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Full text of "Histoire des arbres forestiers de l'Amérique septentrionale, considérés principalement sous les rapports de leur usages dans les arts et de leur introduction dans le commerce .."

l Relié par ZEZZIO , ® 
i rue du Foin-S- Jacques , ® 
*> N." i5. ® 







UNIVER5ITY OF PITT5BURGH 




DâLr 



v.i 



JDarlington jMemorial Library 



Digitized by the Internet Archive 

in 2009 with funding from 

University of Pittsburgh Library System 



http://www.archive.org/details/histoiredesarbre01mich 



/ 



HISTOIRE 

DES ARBRES FORESTIERS 

DE 

L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE. 



Se trouve à Paris ^ chez : 

L'Adteuu , place S. Michel , n". 8 ; 

Treuttel et Wurtz, rue de Lille, n". 17; même maison ^ à 

Strasbourg. 
Gabriel Du four et C^. , rue des Mathurins S. Jacques, n" 7. 
BossANGE ET Masson, rue de Tournou , n°. 6. 
Le Charlieu, à Bruxelles. 

y4 Philadelphie : 
Chez Samuel Bradford and Insk.eep, South 3.^ Street. 



HISTOIRE 

DES ARBRES FORESTIERS 

DE 

L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE , 

CONSIDÉRÉS PRINCIPALEMENT 

SOUS LES RAPPORTS DE LEUR USAGE DANS LES ARTS 
ET DE LEUR INTRODUCTION DANS LE COMMERCE , 

AIWSI QUE d'après les AVANTAGES Qu'il.S PEUVENT OFFRIR AUX GOUVERNEMENS EJT EUROPE 
ET AUX PERSONNES QUI VEULENT FORMER DE GRANDES PLANTATIONS. 

Par F.« ANDRÉ -MICHAUX, 

Membre de la Société Philosopliique américaine de Pliiladelphie ; des Sociétés 
d'Agriculture de la même ville, de celles de Chaileston , Caroline méridionale j 
d'HolIowell , District de Maine j du département de la Seine , et de Seine- 
t't-Oise. 



. • .arbore sulcamiis maria , lerrasque adtnoyemu 
arbore excedificamus tecta . 

Plimi secdkoi: ]\^at. Hiit. ,\\h. wt. 



TOME I. 



PARIS, 

DE L'IMPRIMERIE DE L. HAUSSMANN 



M. D. CGC. XIÏI. 



A SON EXCELLENCE 

MONSEIGNEUR 

LE DUC DE GAËTE, 

MINISTRE DES FINANCES, 
GRAND-AIGLE DE LA LÉGION D'HONNEUR, etc., etc. 



MONSEIGNEUR, 



(o eàt ^ûuj /tej aciJÂôceà et AaT^ 

Ceà o-9^c/reJ c/e J^at^e ^xcelience j aue 



te9zt9^ca9ia^e, .J^ouJ av^eZ' ^lyotùcci acce cej 
na?na9^ecijeJ eJÂèceJ a aT^a^^eJ aac /eJ 
c&TnÂ&jentj Âuden t étaaôéej /i iccj Âa^^ 
/cccùÛè^e99ie9it ocôaTv- ne / avc^ct éaôl 
jcùjaciaoa^j; ^ouj /Ce y^aÂ/ia^t de/eu^ 
ycôtô/cté (/anj ceJ a^^tj et ao/nj /e caTn^^ 
TTze^ce y et av^o-c^ de^ o^enjecaneTnenJ 
ceT^ta^nJ ^ar /te âccij au Tnatnà d a^ 
"v^aTitaae (ydafr^'e leci^ ^zatcc9^aujatca?v^ 
e?n ^^T^ance. ^e 7ne ^atj efra^^cé j 



JiffiQa/iJetanecc^y^ ; de ^^emJiuiy^ cej ^aej 
et cntérêt aé^ié^at j et ce àt te ^y^éjccttat 
d 0'ûjer'i>atcanà éactej danj ouatée 



ce9itj /c'eucj c/e yia?^j , avec /o-aée 
/ allentcam el /a Ae^^jénérance (/&nû 
Je ^uù ca/iaâ/e^(^cie J'ac /'Âai^^ieao^ 
ae .J-^ouj Â^éje^ter. 

J^(y namS^^ecije^ ej/iècej c/e arac^ej 
^aej'aô 'Teccùecl^ce/ Âe7ic/ant mam^é^ 
Jo-a^ e?v^ ^6mé7^ô'yae, et ^cie Jac^^ac^ 
Jia^^vcTzcr à /' ^c/mùncjt9^atca7z c/e/ 
U^aT^êtj ^ /a Tneltrant à /lo^tée c/'en^ 
rccÂc9- /e ^a/ ^arejtceT^ c/e /'S77?Ac^e, 
c/ aT^Ue^ ^^acme9zt Ji^^écô'eaœ j acu ^e 
mccàj/i/ce^a^zû avec /e /em/ij , et 
attejterant à /accj /cj ^tèc/e^ / e/^ 
Ji^tt c/e Ji^évayance et ct;'a?7iéûa^ 






/It 



ence. 



^eJÂect y 

^e ^at^^e (OxceUeTice / 



OewîteuK , 



F.« ANDRÉ - MICHAUX. 



INTRODUCTION. 

J_jES nombreux voyages que de savans naturalistes 
ont faits depuis plus d'un siècle dans l'Amérique 
septentrionale, et les relations qu'ils en ont publiées, 
ont appris combien cette partie du nouveau monde 
étoit favorisée de la nature sous le rapport du règne 
végétal. Mais le but que l'on s'est proposé jusqu'ici 
paroit avoir été d'accélérer les progrès de la Bota- 
nique , et d'ajouter à l'embellissement des jardins en 
Europe , plutôt que d'étudier les propriétés des plan- 
tes, et de faire connoître les usages auxquels les bois 
d'Amérique peuvent être employés. Si parmi ces na- 
turalistes, quelques-uns se sont occupés de ce der- 
nier objet, ce n'a jamais été que d'une manière fort 
imparfaite ; et c'est en vain que l'on chercheroit dans 
leurs écrits des notions certaines et détaillées sur 
cette matière : on n'y trouveroit que quelques rensei- 
gnemens souvent inexacts et presque toujours incom- 
plets. J'ai essayé de remplir cette lacune , et cette 
partie si intéressante de l'histoire des végétaux de 
l'Amérique septentrionale a attiré toute mon atten- 
tion , dans les deux voyages que j'ai faits aux Etats - 
Unis , le premier en 1802 , et l'autre en 1806. L'ou- 
vrage que je présente au public est le fruit de mes 
recherches et de mes observations à cet égard. 

Déjà, en i8o5, j'ai lu à la Société d'Agriculture 
du département de la Seine un Mémoire dans lequel 
I. I 



2 INTRODUCTION. 

j'avois réuni une partie des matériaux que je m'étois 
procurés jusqu'alors , et je m'étois efforcé de faire 
sentir de quelle importance il seroit pour la France 
d'introduire dans nos forets diverses espèces d'arbres 
de l'Amérique septentrionale , remarquables par la 
bonne qualité de leur bois , et par une végétation 
vigoureuse et accélérée. Quelque temps après, j'offris 
mes services, sous ce point de vue, à l'administration 
forestière, qui les accepta : je retournai aux Etats- 
Unis, et, malgré la difficulté des circonstances, j'ai 
fait des envois de graines qui ont donné d'heureux et 
abondans résultats , et j'ai eu la satisfaction de rem- 
plir les espérances que l'on avoit conçues de mon 
voyage. 

Suivant le plan que je m'étois tracé , j'ai dû , à mon 
arrivée en Amérique , consacrer presque tout mon 
temps à l'étude des arbres forestiers, considérés sous 
leurs différens degrés d'utilité dans les arts. Les con- 
noissances relatives à cet objet étoient principalement 
dans la possession des artisans , et ce fut auprès d'eux 
que je m'occupai de les recueillir, dans la vue de les 
répandre , non -seulement parmi les Européens, 
mais encore parmi les Américains des différentes par- 
ties de l'Union. J'ai entrevu, dès mes premières ten- 
tatives, toute l'étendue de la tâche que je m'étois 
imposée, et j'ai reconnu combien étoit juste la ré- 
flexion de M. Correa de Sera, dans son rapport à la 
Société d'Agriculture du département de la Seine , 
sur le voyage que je venois d'exécuter. « Quoique les 
<f sciences et les arts dussent se communiquer et 



INTRODUCTION. 3 

i( s'entr'aider, disoit cet habile naturaliste, le plus 
« souvent ils marchent à leur but à rinscu les uns 
« des autres. » C'est ainsi que les Fotanistes sont ar- 
rives au point de connoître scientifiquement le plus 
grand nombre des arbres de l'Amérique septentrio- 
nale, sans se douter à peine des propriétés de chacun 
d'eux ; tandis qu'au contraire, un siècle et demi d'ex- 
périence en a instruit les artisans des Etats-Tjnis, 
dont la plupart cependant ne peuvent pas toujours 
discerner les espèces avec précision, dans les forets, 
par leur feuillage, leurs fleurs ou leurs fruits, .l'ose 
me flatter que l'ouvrage que je fais paroître remplira 
le double but de faire connoître aux uns, les pro- 
priétés de ces mêmes arbres, et aux autres les carac- 
tères extérieurs qui les distinguent , de manière à 
éviter toute méprise. 

Avant d'entrer dans aucun détail sur la marche que 
j'ai suivie , je crois à propos de faire remarquer com- 
bien les espèces d'arbres de haute futaie sont plus va- 
riées dans l'Amérique du nord qu'en France j et je 
cite la France préférablement aux autres pays de 
l'Europe , parce qu'elle est très - favorisée sous le 
rapport de la température. Le nombre des arbres 
qui s'élèvent au-dessus de 9,7 4 J^^tres^ trente pieds) 
en Amérique , que j'ai tous observés et que je me 
propose de décrire, est de cent trente-sept, dont 
quatre-vingt-quinze sont employés dans les arts. En 
France, nous n'en avons que trente -sept qui par- 
viennent à cette élévation, dont dix -huit servent 
à former nos forets, et, parmi ces derniers, sept 



4 IN TRODUCTION. 

seulement sont employés dans les constructions ci- 
viles et maritimes. Ce rapprochement est, comme 
on le voit, très-favorable à l'Amérique, et pourroit 
même faire concevoir une trop haute opinion des 
arbres forestiers de cette partie du monde. Je dois 
prémunir ici le public , d'une manière générale , 
en me réservant de faire connoître fidèlement, dans 
la suite de cet ouvrage , les seules espèces que je 
crois utile de propager pour l'amélioration des fo- 
rets en Europe , ainsi que celles qui n'offrent d'autre 
intérêt que celui d'embellir les parcs et les jardins, 
en augmentant le nombre des variétés qu'on se plaît 
à y rassembler. • 

Pour réunir le grand nombre d'observations et 
prendre les informations indispensables pour le tra- 
vail que je voulois exécuter, j'ai dû entreprendre de 
nouveaux voyages dans les différens états de l'Union. 
A partir du District de Maine, où l'on éprouve en 
hiver des froids aussi longs et aussi rigoureux qu'en 
Suède, quoiqu'il soit situé dix degrés plus au midi, 
j'ai traversé tous les Etats Atlantiques jusqu'en Géor- 
gie, où la chaleur est, pendant six mois de l'année, 
aussi forte que dans les colonies des Indes occiden- 
tales. J'ai parcouru ainsi une étendue de 2222 kilo- 
mètres (cinq cents lieuesj du nord-est au sud-ouest 
et j'ai fait, en outre, cinq autres voyages dans l'inté- 
rieur du pays. Le premier le long des rivières Ren- 
nebeck et Sandy, en passant par Hollowell, Wens- 
low, Noridgewak et Fermington ; le second, de 
Eoston au lac Champlain, en traversant les Etats de 



I N T R O D U C T r O N. 5 

New-Hampsliire et de Vermont ; le iroisuînif; , de 
New -York aux lacs Erië et Ontario; le quatri(\'mc, 
de Philadelphie aux bords des rivières Monongaheh, 
Alléghany et Ohio; et le cinquième enfin, de Char- 
leston dans la Caroline du Sud aux sources des ri- 
vières Savannah et Oconee. 

Dans mon premier voyage le long des côtes de 
l'Océan , je me suis arrêté dans les principaux Ports 
de mer pour y visiter les chantiers de constructions 
maritimes, et, en général, tous les ateliers où l'on 
s'occupe du travail des bois. Je me suis appliqué à 
consulter les ouvriers les plus habiles, nés dans le 
pays, et surtout ceux venus d'Europe 5 j'ai com- 
paré les opinions des uns et des autres , et j'ai 
eu le bonheur de rassembler de nombreux docu- 
mens que je crois assez exacts. J'y suis parvenu au 
moyen d'une série de questions rédigées à l'avance 
pour chacun des métiers sur lesquels je me proposois 
d'obtenir desrenseignemens dans toutes les villes par 
où je devois passer. Je ferai connoitre les arbres dont 
les bois sont l'objet d'un commerce d'échange entre 
les Etats du Centre , du Midi et du Nord , ceux qui 
sont exportés des différentes parties de l'Union aux 
Indes occidentales et en Angleterre, ainsi que les 
contrées de l'intérieur du pays , d'où on les tire , et 
les Ports de mer où on les amène pour les exporter. 
J'indiquerai les différens bois qu'on apporte dans les 
villes comme combustibles , et qu'on présente aux 
consommateurs , séparés ou mêlés suivant leurs qua- 
lités respectives. D'autres objets assez importans ont 



6 INTRODUCTION. 

aussi attire mon attention : telles sont la distinction 
des bois qu'on emploie de préférence aux Etats-Unis 
pour la clôture de tous les champs cultivés , et les 
diverses espèces d'écorces qui servent pour le tan- 
nage des cuirs , soit qu'elles proviennent d'arbres 
résineux, d'arbres qui perdent leurs feuilles, ou de 
ceux qui restent toujours verts, ainsi que le degré de 
bonté qu'on assigne à chacune de ces écorces et leur 
prix comparatif. 

Dans mes voyages à l'intérieur, j'ai étudié l'ensem- 
ble des forets, soit qu'elles s'offrissent à moi comme 
primitives, soit qu'elles fussent altérées par le voisi- 
nage de l'homme civilisé et des animaux doiTiesti- 
ques, dont la présence fait changer rapidement de 
face à la nature. Je citerai à cette occasion des faits 
curieux sur le renouvellement naturel de grandes 
parties de forets par des espèces étrangères aux loca- 
lités. Ces faits prouveront que la nature elle-même 
alterne dans ses productions spontanées, et ils vien- 
dront à l'appui du principe déjà bien reconnu de la 
rotation des récoltes dans la culture des terres et dans 
le repeuplement artificiel des forets en Europe. 

En me rendant dans les Etats méridionaux, j'ai 
tenu des notes exactes de la disparition successive 
des différentes espèces d'arbres, et de l'apparition de 
nouvelles espèces, effets dont la cause peut être at- 
tribuée, soit à la température du climat, soit à la na- 
ture du sol qui, à cet égard, a une influence très- 
remarquable. C'est ainsi que j'ai pu indiquer le point 
où se montre pour la première fois le Pinus australis-) 



INTRODUCTION. n 

point qui est précisément le même oii commencent , 
vers le nord-est, les Landes américaines, appelées 
Pine harrens ^ qui ont plus de 888 kilomètres ( deux 
cents lieues J de longueur sur 222 à 266 kilomètres 
(^cinquante à soixante lieues j de largeur, et dont les 
limites, qui ne sont pas encore bien fixées, méritent 
d'attirer l'attention des géographes des Etats-Unis. 
Dans ce genre de recherches, je me suis aidé des notes 
de mon père, qui s'en étoit lui-même fort occupé, et 
qui, pour multiplier ses observations, et leur donner 
un plus haut degré d'intérêt, avoit tout exprès fait un 
voyage par terre à la Baie d'Hudson, en 1792. 

Le genre d'étude auquel je me suis livré a du 
avoir pour résultat une connoissance approfondie 
des arbres d'Amérique les plus intéressans et les plus 
utiles pour être employés , soit comme combusti- 
bles, soit dans les différens genres de constructions. 
Je ferai connoître , en faveur des propriétaires amé- 
ricains qui sauront apprécier l'importance et les 
grands avantages pécuniaires qui pourroient résulter 
pour eux ou leur famille de la conservation de leurs 
bois, la manière dont ils doivent être aménagés, en 
indiquant les espèces dont il faut favoriser la crois- 
sance, et celles , au contraire , qu'il convient de dé- 
truire; car on ne doit pas , à mon avis , laisser sub- 
sister un mauvais arbre dans un lieu où il peut en 
venir un meilleur; et il n'est pas de pays où il soit 
plus important de faire ce choix qu'en Amérique. Je 
ne crains pas même d'avancer que , de deux masses 
de bois , situées dans le même canton et d'une 



8 INTRODUCTION. 

égale étendue , celle où l'on aura distrait les mau- 
vaises espèces vaudra , à l'époque de la coupe , cin- 
quante pour cent de plus que celle qui aura été aban- 
donnée à la nature. Ainsi , il ne suffit pas, comme se 
contentent de le faire les propriétaires américains 
voisins des grandes villes , d'enclore les portions de 
bois qu'ils possèdent , pour les préserver des ravages 
des bestiaux de toutes sortes, qui, sans cette pré- 
caution , les parcourent presque toute l'année , et 
détruisent les jeunes plants à chaque printemps 5 il 
faut encore savoir extirper les espèces médiocres avec 
discernement, et suivant les localités. J'indiquerai 
aussi , à cette occasion , les arbres d'Europe qu'il 
conviendroit d'introduire dans les forets améri- 
caines. 

C'est ici le lieu de faire une remarque générale , 
relativement à l'aménagement des bois. On ne peut 
dissimuler que , dans l'état actuel des choses , les Eu- 
ropéens n'aient, sous ce rapport , tout l'avantage sur 
les Américains. En Europe, la grande masse des fo- 
rets est dans les mains des gouvernemens, qui veil- 
lent à leur conservation avec toute la sollicitude 
qu'exige si impérieusement la nécessité , l'expérience 
ayant appris qu'on ne peut compter pour le service 
public, et même pour les besoins des peuples, sur 
les propriétés forestières appartenantes à des parti- 
culiers, parce que, tôt ou tard , venant à être le par- 
tage de personnes pressées de jouir, elles finissent 
par disparoître, et le terrein qui les portoit se trouve 
converti en cultures annuelles. En Amérique , au 



TNTJIOD U CTÏ O \. g 

contraire, ni le gouvernement Céderai, ni ceux de 
chaque état, n'ont conservé aucunes portions de (o- 
réts. Il en est résulté une effrayante destruction ,(pil 
s'accroît sans cesse , et ne cessera d'augmenter en rai- 
son de la population. Déj;i les effets s'en font vive- 
ment sentir dans les grandes villes, où l'on se plaint 
de plus en plus tous les ans, non-seulement de 
l'extrême cherté du bois de chauffage, mais même 
de la difficulté de se procurer des bois de construc- 
tion pour les différens genres de travaux. Aujourd'hui 
l'on est obligé dans beaucoup d'ateliers de substituer 
au chêne blanc , des chênes d'une qualité inférieure ; 
quelques années encore , et l'on trouvera à peine 
dans les îles de la Géorgie, le précieux chêne vert , 
si estimé dans les constructions navales. 

Quoique la langue angloise soit parlée sans alté- 
ration sensible dans presque toute l'Amérique sep- 
tentrionale, cependant l'étendue des Etats-Unis, et 
leur colonisation à des époques différentes, y ont j été 
une étrange confusion dans la nomenclature popu- 
laire des arbres. Ainsi la même espèce reçoit pres- 
que toujours des dénominations différentes, suivant 
les localités, fréquemment aussi le même nom est 
assigné à des espèces très-distinctes, et bien souvent 
enfin , trois ou quatre noms sont donnés au même 
arbre dans le même canton. J'ai recueilli avec soin ces 
diverses dénominations, en omettant, cependant 
celles qui m'ont paru trop bizarres, ou qui n'étoieut 
employées que par un trop petit nombre de person- 
nes ; je les ai toutes rattachées au nom scientifique 
I. 2 



10 INTRODUCTION. 

et au nom vulgaire que j'ai cru devoir préfe'rer , et 
mon choix, à cet égard , s'est toujours porté sur celui 
que l'espèce décrite reçoit dans la partie des Etats- 
Unis, où elle est la plus abondante et la plus em- 
ployée. La table dans laquelle j'ai rassemblé tous 
ces noms populaires , mettra chaque habitant des 
Etats-Unis à même de connoitre les espèces qui 
croissent dans le lieu de sa demeure, et s'il a be- 
soin de renseignemens sur celles qui se trouvent à 
quatre ou cinq cents milles de chez lui, il saura 
également, dans cette supposition , quel nom on 
leur donne et à' quel usage leur bois est employé. 
Dans cette partie de mon travail, qui n'a pas été la 
moins difficile , et qui, je l'espère, ne sera pas la 
moins appréciée , j'ai consulté avec infiniment d'avan- 
tage plusieurs Américains distingués, auxquels je dois 
un témoignage public de reconnoissance : tels sont, 
M. le Pvév'^. D'. H. Muhlemherg^ de Lancaster en Pen- 
sylvanie,un des plus savans botanistes que l'Amérique 
ait encore produits , et bien digne de figurer parmi 
ceux qui, en Europe, s'occupent avec le plus de suc- 
cès de cette science aimable etattrayante^M. FT. Ha- 
jnilton^ amateur éclairé des sciences et des arts, qui 
se plaît à rassembler dans sa magnifique résidence 
de Woodland, près de Philadelphie, non -seule- 
ment tous les végétaux utiles des Etats-Unis, mais 
encore ceux de tous les pays du monde qui peuvent 
y offrir de l'intérêt dans les arts ou en médecine ; et 
M. FT. Bartram , aussi connu par ses voyages et ses 
connoissances variées en histoire naturelle , que par 



INTRODU CT ION. II 

raménité de son caractère et l'obligeance avec la- 
quelle il communique les fruits de ses études et de 
ses observations. 

La table générale qui précède les descriptions esL 
partagée en deux colonnes. La première offre le nom 
scientifique de chaque espèce d'arbres, et immédiate- 
ment au-dessous le nom américain qui désormais devra 
être reconnu comme fixe , d'après les considérations 
qui ont été énoncées plus haut. La seconde contient 
les diverses dénominations qu'on donne au mémo 
arbre dans les différentes parties des Etats- Unis, où 
il se trouve. Au moyen de cette table, on pourra em- 
brasser cV un coiip-cF œil la série de toutes les espèces 
que je me propose de décrire, si le public en Europe, 
et particulièrement dans les Etats-Unis, daigne ac- 
corder son suffrage à mon travail. Dans tous les cas, 
un ou deux numéros réunis renfermeront toujours 
l'histoire complète d'un genre d'arbres; et quand 
bien même , contre mon espoir , cet ouvrage vien- 
droit à être suspendu dans le cours de sa publica- 
tion , on n'en sera pas moins assuré d'avance d'avoir 
d'abord, dans les deux premiers numéros, le com- 
plément des Pins , et successivement celui desNoyers, 
des Erables, etc., avantage qu'on ne trouve pas 
toujours dans les entreprises de ce genre, offertes 
par livraisons. 

Je dois prévenir ici le public que je ne décrirai 
que les espèces d'arbres qui ont été observées par 
mon père et par moi dans les forets mêmes de l'A- 
mérique septentrionale, et dont les propriétés et les 



12 INTRODUCTION. 

usages me sont connus d'après les renseignemens 
exacts que j'ai obtenus personnellement. J'ai pris 
cette détermination, parce qu'il existe dans les pé- 
pinières et les jardins en Europe des arbres qu'on 
assure être venus originairement de ces contrées, 
mais que nous n'avons pas été assez heureux d'y 
rencontrer. Je me contenterai d'indiquer ces arbres 
d'après les auteurs qui en ont parlé. J'espère que le 
^public me saura gré de ma franchise à cet égard, 
et qu'elle me mettra à l'abri de reproches pa- 
reils à ceux que je me trouve obligé de faire à 
sir A. B. Lambert, de la société royale de Lon- 
dres , qui , depuis quelques années , a publié un 
traité général des Pins , ouvrage d'une grande ma- 
gnificence sous le rapport de la gravure et de 
l'exécution typographique. Sept planches représen- 
tent les espèces européennes , et huit sont consa- 
crées à celles de l'Amérique septentrionale. Comme 
je n'ai pas voyagé dans les pays du nord de l'Europe, 
où se trouvent le plus grand nombre des variétés de 
pins de cette partie du monde , je ne me permettrai 
aucunes critiques sur tout ce qui a rapport aux pre- 
mières ; mais la description des espèces américaines, 
que j'ai observées par moi-même dans les pays oii 
elles croissent , est tellement inexacte ou incom- 
plète, qu'il m'a paru nécessaire de rectifier l'opinion 
qu'on auroit pu s'en former, d'après cet auteur. Cette 
considération, jointe à l'importance que présente le 
genre des Pins, dont la plupart des espèces sont d'un 
emploi si varié dans les constructions civiles et mari- 



INTRODUCXIOIN. l3 

times , et forment un article considérable do com- 
merce dans les Etats-Unis, ont été les motifs qui 
m'ont déterminé à commencer par en donner la des- 
cription. 

Je me propose de terminer cet ouvrage par un 
résumé , dans lequel on trouvera l'indication de 
toutes les espèces de bois mises en œuvre dans cha- 
que métier. Ainsi, sous le titre de constructions 
navales ^ on verra d'un coup-d'œil de quelles espèces 
d'arbres sont tirées toutes les pièces qui entrent dans 
la composition d'un navire , dans le district de Maine, 
à Boston , à Philadelphie , à Gharleston , à Savanah , 
à Pittsburg ou à Louisville sur les bords de l'Ohio ; 
et sous le titre de constructions civiles , on trouvera 
également les différentes sortes de bois dont les mai- 
sons sont bâties dans les mêmes lieux. Ce résumé 
offrira, je crois, un ensemble satisfaisant, sans dis- 
penser cependant ceux qui auront besoin de rensei- 
gnemens plus détaillés, d'avoir recours à la descrip- 
tion et à la figure de chaque arbre. 

Je crois n'avoir plus rien à ajouter pour bien faire 
connoître le but que je me suis proposé , et la marche 
que j'ai suivie dans la compositian de cet ouvrage. 
Je pense, je le répète, que la manière dont j'ai con- 
sidéré mon sujet sera plus utile en Europe et en 
Amérique aux propriétaires ruraux et aux per- 
sonnes qui s'occupent du travail des bois , que si 
je ne l'avois traité que sous le point de vue scien- 
tifique. Il m'a semblé nécessaire de joindre aux 
descriptions des figures coloriées , et j'ai lieu de 



l4 INTRODUCTION. 

croire que tout le monde en sentira Tavantage , après 
avoir lu avec attention les développemens qui pré- 
cèdent. Ces planches seront toujours d'un grand se- 
cours , et souvent même seront indispensables pour 
faire distinguer les espèces aux personnes que je 
viens de désigner, et à qui cet ouvrage est princi- 
palement destiné. 

J'aurois bien désiré étendre mes recherches sur 
des points plus éloignés , et notamment dans la haute 
et basse Louisiane. Ces voyages auroientsans doute 
augmenté la longue liste des arbres dont je donne 
la description 5 mais différens obstacles ont enchaîné 
l'activité qui me portoit vers ces contrées , encore 
peu connues sous ce rapport, et que je regretterai 
toujours de n'avoir pas visitées. Forcé de céder, à 
cet égard , à l'empire des circonstances , je m'esti- 
merai encore assez heureux si les efforts que j'ai faits 
peuvent mériter l'approbation des personnes ins- 
truites et bienveillantes qui n'ont cessé de m'encou- 
rager, pendant mon séjour en Amérique, dans l'en- 
treprise que j'ai exécutée. Je laisse à quelques-uns 
des élèves de MM. les professeurs Barton et Hosack, 
animés, comme leurs maîtres d'un zèle ardent pour 
les progrès des sciences naturelles dans les Etats- 
Unis , à perfectionner mon travail , et à offrir à leurs 
concitoyens un traité sur ce sujet plus complet et 
plus digne d'eux; ce sera, je crois, la meilleure cri- 
tique qui pourra être faite de celui que je fais pa- 
roître aujom'd'hui. 



TABLEAU INDICATIF 

DES ESPÈCES D'ARBRES 

QUI SERONT DÉCRITES DAJNS CET OUVRAGE , 

ET DE L'ORDRE DANS LEQUEL ELLES SERONT PUBLIÉES. 



La première colofine indique le nom botanique et le nom 
américain qui désormais devra être reconnu comme 

fixe ; 
La seconde , les noms vulgaires en usage dans les 
diverses parties des Etats- Unis et au Canada. 



Nom botanique 
et nom américain. 



Piûus rubra. 
Red pine . . 

( Norway pine. ) 



Noms vulgaires employés dans les diverses 
parties des Etats-Unis. 

f Red pine (Vin rous,e), seule déno- 
mination donnée à cet arbre en Canada, 
et souvent usitée à la Nouvelle-Ecosse, 
à la Nouvelle-Brunswick, ainsi que dans 
le District de Maine. 

JYorwaj pine{Vin de Norwège, nom 
plus généralement en usage que le pré- 
cédent dans le District de Maine et 
la partie supérieure des Etats du New- 
Hampshire et de Vermont , mais moins 
convenable. 

Yellow pine (Pin jaune), nom em- 
ployé secondairement à la Nouvelle- 
Ecosse. 

Pin rouge, seul nom donné à cet 
.arbre , par les François-Canadiens, 



l6 TABLEAU COMPARATIF. 

Noms botaniques Noms vulgaires employés dans les diverses parties 



et américains. 



Pinus rupestris 
Grey pine. . . 



Pinus mitis . . 

Yellow pine, . 



Pinus inops. 
Jersey pine . 



Pinus pungens . . 
Table inountain 



pine. 



Pinus australis . . 
Long leavedpine. 



des Etats-TJnis. 

Grey pine (Pin gris), dénomination 
donnée généralement à cet arbre en 
Canada , par les Anglois et les François- 
Canadiens. 

Scrub pine ( Pin cliétif ), nom en. 
usage à la Nouvelle -Ecosse et dans 
quelques cantons du District de Maine. 
ye//owyt7/Vze (Pin jaune), dénomination 
générale dans tous les Etats du milieu. 
Short leaved pine ( Pin à courtes 
feuilles ) , nom en usage dans les Etats 
méridionaux. 

Sprucepine (Pin sapin) dénomina- 
tion secondaire dans cette même partie 
des Etats-Unis. 

Jersey pine (Pin du Nouveau-Jersey), 
dénomination donnée généralement à 
cette espèce dans la partie basse du 
New-Jersey où elle abonde. 

Scrub pine (Pin cliétif), nom usité en 
Virginie et dans les parties de la Pen- 
sylvanie où se trouve cet arbre. 

Table mountain pine ( Pin de la mon- 
tagne de la Table ), seule dénomination 
en usage aux environs de cette mon- 
tagne, dans la liaute Caroline du nord. 
Long leaved pine ( Pin à longues 
feuilles ) , 

Yellow pine ( Pin jaune ) , 
\ Pitch pine ( Pin à goudron ) , 
I Broom pine ( Pin à balais ) ; dénomi- 
(nations plus ou moins usitées dans la 



Noms bolaiiiiines 
et anjéricains. 



Pinus australis . . 
Long leaved pine. 



Pinus serotina. 
Pondpine. . . 



Pinus ligida. 



Pitchpine. 



Pinus Iseda. . 
Lohlolly pine. 



Pinus strobus. 
iVhite pine. 



I. 



TABLEAU INDICATIF. 1 7 

Nom» Tulgaircs employi-» dans les diverses putici 
(les Etals-Uni». 

partie basse des Etats du midi , oii croît 
seulement celte espèce. 

Southern pine ( Pin du midi ) , et 
Red pine ( Pin rouge ) , nom donné à 
cet arbre dans les Etats du milieu et 
du nord, par ceux qui l'emploient, eu 
égard au pays d'où il vient et ù sa qualité. 

Georgia pitch pine , dans les colonies 
des Indes occidentales et en Angleleire. 

( Pondpine (Pin des mares ), nom don- 
Vné par moi à cette espèce, qui n'en a 

• /aucun dans les Etats méridionaux. 

( Pitchpine ( Pin à goudron), dénomi- 

• y nation générale dans tous les Etats du 

• /nord et du milieu. 

Lohlolly pine ^ seule dénomination 
[dans les Etats du midi. 

TVhite pine ( Pin blanc ), quelquefois 
[en usage aux environs de Petersburg 
^en Virginie. 

J^Vhite pine ( Pin blanc ) , seul nom 
donné à cet arbre dans tous les Etats- 
lUnis, à la Nouvelle-Ecosse et à lalVou- 
Ivelle-Brunswick. 

Pumkin pine ( Pin potiron ) , 

Saplingpine ( Pin baliveau ) ; déno- 

Irainations secondaires dans les Etats 

de Vermont, New - Hampsliire et le 

District de Maine, quant à la qualité 

'-du bois tendre ou dur. 

3 



i8 

Noms botaniques 
el américains. 

Pi nus strobus. 
PJ^hùe pine, . 



Abies nigra. . 
Black spruce. 

( Double spruce. ) 



Abies alba. . . 
TVhibe spniice. 

( Single spruce. ) 



Abies canadensis. 
Heinlock spruce. . 



Abies balsamifera. 
Sjh'er Jir. . . . . 



TABLEAU INDICATIF. 

Noms vulgaires employés dans les diverses parties 
des Etats-Unis. 

Pin blanc^ par les François du Canada. 
Pin du Lord T^ejmouth, en France 
^et en Angleterre. 

Black or Double spruce ( Sapin noir 
ou Sapin double), dénomination emplo- 
yée dans les Etats du nord, le District 
de Maine et la Nouvelle-Ecosse. 

Red spruce (Sapin rouge), dans les 
<f mêmes contrées, eu égard à de plus 
grandes dimensions , relativement à cer- 
taines localités. 

Epine tte noire , et Epinetùe à la 
bière , par les François - Canadiens. 

Sapinette noire, en France. 

TVhite or Single spruce ( Sapin blanc 
ou sapin simple) , dénomination égale- 
ment en usage dans les Etats du nord, le 
District de Maine et la Nouvelle Ecosse. 

Epinetùe blanche , par les François- 
Canadiens. 

Sapinette blanche , en France. 

Hemlock spruce ( Sapin hemlock ) ; 
seule dénomination en usage dans tou- 
tes les parties des Etats-Unis où se trou- 
ve cet arbre. 

Pérusse, par les François-Canadiens. 

tSf /w>y//' ( Sapin argenté) , 
Fir balsani, Sapin baumier), 
Balsam of Gilead tree (Baumier de 
Giléad); 



TABLEAU INDICATIF. 



'9 



Noms bolaniquei Moms vulgaires empJoyé» dan» le» diverses partie» 

et américains. des Etat» Unis. 

Abies balsamifera. ( Dénominations ('gaiement en usage 
Sylver Tir, . . . . \*^^"^ ^^ partie la plus septentrionale 
'des Etats-Unis. 



Juglans nigra. 
Black Vifalnut. 



J. catliartica. 

Butter mit. . 



■^ 



Black walniit ( Noyer noir ), seule dri- 
Inomination dans les Etats du milieu et 
de l'ouest. 

Noyer noir , par les François des Il- 
linois et de la Louisiane. 

'' Butter nut (Noix de beurre ), seul nom 
donné à cet arbre dans les Etals de Ne\N- 
York et de la Virginie. 

TVliite %\?alnut (Noyer blanc), déno- 
mination très usité dans les Etats de Pen- 



J. olivseformis. . 
Pacane nut h^. 



J. aniara 

Bitter nuthickery 



sylvanie , et de Maryland. 

0/7/7i^/{^(Noyer àrbuile),nom le plus 
en usage dans les Etats du New-Hamp- 
l^shire, de Connecticut et de Vermont. 

Pacane nut ( Noyer pacane ou Paca- 
nier), nom conféré à cet arbre dans la 
Vliaute Louisiane, par les François-llli- 
' jnois et de la Louisiane, et adopté par 
les Américains^ 

Bitter nut hickery (Noyer amer ) , seul 
nom en usage dans les Etats de New- 
York^ du New-Jersey. 

TVhîte ///cAe/j ( Hickery blanc), dé- 
nomination la plus générale dans toute 
la Pensylvanie. 

Noyer amer ^ par les François-Cana- 
diens et des Illinois. 



20 



TABLEAU INDICATIF, 



Noms botaniques Noms vulgaires employés dans les diverses parties 

et américains. des Etats-Unis. 

J. aquatica i T'Vater hiiber nut , nom donné par 

TFaber bit ter w/^jmoi à cette espèce qui n'en a aucun 
hickery (dans les Etats méridionaux où elle croît. 

r Mocker nut hickery ( Noix moqueu- 
se ), connu plus généralement sous ce 
nom dans les Etats de New-York et de 
New- Jersey. 
' ) W^liite heart hickery , secondaire- 



J. tomentosa, 
M.ocker nut hick^ . 



X squamosa . . . . 
Shell hark hickery. 



J. laciniosa. . 
Thick shell bark 



ment usité dans ces deux Etats. 

Coimnon hickery , en Pensylvanie , 
dans le Maryland et plus au sud. 

Noyer dur,^dx les François-Illinois. 

Shell bark hickery ( Noyer écail- 
leux ), nom le plus en usage dans tous 
les Etats-Unis. 

Shag bark hickery , dénomination se- 
condaire au nord de la rivière de Con- 
necticut. 

Kiskythomas , par les Hollandois du 
New-Jersey. 

Noyer tendre , par les François des 
Illinois. 

Thick shell bark hickery (Noyer é- 

cailleux à coque épaisse), nom donné 

là cette espèce dans les Etats de l'ouest 

où elle est le plus souvent confondue 



hickery. 



avec le yrai Shell bark hickery (Noyer 
(écailleux). 

Glocester nut hickery (H^ojer de Glo- 
cester en Virginie), connue sous ce 



TABLEAU INDICATIF. 21 

Nom» botaniques Noms vulgaires employés dans le» diverse» parties 

cl américains. des Etals-Uni», 

iseul nom (laas cette partie de la Vir- 
ginie. 
Sprlngfieldhickery (Tlickery de Spri ng 
field), autre dénomination donnée à 
cet arbre dans cet endroit, peu éloigné 
de Philadelphie. 

SPig nut hickery ( Noix à cochon ), dé- 
nomination la plus générale dans tous 
les Etats-Unis. 
X i^ .vi^u .vL^.^y^.j. . X Hog nut hickery (Noix à cochon), 

/plus usitée dans quelques cantons de 
\\di Pensylvanie. 

( Nutjneg hickery nut (Hickery mus- 
J.myristicaformis. jcade), nom donné par moi à cette es- 
Nutmeg hick. nut, jpèce , qui n'en a aucun dans les Etats 

(.du midi. 

ifVhîte oak ( Chêne blanc ) , dénomi- 
nation générale et unique dans tous les 
États Unis. 
Chêne blanc , par les François-Cana- 
diens. 

IMossy cup oak, nom donné par moi 
à cette espèce, qui se trouve dans le 
Gennessée , ( Etat de New - York ) et 
près Albany. 

^ ( Over cup white oak CChêne frisé à cros 

Q. macrocarpa. . .1 •,. -,r . -'iii 
r\ 7-7 </eland ), denominat^ion eenerale dans les 

Over cup whi te oak Y i rr i i rr. 

/Etats du Kentucky et du lennessee. 



22 



Noms botaniques 
et américains. 



Q. obtnsiloba. 

Posb oak. . . . 



Q. lyrata. .... 
Oi^er Clip oak. . 



Q. p.'" discolor. 

Muhl 

Swamp white oak. 



Q. p."'palustris. 
Chesnub whùe oak 



TABLEAU INDICATIF. 

Noms vulgaires employés dans les diverses parties 
des Etats-Unis. 

Post oak ( Chêne à pieux ), dénomi- 
nation générale dans les deux Carolines, 
la Géorgie et l'Etat du Tennessee. 

Iron oak (Chêne de fer ), nom secon- 
daire dans ces mêmes contrées. 

Box oak ( Chêne buis ) , 

Box white oak ( Chêne buis blanc ) , 
dans l'Etat de Maryland et la partie de 
la Virginie qui l'avoisine. 

Over cup oak (C. à gland renfermé ), 
Swamp post oak ( Chêne à pieux , des 

Swamps , ) 

dénominations également usitées dans 

la partie basse des Etats méridionaux. 
VV^ater white oak (Chêne blanc d'eau), 

.nom secondaire dans les mêmes pays. 

Swamp -white oak (Chêne blanc des 
Swamps ), dénomination la plus usitée 
dans les Etats du nord et du milieu. 

TVater chesnut oak, ( Chêne châtai- 
gnier d'eau) , dans la Pensylvanie. 

Chesnut white oak ( Chêne blanc châ- 
taignier ) , dénomination la plus en usa- 
ge dans la partie basse des Carolines et 
jde la Géorgie. 

yf^hiteoak (Chêne blanc), particuliè- 
/rement sur la rivière Savannah. 

Swamp chesnut oak ( Chêne châtai- 
gnier ^Qs Swamps), nom secondaire 
-dans les mêmes contrées. 



TABLEAU INDICATIF. 



23 



Noms botaniques 
et américains. 



Q. p."' monticula. • 
Rock chesnut oak. 



Q. p."' acuminata. 

Yellow oak. . . . 



Q. p."' chincapin, 

Chincapïn oak. . 



Q. virens 
Live oak. 



Q. pliellos. . 
yj^iilow oak. 



Q. imbricaria. 
Laurel oak. . 



Noms vulgaires employé» dan» le» diverses parties 
de» Etats-Unis. 

Hock chesnut oak{ Chêne châtaignier 
des rochers), seul nom donné a cette 
espèce dans les Etals de INew-York et 
de Yermont. 

Rock elrockj oak (Chêne des rochers), 
idans cette même partie des Etats-Unis. 

Chesnut oak (Chêne châtaignier), seul 
nom usité en Pensylvanie et en Virginie. 

Yellow oak (Chêne jaune), nom don- 
iné à cet arbre dans le comté de Lan-^i 
'caster en Pensylvanie. 

Aucune dénomination particulière, 
dans les autres parties des Etats-Unis. 

Chincapin oak ( Chêne chincapin ) , 

idans la partie haute des Carolines et de 
la Géorgie. 

Small chesnut oak (petit Chêne châ- 
[taignier) , dans l'Etat de New-Yorck et 
dans la Pensylvanie. 

( Live oak (Chêne vert), seule dénomi- 
I nation dans tous les Etats méridionaux 

Willow o«^ (Chêne saule) , seule dé- 
Jnomination en usage dans la Pensylva- 
jnie, et dans les Etats situés plus au sud. 

Laurel oak ( Chêne laurier ), dénomi- 
nation secondaire dans les Etats à l'o uest 
des monts Alléghanys. 

Rlack jack oak , plus usitée , mais 
moins convenable, étant donnée à une 
autre espèce à qui elle est conservée. 

Chêne à latte, par les François lUin 



^4 



Noms botaniques 
et améi-icaius. 



TABLEAU INDICATIF. 

Noms vulgaires employés dans les diverses parties 
des Etats-Unis. 



Q. cinerea f Sarrenswi'llow oak (Chêne saule des 

Upla/idwillow oa^U^ndes) , partie basse des Etats du Sud. 

Q. pumila C Munjiing oak (Chêne traçant), i^artie 



'^ f 

oak. . . . I 



Kunningoak. . . . ) basse des Etats du midi. 

Q. heterophylla 
Bai^tram s oak 

Q. aquatica. . 

JVateroak, . . 



Q. feiTuginea. . 
Black jack oak. 



Q banisteri. 
Bear oak. 



a- .( Bar tram s oak (Cbêne à W. Bar tram), 
• • «Isurla rivière Sdiuylkill, près Philadelpb. 

( VF'ater oak ( Chêne d'eau ) , dénomi- 
' /nation générale en Virginie et dans les 
* /Etats plus au sud. 

Black Jack oak , seul nom en usage 
[dans les Etats méridionaux. 

Barrejis oak(CAiêne des lieux arides), 
là Philadelphie, dans le Bas -Jersey et 
l'Etat de Delaware. 



Bear oak (Chêne d'ours), connu sous 
ce nom dans les Etats de New-Jersey et 
ide New- York. 

Black scrub oak ( Chêne noir chétif ) , 
/dans les Etats au nord de la rivière de 
\Connecticut. 

Scrub oak ( Chêne chétif) , dans quel- 
fques parties de la Pensylvanie et de la 



Virginie. 



îî. . . \ 



Barrens scrub oak (Chêne chétiî ou ra- 
Q. catesbcei. . . 'J^ougri des landes), dans les partie basses 
Barrens scrub oak. |^^^ ^^^^ Carolines et de la Géorgie. 

f\ f \ i c iS/7«/zz*jAoûÂ: (Chêne d'Espagne), seul 

o* .7 7 /nom en usaee dans les Etats de Pensyl- 

àpamsh oak. • • \ . ^ ... ^ 



(vanie , Maryland et Virginie. 



TABLEAU INDICATIF. 



1J 



Noms hotaniqiies 
et américains. 

Qucrcus falcala. 

S/ ni t lis h oak . . 



Q. linctoria. 
Black oak . 



Q. coccinca . 
Scarlet oak . 



Q. ambigua. 

Grej oak. , 



Qucrcus palustrls. 
Pine oak 



Q. rubra 
Ked oak. 



Betula papyracea. 
Canoë birch . . 



I. 



Noms vulgaires cmf>Ioy<5» dins les «liycrbt» parties 
des Ltals-Ucis. 

' jRed oak (Chêne lou^e) , dans la partie 
basse des Etats méridionaux. 

' Black oak (Cliêne noir), seule de'no- 
imlnaiion dans tous les Etats du milieu , 
'de l'ouest et du midi. 

IQuercitroîi oak^ nom du commerce; 
CJtcne noir , par les Erancois-lllinois. 

/ Scarletr oak ( Chêne écarlale ) , nom 
idonnc par moi à cette espèce, qui^ dans 
I tous les Etals du milieu, porte le nom du 
iChêne rouge, red oak^ étant confondue 
[avec une autre espèce, à laquelle nous 
réservons cette dénomination. 

Grey oak (Chêne gris), seul nonidon- 

Iné à cette espèce dans les Etats de ISe^v• 

Hampshire , et de Vermont , ainsi que 

Idans le District du Maine, la Nouvellc- 

\ Brunswick et la Nouvelle-Ecosse. 

PiTie aok ( Chêne à e'pingle ) , nom 
1 donne' à cette espèce dans les Etals de 
[New-York et du New- Jersey. 

Swamp Spanish oak ( Chêne d'Espa- 
l^ne, des marais), dans les Etats de Pcn- 
fsylvanie et de Maryland. 

Red oak (Chêne rouge) , connu sous 

i cette seule de'nomination dans tous les 
Etats du nord et du milieu. 

( Canoë hirch (Bouleau à canot), 
'l Paper hirch (Bouleau à papier), 
" l Dénominations également usitées dans 

4 



26 



TABLEAU INDICATIF. 



Noms botaniques 
et américains. 



Betula papyracea. 
Canoë hircli. . 



Betula populifolia . 
JVhite hirch. . 



Betula rubra 
JRed hirck 



Betula lenia . 
Black hirch. 



Noms vulgaires employés dans les diverses parties 
de.s litals-Unis. 

les Etats de New-Hampsliire , Vermont, 
lie District de Maine , Ja Nouvelie-Ecos- 
jse , et plus au nord. 

JVhite èzrcA (Bouleau blanc), e'gale- 
j ment employée dans les mêmes contrées. 
Bouleau à canot , par les Français- 
Canadiens. 

JVhite hirch (Bouleau blanc) ,de'no- 
Iminalion générale dans les Etals du nord 
'et du milieu. 

Olclfield hirch (Bouleau des terreins 
secs ou des cbamps abandonnes). 

Red hirch (Bouleau rouge ) , dans l'Etat 
du New- Jersey et dans quelques can- 
tons de la Pcnsylvanie. 

Broom hirch ( Bouleau à balais ,) nom 
[secondaire dans la Pcnsylvanie. 

Birch (Bouleau j, dans les Etats plus 
au sud. 

Black hirch (Bouleau noir), de'nomi- 
nation la plus en usage dans les Etats du 
Inord et du milieu. 

Cherry hirch (Bouleau merisier), 
[nom secondaire dans quelques cantons 
[des états du nord. 

Sweet hirch ( Bouleau odorant ) , dans 
Iles Etats du milieu. 

Moutain mahoganj {Acajou de mon- 
Itagne), dans une partie de la Virginie. 

Cherrj hirch (Bouleau mei^isier ) , par 
les Français du Canada. 



T A 11 L i; A U I > 1) l (J A l' I F. 



27 



INuiiis Lolaiiiijue.s 
et américains. 



Betula lutca . . 
Yellow birch. 



Castanca vesca 
Chesnut. . . . 



Casianea pumila 
Chincapin . . . 



Fa;; us sjlvesiris 
IVliite heccli . 



Koms vtilgaiie» employé» dans le» diverse» partie» 
des Elals-Uois. 

Yellow birch (Bouleau jaune), nom 
donne à celte espèce dans les Etais de 
Vcrmont et de Ncw-Hampshire , ainsi 
|que dans le District du Maine et la pro- 
vince de la Nouvelle-Brunswick. 

Chesnut ( Châtaignier ) , seul nom 
dans toutes les parties des Etals-Unis où 
croît cet arbre. 

Chincapin^ seule dénomination dans 
les Etats du milieu , du sud et de l'ouest. 

Beech (Hêtre), dans les Etats du mi- 
|lieu et de l'ouest. 

TVhite beech ( Hêtre Liane), dans le» 
lEtats les plus septentrionaux et le District 
de Maine. 



F. fcrruginea. • . •( ^erf ^eecA (Hêtre rouge ) ^ dans les 
Red beech (Etats du nord et le District de Maine. 

Cliamœrops palme-/- Cabale tree (Ç\\.o\x. palmiste), dans la 

^o 'v partie maritime des États méridionaux. 

Cabage l,ree ....(. 

, American Holly ( Houx d'Améri- 

Tl 1 • ' 

uex opaca y que), dans toutes les parties des Etats- 

Amerlccui /^o/Zj .|unis où il croît. 

iPersimons , seule de'nominalion dans 
tous les États-Unis où cet arbre se trouve. 
Plaqueminier, par les Français de la 
Haute et Basse-Louisiane. 



Acer eriocarpum . 
JKhite maple . . 



Tyhite maple (Erable blanc), seule 
I de'nominalion sur les bords de l'Ohio et 
des rivières qui viennent s'y rendre. 

Soft maple (E. tendre), dans les Etats 



!i8 



TABLEAU INDICATIF. 



Noms botaniques 
et américains. 



Acer eriocarpum. 
White ma pie, . 



Noms vulgaires emploies dans les diverses parties 
des Elats-Unis. 

> Atlantiques, où cette espèce est souvent 
[confondue avec le vrai Érable rouge. 

S/r wager maple, en Angleterre, oii 
cet arbre a e'te' introduit. 

Red flowering maple ( Erable à fleurs 
rouges ) , 

Swamp maple (Erable des swamps), 
Soft maple (Erable tendre), 
Dénomination en usage dans tous les 
Etats Atlantiques. 

Celle de redjlowering 772«yf?/e( Erable 
à fleurs rouges j, l'est davantage en Yir- 

ble len- 
York 



Acer rubrum. . . 

Red flowering ... 

, \ginie , et celle de soft maple ( Erabb 

Idre ) , dans le bas de l'Etat de New- 



A. saccharlnum . 
Sugar maple. . . 



jet du New-Jersey. 

Maple tree (a.ihre d'Erable), dans la 
[Pensjlvanie , la Virginie et l'Etat de 
[rOhio, à l'ouest des monts Alle'ghanys. 

Erable plaine y par les Français du 
Canada, 

Sugar maple (Erable à sucre), de'no- 

mination ge'nërale, mais qui ne prévaut 

[cependant que dans les Etats du milieu 

a l'est des monis Allcghanys ; sous ce 

iméme nom, on comprend souvent cn- 

/core dans le Gënessée, l'espèce suivante. 

Rock maple ( Erable des lochers), nom 
iqui prévaut dans tous les Etats situés au 
'nord de la rivière Hudson , ainsi que 
dans le District de Maine , la Nouvelle- 
Brunswick et la Nouvelle-Ecosse. 



ï A H L i; A U I > D I C A T I F. 2(J 

Noms liotyniqiK» iSoms vulg.iiies eriiplovcs dans le» fliTer«es parties 

et iiriiciicaliis. îles KtaU-Uiiii. 

illard maple (Erable dur) , sccondai- 
xxv.<.. ^^^ rement en usage dans ces mêmes Etais. 

Si/gar maple • • •) Erable sucre y par les Français du 
' Canada. 

Sii^ar trce ( Arbre à sucre), de'nomi- 
nation générale sur les bords de l'Ohio 
et des rivières qui viennent s'y rendre , 

A. nigrum joù souvent encore, l'on de'slgne sous le 

Black siigar tree. \n\énie nom, l'espèce pre'cédcnte. 

Black sugar tree ( Arbre noir à sucre), 
nom secondaire mais qui doit cire prè- 
fe're'. 

Box elder ^ seule de'nominaiion dans 
les Etats de l'Ouest, où cet arbre est le 
Iplus abondant et le plus connu. 
A. nes^undo . . . .] Ash leaved maple (Erable à feuilles 
Box elder ]de frêne), nom qui lui est donne quel- 
quefois dans les Etals Atlantiques. 

Erable à giguiè?^e , par les Français 
des Illinois. 

Moose woo<:Z(Bois d'Elan), de'nomina- 
iion générale et unique dans tous les 

. . lEtals du nord, ainsi qu'à la Nouvelle- 

A. striatum ) \ 

Brunswick et a la Nouvelle-Ecosse. 

Striped maple ( Erable jaspé ), par 

'quelques personnes dans les Etals du 

milieu. 

Large tiipelo (Grand Tupelo), nom le 

,y T 1 . . j plus général dans les Etats du sud. 

?<yssa grandidenlataJ t ^ 

r . 1 \ ^^i2^^r ^z/pc/of Tupelo deau), nom 

Large tupelo . . . j , 

secondaire dans les mêmes Etats. 



Moose wood 



3o 



TABLEAU INDICATIF. 



Noms Lotaniq\ies 
et anséricains. 

Nyssa capitata. 
Sour tupelo . 



Noms vulgaires eniplnvés dans les diverses parties 



des Elals-TJnis. 



N. sylvatica. 
Black gum 



N. aqualica 
Tupelo . . 



Gymnocladus dioi- 

ca 

Coj^ee tree 



Sour tupelo (Tupelo à fruits aigres) , 
dans l'Etat de Géorgie, 

Blak gum (Gommier noir, de'nomi- 
nalion la plus en usage dans tous les 
'Etats , au sud de la rivière Delaware. 

Sour g^ï//?! ( G. sûr), nom secondaire. 

Yellow gum (Gommier jaune), eut 
égard à la couleur du bois. 

Tupelo, nom donné a cet arbre dans 
les Etats de NeAV-York et du N.-Jersey. 

Sour gum (Gommier sur), dénomi- 
nation secondaire dans ces mêmes par- 
tties des Etats-Unis. 

(Peperidge , fréquemment usitée par 
les Hollandais du INew-Jersey. 

Coffee tree ( Arbre à café ), seul nom 
donné a cet arbre dans les Etals de 
l'ouest. 

Chicot ^ par les Français du Canada. 



Georgia bark tree (Quinquina de la 
Pinckneya pubens.j Géorgie), nom donné par moi à cet ar- 
bre , qui n'en a aucun dans le pays. 



Georgia bark . 



Cupressus dislicba. 
Cyprès s 



Cjpress , dénomination générale dans 
tous les Etats-Unis. 

Bald cjpress ( Cyprès cbauve ) , nom 
'moins usité. 

Black and Tf^hitè cjpress ( Cyprès 
jnoir et Cyprès blanc ) , eu égard à la qua- 
lité et a la couleur du bois. 



T A B L r: A L' I -V T) I (J A T I l\ 



:u 



Noiiis liolaniciue» 
et .ii.'iciicaiti». 



Cuprcssus lliyol- 

dos 

IVkUe ceddr. . . . 



Thuya occidentalls. 
Athor çïtœ. . . 



Larix americana. 
Ainerican larch. 



Juniperus vlrginia- 

na. • 

Red ccdar 

Olea americana. . 
Devil wood. . . . 



INoNis viil^. lires <:iti]>loy<?<< <):iiis Il'S (livf;rfie<i iiirliffs 
deij ElalH-Unis. 

f^/iile cedar (Gôdre blanc), seule 
idcnominalion dans Jcs Etals de Ncw- 
lYork, du New-Jersey, de la Delaware et 
de la Pensylvanle. 

Juniper (Genévrier), dans les Etals 
[de Maryland, de Virginie el de l;i Caro- 
line du nord. 

Arhor iviUe, denoniinalion secondaire 
dans le district de Maine, mais qui doit 
elre pre'f'e're'e. 

yV}iltc cedar ^ nom plus en usaqe dans 
le district de Maine, FEtat de Vcrmont, 
[et la partie la plus reculée du i\ew- 
iHampshire. 

Cèdre blanc ^ par les Français du Ca- 
nada. 

American larc/i (Mélèze d'Ame'rique), 
dénomination générale dans toutes les 
[parties des Etals-Unis où se trouve cet 
[arbre. 

Hacmatach , plus usitée dans les Etals 
|du nord et le district de Maine. 

Tamarack,i^aiY\Qs Hollandais duNew- 
Jersey. 

r Red Cedar (Cèdre rouge) seul nom 
/donne à cet arbre dans toutes les parties 
l^des Etats-Unis où il croît. 

DeviL wood (Bois du diable), nom 
donne' à cet arbre sur la rivière Savanah, 
dans i'Eîat de Géorgie. 



32 



TABLEAU INDICATIF. 



Noms botaniques 
et américains. 



Carpinus ostrya 
Iron wood. . . 



Noms vulgaires smployés dans les diverses partie» 
des Etats Unis. 

Jro7i ipoocl ( Bois de fer ) , seule déno- 
mination dans tous les Etats, situes au 
[sud de la rivière Hudson. 

Lever wood (Bois à levier), dans le 
district de Maine et l'Etat de Vermont. 



Carpinus americana i American horn beam ( Charme d'Anié- 
American liorn- / rique ) , seul nom donne à cet arbre dans 
^^^'^ (toute l'étendue des Etats-Unis. 



Hopea tinctoria. 
Sweet leaves . 



Malus coronaria. 
Crab apple. . . . 



Su'eet leas'es (Feuilles douces), seule 
fnominalioi 
méridionaux. 



dénomination en usage dans les Etats 



Crab apple (Pommier sauvage), nom 
donné à cet arbre dans tous les Etats du 
'milieu. 



June berry^ nom donné à cet arbre 
Mespilus arborca. .jdans tous les Etats du milieu. 

June berrj ] /^7/<:Zyt?d?rtr (poirier sauvage), dans le 

district de Maine. 

The Large magnolia ( le Grand Ma- 
gnolia), dénomination la plus en usage 
Magnolia grandiflo-lparmi les liabitans des villes des Etais 

ra I méridionaux. 

The large magno-i Bi^laurel (Grand Laurier), plus usi> 

lia L ' j 1 

Itee dans les campagnes. 

Laurier tulipier^ par les Français de 

la basse Louisiane. 



TABLEAU INDICATIF. 33 

Noms botaniques Nom» vulg.iireg eriiployc'» <lanf. ]is diverse» partie* 

c-t américains. dt» Etali» Unis. 

Small mai^nolla (Pelit magnolia ou 
seulement magnolia), nom donné par 
beaucoup de personnes, à cet arbre à 
iNcw-York et à Philadelphie, ainsi que 
dans la partie du New-Jersey qui avoi- 
|siiic ces deux villes. 
IMagnolia glauca . . I Swamp sassafras ( Sassafras des 
The small magjîo- svvamps ou marais), nom secondaire à 

^'^ [une certaine distance de ces deux villes. 

Sweet baj , T^hite hay et swami/s 
\Iaiirel , noms plus en usaj^e dans la par- 
|ile mariiime des Etals méridionaux. 

Beaver woocl (Bois de Castor), nom 
tombé en désuétude , autrefois en usa-ic 
dans le New-Jersey. 

M acuminata. . . .1 <^«<?'^^^^''^/'ee (Arbre à Concombre), 

cumher tree V'^ ^'ouest, ainsi que sur la chaîne des 
[monts Alléghanys. 

iThe heart leaued mas^nolla ( Maçrno- 
lia à feuilles en cœur), nom donné par 
moi à cette espèce qui croît dans la 
Haute-Géorgie et qui y est confondue 
avec la précédente. 

, c The uln'^reUa tree (Arbre parasol), 

M triDetala . . .\ ^ i ^ 

' ^ j 11 ' /seule dénomination donnée à cet arbre 
The iimbreUa tree.} , , ^ , ... , , 

/daus les Etats du milieu et du sud. 

M. auriculata. . . .( ^^'^ ear leaved magnolia (Magnolia 

The ear W^F' ^^^^^^^^ ^"'■^^"^^'^^) ' 

7- \ Inàian »/imc, dénomination plus usi- 

magnolia I -'""^" ^ , , 

I téc par les habitans des montagnes de la 

.. 5 



34 



TABLEAU INDICATIF. 



Noms botaniques Noms vulgaires employés flans les diverses parties 

et anoéricains. des Etais-Uuis. 



Caroline du nord et de la Virginie , mais 
moins convenable. 

Long leaved cucumber tree ( Arbre a 
The car ^^^««"^^A concombre à longues feuilles), secon- 
'dairementen usage dans les mêmes con- 
trées. 



M. auriculata. 



viagnolia. 



M. macrophylla. . .( ^"'^^^ ^^"^^^^ magnolia (Magnolia à 
Large leaued m^-(S^^"^^^ feuilles), nom donné par moi à 

/• 1 celte espèce qui est confondue avec la 

^noLia I A A 

l précédente. 

Fraxinus americanaf ^^"'^^ «^^^ (Frêne blanc), seule dé- 
Whlte ash (nomination dans toutes les parties des 

[Etats-Unis, où croît cet arbre. 

! Red ash (Frêne rouée), dénomina- 
1 1 ''11 1 1-. 

tion la plus générale dans tous les Etats 
du milieu, ou cette espèce est Ja plus 
abondante. 

. ( Green ash (Frêne vert), nom donné 

F. viridis 1 . , , . , 

{ par moi a cette espèce , qui n en a au- 
Green ash J , , , „ 

I cun dans le pays ou elle croit. 

T-, 1 1 . C Bliie ash (Frêne bleu), seule déno- 

F. quadrangulata. .) . . ^ ^ / 

„7 7 <mination dans les Etats de Rentuckv et 

BLue ash. . . . . .] ^ ^ •> 

{de Tennessee. 

Black ash (Frêne noir), dénomina- 
Fraxinus sambuci-jtion la plus générale dans les Etats du 

folia ^nord et du milieu. 

Black ash J fVater ash ^ nom secondaire dans 

(cette même partie des Etals-Unis. 



TABLEAU INDICATIF. 35 

Noms Lolaiiiqucft Noms vuigujrc-s einjiloyës dans Ifs diverse» parlie* 

et américaius. des Etals-Unis. 

iCarolinlan ash ( Frêne de la Caroli- 
ne), nom donné par moi à celle espèce, 
qui n'en a aucun dans le midi des Etais- 
Unis. 

Gordonia lasyan-l Lohlollj hay ^ seule dc'nominalion 

ihus (dans la partie basse des Etats méridio- 

LobloUj baj. . . .(naux. 

G nubescens. .( Franllinia , nom donne à cei arbre 
Franklinia . . ,\par W. Bartram,en l'bonneur du doc- 
lieur Francklin. 

IDog wood (Bois de cbien% seul nom 
donné à cet arbre dans tous les Etats- 
Unis. 
Bois de Jlèche bâtard^ par les Fran- 
çais de la baute Louisiane. 

Rhododendron ma-. Swamp laurel (Laurier des swamps 

ximum 'q^ marais), sur les monls AUégbanys 

Swamp laurel. . . (^{i cet arbre est le plus abondant. 

f Mountain laurel ( Laurier de mon- 
tagne), dénomination la plus générale 
[sur la chaîne des monts AUégbanys. 
Kalmia latifolia. . . j Sheep laurel ( Laurier à mouton ) , 
Mountain laurelb''''^ secondaire dans les mêmes en- 
Idroits. 

Callicoe tree, dans quelques parties 
des Etats méridionaux, et notamment 
^sur la rivière Savanab. 

^ . . . i Vydd cherry { Cerisier sauvage ) , seul 

Gerasus virginiana. i , i i 

TTrij 1 (nom donné a cet arbre dans toutes les 

yyila cherry . . .| ^ . , .. 

! parties des Etats-Unis ou il croit» 



36 TABLEAU INDICATIF. 

Noms botaniques Konis vulgaires eriiplinés d.iiis les diverses parties 

et américains. Jes Et.ns-Unis. 

Cerasus caroliniana. f ^^^'^^' orange (Orange sauvage) , seul 
JFdd oran<^e . . \^^^ donne à cet arbre dans la partie 
'maritime des Etats me'ridionaux. 

IRed cherry (Cerisier à fruit rouge) , 
de'nomination moins usite'e que celle de 
smalL cherry (petit cerisier), mais plus 
convenable. 

A * M 1 f /^^/7«w', seul nom donné dans les Etats 

Annona triloba . . ) , . . 

p y'u miheu et de Fouest, Çassimùiler) 

Ipar les Français de la liaule Louisiane. 

Gleditsia 5-acan-i ^one)-- /ocw^f (Fevier à miel), connu 
tnos. . . ^ . . . ..sous ce seul nom dans toutes les parties 
Honey locusL, . -des Etats-Unis où croit cet arbre. 



G, monosperma 



Sx^'amp locust(^Fevier des swamps ou 
marais), dans la partie maritime des 
Etats méridionaux. 
Swamps iocust . À Water locust ( Locust aquatique ) , 
nom secondaire dans cette même partie 
des Etats du midi. 



Lan rus sassafras. . -f ^Vz^^^TZ/'c^i-, seul nom donné à cet arbre 
Sassafras .... .[dans tous les Etats-Unis. 

. , ( Red hay (Laurier rouge), seul nom 

L. caroliniensis. . .) i » . ^ j i 

/donne a cet arbre dans la partie mari- 

■^ I time des Etats du midi. 

iButton wood (Bois à bouton), con- 
nu généralement sous cette dénomina- 
tion dans tous les Etats-Unis, mais prin- 
cipalement en usage dans les Etats at- 
lantiques. 



TA 13 Li. AU INDICATIF. 3*] 

Nfims botaniqiips Koins viilj^aircs ('mploy^-* datii li-s <live:HC« p;irtte» 

et américains. des lùalK-Unis. 

Plane et sycomore y noms plus usilës 
[dans les Etais de l'ouest. 
Platanus occidenta- j PVaterhcfjch(^\lè\.vcià'cdi\i)j nom don- 
lis /ne à cet arbre dan.'j quelques parties de 

Biitlon wood . . .jrEiat de Maryland et de la Virginie. 

Cotonler, par les Français de la haute 
Louisiane. 

Liquidambar styra- C Sweet gum , ( Gommier doux ) , deno- 

^^fl"^ \minalion ge'nërale et unique dans tous 

Sweetgum 'les Etats-Unis. 

Poplar, dénomination gcne'rale dans 
tous les Etats-Unis. 

Tulip tree (Tulipier), nom peu en 
Lyriodendron luli-!usage. 

pifera. .,..../ Yellow OYwh^IepopIa^{V(l^^^\\QT]2i\l- 
Popla^ or Tnlip\\^^ ou blanc), eu égard à la couleur du 

tree. Jbois de cet arbre. 

PP^hite ii>aod (Bois blanc), nom le 
'plus en usage dans le Gennessée. 

Bois /mine, par les Français Illinois. 

Calalpaùree (Arbre des Catawbaws, 
P)^gnoma catalpa, .jet par corruption Catalpa), dénomina- 
Lataipa tree. . . .hion générale dans tous les Etats méri- 
dionaux. 

Andromeda arbo-. Sorel tree (Arbre à l'oseille), nom 

ï'^^ 'donné à cet arbre sur les monts Allé- 

Sorel tree fghanys, et dans les Etats du milieu. 

Celtis occidenialis. t American netle tree ( Micocoulier 
Amer, nette tree. .(d'Amérique), dans tous les Etats-Unis. 



38 



TABLEAU liNDICATlF. 



Noms botaniques 
et aiuéi'icaius. 



Cellis crassifolia. 
Hack beriy tree. 



Mo rus rubra . 
Red mulbcry. 



Pavîa liitea . 
Buck eje. . 



Esculus ohioensis. 
Ohio buck eje . . 



Robinia pseudo-aca- 
cia 

Locust 



R. viscosa. . . . . . 

Rosefloweriug lo- 
cust. 



Noms vulgaires employés dans les diverses pavlies 
des Etats-Unis. 

f Hack berry tree, seul nom donné à 
cet arbre dans les Etats du Kentucky et 
de Tennessee. 

Hoop as h (Frêne à cercles), sur les 
bords de l'Ohio, en Pensylvanie et en 
Virginie. 

Black elder (Aune noir), dans cette 
même partie des Etats-Unis, mais moins 
en usage. 

\ Red mulherj ( Mûrier rouge ) , seul 
\nom donné à cet arbre dans tous les 
(Etats-Unis. 

Buck e)^e(OEil de daim), seul nom 
'donné à cet arbre sur les monts Allégha- 
'nys et dans les Etats de l'ouest. 

' Ohio buck e^e (OEil de daim, de l'O- 
hio), nom donné par moi à cet arbre, qui 
fest confondu avec l'espèce précédente. 

Locust ( Robinier ou Acacia ) , déno- 
mination générale dans tous les Etals- 
lUnis. 

i^e/ZoîV /oci/^f( Acacia jaune), 
Red locust (Acacia rouge), 
Black locust ( Acacia noir ) , 
Noms donnés à cet arbre sur les bords 
[de la rivière Susquehannah, eu égard a 
la couleur de son bois. 

Roseflowering locusù (^Acacm à fleurs 
roses), nom donné par moi à cette es- 
ipèce qui n'en a pas dans le pays des 
Cbérokées, où elle croît. 



TABLtAU INDICATIF. 



39 



Noms botaniques 
et Hinéiicains. 

Virgilia lulea. . 
ydlow wood. 



Ulmus aniericana. 
White eliïi. . . . 



Noms iiilgiircs employés Jan>i les diverses parties 
des £luls-Uiii8. 

' le//ow woofi( Bois jaune), nom (lon- 
.né à cel arbre, dans l'Elat de Tennessee. 

White elin (Orme Liane), dénomi- 
nation gc'ne'rale dans toutes les parties 
'des Etats-Unis où croît cet arbre. 



Ulmus alata. 
Wahoo . . 



Ulmus rubra . 
Red elni. . . . 



C PVahoo, nom donne' à cette espèce 
Vdans la partie maritime des Etats du 
Imidi. 

Red elm ( Orme rouge ) , nom le plus 
ge'néralement en usage, dans toutes les 
[parties des Etats-Unis où se trouve cette 
lespèce. 

Sliperf elm, nom secondaire dans les 
\Etats de New- York et de New-Jersey. 

A'Ioose elm (Orme d'Elan), dans le 
[haut de l'Etat de New-York. 

Orme gras, par les Français des 11- 
Jinois. 



Planer tree, nom de la personne à 
Planera ulmifolia. .Ilaquelle cette espèce a e'të consacrée, 

Planer tree iet qui jusqu'à pre'sent n'en avoit pas 

encore reçu dans les Etats du midi. 

Populus tremuloï-/ American aspen {Tren\h\e à' kméxx- 

des /que), nom donne' à cet arbre dans les 

American aspen. .1 Etats du milieu et du nord. 

Populus grandiden-T American large aspen (grand Trem- 
*^*^ jble d'Amérique), nom donné par moi à 

American "i!/';^<?| cette espèce qui est ordinairement con- 
aspen f fondue avec la précédente. 



[\0 TABLEAU INDICATIF. 

Noms botaniques Noms vulgaires employés dans les diverses parties 

et américains. des Etats-Unis. 

( Cotton tree ( kxhxe A coi^Ti) ^ connu 
Populus areenlea. .1 i i i i • • > i 

^ /par ce nom, sur les borus la rivière cie 

Cotton tree \z. -, 

/ôavanah. 

I American hlack poplar ( Peuplier 
noir d'Ame'rlque ) , nom donne' par moi 
à celte espècede peuplier, qui, jusqu'ici 
n'a été connu sous aucune de'nominaiion 
particulière. 

Populus monilifera.( . ^^^ë^''^^^ P^P^"^ (Peuplier de Virgi- 

TV-. . . 7 /nie), nom donné en Europe à celte es- 

y irginian popLar.\ , ^' ^ 

Populus canadensis.C Cotton wood (Boisa coton), nom 
Colton wood . . .\*^omié à cet arbre sur les bords du Mis- 
Csissipi et de ses afïluens. 

T» , I / C«ro/m/««uow/flr (Peuplier de Caro- 

Populus angulata. .1 , , 

.-, j . jline ), nom donné à cet arbre en Europe, 

LaroLonian po- J ^ , , , . . . 

, J parce qu'd y a ete apporte primitive- 

(ment de cette partie des Etats-Unis. 

Populusbalsamifera. ^^^^^^^^ ^^^^^^ (Peuplier baumier), 

Balsam poplar . \^^^^^ ^^^^ ^^ ^^^^ en Canada. 

Populus candicans.j j^^^^,^ ;^^^^j halsam poplar (Bau- 
Heart Leavea oal-\ . , ^ .,, n 

sam poplar. . . J"^^*^»' ^ ^^^^^^^^ ^^ ^«^"0- 

Bass wood ( Tilleul ) , dénomination 
qui prévaut dans tous les Etals du nord 
et du milieu , et notamment dans le Gen- 



Tllia americana. 
Bass wood . , 



Inessee. 

Lime , non moins en usage. 



^.,. „ ( ^^/uYd? //me (Tilleul blanc), cette es- 

Tdia alba J i j i r/-,i • c 

J , , . S pece , sur les bords de 1 Ohio , est conton- 

* (due par les liabitans avec ia précédente. 



TABLEAU INDICATIF. 



4» 



Koms botaniques 
et américains. 

Tilia pubescens 
Dwonj lime tree 

Alnus serrulata . 
Common aider 

Alnus glauca . . 
Black aider . . 

Sallx nigra . . . 
Black willow . 



Salix ligustrina. 



Noms vulgaires employés dans le» diTerses partie» 
des Etats-Unis. 

iDwony lime free .( Tilleul à feuilles 
velues ) , ainsi designé dans les Etais méri- 
dionaux. 

( Common aider ( Aulne commun ) , 
(dans tous les Etats-Unis. 

Black aider (Aulne noir) , nom donné 
a celte espèce dans l'Etat de Vermont. 

i Black -willow (Saule noir), dénomi- 
nation générale dans tous les Etats-Unis. 

Champlain willow ( Saule du lac 
I Champlain ) , nom donné par moi à 
li se trouve très-abon- 



ChamplainwillowY^^^'' ^^P^^^ ^"^ 

damment sur les bords de ce lac. 

Shining willow (Saule luisant), nom 
donné par moi à cette espèce qui n'en a 
'aucun dans les Etats du milieu. 



Salix lucida. . . . 
Shining willow . 



I. 



6 



fc.^V-»^»'»'»»^/»'*.'*-».^'^ 



fc-«.'^V-»^».X-»/-VWW».-V-W-V^r-W-W^'W>.'«>'V'«,-VW^^,'«K>W^«^-VV 



LES PINS. 

JLiES Pins, arbres toujours verts et ordinairement 
d'une grande élévation, sont un des genres les plus 
intéressans à connoitre , à cause des grandes ressour- 
ces qu'ils offrent dans les arts, non-seulement pour 
leurs bois, mais encore pour les matières résineuses 
qu'ils fournissent. La différence la plus apparente 
entre les Pins et les Sapins consiste dans la dispo- 
sition de leur feuillage. Les feuilles des Pins , plus 
ou moins longues, selon les espèces, et comparables 
en quelque sorte à de petits bouts de gros fil , sont 
réunies par leur base au nombre de deux, trois ou 
cinq, dans la même gaine et au même point d'atta- 
che. Dans les Sapins au contraire , les feuilles n'ont 
que quelques lignes de longueur, et sont attachées 
une à une autour des branches, ou seulement à leurs 
côtés latéraux. 

Pour rendre plus facile la distinction des espèces 
de Pins et de Sapins qui sont plus nombreuses dans 
les Etats-Unis que dans l'Europe entière, j'ai pensé 
qu'il étoit à propos de ranger les premiers d'après le 
nombre de leurs feuilles, et suivant que leurs cônes 
sont ou ne sont pas épineux ; et les Sapins suivant 
les différentes dispositions de leurs feuilles. 



l-'*'^'V*<"*<^«'X«V-^^-»r^^,<^^-^^,-^^,^,^,.^^^ '«•%%>^ 



DISPOSITION MÉTHODIQUE 

DES PINS ET DES SAPINS 

DE L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE. 

PINS. 

Monœcie Monadelphie ^ Lin. Fam. des Conifères y 3 ma. 
PINS A DEUX FEUILLES. 

CÔNES NON ÉPINECX. 

1 Pinus rubra The Red {Norwaj) pine, 

2 Pinus rupestris. . . The Grey pine. 

3 Pinus mitis The Yel/ow pine. 

CÔNES ÉPINEUX. 

4 Pinus inops The .Tersey pine, 

6 Pinus pungens. . . . The Table mountain pine. 

PINS A TROIS FEUILLES. 

CÔNES NON ÉPINEUX OU A ÉPlNES PEU SENSIBLES. 

6 Pinus australis. . . . The Long leaved pine. 

7 Pinus serotina. . . . The Pond pine, 

CÔNES FORTEMENT EPINEUX. 

8 Pinus rigida The Pitch pine. 

9 Pinus taeda The Loblolly pine, 

PIN A CINQ FEUILLES. 

10 Pinus strobus, . . . The White pine. 

SAPINS. 

FEUILLES TRES-COURTES ET DISPOSEES UNE A UNE AUTOUR DES TIGES. 

1 1 Abies nigra The Black {double^ spruce. 

1 2 Abies alba The IVhite {single) spruce. 

VEUILLES DISPOSÉES LATERALEMENT SUR LES CÔTES DES TIGES OU DES BRANCHES. 

i3 Abies canadensis. . The Hemlock spruce» 
i4 Abies balsamifera. . The Sylver fir. 



P/.J'. 




P J A'„:u,.'e „w 



JiiiiVi 



FINIT s Tluljra . 



PINUS RVBR^. 

THE RED FINE. 

( Norway pine. ) 

Pi NUS rubra^ arhonnaxima; cortice rubente ; foliis hinis 
^-^ -uncialihus y vagmis ferè unci'alibus ' strobilisovato- 
conicis , basi rotundatis , folio demidio - brevioribus , 
squamis inedio dilatatis , mermibus. 

P. resinosa; Ait. Hort. K" . 

Cet arbre est connupar tous les François du Canada 
sous le nom de Piîi rouge ^ nom que lui ont conservé 
les Angloisqui sont venus habiter cette colonie. Dans 
la partie la plus septentrionale des Etats - Unis , qui 
comprend le District de Maine, le New-Hampshire 
et l'Etat de Vermont, il est désigné sous celui de 
Norwajpine, Pin de Norwège, quoi qu'il en difFère 
totalement, puisque ce dernier est V A bies pice a , es- 
pèce de Sapin qui croît en Europe. Il seroit donc à 
désirer que le nom de Red pine. Pin rouge, prévalût 
dans les Etats-Unis, d autant plus qu'il est fondé sur 
un caractère particulier à cet arbre , comme nous le 
ferons remarquer dans la suite de cet article. 

Dans le voyage que mon père fit à la Baie d'Hud- 
son en 1792, pour essayer de déterminer en revenant 
du Nord au Sud l'apparition et la disparition succes- 
sive des arbres et des plantes de l'Amérique septen- 
trionale , il ne commença à trouver le Pinus rubra 
que près le Lac Saint-Jean en Canada, situé par le 
480 de latitude, et vers le Sud il n'a pas été observé 
par moi, au-delà de Wilkesburry en Pensylvanie? 
latitude 4i° 3o'. Le Pijius rubra est même très-rare 



46 PINUS RUBRA. 

dans toutes les contrées qui sont au midi de la riviè- 
re Hudson ; on le voit encore à la Nouvelle-Ecosse, où 
il reçoit , ainsi qu'au Canada , le nom de Pin rouge 
et quelquefois celui de Pin jaune. Makenzie, dans son 
voyage à l'Océan pacifique, fait aussi mention de cet 
arbre, comme se trouvant au-delà du Lac supérieur. 

Dans aucune des parties des Etats-Unis que je 
viens d'indiquer, je n'ai jamais vu le Pinus ruhra 
former de vastes forets , ni même entrer en grandes 
proportions dans leur ensemble , comme VAbies ni- 
gra^ VAbies Canadensis et le Pinus strohus ; mais 
il couvre seulement de petits cantons de quelques 
centaines d'arpens , où il est ordinairement seul ou 
quelquefois entremêlé avec ce dernier. Comme la 
plupart des autres espèces de ce genre , le Pinus 
rubra vient dans des terreins arides et sablonneux , 
et sa végétation n'en est pas moins magnifique , car 
il s'élève de 22 à 25 mètres (70 à 80 pieds j sur 5o 
à 60 centimètres (20 à 24 pouces j de diamètre; et 
ce qui rend surtout cet arbre remarquable , c'est la 
grosseur uniforme de sa tige dans les deux tiers de 
son élévation. 

Le nom de Pin rouge qu'il porte en Canada lui 
vient sans doute de la couleur de son écorce , qui 
est d'un rouge plus prononcé que dans aucune au- 
tre espèce de Pins des Etats - Unis ; cette couleur 
m'a paru être pour celle-ci, un caractère assez sail- 
lant pour lui donner le nom spécifique de rubra y 
de préférence à celui de resinosa^ employé d'abord 
par Alton , et adopté par Sir A. B. Lambert. Une 



PINUS RUBRA. 47 

autre considération m'a encore induit à ce change- 
ment, c'est que beaucoup de personnes croiroient , 
ce qui seroit une erreur, que c'est de cet arbre qu'on 
extrait les matières résineuses qui sont employées 
en Amérique dans les constructions navales, et ex- 
portées pour le même objet. 

Les feuilles du Pinus rubra sont d'un vert sombre, 
longues de i3 à i4 centimètres ^ 5 à 6 pouces) , et 
réunies deux à deux ; elles sont rassemblées en pa- 
quets à l'extrémité des branches , comme dans le 
Pinus australis ou le Pinus niaritima , et non 
éparses sur les rameaux, comme dans le Pinus sjl- 
vestris ou le Pinus inops. Les fleurs femelles du 
Pinus ruhra sont bleuâtres dans les premiers mois 
de leur apparition , et ses cônes , qui sont dépour- 
vus d'épines , ont environ 3 centimètres (^ 2 pouces j 
de longueur; ils sont arrondis à leur base, se termi- 
nent promptement en pointe, et laissent échapper 
leur semence la même année. 

Les couches concentriques sont très-rapprochées 
dans le Pinus ruhra ^ et son bois travaillé présente 
un grain fin , serré et compacte ; il est même assez 
pesant , à cause de la matière résineuse dont il se 
trouve imprégné. Dans le Canada , la Nouvelle- 
Ecosse et le District de Maine , il est fort estimé 
pour sa grande force et l'avantage qu'il a d'être du- 
rable; aussi l'emploie -t- on souvent dans les cons- 
tructions navales, et particulièrement pour le pont 
des vaisseaux, parce qu'il peut fournir des planches 
de 12 à i3 mètres ( 4o pieds ) de longueur sans au- 



l^S P I NUS RUBRA. 

cun nœud. On en fait aussi les corps de pompes , 
qui durent long-temps lorsqu'on a soin d'ôter tout 
l'aubier. C'est de cette espèce de Pin qu'a été fait le 
grand mât du vaisseau de guerre le Saint-Laurent , 
de 5o canons, construit à Québec par les François ; 
cet exemple confirme l'observation déjà faite plus 
haut , que cet arbre parvient à une grande élévation. 

Du Canada , du District du Maine et des bords 
du lac Champlain , le Pinus rubra est exporté en 
Angleterre, sous la forme de madriers. Cependant 
j'ai appris que , dans ces derniers temps , fexporta- 
tion en étoit fort diminuée , parce qu'on l'a , dit- 
on , trouvé trop chargé d'aubier ; défaut qui ne me 
paroit pas fondé, car sur plusieurs tronçons de 32 
centimètres [ipiedj de diamètre que j'ai examinés, 
il n'y avoit que 2 centimètres (i pouce J d'aubier. 

Le Pinus rubra est, dans sa jeunesse, d'une belle 
apparence, et sa végétation m'a toujours parue vi- 
goureuse. 11 n'y a aucun doute qu'il ne puisse très- 
bien réussir en France et dans tout le nord de l'Eu- 
rope ; et jepense que les bonnes qualités de son bois, 
propre aux constructions navales, ainsi que les ma- 
tières résineuses qu'il est susceptible de fournir, doi- 
vent engager à en propager la culture. Je suis donc 
loin départager à cet égard, l'opinion àeSir A. B. Lam- 
bert qui dit , dans sa description de cet arbre , qu'il 
ne peut donner des bois de bonne qualité. 

PLANCHE I-. 

Fig. 1 , feuille. Fig. 2 , graine. 



■:t-^ 



P/.2. 




PINUSRxipestins 



'•«^■»>'^'V^>'V"»,V'*'VV^'V-%,-VW^-VV*-V^^*-V-^'W-VX.-V'»>-fc^.'V^-V-»^X.'W-v^/^-X.-WW-V-V>«<»/%'^^ 



PINUS RUPESTRIS. 

THE G RE Y PI NE. 

Pi NUS rupestris, arhor humilis; folîis binis y rigidis , un- 
cialibus ; strobilis cinereis ^ recurvis , insigniter incur- 
vatO'tortis , squamis inerinibus , ramulo adpressis. 

P, Banksiana ; A. B Lambert. 

Cette espèce fort rare dans le District du Maine 
et à la Nouvelle-Ecosse, y est connue sous le nom 
de scruh Pine^ Pin chëtif; et dans le Bas-Canada, 
sous celui de Grej pine ^ Pin gris. C'est de tous les 
Pins de l'Amérique septentrionale , celui qui se 
trouve le plus avant vers le nord. Je crois ne pou- 
voir mieux faire connoitre cette espèce , qu'en rap- 
portant un extrait des notes de mon père sur le Ca- 
nada : « Aux environs de la baie d'Hudson et des 
grands lacs Mistassins, dit-il , les arbres qui, quel- 
ques degrés plus au sud , forment la masse des fo- 
rets , sont sous cette latitude presque entièrement 
disparus, et par la sëvëritë des hivers , et par la stéri- 
litë du sol : toutes ces contrées sont entrecoupées de 
milliers de lacs , et couvertes d'énormes rochers en- 
tasses les uns sur les autres , qui sont le plus souvent 
tapissés de larges lichens de couleur noire ; ce qui 
ajoute encore à l'aspect sombre et lugubre de ces 
régions désertes et presque inhabitables. C'est, con- 
tinue mon père, en parlant àxxPinus riipestris^ dans 
les intervalles de ces rochers que l'on aperçoit çà et 
là quelques individus de cette espèce de Pins, qui 
I. 7 



6o PINUS RUPESTRIS. 

fructifient à un mètre Ç 3 pieds) d'élévation, et qui, 
à ce peu de hauteur , portent avec eux toute l'em- 
preinte de la décrépitude. Cependant à i5o milles 
plus au sud, cet arbre offre déjà une végétation 
plus forte ; mais il ne s'élève presque jamais au-dessus 
de deux à trois mètres (^ 8 à lo pieds), et dans la 
Nouvelle- Ecosse , où il est également confiné au 
sommet des rochers , il parvient rarement à une plus 
grande élévation. 

Les feuilles du Pinus rupestris , réunies deux à 
deux dans la même gaîne , sont disséminées le long 
des rameaux, et non rassemblées en paquets à leur 
extrémité , comme dans l'espèce précédente. Leur 
longueur est d'environ deux centimètres (^ i pouce) ; 
elles sont sans gouttières à leur face interne et arron- 
dies extérieurement. Les cônes sont le plus souvent 
réunis deux à deux ; leur couleur cendrée ou grise 
paroît être l'origine du nom de Pin gris que nous 
avons dit que cet arbre porte en Canada; leur lon- 
gueur est d'environ cinq centimètres (^2 pouces ) , et 
leur pointe est toujours tournée dans la direction 
des branches, caractère- particulier à cette espèce. 
Mais ce qui surtout rend ces cônes remarquables , 
c'est la forme courbe qu'ils prennent naturellement, 
et qui les fait ressembler à de petites cornes de 
béliers ; ils sont extrêmement durs , dégarnis de 
pointes, et ne s'ouvrent qu'à la deuxième et à la 
troisième année , pour laisser échapper leurs graines. 

Dans les rhumes opiniâtres, les François - Cana- 
diens font bouillir ces cônes dans l'eau , et en font 



P I N U s 1\ U P E s T R I s. 5 1 

une tisane , qui les guérit promptement. Si cette pro- 
priété dont on dit que jouissent également ceux de 
YAbies nigra, est avérée, elle renfermera, selon 
moi , tout ce qu'on peut espérer d'avantageux de cet 
arbre trop chétif, pour qu'on puisse tirer parti de 
son bois de quelque manière que ce soit; et cette 
même raison m'empêche de croire, comme le pense 
Sir A. B. Lambert , qu'on puisse jamais en extraire 
de la thérébentine ou du goudron pour le commerce , 
quelque résineux qu'il puisse être. 

PLANCHE II. 

F/g. i , feuille. Fi g. % , graine. 



PINUS MITIS. 

THE YELLOW PINE. 

PiNUS mitîs; arhor maxima,foliis, prcelongis, tenuoribus y 
canalîculatis ; strobilis parvis, sœpè solitariis , conoï- 
deo-ovatis , tessularum mucrone minutissimo. 

P. mitis, A. Mich. Flor. B. Ama. 

Cet arbre , disséminé sur une grande surface de 
pays dans l'Amérique septentrionale , y reçoit diffé- 
rentes dénominations , suivant les endroits où il se 
trouve : dans les Etats du milieu , oii il fort est abon- 
dant et très -employé , il est connu sous le nom de 
Yellow pine ^ Pin jaune; dans les Garolines et la 
Géorgie , sous celui de Spruce pine , Pin sapin ; 
mais plus communément sous celui de Short leaved 
pine y Pin à courtes feuilles. 

Quelques cantons des Etats de Massachussets et de 
Connecticut , sont les points les plus septentrionaux 
où cette espèce commence à se montrer ; mais elle est 
déjà très-multipliée dans le Bas-Jersey, et elle l'est en- 
core davantage dans cette partie du Maryland nommée 
Eastern-Shore ^ ainsi que dans toute la Basse-Vir- 
ginie , où sa présence est un signe certain de l'aridité 
du sol. J'ai encore retrouvé cet arbre sur la rive 
droite de la rivière Hudson , à peu de distance 
d'Albany ; près de Chambersburgh , dans la Pensyl- 
vanie; vers les sources de la rivière Delaware ; près de 
Mudlick en Rentucky ; sur les montagnes de Cum- 
berland , et aux environs de Rnoxville , dans Test 



/y .1 




li,.ir.^/,>;' 



PINUS mitis 



PINUS MITIS. 53 

Tennessee; près de Edgeiield Court-House; dans la 
Haute-Caroline du sud; enfin dans la Haute-Gc'orgie, 
sur la rivière Oconée. Dans tous ces lieux , il ne 
croit point seul, mais il entre dans la composition 
des forets en différentes proportions , qui varient sui- 
vant la nature du sol : moins il est bon, plus le Pi- 
nus mitis abonde; et s'il offre un certain degré de 
fertilité , on s en aperçoit aisément à l'aspect floris- 
sant des diverses espèces de chênes et de noyers 
avec lesquels le Pinus mitis est mêlé , en moindre 
quantité , mais qu'il surpasse toujours en grosseur et 
en élévation. On rencontre encore parfois cet arbre 
dans les Basses-Carolines , dans les Florides , et pro- 
bablement aussi à la Louisiane ; mais il est plus rare 
dans ces contrées, car on ne l'observe que dans les 
endroits où des bancs d'argile de couleur rouge, mê- 
lés de graviers, paroissent à fleur de terre, et percent 
de distance à autre la couche sablonneuse et légère 
qui couvre le sol de ces Etats, depuis les bords de la 
mer jusqu'à cent vingt milles dans l'intérieur. 

Cet arbre est d'une belle apparence lorsqu'il est 
arrivé à son entier développement ; il la doit à la dis- 
position de ses branches qui s'éloignent d'autant 
moins les unes des autres qu'elles sont plus élevées , 
et qui, se reployant latéralement sur elles-mêmes, 
finissent par présenter un sommet pyramidal très- 
régulier. Cette circonstance fait que la cime de cet 
arbre n'embrasse pas un espace aussi considérable que 
sembleroit l'annoncer sa hauteur et son diamètre , et 
c'est probablement de cette disposition, parfaitement 



54 PINUS MITIS. 

régulière dans les grands individus de celte espèce, 
que lui est venu le nom de Spruce pine ^ Pin sapin. 

Dans le New- Jersey et sur le Eastern-Shone, la 
hauteur de cet arbre est de i8 à 20 mètres TSo à 60 
pieds J, et son diamètre est le plus ordinairement de 
2 à 3 décimètres (^i5 à iSpoucesJ , conservant cette 
dernière dimension dans les deux tiers de sa tige. 
Mais dans les Hautes-Carolines et la Virginie , on 
trouve des individus qui , sans être beaucoup plus 
élevés , ont le double de grosseur. J'en ai souvent 
mesuré qui avoient 19 à 20 décimètres ( 5 et 6 pieds j 
de circonférence. 

Les feuilles du Pinus rnitis sont longues de 12 a 
i5 centimètres (l^k S pouces j, fines, flexibles et 
creusées d'une gouttière à leur face externe 5 elles 
sont d'un vert sombre, et réunies deux à deux dans 
une seule gaine. Souvent encore elles sont au nom- 
bre de trois dans les pousses de l'année ; mais c'est 
un effet de la force de la végétation , qu'on n'observe 
jamais dans les vieilles branches. Cette espèce n'est 
donc pas un Pin à deux à trois feuilles, comme on l'a 
avancé, et c'est à tort qu'on lui a donné le nom de 
Pinus \fariahilis. 

Les cônes du Pinus mitis ont une forme ovale, 
et sont armés de pointes fines ; ils sont plus petits 
que ceux des autres espèces de Pins des Etats-Unis, 
car ils n'excèdent pas 2 à 3 centimètres ( i pouce et 
demi j de longueur , dans les vieux arbres. Ils lais- 
sent échapper leurs graines dans la même année. 

Dans le Pinus mitis les couches concentriques ou 



PI NUS MIT IS. 5j 

annuelles sont fort rapprochées les unes des autres • 
elles le sont six fois plus que dans les Pinus ri<[i(la 
ou le Pinus tœda. Il est aussi beaucoup moins chargé 
d'aubier, dont l'épaisseur n'exède pas cinq à six centi- 
mètres ( 2 pouces à 1 pouces et demi) dans les arbres 
qui ont 3o à 4© centimètres (i5 à i8 poucesj de dia- 
mètre , et il est encore moindre dans ceux qui ont une 
dimension plus grande. Le bois du Pinus miiis a 
le grain fin et il est médiocrement résineux, ce qui 
le rend assez compacte sans lui donner trop de pe- 
santeur. Une longue expérience a appris qu'il est 
d'une bonne qualité et très-durable. 

A New-York , Philadelphie , Baltimore , Washing- 
ton , ainsi que dans les petites villes de la partie ma- 
ritime des Etats du centre, notamment en Virginie , 
jusqu'à cent cinquante milles de la mer , les quatre- 
cinquièmes des maisons sont encore toutes bâties en 
bois; et c'est toujours avec des planches tirées de 
cette espèce de Pin que sont faits les planchers des 
rez-de-chaussées et des étages supérieurs , les marches 
des escaliers, les encadremens des portes et des boi- 
series, ainsi que les châssis des fenêtres, considérés 
alors comme plus solides et plus durables que s'ils 
étoient faits avec tout autre bois du pays. Dans les 
Hautes-Carolinesetle Holston, les maisons sont en- 
tièrement construites et mêmes couvertes avec le Pi- 
nus mitis^ car ni le Cupressus disticha^m le Cupr es- 
sus thuoides^ très-préférable pour la couverture, ne 
croissent pas dans ces contrées 5 mais dans quelque 
construction que ce soit, il est important de débar- 



56 PIIS'US MITIS. 

rasser entièrement le Pinus mitis de son aubier , qui 
se pourrit très-promptement, attention qu'on n'a pas 
toujours , afin de gagner de la largeur sur les plan- 
ches, et surtout dans le voisinage des ports de mer, 
où il commence à devenir rare , par la grande con- 
sommation qui s'en fait journellement. 

Les constructions navales, particulièrement dans 
les ports de Philadelphie , de New-York et de Bal- 
timore , en consomment une très-grande quantité i 
le pont, les mâts de hunes, les heams et la menui- 
serie de la cabane , sont le plus souvent de ce bois, 
qui est reconnu pour être le plus durable , après celui 
du Pinus australis. Le Pinus mitis qui vient du bas 
Jersey et du Eastern-Shore est de meilleure qualité , 
et on le préfère toujours à celui qui descend du haut 
de la rivière Delaware, dont le bois n'est pas aussi 
compacte et aussi fort, en même-temps que le grain 
en est plus grossier 5 différence qui provient évide- 
demment de la nature du sol de ces derniers pays , 
qui est moins aride et moins mauvais. 

Le Pinus mitis débité en madriers ou en planches 
de 2 à 4 centimètres ( 1 à 2 I pouces) d'épaisseur, 
forme un article considérable d'exportation pour les 
colonies occidentales et l'Angleterre. Dans les prix 
courans de Liverpool , il est désigné sous le nom de 
New-York Pine ; dans ceux de la Jamaïque , sous 
celui de Yellow Pine ; et dans ces deux places , il 
est toujours vendu à un prix inférieur à celui du 
Pinus australis des Etats méridionaux, mais à un 
taux plus élevé que celui du Pinus strobus. 



PINUS MITIS. 57 

Quoique cet arbre soit assez résineux pour donner 
de la thcrcbentine et du goudron , néanmoins on ne 
l'exploite pas sous ce rapport, ce qui entraîneroit un 
travail long et difficile, parce que , comme nous l'a- 
vons remarqué , le Pinus mitis est toujours mêlé 
avec les autres arbres dans les forets. Mais d'après 
les différens avantages que présente son bois , il 
est incontestablement, après le Pinus ruhra ^ l'es- 
pèce la plus intéressante à cultiver dans le milieu 
et le nord de l'Europe. Je ne puis donc partager 
l'opinion de Sir A. 13. Lambert , qui commence sa 
description latine par ces mots : Arhor medio- 
cris , etc. , et qui ajoute ensuite « que cet arbre 
ne s'élève qu'à vingt ou trente pieds, que son bois 
est spongieux et de peu de durée ; ce qui le rend im- 
propre à la bâtisse des maisons ». 

PLANCHE III. 

Fig. 1 , feuille. Fig. 2. ^ graine. 



I. 8 



PINUS iNops 

THE JERSEY PIISE 

P I N u s inops ; arhor tnediocris , ramosa ; foUis binis , 
brevis ; strobilis oifato-acuminatis , solitariis , fuscis , 
mucronibus tessularum rigidis , deorsuin sub - incli- 
natis. 

Obs. Truncus et ramuli obscure et squalide Jiisci» 

P. inops j Linu. 

Cette espèce a reçu probablement son nom de ce 
qu'elle abonde dans la partie basse du New-Jersey, 
où le sol est maigre et sablonneux, et où elle se 
trouve souvent mêlée avec le Pinus mitis ; cepen- 
dant le Pinus inops n'est pas exclusivement confiné 
à la partie méridionale de cet Etat, car je l'ai retrouvé 
dans différentes parties du Maryland, de la Virginie 
et du Rentucky; dans la Pensylvanie, au-delà de 
Chambersburg; près de la rivière Juniata (^Crossing 
Juniata)^ et sur les Scruby ridges au-delà de Bedfort , 
éloigné d'environ 200 milles de Philadelphie. Dans 
cette partie de la Pensylvanie , cet arbre auquel on 
donne le nom de Scrub pine^ Pin chétif , reparoit par^ 
tout où le sol est schisteux et par conséquent assez 
Inaigre , ainsi que l'annonce la mauvaise apparence 
des Quercus coccinea , Quercus rubra, Quercus 
tinctoria^ Quercus alba et Quercus prinus monti- 
cola^ avec lesquels il est mêlé. Je ne l'ai pas rencontré 
vers le Nord, au-delà de la rivière Hudson, non plus 
que dans les Carolines et la Géorgie. 




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PIN us Inops 



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erJeu 



P I N U s I N O P s. 5o 

Cet arbre s'élève quelquefois de 12 à 14 mètres 
(3o à 40 pieds), sur un diamètre de 3o à /|0 centi- 
mètres (12 à 1 5 pouces); mais il est rare d'en trou- 
ver de cette force, et il reste ordinairement au-dessous 
de ces dimensions. Son tronc , revêtu d'une écorcc ' 
noirâtre, diminue sensiblement de grosseur depuis 
sa base jusqu'à son sommet, et il est garni de bran- 
ches fort espacées dans la moitié de sa hauteur. Les 
feuilles du Pinus inops sont réunies deux à deux 
dans la même gaine ; elles sont d'un vert sombre , 
longues d'environ 2 à 3 centimètres (^ i à 2 pouces ), 
aplaties à leur face interne , roides et éparses le 
long des jeunes branches, qui sont très-flexibles et 
couvertes d'une écorce lisse, qui n'est point écailleuse 
comme dans les autres Pins. On observe encore que 
dans cette espèce, ainsi que dans celle précédemment 
décrite, le bois des jeunes pousses de l'année a une 
teinte violette ; caractère qui leur est particulier. 

Ses cônes, un peu plus grands que ceux du Pinus 
mitis^ ont environ 5 centimètres (2 pouces) de long 
et 2 centimètres (i pouce) de diamètre à leur base. 
Leur couleur est noirâtre ou d'un rouge brun. Ils 
sont armés de pointes fortes, longues, aiguës et re- 
courbées en arrière, et sont attachées par des pé- 
dicules épais et courts : le plus souvent ils sont pla- 
cés un à un sur les branches , la pointe dirigée vers 
la terre. Ils laissent échapper leur graines la même 
année de leur maturité. 

Ce qui vient d'être dit prouve suffisamment, que 
cette espèce de Pin a des dimensions trop petites , 



6o PINUSINOPS. 

pour pouvoir être employé utilement, sans parler du 
désavantage attaché à son bois d'être surchargé d'au- 
bier; cependant le cœur est assez résineux pour que, 
dans les environs de Mudlick, dans l'Etat de Ren- 
tucky, on en retire une petite quantité de goudron, 
qui est consommée dans le pays. Je ne puis croire 
non plus, comme le pense SirA.B, Lambert, que 
ses branches 5 quoique flexibles, puissent servir à 
faire des cerceaux; car ils seroient chargés de nœuds 
et pourriroient en moins de six mois. C'est à mon 
avis, après le Piniis rupestris ^ la plus mauvaise es- 
pèce de Pins des Etats-Unis. 

PLANCHE IV. 

Fig. 1 , feuille. Fig. 2 , graine. 



/y,j. 




r JJl.:w:^;^ ,-, 



PINUS Pungens . 



PINUS PUNGENS, 

THE TABLE MOUNTAIN FINE. 

Pi NUS pungens; arhor 45 - 5o pedalis y folils hinis , hre- 
vïbus et crassis ; strobills turbinatls , prœmagnis ,Jiavis 
squamis echinatis , spinis luteis durissimis et basi la^ 
tloribus, 

P, pungens : A. B. Lambert , on the Fine. 

La montagne de la Table , l'une des plus élevées 
des Alléghanys, et située dans la Caroline septen- 
trionale , à 4o^ kilomètres (^loo lieues j de la mer , 
paroît avoir donné son nom à celte espèce de Pin 
qui couvre presque exclusivement son sommet , et 
qui est, au contraire , fort rare sur celles qui Favoi- 
sinent. Le Pinus pungens ne se trouve pas non plus 
dans les autres parties des Etats-Unis, comme mon 
père et moi, qui avons visité ces régions dans pres- 
que toutes les directions , avons eu occasion de nous 
en assurer. Le Pinus pungens est de tous les arbres 
de l'Amérique septentrionale le seul qui soit resserré 
dans des limites aussi étroites. Il est même probable 
qu'il sera le premier à disparoître de ces contrées , 
car toutes les montagnes où on le trouve sont très- 
accessibles et elles se peuplent rapidement, parce que 
l'air y est sain , le sol généralement de bonne qua- 
lité , et de plus , que les forets qui les couvrent sont 
fréquemment dévastées par des incendies. 

Le Pinus pungens s'élève de douze à quatorze 



02 PINUSPUNGENS. 

mètres ( 4^ ^ ^^ pieds ) , sur un diamètre propor- 
tionné à cette hauteur. Ses bourgeons sont résineux , 
et ses feuilles , au nombre de deux dans la même 
gaîne, sont épaisses, roides et longues d'environ cinq 
à six centimètres (2 pouces et demi) ; ses cônes longs 
de huit centimètres Ç3 pouces), et larges à leur base 
de cinq centimètres Ç2 pouces), sont d'un jaune 
clair et ont une forme très-régulière. Ils sont sessiles , 
et souvent réunis au nombre de quatre.Chaque écaille 
est armée d'une forte pointe ligneuse , longue de 
quatre millimètres (2 lignes), élargie à sa base et qui 
se recourbe en avant. 

Cet arbre dont le tronc est très-rameux, et qui, 
comme on a vu , ne croît que dans une très - petite 
étendue de pays, et à une grande distance dans l'in- 
térieur des terres , ne sert à aucun usage particulier; 
seulement , les habitans des montagnes de la Caro- 
line du nord emploient pour mettre sur les plaies, la 
thérébentine qui en découle, soit accidentellement, 
soit par une incision faite au corps de l'arbre , et ils 
la préfèrent à celle que donnent tous les autres Pins. 
J'ai comparé cette thérébentine avec celle du Pinus 
rigida, et je ne leur ai trouvé aucune différence. Il 
paroît même assez surprenant que toutes les es- 
pèces de Pins, si différentes entre elles, donnent des 
produits résineux tellement analogues , qu'il est 
souvent très - difficile de les distinguer par fodeur 
et la saveur. 

Le Pinus pun gens ne paroit donc pas présenter au- 
cun objet particulier d'utilité, qui doive déterminer 



PINU5 PUNGENS. 63 

à le cultiver en Europe, si ce n'est dans les jardins 
d'agrémens et de botanique. 

Sir A. \S. Lambert a donné à l'article du. Pinus tœda 
une figure exacte du cône de cet arbre 5 mais il a 
reconnu ensuite que ce cône appartenoit aune nou- 
velle espèce , à laquelle il a donné le nom spécifique 
de Pungens. Ce nom m'a paru convenable , et je 
l'ai adopté. 

PLANCHE V. 

F/g. 1 } feuille. Fig. 2 , graine. 



PINUS AU STRALIS. 

THE LONG LE A FED FINE. 

P I N u S australis ; arhor maxima ; foliis ternis , longissi- 
mis ; amentis masculis longo - cylindraceis , fusco- 
glaucis , di^ergentibus. Strohilis longissimè conoïdeis , 
tessularum tuberculo - tumido , mucrone minutissimo 
termiiiato. 

P, pal us tris , Linn. 

Cet arbre précieux reçoit différentes dénomina- 
tions, tant dans les pays où il croit, que dans ceux 
où il est exporté. Il est connu dans les premiers sous 
les noms de Long leavedpine^ pin à longues feuilles j 
de Yellow pine^ pin jaune ; de Pitch pine^ pin à gou- 
dron ; et de Brooni pine^ pin à balais. Dans les Etats 
du Nord, où il est importé par la voie du commerce, 
sous ceux de Southern pine ^ pin du Sud, et quel- 
quefois encore de Red pine , pin rouge ; enfin en 
Angleterre et dans les colonies occidentales, sous 
celui de Georgiapitchpine^^^'indi goudron de Géor- 
gie. Mais j'ai cru devoir lui conserver de préférence 
le nom de Long lea\>ed pine ^ pin à longues feuilles ; 
car, dans toute la partie de l'Amérique septentrio- 
nale située à l'est du Mississipi, on ne connoît aucun 
autre pin qui ait les feuilles aussi longues; et d'ail- 
leurs les noms de Yellow pine^ pin jaune, et de 
Pitch pine^ pin à goudron, qui lui sont peut-être 
plus universellement donnés , servent dans les Etats 
du milieu à désigner deux autres espèces très-dis- 



6? i^ 3 



/',//^^.v,V,A 




PIN us austialis 



PINUS AUSTRALIS. 6f> 

tinctes et qui sont très-répandues. J'ai pensé égale- 
ment que la dénomination spécifique à'amtralis. 
étoit préférable à celle àc palus tris , sous laquelle 
celte espèce est décrite par les botanistes; car cette 
dernière donne une idée absolument fausse de la 
nature du sol où croit cet arbre. 

C'est à peu de distance de Norfolk, dans la basse 
Virginie, où commencent les landes américaines, 
Fine Ban eus ^ que le Pinus australis commence 
aussi à se montrer, lorsqu'on va vers le midi ; car 
cette espèce est en quelque sorte inhérente à cette 
nature de terrain. On la retrouve ensuite sans in- 
terruption dans la partie basse des deux Carolines, 
de la Géorgie et des deux Florides, étendue de 
landes tellement vastes , qu'elles embrassent un es- 
pace de plus de looo kilomètres ( 260 lieues J du 
nord-est au sud-ouest, et de i5o à 200 kilomètres 
(^ 4^ à fjo lieues de largeur) à partir du bord de la 
mer, dans les deux Carolines et la Géorgie. J'ai re- 
connu trois points distans les uns des autres de 1 20 
à i5o kilomètres ( 3o à 40 lieues], où le Pinus aus- 
tralis cesse de croître : le premier dans la Caroline 
septentrionale à huit milles de la rivière Nuse, sur la 
route de Louisburgh à Raleigh ; le second entre 
Chester et Winesburough dans la Caroline du Sud ^ 
et le troisième à douze milles nord d'Augusta dans 
la Géorgie. Lorsque cet arbre commence à se mon- 
trer vers la rivière Nuse , il se trouve réuni au PiniLS 
tœda et au Pinus jnitis^ et entremêlé de Quercus 
ferrugijiea et de Quercus catesbœi ; mais , immë- 

I- ^ 9 



66 PINUS AUSTRALIS. 

diatement au-delà de Ralcigh , on le voit presque 
seul en possession du sol , et lorsqu'on le rencontre 
de nouveau avec ces mêmes espèces de pins, ce n'est 
jamais que sur les bords des marais fswamps^ , qui 
sont enclavés dans les landes. Ces dernières espèces, 
au surplus , sont à peine dans la proportion d'un à 
cent avec le Pinus australis ^ lequel, à cette excep- 
tion près, forme cette masse non interrompue de 
ibréts , qui couvre la vaste e'tendue de pays com- 
prise entre les points que je viens d'indiquer. Il y a 
néanmoins quelques cantons entre Fayetteville et 
Wilmington , dans la Caroline du Nord , où le 
Quercus cateshœi se trouve disséminé dans les lan- 
des, et c'est le seul arbre qui puisse , comme l'espèce 
que nous décrivons, s'accommoder d'un terrain aussi 
aride. 

La hauteur moyenne du Pinus australis est d'en - 
viron 20 à il\ mètres (^ 60 à 70 pieds j sur 40 centi- 
mètres (i5 à 18 pouces} de diamètre, et sa grosseur 
est uniforme dans les deux tiers de son élévation. 
Quelques individus parviennent à de plus grandes 
dimensions; mais cela tient aux localités, ainsi que 
j'aurai occasion de le faire remarquer dans la suite 
de cet article. Uécorce du Pinus australis est peu 
fendillée , et l'épiderme s'en détache en feuillets 
minces et transparens. Ses feuilles au nombre de 
trois dans la même gaine, longues d'environ 33 cen- 
timètres ( I pied), d'un beau vert, sont luisantes 
et réunies en paquets à l'extrémité des branches. 
Elles sont plus longues et beaucoup plus nombreuses 



PINUSAUSTRALIS. Gj 

dans les jeunes arbres; et c'est à cause de cela que 
les nègres les coupent souvent par le pied, et s'en 
servent comme de balais. Ses bourgeons sont trcs- 
gros, blancs, frisés et non résineux. 

Le Piniis australis fleurit au mois d'avril ; ses 
fleurs mâles présentent une masse de chatons diver- 
gens de couleur violette, et longs de près de 5 cen- 
timètres (^ i pouces J. A l'époque de leur dessication, 
ils laissent échapper une grande quantité de poleu 
ou de poussière jaunâtre, qui, emportée au loin par 
les vents, couvre momentanément la surface de la 
terre et des eaux. Ses cônes, armés de pointes fines, 
courtes et recourbées en arrière, sont très-volumi- 
neux, ayant 20 centimètres (^ -y à 8 pouces j de lar- 
geur sur 10 centimètres (^ 4 pouces ) de diamètre 
après qu'ils sont ouverts. Dans les années où cet 
arbre porte fruit, ils sont à maturité vers le i3 oc- 
tobre, et ils laissent échapper leurs graines dans le 
courant du même mois. L'amande, dun goût assez 
agréable, est enfermée dans une coque mince et de 
couleur blanche, tandis qu'elle est noire dans toutes 
les autres espèces de pins de l'Amérique septentrio- 
nale j elle est surmontée d'une aile membraneuse. 
Dans certaines années, les graines sont extrêmement 
abondantes, et elles sont avidemment recherchées 
par les dindons sauvages , les écureuils, et même par 
les cochons qui vivent presque toujours dans les bois. 
Lorsqu'au contraire ce ne sont pas des années à fruit, 
on parcourroit en vain des centaines de milles de 
forêts composées uniquement de cette espèce d'arbre, 



68 PINUS AUSTRALIS. 

sans trouver un seul cône ; et c'est là probablement 
ce qui a fait dire aux François qui tentèrent de 
s'établir dans les Florides en iS6j « que les bois 
ëtoieut remplis de pins magnifiques, mais qui ne 
portoient point de fruit. » 

Le Piniis australis est peu charge d'aubier; sur 
plusieurs arbres de 4o centimètres (^ i5 pouces ) de 
diamètre , que j'ai mesurés à i mètre [^ 3 pieds ) de 
terre, je n'en ai trouvé que 6 centimètres ( i pouces 
et demi) sur i!\ centimètres ( lo pouces) de cœur; 
et c'est parce qu il jouit de cette propriété , qu'on en 
exploite une si grande quantité de cette grosseur , 
et c'est également par cette raison, que, dans le com- 
merce d'exportation qui s'en fait, on ne reçoit au- 
cune pièce qui n'ait au moins i!\ centimètres ( lo 
pouces) d'équarissage sans aubier. Lorsque cet arbre 
est parvenu à son entier développement, ses couches 
concentriques sont très-rapprochées, espacées éga- 
lement , et la matière résineuse y est assez abon- 
dante et répandue d'une manière plus uniforme que 
dans les autres espèces du même genre; c'est par 
cette raison que le bois du Pinus australis a plus 
de force, et qu'il est plus compacte et plus durable : 
il a d'ailleurs le grain fin et serré, et est susceptible 
de bien se polir. Ces divers avantages le font préférer 
dans les Etats-Unis à tous les autres pins, toutes les 
fois qu'on peut se le procurer. Cependant ces qua- 
lités éprouvent des modifications selon la nature du 
sot où il croît; ainsi dans les cantons qui avoisinent 
le bord de la mer, dont le leirain n'est qu'un sable 



PI NUS AUSTIIALIS. 69 

qiiartzeux couvert d'une couche trcs-mince de terre 
végétale , ce pin est plus résineux que lorsque cette 
couche a douze centimètres (^ 5 à G pouces) d'épais- 
seur : de là vient qu'on désigne improprement les 
individus qui viennent dans le premier sol , sous 
le nom de Pitch pine ^ pin à goudron, et les autres 
sous celui de Yellow pine ^ pin jaune, comme si 
c'étoit deux espèces différentes. 

Ijg Pinus australis sert à un grand nombre d'usages 
dans les Carolines, la Géorgie et les deux Florides; 
les huit dixièmes des maisons en sont entièrement 
construites, à l'exception de la toiture qui est ordi- 
nairement faite en bardeaux de Cupressus disticha; 
mais dans les campagnes , à défaut de ce dernier 
bois, on s en sert aussi pour cet objet, et alors on 
est obligé de renouveler les bardeaux après quinze 
à dix-huit ans, laps de temps encore très-considé- 
rable dans un pays où les alternatives de la chaleur 
et de l'humidité sont extrêmes. On en fait aussi la 
clôture des champs cultivés; ce qui en consomme 
une quantité prodigieuse. 

Le Pinus australis est très-employé dans les cons- 
tructions navales, et c'est de toutes les espèces de pins 
la plus estimée pour ce genre de travail. Dans les Etats 
méridionaux, la quille, les beams ^ les bordages et les 
chevilles pour les fixer sur les membrures, ainsi que 
les mâts, sont tirés de cet arbre. On le préfère , parti- 
culièrement pour le pont, au vrai Pin jaune, Pinus 
mitis j et on en exporte, pour ce seul objet, une 
assez grande quantité à Philadelphie , à New-lork et 



70 PI NU s AUSTRAL I s. 

dans d'autres ports de mer situés plus au nord. 11 y est 
aussi recherché pour faire les planchers des maisons. 

Le bois du Pinus australis contracte quelquefois 
une couleur rougeàtre , due à la nature du sol où il 
croit ; ce qui lui a fait donner dans les chantiers de 
constructions des Etats septentrignaux, le nom de Pin 
rouge. On y regarde le bois de cette qualité comme 
le meilleur, et beaucoup de constructeurs dans les 
Etats-Unis pensent même que les bordages des vais- 
seaux qui en sont faits, sont plus durables que ceux 
faits en chêne, et moins susceptibles d'être attaqués 
par les vers de mer. 

Dans la Floride orientale où j'ai voyagé , le 
Pinus australis m'a paru s'élever à une plus grande 
hauteur , et il couvre presque toute la surface du 
pays. C'est la seule espèce de Pin des Etats méri- 
dionaux, qui soit exportée eu AngleteiTe et aux colo- 
nies des Indes occidentales. Un grand nombre de 
petits bâtimens sont constamment employés à ce 
commerce , surtout de Wilmington dans la Caro- 
line du nord, et de Savanah en Géorgie. Les bois 
destinés pour les colonies occidentales, sont débités 
en planches et pièces de toute épaisseur, soit pour 
la bâtisse des maisons, soit pour la construction des 
vaisseaux. Ceux qu'on expédie pour l'Angleterre y 
arrivent sous la forme de madriers de 5 à lo mètres 
(^ i5 à 3o pieds j de long sur 3o à 6o centimètres 
( 10 à 20 pouces j de diamètre : on leur donne dans 
le pays le nom de rajigijig timhers , et le prix varie 
de 8 à 10 dollars ( 4^ à 5o fr.j les loo pieds cubes. 



PINUS AUSTRALIS. 



71 

C'est à Liverpool que se rendent la plupart des na- 
vires qui en sont chargés. L'on dit que ces madriers 
sont employés à la construction des vaisseaux et 
servent aussi à celle des bassins dits Wet- Docks. 
On leur donne le nom de Geor^ia pilcli pine ^ pin à 
goudron de Géorgie, et cette qualité de bois de pin 
se vend toujours de vingt-cinq à trente pour cent plus 
cher que celle de toute les autres espèces qu'on im- 
porte des autres parties de l'Amérique septentrionale. 
D'après les usages variés auxquels on a vu que le 
bois du Pinus australis étoit appliqué, non-seule- 
ment dans les pays où il croit , mais encore aux colo- 
nies des Indes occidentales et en Europe, on peut 
juger combien la consommation doit en être consi- 
dérable. Cependant à ces causes de destruction , 
utile à la société, il vient de s'en réunir une autre 
infiniment désastreuse , et à laquelle il paroit im- 
possible de remédier. On a remarqué depuis l'an i8o4 
que des cantons fort étendus, et couverts des plus 
beaux Pins, n'offrent plus que des arbres morts. 
J'avois déjà observé en 1802 le même phénomène 
sur le Pinus mitis dans l'Etat de Tennessee. Ce 
fléau, qui se fait sentir dans les belles forets de 
Pinus sjbestris [scothjîr) qui peuplent le nord de 
l'Europe , est produit par des essaims d'insectes , 
dont les uns se logent dans la maîtresse pousse ou 
la flèche, et les autres s'introduisent sous lécorce 
pénètrent dans le corps de l'arbre, et le font périr 
dans le cours de la même année. 

Les services qu'on retire du Pinus australis ne se 



72 PINUS AUSTRALIS. 

bornent pas à son bois ; on en extrait la presque 
totaHté des substances résineuses qui servent à la 
construction des nombreux vaisseaux des États-Unis, 
et forment en outre une branche importante de com- 
merce avec les colonies des Indes occidentales et 
l'Angleterre. Sous ce rapport, il n'existe aucune autre 
espèce dans ce pays qui puisse y suppléer 5 car celles 
qui seroient susceptibles de le faire , sont ou dis- 
séminées dans les bois, ou situées dans des lieux peu 
accessibles^ ou , enfin, resserrées dans des cantons 
trop peu étendus ou trop éloignés , pour qu'on 
puisse en obtenir de grandes quantités ; et pour ne 
citer qu'un seul exemple , lors des premiers établis- 
semens dans les Etats septentrionaux , les terrains 
qui étoient couverts de Pinus rigida, furent presque 
épuisés au bout de vingt-cinq à trente ans, et depuis 
plus d'un demi-siècle le nombre des arbres de cette 
espèce y est tellement diminué , qu'on ne peut plus 
maintenant les exploiter sous le rapport des produits 
résineux. 

Malgré que les landes américaines, Pine Barrens y 
soient d'une étendue très-considérable , et qu'elles 
soient couvertes des plus beaux Pins, elles ne sont 
cependant pas toutes exploitées, soit par le défaut 
de communication avec les ports de mer, soit par 
l'éloignement des rivières qui les traversent, ou parce 
qu'on n'a pas encore ouvert de chemins pour y for- 
mer des établissemens agricoles, attendu l'extrême 
pauvreté du sol. On faisoit autrefois du goudron dans 
toute l'étendue des basses Carolines , de la basse 



PINUS AUSTRALIS. ^3 

Géorgie et des Florides; car oa trouve partout des 
vestiges de tertres qui ont servi à la combustion des 
bois résineux; mais aujourd'hui cette branche d'in- 
dustrie est, pour ainsi dire, bornée à la partie infé- 
rieure de la Caroline septentrionale, où Ton fabrique 
la presque totalité du goudron et de la térébenthine 
qui s'exporte de Wilmington , tant pour les autres 
ports des Etats-Unis, que pour les colonies occiden- 
tales et la Grande-Uretagnc. 

Les produits résineux que fournit le Pinus austra- 
lis sont au nombre de six; savoir : la térébenthine , 
turpendne; la raclure ou le ratissage , scraping ; 
l'esprit de térébenthine , spirit of turpentine , la 
résine , rosin ; le goudron , tar ; et le bray , 
pitch. Les deux premiers sont introduits dans le 
commerce tels que la nature les donne , et les au- 
tres , sont le résultat de préparations pour lesquelles 
on emploie l'action du feu. Je vais entrer, relative- 
ment à ces difFérens produits, dans quelques détails 
qui y sont particulièrement relatifs. 

La térébenthine est la sève elle-même, obtenue 
par une incision pratiquée au corps de l'arbre. Gomme 
c'est à la mi-mars qu'elle commence à circuler , c'est 
aussi à cette époque que l'on en commence la ré- 
colte, qui est d'autant plus abondante que les cha- 
leurs deviennent plus fortes, de manière que les mois 
de juillet et d'août sont les plus productifs. Vers le 
mois d'octobre où la circulation commence à se ra- 
lentir, on cesse aussi la récolte , et l'on attend le re- 
tour du printemps pour en faire une nouvelle. Quoi- 

I. 10 



^4 PINUS AUSTRALIS. 

qu'on n*obtienne la térébenthine que pendant le 
printemps, l'été et une partie de l'automne, cepen- 
dant les travaux qu'occasionne son extraction , oc- 
cupent le reste de l'année. Ces travaux consistent à 
faire les boites , to box ^ à nettoyer la terre autour 
des arbres , to rake ; à en entailler, gendging j à 
raviver, to chip j à enlever la térébenthine , to dip ; 
enfin à ratisser , to scrape. La première opération , 
celle de faire les boîtes, a lieu dans les mois de jan- 
vier et de février \ on fait au bas de chaque arbre , à 
trois ou quatre pouces au-dessus de terre , et préfé- 
rablement du côté du midi, une entaille de la con- 
tenance d'environ i litre et demi ( i pinte et demie); 
on la fait, au reste , plus ou moins grande , selon la 
grosseur de l'arbre, et assez ordinairement elle oc- 
cupe le quart de son diamètre, et dans ceux qui 
ont plus de 2 mètres (^6 pieds) de circonférence, on 
pratique deux et quelquefois quatre boîtes opposées 
l'une à l'autre. C'est dans les mêmes mois et pendant 
le suivant, qu'on nettoie les arbres, c'est-à-dire qu'on 
enlève les feuilles et les herbes qui couvrent la sur- 
face du sol autour des pins. Ils se trouvent par ce 
moyen à l'abri du feu que les voyageurs, et surtout 
les rouliers, mettent inconsidérément dans les bois 
lorsqu'ils y couchent ; car la flamme manquant alors 
d'aliment, ne peut plus arriver jusqu'à eux, et sans 
ce travail indispensable, elle gagneroit les boîtes déjà 
imprégnées de térébenthine, et les détruiroit. Quand 
cet accident arrive , malgré les précautions qu'on a 
prises, on est forcé de les refaire du côté opposé. 



PINUS AUSTRALIS. 'J :i 

L'entaillement, gend^ing ou to notch , consiste à 
faire à chacun des deux côtés de la boite , et dans 
une direction oblique, une gouttière d'environ huit 
centimètres (trois pouces) de longueur; elle a pour 
objet de conduire dans la boite un surcroît de téré- 
benthine , et d'y diriger celle qui suinte des bords 
latéraux de la plaie qui occupe une plus grande sur- 
face que la boite elle-même. 

Dans l'intervalle de temps qui s'écoule depuis 
qu'on a commencé à entailler jusqu'à ce que ce tra- 
vail soit achevé , et qui est d'environ quinze joues, 
les premières boîtes sont pleines, et l'on commence 
à enlever la térébenthine. On se sert pour cela d'une 
spatule de bois, et l'ouvrier vide le seau qu'il porte 
avec lui dans un tonneau placé à proximité. Pour 
augmenter la récolte , on ravive une fois la semaine 
le bord supérieur de la plaie, en enlevant l'écorce 
et une portion de l'aubier, équivalente à quatre 
couches concentriques; car l'on a observé que plus 
on multiplie ces ravivemens, plusle produit de l'exsu- 
dation augmente. La térébenthine se récolte ainsi 
de trois semaines en'lrois semaines, espace de temps 
nécessaire pour que les boites soient remplies. Celle 
qu'on obtient de cette manière est la plus pure et la 
meilleure ; elle reçoit le nom de pure dipiîig. Les 
ravivemens successifs faits aux bords supérieurs de 
la plaie, forment dès la première année, une éten- 
due d'environ ii centimètres (i pied) au-dessus de 
la boite, et cette distance augmentant tous les ans, 
on est obligé de raviver plus fréquemment; car alors 



7^ PIKUS AUSTRALIS. 

une plus grande quantité de térébenthine a le temps 
de se coaguler et de rester sur la surface de la plaie, 
avant d'arriver à sa destination. 

Les pluies continues pendant plusieurs jours, en 
humectant les bords de la plaie, en obstruent en 
partie les pores, ce qui oblige, dans ce cas, de 
les raviver plus fréquemment ; aussi remarque-t-on 
que la récolte est toujours moins abondante, lorsque 
les années sont pluvieuses et les étés moins chauds 
que de coutume. Le bord supérieur de la plaie est 
horizontal tant qu'il est à la portée de louvrier; 
mais lorsque celui-ci ne peut plus y atteindre que dif- 
ficilement, il a la forme d'un triangle à sommet ren- 
versé : c est ce qui arrive ordinairement la cinquième 
ou la sixième année , laps de temps après lequel on 
abandonne les arbres. La plaie se cicatrise sur les 
bords, mais l'éeorce ne recouvre jamais la partie 
dénudée , de manière à ce qu'elle puisse être retra- 
vaillée par la suite. 

On estime que deux cent cinquante boites pro- 
duisent à peu près un baril du poids de i55 kilo- 
grammes ( 320 liv. j que chaque baril doit avoir dans 
le commerce. Quelques habitans donnent à un nègre 
quatre mille ou quatre mille cinq cents arbres char- 
gés d'une boîte à soigner; d'autres seulement trois 
mille ; mais à la vérité cette dernière tache est con- 
sidérée comme facile à remplir. On considère en 
général que trois mille arbres rendent, année com- 
mune,soixante-quinze barils de térébenthine et vingt- 
cinq de ratissage, scroping-^ ce qui paroit indiquer 



piNUSAUSTRALis. nn 

qu'on vide les boîtes cinq à six fois dans le cours 
de la saison. 

Le baril de térébenthine, àïle pure cliping ^ se 
vendoit 3 dollars Ç i5 f'r. 75 c.) au mois de no- 
vembre 1807, à Wilmington dans la Caroline du 
nord, et celui de scraping vingt-cinq pour cent de 
moins. Le ratissage ou. scrapùi^^ est cette portion de 
térébenthine qui se durcit et se fige avant d'arriver 
à la boîte , et forme une couche épaisse qu'on en- 
lève dans le cours de fautomne , en y ajoutant le 
deriiier produit de la récolte de la térébenthine , 
pure diping. 

La térébenthine est exportée dans les Etats du 
Nord et en Angleterre. Cette exportation a été , 
en 1804 , de 77,827 barils Ç environ 240 mille 
quintaux). En temps de paix, il en vient même 
à Paris, où elle est connue sous le nom de téré- 
benthine de Boston y quoique le pays d'oii on la 
tire soit éloigné de cette ville de près de 1800 kilo- 
mètres ( 4oo lieues j. Dans tous les Etats - Unis on 
s'en sert pour faire le savon , dont la couleur est 
jaune et qui est de bonne qualité. L'Angleterre en 
consomme une très-grande quantité; car, d'après un 
exposé officiel des marchandises importées des Etats- 
Unis dans le cours de 1807, ^^^^ ^^ ^ ^^^^^ pour la 
somme de 465,828 piastres (2,445,597 francs). 11 en 
est arrivé dans le seul port de Liverpool, en i8o5 , 
40,294 barils, et en 1807 , 18,924. Elle s'y vendoit 
au mois d'août 1 807 , 1 5 francs le quintal , et en 1 808 , 
après la mise de Fembargo sur les navires américains, 



7^ PINUS AUSTRALIS. 

jusqu'à 4o fr. 5o cent. Je placerai ici une remarque 
que j'ai faite en lisant l'ouvrage d'Oddj sur les rela- 
tions commerciales du nord de l'Europe avec la 
Grande-Bretagne, c'est que la térébenthine n'est pas 
comprise dans les listes qu'il donne des marchan- 
dises exportées d'Archangel et de Stockholm , tandis 
que dans certaines années, il s'expédie de ces deux 
ports plus de 100,000 barils de goudron. 

On fabrique dans la Caroline du nord beaucoup 
d'esprit de térébenthine. On l'obtient en distillant 
la térébenthine dans de grands alembics de cuivre, 
qui ont le défaut d'être beaucoup trop resserrés à 
leur ouverture, ce qui doit ralentir l'opération. Il 
faut, dit-on, six barils de térébenthine pour avoir 
un baril d'esprit, contenant 1 12 litres (^122 pintesj. 
On l'expédie dans toutes les autres parties des Etats- 
Unis, et il en passe même dans les contrées de l'ouest 
par la voie de Philadelphie ; on en exporte aussi 
pour l'Angleterre , et il vient également en France , 
où quelques personnes le trouve préférable à celui 
qu'on fabrique dans les landes de Bordeaux , parce 
qu'il n'a pas une odeur aussi forte. En i8o4 il en a 
été exporté de la Caroline du Nord , 19,526 gallons, 
ou environ 80,000 pintes, mesure de Paris. 

La résine, rosin^ est le résidu de la distillation 
de la térébenthine; elle se vend environ un tiers 
de moins; 467^ barils ont été exportés dans le 
cours de l'an 1804. 

Tout le goudron qui se fabrique dans la partie 
méridionale des Etats-Unis se tire des bois morts du 



PINUSAUSTRALIS. jg 

Pinus australis ^ tournés à l'état résineux. Ce sont les 
débris des arbres qui tombent de vétusté, ou dont 
la chute est accélérée par le ieu mis annuel lenient 
dans les forets, et qui dans son passage brûle en 
partie le pied des Pins, et surtout de ceux qui ont 
été travaillés pour en extraire la térébenthine. Les 
sommets abandonnés des arbres abattus pour être 
débités en planches ou madriers, et qui forment 
environ un tiers de leur hauteur, fournissent encore 
beaucoup de bois mort pour la fabrication du gou- 
dron; et enfin, dans certaines années, la quantité 
en est encore augmentée par le verglas qui s'attache 
aux feuilles, et fait rompre par son poids de très- 
grosses branches '. 

C'est une chose digne de remarque que, dans les 
arbres résineux, les branches parviennent presque 
entièrement à ïétat de hois , et que l'organisation y 
paroisse beaucoup plus complète que dans le cœur 
même de l'arbre , tandis qu'on observe précisément 
le contraire dans les arbres à feuilles tombantes; 
mais il me suffit ici de faire connoitre fidèlement ce 
phénomène , et je laisse aux personnes qui s'occupent 
de physiologie végétsde le soin d'en donner l'explica- 
tion. Toutes les portions d'arbres et de branches hors 
d'état de végéter subissent promptement une altéra- 
tion particulière , l'aubier se pourrit, et le bois déjà 
imprégné de sucs résineux, s'en surcharge à un tel 



' Voyez mon Voyage à l'ouest du Mont-AUéglianys , Paris , i8o3 , 
chez DeniUf rue du Pont-de-Lodi. 



8o PIN us AUSTRALIS. 

degré, qu'il double de poids au bout d'un an. Les 
habitans prétendent même que la quantité de résine 
est encore beaucoup plus considérable après un in- 
tervalle de quatre à cinq ans. Cette augmentation de 
matière résineuse dans le bois mort est un fait certain , 
et dont il est facile de se convaincre, en comparant 
un morceau tiré d'un arbre qui vient d'être abattu , 
avec celui d'un autre tombé depuis long-temps. 

Lorsqu'on veut faire le gondron , on choisit dans 
les forets, pour y établir le bûcher ,Â:z7/, un canton 
oii ces bois morts sont abondans. On rassemble 
d'abord autour de l'endroit désigné tous les bois 
résineux ; on les dépouille de leur aubier , et on les 
coupe en morceaux d'un mètre (^ 2 à 3 pieds j de 
longueur, sur 8 centimètres ( 3 pouces) d'épaisseur, 
ou à-peu-près. Ce travail est assez long , et même 
assez difficile, à cause de la grande dureté des nœuds 
qui s'y trouvent. Après cette opération préliminaire, 
on dispose l'emplacement où les bois doivent être 
empilés ; pour cela , on élève un tertre de forme cir- 
culaire, et on l'entoure d'un fossé peu profond. Les 
terres qu'on retire de ce fossé sont rejetées dans 
l'intérieur du tertre , et servent à en rehausser les 
bords et à donner au sol une pente insensible jus- 
qu'au centre. Le diamètre du bûcher est propor- 
tionné à la quantité de bois qu'il doit recevoir. On 
lui donne environ 6 mètres ( 18 à 20 pieds j , pour 
obtenir à-peu-près 100 barils de goudron; dans le 
milieu est un trou qui communique par un conduit 
à une fosse destinée à recevoir sa matière résineuse , 



PINUSAUSTRALIS. 8l 

et qui est pratiquée dans le fossé même , dont le Ifi Ire 
est environné. Après que le sgl a été bien glaise et 
bien battu, on arrange les morceaux de bois les uns 
au-dessus des autres, dans la même direction que 
les rayons d'un cercle : ce qui leur donne une légère 
inclinaison vers le centre, suite nécessaire de la con- 
cavité du tertre. 

La pile achevée peut être comparée à un cône tron- 
qué aux deux tiers de sa hauteur, et ensuite renversé, 
pouvant avoir à sa base environ 6 mètres et demi ^ >.o 
pieds) de diamètre ; à sa partie supérieure ,809 mè- 
tres (25 à 3o pieds) ; et 3 à 4 mètres (10 à 12 pieds) 
d'élévation. Elle, est ensuite garnie en son entier de 
feuilles de Pin, recouvertes de terre, et le tout est 
maintenu sur les côtés au moyen d'une légère en- 
ceinte en bois. Cette enveloppe est nécessaire pour 
que le feu que l'on met dans la partie supérieure de 
la pile , et qui doit agir du haut en bas ,^ ne produise 
qu'une combustion lente et graduée ; car si la masse 
venoit à s'enflammer à la fois , l'opération seroit man- 
quée , et le travail préparatoire en partie perdu. Enfin 
cette dernière opération exige à-peu-près les mêmes 
soins qu'on apporte en Europe à la fabrication du 
charbon. Un bûcher, kill^ qui doit rendre de 100 à 
i3o barils de goudron, est huit à neuf jours à 
brûler. 

A mesure que le goudron se forme, et qu'il coule 
dans la fosse, on le vei^e dans des barils de 3o gallons, 
93 litres (120 pintes) , qui sont aussi faits de Pinus 
australis, 

I. II 



Sa PI NUS AUSTRALIS. 

La bray pitch est le résultat de la combustion du 
goudron; mais seulement jusqu'à la réduction de la 
moitié de son volume, pour être de bonne qualité, 

La quantité de goudron et de bray importée en 
Angleterre des Etats-Unis dans Tannée 1807, est 
évaluée , dans l'exposé officiel que nous avons déjà 
cité, à 265,000 piastres, ou environ 1,391,250 fr. 
Le premier se vendoit au mois d'août de la même 
année à Liverpool , 2 1 schelings sterl. (^ 2 3 fr. 60 c. J ; 
et après qu'on y fut informé de la mise de l'embargo 
sur les navires américains, il s'éleva jusqu'à 4^ sclil. 
(^54 fr.) ; fait dont on peut tirer des inductions favo- 
rables aux Etats-Unis. A Wilmington, C. N., dans 
les temps ordinaires, le prix du baril varie de i dol- 
lar 7 schl. à 2 dollars, ^9 à 1 1 fr.j 

Depuis 1786 jusqu'en 1799, tout le goudron qui 
est arrivé en Angleterre , y a été expédié suivant les 
remarques d'Oddy , savoir : un tiers par la Suède, un 
tiers par la Russie, et l'autre tiers parles Etats-Unis : 
ce qui y est venu du Danemarck se réduit à peu 
de chose. 

Le goudron de Suède est le plus estimé dansle com- 
merce; après vient celui d'Archangel : quant à celui 
des Etats-Unis , il passe pour être inférieur aux deux 
autres. On attribue cette infériorité à ce qu'il est 
extrait de bois morts, au lieu que celui d'Europe est 
fabriqué avec les bois d'arbres récemment abattus. 
Je m'étendrai davantage sur cette différence à l'article 
du Pinus rigida^ où l'on verra qu'il paroît avoir été 
reconnu depuis long-temps que l'emploi du bois vert 



P I N U s A U S T K A L I S . 83 

OU du bois mort, influe beaucoup sur la qualité du 
goudron. On reproche encore à celui des Etats-Unis 
de contenir souvent de la terre, ce quil faut sans 
doute attribuer au peu d'attention qu'on met à faire 
la fosse dans laquelle il coule à mesure quil se foniio 
dans le bûcher. Il égaleroit probablement en qualité 
celui du nord de l'Europe, s'il étoit fabriqué avec 
les mêmes soins et les mêmes procédés; cependant, 
à ces causes des différences qui tiennent au mode 
de fabrication , il faut en ajouter deux autres très- 
remarquables. La première, c'est que le goudron de 
Suède ou de Russie provient du Pinus syheslris ^ 
et celui des Etats-Unis du Pinus australis , deux 
arbres absolument distincts; la seconde, que l'un 
de ces deux arbres croît dans les régions de l'Europe 
les plus froides, tandis que l'autre, au contraire, 
est indigène à des pays très-chauds. J'ai déjà eu occa- 
sion de dire que, malgré la grande étendue de 
pays que couvre le Pinus australis ^ la fabrication 
du goudron et de la térébenthine étoit aujourd'hui 
restreinte à la Basse-Caroline du nord, et à une très- 
petite portion de la Virginie qui l'avoisine; mais 
d'après la grande consommation qui se fait de ces 
substances, tant dans les Etats-Unis que dans la 
Grande-Bretagne, je doute que quand même toutes 
les contrées qui en sont susceptibles, seroient ex- 
ploitées sous ce rapport, elles pussent fournir long- 
temps à la consommation ; car on prétend qu'un can- 
ton oii l'on a ramassé les bois morts pour l'extrac- 
tion du goudron, ne se trouve regarni d'une même 



84 PINUS AUSTRALIS. 

quantité qu'au bout de dix à douze ans. Il paroît 
donc qu'il seroit très-avantageux d'extraire le gou- 
dron de bois vert où d'arbres écorcés à l'avance ; 
peut-être, en employant ce moyen, parviendroit- 
on à subvenir aux besoins du commerce ? 

On pourroit encore, dans ces mêmes contrées, 
tirer un grand avantage de l'écorcement des Pins 
d'un petit diamètre, cette opération, en les faisant 
passer dans le cours de quinze mois à un état rési- 
neux complet, les rendroit très-propres à faire des 
pieux, ainsi qu'à beaucoup d'autres usages pour 
lesquels il faut des bois très-forts et susceptibles 
de résister long-temps aux influences de l'air et 
de Ihumidité ; on devroit surtout tenter cet écorce- 
ment au mois d'avril ou au commencement de mai , 
lorsque la sève est en activité , en observant d'enle- 
ver le liber le plus exactement qu'il seroit possible. 
J'aurois bien désiré faire cet essai pendant mon der- 
nier séjour dans la Caroline du sud, mais la saison 
étoit trop avancée pour que je pusse l'entreprendre 
avec l'espoir d'obtenir un heureux résultat. 

Je terminerai la longue description du Piniis 
australis par le désir de le voir propager dans les 
Landes de Bordeaux. La température de cette partie 
de l'Empire et la nature du sol lui conviendroient 
très-bien ; il y réussiroit beaucoup mieux que dans 
les départemens qui sont plus septentrionaux, où il 
ne croitroit jamais que d'une manière imparfaite. Il 
seroit une ressource de plus pour la France ; car , 
outre ses produits résineux, son bois est le meilleur 



PINUS AUSTRAL I s, 85 

de tous ceux que fournissent les autres espèces de 
Pins de l'Amérique septentrionale. Je l'ai comparé à 
celui du Pinus marilima (Pin de Bordeaux), et à 
celui du Pinus syheslris (Pin du Nord ou de Kiga), 
et je l'ai trouvé très-supérieur en qualité. Je ne doute 
pas non plus que les bois des Pinus mitis et du 
Pinus ruhra ne soient aussi très-préférables à ceux 
de ces deux espèces européennes, à en juger par 
les forts échantillons que j'ai rapportés. 

La figure du Pinus australis ^ dans l'ouvrage de 
Sir A. B. Lambert, représente bien les feuilles et les 
fruits; mais il est défectueux relativement aux (leurs 
mâles. Quant à la description qu'il donne de cet 
arbre , elle offre, de toute manière , une telle dispa- 
rité avec la mienne, que je crois devoir la transcrire 
ici textuellement et dans son entier , plutôt que 
d'entrer dans aucune discussion. La description la- 
tine commence ainsi : Pinus palustris. Arhor me- 
dioci^is , in paludosis. — The FTood is of a redis h 
white colour^ soft^ light and verj sparingly im- 
pregnated with rosin. It soon decaj and burn 
badfy it is so litle estimated that as long as any 
kind ofwood is to be had , not tho least use is niade 
ofit. « Le bois de cet arbre est de couleur rou- 
geâtre , tendre , léger et peu chargé de résine. Il 
pourrit promptement, et brûle mal. Il est si peu es- 
timé , qu'aussi long-temps qu'on pourra se procurer 
toute autre espèce de bois , il n'en sera pas fait le 
moindre usage.» 

PLANCHE VI. 

Fi'g' 1 f feuille. F/g, a j bourgeon. Fig, 5 , graine. 



PINUS SEROTINJ, 

THE POND FINE. 

Pin US serotina ; arhor , 4o-45 pedalis ; foliis ternis , prce- 
longis ; amentis masculis erecto incumbentibus ; strobi- 
lis ovatis ; tessularmn mucrone munutissimo. 

Obs. Strobïli anno tanlum sequenti dehiscunt. 
P. serotina A Mich. il. B. Am». 

Quoique le Pinus serotina se rencontre assez fré- 
quemment dans la partie maritime des Etats méri- 
dionaux , il est cependant comme perdu dans la 
grande masse des Pins à longues feuilles qui cou- 
vrent toutes ces contrées ; d'ailleurs , il n'est employé 
à aucun usage déterminé , et il a cet air de famille 
qui donne une apparence à -peu -près semblable à 
tous les Pins ; et c'est sans doute par ces motifs qu'il 
n'a reçu jusqu'à présent des habitans aucune déno- 
mination particulière. Le nom de Pojid pine. Pin 
des mares, que je lui donne, me paroît assez con- 
venable 3 car on le trouve principalement autour 
des mares Ponds remplies de Laiirus estivalis , 
Pondbushes ^diinû que dans les petits swamps ou ma- 
rais , dont le sol noir et même bourbeux est couvert 
de Gordonia lasianthus , Lsaurus cai^oliniensis 
Njssa aquatica y Magnolia glauca. 

Les feuilles du Pinus serotina , réunies trois à 
trois dans une seule gaîne , sont longues de i3 à i6 
centimètres (^^ ai Q pouces j et même un peu plus 
grandes dans les jeunes individus. Ses chatons, longs 




PINUS Serotiiia. 



PINUS SEROTIJVA. 87 

de II à 12 millimètres (6 à 8 lignes), sont droits 
et non recourbes, ni mêlés ensemble, comme dans 
le Pinus australis ou le Pinus mitis. Ses cônes , le 
plus souvent réunis deux à deux et opposés l'un à 
l'autre, ont environ 6 centimètres (^2 pouces et demi) 
de longueur, sur i/j- centimètres (5 pouces et demi) 
de circonférence, et sont assez semblables par leur 
configuration à un œuf de grosseur ordinaire. Leurs 
écailles, arrondies à l'extrémité supérieure , sont ar. 
mées d'une pointe très-courte et très -fine, qui se 
casse avec la plus grande facilité ; ce qui, dans quel- 
ques circonstances , pourroit faire croire qu'elles en 
sont entièrement dépourvues. 

Quoique les cônes du Pinus serulina ne soient 
que deux ans pour arriver à leur entière maturité^ 
cependant ils ne s'ouvrent et ne laissent échapper 
leurs graines que la troisième et même la quatrième 
année. 

Cet arbre s'élève ordinairement de 1 1 à 12 mètres 
(^35 à 4o pieds) , sur 40 à 5o centimètres [ i5 à 18 
pouces) de diamètre; il est fort rare de trouver des 
individus qui aient de plus grandes dimensions. Il 
est surtout remarquable par ses branches fort espa- 
cées , et qui commencent toujours à partir au-des- 
sous de la moitié de sa hauteur; outre le désavan- 
tage que lui donne ce défaut, il a encore celui d'être 
surchargé d'aubier , au point qu'on en trouve tou- 
jours, même dans les plus gros arbres , une plus 
grande proportion que de cœur; et c'est à cause de 
cela qu'on n'en fait aucun usage dans le pays , et 



bo PINUS SEROTINA. . • 

qu'il ne mérite, point par conséquent d'attirer l'at- 
tention des personnes qui s'occupent de plantations 
utiles en Europe. 

Obs. Lorsque les marais où swamps, aux environs 
desquels croit le Pinus serotina^ sont peu éloignés 
des champs autrefois cultivés , mais abandonnés à 
cause de leur infertilité , on observe quelquefois 
qu'il s'y est multiplié avec le Pinus australis ; c'est 
ce qui m'a mis à même de m'assurer que la séche- 
resse du terrain n'apportoit point de différence dans 
la forme de cet arbre ^ ni dans celle de ses cônes , 
et que ceux-ci , dans ce cas , n'étoient point armés 
de pointes plus longues ni plus fortes que dans les 
individus qui croissent dans un sol humide. 

J'ai cru devoir ajouter cette observation, parce 
que cet arbre a été fréquemment confondu avec le 
Pinus ri^ida , avec lequel il a beaucoup d'analogie 
par sa forme. 

PLANCHE VIL 

Fig. 1 , feuille. Fig, 2 , graine. 



P/.8 




/i,:v., ,/r/ . 



( :,/,,. >c 






PINUS RIGIDA. 

THE PITCH PINE. 

Pin US rigida , arhor ramosa; cortïce scahro-rimosa , gf^fn- 
mïs resinosis ; foliis ternis ; amentis masculis ere.cio- 
incumhentibus ;strohilis sparsis vel aggregatis, squamia 
echiiiatis , spi'nis rigidis. 

P. rigida , Linn. 

Cette espèce est connue dans tous les Etats-Unis 
sous le nom de Pitch pine , Pin résineux , et quel- 
quefois aussi en Virginie sous celui de Black pine ^ 
Pin noir, mais jamais, sous la dénomination de 
Three leaved Virginian pine , Pin de Virginie à 
trois feuilles , que lui donne Sir A. B. Lambert, dans 
son ouvrage. 

A l'exception de la partie maritime des Etats mé- 
ridionaux et des contrées fertiles situées à l'ouest 
des monts Alléghanys, cet arbre se trouve dans tou- 
tes les parties des Etats-Unis , mais beaucoup plus 
abondamment dans la partie atlantique , où la na- 
ture du sol est très-variée et souvent de très mau- 
vaise qualité. 

Les environs de Brunsv^âck, dans le district de 
Maine, et ceux de Burlington sur le lac Champlain, 
dans l'Etat de Vermont, sont les points les plus sep- 
tentrionaux où je l'aie trouvé ; dans ces contrées, 
les endroits où il croît le plus ordinairement sont 
ceux dont le sol est uni et formé d'un sable quart- 

I. 12 



go PINUSRIGIDA. 

zeux, friable et si peu substantiel que cet arbre , qui 
les couvre exclusivement , ne s'ëlève pas au-dessus 
de 4^5 mètres (12 a i5 pieds j; ses branches me- 
nues et chargées de petits cônes annoncent encore 
son épuisement. 

Les chaînons successifs qui composent les Allégha- 
nys et qui traversent la Pensylvanie et la Virginie, 
dans une étendue de plusieurs centaines de milles, 
en sont parfois couverts ; c'est ce que j'ai eu l'occa- 
sion de remarquer plusieurs fois, dans mon voyage de 
Philadelphie à Pittsburgh sur l'Ohio, et notamment 
en traversant les South mountains , sur le chaînon 
désigné sous le nom de Sadle Hill , à 3o milles de 
Bedfort. Sur ces montagnes, dont le sol est un peu 
moins mauvais , et qui est composé d'argile et de 
beaucoup de pierres , le Pinus rigida vient à 
10 à 12 mètres ( 3o à 35 pieds J de hauteur, sur 3 
à 4 décimètres ^ 12 à i5 pouces) de diamètre ; di- 
mensions beaucoup plus grandes que celles des 
diverses espèces de chênes avec lesquelles il se 
trouve. 

On le rencontre encore fréquemment dans la par- 
tie basse du New-Jersey, de la Pensylvanie et du 
Maryland, mais dans des sites tout opposés. Ainsi, 
dans tous les grands swamps ou marais remplis de 
Cupressus thujoides ^ qui sont constamment vaseux 
ou couverts d'eau , il se trouve des Pinus rigida 
qui surpassent les autres arbres en élévation et en 
grosseur : ils ont environ 20 à 25 mètres ^70 à 80 
pieds J de hauteur, sur 6 à 7 décimètres (^ 20 à 28 



P I N U s R I f i I D A . 91 

pouces) de diamètre. Cet arl)re résiste aussi assez 
long-temps à l'action des eaux de la mer qui , dans 
les fortes marées, couvrent les prairies salées, au 
milieu desquelles il croit quelquefois, et où il est 
seul de son espèce. 

Les bourgeons du Piniis rigida sont toujours rési- 
neux , et ses feuilles, réunies au nombre de trois 
dans la même gaine, ont depuis 3 jusqu'à 18 centi- 
mètres ( I pouce et demi jusqu'à 7 pouces) de lon- 
gueur, selon qu'il croit dans des lieux très -secs ou 
très-humides. Ses chatons, disposés comme dans le 
Pinus serotina^ sont droits et longs d'environ 3 cen- 
timètres ( 1 pouce). Ses cônes varient également en 
grosseur, suivant les localités, depuis un peu moins 
de 3 centimètres (^ i pouces ), jusqu'à 5 centimètres 
( 3 pouces et demi ) de longueur ; leur forme est py- 
ramidale, et chaque écaille est armée d'une pointe 
aigùe et longue d'environ 4 millimètres ( 2 lignes). 
Lorsque le Pinus rigida croit en grande masse, soit 
sur les montagnes, soit dans les marais, ses cônes 
sont disséminés et placés un à un sur les branches , 
et, comme je m'en suis assuré par des observations 
constantes, ils s'ouvrent pour laisser échapper leurs 
graines à l'automne de la même année qu'ils sont 
arrivés à maturité; mais lorsqu'au contraire, ces ar- 
bres sont isolés et exposés à être battus par les vents , 
ils sont rabougris , et les cônes sont ramassés au 
nombre de quatre à cinq, et même en plus grand 
nombre sur une seule branche. Alors ils restent plu- 
sieurs années sans s'ouvrir. Cette observation reh.- 



Q2 PINUS RIGIDA. 

tive à l'agglomération des cônes, s'applique aussi au 
Pinus inops et au Pinus pungens^ et fait reconnoître 
ces arbres au premier aspect. 

Le Pinus 7'igida a l'écorce épaisse , noirâtre , et 
profondément sillonée. Mais il se distingue sur- 
tout des autres espèces de Pins , en ce qu'il est très- 
rameux et garni de branches dans les deux tiers de 
sa hauteur; ce qui rend son bois très noueux. Il a 
de plus, l'inconvénient d'être tellement surchargé 
d'aubier , que les trois quarts de son diamètre en 
sont formés, ce qu'on observe même dans les plus 
forts individus : aussi , les couches concentriques 
sont-elles très-écartées. La qualité de son bois est en- 
core très-différente suivant les lieux oii il croît : sur 
les montagnes et dans les terreins secs et graveleux , il 
est très-résineux et par-là même compacte et pesant, 
ce qui lui a fait donner le nom de Pitch pine^ Pin à 
goudron ; dans les marais, au contraire, il est tendre, 
léger et encore plus chargé d'aubier ; alors il est dé- 
signé sous celui de Sap pine^Vin à aubier. Ces défauts 
essentiels le rendent inférieur au Pinus mitis-, mais 
comme cette dernière espèce devient tous les jours 
plus rare, à cause de la grande consommation qui s'en 
fait pour les constructions civiles et maritimes , on 
la remplace en partie à New- York, à Philadelphie et 
à Baltimore, par le Pinus rigida , dont on fabrique les 
caisses destinées à contenir diverses marchandises , 
telles que la chandelle, le savon, etc. Les ouvriers 
qui l'emploient pour ces usages secondaires se servent 
de la qualité dite Sap pine ^ Pin à aubier. 



PI NUS R I G I D A. 93 

Dans quelques parties des monts Allcghanys où 
le Pinus rigida est très-abondant, les maisons en 
bois en sont entièrement construites, et lorsqu'elles 
ne sont pas peintes, on rcconnoît tout de suite à 
la quantité de nœuds dont les planches sont par- 
semées , qu'elles proviennent de cet arbre. On pré- 
tend cependant que pour le plancher inférieur, 
qu'on est dans l'habitude de laver toutes les semai- 
nes, elles sont préférables à celles du Pinus mit Is ^ 
le grain du bois étant plus ferme et plus résistant , 
à cause de la quantité de résine dont il est im- 
prégné. 

On s'en sert aussi pour les corps de pompes des 
navires, et il convient très-bien à cet usage, pour 
lequel on recherche préférablement les espèces 
de Pin qui ont très - peu de cceur sur un grand 
diamètre. 

Les boulangers de New -York, de Philadelphie 
et de Baltimore, ainsi que les briquetiers établis aux 
environs des villes , chauffent presqu'entièrement 
leurs fours avec le bois de cet arbre, ce qui en con- 
somme une prodigieuse quantité. Ils l'achètent à 
Philadelphie , 3 piastres (16 francs) la corde. C'est 
encore avec les morceaux les plus résineux que se 
fait le noir de fumée. 

Le Pinus i^igida paroit avoir été autrefois fort com- 
mun dans les Etats de Connecticut, de Massachus- 
setts et de New^-Hampshire , situés à l'est de la rivière 
Hudson; car, depuis le commencement du dix-sep- 
tième siècle jusqu'en 1776 , on s y est occupé, plus 



94 PINUSRIGIDA. 

OU moins activement, de fabriquer du goudron. Cette 
fabrication y fut même encouragée vers l'an l'joS , à 
la suite de quelques différends survenus entre l'An- 
gleterre et la Suède qui fournissoit à cette première 
puissance ses approvisionnemens en ce genre : pri- 
vée momentanément de cette ressource , la Grande- 
Bretagne chercha à y suppléer par ses colonies du 
nord del'Aniérique; elle offrit une prime de i pound 
sterling (22 f. 5o c.) pour autant de huit barils faits à 
la manière ordinaire, c'est-à-dire , avec des bois rési- 
neux provenant d'arbres morts, et celle de 2 pounds 
4 shellings sterling (49 f. 4o c), pour pareille quantité 
faite avec du bois vert. Gomme il paroît que ce der- 
nier procédé n'étoit point en usage, on le fit connoî- 
tre, et on publia qu'il consistoit à écorcer les arbres 
jusqu'à trois mètres ( 9 pieds ) au-dessus de terre , et 
à ne les abattre qu'au bout d'un an. La bonté de 
ce procédé a été confirmée depuis par les expérien- 
ces deBuffon, sur la conversion de l'aubier e?i bois , 
expériences dont on tireroit de grands avantages 
dans les Etats-Unis, si on en faisoit l'application aux 
arbres résineux. Soit que cet encouragement ait causé 
rapidement une grande destruction de cet arbre, soit 
qu'on doive l'attribuer encore à d'autres circonstan- 
ces que j'ignore; il est constant que depuis bien des 
années, on ne tire plus ni térébenthine ni goudron 
de cette partie des Etats-Unis , car tout ce qui s'en 
consomme à Boston et dans les ports de mer voi- 
sins y est importé de Wilmington , dans la Garoline 
du nord. 



PINUS KIOIDA. qS 

La petite quantité de goudron qui se fabrique 
sur les bords du lac Ghamplain , est employée pour 
les petits bàtimens qui y naviguent . ou est envoyée 
à Québec. Quelques pauvres habitans se livrent aussi 
à ce travail, dans la partie basse du New-Jersey qui 
avoisine la mer , et le peu de goudron qu'ils en re- 
tirent est transporté à Philadelphie où il est moins 
estimé que celui qui vient des Etats méridionaux. 
Quant à la quantité qu'on en consomme sur les bords 
de rOhio , pour la construction des sept ou huit 
vaisseaux de différente grandeur qu'on lance annuel- 
lement sur cette rivière, elle vient des monts Allé- 
glianys, et principalement des bords de Tarcreek, 
( rivière à goudron J qui a son embouchure dans 
1 Ohio à 20 milles de Pittsburgh , et ce goudron re- 
vient à un prix très-élevé. On ne fabrique pas non 
plus dans les contrées de l'ouest , d'essence de té- 
rébenthine ; tout ce qu'il en faut pour la peinture 
extérieure et intérieure des maisons y est transporté 
de Philadelphie et de Baltimore. 

Mes recherches ne m'ont rien appris de plus sur 
lePinus rigida , mais ce qu'on a lu , suffit pour prou- 
ver que plusieurs autres espèces de Pins lui sont 
préférables, telles que le Piniis ?nitis et le Piniis 
rubra^ qui peuvent venir dans les mêmes terreins, 
et avec lesquels il se rencontre quelquefois naturel- 
lement: ces espèces n'ont pas, du moins au même 
degré , les défauts de cet arbre ; car, ainsi que je l'ai 
déjà remarqué , lorsque ce dernier croit dans un sol 
sec et graveleux , il est branchu dans les deux tiers 



g6 • PINUSRIGIDA. 

de sa hauteur, et par conséquent les pièces qui en 
proviennent sont pleines de nœuds ; et s'il se trouve 
dans des endroits très - humides , il acquiert , à la 
vérité, de bien plus grandes dimensions, mais alors 
son bois ne vaut rien, pour tous les ouvrages qui 
exigent de la force et de la durée. 

PLANCHE VIII. 

Fig. i , feuille. Fig. 2 , graine. 




/' .f:jl^./fli,A: M 



PIN US Taîda^. 









'V'VW W '*,-^/-^ ^ "^ X. -v^ -^^^-V*^^ ^-'W ^ -^ "»» ^''X/*» ^ 



PIN us TMDA. 



THE LOBLOLLY FINE. 



Pi NUS tœda, arhor maxima , supernè patula; foliîs ler- 
nis , prœlojigis ; amentis masculis divergent! bus. Stro- 
hilis 4 - um laliùus , tessul/s mucrone sursum rigide 
uncinato ; fructiferis sub-rhoînboideis. 

P. tseda , Lina. 

Cette espèce de Pin est connue , dans toute la 
partie basse des Etats méridionaux , sous le nom de 
Loblollj pinej et quelquefois sous celui de TVhite 
pine , aux environs de Richemond et de Peters- 
burgh en Virginie. C'est à peu de distance de Fre- 
derickburgh, dans ce même Etat, éloigné de 23o 
milles au sud de Philadelphie , que j'ai observé cet 
arbre pour la première fois, en me rendant dans les 
Etats du midi. Je ne crois pas qu'il se trouve beau- 
coup plus vers le nord, et certainement il n'existe 
point dans la Pensylvanie , ainsi que l'avance Sir 
A. B. Lambert, d'après Vanghenheim. 

Dans toute la basse Virginie, et dans cette portion 
de la Caroline du nord située au nord-est de la rivière 
Cap fear , ce qui comprend une étendue de près de 
200 milles , le Pinus tœda croit dans tous les can- 
tons secs et sablonneux ; mais si le terrein est formé 
d'une argile rougeâtre mêlée de gravier, il est occupé 
par le Pinus mitis et par différentes espèces de Chê- 
nes. C'est une chose bien digne de remarque que la 
I- i3 



98 PINUSTvEDA. 

régularité avec laquelle le Pinus tœda et le Plnus 
mitis sont soumis pour leur croissance à l'influence 
du sol ; car selon les variations qu'il éprouve , même 
dans l'intervalle de 4 à 5 milles , l'un ou l'autre de 
ces Pins paroît ou disparoît entièrement. 

Dans la même partie de la basse Virginie, cet ar- 
bre s'empare encore exclusivement des terres dont 
l'infertilité a fait abandonner la culture , de manière 
qu'en voyageante travers ces contrées, on rencontre 
fréquemment au milieu des forêts de Chênes et autres 
arbres à feuilles tombantes, des espaces de 35 à 70 
hectares ( 100 à 200 arpens J couverts uniquement 
de jeunes Pinus tœda de la plus belle venue. 

Dans les Etats méridionaux, cette espèce de Pin, 
qui est la plus commune après le Pinus australis\, 
ne croit au contraire que dans les cantons qui avoi- 
sinent les rivières , ou qui sont traversés par les 
creeks ^ dont le sol est assez productif et susceptible 
de s'améliorer; tel est le terrein qui entoure la ville 
de Charleston, dans la Caroline du sud, à une dis- 
tance de 5 à 6 milles, qui est, en grande partie, 
couvert de Pinus tœda. On voit encore souvent cet 
arbre le long àesswamps étroits qui coupent en tous 
sens les landes, Pines harrens^ et qui sont remplies 
de Laurus caroliniensis , Magnolia glauca , Gor- 
donia lasyanthus ^ etc. 

Les feuilles du Pinus tœda sont fines , d'un vert 
clair et longues d'environ 16 centimètres (6 pouces); 
elles sont réunies trois à trois dans la même gaine , 
et quelquefois au nombre de quatre dans la mai- 



PINUS TJli.Dk, f)Q 

tresse pousse des jeunes individus les plus vigou- 
reux. 

Ce Pin fleurit en Caroline dans les premiers jours 
d'avril. Ses chatons ont près de 3 centimètres (un 
pouce 1 de longueur, et sont, comme ceux du Pi- 
nus australis recourbés en différens sens les uns sur 
les autres. Ses cônes, longs d'environ ii centimè- 
tres ( 4 pouces) armés de fortes pointes, présentent 
la forme d'une pyramide allongée, et, après leur 
ouverture, celle d'un rhombe plus ou moins parfait j 
ils laissent échapper leur graine la même année. 

Le Pinus tœda s'élève à plus de a 5 mètres ( 8o 
pieds) sur 8 à i o décimètres ^2 à 3 pieds) de diamètre , 
et sa cime est très-large. Ceux de ces arbres qui m'ont 
paru le plus élevés sur une moindre grosseur, crois- 
sent à peu de distance de Richemond , dans un terrein 
léger et assez aride. On auroit pu tirer de plusieurs 
individus que j'y ai observés , des cylindres très- 
réguliers de 3o à 4o centimètres (12 à i5 pouces) 
de diamètre sur 16 à 17 mètres ( 5o pieds) de lon- 
gueur, et sans aucune apparence de nœuds. 

lue Pinus serotina et le Pinus rigida sont, comme 
je l'ai remarqué y très-chargés d'aubier, mais le Pi- 
nus tœdamsi paru l'être encore davantage. J'ai tou- 
jours vu avec surprise que des arbres de 7 décimè- 
tres (3o pouces) de diamètre, à i mètre ( 3 pieds ) 
de terre , avoient 5 a6 décimètres ( 20 à ^4 pouces ) 
d'aubier, et je n'ai jamais trouvé dans des individus 
d'environ 3 décimètres (^un pied J de grosseur, et 
de 10 à II mètres (30 à 35 pieds) de haut, plus 



100 piNus tj:da. 

de 3 centimètres ^ un pouce) de cœur ou de vrai 
bois : aussi les couches concentriques sont - elles 
extrêmement espacées dans ce Pin, et c'est ce qui 
explique la grande rapidité avec laquelle il croît , 
surtout dans les Etats méridionaux, oi^i j'ai le plus 
souvent fait cette observation. En Virginie oii il 
vient dans des terreins plus secs, et par conséquent 
moins rapidement, il n'a pas autant d'aubier, et son 
bois est d'une contexture plus compacte. Je m'en 
suis assuré en visitant les moulins à scie de la ville 
de Petersburgh , où l'on apporte beaucoup de tron- 
çons de cet arbre, pour y être débités sous diffé- 
rentes formes. 

Les trois quarts des maisons de cette ville, et 
presque toutes celles des campagnes voisines , sont 
entièrement construites en bois de Pinus tœda. On 
l'employé même pour les planchers du rez-de-chaus- 
sée à défaut du Pinus mitis qui seroit bien préfé- 
rable, s'il n'étoit pas si difficile de se le procurer, 
aussi sont-ils mal joints et pleins d'inégalités, car 
quoique les planches destinées à cet usage n'aient 
que 1 1 centimètres Ç /j. pouces ) de large et qu'elles 
soient bien clouées sur les solives, elles se retirent 
encore. Cet inconvénient qui provient du grand 
ëcartement des cercles annuels dont les intervalles 
sont remplis d'une substance très - spongieuse , est 
loin de se trouver dans \e Pinus aust rails -^ car ce 
dernier a plus de couches concentriques , dans 3 
centimètres fun pouce) de largeur que le Pinus tœda 
dans 3 décimètres C I pied j. 



PINUS TiEDA. 10 r 

Dans les ports des Etats méridionaux, on se s^rt 
de ce Pin comme du Pinus ri^ida dans ceux du 
nord, pour faire les corps de pompe des vaisseaux , 
parce qu'on peut facilement, en les perforant, ôtcr 
tout le cœur à des arbres d'un grand [diamètre. A 
Charleston , dans la Caroline du sud , les quais sont 
remblayés avec des tronçons de cet arbre qu'on re- 
couvre de terre. Les boulangers chauffent aussi leurs 
fours avec son bois, et ils le paient un tiers de 
moins que celui du Pinus aust redis qui est plus 
résineux. 

Tous ces usages , comme on le voit, sont très-se- 
condaires , et c'est avec raison que dans ces contrées 
on regarde le Pinus tœcla comme un des moins utiles. 
D'ailleurs, il pourrit avec une grande rapidité , lors- 
c[u'il est exposé aux injures de l'air, et on lui repro- 
che encore de s'emparer très-promptement des ter- 
res abandonnées, et d'y croître si vite qu'il multiplie 
les travaux pour les soumettre de nouveau à la cul- 
ture. Mais si le Pinus tœda est peu estimé des Amé- 
ricains, il peut être très-utile dans le midi de l'Eu- 
rope, oîi tout arbre d'une belle venue et d'une crois- 
sance très-accélérée doit être considéré comme un 
bienfait de la nature. On pourroit s'en servir pour tous 
les ouvrages non apparens de menuiserie, pour les 
caisses d'emballage, etc. C'est à l'expérience à déci- 
der si dans les landes de Bordeaux , sa végétation 
ne seroit pas plus rapide que celle du Pinus niari- 
tinia. Si je désigne cette partie de la France, ce n'est 
pas que j'ignore que cet arbre supporte les froids 



102 PINUS T^DA. 

qu'on éprouve aux environs de Paris , et même qu'il 
y fructifie 5 mais je doute qu'il puisse y prendre tout 
le développement qui lui est naturel. 

Le Pinus tœda fournit abondamment de la téré- 
benthine , mais elle est moins fluide que celle du 
Pinus australis. On en a fait l'observation en sou- 
mettant au même travail quelques-uns de ces Pins, 
qui se trouvent à proximité des cantons où l'on ex- 
ploite ce dernier pour en tirer les produits résineux. 
Comme le Pinus tœda a beaucoup plus d'aubier, 
et que c'est de cette partie de l'arbre que découle 
seulement la térébenthine , on pourroit lui faire des 
incisions plus profondes, et il seroit possible qu'on 
obtînt même une plus grande quantité de cette 
substance. 

La figure qu'en a donnée Sir A. B. Lambert est 
exacte , mais il est dans l'erreur lorsqu'il dit que cet 
arbre ne parvient qu'à une petite hauteur n Arbor 
humiliSy etc. » ; c'est, au contraire, suivant moi , de 
tous les Pins des Etats-Unis , celui qui , après le Pi- 
nus strohus arrive à la plus grande élévation. 

PLANCHE IX. 

Fig. 1 , feuille. Fig, a , graine. 




/l,:,:.;, ,M 



PIN US Su'ol)us 



PINUS STROBUS. 

THE mil TE PIJSE 

Pin US strohus , arhor excelsa ; corti'ce lœvi , cinereo 
œtate ;folus quinis , gracilibus , vagini's nullis ; amentis 
mas eu lis parvis , rufis ; strobilis lœvigatis , pendulîs ^ 
longo-cylendraceis. 

P. strobas. Linn. 

Cette espèce de pin , l'une de celles de l'Amé- 
rique septentrionale qui offre le plus d'intérêt, est 
connue, dans tous les Etats-Unis aiôsi qu'en Canada, 
sous le seul nom de FThite pine^ Pin blanc, à 
cause de la couleur de son bois qui est toujours très- 
blanc au moment où il vient d'être travaille : elle 
reçoit cependant encore quelquefois dans le New- 
Hampshire et dans le district de Maine, les> dénomi- 
nations secondaires de Pumpkin pine ^ Pin potiron; 
àiAple pine , Pin pomme, et de Sapling pine^ Pin 
baliveau, qui, comme nous le verrons, sont les ré- 
sultats de quelques propriétés particulières. 

Les feuilles du Piniis strobus , longues d'environ 
1 1 centimètres ( 4 pouces) , sont toujours nombreuses 
et réunies au nombre de cinq ; elles sont fines, dé- 
liées, d'un vert légèrement bleuâtre : et cet arbre 
doit sans doute à ce feuillage léger et délicat la forme 
agréable et élégante qu'il offre assez constamment 
dans les jeunes individus. Les chatons qui portent 
les fleurs mâles , sont rassemblés au nombre de cinq 
ou six et courbés en différens sens les uns sur les 



I04 PINUSSTROBUS. 

autres : leur longueur est d'environ i centimètre (4 à 
5 lignesj ; ils deviennent rougeâtres avant de tomber. 
Les cônes longs environ de lo à 12 centimètres (4 ^ 
5 pouces) , sur environ 1 centimètres [ 10 lignesj de 
diamètre à leur portée moyenne , sont pédicules , 
pendans , un peu arqués et composés d'écaillés 
minces , lisses et arrondies à leur base. Ils s'ou- 
vrent vers le i^"". octobre , pour laisser tomber leurs 
graines , dont une partie est souvent retenue par la 
térébenthine qui suinte des écailles. 

Le Pinus strobus se trouve dans une vaste éten- 
due de pays, mais non pas par-tout avec une égale 
abondance; car un froid extrême, et surtout une 
trop forte chaleur finissent par le faire disparoitre 
entièrement. Vers le nord, c'est sur les bords de la 
rivière Mistassins, à environ l'jokilomètr. (^4oli^uesJ 
de son embouchure dans le lac S. Jean en Canada , 
par le 48° 5o' de latitude , que mon père observa le 
premier Pinus sti^obus , en revenant de la baie 
d'Hudson, après avoir traversé environ 44 myria- 
mètres T 100 lieues) de pays, sans en apercevoir au- 
cun. Mais en avançant 1 degrés au sud, il le trouva 
assez commun ; ce qui est dû sans doute , plutôt 
à la nature du sol , plus favorable à la végétation 
de cet arbre , qu'à la différence si peu sensible que 
cette petite distance doit apporter dans la tempé- 
rature. Il résulte encore des observations de mon 
père et des miennes, que c'est entre les 47® et 43° 
de latitude que cet arbre est le plus abomdamment 
répandu; car, dans les pays situés plus au midi. 



PIN us STR OBUS loj 

on ne le voit que dans les vallons ou sur le pen- 
chant des monts AUéghanys , jusqu'à leur termi- 
naison en Géorgie, et on cesse de le trouver dans 
les pays à l'est et à l'ouest de ces montagnes, à cause 
de la chaleur trop forte qui s'y fait sentir. On as- 
sure que le Plnus strobus est aussi très-multi- 
j^ïlié aux sources du Mississipi , ce qui est très-vrai- 
semblable , puisqu'elles sont situées sous la même 
latitude que les contrées où il parvient à son plus 
grand accroissement, comme dans le District de 
Maine, la partie supérieure de New- Hampshire 
l'Etat de Vermont et le haut du fleuve S. -Laurent. 
Dans ces diverses parties des États-Unis , je l'ai trou- 
vé dans les sites les plus opposés. 11 paroit , en effet 
s'accommoder de toute espèce de terrein, car il se 
fait remarquer par-tout où le sol n'est pas entière- 
ment formé d'un sable maigre et aride, ou conti- 
nuellement submergé. Cependant la partie la plus 
déclive des vallons , dont la terre est douce, friable 
et très-fertile , les bords des rivières où elle est 
composée d'un sable noir, profond et toujours frais 
les marais remplis de Thuia occidentalis , dont la 
surface est tapissée d'un lit épais de sphagmun et 
constamment humide, sont les sites où Ton ren- 
contre les individus qui atteignent le plus grand 
développement. Près de Noridgev\^ock , sur la rivière 
de Rennebeck , dans un de ces marais de Thuia 
où on ne peut avoir accès que dans le milieu de 
l'été, j'ai mesuré deux de ces arbres abattus pour 
faire des pirogues: l'un avoit 5o mètres ( i54 pieds 1 
I. ,4 



1 06 P I ]V U s s T R O B U s. 

de longueur sur i mètre 45 centimètres ( 54 pouces) 
de diamètre à i mètre (3 pieds) de terre, et l'autre 
46 mètres (14^ pieds) sur i mètre i4 centimètres 
(44 pouces) à la même hauteur. Belknapp dans son 
Histoire du New-Hampshire , rapporte qu'on coupa 
près de la rivière Merimack , un Pinus strohus qui 
avoit 2 mètres 4B centimètres ( 7 pieds 8 pouces) 
de diamètre et moi-même j'ai vu près d'Hollow^ell , 
la souche d'un individu qui avoit un peu plus de 

2 mètres (6 pieds). Ces arbres remarquables par 
leur grosseur extraordinaire , ëtoient probable- 
ment arrivés à la plus grande élévation où par- 
vient le Pinus strobus qui est d'environ 58 mè- 
tres ( 180 pieds). Des personnes dignes de foi m'ont 
assuré qu'elles en avoient fait abattre qui avoient à 
peu près cette hauteur, mais elles regardoient cette 
dimension comme extraordinaire , et ne se rencon- 
trant que bien rarement. Je suis donc porté à croire 
que c'est d'après des renseignemens inexacts que 
quelques auteurs ont avancé que le Pinus strohus 
s'élevoità plus de 84 mètres ( 260 pieds). Au reste 
cet antique et majestueux habitant des forêts de 
l'Amérique du nord n'en est pas moins le plus élevé 
comme le plus précieux des arbres qui les composent, 
et sa cime élancée dans les airs, les surpasse tous de 
beaucoup et le fait apercevoir à de grandes distances. 
Sa tige est sans branches jusqu'aux deux tiers et 
même aux trois quarts de sa hauteur, et les bran- 
ches sont véritablement très-courtes proportionnel- 
lement à la grosseur du tronc. Elles sont verticil- 



PINUS STROBUS. IO7 

lées ou disposées par étage les unes au dessus des 
autres , et garnissent ainsi le reste du corps de l'ar- 
bre jusqu'à son sommet : alors les trois ou quatre 
derniers rameaux se relèvent et présentent un bou- 
quet qui semble comme détaché et dont on aper- 
çoit à peine le support. 

Lorsqu'au contraire le Pinus strohus se trouve 
disséminé dans les forêts d'Erables à sucre, de Hê- 
tres, ou parmi les Chênes de différentes espèces, 
comme sur les bords du lac Champlain , et qu'il croit 
dans une terre forte , substantielle et propre à la 
culture du froment, alors il présente une tête très- 
ramifiée qui embrasse beaucoup d'espace, et quoique 
dans ces sortes de terrein il parvienne à une moindre 
élévation , il n'en est pas moins encore le plus grand 
et le plus vigoureux des arbres au milieu desquels il 
se trouve. 

Dans le District de Maine et à la Nouvelle-Ecosse , 
j'ai rencontré fréquemment des terreins abandonnés 
à cause de leur stérilité, et j'ai toujours observé 
que le Pinus strohus étoit l'arbre du pays qui s'em- 
paroit le premier du sol, et qui, quoique jeune et 
souvent isolé, résistoit le mieux aux vents impétueux 
de l'Océan. 

Dans les jeunes individus qui n'ont pas plus de 
i3 mètres ( l\o pieds ), l'écorce du tronc , et surtout 
des jeunes branches, est lisse et même luisante ^ 
mais à mesure que les arbres vieillissent, elle se 
fendille , devient rugueuse et d'une couleur grise ^ 
elle ne tombe pas non plus par écailles, comme 



108 PINUS STROBUS. 

dans les autres espèces de Pins. Le Pinus strobus 
en diffère aussi par son tronc qui ne conserve pas, 
comme ces derniers, un diamètre uniforme jusqu'à 
une grande hauteur; car il diminue au contraire 
très-sensiblement, à partir du pied jusqu'au sommet, 
quoique cela paroisse moins remarquable dans les 
vieux arbres. Il résulte de là beaucoup de perte lors- 
qu'on veut avoir des pièces d'une grande longueur et 
de même grosseur aux extrémités. Mais cet inconvé- 
nient est en quelque sorte compensé par l'avantage 
qu'il a d'être plus gros et d'avoir fort peu d'aubier ; 
car un Pinus strobiis de 3i centimètres [i pied) de 
diamètre à i mètre ^3 pieds) de terre, n'en a guère 
plus de 2,7 millimètres (i pouce) tandis qu'un Pinus 
miiis de la même grosseur , en auroit io,o (4 ou 5 ) , 
et un Pinus tœda 28,8 ( 10 ou 11). Cette propriété 
est assez importante, puisque dans toutes les cons- 
tructions , on doit dépouiller avec soin les plan- 
ches et les madriers de leur aubier qui est sujet à 
se pourrir très-promptement ou à être attaqué par 
les vers. 

Parmi les nombreuses espèces de Pins que pos- 
sède l'Amérique septentrionale,, il n'en est aucune 
dont le bois soit employé en aussi grande quantité 
et à des usages aussi variés : ce n'est pas cependant 
que le bois du Pinus strobus soit sans défauts , car 
il en a même d'assez essentiels, ôomme de n'avoir 
pas beaucoup de force , de tenir mal les clous , et 
d'être parfois sujet à se gonfler dans les temps hu- 
mides: mais ces défauts sont rachetés par une mul- 



PINUS STROB U§. 109 

tilude de propriétés qui lui assurent la supériorité 
sur tous les autres bois du genre des Pins. Il est 
tendre, léger, peu chargé de nœuds et facile à tra- 
vailler; il résiste mieux qu'aucun autre aux injures 
du temps, et il ne se fend pas aussi facilement aux 
ardeurs du soleil ; il fournit des planches d'une belle 
largeur, et des pièces de charpente de la plus 
grande dimension ; enfin il est encore abondant et 
à bon marché. 

J'ai toujours observé que l'influence du sol étoit 
plus sensible dans les arbres résineux que dans ceux 
qui perdent leurs feuilles. Le Pinus strobus en par- 
ticulier, a des qualités très-différentes selon la na- 
ture du sol où il croit. Lorsqu'il se trouve dans des 
terrains formés d'un sable gras, profond et humide, 
il réunit au plus haut degré celles de ses propriétés 
qui le font le plus estimer, et notamment la légèreté, 
ainsi que la texture fine et délicate de son grain qui 
permet de le couper net en tous sens, sans qu'il s'é- 
raille ; et c'est probablement par cette raison qu'on 
lui donne dans ce cas le nom de Pumpkin pine^ Pin 
potiron. Mais, lorsqu'il croit dans des terreins secs 
et élevés, son bois est plus ferme et plus résineux , 
son grain est plus grossier, ses couches concentriques 
sont très-espacées, et alors on l'appelle Saplin^ pine , 
Pin baliveau. 

Dans tous les Etats du nord, qui renferment la 
très-grande partie de la population des Etats-Unis, 
les sept dixièmes des habitans vivent encore dans des 
maisons construites en bois, et les trois quarts de 



IIO P I NUS STROBUS. 

ces maisons, dont on peut évaluer le nombre à plus 
de 5oo mille , sont presqu'entièrement faites de PU 
nus strobuSy non-seulement dans les campagnes et 
les villages, mais, dans toutes les villes, à l'excep- 
tion de Boston , New- York et Philadelphie , qui ce- 
pendant ont encore les maisons de leurs faubourgs 
et un petit nombre d'autres bâties de cette manière. 
Dans les églises et autres grands édifices , les plus 
grosses pièces de charpente sont aussi tirées de ce 
même arbre. 

Les moulures qui décorent les portes extérieures 
des maisons , les corniches et les frises qui ornent 
l'intérieur des appartemens , les manteaux des che- 
minées qui sont travaillés en Amérique avec beau- 
coup de soin, sont encore faits de ce même bois, de 
même que les cadres des glaces et des tableaux, car 
il a l'avantage pour ces différens ouvrages de prendre 
bien la dorure. Les sculpteurs en bois qui s'occupent 
exclusivement de faire les figures destinées à orner 
l'avant des vaisseaux , n'emploient également que 
le bois du Pinus strobus ', mais, ils préfèrent pour 
ce genre de travail, la variété que sa qualité tendre 
et peu résineuse fait appeler trivialement Pumpkin 
pine^ Pin potiron. 

A Boston , et dans les autres villes des Etats du 
nord, l'intérieur des meubles d'acajou, les malles, 
le fond des chaises de Windsor de deuxième qualité , 
les seaux à puiser de l'eau , une grande partie des 
caisses destinées à emballer les marchandises, les 
cases et tablettes des magasins et boutiques sont faites 



PINUSSÏROBUS. III 

en planches de cet arbre, ainsi qu'une infinité d'au- 
tres ouvrages. 

Dans le District de Maine , on en fait aussi des 
barils pour le poisson salé, mais on y emploie de 
préférence la variété dite Sapling pine^ dont le bois 
a plus de force. 

Les magnifiques ponts en bois qui sont construits 
l'un à Philadelphie sur la Schuylkill , et l'autre à 
Trenton sur la Delaware ; ceux qui unissent Cam- 
bridge et Charleston à la ville de Boston , dont l'un 
a 974 niètres , [ 3,ooo pieds } de longueur , et l'autre 
487 (i5oo), sont faits en bois de Pinus s tr obus y 
qu'on a préféré comme résistant le mieux aux alter- 
natives de la chaleur et de l'humidité. 

Il fournit encore exclusivement à la mâture des 
nombreuxvaisseauxqui se construisent dans les Etats 
du nord et du milieu , et il seroit bien difficile de 
le remplacer pour cet objet dans l'Amérique septen- 
trionale. On dit même qu'avant la guerre de l'indé- 
pendance, l'Angleterre faisoit venir des Etats-Unis 
les mâts nécessaires à sa marine militaire et marchan- 
de , et encore aujourd'hui, elle en tire de ce pays 
pour suppléer à ce qu'elle ne peut se procurer dans 
le nord de l'Europe. C'est du District de Maine , 
et notamment de la rivière de Rennebeck que sont 
venus en Angleterre les plus beaux échantillons. 

Le gouvernement anglois, peu de temps après 
l'établissement de ses colonies dans cette partie du 
monde, sentit tout l'avantage de posséder de belles 
mâtures, et toute l'importance de leur conservation ; 



112 PINUS STROBUS. 

il rendit en 171 1 et en i 721 , les ordonnances très- 
sévères pour défendre, dans les propriétés royales, 
la coupe des arbres propres à la mâture. Cette défen- 
se s'étendoit aux vastes contrées qui sont bornées au 
midi par le New- Jersey et au nord par l'extrémité 
septentrionale de laNouvelle-Ecosse. J'ignore jusqu'à 
quel point on a tenu la main à leur exécution de- 
puis cette époque jusqu'à la révolution américaine ; 
mais ce que j'ai observé dans mes voyages, c'est que 
de Philadelphie jusqu'au delà de Boston, c'est-à- 
dire, dans une étendue d'environ 600 milles, on ne 
trouveroit plus un seul de ces arbres propre à mater 
un navire de 600 tonneaux. 

L'avantage le plus marqué qu'ont les mâts de Pinus 
stj^obus ont sur ceux de Riga, c'est d'être incompa- 
rablement plus légers, mais ils sont moins forts et 
ont , à ce que l'on dit , le défaut de s'échauffer et 
de pourrir plus vite à l'attache des vergues et dans 
l'entrepont. Voilà ce qui donne au Pinus sjhes- 
tris la supériorité sur le Pinus strobus, même dans 
l'opinion de la majorité des constructeurs améri- 
cains ; mais quelques-uns d'entr'eux, cependant, 
pensent que les mâts de celte dernière espèce seroient 
tout aussi durables, si on avoit soin de garantir 
exactement leur sommet de l'humidité : c'est dans 
cette vue que quelques personnes , pour ajouter à 
leur conservation , ont imaginé de les faire percer 
d'un trou de plusieurs pieds à leur partie supérieure, 
et de boucher ce trou hermétiquement après l'avoir 
rempli d'une certaine quantité d'huile, qui se trouve, 



PI NUS s TRO BUS. Il3 

dit-on , absorbée au bout de quelques mois. On se 
sert encore en Angleterre du Pirius strohus pour faire 
]es vergues et les mâts de baupré des vaisseaux de 
guerre. 

Cet arbre n'est pas assez résineux pour qu'on puisse 
en extraire de la térébenthine, et fabriquer du gou- 
dron avec son bois pour subvenir aux besoins du 
commerce. Ce travail, d'ailleurs, ne seroit pas facile , 
car il est rare qu'il couvre seul quelques centaines 
d'arpens, étant le plus souvent mêlé, en différentes 
proportions, parmi les arbres à feuilles tombantes. 

Pour compléter la description du Pinus strobus ^ 
je crois devoir indiquer avec plus de précision les 
diverses partie des Etats-Unis d'où Ton tire aujour- 
d'hui, non -seulement tout ce qui s'y consomme, 
mais encore ce qui est exporté tant en Europe qu'aux 
colonies des Indes occcidentales ; car cet arbre a 
cela de particulier, que la grande consommation qui 
s'en fait chaque année , oblige à aller faire les coupes 
dans des cantons tellement reculés, qu'ils ne seront 
pas habités avant vingt- cinq ou trente ans; ce qui 
n'a pas lieu à l'égard des autres espèces d'arbres du 
pays. 

Les hommes entreprenans qui se livrent à cette 
exploitation , surtout dans le District de Maine, sont 
la plupart de nouveaux émigrans {^setlers)^ qui ont 
quitté le New-Hampshire , entraînés les uns par Tin- 
constance de leur caractère, les autres par le désir 
de se procurer rapidement les moyens d'acquérir une 
centaine d'acres de terre , pour l'établissement de 
I. i5 



Il4 PINUS STROBUS. 

leur famille '. Ces hommes se réunissent en petites 
bandes, se transportent en été au milieu de ces vastes 
solitudes, et les parcourent dans tous les sens pour 
reconnoitre les endroits les mieux garnis de Pinus 
strohus. Ils coupent ensuite les herbes qui croissent 
dans les environs , et les convertissent en foin pour 
la nourriture des bœufs qu'ils doivent ramener avec 
eux ; puis ils regagnent le pays où ils habitent. 
L'hiver arrivé , ils reviennent dans ces forets , s'éta- 
blissent dans des huttes couvertes en écorces de 
Bouleau à papier ou de Thuia occidentalis y et quoi- 
que la terre soit alors couverte de plus d'un mètre et 
demi ^4 ^ ^ pieds) de neige et que le froid soit si 
excessif que quelquefois le mercure se soutient pen- 
dant plusieurs semaines à i8 et 20 degrés au-dessous 
du point de congélation, ils se livrent, avec autant 
de courage que de persévérance, à l'abattage des ar- 
bres, les coupent par tronçons , lo^s , de 5 à 6 mé- 
trés (i4 ^ 18 pieds) de longueur, et au moyen de 
leurs bœufs , qu'ils emploient avec beaucoup d'a- 
dresse^ ils les amènent aux bords des rivières, et 
après les avoir estampés de leur marque, ils les rou- 
lent dans leur lit qu'ils en emplissent par milliers. 
Au printemps , les glaces venant à se briser, ces logs 
ou tronçons sont entraînés avec elles par le courant. 
C'est à^Wenslow, éloigné d'environ l^o lieues de la 
mer, que tous les tronçons qui arrivent par la ri- 
vière de Rennebeck, sont arrêtés par les bûcherons 

' Les prix des terres dans les comtes de Kennebeck étoit , en 1807 j 
épo(jae à laquelle j'étois dans le pays , de 5 à 6 piastres l'acre. 



PIN us STROBUS. Il5 

qui s'y sont rendus à lavancc. Ils trient au moyen 
de leur marque, ceux qui leur appartiennent , les 
mettent en radeaux et les vendent aux propriétaires 
des nombreux moulins à scie établis entre cette pe- 
tite ville et la mer, ou bien ils les (ont débiter à leur 
compte, en abandonnant la moitié ou même les 
trois quarts du produit, si la coupe de la saison a 
été abondante. 

Au mois d'août 1806, que j'étois à Wenslow, des 
milliers de ces logs ou tronçons couvroient encore 
la rivière. Je les examinai et je remarquai que le dia- 
mètre de la plus grande partie d'entr'eux étoit d'en- 
viron 40 à7|3 centimètres, ( i5 à 16 pouces J et que 
le reste que j'évaluai à un cinquantième à peu-près , 
pouvoit en avoir 5o (20). Le Fraxinus discolor et 
le Pinus ruhra étoient les seules espèces d'arbres 
qui se trouvassent entremêlés avec le Pinus strobiis , 
mais elles n'en formoient pas la centième partie. Si 
tous ces bois ne sont pas débités dans le courant de 
la même année , ils sont sujets à être attaqués par 
de gros vers qui les perforent dans tous les sens de 
trous de 5 millimètres ( 2 lignes) de diamètre; mais 
s'ils sont dépouillés de leur écorce , ils peuvent res- 
ter exposés aux injures de l'air pendant plus de trente 
ans sans s'altérer en aucune manière. Cette remarque 
s'applique encore à la souche de cet arbre, qui résiste 
aussi un laps de temps considérable aux alternatives 
de la chaleur et de l'humidité ; et il est même passé 
en proverbe dans ces contrées, que tel qui a abattu 
un Pinus strobus ne vit jamais assez pour le voir 



Il6 PINUSSTROBUS. 

tomber en pourriture; et, effectivement, j'ai vu au 
milieu de la petite ville d'Hollovs^ell située sur la 
rivière de Kennebeck , plusieurs souches encore 
intactes y quoique les arlrres d'oii elles provenoient 
eussent été abattus depuis plus de quarante ans. 

Après le District de Maine , qui, en réunissant ce 
qui vient à Boston du New-Hampshire par la ri- 
vière Merimack, fournit peut-être les trois quarts de 
tout le Pinus strobus exporté des États-Unis , les ri- 
ves du lac Champlain m'ont paru le plus abondam- 
ment peuplées de cette espèce et assez favorablement 
situées pour leur écoulement. Cet écoulement a 
lieu dans deux directions différentes : tout ce qui 
s'exploite à partir de Ticonderoga et au dessous, ce 
qui comprend les trois quarts de la largeur du lac 
Champlain, qui est d'environ i5o milles, est con- 
duit à Québec par la rivière Sorel et le fleuve S. Lau- 
rent. Cette distance est de 270 milles. Quant à ce qui 
s'en coupe dans la partie supérieure du lac , il vient 
à Skeenboroug, petite ville située à sa naissance et 
y est débité en planches. En hiver , ces planches 
sont portées sur des traîneaux à Albany, distant de 
'70 milles, et au printemps suivant elles sont char- 
gées , avec tout ce que la rivière du nord fournit, 
sur des sloops y bateaux de 80 à 100 tonneaux, qui 
les amènent à New- York, d'où elles sont encore 
exportées en grande partie aux colonies occidentales 
et même dans les Etats méridionaux. 

J'ai eu occasion de voir un extrait des registres 
de la douane du Eort S. Jean en Canada , et j'ai re- 



P I N U s s T R O B U s. II 



marqué que la quantité de cette espèce de bois qui 
est passée par la rivière Sorcl, depuis le i*''. mai 1807 
jusqu'au 3o juillet suivant, pour se rendre à Québec 
y est portée ; savoir: pièces écarries, à 43,098 mètres 
( 132,720 pieds) cubes; planches ordinaires .^1,9^6 
mètres ( 160,000 pieds j ; planches d'environ 5 cen- 
timètres (^ 2 pouces) d'épaisseur, à 21, 558 mètres 
( 67,000 pieds ) ; et , en outre , 20 mâts et 45'45 logs 
ou tronçons qui ont les mêmes dimensions que ceux 
qui sont débités dans le District de Maine. 

La partie supérieure de la Pensylvanic où la De- 
laware'et la Susquehanah prennent leur source, et 
qui est très -montagneuse et très -froide , quoique 
située entre les 4ï° et 4^° de latitude, a ses forets 
abondamment peuplées de ce Pin. 11 en descend au 
printemps une grande quantité qui fournit à la con- 
sommation de la partie intérieure du pays et qui en- 
tre dans la construction de la plupart des maisons 
tant dans les villes que dans les campagnes. On 
en débite aussi beaucoup en planches que l'on ex- 
porte de Philadelphie aux colonies occidentales. 
C'est également du haut de la Delaware que vien- 
nent à Philadelphie les mâts des vaisseaux de toute 
grandeur que l'on construit dans ce port. 

Au-delà des monts Alléghanys, c'est seulement 
aux sources de la rivière du même nom , éloignées 
de i5o à 180 milles de son embouchure dans l'Ohio, 
que s'exploite tout le Pinus sti^obus qui est envoyé 
à la Nouvelle-Orléans, dont la distance est de 2,900 
milles = 399 myriamètres ( 900 lieues). Les trois 



Il8 PTNUS STROBUS. 

quarts des maisons de Pittsburgh , deWheeling, 
et de Washington en Rentucky, sont bâties en plan- 
ches de ce Pin qui ne se vend à Pittsburgh que 6 à 

7 dollars ( 3o à 35 francs J les mille pieds cou- 
rans. 

Quoique le District de Maine fournisse , comme 
nous l'avons vu , la très-grande partie du Pinus 
strobus destiné à être exporté , et que beaucoup de 
navires s'en chargent directement de cette province 
pour l'extérieur, cependant c'est la ville de Boston 
qui est , principalement dans les Etats méridionaux , 
l'entrepôt général de cette branche de commerce. 
Les bois qui proviennent de cet arbre , s'y trouvent 
dans les chantiers sous les formes suivantes: 

i«. En pièces écarries de 4 ^ ^ mètres Ç ii k 15 
pieds) de longueur sur différens diamètres; 

2°. En scantling , pièces sciées carrément au des- 
sous de i6 centimètres ^6 pouces) d'épaisseur, des- 
tinées pour chevrons ou charpente légère ; 

3°. En planches qui se distinguent en merchan- 
tahle hoards ^ planches marchandes ou ordinaires, 
et en clear hoards ^ planches de choix. Les pre- 
mières ont 2 centimètres ( trois quarts de pouce ) 
d'épaisseur, 3à5 mètres ( lo à i5 pieds) de longueur 
et 27 à 40 centimètres ( 10 à i5 pouces ) de largeur, 
et elles sont souvent parsemées de nœuds 5 on leur 
donne à New-York le nom à'Albanj boar^ds, plan- 
ches d'Albany , et leur prix est à peu près le 
même dans cette ville qu'à Boston , où il varie de 

8 à 10 dollars (4o à 5o francs) les mille pieds cou- 



PINUSSTKOBUS. IIQ 

rans: les planches de choix, clear boards^ lirées des 
■plus g^ros arbres y Pumpkin pine y ont la mcme lon- 
gueur et épaisseur que les premières, mais leur lar- 
geur est de ^7 , 6\ et 80 centimètres ( 20 , i^ et 3o 
pouces; elles doivent être sans aucun nœud, mais 
cependant on regarde comme telles celles qui n'en 
ont que deux qu'on puisse couvrir avec le pouce. 
Leur prix est de 20 à 26 dollars ( 100 à i25 francs) 
les mille pieds courans. Elles sont employées pour 
tous les ouvrages légers et délicats , et surtout pour 
les panneaux des portes et les boiseries des apparte- 
mens, ce qui leur a fait donner à Philadelphie le 
nom de panneaux de Pin blanc FThite pine panels -^ 

40. En clap hoards espèce de planchettes longues 
de I mètre 33 centimètres (4 pieds), larges de 16 
centimètres ( 6 pouces) et épaisses de 7 millimètres 
(3 lignes) d'un côté et plus minces de l'autre. On 
s'en sert encore dans les Etats du nord à revêtir ex- 
térieurement les maisons: on les place, pour cela, 
horizontalement les unes au-dessus des autres, le 
bord mince en dessous; 

50. En essentes ou bardeaux, shingles ^ qui ont 
ordinairement 48 centimètres, ( 18 pouces) de long 
sur 8 à 16 centimètres ( 3 à 6 pouces) de large, et à 
peu près 7 millimètres ( 3 lignes) à l'extrémité la 
plus épaisse. Elles sont sans aucuns nœuds et doi- 
vent être faites seulement avec le cœur de l'arbre, 
ces bardeaux sont mis en paquets carrés et rangés 
de manière que le bout le plus mince est en dedans: 
le tout est maintenu au moyen de deux tringles en 



120 PINUS STROBUS. 

bois placées transversalement, l'une dessus et l'autre 
dessous , et qui sont attachés avec deux harts. Les 
paquets de bardeaux sont quelquefois de 5oo , mais 
le plus souvent de iSo. Dans ce dernier cas, pour 
que le nombre s'y trouve à très-peu de chose près, ils 
doivent avoir 58 centimètres ( 22 pouces) de large 
et on doit compter à chaque coin 25 bardeaux. Le 
prix à Hollowell , au mois de juillet 1807, étoit de 
3 dollars le millier. Deux hommes peuvent en faire 
16 à 1800 par jour. 

Toutes les maisons de la ville de Boston, ainsi que 
celles des autres villes et des campagnes dans les 
Etats à l'est de la rivière Hudson , sont couvertes avec 
ces essentes qui durent seulement douze à quinze 
ans. On en exporte encore une grande quantité 
dans toutes les Antilles. Dans les colonies françoises 
on leur donne le nom d'essentes blanches. 

On peut juger par ces détails combien la consom- 
mation du bois du Pinus strobus est considérable 
dans les Etats-Unis; mais elle l'est aussi beaucoup 
en Europe et aux colonies occidentales. D'après 
un exposé des importations , des productions des 
Etats-Unis présenté au parlement de la Grande-Bre- 
tagne , la masse totale des bois arrivés de ce pays 
en Angleterre dans le courant de 1807 est estimée 
à i,3o2,g8o piastres ou 6,840,660 francs. Or, je crois 
que le bois du Pinus strobus peut bien entrer pour 
un cinquième dans cette masse. Il se vendoit en 
1808 à Liverpool , 2 sh. 7 d. sterl., environ 3 francs 
le pied cube ; iesplanks^ planches de 5 centimètres 



PI NU s STKOBliS. l'JI 

(2 pouces) d'épaisseur sur environ 33 centimètres 
( I pied j de large, cinq sols, et les planches ordi- 
naires , six sols. Dans un autre exposé, également 
officiel , sur l'importation des denrées des Etats- 
Unis dans les colonies angloises des Indes occiden- 
tales , pendant les années 1804, i8of> et 180G , la 
masse totale desboisy est portée à i i5,o68,ooo pieds; 
ce qui donne environ 38,35G,ooo pieds pour cha- 
cune de ces trois années; et en évaluant à un tiers 
de cette dernière quantité celle qui est fournie par 
le Piinis strohus ^ elle seroit de 12,785,000 pieds, 
composée principalement de planches, descantlin^s 
et de bardeaux. 

Dans ces diverses évaluations, qui ne sont que 
très-approximatives, ne sont pas compris les bois de 
cette même espèce de Pin , qui passent directement 
en Angleterre de la Nouvelle-Brunswick , province 
limitrophe de celle du District de Maine , ni celui 
qui est envoyé des Etats-Unis, dans toutes les co- 
lonies occidentales qui ne dépendent pas de la 
Grande-Bretagne , oii il s'en fait également un très- 
grand emploi. Maison n a eu seulement en vue, en 
entrant dans ces détails, que de donner ici une idée 
de la grande consommation du bois de Pinus stro- 
hiis , ces développemens ayant paru faire naturelle- 
ment partie de l'histoire de cet arbre ; on a voulu 
aussi montrer combien sa disparition , peut - être 
presque totale dans un siècle , des contrées où il s'ex- 
ploite aujourd'hui en si grande quantité, pèsera sen- 
siblement sur le nord des Etats-Unis. 

I- 16 



122 PINUS STROBUS. 

Les qualités précieuses du Pinus strohus et les 
nombreux usages auxquels on l'emploie, doivent en- 
gager sans doute à le propager en Europe. Il vient 
bien dans le centre de la France, mais je ne crois 
cependant pas que le climat de cette partie de l'Em- 
pne lui soit parfaitement convenable ; je pense au 
contraire, que c'est sur les bords du Rhin, dans les 
vallées des Alpes et des Pyrénées et les pays froids 
et humides de l'Allemagne, de la Pologne et de 
la Russie, que sa réussite sera la plus assurée; car sa 
végétation m'a déjà paru plus belle et plus prompte 
dans la Relgique que dans les environs de Paris. Ce 
sera donc lorsqu'on renouvellera dans ces contrées 
les forets de Pinus sylvestris et à'Epicia , qu'on de- 
vra y introduire le Pinus strohus , et qu'on pourra 
décider, d'après les observations qu'on sera à même 
de faire par la suite , si cet arbre si utile en Amé- 
rique , est susceptible d'être naturalisé avec succès 
dans les forets européennes. 

PLANCHE X. 

Fîg. 1 , feuille. Fig. a , graine. 




/.V.,„v,- ,/-/ 



ABIES Nigra. 



ABIES NIGRA. 

THE BLACK [DOUBLE) S P RU CE. 

Abies nigra , arbor maxima ; foliis undique c'irca ramos 
erectis , brevioribus , sub /\-gon/s. Strobilis ovatis , pen~ 
dulis , rigicUs ; squmnis sub undulatis , apice crenula- 
tis aut divisis. 

Cet arbre , qui appartient aux régions les plus 
lïoides de l'Amérique septentrionale, est nommé 
en Canada Epinette noire et Epinette à la bière ; 
Double spruce ^ Sapin double, dans le District de 
Maine et les Etats du New-Hampshire et de Ver- 
mont; et Black spruce ^ Sapin noir, à la Nouvelle- 
Ecosse : mais ces deux dernières dénominations sont 
connues des habitans de ces différens pays : seule- 
ment chacune d'elles est d'un usage plus général dans 
ceux que j'ai particulièrement indiqués. J'ai cru ce- 
pendant devoir préférer le nom de Black spruce , 
Sapin noir , qui m'a paru rappeler un caractère plus 
frappant et qui , d'ailleurs , se trouve en opposi- 
tion marquée avec celui de l'espèce suivante connue 
dans le pays sous le nom de White spruce , Sapin 
blanc : on désigne encore quelquefois \ Abies ni- 
gra sous le nom de Red spruce ^ Sapin rouge, 
par suite de l'influence que certaines localités exer- 
cent sur la qualité de son bois. Jusqu'à présent on a 
même regardé cette variété comme une espèce dis- 



1^4 ABIES NIGEA. 

tincte , ce qui n'est pas fondé ainsi que je le prou- 
verai dans la suite de cet article. 

Les contrées oiiV^bies nigra est le plus abondant, 
sont renfermées entre les 44® et 53^ de latitude sep- 
tentrionale et les55oet 75° de longitude occidentale, 
ce qui comprend le Bas-Canada, Terre-Neuve, la Nou- 
velle -Brunswick et la Nouvelle -Ecosse qui appar- 
tiennent à la Grande-Bretagne; le District de Maine, 
l'Etat de Vermont et la partie supérieure du New- 
Hampshire , dépendant des Etats-Unis. Ce Sapin est 
tellement multiplié dans ce? différentes contrées, que 
souvent il forme un tiers de la masse non-inter- 
rompue des forets qui les couvrent encore ; mais, 
sous une latitude plus méridionale , on ne le voit 
guère que sur le sommet des monts Alléghanys qui 
offrent des sites froids et humides, et notamment 
dans un marais d'une grande étendue, peu éloignée 
de Wilkesburry dans la Pensylvanie, ainsi que sur la 
Montagne Noire , dans la Caroline du nord , une des 
plus hautes des Etats méridionaux, et quia proba- 
blement reçu son nom de l'aspect sombre qu'elle a 
dans l'éloignement et qu'elle doit à la couleur fon- 
cée du feuillage de YAbies nigi^a : on le rencontre 
encore quelquefois aux environs de New-York et de 
Philadelphie dans les jw^tt?/?^ ou marais de Cupres- 
sus thujoïdes y mais dans ces terreins qui sont cons- 
tamment bourbeux, et quelquefois submergés une 
partie de l'année, cet arbre vient mal et ne s'élève 
qu'à une très-petite hauteur. 

Les feuilles de VAbies nigra sont d'un vert som- 



ABI f:,S NI G RA. 123 

bre et triste , longues d'environ 9 millinnètres C 4 
lignes), roides, très-nombreuses et très-rapprochees 
les unes des autres, et attachées isolément sur toute 
la surface des branches. C'est aux extrémités des ra- 
meaux les plus élevés que viennent les fleurs , aux- 
quelles succèdent de petits cônes ovales, rougeà- 
tres , et dont la pointe est tournée vers la terre j leur 
longueur varie depuis 18 millimètres ( 8 lignes) jus- 
qu'à un peu plus de 5 centimètres ( 1 pouces ). Ces 
cônes sont composés d'écaillés minces , légèrement 
crénelées à leur base , et dont quelques-unes sont 
souvent fendues jusqu'à moitié , dans les arbres les 
plus vigoureux , dont les fruits sont aussi les plus 
gros ; ils ne sont en maturité qu'à la fin de l'au- 
tomne; alors ils s'ouvrent pour laisser échapper leurs 
graines qui sont petites , légères , et que les vents 
emportent au loin , au moyen d'une aile dont elles 
sont surmontées. 

Les parties de l'Amérique septentrionale que j'ai 
indiquées comme celles où ce Sapin abonde le plus, 
sont fréquemment entrecoupées de collines plus ou 
moins élevées. C'est dans les vallons formés par ces 
collines dont le sol est humide, noir, profond et 
couvert d'un lit très épais de mousse, que se trou- 
vent les plus belles forets à'Abies nigra où les ar- 
bres sont tellement rapprochés qu'il n'y a entr'eux 
qu'une distance de 1 5 , 1 2 décimètres et même i met. 
(5, 4 et 3 pieds, j Cependant, ce peu d'intervalle ne nuit 
point à leur croissance, car ils y parviennent à leur 
plus grand développement, qui est de 25 à 3o mètres 



120 ABIES NIGRA. 

( 70 à 80 pieds ) sur 4^7 4^ ^t 54 centimètres ( i ^ , 
18 et 20 pouces j de diamètre. Leur sommet présente 
une pyramide très-régulière, qui donne à cet arbre 
une fort belle apparence lorsqu'il se trouve isolé. 
Cette forme agréable est due principalement à l'ar- 
rangement symétrique des ses branches qui s'éten- 
dent horizontalement et ne sont pas inclinées vers la 
terre , comme dans VAbies picea d'Europe qui est le 
véritable Norwajpine^ Pin de Norw^ège des Anglois, 
dont l'aspect est beaucoup plus triste , pour ne pas 
dire très-lugubre. 

Le tronc de VAbies ni^ra^ recouvert d'une écorce 
unie et non crevassée profondément comme celle 
des Pins , est encore remarquable par la perpendi- 
cularité de son ascension^ et par la régularité avec 
laquelle il diminue de grosseur depuis le pied jus- 
qu'au sommet qui est terminé par la pousse de 
l'année, dont la longueur est de 3o à 4o centimètres 
(12 à i5 pouces). On trouve encore cet arbre 
dans ces mêmes pays , sur le penchant des monta- 
gnes, dont le sol très-pierreux et peu humide, n'est 
recouvert que d'un léger lit de mousse; mais ces ter- 
reins étant moins favorables à sa végétation , sa crois- 
sance n'y est pas aussi belle, et il n'acquiert pas la 
même élévation. C'est ce qu'on observe également 
dans d'autres cantons désignés sous le nom de poor 
hlack lands , crû d'essence noire des terreins maigres. 
Les individus qui viennent dans ces sortes de terreins 
ont les feuilles plus courtes , plus épaisses, et d'un 
vert encore plus obscur. Leurs cônes sont aussi de 



ABIESNIGIIA. 12- 



moitië moins gros, mais en tout semblables aux 
autres pour la l'orme , et ils s'ouvrent à la même épo- 
que pour laisser échapper leurs graines. 

,La plupart du temps, et j'aurai plusieurs fois l'oc- 
casion d'en faire l'observation , les habitans des 
campagnes et les ouvriers en bois ne remarquent 
dans les arbres forestiers que quelques apparences 
qui les frappent, telles surtout que les qualités in- 
trinsèques de leur bois, sa couleur et celle de l'é- 
corce, et, comme d'ailleurs ils ne connoissent pas les 
caractèresbotaniquesquidift'érencientles espèces, ils 
donnent souvent aux mêmes arbres différens noms, 
tirés des qualités qui sont à leur portée et qui peu- 
vent varier suivant le terrein où ils croissent, sans 
s'embarrasser aucunement si ce sont des espèces dis- 
tinctes ou de simples variétés. C'est donc aux diffé- 
rences assez notables qui existent dans VAbies nigra 
suivant le sol oii on le trouve , qu'il faut attribuer la 
distinction que les habitans en ont faite en Sapin 
noir et en Sapin rouge : Black and Redspruce. C'est 
aussi d'après la grosseur véritablement remarquable 
des cônes delà dernière variété qui ont été envoyés 
en Angleterre, ainsi que sur des renseignemens in- 
exacts qui lui ont été fournis, que Sir K. B. Lambert 
s'est décidé , non pas, il est vrai, sans quelques dou- 
tes, à la décrire et à la figurer sous le nom àAbies 
ruhra. Il la présente encore comme inférieure , à tous 
égards , à l'autre variété , à laquelle il conserve le 
nom à^Ahies nigra^ tandis qu'au contraire, d'a- 
près ce que j'ai observé dans le pays même , c'est 



128 ALBIES NIGRA. 

dans celle nommée Sapin rouge que se trouvent 
réunies au plus haut degré, toutes les qualités qui 
font rechercher cette espèce de Sapin pour certains 
usages déterminés. M. Lambert eût été probable- 
ment confirmé dans son opinion que le Sapin rouge 
étoit une espèce distincte du Sapin noir, si on lui 
eût présenté des échantillons tirés du cœur de ces 
deux variétés ; car , dans le Sapin noir, le bois est 
très-blanc, tandis qu'il a réellement une teinte rou- 
geâtre dans le Sapin rouge : cette différence de cou- 
leur dans le bois qui a lieu . quelquefois dans les 
arbres d'une même espèce, ne peut provenir, je le 
répète, que de la différence des terreins dans lesquels 
ils croissent, car on ne doit pas douter non plus que 
le sol n'ait une influence marquée sur les qualités 
du bois. 

La force, l'élasticité et la légèreté, sont les qualités 
importantes que possède XAbies nigra^ et, d'après 
ce qu'a écrit Josselyn dans son histoire de la Nou- 
velle-Angleterre , publiée à Londres en 1672, ces 
qualités le faisoient regarder dès-lors comme « four- 
nissant les meilleurs mâts de hune et les meilleures 
vergues qui fussent au monde ». Quoique ces pro- 
priétés soient communes aux deux variétés , cepen- 
dant, d'après le rapport des habitans , elles sont , 
comme nous l'avons dit, principalement rassemblées 
dans le Sapin rouge qui a encore l'avantage de four- 
nir des pièces d'une bien plus grande dimension ; 
car, le Sapin noir croissant dans un sol inférieur en 
qualité, ne parvient qu'aune moindre élévation, 



ABIES NIGRA. I2Q 

et son bois est moins souple et beaucoup plus sujet 
à être tors. 

Dans les chantiers de constructions navales de 
tous les ports des Etats-Unis, les vergues sont presque 
toujours faites en Abies ni^ra qui sont importes du 
District de Maine. On en exporte aussi pour le même 
objet une grande quantité aux colonies occidentales 
et à Liverpool , tant de cette même partie des 
Etats-Unis que de la Nouvelle-Brunswick et de la 
Nouvelle-Ecosse. 

Oddy, dans son ouvrage intitulé : On European 
Commerce , dit qu'on le préfère en Angleterre au 
Pin de Norwège [Ahies picea) , parce qu'il est doué 
de plus de force; mais, comme il ne peut donner des 
pièces d'une aussi forte dimension , on ne peut l'em- 
ployer, comme ce dernier , pour en faire les vergues 
des vaisseaux de guerre , pour lesquels on se sert 
souvent encore du Pinus strohus. 

Dans le District de Maine , et même quelquefois 
à Boston, où le chêne devient très-rare, on fait très- 
fréquemment en Abies nigra jhes genoux [knees] , 
pièces de bois destinées principalement à soutenir le 
pont des navires. Ces morceaux, lorsqu'ils sont en 
chêne, sont ordinairement formés de deux branches 
unies à leur base; mais ceux faits de cet arbre sont 
tadlés aux dépens d'une portion de la base du tronc 
et d'une des plus grosses racines. Ce sapin est après 
le chêne et le mélèze , qui est aussi assez rare dans 
ces contrées , l'espèce de bois la plus propre à cet 
usage , à cause de sa force et de sa durée. 
I. i- 



l3o ABIES NIGRA. 

Dans le District de Maine et même à Boston, 
VAhies Tîigi^a est fréquemment employé pour solives, 
dans la bâtisse des maisons , et on le préfère aujour- 
d'hui pour cet objet à YAbies canadensis qu'on 
regardoit autrefois comme meilleur. Quelques per- 
sonnes s'en servent encore pour faire les planchers , 
parce que son grain est plus ferme , et qu'il résiste 
mieux au frottement et à la pression des meubles , 
dont les pieds endommagent ceux faits en Pi- 
nus sU^ohus , surtout dans les appartemens où il 
n'y a pas de tapis. Cependant, il a pour cet usage 
particulier ,rinconvénient que ses planches sont su- 
jettes à se fendre dans leur milieu , et qu'elles pré- 
sentent alors des gerçures désagréables. 

Dans toutes ces contrées, et notamment dans le 
District de Maine et la Nouvelle-Brunswick, on dé- 
bite beaucoup d'y^Z>£e^ nigra en planches d'une belle 
largeur qui se vendent 25 pour cent meilleur mar- 
ché que celles de Pinus strobus. Je ne doute pas qu'il 
ne fournisse long-temps et abondamment aux besoins 
du commerce ; car , il est dans mon opinion cent fois 
plus commun que l'arbre précité. Ces planches s'ex- 
portent dans les colonies occidentales et en Angle- 
terre. 11 en vient, m'a-t-on dit, une bonne partie à 
Birmingham et à Manchester , et l'on s'en sert dans 
ces deux villes célèbres par leurs manufactures, pour 
faire les caisses d'emballage. On en fait , dans la 
Nouvelle - Ecosse, des barils employés à mettre le 
poisson salé , et pour cela , on choisit de préférence 
la variété dite Sapin rouge , dont le bois est plus 



A 1} r i: s ^ I G II A . i j j 

facile à travailler et se fend de droit fil, ce qui est 
évidemment dû à l'influence du sol. UAbies niara 
n'est pas assez résineux pour qu'on puisse en obtenir 
de la térébenthine en quantité suffisante j)Our !(• 
commerce ; aussi , ne cherche-t-on pas à en extraire 
sous ce point de vue. Son bois paroit contenir beau- 
coup d'air, car il pétille au feu pour le moins au- 
tant que celui du châtaignier. 

C'est avec les jeunes branches de YAhies nigra 
et préférablement avec celle de la variété dite Black 
spruce ^ Sapinetle noire, qu'on fabrique la bière 
connue sous le nom de bière de spruce, spruce béer. 
On les fait bouillir dans l'eau , et l'on ajoute ensuite 
une certaine quantité démêlasse ou de sucre d'éra- 
ble ,on laisse fermenter le tout, et on obtient ainsi 
cette liqueur salutaire et très -utile dans les voyages 
de long cours , pour prévenir le scorbut. L'essence 
de spruce, épaissie jusqu'à la consistance d'extrait, 
est également le résultat de réva2:)oration de l'eau 
dans laquelle on a fait bouillir long-temps des som- 
mités des jeunes branches de cet arbre. Comme je n'ai 
pas été témoin de cette dernière opération , je ne me 
permettrai pas d'entrer dans de plus longs détails; 
mais j'ai vu bien des fois, fabriquer la bière dans 
les campagnes, tant à Halifax que dans le District de 
Maine, et je puis assurer qu'elle n'est pas faite avec 
VAbies alba^ comme l'avance Sir A. B. Lambert. 

S'il a été bien reconnu en x^ngleterre que le bois 
de cet arbre est préférable à celui à^YJbies picea 
û sera utile, sans doute de le propager dans l'ancien 



;i32 ABIES NIGRA. 

continent; mais, je pense qu'il ne réussira complè- 
tement que dans les contrées les plus froides et les 
plus humides du nord de l'Europe , et encore dans 
quelques parties des Alpes , des Pyrénées et des 
montagnes d'Ecosse 

PLANCHE XL 

Tig. 1 , feuille. Fig. 2 , graine. 



P/./2. 




/S.:.:.„ ./../'. 



ABIES ALba. 



lr//f^ Y^('n^/!eJ lJ// 



^/*r/^v 



ABIES ALBA. 

THE WHITE {SINGLE) SPRUCE. 

Abies all^a, arhor /^S-So pedalis , foliis subglaiicis unclî- 
que circa ramos erccbis , tetra^oni.^ , subpungentibus . 
Stiobilis oblongo-cyli?iclraceis,penclulis , Iaxis y squamia 
margine integerrimîs. 

Cette espèce de sapiri, originaire des mêmes pays 
que la précédente , est nommée en Canada Epinette 
blanche ; à la Nouvelle-Ecosse TVhite spriice^ Sapin 
blanc; et Single spruce ^ Sapin simple, à la ]Nou- 
velle Brunswick et dans le District de Maine ; ce- 
pendant ces deux dénominations , comme celles 
données à V Abies nigra , sont généralement connues 
dans toutes ces contrées, et sont seulement plus 
usitées l'une que l'autre, suivant les différentes pro- 
vinces , c'est pourquoi j'ai pu choisir celle de FVhite 
spruce^ Sapin blanc, que j'ai regardée comme pré- 
férable. 

Il paroît que cet arbre ne commence, en venant 
du nord au midi , que quelques degrés plus au sud 
que \ Abies nigra , car mon père , suivant ses notes , 
ne l'a observé pour la première fois que vers le lac 
S. Jean en Canada , situé entre les 43° et 44° de la- 
titude. Il est beaucoup moins commun que V Abies 
nigra dans le District de Maine , du moins dans les 
cantons que j'ai parcourus. La remarque en est facile 



l34 ABIES ALBA. 

à faire, surtout en observant les jeunes individus qui 
sont isoles ; car , quoique les feuilles de ces denx sa- 
pins soient également implantées autour des bran- 
ches, elles présentent des caractères différens qui les 
font distinguer au premier aspect. Dans VAbies alha^ 
elles sont proportionnellement moins nombreuses, 
plus longues, plus écartées de la tige , et elles sont 
terminées par une pointe plus aigùe ; mais la diffé- 
rence la plus remarquable , quoique celle que je viens 
d'indiquer le soit sensiblement, c'est leur couleur 
d'un vert pâle et comme bleuâtre , qui lui a fait 
sans doute donner le nom de Sapin blanc , comme 
celui de Sapin noir a été donné à celle précédem- 
ment décrite, à cause de la couleur sombre de son 
feuillage. 

Les cônes de VAbies «/Z><2 sont aussi bien différens, 
car ils ont la forme d'un ovale très-allongé et leur 
largeur est de près de 5 centimètres ( i pouces) 
sur i6 à 18 millimètres T 6 à 8 lignesj de diamètre à 
leur partie moyenne. Cependant ces dimensions va- 
rient suivant que l'arbre est plus ou moins vigoureux 
mais la forme ne change jamais. Les écailles sont 
minces, et leurs bords ne sont point échancrés, ni 
même ondulés comme dans VAbies Jiigra. Ils en dif- 
fèrent encore en ce qu'ils sont en maturité un mois 
plutôt et que les graines sont un peu plus petites. 

UAbies alba croit à peu près dans les mêmes sites 
que VAbies Jiigra , mais il s'élève moins; car, quoi- , 
que sa tige soit plus effdée, sa hauteur excède rare- 
ment 16 mètres (^ 5o pieds) sur 3o à 40 centimètres 



AB I ES A LB A. l3j 

( 12 à i6 pouces) de diamètre , à 97 centimètres ( 3 
pieds ) de terre. 

Son sommet, comme celui de VAbies ni^ra^ a la 
forme d'une pyramide très-r(*gulière mais il est moins 
garni de branches , et par conséquent ne parojt 
pas aussi touffu. La couleur de son écorce n'est pas 
non plus aussi rembrunie, et cette différence est en- 
core plus sensible , lorsqu'on compare les jeunes 
branches des deux espèces. 

Le bois de VAbies alha est employé aux mêmes 
usages que celui de ÏAhies nigra^ mais il lui est in- 
férieur en qualité. Il pétille davantage au feu. L'ex- 
périence a appris cependant, que les fibres de ses 
racines sont douées de beaucoup de flexiblité et de 
force, lorsqu'on les a fait macérer dans l'eau. On 
les prive, par cette opération, de la pellicule qui 
les enveloppe, et l'on s'en sert en Canada pour cou- 
dre ensemble les morceaux d'écorce de bouleau dont 
on construit des canots. Les coutures sont ensuite 
recouvertes ou frottées avec la résine qui découle 
de cet arbre, et à laquelle on donne improprement 
le nom de gomme. 

Sir A. B. Lambert dit que son écorce est employée 
pour tanner les cuirs. Il est possible que cela ait 
lieu à Terre-Neuve ou dans le Bas-Canada, où je n'ai 
pas voyagé, quoique j'aie quelques raisons d'en dou- 
ter ; mais ce que je puis assurer, c'est qu'on ne s'en 
sert pas pour cet usage dans tout le District de Maine 
et dans les provinces de la Nouvelle-Brunswick et 
de la Nouvelle-Ecosse. Je puis également affirmer, et 



l36 ABIES ALBA. 

je l'ai déjà dit dans l'article précédent, que ce n'est 
pas avec les rameaux de celte espèce que se fabrique 
la bière de spruce , puisqu'au contraire , on évite 
soigneusement de s'en servir, parce que lorsque ses 
feuilles sont froissées elles répandent une odeur 
forte et désagréable qui se communique , dit-on , à 
la liqueur. 

Cet arbre , beaucoup plus répandu en France que 
l'espèce précédente, est élégant dans sa jeunesse, 
et le joli effet qu'il produit le fait très - rechercher 
en Europe pour l'embellissement des parcs et des 
jardins , où son feuillage contraste agréablement 
avec celui des autres espèces dont la teinte est plus 
foncée. 

Les pépiniéristes en France et en Allemagne, à qui 
il convient de multiplier les variétés, distinguent 
VAbies alha en Sapinette blanche ou argentée et en 
Sapinette bleue. 

PLANCHE XII. 

Fig. 1 , feuille, Fig. 2 , graine. 



P/jX 




IL-nn, JU.u:!.- „'.-! 



ABIES Canaiensis. 



A-BIES CANADENSIS. 

THE HEMLOCK SPRUCE. 

Abies canadensîs , arhor jnaxima , ramîs gracilibus , 
ramiiUs novellis m>illosissimis ; foUis soUtariis , planis , 
subditichis ; strobilis terminallbus ^ minimis , cylindra" 
ceO'Ovatis , despicientibus. 

Cet arbre est connu, dans tous les Etats-Unis, 
sous le seul nom {\! Hemlock spruce , et des Fran- 
çois du Canada , sous celui de Pérusse. Cette espèce 
de Sapin , dont l'analogue ne se trouve pas dans 
l'ancien continent , est une de celles qui appartiennent 
aux régions les plus froides du Nouveau-Monde, car 
elle commence à croître aux environs de la baie 
d'Hudson , latitude Si»; mais vers le lac Saint- Jean, 
et près de Québec, elle remplit déjà les forets. Dans 
la Nouvelle-Ecosse, la Nouvelle-Brunsv^ick, le Dis- 
trict de Maine , l'Etat de Vermont et la partie su- 
périeure du New-Hampshire , où je l'ai observée, 
elle forme quelquefois à elle seule les trois quarts 
de l'essence noire ou résineuse qu'elle compose 
avec V Abies ni^ra , Black spruce. En avançant plus 
au midi, cet arbre devient moins commun, et dans 
les Etats du milieu et du sud , il se trouve confiné 
aux Monts- Alléghanys , ainsi qu'aux chaînons qui en 
dépendent , et encore ne le trouve-t-on toujours 
que sur les bords des torrens et aux expositions les 
plus fraîches et aux endroits les plus obscurs. 
I. i8 



l38 ABIES CANADENSIS. 

Dans les diverses contrées que je viens d'indiquer 
au nord et à l'est de l'Etat de Massachusetts , qui 
embrassent , sans y comprendre le Canada , une éten- 
due de plus de 1,100 kilom. (^25o lieues) en lon- 
gueur , sur près de 35o ( 80 lieues j en largeur , 
l'essence noire ou résineuse occupe constamment 
la partie la plus déclive des collines, et elle cons- 
titue presque la moitié des vastes forets qui couvrent 
d'une manière non-interrompue tous ces pays. On 
peut donc juger, d'après cela, combien YHemlock 
spruce est abondant dans le nord des Etats-Unis. 

Les situations très-liumides ne sont cependant pas 
celles qui paroissent le mieux convenir à sa végé- 
tation, car j'ai constamment observé que, lorsqu'il se 
trouve mêlé avec VAbies Jiigray Black spruce ^ il est 
moins abondant à proportion que le sol est plus 
humide. J'ai encore vu souvent cet arbre croître 
parmi les Hêtres et les Erables à sucre, dans un sol 
très-favorable à la culture du froment, et y acquérir 
un grand développement. 

L'Hemlock spruce , toujours plus élevé et plus 
gros que VAbies nigj^a^ Black spruce ^ atteint environ 
23 à 25 mètres (^70 à 80 pieds) de haut, sur 2 à 3 
mètres ( 6 à 9 pieds ) de circonférence , conservant 
le même diamètre dans les deux tiers de sa hauteur ; 
cependant, si on peut juger assez exactement de la 
croissance des arbres et de leur longévité , par le 
nombre des couches concentriques et leurs rappro- 
chemens, celui-ci doit être bien des années, peut- 
être même deux siècles, pour acquérir dépareilles 



ABIES CANADENSIS. I '^Q 

dimensions, car ces couches sont très-nombreuses et 
très-rapprochées. 

Les feuilles de THemlock spruce sont longues de 
i/f à i8 millimètres Ç6 k H lignes j , aplaties, très- 
nombreuses, disposées irrégulièrement sur deux ra ngs, 
et velues à l'époque de leur développement. Ses 
cônes, un peu plus longs que les feuilles, sont do 
forme ovale, pendans et situés à l'extrémité des ra- 
meaux. Lorsque cet arbre croit dans un terrain qui 
lui est favorable, il présente dans sa jeunesse, et 
jusqu'à ce qu'il ait atteint 8 à lo mètres C 25 à 3o 
pieds J de hauteur, une forme élégante et agréable 
qu'il doit à la disposition symétrique de ses bran- 
ches et à son feuillage bien fourni : il peut alors 
être considéré comme un arbre d'ornement et em- 
ployé avec avantage dans les jardins paysagistes. 
Lorsqu'au contraire il est arrivé à son entier déve- 
loppement, ses grosses branches, le plus souvent cas- 
sées à un mètre et demi Ç l[. k 5 pieds ) de leur nais- 
sance, et desséchées à leurs extrémités, sont comme 
autant de chicots qui se laissent apercevoir au de- 
hors , et ne sont plus garnies que de petits rameaux. 
Dans cet état qui le fait reconnoitre au premier 
abord, il a un aspect peu agréable, et quoique sou- 
vent dans toute sa force , il offre l'image de la décré- 
pitude. Ce défaut particulier est attribué à ce que les 
branches secondaires, toujours placées horizontale-' 
ment et garnies d'un feuillage touffu et serré retien- 
nent la neige , et s'en surchargent à un tel point, 
qu'elles finissent par céder au poids et se briser 3 



l4o ABIES CANADENSîS. 

accident qui n'a pas lieu dans les jeunes individus, 
à cause de leur flexibilité'. Les bois sont encore rem- 
plis d'Hemlock spruce morts, soit qu'ils aient été pi- 
qués d'une espèce d'insecte qui s'attache de préfé- 
rence au genre des Pins, soit par d'autres causes que 
j'ignore. Cette multitude d'arbres morts et couverts 
de mousse , qui, dit-on , restent dans cet état vingt 
à trente ans sans tomber, contribuent beaucoup à 
déparer les forêts de cette partie des Etats-Unis , et à 
leur donner une apparence triste et lugubre. 

\J Henilock spruce offre une singularité que je n'ai 
remarquée dans aucun autre arbre de l'Amérique sep- 
tentrionale; c'est de ne s'élever quelquefois qu'à 60 
et 80 centimètres ( 24 à 3o pouces ) de hauteur. Dans 
cet état, il affecte une forme pyramidale ou à peu 
près, et ses rameaux touffus et serrés ont une ten- 
dance plutôt à s'abaisser et à s'appliquer contre la 
surface de la terre qu'à s'élever. Cette disposition 
naturelle et assez remarquable peut le rendre propre 
à faire des charmilles ou à décorer les jardins à l'ins- 
tar de l'if, ayant l'avantage de croître plus rapide- 
ment, d'avoir une verdure plus gaie, et de souffrir 
également le ciseau. C'est à peu de distance de York, 
Court-House, entre Portland et Portsmouth, dans 
un endroit découvert, où est le sec et pierreux, que 
j'ai fait cette remarque. 

Malheureusement les c|ualités du bois de l'Hem- 
lock spruce ne répondent pas à son abondance, car 
de tous les grands arbres résineux de l'Amérique 
septentrionale, c'est, sous ce rapport, celui qui est le 



ABIES CANADENSIS. i4l 

moins appréciable ; heureusement ce désavantage 
qui feroit regretter de le voir occuper, d'une ma- 
nière si étendue , la place d'arbres réellement utiles, 
est compensé par une propriété bien précieuse 
pour les pays où il croit, c'est que son écorce peut 
servir au tannage des cuirs, propriété dont je parlerai 
dans la suite de cet article. 

On estime en général le bois qui se fend de droit 
fil , ce qui est dû à la direction verticale des 
fibres ligneuses; dans V Hemlockspriice ^ au contraire, 
ces fibres se dirigent d'une manière tellement obli- 
que, que dans un individu de 3o à 4o centimètres 
( i2à 1 5 pouces) de diamètre, les mêmes reparois- 
sent à I î à 2 mètres [^kG pieds ) de haut. Outre ce 
défaut, qui est assez essentiel et qui s'oppose à ce 
qu'on puisse le fendre aisément pour servir à la clô- 
ture des champs , les vieux arbres en ont un autre ; 
cest qu'ils sont fréquemment ébranlés y shaky ^ c'est- 
à-dire qu'ils ont d'espace en espace les couches con- 
centriques désunies , ce qui ôte à ce bois beaucoup de 
sa force. Ce défaut de l'Hemlock spruce est attribué 
de ce qu'étant beaucoup plus élevé que les autres 
arbres avec lesquels il croit, sa cime , large et touffue, 
donne plus de prise aux vents dont il est tourmenté. 
On a encore reconnu que son bois ne peut être em- 
ployé à l'extérieur , dans la construction des édifices , 
attendu qu'il pourrit promptement exposé aux im- 
tempéries des saisons ; inconvéniens très-graves dans 
un pays oii presque toutes les maisons sont en bois. 
Cependant, comme le Pinus strohus , TVhite pine , 



l42 ABIES CANADENSIS. 

devient tous les jours plus rare et plus cher, on lui 
substitue , le plus qu'on peut , VHemlock spruce qui 
n*a sur ce dernier que deux avantages d'être très- 
commun et de tenir mieux les clous ; son grain , 
quoique grossier, est aussi plus ferme, et résiste da- 
vantage à l'impression des corps étrangers ; ainsi, 
dans le District de Maine, on en fait fréquemment les 
aires de granges, en le débitant en planches d'environ 
5 centimètres (2 pouces) d'épaisseur; mais ce à quoi 
il est le plus employé, et ce qui en consomme une 
assez grande quantité dans les Etats du nord, cest 
parce qu'il sert à former la première enveloppe des 
maisons en bois, qu'on recouvre ensuite en clap- 
haards^ petites planchettes de Pinus strobus , TVhite 
pine. Lorsqu'on veut économiser, on en fait encore 
la charpente de l'intérieur des édifices , parce qu'il 
a été reconnu que le bois de XHemlock spruce^ à 
l'abri de l'humidité , est aussi durable que celui de 
tout autre sorte. Toutes les lattes, pour le plâtrage 
des appartemens, sont encore faits de ce bois, et on 
en fait même passer en Angleterre pour cet usage. 
Dans le District de Maine on en fait assez généra- 
lement les pieux destinés à la clôture des champs : 
employé de cette manière, il dure environ quinze ans, 
et à cet égard, il est préférable au Chêne gris , Q. am- 
higua^ et au Chêne rouge, Q.ruhra. Cet arbre est 
très-peu résineux , car je n'ai jamais trouvé qu'une 
très- petite quantité de térébenthine aux endroits 
où d'assez grands lambeaux d'écorce avoient été en- 
levés depuis assez long-temps. 



ABIES CANADENSIS. l4^ 

L'ëcorce de Xllemlock spruce possède, comme je 
l'ai annoncé, une propriété bien précieuse pour les 
Etats du Nord, ainsi que pour le Bas-Canada, la 
Nouvelle-I^runswick et la Nouvelle-Ecosse. C'est de 
remplacer dans le tannage des cuirs celle de Chêne 
qui est très-rare dans toutes les contrées où j'ai dit 
que cet arbre étoit si abondant. On lève cette écorce 
au mois de juin , et avant de la passer au moulin, on 
ôte avec une plane la moitié de son épiderme. \)\\ 
District de Maine elle est exportée à Boston, à New- 
Providence, et dans les autres parties des Etats septen- 
trionaux qui sont le plus habités, et où elle est presque 
exclusivement employée danslestanneries.il en vient 
aussi à New-York du haut de la rivière Hudson , et 
quelquefois on en importe à Baltimore. Sa couleur 
qui est d'un rouge assez foncé, se communique au cuir 
que l'on prépare avec elle. Plusieurs tanneurs que 
j'ai consultés , et qui sont dans l'usage de se servir 
de l'écorce de l'Hemlock spruce et de celle de Chêne , 
pensent que cette dernière est préférable, mais qu'en 
les mêlant ensemble , on fait de meilleur cuir que si 
elles sont employées séparément. De la Nouvelle- 
Ecosse et du nord des Etats-Unis on a exporté pen- 
dant quelque temps de l'écorce d'Hemlock spruce 
en Angleterre j mais ce commerce a cessé faute de 
demandes. On dit que les Indiens s'en servent pour 
teindre en rouge leurs paniers légers , faits en Erable 
rouge. 

On possède dans beaucoup de jardins en France , 
en Allemagne et eu Angleterre des Henilock spruce 



l44 ABIES CANADENSIS. 

qui donnent des graines ; mais généralement en 
France il vient assez mal, parce qu'il est presque 
toujours placé dans des situations trop découvertes 
et trop sèches. 

D'après la description de cet arbre , on voit que 
son bois ne possède aucune des qualités qui puis- 
sent déterminer à le propager dans les forêts Euro- 
péennes , et que si son écorce est précieuse dans le 
nord de l'Amérique , pour le tannage des cuirs , elle 
est inférieure à celle de Chêne. La figure que Sir 
A. B. Lambert à donnée est très-bonne; mais dans la 
description de quelques lignes qui y est jointe, cet 
auteur est dans l'erreur à certains égards, et il est 
sur-tout assez remarquable qu'il n'ait point parlé de 
la propriété dont jouit son écorce. 

PLANCHE XIII. 

Fig. 1 , cdne. Fig. 2 , graine. 



P/.y4 




Ile:.:: .M 



ABIES Balsanufera . 



or (L^r/Zm ^->/ t/^//'<u/ L/yr . 



k-V ^-w-v-v-v 



ABIES BALSAMIFERA. 

THE AMERICAN SYLVIR FIR. 

Abies balsajnifera , arhor 4o-45 pedalis , folus solitariis, 
plani's , subtus argenteis , apice emarginatis integrisme , 
sub recuno-patentisslinisr, strobilis cylindraceis j via- 
laceis , sursùm spectariùbus. 

Cet arbre, qui appartient aux régions les pins 
froides de l'Amérique du nord, est connu dans la 
partie la plus septentrionale des Etats-Unis , ainsi 
qu'en Canada et à la INouvelle-Kcosse , sous les noms 
de ^y/r/rj'îr, Sapin argenté, de Fir halsam^ Sapin bau- 
mier, et de Balsani of Gilead^ Baumier de Gilead. 
Le ces différentes dénominations, la première ma 
paru la plus convenable, et je l'ai conservée. D'a- 
près les observations faites, soit par MM. Titus Smith , 
botanistes très-recommandables que j'ai connus à Ha- 
lifax, et qui ont voyagé dans la Nouvelle-Ecosse , 
soit par mon père qui a visité tout le Canada, soit 
par moi-même qui ai parcouru le nord des Etats- 
Unis , il résulte qu'on ne trouve pas dans toutes ces 
contrées le Baumier de Gilead en corps de forets, 
mais qu'il y est seulement disséminé plus ou moins 
abondamment parmi les Abies nigra et les Abies 
cauadensis , qui à eux seuls constituent plus des 
deux tiers de l'essence noire ou du cru résineux. 
Plus au sud, le Sapin argenté ne se rencontre que 
sur l'extrême sommet des Monts-iilléghanys , et no- 
I. 19 



l46 ABIES BALSAMIFERA. 

tamment sur les plus hautes montagnes de la Caroline 
septentrionale. Sa hauteur excède rarement i3 mètres 
{ l^o pieds j , sur un diamètre de douze à quinze 
pouces, dimensions sur lesquelles je me trouve aussi 
d'accord avec les personnes précitées ; c'est donc à 
tort que Wanghenhiem qui n'a pas voyagé dans les 
pays qu'on peut , en quelque manière , regarder 
comme la patrie de cet arbre , et cité par Sir A. B. 
Lambert, avance qu'il parvient à une très-grande 
élévation. Son tronc est très-effilé, et à un tel point, 
qu'un individu de 33 centimètres Ç i piedj de dia- 
mètre, à fleur de terre, n'en a tout au plus que i6 
à 18 centimètres (738 pouces) à 2 mètres (6 pieds) 
de haut. Toutes les fois que VAbies halsaniifera 
croit isolément, et que sa végétation n'est pas con- 
trariée, ses branches, qui sont très-nombreuses et 
garnies d'un feuillage bien fourni, offrent dans leur 
ensemble une forme pyramidale d'une régularité 
parfaite, due à la manière uniforme et symétrique 
avec laquelle elles diminuent graduellement de lon- 
gueur, à mesure qu'elles prennent naissance à une 
plus grande élévation. Ses feuilles, longues de six à 
huit lignes, solitaires ou implantées une à une aux 
côtés des rameaux et à leur partie supérieure, sont 
linéaires, roides et aplaties; leur face supérieure est 
d'un beau vert luisant et l'inférieure d'un blanc ar- 
gentin, d'où lui est venu vraisemblablement le nom 
de Sjhir fir^ Sapin argenté. 

Les cônes de VAbies hahmnifera ont une forme 
presque cylindrique , 10 à 12 centimètres (4^5 



ABIES BALSAMIFERA. 1^'j 

pouces) de longueur , sur environ trois centimètres 
(un pouce) de diamètre, et leur pointe est tou- 
jours dirigée vers le ciel ; caractère qui lui est com- 
mun avec VAbies taxifolia d'Europe , et qui les 
difFérencie des Epicias spruces chez lesquels cette 
pointe est dirigée en bas. Le bois de l'Abies balsa- 
mifera est léger et peu résineux, la couleur du cœur 
est jaunâtre. Dans le district de Maine, où il est 
plus commun que dans aucune autre partie des 
Etats-Unis, il n'est pas employé, soit à cause de son 
peu de force, soit parce qu'il ne fournit pas de pièces 
d'une grande dimension. Cependant , j'ai su de 
MM. Titus Smith , que quelquefois à la Nouvelle- 
Ecosse on en fait des douves pour les barils à 
poisson ; mais on lui préfère communément , 
pour cet usage, le Pinus strobus et la variété de 
VAhies mgrcij désignée dans ce pays sous le nom de 
Sapin rouge. Je ne crois donc pas que, sous ce rap- 
port, il mérite de fixer l'attention des liabitans 
du nord de l'Europe , qui , dans son analogue , 
VAbies taxifolia^ possède un arbre bien supérieur 
par ses usages et par sa grande élévation; car, sui- 
vant M. Bugsdorf , grand forestier du royaume de 
Prusse , celui-ci parvient quelquefois à ^Ç> mètres 
(^ i5o pieds ) de hauteur, sur à peu près 2 mètres 
( 6 pieds j de diamètre. 

Dans les Pins , la substance résineuse est ex- 
traite au moyen d'une incision faite au corps de 
l'arbre , d'où elle transsude à travers les pores de 
l'écorce et les canaux séveux de l'aubier. Dans 



l/jS ABIES BAL SA MI FER A. 

VAbies balsamifera , et dans YAhies taxifolia cette 
substance est naturellement déposée dans des vé- 
sicules ou de petites poches , répandues sur le 
tronc et les principales branches , et c est en cre- 
vant ces tumeurs, qui font assez saillies pour être 
aperçues , qu'on recueille ce qui en découle , au 
moyen d'un entonnoir adapté à une bouteille. La 
quantité de térébenthine , ainsi obtenue annuel- 
lement de VAbies balsamifera , en Canada , dans 
le District de Maine et les pays adjacens , se ré- 
duit à quelques centaines de bouteilles qu'on ex- 
porte en Angleterre et dans le reste des Etats-Unis 
où elle est vendue sous le nom de baume de Gilead , 
quoique bien des personnes n'ignorent point que le 
véritable baume de Gilead soit le produit de VAmjris 
^ileadensis^ arbre très-différent, et qui est originaire 
d'Asie ; mais d'après quelques ressemblances qu'on 
aura peut-être cru trouver dans l'odeur et la saveur 
de ces deux substances, on aura donné à la térében- 
thine de VAbies balsamifera le nom de ce baume. 
La térébenthine de cet arbre , traîchement extraite , 
est d'une couleur verdâtre , fluide et très transpa- 
rente; sa saveur est acre et pénétrante; donnée in- 
considérément, elle produit des ardeurs d'urines; 
appliquée sur l^es plaies, elle excite de l'inflamma- 
tion et occasionne beaucoup de souffrances. Cette 
substance a été surtout préconisée en Angleterre , 
où quelques médecins en recommande l'usage dans 
certains périodes de la phthisie pulmonaire, et alors 
on la préfère à la térébenthine de VAbies taxifolia , 



ABIES BALSAMIFERA. 1 4<) 

qui se récolte à peu près de la même manière en 
Suisse, et dans quelques cantons de l'Allemagne. 

Le Baumier de Gilead , cultivé depuis long-temps 
en Europe, doit être réservé pour l'embellissement 
des parcs et des jardins d'agrémens, où sa forme ré- 
gulière et son feuillage très-agréable lui assignent 
une des premières places parmi les arbres verts. 

PLANCHE XIV. 

Fig. 1 , cône. Fig» a , graine* 



LES NOYERS. 

jTarmi le grand nombre d'arbres differens qui 
composent les vastes forets de l'Amérique septen- 
trionale à l'est du Mississipi , les Noyers sont , après 
les Chênes , un des genres d'arbre dont les espèces 
sont le plus variées. Sous ce seul rapport, le sol des 
Etats-Unis est plus favorisé que l'Europe entière 
oii il n'en existe aucune qui lui soit indigène ; car 
l'on sait généralement que celle qu'on y cultive 
avec tant d'avantage pour les besoins de la société, 
est originaire d'Asie, et notamment des bords de 
la mer Caspienne, où mon père la trouva en abon- 
dance dans un voyage qu'il fit en Perse, en 1782. 
J'ai reconnu dans les Etats - Unis dix espèces de 
JVoyers , il est même assez probable qu'on en décou- 
vrira quelques autres dans la Louisiane. C'est donc 
.aux personnes qui voyageront dans ces contrées pour 
en étudier les productions naturelles, à diriger leur 
attention vers cette classe de végétaux fort intéres- 
sante à connoitre , parce que leur bois réunit des 
propriétés très - utiles dans les arts, et qu'il peut 
s'y trouver des espèces susceptibles de s'améliorer 
très-promptement , à l'aide de la greffe et d'une cul- 
ture soignée, telle que celle du Pacanier. A l'appui 
de cette considération, je citerai ce que mon père 
m'a souvent dit, que les noix sauvages du Noyer 
dAsie Jugla7is régia, étoient pi us petites, plus dures, 



iBl NOYERS. 

et d'une qualité inférieure à celles de l'espèce amé- 
ricaine que je viens de nommer. C'est donc aux 
membres des différentes sociétés d'agriculture des 
États-Unis, à multiplier les observations et les expé- 
riences, et à suivre en cela l'exemple de nos ancêtres, 
à qui nous sommes redevables de cette grande variété 
de fruits, aussi salutaires qu'agréables à la vue. 

Les Noyers de l'Amérique septentrionale m'ont 
paru offrir entr'eux des caractères assez distincts, pour 
que je croye devoir les partager en deux sections. Ces 
caractères naissent principalement de la différence 
des chatons qui portent les fleurs mâles, ainsi que de 
leur végétation plus ou moins rapide. La première 
section sera composée des Noyers à chatons simples 
(PL I.); et elle comprend seulement deux espèces, le 
Ju^lans nigj^a et le Jugla?îs cathartica, La deuxième 
renfermera les Noyers à chatons ramifiés ( PI. IV. ) ; 
et elle sera composée de huit espèces , savoir : les 
Juglans olivcefoj^mis; J. amara; J, aquatica; J. to- 
mentosa-^ J. squamosa^ J, laciniosa, J.porcina el 
J. mjristicœformis . Les trois premières espèces de 
cette deuxième section , se rapprochent un peu de 
ceux de la première , par leurs bourgeons qui sont à 
nu et ne sontpas recouverts d'écaillés. C'est encore à 
cause de cela que je les ai placées immédiatement 
après, et que j'ai mis à leur tête le J.olivœformis^ 
qui par ses nombreuses folioles, a le plus de res- 
semblance avec le J. nigra et le J. cathartica^ qui 
ont aussi leurs bourgeons nus. 

Dans tous les États-Unis , on donne aux Noyers de 



NOYERS. 1.j3 



la deuxième section le nom général d'Hickery ' , 
et cela est fondé principalement sur certaines pro- 
priétés de leur bois, qui quoique modifiées suivant 
les espèces^ s'y trouvent réunies à un plus haut degré 
que dans tout autre arbre, soit d'Amérique, soit 
d'Europe. Ces espèces ont encore beaucoup de 
ressemblance, tant par leur port que par leurs 
feuilles, dont les folioles dans toutes, diffèrent par 
le nombre et par la grandeur. A ces causes de con- 
fusions se réunit celle qui est produite par les fruits, 
dont les formes varient à l'extrême dans les mêmes 
espèces; tellement que lorsqu'on les voit séparé- 
ment, on croiroit qu'elles appartiennent à des espè- 
ces étrangères. Ce n'est donc pas entièrement d'après 
des différences aussi notables , qu'on doit en éta- 
blir la distinction. Il faut surtout encore qu'elle 
soit fondée sur l'examen des jeunes pousses de 
l'année précédente, des bourgeons et des chatons; 
car ce n'est que par une observation constante, faite 
pendant tout le cours d'un été dans les forets de ces 
contrées, que je suis parvenu à distinguer aisément 
ce qui n'étoit que de simples variétés, d'avec 
de véritables espèces. M. Delile , de l'Institut d'E- 
gypte, alors dans les États-Unis, a pris une part 
active aux recherches que j'ai faites à cette occasion, 
étant journellement avec moi dans les bois; et nos 
observations ont eu, je crois, pour résultats, ce qu'oiv 
doit attendre de beaucoup de persévérance. 

' Mot dont je n'ai pn connoitre la signification , et qni est probable- 
ment d'origine indienne. 



l54 NOYERS. 

D'après ces différentes considérations , fondées 
principalement sur le grand rapport qu'ont entr'eux 
les bois des diverses espèces de noyers Hickery; 
j'ai pensé qu'il étoit plus convenable dans la des- 
cription particulière de chacun d'eux, de ne faire 
mention que sommairement de leur propriétés res- 
pectives, et d'en parler d'une manière plus étendue , 
collectivement et comparativement dans un article 
séparé qui terminera leur histoire. 



DISPOSITION' MÉTHODIQUE 

DES NOYERS 

DE L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE. 



Monœcie Polyandrie y Lin. Fam. des Térébenthacées ^ Jn««. 
1/' SECTION. 

CHATONS SIMPLES. 

(Pl.I, f.g.3.) 

Végétation très-rapide. 

1 Juglans nigra Black walnut. 

2 Juglans cathartica. . . Butter nut. 

II'. SECTION. 

CHATONS COMPOSÉS CD ATTACHES TROIS A TBOIS AD MEME PEDICULE. 

(PI. VII, fis. 3.) 

Végétation très - lente, 

3 Juglans olivseformis. . Pacane nut^ hîckery; 

4 Juglans amara. . . . Bitter nut , hickerj. 

5 Juglans aquatica. . . . Water bitter nut, hickery. 

6 Juglans tomentosa. . . Mocker nut , hickerj. 

7 Juglans squamosa. . . Shell Bark, hickery. 

8 Juglans laciniosa. . . . Thick shell bark , hickery. 

9 Juglans porcina. . . . Pig nut ^hickery, 

lo i\x^B.nsm.jYisiicddîoTTa\s.Nutmeg hickery nut. 



P/J- 




r J £e€iûuéi (/<■/ 



JUCtLANS mgra 



JUGLANS NIGHA. 

THE BLACK IVALNUT. 

3 V GhkTHS JblioUs quindenisy subcordatis , supernè angus- 
Latis , serratis : fructu globoso , punctato scabriusculo : 
riuce corîugata. i 

Cet arbre est connu des Américains dans toutes 
les parties des États-Unis où il croît, ainsi que des 
François de la Haute et Basse-Louisiane, sous le 
seul nom de Noyer noir, Black FTalnut, Les envi- 
rons de Goshen, État de New-Jersey, situés par 
le 4^0 5o' de latitude, sont à l'est des Monts-Allé- 
ghanys, le point le plus rapproché vers le nord où il 
commence à paroitre, tandis qu'à l'ouest de ces mon- 
tagnes il existe déjà en abondance dans cette por- 
tion du Génessée , État de New-York, qui se trouve 
comprise entre les 77° et 79° de longitude, et qui 
est d'environ deux degrés plus avancée vers le nord. 
Cette observation, ainsi que j'aurai occasion de le 
faire remarquer , s'applique à plusieurs autres végé- 
taux, dont l'apparition est soumise à l'influence de 
la température, laquelle devient plus douce à mesure 
qu'on s'avance vers l'ouest. Le noyer noir est déjà 
très-commun dans les forêts qui avoisinent Phila- 
delphie , et si l'on en excepte ensuite toutes les par- 
ties basses des Etats méridionaux, dont le sol est 
trop sablonneux ou trop humide comme celui des 
marécages , on retrouve cet arbre jusqu'au Mis- 
sissipi , ce qui embrasse une étendue de près de 



l58 JUGLANS NIGRA. 

deux cent soixante-treize myriamètres( 700 lieues j. 
On remarque encore qu'à Test des monts Allëgha- 
nys , dans la Virginie , les Hautes-Carolines et la 
Haute - Géorgie , il est principalement confiné aux 
vallons, au milieu desquels circulent les rivières et 
les creeks^ et dont le sol est meuble et profond; 
tandis qua l'ouest de ces mêmes montagnes, dans les 
Etats du Rentucky, duGénessée et de l'Oliio, où les 
terres sont presque partout d'une très-grande fertilité, 
il croit en plein bois, entremêlé avec le Gjnmocladus 
dioica^ le Gleditsia triacanthos , le Moriis rubra^ le 
Robinia pseudo-acacia ^ lejuglaiis squaniosa ^V Acer 
nigrum^XeCeltis crassifolia et VUlmusrid)ra. Tous 
arbres qui sont considérés comme signes indicatifs 
des meilleures terres. C'est aussi dans ces contrées que 
cet arbre provient à son plus grand développement. 
J'ai vu souvent sur les rives de l'Ohio et dans les iles 
qui sont au milieu de cette belle rivière, des indi- 
vidus qui avoient environ un mètre (3 à 4 pieds) de 
diamètre, sur 20 à 22 mètres (60 à 70 pieds) d'élé- 
vation , et il n'est pas rare d'en rencontrer qui ont 
2 mètres (6 à 7 pieds) d'épaisseur. Cette force de 
végétation indique suffisamment que le Juglans ni- 
gra est un des plus grands arbres de l'Amérique 
septentrionale. Lorsqu'il est isolé ses brandies s'é- 
tendent horizontalement à une grande distance , ce 
qui fait que son sommet embrasse alors beaucoup 
d'espace, et lui donne une apparence magnifique. 

Les feuilles du Noyer noir, sont composées de 
sept ou huit paires de folioles presque opposées les 



JU GLANS NI GRA. IjQ 

unes aux autres, et attachées par de courts pétioles 
sur un pétiole commun. Elles sont longues de 5 à 8 
centimètres (2 à 3 pouces), de forme lancéolato-acu- 
minées, légèrement pubescentes et dentées sur leurs 
bords. Les fleurs mâles sont disposées en chatons 
pendans et cylindriques, dont les pédicules sont 
simples et non ramifiés comme les Noyers Hic- 
kerys. Koj.pl. l-Jig' 3. Aux fleurs femelles succèdent 
des fruits parfaitement ronds, très-odorants, à sur- 
face légèrement inégale, et qui viennent toujours 
à fextrémité des branches. Dans les arbres jeunes 
et vigoureux, ils ont quelquefois 18 à 21 centimètres 
( 7 à 8 pouces ) de circonférence. Le brou fort 
épais , ne se partage pas non plus naturellement en 
j)lusieurs parties comme dans les Noyers Hickerys; 
mais il s'amollit, finit par pourir et laisser échapper 
la noix. Celles-ci sont très-dures, un peu déprimées 
latéralement et comme plissées ou sillonnées à leur 
surface. L'amande , partagée par des cloisons ligneu- 
ses, est douce et d'une saveur agréable, quoique 
inférieure à celle du Juglans regia ou Noyer or- 
dinaire. On apporte ces noix aux marchés de New^- 
York, de Philadelphie et de Baltimore, où on les 
achète pour être servies sur la table. 

La grosseur des fruits du Noyer noir varie beau- 
coup , eu égard à^ la vigueur de l'arbre qui les pro- 
duit, et par rapport au sol où il croît, ainsi qu'à la 
température du climat où il se trouve. Sur les bords 
de rOhio, et dans le Rentucky, ses fruits revêtus 
de leur brou, mesurent 18 à 21 centimètres ( 7 à.8 
I. 21 



l6o JUGLANS NIGRA. 

pouces J de circonférence , et les noix ont une gros- 
seur proportionnée. Dans le Gënessée au contraire 
où il fait un froid extrême, ainsi que dans les champs 
épuisés par la culture, où ces arbres ont été mé- 
nagés lors des premiers défrichemens , elles ont 
moitié moins de cette dimension. On observe encore 
quelques petites variations dans la forme du fruit , 
et dans la manière dont est sillonnée la coquille; 
mais je ne puis considérer ces différences que 
comme accidentelles. Il est vrai qu'il n'est pas 
de genre d'arbres en Amérique , dont les fruits de 
chaque espèce offrent des formes aussi variées ; cir- 
constances qui doivent nécessairement avoir induit 
en erreur les personnes qui n'ont observé que le 
petit nombre d'individus qui se. trouvent dans les 
jardins en Europe, et qui les ont décrits comme 
des espèces distinctes. 

Le tronc du noyer Noir est revêtu d'une écorce 
épaisse , noirâtre et fortement crevassée dans les 
vieux arbres. Lorsqu'il est fraîchement débité, son 
aubier est très-blanc, tandis que le cœur est violet; 
mais bientôt après avoir été exposé à l'air, cette 
couleur prend plus d'intensité et devient presque 
noire , d'où est venu probablement à cet arbre le 
nom de Noyer noir. Les qualités qui font surtout 
apprécier son bois, sont : de résister long-temps à 
la pouriture quoique exposé aux alternatives de la 
chaleur et de l'humidité , pourvu néanmoins , qu'il 
soit privé de son aubier qui s'altère très - prompte- 
ment; d'avoir beaucoup de force et de tenir bien 



JU GLANS NIGRA. l6l 

les clous; de n'être plus sujet, lorsqu'il est bien sec, 
à se tourmenter ni à se fendre; enfin d'avoir le 
grain assez ferme et assez fin pour recevoir un beau 
poli. Toutes ces propriétés le font employer de pré- 
férence à beaucoup d'ouvrages où il convient très- 
bien. Outre ces divers avantages, il a encore celui 
de n'être point attaqué par les vers. A l'est des monts 
Alléghanys , on fait peu d'usage du Noyer noir dans 
la construction des maisons en bois; mais dans quel- 
ques parties des Etats du Rentucky, de l'Ohio, et 
notamment sur la rivière Wabash, il est fréquem- 
ment débité en essentes de 48 centimètres (i 8 pouces j 
de longueur, sur loà i6 centimètres (4 ^ ^ pouces) 
de largeur pour les couvrir, et quelquefois encore 
on s'en sert pour la charpente. Mais c'est dans lebé- 
nisterie surtout qu'on emploie généralement le bois 
de cet arbre dans le pays où il abonde. On en 
fabrique des meubles qui sont souvent très-beaux , 
par les accidents qui se rencontrent principalement 
dans les morceaux tirés de l'endroit où le tronc se 
partage en plusieurs branches. Cependant comme il 
prend en assez peu de temps une couleur très rem- 
brunie, beaucoup de personnes donnent la préfé- 
rence aux meubles fabriqués avec le bois du Cerisier 
de Virginie. On fait aussi avec le bois du Noyer noir ^ 
les montures de fusil des troupes , comme étant plus 
fort et plus résistant que celui de lAcer rubriim. 
Celui-ci quia plus d'éclat et de légèreté , est employé- 
de préférence pour les fusils de chasse. On s'en sert 
fréquemment encore en Virginie, pour faire les pieux 



162 JU GLATS'S NI GRA. 

des entourages, parce qu'il résiste bien à la pouri- 
ture, et qu'il peut rester vingt à vingt-cinq ans en 
terre sans s'altérer. Quelques personnes m'ont assuré 
en avoir vu faire de bons moyeux , ce qui dénote- 
roit encore sa force et sa durée. Tous les cercueils 
à Philadelphie sont aussi faits en planches de Noyer 
noir. 

Le bois de cet arbre est encore employé comme 
excellent dans les constructions maritimes; mais il 
ne doit être mis en œuvre que lorsqu'il est bien sec; 
alors on assure qu'il est plus durable que le Chêne 
blanc. Breckel dans son histoire de la Caroline du 
INord, avance qu'il n'a pas l'inconvénient comme 
ce dernier , d'être attaqué par les vers de mer 
dans les pays chauds; avantage bien précieux, si 
cela est vrai , et qui demande de nouveau à être 
confirmé. 

Dans les chantiers de constructions navales à Phi- 
ladelphie , je l'ai vu fréquemment employer pour 
genoux et varangues; mais à Wheeling, à Marieta, 
ainsi qu'à Louisville, petites villes situées sur les 
bords de l'Ohio, il constitue une grande partie de la 
charpente des vaisseaux qu'on y construit. Sur la 
rivière Wabash, on en a fait des canots et des piro- 
gues qui sont très-estimés, à cause de leur solidité 
et de leur durée. Quelques-unes de ces pirogues , 
faites d'un seul tronc d'arbre, ont plus de i3 mètres 
(40 pieds) de longeur, sur i mètre environ (^2 à 3j de 
largeur. Le Noyer noir est donc un arbre précieux, 
et c'est avec raison que beaucoup d'habitans ne le 



JUGLANS NIGRA. l63 

coupent pas^ lorsqu'il s'en rencontre dans les nou- 
veaux defrichemens qu'ils entreprennent. 

Le Noyer noir débité en planches, plancks ^ de 5 
centimètres (2 pouces) d'épaisseur, est exporté en 
Angleterre; mais la quantité est peu considérable. Ces 
sortes de planches se vendent à Philadelphie à rai- 
son de quatre cents ^ environ 20 centimes le pied. 

Le brou qui enveloppe la noix, donne ujie cou- 
leur fort analogue à celui que fournit notre Noyer 
d'Europe. On s'en sert dans les campagnes pour 
teindre les étoffes de laine. 

Cet arbre a été depuis long-temps introduit en 
France et en Angleterre , dans les jardins des ama- 
teurs de cultures étrangères. Il réussit très-bien et 
donne abondamment des fruits. Quoiqu'il diffère 
beaucoup du Noyer d'Europe, néanmoins de toutes 
les espèces de l'Amérique septentrionale, c'est celle qui 
a le plus de ressemblance avec lui. Si nous comparons 
donc ces deux espèces sous les différens degrés d'uti- 
lité que l'une et fautre présentent aux arts et au 
commerce, nous trouverons que le bois du Noyer 
noir est plus compact, plus pesant, qu'il est doué 
de beaucoup plus de force , et qu'il est susceptible 
de prendre un plus beau poli; enfin , qu'il nest pas 
sujet à être attaqué par les vers; propriétés, qui 
comme nous l'avons vu précédemment, le rendent 
propre non-seulement aux mêmes usages que celui 
que nous possédons, mais encore aux grandes cons- 
tructions. Je pense également que par ces mêmes 
considérations , cet arbre conviendroit parfaitement 



l64 JUGLANS NIGRA. 

pour succéder à l'Orme sur les grandes routes; car il 
paroît actuellement bien prouvé , que pour obtenir 
des succès certains dans la culture des arbres ou des 
plantes herbacées sur le même terrain, il est né- 
cessaire d'y planter alternativement des espèces d'un 
genre différent. Cependant si on considère le Noyer 
noir sous le rapport de ses fruits , on trouvera que 
les avantages qu'il présenste ont très-balancés , car 
ses noix quoique assez grosses, sont très-inférieures 
à celles de -nos espèces les plus médiocres. 

On a planté en même temps et dans le même ter- 
rain des noix de l'une et de l'autre espèce , et l'on 
a observé que celles du Noyer noir donnent des 
sujets qui poussent plus vigoureusement, et qui s'élè- 
vent à une plus grande hauteur dans le même espace 
de temps ; alors il seroit peut-être profitable de 
greffer à 2 à 3 mètres (8 ou 10 pieds) de hauteur, 
notre Noyer d'Europe sur celui d'Amérique, et si on 
adoptoit cet usage, on jouiroit de tous les avantages 
que présentent ces deux espèces , sous le rapport de 
la qualité du bois et de la bonté des fruits. 

PLANCHE I. 

Feuille moitiée grandeur naturelle. 

Fig. 1 , noix recoitverte de son brou. Fig. 2 , noix séparée de 
son brou. Fig. 3 , Jleurs mâles sur un chaton simple et non ra» 
mifiét 




l'JRedoR^ M. 



JUGLANS cathaj-licci. 



-x,-^ V*»"V -v "fc ^» "*- '^ -^ '*«^'^ '*''*»'^ **''^'*' "^ 



JUGLANS CAT HAUT ICA. 

THE BUTTER N U T. 

JuGLANS cathariica, foUolis suOi/ulndenis , lanceolatis, 
basi rotimdato-ohtusis , suhtus tomentosis , leuiter ser- 
ratis. Fructu oblongo-ovato , apice mammoso , viscido , 
longé pedunculato. Nuce oblonga acuminata , insi- 
gniter inscupltè-scabrosa. 

Cette espèce est connue dans l'Amérique septen- 
trionale , sous différentes dénominations. Dans les 
Etats de New-Hampshire, de Massachussett et de 
Vermont, elle porte le nom de Oïlnut^ Noyer à l'huile. 
Dans la Pensylvanie, le Maryland et sur les bords 
de rOhio, elle est plus connue sous celui de White 
Walnut^ Noyer blanc; tandis que dans les Etats 
de New-York , de New-Jersey et de la Virginie , 
ainsi que dans la partie montagneuse des Hautes- 
Carolines, on l'appelle Butter nut^ Noix de beurre. 
Parmi ces diverses dénominations, j'ai cru devoir 
préférer cette dernière, parce que d'une part, elle 
n'est pas entièrement étrangère aux autres parties des 
Etats-Unis que je viens de désigner, et que de 
l'autre, dans les environs delà ville de New-York, son 
bois y est employé à des usages plus variés. J'ai pensé 
également que le nom spécifique latin de cathartica^ 
qui lui a été donné il y a déjà fort long-temps par 
le docteur Cutler de l'Etat de Massachussett, devoit 
être définitivement substitué à celui de Cinerea , 
sous lequel cette espèce a été jusqu'à présent dis- 



l66 JUGLANS CATHARTICA. 

tinguëe par les botanistes. Cette distinction avoit 
été tirée de la couleur des branches secondaires qui 
sont revêtues d'une écorce lisse et cendrée, mais 
elle ne rappelle réellement qu'un caractère peu im- 
portant, tandis que le premier exprime une des qua- 
lités les plus intéressantes de cet arbre. 

On trouve encore le Juglans cathartica dans le 
Haut et Bas-Canada, dans le district de Maine, sur 
les bords du lac Erié, dans les Etats du Rentucky 
et du Ténessée, ainsi que sur les bords du Missouri; 
mais je ne l'ai pas rencontré dans la partie basse 
des deux Carolines, de la Géorgie et de la Floride 
orientale, oii la nature du sol et la chaleur exces- 
sive qu'on éprouve en été, sont peu favorables à sa 
végétation , qui est au contraire remarquable dans 
les pays les plus froids ; car dans l'Etat de Vermont , 
par exemple , où les hivers sont si rigoureux, qu'on 
y va en traineau quatre mois de l'année , cet arbre 
acquiert 2 à 3 mètres ^8 à 10 piedsj de circonférence, 
cependant je ne l'ai vu nulle part croître plus abon- 
damment que dans les bas-fonds qui bordent l'Ohio, 
entre Wheeling et Marietta ; mais il m'a paru que 
répaisseur des forets qui les couvrent, et où le so- 
leil ne pénètre que difficilement, s'opposoit à son 
entier développement; car je n'y ai point observé 
d'individus d'une aussi forte dimension que dans le 
New-Jersey, sur les bords élevés et très-escarpés de 
la rivière Hudson , presque opposés à la ville de 
New-York. Dans cet endroit les bois sont peu garnis , 
et la surface du terrain qui est d'une nature froide 



JUGLANS CATIIARTICA. l6' 

é 

et peu productive, est parsemée de gros rochers: 
c'est dans leurs interstices qu'ont pris naissance les 
plus gros Ju^lans calhartica que j'aie vus. J'en ai 
mesuré qui à i mètre (^3 piedsj de terre, avoient3 à 4 
mètres ( loà 12 pieds) de circonférence, sur environ 
16 mètres (^5o pieds) d'élévation, et dont quelques 
racines tout en conservant le même diamètre , s'éten- 
doient en serpentant à fleur de terre jusqu'à plus de 
i3 mètres (4o pieds). Le tronc de cet arbre se rami- 
fie promptement , et ses branches qui s'étendent à 
une grande distance, m'ont semblé affecter une direc- 
tion plus horizontale que dans les autres arbres , ce 
qui en faisant paroitre son sommet très-vaste et plus 
touffu, lui donne un aspect assez remarquable pour 
le faire d'abord reconnoitre de loin. Les bourgeons 
du Ju^lans cathartica comme ceux du J. nigra ne 
sont pas revêtus d'écaillés , mais sont à découverts, 
et ses feuilles se développent de très-bonne heure au 
printemps , environ quinze jours avant celles des 
Jitgla?2s Hickerys '. 

Chaque feuille est composée de sept ou huit 
paires de folioles sessiles , et terminées par une 
impaire pétiolée. Ces folioles longues de 5 à 8 cen- 
timètres (2 à 3 pouces), sont de forme oblongue, 
dentées sur leurs bords et légèrement velues. Les 
fleurs mâles sont supportées sur des chatons gros, 

' Cette végétation très - hâtive s'observe également dans plusieurs 
autres arbres, qui, comme celui-ci, existent dans des régions tiè^- 
septentrionales , et qui continuent à se trouver jusques sous des lati- 
tudes assez méridionales. 

!• 2 2 



l68 JUGLANS CATHARTICA. 

cylindriques, longs de 8 à lo centimètres [ 1\.3l 5 
pouces j, à pédoncules simples, et sont attachées 
sur les pousses de l'année précédente. Les fleurs 
femelles qui au contraire prennent naissance sur 
celles de l'année, sont terminales, et l'ovaire est 
surmonté de deux stigmates de couleur rose. Les 
fruits suspendus ordinairement un à un, sont sou- 
tenus par des pédicules minces, flexibles, et longs 
d'environ 8 centimètres ( 3 pouces); leur forme est 
celle d'un ovale oblong sans suture apparente ; ils 
ont souvent 6 centimètres ( 2 pouces et demi) de 
longueur sur i3 (5 pouces) de circonférence , et sont 
très-visqueux, ce qui est dû à de petites utricules 
d'une grande transparence qui couvrent leur surface 
et qui sont faciles à apercevoir à la loupe. Les noix 
sont très-dures ; dégagées de leur brou leur forme 
est oblongue; elles sont obtuses à leur base, termi- 
nées à leur sommet par une pointe très-aiguë , sont sil- 
lonnées profondément et d'une manière très-irréguliè- 
re : elles sont à maturité aux environs de Nevs^-York, 
vers le i5 septembre, quinze jours avant celles des 
autres espèces de Noyers. Dans certaines années elles 
sont si abondantes , qu'un homme peut en ramasser 
plusieurs minots par jour. L'amande est épaisse, très- 
huileuse, et rancit promptement; aussi en voit-on 
rarement dans les marchés de New-York et de Phi- 
ladelphie; c'est aussi probablement à cause de cette 
propriété, qu'on lui a donné les noms de noix de 
beurre et de noix à fhuile, vraisemblablement parce 
que les Indiens qui habitoient ces contrées, piloient 



JUGLANS CA.THARTICA. 169 

ces noix, et séparant par rchuliition la substance 
grasse qui surnageoit, ils s'en servoicnt, dit-on, pour 
mêler à leurs aliments. 

Les fruits du Noyer calliartique , lorsqu'ils n'ont 
encore atteint que la moitié de leur grosseur ordi- 
naire , sont souvent employés pour faire des corni- 
chons ; pour cela on les plonge d'abord dans l'eau 
bouillante , et après les en avoir retirés et bien es- 
suyés, pour les /débarrasser entièrement de l'espèce 
de duvet dont ils sont couverts , on les met confire 
dans le vinaigre. 

Le Ju^lans nigra et le Ju^lans cathartica ont , 
dans les premières années de leur jeunesse , assez 
de ressemblance , tant par leur feuillage que par la 
rapidité avec laquelle ils croissent; mais arrivés à 
leur entier développement , ils ont chacun un port 
qui leur est propre, et qui les fait reconnoitre au 
premier aspect; et si on vient à examiner leur bois, 
surtout lorsqu'il est bien sec , on y trouve des diffé- 
rences très-notables. Le premier est pesant, fort, 
et d'une couleur très - rembrunie ; taudis que celui 
dont il est question, est très-léger, a peu de force, 
et d'une couleur rougeâtre ; mais ils jouissent tous 
deux également du précieux avantage de résister 
long -temps à la pouriture , et de n'être pas atta- 
qués par les vers. C'est à cause de son défaut de 
force , et parce qu'il donne rarement des pièces d'une 
grande longueur, que le Ju^lans cathartica n'est 
point apporté dans les villes pour la construction 
des maisons , quoiqu'on s'en serve quelquefois pour 



lyO JUGLANS CATHARTICA. 

cet usage dans les campagnes. Je l'ai assez souvent vu 
employé dans quelques cantons de l'État de New- 
Jersey, pour en faire les sols des maisons et des 
écuries, qui sont construites en bois, et qui reposent 
immédiatement sur la terre ; et c'est aussi parce 
qu'il résiste bien aux alternatives de la chaleur et de 
l'humidité, qu'on en fait de bons pieux et de bonnes 
barres pour clore les champs, et que, dans beaucoup 
de fermes, on le préfère pour en faire les auges où 
l'on donne à manger aux bestiaux, et que l'on place 
au dehors. Les pelles à remuer le grain et les sébiles 
faites de ce bois, sont aussi préférées à cause de leur 
légèreté , et parce qu'elles ne sont pas aussi sujettes 
à se fendre que celles en Acer ruhruin ^ ce qui fait 
qu'elles se vendent un peu plus cher. Aux environs 
de New-York, j'ai remarqué que dans la construc- 
tion des petits canots faits d'un seul ou de deux 
troncs d'arbres, il étoit employé pour courbes des- 
tinées à leur donner plus de solidité oii à les unir 
ensemble; mais on se sert d'un bois plus fort, lors- 
que ces canots sont d'une assez grande dimension. 
A Pittsbourgh sur les bords de l'Ohio, \e Juglans 
caihartica est quelquefois débité en planches , dont 
on fait de petits esquifs. Ceux qui descendent la 
rivière, les achettent de préférence à cause de leur 
légèreté. A Windsor dans l'État de Vermont, on s'en 
sert pour faire des panneaux de carrosse et de cabrio- 
let; ceux qui l'emploient le trouvent fort bon pour cet 
usage, parce qu'outre sa légèreté, il n'est pas sujet à 
se fendre, et que de plus, il prend très-bien la cou- 



JUOLANS C AT H ART ICA. I7I 

leur. En effet, j'ai remarqué que ces pores sont beau- 
coup plus ouverts que ceux du Tulipier et du Tilleul. 
La propriété médicale de l'écorce de cet arbre a 
été constatée depuis long-leinj)s dans les États-Lnis, 
par plusieurs médecins distingués, entr'autrespar le 
docteur Cutler. L'extrait aqueux de l'écorce, ou même 
sa décoction adoucie avec du miel , a été bien re- 
connupour un des meilleurs cathartiques que possède 
la matière médicale, parce que sa qualité purgative 
est toujours assurée , et que dans les constitutions les 
plus délicates, elle opère toujours sans causer ni dou- 
leur ni irritation. Enfin l'expérience a appris que, dans 
bien des cas, elle avoitproduitd'excellents effets dans 
la dyssenterie , etc. C'est ordinairementsous forme de 
pilules, et à la dose di^un demi gros jusqu'à un gros , 
qu'il se donne aux grandes personnes. Cependant son 
usage n'est assez général que dans les campagnes , où 
beaucoup de fermiers en font tous les ans au prin- 
temps une petite provision pour les besoins de leur 
famille et ceux de leurs voisins. Ils l'obtiennent en fai- 
sant bouillir dans l'eau l'écorce toute entière , jusqu'à 
ce que la liqueur se réduise par l'évaporation en une 
substance épaisse, très-visqueuse et de couleur pres- 
que noir. Ce procédé est vicieux, etl'ondevroit préa- 
lablement enlever l'épiderme ou la partie morte de 
l'écorce qui recouvre le tissu cellulaire , et qui est fort 
épaisse ; car vers la fin de l'opération, parl'ébullition 
long' temps continuée, elle s'est imprégnée des quatre 
cinquièmes du liquide , déjà chargé de la partie 
extractive. 



17^ JUGLANS CATHARTICA. 

J'ai VU encore cette écorce employée avec succès , 
comme moyen révulsif dans les ophtalmies inflam- 
matoires, et même dans les maux de dents, par l'ap- 
plication à la nuque d'un petit morceau , qu'on a 
auparavant fait tremper dans l'eau tiède. On s'en 
sert aussi quelquefois dans les campagnes, pour tein- 
dre la laine d'un brun foncé; mais celle du Jii^lans 
nigra est très-préférable. 

J'ai enfin remarqué qu'au moment oii , dans un 
arbre vivant , l'on met à nu le tissu cellulaire de 
l'écorce, il étoit d'une grande blancheur, mais que 
dans 'l'espace d'une minute , il passoit à une belle 
couleur citron , qui peu à près , se changeoit en une 
couleur brune foncée. 

Quoique le Juglans cathartica^ comme on voit, 
possède quelques propriétés utiles , je ne pense pas 
cependant qu'il soit d'un assez grand intérêt, pour 
engager à le cultiver dans l'ancien continent comme 
une espèce forestière qui seroit profitable , soit dans 
les arts, soit même comme bois à brûler. Il devra 
donc seulement trouver sa place dans les parcs et 
jardins d'agrémens. 

PLANCHE II. 

Feuille moitiée grandeur naturelle, 

Fig, 1 , noix recouverte de son brou, Fig. 3 , 7ioix séparée de 
son brou. 



PL3 




HfJteJmui Pùtjrf 



JlTCrLANS oliva? formis. 



I"?''S<,^cfJc 



4 /// (jJ^Ci cAeri/ 



JUGLANS OLIVMFORMIS, 

TUE FACAJSENUT, H I C K E li Y. 

JuGLANS olivceformis ;folioli's siihtriclenis .falcatis , serra- 
tis. Friictu oblongo , proininulo-quadriangulato ; nuce 
oUuœformi , lœvL 

Cette espèce qui se trouve dans la Haute-Loui- 
siane , est nommée par les François des Illinois, et à 
la Nouvelle -Orléans, Pacanier , et ses fruits INoix 
Pacanes. Nom qui a été adopté par les habitans des 
États-Unis, qui par suite l'appellent Pacane mit. 
Les bords des rivières du Missouri, des Illinois, de 
S.-François et des Arkansas, sont les endroits où 
cet arbre se trouve le plus abondamment. Il est encore 
fort commun sur la rivière Wabasli, ainsi que 
sur les rives de l'Oliio, mais seulement jusqu'à 200 
milles de son embouchure , dans le Mississipi; passé 
cette distance, il devient plus rare, et on ne le 
rencontre plus au-delà de Louisville. Mon père qui 
a parcouru toutes ces contrées , a appris des François 
qui y résident, et qui sont dans l'usage de remonter 
le fleuve jusqu'à sa source pour aller à la traite des 
fourrures, qu'on ne le voit plus au-delà de la rivière 
grande Mackakité , dont l'embouchure est située par 
le 42° 5o' de latitude. 

Cet arbre affecte de croître principalement dans 
les lieux frais et qui sont même très-humides ; on 
cite entr'autres un marais Çswamp) de plus de 800 



174 JUGLANS OLIViEFORMIS. ■ 

arpents, qui est exclusivement couvert de Pacaniers. 
Ce marais qui est connu des François des Illinois, 
sous le nom de la Pacanière, est situé sur la rive 
droite de l'Ohio, vis-à-vis l'emboucliure de la rivière 
de Gumberland. 

Le Pacanier est un fort bel arbre dont la tige 
est bien filëe , et qui, lorsqu'il se trouve en corps de 
foret, parvient à 20 et 24 mètres [60 et 72 pieds J 
d'élévation. Son bois dont le grain est grossier, est 
comme celui des autres Noyers Hickery, pesant et 
compacte; il est également doué de beaucoup de 
force et d'élasticité, propriétés qui cependant ne sont 
pas chez lui réunies à un aussi haut degré , que dans 
quelques-unes des espèces que je décrirai ci-après. De 
même que les Ju^lans nigra et Juglans cathartica , 
ainsi que dans les deux espèces suivantes, les bour- 
geons sont à nu , et ne sont point recouverts d'écaillés. 
Ses feuilles longues de 3o à 45 centimètres ( i pied à 
18 poucesj , sont supportées sur des pétioles un peu 
anguleux et légèrement velus au printemps. Chaque 
feuille est composée de six à sept paires de folioles, 
qui sontsessiles et terminées par une impaire pétiolée, 
ordinairement plus petite que les deux qui la précè- 
dent immédiatement. Ces folioles longues de 5 à 8 
centimètres ^ 2 à 3 pouces J , dans les arbres arrivés à 
leur entier développement, etde8ài3(^3à5j dans 
les jeunes individus qui poussent avec vigueur, sont 
de forme ovale-acuminées, sensiblement dentées, 
et assez remarquables par leur bord supérieur qui 
présente une forme demi-circulaire très-prononcée, 



JUGLANS OLIV^FORMIS. in^ 

tandis que rinféricur est comparativement très-peu 
arrondi. On observe encore que la nervure princi- 
pale, au lieu d'être dans la partie moyenne, est plus 
bas, ce qui fait que la portion supérieure est de 
moitié plus large. 

Les noix, ordinairement très-abondantes, sont 
revêtues d'un brou épais de 2 à 4 "dllimètres (i à 2 
lignes] , et garnies de quatre angles légèrement sail- 
lans, qui correspondent à ses divisions naturelles. Ces 
noix qui varient de longueur depuis 3 jusqu'à 4 cen- 
timètres (i pouce et demij, sont pointues à leurs 
extrémités : leur forme est cylindrique, leur couleur 
jaunâtre, et elles sont souvent marquées de lignes 
noirâtres, même purpurines, au moment où elles 
viennent d'être débarassées de leur enveloppe. La 
coquille lisse, mince, quoique assez résistante pour 
n'être pas cassée avec les doigts, renferme une amande 
bien fournie, et assez facile à avoir, parce quelle 
n'est pas partagée par des cloisons fortes et ligneuses. 
Ces noix, d'un très-bon goût, font l'objet d'un petit 
commerce , entre la Haute et Basse Louisiane. De 
la Nouvelle-Orléans , elles sont réexportées aux 
Indes Occidentales, et souvent encore dans les 
grandes villes des États-Unis. Non-seulement elles 
sont très-préférables à toutes celles qu'on a trouvées 
jusqu'à présent dans l'Amérique septentrionale, mais 
je crois même qu'elles ont une saveur plus délicate, 
que celles que nous possédons en Europe. De plus, 
on trouve souvent des variétés de Pacaniers , qui 
quoique sauvages, donnent des noix dont l'amande 

I. 23 



in6 JUGLAINS O L I V iEF O R M I S. 

est beaucoup plus grosse que celle de nos Noyers qui 
n'ont pas été cultivés. Je pense donc que , sous le 
rapport du fruit, cet arbre mérite de fixer l'attention 
des Européens ; et qu'au moyen d'une culture soi- 
gnée, on parviendra à en obtenir de très-beaux, sur- 
tout si l'on considère que notre Noyer dans l'état sau- 
vage, ne donne que des noix très-inférieures à celles 
du Pacanier. Il est vrai cependant que cette heu- 
reuse perspective est balancée par la lenteur avec 
laquelle croit cet arbre , dont nous possédons plu- 
sieurs individus en France , qui ne portent point 
encore de fruit, quoiqu'ils soient plantés depuis 
plus de trente ans. Mais s'il est vrai que cet arbre 
puisse être greffé sur le Noyer noir ou sur le Noyer 
ordinaire , alors sa végétation sera incomparable- 
ment plus rapide , et rien ne s'opposera à ce qu'on 
s'applique à le propager en Europe. 

PLANCHE III. 

Feuille moitié grandeur naturelle. 

Fig. 1 f fruit couvert de son brou. Fig. 2 , fruit séparé du brou. 



ri.4 




/fJl,:/.mA' ,/{-/ 



JUGLAT^S amma. 

/ 



Cll^Lfc ■ 



JUGLANS AMARA. 

BITTER JSUT, HlCKERY. 

JuGLANS aniara , arbor maxima , folloUs 7 — 9"'*, frla- 
bris , conspicuè serratis , impari breviter petiolato. 
Fructu siibrotundo-ovoïdeo , supernë suturis prominulis ; 
nuce lœvi , subglobosà , mucronatà : putamine fragili , 
nucleo amaro. 

Cette espèce est généralement connue dans 
l'Ltat de New-Jersey, sous le nom de Bitter nut ^ 
Noyer amer ; tandis que dans la Pensylvan ie, et notam- 
ment dans le Comté de Lancaster, elle est désignée 
par celui de TVhite Hickery^ Hickery blanc, et quel- 
quefois encore de S^amp Hickery^ Hickery des ma- 
rais. Mais plus au sud elle est confondue avec \eju- 
glans por^cina y enûn les François des Illinois, comme 
les habitans de New- Jersey , lui donnent le nom de 
JVojer amer. Cette dernière dénomination sous la- 
quelle je la décris, ma paru devoir être préférable- 
ment conservée ; car elle indique une des propriétés 
particulières du fruit de cet arbre. 

Les environs de Windsor dans l'État de Vermont,. 
latitude 43° 3o', sont, je pense, irès-rapprochés du 
point le plus septentrional, où le Noyer amer com- 
mence à croître, en venant du nord au midi; car 
on ne le rencontre pas dans le district de Maine , où 
il existe cependant beaucoup de situations sur les 
bords des rivières très-analogues à celles où il est 
fort commun , à quelques degrés plus au sud. Cet 



l'jS JUGLAIVS AMARA. 

arbre parvient aune très-grande élévation, dans les 
Lois de Bergen's Woods, à six milles de Nevs^-York, 
et dans les bas- fonds qui bordent l'Ohio. J'ai mesuré 
plusieurs individus qui avoient de 3 à 4 niètres 
( 10 à 12 pieds j de circonférence, sur environ 23 
à 26 mètres (70 a 80 pieds j de hauteur; mais il ne 
parvient il est vrai à de pareilles dimensions , que 
dans les endroits où le sol est d'une excellente qua- 
lité, et maintenu constamment à l'état de fraîcheur, 
souvent même d'humidité , par les débordemens des 
creeks et des rivières ; et c'est probablement parce 
qu'on a remarqué qu'il affectoit de croître dans de 
pareilles situations, qu'il est désigné quelquefois 
comme il a été dit , par le nom de Hickeiy des ma- 
rais. C'est de tous les Noyers Hickerys, celui chez 
lequel la végétation est la plus tardive , car j'ai 
constamment observé que ses feuilles se développent 
environ quinze jours plus tard. Dans les individus 
bien venant et en état de porter fruit, elles ont de 
32 à 4o centimètres ( 12 à i5 pouces) de longueur, 
sur une largeur à -peu -près d'égale dimension, qui 
varient ainsi que dans tous les autres arbres, eu 
égard à la nature , du sol, ou encore selon qu'elles 
croissent sur les branches inférieures ou sur les plus 
élevées.Chaque feuille est composée de trois ou quatre 
paires de folioles, terminées par une impaire moins 
grande que les deux qui la précèdent immédiate- 
ment. Ces folioles, longues d'environ 16 centimètres 
(6 pouces) sur 27 à 3o millimètres (12 à i5 lignes) 
de largeur, sont sessiles, ovales-acuminées et très- 



J U GLANS AMARA.. I 79 

sensiblement dentées en scie; elles sont lisses et 
d'un vert assez obscur. Lorsque cet arbre a perdu ses 
feuilles, il est encore facile à reconnoitre à ses bour- 
geons qui ont une belle couleur jaune, et qui sont 
à nu, sans être couverts ou enveloppés d'écaillés. 

Dans la Pensylvanic et le New-Jersey, le Noyer 
amer est en fleurs vers le aS de mai. Les chatons 
qui portent les fleurs mâles , longs de 5 à 8 centi- 
mètres [ 2 à 3 pouces j, et disposés trois à trois sur 
le même pédicule , sont pendans et flexibles , tou- 
jours réunis seulement deux à deux. Ils sont atta- 
chés à la naissance de la pousse de l'année, tandis 
que les fleurs femelles peu apparentes, sont au con- 
traire placées à leur partie supérieure. 

Les fruits toujours assez abondans, sont en ma- 
turité vers le i^^. octobre. D'un seul arbre on pour- 
roit souvent en récolter plusieurs minots. Le brou 
qui couvre la noix est mince, charnu, et surmonté 
dans sa moitié supérieure de quatre appendices en 
forme d'ailes. Il ne devient pas ligneux comme 
dans les autres Noyers Hickerys; mais il s'amollit, 
et finit par tomber en pourriture. Dans cette espèce, 
la forme des noix est plus constante et plus régu- 
lière. Elles sont plus larges que longues , ayant 
environ 22 millimètres (10 lignes) de largeur sur i3 
à 1 5 (^ 6 à 7 1. } de hauteur. La coque qui est blanche, 
lisse , et assez mince pour être cassée avec les doigts, 
renferme une amande très-remarquable par les si- 
nuosités profondes qui la pénètrent de toutes parts, 
et qui sont le résultat de la plicature de l'amande 



l8o JUGLA.NS AMAEA. 

sur elle-même ; elle est si âpre et si amère, que les 
écureuils et les autres animaux sauvages, ne recher- 
chent les noix de cet arbre, que lorsqu'ils n'en 
trouvent plus d'aucune autre espèce. 

Dans quelques parties de la Pensylvanie où cet 
arbre se trouve assez multiplié, on a retiré de ses 
noix une huile bonne a brûler, et susceptible d'être 
employée à d'autres usages secondaires; mais de ces 
essais qui ont réussi à quelques fermiers, on ne doit 
pas en conclure qu'on puisse, sous ce rapport, tirer de 
cet arbre des produits capables de devenir une bran- 
che d'industrie; car ni le INoyer amer , ni les autres 
espèces de l'Amérique septentrionale , ne couvrent 
jamais des cantons assez étendus, pour en fournir les 
moyens. Il y auroit à cet égard beaucoup plus d'avan- 
tage à multiplier le Noyer d'Europe, dont la culture 
est encore totalement négligée dans tous les Etats- 
Unis, et qui certainement réussi roit au-delà de 
toute espérance dans les Etats du milieu , et surtout 
dans ceux qui sont situés au-delà des Alléghanys. 

La texture de l'écorce du Noyer amer, la couleur 
de l'aubier et du cœur, sont les mêmes que dans les 
autres Noyers Hickerys, et son bois possède, quoi- 
que dans un degré inférieur, ces propriétés qui les 
font distinguer- si évidemment des autres arbres; 
propriétés qui sont la pesanteur, la force, la ténacité 
et l'élasticité. On s'en sert à Lancaster comme bois de 
chauffage ; mais sous ce rapport, il n'y est point consi- 
déré , comme supérieur en qualité au Chêne blanc, 
et il n'est point vendu à un taux plus élevé. 



JUGLANS AMAKA. l8l 

Le Noyer amer existe en France dans plusieurs 
jardins , et même y donne des fruits ; cependant 
comme on ne peut rien espérer de la qualité de son 
fruit, qui paroît vouloir un sol très -fertile pour 
arriver à un grand développement ; enfin , que son 
hois est reconnu en Amérique , pour être un peu 
inférieur à celui que fournissent les espèces sui- 
vantes, je ne crois pas qu'il doive trouver place 
dans les forets d'Europe. 

PLANCHE IV. 

Feuille de grandeur naturelle. 

Fie. 1 ) Jioix revêtues de leur brou. l'ig. -• ^ noix séparée de son 
brou. 



JUGLANS AqUATICA, 

WATER BITTE R NU T HICKERY. 

JuGLANS aquatîca foUolis 9 — 1 1 "", lanceolato - acumina- 
tis , sub-serrads , sessilibus ; impari hreviter petîolato» 
Fructibus pedunculatis , nuce sub-depressa , parva , 
rubiginosa , tenera. 

Cette espèce qui appartient à la partie basse des 
des Etats méridionaux , n'y est connue sous aucune 
dénomination particulière, car elle a été confondue 
jusqu'à présent par les habitans avec le Juglans por- 
cina^ quoiqu'elle en diffère à beaucoup d'égards. Le 
nom d'Hickery des liiaraiis ^ PV^ater lïickeiy y que je lui 
ai donné , m'a paru assez convenable , parce que j'ai 
toujours trouvé cet arbre dans les marécages, et très- 
souvent dans les fossés qui entourent les champs à 
riz, oii il croit avec \Acer ruhruni^ le Njssa aquci- 
tica^ le Cupressus disticha et le Populus angulosa. 
Le Juglans aquatica s'élève de i3 à 16 mètres (^ 4^ 
à 5(0 pieds J , et son port est en tout semblable à 
celui des autres Noyers Hickerys, dont il fait partie. 
Ses feuilles longues de 21 à 24 centimètres [8 à 9 
pouces), sont d'une belle couleur verte , seulement 
composées de quatre à cinq paires de folioles, sessiles 
et terminées par une impaire pétiolée. Ces folioles 
légèrement dentées sur leurs bords, longues et étroi- 
tes, ont environ 10 à i3 centimètres ( [\'k b pouces j 
de longueur, sur 18 à 20 millimètres (8 à 9 lignes^ 




-^v^r ^ei ^ 



JFGLAKS aquatica 



At^m t K-m^ ' 



JU GLAN s AQUATICA. l83 

à leur partie moyenne, assez semblable d'ailleurs 
à des feuilles de Pécher. 

Les noix couvertes d'un brou peu épais et lëgère- 
ment inégales 5 sont petites, anguleuses, et un peu 
déprimées latéralement; elles sont rougeâtres et in'îs- 
tendres. L'amande en est fort amère, et présente 
comme dans celles du Ju^lans amara , des sinuosités 
profondes qui la pénètrent de toutes parts. Ces fruits, 
comme on le pense bien, ne sont pas mangeables. 
Le bois an Ju^lans aquatica^ quoique participant 
des propriétés de tous les autres Noyers Hickerys, 
leur est cependant inférieur sous tous les rapports , 
attendu qu'il vient dans des lieux très-aquatiques. 

Cet arbre dont j'ai rapporté des noix en France, 
pousse vigoureusement, et supporte bien les froids de 
nos hivers ; cependant je ne crois pas qu'il mérite 
de trouver place dans nos forets européennes , ni 
même d'être ménagé dans les défrichemens en Amé- 
rique. La partie méridionale des Etats-Unis possède 
d'ailleurs beaucoup d'espèces plus utiles , comme 
bois de constructions ; car celui-ci , comme ceux de 
tous les Noyers Hickerys, ne convient en aucune 
manière à cet usage. 

PLANCHE V. 

Rameau avec des feuilles de grandeur naturelle. 
Fig. 1 , Jioix recouvertes de leur brou. Fig. 2 . noix séparée du 
brou. 



I. 2'^. 



JUGLANS TOMENTOSA, 

MOCKER NUT HICKERY. 

JuGLANs tomentosa foliolîs 7 — 9'»% lœviter serratis ySuh- 
tus conspicuè 2>///osis, ùnpari sub - petîolaio ; anientis 
compositis y lon^issiniîs ^JiUforniibus , eximiè tomen- 
tosh, f rue tu globoso Del obîongOy nuce quadrangulà y 
-crassà durissùnaque. 

Bans la partie de l'État de New- Jersey qui a voi- 
sine la rivière Hiidson, ainsi qu'à Nevs^-York et dans 
les environs de cette ville , cette espèce de Noyer 
est connue sous le nom de Mocker mit, Noyer à noix 
moqueuse , et quelquefois encore de FFhite heart 
Uickery, Hickery à cœur blanc; tandis qu'à Phila- 
delphie, à Baltimore et dans la Virginie, celui de 
Comnion Hickerj , Hickery ordinaire , est le seul en 
usage. Les François des Illinois lui donnent le nom 
de Noyer dur. J'ai cru devoir conserver la première 
de ces dénominations, parce qu'elle exprime un des 
cai actères du fruit de cet arbre, qui n'est véritable- 
ment pas plus abondant dans la Pensylvanie , et plus 
au midi , que les autres Noyers Hickerys, comme pa- 
roitroit l'indiquer le nom qu'il y porte. Vers le nord 
je n'ai pas observé le Jiiglans tomentosa , au-delà 
de Portsmoulh dans l'État de Massachussett , quoi- 
qu'il soit déjà a^sez commun aux environs de Boston 
et de New-Providence , situés seulement à 100 milles 
])lns au sud; enfin il est peut-être plus abondant 
que j)ai tout ailleurs dans les forets qui existent encore 



J'I.U 




SettAolel. 



tJlIGLANS tomeniosa 



J U G L A N s T O "Vl i: N T () s A . I 85 

dans la partie allanlique des Etats du milieu, ainsi 
que dans celles qui couvrent les Hantes-Carolincs 
et la Haute - Géorgie; mais dans ces mêmes États, 
il est proportionnellement beaucoup plus rare vers 
la mer, à cause de la stérilité du sol, qui est géné- 
ralement aride et sablonneux, et par suite peu favo- 
rable à sa végétation. J'ai cependant remarqué que 
c'est le seul des llickerys dont on trouve toujours des 
rejetons dans les Pinières , Pine harrens ; ces reje- 
tons brûlés tous les ans, ne s'élèvent jamais qu'à 
1 mètre (^3 ou 4 pieds j. J'ai fait la même obser- 
vation en traversant les grandes prairies naturelles, 
Bi^ harrens , du Kentucky et du Ténessée ; car le 
Ju^lans tomentosa et le Quercus Jerruginea ^ sont 
les seules espèces d'arbre qui s'y trouvent dissémi- 
nées, et qui résistent aux incendies qui presque à 
chaque printemps, embrasent ces prairies. C'est pro- 
bablement à cause de cela , qu'en partie arrêtés 
dans leur végétation , ils ne parviennent l'un et 
l'autre qu'à 2 ou 3 centimètres (8 ou 10 pieds) d'é- 
lévation. 

Comme la plupart des autres Noyers du pays, 011 
trouve de préférence celui-ci dans des terreins de 
bonne qualité, et principalement sur les coteaux à 
pente douce qui entourent les marais, où il se trouve 
mêlé avec des Liepidambars, des Tulipiers, des Éra- 
bles à sucre, des Noyers à noix araères , des Noyers, 
noirs, etc. Dans de pareilles situations, il atteint son 
plus grand développement, qui est ordinairement 
d environ 20 mètres (60 pieds), sur 5a à 60 eenti- 



l86 JUGLANS TOMENTOSA. 

mètres ( iSk 20 pouces) de diamètre. Je me ressou- 
viens cependant d'avoir vu des individus d'une plus 
grande dimension , près de Lexington en Rentucky ; 
mais cela tient à l'extrême fertilité de ces contrées , 
et cet accroissement n'est pas ordinaire , tant pour 
cet arbre que pour beaucoup d'autres, en deçà des 
Monts-Alléghanys. Le Juglans tomentosa est néan- 
moins de tous les Noyers Hickerys, celui qui paroît 
être le plus susceptible de croître dans des terreins 
de médiocre qualité ; car , quoiqu il soit d'un^ mau- 
vaise apparence, et en quelque sorte rabougri, il 
(hit partie des forets dégradées et appauvries, qui 
occupent les terreins maigres et graveleux de la plus 
grande partie de la Basse -Virginie. 

Dans celte espèce, les bourgeons sont gros, courts, 
d'un gris blanc et très-durs, ce qui suffit en hiver 
pour la faire reconnoître , et c'est même à cette épo- 
que de l'année où les feuilles sont tombées, le seul 
caractère auquel on puisse alors s'attacher dans les 
individus qui sont au-dessus de 2 à 3 mètres (8 à 10 
pieds) de haut. Dans les premiers jours de mai, les 
bourgeons grossissent beaucoup , les écailles exté- 
rieures tombent et les internes persistent; enfin 
celles-ci se séparent et laissent apercevoir les jeunes 
feuilles qui grandissent si rapidement, que je les ai 
vu acquérir 5o centimètres (20 pouces) en dix huit 
jours : chacune d'elle est composée de quatre paires 
de folioles sessiles et terminées par une impaire. 
Ces folioles longues de 16 à 22 centimètres (6 à 8 
pouces ) de forme ovale - acuminée , légèrement 



JU CLANS TO MENT OSA, 187 

dentées dans leur contour, sont odorantes, assez 
épaisses, très -velues inférieurement, ainsi que 
le pétiole commun auquel elles sont fixées. Dès les 
premiers froids, les feuilles de cette espèce d Hickery 
deviennent d'un beau jaune , et tombent peu de 
temps après. Les fleurs mâles, disposées sur des cha- 
tons longs de i6 à 20 centimètres (6 à 8 pouces), 
velus, flexibles et pendans, sont réunis trois à trois 
sur un pédicule commun, et attachés aux aiselles 
des premières feuilles des pousses de Tannée, aux 
extrémités desquelles sont situées les fleurs femelles, 
qui sont peu apparentes et d'un rose pâle. 

Les fruits du Juglans tomentosa, sont à maturité 
vers le 1 5 novembre, ils sont odorans, sessiles ou très- 
rarement pédoncules; le plus souvent réunis deux à 
deux. Sous le rapport de la forme et de la grosseur, ils 
oftrent des différences très-remarquables: dans quel- 
ques arbres, ces fruits sont parfaitement rands avec 
des sutures rentrantes; chez d'autres, ils sont très- 
allongés avec des sutures sortantes ou anguleuses, les 
uns ont plus de 6 centimètres (2 poucesj de longueur 
sur 24 à 3o millimètres [12310 lignes j de dia- 
mètre, d'autres ont moins de moitié de cette gros- 
seur. Le brou qui conserve toujours beaucoup 
d'épaisseur, devient dur et ligneux vers l'automne. 
A cette époque, il s'ouvre inégalement, et seulement 
dans les deux tiers de sa longueur , pour laisser 
échapper la noix. La coquille fort épaisse, légère- 
ment striée , et d'une extrême dureté , renferme 
une amande douce, mais petite et difficile à extraire 



l88 JUGLANS TOME NT OSA. 

à cause des cloisons très-forles qui la partagent; et 
c'est probablement pour cela qu'on a donné à cette 
espèce le nom de Noyer à Noix moqueuse. Les noix 
varient non -seulement dans la configuration et dans 
le volume, mais encore dans le poids, etcelaàuntel 
point, qu'on croiroit qu'elles appartiennent à des 
arbres d'espèces différentes; car quelques-unes de ces 
noix, sont presque rondes et si petites, qu'elles ne 
pèsent pas tout-à-fait un gros, tandis que d'autres 
sont très-allongées, à angles saillans, et si volumi- 
neuses, qu'elles en pèsent plus de quatre. Lorsque 
ces dernières sont débarrassées de leur brou , il est 
quelquefois possible de les confondre avec celles des 
Juglans laciniosa^ et les premières avec quelques- 
unes des variétés appartiennent au Juglans porcina. 
Parmi ces différentes variétés, j'ai fait figurer de 
grandeur naturelle, celle qui est la plus commune. 
La grande dureté de ces noix, et la difficulté d'en 
extraire l'amande, qui d'ailleurs est peu fournie, 
sont cause qu'on n'en apporte que rarement aux mar- 
chés. 

Le tronc du Juglans tomentosa^ dans les vieux 
arbres , est revêtu d'une écorce profondément 
crevassée, point écailleuse, très - épaisse , et très- 
consistante. Son bois de la même couleur et de 
la même texture que les autres No3^ers Hickcrys , 
jouit des mêmes propriétés qui rendent les arbres 
de cette classe si remarquables. Celui-ci est surtout 
préférable comme com])ustib]e. Pour cet usage on 
choisit les arbres qui ont de 16 à 20 centimètres 



JUGLANS ÏOMENÏOSA. I 89 

(6 à 8 pouces) de diamètre, parce que lorsqu'ils ont 
atteint cette grosseur, leur bois donne plus de cha- 
leur, et comme le cœur qui est de couleur rou- 
geâtre n'est pas encore développe, on donne alors 
fréquemment à celte espèce le nom de TVliitc heurt 
lllckerj ^ llickery à cœur blanc. Dans les campagnes 
on se sert quelquefois de son écorce pour en ojj- 
tenir une couleur verdiitre , mais l'usage qu'on en 
fait est très-limité. 

De tous les Noyers II ickerys, c'est celui dont la 
végétation est la plus lente, ce dont je me suis assuré 
par les semis que j'ai fait des noix de ses diverses 
espèces, ainsi que par la longueur comparative de 
leurs pousses annuelles. J'ai cru aussi remarquer 
que son bois étoit le plus susceptible d'être attaqué 
par les insectes , et notamment par le callidiimi jle- 
xuosimi , dont la larve le ronge intérieurement. Ces 
différentes considérations, sont, je pense , des motifs 
assez puissans, pour engager les personnes qui vou- 
dront former de grandes plantations, à donner la 
préférence à quelques autres espèces que je me pro- 
pose d'indiquer. 

PLANCHE VI. 

Feuille du tiers de la grandeur naturelle. 

Fig. 1 , noijc revêtue de son brou. Fig, '1 , noix séparée du. brou. 

F/g. 5 , callidiiiai flexuosuin. 



JUGLANS SqUAMOSA. 

SHELL B^RK HICKERY. 

JuGLANS squamosa ^ foliolis quînis inajoribiis ^ longe pe- 
tiolatis , ovato-acuminatis , serratis , subtus villosi's , 
impari sessili : amentis moscuh's compositis , glabris 
Jîliformibusque : fructu globoso , depresso , majore ; 
nuce compressa , albâ. 

La disposition assez singulière qu'offre l'écorce 
de cette espèce de Noyer, lui a fait donner les noms 
de Shell bark Hickerj^ de Scaly hark^ de Shag 
hark Hickery ^ Hickery à ëcorce écailleuse. Parmi 
ks différentes dénominations , dont la signification 
est à-peu-près la même, j'ai conservé la première, 
comme plus généralement en usage dans les États 
du milieu et du sud. Les descendans des Hollan- 
dois, qui habitent cette partie du New-Jersey qui 
avoisine la ville de New- York, lui donnent encore 
fréquemment le nom de Kiskythomas nut^ et les 
François des Illinois, Noyer tendre. 

Les environs de Portland , dans l'Etat de New- 
Hampshire, sont un des points les plus avancés vers le 
nord où j'ai trouvé le Juglans squamosa-, mais sa 
végétation m'a paru y être restreinte par la rigueur 
des froids qu'on éprouve déjà sous cette latitude ; 
car il est peu élevé, et les fruits n'y acquièrent qu'une 
grosseur médiocre. Je ne l'ai pas trouvé dans les 
forets du district de Maine , non plus que dans celles 




/■,■...,■„ ,/,■/' 



J l G L AN s s ijuam i) s a 



finir, ^.fc 



7. 



JUGLANS SQUAMOSA. IQI 

de l'Etat de Vermont, situées un peu plus avant 
vers le nord. Cet arbre est au contraire fort commun 
sur les bords du lac Érië, près de la Nouvelle-Genève 
dans le Génesséejle long de la rivière desMohawks; 
près de Goshen, dans le nouveau Jersey, enfin sur les 
rives de la Susquehannah et de la Schuylkill, dans 
la Pensylvanie. Il l'est comparativement beaucoup 
moins dans le Maryland , la Basse-Virginie, ainsi 
que dans les États méridionaux. Dans la Caroline 
du sud, un des endroits les plus rapprochés de 
Charsleston où je Tai observé , se trouve dans la 
paroisse de Goose Creek, à 24 milles de cette ville; 
on le rencontre encore dans les États de l'ouest; 
mais il y est moins répandu que l'espèce suivante , 
avec laquelle il a beaucoup de ressemblance, ce qui 
fait que les habitans les confondent et leur donnent 
le même nom. A l'est des Monts-AUéghanys, le 
Juglans squamosa croit exclusivement autour des 
swamps ou marais, ainsi que dans les endroits très- 
frais, qui sont souvent exposés à être submergés pen- 
dant plusieurs semaines de suite. Dans de pareilles 
situations, il se trouve le plus ordinairement mêlé 
avec le Quercus discolor , l'Acer rubrum , le Liqui- 
damhar styracijlua , le Njssa et le Plat anus occi- 
dentalis. C'est de tous les Noyers Hickerys, celui qui 
parvient à une plus grande élévation sur un plus 
petit diamètre , car il acquiert quelquefois 20 à 25 
mètres (80 à go pieds) de hauteur, sur moins de 65 
centimètres (2 pieds) d'épaisseur. Son tronc dépourvu 
de branches dans les trois quarts de sa hauteur, est 

ï» 23 



192 JUGLANS SQUAMOSA. 

d'une grosseur régulière et presque uniforme jusqu'à 
la naissance de ses premières branches, ce qui en 
fait un arbre magnifique ; mais ce qui lui donne 
surtout une apparence singulière et le fait recon- 
noître tout de suite à une grande distaYice, c'est 
l'aspect que présente son tronc , dont l'écorce f épi- 
derme) se divise naturellement en un grand nombre 
de bandes étroites et longues de 3o à 96 centimètres 
(1 à 3 pieds), qui sont recourbées en arrière, et ne 
sont plus adhérentes que par leur partie moyenne. 
Ainsi hérissé du haut en bas de pointes saillantes, 
le Juglans squamosa est bien propre à attirer l'at- 
tention de l'homme le plus indifférent. Cette exfo- 
liation de l'épiderme qui s'opère d'une manière si 
remarquable , n'a lieu que dans les arbres qui 
ont acquis plus de 25 centimètres (10 pouces) de 
diamètre , quoiqu'elle s'annonce long-temps aupa- 
ravant par de longues gerçures. Ce caractère qui est 
très-suflisant pour le faire reconnoitre lorsqu'il est 
privé de ses feuilles ep hiver, n'existe pas encore 
dans les sept ou huit premières années de sa crois- 
sance 5 aussi pourroit-il alors être confondu facile- 
ment avec les Juglans tomentosa et Juglans por- 
cina , si on n'avoit pas recours à l'examen des 
bourgeons. Dans ces deux dernières espèces , et 
assez généralement dans tous les autres arbres , ils 
sont formés d'écaillés, étroitement appliquées les 
unes sur les autres, tandis que dans l'espèce dont 
il est ici question , les deux écailles plus extérieures 
îie les embrassent qu'à moitié, et laissent dans la 



JUGLANSSQUAMOSA. IqS 

partie supérieure un intervalle très-marqué. Je me 
plais même à considérer cette disposition particu- 
lière de ces deux écailles, propre à cette espèce et 
à la suivante, comme le principe de l'exfoliation 
de son épiderme. Au printemps, dès que l'action 
de la sève commence à se manifester, ces deux 
écailles tombent, les plus internes grandissent con- 
sidérablement, et se chargent d'un duvet soyeux et 
mordoré; enfin après un intervalle d'environ quinze 
jours, les bourgeons qui ont déjà acquis près de 
6 centimètres (^2 pouces) de longueur, crèvent, et 
laissent apercevoir les jeunes feuilles, dont le déve- 
loppement est souvent si rapide, que dans le cou- 
rant du premier mois , elles ont acquis toute leur 
grandeur, qui est quelquefois de plus de 60 centi- 
mètres Ç 20 pouces) dans les arbres encore jeunes, 
et dont la végétation est très -vigoureuse. Dans cette 
espèce, chacune des feuilles est composée de deux 
paires de folioles , plus une impaire pétiolée : ces 
folioles sont lisses et d'un vert agréable en dessus, 
et finement veloutées en dessous; elles sont dentées 
dans leur contour. Les inférieures sont proportio- 
nellement beaucoup moins grandes que les deux 
suivantes, qui le sont presqu'autant que l'impaire 
Celle - ci a souvent 3o centimètres Ç 1 pied ) de 
longueur, sur 10 centimètres (4 pouces) de largeur. 
Comme dans l'espèce précédente, les fleurs mâles 
qui paroissent du i5 au 20 mai dans l'État de jNe^v- 
York, sont disposées sur des chatons longs de i3 
à 16 centimètres Ç5 aG pouces), glabres, flexibles 



'94 JUGLANS SQUAMOSA. 

et pendans ; ces chatons sont réunis trois à trois , 
et sont supportés par un pétiole commun , qui est 
attaché aux aisselles des premières pousses de l'année. 
Les fleurs femelles verdâtres et peu apparentes, sont 
au contraire situées à leurs extrémités. Les fruits du 
Juglans squamosa^ sont en maturité vers le i^'. octo- 
bre; dans certaines années, ils sont si abondans, 
qu'un seul arbre en donne cinq à six minots. Sui- 
vant la nature du sol et de l'exposition , ils varient 
pour la grosseur, qui est assez généralement de i5> 
centimètres ( 5 pouces et demi) de circonférence; 
pour la forme elle est toujours la même. Ils sont 
arrondis, et présentent quatre sutures rentrantes, 
opposées les unes aux autres, qui indiquent le point 
où la division du brou doit se faire; car il se par- 
tage en quatre segmens égaux, qui se séparent entiè- 
ment les uns des autres au moment de la complète 
maturité. Cette division totale du brou doit même 
être considérée avec son épaisseur très-remarquable , 
et qui est hors de toute proportion avec la noix, 
comme un caractère particulier aux Noyers à écorce 
écailleuse. Les noix du Jiiglans squamosa^ sont 
petites, blanches, comprimées latéralement, et pré- 
sentent quatre angles marqués, qui correspondent 
aux quatre divisions du brou. 

De tous les Noyers de l'Amérique septentrionale 
que nous connoissons, c'est celui dont les noix, après 
celles du Pacanier, renferment l'amande la plus 
douce et la plus fournie; la coquille qui la contient 
est assez mince, quoiqu'elle soit encore suffisamment 



JUGLANS SQUAMOSA. IQJ 

épaisse pour qu'on soit obligé de casser ces noix avant 
de les servir sur la table ; car elles sont trop dures pour 
pouvoir être brisées en les pressant l'une contre 
l'autre dans la main , comme cela se fait ordinaire- 
ment à l'égard des noix d'Europe, qui, bien certai- 
nement, leur sont très-préférables. Les noix du Ju- 
glans squamosa, sont cependant encore assez recher- 
chées, car elles forment un petit article de commerce, 
qui se trouve porté dans les listes des exportations 
des produits du sol des Etats-Unis. Cette exporta- 
tion qui ne s'élève pas annuellement à plus de quatre 
à cinq cents minots, a lieu principalement de New^- 
York et de quelques petits ports duConnecticut, d'où 
ces noix sont envoyées dans les Etats méridionaux, 
et dans les colonies des Indes occidentales , quelque- 
fois même il envient à Liverpool : dans ces difFérens 
endroits, elles sont connues sOus le nom ^Hickery 
niits , noix d'Hickery. Ces noix qui se vendent au 
marché de New-York, environ lo francs (2 dollars ) 
le minot, sont ou ramassées dans les bois, ou provien- 
nent des arbres, qui lors des premiers défrichemens, 
ont été conservés au milieu des champs cultivés. C'est 
principalement dans les environs de Goshen , Etat de 
New- Jersey, et dans plusieurs fermes situées sur 
les bords de la rivière Hudson, 3o milles au delà 
d'Albany, que j'ai remarqué qu'on a eu cette sage 
précaution. 

Les Indiens qui habitent sur les boids des lacs 
Érié et Michigan, recueillent ces noix pour l'hiver; 
ils en pilent une partie dans des mortiers de bois, 



^gS JUGLANS SQUAM OSA. 

et font bouillir cette pâte dont ils retirent une ma- 
tière huileuse qui surnage, et qu'ils mêlent avec 
leurs alimens. 

Avant de parler des propriétés du Noyer écailleux, 
sous le rapport de son bois, je ne puis m'empêcher 
de faire mention d'une fort belle variété de ces noix, 
produites par quelques arbres qui existent dans une 
ferme, situées au Seacocus, près de Snake Hill, 
dans le New-Jersey. Elles ont presque le double de 
grosseur de celles que j'ai vues partout ailleurs; la 
coquille est également blanche et comme bosselée 
au lieu d'être anguleuse. Un siècle de culture n'amè- 
neroit peut-être pas les autres au point de perfection 
où se trouvent déjà celles-ci, qui elles-mêmes étant 
greffées, augmenteront encore beaucoup de volume. 

Le bois de Jiiglans squamosa j, possède toutes les 
propriétés particulières aux Noyers Hickerys, qui 
sont la pesanteur , la force, l'élasticité et la ténacité ; 
comme eux il a le même défaut, celui de pourrir très- 
promptement et d'être attaqué par les vers. Cepen- 
dantcomme cette espèce s'élève à une grande hauteur, 
sur un diamètre très-uniforme, on s'en est quel- 
quefois servi à New- York et à Philadelphie , pour 
faire la quille des vaisseaux, mais il est rare qu'on 
l'employé actuellement à cet usage, les plus grands 
arbres ayant été abattus dans les environs des ports 
de mer. On a aussi reconnu que le bois de cette 
espèce se fendoit plus facilement, et qu'il avoit un 
plus grand degré de souplesse : c'est pour cela que 
dans quelques cantons de la Pensylvanie , on en 



JUGLANS SQUAMOSÀ. ig'J 

fait (les paniers et surtout des manches de fouets de 
carrosses, fort estimés à cause de leur grande élasti- 
cité. On en fait même passer un certain nombre de 
paquets ou de bottes en Angleterre. Cest encore a 
cause de cette même propriété , et parce qu'il a le 
grain un peu plus fin, que les tourneurs qui dans 
les campagnes des environs de INew-York et de 
Philadelphie, préparent les pièces destinées à com- 
poser les chaises, dites de Windsor, lesquelles sont 
toutes en bois, se servent par préférence de celui 
de cette espèce , pour en faire les baguettes qui en 
forment le dos. J'ai eu plusieurs fois occasion de 
remarquer, que parmi les différentes sortes de bois 
Hickerys , apportées en hiver à New- York pour com- 
bustible, celui de cette espèce dominoit, non qu'elle 
soit la plus estimée sous ce rapport, mais parce qu'elle 
paroit être plus commune sur les bords ou dans le 
voisinage de la rivière du Nord. 

Telles sont les usages auxquels le bois du Juglans 
squamosa^ m'a paru le plus spécialement adapté. 
Par ce qui a été dit précédemment, on a vu que cet 
arbre s'élevoit à une très-grande hauteur , et qu'il 
étoit d'une superbe venue. Je crois donc qu'il doit 
être introduit dans les forets européennes , et qu'on 
devra le placer de préférence dans les endroits frais, 
analogues à ceux oli on le trouve le plus souvent 
dans l'Amérique septentrionale. Sa réussite sera 
certaine dans le nord de l'Europe; car il peut sup- 
porter les froids les plus rigoureux. 

Je ne connois en France que deux individus de 



198 JUGLANS SQUAMOSA. 

cette espèce de Noyer qui portent des fruits, l'un 
se trouve à Denainvillier , près Pethivier, dans les 
possessions de la famille de M. Duhamel du Mon- 
ceau, et l'autre à S. Germain-en-Laye, dans l'ancien 
jardin de M. le maréchal de Noailles; mais l'admi- 
nistration forestière en a dans ses pépinières plus de 
douze milles plants, qui sont provenus des envois 
faits pendant mon dernier voyage dans l'Amérique 
septentrionale. On peut donc regarder dorénavant, 
la multiplication de cet arbre utile et très * beau , 
comme assurée dans nos forets. 

PLANCHE VIII. 

Feuille composée de cinq folioles. 

Fig. i , noix revêtue de son brou. Fig. 2 , portion du brou , qui 
montre sa grande épaisseur. Fig. 5 , noix séparée du brou. Fig. 4 , 
chaton composé ou divisé en trois .parties , caractère commun d tous 
les Noyers Hickerys. 



K têi* 



'Ai ài.» 



F/. 8. 




JUGLANS lacmiosa. 
'sM^cÀy t^-n^r.// /"^a^r t::yL/cÀ€<r?y/' 



'*.'^'WV-V^'^V%.'^-V^'X.'^-V^'^i»-V%-'^'VWW'*^»'l 



JUGLANS LACIISIOSA. 

THICK SHELL BARK H l C K E R Y. 

JuGLANS laciniosa , foliis majoribus ; folioUs 7 — g"'\ 
ovato - acwninatis , serratis , subtomentosis , impari 
petiolato. Fructu majore , ovato; nuce oblongà , crasscî^ 
mediocriter compressa. 

Cette espèce, qui a beaucoup de rapport avec 
celle qui a été précédemment décrite , est fréquem- 
ment confondue avec elle, par les habitans des 
contrées de l'Ouest, qui lui donnent le même nom; 
cependant quelques-uns dentr'eux la distinguent 
par celui de Thick shell bark Hickerj ^ Noyer écail- 
leux à coque épaisse, dénomination très-appropriée, 
et qui doit être conservée. Cet arbre est assez rare 
à l'ouest des Monts-Alléghanys 9 car il ne se rencontre 
que dans un petit nombre d'endroits , notamment 
sur la rivière Schujlkilly à 3o ou 4o milles de son 
embouchure, dans la Delaware, ainsi que dans les 
environs de Springfield , éloignés de 12 à i5 milles 
de Philadelphie , où l'on donne à son fruit le nom de 
Sprin^eld nut ^ noix de Springfield. Cette espèce 
se retrouve encore dans le comté de Glocester en Vir- 
ginie, où elle porte le nom de Glocester nut ^ Noix 
de Glocester. Ces différentes dénominations locales, 
tendent à confirmer ce que j'ai dit plus haut, que 
cet arbre étoit plus rare en-deçà des Monts-x^llégha- 
nys, comme j'ai eu occasion de m'en assurer dans 
le cours de mes voyages. Il est au contraire très- 
I. 26 



200 JUGLANS LACINIOSA. 

multiplie dans tous les bas-fonds qui accompagnent 
rOhio et les autres rivières qui viennent s'y rendre, 
et il concourt avec le Gleditsia triacanthos , Y Acer 
nigruin , le Celtis crassifolia , le Ju^lans nigra , le 
Cerasus virginiana^ VUbnus americana^ VUlmus 
fulva , Y Acer negimdo , VAcer dasjcarpuni et le 
Platanus occidentalis à former les forets épaisses 
et ténébreuses qui couvrent tous ces vallons. Cette 
espèce de Noyer Hickery, s'élève comme le Juglans 
squamosa , à plus de 25 mètres ( 80 pieds ) , et sa 
cime très-élargie , est aussi supportée par un tronc 
droit et d'une grosseur proportionnée à sa haute 
élévation. Son écorce ( épiderme j présente aussi 
cette même disposition singulière qui a lieu dans le 
Juglans squamosa. Les lames les plus extérieures se 
partagent en bandelettes longues de 32 à 96 centimè- 
tres ( I à 3 pieds), qui , se recourbant à leurs extrémités, 
ne tiennent plus que parleur partie moyenne, finis- 
sent par tomber, et sont successivement remplacées 
par d'autres , qui offrent le même arrangement. On 
remarque seulement que dans l'espèce qui fait le 
sujet de cette description , les lames sont plus 
étroites , plus nombreuses et d'une couleur moins 
obscure ; ce sont ces différences qui m'ont déter- 
miné à lui donner le nom spécifique de laciniosa. 
Les deux écailles les plus externes des bourgeons, 
ne sont point appliquées exactement sur les plus 
internes , mais sont écartées comme dans le Juglans 
squamosa. Les feuilles suivent aussi la même marche 
dans leur développement. Leur longueur varie depuis 



JUGLANS LACINIOSA. 201 

22 jusqu'à 54 centimètres ÇS jusqu'à 20 pouces), elles 
ont la même configuration , la même grandeur et la 
même texture; mais elles en difTèrent, en ce qu'elles 
sont composées de six folioles latérales, et quelque- 
fois de huit au lieu de quatre ; ce dernier nombre 
est invariable dans le Juglans Sfjuamosa. IjCii iitur^ 
mâles et les chatons auxquels elles sont attachées, pré- 
sentent la même disposition que dans cette dernière 
espèce, si ce n'est que ces chatons sont un peu plus 
longs. Les fleurs femelles, peu apparentes, de couleur 
verdâlre, sont aussi situées aux extrémités des jeunes 
pousses de l'année , il leur succède des fruits très- 
gros, de forme ovale, et qui ont un peu plus de 
6 centimètres (2 pouces) de longueur, sur 10 à 12 
(^ Si 5 p.) de circonférence. Comme ceux du Juglans 
squamosa^ ils offrent quatre sutures rentrantes, qui , 
à l'époque de la complète maturité, se partagent dans 
toute leurlongueur,pourlaisseréchapperla noix. Mais 
la forme de celle de l'espèce que nous décrivons, a une 
configuration entièrement différente ; elle a le double 
de grosseur; elle est plus longue que large, et se 
termine à sa partie supérieure ainsi qu'à sa base,, 
par une pointe assez forte. La coquille est aussi plus 
épaisse et de couleur jaunâtre ; tandis qu'elle est 
toujours blanche dans le Juglans squamosa y ce qui 
lui avoit fait donner le nom spécifique à'alba^ et 
que j'ai cru devoir changer , parce que ce caractère 
lui est commun avec une autre espèce, dont je ferai 
mention à la suite de cet article. 

Un apporte tous les automnes au marché de Phi- 



201 JUGLAISS LACINIOSA. 

ladelphie, des noix daJuglans laciniosa^ mais la 
quantité se réduit à quelques minots, et le plus sou- 
vent on les vend mêlées avec celles du Juglans 
tomentosa , ressemblant assez à quelques variétés de 
cette espèce. Je ne puis considérer le Glocester Hic- 
kery, que comme une variété du Juglans laciniosa^ 
car ces deux arbres ont la plus grande analogie 
entr'eux par leur port, leurs jeunes pousses, le 
nombre de leurs feuilles, ainsi que par les cbatons 
qui portent les fleurs mâles Les noix seules diffèrent 
assez essentiellement; celles qui sont produites par 
les Noyers du comté de Glocester en Virginie, sont 
d'un tiers plus volumineuses , et leur coquille , de 
moitié plus épaisse , a une telle dureté , qu elle ne 
cède qu'à de forts coups de marteau ; enfin leur 
teinte est la même que celle des noix du Juglans 
tomentosa , ce qui pourroit les faire confondre avec 
les plus belles variétés que produit cette espèce. 

Le Juglans laciniosa , comme on a pu le voir 
par ce qui a été dit précédemment , a beaucoup de 
ressemblance avec le Juglans squamosa, et son bois 
qui est de la même couleur et de la même texture, 
on réunit également les propriétés , outre celles 
qui sont particulières aux Noyers Hickerys ; mais 
sous le rapport de ses fruits, quoique plus gros, il 
lui est inférieur. C'est cette seule considération qui 
devra engager les habitans des contrées de l'Ouest, 
lorsqu'ils feront de nouveaux défrichemens, à laisser 
subsister de préférence le vrai Juglans squaniosa 
lorsque ces deux espèces se rencontrent sur le même 



JUGLANS LACiNIOvSA. 203 

terrein. C'est également par cette même considéra- 
tion , et parce que le Ju^lans squamosa vient très- 
bien dans des terreins moins fertiles et même élevés, 
comme je l'ai observé à peu de distance de Brow- 
n'sville, située sur la rivière Alléghany, que je pense 
qu'on doit l'admettre préf'érablement aux autres es- 
pèces, dans les forets européennes. 

Remarq. Parmi les arbres étrangers qui se trouvent 
dans le jardin impérial du petit Trianon , planté sous 
le règne de Louis XV, se trouve un Noyer Hickery 
qui fructifie. Je l'ai reconnu pour un Noyer écail- 
leux à son feuillage et à ses fruits , qui sont en tout 
semblables pour la forme et la couleur à ceux du 
Ju^lans squamosa , si ce n'est qu'ils sont un peu plus 
petits dans toute leur dimension. Les figures i , i 
et 3 de la Planche VI, peuvent néanmoins en donner 
une idée très - exacte. Mais cette espèce en diffère 
essentiellement par ses feuilles, qui sont composées 
de huit folioles, plus rarement de six, et qui sont 
attachées sur un pétiole sensiblement velu. Ces 
folioles ont d'ailleurs la plus grande ressemblance 
avec celles du Juglans laçiniosa^ dont une est repré- 
sentée PI. VII. Je crois qu'on pourroit donner à cette 
espèce la dénomination spécifique à^amhi^ua. 

Il est probable que cet arbre provient de noix qui 
furent envoyées de quelque partie de la Louisiane, 
lorsque cette colonie appartenoit à la France. 

Ohs. Par la description que je viens de donner 
des Noyers à écorce écailleuse, qui comprennent 



204 JTJGLANSLÀCINIOSA. 

les Juglans squamosa^ Juglans laciniosa elju^lans 
ambigua^ on a vu que ces arbres ofFrent entreux 
plusieurs traits de ressemblance assez saillans , et qui 
sembleroit autoriser à en former une section secon- 
daire; car outre les caractères généraux qui les ran- 
gent parmi les Noyers Hickerys, et ceux d'après les- 
quels chacune des espèces a été établie, ils en ont 
d'autres qui leur sont communes , et qui les rappro- 
chent tellement, que si on n'avoit point égard à 
quelques autres diiFérences notables, on pourroit les 
confondre. Ainsi les caractères généraux propres 
aux Noyers Hickerys, sont d'avoir leurs fleurs mâles 
attachées sur des chatons trifides, pendans et flexibles, 
et d'offrir dans leur bois les mêmes propriétés phy- 
siques. A ces caractères, les Noyers écailleux réunis- 
sent toujours les suivans, qui sont, d'avoir: i». le 
brou qui renferme la noix, très-épais, lequel se par- 
tage complètement en quatre parties à l'époque de 
la maturité ; 2°. le tronc couvert d'une écorce écail- 
leuse (^indiquée , suivant moi , par les deux écailles 
les plus externes des bourgeons qui ne sont pas appli- 
quées immédiatementsur celles de dessous] ; 3°. enfin 
leurs feuilles composées de folioles qui sont toujours 
très-grandes , et qui ont la même forme et la même 
texture. Si on compare ensuite ces espèces les unes 
avec les autres, on trouvera par exemple que les 
Ju^lans squainosa et le Ju^lans anibigua^ diffèrent 
essentiellement et d'une manière constante par le 
nombre des folioles qui composent les feuilles ; 
ainsi il ny en a jamais plus de cinq dans cette pre- 



JUGLANS LACINIOSA. 2o5 

inière espèce , tandis qu'il y en a toujours neufdixns la 
seconde. Mais d'une autre part, les fruits et les noix 
de l'une et de l'autre ont une telle ressemblance , 
qu'on croiroit qu'ils sont produits par le même arbre; 
car leurs fruits sont également ronds, à suture ren- 
trante , et les noix sont de même comprimées et 
très-blanches. Enfin, si d'après un examen plus appro- 
fondi, on vient à reconnoitre le Glocester Ilickery, 
comme une espèce différente du Juglans laciniosa y 
on remarquera qu'ils se ressemblent parleurs i'euilles, 
composées de sept folioles, et quelquefois de neuf^ 
par un excès de force végétative; mais qu'ils diffèrent 
assez sensiblement par leurs fruits. Dans le Juglans 
laciniosa^ ils sont toujours oblongs , et renferment 
une noix comprimée comme celle du Juglans sr/iia- 
mosa, mais deux fois plus grosses et de couleur jau- 
nâtre, tandis que les fruits de l'Hickery de Glocester 
sont orbiculaires, très-volumineux, et contiennent 
une noix très-grosse, presque arrondie, d'un gris- 
blanc, et dont la coquille a plus de deux lignes 
d'épaisseur, ce qui la rend d'une dureté extrême. 
J'observerai enfin, que ces espèces et cette variété de 
Noyers écailleux, se trouvent dans des contrées fort 
distantes les unes des autres, ou du moins que cha- 
cune d'elle y abonde en beaucoup plus grande pro- 
portion. 

PLANCHE VIII. 

Feuilles. Fig. i , portion du brou. Fig. 2 , Jioix. 



JUGLANS poRciNA. 

THE PIG NUT, HICKERY. 

JuGLANS porcina , foliolis 5 — 7"", ovato acuminatis ^ ser- 
ratis , glabris, Amentis masculis compositis, filiformis , 
glahris : fructu pyrifornii vel globoso ; nuce minîmâ 
lœvi , durissimâ. 

Cette espèce de Noyer Hickery est générale- 
ment connue dans les Etats-Unis, sous les difFérens 
noms de Pig nul et de Hog nul ^ Noyer à cochon 5 
quelquefois encore sous celui de Brooni Hickery^ 
Hickery à balais. La première de ces dénominations 
étant la plus en usage, je l'ai conservée; car les 
deux autres ne le sont que dans quelques cantons 
de la Pensylvanie , et notamment dans le comté de 
Lancaster. Vers le nord, on peut considérer les envi- 
rons de Portsmouth dans le New-Hampshire , comme 
très -rapprochés de l'endroit où commence à paroitre 
le Juglans porcina -, mais un peu plus au sud, il est 
déjà fort commun , et dans la partie atlantique des 
Etats du milieu , il concourt à former la masse des fo- 
rêts avec le Juglans tomentosa^ le Quercus aïba^ le 
Quercus discolor^ le Liquidamhar styraciflua^ le 
Tulipier et le Cornus Jlorida. Dans les Etats méri- 
dionaux et surtout dans la partie maritime , il est 
moins répandu dans les bois, où on ne le trouve que 
sur le bord des marais , ou même dans ceux qui 
ne sont pas d'une nature entièrement bourbeuse et 



/Y< 







^uffv'i- ■ 



£&r^a del • 



JUGLANS porciua. 



208 JUGLANS PORCIN A. 

longueur : les écailles les plus internes sont les plus 
grandes et de couleur rougeàtre, et elles ne tombent 
que lorsque les feuilles ont déjà 12 à i3 centimètres 
(5 à 6 pouces) de longueur. Dansle Juglans porcina ^ 
les feuilles sont aussi composées, et elles varient, soit 
pour la grandeur, soit pour le nombre des folioles, 
suivant que les arbres croissent dans un sol plus frais 
et plus fertile; dans ce cas» elles ont près de 48 cen- 
timètres (18 pouces j, et leur nombre complet de 
folioles est de sîjr ^ plus une impaire; tandis que 
dans les cas contraire , elles n'en ont que quatre 
avec l'impaire. Ces folioles longues d'environ 10 à 
1 2 centimètres ( 4 ^ ^ pouces) , de forme lancéolato- 
acuminée, dentées dans leur contour, et presque 
sessiles, sont glabres en dessus et en dessous. Dans 
les arbres vigoureux et qui croissent dans des en- 
droits ombragés, le pétiole auquel elles sont atta- 
chées, est de couleur violacée. 

Les chatons qui portent les fleurs mâles, sont 
glabres, fdiformes et pendans : leur longeur est 
d'environ 8 centimètres (^ 1 pouces), et ils offrent 
du reste, la même disposition que dans les autres 
espèces d'Hickery. Les fleurs femelles, verdàtres et 
peu apparentes , sont situées à l'extrémité des jeunes 
pousses. Il leur succède des fruits qui sont aussi 
souvent réunis deux à deux , que séparés. Le brou 
qui enveloppe la noix est d'un beau vert, assez 
mince, et à l'époque de la maturité il se partage 
inégalement, jusque dans la moitié de sa longueur, 
pour laisser échapper la noix. Celle-ci qui est fort 



JUGLANSPORCIRA. 2O9 

petite, lisse et d'une grande dureté, à cause de 
l'épaisseur de la coquille, renferme une amande 
douce , mais peu fournie et très - difficile à ex- 
traire , à cause des cloisons fortes et ligneuses qui 
la partagent. Ces noix ne sont jamais porlées au 
marché et elles deviennent la pâture des cochons, 
des racoons, et des nombreuses espèces d'écureuils 
qui peuplent les forets de ces contrées. 

Dans le Ju^lans porcina^ la grosseur et la forme 
des noix varient beaucoup plus que dans les autres 
Hickerys. Quelques-unes sont ovales, et lorsqu'elles 
sont couvertes de leur brou , elles ressemblent 
assez à une jeune figue. D'autres sont plus larges que 
longues, oli même tout-à-fait rondes. Parmi celles 
qui présentent ces diverses formes, ou qui ea dé- 
vient plus ou moins , il s'en trouve qui sont grosses 
comme le pouce, tandis que d'autres ne le sont pas 
plus que l'extrémité du petit doigt. Cependant quoi- 
que le même arbre donne tous les ans des noix qui 
offrent la même forme , je ne puis les considérer 
que comme des variétés, et cela, d'après l'examea 
attentif des jeunes pousses, des bourgeons et des 
chatons. Dans la nouvelle édition du Species plan- 
tarum, publiée parWildenow, on a décrit, comme 
deux espèces différentes, les deux variétés les plus 
notables. Celle à fruit oblong a été désignée sous 
le nom de Juglans ^lahra , et celle à fruit rond 
dont le brou est un peu raboteux , sous celui de 
Ju^lans ohcordatay dinstinctions que je ne puis 
admettre, malgré toute la déférence que je dois aux 



210 JUGLANS PORCINA. 

connoissances botaniques de M% le Rëv^. docteur 
Muhlemberg, qui partage cette opinion . 

Le bois du Ju^lans porcina ^ est semblable pour 
la couleur de l'aubier et du cœur à celui des autres 
Hickerys ; il en possède également tous les avaur 
tages et tous les défauts. Cependant j'ai vu dans 
les campagnes plusieurs charrons qui lui trouvoient 
plus de force et de ténacité, et qui, pour cette raison, 
le préféroient aux autres espèces, pour en faire les 
essieux des voitures et les manches de coignées. 
D'après ces considérations, je pense que le Jw^/awj 
porcina mérite d'être introduit dans les forets euro- 
péennes, où sa réussite peut à Tavenir être regardée 
comme certaine. 

PLANCHE IX. 

Rameau avec ses feuilles réduites des trois-quarts de la grandeur 
naturelle» 

Fig. 1 y noix revêtue de son brou, ( Variété à J'arme oblongue, ) 
Fig. 2 , noia: séparée du brou. Fig» 5 , noix revêtue de son brou. 
( Variété à forme plus large que longue. ) Fig. 4 , noix séparée 
du brou. 



m%é 




JieKi'j'ti aei ■ 



A'ArUt JCU^' 



JIJGLANS mvrLsticaetornus 

■2 



jâià^i-eay ^.:^éJ/te-r^ Q-yX/i/^ 



JUGLANS MYIUSTICJEFORMIS, 

THE' NUTMEG HICKEHV N U T. 

JuGLANS myrîsticœfoTmis y foliis quinis ; follolia ovato- 
acuminatis ^ serratis ^ glabrls. Fructu ovato ^ scabrius- 
culo , nuce viinimà , durissimà. 

Cette espèce de Noyer Hickcry, qui est particu- 
lière aux Etats méridionaux, n'a reçu jusqu'à pré- 
sent deshabitans aucune dénomination particulière. 
Le nom de Nutmeg Hickerj ^ Hickery muscade, 
que je lui ai donné, m'a paru assez convenable, 
d'après la ressemblance qu'ont les noix qu'il pro- 
duit, avec celle d'une muscade 

Je n'ai pas personnellement trouvé cet arbre dans 
les forets de ces contrées, ce qui me fait présumer 
qu'il y est peu multiplié. Il est vrai que pendant le 
plus long séjour que j'ai fait dans cette partie des 
Etats-Unis , je ne pensois pas à publier l'ouvrage 
dont je m'occupe en ce moment , et que je ne 
me livrois pas à cette époque, avec autant de per- 
sévérance et d'activité au genre particulier de recher- 
ches qui depuis y ont donné lieu. Je ne connois 
d«rnc le Jiiglans nijristicœformis , que par un ra- 
meau et une trentaine de noix qui me furent donnés 
à Charleston, dans l'automne de 1802, par le nègre 
jardinier de M. H. Izad, qui les ramassa dans un 
marais attenant l'habitation de son maître , dite 
The Elms ^ et qui est située dans la paroisse de Goose 



212 JUGLÀNS MYRISTIG-îiFO RMIS. 

Creek. C'est donc seulement d'après l'inspection 
des rameaux et des noix, que j'ai jugé qu'elles appar- 
lenoient à la section des Noyers flickerys, et que 
je l'ai décrite comme telle. En effet ses feuilles qui 
sont composées de quatre folioles, plus une impaire, 
sont également disposées. Je remarquai encore que 
les pousses de l'année précédente, étoient flexibles 
et coriacées. 

Les noix renfermées dans un brou mince et lésè- 
rement inégal à sa surface, sont fort petites, lisses, 
de couleur brune , et parsemées de lignes blan- 
châtres. La coquille est tellement épaisse, qu'elle 
compose plus des deux tiers de leur grosseur j aussi 
ces noix sont elles d'une dureté extrême, et ne con- 
tiennent qu'une amande fort petite ; enfin elles sont 
encore inférieures à celles du Juglans porcina. 

Je ne doute pas que le Jii^laus mjristicœfomiis^ 
ne soit plus commun dans la Basse-Louisiane; ce 
sera donc aux personnes qui s'occuperont de recher- 
ches analogues à celles que j'ai faites dans les Etats- 
Atlantiques et dans ceux de l'Ouest, à étudier cet 
arbre sous des rapports plus étendus que je n'ai 
pu le faire, et à compléter par suite la description 
bornée que je viens de donner. 

PLANCHE X. 

Rameau avec des noix revêtues de leur brou. 
Fig. , noix séparée du brou. 



RESUME 

DES PIIOPUIÉTÉS ET l'eMPLOI DATSS LES ARTS DES IIOIS DES 
NOYERS IIICRERYS. 

Dans la courte introduction qui a précède la 
description que je viens de donner des Noyers de 
TAmerique septentrionale, j'ai fait remarquer que 
ceux quiappartenoientà la deuxième section, etoient 
susceptibles de varier beaucoup, soit en raison de 
là nature du sol, plus sec ou plus humide, soit par 
la grosseur et la l'orme de leur fruit, soit par le 
nombre des folioles qui composent les feuilles : 
d'où il rësultoit souvent un tel rapprochement 
entr'eux, que des personnes peu exercées pouvoient 
les confondre , et considérer comme des espèces 
distinctes, ce qui nétoit que de simples variétés. 
On observe encore, que si on enlève 1 epiderme ou 
la partie morte de 1 ecorce de tous les Noyers Hic- 
kerys, on trouvera que celle de toutes les espèces 
ont la même organisation. Dans lès autres arbres, 
la partie fibreuse et la substance nécessaire sont 
ordinairement mêlées; ici, au contraire, elles sont 
séparées ; la première représente des losanges très-ré- 
gulières. Ces losanges sont plus petites dans les jeunes 
arbres que dans ceux d'un plus grand diamètre. 
Cette disposition particulière et très-remarquable, 
offre de très-beaux effets, et on en tireroit un grand 
parti pourrébénisterie,si ces écorces, comme celles 
des autres arbres, n'étoientpas sujettes à se tourmen- 



2l4 BÉSUMÉ 

ter. Elles pourront néanmoins fournir un sujet inté- 
ressant d'observation pour l'étude de la physiologie 
végétale. Cette analogie singulière existe également 
dans leur bois, et elle est si frappante, que lors- 
qu'ils sont privés de leur écorce, on ne voit aucune 
différence, soit dans la texture du grain , qui dans 
tous est grossière et peu serrée, soit dans la couleur 
du cœur qui est rougeâtre. A ces propriétés apparen- 
tes, s'en trouvent jointes d'autres très-remarquables, 
qui, quoique modifiées selon les espèces, sont réu- 
nies , dans les unes et dans les autres, à un plus haut 
degré, que dans aucun autre arbre connu sous les 
mêmes latitudes, soit en Amérique, soit en Europe. 
Ces propriétés sont une extrême pesanteur, une très* 
grande force, beaucoup de ténacité, et la même 
disposition à pourrir très-promptement , lorsqu'ils 
sont exposés aux alternatives de la chaleur et de 
l'humidité ; enfin à être aussi fort aisément attaqués 
par les vers. C'est donc d'après ces avantages et ses 
défauts très - marqués , connus à toutes les espèces 
d'Hickerys , et constatés par l'expérience , que les 
usages de leur bois paroissent actuellement bien 
déterminés, de sorte que dans l'emploi qu'on en fait 
dans les arts, on n'a point égard aux espèces dont 
il est tiré. 

Dans aucune partie des Etats-Unis, le bois des 
Noyers Hickerys n'est employé dans la bâtisse des 
maisons, parce que, comme je l'ai dit précédemment, 
il est trop pesant, et sujet à être attaqué par les 
vers; mais si ces défauts essentiels s'opposent à son 



SUR LES NOYERS. 2l5 

emploi dans les constructions civiles, les qualités 
quil possède d'une autre part, le rendent propre 
à beaucoup d'usages, pour lesquels, malgré leur 
moindre importance, il ne pourroit être remplacé 
aussi avantageusement. Ainsi dans tous les Etats du 
milieu, on s'en sert pour faire les essieux des voi- 
tures, les manches de coignées et des autres outils 
de charpentier; les grosses vis, et surtout celles 
des presses de relieurs. Les dents d'engrenage des 
roues de beaucoup de moulins à farine, sont faites 
en cœur d'Hickery bien sec; mais on ne les adapte 
qu'à celles de ces roues qui ne sont point exposées 
à être mouillées ; c'est même pour cette raison 
que quelques charpentiers employent d'autre bois. 
Les bâtons qui forment le dos des chaises, dites 
de Windsor, les manches des fouets de carrosse 
les baguettes de fusil, les dents de râteaux à foin 
les fléaux à battre les grains, les bows , pièces cir- 
culaires pour maintenir le joug sur le col des bœufs 
les anses des seaux, tous les balais communs, sont 
autant d'objets qui sont toujours faits en bois d'Hic- 
kery. A Baltimore, on en fait encore le tour des 
tamis, et on le préfère au Chêne blanc, qui est aussi 
élastique , mais plus susceptible de s'effiler et de 
tomber en parcelles dans les substances qu on tamise. 
Dans les campagnes qui avoisinent Augusta en Géor- 
gie, j'ai remarqué que le bois des chaises communes 
étoit aussi en Hickery : dans le New-Jersey, on 
s'en sert aussi pour doubler les traîneaux ordinaires ; 
mais pour qu'il convienne bien à cet usage, il faut 
I. 28 



Î2l6 RÉSUMÉ 

qu'il soit coupé long-temps d'avance, afin de n'être 
mis en œuvre que lorsqu'il est très-sec. 

De toutes les nombreuses espèces d'arbres qui 
composent les forets américaines situées à l'est du 
Mississipi, les Noyers Hickerys sont les seuls qui 
se soient trouvés parfaitement convenir pour faire 
les cercles à tonneaux et à barriques, ainsi que, ceux 
qu'on emploie à donner de la solidité aux caisses 
destinées à contenir des marchandises ; pour ce seul 
usage, il s'en consomme une très-grande quantité, 
laquelle est encore augmentée par ce qui est ex- 
porté pour le même objet aux colonies des Indes 
occidentales. Ces cercles sont faits de jeunes Hic- 
kerys, de 2 à 4 mètres ( 6 à 12 pieds ) de hauteur , 
que les paysans coupent dans les bois, sans distinc- 
tion d'espèces, toutes y étant également convenables. 
Les plus grands se vendoient à Philadelphie et à 
New-York, au mois de février 1808, de i5 à 16 
francs le cent. Ces brins fendus en deux, ne sont 
pas, comme les cercles du chàtaigner, assujettis sur 
les barriques avec de l'osier, mais seulement croisés 
et maintenus par des entailles; ce qui paroit suffire 
en raison de la force du bois. 

Si l'on considère que la plus grande partie des 
productions des Etats-Unis , telles que les farines, les 
salaisons, etc., sont mises dans des barriques, et 
exportées de cette manière chez l'étranger, on jugera 
combien doit être considérable la quantité de cer- 
cles nécessaires à leur confection ; aussi les jeunes 
arbres qui conviennent à cet usage, commencent- 



s U R L E s N O Y E R s. Oi,in 

ils à devenir très-rares dans tous les bois qui avoisi- 
nent les endroits un peu anciennement habités. Ce 
qui augmente encore beaucoup leur rareté, c'est 
qu'une fois coupés, il ne rçpoussent pas du pied, 
et que d'ailleurs leur végétation est très-lente. Les 
tonneliers ne peuvent pas non plus faire des pro- 
visions très-considérables de brins d'fJickery; car 
s'ils ne sont pas employés dans le courant de l'année 
qu'ils ont été coupés, et souvent même dans les.fijr 
premiers mois, ils sont attaqués par deux insectes 
différens, et surtout par une espèce dont la larve 
les ronge intérieurement, et qui fait le plus de dé- 
gâts; c'est ce qui m'a engagé à la figurer dans la plan- 
che qui représente le Jwg^/«/2j tomentosa^ parce que 
j'ai remarqué, qu'il en étoit de préférence attaqué. 

Les défauts qui font que l'Hickery n'est point 
employé dans la bâtisse des maisons, s'opposent 
également à ce qu'il le soit dans les constructions 
maritimes ; cependant on s'est servi autrefois acci- 
dentellement à Philadelphie et à New- York du Ju- 
^lans squamosa et du Ju^lans porcina pour en 
faire la quille des vaisseaux, dont la durée étoit 
la même que si elle eût été d'un autre bois, attendu 
que cette partie du navire reste continuellement 
submergée. De ces deux espèces, le Jugians porcina 
est préférable, comme moins sujet à se fendre; mais 
on en fait peu d'usage, parce qu'il est assez rare 
quil puisse fournir des pièces d'une aussi grande 
dimension que la première espèce. ; 

x\ bord de tous les petits bàtimens, tels que les 



2l8 RÉSUMÉ 

bateaux et les goélettes , les cerceaux destinés à 
maintenir les voiles sur les mâts sont toujours en 
Hickery. Quelques personnes m'ont aussi assuré 
qu'on en avoit fait de bonnes chevilles pour attacher 
les cordages ; qu'elles avoient sur celles de Frêne l'a- 
vantage d'être plus fortes, et qu'elles étoient tout aussi 
durables, pourvu qu'elles fussent tenues lâches dans 
les trous, car sans cette précaution, elles ne pour- 
roient sécher promptement , et pourriroient très-vite. 
Mais c'est surtout pour barres de cabestan , à cause de 
sa] très-grande force , que l'Hickery est fort estimé ; 
aussi s'en sert-on pour cet usage à bord de tous les 
vaisseaux, et il s'en exporte pour le même objet 
en Angleterre, où ces barres se vendent 5o pour loo 
de plus que celles qui sont en Frêne, et qu'on y 
importe également du nord des Etats-Unis. Quoique 
toutes les espèces d'Hickerys soient indifféremment 
coupées pour cet usage, je pense que celles qui sont 
en jeune Juglans porcina ^ sont les meilleures. 

Doués d'une grande pesanteur, tous les bois des 
Noyers Hickerys paroissent contenir sous un petit 
volume , une masse considérable de matières com- 
bustibles, car en brûlant , ils donnent beaucoup 
de chaleur, et laissent après eux un charbon lourd, 
compacte et qui subsiste long-temps allumé : sous 
ce rapport , il n'existe pas sous les mêmes latitu- 
des, soit en Amérique, soit en Europe, aucun arbre 
qui puisse lui être comparé ; c'est du moins l'opi- 
nion unanime de tous les Européens qui ont sé- 
journé dans les Etats - Unis. A New-York , à Phila- 



s U K L E s N O Y 1. R s. 2 I Q 

delphie et à Baltimore , toutes les personnes un peu 
aisées ne brûlent que de l'Hickery, et quoiqu'il se 
vende cinquante pour cent plus cher que le Chêne, 
on trouve encore de l'avantage à s'en servir. Il se 
vendoit à New-York, le 9.0 octobre 1807, l'ï dol- 
lars Ç 78 francs j la corde , et le bois de Chêne , 
10 dollars (^Safranes). Cette qualité supérieure 
reconnue depuis long-temps à l'IIickery, le fait tou- 
jours mettre en vente séparément. A New-York, j'ai 
observé que le Juglans squaniosa dominoit sur les 
autres espèces, tandis qu'à Philadelphie et à Balti- 
more, c'étoit au contraire le Ju^lans tomentosa; 
mais dans cette dernière ville, on ne voit pas de 
Ju^lans squaniosa^ toujours facile à reconnoitre à 
son écorce écailleuse. 

La quantité plus ou moins grande des différentes 
espèces de bois Hickery , qu'on apporte dans les 
grandes villes pour leur consommation, est unique- 
ment relative à la température du climat , et à la 
nature du sol qui convient le mieux à chacune d'elles, 
et non à l'opinion que les habitans auroient pu se 
former sur leur degré respectif de bonté, bien que 
l'expérience ait appris que le bois du Juglans to- 
mentosa étoit le meilleur, et celui du Juglans amara 
le moins bon; mais cette différence est assez peu 
sensible , pour que généralement on n'y ait point 
égard , lorsqu'on fait sa provision. Comme combus- 
tible, l'Hickery a cependant un léger inconvénient, 
c'est de craquer en brûlant comme le châtaignier, 
et d'envoyer au loin des éclats enflammés; c'est pour 



220 RESUME 

cette raison que dans beaucoup de maisons on fait 
usage de garde-feux ; précaution très-sage , dans 
un pays où tous les planchers des édifices sont en 
bois. 

Parmi les usages variés auxquels j'ai dit que le 
bois des Noyers Hickerys étoit employé dans les Etats- 
Unis, il en est deux qui , réunis à la lenteur de leur 
croissance , doivent principalement accélérer la des- 
truction de ces arbres, savoir , la coupe des jeunes 
brins destinés à faire des cercles, et celle des arbres 
à haute tige pour le bois de chauffage. Ces consi- 
dérations, indépendamment d'une infinité d'autres 
causes concomitantes qui tendent toutes à la rapide 
destruction des forets de cette partie du Nouveau- 
Monde, me font croire qu'avant cinquante ans , elles 
ne pourront fournir la dixième partie des cercles né- 
cessaires aux besoins du commerce : ces motifs sont 
assez puissans, pour engager les personnes qui, dans 
ce pays , ont le bon esprit de conserver leur bois et qui 
désirent d'en augmenter la valeur , à y multiplier les 
espèces les plus précieuses, et notamment les Noyer§ 
Hickerys. Elles parviendront aisément à ce but, en 
faisant enterrer chaque printemps des noix qu'elles 
auroient préalablement fait germer dans des caisses 
remplies de terre, conservées dans la cave, et main- 
tenues à l'état de fraîcheur; par ce moyen très-simple, 
la réussite en seroit assurée. Je pense même, qu'il se- 
roit avantageux d'en planter une plus grande quantité 
que l'espace du terrein ne sembleroit le comporter; 
car lorsque les jeunes arbres auroient acquis près 



s U II L E s > O Y E K s. :i'2l 

d'un pouce de diamètre, on en couperoit une partie 
pour faire des cercles, et le surplus donneroit du 
bois de chauffage, ou serviroit aux divers usages aux- 
quels le bois de ces sortes de Noyers est le plus 
propre. 

On a dû voir par ce qui a été dit précédemment, 
que si le bois de tous les Noyers Ilickerys a des défauts 
essentiels, il a aussi des propriétés fort remarquables 
qui les compensent, et qui le font rechercher dans 
les arts. Je pense donc que ces arbres méritent fat- 
tention des Européens , surtout comme pouvant 
fournir un excellent combustible ; et quoique leur 
croissance soit très-lente dans les premières années, 
il conviendroit néanmoins de les faire entrer dans 
la composition de nos forets ; mais je doute qu'on 
puisse jamais y parvenir, si on enterre dans les bois 
les noix elles-mêmes , car cet arbre même très-jeune, 
ne souffre que difficilement la transplantation, l'expé- 
rience ayant appris que quoique dans les quatre 
premières années, les jeunes brins aient à peine 
acquis 6 millimètres (3 lignes) de diamètre, sur 
34 centimètres (18 pouces) de hauteur, si on cherche 
à les déraciner, on trouve qu'ils ont déjà des pivots 
de I mètre (3 pieds) de longueur, sans le moindre 
chevelu; c'est ce qui fait que de plus cent mille 
jeunes plants, qui sont provenus d'une grande quan- 
tité de noix que j'ai envoyées en France pendant mes 
différens voyages en Amérique, on ne voit presque 
nulle part de ces Noyers, parce que tous ces plants 
périssent ou languissent lorsqu'on les transplante 



2 22 RÉSUME SUR LES NOYERS. 

des pépinières dans des endroits plus espacés, d'où 
ils doivent une seconde fois être enlevés pour être 
mis en place. Le Noyer noir et le Noyer cathartique, 
au contraire, dont la végétation est très-accélérée, 
qui ne pivotent que très-peu , et dont les racines 
se garnissent abondamment de chevelu, reprennent 
facilement à la transplantation , même lorsqu'ils ont 
atteint 2 à 3 mètres (6 à 9 pieds) de hauteur. Je 
terminerai ce résumé des propriétés des Noyers Hic- 
kerys, par recommander plus particulièrement l'in- 
troduction dans les forets européennes du Ju^lans 
squamosa et du Juglans porcina , et c'est parmi 
toutes les espèces que j'ai fait connoitre, celles qui, 
sous le rapport de leur bois, réunissent à mon avis 
au plus haut degré tous les avantages. 

Je crois également que le Juglans olivceformis ^ 
mérite l'attention des amateurs de cultures utiles, 
non pas à cause de son bois, mais parce que ses noix 
sont fort bonnes, qu'elles sont plus délicates que 
celles d'Europe, et qu'elles peuvent doubler de gros- 
seur, surtout si on parvient à les greffer avec succès 
sur le Noyer noir ou le Noyer commun ; tentative 
qui devroit aussi être faite dans les Etats-Unis. 



*'V*'»(^'VAC*^^^<'^ 



TABLE. 



Intbodcction 

Tableau indicatif des espèces d'arbres qui seronl décrites. 

Disposition méthodique des Pins et Sapins 

JPinus rubra . 
Pinus rupestris. 
Pinus mitis. . 
Pinus inops. . 
Pinus pungens. 
Pinus australis. 
Pinus serotina. 
Pinus rigida . 
Pinus (céda. . 
Pinus strobus. 
Abies nigra. . 
Abies alba. . 
yibies canadensis. 



Pin rouge Red ( Norway ) pine. 

Pin gris Grey pine 

Pin jaune YelloiV pine. , . . 

Pin du N. Jprsey. . . . Jersey pine. . . . 

Pin delà Montagne delaTablc. Table mountain pine. 

Pin à longues feuilles . . . Long leaved pine . 

Pin des marais Pond pine .... 

Pin à goudron Pitch pine .... 

Pin à l'encens Loblolly pine . - . 

Pin de Weymouth, . . , JVhite pine. . . 

Sapinette noire. . . , • Black (double) spruce 

Sapinette blanche. . . . While fsinglej spruce 

Uemlock spruce ..... Hemlock spruce. . , 

^bies balsamffera . Sapin banmier yàmerican Silver fir. 

Introduction à l'histoire des Noyers de l'Amérique septentrionale. 

Disposition méthodique 

Jugions nigra. . . Noyer noir Black ivalnut . . . 

Juglans cathartica. Noyer cathartique . , . . Butler nut . . . 
Juglans olivceformis. Noyer pacanc ..... Pacane nut, hickery. 

Juglans amara. . . Noyer amer. ..... Bitternutj hickery . 

Juglans aquadca. , Noyer amer aquatique. . . fVater bitter nut , hi 

Noyer à noix moquense . . Mocker nut , hickery 

Noyer écailleux Shell Bark , hickery, 

Noyer lacinié Thick shell bark , hick 

Noyer à porc Pig nut , hickery . 



Juglans tomentosa 
Juglans squamosa 
Juglans laciniosa. 
Juglans porcina . 



Juglans myristicce- 

Sormis. .... Noyer à noix grises . . . Nutmeg hickery nut. 
Résumé des propriétés et l'emploi dans les arts des bois des Noyers Hickerys 



ckery 



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