Skip to main content

Full text of "Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871"

See other formats


'^^I^^^^^^H 




Digitized by the Internet Archive 

in 2010 witli funding from 

Uni vers ity of Ottawa 



littp://www.arcliive.org/details/liistoiredelinvasOOcano 



< 



I 



HISTOIRE 

DE 

L'INVASION ALLEMANDE 



1870-1871 



OUVRAGES DE L'AUTEUR 



Considérations sur l'Hygiène de l'Infanterie à l'intérieur, thèse pour 
le doctorat en médecine, présentée et soutenue, le i4 avril 1869, par le 
lieutenant Fr. Canonge, du 56<= de ligne, un vol. in-8 (épuisé). Paris, 
1869. 

Histoire militaire contemporaine (1854-1871), par le commandant 
Fr. Canonge, du oa" de ligne, 2 vol. in-i8. Paris, 1882 (5° mille), librai- 
rie Charpentier-Fasquelle. 

Atlas d'Hisioire militaire contemporaine (1834-1871), par le lieute- 
nant-colonel Fr. Canonge, du 69° de ligne, 45 cartes in-i". Paris, 1866, 
librairie Charpentier-Fasquelle. 

Histoire et Art militaires, par le général Fr. Canonge: 1908 à..., 
I vol., format in-4. Paris, librairie Fanchon. Deux volumes restent à 
publi-^r. 

Tome I^"" (i''« partie) : Des origines à 1786 ; publié en igoS : couronné, 
en 1904, par l'Académie française (prix Thérouanne). 

Tome II (i" partie) : De i853 à 1870 ; publié en 1908 : couronné, en 
1904, par l'Académie française (idem). 

Tome II (2* partie) : Guerre de 1870-1871 ; publié en 1904. 
Tome III : Guerre de 1871 à igoS. Expéditions lointaines ou d'outre- 
mer. La guerre en montagne ; publié en igoB. 

Eléments de Tactique : 78 feuilletons publiés dans l'Armée territo- 
riale. Paris, 1 903-1904. 

La Campagne de 176g en Corse et le maréchal de Vaux, publiée 
dans le Carnet du comte Fleury en igoB (avril et mai). 

Jeanne d'Arc guerrière. — Etude militaire, i vol. in-i8 ; Paris, 
Nouvelle librairie nationale, 1907 (2^ mille). 

Trois héros. Bataille de Beaumoni-en-Argonne et Passage de vive 
forée du Pont de Mouson, les 3o et 3i août 18 jo. i vol. in- 18, igog, 
librairie Garnier. A obtenu, en 1909, une médaille d'honneur de la 
Société d'Encouragement au Bien. 

De l'Education physique en France, i vol. in-8, Paris, 1910 : librai- 
rie Lavauzelle. 

Etudes militaires (35) publiées en 1912-1913. d'avril à août, dans le 
Franc-Tireur à Marseille. 



Général F. CANONGE 

ANCIEN PROFESSEDR à l'ÉCOLE SUPÉRIEURE DE GUERRE 



HISTOIRE 

DE 



'L'INVASION ALLEMANDE 



EN 1810-1811 




Macht geht iiber Reclit. » 
(La Force prime le Droit.) 

Comte DE B:sMAf<ci<, 27 janvier 1863. 

« La Vérité et la Justice seules sont immua- 
bles, p 

Reine Louise de Prusse, 1809. 

« Le cavactère des Germains offre un ter- 
rible mélange de férocité et de four- 
berie. C'est un peuple né pour le men- 
songe ; il faut l'avoir éprouvé pour y 
croire. » 
Velleics Paterculus [de l'an 19 avant 
J.-C. à l'an 31 ap. J.-C.]. 



^^ 



PARIS 

LIBRAIRIE ACADÉMIQUE 

PERRIN ET Oe, LIBRAIRES-ÉDITEURS 

35, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 35 

1913 

Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays. 



jUL 2 S i977 



Copyright hy Perrin et C'', 1913 



1 



HOMMAGE EMU 

AUX 

VAILLANTS DÉFENSEURS 

OFFICIERS ET SOLDATS 

DU SOL FRANÇAIS 

EN 

1914-1915 



Paris, le i"" mars igiD. 



ÀYANT-PROPOS 



L'Etude que je publie aujourd'hui est la repro- 
duction intégrale, textuelle, du manuscrit dont, à 
partir du l^'^mars 191 4, je soumis successivement 
la table des matières à quelques éditeurs et, plus 
■particulièrement, à deux d'entre eux qui, en leur 
qualité de... spécialistes , connaissaient mes ouvra- 
ges antérieurs. 

Depuis plus de quarante ans, la guerre de 
1870-1871 fait l'objet de mes études incessantes. 
Je me suis appliqué à en dégager les enseigne- 
mentsetjecroisavoircontribué, pour ma modeste 
part, par la parole et par la presse, à les pro- 
pager. 

En 1913, regardant comme fatale et imminente 
l'agression de l'Allemagne, je crus utile d'offrir 
au Pays, pour favoriser le relèvement national 
qui allait s'accentuant,un tableau fidèle des exac- 
tions et des brigandages dont nos heureux vain- 



vm L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

queurs se sont rendus coupables en 1870-1871. 

Mon élonnement fut donc grand, douloureux 
même, lorsque des refus me parvinrent. Quelques 
éditeurs s'excusaient poliment en alléguant le 
caractère militaire de l'œuvre, alors qu'il ne 
s'agit que d'un travail historique destiné à répan- 
dre des faits intéressant tous les Français ; les spé- 
cialistes motivèrent leur refus d'une façon plus 
accentuée : « On ne s'occupe guère plus de 
1870-1871. )> 

Les événements ne devaient pas tarder à dé- 
montrer à ces juges éphémères d'une mentalité 
spéciale combien leur perspicacité s'égarait. Il 
eût été utile d'appeler sérieusement sur ces évé- 
nements l'attention de la France si prompte à 
oublier les leçons du passé : l'avertissement fut 
perdu par leur faute. 

Le lecteur voudra bien me pardonner cet exposé 
où je désire n'être considéré que comme un 
témoin désintéressé et trouver naturel que main- 
tenant j'établisse une filiation entre le présent et 
ce qui s'est passé en 1870-1871. 

Pendant la première guerre franco-allemande, 
le système de guerre fondé sur la terrorisation 
ou Régime de teireur ne s'organisa que peu à peu ; 
dès les premiers jours d'août 1914_, ce système 



AVANT-PROPOS ix 

I. fut au contraire appliqué d'emblée avec une frap- 
IX pante unanimité ; cette différence est facile à 
is expliquer. 

e Si le roi de Prusse Guillaume l'^'' se rendit très 
e coupable en acceptant les terribles conséquences 
■ delà criminelle falsification par le comte Bismarck 
de la dépêche d'Ems, il mérite cependant la cons- 
tatation suivante : il fut un soldat loyal, délicat 
autant que peut l'être un Prussien, et, en forgeant 
patiemment une armée puissante, il prépara, tout 
I en exerçant son métier de Roi, puis assura la gran- 
deur de son pays. Pendant la guerre, il put par- 
tager la responsabilité de certains actes, mais il 
en réprouva ou regretta quelques autres; en 
somme, il se montra d'habitude courtois et 
humain. 

On ne saurait en dire autant de son petit-fils à 
partir du jour où son masque de comédien pétri 
d'orgueil tomba. Guillaume II se présentera, 
en effet, au jugement de l'Histoire impartiale, 
comme un fourbe, un hypocrite et un cruel. 

Sa fourberie a consisté, en dernier lieu, à faire 
échouer, pendant plusieurs semaines, auprès de 
l'Autriche surtout, les négociations dont la réussite 
eût écarté la guerre qu'il avait préparée ; puis à 
déclarer effrontément, en alléguant des prétextes 



X L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

faux OU grotesques, que la guerre lui était impo- 
sée, que le peuple allemand voulait la paix; en 
dernier lieu, à perpétrer un véritable attentat en 
violant la neutralité de la noble Belgique, après 
avoir vainement cherché à acheter, argent comp- 
tant, son roi Albert, que la postérité appellera 
justement le Grand. 

Hypocrite, il osa invoquer en le profanant le 
nom sacré de Dieu, escompter sa protection dans 
l'épouvantable guerre qu'il déchaînait, affecter en 
outre de se croire son élu, son représentant sur la 
terre * . 

Sa cruauté ne saurait être mise en doute, puis- 
qu'il n'a réprouvé aucun des actes les plus indignes 
commis par ses soldats sur l'ordre de leurs offi- 
ciers de tous grades et qu'au lieu de les interdire 
dans l'avenir, il les a encouragés. 

On fut étonné, il est vrai, lorsque, haranguant 
ses troupes qui allaient partir pour la Chine, il 
leur dit : u Tuez tous ceux que vous prendrez, ne 
faites aucun prisonnier. » Si l'impression passa 
fugitive pour la majorité, quelques observateurs 
la conservèrent; aussi ne furent-ils pas étonnés 

I. En février 1916, dans le parc du château de Nicobowo (Pologne 
russe), après le service religieux, le Kaiser invoqua encore Dieu, qui 
« est du côté des croyants » et parla du « paquetage de combat qu'est * 
une conscience pure... )i 



AVAXT-PROPOS XI 

orsque s'adressant, en décembre dernier, à son 
armée du front oriental, il lui donna l'ordre sui- 
vant : « Si vous êtes contraints de vous retirer 
de Pologne, n'épargnez ni une ville ni une mai- 
son, que la terre soit nue sous vos pieds. » Attila 
dut imposer des instructions semblables. 

Après que la crainte de perdre le pouvoir lui 
eut fait accepter l'injonction impérieuse du parti 
militaire dont son digne fils fut l'aimable inter- 
prète, il adopta le programme offensif ^ pouvant 
seul permettre, dans un rêve commun, d'écraser 
rapidement la France pour se retourner ensuite 
contre la Russie : le gain du temps qui lui était 
indispensable ne pouvait, dès lors, être obtenu 
qu'en recourant au régime de terreur rigoureu- 
sement appliqué et en bénéficiant aussi delà sur- 
prise; il donna ses ordres en conséquence sans 
hésiter. 

Bientôt, rendu furieux, affolé par Théroïque 
résistance de la Belgique, il autorisa les actes de 
répression les plus infâmes. Il savait qu'il pouvait 
absolument compter sur la pleine approbation 
d'un peuple rompu à l'obéissance, généralement 
dépourvu de sens moral et de générosité, digne 

I. Le grand étal-major prussien avait publié, — il ne pouvait Tigno- 
rer, — un Manuel intitulé « Lois et coutumes de la guerre continentale », 
dont toutes les prescriptions furent suivies. 



1' 



X" L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

descendant de celui qui, en 1870, était accourii 

de tous les points de l'Allemagne pour assister 

tout en mangeant et en buvant, au bomljardemeni 

de Strasbourg. ' 

Justice est ainsi rendue au souverain et à son 

armée comme à son peuple : sûr de l'impunité, 

le commandement allemand à tous les degrés ne 

se fit pas faute d'outrer les ordres les plus 

indignes. 

A qui serait tenté de croire à l'exagération, 
contentons-nous d'opposer le mutisme du Kaiser 
en maintescirconstances tragiques, mutisme dont 
n'eurent raison ni les crimes commis coup sur 
coup en Belgique, ni le stupide bombardement 
de Reims ville ouverte, ni surtout celui de son| 
sanctuaire vénéré poursuivi à la gr?'nde indigna- 
tion des Neutres demeurés trop longtemps incré-- 
dules, 

II y a quarante-quatre ans passés, le régime de 
terreur se développa, nous l'avons dit, de proche 
en proche, d'une façon inégale, suivant le tem- 
pérament et le caractère des chefs militaires, 
dont quelques-uns acquirent un triste renom, et 
aussi des préfets prussiens. 

En 1914, dès l'entrée en Belgique, ce régime 
se traduisit,— comme s'il se fût agi d'une traînée 



ï 



'ûorii 



AVANT-PROPOS 



ie poudre, — par « rorganisation systématique^ 
zu milieu d'incroyables raffinements de cruauté^ 
îu vol, du pillage, de ï incendie, du viol et du mas- 
tac re d'une inoffensive population^ ». 

Oui^ ce fui vraiment « Kolossal » dans le genre 
criminel, pour employer l'expression admiralive 
de l'emphase germanique. 

En France et en Alsace, les bourreaux ne désar- 
mèrent pas et si, en quelques endroits, le système 
parut fléchir, c'est que des intérêts allemands s'y 
trouvèrent momentanément engagés. 

En 1870, la guerre fut provoquée par un men- 
songe ; toutefois, dans son développement, le 
mensonge intervint assez rarement, soit qu'il 
répugnât à la majorité des chefs militaires, soit 
qu'ils aient préféré, les uns et les autres, invoquer 
les fameuses « lois de la guerre ». 

Actuellement^ on se demande si, vraiment, le 
mensonge n'est pas une des caractéristiques de la 
mentalité allemande. 

Le souverain avait commencé à en donner l'exem- 
ple, oubliant que, dans la devise de Louis XI^ la 
dissimulation [seule est recommandée aux rois ; 

i.Ce sont les termes mêmes qu'emploie le g-ouvernement belge réfutant 
et flétrissant énergiquement les mensong'cs audacieusement répétés, le 
2 décembre 1914, devant le Reichstaç par le chancelier allemand; la 
^Postérité ne tiendra certainement point un autre langage. 






L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811 



drt 



(31 



le valet, l'homme effronté au « chiffon de papier » 
le chancelier Bethmann-Hohveg, ne voulut pa 
rester en retard sur son maître ; il s'appliqu 
donc à tromper les Neutres en niant l'évidence 
Du même coup vraisemblablement, il induisit ei 
erreur les évêques et les archevêques prussiens 
sinon, il faut renoncer à comprendre qu'ils aien 
pu répéter à leur tour que la guerre futréellemen 
imposée à l'Allemagne qui, « toujours^ a désiré 1^ 
paix » . 

Quant aux quatre-vingt-treize intellectuels aile 
mands qui, de concert avec les Universitaires^ 
réclamèrent, — aveuglément pour quelques-uns^ 
souhaitons-le, — une entière solidarité, conten- 
tons-nous de constater qu'ils s'associèrent auj 
déshonneur commun. 

Les autres puissances allemandes, au premier 
rang desquelles figure l'Autriche, participent à la 
même félonie. Dupé par son cadet, le vieil empe- 
reur, irresponsable peut-être, se laissa séduire 
par l'appât d'une augmentation de territoire; 
combien il est justement puni ! 

La conduite actuelle des Allemands s'est mani- 
festement inspirée du passé, mais en progressant 
dans le mal ; il est facile de le prouver en traçant 
un rapide parallèle entre deux époques dans l'or- 



AVANT-PROPOS xv 

dre même où sont présentées les matières de cet 

ouvrage. 

Le même mépris des lois de la guerre, — de 
«ce droit coulumier duquel ressortent cependant 
!" des obligations comme des droits, — et aussi des 
règles de l'humanité est commune à ces deux épo- 
ques, à la plus récente surtout. 
' Il est nettement caractérisé par une méconnais- 
sance générale et de parti pris de ces lois, dès que 
la plus petite gêne apparaît ou est seulement à 
craindre. On connaît la déclaration cynique de 
Betlimann apparemment désireux de s'élever à la 
hauteur de Bismarck : « Nécessité fait loi» et: 
'«On s'en tire comme on peut. » 

On comprend que la civilisation soit un vain 
mot pour des officiers comme ce Prussien répon- 
dant cà qui lui opposait la Convention de Genève : 
« La Convention de Genève? Je ne connais pas cela. 
Je ne connais que les ordres qui me sont donnés. » 
Oh sait depuis longtemps qu'en Allemagne l'obéis- 
sance prime la conscience, dont la voix n'est pas 
écoutée. Aussi pour ses soldats, comme Ta dit 
Emile Hinzelin : 

« La guerre est une œuvre savante 
Dont le secret est l'épouvante. » 
Et les soldats ont obéi. 



XVI L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

Voilà comment la dévastation put être opérée 
méthodiquement, sans pitié, avec la pleine appro 
balion morale de l'Allemagne ; il s'agissait de 
paralyser tout de suite la population des régions 
envahies, de faire avorter toute velléité de résis 
tance, d'en prévenir même jusqu'à l'idée, d'obte 
nir_, en un mot, une obéissance non pas seulemenl 
absolue, mais immédiate. Les procédés ont pu 
varier ; ils ont toujours été mis au service du 
même système. 

Parf )is, lorsque la mesure fut comble, comme 
à Louvain, qui, du 25 août au 5 septembre, fut 
livrée, sous la savante direction du général von 
Manteuiïel, à un sac épouvantable, on simula offi 
ciellement d'hypocrites excuses : « Les Allemands 
regrettent qu'au cours des combats la ville ait été 
détruite en grande partie. Inutile de dire qu'il n'y 
a rien là d'intentionnel. Quiconque connaît la 
bonhomie naturelle de nos troupes (sic) ne sau 
rait prétendre qu'elles se soient portées à des des- 
tructions inutiles ! » Il en fut de même pour Mati- 
nes et autres lieux. 

Les gardes nationaux, les gardes mobiles et les 
francs-tireurs sur lesquels s'exerça indignement,, 
en 1870-1871, la rage des Allemands n'existant 
plus, la bonhomie de leurs descendants se donna 



AVANT-PROPOS xvii 

cours, se dédommagea, sous le plus futile pré- 
'■[texte, sur tous les êtres inoffensifs leur tombant 
sous la main. 

En 1870, on employa, quelquefois avec une 
certaine progression, les moyens propres à ter- 
roriser : vexations, insultes, humiliations, coups, 
amendes, pillage, incendie, arrestations arbi- 
traires, contributions de guerre, assassinat, mise 
à morl après un dérisoire simulacre de jugement. 

En 1914, à peine en Belgique, le temps étant 
précieux et la résistance imprévue étant bien faite 
pour exaspérer l'envahisseur, celui-ci eut recours 
aux procédés expéditifs : le pillage fut opéré à 
fond et suivi du déménagement ; pour incendier, 
on employa des torches résineuses, des grenades, 
des fusées, des pompes à pétrole ou à benzine ^ ; 
on assassina, on fusilla des groupes sans distinc- 
tion de sexe ni d'âge, parfois même en employant, 
pour en finir plus vite, des mitrailleuses 2. 

En Belgique, furent saccagés ou ruinés, parfois 
complètement. Visé, Pervyse, Aershot, Taonines, 

1. Le zèle des incendiaires étaitstimulé par des officiers qui criaient : 
« Brent ! Brcnl, ! ^« IJrùIcz ! Brûlez * !) 

2. C'est ce qui eut lieu à Dinant, où i53 habitants furent mitraillés 
sous les yeux de leurs femmes et de leurs enfants, mais le nombre des 
victimes dépassa 700, dont 73 femmes et 89 enfants des deux sexes âgés 
de mois il i5 ans. Pour le général Julius von Hartmann, un écrivain 
iiaturellement apprécié ouirc-Rhin, « le terrorisme est un principe mili- 
tairement indispensable ». 

b 



xviii L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811 

Louvain, Termonde, Surice, Tongres, etc. Préci- 
sons un peu : Dinant comptait \ .400 maisons ; 200 
restent debout. Des 131 maisons constituant le 
village de Surice, 8 seulement échappèrent à l'in- 
cendie. 

Après tous les massacres, les Allemands dépouil- 
lèrent les cadavres et s'approprièrent sans y man- 
quer bijoux, porte-monnaie, portefeuilles et leur 
contenu. 

On a évalué les pertes concernant l'arrondisse- 
ment de Namur à plus de 800 personnes tuées et 
de 1.160 maisons brûlées; dans celui de Dinant, 
21 villages ontélé détruits; dans celui de Philip- 
peville, 20 villages ont été saccagés, pillés et plus 
ou moins incendiés. 

La France a été également traitée avec dureté ; 
bornons-nous à rappeler : dans la Meuse, les 
noms de Revigny, d'Etain, de Villers-aux-Vents, 
Mognéville et de Vassigny ; dans la Marne, ceux 
de Sermaize- les- Bains et d'Heiltz-le-Maurupt ; 
dansies Vosges. Haon-l'Etape; dans les Ardennes, 
les noms de Relliel et de Doncliery ; dans Meurihe- 
et-xMoselle, ceux de Gerbéviller, — dont 50 ha- 
bitants au moins furent massacrés et dont 475 
maisons furent brûlées, — de Baccarat, d'IIurau- 
court, de Réméréville, de Nomény et d'Avrllers ; 



501 






b 



AVANT-PROPOS xix 

ians l'Aisne, les noms de Berry-aii-Bac et de 
Soissons ; dans le Nord, Lille ; dans le Pas-de- 
Calais, Arras ; dans l'Oise, Senlis; dans la Somme, 
les noms d'Albert et de Golincamps. 

Partout, — comme quelquefois en 1870, — les 
ravageurs et les incendiaires alléguèrent comme 
motif le coup de feu provocateur tiré le plus sou- 
i^ent par l'un d'eux. 

En 1870-1871, les fonctionnaires de l'Etat 
furent insultés, plus ou moins brutalisés, mais 
Fort peu d'entre eux furent mis à mort. 

En août et septembre derniers, le nombre des 
maires, belges ou français, fusillés a été trop élevé 
pour l'honneur du nom allemand. 
i Des otages furent emmenés en 1870 ettoujours 
odieusement traités, mais, sauf dans deux cas, leur 
chiffre ne dépassa pas une limite raisonnable. 
Dès le début de la guerre actuelle, ce sont des 
bandes véritablesqui furent arrêtées. En Meurthe- 
et-Moselle, par exemple, à Avillers, toute la 
population mâle de 16 à 60 ans a été emmenée 
en Allemagne ; on ignore quel est le sort des 
enfants, des femmes et d(;s jeunes filles. 

Souvent les habitants furent indignement em- 
ployés comme des boucliers vivants pour protéger 
Ides lignes marchant au combat ; trois exemples 



XX L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

suffiront pour édifier sur le procédé. Le 27 août, 
à Saint-Dié, une arrière-garde française tient en 
échec un régiment allemand ; trois habitants sont 
installés sur des chaises au milieu de la rue prin- 
cipale : la diminution par pilié du feu français 
favorise les progrès des assaillants ; quant aux 
habitants, ils furent tués. 

Le 29 août, en Belgique, à Hérent, deux curés, 
cinq cents femmes et enfants dont les coudes sont 
liés facilitent la marche d'une colonne allemande 
qui attaque. 

Le 12 septembre, en Belgique, à Erpe, 25 jeu- 
nes gens environ, dont un garçon de 13 ans, sont 
utilisés de la même façon. 

Il n'est que trop vrai que plusieurs fois, sans 
un motif connu, des otages furent assassinés aus- 
sitôt après avoir été arrêtés. On conçoit que ce 
crime ait pu être commis quand on sait qu'un 
commandant de corps d'armée, le général d'in- 
fanterie Hortstein, estimant qu'envers la popula- 
tion française « il n'y a place pour aucun senti- 
ment d'humanité ni de générosité », ordonne 
formellement de fusiller les otages : « prêtres, 
maîtres d'école, notables », et d' « incendier] 
toutes les maisons si un seul coup de fusil venait 
à être tiré sur ses troupes ». Or, répétons-le, il 



AVANT-PROPOS xxi 

est prouvé qu'on allribua souvent aux Belges ou 
aux Français un coup de fusil... alk'innnd. 

Le 17 août déjà, en Bel^itjue, à Hasselt, les 
Allemands avaient fait afficher l'avis suivant : 
« Dans le cas où des habil.ints tireraient sur des 
soldats de l'armée allemande, le tiers de la popu- 
lation mâle serait passé par les armes. » 

Lesrenseignements parvenus d'Allemagne per- 
mettent d'affirmer que les otages qui y sont main- 
tenus, quelquefois depuis plusieurs mois, subis- 
sent de sérieuses privations et sont, dans quelques 
camps, traités avec mépris. 

En somme, la lâcheté et la cruauté se sont 
exercées, en août et septembre 191 4, sous le cou- 
vert du drapeau allemand, sans la moindre mesure, 
avec un mépris absolu de la vie et de la dignité 
humaines, sur des populations inoffensives comme 
l'eût fait une furieuse ruée de bêtes fauves. 

Que dire du bombardement comme l'ont com- 
pris les Allemands! Certes, ils l'employèrent par- 
fois d'une façon déplorable, en 1870-1871, dans 
un but de répression ou d'intimidation. Or, nous 
connaissons les procédés de leurs descendants 
envers Lille, Arras, Soissons, Reims et tant d'au- 
tres centres de moindre importance bombardés 
d'une façon systématique, souvent à plusieurs 



xxii L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

reprises S pour les réduire à merci ou, comm< 
à Gerbéviller, à Soissons, pour tirer vengeanc» 
d'un échec. 

On sait aussi que, par un singulier raffinement 
lorsque la destruction fut jugée insuffisante, or 
eut recours à l'incendie pour rendre la besogne 
parfaite : à Gerbéviller notamment, les quelques 
maisons restées debout furent détruites une à une 

Actuellement, comme si le bombardement ordi- 
naire ne suffisait pas, les taubes et les zeppelins, 
qui manquaient en 1870, sont lâchement utilisés 
pourarriver aubeaurésultatde tuer, sans la moin- 
dre nécessité militaire, des vieillards, des femmes 
et des enfants inoffensifs : c'est, on l'a dit, du pur 
banditisme. Or, par suite d'une audace vraiment 
incompréhensible, voilà ce que les Allemands qua 
lifienl de guerre humaine^ ce que leurs citoyens 
qui comptent parmi les plus éclairés, des savants, 
approuvent sans faire la moindre restriction. 

La soif de l'or s'est manifestée en 1870-1871 
individuellement ou collectivement, mais avec une 
égale âpreté, sous forme de vols parfois inouïs, 
d'amendes variées dans leurs motifs trop souvent 

I. Reims, par exemple, et sa cathédrale ont été bombardées, pour ne 
parler que du mois de septembre igi4, les i3, i4, i5, iC et i8. Elles 
le sont encore de temps à autre, selon le bon plaisir du général voa 
Heeringen, auquel la balourdise germanique a insuiré cette risible solu- 
tion : «...que les Français évacuent Reims. » 



ICf 



AVANT-PROPOS xxni 

mensongers, .de réquisitions, de contributions de 
i;uerre. 

Le taux de ces contributions fut généralement 
élevé, — quelquefois indigne, comme celle rela- 
tive à la destruction d u pont de Fontenoy, — mais 
l'envahisseur ne disposait pas alors d'apprécia- 
tions exactes surles ressources des contrées occu- 
pées. Depuis, il a mis à profit le temps écoulé; 
aujourd'hui, grâce à l'espionnage infâme, il pos- 
sède tous les renseignements financiers, agricoles, 
industriels et commerciaux nécessaires : Lille et 
surtout Koubaix impitoyablement réquisitionnées 
en ont eu la preuve immédiate. 

Les détournements de valeurs à l'occasion des 
! pillages, les vols directs commis par des officiers, 
tristes émules de leurs inférieurs, sur les habi- 
tants pris comme otages, les prisonniers, les bles- 
sé» si dignes de respect, et même sur les morts, 
sont établis par de nombreux témoignages; plus 
d'une fois^ surtout devant les tribunaux français, 
ils ont été avoués naïvement ou cyniquement, sui- 
vant l'éducation ou la... culture des coupables. Il 
ne faut pas s'en étonner outre mesure, quand on 
voit une Altesse impériale ou royale faire main 
basse, dans un château dont le propriétaire a porté 
le témoignage, sur des collections, choisir des 



XXIV L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

meubles à sa convenance et expédier sur l'Alle- 
magne le tout soigneusement emballé. Cette fois, 
les Juifs de 1870 ont été bien remplacés : les ven- 
tes qui peu à peu s'organiseront de l'autre côté 
du Rhin seront bien pourvues; il yen aura pour 
toutes les bourses. 

Plus encore qu'en 1870, la déloyauté militaire 
s'est exercée; bornons-nous à une énumération : 
guets-apens, c'est-à-dire simulacres de reddition 
d'une troupe en armes; feintes de désertion; 
emploi d'uniformes appartenant à l'adversaire; 
déclaration pendant la nuit d'une fausse natio- 
nalité; tir de balles dumm. 11 paraît qu'il faut 
ajouter à cette liste la projection de liquides 
enflammés dans les tranchées ou de jets d'acide 
sulfurique dans les tigures des combattants. 

Il semble que le mépris allemand pour les trois 
Conventions concernant le service de santé et ce 
qui s'y rattache ait grandi avec le temps. Un 
volume ne suffirait pas pour relater, avec preuves 
à l'appui, les délits et les crimes commis à ce titre 
par les soldats et les officiers allemands depuis le 
commencement de la guerre actuelle : assassinat 
de blessés^ ou de malades; amputation de mains; 

I. Un des exemples les [dus saisissants est celui-ci : dans la nuit du 
22 août, un détachement de ublans extx.dl. de l'ambulance de Gommery 
(Belgique) une trentaine de soldats 1 puis un oflicier les fait fusiller pen- 



AVANT-PROPOS xxv 

yeux crevés; mauvais traitements infligés à des 
médecins; vols commis à leur détriment; assas- 
sinats de médecins même par des officiers; bom- 
bardement d'hôpitaux comme d'ambulances; 
capture et détention arbitraire prolongée de 
membres du personnel sanitaire. 

Dans le même ordre d'idées, on ne saurait pas- 
ser sous silence les profanations et les mutilations 
provenant d'un véritable sadisme commises, 
comme en 1870, sur un grand nombre de morts. 

Citons aussi : les mensonges figurant couram- 
ment dans les communiqués officiels; les coups 
de feu provocateurs ; la légende des yeux crevés 
par les Belges, puis par les Français, légende 
arrêtée dans sa propagation par les formelles et 
loyales dénégations de médecins allemands atta- 
chés aux ambulances ou aux hôpitaux. 

Comme en 1870-1871, l'administration par les 
Allemands des territoires occupés est actuelle- 
ment lyrannique au suprême degré, cruelle dès 
qu'il y a hésitation et uniquement inspirée par 
l'amour du gain. 

Ne craignons pas de nous répéter en ce qui 
concerne les personnes : le sans-gêne absolu, 

dant que ces infurtimôs se réclament à grands cris de leur qualité de 
prisonniers de guerre auprès d'un capitaine, qui est épargné. 



xx-vi L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811 

l'exploitation sans vergogne, le mépris de la souf- 
france, de la vie humaine et de l'honneur ont 
dépassé, dans la guerre actuelle, tout ce que Ton 
pouvait craindre ou même imaginer. 

Dès le 22 août 1914, un général, nommé depuis 
feld-maréchal, von Blilow, reconnaît que, par son 
ordre, toute la localité d'Audiane a été brûlée et 
que « lOG personnes environ ont été fusillées ». 

Ce bourreau ne constituait pas une exception, 
car la plupart des chefs mililaires les plus élevés 
pensaient de même : 

C'est le général von Nicher n'hésitant pas à 
déclarer que les innocents seront mis à mort avec 
les coupables ; 

C'est le général von Heeringen, déjà nommé, 
qui dit : « Le sang allemand vaut mieux que les 
monuments français ; » 

C'est le général von Bissing,qui rejette loin de 
lui «une sentimentalité déplacée », après avoir 
d'ailleurs affirmé, contrairement à la vérité, que 
des blessés, des médecins, des infirmiers ont été 
tués en Belgique et en France. 

Partout s'affirment la haine et la rage de dé- 
truire ou de dévaster_, car partout les Allemands 
ont brisé et jeté par les fenêtres ce qu'il leur 
était impossible d'emporter. De temps à autre, 



AVANT-PROPOS xxvii 

celle haine devient de la stupidité. Ils ont bom- 
bardé la maison de famille du Président de la 
République ; ils détruisent à Crevic celle du gé- 
néral Lyautey, en précisant bien que c'est celui 
qui commande au Maroc. 

Les échos de tant d'actes déshonorants nous re- 
portent, si on y ajoute le martyre d'enfants souillés 
et mutilés, au règne exécrable de Néron, et reten- 
tissentau plus profond des cœurs belges et français. 

Exploités, volés, malmenés, parfois assassinés 
en 1870, les hôtes ont été souvent traités avec 
plus de dureté encore dans la guerre actuelle. 

Le viol de la femme, qui constitua, pour plu- 
sieurs motifs, une sorte d'exception, il y a qua- 
rante-quatre ans, vient de prendre des propor- 
tions inouïes ; encore ce crime fût-il trop souvent 
accompagné, même dans des églises, d'ignobles 
scènes, parfois devant des prêtres maintenus de 
force, et couronné par des mutilations ou des éven- 
trations. Mères de famille, jeunes filles, religieu- 
ses même ont été outragées et le sont encore : 
le nombre de grossesses constatées depuis peu 
ne laisse malheureusement aucun doute sur ces 
atrocités. 

Plus d'une fois, des officiers participèrent pu- 
bliquement à l'infamie de leurs hommes. 



XXVIII L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811 

En 1870-1871, bon nombre de prêtres furent 
insultés, brutalisés; fortpeu cependant furent mis 
d'emblée à mort. 

Pendrint les mois d'août et de septembre der- 
niers, pour nous bornera ces deux mois, un grand 
nombre de prêtres belges, puis français, ont été 
tués, comme par une sorte de défi à Dieu, sous 
le plus léger prétexte ou sans motif; pour la Bel- 
gique, le témoignage du vénéré cardinal Mercier 
est écrasant *. 

Aussi a-t-on pu se demander si l'armée du 
crime, composée en majeure partie, comme acci- 
dentellement, de protestants, ne s'imagina pas, 
dès son entrée dans cet héroïque pays, qu'il s'a- 
gissait d'une guerre religieuse. On ne peut, en 
effet, oublier qu'à l'occasion de la conversion de 
la landgrave de Hesse au catholicisme l'impérial 
barbare, inféodé depuis peu à Mahomet comme 
il l'était déjà à son... «ami» Luther, lui écrivit: 
« Je hais ta religion... et j'ai voué ma vie à la des- 
truction de la superstition romaine. » 

Ce qui donnerait de la vraisemblance à cette 
supposition, c'est que partout, en dehors des 

I. Dans quatre seulement des six diocèses delà Belgique, 4? prêtres 
au minimum furent fusillés en trois semaines, quelques-uns avec des raf- 
finements de cruauté. Oa avait commencé par les accuser d'avoir « excité 
la population à tirer sur les Allemands! » 



AVANT-PROPOS xxix 

meurtres de prêtres^ on a constaté et on constate 
encore la même haine inassouvie contre les édifi- 
ces religieux, — à ce point que plus de mille 
ont été détruits tant en France qu'en Belgique et 
en Pologne, — les statues et les autels ; que par- 
tout les vases et les ornements du culte ont été 
brisés ou souillés, les tabernacles ont été vidés 
et les hosties sacrées indignement profanées ou 
jetées à terre. 

La goinfrerie et la boulimie germaniques sont 
au moins égales actuellement à ce qu'elles furent 
il y a quarante-quatre ans : les carnets de campa- 
gne et certains menus permettent de s'en con- 
vaincre ^ 

Nous avons dit que les biens publics ou privés 
sont traités avec la même rapacité qu'en 1870, 
mais, grâce à une plus exacte connaissance des 
ressources, le rendement est supérieur. On a 
noté dans toutes les régions envahies l'intention 
évidente de les ruiner en noyant les mines de 
charbon,, en ravageant ou en incendiant méthodi- 
quement les filaluros, les usines, les fermes, les 
établissements industriels comme les riches mai- 
sons, les châteaux et les églises. 

I. Le général badois Fabricius s'est vanté... d'avoir enlevé par réqui. 
silion, à Baccarat, loo.ooo bouteilles de vin fin. 



XXX L'INVASION ALLEMANDE EN 1810-187^ 

En ce qui concerne les prisonniers i, des ren- 
seignements, dont il faudrait, — ce qui est impos- 
sible actuellement, — vérifier l'exactitude, autori- 
sent du moins à craindre que, dans beaucoup de 
camps de concentration, ils ne soient pas mieux 
soignés que le furent leurs aînés dont nous nous 
sommes appliqué à retracer les épreuves, les souf- 
frances et, trop souvent, hélas ! le martyre 2. 

Ce que, par contre, on peut affirmer, en se 
basant sur les Enquêtes sérieuses faites par les 
représentants de la Croix rouge française ou des 
Etats-Unis, c'est qu'en France les prisonniers 
allemands sont traités avec humanité, parfois 
même avec une sorte de faiblesse, nourris et 
habillés convenablement, pourvus du nécessaire 
et que certaines défectuosités reconnues au début 
ont été corrigées le plus rapidement possible. 

Les Rapports accablants publiés par la Serbie, 
la Belgique, la France et la Russie établissent ce 

1. Il ne dépendit pas, on ne doit pas l'oublier, du sfénéral badois 
Stenger que l'on s'encombrât de prisonniers. Le aG aoùl, en effet, il 
avait donné aux m?» et ity." r('giinents d'infanterie composant sa bri- 
gade l'ordre suivant : •' A [larfir d'aujourd'hui, il ne sera plus fait de 
prisoiuiiers. Tous les prisonniers seroni massacrés, les blessés en aruus 
ou sans arnirs massacrés. Même les prisoimiers déjà groujiés en convoi 
seront massacrés. Derrière nous, il ne restera aucun être vivant. » Cet 
abominable soldat fut tue le 24 novembre ; il avait mérité de mourir 
autrement . 

2. L'Appendice de cette Etude intitulé : « Les Geôles allemandes en 
1870-1871 », permettra, malgré sa brièveté, de dégager le présent du 
passé. 



AVANT-PROPOS xxxi 

dont est capable celte Allemagne si complaisam- 
ment proclamée religieuse et scientifique, à quel 
I point elle a etïronlément recours au mensonge 
dans toutes les circonstances délicates. 

Les attentats et les crimes que nous nous som- 
mes borné à signaler prouvent que c'est une 
nation de proie aux instincts rapaces et sangui- 
naires offrant dans ses convoitises et dans sa façon 
i de procéder pour détruire les monuments les plus 
I sacrés par la religion, la charité et les êtres hu- 
mains, une entente complète. 

Les actes de piraterie journellement commis 
contre les navires des Neutres, par ordre du Kai- 
ser, ont trouvé chez ses sujets la même appro- 
bation que les tueries et les massacres en bloc 
d'innocents qui suivirent immédiatement l'enva- 
hissement du territoire belge : c'est cependant 
une nouvelle violation du droit des gens. 

A l'état de choses qui vient d'être exposé dans 
toute son iniquité, il n'y a, on l'a dit avec raison, 
qu'un remède : s'appliquer à mettre pour long- 
temps 1(^ peuple allemand dans l'impossibilité de 
nuire. 

Le 3 mars 1 871, Gambella, saluant à Bordeaux 
la dépouille mortelle du dernier maire de Stras- 
bourg, le courageux docteur Kiiss, accentuait 



XXXII L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

« la protestation du droit et delà justice contre la 
force et l'infaaiie » ! 

L'heure du règlement de compte approche, 
espérons-le. Maurice Barrés a étudié, dans un de 
ces articles à la fois si énergiques et clairvoyants 
qui l'honorent, la conduite à tenir quand elle 
sonnera. Il suffira, pour que les sanglants sacrifi- 
ces consentis par les Alliés ne soient pas inutiles, 
et pour que la France, ayant recouvré son <( pré 
carré », puisse jouir d'un repos si chèrement 
acheté, d'imposer simplement aux Allemands, 
en prenant les précautions nécessaires, les condi- 
tions mêmes qu'ils prétendaient nous imposer. 

L'indiscret comte Bernstorff, ambassadeur aux 
Etats-Unis, a énuméré, en juillet dernier, avec 
légèreté, comme quelque chose de très naturel, 
ce qu'il appelait « les dix commandements » : 
faisons-les nôtres alors et appliquons-les sans 
pitié pour rétablir le Droit et assurer le triomphe 
de la justice. 

Paris, le 1er mars 1915. 

Général F. Canonge. 



PRÉFACE DU I" MARS 1914 



Il nous a semblé utile, au momenl où Je palrio- 
lisme se ressaisit enfin en France, après une trop 
longue éclipse, d'établir, — pour l'encourager et 
le réconforter chez ceux qui sont encore indécis, 
— le martyrologe des trente-quatre départe- 
ments qui eurent à subir l'invasion et l'occupa- 
tion allemandes. 

Notre enquête, poursuivie non sans souffrir, a 
été dominée par l'unique souci de dégager la 
vérité ; elle repose exclusivement sur des docu- 
ments d'une incontestable authenticité : procès- 
verbaux, relations, journaux, souvenirs de prove- 
nance variée signés par des gens honorables. 

Tous les récits que la Légende a propagés, — 
bien que la fantaisie y ait joué trop souvent un 
rôle regrettable, — ont été soigneusement mis 
de côté : notre information est donc rigoureuse. 

Pour retracer une histoire à peu près com- 



XXXIV L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

plèle de roccupatioii allemande en 1870-1871, il 
faudrait plusieurs volumes; tel n'a pas été notre 
but. Ceux de nos lecteurs qui constateront desj 
lacunes pour la région les intéressant voudront 
donc bien se rappeler^ en cas de lacunes^ que 
nous nous sommes seulement proposé de donner 
une idée générale exacte des pertes et des souf- 
frances trop souvent épouvantables que la rapa- 
cité et la barbarie de l'envahisseur imposèrent à 
des citoyens français inolTensifs. 

Le rappel de ces misères n'est que trop justi- 
fié : c'est un hommage légitime rendu à la mé- 
moire de ceux qui ne sont plus ; c'est un impé- 
rieux sursum corda adressé à leurs descendants, 
qui ne sauraient rejeter l'héritage transmis. 

Un peuple justement désireux de sauvegarder 
son indépendance et de demeurer digne d'un 
passé glorieux a le devoir strict, — lorsque l'ho- 
rizon s'assombrit de plus en plus en Europe, — 
de puiser dans les événements les plus récents les 
inspirations et la règle de sa conduite. Agir autre- 
ment serait commeltre un crime de lèse-patrie. 

Lorsque, sous la pression d'un remords plus 
ou moins conscient, — en admettant qu'il soit 
possible, — l'ennemi vraiment héréditaire affirme 
avec persistance, par ses agissements, que, pour 



PREFACE DU 1" MARS 1914 xxxv 

lui, la Force doit continuer à primer le Droit, le 
devoir de tous les Français ne saurait être dou- 
teux : sacrifier au salut de la Patrie, pour ne 
pas continuer à faire le jeu de l'Etranger, leurs 
tristes et égoïstes intérêts de partis comme de 
personnes, leurs haines aveugles ; en un mol, 
former un seul faisceau, s'unir pour être en état 
de faire respecter le Droit. 

Laissant, en piiucipe, au Lecteur le soin de 
dégager des faits exposés les enseignements qu'ils 
jcomportenl, l'auteur s'excuse de n'être pas tou- 
jours parvenu à maîtriser les accents d'une indi- 
gnation trop légitime, hélas I 

L'Armée allemande renferme dans son sein, 
il n'en doute pas, un grand nombre d'officiers 
loyaux, délicats et d'une sérieuse valeur morale ; 
ces officiers ne manqueront pas de demeurer 
étonnés, attristés, humiliés même en prenant con- 
naissance de tant d'actes qu'ils ignoraient ou que 
l'on s'était appliqué à atténuer le plus possible. 

Si demain il faut croiser le fer, que ce soit en 
hommes d'honneur, en soldais fermement réso- 
lus à ne point porter atteinte à ce palrimoine 
commun. 

Paris, le le^ mars 1914- 

Général F. Ganonge. 



L'INVASION ALLEMANDE EN 18"0 1871 



DlVlSlOiNS GÉNÉRALES ADOPTÉES 

Livre I. — Opérations de la guerre; 

Livre II. — De l'Occupation ; 

Livre III. — L'Armistice. La Paix. Réflexions 

FINALES. I 

Nota. — Le mode de répartition des matières a plu- 
sieurs fois imposé, dans les deux premiers livres, des ré- 
pétitions ; il n'y avait pas d'autre moyen de présenter cer- 
tains sujets sous leurs différentes faces : il se peut que la 
forme y perde; mais la démonstration y a gagné en force: 
c'est là l'essentiel. 



HISTOIRE DE L'INVASION ALLEMANDE 

EN 1870-1871 



LIVRE PREMIER 
Opérations de la guerre. 

CHAPITRE PREMIER 
CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES 



Généralités. — Etat de la question duDroitdcs gens en juillet 1870.— 
Bellii^éranls et non-belligérants. — Questions diverses. — Des repré- 
sailles. 

GÉNÉRALITÉS 

1 Le Droit des gens ou international qui prit nais- 
' sance avec les nécessités de la guerre ne s'est trouvé 
I consacré qu'au fur et à mesure de radoption de la loi 
î d'amour de Notre Seigneur .Jésus-Cririst *. 

Le Hollandais Grotius (i 583-1 640), que l'on a pu 

[dénommer le père du Droit des gens, fonda cette 

science-, qui fut élucidée, de 179a à i8i5, parvingt- 

I. MoNTF.souiKU, Esprit des Lois, livr. Il, cluip. m. 
2. Son traité, De Jure pcicis ac tt//(, parut, en 1625, à Paris où, banni, 
il s'était réfugié. 

1 



â L'INVASION ALLEMANDE EN 18-0-1811 

trois ans de guerre auxquels les Irailés de Vienne 
servirent de conclusion. 

Guizot a dit, avec l'élévation de vues qui lui étaient 
propres : 

Dans le cours de trois siècles, les plus grands de l'histoire, 
trois empires, les plus grands qu'ait vus le monde, sont tom- 
bés dans une rapide décadence pour avoir insolemment méprisé 
et violé le droit public européen et chrétien ; trois fois, ce droit, 
après avoir subi les échecs les plus rudes, s'est relevé plus fort 
que le génie et la gloire '... 

Les règles constituant le Droit des gens varient, à 
n'en pas douter, avec les époques, les pays et les éco- 
les de philosophie; elles ne sont pas acceptées de tous. 
Certes, il est regrettable qu'il soit nécessaire de le 
présenter sous divers aspects, l'un théorique, l'autre 
pratique, et que les principes les plus justes en morale, 
en politique, ne se confondent point dans l'applica- 
tion ; quelque dangereuse que soit, surtout à la 
g-uerre, cette incertitude, le Droit des gens a une sanc- 
tion qu'il ne faut pas, malgré l'assertion cynique du 
comte de Bismarck, demander à la force brutale, c'est- 
à-dire à la guerre. 

Rallions-nous donc au noble langage de MM. Funck- 
Brentano et Albert Sorel, que Guizot eût approuvé : 

. . . Les hommes politiques peuvent quelquefois jouir de l'im- 
punité, parce qu'ils meurent ; les nations ne le peuvent jamais, 
parce qu'elles vivent toujours assez longtemps pour subir les 
conséquences de leurs actes. La destruction, loin de leur assurer 
l'impunité, est pour elles la dernière et la plus terrible consé- 
quence de leurs aberrations ou de leurs crimes. 

C'est dans cet enchaînement nécessaire des causes et des effets 

I. Guizot, Mémoires, t. I, chap. xvii. 



CONSIDERATIONS PRELIMINAIRES 3 

qu'est la sanclion du Droit des gens. N^jlle Nation, nul Etat n'y 
échappe et liiistoire tout entière des relations des peuples n'en 
est que la longue et péremptoire démonstration. . , i. 

Pour Grotius, la g-uerre était : « Un débat qui se 
vide par la force ; » nous ajouterons, par une force 
quin'estnullement libre de toute entrave; sinon, ainsi 
que l'a dit Jiossuet, la guerre « ferait croire à une 
lutte contre quelque bète farouche ou cjuelque mons- 
tre ennemi du genre humain». 

Jean-Jacques ilousseaua donné une déiinition con- 
forme à la loi morale ; nous l'adoptons d'autant plus 
volontiers qu'elle sera d'une application constante 
dans cette Etude : 

La guerre n'est point une relation d'homme à homme, mais 
une relation d'Etat à Etat, dans laquelle les particuliers ne sont 
ennemis qu'accidenlellement, non point comme hommes, ni même 
comme citoyens, mais comme soldats; non point comme membres 
de la patrie, mais comme ses défenseurs . . , -. 

Le droit de la guerre repose sur le droit de légitime 
défense, lorsque, la g-randeur désintérêts en présence 
rendant illusoire un arbitrage, tous les moyens d'in- 
fluence morale propres à amener une entente ont 
été épuisés. Dès lors, la loi morale s'impose à tous 
les membres considérés individuellement ou collecti- 
vement de deux nations chrétiennes qui se flattent 
d'une civilisation plus ou moins raftiuée. 

Il ne s'agit pas ici, — on voudra bien l'admettre, 
— d'entraver une action qui, sur le champ de bataille, 
ëhtraîne à des rigueurs inévitables ; il dépend de 
l'honneur des nations engagées d'humaniser le plus 

I . Fukck-Brentano et Albbrt Sorel, Précis du Droit des gens, 
pp. 8 et 9. 

a. Du Contrat social , chsL\). iv. — De l'esclavage. 



4 L'INVASION ALLEMANDE EN ISTO-lSll 

possible la guerre, lorsque les passions se sont mo- 
mentanément calmées, en un mot, de ne point ériger 
en principe la brutalité si voisine de la bestialité. 



ÉTAT DE LA QUESTION EN JUILLET 187O 

En juillet 1870, au moment où la guerre éclata, les 
Lois de la guerre existaient pour les Allemands, qui les 
invoquèrent à tout propos *, si souvent à tort, comme 
pour les Français. 

Le Droit des gens en temps de guerre reposait 
alors, — en sous-entendant les coutumes ou usages 
légués par la tradition, — sur les documents suivants 

« Règlement français du 3 mai 1882 sur le Service 
des Armées en campagne » ; 

« Instruction de i863 pour les armées en campagne 
des Etats-Unis du Nord » ; 

« Convention internationale de Genève du 22 août 
1864, passée « en vue d'adoucir les maux irrépara- 
bles de la guerre, de supprimer les rigueurs inutiles 
et d'améliorer le sort des blessés sur les champs de 
batailles » ; 

« Déclaration de la Commission internationale de 
Saint-Pétersbourg du 11 décembre 1868», portant 
interdiction d'user de certains projectiles explosibles en 
temps de guerre, et limitant leur poidsà^oo grammes. 

A cette déclaration, empruntons trois passages 
caractéristiques : 

... les progrès de la civilisation doivent avoir pour effet d'at- 
ténuer autant que possible les calamités de la guère...; j 

I. Que de fois les officiers français protestant contre des actes rigou- 
reux, injustes, n'ont obtenu que cette réponse: » Que voulez-yous I 
c'est la guerre » ; ou : « C'est un grand malheur de la guerre I » 



CONSIDERATIONS PRELIMINAIRES 5 

... le seul but légitime (jue les Etats doivent se proposer dans la 
guerre est l'affaiblissement total de l'ennemi...; 

... à cet effet, il suffira de mettre hors de combat le plus grand 
nombre d'hommes possible. 

Les Allemands en général, et plus particulièrement 
les Prussiens, qui sont à leur façon, des éclectiques, 
connaissaient les travaux de Grotius et surtout ceux 
de leur compatriote Bluntschli, qui, dès le lendemain 
de la guerre de 1870, avait traité humainement, 
dans sa chaire de l'Université d'Heidelberg, la ques- 
tion du Droit des gens. 

Mais Bluntschli était un doux ; aussi, de proche 
en proche, le désir de briser, per fas et nefas, une 
résistance d'autant plus irritante qu'elle était impré- 
vue et une déshonorante soif de l'or amenèrent-ils le 
roi Guillaume, vrai responsable, à rejeter ses gênants 
principes et à s'appuyer sur un Neufchâtelois retors, 
Wattel (xyi/j-iyd/i), le plat serviteur de Frédéric II. 

De l'exposé précédent, il nous semble résulter que, 
vers le milieu de l'année 1870, les principes suivants 
étaient ouvertement ou tacitement admis par les gran- 
des nations chrétiennes de l'Europe. 

Vu l'unique but de la guerre où les nécessités pri- 
ment tout, la liberté la plus complète doit régner en 
matière d'oj)érations militaires. 

Si la prétention d'affranchir la population civile de 
tous les contre-coups de la guerre est inadmissible, 
par contre il convient de revenir à la modération dès 
qu'il est possible. 

La Justice, le Droit et lu Civilisation sont trois 
grands principes modernes qu'une Nation qui se res- 
pecte doit interdire à ses armées de violer. 

Il s'ensuit que toute population civile ne faisant 



6 L'INVASION ALLEMANDE EN 18-0-1871 

pas acte de combattant a le droit de bénéficier de la 
neutralité au même titre que les soldats capturés, 
cette neutralité cessant de plein droit lorsque, par 
patriotisme, des habitants se transforment en combat- 
tants. 

Employer un système de terreur envers des gens 
qui ne sortent pas de leur rôle passif constitue, quand 
on a pour soi la force, une véritable lâcheté. 

Il est doncindig-ne d'hommes de guerre, surtout s'ils 
s'intitulent civilisés, à plus forte raison chrétiens : de 
prétendre imposer le responsabilité à des populations 
inofFensives pour des faits de g-uerre se produisant 
sur leur territoire, faits qu'elles sont contraintes de 
subir elles-mêmes, tout en y demeurant complètement 
étrangères : d'avoir recours de sang-froid à de cruelles 
représailles que la morale réprouve ; de mépriser, de 
maltraiter les prisonniers et les blessés qui, désarmés, 
sont sans défense ; de mutiler ou de tuer le vaincu 
après lui avoir refusé quartier ; de tuer, — ce qui 
constitue un assassinat, — en dehors de la lutte. 

Un soldat chrétien, dont l'éducation aura été bien 
dirigée, doit donc garder en réserve, dans son âme 
compatissante, le sentiment du juste et celui de la 
pitié jamais blasée, toujours A^ibrante. Il doit être 
persuadé que, comme le recommandait le Règlement 
français du 3 mai 1882, la générosité hoîiore le cou- 
rage, que, représentant sur un territoire étranger la 
civilisation de son pays, il se rendrait coupable d'un 
crime de lèse-patrie en compromettant « par les abus 
de la force et par le déchaînement des passions guer- 
rières la renommée delà nation * ». 

Quant à l'officier, dont la responsabilité est tou- 

I. Jules Guelle (capitainç et docteur en droit), Précis de la guerre. 



CONSIDERATIONS PRELIMINAIRES 7 

jours plus OU moins sérieusement eng-ag-ée par les 
excès de ses inférieurs, il est un principe réî^ulateur 
qu'il ne doit jamais oublier : « Proscrire tout ce qui 
serait contraire aux lois de l'humanité, sans être abso- 
lument utile ou nécessaire au but lég^itimc, qui est 
l'affaiblissement des forces militaires de l'ennemi, pour 
le contraindre à donner satisfaction i ... » 



BELLIGERANTS ET NO.N-BE I.LIGERANTS 

La qualité de bellig-érants ou de combattants appar- 
tient de plein droit aux troupes régulières et, sous 
certaines conditions, aux troupes auxiliaires. Les con- 
ditions à remplir par celles-ci sont les suivantes : 

i" Etre reconnues et autorisées par le gouvernement 
au nom duquel elles combattent ; 

2° Etre organisées hiérarchiquement et dépendre au 
moins du commandant de l'armée ; 

3° Porter les armes ouvertement et respecter les loi» 
et usages de la guerre. 

En 1870-187 1, ces conditions furent remplies par 
nos troupes auxiliaires : la loi spéciale du 29 août 1870 
régularisa la situation delà garde nationale ; la garde 
mobile fut aussi rég^ulièrement organisée ; quant aux 
francs-tireurs, pourvus de commissions, portant un 
uniforme, ils furent rattachés, par le décret du 20 sep- 
tembre 1870, soit à un corps d'armée en opération, 
soit à une division militaire territoriale. 

Aussi, lorsque le chancelier Bismarck voulut sou- 
lever des difficultés à propos de nos troupes auxiliai- 
res qui, évidemment, le gênaient lui fut-il répondu, le 
2 septembre, que, toutes les conditions requises étant 

I. Quelle (Jules), op. cit., p. 98. 



8 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

remplies, si la Prusse les traitait comme non-belligé- 
rants, les chefs de corps français « useraient de 
représailles envers les hommes de la landwehr et du 
landsturm représentant les mêmes forces de l'Allema- 
gne » ; il se le tint pour dit. 

Parmi les non-belligérants doivent être rangés les 
médecins, pharmaciens, intendants, officiers et com- 
mis d'administration, aumôniers qui ne font pas acte 
d'hostilité, et être traités comme tels. 



QUESTIONS DIVERSES 

A la guerre, certains moyens de nuire sont interdits 
comme barbares ou comme perfides, soit dans l'atta- 
que, soit dans la défense. 

Sont réputés moyens barbares : les cruautés, vio- 
lences ou rigueurs inutiles envers un ennemi qui se 
rend, un prisonnier résigné à son sort ou même qui, 
s'étant évadé sans avoir engagé sa parole, est repris ; 
l'emploi du pétrole pour accomplir des actes de ven- 
geance ou même d'intimidation ; l'emploi de certains 
projectiles explosibles ou de matières propres à causer 
des souffrances inutiles ; l'enrôlement dans l'armée de 
sauvages ignorant les lois de la guerre. 

Dans la seconde catégorie, il convient de compren- 
dre : le poison ; l'usage de projectiles empoisonnés ; 
l'emploi de toute ruse de guerre portant atteinte à la 
loyauté de la lutte : arle de lever la crosse en l'air 
comme si on avait l'intention de se rendre ; usage 
mensonger du drapeau parlementaire, du brassard ou 
du drapeau de Genève. 

Pendant le siège de Paris, le chancelier Bismarck, 
cédant à une irritation fréquente chez lui, eut la pré- 



CONSIDERATIONS PRELIMINAIRES 9 

tention de traiter les aéronautes en espions* ; il ne 
put donner suite à ce projet 2 : mieux inspirés, les 
Allemands s'efforcèrent, sans y parvenir, d'atteindre 
les ballons à l'aide de projectiles. En somme, agis- 
sant ouvertement et sans perfidie, les aéronautes 
sont des belligérants qui, dans le cas où ils sont cap- 
turés, ont le droit strict d'être traités comme des 
prisonniers de çucrre. 

Eu ce qui concerne l'espionnage, insistons sur ce 
point que la clandestinité constitue son caractère 
essentiel : on ne saurait donc assimiler aux espions ni 
les soldats revêtus de leur uniforme, ni les courriers 
porteurs de dépêches, ni les messagers chargés de 
communications verbales qui, n'étant pas militaires, 
voyagent ouvertement. 

Même en cas de flagrant délit, un espion ne saurait 
être mis à mort, c'est-à-dire pendu ou fusillé, qu'à 
la suite d'un jugement régulier, quelque sommaire 
qu'il soit. 

Les caractères et la répression de la trahison relèvent 
essentiellement du droit public de chaque Etat : ici 
encore le coupable doit être entendu et jugé. 

DES REPRÉSAILLES 

Si les représailles constituent parfois la seule res- 
source dont on dispose contre un ennemi qui a violé 
les lois de la guerre, elles sont un moyen, mais ne 
constituent jamais un droit ; elles doivent donc être 

I. 65 ascensions, très rapprochées les unes des autres, firent sortir de 
Paris i65 personnes, dont Gambetla, et des pigeons qui emportèrent plu- 
sieurs milliers de lettres. 

3. Lettre adressée, le 18 novembre, à M. Washburne, ministre des 
Etats-Unis. 



10 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

précédées par une enquête sérieuse et ordonnées après 
mûre réflexion : employées comme moyen de coerci- 
tion^ elles ne sauraientjamais l'être comme moyen de 
châtiment. 

Si les représailles dépassent en rigueur les infrac- 
tions à réprimer et les limites dictées par l'humanité, 
on peut être certain qu'elles en appelleront à leur 
tour d'autres ; dès lors, laguerre entre les particuliers 
se substituerait à la guerre entre les Etals. 



CHAPITRE II 

CONDUITE DES ARMÉES ALLEMANDES PENDANT 
LA GUERRE 



Première partie 

l. i8i3 et i8yo. — La levée en masse. — Ordonnance prussienne du 
26 avril i8i3 concernant le Landsturm — Décret delà Délégation de 
Tours du 2 novembre 1870. — Documents allemands du mois d'août 
1870 : le roi Guillaume !«'■ ; le Prince royal son fils. — Xote allemande 
en décembre 1870. 

n. Des Francs-tireurs. — Considérations générales. — Prétentions 
allemandes. — Deux actes. — Opinion du major Hans deKretscbman. 

in. Le Régime de terreur. — Son but, sa caractéristique, moyens 
employés. — De l'exécution militaire. — Rôle présumé du comte de 
Bismarck. — Inflexibilité du système depuis le commencement jusqu'à 
la fin de la guerre. — De l'espionnage. 

IV. Mesurea prises par les Allemands pour procurer à leurs 
armées toute la sécarilé désirable. — Leur division. — Mesures par- 
ticulières concernant : le désarmement; la conscription; les commu- 
nications; le ser^-icc des Postes. 

V. Fond ionn/' ment du régime de terreur : Moyens moraux ; Amende; 
Pillage; Incendie; Meurtre. 

VI. Conduite générale des Allemands envers : les Gardes mobiles; 
les Gardes nationaux ; les Francs-tireurs ; les Fonctionnaires ; les 
Maires surtout; les Otages; les Populations inofFensives, notam- 
ment celles des campagnes ; les villes, bourgs ou villages n'ayant 
opposé aucune résistance; les Prisonniers de guerre. 



I. — 1813 et 1870 

LA LEVÉE EN MASSE 

La levée en masse qui fut employée, dès le moyen 
âge, comme un moyen suprême de défense, oppose 
tout un peuple à rennemi victorieux. 



12 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811 

La Convention y eut recours en 1793. Elle la décréta 
le 16 août et, le 25, elle fit sienne par acclamation la 
proposition de Barrère : « Tout citoyen est soldat 
quand il s'ajg;^it de combattre la tyrannie. Jusqu'au 
moment où les ennemis seront chassés du territoire 
de la République, tous les Français sont en réquisition 
permanente pour le service des armées. » 

Ainsi que nous allons le dire, les Prussiens firent 
usage de la levée en masse en i8i3, dans la lutte 
suprême contre Napoléon P*". 

Il était naturel, quand la France fut réduite aux 
abois, que Gambetta, imbu des souvenirs de 1798, que, 
d'ailleurs, il interpréta mal, se figurât avoir trouvé la 
formule de salut en faisant décréter par la Délég-ation 
de Tours non la levée en masse, mais, ce qui n'est pas 
la même chose, la levée générale. 

ORDONNANCE PRUSSIENNE DU 26 AVRIL l8l3 CONCERNANT 
LB LANDSTURM 

Noms ne reproduirons pas in extenso l'Ordonnance 
devenue historique du 26 avril i8i3; il suffira de 
signaler textuellement quelques points caractéristiques 
engag'eant l'avenir. 

L'article premier donne l'esprit de ce document : 
« Chaque citoyen est tenu de repousser l'ennemi avec 
les armes dont il peut disposer, quelles qu'elles 
soient ; de s'opposer à ses ordres et à leur exécution, 
àequelque nature qii ils soient ; de braver ses défenses 
et de nuire à ses projets par tous les moyens possi- 
bles. » 

Ordre est donné à tout citoyen n'appartenant pas à 
la Landwehr de participer à « une défense légitime » 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 13 

qui autorise et sanctionne tous les moyens, » les plus 
décisifs étant les meilleurs : 

Dans l'énumération des services à rendre par le 
Landsturm fig^ure la recommandation « d'enlever les 
ambulances» de l'ennemi (art. 8). 

L'article i3est assez sij^nificatif : «Le Landsturm 
n'a ni uniforme, ni signes particuliers, car ces uni- 
formes et ces signes serviraientà les faire reconnaître 
par l'ennemi et l'exposeraient aux persécutions. » 

On menaçait (art. 29) des représailles les plus ter- 
ribles les Français « qui oseraient punir comme bri- 
gands » les patriotes du Landsturm. 

On recommandait (art. 60) d'employer, comme 
espions, les femmes, les enfants. 

Enfin, l'article 71 préconisait l'em/^/o/ de l'incendie. 

Le but poursuivi était noble ; toutefois, on con- 
viendra, en constatant la perfidie et la sauvagerie des 
moyens préconisés, que l'expression de « brigands » 
était pleinement justifiée. 

Or, dès le début de la guerre de 1870, oublieux du 
passé que, sans pudeur, ils renièrent, le roide Prusse, 
ses généraux et le chancelier Bismarck s'opposèrent, 
avec une feinte indignation, — ce qui est bien dans le 
caractère allemand, — aux efforts de nos corps francs : 
ceux-ci cependant, munis, nous l'avons dit, d'une 
commission régulière et reconnaissables à leur uni- 
forme, combattirent loyalement, mais ils constituaient 
une gène sérieuse. 

L'Ordonnance du 2O avril i8i3 était si présente à 
l'esprit des vieux généraux prussiens que l'un d'eux, 
Vogel de Falkenstein, commandant l'armée d'obser- 
vation du Hanovre, s'en inspira dès que la guerre fut 
déclarée : « Que chaque Français qui mettra le pied 



14 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811 

sur VOS côtes devienne votre proie », prescrivit-il après 
avoir appelé aux armes toute la population. Plus tard, 
il répondit au maire de JPontoise, après le pillage de 
cette ville : « Que voulez-vous ? en guerre, le droit 
qui prime tout cest la force ! » 

Comme l'Allemagne en i8i3, la France avait, en I 
1870, le droit absolu défaire une guerre de partisans; 
elle en usa avec modération, loyalement, et n'encou- 
rut, à aucun moment, l'hypocrite reproche de sau- 
vagrerie. 



DECRET DE LA DELEGATION DE TOURS 

du 2 novembre i8yo 

En novembre 1870, « Considérant que la Patrie est 
en danger, que tous les citoyens se doivent à son salut, 
que ce devoir n'a jamais été ni plus pressant ni plus 
sacré que dans les circonstances présentes », la Délé- 
gation de Tours décrète, à l'instigation de Gambetta : 

que « tous les hommes valides de 21 à 4o ans, 
mariés ou veufs avec enfants, seront mobilisés » ; 

qu'ils « seront organisés par les préfets » ; 

que, leur organisation une fois terminée, le 18 no- 
vembre, ils seront « mis à la disposition du ministre 
de la guerre ». 

Il est à peine besoin de faire remarquer que, seize 
jours séparant le 18 novembre du 2, c'était aller quelque \ 
peu vite en besogne ; mais une précipitation inconsi- 
dérée marqua la plupart des décisions prises par des 
gouvernants inexpérimentés, trop pressés ou se refu- 
sant à tenir compte des avis des gens compétents. 

Le 25 novembre 1870, un décret pourvut à la créa- 
tion de camps d'instruction dans lesquels devaient 
être instruits les corps en voie de formation. 



CONDUITE DES ARMÉES ALLEMANDES 15 

ENGAGEMENTS PRIS, EN AOUT 187O, PAR LE ROI GUIL- 
LAUME I^"", ENVERS LA NATION FRANÇAISE 

Dès son entrée sur le territoire français, le roi de 
Prusse tint en langage conforme au droit des gens et 
prit envers la France des engagements formels dont 
i^ la prompte violation ne saurait être justifiée. 

Les deux proclamations des 8 et 1 1 août 1870 
ï doivent être reproduites in extenso : 

La première, datée de Hombourg, le 8 août, est 
adressée aux armées allemandes. 



Soldats ! 

La poursuite de l'ennemi repoussé après de sanglants com- 
bats a déjà conduit une grande partie de notre armée au delà de 
la frontière. Plusieurs corps d'armée fouleront aujourd'hui et 
demain le sol français. Je compte que la discipline qui vous a 
distingués jusqu'ici sera observée, surtout en territoire ennemi. 

jVous ne faisons pas (a guerre aux pacijiques habitants du 
pays ; c'est au contraire le devoir de tout bon soldat, jaloux de 
son honneur, de protéger la propriété privée et de ne pas per- 
mettre que le bon renom de notre armée soit entaché même 
par des actes isolés d'indiscipline. 

Je compte à cet effet sur le bon esprit de l'armée, ainsi que 
sur la surveillance et la sévérité de tous les chefs. 

Le II août 1870, Guillaume P*" s'adresse aux Fran- 
çais : 

Nous, Guillaume, roi de Prusse, faisons savoir ce qui suit aux 
habitants des territoires français occupés par les armées alle- 
mandes... Je fais ta guerre aux soldats et non aux citoyens 
français. Ceux-ci continueront, par conséquent, à jouir d'une 
complète sécurité, pour leurs personnes et leurs biens, aussi 
longtenq)s qu'ils ne me priveront pas eux-mêmes, par des en- 
treprises hostiles contre les troupes allemandes, du droit de 
leur accorder ma protection. 



16 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

Les généraux commandants des différents corps détermineron 
par des dispositions spéciales qui seront portées à la connais- 
sance du public les mesures à prendre envers les communes ou 
les personnes qui se mettraient en contracdition avec les usages 
de lu guerre... 



LANGAGE DU PRINCE ROYAL DE PRUSSE 

Déjà le prince royal de Prusse avait devancé les 
ordres de son père. AjSoultz, en effet, avaient paru 
simultanément, le 8 aotil, une proclamation du Prince 
et un Ordre qui eut naturellement son approbation 
puisqu'il portait la sig'nature du lieutenant général de 
Gotsch, inspecteur général des étapes de la III" ar- 
mée. 

La proclamation du Prince comprenait deux par- 
ties : la première, qui comptait cinq articles, établis- 
sait durement la juridiction militaire en n'ayant g'uère 
recours qu'à la peine de mort avec exécution immé- 
diate ; la seconde réglait d'une manière équitable l'a- 
limentation delà troupe et fixait les réquisitions. 

L'Ordre signé de Gotsch a une importance consi- 
dérable : très étudié, il constitue, en etFet, un pro- 
g'ramme dont s'inspirèrent les autres commandants 
d'armée et qui fut suivi de point en point jusqu'à la 
fin de la g'uerre. 

Après avoir affirmé à son tour que la guerre était 
dirigée « contre le gouvernement français et non 
contre les citoyens paisibles », de Gotsch énumérait 
les cas où « les personnes ne faisant pas partie des 
troupes françaises » encourraient la peine de mort : 

lo Lorsqu'elles serviront d'espions aux troupes impériales fran- 
çaises (?) ou lorsqu'elles auront accueilli, caché ou aidé des es- 
pions français ; 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 17 

2° Lorsqu'elles auront montré volontairement les chemins 
aux troupes françaises (?) ou indiqué comme guides ou intention- 
nellement de taux chemins aux troupes de Sa Majesté le roi de 
Prusse et de ses alliés ; 

3° Lorsqu'elles auront tué, blessé ou volé par vengeance ou 
par cupidité des personnes appartenant à l'armée de Sa Majesté 
le roi de Prusse et de ses alliés ; 

4" Lorsqu'elles auront détruit des pouls ou des canaux, des 
chemins de fer ou des lignes télégraphiques, ovi rendu des che- 
mins impraticables, ou mis le feu aux munitions, provisions de 
vivres, effets de guerre ou aux quartiers des troupes; 

5" Lorsqu'elles auront porté les armes contre les troupes de 
Sa Majesté le roi de Prusse ou de ses alliés. 

Les autorités du territoire restent en Jonctions jusqu'à 
nouvel ordre et continueront à fonctionner sous ma propre au- 
torité. Les fonctionnaires ne conservent aucun rapport adminis- 
tratif avec les autorités françaises en dehors du département, 
mais seulement avec moi-même ou avec les employés nommés 
par moi. Les contrevenants seront punis de suspension ou mis 
en état d'arrestation. 

La préoccupation naturelle des généraux allemands 
fut d'assurer aux armées toute la quiétude nécessaire 
pour que des événements secondaires n'apportassent 
pas un retard à leur marche et de maintenir la liberté 
des communications que constituent les voies ferrées 
et les lignes télégraphiques. 

Mais ilétait inique, monstrueux, de prétendre impo- 
ser aux « citoyens paisibles » la responsabilité d'évé- 
nements auxquels ils étaient totalement étrangers 
dans leurs causes comme dans leurs effets. Les chefs 
qui prescrivirent des répressions et ceux qui, obéis- 
sant aux ordres reçus, les aggravèrent sans nécessité 
dans l'application avec des raffinements de cruauté, 
ont joué un rôle odieux : or, tous. Prussiens, Bava- 
rois, Badois, Saxons, Hessois et Wurtembergeois, se 



iS L'INVASION ALLEMANDE EN 18*0-1871 

conduisirent ainsi pendant !a seconde partie de la 
guerre. 

NOTE ALLEMANDE EN DECEMBRE. 187O 

L'ordre publié le 10 décembre 1870,. à Boulzicourt, 
par le général Senden, commandant la 3® division de 
réserve, s'appuie sur l'autorité du prince Frédéric- 
Charles pour fixer la responsabilité des citoyens 
paisibles ; pour qualifier de « traîtres » les francs-ti- 
reurs, qui seront « pendus ou fusillés sans autre forme 
de procès » ; pour inviter les maires à dénoncer ces 
soldats, sous peine de brûler ou de bombarder leurs 
villages... 

II. — Des Francs-Tireurs. 

CONSIDÉRATIONS GENERALES 

Il faut, en vérité, une bien g-rande complaisance 
ou une connaissance très superficielle de la guerre 
franco-allemande pour soutenir que les Allemands 
tinrent peu de compte des francs-tireurs. La vérité 
est que, pendant toute la durée de la lutte, ceux-ci ne 
cessèrent de leur inspirer, à des degrés naturellement 
différents, de l'appréhension, de la crainte, parfois 
même une terreur véritable. 

Le haut commandement voyait en eux une cause 
de ralentissement dans les opérations et de pertes plus 
ou moins sensibles ; les officiers leur reprochaient de 
compromettre à la fois leur sécurité et leur repos ; 
quant aux soldats, la peur qu'ils ressentaient peut 
seule expliquer les cruautés, parfois atroces, qu'ils leur 
infligèrent. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 19 

Un auteur auquel nous aurons souvent recours a 
donc eu raison de dire : 

La haine des Prussiens contre les gardes nationaux n'est rien 
encore comparée à leur exécration des francs-tireurs. Leurs actes 
de représailles contre cette vaillante milice d'irrégnliers ne sont 
qu'une suite d'abominations où la férocité, prise de vcrtige,arrive 
à la démence.. . *. 

Louis Schneider, qui vivait dans la quasi-intimité 
du roi de Prusse, a noté l'impression désagréable que 
son maître éprouva quand il apprit, le i8 octobre 
qu' « on avait vu dans le voisinage de Ferrières, si 
près de la grande ligne d'étapes», une bande de francs- 
tireurs « bien armés et même munis d'un canon de 
campagne» ; il ajoutait : «les francs-tireurs pouvaient 
être regardés comme le signe avant-coureur d'un sou- 
lèvement général de la nation et cette perspective 
n'était rien moins que réjouissante -. » 

Tel Allemand déclare « traîtresse et infâme » la fa- 
çon dont les francs-tireurs faisaient la guerre et récla- 
mait contre eux une «sévérité draconienne». 

L'irritation qu'éprouvaient les officiers allemands 
contre les francs-tireurs croissait avec le sentiment 
qu'ils éprouvaient de l'infériorité de leurs soldats sur 
les nôtres pour la guerre de partisans. 

L'Allemand, né fantassin et lignard, excellent tireur, est un 
détestable franc-tireur. La vie d'aventures et de privations lui 
répugne. Lourd, méthodi(pie et gastronome, il faut qu'il trouve le 
confortable dans la guerre pour y déployer tous ses moyens. 
L'Allemand, c'est le type réussi et perfectionné du sédentaire s. 

I. FouRîfiER (Edouard), les Prussiens chec nous, p. Su. 

a. Schneider (Louis), l'Empereur (juillaume, souvenirs intimes 
revus et annotés par l'Empereur sur le Manuscrit original, t. III, pp. 
53 et B4. 
[ 3 . AuBERTiN (Charles), Revue des Deu.v-.Uondes du i5 mars 1871. 



ï^ 



20 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

En réalité, isolée ou collective, l'action des francs- 
tireurs fut, lorsqu'ils eurent des chefs sérieux, parfois 
efficace. Il y eut une très g-rande déperdition de forces 
avec 4oo corps francs qui accaparèrent environ 80.000 
hommes et quelques petits corps furent plus dang-eu- 
rcux pour leurs compatriotes que pour l'ennemi; 
néanmoins, il convient de rendrehommage aux efforts 
tentés et à la vigueur déployée par des chefs tels que 
Liénard, Lipowski, Ledeuil, Bourras, Mocquard, Ca- 
ihelineau et Coumés. 



PRETENTIONS ALLEMANDES 

La plus simple réflexion amène à cette conclusion 
que lorsque le roi de Prusse vit surgir, après la chute 
des armées régulières, une résistance tout à fait im- 
prévue dont les conséquences pouvaient être incal- 
culables, il prit le parti de l'entraver en refusant 
à nos francs-tireurs la qualité et les immunités des 
belligérants : le mot d'ordre une fois donné, les 
actes les plus odieux furent tolérés, quelquefois même 
encouragés. Le Roi, le prince royal et leurs sous- 
ordres ont les mêmes prétentions, tiennent un langage 
identique. 

Le 28 août 1870, dans la proclamation qu'il adresse 
de Clermont enArgonne, aux habitants des territoires 
envahis par les armées allemandes, le Roi établit une 
distinction entre les prisonniers de guerre : les uns 
peuvent être considérés comme des soldats; les autres 
ne portant pas «desinsignes militaires et uniformes », 
n'étant pas « reconnaissables à l'œil nu et à portée de 
fusil», sont passibles de toutes les rigueurs : des tra- 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 21 

vaux forcés pour dix ans ou de la détention en Alle- 
magne. 

A la fin de septembre, le prince royal menace de la 
peine de mort pour les cas de destruction déjà indi- 
qués. Dans l'article 3, il s'agit d'établir la responsa- 
bilité des communes. 

Les communes auxquelles les coupables appartiendront, ainsi 
que celles dont le territoire aura servi à l'action incriminée, se- 
ront passibles dans chaque cas d'une amende égale au montant 
annuel de leur impôt foncier... 

Le 5 octobre, le grand-duc de Mecklembourg fait 
les mêmes menaces que le prince royal. 

Le 23 novembre, le colonel von Rosemberg-, com- 
mandant un régiment de lanciers, adresse aux maires 
du département de l'Eure la circulaire suivante, à 
laquelle nous ne changerons pas un mot. 

M. le général de division, pour éviter des homicides inutiles, 
m'a ordonné de vous dire, et moi je vous demande de publier à 
tous les habitants de votre pays, que chacun qui soit surpris 
armé habillé en civil ne sera pas traité comme soldat ennemi, 
mais comme assassin et sera puni de mort. Les villages seront 
brûlés dans lesquels les habitants font des actes hostiles. 

On vient de lire un résumé de la proclamation lancée, 
le 10 décembre 1870, par le général Senden. 

DEUX ACTES 

La triste gloire était réservée au colonel prussien 
von Kahlden, dont le Laonnais a conservé un souve- 
nir exécrable, d'avoir devancé, de sa [)ropre autorité, 
le colonel de Rosemberg. 

Vers le milieu de septembre, en effet, il avait, en 



22 L'INVASION ALLE\IANJ3E EN 1870-1811 

qualité de commandant d'étapes à Laon, pris la déci- 
sion suivante : 

Comme, dans les derniers jours, les habitants du pays se sont 
montrés hostiles envers les troupes allemandes, j'annonce par 
cela que, pour la moindre attaque ou résistance, la plus rigou- 
reuse vengeance sera exécutée et que, pour chaque soldat allemand 
tué, il sera fusillé par contre quatre Frani;ais coupables ou inno- 
cents, et que les environs paieront une forte indemnité. 

Plus tard, lors de l'occupation de Saint-Quentin, 
von Kahlden, apparemment désireux d'obtenir une 
fois encore de l'avancement, déclara que six Français 
auraient à répondre de la menace faite à un Allemand 
et qu'il suffirait d'un coup de feu pour qu'on les prît 
et les exécutât ^ 

Mais rien ne pouvait calmer les inquiétudes causées 
aux Allemands par les francs-tireurs. 

En octobre, à Void (Meuse), une sentinelle ayant 
été légèrement blessée àuu doigt, le major de Pôchnitz, 
commandant d'étapes, s'obstine à voir là l'œuvre 
d'un franc-tireur : en conséquence, il décide, le 4) 
qu'un laissez-passer sera exigé des habitants pour 
sortir du bourg et qu'ils devront, à partir de huit 
heures du soir, laisser ouvertes les portes des maisons 
et éclairer les corridors. 

A Beaune-la-Rolande, en novembre, les Allemands 
s'obstinent à voirdans l'abbé Garreau, curé de Lorcy, 
un capitaine de francs-tireurs déguisé, et un officier, 
dont la perquisition est cependant restée infructueuse, 
le fait prisonnier et lui annonce qu'il sera fusillé. 

Dans le Loiret, à Lally, monseigneur Dupanloup 
obtient, non sans peine, la mise en liberté d'un collé- 

I. Fleury (Ed ), Ephémérides de la guerre dans le département de 
l'Aisne. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 23 

g-ien imberbe que son képy a fait arrêter comme 
franc-tireur. 

Dans une autre commune, un officier a de la peine 
à admettre que l'écharpe du maire ne décèle pas un 
franc-tireur. 



OPINION DU MAJOR HANS DE KRETSCHMAN 

De pareilles erreurs ne sauraient trop étonner 
quand on voit comment un homme de la valeur 
intellectuelle et morale du major H. de Kietschman, 
qui était, il est vrai, devant Metz, jugeait, le 29 sep- 
tembre, les francs-tireurs ; toute sa letre serait à 
reproduire. 

... Les francs-tireurs sont des groupements d'hommes non 
revêtus d'uni formes qui se réunissent de leur plein a,Té dans le 
but d'organiser l'assassinat. Il y a cependant des gens de bonne 
famille qui font partie de ces sociétés ; je ne trouve pas à cela 
d'autre explication que celle-ci : en France, tout le monde sans 
eœception est, a noire point de vue, atteint d'aliénation mentale... 
Une nation dont le ministre ose déclarer que les Prussiens ne 
respectent pas le droit des gens uniquement parce ([u'il lui est 
impossible de les battre en se conformant aux règles de ce droit 
(Si juste bonne à disparaître '... 



III. — Tje régime de Terreur 
SON BUT. SA CARACTÉRISTIQUE. MOYENS EMPLOYits 

Lorsque le roi de Prusse eut la certitude que la 
nation française n'étaitrien moinsque décidée à mon- 

I. De Kretsciiman (major Hans), Lettres. . ., lettre n» 47.Quarlicr 

t;i'ii(';ral Verneviile, 29 septembre 1877, P- 187. 



24 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1 SI 1 

trer la résignation et même les complaisances de ses 
compatriotes en octobre-novembre 1806, il voulut 
prévenir la guerre de partisans qui s'annonçait; fai- 
sant donc taire la pitié, la générosité, il se décida, sur 
le conseil du g-énéral de Moltke et du chancelier Bis- 
marck, à procéder par intimidation. 

Une double nécessité s'offrait dès lors à lui : écono- 
miser ses forces de première ligne afin de ne point 
trop les diminuer; maintenirla vitesse de progression 
suffisante de façon à ne pas ralentir les opérations. 

Il y parvint en adoptant le système ou régime de 
terreur, Schreckenskrieg, a dit le colonelRustow. Ce 
système consista en une répression cruelle, immédiate 
de tout acte de résistance civile non pas directe, mais 
le plus souvent imposée, et même de toute velléité 
esquissée ou soupçonnée. On empêcherait ainsi le 
sentiment patriotique de s'étendre, peut être même 
de se produire. 

Deux Français, également modérés et perspicaces, 
ont constaté la précision du système et la régularité 
impitoyable de son application. 

Le 29 novembre 1870, le comte de Chaudordy, 
attaché aux Affaires étrangères, dit à l'Europe entière : 
tous les faits répréhensibles « sont le résultat d'un 
système réfléchi dont les états-majors ont poursuivi 
l'application avec une rigueur scientifique ». 

Le i3 mars 1871, le cardinal de Bonnechose, arche- 
vêque de Rouen, dira : « Partout, sur le passage des 
armées allemandes, les mêmes faits se sont repro- 
duits avec une précision mathématique... » 

Pas une seule fois, pendant de longs mois, les excès 
ne furent réprimés ; jamais non plus les réclama- 
tions les plus justifiées ne reçurent satisfaction : c'eût 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 25 

('le, paraît-il, faire naître le scrupule dans une ol)éis- 
sance passive qui, reconnaissons-le, contribua beau- 
coup au succès. Dans un grand nombre de cas, les 
pires excès furent encouragés, dirig-és même par des 
officiers quelcpiefois du g-rade le plus élevé. 

Le rég-ime de terreur a été caractérisé, — ainsi que 
nous le démontrerons sans peine, — par le mépris 
absolu de la vie humaine et par la soif exagérée du 
butin sous les formes les plus variées. 

Les moyens employés furent les vexations, les humi- 
liations, l'amende, le pillage, l'incendie, le meurtre, 
la contribution de guerre et toujours, sous le plus 
léger prétexte, la responsabilité collective. 

DE l'exécution militaire 

L'exécution militaire, qui joua un si g-rand rôle dans 
la répression, était du mode mixte puisqu'elle com- 
prenait, suivant les cas, la saisie d'otages accompa- 
gnant le maire, l'augmentation du nombre des gar- 
nisaires avec un choix raffiné des humiliations, des 
vexations, des menaces, l'incendie de quelques mai- 
sons, et même le bombardement. Les exécutés avaient, 
d'ailleurs, la consolation d'indemniser les exécuteurs 
de la peine qu'ils avaient prise '. 

Ce qui, dans la Sartlie, frappa surtout un témoin, 
alors que la surexcitation de la lutte était calmée et 
que la victoire aurait dû porter les esprits vers la 
générosité, c'est le calme dont firent preuve les offi- 
ciers chargés d'exécuter un ordre, en un motl'absence 
totale de passion "-. 

!. Ordre du içouvernement général de Champagne transmis, le 25 fé' 
vrier 1S71, par le préfet de Gliàlons-sur-Marne : rémunération quotidienne 
de 6 fr. par officier, de 2 fr. par simple soldat. 

a. SuRMONï (A.), les Allemands dans la Sarthe, p. ii5. 



26 L'INVASION ALLEMANDE EN i810-1871 

Il n'y a pas lieu de s'étonner que le rég-ime de ter- 
reur ait produit, dans la plupart des endroits, l'effet 
de dépression, de terreur même que l'ennemi avait 
escompté. 

Il yaving-tetun siècles, Cicéron, écrivante Atticus, 
disait : « Pour les gens de commerce et de la cam- 
pag'ne, tous les g-ouvernements sont ég-aux, dès lors 
qu'ils sont tranquilles *. » 

Montesquieu fit à son tour, en employant une autre 
forme, la même constatation: «... Les gens de cam- 
pag-ne,qui font la principale partie du peuple, ne sont 
pas si jaloux de la liberté ; ils sont trop occupés et 
trop pleins de leurs affaires particulières. Une cam- 
pag-ne qui reg'org'e de biens craint le pillage, elle 
craint une armée-...» 

La dépression morale qu'éprouvèrent elles-mêmes 
nos vaillantes populations de l'Est fut signalée, dès 
le 4 novembre 1870, — dans un procès-verbal écra- 
sant sur lequel nous aurons à revenir, — par le pré- 
fet des Ardennes E* Dauzon. 

Ce système odieux a déjà produit son effet : le pillage, l'in- 
cendie, la mort et le viol ont porté la stupéfaction dans les mal- 
heureuses campagnes des Ardennes. La peur d'atrocités imméri- 
tées paralyse la résistance, on y retrouve, non pas le soldat, 
mais le brigand 3... 

Dauzon se rendit à Bouizicourt, au quartier g'éné- 
ral prussien, pour signaler avec précision les excès 
commis ; on lui répondit « que c'étaient là des exa- 
gérations mensong-ères... ». 

1. Lettres à Atticas,liv. VIL 

2. Esprit des Lois, t. II, p. i^g. 

3. Procès-verbal des excès commis, le a j octobre 18/O, par les Prus- 
siens à Neuville-et-This (Ardennes), p. 5. 



CONDUITE DES ARMÉES ALLEMANDES 27 

Le pasteur protestant Cailliate formule ainsi son 
opinion, après avoir relaté les incendies de Chérizy 
et de la Mesengère ; 

La terreur inspirée par les Allemands est telle que, de tous 
côtés, on n'eutend parler que de suicides, de femmes qui se 
jettent dans les puits, de vieillards qui se pendent, de familles qui 
s'asphyxient. Bon nombre d'individus sont devenus fous. 



ROLE PRESUME DU COMTE DE BISMARCK 

La responsabilité de Bismarck dans l'organisation 
du système de terreur se dég-age clairement du récit 
très détaillé qu'a publié son « secrétaire particulier » 
demeuré avec lui pendant les sept mois que dura la 
guerre. 

Le docteur Moritz Busch est l'auteur de deux ou- 
vrages dans lesquels s'étalent la brutalité et la sauva- 
gerie du Chancelier. 

Le premier parut en 1878 sous ce litre : le Comte de 
Bismarck et sa suite pendant la guerre de France, 
iSjo-iSyi : c'est un véritable Journal, dont l'auteur 
atteste à plusieurs reprises l'exactitude et qui fut 
soumis à son maître. 

Le second a été publié en i883, sous le titre mani- 
festement exagéré de : Mémoire'; du comte de Bis- 
marck. 

Le détail de conversations tenues par Bismarck 
concerne surtout les habitants, les villages dévastés 
ou brûlés, la destruction des fils télégraphiques, les 
tirailleurs algériens, les prisonniers, un procédé expé- 
ditif pour hâter la rentrée des contributions ou impôts. 
Nous regrrettons d'être obli^-é de réduire les citations. 

Le i^*^ novembre, Bismarck estime que toutes les 



28 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

maisons abandonnées devraient être brûlées * ; quant 
aux paysans réfugiés dans des forêts, la confiscation 
de leurs vaches et de tout ce qu'ils possèdent serait 
pleinement justifiée 2. 

21 septembre. — On a dit qu'à Bazeilles les Alle- 
mands repoussèrent dans les flammes des femmes et 
des enfants : «... C'est là, déclara-t-il, un de ces infâ- 
mes mensong-es par lesquels les Français terrorisent 
lespopulationset les excilentà lahaine contre nous^...» 

23 décembre 1870. — Le général de Voig-ts-Rhetz 
a fait jeter quelques obus dans Tours à titre d'aver- 
tissement : 

... On a eu tort de cesser de tirer aussitôt que le drapeau blanc 
a été arboré. Moi j'aurais contiaué à faire pleuvoir les obus sur 
ces gens-là jusqu'à ce qu'ils m'eussent envoyé quatre cents ota- 
ges... *. 

Le 9 novembre, à propos de la destruction de fils 
télégraphiques : 

On aurait dû envoyer trois ou quatre bataillons à cet endroit 
et transporter cinq à six mille paysans en Allemagne jusqu'à la 
fin de la guerre... s. 

Le bon chancelier était plein de tendresse à l'en- 
droit des francs-tireurs; le i4 octobre : 

Le chancelier appela ensuite la clémence envers les francs- 
tireurs une négligence criminelle... On devrait mettre le feu à 
tous les villages où il se produit une trahison et en pendre tous 
les hommes e. 

1. BuscH (Moritz), le Comte de Bismarck et sa suite, 

2. Idem, idem, 

3. Idi'm, idem, 

4. Idem, idem, 

5. Ide/n, idem, 

6. Idem, idem, 



p- 


201. 


p- 


108. 


P' 


126. 


p- 


379- 


p- 


220. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 29 

Le i^'' novembre : 

Les francs-tireurs prisonniers! Je ne conçois pas cela, on 
devrait les fusiller les uns après les autres '. 

Le 17 novembre, à propos de Garibaldiens : 

Il serait vraiment fâcheux d'avoir fait prisonniers treize mille 
francs-tireurs qui ne sont même pas Français... Pourquoi donc 
ne pas les fusiller^'?... 

26 novembre. — Il ne comprenait pas qu'on eût fait 
prisonniers des tirailleurs algériens : 

... Ce sont des brigands, il faut fusiller cela... ce sont des 
monstres, des hommes dénaturés... 3. 

Le 29 novembre, à propos de la capture de 5oo sol- 
dats à L'Hay : 

Le chef exprime le regret de ce qu'il fallait encore faire des 
prisonniers et qu'on ne pût pas les fusiller tout de suite... *, 

Le 10 janvier 1871, à propos de la capitulation de 
Péronne : 

Encore 3.000 prisonniers... Cette masse de prisonniers sera 
pour nous un véritable embarras après la paix. Ils vont avoir là 
de suite une armée reposée »... 

Le I g janvier, entendant parler des difficultés que 
l'on rencontre dans le recouvrement des impôts ou 
contributions, le chancelier préconise l'emploi de 
colonnes volantes mixtes et du bombardement comme 
moyen efficace ". 

1. BuRCH (Morilz),/e Comte de liismavck et sa suite, p. 172. 

2. Idem, idem, p. 262. 

3. Idem, idem, p. 282. 

4. Idem, idem, p. agi. 

5. Idem, idem, p. 4ii- 

6. Idem, idem, p. 43o. 



à 



30 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

On reste stupéfait elindig-né quand on constate chez 
un homme d'aussi haute valeur intellectuelle la cruauté 
que provoquait le symptôme même le plus lég-er de 
résistance^ la joie indécente qu'il témoignait à la nou- 
velle d'un succès, son insigne mauvaise foi. 



INFLEXIBILITÉ DU SYSTEME PENDANT TOUTE LA GUERRE { 

A aucun moment le système de terreur ne fléchit. 
On peut s'en convaincre en comparant deux procla- 
mations, l'une du début, l'autre de la fin de la 
guerre. 

La proclamation que le général de Werder fit affi- 
cher, le 2 2 octobre 1870, en entrant à Gray, est tout 
à fait semblable, comme énumération des cas répré- 
hensibles et comme pénalité draconienne, aux procla- 
mations que nous avons déjà reproduites. 

Celle que fit paraître, le i5 janvier, le général de 
Voigts-Rhetz, commandant le X^ corps d'armée, trois 
jours après son arrivée au Mans, est littéralement cal- 
quée sur l'Ordre, en date du 8 août 1870, du général 
de Gotsch, inspecteur général des Etapes de l'armée 
du prince royal de Prusse 1. 

L'Ordre de Voigts-Khetz eut « force légale dans 
les départements de la Sarthe, de la Nièvre, de la 
Mayenne, de Seine-et-Oise, de Seine-et-Marne, d'Eure- 
et-Loir, de l'Orne, du Cher, de l'Indre de la Vienne, 
des Deux-Sèvres, d'Indre-et-Loire, de Maine-et- 
Loire ». 

Les deux généraux donnèrent le même exemple 
d'aplomb et d'absence totale de sens moral en dési- 

I. Cet Ordre a été analysé page 16, 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 31 

g-nant aux Français leurs compatriotes sous « le nom 
d'ennemis ». 

Avec de pareils exemples, il n'est pas étonnant que 
le major de Rosemberg- ait eu l'audace de s'exprimer 
ainsi à Pontchartrain, le i3 octobre 1870, en s'adres- 
sant aux maires des communes dans lesquelles son 
régiment était cantonné : 

Je vous informe que, du moment qu'aucune ennemilé (sic) 
soit faite par les habitants envers les soldats de mon réffiment, 
que je ferai brûler le village Jusqu'à la dernière maison et de 
plus tuer tous li^s hommes. Par suite de la déclaration de guerre 
dé la part de l'armée française, sommes nous ici et nous recon- 
naissons tout l'ennemi en uniforme. Nous ne ferons aucun mal à 
la personne ou à la propriété de citoyen, que ne prend à cette 
guerre, mais nous n'aurons aucun pitié envers les communes où 
Vassaisinal (sic) aura lieu '. 

La reproduction est littéralement conforme à l'ori- 
ginal. 

DE l'espionnage 

L'Espionnage, dont le corollaire naturel est la déla- 
tion, joua un tel rôle pendant la guerre qu'il est natu- 
rel de le rattacher au système de terreur; les Alle- 
mands y sont, ou le sait, passés maîtres à ce point 
qu'un de leurs compatriotes, qui s'y connaissait, l'an- 
cien ministre de la police prussienne Von Rochow, se 
plaisait à répéter : 

« La Prusse est un état militaire et policier. » 
Le général Lewal a démontré avec quelle science, 
dès le temps de paix, le système d'espionnage prus- 

I. Desjardins (G.'i, Tableau de la guerre des Allemands dans le 
département de Seine-et-Oisc, 1870 l'Syr, p. 55 : proclamation com- 
muniquée, en 1872, par le maire du Tremblay. 



32 L'INVASION ALLEMANDE EN 18701811 

sien était pratiquement et fortement org^anisé *. Aussi, 
dès le début de la guerre, les espions allemands ren- 
dirent-ils de réels services ; plus d'un fut pris : citons 
deux cas bien différents. 

Le 12 août, Charles de Harth, officier prussien qui 
s'était déguisé en marchand ambulant, est convaincu 
d'espionnage et condamné à mort; il commande lui- 
même le feu : « Tirez ; pour la Patrie ! » 

Le 2 2 août, un espion méprisable, Nicolas Schull, 
juif et Hong-rois, meurt en fataliste, sans émotion 
apparente. 

L'espionnage s'étendit sur la plus grande partie de 
la France. 

C'est ainsi que, dans les Souvenirs intimes de 
Schneider, il est question, à plusieurs reprises, d'a- 
gents fonctionnant à Lyon, à Tours, à Bordeaux. 
Nous lui devons le renseignement suivant : « Les rap- 
ports de nos agents au delà de la Loire (et parmi eux 
il y en avait un fort habile) étaient adressés à un négo- 
ciant de Genève, sous couleur de correspondance com- 
merciale 2... » 

Pendant la seconde partie de la guerre surtout, les 
Français ahuris virent se démasquer, de proche en 
proche, les espions que, sans défiance, ils avaient em- 
ployés en qualité de domestiques, d'ouvriers, de gar- 
çons de magasins, de brasseurs, d'épiciers, de comp- 
tables, de secrétaires, de précepteurs, etc. Ainsi que 
l'attestent bien des Relations 3, les surprises de cette 
nature se multiplièrent en Alsace, en Lorraine, en 

1. Lbwal (général). Eludes de guerre. Tactique de renseignements, 
chap. XX. 

2. Schneider (Louis), op. cit., t. III, p. 3. 

3. Makciiand (A.), Histoire du siège de Strasbourg. — Vabsart 
labbé), les Prussiens dans le Canibrésis, i8jo-i8ji, p. 2, etc. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 33 

Champagne, en Bourg-ogne, en Franche-Comté, eu 
Picardie; partout, en un mot, où s'étendit la guerre. 



IV. — Me"'Ui"e3 de sûreté prises par les Allemands. 
LEUR DIVISION 

' Les mesures d'une utilité incontestable étaient géné- 
rales ou particulières. 

Les mesures générales se rapportaient à un niudas 
Vivendi uniforme applicable à toute l'étendue de l'oc- 
cupation. 

Les mesures [)arliculières concernaient le désarme- 
I ment, la conscription, l'utilisation des chemins de fer, 
: des télégra[)lies et le service des Postes. 

Générales ou particulières, ces mesures n'auraient 
du porter atteinte, quelque sévères qu'elles fussent, 
ni au droit des gens, ni à l'humanité ; or, les Allemands 
crur<'nt, à tort, nécessaire de n'arriver au résultat 
qu'en ayant recours à un système de terreur désho- 
norant, 

MESURES GÉNÉRALES 

Il convient de ranger dans cette catégorie : l'euiploi 
abusif des cloches ; la suppression des cricurs publics; 
la remise des armes; le maintien de la tranquilUté 
dans tous les endroits occupés; le logement des trou- 
pes do [)assttiye et leur alimentation d'après un tarif 
publié; la libre disposition des voitures, des attelages 
et de leurs conducteurs; l'emploi des maires eu dehors 
des cas portant atteinte à la conscience ; les réquisi- 
tions dans des ct)nditions légitimes. 

3 



34 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

MESURES PARTICULIÈRES 

Du désarmement. — Cette mesure, qui devait s'offrir 
tout de suite à l'esprit de l'occupant, n'aurait dû 
s'appliquer qu'à des armes utilisables pour le service 
de guerre, mais non à des armes inoffensives et J 
surtout artistiques, c'est-à-dire propres à former des II 
panoplies *. •:[ 

Du 21 septembre 1870 au 19 janvier 1871, les 1 
décrets qui se succédèrent furent rédig^és d'après le 
décret donné, le 6 octobre 1870, à Reims par Frédé- 
ric-Charles, grand-duc de Mecklembourg-Sclnverin, 
g^ouverneur général de la Champagne. 

Le délai fixé par le dépôt était de vingt-quatre heu- 
res, sous peine de comparution devant le conseil de 
guerre et de condamnation « à cinq ans de réclusion 
ou à une amende écjuivalente ». 

On menaça même les délinquants de la peine de 
mort : à Reims, le 10 octobre, par ordre du général 
Tumpling; à Reims encore, le 20 octobre, le comman- 
dant d'étapes von Pannewitz fit cette distinction: « Si, 
le délai passé, des armes sont trouvées, les posses- 
seurs d'armes à feu seront passés par les armes; ceux 
d'armes blanches, />m«/5 de travaux forcés'^. » 

De la conscription. — L'occupant a le droit absolu 
de suspendre les lois militaires, surtout celles concer- H 
nant la conso'iption. Les décrets se succédèrent à cet jl 
effet le i3 août, le 27 octobre, le 10 décembre pour ne * 

1. Ces armes de luxe devaient, en principe, faire retour, à la paix, à 
leurs propriétaires qui... ne les revirent jamais, pas même à Versailles ; 
DÉLEBOT (V.), Versailles pendant l'occupation \ i8/0-i8ji), p. 48. 

2. L'autorité allemande ne .juf^ea point à propos, il est vrai, bien que 
cette décision ait été affichée, de la faire insérer dans le Moniteur officiel 
de Rfims, ni dans le Recueil des actes administratifs. — Certaines 
perquisitions pour la recherche des armes facilitèrent bien des yoIe;. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 35 

citer que les principaux; la sévérité des dispositions 
royales aug^menta au fur et à mesure que les appels de 
la Délégation du g-ouvernement de la Défense natio- 
nale se firent plus pressants i. 

En dernier lieu, le 9 janvier 1871, le gouverneur 
général siégeant à Reims décida que serait « traduit 
devant une cour martiale et jugé très sommairement », 
comme « coupable d'un acte de félonie contre le gou- 
vernement allemand », tout Français « contre lequel 
s'élèveraient des charges suffisantes pour prouver 
qu'il a obéi à un mandat de comparution pour entrer 
dans l'armée française ou dans un des corps francs 
formés dans un but hostile contre les armées alleman- 
des ». 

Protection des voies ferrées et des lignes télégra- 
phiqiics. — La liberté des communications est telle- 
ment indispensable à la guerre que les voies ferrées 
et les lig-nes télégraphiques doivent être l'objet d'une 
surveillance incessante. L'occupation des f)oiuts essen- 
tiels ou suspects par des petits postes et la répara- 
tion immédiate de toute rupture sont les deux moyens 
à employer pour que la circulation [)ar voies ferrées 
ne soit pas entravée. 

Grâce à l'habileté technique des ing-énieurs alle- 
mands, les destructions de voies ferrées n'imposè- 
rent jamais des ralentissements sérieux; seules les 
détériorations dç ponts, de viaducs ou de tunnels 
entraînèrent une perte de temps pouvant aller à plu- 
sieurs jours. 

Néanmoins, le nombre des tentatives isolées fut 
très élevé, malg^ré l'appel à la délation et les peines 

I. Les désertions alsaciennes ne iirocurèrent pas moins de 17.000 
hommes aux armées de la Loire et à celle de l'Esl. 



36 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

encourues par ceux qui n'y répondraient point *; on 
fit le silence sur beaucoup d'entre elles. 

Les lignes télégraphiques furent aussi protégées 
soigneusement. 

L'amende fut le grand moyen de répression : on 
s'adressa de préférence, après les communes, aux 
riches propriétaires voisins de l'endroit où la dégra- 
dation avait été commise; souvent même ceux-ci! 
eurent à faire constater la fausseté de la déclaration 
des gardiens. 

En général, un double tarif fut appliqué avec gra- 
dation - : 

destruction du télégraphe : i^^ fois, 2.000 fr,; réci- 
dive, 5.000 francs. 

détérioration d'une voie ferrée: i'° fois, 5. 000 fr. ; 
récidive, iB.ooo francs. 

L'amende pouvait^ d'ailleurs, être augmentée. 

Le 12 février 1 871, une destruction ayant été opé- 
rée « malignement » entre Péronne et Amiens, près 
de Beauséjour, Péronne dut payer 2.000 francs. 

Les persécutions ne firent pas défaut non plus. 
Dans la Haute -Marne, par exemple, les violences 
furent telles que M. Grouet, chef de gare de Ghau- 
mont, s'étant refusé à livrer les noms et les adresses 
de ses employés, fut jeté en prison et y demeura du 
6 au j4 décembre. 

Mais la mesure la plus odieuse fut celle concernant 
les otages dits d'accompagnement, dont il sera ques- 
tion dans le titre VI de ce chapitre. 

i. Avis du 4 octobre 1870 : « une amende minimale (sic) de 3 fr. 
par tête » pouvait être infligée eu cas d'infraction. 

2. D('cision du corntc Lchndorff-Steinort, préfet |f)russieil de la 
Somme. — Hamon (G.), i Invasion eh Picardie. Récits et Documents 
de l'arrondissement de Péronne, p. 694. 



CONDUITE DES ARI\fEES ALLE.^^ANDES 37 

Au fur et à mesure de leurs progrès sur notre ter- 
ritoire, les Allemands saisirent nos chemins de fer, 
qu'il s'as;"îl de propriétés pu!)liques ou privées. Mais, 
comme ils ne disposaient que d'un [)ersonnel insuf- 
fisant, ils cherchèrent par la persuasion, par des pro- 
messes, à conserver le personnel qu'ils trouvaient en 
fonction; s'étant heurtés contre des répugnances 
patriotiques bien naturelles qu'ils auraient dû pré- 
voir, leurs ingénieurs eurent recours à la menace 
d'une contribution de guerre, et même de la cour 
martiale. 

On a signalé, comme il convenait, les efforts de 
l'Administration française des télégraphes, notam- 
ment dans le département de Seine-et-Oise, pour 
utiliser le réseau existant ou le rétablir momentané- 
ment quand cela fut possible. 

Service des Postes. — L'Administration des Postes 
allemandes sur le territoire français fut exercée par 
un Directeur supérieur des Postes, du nom de Ross- 
hirt, résidant à V^ersailles. 11 voulut imposer au per- 
sonnel français une déclaration par laquelle il s'en- 
gagerait à (( éviter tout ce qui pourrait porter atteinte 
aux intérêts des hauts alliés allemands et de leurs 
armées », 

Très peu de receveurs, de receveuses ou de fac- 
teurs acceptèrent cet engagement. 

La postérité conservera les noms de M"^^ Juliette 
Dodu, Maria Clément, Biard et Thuillier, dont le 
dévouement patriotique fut admirable. Grâce à elles 
et à d'autres employés, dont les noms ne sont pas 
tous parvenus jusqu'à nous, des renseignements uti- 
les concernant les mouvements de l'ennemi parvin- 
rent aux autorités françaises et bien des familles leur 
durent d'être tranquillisées. 



38 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811 

Il est juste de rappeler que M^^» J. Dodu bénéficia, 
dans un moment critique où sa vie était menacée, de 
la protection du prince Frédéric-Gliarles, séduit par 
son patriotisme. 

V. — Fonctionnement du régime de terreur 

Nous avons énuméré les moyens variés qu'em- 
ployèrent les Allemands pour terroriser une localité 
ou toute une contrée; voyons de quelle façon ces 
moyens furent utilisés. 

MOYENS MORAUX 

Nous rangerons dans cette catég^orie les vexations 
qui, dans la vie en commun, pouvaient être de tous 
les instants et devaient provoquer à la lonoue chez le 
vaincu une sourde irritation; les humiliations; les 
procédés d'intimidation parfois poussés envers des 
prisonniers jusqu'à la cruauté lorsque, par exemple, 
on leur annonçait quils allaient être fusillés et qu'on 
les faisait placer sur un rang- face à un peloton d'exé- 
cution. Mais il y avait des variantes tendant au même 
but ; voici deux exemples : 

Le 20 décembre, sept personnes s'étant réfugiées 
dans une maison du hameau des Gressets (commune 
de La Gelle-Saint-Cloud), l'une d'elles meurt de la 
petite vérole. 

Dans la crainte de la contagion, les Prussiens clouent les por- 
tes et mettent à distance un factionnaire en observation. C'est à 
grand'peine qu'une religieuse obtient la permission de passer 
aux prisonniers de l'eau et du pain à travers les barreaux de la 
fenêtre. Le ler janvier, l'épidémie atteint les époux Saunier et 
les enfants. Ils guérissent ; mais la consigne n'est pas levée et 



CONDUITE DES ARMEES ALLEiMANDES 39 

les cnf;ints meurent de faim, au bout d'un mois. Le père se 
montre sur le seuil pour accompagner leurs restes au cimetière. 
Couché en joue, il est forcé de rentrer au plus vite. 

Le séquestre de ce malheureux n'est levé que le 21 mars, après 
le départ de l'ennemi i. 

Le i5 janvier 1871, une perquisition fait découvrir 
au domicile de M. Sarazin, à Doing-t (Pas-de-Calais), 
quelques balles que son fils avait fondues, avant son 
appel sous les drapeaux, pour tirer à la cible. Saisi, 
menacé d'être fusillé, comme détenteur d'armes de 
guerre, ce paisible et inofFensif citoyen est conduit au 
poste. 

... Il endura, pendant cinq heures, des tourments qu'on ne 
saurait décrire. Un manche à balai, auquel on lui avait assujetti 
la tète au moyeu d'une très courte corde, lui fut introduit dans les 
j.imbcs; ses bourreaux, l'abandonnant dans cette douloureuse 
[losition, venaient de temps en temps lui mettre un pistolet sur 
la gorge, en lui annonçant que le moment fatal était arrivé, et 
loi montrant la chemise qui devait lui servir de linceul. 

Les supplications du maire eurent enfin raison de ces atrocités, 
et ce nouveau supplice du carcan cessa. Après une détention qui 
n'avait pas duré moins de trente heures, la victime fut relâchée^. 

Parfois, il ne s'ag-issait que d'une g-aminerie : elle 
n'avait d'importance que parce que, commise par un 
officier, elle s'adressait à un mai^'e. En voici une rela- 
tée par le sous-préfet de l'arrondissement des Ande- 
lys. Un officier annonce au maire qu'il doit partir le 
lendemain et le décide à l'inviter à déjeuner. 

Le maire fait préparer un déjeuner confortable, dans l'espoir 
d'obtenir, entre la poire et le fromage, quelques bons de réquisi- 
tions nécessaires à sa comptabilité, et qu'il n'avait pas encore 
pu se faire délivrer. Tandis qu'il attendait patiemment son 

1. Desjardins {G.), op. cit., p. 65. 

2. Kamon (Gustave), op. cit., p. 826. 



40 L'iNVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

convive, celui-ci quittait le pays sans tambour ni trompette. Ce 
qui faisait le mérite de cette lacélie, ce n'était pas seulement 1»; 
déjeuner refroidi et perdu; c'est que le maire n'avait pas ses bons, 
et que, n'ayant à payer ses dettes que de cette monnaie qui ne 
lui coûtait rien, le Prussien avait Ici satisfaction de partir sans 
les avoir payées •• 

Nous laissons au lecteur le soin de classer l'acte 
suivant. En septembre 1870, à l'issue du combat de 
de Dannemois (Seine-et-Oise), un officier supérieur 
aperçoit dans une écurie un jeune cheval à sa conve- 
nance et prétend se l'approprier. Sur le refus du pro- 
priétaire, il tire son revolver, casse la tête du cheval, 
puis s'éloig^iie tranquillement. A peine a-t-il l'ait quel- 
ques pas qu'il tombe mortellement atteint d'un coup 
de feu tiré par le paysan sur le sort duquel on ne noas. 
a pas renseignés ^. 

AMENDE 

Ce moyen, que les Allemands surent rendre si pro- 
ductif, trouvera sa place dans le chapitre intitulé 
« Auri sacra famés » ; mentionnons-le seulement. 

PILLAGE 

Deux citations peuvent servir d'introduction à cette 
question. 

César a qualifié ainsi les Germains : « Latrocinia 
nullam habent infamiamquœ exlra fines cujusque civi- 
tatis fiunt... ^. » 

I. Dkhais (Charles), L'Invasion prusienne dans l'arrondissemenL des 
Andelys, p. 2o4- 

3. Ernouf (baron), Histoire des chemins de fer français en i8jo- 
1871, p. 356. 

3. César (J.), hell . galL, liv. VI, chap. v. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 41 

« Les Germains n'attachent aucune infamie aux 
brigandag'es commis en de})ors des limites delà cité... » 

Notre vieux Froissart a dit à son tour, il y a quatre 
siècles : 

Allemands de nature sont rudes, et de grossier entendement, 
si ce n'est à prendre leur proufict; mais à ce point sont-ils assez 
experts et habiles ; item moult convoiteux, et plus que nulles 
autres gens oncques ne tenant rien de choses qu'ils eussent pro- 
mis ; tels gens valent pis que Sarrazins nipayens. 

Nous allons voir si, à ce point de vue particulier, 
les Allemands ont déclin de leurs ancêtres. 

Au commencement de la guerre, le Code de justice 
militaire prussien (article 129) établissait une distinc- 
tion subtile. 

Le pillage n'existe que lorsque le crime est commis 
en employant, vis-à-vis du propriétaire, la menace et 
la force. 

Il y a simplement vol quand on enlève des objets 
de prix ou des valeurs dans une maison inhabitée; si 
le propriétaire est présent, il y a pillage. 

Or, le Droit des gens avec lequel les règlements 
militaires des nations civilisées, — la Prusse exceptée, 
— s'étaient mis d'accord, niait le droit au butin et au 
pillage, ce qui entraînait des peines très sévères : c'est 
que, en effet, toute complaisance à ce sujet conduit 
forcément aux abus les plus regrettables, sape la dis- 
cipline et porte atteinte à l'honneur d'une armée. 

Le pillage est, à n'en pas douter, un délit qui peut 
conduire au crime. 

On a prétendu établir à ce point de vue des diffé- 
rences entre les alliés allemands. On peut consulter 
le docteur Stieber, l'aimable chef de la brigade de 
police qui accompagnait le roi de Prusse. 



42 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

Le 22 août, de Pont-à-Mousson, il écrit : 

Les Hessois sont de véritables bandits... Bien que nous nous 
comportions ici très décemment et que, nous autres Allemands, 
nous soyons assez donnasses de noire nature [textuel] et que 
nous soyons péniblement impressionnés d'avoir à exercer des 
cruautés, nous épuisons cependant terriblement le pays, nous 
enlevons tous les chevaux, toutes les voitures, tout le bétail. 
Nous détruisons toutes les voies ferrées, nous accaparons tous les 
vivres. On al)Sorbe des flots de vin et de bière... Nous éprouvons 
un sentiment tout particulier [lequel?] en Jonillant dans toutes 
les armoires des maisons que nous occu{)ons, maisons qui ne 
nous appa.iitiennent pas et dans lesquelles nous prenons des cho- 
ses dont nous ne pouvons nous passer à la vérité... 

Le i"' septembre, il écrit de Vendresse : 

... Les soldats prussiens ne prennent que ce que dont ils ont 
besoin pour ne pas périr. Mais les Bavarois et leurs cantiniers 
sont de véritables bandes de bri/jands qui extorquent aux habi- 
tants, le pistolet sur la poitrine, tout ce qui peut être emporté. 
En outre, ils détruisent ce qu'ils ne peuvent voler. Ils méritent 
bien la qualification de brigands qu'on leur applique... 

Le compte des Hessois et des Bavarois est établi; 
la suite de cette enquête nous apprendra si leurs 
alliés, y compris les Prussiens, firent exception. 

Les extraits suivants du carnet trouvé sur le cada- 
vre du lieutenant bavarois Emmar* ne peuvent que 
confirmer le dire de Stieber : 

7 août. — Ce matin, les hommes pillent : on enlève des pou- 
lets, des oies, un porc; un tonneau de vin est mis en perce; la 
cuisine se fait avec de bons pois pris à l'habitant. Bombance. 

8 août. — A Zinsweiler, pillage et ripaille... 

17 août. — Nous entrons à Dombasle, où tout le monde se grise 
formidablement. Le lieutenant Franck est plein de vin; j'ai bieu 
du mal à le ramener dans sa chambre, qu'il agrémente de souve- 
nirs odorants dont son hôte s'étonnera demain. 

I. Publiés eu 1829, par H. Gauthier-Villars, dans la Revue Bleue. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 43 

23 août. — A Méligny-Ie-Petit : village pauvre, puces dévo- 
ranlesj mauvaises g'ens, qui ont reçu notre fourrier la fourche à 
la main. Pour leur apprendre à vivre, on déterre le lard et le vin, 
toutes les provisions qu'ils avaient enfouies. On ne leur laisse 
rien. Et Von bùlonne un paysan, sous prétexte qu'un coup de 
fusil a été tiré sur le capitaine, ce qui est une bonne blague... 

i octobre. — Le lieutenant Feuerlein a trouvé deux beaux 
chevaux. Il veut faire croire que c'est un cadeau qu'il a reçu et 
se propose, s'il peut en tirer oOO ou 600 fraucs, de g-arder cet 
argent pour lui et avec cela il fait le désintéressé, incapable de 
prendre jamais la moindre chose ; cependant, d'après le lieute- 
nant Wœrlé, son ordonnance a encore mis, en lieu sûr, h Claire, 
de la vaisselle d'arerent! 

\t octobre. — Euimar note que dans la journée il a... trouvé, 
dans des maisons qu'il a perquisitionnées « une pipe superbe et 
un bon fusil » qu'il a « soigneusement empaquetés » et que, la 
veille, son ordonnance lui a « apporté deux couvertures de laine ». 

Il ajoute : 

Je viens de réquisitionner pour mon propre compte. J'ai em- 
porté huit bouteilles de bon cognac, du vin, du chocolat, du 
sucre et du café. Avec cela on peut marcher. On a fuit sauter 
dfiuJC maisons, une entre autres où se trouvaient deujc jeunes 
filles {">). 

Le nombre des exemples de pillage est considéra- 
ble; aussi devons-nous choisir avec le regret d'être 
contraint, même d'abréger le détail. 

Orléans, le ii octobre. — Maîtres de la ville, les 
fiavarois pillent, pendant trois heures, tous les maga- 
sins d'épicerie, de marchands de vin, des débits de 
tabac des faubourgs Bannier et Saint-Jean ; phis tard, 
ils pénètrent par effraction dans les maisons et y 
volent ou détruisent. Aux plaintes qui leur sont adres- 
sées les officiers tentent d'invoquer le fameux droit 
de la guerre *. 

I. CocHAnD(abbâ Th.!, l'Invasion Prussienne de iSyo. Les Bavarois 
à Orléans, p. 72. 



44 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811 

Valcnnes (Sarthe), le 24 novembre. — Dès leur 
arrivée dans ce bourg-, qui compte 94© iiabilanls, 
8.000 Bavarois se livrent, sans aucun prétexte, à un 
pillage effréné; en se retirant, ils emmenèrent un 
habitant la corde au cou. 

Saint-Calais (Sarthe), le 26 décembre'. — Après 
avoir rejeté de la ville des éclaireurs français, le chef 
d'un détachement venu de Vendôme perçoit des réqui- 
sitions en nature, exig^e que, séance tenante, la muni- 
cipalité lui remette 7.000 francs, puis accorde à sa 
troupe une heure de pillage. 

A la protesiation indignée que lui adresse le g^éné- 
ral Ghanzy, le « général commandant à Vendôme » 
(signature illisible) répond par un reçu : « Reçu une 
lettre du général Chanzy. Un général prussien, ne 
sachant pas écrire une lettre d'un tel genre, ne saurait 
y faire une réponse par écrit. » 

Boy elles (Pas-de-Galaisj, 3o décembre 1870 et 
i*^"" janvier 1871. — Ce village comptait alors 357 
habitants. Les Prussiens le pillent pendant cinq heu- 
res, puis emmèneat ou emportent 4 vaches, 4 porcs 
gras, 9 sacs de farine, 100 pains, 700 bouteilles de vin, 
un tonneau de cognac, 53 hectolitres d'avoine et un 
grand nombre de couvertures. 

Pillage de châteaux. — Il était à j révoir que les 
châteaux exciteraient spécialement la convoitise des 
Allemands : le butin y abondait et, l'audace aidant, 
son appropriation était facile. Ici encore, bornons- 
nous à quelques exemples authentiques, avec le regret 
de ne pouvoir en quelque sorte que les énumérer. 

En octobre 1870, près de Villeneuve-Saint-Georges 
(Seine-et-Oise), le château de Bauregard.. appartenant 

I. Chanzy (général), la Deuxième armée de la Loire, pp. 269 à 261. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 45 

à la veuve d'H. de Balzac, est complètement pillé et 
transformé en une ruine véritable. 

A Davours (Somme), le château de M. Auguste 
Du Bos, qui se trouvait absent, est pillé de fond en 
comble. 

Le château de Viviers-en-Gharmie, situé près de 
Sillé-le-Guillaume (Sarthe), a reçu, le 20 janvier 187 1, 
les généraux Baumback et de Slolberg- ; on n'a eu 
qu'à se louer d'eux. 

Le lendemain, après leur départ, on constate que le 
château a été en g-rande partie dévalisé. Ce fait aurait 
pu figurer dans le chapitre où il est question des vols 
commis. 

Le château de Chenerru, voisin de Pirmil (Sarthe), 
est pillé, le 25 janvier iSyijpar 11 ca\'alier.s avec les- 
quels se trouve un officier. 

Le 6 février i87i,près de Fillié-Guéclard "(Sarthe), 
sous prétexte que, la veille, le garde du château du 
Gros-Chinaj aurait menacé des Allemands avec une 
fourche, un sous -lieutenant vient, à la tête d'environ 
3o soldats : le château est [)ii!é pendant quatre heu- 
res et le détachement s'éloigne avec deux chariots 
bien remplis. 

Du 25 février au 5 mars 1871, la commune de 
Saint-Célerin-le-Géré (Sarthe) loge 25o fantassins et 
60 cavaliers. Le 4 mars, après la ratification des pré- 
liminaires de paix, les habitants refusent de satisfaire 
les exigences des Allemands : ceux-ci pillent de fond 
en comble le château de Boisdoublet, remplissent des 
voitures de leur butin et brisent les glaces, les meu- 
bles qu'ils ne peuvent emporlei'. 

Le lendemain cle la signature de l'armistice, 
M. Breton, gendre du libraire Hachette, accourt de 



46 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

Paris à Plessis-Piquet, où il arrive à temps pour 
assister au pillage et à l'emballage des meubles de 
sa villa ; les Bavarois n'ont attendu jusqu'à ce jour 
que pour profiter, le plus long-temps possible, d'une 
riche installation. Il court à Choisy-le-Roi pour tâcher 
de sauver ses livres, ses collections; le général auquel 
il se plaint lui dit eu guise de consolation : « Tant 
pis pour vous ! il ne fallait pas quitter votre maison 
pendant le siège. » 

On oublia de lui prouver que les propriétaires qui 
ne s'étaient pas absentés avaient été indemnes du 
pillage; nous savons qu'il n'en fut rien. 

Plusieurs bibliothèques furent pillées, ainsi que des 
collections de tableaux; les ballots arrivèrent en Alle- 
magne. 

Ainsi disparurent, pour limiter les citations : 

A Villeneuve-Saint-Georges, la bibliothèque de 
Victor Duruy; à Sainte-Geneviève-les-Bois, celle de 
Cocheris évaluée, à cause de manuscrits précieux, à 
environ 60.000 francs; au château de la Cour de 
France, près Juvisj-sur-Orge (Seine-et-Oise), la ma- 
gnifique galerie de tableaux du comte de Montessuy. 

Les colis de pillage ayani droit de franchise, l'écou- 
lement du butin était facilité aux pauvres soldats, qui 
pouvaient ainsi, de temps à autre, alléger les sacs qui 
souvent devaient être lourds à leurs épaules. 

Chaque fois, en effet, dit Ed. Fournier, qu'on faisait quelques 
prisonniers aux Prussiens ou à leurs alliés, surtout aux Bava- 
rois, on était sur, pour peu ([ue ce fût dans un pays riche, et 
dont ils avaient eu la dévastation en primeur, de les trouver tous 
copieusement garnis, du sac jusqu'aux poches, d'un hulin offrant 
la plus grande variété. 

Quand le pillard en avait trop pris et ne pouvait tout porter, il 
confiait le trop plein de sou pillage à quelque fourgon de l'armée 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 47 

et, sous la g-arantie de l'empereur et roi, rendait ainsi son vol 
officiel, sacré i. 

Le 12 novembre 1870, des francs-tireurs capturent 
près de Bussig-ny TNord) un convoi composé de cinq 
fourgons bien attelés 2. 

Deux fotirg'ons renferment des tissus de laine, fla- 
nelle, mérinos, etc., provenant de pillages opérés à 
Reims. 

Les autres ne contiennent que du vin de même pro- 
venance, mais des meilleurs crus de la Champag-ne : 
les bouteilles étaient soig'iieusement em[)aquetées, 
comme il convenait pour supporter un long" voyage. 
I Ce convoi fut dirig'é sur Lille. 



INCENDIE 

Le <( mol d'ordie » semble avoir été donné par 
un misérable vieillard écrivant à son petit-fils qui se 
trouvait à Gisors : Anzûnde ! , « Mets le feu ^ ! » 

Nous avons trouvé Tinoendie à cli;u]uc pas de cette 
enquête, qu'il s'agisse de maisons isolées ou de centres 
habités d'importance plus ou moins g-rande : tantôt 
il fut employé pour faire disparaître les traces du 
pillage; tantôt il succède à une surprise; parfois il 
s'agit de représailles. 

Le colonel fédéral Rustow a reconnu que la plupart 
des incendies furent « opérés suivant les règles de 
l'art (Kunstg'erecht) ». 

Les procédés varièrent, en elFet, avec la nature de 
la construction, suivant que le pétrole abondait, était 

I. FouRNiER (Ed.), op. cit. 

a. Echo de Li/lc dvi if) novembre 1870. 

3. FouRNiER (Edouard), op. cit. 



48 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

rare ou taisait défaut, auquel cas on employa les ma- 
telas ou la paille et des allumettes; plusieurs fois on 
recourut au bombardement pour provoquer ou activer 
le feu. 

Il arriva que, par inadvertance, des personnes fu- 
rent oubliées dans des maisons qu'on allait incendier; 
d'autres fois, elles y furent laissées à dessein. Il est 
malheureusement prouvé que le feu fut alimenté avec 
les corps de gens que Ton venait d'assassiner et 
même avec ceux des blessés rejetés ou précipités dans 
la fournaise. 

Le feu d'artifice final fut tiré, nous le verrons, à 
Saint-Gloud. 

L'honnête conseiller Schneider rapporte bien que 
le Roi, son maître, fut sérieusement attristé par l'in- 
cendie d'Ablis et par celui de Saint-Cloud. La Posté- 
rité n'oubliera pas que le premier acte officiel du 
nouvel empereur fut d'ordonner l'incendie du village 
de Fontenay-sur-Moselle. 

Ici encore, nous nous bornerons à citer quelques 
exemples. 

Le i5 septembre, à titre de représailles il est vrai, 
le Château de Draveil (Seine-et-Oise), appartenant à 
^me Séguin, est pillé puis incendié, après que le garde- 
chasse, instigateur d'un semblant de résistance la 
veille, a été pendu à la grille et que deux domestiques 
ont été fusillés ; deux pompiers eurent le même sort 
pour avoir voulu éteindre l'incendie. Plusieurs mai- 
son du village furent également brûlées. 

Mézières-sur-Seine, le 22 septembre. — Les Prus- 
siens rendent cette localité responsable de la mort de 
deux des leurs tombés sous les balles de francs-tireurâ : 
i44 maisons sont incendiées à la main : dans l'une 



CONDUITE DES ARMÉES ALLEMANDES 49 

fiVIles, périt la famille de Lucien Chemin, composée 
cki ])ère, d'Ançelina Boutry et do l(Mirs quatre enfants. 

Chérisij (Eure-et-Loir), le lo octohre 1870. — Les 
heureux résultats obtenus à proximité de cette loca- 
lité, qui comptait 817 habitants, attirent sur elle, mal- 
gré son innocence dans ces actes de guerre, les repré- 
sailles allemandes dont le détail a été transmis, nous 
l'avons vu, à l'Europe par un témoin : le pasteur pro- 
testant Gaillatte demeurait à Marsanceux, près de 
Dieux *. 

Le 10 octobre, arrivent d'Houdan et de Goussain- 
villc des troupes de la division lUieinbaben, placées 
siM!s le commandement du général von Bredow, qui 
avait eu un plus beau champ d'action, le 16 août 
précédent, à Bezonville. Le bourg est cerné, son éva- 
cuation est obtenue à l'aide du bombardement, qua- 
rante maisons au moins sont brûlées en employant le 
pétrole. 

En rentrant à Houdan, les Prussiens mettent le feu 
aux maison isolées qui se trouvent sur leur chemin, 
notamment à la ferme de la Mésengère,. occupée par 
Lecomte; il aurait fallu contraindre à cette besogne, 
le revolver à la main, les soldats qui, précédemment 
logés là, n'avaient eu qu'à se louer de l'hospitalité de 
ce mallieurenx *. 

Nogenl-le-Roi (EviTQ-^A-Loxv), les 6 et 7 octobre. — 

La Gazette de Voss informe ses lecteurs, sans alléguer 

un acte d'hostilité, que ri6 maisons y furent brûlées 

à l'aide de grenades et que 64o personnes restèrent 

' sans abri. 

iS'r///?/-67oMc/ (Seine-et-Oise), le i4 octobre 1870.— 

I. LeUre adressée, le 17 octobre, au Times ; elle fut reproduite, le 
ai novembre, par le Journal des Débats. 



50 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811 

Ce jour-là, le 64'' anniversaire des deux batailles 
d'Iéna et d'Auerstœdt fut... fêté parles Prussiens à 
leur façon. 

Le pillage en règle qui précéda l'incendie est trop 
connu pour qu'il soit nécessaire d'entrer dans le 
détail. Il procura aux soldats et aux officiers satis- 
faction et profit. 

On avait raconté au Roi, qui accepta, apparemment 
en souvenir de la réception qui lui avait été faite là 
trois ans auparavant, les bustes en marbre de Napo- 
léon P"" et de l'impératrice Eug^énie, que l'incendie 
avait été allumé par des obus venus du Mont-Valé- 
rie n *. 

Cet acte de vandalisme n'embarrassa guère le comte 
Bismarck; le bon Moritz était là : 

J'ai écrit, raconte celui-ci un article sur la destruction du 
château de Saint-Cloud, incendié par des obus français, sans 
aucune nécessité, tandis que nos soldats s'efforçaient de sauver 
les œuvres de prix et les objets d'art qui s'y trouvaient *... 

Rarement, en effet, acte de sauvetage fut aussi méri- 
toire et bien établi; les... Barbares étaient bien les 
Français. 

Bréoal (Seine-et-Oise) comptait 694 habitants. Le 
3i octobre et le t*^'' novembre, les Allemands y brû- 
lent plusieurs maisons sous le prétexte que des hus- 
sards s'y sont laissé surprendre par des Mobiles de 
TEure. 

Nogent'le-Roy (Haute-Marne), le 12 décembre 1870. 
— Le 7 décembre, des gardes-mobiles venus de Langres 
en ont chassé les Allemands, qui auraient perdu une 
trentaine d'hommes; ils rentrent à Langres le 11, 

I. Schneider (L.), op. cit., t. III, pp. a4 à 27. 
a. Bosch (Moritz), op. cit. 



CONUUITE DES ARMEES ALLEMANDES 51 

après une vaine attente de l'ennemi. Prévenus que 
le champ est libre, les Allemands reviennent le 12, 
s'approchent sous la protection d'une batterie de 
six pièces et, tout en mettant le feu, tirent sur les 
habitants, dont six sont tués : 88 maisons et une im- 
portante fabrique de coutellerie furent brûlées. Ce 
forfait une fois accompli, les Allemands rentrent à 
Chaumont avec plusieurs otages. 

Le 21 décembre, on lisait dans la Gazette de Colo- 
gne... : « Lag-uerre prend un caractère de plus en plus 
cruel et barbare... »; cet aveu était à enregistrer. 

MarcHhj-suv-Seine et Conflans (Marne), le 26 jan- 
vier 1871. — Cette cruelle exécution eut pour prétexte 
un engagement dans lequel les francs-tireurs auraient 
inlligé d'assez fortes pertes, — on parla de 64 hom- 
mes mis hors de combat, — aux Allemands. A Mar- 
cilly, village de 5 10 habitants, après le pillage obli- 
gatoire, ils jettent à bas de leurs lits plusieurs fem- 
mes malades et brûlent 240 maisons. Le dégât total 
fut évalué à 4o.ooo francs. 

A Conttans,qui comptait 702 habitants, i5o mai- 
sons environ sont pillées, puis brûlées. 

Nous ne ferons suivre que d'une courte observation 
ce lamentable exposé : dans aucun des cas cités, les 
habitants n'avaient commis un acte d'hostilité ; or, 
d'après le Droit des gens, les représailles ne sauraient 
atteindre des habitantsinoftensifs: ce fut donc un acte 
de pure sauvagerie. 

MEURTRB 

n Erschiessl siet », « Fusillez-lest » Telle est la 
sentence qui, bien que donnée par un misérable ivro- 



52 L'INVASlOiN ALLEMANDE EN 1870-1811 

gne*, paraît avoir servi de « mot d'ordre » pendant 
toute la durée de la lutte : aussi quel douloureux 
nécrologe! Ici encore, nous nous limiterons et nous 
suivrons l'ordre chronologique dans les 28 exemples 
que nous avons choisis. 

Les Allemands, qui tiennent tout particulièrement 
à leur propre existence, ont montré un mépris aussi 
absolu que stupéfiant pour la vie de ces « bouns Fran- 
cesses » que leurs prisonniers imploraient à genoux, 
tant ils se croyaient d'avance voués à la mort "^. 

Sur le Champ de Mars de Lunéville se dresse, — com- 
me pour rappeler sans cesse leursdevoirs à ceux quis'y 
exercent, — un monolitiie en granit sur lequel on lit: 

Ici — Le 21 août i8jo — Les Prussiens — Ont 
fusillé — /.-/. Gigaut — Ils le savaient — Innocent. 

Deux Allemands pris en fraude sont légèrement 
blessés par un propriétaire. Gigaut, marchand ambu- 
lant, et Jacquel, jardinier, qui se trouvaient à proxi- 
mité, sont arrêtés, roués de coups, puis emprisonnés. 

Au bout de deux jours, Jacquel, qui avait deux frac- 
tures du crâne et plusieurs fractures de côtes, meurt. 

Gigaut est condamné à mort par des juges qui ont 
reçu l'ordre de faire un exemple et, malgré bien des 
supplications, exécuté le 21 août. 

Val de Ville, du 17 au 19 août 1870, — Surpris 
dans le Val de Ville, près de Thanvillé, devant le châ- 
teau du vicomte de Castu, par des mobiles de Schles- 
tadt, deux escadrons de dragons badois s'enfuirent, 
le 17, à toute vitesse jusqu'à Trimbach. 

Là, coup sur coup, n'obéissant qu'à une sourde rage, 

I. Voir le chapitre suivant, page 65. 

a. Il est établi que, pour inspirer à leurs soldats plus d'énergie, les 
officiers allemands leur avaient fait croire que les F'rançais tuaient les 
prisonniers quand ils n'étaient pas... mangés par les Turcos. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 53 

ils arrêtent le maire et l'attachent à un cheval; ils 
appliquent un coup de sabre à une femme qui revient 
du lavoir ; ils assassinent, comme il rentrait des champs, 
un paysan père de six enfants; ils fusillent, sous les 
yeux de sa femme, le propriétaire d'une maison dans 
laquelle s'est jeté, pour échapper à leur poursuite, 
un malheureux idiot qui s'est coiffé d'un képy; enfin, 
ils pillent le presbytère où, d'un coup de sabre, ils 
amputent d'un pouce la sœur du curé. 

Revenus à Ville, ils brisent à coups de pistolet les 
volets fermés ; ils jettent à l'eau un habitant dont ils 
ont eu soin d'attacher les mains derrière le dos et 
tirent sur lui quand il reparaît à la surface. 

Le lendemain i8, un bataillon badois arrive à Ville. 

Son chef fait piller quelques maisons ; plusieurs 
habitants sont assommés, dont un mourut plusieurs 
jours après. 

Le 19, à Thanvillé, quatre habitants pris au hasard 
sont fusillés. Quant au château, il est mis à sac et 
plusieurs voitures chargées en repartent. 

Voilà de quelle façon les Badois comprenaient la 
la guerre. 

Ligny-en-Barrois (Meuse), le 4 septembre. — Im- 
pressionnée par un combat livré non loin de là, à Tré- 
veray,la garnison de Ligny se répand en ville et frappe 
indistinctement des personnes tranquilles : un habi- 
tant a le bras percé d'un coup de baïonnette; une 
femme âgée, M'"** Guillemin, reçoit à la tête une bles- 
sure qui entraîne rapidement sa mort *. 

Roiwraij-l' Echelle (Ardennes),le 8 septembre. — Le 
cantonnier Bourcois, apprenant que des Allemands 

I. Lagueixre (J.-J.), les Allemands à Dar-le-Duc et dans la Meuse, 
PP- 97 à 99 . 



54 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

viennent d'arriver dans la commune, se hâte de rentrer 
chez lui où il a laissé seule sa femme. Les Prussiens 
montent derrière lui et, bien que n'ayant rien à lui 
reprocher, le précipitent du premier étage dans la 
cour; ils redescendent, le trouvent sur du fumier et 
l'y tuent à coups de crosses de fusil, de talons de bottes. 
Par leur ordre, le cadavre est laissé sur place et 
défense est faite à la veuve, sous peine de mort, de 
sortir de chez elle. 

Le lendemain, le cadavre est transporté dans une 
salle de la maison d'école, où il resta exposé toute la 
journée. Enfin une fosse est creusée dans le jardin 
voisin et, l'ensevelissement une fois opéré, les Alle- 
mands tassent la terre en la piétinant. 

Rantiffny (Oise), le 27 septembre. — Appelé dans 
la localité parla résistance qu'ont opposée des gardes 
nationaux, un bataillon delà garde prussienne pille, 
puis incendie quelques maisons ; unhabitant est fusillé 
sans motif connu, en présence de sa femme; un en- 
fant de trois ans dont quatre bourreaux immobilisent 
la mère est étouffé : un parent essaie d'intervenir, un 
coup de crosse lui fracture un pied. Finalement, la 
maison est incendiée. 

Plus loin, deux vieillards sont assassinés à coups 
de baïonnette ; une chaumière habitée par une octogé- 
naire est brûlée *. 

La Bourgonce-Nompatelize (Vosges), le 6 octobre, 
— Avant le combat, les Allemands, après avoir essuyé 
quelques coups de feu partis des bois de la Chipotte, 
fusillent un vieillard âgé de 80 ans et son fils. 

Fait prisonnier près de Raon-l'Etape, un habitant 
de Celles est fusillé sur-le-champ. 

1. TuRQUAN (Joseph), les Héros de la défaite, p. 342. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 55 

Le cultivateur Nicolas Jaloux, père de six enfants, 
est brûlé dans sa maison; trois fois on l'a rejeté dans 
le brasier. Un de ses fils, qui s'était joint aux soldats, 
ayant été fusillé, cinq orphelins restèrent à la charge 
de la commune. 

0rm^5 (Loiret), le ii octobre. — Voici ce dont fut 
témoin l'instituteur Fautras '. Les Prussiens fusil- 
lent près des Ormes, à la ferme Bois-Girard, devant 
plisieurs centaines de prisonniers, deux inoffensifs 
vignerons d'Ormes : Frédéric Rouilly, âgé de quarante- 
cinq ans, père de deux enfants ; Joseph Rousseau, 
âgé de trente-deux ans, père d'un enfant. Leur crime 
est d'être sortis d'une maison de la cave de laquelle 
U.1 soldat embusqué a tué plusieurs Allemands. 

Quelques prisonniers ayant commis la faiblesse de 
crier «Vive la Prusse », ainsi que les y a invités un 
officier allemand, un blessé les insulte : « Vous êtes 
des lâches 1 Vive la France 1 A bas la Prusse ! Voilà 
les seules paroles que vous devez faire entendre en 
ce moment. Ah ! donnez-moi un fusil, que je tue 
encore un Prussien avant de mourir... » ; quelques 
instants plus tard, ce vaillant succombait. 

Ramberuillers (Vosges), le 12 octobre. — Collot, 
âgé de soixante-cinq ans, entre dans sa grange, un 
morceau de pain dans une main, un couteau dans 
l'autre. A la vue de Prussiens qui fumaient, il s'écrie 
en levant les bras : « Mais, ils vont nous brûler ! » 
Empoigné, il est immédiatement fusillé. Sa femme, 
arrêtée puis relâchée, mourut trois mois plus tard des 
suites de l'émotion qu'elle avait éprouvée. 

iS"/) ma/ (Vosges), le 12 octobre. — Un malheureux 
jeune homme. Colin, qui s'est enfui en voyant l'enne- 

I. Fautras (Gustave), Cinq mois de captivité, [ip. 9 et lo. 



56 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

mi, est tué de deux coups de fusil Au bruit de la déto- 
nation, M. Jacoby, propriétaire de la maison devant 
laquelle est tombé Colin, sort ; des soldats, croyant 
que c'est lui qui vient de tirer, le tuent à coups de 
sabre, puis, entrant dans son logis, le pillent. 

Vaux (Ardennes), le 29 octobre — A la suite d'un 
combat qui a coûté la vie à un sous-officier allemand, 
trois habitants qui n'y avaient point participé sont 
fusillés sans avoir été jugés par un conseil de guerre. 

Guitry (Eure), le 6 novembre. ■ — Exaspérés par un 
combat livré à proximité de Guitry, les Allemands 
envahissent le village qui ne compte queaiB habitants 
et commencent par arrêter le maire, dont ils incea- 
dient la maison; ils assassinent ensuite huit habitants 
qui revenaient silencieusement des champs, leure 
instruments de travail sur l'épaule. 

Mandé auprès des blessés, le curé s'arrête auprès de 
l'un d'eux, qui va mourir sous les yeux de sa femme et 
de ses enfants hébétés de douleur et d'eftroi. Deux 
Prussiens survenus disent au curé de ne pas « toucher 
à cela », de s'en aller au plus vite et mettent le feu à 
la chaumière: « Le curé enlève le mourant, entraîne la 
famille éplorée, s'élance hors de la maison qui s'em- 
brase... Quelques instants après, le blessé rendait le 
dernier soupir i . » 

Poni-sur-Vanne (Yonne), le 1 5 novembre"^. — Le 
i5 novembre au soir, le maire de Pont-sur- Vanne, le 
cultivateur Auguste Lavoué, âgé de 66 ans, père de 
huit enfants, et Jean-Louis, son berger, âgé de 38 ans, 
père de 3 enfants, sont arrêtés sur la déclaration men- 

i. EnNouF (baron), Souvenirs de l'invasion prussienne en Norman- 
die, p. 1 10. 

2. Rapport adressé par le juge de paix de Villeneuve-rArchevèque au 
Procureur de la République. 



CONDUITE DES ARMÉES ALLEMANDES 57 

songèred'uiiulilan qu'ils avaienttemporairementdésar- 
nié parce que, la veille, étant ivre, il les avait menacés. 

Vers 10 heures du matin, les inculpés comparais- 
sent devant un conseil de guerre qui, malgré leurs 
dénégations, condamne à mort l'avoué et Jean-Louis. 
Aussitôt après l'exécution, la ferme de Lavoué est 
incendiée, mais on en a fait sortir le bétail et une par- 
tie du mobilier. 

Forêt-laFolie (Euve), le i5 novembre. — Battant 
en retraite devant les Allemands, des francs-tireurs 
escaladent les murs d'une ferme exploitée par M. Cham- 
pig"ny, qui cependant s'était opposé à ce qu'on l'occu- 
pât. Les Allemands assassinent Champigny, maltrai- 
tent sa fille et tuent le garde forestier Laine. 

Berchères-siir-Vètjre (Eure-et-Loir), le 17 novem- 
l)re. — Un combat livré non loin de Berchères servit 
encore de prétexte à treize assassinats de gens inof- 
fensil's, le fermier, trois ouvriers de la ferme Ville-l'E- 
véque et neuf habitants de la ferme de la Mare. 

Prénieaux (Côte-d'Or), le 17 novembre. 

tJu soldat qui venait de sortir de l'iiôpital de Nuits est assailli 
sur la route par six uhlans ; frappé de coups de sabre, il est laissé 
pour mort. M. Viénot, maire de Prémeaux, le ramena à l'Hôtel- 
Dieu de Beaune '. 

Saint' Apollinaire (Côte-d'Orj, le 28 novembre. 

M.M, Aubert, Daiscy, Millière et Mme Mathey sont frappés à 
coups de crosse de fusil, à coups de sabre et à coups de pied. 

MM. Simon et Mathé-Moreau, la tête hachée par le sabre des 
Allemands, sont liés aux roues des fourg'ons avec des raffine- 
ments de barbarie qui rappellent les routiers du moyen-àge. 
M. Simon meurt dans d'atroces souflrances '. 

1. Clément-Jamn, Journal de la guerre de i8/0-i8ji à Dijon el 
dans la Côte-d'Or, t. II, p. 47- 

2. CLliME;sr-jANlN, Op . cU., t. 11, p. «So. 



68 L'INVASION ALLEMANDE EN i 870-1871 

Entre Saint-Cosmc et la Ferté-Bernard (Sarthe), 
le 29 novembre. — Deux cultivateurs reg-ardent pas- 
ser un troupeau sous la conduite de quelques Alle- 
mands. Ceux-ci tirent sur eux, sans le moindre motif, 
et en tuent un *, 

Un pareil fait s'est passé dans le département de la 
Somme, à Bertaucourt, mais la date n'a pas été don- 
née. Un pauvre paysan se trouve sur la route, veut 
montrer les Allemands à son fils âgé de douze ans. 
Au moment où la troupe passe, un coup de feu part 
d'un bouquet de bois, mais n'atteint personne. Le pay- 
san n'était évidemment pas coupable; néanmoins « il 
est saisi,, traîné sur la route et, sans forme de procès, 
fusillé : l'enfant raconta que l'officier s'était donné la 
peine d'achever de défigurer la victime en lui labou- 
rant la face du tranchant et de la pointe de son 
sabre 2 ». 

Dijon (Côte-d'Or), le 3o novembre, — « M, Gruar- 
det de Bellefond, âgé de 78 ans, est tué à coups de 
crosse de fusil par un soldat allemand 3. » 

Ayette (Pas-de-Calais), le 5 décembre. 

Un mendiant d'Ayette, à moitié idiot, portait un képy et une 
vareuse de marin ; « Vous franc-tireur? », lui disent des uhlans. 
a Non, non, pas franc-tireur. » Malo^ré ses déoéçations, ils veu- 
lent l'emmener avec eux. Comme l'infortuné résistait, ils lui 
tirent un coup de revolver dans la tempe droite et retendent 
raide mort*. 

Montmirail {^-àrÛxQ), le 18 décembre. — Un déta- 
ment de dragons allemands va « en réquisition » dans 
un château. « Le garde est forcé d'emballer lui-même 

1. SuHMONT Armand), les Allemands dans la Sarthe, p. ii5. 

2. Lavisse (Ernest), l'Invasion dans le département de l' Aisne, \>.Zo. 

3. Clément-Janin, op. cit., t. II, p. 87. 

4. Bkdut (abbé). Histoire de la bataille de Ba paume, p. 3i. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 59 

dans les chariots tout le vin de la cave. Quand il a 
terminé, sans dire un mot, sa pénible tâche, un dra- 
gon l'ajuste tranquillement et lui envoie une balle 
presque à bout portant 1 ... » 

Chassey (Haute-Saône), le 20 décembre. — Vers 
3 heures, des uhlans arrivent dans ce village pour 
réquisitionner; leurs exigences étant hors de propor- 
tion, dans un village qui ne comptait que 4^4 habi- 
tants, un vieillard croit pouvoir faire quelques obser- 
vations. On le saisit, on le g'arrotle^et, après avoir mis 
le feu à sa maison, on le jette dans le brasier'^. 

Bricon (Haute-Marne), le 26 décembre. — Venu de 
Lang'res avec des gardes-mobiles pour faire dérailler 
un train transportant des troupes allemandes, le capi- 
taine Jahouvey a pris la précaution d'enfermer dans la 
maison du garde-barrière une jeune femme et deux 
vieillards, llemis de leur émoi, les Allemands se i)ré- 
cipitent sur la maison, enfoncent la porte et assassi- 
nent les trois malheureux, dont l'innocence ne pouvait 
être contestée-^. 

Or/eans (Loiret), le 3i décembre. — Dans ce même 
jour, les Prussiens assassinent le garde-barrière Cham- 
peau et, près de la Groix-Fleurj^ (Jorberj; l'autopsie 
faite par le D"" Charpignon le démontra*. 

Dampierre-sur-Loire et Oiisoiier-le-Marché (Loi- 
ret), mois de janvier 1871. — Les Hessois se chargè- 
rent de prouver qu'ils n'avaient rien à apprendre de 
leurs alliés, des Prussiens et notamment des Bavarois. 
Le bourg- de Dampierre, qui comptait i.ioo hal)itanls 

1 . ScRMONT (Armand), op. cit., p. ii5. 

2. Mahcel, propriétaire à Chassey : lettre adressée au Times. 

3. Desbrières (lieiUenant-colonei), la Campagne du général Boiir- 
baki dans l'Est, p. 246. 

4. Charpignon (docteur), Souvenirs de l'occupation d'Orléans par les 
Allemands en j8jo-i8ji, pp. 20 à 35. 



60 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

inoffensifs, fut le théâtre de scènes odieuses dont s'est 
porté garant un témoin diçne de foi, le frère Léontin, 
de l'Institut des Frères de La Mennais'. 

Jean Pressoir, âgé de 89 ans et père d'un enfant, est 
fusillé sur le seuil de sa porte pour avoir défendu sa 
femme, qui s'efforçait de protéger son poulailler. 

Jean Léger, âgé de 87 ans, père de quatre enfants, 
fermier du maire de Dampierre, est fusillé 

sur le simple soupçon, sans preuves de complicité avec des 
francs-tireurs. La ferme tout entière de la Borde a été incendiée ; 
ses quatre chevaux lui ont été pris ; toute ses vaches lui ont été 
emmenées et celles qui n'ont pas été abattues sur place ont été 
expédiées pour le ravitaillement de l'armée faisant le siège de 
Paris. 

D'un seul coup, le maire perdit i5.ooo francs. 

A Ouzouer-le-Marché, un troisième assassinat fut 
commis dans des conditions particulièrement odieu- 
ses. Noble Charles, âgé de 22 ans et père de deux en- 
fants, ramassait du bois pour sa famille, sans pain et 
sans feu. Les Hessois s'emparent de lui et, le rendant 
responsable d'un coup de feu problématique tiré dans 
les bois qui s'étendent entre Ouzouer et Dampierre, 
le fusillent séance tenante, sur l'ordre du lieutenant 
Freimann. 

/)at.r(Côte-d"Or), le 21 janvier^. — Pendant que l'on 
se bat devant Dijon, le 21^ régiment prussien envahit 
le village de Daix, comptant 25o âmes; les paysans 
rentraieîttde leurs travaux. Coup sur coup, sans aucun 
motif, sont assassinés dans la rue les habitants 
Georcy et Bouhir, âgé de 70 ans. M"»-' Jeanne Jacotot, 

t. Frère Léontin, les Prussiens à Dampierre el auœ environs, pp. !iS 
à 5i. Les Hessois avaient remplacé les Prussiens à Dampierre, le i5 jan- 
vier 1871. 

2. Clément- Janin, op. cit., t. II, p. 162. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 61 

âg^ée de 70 ans ; puis, chez elie, M""® Bertillon, ainsi 
que le mobile malade qu'elle soii»-nait. 

Salins (Jura), le 26 janvier ^ — Maîtres, à la suite 
de la retraite des Français, de la porte Barberine, les 
Allemands se précipitent dans la ville et, à coups de 
fusil ou de baïonnette, abattent les femmes et les 
enfants qui se montrent aux fenêtres ou sur les portes. 
Ainsi furent assassinés entre autres le préposé à l'oc- 
troi Fumey, la nièce du curé de Saint-Maurice, le 
vieillard Sornay, l'épicier Heddat et sa femme. 

Praiiffioy (Haute-Marne), le 28 janvier. ~ Emballé 
par son cheval, un guide français est emmené, au 
milieu du combat, dans les lignes allemandes. Les 
Allemands 

traîneront ce malheureux jusqu'au pont de Maroue, entre 
Dr.rdenay et Cusey ; et là, sans qu'on ait pu savoir pour quel 
iiiolif, ils le tueront de trois coups de feu, dont un à la goru-e tiré 
de si près à bout portant (|ue le médecin du pays qui constatera 
la mort trouvera toute !;i joue droite bràlé.e *. 

Thil-Châtel (Côte-d'Or), le 3i janvier. — Des sol- 
dats maltraitent d'abord, puis percent avec leurs 
baïonnettes et assomment à coups de crosse le jeune 
Cuisinier, qui voulait défendre sa mère ; il mourut le 
3 février suivant. 

Amiens (Somme), le 4 février. — Brutalisé, frappé 
d'un coup de couteau, puis jeté dans la rue par sept 
soldats qu'il logeait et dont les exigences étaient deve- 
nues déraisonnables, Parmantier, pâtissier-confiseur, 
est, par surcroît, piétiné dehors à coups d'éperons et 
de talons de botte. 

I. Bruneau (général), liècits de guerre^ pp. 49 et 5o. 
n.TROCiiON (!'.), Souvenirs d'un franc-tireur en i8jo-i8yi, p. 216. 
Rapport du docteur Ouijonnei, de Cusey. 



62 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

Après quarante jours de détention, dont douze 
aggravés par le secret absolu, Parnianlier est con- 
damné à mort! Malgré bien des démarches au nombre 
desquelles figura celle de révoque, il fut exécuté le 
4 février, en plein armistice. 

Détail typique : ce malheureux avait fait venir ses 
meilleurs vêlements pour paraître en tenue convena- 
ble devant ses juges ; après sa mort, on ne renvoya à 
sa veuve que sa vieille défroque. 

ZrMrteytV/é' (Meurthe-et-Moselle), le 22 mars. — Dans le 
cimetière de Lunéville, on lit sur une tombe: « îci repose 
Jean-Baptiste ûuchêne — mort à l'âge de 5 2 ans. — 
Le 24 mars j8yi. — Victime d'une lâche agression. 
— D'un officier et de soldats de l'armée prussienne. 

M. Duchêne se promenait paisiblement avec son 
chien lorsqu'il est croisé par un ivrogne, le lieutenant 
Wolfart,qui lui cherche querelle : pendant qu'il cher- 
che à se dégager, l'officier le frappe de coups de sabre 
et des soldats qui passaient se mettent aussitôt de la 
partie. Duchêne mourut quelques jours plus tard. 

Deux martyrs de leur patriotisme : un inconnu 
et M. Peronny. — Les Allemands entretiennent soi- 
gneusement chez eux et glorifient avec raison le patrio- 
tisme; les deux faits suivants, qui se passèrent àChar- 
leville (Ardennes) et à Chevannes (Loiret), autorisent 
à croire qu'ils prétendent en avoir le monopole. 

Toute ma vie, dit M. Cornebois,qui était, en 1870, inspecteur 
des Forêts à Mézières, je me rappellerai un assassinat commis à 
Charleville et dont le récit donnera une juste idée des habitudes 
de guerre de ces hordes sauvages : un jardinier, sortant de sa 
demeure, rencontre un détachement prussien dont le chef lui 
demande où sont les troupes françaises : « Je n'en sais rien, lui 
répond cet homme, et, dans tous les cas, ce n'est pas à moi à 
vous l'apprendre. » A peine finissait-il de parler qu'un coup de 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 63 

revolver lui brise la mâchoire, et le renverse inanimé. Quel 
Français n'aurait pas admiré une aussi noble réponse et honoré 
I son auteur 1? 

' Le crime suivant fut du moins port(; à la connais- 
sance de tous, Français et étrang-ers, par le sous-pré- 
fet de Gien, M. Despond : Dans le courant de décem- 
bre, une reconnaissance prussienne croise sur la route, 
en entrant à Chevannes, M. Peronny, âgé de 80 ans. 

« Où est l'ennemi? », lui crie le chef de la troupe. 

« Uennemi, lui répond, en se redressant et en le 
montrant du doigt, le courageux \\e\\\Avà^ c'est vous ! » 

Un coup de sabre l'abattit aussitôt. On verra, dans 
le chapitre suivant, ce qui arriva à M. Despond quand 
l'ennemi fut maître de Gien. 

La dépêche Despond fit son chemin hors de France, 
car, dès le 12 décembre, la Perseveranza de Milan la 
commentait ainsi : 

Les Allemands ont prétendu rim{)ossibIe en voulant que des 
Français servissent d'éclaireurs contre des Français, et quand la 
conscience nationale s'est révoltée contre cette dernière impres- 
sion de la force; quand un vieillard, interrogé bur la situation 
de l'ennemi, s'est écrié : a L'ennemi, c'est vous! » c'est en lui 
enfonçant une baïonnette dans le ventre et eu lui fendant le crâne 
d'un coup de sabre qu'on lui a réjtondu. 

Tout cela s'est passé sous nos yeux en d870, tandis que nous 
nous vantions de nos progrès et de notre civilisation. Tout cela 
est férocement vrai,(juoique l'esprit se refuse à le croire, et c'est 
le fait d'une nation qui aspire à la ])rimautc civile en Europe ! 

VI. — Conduite générale des Allemands. 
GARDES MOBILES 

La conduite des Allemands envers des combattants 

I. CoRNEBOis (capitaine L.), Campagne delà compagnie dex (laides 
forestiers des Ardennes en i8jo, \>. 196. 



64 I.'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

auxquels ils contestèrent le droit d'une résistance 
inattendue (jui les gênait, envers les fonctionnaires 
qui ne voulurent pas trahir leur patrie, et envers des 
populations inofFensives n'a pas cessé d'être tyranni- 
que au mépris du droit des gens; parfois elle fut 
féroce, barbare. 

On a vu qu'il était impossible de dénier la qualité 
de bellig-érants aux gardes mobiles. L'exemple sui- 
vant atteste l'existence d'ordres formels donnés par 
l'autorilé supérieure; la démonstration se fera plus 
complète avec d'autres exemples similaires. 

En décembre 1870, 3oo cavaliers allemands escor- 
tent, du côté de Givry-en-Argonne (Marne), un batail- 
lon de mobiles du département. A la sortie d'un vil- 
lage, au moment même où des parents sont venus 
A^oir les prisonniers, ces cavaliers entament un vérita- 
ble massacie que rien n'a pu expliquer. 



GARDES NATIONAUX 

Si la question de la Garde nationale fut complexe 
au point de vue de son emploi, qu'elle fût « mobili- 
sée » ou « sédentaire », il est hors de doute que, dans 
le plus grand nombre des cas, cet emploi était légi- 
time. La conduite des gardes nationaux fut incontes- 
tablement très belle à Châteaudun, à Rambervillers 
et à Saint-Quentin; ils s'y conduisirent en véritables 
soldats : c'est précisément ce qui irrita les Allemands; 
aussi, le plus souvent, les traitèrent-ils avec un mé- 
pris affecté et, se déshonorant eux-mêmes, avec 
cruauté. 

Le 9 octobre 1870, les gardes nationaux de Bazin- 
court (Oise), qui avaient été chargés de parer à un 



CONDUITE DES ARftIEES ALLEMANDES G5 

mouvement tournant, défendent les ponts ({ui don- 
nent accès sur la rive g'auche de l'Epte : 

Cernés (ie toutes parts, six de ces braves gens se font tuer 
pour l'honneur et tombent percés de balles. Bien qu'il n'ait eu 
qu'un seul blessé dans cette affaire, l'ennemi déploie un tel 
acharnement contre ces paysans en blouse que deux d'entre 
eux, mis hors de combat, sont massacrés sans pitié, après s'ê- 
tre rendus... Quant aux prisonniers de Bazincourt^ malgré les 
démarches que le comte de Briey, maire, fit pour les sauver, 
malg-ré les généreux efforts d'un Polonais, le second lieutenant 
comte de Bninski, ils devaient cruellement expier le crime d'a- 
voir défendu leurs foyers, sans porter d'uniforme. Trois d'entre 
eux, il est vrai, furent relâchés après avoir été roués de coups 
de bâton, à la manière allemande, mais les cinq autres, après 
un sinuilacre de jugement, furent imi)iloyablcment fusillés, à 
Saint-Germer-de-Fly, le lendemain du combat. Le chef du pelo- 
ton d'exécution n'oublia pas de lire aux victimes, dans un psau- 
tier latin, les prières des agonisants ; on ne pouvait observer avec 
plus de scrupule les pratiques de la religion, et violer plus odieu- 
, sèment les droits de l'humanité i. 

Le i8 novembre, les Allemands capturent, sauf un 
seul, des gardes nationaux qui, au nombre d'une 
trentaine, ont honorablement défendu le poste de la 
Chaume, situé près de Sens; on poursuit les autres. 
Le major Lehman, chef du ds'tachement, inflige à 
Sens une amende de 4o.ooo fr. Le soir, comme il était 
à table et déjà « dans un état d'ivresse complet »,un 
adjudant vient prendre ses ordres au sujet de quatre 
nationaux que l'on a pris. L'ivrogne ne demande pas 
le [)lus petit renseignement et se contente de balbu- 
tier : « Erschiesst sie I », « Fusillez-les 1 », puis il se 
remet à boire; l'ordre fut immédiatement exécuté. 

Les quatre malheureux furent emmenés à une cer- 

I. RoLiN (L.) (ancien officier), Campagne de jSjo-iSy/. La Guerre 
dans l'Ouest, p. 73. 



86 L'INVASION ALLEMANDE EN lH-;0-1871 

taille distance, on attacha sarl'épaule de chacun d'eux 
une chandelle, on les fusilla à l)Out {lortant, puis on 
les enterra. Ainsi [)érirent : Edouard Veuillot, lieu- 
tenant ; Casimir Fauvel, sergent-major; Hippolyte 
Leclair, serg-ent; Narcisse Reg-neau, garde : or, ces 
quatre prisonniers de guerre étaient en uniforme *. 

Prévenues de leur infortune, le 20, les quatre veu- 
ves eurent à loger et à servir, à Villecien, au moins 
vingt Prussiens. 

Si Ton considère qu'il y eut deux façons de traiter, 
d'une part les g'ardes nationales de Châteaudun et de 
Dijon qui furent respectées, de l'autre la garde natio- 
nole de Rambervillers, on constate (jue c'est surtout 
la passion qui servit de règ'le ^. 

Un bon Français, M, Thorel, notaire à Aubigny 
(Ardennes), organise la garde nationale, qui le place à 
sa tête ; bientôt, il dispose, par l'adjonction de doua- 
niers et de mobiles de la garnison de Rocroi, d'une 
troupe constituée qui est habilléed'une façon uniforme. 

Des coups de main attirent sur lui l'attention de 
l'ennemi ; il est contraint de reculer devant une co- 
lonne très supérieure en nombre. Pris par trahison, 
il est jugé et condamné à mort après avoir refusé aux 
Prussiens le droit de l'interroger sur une défense 
légitime ordonnée par le gouvernement national. 

Sa femme, ayant été assez heureuse pour obtenir 
sursis à l'exécution, il demeure prisonnier à Reims, 
où il est malmené; au bout de six mois, sa peine est 
commuée en travaux forcés à perpétuité. 

1. Datjphiné (V.) et Humbert, l'Invasion allemande en iSyo dans 
l'arrondissement de Se.ns, pp. 4i à 46. 

2. BaE;<ET (lieuleiiant el docteur en droit Amédée), la France el l'Al- 
lema:jne devant le droit international pendant les opérations militai- 
res de la. guerre de i8jq-i8ji , p. 25. 



CONDUITE DES ARiMÉES ALLEMANDES 67 

Le 20 décembre 1870, il arrive au bagne allemand 
de Werden am Ruhr * : il reste en cellule jusqu'au 
mois d'août 1871, époque à laquelle il fut envoyé, 
comme adoucissement, à l'atelier de dorure. 

La captivité de cet homme indomptable dura jus- 
qu'au 25 juillet 1872, date à laquelle l'empereur Guil- 
laume P'" signa sa grâce définitive'^. M. Thorel ne reçut 
cependant que huit ans plus tard la croix de la Lé- 
gion d'honneur, à laquelle il avait acquis tant de 
litres. 

FRANCS-TIRBURS 

Nous avons établi le droit qu'avaient les francs- 
tireurs d'être considérés et traités comme des belli- 
gérants. 

L'exemple suivant suffirait pour démontrer la bar- 
barie avec laquelle ils furent cependant traités. 

Assassinai: de Mesny de Boisseaux^ le 20 novem- 
bre. — Ce jour-là un détachement de cavaliers badois 
j)arti de Dijon pour venir réquisitionner doit s'enfuir 
devant des francs-tireurs en laissant sur place un des 
siens grièvement blessé : il est aussitôt transporté à 
Nuits, où les soins nécessaires lui sont prodigués. 

\ eims en forces dans l'après-midi, les Badois trou- 
vent sur le plateau de Chaux un franc-tireur qui, affligé 
d'une hernie, est à bout de forces : à peine âgé de 
dix-neuf ans, riche et fils unique d'une veuve, Mesny 
de Boisseaux a voulu s'engager et, contraint par la 
faiblesse de sa constitution d'interrompre pendant 

I. LÉOPOLD (maréchal des logis), Les Français au Bagne allemand, 
p. 18. 

3. CeUc grâce fut obtenue grâce aux démarches de M""* Coralie Cahen, 
du Père Marie et à l'intervention du comte Gontaut-Biron, notre ambas- 
sadeur à lierlin. 



68 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

un peu de temps son service, a rejoint sou poste. 

Les Badois trouvent Mesnydans une carrière où ses 
camarades l'avaient transporté avant de s'éloigner ; ils 
Je poussent vers Dijon à coups de pied, de crosse, de 
sabre et,lors(pi'il finit par retomber, ils le lardent avec 
leurs baïonnettes et leurs sabres; puis ils rentrent à 
Dijon, 

A l'hôpital où le cadavre fut transporté pendant la 
nuit, les Sœurs comptèrent trente-huit blessures ; la 
tête était presque séparée du tronc. Or, le colonel 
badois, chef de cette troupe d'assassins, savait que le 
blessé du matin était vivant et bien soig-né. 

Aussi, dans la protestation énergique adressée de 
Nuits, le 22 novembre, par le colonel de Bourras, com- 
mandant du Corps franc des Vosges, contre ce « fait 
indigne de toute nation civilisée », le général Werder 
put-il lire : 

Cet officier a commis une action d'auianl plus honteuse qu'a- 
vant de la commettre il s'était informé de la manière dont on 
avait traité le Badois blessé le matin, et qu'il savait pertinem- 
ment qu'il avait été parfaitement soigné. 

Werder affirma qu'il n'avait jamais donné l'ordre 
de fusiller surtout un prisonnier et annonça qu'il fai- 
sait ouvrir une enquête dont, naturellement, le résul- 
tat ne fut jamais connu. 

Au lendemain de l'affaire de C hât if lon-sur- Seine, 
le 20 novembre. — Le colonel Ricciotti Garibaldi 
adressa, au sujet des francs-tireurs, deux protesta- 
tions qui eurent d'heureuses conséquences parce qu'il 
sut leur imprimer, par la menace, un caractère pra- 
tique. 

Auprès du prince Frédéric-Charles, Ricciotti affirme, 
au nom de la justice et de l'humanité, que la qualité 



CONDUITE DKS ARMEES ALI.EMANDES 69 

de bellig-éranls ne saurait être refusée aux francs- 
tireurs, alors que « des malheureux blessés ont eu à 
subir des tortures d'une brutalité telle que la lang^i.e 
française ne trouve pas d'expression pour les quali- 
fier )).I1 termine ainsi : (f...Je voulais aussi vous dire 
sans menace, sans bravade : ma brigade se composant 
unupiement de francs-tireurs, nous garderons tous 
^ nos prisonniers (nous en avons 200 de GhâlillonJ'es- 
*■ père que le nombre grandira). Chaque fois que j'aurai 
la certitude de violences commises sur les nôtres par 
vos troupes, je rendrai œil pour œil,dentpour dent..,» 
Avec le général de Kraatz-Koschlau, auquel on 
avait, à tort ou à raison, prêté le projet de faire fusil- 
ler les otages de Ghâtillon, il est non moins net : 

;, Une bonne fois, faites donc la guerre en soldats et non en 

vandales qui ne rêvent que i)illage. 
I Menace pour menace : si vous avei l'infann'e de mettre à exé- 
' cution votre odieux projet, je vous donne l'assurance que je 

n'épargnerai aucun des deux cents prisonniers que vous savez 

entre nos mains. 

Les otages furent aussitôt relâchés et rendus sains 
et saufs. 

FONCTIONNAIRES 

La question devant être traitée de nouveau dans le 
■ chapitre I du livre III, il ne sera parlé ici que des 
mesures coërcitives prises contre les préfets, les sous- 
préfets et surtout les maires. 

Préfets et Soas-Pféfefs. — Autant les Allemands 
désirèrent que les maires demeurassent en fonctions 
afin de simplifier leurs rap[)orLs avec la population, 
autant ils s'appliquèrent à se débarrasser des préfets 



70 L'INVASION ALLEMANDE EN ISIO-IS?! 

etsous-préfels,qui, à cause de leur caractère politique, 
ne pouvaient constituer pour eux qu'une g^êne. 

Pereira, préfet du I^oiret, dont les intentions étaient 
excellentes, fut immédiatement mis de côté; la mala- 
die dont il mourut le 21 janvier 1871 empêcha seule 
le prince Frédéric-Charles de l'expulser d'Orléans. 

Le préfet des Ardennes, Dauzon, qui avait fait rédi- 
ger sur les infiunies commises, le 27 octobre, à Neu- 
ville-et-This, un rapport que nous aurons à analyser, 
fut arrêté dès l'entrée des Prussiens à Mézières ; mal- 
mené, emprisonné à la citadelle, il fut finalement expé- 
dié en Allemagne. 

Le préfet de la Côte-d'Or, Luce-Vieillard, seconda 
intelligemment la Défense nationale. Le 2 1 novem- 
bre iSyOjS'inspirant de l'esprit et du texte de l'ordon- 
nance prussienne du 26 avril i8i3, il avait vivement 
encouragé les paysans à résister. 

En janvier 187 1, pendant la marche de Manteuffel, 
avec l'armée du Sud, il ne cessa de renseigner utile- 
ment sur le danger couru {jar le gouvernement de Bor- 
deaux et le général Bourbaki qui, d'ailleurs, ne tin- 
rent nul compte de ses précieux renseignements. 

Finalement, il eut l'honneur d'être révoqué par le 
général ManteulFel. 

Quelques sous-préfetspurentresteràleurposteeltin- 
rent parfois tête aux vainqueurs ; en général, les autres 
furent congédiés ou écartés avec un sang-gêne absolu. 

Dès son arrivée à Reims, le sous-préfet prussien 
apprend que le sous-préfet français s'y trouve encore; 
il le fait comparaître : « Deux sous-préfets ici, lui dit- 
il, c'est un de trop » ; en conséquence, il lui déclare 
qu'il est prisonnier de guerre et, pour plus de sûreté, 
il l'expédie en Allemagne. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 71 

M. Bizot de Fonteny, sous-préfet de l'arrondisse- 
ment d'Avallon, n'avait pas quitté son poste; arrêté, 
mis au cachot avec menace d'être fusillé, il ne futsauvé 
que par l'armistice et dut alors, on ne sait pourquoi, 
payer une amende de 2.000 francs. 

Le 2c novembre, dès leur arrivée à Montargis, les 
Allemands arrêtent le sous-préfet Josepii Charbonnier. 
Son crime est, selon eux : i° d'avoir fait concourir la 
î^arde nationale sédentaire à la défense du territoire; 
2' d'avoir, les 8, i8 et 20 novembre, dirig-é en per- 
sonne cette milice contre les troupes allemandes, y'a/Vs 
qualifiés d'attentat au droit des gens et passibles 
de la peine de mort. 

Devant le conseil de guerre, Charbonnier ne fléchit 
pas un seul instant; il refuse de rétracter la procla- 
mation dans laquelle il a prescrit «les mesures à pren- 
dre par les gardes nationales rurales en cas d'invasion 
de patrouilles allemandes ». 

Le soir, vers onze heures, on lui inflige la torture 
d'un semblant d'exécution : on l'a placé contre un 
mur, face à un {)eloton auquel on fait charger les 
armes; sa fermeté ne se démentit pas *. 

Conduit à Nancy, puis à Coblentz, il ne recouvra 
sa liberté qu'à la paix. 

Le 28 décen)bre, le sous-préfet de Gien est requis, 
par le g-énéral H. Rantzau,qui commandait à Briare, 
d'avoir à faire rendre libres, « sous peine de représail- 
les », les routes de Gien-Dampierre et de Gien-Briare, 
qu'obstruent des barricades. 

Il s'y refuse en alléguant qu'il ne dépend que du g'ou- 
vernemenl français; aussitôt arrêté, M. Anatole Des- 

I. CuARBONNiEK I Joseph), 6'oui'e/u>s de l'Invasion. Conférence faite 
en 1874, p. 9. 



T2 L'INVASION ALLEMANDE EN 1 SI 0-1 871 

pond, déjà rendu suspect par sa dépêche concernant 
le martyr Peronny, fut envoyé en Allemag-ne, d'où il 
ne revint qu'à la ])aix*. 

M. de Fontanelle, sous-préfet de Rambouillet, est 
sommé par le préfet })niss!en Brauchitsch d'avoir à lui 
livrer le jeune duc de Luynes et les Français qui l'ont 
accompagné. Il se campe devant lui et, le regardant 
finement : « Vous me prenez doue pour un miséra- 
ble ; et vous qui me donnez un pareil ordre, vous 
seriez donc capable de l'exécuter? » 

Grand tumulte, coups de sonnette : " Enlevez cet 
insolent! w Bref, M. de Fontanelle fut conduit à Eliren- 
breitstein, forteresse de Coblentz, d'où il ne revint 
qu'en avril 1871. 

MAIRES 

L'immense majorité des maires français a fait 
preuve, au milieu d'épreuves de toute sorte, sans cesse 
renaissantes et parfois tragiques, — d'un patriotisme 
que couronna quelquefois le sacrifice; ils ne se lais- 
sèrent décourager ni par des soupçons outrageants, 
ni par la veulerie poussée parfois jusqu'à la lâcheté de 
leurs administrés à la place desquels il arriva cepen- 
dant à beaucoup d'entre eux, — ce qu'il serait juste 
de ne point oublier, — d'être insultés, battus, marty- 
risés et même assassinés. Nous aurons cependant le 
regret d'être obligé d'abréger bien des exemples et 
d'en passer d'autres sous silence. 

Le baron Ernouf fut invité, — à la suite du combat 
nocturne d'Etrépagny, qui causa de si fortes pertes 
aux Saxons, — à traduire quelques-unes des lettres 

I. Frère Léontin, op. cit., pp. 38 et 4i. 



CONDUITE DES ARMÉES AL LExM ANDES 13 

trouvées sur les morts i. Il put ainsi prendre connais- 
sance d'un Guide du soldat allemand en France 
im[)rimé, en 1870, à Berlin. Les maires y étaient 
l'objet d'attentions particulières. 

Ce livret, dit-il, contient les phrases nécessaires pour formu- 
ler les injonctions relatives au logement, à la nourriture, aux 
réquisitions, etc. En reg'ard de chacune des phrases françaises 
figuraient, en lettres allemandes, des indications souvent bizarres 
de prononciation. Plusieurs de ces interpellations franco-tudesques 
n'avaient rien de gracieux. Dans le chapitre intitulé a chez le 
maire » (prononcez màr), je romanpiai celle-ci : « Ne mentez 
pas, ou tout de suite Je Jais Jusiller vous. 

On conviendra que de pareilles recommandations 
étaient peu faites pour faciliter les relations; aussi, 
soldats, sous-officiers et officiers luttèrent-ils, parfois 
à qui mieux mieux, d'exigences et de violences envers 
les infortunés maires. 

Au début, plusieurs de ceux-ci cherchèrent bien à 
se dégag-er de si pénibles et dangereuses fonctions, 
mais en vain. La lettre suiv^ante, écrite par le préfet 
prussien de la Marne, est datée du 7 janvier 1871 ; elle 
reproduit les raisons antérieurement alléguées pour 
motiver le refus constant des démissions. 

Beaucoup de lettres m'ont étéadressces par des maires deman- 
dant leur démission. 

L'intérêt des communes exig'C plus que jamais un dévoue- 
ment parfait de la part de leurs fonctionnaires. Leur tâche sou- 
vent n'est pas facile, c'est vrai, mais j'espère qu'aucun d'eux ne 
cherchera à s'y soustraire pour des prétextes futiles (suivaient 
des raisons à faire valoir pour obtenir g-ain de cause). 

Tous les fonctionnaires municipaux, donnant ou ayant donné 
leur démission, restei'ont persouucllcment responsables de leurs 
fonctions tant que la démission n'aura pas été acceptée. 

I . Ernouf (baron), Souvenirs de l'invasion prussienne en Norman- 
die, pp. i5g à 162. 



74 L'INVASION ALLEMANDE EN 181Ô-1871 

Beffu (Ardennes), le 3o août. — A la suite d'un 
accident arrivé, par sa propre faute, à un soldat dont 
une jambe a été fracturée, ses camarades, ivres pour 
la plupart, pillent quelques maisons, puis les incen- 
dient- 

Rejoints dans une garenne où, par peur, ils se sont 
réfugiés, deux faibles d'esprit sont littéralement 
hachés à coups de baïonnettes. 

Le maire est arrêté, malgré son affirmation for- 
melle qu'il n'y a dans sa commune ni gardes natio- 
naux, ni armes, et avec lui cinq habitants ; tous six 
arrivent à Beaumonl, portant trace sur la figure des 
coups qu'ils ont reçus pendant le trajet. 

L'intervention du curé empêcha seule que les cho- 
ses allassent plus loin. 

Maubert-Foiitaine (Ardennes), le 9 septembre. — 
Frappé au visage, puis appréhendé parce que les doua- 
niers ont saisi une voiture chargée de tabac et de 
café que des contrebandiers conduisaient, le maire, 
M. Montigny, est conduit à Rocroi : là, son innocence 
ayant été reconnue, il fut cependant relâché. 

Chiures 'M achecoiirt (Aisne), le 10 septembre *. — 
Le maire, M. Fossé, avait cru pouvoir affirmer qu'il 
ne se trouvait pas d'armes dans la commune, les per- 
quisitions font découvrir quarante fusils. 

Aussitôt le vieillard est arrêté ; un officier saisit ses cheveux 
blancs et le force trois fois à baiser la terre ; des soldats l'ac- 
cablenî de coups, hurlent autour de lui. Le curé voit passer la 
victime au milieu de ses bourreaux et veut intervenir; il est 
insulté, bousculé, frappé. 

M. Fossé est conduit à Liesse le 11 septembre, puis 

I . Lavisse (Ernest), l'Invasion dans le département de l'Aisne, p. 29. 



CONDUIT iî DES ARMÉES ALLEMANDES 75 

à Laoii,où il est condamné à mort. Le prince de Saxe, 
auquel le duc de Meckleud^ourg l'envoie pour deman- 
der sa grâce, se montre inflexible; rexécntion eut lieu 
près du châîeaudeMarchais, dans le boisdeSamoussy. 
Versailles (Seine-et-Oise), du 19 septembre 1870. 
— Le maire de Versailles, M. Rameau, bien secondé 
par son conseil municipal, affronta et surmonta l'é- 
preuve; G. Desjardins, archiviste du département, en 
a fourni le témoig'nage, auquel il convient de s'asso- 
cier 1. 

Le maire, M. Rameau, saisit d'abord en mains tous les inté- 
rêts de l'Etat et ceux du département qui n'avaient [)lus de 
représentants. II prit des arrêtes pour faire respecter les forêts 
domaniales par les maraudeurs. 11 proposa au conseil municipal 
de payer les employés de l'ancienne liste civile et les fonction- 
naires des divers ordres, -de soutenir l'hôpital militaire, de nour- 
rir les prisonniers. Le conseil le seconda de tout son pouvoir ; il 
subventionna des fourneaux économi(]iics, entreprit des travaux 
de pavage pour occuper les ouvriers, distribua des secours en 
argent et en nature à tous les malheureux. La misère gagnait 
des classes de la population qu'elle n'atteint pas d'ordinaire. Une 
caisse de prêts et avances fut instituée. Des personnes riches 
offrirent pour alimenter cette œuvre des sommes considérables 
sans réclamer d'intérêts. Le conseil recueillit et nourrit les habi- 
tants expulsés de Bougival, de Garches, de Meudon et de Saint- 
Cloud. Sa charité s'étendit jusque sur 1 hospice Brezin, auquel il 
donna des secours. 

Mais il ne montra pas moins da fermeté que de comiiassîon. 
Jamais il nn s'inclina devant l'ennemi. On ne peut lui reprocher 
aucune démarche humiliante ou suspecte; cependant il n'alfecta 
aucune pose déclamatt)ire et il garda couranmicnt une simplicité 
et une modération de bon goût. 

C'est ainsi que, pour ne pas compromettre sa 
dignité, il déclina une invitation à dnier du Roi qui, 

I. Desjardins (G.), op. cil. 



76 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1 8*1 

cependant, venait de remettre à la ville une contribu- 
tion de g-uerre de 4oo.ooo francs. 

Un autre témoin, Délerot, qui était alors conserva- 
teur de la bibliothèque de Versailles, a retracé l'atti- 
tude de Rameau vis-à-vis du terrible chancelier Bis- 
marck, dont il n'eut qu'à se louer *, et sa conduite 
envers le préfet Brauchitsch, de triste mémoire, qui, 
nous le verrons, le fît incarcérer. 

Baille (Loiret), le i6 octobre. — Le maire, M. Cher- 
riuic-Maupeau, ayant voulu s'opposer au départ de 
voitures dans lesquelles, profitant de son absence, on 
a chargé ses meubles, on l'attache à un arbre et on 
met le feu à ses deux maisons ; puis on l'emmène et, 
à plusieurs reprises, on le menace de le fusiller. 

Neuville-et~This (Ardennes), le 27 octobre. — Le 
2 novembre 1870, Dauzon, préfet du département 
des Ardennes, adressa au gouvernement de Tours un 
Procès-verbal d^ enquête sur les infamies et les excès 
commis par les Prussiens dans les communes de 
Neiwille-et-This pendant la guerre de iSjo"^. L'au- 
thenticité de tous les faits qu'il relate est établie par 
les signatures des citoyens les plus honorables. 

Cette modeste commune eut le triste privilèg-e de 
fournir un exemple complet de ce dont les Allemands 
et plus particulièrement les Prussiens sont capables : 
violences contre un maire; vol commis par un officier; 
incendie ; viol ; seul le meurtre y manque. 

Le 26 octobre, comme un officier prussien sig-ni- 

I. DÉLEROT (E.), Versailles pendant l'occupation {i8jo-i8yi), 2« édi- 
tion, p. 121 . 

3. Si cette brochure de 3o pages in-12. qu'il eût fallu répandre à 
milliers d'exemplaires en France, est aujourd'hui très rare, c'est <jue,dès 
leur entrée à Mézières, les Prussiens firent brûler tout ce qu'ils purent 
saisir de l'édition. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES ■/- 

fiait au iiiaiie le détail d'une réquisition, un habitant 
de Saint-Marcel, village le plus voisin, tire un coup 
de feu, d'ailleurs inoffensif, sur la pointe de l'avant- 
garde demeurée en position. 

Le lendemain, un bataillon, venu de Boulzicourt, 
cerne le village. M. Bouvin^ adjoint de la commune, 
est garrotté, frappé et attaché à la sangle d'un cheval. 
Sur son refus de donner le nom du coupable, il est 
jeté à terre, d'un coup de poing, sur la place publique 
et, par deux fois, son refus ayant été réitéré, vigou- 
reusement bâtonné *. 

M. Guillaume, maire, âgé de soixante-dix-huit ans, 
est, à son tour, indignement traité ; ses bras ayant 
été liés derrière le dos, il est attaché à la sangle d'un 
cheval que son cavalier fait partir au trot : 

Je fus renversé par terre, a-t-il déposé ; ma tête frappa sur le 
pavé et vous pouvez voir les traces des blessures que j'ai reçues. 
Un de ses camarades, me voyant en cet état, lui dit d'arrêter, 
il le fit et je pus me relever en me traînant sur les genoux. Le 
soldat qui m'avait ainsi secouru alla même ramasser ma cas- 
quette et me la remit sur la tête. Pendant un certain temps, ils 
me laissèrent sur la place à la pluie et aux violences des soldais 
qui m'environnaient. Ainsi deux cavaliers arrivent et me disent : 
« C'est votre dernier jour », deux autres me mettent le pistolet 
à trois pouces de la tête en me menaçant aussi de la mort «. 

Frappé à la tête successivement par deux officiers, 
il est ensuite bâtonné de nouveau pendant cinq mi- 
nutes; les habitants qui veulent le secourir sont écar- 
tés à coups de crosse '^ 

Conduil devant sa maison par un officier qui le 

I . L'n certificat, établi, le 27 octobre, par le docteur Parmentier, de 
Cliarlevillc, conclut à une incapacité de travail de six ou sept jours. 

■?.. Procès-verbal , p. 24. 

."). Certificat en date du 28 octobre 1870, établi par IcD"" A. Toussaint, 
Mézières, relatant les blessures de la tète et les ecchymoses du dos. 



18 L'INVASION ALLEMANDE EN 1810-1871 

questionne sur son avoir, M. Guillaume lui remet le 
contenu de son porte-monnaie ; sa fille en fait autant. 
Mécontent, l'officier lui accorde, après avoir empo- 
ché le tout, un quart d'heure pour lui remettre 2.000 
francs, sous peine de voir incendier sa maison *. 
Au bout de ce délai, qu'il s'est refusé de prolonger, 
il fait mettre le feu à la maison, ce qui occasionna 
une perte d'environ lo.ooo francs "^ ; le maire est 
ensuite conduit dans l'église, où tous les hommes ont 
été réunis à coups de crosse. 

Pendant que ces violences se succédaient, les fem- 
mes et les jeunes filles restées seules dans les mai- 
sons où les soldats purent voler à leur aise étaient 
insultées ; quelques-unes furent même violées ^. 

On ne s'étonnera pas d'apprendre qu'à son âge 
M. Guillaume ait subi un rude contre-coup de telles 
épreuves *. 

Le Procès- Verbal contenait aussi ce passage : 

Ce n'est pas seulement à This et à Neuville que les scènes cons- 
tatées par l'enquête se sont accomplies, mais encore à Rouvroy, 
Lannois, Vaux-ViJlaiue, etc. Entin, j'ai en main la menace écrite 
du commandant de ces bandes d'incendier les villages et de 
faire fusiller les maires qui ne se plieraient point en entier, 
ce qui, parfois, est d'une impossibilité absolue s. 

Nous avons vu comment M. Dauzon fut puni d'em- 
prisonnement par les Allemands pour avoir rempli 
sou devoir de préfet. 

Frondes (^Haute-Marneljle 5 novembre. — Le maire, 
M. de Valsuzenay, est, sans motif, arrêté, insulté par 

1. Procès-verbal, p^. 24, 26 et 27. 

2. Id. 

3. Le détail sera relaté dans le chapitre 11 du livre II. 

4. Procès-uerbal, p. 3o. Certificat médical. 

5. Procès-verbal..., p. 5. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 79 

deux officiers qui l'ajustent avec leurs pistolets; fina- 
lement, il fut détenu jusqu'au i 7 janvier 1871. 

Rahaij (Sartliej,le ^4 novembre. — A la suite d'une 
perquisition qui a fait trouver des armes dans les 
combles de l'église, le curé et quatre notables sont 
arrêtés et frappés avec la crosse et le bâton. Accouru 
de son château, qui a été pillé quelques jours avant, 
le vicomte de Jaubert, maire, est arrêté et traité, 
pendant sept jours, avec la dernière rigueur ; c'est 
ainsi qu'on le conduisit plusieurs fois sur le terrain 
pour être fusillé. 

Lorsqu'il fut rendu à sa femme, il était dans un 
état physique et moral tel qu'il mourut au bout d'un 
mois *. 

Lavaré (Sarthe), le 20 décembre. — Arrêté pen- 
dant qu'un combat se livrait entre Lavaré et Semur, le 
maire de Lavaré, âgé de soixante-neuf ans et très 
souffrant, ne dut son salut qu'à son énerg^ie, qui frap- 
pa un officier supérieur prussien. 

Toutefois, il eut à recevoir bon nombre de coups 
de crosse, il fut menacé plusieurs fois de mort et ex 
posé, pendant deux lieurcj et demie, au fou des Fran- 
çais. Enfin, au bout de huit heures et demie de souf- 
frances, on l'arrête à mi-chemin : « Je me croyais 
encore menacé de mort, dit-il. Le colonel ou com- 
mandant me frappa sur l'épaule en zne disant : 
« Maire, pas peur, brave — Fourt au village tout de 
suite. » Il s'en était tiré relativement à bon compte. 

Bricon (Haute-Marne), le 25 décembre. — Des 
troupes venues de Langres ont fait dérailler, non loin 
de Bricon, un train allemand : le maire de Bricon, 
accompagné de trois notables, et le maire d'Orges 

I. Lettre datée de Lille, le a8 décembre 1870. 



80 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

sont empoignés ;ils ne sortirent de prison qu'au bout 
de dix jours. 

Breu! l (Wsne), le ii janvier 1871. — Maltraité et 
menacé parce qu'il a déclaré ne pouvoir donner que 
3oo francs, sur la part de contribution de sa com- 
mune, le maire « a découvert sa poitrine en disant : 
« Tuez-moi, je ne puis vous remetre ce que je n'ai 
pas. )) Ils ne l'ont pas tué, mais un officier a eu l'in- 
famie de le frapper à la tête avec la crosse d'un revol- 
ver et l'a fait conduire à Epernay *. » 

Montbéliard (Douhs), le i4 janvier. — Le maire, 
M. Ch. Lalance, signale au général prussien l'impos- 
sibilité où il se trouve d'assurer le ravitaillement de 
la garnison : on réquisitionne dans sa demeure, d'où 
on le chasse à coups de plat de sabre ; finalement, 
on re)iferme à Strasbourg-, dans la prison du Pont- 
Couvert, où il resta jusqu'à l'armistice. 

HavT'incourt (Pas-de-Calais), nuit du 28 au 24 jan-. 
vier 1871. Dans la nuit du 28 au 24 janvier 1871, 
deux hussards entrent chez le maire, M. Derg-uesse, 
exigeant qu'il leur livre son lit et le poursuivent le 
sabre à la main. L'un d'eux était ivre^ ». 

Songé- le - Ganelon (Sarthe), le 24 janvier. — Le 
28 janvier, des francs-tireurs tirent d'un bois situé en 
avant du bourg ; le lendemain au soir, il est envahi : 
pris, le maire est accablé de coups de crosse; le feu 
est mis à 58 bâtiments, dont 38 brûlent. Effrayés, les 
habitants s'enfuient de tous côtés à la faveur de la 
nuit; une vive fusillade les accompagne^. 



1. Magiet (Oh.), Souvenirs de Vlnvasion et du siège de Paris, p.iSi. 

2. Gardevacque (Adolphe de , l'Invasion allemande dans le Pas-de- 
Calais, p. i55. 

3. Surmont (Armand), les Allemands dans la Sarthe, p. 98. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 81 

Ciisey (Haute-Marne), le 27 janvier. — Le maire 

n'a pu réunir les dix chevaux exigés de lui ; un offi- 
cier le poursuit le sabre à la main. 



OTAGES 

L'otage est « une sûreté qu'on donne à des enne- 
mis ou à des alliés pour l'exécution de quelque pro- 
messe en remettant entre leurs mains une ou plusieurs 
personnes ». Toutefois, au point de vue du droit des 
gens, l'emploi d'otages constitue un abus de la force 
contraire au principe d'après lequel les habitants inof- 
fensifs ne sauraient être molestés ; a fortiori, la mort 
ne saurait-elle coiTstituer qu'un moyeu absolument 
barbare. 

La conscience allemande se complaisant dans le 
déplacement des responsabilités, l'emploi des otages 
devait fournir aux Allemands un moyen de prédilec- 
tion et entraîner parfois, étant donnée leur mentali- 
té, des brutalités criminelles pouvant aller jusqu'à la 
mort. 

Les otages requis par les Allemands peuvent être 
rangés en deux catégories distinctes : otages « de ga- 
rantie » et otages « d'accompagnement ». 

Ceux de la première catégorie étaient destinés : à 
assurer la rentrée d'une réquisition, d'une amende 
ou d'une contribution ; à prévenir du retour offensif 
au lendemain d'un combat ; à assurer l'exécution 
d'ordres émanant de l'autorité allemande. 

Les otages de la seconde catégorie étaient simple- 
ment destinés, — ce qui était odieux, — à monter sur 
les locomotives pour obtenir la sécurité du trajet. 

A ces deux catégories les point suivants furent 

6 



82 L'INVASIOIJ ALLEMANDE EN ISlOlSll 

communs : désignation des otages, façon de les trai- 
ter, procédés particuliers. 

En ce qui concerne le choix, les maires et autres 
fonctionnaires, les prêtres, les propriétaires, les nota- 
bles ou les citoyens exerçant, à des titres divers, une 
certaine influence dans la commune étaient tout dési- 
gnés d'avance. 

Les otages furent traités, dans le premier cas, comme 
le comportait l'éducation de ceux qui les avaient dési- 
gnés,; le plus souvent, la brutalité fut de règle, ainsi 
qu'on vient de le voir pour les maires. 

C'est ainsi que, en plein hiver, des otages furent 
arrachés à leurs foyers sans même qu'on leur laissât le 
temps de prendre un vêtement plus chaud pour rem- 
placer une blouse,un chapeau ou une casquette, de chan- 
ger des sabots contre des souliers, de se munir d'un 
peu d'argent, ou de prendre congé des leurs. Ils furent 
parfois transportés, par un froid même rigoureux, en 
voiture découverte ou eurent à exécuter à pied de lon- 
gues marches auxquelles ils n'étaient généralement pas 
préoarés ; nul souci de nourriture ou de boisson par- 
fois'pendant plus de vingt-quatre heures; chemin fai- 
sant, les soldats ou les officiers rencontrés ne ména- 
geaient pas leurs insultes ou leurs mauvais traitements. 

Quelquefois, la délicatesse prussienne ménagea aux 
otages de délicates attentions. C'est ainsi qu'à Amiens 
un vieil officier fit un jour fusiller, « sous les fenêtres 
des otages, par des jeunes soldats qui, arrivant d'Alle- 
magne, tirèrent leur premier coup de fusil », un très 
estimable commerçant qui s'était arrogé le droit de 
s'opposer énergiquement au pillage de son magasin 
contre une troupe d'Allemands ^ 

1. Lavisse (Ernest), l'Invasion dans le département de l'Aisne, 



CONDUITE DES AilMliES ALLEMANDES 8.1 

Dans le département du Doubs, le village de Reco- 
logne-lès-Marnay, qui comptait 200 habitants, n'ayant 
pu payer aux Allemands une somme de 48.000 francs, 
le comte de Ghiffet, ancien pair de France, et âg-é de 
.quatre-vinj^ts ans, est arrêté. 

A Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or). — Des otages 
sont pris, au nombre desquels figure M. Maupin, prési- 
dent du tribunal, âgé de plus de soixante ans. Après lui 
avoir cassé un bras, on le transporte dans une brouette 
que l'on a rattention de renverser plusieurs fois ; les 
coups de sabre et de crosse de fusil ne furent pas 
marchandés à sa pauvre femme, qui voulut l'accom- 
pagner. 

Exemples rentrant dans la première catégorie : 

Le refus ou l'impossibilité absolue de payer soit 
des contributions de guerre, soit des impôts, firent 
ini[)oser des otages à Saitit-Dizier, en septembre, à 
Epernay en octobre, à Cliâlons-sur-Marne en janvier 
1871. 

A la suite de l'attaque de Cluitillon-sur-Seine, qui 
réussit, dans la nuil du 18 au 19 novembre, le colonel 
Ploetz, commandant des étapes àChaumont, prit un 
certain nombre d'otages en punition de « cet acte 
détestable, contraire à tous les usages de la guerre 
et indigne d'un peuple civilise » ; il eut même l'audace 
de dire : 

Si des cvcnements pareils à celui que je vieus de lueutioniier 
se ])i'oduis;iient en cette ville, ou inênie à la moindre tentative 
de cette naturc,ye ferais fusiller les otages pour punir le crime 
de leurs concitoyens selon les droits de la guerre, me réservant 
ensuite l'emploi de telle autre mesure de répression que je pour- 
rais juger nécessaire suivant la gravité des circonstances,/e//e que 



84 L'INVASION ALLEMANDE EN IS^O-lSll 

le /lil/utje de lu ville et d'autres localités et même la destruc- 
tion /nir le feu et par le y lai te. 

En procliunanl ces mesures nécessitées par l'acte injâme d'une 
population Janatit/ue et (m'exige la sûreté de nos troupes, nul 
ne sera en droit de se plaindre de notre dureté, |)uisque leur exé- 
cution ou leur ni)n-e.\écution dépend de l'attitude du peuple lui- 
même. 

Je fais appel aux bons gens [sic] et aux personnes prudentes, 
qu'ils exii^ent auprès des méchants et des imprudents pour (\ue 
les malheurs de la guerre ne grandissent pas à l'iutini i);u- la 
laute du peuiile. 

Les olaj-es ne fufcnt relàcliés (jiie le Ho novembre. 

Talnay (Cote-d'Oi-), le 28 noveinhi-e. — Le bai'on 
ThéiiarJ, fils du grand chimiste et membre de l'Ins- 
litut, travaillait dans son laboratoire, lorscjue, sans 
aucun molil", son château est envahi. 

Le chefdu détachement lui déclare qu'il recouvrera 
sa liberté s'il obtient celle des fameux capitaines au 
long- cours dont nous parlerons en teujps voulu, mais 
il s'adressait à un homme de cœur : j 

Si vous avez besoin, lui fut-il répondu, de la peau d'un baron 
et d'un mendjre de l'Institut, prenez-la ; si c'est à ma fortune que 
vous en voulez, volez-la; (|uant à mon honneur, il est au-dessus 
de la portée du roi de l'russe. Allons, parlons ! 

11 fut, en elîet, emmené. ! 

Duioau 1 1 janvier! 871, à i?^55e-5Mr-^rrtyp(Sarthe), i 
qu'occupe une j^arnison de 2.000 Allemands environ, 
son chef, qui n'a aucun j^iief, exi;^e ([ue le maire dé- 
sij^ne six notables pour servir d'ota2:es : « C'est une 
nécessité, allègue-t-il ; d'après le réellement, je suis 
obliijé de prendre cette précaution, parce que cette 
nuit nous serons attaqués par des francs-tireurs. » 
H n'y eut naturellement pas d'attaque *. 

1. SuRMONT (Armand), op. cit., p. yi. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES So 

La façon dont les Allemands pralicjuaieiU le respect 
des olasi'es est démonirée par les deux faits suivants, 
surtout parle second, dontnous aurons lereçret d'être 
oblig'é d'abréger le détail. 

Les 2 2 et 26 novembre, une troupe d'otages est au 
contact des Allemands à La Ferté-Bernard (Sarthe) 
et à Nog-ent-le-Pvotrou (Eure) : à La Ferté-Bernard 
« un officier supérieur se jette sur elle... et, tout en 
les accal)lant d'injures, leur assène sur la tête des 
coups de plat de sabre faisant couler le sang *... ». 

A Nogpnt-le-Rotroii, des officiers allemands, « qui 
ont à la main des fouets de chasse, prennent plaisir 
à les en frapper comme des chiens... "^ ». 

Le fait concernant \q<, otages de Lorcij et de Beaune- 
la-Rolcnde est tout parlicu'.ièiement indigne parce 
que la làchelé est imputable à une collectivité ; il a 
été attesté, dans des termes iiientiques, par un prêtre 
et par un franc-maçon, mais vaillant patriote. 

L'abbé Carreau, curé de Lorcy en 1870, rédig-eason 
Rapport ^ en 187.3, sur la demande de Mgr Dupanloup 
lui-même ; 

J. Charbonnier, le sous-préfet dont nous avons déjà 
loué l'énergie, ayant traversé, comme captif, Beaune- 
la-Rolande, le 28 novendjre, fut compris dans les 
otages [)our ce jour-là du moins et partagea leursort ''. 

Le 28 novembre, i4 otages, dans lesquels les Prus- 
siens s'obstinent à voir des francs-tireurs, sont dans 
l'église de Lorcy, dont l'abbé Carreau, le maire Moreau, 

1. Surmont (Armand), op. cit., p. ii4. 

2. SuRMOisT (Armand), o/j. ciï., p. 117, cIChables (Lcopold), Notice 
sur l'Invnsion allemande à la Ferté-Bernard en 1870-1871 , p. i3. 

'A. Gaureau (abbé), les Quarante otages de la Prusse à Beaune-la- 
Roliindc. 

f\. Charbonnier (Joseph, i8/|4-i882 , Souvenirs de l'Invasion : 
Discours prononcé en i8j4 à /" Loç/e Alsace-Lorraine. 



86 L'IWASIOX ALLE>rANDR EN 1870-1871 

âgé, infirme, et un vieillard de 78 ans qui mardi ait 
avec des béquilles. 

Le combat de Lorcy une fois terminé, ces otages 
sont conduits à Beaune-Ia-Rolaiide, où leur groupe 
est renforcé. A un certain moment, comme les Alle- 
mands craignaient un revers, on fait sortir les otages 
du bourg; ils croisent « un commandant entouré de 
son major » qui les traite de « francs-tireurs dégui- 
sés », qualification contre laquelle proteste un des 
otag-es en s'écriant : « Nous sommes innocents! » 

Notre protestation, dit l'abbé Garreau, ne fit que redoubler la 
rage du commandant et celle aussi de tous les officiers de l'es- 
corte ; il lança son cheval au milieu de nos rangs, invitant tout 
l'état- major à suivre son exemple. Messieurs les officiers n'at- 
tendaient que ce signal, ils tombèrent sur nous à coups de sabre, 
nous renversant et nous foulant sous les pieds des chevaux, sans 
distinction aucune des soldats et des civils, car nous avions parmi 
nous bon nombre de soldats prisonniers... Nous étions brisés de 
coups, tous blessés, tous ensanglantés. 

Presque tous cependant se relevèrent, à l'exception dun père 
de trois petits enfants, le fils de M. Picard, adjoint au maire de 
Lorcy... 

Cet assaut nous fut donné quatre fois et malgré tout ce qu'on 
nous dit de l'honneur de l'officier prussien, nous eûmes la dou- 
leur de constater que le signal de ces barbaries était donné par 
lui et que le premier coup partait de sa main. 

Après de telles décharges, nous étions tous épuisés de fatigue 
et de sang, et plusieurs parmi nous étaient réduits à désirer la 
mort '. 

Le récit de J. Charbonnier est identique, mais con- 
tient de l'imprévu : 

.. .Un des prisonniers eut les reins cassés; un autre, vieillard 
de soixante-dix ans, eut le genou coupé; moi, je reçus deux pro- 
fondes entailles : l'une à la tête, l'autre à la cuisse. Un de nos 
compatriotes d'infortune voulut réclamer auprès d'un officier qui 

(i) Garreau (abbéj.op. cit., pp. 34 et 35. 



CONDUITE DES ARMÉES ALLEMANDES 87 

assistait à cette scène en fumant un cigare; l'officiep le renversa 
tl'une ruade de son cheval et l'assomma à coups de cravache ; 
l)uis, apercevant un petit sac que je portais en bandoulière et 
qui contenait une somme assez rowle, il Jlt signe à un soldat 
qui, s'approchant de moi, coupa la courroie et remit le sac à son 
chef. J'étais trop épuisé pour pouvoir résister, niaisy'aj conservé 
dans mon esprit l'image de ce voleur ; il était, à cette époque, 
lieutenant au S'î rég'iment de Hanovre; il a dû avoir de l'avance- 
ment depuis 1. 

Un autre otag-e, M, de Vaublanc, fut aussi allégé 
d'une somme de 600 francs, après avoir été « cruel- 
lement battu )). 

Lorsque les otages rentrèrent à Beaune-la-Rolande, 
ils furent reçus avec des cris de mort et des coups. 

Un major prussien portant un brassard se joignit, rapporte 
l'abbé Carreau, lui homme de paix, ce semble, à ce concert 
d'outrages et d'ignobles insultes, et, s'approchant de moi, il me 
mit le poing sur la gorge, en m'appelant des noms les plus 
vils. . . -. 

Jusqu'à Corbeil, les insultes furent prodiguées aux otages; 
leur partage se Ht alors : malgré son désir d'aller en captivité 
dans l'espoir d'être utile à ces malheureux, l'abbé Carreau fut 
maintenu à Corbeil, où il ne recouvra sa liberté que le 25 jan- 
vier tStlS; les autres otages furent transportés en Saxe. 

De son côté, Charbonnier a fourni une triple preuve de la 
lugubre plaisanterie familière aux soldats, aux sous-ofticiers et 
même aux officiers allemands d'annoncer aux malheureux pri- 
sonniers qu'ils vont être fusillés'. 

Le 28 novembre au soir, un officier annonce à lui 
et aux autres qu'on est allé chercher le peleton d'exé- 

1. Charbonnier (Joseph), op. cit., p. i5. 

2. Garreau (abbé), op. cit. 

.S. On lit dans la Conférence de J. Charbonnier, au bas de la paije 
17 : « Parmi ces prisonniers se trouvait M. Garreau, cure de Lorc3',((ui 
montra dans ces circonstances un rare courage ; il a écrit sur les faits 
qui précèdent et sur ceux qui suivent un très pathéti(jue et très véridi- 
que récit. » 

4. Charbonnier (Joseph), op. cit., pp. 18, 19 et 20. 



88 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

ciition; ils demeurèrent ang-oissés de sept heures à 
environ dix heures du soir. 

Le 3o novembre, dès son arrivée à Beaumont,Char- 
honniers'enlcnddire par des sous-officiers : « Demain 
matin, t\ huit heures, massacré, monsieur! » 

Enfin, il lui arriva d'être placé devant un mur et 
mis en joue. 

Cette plaisanterie a été également signalée par 
Surmont* et par Léopold Charles '^. 

Otages de Brème, les 2 et 3 décembre. — On dési- 
gne sous ce nom les [\o notables qui furent arrêtés à 
Dijon, à Gray et à Vesoul en représailles de la capture 
régulière, — dans la mer du Nord, — de [\o capitaines 
marchands et de leurs bateaux. 

A Brème, où ils arrivèrent le il\ décembre, ils furent 
l'objet des quolibets de la presse locale avec défense 
d'y répondre. Mais, lorsque la paix fut signée, ils allè- 
rent trouver leurs insulteurs,dont ils obtinrent des 
excuses écrites plates et catégoriques. 

Otages d^ accompagnement. — C'est en vain que les 
Allemands ont cherché à justifier cette mesure ini- 
que en alléguant hypocritement l'avantage qu'il pro- 
cure pour conserver la vie humaine. Un des leurs, le 
professeur Bluntschli, l'a formellement réprouvé de- 
puis. Préconisés par le général de Moltke lui-même, 
les otages furent employés à Nancy depuis le 18 octo- 
bre et à Reims à partir du 27 octobre. 

Un ex-Français devenu commissaire civil prussien, 
le marquis de Villers, accepta le triste honneur de 
réglementer le svstème. 



1. Surmont [A..], op. rj7., p. 117. 

2. Charles Léopold, op. cit., p. 11, 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 89 

Modèle de l'Avis : 

Naucy, le 18 octobre 1870. 
Plusieurs endommag'enienfs ayant eu lieu au chemin de fer, 
M. le. commandant de l'armée allemande a donné l'ordre de faire 
accompagner les trains par des habitants connus et jouissant 
de la considération générale. 

/,e commissaire civil, 
Marcjuis dcViLi-ERS. 

Formule de l'Ordre que reçurent les notables dési- 
gnés : 

Monsieur est invité à se rendre, à vue de la présente, à 

la gare du chemin de Nancy pour accompagner, par mesure de 

sûreté, le train [)artant à. ....heures minutes pour 

En cas de refus, la gendarmerie procédera à la contrainte par 
corps. 

Le conimamlant d'étapes, 
N... 

Les Alietnands exigèj'ent des maires qu'ils établis- 
sent les listes destinées à faire les désignations; or, 
en beaucoup d'endroits, ils éprouvèrent des refus qui 
les étonnèrent : c'est que l'obéissance passive rendait 
la plupart d'entre eux incapables de comprendre l'o- 
dieux d'im Ici acte. 

Le Moniteur officielàa Reims fut très explicite pour 
faire comprendre la beauté du système: «... On placera 
ces personnes sur la locomotive, de manière à faire 
comprendre que tout accident causé par l'hostilité des 
habitants frappera en premier lieu les nationaux. » 

Dans toutes les grandes villes, à Nancy, à Reims... 
les principales notabilités s'offrirent à servir les pre- 
mières d'otages d'accompagnement : magistrats, mai- 
res, membres des conseils municipaux, ingénieurs, 
industriels, etc. Cela n'empêcha pas les protestations 



90 L'INVASION ALLEMANDE EN 18"0-1871 

de se produire : à Reims, le maire Dauphinot; à 
Bar-le-Duc, le maire Bompard. 

Dans les feuilles ëtranîçères, le Standard notam- 
ment, les protestations furent tellement vives que le 
chancelier Bismarck s'en émut; en conséquence, le 
Moniteur prussien de Versailles du 24 décembre inséra 

une notre hypocrite et mensongère: « Si l'on prend 

cette garantie sur les trains, c'est par pure précaution 
pour les blessés qu'ils transportent. On ne cherche 
qu'à sauvegarder les Ambulances », sans compter les 
trains de troupes et de munitions... 

Le 22 janvier 1871, le gouverneur général de la 
Champagne rappelait durement le décret du 27 octo- 
bre; en réalité, ce ne fut que le 28 mars 1871 que la 
mesure prit fin à Reims. 

En France, la gaieté n'abdique jamais ses droits. 

A Nancy, un conseiller à la Cour se présente à la 
gare en tenue de chauffeur, la pipe à la bouche : ne 
voulant pas croire à son identité, on le renvoya. 

A Lunéville, le comte de Waren arrive en habit de 
cérémonie, la poitrine constellée de décorations; de 
Commercy, le général commandant d'armes le fit 
reconduire chez lui par train spécial. 

D'ailleurs, une industrie spéciale, celle du... rem- 
placement, s'organisa en plusieurs endroits; pour 
10 ou 20 francs, on avait un remplaçant *. A un 
client qui protestait contre les variations du tarif, tel 

entrepreneur aurait répondu : « C'est que, pour 

cinq francs, je ne donne que mon employé; mais, 
pour dix francs, j'aurai l'honneur de vous représenter 
moi-même ^. » 

1. Maciet (Charles), op. cit., p. 78. 

2. Maciet (Cliarles), op. cit., p. 96. 



CONDUITE DES ARMÉES ALLEMANDES 91 

Mais ie. danger était toujours menaçant : c'est ainsi 
qu'un jour deux trains venant, l'un de Reims, l'au- 
tre d'Epernay, étant entrés en coliision par la mala- 
dresse d'un des deux mécaniciens, le conseiller muni- 
cipal qui accompag-nait le train de Reims fut tué. 

Dans les Vosg^es, un de ces voyag-es en plein air 
coûta aussi la vie à M. Charles Luxer, maire de 
Charmes-sur-Moselle. 



POPULATIONS INOFFENSIVES DES CAMPAGNES SURTOUT 

Le système de terreur sévit cruellement aussi dans 
les campagnes, là surtout où les habitations étaient 
isolées ; le passag'e suivant, qui s'applique à Orléans, 
concerne toutes les parties du territoire occupé : 

. . . Contenus dans notre ville, dit l'abbé Cochard, par le 
nombre et l'attitude ferme des habitants, et surtout par la crainte 
des officiers supérieurs, les soldats se dédommagèrent au dehors 
d'une contrainte qui allait si peu à leur tempérament vorace et à 
leur humeur besacière. Aussi nos campagnes, réquisitionnées, 
rançonnées, ravagées offrirent pendant ces jours limage de la 
désolation sous l'empire d'une terreur dont l'ennemi organisait 
les excès avec une progression vraiment savante, nos paysans, 
bien plus que nous, étaient forcés par lui à tous les sacrifices, 
subissaient toutes les pertes, et avaient à supporter tous les ou- 
trages.. . ^. 

Qu'il s'ag-it de maraudeurs isolés éiig'eant en me- 
naçant au besoin du sabre ou même en frappant, les 
déprédations ©ffrirent toutes le même caractère. 

Pénétrant dans les groniers, dans les étables, dans 
les basses-cours, dans les caves ou celliers, découvrant 
parfois des cachettes, les pillards prenaient à discré- 
tion g'rains, fourrages, bétail, vin, bière ou eau-de- 

I. CocHARD (abbé Th.), op. cit., t. I, p. 97. 



92 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

vie ; puis, ieur coup fait, ils disparaissaient. Encore 
le volé devait-il s'estimer heureux, s'il n'avait pas été 
brutalisé. 

Si, par hasard, les pillards avaient fourni au 
paysan crédule le reçu réclamé, on y lisait plus tard 
une moquerie ou une obscénité en langue allemande; 
de la prétendue réquisition, il n'était pas question. 

Louis Lacroix a sig-nalé les nu'faits que commirent, 
en Lorraine, les civils affiliés à l'Internationale, qui 
portaient un brassard rouge et, à un deg-ré inférieur, 
les bohémiens trop connus dans l'Est i. 

... Ces drùlcs s'abaUent dans nos campag-nes, ([iiand les sol- 
dats ont levé le camp. Ils se donnent comme des auxiliaires de 
l'armée, et les habitants, terrifiés par leurs menaces, se laissent 
exploiter par eux de ce que leur ont laissé les soldats. Toutefois, 
là où on leur tient tête, ils filent doux, et on en a facilement 
raison avec quelques coups de trique... 



VILLES, BOURGS OU VILLAGES 
n'ayant OPPOSÉ AUCUNE RESISTANCE 

Il faudrait un volume pour traiter avec quelques 
détails cette question; or, nous devons nous borner. 

Dans tous les exemples que nous allons produire, 
les représailles furent employées sans discernement, 
avec le désir manifeste de se venger contre des inof- 
fensifs et, ce qui aggrave encore la faute, en {)Oussaiit 
à l'extrême une répression non justifiée. 

Dès le début de la guerre, sous Metz, les Prussiens 
avaient donné une triste idée de la façon dont le haut 
commandement entendait faire la guerre. 

Peltre, -^8 et 29 septembre. — Les Prussiens ren- 

I. Lacroix i Louis), o/). cil., p. 82. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 93 

dent les habitants responsables du succès reuiporté, 
le 27 septembre, par le général Lapasset. 

« Deux jours de suite, on mit le feu à toutes les 
maisons froidement, systématiquement, et l'on n'en 
laissa subsister aucune i. » 

On brûla notamment une maison religneuse où les 
soeurs avaient soigné, depuis le commencement du 
siège, des blessés et des malades allemands. Or, au 
moment même où ces bâtiments que la charité avait 
rendus sacrés brûlaient, un aide de camp du prince 
Frédéric-Charles vient demander six religieuses pour 
soigner des blessés sur un autre point. 

« Devant la maison en flammes, les nobles sœurs 
répondirent : « Nous irons. » Elles partirent sur-le- 
champ, et les Prussiens, qui venaient de détruire leur 
asile, acceptèrent leurs services! ! » 

Mantes et Mésiêres (Seine-et-Oise), le 21 septem- 
bre. — Quelques ulilans ont été lues, près de Méziè- 
res-sur-Seine, par des francs-tireurs, pendant que le 
général von Bredow marchait sur Mantes. 

Le maire de Mézières est arrêté, roué de coups, 
piétiné par les chevaux ; puis, après que quelques 
maisons ont été enduites de pétrole, la colonne se 
retire pour bombarder la ville, où le feu fit son 
œuvre. 

Mantes fut ensuite traitée de la même façon, sans 
qu'aucun motif ait pu être ailégué. Les deux gares 
furent mises au pillage. 

Ablis (Seine-ct-Oise), lc8 octobre -. - Le 7 octobre 
au soir, Ablis est occupé par de la cavalerie prus- 

1 , MÉziÉuES (A.), Revue des Deux-Mondes du i" mars 1871. 

2. DiLHAu (Alphonso), Une page de l'histoire de la guerre avec, la 
Prusse. i8/0-i8ji. — Sac, pillage et incendie du village d' Ablis 
(Seine-et-Oise). 



94 L'INVASION ALLEMANDE EN 1810-1871 

sienne et de l'infanterie bavaroise; les mesures de 
sûreté prises sont tout à fait insuffisantes ou nulles. 

Le 8, vers 4 heures du matin, i8o francs-tireurs de 
Lipowski se glissent dans le bourg ; une heure après 
environ, ils en sont maîtres par surprise et de vive 
force. 

Les pertes s'élevaient, pour la compagnie bava.- 
roise, à i5 prisonniers dont un blessé, sur 120 hom- 
mes^ pour l'escadron prussien, fort de i5o hussards, à 
65 cavaliers dont 8 tués ou blessés et 67 prisonniers; 
ii5 chevaux restaient entre nos mains, dont 16 tués 
ou blessés et 99 capturés. 

A 6 h. 3o, les francs-tireurs avaient détalé avec 
leurs prises évaluées à environ 20.000 francs i. 

Peu de temps après, le général von Schmidt arrive 
avec ses deux brigades. Sa fureur est telle qu'il ne 
procède à aucune enquête : il injurie grossièrement 
le maire Marcille et le conseiller municipal Bailly, 
qu'il traite de « brigands, canailles, traîtres » ; il 
accuse les habitants d'avoir « trahi » (sic) les Alle- 
mands et d'avoir été de connivence avec les francs- 
tireurs. 

En peu de temps, six habitants sont massacrés : 
Bée Jules; Poinot^ d'Ablis ; Théophile Maugain, Emile 
Chartrain et Alcide Gloué, de Prunay ; le jeune Hajc- 
douin, de Bullion. 

Ordonné, le pillage, présidé par le colonel Griime, 
dura jusqu'à 2 heures du soir. 

Le maire venait cependant de payer une somme de 
5.000 francs pour racheter le village de l'incendie, 
lorsque l'ordre est donné aux habitants d'évacuer 

I. Genevois (Henri), /es Coups de ninin pendant la guerre. Ablis, 
ChétUlon-sur-Seine, Châteauneuf, Ilam, Fontenay-sar-Moselle. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 93 

un certain nombre de maisons désignées pour être 
brûlées. 

A 3 heures, dit A. Dilhau, le feu était mis de tous côtés, à la 
torche et au pétrole, et les soldats emmenaient sur la route de 
Rambouillet, à l'entrée du villai^e, tous les habitants (jui, malg'ré 
l'ordre donné, avaient été trouvés cachés dans leurs maisons ou 
dans celles des autres. 

Sur les i88 maisons d'Ablis, 98 durent être recons- 
truites oa réparées ; 64 étaient complètement détruites, 
3/| étaient g-ravement détériorées. 

La perte totale fut évaluée à i 281. Goo francs : 
572.445 fi"' pour la valeur des maisons, 709.816 francs 
])oiir celle du mobilier, des récoltes et du bétail qu'elles 
contenaient. 

L'innocence des habitants d'Ablis ayant été recon- 
nue au bout de quelques jours, le général von Schmidt 
fit relâcher les i4 habitants qu'il avait emmenés, 
otages qu'il comptait faire fusiller. — ainsi que le 
préfet de l'Eure en fut prévenu, — si les hussards 
prussiens ne lui étaient pas rendus K 

On a parlé des remords de von Schmidt ; nous ne 
nous y arrêterons pas. Nous avons mentionné le regret 
éprouvé par le Roi et l'avons jugé. Rustow a qualifié 
cette exécution d' « acte de vandalisme ». 

Charmes-surMoselie (Vosges), du 12 au 20 octobre. 
— Charmes fut occupé les 12, i3, i4, I7et20 octobre, 
journées [)endant lesquelles, « au milieu d'une popu- 
lation désarmée et inoffensive, les Allemands ont pra- 
tiqué le vol, le pillage, l'incendie et l'assassinat 2 ». 

1. Les rédacteurs du Récit officiel prussien out... oublie de consi- 
gner celle menace indiçiic ; pour eux, cvidemmenl, c était un détail 
négligeable. 

2. Regnauld (J. ), l'Inuasiun aUeinande à Channes-siir-Moselle 
{Vosges) en 18/0, p. 2. 



96 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

Le i4, un habitant paisible, Oscar Mariotte, phar- 
macien, reçoit, sans motif connu, deux coups de baïon- 
nette dont il mourut. 

Jules Barbier, que la goutte retient au lit, est jeté 
à bas et traîné à la mairie ; pendant ce temps, on 
pille sa cave ; le i5, on incendie sa maison après l'avoir 
saccagée. 

Le 17, les habitants sont informés 

Qu'ils doivent sur-le-champ dénoncer et livrer au comman- 
dant prussien les auteurs (prétendus) des coups de feu tirés rue 
du Pont et rue Liégeois, sinon que, dans une demi-heure, il sera 
procédé à l'incendie de cinq maisons; une amende de 100.000 fr. 
est, en outre, imposée à la ville et devra être versée, au plus 
tard le 20, entre les mains du commandant,sous peine de pillage 
de toute la ville 1. 

Le maire et deux conseillers sont pris comme otag-es. 
A 10 heures, le signal de l'incendie est donné ; les 
otages sont dirigés sur Nancy ; au sommet de la côte 
de Gripport, on les fait arrêter et retourner. 

Le ig octobre, la rançon est versée; le lendemain, 
les otages sont libérés. 

Le montant des déprédations commises par les 
Prussiens, dans le canton de Charmes, s'est élevé à 
44 1 -303 francs 2. 

Vaux (Ardenncs), 28 et 29 octobre 3. — Le 28, 
des francs-tireurs postés près de Vaux échang-ent des 
coups de fusil avec les Allemands, auxquels ils tuent 
un sous-officier. 

Le village est aussitôt envahi ; 4o habitants sont 
saisis et enfermés dans l'église. En vain, l'abbé Mar- 

1. Regnauli) (J.), op. cit., [). 5. 

2. Journal de (a iVeurthf. du i^r jyin ,j^^2 (Document officiel). 

3. dutetle des Tribunaux, tribunal civil de Rouen, audience du 10 jan- 
vier 1873. L' Alsacien-Lorrain àyi 2 décembre i883. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 97 

teaux, curé, affirme sur l'honneur que ses paroissiens 
n'ont participé en aucune façon au combat. Le lieu- 
tenant-colonel allemand exige que les noms des trois 
habitants qui seront fusillés le soir lui soient don- 
nés : « Pensez-vous, Monsieur le curé, que c'est avec 
plaisir que j'exécute cet ordre venu de haut? » Le 
curé, qui offre sa vie pour ses paroissiens, et le maire, 
M. Jacquet, refusent de faire eux-mêmes cette dési- 
gnation, puisque tous sont innocents. 

Le 29, le lieutenant-colonel accorde vingt minutes 
aux habitants toujours enfermés dans l'église pour 
désigner eux-mêmes les trois victimes ; ce sont : 
Depreuve Jean-Baptiste, ancien berger, âgé de 57 ans, 
marié ; Q-eorges-Louis, berger, 63 ans et marié ; 
Georges-Charles, 23 ans^ célibataire. 

L'exécution, qui fut immédiate, eut lieu en présence 
du curé qui assista les infortunés*. 

Vienne-en-Val (Loiret), le 3 novembre 2. — Les 
Bavarois accusent les habitants d'avoir abrité des 
francs-tireurs qui les ont inquiétés. 

Après avoir brûlé deux grosses fermes des environs, 
— le GrandMarais etlaMarguerie, — ils entrent dans 
le village et mettent le feu à plusieurs maisons. « Ils 
' tuèrent, en outre, deux vieillards de plus de 60 ans et 
poussèrent la barbarie jusqu'à faire brûler ces victimes 
eu les jetant dans le foyer de l'incendie ^ ». 

En se retirant, ils cmnienèrcnt le maire, âgé de 
77 ans, et trois conseillers municipaux. Chemin fai- 
sant, pour se distraire, tout en procurant à ces ota- 
ges une salutaire émotion, ils les firent sortir de la 

I. Nommé chanoine, l'abbé Marteaux a publié un récit détaillé de ce 
drame; il mourut à Vaux, le 7 mars 187.3. 
a Echo français du 17 novembre 1870. 
3. De GfiAUDOHDV, circulaire du liy janvier 1S71, annexe n° 2, ji. a8. 



98 L'iNVASION ALLEMANDE EN ISTÛ-lS-l 

roule et placer sur un rang^, face à un peloton d'exé- 
cution. 

Nemours-sur-Loinff (Seine et-Marue), le i5 novem- 
bre i. — Dans la nuit du i3 au i4 novembre, i5o mo- 
biles envahissent Nemours, qu'occupaient 47 uhlans ; 
ils en tuent 3 et capturent tous les autres. 

Le i5, a lieu une infâme exécution. Le maire et les 
conseillers municipaux sont arrêtés et conduits devant 
la maison où avaient été cantonnés les uhlans ; la 
musique joua. 

Le feu est mis à l'auberge, au café, à i4 maisons, 
aux deux j^ares et à un chantier de bois ; au cours de 
ces exploits, on allume une paillasse sous le lit d'une 
femme paralysée des jambes ; un vieillard infirme est 
jeté hors de chez lui; sa femme, qui implore la pitié des 
bourreaux, reçoit des coups de pied et roule dans la 
boue. 

Etrépagmj (Eure), le 3o novembre -. — Les Saxons 
mentirent, lorsque, pour pallier leur complète négli- 
g-ence et surtout légitimer leur sauvag-erie, — ils affir- 
mèrent que les habitants les avaient trahis. Il est cer- 
tain que la surprise fut réciproque, c'est-à-dire que le 
g-énéral Briand « ne s'attendait pas plus à trouver les 
Saxons en force à Etrépagny qu'eux-mêmes à l'y voir 
venir ». 

Les pages qu'a consacrées un témoin, le baron 
Ernouf, au vandalisme des Saxons qui méritèrent ce 
jour-là le sobriquet de Meislerzeuger (maîtres brû- 
leurs) seraient à reproduire en totalité; analysons-les 
du moins. 

I. Alsacien-Lorrain tiu 2t juin i884, extrait d'une lettre adressée au 
ministre de l'Intérieur. 
3, Ernouf (baron;, o,'. cit., \>p iii3 et 169. 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 99 

Le 3o novembre, les mauvais traitements, le pillage 
et l'incendie fuient savamment combinés. 

Des vieillards plus que septuagénaires sont con- 
duits eîi rase campagne et tenus eu respect avec me- 
nace de mort pendant qu'on saccag-e leurs maisons, qui 
sont ensuite incendiées. 

Une ferme située vers Gisors est brûlée avec tout 
son bélail, sous les yeux du fermier tenu en joue. 

Les effets portatifs une fois enlevés, les Saxons bri- 
sent glaces, lambris, gros meubles, puis le feu est mis; 
b'6 maisons furent ainsi saccag'ées et incendiées. 

Toutefois, ces forcenés se rendirent aux supplica- 
tions d une religieuse au moment où ils allaient mettre 
le feu à une ambulance contenant des blessés du com- 
bat de la nuit. 

... Ils eurent tout lieu d'être satisfaits, dit Ernouf, car le dé- 
sastre surpassa leurs espérances. Une véritable tempête concou- 
rait aux progrès de l'embrasemeat obtenu, suivant l'usag'c de 
ces dignes initiateurs de nos communaux, au moyen de paille 
imbibée de pétrole. Aussi plusieurs maisons, qui ne figuraient 
pas sur le programme de destruction, furent consumées ou gra- 
vement endommagées. Le feu se communiquait par les bâtiments 
d'exploitation, par les fournils, les celliers, les bûchers. Un mois 
après, une épaisse fumée, se dégageait encore, çà et là de ces 
décombres ensevelis sons la neige... Les pertes subies par les 
habitants de ce bourg de 1.600 àmcs ont été évaluées ofKcielle- 
ment, après un sérieux examen, à 941 016 francs. 

Foncaucourl (^Somme), le i3 décembre'. — Ce vil- 
lage de 5o5 habitants passa, lui aussi, par la rude 
épreuve du fer et du feu. 

Le 1 1 décembre, quelques uhlans (|ui ont dépassé 
Foucaucourt reçoivent des bois d'Estrées des coups de 

1 . Ramon (Gustavei, l'Invasion en Picardie. — Récits et Documents 
concernant les conununes de l arrondissement de Péronne pendant la 
guerre allemande i8yo-i8ji, t. I, pp. io8 à ii6. 



100 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

feu et se replient avec plusieurs blessés; le maire 
refuse les réquisitions demandées. 

Le i3, une colonne, forte d'environ l^oo hommes 
et de cinq pièces d'artillerie marche sur Foucaucourt 
qu'occupent momentanément 35 hommes formant la 
compag-nie franche du marquis de Lameth. 

Favorisés par un brouillard intense, ces hommes 
ouvrent le feu et le continuent jusqu'à ce que l'artille- 
rie ennemie soit entrée en jeu. 

Les Allemands envahissent alors le village, persua- 
dués qu'ils ont eu affaire, comme le 1 1 décembre, à 
des habitants, et se conduisent en vrais furieux. 

Ils se crurent, celte foi^, dit G. Ramon, en pays cou([iiis, et se 
livrèrent dans les maisons à une véritable débauche de tir. Pla- 
fonds, lambris, armoires, portes, croisées, tout leur servit. Les 
caves, les greniers, les grauges, étables et écuries, tout fut 
visité, fouillé, scruté. Le droit de la force régnait en maître. Le 
mobilier était brisé partout, les animaux gisaient au milieu de 
leur litière, les habitants éperdus erraient, çà et là, pourchassés 
à coups de crosse et menacés par les balles. 

Les perquisitions les plus minutieuses n'ont fait 
découvrir aucune arme. N'importe! le feu est mis aux 
quatre coins du village qui, en un clin d'oeil, devient 
un véritable brasier. 

Les Allemands ne s'en tiennent pas là. Plusieurs 
habitants sont meurtris de coups et grièvement bles- 
sés; deux infirmes sont tués chez eux ; un autre habi- 
tant est tué dans la rue; frappé, un vieillard succom- 
bera des suites de l'anipiitation d'un bras; Charles 
Potter, âgé de dix-sept ans, reçoit deux coups de 
baïonnette avant d'être fusillé. 

Vers 2 heures du soir, sur la fausse nouvelle d'un 
mouvement de troupes venant de Përonne, les Aile- 



CONDUITE DES ARMEES ALI.EMANDES 101 

mands se retirent en emmenant des prisonniers qu'ils 
relâchèrent après avoir acquis la certitude que les 
francs-tireurs de Lameth seuls avaient tiré sur eux; ils 
se contentèrent de garder le maire et un conseiller 
municipal, qu'ils renvoyèrent d'Amiens quelques jours 
plus tard. 

Les incendies dn i3 décembre imposèrent à Foucau- 
court une perte de 88.G71 fr. Si l'on tient compte de 
plusieurs passages de troupes, on arrive à un total de 
228. 3o5 francs, somme dans laquelle les vols commis 
figurent pour 77.794 francs. 

Saint-CélTin (Mayenne), le 10 janvier 1871. — 
Maîtres de Saint-Célerin après un court combat, les 
Allemands s'empressent de fouiller les maisons. 

Ils fusillent un mobile que la fatigue a empêché de 
suivre sa compagnie; ils expulsent brutalement du 
presbytère, en les menaçant de leurs baïonnettes, les 
mobiles blessés, dont plusieurs mortellement, qui s'y 
sont réfugiés et traitent de telle sorte le curé, âgé de 
76 ans, que, affolé, il s'enfuit dans la campagne. 

Ils pillent et enlèvent tout ce qu'ils peuvent, couver- 
tures, draps, montres, argenterie, bijoux de femme; 
ils s'emparent de l'argent, de l'or, en ne négligeant 
pas de faire vider les poches des gens. 

Auallon (Yonne), le 16 janvier. — Le lô janvier, 
un dragon prussien a été tué par des francs-tireurs 
(jui ont dispersé la patrouille. Le lendemain matin, à 
9 h. 3o, après un bombardement sans sommation, la 
ville, qui a reçu 200 obus au minimum, est envahie 
par 5.000 Allemands dis[)0sant de lo pièces d'artil- 
lerie. 

Le maire, ayant déclaré qu'il lui est impossible de 
fournir en une heure les 18.000 rations qu'on lui 



i02 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

réclame, trois heures de pillage sont accordés à la 
troupe. Alors eurent lieu des scènes indi^^nes dont un 
témoin indigné, le lieutenant-colonel Lebrun de 
Radot, nous a transmis un fidèle compte- rendu^ : 
tous les magasins sont pillés, dont celui du maire, 
M. Mathé, drapier, qui subit ainsi une perte de 26.000 
à So.ooo francs; les montres sont volées au gousset 
des hommes et à la ceinture des femmes ; quelques 
malheureuses sont rouées de coups et leurs boucles 
d'oreilles sont arrachées. 

Fontenoy-siir-Moselle (Meurthe-et-Moselle), les 22, 
28, 24 et 25 janvier. — Les représailles exercées, à la 
suite de la destruction par les « Chasseurs des Vos- 
ges » du pont sur la Moselle, constituent un des actes 
les plus odieux et les moins justifiés de la guerre. Nous 
ne pouvons que renvoyer, pour le détail, au récit si 
complet et véridiquedû à un témoin, l'abbé Briel, curé 
de Gondreville et de Fontenoy"^, que l'auteur de cette 
enquête connut à Toul pendant près de deux ans. 

Lorsque la destruction du pont de Fontenov eut in- 
terrompu, pour près de deux semaines, la circulation 
sur la grande voie de communication avec Strasbourg 
et au-delà, la colère des AUemaïids ne connut plus de 
bornes. 

Ils prétendirent, comme toujours, pour expliquer et 
justifier leur sauvage répression, que les habitants 
étaient de connivence avec les auteurs de l'explosion ; 
il est hors de doute cependant qu'il n'y eut de leur 
part aucun acte répréhensible : les soldats du déta- 
chement affecté à Fontenoy depuis le commencement 
de septembre 1870 purent en porter témoignage et 

1. Messager de l'Adier du 26 janvier 187 1. 

2. Briel (abbé), Episodes de la gaerre de iSjo-iSyi . — Le pillage 
et l'incendie de Fontenoy-sur-Moselle. 



CONDUITE DES ARMEES ALl.E.-.ÎANDES 103 

blâuièrerit iiaulernenl les reprcs;ii!les exercées contre 
des cens dont ils n'a^■aiient eu qu'à se louer. 

Dans l'après-nùdi du 22 janvier, aussitôt après l'ar- 
rivée de troupes venues de Nancy, des habitants sont 
faits prisonniers et envoyés à Toul, où ils furent frap- 
pes sans pitié et menacés de mort à plusieurs reprises; 
J.-B. Maillard, âgé de 74 ans, est assassiné*. 

Le 7-3 janvier, vers une heure du soir, on apprend 
de Nancy que Fontenoy est condamné au pillage; il 
est immédiatement exécuté avec des ciiconstances 
aggravantes. Vers quatre heures du soir, on a connais- 
sance d'un deuxième ordre émanant, cette fois, du 
nouvel empereur d'Allemagne, dont ce fut le premier 
acte : « Fontenoy doit être brûlé. » 

La sentence fut exécutée les 22 (20 maisons), aS 
([O maisons), 24 (21 maisons, dont l'Ecole) et 26 
(i maison) janvier. 

Il ne resta debout que l'église et six bâtiments d'ail- 
leurs plus ou moins détériorés, « conservés pour l'usage 
des troupes ». 

L'incendie avait été accompagné d'actes odieux dont 
nous nous bornerons à citer les plus graves. 

Le 22 et dans la nuit, plusieurs viols furent commis 
même par des officiers. 

M"'® François, âgée de 75 ans et paralysée, gardait 
le lit ; elle mourut brûlée sur son lit après que son 
fils et sa belle-fille se furent vu refuser, avec renfort 
de coups, l'autorisation de l'évacuer sur une voilure 
pour la transporter à Gondieville-. 

1. A l'endroit où fut coniiriis !c crime se dresse une croix sur laquell'; 
on lit : Ici tomba frappe d'une OalU' prussienne — Jean-Daptisie Af ail- 
lard — Agé de y^ ans — Le 22 janvier iSyi — Son crime fat d'avoir 
voulu — s'interposer en faveur de son petit-fils, 

2. BRiEL.abbé), op. cit., p. 3a. 



104 L'INVASION ALLE.^rANDK EN 1870-1871 

Les Prussiens, dit 1 abbé Crlel, se disputaient l'honneur de 
porter la flamme incendiaire, et quand les flammes s'élevaient, 
c'étaient des battements de mains et des hourras ; ils ne mettaient 
le feu dans une nouvelle maison qu'après un certain intervalle, 
et prolongeaient ainsi cette noble jouissance i. 

Telle riche exploitation agricole fat briilée après 
que des soldats eurent empoché pour son rachat une 
certaine somme d'arçent^. 

Des mères de famille qui ne pouvaient rester au 
milieu des ruines eurent à essuyer, comme elles s'éloi- 
gnaient avec leurs enfants, des coups de fusil. 

L'abbé Briel et son vicaire furent mis eu joue à 
différentes reprises. 

Plusieurs habitants, maintenus, le 28, auprès de 
leurs maisons en feu, furent frappés « avec le poing", 
le pied, le sabre ou le crosse de fusiP », et couverts 
de crachats. 

Dans l'Eg-lise, malgré une promesse formelle, les 
vases sacrés et les ornements du culte furent volés ou 
détériorés odieusement. 

Incarcéré le 26, sous le prétexte ridicule « d'avoir 
laissé (le 22 au matin) tinter plus vite qu'à l'ordinaire 
les neuf coups de cloche qui précèdent l'Ang-elus », le 
curé Briel nerecouvra sa liberté que le 22 février 187 1''. 

Il était nécessaire, ou le conçoit, de conserver pour 
la postérité un forfait aussi froidement perpétré. En 
conséquence, 

après l'incendie, les Prussiens amenèrent un photographe à 
Fontenoy pour prendre cette scène désolée dont ils osaient, dit 
l'abbé Briel, se faire gloire. Ils placèrent leurs soldats avec art, 

1. Briel (abbé), op. cit., p. 3o. 

2. Briel (abbé), op. cit., p. 3i. 

3. Briel labbéj, op. cit., p. 87. 

4. Il reçut, en 1879, '^ décoration de la Légion d'honneur. 



CONDUITE DES ARMEES ALLExMANDES lOij 

afin de rendre l'effet plus saisissant. [>'épreuve ne parut pas 
satisfaisante; la première maison à gauche n'était pas brûlée; 
c'était une ombre qui blessait ces généreux Allemands. Aussitôt 
les ordres sont donnés, les soldats renversent une partie du mur 
et restent sur la brèche occupés à démolir. C'est dans cette atti- 
tude, ti douce au cœur prussien,qu'ils sont représentés. La mai- 
son de M. Hachet fut donc détériorée uniquement pour offrir une 
image plus frappante du désastre. Oui, les Allemands sont des 
artistes ; ils aiment les belles choses ! 

L'éçlise, debout au fond du tableau, au milieu des ruines, 
semble redire à la reine Augusta comme un écho des pieuses 
lettres de Guillaume : « Nous respectons les choses saintes ; 
Dieu est auec nous \. « 

L'abbé Briel a donc eu pleinement raison de dire 
dans son émouvant et impartial récit : 

... On se refusera à croire certains détails, on ne pourra s'i- 
maginer que l'armée d'un peuple se disant civilisé s'oublie à 
ce point : j'affirme la rigoureuse exactitude de mes paroles; 
j'écris sous la déposition sévèrement examinée de mes malheu- 
reux paroissiens ; j'ai vu moi-même les Prussiens à l'œuvre ; 
j'ai entendu leurs menaces, leurs ordres ; je suis l'un des 
témoins et l'une des victimes. 

Nous n'avons pas à raconter en détail les moyens 
fju'employa le comte S. Renard, préfet prussien, 
d'oriy^lne française, ponr amener, dans le plus bref 
déiai, la réfection du pont : rt'fjuisition de Sooouvriers, 
toute espèce de travail ayant été suspendu dans les 
ateliers et usines, sous peine d'une amende de 
5.000 francs ; razzia sur la place Stanislas pcndiint la 
musique (tant pis pour les curieux) de i5o à 200 indi- 
vidus de tout àg-e et de tout costume qui furent em- 
ployés comme travailleurs ou se firent reui placer-. 

I.e travail fut mené si rapidement (jue l'exploitation 

1. Briel (abbû), op. cit., pp. [\i et 43. 

2. Lacroix, op. cit. 



106 L'INVASION ALLEMANDîi EN 1870-1871 

régulière sur une voie fonctionna le 4 février et que, 
le ir, la circulation était complètement rétablie. 

La reconstruction du village fut assez prompte- 
ment effectuée grâce à la charité. 

Dès le 23 janvier, le nouvel empereur d'Allemagne 
ordonna, — ce fut, nous l'avons dit, son preaiier acte^ 
— que la Lorraine, rendue responsable de la destruc- 
lion de Fontenoy, serait frappée d'amende, soit « une 
contribution extraordinaire de dix millions de francs » : 
c'était un vol pur et simple sur lequel nous aurons 
occasion de revenir. 

PRISONNIERS DE GUERRE 

Cet important sujet, que nous ne pouvons qu'effleu- 
rer ici\ a fourni de nouveaux exemples de la brutalité 
et du manque absolu de générosité des Allemands; il 
est vrai que le Règ'lement prussien ne contenait pas ce 
précepte inscrit dans le Règlement de 3 mai i832,qui 
était en vigueur chez nous au début de la guerre. 
« Les officiers doivent rappeler aux soldats que la 
générosité honore le courage. En conséquence, les 
prisonniers de guerre ne sont jamais dépouillés ; cha- 
cun d'eux est traité avec les égards dus à son rang. » 

Les échos douloureux du « Camp de la Misère », 
près Sedan, retentissent encore à nos oreilles malgré 
le temps écoulé : là, du 2 au 13 septembre, les infor- 
tunés survivants de l'armée de Châlons demeurèrent 
sans abris sous la pluie, dans la boue et n'eurent, du 
2 au 10, que cinq distributions de vivres faites par 
les soins de l'autorité allemande. 

Quant ;\ la conduitee de convois de prisonniers jus- 

1. Il est traité in extenso dans l'Appendice, 



CONDUITE DES ARMÉES ALLEMANDES 107 

qu'à la g-are d'embarquement, deux lamentables mas- 
sacres s'y rattachent : celui de Passavant et celui des 
prisonniers faits à Soissons ; déjà nous avons relaté 
le massacre effectué près de Givry-en-Arg-onne. 

Tout au moins doit-on rapidement rappeler : 
que les Mobiles faits prisonniers, le 7 octobre, à Nom- 
patclize furent reçus à Lunéville à coups de poing-, 
de plats de sabre, parfois piqués avec la pointe des 
baïonnettes et que, pendant deux jours, les défen- 
seurs de Strasbourg- furent, ainsi que l'a relaté le 
commandant du Petit-Thouars *, traités de la même 
façon par leurs conducteurs badois qui eurent la lâ- 
cheté de leur dire en les frap j)ant : « Vous n'êtes plus 
des hommes, c'est à peine si nous vous considérons 
comme des chiens... » 

Déjà nous avons dit comment furent traités par 
des officiers allemands les otages et prisonniers tra- 
versant, ies 22 et 26 novembre, La Ferté-Bernard et 
Nog-en t-le-Rotrou . 

Pleins d'une mordue nobiliaire, les officiers alle- 
mands ne pouvaient regarder qu'avec mépris nos sol- 
dats prisonniers ; cependant, entre le mépris et la 
cruauté, il y a de la marge. C'est évidemment à ce 
sentiment qu'obéit l'officier qui, à Querrieu (Somme), 
le 2?) décembre, brùla la cervelle à bout portant 
au chasseur à pied, Seigneurin, qui s'était porté de 
deux pas en avant de l'alignement pour reprendre 
sa capote se trouvant à terre avec des fourniments. 

N'éludions pas les massacres en masse sans avoir 
relatél'assassinat d'un des prisonniers de Châteaudun 
en route pour l'Allemagne, assassinat dont le détail 
fut donné au maire, M. Lumière, par le maire de 

I . Rapport au ministre de la Marine. 



108 L'iNVASION ALLEMANDE EN 1870 1871 

Toury (Eure-et-Loir), dans une lettre qu'a reproduite 
r Echo Danois ; il s'agit de Renouh, jardinier au Frou 
près Saint-Jean. 

... Le malheureux I\ononlt, dont les mains étaient attachées 
rierrière le dos, a poussé, sans en avoir conscience lui-mèuie, car 
il parai.ssait dans un état de prostration très grand, un soldat 
bavarois, à propos d'une bouchée de pain qu'un camarade d'in- 
fortune voulait recevoir en son lieu et place. Le soldat crie, voci- 
fère et assène sur la tête de Renoult des coups de crosse. Un 
officier se trouve là, saisit un sabre et lui fend à demi le crâne. 
On emmène Renoult chez le commandant de place, qui le con- 
damne à mon, et ce pauvre innocent est traîné étroitement gar- 
rotté, la figure tuméfiée et la tête sanglante, à cinq cents mètres 
du bourg, où un peloton de soldats prussiens l'a passé par les 
armes, après avoir eu la barbarie de lui couper le nez, les oreil- 
les et de lui crever les yeux. 

Ainsi qu'il arriva souvent, les Prussiens ayant ri- 
g'oureusemeut défendu d'enlever le cadavre, les hon- 
neurs de la sépulture ne purent lui être réellement 
rendus qu'au milieu de mars 1871, lorsque cessa l'oc- 
cupation de Toury *. 

Massacre de Passavant (Marne), le 26 août. — Ce 
tragique épisode a été souvent raconté et jug-é de la 
même façon. 

L'évacuation de la petite place de Vitry ayant été dé- 
cidée, sa g-arnison, forte de r.5oo hommes environ, est 
mise en route dans la nuit du 24 au 25 août; il y a là 
1.200 mobiles à peines habillés, armés depuis quatre 
jours seidement, et une batterie d'artillerie (le la Marne. 
Engagée, sans être éclairée, dans le chemin de la 
Serre, la colonne avait atteint, entre Dampierre-le- 
ChâteauetSivry-sur-Ante, lelieudit La Basse, lorsque, 

I. Ainsi que l'aUesta le maire de celle commune, le corps, recouveri 
d'une couche de terre de o m. s5 à peine, était encore parfaitement 
reconnaissable 



CONDUITE DES ARMEES ALLEMANDES 109 

vers 10 heures du matin, elle est brusquement assail- 
lie par une traction de la 6® division de cavalerie 
! prussienne. 

Après un simulacre de combat, les mobiles se ren- 
dent ; ils ont beaucoup de peine à se faire reconnaître 
comme belligérants : néanmoins les injures, les gros- 
sièretés, les coups de hampes de lances ne sont ména- 
gés ni aux soldats, ni aux officiers qui, fouillés de la 
manière la plus ignoble, sont dévalisés. 

Une colonne de prisonniers est organisée à Sivry, 
d'où, par Villers-en-Argonne, elle est dirigée sur 
Passavant. Lorsque, vers cinq heures du soir, elle 
atteint cet endroit, elle ne compte plus guère que 800 
hommes environ, les manquants ayant pu, — grâce à 
leur connaissance du pays, — s'évader. 

Feu après la sortie de Passavant, un soldat de l'es- 
corte tue d'un coup de fusil un soldat qui a quitté la 
route, soit qu'il en ait été rejeté par une poussée, soit 
qu'il ait voulu aller boire à quelques pas. 

Au bruit de la détonation, une débandade se pro- 
duit; tout à coup, un second coup de fusil, dont l'ori- 
gine est demeurée inconnue, retentit: dès lors, la dé- 
route devient complète; beaucoup de mobiles, s'ima- 
ginant qu'on va les massacrer, s'enfuient dans toutes 
les directions pour trouver un abri. 

Les Prussiens font feu sur les fuyards, d'autres les 
poursuivent et massacrent ceux qu'ils parviennent à 
rejoindre. Ils ont prétendu depuis, pour se faire par- 
donner ces assassinats, qu'ils crurent être attaqu(^s : 
« Les mobiles ont voulu fuir et, d'après les lois delà 
guerre, nous avons tiré sur eux. » 

Il y a là un double mensonge : on n'est pas attaqué 
par des hommes désarmés ; d'ailleurs, h s mobiles 



110- L'INVASION ALLEMANDE EN i8"0-1871 

qui étaient demeurés sur place ne furent point épar- 
gnés non plus. 

Si les officiers, qui connaissaient l'origine du coup 
de fusil initial, avaient eu du sang-froid, ils n'au- 
raient ni ordonné ni encouragé celte sauvage chasse 
à l'homme. 

Les causes vraies furent la peur familière au sol- 
dat allemand qui en a donné tant de preuves, la haine 
et le mépris du Français considéré comme un bétail 
envers lequel tout est permis. 

Pourchassés dans Passavant, des mobiles y furent 
tués malgré la courageuse attitude du maire, M.Boiet: 
ceint de son écharpe, il renouvela deux fois, au pé- 
ril de ses jours, mais en vain, sa tentative de conci- 
liation. Ses administrés furent malmenés ; quelques- 
uns même, pris pour des mobiles, furent blessés, puis 
emmenés en captivité. 

Lorsque le calme s'établit, le sol estjonchéde morts 
et de blessés; les Prussiens ne manquaient pas de 
retourner toutes les poches. 

49 mobiles, dont les noms sont conservés, ont été 
tués à Passavant ; 

97 autres furent blessés, dont plusieurs estropiés. 

La marche fut reprise ; le 28 août au soir, on attei- 
gnait Remilly, où eut lieu l'embarquement * : pendant 
quatre jours, la pitié des habitants avait seule pourvu 
à l'alimentation des prisonniers. 

Aujourd'hui, deux monuments établis à Passavant et 
à la Basse rappellent la conduite déshonorante d'of- 
ciers et de soldats prussiens. 

I. Intenii's à Glogau, où ils furent maiiiteiuis jusqu'au milieu d'avril 
1871, des mobiles de Passavant perdirent 49 d'entre eux sur les 692 
Français qui y furent ensevelis. 



CONDUITE DES ARMÉES ALLEMANDES Hl 

Massacre des prisonniers faits à Soissons, le i6 
octobre. — Les prisonniers, au nombre de 4'000 en- 
viron, faits à Soissons.. d'où ils étaient partis, vers 
trois heures du soir, pour se rendre à Château-Thier- 
ry, avaient parcouru une ving-taine de kilomètres lors- 
qu'une halte est prescrite dans le bois Saint-Jean, 
situé sur le territoire d'Hartennes. 

Tout à coup, sans que le mystère ait pu êtreëclair- 
i ci, en tête, en queue et sur le flanc de la colonne, les 
Allemands ouvrent le feu sur ces prisonniers désar- 
més, qui se jettent dans le bois où le feules poursuit ; 
les Prussiens eux mêmes s'entretuentdans l'obscurité. 

Le soir, à Cliâteau-Thierry, il n'y avait plus qu'un 
millier de prisonniers, mais il aété impossible de fixer 
exactement le chiffre des pertes. 



CHAPITRE III 

PLACES FORTES. — VILLES, BOURGS, VILLAGES 
OUVERTS S'ÉTANT DÉFENDUS 



L Du bombardement, — II. Mention de quelques sièges envisagés 
seulement au point de vue du droit des gens. — III. Villes, bourgs 
ou villages ouverts ayant résisté. Trinité patriotique formée par Saint- 
Quentin, Rambervillers et Ghâteaudun. — Mention spéciale de : Par- 
main, Varize et-Civry, Nogent-en-Bassigny ou le Iioy et Bazeilles. 



I. — Du bombardement 

Ce simple mot évoque à la fois, dans le grand drame 
dont nous nous occupons, tant de capitulations et de 
souvenirs douloureux que ce sujet peut sembler déli- 
cat à aborder. Il le faut cependant; d'ailleurs, les grlo- 
rieux souvenirs de Strasbourg-, de Belfort et de Bit- 
che sont là pour encourager à le faire et à ne pas 
craindre de se dég^ager de l'opinion ayant g-énérale- 
ment cours. 

Tout d'abord, le bombardement est-il contraire à 
la morale et à l'humanité ? Le yrand mot d' humanité 
est employé jusqu'à l'abus, toutes les fois qu'un in- 
térêt national ou un simple inl('rêt de doctrine semble 
rendre nécessaire cet argument, qui ne saurait pro- 
duire d'impression sur les esprits sérieux *; cependant, 
comme a eu raison de dire le général Paiuhaus, « c'est 

i. De Blois (capitaine;, Traité -/es boinbardemenls, i848. 



PLACES FORTES, VILLES. BOURGS S'ETANT DEPENDUS 113 

la guerre elle-même qui est coiilraire à la morale et à 
riiumauilé. » 

Le but évident de la i^uerre est d'imposer sa vo- 
lonté h son adversaire en brifiant sa résistance ; or, 
l'histoire, que l'on ne saurait trop consulter, nous 
apprend (jue, depuis l'illustre V'auban jusqu'à la Res- 
tauration, i5 places seulement, sur 222 assiégées, ont 
résisté au bombardement. Quecegenre d'attaque soit 
brutal, cela n'estpas douteux, mais il est souverain ; 
il permet, ce qui mérite considération, de faire une 
immense économie de sang- humain, de finances et de 
temps *. La preuve est facile à fournir. 

Le blocus peut infliger à l'assiégé de cruelles souf- 
frances puisqu'il est exposé à mourir de faim ; la sur- 
prise par ruse ou de vive force ne peut convenir qu'à 
une petite place ; le siège régulier entraîne une sé- 
rieuse perle de temps et cause, à la garnison surtout, 
de grosses pertes. 

En juillet 1870, on était d'autant moins fondé, en 
France, à nier les elfets puissants et décisifs du bom- 
bardement qu'ils avaient été démontrés et préconisés 
dès 1848 et, la veille même de la g-uerre, en i865 '^, 
par le général de Blois. Quelques années plus tard, 
déjà atteint par la limite d'âge, il commanda avec dé- 
vouement et autorité l'artillerie de la première armée 
de la Loire et celle de l'armée de l'Est. 

Le particularisme des armes, alors si puissant, 
contraria l'expansion de la doctrine ■*, mais les 
Allemands la firent leur, sans adopter, il est vrai, 

1. De Bi.ois icapilaiue;, o;;. cit., p. 271. 

2. De la Forlijicalion en prénence de l'Artillerie nouvelle, i865. 

3. Le Gi'nie n'admettait que le siège régulier : voir une lettre adres- 
sée, le 2G janvier 1871, par le général Faidherbe lui-inènie à l'Indépen- 
dance belge. 



Ii4 L'INVASION ALLEMANDE EN 1878-1S71 

les considérations humanitaires du général Blois. 

La guerre est, disait-il, un état violent, anormal ; elle entraîne 
une foule de malheurs que celui qui l'entreprend se condanme à 
produire, dans l'espoir d'en éviter de plus grands, i.a meilleure 
marche à suivre, la seule digne d'une nation éclairée, consiste à 
obtenir ce que l'on veut avoir, en faisant le moins de mal possible 
à soi-même et à son ennemi. Ce principe est le nôtre \. 

Les avantages du bombardement étaient si connus 
des officiers allemands que l'un deux, s'entretenant, 
après la capitulation de Mézières, avec un capitaine 
d'artillerie de la Mobile, qui parlait de sièg-e régulier, 
lui répondit:... «Unsiège TégnWer \ pourq/ioifaireun 
siège régulier? La raison d'humanité nous le défend; 
il faut ménager le sang de ses soldats'^. » 

Approuvons donc et adoptons le bombardement à 
la condition expresse de satisfaire aux conditions sui- 
vantes : 

faire connaître, en accompagnant la sommation, que 
le bombardement commencera tel jour et à telle heure ; 

autoriser la sortie des non-combaîlants, plus spé- 
cialement celle des femmes, des vieillards et des en- 
fants, si elle est demandée, quelque retard que cette 
facilité doive apporter à la capitulation ; s'interdire, 
d'une façon absolue, le bombardement des établisse- 
ments hospitaliers et même, — si l'on se targue de 
civilisation — celui des monuments nationan.x, tels que 
églises, musées, écoles, indiqués en conformité de la 
Convention de Genève. 

Toute satisfaction possible aura été ainsi aîlribuée 
à l'Huinanilé au prix d'une perte plus ou moins grande 
de temps ^. 

I. De Ri.^!s (capitaine), op. ci7.,pp. 37-113. 

a. GoRNEBOis ^In.specleur des Forêts L.),op. cit., pp. 190 à 198. 

3. Le géuéral de Blois emploie une ingénieuse formule aussi claire que 



F'LACES FORTES. VIf.LES, BOURGS S'ÉT-\.NT DÉFENDUS Ho 

Nous allons voir comment les Allemands pratiquè- 
rent le bombardement ; mais, dès maintenant, blâ- 
mons le moded'emploi suivant, qui procède de mépris 
et de morgue. 

Lorsque le x'^ corps prussien arriva devant Tours, 
son chef fît envoyer plusieurs obus sur la ville jusqu'à 
ce que le maire se fût présenté à lui ; encore se plai- 
gnit-il : (( Yous venez bien tard, monsieur le maire, 
et cependant y^ vous ai envoyé des obus pour vous pré- 
venir de mon arrivée devant votre ville ^. w 

Le triste sire ayant nom colonel Kahlden procéda de 
môme avec Saint-Quentin. 

II. — Mention de quelques sièges étudiés seulement 
au point de vue du droit des gens. 

Les bombardements sont tactiques ou destinés à 
intimider. 

Ceux de la seconde catég-orie constituent un odieux 
abus de la force, surtout quand ils sont entachés de 
mauvaise foi, comme dans le cas suivant : 

Le i4 août 1870, le général Hartmann, comman- 
dant le II'' corps bavarois, se permit d'écrire au cré- 
dule gouverneur de Marsal : 

Je viens vous annoncer que l'armée française a abandonné la 
lig-ne delà Moselle et est en retraite sur Paris. Toute résistance 
de Marsal est donc maintenant sans bui. Je suis devant la forte- 
resse avec 40.000 hommes et 60 pièces de position et vous somme 
de vous rendre prisonnier de guerre, les officiers gardant armes 



démonstrative. En bombardant une place quia conservé toute sa popu- 
lation, l'assiégeant n'a jilus contre lui que G. (garnison) — P (chiffre de la 
partie valide de la population qui pèsera sur la volonté du g'ouverneur) ; 
au contraire, s'il ne bombarde que les t'orlitications, il aura contre lui 
G-j-P. Delà Fortification en présence de l'Artillerie nonvel'e,i. I, p 89. 
I. Mallet (D.), les l'russitns au Mans, p. 17. 



116 L'INVASION ALLEMANDE EN 1810-1871 

Je viens déclarer en même temps que si, par une résistance 
frivole, vous me forcez à bombarder la ville et à la prendre 
d'assaut, je ferai passer toa'e la garnison au fil de l'épée. 

Cette sommation était l'œuvre d'un fourbe et d'un 
matamore cruel. 

Elle ne méritait qu'une réponse : « J'attends l'as- 
saut » ; mais elle ne fut pas faite, ce qui prouve que 
toutes nos places ne succombèrent pas seulement en 
aussi grand nombre et avec tant de rapidité parce 
qu'elles ne disposaient pas d'ouvrages détachés, d'a- 
bris casemates, de garnison et d'approvisionnements 
insuffisants. Le g-ouverneur, qui ne descendait pas de 
Bayard, dont la défense de Mézières est restée célèbre, 
capitula et mérita le blâme du Conseil d'enquête. 

A tous les points de vue, ainsi que Ta dit le lieute- 
nant Brenet, le bombardement pour intimidation est 
donc inadmissible : 

Il est contraire à r/ionneur, qu\ nous commande de n'attaquer 
que les personnes en état de se défendre ; il est contraire à /'/îm- 
mani(é,\imsque les personnes les plus exposées sont les femmes 
les vieillards, les enfants, les infirmes, qui n'ont ni abris ni case- 
mates pour se protéger; il est contraire enfin à la raison, puis- 
que les habitants qui reçoivent les coups n'ont pas le droit de les 
rendre, même s'ils le pouvaient, sous peine de perdre immédia- 
tement leur privilège de non-combattants et d'encourir les pei- 
nes édictées par les tribunaux militaires •. 

Si nous nous reportons aux conditions énumérées 
ci-dessus comme s'imposant aux bombardements tac- 
tiques, nous constatons : 

1° Que, dans la très grande majorité des cas, les 
Allemands n'ont pas eu recours à une sommation 
préalable et détaillée du bombardement, ainsi que le 

I. Bhenet (Amédée, lieutenant et docteur en droit), op. cit., p. gS. 



PLACES FOUTES, VILLES, BOURGS S'ETANT DEFENDUS 117 

firent les généraux français en 18.^2 devant Anvers, 
en 1849 devant Rome, en i855 devant Sébaslopol : 
les Allemands dérog-èrent, en effet, à cette coutume 
devant La Fère, Montmédy, Longwy, Strasbourg-, 
Thionville, Péronne et même Paris ; 

2° Qu'ils refusèrent inflexiblement la sortie des fion- 
co m battants ^ ; 

3" 0«ie partout, sauf deux exceptions ^, ils prirent, 
indirtéremmentou de propos délibéré, comme objectifs 
les hôpitaux, les ambulances, les églises et les monu- 
ments quoique gara n lis par le drapeau à croix rouge 
et par le drapeau national. 

SIÈGE DE STRASBOtTRG 

(la g août an 28 septembre. 

Si nous consacrons quelques lignes à Strasbourg, 
c'est surtout à titre d'hommage et d'admiration pour 
l'héroïsme de ses habitants qui, après avoir été cruel- 
lement éprouvés au milieu de scènes d'horreur 3, vou- 
laient quand même prolonger la résistance, alors que 
la limite était largement atteinte. Dépourvue d'ouvra- 
ges détachés, la ville était, en effet, à la merci d'un 
bombardement, ainsi que le général Ducrot l'avait 
prédit, quand il était encore temps de la garantir, en 
186C), au général Frossard. 

Le bombaideraentnefut pas [)récédé de sommation. 

Le féroce Gœrres avait écrit, dans son Mercure du 

1. Une seule exception est à mentionner. Après avoir rejeté la de- 
mande de monseigneur Rocss. le général von V/erdcr consentit, le lo 
septembre, sur les instances des Délégués de la Suisse, à laisser sortir 
de Strasbourg /(.ooo liabitants; plus tard, sollicité de nijuveau, il refusa. 

2. A Toul et à Sclilestadt, le bombarbement fut dirigé presque exclu- 
sivement contre les reuiparts. 

3. 3oo habitants furent tués et 3.000 blessés, dont beaucoup estropiés; 
18.000 habitants restèrent sans asile. 



118 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

Rhin : « Brûlez Strasbourg- et ne laissez debout que 
sa tour pour l'éternelle vengeance (?) des peuples 
allemands. » Les artilleurs firent de leur mieux pour 
accomplir ce vœu sacrilège. 

La Bibliothèque, si riche en manuscrits et souvenirs 
précieux i, et le Musée, dont les emplacements étaient 
bien connus des Badois, ces... bons voisins, la Cathé- 
drale, le Munster, l'orgueil de l'Alsace que sa « tour », sa 
flèche, désignaitsuffisammentaux regards, furentbom- 
bardés en connaissance de cause ; puis ce fut le tour 
du Théâtre, où tant d'Allemands s'étaient complu 2. 

Nous avons dit que Werder ne permit qu'une fois 
la sortie de la ville, non pas des « bouches inutiles », 
puisqu'il ne s'agissait pas d'un blocus, mais d'êlres 
inoffensifs. 

Les fortifications des grandes villes, écrivit-il au g-énéral Uhrich, 
ont leurs faiblesses dans les souffrances de la population (jui est 
exposée sans abri aux boulets ennemis, surtout si, comme à 
Strasbourg, elles sont sans casemates; la sortie que vous souhai- 
tez d'une partie de la population augmenterait donc la force de 
la fortification. 

G — P, avait écrit le général de Blois. 

Il savait qu'il pouvait compter sur l'approbation du 
g-énéral de Moltke,au cœur sec, qui, de son côté, mo- 
tiva ainsi le refus adressé à monseigneur Roess : « Quel- 
que regret que l'on eût k démolir cette vieille cité alle- 
mande, on dut continuer le bombardement, le prélat 
n'ayant pas qualité pour négocier 3... » 

1. Les Bibliothèques de Strasbourg renfermaient environ 400.000- 
volumes et 2.400 manuscrits. 

2. Dans la protestation du 12 décembre 1870 de la Persévèransa de 
Milan, on lit : « Les bombes prussiennes n'ont épargné ni les sanc- 
tuaires des sciences et des arts, ni les asiles des bltssés et des mala- 
des... » 

3. Récit officiel prussien, t II, p, 1291 et note de la page 1 15. 



PLACES FORTES, VILLES, BOURGS S'KTANT DÉFENDUS il9 

Cette démarche eut du moins pour résultat que, 
daus la nuit même du 24 août qui la suivit, la cathé- 
drale fut sérieusement endommagée par les obus. 

Werder, le général Morder (l'assassin), ainsi que, 
devançant le jugement de la postérité, les malheureux 
assiégés le surnommèrent, fit bien les choses : en 
trente-et-un jours de sièg'e régulier, du 17 août au 
28 septembre, 198.722 projectiles s'abattirent sur la 
ville, soit environ 6.249 par jour; après avoir accom- 
pli cette noble besogne, il se chargea de taire l'orai- 
son funèbre de la noble cité : « Strasbourg est cause 
de sa ruine. Que ne s'est-il rendu ! » 

L'opinion du comte de Bismarck est intéressante à 
connaître; or, voici comment, le 8 septembre, inter 
/)ocw/a, il s'exprima: 

La véritables Ira tégie (?) consiste à frapper vigoui'eusement l'en- 
neini, mais sarlout à Jaire aux habitdiils civils le plus de mal 
possible, pour les engager à se dégoûter de la lutte et à exer- 
cer une pression sur le gouvernement. II ne faut laisser aux gens 
que les yeux pour pleurer la guerre et regretter la résistance 1 . 

Ici encore nous retrouvons l'application de la for- 
mule G— P. 

Consacrons une mention spéciale à ces Allemands 
accourus du grand-duché de Bade, de la Bavière pour 
jouir des nuits lugubres et enflammées du siège; ils 
applaudissaient lout en mangeant et eu buvant. 

Le grand-duc de Bade avait poussé l'inconscience 
morale an point d'écrire au général Lîhrich, « comme 
bon voisin de l'Alsace », pour l'engager à ne point 
prolonger la lutte ; il s'attira cette réponse : 

C'est un gouvernement tombé, je le reconnais, qui m'a confié 
le commandement de Strasbourg ; c'est à la France que je m'ef- 

I. Busch(D. Moritz), Mémoires de Bismarck, t. I, chap. vu, p. i iG. 



120 L'INVASION ALLEMANDE EN1870-1S71 

force de couserver cette ^Tande et noV)le cité. J'aarai bientôt 
69 ans. A cet âge, l'ambition n'a jdus de racines dans le cœur 
humain, et l'on est trop rapproché de la fin pour obéir à un 
autre seotiment qu'à celui de l'honneur. 

Trois mois après la reddition de Strasbourg-, le 
29 décembre, les habitants dont les maisons n'avaient 
pas été détruites étaient prévenus qu'ils étaient frap- 
pés, à litre de contribution de ^rierre, d'une amende 
spéciale : c'était de la justice distributive bien com- 
prise! 

Comme on approuve cette Strasbourg-eoise qui, 
réfug-iée en Suisse après le bond^ardement, adressa, le 
12 février 1871, de la Chaux-de-Fonds, au chancelier 
Bismarck une lettre indig-née dans laquelle on lit* : 

Jamais les habitants de Strasbourg n'oublieront ces jours ter- 
ribles : leur ville incendiée et ravagée par les bombes prussien- 
nes, les arceaux splendides de leur noble cathédrale saccagés par 
les obus prussiens. 

Ils se souviendront que ceux qu'on vient de leur donner pour 
frères ont lancé dans leurs murs ces projectiles aveugles qui ont 
tué leurs femmes et leurs enfants. 

Ah! que nous aimions l'Allemagne, et combien nous la haïs- 
sons pour jamais à l'heure qu'il est ! 



BOMBARDEMENT DE PARIS 

du 2j décembre iSjo au 28 janoier iSjt. 

Le nom de Paris ne saurait figurer ici qu'à ce titre 
spécial. 

Employé contre Paris, le bombardement constitua 
une faute et un crime. 

Ce fut une faute, puisque les Allemands, qui étaient 

I. Publiée dans PHelvétie, cette lettre a été reproduite par Fouhnier 
(E.), dans let Prussiens chez nous, p. 5. 



PLACES J'OJiïES, VILLES, BOURGS S ETANT DEFENDUS 121 

en droit de compter sur la famine, ne pouvaient espé- 
rer réduire par le bombardement une ville de cette 
superficie ; ils assumèrent donc maladroitement 
l'odieux d'une mesure qui n'avança pas d'un jour la 
capitulation. 

Ce fut un crime parce que, quand une nation se 
taxe de civilisation, on n'emploie pas, surtout avec 
des ag-gravations connues de tous, un pareil pro- 
cédé. 

Le Roi résista longtemps, d'après Schneider*, à la 
pression exercée sur lui, pour recourir au bombar- 
dement, par les journaux; toutefois, les visites fré- 
quentes qu'il fit à Villacoublay, où se formait le parc 
de siège, autorisent à croire qu'il voulut surtout 
attendre que le matériel, en tant que puissance des 
pièces de gros calibre et ravitaillement en munitions, 
répondît aux exig-ences de cette phase spéciale de la 
lutte. 

Quant à Bismarck, il fut, dès le début, un partisan 
convaincu, féroce, du bombardement ; il faudrait pou- 
voir multiplier les extraits du premier ouvrage publié 
par Busch2. 

Le 7 novembre, il se déclare un partisan absolu du 
bombardement : personne plus que lui « n'y pousse 
et n'y travaille ». 

Le 28 novembre, il dit : «... Je ne donnerais qu'un 
seul ordre ; feul... »; «... Si nous avions commencé 
le boml)ardement il y a quatre semaines, il y a toute 
probabilité que nous serions aujourd'hui dans Paris, 
et c'est là le 

Le 10 janvier 187 1, pt-mlaut le dîner, on dit que 

I. ScHNKiDER (L.), op. cit., t. II, pp. 32, ^3. 

3. iÎLbcu (D. Moritz), pp. 128, 28^1, 286, 4i3, 4i4- 



1>2 L'INVASION ALLEM VNDK EN 1870-1871 

des incendies se sont déclarés à Paris. Bismarck 
répond: «... Celan'est point suffisant. Il faut qu on la 
{î\\vi\é,€)sente ici. L'odeur de l'incendie de Hambourg 
a été sentie à dix lieues de distance... » 

Le 12 janvier, il y revient encore, après une nou- 
velle du même genre : « C'est possible, je l'ai égale- 
ment remarqué, mais cela peut être un reflet de la 
neige; il faut tout cVabord quon sente... » 

Le 26 janvier, deux jours avant la capitulation, 
comme on constate que la vitesse du bombardement 
augmente, le chancelier, faisant un délicat retour sur 
le passé, se rappelle un employé subalterne qui était 
chargé d'appliquer la bastonnade : «... Il avait l'ha- 
bitude de donner les trois derniers coups avec une 
force toute particulière pour laisser un souvenir salu- 
taire. » 

Paris fut bombardé sans sommation préalable. 

Sur 120.000 obus environ qui tombèrent dans son 
enceinle, i .600 environ atteignirent des établissements 
hospitaliers. Voici des chiffres significatifs : 

Du 5 au 27 janvier : l'asile Sainle-Anne reçut 187 
projectiles; celui de Montrouge, 127 ; le Val de Grâce, 
76; la Pitié, 47; la Salpêlrière, 61, etc. 

Nous aurons occasion de mentionner la protesta- 
tion des médecins de l'hôpital des Enfants-Malades. 

Contentons-nous ici de rappeler la protestation in- 
dignée de notre grand Pasteur qui, le 18 janvier 1871, 
retourna à TUniversité de Bonn le diplôme qu'elle lui 
avait envoyé Le directeur, docteur Naumann, s'étant 
permis de lui envoyer, le i" mars, « l'expression de 
son mépris », Pasteur lui adressa, le 9 mars, une 
réponse cinglante dont la postérité enregistrera tous 
les termes. 



PLACES FORTES. VILLES, BOURGS S'ETANT DEFENDUS 123 

III. — Villes, bourgs ou villa^ges ouverts ayant résisté. 

La défense des villes, des bourgs ou des villages 
ouverts effectuée par des irréguliers ou par des soldats 
improvisés contre des troupes régulières disposant 
d'artillerie a provoqué de vives critiques et même de 
sévères condamnations. 

Un Vosgien, Félix Bouvier, a écrit à propos de la 
défense de Ramb(>rvillers : « Quand il s'agit de la 
Patrie, il ne faut pas se demandera quoi cela pourra- 
t-il servir? On fait son devoir, tout et même plus que 
son devoir; voilà tout... Folie, soit, mais folie géné- 
reuse, folie sublime, qui impose à tous le respect et 
l'admiration * ! » 

Oui, n'ayons du moins que du respect et de l'admi- 
ration, surtout si nous ne sommes pas disposés à les 
imiter, pour les Français qui s'engagèrent sans cal- 
culer, avec un dévouement absolu, dans des luttes 
particulières vouées d'avance à l'insuccès. 

Ces vaillants se virent appliquer les lois de la 
(jiierre, mais non, ainsi que nous allons le démontrer, 
les véritables, celles que, chez les victorieux, l'huma- 
nité doit tempérer : la cruauté la plus inflexible et la 
plus raftinée présida à la vengeance. 

Le mois d'octobre 1870 demeurera particulièrement 
célèbre, dans les fastes de la glorieuse résistance en 
province contrel'envahisseur, par l'héroïque résistance 
de trois villes d'une importance inégale : Ssint-Ouen- 
tin, Rambervillers et Chàteaudun surtout forment, 
en effet, sous ce rapport, une véritable trinité patrio- 
tique. 

I. Bouvier (Félix), les Héros oubliés. La défense de Rambervillers 
en iSyo, pp. m et 12. 



124 L'INVASION ALLEMANDE EN 1810-1871 

Au-dessous d'elles, s'il y a des deijrés quand le 
dévouement est poussé jusqu'au sacrifice de la vie, 
d'autres centres habités d'inégale importance ont 
aussi mérité d'être glorifiés. 



SAINT-QUENTIN (aISNE) 
8, 20 et 21 octobre iSjo. 

Anatole de la Forge, préfet de l'Aisne, fut l'âme de 
la résistance opposée, le 8 octobre, aux Allemands : 
elle eut un grand retentissement en France; à partir 
de ce jour, l'ennemi dut se montrer plus prudent. La 
vigoureuse action personnelle du préfet cimenta des 
éléments hétérogènes et la défense du pont du fau- 
bourg de l'Isle et du canal fut des plus honorables. 
Les Allemands, d'ailleurs peu nombreux, eurent une 
quinzaine d'hommes hors de combat et laissèrent 
entre nos mains six des leurs. Nos pertes personnelles 
furent de 3 tués et de 12 blessés, dont Anatole de la 
Forge. 

Informé, le 20 octobre, par le Mémoiùal de Lille 
que l'on avait rappelé de Lille les forces affectées à 
Saint-Quentin, le colonel von Kahiden dirigea en toute 
sécurité sur cette ville plusieurs bataillons de laiulwehr, 
3 escadrons et une batterie; ie lendemain, elle était 
occupée. 

Kahiden avait passé la nuit du 20 au 21 dans le 
château du village de Danizj, comptant 44 1 habitants. 
On ferma les yeux sur le pillage et le colonel ne par- 
tit, le 21 au matin, qu'après avoir eu soin de faire 
charger sur des fourgons « une pendule, les plus jolis 
meubles, des tapis et tout le vin. Le colonel ne pou- 



PLACES FORTES, VIi.LES, IJOUKGS S'ÉTANT DEFENDUS \2^ 

vait plus punir ses soldats d'avoir volé des casse- 
roles 1 ». 

Arrivé en vue de Saint-Quentin, Kahlden fit ouvrir 
sur la ville le feu d'une batterie : c'était pour appeler 
à lui la municipalité, qui comprit. Elle arriva assez 
tôt pour s'entendre signifier : 

1° Une amende de 600.000 fr. en réponse à une 
proclamation en date du 18 septembre d'Anatole de 
La Forge et de plusieurs articles du Courrier de 
Saint-Quentin; 

2° Une seconde amende de Soo.ooo fr. et 20 clie- 
vaux de selle pour avoir, le 8 octobre, engagé le com- 
bat avec des forces « envoyées à la ville sans aucune 
intention hostile, afin de lui remettre des proclama- 
tions, avoir détruit les ponls et moyens de communi- 
cation avec la ville et avoir empêché les troupes de 
remplir leur mission ». 

Kabiden partit le 2.3, en laissant derrière lui des 
menaces de mort. 



RAMBERVILLERS (vOSGES) 
g, 10 et 1 1 octobre. 

Lorsque, le 9 octobre, le général von Degenfeld se 
présenta devant Rambervillers, la ville avait été orga- 
nisée défensivement; 200 g-ardes nationaux, renforcés 
par des volontaires et des gardes forestiers, étaient 
décidés à résister avec le commandant Petitjean. 

La lutte, qui se prolongea jusqu'à la nuit, coûta 
aux défenseurs 7 tués et une quinzaine de blessés. 

Aussitôt entrés en ville, les Badois pillent maisons, * 

I. Lavisse (Ernest), op. cit., p. 4o. 



126 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

boutiques, magasins, assassinent sans jug-ement cinq 
Irabitaiits inoffensifs, dont un idiot qui chantait ». Ils 
tuent sur place des blessés ou, les arrachant de leurs 
lits, les traînent dans la rue et les y fusillent. 

Parmi eux figura, le lo octobre, le caporal de 
sapeurs-pompiers Noirclair, vieux soldat de Crimée 
et d'Italie; on compta sur son cadavre quarante-six 
(46) blessures : il avait été littéralement lardé à coups 
de baïonnette. 

En somme, 20 habitants inoffensifs, — vieillards, 
hommes et femmes, — perdirent la vie après avoir 
été maltrailés. 

Le II octobre, un vieux cultivateur auquel on volait 
son foin proteste; on le fusille devant sa femme qui, 
folle de douleur, mourut le 4 janvier suivant. 

Lorsque, le 11 octobre, Werder fit son entrée 
triomphale dans Rambervillers, son regard put se 
repaître sur les morts dont l'ensevelissement avait été 
retardé par ordre. 

Les Allemands ont l'ivresse du sans;' gaie, dit Bouvier ; ils 
ramassèrent les cadavres de leurs victimes et les alignèrent des 
deux côtés de la route; les chevaux les piétinèrent; des soldats 
en g-oguette urinèrent même sur un d'entre eux; dans les plaies 
béantes, ils plantèrent des cigares, des bouchons de paille, et 
c'est devant cette lugubre parade que VVcrdcr défila en tété de 
son état-major, au son criard des fifres sonnant la victoire 2. 

Le premier soin de Werder fut de prendre des ota- 
ges, qu'il envoya à Mayence, et d'imposer à la cité une 
contribution de guerre de 200.000 francs payable dans 
les vingt-quatre heures, sous peine de subir une exé- 
cution militaire. 

I. Belin, Chanal, Martin, Christophe et l'idiot Jacqnot 
s. BoLviER (FéHx'i, op.^it., p. 26. 



PLACES FORTES, VILLES, BOURGS S'ÉTAN'T DEFENDUS 127 

Ce sacrifice g-cnéreux ne fut pas inutile. 

Grâce à l'héroïsme de Rambervillers, qui retarda riuvasion.le 
général Canibricls put, a dit Bouvier, accomplir saus encombre 
sa retraite sur Besançon et y réorganiser ;ses troupes, qui devaient, 
jusqu'à la fin de la guerre, inquiéter si gravement les communi- 
cations avec l'Allemagne '. 

Rambervillers paya son dévouement de 35 morts : 
8 soldats tués à l'ennemi, 1 1 soldats blessés que l'en- 
nemi acheva ; i6 habitants assassinés. Plus tard, la 
croix de la Légion d'honneur lui fut accordée. 



CHATEAUDUN (eURE-ET-LOIR) 
le i8 octobre. 

Ainsi que l'a écrit le lieutenant-colonel Ledeuil, un 
des acteurs et des historiens de la défense de Chà- 
teaudun "^ : 

(' La caractéristique de la défense de Châteaudun, 
c'est la communion des coînbattants et des habitants 
dans l'intention de la défersse, dans la volonté de se 
donner en exemple, dût-on aller jusqu'au sacrifice 
absolu, pour réveiller les courages et sauver la France. » 

Cette défense fut opérée par environ 1.200 hom- 
mes 3, que bon nombre d'habitants, — hommes et 

I. Bouvier (Félixi, op. cit., p. 08, l' Asacien-iorrnin a publié, en jan- 
vier 1884, rintéressante relation rtdig'éc en 1871 par un des combat- 
tants. 

3. Ledeuil (capilainei, Rapport officiel du 21 octof)re ifljo. 

MoNTAni-or (Paul , Journal de l'Inuasion. Châteaudun, iS-] i. 

GouDRAY (L.-D.), Défense de C/iàteaudun dans la joarnée du 18 oc- 
tobre i8jo : 1871. 

Jamukut (Gustave), combat et incendie de Châteaudun {iS octobre 
1870): 1871. 

Rapports: du maire de Châteaudun, du lieutenant-colonel comte de 
Lipowski, commandant les francs-tireurs de Paris, de M. de ïestaniè- 
res, commandant la ^ard^ nationale d^ Cliàteaudnn. 

3. Détail : 700 francs-tireurs de Paris ; ii5 francs-tireurs de Nantes, 



128 L'INVASION ALLEMANDE EN IS-O-IS'I 

femmes, — secondèrent soit effectivement, les armes 
à la niain, soit en apportant des munitions ou en 
secourant les blessés ; la ville avait été rapidement 
fortifiée. 

La iiitte pied à pied, dont les différentes phases 
furent marquées par la défense extérieure, la défense 
des bariicades et la guerre de rues, dura de une heure 
à huit heures du soir ; les Prussiens disposaient de 
8.000 hommes et d'une artillerie qui jeta sur la ville 
2.179 projectiles *. 

Les maisons furent pillées et incendiées au fur et à 
mesure des progrès, en employant torches, boug^ies, 
pétrole ; une section de 60 à 80 incendiaires opérait 
par moitié, la seconde veillait pour écarter tout se- 
cours. 

Grâce à cette intelligente répartition du... travail, 
un tiers environ de la ville fut méthodiquement réduit 
en cendres, soit 235 maisons : 197 incendiées à la 
main, 8 par les obus, 3o par communication. Le dra- 
peau de la Convention de Genève n'avait pu protéger 
ni l'église de Saint- Valérien, dont le clocher portait les 
traces de 80 à 100 obus, ni l'i^^lise de la Madeleine, 
ni la tour de Thibault-le-ïricheur, qui étaient fort 
endommagées. 

Une mention spéciale doit être accordée à deux 
« incendiaires de qualité^ » : le chef même de la 22^ di- 
vision, le général von Wittich, qui eut l'audace de télé- 
graphier à Versailles, le soirmême du combat: «Jour- 
née colossale. 4-ooo fantassins, mobiles, marins, mis 

commandés par le capitaine Le Gall, qui fut tué ; 5o francs-tireurs de 
Cannes ; 3:<5 gardes nationaux sous les ordres du chef de bataillon de 
Testanières, qui fut grièvement blessé. Il n'y avait ni un cavalier ni un 
canon. 

I. MONTARLOT (Paul), Op. Cit., p. 85. 



PLACES FORTES. VILLES, BOURGS S'ÉTANT DEFENDUS !29 

en pièces dans forteresse inexpugnable » ; un neveu 
du Roi, major g-énéral et commandant le i*'' régiment 
des dragons de Brandebourg n» 2, le prince F.-G.-N. 
Albert, qui s'était fait la main, dans l'art de manier 
la torche, le 4 octobre, à Tancrainville, le i4 à Varize 
et Civryi. 

Le soir même, prenant, avec beaucoup d'autres offi- 
ciers, à l'hôtel Sénéchal, un repos bien gagné, ils 
réglèrent, d'une façon originale, la note du repas : 
on fit venir le propriétaire pour le remercier ; puis, 
en sa présence, on mit le l'eu aux rideaux et à la 
maison. 

Le maire de Ghâteaudun, M. Lumière, a tenu un 
compte exact des victimes de la sauvagerie des Prus- 
siens 2, en dehors des douze personnes mortes as- 
phyxiées sous les débris de leurs maisons, sauvagerie 
qui s'exerça sur « de paisibles habitants, des vieillards 
et des malades ». Nous nous bornerons à citer les 
trois faits les plus révoltants : 

Martiû, André, à;^é de 69 ans, paralytique, a été brûlé vif, 
dans son lit sous lequel les Prussiens ont mis le feu, à la main, 
dans la nuit du 18 octobre; 

Michau, Casimir-Etienne, capitaine en retraite, chevalier de la 
Légion d'honneur, âgé de 73 ans, a été tué dans la nuit du 18 
octobre, à son domicile, d'un coup de revolver par les Prussiens 
qui ont mis le feu à sonfauteuil avant ([u'ilfùt niijrt ; il leuravait 
exprimé sou iudig'natiousur la fa«;on douL ils faisaient la guerre; 

Deslandres, Louis-xVdolphc, rue des Empereurs, Danlan, 
Edouard, rue d'Angoulême, étant ti'aïujuillement à leur porte, 
le 19 octobre, les Prussiens les ont tues à coups de lu il. 

Wiltich imposa à la ville une contribution de guerre 
de 200.000 francs ; de guerre lusse, en vertu d'un 

1. Rapport sur la journée du i8 octobre 1870. 

2. CouDRAT (L.-D.), op. cil. 



!30 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-18"/! 

marchandage que nous aurons plusieurs fois à signa- 
ler, il se contenta finalement de 62.000 francs. 

Lorsque, dit le Rapport allemand, « le 20 octobre, 
à cinq heures du matin, la division prussienne se 
retira, les flammes qui émergeaient des ruines étaient 
si vives qu'il faisait presque aussi clair qu'en plein 
jour ». 

La journée du 18 octobre infligea, à 4oo personnes 
environ, une perte approximative de cinq millions. 
Ce ne fut pas tout, car, le 29 novembre, ils firent un 
nouveau pillage des maisons abandonnées. 

Nous avons dit, à propos de la conduite des con- 
vois de prisonniers, comment fut traité le jardinier 
Renoult. 

Dès le 20 octobre 1870, la Délégation de Tours, 
se faisant l'interprète de l'admiration de la France 
entière, avait décrété que la France avait c bien mérité 
de la Patrie ». 

Sept ans plus tard, venu à Châtcaudun, le maré- 
chal de Mac-Mahon, président de la République, prit 
l'initiative d'un décret autorisant la ville à placer 
dans ses armes, que surmonte la vieille devise : 
« Extincta rcvivisco » devenue une réalité, la croix de 
ia Légion d'honneur. 



PARMATN (sEINE-ET-OTSe) 
du 23 au 3o septembre i8yo. 

Pendant huit jours, grâce à l'énergie de M. Capron, 
j.harmacien, une poignée d'hommes réussite tenir en 
; veil une division ennemie*. 

I. Capron (E., pLaraiacien de 1'° classe), Défense de Parnmin au 
I assage de l'Oise contre les Prussiens du 28 au 3o seplembre i8yo et 
Tribulations d'un J'ranC'tireur, 



PLAGES FORTES, VILLES, BOURGS S'ETANT DEFENDUS 131 

Parmain, gros bourg- de i.ioo habitants, est relié 
par un pont sur l'Oise à l'Isle-Adani. 

La conduite d'un détachement ennemi, venu, le 
21 septembre, à Parmain, avait été telle que les habi- 
tants prirent la résolution de s'opposer à une nouvelle 
insulte. 

Le surlendemain, Capron, qui a pu réunir 38 hom- 
mes armés de fusils de chasse, attaque, à Stors, un 
convoi ennemi chargé de provisions, le capture après 
avoir tué le chef de l'escorte mise en fuite et l'envoie 
à Beauvais. 

i Ce succès lui procure de nombreux volontaires, ce 
qui porte sa troupe à environ 200 hommes ; il fortifie 
le passage de l'Oise et attend l'ennemi. 

Le 27, il fait échouer l'attaque de 5oo Allemands 
qui, disposant de quatre canons, avaient fait marcher 
devant eux le curé de l'Isle-Adam et son vicaire ; 
ils se retirent non sans avoir incendié, dans l'Isle- 
Adam, trois maisons. 

Le 29, les francs-tireurs de Capron déjouent, de 
8 heures du matin à 7 heures du soir, les efforts de 
i.5oo Allemands qui, lorsqu'ils ont battu en retraite, 
n'osent pas entrer dans Parmain. Le surlendemain, ils 
assouvissaient leur rage en détruisant 82 maisons et 
en fusillant deux jeunes gens après un semblant de 
jugement. 

Partis pour Pontoise avec une dizaine d'habitants 
attachés deux par deux et n'ayant ni souliers ni coif- 
fure, ils s'arrêtent sur les bords de l'Oise, à Persan, 
et, là, ils fusillent deux patriotes pris les armes à la 
main, M. Desmortiers, ancien juge d'instruction au 
tribunal de la Seine, âgé de 7 1 ans, et son serviteur, 



132 LINVASION ALLEMANDE EN 187U-1871 

Edouard Maître, de Jouy-le-Comte,àgé de 34 aus, qui 
n'a pas voulu le quitter*. 

Lorsque Capion, dont la tête avait été mise à prix, 
rentra chez lui après quatre mois d'absence et de Irî- 
bulation, il était ruiné, les Prussiens ayant brûlé sa 
maison d'habitation et sa pharmacie. 



VARIZE ET CIVRY (^KURE-ET-LOIr) 
le i5 octobre. 

Le 10 octobre, comme une quarantaine de uhians 
qui avaient poussé jusqu'à Jallans revenaient, ils sont 
accueillis à coups de fusil par les gardes nationaux de 
Varize et de Civry. 

Le II, sur la demande des habitants, une compa- 
g"nie des francs-tireurs de Paris fortifie Varize. 

Le i4, des cavaliers allemands perdent i5 hommes 
tués ou blessés. 

Le i5, un détachement mixte, fort de 5oo cavaliers, 
100 fantassins et i pièces de canon, arrive de Palay. 
Le village, qui comptait 372 habitants, est bombardé, 
puis les barricades sont enlevées. 

Le pillag^e précède l'incendie, qui détruisit eu deux 
heures 60 à 70 maisons 2 ; puis on s'en prend à ceux 
des habitants qui ne sont pas réfugiés dans les marais 
de la Conie. Sur i3 d'entre eux, tout à fait inofFen- 
sifs, 8 sont assassinés, 5 sont blessés. 

I. Depuis 1887, deux raonuments corarnémoratifs existent : le pre- 
mier à rislc-Adaiti porte l'inscription suivante : R. F. iSyo-iSji . Dé- 
fense du passage de l'Oise ; le nom de Capron auraitdû être mentionné ; 
le second, à Persan, glorifie le maître et le serviteur : Courage et dévoue- 
ment. A la mémoire de D<'smortiers et Maître, fusillés à cette place 
par les Prussiens . r-' octobre iSyn. 

a. CouDRAY (L.-D.) dit Go ; pour (sambert (G.), il y eut 74 maisons 
brûlées. 



l'LACES FORTES, VILLES BOllRGS S'ETAN T DÉFENDUS iVi 

Givry,dont la population ne dépassait pas 662, subit 
ensuite le même sort. 



NOGENT-EN-BASSIGNY (hAUTE-MARNe) 
les y et 12 décembre.. 

L'acte de barbarie dont fut victime Nogent-en- 
Bassig"nj, ville qui comptait 8.428 habitants, n'est pas 
connu comme il devrait l'être *. 

Le 6 décembre, 60 mobiles environ de la Haute- 
Savoie, que l'on a été chercher à Vitry, chassent de 
Nogent une soixantaine d'Allemands venus de Chau- 
mont pour exécuter une réquisition. 

Le lendemain matin, à 8 heures, arrive une colonne 
mixte de 800 hommes environ, chargée de bombar- 
der, de piller, de fusiller et d'incendier ; ce programme 
fut sui". i de point en point. 

Vax venant, cette colonne a fusillé trois personnes 
(pii passaient en voiture : MM. Duvoisin, de Noyers, 
et François Robert, vieillard de 70 ans. A Nogent, 
MM. Pierre Deg-abriel et Nancey Didier sont fusillés 
sur le pas de leurs portes; l'adjoint Combe et quinze 
notables sont fusillés aussi. 

Sur ces entrefaites, un détachement appelé de Lan- 
gres détermine, au bout d'une heure, vers midi, la 
retraite de l'ennemi ; il emmène avec lui nos prison- 
niers qui, chemin faisant, sont roués de coups. 

Venu de Langres avec 2.000 hommes et du canon, 
le général Arbellot avait le devoir d'assurer sérieuse- 

I. Cavaniol (Th.), l'Invasion de i8yo 1871 dans la Haute-Marne, 
chap.XII. Tout ce récit est le résultat de l'enquête faite, vers le milieu 
(le décembre 1870, par son auteur, avec le concours du jug^e de paix 
Des forges ci du conseiller municipal Iiordut,(\n\ remplissait les fonctions 
de maire de Nogent. 



134 L'INVASION ALLEMANDE EN 1810-1871 

ment la défense de Notent puisqu'un retour offensif 
était immanquable. Or, le 8 au matin, il se retire avec 
i.5oo hommes; le ii au matin, 2.000 Allemands 
environ quittent Chaumont avec du canon ; ils sont à 
peine retardés dans leur marche par les Mobiles, qui 
se noient dans la Traire ou qu'ils massacrent même 
quand ils se sont rendus. 

Dans la ville basse, 60 maisons et une belle usine 
sont ])rûlées. On a conservé le souvenir d'une de ces 
maisons des combles de laquelle des femmes se pré- 
cipitèrent sur le sol avec leurs enfants tandis que les 
Mobiles étaient reçus à coups de baïonnette ou rejelés 
dans les flammes. 

Pendant ce temps, une batterie de six pièces éta- 
blie sur les hauteurs de la Perrière entamait contre la 
ville haute un bombardement qui dura jusqu'à 3 heu- 
res du soir ; le pillage lui succéda alors dans les en- 
droits que le feu avait épargnés. Remy-Girardot et 
Cazot-Voirin furent fusillés dans la rue. 

Les Allemands se retirèrent à 4 heures. Malgré 
tous les efforts des habitants, 80 maisons demeurèrent 
la proie des flammes. Après un mois de neutralisation, 
les Prussiens revinrent à Nog-ent,où ils demeurèrent 
jusqu'à la conclusion de la paix. 

En vain le colonel von Dannenberg, qui comman- 
dait à Chaumont, s'efforça, le 1 3 décembre, de pallier 
ce forfait ; ne retenons que sa conclusion, qui confirme 
le système en vigueur : 

...Ce qui précède est porté à la connaissance du public qu'on 
avertit en même temps d'avoir à s'abstenir de toute participation 
à des actes d'hostilité directs ou indirects contre nos troupes, 
étant de mon devoir indispensable de poursuivre de pareils actes 
avec une sévérité extrême. 



PLACES FORTES, VILLES, BOURGS S'ÉTANF DÉFEND l'S 135 

BAZEILLES (aRDENNES) 
les /, 3, 3 et 4 septembre. 

Le dësastre de Bazeilles est connu de tous dans ses 
détails les plus importants; nous ne lui accorderons 
donc qu'un récit restreint. Bazeilles se trouva mêlé, 
on le sait, par le fait des circonstances, à la bataille 
de Sedan ; le patriotisme de bon nombre de ses habi- 
tants donna à !a lutte un caractt>re particulier. 

Le capitaine bavarois Lessignold, se souvenant de 
la vie commune en Alg-érie, couvrit de son corps les 
défenseurs de la « Maison de la dernière cartouche » ; 
eu dehors de cet acte généreux, les Bavarois se con- 
duisirent d'une manière infâme. C'est en vain que, 
répondant au duc de Fitz- James*, le général von der 
Tliann, qui commandait le premier corps bavarois, 
tenta une juslitication^ dans laquelle il ne fut question 
ni du meurtre d'habitants défendant leurs foyers, ni 
de l'emploi systématique du pétrole; son nom restera 
voné à jamais à l'exécration des siècles ^. 

D'ailleurs, la municipalité de Bazeilles, reconstituée 
le 5 août 1871, s'appliqua aussitôt, tout en faisant un 
appel à la charité, à rétablir la vérité^. 

... Bazeilles comptait avant la çuerre COO maisons : il possé- 
dait plus de 3.000 habitants, ."Jto métiers à tisser le drap, 3 fila- 
tures de laine, 3 brasseries, 2 établissements métaliurg-iques, 
2 moulins, 3 marchands de houille, 12 épiciers, 5 magasins de 
rouennerie, 3 boucheries, G boulangeries, etc. Aujourd'hui, ce 

I. Lctre publiée dans le Times du iT) septembre 1870 

a. Elle parut dans le. Moniteur universel du 17 juillet 1871. 

.S. Le bon apôtre terminait sa lettre en faisant appel à la charité en 
favctir des familles qui, par sa faute, étaieiU ruinées on privées de leurs 
soutiens naturels ; il oublia d'envoyer son don personnel. 

/(. Celte Sotehxl reproduite dans les journaux, notanuiient dans /'Ê'cAo, 
de Givel du 6 août 1 87 1 . 



\'M] L'IWASION ALLEMAND!'; EN 1870-1811 

beau villag'e n'est plus ([u'un vaste monceau de ruines, les habi- 
tants logent dans les caves de leurs maisons au milieu des 
décombres. 

Grâce à la générosité des Anglais et des Belges, et à l'inalté- 
rable dévouement de deux commissions de secours instituées à 
Sedan, sous la présidence de MM. de Montagnac et Goulden, la 
population de cette commune a vécu; il est temps que la France 
s'occupe un peu à son tour de soulager cette masse d'infortunés 
privés de pain et d'asile. 

Les souscriptions de toute nature devront être adressées à... 

Disons ce que le maire, M. BrafFort, ne put pas 
dire *, puisque l'occupation de la région ne cessa que 
le i3 juillet 1878. 

Sur les 423 maisons qui constituaient Bazeilles, 87 
seulement furent incendiées par les obus allemands ; 
363 furent incendiées, — pendant et après la lutte, 
— à la main, en employant des allumettes, des bou- 
gies et le pétrole. 

A cet égard, le doute n'est pas permis, la distinction 
étant facile à faire, le résultat une fois obtenu, entre 
les différentes causes de destniclion -. Le 5 septembre 
il ne restait debout que 22 maisons et un château •*. 

Des procès-verbaux ont établi que 

Les femmes furent traitées comme dans les temps barbares ; 
toutes celles qui tombèrent entre les mains du vainqueur, depuis 
l'âge le plus tendre ^ jusqu'à la vieillesse ^, subirent les dernières 
violences. L'une d'elles, ?vl'"e Henri, faite prisonnière dans une 

1. Le 29 septembre 1S70. le commissaire de police de Sedan, Richard 
Gœlch, interdit, dans celte ville, par ordre supérieur, la quête en faveur 
des pauvres de iJazcilles dont des Anglais, qu'il traita de grippe-sous 
iijfosschen-putzcr), avaient eu la sympa!hi(juc initiative; il déclara voir 
dans cet acte un blâme véritable. 

2. RuBLE|baron Alphonsode), /'.-l/'mfV; e/ t' Ami nist ration allemandes 
en Champagai', pp. 5/4, 55, 06. 

3. RuBLE ibaroa A. de>, op. cit., pp. 54 et55. 

4. Une femme qui vient de perdre son mari assiste, impuissante, au 
viol de sa fille âgée de 18 ans. 

5. L^ne octogénaire, M^"» Poncin, est traînée dans la rue et souillée. 



r>L.A'.ES FO!\TES, VH^LES, BOUIIGS S'ETANT DEFENDUS 137 

maison de la basse ville, en mourut trois jours après à Raucourt, 
chez son père. Beaucoup d'autres furent traînées à la gare du 
chemin de fer et garde'-es prisonnières pendant plusieurs jours, 
sous prétexte de servir d'otages. On devine le traitement qui 
leur fut réservé. Le nombre des victimes aurait été plus grand si 
la population, presfjue entière, n'avait pris la fuite dès la veille, 
aux premiers coups de fusil •. 

Sur le monument de la défense élevé près de la 
nouvelle église sont mentionnés les noms des 43 habi- 
tants qui furent fusillés par les Bavarois. On y lit les 
noms de trois officiers, dont le sous-iieutenant Cheva- 
lier, quelesBavaroisfusillèrentaussitôt après lesavoir 
capturés dans une maison défendue jusqu'à la der- 
nière extrémité. 

I. RuBLE (baron A. de), op. cit., p. 54. 



CHAPITRE IV 

« AURl SACRA FAAfES» 



Soif de l'or. Variétés des extorquations. — I. Réquisitions. — Rôle dos 
Intendants. — Amendes. — Contributions de (guerre.— Marchandage. 
Corvées, — II. Détournements ou vols commis du bas en haut de l'é- 
chelle hiérarchique allemande. — Rôle des Juifs. — Arrivée du butin 
à destination. — Témoignages allemands. — E.xcuscs alléguées. 



SOIF DE L OR. VARIETES DES EXTORQUATIONS 

On est frappé, même quand on n'étudie que super- 
ficiellement la guerre 1 870-1 871, d'avoir à faire la 
constatation suivante : d'un bout à l'autre de la guerre, 
la soif de l'or, l'amour du butin ont inspiré les Alle- 
mands. 

On savait bien, depuis Frédéric II, que la nation 
prussienne est âpre au gain et que, pour elle, la guerre 
est une industrie qui rapporte; toutefois, on ne soup- 
çonnait même pas qu'elle pût pousser à un degré aussi 
élevé le génie de la réquisition et la science du pillage. 
562 millions constituent un joli chiffre : c'est cepen- 
dant le gain qui fut réalisé licitement ou illicilement 
par les officiers allemands encouragés et toujours 
soutenus même dans les cas les plus blâmables. 

I. — Réquisitions en nature. 

Il faut qu'une armée vive, la réquisition en nature 



« AURI SACRA FAMES » 139 

constitue donc un droit fondé sur la nécessité, à la 
double ohIiiJ;ation toutefois : i° de ne dépasser ni les 
ressources des habitants, ni surtout les besoins réels 
de l'armée ; 2° de délivrer des reçus en bonne forme 
remboursables à la fin de la g-uerre. 

Or, ce n'est que très exceptionnellement que les 
Allemands se conformèrent à ces conditions exigeant 
de la modération et l'esprit de justice. En août 1870, 
le prince royal de Prusse avait bien dit aux habitants 
de Reims : « Je ne prétends pour l'entretien de l'armée 
qu'au surplus des provisions qui ne sont pas néces- 
saires à la population française » ; ce n'était qu'une 
promesse qui n'en^^agea personne, surtout les combat- 
tants, qu'elle fit rire. 

Partout, en Alsace, en Lorraine, en Champagne, 
dans la région de la Loire, en Picardie, les réquisi- 
tions imposées furent continuelles et démesurées, sou- 
vent superflues, toujours vexaloires. Rien ne leur 
échappa en vêtements, chaussures, linge, couvertu- 
res, vivres, véhicules, chevaux, baudets, combustibles, 
éclairage, cuirs, fers et clous pour la ferrure, usten- 
siles de bureau, objets de bureau, pharmacie et... 
chaises percées. 

Pendant un certain temps, les grandes réquisitions 
furent ordonnées par les commandants d'armée ou de 
corps d'armée; malheureusement, on se départit peu 
à peu de cette sage réserve : c'est ainsi qu'on descen- 
dit jusqu'à des officiers subalternes ^ et même à des 
sous-ofiiciers, qui délivrèrent les reçus dont il a été 
question, et qu'un polisson, le lieutenant Paulin, put 
écrire à un maire : 

I. Avec eux les amendes se multiplièrent : Desjardins (G.), op. cit., 
p. 3i. 



140 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870- 18"! 

La commune d'Ormoy-la-Rivière (Seine-et-Marne) doit fournir 
au plus tord jusqu'à demain matin à 7 heures les trois tonneaux 
de vin reromntandé aujourd'hui par le soussigné, sinon un com- 
mando arranç/era votre village d'une manière comme il le 
mérite. 

Citons quelques exemples, entre beaucoup d'autres, 
de réquisitions abusives. 

Le 8 décembre 1870, le g-énéral von ManteufFel 
ordonne que les corps d'armée recourront à la réqui- 
sition pour munir chaque soldat de deux paires debas. 

Du 28 décemltre au 3i janvier 1871, plus de 5. 000 
bouteilles de vin sont prises à Villers-aux-Flos (Pas- 
de-Calais), dans le château de M. de Bonnevalet, et 
consommées *. 

Le 3i décembre, des sous-officiers venus de Bertin- 
court à Havrincourt (Pas-de-Calais), avec un détache- 
ment, pour y réquisitionner, demandent « du bon vin 
pour les officiers et du irès bon vin pour le général » ; 
ils se retirent avec i.5oo bouteilles provenant des 
caves du marquis d'Havrincourt. Le lendemain, nou- 
velle tentative faite par un officier qui, après avoir 
exig-é du ciiampag-ne, déchire le reçu de la veille et 
menace le marquis: celui-ci court à Bertincourt, après 
avoir fait donner deux bouteilles de Bordeaux, et 
obtient gain de cause du général ^. 

Le 10 janvier 1871, le général von Gœben déclare 
que les bas et les chemises de laine délivrés le mois 
précédent resteront la propriété des soldats et décide, 
en outre, que « le remplacement de ces objets ne devra 
avoir lieu que par réquisition ». 

A Reims (Marne), le prince Charles de Hohenlohe 

I, Cardevacque (Adolphe de), l'Invasion allemande dans le Pas-de- 
Calais, p. 146. 

a. Cardevacque (A. de , op. cit., pp. i64-i55. 



« AURI SACRA FAMES » 141 

décide l'imprimeur Lag-arde à lui... prêter ses presses, 
— en le menaçant de faire occuper militairement ses 
ateliers, — pour imprimer le Moniteur officiel. 

Le 29 janvier 1871, dès son arrivée à Saint-Denis 
(Seine), le g-énéral de Zychlinsky invite le maire, qui 
était le docteur Charles, à lui procurer 6.000 kil. de 
bois dans les deux heures, sous peine de le voir faire 
enlever les portes et les fenêtres de la mairie. Cette 
menace ayant eu un commencement d'exécution, le 
maire dut faire prendre dans la maig^re réserve de la 
ville la quantité de bois nécessaire *. 

La ville de Versailles fut tout particulièrement favo- 
risée en matière de réquisitions. 

Tel jour on exig-e 180.000 chemises de flanelle et 
peu après 6.000 couvertures de laine, que les Juifs 
achetèrent aussitôt à leurs détenteurs à raison de 2 fr. 
pièce. 

Le prince royal de Prusse requiert chaque jour 
200 bougies. 

Le Roi, auquel tous les jours on envoie 3oo kil. de 
charbon, requiert lui-même deux kilos de pain bis, que 
Ton crut destiné aux poissons du canal. 

Versailles dut faire acquisition de chaises percées 
{Kloaet ou Nachtstuhl) à raison de i5 rien que pour 
la préfecture, où logeait le Roi, et en munir le prince 
Royal ainsi que LL. Excellences le prince de Bismarck 
et Delbrûck 2. 

A Nancy, la même réquisition se produisit par dou- 
zaines avec du niakiilatirtes papier pour les dysen- 

I. rvIoNiK, Histoire du sièga de Saint-Deiùs. 

3. DiiLLROï (E.), op. cit., p. 254. Il flail recommandé que l'ouverture 
fût aussi large que possible : und das Loch muss so ffi'oss als môglich 
sein. l^ACBoix (Louis), Journal d'an habitant de Nancy pendant Vinva- 
sion de i8'/0 i8'/i, p. aSo. 



142 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

tériques. On eut aussi à fournir, pour les officiers, un 
certain médicament à l'usage des «l'eus à prétendues 
bonnes fortunes *. 

Chaumont reçut au minimum 26 réquisitions pen- 
dant les mois de novembre et décembre 1870 et en jan- 
vier 1 871 ; le 26 janvier, on réquisitionna deux mille 
paires de bonnes bottes à longues tiges en les exigeant 
dans la quinzaine. 

Le village de Gueudecourt, qui comptait en 1870 à 
peine 420 habitants, eut à fournir, dans l'espace d'un 
mois : 

2.615 kil. de pain 50 lapins 

400 kil. de viande salée 507 bouteilles de vin 

2 chevaux 7001itres d'eau-de-vie et liqueurs 

7 vaches 253 hectolitres d'avoine 

48 moutons 4.000 kil. de fourrage et de 

242 poules paille. 

En bien des endroits, les réquisitions se succédaient 
coup sur coup, les nouveaux venus refusant de tenir 
compte des exigences de ceux qui les avaient précé- 
dés : « Vous ferez ce que vous voudrez, répondait-on 
au maire : la conduite des autres corps d'armée ne 
nous regarde pas. » Force était de s'exécuter : c'est 
ainsi que, pour u;ie raison ou une autre, la ville de 
Corbeil (Seine-et-Oise), dont la population ne dépas- 
sait guère 5.5oo habitants, en était, le 4 mars 1871, à 
la 8.914® réquisition. 

Déjà nous avons dit combien les populations inof- 
fensives des campagnes furent molestées. Il fallut 
aussi, en effet, donner satisfaction aux gens des ser- 

I. Cette réquisition spéciale fut indiquée, non sans un certain plaisir, 
en avril 1871, par ]\I. Bernard, maire de Nancy, à l'auteur de ce travail, 
qui rentrait de captivité. 



« AL'RI SACiîA FAMES» 143 

vices de l'arrière, et surtout aux gens sans aveu qui 
suivaient les armées allemandes; ajoutons une nou- 
velle preuve. 

... Derrière l'armée prussienne marchaient encore, a dit l'abbé 
Bédul, des bandes de soi-disant infirmiers, porteurs du brassard 
à croix rouge beaucoup trop libéralement distribué; ces hommes 
s'abattaient sur les villages envahis et se faisaient redouter par 
leur arrogance, leurs mauvais procédés et leurs rapines. Ils com- 
mettaient ainsi leurs vols à l'abri de la Convention de Genève '. 

Les mesures coërcitives employées contre les récal- 
citrants en fait de réquisitions furent les mêmes que 
pour les contributions de guerre et l'impôt : 

1° Amendes aux communes de 5 o/o de la valeur 
1 de la réquisition en nature ou de la somme due par 
i jour de relard ; 

2" Au delà dtî huit jours de retard, (exécution mili- 
taire sous la forme la plus atténuée : troupes logées 
chez riiahitant jus(ju'à entière satisfaction de la 
detlc^. 

On se rend compte de la dose de patience que du- 
rent avoir les habitants ; elle leur avait été conseillée 
notamment à Epernay, le 1 4 novembre 1870 : «... Ré- 
signez-vous patiemment aux réquisitions qui devront 
vous être faites pour les besoins de la guerre et vous 
trouverez protection pour vos personnes et vos pro- 
priétés... »; puis le bon apôtre énumérait cinq actes 
devant entraîner la peine de mort. 

Les réquisitions furent interdites, « de quelque 

I. Bbdu (abbé), Histoire de bataille de Ba/xmine, p. 3o. 

a. Indciimitc due ; par officier, 6 fr. ; par sous-officier, 4 fr. ; par soldat, 
2 fr. En cas de nécessité, le commandant de la troupe pouvait, jusqu'au 
règlement de compte, recourir à rincarccralion des membres de la 
municipalité et des notables, ou à l'occupation des maisons des habi- 
tants les plus fortunés. 



144 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

nature qu'elles fussent », le i6 mars 1871, par Guil- 
laume P'^' : ce fut un énorme soulagement. 



ROLE DES INTENDANTS 

Le correspondant de guerre anglais Sir H. W. Rus- 
sell, attaché au quartier général du prince royal de 
Prusse, signale le contraste que présenta la conduite 
de celui-ci et de « l'intendant, l'homme de fer 1 ». 

Le prince royal déplorait assez volontiers les souf- 
frances de la guerre; il traitait avec bienveillance les 
autorités civiles des localités qu'il traversait, et se 
signala par quelques actes d'humanité. 

Lui parti, l'intendant arrivait ; alori la dure réalité 
s'imposait. 

... Il amène avec lui la rage,le désespoir, les pleurs et les grin- 
cements de dents : « Vous paierez, avant six heures, une contri- 
bution de deux millions de francs ; vous fournirez 500.000 ciga- 
res, 10.000 paires de souliers, 20.000 bouteilles de Bourgogne et 
de Bordeaux, G. 000 bouteilles de Cliampagne, 2.000 bœufs, 
10.000 moutonSj etc., etc ! » Et l'intendant se pose comme la 
statue du commandeur, une main sur la garde de son sabre. 

L'intendant tient deux réponses toutes prêtes à toutes les 
objections; la première est un sec : « Cela doit être fait, et 
dans six heures ! » La seconde est un argument irrésistible : 
« Votre ville compte 5.000 habitants. Je me base, en vous 
demandant cette contribution, sur l'exemple de Napoléon Bona- 
parte, qui a prélevé précisément la même somme, miitalis mu- 
tandis,snT\si ville de Donnersberg... Il est neuf heures du matin, 
donc à trois heures du soir... Vous comprenez! Bonjour! Quelle 
belle ville! Bonjour, monsieur le maire. A trois heures... vous 
comprenez ? 

Il n'y avait pas à badiner avec l'intendant... 

I. John Black Atkwns, la Vie de sir William Howard RusseLl, le 
premier correspondant spécial. 



« AURI SACRA FAMES » 145 

L'historien de la bataille de Bapaume a traduit la 
même impression : 

De tous les officiers de l'armée allemande, les inleudants sont 
ceux qui ont montré dans leurs ra[)ports avec les municipalités 
une raideur qui allait parfois jusqu'à la brutalité, toujours jus- 
qu'à la menace, menace de l'exécution militaire... '. 



AMENDES 

Honnêtement interffrété, le code pénal de la guerre 
comporte, en ce qui concerne l'amende, les distinc- 
tions suivantes : 

toute différente de la contribution de guerre, elle 
ne devra jamais en avoir les apparences; 

appliquée à une commune, elle sera proportionnée, 
d'une part à la g-ravité del'acte à réprimer, de l'autre 
aux ressources des habitants ; 

s'il s'agit d'un simple particulier, elle remplira les 
mêmes conditions, sous peine de ressend^ler à uue 
rançon ou à un pillage. 

Voyons de quelle façon, dans des cas différents, les 
Allemands intligèrenl l'amende. 

Ligny-en-Barrois (Meuse), le i*^"" septembre. — Un 
inconnu tire sur un soldat, sans l'atteindre, un coup 
de pistolet; une amende de lo.ooo fr. est infligée -. 

Tréveray (Meuse), le 5 septenr.bre. — Rendu res- 
ponsable de la capture, sur son territoire, de deux 
Bavarois; une amende de 4-ooo fr. est infligée ^. 

Vézelise et Flavigny (Meurthe-et-Moselle), le 

1. BÉDU (abbé), op. cit., p. 28. 

2. Laguerre (J.-J.). les Allemands à Bav-le-Dac et dans la Meuse, 
pp. 87-88. 

3. Lagubbrb (J.-J.), op. cii.,f. loi. 

10 



146 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

3o septembre. — Des francs-^tireurs ont capturé six 
g-endarines et en ont tué deux ; les communes sont 
frappées d'une amende de loo.ooo fr. ; les g-endar- 
mes finissent par être échangés, mais l'amende fut 
maintenue. 

Cltai-ines-sur-Moselle (Vosges), ie i(\ octobre, — 
En proie à une panique causée par la peur, les Alle- 
mands ont assassiné des habitants et pillé leurs mai- 
sons ; la ville est imposée de loo.ooo francs. 

Remiremont (Vosg-es), le 27 octobre. — La ville 
est taxée d'une amende de 200.000 fr., dentelle eut 
à payer la moitié, à cause de l'arrestation de deux 
hussards par des francs-tireurs. 

Sézanne (Marne), le 6 décembre. — Les Wurtem- 
bergeois infligèrent à la ville une amende de lo.ooofr. 
sous le prétexte qu'elle n'aurait pas reçu convenable- 
ment, quelques jours avant, une colonne de passag^e. 

Fkwifjny (Gole-d'Or), le il\ décembre. — Un déta- 
chement badois en marche ayant affirmé qu'il avait 
vu dans le bourg- quelques g-roupes d'habitants armés, 
Flavigny ne se sauva de l'incendie qu'en versant 
6.000 francs. 

Orges et Bricon (Haute-Marne), le 2.5 décembre. — 
Venu de Langres, nous l'avons vu, à la tête d'une 
troupe i.e franc-tireurs, le capitaine Jahouvey fait 
dérailler un train militaire allemand allant de Ghau- 
montà Gbàteau-Vilain.Les Prussiens incendient trois 
maisons et une partie du château de Bricon, mais la 
vengeance étant, paraît-il, insuffisante, l'amende frappe 
les deux pauvres villages, Orges pour 3.700 fr., Bri- 
con pour 3.5oo francs. 

Avec les Allemands, tout est prétexte à amende. A 
Montbéliard (Doubs), l'explosion d'un tuyau à g-az 



« AURI SACRA FAMES » U7 

coûte 16.000 fr. au baron Cliabaud-Ia Tour, d'ailleurs 
prévenu qu'en cas de récidive sa manufacture sera 
brûlée et que lui sera fusillé. A Chantilly (Oise), une 
amende de 2.000 fr.est infligée à la ville parce que le 
chien d'un officier n'a pu être retrouvé. 

il/on M Mre//j? (Haute-Savoie), le 3i décembre *, — 
Le fait suivant a été porté de visu à la connaissance 
du public par l'abbé Dénomcy, curé de Monthureux. 

Accourue de Gray, une colonne de 6.000 hommes 
cerne le bourg- vers 3 heures ; son chef exige le ver- 
sement, au bout de deux heures, d'une amende de 
26.900 fr. « alléguant qu'on (c'étaient euxj avait 
coupé un poteau de télégraphe sur le territoire de la 
commune ». Ce paiement n'aj^ant pu être effectué, les 
Allemands entament l'œuvre de répression : les uns 
font sortir le bétail des écuries, les autres parcourent 
les maisons la baïonnette à la main et soutirent tout 
l'argent possible. 

Lorsque la colonne se relira, elle avait volé i.ioofr. 
et elle emmenait, avec Sy biKufs^, le maire, i*L Cha- 
puis, M. Raclot-Nicolas 3. 

Tous les exemples que nous venons de donner jus- 
tifient l'appréciation de Legrelle. 

11 est juste que l'envahisseur conserve tous ses droits de lé- 
gitime défense, et l'amende est certainement la rigueur la plus 
douce qu'il soit possible d'imaginer à cet effet. Le grand tort des 
amendes prussiennes était d'abord d'atteindre des proportions 
ridiculement énormes et de s'appliquer à des faits de guerre on 

I. Roux (Gilbert), iSjo-iSyi. L'occupation allemande à Gray et les 
Environs, pp. 78, 79 et 80. 

a.D('-jà, les 26 ci 37 octobre, les Prussiens avaient enlevé 11 bœufs; le 
ly janvier 1871, ils prirent encore 8 i)ièces de bétail et 36 sacs d'avoine. 

'.^. Tous deux furent relâchés dnns la journée, mais ils moururent tous 
deux (les suites de leur émotion, le premier le ii janvier 1871, le second 
le ?8 juillet suivant. 



148 L''.-;VAS[a.\ AÎ.LEMAXDE EN ISIO-ÎSrl 

ne peut plus lég'ilimes en eux-mêmes. Au lieu d'un système équi- 
table de pénalités pécuniaires, on se trouvait réellement en pré- 
sence cl un parti pris évident de battre monnaie dans un pays 
riche, aa gré delà Jantaisie individuelle, taniol d'un subalterne 
ivre, laiilùt d'un haut personnage enfiévré d'orgueil, de cupidité 
et de jalousie. L'amende a donc été comme le vade-mecum de 
l'armée conquérante, le terme fatal et souvent la cause finale 
d'ordres volontairement insensés ou de caprices involontaire- 
ment fantasques •. 

Versailles fut, en effet, payé pour le savoir : 

Une amende de 2.000 fr. lui est infligée pour n'a- 
voir pas réussi à faire fabriquer, dans les ving-quatre 
heures, une <( selle d'oflicier de gendarmerie -» ; 

Un coup de fusil entendu dans un bois des environs, 
et qui n'a fait de mal à personne, lui vaut une amende 
de 10.000 francs ; 

Sous peine d'un versement de5oo fr. pour chaque 
oubli, le maire, M. Rameau, et tous ses employés du- 
rent se résigner à dire, en parlant àM.deBrauchitsch, 
Monsieur le préfet de Seine-et-Oise 3. 

La fourniture des voitures, de leurs attelages et 
conducteurs fut un prétexteprécieux pour infliger des 
amendes qui varièrent entre 5o et 200 francs par voi- 
ture; les exemples abonderaient. 

Le retard apporté par un maire à fournir la liste 
des personnes sujettes à la conscription lui valait une 
amende d'au moins 20 francs. 

Déjà nous avons dit comment les Alleuîands assu- 
raient la protection des chemins de fer et des li- 
g-nes téif'c^raphiques ; ils y trouvèrent aussi une source 
précieuse de gain. Les tarifs que nous produisîmes 

I. Legrelle (A.), La Prusse et la France, p. 96. 

a. DÉLEROT (E.),o/5. c/7., p. 45. 

3. DÉLERor {E.),of), cit., pp. aaS à 22!'. 



« AURI SACRA FAMES » 149 

alors furent souvent bien dépassés : c'est ainsi que 
Li§^ny-en-Barois (Meuse) et le village voisin du 
Pelit-Maulan, — où des cavaliers bavarois qui surveil- 
laient la pose d'un fil télégraphique avaient été mis à 
mal par des francs tireurs venus de Lançres, — furent 
frappés, le 21 octobre, d'une amende de 100 000 francs. 
Les maires furent invités, — on ne l'a pas oublié, 
— à prévenir le préfet, sous leur propre responsabi- 
lité, de la présence de francs-tireurs sur le territoire 
de la commune; or, voici ce qui leur fut signifié : 

Si cet ordre n'était pas strictement .suivi, il en résulterait les 
suites les plus graves pourj votre commune, qui non seulement 
serait frappée d'amendes très fortes, mais encore serait respon- 
sable pour dommages et intérêts. (Chàlons-sur-Marne, le 30 no- 
vembre 1870.) 

L'étalage, la distribution ou le colportag-e des bro- 
chures interdites comme « cou tenant des passages 
injurieux envers les puissances allemandes alliées, et 
notamment envers la Prusse 1 », exposaient les délin- 
quants à une « amende de 700 francs au minimum 
pour chaque cas particulier ». 

L'intention même était taxée. C'est ainsi que les 
habitants et la municipalité de Oharmont (Marne), 
« ayant fait preuve, allégua-t-on, d'une attitude hostile 
à l'occasion d'un vol commis au préjudice d'un four- 
nisseur de l'armée allemande », les amendes suivantes 
furentprononcées:la commune 3.336 francs; le maire 
Lecoq, 3oo, et l'adjoint Piat,20o; total: 3.836 francs. 

A Bar-le-duc,dès le 23 octobre, les halnlanls furent 

I. Quelques-unes étaient intitulées -.la France et la Prass' deranl r Eu- 
rope ; l'Homme de Mets ; illotiune de Sedan. Le 17 février 187 1, la 
défense fut étendue à r Indépendance Belge, sous peine d'une « amende 
de 25 à 5oo francs pour chaque cas de contravention » : décision du 
gouverneur général de la Champagne. 



150 L-INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 ' 

prévenus que les pénalités suivantes frapperaient les 
otag^es qui feraient preuve de mauvais vouloir : pre- 
mier jour, amende de 200 francs ; le second, 4oo fr. 
et ainsi de suite, eu doublant jusqu'à exécution de 
l'ordre donné. 

Les amendes relatives aux voies ferrées se multi- 
plièrent tellement dans la Haute-Marne que les inté- 
ressés constatèrent plusieurs fois, à la suite d'enquê- 
tes, la fausseté du délit; le préfet était de mauvaise 
foi. 

Terminons en relatant deux exemples bien différents, 
mais édifiants. 

Pris d'un scrupule honorable, mais tardif, M. Du- 
mont, de Nancy, va déclarer au juge docteur Houstein 
qu'il a oublié de déclarer de vieilles armes qui, depuis 
des années, sont reléguées dans un coin de son gre- 
nier; on le remercie et on le taxe de i.ooo fr. à sol- 
der, le jour même, sous peine de prison^. 

Le maire de Signy-le-Petit (Ardennes) se présente 
pour verser la moitié d'une amende due et obtient 
un délai pour le paiement du reliquat. Au terme fixé, 
il se voit imposer l'intérêt de la somme totale. Avec 
les Allemands, qui savent compter, on avait à solder 
non seulement l'intérêt de 5 0/0, mais aussi les inté- 
rêts des intérêts. C'est ainsi que telle commune des 
environs de Laon, qui avait dû attendre pour payer 
2.000 fr., vit sa dette majorée de 1.700 francs 2. 

a Plus d'un juif allemand, a dit Legrelle, eut rougi 
de faire crédit à pareil taux 3, » 

I. Lacboix (Louis), op. cit., p. 335. 

a. Lavisse (Ernest), op. cit. 

.S. Lbgkelle (A.), op. cit., p. loo. 



« AURI SACRA FAMES » 151 



CONTRIBUTIONS DE GUERRE 



Le règlement français du 3 mai i832 sur le service 
en campag'ne, que nous avons déjà eu occasion de 
citer, contenait un petit paragraphe relatif aux contri- 
butions de guerre : on ne doit y avoir recours que 
(( lorsque les besoins de l'armée l'exlg-eiit impérieuse- 
ment » ; telle est, en effets la seule solution honorable 
qui puisse convenir à une grande nation. 

Or, en 1870, le gouvernement prussien qui, après 
avoir essuyé un refus du Landstag", n'osait pas deman- 
der des crédits au Reichstadt *, répondait aux instan- 
ces qui lui étaient adressées du théâtre de la guerre : 
« Frappez des contributions et des réquisitions » ; ce 
mot d'ordre fut exactement suivi, car tous les moyens 
propres, avec le concours de la force, à nous extor- 
quer de l'argent furent employés. 

Le professeur Bluntschli s'était cependant appliqué, 
au lendemain de la guerre de iSGC), à établir le droit 
nouveau, celui de la guerre moderne. 

Les lois de la p-uerre n'autorisent point les questions pure- 
ment pécuniaires. 

L'ennemi ne peut prélever des contributions pour payer ses 
soldats, remplir ses caisses ou satisfaire la cupidité des troupes 
ou de leurs chefs. 

Ceux-ci, puis(|ue la guerre n'est pas dirig-éc contre les com- 
munes et les particuliers, n'ont pas le ''roit de disposer arbitrai- 
rement des droits despafticuliers et des communes. 

De même que l'ennemi ne doit pas contraindre l'ennemi à com- 
bler les vides de ses cadres et à entrer à son service ; de même 
il n'a pas le droit d'exiger qu'il lui fournisse l'argent néces. 
saire à continuer la guerre. 

I. L'emprunt de cent millions de thalers, émis avec des conditions 
cependant avantageuses par le gouvernement, n'en avait produit que 
soixante-quatre. 



152 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

Imbu des souvenirs du passé et dominé par l'inté- 
rêt, le vieux roi Guillaume préféra reculer ; en consé- 
quence, il adopta et fit appliquer les maximes rédi- 
gées, en 1768, pour le service de Frédéric II, par le 
Neufchatelois Watel K 

Tous les sujets de deux Etats qui se font la guerre, inênie les 
femmes et les enfants, sont ennemis, et demeurent tels en tout 
lieu, tant pourleurs personnes que pour leurs biens. 

Le souverain peut disposer, dans le traité de paix, des choses 
même qui appartiennent aux particuliers, aussi bien que de leurs 
personne». 

La brutale maxime du chancelier Bismarck trouva 
donc là une application nouvelle à double profit ainsi 
que le prouvent certains aveux 2, 

Le maire de Courcelles (Sarthe) a déposé ainsi : 

Les chefs allemands nous ont toujours dit que les réquisitions 
en argent et en nature n'avaient pas pour but seulement la nour- 
riture, meLissuTtont de Jorcer les populations à se révolter contre 
le gouvernement de la défense nationale, pour amener celui-ci 
à faire la paix. 

Le i5 janvier 1871, M. d'Arnim dit au maire du 
Mans, auprès duquel le prince Frédéric-Charles l'avait 
envoyé comme négociateur : 

Le prince ne veut pas accorder d'audience au maire parce 
qu'il ne veut admettre aucune réduction de la contribution ; ce 
n'est pas pour frapper la ville particulièrement, mais pour exé- 
cuter un système adopté par l'armée ail f mande et qui a pour 
but il' épuiser toutes les villes occupées et de les mettre dans l'im- 
possibilité absolue de subvenir aux frais de la guerre. 

Peu après, le 28 janvier, à Saint-Rémy-de-Sillié 

1. FoL'HNiER (Edouard), up. cit., p. i53. 

2. Surmont (A.), les Allemands dans la Sarlhe, pp. 46 et 47- 



« AUKI SACRA FA .M ES » 1H3 

(Sarthe), le colonel du 6* lanciers déclarait en levant 
une contribution de guerre : 

Qu'il n'a aucun sujet de plainte contre la commune, mais qail 
agit sur un ordre général du gouvernement, qui entend faire 
contribuer les communes parce qu'elles concourent à la prolon- 
gation de la guerre en fournissant au gouvernement de la Dé- 
fense nationale des hommes et de l'argent. 

Ainsi donc au Gain rcchei'ché avec âpreté, sans 
pudeur, se joig-nit la satisfaction d'humilier le peuple 
français. Aussi Edouard Fournier eut-il raison d'é- 
crire presque au lendemain de la g-uerre : 

Ce qui se passe, ce qui stupéfait, lorsqu'on récapitule ces con- 
tributions en argent imposées à de malheureuses communes, 
jetées sur toutes les ressources, sur toutes les économies de popu- 
lations laborieuses comme autant de pièges et de coups de filet, 
c'est l'idée patriarcale qu'eu toute niaiserie nous nous étions 
faite du peuple faux bonhomme cl faux-apôtre tjui se repaît 
de ces pillages et se vautre sur ces ruines ; c'est le souvenir 
des doctrines d'humanité qui, chez lui-même, avaient devancé 
ses vols pour les ilélrir de haut et les condamner i. 

Un témoin de l'invasion, le baron de Ruble, était 
du même avis : 

Un Prussien ne doit pas coml)attre pour l'honneur ; il se bat 
pour le bénéfice; la guerre est une branche de commerce ; avant 
tout, il faut gagner ou du moins prendre de l'argent ; telle est 
la théorie de la politique allemande Ces coupables instincts 
avaient été réprimés par la discipline au commencement de la 
guerre, mais ils s'étnlèrent largement à la fin de la campagne, 
lorsque la défaite des Français ne laissa plus au vainqueur de 
répression à craindre -. 

Les contributions de guerre perçues par les AUe- 

1. Fournier (Edouard), op. cit., p. i5i. 

2. De Ruble (baron Alphonse), L'Armée et L'AdminisLration alle- 
mandes en Champagne, "p. 13. 



134 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

iiîatids atteig-nirent le chiffre minimum de 261 mil- 
lions ; aussi durent-ils varier les motifs. 

Vers le milieu de septembre, le Roi ouvrit la série 
en imposant « à chaque département occupé par les 
troupes allemandes une contriiiutionf/'Mn million de 
francs destinée à indemniser les Allemands expulsés 
du sol français ». Leur soif ne dut pas être satisfaite, 
car, bien qu'ils ne fussent que 42.000 (chiffre officiel), 
ils n'avaient pas réclamé moins d'un milliard. En 
outre, on savait que ces martyrs avaient été ren- 
voyés de Paris, en prévision du siège, seulement le 
28 août et avec tous les ménagements possibles. 

La somme distribuée paraît s'être élevée, dit Legrelle, à 14 
millions 400.000 francs, une fortune pour des balayeurs sans 
ouvrage ou des cordonniers séparés de leur clientèle par les évé- 
nements politiques. Encore tout cela n'arriva-t-il pas bien exac- 
tement à destination, car un M. Schreiber, agent de la police prus- 
sienne,... chargé par M. Wurmb, le préfet de police de Berlin, 
de répartir d'urgence quelques secours aux victimes de la barba- 
rie française, mit dans sa poche une partie des fonds destinés à 
soulager les infortunes de ses compatriotes 1. 

Le comte d'Ollech, « gouverneur de l'Alsace», se 
disting-ua dès le début. 

C'est lui qui, trois mois après le bombardement de 
Strasbourg, imposa l'amende de 800 francs que nous 
avons déjà mentionnée « aux propriétaires des mai- 
sons non détruites par le bombardement ». 

C'est lui encore qui, le 29 décembre, se présenta, 
avec une escorte militaire, à la succursale de la Ban- 
que de France de Strasbourg-, pour exiger, séance 
tenante, le versement d'un million cinq cent mille 
francs; il s'ag-issait, dit-il, d'un prêt qui serait rem- 

I. Legrelle (A.), op. cit., p. 96. 



« AURI SACRA FAMES ,) 155 

bourse, lors de la conclusion de la paix, à la Banque 
par... l'Etat français. 

Le même jour, le g'ouverneur général fie la Cham- 
pagne imposa, en la dég-uisant sous le nom de réqui- 
sition, une contribution véritable de 18.000 francs 
pour payer 12.000 paires de bas de laine. 

En vérité, « i! semble que, connue l'a dit le baron 
de Ruble, ce n'était pas pour conquérir l'Alsace que 
les Allemands passaient le Rhin, mais pour exploiter 
la France, pour s'enrichir à ses dépens'... ». 

Le recouvrement des contributions même réduites? 
pour plus de commodité, à « une seule et unique con- 
tribution directe », ainsi que le décida, dès le 22 octo- 
bre, le t^-ouverneur général de la Champagne 2, pré- 
sentait de sérieuses difficultés. 

Les Allemands, après s'être heurtés contre le refus 
absolu des employés supérieurs français, eurent 
recours aux maires : à cet effet, ils leur allouèrent, à 
titre d'indemnité, une remise de trois ou de quatre 
pour cent, suivant (ju'il s'agissait d'une commune ou 
d'un canton, et les prévinrent charitablement qu'un 
refus les exposerait « aux mesures rigoureuses pré- 
vues par les lois de la guerre ^ ». 

Il arriva que, le 24 novembre, un détachement 
français s'empara, à Rozoy-sur-Serre, d'une somme 
de 24.164 francs provenant d'une contribution alle- 
mande ; elle fut imposée de nouveau à ceux qui l'a- 
vaient fournie. 

1. Dk Rubi.e (baron), op. cit., p. gi. 

2. Cette unique contribution comprenait la somme des contributions 
directes payées antérieurement, à l'exception des centimes communaux, 
et une aui,''incntation de iSo francs pour chaque citoyen. 

3. Décisions du gouverneur général de la Champagne en date des 
a2 octobre et 28 décembre 1870. 



156 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870 1811 

Les mesures de coercition ne furent pas ménag-ées: 
otag^es, responsabilité directe du maire invité à « si- 
g-naier sans retard les personnes de leur commune 
n'ayant pas payé leurs contributions » de façon qu'on 
pût les punir. 

Que penser de la délicatesse allemande, quand on 
voit, en janvier 1871, le général von Gœben décider, 
après avoir fait distribuer à la troupe les cigares et les 
paquets de tabac de la manufacture de Dieppe, que la 
municipalité lui rachètera le tabac non préparé : c'était 
à raison de 100.000 francs en or ou de 200.000 francs 
en billets, le maire et les notables devant être détenus 
jusqu'à paiement complet. 

Sa rapacité ne pourvut pas seulement au présent, 
mais aussi à l'avenir. C'est ainsi que, de Caudray, il 
ordonna, le 2:? janvier 187 1, quand il était facile de 
pressentir la fin de la g-uerre : 

d'envoyer en arrière et au besoin d'emporter tout 
ce qu'on pourrait d'avoine ; 

de remplacer les chevaux perdus et les chevaux rui- 
nés ; 

d'emmener beaucoup de bêtes à cornes; 

enfin de percevoir une contribution de guerre à 
raison de 35 fr. par tête. 

Lorsque l'armistice fut signé, le canton de Cateau- 
Cambrésis n'avait encore payé que 399.960 fr. sur les 
85o.ooo francs montant de la contribution; bien que 
Gâteau se trouvât eu dehors des lignes allemandes, le 
général de division comte de Lippe s'y maintint ; il 
n'en partit qu'après avoir reçu la sommation d'un 
parlementaire que le général Faidherbe envoya de 
Cambrai. 

Ce sujet sera suffisamment éclairci quand on aura 



« AURI SACRA FAMES .. ^hl 

pris connaissance du montant de quelques contribu- 
tions. 

Vosges : Remiremont, sous un prétexte futile, 
200.000 francs ; 

Doubs : Montbéliard, 470.000 fr. pour 6.5oo habi- 
tants; Audincourt, 79.000 fr. ; Valentigney,33.ooofr.; 
Mandeure, 25. 000 fr. ; Hermoncourt, 48-ooo fr. ; 
Seloncourtj.Sy.ooo fr. ; Pont-de-Roide, Bo.ooo francs. 

Aisne : Saint-Quentin, le 20 octobre, 960.000 fr., bien 
qu'elle ne se fut pas défendue; Soissons,à la fin d'oc- 
tobre, 40.000 fr.,en punition de l'attaque d'une sen- 
tinelle. 

Somme: à Combles, en février 1871, 326.000 fr. 
réclamés impérieusement par un capitaine de dragons, 
qui emmena avec lui à Amiens cinq conseillers muni- 
cipaux. 

ÎSormandie ^ : Rouen, G.5oo.ooo francs ; Dieppe, 
5o.ooo, puis 100.000 fr., puis un million; Pont-Aude- 
mer, 5o fr., et 20 fr. par tète; Eu, 184.000 fr. ; deux 
pauvres endroits, dans l'Eure, Richeville et Harque- 
nay, chacun 5. 000 francs. 

Reproduisons, sans la qualifier, la contribution de 
600.000 francs imposée, le 5 février 1871, comme 
« destinée aux besoins (?) du g-rand quartiei' général 
allemand et comme ration (??) pour les officiers méde- 
cins, chirurgiens et employés des armées allemandes ». 

MARCHANDAGE 

Sur toute l'étendue des départements occupés, on 
a eu à constater le marchandage auquel les Allemands 

I. Au total, les contributions imposées au départenaent de la Scine- 
luférieure atteignirent le chiffre de vin;jt-qiiatre millions de francs. 



158 L'INVA-^ION ALLEMANDE EN 1870I871 

n'ont pas craint de s'avilir. C'est en vain qu'ils cher- 
clièrent à pallier cette faute inspirée par le désir de ne 
point perdre le tout. 

Vallon (Sarthe), du 20 au 28 janvier 1871 : des 
35.000 francs exig-és, on descend à 14.000. 

Prnillé'le-Chétif (Sarthe), le 22 janvier, on se con- 
tente de 981 francs. 

Crosmières (Sarthe). — Des 27.500 francs imposés, 
on descend, de proche en proche, à 24-5oo, puis à 
12.000 francs. On allait même traiter à 5. 000 francs, 
lorsque la nouvelle de l'armistice vint fort à propos 
récompenser la municipalité de sa courag-euse et per- 
sévérante attitude; les trois otages qui, envoyés à 
Malicorne, y avaient été injuriés, maltraités dans le 
poste par tous les soldats qui s'y trouvaient, recou- < 
vrèrentleur liberté. 

Saiichez-Lestrée (Pas-de-Calais), le 24 janvier, un 
capitaine vient, au nom du commandant d'un fort 
détachement, exig-er du maire 10.000 fr., 20 vaches, 
toute l'avoine battue et des attelages; deux jours après, 
il se contentait de 5oo francs ^ 



LE MANS (sarthe). 
du 12 janvier au 28 février 18 ji -. 

L'exemple fourni par la ville du Mans est remar- 
quable à plusieurs points de vue : de g-uerre lasse, le 
prince Frédéric-Charles se vit, malgré son mauvais 
vouloir, dans l'obligation d'intervenir ; la Municipalité 

1. De Gardbvacque (Adolphe), l'Invasion allemande., p, 178, 

2. SoRMONT (Armand), op. cit., pp. 16 à aa. 



« AURI SACRA FAMES » 159 

déploya I'énerg"ie nécessaire pour prolong-er sa résis- 
tance jusqu'à ce qu'elle eût fait réduire de moitié sa 
contribution de guerre. 

Dès le i3 janvier, lendemain de l'entrée des Prus- 
' siens au Mans, le prince Frédéric-Charles avait infïig-é 
à la ville, apparemment pour lapunir de la lutte de trois 
jours à laquelle elle était restée étrangère, une contri- 
bution de guerre de quatre millions; il ne supprima 
naturellement pas des réquisitions nombreuses et de 
toute nature. 

Dès le début, la municipalité engagea des négocia- 
tions et montra tant de fermeté que, le 17 janvier, après 
un premier versement de Soo.ooo francs, la contribu- 
tion fut réduite de moitié. 

Le 27 janvier, la ville avait versé en tout t. 200. 000 
francs. Pressés de toucher le plus possible, les Prus- 
siens déclarèrent qu'ils se contenteraient de 260. 000 
pour atteindre le chifïre de i.5oo.ooo francs. 

La municipalité temporisa jusqu'à ce que, menacée 
de « mesures de force », elle versa, le 28 février, le 
complément demandé : sa fermeté avait donc épargné 
à ses administrés une dépense de 2.5oo.ooo francs. 

Mais les Prussiens ne lâchent pas facilement prise. 
Lorsque, le 9 mars 1871, l'évacuation du Mans fut 
comj)lète, ils avaient enlevé tout le possible en vête- 
ments, chaussures, marchandises des docks, et en se 
retirantil chargèrent la municipalité, à titre de gracieux 
souvenir,du soin d'indemniser... les réquisitionnés. Ce 
coup de la fin les peint bien. 

Orléans (Loiret), du 2.5 janvier au 28 février 187 1 *. 
— La municipalité d'Orléans obtint par les mêmes 
moyens un résultat aussi avantageux. 

I. CocHARD (abbé Th.), op. cit., t,. II, [jp. iga à 201. 



160 L'INVASION ALLEMANDE EN ISIO-lSTl 

Le 25 janvier 1871, le colonel Leltgau, comman- 
dant de place à Orléans, transmet à la municipalité 
l'ordre qu'il a reçu de Versailles. Une contribution de 
guerre de 5o fr. ou de 2 5 fr. devant être payée par 
tête dans chacune des villes ou communes du dépar- 
tement, la part d'Orléans demeurait fixée à 2 millions 
455.000 francs pour 49-ooo habitants. 

Le maire Crespin exigea une diminution d'un mil- 
lion prélevé par les Bavarois et, d'accord avec son 
conseil municipal, entama une lutte qui fut soutenue 
pied à pied, car on avait affaire à forte partie. 

On résista à toutes les nieiiaces d'exécution et par 
deux fois on alla discuter à Versailles : la contribution 
fut réduite à 1.225.000 francs, puis à 225.000 ; on 
était sur le point de traiter à 200.000 francs, lorsque 
la signature des préliminaires de paix mit fin fort à 
propos, dit l'abbé Gochard, « à tout ag-issement et à 
toute exigence du pouvoir prussien » dans le Loiret. 

Versai/les {Seine-ei'O'ise), 18 février au i5 mars 
187 1 ^ — Versailles subit aussi les effets de l'indéli- 
cate recommandation officielle de rançonner et de 
dépouiller jusqu'à l'extrême limite les populations au 
moment où il allait falloir lâcher la proie. 

Le département de Seine-et-Oise ayant été taxé à 
la somme de dix millions de francs, le préfet de Brau- 
chistsch eut la satisfaction d'informer le maire que 
la part du canton de Versailles était de 1.054.567 
francs et le plaisir d'ajouter que cette contribution 
devait « être versée immédiatement en une seule fois, 
et indépendamment, des contributions directes et in- 
directes ordinaires à la caisse générale du départe- 
ment ». Les menaces commencèrent le 21 février, mais 

I. DBLKaoT (E.), op. cit., p. aoi. 



! « AURI SACRA FAMES •> 1*!1 

INI. Rameau ne se laissa pas intimider et s'aboucha, 
comme l'avait fait le maire d'Orléans, avec M. de 
Nostitz-Walhvitz, commissaire royal charg-ë de tout 
ce qui concernait, quant aux affaires civiles, les dé- 
partements occupés. Versailles versa loo.ooo francs 
le 2 1 février et prit \m double eni^ag-emetit : celui 
d'effectuer, le 25 février, un second paiement de 
280.000 francs et de se libérer complètement le i5 
mars. 

La résistance des dé[)arteme!its et l'approche de la 
paix trompèrent les convoitives des Prussiens, car le 
paiement de 23o.ooo francs ne fut pas effectué. 



CORVEES 

Nous nous bornerons à indiquer l'abus des corvées 
qui, contrairement au droit des gens, furent imposées 
aux forestiers, aux terrassiers, aux ouvriers d'état, 
aux employés du télégraphe, aux imprimeurs, et 
surtout aux guides : en ce qui concerne ceux-ci, on 
n'a pas oublié que, dès le début, les Allemands décré- 
tèrent la peine de mort contre les Français qui servi- 
raient de guides à leurs compatriotes ; en se servant 
d'eux, ils les rendaient traîtres envers leur patrie. 

II, — Détournements ou vols commis du bas en haut 
de l'échelle hiérarchique allemande. 

C'est avec une répug-nance mêlée de regret que 
nous allons établir par des faits authentiques, choisis 
entre beaucoup d'autres, que le vol souvent à peine 
déguisé fut pratiqué, pendant toute la durée dr^ la 

H 



162 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

g^uerre, aux divers degrés de l'échelle hiérarchique 
militaire allemande. 

Dès le début de la seconde partie de la guerre, l'at- 
tention du public français fut attirée par les généraux 
de Lovcrdo et Foltz. 

Le premier, directeur de l'Infanterie et de la Ca- 
valerie, l'informe, par ordre, que « des officiers sous- 
officiers et soldats, appartenant à l'armée allemande, 
faits récemment prisonniers, ontété trouvés porteurs 
de bijoux, de sommes d'argent et d'effets provenant 
évidemment de pillag-e » ; en conséquence, il prescrit 
qu'on lui fasse connaître, avec détails, les faits sem- 
blables. 

Le second rend compte de Bordeaux, au ministre 
de la Guerre, que les prisonniers bavarois arrivés à 
Oloron (Basses-Pjrénées) ont été trouvés « détenteurs 
de valeurs importantes en or français, de chaînes de 
montres et d'une quantité considérable de bijoux de 
femme ». 

Déjà nous avons parlé du résultat des recherches 
effectuées dans tous les sacs et fourg-ons allemands 
que les hasards de la g"uerre permirent de visiter. 

Nous regrettons de ne pouvoir reproduire in-ex- 
tenso les déclarations d'Amédée Achard^, deBrunel^, 
relatives soit au sac d'un Saxon capturé à la fin de 
décembre 1870, à côté de Villemomble, soit les saco- 
ches d'un cavalier et l'inventaire établi, par ordre du 
colonel Lipowski, d'un fourg-on pris à Vernon. 

Les soldats étaient porteurs des objets les plus in- 
vraisemblables tels que bas de soie^ bonnets de femme, 

1. AcHAHD (Amédée), Récits d'un soldat. Une année prisonnière. 
Une campagne devant Paris, p. 276. 

2. Br0nel, op. cit., p. a35. 



« AURI SACRA FAMES « 163 

jupons, robes d'enfants, mouchoirs brodés, bijoux, 
photographies d'une famille française au complet. 

Le fourgon avait naturellement une contenance 
très grande ; aussi quelle variété ! vêtements même 
de femmes et d'enfants; linge de table et de toilette ; 
montres, pendules; coutellerie; bijoux; porte-cigares; 
porte-crajons en or ; couverts en Ruolz ; chaussures 
de femme; foulards ; paires de pantoufles, etc., etc. 

Après Coulmiers, nous trouvâmes dans Orléans 
un certain fourgon d\imhiilance qui était chargé de 
la même façon ; von der Thann osa cependant se 
plaindre et le réclamer, mais les témoignages lui furent 
contraires. 

Délerot fît à Versailles des constatations réjouis- 
santes*. Peu de temps après le départ des garnisaires 
dont, à part l'odeur et la malpropreté, on croyait 
n'avoir pas eu trop à se plaindre : 

C'était là le plus souvent une illusion qui se dissipait à l'exa- 
men ; peu de temps après on reconnaissait que les armoires et les 
commodes avaient été visitées et que cetordre apparent était des- 
tiné à mieux déguiser les larcins commis. Telle armoire à çlace 
ne semblait pas avoir été touchée, mais la planche appliquée 
contre le mur avait étésciée, et c'est par derrière qu'on avait fait 
un choix dans ce qu'elle contenait. Telle commode avait ses ser- 
rures intactes, mais par le tiroir du haut on avait vidé les tiroirs 
inférieurs. 

Sur tout le territoire occupé par les Allemands, on 
fut à même de leur rendre justice : ils ont vraiment 
le génie du pillage et de la destruction. 

« lluiner la France était leur rêve », a dit M. E, 
La visse, en multipliant les preuves à l'appui; tout 
serait à citera. 

1. DÉLEHOT (E.), Op. cit., 2» éditioii, pp. 467 à 466. 
Lavissb (Ernest), op. cit., p. 70. 



164 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

A Laon, comme ils le firent à la Fère, comme ils 
le feront à Vincennes, « où ils ne furent dans le fort, 
comme dans la ville, que des hôtes de passade 2, ils 
procédèrent d'une façon identique : ils enlevèrent le 
plomb des couvertures, les charpentes, les portes, les 
escaliers, le bois et le fer en magasin ; ils vendirent 
à la criée les outils, les meubles ; ils détruisirent ce 
qu'ils ne pouvaient emporter. A Vincennes, ils allaient 
détruire les gros matériaux, 

quand l'aflministration de notre artillerie, passant sur la honte 
d'un pareil marché, prit le parti de les leur acheter. 

On leur paya de même, pour en empêcher la destruction, toutes 
les baraques du camp de Saint-Maur qui ont coûté plus de 700.000 
francs et dont ils avaient déjà en grande partie arraché les 
planches pour les vendre ou pour les brûler 1. 

En ce qui concerne les officiers, quelque pénible 
qu'il soit de se trouver dans l'obligation d'en mettre 
de nouveau en cause, la question nous paraît être 
dominée par le fait véridique suivant : 

Un jeune officier, fils d'un juge silésien, meurt à 
Reims des suites de blessures reçues dans un combat 
livré à Guperly (Marne) ; on l'enterre avec les hon- 
neurs dûs à un mort glorieux. En dépouillant le 
carnet trouvé dans une des poches de son uniforme, 
quelle n'est pas la stupéfaction que cause la note sui- 
vante : « Déposé à... un cachemire pris au château 

de plus une bague de même provenance, le tout 

destiné à ma fiancée '^... » 

Un observateur sagace et modéré a fait la remarque 
suivante : 

Partout les officiers se montrèrent les plus âpres à la curée, ou' 

1. FooRNiKR (Edouard), op. cit., pp. 206, 207. 

2. Delmas (Emile), De Frœschwiiler à Paris, p. 288. 



« AURI SACRA FAMES » 165 

autorisèrent, du moins par leur silence, ce que bien peu auraient 
rougi d"encourag-er par leur exemple. 

Malgré les précautions prussiennes, ces déprédations niées 
avec tant d'impudence n'échapperont pas à la publicité i. 

A VilIe-d'Avray, des officiers supérieurs du 47® et 
du 58" foui vider les caves et emballer les pianos sous 
les yeux des propriétaires, briser et souiller d'ordu- 
res le buste de Corot. 

A Roquecourt, chez M'"® Furtado, l'argenterie est 
volée. 

Dans le château de Champbourcy, un officier dont 
le nom a été conservé, « après avoir fait main basse 
sur les statuettes et les objets d'art, invite ses amis à 
faire un choix, et à euiporler un souvenir de la cam- 
pagne de France '2... ». 

Le baron de Guttemberg, l'un des plus grands 
agriculteurs de Bavière, expédia à sa femme des draps 
de lit appartenante M. Montgobert, adjoint de Ville- 
du-Bois (Seine-et-Oise). 

Le maire de Bouray (Seine-et-Oise), M. Tatoux, 
qui était resté à son poste, eut le regret de voir dispa- 
raître, par les soins de quatre officiers, sa collection 
de médailles. 

Le comte de Bredof, commandant d'étapes à Rocroi, 
envoyait le produit de ses larcins à sa femme : celle- 
ci, n'ayant pas reçu un colis annoncé, eut l'impudence 
de se plaindre au maire ; elle reçut de lui la réponse 
qu'elle méritait. 

Nous avons parlé du pillage de la villa Breton, à 
Plessis-Pic([uet, et reproduit la réponse d'un général. 

Ce n'est pas le même qui, à Beaumont-sur-Oise 

1. Pigeonneau (H.), tieuue des Deux- Mondes, \" avril 1871. 

2. Pigeonneau (H.), idem. 



166 L'INVASION ALLEMANDE EN 1810-1871 

(Seine-et-Oise), le 21 novembre, surveilla le déména- 
gement contenu dans vinq-cinq voitures du mobilier 
de la ville qu'il occupait : le 2^ régiment de la Garde 
opéra sous sa direction. 

Il n'estdonc pas étonnant qu'un lieutenant du 27® de 
ligne ait eu la fantaisie *, le 3 décembre, à Eaubonne 
(Seine-et-Oise), de faire enlever les meubles du salon 
de M. Lamy. 

Les mêmes indélicatesses furent constatées dans la 
Sarthe 2 : 

Ici, c'est un officier qui met dans sa malle vingt chemises fines 
prises dans la chambre où il lo^e; là (à Sarçé), c'en est un qui, 
obligé de promettre un thaler à des voituriers, parce que la rati- 
fication des préliminaires de paix ne permet plus les réquisitions, 
refuse de le leur payer quand le transport est effectué. A Torcé, 
après le départ de Wittich et de son état-major, on constate qu'ils 
ont mis dans leurs malles les objets de consommation et de toi- 
lette qui étaient dans les chambres. 

A Juillé, le maire recueille les aveux des soldats qui déclarent 
que leurs officiers partagent avec eux le fruit de leurs rapines '. 

Il est donc malheureusement certain que l'honneur 
d'un trop grand nombre d'officiers allemands a été 
atteint par leur participation à des vols collectifs et 
par des vols personnels. Aussi Surmont a-t-il été en 
droit de s'exprimer ainsi * : 

L'autorité prussienne a gravement manqué aux devoirs qui 
incombent aux chefs d'une armée, tenus de respecter et de faire 
respecter toujours la propriété privée autant que les circonstan- 
ces le permettent. Elle est certainement responsable d'une partie 

1. DesjARDUss (Gustave), op. cit., p. 67. 

2. SuRMo^•T (Armand), op. cit.. p lob. 

3- Le soldat Eugène Player a mis eu cause le prince de Waldeck dans 
une lettre qui figure à la fin de ce chapitre sous la rubrique « Témoignages 
allemands s. 

4. Surmont (Armand), op. cit., p. a. 



« AURI SACRA FAMES » 167 

au moins des désordres qui y ont porté atteinte, sous une Forme 
ou sous une autre. 

Loin, bien loin de nous la pensée de généraliser en 
suspectant la délicatesse et la probité de la grande 
majorité, — nous aimons à le croire, — des officiers 
allemands ; nous avons cependant le devoir de pour- 
suivre celte enquête jusqu'au sommet de cette armée. 

Commençons par signaler la conduite d'un haut 
fonctionnaire civil, le baron von Schwartzkoppen, qui, 
du 29 décembre 1879 au 28 mars 1871, exerça les 
fonctions de préfet dans le département de l'Oise ^ 

On avait eu bien des occasions de souffrir de sa 
morgue, de ses abus de pouvoir, de sa violence, de 
constater son goût marqué pour les amendes : toute- 
fois, on n'était pas en droit de le croire capable de 
voler. 

Arrivé à Beauvais avec une modeste valise, cet hon- 
nête baron en [)artit précipitamment, le 28 mars, 
avec plusdevingt-cinqcaisses énormes. Venu à l'hôtel, 
en qualité de doyen du conseil de préfecture, le comte 
de iMalherbe constata aussitôt la disparition d'un 
nombre considérable d'objets mobiliers, — pendules, 
tapisseries, tentures, livres, etc. ; en outre, des témoins 
vinrent lui certifier que l'ex-préfet lui-même avait 
ordonné l'enlèvement de la Manufacture nationale de 
quelques tapisseries dont la valeur dépassait la somme 
de 120.000 francs. 

Mandé à Beauvais, le commissaire impérial von 
Nostitz-Waliwilz, dont nous avons déjà eu occasion 
de prononcer le nom, constata le bien fondé de la 
plainte et la culpabilité de l'ex-préfet. Quelques jours 

I. Lemas (Th.), op. cit., pp. 198 à aoi. 



168 L'INVASION ALLEMANDE EN 1810-1871 

plus tard, le i5 avril, il informait, de Soisy, M. de 
Malherbe que, sur son ordre, une fouille des bag-ag-es 
avait été faite à Strasbourg et que l'on avait trouvé 
« un petit nombre d'objets provenant en partie de la 
manufacture des tapisseries de Beauvais, en partie de 
la préfecture ». 

Les objets saisis contenus dans un simple coffre 
furent reçus à Beauvais, mais une nouvelle plainte 
détaillée de M. de Malherbe demeura sans réponse : le 
voleur et le butin étaient à l'abri sur la rive droite du 
Rhin. 

A Nancy, le maire, M. Welche, avait été plus heu- 
reux, le 19 août : un g-énéral qui occupait le palais 
ducal, ayant trouvé à son goût le lustre décorant le 
grand salon, l'avait fait emballer par un ouvrier tapis- 
sier requis, dans une caisse fabriquée par réquisition ; 
prévenu à temps, le général de Blumenthal fit immé- 
diatement cesser ce scandale ^ 

Arrivons au général de Roon, ministre de la Guerre. 
Log'é chez M. Berthéiemy, il fit d'assez forts prélève- 
ments dans sa cave, qui contenait sept à huit cents 
bouteilles d'excellent Bordeaux. Lorsqu'il s'aperçut 
que leur nombre diminuait trop vite, il fit apposer 
sur la porte de la cour des scellés ; ils ne furent 
brisés que le jour de l'emballage et tout ce qui restait 
fut envoyé à Berlin 2 

Certain jour, où le Times s'était porté g-arant de la 
probité prussienne, le rédacteur de l'article s'attira la 
réponse suivante ^ : 

Qu'il demande donc au [jréfet de police, M. Stieber, dans quel 

1. Lacroix (Louis\ op. cit., p. 87. 

2. FouRNiER (Kd.^, op. cit., p. ai8. 

3. Pigeonneau (M.^ op. cit.. 



« AURI SACRA FAMES 169 

fourgon sont partis, pour la Prusse, la pendule, les vases et les 
, statues de l'appartement qu'il occupait sur le boulevard du Roi ? 

Qu'il demande aussi à M. de Bismarck pourquoi la pendule 
de son salon de la rue de Provence est veuve du sujet qui en 
faisait le prix et que le propriétaire avait refusé de lui donner ou 
de lui vendre ? 

Qu'il ouvre enfin une enquête sur le sort du service damassé 
prêté par la ville de Versailles à Son Excellence le chancelier de 
l'empire d'Allemagneet qu'on n'a plus retrouvéaprès son départ. 

A la manufacture de Sèvres se rattache le souvenir 
des Princes, auxquels il faut associer à regret le prince 
royal de Prusse dont, répétons-le, la modération fut 
appréciée tout particulièrement à Versailles. 

Si l'ancienne manufacture de Sèvres fut en grande 
partie sauvée, grâce à des dévouements particuliers et 
à la modération du major prussien Kruguer, il en fut 
autrement de la nouvelle, dans laquelle tout disparut 
par le vol ou la destruction : « ... modèles de g^roupes 
et figurines historiques, modèles en cire de bas-reliefs, 
moules, etc. ; sans compter pour plus de 35o.ooo 
francs de porcelaines d'art : vases, cabarets, etc., qui 
étaient dans les travaux i. » 

La répartition de tout ce butin se fit à l'amiable; 
deux témoig-nages sont à reproduire. 

Les porcelaines qui étaient restées à la manufacture, — écri- 
vait-on en novembre 1870, ont été enlevées, emballées et sont 
encore au château de Versailles dans des caisses qui portent sur 
les étiquettes les noms du Prince roi/ tl, du prince de Reuss, du 
duc de Saxe-Cobourg, du prince de Wurtemberg, du grand-duc 
de Mecklembourg i, etc. 

J'ai vu, dit Pigeonneau -, les généraux et les princes s'oflrir 
naturellement, comme cadeau de Noël, les vases de Sèvres, les 
objets d'art pillés au château de Saint-Cloud, dont la destruction, 

I. Recueil de documents, p. 'S3. 
a. Pigeonneau {L.), <~>p. cit. 



170 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-18T1 

commencée par nos obus, fut achevée à loisir, comme celle de 
Meudon, par la torche des incendiaires, qui brûlaient pour avoir 
le droit de nier le pillage. 

Lorsque Guillaume pf quitta définitivement Versail- 
les, il montra au concierge de l'hôtel de la préfecture 
un bougeoir en lui disant qu'il l'emportait à titre de 
souvenir : cette modération contraste avec l'âpreté de 
certaines gens de son entourage. 



INDELICATESSES SPECIALES 

Nous ferons figurer ici, bien qu'ils ne relèvent pas 
complètement du monde militaire, des vols particuiiè- 
ment odieux en ce qu'ils avaient pour but et pour 
résultat de r-uiner sur place un concurrent français ou 
de s'appliquer à le remplacer. 

En octobre 1870, les machines des admirables fabri- 
ques de ferronnerie existant à Ars-sur-Moselle sont 
démontées et transportées en Prusse, où quelque hon- 
nête concurrent sut les employer. 

A Rantigny, dans l'Oise, il existait une magnifique fabrique 
de machines agricoles dirigée par M. Albaret. Elle livrait des 
machines à battre au monde entier. Les agriculteurs allemands 
s'y étaient souverainement approvisionnés de bons instruments ; 
ils s'en sont souvenus. Ils ont eu soin d'aller à Ranligny porter 
la destruction '. 

Le Prussien Hermann-Backer avait été employé, en 
qualité de contre-maître, dans l'importante fabrique 
de boutons de Bourg-la-Reine; il en était parti depuis 
deux ans et avait fondé dans son pays une fabrique 
similaire. En 1870, il revient, comme capitaine de la 

I. Le Temps, numéro du 12 octobre 1871. 



« AURI SACRA FAMES » 171 

Landwehr, à Bourg--la-Reine, s'empare de toutes les 
machines de son ancien maître et fait abattre sa mai- 
son. « Voilà quatre ans d'avance de ma fabrique sur la 
sienne! » aurait-il dit après que l'œuvre de démolition 
fut accomplie. 

Une importante fabrique de boui:^ies, qui existait 
aussi à Bourg--la-Keine, fut détruite de la même façon. 



ROLE DES JUIFS 

Se traînant derrière les armées ou convenablement 
installés dans les capitales des gouvernements, les 
Juifs fireiit de bonnes affaires. Dans l'Ile de France, 
Versailles fui. le dépôt de leur butin. A Choisy-le-Roi, 
ils s'installèrent dans les boutiques des marchands, ce 
qui fit de la ville une sorte d'entrepôt pour le pilla^'e, 
le quartier général du vol et du recel ; de là, le butin 
filait sur l'Allemagne. C'est ainsi que disparut 

l'admirable collection que le docteur Hache, beau-frère de M.In- 
gres, avait à l'Hay... Rien ne resta du trésor qu'il s'était fait 
avec les tableaux, les dessins, les portraits de famille, laisses par 
le maître i. 

Toutes les opérations n'étaient" pas aussi fructueu- 
ses, mais ils savaient au besoin se contenter de peu, 
payant, par exemple, un lit de fer i fr., un matelas, 
3 fr., un paletot, 5 fr., etc.; la fameuse fourniture de 
6.000 couvertures et de 2.000 paires de bottes impo- 
sées à Versailles devint leur, on le sait, en un clin 
d'œil et à bon compte. 

Dans la vallée de Montmorency, les maisons de cam- 

I. FouRNiËR (Edouard), op. cit., pp. 187 et 188. 



172 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

pag-ne ou les châteaux furent complètement dévalisés ; 
les Juifs firent là d'excellentes affaires. 

Ils enlevaient les meubles des chambres, les étiquetaient, les 
emballaient et les expédiaient en Allemagne, sous les yeux « et 
pour le compte de messieurs les officiers », avec autant de calme 
et une aussi parfaite sérénité de conscience que s'ils eussent été 
des employés de la grande entreprise des déménagements, fai- 
sant, par ordre du propriétaire même, le transport de ses meu- 
bles, de sa maison de campagne à Paris i. 

A Versailles, il était naturel que le préfet prussien 
de Brauchitsch, qui n'était point insensible aux petits 
profits, recourût aux Juifs ; il n'y manqua point. Déle- 
rot a raconté l'histoire édifiante d'un marché pour la 
fourniture des vivres nécessaires à la g-arnison de Ver- 
sailles, signalé l'entremise d'un Juif connu pour avoir 
été exécuté à la Bourse de Paris et le secours déloyal 
que lui procura son complice contre un syndicat de 
négociants versaillais; la fourberie fut démontrée et 
il fallut faire sortir de prison le maire Rameau et 
les trois conseillers municipaux victimes du préfet 
prussien. 



ARKIVEK DU BUÏIN A DESTINATION 

Emballé avec plus ou moins de précautions suivant 
sa valeur, le butin finissait par arriver en Allemagne. 
Des officiers prisonniers ont fixé la scène qui s'of- 
frait alors à leurs yeux; relatons seulement deux des- 
criptions formant contraste. 

L'arrivage d'un convoi miséreux a été relaté par le 
iieutenant-colonel Meyret, interné à Cologne 2. 

I. FouRNiER (Edouard), op. cit., p. 204. 

3. Mkyret (lieutenant-coIoneU, Carnet d'un prisonnier de guerre, 
p. tqV 



« AURI SACRA FAMES » 73 

i3 novembre. — Aujûurdhiii Waltrafsplatz, trois voitures, traî- 
nées chacune par six chevaux éliqnes, ont fait halte sous la con- 
duite de malandrins à tètes patibulaires; la populace les entourait 
et bientôt les bâches enlevées [fcrmirent de contempler le butin 
honteux que charriaient ces cocjuins. Une maison avait dû être 
dévalisée de fond en comble en Lorraine ; car on trouvait, à côté 
de la charrue et de ses accessoires, des bonnets à ruches tuyau- 
tées, des jupes rouges de paysannes, des blouses neuves à fleur 
de fil blanc, des poêles en fonte ou faïence, du ling-Cjdes meubles, 
jusqu'à des jouets d'enfants et de ces chaînes d'or en usage chez 
les riches fermières; les voleurs avaient tout emporté, même des 
portes, des fenêtres, des vases de nuit... Le cœur se soulève de 
dégoût à ce sjjectacle qui fut confirmé plus lard par des lettres. 

Reposons-nous maintenant la vue en lisant le cata- 
logue d'objets volés que publièrent, au milieu de 
février 1871, les journaux allemands ; ils furent ven- 
dus dans le grand-duché de Bade ^ 

A VENDRE 

Pour un prix avantageux 

Chez M. Machly, ingénieur (lisez receleur) 
à Hausbaden, près Badenvveiler : 

MOBILIER 

(onze objets parmi lesquels nous choisissons) 

i" Un secrétaire en bois de rose, tombeau à coulisse avec 
g-alerie bien dorée et une tablette de marbre avec caisse, 
g-arniture bien dorée, serrures avec clefs à trèfles. Ce beau 
secrétaire a appartenu à Louis XVI et vient du g-arde- 
meuble de Paris (?) : très bien conservé; 

2° Une table unique, M™^ de Pompadour {sic), avec 
incrustations délicates et minutieuses ; 

4"^ Le mobilier de l'impéri.trice Josép/iine, de la Mal- 
maison, doré, dans le meilleur état et complet; 

I. FouRNiER (Edouard), op. cit., pp. 17 et 18. 



174 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

6° Une pendule de salon monumentale, dorée au feu, 
avec g-lobe. 

TABLEAUX 

Il y avait, en tout, iG tableaux, des gravures et des 
estampes. 

DIVERS 

L'outillage complet d'un orfèvre ou serrurier ; — une 
enclume de deux à trois cents livres ; — outils de tous 
g-enres, marteaux, tenailles, etc. 

Le tout garanti de Paris. 

Gustave Freylag, dont les Allemands ne sauraient 
récuser le patriotisme, publia, au commencement de 
l'année 1871, Dans le îiouvel Empire, un article dont 
nous extrairons, sans qu'il soit nécessaire de le com- 
menter, un passage saillant i. 

Les faits obligent à rappeler discrètement au respect fonda- 
mental de la guerre entre peuples civilisés, règles que notre 
armée plus que toute autre a le droit et le devoir d'observer. 
Tout ce qui se trouve abandonné aux environs de Paris n'est pas 
sans propriétaire. Les propriétaires ont été forcés d'abandonner 
tout cela aux basards de la guerre de siège ; mais si, parmi ces 
hasards, figure aussi la prise de possession pour nos officiers et 
nos soldats de ces objets, nos officiers et nos soldats ont à 
répondre vis-à-vis des étrangers de leur concience personnelle 
et de notre honneur national. 

Il est vraisemblable que l'officier dont il est ques- 
tion dans la note suivante n'eut pas connaissance de 
ce blâme, car il en eût fait son profit. 

Voici ce que tous purent lire dans la Gazelle de 
Dusseldorjf du 20 mars 1892 : 

I . Cet article se trouve dans le Recueil des articles de G. Freytao, 
1. 1, pp. 475 et suiv., 2^ édition, 1888. 



« AURI SACRA FAMES » 115 

Il se trouve à Dasseldorff un pastel représentant Marie-Antoi- 
nette et qui a été enlevé du palais de Saint-Cloud, pendant la 
g-uerre de 1870-1871, par un officier allemand. Cet officier, qui 
s'était emparé de cette intéressante œuvre d'art pendant (?) l'in- 
cendie du palais, l'avait apportée en Alleniai»'no après la guerre. 
Plus tard, des embarras d'argent l'avaient déterminé à vendre le 
tableau, qui avait été acquis par le père de M. Schwuchow, 
rédacteur de la Gaze/te. M. Schwuchow a fait exposer le pastel 
il y a quelques jours dans une galerie devente,el il l'offre au prix 
de vino't mille marcks. 



DOCUMENTS ALLEMANDS 

Nous croyons avoir nettement prouvé que « des 
personnalités occupant de hautes fonctions dans l'ar- 
mée » encouragèrent des vols qui leur permirent d'or- 
ner leurs maisons : « l'humeur joyeuse et sans pen- 
ser â maly dit avec bienveillance l'Allemand Gustave 
Freytag- ^, on en vint à expédier dans la chère patrie 
des objets abandonnés par leurs propriétaires... » 

Le témoignage du général et amiral Albert Von 
Stosch écrivant à sa femme pourrait suffire; il est à 
la fois écrasant et curieux '^. 

On a expédié de Sèvres et de Saint-Cloud des caisses adressées 
chez nous. 

C'est le vol organisé. Je me suis frappé la poitrine en signe 
de repentir et je lui ai répondu qu« moi aussi j'ai expédié des 
prises^ faites sur l'ennemi... Le sentiment de la propriété dispa- 
raît forcément au cours de cette guerre... Celui qui s'enrichit par 
de tels procédés commet une illégalité, car les objets de valeur 
sont la propriété de l'Etat, mais c est un devoir (Vj d'appauvrir 
ces gens-là. 

I. Freytaiî (Gustave), Vermischte Aafsaize, 18/18-1894, p. 478. 

a. Von Stosch, Gênerais und Admirais Denkwurdigkeiter. Briefe und 
Tagebusch. Blatter : 1904, p. 243. 

3. C'est vols (jii'il eût fallu écrire ; le mot de prise sous-cntend une 
lutte à main armée ([ui, certainement, n'eut pas lieu dans la manufacture 
de Sèvres, par exeuii)Ic. 



ne L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

Quatre lettres seraient dig'nes d'être reproduites ici 
in extenso; malheureusement,la place nous fait défaut. 

Le i6 novembre 1870, le canonnier Peter Joseph 
Kisnauer, de la 5^ batterie de campagne hessoise, 
écrivant de Chartres à ses parents, énumère ses vols 
et croit se libérer en disant des paysans français : 
« Ces chiens-là ne méritent pas davantage. » Accord 
parfait et touchant avec l'amiral 1 

Le 5 décembre, de Chartres également, Hans Wa- 
chenhausen adresse à la Gazette de Cologne d'intéres- 
santes... confidences qu'a reproduites V Evening Stan- 
dard ; du moins, la note est-elle humaine, celte fois : 

...Nous menons nn& véritable oie debrigands. Les habitants des 
villages crient aux soldats qui le traversent : « Nicht Brod,nicht 
Fleisch » (ni pain, ni viande). Et ce n'est que trop vrai que ces 
malheureux sont réduits à un dénùment absolu. De nombreuses 
localités ont été livrées aux flammes... 

Le 2 décembre 1870, le soir du combat de Poupry, 
le pionnier Justus Pape a trouvé la trappe d'une cave 
et sa joie d'ivrogne déborde : 

O ravissement, une riche trouvaille couronne nos efforts. L a 
cave aux bouteilles était à nous!... Pape prend tout ce qu'il peut 
emporter, et quand il revient une seconde fois, comme tout le 
Champagne a disparu, il doit se contenter du bordeaux. 

A chaque étape. Pape et ses camarades s'approprient tout ce 
qu'ils trouvent : fromage, pain, miel, épicerie, sans rien payer, 
naturellement 1. 

La quatrième lettre a une tout autre importance 
que les trois précédentes. Elle constitue, en effet, une 
confession écrite à Arques-la- Bataille (Seine-Infé- 
rieure), le 9 décembre, par un soldat dont le sens 

I. Pape (i\isins),Auf nach Frankreich, Kriegsfreiwillig bei den 83, 
pp. 64i 80, 83. 



« AURI SACRA FAMES » 177 

moral n'était pas encore complètement éteint : munie 
d'une adresse et cachetée, cette lettre fut oubliée à 
Ar(jues, où on la traduisit i. 

Ma chère petite mère, 

... Jusqu'à présent, nos habitudes n'ont pas trop souffert, du 
moins les miennes. Le seul mal que nous rapporterons de cette 
guerre, si Dieu veut que nous en revenions, c'est que nous ne 
saurons plus faire la différence du tien et du mien. 

Nous sommes tous devenus de véritables voleurs. 

11 nous est ordonné de prendre tout ce que nous trouvons 2. 

La plupart des châteaux et des maisons étant abandonnés, il 
nous est lacile d'entrer partout, et de prendre tout ce qui peut 
se prendre. 

Les caves surtout sont fouillées. 

Tous les chevaux qui pouvaient nous servir, nous les avons 
pris. Pour le reste, la rafle a été générale. 

Les officiers, en ceci, gardent la préséance qui leur est due ! 
Des harnais magnifiques, des couvertures et surtout des tableaux 
de maîtres ont été leur lot. Pas plus tard qu'avant-hier, notre 
oberadjudant, le prince de Waldeck, me disait : « Mayer, rendez- 
moi le plus grand service que je puisse vous demander : pre- 
nez et volez tout ce que vous pourrez m'apporter. Il faut que ce 
peuple sache ce que lui coûte une guerre avec nous -s. » 

Comme c'était un ordre, je ne pouvais naturellement que 
répondre : 

A votre service, mou adjudant. 

Qu'adviendra-t-il de tout ceci ? Dieu le sait. Quand il ne restera 
plus rien à voler dans le pays, nous nous volerons les uns les 
autres... 

Que Dieu vous bénisse ! Vivez pour votre fils, qui vous aime 
toujours. 

Eugène. 

I. Cette traduction fut envoyée à l'Evening Standard, qui la publia, 
le sg décembre 1870. Fourkiek (Ed.), op. cit., p. 807. 

3. Pigeonneau avait donc bien observé en disant : «... Ce qni donnait 
au pillage son véi-itable caractère, c'est que le soldat semblait n'être 
dans cette œuvre de destruction qu'un instrument passif et ([ueiquefois 
honteux de la consigne qu'il exécutait... » Revue des Deuœ-Mondes , 
i" avril 1871. 

3. En vérité, ne dirail-on pas qne la Prusse croyait être le grand jus- 
ticier de l'Europe tout entière ? 

12 



178 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

« Envoyée par Mayer, ordonnance d'état- major, 8« réçiment de cuiras- 
siers, 8« corps d'armée, i^e division, i" armée, à M"* Mayer, Stol- 
berg près Aix-la-Chapelle. » 



EXCUSES ALLÉGUÉES 

Les principales des erreurs allég^uées par les Alle- 
mands et répétées à satiété ont été les suivantes : 

« Nous nous souvenons de l'occupation delà Prusse 
par vous ; 

« Nous nous vengeons des dévastations commises 
par vous en 1806 chez nous. » 

Il est prouvé que les exactions commises en AUe- 
mag-ne par les troupes françaises ont été fort exai^é- 
rées ; mais, quand même il en serait autrement, on ne 
comprend pas par quel oubli du sens moral les fautes 
commises par l'un pourraient innocenter les actes 
répréhensibles de l'autre. 

Le Moniteur officiel prussien de Versailles tenta ce 
mode de défense le 24 février 187 1 ; Délerotlui répon- 
dit, peu après l'évacuation, en honnête homme qu'il 
était. 

... C'était là une manière de poser une question qui la dépla- 
çait; il ne s'agissait pas, en effet, de savoir si la conduite des 
Prussiens avait des précédents dans le passé ; il s'agiasait de 
savoir si elle était équitable. Qu'il y eût eu des abus, des vio- 
lences, des crimes dans les guerres des siècles antérieurs, cela 
était très certain, surtout quand on allait chercher des exemples 
dans les guerres du temps de Louis XIV. A ce compte on aurait 
pu remonter jusqu'aux luttes du moyen âge. Mais ce qu'il aurait 
fallu établir, c'était que la conscience contemporaine ne repous- 
sait pas comme odieux les actes dont les Prussiens étaient les 
auteurs en iSji . 

Il n'y a pas un mot à ajouter à cette excellente 
réfutation. 



CHAPITRE V 
RAPPORTS ENTRE BELLIGÉRANTS 



Principes généraux. — Déloyauté militaire allemande. — Convention de 
Genève ; aa août i864 et 20 octobre 1868. — Déclaration de Saint- 
Pétersbourg' du 12 novembre 18O8. — Conduite des Allemands envers : 
1° les blessés et malades ; 2° le personnel de santé; 3» les hôpitaux 
et les ambulances. — Conduite des Prussiens à Orléans. Mgjr Dupan- 
loup. — Témoignage du Père Emmanuel Domenech. — 4° Respect des 
morts. 



PRINCIPES GENERAUX 

Les Conventions militaires qui règ^lent les rapports 
entre les belligérants ont été établies d'un commun 
accord ; donc, du moment où elles font loi, leur exé- 
cution loyale et leur respect s'imposent. 

La ([uestion est dominée par cette déclaration de 
saint Augustin : « Fides etiani hosti servanda est. » 
« La bonne foi est ég"alement due à l'ennemi. » 

Le Prussien Hefter, professeur à l'Université de 
Berlin, développa cette idée en i844 * ; il concluait 
ainsi : 

Violer la foi donnée, c'est autoriser l'ennemi à exiçer une 
satisfaction éclatante, c'est encourir une flétrissure devant l'a- 
réopage international Je l'opinion pnhiirpie. 

La Prusse était donc amplement renseignée, en 

i . Das Europaeische Volkerreclit der Gegenwarl. Cet ouvrage a été 
traduit, en 1807, P'*i' ^I- Bergson ; une nouvelle édition a été annotée 
par M.Geffken, eu 1857. 



180 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-18"! 

juillet 1870, même parles siens, sur ce point capital. 

Les Conventions militaires alors existantes concer- 
naient : 

En premier lieu, les parlementaires, qui, sauf le 
cas où ils se départissent de la neutralité absolue qui 
leur est imposée, sont inviolables, sacrés ; les sauf- 
conduits, les sauvegardes, les suspensions d'armes, 
les armistices et les capitulations ; 

En second lien, le traitement des blessés ou ma- 
lades^ des prisonniers de guerre et le respect des 
morts. 



DELOYAUTE MILITAI KE ALI^EMANDE 

Cette déloyauté s'est trop souvent produite en ce 
qui concerne les parlementaires etdans le cours même 
des combats. 

Il est arrivé maintes fois que des parlementaires 
français ont eu à essuyer, en plein jour, des coups de 
feu, notamment le 20 août 1870, lorsque le capitaine 
Rœderer, tournant bride, sa mission remplie, pour 
rentrer à Strasbourg-, compta quatre coups de feu 
dirigés contre lui et son trompette. 

Souvent, soit par perfidie, soit par forfanterie, peut- 
être à la suite d'un pari, des officiers allemands s'at- 
tribuèrent le rôle dang^ereux de faux parlementaire; 
citons seulement deux cas relatifs au siège de Péronne, 
en janvier 1871. 

Le siège venait de commencer lorsque, croyant 
réussir par l'audace, un officier de cavalerie se pré- 
senta pour sommer la place de se rendre ; on eût 
dû l'arrêter; en quoi on aurait eu doublement raison 
car, pendant qu'il amusait ainsi, deux officiers du 



RAPPORTS ENTR-: REFJ.IGBRANTS 1«1 

génie et de l'artillerie « relevaient, la carte à la main 
et sous les yeux mêmes des mobiles de grand' g^arde 
qui laissaient faire, par ordre supérieur,» le plan des 
avancées de la ville * ». 

Perfidie d'un côté, ignorance de l'autre. Peu après, 

un capitaine du rég'iment de uhians n» 7 crut être plus heu- 
reux et renouvela l'expérience. Il se présenta à Féronne avec un 
lieutenant accompagné d'un trompette. Ses explications paru- 
rent si peu claires à la suite de la première étpiipée qu'on garda 
capitaine, lieutenant et trompette, ce qui était d'excellente 
guerre -. 

Mais là où la déloyauté prend un caractère sérieux 
au point de devenir criminelle, c'est dans les simula- 
cres de reddition, puisque des ennemis loyaux cessant 
le feu et s'approcliant sont fusillés à faible distance; 
ces cas ont été fréquents pendant toute la durée de la 
g-uerre. 

Le i4 aoilt 1870, à Borny, le commandant de 
Labarrière, chef du 20*^ bataillon de chasseurs, fait 
cesser le feu en voyant la troupe qui lui est opposée 
lever la crosse en l'air; il s'approche et, lorsqu'il est 
parvenu à une faible distance, il est littéralement 
fusillé. 

Deux jours plus lard, à Rezonville, le général Gre- 
nier, commandant la 2" division du 4* corps à l'armée 
du Rhin, avait le regret de constater le même fait, 
qu'il a stigmatisé 3, 

Dans l'Est, le contre-amiral Penhoat eut à enre- 
gistrer. 

I. Ramo.v (Giistave'i, Siè(je de Pèronne, t. I. p. 828. 

y. Des.jhaumes (Edmondl, l'Année du Nord (iSjo-idji). Campagne 
du gênerai Fnidherbe, p. i55. 

3. (iuELLE (capitaine Jules, docteur en droit), Précis des Lois de la 
guerre sur terre. Commentaire pratique..., t. I, p. i45. 



l'^2 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870 1871 

une pratique déloyale employée par les Prussiens à l'égard de 
nos soldats ; comme elle s'eut reproduite plusieurs fois dans le 
cours de celte guerre, elle paraît avoir été le résultat d'un sys- 
tème préconçu. 

Cette pratique consistait à faire à nos hommes des démons- 
trations amicales, à leur faire signe d'approcher comme s'ils 
voulaient se rendre et quand nos pauvres soldats, par suite de 
leur caractère généreux, s'y laissèrent prendre, ils recevaient 
une décharge à bout portant... 

Le ri octobre 1870, aux Aubrais, deux compagnies 
(le la Légion étrangère eurent à souffrir de cette façon 
déloyale d'agir. 

Sous Paris, il en fut de même plusieurs fois : au 
Bourget avec les Saxons; le 2 décembre, à Ghampi- 
gny,ce qui coula la vie au frère des Ecoles chrétiennes 
Néthelme. 

Il arriva souvent que les Allemands plaçaient en 
avant de leurs colonnes d'attaque des otages, des 
femmes, des vieillards ou des prêtres. 

Souvent aussi, ils employèrent abusivement l'em- 
blème pacifique de la Convention de Genève pour pro- 
téger la marche de convois de munitions, de fourgons 
chargés d'objets volés ou pour garantir un bâtiment 
militaire. 



CONVENTION DE GENEVE ET ARTICLES ADDITIONNELS 

« G'est aux Romains que nous devons la maxime : 
« Hostes dam vulnerati fratres. » « Les ennemis 
deviennent nos frères pendant qu'ils sont blessés w, 
qui, agrandie par l'influence des idées chrétiennes, est 
devenue un principe universellement reconnu des 
nations modernes *. » 

I. GuELLE (capitaine J.), op. cit. 



RAPPORTS ENTRE BELLIGERANTS 183 

On ne saurait cependant oublier les massacres qui 
furent trop souvent la suite du combat antique et de 
nombreux combats livrés au moyen-âg-e. 

Si, pendant les guerres de la Hévolulion, — sauf en 
Vendée, — et de l'Empire, l'humanité triompha sou- 
vent, — comme plus tard en Crimée et en Italie, — 
il est incontestable que la Convention de Genève réa- 
lisa un énorme progrès : due à la collaboration de 
deux amis, les Genevois Dunand et Gustave Moynier, 
elle fut sig"née le 22 août i864 et complétée par les 
articles additionnels du 20 octobre 1868; dès le début, 
son application comporta bien des abus qui résultè- 
rent le plus souvent de l'ignorance ou de la connais- 
sance imparfaite de ses prescriptions, du défaut de 
sanction, d'infractions ou d'abus motivés par l'intérêt 
ou la passion des bellig-érants, enfin du manque d'or- 
ganisation, de direction et de contrôle, qui entrava 
l'action des Sociétés volontaires de secours. 

Elle faisait face aux premiers besoins puisqu'elle 
proclamait l'égalité de traitement pour les blessés, 
l'inviolabilité des ambulances et des hôpitaux, la neu- 
tralité pour le personnel sanitaire et qu'elle créait 
deux insignes protecteurs : un drapeau distinctif et 
uniforme accompagné du drapeau national, un bras- 
sard, qui, l'un et l'autre, portaient une croix rouge 
sur fond blanc. 

Il serait injuste de ne point reconnaître que les Alle- 
mands firent de sérieux etforts, dès la promulgation 
de cette Convention, pour secourir les victimes de la 
guerre. La campagne de 1866 permit à leurs Sociétés 
et à r « Union patriotique des dames allemandes » 
de faire un premier apprentissage. 

Dès la conclusion de la paix avec l'Autriche, le 



184 L'INVASION ALLEMANDE EN 1876-1871 

grand état-major prussien s'appliqua, ainsi qu'il en a 
l'habitude, à combler les lacunes reconnues, à aug;-- 
menter le nombre des Comités et à resserrer les liens 
qui, déjà, les unissaient entre eux. 

Aussi, en 1870-187 1, les deux mille (2.000) comi- 
tés allemands qui existaient, dès le début de la 
guerre, purent-ils fonctionner dans des conditions 
satisfaisantes, puisqu'ils ne dépensèrent pas moins de 
18.686,273 thalers, soit plus de 70 millions de francs. 

Mais cette sollicitude des Allemands pour leurs 
blessés ne s'étendit pas aux nôtres que, trop souvent, 
ils traitèrent d'une façon indigne. 

Les causes véritables de cette apparente contradic- 
tion parais'sent être les suivantes : féroce égoïsme de 
race, brutalité naturelle, haine de tout ce qui est 
français, manque absolu de générosité, irritation se 
transformant rapidement, au moindre obstacle, en une 
colère aveugle; or, plus d'une fois, la Convention de 
Genève entrava leurs projets. 

A Berlin, le docteur Dubois-Reymon, d'origine 
française, avait prononcé, en août 1870, étant recteur 
de l'Université de Berlin, un discours haineux qui, 
selon le docteur Charpignon, déchira le pacte d'al- 
liance unissant les Universités du monde entier. 

Ce discours fut pour beaucoup, a dit le docteur Charpignon ', 
dans l'oubli que certains médecins allemands - ont fait de la neu- 
tralité que leur rôle actif leur commandait. Certains frappèrent 
d'inoffensifs Français ^ ; d'autres ont volé leurs confrères au 
foyer desquels ils prenaient place. Aucun n'a aidé à respecter la 
Convention de Genève, qui devait protéger notre domicile pen- 
dant qu'absents tout le jour, parfois la nuit, pour le service des 
blessés, des soldats en restaient les maîtres... 

I. Charpignon (docteur), op. cit., pp. iig suivantes, 
a. Se reporter à la façon dont certains médecins allemands se condui- 
sirent à Orléans et au Mans. 



RAl't'OKTS ENTRÎ-: BELLKiRRANTS ISfî 

i^'accusaiioa de voi est appuyée sur un failqui cons- 
titue au moins une forte présomption : 

M. Chaufton, médecin à Olivet, causait ea fumant, chaque soir, 
dans son cabinet, avec un médecin prussien qu'il log-eait. Uti 
soir, on s'était montré les instruments de chacun. Dans la nuit, 
le médecin allemand partit et la trousse de M. (]haufton avait 
disparu '. 

Quant an docteur Charptg-non, il perdit une collec- 
tion de médailles que lui volèrent six Bavarois qu'ii 
logeait; plus tard, il retrouva l'un d'eux dans une 
ambulance et... le soiç^na'^. 



BLESSES ET MALADES 

Wissemboun/, 4 août 1870. — Quel début accusé 
par de nombreux et irréfutables témoins! Les Bava- 
rois, vengeant ainsi leur peur, massacrèrent, hachè- 
rent par morceaux dans la gare, dans l'auberg-e voi- 
sine^, et chez les habitants qui les avaient recueillis, 
des tirailleurs algériens ; ils ne ménagèrent pas le:-; 
officiers :le capitaine Tourangin, atteint de deux bles- 
sures mortelles, est assassiné d'un coup de crosse sur 
la tète, dit le capitaine de Narcy, pour avoir « refus '• 
de livrer aux Bavarois surexcités et enivrés le porte- 
feuille et les objets précieux qu'il détient et dont il a 
souci de ne pas se séparer * » ; 

le lieutenant Grandmont, atteint de cinq blessures, 

I. Gazelle des Hôpitaux, 1871, n" 66. 
". Charpignon (docteur), op. cit ,p. 44. 

3. L'auberge « A la Station », située à l'angle du carrefour de la gar.^ 
où aboutit la route de Lauterbourg-. Veling (capitaine A. -G.), Wisseiii 
bourg. 

4. De Narcy (capitaine au l'î'" tirailleurs), Journal d'un officier île 
Turcos. 1870. 



186 L'INVASION ALLEMANDE EN 18T 0-1 871 j 

est achevé à terre; le lieutenant Vuillemin, dont une 
jambe est fracturée, est jeté à bas de son lit et traîné 
par sa jambe malade. 

Pourquoi faut-il ajouter que le lieutenant de tirail- 
leurs Albert Duruy dut, d'après sa propre déclaration, 
remettre son porte-monnaie à un officier! 

Frœschwiller, 6 août. — Le soir de la bataille, des 
uhlans sabrèrent, dans le bourg- de Reichshoffen, des 
blessés que l'on transportait. 

Atteint de trois blessures, le colonel de Franches- 
sin, du 96® de ligne, fut égorgé sur son lit dans la ferme 
où l'avait transporté son ordonnance. 

Raon-l' Etape (Vosges), 22 septembre. — Blessé 
d'un coup de l'en à la jambe droite, le soldat Eudel fut 
précipité par la fenêtre de sa chambre. 

Bazeilles, !•"■ septembre; Rambervillers, g octobre; 
Châteaudnm, 18 octobre. — A tout ce que nous avons 
dit, ajoutons qu'à Ghâteaudun des blessés français, 
pris par les pieds et la tête, furent lancés par les 
fenêtres. 

Loigny (Eure-et-Loir), 2 décembre. — Le général 
de Sonis a affirmé, en juillet 1881, à l'auteur de ces 
lignes, que, sous ses yeux, — alors qu'il était réduit 
à l'impuissance, — un Prussien assomma d'ini coup 
de crosse, à quelques pas de lui, la tête du comman- 
dant de Troussures, dont les blessures n'étaieni pas 
mortelles. 

Long prê-les-C or ps- Saints (Somme), 28 décembre. 
— A la suite d'un combat où ils n'avaient éprouvé 
que des pertes minimes, les soldats du 70® régiment 
massacrent deux mobiles blessés, fusillent un mobile 
blessé que l'on pansait et ont le regret de manquer 
deux blessés, dontle docteur Dransart auquel ils volent 



RAPPORTS ENTRE BELLIGERANTS 187 

sa trousse, sa montre, son porte-monnaie, tuent dans 
des circonstances trag-iques le berger Dulin, qui les a 
surpris en flagrant délit de vol, le boulanger Gabrj, 
Pilvoix, enfin la femme Miannay coupable d'avoir 
essayé de défendre son mari. 

Haiiteville (Côte-d'Or), 21 janvier 187 1. — Ici le 
vol et la lâcheté se combinent. 

« Le commandant Braconnier, mortellement blessé, 
est porté par les Prussiens chez M. Louis Poinsard. 
Là, ils lui volent sa montre, son épée et son képy, puis 
ils l'injurient et le maltraitent ^. » 

Pouilly (Côte-d'Or), 28 janvier. — Le soir du com- 
bat de Pouilly, on trouva un cadavre couché sur l'es- 
calier du château : on reconnut le mobile Fontaine, 
et l'enquête ouverte permit d'établir que les Prussiens, 
après avoir lié les mains par devant à ce blessé, l'a- 
vaient jeté dans le feu. 

Quelle eût donc été la conduite des Allemands si, 
au lieu de bien connaître les devoirs d'un parlemen- 
taire et la Convention de Genève, ainsi que le procla- 
maient leurs officiers, ils avaient étéig"norants sur ces 
deux poiuts? 

PERSONNEL DE SANTÉ 

Le nombre des médecins et des infirmiers français 
que le drapeau de la Convention et son brassard auraient 
dû rendre invulnérables et (pii furent volés, mal traités 
et même assassinés, a été considérable; relatons les 
exemples les plus probants. 

I. Janin (Clément), Journal de In guerre de i8-jo-i8ji a Dijon et 
dans la Côte-d'Or, t. H, p. 170. 



ISS L'INVASION ALLEMANDE EN 1 870-1 S71 

Frœschuillrr,^ août. — Le sons-intendant militaire 
Coulombeix, du I®"" corps d'armée, reçoit plusieurs 
coups de sabre sur la tête en voulant protéger contre 
des ulilans l'ambulance de la 4'' division. 

Le docteur Mi Ilot, médecin-major de i*"^ classe au 
2^ tirailleurs, est assassiné dans l'ambulance du doc- 
teur Sarrazin établie à Reichshoffen. 

Rezonuille, i6 août. — Un médecin-major de 
i""^ classe est tué d'un coup de sabre, à la porte de son 
ambulance, par un cuirassier allemand du 7^ rég-iment 
après avoir vainement agité le bras muni du bras- 
sard. 

Vil/(^rs-près-Sedan, 25 novembre. — Agé de vingt- 
cinq ans, membre de l'Association internationale de 
secours, le docteur Delandre est tué d'un coup de 
fusil, sans avoir pu obtenir de son assassin (on a parlé 
d'un officier) qu'il examine son sauf-conduit et bien 
qu'il ait agité son brassard. Il fut inbumé à Sedan, et 
dans le discours qu'il prononça sur sa tombe, le doc- 
teur Bécourt-Leclère protesta énergiquement contre 
cet acte barbare, puisque l'assassin a a tiré sur la Croix 
rouge w. 

Longpré-leS'Corps-Saints (Somme), 28 décembre. 
— Nous avons relaté, à propos des blessés, la tenta- 
tive d'assassinat contre deux médecins. 

Hanteville (Gôte-d'Or), 21-22 janvier 1871. — Un 
des bataillons du général Keltler. qui fut momenta- 
nément maître du village, envahit l'ambulance : le 
chirurgien-major Morin et le docteur Milliaud, son 
adjoint, sont assassinés; grièvement blessés à ce mo- 
ment, les infirmiers d'Héret, de Ghampigny, Fleurj, 
Legros et Morin n'échappèrent à la mort qu'en la 
simulant. 



RAPPORTS ENTRE BELLIGÉRANTS 189 



HOPITAUX ET AMBULANCES 

Nous avons vu que partout le bombardement s'ef- 
fectua en prenant Jes hôpitaux comme objectifs, peut- 
être parce que les drapeaux réglementaires les indi- 
quaient mieux aux coups. 

Le II janvier 1871, le g-énëral Trochu proteste au- 
près du g-énéral de Mollke au sujet des obus atteignant 
la Salpêtrièrc, le Val-de-Gràce, Tliôpital de la Pitié, 
celui de Bicètre et celui des Enfants-malades, tous 
surmontés des drapeaux protecteurs. 

Le 10, après réflexion, Moltke allègue le temps bru- 
meux. Le général Trochu lui fait aussitôt savoir que 
les prisonniers allemands seront à l'avenir logés au 
Val-de-Gràce; dès lors la prétendue erreur ne se repro- 
duisit plus. 

Nous avons dit ce qui se passa à Châteaudun, à 
Péronne ; à Toul, il n'en fut pas autrement. 

Devant Péronne, les notables ayant été trouver le 
général Barnekow pour protester contre le bombarde- 
ment, il leur Ht celte réponse : « Vous vous plaignez 
de ces procédés et cependant nous ne les employons 
que par humanité, pour éviter l'elFusion du sang dans 
les limites de notre pouvoir... » 

Strasbourg. — Le baron de Bussières avait établi 
une andjulance dans le bourg de la Robertsau ; les 
Allemands l'envoient à Rastadt et suppriment l'ambu- 
lance. 

Dijon (Côte-d'Or), 2 novembre. 

Un officier allemand, à la têle de sa compagnie, pénètre dans 
la maison de M. Tainturier, à l'ancien jardin botanique. C'était 
une ambulance où se trouvaient quatre soldats blessés du 71" et 



190 L'INVASION ALLEMANDE EN i 870-1871 

du 91e de ligne. L'officier fait brutalement arracher ces malheu- 
reux de leurs lits et ils sont jetés dans la rue, malgré le drapeau 
à croix rouge qui protège la maison '. 

Versailles (Seine-et-Oise), 3 décembre. — Le len- 
demain du combat de Champiçny, les Allemands en- 
vahissent brutalement l'ambulance établie par le Hol- 
landais Van der Welde et, malgré ses protestations, 
jettent les Français sur le plancher et placent dans les 
lits leurs propres blessés. Expulsé, dépouillé de son 
bien, il retourna à La Haye. 

Lombron (Sarthe), 12 janvier. — Arrivée des Alle- 
mands : 

80 blesssés français sont dans la maison d'école. Sur l'ordre et 
sous la surveillance d'un officier, les soldats prennent dans les 
sacs des blessés ce qui est à leur convenance et emportent les 
couvertures destinées à les abriter "'. 

Byans (Doubs), 28 janvier 1871. — L'artillerie 
d'une colonne allemande en marche de Dampierre sur 
Ouingej canonne un train de malades et de blessés 
arrêté en gare de Byans. 

Orléans (Loiret), octobre 1870 à mars 1871. — 
L'abbé Cochard a relaté 3 les vols commis par les Alle- 
mands dans les ambulances privées, les coups donnés 
aux aumôniers, l'abus relatif aux fourgons remplis 
d'objets volés. 

Quelques jours après le combat d'Orléans, un M, de 
Parseval, fils d'un émigré français, bavarois et luthé- 
rien, inspecteur prussien des ambulances inlernaiio- 
nales, s'approprie, malgré les légitimes protestations 

1. Janin (Clément), op. cit., p. i3. 

2. Surmont (Armand), op. cit., p. ti6. 

3. Cochard (abbé Th.), op. cit., t. II, p. i3i. 



RAPPORTS ENTRE BELLIGÉRANTS 191 

du docteur Arqué, une voiture rapportant d'Ormes 
deux blessés*. 

Le i5 octobre, entendant faire de la place pour des 
blessés allemands, le même homme prétend renvoyer 
de l'ambulance épiscopale de la Maîtrise des blessés 
français amputés ou affreusement mutilés non trans- 
portables. Désolées, les Sœurs ont protesté vainement. 
Il ne fallut rien moins que l'intervention de Mgr Du- 
panloup, auquel le général von der Thann donna 
raison 2. 

Quelques jours plus tard, le 5 décembre, lorsque le 
prince Frédéric-Charles vint remplacer à Orléans les 
Bavarois, Parseval se vengea en faisant établir une 
ambulance dans la salle synodale de l'évèché. 

Le Mans (Sarthe), 12 janvier 1871. — La lecture du 
livre de M. D. Mallet"^ est tristement, douloureuse- 
ment instructive. 

Dès leur entrée au Mans, les Prussiens pillent, 
dans le quartier de la Groix-de-Pierre, des maisons 
remplies de malades et surmontées du drapeau de la 
Convention. 

Vers 3 heures, un officier, accompagné d'une cen- 
taine d'hommes, envahit l'ambulance du boulevard 
Négrier, n° 3 r, s'empare du directeur, l'abbé Deshayes, 
dans lerjuel il prétend voir un officier de francs-tireurs, 
et l'abandonne à des soldats ivres et furieux qui l'in- 
sultent et le frappent avec la dernière violence. Les 
Sœurs sont grossièrement traitées, mais ne faiblissent 
pas; l'al)l)(* Kobin, infirmier, reçoit un coup de plat de 
sabre sur la tète; un varioleuxjest chassé de son lit; 

1. (locuARD (abbé Th.), op. cit., t. Il, p. i33. 
■i. CocHARD (abbé Th.), op. cit., t. II, j). i35. 
3. Mallet (A.), op. cit., p. 5o. 



192 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811 j 

le mobile Julien Gendry, de la Mayenne, blessé, est 
transpercé dans son lit d'un coup de baïonnette qui le 
fit mourir le i4 janvier. 

Puis vient l'heure du pillage qui s'étend aux bourses 
des malades et des blessés, à leurs sacs, à la pharma- 
cie, aux provisions, au vin, dont plusieurs officiers 
« s'attribuèrent la plus large part^ », même aux bas 
et au linge des Sœurs. 

Quant à l'abbé Deshayes, il ne sortit qu'au bout de 
trois jours de prison, après y avoir été maltraité et 
menacé de mort. 

Le 12 janvier, environ vers 3 heures, l'ambulance 
de l'Ecole normale était envahie ; les blessés et le per- 
sonnel furent aussi maltraités et pillés 2. 

Nous ne pousserons pas plus loin nos citations, dit Mallet. 
Elles donnent une idée suffisante de la fureur de l'ennemi et des 
excès auxquels il se porta dans cette malheureuse journée. On 
verra plus loin toutes les violences dont il se rendit coupable 
dans les différentes ambulances de la ville ^. 

M. L. Boulanger, président du Comité de secours 
de la Sarthe, et le docteur Mordret ont produit des 
Rapports très instructifs. 

L'ambulance établie placede l'Eperon et dirigée par 
M. Hilaire Corbion fut mise au pillage ; finalement 
un officier du 3^ corps, 16'^ régiment, qui avait frappé 
et renversé un blessé, s'installa, avec deux filles pu- 
bliques, dans la chambre à coucher de M'^f Hilaire 
Corbion. 

A Notre-Dame de Sainte-Croix, chez les PP. Jé- 

1. Cuinplc-rendu des travaux du Comité de secours de la Sarthe, 
publié en 1871. 

2. î<lALLf,T (D.), op. cil , p. 53. Les io4 liôpitaux du Mans, qui dispo- 
saient de 6.435 lits ou couchettes, recueillirent et soignèrent 3o.62i 
malades. 

3. Mallet (D.), op. cit., pp. 187 à 191. 



RAPPORTS ENTRE BELLIGÉRANTS 193 

suites, 000 chevaux furent placés dans les classes du 
rez-de-chaussée, troublant ainsi le repos des i5o bles- 
sés environ qui s'y trouvaient aussi. 

A la halle aux toiles et au Lycée, nos blessés furent 
chassés et remplacés par des blessés allemands. 

Chez les Sœurs de la g'are, tout le ling-e et les objets 
appartenant aux blessés ont été volés dans les sacs. 

Au bureau du Comité de Secours, qui était installé 
à la Préfecture, dans le cabinet de M. Houdaver occu- 
pé par l'intendant de la maison du prince Frédéric- 
Charles, on fractura un tiroir et on y vola i83 fr. 70. A 
la plainte de M. Houdayer, il fut répondu j)ar un reçu. 



CONDUITE DES PRUSSIENS A ORLEANS 

Lorsque le prince Frédéric-Charles arriva à Orléans, 
on crut pouvoir, non pour s'en faire un mérite, mais 
pour obtenir la réciprocité, rappeler que les blessés 
laissés par le général von derThann avaient été conve- 
nablement soig^nés ; le grand-vicaire obtint de l'offi- 
cier qui amenait des blessés ce remerciement textuel : 
« Si vous ne l'aviez point fait, vous auriez été un 
cochon, » Cet officier put, dans son ignorance des... 
finesses de la langue française, se figurer qu'il faisait 
un compliment; plusprobablemeni, c'était un malotru. 
l Mais les choses prirent une autre tournure quand 
on lut, dans le numéro du 6 janvier 1871 de la Ga- 
zette de Silésie: 

« A Orléans, les Français ont exercé, avec prémé- 
ditation et d dessein, des atrocités sans nom sur les 
blessés allemands qui se trouvaient dans les ambu- 

13 



194 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

lances. » Une calomnie aussi audacieuse méritait une 
réponse ; Mgr Dupanloup se charg-ea de la faire. 



PROTESTATION DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP 

Cette réponse,qui fut cinglante de vérité, mériterait 
d'être reproduite en totalité ; résumons-la du moins. 

Orléans « a recueilli des milliers de blessés fran- 
çais et prussiens, et a été pour eux admirable de 
charité et de dévouement ; nos médecins surtout ont 
été d'un zèle au-dessus de tout éloge » ; 

Il a été ouvert à Orléans plus de 3oo ambulances ; 

Magistrats, prêtres, professeurs, frères des Ecoles 
chrétiennes, religieuses au nombre de l^oo, dames 
orléanaises ont lutté de dévouement. 

La Gazette de Silésie comprit qu'elle devait se 
rétracter et le fit. 

Il convient de dire que des délégués allemands et 
un médecin allemand employé à Orléans appuyèrent 
les affirmations de l'évêque d'Orléans dans deux let- 
tres que le Journal du Loiret inséra le 20 février et 
le 8 mars. 



TEMOIGNAGE DU P. EMMANUEL DOMENECH 

Le père Emmanuel Domenech ne fit que rendre 
hommage à la vérité en écrivant : 

« Monseigneur Dupanloup, malgré les dures épreu- 
ves que lui firent subir les chefs allemands, a été une 
grande providence pour Orléans. Dans la mesure de 
ses forces, il a épargné à sa chère cité tous les maux 
contre lesquels sa charité, son éloquence et son 



RAPPORTS ENTRE BELLIGÉRANTS 193 

dévouement trouvaient un remède.... Des créatures 
chrétiennes, des enfants et des vieillards lui doivent 
la vie. La ville d'Orléans, [)ar l'or^-ane de son Conseil 
municipal, a témoigné sa reconnaissance à monsei- 
gneur Dupanloup ^. » 



REMERCIEMENTS DU GRAND-DUC DE BADR 

Le II décembre i8ji. 

Après avoir constaté que le conseil municipal de 
Montargis reçut des remerciements pour les soins 
donnés aux blessés allemands et que, pour la même 
raison, le général de ManteutFel lit remise à Amiens 
d'une amende de 20.000 francs, citons un témoignage 
probant. 

Le II décembre 1871, donc après la guerre, le 
grand-duc de Bade adressa des remerciements cha- 
leureux au docteur Rossen pour les soins que de 
nombreux blessés et malades badois avaient reçus à 
l'Hôtel-Dieu de Gray. 

... Cette noblesse de Vos sentiments restera pour moi toujours 
l'objet d'un souvenir plein de reconnaissance et je suis heureux 
de pouvoir vous l'exprimer avec l'assurance de ma considération 
bien distinguée. 

Carlsruhe, le 11 décembre 1871. 

FRÉDhniG, grand-duc de Bade. 

La mère Oudille, supérieure de l'Hôpital, reçut 
aussi une lettre empreinte de gratitude ''■^. 

1. DoMENECH (Père Emmanuel), Histoire de la campagne de i8jo- 
iSji et de la deiuvième ambulance dite de la Presse française, 
p. 377. 

2. Roux (GWbeH), j8^o-j8yi. L'Occupation allemande à Gray et les 
Environs, p. 1 15. 



196 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

DIVERS ABUS 

Les abus qui ont été reconnus provinrent de l'em- 
ploi exagéré, à plus forte raison illicite, déloyal, des 
signes d'inviolabilité, — drapeau et brassards, — 
créés par la Convention de Genève placée sous la 
sauvegarde réelle de la loi et de l'honneur militaire. 

En France, dès le début, des abus sérieux eurent 
lieu, car le brassard fut accordé avec une insouciance 
regrettable, parfois même prodigué; dans la période 
active, le concours apporté par la Société internatio- 
nale de secours aux blessés ne fut nullement compensé 
par les inconvénients que n'ont pas hésité à recon- 
naître depuis des directeurs d'ambulances volontaires 
d'une haute probité scientifique comme, par exem- 
ple, le docteur Lucas-Championnière. 

Ce fait une fois reconnu, revenons aux Allemands. 

Nous avons déjà eu occasion de signaler l'emploi 
abusif qu'ils firent du drapeau de la Conveution pour 
des transports de munitions et pour protéger des 
wagons d'ambulance bondés d'eifets volés, comme à 
Orléans. 

Le i5 décembre 1870, le général Farre, chef d'état- 
major de l'armée du Nord, signala la capture faite au 
Quesnelde36 infirmiers armés jusqu'aux dentsdemeu- 
rés pour soigner 9 malades avec 9 autres infirmiers 
qui leur furent humainement laissés ^ 

Les Allemands employèrent à profusion les infir- 
miers dits internationaux , dont beaucoup ne possé- 
daient pas les connaissances nécessaires pour soigner 
des blessés; ils n'étaient venus là qu'en amateurs pour 

I. Ramon (Gustave), /7/M>as(0rt de Picardie, p. go. 



RAPPORTS ENTRE BELLIGERANTS 197 

jouir sans dauçer de spectacles variés, quand ce 
n'était pas pour... butiner. 

Un landwehrien saxon, qui n'aimait pas les Prus- 
siens, répondit, le 2 octobre, à un bon bourgeois de 
Monlar^-is qui bii demandait à quoi servait le brassard 
de l'Internationale : 

A riea ; elle se compose de personnes suivant la «•uerre en ama- 
teurs, réclamant, dans les hôpitaux, des infirmiers pour sois^ner 
à leur place les blessés et malades. Leur nombre g-rossit tous 
les jours ; il finira par déj)asser celui des malades et des blessés !• 

Deux jours après, le même bourgeois écrivait mé- 
lancoliquement sur son Journal : 

Le nombre des infirmiers internationaux augmente toujours; 
ils ont des chevaux avec lesquels ils font des cavalcades, une voi- 
ture pour les promener et une femme d'allure équivoque pour 
leur jouer de la musique»... 

Tous ces infirmiers, espions désignés, étaient 
hébergés et nourris par la France. 



RESPECT DES MORTS 

« Le respect des morts et des blessés est de règle 
absolue cliez les nations civilisées » : tel était l'article 
i35 du règlement français du 3 mai i832 sur le Service 
des armées en campagne. 

Le protocole adopté par la Conférence de 1868, fai- 
sant sien ce principe, précisa ainsi la conduite à tenir 
envers les morts : 

1° Assurer le respect de leurs cadavres; 2" recons- 

I. Maciet (Charles), Souvenirs de l'Invasion et du Siège de Paris, 
I>. 44- 

3. Maciet (Charles), op. cit., p. A5- 



498 L'INVASION ALLEMANDE EN ISIO-lSIl 

tituer, autant que possible, leur identité ; 3o leur donner 
la sépulture ^. 

Or, s'il est vrai que les Allemands firent preuve de 
respect pour les morts en leur accordant, dans quel- 
ques rares circonstances, les honneurs militaires, les 
faits irréfutables que nous avonsdéjà cités établissent : 
qu'ils dépouillèrent des blessés, sans se priver de les 
brutaliser; qu'ils en tuèrent; qu'ils souillèrent des 
morts et s'appliquèrent parfois pour en faire un objet 
d'épouvante, d'horreur, à retarder de plusieurs jours 
leur sépulture. 

Le crime commis à Cléry, le 29 décembre 1870, mé- 
rite une mention spéciale. M. Emery Leg-rand, riche 
fermier, àg-é de 66 ans, s'étant refusé à servir « des 
femmes » à des officiers qui s'étaient enivrés chez lui, 
fut tué par un capitaine de uhlans,puis suspendu, les 
bras en croix, contre un mur. 

Le 3o, les troupes allemandes revenant des avant- 
postes défilèrent devant « ce cadavre presque nu, affreu- 
sement mutilé... et pas un chef, en passant, ne détourna 
les yeux, avec émotion, de ce sanglant spectacle 2». 

Les morts furent même poursuivis dans leurs tom- 
bes ainsi que suffisent, pour nous borner, les violations 
de sépulture constatées en Seine^. en Seine-et-Oise; 
au château de Fleury, à Sucy, à Velizy^ et surtout à 
Montfermeila. 

1. Guellë fj.), op. cit., t. I, p. 181. 

2. R.AJUON (G.), op. cit., pp. 3i6 à 3ai. 

3. Desjardins (G.), op. cit., pp. io6 et 107. 

4. FouKNiER (Ed.), op. cit.. p. 305. 

5. FooRNiER (Ed.), op. cit., p. 2o3 : violation, dans le parc de Livry, 
des cercueils de l'amiral Jacob et de sa femme. 



LIVRE H 
De l'Occupation. 

CHAPITRE PREMIER 

ADMINISTRATION PAR LES ALLEMANDS 
DU TERRITOIRE OCCUPÉ 



De l'Occupation : droits de l'occupant; devoirs de l'occupant. — Carac- 
tères de l'occupation allemande en 1870-1871. Gouvernements géné- 
raux. — Des Allemands considérés comme organisateurs. — Rôle 
assigné aux Maires. — Préfet prussien en action. — Impressions 
d'administrés français. 



DE L OCCUPATION. — DROITS DE L OCCUPANT 

L'occupation en temps de guerre d'un territoire 
résulte naturellement du droit du plus fort ; toutefois, 
il est faux que l'Etat envahisseur ait le droit de se 
substituer eu matière d'iinp(Ms et surtout de réquisi- 
tions à l'Etat envahi et de supprimer les devoirs et 
obligations des habitants envers leur gouvernement. 
Ils contractent seulement envers les chefs de l'armée 
ennemie, en retour de la protection dont ils bénéficient, 
certaines obligations d'ailleurs limitées par l'impossi- 
bilité, sous peine de trahison, de prendre part à l'at- 
taque ou à la défense. Les droits de l'occupant en 



200 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

résultent : assurer par des dispositions empreintes 
d'humanité, hors les cas de force majeure, la sécurité de 
l'armée, d'où le droit incontestable d'exiger des habi- 
tants ce qui n'est pas contraire à leurs devoirs patrio- 
tiques, de faire cesser leurs rapports avec le gouver- 
nement légal, de supprimer les moyens de recrutement, 
de réprimer vigoureusement, d'après sa propre légis- 
lation, tout acte hostile. 



DEVOIRS DE L OCCUPANT 

A côté des droits de l'occupant figurent impérieu- 
sement certains devoirs; énumérons-les succinctement, 
mais d'une façon précise : maintenir l'ordre et la vie 
sociale en utilisant la loi et la juridiction nationale 
tant que ses propres intérêts ne sont pas lésés ; respec- 
ter les lois municipales, civiles et pénales tant que leur 
application ne peut pas contrarier l'action militaire; 

Notamment ne point entraver l'exercice de la jus- 
tice, si les magistrats qui la rendent n'ont pas tendance 
à entrer en lutte avec lui; 

Ne point pratiquer la peine de mort par mépris de 
la vie humaine, si respectable en elle-même ; 

Proportionner prudemment et loyalement les mesu- 
res de rigueur à la gravité de l'acte à réprimer en 
pesant les conséquences possibles de la répression; 

Ne point espérer qu'en employant des mesures de 
rigueur contre les fonclionnaires ou les magistrats de 
la contrée envahie on obtiendra leur participation à 
des actes attentatoires à leur conscience et surtout les 
exposant à se rendre traîtres envers leur patrie ; en 
pareil cas, il est à la fois plus prudent et plus digne 
de se priver de leur coopération. 



ADMINISTRATION ALLEMANDE DU TERRITOIRE OCCUPE 201 

CARACTÈRES DE l'oCCUPATION ALLEMANDE EN 187O-187I. 
GOUVERNEMENTS GENERAUX 

On est autorisé à dire que, dans la majorité des 
cas, les Allemands ont méconnu, foulé aux pieds toutes 
ces conditions pour n'écouter que leur propre intérêt. 
Cette affirmation ne nous empêchera nullement de 
reconnaître que l'étude de l'occupation allemande 
dénote un remarquable sens pratique, une connais- 
sance approfondie des moyens à employer dans des 
situations variées, de l'esprit de suite enfin, et surtout 
une volonté ferme poussée jusqu'à la brutalité. Il n'est 
donc pas étonnant qu'avec toutes les ressources dont 
ils disposaient^ils aient obtenu, à ce point de vue spé- 
cial, le maximum d'avantages que peut procurer une 
organisation parfaite. 

La création de Gouvernements généraux leur pro- 
cura une base sérieuse; ils naquirent au fur et à me- 
sure des progrès de l'invasion, jusqu'à atteindre le 
nombre de cinq. 

Gréé le i4 août 1870, avec Strasbourg pour chef- 
lieu, le Gouvernement général d'Alsace comprit 
l'Alsace proprement dite, les arrondissements de 
Sarrebourg, Château-Salins, Sarreguemines, Metz e t 
Thionville. 

Le Gouvernement général de Lorraine, créé à la 
même date, et dont Nancy fut le chef-lieu, comprit les 
départements de la Meuse, de la Meurthe, de la 
Moselle, moins Metz et Thionville, des Vosges, de la 
Haute-Saône et de la Haute-Marne. 

Le Gouvernement général de la Champagne, chef- 
lieu Reims, fut créé le 27 septembre; il fut formé 
avec les départements de l'Aisne, des Ardennes, de 



202 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811 

la Marne, de Seine-et-Marne, de l'Aube et de celui de 
Seine-et-Oise jusqu'à la création du Gouvernement 
suivant. 

Le Gouvernement général de Versailles engloba, à 
partir du i6 décembre, le département de Seine- 
et-Oise et tous les pays occupés au nord et à l'ouest 
du Gouvernement général de Reims. 

En dernier lieu, le 6 janvier 1871, le lieutenant 
général Fabrice fut placé à la tête d'un Gouverne- 
ment général comprenant le département de Seine- 
et-Oise et les départements du nord de la France « oc- 
cupés récemment par les troupes alliées et ne faisant 
pas partie du Gouvernement général de Reims ». 

Dès le 21 août 1870, une Instruction royale* datée 
de Pont-à-Mousson avait fixé les attributions, les droits 
et les devoirs des Gouverneurs généraux. 

En résumé, tout gouverneur général, assisté d'un 
commissaire civil, des préfets et d'un grand nombre 
de docteurs en droit, « exerça l'ensemble du pouvoir 
administratif et militaire » en dehors des opérations 
de toute armée constituée ; 

Il assura à sa convenance la perception des impôts 
publics ; 

Il fit régner le calme dans le pays ; 

Il avait le devoir de maintenir les communications, 
ce qui lui assura la haute main sur les services des 
postes, des télégraphes et des chemins de fer ; 

Enfin, après entente avec l'intendant général de 
l'armée, il arrêtait le montant des contributions et des 

I. Elle figure dans l'ouvrage du baron de Linck : Das Etappenwesen 
im Kriege in Frankreich et a été reproduite successivement : par 
BRA.Y, de l'Occupation (thèse de doctorat); par le capitaine Brenet (A.), 
op. cit., p. 147. 



ADMINISTRATION ALLEMANDE DU TERRITOIRE OCCUPÉ 203 

réquisitions à imposer dans le territoire du gouver- 
nement et en ordonnait le recouvrement. 

Après avoir espéré se substituer simplement à 
l'Etat français en employant ses fonctionnaires, il 
fallut déchanter, ces fonctionnaires ayant refusé, ce 
qui était incompréhensible, des'avilir en oubliant dans 
la vie tranquille, fortunée, qui leur était oiferle, les 
malheurs de la patrie et leurs devoirs envers Elle. 



DES ALLEMANDS CONSIDERES COMME ORGANISATEURS 

Lorsque des refus formels eurent répondu aux avan- 
ces les plus séduisantes, la manière rude succéda brus- 
quement à la manière doucereuse. 

Sous ce rapport, la tactique employée à Versailles, 
dès le i^'' octobre, par le roué que fut le préfet prus- 
sien de Brauchitsch est typique. 

Dès sou arrivée, il réclame des citoyens, dans l'in- 
térêt des troupes allemandes, comme dans celui de la 
population, « un concours loyal et sincère »,... sous 
peine de l'oblit^er à employer les moyens dont il dis- 
pose ; il désire maintenir en fonctions « toutes les 
autorités administratives et municipales qui ne se 
montreront pas hostiles dans leurs fonctions... ». 

Le 3 octobre, il inflige une amende de 200 francs 
aux chefs de division de la Préfecture qui lui ont 
refusé par écrit leur concours. 

Puis il destitue, pour le même motif, les sous- 
préfets. 

Bref, il ne conserva plus que les maires, dont il usa 
et mésusa. 

Le gouverneur général utilisa alors, pour faire 



204 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

marcher les divers services, les fonctionnaires alle- 
mands qu'il avait à sa disposition et les infortunés 
maires. 

Pour radministration;judiciaire,à défautdes magis- 
trats locaux français, il dut instituer une juridiction 
nouvelle dans laquelle les Conseils de^guerre, les Cours 
martiales et des Tribunaux spéciaux jouèrent le prin- 
cipal rôle. 

Dès le i8 août 1870, les Conseils de guerre avaient 
reçu l'ordre de ne condamner qu'à la peine de mort, 
leurs jugements étant immédiatement exécutoires. 

Les Cours martiales ne devaient prononcer que des 
peines en rapport avec la gravité des fautes, mais 
elles étaient contraintes de se conformer aux règles 
ordinaires de la procédure. 

Les tribunaux spéciaux étaient composés soit par les 
gouverneurs généraux, .soit par les préfets allemands. 

Chaquegouverneur général disposait d'un Moniteur 
ojyîciel et du. Recueil des actes administratifs desti- 
né à renseigner les maires. 



ROLE ASSIGNE AUX MAIRES 

Les Prussiens ont presque uniformément manifesté 
une haine vraiment féroce contre trois catégories de 
fonctionnaires des petites localités :1e maire, le maître 
d'école et le curé; ils avaient, en effet, raison de re- 
douter, à dilTérents degrés, leur patriotisme éclairé et 
leurs excitations possibles à la résistance locale. 

Il est question, dans le chapitre suivant, de la façon 
dont les Allemands pratiquèrent le « respect du Cler- 
gé » ; l'instituteur Fautras nous apprendra, dans le 



ADMINISTRATION ALLEMANDE DU TERHITOIKE OCCUPE 205 

chapitre P'' du livre III, comment ils traitèrent le maî- 
tre d'école, même lorsqu'il demeura neutre *. 

On comprend que les Allemands aient voulu, dans 
leur détresse de fonctionnaires, contraindre les maires 
et leurs conseillers à servir d'intermédiaires avec les 
populations qu'il s'agissait de maintenir soumises et 
de pressurer le plus possible. 

Déjà nous avons vu que les démissions des maires 
furent toutes systématiquement refusées. 

Aux éloges si mérités que nous leur avons octroyés, 
joignons les noms de quelques-uns d'entre eux : 
MM. Bompardjà Bar-ie-Duc; de la Sorinière, à Dam- 
pierre-sur-Loiret; Vinchon, à Laon ; Welche et Ber- 
nard, à Nancy ; Crespin, à Orléans; Richard, au Mans-; 
Dauphinot, à Reims; Rameau, à Versailles. Il y aurait 
lieu de citer aussi les maires d'Amiens, de Blois, de 
Gompiègne et de Rouen. Les uns et les autres luttè- 
rent jusqu'au bout sans jamais se laisser abattre par 
les difficultés, par les fatigues, par les mauvais traite- 
ments même. 

D. Mallel a bien caractérisé celte période en disant: 

«... Ce fut une discussion pied à pied, une lutte 
acharnée qu'ils soutinrent avec un vrai courage et une 
opiniâtreté patriotique qui leur fait le plus grand hon- 
neur... ^. » 

On aura une idée exacte des tribulations auxquelles 
furent soumis les infortunés maires en lisant Ténumé- 
ration suivante : 

1. Nous ne saurions oublier les glorieux instituteurs Jules Debor- 
deaux, de Pasly, Louis Ponleltc, de Vaurexis, et Jules Leroy, de Ven- 
dières, mais il convienl de ra[)[)eler qu'ils furent fusillés : les deux pre- 
miers comme gardes nationaux., le troisième comme franc-tireur. 

2. Voir Mallet (D.), op. cit., préface, page ix. 
3 Mallet (D.), op. cit., p. 8i. 



206 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

Contribution et interdiction de servir dans les trou- 
pes françaises. Liste à établir des hommes âgés de 
moins de l\o ans et réfractaires à signaler. 

Sécurité des communications : nous avons déjà 
indiqué les moyens employés. 

Mesures de police : à défaut de commissaires de 
police et de gendarmes, pour seconder une police 
prussienne inquisitoriale. 

Affichage de tous les documents émanant des 
autorités allemandes : ordres, proclamations, avis, 
défenses. 

Réquisitions : tâche parfois impossible, toujours 
difficile à remplir. 

Finances : répartition et surtout perception des 
amendes, des contributions ordinaires et extraordi- 
naires, des impôts. 

Invitation constante à Vespionnage plus ou moins 
déguisé, et surtout à la délation que suivait une impi- 
toyable répression. 

Déjà très lourd, surtout pour tant de modestes 
maires, ce fardeau était encore aggravé par la res- 
ponsabilité que rappelaient à tout propos des insul- 
tes ou des brutalités dont nous avons déjà donné des 
exemples saisissants ; en voici un de plus. 

A la suite de la belle défense de Châtillon-sur-Seine, 
le maire, M. Achille Maître, père de 9 enfants, pris 
comme otage, est emmené tète nue : chemin faisant, 
les soldats le soufflettent, le piquent avec leurs baïon- 
nettes, lui arrachent les cheveux, les poils de la barbe 
et, de temps à autre, viennent lui cracher à la figure ; 
or, ce supplice dura plusieurs jours. 



ADMINISTRATION ALLEMANDE DU TERRITOIRE OCCUPE 207 



PREFET PRUSSIEN DANS L EXERCICE DE SES FONCTIONS 

Montrons brièvement comment certain préfet prus- 
sien entendit l'administration d'un département ; il 
ne fut pas le seul. Le premier préfet de la Haute- 
Marne, von Wickede, battit monnaie par tous les 
moyens imaginables. 

... Nous citerons les principaux, dit M, Cavaniol ' : vente de 
coupes de bois; cession à vil prix des bois de l'Etat, de voitures, 
de chevaux volés ; livraison de sauf-conduits à deux francs la 
pièce ; amendes infligées aux individus qui sont trouvés dans les 
forêts, — l'administration affirme qu'il est de son devoir de dé- 
fendre nos propriétés ; — amendes infligées aux maires qui refu- 
sent de percevoir les impôts, de dresser la liste des hommes de 
20 à 40 ans, de fournir les noms de notables destinés à servir 
d'otages et à monter sur les locomotives ; amendes infligées aux 
municipalités qui ne préparent pas en temps voulu les réquisi- 
tions... On peut en être convaincu, M. Wickede savait parer aux 
exig'ences de l'administration. En deux mois, dans la seule ville 
de Chaumonl.les amendes apportèrent dans sa caisse 6.800 francs. 



IMPRESSIONS D ADMINISTRES FRANÇAIS 

Qu'il s'agisse du Loiret ou de la Sarthe,les impres- 
sions sont les mêmes. 

En ce qui concerne le bourg- de Dampierre-sur-Loire, 
le Frère Léontin, directeur de l'Ecole, a tracé un 
tableau saisissant auquel force nous est, à regret, de 
renvoyer -. 

Il en est de même, pour la Sartlie,du Rapport cons- 
ciencieux rédigé avec une incontestaijle modération 
par M, Armand Surmont et présenté, en août 1878, 

I. Cavaniol (Th.), op. cit., p. i40. 

a. Frère Léontin, op. cit., pp. 58 et suiv. 



20.S L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

à la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la 
Sarthe * : excès de toute nature ; partout les ennemis 
s'établirent « en maîtres ». 

Entre tous les administrés, il en est un qui marqua 
d'un fer roug-e ceux qu'il vit à l'œuvre ; il s'agit des 
Prussiens : 

... Leur rapacité, a dit M. E.Lavisse, était rendue plus insup- 
portable par leur orgueil ; leur désir de nous humilier était pres- 
que aussi fort que celui de nous appauvrir. Passe encore pour 
les réquisitions de vivres, bien que le menu fameux... ; de lu- 
mièrCj bien qu'il en coûte cher pour éclairer des soldats qui 
n'aiment pas dormir sans chandelles ; de bois, bien qu'ils aient 
rapidement vidé un bûcher... ; voire mêmede tabac et de cigares, 
bien que...; mais le libellé de certains ordres de réquisition 
était une insulte aux vaincus... 

Les réquisitions de vivres, de matériel, auxquelles il convient 

de joindre les amendes de toutes sortes pour..... ou pour 

n'étaient que les accidents de la vie de chaque jour; elles cons- 
tituent le budget extraordinaire de l'invasion ?... 

I. Les Allemands dans la Sarihe, p. 33. 
a. Lavisse (Ernest), op. cit., p. 6a. 



CHAPITRE H 

DES PERSONNES 



Droits et devoirs respectifs en matière de personnes. — De quelle fa- 
çon les Allemands pratiquèrent le respect dû : i» aux hôtes ; 2° à la 
femme: ;'." au clergé. — Conduite des Allemands envers la presse 
et les journalistes ; les otages. — Réquisitions de scr^'ices person- 
nels ou corvées. — Goinfrerie et boulimie germaniques : soldats, 
officiers, généraux. 



DROITS ET DEVOIRS RESPECTIFS EN MATIERE 
DE PERSONNES 

On conçoit qu'en pareille matière les droits et les 
devoirs se trouvent assez étroitement unis. 

Nous avons déjà établi une distinction importante 
entre le belligérant et l'habitant inotïensif ; elle do- 
mine toute la question. Maître, pour un temps limité, 
des personnes, l'envahisseur n'a pas le droit de les 
contraindre à n'importe quel acte contraire aux in- 
térêts de la Patrie, de laquelle les circonstances les 
détachent temporairement. Le Droit des gens Ini im- 
pose le double devoir de ne [)oint blesser leurs sen- 
timents patriotiques et de respecter leurs convictions 
religieuses ; nous reconnaissons que le premier de ces 
devoirs sera parfois d'une application délicate et nous 
ajouterons que des restrictions peuvent être appor- 

14 



210 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

tées au second en cas de danger, soit pour la sécurité 
de l'occupant, soit pour l'ordre public. 

Déjà édifiés sur la façon dont les Allemands se 
conformèrent à ce prot^ramme humanitaire, étudions 
de plus près leur conduite au point de vue particulier 
où nous nous plaçons ici envers les hôtes, les femmes 
elle clergé, puis envers les journalistes et les otages. 



CONDUITE ENVERS LES HOTES 

Le respect dû aux hôtes fut violé sur tout le ter- 
ritoire occupé, avec des nuances naturellement dues à 
l'éducation, par la grande majorité des soldats, des 
sous-officiers et des officiers allemands, qu'il s'agîl du 
logement proprement dit, de la nourriture, du chauf- 
fage ou de la liberté individuelle. 

Le soldat, irritable, goinfre par nature et souvent 
peureux, se conduisit partout d'une manière identi- 
que. Voici un aperçu général : 

... Le seul moyen de garder quelque tranquillité, dit M. E. 
Lavisse, était d'obéir à toutes les volontés du soldat, à tous ses 
caprices et « tout de suite » i. Ceux qui ne savaient que dix mots 
français savaient ces trois mots tout de suite. A la moindre hési- 
tation, on voyait grincer les dents noires de ces rougeauds ; à la 
moindre désobéissance, les coups de plat de sabre pleuvaient et 
le récalcitrant était expulsé de chez lui à la baïonnette. Si la 
désobéissance était de nature à compromettre la sécurité de 
l'ennemi, il n'y avait qu'une peine :1a mort 2... 

Les sous-officiers ne se conduisirent pas mieux que 
leurs inférieurs. 

1. La même impression fut notée à Orléans en 1870, par l'abbé Go- 
chard, comme déjà en i8i5. 

2. Lavisse (Ernest), op. cit., p. 29. 



DES PERSONNES 211 

Quant aux officiers, que penser de la délicatesse de 
ceux qui, comme cela arriva à Orléans, par exemple, 
se permirent de déposséder de leurs propres chambres 
des maîtresses de maison, même quand elles étaient 
en couches^ pour les reléguer dans les chambres de 
domesli(jues ou, plus simplement, dans les corridors... 

Le cha[)itre ii du livre 1 nous a déjà trop bien édi- 
fiés sur la probité de bon nombre de soldats et même 
d'officiers ({ui se rendirent coupables envers leurs 
hôtes d'abus de confiance et devols. Citons encore un 
exemple dans lequel se trouvent associés le mensonge 
et le vol. 

Loçé dans le château de Lumig-ny (Seine-et-Marne), 
appartenant au marquis de Mun, un officier prussien, 
questionné par la marquise sur l'honnêteté de ses sol- 
dats, lui répond par un bon conseil : 

« Oh ! madame, nos hommes ne prendront rien, mais fermez 
bien vos portes... » 

C'est ce (pu s'appelle coup.aîlre son monde! fl('his! onn'ost pas 
parfait; cet officier, logeant dans une cham])re où il y avait à 
portée de la main une copie de la Femme au saint Ciboire, de 
Carlo Dolci, l'a délicatement retirée de son cadre et mise dans sa 
poche; il avait, du reste, fait preuve d'intelligence, c'était la 
seule peinture passable qu'il y eût dans la chambre'. 

L'alimentation sera traitée dans ce chapitre môme. 

Les abus qui accompagnèrent le chauffage seraient 
à citer par centaines. La façon de disposer les mor- 
ceaux de bois dans les cheminées ne pouvait inan(juer 
d'amener de nombreux incendies : les bûches étant, 
en elfel, placées per[)endiculairement à la largeur 
de la cheminée et n'étant pas soig'neusement enfon- 
cées au fur et à mesure que la partie antérieure était 

I. De Mun (marquis), Un citàleau de Seine-et-Marne. 18/0, p. 123. 



212 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

consumée, il était inévitable que le plancher prît feu 
à son tour ; aussi cela arriva-t-il souvent. 

A Versailles, on compta un feu decheminée presque 
tous les jours. Tel officier, coupable de néglig-ence, ne 
trouva que celte sotte excuse, qu'il servit en ricanant : 
« Construction fran(;aise ! Construction française ! », 
ce qui, paraît-il, signifiait, dans sa pensée obtuse, 
it que cet incendie était un service rendu, puisqu'il 
donnerait à un Français l'occasion de faire une cons- 
truction 1 ». 

Si le bois venait à manquer, — comme les Allemands 
se chauffent ù l'excès quand ce n'est pas leur bois qui 
brûle, — le soldat prenait tout ce qu'il avait sous la 
main. 

Près de Bapaume, à Lig^ny-Tilloy, les métiers des 
tisseurs furent brûlés 2. 

Chez un négociant logé près de la station de Gisors-ville, les 
soldats firent, rapporte le baron ErnouF, un auto-da-fé des palis- 
sades, du mobilier de la gare et n'épargnèrent pas même les 
caisses du factage et des billets 3. 

Une forme particulière et répug-nante du mépris 
que les Allemands éprouvent pour la nation fran- 
çaise fut la saleté dans laquelle un trop grand nombre 
d'officiers, même du plus haut grade ^ laissèrent, en 
quittant leur gîte, leurs draps et le linge qui avaient 
été mis à leur disposition. 

1. DÉLEROï (E.), op. cit., p. ab6. 

2. Bedu abbé , op. cit. 

3. EK^ouF (baron), Souvenirs del'invasionprussienne en Normandie, 
p. 29. 

4. On possède à Beaugency (Loiret) la photographie d'une serviette 
damassée laissée comme souvenir à ses hôtes par le prince Frédéric- 
Charles lui-même, à la suilc d'un repas crapuleux qu'il avait d'ailleurs 
oublié de solder ; il l'avait employée à un tout autre usage que celui 
auquel le liugc de toilette est destiné. — Cochaud (abbé;, op. cit., t. II, 
p. 85. 



DES PERSONNES 213 

On ne tarda pas, dit H. Pig-eonneau, en mettant en bloc tout 
ce qui est au compte des états-majors allemands, la saleté et le 
reste, à s'apercevoir que ces ofliciers si corrects, non contents 
de s'installer en maîtres dans les maisons dont ils devenaient 
les hôtes forcés, et de reléi^uer dans un coin le lég'itime proprié- 
taire, traitaient le mobilier en chose conquise, s'appropriaient 
sans scrupule et sans bruit ce qui leur plaisait, et souillaient le 
reste avec un oubli des règles les plus élémentaires de la pro- 
preté qui ne peut s'expliquer que par un mot d'ordre : il nous 
répugne de croire qu'un peuple civilisé se livre, sans faire. vio- 
lence à ses instincts et à ses habitudes, à d'aussi infectes fantai- 
sies 1 . . . 



RPSPECT DE LA FRMME 

11 est de rèi^le absolue, dans toute armée «liscipli- 
née, d'exiger le respect de la i'emme. Tout ce que 
l'on peut accorder, c'est que, eu égard à l'énormité 
des effectifs déversés sur le sol français, le nombre 
des attentats à la pudeur bien caractérisés fut relati- 
vement peu élevé : ce n'était pas une raison pour nier, 
ou même pour déclarer que, vu son extrême rareté, 
le fait fut de peu d'importance. 

Laissons de côté les actes de libertinage dont la 
fréquence dans une armée ne saurait étonner et ne 
nous attachons qu'aux actes transformés en crimes 
par la violence ayant raison d'unerésistance indignée. 

D'une façon générale, ainsi que l'a reconnu l'abbé 
Cochard, qui ne pouvait s'écarter de généralités, l'Al- 
lemand, dans ses rapports avec la femme, « n'a rien 
montré de chevaleresque, n'a jamais su être poli et a 
même affecté d'être grossier, inconvenant, inhu- 
main... ^^ ». 

1. Pigeonneau (H.), Revue des Deux Mondes du i"' avril 1871, p. /i83. 

2. CocuARD (abbi; Th.), op. cit., t. II, p. 62. 



214 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

Le docteur Charpig-non est d'avis « qu'à Orléans 
ou n'a eu à déplorer que trois ou quatre viols... * ». 

On conviendra que bon nombre de cas ont pu res- 
ter inconnus, pour une raison d'ailleurs très simple. 
Obéissant à la pudeur et aussi à un sentiment de pru- 
dence en vue de l'avenir, les femmes dont le viol 
n'eut pas de témoins cachèrent leur malheur. 

Ne revenons pas sur les cas bien constatés de 
Bazeilles et de Foutenoj-sur-Moselle. 

« Dans la Sarthe, nous avons, dit Surmont, relevé 
dans l'enquête ving-t-et-une (21) communes où des 
attentats plus ou moins graves ont été commis. .. 2. » 

Citons maintenant, dans l'ordre chronologique, des 
cas dont l'authenticité repose sur des procès-verbaux. 

Andernay (Meuse), le 8 septembre. — Déclaration 
de M. Gillot ^ : 

Après s'être livrés à tous les excès imaginables, les Allemands 
ont violé les jeunes filles et, après avoir accompli leurs actes de 
brutalité, ils ont tué ces enfants à nos yeux en les traversant à 
coups de baïonnette ; j'ai eu la douleur d'assister à ce massacre 
sur la personne de ma fille. 

Gomme de raison, le feu fut ensuite mis au village. 
Ablon (Seine-et-Oise), le 17 septembre : 

Des hussards ivres se répandent dans le village, où il ne restait 
plus qu'une trentaine d'iiabitants, enfoncent les portes des mais- 
sons et violent les femmes ''■. 

Ce crime ne fut pas puni. 

Mont-de-Pasly (Aisne), le 1 1 octobre. — Comme 

1. Chvrpignon (docteur), op. cit., pp. 22 et 23. 

2. Surmont (A.), op. cit., p. 108. 

3. Déclaratioa reçue, le 17 décembre, par le commissaire de police de 
Louhans. 

4. Desjardins (Gustave), op. cit., p. io3. 



DES PERSONNES 215 

M"" Odot résiste à des soldats, son mari Charles, venu 
à son secours, est assassiné. 

La Ferté-Milon (Aisne), à la fin d'octobre. — Le 
maire meurt d'émotion après avoir lutté contre des 
soldats voulant outrager des femmes. 

Neiiville-et-This (Ardennes), le 27octobre. — Après 
avoir isolé, comme nous l'avons dit, les femmes et les 
jeunes filles, les Prussiens s'attaquent à elles et s'en- 
traident pour leur faire subir les derniers outrages. 
Si l'enquête n'a pas signalé un plus grand nombre 
d'attentats, c'est que les violentées reculèrent pour 
la plupart devant une déclaration aussi pénible ; 
mais la déclaration du maire ne fut que trop catégo- 
rique* : 

Je De puis dire de oisii quelle a été, pendant toute la durée de 
ces scènes, la conduite des soldats qui s'étaient introduits dans 
les maisons du village, mais on m'a dit (ju'ils y avaient beau- 
coup pris, qu'ils avaient insulté les femmes, et même qu ils en 
avaient violé plusieurs, entre autres, je puis vous citer le nom 
de Mme X..., femme d'un maçon de Neuville et âgée d'environ 
([uarante ans. J'ai su aussi qu'une dame Z... aurait été, elle, seu- 
lement insultée, parce qu'elle s'est éuergiquement défendue et 
que son mari est arrivé armé d'un marteau. 

Le Rapport relate que l'une des victimes fut main- 
ten.ue par des ulilans, un fer de lance sur les jeux, de 
façon à lui interdire le moindre mouvement. 

Sens et Citeaux (Yonne), en novembre. — Dans 
une auberge, des uhlans contraignent à coups de plat 
de sabre les filles de la maison à s'enivrer avec eux ; 
après quoi, ils abusent d'elles. 

Arrondissement de Clerniont (Oise), le 17 novem- 
bre. — Après que M. Barbier a été fusillé, les Prus- 
siens lient sur le lit son père et sa mère, violent sous 

I. Pi'ûcès-verbal d'enquête... daté du 2 novembre 1870, p. 19. 



216 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

leurs yeux leur fille âg-ée de dix-neuf ans, puis l'assas- 
sinent. Quand des voisins vinrent délivrer M'^^ Bar- 
bier, elle était folle. 

Charleuille (Ardennes), le i6 janvier 1871. — Ici, 
le crime a été froidement calculé et consommé, non 
sans un certain profit. M'"^ veuve Prudhomme, âgée 
de quarante ans, débitante sur le port, commet l'im- 
prudence, à la nuit, d'aller chercher de l'eau à une 
pompe voisine. Elle est assaillie par trois Prussiens : 
ils la maîtrisent, la violentent successivement, puis se 
sauvent non sans avoir eu soin de la dépouiller d'un 
porte-monnaie contenant environ aoo francs. 

On lit dans louvrage de Leg-relle : 

Au Tréport, dix-huit Prussiens, qui n'ont pas laissé leurs noms 
pour les inscrire dans l'histoire de la moralité germanique, ache- 
tèrent une jeune fille mineure à son père. On pourrait ainsi re- 
trouver toute une traînée de libertinage violent ou immonde, sur- 
tout en Picardie et en Normandie, à la suite de l'armée qui 
venait de lever le siège de Metz i. 

Mainville (hameau de Draveil en Seine-et-Oise), à 
la fin de janvier 1871. — Joseph Rabot, cabaretier, 
arrive au moment où, pendant que ses camarades 
boivent, l'un des soldats cherche à violenter sa fille ; 
comme il intervient, il est saisi, entraîné sur le seuil 
et, séance tenante, fusillé ^. 

Des officiers qui ne montraient pas toujours l'exem- 
ple des bonnes mœurs ne devaient pas avoir, sous ce 
rapport, une réelle influence sur leurs inférieurs ; 
parfois même, ils fermèrent les yeux. 

Partout où ils en trouvent l'occasion, dit un auteur qui les a 
vus à l'œuvre, ils (les officiers) se livrent en se secret à des 
orgies. Un grand nombre introduisent de force des filles de joie 

I. Legrelle (A.), op. cit., p. 65. 
a. Dbsjardins (G.), op. cit. 



\ 



DES PERSONNES 517 

dans des maisons respectacles i. Les jonrnnnx d'Outre-Rhin se 
sont donné le ridicule de transformer en hommaçe spontané des 
cœurs du beau sexe français subjugué en conquêtes trop faciles, 
dont les lazavetlis durent souvent recueillir les héros ï. 

A Rotien, ils purent faire sortir des prisons de la 
ville les détenues de Saint-Lazare, que legénéral Tro- 
chu y avait envoyées de Paris. 

A Versailles même, oii des officiers prirent d'as- 
saut des maisons mal famées, en menaçant d'y mettre 
le feu si les portes demeuraient closes ^, le chef de la 
police eut plus d'une fois à enquêter au sujet de cer- 
tains arrivages destinées à l'entourag'e du Roi ou à 
quelques grands personnag-es. 

Au Mans, le prince Frédéric-Charles consentit à se 
compromettre avec une certaine créature dont le nom 
de guerre était Frisette ; cette liaison fut connue de 
toute la ville. 

Après un exposé aussi probant, on se demande à 
quel sentiment put bien obéir l'officier supérieur 
wurtemberg-eois qui osa écrire, en février 1871, au 
Mercure de Soiiahe : « Nos troupes sont d'une pré- 
venance modèle avec les Françaises. » 

En admettant, ce qui est peu probable, qu'il ait 
ignoré tant de vols sur lesquels on ferma les yeux, il 
ne pouvait ignorer que partout, — en Lorraine, eu 
Alsace, en Champagne, en Picardie, dans l'Ile de 
France, dans le Maine, — des femmes furent maltrai- 
tées, insultées, violées, assassinées ; à moins qu'il n'ait 
vu là, — en vertu d'un facétieux adage français, — 
des marques de ... prévenance. 

1. Notamment dans le presbytère de Gonrnay-sur-iMarne, à Francon- 
ville,elc. 

2. Desjardins (G.), op. cit., pp. 9, 62 et io3. 

3. DÉLEROT (E.), op. cit., p. 39. 



218 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

Peut-être aussi y eut-il une prévenance spéciale 
dans le fait de ces officiers (pi'i pillèrent, dans les 
maisons où ils étaient hébergés et bien traités, des 
albums familiaux de photographies ; ils purent ainsi 
se procurer, sans bourse délier, des portraits de fem- 
mes et, une fois rentrés au pays où fleurissent toutes 
les vertus, les produire comme un témoignage de leurs 
bonnes fortunes et surtout de la perversité des Fran- 
çaises d'excellentes familles. 



RESPECT DU CLKRGE 

Depuis le commencement jusqu'à la fin de la guerre, 
le clergé a fait preuve d'une dignité, d'une fermeté et 
d'un patriotisme qui frappèrent nos ennemis et tout par- 
ticulièrement leprince Frédéric-Charles: les vexations, 
les insultes, les mauvais traitements lui furent prodi- 
gués, ainsi que nous en avons déjà une idée, et la der- 
nière victime de la guerre fut un prêtre, fusillé en 
plein armistice et dont la mort, à la fois si chrétienne 
et si française, fut comme le résumé, le dernier écho 
d'un système de guerre abhorré. 

Les exemples de patriotisme et d'abnégation vinrent, 
d'ailleurs, de haut. On sait, en effet, quel rôle jouè- 
rent, au milieu des plus rudes épreuves, le cardinal 
de Bonnechose, archevêque de Rouen, et surtout, par 
suite des circonstances, monseigneur Dupanloup, qui 
fut vraiment, à Orléans, — « l'homme de la cité * ». 

« La nîanière dont on a traité les membres de 
notre clergé qui ont été tout à coup victimes de l'in- 
vasion » fut une violation « du droit international, 

I. CociiAHD (abbé Th.), op. ci/., pp. i4 et i5. 



DES PERSONNES 219 

qui relève du domaine de la conscience et qui a pour 
sanction la parole de Dieu même *. » 

Le vénérable abbé Cor, curé de Neuville (Ardennes), 
était âgé de plus de quatre-ving^ts ans lorsqu'il ouvrit 
cette marche g'iorieuse de martyrs. Les Prussiens l'ac- 
cusent d'avoir prévenu de leur arrivée, alors qu'il n'a 
fait sonner la cloche qu'à l'heure habituelle pour annon- 
cer la messe ; ils l'attachent à la queue d'un cheval en 
marche et, s'il vient à tomber, un bourreau tire la 
corde. Finalement on le jette dans un fossé de la route 
où ses paroissiens le trouvent les mains et le visage 
ensanglantés, les membres meurtris et ses vêtements 
en lambeaux : a Oh ! c'est ma vieille soutane ! » 

A Remiremont, le 26 octobre, des fusils sont dé- 
couverts, sur les renseig'nements de traîtres, dans les 
( combles de l'église ; le curé Damien est emmené à 
Graudenz, où sa captivité dura plusieurs mois. 

L'assassinat de l'abbé Miclo exige quelques détails. 
Le 2 novembre au matin, un corps prussien arrive à 
Etucffond-Haut, village peu distant de Belfort. Déjà 
son avant-garde a saisi au passage l'abbé Lacreuse 
et son vicaire l'abbé Miclo que l'on emmène. Les deux 
prêtres sont maintenus en tête de la colonne lorsque 
celle-ci est attaquée à Petit-Magny par des mobiles 
sortis de Belfort. Remis en liberté, après avoir secouru 
les blessés et administré les morts, ils sont croisés en 
se rendant à Grosmagny (canton de Giromagny) par 
un peloton de landwehr : l'officier qui le commandait 
tire un coup de revolver sur l'abbé Lacreuse, qu'il 
manque; un soldat atteint d'un coup de fusil l'abbé 
Miclo. Celui-ci mourut, après une agonie de dix jours, 

I. Brugilé (abbé), curé de Bezons (Seine-et-Oise), Ma captiuité en 
Prusse, i8ji, p. 3. 



220 L'INVASION ALLESÎANDE EN 18"0-1871 

dans les bras de son curé en disant : « Je pardonne.... 
pauvre France... mon Dieu, acceptez ma vie pour 
elle *. » 

L'abbé Hébert, curé d'Hébécourt (Eure), est emmené 
comme responsable de l'attaque de uhlans par des 
francs-tireurs, bien que trois fermes et dix maisons 
aient été incendiées : pendant la marche, on le pique 
avec les baïonnettes : deux fois tombé, il se relève 
sous les coups ; une troisième fois, il ne se relève pas 
et meurt 2. 

Le 7 décembre, des uhlans complètement ivres 
entrent dans Cherisy, près Dreux (Eure-et-Loir) ; l'un 
d'eux tombe de cheval devant le presbytère. Le curé 
était en train de le panser lorsqu'il reçoit deux coups 
de crosse sur la tête; pendant qu'il gît à terre, deux 
coups de feu le blessent grièvement. Un officier sur- 
vient, on lui porte plainte et il se contente de répondre 
que «cela n'était rien ». 

Nous avons vu comment fut traité à Guitry (Eure) 
l'abbé Deg-enetay qui, au milieu des cris et des pleurs , 
ramassait les morts et étanchait le sang- des blessés. 

A Rahay (Sarthe), l'abbé Picouleau, curé, héberg-e 
des soldats prussiens. Après s'être enivrés chez lui, 
ils font une perquisition et découvrent quelques fusils 
dans le clocher. Le curé et 25 habitants sont saisis ; 
on leur lie les mains. Le lendemain, on les faisait 
passer au milieu de deux rangées de soldats qui les 
accablaient de coups de bâton : plusieurs habitants 
furent grièvement blessés; quant au curé, il demeura 
sur place évanoui et ensanglanté. 

I. Depuis le i4 juillet 1902, un monument s'élève à l'endroit même où 
l'abbé Miclo l'ut frappé : un bas-relief retrace la scène de l'assassinat, 
a. Dehais (Charles), l'Invasion Prussienne.,., etc., p. 87. 



DES PERSONNES 221 

A Saint-Calais (Sarthe), au lendemain de la protes- 
tation du général Chanzy, les Prussiens trouvent des 
fusils dans le clocher; le curé, aussitôt arrêté, est 
bientôt rejoint volontairement par le baron Jaubert; 
tous deux sont indignement éternellement bAtonnés : 
le curé ne revint à la vie qu'après une long-ue conva- 
lescence; déjà le baron Jaubert était mort à la suite 
de cette émotion. 

Le 17 janvier 1871, à la suite d'un engag'ement 
avec des Mobiles, les Prussiens envahissent le villao-e 
d'Yerrey-sous-Salmaise; ils le pillent et massacrent 
indistinctement tous les habitants qui s'offrent à leurs 
coups. Ils frappent de deux coups de baïonnette l'abbé 
Frérot *, curé de la paroisse, occupé à recueillir les 
blessés et à administrer les mourants. Gomme il veut 
se réfugier dans son jardin, il est atteint à la tête et à 
une jambe par deux coups de feu. Rejoint par ses 
assassins dans la maison surmontée du drapeau de la 
Convention de son ami le docteur Lamarche, il reçoit 
de nouveau plusieurs blessures ; le croyant mort, ils 
s'éloignent. 

Quelques jours après, l'abbé Frérot mourait entouré 
de ses paroissiens; il avait pardonné à ses assassins et 
dit avant de rendre l'âme : « Je meurs sans regrets, 
mais je serais heureux que Dieu permît que ma mort 
servît à quelque chose et fût utile à mon pays 2. » 

Le 26 janvier 1871, à la suite d'un combat livré 
près de Marcilly-sur-Seine (Marne), le curé de cette 
paroisse est emmené avec plusieurs notables. Les uns 

1. Prt'cédemnieiil vicaire de Revey (Côlc-d'Or), il était l'auteur de 
l'Adresse au H. P. Lacordaire par les habitants de liecey à l'occasion 
de sa réception à l'Académie, le s/» janvier 1867. 

2. Monseigneur d'Huht et le Père Lacordaire, 1897, p. 87. 



222 L'INVASION ALLEMANDE EN ISIO-IS"! 

et les autres sont poussés à coups de crosse; quant au 
curé, il est jeté à terre et relevé par les cheveux. 

A Aubig'ny-les-Potliées(Ardennes), le curé conseille 
de refuser une réquisition. Les Allemands, l'ayant 
appris, le bâtonnent; il tombe inanimé, si bien qu'un 
médecin allemand s'écrie : «C'est indigne, il est con- ! 
damné à mourir ! » Il en réchappa pourtant, mais 
après une longue convalescence qu'accompag'nèrent de 
cruelles souffrances. Au cours de l'enquête ouverte, 
la servante du curé déposa, sur la foi du serment, 
que deux des officiers prussiens lui avaient promis 
que l'affaire n'aurait pas de suite si elle voulait se 
livrer à eux. 

L'assassinat juridique commis à R.eims, le 12 
février 187 1, sur la personne de l'abbé Miroy sera 
relaté dans le chapitre i du titre IIL 

Il est naturel de rattacher au clergé le manque de 
respect des Allemands pour les édifices du culte. 

Pour satisfaire leur haine, a dit Desjardins, les Allemands ne 
craignirent pas de se déshonorer. Il n'est pas de ville ou de vil- 
lage où ils n'aient déposé des excréments dans les tiroirs, dans 
les vases des cheminées, pour ménager à leurs hôtes des surpri- 
ses de bon goût 1. 

Les ég"lisesne furent naturellement point épargnées. 
C'est ainsi qu'à Gournay-sur-Marne (Seine-et-Oise) 
les Saxons enduisirent d'excréments les vêtements 
sacerdotaux et eurent la délicatesse de les replier 
ensuite dans les armoires de la sacristie. 

A Aulnay-lez-Bondy, Blaru, Morangis, Valentou, 
etc., etc., les troncs 'des églises furent forcés et les 

I. Desjakdins (G.), op. cit. 



DES PERSONNES 223 

sacristies pillées; en plusieurs endroits, stalles, bancs, 
horlog-es, vitraux, autels, tout fut anéanti. 

A Corbeil, dans l'éj^lise Saint-Spire, les Allemands 
trouvèrent plaisant d'arracher les tuyaux de l'orgue. 

L'(( habitant de Nancy » a dit : 

Ce qui met le comble à la désolation des campag-nes, c'est que 
les églises elles-mêmes ne sont pas épargnées et qu'il s'y com- 
met, çà et là, d'odieuses profanations, des actes révoltants tels 
que mutilations de statues de la sainte Vierge, outrages à des 
images vénéi'ées, dépôt d'ordures et installation de chevaux 
comme dans des écuries •. 

Ces divers actes furent commis dans un grand nom- 
bre de localités telles que Kerprich, Dieuze, Crevic, 
Lagarde, Aingeray, Ghampenoux, etc. 

iMais nous croyons en avoir assez dit pour qu'on 
puisse apprécier la bonne foi du verbeux historiogra- 
phe allemand Wolheim de Fonseca, écrivant avec une 
feinte indignation : 

... MaUraitcr des prêtres ! qui connaît le peuple allemand ne 
pourra croire à cette calomnie, et nous sommons le soi-disant 
diplomate (M. de Chaudordy) de préciser un cas. Il est facile 
de calomnier et d'aftirmer Sans les moindres preuves les choses 
les plus infâmes, et le mépris de font honnête homme devrait 
sul'lire pour réduire à sa juste valeur ce man'/ue de tout senti- 
ment de pudeur . 

Comme on le voit, il n'y allait pas de main morte, 
mais le mensonge n'a jamais gêné un compaUiole de 
Bismarck. 



PRESSE ET JOUUNALISTES 

H est hors de doute que la liberté de la Presse 

I. Lacroix (Louis), op. cit., p. ia8. 



221 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

constitue, en temps de guerre, un péril sérieux puis- 
que le secret, sur lequel repose la réussite des opéra- 
tions, peut être violé au moment même où il serait 
le plus utile. 

L'envahisseur a donc le droit absolu de restrein- 
dre, comme il le juge utile à ses intérêts, la liberté 
de la presse et celle de la correspondance. Aussi ne 
nous étonnerons-nous pas que les Allemands aient 
usé de ce droit sur tout le territoire envahi. Ce qui 
est blâmable, c'est le caractère intéressé comme tou- 
jours et brutal qu'ils ont imprimé à l'exercice de ce 
droit. 

Après avoir interdit l'entréedans les départements 
qu'ils occupaient des journaux publiés dans le reste 
de la France, ils soumirent les feuilles locales à une 
sévère censure et ne tardèrent pas à recourir à l'a- 
mende, à l'emprisonnement, enfin à la suppression; 
nous passons sous silence les insultes et les mau- 
vais traitements accompagnement ordinaire de ces 
mesures. 

Simultanément, ils avaient créé des feuilles pério- 
diques. 

Les journaux de Nancy ayant cessé de paraître, le 
22 août, à la suite d'un accord entre leurs directeurs, 
le gouverneur général de Lorraine fit paraître, le 9 
septembre, le Moniteur ofjiciel du Gouvernement 
général de Lorraine et du préfet la Meurthe ; 
cette feuille, qui devait paraître tous les cinq jours, fut 
imprimée par l'imprimeur Hinzelin, que le comte 
Renard contraignit par réquisition de fournir presses 
et ouvriers. 

Le premier numéro annonça que la ville de Nancy 
et la commune de Jarville « avaient été frappées cha- 



DES PERSONNES 223 

cune d'une amende de i.ouo fr., à raison de plusieurs 
jets de pierre sur la voie ferrée i ». 

On se procura les abonnés nécessaires en requérant 
les maires, les restaurateurs et les propriétaires des 
cafés. 

Le i8 octobre, parut à Reims le Moniteur officiel 
du gouvernement général ; l'imprimeur Lagarde 
avait reçu du « Commissaire civil du Gouvernement 
général Charles, prince de Hohenlohe », une réqui- 
sition dont deux paragraphes étaient particulièrement 
aimables : 

Si vous insistez à refuser le concours de votre imprimerie, les 
autorités militaires seront requises de l'occuper. 

Dans le cas où vos ouvriers se refuseraient à travailler à l'impri- 
merie, vous les avertirez qu'en les faisant amener de force je 
saurai les contraindre à travailler sous vos ordres. 

Entre ces deux dates du 22 août et du 18 octobre, 
à Versailles, où le Recueil officiel^ publication admi- 
nistrative, avait vu le jour, le Moniteur officiel du 
département de Seine-et-Oise paraissait ; il compta 
108 numéros. 

E. Délerotet G. Desjardins, aux ouvrages desquels 
nous sommes, bien à regret, obligés de renvoyer, ont 
relaté tout au long les persécutions dont les journalis- 
tes versaillais furent l'objet; ils ont dit à quel point ce 
journal prussien, qui fut, dit De.sjardins, « le supplice 
aigu de l'Invasion », employa tour à tour le mensonge, 
la diffamation et la calomnie, travestissant les faits, 
tournant en dérision aussi bien Napoléon III, dont « le 
chevaleresque {sic) M. de Bismarck avait eu l'hon- 
neur d'être l'hole »,que Léon Gambelta. 

La sollicitude du gouvernement impérial pour la 

1. Lacroix (Louis), op. cit., p. i/'i cl passini. 

15 



226 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

direction et la surveillance de la presse périodique 
ne se démentit point après la capitulation : les trois 
arrêtés, gros d'exigences et de menaces à l'endroit des 
rédacteurs français *, que publia le Commissaire civil 
de Nostiz-Wallwitz ne prêtaient nullement à l'ambi- 
gu ité. 

Aussi la plupart des rédacteurs préférèrent-ils sus- 
pendre la publication de leurs feuilles plutôt que de 
se soumettre à une prétention qui ne tendait rien 
moins qu'à les priver, pendant un certain temps, de 
leur nationalité. 

Les journalistes furent traités, avec le même mépris 
de nos vainqueurs pour le patriotisme et la liberté 
individuelle, à Orléans, à Rouen, à Evreux, au Mans 
et à Nancy qu\\ Versailles, 

Arrêté, le 1 1 décembre, pour un article publié, le 
.'> décembre, avant l'arrivée des Prussiens à Orléans, 
i:3 rédacteur en chef de r Impartial du Loiret ne put 
se faire appliquer l'axiome de droit : « La Loi na 
point d'effet rétroactif », qui a cours chez tous les 
jseuples civilisés. Conduit à pied jusqu'à Montlhéry, 
indignement traité au point de vue des égards et de 
l'alimentation, il ne fut relâché que le 3 janvier 1871 : 
il n'avait pas été interrogé une seule fois et rentra 
sans connaître le délit qui lui avait été imputé 2. 

Le 2 février, sa feuille était supprimée pour le 
numéro du 22 janvier à cause de sa « tendance offen- 
sante et hostile à l'armée allemande 3 ». 

I. 2° paragraphe de l'article 3 : « La contravenlion aux articles i, 

•!, 3 de cet arrêté sera punie d'une amende de 100 à 2.000 francs ou 
t'i'uii emprisonnement d'un à trois mois. » 

■2. CocHARD (abbé Th.), op. cit., pp. 170 a 17G. 

.H. CocHARD (abbé Th.), op. cit., p. 188. Or, l'article incriminé était 
iiiiitulé : Semence du blé. L'arrêté portait la sigiature du baron de 
Uoeuncritz, alors préfet du Loii'et. 



DES PERSONNES 227 

': A Rouen, le baron Pfuel, préfet, ayant cru devoir 
interdire la publication de l' Indépendant, trouva à qui 
parler ; en effet, MM. Salle, le directeur, et F. Dcla- 
porte, le rédacteur en chef, firent coller à leur porte, 
au-dessous de l'arrêté préfectoral, cette réponse : 

A partir d'aujourd'hui et par ordre du préfet prussieu, /'/ridé- 
pendant de Rouen cesse sa publication. 

Nous sommes de plus condamnés à payer 1000 francs d'a- 
mende. 

Voici la réponse : 

Notre mépris et pas un sou de notre caisse. 

A Evreux, un brutal Poméranien, le préfet von 
Porembski, caressa l'espoir, — après avoir contraint, 
par des amendes, le Moniteur et l'Eure à cesser de 
paraître, — d'extorquer une amende de lo.ooo francs 
au directeur du Progrès de l'Eure emprisonné par 
son ordre. 1! dut se contenter d'adresser au Maire 
l'avis suivant, qui mérite d'être reproduit : 

Par ordre du général de Barby, le gouvernement prussien 
porte à la conuaissauce du maire d'Evreux que, vu (juel(]ues 
articles des plus indignes et des plus odieux dans /e Progrès de 
l'Eure, le maire sera fait responsable du contenu de ce journal, et 
qu'il ira, ou faire cesser le journal ou livrer le rédacteur au com- 
mandant /irussicn. 

En cas de récidive, la ville d'Evreux sera bombardée, ou mise 
à de plus grandes contributions. 

Pour copie conforme Le maire d'Evreux. 

Evreux, 5 janvier 1871. Liî Pouzé. 

i\u Mans, dès leur prise de possession, les Prus- 
siens firent un procès de tendance, — en se basant 
sur des articles du 12 janvier, — aux journalistes dont 
trois furent arrêtés et emprisonnés *. 

I. Mallet (D.), op. cit., pp. 73 et 74. 



228 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

Le 9 mars 1 87 1 , jour du départ des dernières troupes 
allemandes, le rédacteur en chef de la Sarthe donna 
le récit suivant 1 : 

Détenus pendant cinq jours dans une pièce sans feu, malgré la 
rigueur de la température, et n'ayant qu'un méchant grabat pour 
nous reposer tous trois à tour de rôle, nous fûmes à même d'en- 
tendre à plusieurs reprises les soldats préposés à notre garde 
répéter la plaisanterie assez sinistre que nous serions bientôt 
fusillés : quelques-uns d'entre eux ne se ^e/ja/e/i/ mè/ne pas pour 
charger leurs Jusils en notre présence, afin de nous donner un 
avant-goût du sort qui nous était réservé dans leur pensée... 

Pendant l'Armistice, les journalistes de Nancy obtin- 
rent, le i^i" février 1871, à l'occasion des élections, 
l'autorisation de reprendre leurs publications. Réunis 
par ordre du préfet comte Renard, ils apprirent de 
lui qu'ils seraient leurs propres censeurs à eux-mêmes 
et furent invités à déposer chacun un cautionnement 
de i.ooo francs : « Ce sera pour moi, leur dit-il en 
terminant, la garantie de votre sagesse. » 

Or, moins d'un mois après, les cautionnements étaient 
devenus la possession des Prussiens et le Journal de 
la Meurthe connue le Progrès de t Est avaient été 
supprimés. M. Lemachois avait eu du moins la satis- 
faction de parler le langage de la postérité en écrivant 
dans le Journal de la Meurthe : 

... A des peuples auxquels on veut demander l'oubli d'abord, 
l'affection plus tard, on enlève toute la possibilité d'oublier et 
de pardonner. On nous vante depuis longtemps l'extrême habileté 
des diplomates de la Confédération prussienne. Nous n'y croyons 
plus... 

I. La Sarthe du 9 mars 1871, la Presse f,endant l'occupation alle- 
mande. 



DES PERSONNES 229 



DES OTAGES 



Nous n'avons que peu de chose à ajouter à ce que 
déjà nousavons dit sur les otag-es, mesure de répression 
indirecte, puisque, l'auteur de la faute à réprimer ou 
à venger demeurant inconnu, on détenait des inno- 
cents, à fortiori quand les otages étaient pris en pré- 
vision d'un fait punissable. 

L'emploi d'otag"es est, en somme, un acte peu efficace 
ou totalement inefficace, puisqu'il ne saurait arrêter de 
vrais patriotes ; il constitue surtout, à cause de ses 
conséquences possibles, un véritable attentat à la 
liberté individuelle chez des personnes inoffensives. En 
résumé, ainsi que l'a dit Bluntschli : 

Ce mode de procéder est d'autant plus critiquable qu'il com- 
promet la vie des citoyens paisibles sans qu'il y ait faute de leur 
part, et de plus sans procurer un sérieux accroissement de sécu- 
rité. Les fanatiques (jui enlevaient les rails ou cherchaient à em- 
pêcher la circulation sur les voies ferrées tenaient peu de compte 
de la vie des notables, qui étaient parfois pour eux un objet de 
haine '... 



RÉQUrSlTION DE SERVICES PERSONNELS OU CORVEES 

Les Allemands ont eu recours à tout propos aux 
corvées ; encore ne se génèrent-ils pas pour activer le 
travail à coups de plat de sabre quand ils trouvaient 
qu'il n'avançait pas à leur gré. 

Les corvées ne sont sinon légitimes, du moins ad- 
missibles que dans deux cas : si le temps fait défaut 
à l'envahisseur pour rétablir la circulation sur une 

I. Bluntschli, Das moderne Volkerrecht der civiliserten Stalen des 
Rechtsbuch dargesteltt, règle 600. 



230 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

route qui a été volontairement obstruée par les habi- 
tants ou par l'adversaire, pour rétablir un pont que 
l'on a fait sauter. 

Or, partout, malgré le droit international, les Alle- 
mands contraignirent les habitants à travailler pour 
eux et souvent, abusivement, contre leur patrie, à des 
terrassements d'ouvrages de fortification. 

Tout le pays autour de Strasbourg fut exploité dans 
ce but par de pareilles réquisitions d'hommes. 

Sous Paris, les habitants de Glamart, de Meudon, 
de Ghâtillon, de Fontenay-aux-Roses travaillèrent par 
ordre aux ouvrages de Montretout. 

En Seine -et-Oise, à Villiers-le-Bel, un comman- 
dant d'artillerie, dit Desjardins, disposant de 3ooré- 
quisitionnaires qui étaient logés à Ezanville, les con- 
traignit, pendant un mois, à voiturer de la terre, des 
pierres, des madriers pour des redoutes. 

A Sarcelles (Seine-et-Oise), dont la population nor- 
male était tombée de 2.000 hommes à environ une 
trentaine de malheureux, ceux-ci ne reçurent de Fen- 
nemi la nourriture nécessaire qu'à la condition de 
balayer les rues, les cours et de ramasser soigneuse- 
ment les éclats de vitres brisées qui auraient blessé les 
pieds des chevaux *. 

En ce qui concerne les guides, nous avons déjà dit 
que ce service, si égoïstement entendu par les Alle- 
mands, est contraire aux droits imprescriptibles du 
citoyen et du patriote. ' 

Le fait suivant montre jusqu'où l'abus fut poussé. 

Requis pour servir de guide, un maréchal-l'errant 
de Frénois-sur-Dijon était avec une colonne lorsque, 
d'un bois voisin, des francs-tireurs ouvrent le feu sur 

1. Desjardins (G.), op. cit., p. 87. 



DES PERSONNES 231 

elle. On se replie sur Frënnis, on pille la maison du 
guide et, après l'avoir fait sortir ainsi que sa famille, 
on l'incendie. 



GOINFRERIE ET BOULIMIE GERMANIQUES 

Il faudrait pouvoir consacrer un volume à cet!.; 
question, qui joua un si i^rand rôle en 1870-187 1 ci 
qui intéressa tous les échelons de la hiérarchie. Par- 
tout on fut, en clfet, frappé de la capacité d'absorp- 
tion du solide, et surtout du liquide des Allemands, 
de leur intempérance, en un mot de leur goinfrerie cl 
et de leur boulimie. 

Partout on fit la moine remarque qu'à Bapaume : 

Les officiers subalternes et les soldats, dit l'abbé Bédu, se 
nourrissaient aux dépens des bourgeois chez lesquels ils demeu- 
raient. Ils étaient d'assez bonne composition à l'égard de ceux 
qui leur fournissaient d'une manière convenable et abondante ce 
qu'ils désiraient ;mais refusait-onde condescendre à leurs désirs 
ou paraissait-on les satisfaire en maugréant, ils s'emportaient, 
brisaient tout ce qui leur tombait sous la main, maltraitaient les 
personnes, se portant sur elles à des actes de violence et répétant 
sans cesse leur éternel cnpoiit 1 .' 

Quand ils avaient épuisé les provisions de leurs hntes, ils se 
répandaient chez les marchands de comestibles et d'épicerie où 
ils prenaient tout ce qu'ils trouvaient à leur goût. Les basses- 
cours n'échappaient pas à leur vandalisme ; elles furent toutes 
entièrement ravagées... 

A peine avaient ils fini un repas qu'ils préparaient le suivant 2, 
de sorte que, le feu étant toujours occupé, les habitants ne pou- 
vaient rien faire cuire pour eux s. . . 

I. « Caput », ruiné ou mort. 

a. On lit dans l'Album Dôlois : ■■ MAL les Prussiens, remplis de ver- 
mine, s'emparent des lits des propriétaires qui doivent soigner, dès 
7 heures du matin jusqu'à 10 heures du soir, leur cuisine de Gargan- 
tua. i> 

;5. lÎLDU (abbé), op. cil , pp. 2O et 37. 



■2:]1 L'LNV'ASION ALLEMANDE EN 1S70-I.811 

Aussi fallut-il, à Bapaume, réserver des heures spé- 
ciales aux habitants pour les boulangeries et les 
fontaines. 

On a vu ce que fut le maraudage dans les campa- 
gnes, surtout pour le vin. 

Dans toutes les régions à vignobles, l'ivrognerie 
eut, on le conçoit, des conséquences terribles vis-à-vis 
des êtres inoffensifs, femmes, vieillards et enfants. En 
Normandie, l'eau-de-vie suppléa à l'absence de vignes. 

Le 20 octobre 1870, la scène de violences suivante 
se passa à Bar-le-Duc, dans la famille Brouillot, com- 
posée de trois personnes : la femme, le père et le fils*. 

Furieux de n'être point admis à la table de famille, 
deux Bavarois, auxquels le nécessaire a, d'ailleurs, 
été donné, prennent leurs fusils et menacent de leurs 
baïonnettes le fils Brouillot. 

Celui-ci, ancien soldat, détourne les armes dirigées contre lui, 
s'empare d'un couteau de cuisine et met en fuite ses agresseurs, 
plus gourmands que braves. 

Cinq minutes après, ils reviennent escortés par trente caniara- 
îles, rouent de coups les deux Français et les traînent au poste 
de la Mairie. 

Les malheui^eux y restèrent trois jours, indignement maltrai- 
tés et dans l'attente de leur jugement. 

Ils furent condamnés à quatorze jours de prison, mais, grâce 
à M. de Bûlow,ne firent que la moitié de leur peine. 

Commandant d'étapes à Bar-le-Duc, M. de Bulow 
s'y montra juste, modéré et sut concilier ses devoirs 
avec l'humanité; aussi, fait rare, y laissa-t-il un excel- 
lent souvenir. 

La lecture de la Relation que nous devons à la 
loyauté du capitaine bavarois Tanera est édifiante. 

A Reims, les soldats recevaient chaque jour deux 

I. Laguerre (J.-J.), p. i36. 



DES PERSONNES 233 

bouteilles de Champagne par tête et les officiers une 
même quantité des meilleures marques : 

Nous buvions le meilleur champag'ne à bouche que veux-tu ; 
ce n'est qu'exceptionnellement que nous nous en tenions à nos 
deux bouteilles par jour. Mon hôte voulait sans doute ravir à Sa 
Majesté un de ses clients, car il fit tout ce qu'il pût pour me 
noyer dans ce précieux liquide... 

De lui encore cet aveu : aimable combinaison de 
vol et de goinfrerie : 

La cave que nous avions découverte était remplie des vins des 
meilleures marques. A trois heures, nous dînions dans un joli 
salon. Aucun habitant de la maison ne se montra : il n'y a rien 
d'étonnant à ce que nous Jimes usage de notre droit ; avec le 
contenu des armoires, nous complétâmes notre linge de corps qui 
était en mauvais état et, comme nous pensions pouvoir rester 
longtemps ici, nous nous pourvûmes d'objets de toilette, tels 
que savons fins, éponges, huile pour les cheveux, bas, ces der- 
niers très fins, élastiques et larges, appartenant probablement à 
nne dame (perspicacité remarquable). 

Nous emportions tout cela avec nous sur tous les véhicules 
que nous pouvions trouver, et même dans l'élégant tilbury d'un 
docteur et, vers le soir, nous rentrions dans notre misérable trou 
chargé d'un riche butin. 

Pendant toute la durée de leur séjour à Epernay, 
les Prussiens se contentèrent d'exiger par semaine 
cinq mille (5.ooo) bouteilles. 

Il ne faut donc pas s'étonner que l'ivresse ait causé, 
en plusieurs endroits, des assassinats, celui-ci entre 
autres perpétré à Choje (Haute-Saône), dans une 
auberge à l'issue d'un repas où des Prussiens-Polo- 
nais avaient bu et mangé copieusement. 

Le chef voulut alors rire. Il prit, en trébuchant, le fusil d'un 
de ses hommes et dit qu'il allait faire voir comment on tirait sur 
les Français... le coup partit et frappa en pleine poitrine une 



234 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-18"1 

pauvre jeune femme qui desservait la table et la tua net... cette 
mort faisait deux orphelins i... 

... Pour l'Allemand, a dit E. Fournier, voilà le suprême bon- 
heur, beaucoup boire, sans qu'il y paraisse, passer pour sobre 
sans l'être, et' concilier ainsi son plaisir avec la bonne tenue des 
apparences. Ils la gardent surtout pour d'autres débauches, mais, 
quoi qu'ils disent, ils n'y parviennent qu'à être plus sournois, sans 
être réellement plus retenus *... 

Mais la retenue a des bornes. 

A Orléans, des tables bien garnies ont élé prépa- 
rées pour recevoir les otages de Châteaudun, les 
Allemands se précipitent dans la salle avant l'arrivée 
de ceux-ci et font table nette. Repus, ils consentirent 
à ce qu'on apportât de nouvelles provisions. 

Au Bourget, rapporte le capitaine Tanera, des sol- 
dats étaient logés dans une g'rande fabrique de pom- 
made : ils firent des tartines de pommade et s'en don- 
nèrent de tout cœur ; plus réservés, les officiers se 
contentèrent de s'approvisionner pour oindre leurs 
cheveux. 

Quant aux grands chefs, leurs exigences personnel- 
les dépassèrent vraiment tout ce que l'on peut ima- 
giner. 

Voici un commandant de corps d'armée, Aug'uste 
von Goehen, qui écrit des environs de ISIetz ^ : 

... Notre table devient très confortable; j'ai envoyé chercher 
aujourd'hui au château de Frescati une partie de la verrerie et 
de la vaisselle qui s'y trouvent abondantes et très élégantes. A la 
guerre, il faut s'aider comme on peut... 

Et, pour s'aider davantag-e encore, il ordonna d'é- 

1. Fournier (Ed.), op. cit., p. iSfi. 

2. FouKNiEr. (Ed.), op. cit., p. 3i3. 

;i. Lettres piil)liées en iS83, dans la lîiographie du g-énéral, par Geb- 
hard Zernin, pp. 276 et 290. 



DES PERSONNES 233 

crire au grand-duc de Mecklembourg-, g-ouverneur de 
la Ghampag-ue, de faire requérir 5oo bouteilles pour 
le VIII" corps, qu'il commandait : la réquisition à une 
pareille distance était une idée vraiment g-éniale. 

La table du général de Voigts-Rhelz. commandant 
du X*^ corps, qui vécut à l'hôtel de France, coûta à la 
ville de Versailles la bag-atelle de 24.894 fr. 4o. 

Celles des curieux encombrants que furent les prin- 
ces allemands, dont Bismarck blâma souvent avec 
âpreté la lésinerie^, coûta encore à Versailles, au titre 
de l'hôtel des Réservoirs, 62.218 francs. 

Le prince Frédéric-Ciharles se fit remarquer, de 
proche en proche, en Lorraine, en Champagne, en 
Orléanais et, en dernier lieu, au Mans^ par ses exigen- 
ces gastronomiques ^. 

Le i4 janvier 1871, le maire du Mans reçoit la 
lettre suivante du comte Kanitz, chargé de veiller à la 
cuisine tlu prince qu'accompagne sa vaisselle d'argent : 

Monsieur le Maire, 

Voilà ce que je vous prie de commander chaque jour pour la 
préfecture : 

1" Le déjeuner à midi ; 

:2o Le dîner à 7 h. 1/2, moi je commanderai moi-même les 
menus, mais il faut que le chef y soit lui-même pour faire ser- 
vir les plais ; 

3" I^c café au lait à 8 heures du matin ; 

4» 40 bouteilles de bordeaux, 40 bouteilles de Champagne, 
6 bouteilles de madère et 3 bouteilles de liqueur a. 11 faut que 
cette réquisition soit apportée chaque jour, à 10 heures pi-écises 
à la préfecture ; 

I. BuscH (Morilz), Mémoirea de liismarek..., i.V, p. i55. 

a. Pour le lAIans et pour la Sarthe, les deux ouvraj^es déjà mentionnés 
de Mallex (A.) et de Surmont (Armand) sont d'une lecture à la fois 
instructive et amusante. 

3. Une note anlérieure ayant réq-iisitionné 24 cuillers, 24 fourchettes 
et 36 couteaux (pour avoir « le moyen de rhang:cr »), on est autorisé à 
croire que le nombre ordinaire de convives était de la. 



236 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

50 Le lampiste doit arrans^er les lampes et garnir les lustres 
chaque jour avant le déjeuner ; 

6" Des garçons pour dresser la table pour le déjeuner et dîner 
et des femmes pour laver la vaisselle ; 

7° Je suis chargé, monsieur le Maire, de vous indiquer que 
chaque fois on la moindre des choses que j'ai mentionnées man- 
quera, la ville sera punie d'une amende remarquable. 

Agréez l'assurance de ma considération la plus distinguée, 
Signé : Kanitz, aide de camp. 

Quoique détaillée, cette note était incomplète puis- 
que, le i5, Kanitz en envoya une nouvelle : 

Je prie la Mairie de fournir immédiatement pour la cui'^ine du 
prince Frédéric-Charles ce qui suit : 

25 kilos de jambons ; J3kilos desaucisson; 13 kilos delangues; 
5 douzaines d'œufs ; des légumes de différentes qualités, des oi- 
gnons ; 10 kilos de fromage gruyère, 6 kilos de parmesan ; 15 
kilos de viande de veau (rouelle) ; 20 poulets ; 6 dindes, 12 ca- 
nards ; 5 kilos de sucre en poudre. 

Le 28 janvier, Kanitz se plaint que la qualité des 
vins aille en diminuant de jour en jour et la menace 
de l'amende revient. 

A la fin de janvier, devant une demande impérieuse 
de petits pois, il faut rappeler à ces g-argantuas que 
la neige recouvre encore la terre. 

On trouvera dans l'ouvrage de Mallet la repro- 
duction édifiante des menus exigés par les officiers 
prussiens vivant à l'hôtel de France au Mans, A une 
demande pressante de truffes, la maîtresse de l'hôtel > 
répondit : « Qu'ils aillent les chercher ! » Peut-être ne 
comprirent-ils pas,.. 

Hélas! les meilleures choses n'ont qu'un temps et 
l'heure sonna où on rendit le service aux officiers alle- 
mands de les préparer à reprendre la vie qui leur 
est habituelle en Allemagne. 



DES PERSONNES 237 

Pour les officiers, dit Charles Dehais, pour ces traîneurs de 
sabre si difficiles sur leur bien-être, si exiç^eants quand il ne leur 
en coûtait rien, quand il ne s'agissait que de requérir et de pren- 
dre, nous les vîmes se réduire tout à coup au train de vie le plus 
modeste, une fois qu'ils durent jjayer leurs dépenses. Il ne pre- 
naient plus à l'hôtel qu'un seul repas à prix fixe, où ilsavaientsoin 
de manger pour toute la journée. Le matin, ils se contentaient de 
café au lait ; le soir, d'une tasse de thé. Il n'y eut guère que sur 
la pommade et l'eau de Cologne qu'ils ne parurent pas faire d'é- 
conomies ' . 

D'autres officiers trouvèrent, il est vrai, le moyen 
de prolonger cette exploitation d'un caractère parti- 
culier : 

Dans un fort riche château que nous pourrions nommer, rap- 
porte A. Legrelle, la châtelaine vit un matin arriver devant elle 
un lieutenant chargé des fonctions d'interprète de la coûteuse 
pléiade d'officiers (|u'elle hébergeait bien malgré elle... Il s'agis- 
sait de savoir combien la maîtresse du losjis, investie par ces 
messieurs des droits de maîtresse d'hôtel garni, entendait à l'a- 
venir leur faire payer par jour, en veitu de l'armistice. Il fut ré- 
pondu tout naturellement que les domestiques du château seuls 
seraient libres de profiter de ces velléités de munificence. Au 
départ, cinq ou si.x semaines plus tard, les domestiques reçurent 
chacun un modeste thaler. En revanche, on constata la dispari- 
tion d'un certain nombre d'objets précieux. Ici encore la dignité 
et la délicatesse françaises avaient été bassement jouées par des 
hommes que leur naissance obligeait à mieux-. 

1. Deh.vis (Charles), Invasion prussienne dans i arrondissement. 

2. Legrelle (A.), op. cit., p. 12 t. 



CHAPITRE III 

DES BIKNS 



I. Généralités. Des Biens de l'Etat ou publics : biens inamobiliers du 
domaine public ou du domaine privé ; biens mobibers. — II. Des Biens 
privés immobiliers ou mobiliers des particuliers. — III. Des Impôts : 
perception abusive. — Impôt de capitation. — RançoBnement simul- 
tané des di'partements et des communes. — IV. Conduite des Alle- 
mands dans quelques provinces ou villes. — V. i° Aperçus, d'après 
les relevés officiels, des pertes pécuniaires causées à quelques dé- 
partements et localités par l'occupation allemande. — a° Récapitula- 
tion du gain pécuniaire minimum réalisé par les Allemands, à la 
faveur de la guerre de 1870-1871. 



GENERALITES 

Consécutive aux guerres de Crimée et d'Italie qui, 
sous le rapport de l'humanité, furent en progrès sur 
les g-uerres de la Révolution et de l'Empire, la guerre 
de 1870-187 1, telle que la pratiquèrent les Allemands, 
nous ramena aux coutumes barbares de l'Antiquité 
et plus particulièrement à l'/poque cruelle de la guerre 
de Trente ans. 

En elFet, ainsi que l'a écrit le capitaine Quelle*, 

le bombardement des villes, riiicendie des villages, la destruc- 
tion des propriétés publiques et privées ont été trop souvent, 
eu 1870, ordonnés par vengeance, comme moyen d'intimidation, 

1. Quelle (Jules), op. cit., t. II, p. 71. 



DES BIENS 239 

ou comme conséquence de ce système de responsabilité inique 
prati(iué à l'égard des communes en cas de résistance ou même 
simplement isolés. 

La constatation suivante faite par le professeur 
Bluntsclili a une valeur particulière : 

Les excès commis par les armées allemandes pendant la guerre 
de 1870-1871 seront peut-être mis par la postérité sur la même 
I ligne que les atrocités de la guerre de Trente ans. 

Il est hors de doute que, plus l'efTectif des troupes 
en présence sera élevé, plus, étant donnée l'obligation 
de les nourrir, sera difficile la modération ; toutefois, 
deux principes fondamentaux ne doivent pas être per- 
dus de vue : 

1° Puisque la guerre faite par une nation civilisée 
n'admet quele mal nécessaire pour obtenir la soumis- 
sion de I adversaire, le respect despropriétés/>w^//(^«cs 
ou privées s'impose; il en résulte que toute dévasta- 
lion ou dégradation inutile au but final à atteindre 
est interdite; 

2^' Il est indispensable, pour fixer la limite des droits 
du vainqueur, d'établir nettement la distinction entre 
les Biens de l'Etal ou publics et les Biens privés. 

I.— Des Biens deTEtat ou publics. 

Ces biens sont immobiliers ou mobiliers. 

S'il est logique, naturel, que le vainqueur utilise ou 
même détruise ces biens en vue de nécessités de la 
guerre, il ne doit pas oublier qu'en dépassant cette 
limite il commet un acte contraire au droit interna- 
tional. En second lieu, de pareilles destructions ne 
sauraient être effectuées que par des belligérants 



240 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

réguliers, et non par des brigands, des malfaiteurs, qui, 
faits prisonniers, méritent la mort. 



DES BIENS IMMOBILIERS 

Si ces biens sont utilisables par l'envahisseur, il 
n'en est pas propriétaire et ne saurait en disposer, de 
n'importe quelle façon, en faveur de tiers tant que la 
conquête ne sera pas devenue définitive. 

L'indélicatesse avec laquelle les Allemands gérè- 
rent les bois et les forets de l'Etat français, qui sont 
des biens immobiliers du domaine privé, est typique; 
ils commirent là de véritables actes de vandalisme. 
Ils avaient le droit d'y prendre le bois qui leur était 
nécessaire, mais non de le vendre ou de changer le 
mode d'exploitation. 

La Gazette de Cologne s'étant un peu étonnée de 
la dévastation des forêts françaises par des agents 
prussiens, Bismarck, duquel émanait l'ordre, fitplai- 
der ironiquement les circonstances atténuantes par 
Bush, qui conclut ainsi* : «Du reste, cette exploitation 
irrégulière de cette ressource de l'ennemi nous est 
permise; cela le décidera à traiter plus rapidement. » 

A Nancy, un sieur d'Etzel, grand-maître des Forêts, 
qui mérita le surnom de « l'Attila des Forêts », opéra 
dès le 21 octobre. 

M. voQ Etzel s'est déjà misa l'œuvre, dit [-.acroixs, et il a fait 
annoncer la vente des coupes de bois de l'exercice de 1870, à la- 
quelle il sera procédé, le lundi 7 novembre, dans la salle de la 
préfecture. Mais il ne s'en tient pas là. Sur la foi, dit-on, de dé- 
nonciations anonymes, — car, il faut bien le dire, on dénonce ici 

I. Bush (Moritz\ le comte de Bismarck..., p. ^i)'j. 
a. Lacroix (Louis), op. cil, pp. 286, 476, 485. 



DES BIENS 241 

à outrance, et les Prussiens en profitent, tout en disant qu'ils en 
sont dénoùtés, — il a su que les acquéreurs des rlernières coupes 
ne s'étaient pas tous accpiittés envers l'Etat. Ordre donc aux 
acquéreurs de produire leurs quittances pour se faire payer par 
ceux qui ne sont pas encore libérés. 

L'exploitation fut bientôt qualifiée comme elle men- 
tait de l'être, car on avait pris, au dire d'un conserva- 
teur français, 9.000 sur i5.ooo des plus beaux arbres 
de haute futaie. Il y eut même des marchés vscandaleux 
qui, finalement, aboutirent, le 3 avril 1872, à un arrêt 
par lequel la cour de Nancy, s'appuyaut, d'ailleurs, sur 
la doctrine commune aux professeurs Bluntschli et 
HeflFter, déclara nulle la vente des arbres du haute 
futaie faite par l'ennemi ; or, lorsque cette décision fut 
connue, les jtlénipotentiaires allemands se contentè- 
rent d'en donner acte, 

A Versailles, le préfet prussien de Brauchilsch ne 
pouvait négliijer l'occasion de réaliser un gain illicite, 
mais il avait compté sans le patriotisme des habitants; 
personne, en effet, ne se présenta, le 26 novembre, jour 
fixé pour l'adjudication. 

A Laon, le 10 décembre, même échec. 

M. de Rosenberg-, préfet prussien de Reims, avait 
manœuvré plus habilement, après s'être fait fournir 
par le maire de Sedan tous les renseignements néces- 
saires ; mais le Belge comte de Rottermnnd avec lequel 
il avait traité directement ne put conserver les ouvriers 
engagés' et, lorsque l'exploitation commença, le g-ou- 
vernement belge fit arrêter à la frontière tout convoi 
formé par des bois ainsi volés. 

I. Le préfet des Ardennes menaça les ouvriers belles de les faire 
fusilier. Lorsque la chute de Mczièrcs laissa toute liberté aux bûcherons 
allemands, les braconniers français, transformés en francs-tireurs, sous 
le nom de Sangliers des Ardcnnts, les tinrent en échec. 

16 



242 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

DES BIENS MOBILIERS 

Ces biens comprennent le matériel de guerre, les 
chemins de fer, les télégraphes et les postes. 

Les Allemands échouèrent dans leur tentative, avec 
menaces à l'appui, d'embaucher à leur profit le person- 
nel des chemins de fer appartenant à l'Etat^. 

Quant aux chemins de fer appartenant à des sociétés 
privées, ils purent les utiliser et les gérer, mais avec 
l'obligation de tenir compte, à la paix, aux représen- 
tants des compagnies, des profits perçus. 

En ce qui concerne les télégraphes et les postes, dont 
les Allemands surent s'approprier l'emploi avec toute 
la sécurité désirable, très peu d'employés français 
consentirent à continuer leur service. 



CAISSES PUBLIQUES 

Les capitaux que contiennent les caisses publiques 
sont utilisables par l'ennemi, à l'exception de ceux 
qui, déposés par des particuliers, — comme, par exem- 
ple, ceux des caisses d'épargne ou de retraite, — doi- 
vent demeurer intacts. 

Nous avons relaté l'emprunt forcé fait par les Alle- 
mands à la Banque de France de Strasbourg. Or, lors- 
que, un an enA'iron plus tard, le 2 novembre i87i,ils 
se décidèrent à le restituer,, ils oublièrent de tenir 
compte des intérêts. En outre, bien qu'ils eussent fait 
main basse sur des espèces monnayées, la restitution 
ne fut opérée qu'avec « de simples billets de banque, 

t. Jacqmin (ingénieur en chef), op. cit., p. a5i ; tentative de l'ingé- 
nieur J.-G. Glaver, en décembre 1870. 



DES BIENS 243 

(le manière à profiter de la différence, très appréciable 
à ce moment, entre noire papier ayant conrs Forcé et 
le numéraire d'or ou d'arg-ent i ». 



IMPOTS ET REVENUS 

Cette question, qu'il convient de mentionner, fera 
plus tard l'objet d'un examen particulier. 

CRÉANCES DE l'ÉTAT OCCUPÉ 

Passives OU actives, ces créances ne sauraient être 
considérées comme valables dans les territoires enva- 
his; par contre, l'occupant n'a pas le droit de se sub- 
stituer à lEtat pour recouvrer des créances exig-ibles 
ou devenant telles pendant le cours de l'occupation. II 
y aurait là matière à une discussion juridique, mais 
elle ne saurait trouver place ici. 

AUTRES BIENS PUBLICS 

Il est d'autres biens de l'Etat, tels que les églises, 
les hôpitaux, les écoles, les musées, les bibliothèques, 
dont le respect s'impose pendant l'occupation. Cela se 
conçoit, puisqu'il s'agit de religion, de charité, d'art 
et de sciences; une réserve peut être faite seulement 
pour les écoles lorsque les cours sont momentanément 
interrompus. 

Ici encore, les Allemands en agirent fort à leur aise, 
comme toujours d'ailleurs. 

On comprend que les églises aient pu être employées 

(i) Leorelle (A.), op. cit., p. 2o5. 



2.ii L'INVASION ALLEMANDE EN IS'O-lSTi 

pareiix pour parquer, — le mot esl juste, — pendant 
peu de temps, surtout dans les petits endroits, des 
prisonniers. 

On ne saurait admettre, en effet, qu'ils y aient ins- 
tallé à demeure des troupes qu'ils pouvaient cantonner. 
Il y eut alors des profanations véritables, comme à 
Vélizy (Seine-et-Oise), où, sous les yeux de leurs 
officiers, i5o Saxons, qui occupèrent l'église pendant 
trois mois, utilisèrent la cuve des fonts baptismaux 
pour éplucher les pommes de terre et transformèrent 
le maître autel en table à manger ; il est vrai que, dans 
la même localité, le cimetière fut profané aussi. 

Quant au prince Frédéric-Charles, il poussa l'oubli 
de toutes les convenances au point de laisser trans- 
former en écurie une église du Mans. Il ordonna aussi 
d'établir des cb.evaux dans une moitié du local affecté 
à une ambulance. 

Il arriva souvent aux Allemands d'accaparer des 
églises pour y faire célébrer les exercices de leur culte 
par des ministres qui exigeaient que les desservants 
missent à leur disposition les ornements et les enfants 
de chœur ^ 

Souvent des ambulances furent établies dans des 
églises: il n'y aurait à faire valoir contre cette affecta- 
tion que sou impropriété, en ce qui concerne le bien- 
être des malades et des blessés. 

Nous avons signalé, à propos du bombardement, la 
cruauté dont firent preuve les Allemands en prenant 
comme objectifs les hôpitaux les plus visibles et 

I. La ville de Chantilly fut taxée d'une amende de 25.000 fr, parce 
que le curé avait repoussé une demande de cette nature ; il s'agissait 
d'une chasuble. Le refus du curé était, convenons-en, d'autant moins 
compréhensible que l'aumônier du régiment se proposait de chanter un 
Te Deuni à l'occasion de la capitulation de Paris 



DES BIENS 24.-; 

les mieux indiqués par les drapeaux réglementaires. 

A Strasbourg-, les artilleurs de Werder incendièrent 
à la fois, nous l'avons déjà dit, le temple neuf, le gym- 
nase et une ambulance qui occupait, entre ces deux 
monuments, un bâtiment surmonté du drapeau inter- 
national *. 

A Paris, le 1 8 janvier [871, les six médecins traitants 
de l'hôpital des Enfants-Malades, au nombre de 600, 
protestèrent énergiquement contre le bombardement 
après que l'hôpital eût été atteint par cinq obus. 

Déjà, le 18 septembre 1870, l'Institut de France 
avait pu reprocher aux Allemands de n'avoir point 
épargné 

ces monumenls empreints du géuie même de rhumanité tout 
entière, qui forment pour ainsi dire le patrimoine commun des 
nations civilisées et l'héritag'e sacré qu'aucune ne peut anéantir 
ou entamer sans impiété envers les autres et envers elle-même. 

Empruntons le dernier mot à l'auteur favori de Fré- 
déric II, dont le témoignage ne saurait par conséquent 
être suspect : 

Pour quelque sujet que l'on ravag'e une contrée, on doit épar- 
sçnerles édifices qui font honneur à 1 humanité et qui ne contri- 
buent point à rendre l'ennemi plus puissant... Que g-agne-t-on à 
les détruire ? C'est se déclarer ennemi du genre humain que de 
le priver de gaieté de cœur de ces monuments des arts, de ces 
modèles du goût. 

Les Prussiens, qui s'autorisèrent si souvent de Wat- 
tel, avaient, sans doute, oublié ce passage. 

I. Meziéres a.), Ilevue des Deux-Mondes du i5 octobre 1870. 



246 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

II. — Des biens privés. 

Déjà dans les chapitres ii el iv du livre P'', nous 
avons pu noter le sans-g-êne et le mépris avec lesquels 
les Allemands en agirent avec les biens privés immo- 
biliers ou mobiliers des particuliers. 

Si cependant la propriété privée n'appartient point 
au g-ouvernement national, à Jortiori ne saurait-elle 
appartenir à l'envahisseur et le fait de s'en emparer ne 
constitue pas un droit. 

Toutefois, les nécessités de la guerre justifieront la 
mise en état de défense de certaines maisons, la con- 
fiscation d'armes, de munitions et, d'une manière 
générale, autoriseront tous les actes propres à affaiblir 
les moyens de défense ou d'attaque de l'ennemi. 

Dans tous les cas, demeureront condamnables les 
(lommag-es causés sans discrétion par le vol, le pillage, 
î i dévastation, c'est-à-dire de la soif dégradante du vil 
hutin. En imposant aux troupes une rigoureuse disci- 
pline, on fortifiera leur action et on écartera de l'armée 
cile-méme un sérieux germe de corruption en même 
temps qu'on maintiendra intact son honneur comme 
celui de la Nation qui l'a fournie *. 

Ce raisonnement s'appuie, d'une façon générale, sur 
un principe auquel nous avons eu plusieurs fois 
recours : le droit des gens et le droit de conquête qui 
en résulte ne s'appliquent qu'aux personnes et aux 
choses engagées dans la lutte. Il appartient donc aux 
officiers de s'opposer énergiquement à ces méfaits au 
lieu de les autoriser, soit par leur mutisme et surtout 
par leur encouragement ou leur participation; sinon il 
n'y aura plus de limites. 

I. GuELLE (capitaine Jules), op. cit., t. II, p. i43. 



DES BIENS 247 

III. — Des impôts. 

PERCEPTION ABUSIVE ET ASSIETTE DE l'iMPÔT 

Ne nous lassons pas de répéter que le fait de l'occu- 
pation ne concède nullement à l'Etat envahisseur les 
droits de l'Etat envahi et qu'il a le devoir de se souve- 
nir toujours, — si l'esprit de justice et de modération 
le guide, — que son pouvoir n'est basé que sur le droit 
du plus fort. 

Le but même de la guerre a pour conséquence la 
suspension de la perception des impôts et la tentative 
de se les approprier. Mais si l'envahisseur est honnête, 
il renoncera à s'approprier les sommes nécessaires 
pour pourvoir à l'administration du territoire envahi ; 
en effet, ainsi que l'a dit Bluntschli, 

Le vainqueur dispose des l'ccettcs publiques et des impôts per- 
çus ou à percevoir sur le territoire occupé, à la condition de 
faire les dépenses régulières nécessitées par l'administration de 
la justice et les besoins publics i. 

Dans le cas seulement où il n'y a pas de reliquat, on 
se procurera le nécessaire en recourant, suivant la 
nature des besoins, à des réquisitions ou à des contri- 
butions de guerre. 

Il est interdit de multiplier les impôts au nom de 
l'Etat envahi : la perception devra donc être basée sur 
ce principe. 

Au début, les Allemands se montrèrent relative- 
ment modérés. 

C'est ainsi que, dans certains départements, no- 
tamment en Seine-et-Oise, ils consacrèrent à l'admi- 

I. BluiMsculi, op. cit., numéro 647- 



248 L'INVASION ALLEMANDE EN ISlO-lSll 

nistration du territoire une partie des receltes, mais 
cela ne dura pas. 

Le 10 octobre 1870, le départ des employés supé- 
rieurs français ayant rendu très difficile la perception 
des contributions directes, le mode français fut sus^ 
pendu et remplacé ainsi. 

Article 2. — Le maire ^de chaque commune aura à percevoir, 
dans lespremiersjours de chaque mois, uu douzième de la somme 
fixée pour sa commune, dans l'état du montant des rôles géné- 
raux, des contributions foncières, personnelles mobilières, des 
portes et fenêtres et des patentes pour l'exercice de 1870 qui avait 
été approuvé par le préfet du département et par le directeur des 
coutribuLions directes, en date du 22 août 1870. 

Ainsi que nous avons eu occasion de le dire, cha- 
que maire fut intéressé à la perception par une prime 
de 3 0/0 sur le total recouvré, i 0/0 en plus étant 
servi au maire du canton chargé d'encaisser et de 
verser à l'agent allemand. 

La responsabilité de la commune fut naturellement 
établie sous menace d'e.xéculion militaire. 

Quant aux contributions indirectes, il fut décidé, 
lors de la suppression de la perception des droits d'en- 
reg-istremenl et du timbre, qu'ils seraient remplacés 
par un impôt dont le montant fut fixé aux i5o 0/0 
payables par douzième de la somme fournie par les 
contributions directes. C'est du moins ainsi qu'on 
procéda dans le département de Seine-et-Oise g-éré 
par un préfet prussien dont l'esprit était éminemment 
pratique*. 

I. DÉi.EnoT (E.), o/J. cit., 2« édition, pp. 434 à 437. 



DES BIENS 249 

IMPÔT DE CAPITATION 

Le chiffre ainsi obtenu fut assez satisfaisant; néan- 
moins, le gouvernement ne tarda point, — comme 
s'il voulait affirmer davantage encore sa rapacité, — 
à inventer un impôt spécial, l'impôt de capitation^ 
sans précédent là où le pillage n'avait pas été de 
règle. 

A l'avenir, chaque habitant fut taxé, sans aucune 
exception, à 20 fr. ou à 5o fr., suivant qu'il était à la 
campagne ou à la ville. 

Une mesure aussi arbitraire trouva une vive oppo- 
sition, qui finit par se transformer en une inertie 
véritable contre laquelle les Allemands demeurèrent 
impuissants malgré des menaces réitérées parfois sui- 
vies d'un commencement d'exécution. 

M. Lemas a raconté la lutte qu'entreprit dans le 
département de l'Oise le baron prussien de Schwartz- 
koppen,dont le nom évoque le mépris 1. Les conseils 
municipaux, en presque totalité sur 700, puis le Con- 
seil général, dont tous les membres furent emprison- 
nés, conclurent à l'impossibilité de fournir la contri" 
bution exigée. Les négociateurs députés à Versailles 
finirent par transiger pour une somme de deux mil- 
lions, qui furent payés le 25 février iSyr. 

Dans le Gambrésis, après avoir signifié l'impôt de 
capitation, les Allemands prirent des otages : à Gar- 
nières, imposé pour GyS.ooo francs ; à Glary, pour 
100.000; au Gâteau, pour 900.000; à Solesmes, à 
Marelz et à Naves, pour 7.000 ;à Gagnoncles, à Villers- 
Guislain, à Bantouzelles, etc. 

I. Lbmas (Th.), Un dépavlement pendant V invasion j8 jo-iS'/t, cha\i. 
XIV, pp. 171 à 178. 



250 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

En plusieurs endroits, ils menacèrent de l'incendie 
si le paiement n'était point effectué. 



RANÇONNEMENT SIMULTANE DES DEPARTEMENTS 

ET DES COMMUNES 

Lorsqu'il fut évident que la paix ne tarderait pas à 
être conclue, les Allemands mirent tout en œuvre 
pour faire rentrer le plus d'argent possible dans leurs 
caisses; à cet effet, ils perçurent abusivement les im- 
pôts, ils les multiplièrent au nom de l'Etat français et 
s'appliquèrent consciencieusement à rançonner simul- 
tanément les départements et les communes. 

Les Allemands excellaient aussi, dit Lei^relle à ce sujet i, dans 
l'art de les faire contribuer en tant que départements et commu- 
nes aux besoins matériels de leur croisade civilisatrice. Nos mu- 
nicipalités restant, en effet, les seuls pouvoirs constitués que l'in- 
vasion rencontrât encore en fonctions sur le sol de la France^ il 
semblait tout naturel aux chefs de la croisade de les investir, 
dans l'intérêt de leur rapacité, de toutes les attributions conférées 
parla loi à nos préfets et à nos conseils généraux... Ces extorsions 
départementales et communales se partagent en diverses caté- 
gories. 

Ces catégories, nous les connaissons : 

Indemnité exigée d'un certain nombre de départe- 
ments au profitdes Allemands, prétention monstrueuse 
dont nous avons fait justice; 

Indemnité motivée par la capture régulière de capi- 
taines au long cours, prétention purement ridicule; 

Amendes à tous ses degrés et sous toutes les for- 
mes; 

I. Leghelle (A.), op. cit., p. 8g. 



DES BIENS 251 

Contributions de guerre arbitrairement ou inique- 
ment prononcées; 

Ré(juisitions sans limites; 

Enfin, rachat obligatoire en plein armistice de tous 
les citoyens français inoffensifs à raison de 20 fr. ou 
de 5o fr. par tête, rachat non justifiable qui restera 
la plus honteuse des contributions de guerre qu'ait 
prélevées la Prusse. 

A partir du i" janvier 1871, les exig-ences alle- 
mandes augmentèrent tellement, surtout dans les 
grandes villes, que, pendant les deux premiers mois, 
les habitants eurent à payer quatre fois le montant 
des impôts directs • c'est ainsi que, pour Versailles, 
la contribution mensuelle, au double titre de la con- 
tribution directe de 71.146 fr., 20 c. et des contribu- 
tions indirectes de 106.669 fr., 3o c, se trouva élevée 
à 177.816 fr., 5o c, alors qu'elle avait déjà déboursé 
plus de Soo.ooo fr. pour l'armée d'occupation 1. 

Aussi Délerot a-t-il pu écrire : 

De même que les artilleurs prussiens, dans les dernières heures 
du bombardement, et quand ils savaient que le feu devait s'arrê- 
ter à minuit, avaient redoublé d'activité et avaient tiré sur Paris 
avec une espèce de fureur pour tuer encore (juelques Français 
avant de s'arrêter «, de môme les agents financiers de la Prusse, 
voyant la finde l'occupation s'approcher, mettaient en œuvre tous 
les moyens dont ils pouvaient disposer pourrançonner et dépouil- 
ler les |)opulations françaises. Ils n'avaient plus que quelques 
semaines pour abuser du droit de la çuerre et pour épuiser notre 
pays, ils s'ingéniaient à inventer de nouveaux procédés d'exac- 
tion et rédigeaient leurs arrêtés avec une rigueur plus menaçante 
que jauiaiss. 

I. DÉLKnoT (E.), op. cit., 2° édition, pp. Ii'.i3 et 436. 
a. Se reporter à la brutale jiislificalion par Bismarck de cette façon 
de procéder: voir [>. 122. 

3. DÉi.BuoT (E.), op. cit., 2" édition, p. 374. 



252 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811 

IV. — Conduite des Allemands dans quelques 
provinces, départements ou villes. 

On a déjà pu se faire une idée de la conduite des 
Allemands en différents endroits du territoire envahi; 
serrons la question de plus près, au risque de com- 
mettre des répétitions, dont nous avons eu soin de 
nous excuser d'avance. 

ALSACE ET STRASBOURG 

Les auteurs qui ont parlé de la « main de velours » 
que les Allemands auraient employée en Alsace sont 
des g^ens de mauvaise foi ou des ig-norants ; les docu- 
ments parlent contre eux. 

Dès leur entrée à Strasbourg-, les Allemands pu- 
blièrent un règlement de police ; analysons-le et re- 
produisons in-extenso l'article 4? qui est très sugges- 
tif, adressé pour trois ans, à des frères... reconquis. 

L'état de g-uerre et de sièg-e est proclamé; la loi 
martiale fonctionne; 

Désarmement général assuré par des visites domi- 
ciliaires ; 

Suppression de la presse, journaux, gazettes, pro- 
clamations et imprimés, sauf autorisation spéciale ; 

Article 4. — Au cas où les troupes allemandes seraient, d'un 
bâtiment quelconque ou d'un lieu quel qu'il soit, l'objet d'une 
agression armée, les troupes sont autorisées à entrer dans le bâ- 
timent et à passer par le fil de l'épée tous les hommes adultes. 

Les trois derniers articles étaient consacrés à la 
propriété privée, aux réquisitions, à la police de la 
rue, à l'éclairage et à la circulation pendant la nuit. 



DES BIENS 253 

Nous avons vu que le Gouvernement de l'Alsace 
fut le premier créé. Quelques jours après la capitula- 
tion de Strasbourg', toute l'admiiiistratioa s'y était 
établie ; de là, peu à peu, ses foîictionnaires garnirent 
la Lorraine et l'Alsace. 

En somme, l'Administration de l'Alsace-Lorraine 
est restée telle qu'elle avait été organisée àHaguenau, 
le i4 août 1870, jour oùlecomte von Bismarck-Bonin, 
prolestant et cousin du chancelier, fut nommé gou- 
verneur général. 

La Poste et les correspondances furent naturelle- 
ment l'objet d'une étroite surveillance. 

A un certain moment, l'exode des Alsaciens dési- 
reux de se soustraire à la persécution s'accentuant, le 
roi de Prusse lança de Versailles, le i5 décembre, la 
proclamation suivante, bien faite pour ramener le calme 
dans les esprits en Alsace et en Lorraine : 

Article premier. — Ouiconque rejoint les forces françaises est 
puni d'une confiscation de ses biens actuels et futurs et d'un ban- 
nissenient de dix années. 

Article 2. — La condamnation a lieu par un arrêt de notre 
gouvernement général qui, trois jours après sa publication dans 
la partie officielle d'un journal de ce gouvernement, entre en 
vigueur et doit être exécuté par les autorités civiles et militaires. 

Articles. — Tout paiement ou remise qui serait fait plus tard 
aux condamnés est regardé comme nul et non avenu. 

Article 4. — Toute donation entre vifset aprèsdécèsque lecon- 
damné a fait après ce décret concernant sa fortune, est nulle et 
non avenue. 

Article 5. — Quiconque veut quitter son domicile doit en de- 
mander la permission au préfet, par écrit, en iDdi(juant le but de 
son départ. Ouicon(jue est absent pendant plus de huit jours de 
son domicile, sans permission, est supposé, en droit, avoir rejoint 
les armées françaises. 

Cette supposition suffit pour entraîner condamnation. 



254 L'INVASION ALLE VIANDE EN IS-Q-lSll 

Article 6. — Les préfets ont à établir et à contrôlr r des listes 
de présence de toutes les personnes mâles. 

Article 7. — Le produit de la confiscation est à livrer à la 
caisse du gouvernement général. 

Article 8. — Le retour du bannissement entraîne la peine 
édictée par l'article 33 du Code pénal. 

Article g. — Ce décret entre en vig-ueur à partir du jour de sa 
publication. 

Fait au quartier général de Versailles, le lo décembre d870. 

GtULLAUME 

De Bismarck, Dii Roon. 

Dans le courant du mois de décembre, 382 habi- 
tants de Strasbourg', dont une centaine de femmes ou 
de jeunes filles, furent jetés en prison. 

On trouvera bien d'autres détails dans l'ouvrage 
intitulé Die Preussen in Elsass-Lothrihgen^, publié, 
en 1872, par Gustave Rasch, Prussien libéré comme 
Heine ; ami passionné de la France républicaine, 
Rasch fut condamné, à cause de son indépendance, 
à quatre mois de prison et à la confiscation de son 
livre. 

On lira aussi avec profit l'ouvrage publié, en 187 1, 
par Albert Dumont, sous ce titre : l'Administration 
et la propagande prussiennes en Alsace. 



NANCY ET LA LORRAINE 

Le i4 août également, le poste de commissaire civil 
chargé de surveiller en Alsace toute l'administration 
avait été confié à un émigré français, le marquis de 
Villers,dont il a déjà été question à propos des otages. 
Parti de France en i83o, après avoir été garde du 

I. Cet ouvrage a été traduit, en 1876, par Louis Léger. 



DES BIENS 255 

corps, ce Iriste personnage eut l'impudeur de signer 
la proclamation suivante : 

... Attendu qu'un grand nombre d'officiers français, prison- 
niers ou otages ont manqué à leur parole d'honneur : 

Porte à la connaissance du public que des ordres sont donnés 
pour que désormais la parole d'honneur d'aucun Français ne soit 
accceptée. 

Dès le mois de septembre, ce renég-at chercha à 
faire capituler les consciences des membres de la 
Cour et du Tribunal de Nancy pour que la justice fût 
rendue « au nom de l'Empereur » et non en invo- 
quant celui du peuple français ; sa conclusion était 
la suivante : 

Veuillez, Monsieur, m'envoyer bientôt votre réponse. Avec le 
plus g-rand regret, je serais forcé d'ell'acer voire nom sur le rôle 
des personnes ayant droit de traitement et d'appointements, si 
votre réponse n'était pas dans mes mains d'ici à trois jours, et si 
elle n'était pas purement affirmative. 

La réponse des uns et des autres fut catégorique- 
ment uég-ative ^ Le 9 octobre, après avoir été invité 
par le marquis de Villers à prescrire aux membres de 
son clergé de garder une attitude neutre, Mgr Foulon, 
évêque de Nancv, lui répondit (ju'il leur avait recom- 
mandé « l'attitude calme et prudente qui leur conve- 
nait par-dessus tout dans les circonstances doulou- 
reuses que l'on traversait » ; puis, saisissant l'occasion, 
il lui signala « comme une cause d'agitation qu'il lui 
était possible d'atténuer », de façon à obtenir l'apai- 
sement désiré, l'attitude le plus souvent agressive et 
par^'ois injurieuse du Moniteur officiel publié sous ses 
yeux^. 

I. Lachoix (Louis), op. cit., pp. 2a5 à 228. 
9. Lachoix (Louis), op. oit., pp. Sso à 325. 



256 L'INVASION ALLEMANDE EN 18'0-18"1 

Il est, d'ailleurs, équitable de reconnaître que les 
trois hauts dig^nitaires allemands gouvernant en Lor- 
raine comprirent et respectèrent dans la personne de 
Mgr Foulon le caractère particulier de l'Eglise consti- 
tuant, comme l'a dit Lacroix, « un pouvoir indépen- 
dant existant par lui-même et sur lequel la conquête 
ne leur donnait aucun droit ». 

Dès le i8 août, V « habitant de Nancy » signalait, 
dans un curieux exposé ^, Taugmentation croissante 
des réquisitions d'ailleurs les plus varices et il concluait 
avec raison : 

Il faut aller à l'Hôtel-de-ville pour se faire une idée de la vie 
de sacrifice, de dévouement que mènent, à l'heure qu'il est, nos 
conseillers municipaux, seul pouvoir resté debout dans la Cité 
depuis la disparition de celui de l'Etat. 

Déjà, à propos de réquisitions, nous avons rendu 
un semblable hommage. 

Lors de la création des otages d'accompagnement, 
le maire de Nancy, M. Welche, fit une démarche 
auprès du comte ïlenard; celui-ci, plein de morgue et 
de cruauté, lui fit une réponse en rapport avec la géné- 
rosité de la race et qui mérite d'être conservée : 

Vous autres Français, vous ne savez pas obéir. Quant à nous, 
nous exécutons sans mot dire tous les ordres que nous recevons 
de nos chefs. 5/ /'o« me commandait de brûler lu ville de Nancy, 
je le Jerais à l'instant et sans hésiter. Après tout, la mesure 
n'est pas sans précédent et elle a été employée par Mouravief en 
Lithuanie et en Pologne *. 

Lors de l'org-anisation du service forestier, les fonc- 
tionnaires de l'administration française repoussèrent 
les propositions qui leur furent faites ; ils furent expul- 

1. Lacroix (Louis), op. cit., p. 77. 

2. Lacroix (Louis), op. cit., p. 289. 



DES BIENS 257 

ses et des ag^eats venus d'Allemag-ne et nommés à titre 
provisoire assurèrent dès lors, tant bien que mal, le 
service. 

Quantaux préposés qui n'avaient pas les mêmes faci- 
lités que leurs chefs pour émi§-rer, ils demeurèrent, 
pour la plupart, en fonctions; les vides furent comblés 
par de jeuues chasseurs prussiens et par des volon- 
taires alsaciens. 

Lorsque, le lo février iSyijles élections pour l'As- 
semblée nationale eurent lieu dans le département 
de la iMeurthe, les huit noms figurant sur la liste du 
Comité républicain passèrent à une immense majo- 
rité; les Allemands devinrent furieux en voyant que 
Gambetta occupait le cinquième rang-. 

Ils tinrent alors à la Municipalité de Nancy ce petit 
raisonnement* : 

Vous êtes donc bien riches encore que vous votez pour l'homme 
qui veut voler la guerre à outrance. C'est bon à savoir, et nous 
allons en prendre tout à notre aise avec vous. Il faut nous payer 
tout de suite toutes vos contributions de çuerre. 

Et ils n'eurent pas de peine à lui démontrer que 
leur total atteignait le joli chiffre de [.400.000 francs, 
qui devaient être versés dans les six jours, a sous 
peine d'exécution militaire ». 

Or, la caisse municipale était vide : M. Welche se 
précipita chez M.de Villers et obtint que le délai serait 
prorogé jusqu'au i*"" mars. A Bordeaux, où il se rendit 
lorsque l'Assemblée nationale se réunit, il obtint qu'on 
insérât, dans la convention d'armistice, une clause qui 
mît lin à toutes les contributions de guerre extra- 
ordinaires pesant sur nos départements occupés. Par 

I, Lacroix (Louis), op. cit., pp. 464, 470, 491, 5oo. 



258 L'INVASION ALLEMANDE EN 1 870-1 8T1 

celte clause furent supprimées de droit la part d'a- 
mende (ooo.ooo fr.) relative au pont de Fontenoy, 
l'indemnité de 750.000 francs allouée à la marine mar- 
chande allemande, la gratification (94.000 fr.)g-racieu- 
sement accordée par l'empereur d'Allemagne à ses 
officiers à l'occasion de la prise de Paris et de l'armis- 
tice, enfin les réquisitions en argent et en nature*. 

Ainsi déçus, les Allemands exigèrent le paiement 
immédiat d'une somme de 61 5. 000 francs provenant 
des relards apportés dans le paiement de l'impôt pen- 
dant plusieurs mois, y compris les... deux premiers 
jours de mars, la ratification du traité n'ayant eu lieu 
que le 2. 

L'alarme fut encore grande à Nancy, car l'autorité 
prussienne fit occuper militairement trois maisons de 
banque particulières et la succursale de la Banque de 
France. Mais l'appel fait par le Conseil municipal au 
patriotisme des habitants ayant réussi^, il fut pos- 
sible de prendre un engagement ferme de paiement 
qui fut accepté pour le i5 mars. 

En Lorraine, comme partout, les campagnes eurent 
tout particulièrement à souffrir, car ses habitants 
furent soumis à une tyrannie qui ne désarma jamais^ : 
les greniers à fourrage et les greniers à grains étaient 
vides. 

HAUTE-MARNE 

Nous avons dit comment les églises furent traitées 
en Lorraine. Dans le département de la Haute-Marne, 

1. Lacroix (Louis), op. cit., p. 491. 

2. Souscription d'uu emprunt émis en obligations de 5oo fr. ou en 
bons à ordre produisant un intérêt de 6 0/0. — Lacroix (Louis), op. 
cit., p. 5oo. 

3. Lacroix (Louis), op. cit., pp. 79,93, io3, isS, 167, 



DES BIENS 2o9 

dont tous les maires firent assaut de courag-e et de 
dignité, la tyrannie du préfet prussien dépassa toutes 
les bornes. La lecture du travail de Th. Gavaniol* est 
navrante ; force nous est de limiter nos citations : le 
vol, les coups et les menaces de mort se rencontrent 
à chaque instant. 

Pour Leffonds,qui comptait .069 habitants, le total 
des dépenses fut de 87. 078 fr. i5. 

Rouelles, qui avait i35 habitants, dut log-er et nour- 
rir, les i5, 16 et 18 janvier, 5.000 hommes et 600 che- 
vaux. 

Rouécourt,dont la population n'était que de 219 ha- 
bitants, eut à loger et à nourrir, pendant deux jours, 
83o soldats et 216 chevaux; elle dut en outre fournir 
1.296 kil. d'avoine, 432 kil. de foin, 824 kil. de paille 
et 4i5 kil. de viande. 



ENVIRONS DE PARIS ET ILE DE FRANGE 

La population des environs de Paris fut soumise à 
des vexations età des humiliations incessantes jusqu'à 
ce que, en bon nombre d'endroits, on l'expulsât en 
masse pour l'interner ailleurs^. 

L'Ile de France, a dit E.Fournier, fournit un tableau 
complet de dévastation que les Allemands infligèrent 
à plusieurs régions : 

Dévastations puis destruction, à l'aide de l'incendie pour faire 
disparaître les traces du pillag-e et laisser croire à l'anéantisse- 
ment et non au vol des choses enlevées, dévastation avec souil- 

1. Cavaniol (Th.), l'Invasion de j8jo-i8yi dans la Haate-Marne, 
pp. 198 à 243. 

2. C'est ce qui arriva aux malheureux habitants de Saint-Cloud, Thiais 
et Ghevilly, Chenncvièrcs, Gouvernay, Boug^ival, Garches, Meudon, etc. 
Des#ardins (Gustave), op. cit., p. 85. 



260 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

lures, presque toujours la même, et les plus immondes, les plus 
dcshonorautes pour ceux qui ne rousjfirctit pas de se les permet- 
tre ; dévastation avec profanation et même sacrilège : tout y l'ut i. 

Les malheureuses bourgades dévastées furent ran- 
gées en trois catégories numérotées : n° i, «assez joli- 
ment pillée; n" 2, modérément pillée; n" 3, complè- 
tement nettoyée ». Aussi un Allemand, J . de Wickede, 
pouvait-il écrire de visu, à la fin de septembre 1870 : 

... Pendant trois jours, je n'aperçus que destructions. Le pil- 
lage allait aussi bon train. Une nuée de pillards, s'intitulant 
vivandiers, fournisseurs, infirmiers, se précipitaient de l'Alle- 
mao"ne sur la France, mais ce riéfaient que des gens de sac et de 
corde. Ils affluèrent surtout autour de Paris, volèrent, rançon- 
nèrent, escroquèrent les habitants à cœur joie, et poussèrent nos 
soldats à piller, leur oti'rant quelque menue monnaie pour le pro- 
duit de leur vol. Il se passa alors bien des faits gui ne sont f^as 
à l'honneur^ du nom allemand et qui ont, à bon droit, révolté 
les Françfiis. Il n'y a rien à répondre quand ils nous accu- 
sent de barbarie et de brutalité 2. 



VERSAILLES ET SEINE-ET-OîSE 

Il faudrait deux volumes pour donner une idée de 
ce qu'ont eu à souffrir, à la connaissance certaine du 
roi de Prusse et de ses conseillers, les populations de 
cette région qui fut littéralement foulée aux pieds. Ces 
volumes ont été faits et loyalement écrits par deux 
Yersaillais : E. Délerot et G. Desjardins, aux travaux 
desquels nous serons le plus souvent obligé, faute de 
place, de renvoyer. 

On doit au premier d'entre eux un tableau fidèle et 

I. FouRNiER (Edouard), op. cit.. pp. 180 et siiiv. Voir aussi le Times 
du 3o décembre 1870. 

3, Neuxomm (V,), pp. ^l^3-lI^b. 



DES BIENS 261 

vivant de la physionomie qu'offrit Versailles pendant 
les 174 jours que dura l'occupation ^ 11 reconnaît, 
d'ailleurs, que le sort de ses habitants fut « naturelle- 
ment très doux, comparé à celui des habitants des 
villages occupés. . ». 

Les scènes de violation de domicile, de vols et de 
pillag"e furent fréquentes-. 

Que dire des sacrifices pécuniaires imj)osés, du 
20 septembre au 3o janvier 1871, à une ville dont le 
sieur de Brauchitsch (bronchite, se permettait-on de 
dire, pour plus de facilité) connaissait exactement les 
recettes annuelles s'élcvant à 800.000 francs. 

Entre ces deux dates, Versailles eut à débourser ^ 
mensuellement 390.000 francs; encore, le Roi lui fit- 
il remise, le 29 septembre, d'une contribution de 
g-uerre de 4oo.ooo fr. et participa-t-elle à la mesure 
concernant la contribution... toujours « extraordi- 
naire» de 10 millions pour laquelle sa quote-part était 
de 1.054.567 francs. 

Les Réquisitions exigées pendant cinq mois dépas- 
sèrent, surtout pour les bureaux d'état-major, tout ce 
qu'on peut imaginer. Délerot en a donné plusieurs 
spécimens *. Le roi et le prince royal, son fils, ne 
réclamèrent que « le logement, le feu et la chandelle », 
mais quel brasier perpétuel et quelle illumination ! 
Pour le prince seul, on eut, en effet, à fournir par 

I. DÉLEROT (E.), op. cit., 2' édition, p. aaS. 

Logements des principaux personnai^cs : Prince royal de Prusse, villa 
de M™« André, à la porte de Hue; chancelier Bismarck, hôtel de Jessé, 
rue de Provence, n° 12 ; grand quartier général, hôtel Lambinet, rue 
Neuve. Le Roi était, on le sait, logé à la Préfecture. 

r'. DÉLEKOT (E,), op. cit., 2« édition, pp. s64 et 267. 

3. DÉLEKOT lE.), o]). cit.. a« édition, pp. 29, 66, 88, laS, 374, 270, 
354, 384, 3y4. 4oa, 467. 468, 4"9 

4. DÉLEKOT [V.), op. cit., 2° édition, p. i65. 



262 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

jour 26 paquets soit 200 boug"ies, et, le 17 décembre, 
douze (12) jeunes sapins pour fêter la Noël 1. 

Pour une durée de /|0 jours, la nourriture du géné- 
ral major de Voig^ts-Rhetz à l'Hôtel de France attei- 
gnit le modeste chiffre de 7.406 fr. 90; à la fin de 
l'occupation, la somme s'était élevée, nous l'avons dit, 
à 24.894 fr. 4o- 

Desjardins a noté avec soin les amendes provoquées 
par des coups de fusil tirés ou allégués mensongè- 
rement, ainsi qu'il fut prouvé ; pour quatorze endroits 
seulement, ces âpres percepteurs réalisèrent une 
somme de 27.000 francs '. 



SENS 
Le i3 novembre i8yo. 

Le pillage effréné dont Sens fut le théâtre le i3 no- 
vembre, et à [)ropos duquel le major Hans de Krets- 
chman écrivit: « De tels procédés sont bien faits pour 
vous dégoûter de la guerre », — avait été imputé aux 
Hessois. Ceux-ci protestèrent en 1904 et il fut prouvé 
que les coupables étaient, — le prince Frédéric- 
Charles présent, — des troupes prussiennes 3 : le pil- 
lage, effectué pendant que l'on préparait des réquisi- 
tions dont le montant s'éleva à 55. 987 fr. 25, occa- 
sionna une perte approximative de 9.000 fr. à la ville 
qui, néanmoins, fut indignement imposée d'une con- 
tribution de guerre de 8.000 francs. 

I. DÉLEROT (V.), op. cit., a» édition, p. an. 

a. Desjardins (Gustave), Tableau..., p. 53. 

3. Les travaux publiés sur cette question : en 1871 et 1904, par 
MM. V. Dauphins, professeur d'allemand, elL.HuMBERT; en 1904, par 
le lieutenant Ch. Wblter ne sauraient laisser subsister le plus léger 
doute. 



DES BIENS 263 

ORLÉANS ET OHLÉaNAIS, BEAUGENCY 

Il ne sera question ici que du Loiret puisque, déjà, 
nous avons relaté des faits concernant les départe- 
ments du Loir-et-Cher et de l'Eure. 

Orléans, pour lequel l'abbé Cochard a fait, de uisu, 
une relation si intéressante *, fut occupé successive 
ment, — du ii octobre 1870 au 17 mars 1871, - par 
les Bavarois et les Prussiens. 

Les uns et les autres se conduisirent comme l'a- 
vaient fait leurs prédécesseurs de 1810 et les sempi- 
ternels tout de suite, tout de suite, réveillèrent les 
souvenirs des anciens habitants d'Orléans. 

Entrés en ville après l'avoir bombardée, après avoir 
mis le feu à la main à 28 maisons et pillé les faubourgs 
Bannier et Saint-Jean, les Bavarois se rendirent cou- 
pables de vols qui a se comptent par milliers » et de 
nombreux assassinais -. 

Quant au général Von der Thanu,leur chef, il com- 
mença par imposer la ville de deux millions, dont 
i.5oo.ooo fr. en espèces métalliques et 5oo.ooo fr. en 
réquisitions. 

Toutefois, il eut des rapports corrects avec la Munici- 
palité et surtout se montra très déférent, en catholique 
et en homme bien élevé, vis-à-vis de Mgr Dupanloup. 

Il en fut tout autrement avec le prince Frédéric- 
Charles, qui, dit l'abbé Cochard, « nous traita avec la 
rapacité, avec la voracité que met le vautour à dé- 
pouiller et à manger sa proie, au point qu'il nous fit 
regretter von der Thann avec ses cupides, sales et insa- 

1. G0CHA.RD (abbé), V Invasion prussienne de iSjo : les deux volumes 
sont à lire avec soin. 

2. GocuAHU (abbé Th.), op. cit., t. II, p. i5o. 



264 L INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

tiables Bavarois i ». Lui, prince de sang royal, auto- 
risa le joug' de fer que le IIP corps d'armée fit peser 
sur les Orléanais; il « prêta l'autorité de son nom 
princier à ce brigandage administratif, qui provoqua 
même les iniques mesures dont le seul souvenir sou- 
lève encore l'indignation dans toute âme orléanaisel... 
Tant qu'Orléans sera Orléans, sa mémoire sera bannie, 
exécrée comme celle d'Attila 2 ». 

Sa conduite envers Mgr Dupanloup, auquel il fit 
connaître qu'il était « prisonnier, non de guerre, mais 
sur parole », fut indigne ; il autorisa la profanation de 
plusieurs églises transformées en prison, écuries, lieu 
de prêches. 

Il fit évacuer dans les deux heures la préfecture 
par M. Pereira, qui expira, le 20 janvier 1871, sous 
les yeux de deux factionnaires prussiens. 

li mania avec art l'amende et la réquisition. 

Le 16 décembre, il imposa à la ville une amende de 
600.000 fr. pour une tentative d'assassinat dont la 
fausseté fut prouvée; il s'agissait, en réalité, d'avoir, 
aux approches de la Noël, l'argent nécessaire pour 
contenter le désir de ses officiers qui, peu après, lui 
offrirent une... magnifique pendule 3. 

Déjà nous avons dit comment, en 1870-187 1, les 
Allemands pratiquèrent le respect de la femme ; citons 
un fait relatif à Orléans. 

Le général de Manstein, chef du IX^ corps, se fit 
servir, rapporte l'abbé Cochard, par des femmes du 
meilleur monde, les injuriant au besoin. Modelant 

I. CocHAHi) (abbé;, op. cit., p. Bg. 

a. CocHAUD (abbr), op. cit., p. 87. 

.'}. Cochard (abbé), op. cit., p. i55. Le maire Crespin établit qu'il s'a- 
i^issait d'un infâme proxénète qui, blessé à la face, ne resta que deux 
jours à l'ambulance. 



DES BIENS 265 

leur conduite sur la sienne, des officiers chassèrent 
des femmes de leurs chambres et les reléguèrent dans 
des mansardes, enlevèrent les matelats ou les lils de 
plume sur lesquels reposaient des femmes en couche 
ou gravement malades; quelques-uns même, pour 
comble de honte, poursuivirent et frappèrent « à 
coups de sabre de pauvres femmes auxquelles on ne 
pouvait reprocher que d'être et de se montrer fran- 
çaises ! » 

Le prince Louis de Hesse, ([ui succéda, le 4 janvier 
1871, à Frédéric-Charles opérant contre la deuxième 
armée de la Loire, marcha de son mieux sur ses traces. 
Aussi, comme on approuve l'abbé Cochard concluant : 
« 181 5 et 1870 ont laissé dans le cœur des Orléanais 
un levain de haine qui ne sera détruit que par une 
revanche éclatante * ». 

Un mot pour Beaugency,qui fut bombardé, le 8 dé- 
cembre, sans sommation et sans la moindre excuse, 
puisqu'il ne fut ni défendu ni même occupé. L'église, 
un couvent et les hôpitaux, bien indiqués par le dra- 
peau international, ne furent pas épargnés ; c'est ainsi 
qu'un obus emporta les deux jambes de Blanchetière, 
membre zélé de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, 
« occupé à panser les blessures d'un soldat... allemand 
qu'il avait protégé et apporté 2 ». 



ROUEN ET NORMANDIE 

Le budget de quatre millions environ de la ville de 
Rouen devait a[)pele]' sur elle toute la bienveillance 
des percepteurs allemands casqués. 

1. CociiARij (abbé Th.), op. cit., t. I, p. 17. 

2. Attestation d'un correspondant anglais attaché au camp français. 



266 L'INVASION ALLEMANDE EN 1818-1871 

Le 10 février 1871, le Maire fut informé que la ville 
était taxéeà 6 millions 5oo. 000 francs et invité à payer 
en trois jours cette modique contribution, chaque 
jour de retard devant entraîner une aug-mentation de 
5 O/'o. Les sommations allèrent se rapprochant, puis 
les menaces, pendant qu'une délégation du conseil 
municipal, appuyée auprès de l'Empereur par le car- 
dinal de Bonnechose, négociait à Versailles. 

On gagna du temps et la signature des préliminai- 
res de la paix dispensa la ville de payer même les 
2 millions 166.167 francs, somme à laquelle la contri- 
bution avait été réduite le 20 février *. 

Une fois de plus, le marchandage allemand et l'é- 
nergie française avaient lutté et le triomphe était de- 
meuré à la bonne cause 

Le Vexin normand eut à nourrir alternativement 
les deux partis. 

Du 9 octobre à la fin de mai 1871, Gisors fut pres- 
suré et violenté. Vernon, Longchamp et Hébécourt 
eurent aussi beaucoup à souffrir en octobre. 



LE MANS 

Déjà nous avons dit le traitement que les Allemands 
firent subir, au iMans, à nos malades, à nos blessés et 
ce que fut la table du prince Frédéric-Charles. Dans 
le prochain chapitre, nous parlerons des finances. 

Sur toutes ces questions, le livre de M. Mallet est 
précieux à consulter. 

I. Legrklle (A.), op. cit., p. iio. Le député Pouyer-Ouertier fit ac- 
cepter une Convention d'après laquelle l'Etat français s'engagea « à tenir 
directement compte à l'Etat prussien du préjudice que lui avait causé 
la mauvaise volonté de certaines municipalités ».. dont celle de Rouen. 



DES BIENS 267 

V. — l" Aperçus, d'après les relevés officiels, des pertes 
pécuniaires causées à quelques départements et 
localités par l'occupation allemande. 

Ces relevés de pertes s'appliquent, en premier lieu, 
à quelques rég-ions ou localités qui ont compté 
parmi les plus éprouvées ; en second lieu, figureront 
des localités pour lesquelles le détail des pertes ne 
sera pas donné. 

MEUSE ET BAR-LE-DUG 

Le total général des pertes éprouvées par le dépar- 
tement de la Meuse a été de 27.486.587 fr., dont voici 
le détail par arrondissement : 

Bar-le-Duc, 5.968. 187 fr ;Commercy 6.957.640 fr.; 
Montmédy, 5, 842. 020 fr. ; Verdun, 8.453.8/8 fr. ; 
Département, 264. 922 francs. 

A elle seule, la ville de Bar-le-Duc, qui se trouva 
réduite pendant la ;^uerre à 1 4.000 habitants, figura 
dans la perte de l'arrondissement pour ii/i million 
quatre cent trente-trois mille sept cent quatre-vingt- 
deux francs oing t-sept centimes, se décomposant ainsi 
par g-rosses tranches 1 : 

Contributions et amendes, 297.155 fr. 85 c; — 
Pillages, 42.612. fr. 67 c. ; 

Denrées, réquisitions diverses, charrois et trans- 
ports, 649.217 fr. 68 c. ; 

Entretien et nourriture, logement des troupes, 
444-796 fr. 07 c. 

I . Lauueruk (J.-J.), op. cit., \>. 220. 



268 



L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 



CHAMPAGNE, ARDENNES, HAUTE-MAKNE 

Donnons simplement un résumé pour ce gouver- 
nement et le détail pour le département des Ardennes. 

Résumé 



DÉPARTEMENTS 


Nombre 

de 

communes 


TOTAL PAR DÉPARTEMENT 

de toutes les contributions, des impôts, 

réquisitions, 

et dégâts de toute nature 


Marne 

Aube 


567 

446 
8o4 
485 
5o5 
528 

Tol-géiiérailX. 


33.987.967 fr. 21 
10.461.433 79 
3l .091 . 95o 01 
49.499.033 II 1 
II 037.382 75 
55.123.880 98 


Aisne 

Ardennes 

Haute-Marne. .. 
Seine-et-Marne. 


182. 20 1.6/47 ^^ 



Département des Ardennes (détail) 

Fr. 

Contributions de guerre pavées i.6i2.i44)32 

Impôts perçus par ^ i^^^tl directs ... . 1.663.. 26.66 

1 Autorité ^ta. -j- 4 o c^o 

,, , ( Impots mdirects., 800.010,80 
allemande ) ^ 

Réquisitions de toutes natures 1 1.626. o5o, 65 

Dég-âts et pertes (incendie ou autres 

causes) 15.734.288,69 

Valeur des titres, meubles ou autres objets 

mobiliers enlevés sans réquisition. . . . 9.193.915,98 

Total 4o-6oo 082,10 

Nota. — Les deux totaux diffèrent un peu, mais le rapport 
entre les différents éléments demeure sensiblement le même. 

I . Dans ce total figurent : 

Mézières, pour 5.54C.36o fr. 00 

Charleville, pour 949.460 fr. o3 



DES BIENS 269 

SENS (Yonnt?). 

La perte totale éprouvée par la ville de Sens fut de 
842. o52 fr. o3. 

Fr. 

Contrihiition,s de guerre 21. 419. 35 

Réquisitions en nature 78.291,86 

Dég-âts de toute espèce 36.594.22 

Objets mobiliers enlevés 20.767,65 

Frais de nourriture et ' 

de log-ement pour les ? par la ville 28 1.082, 21 

soldats nourris et l par les habitants. 458. 966,75 

logés , ) 

Total 842.063,08 

Nota. — De novembre 1870 à avril 1871, les passagesde trou- 
pes allemandes se cliifTrèrent par 2.009 officiers, 79.892 soldats. 
i4.i3o voituriers f^t i5.943 chevaux. 



CANTON DE BEAUGENGY {Loîret). 

Le canton de Beaugency perdit 4532.69g fr. L 



COMMUNES 


HABITANTS 


1 
PERTES POUR TOUTES CAUSES 


Beau^-ency .... 

Baule 

Cr.ivant 

i.aiUv 


3.991 

I 3*>2 
1 l52 

i.83o 

7.2 
1 . 089 

5i I 

Total. . 


I .000.000 fr. 

680. o5o 
I . 200.000 

447.000 

338.737 

256.962 

56o.ooo 


.Messas 

Tavers . . 


\"illorceau 


4.532.699 



I 

I. Frères de Chaffin, Histoire de la ville et du canton de Beau- 
•ncy pendant la guerre de iSjo. Avant-propos, pp. m et 176. 



270 


L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 
PAS-DE-CALAIS 


i 


CANTONS 


] MONTANT 
! des 

' IMPOTS 

contributions 

, el amendes 


MONTANT 
des 

BÉQUISITIOKS 

en nature 

justifiées 


LOGEMENT 
et 

NOCRniTDBK 

des 
troupes 


DOMMAGES 

résultants 

de 

VOT.S 

incendies 

fraiï 
de guerre 


TOTAUX 


Bapaume . . 
Bertincourl 
Croisilles. . 
Marquion, . 
Pas 

TûlaHX généraux 


» 
lOl . 124 
35.606 
24.775 

» 


fr. 

226.489 

108.652 

i5i.25i 

31.458 

65.421 


r. 

223.658 

41.77' 

139. 3oi 

4.35i 

45.033 

454. io4 


fr. 

i86.o57 

42.414 

83.3q6 

6.337 

24.460 

642.664 


fr. 
936.204 
293.961 
409.554 
66.921 
134.904 

I 84 I . 544 


i6i.5o5 582.271 


Nota. — Totaux arrêtés, [627 avril 1872, parles Membres de 
la Commission départementale. 

ARRONDISSEMENT DE SAINT-QUENTIN {AisTie) 



CANTONS 


NOMBRE 
de 

COMMUNKS 


CONTRIBUTIONS 

IMPOTS, RÉonsiTIOSS, VOLS, 

diverses causes 


Saint-Quenfin 

Bohain . . . ... 


i4 

i4 

x8 

19 
i5 

23 

24 


3.873.9.4,45 
320.341,76 

452.635,25 
393.062,56 
273.944,92 
683.662,18 
762.819,63 


Le Câtelet 


Mov . . 


Ribemont 


Saint-Simon 

Vermand 




6 761.377,99 



DÉPARTEMENT DE l'oISE 

Un état très détaillé des pertes éprouvées dans 
l'arrondissement de Beauvais a été consciencieuse- 
ment établi par M. Lesacher, chef de bureau à la pré- 
fecture de Beauvais ^. On en aura une juste idée 

I. Lema6 (Th.), Un Département pendant l'Invasion. 18^0-187 1. 
Appendices. 



DES BIENS 



271 



bar rénumération des éléments calculés pour chaque 
îantoii : 

Antérieurement à la ratification des 
préliminaires de paix ; postérieurement 
au 26 février 1871, date de la ratifica- 
tion des préliminaires de paix, 
jusqu'à la rati- l 1° Impôts directs, 
fication des pré- 
liminaires. 



Contributions 

de g'uerre 

payées 



Montant des 

Impôts perçus 

par 

l'autorité 

alleman le 



2" Impôts indirects 
calculés sur la base 
de i5o p. 100. 
postérieurement ( 1° Impôts directs, 
à cette 1 2° Impôts indirects 

I ratification. ) calculés sur la base 
\ ' de i5o p. 100. 

Estimation en argent des réquisitions de toute 
autre nature. 

Estimation en argent des dégâts et pertes par suite 
d'incendies ou autres causes. 

Détail et valeur des titres, meubles et autres objets 
mobiliers enlevés sans réquisitions (Vols). 

Ceci bien établi, bornons-nous à donner les totaux 
pour les quatre arrondissements de l'Oise : 

Fr. 

1 . Beauvais 4-5go.245,oi 

2. Clermont 2.924.390,86 

3. Compiègne 3,346. 168,7.5 

4. Senlis 4-855.982,10 

Totaux généraux. . . . 15.716.786,22 

LES ANDELYS (Elire) 

Les pertes éprouvées par l'arrondissement des 
A.ndelys sont présentées d'une autre façon, mais ont 
été établies avec la même rigueur *. 

I. Dehais (Charles, saus-préfet de l'arrondissement), Guerre de 
rSyo-yi. L'Invasion prussienne dans l'arrondissement des Andelys, 
pp. a3i à a44. 



L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 



w "- M 



- CO - 



I a 





o 




O 






00 
















M 


c~~ 


-^ 


00 


CI 


r^ 


fc^ 


M 


r- 


C» 


r» 


O 


o 


^^ 


»* 


r~ 


O 


0-- 


so 


o 


o 


lO 


O 


CO 


M 


'cr 


00 


t^ 




M 


lO 


- 


c-» 


N 


00 



o 00 o LO - 
00 o CO o lO 
— M M ro o 



- oo co 



fo « oo - ^^ o 



tlH 



s ô S J3 •- o 

J H W U- O >H 



DES BIENS 273 

SARTHE ET LE MANS 

1. La Sarthe. 

Le d<^partement de la Sarthe a perdu, sans tenir 
comptedes contributions de guerre, i5.2o6.469fr. 66 : 

Fr. 

Réquisitions d justifiées », c'est-à-dire exi- 
gées directement par l'ennemi ou sig-ni- 
fiées en son nom 2.284.929,95 

Nourriture et logement des corps d'occu- 
pation 1 2.024.199,72 

Dommages de diverse nature (réquisitions 

irrég'ulières, vols, pillage, etc.) 10.897.^539,99 

15.206.469,66 

On voit, tout en faisant part de l'exagération, que 
« la plus grande partie des pertes provient d'actes 
irréguliers, de pillages ou de vols plus ou moins 
caractérisés - ». 

2. Le 31 ans. 

Les pertes éprouvées par le Mans se sont élevées, 
pour le peu de temps del'occupationjà 3.461.096 fr. 60 
provenant de trois causes principales 3 : 

Kr 

1° Réquisitions directes ou indirectes. . . 1.124.594,89 

2° Incendies 45o.ooo » 

3° Pertes causées par les vols de titres, 
meubles et autres objets mobiliers (en- 
levés sans réquisition) 1.866.501,71 

Total général 8.461.096,60 

1. Fixations quotidiennes de i IV. /(o par soldat et de 2 fr. \b par 
cheval. 

•A. SuHMO.M- (Armand), op. cit., pp. 30 et 3f;. 
3. Mallet (D.), op. cit., pp. 325, aiaC et 337. 

18 



274 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

1° Sept (7) maisons brûlées 
par le feu ennemi le 12 jan- 
vier 1 87 1 26 . 000 fr. 

Détail I 2* Incendie dans les caves de 
des { la Halle au blé par l'impru- 

Incendies j dence de Prussiens 24.000 — 

3° Incendie presque total de 
de l'Evêché, dû également à 

l'imprudence de soldats ^oo.ooo — 

4 5 0.000 fr. 



PERTES EPROUVEES EN QUELQUES ENDROITS 



k 



Charmes-sur-Moselle (Vosges), 3.6 14 habitants; du 
12 au 20 octobre 1870, 44i.3o2 fr. 67. 

Gray (Haute-Saône), 6.816 habitants ; eut à loger, du 
24 au 3i octobre 1871, 32.896 officiers, 674.144 soldats et 
i23.33î chevaux. 

Ouzouer-le-Marché (Loir-et-Cher), i.5o2 habitants ; 
perte minimum de 260.000 francs. 

Dampierre-sur-Loire (Loiret), i.ioi habitants: perte de 
253.431 francs. 

Le Cateaa-Cambré&is (Nord), 9.974 habitants; perte 
de 1 18.861 francs *. 

Foiicaucoart (Somme), 5o5 hab. : perte de 223. 3o4 fr., 
dont 88.671 le i3 décembre. 

Etrépagny (Eure), 2.120 hab. : perdit, le 3o novembre, 
941.016 francs. 

Gray (Haute-Saône), 6.816 habitants : eut à loger, du 
24 octobre 1870 au 3i octobre 1871, 32.896 officiers^! k: 
574.144 soldats, 123. 33i chevaux. 

I. Vassart (abbé), les Prussiens dans le Cambrésis (1870-1871), 
p. 26. Le canton tout entier, dont la population était de 33.685 habi- 
tants, perdit 399.960 francs, soit 12 fr. environ par tête, exactement 
II fr. 70. 



DES BIENS 213 

2° RÉCAPITULATION PÉCUNIAIUE DU GAIN MINIMUM 

réalisé par les Allemands à la faveur de la guerre 
de i8jO'i8ji . 

Une fois rentrée dans ses dépenses, l'Allemagne a 
réalisé, g^râce à la guerre de 1870-71, un bénéfice net 
d'au moins 5. 1 83. 000. 000, dont voici le détail* : 

[ndemnité (le g-uerre, intérêts compris. . 5.3ï5 millions 

Contributions de g-uerre perçues 261 — 

Impôts perçus 03 — 

Réquisitions en nature 248 — 

Entretien des troupes d'occupation 98 — 



V 



Déboui^sé par la France 5' 970 millions 

aleur en capital des deux provinces 
d'Alsace et de Lorraine ilont les impôts 
directs et indirects donnaient un pro- 
duit net de plus de 5o millions i . 660 millions 

Total 7 . 63o millions 

Si on défalque: les dépenses militaires 2 2.122 — 
et 325 millions payés par lAUemagne 
pour la partie du réseau de l'E-st com- 
prise dans le territoire annexée 826 — 

11 reste i 5. i83 millions. 

Or, en 181 5, l'indemnité de guerre payée aux 
Alliés, qui fut de 700 millions, le remboursement des 
frais d'entretien de leurs armées, soit 663 millions, et 
les 5oo millions d'indemnités aux nationaux de ces 
puissances ne représentèrent, au total, qu'une somme 
de I milliard 863 millions. 



1. Peyuolle (sous-iiitendant militaire), op. cil., pp. 6i4 et 6i5. 

2. Chitrre fourni par M. Wagneh, professeur d'économie politique à 
l'Université de Berlin. 



276 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811 

Faisons remarquer que ce chiffre, quelque élevé 
qu'il soit, est certainement inférieur à la réalité. L'en- 
quête sérieuse faile, par ordre du ministre de l'Inté- 
rieur, à l'occasion du décret du 26 octobre 1871, a 
prouvé, en effet, que, dans trente-quatre des dépar- 
tements envahis, la valeur des litres, meubles et autres 
objets mobiliers, enlevés sans réquisilion, dépassa le 
total de 264 millions. 

On a eu aussi à constater que les départements où 
les vols sans réquisitions furent les plus élevés con- 
cernèrent les localités abandonnées par les habitants: 

Seine-et- Oise, 78. 667. 187 francs; — Seine, 
56.632.639fr. ; — Seine-et-Marne, i3. 808. 120 francs. 

Le total ainsi obtenu est de 149.107.996 francs, 
ce qui représente les deux tiers de la somme de 
264 millions. 

On n'a pas fait entrer non plus dans le calcul de 
ce que, pendant six à sept mois, coûta aux Français 
la nourriture d'environ i . 323. 000 soldats ou employés 
allemands dont l'Etat prussien eût dû assurer la sub- 
sistance. Or, « en évaluant ces frais à un franc seu- 
lement par jour, on arrive à bien près de 200 mil- 
lions». Mais, ce n'est pas encore tout; tenons compte 
du renchérissement des vivres, du logement ainsi 
que de la nourriture de cent mille chevaux au moins, 
ce qui porterait la moyenne journalière à 2 francs et 
le total de 7.63o milhons se trouvera élevé d'au 
moins 5oo millions '. 

I. Legrelle (A.), op. cit., p. 122. 



Al 



Armistice. — Paix. — Réflexions finales. 

CHAPITRE PREMIER 
L'ARMISTICE. LA PAIX 



— De l' Armistice. — Conduite des Allemands durant l'Armistice. — 
Tcmoig'nages du cardinal de Honnocliose et du man[uis de Biencourt. 

— Exploitation pécuniaire du territoire occupé. — Assassinat juridi- 
que de l'abbé Ch. Miroy, le 12 février 1871. — II. La Paix. — Traité 
de paix du 10 mai 1871. — Conduite des Allemands en France jus- 
qu'à la sigfnature de la paix et pendant l'occupation consécutive. 



I. — De l'Armistice. 

L'armistice général signé le 28 janvier 1871 évo- 
que de tristes souvenirs puisque, par suite de la hâte 
et de la légèreté du négociateur français Jules Favre, 
les départements du Doubs, du Jura, des Vosges et de 
la Gôte-d'Or, auxquels se trouvaient rattachés l'armée 
de l'Est et Bel fort, n'y furent pas compris. 

Tout armistie crée aux contractants des obligations 
mutuelles concernant les mouvements de troupes, les 
travaux de guerre, les mesures de ré[)ression, dont la 
peine de mort et les questions d'argent. 



27S L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-18"! 



CONDUITE DES ALLEMANDS DURANT L ARMISTICE 

Toutes les fois qu'il dut en résulter une gêne quel- 
conque pour eux, les Allemands ne tinrent aucun 
compte des obligations que nous venons d'énumérer. 
Aussi, sur tout le territoire qu'ils occupèrent, les espé- 
rances que la nouvelle de la signature de l'armistice 
avait autorisé à concevoir furent-elles déçues. 

Il y eut, en effet, une recrudescence de dévastation 
apparemment causée par la perspective de la paix pro- 
chaine. Il faut se hâter, durent se dire les Allemands; 
car, comme l'a écrit M. Lavisse : 

La curée touche à sa fin. Ce l)el or de France, dont le soldat 
serre précieusement quelques pièces dans son mouchoir, le cais- 
sier impérial le palpe avec volupté, pièce à pièce, dit Tacite en 
parlant des Germains, et toujours il tend la main au guichet où 
se succèdent les victimes. Une seule pensée trouble sa joie ; est-ce 
qu'il ne restera pas encore beaucoup d'or dans ce pays maudit 
quand le guichet sera fermé i ? 

Même impression avec M. Ed. Fournier : 

A Antony (Seine), les contributions supplémentaires.. . se com- 
pliquèrent, comme en bien d'autres endroits, d'un surcroît de 
dévastation et de pillage. Les Allemands sentaient la paix venir 
et ils se hâtaient d'emporter, sous le couvert de ses prémisses, ce 
qu'ils n'avaient pas eu le temps de prendre pendant la durée des 
hostilités ». 

En Normandie, dans l'arrondissement des Andelys, 
le sous-préfet Dehais fit les mêmes constatations ^ et 
Surmont dans la Sarthe ^. 

Les Allemands exécutèrent tous les mouvements 

1. Lavisse (Ernest), op. cit., p. 'j'à. 

2. Fournie» (Edouard), op. cit., p. i83. 

3. Dehais (Charles), op. cit., p. 175. 

4. Surmont (A.), op. cit., p. 35. 



L'ARMISTICE. LA PAIX 270 

de troupes qu'ils jug-èrenl utiles à leurs opérations 
'futures. En outre, le chancelier Bismarck résolut 
cyniquement le problème de faire vivre les troupes 
allemandes, « plus impérieusement que jamais dans 
les provinces qui devaient se croire couvertes par 
cette g'arantie contre tout retour de réquisitions et de 
rapines* I... ». 

L'œuvre incendiaire se continua, ainsi que l'a établi, 
d'une manière irrécusable, l'enquête ouverte sur les 
incendies rapprochés de Saint-Glond et du château de 
Meudon. 

En ce qui concerne Saint-Cloud, la mairie possède 
le fameux volet de la maison sur lequel, se laissant 
attendrir par les plaintes des époux Barba ^, le major 
Jacobi écrivit à la craie, le 28 janvier 1871 : 

« Dièses Haus ist bis auf wetteres zu schonen. 
28 januar 1871, Jacobi major in «■eneral Stab 3. » 

« Cette maison sera épargnée jusqu'à nouvel ordre. 
28 janvier 187 1. Jacobi, majora l'Elat-major général.» 

Une relation détaillée de l'incendie de la maison 
du sculpteur Dantan, située dans le parc de Montre- 
tout, a été donnée par H. Pigeonneau : cet incendie 
fut naturellement précédé d'un pillage en règle exé- 
cuté sous les yeux d'officiers « impassibles et sou- 
riants ^ ». 

Deux exemples de vols in extremis méritent d'être 
cités. 

Bon nombre de propriétaires s'empressèrent, dès 

1. FouRMER (Edouard), op. cit.. p. 35. 

2. La bibliothèque de la ville [jossèdn le curieux journal tenu au jour 
le jour par Barba et deux lettres de protestation sig'néfiS de deux sinis- 
trés, M. Luce le i'"' février, M. Hazard le 10 février. 

3. L'inscription a été reproduite en temps voulu par la photographie. 

4. Pigeonneau (H.), Revue des Deuœ Mondes du i" avril ig-i. 



280 L'INVASIO.X ALLEMANDE EN 1870-1871 

qu'on put sortir de Paris, de reîi-aoTier leurs villas où 
ils avaient ménag'é des cachettes, ils eurent alors à 
compter avec les Allemands, qui, cyniquement, se 
déclaraient volés ; bref, on traita à un dixième seule- 
ment de la valeur du contenu de la cachette : c'était 
pour rien. 

E. Délerot, auquel on doit tant de révélations, a 
relaté le vol commis à la dernière heure par le direc- 
teur même de la police au quartier général^ le con- 
seiller intime Stieber; il occupait le second étage de 
la maison située boulevard du Roi, n*' i, dont le pre- 
mier étage abritait son collèg-ue et subordonné Zer- 
nicki *. - 

Le 7 mars, ces deux fonctionnaires, qui avaient été charî^és 
pendant toute la durée de l'occupation de surveiller et d'arrêter 
les voleurs, emballèrent dans leurs malles les pendules, les objets 
d'art, les porcelaines que renfermaient les deux Io£i-eraents qu'ils 
abandonnaient. 

Indig-né, le domestique Dunou,charçré de veiller sur 
l'un de ces deux log-emeuts, protesta. Stieber appela à 
son aide deux gendarmes qui, après l'avoir roué de 
coups et lui avoir donné deux coups de sabre, le con- 
duisirent à la prison de la rue Saint-Pierre ; il n'en 
sortit que bien après le départ du chef de la police. 

TÉMOIGNAGES DU MARQUIS DE BIENCOURT ET DE MONSEI- 
GNEUR DE BONNECHOSE 

Le prince Frédéric-Charles reçut coup sur coup, du 
marquis de Biencourt, deux leçons cinglantes. 

I. Déjà une fois, Stieber avait entamé un déménagement semblable 
avenue de Saint-Gloud, 69, mais l'intervention d'un intendant général 
bavarois était venue fort à propos arrêter l'opération. Dele^^oi- (E.), op. 
cit., pp. 479 et 480. 



L'ARMISTICE. LA PAIX 281 

Le prince était installé, depuis une semaine déjà, à 
Azay-Ie-Rideau lorsque l'armistice fut conclu ; comme 
il n'en tenait aucun compte, le marquis de Biencourt 
lui écrivit. 

Château d'Azay-le-Rideaii, ai février i8ji. 

Monseigneur, 

Il a plu à Votre Altesse Royale de visiter le château d'Azay. 
En d'autres temps, j'eusse été très honoré de cette visite. Aujour- 
d'hui, je suis forcé de dire à Votre Altesse Royale combien je 
trouve ses façons odieuses et grossières. 

N'oubliez pas, Monseigneur, que vous n'êtes pas au soir d'une 
bataille ; vous occupez le déparlement d'Indre-et-Loire en vertu 
des conditions d'un armistice, et rien ne vous donne le droit de 
venir chez moi, de vous y faire servir malgré moi, de manger 
mon pain et de boire mon vin. 

Les gentilshommes de votre état-major, des officiers de votre 
armée et vous ne savez rien des égards que les gens bien élevés 
observent entre eux ; vous ignorez le respect que, chez les nations 
civilisées, le vainqueur doit au vaincu. 

En vous asseyant à ma table, en vous faisant héberger à mes 
frais, en exig-eant du vin de Champagne que je n'avais point, 
vous me donnez le droit, dont je suis profondément triste, de 
vous parler comme je le fais. 

En voyant les façons de leur prince, je ne m'étonne plus des 
procédés parfaitement grossiers des officiers de votre armée, qui 
souillent ma demeure et se font nourrir chez nous, à mes frais, 
depuis le 4 février. 

Veuillez agréer, Monseigneur, l'expression des sentiments d'in- 
dignation que j'ai dans le cœur. 

J'ai l'honneur d'être. Monseigneur, avec le plus profond res- 
pect, de Voire Altesse Royale, le plus humble ennemi. 

Marquis de Biencourt. 

['. S. — Ou inédit que j'ai eu également l'honneur bien involontaire 
de traiter à ma table Son Altesse Royale le prince liérilier. 

Quelques jours plus tard, le marquis refusait de 
prêter ses cinq voitures au prince Frédéric-Charles; 
on les saisit et elles servirent à promener une don- 



282 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

zaine de drôlesses louées ou réquisitionnées par ces 
messieurs. 

Le lendemain, comme le prince passait une revue 
en face du château, il s'étonna de voir un grand feu 
allumé devant la porte principale ; on lui répondit que 
c'étaient les voitures qui brûlaient : le marquis, les 
regardant comme souillées, avait donné l'ordre qu'on 
les détruisît. 

Le i3 mars 1 871, ce fut le grand-duc de Mecklem- 
bourg-, qui reçut de Monseigneur de Bonnechose, 
archevêque de Rouen, une lettre confirmant bon nom- 
bre des jugements que nous avons portés. 

Monseigneur, 

Du 21 janvier au 5 mars, le modeste manoir de ma famille, 
situé près de Broçlie (Eure), vient d'abriter et de nourrir envi- 
ron 200 cavaliers de votre armée. 

Pendant ce temps, la cave a été vidée ; le linge, l'argenterie, 
une partie du mobilier ont disparu, toutes les armoires et tous 
les tiroirs ont été crochetés ou brisés; enfin on a percé jusqu'aux 
murailles pour découvrir des cachettes qui n'existaient pas. 

En dénonçant ce pillage à Votre Altesse Royale, je n'ai pas la 
naïveté de croire l'instruire : elle sait (\ne, partout sur lapnssage 
des armées allemandes , les mêmes Jaits se sont reproduits avec 
une précision mathématique ; et ces faits. Monseigneur, vous 
les déplorez certainement plus que moi, car leur divulgation est 
le commencement de notre revanche. 

Pour ma part, j'attache un si grand prix à perpétuer le souve- 
nir du pillage continué chez moi durant l'armistice et achevé le 
4 mars, la paix déjà conclue, qu'une plaque commémorative va 
être fixée au mur de ma maison ; et si chacun de mes concitoyens 
dévalisés en fait autant, il n'y aura pas sur tout le territoire un 
coin de terre où ne soit pieusement gardée la mémoire de la 
curée allemande. 

Veuillez agréer, Monseigneur, l'expression des sentiments 
français avec lesquels j'ai l'honneur d'être, de Votre Altesse 
Royale, le très humble et très obéissant serviteur. 

Charles de Bonnechose. 



L'ARMISTICE. LA PAIX 283 

EXPLOITATION PÉCUNIAIRE DU TERRITOIRE OCCUPÉ 

Le vol isolé et le pillage s'exercèrent en bien des 
endroits, comme par le passé ; mais, au lieu de détail- 
ler tous ces abus révoltants, ce qui exig-erail beaucoup 
de place, citons, pour démontrer combien fut âpre 
cette recherche de l'argent, quelques laits se rattachant 
à une véritable exploitation en règ-le : les chiffres ont 
leur éloquence. 

Lorraine^. — Les passag-es de troupes conti- 
nuèrent, comme de plus belle, sans que le maire de 
Nancy put obtenir de raisons autres du comte Renard 
que l'exécution d'ordres reçus. 

Le i4 février, à Nancy, sur la petite place Carrière, 
la famille Grimahli, père, mère et enfants, fut sabrée, 
sans aucun prétexte, par des soldats. 

A Lunéville, 33 habitants furent incarcérés jus- 
qu'au paiement de 33.ooo fr. de contributions au lieu 
des i3.ooo dus. 

Franche-Comté. — A Montbéliard, on dut payer, 
en février, sous la menace du colonel von Bredow, la 
somme de 323.960 francs. 

A Loiis-le-Saunier, 407.000 fr. furent payés après 
l'arreslation de 12 habitants. Audincourt, pour 2.860 
habitants, 79.000 fr. ; Valentigney, pour 1.200 âmes, 
33.000 fr. ; Mandeure, pour moins de i.ooo habitants, 
25.000 fr. ; Hermoncouit,pour 12. 000 âmes, 48. 000 fr., 
Seloncourt, 37.000 fr. pour 1.400 habitants; Pont-de- 
Roide, 5o.ooo fr. pour 17.000 habitants. 

Champagne^^. — Dans la Haute-Marne, comme dans 
les Vosges, la pression fut impitoyable, atroce, alors 

I . Laoeioix (Louis), op. cit., passim. 

3. Cavaniol (IL), op. cit., p. 358 et passim. 



284 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

que la nouvelle de l'armistice avait apporté « une espé- 
rance de soulagement à des souffrances devenues in- 
supportables ». Le 9 février, le préfet prussien von 
Wickede fit connaître les détails de la note à payer qui 
s'élevait à la bagatelle de 2.940.407 francs. 

Chaumont, qui avait déjà à pourvoir de tout une 
g-arnison de 3.5oo hommes, eut à satisfaire, pendant 
l'armistice, à 261 réquisitions. Si le maire ne s'était 
pas rendu à Versailles, la ville aurait eu à payer par 
mois 39.593, soit le douzième d'un impôt de capitation 
s'élevantà 39.693 francs. 

Saint-Dizier, Join ville, Vany, Heuilley-le-Grand, 
Bussières-les-Belmont, Maizières-sur-Amance, Poin- 
son-le-Grancey, Broncourt et Poinsenot furent d'une 
façon variée indignement traités. 

Picardie. — M. E. Lavisse s'est appliqué à démon- 
trer par des exemples probants l'insoutenable exis-; 
tence que firent « aux vaincus des vainqueurs qui sen- 
taient que la proie allait leur échapper, avant que leur 
avarice fût satisfaite et leur haine rassasiée* ». 

Glorifions le préfet prussien de Landsberg, qui, ayant 
eu connaissance, le i3 mars, de la signature de la 
Convention Pouyer-Ouertier interdisant toute percep- 
tion à l'autorité militaire, la tint secrète pour hâter, 
le 14, avec menace d'exécution, la rentrée d'une somme 
de 58.288 fr. 58, provenant d'amendes et passible, à 
partir du r5 mars, de 5 0/0 d'intérêts par jour '^. 

Orléanais ^. — Bornons-nous à reproduire la con- 
clusion de l'abbé Cochard : « ... Le Prussien resta 
notre ami jusqu'à la fin. Qui donc maintenant aurait 
l'impudeur de lui tendre la main ?.. » 

I. Lavisse (Ernesti, op. cit., p. 66. 
a. Lavisse (Ernest), op. cit., p. 71. 
3. CoHARD (abbé Th.), op. cit., p. 302 cl passim. 



L'ARMISTICE. LA PAIX 285 

Le Maine *. — Le préfet prussien de Drygalski 
mérite aussi une mention spéciale pour l'astace avec 
laquelle il essaya de faire passer pour une contribu- 
tion deguerre un véritable impôt de capitalion imposé 
le i8 février 1871 et s'élevant au joli chilTre de 
3.33o.ooo francs; sa combinaison avorta le 26 février 
lorsque furent signés les préliminaires de paix. 



ASSASSINAT JURIDIQUE DE L ABBE CHARLES MIROY 

L'assassinat juridique commis, en plein armistice, 
sur la personne du curé de Guchery, le 12 février 
1871, fut un véritable défi jeté à la face du pays par 
un vainqueur sans scrupule. 

On avait trouvé dans sa cure quelques fusils de 
chasse presque tous démontés ; on l'accusa menson- 
gèrement d'avoir distribué des armes aux habitants 
et d'avoir été l'instigateur d'actes hostiles : le 11 fé- 
vrier, un conseil de guerre le condamna à mort pour 
crime de haute trahison envers les troupes allemandes 
et la sentence fut exécutée le lendemain matin. L'abbé 
Miroy, après s'être noblement défendu, mourut cou- 
rageusement en sa qualité de Français qu'il revendi- 
qua : ainsi fut glorieusement close, par un prêtre, la 
liste des martyrs de la Patrie et de la Charité. 



II. — La paix. 
TRAITÉ DE PAIX DU 10 MAI 187I 

Après que l'Assemblée nationale siégeant à Bordeaux 
eût accepté, le 26 février 1871, par 546 voix contre 

I. .SuRMONi (A.), op. Cit., p. Go, cl .Malliii (D.), op. cit., passim. 



286 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

107, le traité de paix préparé à Versailles, des négo- 
ciations furent entamées ; elles aboutirent, le 10 mai 
187), au traité de Francfort-sur-le-Mein 

Si l'objet de la guerre est d'établir le droit du plus 
fort, son but secondaire doit être, ce résultat une fois 
obtenu, de préparer entre les Etats belligérants de 
bonnes relations sans lesquelles une paix ne saurait 
être durable. Or, les Allemands apportèrent, jusque 
dans la rédaction du traité de paix, la même modéra- 
tion que dans la conduite de la guerre. 

Ils enlevèrent, en effet, à la France 2.597.288 âmes, 
sans avoir provoqué un vote dont ils savaient bien que 
le résultat leur serait contraire. 

Ils ont allégué, depuis, pour essayer de justifier 
l'énormité de la contribution de guerre de cinq mil- 
liards, les dettes qui furent contractées par eux en 
1806; déjà nous avons fait justice de cette allégation 
mensongère. 

Si, de 1795 à i8i5,nous ne demandâmes aux vain- 
cus, comme indemnité de guerre, que 535 millions 
environ, les alliés nous en imposèrent 700 en i8i5 1 ; 

Si, de i8i5 à 1870, nous exigeâmes de nos adver- 
saires environ 34o millions, en 1871 nous eûmes à 
payer au moins 5.970.000.000 francs, sans compter 
la valeur en capital des deux provinces d'Alsace et 
de Lorraine. 

Comme Napoléon I*"'eu( raison de dire : « La Prusse 
est trop avide pour être iière ! » 

I. GuELLE (capitaine J.), op. cit., t. II, p. 248. 



L'ARMISTICE. LA PAIX 287 

CONDUITE DES ALLEMANDS EN FRANGE JUSOu'a 

LA SIGNATURE DELA PAIX 

ET PENDANT l'oGGUPATION CONSECUTIVE 

La conduite indigne des Allemands pendant celte 
double période a été attestée par de nombreux témoi- 
gnag^es que nous ne pouvons qu'indiquer ; les conclu- 
sions sont toutes concordandes : violences contre des 
habitants inoffensifs ; assassinats ; exigences pécu- 
niaires illégitimes ; vols ; attentats aux moeurs. 

Dans le département de la Meuse, qui eut à subir, 
jusqu'au i5 septembre 1878, la présence des Alle- 
mands, l'annaliste de Bar-le-Duc, J.-J. Lag^uerre, n'a 
pas relaie moins de 71 incidents survenus entre Alle- 
mands et habitants ; or, le poste de chef d'étapes était 
occupé par M. de Bûlow, dont nous avons eu l'occa- 
sion de louer l'esprit de justice et la modération. 
D'autres départements furent traités de la même façon. 

En ce qui concerne les actes de violence, 3i épisodes 
ont été enregistrés, dans lesquels la violence et la 
lâcheté marchèrent de pair 1. 

Des citoyens inolîcnsifs sont frappés ou blessés : 
le i4 mai 1871, à coups de sabre ; le 27 mai, avec un 
marteau; le i3 juin, frappé puis arrêté, d'où pendaison ; 
le 3 septembre, jeté à l'eau ; le 8 octobre 1872, femme 
fra[)péc d'un coiipde sabre pour avoir voulu défendre 
son inari ; le 10 mars 1873, dans une auberge, con- 
sommateur frap[)é de quatrecoups de sabre pour avoir 
voulu protéger la maîtresse de maison insultée ; le 
19 mars 1873, mari frappé d'un coup de sabre pour 
avoir défendu sa femme; etc., etc. 

I. Laguerre (J.-J.), op. cit., pp. aai à 269. 



288 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

Dans l'arrondissement des Andelys i, des scènes 
identiques eurent lieu à Vatisménil, à Neauffle-Sainl- 
Marlin, où sept personnes furent blessées, dont une, 
Babin, mourut peu de temps après. 

Le i3 avril 1878, à Behonne (Meuse), Aubry est 
assassiné ; ce cas ne fut pas le seul. Le témoignage du 
Père Domeneclipeut servir de conclusion : « ... Même 
après la paix, les Allemands ont conlinnéleurs exploits 
de bandits, et quand je quittai Tours, au mois de 
mars, ils assassinèrent, ce jour-là même, dans cette 
ville, une femme et son enfant à coups de sabrei... » 

Leurs exigences pécuniaires illégitimes furent nom- 
breuses. Le i^"^ mars 1871, Saint-Dizier (Haute-Marne) 
se vit réclamer, à titre d'impôts, malgré l'article 4 des 
préliminaires de Versailles du 26 février 187 1 , la somme 
de 20.340 francs. Menacée d'exécution militaire, elle 
dut payer. 

Soumise à la même exigence, la ville de Reims reçut 
l'aimable conseil de chercher à « contracter un em- 
prunt ». 

Les vols simples, souvent favorisés par le prétexte 
de réquisition, furent nombreux ; aucune réclamation 
ne fut nulle part suivie d'effet. 

Les vols à main armée ne manquèrent pas non plus. 
Le 6 juin 1871, un détachement saxon, fort de 167 
soldats, 4 officiers et 1 70 chevaux, s'imposa pour la 
nourriture à Cierges et vola 126 kilos de foin chez 
Victor Clément ; quant aux officiers, ils contraignirent 
le curé à leur faire servir un déjeuner qui lui coûta plus 
de 3o francs. 

Les 6, 16, 17, 18 juin 1871, un détachement alle- 

I. Dehais (Charles), up. cit., pp. 199 à aoi. 



L'ARMISTICE. LA PAIX 2S'J 

mand coûta 1.264 francs de dégâts à plusieurs pro- 
priétaires des Islettes. 

Au point de vue des mœurs, les filles publiques trou- 
vèrent une nombreuse clientèle. A Bar-le-Duc, le 
i4 avril 1872, les frères Tabourel-.Millet, ayant voulu 
faire sortir une de ces créatures de la chambre d'un 
officier logé chez eux, furent arrêtés et demeurèreni 
neuf jours en prison. 



19 



CHAPITRE II 

RÉFLEXIONS FINALES 



Conclusions se dégageant de cette enquête. — Circulaires de M. de 
Chaudordy en date du 29 novembre 1870 et du 25 janvier 1871. — 
Réponses du chancelier Bismarck en date du 16 décembre 1870 et du 
12 janvier 1871. — Verbiage juridique du cbancelier W. de Fonseca. 

— Excuses allemandes. — Causes véritables. — Lettres du landweh- 
rien G. Rindfleisch. — Lettres du major Hans de Kretschmann. — 
Le chancelier Bismarck et la comtesse sa femme. — Haine allemande 
et âme française. — Les << Vertus germaniques ». -a Dieu était 
avec nous : A lui l'honneur 1 » — Le traité de paix du 10 mai 1871. 

— Guillaume I^'' et ses aides. — Vue d'avenir. 



CONCLUSIONS SE DEGAGEANT DE CETTE ENQUÊTE 

Nous croyons avoir le droit, après avoir accumulé 
et varié les preuves pouvant caractériser la conduite 
des Allemands en 1 870-1 871, de formuler nettement 
nos conclusions. L'Histoire impartiale enregistrera 
certainement les griefs suivants : 

Mépris absolu du Droit des gens, et surtout des 
prescriptions les plus élémentaires de l'Humanité 
foulées impitoyablement aux pieds toutes les fois que 
leur respect aurait constitué une gêne ou porté préju- 
dice aux intérêts engagés ; 

Manquements fréquents aux Conventions de Gênes 
et de Saint-Pétersbourg ; 

Adoption ferme, dès le début, d'un régime de ter- 



REFLEXIONS FINALES 291 

reurMiiiformément et inflexiblement appliqué pendant 
toute la durée de la guerre, en recourant à l'amende, 
au pillag^e, à l'assassinat, en combinant au besoin leur 
emploi ; 

Attentats poussés parfois jusqu'à la férocité contre 
les !™-ardes mobiles, les francs-tireurs surtout, auxquels 
on n'avait pas le droit de refuser la qualité de belli- 
gérants, et des habitants inotîensifs; 

Incendie ou bombardement inirjues de lieux habi- 
tés ne s'étant défendus en aucune façon; 

Bombardement sans sommation, aggravé, au mépris 
de l'humanité, par le maintien dans les places assié- 
gées des êtres inoffensifs, vieillaids, femmes, enfants; 

Emploi de la responsabilité collective appliquée à 
des faibles et à des innocents ; 

Conduite indigne et lâche envers les otages ; 

Manque de respect, au point de vue de la liberté 
matérielle ou morale des vaincus, envers les hôtes, 
les femmes et le clergé; 

Goinfrerie et saleté du bas en haut de l'échelle hié- 
rarchique; 

Rapacité ingénieuse, impitoyable, d'une adminis- 
tration civile et financière n'ayant qu'un objectif, le 
gain; appropriation astucieuse du bien d'autrui public 
ou privé; perception abusive et multiplication des 
impôts au nom de l'Etat français ; rançonnement 
simultané des départements et des communes ; amen- 
des ou indemnités trop souvent infligées pour un motif 
mensonger; contributions de guerre parfois accompa- 
gnées d'un tenace et déshonorant marchandage; dupli- 
cité ou déloyauté toutes les fois que l'intérêt s'est 
trouvé engagé. 



292 L'INVASION ALLEMANDE EN Ig-Q-lS-;! 

CIRCULAIRES DE M. DE CHAUDORDY 

Il est naturel d'enreg-istrericiles protestations loya- 
les, indignées du comte Chaudordyet les mensongères 
réponses du comte de Bismarck. 

Le Délég^ué du ministre des Affaires étrangères 
s'est adressé deux fois aux Agents de la France à 
l'étranger, — leagnovembre iSySet le 2,5 janvier 1871, 
— pour propager dans l'Europe, où elles eurent un 
grand retentissement*, ses légitimes protestations. Si 
la forme de ces circulaires était nette, incisive, leur 
ton était mesuré; aucun des faits avancés ne put être 
démenti. Aussi un correspondant anglais, qui vit à 
l'œuvre les deux armées, put-il répondre ainsi à une 
question posée : 

Pour ce qui me concerne, la circulaire de M. de Chaudordy, si 
j'étais placé sous l'affirmation d'un serment, je dirais qu'en me 
référant de ce que f ai vu en Alsace, dans le département de 
l'Oise et partout où les Prussiens ont été, cette circulaire n'est 
pas allée au delà, elle est restée en deçà de la vérité. {Daily Tele- 
graph.) 

Le Morning-Post fut non moins catégorique. 

A la première circulaire nous n'emprunterons qu'un 

passage : 

La Prusse a non seulement méconnu les lois les plus sacrées 
de l'humanité, elle a manqué à ses engagements solennels. Elle 
s'honorait de mener un peuple en armes à une guerre nationale. 
Elle prenait le monde civilisé à témoin de son bon droit. Elle 
conduit maintenant à une guerre d^ exterminât ion ses troupes 
transformées en hordes de pillards ; elle n'a profité de la civi- 
lisation moderne que pour j)erfectiouuer l'art de la destruction. 

1. Nous ne pouvons qu'indiquer les journau.ic qui, en Angleterre, en 
Belgique et en Italie, leur consacrèrent des articles : le Morning-Post, le 
Daily Tehrjraph, V Evening-Slandard, le Times, la Newcastle Ghro- 
nicle, l'Etoile belge, la Perseueransa, etc. 



REFLEXIONS FINALES 293 

RÉPONSE DU CIIANCRLIKR niSMARCK 

Bismarck répondit, le iG décembre 1870, et le 
12 janvier i87i,par l'intermédiaire de Moritz Busch : 
les deux réponses contiennent des assertions fausses 
telles qu'au pouvait les attendre du falsificateur de la 
dépêche d'Ems et de... l'inventeur du bombardement 
de Sarrebriick. Ces réponses mériteraient d'être repro- 
duites in extenso; signalons du moins quelques affir- 
mations audacieuses ou brutales : 

« les soldats allemands ont respecté partout les 
propriétés privées » ; 

si des villag-es ont été brûlés, c'est que leurs habi- 
tants avaient aidé l'attaque des francs-tireurs; 

les otages ont été pris pour mettre fin à des atten- 
tats criminels ; 

« Les cabinets européens savent l' humanité avec 
laquelle l'Allemag-ne a, jusqu'ici, conduit les opéra- 
tions, et ils feront aisément justice de semblables insi- 
nuations. D'ailleurs, la fjaerreest la guerre^ et on ne 
la fait pas avec des gants de velours... » 

« Du côté des Allemands, on a fait la guerre avec 
l'intention de traiter la France avec les plus grands 
ménagements. Nous avons agi conformément à la 
Convention de Genève... « 

En somme, le chancelier reconnaissait et cherchait 
à justifier les vols, le pillage, lincendie, l'assassinat et 
le meurtre ; il n'y parvint pas. 

A son fatras mensonger, faisoris succéder, en le 
citant seulement, le fatras juridique du chevalier Wol- 
heim de Fonseca, docteur ès-lettres, rédacteur du 
Moniteur de Reims, dont la protestation servile avait 
précédé celle de Moritz Busch. 11 s'appuya sur une 



294 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

dizaine d'ouvrages traitant du Droit * pour juger des 
questions relevant seulement de la morale chrétienne 
qui renferme à la fois la justice et l'humanité. 



EXCUSES ALLEMANDES 

Les Prussiens, véritables responsables puisque leur 
roi était le généralissime, ont invoqué trois excuse» 
principales pour expHquer ce que leur conduite trop 
souvent infâme eut presque constamment de repré- 
hensible. Legrelle en a fait bonne justice ^. 

La guerre, ont-ils dit, ne peut se faire autrement : 
si, en laissant à la disposition du peuple envahiles 
moyens licites de défense, en respectant les habitants 
inofïensifs, en ne recourant point au système à la fois 
lâche et inique de responsabilité. 

Les guerres les plus Jéroces sont les plus courtes: 
assertion démentie en se contentant d'opposer à la 
guerre de [870- 1871, qui dura sept mois, celle de 1866, 
qui, jusqu'à l'armistice de Nikolsbourg, signé le 
22 juillet, ne compta pas plus de dix-huit [18] jours. 

Les Français ont donné de tous temps de pareils 
exemples. Cela est faux; mais quand même cela serait 
vrai, on voudra bien admettre que la civilisation a 
progressé de i8i5 à 1870. 

Ni Waterloo, ni Sedan, ni Metz n'ont encore pu 
faire oublier aux Prussiens leurs défaites de 1806. 

Or, comme on l'a démontré-^, il n'est pas vrai que 

1. Principaux auteurs : IVattel, Suisse [i']i^-i']()li); Kliiber, Badois 
(1762-1836); DurniaUiqai, Suisse (1694-1748); Grotiiis, Hollandais 
(i 583- 164^'); Moser, Wurtemburgeois (i 701-1780). 

2. Legrelle (A.), op. cit., pp. \l\i à i85 

3. Ernouf (baron;, Les Français en Prusse, iSoô-iSoj . 



REFLEXIONS FINALES 295 

les ancêtres des Prussiens actuels aient été plus mal- 
traités en 1806 que les Français en 1870. 

Rien ne peut être opposé au code aussi draconien 
que perfide des patriotes allemands de 181 3. 

Thiers a prouvé combien la conduite de Napoléon P"", 
qui tenait la Prusse sous sa botte, fut différente de 
celle de nos vainqueurs K 

Une seule cause, la haine aveug-Ie, est à invoquer. 



CAUSES VERITABLES 

L'Allemagne a toujours haï la France, Haine faite de cette 
double admiration (ju'cng-endrent l'envie et la convoitise. Depuis 
les brumes de la préhistoire, sa préoccupation courante fut de 
nous prendre ce que nous avions de bon, ce que nous avions et 
ce qu'elle ne possédait pas -.,. 

Les otag^es dits de Brème en eurent le sentiment dès 
leur arrivée dans une rég'ion où il ne semblait pas 
qu'une grande animosité pût régner contre nous : 
envie, « extrême antipathie de race », manque absolu 
de générosité, « intention persistante de nous écraser 
sous le nombre ». 

Déjà nous avons signalé ce fait extraordinaire, 
mais probant, que, même chez les Allemands blessés, 
la haine des Français subsistait ^. Elle provient, à 
n'en pas douter, de l'instruction reçue dans la famille 
et à l'école. 

C'est bien là le « souffle de sauvagerie poméra- 
nienne » signalé par E. Délerot. 

I. Thiers, Histoire du Consulat et de l'Empire, t. VU, pp. 249 et 
266. 

■>.. Rkgamey (Jeanne cl Frédéric), t' Allemagne ennemie, p. i36. 
3. ISIeyiieï (lieutenant-colonel), op. cit., p. 119. 



296 L'IN\'ASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

A. Legrelle pensait, lai aussi, que la haine seule 
peut expliquer les « ordres sanguinaires donnés par 
des officiers supérieurs avec je sais quel sang-froid 
dédaigneux et méthodique qui force parfois à se de- 
mander si ces doctrinaires de l'assassinat et de l'in- 
cendie sont tout à fait nos semblables... ^ ». 



LETTRES D UN LANDWEHRIEN, G. RINDFLEISCH 

Le landwehrien G.Rindfleisch (i843-i883), conseil- 
ler de première classe à la cour de Celle (Hanovre), 
depuis sous-secrétaire d'Etat au ministère de la jus- 
tice à Berlin, a laissé un Recueil de lettres de cam- 
pagne- qui, publié en 1889, constitue un terrible 
réquisitoire contre des gens instruits qui auraient dû 
se montrer délicats et bien élevés. Tout serait à 
citer; le peu que nous reproduisons est écœurant : 

... Tu ne saurais croire quelle exaspération bouillonne contre 
la nation française. Notre entretien roule souvent sur tous les 
moyens de veno-eance imaginables contre ces gredins menteurs 
pourris jusqu'aux moelles.... 

Je pense que, dans une huitaine de jours, l'attaque sera 
prête. Nous verrons alors ce que Paris pourra faire. Je compte 
toujours à part moi sur un bombardement de trois ou quatre 
jours avec les obus incendiaires ; afin qu'au moins une partie de 
cette Sodome 3 soit visitée par la destruciion pour la punition de 
ses péchés sans nombre. 

J'ai une haine de race absolument irréconciliable contre ces 
canailles... Jusqu'au bout, telle est notre devise. Si je tenais 
aujourd'hui à la gorg-e le bien-être de la France tout entière, je 

1. Legrelle (A.), op. cit., p. 43. 

2. Feldhriefe vm Georg Heirwich Rindjleisch . — Herausgegeben 
von Edaard Arnold. 

3. Berlin est, on le sait, une ville d'où la débauche, surtout nocturne, 
est bannie. 



REFLEXIONS FINALES 291 

le serrer.TÎs, certes, à l'étouffer, et cela sans sourciller. Ce peu- 
ple, je le déteste de plus en plus chaque jour. .. 

...A l'horizon, brille l'incendie de Paris, et mon âme [?] se 
réchauffe à ce feu infernal... Je t'assure que j'ai quelque chose 
d'un tii»Te (vraisemblable) quand je me représente le sang et les 
cadavres dans Paris, et je t'affirme que je commettrais un hon- 
teux mensonge, si je simulais une seule pensée de compassion ou 
un seul tressaillement de regret au sujet de la perte de tant de 
belles œuvres humaines '... 

Les passag'es relatifs au pillage, au vol, à la g'oin- 
frerie, véritable chant du ventre, ne pourraient qu'aug- 
menter le dégoût. Ab nno disce omnes.., véritable 
monomanie sanguinaire. 



),ETTRES DU MAJOR HANS DE KRETSCHMANN 

La haine que nous porta aussi le major Hans de 
Kretschmann, qui devint général d'infanterie, peine 
davantage. Cétait un chrétien, un bon père de famille, 
un honnête homme et un valeureux soldat; il fit, en 
effet, bonne fi^^ure, en qualité de major à l'état-major 
du IIP corps d'armée, dans 28 batailles ou combats. 
La preuve qu'il nous fournit est d'autant plus forte, 
car il nous a traités, dans les lettres qu'il adressait à 
sa femme, avec une grossièreté qui impressionne 
péniblement. Ici encore il faut, à regret, se borner. 

Pour lui : « La France est décidément le plus igno- 
ble pays du monde '^»; « c'est une nation de singes 
et de fous -^ )),avec la(juelle contraste, sans nul doute, 
« l'honnêteté scrupuleuse des Allemands »; « le 
peuple français est un ensemble de méchants singes 

I. RlNDFLElSCH (G.), 0/?. cit., p. 148. 

2 et 3. Kretschmann (Hans de), op. cit., p. 107. 



298 L'INVASION ALLEMANDE EN ISTO-lSTl 

et de fous * et dans le nombre il y a toutes les caté- 
gories de g^redins. Je ne puis exprimer à quel deg"ré 
d'abjection je trouve que ce peuple est descendu 2...» 
Encore deux citations : 

f^a population tout entière, c'est un ramassis de chenapans. 
Même les Français chic ne m'en imposent pas. Ils mentent comme 
las autres, seulement ils le font plus adroitement. La France est 
pourrie de fond en comble ^. 

Et voici pour le bouquet : 

... Heureusement cette nation pourrie ne réussira pas à s'éle- 
ver dans le domaine des choses de l'esprit jusqu'au point où 
Dieu, nos princes et notre misère nous ont permis d'atteindre *. 

Ayons la générosité d'ajouter que ce soldat, qui re- 
vint de la guerre « avec la conscience nette » ^, avait 
une valeur réelle; on s'en rendra compte, en lisant ses 
réflexions j)hilosophiques sur la guerre, ses appré- 
ciations sur le haut commandement, sur le maré- 
chal Bazaiiie et sur l'homme de guerre si remarquable 
que fut son chef direct, le général d'Alvenslebt :i, com- 
mandant le III^ corps d'armée. 

Il était capable aussi d'émotion ; on s'en convaincra 
aussi en lisant la belle page qu'il a consacrée à la 
noble attitude du colonel et du capitaine d'artillerie 
qui se présentèrent à lui, le 29 octobre 1870, lors de 

I. Kretschmann (Hans de), op. cit., p. 157. Celte appréciation figure 
une dizaine de fois dans le volume, notamment aux pagres 289, 342; à 
la page 343, variante, nous sommes des « grenouilles bouffies de vanité ». 

3. Idem, p. 187. 

3. Idem, p. 343. 

4. Idem, p. 4o4. 

5. Le 3o novembre 18701! s'excuse auprès de sa femme : « ... Je ne 
peux pas enlèvera ton intention des porcelaines de Sèvres et des den- 
telles : dans nos rangs, la vertu règne... » Le 17 janvier 1871, il écrit 
du INIans à sa fille : « Chère .Jeun, je me suis fait un devoir de revenir 
de cette guerre avec la conscience nette. » 



REFLEXIONS FINALES 299 

la capitulation, et à l'afFection des soldats pour leurs 
chefs. 



LE CHANCELIER BISMARCK ET LA COMTESSE SA P£MME 

Déjà, à propos du Régime de terreur, nous avons 
parlé du chancelier Bismarck et de sa mansuétude. 
Encore une citation : 

... Plus grand sera le nombre des Français maltraités, plus 
vivement ils désireront la paix, ([uelles (jue soient les conditions. 
On devrait niellre le feu à tous les villages où il se produit une 
résistance et en pendre tous les hommes. 

Sa femme, réputée bonne mère de famille et chré- 
tienne excellente, croyait nécessaire, bien à tort, de 
l'exciter, lorsqu'elle lui écrivit : 

Je crains que vous ne trouviez pas de Bible en France ; en con- 
séquence, je vous envoie le livre des Psaumes, atin que vous 
puissiez lire la prophétie contre les Français : a Je vous le dis, 
les impies seront exterminés ! » 

Une pareille insensibilité rappelle la réponse que 
fit en connaissance de cause au docteur Gharpignon, 
d'Orléans, un médecin bavarois. 

Et pourtant,disait le Français, en parlant des Prussiens, ils ont 
un cœur comme nous I — Oui, répondit froidement son inter- 
locuteur, «Y*- ont un cœur, mais il ne bat jamais. 



HAINE ALLEMANDE ET AME FRANÇAISE 

A toutes les explosions conscientes et inconscientes 
de la Haine allemande, opposons V Ame française, 
dont la dominante est la générosité. En 1869, aussi, 
nous eûmes à lutter contre des Allemands; or, voici 



300 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811 

comment s'exprimait Paul de Molènes, le chevaleres- 
que auteur de la Folie de l'Epée, revenu depuis peu 
de Grimée : 

J'éprouve toujours une sympathie involontaire pour les gens 
que j'ai combattus ou que je vais combattre. La haine ne peut 
vivre en compagnie des sentiments que la guerre développe en 
nous. 

De nouveau l'Ame française l'inspira lorsqu'il eut à 
parler du prince de VVindischgratz, tombé glorieuse- 
ment sur le champ de bataille de Solférino : 

// n'est point de défaite honteuse sous un par-eil drapeau et 
je ne souhaite à nos ennemis que de nobles revers. 

C'est qu'écoutant son cœur il savait que la généro- 
sité rapproche, tandis que la haine aveugle, irrite et 
sépare souvent pour toujours. 



« LES VERTUS GERMANIQUES » 

Les moralistes d'Outre-Rhin ont opposé les fameu- 
ses « vertus germaniques » aux défauts, à la corrup- 
tion même des races latines en général, et plus parti- 
cidièrement de la France, à laquelle Guillaume P"", 
d'ordinaire modéré, ne craignit pas d'opposer l'Alle- 
magne, « le pays des mœurs pieuses et de la crainte 
de Dieu^ ». 

Les qualités que les Allemands s'attribuent le plus 
volontiers sont : 

La pureté des mœurs, la loyauté, la bonté et tous les dons 

I. Il n'est pas inutile de rappeler que, dans la seconde strophe du fa- 
meux hymne Wacid arn Rheinili Garde au Rhin; composé vers i84o, 
on lil : «... L'Allemand vertueux, pieux ci vigoureux protège In fron- 
tière sacrée du pays « ; c'est une idée fixe. 



REFLEXIONS FINALES 301 

supérieurs qu'ils englobent clans ce mot prestigieux : la culture. 
A les entendre, personne n'est paré de plus de moralité, de plus 
de science, de plus de religion qu'eux . 

Certes, on est déjà fixé sur la valeur de ce certifi- 
cat ; demandons cependant à trois observateurs loyaux 
ce qu'ils en pensent. 

Voici d'abord l'opinion du lieutenant Patorny,qui 
fut interné en Poméranie : 

... Bien amusante cette fumisterie de la « vertu allemande » ! 
Il y a eu ici, pendant notre séjour pourtant si pénible, des aven- 
tures qui pourraient défrayer toute une chronique scandaleuse et 
dont certes la France n'a jamais fourni d'exemples aussi grotes- 
ques... Tous les vices de notre civilisation excessive fleurissent 
dans cette vertueuse Allemagne, à cette seule différence que les 
nôtres ont une élégance relative et un tour léger qui en atténuent 
la dépravation, /c/, la débauche brutale, et cela dans tous les 
mondes -, 

Le lieutenant-colonel Mejret se trouva à Cologne ; 
voici son opinion : 

... La gourmandise occupe une large place dans l'existence 
des Allemands. . . A côté de ces défauts ou de ces vices, de réel- 
les (}ualités comme mères de famille ou maîtresses de maison... 

L'àpreté au gain est incroyable, tout est à vendre; 

Peuple à instincts bas, serviles ; deux mots français n'ont pas 
d'équivalents dans la langue allemande; c'tst générosité et cou/-- 
toisie. 

E. Délerot put exercer sa sagacité à Versailles 
même 3 : 

. . . Bien des faits dont nous avons été les témoins nous ont 
de même rcuscigné d'une faron très claire sur la valeur réelle 
de certaines de ces « vertus germaniques » qui, à entendre nos 

1. RÉGAMEY (.T. et ¥.),0p. cit., p. l\\ . 

2. I'atouny i lieutenant ), o/j. cii. 

3. DÉLEROT (E.), op. cit., 2' édition. 



302 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811 

voisins, sont leur propriété exclusive et le privilège exclusif de 
leur nation. Ayant vécu avec eux dans respèce de caserne piétiste 
qu'ils avaient installée au grand quartier général, nous savons 
amplement ce que valent leur moralité allemande, leur chasteté 
allemande, leur loyauté allemande^ etc. Ils sont venus pour 
nous en donner la mesure exacte et notre instruction sur ce 
point s'est singulièrement complétée. Nous avions pris l'habitude 
assez naïve de ne juger l'Allemagne que sur ses grands poètes; 
sans cesser d'admirer ces grands poètes, nous saurons désormais 
qu'il y a en Allemagne, et surtout en Prusse, une réalité très 
prosaïque^ qui n'a absolument rien de commun avec les fictions 
idéales qui nous avaient charmés et dupés. 

La démonstration suit avec preuves nombreuses et 
variées ; renforçons-la encore, bien que ce soit super- 
flu. La plupart des exemples ont été fournis de visu 
par le sous-préfet Charles Dehais, de l'arrondissement 
des Andelys. 

Les officiers de l'entourage du prince Frédéric- 
Charles donnèrent, comme leur chef, les preuves de 
chasteté que nous savons. 

A Grainville (Seine-Inférieure), les officiers, log-és, 
en avril 187 r, au château de M. Henri d'Onsembray, 
fournirent des preuves identiques « en souillant de 
leurs débauches une maison respectable 1 ». 

En plus d'un endroit, à Châlons-sur-Marne notam- 
ment, des officiers allemands firent venir d'Allemag'ne 
les... « filles folles »" qui leur manquaient 2, mais les 
titres nobiliaires dont elles étaient aflublées ne trom- 
pèrent personne et elles furent vite expulsées. Beau- 
coup de ces malheureuses .':.e mêlèrent, d'ailleurs, de 
maraude et de recel. 

... Presque toutes les villes et les villages de la Champagne 

1. Dehais (Charles), op. cit., p. 2o3. 

2. FouRNiER (Edouard), op. cit., pp. m, 112, 



REFLEXIONS FINALES 303 

ont été, dit une Lettre de Reims de la fin de novembre, ravagées 
par ces brigands des deux sexes, et, depuis près de deux mois, 
ies convois charg-és de leur bulin se dirigent vers l'Allemagne. 

Quelques-unes de ces filles, déguisées en hommes, 
Qe lardèrent point à trahir leur sexe en collection- 
aant des robes et des lalbalas. 

La sobriété des officiers allemands fut la même 
partout. 

Au Mans, elle ne fut douteuse pour personne, surtout 
k l'Hôtel de France, dès les premiers jours de l'occu- 
pation*. Le fait d'officiers ivres qu'il fallut retirer de 
iessous la table, ou loger temporairement dans les 
hambres réservées en cette prévision, fut fréquent. 
On a surtout conservé à l'hôtel Leguay le souvenir 
d'un certain général qui, pendant huit jours, rentra 
;< jdusieurs fois tellemenl i\re que des soldats étaient 
îbliirés de l'aider à monter l'escalier 2,.. ». 

Aux Andelys, le 22 février 1871, les officiers prus- 
dens du k^" de ligne et du i'-'' pontonniers réunis dans 
m banquet, pour célébrer par anticipation la ratifi- 
cation des préliminaires du traité de paix 3^ s'enivrè- 
ent abominablement. 

Ils achevèrent la nuit comme ils l'avaient commencée, se traî- 
>ant de cale en café, brisant les fenêtres, enfonçant les portes, 
•.tbuvanl partout plus que de raison. Ainsi fut célébré, aux An- 
lelys, le triomphe définitif et complet des vertus allemandes sur 
a corruption française*. 

Vantons encore la loyauté de certains officiers alle- 

X. MALLiiT (D.), op. Cit., p. 3o. Déclaration de M. Legaay,de l'Hôtel 
le France. 

2. Mallet (L).), op. cit., p. 3o. 

3. L'Asscinblce ne signa le traité que le lendemain. 
4- Deiiais (Charles), op. cit., {>. 18O. 



lia: 



304 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

mands après avoir cité la preuve que Frédéric-Charles 
en donna à Orléans. 

Un officier qui avait perdu au jeu une somme con- 
sidérable déclare, le lendemain, qu'on lui a tiré un| 
coup de fusil sur la route de Trye-Château et, malgré 
ses protestations avec preuves à l'appui, le maire des 
Andelys doit payer à ce fourbe une amende de mille 
(i.ooo) francs i. 

Le 28 novembre, près des Andelys, usant du même 
subterfuge, un colonel obtient de M. Florimont De- 
fontenay, maire de Thilliers, auquel tout reçu est 
refusé, la somme de i.5oo fr. dont il avait besoin 2. 

Des officiers prussiens se procurent à la fin de dé- 
cembre 1870, dans le canton d'Etrépagny, 5o voitures 
et 100 chevaux à titre d'emprunt momentané. 

¥ 

... Les cinq ou six jours écoulés, on commença à s'étonner! 
de ne rien voir revenir. On s'informa près des officiers prussiens,! t) 
qui refusèrent de répondre. Le tour était joué. Toutes les récla- 
mations furent inutiles ; chevaux et voitures étaient définitive- 
ment confisqués. Les mêmes officiers, qui déclaraient si inso-' 
lemment à M. Besnard, de Guitry, qu'il n'y avait plus d'honneur^ '';' 
en France, avaient bel et bien volé nos paysans 3. 

Ilttf 

On finit par retrouver, au commencementde janvier 
1871,168 conducteurs au camp de Brou (Seine-et-Marne) 
d'où ils partaient pour ravitailler en munitions les assié^. 
géants de Paris ^.Indignement traités, n'ayant niargent 
nivêtements chauds, ils couchaient sur la neige; l'un 
d'eux fut ramené aux Andelys pour y expirer « après, 
d'atroces souffrances, auprès d'un pontonnier prussien 

I. Dehaib (Ciiarles), op. cit., p. 101. | 

3. Dehais (Charles), op. cit., p. i3o. 

3. Dehais (Charles), op. cit., pp. i55-i57. 

4. Dehais (Charles), op. cit., p. i58. 



REFLEXIONS FINALES 305 

quo nos sœurs de charité soig'naient, comme s'il eût 
été un concitoyen et un frère. 

Citons enfin une... plaisanterie à l'allemande qui 
a'était, en somme, qu'un acte déloyal. Un ser^-ent du 
43" de ligne prussien se jette aux pieds de M. Jul- 
lien, maire des Andelys, auquel une forte amende 
venait d'être signifiée; il le supplie delà payer pour 
éviter le pillage et l'incendie. Le paiement une fois 
effectué, le commandant de pontonniers dit «...C'é- 
tait pour rire i. » 

Si l'urbanité est unedemi-vertu, citons-lapour cons- 
tater que, — comme on en a eu déjà le sentiment en 
Darlant du respect dû à la femme, — beaucoup trop 
i'officiers allemands, même du plus haut çrade, en 
'étaient totalement dépourvus. L'opinion de M"" Le- 
|uay, de l'Hôtel de France au Mans, est intéressante 
\ connaître parce que, pendant deux interminables 
mois, elle put étudier ses pensionnaires allemands. 

. Il ne faut pas, je l'ai déjà bien des fois remarqué, se fier à 
a politesse des officiers ; elle n'existe qu'à la surface. C'est un 
?^ernis que l'éducation leur a donné, mais qui ne tient pas, et 
jui s'en va, dès que la plus petite passion est en jeu. Ainsi, j'ai 
mtendu une dame dire ceci : « J'ai chez moi deux officiers supé- 
ieurs. Eli bien ! je crois que tous les deux s'entendent pour me 
enir constamment en alerte et me rendre la vie insupportable. 
Jnjour, l'un d'eux est poli, plein de prévenances, l'autre est 
cumant de rag'e. Le lendemain, les rôles sont changés ; le paci- 
ique est furieux, et le furieux pacifique '. 



Il est probable que la jalousie joua un certain rôle 
lans cette inégalité d'humeur, mais ceci était l'affaire 
le la dame. 

Enfin, il est d'usage de qualifier de demi-vertu la 

1. Deiiais (Charles), op. cit., \t. i85. 

2. Mallet (D.), op. cit., p. 2i8. 

20 



306 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811 

propreté. Ici encore, il n'y a qu'une voix pour sig^na- 
1er et blâmer les procédés orduriers d'un grand nom- 
bre d'officiers. Après avoir rappelé la conduite de \ 
Frédéric-Charles à Beaug-ency, citons seulement le 
témoignage du Père E. Domenech : 

... A part le prince royal de Prusse et le prince royal de Saxe, 
qui sont toujours restés dignes, les autres chefs ont montré que 
la tempérance et la délicatesse n'étaient point leur fort; le roi 
Guillaume lui-même, à Reims, dans les salons de rarchevèché, a 
laissé des traces ordurières de.... son caractère soldatesque et 
de son éducation grossière ; ses officiers l'ont imité dans beau- 
coup de châteaux et de maisons que je pourrai nommer, si j'en 
suis plié. 

Les ordures ont joué un grand rôle dans les gracieusetés de nos 
modernes Vandales; depuis le roi jusqu'au simple soIdat,les Alle- 
mands en déposaient symétriquement dans les salons et les 
chambres les plus élégantes des ch.^teaux, des maisons particu- 
lières et des hôtels qu'ils quittaient i. 

Après avoir parlé de la Religiosité, nous aurons, 
il nous semble, rendu suffisamment hommage aux 
« vertus germaniques ». 



DIEU ETAIT AVEC NOUS : A LUI L HONNEUR 



Sur la médaille commémorative de la campagne de 
1870-187 1, on lit, autour du W héraldique de l'empe- 
reur Guillaume P' : Dieu était avec nous, d lui l'hon- 
neur ! 

Il est hors de doute que, se rang^eant à l'avis de leur 
souverain, bon nombre d'Allemands admirent, sincè- 
rement ou non, qu'ils avaient été choisis par Dieu 
pour châtier les Français 2. 

1. DoMENEca (Père Emmanuel), Histoire de la campagne de iSjo- 
187 1 et delà Deuxième Ambulance dite de la Presse Française, ]i.38o. 

2. Celte orgueilleuse opinion domine dans l'entretien qu'eut avec le 



I 



REFLEXIONS FINALES 307 

Au lieu de souligner rinconvenance de cet accapa- 
rement de la Providence, recourons à « l'un des cinq 
cents propriétaires saccagés et pillés » de Ville d'Avray, 
qui, désabusé, se permit de questionner son hôte, le 
colonel prussien Wenzerrs : 

Que prêchent donc vos cafards évangéliques, à ces bandits 
réunis le dimanche autour de leur chaire? Pour conformer la 
liturgie aux mœurs de la sauvagerie prussienne, ils ont dû arra- 
cher CCS deux commandements de Dieu : 

l'j Tu ne tueras [joint, car leurs ouailles fusillent le paysan 
coupable d'avoir défendu son foyer; 

2o Ta ne voleras point, car vous êtes, Prussien, le vol incarné. 

Dieu nous a punis par vos mains... Mais il ne vous a pas 
commandé toutes les abominations dont vous souillez vos vic- 
toires. Il vous était facile de n'emporter que notre haine; mais 
vous avez voulu y ajouter notre juste mépris^ qui, je vous le 
jure, passera la frontière, accru du mépris universel, et vous 
atteindra au sein de la patrie allemande.. .. 

Toute la lettre serait à reproduire. 



LE TRAITÉ DE PAIX DU lO MARS 187I 

Le Iraité qui mit fin à la guerre de 1870-187 1 a 
constitué un véritable scandale et une maladresse poli- 
tique. 

La France eût accepté sans se plaindre des conditions 
pécuniaires plus dures encore, quelque contraires 
qu'elles fussent au droit des gens; elle ne pouvait sous- 
crire à l'arrachement de l'Alsace et de la Lorraine. 
Oublieiix du i)iègequi lui avait été tendu à Eins,Guil- 

marquis de Mun,le 10 novembre 187c. nn beau parleur,M. de S... —de 
MuN (Marquis), op. cil., p. 187. 

I. FouRNiBR (Edouard), op. cit., p. ai3. 



308 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811 

laume obéit servilement, une fois de plus, an chancelier 
Bismarck ; il n'aurait cependant pas dû demeurer sourd 
à la voix de sa mère. Réfugiée à Hufen,la reine Louise 
avait, en effet, écrit, en 1809, cette lettre remarquable 
à plus d'un titre : 

Je ne puis croire que l'empereur Napoléon soit ferme et assuré 
sur son trône resplendissant. La vérité et la justice seules sont 
immuables ; il n'est que sa^e, c'est-à-dire que politique. // n'agit 
pas d'après les lois éternelles, mais selon les circonstances qui 
s'élèvent devant lui. Aussi son régne est souillé d'injustice. Il 
n'agit pas généreusement envers l'humanité, son but n'est pas 
légitime. Son ambition désordonnée n'a d'autre fin que son élé- 
vation personnelle. Son caractère nous inspire plus détonnement 
que d'admiration. Il est aveuglé par la fortune et croit qu'il a le 
pouvoir de faire tout ce qu'il veut ; aussi ne sait-il pas ce que 
c'est que la modération,et celui qui ne se modère pas doit néces- 
sairement perdre son équilibre et tomber 1. 

En vérité, le duo Bismarck -Guillaume P"", foulant aux 
pieds le droit des gens et tirant sans verg-ogne de la 
victoire tout ce qu'elle pouvait procurer, paraît n'avoir 
eu qu'une préoccupation : mener à bien une entre- 
prise industrielle, commerciale et rapace. 

Selon Leçrelle qui, dans une solide ^ étude, s'est 
appliqué à dégager « la raison de cette opiniâtreté à 
se jouer de la douleur de deux millions d'hommes et 
à sourire avec plus de sang-froid que de cœur de la 
commisération indignée des autres peuples » , Bismarck 
aurait eu trois raisons d'agir comme il l'a fait : asso- 
cier le plus possible l'Allemagne tout entière à l'unité 
qu'il espérait avoir violemment cimentée par le sang3 
au profit de la Prusse, l'Alsace et la Lorraine trans- 

I. Legrklle (A.), op. cit., p. i55. 
3. Legkelle (A.), op. cit., pp. ao2 à 206. 

3. « BliU ist ein ganz besonderer saft », a dit M. de Sybel : Le 
sang versé est une sève puissante. » 



REFLEXIONS FINALES 309 

formées an un pays d'Empire qui sérail comme « la 
clef de voûte de l'unification de l'empire g^ermanique»; 
— fournir à la Prusse un excellent « prétexte pour 
tenir en respect le libéralisme allemand, surtout pour 
développer le militarisme»; — rendre impossible « au 
moins tout retour d'amitié entre la France et l'empire 
allemand ». 

Plus perspicace, de Moltke aurait soutenu que cette 
cause d'iniquité et de violence maintiendrait pendant 
cinquante ans l'Europe en armes. Par surcroît, le 
«gage commun » s'est transformé, contre l'attente du 
chancelier, en une cause de discorde : c'est ainsi qu'il 
arrive d'habitude entre larrons. 

Il est hors de doute que Bismarck créa un abîme 
infranchissable entre deux peuples qui auraient eu tout 
à gag-ner à marcher la main dans la main ; l'opprimé 
ne peut éprouver qu'une haine implacable contre son 
oppresseur ; entre eux se dresse la noble et vigoureuse 
protestation qu'Emile Keller, député du Haut-Rhin, 
lut, dans la mémorable séance du 17 février 1871, à 
l'Assemblée nationale, au nom des représentants de 
l'Alsace et de la Lorraine ; elle se terminait par un 
engagement solennel qui a été tenu : 

Vos frères d'Alsace et de Lorraine, séparés en ce moment de 
la Jamille commune, conserveront à la France, absente de leurs 
foyers, une affection fidèle, jusqvLUU jour où elle viendra y 
reprendre sa place. 



GUILLAUME 1 *'" ET SES AIDES 

Guillaume P"", dont la responsabilité demeura entière 
aux yeux de la postérité, a manqué doublement à ses 
devoirs de souverain et de généralissime. 



310 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

Souverain, il n'aurait pas dû invoquer hypocrite- 
ment, à tout propos, le secours d'un Dieu qu'il outra- 
geait ainsi. 

Généralissime, il méconnut le caractère sacré de la 
guerre et ne comprit pas, faute de sentiments élevés, 
que, sur un territoire ennemi, le soldat représente la 
civilisation de son pays, auquel il inflige un déshon- 
neur irrémédiable en commettant des actes criminels. 
Au lieu de servir de modérateur, il laissa violer, en 
donnant au besoin lui-même l'exemple, les lois de 
l'humanité et de l'honnêteté. 

En ce qui concerne ses aides, loin de nous la pensée 
injuste de comprendre dans une même condamnation, 
parfois dans un même mépris, celui qui ordonnait et 
ceux pour lesquels « un ordre » est un ordre. 

Alors comme aujourd'hui, il existait dans l'armée 
allemande, nous n'en doutons pas, des soldats aux 
aspirations nobles, aux cœurs généreux, qui, blâmant 
bien des mesures prises, ne manquèrent pas, tout en 
les exécutant, de verser des larmes intérieures. Ayant 
le culte de l'honneur militaire, ils durent penser qu'un 
homme de guerre ne doit jamais s'avilir au point de 
jouer le rôle d'assassin ou de bourreau. Plus d'un 
était certainement de l'avis de notre grand Duguesclin, 
qui, sur le point de mourir, rappelait à ses compa- 
gnons d'armes « que, dans quelque pays qu'ils fissent 
la guerre, les gens d'église, les femmes, les enfants 
et le pauvre peuple n'étaient point leurs enuemis ». Et 
cependant ils obéirent... 

La résultante naturelle, fatale, d'un régime de ter- 
reur est la revanche, à laquelle, tôt ou tard, aboutis- 
sent les revendications légitimes. 

Certains n'admettent pas que, dans la prochaine 



RÉFLEXIONS FINALES 311 

guerre avec l'AUemag-ne, ses soldats et ses officiers se 
conduiront autrement qu'en 1870-187 1. Une pareille 
illusion dénote une méconnaissance absolue du carac- 
tère allemand sur lequel nous avons cependant des 
renseignements certains, puisqu'ils se dégag-ent d'une 
expérience cruellement acquise. 

La Prusse a cru qu'elle parviendrait à inaugurer, à 
coups de canon, de fusil, de sabre, un nouveau code 
du Droit basé sur la Force ; elle a échoué, m.ais est 
néanmoins toute prête à appliquer de nouveau ce 
principe. 

G'estque, la haine demeurant aussi ardente, la race 
est âpre au butin, et manque totalement, ne cessons de 
le répéter, des qualités chevaleresques essentiellement 
caractérisées par l'humanité et la générosité. 

D'une part, comme nous l'avons déjà dit, le noble 
prussien est plein de morg-ue et boursouflé d'un orijueil 
prodigieux qui le porte à mépriser le reste du monde. 

De l'autre, le soldat, intéressé, cruel et rompu à 
l'obéissance passive, est disposé à se livrer, même de 
sang-froid, aux actes les plus odieux. 

Une pareille collaboration ne pourrait donc aboutir 
qu'aux mêmes résultats ; peut-être même seront-ils 
amplifiés. 

Tôt ou tard, h l'heure marquée par Dieu qui domine 
nos agitations, le droit éternel et l'itnmanente justice 
prennent leur revanche. Aussi, le plus élémentaire 
devoir d'une nation qui, trempée à l'Ecole de l'adver- 
sité, a le sentiment de sa dignité, est-il tout tracé : 
s'appliquer sans relâche, daus la prévision et l'attente 
de cette heure, à remédier aux causes matérielles et 
morales qui prépa.'èreut et justifièrent sa défaite. 

Tel est le cas de la France ; aussi ne saurait-elle, 



312 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

SOUS peine de renier un joassé glorieux, descendre au 
rang des nations secondaires. 

Laissons donc proclamer modestement outre-Rhin 
la supériorité du Germain sur le petit Latin abâtardi 
et, tous tant que nous sommes, sans distinction de 
conditions ni de croyances, prenons pour règle le prin- 
cipe formulé par le grand patriote Déroulède : « On 
n'attaque que les faibles, on ne surprend que les 
oublieux, on n'opprime que les lâches. » 






APPENDICE 

LliS GEOLES ALLE^!ANDES 

(en 1870-1871) !. 

I. Raison de cet Appendice; Eloquence d'un chifl're : mortalité des pri- 
sonniers français en Allcmag-ne. — II. Devoirs et Droits communs aux 
vainqueurs et aux vaincus. — III. Conduite de convois de prisonniers 
jusqu'à la gare d'embarquement jiour l'Allemagne : Passavant; pri- 
sonniers de Soissons. Transport des prisonniers jusqu'au lieu de l'in- 
ternement. — IV. Coup d'œil sur l'internement : Kèglement concer- 
nant les prisonniers français; — Installation, Alimentation, Habille- 
ment. — V. Travaux des prisonniers; leur exploitation. Tentatives 
d'affaiblissement physicjue et moral. — VI. Conduite tenue envers les 
prisonniers par : des habitants; certains gardiens; des oiTiciers. — 
Obsèques. — VII. Prisonniers civils. — VIII. Allemagne et France. — 
IX. Libération des prisonniers. — X. Lu Cbarilô en action. — 
XI. Conclusion. 

Si la question des Pi^isonniers de g^uerre en 1870-71 ne 
rentre pas strictement dans celle de l'Occupation allemande 
en France, elle s'y rattache cependant par des liens étroits. 
Son étude, conduite sans passion et en n'utilisant que des 
documents certains, démontre, en elïet, une fois de plus, 
le manque de généro^^ité des Allemands, ainsi que le degré 
de brutalité ou de cruauté qu'ils peuvent atteindre quand 
ils sont abandonnés à eux-mêmes et surtout lorsqu'ils sont 
encouragés par certains de leurs chefs qu'animent la haine 
des Français et le mépris de la vie humaine. 

I. Cette étude spéciale a été publiée, le i5 janvier igib, dans la Revue 
des Deux-Mondes. 



314 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

II faut que les Français, pour la plupart si oublieux du passé 
qui renferme cependant la leçon de l'avenir, sachent pourquoi 
17.240 de nos frères* succombèrent dans les ereôles alleman- 
des ; ils trouveront dans cette révélation, bien propre à 
faire bondir leurs cœurs, une raison de plus pour participer 
avec la dernière énergie à la terrible lutte qui se prépare. 



Un apôtre, le R. P. Joseph, dont le nom mérite d'être 
conservé pour les services qu'il prodig-ua en Allemagne à 
nos compatriotes, a écrit : « De tous les maux engendrés 
par cette effroyable guerre, la captivité a été, sans conteste, 
le plus désastreux. Elle a privé tout d'un coup la France 
de ses meilleurs défenseurs; elle a jeté 4oo. 000 jeunes 
gens dans les prisons glaciales de l'Allemagne, où ils arri- 
vèrent anéantis par les émotions, brisés par les fatigues, 
épuisés par les privations 2. » 

Un nombre aussi élevé de victimes ne peut être attribué, 
— ainsi que nous allons nous appliquer à le démontrer, — 
tout en faisant la part de la nostalgie, qu'à la faim, au froid 
et aux mauvais traitements. 

Il serait injuste, reconnaissons-le, de prétendre que nos 
prisonniers furent traités partout avec autantd'inhumanité, 
mais le nombre des endroits où il en fut autrement ^ est 
trop restreint pour l'honneur du nom allemand. 

Les documents sérieu.x; relatifs à la captivité en Alle- 
magne sont tellement nombreux qu'ils pourraient former 
une petite bibliothèque; aussi ne citerons-nous que les 
exemples les plus probants. 

1. Ce chiffre a été déterminé avec une rigueur scientifique, à l'aide de 
fiches individuelles, comme pour les guerres de Crimée et d'Italie, par le 
docteur Chenu. Il convient cependant de le prendre pour un minimum, 
bon nombre de prisonniers ayant succombé, plus ou moins de temps 
après leur rentrée en France, des suites de la captivité. 

2. Joseiili (R. P.), la Captivité à Ulm, préface, p. 9. 

3. C'est ainsi que plusieurs commandants de places, dont les fils, pri- 
sionniers en France, y étaient bien traités, usèrent de réciprocité envers 
leurs propres détenus. 



LES GEOLl.S ALLEMANDES 3ir. 

Enfin, il ne sera g-uère question, dans cette enquête suc- 
cincte, que des soldats et des gradés. Certes, les officiers ont 
eu aussi beaucoup à souffrir, mais surtout moralement : 
ceux d'entre eux qui étaient dépourvus de ressources per- 
sonnelles, même minimes, endurèrent des privations que 
l'on ne saurait cependant comparer à celles de leurs mal- 
heureux soldats. 

En captivité, il existe, k n'en pas douter, des devoirs et 
des droits pour le vainqueur aussi bien que pour le vaincu. 
« ... La fin de la j^i^uerre étant, a dit J.-J. Rousseau, la des- 
truction de l'Etat ennemi, on a le droit d'en tuer les défen- 
seurs tant qu'ils ont les armes à la uiain ; mais aussitôt 
qu'ils les posent et se rendent, cessant d'être ennemis, ils 
redeviennent simplement hommes, et l'on n'a plus de droit 
sur leur vie *... » 

Le Suisse Wattel (1714-1764) a, de son côté, nettement 
fixé les devoirs et les droits du vainqueur envers le vaincu, 
qui ne .saurait être transformé en un esclave: « ... On est 
en droit de s'assurer de ses prisonniers et, pour cela, de 
les enfermer et de les lier même, s'il y a lieu de craindre 
qu'ils ne se révoltent ou ne s'enfuient ; mais rien n'autorise 
à les traiter durement, à moins qu'ils ne se soient rendus 
personnellement coupables, envers celui qui les tient en sa 
puissance. En ce cas, il est maître de les punir. Hors de 
là, il doit se souvenir qu'ils sont hommes et malheureux. 
Un g-rand cœur ne sent plus que de la compassion pour un 
ennemi vaincu et désarmé «... » 

Dans notre règlement du 3 mai 1882 sur le service en 
campagne, encore appliqué en 1870, l'article i35 était 
ainsi formulé : « Les officiers doivent rappeler aux soldats 
que la g-énérosité honore le courage. En conséquence, les 
prisonniers de guerre ne sont jamais dépouillés; chacun 
d'eux est traité avec les ég'ards dus à son rang". « 

1. Contrat social, livre V, cliap. iv. 

2. Wallel [Ernrnertch de , le Droit des gens..., livre III, chap. vin. 



316 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

On aurait vainement cherché, dans le règ-lement prussien 
correspondant, une recommandation à la fois si humaine 
et si digne. 

Le 6 mai 1869, au début de la campag-ne d'Italie, des 
Instructions françaises, tout en recommandant de mettre 
les prisonniers hors d'état de nuire, interdirent les rigueurs 
inutiles, leur attribuèrent une solde, du tabac et arrêtèrent 
que les salaires gagnés par eux constitueraient une masse 
leur appartenant. 

En somme, si la Convention de Genève laissa de côté la 
question des prisonniers de guerre, il était admis, en juil- 
let 1870, que la personne d'un prisonnier est inviolable ; 
qu'il a droit à un traitement humain et même que, s'il n'a 
pas aliéné complètement sa liberté en prêtant serment, il 
conserve le droit de s'évader, sans qu'on puisse lui refuser 
la qualité de belligérant, qui est une garantie sérieuse. 

Tels sont les droits du vainqueur et surtout ses devoirs. 

En ce qui concerne le vaincu, insistons sur un cas par- 
ticulier. Son identité une fois loyalement déclarée, le pri- 
sonnier est soumis défait aux lois et règlements qu'a édic- 
tés le vainqueur qui le détient ; eu cas d'insubordination, 
il s'expose aux rigueurs jugées nécessaires pour le con- 
traindre à l'obéissance. 

Il peut être employé à des travaux publics, à la condition 
qu'ils n'auront pas un rapport direct avec les opérations 
sur un théâtre de guerre. 

Tout serment aggrave la situation morale de celui qui le 
prête ; en le violant, on manquera à l'honneur et on s'ex- 
posera, si on est repris, à subir les peines les plus sévères, 
même la peine de mort. 

En 1870-1871, les prisonniers de guerre furent conduits 
sous escorte jusqu'au lieu de l'embarquement, puis inter- 
nés : suivons cet ordre en revenant à dessein sur certains 
sujets déjà mentionnés aux pages 108 et 11 1. 



LES GEOLES ALLEMANDES 317 

Les prisonniers faits à Sedan et à Metz séjournèrent d'a- 
bord, pendant un temps plus ou moins long-, dans un 
camp de concentration ; nous ne nous occuperons que des 
premiers, auxquels se rattache le lamentable souvenir du 
Camp dit de la Misère, établi dans la presqu'île d'Yg-es, 
près de Sedan. Un philanthrope belge a décrit de visa, 
avec une émotion et une indignation communicatives, les 
souffrances de tous igenres que les prisonniers entassés là 
sans la moindre distinction eurent à endurer pendant 
plusieurs jours, bon nombre du 2 au la septembre, 

Littéi'alement abandonnés par les Allemands, exposés 
sans le plus léger abri à une pluie qui tomba souvent à tor- 
rents et transforma le terrain en un véritable cloaque, les 
prisonniers n'eurent, par les soins de l'autorité allemande, 
du 2 au 10 septembre, que cinq distributions de vivres ; 
encore ne les durent-ils, à défaut du général Wimpffen, 
qui était parti le 4 septembre, qu'à l'intervention incessante 
des généraux Ducrot et Lebrun, aidés surtout par les géné- 
raux de Galliffet, Ameil et Le Forestier de Vendeuvre. Il 
semble que l'unique préoccupation de vainqueurs dénués 
de la générosité la plus élémentaire ait été d'affaiblir sys- 
tématiquemenl les malheureux débris de l'armée d'Alsace; 
ils traitèrent, deux mois plus tard, de la même façon les 
prisonniers de iMetz, toutefois, pour ceux-ci, l'épreuve fut 
d'une durée moindre. 

Cette conduite odieuse eut un tel retentissement en Eu- 
rope que le chancelier Bismarck essaya, le 22 septembre, 
par l'intermédiaire de son fidèle secrétaire Moritz Busch *, 
de détruire cette fâcheuse impression; une fois de plus, il 
eut recours au mensonge. Si les intendants auxquels on 
adressa tant de louanges à la fin de la guerre avaient reçu 
des ordres fermes à ce sujet, il leur eût été facile, grâce au 
voisinage de la Belgique, de pourvoir aux besoins de trou- 
pes concentrées de la sorte. 

i. Moritz Busch, leComte de Bismarck et sa suite pendant la guerre 
de France 1870-1871, p. 337. 



318 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

On eut àconstater la même insensibilité et lemème défaut 
de prévovance dans la conduite des convois de prisonniers, 
avec une circonstance aggravante : les habitants qui, tou- 
chés d'une pareille misère, apportaient des vivres à des 
malheureux parfois privés de pain et d'eau depuis vingt- 
quatre heures, furent, en effet, brutalement repoussés. 
Gomme si ce n'était pas assez, les insultes et les coups ne 
leur furent pas ménag-és ; ou a même à signaler des assas- 
sinats individuels ou collectifs. 

Le R. P. Joseph, dans son ouvrage, et le brave com- 
mandant du Petit-Thouars, un témoin *, ont relaté la 
façon dont les Badois traitèrent les défenseurs de Stras- 
bourg qu'ils conduisaient en exil. Pendant deux jours, ces 
prisonniers furent privés de repos et presque complète- 
ment de nourriture ; sous le plus léger prétexte, ils rece- 
vaient des coups de plat de sabre et s'entendaient dire : 
« Vous n'êtes plus des hommes, c'est à peine si nous vous 
considérons comme des chiens. » 

Les Mobiles faits prisonniers, le 6 octobre 1870, à Nom- 
patelize, atteignirent Lunéville, après avoir été frappés à 
coups de crosse ou de plat de sabre et souvent menacés de 
la baïonnette ; là, on les fît passer entre une double haie 
de landv^^ehriens, qui leur appliquèrent des coups de poing, 
de plat de sabre et parfois les piquèrent avec la pointe de 
leurs baïonnettes. 

Le 24 novembre, à Nogent-le-Rotrou, ce furent des offi- 
ciers qui, noblement, cinglèrent à coups de fouet, ainsi 
qu'en a porté témoignage Léopold-Charles, les jambes de 
malheureux marchant depuis dix heures et n'ayant eu pour 
toute nourriture que « quelques débris de biscuit et des 
pommes à cidre ramassées sur la route '^... ». A la Ferté- 
Bernard, la même scène se renouvela avec le concours de 
soldats 3. 

I. Rapport au ministre de la marine. 

a. Léopold-Charles, Notice sur l'invasion à la Ferté-Bernard en 
1870-1871, p. i3, 

3. lë., ibid., op. cit., p. i5. 



LES GEOLES ALLEMANDES 319 

A Ouerrieu, le 28 décembre, c'est un officier qui abat 
d'un coup de revolver le chasseur à pied Scig-neurin, cou- 
pable de s'être avancé de deux pas en avant de l'alig-ne- 
ment pour reprendre sa capote jetée à terre avec des four- 
niments. 

Mais l'épouvantable massacre de Passavant (Marne) 
domine toute la question. 

L'évacuation de la petite place de Vitry ayant été jug'ée 
nécessaire, sa g-arnison fut mise en route dans la nuit du 
24 au 26 août ; elle formait une colonne comprenant envi- 
ron i,5oo hommes, dont 1.200 mobiles armés depuis quatre 
jours et sans instruction militaire. 

Le 25, vers dix heures du matin, cette colonne, qui n'est 
pàs éclairée, est charg"ée, entre Dompierre-le-Château et 
Sivry-sur-Ante, à La Bassée, par une fraction de la 6" divi- 
sion de cavalerie prussienne ; elle met bas les armes à la 
suite d'un semblant de résistance. Après que ces prison- 
niers ont été injuriés, frappés, et que les officiers ont été 
fouillés, puis dévalisés, une colonne est organisée à Sivry. 

Dirigée sur Passavant, elle est réduite à 800 hommes, 
par suite d'évasions qu'a favorisées la connaissance des 
lieux, lorsque, vers cinq heures du soir, elle atteint cet 
endroit. Les parents ou amis qui cherchaient à satisfaire la 
faim et la soif de ces affamés sont brutalement écartés par 
l'escorte ; la marche est bientôt reprise. 

La colonne n'est encore qu'à une petite distance de Pas- 
savant, lorsqu'un prisonnier, rejeté de la route par une 
poussée ou l'ayant quittée pour aller boire à quelques pas, 
est tué par un soldat de l'escorte. 

Au bruit de la détonation, une débandade se produit ; 
presque aussitôt, un second coup de feu tiré par ou ne sait 
qui retentit. S'imaginant qu'on veut les massacrer, les pri- 
sonniers se sauvent dans toutes les directions et cherchent 
à s'abriter. 

Les Prussiens tirent sur les fuyards, d'autres les pour- 
suivent et massacrent ceux qu'ils atteignent. Ce sont 



320 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

autant d'assassinats, puisqu'il s'ag-it d'hommes désarmés. 
« Les mobiles ont voulu fuir et, d'après les lois de la 
guerre, nous avons tiré sur eux ! » ont allégué les bour- 
reaux. Piètre défense reposant sur un double mensono-e : 
attaqués par qui ? les mobiles n'ayant pas d'armes ; il est 
de fait que les prisonniers demeurés sur place ne furent 
point davantag-e éparg'ués. Les officiers qui ordonnèrent 
cette poursuite ou qui n'eurent pas la générosité de l'arrê- 
ter connaissaient l'orig-ine du premier coup de fusil ; depuis 
quand, d'ailleurs, deux coups de fusil séparés, auxquels 
succède un silence complet, constituent-ils une attaque en 
règ-le ? Dégag-eons les causes véritables : le manque de 
sang'-froid causé parla peur dont le soldat prussien a donné 
tant de preuves ; la haine farouche et le mépris de tout 
ce qui est français considéré comme un bétail sur lequel 
on aurait des droits absolus. 

Cette chasse à l'homme, renforcée par les Prussiens can- 
tonnés à proximité, s'étendit jusqu'à Passavant, où les cou- 
rageux efforts du maire Boiet, ceint de son écharpe, demeu- 
rèrent infructueux et où des habitants furent malmenés. 
Quand ce brillant fait d'armes prit fin, le sol était jonché 
de blessés et de morts, dont les bourreaux retournèrent 
consciencieusement les poches. On a conservé, à Passavant 
et à La Bassée, où se dressent deux monuments commémo- 
ratlfs, les noms de 49 mobiles tués et de 97 blessés. 

Le 28 août au soir, les mobiles demeurés valides attei- 
gnaient fiemillj, où ils furent embarqués; ils n'avaient dû 
leur nourriture qu'à la pitié des habitants. A Glogau, lieu 
de leur internement, 4o d'entre eux étaient morts à l'époque 
de la libération, sur les 692 Français qui y sont enterrés. 

Le massacre des prisonniers dits de Soissons, pei'pétré, 
le 16 octobre, sur le territoire d'Hartennes, dans le bois de 
Saint-Jean, fut aussi provoqué, à n'en pas douter, par l'im- 
pressionnabilité excessive des Allemands : prodigues de la 
vie des autres, ils perdent la tête lorsque, tout à coup, ils 
croient leur propre existence menacée. Partis de Soissons, 



LES GEOLES ALLEMANDES 321 

vers trois heures du soir, au nombre approximatif de 
4.000, les prisonniers étaient arrivés dans le bois Saint- 
Jean, où on fit halte. Tout à coup, sans que le m_ystère ait 
jamais pu être éclairci, « des feux de peloton de file, par- 
tant de la tête, de la queue et des flancs de la colonne, 
vinrent jeter l'épouvante et le désordre dans ia masse des 
malheureux prisonniers... Toute cette foule désarmée se 
jeta dans les bois, où elle fut poursuivie à coups de 
fusil *... ». 

II ne fut pas possible de fixer le chiffre exact des victi- 
mes, parce que beaucoup de piisonniers trouvèrent un 
asile momentané dans les fermes ou chaumières; on sait 
seulement que, lorsqu'il atteignit Château-Thierry, le convoi 
était réduit à environ un millier d'hommes. 

Arrivons au transport des prisonniers. Le récit suivant, 
emprunté à un prisonnier civil, renseignera exactement sur 
la brutalité que déployèi'ent, dans la majorité des cas, les 
officiers, sous-officiers et soldats composant l'escorte du 
train. Le convoi comprenait 62 habitants arrêtés en Beauce, 
à Bricj-le-Colombier, dans des circonstances que nous rela- 
terons vers la fin de cette enquête; parmi eux figurait l'ins- 
tituteur Gustave Fautras, qui publia depuis, en 1878, un 
rapport émouvant sous le titre : « Cinq mois de cupfivité. 
Récit cCun prisonnier civil en Prusse. » 

Partis de Bricy lc-(]olombier le xi octobre, les prison- 
niers furent conduits jusqu'à Nogent l'Artaud et là embar- 
qués à destination de Slettiu. 

...Ici, dit Fautras, commence pour les prisonniers de Bricy 
une nouvelle période de souffrances... DauS le wagon de Nogcnt- 
l'Artaud, la faim et la soif vont les accabler ; un air vicié va pres- 
que les asphyxier; le sommeil va leur faire complètciiicnl défaut; 
ils ne pourront ni s'asseoir, ni se coucher, et ils vont être privés 
par là d'un repos devenu des ])Ins uéccssaii'es ; beaucoup de 
vieillards, à (jui on ne penncllra pas de descendre aux différents 
arrêts, vont être obliges de satisfaire aux besoins de Ir», n-fnrc 

I. Le Progrès du Nord. 

21 



322 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811 

dans un coin du wagon ou de salir leurs vêtements... Tous enfin, 
ils vont être en butte à la férocité des soldats de Guillaume; quel- 
ques-uns même vont souffrir un long et douloureux martyre... 

La crosse et la baïonnette nous avaient poussés dans le lourd 
véhicule prussien ; nous étions quarant-huit, pressés les uns con- 
tre les autres, ne pouvant faire le moindre mouvement, ne pou- 
vant ni nous asseoir, ni nous coucher. Le wa-on avait servi pré- 
cédemment au transport de chevaux, il se trouvait rempli de 
fumier ; une odeur fétide nous y suffoquait et y rendait notre 
présence insupportable... 

Bornons-nous, pour terminer, à citer un acte criminel. 
Deux des prisonniers avaient donné des signes d'aliénation 
mentale avant l'arrivée à Francfort : Jaques Penot, de 
Bricy, septuagénaire, et Eugène Gigoux, d'Ingré, âgé de 
cinquante-cinq ans. L'un d'eux, qui se débattait, mordit 
au doigt le Prussien qui le repoussait avec la crosse. 

La ras;e de nos gardiens fut telle alors qu'ils nous menacèrent 
de nous'^ fusiller fous dans le wagon... Ne pouvant le laire, ils 
voulurent au moins que la punition des deux aliénés fût de la 
dernière rigueur. 

Ils commencèrent par les dépouiller de leurs casquelles et de 
leurs chaussures; puis, leur ayant attaché les pieds l'un à l'au- 
tre, leur ayant lie les mains sur le dos, et les ayant couchés sur 
la planche du wagon, ils les battirent avec une cruauté sans 
exemple : non seulement ils se servirent de la crosse et du sabre 
pour assouvir leur colère sur ces deux hommes sans raison, ils 
ne craignirent point d'employer aussi le fer de leurs baïonnettes... 
ou bien, dans un moment de rage, ils chargeaient leurs armes 
et, appuyant le canon sur la gorge de nos deux compatriotes, le 
doigt sur la détente, ils semblaient, pendant quelques instants, 
vouloir mettre fin à leurs souffrances... 

Lorsque, le 22 octobre, à deux heures du matin, on débarqua 
à Stettin, les deux infortunés étaient complètement privés de la 
raison; la tête découverte, le visage ensanglanté, ne présentant 
plus qu'une immense plaie, les pieds nus, coupés, ainsi que les, 
mains, par les liens qui les avaient retenus, ils tremblaient sous 
une bise glaciale. 

Eugène Gigoux mourut le lendemain, de faiblesse et de 



LES GEOLES ALLEMANDES 323 

fatijE;ue » ; Jacques Penot dura jusqu'au 3i octobre, et 
mourut de « fortes contusions », inscrivit-on sur la liste 
officielle des décès: nous connaissons la cause véritable des 
deux morts. Au nombre des 60 prisonniers incarcérés dans 
le fort Preussen, figuraient 87 habitansde Bricy, i3 mou- 
rurent à Stottin ; 24 seulement revinrent à Bricy, affublés 
de casaques prussiennes. 

Effectué trop souvent, malgré la rigueur de la tempéra- 
ture et la durée du voyage, dans des wagons découverts, 
le transport contribua, avec le manque d'une nourriture 
régulière, à débiliter les victimes, et entraîna la mort de 
beaucoup d'entre elles ; plus d'une fois des arrêts eurent 
lieu, afin d'offrir les prisonniers en pâture aux habitants, 
t^ui, nous le verrons, les insuitaientetmôme les frappaient. 
Nancy est un des points du réseau de l'Est où le mode de 
^ansport des prisonniers put être le mieux observé. Louis 
.Uicroix, auquel on doit un récit loyal et très modéré, a 
consigné dans son Journal les principales constatations : 

42 septembre. — On voit descendre, par la rue Stanislas, des 
gens dont le visage bouleveisé, les yeux rougeset humides delar- 
mes dénotent qu'Us éprouvent une profonde affliction. L'un d'eux, 
que j'interroge : — Ah ! Monsieur, me répond-il, nous venons 
de la gare au moment où passait un train de nos prisonniers de 
Sedan, lis sont entassés dans des wagons, dont beaucoup sont 
découverts, à peine vêtus, grelottant de froid, mourant de faim. 
On leur jette des pains vers lesquels ils tendent des mains avides. 
On leur passe des bouteilles de vin au bout d'une perche. Ils re- 
mercient en pleurant, et la fouie les salue et les acclame en pleu- 
rant aussi ; c'est un spectacle qui vous navre, et que je n'ou- 
blierai jamais. »0r, c'est la même chose pour tous les convois. 
Voilà quatre jours que ce passage a commencé etil n'est pas près 
le finir... 

Le mardi, 6 décembre, le thermomètre marque 12 degrés de 
Toid... Mais que dire de ce qu'ont à endurer nos pauvres pri- 
jonniers, que l'on transporte à wag'ons découverts, etqui arrivent 
i notre gare liàvcs, exténués, grelottants de froid, dans un état 
|it avec un aspect qui fait mal à voir I La population de Nancy 



324 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

se surpasse pour les assister. On leur jette des cache-nez, des 
cabans, des couvertures... 

Lundi, 12 décembre. — Retour du froid. Le matin, le thermo- 
mètre est de 12 au-dessous de 0. Il est passé encore des prison- 
niers français, dont beaucoup dans des wag-ons découverts. On 
dit qu'il en est mort quinze de froid cette nuit... 

De son côté, Fautras n'a pas manqué de sig'naler des 
cas de mort par cong-estion : 

... 11 n'est pas rare, dit-il, au mois de janvier,que quelques-uns 
des prisonniers amenés des environs du Mans périssent du froid 
dans les wagons découverts qui les transportaient... 

Les Allemands qui seraient lentes de taxer d'exag-éra- 
tion les i-écits précédents ne pourront récuser le passag"e 
suivant, extrait d'un de leurs journaux, le Wanderer : 

Seize cents prisonniers de guerre de l'armée de la Loire sont 
entrés dans la nuit à Berlin, par le chemin de fer de Potsdam, 
pour être dirigés sur Stettin, où ils sont internés ; mais ils sont 
dans un état tellement déplorable qu'il est impossible de les trans- 
porter plus loin. Leur voyage d'Orléans à Berlin a duré dix-sept 
jours, et ni les prisonniers, ni les hommes de l'escorte n'auraient 
été en état de voyager encore une seule heure. 

Ce transport a été évacué en soixante warjons ouverts; les 
malheureux devaient se tenirdebout, car il n'y avaitpas de siège; 
leur mince uniforme était trempé par les pluies battantes ; le 
froid glacial leur gelaitle corps, la neige leur montait jusqu'aux 
genoux, et leurs jambes vacillantes, leurs membres raidis leur 
refusaient le service. 

La descente des wagons était très dangereuse à cause des 
marche-pieds gelés et glissants. Unturco qui, malgré les avertis, 
sements, voulut descendre, tomba sous les roues et fut broyé. 
Cinq prisonniers sont morts du tétanos ; plus de cent ont dû 
être transportés chez des particuliers, lesambulances étant toute: 
pleines. Avant que tous soient mis à couvert, il en mourra ui 
grand nombre. Plusieurs d'entre eux ont été pris, après avoi 
avalé un peu de bouillon chaud, de spasmes auxquels a succéda 
un sommeil profond. Les soldats sains sont déjà internés dan,! 



LES GEOLES ALLEMANDES 325 

les casernes, et des gens bienfaisants leur ont donné de lanour- 
riture et des vêtements. 

Le nombre des prisonniers du o"^ rég'inient de zouaves est très 
grand. Ce régiment a été presque anéanti. L'habillement de ces 
militaires n'est [as approprié au climat du Nord. Leurs souliers 
étaient tellement déchirés qu'ilstombaient en lambeaux, leurs lar- 
ges pantalons et burnous étaient collés aux membres raidis, et 
ont dû être coupés du corps. Ou a dû hisser les malheureux sur 
les voitures qui devaient les transporter dans les chambres qui 
leur étaient destinées. 

A l'autorité militaire incombe le devoir d'ouvrir une enquête 
sévère sur le transport des prisonniers, de prendre des mesures 
promptes pour mettre fin à ces souffrances. De pareilles scènes 
ne doivent pas se renouveler... 

la (iazpAie du Co'ognr? fut non moins catégorique, et 
rendit tout commentaire superflu. 

... Les forteresses allemandes sont toutes encombrées de pri- 
sonniers, et le transport de ces malheureux dans des wagons à 
charbon ouverts, jour et nuit, par un frijid de 8 à d2 degrés au- 
dessous de 0, est une cruauté que l'on ne saurait jamais défen- 
dre devant le tribunal rie l'hu/nanité. 

Beaucoup de ces malheureux arrivent malades, exténués de 
froid et de faim, légèrement vêtus, et souvent sans souliers et 
sans bas.. . 

* * 

La façon dont fut dirigé l'internement ne pouvait qu'ag- 
g-raver un étal déjà si lamentable. 

En février 1871, il restait en Allemagne, comme pri- 
sonniers de guerre, 12.000 officiers et 872.000 hommes de 
troupe. Ils étaient répartis entre igf) dépôts : i52 sur le 
territoire prussien; 26 en Bavière; 7 en Wurtemberg; 
8 d:ins le grand-duché de Bade; 2 en Hesse-Darmstadt. 

Les officiers qui avaient signé l'engagement de ne pas 
s'évader jouirent d'une certaine liberté, mais ils étaient 
tenus de répondre à des appels et savaient que leur cor- 
mi iiespondance serait contrôlée; ils log-eaient en ville à leurs 



326 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-4871 

frais. Nous aurons occasion de parler de l'insuffisance de 
leur solde. Plus d'un eut à subir les insultes des habitants, 
ce qui les oblig'ea s. porter des effets civils; mais, en g"éné- 
ral, ils furent traités avec les ég-ards dus à leur g-rade. 

Les officiers qui n'avaient pas voulu donner leur parole 
d'honneur furent mis en forteresse, et parfois durement 
traités. 

Les honames de troupe, — gradés et soldats, — formè- 
rent, dans chaque dépôt, des compagnies placées sous les 
ordres d'un commandant supérieur ayant un pouvoir dis- 
ciplinaire des plus étendus. 

11 est prouvé, par de nombreux témoignages, que les 
hommes de troupe furent insuffisamment et mal nourris 
et que, lég-èrement vêtus, mal chaussés, ils eurent, surtout 
en décembre et en janvier, à souffrir cruellement. Trop 
souvent aussi, ils furent en butte à d'indig-nes brutalités. 

En principe, les simples soldats travaillèrent g-ratuite- 
ment, pendant cinq heures, pour l'Etat; le travail qu'ils 
fournirent aux particuliers et aux communes fut inégale- 
ment rémunéré, parfois non rétribué. 

Devant les conseils de guerre, on appliqua exceptionnel- 
lement le code militaire français aux prisonniers qui surent 
s'en réclamer. 

Une situation particulière fut créée aux tirailleurs alg"é- 
riens, aux « pauvres turcos » ; en Allemagne, où ils causè- 
rent une terreur ég-ale à celle qu'ils avaient semée sur les 
champs de bataille de Wissembourg" et de Froeschvs^iller, 
on les désig-na sous les noms de tliiere (bêtes fauves) et on 
les traita d'une façon inhumaine : à peine vêtus et main- 
tenus cruellement dans le Nord, ils y moururent « comme 
des mouches ». 

Les rédacteurs du Récit officiel prussien ont prétendu 
que, à part « quelques inconvénients », la majorité des 
prisonniers « n'a eu à se plaindre ni de l'alimentation, ni 
du traitement a ; demandons à des faits certains ce qu'il 
faut penser de cette audacieuse affirmation. 



LES GEOLES ALLEMANDES 327 

Du rèj^Iemcnt qui fut rais on vigueur dans la plupart des 
déoôts allemands, nous nous bornerons à reproduire trois 
articles, qui furent largement appliqués : 

(* Toute seutinelle doit faire usage de ses armes au moindre 
refus d'obéissance ; 

7o Chaque désobéissance est punie sciou le code prussien. 
Dats les cas graves et en récidive, le coupable sera impitoyable- 
ment mis à mort ; 

8^ La même peine sera appliquée pour toute voie de fait envers 
un supérieur quelconque. 

Demandons à un officier, auquel nous devons des notes 
h la "ois intelligentes et modérées, ce que fut l'installation 
à Spcndau,où commandait cependant un chefbienveillant, 
le « Son général » Streit : 

î^e? prisonniers campés furent d'abord établis sous la tente ; 
i;uis, quand vint l'hiver, dans de longues baraques formées 
d'une carcasse en bois revêtue de carton goudronné. Chacune de 
ces circasses pouvait contenir cent hommes et était munie de 
deux poêles. L'humidité des neiges et des pluies suintant à tra- 
vers ces légères parois se combinait avec lefl'et réfrigérant d'un 
sol sablonneux pour faire de ces locaux un séjour des plus mal- 
saint. Or, nos pauvres lrouj)iers manquaient souvent des vète- 
men?^ les plus indispensables. Des maladies nombreuses, phtisie, 
petite vérole et typhus, se déclarèrent, et tous les jours en empor- 
taient quelques-uns. 

Vers le mois de décembre, le gouvernement prussien leur dis- 
tribua des châlits en bois qui permettaient d'isoler la paille du 
sol, et des toiles pour la réunir en paillasse. 

Mais il laissa toujours en souffrance l'habillement et la chaus- 
srre. Cependant il avait saisi nos magasins militaires ; il lui 
é(ait donc bien facile de satisfaire à toutes les exigences i... 

Un prisonnier en Poméranie a également fourni de pré- 
cieux renseignements. Un mois après l'arrivée, voici ce 
qu'il vit : 

I. Patorni [lieutenant L ), Neuf mois de captivité en AUemas^ne. 



328 L"1.NVASI0.\' ALLEMANDE EN 1870-1871 

... Au milieu du cloaque où nous étions, que l'on se fiç;ire 
une centaine de trous ayant environ 30 mètres de long sur IC de 
large, avec 4 mètre de profondeur ; ces trous avaient une cou- 
verture faite de paille de marais tressée entre des branches de 
sapin tichées en terre de chaque côté et venant se joindre au 
milieu, en forme de toit, à environ 2 mètres 50 centimètres au- 
dessus du sol. Cette couverture était tellement mince et peu ser- 
rée que, pendant les nuits claires, on apercevait les étoiks à 
travers. 

Dans ces grandes fosses creusées dans la vase et par des ttmps 
pluvieux, il était resté des flaques d'eau sur lesquelles ou avait 
jeté un peu de paille, et il suffisait de poser le pied dessus pour 
que cette paille s'enfonçât sous les pas et que Teau paru.' a sa 
place. Ces affreuses cahutes, véritables terriers humains où 
couvaient les fièvres, la variole et le typhus qui devaient nous 
décimer plus tard, n'avaient qu'une seule issue se fermart par 
une porte sans gonds faite de la même manière que la toit»re en 
paille tressée, et à laquelle il fallait donner du pied pour la faire 
tenir lorsqu'à reculons on entrait dans le trou '... 

... Vers le milieu du mois de novembre, la neige fit son Appa- 
rition ; les faibles toitures qui nous abritaient laissaient pisser 
cette neige qui filtrait, fine comme de la farine ; il faisait un froid 
terrible dans ces trous malsains ; la neige, en tombant su? nos 
couvertures, se formait en verglas ; et, dans l'obscurité qui 
régnait là-dedans, on n'entendait que grelotter et se plaindre. 

Les tirailleurs algériens surtout, avec leur pantalon de toile, 
souffraient rudement de cette température mortelle ; parfois, dans 
la nuit, ils poussaient de sourds rugissements mêlés au nom 
d'Allah et de Mahomet, auxquels ils reprochaient d'avoir abm- 
donné la France et ses enfants *... 

Le 9 février 187 i, le thermomètre descendit à 4i° su- 
dessous de 0, et cette température ne varia pas pendaat 
trois jours. 

... Impossible de s'endormir avec un froid pareil, et il y en 

ï. Brachon (l'h ], Neuf mois en captivité. Octobre iS70-juiIlel 
1871, pp. ç;3, ç)4. 95- 
a. Id., ibid., op. cit., p. io5. 



LES GEOLES ALLExMANDES 329 

eut qui, cng'ourdis et paralysés, furent trouvés gelés, parmi leurs 
camarades qui les croyaient endormis. 

Les Poméraniens nous disaient en ricanant : « Encore deux 
degrés seulement, et les Français n'auront plus besoin d'être 
gardés ' !... » 

D'autres exemples ég-alement probants pourraient être 
encore cités, mais il faut se borner. 

C'est ainsi qu'un témoin, loyal entre tous, le capitaine 
Quesnaj de Beaurepaire, a signalé la recrudescence de 
mauvais traitements que provoqua à Ing-olstadt, de la part 
des Bavarois, la nouvelle de leur défaite à Coulmiers : 
(( ...Le plus souvent, les sous-officiers de service exig'eaient 
par cruauté ces promenades si redoutées des prisonniers » 
qui, à peine vêtus, avaient beaucoup à soutfrir d'un froid 
intense -. 

A la fin de novembre, le 3o, 6.000 prisonniers quittèrent 
Stettin pour aller occuper, à 6 kilomètres environ de là, le 
camp de Krekow, où ils furent installés dans des tentes 
d'une contenance de ving-t hommes environ : le froid rigou- 
reux, les mauvais traitements et l'insuffisance de la nour- 
riture comme quantité et comme qualité ne tardèrent pas à 
provoquer chez les prisonniers une mortalité effrayante 3. 
Sur l'ordre du gouvernement prussien, ils construisirent 
des baraques en planches ; on en comptait quatre-vingts 
dans les premiers jours de janvier. 

La mortalité diminua dès lors sensiblement ; cependant, 
le 8 février 1871, le thermomètre étant descendu à aô", 
« sur 47 soldats français venant de Krekow à Stettin pour 
y chercher le pain pour la distribution du lendemain, huit 
furent gelés : deux moururent immédiatement et les autres 
les jours suivants* ». 

1. Brachon [Ph.], op. cit., p. ibO. Pendant ces trois jours, plus de 
200 prisonniers ayant les bras et les jambes gelés entrèrent à l'hôpital. 

2. Qiiesnai/ de Beaurepaire {capitaine), De Wissembourg à Ing-ols- 
tadt (18,0-1871), p. 216. 

3. Bruchon {/'/t.), op. cit., p. laa. 

4. Fautras [Gustave], op. cit., p. i54. 



330 L'INVASION ALLEMANDE EN ISIOlSll 

L'alimentation fut déplorable, avons-nous dit. 

A Stettin, dit Bruchon, les prisonniers reçurent « une 
espèce de bouillie grisâtre assez semblable à ce que l'on 
voit dans les pots des colleurs d'affiches, mais cependant 
bien moins épaisse et plus noire. C'était de la farine de 
seig-le aigre et gâtée, délayée avec des balais de bouleau et 
où il n'y avait pas même de sel *... «. 

Si encore le pain dont les Français sont friands avait 
pu dédommag-er de ce brouet répugnant î 

... Ils nous donnèrent à chacun, dit encore Bruchon, quelque 
chose de carré ressemblant assez à un poids de 20 kilos; il y 
avait une marque faite avec des chiffres afravés sur l'une des 
faces : cétait uoir et moisi, et cela avait l'apparence d'un bloc de 
terre pressée dans un moule à briques ; celle chose, c'était du 
pain ! Il y en avait un peu plus d'un kilo pour quatre jours s... 

A Torgau, « le plus lamentable coin de ce grand cime- 
tière qui s'appelle l'Allemagne », et où le chiffre des morts 
s'éleva à i.i34, 

la nourriture était juste ce qu'il faut pour ne pas mourir de faim. 
Pain noir mêlé de paille, bouillie de farine aux patates. Cétait 
tout 3... 

Le même témoin irrécusable a décrit l'habillement : 

... Ces pauvres enfants, dépourvus d'habits, furent gratifiés de 
vieilles long'ues tuniques de soldats prussiens, si dé;j^uenillées, si 
sales, si habitées, me disait l'un d'eux, qu'il aurait fallu prendre 
un crochet de chiffonnier pour les saisir. On leur distribua même 
de vieux souliers éculés. Ceux qui pouvaient les chausser avaient 
encore les orteils dehors *... 

Dans les autres dépôts, les prisonniers ne furent pas 
mieux traités. 

1. Bruchon (Ph.), op. cit., pp. 98, 99. 

2. Bruchon [Ph.), op. cit., p. 95. 

3. Guers [chanoine E.), op. ait-, p. 260. 

4. Guers {chanoine E.), op. cit., p. sGo. 



LES GEOLES ALLEMANDES 331 

* * 

Parmi les conventions internationales qui règlent le sort 
I des prisonniers de g"uerre, il en est une relative aux travaux 
publics que l'on est en droit d'exig-er d'eux : ces travaux 
ne doivent avoir aucun rapport direct avec les opérations 
de guerre, et il est naturel qu'ils ne soient ni exténuants, 
ni humiliants pour leur grade ou leur position, soit officielle, 
soit sociale. C'est ainsi que le vainqueur n'a pas le droit 
d'employer des prisonniers à nettoyer des rues de la ville 
où ils sont internés : des soldats prisonniers sont toujours 
des soldats. Si, d'un commun accord, des prisonniers tra- 
vaillent pour des particuliers, il convient, comme nous l'a- 
vons déjà dit, que ce travail soit rétribué, et que le salaire 
serve à améliorer leur position ou leur soit compté au jour 
de la libération. 

Les Allemands, faisant passer avant tout leur intérêt, ne 
tinrent trop souvent aucun compte de ces règles; elles dé- 
coulent pourtant d'une appréciation à la fois équitable et 
digne du caractère du soldat qui, bien que trahi par le sort, 
n'a pas démérité. 

En Poméranie, dit Bruchon, « les besognes les plus rudes 
et même les plus abjectes nous étaient toujours réservées ; 
on nous fit faire maintes et maintes fois le service de vidan- 
geurs, dans les casernes et dansdififérents autres bâtiments ; 
et, chose Inouïe, nous n'avions même pas d'eau pour nous 
laver!... » 

Jamais non plus le plus mince salaire ne nous fut donné en 
échange d'un aussi rude labeur; au contraire, lorsque nous étions 
loués à des particuliers, c'étaient les soldats poméraniens chargés 
de nous surveiller à la besogne qui recevaient de leurs compa- 
triotes des gratiHcations comme récompense des coups qu'ils nous 
donnaient lorsque nous éprouvions le besoin de souffler dans nos 
doigts ou que nous nous arrêtions un instant de travailler '.., 

Pendant l'hiver, des prisonniers furent utilisés pour déga- 
ger les places et les rues de Stettin : 

I. Bruchon (Ph.), op. cit., pp. 96, 97. 



332 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

Du matin au soir, nous étions occupés à briser la glace, balayer, 
ramasser et transporter cette neige dans des traîneaux auxquels 
nous étions attelés comme des bêtes de somme '... 

Au camp de Krekow, les prisonniers furent employés, 
par des lempératures de 20 et même de 3o deg rés, à char- 
rier de la g-lace destinée à ravitailler d'immenses glacières 
pour les hôpitaux de Berlin, Stettin et autres villes. 

Le même auteur a tracé un tableau saisissant que nous 
regrettons de ne pouvoir reproduire en totalité, d'une cor- 
véede cette nature faite, deux fois par jour, sous la neig'e; 
des coups de dos de plat de sabre servaient de stimulants "^l 
A Colog-ne même, où la vie fut plus douce, voici ce dont 
fut témoin un homme do cœur, le ca{)itaine (depuis lieute- 
nant-colonel) Meyret : 

Oh !... c'est à travers mes larmes que j'écris ceci ; Vingt sol- 
dats français, zouaves, fantassins, cavaliers en guenilles, attachés 
à une voiture chargée de sacs de farine, blancs de froid, trem- 
blant la fièvre, escortés par des soldats prussiens, le fusil chargé; 
un mot, et ils recevront un coup de crosse ; un geste, ce sera un 
coup de baïonnette ; et ce mol cependant est prononcé par les 
soldats de ces bataillons de Metz qui ont terrifié nos ennemis ; ce 
sont ces braves gens qui nous ont conservé nos épées qu'on trans- 
forme en des bêles de somme s... 

En dehors de ces travaux illicites imposés par la rapacité 
et ag-gravés par la brutalité allemandes, citons, à titre de 
contraste, mais sans insister, les travaux d'un caractère 
spécial que l'ing-éniosité de nos soldats put réaliser à Ulm*, 
à Spandau ^. Nous entendons parler de travaux de Vin- 
duslrie parisienne, véritables petites merveilles provenant 
de la transformation de boutons d'uniformes en métal 

1. Bruchon, op. cit., p. loç). 

2. Id., ibid., op. cit., pp. i3i, i34, i35. 

3. Meyret {lieutenant-colonel}, Souvenirs d'un prisonnier de guerre, 
pp. 227 et 2:28, 

4. R- P. Joseph, op. cit., pp. 124 et i25. Les généraux Pritwitz et 
Dielt s'y montrèrent bienveillants. 

5. Pat:>rni (lieatenant), op. cit. 



LES GEOLES ALLEMANDES 333 

blanc: baçues, éping-Ies de toutes les formes, inéclailles, etc., 
qui ti'ouvaient de nombreux acquéreurs, comme les petits 
bateaux fabriqués par les marias et les sabots-bijoux des 
sabotiers. Ce gain permit à quelques prisonniers d'amé- 
liorer leur nourriture ou de faire face à des besoins 
urgents. 

Nous serions incomplet si nous ne mentionnions pas les 
tentatives que firent les Allemands pour affaiblir physi- 
quement et moralement les prisonniers et la façon dont ils 
les exploitèrent. 

Dans certains dépôts, à Ing-olstadt, par exemple, ainsi 
que le capitaine Quesnay de Beaurepaire en a fourni le 
témoig-nag"e *, le g'ouverneur donna l'autorisation de vendre 
des liqueurs fortes dans les casemates à nos malheureux 
prisonniers. 

Nous étions bien pour tous ces Allemands, dit le témoin, les 
Français de la décadence morale et physique. Le but a été atteint 
autant que pouvaient le souhaiter les Prussiens et ceux qui exé- 
cutaient leurs ordres dans les Etats du Sud. Hâtons-nous d'ajouter 
que rien n'a été omis pour parier aux yeux des populations et 
frapper leur esprit, pas même les moyens que repousse rhumanité. . . 

Parmi ces moyens, deux sont à sig"naler: — montrer des 
Français ivres et débraillés escortés par des soldats bava- 
rois très corrects : voilà pour le niveau moral ; — présenter, 
comme pri$onniers de guerre, de pauvres infirmes qui 
n'avaient jamais dû porter un fusil : voilà pour le côté 
physique. La conduite des rég'iments provisoires qui , 
fournis par ces prisonniers, terrassèrent la criminelle Com- 
mune, déjoua leur déloyal calcul. 

Les prisonniers furent parfois exploités d'ime façon 
odieuse. C'est ainsi qu'en Poméranie des soldats et des sous- 
officiers allemands se firent les complices des brocanteurs 
juifs. Il leur sufiit, avant (pie le froid eût sévi, de répandre 
dans le camp un double mensonge : la paix est sig'née; le 

I. Quesnay du Beaurepaire {capitaine), op. cit., ]>. i63. 



384 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

rapatriement sera immédiat pour les prisonniers pouvant 
faire la dépense du trajet de Stettiu à Berlin, où on active 
rorg«nisalion de trains à destination de France. 

... Ce fut, (lit UQ témoin, une véritable foire aux habits ; c'était 
à qui parviendrait à vendre qui sa capote, qui sa tunique ou son 
manteau, et cela à des prix dérisoires, car ce qu'il y avait de 
meilleur fut à peine vendu un thaler. 

Enfin, ils partirent après nous avoir dépouillés de ce qui aurait 
pu nous être si utile pour nous préserver de la terrible froidure 
que nous endurâmes par la suite : et, le soir même, nous appre- 
nions que tout ce qu'ils nous avaient dit était faux i. 

Les malheureuses dupes purent lorsque, le froid venu, 
elles étaient à peine vêtues de haillons sous la neig-e, aper- 
cevoir « sur le dos des charretiers et des portefaix du port 
les vêtements qui leur avaient été volés, et sur la vente 
desquels les soldats poméraniens avaient reçu une forte 
somme en échang-e de leur complicité ». 

Abordons maintenant l'importante question des insultes 
et des mauvais traitements, auxquels participèrent trop 
souvent habitants, gardiens et officiers. 

Presque partout, ce qui n'est pasétonn;'.ntpourquiconque 
connaît le manque absolu de générosité de l'Allemand, nos 
prisonniers eurent à se plaindre des ha'àtants. Depuis le 
grand-duché de Bade, pour prendre cet exemple, jusqu'en 
Poméranie, hommes, femmes et enfants agirent de la même 
façon, c'est-à-dire sans pitié: pour le prouver, suivons un 
convoi depuis son point de départ jusquà son arrivée. 

Formé de soldats du 82* régiment de marche capturés 
le 6 octobre 1870, au combat de la Burgonce, ce convoi a 
eu pour historien l'un deux, Ph. Bruchon. 

Dans le grand-duché de Bade : à Carlsruhe, ce sont des 
clameurs, des menaces du poing, de la part des femmes 

I. Bruchon {Ph.), op. cit., pp. 107 à iio. 



LES GEOLES ALLEMANDES 335 

(les g^estes dég-oùlants, des cris de Franzosen caput (,mort 
aux Français) ; à Rastadt, la foule « sut se rendre digne 
en tous points des énerg'umènes de Karlsruhe ». 

De Rastadt à Gassel (Prusse), « la réception de Karlsruhe 
fut suivie à la lettre, dans toutes les stations où le train 
s'arrêtait, et les démonstrations hostiles s'acct-ntuaient au 
furet à mesure que nous avancions dans l'intérieur de 
l'AUemag-ne ». 

A Berlin, où la capitulation de Metz venait d'être con- 
nue, le train marcha avec une lenteur calculée : hommes 
et femmes purent ainsi, de leurs fenêtres, insulter à qui 
mieux mieux les prisonniers ; le silence ne se fit que lors- 
que l'apparition des zouaves et des turcos fit impression 
sur ces braillards. Pendant le repas, « menaces, insultes, 
provocations, tout cela pleuvait sur nous, et, lorsque nous 
sortîmes pour remonter en wagon, la fureur de ces êtres 
féroces tourna au délire ». 

A Stettin, bien qu'il fût dix heures du soir et « qu'une 
pluie glacée mêlée de gros flocons de nei^e » inondât les 
rues, (' les habitants ne voulurent [)as rester en arrière de 
leurs compatriotes de Berlin et d'ailleurs ; ils nous firent 
corlèg'e, et la sér'-.nade recommença ». Fort heureusement, 
la mine farouche des bons Turcos, qui jouissaient auprès 
de beaucoup d'Allemands de la réputation de « manger le 
monde », tint instamment la foule à une distance respec- 
tueuse. 

Les enfants, avons-nous dit, ne restèrent pas en retard 
sur ieurs charitables parents. C'est ainsi qu'un certain jour, 
comme une quarantaine de prisonniers brisaient la glace 
dans une rue de Stettin, des garçons qui sortaient de l'école, 
encouragés par les surveillants, leur lancèrent des boules de 
neige et des morceaux de glace ; bientôt même les habi- 
tants du (juartier se mirent de la partie. 

Les prisonniers patienlèreot jusqu'à ce que, leur sang 
ayant coulé, ils firent, tout en travaillant, des boules de 
neige dans lesquelles ils mirent des pierres : alors tout à 



336 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

coup, répondant par le cri de « Viv<î la France ! » aux 
cris de « Mort aux Français ! » et de « Paris caput ! »,ils 
se portèrent en avant et firent évacuer la place par les 
cinq cents personnes environ qui s'y trouvaient. 

Alors, dit Ph. Bruchon, nous reprîmes notre travail sous les 
coups de crosse qui nous furent distribués parles casques à pointe 
furieux d'avoir vu fustiger leurs tristes compatriotes ». 

Le 23 octobre 1870, eut lieu à Stettin l'enterrement d'un 
des martyrs de Bricy, Jean Marchand. « Il nous fallut, dit 
Fautras, pour aller prendre le corps, traverser une partie 
delà ville. Je ne décrirai point la manière dont nous fûmes 
accueillis : menacés du poing- par les hommes, injuriés par 
les femmes, accablés de pierres par les enfants, ce trajet 
nous fut un véritable calvaire 2... » 

L'article 5 du règ-lement dont nous avons reproduit les 
articles 6, 7 et 8 était ainsi formulé : « Chaque soldat 
prussien est supérieur du soldat français, sans distinction 
de grade » ; une pareille latitude devait être g-rosse de 
conséquences ; elles ne manquèrent pas, en effet. 

Envers les prisonniers de guerre, a dit Fautras, l'orgueil prus- 
sien se traduisait de toutes les manières : chefs et soldats ne 
savaient quels moyens employer pour nous narguer, nous mé- 
priser 8... 

Pendant le travail, qui consistait à casser des cailloux 
avec de grosses masses, 

les nombreux gardiens qui nous entouraient ne nous épargnaient, 
rapporte le même témoin, ni les menaces, ni les coups... Si le 
soleil venait à reluire un moment, une foule empressée, parmi 
laquelle se trouvaient beaucoup de femmes, s'assemblait près de 
nous, nous envoyait ses injures les plus grossières, et riait sans 
pitié sur notre infortune. Quant aux coups, malheur à qui de 
nous relevait un instant la (êle ''.., 

1. Bruchon iPh.\ op. cit., pp. i :o el m. 

2. Ici., ibid., op. cit., p. 97. 

3. ]d., ibid., op. cit., p. i33. 

4. Ib., ibid., op. cit., p. 99. 



LES GEOLES ALLEMANDES 337 

Mais tout cela n'était que vétilles comparé au fait sui- 
vant. Compris dans la capitulation de Metz, le soldat 
Eveno, qui avait fait les Gompag-nesde Crimée et du Mexi- 
que, fut dirig-é sur Thorn. Son récit confirme en tous points 
ce qui a été dit sur le transport, sur la nourriture et sur les 
insultes des habitants ; n'en consultons que la partie con- 
sacrée au séjour à Thorn : le détachement était enfermé 
dans le fort qui protège la g'are, et il était défendu de 
regarder les trains, surtout ceux venant de l'Ouest, de la 
France. 

Un matin, lit-on dans ses Souvenirs, k l'heure de la récréation 
nous étions dans la cour. Un de mes amis, un Breton, commit 
l'imprudence de se pencher pour voir au dehors, à travers le 
créueau. La sentinelle qui montait la garde au pied du rempart 
l'aperçut, épaula, fit feu. La balle atteignit à l'œil mon malheu- 
reux compatriote et lui transperça le front. 

Au bruit de la détonation, nous accourûmes tous : le blessé 
fut transporté au poste, où il ne tarda pas à expirer. Nous étions 
blêmes de rage. Le commandant de place prétendit que le pri- 
sonnier avait dû insulter la sentinelle. 

— C'est faux ! m'écriai-je, indigné. Il n'a pas seulement ouvert 
la bouche. Faites-nous fusiller tous, c'est plus simple, et que cela 
finisse ! 

On se contenta de changer le factionnaire... 

Continuons la série des assassinats. Dans le suivant, qui 
se passa à Stettin, le drame fut complet. 

Le soldat poméranien qui surveillait une corvée trans- 
portant de la terre frappe avec le dos de son sabre un pri- 
sonnier qui, selon lui, n'avait pas suffisamment rempli sa 
brouette. Indig-né, le Français, vieux soldat à moustache 
grise, fait avec sa pelle le simulacre de parer les coups et 
I de vouloir riposter. 

L'Allemand le frappe alors avec rage du taillant de son sabre 
et lui fend la tête ; inondé de sang, ce malheureux tombe pour 
ne plus se relever. L'ignoble brute qui vient de commettre ce 
double assassinat remet crânement son sabre au fourreau, sans 

22 



338 L•I^!VASION ALLEMANDE EN 18-0-1811 

l'essuyer, afin de pouvoir montrer ce san^ à ses camarades. 

Les autres Poméraniens applaudissent et semblent envier l'acte 
de sauvagerie auquel vient de se livrer un des leurs. 

Soudain un dragon quitte sa brouette, s'approche du Prussien, 
et, prompt comme l'éclair, avant que les autres soldats alle- 
nfttnds aient le temps d'intervenir, il assène sur la face du meur- 
trier uu si terrible coup de poing- que le sang jaillit par la bou- 
che, le nez et les oreilles ; le Prussien s'abat comme une masse, 
les yeux hors des orbites , alors le Français s'écrie : « Vive la 
France! » et : « Tuez-moi maintenant, tas de lâches! » 

A peine a-t-il prononcé ces paroles qu'un coup de fusil le couche 
pour toujours à côté de la première victime de ces brigands, qui 
criblent son cadavre de coups de baïonnette et lui écrasent la 
figure à coups de talons de boites... 

Transporté à l'hôpital, le Prussien mourut le même soir. 
Les cadavres des deux Français furent déposés à l'amphi- 
théâtre et livrés aux étudiants pour servir à leurs études. 

A dater de ce jour, les gardiens ne donnèrent plus des 
ordres que le sabre à la main. 

Il faudrait un volume pour relater tous les faits indigènes 
qui se passèrent en Poméranie et dont Ph. Bruchon a été 
l'historien ; quelques-uns furent marqués au coin d'une 
sauvag-erie véritable. 

Un soir de novembre,les prisonniers du camp de Krekow, 
revenant du travail et pressés de prendre leur repas, se 
bousculent à l'entrée trop étroite de la cuisine ; les faction- 
naires s'emploient eu vain à rétablir de l'ordre. 

L'officier de service prend peur et va chercher deux 
compagnies d'infanterie qu'il établit face à la cuisine.Tout 
à coup, sur son ordre et sans avertissement préalable, ces 
compagnies chargent à la baïonnette, en poussant de sau- 
vages clameurs, les prisonniers entassés entre elles et la 
baraque servant de cuisine. Alors se passe une scène indes- 
criptible qu'il est facile de se figurer. Les prisonniers s'en- 
fuient dans toutes les directions, aux cris de : « Ils nous 
assassinent 1 ils nous égorgent 1 oh ! les lâches 1 » et en 



LES GEOLES ALLEMANDES 339 

laissant le sol jonché de morts et de blessés dont on n'en- 
tendit plus parler *. 

Citons encore un fait concernant le camp de Krekow- 
Vers la fin de janvier 1871, un chasseur à pied, sorti le 
soir de sa baraque pour obéir à un besoin naturel, parvient 
à la reg^ag-ner après avoir échappé à la patrouille qui le 
poursuivait; la lumière s'était éteinte. 

Lorsque les soldats qui composaient la patrouille « virent 
que celui auquel ils donnaient la chasse leur échappait dans 
l'obscurité, ils s'arrêtèrent et tirent feu à volonté, tirant au 
jugé, espérant ainsi atteindre quand môme leur proie ». 

On juge quel l'ut le réveil de ceux qui dormaient là-dedans; ils 
crurent que c "était un massacre en masse qui s'exécutait ; et cette 
croyance avait d'autant plus de consistance qu'il y eut des tues 
et des blessés... Ce l'ait d'armes accompli, la patrouille se retira, 
et, le lendemain matin, on en emporta deux à l'amphithéâtre et 
sept à l'ambulance, dont trois moururent le même jour des suites 
de leurs blessures*... 

Parmi plusieurs actes indignes qui entachèrent l'honneur 
d'officiers allemands, choisissons le suivant, qui se passa à 
Ing-olstadt et que le chanoine Guers,qui s'y trouvait alors, 
a relaté avec détails 3. 

Jean-Pierre-Aug-uste Hamel, soldat au 8^ bataillon de 
chasseurs, reg-ag-nait son dépôt lorsqu'il croise, sans le voir, 
un officier allemand ; il ne le salue donc pas. « Ah ! s'é- 
crie l'officier, je ne salirai pas mes nobles mains à te tou- 
cher ! >/ et, sautant sur lui, il le frappe furieusement à coups 
de plat de sabre. 

Justement indig-né, Hamel se précipite sur lui, et, le 
jetant par terre, le piétine. La foule l'arrête ; on le conduit 
en prison. Le Conseil de g-uerre se réunit aussitôt et, sans 
tenir compte de la lâcheté de l'officier, séance tenante, con- 
damne Hamel à mort. 

I. liriiclion {l'h.), op. cit., pp. 112 à 116. 

a. Id., op. cU., pp. loî et i53. 

3. Gaers (chanoine)^ op. cit., pp. 76 à 80. 



340 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-18*1 

Le chanoine Guers ne parvint pas k obtenir sa j^râce * ; 
il passa auprès de lui sa dernière nuit et fut accueilli avec 
gratitude. 

A l'aube naissante, raconte-t-il, Hamel était à genoux, embras- 
sant longuement un crucifix, après avoir rempli tous ses devoirs 
religieux... et nous étions conduits au champ de manœuvres et 
au fatal poteau, et, avant de se laisser bander les yeux, il me 
disait : « Mon père, je ne me repens pas de ce que j'ai fait, mais 
seulement d'avoir offensé mon Dieu durant ma courte existence. 
Dites cela aux camarades, avec mes adieux à la famille, aux 
amis..., et au revoir au Ciel. » 

C'est à Ing-olstadt aussi que se perpétra, le g janvier 
1871, l'assassinat juridique du serg-ent de tirailleurs (>har- 
les Gombault, qui a été raconté de deux façons différentes. 

Exposons d'abord la version la plus vraisemblable, puis- 
qu'elle est due au capitaine Quesnay de Beaurepaire, qui 
ne ménagea pas sa sympathie active à ses malheureux frè- 
res d'armes. Il était sur les lieux et reçut de première main 
des détails qui lui furent fournis par le sergent-major Wal- 
let dans une lettre couverte de signatures. 

Né à Dinan (Côtcs-du-Nord), Gombault, chrétien con- 
vaincu, possédait une instruction lui permettant d'aspirer 
à l'épaulette. Sous-officier au bout de dix-huit mois pour 
sa brillante conduite dans le Sud-Oranais, il s'était distin- 
gué avec le 2^^ tirailleurs à Frœscbwiller. A. Ingolstadt, il 
avait, par « sa nature à la fois douce et énergique, son 
caractère franc et ouvert, gagné la sympathie de ses chefs 
et l'affection de ses camarades ' ». 

Les prisonniers prenaient l'air dans la cour de la forte- 
resse, lorsque Gombault, ignorant la défense de communi- 
quer avec les hommes punis, s'approche de l'un d'eux pour 
lui dire quelques mots. 

I. « Je comprends votre démarche, dit le général auquel il s'adressa, 
mais elle est inutile. Il faut un exemple à vos Français indisciplinés. Ils 
vont l'avoir. » De l'acte inqualifiable de l'officier, nul regret. 1 

a. Quesnay de Beaurepaire (capitaine), op. cit., pp. 3173328. 



LES GEOLES ALLEMANDES 341 

Le Bavarois qui était de faction le repousse brutalement, 
sans rien dire, d'an coup de crosse dans la poitrine; puis, 
à la suite d'une discussion animée, il appelle à son aide des 
camarades, tout en continuant à frapper le serg-ent. 

Un sergent bavarois « accourt avec quelques hommes de 
piquet et, sans demander d'explication, frappe au visage 
Gombault, dont il serre la gorge avec l'autre main. C'est 
alors seulement que notre malheureux camarade riposta 
par un coup de pied et fut immédiatement enlevé ». 

Déféré sans retard à la cour martiale, Gombault est 
condamné à mort après un simulacre de jugement. 

Quesnav de Beaurepaire n'avait pu obtenir l'autorisation 
de s'entretenir avec lui. 

Gombault n'ayant pu embrasser une dernière fois ses 
camarades leur adressa ses adieux « écrits d'une main 
ferme » : 

« A Monsieur Benoist Vincent, sergent au 2e régiment 
de tirailleurs, à Ingolstadt. 

a Messieurs les sous-officiers du 2« régiment de tirailleurs 
algériens ! Adieu, braves camarades, je meurs fier d'avoir 
appartenu à votre noble corps et à la France. 

« (jOMBaULT. » 

Jugé à huis clos, il a été fusillé de môme. 

Aussitôt informés de cet attentat véritable, tous les offi- 
ciers détenus à Ingolstadt protestèrent en constatant que 
Gombault n'avait pas été jugé, ayant été privé, contraire- 
ment au droit des gens, de défenseur. 

Cette lettre valut aux signataires, de la part du gouver- 
neur, huit jours d'arrêts que le ministre de la guerre dou- 
bla; elle se terminait ainsi : 

... Votre cour martiale a fait une mauvaise action contre 
laquelle nous protestons et (jue nous dénonçons aux armées de 
tous les pays. 

Toutefois, peu de temps a|)rès, le gouverneur ne s'opposa pas à 
rérccliou, dans le fossé du fort, d'un petit mausolée portant fins- 



342 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

criplion suivant : « A la mémoire de Gombault Charles, sergent 
au 2e tirailleurs, prisonuierà Ingolsladt, fusillé le Sjanvier 1871, 
à l'âge de 22 ans ! ses camarades du 2e tirailleurs. » 

La seconde version, beaucoup plus dramatique à coup 
sûr que la précédente, a été lancée, d'après des renseig-ne- 
mens erronés, par l'abbé Landau *, puis propag-ée de la 
meilleure foi du monde, — cela est hors de doute, — par 
le R. P. Joseph ^ et par le chanoine Guers 3. 

L'abbé Landau, qui demeurait à Munich, ne séjourna à 
Ing-olstadt qu'en mars 187 1, les 17, 18, 19 et 22; quant 
aux deux autres prêtres, ils exercèrent leur mission, le pre- 
mier à Ulm, le second un peu partout. 

Nous sommes donc en présence d'une lég'ende d'après 
laquelle Gombault aurait été fusillé devant 6.000 prison- 
niers après leur avoir adressé quelques mots, les avoir 
invités à pousser avec lui le cri de « Vive la France! » que 
« les rives du Danube furent. . . forcées de répéter » [sic) 
et commandé lui-même « Feu ! » 

Quatre mille exemplaires du portrait de Gombault exposé 
dans Ingolstadt s'écoulèrent rapidement. 

Les prisonniers civils furent traités avec une telle 
dureté par les Allemands qu'il est équitable, — sans vou- 
loir les séparer de leurs compatriotes militaires, — d'appe- 
ler tout particulièrement sur eux l'attention. Le chanoine 
Guers a tracé un tableau véridique de leur situation à 
Stettin. 

Le général Vogel de Falkenstein, commandant la place de 

1. Landau {abbé E.), Six mois en Bavière par l'aumônier militaire de 
Munich, pp. i44 et \l\b. 

2. R. P. Joseph, op. cit., p. 122. Fondateur de l'Œuvre des Tombes 
des soldats français en Allemagne, le R. P. Joseph y fit ériger 100 mo 
numents. 

3. Guers [chanoine], op. C'i., p. 80. 



LES GEOLES ALLEMANDES 343 

Stettin, fut rude pour nos trente mille soldats français confiés à 
sa garde, mais // se montra impitoi/ablemsnt barbare pour 
les prisonniers civils amenés en grand nombre de toutes les 
parties de la France, et spécialement du Loiret.// les condamna 
aux travaux forcés. Qu'où se figure un bataillon de paysans, la 
plupart des vieillards, exténués par les épreuves de la guerre, 
hâves des fatigues extrêmes du voyage, les uns à moitié vêtus, 
les autres sans souliers, forcés, une masse à la main, dans la 
boue, la neige, la glace ou sous une pluie battante, de casser des 
pierres sous les murs de la ville, du matin au soir. C'était leur 
misérable sort ! Beaucoup y succombèrent, victimes lamentables 
des plus odieux traitements i... 

L'exemple du Loiret nous sera fourni par Bricj-le- 
Golombier, dont nous avons déjà eu occasion de parler, en 
nous appuyant sur le témoignag-e de l'instituteur Gustave 
Fautras. 

Le II octobre 1870, une colonne allemande se portant 
sur les Ormes atteint Bricy. 

Pendant que s'opère la perquisition des armes, Gilbert 
dit Blandin, surpris comme il cachait dans une haie son 
fusil dont il ne s'était pas servi, est mis à mort. L'absence 
d'armes une foisconstatée, les Allemands emmènent comme 
otages un certain nombre d'habitants, dont Fautras, qu'un 
officiera insulté : il y a parmi eux plusieurs vieillards âg-és 
de soixante-huit à soixante-douze ans ; les uns sont en 
blouse ou vêtus d'un simple gilet ; les autres sont chaus- 
sés seulement de sabots. 

Après le combat des Ormes, la marche sur Orléans est 
reprise au milieu des insultes et des coups prodigués par 
les fantassins et les cavaliers qui encombrent la route-. 

A Toury, après un jeûne presque complet de cinquante- 
cinq heures, une petite ration de pain est distribuée; elle 

I. Gtirrs [chanoine E.],op. cit., p. 296. 

3. Fautras {Gustave), op. cit., p. 28. Picard IVospcr, âgé de 78 ans, 
accablé de falig-iie, se jette dans un fossé pour y mourir : rouéde coups, 
piqué avec des baïonuelles, il doit se remettre en rouie. Lablié, septua- 
génaire, eut le front atteint de plusieurs coups de baïonnettes, p. 3i. 



344 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

ne sera renouvelée qu'à Etampes. A Boissy-le-Cuté, des 
habitants accourent avec du pain et de l'eau, ils sont chas- 
sés par les Prussiens, qui, rapporte Fautras, s'emparent 
des aliments, répandent le liquide et brisent les vases le 
contenant i. Les choses se passent de la même façon 
près de la Ferté ; des cavaliers distribuent des coups de 
sabre. 

Le i4 au soir, à Corbeil, pendant que les Frères des 
Ecoles chrétiennes distribuent des rations de pain, un pri- 
sonnier tombe inanimé. 

Les i5, i6 et 17, la marche continue par Lieusaint, 
Brie-Comte-Robert... « Parfois, un vieillard se traînait 
humblement près d'un chef, lui montrait ses pieds déchi- 
réspar les pierres, ses cheveux blanchis par les années, lui 
disait qu'il était innocent, que jamais un fusil n'avait 
touché ses mains... Le Prussien ne l'écoutait pas toujours; 
impatienté, il le repoussait odieusement en lui hurlant 
ces mots : «. Si vous m'importunez, je vous fais fusil- 
ler 2... )) 

Ou atteint enfin Nog-ent-l' Artaud, où eut lieu l'embar- 
quement. 



Nous avons eu occasion de sig-naler la détresse matérielle 
dans laquelle se trouvèrent, par suite de l'insuffisance de 
la solde que leur servait le g-ouvernement allemand, la 
plupart des officiers français prisonniers. 

Dans la réclamation que le chancelier Bismarck adressa 
de Ferrières, le 4 octobre 1870, au Gouvernement de la 
Défense nationale, il osa affirmer que des officiers alle- 
mands prisonniers étaient « traités d'une manière aussi 
indig-ne que contraire aux lois de la g-uerre » et « en con- 
tradiction avec les principes du droit des gens et de l'hu- 
manité ». 

1. Fautras (GiisLiue), ibid., op. cit., p. 4'- 

2. Fautras (Gustuui;), op. cil , p. 67. 



LES GEOLES ALLEMANDES 345 

Le 28 octobre, après enquête, le comte de Chaudorrly 
n'eut, pour réduire à néant de pareilles a;;-eilions, qu'à 
établir un simple parallèle; reproduisons-le. 

. . En France, les soldats et les sous-officiers des armées 
allemandes reçoivent, par jour, et indépendamment des alloca- 
tions de vivres, une somme de tr. 05 à t"r. 07; ils peuvent 
travailler chez les particuliers, et, dans ce cas. ils touchent envi- 
ron fr. 40 par jour. 

En Aliemao'ne, nos soldats ne re(;oivent aucune solde, et ils en 
sont réduits, a écrit récemment lord Lot'tus, à vendre leurs 
médailles pour se procurer de petits adoucissements, qui, dans 
leur situation, sont presque nécessaires à la vie, le tabac notam- 
ment. 

Les officiers inférieurs, prisonniers en Allemagne, reçoivent 
mensuellement 12 thalers 1, soit 45 francs, et les officiers supé- 
rieurs et çénérau.x 25 thalers, soit 93 fr. 75. 

En France, au contraire, nous donnons au.x officiers prison- 
niers : 

Aux généraux de division, 333 francs; de brigade, 2")0 francs ; 

Aux officiers: supérieurs, 200 francs ; subalternes, 100 francs. 

Enfin, les colis qui leur sont adressés par leurs familles leur 
sont toujours fidèlement remis *. 

On voit donc que nous faisons à vos prisonniers une situation 
beaucoup plus favorable que celle qui est faite à nos soldats en 
Allemagne. 

Le lieutenant-colonel Mejret a donné, d'une façon humo- 
ristique, l'emploi des 45 francs qu'il touchait comme capi- 
taine 3 : log-ement et café au lait du matin, 18 francs; 
pension par jour, i fr. 4oj soit 42 francs ou 4^ fr. 4oj 
lorsque le mois était de trente et un jours; il était donc à 
découvert, chaque mois, de i5 francs ou de 16 fr. 4o sans 
compter le blanchissage^ le tabac et les menues dépenses 
d'entretien. 

1. Le Ihaier vaut 3 fr. 75. 

2. Le lieutcnani-coloiiel .Meyret, précisant davantage, s'est appliqué à 
démonlrcr les détournements de toute nature qu'il put constater, à 
(loloe^nedu moins, p. 211. 

3. Meyret Uieuleuant-colonel), op. ci!., p. ly. 



346 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 

Emu de cette situation précaire, misérable, le gouver- 
nement français fit servir aux officiers, par les soins de 
l'ambassade anglaise, un supplément mensuel uniforme 
de 3o francs. 



Consacrons un mot à la libération des prisonniers de 
guerre pour donner une preuve de plus de la rapacité du 
caractère allemand. 

L'article i4 de la Convention signée le 28 janvier 187 1 
jDour l'armistice concernait les prisonniers; il fut confirmé 
le 10 mai suivant. 

Il sera procédé immédiatement à l'échaage de fous les prison- 
niers de guerre qui ont été faits par l'armée française depuis le 
commencement de la guerre. Dans ce but... Les échanges de- 
vaient avoir lieu eu nombre pareil de prisonniers de guerre fran- 
çais du grade correspondant. 

Le 17 février, l'armistice fut prolongé jusqu'au 26 et les 
préliminaires de paix signés le même jour. 

Le 12 mars, les officiers furent enfin autorisés à solli- 
citer une permission de rentrer en France à leurs frais, en 
profitant toutefois de la réduction de demi-place accordée 
aux militaires sur les chemins de fer allemands; l'inter- 
vention de M. Thiers leur procura l'allocation d'une petite 
indemnité dite de rapatriement. 

Le gouvernement prussien notamment manœuvra alors 
de façon à extorquer le plus d'argent possible aux prison- 
niers. 

... Aux mois de mai et de jnin, les officiers et les soldats 
payaient encore leur voyage. A Memel, qui est la ville la plus 
éloignée, ou demandait aux soldats 5 thalers ou 18 fr.75; quand 
ils ne les avaient pas, on marchandait et l'on faisait prix 3 ou 
2 thalers. Mais, quand ils avaient davantage, la rapacité alle- 
mande ne connaissait plus de bornes : à Spandau, les soldats ne 
purent partir à moins de 15 thalers (56 fr. 25) ! Pour les offi- 
ciers, la somme exigée était généralement 30 thalers (112 fr. 50). 



LES GEOLES ALLEMANDES 347 

Beaucoup s'obstineront d'abord à rester; puis, de guerre lasse, 
vaincus par l'ennui, ils payèrent tout ce qu'on voulut. Très peu, 
en définitive, quehjues centaines, sont rentrés aux frais du gou- 
; vernement prussien i... 

{ En principe, les Allemands n'avaient pas le droit de 
retenir les prisonniers passibles de peines disciplinaires 
pour insubordination, tentative d'évasion, ou autres actes 
tenant uniquemeut h leur caractère de prisonniers ; ils se 

I l'arrogorent cependant, Ineu qu'il tombe sous le sens que le 
pouvoir de tout Etat détenant des prisonniers de g-uerre 
cesse d'exister à la paix 2. 

! On a expliqué le maintien de quelques prisonniers en 
allég'uant des crimes contre le droit commun. Gomme les 
éléments et appréciations faisaient g-énéralement défaut, il 
eût été lojal de rendre publics les noms des coupables. 

Quoi qu'il en soit, tout eu faisant quelques réserves, cer- 
tains prisonniers furent maintenus en AUemaj^ne pendant 
quinze, vingt ans, davantage encore peut-être ; on signala 
du moins le retour eu France de certains de ces malheu- 
reux en 1888, en 1889 et môme en 1894. 

* 
I * * 

Nous nous reprocherions, aj)rès avoir raconté tant de 
faits malheureusement trop authentiques choisis parmi 
beaucoup d'autres, de no point signaler le bien là où il fut 
constaté. La charité avait un trop beau champ d'action 
pour ne pas s'exercer sous des formes variées ; des Alle- 
mands, des Français et des étrangers s'efforcèrent d'ap- 
porter un remède à tant de misères. 

Plusieurs généraux et commandants de place allemands 
ont traité nos compatriotes avec sollicitude, parfois même 
avec bonté. Ils n'oblig-èrent pas des ingrats : c'est ainsi que 

I. Patorni [lieutenanl^ L.), op. cil., p. 78. 

s. BluntschH, règle 716. — lleffli^r [.\. G.], le Droit des gens euro- 
péan, I 181. 



348 L'INVASION ALLEMANDE EN 1870 1871 

sont arrivés jusqu'à nous les noms des généraux Streit, de 
Spandau, Pritwitz et Dietl, d'UIm, Michaëlis, d'Erfurth, 
von Hansteln, de Mag-debourg-, von Vaag" et Diez, de Ras- 
tadt. Dans ces différents endroits, le départ des prisonniers 
ne s'effectua pas sans qu'ils se fissent un devoir de témoi- 
gner, d'une façon ou d'une autre, à qui de droit leur gra- 
titude. 

L'action de la reine Augusta fut également bienfaisante. 

Les prêtres et missionnaires français, dont le zèle chari- 
table s'exerça d'une façon si utile en Allemagne, se sont 
tous plu à reconnaître les services rendus aux prisonniers, 
quand son action n'a point été entravée ou empêchée par 
l'autorité militaire même. 

Le plus autorisé d'entre eux, le R. P. Joseph, a écrit : 
« Le clergé allemand ne s'est pas séparé, dans ces oeuvres 
de dévouement, de notre clergé national ; il a eu à cœur de 
prouver au monde que le prêtre, comme la charité dont il 
est l'apôtre, ne connaît pas de frontières : les inimitiés des 
nations, les rivalités des partis, les haines implacables des 
guerres ne trouvent pas de place dans le champ pacifique 
de son action, et il est fort heureux qu'au sein de nos tour- 
mentes, la Providence nous ait ménagé cet oasis impéné- 
trable aux passions humaines. Le clergé d'Allemagne 
s'est donc montré dévoué et plein de zèle pour nos cheis 
prisonniers : nous tenons à le constater et à lui rendre jus- 
tice*. » 

Prêtres et missionnaires français, prêtres allemands 
reçurent de l'argent, du linge et des vêtements des nom- 
breux comités de secours qui s'étaient organisés en France, 
en Belgique, en Hollande, en Suisse, en Allemagne aussi. 

Malgré la gêne imposée par les circonstances à la majo- 
rité des officiei's, beaucoup d'entre eux s'efforcèrent, au 
milieu de difficultés de toule sorte, d'améliorer le sort de 
leurs frères d'armes en adoucissant leur misère et en s'op- 
posantà leur dégradation morale. Leur rôle fut très efficace 

I. R. P. Joseph, op. cit., p. 58. 



LES GEOLES ALLEMANDES 349 

si, comme le dit avec vraisemblance le lieutenant Patorni, 
<( le mot d'ordre secret de la politique prussienne était 
la destruction de toute discipliue, aHn de renvoyer l'ar- 
mée française aussi affaiblie moralement que physique 
ment ». 

La Sœur de charité exerça aussi en Allemag-ne Taction 
si réconfortante dont elle possède le secret. 

L'abbé Landau a fait connaître quelques-uns des bien- 
faiteurs des prisonniers : « ... M™^ la baronne de Reybeld, 
d'orig-ine française, femme du maître de poste en retraite, 
est depuis sept mois, à Landshut, la mère de nos soldats, 
comme la maréchale de Mac-Mahon à Mayence, M""" de 
Michaëlis à Erfurt, la comtesse de Zeppelin à Rastadt, la 
comtesse de Prascha-Stolberg- à Neisse, la baronne von 
Hanstein à Magdebourg-, la supérieure du Bon Pasteur, la 
comtesse de Gramont à Munich * ... » 

A ces noms, ajoutons ceux de la princesse Clémentine 
d'Orléans, de la duchesse de Saxe-tiobourg--Gotha, du 
comte et de la comtesse Praschna, pour Kosel ; de la com- 
tesse Plater, à Posen ; du comte Dziatouski, à Redhen ; de 
M"« Julie Schill et du banquier Franz-Simon Meyer, pour 
Rastadt ; de M™» Bontoux, pour l'Est de l'Allemagne ; du 
baron de Chaulin, pour le Wurtemberg', etc. 

Il est pénible d'avoir à constater que, en certains endroits, 
la charité fut contrariée par les soldats allemands. C'est ce 
qui arriva notamment, en octobre 1870, à M™e Derintf, 
femme du premier secrétaire de l'ambassade anglaise, qui 
était chargée, à Spandau, des intérêts français. 

... Moif Dering commençait donc son admirable mission lors- 
que les soldats prussiens (jui formaient le poste de garde se 
jetèrent sur elle, lui arrachèrent sa boîte de cigares et l'un d'eux 
la souffleta l... Toute la presse de Spandau et de Berlin applau- 
dit à l'acte de ce soldat et déclara qu'il avait bien fait 2.., 

1. Landau (abbé L.). op. cit., p. i48. 

2. l'alorni {lieutenant), op. cit., p. 55. 



3;iO L'INVASION ALLEMANDE EN 1810-1871 

On punit pour la forme le soldat et l'incident fut clos. 
Il n'est pas hors de propos de dire que : 

Le gouvernement prussien, après avoir excité sa meute de 
journaux contre la neutralité bienveillante qu'exerçaient à notre 
égard la Belgique, le Luxembourg, adressa à ces deux |>elits pays 
des représentations diplomatiques, aux(juclles nécessairement ils 
durent se soumettre. Des démarches dans le même sens réussi- 
rent également auprès de l'Autriche et de la Suisse i. .. 

* 

^ if. 

Le moment est, il nous semble, venu de conclure. 

Lorsque, en 1809, après la campag"ne d'Italie, les prison- 
niei's autrichiens qui venaient de recouvrer leur liberté 
eurent atteint le pont de Kehl, ils se retournèrent vers la 
France pour lui envoyer des baisers d'adieu. C'est que, 
dans ce pays généreux, on met en pratique l'hommao-e ren- 
du par Napoléon le"" : « Hommag-eau courage malheureux! » 

En revanche, que de larmes de rage nous avons vu 
couler, que de poings fermés se sont levés en signe de 
menace toutes les fois qu'il a été question devant nous des 
geôles allemandes de 1 870-1 871 ! 

Lorsque, le i^f mars 1871, l'instituteur G. Fautras fut 
sur le point de quitter Stettin, où il venait de séjourner 
cinq mois, le chef de la compagnie à laquelle il appartenait 
lui dit : 

« De retour en France, vous raconterez certainement de 
quelle manière vous a traités, vous et tous ces prisonniers 
civils, l'administration prussienne. Sans doute, vous ne 
direz pas là-dessus de bonnes choses. 

— Telle est, en elïet, mon intention, Monsieur, répondis- 
je. Et, comme vous l'avez pensé, ce que je pourrai dire ne 
sera sûrement pas à la louange de votre gouvernement. 

Il se mordit les lèvres *. « 

1. Patorni [lieutenant), ibid., op. cit., p. 56. 

2. Fautras [Gustave), op. cit., p. xn. C'est seulement au mois de mai 
de l'année dernière que, grâce à l'action persévérante de M. Frédéric 
Massou, de l'Académie Française, M. G. Fautras a reçu la croix de la 
Légion d'honneur ; elle était bien méritée. 



w 



LES GEOLES ALLEMANDES 351 

Fautras a tenu sa promesse. 

Eu nous appliquant à faire connaître aux Français qui 
combattront demain le martyrologe des prisonniers de 1870- 
187 1, nous ne nous sommes nullement proposé de susciter, 
quand l'heure en sera venue, des représailles; elles répu- 
gneraient, d'ailleurs, aux sentiments d'humanité qui dis- 
ting-uent notre nation de la nation allemande. 

Gardons cette supériorité et sachons Taftirmer en bannis- 
sant, autant qu il sera possible, tout acte de violence et 
d'iniquité. A cette condition, nos drapeaux continueront à 
flotter immaculés et nous conserverons notre réputation 
de nation chrétienne et vraiment civilisée. 



I 



INDEX ALPHABÉTIQUE ^'^ 



Ablis (Seine-et-Oise) : 98, 96. 

Ablon (Seine-et-Oise): 214. 

Achard (Amédée) : iGa. 

Aerschot (Belgique) ; xvii. 

Aing-eraj (Meurlhe) : 223. 

Aisne (dép. de 1') : 268. 

Albaret (manufacturier à Ran- 
t,iï;ny) : 170. 

Albert I^ (roi de Belg'ique) : x. 

Albert (Somme) : xx. 

Alvensleben II (général alle- 
mand von) ; 298. 

Ameil l général) : 817. 

Amiens (Somme): 61, 167, 195. 

Andelvs (Les) (Eure) : 271, 372, 
3o4" 

Andernay (Meuse) : 214. 

Antony (Seine) : 278. 

Anvers (Belgi(jue) : 117. 

Arbellot (général): i33, i34. 

Ardcnnes (dép. des) : 268. 

Arnim (comte d'j : 202. 

Arqué (docteur, Orléans) : 191. 

Arques-la-bataille (Seine-Inférieu- 
re) : 177. 

Arras (Pas-de-Calais) : xix. 

Ars-sur-.MoselIe (Moselle) : 170. 

Atticus : 2D. 

Aube (dép. de 1") : 268. 

Aubert (de Saint-Apollinaire) : 
57. 



Aubertin (Charles) : 19. 
Aubigny-les-Pothées (Ardennes) : 

66, 122. 
Aubrais (les) (Loiret) : 18-!. 
Aubry (de Behonne) : 288. 
Audiane (Belgique) : xxvi. 
Audincourt (Doubs) : 157, 288. 
Augfusta (reine de Prusse) : 3/j8. 
Augustin (saint) : 17g. 
Aulnay-les-Bondy (Seine-et-Oise) : 

222. 

A vallon Yonne) : 71, loi. 
Avillers (Meurthe-et-Moselle) ; 

XVIII, XIX. 

Ayctte (Pas-de-Calais) : 58, 



B 

Babin (de Neaufles-Saint-Mar- 

tinl : 288. 
Baccarat (Meurthe-et- Moselle) : 

XVIII. 

Bantouzelles (Nord) : 249. 

Bapaume (Pas-de-Calais) : 231,282, 
370. 

Barba (de Saint-Cloud) : :'.79. 

Barbier (Jules, de Charmes-sur- 
Moselle) : 96. 

Barbier et Madame (de Cler- 
mont, Oiseï : vi5. 

Barby (général allemand von) : 
227. 



(1) Nota. — l-es noms propres so«t indiqués en caractèrts gros ; les noms des 
endroits cités le sont en caractères romaius. 

23 



35 



L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 



Bar-lc-Duc (Meuse) : 149.232,267, 
287. 

BarnckO'W {général allemand) : 
189. 

Barrère (Bertrand de Vieuzac) : 
II. 

Barrés (Maurice) : xxxn. 

Basse (la) (Marne): 108, iio. 

Baule (Loiret) : 76, 269. 

Baumbak (général allemand) : 
45. 

Bazeilles (Ardennes) : 27, i35 a 
i38, 186. 

Bazincourt (Oise) : 64, 65. 

Beaugeocy (canton, Loiret) : 2G9. 

Beaugency (Loiret) : 212, 266,269. 

Beaumont (Loiret) : 88. 

Beaumont-sur-Oise (Seine-et-Oise) : 
159. 

Beaune-la-Rolande (Loiret) : 22, 
85,87. 

Beaureg-ard (château) (Seine-et- 
Oise) : 44. 

Beauvais (arrondissement, Oise) : 
270. 

Beauvais (Oise) : 271. 

Bécourt-Leolère (docteur): 
188. 

Bédu (abbé) : 58, i43, i45, 212, 
aSi. 

Bée (Jules, d'Ablis) : 94. 

Beffu (Ardennes) : 74. 

Behonne (Meuse) : 288. 

Belfort (Haut-Rhin) : 219. 

Belin (de Rambervillers) : 126. 

Benoist (Vincent, sergent-major 
au 2» Tirailleurs) : 34i. 

Berchères-sur- Vègre (Eure-et- 
Loir) : 57. 

Bergson (de l'Académie fran- 
çaise) : 179. 

Berlin (Prusse) : 335. 

Bernard (maire de Nancy) : 2o5. 

Bernstorff (ambassadeur alle- 
mand aux Etats-Unis) : xxxn. 

Berry-au-Bac (Aisne) : xix. 

Bertaucouri iSomme) : 58. 

Berthélemy (de Versailles) : 168. 

Bertillon (M°'«, de Daix) : 61. 

Berlincourt (Pas-de-Calais) : i4o, 
270. 

Bessé-sur-Braye (Sarthe) : 84. 



Bessing (général allemand von) : 

XXVI. 
Bezons (Seine-et-Oise) : 219. 
Biard (M"», Postes) : 87. 
Biencourt (marquis de) : 281, 

2Ï-2. 

Bismarck (comte de) ; 7, 11,23, 
26,27, 28, 29, iig, 121, 122, i4i, 
i52, 169, 225, 290,292, 293,299, 
3o8, 317, 344- 

Bismarck-Bonin (comte de, 
gouverneur général de l'Alsace) : 
253. 

Bizot de Fonteny (sous-pré- 
fet d'Avallon) : 71. 

Blanchetière (Beaugency) : 

Blaru ;Seine-et-Oise) : 222. 

Blois (général de) : 1 11, ii2,ii3, 
ii4, 1 18. 

Bluntschli (professeur à l'Uni- 
versité de Heidelberg) : 5, 88, 
i5i, 229, 239, 240, 247. 

Bninski (lieutenant polonais, 
comte de) : 65. 

Bohain (Aisne) : 270. 

Boiet (maire de Passavant) : 110, 

320. 

Boisdoublet (château.Sarthe) : 45. 
Bois-Girard (ferme, Loiret) :44. 
Boissy-le-Cuté (Seine-et-Oise) : 344- 
Borapard (maire de Bar-le-Duc) : 

205. 

Bonnechose (cardinal de) : 2, 
217, 582. 

Bonnevalet (château, Pas-de-Ca- 
lais) : i4o. 

Bontoux (Madame) : 349- 

Bordot (conseiller municipal) : 
i33. 

Borny (bataille) : 181. 

Bossuet (évêque) : 3. 

Bougival (Seine-et-Oise) : 76, abg. 

Bouhir (de Daix) : 60. 

Boulanger (le Mans) : 192. 

Boulzincourt (Ardennes) : 18, 26, 

77- 

Bouray (Seine-et-Oise) : i65. 

Bourcois (cantonnier) : 53. 

Bourget ;Le) (Seine) : 182, 234. 

Bourg-Ia-Reine (Seine) : 170,171. 

Bourgonce-Nompatelize (La) (Vos- 
ges) : 54. 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



355 



Bourras (colonel; ; 20, 58. 

Boutry (M™» Angelina) : 49- 

Bouvier (Félix) : i23, 12(1, 127. 

Bouvin (de Neuville) : 77. 

Boyelles (Pas-de-Calais) : 44- 

Braconnier (commandant): 187. 

Braf f ort \ maire de Bazeillcs) : 1 3() 

Brauchitsch (préfet prussien de 
Versailles] : 72, 76, i48, 17a, 
2o4, 241. 

Bi'edof (comte de) : i65. 

Bredow (général von) : 49, 93. 

Bredow (colonel von, comman- 
dant d'étapes à Rouen/ ; 283. 

Brème ^ville libre allemande) : 88, 

Brenet (lieutenant Amédée, doc- 
teur en droit] : 66, 116, S02. 

Breton : 43- 

Beuil (Aisne) : 80. 

Breval iSeine-et-Oise) : 5o. 

Briand (général) : 98. 

Briare 1 Loiret) : 71. 

Bricon (Haute-Marne) : 79, i46, 

Bricy (comte de) : 65. 

Bricy-le-Colombier (Loiret) : 821, 
343. 

Briel (curé de Gondreville et de 
Fontenoy-s. -Moselle) : 102, io3, 
io4i io5. 

Brou (Eure-et-Loire) : 3o4. 

Brouillot (famille) : s'ia. 

Bruchon (l*h.) : 328, 829, 33o, 
ô.,i, à.\-j., 334, 3S0, 339. 

Brugalé (curé de Bezons) : 219. 

Bruneau (général] : 61. 

Brunel : 162. 

BuUion iSeine-et-Oise) : 94. 

Bulow (von, commandant d'éta- 
pes à Bar-le-Duc) ; 23z, 287. 

Bulow igéuéral von) : xxvi. 

Burlamaqui (J.-J., moraliste 
genevois) ; 294. 

BuBoh : voir Moritz. 

Bussières-lès-Belmonl(Haute-!Mar- 
ne) : 284. 

Bussigny ,Nord) : 4?. 

Byaus (Uoubs) : 160. 



Gagnoncles (Nord) : 249. 
Cahen (M™* Coralie) : 67. 



Cailliate (pasteur) : 26, 4g. 
(Jambrai (Nord) : i54. 
Cambriels (général) : 127. 
Camp de la Misère (près Sedan) : 

317. 
Capron(de Parmain) : i3o, i3i. 

l32. 

Cardevacque (Adolphe de) : 

80, i4o. 
Carnières (Nord) : 249. 
Cassel (Prusse) : 335. 
Castu (vicomte de) : 
Caleau île, Nord) : i56, 249. 
(^ateau-(.:ambrésis | canton) ; i56. 
Catelet (Lej lAisnc) ; 274. 
Cathelineau : 20. 
C^audray (Somme) : loG. 
Cavaniol i^Th.) ; i33, 207, 269, 

a83. 
Cazot-Voirin (de Nogent-en- 

Bassigny) : i34. 
Celles (Vosges) : 54. 
César : 4o- 
Chabaud-la-Tour (baron de, 

iMonlbéliard) : 147. 
Chaiiin (frères) : 3o2. 
Chàlons-sur-Marne : 283. 
Champagne : 288. 
Champeaui garde-barrière) : 69. 
Champenoux (.Meurthe) : 228. 
Champigny ^Seine) : 07. 
Champigny (infirmier à Hau- 

levilie ; 188. 
Chanai (de Rambervillcrs) ; 120. 
Chanzy (général) : 44- 
Ghapuis( maire de Monthureux) : 

'47- 
Charbonnier 'Joseph, sous-pré- 
fet de Montargis) : 71,85, 86,87, 

Charles (docteur, maire deSaint- 

Denis) : i4i. 
Chai'leville (Ardennes) : 216, 268. 
Charmes (canton) : 83, <,6. 
Charmes-sur-Moselle (Vosges) : 

91. yâ, 274. 
Charpignon (docteur) : 69, i84, 

i85, 
Chatrain (Emile) : 94. 
Chassey (Haute-Saône) : 07. 
Chàteaudun (Eure-et-Loir) : 64, 

133, 127 à i3o, i8ê, a34. 



356 



L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 



Château-Salins (Meurthe) : 201. 
Château-Thierry (Aisne) : m. 
Ghàtillon-sur-Seine ((^ùte-d'Or) : 

68, 6(), 8?, ïoO, 23o. 
Ghaudordy (coinlc de): 25,97, 

292, 345. 
Chaufton (docteur) : i85. 
Chaulin (baronne de) : 349- 
Cliaume ^la; 1 Yonne, : 65. 
Chaumonl (Haute-Marne) : 36,83, 

i33, i3A, 142, 284- 
Chaux (plateau de) : 67. 
Chemin (famille Lucien) : 49- 
Chenerru ^château, Sartlie) : 45. 
Chenu (docteur» : 3 14. 
Chérisy (Eure-et-Loire) : 49, 220. 
Cherriuic-Maupeau (maire 

de Baule) ; 76. 
Chevallier (SOUS lieutenantd'in- 

l'anterie de marine à BazeiJles) : 

139. 
Chevannes (Loiret) : 81, 
Ghevilly (Seine) : 2D9. 
Chiffet (comte de) : 83. 
Chivres-Machecourt (Aisne) 74. 
Choisy-le-Roi > Seine) ; 46. 
Choyé (Haute-Saône) : 233. 
Christophe (de Hambervillers) : 

126. 
Cicéron : 25. 
CieriJes iMarne) : 288. 
Civry (Eure-et-Loir) ; 129. 
Clamart (Seine) : 23o. 
Clary (Nord) : 24g. 
Clément ^M'ie Maria) : 37. 
Clément (Victor, de Cierges) : 

288. 
Clément- Janin : 57, 60. 
Clémentine d Orléans (prin 

cesse : 3'iy. 
Clerraont (Oise) : 215, 271. 
Cléry (Loiret) : 198. 
Cochard (abbé) : 91, 160, 190, 

191, 2i3, 226, 263, 264, 265. 
Cocheris (Seine-et-()ise) : 46- 
Colin (d'Epinal; : 55. 
f^olincamps (Somme) : xx. 
Gollot (de Rambervillers) : 55. 
Coinbe (adjoint de Nogent-en- 

Bassigny] : i33. 
Commercy (Meuse) : 90, 267. 
Conipiègne ^Oise) : 271. 



Conflans (Marne) : 5i. 

Cor (curé de Neu\'ille) : 219. 

Corbeil (Seine-et-Oise) : 142, 2a3. 

Gorberj' id'Orléans) : 59. 

Corbion (Hilaire, au Mans) : 192. 

Corneboia (L., capitaine fores- 
tier) : 62, 63, 114. 

Coudray (L.-D., historien); 137, 
129 

Coulombeix (sous - intendant 
militaire) : 188. 

Coumès (capitaine) : 20. 

C.our de France (château de la, 
Seine-et-Oise) : 46. 

Cravant (Loiret) : 26g. 

Crespin (maire d'Orléans) : 200. 

Crevic (Meurthe) : xxjii. 

Croisilles ;Pas-de-Calais) : 170. 

Crouet (chef de gare) : 36. 

Cuisinier (de Thil-Chàlel) : 61 . 

Cusey (^Haute-Marne) : 81. 



D 

Daisey (de Saint-Apollinaire) : 

57. 
Daix Côte-d'Or) : 60. 
Damien (curé de Remiremont) : 

219. 
Dampierre-le-Chàteau (Marne) : 

319. 
Dampierre-sur-Loire (Loiret) : 59, 

207, 274. 
Danizy (château du village) : 124» 
Dannemois (Seine-et-Oise) : 4o. 
Dannenberg (colonel von) : i34. 
Dantan (Edouard, de t^hàteau- 

dun) : 129. 
Dantan (sculpteur) : 279. 
Daours (Somme) : 45. 
Dauphiné : 6 -, 262. 
Dauphinot (maire de Reims) : 

91, 205. 

Dauzon (E., préfet des Arden- 
nes) : 26, 70, 76. 

Debordeaux (Jules-Denis, ins- 
tituteur à Pasly; : ao5. 

Degabriel (Pierre, de Nogent- 
en-Bassigny) : )33. 

Degenetay (curé de Guitry) : 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



357 



Degenfeld (général von^, : i35. 
Dehais 'sous-préfet de Les An- 

delvs) : a.l?, 270, 278, ïSS, 3o2, 

3o3, i'o,'). 
Delandra (docteur) : 188. 
Delaporte ^journaliste) : 257. 
Delbrûck (son Excellence, : i/ji. 
Délerot (E,, publicisle) : 34, 76, 

1/(2, i48, 160, i63, 178, 212, 

217, a 2 5, 248, 25 1, 2O0, 261,262, 

280, 3oi. 
Deiraas Emile) : 164. 
Dénomcy (curé de Monthureuxj: 

1^7 
Depreuve (Jean-Bapliste, de 

Vaux) : 97. 
Bergiiessè binaire d'Havrin- 

coiirt) : 80. 
Deriiig (.M"», Ang-laise) : 349. 
Dering (M"'% à Spandau) : 3^9 
Desbrières 1 lieutenant-colonel) : 

yij . 
Deschautnes (Edouard): 181. 
Desforges ijuge de paix) : î33. 
Deshayes iabbé au Mans) : 191, 

19-2. 
Desjardins (Gustave) : 39, t3g, 

l6( , 2l4, 216,217, 223,225,230, 

259, y6o, 2f)-2. 
Deslandres (Louis-Adolphe, de 

Chàleaudun) : 129. 
Desmortiers (ancien juge d'ins- 
truction à Paris) ; i3i, i32. 
Despond (Anatole, sous-préfet 

de Gien) : 63, 72. 
Dieppe (Seine-Inférieure'i : 167. 
Dietl (général allemand) : 348. 
Dieuze (.Meurthe) : 2!3. 
Diez 'général allemand) : 348. 
Dijon (Côte d'Or) : 58, 88, 189. 
Dilhan (Alphonse) : gS, 95. 
Dînant (Belgi(]ue) : xvii. 
Dodu (iM'i» Juliette, Postes) : 37, 

:i8. 
Doingt I Pas-de-Calais) : 89. 
Domenech (K Père Emina- 

nuelj : 192, a88, 3o6. 
Doncliery (Ardcnnes) : xvni. 
Dransart (docteur à Longpré- 

les-Corps-Saints) : 186. 
Draveil (château, Seine-et-Oise) : 



Dreux (Eure-et-Loir) : 49. 
Drygalski 'préfet prussien du 

>Ians : î83. 
Dubois Reymon 'docteur, rec- 
teur de l'Université de Berlin), 

i85 
Du Bos (Auguste, de Daours) : 

'5 
Duchêne (Jean-Baptiste, de Lu- 

ri''villei : 62. 
Ducrot général) : 107, 317. 
Ducs : 

de Bade (grand) : 119, io5- 
de Mecklembourg-Schwe- 

rin un-andi : 21. 34. 70, 169. 
de Saxe-Gobourg : 169 
Duchesse de Saxe-Cobourg- 

Gotha (grande) : 349. 
Dulin (bercer, de Longpré) : 

187. 
Dumont (Albert, publiciste) : 

2 54- 

Dumont (de Nancy) : i5o. 
Dunand (Genevois) : i83. 
Dunou : domestique à Versailles) ; 

280. 
Dupanloup (Mgr, évèque d'Or- 
léans : 22, 85, iqo, 194, 217, 

263.' 
Duruy (Victor) : 46. 
Duruy (.■Xlbert'i : 186. 
Duvoisin 'de Noyers) : i33. 
Dziato'wski (comte, à Redhen) : 

349- 

E 

Eaubonne (Seine-et-Oise) : 166. 
Ecos (Eure) : 272. 
Emery-Legrand (de Cléry) : 

'98- 
Emtnar (lieutenant bavarois) : 

42. 
Epernay (Marne) : 83, 91, i43, 

233. 
Epinal (Vosges) : i5o. 
Ernouf (baron) : 56, 72, 73, 98, 

242, 294. 
Erpe (Belgi({ue) : x.x 
Etain (Meuse'i : xviii. 
Etampes (Seine-et-Oise) : 344- 



358 



L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 



Etrépag-nv (Eure) : 7a, nS, 272, 

274, 3o7,. 
Etucffond-Haul (Haut-Rhin) : 219. 
Etzel 'grand-maître des forêts, 

Allemand) : s4o. 
Eu (Seine-Inférieure) : 107. 
Eudel (soldat, Raon-l'Etape) : 

186. 
Eveno (soldat) : 337. 
Evreux (Eure) : 226, H27. 
Ezanville (Seiae-et-Oise) : 280. 



Fabricius (g'énéral badois) : 

XXIX. 

Faidherbe ("■énéral) : i56. 

Farre (g-énéral) : 196. 

Fautras (Gustave): 55,32i, 822, 
333, 324, 329, 343, 344, 35o. 

Fauvel (Casimir, sergent-major 
de garde nationale) : 66. 

Favre (Jules) : 277. 

Fère (la) (Aisne) : 117, 64. 

Ferté-Milon (la) (Aisne) : 3 10, 
■^44. 

Feurlein (lieutenant bavarois) : 
43. 

Fitz- James (duc de) : i35. 

Flavig-ny (Meurthe-et-Moselle) : 
145, 146. 

Fleury (Ed.) : 22. 

Fleury (infirmier à Hauteville) : 
180. 

Fleury (château, Seine) : 198. 

Fleury-sur-Andelle (Eure) : 272. 

Florimcnt-Defontenay, mai- 
re de Thilliers) : 3o4. 

Foltz (général) : 162. 

Fonseca : voir Wolheim. 

Fontaines (mobile) : 187. 

Fontanelle (sous-préfet de Ram- 
bouillet) : 72. 

Fontenay-aux-Roses (Seine) : 280. 

Fontenoy-sur-Moselle (Meurthe, : 
48, 102 à 107. 

Forêt-la-Folie (Eurel : 67. 

Forge (Anatole deLa) : 124, 120. 

Fossé (maire de Chivres-Mas- 
secourt) : 74. 



Foucaucourt (Somme) : 99, 100, 

101, 274. 
Foulon (Monseigneur, évèque 

de Nancy) : "55, 266. 
Fournier (Edouard) : 19, 120, 

i52, i53, 164, 168, 171, 17a, 

173, 177, 233, 259, 260, 278, 

279. 3o2, 307. 
Francforl-sur-le-Mein : 286. 
Franche-Comté : 283. 
Franchessin (colonel) : 186. 
François (Madame, de Fonte- 

noy-sur-Moselle) : io3. 
Franconville (Seine et Oise) ; 

217. 
FrédéricII (roi de Prusse): 5, 

i38. 
Frédéric - Charles : voir 

Princes. 
Freimann (lieutenant prussien) : 

60. 
Frenois-sur-Dijon (Côte- d'Or) : 

s3o, 33i. 
Frérot 'curé d'Yerrey-sous-Sal- 

maise : 321. 
Freycinet (Charles-Louis, de 

l'Académie française) ; 70. 
Freytag (Gustave) : 174, 170. 
Frœschwiller (bataille) : i8'% 

i88. 
Froissart 'chroniqueur) : lu. 
Froissard (général) : 117. 
Frondes (Haute-Marne) : 78. 
Fumey de Salins) : 6î. ;| 

Funck-Brentano : a, 3. | 

Furtado (Madame) : i65. 



G 

Gabry (boulanger) : 187. 
Gall (capitaine Le) : 128. 
Galliffet (général de) : 817. 
Gambetta (Léon) : xxxi, 12, 14, 

3 35, 257. 
Garches (Scine-et-Oise) : 73, 269. 
Garibaldi (colonel Ricciotti) : 68. 
Garreau (curé de Lorcv) : sa, 

85.86,87. 
Geffken : 17g. 

Gendry (Julien, mobile) ; 192. 
Genevois (Henri) : 94. 



1 



INDEX ALPHABETIQUE 



359 



Georcy (de Daix) : 60. 
Georges (Charles, de Vaux) : 

97- 
Georges (Louis, berger, de 

Vaux) : 97. 
Gerbéviller (Meurthe-et-Moselle) : 

XXII, XXVIll. 

Gigaut (J.-J.) : 02. 

Gigoux (Eugène, d'Indre) : 322. 

Gillot fd'Andernay) : 214. 

Gisors (Eure) : gy, 272. 

Givry-en-Argonne (Marne) :64- 

Glaver (J.-C, ingénieur alle- 
mand) : 342. 

Gloué (Alcide, de Prunay) : 94- 

Gœben ^Auguste, général von) : 
i4o, i56, 234. 

Gœlch (Richard, commissaire 
prussien à Sedan) : i36. 

Gœrres ijournaliste prussien) : 
117. 

Gombault (Charles, sergent au 
a" Tirailleurs) : 34o, 34', 342. 

Gommery (Belgique) : xxiv. 

Gondreville (.Nleurtlie) : io3. 

Gontaut-Biron ambassadeur de 
France à Berlin) : 67. 

Gostch (de, général prussien} : 
16, 3o. 

Goulden: i36. 

Gotissaiuville (Seine-et-Oise) : 49- 

Gournay-sur-Marne (Seine-et- 
Oise) : 222. 

Gramont (comtesse, à Munichl : 
345. 

Grand-Marais (ferme, Loiret) : 97. 

Gray (Haute-Saône) : 3o, 88, i47> 
274. 

Grenier (général) : 181. 

Gressets (hameau des) : 38. 

Grimaldi (de Nancy) : 283. 

Gros-Chinay (château, Sarthe) : 45- 

Grosmagny (Haut-Rhin) : 283. 

Grotius (juriste hollandais) : 1, 
3, 5, n»''). 

Gruardet-de-Bellefond (de 
Dijon) : 58. 

Grume (colonel allemand; : 94. 

Guelle (Jules, capitaine et doc- 
teur en droit) : 6, 7, 181, 182, 
238, 246, 386. 



Guers (chanoine) : 33o, d3ç), 34o, 

34-^, 343. 
Gueudecourt (Haute-Marne) : 142. 
Guillaume I*'" (roi de Prusse) : 

IX, II, i4, i5, 19, 20, 23, 48, 

50, 75, 95, 10.3, 121, l4l, 103, 

i54, 170, 254, 36 ■, 3o6, 3o8, 
309. 

Guillaume II (empereur d'Alle- 
magne) : IX, X, XI, XX, xxviii, 
xxxi. 

Guillemin (Madame) : 53. 

(iuitry (Eure) : 56, aao. 

Guizot : 2. 

Guttenberg (baron prussien 
de) : i65. 

H 

Hache (docteur) : 171. 

Hachet (de Fontenoy-sur-Mosel- 
ie) : io5. 

Hamel (soldat Jean -Pierre-Au- 
guste, : 339, 340. 

Hanstein (généra! prussien) : 
348. 

Hanstein (baronne von, à Mag- 
debourg) : 349. 

Haraucourt (Meurtbe-et-Moselle) : 

XVlll. 

Hardouin (de Bullion) : 94. 

Harquenay (Seine-Inférieure) : 167. 

Hartcimes (Aisne): i5o. 

Harth Charles de, officier alle- 
mand 1 : 3i. 

Hartmann (général bavarois) : 
1 15. 

Hasselt (Belgique) : xxi. 

Haute-Marne (département de la) : 
2t;8, a83. 

Havrincourt (marquis d') (Pas- 
de-Calais » : i4o. 

Havrincourt (Pas dc-Calais) : i4o. 

Hébert (curé d'Hébécourt) ; 220. 

Heeringen (général von) : xxu. 

Hefter ijuriste prussien) : 179, 
a4i. 

Heitz le-Maurupt (Marne) : xviii. 

Henri (Madame) : i36. 

Hérent (Belgique) : xx. 



360 



L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 



Héret (infirmier, d'Hauleville) : 

188. 
Hermancourt (Doubs) : 167, a83. 
Hermann Backer (capitaine 

landvvehrien) : 170. 
Heuiiley-le-Grand (Haute-Marne) : 

:-84. 

Hinzelin (Emile, imprimeur à 

Nancy) : 224. 
Hoi-stein (général) : xx. 
Houdan : Seine-et Oise) : l^g. 
Houdayer (du Mans) : 198. 
Hufen (Prusse) : 3o8. 
Hulst 'monseigneur de) : aa. 
Humbert 'L , de Sens) : 66, 

262. 



Inçoslladt (Bavière) : S/Jo. 
Isambert (G.) : 182. 
Isle-Adam Parmain (L' ) (Seine-ct 

Oise» : i-l . 
Islettes (Les) (Meuse) : .189. 



Juillé (Sarlhe) : 166. 

Jullien (maire des Andelys) : 

3o5. 
Juvisj'-sur-Orge (Seine-et-Oise) : 

232. 



Kahldeti colonel prussien von) : 

21, 33, III, 124, 125, 

Kanitz (comte, aide de camp) : 
235, a36. 

Keller (Emile, député) : 309. 

Kcrprich (Meurthe) : 228. 

Kettler (général prussien): 188. 

Kisnauer (Casimir-Peter -Jo- 
seph) : 176. 

Klùber (auteur badois) : 294- 

Ki^aatz-Koschlau (général 
prussien) ; 69. 

Krekov^' (camp de) : 829, 882, 389. 

Kretschmann (major prus- 
sieu Hans de) : 28, 262, 290, 
297, 298. 

Kruguer (major prussien) : 169. 



Jacobi (major prussien) : 279. 
Jacotot (Mlle Jeanne, de Daix) : 

60. 
Jacqmin (ingénieur en chef des 

chemins de fer) ; 242. 
Jacquet (maire de Vaux) : 97. 
Jacquot (de Rambervillers) : 

1 26. 
Jahouvey (capitaine) : Sg, i46. 
Jaloux (Nicolas, de la Bourgon- 

ce) : 55. 
Jatnbert (Gustave, historien) : 

127. 
Janin (Clément, historien) : 187, 

190. 
Jaquel (jardinier) : 52. 
Jarville (Meurthe) : 224. 
Jaubert (vicomte, maire de Ra- 

hayi : 79. 
Jaubert (baron) : 221. 
Jean-Louis (berger) : 56. 67. 
Joinville (Haute-Marne) : 284. 
Joseph (H. Père) : 3i4, 818, 

342, 348. 



Labarrière (commandant de) : 
181. 

La Basse : voir Basse. 

La Bourgonce-Nompatelize (Vos- 
ges) : 54. 

Lacreuse (abbé) : 219. 

Lacroix (Louis) : 92, i4i, i5o, 
168, 228, 225, 240,255, 206,257, 
258, 288, 3s3. 

La Ferté- Bernard (Sarthe) : 85. 

Lagarde (imprimeur à Reims) : 

225. 

Laguêrre J.-J.) : 53, i45, 282, 

267, 287. 
L'Hay (Seine, : 29, 171. 
Lailly 'Loiret) : s2, 269. 
Laine (garde chasse) : 48. 
Lalance (Ch., maire de Montbé- 

liard) : 80. 
Lameth (marquis de, chef d'une 

compagnie franche) : 100, loi. 
Lamy (d'Eaubonne) : 166. 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



361 



Landau (E , abbé : 342. 

Landsberg (préfet prussien d'A- 
miens) : 284. 

Langres (Haute-Marnel : 5o, i46. 

Lannoy /Ardennes) : "j'^. 

Laon (Aisne : 75. 164, 24'. 

Lappasset (général) : gS. 

Lavaré Sarthe) : 7g. 

Lavisse lErncst, de l'Académie 
française) : 58, 82, i25, i5o, 
163,208, 210, 278, 284. 

Lavoué (Auguste, fermier) : 56, 
57. 

Iiebrun (général) : 317. 

Lebrun de Radot (lieutenant- 
colonel) : 102. 

Leclair (Hippolyte, sergent de 
gardes mobiles) : 66. 

Lecomte (fermier) : 49- 

Lecoq (maire de Charment) : 

l'iQ. 

Ledeuil (capitaine de francs- 
tireurs): 20, 127. 

Leffonds (Hante-Marne) : 259. 

Le Forestier de Vandeuvre 
(général" : 817. 

Le Gall, voir Gall. 

Léger Jean, fermier) : 60. 

Léger (Louis) : 204. 

Legrelle (A., historien) : 147, 
i48, i5o,i54. "i 16, 287, 243,200, 
276, 2g4, agô, 3o8. 

Legros (infirmier à Hauteville) : 
188. 

Leguay (M"*, au Mans, hôtel de 
France) : 236, 3o3, 3o5. 

Lehman (major allemand) : 05. 

Lemachois (journaliste) : 228. 

LemasiTh.) : 167, 249. 

Léontin (Frèrel : Go, 72, 207. 

Léopold (Charles, maréchal des 
logisi : 67, 68. 3i8. 

Leroy (Jules, instituteur à Ven- 
dières) : 2o5. 

Lesacher (chef de bureau à 
Reanvais) : 272. 

Lessignold (capitaine bava- 
rois) : i35. 

Lettgau colonel, commandant 
de place à Orléans) : 160. 

Lewal (général) : 3i. 

Liénard : 20. 



Liesse (Aisne) : 74. 

Lieusaint / Seine-et-Marne l : 344- 

Ligny-en-Barrois (Meuse) : 53,i4.'>, 

•49- 
Ligny-Thillois (Pas-de-Calais) : 

312 

Lille (Nord) : xix, xxi. 

Linck( baron de) : 202. 

Lipowski (colonel de francs-ti- 
reurs) : 20, 94, 127, 162. 

Lippe (comte de, général alle- 
mand) : 157. 

Livry (château, Seine-et-Oise) : ig8. 

Loigny (Eure-et-Loir) : 186. 

Lombron iSarthe) : i4t>. 

Longpré- les- Corps-Saints (.Som- 
me) : 186. 

Longwy (Moselle) : 117. 

Lons-le-Saunier (Jura) : 283, 

Lorcy (Loiret) : 85. 

Lorraine : 283. 

Louise (reine de Prusse) : 11,008. 

Louvain .'Belgique) : xvi. 

Loverdo (général) : 161. 

Lucas-Chauapionnière (doc- 
teur) : ig6. 

Luce de SaintCloudl : 27g. 

Luce-Vieillard préfet de la 
Côte-d'Or 70. 

Lumière (maire de Chàteaudun): 
107, 12g. 

Lumigny (château, Seine-et-Mar- 
ne) : 211. 

Lunéville (Meurthe) : 62, 6a, 283, 
3i8. 

Luxer Charles, maire de Char- 
mes-sur-.Moselle) : 91. 

Luynes (duc de) : 72. 

Lyautey (général) : xxiii. 



M 

Maciet (Charles) : 80, go, 197. 
Mac-Mahon (maréchal): i.3o. 
Mac-Mahon (maréchale) : 34g. 
Maillard ; Jean-Baptiste, de Fon- 

tenoy-sur-Moselle) : io3. 
Maine Met ; 285. 
Mainville (Seinc-et-Oise) : 216. 
Maitre (Edouard, de Châleau- 

dun) : i3a. 



362 



L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 



Maitre (Achille, maire de Châ- 
tilIon-sur-Seine) : 206. 

Malherbe (comte de) : 167, 168. 

MalletID.): m, 191, 192, 227, 
s35, 286, 273, 3o3, 3o5. 

Mandeure ^Doubs) : 157, a83. 

Mans (le^ (Sarthe) : ibS, 109, 191, 
192, 193, 226, 227, 336, 273. 

Manstein (eréncral von) : 211. 

Mantes (Seine-et-Oise) : g3. 

Manteuffel (général von) : 70, 
i4o, 190. 

Manteuffel (général von) : xvi. 

Marcel (de Chassey) : 59. 

Marchais 'château, Aisne): 76. 

Marchand (A., historien) : Sa. 

Mareille < maire d'Ablis) : 94. 

Marcilly-sur-Seine (Marne) : 5i, 
221. 

Mare (ferme La, Eure-et-Loir) : 57. 

Maretz (Nord) : 249. 

Marguerie (ferme La, Loiret): 97. 

Marie (Père) : 67. 

Mariette (Oscar, de Charmes- 
sur-Moselle) : 96. 

Maroue (pont de,Haute-Marne) : 61 . 

Marne ^département) : 268. 

Marquion (Pas-de-Calais) : 270. 

Marsal (Meurthe) : ii5. 

Marteaux (curé de Vaux) : 96, 
97- 

Martin (André, de Rambervil- 
1ers) : 129. 

Martin (de Rambervillers): 126. 

Masson (Frédéric,de l'Académie 
française) : 35o. 

Mathé (maire d'A vallon) : 103. 

Mâthé-Moreau (de Saint-Apol- 
linaire) : 57. 

Mathey (M^", de Sainte-Apolli- 
naire) : 47- 

Maubert-Fonlaines (Ardennes) : 74. 

Maugain (Théophile, d'Ablis) : 
94- 

Maupin (président du Tribunal 
à Châtillon-sur-Seine) : 83. 

Mayer (Eugène. soldai allemand): 
166, 176, 177, 178. 

Mercier (cardinal, primat de 
Belgique) : xxviii. 

Mésengère (ferme La, Seine-et- 
Oise) : 24, 49- 



Mesny de Boisseaux (franc- 
tireur, Loiret) : 269. 
Metz (Moselle) ; 201. 
Meudon (Seine et-Oise) : 76, aSg, 

■^79- 
Meyer (Franz-Simon, banquier à 

Rastadt) : 349. 
Meyret ^lieutenant-colonel) : 78, 

93, 24.\ 
Mézières (A., de l'Académie 

française) : 78, qZ, 245. 
Mézières-sur-Seine (Seine-et-Oise) : 

48, 93. 
Miannay (M™«,dc Longpré-les- 

Corps-Saintsl : 187. 
Michaëlis (Mi"« de, à Erfurt) : 

349. 
Michau (Casimir, capitaine en 

retraite à Châteaudun) : 129. 
Miclo (vicaire à Etueflfonds) : 

2 19, 220. 
Miliiaud (docteur) : 188. 
Minière (de Saint-Apollinaire) : 

07. 
Millot (médecin au 2" Tirail- 
leurs) : 188. 
Miroy (Charles, curé de Cuche- 

ry) : 232, 288. 
Mocquard (commandant) : 20. 
Mognéville (Meuse) ; xviii,i67, 168. 
Molènes (Paul de) : 3oo. 
Moltke (général de) : 28, 88, 

1 18, 189, 809. 
Monin (ïiistorien) : ]4i. 
Montagnac (de) : i36. 
Montargis (Loiret) : igô. 
Montarlot (Paul, historien) : 

127, 128. 
Montbéliard (Doubs) : 80, i46, 288. 
Mont-de-Pasly (Aisne) : 2i4- 
Montesquieu : i, 20. 
j\Ionlfermeil (Seine-et-Oise) : 198. 
Montgobert (adjoint de Ville- 

du-Rois) : iG5. 
ÎMonthureu-K (Haute-Savoie) : 147. 
Montigny (maire de Maubert- 

Fontaine) : 74. 
Montmédy (Meuse) : 117, 267. 
Monlmirail (Sarthe) : .58. 
MoraiiL'cis (INfarne : 232. 
Mordret (docteur) : 192. 
Moreau maire de Lorcy) : 85. 



INDEX ALPHABETIQUE 



363 



Morin (chirurgien-major) : i88. 
Morin i infirmier à Hauleville) : 

188. 
Moritz-Busch : 27, 28, 29, 5o, 

119, 121, 235, 240, 293, 317. 
Moser iWurtembergeois) : 29^. 
IVioy (Aisne) : 270. 
Moynier (Gustave) : i83. 
Muti (marquis de) : 211, 3o6. 

IV 

Nancey-Didier : i33. 

Nancy (Meurtlie) ; i33, 201, 226, 
228, 2/)i, 235, 258, 283. 

Napoléon I"' : la, 286,295,308, 
35o. 

Napoléon IIÏ : 2a5. 

Narcy (capitaine de) : i85. 

Naumaun (Dr, directeur de l'U- 
niversité de Bonn) : 122. 

Naves (Nord) : 2^9 

Neaufles-Saiut-;Marlin(Eure) : 288. 

Nemours-sur-Loiug (Seine-et-Mar- 
ne 1 : 98. 

Néthelme (frère des Ecoles 
chrotiennes) : 182. 

Neukomixa (V.) : 260. 

Neuville (Ardennes) : 219. 

Neuville-et-This (Ardennes) : 26, 
70, 76, 2l5. 

Nicher (général von) : xxvi. 

Nikolsbonrg 'Armistice de) : 294. 

Noble (Charles, d'Ouziuer-le- 
Marché) : 60. 

Nogent-en-Bassigny (Haute-Mar- 
ne) : 5o, 5i, i33, i34- 

Nogent-l'Artaud (Aisne) : 5o, 5i, 
i33, i3A. 

Nogent-le-Roi (Eure-et-Loir : 49- 

Nogent-le-RoIrou (Sarthe) : 35,3 18. 

Noirclair (Caporal des Sapeurs 
pompiers à Kambervillers) : 
126. 

Xornéay (Meurthe) : xviii. 

iSompitelize (Vosges) ; 107, 3i8. 

Nostitz-Wall-witz (de, C.om- 
niissaire royal prussien) : 161, 
167. 226. 

Noyers (de, de Nogent-en-I5assi- 
gny) :_i33. 

Nuits (Gôle-d'Or) : 57. 



I 



o 

Odot (M">«. de Mont de Pasiy) : 

2l5. 

Odot (Charles, idem) : 2t5. 

Olivet (Loiret) : i85. 

Ollech (comte d', Gouverneur 
de l'Alsace) : i54. 

Oloron (Basses-Pyrénées) : iû2. 

Orges (Haute-Marne) : i46- 

Orléanais : a63 à 265, 284. 

Orléans (Loiret) : 43,59, lôg.iôo, 
234, 263,264, :^B4. 

Ormes (Loiret) : 55, 343. 

Ormoy-la-Rivière (Seine-et-Mar- 
ne) : i4o. 

Ouzouer-le-Marché (Loir-et-Cher) : 
59, 274. 



Pannewitz (commandant Ton) : 

34. 
Pape (pionnier, Justus) : 176. 
Paris (Seine) : 117, 120 à 123,245. 
Farmain (Seine-et-Oise) : i3o à 

l32. 

Parmantier (pâtissier à 

Amiens : 61 , 62. 
Parseval (de, Bavarois) : 190, 

19.. 
Pas-de-Calais (département) : 270. 
Pasly (Aisne) : 269. 
Passavant (Marne) : 108, 109, 1 10, 

3u), 3i0. 
Pasteur : 122. 
Patorni (L. lieutenant) : 827, 

332. 3/, 7. 
Paulin (lieutenant prussien) : 

139. 
Pcltre 'Moselle) : 92, gS. 
Penhoat (contre-amiral) : 181. 
Penot (.Jacques de Bricy) : 822, 

353. 
Pereira (préfet du Loiret) : 264. 
Péronne (.Somine) : 36, 117, 189. 
Peronny Cde Chevannes) : 62, 

63. 
Persan (Seine-et-Oise) : i3i. 
Pervyse (Belgique) : xvii. 



364 



L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871 



Petitjean (commandant de la 

garde nationale) ; ia5. 
PetitMagny (Haut-Rhin) : 219. 
Petit- .MHulan (Meuse) : i49> 
Petit-Thcuars (du, capitaine de 

vaisseau) : 107, 3i8. 
Pfuel (baron, préfet prussien de 

Rouen i : 227. 
Fiat (adjoint de Charmonl) : i49- 
Picard (adjoint au maire de 

Lorcy) : 86. 
Picardie : 284. 
Picouleau (curé de Rahay): 

220. 
Pigeonneau (H.) : 160,168,169, 

177, 2l3, 27(1. 

Pilvoy (Haule-Marne) : 285. 

Pirmil (Sarthe) : 45- 

Plater (comtesse, à Posen) 349- 

Plessis-Piijuct (Seine) ; 46, i65. 

Ploetz (colonel allemand) : 260. 

Pôchnitz (commandant d'étapes 
à Void) : 23. 

Poincaré (président de la Répu- 
blique française) : xxii. 

Poinot (d'Ablis) : 94. 

Poinsard (Louis, d'Hauteville) : 
187. 

Poinsenot (Haute-Marne) : 284. 

Poinson-le-Grancey (Haute-Mar- 
ne) : 284. 

Poinson le Grany 

Poncin (M^e.de Bazeilles) : i36. 

Pont-Audemcr (Eure) : 157. 

Pont-à-Mousson (Meurthe) : 202. 

Pontchartrain (Seine-et-Oise) : 3i. 

Pont-deRoide (Doubs) : 157, 283. 

Pont-sur-Vanne (Yonne) : 56. 

Porembski (von, préfet prus- 
sien à Evrcux) : 227. 

Potter (Charles) : 100. 

Pouilly (Côte-d'Or) : 187. 

Poulette (l.ouis-Théophiie, ins- 
tituteur à Vauxrezis) : 2o5. 

Pouyer Quertier : 284. 

Pouzé (maire d'Evreux) : 227. 

Prascha-Stolberg (comtesse 
de, à Neisse) • 349- 

Praschna (comte et comtesse, 
à Kosel) : 349- 

Prauthoy (Haute-Marne) : 61. 

Prémeaux (Côte-d'Or) : 57. 



Pressoir (Jean, de Dampierre) : 

60. 
Prit'witziR'éncral, à Ulm) : 348. 
Prudhomme (M"», de Charle- 

villc) : 21Ô. 
Pruillé-le-<:;hélif (Sarthe) : i58. 
Prnnay (Sfine-el-Oise) : 94- 
Prince de Wurtemijerg : 

169. 
Prince royal de Prusse : 

II, 16, -'Cl. iSrj, i4'. 169, 261. 

Prince Frédéric Charles : 
18, .34, 38, 68, 93, 153, 158,109, 
lyi, 193,212,217,218,235,241, 
262. 263. 964, s8o, 281, 282. 

Prince Albert (F.-G.-N ) : 129 

Prince de Holenlohe (Char- 
les) : l 'iO, 225. 

Prince de Hesse (Louis) :265. 

Prince de Reuss : 169. 

Prince de Saxe : ib. 

PritAvitz (général, à tJlm) : 348. 



Q 

Çuerrieu (Somme) : 107, 3ig. 
Quesnay de Beaurepaire 

(capitaine) : 329, 333, 34o, 34i. 
Quesnel (Somme) : 196. 



R 

Rabot (Joseph, cabaretier) : 216. 
Raclot (Nicolas, de Monthureux) : 

i47- 
Rahay (Sarthe) : 79, -i^i. 
Rambervillers (Vosges) : 55, 64, 

123. 125 ••! 127, 186. 
Rameau (maire de Versailles) : 

148, 161, 172. 
Ramon (Gustave) : 39, 99, 100, 

196. 
Rantigny (Oise) : 54, 170. 
Rantzau (H., général allemand) : 

71- 

Raon-l'Etape (Vosges): xviii, 18 . 

Rascb (Gustave, publiciste prus- 
sien ami de la France) : 264. 

Rastadt (grand-duché de Bade) : 
335. 



INDEX ALPHABETIQUE 



365 



Recologne-lès-Marnav (Doubs) : 

83. 
Régamey Jeanne et Frédéric) : 

■ACjb. 

Regnauld (J., historien) ; 95. 

Regneau (Narcisse, garde natio- 
nal) : 06. 

Reichshoffen (Bas-Rhin) : 188. 

Reims (Marne) : xxi, xxu, 34, 35. 
89. 20', 232, 241. 288. 

Réméreville (Meurthe) : xviii. 

Remilly (Ardennes) : 3-^o. 

Reniiremont (Vosges) : i46, lôy, 
2 19. 

Remy-Girardot (de Nog-ent- 
en-Bassignyj : i34. 

Renard S., comte, préfet prus- 
sien à Nancy) : io5, a; 8, 256. 

Renoult (jardinier) : 108, i3o. 

Rethel (Ardennes) : xviu. 

Revigny (Meuse) : 267. 

Reybeld (baronne, à Landshut) : 

349- 
Rezonville (Moselle) : 181, 188. 
Ribemont (Aisnej : 270. 
Richeville (Seinc-Inféricure) : 167. 
Rindfleisch (G.) : 390, 296, 

297- 
Robert François) : i33. 
Robcrtsau (La, Bas-Rhin) : 189. 
Robin (abbé) : 191. 
Rocho"W ^von, ancien préfet de 

police: : 3i. 
Rœderer (capitaine) : 180. 
Rœss (Mgr, évêque de Stras- 
bourg) : 118. 
Rolin (L,, ancien officier) : 65. 
Roon (général, ministre de la 

guerre prussien) : 168, 254. 
Roquecourt (château, Seine) : i65. 
Rosemberg (colonel von) : 2', 

3u 
Rosemberg (major de) : 3o. 
Rosenberg (préfet prussien de 

Reims) : 284. 
Rossen (docteur) : 195. 
Rouelles 'Haute-Marne) : 269. 
Rouen i Seine-Inférieure) : i57, 

21O, 227, 265. 
Rottermund (comte belge de) : 

241. 
Rouécourl (Haute-Marne) : 259. 



Rouilly (Frédéric) : 55. 
Rousseau (Jean-Jacques) : 3, 

3i3. 
Rousseau (Joseph, d'Ormes) : 

55. 
Rouvray-l'Echelle (Ardennes) : 53. 
Roux (Gilbert) : 147, 195. 
Kozoy-sur-Serre (Aisne) : i55, 
Rublei baron Alphonsede ) : i36, 

137, i53, i55. 
Russell (sir H. \V.) : 144. 
Rustow (Colonel fédéral) : 24, 

47>9^- 



S 



Saint-Apollinaire (Côte-d'Or) : 57. 
Saint-Calais (Sarthe) : 44» aai. 
Saint-Gélerin-le-Géré (Mayenne) : 

101. 
Saint-Gloud (ville) (Seine-et-Oise): 

48, 49, 75, 259. 
Saint-Cloud (château) (Seine-et- 
Oise) : 169, 175. 
Saint-Denis ^Seine) : i4i. 
Saint-Dizier i^Haule-Marne) ; 83, 

284. 288. 
Saint-Germer-de-Fly (Oise) : 65. 
Saint-Geneviève-les-Bois(Seine-et- 

Oise) : 46. 
Saint-Jean (Aisne) : m. 
Saint-Marcel (Ardennes) : 77. 
Saint - Quentin (arrondissement de) : 

270. 
Saint-Quentin (Aisne) : 64, m, 

123, I 24, ia4. i57, 270. 
Saint-Rémy-de-Sillé (Sarthe) : i83. 
Salins (Jura; : 61. 
Salle (journaliste) : 227. 
Sarazin (de Doingt) : 39. 
Sarcelles Scine-el-Oise) : aSo. 
Sargé Sarthe) : 166. 
Sarrazin (docteur) : 188. 
Sarrebourg Meurthe) : 901. 
Sarreguemines (Mosellei : 201. 
Sarthe (département) : 273. 
Sauchez-Lestrée (Pas-de-Calais) : 

«58. 
Schill (Mlle Julia, à Rastadt) : 

349- 
Schlestadt (Bas-Rhin) : 117. 



I 



366 



L'INVASION ALLEMANDE EN ISTO-lSTl 



Schmidt (général von) : 94, 96. 
Schneider ( Louis, chroniqueur) : 

:<l, 32, /|8, 121. 
Schreiber (policier prussien) : 

1&4. 
SohuU (Nicolas, espion) : 3a. 
Sébastopol (Grinnce) : 117. 
Sedan (Ardennes) : 817. 
Séguin (Mme, château de Dra- 

veil) : 48. 
Seigneurin (chasseur à pied) : 

107, 3ig. 
Seine (département) : 276. 
Seine-et-Marne (département) : 

268. 
Seine-et-Oise (département) : 276. 
Seloncourt (Doubs) : 167, 288. 
Senden (général allemand) : 17. 
Sénéchal (hôtel, à Chàteaudun) : 

199. 
Senlis (Oise) : xix, 271. 
Sens (Yonne) : 65 21 5, 262, 269. 
Sermaize-les-Bains (Marne) : xvni. 
Sèvres (manufactures, Seine-et- 
Oise) : 169. 
Sézanne (Marne) : i4'5. 
Sig-ny-le-Petit (Ardennes) : i5o. 
Sillé-le-Guillaume (Sarthe) : 45. 
Simon (de Saint-Apollinaire) : 

57. 
Sivry-sur-Ante (Marne) : 109, 

319. 
Soissons (Aisne) : xix, xxi, xxii, 

III, 157, 820, 821. 
Soisy (Seine-et-Oise) : 168. 
Sonis (général de) : 186. 
Sorel (Albert) : 2, 3. 
Sorinière (de La, maire de 

Dampierre-sur-Loiret) : 207. 
Sornay (de Salins) : 61. 
Sougé-leGanelon (Sarthe) : 80. 
Spandau (Brandebourg) ; 882. 
Stenger (général badois) : xxx. 
Steltin (Poméranie) : 821, 385, 

337. 
Stieber (directeur de la Police 

au grand quartier général à 

Versailles) : 4i, 42, 168, 280. 
Stolberg (général allemand) : 

45. 
Stors (Seine-et-Oise) ; i3i. 



Stosch (amiral allemand von) : 

175. 
Strasbourg Bas-Rhin) : 117. 118, 

120, i54, 201, 252, 253, 254. 
Streit (général allemand) : 827, 

348. 
Sucy (Scine-el-Oise) : 198. 
Surice (Belgique) : xviii. 
Surmont (Armand) : 25, 58,59, 

80, 84. 85, 88, i52, i58, 166, 

lyo, 3i4, 235, 278, 278,283. 
Sybel (de) : 3o8. 



ïaincrainville (Eure-et Loir) : 129. 

Tainturier (de Dijon) ; 189. 

Talnay (Cùte-d'Or) : 84- 

Tanera (capitaine bavarois) : 282, 
233, i84. 

Taonines (Belgique) : xvii. 

Tatous ; maire de Bouray) : i65. 

Tavers (Loiret) : 269. 

Termondes (Belgique) : xviii. 

Testanières (de, chef de batail- 
lon de la garde nationale de Chà- 
teaudun) : 127, 128. 

Thann général bavarois von) : 
i35, io3, 263. 

Thénard (baron) : 84- 

Thiais (Seine; : 20:). 

Thiers: 296, 346. 

Thil-Châtel (Cùte-d'Or) : 61, 

Thilliers (Eure) : 3o4- 

Thionville i Moselle ) : 117,201. 

Thorel (notaire à Aubigny et ca- 
[àtaine de garde nationale): 66, 
67. 

Thuillier (M"s Postes) : 87. 

Ton grès (Belgique) : xviii. 

Torcé (Sarthe) : 166. 

Toul (iMeurthe) : 117. 

Touranjin (capitaine de Tirail- 
leurs Algériens) : i85. 

Toury (Eure-et-Loir) : 107,843. 

Toussaint (docteur A.) : 77. 

Tréport (le. Seine-Inférieure) : 
2 16. 

Tréveray (Meuse) : i45. 

Troohu (général) : 87, 189, 217. 



INDEX ALPHABETIQUE 



367 



Troussures 'de, chef de batail- 
lon aux Volontairesde l'Ouest): 
i8t'.. 
Tumpling (g-énéral de) : 34- 
Turquan (Joseph) : 54. 



u 

Uhrich (général) : iig. 
I Ulm (Wurtemberg) : 332. 



Vaag (grncral allemand) : 348. 

Val-de-Villé (Bas-Rhin) : Sa. 

Valennes (Sarthe) : 44- 

Valentigney (Doubs) : 167, 383. 

Valenton (Doubs) : 222. 

Vallon (Sarthe) : i58. 

Valsuzenay (maire de Fron- 
des) : 78. 

Van der Velde(Hollandais,ami 
de la France) : 190. 

Vany (Haute-Marne) : 284. 

VaSSart (abbé): 274. 

Vassigoy (Meuse): 245. 

Valisménil (Eure) : 288. 

Vattel ipubliciste suisse): 5, 102, 
245, 294, 3i5. 

Vauban (maréchal) : ii3. 

Vaublanc (de) : 97. 

Vaurezis (Aisne) : 2o5. 

Vaux (Ardennes) : 56, 96. 

Vaux-Villaine (Ardennes) : 78. 

Veling (A. -G., capitaine) : i85. 

Vehzy (Seine-et-Oise) : 198, 244. 

Vendières (Ardennes) : 268. 

Vendresse (Ardennes) : 4a. 

Verdun (Meuse) : 267. 

Vermand (Aisne) : 270. 

Versailles (Seine-et-Oise) : i48 , 
160, iGi, 171, 172^ 190,302, 217, 

225, 235, 24'. 

Vesoul (Hautc-Saônej : 88. 

Veuillot ^Edmond, lieutenant de 

la garde nationalei: 66. 
; Vézelise (Meurthe) : i45. 
1 Vienne-eu-Val (Loiret) : 97. 



Viénot (maire de Prémeaux) : 
57. 

Villacoublay (Seine-et-Oisc) ; 121. 

Ville-d'Avray (Scine-et-Oise) : 164, 
307. 

Ville-du-Bois (Seine-et-Oise): i65. 

Ville-l'Evcque (ferme, Eure-et- 
Loir/ : 57. 

Villecien (Yonne) : 66. 

Villeneuve-Saint-Georges (Seine- 
et-Oise; : 4fi- 

Ville (Alsace) : 33. 

Villers (marquis de) : 88, 89, 
354, 257. 

Villers-en-Argonne (Marne) : 109. 

Villers-aux-Flos (Pas-de-Calais) : 
i4o. 

Villers-Guislain (Nord) : 249. 

Villiers-le Bel (Seine-et-Oise) : 23o. 

Villorceau (Loiret) : 26g. 

Vinchon (maire de Laon) : 2o5. 

Visé (Belgique) : xvii. 

Vitry ^-Marne) : 108, i33, 319. 

Viviers-en-t;harmie (château de, 
Sarthei : 45. 

Vogel de Falkenstein (géné- 
ral, : 18, 34î. 

Void I. Meuse) : 25o. 

Voigts-Rhetz (général) : 28, 
38, III, 235, 262. 

Vosges (déparlement): 283. 

Vuillemin (lieutenant de tirail- 
leurs) : 186. 



Ycrrey-sous-Salmaise (Sarthe) 

2.il. 

Yons-la-Forêt (Eure) : 272. 



Zeppelia (comtesse, à Rastadt) 

34y. 

Zcrnicki (policier) : 280. 
Zernin (Gebhard) : 234. 
Zychlinsky (général de) : i4i 



368 



L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-18T1 « 



W Werdeii-am-Ruhr : 67. 

"Werder (gfénéral von) : 3o, 68, 

Wachenhausen (Hans) : 576. 118, 119, 126. 

Wagner (M., professeur à l'Uni- Wickède (von, préfet prussien 

versité de Berlin) : 376. de la Haute-Marne) : 207, 284. 

Waldeck (prince dei : 177. Windischgrœtz (prince de) : 

"Waren comte de) : 90. 3oo. 

'Washburne (nainistre des Wissembourg (Bas-Rhin) : i85. 

Etats-Unis) : 9. Wolfart (lieutenant prussien) : 

Wattel : voir Vattel. 62. 

Welche (maire de Nancy) : i6?, Wolheim de Fonseca (che- 

203. valier) ; 823, 298. 

"Welter (lieutenant français) : Wurmb (préfet de police de 

262. Berlin) : i54. 
Wenzerre (colonel) : 307. 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages. 
Dédicace v 

Avant-Propos vu 

Préface xxiii 

LIVRE I 

OPÉRATIONS DE LA f.UERRE 

Chapitre l . — Considérations préliminaires 1 

Chapitre II . — Conduite îles armées allemandes et des 

Allemands pendant la guerre 11 

Chapitre III . — Places fortes. Villes, bourgs ou villages 

ouverts s'étant défendus ... 112 

Chapitre IV. — « Auri sacra famés » 138 

Chapitre V. — Rapports entre belligérants. 179 

LIVRE II 

DE l'occupatio:; 

Chapitre I. — Administration par les Allemands du ter- 
ritoire occupé 199 

Chapitre II. - Des Personnes 209 

Chapitre III. — Des Biens 238 

24 



360 L'INVASION ALLEMANDE EN 1810-1871 

LIVRE III 

ARMISTICE. — PAIX. REFLEXIONS FINALES 

Chapitre I. — L'Armistice. — La paix 277 

Chapitre II. — lléflexions finales. . 290 

Appendice. — Les Geôles allemandes en 1870-1871 313 ^ 

Index ALPHABÉxiyuE 353 



POITIERS 

IMPRIMERIE G. ROY 
7, rue Victor-Hugo, 7 



I 

t 



PLEASE DO NOT REMOVE 
CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET 

UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY 



DC Canonpe, Joseph Frédéric 

290 Histoire de l'invasion 

C3 allemande en 1870-1871 ... 





</i 




o 


in 


Q. 


o 


11. 




_l 




!X 


^r 


ifi 


CN 


'■>■ 




:< 


ro 


:CQ 


O 


LU 




O 




iZ 




< 


<o 


■ce