessaires au 
passage du B(^ , avait fait perdre & ce prince cinq 
cents Suédois , faits prisonniers sous ses yeux au mo- 
ment où il venait de gagner la rive opposée. Abdour- 
rahman fut invité par le vizir Yousouf-Pascba à se ren- 
dre àBender, où, après avoir été contraint de restituer 
à Charles Xn les jeunes Suédois dont il s'était emparé 
dans la même drconstance.-il fut jeté en prison et 
révoqué de ses fonctions. Ce ne fut qu'à la prière de 
Charles Xll lui-même, qu'il recouvra la liberté. Avant 
son départ d'Oczakow, le roi avait écrit au Sultan et 
au grand-vizir. Dans une lettre adressée postérieu- 
rement à ce dernier , le chancelier de Mullem de- 
manda, au nom du roi, qu'une alliance offensive et 
défensive contre la Russie fût conclue entre la Porte 
et la Suède. Le secrétaire Neugebauer ' de Danlzig , 
porteur de ce message, arriva, suivi de dix domes- 
tiques, à Constantînople ; douze tschaouschs, envoyés 
à sa rencontre, l'escortèrent à son entrée dans la capi- 
taie, où il fut admis à l'audience du grand-vizir (7 sep- 
t^nbre 1709), mais non à celte du Sultan, parce qu'il 
n'était revêtu d'aucun caractère diplomatique. Le roi 
occupait déjà la maison qu'il s'était Êiit construire 



I D'après Voltaire on lui foarnît 500 pUstr» par jour. 

" Baschld , f. 72 , Bie le jour du départ du roi d'Oczakow au 9 djema- 
zioul-akhir 1131 (20 août 1709) ; La Holraje te contredit, lorsqu'il date 
la lettre du S et qu'il ùàl partir le messager le 3. 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 211 

hors des murs de Bander, lorsqu'un aga vitit lui 
apporter la réponse du grand-vizir à sa lettre ' et à 
celle du chancelier Mullern, et lui offrir, de la part du 
Sultan, un cheval richement harnaché et un poignard 
garni de pierreries ; toutefois, ce présent n'était accom- 
pagné d'aucune réponse du Sultan *. Quelques se- 
maines auparavant, Qiarles avait envoyé, malgré tes 
observations de Tousouf-Pascha, en Moldavie , un 
corps de mille Suédois \ qui devait tenir hi obser- 
vation les frontières de Pologne. lira Russes, informés 
du but de celte expédition , surprirent ce corps près 
de Czernowicz ; un petit nombre de Suédois fut tué 
ou parvint i se sauver par la fuite , le reste fut fait 
prisonnier. Cette violation du territoire ottoman sou- 
leva l'indignation de tout le diwan, et inspira à la Forte 
des craintes sérieuses pour la sûreté de ses frontières 
et pour celte du roi de Suède , qu'elle se croyait 
engagée d'honneur à protéger de tout son pouvoir. 
Pour se garantir contre une invasion subite et pour 

> La Motraje commet une aulre erreur lonqa'i) dit : i tépaose du vizir 
eu roi de Suède, refue à Bender le )9 d'août (le 30 août),* car Nragcbauer 
n'étaut arriva à CoiistaQt[Qople que le 28 août , la réponse ne pouvait pas 
élre parvenu à Bender deux jours après. 

' La Uolraje, I , p. 417. Voltaire, dans son Bittmrf de Pûrre f", 
L. XIX, doute de rautlieotlcilé de la lettre de Charles XII an ^and-vizir, 
Idie que l'a donnée La Hotraye. Il aurait pu attaquer avec plus de raison 
encore l'authenticité de la réponse d'Ali de Tschorli, car elle est datée du 
mob de redjeb ( mi-septembre) , tandis que le messager de cette lettre arriva à 
CoDstautinople le 28 août. Les lettres autlieutiques du grand-vizir se trou- 
vent dans le graod /nicha deRami, n°> 480 et 431, et dans aucune d'elles 
il n'est question ni de Neugebauer ni de HuUern, mais d'un présent en ctie- 
vaui et d'un riche poignard. 

3 La Uolraje dît 930 et Rascbid près de 2,000. 

"4" 

n,yN,-..llyG00^IC 



mettre le roi à l'abri de toute attaque, le grand- vizir, 
à la suite de trois longues conférences avec le moufti 
et le reïs-efendi, donna ordre aux troupes fendataires 
de Roumilie, aux sandjakbegs de Yanina, de Tirhala, 
deGûstendil, d'Okhrî et d'Ilbessan, aux deux vizirs, 
le gouverneur d'Ânatotie Abdi-Pascha et Ismaïl-Pa- 
scha , ancien gouverneur de Roumilie , de marcher 
avec leur contingent sur Beoder et d'y établir leur 
camp (â7 juillet 1709). 

' Cependant le roiinvestit le secrétaire Neugebauer 
du titre d'ambassadeur extraordinaire, en le.chai^eant 
de remettre de sa part une nouvelle lettre au Sultan ' 
(9 octobre — 4 schâban 11^1). Neugebauer fut admis 
en présence d'Ahmed III avec Poniatowski. Celui-ci, 
qui s'était déjà acquitté précédemment avec zèle de 
deux missions auprès de la Porte, et dont la persévé- 
rance ^lait l'habileté , avait si bien employé son 
séjour dans la capitale que , secondé par un médecin, 
le juif portugais Fonseca, et par une juive, il était par- 
venu à intéresser à la cause du roi la sultane Walidé. 
Comme tontes les femmes, elle estimait la valeur, et elle 
se déclara ouvertement en faveur du héros du Nord, 
qu'elle avait coutume d'appeler son lion. Un jour, elle 
demanda à son fils quand il comptait secourir son lion 
pour qu'il pût dévorer le Czar. Poniatow^ski retourna 
à Bender avec un présent de mille ducats et la pro- 
messe que la Porte faciliterait au roi , en le faisant 
escorter, son passage h travers la Pologne, d'où il pou- 

Il Mail airiré le 3 juin avec une suite de douie personnes. Rrrpport de 

n,gn,-.^hyG0O^lc 



Talman. 



DE L'EMPIRE OITOMAN. ai5 

vait rdoumér dans ses Etats. Lorsque, trois mob plus 
tard, un aga apporta au roi la réponse du Sultan à sa 
deruière lettre et lui demanda de combien d'hommes 
il désirait que fût composée son escorte, Chartes 
répondit qu'il ne pouvait pas accepter moins de trente 
mille sipahis et de vingt mille janissaires; mais le 
diwan trouva ce chiffre trop élevé et refusa, car, s'il 
!eût été fait droit à cette exigence, une rupture avec 
la Pologne et la Russie serait devenue inévitable. 
Charles XU , mécontent des tergiversations de la 
Porte, envoya à Conslantinople, à la place de Neu- 
gebauer, le colonel Funk en qualité d'ambassadeur; 
enfla Poniatowski se rendit pour la troisième fois à 
la cour d'Ahmed III pour soumettre au Sultan les 
griefs du roi contre le grand-vizir. Ce ne fut pas sans 
beaucoup de difficultés qu'il parvint à s'acquitter de 
sa mission ; enfin, saisissant le moment où le Grand- 
Seigneur sortait de la mosquée, il réussit à lui remettre 
le mémoire do roi (3 février 1710). 

La nouvelle de la violation du territoire ottoman 
par l'incursion récente en Mpidavie des troupes du 
Czar, avait soulevé contre l'ambassadeur russe, comte 
Tolstoï, l'indignation de la cour, et avait rendu fort 
difficile sa position à Constanlinople. Dans sa pre- 
mière audience (3 septembre 1 709) ' , qui avait eu lieu 
quelques jours avant l'arrivée de Neugebauer, Tolstoi 
avait offert au Sultan et au grand-vizir des présens 
poor une valeur de vingt-cinq mille écus. Sous leurs 

' Le Rapport de Talman meotionne au même jour l'audieDce de Vua- 
JjABMdeur de nsgute. 



,,-.rihyGOO^IC 



2i4 HISTOIRE 

au8[nces, il continua avec persévérance les négocia- 
tions relatives au renouvellement de la.paix, et finit par 
mettre sous leurs yeux deux nouvelles propositions du 
Czar. Par l'une, il demandait que la Forte refus&l au 
roi de Suède l'autorisation de rester plus long-temps 
dans l'Empire ottoman ; par l'autre , qu'on lui livrât 
l'helroan des G>3aques, Mazeppa, qu'il disait avoir dé- 
serté le service de la Russie. Le khodja du divran, 
Houseïn-Paschazadé£l-Hadj Moliammed, fut chai^ 
de conférer sur ce sujet avec l'ambassadeur. Pareille 
demande avait d^ été adressée par d'autres envoyés 
russes au gouverneur de Babataghi, Yousouf-Pascha. 
Celui-ci avait reçu du grand-vizir l'ordre d'envoyer 
rhetman Mazeppa au khan des Talares, et d'excuser 
ensuite le refus d'extraditicm sur ce que lesTatares ne 
livraient jamais ceux qui étaient venus implorer leur 
protection. Mais Yousouf-Pascha éluda cet ordre, et, 
faisant venir en sa présence les commissaires russes, U 
leur reprocha la violation du territoire ottoman et l'in- 
cursion des troupes du Czar, qui s'étaient avancées 
jusqu'à fine distance de trente-six lieues au-delà des 
frontières ; il leiir déclara ensuite que le cas où se 
trouvait le roi de Suède n'avait été prévu par aucun 
traité; que, par conséquent, l'hospitalité que la Forte 
lui avait accordée n'était en rien contraire à celui 
existant ; qu'aux yeux de la Porte, Mazeppa était Sué- 
dois et non pas Russe , et qu'aussitôt que le roi et 
rhetman auraient dépassé les frontières de l'Empire 
ottoman , le Czar pourrait agir à leur ^rd comme 
bon lui semblerait. L'ambassadeur russe à Congtan- 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ai5 

linople essaya d'abord d'excuser la poiu^uîte dont ]e 
roi de Suède avait été l'objet, jusque sur les rives du 
Bog, par les troupes russes, et de nier la violation du 
territoire et la surprise des Suédois à Czemowiez ; 
mais lorsque la Porte lui eut prouvé, en produisant 
des litres authentiques, la réalité de ces faits, et qu'il lui 
fut impossible de se refuser à l'évidence , il renonça 
à l'cxlradilion'de Mazeppa et à l'abandon des cle& 
du Saint-Sépulcre de Jérusalem, que la Russie vou- 
lait faire passer des mains des [H^res catholiques à 
celles du clergé grec. De son côté, la Porte, qui avait 
demandé la restitution d'Âzof et la démolition des 
ch&teaux-forts nouvdlemenl construits par Pierre-le- 
Grand sur les eûtes de la Mer-I^loire, se contenta de 
l'addition au dernier traité conclu sous Moustafa II, 
d'un artide qui autorisait le roi à retourner dans ses 
États par tel chemin qu'il jugerait convenable' (décem- 
bre 1 709 — schewwal 1121). Aussiiôt que la paix avec 
la Russie eut reçu cette nouvelle sanction, une lettre du 
grand-virir enjoignit au khan de Crimée de veiller à 
la stricte exécution du traité; en même temps, le Sul- 
tan, par une lettre adressée au roi de Suède, l'informa 
qu'en vertu de la clause qui le concernait , il pou- 
vait retourner dans ses Etats en tonte sécurité. Cette 
lettre était accompagnée d'un présent ' de dix mille 



■ Ruchid, II, f. SS.D'aprèsLaHotraye.p. 410, U ratification lurque 
hit âDimé« au commencement de l'amiÊB 1710. Boiuset, BupplémenI, Il , 
p. 11. 

> La Hotraje et Ruchid parlent de ce présent en cheTaai fait par le 
Sultan et le grand-vinr ; seulement La Motra; e ne dit rien du prisent de 



n,gn,-.^hyG00^lc 



dncals dffitioés à subvenir aux frais de voyage, d'un 
cheval de race avec ses harnais, et de vingt chevaux 
demain; le grand-vizir lui ofirit également un cheval 
richement caparaçonné et trois chevaux de main. 
Charles XII accepta les présens du Sultan, mais il re- 
fusa ceux du grand-vizir, auquel il ne pouvait pardon- 
ner d'avoir renouvelé le traité conclu avec la Russie, 
et , s'adressant au chambellan Mousaaga , porteur de 
ce message , il lui dit : « Je n'accepte pas les préseos 
» de mes ennemis. » Le fier grand- vizir, Âli deTschorli, 
vivement irrité de celte conduite , non - seulement 
contre le roi, mais aussi contre Yousoaf-Pascha au- 
quel il attribua le refus de Charles Xtl , se prévalut 
de deux lettres que le khan des Talares, Dewtet-Ghî- 
raï, venait d'adresser à la Porte de la part du roi de 
Pologne Auguste et de Senieawski, pour faire inter- 
venir le khan dans tes négociations entamées avec le 
roi de Suède. Par ces deux lettres, qu'on prétendait 
avoir été écrites sous l'instigation du khan ', on de- 
mandait la médiation de ce dernier entre Auguste 
et Charles XII. Le grand-vizir détermina en outre le 
Sultan à adjoindre à Yousouf-Pascha et au khan de 
Crimée, en qualité de comnûssaire de la Porte , scm 
second grand-écuyer. Lorsque ces trois envoyés fii- 

10,000 daeati. Ce dernier parle d'un «econd eoroi de 800 bonnes pur le 
grand- vizir Mououmsn-Paacha, mais Dasehid paraît l'avoir ignoré. Reste 
donc à savoir s'il y a eu en effet deui envois en argent on à les 10,000 
ducala de Raschîd ne sont pas les mtmes que les 800 bourses de La Ho- 
traie. 

' Totuoufpaiehoudtn biloab tau leheïkhi ivndta bilnrtm, c'esl-i-dire 
• c'est loi qui m'as M\ ceb. • 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 217 

reot réunis à Bender, ils iavitèrenl le Roi à se rendre 
au serai de Yousouf-Pascha ; mais Charles Xn ayant 
prétexté, pour s'en dispenser, une indisposition, ils 
résolurent d'aller le trouver dans sa maison. Là, ils 
lui présentèrent le khattischérif impérial , qui les au- 
torisait à opérer une réconciliation entre Auguste et 
Charles XII, sous la seule condition que ce dernier 
reconnaîtrait Auguste en qualité de roi de Pologne. 
Qiarles de Suède repoussa cet arrang^nent , comme 
contraire à la parole donnée et aux conventions 
écrites. Les commissaires ayant mandé à la Porte qu'il 
était imposable de se débarrasser du roi de cette ma- 
nière ' , le mécontentement du Sultan contre le grand- 
vizir augmenta de plus en plus, et, voyant qne toutes 
les mesures proposées par ce dernier pour éloigner 
le roi de Suède étaient infructueuses', il résolut de 
le déposer, événement que d'ailleurs la haine do si- 
lihdar et du kiziaraga avait depuis long-temps pré- 
paré. Le silihdar en voulait surtout au grand-vizir de 

. ' Ni La Hotraf e d1 Voluire ne disent on mol de celte entrevue mémo- 
rable. 

> TàchorUAUPasehaniinnniitedbiri tebéblé.tiwiidîeKiràlidmpieti 
àUymiim doaichi lurnUyeliné bir borf ghiran oloub refiindi hanghi 
tarafa teschebbiii oloundi iȎ moufid olmadighindan tabi houmayiin 
iairabi taUi vesiri mouieharoun ilethi inhirafi zamiri Aoumayoun- 
Icri merttbi moabaiaghaya teaiHl oimidjtdi ; c'e9l-à.dire:< comme par 
kes mauvaise» dijpoaiUong du grand-vizir Ali do Tscborli, le roi de Suède 
est tombé comme un lourd fardeau sur lea épaules de la «ublime Porte , st 
qo'ancun des moyens employés par lui ne mène au but, l'esprit de l'Eni- 
perear a été vivement agité et s'est détourné du vizir dont il est question. • 
Ce passage démontre clairement qne la destitotion du grsnd-viiir, loin 
d'avoir étéprovoqiiéeparle parti suédois, était dneau contraire i l'irritation 
du Sultan contre le Roi, 



,,-.rihyGOO^IC 



ce qu'il avait tout fait pour empêcher son mariage 
avec la princesse, fitle du Sultan ; en outre, ni lui ni le 
kizlaraga ne pouvaleot lui pardonner la destitution de 
l'anden moufti, leur ami. Us profilèrenl de leur poM- 
tion qui leur permeltaàt de voir le Sultan à toute heure 
du jour, pour obtenir d'Ahmed UI, sans la partici- 
pation du grand-vizir, un khattischérif qui rappelait 
le mouAI de Sioope, son lieu d'exil, et l'invitait à se 
rendre à Conetanlinople. Le gouverneur de N^re- 
pont, Nououman Koeprùlù-Fascha , avEÙt déjà été 
rappelé antérienrement , du consentmaent d'Âli de 
Tschorli, afin de célébrer son mariage avec la sultane 
Âîsché, fille du sultan Mousiafa ; la même faveur avait 
été accordée au fils du grand-vizir Kara Moustafa, 
qui avait épousé la sultane Safiyé, autre fille du sultan 
Moustafa. Le retour de Nououman Kœprulù dam la 
capitale occupait alors tous les habilans ; le silihdar 
saisit celte occasion et celle que lui offrait le mé- 
contentement du Sultan contre le grand-vizir pour 
proposer à Ahmed 111 de nommer à la place d'Ali, 
Nououman Kœprulû, héritier d'un nom qu'avait rendu 
célèbre le grand-vizirat de ptuàeurs de ses aïeux 
(1 5 juin 1710 — 18 rebioul-akhir); Le Sultan suivit 
ce conseil; il envoya à Ali de Tschorli le grand- 
chambellan, qui lui redemanda le sceau impérial, et 
lui donna ordre de se rendre sans délai à Kaffa, siège 
de son nouveau gouvernement '. 

L'administration de Nououman-Kœ[Hiilû ne répon-, 

> El non pas i HUylèiK, comme le dit L> Holraje. Ce denii«r Ait reran^ 
quer avec raison qoe les Suédois, qui voulaieni faire passer ce chang^neol 



D,gn,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. aifj 

dit pas à l'atlente générale et démentit bientôt les es- 
pérances de ceux qui, en saluant son avènement, l'a- 
vaient d'avance proclamé le sauveur de l'Empire. La 
chute d'Ali de Tschorli avait surtout causé ime joie 
frénétique aux Arméniens catholiques, dont il s'était 
montré le plus cruel persécuteur, et au parti du roi de 
Suède, dont il était considéré comme l'ennemi déclaré. 
A la vérité, les chrétiens et les musulmans, qui espé- 
nient trouver dans le fils du vertueux Monstafa Kœ- 
priilù la tolérance et les vertus de s(hi père, ne se 
trompaient pas; mais l'exactitude et la conscience 
même avec lesquelles il revit les comptes de diverses 
administrations , souleva contre lui la haine de tous 
les fonctionnaires civils et militaires ; de plus, son acti- 
vité, trop minutieuse pour le chef d'un grand Etat, ar- 
rêta le cours des affaires les plus importantes. Depuis 
que, sous le grand -vinrat de Housein Kœprùlii, il 
avait obtenu, avec la main de la fille du sultan Mous- 
.lafa, la dignité devixir à trois queues de cheval, il 
avait successivement été employé comme gouverneur 
de Négrepont, de Candie, d'Ërzeroum, de Bosnie et 
de Candie pour la seconde fob , et s'était acquis par- 
tout la réputation d'un homme juste ', Mais il eut le 
tort de vouloir faù% tout par lui-même, comme au 
temps où il était gouverneur, recevoir lui-même les 
nombreuses supplique qui lui étaient adressées, juger 



comme ^nt leur ouvrage, ont été démentia pu les Turra. L'histoire de 
Gordon et Talman fixent ladaleaa 15 juin (18 rebioul-akhir). 

■ Siographiet de* grtmdê-tiixin, par DilBweragaudA Orner, e( cdiei de 
Sald. 



,,-.rihyGOO^IC 



320 HISTOIRE 

]ui-inéme tons les procès; aussi se trouva-l-il bienlôt 
hors d'élal de répondre à la dixième partie seulement 
des pétitions ; il en résulta un grand embarras dans 
les rouages qui faisaient mouvoir les diverses bran- 
ches de l'administration. Il commit deux autres fautes 
non moins graves : celles de ne s'entourer que d'amis 
et de confidens avides, et de confier le gouvernenient 
des provinces les plus importantes à des hommes ca- 
pables tout au plus d'administrer de petits districts ; 
aussi les vices isolés de son administration ne tar- 
dèrent-ils pas à devenir contagieux, et la seule mesure 
qu'il prit concernant, la Suède et la Russie, pendant 
les deux mois qu'il fut au pouvoir, se trouva contraire 
aux règles d'une saine politique. Peu disposé à faire 
la guerre ou à fournir des secours au roi de Suède, 
et ne songeant qu'à maintenir la paix naguère renou- 
velée avec la Russie, il avait fait remettre au roi de 
Suède, par l'entremise du khan, de Yousouf-Pascha 
et du grand-écuyer, une lettre conçue dans le même 
sens que la dernière écrite à Charles par son prédé- 
cesseur, Ali de Tschorli ; il crut pouvoir le déterminer 
à retourner dans ses Etats à travers la Pologne , en 
invoquant l'article du traité récemment conclu avec 
la Russie, qui pourvoyait à sa sûreté pendant son 
voyage'; mais en même temps, se berçant de l'espoir 

> Si leeeccnd envoi de 800 bourses dont parle La Hotraye estTrai, ce 
bit a dA èlre lu comme un aecret d'Etat, de m£me que le paiement 
par poilioa des dettes contractées par Cbarles XII : car ni Rudiid , dans 
(OU histoire de VEmpire , ni Talman , dam ses r^^rta à Vienne .-n'ea 
font mention. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. aai 

cbimérique d'intimider la Pologne, en répandant le 
bruit qu'une armée nombreuse accompagnerait le roi, 
et de la décider ainsi à retirer la sienne, il fit adopter 
celle mesure en plein diwan. En conséquence , il 
fil partir pour ce royaume des lettres annonçant que 
la Porte avait résolu de ramener dans son royaume 
le roi de Suède, avec une année non moins formidable 
que celle qui jadis avait été conduite parKara Moustafa 
sous les murs de Vienne ' . Cette fanfaronnade dange- 
reuse et impolitique, dont le seul but était d'éviter la 
guerre, la provoqua au contraire ; car les janissaires, qui 
brûlaient de laver la honte des dernières campagnes , 
la demandaient hautement ; lorsqu'ensuite le reste de 
rarméejoignit ses sollicitations aux leurs (7 août 1710 
— 21 djemazioul-akhir llââ), tout le monde sentit 
que Nououman Kœprulû n'était pas capable de la 
mener à bonne fin. 

Depuis quelque temps, le silihdar favori exerçait le 
pouvoir le plus illimité dans le serai, où d'ordinaire 
règne le grand-maitre de la cour, le kapouaga , ou chef 
des eunuques blancs. Celui-ci, jaloux de la faveur par- 
ticulière dont jouissait le silihdar, lui défendit un jour 
de paraître dans une promenade où il devait se montrer 
dans la même voilure que te Sultan, s'il ne voulait pas 
être écorché vif. Ahmed m,' irrité de cette impudence 
du kapouaga, rendit aussitôt un khaltischerif qui desti- 
tuait le coupable, supprimait son emploi et Joignait ses 

■ Aumin des histoneng de Charles Xl[ el de Pierre I", n'a soupfonoé 
CM seuls et uniques motifs de l'éloigaement des affaires de Nououman' 
PBisclia.KnscMd, f. 79. 



,,-.rihyGOO^IC 



fonctions avec ses privilèges à celles du »lihdar. En 
possession de ce surcroît d'aulorité et de puissance, il 
eût été facile au silihdar de se faire nommer grand- 
vizir, mais, soit que pour le moment il ne se crût pas 
encore assez de force pour se charger de la direction 
des affaires, soit qu'il préférât suivre son goût domi- 
nant pour l'étude, soit enfin qu'il craignit les suites de 
la guerre qui était imminente, il fît, pour la seconde 
fois, agréer au Sultan, comme graud^vizir, Baltadji 
Mohammed-Fascha. Ce choix fut principalement dû 
aux protestations d'Osmanaga, ancien kiaya de Bal- 
tadji, alors inspecteur des douanes. Osmanaga avait 
juré au silihdar que, s'il voulait faire obtenir le grand- 
vizirat à son patron, celui-ci s'engagerait à n'être plus 
que l'aveugle exécuteur de ses volontés. Ce fut ainsi 
que la loyauté louable et l'activité trop souvent minu- 
tieuse de Nououman Kœprùlû furent insuffisantes pour 
le protéger contre l'ambition et les intrigues sordides 
du vieux fendeur de bois du serai. Kœprulû, en rece- 
vant la nouvelle de sa destitution, dut s'estimer heu- 
reux d'échanger ses hautes fondions contre la place 
qu'il avait précédemment occupée. U retourna à Né- 
grepont avec le titre de gouverneur. Ce cinquième et 
dernier grand-vizir, issu de la famille Kœprùlû ', fut 
aussi loyal- , aussi pieux et aussi minutieux que son 
grand-pére, Mohammed Kœprùlû, s'était montré cruel 
et immoral dans le choix des moyens employés à 
l'exéculion de ses vastes projets. 

■ La romille QtMbie des Djenderetis ne donna à l'Empire que quatro 
gtiDiii-riûii. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. aa3 

Mohammed Kœprùlù, lorsqu'il arriva au pouvoir 
âgé de soixante-dix ans , n'avait à faire valcàr ni les 
titres de ses aïeux ni une grande renommée : cepen- 
dant son administration dépassa bientôt toutes les es- 
pérances qu'on avait conçues de lui. Au contraire, 
Mououman, soutenu par la gloire de ses pères et pré- 
cédé d'une juste réputation de vertu, démentit pres- 
qu'aussilôt la hauteopinion qu'on avait desestalens.Iie 
premier n'aurait jamais été jugé capable d'occuper le 
poste le plus élevé de l'JEtat, si les circonstances ne l'a- 
vaient pas fait grand-vizir, et le second aurait toujours 
été considéré comme l'administrateur le plus capable, 
s'il n'avait jamais gouverné. La bonne renommée de 
Mououman Kœprùlù, comme celle de son père , eut 
ses vertus pour origine , mais il n'y joignit pas ces 
hautes qualités politiques qui distinguaient à un degré 
si éminent son grand-pére Mohammed et son oncle 
Ahmed. Le souvenir des crimes de léze-humanité, qui 
souillèrent le règne de ces deux derniers, fut en partie 
effocé par les vertuà de Mouslafa Kœprùlù et de 
son fils Nououraan, en sorte que les lalens politiques 
et la vertu, la gloire militaire et la plus sévère loyauté, 
sans être toutefois accumulés sur la même personne, 
se trouvèrent répartis entre les divers membres de la 
famille Kœprùfû, la plus illustre de l'Empire ottoman. 
Dès que Baltadji Mohammed- Pascha fut arrivé de 
Haleb à Constantinople, cinq mille janissaires d'élite, 
après avoir été passés en revue par le Sultan devant 
la porte d'Andrinople , furent envoyés k Babataghi 
( â6 septembre 1711 — â schâban 1 1 23). Le grand- 



,,-.rihyGOO^IC 



924 HISTOIBE 

chambellan Mohammed, qui était resté près de huit 
mois à Bender, où il avait porté les dernières lettres 
de la Porte au roi de Suède, revint quelques semaines 
après chargé d'un grand nombre de suppliques adres- 
sées au Sultan par les habitans de la frontière , qui 
tous se plaignaient des continuelles violations de terri* 
toire commises par les Russes, et en demandaient une 
prompte répression. Ce fut surtout à l'instigation de 
Mohammedaga que la Porte invita le khan de Crimée 
à se rendre à Conslantinople. Solennellement intro- 
duit à l'audience du Sultan, et désirant la guerre aussi 
vivement que Charles XII, Bewlet-Ghir^ représenta 
la nécessité de rompre avec les Russes qui, disait -il, 
entretenaient avec les rayas des intelligences secrètes, 
à l'aide desquels ils menaçaient de s'emparer de tonte 
la Roumilie (9 novembre — 1 7 ramazan) ' . Au sortir de 
l'audience impériale, il reçut en présent un kaftan de 
velours rouge garni de zibeline, un kalpak de la même 
fourrure, deux panaches de héron garnis d'agrafes 
ornées de pierres Bnes, un sabre et un carquois élin- 
celans de pierreries, et un cheval avec ses harnais de 
diwan et sa housse. Dix jours plus tard , le Sultan . 
assista dans le kœschk du sofa à un grand conseil 
auquel prirent part tous les vizirs, les oulémas, les 
généraux des troupes , le khodjagan du diwan , les 
anciens de l'armée, leurs secrétaires et les députés de 
chaque régiment de la milice (§0 novembre — 38 ra- 
mazan). Tous ayant pris place, on leur donna lecture 
des suppliques rédigées par les habitans des frontières, 

I Raschid.II, f. 84. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMI'IHE OTTOMAN. 22S 

et dont le contcDU figura ensuite dans le manifeste 
£ur lequel fut basée la déclaration de guerre. Les 
griefs de la Porte contre la Russie avaient pour objet 
la construction des châteaux-forts de Kamienska, éloi- 
gnés seulement de douze lieues d'Or, celle du diàteau 
de Samardjik, au confluent de la Santara du Dnieper, 
d'une forteresse près du gué de Tighan , la violatioD 
des frontières de Moldavie et le passage des rivières 
de Tamadjik et du Bog par un corps de troupes russes, 
l'occupation de Stanileschti en face d'Yassi , l'atta- 
que à l'improviste des Suédois sur le Bog et à Czer- 
nowiez, l'incursion toute récente (t 7 mars — 1 6 mo* 
harrem) des Kalmouks en Crimée près de Tschek^ 
tscheken ' , l'asservissement des Cosaques Potkal et 
Berabasch, et enfin roccupalion p^r d^ troupes russes 
de la forteresse de Camieniec. Le moufli Paschmak- 
djizadé, qui, immédiatement après la chute d'Ali de 
Tschorli , était jeniré en fonctions, rendit le fetwa 
qui-déclarait la guerre non-seulement légitime, mais 
nécessaire. Aussitôt l'ordre fut donné d'enrôler trente 
mille janissaires, dix mille 4jebedjis et sept mille ca- 
nonniers ; .par un autre rescrit adressé aux gouver- 
neurs des villes du littoral, U leur fut enjoint de mettre 
à la disposition du kapitan-pascha, dont la flotte était 
prête à prendre ,1a mer , un certain nombre de bâ- 
timeos, tels que galiotes, frégates et felouques*, qui, 
tirant peu d'eau , sont particulièronent prc^>rffl à la 
navigation de la mer d'Azof. 

I Dans Lb Holraye ZtzeniEy. 

> Ealieia , firtafa , vtlik. Rasciiid , t. m. 



,,-.rihyGOO^IC 



936 USTOIRE 

AvaDt de qmtter ConstaniiDopIe, le khan de Crim^ 
«e plaignit du manque d'égards dont le voïérode de 
Moldavie, Nicolas Maurocordato , fik d'Alexandre, 
s'était rendu coupable envers lui, et la Porte crut de- 
voir lui donner satisfoction. Bien que Nicolas ne fût 
en place que depuis un an» le Sultan le déposa en lui 
donnant pour successeur Démétrius Cantemir. Le dé- 
part du khan pour la Crimée coïncida avec l'empri- 
sonnement aux Sept-Toors de l'ambassadeur russe , 
comte Tolsloi. 

Deux mob auparavant , cette même prison avait 
reçu dans ses murs un prisonnier d'Etat d'un nouveau 
genre, c'était une momie, circonstance que l'historio- 
graphe de l'Empire dte avec raison comme un fait 
singulier. Le poste de janissaires établi devant la porte 
d'Edréné à Coostantinople , avait arrêté , pendant la 
unit, un char conduit par des Francs , et contenant 
une momie. Questionnés à ce sujet, les conducteurs 
du char déclarèrent que le roi de France envoyait 
cette momie en présent au roi de Suède ; mais le kaï- 
makam la fît conduire aux Sept-Tours, où, en atten- 
dant l'arrivée du nouveau grand- vizir, Baitadji Mo- 
hammed -Pascha, elle fut mise sous le scellé. Si les 
conducteurs du char eussent été d^ sujets russes, le 
Itiiimakam aurait peut-être fait brûler la momie, comme 
- une idole. Ainù l'avait fait , denx années aupara- 
vant , le grand-viàr Ali de Tschorli , qui , ayant fait 
saisir plusieurs images de saints vendues par des né- 
gocians russes à des Grecs , ordonna de les livrer 
aux flammes comme des idoles et de mettre les mar- 



n,gn,-.^hyG00glc 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. sa; 

chands en prison. Ce ne fut que sar les demandes 
pressaotes de l'ambassadeur russe qu'ils recouvrèrent 
leur liberté; mais, comme il s'agissait de Français, le 
kaïmakam crut probablement que c'était là une nou- 
velle folie de l'ambassadeur Ferriol, que les Turcs, 
depuis le scandale qu'il avait donné à l'audience du 
Sultan, disaient être privé de raison, et qui alors était 
tombé réellement en état de démence dans le village 
de Belgrade, situé près de Constantinople. Lorsqu'on 
apprit à Charles XII le malheur arrivé à Ferriol et le 
trait de celle Hollandaise, habitante du même village, 
qui, dans son enthousiasme pour le héros du Nord, 
avait résolu de faire le voyage de Bmder sous le cos- 
tume d'un of6àer suédois, ce prince s'écria; « Quel 
» singulier endroit que ce Village de Belgrade ; le Sul- 
» tan a manqué y être déUi)né(lc«8 de la dernière ré- 
» voile, des janissaires); Ferriol y a perdu l'esprit , et 
» une dame hollandaise a fùlli y perdre son honneur. » 
Dix années plus tard, le village de Belgrade acquit 
une célébrité plus grande encore, par le séjour de 
lady Montague, qui y écrivit ses lettres si spiri- 
tuelles. Autrefois Belgrade était la résidence d'été 
de plusieurs ambassadeurs européens, et, aujourd'hui 
encore, ce village est habité dans la belle saison par les 
riches habitans francs et arméniens de Constantinople. 
L'Autriche , depuis long -temps en guerre avec la 
France et les rebelles de Hongrie, venait de porter 
enfin le dernier raup à Rakoczy. Battu à Trentscbin 
(1^ août 1708), la France, lasse de la guerre, avait 
dès-lors conmiencé à liû retirer ses subsides. C'était 



en vain qu'il avait dierdié à intéresser à sa caiise les 
puissances protestantes, l'Angleterre, la Hollande, la 
Suèd e et la russe. Il en était venu même à implorer 
l'aide du Czar Pierre, lorsqu'à la suite de la bataille de 
Vadkert (3â janvier 1 7 1 0) , il se vit abandonné par la 
plus grande partie de la noblesse. Trop fier pour signer 
la paix de Szathmar, Rakoczy chargea Desalleurs, l'a- 
gent français naguère accrédité à sa cour, de demander 
pour lui à la Porte un r^uge dans l'empire ottoman '. 
Mais celle-ci, qui vemdt de déclarer la guerre à la 
Rusùe., craignit de déplaire à l'Autiicbe et refusa 
d'accéder à sa demande. 

Ce fut vers cette époque <pie Ferriol fut rappelé en 
France par ordre de sa cour. Il laissa à Gonstantinc^Ie 
le souvenir fâcheux de la scène qui avait ûgnalé le 
jour de son audience au serai, et en outre le soupçon 
d'avoir fait enlever secrètement le patriarche ar- 
ménien Avedick , que l'année précédente la Porte 
avait vainement fait réclanier par son ambasssadeur 



Les efforts de Ferriol pour exâter la Porte à dé- 
clarer la guerre à l'empereur Joseph I" et à la déter- 
miner à secounr Rakoczy, eurent d'autant moins de 
succte, qu'elle prévoyait une'guerre prochaine contre 

I Rapport de Talman de l'année 1708. Le meuager que Rakociy en* 
TOjaà Desslleiirg s'appeluit Tailaba. 

1 Support de Talman du 11 raaj 1T09. Il est ilDg;ulier que Tanlé D'ail 
pas eu coDDoluaaoe de cette miMioD , pas plus que des passages de Paul 
Lacaa et de La Hob'aje où il est question de l'enlèrement du patriarche. 
Talman, dans son rapport, dit que Ferriol était devenu fou pour avoir aé 
réprimandé pai sa conr. 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. aaj 

la Russie. Lorsque, l'année précédenle , les envoyés 
de Hakoczy, Michel Teleki, Czaki et Jean Pop, 
avaient été solennellement introduits dans la ville de 
Temeswar par le gouverneur Hasan-Pascha, le ré- 
sident impérial, en apprenant leur projet de se rendre 
à Oinstantinople, avait protesté contre leur entrée dans 
la capitale, et ils s'étaient vus obligés de faire parvenir 
leurs lettres au diwan par l'entremise d'un colonel fran- 
çais ', qui avait emmené à sa suite deux Hongrois dé- 
guisés en domestiques. Dans ses lettres au Sultan et au 
grand' vizir, Rakoczy afBrma qu'il avait fait tout 
son possible pour rendre la Hongrie indépendante 
de l'Autriche; il demanda que la Porte le reconnût, 
comme autrefois elle avait fait pour Tœkœli , roi de 
la Hongrie-Supérieure, et déclara que, si on le laissait 
plus long-temps sans secours , il se verrait obligé 
d'en demander à la Pt^ogne et à la Suède. A l'époque 
où il écrivit ces lettres, le grand-vizir Ali de Tschorli 
s'était prononcé- en faveur des rebelles, mais il avait 
rencontré un adversaire redoutable dans la personne 
du moufti.BalladjiMohammed-Pascha, sentant la né- 
cessité de conserver à tout prix la paix avec l'Au- 
triche, envoya un de ses agas, Seîfoutlah, avec une 
suite de vingt personnes, à Vienne, pour remettre au 
prince £ugène une lettre dans laquelle il protestait de 
ses intentions paciBques. Seîfoullah était en outre 
chargé de faire comprendre indirectement au cabinet 
de Vienne que la Forte était disposée à renouvela 
immédiatement la paix de Carlowiez , bien qu'il n'y 
i Talman le nomme comle de Rassigne. - 



D,gn;.rihyGOO^IC 



eut encore d'écoulé que la moitié du terme fixé pour 
la durée du traité. Va mois avant son arrivée à 
Vienne , Eugène avait offert par écrit au grand-viàr 
la médiation du cabinet autrichien , à l'effet de pré- 
venir la guerre qui allait éclater entre la Forte et la 
Russie, et les inslraclions envoyées au rendent impé- 
rial Talman, lui enjoignaient de ne prendre parti ni 
pour ai contre le rù de Suède , mais d'insinuer au 
diwan qu'il y avait on moyen moins violent pour ra- 
mener le roi dans ses États que celui de le faire es- 
corter par une année à travers la Pol(^e, puisqu'il 
pouvait voyager en foute sûreté dans les États de 
l^jnpire. Jose[A I" étant venu à mourir de la petite- 
vércde, la cour de Vienne expédia à Talman de nou- 
velles lettres de créance , et le chargea, en sa qualité 
de résident, de notifier au Sultan l'avènementau trône 
de Charles VI (13 octobre 1711) ; l'année suivante, 
Talman lui fit part du couronnement de l'Empereur, 
qui avatt eu lieu à Francfort , le Sa décembre 1711. 

Sur la demande du vieux Maurocordato et de son 
fils, interprète de la Forte, qui après avoir été élevé 
à la digmté de prince de Moldavie, avait cédé le pou- 
v<Hr à son frère Jean , petit-fils du vieux Mauro- 
cordato, Gr^oire Ghika, jeune homme ftgé de douze 
ans, né à Vienne et tenu sur les fonds de baptême par 
l'empereur Léopold, fut admis au service de Char- 
les VT, ea qualité d'élève interprèle. 

Malgré les rapports d'intimité qui existsàent entre 
les cours ottomane et autrichienne, et le bon accord 
de leurs iiUerprètes qui paraissait devoir favoriser les 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. a3i 

i da ministre impérial résidant à CoDstanti- 
nople, la médiation qu'il offrit à la Porte au nom de 
son souverain ne fut pas plus agréée que celte des 
ambassadeurs de Hollande et d'Angleterre, Tout ce 
qu'ils purent obtenir, ce filt d'être admis à l'audience 
du Sultan, afin de lui remettre les dépêches que les 
États-Généraux ' et la reine d'Angleterre lui avaient 
écrites à ce sujet (janvier 17H — àlihdjé H1S). 

Quelque temps après, arriva à Gonstantinople un 
ambassadeur du prince des Ouzb^s. H était chargé 
d'annoncer k la Forte que , par suite de la mort de 
son frère, le prince de Khowaresm était devenu seul 
héritier du trdne. Cette nonvelte n'était pas de nature 
i intéresser le diwan, dans les circonstances actuelles, 
au m^e degré que l'arrivée à Gonstantinople de 
P^liwan-Kouli, ambassadeur du [»ince des Kal- 
mouks, Ayouka-Kban, qui, en remerciant la Porte dn 
bon accueil qu'elle avait fait à son dernier ambassa- 
dair, Mohammed-Salih, lui demandait des secours 
contre les Rosses, dans le but d'affranchir les Ousdi- 
loks et les Karakii^zes de leur domination (5 février 
17Â). 

Vers cette époque, le roi de Suède envoya en am- 
bassade à Cotistantinople le général Mayersfeld, pour 
déterminer la Porte à publier un manifeste contre 
Auguste de Pol<^ne; les instances de son envoyé 
ayant été vaines , il en publia un lui-même qu'il data 
de Bender •. Yousouf-Pascha , le premier ami de 

■ Celle andience eat lieu lel janvier ITII. Bapporlde TbIduq. 
> ITaprèi le rapport de Ttlmm daté du 38 janviet 1711. 



,,-.rihyGOO^IC 



a3a HISTOIRE 

Charles XU près de la Forte, qm depuis vingt ans avait 
occupé le gouvernement d'Oczakow et la place de 
commandant de Babataghi , et qui , durant sa longue 
administration, avait défendu les frontières avec tant 
de succès et relevé les fortifications délabrées de Ben- 
der, fut tout-à-coup frappé de la disgrâce du Sultan. 
Immédiatementaprès que la guerre eut été déclaréeaui 
Russes, la Porte, pour complaire au khan de Crimée, 
Dewlet-Ghiraï,qu'anehame personnelle animait contre 
Yousouf-Pascha, h cause de l'influence qu'il exerçait 
sur les affaires du roi de Suède, non-seulement le 
destitua , mais ordonna même de le conduire en 
prison à Kilbouroun et de conâsquer tous ses biens 
au profit de l'État. Une punition plus Juste fut infligée 
au beglerbeg de Merâsch , Rouschwanoghli Khalil- 
Pascha. Celui-ci ayait refusé de rejoindre l'armée qui 
devait marcher contré la Russie, et, comptant sur le 
secours des Kurdes de la tribu Rooschwan, il avait 
arboré l'étendard de la révolte, et s'était retiré dans 
les montagnes inaccessibles du Kurdistan. Cependant, 
vaincu par le gouverneur de Raakk , le vizir You- 
souf-Pascha le Boiteux, il fut fait prisonnier, et sa 
tête fut envoyée à la Forte (juin 1711 — djemazioul- 
ewwel 11â3). Kalaïlikoz Ahmed - Pa!<cha , ancien 
grand -vizir et «lors gouverneur de Candie, fut 
destitué sur les plaintes réitérées des snjets chrétiens 
qu'il opprimait de piille manières diETérenles. Sa vanité 
et son amour pour l'ostentation et le laxe le domi- 
naient à un tel point que , pour satisfaire cette pas- 
sion, il enleva l'argenterie des églises, et fit confec- 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. a33 

tionner des élriers et des mors avec les flambeaux et 
les encensoirs qu'il s'était ainsi appropriés. Balladji- 
Mohammed lui envoya l'ordre de retourner en exil 
à Kos , et Yousouf-Pascha d'Oczakow, sorti depuis 
peu de sa prison de Kilbouroun , fut appelé à lui 
succéder. 

Une autre mutation pins importante eut lieu à ïa 
Porte. Le poste de kaîmakam, dont le favori et gendre 
du Sultan n'avait voulu se charger que provisoirement 
et uniquement parce que le grand-vizir allait prendre 
le commandement en chef de l'armée, fut donné 
à l'ancien aga des janissaires Mohammed-Tschelebi. 
£xcluàvement occupé d'études', le favori désirait 
d'autant plus quitter les affaires que le grand-vizir ne 
voulait pas permettre qne les autres ministres ra- 
tassent à la Porte, et que, se fondant sur un ancien 
usage, U leur avait enjoint de le suivre à l'armée, en 
ayant soin toutefois de se faire représenter à Con> 
stantinople. Des querelles sérieuses mraaçaient d'é- 
clater à ce sujet entre le favori et le grand-vizir. Lé 
premi^, n'osimt pas donner sa démission , de peur 
d'irriter le Sultan, s'adressa au moufti, qui lui promit 
d'arranger cette affaire à sa satisfaction , à condition 
qu'il l'aiderait à faire nommer à sa place Mohammed 
Tchelebi, un de ses cliens. Celte conditic» fut acco- 
tée , et le moufU obtint sans difficulté la permission 



■ SehOou tout Umi tehérifiUmetihjjoiit. Rasdiid, II, f. 84, «pliqas 
nîeui pourqtwi U ne voulait pas accepter la pbce du grand-rldr, que ne h 
lait Tdlaite ^ai prélend qu'Q était trop jeuue ; il a<rail treote-diiq tut. 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



s54 HISTOIRE 

pour le favori de quitter la place de kaïmakam et de 
Dominer pour lui succéder le protégé du moitfti Mo- 
bammed (l'avril — lâaafer) '. 

Le premier jour de la nouvelle année lunaire , le 
grand- viiir fit arbcver avec les solennités d'usage, 
les queues de cheval à la Forte, annonçant ainsi son 
prochain d^>art pour les frontières (19 février — 
1" UK^arrem). Quinze jours après, il assista, avec 
le moofti, le ailihdar favori, le nischandji-pascha, les 
deux juges d'armée et le cbrf des émirs , à ta consé- 
cratioa de la mosquée nouvellemeut construite à 
Scutari par la sultane Walidé; le lendemain. l'augoate 
fondatrice s'y rendit elle-même par une encrinte ten- 
due des plus riches étoffes , que Tt»! avait élevée à 
partir du lieu où elle mit [»ed à terre jusqu'à l'entrée 
de la mosquée. 

Le jour où les jamssaires quittèrent Conatantinople 
pour aller habiter leurs tentes dressées dans la plaine 
de Daoud-Pascba , toutes les corporations de la capi- 
tale les escortèrent, suivant un antique usage, jusqu'à la 
porte d' Andrinople (1 mars — 20 mc^iarrem). Deux 
jours après, les corps des armuriers, des canoniùers et 
des soldats du train, se rendirent au camp avec un paro 
d'artillwie composé de trois cents canons et de vingt 
m(»iiers. La flotte destinée à fiûre la conquête d'Azof 
quitta le port de Constantinople le 9 safer (8 avril), ta 

I RudiidlUtrcmarqDeciceUeoccauoneoinbiendecirconttaiicMaTateiit 
dtt M réunir pour fUre nemmw k b place de luimaluiB cet ancien aga 
des janiisaJres qui rirait duu rsiii à Broo» A qai paraÛMit arûr éU 
oublié de tout le monde. 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 235 

duigeaot vers la Mer-Noire. Outre le vaisseau amiral 
que montait le kapitan-pascha Ibr^iim avec trois mille 
trois cents soldats de marine, la flotte était composée 
do vingt-deax galères fournies par les begs de la mer, 
de vingt-sept galions, portant seize mille soldats, de 
trente galiotes montée chacune par deux cent vingt 
soldats, de soixante frégates portant chacune quatre- 
viDgts hommes , de cent viugt bàtimens de moindre 
grandeur spécialement destinés à naviguer dans la mer 
d'Azof , et de cent felouques portant sept soldats de 
marine; en tout trois cents navires ayant à bord 
trente-cinq mille hcniimes. Quelques jours après, le 
Sultan envoya an grand-vizir l'ordre de quitter le camp 
de Daoud-Fascha et de se porter à la frontière. La» 
janissaires, les djebedjis, les topdjis et les toparabadjis 
ouvrirent la marche ; le lendemain , le grand- vizir les 
suivit , après avoir été honoré de la visite du Sultan , 
qui, en se séparant de lui, lui fit don d'un kaflan garni 
de fourrure, présait dit de coi^é '.Les troupes asia- 
tiques avpient d'avance reçu l'ordre, les unes de pas- 
sa de Tschardak en Aùe à Gallipolis , les autres de 
s'onbwquer à Scutari, pour se rendre de là à Beschik- 
tasch. Les commandans de ces troupes, les paschas- 
gouvoneurs de Karamanie, de Siwas, de Haleb, de 
Diarbekr, d'Adana, de Kanghri, d'Angora, d'Ak- 
schehr, de Sidischehr, de Tekké, d'Ëskischehr et de 
Bozok, furent, eûdsi que leur suite, passés en revue 
par le Sultan, et revêtus de pelisses d'honneur. Quel- 
ques semùn^ plus lard , Ahmed ni envoya au se- 

• WtdaatUrU. 



,,-.rihyGOO^IC 



ir>6 HISTOIRE 

rasker grand-vizir un khatlischéiif avec un sabre 
d'honneur et le brevet de vizir pour l'aga des janis- 
saires , Yousouf (1 9 mai — 1 " rebioul-akhir). Baliadji 
Mohammed, en réglant la marche de l'année, avait 
placé à l'avanl-garde les sipahis et les silihdars; ils 
étaient suivis de quatre mille canonniers munis de 
leurs pièces, de six mille armuriers et des soldats du 
train avec leurs chariots destinés à recevoir les muni- 
tions, les bagages, les blessés et les malades ; derrière 
eux venaient les boulangers, les porteurs d'eau , les 
vivandiers et tes dresseurs de tentes. Au centre se 
trouvaient les janissaires, les seghbans nouvellement 
enrôlés, le grand-vizir avec ses gardes-du- corps , la 
musique de l'armée, les vizirs de la coupole et les au- 
Ires vizirs avec leurs troupes; les gouverneurs, avec 
les conlingens de leurs provinces, formaient l'arrière- 
garde. L'armée passa dans cet ordre d'isakdji dans la 
plaine de Kartal , d'où elle continua sa marche vers 
la Moldavie. Lorsqu'elle arriva près de Faltschi , le 
serasker apprit que le Czar Qvail passé le Prulh près 
de Cecora, qu'il venait d'élabltr son camp à Faltschi, 
et que le général Scherraielieff faisait mine de dé- 
fendre le ^sage de la rivière. Dix mille Tatarea 
traversèrent le Pruth à la nage; quatre ponts jetés 
pendant la nuit , conduisirent sur la rive opposée 
toute l'armée ottomane, en ce moment bien supé- 
rieure en nombre à l'armée Russe , parce que deux 
corps nombreux , commandés par les généraux Rhenne 
et Jonas , avaient été détadiés dans l'intérieur de la 
Moldavie et de la Valachie, Le Czar qyi avait quitté 



n,gn,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIllE OTTOMAS. 23? 

Fallsdii s'était avancé dans la plaine de Horsiesli , près 
de la ville defCtiscb, et s'était retranché entre le Pruth 
et un marais, comme l'avait fait autrefois Sobieski près 
de Zuiawna '. Cette plaine marécagense et couverte 
de roseaux était dominée par des hauteurs dont 
l'occupation par l'ennemi rendait toute retraite im- 
possible. Aus» arriva-t-il qu'après la bataille dans, 
laquelle les Russes, repousses de tous les côtés, fu- 
rent forcés de rentrer dans leurs rëtraochemens, le 
khan de Gimée les tint étroitement bloqué. Harcelé 
jour et nuit par les Turcs et les Talares, qui occupaient 
h la fois les hauteurs et les d^és, Pierre I", dont 
les troupes, souffraient la faim et la soif, allait succom- 
ber sous te nombre de ses ennemis , lorsqu'il trouva 
un secours inopiné dans le dévouement d'une femme. 
Catherine F% génie protecteur de la Russie et du Czar, 
imagina , pour délivrer l'armée , de réunir tous les 
bijoux qu'elle put se procurer et de les offrir au. 
grand-vinr; en même temps, Scheremetieff lui écrivit 
pour lui demander la paix'. Chargé de cette lettre et 
des présens de Catherine, le chancelier Schaffiroff 
se rendit au camp ottoman. Osmanaga , kiaya du 
grand-vizir, qui jouissait d'une inQûence d'autant plus 
grande que Baltàdji Mohammed lui devait en partie 
sa seconde promoticm à la plus haute dignité de 
l'Étal, reçut les présens, dont la valeur s'élevait à 

' Consnltei les rapports originaui snr le» Aïénemeiu de la gnerre entre 
la Russie et la Porte. BerliD, 1829, p. 13. 

* Raschid, H, T. 87; La Uolrajell, Gordon, Voltaire, Biiloirt dt 
pierr» I, Jottmal d« Pkrre. Rapport de Foaialowiki dans La Hotraie. 



,,-.rihyGOO^IC 



1?18 HISTOIRE 

peine à quelqoes centaines de mille roubles; la sorame 
fut partagée entre le grand-vizir et son kiaya. Il est 
probable cependant que ce ne Tut pas seulement l'in- 
fluence d'Osmaoaga qiû décida Baltac^i Mt^ni'- 
med à accepter les offres du Czar ; il parait au con- 
traire que ce fut son dénr personnel de terminer la 
guerre et l'espérance de donner à r£ln[Hre une paix 
avantageuse, qni le détermina à souscrire aux propo- 
sitions de Pieire I". La paii fut signée malgré les 
vives protestations de FoniatowsLi, mandataire du roi 
de Suède, qui assista à cette négociation, et celles de 
Dewlet-Ghiraï, qui, voyant le succès des armes ottoma- 
nes ainsi compromis, s'y opposa dans l'intérêt de l'Em- 
pire. Il insista de même, mais vainement, pourquele 
Czar payât aux Tatares un tribut annuel de cpiarante 
mille ducats, et pour que le grand- vizir demandât l'ex- 
tradition du prince de Moldavie, Cantemir, dont on avait 
. appris la félonie au moment où l'armée ottomane avait 
passé le Pnith près de Faltschi ; trahison qui avait eu 
pour résultat la réintégration inunédiate sur le trûne 
de Moldavie de Nicobs Maurocordato. 

Le secrétaire d' État Omer-Efendi ' rédigea le traité 
préliminaire qui devait rétablir la paix entre la Forte 
et la Rusâe. Ce traité, l'un des moins avantageux et 
l'un des plus humilians qu'ait jamais acceptés la Rus- 
sie, imposait en substance au Czar la restitution d'Azof 
et de toutes ses dépendances, la démolition des forti- 
fications de Kamienska , de Samara et de Ti^an, 
l'abandon de leur artillerie à la Porte , et l'engage- 



I Dons Voltaire Biimmtr. 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. aSg 

ment de ne plus s'immiscer è l'avenir dans les affaires 
concernant tes Cosaques Potkal et Berabasch. £n 
outre , Pierre souscrivit k on article qui interdisait 
eux ambassadeurs du Czar le séjour de Constanlir 
nople; les autres clauses réglaient l'échange des pri- 
sonniers, et stipulaient en faveur du roi de Suède, 
qui, disait la rédaction, s'était réfugié sous l'aîle pro- 
tectrice de la sublime Porte, la libo-té de retourner 
dans ses États ; ce même article recommandait au Czar 
et an Roi de ^re la paix , dans le cas oîk ils parvien- 
draient à s'entendre ; enfin , par un antre article, les 
deux souverains contraclans s'engageaient à veiller à 
ce que leurs sujets vécussent dans une par^ite tran- 
quillité. 

Baltadji Mohammed-Fascha, usant de son omni- 
potence, signa ce traité malgré l'opposition du khan 
des Tatares et de Charles XII , dans l'espoir, disait-il, 
que la clémence du très-glorieux , très-grand et très- 
gracieux Padischah, lui ferait fermer les yeux ' sur la 
conduite passée des Russes, dans le cas où ils obser- 
veraient reli^eusement les conditions réglées. Enfin, 
une dernière clause du traité stipula, qu'aussitôt après 
qu'il serait signé*, rien ne s'opposerait à la retraite 

' Eouatakhatt htrehelleHnden ighmati oïn. 

' Baschid , Il , f. 87 et 88. La Hotraje nou a lainé nne Indoction 
fidèle de ce traité jusqu'au Bcptième article el Voltaire a tort de dire : • Les 
articles de celte paii ne forent point rédigés , comme le royageur La Ho 
traye le ra[^rle >. Il existe encore sur cette campagne deux impriméi peu 
connut , 1° Relation von ffer MchvitdUchen und tilrkiiehen Ticloria, to 
beiSudfiat utider dit MMcoviter trfàehten wordm, A. 1111. BibUo- 
thiqae de Munich ; 3» Joaniui Signaei Smdtehreibea , betreffmd dit 
bewtTttehmitt AujXur dtr Zllrim mit Motkau {Bif)liothè<ia» de tftmfcA). 



,,-.rihyGOO^IC 



Mo HISTOIRE DE L'EMPIRE OTTOMAN, 
du Czar, qm , pour en garantir la stricte exécution, 
s'engageait à donner en otage son consdiler intime , le 
chancelier baron Pierre de Schaffiro£f et lUichel Fe- 
troTich Sdieremetieff. Ces derniers conservaient la li- 
berté de retourner en Russie aossitôt après l'exécn- 
tion des clauses du traité (ââ jiûlt^ 1711 — 6 djem- 
azioul-akhir 11S3). 

Si l'on conadère la poation désespérée où se trou- 
vait l'année russe , on reconnalira que le traité da 
l*ruth, onéreux pour la Russie, le fut encore bien 
plus pour la Porte, qui, après d'immenses prépa- 
ratifs de guerre , ne retirait de celte campagne qu'un 
avantage éphémère et qu'une glcnre doideuse. 



D,gn,-.rihyGOOglC 



LIVRE LXni. 



D«ux grands-«»ir« ae inccèdent à It suite de 1« paix condoe aoK bord* 
du Pruth. — Réception de Charles XII. — Traité avec ta Russie. — 
Dépari de Charles Xil. — Sonlèvemeat eidté au Ka[re par Kaltasbeg.— 
Uort de l4asseuh.PaschB, du moulti Ebezadé, da vizir Kalallikoz et de 
dinsayBDS illustres. — PriBedeCorinthe, d'Egine, dcNapoli di BomaDia, 
de Coron, de Navarin et de Modon." LefoH de Siny vainement assiégé, 

DispositiODS reUtivea aui oulémas. — Mesures administratives. — 

Eiéculians, prophéties, incendies, iltnminations. — Mort de laWalldé. 
Répression des Kurdes et des Arabesj un bterprète anglais refait la 
bastonnade, uninterprète vénitien esl pendu. — Correspondance avec 
la COUT de Vienne. — La guerre contre l'Allemagne est au diwan l'objet 
de Irois délibérations successives. — Envoyé de la confédération polo- 
naise. Exécution de plusieurs personnes de la famille Brancowan et de 

celle de Cantacnzène. — Uarche sur Belgrade. — Combat de Carlovici. — 
Balaille de Pelerwardein. ~ Khalil, grand-viiir. —Eiécution du kiaya. 
_ Chule de Temeswar.— Prise de Bukharest et de Yassy. — Ëvénemens 
de Corfou et de Dalraatie. — Destitution du kapitan-pascha et du khan 
d«i Tatares. — Bataille de Belgrade. — Prise de celte ville ; chute du 
grand-vizir. — Événemens de la guerre en Bosnie , en Dalmalie et dan« 
la Méditerranée. — ■ Révocation du kapitan-pasdia, du moufti et du 
grand-viiir. — FroposiUans de paii ; Rakociy ^ Congrét et paii de 
Fassarovicz. 



Lr nouvelle de la paix conclue aux bords du Prulh 
ne fut pas apportée, suivant l'usage, à Constantinople 
par le grand-chambellan ou le grand-éciiyer, mais 
bien par le kiaya du grand-vizir lui-même, Osman- 
aga, qui avait été l'inslrument actif decetle paix et qui 



n,-.rihyGOO^IC 



243 HISTOIRE 

espérait en récompense recevoir les trois queues de 
cheval. Jusqu'alors il était sans eietnple qu'un mi- 
nistre de l'intérieur eût abandonné son poste et confié 
ses fonctions à des mains subalternes. Aussi, le kiaya 
fut-il trompé dans son attente; car, bien que la nou- 
velle dont il était porteur eût causé une grande joie an 
Sultan et aux habilans de la capitale , les ennemis du 
grand-vizir ne montrèrent que trop d'empressement à 
faire connaître au souverain et au peuple de quelle ma- 
nière la paix avait été conclue. Le khan des Talares et 
le roi de Suède ne manquèrent pas d'exagérer dans 
leurs comple-rendus la faute du grand-vizir. Charles, 
qui était arrivé dans le camp ottoman au moment 
même oà le Czar quittait le sien tambour battant et 
enseignes déployées , avait accablé le premier digni- 
taire de l'Empire des plus amers reproches. « N'au- 
» rais-tu pas dû emmener le Czar prisonnier à Con- 
» stanlinople? lui dit le roi de Suède. — Et qui donc, 
» répondit sèchement le grand-vizir, aunut gouv»né 
s ses États en son absence?» A ces mots, Charles se jette 
sur le sofa, avance son pied jusque sur les vêtemens du 
grand-vizir, y engage volontairement son éperon, les 
déchire transporté de colère, se lève, monte à cheval, 
et repart pour Bender. Poniatowski resta encore quel- 
que temps auprès du grand-vizir, espérant le déter- 
miner à reprendre les hostilités. Mais lorsque lemoufti 
appela les fidèles à la prière, le grand-vizir se leva et 
s'en alla, sans dire un mot, faire les ablutions ordon- 
nées par la loi. 

Après avoir reçu, avec la pelisse et le sabre d'hon- 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. «45 

neur, l'ordre de se diriger veri la plaine de Karlil , 
Baltadji quitta l'armée et partit pour Andrinople. Sca 
intrigues et le peu de réserve de ses paroles lui avaient 
déjà attiré nombre d'ennemis dont les plus puissans 
étaient le moufti, le kiziaraga et Ali gendre du Sultan. 
Ce dernier surtout n'avait pas oublié la querelle qu'il 
avait eue avec lui immédiatement avant l'ouverture de 
}a dernière campagne, au sujet du refus fait par Baltadji 
de laisser, pendant qu'il était kaimakam, les ministres 
de la Porte à Constantinople. L'heure de la vengeance 
avait sonné. Bientôt le Sultan apprit par l'organe d'AU 
que la conct usion d'une paix si désavantageuse dans des 
circonstances si favorables, tenait à l'arrivée nocturne 
dans le camp ottoman de plusieurs chariots remplis de 
numéraire. Non contens de cette assertion, les ennemis 
du grand-vizir l'accusèrent encore de s'être arrêté à 
Andrinople avec le secret dessein d'exciter une sédi- 
tion parmi les janissaires, et de se soustraire à la juste 
colère du Sultan, en évitant d'aller à Constantinople. 
En conséquence, le grand -chambellan, Mohammed- 
aga reçut la mission de se rendre à Andrinople , 
d'y revêtir d'abord te grand-vizir de la pelisse d'hon- 
neur, et de lui retirer le sceau de l'empire dès le jour 
suivant. Ce sceau fut remis au géorgien Yousouf, 
ancien aga des janissaires, qui, après avoir passé par 
tous les grades, depuis celui de simple soldat jusqu'à 
Celui d'officierd'état-major, s'était, par son mérite per- 
sonnel , élevé au rang d'aga et de pascha à trois queues 
de cheval. Baltadji , exilé d'abord à Lesbos , puis à 
Ijernoos, mourut dans cette île, l'année suivante, d'une 

D,gn,-.rihyGOO^IC 



344 msTOittK 

maladie incurable , et fut enterré à- cûlé de Missri , 
schetkh et poète mystique, que nous avons vu figurer 
sous le règne de Mohammed IV (âO novembre 1711 
— 9 schewwal 11â3). Ce dernier disait souvent que 
s'il en croyait la prédiction du mehdi, le bûcheron et 
lui auraient un seul et même tombeau. 

Le nouveau grand-vizir ramena l'armée à Constan- 
tinople pour remettre l'étendard sacré au Sultan, qui 
était allé à sa rencontre jusque dans le voisinage de 
Tschekmedjé. Quinze jours après , un envoyé des 
Cosaques Potkal et Berabasch , que la dernière paix 
venait de proclamer indépendans, apporta une lettre 
par laquelle ses compatriotes rendaient hommage au 
Sultan (â décembre1711 —2) schewwal 1123)'. A 
la suite d'un conseil des ministres, la Porte refusa de 
ratifier le traité du Pruth , et déclara de nouveau la 
guerre à la Russie. Le jour d'après, le ministre de 
l'intérienr, Osman , qui , en raison de son influence 
sur Balladji Mohammed , était considéré comme le 
principal apteur de la paix conclue aux bords du 
Pruth , et le secrétaire du cabinet, le reïs-efendi Orner, 
qui avait rédigé le traité, expièrent sous le glaive du 
bourreau la pari qu'ils avaient prise dans cette paix 
désastreuse. L'écrivain des ischaouschs, Abdoul- 
baki , eut le même sort , parce qu'on le soupçonnait 
de s'être laissé corrompre par Scheremetîeff , qu'il avait 
amené au camp du grand-vizir, avec les présens 
que ce dernier était chaîné d'ofTnr. Au reste, la suc- 



> Ilaschiil, tl, r. 90, lui donne le 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMI'IKE OTTOMAN. 245 

cession d'Osman fournitles preuves de sa culpabilité: 
on trouva chez lui l'anneau de la Czarine et deux 
mille ducats frappés aux coins de Saxe et de Russie 
(29 décembre 1711 — 9silkidé 11â3) '. Celle décou- 
verte ne servit qu\ exciter la cupidité de Yousouf et 
à aiguillonner son désir de s'approprier l'argent de 
la Russie. Aam la paix fut-elle rétablie dès le prin- 
temps suivant et pi-orogée pour vingt cinq années. 
Far le nouveau traité, Kiow et l'Ukraine en-deçà 
du Dniester furent adjugées au Czar, à condition 
que ni Âzof ni Tscherkesk ne pourraient être for- 
tifiées de nouveau et que les forts de Kamenoï-Zaton 
et dd'Ust-Smara seraient rasés, (16 avril 171§). Le 
khan reçut ordre de retourner en Crimée, car le peu 
d'empressement que mettait le Czar h remplir les 
conditions de la paix , faisait redouter la reprise des 
hostilités. Avant la fin de l'année, les commissaires 
chaînés de régler la délimitation des frontières revin- 
rent à Constantinople, accompagnés d'un mirza du 
khan , et ils annoncèrent que le Czar était loin de 
regarder comme sérieuse la paix récemment conclue. 
£n conséquence , on reconnut en conseil et en présence 
du Sultan la nécessité de reprendre les armes. Cette 
décision entraîna, le jour suivant, la chute du grand- 
vizir, qui non-seulement ne s'était point opposé à la 



' Voltaire, Sittoire de Charles XII. Voltaire prétend que l'anden 
grand-vizir Ali de Tschorli, fut exécuta en même Ifjnpa que Osman, cequi 
est une erreur. Ali Hiûl mort natuTelIcment, au comniencenieiit <Iv la m£ine 
année, à Uil^f lène, où on raTailIrausporlédeKafla. Biographie d'Osman- 
tadiet de DUautratjaxadé. 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



346 HISTOIRE 

paix du Prnth , mais qui l'avait renouvelée sept mois 
après , et avait apporté une extrême lenteur dans les 
préparatifs d'une guerre résolue dès son entrée' eo 
fonctions(11 novembre1712 — ii schewwaI11â4). 
Sa place fut donnée à l'Abaze Souleïman, esclave af- 
franchi de l'ancien kiziaraga Yousouf , à l'aide du- 
quel il était devenu successivement silihdar , gouv^- 
neur de Haleb , de N^repont , vizir de la coupole , 
nischandji, kaïmakam , et que le gendre favori pro- 
posa au choix du Sultan, comme il avait déjà fait pour 
ses deux prédécesseurs, parce qu'il ne voulait pas se 
chaîner lui-même du &rdeau de la plus haute dignité 
de l'Empire. 

Sept jours après , la queue de cheval fut arborée 
en signe de guerre devant la Sublime- Porte (19 no- 
vembre 17 12 — 19 schewwai 41S4)- L'ambassadeur 
extraordinaire du Czar, Abraham Lopoukhin, qui était 
venu porter de riches présens , le comte Tolstoï , et 
les deux ûtages , SchafBroff et Scheremelieff , furent 
jetés le même jour en prison ■; le lendemain, Sa ' 
Hautesse partit pour Andrinople. A Baba Eski, sa 
marche fut interrompue par un ouragan Iwrible mêlé 
de neige et de pluie; la rivière débordée de Hafssa 
emporta ses ponts , et relarda ainsi de deux jours 
l'entrée à Andrinople. 

Six mois auparavant, le Sultan avait écrit au roi de 
Suède pour l'informer qu'il avait donnéordre au grand- 
écu^er, Mohammedaga, et à Ismail,seraskerdeBen- 

• &ftoaII. BMotrê abrigie iM'.traUét de pain, XIV, p. tftt, 

lb«leiourd8ladéc)RTatioodegaerrBanl2iwveBl)rflaa Keudull. 



n,gn,-.^hyG00^lc 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 247 

der, de le reconduire dans ses Étals, en passant par le 
territoire de Pologne . et en subvenant à tous ses frais 
de voyage^ . Charles Xll pour relarder son départ dit à 
Mohammed et à Ismaïl qu'il ne pouvait pas quitter le 
paya sans payer les dettes qu'il s'était vu forcé de con- 
tracter, depuis qu'on lui avait ôté son subside journalier 
de cinq cents piaslres; à cet effet , il demanda mille 
bourses. Le Sultan lui en envoya douze cents au lien 
de mille, en y joignant une lettre affectueuse'. Après 
avoir reçu cet argent, sur la promesse qu'il fit de 
partir immédiatement, Charles n'en refusa pas moins 
de se mettre en route , et envoya son ambassadeur 
Funk à Andrinople, avec mission de demander pour 
lui mille autres bourses. La seule réponse à cette nou- 
velle réclamation fut l'emprisonnement de Funk. 
Quelques jours après, le conseil se réunit en présence 
du Sultan pour délibérer sur le rapport que le khan 
de Crimée, le serasker de Bender et le grand-écuyer, 
Mohammedaga, venaient d'adresser à la Porte, par 
l'intermédiaire du tschaousch-basclii Ahmed, et dans 
lequel ils faisaient connaître l'embarras où les plon- 
geait l'entêtement du roi ^. Lorsque le grand-vizir 
Souleïmaa et le moufti Ebezadé qui , après la mort 

< Voltaire tramnit celle lettre que tout porlei croire authentique; miis 
il lui assigne une fausse date, celle du 14 rebyul-eurtih (rebioul-ewvel) 
1114 (1134), ce 9U{ revient, dit-il, au IQ avril 1713. Or, le 14 rebioul- 
awwel cotreipoDd au 3i arril 1713. 



3 Ragcbtd, II, r. 04, Si le Sultan avait leou le discoun que lui prête 
VoUaire , rbistoriographe de l'Empire en aurait fait mention. 



,,-.rihyGOO^IC 



248 HISTOIRE 

dePasdimakdjizadé, survenue au commencement de 
l'amiée précédente, avait été revêtu pour la seconde 
fois de la plus haute dignité l^stative, eurent rendu 
compte du l'obstination du roi de Suède, auquel on 
offrait cependant tous les moyens de partir, le moufli 
rendit un fetwa en vertu duquel le roi , dans le cas 
où il persisterait dans son refus de quitter Bender, 
devait être arrêté ' et conduit à Demitoka (1 " février 
1713 — 5moharrem 11S5). Tout le monde sait qu'a- 
près s'être battu vaillamment avec trois cents Suédois 
contre sût mille Turcs et vingt mille Tatares, vaincu 
par la supériorité dn nombre, Charles XII, justement 
surnommé la Tête de fer, s'enferma avec trois géné- 
raux et se défendît contre l'artillerie ottomane dans 
une maison barricadée, où il se résolut enBn à mettre 
le feu; mais que, dans sa sortie, embarrassé par les 
mêmes éperons dont il avait lacéré les vétemens du 
grand-vizir, il tomba, et fut entouré aussitôt. par 
Tingt-un janissaires, qui le firent prisonnier, aux cris 
répétés d'^&[A/(1âfévrier1713) et qu'il fut conduit 
au ch&teau de Demûrtasch ( c'est-à-dire pierre de 
fer), près d'Andrinople et de là à Demitoka. Voltaire 
raconte aussi comment le marquis de Fierville , que 
la France envoya à Giarles XII , trouva moyen de 
faire remettre au Sultan, au moment où il se rendait 
à la mosquée, par le français Villelongue, une plainte, 
fonnulée au nom du roi de Suède , et au bas de la- 
quelle se trouvait la signature contrefaite de ce mo- 

■ Bi nin kalin , c'eil-Jt-dire de qudquo manière que ce fût , Raschid , 
f. 95, 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 249 

narque, contre les ministres de la Porte, qu'il disait 
tous corrompus par ror.de la Russie'. Il est douleui 
que Vjllelongue ait pu réellement parler an Sultan 
pendant un quart d'heure, comme l'aHirme Voltaire; 
mais l'histoire ottomane atteste elle-même, à n'en 
pouvoir douter, que la conduite tenue en cette cir- 
constance envers le roi de Suéde amena la destitution 
du gouverneur deBender, du khan desTatares, du 
moufti et du grand-vizU*. Du reste, l'opinion publique 
s'était hautement prononcée contre les procédés igno< 
minieux dont on avait usé envers un hôte de la 
Porte, car , le Profrfiète a dit : Respectez votre hôte, 
même s'il est infidèle *, Le moufli qui, en apprenant 
rarreslalion violente du roi de Suède, avait manifesté 
une joie immodérée et qui se proposait d'exploiter celte 
circonstance en la représentant comme l'œuvre de son 
fet\va, fut le premier révoqué. Le Sultan nomma à sa 
place le grand-juge de Roumilie , un de ceux qui en 
conseil s'étaient opposés à la mesure projetée (4 mai 
M\'i — 6safer 11â5). Quatorze jours après, le khan 
des Talares , Dewlel-Ghiraï, invité à se rendre à An- 
drinople, fut pareillement destitué et exilé à Rhodes, 
d'où Kaplan-Ghiraî, précédemment banni dans cette 
lie , fut rappelé pour prendre une seconde fois les 
rênes du gouvernement de Crimée. Il donna à son 
frère aîné Menghli-Ghiraï l'emploi de kaigha, et à son 

■ HittoiTt de ÇhoTles XII, L. VU. So\ttâ toi dam, c'esUi-dira : c'ett 
le roi de Suède ipii te le dorme; il taÛa'A écrire : Jiwedj Kiraldam , 

e'esl-ci-(litc : rfc la part du roi de Suède. 
' Ekremu td-Miaïfen we laou kt^rovn. 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



33» HISTOIRE 

autre frère, Sahib-Ghiraï, celui de noDreddin (99 mars 

1713 — 2 rebioul-ewwel 11^5) ■. 

Sept jours après , le grand-vizir prit la place du 
kapitao-pasclia , Ibrahim Khodja , qui lui succéda 
dans sa haute dignité (6 avril 1713 — 10 rebtoul- 
ewwel 1125). Ibrahim, natif de Vourla , attaché au 
serai en qualité de rameur, avait su pénétrer si avant 
dans les bonnes grâces du sultan Ahmed III, que ce 
souverain l'avait jadis envoj'é à Candie , pour annon^ 
cer à Kalaïlikoz Ahmed-Pascha qu'il venait d'toe 
promu au grand-vizirat. Depuis, la faveur du Sultan 
et sa valeur bien connue l'avaient fait élever au poste de 
kapilan-pascha, et on croyait généralement que lui seul 
pourrait en finir avec le roi de Suède , car on loi avait 
souvent entendu répéter qu'il se faisait fort d'éloigner 
Charles XII. Mais, à peine le pilote eut-il pris en main 
le gouvernail du vaisseau de l'Etat, qu'il ne songea à 
rien moins qu'à jeter le gendre favori par dessus le 
bord'. Il jugea que le moyen le plus sf^ et le plus 
prompt d'atteindre ce but , était de le poignarder au 
milieu d'une fête donnée en son honneur. Malheureu- 
sement , il mit dans sa confidence le nouveau khan de 
Crimée et le reïs-efendi , qui trahirent le complot; le 
gendre favori eut soin d'être malade à point, et le Sultan 
ordonna en même temps la destitution et l'exécution 

I Sebeiteyar, t. 214. 

3 Dans la Biographie detgrands-viiirtfUTOsmàattdé, cette faét»phim 
fait partie d'une tondue allégori«, héiùsée de termes oauliqaes, oùil est dit 
qu'en se reodanl auprès delEmpereur, Ibrahim eut peine à lever l'ancre, 
qu'il commença à remorquer mille aStilemeas ((ira mola) fixée au câble du 
navire; qu'il rompit nombre de càblet (palamari , etc. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. aSi 

dn grand-vizir, dont le pouvoir n'avait pa3.duréplus 
de trois semaines' (27 avril 1713 — )" rebioul- 
aUiir )lâS). 

Le gendre favori, et en dernier lieu kaïmakam, AU 
prit alors en main, dans l'intérêt de sa conservation , le 
timon de l'Etat quijus(|u'alors lui avait paru un fardeau 
trop pesant*. Il était du village de Seloz, qui est situé 
au bord du lac de Nicée. Son premier soin fut de ré- 
tablir la pais avec la Russie qui , après quelques con- 
férences avec les plénipotentiaires du Czar, et avec la 
médiation des résidens anglais et hollandais Sulton et 
Collier, fut enBn signée à Audrinople , et prorogée 
pour vingt-cinq ans sur les bases du traité de Con- 
stantinople. Des onze articles de ce traité, les six pre- 
miers et le onzième correspondaient seuls aux sept 
articles du traité signé par Baltadji Mohammed; l'ar- 
ticle Bept, détennînait 1^ frontières respectives enlre 
la Samara et l'Orel , de telle sorte que tout le territoire 
situé sur les bords de la Samara devait désormais appar- 
tenir aux Turcs, et celui qui était baigné par l'Orel, aux 
Russes. Depuis la source de ces rivières jusqu'au Dod 
et à Azof , la frontière devint la même qu'avant la 
pren\ière occupation d'Azof par les Russes. I^es Gï- 

' Il eiisle dans les archives privées une lettre de ce grand-rfrir éphémère 
adressée ao prioce Eugène au lujet des ouvertures faites dans l'intérêt 
du commerce, sous le grand.vizir Soulelinan'Pascha , par le résident 
FieischmanD , successeui de TalmaD; celle lettre est datée du campd'Ao- 
drinople. 

I Osmanzadé dit, à ce propos, m contioDant l'allégorie arabe que noiu 
avons déjà dlée: ledjrah êr-riahbi mala te*eltteha»tiefen, c'eit-à-dire^ 
lei venta ne mulIkDl pa! au (ré de* navires. 



,n,g,,,-.^hyGoOglc 



saques et les Kalmouks d'une part, de l'antre, les Ta- 
tares de Crimée, les T4(^aïs et les Tscberkesses sou- 
mis à la Porte, ne devaient plus s'inquiéter récipro- 
quement'. Cinq commissaires furent chargés aussitôt 
du tracé des fronlières; ils commencèrent leurs opé- 
rations au confluent de la Samara et de l'Orel ' avec 
le Dnieper, remontèrent ces cours d'eau jusqu'à leurs 
sources, et à partir de ce point jusqu'au Don, dfter- ' 
minèrent , par des jalons, la ligne qui devint la fron- 
tière entre les deux Etats (septembre 1714). Lorsqu'ils 
eurent terminé leurs travaui , dans le cours de l'année 
suivante, les commissaires furent promus à de plus 
hauts emplois ^. 

Après onze mois de pourparlers , le roi de Suède 
avait enfin exprimé lui-nlême le désir de s'en retour- 
ner. Moustafa, kiaya de l'ancien gouverneur d'Ocza- 
kow et le chambellan Yousouf-Pascha, se présentèrent 
pour l'escorter, à la têle de sis cents tschaouschs. La 
Porte lui fit offrir à celte occasion une tente brodée 
d'or, un sabre orné de pierres précieuses, et huit che- 
vaux arabes dont l'arbre généalogique attestait la 
noble origine ; soixante voitures et trois cents che- 
vaux composèrent le cortège ; ce fut ainsi qu'après 
deux ans d'indulgente hospitalité, le Demûrbasch du 



■ naschid, It, r. 93. Roussel , sui>[>l. II, t. II, 110 et 111 et l'Hit- 
toirt de Gordon. 

1 Raschid dit sourenl Ersel au lieu d'Orel. 

3 Raschid, II, f. 100. L'ancien siiîbdar Ibrahim fut nommé nischandji, 
Sebzi-Efendi , ags des sililidarg , Kadri-Efeudi , prËsideot de la chambre 
(.WoMAnc&cï iljiU'jé). 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIHE OTTOMAN. a^S 

nord (lêle de fer), sorlit ■ du chaleau de Demûrtasck 
(pierre de fer) ' (1 "■ octobre 1 7 1 4) ■ 

La campagne du Pruth avait coïncidé avec l'une 
des séditions les plus longues et les plus opiniâtres 
dont fassent mention les histoires d'Egypte. Les ins- 
tigateurs de celle rébellion furent quatre capitaines ^ 
qu'en l'année HâO (1708) le gouverneur Damad 
Hasau (beau-frère du sultan Ahmed, devenu grand- 
vizir après son avènement) avait bannis pour main- 
tenir la tranquillité. Rentrés plus tard dans leur 
patrie, ces derniers profilèrent de l'ancienne division 
des habitans du Kaire en deux partis , celui des Ko' 
si'mlis et celui des Souljlkarlis , pour opposer au chef 
du premier, le scheïkhol-beled Eyoubb'eg , le chef 
du second parti , Kaitasbeg. Le ' scheïkhol-beled 
avait non seulement pour lui Kosedj Khalil-Pascha, 
second successeur de Damad Hasan, mais aussi le puis- 
eant et riche beg de DJirdjé, Mohammed. Les Souih- 
karlis pillèrent ses propriétés dans, la Haute-Egypte ; 
ils voulurent proclamer Kaïtasbeg scheikhol-beled,et 
rallièrent à leur parti six des sept corps de troupes 
égyptiennes; il ne restait donc plus , du cûté opposé, 
que les janissaires et leur chef détesté , Ahmed le 
Franc, outre les autorités régulières, le gouverneur 
et le grand prévôt de la ville. Les deux partis en vin- 

< Suivant VoUaire, Charles XII partit le 1" aelobre; suivant Raschid, 
Il f. 100, lelOramauD 1126, c'esl-à-dire le 19 seplembrclTli. 

" L'hislorien vénilicD Ferrari cliange DtmilTbasck en Dtrmadei e' dit 
ipieCharlesXllgerenditàchevBldePultawaà Azor. 

3 Sar Abd uIIoA, Haaan k'aya, Koitoah iiaya, Iimail kiaja, 
Baschid, II, t, 9S. 



,,-.rihyGOO^IC 



aS4 HISTOIRE 

rent aux maing, et aux canons do ch&teau répondi- 
rent d'autres pièces d'artillerie braquées sur la ter- 
rasse élevée de la haute mosquée du sultan Hasan 
(27 mars 17 M— 7 safer Hâ3). Aouzbeg, le plus 
ferme soulien de Kaïlasbeg, fut tué dans l'action.. 

Pour gagner à sa cause les troupes de son adver- 
saire, Kaïlasbeg donna aux siennes une piastre de solde 
par jour. £youb vit bientôt se dégarnir les rangs de 
son armée, et comme son parti s'afi^iblissait de jour 
en jour, le beg Ibrahim, qui ne s'était prononcé pour 
aucun des deux antagonistes, tant qu'ils avaient com< 
battu à forces égales, se déclara pour Kaïtasbeg. La 
maison d'£youbbeg fut consumée par les flammes; le 
franc Ahmed ayant été tué par une balle, les séditieux 
mirent à sa place un des capitaines exilés, Abdoullafa-Ie- 
Borgne, et renversèrent le gouverneur Kosedj Khalil, 
en lui donnant pour successeur le beg Kanssoui (juil- 
let 1711 — djemazionl-akhirlIâS). À la nouvelle de 
ces troubles, la Porte nomma à l'emploi de gouverneur 
l'ancien kapilan-pascha Weli'; mais Kaïtasbeg et son 
second, Ibrahimbeg , qui s'étaient attribué le titre 
de scheïkol'beled, se maintinrent dans la commune 
administration de la ville, sans qu'il fût possible à la 
Porte de réprimer cette usurpation de pouvoirs, les 

' Sascbid , II, f. 91 , place ces événemeDS dans l'année 1124, bien 
que leur début remonte à l'année jH^cédeote, ainsi qu'il résulle aon-seule- 
mmlde\' Histoire de Yousouf, mais de )b liste des gouverneurs égyptien» 
qui ligure dans les tables chronologiques, car Kbalîl Ait remplacé dès te 
l'^''djemaïioul-3fchir 1133. L'histoire décrite révolution n'occupe pasmoini 
de lOTeuillesdans l'hiEloîredufilsde You30u[,el elle e»t encore plus détaillée 
dans l'ouvrage de rautenr omonyme de l'Hisloire <i'Éj/ypte dt^uii l'ta 
JODOjusiju'jil'iDllSO, 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. aSS 

troupes étaient rentrées dans le devoir ; mais sous le 
gouvernement de Weli, éclatèrent de nouvelles dissen- 
lions. Au moment où îa communauté musulmane, réu- 
nie dans la mosquée du sultan Moeyed , près de la 
Porte de Fer, assistait, pendant le mois déjeune, à 
la lecture du traité de Birgeli, un étudiant monta en 
chaire et représenta le culte des saints comme une 
idolâtrie : « Qui a vu , dit-il , le mystérieux livre du 
«destin? Ce n'est pas notre prophète lui-même. 11 
» faut mettre un terme à ce trafic des sépultures; qui 
» s'abaisse jusqu'à baiser un tombeau , n'est pas un 
«vrai croyant; il faut raser les couveos des Giil- 
V schenis, des Mewiewis et des Begtaschis. Quant aux 
» derwischs , ils feraient bien d'étudier , au lieu de 
» valser. » Plusieurs nuits de suite , il prêcha ainsi 
devant un nombreux concours de peuple. Les orïho- 
doxes obtinrent contre lui de quelques scheikhs un 
felwa qui taxait sa doctrine d'impiété. Le novateur lut 
lui-même le fetwa et le commenta devant son auditoire. 
Deux jours après, il disparut. La foule se porta alors en 
tumulte chez le juge du Caire, réclamant le prédicateur 
et demandant l'annulation du jugement des scheikhs 
qu'elle voulait faire citer au Iribunal. Dans cette extré- 
mité, le pascha- gouverneur s'adressa, aux deux magis- 
trats de la capitale , Kaïtasbeg et Ibrahimbeg , leur 
enjoignant d'étouffer cette nouvelle émeute. I^es chefs 
les plus expérimentés de la garnison reçurent l'ordre 
de veiller au maintien de la tranquillité. Les troubles 
cessèrent et l'étudiant fut secrètement envoyé en 
Syrie. La vénération du peuple pour les saints et 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



916 HISTOIRE 

leurs tombeaux, que les prédications da novateur 
avaient affaiblie, fut ravivée par la restauration du 
mausolée de Houseifn, dont le cercueil en bois d'ébène 
et en nacre de perle fut éclairé par quatre candé- 
labres en ai^nt richement dorés. Outre ces événe- 
mens , deux khattischérifs mémorables signalèrent 
l'administration deWeli : le premier eut pour objet 
la levée du contingent habituel de trois mille hommes 
pendant la dernière guerre de Russie ; le second régla 
le cours des monnaies d'or et d'argent '. 

À peine Damad Ali-Pascha, gendre du Sultan, fut-il 
grand -vizir, qu'il s'occupa de rétablir l'ordre en 
Egypte. Dans ce but , il s'attacha principalement au 
choix d'un gouverneur et d'un juge habiles, dont l'uu 
pût tenir en respect les troupes turbulentes placées 
sous son commandement, et l'autre, réprimer les ten- 
tatives hardies des novateurs, en matière religieuse. H 
nomma à ces deux emplois Abdi-Pascha et Feïzoullah- 
Efendi, gendre de l'ancien moufU Feïzquilah, non pas 
celui qui avait été exécuté, mais son prédécesseur, le 
fils du mouf\i Ebouzaïd (1 7 septembre 1714 — 8 ra- 
mazan i 1 !â6). Abdi-Pascha Gt enfermer Khalil-Pa- 
scha, qui à son arrivée était encore au Caire, dans 
les prisons de cette ville ', pour lui extorquer ses tré- 
sors au milieu des angoisses d'une mort cruelle; quant 
au kiaya de Khalil, il fut emprisonné dans la maison 

' Histoire du fils de Tousouf. Les d nais (yàldiz) lis, les ducats au 
tongbra lûO , les lolotas (piattre isolette) HO, les écus au lion 40 parai. 

> L'Araikhanc ou la mnison de la sueur. Uittoire du fili de Tomouf, 
r. 313. 



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RR L'EMPIRE OTTOMAN. 287 

rouge (al-Iiainra); Weli , prédécesseur d'Âbdi, fut 
iiicfircéré dans le kœsctik de Yousouf, prison habi- 
tiiclle des godverneursdTgypte révoqués, ei sur l'or-' 
dre de la Porte, conduit de. là à Constantinople. Abdi 
destitua Kaïslasbeg qui s'était approprié la chai^ de 
defterdar, le fil mettre à morl et jeter par la fenêtre 
du château. Cette exécution donna lieu à un nouveaa 
tumulte; les factieux voulant venger sa mort, trans- 
formèrent une seconde fois en place d'armes et en cita- 
delle, la mosquée du sultan Hasan. située sur la place 
Roinaïli. Les Azabes se soulevèrent. Mohammed et 
Osman kiaya furent les meneurs de la révolte. Le ch^ 
des rebelles, Abdoullah le Borçne, tua de sa main deux 
officiers -des janissaires et se plaça à ta tête de ce corps. 
Ciependant ta tranquillité se rétablit. I^es janissaires par- 
vinrent à se disculper de ta mOrt de leurs officiers, à 
laquelle ils disaient n'avoir pris aucune part ; deux des 
principaux rebelles ^ Nedjdeli Hasan et Nassouh kiaya 
furent misàmort;enfin, le gouverneur fîtjurerauïtrou- 
pes l'oubli mutuel de leursgriefs, padfia la ville, et régla 
de nouveauté cours des monnaies et le prix des denrées'. 
£ji Syrie , le fils d'Osman , Nassoi^-Pascha , chef 

> Les ducats i la cli«lne (yaldix) furent Urifés à lOT paras; lee ducale au 
toubgTBà!00;Ies£cusanMoDi40; le Téal[iolota ou karaghrovich)k SO 
(Hisloirt du fiU dt TotMOu^, f. 966) ; leparaàhuil bous de cuivre (iNtf. 
f.SOï). Deories; beurre, les 10 batmaos a 30 ^m; miel, les lObat- 
Dians à 30 paras; cati, les 10 balmans à 3 pnras; savon, le balman à 
B paras, etc. (Ibid. t. 267). Plus tard (f. 260), parul ild khaltischérif ordon- 
nant In rabricationdeducatségypIieDaen or pur à Slkarats et la dîyisioa 
de la. drachme d'argent en sept paras ; voir &asi\ÏBittoiredtl'anotifptifi 
dans celle du &I9 de ïousouF, l'histoire du gouveTnement il'\bd:-Pasc)ia 
occupe senle38 fteoiUM ; f, 35S-9^0. 



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aS8 HISTOIRE 

de la caravane des pèlerins, tranchait du souverain, 
distribuant à ses parens et à ses amis les eaodjaks de 
Jérusalem , de I>jidda , d'Ethiopie , d'Adjetoun , de 
Payas, de Tripoli, de Ghaza, de Safed, de Balbek, 
de Q^unin et plusieurs autres encore. Comme ceux 
de Damas, de Beïrout et de Saida étaient menacés du ' 
même wïrt, Yousouf-Pascha-Topal , c'est-à-dire le 
Boiteux, reçut l'ordre de mardier contre lui avec les 
troupes de Rakka et de Haleb , et de le réduire. 
Massoufa-Fasdia avait débuté par de nombreux actes 
de violence à Magnésie, «a ville natale ' , et dans la ville 
d'Aïdin où il avait été receveur des impôts. Plusieurs 
fois, U avait mis en fuite les boslaDdjis envoyés pour 
mettre un terme à ses exactiiHis. Plos lard , il s'était 
distingué sous les drapeaux du Sultan durant la g^aïc 
de Russie, et, comme on avait besoin d'un homme 
d'action, on l'avait nommé emiroul-hadj.En cette qua- 
lUé, il avait, comme nous l'avons vu plus haut, baUu 
les Arabes du désert ei tué le scbeïkb Koleîb ; mais il 
était devenu par la suite ù insolent et si présomptueux 
qu'outre les changemens qu'il opérait de sa pleiue autO' 
rité,ils'étaitpennisdeciterà son tribunal, sous prétexte 
d'unréglement décomptes, le paschaàdeux queues que 
la Porte avait envoyé à Àïdin pour y percevoir les im- 
pôts à sa place, de l'emprisonner et de le mettre à 
mort. Yonsouf le Boiteux trouva un poissant auxiliaire 
coQtrelui dans le pascha de Rakka, tils deRouschwan, 
auqud avait été confié le gouvernement de celle ville 

> )1 j Bl contlruire plus tard une mosquée et une meàiai. 



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DE L'EMPIRE OTTOMAN. aSg 

après î'exécation de son père, le rebelle; Legouver* 
neur de Rakka se joignit avec quinze mille Kurdes 
de la tribu Rouschwan à Yoasouf qui parvint à sé- 
parer de Nassouh la milice provinciale et les rebelles. 
en adressant Aui uns des lettres conçues en termes me - 
Bàçans, aux autres des lettres- remplies de promesses. 
Yousouf Topal-Pascha s'était avancé à six lieues de 
Damas, prés du khan de Teskhaiia; mab Nassouh, 
abaudonnédes siens et convaincu de l'inutilité de«i 
résistance en présetice de cette armée, prit la fuite, 
dans rintenlion de s'embarquer à Yafti; malheureuse-' 
ment, il tomba de cheval au moment où les Turcomans 
envoyésà sa poursuite l'aperçurent. Il continua néau'- 
moins à se défendre; mais, vaincu par le nombre, il fut 
fait prisonnier et livré à Topai -Pascha, qui expédia sa 
tête àla Sublime-Porte janvier ) 1 1 i-radiarrem 1 1 96). 

Son agent auprès de la Porte, le premier aide de 
la diancellerie des mines , fut banni et plus tard exér 
cuté à Famagosta ; la tète de son kiaya, devenu en- 
suite beglerbeg de Hellé, roula aussi devant la Porte 
en expiation de méfaits antérieurs. 

Le nouveau grand-vizir donna de nouvelles preuves 
de s^ vigilance et de son amour pour la justice , eo 
frappant de révocation deux des premiers digni- 
taires de l'Etat ,' le tschaouschbaschi et Vaga des jar 
nissaires : l'un , pour avoir adjugé l'héritage du riche 
Kowanoszadé de Tatarbazari à son gendre qui se ré- 
. volta depuis , l'autre pour s'être montré accessible à 
la corruption (décembre 1 7 1 3 — silhi^jé 1 1 §5). Deux 
anciens mouftis , Ebezadé et Alallah-Efendi , pour 

D,gn,-.rihyGOO^IC 



s'élre permis contre le graad-vizir qoelqaes propos 
an peu trop libres, furenl exilés à Trébizonde et à Si- 
nope. On élalt alors dans les journées orageuses dn 
solstice d'hiver, et. comme ils faisaient voile pour leur 
destination respective, uue tonpéle iâ terrible les as- 
saillit à la hauteur de Karassou, dans la Mer-Moire, 
que le navire où se trouvait £bezadé, c'est-à-dire le 
fils de la sage-femme, fut englouti dans les flots de 
celte mer inhospitalière (décembre 1714 — silihdjé 
1 lâ6). Sur ta route de Trébizonde mourut également 
l'ancien grand-vizir Kalaîlikoz, qui, révoqué de son 
gouvernement de Candie pour les pillages qu'il avait 
commis dans différentes églises, avait été nommé beg- 
lerbeg de Trébizonde par l'influence de la sultane, 
son épouse (décembre 1714 — silhi^jé i1â6). Une 
perte plus sensible pour l'Etat et pour la science fut 
celle du grand-Juge de Roumilie , Aarjf , fondateur 
d'une medreséàEyoub, auteur d'un ouvrage remar- 
quable sur la prise de Candie et les guerres du pro- 
phète, « Uvre où les fleurs du style, dit l'historio- 
n graphe de l'Empire, ont des couleurs plus éclatantes 
w que celles de la soie', et dont le parfum littéraire 
» est plus suave que celui de l'ambre le plus pur » 
(âii octobre 1713 — Bcbewwal 11 35). Aarif figure 
à la tête des dix écrivains principaux parmi les cent 
poètes et savans qui moururent dans ces dix der- 

• Rasrhid. II, f. 09, et Scheikbîudd; ISSio" biographie. S«oavra{taa 
toiil MeiiahH} out-iBOUttoul ila mtdariifiii-outienil, c'eit-à-dire, moiea 
d'atleiodrelesdej^ des principes; ce livre est 6crUea luigue turque ; pu» 
le Xirai^ij/é, poCme *ur rucenaioii du propbèta. 



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DE L'EMPIRE OTTOMÂB. 261 

nÏMes années , et dont les ouvrages méritent d'être 
mentionnés. Ce sont : Ishak Khodja , auteur de plu- 
ùeurs traités astronomiques , philosophiques et judi- 
ciaires, traducteur do Zamakhschari, précieux ouvrage 
de rhétorique intitulé : Prolégomènes philologiques '; 
le prince des poètes, Nabi, dont nous avons déjà parlé 
et dont les ouvrages les plus remarquables sont : le 
Son des Proverbes •, la Clef des Sept', un Traité 
sur les devoirs du pèlerinage ^j un Recueil de lettres, un 
Becueii de poésies et le Compte-rendu de la victoire de 
Canûeràec^ ; les trois médecins Schifayi, Schaaban et 
Nouh-Efendi ; le premier , traducteur des légendes 
du proj^ète, le second d'un ouvrage de médecine fort 
estimé, dont le titre est: la Guérison^.eXA'via traité 
sur ta fête de la nativité du prof^ète ' ; le troisième , 
auteur d'une traduction abrégée de l'bistoire des reli- 

< Mokaddtm^l-«déb. Sa IrMloctlon «st intitulée : AkaaxA ertb fi I«r- 
djotimeli maakademeti-edeb. Ses anlie* Davrageg sont : lo Jshakiyé, 
traité sur l'uMge du Mdran ; 3° un traité sur la fiiatioD du liDitb ; 3° det 
gloMs snr le connentalre de BGldbiiri; A" un conuDeotaire Burriutrodao- 
lion du Tethibol-mantii (Éclairdssemeiw de la logique) j S« des glosts sur 
le latcoKf (de Beldbawi)) 6° idem «or le Sehifa dujuge Ajadh;Teiiii 
Brbaïn on Tecoeil de quarante iradiUoiH : S» na commenlaire aur le Soha- 
nu^l ou portrait physique du prophète de Terme<H ; Q= le Wahdétnami, 
h livre de l'unité, légende rimte du prophète; 10° le Sandoakatoal 
maari/;botleauiidences, traité det énigmes ill'uuJiucAa,' l-^uD re- 
cneilde poésies. Biographies de Schakhi,D° I403et Safaîlo^lT. 

> TahfBttnd-tmsaL 

3 Miftahi-heflagan. lOS»' ttiographie de Sabji. 

4 IM/iifouI-AarnTiel'n. présent de* deux relique*, 
s G^tantmeï-Kaoieniâja. 

« Schifaiye-Salim, a^ im. ; 

1 ledhiri-Utieload. Sa biograpliie figuredaiu «Oes de Sdielkhi, «mi - 
k n* 1436. 



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gions par Scherilislani ; Kara EhaHl-Efendi , aitfear 
d'un grand nombre de commenlaîres . de gloses et 
de traités ' ; Wahdj Ibrahim auteur d'une tradodion 
abr^ée en langue turque des lnogra|]lues dUm Qial- 
Kkan *, Aazim , ooolinDatenr du poétne romantique 
de Kafzadé , intitulé : X^iîz et Medjnoun ; Sdd , ccnn- 
mentateur du glossaire rimé en langue persane de 
Scbahidi ; enfin Schioi , qui a écrit la biographie des 
scfaeïkhs sous le litre d'actions mémarahiet des 
Scheïkhi^. Tels furent les décnrifMfflde la centurie 
littéraire [i] du siècle, qui étaient mnis dans le cours 
de ces dix dernières années. 

Les intentions pacifiques que le grand-vinr, Ali de 
Nicée^, avait manifestées lors de son arrivée au pou- 
voir, tf dont il avait fiiit preuve lorsqu'il s'était ^ de 

> !• nr TateUtapritaMi 3° ma Ygdabi-Miri; S> sur le Ttktib an 
Noari (logiqw) ; 4* sur te Bottrfian de Firtri ; 6» nr la philosophie da 
L«ri; a> ïnr le MmnieoUiTe de VBUmtlol-am, pttiloMphfe delà me- 
tière; 7<> mr VÀtend de Djctoleddia (dogme^ ; S» sot ÏMatt^madjib, 
c'Mt-à.diredéinoottnUaiiÎDdispeHsable; th>iiir le ft-agmeot da lfi>H((«ia; 
10° rar lermpaliid'IthbHK; il» no trailéinr l'exégèse de ee Tcnetda 
Koran: Iktnt tetnwin* ttt la loute-ptÊiuanet; i^ no tnité explicatif . 
dec«ten«liln Konn : Daiu ta main ttt U nmnt d« timlbien. S«bi»- 
gnphle Mt U 1543» da recnea de SAelUii. 

> Sont le titre de Ttdjrid. Sa biogra[diie eit h tSSS" du recoefl de 
Scbeikhi. Il est également Tratenr d'un comiMntaire sur Vlibat de Beld- 
ba«i tt de ptnsieen aatre*. 

3 Tlit»etoul-machaWi. Sa biographie est la 93« dn recueil de S«- 
lim , et U SM— de celui deSafaji et U l73»-< de celui de Sdieikhi 

4 Ferrari s'est trompé dîna ses JVbliit* MtlortcAe d«lla Uga ha fim- 
per<itort Carto IV e la Ttpabliea dt rcTUtla(lT36), p. 24; il fait d'iS 
Bo Horéote et lui donne le lumom de Diable , dénomination que pliuiean 
graod-TÛirf ont auurément inéritée et obtenue, maû iwu pas Ali de 
Hict». 



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DE L'EMPIRE OTTOMAN. a65 

conclare aoe pais déGnîHve avec la Russie, servirait 
paissamraent d'un autre côté, les projets guerriers de 
la Porte , notamment contre la république de Venise , 
dont la faiblesse, l'inaction et la neutralité armée dans 
les guerres européennes que venait de terminer la paix 
d'Utredit, excitaient l'empire ottoman à l'attaquer de 
nouveau. La Porte trouva le prétexte d'une déclara- 
tion de guerre dans quelques collisions entre des vais- 
seaux turcs et vénitiens, et dans les vexations qu'eut - 
à subir le navire qui devait rapporter l'béritage de 
l'ancien grand-vizir, Hasan-Pascha, à son épouse, la 
sultane Khadidjé, et aux femmes de son harem , non 
moins que dans une insurrection des habilans de Mon- 
tén^ro , fomentée par Venise pendant la dernière 
guerre avec la Russie. Par une circonstance assez ex- 
traordinaire, le pillage d'un navire appartenant au ha- 
rem avait donné égâlentent le fâgnal de la guerre de 
Crète, et celte fois le pillage des trésors appartenant 
au harem de Hasan-Pascha fut l'étincelle incendiaire 
qui devait embraser la presqu'île de Morée, comme 
jadis l'ile de Candie. Les événémens de Montén^ro 
eurent un caractère plus sérieux et plus alarmant,, et- 
il devint urgent d'opérer la pacification de ce pays. Le 
pascha de BcHuie , Noi|puman , le dernier Kœprùlù qui 
ait été grand-vizir, fut chai^ de marcher contre les 
rebelles avec les troupes des paschas de Scutari et de 
Hersek. Battus à Zwornik, les Monténégrins s'enfui- 
rent dans les cavernes situées aux environs de Cattaro 
sur le territoire deVeiiise () 3 octobre ] 7 i 4 — à schew- 
wal 1 1 iâ6). Après un combat de sept heures, ils furent 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



364 mSTOlBE 

en partie massacrés et en partie chassés de celle re- 
traite; mais le vladika des Monténégrins, leur chef, 
qni, trois ans auparavant , leur avait réparti lrente-.cinq 
nnlle ducats apportés de Russie, s'enfuit à Giltaro. 
là, malgré la promesse que jusqu'à ce jour le com- 
mandant-général avait faite à Kœprii!û, de ne donner 
asile à aucun rebelle, non-seulement il fut accueilli, 
mais même le chef vénitien refusa de leli vrer aux otto- 
mans '. Nououmanfit dresser procès- vCTbal de la no- 
tification fâle à ce sujet par l'interprète vénitien • et ce 
document dont on fit lecture au diwan , décida la 
rupture, I^ déclaration de guerre ressortit d'un mani- 
feste conçu en quatcH-ze articles ^, dont le premier était 
relatif au pillage du vaisseau appartraant au harem de 
Hasan-Pascha, le dernier aui affaires de Monténégro, 
et les douze autres à diverses veiations exercées à 
bord de navires ottomans , et groupées de manière à 
ce que l'on supposât l'existence d'un systèfne régulier 
de pillage et d'inimitié contre la Forte au mépris de 
la paix ^ (9 décembre 1 7 H -r 2 silbidjé ) 1 26). 



I Le inanifCEle contre Venise donoe i ce vladika le nom deGtkim. Il 
Mt appelé ainsi dans un excellent recueil de pièces diplomaLi<;iue«, qui se 
trouve en ma possession el que, pour le dislinguer de» autres, j'appellerai 
Itucha vËDÎIieo ; c'esl uae des sources les |lus prËcieuses où j'aie puisé les 
matériaux de cet ouvrage. 

' Ilesldi^ignÉdaiiscemaiiiresteiouslenonidefifuccmni. Rajchid, Il 
f.'100. 

3 Voie le rapport de Fldschmann.lnlituli: Uaaifeitum eontra Tenetot 
ptr Aiiam primit 10 diebia tilhidÎB 1136 (d^cembra 1714), 

4 Ferrari et tous les autres historiens de la rÉpublique passent ces Giits 
tout'sileace: eogÉoéral, ilne faut chercher qu'uue rùrité négative daot 
les histoire» TiinUleones qui diteut du d«aier siècle. 



D,gn,-.rihyGOO^Ie 



DE L'EMPIKE OTrOMAN. a65 

Le mois suivant, les queues de cheval ftit'ent arbo- 
rées au serai impérial , en présence des vizirs et des 
émirs , des sdietkhs et des oulémas convoqués à cet 
effet ( 11 janvier 1715 — 5 moharrem 1127 ). 
Deux mois après , elles furent transportées du serai 
de la Perle au camp de Daoud - Pascha , où se 
rendirent d'abord les corporations , puis les troupes 
avec toute la pompe usitée en pareille circonstance 
(7 mars 1715—1" rebioul-ewwel 1 1 27) ' ; enfin le 
Sultan quitta lui-même le serai avec l'étmdard sacré , 
après qu'on y eut récité les sourres de la victoire et de 
la conquête (14 mai 1715 — 8rebioul-ewweri127). 
Quatorze jours après , le souverain remit l'étendard 
sacré au grand-vizir serasker, et tous deux se mirent 
en route avec l'armée ', dont la marche était ordonnée 
de telle sorte, que le Sultan n'était que d'une station 
en arrière du grand- vizir. 

A Andrinople , le Sultan descendit à Bourni Pam- 
bouk1i(nez de coton), adroite de la fontaine del'Archer 
(9 avril 1715— â rebioul-akhir 1127) ; le lendemain, 
il passa les troupes en revue et campa ensuite dans les 
champs de Timourtasch , qu'à trois jours de distance, 
les janissaires , les topdjis et les toparabadjb abandon- 

' Les corporalionB , le S telkiul-ewwel (À mars) , les janisailm, les 
djtbedjù et lu tqxJjii, le S rebioul-<wewd(llinan), Ruchid, II, f. 104. 

> Jeri primo Aprilt « partila la Cnrtê per AdrinopoK preceduta dt 
iS Giomi dal Aga dei Gianisari. Il Capttanbatta montavata navt a 
3 ponii , dopo oiilito tna neW iituio tempo minaûiato dal G. S-, délia 
te$la M non comballt. Sta êolto aile traie con T aavi. Le altre 12 naui 
eompretta le due palandarie tono potfe a Buiktai. L« secrétaire Fran- 
«ctebi, «lonaui Sept-Tonn, 17tc. Archive* t< 



D,gn,-.rihyGOO^IC. 



266 HISTOIRE 

Dèrent pour marcïier en avant. Jusqu'alors, dans les 
campagnes précédentes , on avait attendu à Andri- 
noplele jour de Khizr (saint Georges), gardien dek 
source de vie , qui donne la verdure aux plaines et la 
sève aux arbres , époque à laqudle les chevaux sont 
habituellement mis an vert; mais, cette fois, danslabàte 
où l'on était d'assiéger les forteresses de la Morée, on 
résolut de passer à Selanik le temps des pâturages. 
Ix>r8que le grand-vizir partit , le Sultan l'accompagna 
jusqu'à la plaine située près le village d'EUnirli , dont 
la mosquée fut reconstruite à cette occasion (1 9 avril 
1715 — 14 rebioul-akhir 1137). Le serasker donna 
à l'armée l'ordre formel de respecter les récolles des 
sujets ottomans , et, comme les prairies de Selanik ne 
suffisaient pas à la nourriture des chevaux , celles de 
Seres furent assignés , pour huit jours , aox sipahis et 
atix silihdars. La flotte qui, lors de la levée da camp, 
avait également quitté Constantinople, était arrivée en 
même temps que l'armée à Selanik , où le kapilan- 
pascha prit à son bord deux énormes canons du calibre 
de trois cents, destinés au siège de'Hn^. Des trois 
mille hommes dont se composait le contingent de l'ar- 
mée égyptienne , on avait coutume autrefois de laisser 
à bord l'infanterie et de ne débarquer que la cavalerie; 
mais, comme on manquait au camp du nécessaire, pour 
monter la cavalerie égyptienne, on ne débarqua que les 
quinze cents fantassins , et on laissa sur la flotte les 
quinze cents cavaliers. Avant de quitter le grand-vizir, 
le Sultan fît l'épreuvedu Fahl, c'est-à-dire, qu'il cher- 
cha un présage du bon ou du mauvais succès de la 



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DE L'EMPIRE OTTOMAN. 267 

campagne . en ouTrant an hasard an livre saint on 
clasHque. U prit celui qni est intitulé : l'Orient det 
.lumières prcphétiguet ', câèbre recueil de traditions, 
l'ouvrit avec son ongle et too^ beareusement sar 
le passage suivant : f^ous conquerrez vn pays où le 
Karat a cours; traitez-en bien les habitant, car ils 
vous sont soumis et dévoués *. 

Le premier mai , le Sultan leva son cam^ de Kara 
Khalil^, traversa Larissa, en déployant une grande 
pompe dans sa marche , et alla camper le lendemain 
matin de l'autre côté de la ville, dans la vallée du 
Tombeau *. A Thèbes ,le serasker tînt on conseil de 
gueire pour savoir de quelle forteresse de la Morée 
on devait commencer le si^e , ou bira si l'on devait 
envahir d'un seul coup la presqu'île tonte entière. 
Comme personne n'émettait ou ne voulait émettre un 
avis, le serasker chai^ea le beglerb^ de IKarbekr, 
Kara Moustafa , de s^emparer , à la tête de quarante 
mille hommes, du château de Morée ; en même temps, 
il intem^a le sort sur les résultats de ses mesures , 
en ouvrant au hasard le diwan du sckeîkh mystique 
HaBz , l'interfM'éte des secrets surnaturels , dont 1» 
vers lui furent favorables ^ . Mais la nouvelle que l 'on 

■ JfsieAorfioI-tnwar m nou(ouwJy«(, pu Sibli, mortenQSO del'hé* 
fpn. Batchid, II , f. lOT. 

> Stttflthouné «rsmycnitier fiha et kirat, ftXttounou biikliha ihaXrmt 
fUtié lahouni limmtlouB aé rahotmi, 
■ 1 Kara Kbalil Tscbalri. 
4 Toariw owaii ; Rascbid, II, f. 109 

s lîfn^manf twrari ghiUbi RauAid.II, 1. 110. VoDi qodf étaient ca 
Ten (Haflf, chez Cotta, TI. partie, p. 536) : 

J4 eM conduit Ut ckecaux dêparadi dw Khak 



,,-.rihyGOO^IC 



reçut de la prise de Tineh fut ud présage plus heureux 
encore; le provéditeur Bernard Baibi , qui conrnnan- 
dait dans celte place, se laissa influencer par les Grecs 
qui ne s'y trouvaient qu'en trop grand nombre ^ et la 
rendit aux Tores sans essayer de ta défendre. On prit, 
parmi les pièces d'arfillerie, trente-cinq canons que 
l'on répartit sur quinze vaisseaux de la flolle, et deux 
cents familles catholiques furent conduites sur les 
côtes d'Afrique. Cette conquête , que tant d'amiraux 
célèbres avaient entreprise, tels que Kaplan. Kœsëdj 
Ali et Mezzomorio, qu'Ahmed Koepriilu lui-même 
n'avait osé tenter, fut l'ouvrage du kapitan-pasdia 
I^'anùm Khodja. C'était un Turc originaire de COron, 
qui, dans laderoière guerre, avait été fait prisonnier à 
Imbros, avait passé sept ans sur les galéires de Venise 
et qui, racheté plus tard au prix de cent ducats . Élisait 
maintenant trembler cette même flotte, sur laquetle'il 
avait autrefois servi comme esclave.AThèbes, on passa 
en revue les six régimens de la cavalerie régulière, on 
di^rihua les munitions de guerre que l'on avait fait 
venir de Négrepont, et le gouverneur de Haleb. avec 
les troupes feudataires d'Analolie, fut chargé du trans- 
port par terre de l'artillerie de siège. Le chambellan 
Topai Osman , nommé depuis peu chef des Marlo- 
loses ' , reçut une gratification de onze cents piastres, 

Lu angei mettent la mainà tet élriert 

Regarde l'etprUqui connaît le» chotei cochée* 

Il envoie det bofien du hmit de» deux. 
{ Dans BatcMd , ptr toile d'une bute d'impression , fl y a Fikl au lieu de 
Udck et Nam au lieu j? Bim). 
> Hariuiojbascbf. 



D,gI,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 269 

parce que ses milicieDs avaient fait trois prisonniers , 
dans un combat qu'ils avaient soutenu contre quatre 
cents Vénitiens , près de Napoli di Romania. Coaune 
les troupes feudataires d'Anatotie , constamment oc- 
cupées à traîner les canons sur une route qu'il fallait 
déblayer et élai^r à chaque pas . par une très-forte 
chaleur, étaient vivement tourmentées par la soif, le 
serasker leur adjoignit des porteurs d'eau dont cha- 
cun reçut deux ducats. C'est ainsi que l'on parvint 
à rendre praticables les chemins qui (induisent de 
Tbèbes à Corinthe, par les stations de Mazi, Meghara 
et Mersinlik. Le 10 juin, le serasker franchit l'isthme de 
Corinthe et entra sur le territoire deMorée (24 djem- 
azioul-akhir 11â7 — 27 juin 1715), On débarqua dans 
la baie de Djehriz (Kenchraea) les provisions de bou- 
che que l'on avait fait venir de Négrepont.Le siège 
du diàteau de Corinthe dura- trois semaines. Déjà l'on 
avait tout disposé pour l'assaut; vingt mille janissaires 
se trouvaient à l'aile gauche , deux mille sipahis et 
dnq cents djebedjis volontaires à l'aile droite, et le 
chef des Martoloses, Osknan te Boiteux, avec deux 
mille lewends (miliciens) , devait le diriger, lorsqu'à 
la honte de Venise , le château se ren^t , à condi- 
tion que la garnison pourrait se retirer sans être in- 
quiétée [11] '. Mais un magasin à poudre ayant sauté, 
soit par hasard , soit parce qu'on y avait mis le feu , 
comme les Turcs et les Vénitiens s'en accusent réci- 
proquement, la capitulation fut violée, et cet accident 

> Ruohid, f. 1)4. La date n'est indiqute que puRaschid M doq par 
rerrari. 



,,-.rihyGOO^IC" 



2,0 HISTOIRE 

fut le signal d'un pillage général, et do massacre 
des Grecs et des Vénitiens, sans aucune distinction, au 
grand r^et du serasker'. Le provéditêur Minoto 
lui-même fut emmené comme esclave, et ne dut sa 
délivrance qu'aux efforts de la fçmme du consul hol- 
landais à Sm^'rne , madame de Hochepied , remar- 
quable par aahauie raison et l'énei^e de son caractère. 
A la nouvelle de la chute de Corlnthe, les Grecs 
d'Egine prièrent le kapitan-pascha de les délivrer de 
la tyrannie des Vénitiens*; ceux-ci ayant ensuite de- 
mandé qu'on permit à la garnison de se retirer libre- 
ment, DJànûm signa le capitulation et envoya au Sultan 
les clefs du cbâleau (7 juillet 1715 — 5 redjeb 1 1 37). 
Après la reddition d'Argos, l'armée se divisa en deux 
corps , l'un pour asûéger le château situé sur le mont 
Palamidi ei qui domine la ville de Napoii di Rtimania ; 
l'autre pour faire le siège de celte forteresse;. Turk 
Ahmed-Pascha et le second lieutenant-général des 
janissaires, furent chaînés de l'attaque du côté de la 
porte principale de la ville, et le beglerbeg de Rou- 
milie. Sari Ahmed, âaé que l'aga des janissaires, de 
celle du fort Palamidi. Le siège ne dura que huit 
jours, parce (jae le grand-viàr, fatigué de la marche 
ordinaire des tranchées, préféra donner l'assaut. Il 

1 Raadiid, II, M. 114; FerraTi.'p 45.— RRsdudditqûecesontleisoldBb 
véni'ieiu qui oQl mia le feii aai poadrérel F^rari en accuse les janissaires. 

' Raachid, II, f. 1115, elFerrarï qui esl d'accord avec lai i motif greci 
di quelregno Hrtpttiarûnii ftlici col rttofnaren*ll» bracâif deiTiTcM, 
quantanque da loro opprtsti, non tapettdodit allro addttrre ptr iscuta 
frivola te non che i toldatt ti foutro eoneiliati fodto folfart dàlt oon- 
aiuiûni lapra di loro. 



n,gn,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 271 

encouragea par de riches présens ceux qui se <]istin' 
guaieot par leur courage. Un soldat, qui ^vail arraché 
da rempart le drapeau de Saint -Marc, reçut une 
bourse remplie d'argent et fut autorisé à porter sur 
sou turban une marque dislinctive (4 juillet — ■ 1 â re- 
^eb).; un sipahî ayant poursuivi un Vénitien blessé, 
qui avait enlevé un drapeau, et l'ayant atteint et placé 
sur son cheval , reçut en récompense deux cei^ls 
piastres et sa paie journalière fut augmentée de dix 
aspres. D'autres qui , pendant la nuit, avaient tiré des 
canons, avec des cordes , hors des fortifications , re- 
çurent de même une bourse d'argent. Les Turcs 
étaient enflammés d'un tel courage que, dès le hui- 
tième jour du siège, ils donnèrent l'assaut sur le mont 
Falamidi. et que le lendemain la forteresse tomba en 
leur pouvoir. La garnison, commandée par le prové- 
dileur-généralBuno, avait fait son devoir; mais après 
la prise du fort Falamidi, la ville, canonnée du côté 
de la montagne , pouvait être réduite en uii monceau 
de cendres. En outre, la garnison n'était composée 
que de mille sept cents hcMnmes, et les Grecs, las du 
joug d^ Vénitiens catholiques qu'ils détestaient plus 
encore que les musulmans, ne voulaient pas com- 
battre, quoiqu'ils reçussent une solde d'un ducat par 
jour; enfin Napoli succomba , parce que parmi les 
troupes de la garnison , il se trouva des traîtres ; le 
colonel Sal , qui avait fait tirer sur eux, fut mis en 
pièces par le peuple. Les Grecs, qui avaient aidé les 
Turcs à escalader les murailles, furent les premières 
victimes de leur trahison ; l'archevêque Carlini périt 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



37a UJiiTUlKE 

avec d'autres prêtres; ta ville fui lirrée an pillage, le 
bulin fui si considérable , que non-seulement il suiïît 
ain cènl vingt mille assiégeans', mais que même plu- 
sieurs de ces derniers en retirèrent jusqu'à dix et 
vingt bourses d'ai^ent. On y trouva une grande quan- 
tité de canons en airain et en fer, de poudre et de 
plomb, de boulets, de bombes et de grenades'. Le 
Sultan , qui reçut l'heureuse nouvelle de celte conquête 
sur l'Alpe deDespotyaïla, vint lui-même à Napoti poui* 
voir la ville et le fort du mont Palamidi. Une lettre au- 
tographe, remplie d'éloges, accompagna les vêtemens 
d'honneur dont on décora les oFGeiers '; les églises 
et les cellules furent de nouveau transformées en mos- 
quées et en lieux depnère, et l'aga des sipahiâ. Osman, 
fut rhargé de la garde de celle nouvelle conquête. 
Vers la fin de juillet, le kapitan-pascha reçut olrdre 
, de se rendre à Koron avec la flotte ; l'artillerie de siège 
deNnpoli fut embarquée pour Modon ; huit jours après 
le grand-^izir s'y rendit lui-même avec son année 
(30 juillet 1715 — 28 redjeb Hâ7). Les fiers monta- 
gnards de la Maïna se soumirent, Khielafa et Sernata 
se rendirent sans coup-férir, et les peuples soulevés se 
trouvèrent de nouveau domptés et replacés sous le joug 

1 I^chid, 11, f. 117. Ildit qDeprimillTemenl les janissaires oe devaient 
Hre que 40,000, mais que laat de volootaires étaient accourus de l'Asie- 
Hioeure, pour se Btnutraire aux imposiliooi , quel'ariDËe se trouva forte de 
130.000 bommes. 

> IQGcBiuHis, SOmortien, 239 quintaux de fer, 1604 quinlaui de plomb, 
S4.697 boulets, de trois àriDgt-qDBtreliTTes ; 12t, 115 bombes, 9.930 gre- 
nades de Ter el à main; 2,520 grenades à bontniUe; 20,000 qiiiDtauide 
poudre. Bsschid, D.f. 116. 

> Lemâme.r. t19, sa lettre autographe tout au long. 



D,gn,-.rihyG00gle 



DE.L'EMPIIIE OTTOMAN. 275 

du vainqueur'. Les Turcs avaient assis leur camp prés 
des moulins de Begoghii, situés entre Koron, Modûn 
et Navarin, à quatre lieues de distance de chacune de 
ces trois villes, lorsqu'ils apprirent que les ennemis 
n'avaient pas l'intention de défendre Koron et Navarin, 
et qu'ils avaient transporté toutes leurs richesses à Mo- 
don (1 5 redjeb 1 1 27 — i 7 juillet 1715). Deux b^ler- 
^>^ furent chargés de prendre possession des villes 
abandonnées et le serasker marcha sur Modon, où 
arriva aussi la ftolle qui , lors du siège de Napoli di 
Romaaia, avait dirigé une attaque malheureuse con- 
tre Pavesa '. A l'approche de la flotte turque, l'escadre 
vénitienne se retira , et le siège fut poussé avec la 
plus grande vigueur par les assi^ans, et soutenu 
avec le plus grand découragement par les assiégés , 
parce que toutes les troupes se soulevaient. Dans le 
ch&teau , dans le raandrachio , sur le ronpart Saint- 
Antonio, à la porte Saint-IVlarc, les soldats étaient en 
pleine insurrection , et malgré tous leurs efforts , leg 
braves généraux Fasta et Jansich, ne purent la répri- 
mer. Pasla négocia une capitulation pour obtenir des 
. conditions favorables , et le beglerbeg de Roumilie, 
Ahmed-Pascha, venait d'accorder une trêve, lorsque 
le grand-vizir rompit toutes les n^ciations, de peur 
que l'armée ne fût privée de butin. Les troupes dé- 



> Serdtni (nutyaniwi iinâjiri tttdiiri rai( oloundlj c'esUà-dlro : 
imjttalachatttedetaçonguitt autour dueou de la rAwiis. Raschîd, tt, 
B1. 133. 

• BMchid, Bl. 118, le mardi 16redj«l); fut ineiad, parce qne le 
15 Mdjeb était un mercrecU. 

T. Xlll. iS 



n,gn,-.^hyG00^lc 



1174 HISTOIRE 

conragées ou soulevées abandonnèrent les remparts , 
et les Turcs pénétrèrent dans la vUle sans obstacle. 
Le grand-rizir abusa lâchement de ce succès en outra- 
geant et en faisant cbai^r de cbaines les malheureux 
défenseurs de Modon. Vincent Pasta tomba entre les 
mains des lewends, qui le traînèrent devant le kapi- 
tan-pascha. Celai-ci se rappela quelques légers ser- 
vices que Pasta lui avait rendus [tendant qu'U servait 
comme esclave sur les galères de Venise, et lui témoi- 
gna one grande reconnaissance. Non-seulement il dé- 
fendit la tête de Pasta devant le grand-vizir, mais il 
accueUlit encore avec humanité les autres officiers 
vénitiens que l'on avait traînés à bord de la flotte; il 
fit donner k chacun d'eux des habits et dix reichstha- 
lers, et Pasta obtint en outre un esclave pour son 
service personnel. L'esclavage dans lequel il avait 
vécu pendant sept ans sur les galères de la répu- 
blique n'avait pas étouffe en lui le sentiment de l'hu- 
manité, et sa noble générosité fait paraître plus hi- 
deuse encore l'indue prodigalité du grand-viiir, qui 
c^rit, à Modon, trente rdchsthalers pour chaque tète 
de chrétien vivant qui lui serait amené, pour avoir le 
plaisir de faire décapiter ces malheureux par centaines 
devant sa lente (17 août1715). 

 la nouvelle de la prise de Corinthe et de Napoli 
dî Romania, le château de Morée se rendit au b^- 
lerbeg de Diarbekr, Kara IVlouslafa, qui avait été dé- 
taché du camp impérial avec quarante mille hommes 
pour en faire le siège (1"sdi&btm 1137 — !âaoût 
1715). La prise de Modon fut suivi de près de celle 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMI'IHE OTTOMAN. 275 

de Malvasie et de Ceiigo. Suda et Spinalonga ' , les 
seuls postes occupés par les Vénitiens dans l'Ile de 
Crète, voyaient se perpétuer dans la personne de 
leurs commandans, ijoais Magno et François Gius- 
tiniani, l'anlique valeur du ÏÀoa de Saint-Marc. Ces 
dernio^ se défendirent avec courage; mais laissa 
sans secours par la flotte de Venise, ils capitulèrent 
au mois de novembre 1715, et dès-lors la république 
ne posséda plus une seule de ses Iles de l'Archipel. 

Le Sultan se trouvait à Seres, lorsque lui parvint la 
nouvelle de la prise du cfa&teau de Morée, de Navarin 
et de Modon. Comme les queues de cheval étaient 
déjà sur ta route d'Andrinople, on les fît revenir, afin 
de célébrer ce triomphe par des fêtes qui durèrent 
trois jours, et pour recevoir les félicitations des hauts 
dignitaires de l'emiûre et des ambassadeur des puis- 
sances amies (26 schâban 1 127 ^â7 avril 171S). Od 
éleva ensuite les queues de cheval dans la plaine de 
Tuboa, et le Sultan retourna à Andrinople. 

De son côté, le ^nd-vizir prit les mesures néces- 
saires pour l'adminislralion de la Morée. La descrip- 
tion de cette ville , qui renfermait alors deux mille 
localités, fut confiée à huit commissaires, et deux au- 
tres furent chaînés de celle de l'ile de Tineh qui 



' A l'occasion de ce récit, Baidnd, H, B1. 131, ■'engage iaa% 
une longue dîgreuion à pn^ws dt la c«nqnMe de Candie, et il rai^torte 
('«tweryation que le moufli EbuMldiadé ajouta dana «on eiemplaire 
du Ftrliki de Badji Rhaira, au chapitre de la conquête de Candie, «aroir : 

• que ce fut une honte d'avoir laissé Soda au pouvoir dea Vénitiens apte* 

• une gnene qui avait duré vingt.cinquii. • 



,,-.rihyGOO^IC 



376 HISTOIRE 

comptait soixante- deux villages. Damad Ali ordonna 
la révision des rôles d'inscriplion des sipabis et des 
àlihdars, et Bt observer une discipline rigoureuse. ï>es 
sipabis, feudataires de Mentescbé et de Kboudawend- 
kiar, qui pendant la marcbe avaient [H'essuré des 
sujets musulmans, aa.mépris des ordres les plus sé- 
vères, avaient été exécutés dès avant le siège de Mo- 
don; des musulmans rendis, c'est-à-dire des Turcs 
qui , pendant la domination vénitienne , avaient em- 
brassé le christianisme, sans pour cela cesser de porter 
le turban blanc, subirent alors le même sort à Misitra. 
Après que les gouverneurs des forteresses nouvelle- 
ment conquises eurent été nommés , le grand - \Tz\r 
reçut à Napoli le silihdar du Sultan , cbargé de lui 
remettre une lettre louangeuse , et de distribuer , au 
nom de son maître, des sabres et des pelisses d'hon- 
neur à tous les officiers de l'état-major '. En revan- 
che, un ferman de bl&me fut envoyé au vizir Mouslafa- 
Pascha, gouverneur de Bosnie , les armesfbttomanes 
n'ayant pas été aussi heureuses en Albanie' et en Dal- 
matie. Le provédileur Angelo £mo s'était emparé des 
places de Zazuina, de Plauno et de Stanizza, afin d'a- 
grandir le territoire de Sing et de Knin. Le vizir avec 
les b^lerbegs de Perzerin , de Zwomik , de Klis et 
d'Hersek, les troupes du beglerbeg de Mer&sch et cinq 
mille Tatares commandés par le noureddin , parcou- 
rut le pays qui s'étend depuis Cettina jusques vers la 
mer, portant partout le fer et le feu, et dépeuplant les 

< Rudiid, n, Bl. 13S,dODiMU MtK lalogïapl» tout au loD^. 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 337 

villages. C'est aio» que les habilans de l'ile Oltock, au 
lunnbre de trois cent soixante, avaient tous été mas- 
sacrés. Le vizir Bt le siège de Sing, mais le franciscain 
hongrois Elienne, inspiré de l'esprit du grand Capis- 
Iran, sut communiquer son courage aux assiégés, et le 
serasker fut forcé de se retirer. D'un autre côté, les 
Vénitiens avaient abandonné S. Maura, après avoir fait 
sauter les fortifications (6 silhidjé 1 127 — 3 décembre 
1715). Deux jours après, le grand-vizir leva son camp 
de Napoli, et quitta la Morée après cent et un jout^ 
qui lui avaient suffi pour faire la conquête de la pres- 
qu'île. Il permit alors aux déserteurs, que l'on avait 
tenus en état d'arrestation pendant la campagne à Gal- 
lipoli et à Scutari, de retourner dans leur pays. On 
rappela dans leurs anciennes demeures les habilans 
de la Morée qui avaient pris la fuite. L'hiver étant 
déjà fort avancé, Damad, au lieti de déployer, comme 
par le passé , l'étendard sacré du Prophète et de le 
faire porter à la léte de l'armée, ordonna, de peur de 
l'intempérie de la saison, de l'envelopper d'étoffes en 
salin et (ie drap d'or, de le déposer dans le coffire pré- 
cieux destiné h cet usage , et de le conduire ainsi sur 
un char à Constantinople. Le grand-vizir ne resta 
qu'un jour à Larissa, pour régler le paiement de la 
solde des troupes ; il ne s'arrêta ni à Selanik ni à 
Seres; mais, passant par Demitoka et Youndtschaïri, 
il se. hâta d'arriver à Andrinople, où il fît son entrée 
en vainqueur et en triomphateur '. 

' Raschid, f. 135, tt le Rapport tur ta eonquéie de (a ISorù , comme 
êpfmiitxdaVInteha deIitbi,nD 110. 



,,-.rihyGOO^IC 



Le conquâtint de la Morée était non-seulement an 
gaeriier, mais encore un homme d'Etat, et ses institu- 
tions |HY>uvent, comme ses victoires, qu'il était digne 
du poste le plus élevé de l'Empire, celui auquel est 
attaché le pouvoir le plus étendu en temps de guerre 
comme en temps de paix. Vers le milieu du règne du 
sultan-Mohammed , l'école des pages de Galala avait été 
supprimée , et les revenus de cette institution avaient 
servi à créer des places de muderris qui portaient le 
litre de professeurs d'Ibrahim -Pascha , de première 
et Seconde classe. Ali ne fut pas plutôt nommé grand- 
vizir , qu'il rendit à cette institution sa première desti- 
nation ; il nCHAma un grand- maître , des précepteurs , 
des prédicateurs et des maîtres pour diriger l'ensei- 
gnement des pages , qui âaient nourris et élevés dans 
cet établissement pour le service du serai et de l'Etat 
(moharrem 11â7 — janvier 1715). H conserva l'ordre 
d'avancement établi dans le corps des oulémas , et, 
tnen que le raoufti, cédant aux pressantes sollicitations 
du fcaimakam, eût nommé, contre toutes les règles, 
à une place de professeur, le fils de ce dernier, âgé 
seulement de onze ans, il enleva sa place à ce jeune 
enfant et reprocha au moufti l'irr^Iarité de sa con- 
duite; le kaîmakam lui-même fut destitué bientôt 
après et envoyé comme gouverneur & Kafla , où il fut 
exécuté. Par cet acte de rigueur, l'ordre de gradation, 
par lequel ddvent passer tous ceux qui veulent s'éle- 
ver aux plus hautes dignités, fut de nouveau réglé dans 
l'esprit de la loij et l'on satisfît ainsi tout le monde. 
Aussi, lorsque, plus tard , dans une assemblée présidée 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 379 

par le graod- vizir , et dans laquelle il s'agissait de 
ncHnmer aux emplois les plus éminens de l'Empire, tel 
qu'à ceux de reïs-efendi, de def^erdar, denischandji, 
celui-ci voulut élever à cette dernière dignité son 
plus.intime confident, l'historiographe de l'Empire, 
Raschid, qui occupait une place de muderris, ce der- 
nier refusa , en disant qu'il préférait se soumettre à 
la hiérarchie. Les secrétaires d'Etat qui étaient présens 
restèrent saisis d'étonnemeot et gardèrent le silence; 
le grand-vizir lui-même, fâché de ce refus, fut quel- 
ques instans sans répondre, mais enfin, reprenant son 
affabilité ordinaire, il dit, pour tranquilliser l'historio- 
graphe : *> Je sais que vous autres, oulémas, vous, 
» convoitez les emplois de ceux qui vous précèdent 
« immédiatement , comme le foM les agas du serai; 
» chaque page ambitionne le poste de silihdar, et, dOt-il 
» quitter la chaige de tschokadar pour être revêtu de la 
p dignité de grand-vizir, U ne regretterait cependant 
» pas moins toute sa vie de ne pas avdr été nommé 
» silihdar; de même vous , du jour où vous êtes entrés 
» en fonction comme muderris , vous poursuivez , 
» souvent inutilemoit, pendant quinze ou vingt ans un 
M grade plus élevé. Soit, Uf sais ce que tu as à fùre.» 
Il fut si loin d'en vouloir de ce refus à l'historiographe 
de l'Empire, que celui-ci reçut peu de temps après 
une lettre autographe dn Sultan , qui lui conféra une 
charge plus élevée de muderris, et cela sans qu'on 
eût paru vouldr se conformer aux règles de la hié- 
rarchie. Le médecin du Sultan (qui est toujours 
pris parmi les oulémas), Mohammed de Yenibagcyé 



n,gn,-.rihyGOO^IC 



qui, se reposant trop sur la faveur du grand - vizir, 
s'était permis de discourir sur des questions de^Ii- 
tique hors de sa compétence , fut destitué , et , à sa 
place, Oraer-Efeodi de SmyrDe fut nommé reïs des 
médecins. Le moufd Mahmoud- Efendi , qui avait 
fait bannir ses deux prédécesseurs, et dont l'un s'était 
noyé sur la routç de Sinope , fut destitué , l'opinion 
publique s'étant déclarée ouvertement contre lui lors- 
qu'on apprit la mort d'un de ces exilés'; il fut rem- 
placé par Mirza Moustafa-Efendi, qui avait déjà iids 
fois rempli les fonctions de grand-juge. Ce fut pendant 
que ce dernier était révéla de cette dignité, que l'on 
mit fin, par un khattisch^if, à la vente et à l'exagéra- 
tion du nombre des emplois de moulazim , c'est-à- 
dire d'aspirant à l'emploi de recteur. On défendit la 
vente de ces charges et l'on en restreignit le nombre, 
en sorte que désormais le moufU ne put distribuer 
que seize places de ce genre, le grand-juge de Rou- 
milie huit , celui d'Anatolie et le dief des émirs six, 
les juges de la Mecque et de Jérusalem diacun cinq , 
le médecin des grands-vizirs et l'imam de la cour 
quatre. On décida en outre que chaque muderris qui 
avancerait en grade*, c'est-à-dire qui obtiendrait une 

I Smhuhmj mu tahkikùulaunmaghittchoun, c'eil4-dire , pour foire 
Uirel* opinion du public. Baschld , 11, Bl. 101. 

1 Ruchid, II, Bl. 106. Le* gradM sont indiqués depuis les plus 
toférieufi, sayaii : 1° moussilel Sdlian, c'est-à-dire adjoint des Suit 
à la mosquée du sultan Mohammed ; 9° Sahan, c'est-à-dire moderris à la 
mosquée du sultan Hobammed ; 3° altmischli , c'est-à-dire un des 
toiianle; 4° monssM Souklmsniyé , c'est-à-dire adjoint à la mosquée 
du sultan Souleiman ; 5° Soulelmaniyé, c'est-à-dire muderris i h mosqué* 
du suUaq Soulâman. 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. a8i 

des places plas élevées de joge on de molla, aurait 
droit à un moulazim- (aspirant) qui porterait le litre 
de répétiteur. Le mo,nfti Mirzasadé Moasiafa perdit 
bientôt après sa place, et voici de quelle manière. On 
avait eu l'adresse de faire tomber entre les mains du 
Sultan une plainte en vers dirigée contrfi les deux 
grands-juges Damadzadé et Hamidzadé; ce pamphlet 
indisposa tellement le Sultan contre ces dignitaires 
qu'il les destitua , et qu'il nomma à leur place deux 
hommes non-seulement très-versés dans la science 
des lois , mais encore Irés-eslimés comme écrivains : 
c'étaient Ouschakizadé £sseld Abdonilah , l'auteur 
des biographies des oulémas et. le continuateur du 
biographe Alayi , et Abdourrahim , l'auteur de la 
grande collection des fetwas , récemment imprimée 
à Conslantinople. Le Sultan ne se contenta pas de 
destituer les deux grands-juges, mais il donna encore 
l'ordre au kaïmakam de Constantinople de chercher 
à découvrir les auteurs de la satire , et comme on 
apprit que ces derniers faisaient partie de la suite du 
moufti , celui-ci fut destitué et eut [tour successeur le 
savant Abdourrahim (13 djcmazioul-akhir 4127 — 
15 juin 1715). Trois juges furent accusés d'être les 
auteurs de cet écrit; deux s'enfuirent aussitôt, et le 
troisième, Djezbt Ibrahim, fut conduit en présence 
du Sultan qui se trouvait alors sur l'Alpe de Rho- 
dope. Djezbi Ibrahim s'avoua l'auleur'de cette satire 
rimée, mais il accusa les deux autres de l'avoir engagé 
à l'écrire; ceux-ci, ayant été découverts et confrontés 
avec lui, nièrent toute complicité. Alors le kaïmakam 



,,-.rihyGOO^IC 



38a HISTOIRE 

de rétrier impMal appela le moafti. Ira grands-joges 
et ha aotres oulémas présens, pour sav<nr si, en vertu 
de cette seoteace : l'honneur du croyant est comme 
son sang ' , on ne devait pas , d'après la loi du talion, 
répandre le sang des coupables et rendre un fetwa 
dans ce sens. Déjà plusieurs assistans s'étaient rangés 
à l'avis du kaïmakam, lorsque le grand-juge de IVou- 
milie , Ismaîl , sans crainte de déplaire au kaïmakam 
et au moufti, prit la parole et déclara que, du moment * 
où on n'avait pas de preuves, il n'y avait pas lieu de 
poursiùvre les deux juges qui niaient avoir coopéré à 
la publication de cette satire ; que d'aiUeurs il n'exis- 
tait aucune loi en vertu de laquelle on pût appliquer la 
pane de mort à celui qui s'avouait l'auteur de la satire. 
n ajouta : « S le Padischah, dans sa toute-puissance, 
» avait voulu les condamner à mort, il ne les aurait pas 
» consultés ; pourquoi alors , dit^il , cacherions-nous 
» la vérité et la justice, lorsqu'on nousdonande notre 
» avis. Voilà tout ce que j'ai à dire; du reste, vous 
» savez sans doute mieux que moi ce qu'il convient de 
» faire. » Grâce à la courageuse allocution du grand- 
juge, le rapport qu'on adressa au Sultan conclut ûm- 
plement à la destitution et au bannissement. 

Sous le r^e de Kloustafa H, 1^ baux annuels du 
trésor (moukataal) avaient été diangés en baux à vie 
(malikané) ; cette mesure avait fait naître de graves 
désordres, qui portèrent préjudice aux finances, car 
les riches accaparaient tous les fermages à vie, qu'ils 

I /rdhoE-Mwu») in itdammifti. 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMt>IRE OTTOMAN. 283 

affermaienl de nouveau par-dessoiiB main ; il arriva 
doDç que le sons-rermier, qui voulait retirer de son en- 
treprise, non •seulement le prix de son fermage, mais 
encore un gain personnel , pressura les habitans qui se 
trouvaient ainsi accablés sous des charges énormes. 
Les baux à vie furent donc tous supprimés et confiés à 
radministrationderEtat. Ahmed III signa une ordon- 
nance en foveur des trois classes d'employés du diwan, 
qui portent le nom de gedùktùs. parce qu'au lieu de 
traitement ils possèdent des fiefs, c'est-à-dire, des 
secrétaires, des poouteferrikas et des tschaooschs. Cette 
ordonnance portait qu'ils seraient constamment atta- 
diés à ta personne du grand-vizir, et , comme leur 
brevet énonçait qu'ils ne seraient tenus d'entrer en 
campagne qu'avec ce dénier, on leur assura le casuel 
des fonctions dont ils pourraient être chargés, et dont 
de simples feudalaires avaient profité jusqu'à présent. 
Damad Ali-Pascha remît un peu d'ordre dans le ser- 
vice des postes qui avait été n^ligé depuis quelque 
temps, et les ayaos (primats) furent rendus respon- 
sables de ses irrégutarilés. Les registres de la chambre 
des comptes d'ÂnatoIie, dans lesquels existait une 
grande confusion , furent examinés avec le soin le 
plus minutieux et mis en ordre par une coramissàon, 
qui s'en occupa pendant six mois'. On révisa de même 
les r^iistres matricules des sipaliis et des silihdars, et 

> Baidiid, Bl. 107. Cette chambre da compte* paya 11 lolde de 1,400 
penooDesavec 17,608 aiproi; parTauden rè^ment, la aolde del.aT4per- 
■omm le montait à 160,603 uprea, y comprit le* foumltnm pou les cban- 
eelleriei(f. 108J. 



,,-.rihyGOO^IC 



a84 HISTOIRE 

ceux des revenas des foodalions pieuses. On frappa 
de nouveaux ducats, de meilleur aloi m^e que ceux 
de Venise; ils élaient d'une valeur de trois piastres, 
et cent paient à cent dix dirhems. Une chaine en 
entourait le bord ; d'un côté on voyait simplement le 
chiOre du Sultan, de l'autre étaient gravés ces mots : 
fit^tpé à ConsiantîrK^le. On renvoya dans leurs an- 
cims domiciles tous les sujets chrétiens qui se trou- 
vaient réunis dans les trois résidences de Constan- 
tinople , d'Andrinople et de Broasa. Celte mesure 
s'étendait même à ceux qui demeuraient déjà depuis dix 
ans dans l'une ou dans l'autre de ces villes. Le but 
principal du grand-vizir était de ne point priver le 
trésor des contributions dont ils ne payaient que la 
cote personnelle dans les résidentes. Une mesure qui 
témoigne de l'humanité du grand-vizir (bien qu'elle 
fût mal exécutée, comme on le vit par la suite) , ce fut 
la défense qu'il fil de circoncire désormais les nègres 
en Egypte. L'ordre qu'il adressa à cet elfet au gou- 
verneur et aux juges d'Egypte, portait qu'il y aurait 
beaucoup de mérite, de leur part, à empêcher que 
l'on ne se rendit coupable d'un pareil acte de violence 
et d'injustice; mais, s'il faut en croire l'historiographe 
de l'Empire, il paraîtrait que le but principal du 
grand-vizir fut seulement de purger le serai de la pré- 
sence des nègres ' . On procéda avec moins d'humanité 

> Raiithid, II, f. 138, et duis l'HiiHiiTt dt Totuouf. B1. 368, 
SeftH saltariiU toKotehi 'namimU ihaaiaKhider taUdiyé itxdunm, 
c'est-à-dire poDr «oustraira le serai à la domiDSlion de c«a nbéraUei 

qui poitent le Dam de tava.cbis ! eunoque») 



D,gn,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIUE OTTOMAN. a85 

à l'exécutioD de trois juifs, qui avaient attiré dans une 
maison le jeune fils du kiayabeg, sous le prétexté de 
lui offrir d^ fruits, jnais contre lesquels il n'existait 
d'autre preuve que la déposition de cet enfant âgé de 
six ans. p montra encore UD esprit peu tolérant, en dé- 
Iruisant le riche couvent grec de Mauromolos, situé à 
l'entrée du Bosphore , uniquement parce que les moines 
avaient fait construire une église plus grande que celle 
qui existait jusqu'alors '. On défendit aux libraires de 
vendre des livres à l'étranger, afin de ne pas dépouiller 
la capitale des ridiesses scientifiques qu'elle possédait. 
Les receveurs de la cote personnelle reçurent l'ordre 
sévère de ne pas exiger des rayas, sous le'lilredetaxe 
des secrétaires et des domestiques, une aspre de plus 
que ne le permettait la loi. Les exécutions étaient rarâ 
et n'avaient lieu que pour des moUfs graves. C'est 
ainsi que tombèrent les têtes du sandjak de Hamid , 
pour avoir tardé trop long-temps, à entrer en cam- 
pagne à la tête de ses troupes ; de l'ancien inspecteur 
de' l'arsenal, pour n'avoir pas fait l'aveu de ses cmi- 
cussioQs; du commandant de Napoli di Eomania, 
Osmanaga fils de Soulfikar, l'ancien ambassadeur à 
Vienne, parce que, en sa qualité d'aga des sipahis, il 
avait fait preuve d'une grande partialité en contrôlant 
1« rôles d'inscription des troupes, et parce que, tout 
récemment, il avait imposé des taxes outrées aux ca- 
pitaines des navires de commerce. C'était un homme 
très-instruit et grand amateur d'horticulture ; malgré 

■ Buchid, II, f.36,latraduïtiondupasMi||eeDtier(UiuCon*(an«nofMl« 
êtUSOiphOrt. 



,n,gn,-.rihyGOO^IC 



ces titres à l'indulgeDce du Sultan qui IdUmême aimait 
beaucoup les fleurs , sa tête fut jetée devant la tente de la 
justice '. Sur l'avis donné par le gouverneur de Rakka, 
que le scheikh persan de l'Azerbeïdjan, connu sous le 
nom d'£boubekr Seïyah , c'est-à-dire le Voyageur, 
trompait le peupleet séduisait les femmes en employant 
la magie, l'exécution de ce dernier fut ordonnée. Un 
autre aventurier persan fut de même accusé de sorcd- 
lerie;maiscelQi'Ci, comme homme politique, était plus 
dangereux que l'autre. Il était venu à Constantînople, 
se disant fils du schah Souleïman et frère du schah 
régnant, Houseïn. La Forte lui avait fait une penûon 
de deux cents piastres par mois , et lui avait aoûgné 
pour résidence d'abord Mitylèoe et ensuite Lemnos. 
De là, il s'était enfui à Boxok , où il distribuait des 
titres en sa prétendue qualité de ediah Àbbas IQ *. 
Depuis il eut l'audace de nommer un Turccunan pa- 
scha de Tschoroum, et, avec qudques tnillin-s de va- 
gabonds qu'il avait rassemblés autour de lui, il tenait 
en émoi tout le sandjak de Bozok. Le peuple cn^t 
qu'il pouvait commander aux saisons, parce qu'il fai- 
sait assez souvent beau temps là oiî il se trouvait, tim- 



> LemAmef, 137. —JïIaHiehadfrf. Ce nom est domiéiDSBik latente 
dont il a M -déjà qneitioa km de h dsKriplion da camp. La Melra]re a 
fait de Allak, LtUek Uchadiri, c'est4-dire la imte dt la Cigognt, car il 
dit : I PaTiBon de la Cigogne élevi aor un ko] mit pdnt en ronge, ur- 
• monU d'une boule ponte de même et plua tleré qu'un autre pavlHon. > 
il,p.e. 

> Le même, 1. 104. On liiail snr ion tceau : Higini tàltanttra guM 
warU Sdfh SakM KIraa Abbat Soif*, c'etU-dire le idiah, maître 
du tcmpi, AUwi Iraiiième a bérité de l'annMu de la puiHaDce. 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAM. 287 

dis qu'en d'antres lieux il pleuvait ou ne^eait ; mais it 
ne tarda pas à être désabusé sur son compte , lors- 
qu'il vit tomber sa léle sous le glaive du bourreau. Le 
grand -vizit- maintint dans les limites du devoir les 
premiers dignitaires et les gouverneurs de l'Empire, 
en les surveillant dans l'exercice de leurs fonctions et 
en leur infligeant de justes punitions lorsqu'ils vio- 
laient les lois. C'est ainsi que le gouverneur de Bassrà, 
Hasan Yùriik , qui, lors de la dernière révolution , 
était paili d'Ândrinople avec les troupes du sultan 
Moustafa II , pour contenir les Arabes turbulens , 
parce que son avarice ne lui permettait pas d'entre- 
tenir un nombre suffisant de troupes, et qu'il s'était 
abaissé jusqu'à percevoir lui-même les impositions du 
scheïkh Maani, fut dépouillé de son gouvernement et 
de sa dignité de vizir, et appelé à rendre compte de 
son administration. Gourd Hasan, l'aga des janissaires, 
fut destitué pour sa làcbe conduite et pour avoir dis- 
trait une grande partie des fournitures, qn'il avait 
reçues pour cent mille janissaires, et dont il avait à 
peine distribué la dixième partie ; le kapitan-pascha 
lui-même fut l'objet de quelques soupçons, pour être 
resté plusieurs jours avec la flotte, devant Malvoisie, 
sans en emmena les habitans, ainsi qu'on le lui avait 
ordonné. Le r«s-efendi, que l'on envoya pour exa- 
miner sa conduite, déclara à la vérité que le kapitan- 
pasdia n'hait pas coupable; mais celui-ci se plaignit 
de ce que le reïs-efendi avait complètement méconnu 
sa dignité de kapitan de la mer, ne lui avait pas raidu 
les honneurs qui lui étaient dus, ne l'avait même pas 



,,-.rihyGOO^IC 



aSS HISTOIRE 

salué en le reacoolrant sur sa route *, et s'était adressé 

au defterdar de la flotte pour traiter d'affaires. 

L'un des fréqueos incendies qui eurent lieu vers 
cette époque à Constanlinopte se déclara la nuit de la 
fête du Baïraîn, et prit naissance dans la salle du 
vieux serai , où l'on prenait le café ; il dura onze 
heures et consuma une grande partie de cet édifiœ. 
Un autre incendie dévora le magnifique palais de 
l'ancien moufti Behayi. On n'eut pas à déplorer de 
pareils ânistres lors des grandes fêtes qui furent cé- 
lébrées à Andrinople et à Ckjnstanlinople en l'hon- 
neur des victoires remportées sur les Vénitiens et 
de la conquête de la Morée , et pendant lesquelles on 
tira des feux d'artitice. Néanmoins la joie que l'heu- 
reuse issue de cette campagne causa au Sultan et au 
'peuple fut troublée par la mort de la Walidé, Grec- 
que originaire de Retimo (10 silhidjé 1 lâ7 — 7 dé- 
cembre 1715) et l'épouse favorite de Mohammed IV 
(28 safer 1128 — 2â février 1716). Après la chute 
de ce prince, elle avait été reléguée pendant huit 
ans dans le vieux sçraï (9 silkidé 1 1 27 — 6 novem- 
bre 1715), sous les règnes du sultan Souleïman II et 
d'Ahmed II, Bis d'Ibrahim; mais, plus lard, sous le 
régne de ses deux propres fils , Mousiafo II et Ah- 
med III, elle jouit pendant vingt années, non-seule- 
ment des plus grands honneurs , comme mère du 
Sultan Tenant , mais encore de l'estime et de l'amour 



Aum ou keamiilttfat atmtymA. Bischid, II, f. 136. Ferrari, fin di 
ir lirre.i 



,,-.rihyGOOglC 



, DE L'EMl'IRE OTTOMAN. 289 

de la nation, pour avoir fait élever des mosquées à 
Scutari et à Galata , et fondé un établissement pour 
y nourrir les pauvres '. Pendant la campagne de 
Morée, Hasan, gouverneur de Bagdad, avait aussi 
. remporté en Asie quelques victoires sur des Kurdes 
et des Arabes révoltés ; et, comme le dit l'historiogra- 
plie de TËmpire, « ces conquêtes venaient augmenter 
> le nombre des conquêtes brillantes de celte année. » 
licsKurdes Satschli, c'est-à-dire les Velus, qui s'étaient 
fortifiés à Daïr-Aassi (couveru de rebelles), au pied de 
la montagne de Sindjar ( le Massius ) , furent re- 
poussés par le gouverneur de Bagdad. Le kiaya du 
pascha poursuivit tes rebelles jusqu'au ch&teao de 
Khatouniyé, situé au milieu du lac du même nom, 
et à quatre lieues au nord du mont Sindjar '. Lui 
et plusieurs autres perdirent la vie dans cette action, 
mais les Kurdes furent chassés du château qui leur ser- 
vait de refuge tians l'île et qui consistait en une seule et 
large rue '; ils périrent tous jusqu'au dernier. Enfin 
Sindjar finit par se rendre, et l'ancien scheîkh de la 
tribu de Taî fut nommé b^ de cette ville. 

Aux environs de Bassra, quelques rebelles de la 
tribu arabe de Lam s'étaient mis sous ta protection du 

I Le m^e, f. 136 H 138. Btuchid «e trumpe à peo près de dli ans en 
portant BOD ige k 50-60 ans, r. 165; eu md premier Sb Moustafa éla'^ 
déjà né en 1074 (1664) el capendaut il «t impossible qu'elle D'eAI que 
bnit Ma lorsqu'elle le mit an monde. 

1 Le même, t. 130 ; C'est d'aprte cette iDdiutioo qu'il faut rectifier la 
ïitualiondulac. 

i DivanyoU est cette looçnie rue de Constantinople qui coaduit de la 
porte du jaidin au iwai. 

T. XIII, 19 

D,gt,,-.rihyGOO^IC 



«Qo HISTOIRE 

' khan persan de Houweïzé; le gouverneur de Bagdad, 
qui s'était avancé avec son armée jusqu'à Dourlak, y 
apprit des autorités de BeIdé,.Djewazer, Mendledjin 
et même du scheïkh des Béni Lam, qu'une armée per- 
sane de trente mille hommes avait déjà fait cinq jour- 
nées de marche dans l'intérieur du pays. Les Béni 
Tjam firent alors ce que les tribus arabes ont coutume 
de faire lorsqu'elles se trouvent menacées d'un dan- 
ger imminent : ils envoyèrent des drapeaux noirs aux 
Arabes de Bassra et de Bagdad pour leur demander 
du secours. A l'aide de ces auxiliaires , ils repous- 
sèrent l'invasiou des Arabes placés sous la domination 
persane, et le gouverneur de Bagdad fit un traité de 
paix avec le khan de Houweïzé. Enfin, dans le san- 
djak kurde de Harir, un scélérat ayant assasâné le 
beg, les Kurdes Sahran se divisèrent en deux partis, 
dont l'un voulut reconnaître pour ch^ l'assasàn , et 
l'autre, le fils de l'ancien heg. Grâce à l'interventioD 
du gouverneur de Bagdad, le fils hérita de la chaîne 
de son père, et cette nomination fut sanctionnée par 
la Porte. 

Si les événemens qui s'étaient passés pendant les 
deux dernières campagnes sur les frontières et dans 
l'intérieur de l'Empire, avaient réclamé, comme nous 
l'avons dit plus haut, toute l'attention de Khalil-Pa- 
sclia, il ne perdit point de vue la politique extérieure; 
mais sa conduite envers tes puissances étrangères et 
leurs ministres ne fut pas des plus affables. L'ambas- 
sadeur d'Angleterre s'étant plaint de ce que l'inter- 
prète anglais à Smyrne, âgé de soixante-dix ans, avait 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. agi 

été balf u par un Turc, il répondit : « K un musulman 
» bat un giaour, que voulez-vous que j'y fasse? ■ » et, ' 
lorsqu'on lui eut représenté qu'une telle conduite de 
la part des douaniers ferait tort au commerce, il ré- 
pondit que la Porte n'avait pas besoin du commerce 
anglais; que si des négociahs s'en allaient, d'autres les 
remplaceraient , mais que tes Anglais ne partiraient 
pas •. Jean Navon, premier interprète vénitien à Con- 
slantinople, subit ud sort bien plus rigoureux que 
l'interprète anglsôs de Smyme ; il fut pendu pour 
s'fitre m^é de politique dans une lettre écrite sur les 
événemens du jour et que l'on intercepta. Lors de 
la reddition de Malvoésie , une punition non moins 
(a-uetle avait été infligée à un médecin grec , origi- 
. DÙre de cette ville , pour s'ëlre enfui de Constanti- 
nople et' avoir accepté des Vénitiens le poste de com- 
mandant d'une place. On le ramena à Constanlinople, 
où il fut pendu à la porte du Doigt , ayant au cou 
le brevet qu'il tenait de la répuUiqtie. Au com- 
roencement de la guerre contre Venise, le mouiefer- 
rika Ibrahim avait été envoyé à Vienne avec une 
lettre du grand-vizir pour le prince Eugène , dans 
l'espérance que la cour impériale garderait la neu- 
tralité dans cette guerre, comme elle l'avait fait dans 
la dernière guerre contre Ia-Rus5ie.Lemouteferrika la 
remit au prince dans une audience solennelle (13 mai 

■ Le rapport du balle Hemmo, iméré dani les actes réoitiens. Se un 
(nutulTHono Aa bcutanato un giaar, clu voUte cAt io vi faecia, 

9 Ifoi non habbianu» bitogno det loTO commtreiof n gutUt mtreanU 
«'ondérimno, ««rrona degli àUri, ma non anderanno, t eoH l'ha H- 
e«iu(d. 8,Liiglial714. 

'9* 

D,gt,,-.rihyGOO^IC 



99a HISTOIRE 

1715); celni-cila reçut assis sur un ^uteuil en ye- 
, lours rouge brodé d'or, placé sous un dais en soie 
rouge et à franges d'or ; il portak un habit de soie 
rouge brodée d'or et un lai^e chapeau ; à sa droite 
étaient les conseillers de la cour , et à sa gaudie , 
les référendaires intimes '. Quatre mois après, le 
moutefenika retourna à Constantinople avec nue let- 
tre du prince Eugène, par laqudte l'Autridie s'offrait 
de nouveau comme médiatrice ortre la Porte et Ve- 
nise*; celte lettre resta sans réponse comme la pré- 
cédente. Mais lorsque, l'année suivante, et douze joura 
après que l'Autriche et Venise eurent contracté une 
nouvelle alliance offensive et défensive contre les 
IWcs, le prince Eugène écrivit an grand-vizir une 
lettre dans laquelle il l'engageât vivement à rentrer 
dans les conditions du traité de paii de Carlo- 
wîcz et à indemniser avant tout la république des 
pertes qu'on lui avait fait éprouver , et lorsqu'enBn 
on annonça le rappel du résident Fleischmann, dont 
les représentations n'avaient jamais été écoutées "*, tons 
sentirent la nécessité d'une nouvelle guerre. On tinta 
Eyoub, dans le palais de laWalidé, an grand conseil, 
auquel assistèrent les plus grands dignitaires de la loi 
et les généraux de l'armée, parmi lesquels se trouvait 



I La leltre le tnun dans les Arch. imp. et duu Beertdentiah pro 
Ibrahim-Pai^a , 9 septembre 1715. 

1 Leltre àa S mars 1715. 

3 La traduction de la lettre est jointe en entier au manifeste lurc.sous 
le Ulre : TfaduetUm de torguHUeux Miitif du pnmier HinUlr». 
Rasdiid.II, r. 143. 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. agS 

le second lieutenant-général des janissaires, le segh^ 
banbaBchi Hasan, renégat allemand ; le reïs y lut un 
manifeste ' rédigé par le grand-vizir lui-même et dans 
lequel on cherchait à démontrer que la paix de Car- 
lowicz n'obligeait nullement l'Empereur à secourir 
Venise ; que celui-ci avait par conséquent violé la paii 
et qu'on devait lui déclarer la guerre. Le mouflj dé- 
cida qu'il devait en être ainsi. Le grand-vizir demanda 
alors aux généraux s'il devait se rendre à Corfoo, 
dont on avait depuis long-temps déjà résolu de faire la 
conquête, ou s'il devait se diriger vers les frontières 
d'Allemagne. Ils répondirent tous que le grand-vizir 
devait prendre le commandement en chef et marcher 
contre les Allemands, parce que ceux-â ne ressem- 
blaient pas aux autres inRdèles, et étaient des ennemis 
redoutables'. « Des hommes pusillanimes, ditlegrànd- 
» vizir, représentent la puissance de l'ennemi de la foi 
n comme plus grande qu'elle n'est réellement et ils 
■» découragent par là les musulmans. N'est-il pas juste 
» et conforme aux lois, très- vénérable moufti , de faire 
» mourir de pareils hommes, traîtres envers l'Empire 
» et la religion, qui essaient ainsi de se soustraire aux 
» fatigues de la guerre ? Ce n'œt pas sur le contenu 
» d'une simple lettre que nous la commencerons cette 
» guerre ; nous n'en faisons que les préparatifs et 
» nous marcherons sur Belgrade. Si les inGdèles fran- 
N chissent d'un seul pas les fWtntières ottomanes, nous 



■ Le manifesle dans Rischid, II, f. 143-146. 
> Khiuimi iauii. R«£Chid, II, f. 146. 



,,-.rihyGOO^IC 



394 HISTOIRE 

» les repousserons; en BitendaDtnoDsavoDs donné les 
» ordres les plus sévères aux commandans des fron- 
» tières, afin que la paix ne soit pas violée. » Le grand- 
viïir ajouta qu'il avait résolu d'envoyer le beglerb^ 
de Diarbdfr, Kaia-Moustafa, à Gorfon, et il leur de- 
manda ce qu'ils en pensaient. Les généraux , qui 
voyaient bien que la détermination du grand-vizir était 
arrêtée d'avance, aimèrent mieux garder le silence 
que de s'entendre appeler raoemis de l'Empire et de 
la religion , s'ils osaient émettre une (^inion con- 
traire à la sienne. « C'en est assez pour aujourd'hui, 
» dit le grand- vizir en terminant; réfléchissez cette 
M nuit , et, si Dieu le veut, trouvez- vous tous demain 
» vers midi -au conseU qui doit se tenir à Daoud- 
o Pascha en présence du Padischah '. » 

Le lendemain , les oulémas &. les généraux se réuni- 
rent sous la tente du kaïmakam. Le grand-vizir arriva 
dis la pointe du- jour , et descendit de cheval devant 
la tente impériale , où l'assemblée ne tarda pas à se 
rraidre. Damad Ali ouvrit la séance par un discours, 
dans lequd il passa en revue , comme dans le mani- 
feste, tous les faits accomplbdqmis la violation de la 
paix par la république jusqu'à la réception de la lettre 
du prince Eugène. Le moufti remit son fetwft au rds- 
efendi, qui en fit la lecture; il demanda ensuite aux 
CMilémas ce qu'ils en pensaient. Comme personne ne 
lui répondit, soit qu'ils n'eussmt rien à dire, soit qu'ils 
ne voulussent pas se compromettre, en faisant connaître 



■n,gn,-.rihyGoOgle 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. agS 

leur opinion, il r^a dans toute l'assemblée un profond 
^lence qui dura prés d'un quart -d'heure. Le grand- 
vizir le rompit en s'écriant : « Messieurs, pourquoi ne 
» parlez-vous pas ? Vous assistez à un conseil où cha- 
» cun est libre de dire son avis ; si vous avez quelque 
» doute sur la légalité du felwa, faites-le connaître. » 
Enfin l'ancien grand -juge d'ÀnatoIie, Mirzazadé 
scheîkh' Mohammed, prit la parole en ces termes : 
«Jjà lettre du premier ministre allemand, qui nous 
» est arrivée par la poste, ne prouve pas que l'on ait 
» transgressé nos frontières ; où voyez-vous donc la 
n trace d'une violation de la paix ? Ne vaudrait-il pas 
n mieux que la Sublime-Porle cherchât d'abord à ob- 
» tenir quelque certitude à cet égard , sauf à donner 
» ensuite des ordres en conséquence?» Le grand- vizir 
répliqua que la violation de la paix résultait de la lettre 
même où on accusait la Forte de s'en être rendue cou- 
pable. «Je veux bien convenir de ce fait, continua le 
» grand-juge, l'ennemi nous accuse d'avoir violé la 
» paix , mais il prétend lui-même n'avoir rien à se 
» reprocher. Qui nous empêche de nous préparer à 
a la guerre, pendant que nous ferons une nouvelle 
» demande!* £st-iIdonc bien nécessaire d'avertir l'en- 
» nemi que vous avez l'intention de marcher contre 
» lui? D'après ce que je puis voir, il ne me parait pas 
» juste de commencer la guerre à propos de cette let- 
»tre seulement; je crois qu'il suffit, pour le moment, 
» de mettre en état de défense les frontières de l'Era- 
» pire. — Apportes le traité de paix, cria le grand-vizir 
» au reïs-efendi , et fais-en la lecture au vénérable 



D,gn,-.rihyGOOglC 



3g6 HISTOIRE 

» scheîlih de rislamisme. » Le reîs-efendi lut le traité, 
mais, dans les vingt articles qai le composaient, il ne 
se trouvait pas un seul mot relatif à Venise. Le Sultan 
prit ensuite ta parole, et dit : «Au temps de la guerre 
» de Russie , on avait aussi fait des recherches , et 
» elles n'eurent aucun résultat. — Voyez-vous , dit 
» le grand-vizir eu se tournant du côté de Mirza- 
» Efendi, comme l'ennemi ment en nous accusant 
» d'avoir violé la paix. — Sans doute, répliqua Mirza- 
» zadé ; nous savons fort hien que nous n'avons pas 
» violé la paix , mais celle-ci se trouve-t-elle donc 
» rompue par le fait même de la fausse accusation de 
» l'ennemi?» Le grand-viïir l'interrompit avec véhé- 
mence et s'écria : « A vous entendre parler, l'ennemi 
» ne se rendrait coupable de trahison qu'en s'empa- 
n rant de Belgrade ; mais alors il serait trop tard pour 
» se défmdre. — Je ne dis pas , continua le grand- 
» juge, qu'il faille attendre qu'il nous ait donné cette 
» preuve de son manque de foi, mais je prétends que 
» tant qu'il n'aara pas franchi les frontières , cette 
» lettre ne nous donne pas le droit de lui déclarer la 
» guerre. » Le grand-vizir, qui aperçut en ce moment 
un livre entre les mains du schtjkh d'Aya SoBa , le 
lui demanda pour savoir si l'on pourrait le consulter 
avec fruit. Le scheikh se leva, mais le Sultan lui fit 
signe de s'asseoir et de lire ; il ouvrit donc l'ouvrage 
de Serkfaasi ' et en lut deux pages qui se trouvèrent 
favorables à l'opinion du grand-juge. Le grand-vizir 

> Mebiout. Ratchid II , T. 48. 



n,yN,-.^ii,Google 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 397 

dit que ces décisions étaient sensées et ne pouvaient 
être réfutées, mais qu'elles n'étaient pas applicables 
au cas dont il s'agissait ; cédant ensuite à demi , il 
ajouta : « Nous ne voulons pas la guerre sans cause 
»' et sans violation flagrante de nos frontières ; seu- 
» lement nous voulons marcher sur Belgrade , tout 
» prêts à combattre s'il y a lieu ; nous avons même 
«défendu très -sévèrement aux commandans des 
» frontières de faire le moindre lorl à l'ennemi par 
» leurs incursions , et nous nous sommes bornés 
» à les engager à se tenir sur leurs gardes. Hier au 
» soir encore, nous avons reçu une lettre du pascha 
» de Temeswar; » et il dit au reïs-efendi d'en faire la 
lecture. Celte lettre annonçait que les Impériaux ne 
laissaient pas passer les pontons qui arrivaient de 
Bosnie sur la Sava. Après plusieurs paroles ^changées 
de part et d'autre , le grand-vizir se tourna du côté 
des vizirs et des émirs, des ayans (premiers du paye), 
des khodjagans (seigneurs du diwan) et des généraux 
de l'armée, et leur demanda une seconde fois de quel 
côté lui et le beglCTbeg de Diarbekr devaient se diriger 
dans la double guerre qu'on allait avoir à soutenir. 
On décida à l'unanimité , comme la veille , que le 
grand-vizir marcherait contre l'Allemagne. Le Sultan 
dit : « Si Dieu le veut , nous nous rassemblerons à 
» Andrinople pour nous consulter de nouveau au sujet 
» de la guerre d'Allemagne, et nous agirons d'après les 
» résolutions qui seront prises '.» I* scheïkh de l'Aya 

I RUcbid, II, 150. 



,,-.rihyGOO^IC 



ag8 HISTOIRE 

Sofia éleva les mains pour faire la prière; le Sullan se 
leva et l'assonblée se sépara; )e grand-vizir sortit 
vivonenl irrité du résultat de la délibération. Quel- 
ques jours après , le grand-juge subit la peine de sa 
franchise : il fut envoyé comnie ample juge à Para- 
wadi. 

Dés ce moment , on pressa les préparatifs de la 
guerre avec la plus grande activité. Indépendamment 
de la flotte qui se trouvait à l'arsenal, on Bt construire 
quinze galiotes , vingt-cinq frètes , dix bateaux à 
quilles recourbées et huit felouques. Ibrahimaga, qui 
commandait te corps employé à la défense de la Forte 
de Fer, près du tourbillon du Danube, fut promu à 
la dignité de pascha à deux queues de cheval et 
nommé kapilan de la flottille du Danube; le mewkouf- 
atdji Ibrahim et le deflcrdar de Nissa furent nommés 
commissaires , chaînés de réunir les provisions de 
bouche sur la roule de Constanlînople à Belgrade. Le 
khan de Crimée fut invité à rejoindre l'armée, et le 
Sultan, lui envoya mille piastres à titre d'argent de 
carquois, et quatre mille pour la solde des s^hbans ■. 
Le beglerbeg d'Anatolie, Turk Ahmed, qui venait 
d'arriver h Gaîlipoli poiir se rendre à Corfou , reçut 
l'ordre de se diriger à marche forcée sur Nissa. D'un 
autre côté, Àhmedaga de Lippa se rendit par Cfaocim 
à la cour de Rakoczy, porteur d'une lettre dans la- 
quelle le grand -vizir lui offrait . comme autrefois à 
Tœkœlî, la principauté de Transylvanie et le titre de 

■ Easchid, f. H8. 



n,gn,-.^hyGoOgle 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 499 

roi de Hongrie , en l'engageant ii recommencer la 
guerre contre. l'Emperear. Le Saltan se diri^a sur 
Andrinople, accompagné du kaïmakam, du moufti, 
des deux grands-juges, du chef des émirs et de tous 
les seigneurs du diwan. Le Iraidemain de l'arrivée 
d'Ahmed III dans celte ville, le beglerbeg d'Anatolîe 
y Bt son entrée à la tête de ses troupes ; aux premiers 
rangs, on voyait les courageux cl les téméraires (go- 
□ùllùs et delis) ; venaient ensuite les chasseurs et les 
miliciens (seghbaus et levt^ends) ; puis cinquante agas 
de sa cour et neuf chevaux de main ; enfin, derrière 
lui, marchaient plus de mille fusiliers à pied et plus 
de cent pages. Le même jour, eut lien le troisième 
conseil que le Sultan avait annoncé en levant la séance 
de la dernière assemblée. Après que l'on eut fait la 
lecture de la déclaration de guerre et du fetwa qui la 
légitimait , le grand-vizir prit la parole : « Nous ne 
» sommes pas ici , dit-il , pour perdre notre temps à 
» Dons consulter sur la nécessité d'une guerre que 
» nous avons déjà résolu d'entreprendre , mais bien 
» pour nous exciter à la conduire d'une manière con- 
I» venable, conformément à la sentence ; Combats les 
» ù^dèîes et sois sans pitié pour eux '; et vous, hom- 
» mes de la loi, qu'en pens«t-vou9? » Les uns lui ré- 
pondirent ' : K Que Dieu vous guide et vous soil favo- 
n rable ; » les autres laissèrent aux généraux le soin 

< DjaMd «I fou/ïn- w/ agladh aU&Um. 

> Raschid die â cette occaiioa le <mv tare : Bir imiaU komatolgham 
s«ïAiiitr<tJnRi&> Vett-à-dira : tint ripome jxute n'admel p'.ui aucune 
qutilion. 



D,gn,-.rih,.GOO^IC 



de répondre à leur place '. Le grand- vizir ayant jeté 
un regard sur ces derniers pour connatire leur avis, 
ils s'écrièrent tous qu'ils étaient les esclaves du Padi- 
schah, et qu'ils étaient prêts à faire le sacrifice de leurs 
corps et de leurs âmes pour le service de la religion 
et de l'Empire. Le grand-vizir conclut en ces termes : 
« n est hors de doute que Dieu nous accordera la 
» victoire, si nous suivons celte maxime : Ne sctyez m 
» joyeux m tristes, et vous serez supérieurs (par l'éga- 
» lité d'àme) [m]. » Le scheilcb du camp impérial mit 
fin à ce troisième conseil de guerre, en récitant les 
autres paroles de ce verset du Koran. 

Avant de marcher sur Belgrade , le grand-vizir fit 
remettre au résident impérial Fleischmann , qui avait 
été forcé d'accompagner l'armée , tme lettre en ré- 
ponse à celle du prince Eugène. £lle était conçue en 
teitnesbien plus passionnés etbienplusgr(»si<TS encore 
que ceux du manifeste , et l'histoire l'a conservée 
comme un monument du style rude et acerbe de la 
diplomatie ottomane ; la fin de cette lettre en fera suf- 
fisamment juger : « Eh ! lorsqu'il sera de nouveau ques- 
» tion de paix, comment pourra-t-on ajouter foi à vos 
» paroles? Les plus petits ducs , et encore moins les 
» rois chrétiens , se rendent-ils coupables d'actions 
» aussi blâmables? — £b bien ! la guerre va décider 
» entre nous. Si Dieu le veut, la Sublime-Porte rece- 
» vra le prix de sa conduite irréprochable et si pleine 

> D'après la sentence : KhaUUuiUahov ItUourouM rii^aUn vi ricfia- 
lealikossaalinwàleridin (Dieu oéa mtaiiii hommes pou le cuBbttet 

d'aulrcs pour Eoi);tier ta soupe). 



D,gn,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIKE OTTOMAN. Soi 

» de modération. Il est hors de doute que le sang qui 
» va être répandu des deux cdiés, pèsera comme une 
» malédiction , jusqu'au jugement dernier, sur vous, 
> sur vos enfans , et sur les enfans de vos enfans. Que 
» la destruction soit votre partage' î » Dans un post- 
scriptum écrit en marge de la lettre, il était dit que 
l'envoyé Soulfîkar ayant été emprisonné à Komorn 
pendant la dernière guerre , la Forte userait de re- 
présailles et retiendrait aussi pendant quelques jours 
à Belgrade ' l'ambassadeur autrichien (§ schàban 1 i §8 
— ââjuillet 1 7 1 6). De Philippopolia, le Sultan envoya 
ses ordres au kapitan-pascha et à Kara Moustafa- 
Pascha, ainsi qu'au commandant de Bosnie, You- 
souf - Pasdia le Long, en faisant don à chacun d'eux 
d'un sabre d'honneur et d'un kaflan ; les deux pre- 
miers furent chargés de diriger la guerre à Corfbu , 
et le dernier en Bosnie. 

he khan des Tatares , qui venait d'arriver au camp, 
annonça ce que déjà l'on avait appris du serdar d'Isak- 
dji et de Giocim, à savoir que la Pologne, se trouvant 
menacée par la Russie et la Saxe, avait besoin de la 
plus grande partie de. ses forces; qu'il ne pourrait, 
par conséquent , envoyer que dix mille hommes à 

I Baschid , Il , f. 101 . La date du 1" djemazïoal-ewwel est le résultat 
d'une faute d'impressioD ; ilhut lire djernazioul-akhir (93 mai); car, ainsi 
qu'on le voil par la réponse même, la lettre d'Eugène n'Élut arrivée à Cou- - 
BtanlîDople que le Irente-deuxicine jour aprËs l'équinoie (le 32 avril). L'ori- 
ginal qui te trouve dans les Arduves impériales est aussi daté du I" djem- 
■zioul-akhir. L'historien ne la donne pas en eolier, et il ■ omis le posl- 

1 On fit observer à la fin de cette lettre qu'on en avail fnil un duplicata 
déposé entre les mains du risident. 



nlan,-.rihyG00^lc 



3oa HISTOIKE 

Belgrade, et qu'il resterait lui-même, avec trente 
mille autres, sur tes frontières de la Pologne. Afia 
d'augmenter aussi de ce côté la force de l'armée , on 
enrôla à Ibrail trois mille six cents janissaires , en leur 
assurant une paie double ; les commandons reçurent 
une augmentation de quarante aspres, les porte-éten- 
dards de vingt ; les officiers qui avaient été mis à la 
retraite n'eurent que dix aspres, et les porte-enseignes 
de la même catégorie en reçurent cinq. On ajouta à 
ce corps d'armée la moitié du quatrième régiment , 
quatre cents hommes avec cinq cents armuriers , 
trois cents canonniers, et trente conducteurs d'artil- 
lerie. Aaredj Osman-Fascha, gouverneur du sandjak 
de Tirhala , reçut l'ordre de réparer les routes par 
lesquelles l'armée devait passer pour se rendre à Cûp- 
fou, depuis Tirhala Jusqu'à Sayada et Fonrinda5(Bu- 
cintro) ; et de faire les approvisionnemens de bouche 
nécessaires. Pour transporter l'arlill^e , le grand- 
vizir ordonna défaire une levée parmi les rayas qui, 
depuis les premiers temps de l'Empire ottoman, 
étaient attachés comme aides au train d'artillerie, et 
porraient le nom A'en/ans des conquérons. On en- 
voya trois mille hommes pour renforcer la garnison de 
la Porte de Fer, et le commandant de ce poste reçnt 
l'ordre d'y élever de nouvelles fortjRcations ; on mit à 
sa disposition , pour cet objet , trois mille fantassins, 
cinq pièces de douze, cinq cents boulets, dix quintaux 
de chiffons , cinq quintaux de plomb , douze livres de 
mèches , et quarante quintaux de poudre. On ren- 
força les garnisons des places qui avoisinaient la fron- 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIKE OTTOMAN. 3o5 

lîère rnsse, en envoyant sis cents janissaires dans les 
forteresses de Temerruk, de Rabath, d'Or, deXem- 
kalaa , de Taman, et de Kilbouroun. On envoya des 
janissaires à Cbocim, et des bombardiers à Temeswar. 
On donna des ordres pour h<l(er l'arrivée des troupes 
nouvellement recrutées. Peu de jours après le retour 
du kban en Crimée, arriva un ambassadeur polonais 
envoyé par la confédération de Tarnigrod. C'était un 
événement tout nouveau pour la Porte, et il se trouve 
consigné dans l'histoire de l'Empire, soit à cause de 
sa nouveauté , soit en raison de la conduite servile 
tenue par l'ambassadeur; les historiens tnrcs avaient 
cependant passé sous silence l'ambassade du Staroste 
deSredz, François Golz, et celle da palatin deMa- 
zovie, Stanislas Chomtowski , quoique ce dernier fût 
venu pour renouveler la paix de Carlowicz (ââ avril 
17ii). L'envoyé de la confédération, le colonel Do* 
minique de Jastrzsbiec Bekierski , staroste de Dol- 
hyce ', parut tellement surpris de la splendeur de la 
cour ottomane et de la puissance de l'armée , lors de 
sa réception sous la tente du diwan, u qu'il Bt les sima- 
» grées les plus ridicules, et se conduisit plus solte- 
» ment qu'un &ne; » telles sont les propres paroles de 
l'historien Haschid *. Lorsque le grand- vizir sortit de 
sa tente pour se rendre dans celle du diwan, en* 
s'avançant majestueusement au milieu de deux haies 
formées par les hauts fonctionnaires de l'Etat , l'am- 
bassadeur polonais tint son kalpak à la main, et se 

■ Communiqué par H. le comte Slapislos Biewo^i. 

> Scltiuieha mi&oan«d M khar ntkantd; Ten perun bien conmi. 



,,-.rihyGOO^IC 



3o4 HISTOIRE 

confondit en révérences ; puis, au moment où Damad 
Hasan -Pascha s'assit et où tous les tschaouschs du 
diwan lui adressèrent le salut d'usage : Que Dieu soit 
avec toi! l'ambassadeur tantôt se leva de son siège, 
et tantôt se prosterna à terre '. Le grand-vizir lui 
ayant demandé depuis combien de temps il était eu 
voyage et s'il avait rencontré en route le khan de 
Crimée, l'envoyé le pria de le recevoir en audience 
particulière, ce qui ne lui fut accordé qu'à la condi- 
tion que le kiayab^ serait présent. Il se plaignit , au 
nom de la confédération, du roi Auguste qu'elle accu- 
sait de vouloir s'emparer de la Pologne. Enfin il de- 
manda l'intervention de la Porte. On l'écouta pendant 
une heure, mais on lui répondit que le succès de sa 
demande dépendait du compte qui devait en être rendu 
à l'étrier impérial [iv]. Ces communications avaient 
lieu par le secours de l'interprète de la Porte, Jean 
IVIaurocordalo , fils d'Alexandre, et frère de Nicolas , 
qu'il avait remplacé dans sa charge , lorsque œ der- 



> Cet ambassadeur eut une conduite toute contraire à celle du staroste 
Golz, auquel lebiiJe vénilicn Memmo rend un témoignage Irès-honorable 
dans son rapport du 20 juillet 1715: Fapai m nome degli Ambasiadorl 
poluchi/'alta al Primo Yeiiro l'inttanxa, cht, poieha U coia convenait ' 
erano tulle composte , /mm Joro permeuo poterii vedere coUi miniitri 
dtgliallriprincipiiedoppoiHiacoiilm>gariieTva conversarconalcuno. 
Bipoit il Primo Vexirchtmon tra tempo, ma intUlendo UGoli.ch'e un 
eoragiosisaimo Polaeco, eglï lo ricercà di loro nontt qaali adili diiee ch» 
il Paiâiino{Clu>m$towki)rtita»se in casa echeie ilGolx wAestevederst 
cci Résidente Cœsareo glielo permttieva per un toi giomc, ma non eon 
It oliri, mottrando aneora in eià l'avertione nia per il Palalino, che 
in tolamente adirlo nominare ha proteilato piu volte che si sentiva 
taito iMemamente c< 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. %S 

nier fut nommé hospodar de Moldavie à la place de 
Rakoviza (1 709) ; Niclas fut chassé de sa principauté 
par Cantemir, mais il remonta sur le tràae huit mois 
après, et au commencement de la campagne de Rusne 
(1712), il fut nommé prince de Yalachie, d'oùBran- 
covan avait été expulsé par les Canlacuzèoe '/et où 
ceux-ci furent eux-mêmes contraints de céder la 
place aux Maurocordato'. Brancovan, après un règne 
heureux qui dura vingt-six ans, fut mis à la torture 
h Gonstantinople avec ses Bis , et ensuite décapité 
(S6 août 17 M). Deux ans après, les Cantacuzène y 
furent étranglés^. 

Lorsque l'armée eut établi son camp à Nissa, on 
vk arriver successivement Sari Ahmed, b^lerb^ de 
Roumilie; Ahmed, b^lerbeg d'Erzeroum; les san- 
djaks de Kaïssariyé et de Kodja Ili, et, quelques jours 
après, le nuureddin Selamet-Ghiraï , à la tète de dix 
mille Tatares. Sur ces entrefaites, l'ancien gouverneur 
d'Egypte, Weli-Pascha, fut condamné à mort; il 
avait été mandé à Gonstantinople pour y payer cent 
bourses qu'il devait,^, comme il n'avait pasd'ai^ent, 
on lui trandia la tête. Yousouf le Long, gouverneur 
de Bosnie, subit le même sort pours'étre rendu con- 



■ Chiaro tt Engel. 

3 nistoirede FoIaeAf«, paiEngel, p, 319, ei HUtoire de JUoidavit, 
jHirle même, p. 296. 

3 ËDgd, p. 379; il y a ici plue d'une contradiction, car d'&bord il dit 
que le grand-viiÏT les fit eiécuter à Goiutanlinople ; qu'il Ul tmuporler' 
kur tète à ConsUntiDople , et eotin que l'ordre, avait ilé doDoé d'Andri* 
nople; mais au commencenient de juin, 1« grind-Tizir n'était plus i An- 
drinople : il était dijà cq marche vers la fiMiatière. 

T. UU. 30 



,,-.rihyGOO^IC 



S^ HISTOIKE 

pable àt eomcmùoa. Vers le méoie tanps, périt vio- 
l*>fFi"iitwa' t'interprète frtacais, Berre, homnie qui avait 
beaucoup voyagé , et qui avait retiffai de grands ser- 
vices km de l'arrivée de Oiarles XII à Bender. Fiare 
était resté depais' an sn^iœ de la Porte. L'avis qu'il 
tvak émis de ne pas commence, cette année, la guerre 
contre l'AHemi^e, lui' ayant attiré de nombreux 
MBemis, il fut attaqué et assassiné but la roule de 
Yagotfina il Batoudjiiia, par qu^ques dji^ctjis, qui 
■l'agissaieot pas comme voleurs de grands chonins, 
nais bien d'après les crdres du kiayabeg. Celui-ci, 
ÎDSligaleur principal de celle guerre, voulait par ce 
■oeurtre effrayer le rà's-efendi, qui s'hait chargé de 
feire connaître l'opinion de l'iMerpréte. 

A son arrivée sous les murs de Bdgrade, le grand- 
vizir passa en revue l'armée campée dans les en- 
vircms , et fit son entrée dMis cette ville au bruit des 
fiaives de l'artillerie de campagne et de celle de la 
forteresse. Dans le conseil de guerre qui fut tenu 
immédiatement après , il agita la question de savoir 
n l'on devait marcher sur Temesw»- ou sur Petw- 
wardein, et si l'on devait ou non faire le siège de 
cette dernière ville. Houseïn, aga des janissaires , fuft 
d'avis qu'il fallait marcher sur Temeswar ; le khan 
des Talares proposa de faire une incursion dans les 
Etats Icansylvaniens. Le beglerbeg de Boumilie ré- 
pondit qu'on n'avait sans doute pas encore oublié la 
défaite de Zenta, et qu'on devait se rappeler, par con- 
séquent, quels rivières et quels marais il faudrait pas- 
ser pour aller à Temeswar ; il fil surtout sentir que n 

i;,.,r„-r^li,GtH)'^lc 



DE L'EMWRp OTTOftlAN. i^ 

)es T:¥lar«? fiùsuoit jwb eipat^pa dans ]f rrf?'%>gtf 

dÊTrw^If4*"e,Us»e«ongerajeïtfqij'àfwg4QÏwaïp, 
et , «esqibJat^ à 4es femn^ eqc£Ù4ss > ^ ^4Çflf 
plus pro^^ MX ejftreprâes qiilitairey; ej^ coniji^ 
ffiiettee, il o^ùuit pQUfr mardier su^ Peierwardcin» 
soif afio d'y livrer balaUle s'il y avait lieu, soit poi^ 
f^e le siège de cette ytll^ Le grand-vi^ ^fîtp^ 
oomn^tre soa ofnniop, qtjà jurait Ir^ocbé la que^dg^, 
et cela a% (Je mieux garder U secret de «es opéi^r 
tiow. On sut, par des prisQaoier», qi^'il n'y avak tgnf 
quinze cetUs faonunes à Pâerwardeia, eous les or^rt§ 
^ Patfiy, ^ que le cainp des ennouis ^it à FMt^j 
sQus le commandeqnent du prince Eggiéoe. TrjçisiiuU^ 
cwvjrien , aid^ par mille janissaires et le» iqalteliMti 
de soiiaote-çUx tschaïqucs, venaient de jetqr uo p(»t$ 
svrlaSave(â5juillet1716— 58chàbanHâS).S:ow4r 
Pascha, gouverneur d'Ilbessan, fut nommé dief dfll 
édaireurs, et les beglerbegs d'Ànalolie et de RowK^li^^ 
Turk Ahmtid et Sari Ahmed , c'est-à-dire AJUnfv) Itt 
Turc et Ahmed le Jaune, furent charge, l'am dp 
conjmandeoient de l'aile droite , l'autre de cdui d* 
l'aile gauche, et tous deux de proléger contre les hus- 
sards de l'eanemi les corps des fourrageursenvoyéaeQ 
Syrmie. Fendant trois jours, ies troupes se dirjgèrepl 
leulemeot de Belgrade vers le pont pour effectuer 
leur jpsdsage. Le serasker, qui aurait pu ohoisif un dqp 
leurs considérés comme les plus ijeureux .de la se- 
maine, tel que le samedi, le lundi ou le jeudi, décida 
que le passage du fleuve aurait lieu le tnardi, et non 
dans la matinée, m»s dans l'après-midi. Cette résoa 

D,gn,-.rihyGOO^IC 



S*S . HISTOIRE 

lotion donna liai à bien des commentaires et fat re- 
gardée comme de mauvais augure, d'après les pré- 
jugés eustant sur les jours heureux de la semaine et 
les heures favorables de la journée (8 schàban 1 1 S8 
:— 38 juillet 1716). Leréàdent Fleischmann, qui jus- 
qu'alors avait été retenu sous bonne garde à Sonén- 
dra, obtint enfin la permission de partir pour Bel- 
grade avec une lettre rédigée en forme de cartel. 
Ifourd Mohammed-Pascha, qui rencontra te premier 
des troupes ennemies aux environs de Carlowicz ', 
demanda et obtint la permission de commencer les 
hostilités. C'est ainsi que le premier fait d'armes, par 
lequel les Turcs violèrent la paix de Carlowicz , se 
passa pr^ de l'endroit même où elle avait été signée 
dix-sept ans auparavant. Kourd-Pascha, sorti viclo- 
lieox du C(Hnbat*, ordonna de trancher la tête aux 
morts restés sur le champ de bataille , et tes envoya 
au camp pour être jetées devant la tente de la justice. 
A l'instigation du biaya, homme d'une avarice sordide, 
qui avait vu avec déplaisir la générosité que le grand- 
vizir avait déployée l'année précédente en Morée, on 
ne paya à ceux qui amenaient des prisonniers ou ap- 
portaient des têtes , que vingt piastres par prisonnier 
et dix par tête coupée. Les soldats murmurèrent; il 
y en eut qui refusèrent d'accepter une pareille au- 
mône; d'autres prirent l'argent en jurant, et coupèrent 
ensuite la tête aux prisonniers. Le kiaya , inquiet de 

I Blihrfra ittfrinMXvgéM, Anuterdam 1140, p. 31. 
> D'aprè* Budiid, Irais mille Turcs contre hall mille ennemit, c'est prë< 
diéDmiVinrened'sprtik rapport dBgtnMaaliicluca. ' 



n,gn,-frfhyGt)0'^le 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 3og 

celle irritalioD, engagea le deflerdar, en prenant tou- 
tefois la responsabilité de cette mesure, à payer cin- 
quante où soixante piastres. Mais lorsqu'on en eut 
connaissance , les méconlens ne deviurent que plus 
exigeans ; le grand-vizir fut forcé de venir s'asseoir 
devant la tente de la justice,, et de faire distribuer 
les récompenses en sa présence. Il demanda ensuite 
dans le sein du conseil de guerre, à tout^ l'armée 
ne devait pas prendre part à la bataille, d'après cette 
maxime, dont la justesse a été si souvent constatée par 
l'expérience de tant de campagnes, savoir: «que les 
» Allemands infidèles ne peuvent être vaincus que 
» par la réunion de toutes les forces de l'armée 
» ottomane '. » Le beglerb^ d'Ânatolie, Ahmed le 
Turc, trouva que l'avis était bon à suivre, mab le b^- 
lerbeg de Roumilie, Ahmed le Jaune, objecta qu'U 
valait mieux attendre que l'artillerie fût arrivée, et le 
grand-vizir se rangea de son côté. Ainsi que nous 
l'avons dit plus haut , les troupes légères des deux 
armées, commandées d'une part, par Kourd-Pascha, 
et de l'autre par Palfiy, en étaient venues aux mains.; 
Dans cette rencontre, les Ottomans firent sept cents 
prisonniers*, parmi lesquels se trouva le comte Bceur 
ner. Le lendemain de cette action , l'armée continaa 

< tfemstieké Kafiriné aikeri Ulam ayaghi toti tliviarttna ftiffioM 
ttUnar, c'esUdire : > Les AOemandB infidèles ne peuvent Ute TOinou qoe 
• par la poussière dm pieds de l'armée musulmane. • 

> D'après les ra{^rts des géuéraui, la perte des Impériaui ne Ait qus 
de qwilre cents bonunes ; ils étaient eu nombre de trois mille et les Turcs 
de sept mille ; d'après Baschid, la force des OUomans n'était que de quinie 
ccitlf bommei,' et celle de* AUentands de bnit mille. Bescbid, II, t IS9> 



,,-.rihyG00glC 



Sift HISTOniE 

n marche strr Pelerwardein ' , distante sealemenl c(e 
dftuz Heoes de Car)owicz. Mais déjà le prince Eugène 
«vail pris position derrière les relranchemcns que Sûr- 
KHfi Ali-I^scha avEtit fait élevât- autrefois , lors àti 
riége de cette Ville. Atissitât après son arrivée soas I» 
ionra de Peterwaï-dein, le grand-virir fil planter l'é- 
tendard sacré devant sa lente. L'armée resta pendant 
trois heures sous les armes , s'altendant à chaque in- 
stant à être attaquée par l'ennemi, mais comme celui- 
a ne faisait aucun mouvement, le grand-vizir ordonna 
tf'OHvri^ des tranchées à l'entrée de la nuit (3 août 
1 7 1 6) " ; on travailla avec tant d'activité, que le len- 
demain maiiti On de se tronva plus qu'à cent pas dit 
ëam^i fonilié '. Le grand-vizir attendit de nouveaii 
l'^àcJUe de l'ennemi, aa lieu de l'assaillie lui-même 
ivee des força supérieures ; mais comme cette attaque 
b'eat t'as Ken , les troupes se retirèrent sous leurs 
tëfaies. O fut Sari Ahmed, chargé de la direction des 
iHœchëes, qui fit commettre cette grande faute ; c'était 
hé d'ïdileurs t)d, dans le conseil de guerre tehu à 
Belgrade, atait donné le malheureux cobseQ dé maf- 
tKei- aat Peter Wdtdein *. 

I On trouvt Im rebseigonneiH kg film dtluUi rar la ford) et 1m 
mouvemeas de l'armÉe impériale dam Yhiitoira du campagna de l'armée 
rojtle et impériale bous le commaademeDt du priace Eugène, d'après du 
flcted origlndlii. laurudl militaire d'Autriche , l6o3 , p. 501. 

* C'est Id edcore ud de ces cas où il paraîtrait j avoir une cootradiction 
entre la dite chrétieDaê et la date rausulmaiie, si l'on ne savait pas que 
M 11 scUbaii (5 ioltl) commence le 3 août dis le coucher du soleil. 

i atiMre thUtlàife dv prince Êugèae deSitvott, à Là Haye, 1139, 

Ra.p. loa.iiw. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIhE OTTOMAN. 3iï 

Le lendemain malin de très-bonne heure , l«s deux 
années se préparèrent à la bataille ^qoe le prince 
Eugène avait résola de livrer, et qu'Ali ne pouvait 
ni ne voulait éviter (5 aoâl 1716).siankamen et Car- 
lovricz sont deux villes célèbres : l'une, dans l'his- 
toire des batailles, et l'autre dans celle des traités' de 
paix. Le prince Eugène étendît et rangea en ordre de 
bataille cent quatre-vingt-sept escadrons et soixante- 
deux bataillons ; son aile gauche s'appuyait sur un 
marais, et son aile droite était défendue par des han- 
teurs escarpées. Les Turcs étaient au nombre de cent 
cinquante mille, dont quarante mille Janissaires et 
trente mille sipahis, le reste était composé de Tatares, 
deValaques, d'Amautea et d'Égyptiens. A l'aile droite» 
Ali opposa sa cavalerie à celle des Allemands, com- 
mandés par Palffy, Mercy, Falkenstein, Martigni, 
Pâtre et Nadasdy ; sur l'aile gauche et au centre, com- 
battaient les fantassins. La bataille commença vers sept 
heures du malin. Déjà la victoire penchait du côté dei 
Allemands, lorsque les janissaires culbutèrent à l'aile 
gauche l'infanterie allemande. Wellen'stein, Lankon, 
Bonneval cherchent en vain à rétabtir.rôrdré, les deux 
premiers tombent mortellement ble^s, ,Ie-dernierss 
défend avec deux cents hommes, et.Jorsqu'il les voit 
réduits à vii^-cinq , il se fait jour avec eux à travers 
lés Turcs qui l'entourent. Le prince Eugène ordonna 
alors à la cavalerie de l'aile gauche et au corps de ré- 
serve de se porter au secours de l'aile droite qui pliait. 
Le pritioe Alexandre de Wurtemberg, soutenu par 
Starhemberg, Wallis et Thum, tint ferme au centre 



,D,gn,-.rihyGOO^IC 



5i3 mSTOlKE 

de h bataille ; la cavalerie turque , empêchée par 
celle des Allemands de secourir les janissaires , et se 
croyant séparée de l'armée, prend la fuite '. Fendant 
tout ce temps , le grand- vizir s'était tenu immobile 
devant sa tente à côté de l'étendard sacré du pro- 
pbète. Mais lorsqu'après la mort du général com- 
mandant l'aile gauche, du beglerbeg d'Analolie, Turk 
Ahmed , les sipahis et les silidhars s'enfuirent tout- 
ft-coop à bridç abattue, lorsqu'il- ne vit plus autour de 
lui qu'une poignée de cgvaliers feudataires, lorsque, 
malgré ses exhortations et les 'coups de sabre que ses 
gens distribuaient de tous c^és, il ne put arrêter les 
fuyards, il se précipita , suivi de ses agas, au plus 
fort de la mêlée, et tomba bientôt après, frappé d'une 
balle au front. Ses gens le couchèrent d'abord sur un 
dieval et ensuite dans une voilure, et le transportèrent 
à Carlowicz où il expira. Ainsi périt Damad Ali-Pa- 
scha, dans la ville même où la Porte avait naguère signé 
la paix avec l'Autriche, la Pologne et Venise; paix 
qu'il avait violée avec tant de légèreté eu déclarant la 
guerre à Venise. Ce fut paiement ainsi que les Alle- 
mands tirèrent une juste vengeance de cette viola- 
tion, et que. la destruction dont il les avait menacés 
retomba sur sa ^iropre tête. Le deflerdar Mohammed, 
le iiièwkoufat(^i Ibrahim, le reïs-efendi Mousiafa et 
l'historiographe de l'Empire Raschid, qui entouraient 
l'étendard sacré, le prirent au milieu d'eux, et, suivis 
de l'aga des sipahis et de quelcpies gedùklûs à cheval, 
ils s'enfuirent à Belgrade. Dès que cette fuite fut con<- 
I ptttoiTt miHtaifé du prince Evgiae , p. 108. 



D,gt,,-.rihyGOO^Ie 



DE L'EMl'IllE OTTOMAN, 5i5 

nue à l'aile droite , où commandait le beglerbeg de 
Roumilie, Sari Ahmed, les janissaires se retirèrent 
aussi vers Belgrade. Après cinq heures de combat , 
vers midi, le sort de la bataille fut fixé. La perle des 
Allemands ne fut que de trois mille hommes , tandis 
que les Turcs en perdirent six mille. Cent quatorze 
canons , cent cinquante drapeaux , cinq queues de 
cheval, trois paires de timbales furent les trophées de 
la victoire. Dans la tenté du grand-vizir, on trouva 
des correspondances importantes; entre autres, le^ 
lettres de créance de l'hetman polonais Lidowski pour 
l'ambassadeur de la confédération. Mais la joie du 
triomphe fut troublée par la vue du corps mutilé de 
l'infortuné comte Breuner'. Le lendenïain, les restes 
du grand-vizir furent déposés dans le vestibule de la 
mosquée du sultan Souteïman, à Belgrade; le sort 
voulut qu'il reposât dans cette ville , où se trouvait 
aussi le tombeau d'Ibratùra-f ascha, l'ambassadeur ex- 
traordinaire qui naguère avait- été envoyé à Vienne 
pour négocier la pan, et qui était mort gouverneur à 
Belgrade. Soixante-dix ans après, Loudon, le dernier 
conquérant de Belgrade, emporta à Vienne le cercueil 
de Damad Ali, comme un trophée dé sa victoire. On 
le voit encore aujourd'hui sous l'épais ombrage de la 
forêt d'Hadersilorf, non loin du tombeau de Loudon, 
et l'inscription turque qui orne ce cercueil fait ressortir 
le contraste qui résulte'd'un tel rappro^ch^ment '. Ainsi 



I Barbftrammte trveidato a fretco tolU eatpM al collo. Ferrari, p. 1 15. 
1 L'inscription originale avec la traduction se trouvent dam tes Mintf 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



3i4 HISTOIRE 

reposèrent à Belgrade, l'un à cAté de l'antre, Tambas- 
sadeur extraordinaire qni avait signé la paix de Carlo- 
wicz, et le grand-vizir qui l'avait violée, Damad Ali, 
conquérant de la Morée, sans posséder les talens d'un 
grand capitaine, était un homme d'Ëtat éloquent, pro- 
fondément versé dans les ouvrages sur les eounaia- 
sances astrologiques' des Sofîs ; elles n'avaient cepen- 
dant pas pu lui apprendre à se connaiire lui-Aième , 
«parce que, dit Raschid, sa vue intérieure était ob- 
» scurcje par l'orguàl '. » Le kiaya raffermissait en- 
core dans sa foi à l'aslrologie, afin d'exercer plus 
sûrement sur lui son influence. L'année précédente, 
le langage des astres lui avait annoncé la conquête de 
la Morée , mais il le troaipa bien cruellement cette 
année, en lui présageant la prise d'Ofeii '. 

Dès qu'on eut rendu les derniers honneurs au grand- 
vizir défunt, Ittb^lerb^ de Roumilie et d'£^zeroum, 
les agas des troupes, le defterdar et lé reïs-efendi, de 
même que les présidens des chancelleries, Hoiiznamé 
et Mewkoufat, s'assemblèrent sous la tente dé l'éten- 
dard sacré pour délibérer sur la rédaction du rapport 

t ShalêhH ghomouri é^tbiUyeli ticheKkmt bauirétiiit petdite)^ 
çhafiet oloufr, 0*68(4-111» : Son orgaell ontré aritM l«Ddu le raèe de là ntgK- 
g«ocedevant l'«il de M vigilance. Rûi^id, II. f. l6l,doDneMlHagrapbia. 

' Le même, t. 162. Parini les écrits que l'on (roura dans b lente du 
grabd-rlifr, Il y en aralt dn qui eipItqniiH un songe où il èlali t[MslMi d'tUi 
raiueau qni s'élendait de Constantine(de à- Belgrade , dtm lequel ta Irow- 
Tait le pro|ihile avec les quatre premiers khalifes , et d'oCi descendit Omar 
pour soulever un dûnie qui se trouvait devant Relgrade. L'explieslioD ^it 
celle-ci : Que le grand-vhlr M St Uissc pas atrtier dans IC dttls^ (tull a 
de faire la guerre ; que peut redouter uDt ndHoii qui M ndl U fiiii du 
propbèle, H que peut craiudxe un Taiweau dnnl le plaie M Nd«T 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIKE OTTOMAN. 5i5 

à emoyet sa Siiltifù relatirèment à la malheureuse 
Issue de li catripaghé, et pour procéder ttu choix d'uB 
serasker provisoire. Le cohimandeitient supérieur ap- 
partenait, suivant la règle, au b^Ierbeg de RoumiKé, 
qui le refusa , de peiir de s'exposer à l'animadversion 
du kiaya, devenu, par sa perfidie, son esprit intrigant 
et Sa méchanceté, l'objet de la haine universelle', hb 
mewkoufatdji Ibrahim, prenant la parole, représenta 
^ue l'absence des queues de dieval, il la suite du klayâ, 
ne permettait pas de supposer que le Suhan eût voulu 
lui cobfiër le commandement en chef, et il délernuua 
les Irùupes h envoyer une députaiion au begterbeg 
Ahmed-Pascha pour l'inviter à se charger du com-^ 
fnandemeni.Le rapport adressé an Stiltan sur le choix 
dti séraster et les événeméns de la joiirftée âc Peter- 

1 ^onr (fonnet an kcleoT dds idée de h manfère dont tts hiitotlogn* 
' phesdBfEmpltes'enlendiKnti pi^ndrenn caractère, aaas retrafona M le 
portrait de ce bjaja, peiot parRaschld: Bir mekkiar vié ghaddar toé li- 

temUari rovikiar wé aalemi mehr outeïdindenbitarvsé Myeloutdieî- 
laniyeidë IbUt ili âjelli iéi kixo mt âouToagkdé Woiieïlttnai tetabOt 
eitMttifakpiKhénémBtreKdtseMibadoulli^e'iitalimasarTttattiTmik 
vi gendil anati wibabati ilé illifamindé degildiir dediw>ek itschoum 
ioalidUii dakhi fatsl ou mezemmet ttmègléifUkhar ed6T kiiÈsiroul-lkiniH 
wé /SlnBï kiMiet M astfiroMiiiatn vi ia^htrotO-tOn ktfàb ftoiUhnftHfrB' 
MBttjminiaî teheré te* JMUtdari tarer Air icktdckui bed gewher atoubj 
c'est-à-dire; Trompeur et veialoire, oppresseur de ses MDlemporains, 
AAiinatit le mondé par aa ru^ ttsoii àsluce, sottldu m^me œnrqaéâaiab 
^r tromper et jftutT dM lotan dtabrirqnee, rappHsDt trait peilr trnt le 
pand imposteur Hose^ema; encKn à î'hjpnmgie el à la dissimulation, 
il mil sa gloire nob-seulement à susciter le mal aut serviteurs de Dieii, 
Dtaii h aTlRr et h renier «et propres pâréiltg| ^br érller de paraître sotfs 
lear dépendant ; det»etlte tafUe, diJBrfteié d^ Il ndttlre, il avait de p»- 
titi jeux et le teini jaune, et, pour nous servir de l'eipression de l'Ecriture, 
c'était uD asiemblagé dé toûa Ui ticés , ùii être cotiijitetïhieili dbjett. 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



wardein fut rédigé par le secrétaire du trésor. Comme 
il y était dit que la principale attaque de la cavalerie 
ennemie avait été dirigée contre le saint étendard , et 
que personne ne s'était trouvé là pour défendre ce 
précieux dépôt, les sipahls et les silihdars, qui avaient 
été constitués les gardiens de l'étendard sacré, se plai- 
gnirent haulonent ; enfin, lorsqu'on rejeta la faute sur 
les janissaires, les réclamations de ces derniers furent 
encore plus vives. Après de longs débats , on décida 
que chacun avait fait son devoir; que la perte de la 
bataille ne devait être imputée qu'à l'entêtement et aux 
erreure du grand-vizir. On chargea de port^ le rap- 
port à Andrinople, Ibrahim le mewkoufatdji, qui, élevé 
dans le serai, à l'époque où le Sultan actuel n'était en- 
core que prince impérial, avait su dès-lors gagner ses 
bonnes grâces ; depuis, secrétaire du Sultan, Ibrahim 
avait refusé les queues de cheval, et s'était contenté 
d'exercer des emplois de finance, d'abord comme 
préàdent de la chambre des comptes, puis du mew- 
koufat, titre dont il se trouvait revêtu au moment 
d'entrer en campagne. Quatre jours après la bataille , 
il arriva S Constanlinople , porteur du rapport des 
généraux assemblés en conseil à Belgrade [v]. 

Le Sultan fut si joyeux de revoir le compagnon de 
sa jeunesse, qu'il fut assez peu sensible à la fôcheuse 
nouvelle de l'échec essuyé par l'armée ottomane.' Le 
sceau de l'Empire fut envoyé à Khalil , gouverneur de 
Belgrade , Albanais d'Ilbessan , qui , introduit dans le 
seraï en qualité de bostandji , s'était élevé succesKve- 
mept aux rangs de khaseeki, d'oda-baschi et de bos- 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. Si? 

tandji-baschi, puis, descendant d'undegré, iélait'de- 
venu gouverneur de Merftsch; enfin , au commen- 
cement de la guerre, il avait été chargé de réparer les 
fortifications deNissa et de défendre Belgrade. Avec 
les biens du dernier grand-viûr, furent saisis le kiaya 
Ibrahim, secrétaire du défunt, etLaaIizadé-Efendi', 
l'an de ses confident , auquel était attribuée l'expli- 
cation du songe trouvée sous la tente du grand- 

' vizir , et soupçonné d'avoir prophétisé à son maître 
qu'il célébrerait la fêle dii baïram à Ofen, reconquise 
par ses armes (21 août 1716 — Sramazan 11â8). La 
dignité du kaïmakam fut donnée au mewkoufaldji 
Ibrahim , et celte du reïs-efendi Moustafa , à Souleï- 
inan. Oite dernière noniuiation eut lieu pour étouffer 
les rumeurs populaires , qui dé»gnaient le précédent 
reïs-iefendi , comme ayant participé aux mesures prises 
par le kiaya, bien que l'historiographe de l'Empire, 
qui avait assisté à toutes les délibérations du conseil 
de guerre, affirmât qu'il avait été constamment d'un 
avis opposé à celui du kiaya. Un quatrième Ibrahim, 
grand-écuyer, fut nommé conducteur de caravane 
des pèlerins. (>)mme on le voit , le nom d'Ibrahim 
était fort en faveur : mais , des quatre dignitaires qui 
portaient ce nom, le mieux partagé était le kaïmakam , 

' qui avait été anciennement , et était encore le favori 
du Sultan. Fils d'un sipahi, voïévode d'Izdin, près 
Kaïssariyé, il était entré au serai en qualité de baltadji ; 
bientôt, quittant la cc^ée pour la plume, il avait 

■ tabiograpIùedesoDpèTBL>a]iMdéSdieIkhlIohui]iiwdesllll485B< 
dam le Kcoeil de SdMlUii. 



,,-.rihyGOO^IC 



iiê uiKTmftE 

évité, en 8'éli>ig«H4 ^ «onH, d'encoifrjr i« ^d<HW9 
des précédens graada-VHÏFS ; U parvint fhi% t^rd. 
comme d'aotres baludi», à U dignité de gnmd-vi^t 
et ocGopeiv comme tel l'aitentiofi de l'hiatMrie. 

L'arr£t de mort que, I« v£iU« d* la bataille de Peter- 
wardeio, le grand- vizir «vait Jspcé contr» Ëlhadj Mo? 
hammed-Patcba , eiilé k Jérusalen, ce parviitf pas, 
heureusement pourlui, isade^linalioB.cary fut rapr 
porté isHnédïJdmient. £o rendaul celle «enlace, )^ 
veille de sa mort, legraad-virà' avait asaouvi une vj^le 
haine et cédé aux accusations dont Mohammed-Pa- 
scfaa était l'objet, et qui le r^rétfwtaieitf comme en- 
tretenant des inteUigences avec les infidëles, pour p'Urf 
proDOocé en foveur delà paix avec les fiUisses-QueJque 
répugnance qu'éprouvât le Sultan à a[^ouver cette 
coodamoatioa, il n'avait pu s'en dispenser, l'usage voit- 
lant que les proportions des grands-viztrs sera^mrs 
fussent toujoursaecueillies en campagne. L'assentiment 
qu'il donna à la sentence de raott prononcée contre 
l'ancien kiaya, le rusé £t pa€de Ibrahim, était, beau- 
coup mieux motivé '. Le beglerbeg de Roanùlie, Sari 
Ahmed- Pasoha et le defterdar ËJhai^ Mohammed, 
furent élevés à la dignité de vizir; mais la promotion 
du dernier eut lieu contne l'avis du Sultan et du kaïma- 
kaln, c|ue son extrême ambition avait indisposés ; m ■ 
effet, non content de faire parvenir sa demande d'a.van^ 
cément an souvenùn , par l'organe éa mewkoufat^ 
porteur du bulletin de labataiUe, il avait en même 

I Kuehid Mbit «cote oelta dicomluce pour dooMT cvnèra à ka 
indi^DattoQ centre <% kiajo. 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIBIE OTÎ^MAN. 319 

tfilips j^hW^é Ii9 sep-tjar Sari Ahnœd , gacçeaseur (}u 
srao^'VûJrdws le commandetnept de l'anifée, de I9 
UÂ euvQyçf pff émt. Cette double démarçfaje lui nuisit 
4ws l'esprit d^ Sqltap, comme wz. y&t\ d'Ibrahiiq, 
qui n'avait pa? eu de peine à obtenir pour Im la faveur 
qu'il sollû^t. Sari Ahmenj-Pascha ne jouit pas long- 
ten|)s dp sa nouvelle dignité, car un jour que. passant 
ep revue à Batoudjiiia la garnison de Belgrade, il lui 
adressait une réprimande sévère , les soldais , irrités 
Contre lui depuis la bataille de Felerwardein, dont la 
perte lui était attribuée en grande pattie , se jetèrent 
fur lui d le mirent en pièces. L'ancien deflerdar, 
Moustafa-Fascha, le remplaça à Belgrade '. 

Tefneswar, dernier boulevard de l'islamisme en 
Hongrie , venak de succomber : cette nouvelle fut te- 
nue secrète pendant quatorze jours. Vingt jours après 
la balwille de peter wardein, Eugène viut camper de- 
vant la capitale du Ban^t. A celle époque, Temeswar 
était moins fortifiée par les ouvrages de l'art que par 
sa position naturelle dans les marais de la Ternes et de 
la B^. La place se composait alors de trois parties : 
la ville, le cbàteau et la palanque. Seize régimeiis de 
cavalerie , coumjandés p^r le comte Paliiy, diiL ba- 
taillons d'infanterie, sous les ordres du prince Alexan- 
dre djB Wurtemberg , formaient l'armée des assié- 
geans, que l'historic^rapbe de l'Empire porte à cent 
cinquante mille hommes, en affirmant que ce siège 
dura soixante-douze jours, au lieu de quarante-quatre, 

• Rudiid Teproduit ici, li, f. 169, lea conseils d'Ahmed, ra{^rtés plu| 
hant, Buqoeli fat attiiliuée la perte de la bataille. 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



$20 ttlSTOmE 

et qae l'armée envoyée au secours de la- place, sous 
le commaDdemeDt de Koard-Pascha, ne comptait que 
qiùnze mille hommes, tandis que son chifire réel était 
de vingt-sept ou vingt -huit mille. La tentative que 
fit Koard-Pascha pour jeler dans la place douze mille 
janissaires, sipahis ou Tatares, et des munitions de 
bouche, échoua complètement. Quatre mille Otto- 
mans et Tatares restèrent sur le terrain. Après un 
assaut qui dura quatre heures , la palanque fut prise ; 
mais le nombre des morts s'éleva à quatre cents , et 
celui des blessés à quatorze cents (13 octobre 1716). 
Le prince Emmanuel de P^tugal, celui de Bevern, et 
le prince Alexandre de Wurtemberg, qui, assistés des 
généraux Langïet. Walliset Liebenstein, avaient con- 
duit l'assaut de la palanque, dirigèrent les travaux du 
siège avec tant de bonheur', qu'ils réduisirent la forte- 
resse à capituler (25 novembre 1716). Sur les dix-huit 
mille hommes dont se composait la garnison, douze 
mille se retirèrent; mille charriots, au lieu de sept 
mille qu'ils avaient demandés, emportèrent leurs ba- 
gages. Eugène ne fit aucune diHieulté d'autoriser la 
sortie des kroczes renégats et autres gens sans aveu '. 
Ce fut avec la même facilité qu'il accorda aux Armé- 
niens , anx Grecs, aux Rasciens et aux Albanais , la 
permission de resteràTemeswar,sibon leur semblait. 
Dès le commencement de la campagne , il s'était mis 
en reladons avec les chrétiens de Servie et d'Alba- 
nie , et leur avait promis des secours pour les aider à 

I Olle canaille peat le lelirer partout où elle TOudia. EiltoiTa 4u 
pritKt Eitgiiu, p. 12. 



D,gt,;.rihyGOO^IC , 



DE L'EMPtas onrroMAN. a»i 

secouer le joug de la tyraonie turque{vi] ; les salves de 
ceot vingt canons , dont ia plupmt étaient gravés aux 
armes des empepeurs de Rome et d'Allemagne , an- 
noncèrent que Temeswar venait enfin de se soustraire 
à un esclavage qui duraU depuis cent soixante-cinq ans. 

La iffise de cette ville ouvrait la route de Valachic 
(S5 novembre 1716). Douze cents Serviens; corn* 
niand^ par le bavards Detlin , s'emparèrent par sur- 
prise de Bukarest , qu'ils pillèrent , et d'où ils enle* 
vèrent le hospodar Nicolas Maurocordato '. Ce coup 
de main prouva à la Porte la loyauté de ce ho^>odar, 
qui s'était pas , comme ses prédécesseurs, l'aini se- 
cret des Allemands, et qui , récemm^it, avait rendu 
de bons services à l'Empire ottoman , au moyen de Is 
correspondance qu'il aviût entretenue avecB.akoczy, 
par l'intermédiaire du moine Isaie. Pour reconnaître 
ce dévouement , on installa à sa. place , conme voie- 
vode de Valachie , son frère Jean Maurocordato , jus- 
qu'alors interprète de la Porte, auquel succéda, à ce 
dernier titre, Ghika, son parent maternel (3 décembre 
1716— 17si!hidjé)1S8). 

Ijb chef d'escadron Ërnau fut moins heureux à l'at- 
taque de Yassy, que le bavarois Deltin à celle de Bu- 
karest, deux mois auparavant ; car au moment où il 
assaillait, avec deux cents hussards * , le prince de Mol- 
davie, renfermé dans son château de Tschelazouyé, 

I Hittotre de Falochfe.'par Cngel , II , p. 7. Chiaro, p, 223, qui patte 
de ce fait comme t^oin oculaire et doiureiccllenle histoire est sut ce point 
le ■neiUeiir documeat qu'on puisse consulter. 

1 Le mol grec moderne r.i-.ia^ slgnilie hussard comme le mot luri: ha- 



n,gn,-.^hyG00^lc 



deui mille Tatares vinrent an secours de ce dernier ; 
cet épisode est raconté en détail par Costin Nicolas le 
jeune, le khawendemir de Moldavie, comme son on- 
cle Myron en était le mirkawend ' (31 janvier f7f 7). 
La nouvelle de la défaite de Peterwardein décou- 
ragea entièrement l'armée qui assiégeait Corfoa, où le 
courage et l'habileté de Schulenboui^ défendaient 
un rodier contre les forces combinées , mais non 
pas toujours unies , du kapitan-pascha et du serdar 
Kara Moustafa-Pascha. Les Turcs étaient débarqués 
récemment dans la presqu'île de Xamilia, dépen- 
dante du terrilcnre de Butrinto, au nombre de trente 
mille cavaliers et'de troia mille fantassins; puis, ils 
s'étaient emparés des hauteurs d'Abraham ^ de Saint- 
Sauveur , situées devant la forteresse , et sur les- 
quelles, de douze points différens delà vilte, cent 
bouches à feu vomissaient le fer et la flamme*. Au liea 
de se mettreàcouvert dans une tranchée^, et d'ouvrir 



■ Voir,daiul(iXI*«<i).deiflbKeM«(£«tract*(iMjfimu«er<UdaIaW- 
6Iiotriegu« du itoi, p. 374-303, les eilraiti bî remarquables qui en soot 
donnéi par H. Haie , bibliothécaire. Khamendemir est la riritable pro- 
noucialiou de Uirclumd. coomie l'a bit observer Jourdooln dui le IX* 
vol. des mtieei »t Extraiu dei Ifimuwrâs,- touIcTou, il n'a pas relevéccUe 
seconde erreur que Khawendemir élaU le Bit de tHrkaireiid; il n'élait 
que son Deren. 

1 Les deux banloon d'Abramo et de S. Salralore : dans ta rieSle 
Tille., quatre poslei armés de dli-sepl canons leur étaient oppof éi ; c'étaient 
Campana, Mêxxa Zona, Cfdafella, JUar(fnenj)w,- dans b nonreUe ville 
de San Giorgio , c'étaient : Seltô TentU , Sti YtiMt, QOogtro e( Ponfa 
avec vingt-huit canons et trois mortiers de cinq cents ; sur le ftvnt de ta 
Tille étaient ; Strandwao, S. Àtanati , Piataforma et Raimund», arec 
qnaranle-denx canons et sept mortiers (traboukbi). 

3 GlttmmaitHmariiTe!iotttrament»eolUappnei,Temt\,Tf.ltl, 



,,-.rihyGoogle 



DE L'EMPIHE OTTOMAN. 5aî 

une brèche, les assiégëans perdirent un temps pré- 
cieux à canonner la haute tour de Sainl-Spiridion, 
qui n'en souffrit nullement; ils lancèrent également 
dans la ville des bombes, contre l'atldnte desquelles 
les hommes se mirent à l'abri dans la vieille ville, et 
les femmes en se réfugiant dans les souterrains de la 
place. Une première sortie ayant échoué, Schulen- 
bourg fondit une seconde fois sur les assiégeans à la 
tête de huit cents hommes seulement , et les repoussa 
après un combat acharné qui dura sept heures ( 1 8 août 
1717). Le lendemain, le vent du sud jeta la consterna- 
tion dans la flotte et dans le camp des asnégeans, qui, 
deux jours après, s'embarquèrent dans le plus grand 
désordre , abandonnant vingt-trois grandes pièces de 
.siège, trente fauconneaux, sept mortiers et deux cent 
soixante dix paires de buffles pour attelage des canons, 
cent cinquante chevaux d'artillerie, deux mille em- 
ployés au service d'autres armes et toutes leurs muni- 
tions en poudre et en plomb. Schulenbourg prit en 
conséquence possession deButrinto et releva les fortifi> 
cations de Santa-Maura qui avaient été rasées (31 août 
1717). En Dalmatie et en Albanie , les Turcs se bor- 
nèrent, pendant le cours de cette campagne, à assaillir 
Verlica , Frolec et Duare , et à menacer les habitans 
de Pastrovich et de Monténégro. Le pasdia de Bos- 
nie campa à Cuprez ; celui d'Albanie à Cernizza. Après 
avoir réuni à Cattaro les troupes de Macarsca , de 
Primorize , de Virgoraz et d'Opus , Emmo parcourut 
avec elles le territoire de Zuppa et de Budero jusqu'à 
Antivari et s'raapara d'Oltovo , de Zariné et de Po- 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



334 HISTOIRE 

povo. La plupart des fautes qui avaient délerminé )a 
levée du siège de Corfou furent imputées au kapitan- 
pascha Bjanum-Khodja , auquel avail déjà été attri- 
buée l'évasion de la flotte vénitienne à Modon lors de 
la précédente campagne, et qui avait dû à l'influence 
du kiaya d'édiapper à l'enquête dont il était menacé. 
A Corfon , sa haine pour le serdar l'avait anpèché de 
le soutenir : au lieu de tenir secrète , conune c'était 
son devoir , la dépêche qui lui avait été adressée après 
la bataille de Peterwardein , et qui l'aulorisait à se 
retirer , si , dans les trois jours de sa réception , le 
fort n'avait pas succombé, il la rendit publique, et 
prëdpita ainù rembarquement des troupes, que rien 
ne put retenir après la lecture de celte lettre ; il fit 
aussi pendre à une vergue Hasan-Khodja , l'un des 
plus braves cafHtaines de la flotte. Ces actes furent 
cause de sa révocatitMi et de son «nprisonnement au 
chftteau des Sept-Tours. Sa dignité échut à Ibrahim- 
Pascha qui , sous le grand-vizirat d'Ali de Tschorli, 
avait été trois ans grand -^amiral , et depuis avait été 
Bommé chef de la caravane des pèlerins , en sorte qu'il 
avait été appelé à diriger non-seulemait les vaisseaux 
du désert, nom qae les Arabes donnent aux cha> 
meaux, maù aussi les caravanes de la mer, c'est-à-dire 
la flotte. 

De même que te désastre de Corfou avait été attri- 
bué au kapitan-pascha , de même celui de Peterwardein 
fut imputé à l'absence du khan des Tatares, qiû fut 
paràllement destitué. On ne jugea pas convenable, 
cette fois, de lui choiar un successeur parmi les fil» de 



D,gn,-.rihyG00gle 



DE L'EMPffiE OTTOMAN. 5a5 

S^m-Gtiirat ; on aima miem le prendre dans une 
autre famille, et le choix impérial tomba sur le vieux 
Kara Dewiet-Gbiraî. Cette nomination n'ayant pas 
obten» l'assentiment des mirzas et des schiriiibegs, on 
revint à la famille de Sélim-Gbirai, et Seadet-Ghiraî, 
kalgba de Dewiet-Ghiraï, reçut le titre de khan (1 6 dé- 
cembre 1716 — 1" mohairem 1139). Kara Dewiet- 
Ghiraï mourut peu de temps après (29 décembre 1716 
— 1 4 moharrem 1129). L'arrivée d'un ambassadeur 
indien coïncida avec le départ du nouveau khan pour la 
Crimée. Le gouverneur de Hakka venait d'intercepter 
une ambassade française qui se rendait en Perse, et 
celui de Bagdad avait récemment donné avis de la 
découverte qu'il venait de &lre d'un vase rempli de 
pièces d'argent prétendues kou6ques, dont la valeur 
était de sept cent cinquante paras, et qiii, j| cause de 
leur antiquité, furent déposées au trésor de Bag<^. 
Deux des oulémas les plus éminens, les frères Kewaki- 
bizadé, que le précédent grand-vizir avait exilés, l'un à 
Mer&sch et l'autre à Malatia , furent rappelés. Deux 
autres oulémas, dont l'on était renonmié pour sa pro- 
fonde science , et l'autre pour ses talens call%ra[rfii^ 
qties , moururent sur ces entrefaites. Le premier était 
le grand-Juge du pays, Sahhafzadé, c'est-h-dire le fils 
du Kbraire, et le second Dourmiscbzadé , le fias 
célèbre écrivain de taaUks qui ait vécu à cette époque, 
et à la plume duquel sont dues les belles inscripliona 
qui décorent les mosquées construites de son vivant , 
notamment celles d'Ali de Tschorli , de la Walidé, 
du kapitan Ibrabim-Pascha , du moufli Feïzoullab * 



n,gn,-.rihyGOO^IC 



ja6 HISTOIRE 

du serai de Galata et des fontaines do dernier grand- 
vizir qoi ail porté le nom de Kœprûio, dans le serai 
de Koutschoukdepé à Andrinople '. 

Fatima, fille du Sultan, qui avait akH^ quatorze ans 
et avait été fiancée au grand-viiîr Damad Ali, fut 
dcHinée en mariage au favori Ibrabim-Pascha,' qui 
réunit ainsi an titre de baïmakara celui de gendre du 
souverain. Le d^erdar Mohammed -Pascha, autre 
g«idre du Sultan , qui n'avait aucune expérience des 
affaires, fut éconduit, et schi prédécesseur, Mohammed 
le Jaune, qui avait mfflitré un « grand désir d'obtenir 
la troinème queue de cheval , fut mis à mort pour 
n'avoir pas représenté les trois mUle hommes qu'on 
lui avait imposé l'obligation de lever à ses frais. Le 
gendre defterdar ne lui survécut pas long^temps. 

Pour que tout fut prêt à l'ouvernre de la |»ochaine 
caapagne, la Porte entretenut la correspondance la 
plus active avec les rebelles hongrois, Rakoczy et 
Berczeny, et donnait des instructions pour le rassem- 
blement des troupes. Un autre ordre enjoignit aux 
généraux des sipahis et des silihdars de ne plus accu- 
muler sur la mtoie tête les places de sipahis qui se 
trouvaient vacantes, comme l'abus s'en était introduit, 
de telle façon qu'un seul individu jouissait souvent de 
cent vingt ou de cent cinqiumte aspres de solde quo- 
tidienne, tantlis que précédemment il n'aurait pu en 
recevoir plus de quatre-vingt-dix. 

Le silihdar fut envoyé d' Andrinople à Conslanti- 

I Raschid.r. 157. IItraçailaTecuDeégaleperrectioiiI«(^'ïtlt ellej^how- 
tor, c'C(l-i-4în 1« grandi M p«UI« chÙMtm. 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. Si'} 

nople, ayec mis^MHi de tirer du trésor impérial do nou- 
veau serai, appelé le trésor de la cberne, après avoir 
pris toutefois l'avis dukaïmakam, nx cent quinze okkas 
cent soixante-douze drachmes d'argent et deux cent 
cinq okkas et demie quatre cent vingt-sept dradimes 
de même métal , provenant de vaisselle et de harnùs 
d'argent, pour les verser à la monnaie. Après qu'on 
eut arboré les queues de cheval rt wdonné ks prières 
habituelles au sujet de' la guerre, le grand-vizir partit 
le premier d'AndrinopIe et alla camper à Nisea; de 
SOQ c^té, le Sultan se rendit d'AndrinopIe à So6a. 

Le grand-vizir venait seulement: de quitter Andri- 
DOple, lorsque l'année impériale, traversant le Danube 
à Yisoilza, dans le voisinage de Pancsova, campa juste 
devant Belgrade entre la Save et le Danube '. Le gou* 
vemeur de Eloumilie, Schalir Ali-Pascha, était arrivé 
dans la plaine de Weretschar, d'où il s'était jeté dass la 
fwteresse (1 5 juin i 71 7). Celui de Diarbekr, Redj^, 

< Ii$Kiàd,ll,t.iSt;mitoirei»lagtiBrredeHbngrl»,_f.l3t! TraiU 
de l'art mititaire chez Ui Turct, par Hajae, p. 402; HUtoire d» 
ftrinee E-agine, pir Dumont. Baschiddil, par erreur qoe le passage do Da- 
nube eut lien le 3 redjeb (13 juin). Les hlMorleiumirapénif qui ont Mt le 
récil de cette campagne ne sont pa» mieux inronnét lur le compte da grasd- 
Tizlr alors en foDctioDs, qua Hajne. p. 394, désigne aons le nom de Ksprttla 
Honouman-Pascfaa : l'Hittoire du prince Eugène et de la guerre de Ben- 
gr4e,f. 190, Km ixiàide MaUelii AU, etFemri, p. 106, lout letitnds 
bOftandjîbascbi de Bosnie, tandti qu'il ne s'appelait ni JVouoiinuin, vi 
Ali, mais bien Khoiit-Paieka. Le lieu ni face duquel jtait situé le camp, 
racoll, diDi RoKtiîd, le nom de YemeUià tiehetelimeH, c'ett-lrdlre, Fon- 
talne du repai. Vojez i'ffitioire de* eamfagnet de l'armé» impérici» 
con[r« les IWc« pendant les années 1116, 1111,1718, d'après les ^ècet 
originales dans te nouveaii Journut mftiiaîra oufrichian. Vienne flll , 
p. )0 , anqod eat jointe la carte da opéntiooi. 



,,-.rihyGOO^IC 



après avoir pris. Mebadia, reçat l'oràre de marcher 
sar Bdgrade , avec les trente mille hommes qu'il corn - 
mandait poar couper le passage à l'armée ennemiâ 
diins la dtredioD de Pancsova. Ali-Pascha, fils de 
Kara Mouatafa, celui qui avait assi^ Vienne, ayant 
Mt dire du pont de la Morawa, où ilav«tété«nvoyé. 
que le besoin de renfort était urgent , le grand-vizir 
quiHa Niasa vers le milieu dejaillet et se dirigea vers 
Cttte rivière (13 juillet 1717 —Ssch&ban 1199). 

.Cependant, depuis trois semaines, le prince Eugène 
assiégeait Belgrade. QoafDité de princes allemand» 
et. français s'étatenf ralliés sous ses drapeaux, jaloux 
âo contrihiier à la prise de ci^e ville. Les princes dé 
Bavière, de Wurtembet^, deHesse, deBevem, de 
Cnimbach, d'Anhalt-Dessaii et de IJechtensteih'; les 
princes de Dranbes, de Marsillac, de Pons; les 
ctHMtesCbarloisetd'Estrade, le marquis d'Âlincoart, 
Sh du maréchal de VillertM , représentana de la che" 
Valérie française, brillaient à l'armée impériale, de 
même qu'on avait vu figurer leurs pères aiix si^es de 
Candie et d'Ofen, aux batailles de Saint-Gothard et de 
Nicopolis. La premi^% ligne était ocmimandée par 
les généraux Montecuccoli , Starhembeg , Bonneval , 
Brown, Daun, Windischgratz , Dalberg; la seconde 
par Nadasdy, Mercy,'Harrach, Lobkowitz, Aren- 
bei^, Holstein, Frédéric de Wurtemberg et Emma- 
nuel de Savoie , neveu du prince Eugène. Le baron de 
Petrasch, qui n'avait pu réussir à s'emparer par 
fiui^rise de Sabacz , se porta enire cette ville et Milro- 
wilz. 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. îag 

Le 1" aoât. l'année ottomane appardt enGn sur les 
haaleoTs de Crutzka ou d'Hiftsardjik, forte de quatre- 
vingt mille janissaires, de dix mille Asiatiques, d'un 
pareil nombre de tronpes feudataires européennes, 
de vingt mille sipahis ou volontaires et de trente mOlâ 
Tatares : la gamisoit de Belgrade comptait en hutte 
eaviron trente mille hofnmes. Au lieu de profitei> de 
sa supériorité miméricpie pour dierctier à frapper uti 
coup décisif en attaquant l'armée emiemîe ; que le^ 
travmx du si^ avaient réduite de quatre-vingt mille 
hommes ' k un nombre de beaucoup infériear, le 
grand-vizir perdit son temps à délibérer, à consulte^ 
taniût lesisdtaodjiMohBmmed-Pascba. tantôt le râ's^ 
efendi Kadri, tantôt le grand-écoyW Haideragë, alor^ 
au c»np, et Q finit par n'écouler' personne, pas tnéme 
leldùn d^l^tares, lorsqye ce deriAfer \tà eut amené 
un renf(»-t:de atl^ante-dit mille hommes. Pendailt 
quinze jo^ra, lés -dtfux armées échangèrent un fétt 
trée-vif ; les TurCs avaient' pob^ leur përt cent qoa-^ 
rante canons et < trenie'^cihq niortiers ; chacun des 
deux canafps attendait la retraité de l'eBDenaf. Enfin, 
le manque de fourrages cfuïtreignit le grand-vizit A 
praidfe un pwti, mais noti pas à se retirer, comme 
l'espérait Eugène : s'apeteevant donc qu'une attaqne 
était inévitable, ce dernier aima mieux l'affronter qne 
l'attendre. L'action fut brillante : on vit toutes les trou-' 
pes ei tous les généraux de l'armée impériale rivaliser 

• •83balaiUoni, 66campigiuRsdegreDidiert, ISSeBcadronsdecart- 
lCTie.SSdedra^ons, 35 de hussards, elle étall de plus de 80,000 bomiDc:. > 
DÙntiil, Hilloir»mUilairtâ»piitMCVgittê,p> IS5. 



,,-.rihyGOO^IC 



de courage et d'héroïsme (16 août 1717) [m]. A 
l'aile gauche , les Bavarois se prëdpbèrent sor une 
batterie de dix-huit canons, défoidue par vingt mille 
janissaires et quatre mille Tatares; soutenus par la 
cavalerie légère et l'in^nterie du pripce Alexandre 
de Wurlenibei^, ils s'emparèrent de la batterie et la 
lournèrent contre les Turcs. L'aile drcMte de l'armée 
ottomane ne tarda pas à plier comme l'aile gauche, et 
il s'ensuivit une dût>ute générale. Dix mille Turcs 
restèrent sur le champ de bataille; on pareil nombre 
furent blessés ou faits prisonniers ; la perle de l'armée 
chrétienne ne fut que de deux mille morts d un peu 
plus de trois mille blessés. Fannî Ie»[H-eini»s, on 
eut à regretter le. feld- maréchal -lieutenant comte 
Baoben, le. général Dalberg, un jeune comte Palffy, 
on prince de Tour et Taxis, les marquis Qerici et 
Villetle; au nombre des blessés furent le prince Lob- 
kowitx, le prince Frédéric de Wurterobe^ , les gé- 
néraux RotteDh^n, Locatelll, Ari^eï, le feld-inaré- 
cbal comte Palffy, le seul auquel le prince Ëogtoe 
eût confié le projet et le plan de la bataille, enfin le 
prince Eugène lui-même, l^'ennemi abuidmina dans 
sa fuite cent trenle>un canons de fonte, trente-cinq 
mortiers, dont quelques-uns lançaient des bombes 
du poids de deux quintaux, vingt mille boulets de 
canon, trois mille bombes;, trente mille grenades, ùx 
«ents barils de poudre , trois cents de ptonJ} , cin- 
quante-un drapeaux , neuf queues de cheval , quatre 
trompettes , une grosse caisse de la musique des ja- 
nissaires , une grande timbale de celle des sipabis, et 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 35t 

deux paires de pelîles. De tntoie qu'sprés la bataille de 
Peterward«n, Eugène s'empara pour sa part du butin 
de la tente du grand- vizir [viii]. 

Le surlendemaiD de l'action, la reddition de Bel- 
grade fut signée, et la garnison de celte place se retira 
tambour ballant et enseignes déployées. On trouva 
dans la ville , dans les presqu'îles du Danube et k 
bord des lâchaïques qui composaient la flotte, plus de 
six cent cincpjante canons. Le' brave Ibrahim, kapitan 
de ta flotté, avait succombé dans une action engagée 
même a\'ant la bataille. La diute de Belgrade entraîna 
ceMe du grand-vizir, à l'incapacité duqud était dâ co 
revers. Le Sultan offrit le sceau au kaïmakam , son 
gendre . qui le refusa prudemment, de peur qu'une 
campagne ouverte sous de .<semblables auspit^s ne dé^ 
terminât également la chute du nouveau grand-vizir > 
le sceau fut alors donné à l'un de ses protégés, le 
nischandji-pascfaa Mohammed, fils d'un n^ociant 
égyptien de Kaïssariyé. Mohammed, entré au service 
d'an pascha de Haleb eo qualité d'écrivain, remplit 
d'abord quelques fonctions subalternes; puis s'élfuit 
ttàl connaître d'Ibrahim, gendre du &ton, aa fxaof 
mencement de la dernière campagne , et ayant su lui 
plaire , il dut à son patronage d'être successivement 
nommé nischan^ji , vizir , et enfin d'être promu à la 
plus haute dignité de l'Empire. Les deux conseillers 
de l'anden grand-virar, le reïs-efendl Kadri, et Haî- 
dergga, futent éloignés du camp impérial. 

Pendant la campagne de Belgrade , s'acconapHs» 
«aient d'autres événemens ep Tramylvanie.en Bonùb. 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



333 HISTOIRE 

en Dalmatie et sot la Méditerranée. Le serdarRedJeb- 
Pasdia , origiDÙrement destioé à commander en 
Transylvanie , dont Kaplan - Ghiraï , avec dis mille 
Tatareg , ét«t venn renforcer les quarante mille cou- 
reurs et Tolonlaîreti , bonaa toutefois ses opérali(His k 
la prise de Mahadia et de la nouTelle palanque ; puis il 
le replia Ukchement sur Orsova et Widin. En Bosnie, 
sa contraire , la prévoyance de Kœprûlô Nououman- 
Fascha d^oait les desseins du général Petrasdi, qtri 
avait dierché à s'emparer de Zvromik , et qni ne s'é- 
tait pas attendu à trouver son adversaire posté avec 
toutes ses forces disponibles sur l'embranchement 
des deux roules de Novî et de Zwornik. Avant la prise 
de Belgrade , les dem cpmmanifens de Zrin et de 
Gostanizza, avec mille chevaux et cinq cents heiduqnes, 
avaient eiraayé de surprendre tes forteresses turqueâ 
de Novi , de Kamingrad et de Maydan dans la vallée 
d'Uranovagtava , aux bords de VUnna , non loin de 
Novi ; mais Czericfa , qui en fut informé , passa 
lUnna , s'étabKt à Sainte-Catheritie et fit a\%»ter ce 
ftrcget (d juin 17i7). En imposant aux habîtans de 
Yassy une contribution de gilerre et en détroisaiit 
h résidence du hospodar , le fetd-marédial Staio- 
tille lira vengeance des incunàons que les Turcs nâ 
cessaient de dir^r en Transylvanie , dans le Ba- 
nat et la Hoirie iupérieure. En Dahmatiie , AknS 
Mocenigo , successeur d'Emmo , avait pris les me- 
sures nécessaires pour mettre â l'abri des Turcs Po^ 
povo, Ottovo et Zariné, dont ils ch^chaient k s'em- 
{Arer } mille soldats tirés de Mostar , Scoblato e( 



,,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMVIRE OTTOMAN. 535 

Gomoze , villes frontières , furent transplatoés par 
lui sur le territmre vénidea ; puis il assiégea Imoschi, 
■.b plus forte place frontière -de l'Herzégovine , qui , 
du côté de la Dalmalie , protège les châteaux de Sing, 
d'Âlmissa , de Duaré , de Primorie , de Macarsca et 
de Vergoraz, et, du côté de l'Herzégoviae, ouvre les 
routM de Dououno, de Gliouboùscbi, de PocitegI et de 
Mostar, capitale de l'Hersek. Après s'en être emparé, 
Mocenigo, maître d'aller à Mostar, reçut l'ordre de 
porter ses annes victorieuses dans la direction de Cas- 
telnuovo . \ la suite d'un conseil assemblé pour savoir 
lequel des ports fortifiés de l'Albanie , tels que Dal- 
cigno , Durazzo , Vallona , Àlessio ou Antivari , il 
convenait d'attaquer le premier , il se décida' pour 
Antivari, qui était le plus ra{^roché des frontières de 
Budua et de Pastrovich ; mais il assi^ea en vain celte 
place , car les Montéo^ns liù manquèrent de pa- 
role et le pascha de Scutari eut le temps de délivrer 
Antivari (26 octobre 1717). Plus heureui que lui , 
Fifiani se rendit maître de Prevesa et de Vooiza , les 
deux postes avancés de Santa-Maura , qui donuneni le 
golfe d'Ârta. 

Sur mer , on ne peut signaler aucun événement 
déci«f. Cependant le capitaine extraordinaire de la 
fiolle , Ftangini , Hvra trois combats successifs en vue 
des Dardanelles , à la hauteur de Lemnos et de Téné- 
dos, à la flotte du kapitan-pascha Ibrahim , forte de 
trente-quatre bàtimens ; lui-mtoe succomba en héros 
(12, 13, 16iuin 1717). Les escadres combinées de 
Biedo et de Pisani rencontrèrent la flotte turque près 



,,-.rihyGOO^IC 



534 HISTOIBK 

des cMes de Morée. )i la hantenr de Galolyelies; 
mais , loin de s'aborder , les deux armées navales 
semblèrent s'éviter motaellenient ; Pnani fk vcnle pour. 
Catlaro , et le kapitan - pascha rentra , après avoir 
perdu deux bfttimens , à Conslanlini^e , où , en 
vingt-qualre heures , par l'imprévoyance des pilotes 
et des capitaines , la flotte eut plus à souffrir que dans 
toute la campagne ; car , pendant la nuit , deux bâti- 
roens échouèrent au-dessus des Sept-Tours , devant la 
porte du Rivage, et, dans la matinée du jour suivant , 
l'un des vaisseaux mouillés dans le port sauta avectout 
sonéquipage(S décanbre1717 —87 silhidjé 1199). 
Aussi , lorsque , trois mois après , un incendie se dé- 
clara à l'arsenal , par suite de la négligence apportée 
dans le calfalement d'un navire qui brûla avec la moitié 
d'un cbantier de bois de constructions, ce nouvel acci- 
dent détermina la disgr&ce du kapitan-pascha, auqod 
on avait à reprocher la perte de six bàtimens détruits 
par l'ennemi, édioués ou incendiés, plus celle du cban- 
tier ; sa place fut donnée dés-lors, avec les trois queues 
de cheval, au précédent kapitan-pascha qui, depuis sa 
révocation, commandait le vaisseau-amiral '(S3 février 
1718 — S2 rebioul-ewwel 1150). Ibrahim, gardien 
du sceau du grand- vizir Elmaa Mohammed-Fascha, 
tué à la bataille de Zenla, conduisit à Azof le kapitan 
disgracié. Comme ce dernier avait laissé prendre aux 

< Une errear gnre a élé «miiibe i la page SSSde* tablas chronolDgW 
quœ ; car le kapilui-pa»cha Soulelman y est confondu avec le grand-rlzir 
Soulelmao'Pascha qui était mort à Rhodes en 1197 , trois ans aaparavuit. 
Biegro^Ut iet jrroNdf.cliJrc par OMuanzadi et Ditiwccasandi. 



D,gn,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIKE OTTOMAM. 335 

lewends et aux tcationi^is de la ftolte, ane liberté sans 
bornes, son successeur, Kiaya Ibrahim , reçut l'ordre 
de maiotenir une discipline d'autant plus sévère que, 
peu de temps auparavant , les troupes de terre s'é- 
taient également révoltées à Sofia en recevant leur 
solde, et que le grand-vizir avait été contraint , pour 
les faire rentrer dans le devoir , de ceindre l'épée 
en les menaçant de les faire tailler en pièces , si elles 
ne se soumettaient. Vers la miéme époque , il fut mis 
an termeaux exactions des b^ et des beglerbegsqui, 
chargés de lever les contributions de guerre , écra- 
saiaat d'impâts arbitraires les sujets de l'Empire : ces 
contributions furent r^lées par un édit impérial à la 
suite duquel on lisait : «Celui qui désobéira au présent 
» édit , je le tuerai , aussi vrai que le Koran , ce livre 
» émané du ciel , est ici bas mon guide. » 

Rakoczy, qu'un aga était allé cherdier en France, 
Tenait d'arriver sur un navire de cette nation , qu'il 
avait frété au prix de cinq mille piastres ; il fut reçu à 
Andrinople comme devait l'être un prince de Transyl- 
vanie. Le brave Kœprûlù Noaoumanzadé, goavemenr 
de Bosnie, reçut deux cents bourses d'argent, desti- 
nées à couvrir les frab de la mise en état de défense 
du territoire placé sous ses ordres. Le Sultan lui donna 
une autre marque de sa faveur en décernant la troi- 
sième queue de cheval à son frère Ezaadb^, troisième 
fils du vertaeux grand-virir qui avait succombé à la 
bataille de Slankamen. Le moufti Ismaîl, créature da 
kaïmakam , gendre du Sultan , qui l'avait élevé dans la 
supposition qu'il ne chercherait jamais à contrarier ses 



,,-.rihyGOO^IC 



vues» perdit sa place, pour avoir toqIq oser Irap lî^ 
brement du pouvoir qu'die lui conférait dans les pro- 
motions aux fonctions de juges , et AbdouUah reçut 
à sa place le vêtement d'houoeuri dont la couleur 
blandie est l'insigne de la plus haute dignité légis- 
lative. 

Enân, Nischandji Mohammed-Faschalui-mâme fat 
écarté, car le genc^e et favori du Sultan, sûr de la 
I»t>chaine conclusion de la pain, crut ne devdr pas re- 
fuser plus long-temps le sceau de l'Empire, qu'il con- 
serva jusqu'à la fin du r^ne d'Ahmed III. Pendant 
ces douze années, il jouit constamment d'une faveur et 
d'un pouvoir sans bennes; il aima par dessus tout la 
paix et les bienfaits qu'elle apporte avec elle; il fiit i 
la fcns juste et habile ; protecteur des sdences et des 
arts, il se montra toujours bon ^ humain. Pour [dus 
de distinction, le Sultan lui envoya un lundi (jour 
considéré comme le plus favorable pour toute entrer 
prise), au lieu du sceau d'or habituel, signe de la sou- 
veraine puissance , l'émeraude gravée à son chiffre, 
qu'il portait ordinairement au doigt, comme un heu- 
reux présage de la belle et noble admiDislralion pen- 
dant laquelle Ibrahim, possesseur du sceau impérial, 
maintint l'Empire florissant dans une paix continuelle 
(9 mai 1 7 1 8 — 8 djemazioul-akhir 1 1 30). 

Dès la première année de la guerre survenue entre 
la Porte et l'Autriche , le ministre anglais Sutton avait 
ol^enu de sa cour de pleins-pouvoirs pour offrir sa 
médiation à Constanlinople ; l'honneur de cette mé- 
diation était dû à la Grande-Bretagne de préférence 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPlllE OT.T0MAH. 33; 

à la France et à la Hollande, parce que, de toutes les 
puissances européennes, l'Angleterre' avait été la pre- 
mière à intervenir, un siècle auparavant, dans tes dif- 
férends de la Pologne avec l'Empire ottoman. La 
Hollande avait suivi cet exemple, et avait pris part en 
qualité de médiatrice au traité de paix de Carlowîcz. 
L'année suivante, l'ambassadeur anglais, Worthtey 
Montagne, qui, après la mort de ses deux prédéces- 
seurs Harbard et Hussey, décèdes l'un à Belgrade, 
l'autre à Ândrinople, se rendit à Conslantinople , 
ofirit, en passant à Vienne, sa médiation ; à quoi il fut 
réponda qu'avant la prise de Belgrade, il ne pouvait 
être question de paix avec l'Empire ottoman. La pre- 
mière démarche dans ce but fut faite immédiatement 
après la chute de Belgrade, par l'ancien commandant 
de cette forteresse, El-Hadj Moustafa - Pasdia ', qui 
écrivit de Missa au prince Eugène, pour lui ofirir, avec 
la cession de Belgrade et de son territoire, son entre- 
mise entre lui et la Porte (5 septembre 1 7 1 7) ; lui di- 
sant dans sa lettre que, tant que Khalil avait été grand- 
vizir, il n'avait pas osé s'exprimer comme il le faisait 
depuis que Mohammed-Pascha était à la têle des afiai- 
ires. Un mois après , le grand-vizir écrivit lui-même à 
Eug^e ', pour lui proposer un armistice et un arran- 

' Et Don pas Echadji , Mmme od lit dans k DouTem recud) militaire 
autrichjen de 1811 , p. 46. 

9 H est question dam Baacbid, II, f. 181. de la propMilion du leraskw 
de Belgrade, maia il j est dît qu'il l'atait laite de sa pleiiie aulorlM, et qu'elle 
n'avait été soumise qa'ullérieureineDt au graïkl-riilr Ibrahim : or, Ibrahim 
ne Dit grand-vizir que sept miui après la démarche dont Q s'agit. Basdiid 
dit [page aDt^DnltitDie} qu'nn li grud nombre de Utrei forent Mud* 

T. Xlll- 33 

D,gt,,-.rihyGOO^IC 



gemenl à l'amiable , sans lui dire un mot de l'offre du 
dernier commandant de Belgrade , ni de l'abandon de 
cette ville. Le porteur de celle lettre , datée du camp 
deSoBa, fut un secrétaire dé l'ambassade anglaise, du 
nom de Heferman (19 octobre 1717). Eugène fit al- 
lusion dans sa réponse à ta première ouverture qu'il 
avaitreçue relativement à la cession de Belgrade et de 
ses dépendances; maj^, en attendant tes instmclions 
' du cabinet de Vienne , il passa sous silence les deux 
points relatifs à l'armistice et à raccommodement pro- 
posés par le grand- vizir '. Il ne tarda pas à recevoir 
ces instructions, qui l'autorisaient à conclure la paix, 
sur ces bases : que l'empereur garderait toutes ses con- 
quêtes, que la Porte abandonnerait les rebelles hon- 
grois, défeiidrait la vente des prisonniers, surveillerail 
les puissances barbaresques, r^iluerait aux francis- 
cains les saints lieux à Jérusalem, et céderait nne por- 
lioD de la Valachie * (1 3 octobre 1717). Au commence- 
ment de l'année, le général autrichien Staînville avait 
conclu avec le prince de Valadiie, Jean Maurocordalo, 
une convention eu six articles, aux termes* de laquelle 
il était interdit aux troupes impériales de fratichir l'Ait 
(8 février1717). Dès-lors, le conseiller aaliqile, de 
Talman, reçat les pouvoirs nécessaires pour suivre les 

géa i ce Mjel, qoB s'il aviit Toula 1» ra^Htrkr tonlea à leor ordre de dtte, 
ces citalioiu u'eussent fait qu'entrarer la marche du i^î>. 

< LalettredaUednOoctdirelTlT.donl le secrétaire de Worlblef Honli- 
goe M pnleur, est citée, mais Don iranacrile comme lei suiraDles, dans 1' /«- 
loriearelaitonedellapaei(UPoiarovii,daia F«ndran><noB{ancAi,p.lT. 

1 Les instrucUom adreuées i Eugène le 13 octobre 1717, coatues ta 
«iugt-trois articles , aont daUea du IS octobre ; ses pleinB-poaToirs pour 
traiter de la paii portent la date du 25 seplembre. 



„-.^hyGoogle 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 339 

négociations relatives à la paix projetée '. Worth)^ 
Montague, qui avait déplu à la cour impériale, fut 
remplacé à Ginstantinopte * par le ministre anglais 
Stanyan, qui, en se rendant à sa destination, passa par 
Vienne, où se trouvait aussi l'ancien ambassadeur, 
Sulton, chargé par TÀngleterre d'offrk- sa médiation. 
Plus les trois ambassadeurs anglais travaillaient à réta- 
blir la paix , plus l'ambassadeur français et Rakoczy, 
alors à Andrinople, s'efforçaient de U faire avorta-, de 
concert avec le chevalier de Boissemene, accrédité 
auprès de Hakoczy comme représentant de l'Espagne. 
Le moufti et les oulémas étaient partisans de la paix; 
mais le grand-vizir, Mohammed Nischandji-Pascha, 
penchait pour la guerre ^. Rakoczy, qui précédem- 
ment résidait à Bender, avait été rappelé à Andrinofrfe 

■ iDstmcUoin adtessé«e i H. de Tahnan, conaeillcr «uliqae, et qa'H lera 
tenu dfl suivre comme élaot noire dépulë el notre mandiUire, dans les 
négociations relatives à la paii proposée par la Porte otlomane, 50 octobre 
nn. Arch. I. R. 

3 Message adressé par Eugtne , cMnme prétidori da conseU aaliqus, 1 
l'Empereur, le 4 février 1718, d'après le rapport de Talman, daté de Bd- 
gradele 24 janvier: < Wortlbe; Kontague, y est-il dit, lie doit pololpar- 

> tidper a la médiatioD, non pins que Colj er, «i cela est posstUe , car sob 
■{amour pour les Tores et sa correspoodauce avec le Ciar le rendent suspect, • 

3 Lettre de Rakoczj du 26 novembre 171T, contresignée Pspay, dont 
fl eiîste une copie sans snscription aux Ardi. I, La voici : < Il y a deux 
■ partis, l'an pour la.paix, à la tête duquel sont le moufll el les oulémas , 

> mais le grand-vizir est pour la gaerre ; j'ai écrit am^demenl A H. le car- 

> dinal Alberoni , et je lui ai i«prés«ité qu'on ne trouvera jamais des con- 
•jonclures plus favorables pour conclure l'aOïire (d'un traité entre TEs- 
«pagQeet la Porte) avec facilité el avantage pour S. H.; comme le grand- 

> vtzir est porté pour la guene, il conviendra de traiter sur la conclusion. 
>Les VéniUeiu, qui sont las du Ibrdeau de la guerre, ont un parti formé 
• en cette cour pour U pah. • 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



S4o HISTOUIE 

après la chule de Belgrade, connme nous l'avons ra- 
conté plus haut. Le Sultan, en lui accordant une au- 
dience' solennelle, lui avait de nouveau promis son 
appui et ses bonnes grâces dans les termes suivans : 
«Ne doute pas de la protection et du secours de 
n ma Sublime-Porte ; les h6tes qui s'y présentent sont 
N ordinairement traités avec honneur, et tu es un de 
' » ceux qui y seront toujours accueillis avec le plus de 
M distinction » ' (^janvier 1718). L'audience eut Ueu 
avec le cérémonial r^lé par les kanouns pour la ré- 
c^tUoD d'un prince de Transylvanie, vassal de la 
Forte ; elle fut spécialement signalée par la remise du 
kalpak et du sabre. Rakoczy, Bercseny, et les Espa- 
gnols qui se trouvaient avec eux, enrôlèrent des sol- 
dats dont chacun reçut une grati6cation de cinquante 
florins *. Mais six mois après, lorsque les négociations 
furent pleinement engagées , le nouveau grand-vizir, 
Ibrahim, qui les avait seul dirigées du côté des Turcs, 
écrivit à Rakoczy qu'il eût à rester à Andrinople 
jusqu'à la conclusion de la paix, ajoutant que l'am- 
bassadeur espagnol, dont il lui avaitannoncé la venue, 
pouvait s'en retourner ^. 



> larafi deaileii alij/emdi mousaheret ou ttuniamoênei boiàia^ijagina 
{«cAliboA yokdUr v>é danleti aliyemégelta mouit^leré rtaaytt olouna 
gelmitchdîir, taaa daUti fiadtiiilé olounadjaghi nutuiarrer dur. 

' Rtpport de Talman dilé de Belgrade , 34 janvier 171S. L'Hittoire 
deiTévoiutiota de fiônfrri*, de même que les Jtftfmojrei du prince Fran- 
çoi» Maiocxy, ne cootiennent pas an mol de toutes ces négocialions , naa 
fdiu que des rapports que Rokocif cal avec I* Porto. 

3 TtadudbD de la lettre du grand-Tiiir HK-ahim, geodre et îtiati, > 
BakMi]r,donnéekSofiela6Kliabin(4itdIletl718>. 



,,-.rihyG00glC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 541 

Tandis que le Sultan faisait à Rakoczy des protes- 
tatioDs si amicales , les ministres Turcs décidaient 
en conseil qu'il y avait lieu à accepter la médiation 
de l'Angleterre et de la Hollande. Le grand-vizir 
écrivit à Eugène pour lui annoncer la nomination 
des plénipotentiaires ottomans. C'étaient l'ancien ni- 
schandji Ibrahim , actuellement silihdar, et l'ancien 
instructeur des janissaires , alors inspecteur d'artil- 
lerie, Mohammed-Efendi, fils de Souleïmanaga , et 
surnommé Yigirmi sekiz Tschelebi. c'est-à-dire, jeune 
seigneur de vingt-huit ans [ix]. Tous deux furent éle- 
vés au rang, l'un de second, l'autre de troisième 
deflerdar < . L'oi^ueil ottoman niait par celte dépêche 
que les premières propositions , faites par le serdar de 
Belgrade, eussent été connues de la Sublime-Porte, 
et laissait au prince Eugène le soin de déterminer le 
lieu du congrès (janvier 1 7 1 8). Ce dernier indiqua k 
cet effet une tie du Danube , en proposant d'assigner 
Fethislam pour résidence aux ministres ottomans, et à 
ceux de l'Empereur, Cornez, ville de Valadùe, située 
en-deçà de l'Ait. La cour impériale choisit pour ses 
plénipotentiaires, le comte Wirmond et M. de Tal- 
man, ancien ministre résident près la Sublime-Porte 
(18 février 1718). A une nouvelle lettre du grand- 
vizir, annonçant que l'hospodar de Valachie, Jean 
Maurocordato, venait d'être adjoint aux plénipoten- 
tiaires turcs et demandant un armistice préalable, le 

' Raschid, II, f. 101. Voirdias Biaachi, p. 31, la lettre da grand- 
vtzlr datée du milieu de miM ; touteroia la traduction qui en a été faite 
par rinlerprite Sctunklt porte la date du l" février. 



,,-.rihyGOO^IC 



34» HISTOIRB 

prince Eagène répondit que '^^rmond était. prCt à 
partir, que la conclusion d'un armistice, tdlle que la 
demandait la Forte , était réservée au jugement da 
congrès, mais que ta participation de Venise, passée 
sous silence, dans la leUre du grand-vizir, était une 
condition indispensable et devait ûgurer dans les bases 
des négodatioDs projetées (15 avril 1718)^ 

Les ministres impériaux désignés pour la confé- 
rence , entrèrent en pourparler à Vienne avec le 
chevalier Grimani, ambassadeur de Venise dans cette 
capitale, et avec le chevalier Ruzzini, désigné par la ré- 
publique pour prendre part aux n^odations relatives 
à la paix. La république de Venise prétendant obtenir 
au-delà de ce qu'dle avait conquis, les ministres impé- 
riaux représentèrent aux Vénitiens l'ordre envoyé par 
le grand-vinr au kapitan-pasoha , trouvé à Belgrade 
au dépôt de la guerre, et qui enjoignait à l'amiral otto- 
man de lever le siège de Corfou, en raison de l'échec 
essuyé à Peterwarddn. Ainsi la dernière victoire rem- 
portée par le prince Eugène avait valu à la république 
la conservation de Corfou, et c'était une raison pour 
que Venise regrelt&t mràns la perte de la Morée. Les 
ministres médiateurs forent, du côté de l'Angleterre 
et de la Hollande, nr Robert Sutton et le comte Co-r 
lyer, malgré r(^^>osition que le prince Eugène avait 
mise à l'admisffion de ce derni«>. Toutefois , la cour 
impériale exprima formellement le vœn que tonte 
relation avec la Russie lui fût interdite. 

A la fin d'avril , le comte de Wirmond et le procura- 
leur vénitien Ruzzini quittèrent Vienne; le second était 



D,gn,-.rihyG00gle 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 545 

' accompagné de Vendramino Bianchi , lUMmué par la 
république secrétaire du congrès dont il fut également 
J'hisloriea. Comme on avait néanmoins décidé d'adop- 
ter la proposition faite dès le prindpe par la Forte, de 
réunir le congrès à Passarowicz (en langue servienne 
Foss^rowacz) , ville située sur la rive droite de la 
Morawa, à quelques lieues au-dessusde son confluent 
avec te Danube, deux commissaires, l'un turc, l'autre 
allemand, déterminèrent le lieu qui serait assigné à ses 
délibérations. Les plénipotentiaires turcs s'établirent 
prèsduyillagedeCostelliza,àunelieuedePassarowicz, 
où étaient les plénipotentiaires impériaux. L'édifice, où 
devaient avoir lieu les séances du congrès, fut construit 
entre les deux village^. Le 1" mai, Wirmond rt 
Talman se rendirent de Belgrade à Passarowicz , suivis 
dcBuzzini et de Sutlon (1" mai 1718); les plénipo- 
tentiaires turra partirent de leur côté, avec.Colyer ; et 
rancira defierdar Moustafa-Pascha, qui commandait 
alors à Marda, et qai, après ta reddition de Belgrade, 
avait été l'organe des premières-propositions de paix, 
fut envoyé à ï'ethislam afin de |}OuVoir se trouver à 
portée des plénipotentiaires, dans le cas oiî ils auraient 
besoin de consulter le premier auteor des négociations. 
Aus«t6t après son entrée au pouvoir, le nouveau 
grand-vizir avait appelé à Andrinople et nommé kaï- 
makam de l'étrier impérial le gouverneur de Rakka , 
Àli-Pascha, fils du grapd-vizir Kara Moustafa, mort 
sous te glaive du bourreau. L'espoir d'une prochaine 
oinclusion de la paix ne tui faisait pas négliger les pré- 
paratifs de la guerre, pour le cas où on ne pourrait 



,,-.rihyGOO^IC 



344 HISTOntE 

l'éviter, et des infractions pressantes enjoignaioit amc 
gouverneurs des provinces de hftier la réunion des . 
troupes. Le grand-vizir reçut l'étendard sacré des 
mains dn Sultan et partit pour Sofia après avoir passé 
quelques jours dans la plaine de Kemal , près d'An- 
drinople (6 juin 1718 — 7 redjeb 1180). En même 
temps, Eugène se rendait à Sentlin , accompagné du 
prince électoral de Bavière , de son frère, le duc F«N 
dinand, da duc de Saxe-Wdsfienrelds, du comte palatin 
de Sultzbach et de plusieurs autres princes : à son arri- 
vée , un aga vint le complimenter au nom du grand- 
vizir, Ibrahim -Pascha (8 juillet 1718). Peu de jours 
après, les gouverneurs de Diarbekr, de Haleb, de 
Koniah et d'Âdana, suivis de leurs tronpes, firent leur 
entrée à Ândrinople. Le dernier d'entre ces fonctitm- 
naires, ayant été mis en cause pour les nombreuses in- 
justices dont il s'était rendu coupable, prit la fuite, et le 
docteur Hmoni, au service de l'Angleterre, qni avait 
été empl()yé fréquemment soit cofnme interprète, sent 
dans les négodations de paix, se brûla la cwvelle dans 
un accès de mélancolie. 

Tout le mois de mai s'écoula sans que les négocia- 
tions pussent s'ouvrir à Passarowicz , lés ministres 
turcs n'ayant pas encore reçu de pouvoirs suflisans , 
car ceux qu'ils avaient d'abord produits ne disaient pas 
un m(H de la république de Venise, puis la désignaient 
en des termes oBènsans comme ayant donné le signal 
de la guerre qu'il s'agissait de terminer. Enfin, le Sul- 
tan envoya à ses ministres les pldns-pouvoirs dont ils 
avaient besoin, en due forme et écrits de sa main. Ce 



,,-.rihyGOOglC 



DE L*EMPIRE OTTOMAN. 345 

document disait meDlion', ainsi que cela lui avait été de- 
mandé, de la république de Venise et du maintien des 
possessions acquises pendant la gaerre, comme base 
de toute négociation, ^ur ces entrefaites, arriva égale- 
ment le troisième plénipotentiaire impérial , que ses 
pouvoirs n'autorisaient point à suivre avecWirmond 
et Tatman les négociations relatives à la paix , mais 
seulement h conclure un traité de connnerce. C'était 
Fleischmano , aatrerois résident impérial à la Porte, 
et qui, retenu prisonnier )ors de la déclaration de 
guerre, n'avait reçu- la permission de retourner à 
Vienne qu'après la bataille de Petenvardein. 

Le jour de la première séance du congrès, les mi- 
nistres plénipotentiaires, escortés par leurs suites et 
les gardes-d'honneur .qui , de chaque côté, étaient' au 
nombre de sept ou huit cents, se rendirent solennel- 
lement et à pas comptés au lieu de la réunion , afin 
d'entrer en même temps sous la tente où devaient 
avoir lieu les séanœs. Arrivés à leur destination ,-ils 
descendirent de cheval pour aller occuper leurs siè- 
ges; tous s'assirent en même temps et gartlèrent le 
silence jusqu'à ce que le plénipotentiaire anglais, Sut- 
ton, eût ouvert le congrès aii nom des pubsances mé- 
dialrice8(5juinf718, 1i" conférence). Le principe-de 
Yuiiposudeiù, comme base de la négociation, était déjà 
formulé dans leç pouvMrs, et les plénipotentiaires otto- 
mans reéonnurent par écrit le droit que.la r^ublique 
de Venise avait à une indemnité, soit par échange, soit 
par restitution. Les ministres turcs ayant exprimé le 
désir qu'une suspension d'armes fût universellement 



,,-.rihyGOO^IC 



S|{6 mSTOIBE 

proclamée, les plénqKileDiiaîreg impërianx leur repré- 
sentèrent que la paix.'dont les négodatïong actuelles 
avaient pour <^jet de hftler la conclusion, rendait une 
irève inutile. La - demande des impériaux t«idant à 
c^toiir t'extradition des r^Mlles hongrois fiackoczy, 
Bercseny, Antoine Esterfaazy, Forgacs, Adam Vai et 
Czaki. forma la matière d'un rapport queles ministres 
tores adressèrent à la Forte. 

Lorsque , dans la seconde conférence , les plénipo- 
tentiaires impériaux voulurent étendre à toute la Ser- 
vie le principe de Vmi possidetU, et demandèrent que 
Nissa et Widin fussent considérés comme une dépen- 
dance de Belgrade, cette prétention fut mal accueillie 
par les Turcs, et les médiateurs rendirent compte de 
cet incident au prince Eugène , qui vebait lui-même 
de se rendre à Belgrade, aBn de pouvoir imprimer 
une direction plus sûre et plus prompte soit à la paix, 
soit à la guerre (7 j uin 1 7 1 8 — 2* conférence) . Son vtn- 
sinage ne tarda pas à rendre les Turcs plus Iraitables. 

A la troisième réunion , il fut convenu qu'avant de 
statuer sur ta cjueslion servienne on attendrait une 
réponse de ta cour-d'Andrmople; la conservation du 
territoire occupé en Bosnie , entre la Drina et l'Unna, 
nedCHinalieuàaucunedifBcullé, et la première confé- 
rence avec l'ambassadeur de Venise fut 6xée au lende- 
main (1 5 juin 1 7 18 — 3* conférence). Celte séance 
fut ouverte comme la première par le médiateur an- 
glais (16 juin 1718 — 4* conférence). Après avoir 
accepté, au nom de Venise et comme bases de la n^o- 
cialion, le principe de Vutipossîdetù et une indemnité 



,,-.rihyGOOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 547 

pour la répaUiqne, Buzzini demanda la restitution 
de Suda, de Spinalunga, de Tineh, de Cerigo et de la 
Morée , ou , à défaut de ce dernier pays, l'extension 
du territoire vénilieiien Albanie, jusque» et y compris 
le lac de Scutari, en y joignant Antivari et Dulcigno, 
véritable nid de pirate^; il réclama Clément la posses- 
sion incontestée de Butrinto, Prevesa et Voniza avec le 
territoire deXeromero, comme ayant été conquis par 
les armes de la république. Les plénipotentiaires turcs 
répondirent avec une dignité calme qu'ils rendraient 
com|rie de ces réclamations à la cour d'Andrinople. 

Dans la cinquième conférence, les plénipotentiaires 
impériaux demandèrent, à la stupéfaction des n^oda- 
lenrs ottomans, la cession de toute la Valachie et deja 
Moldavie, comme étant deux dépendances deBelgrade 
et de Temeswar, plus Biha<x et l'Unna pour limite 
(1 7 juin 1718 — ■ 5« conférence). LesTurcs répondirent 
que céder Bihacz c'était livrerai» impériaux la clef de la 
province de Bosnie ; que c^>endant ils y réfléchinùent. 

Deux jours après , les plénipotentiaires impériaux 
obtinrent, non sans peine, la restitution de Ndvi qui 
lenr avait été violemment enlevé après la paix deCar- 
lovtdcz et la cession des cinq districts de la petite Vala- 
cbie (19juin'l718 — 6" conférence). 

he surlendemain , ce fut le tour de Razzini : les 
plénipotentiaires ottomans refusèrent de céder àVenise 
aucun territoire h l'entour des forteresses de Prevesa 
et de Voniza qu'ils désignaient tout simplement sous le 
titre de palanques; ils rejetèrent également la demande 
en restitution de Suda, de Spipalunga, de Tineh et de 



,,-.rihyGOO^IC 



348 HISTOIRE 

Cerigo: mais ils consentirent volontiers à la déli- 
vrance des prisonniers vénitiens , délenos dans les 
bagnes de Turquie (â1 juin 1718 — 7' conférence). 

Lorsque, cinq jours après, les plénipotentiaires 
impériaux rentrèrent en séance , ils tinrent un langage 
beaacoup plus modéré et ne parlèrent ni d'indemnité . 
pour les frais de la guerre et le sang répandu , ni de 
provinces à adjoindre comme dépendances aux fortC' 
resses conquises par le prince Eugène (§6 juin 1718 — 
8' conférence), La nouvelle du débarquement de dix- 
huit mille Espagnols sur le territoire sarde avait opéré 
ce changement dans les prétentions d'Engène, et elle 
facilita la délimitation des frontières serviennes sur la 
ligne de l'occupation réelle. Ce chang«nent de ton 
chez les plénipotentiaires impériaux encouragea la ré- 
sistance des négociateurs ottomans aux prétentions de 
l'ambassadeur vénitien. 

A la séance suivante , les Ottomans déclarèrent 
qu'admise à prendre part aux négociations , la répu- 
blique avait reçu par cela roémeplàoeet entière satis- 
faction ; ils firent valoir les avairt^es commerciaux 
que de plus ils étaient tout disposés à accorda* aux 
Vénitiens comme aux autres nations amies ; eii même 
temps, ils rétïlainèrent , sur la côte de Dahnatie, l'es- 
pace' compris entre les frontières vénitiennes de la 
Narrata et de Casielnuovo, aBn que l'Empire se trou- 
vât , comme précédemment , Hmiter le territoire de 
Baguse (â8 juin 1718 — 9^ conférence). 

Le lendemain, les plénipotentiaires ottomans deman- 
dèrent aux impériaux la restitution des frontières vala- 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 549 

ques depuis la rivière du Timok jusqu'à Felhislam , et 
déclarèrent vouloir garder Zokol, ce à quoi ta partie 
adverse consenliE, pour assurer à l'Empire la libre pos- 
session du Timok (â9 juin 1718 — 10* coofér^ce). On 
ne put rien obtenir pour les franciscains el les carmé- 
lites de Jérusalem et du mont Carmel. Le traité entre 
la Porte.et l'Empire touéhait à sa tonclusion, lorsque 
de nouvelles difficultés s'élevèrent , par suite des re- 
présMitàtioDs qu'adressa aux plénipotentiaires olto- 
mans le gouverneur de Bosnie, Kœprùlû Nououman, 
au sujet des concessions exorbitantes faites au préjudice 
des frontières de Bosnie. Les médiateurs intervinrent 
alors pour faire comprendre auxf Ottomans qu'on ne 
pouvait revenir ainsi sur une question déjà résolue, et 
concilièrent les négociateurs turcs et vénitiens, en dé- 
terminant les premiers à céder un espace de terrain 
suffisant autour des châteaux-forts de Dalmalie, et les 
seconds à abandonner celui qui était nécessaire aux 
communications entre IVaguse et l'empire ottoman. 

Neuf jours après, la réponse du grand-vizir termina 
le différend élevé au sujet des frontières de Bosnie, et 
dans une conférence qui dura huit heures, les pléni- 
potentiaires impériaux ne purent obtenir que la sainte 
alliance 6gur&t dans le traité. Quant aux r^lemensen 
matière religieuse et commerciale , ils furent ajournés 
jusqu'à l'ambassade prochaine (10 juillet 1718 — 
ll^conféreoce). Déjà te li juillet avait été fixé pour la 
conclusion définitive du traité, lorsqu'un aga sun'int et 
demanda au nom de la Porte, que, semblable à celui de 
Carlowicz, le nouveau traité ne fût pas conçu en plus 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



35o HISTOIRE 

de vingt articles, dans lesquels seraient CMDprises les 
nouvelles stipulations, pour éviter de fournir au pra- 
pie un motif de supposer que les concessions actoelle- 
ment consenties par la Porte excédaient celles inscrites 
au précédent traité. Le soin de conclure un traité de 
commerce fut principalement confié au mechandji 
Seïfoullah de concert avec Fleischmann. 

Tous les plénipotenliait-es se réunirent en assemblée 
générale à l'effet de coordonner les articles qui avaient 
obtenu l'assentiment unanime (13 juillet 1718 ~ 
13^ conférence). On régla d'abord les points qui 
intéressaient les plénipotentiaires impériaux ; puis les 
Ottomans parvinrent, après une loi^;ue discussion, à 
faire insérer dans le nouveau traité l'article du traité 
de Carlowicz concernant la défrase de relever les for- 
teresses rasées, et qu' Eugène, dans ses instructicHis 
aux plénipotentiaires, avait surtout recommandé d'é- 
viter. A dix heures, Ruzzini prit la parole ; il soutint ses 
réclamations dans une discussion animée qui dura six 
heures ; mais en d^initive , il dut se cont«iter, pour 
toute satisfaction des avantages commerciaux qui lui 
avaient été promis, de la restitution du rocher de Ce- 
rigo et d'environ une lieue de territoire en tous sens 
aux alentoiu^ des forteresses dalmates ; en retour, il 
fut obligé de céder le terrain néc^saire aux conunu- 
nicatioDS entre l'Empire otl(Hnan et l'état de Raguse. 
Lies plénipotentiaires ottomans consei^eut enfin à la 
reconslrbction des châteaux que les Vénifiens avaient 
conquis en Dalmatie , demande qu'ils avaient constam- 
ment refusée dans tous les traités précédens. 



,,-.rihyGÔOglC 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 35i 

Après être tombé d'accord sur tons les points , on 
s'occupa de r^ler les protocoles et de rédiger le 
traité. Il ne fut pas facile de s'entendre à cet égard , 
car rien ne put déterminer les Turcs à se départir de 
leurs prétentions orgneilleusea et à Houffrir quel'Eni- 
pereur, et encore moins la république, 6gurassênt sur 
la même ligne que le Sultan. EnGn , le â1 juillet ' , à 
une heure et demie de relevée, après les douze con- 
férences dont nous avons rendu compte et qui avaient 
embrassé un intervalle de soixante-dix jours, la paix 
avec l'Autriche "et la république de Venise, fut solen- 
nellement s^ée (â1 juillet 1718). Lorsqu'on eut fait 
lecture des deux minutes du traité, le manifeste de 
la sainte-aUiance, que les Turcs avaient obstinément 
refusé de faire insérer dans le traité même, fut lu , 
signé et remis aux plénipotentiaires ottobaans après 
Inchangé des minutes du traité, et les médiateurs,en 
donnèrent un reçu. Le prince électoral de Bavière , 
assista, avecsmi frère, le [n-ince héréditaire de Sultz- 
bach , à la signature solennelle du traté. Les négo~ 
dateurs s'embrassèrent et la voix du canon annonça 
aux habilans des bords de la Morava et du Danube 
que la paix venait d'être conclue. ^ Joots après . eut 
lieu la signahire du traité de comma-ce arrêté par 
Ftràcàmann et le nischani^i Fâzoallatw Sur les vingt- 

■ Il est assMz singulier que celle date si impoTtante ait élé in^quée 
ftuiseinent au 27 août , par BiancM , p. ^T ; ta dstei des trois traités 
données par Baschid, III, f. 34-35, c'ut-à-dire du traité de paix impérial, 
du traité de commerce conclu a?ec l'Empire et du traité de pait avec 
Venise, sont celtes de la ratilicalion qui eut lieu dans les premiers jonrs de 
niiiuui,iiHÙ c'est par erreur que le 36 scliàbBD est inb pour le 33. 



,,-.rihyGOO^IC 



six articles dont se composait le traité véoitieD , les 
quatre premiers étaient seuls relatifs au nouveau rè- 
glement des frontières, en. vertu duquel la république 
avait droit à la possession des forts et châteaux con- 
quis par elle en Albanie, en Herzégowine et en Dal- 
matie. C'étaient Imoscbi , Iscovaz,. Steroizza, Gnisia, 
Rolok et Creano' avec un rayon d'une lieue; l'Ile de 
Cerigo *, les forts de Batrinto , de Prévesa et de Vo- 
niza ^ ; de son côté, elle s'engageait à céder Zarine, 
Oitovo et Zubù ^, pour faciliter les communications 
entre les frontières turques et l'élat de Raguse , plus 
un espace de terrain suffisant pour que ces commu- 
nications ne fussent point interrompues du côté de 
Castelnuovo et de Risano: les autres articles, à l'ex- 
ception de ceux relatifs aux avantages commerciaux 
accordés à la république sur le même pied qu'à l'An- 
gleterre, à la Hollande, à la France, avaient été puisés 
presque textuellement dans le traité de Carlowicz. 

La nouvelle ligne de frontières entre l'Autriche et 
l'Empire ottoman était pareillement déterminée par 
les quatre premiers articles du traité; elle suivait l'Ait 
et le Danube jusqu'à dix lieues du confluent du Timok 
avec ce dernier fleuve , puis la chaîne de montagnes 
jusqu'à Parakin , enfin, à partir de ce point, la petite 
Morava et la Drina ; en sorte que l'Empereur «onser- 

■ EnluignBlurque:Imi»U,Titclikovu, btrouilidja.OuiiilUiProkigb, 



,,-.rihyGOO^IC 



• Ticholu adiBi (l'tle de àiag). 
i HVindi», Vonidja, PereTesi. 
4 PopoTa, Techarina, Otova etSoubil, 



DE L'EMPHIE OTTOMAN. 353 

vail Belgrade, Parakin, Islolaz, Csacsak et les Turcs 
Zokol et Rasna; sur ta rive droite de l'tJnna, l'Em- 
pereui* gardait Jessenoviz.Dubiza et l'ancienne Novi', 
quant à la nouvelle Novi, qui lui avait été enlevée illé- 
galement lors de la dernière délimitation, les Ottomans 
durent la restituer. Non-seulement la nouvelle déli- 
mitation était beaucoup plus avantageuse à l'Empire 
que celle tracée par le traité de Carlowicz , grôce à 
l'acquisition du district de Servie , que la Forte avait 
dû céder ans Autrichiens, mais elle assurait bien mieux 
la sécurité des frontières que la ligne qui précé- 
demment parcourait le Banat en sens oblique. En 
efîet, elle se trouvait naturellement et clairement indi- 
quée par le cours de sept rivières, l'Ait , le Danube, la 
petite Morava, la Timok, la Drina, la Save et l'Unna, 
qu'elle longeaitjusqu'au point ou les frontières impé- 
riale , turque et vénitienne se trouvaient réunies. Les 
articles qui avaient pour objet de prévenir la violation 
des territoires respectifs, en défendant les duels et les 
incursions, étaient empruntés aux précédons traités de 
paix ; il en était de même des articles relatifs à la protec- 
tion du clergé catholique, sans réserve de la protection 
spéciale à accorder aux religieux de Jérusalem. Deux 
autres articles stipulaient la mise en liberté des prison- 
niers; l'échange du prince de Valachie, Nicolas Scar- 
lati (Maurocordato), contre les barons de Petrasch et 
de Stein. La Porte s'engageait également .à tenir en 
bride les pirates d'Alger, de Tunis , de Tripoli et de 
Dulcigno, ainsi que les rebelles, les brigands des fron- 
tières , les heiduques libres et la foule de voleurs 

T. XI II. ii 

D,gt,,-.rihyGOO^IC 



S54 HISTOIRE 

connas soos le nom de Pribouks; enfin elle pn»Dit 
d'éloigner des frontières les chefis rebelles hongrois, 
Hakoczy, Bercseny, Antoine Eatertiazy, Adam Vaî , 
Fcvgacs et Michel Gsaki. 

Quant à la Pol<^e, un article du traité disait que 
ce royaume, en paix avec l'Empire ottoman , n'avait 
pas eu besoin d'être compris dans cette paix ; mais 
qu'il conservait la faculté d'exposer à la Porte ses 
réclamalioDs an sujet de Giocim on autres par Vof- 
gane de ses envoyés. Le dernier article enfin stipulait 
que le traité de paix devait ^re ratifié mntuellemeiit 
pour vingt-quatre ans, dans le délai d'nn mois, par 
l'envoi d'un ambassadeur extraordinaire. Le traité 
de commerce stipulait, outre la liberté du commerce, 
la faculté pom- l'Empereur de se ibire représenter en 
Turquie, par des consuls et des agens; d'un autre 
cdlé, un consul devait être nommé dans les villes 
d'Autriche et dans l'intérêt des négocians turcs sous 
\eûtre de SchahSender (maître du passeport); il était 
interdit aux juifs d'imposo- désormais leur courtage 
aux négocians autrichiens ; ceux de Perse étaient auto- 
risés à commercer avec les États impériaux ^ à tra- 
verser l'Empire ottoman, moyennant l'acquittement 
d'un drtHt de cinq pour cent. 

Cette paix était sans contredit la plus glorieuse et la 
plus avantageuse que l'Âutridie eût jamais conclue 
avec l'Empire ottoman : elle enleva à la Forte Cerigo, 
Semendra, Belgrade , une portion de la Valachie et de 
la Servie, Voniza, Prevesaet les ch&teaux dalmates, 
pertes que la restitution de la Morée ne pouvait com- 



n,gn,-frfhyCtV)'^le 



DE L'EMPIRE OTTOMAM. 555 

penser. La possession de ctite province avait été noe 
pomme de discorde entre Venise et l 'Empire ottoman ; 
elle avait fait jaillir la première étincelle de l'incendie 
que venait d'éteindre le traité de Passarowicz. Cette 
guerre , entreprise par la république ponr repousser 
l'agression turque, avait été adoptée et terminée par 
l'Autriche pour être fidèle à la foi jurée. Mais, il faut 
le dire, l'Empereur, pressé de finir les hostilités contre 
les Tares, afin de s'opposer aux Espagnols qui ve- 
naient d'envahir la Sardaigne, signa le traité de Pas- 
sarowicz bien plus dans son intérêt propre que dans 
celui de son alliée. Quoi qu'il en soit, cette guerre 
brillante et la paix honorable dont elle fut sxiivie, sont 
inscrites dans les fastes de l'histoire comme un monu- 
ment durable élevé à la double gloire dont le prince 
Eugène avait su s'environner et comme homme de 
guerre, et comme homme d'ï^at 



■ Toaa iHuutMK. 



a5^ 

n,g.n,-..hyG00^lc 



,,-.riHyGOO^IC 



NOTES 

ET ÉCLAIRCISSEMENS. 



D,gt,,-.rihyGOO^IC 



,,-.rihyGOOglC 



KOTES ET ÉCLAIRCISSEMENS 

DU TREIZIÈME VOLUME. 



LIVRE LXI. 



I.— Pige 75. 

L'astronome Scheïkh Ahmed-dedë (royez Scheikhi, Bio- 
graphies des légistes et des poètes, U 1 367*) était à la fois his- 
torien, inathémaùcîeD,muiicien et poëte; ilalaisséun<£wan 
sous le nom d'AaschiA (l'amoureux). De tous ses ouvrages, 
son Histoire universelle est sans coatredit le meilleur. 11 n'en 
existe en Europe que deux exempbires, ai l'oD en excepte 
ceuxquise trouvent dans les bibliothèques de Constantinople. 
Le premier appartenait k Mouradjea-d'Ohsson; le second se 
trouve à la Bibliothèque I. H. de Vienne. Dans son introduc- 
tion, Scheïkh Abmed-dedé cite tes soixante-douze «uvrages 
dont il a tiré parti, et dont nous crojoas devoir compléter 
ici les titres autantque Hadji Kbalûi, notre meilleur guide, 
nous l'a permis. La publication de ces titres est d'une haut? 
importance pour la science , en ce qu'elle fait connaître les 
meilleures sources de l'histoire universelle arabe, persane 
et turque. 

I. Bistoires arahest 

I*. KamiletTtvfarihh (le parfait des histcires], i3 volâmes, 
par le scfaeikh Ateddin Ali Ben Mohammed, célèbre sous le 



,,-.rihyGOO^IC 



56o NOTÉS 

Dom d'Ibn-el-Essir-el-DjeEerl , mort en l'année de l'hégire 
63o (ia5a); caotinuëe parEbou Talib Eeo Ibn-cs-Saa^i, mort 
«0674(1375)} depuis l'annëe 628 (ix3o) jusqu'à l'aoïiée 656 
(ia58), 5voI. 

"i". Tarikhiet Tateri, par l'imarnEbouDgàfer Mohammed 
BenDjerir, mort eo 5lo (93a). 

5*. El Bedayetwen IVthaj-et (le commencement et la fiu), 
par Amadeddin Aboulfeda Ismail Ben Omer de Damas, cé- 
lèbre sous le nom d'Ibn Kessii-, mort en 774 [>^73)< 'o vol., 
abrégés par Ibn Hadjr, mort en 852 (i44^) S traduit en lan- 
gue turque par Mabmoud Ben Mohammed Ben Dilschad. 

4*' Mouroudj ez-teheb (les prairies dorées), par Aboul Ha- 
san Ali Ben Houseïn Ben Ali El-Mesououdi , mort en 346 
(957); cette histoire ne va que jusqu'à l'année 33i (943). 

5°. VHisioire uràverselle de Djeuabi ( voyez t. 1 , n" 23 , 
parmi les sources de cette histoire). 

6". Miretol-dfenan t»é cànol yahianji maarifeti ma you- 
teher min haivadiss ez - zéman ifé takallotu ah»alU- tnsan 
(le miroir du paradis et la source de la vigilance dans la 
connaissance des choses les plus mémorables, des événemens 
du temps et des révolutions opérées dans l'état des hommes), 
par l'imam Ebi Mohammed Abdoullab Ben Esaad El-Tafii 
EUTemeni, mort en 768 (t365). Celle histoire va jusqu'à 
l'année 740 (i34g)- A la hihiiotlièque 1. R. de Vienne. 

7". Moukhlassarjî akhbaril-bescher(]! ahrê^é dans la con- 
naissance des hommes), par le prince de llama, Aboulfeda 
IsmailBen Ali,l'%oubide, morten 732(1 53i), a vol. 

8». Moukiassar U Ibn e/- ^irdi , ou Wardi (l'histoire 
abrégée de Hnleb); l'année de la mort de l'auteur manque 
dans Hadji Kbalfa. 

9°. DoufTerrol-khtusaïss (les perles des qualités ) , par le 
précédent. Cet ouvrage manque dans Hadjï-Kbalfa 

10° Maarif-Jil tarikh (connaissances dans l'histoire), par 
Ibn Sotaiba Elji Mohammed Abdoullah Ben Mosltm cd-Din- 
ouri,morten 2i3(838). 



D,gn,-.rihyGOOgle 



ET ECLAIRCISSEMENS. 56i 

n*. El-boudow fit-tarikh {les pleines lunes dons l'his- 
toire), par Ëbi Seïd Balkbi ; cet ouvrage maaque-dans Hadji 
Khalfa. 

13°. Aakdi\& nœud), par £bi Âmrou Ahmed Ben Mo- 
hammed, connu sous le nom d'Ibn Abdi Rebhihi, natif de 
Gordoue, mort en ^sg (gi^)- 

iS". Wefihatil-c^anji inbàî ebnaï:i~zeman (héritage des 
hommes les plus illustres pour servir aux. Qls de l'époqne}, 
par Ihn Kallikian , mort en 68t (1283). 

14°- Les Prolégomènes ^Ihal^haXaAovto. 

i5°.Inhal el-kamrmin elinaïl-amr (la connaissance de la 
lune par les fils de ta civilisation) , par Schehabeddin Ebil- 
taz\ Ahmed Ben Ali Ben Uadir cl-Askalani, mort en 853 
( i44^)> continuée par Bourhaimeddin Ibrahim Beu Omar el- 
Bakaaï, mort en885-(i48o). 

16". Daurrer roi - kaminet Jî ayanil-m^et es-taminet 
(choix des perles des (hommes) plus illustres du huitième 
siècle de L'hégire), par le précédent; cet ouvrage, comme 
l'indique sou titre, conlient les biographies d'hommes célè- 
bres du huitième siècle. 

17°. Doiuvwel el-Islam (les dynasties âe Plsltmisme], 
par l'imam'Uafiz Schemse^din Ebou Abdoullah Mohammed 
Ben Ahmed El-Schebi, mort en 746 (134^)1 i^ toI. 

1%'. Ez-zeïl el-ftafil U tarikhil Islam (continuation de 
l'histoire de Sehebi), par Schemseddin Mohammed Ben 
Abdourrahman Es-Safchawî, diort engoÔ (i5oo). 

igo. Schtfa fi Uuanfi houkoukil-Moustqfa (remède dans 
l'explication des devoirs des élus), par l'imam Haâz Eboul- 
TazlAyas Ben Mousa, mo^ten544C"49)■ 
aoo. Seîret Ben Hisçham (la ^iograp^ie du prophète) , par 
Ben Hischam el Homaïrî, mort en 218 (853}> 

210. itaouzou/e/u/* (le jardin florissant), comme explica- 
tion de la biographie de Hischam, par le scheïkh imam Ebil- 
Saslm Abdourrahman Beu AbdouUab Ben Ahmed £s-Sou- 
helli, mort.cn 58i (ciSS). 



,,-.rihyGOO^IC 



36a NOTES 

93*. Sajêat es-ssafaret (la pureté de la pureté), par 
Eboulferedj Abdourrahmau Ben AU, célèbre sous le Dom 
d'II>a el DjouEÏ, mort eu 654(i236}. 

23" Sâret Ibnel Djouzi (btograpliîe du prophète par le 
précédent). 

340 JUewakib ed-dinijret bit menah «l-mohammeddijret 
(présens de la foi dans les dons mohammedans ] , parle 
scbeîkb imam Schehabeddin Ebil .Abas Ahmed Ben Mo~- 
hammed el-Kasielani, mort en <)33 (iSiy); cet ourrage, 
le plus détaillé sur la vie du prophète, et dont Hadji Khalfa 
dît qu'il n'avait pas son égal, se trouve à la bibliothèque I. B. 

25°, Seïretol J^araouni (biographie du Prophète), par 
Karzoûni. 

26*- KhamUfi aha>at en-nefs erMtefis (extrait de l'état de 
l'âme précieuse), par le juge Houseia Ben Mohammed de 
Diarbekr, établi à la Mecque ; mort en 963 ( 1 555)- 

37°. Schemeâl en-Nebi (description de la personne du 
Prophète), par Ebi Isa Mohammed Ben Sourelil-Imam et- 
Termedi ; mort va 67g (i a8o). 

sSfi. Schemaïi en-Nebi, par Malcrîsi. 

99*. Missbahol madha (la lanterne brillante), sans nom 
d'auteur; le nom manque aussi dans Hadjï Khalfà. 

3oo. Tarikh el-Khoulefa (histoire des. khalifes], par 
So^outi, morteupti (i5o5). 

3i». Tarikh el-Khoulefa^ par Emir Ayas. 

3ao< Tarikh el-Khoitlefa^ par l'imam Khodaaï, mori en 
454(ii^)i cette histoire a pour titre ; Qypun el maoHfvié 
Jbunoun akhbar il khalaïf[iea sources des connaissances et 
des sciences dans l'histoire des khalifes). 

330. Raoadhet-en ruizirin ([e jardin des hommes contem- 
platifs), par Ibn Scbobné. 

34". Nouzhetol-makaletein^ akhbar ed-de»letéîn el-Fate- 
myret tfess-Salahiy et (Tè]ovt\»aance de iem moU dans la cou- 
naissance de deui dynasties, les Paternités et les Eyoubides), 
par Ebou Mohammed Abd es-sclam Ben el-HouseïnenNeliri 



n,gn,-.^hyC00gle 



ET ECIAIRCISSEMENS. 36S 

el-Kasrewani ; Hadji Kkalfa ajoute encore El-mokri (le lec- 
teur] , tandis que l'histoire turque le nomme Makriiï. 

Zô'Soulouk U ntarif-eli doucuevei il-moulouA , c'est-â-dire 
Chemin pour la connaissance des djnasttes royales, |tar 
Takiyeddia Alimed Ben Ali el-Makrîsi, mort en l'année de 
l'bégire 845 (1441}. 

36*. Housnol el-mohadheret_fi akhhari Miss'r ael Kahiret 
(dialogue Ëicile pour la connaissance des choses en Égjpte 
et au Caire^, par Soyouli. 

37*'. Tankh Bagdad, c'est-i-dire, histoire de Bagdad , par 
HaËE Mouhibbeddin Mohammed BeD Mahmoud, célèbre sous 
le nom d'Ibn eiv4iedjar, mort en l'année de l'bégire 812 

(■4o9)- 

38*. TatiAk el-Yemùà^ c'est-ï-dire, histoire de l'TémeDi 
par Eboul Hasan Ali Ben Hasan el-Khafredji , mort en l'an- 
née de l'hégire 81a (1409). 

39<*. Berk el-Yemani^Jet el-Osmani, c'est-à-dire , fou- 
dre de l'Yémen, en possession des Ottomans, par Koutbed- 
din Mohammed Ben Mohammed el Ka!dhari , mort en l'an- 
née de l'hégire ggo (i58a). 

40*. Tarikh Mekké, c'est-à-dire, histoire de la Mecque , 
par EoutbeddÎD Mohammed Ben Mohammed el-Khaïdhari. 

41°. Tarikh Mekké, c'est-à-dire, histoire de la Mecque , 
par le schérif Seîd Ben Haschim Aiî el-Houseïni, le visir de 
Mëdine qui vécut rers l'année de l'hégire 676(1271). 

4a*. Tarikh Medinei, c'est-à-dire, histoire de Médine, par 
Semhoudi; celte histoire porte encore le litre : Eltoefa bima 
yedjeb li kadret el Moustafa, on fidélité dans l'accompUss^- 
ment de ce qui est dA i l'Élu (le prophète), l'auteur que Hadji 
Khal& désigne par erreur ^us le nom de Schoulioudi, mou- 
rut la même année que Soyouti, de l'hëgire 911 (i565). 

43*. Siosameret el-moulotik, c'estrà-dire , entretien noc- 
turne pour les rois, par Bestami. 

44*- L'hisloire de Derbend, du Schinoan et d'Arran, par 
un auteur anonyme, appartenant au corps des légistes. 



,,-.rihyGOO^IC 



364 NOTES 

45°. Tarikk Ihn Bakùn, cet ourrsge, ainsi que le nom de 
Tauteur manque dans Hadji Kbalfà. 

4&'. NoAhlet ed-dehrfi adjaïb el-berr atl hahr, c'est-à- 
dire, le faisceau du monde dans les miracles qui s'opèreut 
■ur terre et sur mer, par le scheikh Scbeinseddin Abdoullah 
Beo Mohammed EbiTalib el-Anssari ess-Sofi de Damas. 

47*> TarikhiKaraman, c'est-à-direj histoire de la Karama- 
nie, par un auteur inconnu 

II. Histoire de Perse. 

48*- Miret el-edtviw tré mirkat et-aihbar, c'est-à-dire, 
miroir des Eonea et échelle des connaissances, par MossH- 
heddin Mohammed el-Lari ; cette hisloireTa jusqu'à l'année 
9^4 de l'hégire (i566), et a été traduite en langue turque par 
Seadeddin, 

49°> Gùxidéfit-tariih,c'eit^-dire, le choixdans l'histoire, 
par Ahmed Ben Nasw el Mestoufi el Kaswini ; cette histoire 
va jusqu'en l'année de l'hégire 730(1329). 

5o». Dj'atni et-temarikh, c'est-à-dire, le Collecteur des his- 
toires, par le khodja Reschideddin Fazloullah, le Tuir; cet 
ourrage ne fut' terminé qu'après la mort du sultan Ghaian, 
en l'année de l'hégire 704 ft3o4). 

Si". i^uu^^weivariA-A, c'est-à-dire, la moelle des histoires, 
par l'émir Yahja Ben Abdollatif de Kazwin , écrite aous le 
rtgne d'Ismaël, enl'année de l'hégire 940 (i533). 

Sa», Vjikananû, c'est-à-dire l'ornement du monde, parle 
juge Ahmed Ben Mohammed el-GhaSari, écrit pour le schah 
Tahmasip en l'année 97a (i564). 

53°. Nigaristati, c'est-à-dire Musée historique, par le 
précédent. 

54°. Hefi Iklim, c'est-à-dire, les sept hémisphères, par 
Emin Ahmed er-Razi, écrit en l'année de l'hégire 1010(1601). 

55". HesclU bischt, c'est-à-dire, les huit paradis, par Idris 
de Bidlis. 
M". Sqfernamé, c'est-à-dire, leltvredela ticloîre, conte- 



n,gn,-.^hyGoOgle 



ET ECLAIRCISSEMENS. 365 

Dant l'bûtoire de Timour par Scherefeddin Ali de V'eid; il 
fiit terminé en l'amie 828 de l'bëgire (c434)) et traduit en 
français par Pelis de La Croix. 

Sy". Mailaa es-saadeïn, c'est-à-diie, l'apparition de deux 
étoiles, contenant l'histoire du règne du sultan Ebou Saïd, 
et des ëvénemens coniemporains ; par le scheïkh Eemaleddin 
Abder-RizaL Ben Djelaleddîn Ishak de Samarkand, mort 
en l'année de l'heure 887 Ci483). 

58*. Ekbemaméf c'est l'histoire connue du sultan indien 
Ekber^parleKodjaFazlouIlah; elle manque dans HadjîKhalfa. 

5g°. if^timnom^, l'histoire du scbahSélim, le Grand-Mogol; 
celte bïstoire a été écrite par Ekber lui-même, s'il laut en 
croire l'historien turc. 

600. Taiifihi Kurdistan, c'est-à-dire, histoire du Kurdis- 
tan , par Idris de Bidlis. 

610. Histoire des Seld/ou/cides de Roum, par IbuBibi. 

Çz". Mosameret el moulouk fi tarikh jili Seldjouk , c*est- 
à-dire , Entretien nocturne des rois sur l'histoire des Seld jou- 
kides, par un auteur anonyme. 

63°. Tarikh el-Be^enderi, c'est-à-dire, histoire de la dy- 
nastie du mouton blauc , par le précédent. 

64". Siaier el-memalik, c'est-à-dire, les formes des pays; 
cet ouvrage parait avoir été écrit par le même auteur que 
celui intitulé Situer et-ekalim, c'est-à-dire , les formes des 
hémisphères, par Ebi Seïd Âbmed Ben Sehl de Balkh. . 

m. Histoires turques. 

65o. Kounhot-akhèar, c'est-à-dîre la mine des connais- 
sances, par MoustafâBenAhmed, célèbresous le nom d'Aati; 
écrite au net dans l'année de l'hégire 1006 (1597). 

6&>. Les Paragraphes de la dissolution et de la liaison, et 
lesbases des dépenses et des receltes, par le précédent. 

67*. L'histoire de Seadeddin , mentionnée parmi les sour- 
ces du T. I,, a' 24- 



,,-.rih.GOO^IC 



366 NOTES 

68>. L'hisOàre itAschikpatcluaadé. Ibid. n*33. 
6çf L'histoire de Souhi; il n'en est question nulle part 
ailleurs. 

70*. he FesUkéie U»i\iKU\&. 

71*. Mouradnamé, bistoire du sultan Hourad. 

73*. La traduction de l'histoire de Joanaèt. 

II. — Page 83. 

(a) Manuscrits de la Bibliothèque de Berlin , n" j5, f. igS. 
La solde se monlait ji 2,4^8 bourses d'argent : la bourse éva- 
luée io 5,000 piastres. Cette somme fut distribuée ainsi qu'il 
suit : 



IsidisrirM et Ttténiu , 


18.420 


221,331 




AgadMTétérans, 


14,028 






PaHeon dsfbaib. 


41 








1,820 


7,811 1|3 




Baltadjis et cwàolen. 


613 


1,441 1|3 




EkUth du jardin impérial, 


1,913 


18,419 l|» 




LMautTMbosUDdjit, 


3,207 


e.394 l|9 




BosUodjis à Andrinople, 


im 


4,598 




idtm iCaUipoU, 


150 


300 




Sipdii., 


3,093 339,843 


30,940,038 


SiUbdars, 


e,875 327,336 


20.109,413 


Les ripabii, l«a lUihdan st ki 








quatre boulouks. eceemlile, 




664boiUMi. 


OabnfUju de l'aile droite. 


I7S 


4,769 


433,0S3 


idtm de l'tile gauche, 


163 


4.168 


365,321 


Gbonreba de l'aUe droite, 


159 


6,92e 


634,461 


idtm de rsile gauche. 


190 


6,180 




Djebedji». 


3,467 


34,886 


0,174,839 


Topdji*, 


1,360 


16.867 


3.983,688 


Toparabadji., 


470 


6,478 


1,146,604 


PoTte^leudardiduten), 


107 


1,329 


256,3» 


porleors d'eau du diwan. 


35 


269 


46.4M 


CuisiDien du serai. 


iCM 


659 


110,370 




K 


164 


n;s» 



,,-.rihyGOOglC 



ET ECUIRCISSEMENS. Zfj 



Arlbam, 


952 


1,119 


198,062 


Dreageun de tente do aeral. 


87i 


B,3t2 


940,234 


CuUine impériale, 


1,353 


4,800 


849,000 


PuefreDiers du serti, 


1,294 


8,595 


1,486,9! 4 




826 


5,812 


674,734 


Agu retowlé». 


65 


9,040 


1,696,280 




444 


7,406 


1,568,063 




383 


8,11» 


, ôl7,0ffT 




3 


41 


8,460 


ECDjeTB tranchans. 


19 


450 ■ 


101,700 


Secrétaire da diwàn, 


76 


1,616 


281,846 




54 


1,SB5 


240,703 




7 


140 


35,200 


Tsctaaousctu, 


981 


14.040 


2,432,891 


Agas de l'étrier, 


102 


6.640 


l.l«S,BOO 


UédeciDS du serai. 


S3 


811 


143,646 


HueziiDS du serai. 


14 


229 


58,676 


Trésoriers eilérieurs. 


18 


439 


77,83A 


Lanciers de la garde do coips. 


61 


1,140 


1E»,524 




11 


33 


5,940 


Aneoil bDpérial, 




6,611 1,2 


1,112,898 



m. — Page 99. 

Le manuscrit de la Bibliothèque de Berlin » a* ^5, 
feuilles 225-32^, donne le prix courant des fourrures i cette 
époque, savoir : 

Le dos de la fourrure de ubelîne (sirt), première qualité, 
1000 piastres; deuxième qualité, 8do piastres; troisième 
qualité, 700 piastres : quatrième qualité, 55o piastres.— Dos 
de zibeline (kata), les douze pièces de première qualité, 
600 piastres; deuxième qualité, 45o piastres; troiuème qua- 
lité, 25o piastres. — Pattes de zibeline (paischa), les lao piè- 
ces de première qualité, 120 piastres; deuxième qualité, 
100 piastres ; troisième qualité, 85 piastres ; quatrième qua- 
lité, 70 piastres. — Queues de zibeline (koîrouk), les lao piè- 
ces, looô piastres. — Lynx d'Anatolie, les 79 pièces de 
première qualité, 4^0 piastres; deuxième qualité, 35opias- 



,,-.rihyGOO^IC 



368 NOTES 

1res; l^oisS^Inc qualité, loo piastres. — Ijyns de Iloumilie , 
)p9 72 pièces de première qualité, i3o piastres; deuxième 
tpialité, 70 piastres; troisième qualité, 4^ piastres. — ' Pattes 
de iynx, les 3o pièces de première qualité, à 33 piastres; 
deuxième qualité, 18 piastres ; troisième sorte, 1 5 piastres.— 
HermiDC, les i5o pièces, première qualité, 4^ piastres; 
deuxième qualité, 4o piastres. — Renard de Russie (Moskow' 
nafesi), les lo pièces, première qualité, 4^ piastres; deuxième 
qualité,4°piuti'es; troisième qualité, 55 piastres.— Renard 
de Russie au cou blanc (bejaz Moskow lugbaii), les 300 
pièces, première qualité, loo piastres; deuxième qualité, 
80 piastres. — Renard rouge ( kirmiii Moskow nafesi ), les 
18 pièces, première qualité, 45 piastres; deuxième qualité, 
40 piastres; troisième qualité, 36pîastres; quatrième qualité, 
35 piastres.— Renard deRussie dont le cou n'a que deux faces 
rouges (kirmizi Moskow baghaii), les aoo pièces, première 
qualité, k i5o piastres; deuxième qualité, i30 piastres; troi- 
sième qualité, 70 piastres ; quatrième qualité, 3o piastres. — 
liOup de Russie (Moskoir Ischitkafbsi), les 100 pièces , pre- 
mière qualité, 100 piastres; deuxième qualité, 90 piastres; 
troisième qualité, 60 piastres. — Dos de loup de Russie 
^oskow ssirti), les 80 pièces, 8 piastres. — Pattes de loup de 
Russie (Moskow nafesi patscbasi),les Sapièces, 8 piastres.— 
Fourrure de Cosaque (Kozak nafesi), les 18 pièces, premiers, 
qualité, 3g piastres; deuxième qualité, 56 piastres; troisième 
qualité, 3o piastres ; quatrième qualité, 38 piastres. — Four- 
rure de- loup cosaque (kasak Isctiil kafasi), les 100 pièces, 
première qualité, Sa piastres ; deuxième qualité, ^5 piastres ; 
troisième qualité, 38 piastres. — Dos de loup cosaque, les 
80 pièces, 8 piastres. — Loup d'Aiof(Ataknafeit), les i8piè> 
ces, première qualité, aGpiastres;deuxième qualité, 24 P'^^ 
très. — Fourrure de loup d'Axof, les 100 pièces, première 
qualité, 3o piastres; deuxième qualité, 37 piastres; troisième 
qualité, 23 piastres. — Dos de loup d'Azof (Azak ssirli), les 
80 pièces, 6 piastres, — fattes de loup, les 33 pièces, 6 pias- 



D,gn,-^rihyGOOglC 



ET ÉGLAIRGISSEMENS. 369 

très.— Renard Att Talachie (Iflak nafesi), les 21 pièces, 
première qualité, 18 piastres; deuxième qualité, 16 piècesi 
troisième qualité, iSpiastres; quatrième qualité, iif piastres. 

— Fourrure de U<up de Valachie, les go pièces, première 
qualité, 3d piastres; deuxième qualité, 19 piastres; troisième 
qualité, 17 piastres. — Dos deloupde Valacliie, les 80 pièces, 
5 piastres et demie. — Idem, les pattes, les Sa pièces, 4 pias- 
tres et demie. — Renard deRoumilie, les 20 pièces, première 
qualité, i5 piastres; deuxième qualité, i4 piastres; troi- 
sième qualité, i3 piastres; quatrième qualité, 12 piastres. 

— Fourrure de loup de Roumîlie, les 90 pièces, première 
qualité, iti piastres; deuxième qualité , i5 piastres; troi- 
sième qualité, lï piastres; quatrième qualité, Q piastres. 

— Dos de loup.d'AodriQople, les 80 pièces, 4 piasb-es.— ^ 
Pattes de loup d'Andrînople , les 32 pièces, 4 piastres.— 
Dos de loup de Sofia, de Philîppopolis et de Yaoina, les 
80 pièces, 5 piastres. — Les pattes, les 20 pièces, 5 pias- 
tres et demie. — Renard d'Anatolie de l'espèce appelée 
Oud)I>3Î, première qualité, 11 piastres; deuxième qualité, 
9 piastres. — Idem, de l'espèce Ikiba'î, première qualité, 
i3 piastres; deuxième qualité, 13 piastres. — Renard d'Ana- 
tolie au cou blanc, les 200 pièces, première qualité, 80 pias- 
tres ; deuxième qualité, 55 piastres; troisième qualité, 3o pias- 
tres.— Renard blanc (Karsak nafesi), les 32 pièces, première 
qualité, 24 piastres ; deuxième qualité, 20 piastres ; troisième 
qualité, 19 piastres. — Renard blanc marijué aux calés du 
cou (Karzak baghaiî] , les ano pièces, première qualité, 
35 piastres; deuxième qualité, 3o piastres; troisième qualité, 
a8 piastres. — Chats tigres deWan, les 32 pièces, première 
qualité, 10 piastres; deuxième qualité, 9 piastres; troisième 
qualité, ^ piastres. — Chats sauvages, les j6 pièces, 4 pias- 
tres. — Chats noirs, les iH pièces, première qualité, 12 pias- 
tres; deuxième qualité, 10 piastres; troisième qualité, 8 pias- 
tres. — Peaux de lièvres, les iS pièces, 4 piastres.- Dos de 
lièvres, les 18 pièces, 4 pïutresun quart; ceux de Raguss 

T. XIIU 34 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



350 NOTES 

les i8 pièces, 4 pïutres. — Peaux âe brebis (kiwuurdjik 
kouEbii) les 18 pièces, 3 piastres. — Peaux de moutoa (ja- 
lanu), tes 18 pièces* 1 piastre et demie. ^ Peaux de mouton 
ordinaires, les 6 pièces, i piastre. — Peaux de jeunes liè- 
Tres (gudjen), les 56 pièces, première qualité, 12 piastres; 
deuxième qualité, 10 piastres. — Peaux de martre (sensar 
Bsirli), dos, les 85 pièces, première qualité, 32 piastres; 
deuxième qualité, sg piastres; troisième sorte, 37 pias- 
tres; etc. 

lY. —Pige ioi. 
Des i4<M> écrits que contiennent les deux collections de 
Hami-Pascba, celui qui suit mih-ite d'être cité en entier,i cause 
des noms de lieux et de tribus qu'il mmtionne. C'est une 
lettre, dite de Tisir, toujours accompagnée d'un fermm du 
Sultan, et qui, dans le langage des chancelleries, s'appelle 
Mektouhi massiahat ourloub, c'est-à>dire, écrite pour hâter 
la marche des afTaires. On trouve, au n" 319 de l'IitttAa de 
Rami, une autre de ces lettres de Tiûr , adressée au gouTer- 
neur de Siwas, et dam laquelle on lui recommande d'enroTer 
lesTurcomaus errani pris dans les confréries (djemaal) 
Scherkii , Nakli , Hakler et Thorghoud , de la grande tribu 
(aaschiret) ilfem&w,pour être établis dans le sandjak de Bo- 
sok. Le n° xao contient la lettre adressée an sandjakbeg de 
Boiok, etlcn'3ai,celledu gouremeur d'AnatoIie, Osman- 
Pascha. Elle est datée du 3a djcmaiioitl-ewwel 1114. La 

« Il a été rendu jadisunferman à l'effet d'établir dans vingl- 
quatre villages abandonnés, situés dans les juridictions de 
Kedjiborlii, Redekier, Sandouklâ , Tscholabad et autres, les 
peuplades des grands et des petits Selmanlu , des Kaschikdji, 
des Kœlegkir, des Djawanschad, des Sermagelii, des Karelu 
et des Kharmandelîi, appartenant aux tribus errantes des 
Turcomans Danisch-mendiii. Le but de cette mesure était de 
les y (àice vivre tranquilles, sans qu'elles pussent quitter le* 



,,-.rihyGOO^IC 



ET ÉCLAIRàSSEMENS. 571 



limites de leur nouveau territoire et inquiéter la propriëti 
des autres sujets. Mais, comme un rapport envoie k la Su- 
blime-Porte prouve que, dans le courant de l'année passée , 
les tribus ci-dessus mentioan^es ont quitté leurs demeures , 
et ont , dans leur course vagabonde , lésé les serviteurs de 
Dieu, on a arrêté,après avoir entendu l'instruction faite par 1r 
chambellan Mouslafaaga, nommé juge-commissaire â cet effet, 
que ces trîbus seraient réparties dans les villages abandonnés 
ainsi qu'il suit : les confréries des grands Selmanlû seront ré- 
parties dans les villages de Bogbralar, Akdjekϕ, Weregiren, 
Kœdjé, A.]adia, Lewatlii, Borsama et Dounjayi ; la peuplade 
. Kharmendelû habitera le village Aladja , dans la juridiption 
de Kediiklu ; les habitans du quartier D)ihanscfaanlâ, dans U 
juridiction de Tscholabad, et ceux appartenant i la confrérie 
Djowanscbad , iront s'établir dans les villages de Ghori et 
deBeschir; quantaux babiums du quartier de Tschpuroukli, 
qui appHticnnent i la même peuplade , ils se fixeront dans 
le village voisin de Halladjlû. La peuplade KascKikdji habi- 
tera les villagn de Bogi et de Ebargedgt,dans la juridiction 
de Sandouklii , et les habitans du quartier lladiîlû , qui font 
partie de cette même peuplade, s'installeront dans les villages 
de Sayad et de Haîderlû ; ceux des quartiers OdjaUû et Fere- 
1er, dans la juridiction de Tscholabad, Herschemlû, Mousa- 
- Uchaousch, Derwischogfali et Welili s'éubliront dans les 
villages de Scheikhkadîm, Is^ieli , Kœtscherlû, A^aklù, It- 
manlii , Toghanlii et Sarssoui. La peuplade des petits Sel- 
manlû , dans la juridiction de Kedjîbourlou , occupera les 
villages de Kapoukœyi , Hadji oulouki , Bakhschaîsch, près 
Bedkiar, et de Djebalou prèsEedûkler. La peuplade Kœleghir 
ira prendre possession des villages de Bjawi, Tekidj, Kas- 
ghanbedkïari, dans la juridictiondeSandouklii, et du village 
d'Okdjiler, dans la juridiction de Touzia. Ceux qui appar- 
tiennent aux grands Sebuanlft, savoir : Koesé Mousa , Tegen 
Keesé et Kara Klialil, se rendront au village de Couni Agbil, 
dépendant de la juridiction de Sandoukiù. 

D,gn,-.rihyGOO^IC 



37a HOTES 

H Od avait rëdigé un acte judiciaire par lequel ces tribus 
s'obligeaient à ne point envoyer de bétail bors des limites 
du territoire qui leur avait été assigoë pour demeure, de ne 
point courir sans but dans les Alpes; maïs de s'occuper 
de la culture des terres, et de respecter la propriété des ser- 
viteurs de Dieu. Il fut convenu que, si les contrevenans 1 
cesordres se refusaient i comparaître devant les autorités, les 
gouverneurs devraient les ramener i l'obéissance, saisir les 
fugitib, les livrer aux magistrats et les punir suivant la loi. 
Tous s' étant engagés solidairement à remplir ces conditions , 
la Cbancellerie Malijë et la Chancellerie impériale avaient 
donné dus ordres nouveaux. Mais aujourd'hui que les juges 
de EeduLler, Tackîri et Sendjlu nous ont &it savoir que 
les peuplades Sermayelii, Karlû, les grands et les petits 
Selmanlû et les Djcwarachad s'excitent mutuellement à re- 
fitser l'obéissance due aux magistrats, qu'elles sont sorties de 
leurs villages pour parcourir les juridictions voisines, qu'elles 
se sont emparées de pâturages, qu'elles ont enlevé des trou- 
peaux et pillé d'autres propriétés , et qu'enfin elles se sont 
rendues coupables de beaucoup d'exactions, il devient ur- 
gent de réprimer et de punir ces forlàits. En conséquence, 
nous avons chargé de cette affaire notre Commissaire N. N-, 
et tu es autorisé par un ordre de la Sublime-Porte à t'ad- 
joindre les troupes des sandjakhegs de Kulahiah , de Hamid 
et de Mentesché, celle des alaîbegs de ces sandjaks, et les 
janissaires stationnés dans les juridictions de Soughourbeg, 
TazUri et Benizli , et d'agir comme tu le jugeras à propos, 
aussitôt que les chefs et magistrats de ces endroits t'auront 
fait connaître la marche des Turcomans. En recevant cet 
ordre auguste, tu t'appliqueras à agir avec circonspection, 
et tu t'efforceras de détourner des fidèles serviteurs de 
Dieu les malheurs que ces crimipels vaudraient leur causer. 
C'est à loi de juger s'il convient d'appeler à ton secours les 
beglerbegs , les moutesellims, les voïévèdes , ou les officiers 
des janissaires, les ayaas et les magistrats des juridictions sus- 



,,-.rihyGOO^IC 



ET ECLAffiCISSEMENS. 375 

mentionnées, car tous ont reçu l'ordre de t*aider. Tu choisi- 
ras le meilleur moyen, et lu agiras en conséquence ; tu ra- 
mèneras <lans les villages qui leur ont été désignés, ceux de 
cespeupla<les qui ont quitté leur juridiction etquierrentdans 
le pays pour molester les serviteurs de Dieu; tu puniras les 
coupables comme ils l'ont mérité ; tu garantiras une tran- 
quillité comtanle à ceux dont la conduite est irréprochable. 
Tu veilleras à ce qu'à l'avenir ils n'abandonnent plus leurs 
villages, ne causent de dommage i personne, s'occupent de 
la culture des terres, et laissent tranquilles tes habitans des 
contrées environnantes. Aussitât que tu auras réglé cette af- 
faire, tu feras ton rapport à la Sublime-Forte, conjointeroeot 
avec le commissaire ci-dessus dénommé : c'est à cette fin, et 
pour obéir à un ordre sublime, ,que nous avons écrit cette 
lettre. » 

La lettre n* 4o3 du même fnscba ordonne l'arrestation des 
brigands turcomans du village de Lamus, dans la juridiction 
d'Ermenak ; une autre lettre (n° 1 34) ^ Yousouf-Pascha d'A- 
dana, datée du 26 Sche^rwal iii4,luî recommande la trans- 
lation des tribus arabes Lèïli et Karanteli, de la vallée de 
Dewelu, prés de Nikdeh, aux environs d'Antakia. 



LIVRE LXII. 

I Fias i36. 

Le passage suivant, qu'on lit dans le rapport du baile 
Emmo, daté du mois d'octobre 1713, mérite d'être transcrit 
iei , non-seulement à cause de ce qu'il dît sur cette tentative 
de renouveler l'enrdtement des jeunes garçons chrétiens, 
mais aussi h £ause de l'époque qu'il lui assigne. ■ Tra 
■ l'altre anzi, che adopra questo primo Veziro per temperare 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



S;4 NOTES 

- lo sdegno cvDcepilo contra di lui , una e il &rû credere 

> zelante délia sua religionc e mostrarsi inimicisaimo CMitra 

■ li Christiani. Ât commaudemoalo uicito gia qualque mese, 

• che li figli délie tchiave di Chriidani,che non giungeuero 

> alUetà di iSanni, debbano euerTenduti ai Turchi, ha 

> preientemente fatto aggiunger un allro, che rinoTa l'antico 
i> costume di queslo Impero di rapire dalle hraccia dei padrï 

■ Chriitiani li leneri Cgli per educarli nel Hossulmaninuo, e 
» riempito possa dini l'ordine deî Gîaniueri; ta questo in- 

■ termeuo l'anno i664i in tempo che per le ^erre di Can- 

• dîa era quasi disolata la Gresïa, et il.Veùr non la«cia di 

• attribuire ad un taie difielo la decUaasioae, in che era an- 

■ dato nelli annî di dietro la Monarchia , e per il culto dice 

• che ceMava alla Religione , e per la disciplina , chA non 

• mancaTa a quelli, che dovevano esercitare la milisia. Ha 
a pero sp^lo due Aga, che ne abbiano di questi figli a con- 

■ durre i5oo, e in tanto si va sollecitamenie £abricando un 
» amticoSengliu, posto nelle pertinenae di Pera. Il Veiîr 
» accorso a un piccolo foro in quelle parti e osserrato lo m- 

• more, ne commando immediatamenle il ristoro, et informa 
B tosi dei YÎcini e segnate particolarmente le case di Fran- 

• cesi ed Ollandeti, che gli infideli ci havevano perb li 
a mîgliori aiti e che faisognaTa trattenere cola mille Mossul- 

■ maoipertenerliindoTere.Colprotestapoiche î Chrisûani 

■ contaminano, col folamente vederle, le acque di condetti, 
a onde le ablusionif che si tanno dai Turclii aTanti di orare, 
a iiano pro&ne e non atte a purgarli corne si conTerrebbe, 
a ha interdetto a tutti li Fnmcesi t'accesso alla villa di Bel- 

• grad , ove oltré molli Venetiani leneranç le loro case di 

> Commemo,gliAmbasciaâorid'InghilterrBedOllanda,per 
a ritirarsi particolarmente in t^po di peste, ■ Emmo com- 
met une erreur, car ces enrâlemeos avaient cessé soua le 
règne de Moucad IV. 



,,-.rihyGoogle 



ET ECLAIRCISSEMEMS. 375 

LIVRE LXni. 

1.— Pacb 26a. 

Ed l'annëe 11 16 (i7o4}>'»°*"^''6nt : les poëtes Temmi , 
Fethi, SéVaa (khan des TaUres), Rernsï, Wassif et Nazim 
(ToyeElesbiogr.de Sbeïkbi, Safayi, Salim, BilighiBrousa); 
a* les légistes Abmedsadé Mohammed-Efendi , Redjeb le 
khodja du serai, SchJAban le médecin, Schïfaji le méde- 
cin. En l'année 1117 (1705} moururent les poètes Hamdi, 
Housein Djan , un autre Naûm , Yakin , Dewleti ; le scheik 
Abdoulhayi; le moufti Feiioullab. En l'année 1118 (1706) 
moururent les poêles Gbaoussi, Bischki, Sîrri, Thalïb, Ned- 
jib, Ssadri, Rasiib, Scbeïkbi, Reefeti ; le kbodjadu serai Mo- 
bammed. En l'année 11 19 (1707) moururent le grandr-rizir 
Rami-Pascha; Ishakzadé Aarif et Nabi. En l'année 1130(1708) 
moururent les poètes Rezinî,Besïm,Mabir, Kalimi, Saktb, 
Fenni, Sehîni,EmiD, Scbaaban Agazadé. En l'année 1122 
(17 10) moururent les poètes K.bodiazadé Na'ibi Esseld Mo- 
hammed, Raghib, Scbefik, IshakKhodjasi, Bahim, SeVi, 
Abdi, Otri, Hahir, Rahmi, Mabwi, Taïb, lescheïkh Bim- 
metzadé ou Abdi, Aaum, Oulfeti, Seïd Abdoullah, frère du 
mouiUFeIzouIlab; le mouEU Pascbmakdjiiadé Esseïd Ali- 
Efendi , le moufïi Sadredttiniadé Sadik-E(endi ; la femme 
poëte Ani; le légiste Seîfzadé Ibrahim, Pirakazitadé Mobam- 
med-Efendi. Eal'amiée 1123(1711) moururent les légistes 
Esseïd Nououman et Fazil Kara Khalîl-Efendï ; les poètes 
Saati, Nadji, Siahi , Nesib, Wassik et Seki le chimiste. En 
l'année 1124 (>7i2) moururent les poètes Ferdi, Moustakim, 
Hasib, Ani,Hafiz, Abdi, Nrcimeti, Ibrahûn, khodja du 
prince, Eoim, Abdoulbaki Aarit-Efendi, Sabit AJxddin, Na- 
uik, Schahi, fils de Sélim-Gbiral, Ëmin et Aaiïm. En Pan- 
née iia5(i7iî) moururent les poëtesHazmî, Sabit, Wehbi, 
Schermi et Tahir. En l'année 1126 (1714) moururent les 



,,-.rihyGOO^IC 



076 NOTES 

poëtes Nîkàbi, Ken», Nesib, Aarif, Widjdi, Schmi; le 
Oioufïi Ebéiadë Aullab ; Wahdî Ibrahim-Efendi, traducteur 
des biographies d'Ibn Khallikhan ; Nouh-Efendi , traducteur 
de l'ouvrage de Schehristani. De ces 98 auteurs, les princi- 
paux soDi : Schaaban le médecin, SchitayL le médecin. Nabi 
le Prince des poètes, Sebinï, le légiste Fazîl Kara Khalil- 
Efendi , SeLi le chimiste , Aasim , Wahdi Ibrahim , Nouh- 
Ëfendi et Ishak Kbodjasî. 

H. — PicE aôg. 

L'extrait suiTant d'une lettre d'Autooio Zara , un des dë- 
feoseurs deNapoli, datée dubagne, le iSmars 1716, contient 
les véritables causes de la reddition de Napuli, que Ferrari 
ignorait en partie ou omettait sciemment de faire connaître: 

■ Letteradi Antonio Zara,dalBagnograDdei5. Mario 17 16. 
B Summa e principal causa delta deplorabile perdtta di Ro- 

■ mania e etata senca dubbio la pocbissima proporuone del 

■ presidio, e in qualila e iu numéro d'offîciali e soldati, non 

■ bavendosi poluto esigere asisteuia alcuna delli Grecï habt- 
> tanti, gente inesperta e niente armigera. » La garnison suffi- 
sait à peine pour la défense du fort Palamidi : « Di non poco 

• pregiudiiio alla dïfesa et stata l'inesperienza dei capt bom- 

• bardieri, in maggior parte Greci cosi pure délia scarseiia 
B dei minatori. lo non ostante rimasi in alto deila mia aempre 
» rassegnata ubbidienxa coa 1700 huomini, non compreù 

■ aoo &nli di Zicluta Livornesi. Alla perdita del Colooel 
M Cardosi, che bavera la diredone totale della difesa, ri sub- 
» intri) il CoUonnello Lassala,e tra lu! e il Coll. Stade insor- 
H sero gravi scoucerti ; furono ridotti iu arresto da E. S. PrO' 

■ vedit. Bon in regno, e fii sôstituito il Coll. Marco Medin 
R rimasto morto, io poi fui passato aile tende del G. V. dove 
» trovai il S. Auiolo Balbï , vl capitE» pure il S. Proved. Bm 

■ fêrito di aciabla ; l'Ec. Rettor. Zuane Badoer parimente fe- 

• rito in testa, e qualche giurni doppo condotii anche li S. 



,,-.rihyGOO^IC 



ET ECLAIRCISSEMENS. 577 

■ Ntcolo et Bglio; Raibi transferito in questo ba^o coq §li 
» altri N. N. II. H. et gente di Modone con gravi catene. ■ 

III. — Pasb 3oo. 

Ce verset qùit en exprîmaDt rimpassibilité stoïque du bé- 
ros, IVlève au-dessus de ses ennemis, est le 1 89* de la Sourre, 
et précède la prière guerrière siliraDte: (Verset iSg) «Ne 
soyez pas jojeux et ne soyez pas triste , et tous serez vain- 
queurs i car vous êtes du nombre de ceux qui ont de la foi. ■ 
(V, i4û) ■ Si des malheurs viennent vous accabler, ils ont 
accable aussi d'autres peuples; nous faisons alterner cet jours 
de malbeur parmi les hommes pour que ceux qui croient , 
reconnaissent Dieu, et pour qu'il choisisse aussi parmi nous 
des martyrs. De par Dieu! il n'aime les oppresseurs et les 
brigands. H (V. 14^) «Croyez-vous donc que vous entrerez 
au Paradis sans que Dieu connaisse ceux d'entre vous qui 
ont combattu, sans qu'il connaisse ceux quiontatteoduavec 
patience? ■ (V. i45) « Vous dësirez la mort avant que vous 
l'ayez rencontrée, vous l'avez rencontrée sans l'attendre. ■ 
(V. i44) " Mohammed n'est que l'envoyé de Dieu, qui a été 
précédé par d'autres envoyés, et lorsqu'il mourra ou qu'il sera 
tué, voustoumerezcbancelanssurvos talons; celui qui se re- 
tournera se nuira à lui-même, et non- pas au Seigneur. Dieu 
ne récompense que ceux qui lui marquent leur reconnais- 
sance. <• (V. 145) ■ E!t personne ne périt sans la permission 
de Dieu ; car il est écrit dans le saint livre : Celui qui veut 
avoir la récompense de ce monde, nous la lui donnerons; 
celui qui attend la récompense d'uo autre monde, nous la lui 
donnerons aussi ; et nous récompenserons ceux qui nous re- 
mercieront. i> (V. 146) ■ Et combien des prophètes combat- 
taient au milieu de troupes ennemies innombrables, et ne 
perdirent pas le courage lorsqu'ils se virent ainsi assaillis par 
les ordres de Dieu; ils n'étaient pas faibles, ils ne cessaient 
pas de combattre, car, de par Dieul il n'aime que ceux qui 



n,gn,-.rihyG00^lc 



S78 NOTES 

te moDlrent inëbranlablet et patien».' (T. i47T<IU ne profit 
nient pu d'autrei paroles que celles-ci : Seigneur pardonne- , 
nous nos pécbës et la négligence dans nos aSairest rafEer- 
mis nos pas et «ide-nous contre les masses des infîdcles! ■ 
(V. i4â) ■ Et il leur donna la récompense qu'ils «taient mé- 
ritée dans ce monde; et il leur donna le bonheur de l'autre 
monde. De par Dieu ! il aime ceux qui sont bienfaisans. 

IV. — Page 304. 

Liuerœ modemi Mareschalii Poloniœ Slanislai Ludovstt 
ad Sufwvraum fezirium . 

m <H>lalis amicititB demonstrationibiu amice sîgnîGcalur, 

■ qood jam pridem ex parte Coafœderatorum ad fulgidam 

■ Portam missus fuisset iegatus , nisi expedilîo bzc per mo- 
» demam in nostro Kegno ob Saxones emergentem turbaUo> 

■ nem impedita foret. Regnum nostrum a Saxonibua con- 
■• tra \egea et canon^ factis injuriis neceasario perire débet, 

■ quare rébus sic stantibus ioter nos habito cousilio nosme- 

■ tipaos, nostraque privilégia défendendi causa în Tarnigrod 

■ dicto loco confcederatiouem inirimus , in qua confœdera- 
» tione cum praefiilgida Porta inter et nos stabilitas rerge 

■ concordîe et amicitise leges debiio modo coli et obserrarl 

■ firmiler conclusum est, qua de causa ad majorem bujus 
» negoiiiconfirmationemistBUtteneper'coloQelluniBegirslj, 

■ nobilem munere legati insignitum, ad fulgidam Portam 

■ transmisse sont. Speratuf fore , ut memorato legato nulla 
» deoegata veslra assistentia cum utrinque versantia negotia 

■ concemente responso cum quantocius ad bas partes remit- 

■ tere studeatîs. Dabantur 1° Martii 17 16, • 

V. — Page 3i6. 

Nous eonoaissons sur la bataille de Pelervardein , sur i« 



n,gn,-.rihyGOOglC 



ET ECLAlRaSSEMENS. 379 

lî^e de CorEbu et la prise deTemeswar, les imprimas siiîvans, 
que la Bibliothèque R. de Munich a mis i ma disposition : 

I ■> Hochst erfreuliche Nachrtcht von der grossen und l>lu- • 
ligen Niederlage am 3. and ^. Augusl. 1716. 

a". Eigentliche und umstœndliche Nachricht von der har- 
licken F'ictorie am 5. August. 1716. 

3°. Relation, ausfitkrliche , von Anfang der Campagne 
des 1716. Jakres, bis aufdie siegreiche, atn 5, August unweit _ 
Peteraiardein geschehene Schlachi. 

4°. Relation von der Dévotion, to die Tùrken l^ pegen- 
wiertigem Kriege [ly 16) gegen die Christen angewend^ ha- 
ben. Prag 1716. 

'Sur le siège de Corfou. 

V. Eigentliche und ausfùJtrliche BesckreiiungderBlogiei^ 
und Selagerang Corfu's, vont 8. Jutius bis aa. August. 

V. Von der Belagerang Cotfu, nebst einem StAreiien 
vont 6 Novemher 1716. 

5". Conlinuatio Diarii von I. K. M. Hauptannee, nebst 
Verzeichniss, was bey Aufhebung der Belagerung Corfu km 
tûrk. Lageram aa. August l'jtG gefunden morden. 

Sur la prise de Temesivar. 

1*. Bo'ic^ von der an I. M. éeschehenen Uebergab der 
tûrkschen Haubtfestung Temesivar. 17I6. 

a". Jusfdhrliche Relazionvondereroèertem Fesiung Te- 
mesatar, sammtdemAbzug. l'jiG. 

?>*, Besthreibung des ungarischen Feldzuges a. 1716 und 
deram i5. Oct. erforlgten Eroèerung Temesaiar's. 

4'. Eigentlicher und umstxndlicher Berichl der ung. Fes- 
tung Temeseear, toie solche am 13. October erobert morden. 



,,-.rihyGOO^IC 



VI. — Pagb Sar. 
P. Copia (Nos EugeniusJ. 

• Omnibus et Singulis pro Deo et Cxsare bene scntîenti- 
» bus , pro ea qua nitimur authorilate et mandato , gratiam 

• Czsareo Regiam et omne bonum. 

■ Posteaquam gens quaeclam inter Hacedones christlana 

■ gnsci ritui iotolerabili infidelîum oppressa jugo cbristiaao 
■• aatmata selo , temporumque prxseniium impulsa circum- 
B staniiis bînis ad Nos ablegasset vicibus Dominum Joanuem 
k Kirogipropoli, mercalorem oheiistensem, et tam repnesen- 

■ tationibus oretenus '&ctis , quam litteris a Patriarcba 
H Okriensi, aliisque Episcopis et Districtuum offîcialibus 

■ primariissignatis, suaserga commiioem hostem obtutisset 
•• gponlaneas YÏres, ita ut féliciter Deo juvante principianlibus 

■ anttis Caisareia omnium de natione mena et voluntas sit, 

■ jiinctis coDsiiiisetrobore in6delium Tjrranideni inradere, 
H oiQnique possibili modo oocerp, nec ab eo désister e. Nos 
u itaque mutua humaailatis, et Christians religionis amore 

■ incitât! de boc vestro prvposito optime et amanter senlien- 

• tes, vobis îia (àcientibus pro ea, qua pollemus aulboritale 

■ Serenisstmi, potentissimi, et inTictissimi Romanorum Im- 
■• peratoris, et Régis Cbaiholici Caroli \l , semper Augus- 

■ tissimi Domini, Domini nostri clementissimi, nomine pro- 

• millimus Yobis gratiam Cxsareo Regiam , Proteciionem et 

■ aasisteiUiam, nec est, quod de bis vel Religioni, vel liber- 

■ tati aut pmilegiis vestris quid mali suspicemini, cum Sua. 

■ Majestatisnnllaaliasit intentio, quamcommunibus vîribus 

■ communem labefactare et opprimere hostem , proinde ia 
a buc unicum intenti, digaos Christiano nomine sumamus 
« spîrilus, junctoque armorum et auimorum robore feralem 
K Barbarorum férociam, superbiam et impetum sistere ac 

■ rctundere conemur. Aderit bac pura intentione operanti- 



n,gn,-.^hyGoOgle 



ET ÉCLAIRaSSEMENS. 38i 

■ ba« Divin! Numinis &Tor, et Auguttissimi Cassari* auspicia, 
» sicoti Cœsarea fortitudo et Protectîo. > 

VU. — Paoe 53o. 

Il est àregretlcr qu'une partie des trophées bararoisqui nnt 
été en\oyés à Munich après la délivrance de Vienne, en l'an- 
née 1683 ; la conquête d'Ofen, en l'année lôBti; après la prise 
d'assaut de Belgrade, en l'année 1688, et la bataille de Bel- 
grade, en l'année 1 717, aient péri dans l'incendie de cedeTtlIe 
en 175Q. Malgré cette perte, on voit encore dans cette capi- 
tale plusieurs trophées magni 6ques pris sur les Turcs, savoir : 
trois lentes , dont l'une, appelée la Tour rouge, est en feutre 
rouge doublé de coton et ornée de rubans cousus sur l'élofie; 
la seconde, appelée la Tour de Cour, est, à l'extérieur, de 
toile, et à l'intérieur, de cotonade rouge; la troisième, île 
couleur grise, ornée à l'intérieur d'oiseaux et de fleur», ser- 
vait de cuisine ; toutes les trois proviennent du butin lait à 
la suite de la bataille de Mobacs. Il s'7 trouve eneore, outre 
l'éléphant dont nous avons parlé dans le tome XII , le beau 
plat d'airain du dousième siècle, dont l'inscription curieuse 
a été publiée par Flù^l dans les Annales de la LHtéraiure. 
Plusieurs tableaux, représentant des batailles et des sièges 
auxquels avaient assisté les Bavarois, se trouvent exposés 
dans la salle des trophées à Schleissheim ; parmi les quinze 
fresques historiques du jardin rojal de Munich, on remarque 
snrtout deux tableaux représentant la prise d'assaut de Bel- 
grade en l'année 1G88, et les retranchemens des Turcs devant 
celte ville en 1717. Outre un grandnombred*éiendards, de 
grosses caisses , de cbemises-talismanîques , de tentes , d'ar- 
mes, d'ustensiles et de vètemens, Munich possède une quan- 
tité d'inscriptions et de manuscrits turcs. La bibliothèque de 
Munich est plus riche de quelques centaines de brochures 
publiées sur les Fïucrres contre les Turcs du temps de Maxi- 
mi lien-Emmanuel, ^ue la bibliothèque imp'^riale à la cour 



,,-.rihyGOO^IC 



393 KOTES 

de Tienne. KontexprimoBttcinotrsreeonDsÙMiicepoarlt 
bienTeîllanee arec Uqnelle S, H. le roi de Bavière a daigné 
ordonner pour nom la communication de ces brochure*, et 
d'une foule d'autre! écrits relalib aux campagnes de i683- 
' 1688, 1717,1 718, lyJSet 1 73g. Nou* regrettons de De pouToir 
rien dire mit les nombreux trophées déposés dans plusieurs 
chambres du ehlteau de Rastadt. Ces trophées , pris dans 
les batailles de Hohao et de Slanlamen, en 16B7 et i6gi, 
proTieonent de la succession du prince Louis de Bade. 
Qu'il noua soit permis de donner ici le caUlogue des ta- 
bleaux des batailles et des sièges qui se trouvent dans le 
musée du ni de Barière. Ces tableaux représentent le» 
Arénemens principaux des campagnes de l'électeur de Ba- 
Tiire Maximilira-EmmanDeU pemlant les années i684-t688. 



3065. Prise de la forteresse de Gran, en i683; par Beich 

(François-Joachim), peintre à la cour de l'électeur. 
Haut. 9 p. 5 p., larg. 14 p. 

3066. La rupture du pont du Danube, près dePestk, «u 

momenloiiles Turcs, irarrivle des corpsauxiliaires 
bavarois, quittèrent la ville pour se retirer ft Ofen; 
par Beich. Haut. 6 p. 7 p., larg. 8 p. 10 p.** 
5067. Passage du Danube par l'armée impériale et bavaroise 
près de SikUts, en 1687, dons le but d'attaquer les 
retrancbemens des Turcs i Essek; par Beidt. Même 
grandeur. 

3068. Retraite de l'armée impériale d'Euek , en 16S7 ; par 

Beich. Même grandeur, 

3069. Passage de la Save par l'armée impériale et bavaroise, 

les ti et 9 août 1688, dans le but d'attaquer Belgrade; 
par Beich. Haut, g p- 8 p., larg. i4 p. a p. 

3070. Prise de Belgrade, le 6 septembre i(>8t!; par Beich. 

Même grandeur. 



,,-.rihyGOO^IC 



ET ÉGLAIRCISSEMENS. 583 

3071. PrisedeNeubeusel,Ie9ao&ti685; parBeich. Même 
grandeur. 

307a. DëLiTranc« de Gran, et bataille sons les murs de cette 
forteresse, en i685; par Beich. H ême Candeur. 

3073 Frise de la forteresse d'Ofen, le 3 septembre 1686. 
Même grandeur. 

Zoj4. Charles-Albert et Ferdinand , les deux princes bava- 
rois présens an siège de Belgrade de 1717, obserrent 
du baut d'une montagne le* environs de la ville et 
les travaux des assi^eans; par Beicb et Vivien. 
Haut. 6p. Il p.flarg. 8p. 10 p. 

3075. Audience donnée hors du camp, en 1688, à l'ambassa- 

deur turc, par l'électeur Maximilien de Bavière ; par 
Jacques Amigoni. Haut, i ■ p* g p., Wg. 7 p.' 

3076. Délivrance de Vienne, le ta septembre i683. Sur le 

premier plan , on remarque des canons et des cha- 
riots de munirons etde bagages; sur le second plan, 
on voit toute l'armée chrétienne rangée en ordre de 
bataille, et le troisième plan représente plusieurs in- 
cendies i Vienne; par Beicb. Haut. i4 p^ 7 p-, Ui^. 
agp. 

3077. Victoire remportée par l'électeur Maxinitlien-Emma- 

nuel et le duc Charles de Lorraine, entre Mohacs et 
le mont Harsan en Hongrie, le 12 août 1667. L'élec- 
teur, à la tète de l'aile gauche de l'armëe chrétienne, 
chasse devant lui les troupes ottomanes, entièrement 
défaîtes; par Beicb. Haut. 14 p< 7 p., lai^. 99 p, 

2898. Bataille de Vienne, gagnée le la septembre i683, par 
l'électeur de Bavière et le roi de 'Pologne, Jean So- 
bieski m, sur 35o,ooo Turcs et Tatares. Sur le pre- 
mier plan,~à gauche, on voit une partie des fortifica- 
tions de Vienne foudroyées par l'artillerie turque, et, 
à droite, le camp ennemi et la ligne de bataille; par 
Pierre et Martin. 

3901 . Prise de Gran, par Jean Sobieski et l'électeur de Ba- 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



384 NOTES 

▼îère, CD iG83. Sobieiki 1 cheral occupe le derant 
du Ubleau ; derrière lui, on *oit le camp chrétien et 
une partie des tCDlesbaYaroiset. Le milieu est occupé 
par la fortereue de Gran, contre laquelle est braquée 
toute rartîllerie cbrëtienne ; par Pierre et Martin. 

agoS. Portrait de Jean Sobieiki III. Il eat représenté & cheval 
dans le costume d'un empereur romain*, et tenant 
dans «a droite le biton du commandement. On y lit 
cette inscription : « Bataille de Kalwghe, aux monta 
Crapaks, où le roi délivra de IVscIaTage plus de 
3o,ooo hommes, ■ Dans le fond, on voit l'armée po- 
lonaise-aulricfaienne au moment de l'attaque. 
Tous ces tableaux se trouvent & la galerie royale deSchleii». 

heim; ceux qui sont dus au pinceau de fieich sont de la plus 

grande fidélité, car l'électeur avait eu soin d'envoyer l'artiste 

■ur les lieux. 

On voit encore dans le Musée royal : 

1° La prise de Belgrade , en i6!j8, par l'ëlecteur Maximi- 

lien de Bavière; ba^relief en bronze richement doré, par 

G. de Grof i 
a* Une petite statue de marbre blanc représentant t'élec* 

leur. 

VIII. — Pasb 33i. 

Voici les titres des brochures qui ont paru sur la bataille 
du itiaoùt 1717, et la conquête de Belgrade : 

I". AusfuhHiche Relazion des herrlicken Sièges, so die k. 
fV^en. unter Aiifùkrung Eugenii den 1 6. j4ugust 1717 er- 
fochUtn. Bibliolhrqiic di- Munich. 

a". Ausjuhrliche Beschreibungdes gegetuvartigen Tùrken~ 
Arieges. B. de M. 

3°. Àusjuhi^iche BescJmibiutff des ung. Feldxuges A- 
1771. B.de M. 

4*. ExiraciscJtreiben aus dem k. Feldlagér l'or Belgrad 
a. August i-]!"}, B. de M. 



D,gn,-.rihyG00gle 



ET ECLAIRCISSEMENS. SSS 

5". Relation wasgestahen den 1 6 August 1717 die lùrkisdie 
Armée von 200,000 Mann zu Belgrad ahgegiiffen und ges- 
chlagen. B. de M. 

6". Copia eines ParticuUu-schreibens aus Selgrad. B. de M. 

7". Betazion aus dem k. Lager zu Belgrad v. t^. Julius. 
B. de M. 

8". Relazion aus dem k. Lager von Belgrad , ij. Julius. 
B.deM. 

g". EigenthOmliche und urtistxndliche Nachrichi von der 
kais. Bauptarrnee in Ungam, t5. Junius 1717. B. de M. 

1 o". Relation vom 5. Julius des Angriffes gegen die Tùr- 
ken mit 37 Fregatten, gS Tschaiken und 1 1 grossen Schiffen, 
■ worauf^^oo Mann, und momà sie die zariy kais. Schtffb, 
S. Francesco und S. Stephano, angriffen, ohne Erfolg. 

11". Aus/uhrtisker Berichl der am i5. Junius von Panc~ 
sova erfotgten Passirung. B. de M. 

la". Berichlvondem Sieg bey St. CatharinaimZrineiJeld 
am 3. Junius 1717- B. de M. 

i>. Gliicks-iind Utxgtùcksfall der in dem Kaenigreiçhe 
Servien gelégenen Hauplfesiung Belpvid. B. de M, 

1^". AusfShrliohe Belazion des herrlichen Sièges, so die 
kais. fVqffèn unter Anftihmng EugenU den 1 6. Aug. i j 1 7 
erfochtcn. B. de M. 

i5». AusfUhrliche Relation ailes dessen, mas seit dem am 
16. August von der kais. ùberdie turkische Armée erhalteneh 
herrlichen Sieg und darauf erfolgte Uebergabe von Belgrad 
passât. B. de M. 

16*. Relation was von Anfang der Belagerung BelgratTs 
1717 bis ZUT Uebergabe Notables vorkommen ist. Prag 1718. 
S. de M. 

17". Baccolta délit diani de t •}!•]. 

1 8». Luna Ollomana in ortu, progressa et oceasu. Heidel- 
bergi-]i-}. 

i(|°- Decas aug. seu lustrum geminum Impetv. augustissimi 
CaroU V^l cum accurala belli turcici relalione. Vienna. 
t. sni. 35 



D,gn,-.rihyGOO^IC 



586 NOTES 

ao". Bericfil von einer von den P''enetianem gegen die 
Thurhen vor Coron erkaltenen Avantage i3. August 1317. 
B.deM. 

ai". Beschreihung aus Konslantinopel von dem Àmeth 
Selim Sultan , Kaiser des Atif- imd Unierganges. B. de M. 
Outre que le Sultan 7 figure sous deux noms , Sélim et Ah- 
med, il y est encore question d'une île de la Mecque et de la 
procession du cercueil du Prophète : SoU q//enSar gelragen 
toerden, die Lade des Prof^ielen gesetzeC aufsilbeme Heus- 
chrecken, gerteuchert, angeJuUt mit Gebeinen der Todten 
Dienem und Spahi je ! ! 

23'. Târk. Curialien, bestehend': a) in des Sultans liecher- 
liehem Tiiel; b) derT'ùrken Gebetli. B. de M. (Ce titre est un 
corollaire auï sauterelles d'argent et aux ossemens des à,- 
pahis). Ein geborner Fûrst und Heyland, Herzog des edlen 
Stanintes in Persia und Armenia. 

aS". Kune Beschreihung , ouf was weisi die Tilrken ihre 
Andacht verrichten. B.deM. J^ird die Tumèa des grossen 
prophelen Mohamelh von 3o grossen Ispaien getragen (proba- 
blement des ecclésiastiques), die getragene Tum&a wird con 
3oo Bassen mil blossen Stebeln vera>acktl ! ) 

24°- Seltsame Fûrstenjagd, welche S. Ahmet vor dent turki- 
sckenPeldzuge mit seinen Bassen und Hqfhedienten gefudten, 
wie auch kurze Beschreiiung vou siebzehn servîschen Bauern. 
(Cette brochure , comme les trois précédentes , mérite tout 
au plus le nom d'une mbie. Quinze paysans talares, portant 
sur leurs têtes des lorcbes allumées, se plaignent de la pas- 
sion du Sultan pour lacbassej le moufti qui lui fait des repré~ 
sentations à ce sujet est condamné à avoir le nez coupé; le 
Sultan, qui poursuit un cerf blanc, est sauvé par une jeune 
fille. Cette chasse, dit l'auteur, avait eu lieu à Belgrade im- 
médiatement avant l'ouverture de la campagne; mais alors 
Ahmed III se trouvait à Andrinople.) 

zS". Berichi ûèer dus Seetre^n vom il., i3. u. t6., Jtmi 
1717. J?. de M. 



,,-.rihyGOOglC 



ET ECLAIRCISSEMENS. 33; 

a6*. TùrkiscJK Traumgesicht ujid darauferfoîgter Aber- 
glaube. (Fable.) Passaroivicz 1718. B. de M, 

27". Nachricht des gesohlossenen. Friedens t'^iS. B.de M. 
28'- Diarium vonPassaroa>icz iH. — •z^'JuU i-^x^.B.deM. 
39°. Diarium der k. Haupta/mee i-jiB. 

IX. — Page 34 i. 

Pour bien comprendre la distiDction qu'il y a entre la dé- 
nomination de tschelebi et les ti tresd'aga et d'efendî, et le sur- 
nom de P'inglrHuittileBt nécessaire.de dire quelques mots à ce 
sujet. Les colonels, les tschorbadjis ou colonels des rëgimen» 
des janissaires sont désignés sous le numéro da leur régi- 
ment, et portent ainsi le nom de premier,de second, deringt- 
tième, de trentième aga. Aga est à la fois un titre militaire 
ei de cour, car celle-ci a également une constitution toute 
militaire; ce mot dérive du vieux mot turc ak*. Le mot 
çfentli a pour racine le èfhxtt des Grecs ; c'est un titre que 
l'on donne aux légistes et aux employés des chancelleries. Le 
tilre de tschelebif qui correspond au gentleman anglais, est 
donné à tout homme d'une éducation soignée et de savoir- 
vivre. Mobammed Saïd reçut ce titre pour s'être distingué 
des autres agas, ses collègues, par son esprit et ses manières, 
fruits d'une éducation soignée ; îl ne s'appelle donc pas le 
vingt-huilième aga (yîgirmi sckisindji aga), mais jeune sei- 
gneur vingt-huit (yigirmi sekiz). Ces surnoms restent tou- 
jours , et des auteurs européens ont eu tort de prendre le 
mot detschelebipourceluide la dignité de ministre'. 

■ Les ministres de la Porte ont on doth coUectir, celui de TiijoX, c'est-à. 
dire les hommes ; de même qae les chers de ta chambre des finances s'ap- 
pcllent klwdjagiant ou seigneurs; ce titre est donna sussi ea Syrie et en 
Egypte auinégocians, où, par corruption, on les nomme iAatoiuJja. Quoi- 
que le mot lidjsl soil un pluriel arabe, comme celui de kbodjsgisD e«l un 
pluriel persan, on dit communémentàConstaatiaople: unrii^'al, \xaUiodja- 
ffian, un ouléma. Le mot tôhelebi parait dériver du mot latin eatebii le 



,,-.rihyGOO^IC 



388 NOTES ET ECLAIRCISSEMENS. 

mot JlAod/a tonufood an mot patron d'une diEsod de commerce. Quant 
au tllra de tulfim, qui , dans son application au Bourerain , n'wt dû qu'à 
FEmperenr, U est cependant ajouté par courtoisie aui noms d'efendi , 
d'âge, etc., el l'on dit : EfendOm SultanOm, Agam SulUnQm, Tschelebim 
SaltinOni, c'est-à-dire : moa eTendi, mon aga, mon savant, mon gradeui 
mettre, etc. 



I »it Towa tannlai. 



,,-^rihyGOO^IC 



TABLE DES MATIÈRES 

COUTniUU 

. DANS LE TOME TREIZIÈME. 



AdoncUiement dam les mceura oUomanes. — Houstln KnprOlQ, 
Rami-Erendi , Hauroroidalo. — Le moulU Feïzoullah. — 
Daltabaa-Pascfaa el le kislaraga Sait. — Le Sultan quitte 
Audrinople pour retourner à ConslsnliDoplc. — Ambassade 
ottomane à Vienne. — Dépatatious de la Pologne, de l'Au- 
triche, de la Russie el de la république vénitienne. — Con- 
clusion d'un traité de paii avec Venise et la Bussie. — 
Ferriol el Sulton. — Ambassade de Raguie et du prince du 
Guriel. — Relaliwis politiques avec la Perse et l'emiiire de 
Maroc. — Campagne de Bassra. — La caravane des pèle- 
rins. — La. Sourre et le sehérif de la Mecque. — RÉlabfisse- 
ment de la tranquillité en Egjpte et dans les états barbares- 
ques. — LaCrimÉeetDewIet-Gbita). — Institutions de KœprUlU. 

— Lettre pastorale du Houfti. — Cbute et mort de KœprillU. 

— Les ssvans et les poêles. — Dallaban ; grand-viïir. — Rè- 
glemens relatifs aui costumes. — Uesures financiÈTes. — 
Uasan le Fugitif est proscrit. — Perséculion des Aiménîens. 

— Construcliun de plusieurs cliAtcaui forts. — Troubles de 
Crimée. — Daltaban est eiéculé. — Campagne contre te* 



,,-.rihyGOO^IC 



Sîio TABLE 

P.5«. 

GtergieDi. — DéliiuilalioD des frontièrei. — AdmfnigtràlloD 
de Rami. — Brancovan est conGnnA dans In principaulé de 
Valachle. — Tronbtes et rËbellioas dans l'empire , leurs progri» 
el lenr &q km du délrdDeinenl de Hooslari lE. 1-129 

LIVRE LXIL 

ATénenient du sultao Abraed III. — EiéeolîoD da mouftî et de 
ploBieun cbeT» de rebdies. — DestitutioD da grand-Tiiir 
NUchuidji Ahroed-Pucb*. — Le grand-Tuir Hasan-PaKha. 

— Mort da tallaD Hoiutafï 11. — Heiares priaet i l'tgard de 
b Russie.— Échange des leltres de ootiBcation et defélicitalion. 

— Révocation du grand-viiir el de plusieurs autres fooclioD- 
nairet. — Adminislralion de Htsau-Pascba et de sod iiiMes- 
teur. — Chute de ce deroier. — AdministratioD de Kalallikos 
Ahmed-Pascha et ioirigues de Baltadji Hohammed-Pascfaa. 

— Mort deSélim-GbiraletdeQaMDle Fugitif. —Nomination 
de Tsdiorli Ali-Pucfaa au grand-Tiiirat. — Troubles i Bassra. 

— passe-tempB lïvoris du Sultan. — Craintes d'une nouvelle 
rébellion. — Ambassades de Pnm , du prince des Ouibegs , 
de Venise, d'Aulricbe et de Rakon^f. — Relations de ia 
Porte avec la Russie, U Pologne et la France. — Persécution 
des Arméniens. — Avedick et Comidas. — Restriction apportée 
au pouvoir du monfU. — Ghad-Chiral , khan de Crimée. — 
Guerre contre tes Tcherkesses. — Institutions de Tschorli AII- 
Pssdia. — Fiançailles de quelques sultanes. — Phénomènes. 
—La Syrie et l'Egypte.— Mort de Rami-Pascba etdeMouh- 
Efendi. — Descente dans l'tte de Majorque. — Les deh 
d'Oran. — Apparition d'un prétendu prioce ottoman. — 
Arrivée de Charles XIT, roi de Suède, sur les frontières de 
l'Empire; son départ. — Destitution du graud-viiir. — Nouou- 
man, dernier grand-viiir de la fomillc Kœprlllil. — Déclaration 
de guerre contre la Russie. — Départ de Feiriot. — Rsp- 
port* diplomatiques de la Porto avec les puissances euro- 
péenne. — Kalailikoz; Yousouf-Pucha ; le tilihdar, kalma- 

kam. 130-340 

LlVilË LXIU. 

Deux grand s-vizirs se succèdent à la suite de la paix condiie 
aux bords du PruUi. — Réception de Charles Xil. — Traité 



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DES MATIÈRES. 391 

avec la Russie. — Départ de Charles XII. — Soulèvement 
eicité au Caire par Kaiiaabeg. — Mort de Nassouh-Pascha , 
du moulli Ebezadé , du vizir Kalillikoz el de dii savans 
iQusltes. — PrisedeCoriothe, d'Ef^ine, deNapoli di Romania, 
de CoroD , de Navarin et de Hodon. — Le fort de Siag vaine- 
meat assiégé. — Dispositions relatives aai oulémas. — Me- 
sures admiDÎslratives. — Eiécations, prophéties, incendies, 
illumiDations. — Hort de la Walîdé. — Répression des Kurdes 
et des Arabes.— Un interprète anglais reçoit la bastomiadej un 
interprète vénitien est pendu. — CorrespondaDce avec la cour 
de Vienne. — La guerre contre r Allemagne est au divan l'objet 
de trois délibérations snccessivea. — Envoyé de la confédéra- 
tion polonaise. — Eiécution de plasieurs personnes de la fa- 
mille Brancoiran et de celle de Cantaeuz^e. — Marche sur 
Belgrade. — Combat de Carioviiz. — Bataille de Pelerwardein. 
— Kbalit , grand-vizir. — EiécntioD du kiayâ. — Chute de 
Temeswar. — Prise de Bukbarest et d'Yass;. — Événemens 
de CorTou el de Dalmalie. — Destitution da kapitan-pascha 
et àa khan des Tatates. — Bataille de Belgrade. — Prise de 
celle Tille; chute du grand- vizir. — Événemens de la guerre 
en Bosnie , en Dalraalie el dans la Méditerranée. — Bévocalion 
du kaptlao-pascha, du mouHi et do grand-vizir. — Prapo- 
«tions de pait : Bakoczf; Congrès el paix de Passaronicz. 241-35S 



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