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Full text of "Histoire des conciles d'après les documents originaux"

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HISTOIRE 

DES CONCILES 

d'après 

LES DOCUMENTS ORIGINAUX 

PAR 

Charles Joseph H E F E L E 

DOCTEUR EN l'HILOSOPHIB ET EN THÉOLOGIE, ÉVÊQUB DE ROTTBNBOURG 

NOUVELLE TRADUCTION FRANÇAISE FAITE SUR LA DEUXIÈME ÉDITION ALLEMANDE 
CORRIGÉE ET AUGMENTÉE DE NOTES CRITIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES 

PAR 

Dom H. LECLERCO 

BÉNÉDICTIN DE L'aBBAYB DB FARNBOROUCH 



TOME IV 
PREMIÈRE PARTIE 



PARIS 
LETOUZEY ET ANÉ, ÉDITEURS 

76»»», RUE DES SAINTS-PÈRES 

1911 



HISTOIRE DES CONCILES 



TOME IV 



PREJMIL RE PARTIE 



HISTOIRE 



DES CONCILES 



D APRES 

LES DOCUMENTS ORIGINAUX 

PAR 

Chaules Joseph HEFELF. 

DOCTEUR EN' PHILOSOPHIE ET EN THÉOLOGIE, ÉVÊQUE DE ROTTENBOURG 

NOUVELLE TRADUCTION FRANÇAISE FAITE SUR LA D EUXIÈME ÉDITION ALLEMANDE 
CORRIGÉE ET AUGMENTÉE DE NOTES CRITIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES 



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F. Cabrol 



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LIVRE VINGT ET UNIÈME 

ÉPOQUE DE LOUIS LE DÉBONNAIRE 
[1] ET DE LOTHAIRE I er JUSQU'AU 

COMMENCEMENT DES DISCUSSIONS DE GOTESCALC 



415. Renaissance de l'hérésie des iconoclastes 
sous Léon l'Arménien. 

Tandis que la mort de Charlemagne (28 janvier 814) ébranlait 
l'Occident, l'Orient voyait reparaître l'hérésie des iconoclastes. 
Malgré les condamnations du II e concile de Nicée, l'empire grec 
et surtout l'armée gardaient de nombreux partisans des théories 
rationalistes de Constantin Copronyme. Parmi eux se trouvait 
le général Léon Bardas l'Arménien, qui, au mois de juillet 813, 
après l'abdication moitié volontaire et moitié forcée de Rhangabé, 
monta sur le trône impérial sous le nom de Léon V, l'Arménien. 
L'imprécision des documents originaux ne permet pas de décider 
si, lors de son couronnement, il fit aux orthodoxes les promesses 
écrites habituelles en pareille circonstance ou s'il s'y refusa, en 
disant : « Il n'y a plus assez de temps pour le faire, ce sera pour une 
autre fois. » On se demande également si le solitaire et devin 
Sabbatius lui fit sa mensongère prophétie, pour l'engager à com- 
battre la prétendue superstition : « Dans ce cas, et dans ce cas 
seulement, Dieu t'accordera un règne heureux de trente années. » 
Quoi qu'il en soit, il est certain que l'empereur dit à plusieurs 
reprises, et dès le début de son règne : Les empereurs iconoclastes 
Léon l'Isaurien et Constantin Copronyme ont été heureux dans 
leurs expéditions contre les barbares et contre les païens; en 
revanche, les iconophiles ont été malheureux; c'est probablement 
le culte des images^qui explique la défaite des chrétiens par les 

CONCILES - IV - 1 

I 000363 



LIVRE XXI 



païens 1 . Au commencement de la seconde année de son règne, 
Léon fit colliger par le savant grammairien et lecteur Jean les [2] 
passages de la sainte Ecriture et des Pères qui semblaient conclure 
contre les images. On fit surtout usage du recueil composé à 
l'occasion du conciliabule de 754. Outre le lecteur Jean, l'empe- 
reur trouva un autre partisan de ses idées dans Antoine, évêque 
de Sylœum en Pamphilie 2 , à qui on fit entrevoirie siège patriarcal 
de Constantinople comme récompense de son zèle. 

Du mois de juillet au mois de décembre 814, les auxiliaires 
de l'empereur composèrent en grand secret leur mémoire contre 
les images; mais le patriarche Nicéphore, ayant eu vent de ce 
qui se tramait, cita les coupables à comparaître par-devant plu- 
sieurs métropolitains, c'est-à-dire devant une aùvoooç èvSY] jouera. 
Antoine produisit hypocritement la profession de foi émise lors 
de sa consécration épiscopale par laquelle il admettait la vénéra- 
tion des images. Pour mieux donner le change, il ajouta de sa 
propre main à ce document en présence de l'assemblée plusieurs 
signes de croix. Il se vanta ensuite à l'empereur d'avoir trompé 
ses collègues, afin de le mieux servir. Jean, moins effronté et 
troublé par les mesures du patriarche, demanda pardon et se 
retira dans un monastère 3 . 

Quelque temps après (décembre 814), Léon V manda le patriar- 
che' Nicéphore, et lui déclara que l'issue malheureuse des expédi- 
tions contre les païens s'expliquait par la vénération des images, 
par conséquent qu'il était prudent de céder sur ce point. Il lui 
remit, probablement dans cette même circonstance, le tomos 
composé par Jean, afin que le patriarche pût se convaincre que 
la vénération des images ne se fondait pas sur la Bible 4 . 

1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 115; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1046. Les prin- 
cipales sources originales à consulter sur ce retour offensif de l'iconoclasme sont: 
1) le continuateur anonyme de Théophane, appendice à Léo Grammaticus, 
éd. Bekker, dans le Corpus, de Bonn, 1842, sous le titre Scriptor incertus de Leone 
Barda, p. 340 sq.; 2) Ignace, Vita Nicephori patriarchœ, dans les Acta sanct., 
mart. t. h, col. 296 sq.; Walch, Kelzerhist., t. x, p. 606 sq., a donné de longs ex- 
traits de ces documents originaux. 

2. On lui donne souvent, dans les anciens documents, le titre de métropoli- 
tain, et plusieurs supposent qu'il était abbé de ce qu'on appelait le monastère 
métropolitain. Mansi, op. cit., col. 112; Walch, op. cit., t. x, p. 609, 656. 

3. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 118; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1047 sq. 

4. Je rattache ici le récit du continuateur de Théophane à celui des évêques 
orentaux dans Mansi et Hardouin. 



415. RENAISSANCE DE L IIEKESIE DES ICONOCLASTES à 

[3] Nicéphore attacha peu d'importance à l'argumentation du 
lomos, et en appela à la tradition, ajoutant que l'Évangile était 
vénéré partout, sans que cependant cette vénération fût recom- 
mandée nulle part dans la sainte Écriture. L'empereur ayant 
déclaré qu'il ne regardait pas ses objections comme résolues 
par une semblable réponse, le patriarche lui envoya quelques 
évêques et abbés, personnages fort savants, qui répondraient d'une 
manière satisfaisante à toutes les questions. Léon demanda une con- 
férence contradictoire avec d'autres savants convoqués à dessein, 
promettant de se soumettre à l'opinion qui triompherait dans ce 
colloque 1 . Les orthodoxes repoussèrent cette proposition, disant 
avec raison que « la question avait été résolue en concile gé- 
néral. » Les impériaux rétorquèrent maladroitement « qu'on 
avait tenu un concile à cause d'Arius, qui était seul, et 
qu'eux étaient en plus grand nombre. » Les ambassadeurs du 
patriarche revinrent attristés, et Nicéphore réunit dans 
l'église de Sainte-Sophie un concile de deux cent soixante-dix 
Pères auxquels il fit promettre fidélité à l'orthodoxie, et prononcer 
l'anathème contre Antoine, dont l'hypocrisie s'était dévoilée. 
Un grand nombre de laïques présents à cette assemblée accla- 
mèrent avec joie cette condamnation et passèrent toute la nuit 
dans l'église, demandant à Dieu de changer le cœur de l'empereur 2 . 
Léon s'irrita de ces démonstrations, et sinon par son ordre, du 
moins avec l'espoir d'une complète impunité, ses soldats détrui- 
sirent l'image du Christ qu'Irène avait érigée sur la porte 
de Chalcoprateia, à la place même de celle que Léon l'Isaurien 
avait fait détruire. — Ce fut probablement dans ce concile, ou 
dans d'autres assemblées réunies par lui, que le patriarche Nicé- 
phore publia les canons qui nous ont été conservés 3 . 

[4] En la fête de Noël de 814, le patriarche supplia l'empereur 
d'épargner à l'Église toute innovation, ajoutant que, si sa personne 
lui était désagréable, il le priait de lui donner un successeur. Léon 

1. Tel est le récit de Théodore Studite dans Episl., cxxix, dans Sirmond, 
Opéra, t. v, p. 461. 

2. Mansi, loc. cit., col. 118 sq. ; Hardouin, loc. cit., col. 1050; Walch, op. cit., 
t. x, p. 610, 673. Il ne faut pas s'étonner qu'il y eût à Constantinople un si 
grand nombre d'évêques, car ils y étaient toujours très nombreux. Genesiuset 
Ignatius, dans Walch, op. cit., p. 629, 644, supposent que l'empereur avait con- 
voqué ce synode; ils le confondent avec un autre qui est postérieur. 

3. Hardouin, loc. cit., col. 1051; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xtv. col. 119. 



LIVRE XXI 



répondit qu'il n'avait aucune intention de le déplacer ni d'in- 
nover dans l'Eglise, et, le jour même de la fête de Noël, il baisa 
avec beaucoup de dévotion le dessus d'autel, sur lequel était 
représentée la naissance du Christ. On vit là un indice de change- 
ment dans les idées de l'empereur à l'égard des images ; 
mais lorsque arriva la fête de la Chandeleur, l'empereur interdit 
cette même pieuse coutume et entreprit la réalisation de ses 
plans. Il gagna d'abord une partie notable des évêques et des 
clercs qui, naguère, réunis en concile avaient promis au patriar- 
che fidélité à la foi. La cause de l'hérésie semblait devoir l'em- 
porter si elle obtenait l'adhésion du patriarche, ou du moins son 
silence. Nicéphore fut mandé au palais et questionné par l'empe- 
reur. Le patriarche défendit les images, et affirma « n'être pas 
seul à penser ainsi, car un grand nombre d'évêques et de moines 
qui se trouvaient dans le voisinage, pensaient comme lui. » A 
l'instant l'empereur fit entrer ceux dont parlait le patriarche et 
crut le moment venu de frapper un grand coup. Il fit introduire 
une grande et magnifique escorte : autour de lui se rangèrent 
les officiers de la cour, armés de glaives étincelants, et à côté se 
placèrent aussi les évêques et les théologiens iconoclastes. 
L'empereur prononça un long et violent discours sur l'idolâtrie 
iconophile, et demanda au patriarche et à ses amis de réfuter ses 
objections. Nicéphore et, après lui, l'abbé Théodore Studite 
repoussèrent cette nouvelle discussion, protestèrent très énergique- 
ment contre l'empiétement illégal de l'empereur dans les affaires 
intérieures de l'Eglise, et montrèrent les conséquences dogmati- 
ques d'une résurrection de l'hérésie iconoclaste 1 . L'empereur [51 
les disgracia tous, et il aurait même dit à Théodore Studite : 
« Tu as mérité la mort, mais je ne veux pas faire de toi un martyr. » 
— Le patriarche Nicéphore paraît s'être adressé plus tard à l'im- 
pératrice et aux dames de la cour les plus influentes, pour qu'elles 
engageassent l'empereur à changer de sentiments; mais celui-ci 
fut inébranlable et publia un édit défendant aux amis des images, 
et en particulier aux moines, de tenir des réunions et d'exciter 



1. On se demande si la Disputalio Nicephori cum Leone Armeno,de veerann- 
dis imaginibus etc., éditée en 1664 par Combéfis, Origin. Constantin, manipul., 
p. 159-190, se rapporte à ce second entretien on au premier. Quant au discours 
de Théodore Studite, il a été inséré dans sa biographie par le moine Michel. 
Sirmond, Opéra, t. v, col. 32 sq. 



415- RENAISSANCE DE l'hÉRESIE DES ICONOCLASTES 5 

les esprits. Il en serait probablement venu, dès lors, aux mesures 
de rigueur, si une maladie du patriarche ne lui avait fait entre- 
voir une solution plus facile. Mais le patriarche guérit, et l'empereur 
se hâta de réunir en concile à Constantinople les évêques 
de l'empire. Il ne leur permit pas d'aller d'abord, selon la 
coutume, saluer le patriarche ; il les manda tous immédia- 
tement auprès de lui, et mit en jeu tous les moyens de les 
gagner. Une fois assemblés, ces évêques adressèrent au patriarche 
deux d'entre eux, porteurs d'une invitation. Nicéphore y ré- 
pondit avec dignité, sans se laisser effrayer par les cris de la 
populace venue avec les députés, qui cernait le patriarcheion 
et vomissait mille injures et anathèmes contre Nicéphore, et 
ses prédécesseurs iconophiles, Germain et Tarasius. L'empereur 
excusa ces indignités sous prétexte que le patriarche avait fait 
violence à la conscience du peuple. A la demande du concile, il 
interdit à Nicéphore de porter à l'avenir son titre de patriarche; 
il envoya des soldats dans sa maison, lui imposa l'abdication 
et l'exila par delà le Bosphore, probablement non loin de Chalcé- 
doine, à Chrysopolis, où il vécut encore plusieurs années. L'empe- 
reur assura ensuite, devant le sénat, que le patriarche avait quitté 
son église de plein gré, à la suite de la requête qui lui avait été 
faite de réduire le culte des images, il en conclut qu'il fallait dési- 
gner une autre personne pour occuper ce siège. Son choix se porta 
d'abord sur ce lector et grammaticus Jean, dont nous avons parlé; 
mais le sénat lui objectant la jeunesse et l'origine plébéienne de ce 
candidat, Léon nomma Théodote Cassitera, beau-frère de feu l'em- 
pereur ConstantinCopronyme.il était fonctionnaire de l'Etat et 
marié, néanmoins il reçut en toute hâte la tonsure et fut ordonné 
pour la Pâque de 815. Le jour des Rameaux 815, Théodore Studite 
fit une procession solennelle autour de son monastère, dans laquelle 
on porta des images et on chanta des cantiques en leur honneur. 
Théodore repoussa la communion du nouveau patriarche, et 
engagea les autres moines à ne pas aller dans son palais 1 . 
[6] Après la Pâque de 815, l'empereur réunit un nouveau concile 

à Constantinople, sous la présidence du nouveau patriarche 
Théodote Cassitera. Léon et son fils Constantin, associé à l'em- 
pire, étaient présents. Dès la i' e session l'assemblée confirma 
les décisions du conciliabule de 754, et annula celles de Nicée. 

1. Ci. Vita Theodori Stud., dans Sirmond, Opéra, I. v, p. 38. 



LIVRE XXI 



Le lendemain (11 e session) on introduisit plusieurs évêques ortho- 
doxes qui, refusant d'adhérer à ce qui s'était fait, furent mal- 
traités, frappés d'anathème et foulés aux pieds. Dans la 111 e session 
enfin, on rédigea un formulaire signé par tous, et le concile se 
sépara, après les acclamations accoutumées en l'honneur de 
l'empereur, et les anathèmes contre les adversaires 1 . On passa 
ensuite à la destruction effective des images, et au châtiment de 
leurs défenseurs. Le plus célèbre de ces derniers était Théodore 
Studite, qui, malgré trois séjours en prison, la flagellation à plu- 
sieurs reprises et des traitements d'une cruauté inouïe, était 
toujours prêt à défendre, dans ses lettres ardentes, la cause de 
l'orthodoxie. Plusieurs de ces lettres nous ont été conservées, 
notamment celle adressée au concile iconoclaste (c'était le second 
après la Pâque de 815), et dans laquelle il refuse ainsi que les 
abbés qui partagent ses sentiments, de se rendre à cette assem- 
blée ; une seconde au pape Pascal, dans laquelle, dépeignant 
la triste situation du moment, il dit : « Le patriarche est prisonnier, 
les archevêques et les évêques sont bannis, les moines et les nonnes 
sont dans les fers, sous la menace de la torture et de la mort; 
l'image du Sauveur, devant laquelle les démons eux-mêmes 
tremblent, est devenue un objet de dérision; les autels et les églises 
sont dévastés, et beaucoup de sang a déjà coulé. » Il demandait 
au pape de les secourir, et une autre lettre de Théodore nous 
apprend que le pape fit en effet ce qui dépendait de lui pour 
changer cet état de choses. — Avec Théodore, beaucoup de ses 
amis et de ses disciples furent poursuivis, maltraités et empri- 
sonnés; lui-même fut déporté à Smyrne, où ses tourments furent 
aggravés par l'évêque iconoclaste de cette ville 2 . 

Les lettres de Théodore montrent que tous les iconophiles 
n'eurent pas un courage égal au sien; beaucoup se turent, d'autres 
passèrent dans le camp opposé pour éviter la prison et l'exil. 
Parmi les indomptables, citons le chronographe Théophane, 
si souvent nommé dans cette histoire, alors courbé par l'âge 
et affaibli par de cruelles souffrances. L'empereur ne put l'ébranler; 



1. Les actes de ce synode ne sont pas parvenus jusqu'à nous ; mais l'empe- 
reur Michel le Bègue en parle dans sa lettre à Louis le Débonnaire en 824 (voy. 
plus loin), et Théodore Studite en parle également, ainsi que d'autres documents 
originaux. Cf. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 135 sq., 417. 

2. Vita Theodori, dans Sirmond, Opéra, t. v, p. 39. 



416. CONCILES TENUS EN OCCIDENT 



[V] il lui fit en vain les plus belles promesses, et fut réduit à l'envoyer 



en prison 1 . 



416. Conciles de peu d'importance tenus en Occident 

de 814 à 816. 

Pendant qu'à Byzance, Léon l'Arménien anéantissait les images 
et poursuivait leurs défenseurs, on tint en Occident plusieurs 
conciles. Parmi les moins importants 2 , nous citerons celui de 
Noyon en 814 (au sujet d'un conflit survenu entre les évêques 
de Noyon et de Soissons, pour la délimitation de ces deux diocèses) ; 
celui de Lyon, pour choisir un successeur à l'archevêque Leidrad, 
encore vivant; celui de Trêves (dont l'objet est inconnu), et celui 
de Compiègne, en 816, dans lequel l'empereur Louis le Débon- 
naire reçut les ambassadeurs des Sarrasins 3 . Cette même année 
Etienne V (IV) fut élevé à la dignité pontificale, après la mort 
de Léon III; le nouveau pape envoya aussitôt deux ambassadeurs 
à l'empereur Louis, pour lui faire part de son élection et solliciter, 
pour ainsi dire après coup, l'approbation impériale. On croit aussi 
que le pape Etienne V (IV) a publié dans un synode romain une 
décrétale portant qu'à l'avenir le pape serait élu par les évêques 
(cardinaux), et par tout le clergé (romain), en présence du sénat 
et du peuple, mais qu'il ne serait consacré que praesentibus legatis 
imperialibus. Cette décrétale fut insérée dans le Corpus juris 
canonici 4 , mais Baronius 5 , Noël Alexandre 6 et d'autres historiens 

1. La Biographie de Théophane et de Théodore Studite se trouve dans Acla 
sanct., mart. t. n, p. 218 sq. ; Walch, op. cit., p. 643. 

2. Conc. de Noyon : Coll. regia, t. xx, col. 424; Labbe, Conc, t. vu, col. 1303- 
1304; Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1053; Coleti, Concilia, t. ix, col. 393 ; 
Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 141. — Conc. de Lyon : Lalande, Conc. 
Gallise, p. 103; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1864; Coleti, Concilia, t. ix, col. 395; 
Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 143. — Conc. de Trêves : Labbe, Concilia, 
t. vu, col. 1304-1305; Coleti, Concilia, t. ix, col. 393 ; Mansi, Conc. ampliss. 
coll., t. xiv, col. 147. — Conc. de Compiègne : Mansi, Concilia, Suppl., t. i, 
col. 787; Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 147. (H. L.) 

3. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 142 sq.: Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1054. 

4. Corp. juris can., dist. LXIII, c. 28. 

5. Baronius, Annales, ad ann. 816, n. 101. 

6. Hist. eccles., Venetiis, 1778, t. vi, p. 138. 



8 LIVRE XXI 

la regardent comme apocryphe, tandis que Pagi x ne la rejette 
pas complètement, mais pense qu'elle a été publiée plus tard 
par le pape Etienne VIL Hinschius 2 a exprimé la même opinion, 
et estime qu'on se trouve ici en présence d'une prescription du 
concile romain de 898. En effet le c. 10 de ce concile tenu sous le 
pape Jean IX contient une ordonnance absolument analogue au 
sujet de l'élection des papes (voir plus loin § 510). Mais, ajoute 
Hinschius, si Muratori 3 fait remarquer que déjà un concile romain 
de 862 ou 863 (c'est-à-dire avant Etienne VII et Jean IX) s'est 
occupé in concilio beatissimi Stephani Papse des droits du clergé 
et des personnages importants de la ville de Rome en ce qui con- [8] 
cerne l'élection des papes, cette décision ne se rapporte pas à l'é- 
poque d'Etienne V, mais au concile de 769 célébré sous Etienne IV. 
Nous ne croyons pas au bien fondé de cette dernière assertion, 
et nous ne pensons pas avoir des motifs suffisants pour contes- 
ter cette ordonnance du concile de l'année 816 tenu sous Etienne V. 
Le décret de l'année 898 nous semble au contraire n'être qu'une 
reproduction du décret du concile dont nous nous occupons. 

Un concile anglais, tenu le 27 juillet 816 à Celchyt (= Chelsea) 4 
sous la présidence de Wulfred, archevêque de Cantorbéry, déclara 
dans son premier canon vouloir rester fidèle à la foi orthodoxe, 
puis il rendit les décisions suivantes : 2. Les églises nouvellement 
bâties doivent être consacrées par l'évêque ; à côté des reli- 
ques, on conservera la sainte Eucharistie dans une capsula (elle 
était placée dans le tombeau de l'autel), et dans le cas où il n'y 
aurait pas de reliques, on conservera la sainte Eucharistie seule- 
ment. Sur les parois de l'oratoire, sur une table, ou sur l'autel on re- 
présentera les saints auxquels les églises et les autels sont dédiés 
(il y avait donc des images dans l'Eglise anglaise). 3. L'entente 
doit régner dans le clergé. 4. Chaque évêque doit choisir dans son 
diocèse les abbés et abbesses, avec l'assentiment des moines ou 
des nonnes. 5. Aucun Écossais ne doit remplir de fonction ecclé- 
siastique dans un diocèse anglais, parce qu'on ne sait ni où ni 

1. Pagi, Critica, ad ann. 816, n. 19; 817, n. 4 sq. 

2. Kirchenrecht, Berlin, 1870, t. i, p. 231. 

3. Rerum italic. scriptores, t. n, part. 2, p. 127. 

4. Coll. regia, t. xx, col. 638; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1484-1489; Hardouin, 
Coll. concil., t. vi, col. 1219; Coleti, Concilia, t. ix, col. 573; Mansi, Conc. ampliss. 
coll., t. xiv, col. 355; Haddan et Stubbs, Councils and ecclesiastical Documents, 
t. m, p. 579-585. (H. L.) 



417. LES GRANDES DIETES D AIX-LA-CHAPELLE y 

par qui il a été ordonné. 6. Les décisions de l'évêque ont force de 
loi, et tout ce qui est confirmé par le signe de la croix (dans la 
suscription) doit être valable (se rapporte aux donations, etc.). 
7. Les évêques, les abbés, etc., ne doivent rien aliéner des biens 
de l'Église, ou en confier une partie à quelqu'un pour un temps 
qui dépasse la vie de cette personne. On doit conserver avec soin 
les titres des biens-fonds (telligrapha, de tellus). 8. Les monastères 
érigés avec l'assentiment de l'évêque doivent rester tels (cf. 
c. 26 de Chalcédoine). 9. Tout évêque doit avoir une copie des 
prescriptions du présent concile. 10. On doit donner aux pauvres 
la dîme des successions épiscopales, et on chantera pour le défunt 
le nombre de psaumes et de messes accoutumés. 11. Aucun 
[9] évêque ne doit empiéter sur le diocèse d'un collègue, exception 
faite pour les archevêques. — On trouve dansun appendice quelques 
prescriptions pour les prêtres; ils ne doivent refuser le baptême à 
personne; ils doivent immerger les baptisés, ne se contentant pas 
de verser l'eau sur la tête 1 , 



417. Les grandes diètes synodales d'Aix-la-Chapelle en 817. 

Les relations amicales qu'Etienne V chercha à établir, dès le 
début de son pontificat, avec Louis le Débonnaire furent rendues 
encore plus cordiales à la suite d'un voyage du pape en France 
pendant l'été de 816; Etienne rencontra l'empereur à Reims, 
s'entretint avec lui des affaires de l'Eglise et le covxronna solennelle- 
ment à Reims en octobre 816, ainsi que l'impératrice Ermengarde. 
L'empereur se rendit ensuite à Compiègne où, dans une diète roya- 
le, il prescrivit d'importantes mesures législatives et lit préparer 
des ordonnances réformatrices publiées l'année stiivante dans les 
célèbres diètes synodales d'Aix-la-Chapelle. On avait cru à tort 
;i h I refois que ces ordonnances d'Aix-la-Chapelle appartenaient 
aux années 816 et 817. Mais Pertz a remarqué avec raison que la 
Prœfatio generalis 2 parlait de tous ces documents et les attribuait 



1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 355; Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1219. 

2. Pertz, Monum. Germ. hist., t. ni, Leges, t. i, p. 197, 204; Mansi, op. cil., 
t. xiv, p. 380; Hartzheim, Conc. Germ., t. 1, col. 542. Dans ces deux auteurs cette 
préface se trouve, par erreur, uniquement avant le Capilulare ad episcopos. 



10 



LIVRE XXI 



à un seul et même concile, à une seule et même année, c'est-à- 
dire à la quatrième année de Louis le Débonnaire, en 817. La paix 
dont jouissait le royaume permit à l'empereur, ainsi qu'il le dit 
dans la Prsefatio generalis, d'introduire dans l'État et dans 
l'Eglise cette réforme si longtemps désirée. Cette réforme se fit 
dans la diète synodale, où l'empereur fit entre ses trois fils ce par- [10] 
tage de l'empire qui eut de si tristes conséquences \ 

L'ordonnance la plus importante parmi toutes celles qui furent 
portées à Aix-la-Chapelle est la règle des chanoines et des reli- 
gieuses. Elle porte dans les éditions la date de 816; mais Pertz 
n'ayant pas publié ce document, nous ignorons si cette note chro- 
nologique se trouve dans tous les manuscrits, ou si elle n'est qu'une 
interpolation d'un copiste ou d'un collecteur plus récent; fausse 
par conséquent, comme le sont les données chronologiques du 
commencement de la Prsefatio generalis 2 . 

L'empereur exposa lui-même à l'assemblée que malheureuse- 
ment beaucoup d'évêques ne surveillaient pas assez leurs infé- 
rieurs, et ne faisaient pas pratiquer l'hospitalité; il ajouta qu'il 
lui semblait nécessaire de réunir, à l'usage des clercs moins savants, 
une collection des règles sur la Vita canonica disposées dans les 
anciens canons et dans les écrits des Pères. Les évêques acceptèrent 
cette exhortation, quoique la plupart d'entre eux vécussent avec 
leurs subordonnés conformément aux canons; ils l'acceptaient 

Enfin ce morceau manque totalement dans Hardouin. [Verminghofï, Concilia, 
1896, donne la date : août-septembre 816. (H. L.)[ 

1. Pertz, op. cit., p. 198; Mansi, op. cit., col. 389. 

2. Reformalio abusuum cleri per Ludovicum imper atorem, in-8, Colonise, 1549; 
Sirmond, Conc. Gall., t. n, col. 329 ; Aub. Mirœus, Forma institutionis canoni- 
corum et sanctimonialium canonice viventium anno 816, Ludovici PU imperatoris 
hortatu in concilio Aquis granensi édita, in-fol., Antwerpiœ, 1638 ; Coll. regia, t. xx, 
col. 430; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1307-1443, 1865-1866 ; Mabillon, Vetera 
analecta, 1675, t. i, p. 52 ; 2 e édit., p. 149-150; Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 
1055; Coleti, Concilia, t. ix, col. 399; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 117; 
Bouquet, Rec. hist. Gaules, t. vi, col. 1445-1446; Verminghofï, Concilia sévi karo- 
lini, 1906, p. 307-464; Verzeichnis der Akten frànkischer Synoden von 742-843, dans 
N eues Archiv der Gesellschaft fur altère deutsche Geschichtskunde, 1899, t. xxiv, 
p. 480-483 ; Ph. Schneider, Die Entwickelung der bischôflichen Domcapitel in 
Deutschland bis zum XIV Jahrhundert, in-8, Mainz, 1882, p. 33 ; Hauck, Kir- 
chengeschichte Deulschlands, t. n, p. 582, 710; Br. Albers, Die Reformssynode 
von 817 und das von ihr erlassene Kapitular, dans Studien und Mittheil. aus 
dem Ren.-Cist. Orden, 1907, t. xxvm, p. 528-540; Simson, Jahr b ûcher, Leipzig, 
1874, t. i, p. 101; L. Halphen, La crise de l'empire carolingien sous Louis le 
Pieux, p. 2. (H. L.) 



417- LES GRANDES DIETES D AIX-LA-CHAPELLE 



11 



d'autant mieux que l'empereur leur avait donné des livres indis- 
pensables à une pareille collection (ces livres avaient été pris dans 
la bibliothèque de Charlemagne à Aix-la-Chapelle). — On composa 
en effet, dans un temps assez court, deux collections de ce genre, 
l'une pour les clercs, l'autre pour les religieuses ; elles furent approu- 
vées par le concile et présentées à l'approbation de l'empereur. 
L'empereur et le concile remercièrent Dieu de l'heureuse issue 
de l'assemblée, et les deux institutiones furent recommandées 
à l'observation de tous. Elles se composaient de deux livres : 
1° De institutione canonicorum, et 2° De institutione sanctimonia- 
lium. Chaque livre se subdivise en deux parties, consacrées 
la première aux prescriptions générales et préceptes des anciens 
Pères et des conciles, la seconde aux décisions du concile d'Aix- 
la-Chapelle. On citait les textes des Pères à l'appui de chacun 
des règlements d'Aix-la-Chapelle. Le premier livre, beaucoup 
l-^J plus considérable que le second, ou, pour parler plus exactement, 
la première partie du premier livre, c'est-à-dire la collection des sen- 
tences des Pères, etc., a eu, dit-on, pour auteur le savant diacre 
Amalaire 1 . Quelques textes de ces deux collections prouvent 
que d'autres auteurs y ont collaboré. 

Les plus importantes de ces règles, parce qu'elles nous permet- 
tent de jeter un regard sur la situation ecclésiastique" de cette 
époque, sont les ordonnances du concile d'Aix-la-Chapelle lui- 
même. Inspirées ordinairement par la règle de Chrodegang, elles 
commencent dans le premier livre avec le chap. cxiv, tandis 
que les cent treize premiers chapitres ne contiennent que d'ancien- 
nes prescriptions patristiques, etc. 

Voici les nouvelles ordonnances : 

114. Les préceptes de la sainte Ecriture, qui demandent de 
mener une vie austère, ne s'appliquent pas seulement aux moines 
et aux clercs, ainsi que le supposent beaucoup de personnes, 
mais à tous les chrétiens. 

115. Les chanoines peuvent porter du lin,' manger de la viande, 
posséder des propriétés, toutes, choses défendues aux moines; 
mais les uns et les autres doivent être zélés à éviter le péché et à 



1 1. Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1055-1175 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., 
t. xiv, col. 147-277; Hartzheim, Conc.Germ., 1. 1, col. 430-539; Binterim, Deutsche 
Concilien, t. u, p. 349. [Sur le personnage et l'œuvre <T Amalaire, cf. G. Morin, 
dans le Dictionnaire de théol. cathol., t. i, au mot Amalaire. (H. L.)] 



12 



LIVRE XXI 



faire le bien. Toutefois, les moines ne possédant rien ont besoin 
des secours de l'Eglise plus que les clercs, qui, sans compter ce 
qu'ils reçoivent de l'Eglise, ont aussi leurs propriétés privées. 

116. Les revenus de l'Eglise doivent être employés selon les 
intentions des donateurs et pour le bien des pauvres. 

117. Tout évêque doit veiller à ce que la clôture des clercs soit 
entourée d'un mur solide, en sorte que nul ne puisse entrer ou sortir. 

118. Aucun supérieur ecclésiastique ne doit se charger de trop 
de clercs. 

119. Plusieurs évêques n'acceptent, dans leur clergé, que des 
serfs de leurs églises, qui ne peuvent se plaindre de rien sous 
peine d'être ramenés en esclavage. Aucun prélat ne doit exclure 
les nobles d'une manière absolue. 

120. Les clercs qui ont des biens en propre ainsi que des revenus 
ecclésiastiques, et qui sont très utiles à l'Eglise, doivent être admis 
dans la communauté (congre gatio), mais seulement pour y prendre 
leur repas et y avoir part aux aumônes. S'ils n'ont pas de reve- 
nus privés, ils seront nourris et habillés ; enfin si quelques-uns 
renoncent à leurs biens privés et à leurs revenus ecclésiastiques, 
les prélats devront pourvoir à tous leurs besoins. 

121. Dans chaque communauté de chanoines, on donnera 
à tous les clercs une égale quantité de mets et de boisson, tan- 
dis que jusqu'ici ce sont les moins actifs qui ont été le mieux servis. 

122. Dans les églises riches qui possèdent trois mille manses et [12] 
au-dessus, chaque chanoine devra recevoir par jour cinq livres 

de vin; s'il y a peu de vignes dans le pays, il aura trois livres de 
vin et trois livres de bière; s'il n'y a pas de vin, il recevra une livre 
de vin et cinq livres de bière 1 . Dans les endroits pauvres, on dimi- 
nuera proportionnellement cette quantité; dans les plus pauvres, 
il aura deux livres de vin, ou trois livres de bière et, s'il est possible, 
une livre de vin. Dans ces pays les évêques auront soin de faire 
venir du vin d'autres contrées. Les jours de fête, on améliorera 
la nourriture et la boisson. Si, en temps de famine, les prélats ne 
peuvent donner la manse prescrite, ils diviseront en parties égales 
ce qu'ils auront, et les clercs ne devront pas murmurer. Les clercs 
riches doivent, en pareille situation, secourir leurs collègues. Les 
supérieurs ne doivent pas refuser à ceux qui leur sont soumis la 



1. L'usage existait chez les anciens de peser les boissons pour en fixer la quan- 
tité, cf. H. Leclercq au mot Cabaretier, dans le Dictionnaire d'arch. chrétienne. 



417- LES GRANDES DIETES d' AIX-LA-CHAPELLE 13 

nourriture nécessaire, afin qu'ils n'aillent pas ailleurs et qu'ils 
n'entreprennent pas d'autres affaires, etc. Les supérieurs doivent 
avoir des jardins potagers. Le concile a tout calculé par livre, 
parce que, dans toutes les provinces, le poids est le même, tandis 
que la mesure ne l'est pas. La livre est de douze onces. 

123. Les prélats doivent s'occuper de leurs inférieurs de deux 
manières, non seulement en leur procurant de quoi vivre, mais 
en veillant sur leur conduite. 

124. Les chanoines doivent être habillés convenablement, sans 
luxe pour éviter la vanité, sans affectation de misère pour simuler 
la vertu (le canon ne prescrit rien touchant les habits). 

125. Ils ne doivent pas, ainsi que cela arrive souvent, porter des 
coules, comme les moines ; chaque état doit avoir sa manière de se 
vêtir. 

126-133. Sur les heures canoniales. Pendant les prières au chœur, 
les chanoines doivent se tenir debout; sans s'asseoir, ni s'appuyer 
sur un bâton, ni causer. 

134. Peines que les prélats des maisons canoniales soumises à 
l'évêque peuvent infliger aux chanoines placés sous leur juridic- 
tion. Si un chanoine ne s'amende pas, après plusieurs réprimandes, 
il sera condamné pour un temps au pain et à l'eau. S'il s'obstine, 
il sera exclu de la table commune, éloigné du chœur, et occupera 
dans l'église une place à part qui marque son déshonneur. Si, 
malgré ces mesures, on n'obtient rien, il sera battu, si toutefois 
son âge le permet. Si son âge ou sa qualité (sacerdotale) ne le 
permet pas, il sera réprimandé publiquement et condamné au 
jeûne perpétuel jusqu'à complet amendement. La gradation des 
peines porte ensuite l'emprisonnement et enfin la comparution 
du délinquant devant l'évêque, qui décidera la conduite à tenir. 
Les prélats ne doivent pas oublier que l'Eglise est semblable à 
la colombe, qui n'égratigne jamais, mais se contente de punir en 

[13] donnant quelques légers coups d'aile. 

135. Les enfants et jeunes gens élevés dans la maison canoniale 
doivent être surveillés et instruits, ils seront en outre commis à 
la garde d'un chanoine âgé et sûr et habiteront ensemble dans un 
bâtiment de Y atrium. 

136. Après complies, tous les chanoines doivent se rendre au 
dortoir ; chacun doit avoir son lit ; une lampe brûlera toute 
la nuit dans le dortoir où personne ne se permettra d'incon- 
venance de nature à troubler les voisins. 



14 LIVRE XXI 

137. Que l'art des chantres ne leur fasse pas oublier l'humilité; 
qu'ils accommodent leurs chants aux besoins de l'Eglise. Ceux qui 
ne peuvent pas chanter se tairont, plutôt que de jeter le désordre. 
Les psaumes seront chantés sur un ton plus simple que les hymnes. 

138-140. Sur les droits et les devoirs des directeurs, des chanoines, 
des prieurs, des sommeliers et de leurs auxiliaires. 

141. Tout évêque doit faire ériger un hôpital pour les pauvres 
et les étrangers, et le pourvoir du nécessaire. Chaque clerc doit 
donner, dans ce but, la dîme de tout ce qu'il reçoit. On placera 
à la tête de cet hôpital un chanoine digne de cet emploi. Les clercs 
doivent, au moins pendant le carême, laver les pieds des pauvres 
dans les hôpitaux. 

142. Il est permis aux chanoines d'avoir des habitations privées 
(dans l'intérieur de la maison canoniale, ainsi qu'il résulte du 
canon 23 e du II e livre, qui a du rapport avec celui-ci; on voit, par 
ce canon 23 e , que ces chanoines demeurent chez eux pendant le 
jour, mais le dortoir et le réfectoire sont communs). Néanmoins on 
préparera, pour les anciens et pour les malades, des bâtiments 
particuliers, pour qu'ils y trouvent, auprès de leurs frères, un 
abri, un soutien et un secours. 

143. Devoirs des portiers. Après complies, on doit fermer la 
porte et apporter les clefs au premier supérieur. 

144. Les femmes ne doivent pas entrer dans les demeures et 
dans les bâtiments claustraux des chanoines, à l'exception de 
l'église. Si elles ont besoin d'aumônes, elles doivent les recevoir 
dans un bâtiment placé en dehors des bâtiments claustraux; et 
même là aucun chanoine ne doit leur parler sans témoins. 

145. Court résumé des devoirs des clercs, en prenant pour base [j-^j 
les passages cités des Pères et les propres capitula du concile 1 . 

Le second livre : De institutione sancti monialiutn, plutôt destiné 
aux chanoinesses qu'aux nonnes, donne (ch. i-vi) des passages 
de saint Jérôme, de saint Athanase, etc.; (ch. vii-xxvm) les 
prescriptions du concile d'Aix-la-Chapelle. On y voit une ressem- 
blance frappante avec les règles pour les chanoines, que nous 
venons d'exposer. Le chap. vu prescrit aux abbesses de conformer 
à ces prescriptions, leur vie et celle des personnes qui leur sont 
soumises, de demeurer dans les monastères, de ne pas faire 

1. Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1129 sq. ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, 
col. 227 sq. ; Hartzheim, Conc. Germ., p. 498 sq. 



'ilT- LES GRANDES DIETES d' AIX-LA-CHAPELLE 15 

des séjours plus ou moins longs dans les villes, etc., de visiter 
assidûment les malades avec plus de zèle que personne, d'avoir la 
même nourriture et les mêmes habits que leurs inférieures etc. 

8. Elles ne doivent pas recevoir un trop grand nombre de nonnes, 
ni des personnes qui ont vécu dans un trop grand luxe; avant 
toute admission elles doivent lire les canons ci-inclus aux réci- 
piendaires. 

9. Avant leur entrée, les nonnes doivent disposer de leurs biens, 
en sorte qu'elles ne soient pas préoccupées plus tard par l'admi- 
nistration de ces biens. Elles peuvent les donner à l'Eglise, s'en 
réserver l'usufruit, ou ne les aliéner en aucune façon; dans ce 
dernier cas, elles doivent toutefois instituer un procureur. Quant 
aux jeunes filles ou aux personnes dont la vocation religieuse 
pourrait donner lieu à des difficultés, on ne doit pas les recevoir 
d'une manière imprévoyante. 

10. Le voile et l'habit noir ne sont pas tout, il faut que le cœur 
soit pur. On défend, en particulier, aux nonnes de causer avec les 
hommes. Toutes doivent dormir au dortoir, chacune dans un lit. 
Elles observeront les heures canoniales; celles qui sont de naissance 
noble ne s'élèveront pas au-dessus des autres ; aucune ne fera 
parade de sa chasteté ou de ses autres qualités. 

11. Les monastères de femmes doivent être entourés de murs 
solides, en sorte que personne ne puisse entrer ou sortir, si ce 
n'est par la porte. Dans l'intérieur de l'enceinte ainsi murée 
on établira les réfectoires, les cellaria (cellules), les dortoirs et les 
autres bâtiments nécessaires. 

12. Toutes les nonnes auront la même quantité de nourriture 
et de boisson, ce qui souvent n'a pas eu lieu autrefois. 

13. Toute nonne doit recevoir par jour trois livres de pain et 
trois livres de vin, ou bien, au lieu de trois livres de vin, deux 
livres seulement et deux livres de bière, ou, dans les pays qui 
ne produisent pas de vin, trois livres de bière, en y ajoutant, si 
c'est possible, une livre de vin. On donnera moins dans les monastè- 
res pauvres. On veillera à ce que, les jours de fête, la nourriture 
soit meilleure. On fournira aux nonnes tout le nécessaire en 

[15] viande, poisson, bois, etc., de même que la laine, le lin, les habits, 
etc.. Toutes prendront leurs repas ensemble, à l'exception de 
celles qui sont malades ou reçoivent des visites. 

14. Comment Tabbesse doit veiller au salut de toutes les per- 
sonnes qui lui sont soumises. 



16 LIVRE XXI 

15. Toutes les nonnes doivent, en temps voulu, et au signal donné, 
se rendre à l'église pour les heures canoniales ; elles s'y tien- 
dront d'une manière respectueuse, avec piété et en silence, etc. 

16. Elles doivent prier souvent et avec un cœur pur. 

17. Après les complies, elles se rendront au dortoir. Répétition 
mot à mot du canon 136 e du premier livre. 

18. Pénalité. Ce canon est semblable au canon 134 e du premier 
livre, et énumère les mêmes degrés de pénitence. 

19. Une abbesse ne doit parler à un homme que dans les cas de né- 
cessité, en présence de plusieurs religieuses d'une vertu éprouvée. 

20. L'abbesse doit désigner trois ou quatre nonnes d'une vertu 
également sûre, qui seront toujours présentes, lorsqu'une 
religieuse aura besoin de parler à un homme, par exemple au sujet 
de ses biens, et en particulier pour recevoir les fruits. Elles seront 
de même présentes lorsqu'un homme aura un travail à faire dans 
la petite habitation d'une religieuse. 

21. Les chanoinesses (canonice viventibus) peuvent avoir des 
servantes attachées à leurs personnes ; néanmoins, comme ces 
servantes s'habillent souvent d'une manière qui ne convient 
pas, et comme elles racontent dans le couvent ce qu'elles ont 
vu et entendu dans le monde, troublant ainsi l'esprit de leurs 
maîtresses, on les surveillera de très près. On ne devra pas en 
prendre plus qu'il est nécessaire, et on renverra celles qui ne seront 
pas soumises. 

22. Sur l'éducation des jeunes filles destinées au cloître. Citation 
d'un passage de saint Jérôme. 

23. Semblable au capitulaire 142 e du premier livre. 

24-26. Les abbesses se choisiront des aides, ainsi une personne 
chargée des aliments, une autre préposée à la porte. 

27. Les clercs des monastères de religieuses auront une habita- 
tion et une église en dehors des murs de ces monastères dans les- 
quels ils n'entreront qu'à une heure déterminée et pour y dire 
la messe; ils seront accompagnés du diacre et du sous-diacre, et 
aussitôt l'office divin terminé, tous se retireront. Les nonnes [16] 
assistent au service divin derrière un rideau. Si une nonne veut 

se confesser, elle doit le faire dans l'église, afin d'être vue de tous, 
et quant aux malades, le prêtre devra se faire suivre d'un diacre 
et d'un sous-diacre, témoins de sa conduite. 

28. Hors du monastère on établira un hôpital, dans la demeure 
et près de l'église du clerc chargé de ce monastère; à l'intérieur 



417- LES GRANDES DIETES d' AIX-l.V-C.il Al'ELLE 17 

duquel un local sera réservé pour lesveuvescl les pauvres femmes 1 . 

A l'issue de ce concile, l'empereur envoya une encyclique à 
tous les archevêques de l'empire qui n'y avaient pas assisté ; il y 
joignait une copie des institutiones dont nous venons de par- 
ler, les engageant à les faire exécuter dans leurs diocèses 
et ceux de leurs sufïragants. Pour cela, on exécuterait pour 
toutes les maisons canoniales des copies fidèles sur l'exem- 
plaire authentique envoyé par l'empereur, et un missus impé- 
rial resterait dans chaque province jusqu'à ce que ces copies 
fussent terminées et envoyées à chacun des canonicats, pour y 
être exactement mises en pratique. Au bout d'un an, et le 1 er sep- 
tembre de l'année suivante, l'empereur enverrait des missi dans 
tout le royaume, pour s'assurer de l'observation des nouveaux 
statuts. Nous possédons encore deux exemplaires de cette ency- 
clique : l'un adressé à Sichar, archevêque de Bordeaux, l'autre 
à Arno, archevêque de Salzbourg 2 . C'est à tort qu'on a cru possé- 
der une troisième encyclique adressée à Magnus, archevêque de 
Sens 3 , car le début même de cette lettre accuse une différence, à 
savoir que l'archevêque Magnus était lui-même membre du concile, 
tandis que les deux autres ne l'étaient pas. Mais l'archevêque 
de Sens quitta Aix-la-Chapelle avant que la copie des actes ne fût 
achevée, c'est pourquoi l'empereur lui en envoya un exemplaire. 
La suite de la lettre à Magnus est identique aux deux autres 
lettres à' Sichar et à Arno. 

Mansi a trouvé dans un manuscrit du Vatican, portant le 
n° 4885, une copie des actes d'Aix-la-Chapelle 4 , qui pour les cent 
treize premiers chapitres coïncide avec tous les autres exemplai- 
res, mais qui en diffère totalement à partir du chap. exiv de la 
seconde division du premier livre. Cette seconde division porte 
a) une suscription particulière : de or aine congre gationis canoni- 
corum ; b) elle ne continue pas rémunération des chapitres ; c) elle 

1. Mansi, op. cit., 1. xtv, col. 266 sq.; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1165 sq. ; 
Hartzheim, Conc. Germ., p. 530 sq. 

2. La première se trouve clans Mansi, op. cit., t. xiv, col. 277; Hardouin, 
op. cit., t. iv, col. 1176 sq.; la seconde, dans Hartzheim, op. cit., p. 540 sq. 

3. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 280; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1178. En deux 
endroits le commencement de cette lettre à Magnus est tout à fait inintelligible , 
parce qu'on a omis un mot. Le meilleur texte se trouve dans Mansi, op. cit., 
Appendix, col. 375 sq., et Pertz, Mon. Germ., p. 219 sq. 

i. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 283 sq 

CONCILES - IV - 2 



18 



LIVRE XXI 



contient plusieurs prescriptions nouvelles, empruntées en par- 
tie à la règle de Chrodegang ; d) elle mêle ces prescriptions à 
plusieurs statuts d'Aix-la-Chapelle. Mansi, ayant lu dans ce ma- 
nuscrit du Vatican le nom de l'Eglise de Liège, pensa qu'à l'épo- 
que de notre concile, les chanoines de Liège, qui avaient déjà des 
statuts particuliers, les avaient soumis à l'approbation du concile 
d'Aix-la-Chapelle; le concile, après les avoir approuvés, les aurait 
ajoutés à l'exemplaire des chapitres d'Aix-la-Chapelle destiné à 
l'Eglise de Liège. 



M8. Les statuts d'Aix-la-Chapelle et la règle de Chrodegang. 

Il est surprenant que les statuts d'Aix-la-Chapelle ne mention- 
nent pas la règle de Chrodegang, d'autant plus que le diacre 
Amalaire, leur principal auteur, habitait Metz, où l'évêque de 
cette ville, nommé Chrodegang, avait établi la règle qui porte 
son nom. Ce silence a fait supposer à quelques historiens que cette 
règle de Chrodegang n'avait jamais existé, et qu'il fallait voir, 
dans les documents qui la reproduisent, une simple imitation et 
contrefaçon des statuts d'Aix-la-Chapelle 1 . Cette hypothèse 
hardie avait autrefois une certaine apparence de raison, parce 
que l'on ne possédait qu'une forme altérée et interpolée de la règle 
de Chrodegang, surchargée d'additions postérieures et, en particu- 
lier, d'emprunts aux statuts d'Aix-la-Chapelle. Mais le P. Labbe a 
donné d'après un manuscrit du fonds Palatin de la bibliothèque 
Vaticane un texte plus court qui ne renferme pas ces additions 
et contient la règle destinée, à l'origine, à l'Église de Metz. C'est 
ce que montrent les canons 4, 5, 24, où il est question de la 
cathédrale de Saint-Étienne, et d'autres églises de Metz, et le c. 
20, à la fin duquel Angilram, successeur de Chrodegang, trouva 
bon de faire une addition. Ce nouveau texte que Mansi et Har- 
douin ont accepté 2 , résout la plupart des objections présentées 
contre l'existence de la règle de Chrodegang. Si on y ajoute 
les affirmations très précises des anciens auteurs, en particulier 

1. Binterim, Deutsche Concilien, t. u, p. 355. 

2. Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1181; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, 
col. 314. 



418. LES STATUTS d' AIX-LA-CHAPELLE 19 

[18] de Paul Diacre 1 , on ne peut nier que dans la seconde moitié 
>lu vni e siècle Chrodegang a relevé à Metz la vie canoniale, et 
composé une règle à cette intention. Plusieurs conciles et capitu- 
laires du temps de Pépin et de Charlemagne mentionnent une 
règle de ce genre sur la vie canoniale; nous citerons en particulier 
le concilium Vernense de 755, le capitulaire de 789 et les conciles 
d'Arles, de Mayence et de Tours de 813. — On a avancé que 
les statuts d'Aix-la-Chapelle n'avaient pas mentionné la règle 
de Chrodegang, parce qu'elle ne s'était pas répandue hors de la 
ville de Metz, et qu'elle était bientôt tombée en désuétude 2 ; 
mais cette opinion n'est rien moins que fondée, car les évèques 
présents à Aix-la-Chapelle disent, dans le prologue de leurs statuts, 
que la plupart d'entre eux vivaient selon l'ordre canonique, 
ainsi que ceux qui leur étaient soumis, et que, in plerisque locis, 
idem ordo plenissime servatur. On s'explique jusqu'à un certain 
point le silence gardé sur la règle de Chrodegang par les statuts 
d'Aix-la-Chapelle, si l'on réfléchit que Louis le Débonnaire se 
proposait tout autre chose que de faire une simple réédition de la 
règle de Chrodegang. Son but était de réunir ce que les actes des 
anciens conciles et les écrits des Pères contenaient de meilleur sur 
la vie canoniale. Ce qui prouve que Louis le Débonnaire tenait pour 
insuffisante la règle de Chrodegang, c'est l'insistance avec laquelle 
il demande au concile de réunir les règles données par les anciens, 
quoique les évêques affirmassent que la vie canoniale avait été 
déjà introduite partout. L'empereur estimait probablement que 
les statuts des plus anciens conciles et des Pères de l'Église auraient 
plus de prestige et de force qu'une règle composée par un évêque 
contemporain. Tout en utilisant cette règle, il a peut-être cru que 
le meilleur moyen de lui donner un vernis d'antiquité était de 
ne pas la mentionner en la citant dans ses capitulaires. Les évêques 
s expriment plus favorablement sur la règle de Chrodegang; la 
vie canoniale déjà organisée en plusieurs lieux ne leur déplut pas, 
et ils ne crurent pas, comme Louis le Débonnaire, qu'il suffisait de 
reproduire simplement des textes des Pères disposés à la suite les 
uns des autres. 

Aussi joignirent-ils à ce premier travail un seeond qui, se 



1. Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1198 sq.; Mansi, Conc. amplis*, coll., 
t. xiv, col. 332 sq. ; d'Achery, Spicilegium, t. i, p. 565. 

2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 313; Binterim, Denkfviirdigkeiten, t. tu, p. 322. 



20 LIVRE XXI 

substituant à la règle de Chrodegang, lit que celle-ci tomba en 
désuétude. Dans ce cas encore, le mieux était de passer sous 
silence la règle de l'évêque de Metz. Afin de permettre une compa- 
raison entre la règle de Chrodegang et les statuts d'Aix-la-Chapelle, 
nous donnerons, à l'exemple des collections des conciles, cette 
règle de Chrodegang, d'après la rédaction la plus courte. 

Règle de Chrodegang 1 . 

Chrodegang, qui prend le titre de servus servorum Dei, Metensis 
urbis episcopus, déplore, dès le début, la décadence du clergé et 
du peuple; cet état de choses Fa grandement attristé, mais, comp- 
tant sur le secours de Dieu, et soutenu par les consolations spiri- 
tuelles de ses frères, il s'est décidé à publier un court décret en 
trente-quatre chapitres sur la conduite des clercs. En voici le som- 
maire : 

1. Exhortation à l'humilité. 

2. Le rang à garder entre les chanoines est déterminé par la date 
de leur ordination, exception faite pour ceux que l'évêque aura 
voulu honorer particulièrement et pour ceux qu'il aura dégradés. 
Les chanoines ne doivent s'interpeller ni se désigner l'un l'autre 
simplement par leur nom; ils y ajouteront toujours la mention 
de la dignité dont chacun est revêtu. Lorsque plusieurs se rencon- 
trent, le plus jeune doit demander aux anciens la bénédiction et 
ne pas s'asseoir devant eux. 

3. Que tous dorment dans un dortoir, excepté ceux à qui 
l'évêque a permis de dormir dans des habitations séparées, mais 
situées à l'intérieur de la clôture. Chacun aura un lit séparé, les 
lits seront répartis sans tenir compte de l'âge des chanoi- 
nes, de telle sorte que les jeunes soient mêlés aux plus âgés — ce 
qui facilite la surveillance. Aucune femme, aucun laïque ne peu- 
vent entrer dans la clôture, si ce n'est avec la permission de 
l'évêque, ou de l'archidiacre, ou du primicier. Lorsque les cha- 
noines vont au réfectoire, ils laisseront leurs armes à la porte. 

1. Mansi, Coll. concil., t. xiv, col. 313 sq. ; Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 
1 181 sq., en abrégé dans Natal. Alexander, Hist. eccl., sec.Vm, Venet., 1788, t. vi, 
p. 80 sq., et dansLongueval,i/is£. de V Égl.gallic, t. iv, p. 435 sq., etc.; Schrockh, 
Kirchengesch., t. xx, p. 82 sq. ; Binterim, Denkw., t. ni, p. 322 sq. ; Rettberg, Kir- 
chengesch. Deutschl., t. i, p. 495 sq., a comparé la règle de Chrodegang à celle 
de saint Benoît. 



418. LES STATUTS d' AIX-LA-CHAPELLE 21 

Les laïques ne doivent rester dans la clôture que le temps indis- 
pensable à ce qu'ils ont à y faire, par exemple les cuisiniers, lorsque 
aucun chanoine ne sait faire la cuisine. Dans leurs habitations 
particulières (situées à l'intérieur de la clôture), les chanoines 
n'auront aucun clerc auprès d'eux sans la permission de l'évêque. 

4. Tout clerc qui appartient à la congrégation (c'est-à-dire 
à la maison canoniale) doit assister à complies dans l'église de 
Saint-Etienne, où l'on donnera constamment le signal à l'entrée 
de la nuit. A partir des complies, aucun clerc ne devra manger, 
boire ni parler, jusqu'au lendemain, à une heure déterminée. 
Celui qui ne se rend pas à complies, ne pourra entrer dans la clô- 
ture que lorsque les chanoines vont aux nocturnes. Si quelqu'un 
s'absente et couche en ville, on se contentera, une première fois, 
de lui infliger un blâme; une seconde fois il sera au pain et à l'eau 
pendant un jour, et une troisième fois pendant trois jours; s'il 
retombe encore, il recevra un châtiment corporel. 

5-G. Concernant les heures canoniales. Pendant l'hiver, on se 
lèvera à huit heures de la nuit (deux heures du matin) pour les 
vigiles. Après les vigiles on prendra un temps pour la méditation, 
mais on ne dormira pas. A la première heure du jour, tous devront 
chanter prime dans l'église de Saint-Etienne. 

7. On doit chanter les psaumes devant Dieu, avec beaucoup de 
respect. Nul ne doit, en le faisant, s'appuyer sur un bâton. 

8. Tout chanoine doit venir journellement au chapitre, où on 
lit des passages de la sainte Ecriture, de la présente règle (insti- 
tutiuncula), des traités et des homélies des Pères. C'est au chapi- 
tre que l'évêque, l'archidiacre, ou le préposé, donne ses ordres 
et adresse ses réprimandes. Lorsque, après prime, les chanoines 
sont rentrés dans leurs maisons, ils doivent être attentifs au 
signal qui les appelle au chapitre. Les clercs demeurant hors de 
la clôture et dans la ville doivent, tous les dimanches, se rendre au 
chapitre, avec la planeta (chasuble) ou autres insignes de leurs 
fonctions. Ils doivent de même se rendre, les jours de dimanche 
et de fête, dans le cloître pour les nocturnes et pour matines, et 
se restaurer au réfectoire. 

9. L'oisiveté étant l'ennemie de l'âme, les clercs doivent, après 
le chapitre, se livrer aux travaux (manuels) qui leur ont été 
assignés par leurs supérieurs. 

10. Les clercs en voyage ne doivent pas négliger les devoirs 
de leur état; ils observeront les heures canoniales du jour, etc. 



22 



LIVRE XXI 



11. Un zèle plein de douceur et de charité doit régner parmi les 
chanoines. 

12. Personne ne doit excommunier ni battre son collègue. 

13. Personne ne doit s'ériger en défenseur ou protecteur d un 
confrère. 

14. Tout chanoine doit se confesser deux fois par an à l'évêque [21] 
ou à un prêtre établi par l'évêque, c'est-à-dire pendant le carême 

et entre le 16 août et le 1 er novembre. Celui qui n'est pas empêché 
par ses fautes peut communier tous les dimanches et aux princi- 
pales fêtes. Celui qui cache un péché en confession de crainte 
que l'évêque ne le dépose, et préfère le confesser à un autre, 
sera puni, si l'évêque vient à connaître ce fait, et s'il est prouvé 1 . 

15. Lorsqu'un chanoine a commis une faute grave : meurtre, 
débauche, adultère, vol, etc., il recevra un châtiment corporel, 
sera mis en prison ou exclu. Pendant qu'il est au cachot, 
nul ne doit lui parler ; une fois rendu à la liberté, il se soumettra à 
la pénitence publique en la manière voulue par l'évêque; il ne 
pourra paraître ni dans l'oratoire, ni à table; pendant la récita- 
tion des heures canoniales, il se tiendra à la porte de l'église, 
et se prosternera à l'entrée et à la sortie de ses confrères. 

16. Un clerc qui parle avec un collègue excommunié, sera lui- 
même excommunie. 

17. Le clerc coupable d'une faute sera, les trois premières fois, 
réprimandé en secret par ses supérieurs; s'il ne s'amende pas, 
il sera réprimandé publiquement; s'il s'obstine, il sera excommu- 
nié, et en dernier lieu il recevra un châtiment corporel. 

18. Celui qui a commis une faute légère, par exemple qui a 
brisé un vase, perdu un objet, ou qui est arrivé un peu tard à 
table, doit se dénoncer lui-même et demander pardon. 

19. On doit proportionner la peine à la gravité du délit. 

20. Ordre des jeûnes et des repas. Pendant le carême, à l'excep- 
tion des dimanches, il n'y aura qu'une seule réfection, après les 
vêpres, et on s'abstiendra des mets défendus par l'évêque. Pendant 
ce temps, on doit jusqu'à tierce s'occuper de lectures, et ne pas 
quitter la clôture; après tierce on réunira le chapitre. De Pâques 
à la Pentecôte, on fera deux repas auxquels on pourra manger de 
la viande, etc. (à l'exception du vendredi); de la Pentecôte à 



1. Binterim, Denkwùrdigkeiten, t. in, p. 331, a montré que cette disposition 
s'accorde malaisément avec le respect du secret de la confession. 



418. LES STATUTS d' AIX-LA-CHAPELLE 23 

la Saint-Jean, il y aura également deux repas, mais on ne man- 
gera pas de viande jusqu'à la messe du jour de saint Jean. De la 
Saint- Jean à la Saint-Martin, on fera deux repas chaque jour et 
[22] on s'abstiendra de la viande les mercredis et vendredis ; de la 
Saint-Martin à Noël il n'y aura qu'un seul repas après none, et 
sans viande; de Noël au commencement du carême, il y aura 
tous les jours deux repas, à l'exception des lundis, mercredis et 
vendredis. La viande sera interdite le mercredi et le vendredi; 
si une fête tombe ces jours-là, le supérieur peut permettre de 
manger de la viande. — Angilram, successeur de Chrodegang, 
ajouta que l'on pourrait aussi manger de la viande pendant 
les huit jours qui suivent la Pentecôte, jusqu'à son octave, 
parce que la descente du Saint-Esprit est comme une nouvelle 
Pâque. 

21. A la première table du réfectoire prendront place l'évêque, 
ses invités, l'archidiacre, ou ceux qu'il a appelés à sa table; à 
la seconde table seront les prêtres, à la troisième les diacres, 
etc. Tous arriveront au réfectoire à l'heure indiquée. On fera la 
lecture pendant le repas ; nul ne devra en emporter ni nour- 
riture ni boisson; on n'entrera pas dans le réfectoire à un autre 
moment qu'aux heures des repas; on ne devra pas demander à 
boire ni à manger au cellérier. Aucun laïque ni aucun clerc étran- 
ger ne doit prendre son repas dans le réfectoire, sans permission 
du supérieur. 

22-23. Prescriptions sur la quantité des mets et des boissons. 
Lorsqu'il y a deux repas le jour, le premier aura lieu à midi (ad 
sextam) ; le second le soir (ad csenam). A sexte, le prêtre et le diacre 
recevront trois calices (de vin), et pour le souper deux calices; 
les autres en auront un peu moins. S'il n'y a qu'un seul repas 
dans la journée, on y donnera la portion de vin que l'on donne à 
sexte. S'il n'y a pas assez de vin, on devra s'abstenir de murmurer. 
Celui qui ne boit pas de vin recevra une égale quantité de bière. 
Le mieux serait de s'abstenir tout à fait de vin. 

24. Chacun doit à son tour faire la cuisine pendant une semaine. 
Sont exceptés l'archidiacre, le primicier, le cellérier et les trois 
gardiens des églises de Saint-Etienne, de Saint-Pierre et de Sainte- 
Marie. 

25-27. Devoirs des archidiacres, primiciers, cellériers, portiers et 
gardiens des églises. 

28. L'évêque, l'archidiacre et le primicier doivent s'occuper 



24 LIVRE XXI 

des malades ; on aura des bâtiments spécialement destinés aux 
malades et un chanoine pour les soigner. 

29. Une moitié de la communauté composée des plus âgés 
recevra chaque année de nouveaux manteaux et donnera les 
vieux à l'autre moitié. Ils recevront en outre des sarciles (habit 
de laine d'une forme inconnue), des camisiles (sorte de soutane), [23] 
ainsi que des souliers et du bois (le latin de la première partie de 
ce chapitre est, par exception, beaucoup plus mauvais que le 
latin ordinaire de la règle de Chrodegang). 

30. Des fêtes, et des repas qui ont lieu alors. Les jours de Noël 
et de Pâques, l'évêque devra faire préparer un repas à ses cha- 
noines, dans sa propre maison (au lieu de ipsis, il faut lire in 
domo ipsius). 

31. Celui qui entre dans un canonicat, doit donner ses biens 
(immeubles) à l'église de Saint-Paul; mais il peut s'en réserver 
la jouissance sa vie durant. Quant à sa propriété mobilière, il peut, 
sa vie durant, la donner aux pauvres, ou à qui il voudra. 

32. Un prêtre peut garder ce qui lui est remis comme aumône, 
par exemple, pour dire la messe. Mais si on fait une donation à 
tous les prêtres, les autres chanoines, même ceux qui ne sont pas 
prêtres, doivent y avoir part. 

33. Après prime, tous doivent être prêts, au signal donné, à 
se rendre au chapitre avec les habits de leur fonction; après le 
chapitre, ils se rendent dans l'église, chantent tierce et attendent 
l'évêque. Celui qui ne s'y rendra pas sera puni. Les frères qui 
chantent les vigiles dans une autre église, doivent néanmoins 
venir au chapitre à l'heure fixée. 

34. Tous les quinze jours, c'est-à-dire un samedi sur deux, 
tous les matricularii x se rendront le matin dans l'église cathé- 
drale, pour entendre une homélie et recevoir l'instruction ; ils se 
confesseront deux fois par an. On instituera pour chaque 
matricule un primicerius matricularum spécial. Détermination 
de la portion de pain, des autres aliments et du vin, que les 
matricularii doivent recevoir à certaines époques. Plusieurs de 
ces matricularii étaient employés aux divers services domestiques; 
d'autres recevaient de l'église de petits biens qu'ils devaient 
cultiver et dont ils avaient la jouissance. Le présent chapitre les 

1. Les matricularii étaient les pauvres secourus par l'Église et immatriculés 
sur un registre. Cf. Du Cange, Glossarium, à ce mot. 



419. AUTRES DÉCISIONS DU CONCILE d' AIX-LA-CHAPELLE 25 

divise en trois classes : a)ceux qui in domo sunt, c'est-à-dire dans 
la maison épiscopale ; b) ceux qui per cseteras ecclesias infra civita- 
tem matriculas habent, c'est-à-dire ceux qui sont employés dans les 
autres églises de la ville, et c) ceux qui sont dans les villse. Tous 
doivent venir tous les quinze jours à la cathédrale. Cette dernière 
s'appelle ecclesia in domo, dans la maison de l'éveque, c'est-à-dire 
située près de cet ensemble de bâtiments qui, sans compter la 
[24] maison de l'éveque, contient aussi le canonicat ou les bâtiments 
claustraux K 



419. Autres décisions du concile d' Aix-la-Chapelle de 811. 

Si nous revenons maintenant aux actes du concile d'Aix-la- 
Chapelle, nous rencontrons le statut monastique en quatre- 
vingts numéros, qui forme le pendant de la Règle de Chrode- 
gang 2 . Le document est daté de 817, vi idus julius (10 juillet) ; 
on y lit, dans l'introduction : « Lorsqu'en ce jour, divers abbés 
et moines se furent réunis in domo Aquisgrani palatii quse ad 
Lateranis dicitur, on prit, après délibération, les décisions sui- 
vantes 3 . » Les plus importantes sont ainsi conçues : 1 et 2. Dès 
leur retour dans leurs monastères, les abbés y introduiront la 

1. De là le nom allemand Domkirche, « église de la maison». 

2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 347 a supposé qu'une partie de ces quatre-vingts 
capitula appartenait à un ancien synode tenu sous Charlemagne, et que cette 
ancienne partie coïncidait avec les règlements donnés au monastère de Murbach 
par saint Simpert, évêque d'Augsbourg. [A. Verminghofî, Verzeichnis der Akten 
(rànkischer Synoden von 742-843, dans Neues Archiv, 1899, t. xxiv, p. 483. (H. L.)] 

3. Binterim dit, au sujet de ces abbés et de ces moines convoqués par l'empe- 
reur [Deutsche Conciliai, t. n, p. 359) :« L'homme le plus influent de cette réunion 
paraît avoir été Benoît d'Aniane, que l'empereur chargea, avec quelques autres 
personnes, de visiter tous les monastères, pour y introduire la nouvelle règle. 
Pagi, Critica, ad ann. 817, n. 6. Au lieu de Benoît d'Aniane, d'autres nomment 
Benoît abbé de Corneliusmùnster, près d'Aix-la-Chapelle; c'est, en particulier, 
l'opinion de Damberger, Synchron. Gesch., t. m, p. 100, et Krilikheft, p. 31. Ce que 
rapporte Walafrid Strabo prouve que saint Benoît d'Aniane a été le principal 
auteur de la réforme des moines ; Strabo dit qu'en 818 Hatto, abbé de Reiche- 
nau, où Walafrid avait été autrefois écolier, avait envoyé à Aniane deux des 
moines les plus distingués de son monastère, Grimoald et Tatto, afin d'y étudier 
les institutions en vigueur, et après leur retour en 819, on fit des réformes sem- 
blables à Reichenau (Kalholik, 1857, octob., 2). 



26 



LIVRE XXI 



présente règle, et tous les moines l'apprendront par cœur. 3. 
L'office doit être célébré de la manière prescrite par la règle de 
saint Benoît. 4. Les moines doivent faire eux-mêmes la cuisine, 
laver leurs habits, etc. 5. Après les vigiles (nocturnes), ils ne doi- 
vent pas se coucher. 6. Pendant le carême, ils ne se feront raser 
que le samedi saint ; mais en temps ordinaire ils se feront raser 
tous les quinze jours. 8,9,10,78. Il est défendu de manger des vola- 
tiles sauf les jours de Noël et de Pâques. Quant aux pommes et 
à la salade, on n'en pourra manger qu'à la suite d'autres ali- 
ments. 11. Il n'y aura pas d'époque fixée pour la saignée. [25] 

13. Si un moine est blâmé par son supérieur, il dira mea culpa et 
il se prosternera jusqu'à ce que son supérieur lui dise de se lever. 

14. Les moines qui ont commis une faute seront fouettés à 
nu, en présence de leurs frères. 15. Aucun moine ne doit sortir 
seul. 16. Aucun ne peut servir de parrain, ni embrasser une 
femme. 20-22. Leurs habits ne doivent être ni trop pauvres ni 
trop recherchés, mais d'une qualité moyenne ; la cuculla aura deux 
aunes de long 1 ; chaque moine doit avoir deux cammée(chemises), 
deux tuniques, deux cuculles et deux cappas, et même, s'il est né- 
cessaire, une troisième. En outre, il aura quatre pedules paria (cale- 
çon ou bas) et deux femoralia paria (culottes), roccum unum (un 
rochet), pellicias (pelisse) usque adtalos duas, fasciolas duas (jarre- 
tières), et, pour les voyageurs, deux autres paires, des gants pour 
l'été, appelés wantos, deux paires de souliers pour l'usage jour- 
nalier, deux paires de subtalares (pantoufles) pour les nuits d'été, 
et, en hiver des saccos (sabots). En outre, ils recevront du savon, 
des onguents, de la graisse pour manger (v. c. 77), une hemina de 
vin, ou le double de bière 2 . 23. Durant le carême les frères doivent 
se laver les pieds les uns aux autres, et, le jour de la Csena Domini, 
l'abbé lavera et baisera les pieds de ses moines. 31. La première 
place, après celle de l'abbé, revient au prieur, qui devra toujours 
être un moine. 34. On fera un an de noviciat. 36. Les parents qui 
veulent offrir leur enfant au monastère doivent le présenter à 
l'autel pendant l'offertoire ; ils feront la demande d'admission 
par-devant des témoins laïques. Si l'enfant a l'âge de raison, il 
confirmera cette demande. 40. On aura pour les moines qui doivent 



1. Sur ces vêtements monastiques, voir tous les termes correspondants dans 
Du Cange, Glossarium. 

2. La valeur de l'hémine paraît correspondre au demi-setier. 



419- AUTRES DÉCISIONS DU CONCILE d' AIX-LA-CHAPELLE 27 

être sévèrement punis, un bâtiment spécial, qui pourra être chauffé 
en hiver, et qui aura une cour où ils feront les travaux qui leur 
sont assignés. 42. Aucun clerc séculier ne devra demeurer dans 
un monastère. 45. Il n'y aura dans le monastère qu'une seule école, 
pour les oblats. — C'est ce canon qui a donné lieu à l'institution 
générale des scholse externse. Quelques monastères avaient eu anté- 
rieurement deux écoles, une exierna et une interna. Ainsi, en 815, 
[26] Walafrid Strabo entra dans l'école des externes de Reichenau; 
elle comptait alors quatre cents élèves, tandis que la classe d'in- 
ternes en comptait cent. 47. Le vendredi saint, on n'aura que du 
pain et de l'eau. 49. Les pauvres percevront la dîme de tous les 
revenus du monastère. 54. Les supérieurs doivent s'appeler nonni 1 . 
62 et 84. Lorsque l'abbé, le prieur ou le doyen n'est pas prêtre, 
il doit néanmoins bénir ceux qui lisent (à l'office ou à table): 
mais après les complies, un prêtre seul donnera la bénédiction. 
68. Les prêtres (parmi les moines) donneront les eulogies aux 
frères dans le réfectoire. 69. Au chapitre, on lira d'abord le mar- 
tyrologe, puis la règle, ou les homélies. 76. Chacun recevra sa 
portion de mets et de boisson, et il ne devra pas en faire part à 
un autre. 80. L'abbé doit traiter chacun selon son mérite. Celui 
qui aura souvent été averti et puni, et même excommunié, et qui 
ne s'amende pas, sera battu. Toutes les peines doivent être admi- 
nistrées en présence des autres moines 2 . 

Le troisième document du concile d'Aix-la-Chapelle de l'année 
817 comprend vingt-neuf capitula proprie ad episcopos. 1. Les 
princes ne doivent pas porter atteinte aux biens de l'église. 2. 
Les évêques doivent être élus par le clergé et le peuple, sans simo- 
nie, etc., et avec dignité. 3. Comme la vie canonique est, sous plu- 
sieurs points de vue, mal observée, l'empereur a prescrit la rédac- 
tion d'une règle pour les chanoines et pour les nonnes. 4. Ce qui 
a été donné aux églises sous le gouvernement de Louis le Débon- 
naire doit, lorsque l'église est riche, être employé aux deux tiers 
pour les pauvres, de telle sorte que les moines et les clercs n'aient 
que le dernier tiers; dans les églises pauvres, on devra, au contraire, 

1. Nonnus, c'est-à-dire Monsieur. Cf. Du Cange, Glossarium. — Cf. P. Karl 
Brandes, Erklàrung der Regel des hl. Vaters Benedikt, p. 603. On trouve déjà 
cette expression de nonnus dans le c. lui de la règle de saint Benoît. 

2. Pertz, Monum., t. ni, Leg., t. i, p. 200; Mansi, Conc. ampliss.coll.,t.-x.iv, 
App., p. 393; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1226; Hartzheim, Conc. Germ., t. n, 
p. 3. 



28 LIVRE XXI 

faire un partage égal entre les clercs et les pauvres, à moins que 
le donateur n'ait fait quelque stipulation particulière. 5. Statut au 
sujet des moines. 6. Les esclaves ne doivent être ordonnés qu'avec 
la permission de leurs maîtres. Si un esclave a été ordonné sans 
la permission de son maître, celui-ci pourra l'arracher au camp [27] 
du Seigneur et le réduire de nouveau en esclavage. Si des esclaves 
de l'Église paraissent aptes aux fonctions ecclésiastiques, ils doi- 
vent être, conformément à un édit de l'empereur, mis en liberté. 
7. Aucun clerc ne doit recevoir de présent qui tendrait à dépouiller 
des enfants ou des parents du donateur. 8. Aucun chanoine ou 
moine n'engagera qui que ce soit à recevoir la tonsure, dans la 
pensée d'hériter de ses biens (pour son monastère). 9. Nul ne doit 
être ordonné prêtre sans l'assentiment de l'évêque; mais les évê- 
ques ne doivent pas refuser des clercs présentés par des laïques 
pour l'ordination ou pour diverses fonctions, et qui en sont dignes. 
10. Toute église doit avoir une manse parfaitement libre, dont 
le prêtre n'ait à payer ni dîme ni offrande, ni impôts pour sa mai- 
son et son jardin, ni à remplir d'autre charge que celle de son 
ministère. Si un prêtre a du superflu, il doit, sur ce superflu, payer 
à ses supérieurs ce qu'il leur doit. 11. Toute église doit avoir ses 
prêtres. 12. Si on a érigé de nouvelles églises dans de nouvelles 
villse, ces églises percevront la dîme sur ces villse. 13. Les vases 
des églises ne doivent plus être engagés si ce n'est en cas de 
nécessité et pour racheter des prisonniers. 14. Nous avons 
porté des ordonnances spéciales sur les églises détruites, 
et sur les neuvièmes et les dîmes. 15. De même sur l'honneur 
à rendre aux églises. 16. Les évêques lombards ne doivent plus 
recevoir d'argent pour la collation des ordres. 17. Les prê- 
tres qui, malgré les défenses, ont des femmes chez eux, 
doivent être punis comme contempteurs des canons, s'ils ne 
s'amendent pas. 18. Quant aux clercs qui habitent loin de la 
ville épiscopale, un sur huit d'entre eux doit venir demander 
le saint chrême à l'évêque, le jour de la Csena Domini. Ceux qui 
ne sont éloignés que de quatre à cinq milles, viendront en personne. 
Afin de recevoir des instructions, ils ne se rendront pas dans la 
ville épiscopale pendant le carême, mais à une autre époque déter- 
minée par l'évêque. 19. Les évêques ont promis, conformément au 
désir de l'empereur, de ne plus être, à l'avenir, à charge au peuple 
dans leurs tournées de confirmation, etc. 20. Sans le consentement 
de ses parents, aucun fds ne peut recevoir la tonsure, ni aucune 



419. AUTRES DÉCISIONS DU CONCILE d' AIX-LA-CHAPELLE 29 

fille le voile. 21. Une veuve ne peut prendre le voile que trente 
jours après la mort de son mari, et après s'être concertée 
avec ses parents, avec l'évêque ou avec des prêtres. 22-24. Au 
sujet des femmes enlevées et de leurs ravisseurs, on observera 
les anciennes ordonnances de Chalcédoine et d'Ancyre. 25. Au 
sujet de ceux qui épousent des vierges consacrées à Dieu, on 
observera le décret du pape Gélase. 26. Aucune vierge ne doit 
recevoir le voile avant l'âge de vingt-cinq ans. 27. Défense de 
continuer l'épreuve de la croix. 28. Les évêques doivent former 
[28] leur clergé avec beaucoup de soin. 29. Beaucoup de capitula qui 
ne sont pas encore nécessaires sont remis à une autre époque. On 
ne donne maintenant que ceux dont l'opportunité est reconnue 1 . 
— Viennent ensuite trois séries d'ordonnances impériales concer- 
nant la vie civile et la vie religieuse; les dernières se rapportent aux 
devoirs des missi 2 . 

Dans ce même concile d'Aix-la-Chapelle, on distribua en trois 
catégories, d'après leurs revenus, les monastères de l'empire : 
ceux qui, dans une campagne de l'empereur, pouvaient lui four- 
nir argent et soldats ; ceux qui ne pouvaient lui procurer que 
l'argent, enfin ceux qui ne pouvaient l'aider que de leurs prières. 
Les quatorze monastères de la première classe sont : Saint-Benoît 
de Fleury, Ferrière, Nigelli de Troyes, La Croix (Leufroy près 
d'Evreux),Corbie, Sainte-Marie de Soissons,Stavelot(près de Liège), 
Flavigny, Saint-Eugende (Saint-Claude, dans le Jura), Novalaise 
(dans le Piémont, au pied du mont Cenis), Saint-Nazaire (Lorsch), 
Offunwilar (Schuttern), Monsée (Mananseo) et Tegernsée. 

Dans la seconde classe sont rangés seize monastères : Saint- Mi- 
chel, Baume (les messiours) (près de Besançon), Saint-Seine (dans 
le diocèse de Langres, auj. Dijon), Nantua, Schwarzach (sur le 
Mein), Saint-Boniface(Fulda), Saint- Wigbert (Hersfeld), Ellwangen 
(Elehenwanc),Feuchtwangen, iVazarurfa (peut-être faut-il lirellaza- 
rieda), Hasenried, Herrieden (près de Feuchtwangen), Kempten, 
Altmunster, Altaich, Kremsmunster, Mattsée et Benediktbeuren. 

Dans la troisième classe on énumère cinquante-quatre monas- 
tères qui n'auraient qu'à prier pour l'empereur, pour ses fils et 
pour l'empire, parmi lesquels on remarque les suivants, situés 
au delà du Rhin et en Bavière : Seewang (?), Sculturbura 

1. Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1213; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 381 ; Hartz- 
heim, Conc. Germ., t. i, p. 544; Pertz, îoc. cit., p. 206. 

2. Pertz, loc. cit., p. 210, 214, 216. 



30 



LIVRE XXI 



(peut-être Schliiehtern dans la vallée delà Kintzig), Berch (Haid- 
lingsberg, près de Mallesdorf, en Bavière), Methema (Metten), 
Schônau, Masburg (sur l'Isar) et Wessobrunn 1 . 

Dans la publication de ces ordonnances qui fut faite en son 
nom, Louis le Débonnaire plaça en premier lieu son Capitulai* e 
générale par lequel il témoigne de son zèle pour l'amélioration 
de la situation religieuse, et fait remarquer que, pendant la qua- 
trième année de son règne (par conséquent en 817), profitant d'un 
moment de paix, il a convoqué les évêques, abbés, chanoines, M"J 
moines et les grands de l'empire pour essayer avec leur concours 
de travailler à l'amélioration de chaque état, de celui des chanoi- 
nes, des moines et des laïques. Il a fait rédiger, collationner et pla- 
cer dans les archives publiques le résultat de ces délibérations, 
c'est-à-dire ce que les chanoines et les moines devaient observer, et 
ce qui devait être ajouté aux lois et capitulaires 2 . Comme ce 
Capitulare générale porte expressément la date de la quatrième 
année du règne de Louis le Débonnaire, on ne saurait l'attribuer, 
avec Baluze et Mansi, à l'année 816; et comme il rapporte tout ce 
qui est cité à un seul et même concile d'Aix-la-Chapelle, et forme 
une sorte d'introduction à tous ces divers documents, on est légi- 
timement amené à croire que ces statuts, ceux des chanoines, 
des nonnes, etc., sont de l'année 817. 



420. Conciles à Aix-la-Chapelle, à Venise, à Vannes, 
à Thionville, de 818 à 821. 

A la demande de l'empereur Louis le Débonnaire on tint, en 
818, une autre diète synodale à Aix-la-Chapelle. On y déposa et 
on relégua dans des monastères les évêques soupçonnés d'avoir 
pris part à la rébellion de Bernard, neveu de l'empereur et roi 
d'Italie ; tel fut, en particulier, le sort de Théodulf d'Orléans, 
qui ne cessa de protester de son innocence 3 . 

1. Hardouin, loc. cit., col. 1234, et Mansi, op. cit., t. xiv, col. 400, ont donné 
de ces documents une édition moins correcte que celle de Pertz, op. cit., Lcges, 
t. r, p. 223 sq. 

2. Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 380; Pertz, loc. cit., p. 204. 

3. Labbe, Concilia, t. vu, col. 1866-1867; Lalande, Conc.Galliœ, p. 105;Coleti> 
Concilia, t. xi, col. 609; Mansi, op. cit., t.xiv, col. 385; Hartzheim, Conc. Germ., 
t . h, col. 10. (H. L.) 



420- CONCILES A AIX-LA-CHAPELLE, ETC. 31 

Dans cette même année, Jean, patriarche intrus de Grado, 
fut déposé dans un concile tenu à Venise. 

Les actes des conciles mentionnent aussi un concilium 1 eneti- 
cum ; cependant il ne se tint pas à Venise, mais à Vannes en 
Bretagne, lorsque Louis marcha contre les Bretons rebelles 1 . 
On y délibéra sur les affaires de l'État et de l'Eglise ; malheureuse- 
ment ce renseignement par trop vague est tout ce que nous 
savons de cette assemblée. 

En | janvier] 819, Louis le Débonnaire, remarié avec Judith 
depuis la mort d'Ermengarde, tint à Aix-la-Chapelle une diète 
synodale, dans laquelle les missi rendirent compte de l'exécu- 
[30] tion des réformes ordonnées en 817 ; on promulgua, dans cette 
même diète, quelques nouveaux capitula 2 . Baluze, Mansi et d'au- 
tres attribuent à tort à cette dernière assemblée d'Aix-la-Cha- 
pelle Y Instructif) missorum, oubliant que les missi devaient être 
munis de cette pièce dès 817, lorsqu'ils entreprirent leur voyage 
d'inspection et de réforme. D'autres capitula que Baluze et Mansi 
rapportent à l'année 819 sont en réalité de l'année 817, et forment 
un appendice aux statuta pro episcopis. Aussi Pertz a-t-il eu raison 
de les placer tous en 817. Il place au contraire en 819 3 les neuf 
numéros d'une réponse faite à un missus revenant de sa tournée. 
Enfin, le 6 e capitulaire que Baluze et Mansi placent en 819 
appartient en réalité à l'année 823 4 . 

Le conventus Noviomagensis (Nimègue), en 821, dans lequel 
l'empereur Louis le Débonnaire revint sur l'affaire de la divi- 
sion de l'empire, est une assemblée purement politique et ne 
peut être regardée comme un concile 5 . Par contre, l'empereur 
tint, en octobre de la même année, à Thionville (Theodonis villa), 
une réunion solennelle qui peut, jusqu'à un certain point, être 



1. Lalande, Concilia, p. 106; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1867; Coleti, Concilia, 
t. ix, col. 609; Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1238 ; Hartzheim, Deutsche 
Conciliai, t. n, p. 632; Mansi, Concilia, Supplem., t. i, col. 805 ; Conc. ampliss. 
coll., t. xiv, col. 386. 

2. Labbe, Concilia, t. vu, col. 1867; Lalande, Conc. Gall., p. 106; Mansi, 
op. cit., t. xiv, col. 416; Pertz, op. cit., p. 225. 

3. Pertz, loc. cit., p. 227. A. Yermingholï, Verzhichnis, dans Neues Archiw, 1899, 
t. xxiv. (H. L.) 

4. Pertz, loc. cit., p. 236 sq. 

5. Coleti, Concilia, t. ix, col. 609; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 387; 
Damberger, op. cit., t. in, p. 120. 



LIVRE XXI 



rangée au nombre des eonciles 1 . L'empereur avait, convoqué 
les seigneurs et les évêques de l'empire aux noces de son fils 
aîné et associé à l'empire, Lothaire, avec Ermengarde. Il accorda, 
en cette occasion, amnistie complète à tous les évêques condamnés 
pour avoir pris part à la révolte de Bernard. On y publia aussi 
plusieurs ordonnances dont l'objet était purement civil. 

Dans notre première édition nous avons attribué à ce concile 
de Thionville deux capitulaires, nous rapportant en cela à Har- 
douin et à Mansi 2 . Le premier a pour titre : Karoli M. et Hlu- 
dovici I capitulare apud Theodonis villam ; le deuxième : Capi- 
tulum ecclesiasticum apud Theodonis viïlam a Karolomagno et 
Ludovico et primis Gallise conlaudatum et subscriptum. Ces capi- 
tulaires ne peuvent être attribués à l'époque de Charlema- 
gne, car, de tous les archevêques qui y sont mentionnés, seul 
Aistulf de Mayence existait au temps de Charlemagne. Mais [31] 
comme une variante du capitulaire ecclesiasticum ne fait pas 
mention de Charlemagne et ne nomme que Louis le Débonnaire, 
nous croyons pouvoir les attribuer tous deux au concile de Thion- 
ville de 821. Dans le premier capitulaire on dit : Les archevêques 
Aistulf de Mayence, Hadebald de Cologne, Hetto de Trêves, et 
Ebbo de Reims, avec leurs suffragants et les délégués des autres 
évêques de Gaule et de Germanie, en tout trente-deux évêques, 
ont célébré un concile à Thionville, à cause des graves sévices 
que des prêtres ont eu à subir de la part de quelques tyrans, en 
particulier à cause de l'assassinat honteux et récent de l'évêque 
Jean en Vasconie (Navarre). Le concile décida, à l'unanimité, 
de demander au prince et de s'en remettre à lui pour décider 
si ceux qui s'étaient rendus coupables de pareilles fautes devaient 
être punis de peines ecclésiastiques, ou si conformément aux 
capitulaires des rois antérieurs, on devait les frapper d'a- 
mendes pécuniaires. Les évêques rendirent donc les quatre ordon- 
nances suivantes : 

1. Celui qui maltraite un sous diacre, le blesse, etc., devra, si 
le sous-diacre guérit, faire pénitence durant cinq carêmes ; en 

1. Coll. regia, t. xxi, col. 46,; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1519-1522; Hardouin, 
Conc. coll., t. iv, col. 1237; Coleti, Concilia, t. ix, col. 611 ; Mansi, Concilia, Suppl., 
t. i, col. 823; Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 389 ; Bjhmer-Muhlbacher, Reg. 
Karoling., 1881, p. 268-269. (H. L.) 

2. Pertz a édité ces capitulaires dans l'appendice du t. iv des Monumenta 
(p. 4.); il lésa mis en appendice parce qu'il doutait de leur authenticité. 



420. CONCILES A AIX-LA-CHAPELLE, ETC. 33 

outre, il payera à l'évêque trois cents solidi, avec la composition 
requise en pareil cas, et les bannos episcopales (amende due à 
l'évêque) ; si le sous-diacre vient à mourir, le coupable fera 
pénitence pendant cinq années entières, payera quatre cents 
solidi, une composition triple, et trois fois les bannos episcopales. 

2. Celui qui maltraite un diacre fera pénitence pendant six carê- 
mes entiers, payera quatre cents solidi, la composition et les bannos 
episcopales. Si le diacre meurt, la pénitence durera six années 
entières, on payera six cents solidi, triple composition, etc. 

3. S'il s'agit d'un prêtre, le coupable fera douze carêmes (et 
si le prêtre meurt, douze ans de pénitence), payera six cents 
solidi, triple composition et les bannos episcopales ; si le prêtre 
meurt, tout sera triplé, et on donnera neuf cents solidi. 

4. Si on maltraite un évêque, on fera pénitence pendant dix 
ans, et on payera trois fois plus que pour un prêtre qui n'est pas 

3^J mort. Si un évêque est tué par accident, le meurtrier fera péni- 
tence, suivant la décision portée par le concile provincial. Si l'évê- 
que a été tué volontairement, le coupable devra s'abstenir de 
vin et de viande toute sa vie ; vivre dans le célibat, et déposer 
le cingulum militare (cesser tout service public). 

L'archevêque Aistulf de Mayence avait demandé si ces prescrip- 
tions avaient l'assentiment « des princes » et de leurs fidèles, 
on lui répondit affirmativement. Cette approbation se trouve 
dans le capitulum ecclesiasticum ; on y lit en effet : « Il a semblé bon 
à Nous et à nos fidèles, que les évêques et leurs compagnons, 
que Dieu garde d'après les règles de sa justice divine et non 
d'après celles de la justice humaine, demeurent sauvegardés 
par les statuts des canons et des capitulaires qu'on nous a sou- 
mis. » Les quatre capitula mentionnés plus haut furent alors 
répétés et approuvés; et l'empereur fit ajouter ce qui suit: «Celui 
qui désobéira à l'évêque sera d'abord puni canoniquement ; 
s'il s'obstine, il perdra son bénéfice et sera mis au ban (de l'em- 
pire). S'il reste un an et un jour dans ce ban 1 , ses biens seront 
confisqués, et il sera exilé en tel lieu où il restera jusqu'à ce qu'il 
ait satisfait à Dieu et à la sainte Église. » — Les deux empereurs 
Louis el Lothaire et pêne omnes Gallise et Germanise principes 

1. Damberger, op. cit., t. m, p. 127, croit que le bannus dont il est ici question 
est le bannus ecclésiastique ; mais il se trompe, -car l'empereur dit : in nostro 
banno. 

CONCILES - IV - 3 



34 



LIVRE XXI 



signèrent ce décret et le clergé rendit grâce à Dieu et au prince par 
le chant du Te Deum, après quoi le concile se sépara 1 . 

Nous avons déjà dit que dans notre première édition nous avions 
attribué ces Capitulaires au concile de Thionville de l'année 
821, mais Philipps a fait justement remarquer qu'Ebbo n'était 
plus archevêque de Reims en 821, tandis qu'il est nommé au 
début du premier capitulaire 2 . Philipps pense donc avec 
Pertz que ces deux capitulaires sont apocryphes, et qu'on a 
dû attribuer au concile de Thionville des décisions du concile de 
Tribur de 895 (voir plus loin § 509). Nous ne croyons pas 
pouvoir admettre cette opinion ; il serait possible que les 
prétendus capitulaires de Thionville appartinssent au concile 
de Coblentz de 922 auquel assistèrent Charles le Simple, roi 
de France, et le roi Henri I er d'Allemagne (voir plus loin § 513). 
Peut-être le titre a-t-il été modifié et il peut se faire qu'un 
copiste ait lu Karoli et Hludovici au lieu de Karoli et Henrici. [33] 
Cependant les noms des quatre archevêques cités au début 
ne s'accordent pas avec l'époque de Charles le Simple et 
Henri I er ; il s'en faut de tout un siècle. 



421. Concile dAttigny, en 822. 

Peu après le concile de Thionville, Louis le Débonnaire regretta 
la rigueur avec laquelle il avait traité Bernard et ses partisans. 
On sait que Bernard avait eu les yeux crevés avec plusieurs 
autres personnes, et qu'il était mort à la suite de ces mauvais 
traitements. Plusieurs évêques furent déposés et enfermés dans 
des monastères. On infligea des peines semblables aux demi-frères 
du roi d'Italie, à Drogon, Théodoric et Hugo, fils naturels de Char- 
lemagne, ainsi qu'à d'autres parents. On leur rasa les cheveux 
et on les enferma dans un monastère en qualité de moines. Dans 
la diète d'Attigny (août 822), l'empereur vêtu en pénitent reconnut 
l'excès de sa rigueur en présence des prélats et des grands de son 



1. Peilz, Mon. gertn. hisl., Leges, t. i, p. 228, 229. 

-. Phillips, Die grossen Synode von Tribur, dargestelll mil Benïitzung von 
Wiener, Mùnchener und Salzbwger Handschriften, dans Sitzungsberichle d. Akad. 
il.. Wissensch., 1 8 G 5 , Wien, L. xi.i\, p. 713-784. 



421. CONCILE D'ATTIGNY 35 

empire ; il se réconcilia avec ses demi-frères, donna à Drogon 
l'évêché de Metz, à Hugo plusieurs abbayes, promit de réparer 
autant que possible le mal qu'il avait fait, et, au milieu de l'émo- 
tion universelle, il demanda aux évêques l'absolution sacramentelle 
et une pénitence 1 . 

Agobard, archevêque de Lyon, présent à cette réunion d'Atti- 
gny, rapporte que l'empereur avait engagé les ecclésiastiques 
et les dignitaires de l'empire à s'appliquer aux sciences et à éviter 
toute négligence, et qu'il avait rédigé ses exhortations sous forme 
de capitulaires. S'appuyant sur cette donnée, Pertz a pensé 
[34] retrouver le rescrit mentionné par Agobard dans un document 
comprenant six numéros, et qu'il a le premier édité d'après un 
manuscrit de Blankenburg 2 . Nous pensons au contraire, que ce 
document est l'œuvre, non de l'empereur, mais des évêques 
présents à Attigny, qui, sous l'impulsion de l'empereur, voulu- 
rent travailler à l'œuvre de la réforme. Leurs décisions en six 
numéros sont rédigées sous la forme d'un discours à l'empe- 
reur. « 1. Eclairés par l'inspiration divine, et par la ferveur 
de votre zèle impérial, excités par l'exemple salutaire de votre 
confession, nous nous reconnaissons nous aussi coupables de bien 
des manières, soit dans notre genre de vie, soit dans notre ensei- 
gnement et dans notre ministère. Mais, fortifiés par votre 
bonté, et possédant la liberté et la compétence nécessaires, nous 
voulons être à l'avenir plus vigilants. 2. Comme le salut du peuple 
dépend surtout de l'enseignement qu'il reçoit, on veillera à ce 
qu'il y ait partout des clercs savants. 3. Nous voulons apporter 
tout notre soin à l'amélioration des écoles. Il faut que quiconque 
veut s'instruire y trouve des maîtres savants ; les frais seront 
supportés par les parents ou les maîtres. On fondera plusieurs 
écoles dans les grands diocèses. 4. Si les évêques ne sont pas en 
mesure de fonder ces écoles, les puissants de l'endroit y pourvoi- 
ront. 5. Les grands doivent venir assidûment aux sermons 6. On 
ne doit pas distribuer des places pour des raisons de parenté, ou 
d'amitié, c'est encore là un genre de simonie. .» 

1. Coll. regia, t. xxi, col. 55; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1529-1540; Hardouin, 
Coll. conc, t. iv, col. 1247 ; Coleti, Concilia, t. ix, col. 621; Mansi, Concilia, 
Supplem., t. i, col. 825; Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 403 ; Hartzheim, Conc. 
Germ., t. n. p. 26; A. Verminghofï, Verzeichnis der Aklen frànkischer Synoden 
von 742-843, dans Neues Archw, 1899, t. xxiv, p. i84. (H. L.) 

2. Pertz, Mon. Germ. hislor., Leges, i. i. p. 2 



36 LIVRE XXI 

Agobard nous a conservé un discours prononcé au concile 
d'Attigny par le vénérable et ancien abbé Adalard. Nous appre- 
nons d'Hincmar de Reims, que, dans cette même diète, une femme 
noble nommée Northildis porta par-devant l'empereur et l'assem- 
blée des plaintes contre son mari ; les évêques laissèrent aux 
laïques le soin d'instruire cette affaire relative aux rapports 
conjugaux entre cette femme et son mari. Les évêques se réser- 
vèrent d'infliger une peine, si on constatait un délit qui méritât 
un châtiment 1 . 

Sirmond suppose que l'empereur Louis publia également dans 
ce même concile le capitulare II qui appartient plutôt à l'année 
825. Par contre, il est probable que les évêques réunis à Attigny 
reçurent, avant leur départ, ce court capitulaire en dix numéros 
édité par Pertz. On a d'autres ordonnances de l'empereur qui 
manquent dans les anciennes collections des capitulaires francs 3 , 
elles sont à peu près de cette époque, mais ce sont plutôt des lois [35] 
civiles, et il n'est dit nulle part qu'elles aient quelque rapport 
avec des conciles. 



422. Conciles à Rome et à Compiègne en 823. 

En 823, le pape Pascal I er se purgea, dans un concile romain, 
des accusations portées contre lui. Le fils aîné de Louis le Débon- 
naire, Lothaire, proclamé Auguste depuis 817, fut solennellement 
couronné par le pape, dans l'église de Saint-Pierre, le jour de 
Pâques, 5 avril 823. Aussitôt après, ce prince regagna la Germanie ; 
mais un parti d'aristocrates ou de républicains, mécontent du 
gouvernement du pape, chercha, sous le faux prétexte d'un zèle 
gibelin, à atteindre le but qu'il poursuivait. Quelque temps 
après, l'empereur Louis, alors à la diète de Compiègne, apprit 
que deux Romains de distinction, le primicerius Théodore et 
son gendre le nomenclator Léon, avaient été massacrés à cause 
de leur attachement à l'empereur Lothaire après avoir eu les yeux 
crevés au palais de Latran. L'empereur envoya aussitôt l'abbé 

1. Mansi, Conc. ampliss. coll., t.xiv, col. 407. 

2. Pertz, op. cit., p. 236. 

3. Pertz, op. cit., p. 232, les a éditées pour la première fois. 



423. CONCILES A LONDRES ETC. 37 

de Saint-Vaast d'Arras, Adolung, et le comte Hunfrid de Chur, 
en Italie pour y ouvrir une enquête rigoureuse. Avant leur départ, 
deux ambassadeurs du pape, Jean évêque de Silva Candida, et 
l'archidiacre Benoît, vinrent au camp impérial protester que le 
pape avait ignoré le meurtre, bien loin de l'avoir ordonné. Les 
commissaires impériaux se rendirent immédiatement à Rome. 
Dès leur arrivée, le pape Pascal tint en leur présence, au La- 
tran, une assemblée solennelle, dans laquelle il affirma sous ser- 
ment, et trente-quatre évêques avec lui, qu'il n'avait pas pris la 
moindre part à ce meurtre. En revanche il refusa de livrer les 
coupables parce qu'ils étaient serviteurs de l'Eglise et parce que 
les victimes avaient mérité leur châtiment parleur révolte. L'em- 
pereur Louis, mis au fait de toute cette affaire, s'apaisa, et Pascal 
mourut peu après, le 10 février 824 *. 

Nous avons dit que l'empereur Louis tint à Compiègne, dans 
[36] les derniers mois de 823, une diète qui fut en même temps un 
concile. Les évêques se plaignirent de diverses atteintes portées 
aux biens d'Eglise par des laïques, et n'obtinrent qu'une demi- 
satisfaction. Vers cette même époque, Ebbo, archevêque de Reims, 
fut désigné par un concile pour évangéliser la Scandinavie 2 . 



423. Conciles à Londres, à Cloveshoë, à Oslaveshlen 
et à Aix-la-Chapelle entre 816 et 825. 

Le conflit survenu entre Wulfred, archevêque de Cantorbéry, 
et le roi Cénulf, provoqua la réunion de plusieurs conciles anglais. 
Wulfred avait été longtemps le favori de Cénulf, et on ignore 
le motif de sa disgrâce. Pendant six ans, le roi empêcha l'arche- 
vêque de remplir son ministère ; il parvint même à tourner le 
pape contre lui, de sorte que, pendant six ans, le peuple en- 
tier des Anglais fut privé de l'administration du baptême 3 . 

1. Baronius, Annales, ad ann. 823, n. 1-3; Pagi, Critica, ad ann. 823;Mansi, 
Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 410; Bower, Gesch. der Pàpste, t. v, p. 523 sq. ; 
Damberger, op. cit., t. m, p. 123. 

2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 407, 410. 

3. C'est là ce que rapportent les actes. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 401. Serait- 
ce donc que l'archevêque était seul à baptiser, ou bien a-t-il, parce qu'il était 
persécuté, fait publier un interdit général ? 



38 LIVRE XXI 



En 816, le roi convoqua une grande assemblée dans la cilla royale 
de Londres et menaça l'archevêque d'un exil éternel, s'il ne lui 
donnait son bien de Yongesham, comprenant trois cents charrues, 
et s'il ne lui comptait en outre cent vingt livres d'argent. L'arche- 
vêque s'exécuta, sur les instances de ses nombreux amis, à la 
condition que le roi le ferait rentrer en grâce auprès du pape et 
l'aiderait à ressaisir ses droits primatiaux. Si l'archevêque ne pou- 
vait les recouvrer, le roi lui rendrait ces biens et cet argent. Mais 
le roi garda tout et manqua à sa parole 1 . A la mort de Cénulf, en 
821, sa fille l'abbesse Quendrida (Cenedrytha) s'empara de sa 
succession, y compris les biens del' archevêque. On n'est pas cer- 
tain que cette princesse ait, dans le but de s'emparer du pouvoir, 
fait massacrer son jeune frère Kenielm, âgé de sept ans, légitime 
héritier de Cénulf ; quoi qu'il en soit, après le court gouverne- 
ment de Céolwulf, oncle de Quendrida, le Mercien Béornwulf 
ceignit la couronne et força l'abbesse à un compromis avec l'arche- 
vêque. On tint, dans ce but, des conciles à Cloveshoë et à Osla- 
veshlen. Dans ce dernier concile Quendrida remplit les conditions 
décrétées à Cloveshoë 2 . Mansi et d'autres historiens prétendent 
à tort que ce n'est pas à Oslaveshlen, mais dans un concile posté- 
rieur de Cloveshoë, qu'on a rétabli l'entente. Les actes donnés 
par Mansi ne parlent 3 que des conciles de Londres, de Cloveshoë 
et 0"slaveshlen. L'expression prsenominata synodus ad Cloveshoum* 
fait voir incontestablement que le concile de Cloveshoë, où se fit 
sans succès la première tentative de conciliation, est identique 
au concilium ad Cloveshoum 5 , que Mansi a regardé à tort comme 
très postérieur ; quant aux signatures 6 , elles n'appartiennent 
pas au synode de Cloveshoë, mais à celui d'Oslaveshlen. Il n'est 
guère possible de déterminer avec une précision absolue la date 

1. Mansi, t. xiv, col. 401 489 ; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1245. [Haddan 
et Stubbs, Councils and ecclesiastical documents, t. ni, p. 587, placent ce con- 
cile de Londres en 819-821. (H. L.)] 

2. Mansi et Hardouin, op. cit., Lingard, Hist. d'Angl., t. i, p. 155 sq. [Coll. 
regia, t. xxi, col. 51; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1527-1529 ; Coleti, Concilia, 
t. ix, col. 518; Wilkins, Conc. Britann., t. i, col. 171 ; Mansi, Conc. ampliss. 
coll., t. xiv, col. 393; Haddan and Stubbs, Councils and eccles. documents, t. ni, 
p. 592-595 ; le 30 octobre 824. (H. L.) 

3. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 402, 490. 

4. Ibid., t. xiv, col. 490. 

5. Ibid., t. xiv, col. 489. 

6. Ibid., t. xiv, col. 491. 



[37] 



423. CONCILES A LONDRES, ETC. 39 

de ces conciles. Celui de Londres eut lieu avant la mort de Cénulf, 
les deux autres entre 822 et 825 1 . En 825, le roi Béornwulf, qui 
signa le procès-verbal du concile, fut dépossédé de son trône par 
Egbert, roi de Wessex. Si le compromis entre l'archevêque et 
l'abbesse a eu lieu à Oslaveshlen, et non à Cloveshoë, il en ré- 
sulte que la première réunion n'a pu avoir lieu en 825, ainsi que 
l'ont prétendu Wilkins et Mansi, car, dans ce cas, il faudrait 
retarder le concile d'Oslaveshlen en 826 2 , c'est-à-dire à une 
époque où Béornwulf avait perdu la couronne. 

En 824, un autre concile, tenu à Cloveshoë, termina un différend 
survenu entre Herbert, évêque*de Worcester, et les moines de 
Berkeley, au sujet du couvent de Westbury 3 . 

Dans une diète synodale d'Aix-la-Chapelle, au commencement 
de 825, l'empereur Louis publia deux capitulaires se complétant 
l'un l'autre : le premier, composé de vingt-six numéros, était 
adressé aux évêques ; le second, comprenant quatre numéros, 
[38] était destiné aux inissi 4 . Ces deux capitulaires ont trait en 
partie à l'amélioration de la situation de l'Eglise. Ce fut proba- 
blement dans la même diète qu'on accéda à la demande des moi- 
nes de Saint-Audain, dans les Ardennes, qui voulaient transférer 
dans leur monastère le corps de saint Hubert. 



1. Coll. regia, t. xxi, col. 52; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1527-1529; 
Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1245; Coleti, Concilia, t. ix, col. 621; Wilkins, 
Conc. Brit.,t. i,col. 172-173; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 401. (H. L.) 

2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 403; Haddan et Stubbs, Connais and ecclesiastical 
documents, t. m, p. 596. (H. L.) 

3. Coll. regia, t. xxi, col. 93; Labbe, Concilia, t. vu , col. 1555-1556 ; Hardouin, 
Coll. conc, t. iv, col. 1265; Coleti, Concilia, t. ix, col. 655; Wilkins, Conc. Britann., 
t. i, col. 173-176; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 489. (H. L.) 

4. Mansi, Concilia, Supplem., 1. 1, col. 833; Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 491. 
Binterim, Deustche Conciliai, t. n, p. 365-369, a montré contre Pertz, Leges, 
t. i, p. 242, en invoquant les derniers numéros du Capilulare missorum, que cette 
diète synodale ne s'était pas tenue au mois de mai 825. Binterim, op. cit., p. 366, 
s'est trompé toutefois en disant que cette diète synodale s'était réunie à Tribur. 



40 



Livrn. xxi 



424. Réapparition de F hérésie des iconoclastes. 

L'empereur Léon l'Arménien fut massacré le jour de Noël 
820. Ayant pris ombrage de son ami le général Michel le Bègue, 
auquel il devait le trône, il l'avait condamné à mort pour 
crime de haute trahison. L'exécution devait avoir lieu après la 
fête de Noël. Mais, au commencement de la solennité de la 
nuit, les amis de Michel, très inquiets pour leur propre sûreté, 
massacrèrent l'empereur, et Michel sortit de son cachot pour 
monter sur le trône, avant qu'on eût pris le temps de lui ôter 
ses chaînes. Michel était aussi un adversaire des images, mais 
d'un autre caractère que Léon et plus porté à la conciliation : 
aussi, dès son avènement, rendit-il la liberté ou leur patrie 
aux iconophiles prisonniers, ou exilés. Ce fut ainsi que Théodore 
Studite rentra à Constantinople, après avoir quitté sa prison de 
Smyrne 1 . Présenté à l'empereur, il lui adressa un panégyrique, 
et une apologie pour les images, dans l'espoir que Michel tenterait 
une restauration semblable à celle d'Irène. C'était une illusion. 
L'empereur renvoya Théodore, l'assurant qu'il serait personnelle- 
ment à l'abri de tout danger, et ajoutant que le culte des images 
ne serait pas rétabli. L'empereur fit la même déclaration au Sénat, 
et la tentative de l'ancien patriarche Nicéphore pour rappeler 
le prince à de meilleurs sentiments ne produisit aucun résultat. 
Quelque temps après (821), l'empereur chercha, dans un concile, 
à mettre sur pied d'égalité les amis et les ennemis des images. 
Sur son ordre, les évèques orthodoxes et les archimandrites des 
monastères tinrent une délibération à la suite de laquelle ils 
remirent à l'empereur une déclaration portant en substance 
qu'il leur était impossible d'assister à un concile où siégeraient 
les hérétiques. Du reste, s'il restait quelque point qui, dans la 
pensée de l'empereur, n'eût pas été résolu d'une manière per- 

1. A. Gardner, Théodore of Sludium : his life and time, in-8, London, 1905; 
G. A. Schneider, Der Heil. Theodor von Studion. Sein Leben und Wirken. Ein 
Beilrag zur byzantinischen M ônchgeschichle, in-8, Munster, 1900; J. Pargoire, Saint 
Théophane le Chrono graphe et ses rapports avec saint Théodore Studite, dans Aca- 
demia imper, s'cientiar., Saint-Pétersbourg, 1902, t. ix; Tougard, La persécution 
iconoclaste, dans la Revue des Questions historiques, 1891. (H. L.) 



i24. RI- APPARITION DE l'hÉRESIE DES ICONOCLASTES 41 

[39 1 tinente par les patriarches, il n'avait qu'à le soumettre au 
jugement de l'ancienne Rome, car telle était la très ancienne 
tradition : « en effet, cette Eglise est la tête des Eglises de 
Dieu ; elle a eu Pierre pour premier évêque, celui-là même à 
qui le Seigneur a dit : Tu es Pierre, etc. 1 . » 

Dès lors, Michel s'affirma de plus en plus comme l'adversaire 
des images ; après la mort de Théodote Cassitera (821), il osa 
élever au siège patriarcal de Constantinople, Antoine de Silœum, 
personnage mal famé que nous avons déjà rencontré. Les ico- 
nophiles furent grandement déçus ; plusieurs d'entre eux vin- 
rent à Rome exhaler leurs plakites. En conséquence l'empereur 
Michel envoya des ambassadeurs et des lettres au pape Pascal I er , 
e1 à l'empereur Louis le Débonnaire. La lettre à Louis est arrivée 
jusqu'à nous. Ecrite au nom de l'empereur Michel et de Théophile 
son fils et associé à l'empire, elle est datée du 10 avril 824. Michel 
veut d'abord informer « son frère impérial » de son avènement 
au trône. « Un certain Thomas, qui se trouvait à Constantinople 
au service d'un patrice très distingué, avait avec la femme de 
son maître des relations adultères ; craignant que sa faute ne 
fût connue, il s'était, sous l'impératrice Irène, réfugié en Perse, 
où il se fit passer pour le fils d'Irène, le malheureux empereur 
Constantin.il prétendit qu'un autre avait eu à sa place les yeux 
crevés, et lui s'était sauvé ; beaucoup le crurent. Afin d'augmenter 
le nombre de ses partisans, il avait apostasie, et à la tête de bandes 
armées il avait envahi l'empire romain, et s'était saisi des duchés de 
Chaldée et d'Arménie. L'empereur Léon (l'Arménien) n'avait pu lui 
tenir tête et avait été soudain massacré par quelques mécontenls 
(a quibusdam improbis, conjuratione in eum jacta). Par la grâce 
de Dieu, le choix des patriarches et celui des grands de l'empire, 
Michel avait été aussitôt élevé sur le trône. Thomas, l'imposteur, 
avait assiégé Constantinople ; mais Michel secouru de Dieu, et 
miraculeusement protégé, l'avait vaincu et anéanti avec ses par- 
tisans. Thomas avaii eu les mains et les pieds coupés, on l'avait 
ensuite attaché à la potence ; ses fils adoptifs avaient été pareille- 
ment exécutés. » L'empereur voulait mettre à profit la tranquillité 
présente pour rétablir l'union parmi ses sujets, et envoyer une 
grande ambassade à l'empereur Louis. Il lui mandait que beaucoup 

[40 de laïques et de clercs avaient dévié des traditions apostoliques 

1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 399. 



42 LIVRE XXI 

et des ordonnances des Pères, et imaginé de coupables nouveautés. 
« Ils ont, continue l'empereur, éliminé des églises la sainte croix, 
qu'ils ont remplacée par des images devant lesquelles ils font 
brûler des parfums, leur rendant le même honneur qu'au 
signe sacré sur lequel le Christ a souffert. Ils chantent des 
psaumes devant ces images, leur témoignent leur vénération 
(xpoaxuvelv, mot à mot adorare, geste qui consiste à porter la 
main à sa bouche et à la baiser en signe de vénération), et en 
attendent du secours. Beaucoup revêtent ces images d'habits 
de lin, et les choisissent pour parrains de leurs enfants. D'au- 
tres, voulant prendre l'habit monastique, abandonnent la vieille 
tradition, d'après laquelle les cheveux qu'on leur coupe étaient 
reçus par des personnes de marque ; ils préfèrent les laisser 
tomber sur les images. Des prêtres et des clercs grattent les cou- 
leurs des images, mêlent ces couleurs aux hosties et au vin, et 
distribuent le tout après la messe (comme eulogies). Enfin d'au- 
tres placent le corps du Seigneur entre les mains des images, 
avant de le distribuer aux communiants. Quelques-uns ne 
célèbrent plus le service divin dans les églises, mais dans les 
maisons privées et sur des images qui tiennent lieu d'autels. 
Ces faits et plusieurs autres bien constatés, les hommes savants 
et sages les regardent comme défendus et inconvenants. Aussi 
les empereurs orthodoxes et les savants évêques se sont-ils 
décidés à réunir un concile local (celui de Constantinople 
815), dans lequel ils ont interdit tous ces abus. Ils ont fait 
complètement détruire les images placées à hauteur d'homme ; 
quant aux autres, ils les ont maintenues à la condition qu'on 
regarderait la peinture comme un écrit et qu'on ne la baiserait 
pas. Ils ont agi de la sorte pour empêcher les ignorants et les 
faibles, d'adorer ces images et de faire brûler devant elles des 
lampes ou de l'encens. Nous partageons ce sentiment, et chas- 
sons de l'Église tous les partisans de ces nouveautés. Quel- 
ques-uns, ne voulant pas admettre le concile local, et refusant 
d'entrer dans le chemin de la vérité, se sont enfuis, et sont 
allés dans l'ancienne Rome, pour y injurier l'Eglise et la reli- 
gion. Dédaignant leurs impiétés, nous préférons publier notre 
foi orthodoxe, car nous professons inébranlablement, de bouche 
et de cœur, le symbole des six conciles saints et généraux. Nous 
vénérons la Trinité..., nous implorons l'intercession de notre 
maîtresse immaculée, la Mère de Dieu, et toujours vierge 



'25- LOUIS LE DÉBONNAIRE II LA REUNION DE PARIS 43 

\l;uii'. et celle de tous les saints dont nous vénérons avec foi 
les vénérables et saintes reliques. Pour l'honneur de l'Église du 
[411 Christ, nous avons écrit au saint pape de l'ancienne Rome, lui 
envoyant par les ambassadeurs susnommés (les mêmes qui 
étaient adressés à l'empereur Louis) un évangéliaire, un calice 
et une patène en or pur et ornés de pierres précieuses ; c'était 
là notre offrande à l'Eglise de Pierre, prince des apôtres. Quant 
à toi, frère bien-aimé, nous te demandons de veiller à ce que 
ces ambassadeurs arrivent jusqu'au pape avec toute sorte 
d'honneurs, et sans courir de dangers ; prête-leur secours, et 
fais que si les blasphémateurs sont encore à Rome, ils en soient 
chassés. Comme souvenir, nous t'envoyons un vêtement vert 
brodé, un autre de couleur hyacinthe, deux habits de pourpre, etc. 1 . » 



425. Louis le Débonnaire et la réunion tenue à Paris, en 825, 

contre les images. 

L'ambassade grecque, qu'il ne faut pas confondre avec une autre 
venue plus tard en 827 2 , trouva un accueil favorable au camp 
impérial, à Rouen (novembre ou décembre 824). L'empereur 
Louis le Débonnaire fit son possible pour terminer la querelle 
des images et réconcilier les deux partis ennemis. On pensa que la 
première chose à faire était de calmer l'iconophilie du pape Eu- 
gène II qui avait partagé sans réserve les sentiments d'Hadrien I er 
et de l'amener à accepter le moyen terme imaginé par Charle- 
magne. Dans ce but, l'empereur Louis adjoignit aux ambassadeurs 
grecs se rendant à Rome, Fréculf, évêque de Lisieux, et un certain 
Adegar (dont on ne sait s'il était évêque). Ces deux personnages 
solliciteraient l'appui du pape dans la question des images ; Louis 
envoya en même temps des mémoires sur cette question composés 
[42] par les évêques francs. Louis priait le pape Eugène de permettre à 
ces évêques de choisir, dans les écrits des Pères, les passages pouvant 
servir à résoudre la question soulevée par les ambassadeurs grecs 3 . 

1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 417. Ce document manque dans Hardouin, ains 
que la plupart de ceux concernant l'assemblée de Paris tenue en 825. 

2. Cette dernière apporta, entre autres présents, les écrits de Denys l'Aréopa 
gite. Cf. Pagi, Critica, ad ann. 827, n. 14. 

3. Mansi, op. cit., t. xv, App., col. 437; Baluze, Capitularia regum Franc, 



44 



L1VRF. XXI 



Le pape accéda à cette demande, et l'empereur réunit en consé- 
quence à Paris une assemblée d'évêques et de théologiens, qui, de 
leur aveu, ne formaient cependant pas un concile 1 . Nous possédons 
quatre documents relatifs à cette assembléee; un mémoire à l'em- 
pereur et à son fils Lothaire, contenant une dissertation détaillée 
sur les images, et trois projets de lettres officielles. Louis écrivait 
la première au pape, le pape écrirait la seconde aux empereurs 
grecs, enfin l'épiscopat français entier enverrait la troisième au 
pape 2 . Cette dernière lettre est intercalée dans la précédente. Si 
nous ajoutons à ces documents deux lettres de l'empereur, l'une à 
Jérémie évêque de Sens et l'autre à Jonas évêque d'Orléans, au. pape 
Eugène 3 , nous avons tous les documents de la réunion de Paris 4 . 

Evoques et théologiens annoncent à l'empereur qu'ils se sont 
réunis le 1 er novembre précédent. Dès le début ils se désignent 
comme oratores vestri (c'est-à-dire députés de l'empereur, et non 
membres d'un concile). Ayant commencé, disent-ils, par faire lire 
la lettre du pape Hadrien à Irène et à son fils, ils ont trouvé que, 
si le pape avait justement condamné les iconoclastes, il avait agi 
imprudemment en prescrivant une vénération superstitieuse 
des images (quod superstitiose eas adorare jussit). « Il avait deman- 

t. i, col. 643. Il est aussi question de tous ces incidents dans d'autres documents 
de cette époque. Voy. par exemple Mansi, op. cit., t. xvi, col. 413, 463. Cf. 
Walch, Ketzerhist., t. xi. p. 105, 108, 112. 

1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 463. Le pape dut permettre bien plus iacilement 
aux évêques francs de rédiger des travaux préparatoires, pour les lui remettre, 
plutôt que de se réunir en synode, pour porter un jugement. Synodus Parisiensis 
de imaginibus habita anno Chrisli 824 ex vetustiss. codice descripta et nunc pri- 
num in lucem édita- (par Pierre Pithou), in-8, Francoforti, 1596; Goldast, Coll., 
const. imper., 1615, t. i, p. 151 ; J. Ph. a Vorburg, Historiarum... imperii '. Romano- 
Germanici, in-4, Françfurti, 1660, t. xi, p. 127; Coll. regia, t. xxi, col. 81; 
Lalande, Conc. Gall., p. 106; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1542-1550 ; Coleti, 
Concilia, t. ix, col. 641; Bouquet, Rec. des hist. des Gaules, t. vi, col. 338-341, 
386; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 417 ; P. h., t. civ, col. 1314; B. Simson, 
Jahrbùcher des frànkischcn Reichs unter Ludwig dem Frommen, in-8, Leipzig, 
1874, t. i, p. 218; A. Verminghofï, Verzeiehnis dans Neues Archiv, 1899, 
t. xxiv, p. 485. (H. L.) 

2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 421, 461, 463, 466. 

3. Mansi, op. cit., t. xv, App., col. 435, 437. 

4. Bellarmin a rédigé un mémoire contre l'assemblée tenue à Paris, dans l'ap- 
pendice de son traïté De cultu imaginum, imprimé dans Mansi, op. cit., Venetiis, 
1778, t. xiv, col. 473. Voy. aussi Noël Alexandre, Hist. eccles., sœc. vin, diss. VI, 
9 et 10, cf. t. vi, p. 119. Quant à l'ancienne littérature, cf. Walch, Ketzerhistorie, 
t. xi, p. 135,139. [A. Verminghofï, dans Neues Archiv, t. xxiv,p. 485-486. (H.L.)] 



i25- LOUIS LE DÉBONNAIRE ET LA RÉUNION DE PARIS 45 

dé que les images fussent exposées, adorées et appelées saintes; 
cependant si l'exposition est permise, l'adoration ne l'est pas. 
[43] Hadrien avait cité des témoignages des Pères, ses choix étaient 
mauvais, car les textes étaient valde absona et ad rem de qua 
agebatur minime pertinentia. On avait ensuite tenu un concile en 
Orient (II e concile œcuménique de Nicée) ; mais comme le premier, 
tenu sous Constantin Copronyme (le conciliabule de 754), s'était 
trompé en prohibant les images, ainsi ce nouveau concile était 
tombé dans une erreur non moins grave en prescrivant l'adora- 
tion des images, en leur donnant le titre de saintes et en leur 
attribuant le privilège de conférer la sainteté. Charlemagne 
avait déjà envoyé à Rome, par l'abbé Angilbert, un écrit contre 
ce concile ; dans sa réponse, le pape, ayant voulu défendre les 
preuves apportées par ce concile, avait écrit quse voluit, non tamen 
quse dècuit. Aussi, sans causer le moindre préjudice à l'autorité 
du pape, pouvait-on avancer que sa réponse contenait plu- 
sieurs choses contraires à la vérité. A la fin de son apologie, le 
pape prétendait enseigner, sur cette matière, la doctrine de Gré- 
goire le Grand : il ne s'égarait donc pas par ignorance. Les 
évêques francs disaient qu'ils avaient fait lire ensuite la let- 
tre remise, l'année précédente, à l'empereur par les ambassa- 
deurs grecs ; Fréculf et Adégar firent connaître leurs démarches 
à Rome. Il était notoire que les empereurs avaient pris un moyen 
terme entre les iconoclastes et les iconophiles exagérés ; ils avaient 
voulu guérir ces deux factions également malades. Mais l'erreur 
ayant été défendue aux lieux mêmes où elle eût dû être condamnée 
(c'est-à-dire à Rome), Dieu avait indiqué aux empereurs une autre 
conduite à tenir, en leur inspirant de solliciter du pape la permis- 
sion d'entreprendre sur la question une enquête dont ils expose- 
raient le résultat, afin que toute autorité dût bon gré mal gré s'incli- 
ner devant la vérité. La prudence demandait du reste que, dans les 
déclarations envoyées par l'empereur, on insérât tous les blâmes 
de rigueur contre amis et ennemis des images ; on devait le faire, 
en particulier, dans la lettre aux Grecs; mais en s'exprimant, à 
l'égard de Rome, d'une manière modérée et respectueuse, tout 
en faisant connaître l'entière vérité. Le pape ne rendrait ensuite 
qu'une ordonnance conforme au véritable état de choses, par 
égard pour les empereurs, pour l'autorité de son' siège et pour 
les témoignages apportés en faveur de la vérité. On demandait 
aux empereurs de choisir ce qui leur paraîtrait le plus opportun 



46 LIVRE XXI 

dans les passages de la Bible et des Pères que les évêques avaient 
collationnés, et qu'ils leur envoyaient par l'intermédiaire de 
Halitgar de Cambrai et d'Amalaire de Metz. Ils avaient eu trop 
peu de temps pour faire eux-mêmes ce choix, d'autant plus que 
tous ceux qui avaient reçu ordre de comparaître dans l'assemblée 
ne s'y étaient pas rendus, par exemple Moduin, évêque d'Autun, 
empêché par la maladie 1 . » 

Les évêques ajoutèrent à leur lettre le recueil en question : 
les deux premiers canons sont dirigés contre les iconoclastes, 
mais la seconde partie, beaucoup plus considérable (can. 3 à 
16), est dirigée contre les iconophiles. Dans cette seconde partie, 
on essaie d'abord de démontrer, au moyen d'une fausse inter- 
prétation de quelques passages de saint Augustin, etc., que 
l'origine du culte des images remonte à Simon le Magicien et 
à Épicure ; on combat ensuite (c. 8) certains arguments du pape 
Hadrien et du II e concile de Nicée, favorables aux images; enfin 
on déclare que la latrie doit être réservée à Dieu, et que ce qui 
vient de la main des hommes ne doit être ni vénéré (colenduin) 
ni adoré (adorandum). (Étrange méprise de l'assemblée de Paris; 
car le II e concile de Nicée avait dit, au sujet de la latrie, précisé- 
ment ce qu'on prétendait lui imposer comme un correctif. Au 
sujet du mot colère, le passage de saint Augustin cité par le concile 
de Paris enseignait exactement le contraire de ce qu'on vou- 
lait lui faire dire ; ce Père disant que le mot colère pouvait 
aussi être appliqué aux hommes.) C'était, continuaient les 
Pères de Paris, une injustice de comparer les images à la 
sainte Croix. Dans ce désir d'instruire iconophiles et iconoclastes, 
ils donnaient (c. 15) toute une série de passages extraits des Pères : 
saint Grégoire le Grand, saint Jean Chrysostome, saint Basile, 
saint Athanase, Denys l'Aréopagite, saint Augustin, saint Ambroi- 
se, le vénérable Bède, etc., puis le canon 82 e du concile in Trullo, 
tenu en 692, canon qu'ils attribuaient à tort au VI e concile œcu- 
ménique. Enfin, dans le dernier chapitre, les évêques réunis à 
Paris racontent les origines de l'hérésie des iconoclastes, et, à 
cette occasion, parlent du calife Iézid. La suite manque 2 . 



1. Nous ne connaissons, en résumé, des membres de cette assemblée, que Halil- 
gar et Amalaire, Jonas d'Orléans, Jérémie de Sens, Fréculf et Adegar. 

2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 421-460. Comme réponse aux arguments de ceux 
de Paris, cf. Bellarmin, dans Mansi, op. cit., col. 476 sq. 



425- LOUIS LE DÉBONNAIRE ET LA REUNION DE PARIS 47 

Le second document rédigé par l'assemblée de Paris est un pro- 
jet de lettre de l'empereur Louis au pape ; elle contient des décla- 
[45] rations assez vagues sur l'amour et l'union, de même que sur 
l'élévation du Siège de Rome, et n'a, au fond, d'autre but que de 
rappeler au pape la permission par lui donnée, et de le rendre 
favorable à la collection patristique qu'on lui présentait 1 . 

D'après le projet de la lettre que les évêques francs voulaient 
faire envoyer aux Grecs par le pape, Eugène les exhortait à l'union 
et à la concorde, et leur communiquait les principaux passages 
du mémoire des évêques francs, mémoire qui, pour cette raison, 
était intercalé dans le projet de lettre du pape aux Grecs. Dans 
leur document, les Francs faisaient remonter leurs pratiques 
au sujet des images à leur apôtre Denys, que Clément de Rome 
avait envoyé dans les Gaules, ensuite à Hilaire et à Martin de 
Tours; ils remarquaient que, chez eux, il ne s'était jamais élevé 
de discussion sur ce point, car on n'y avait jamais ordonné ni 
condamné le culte des images. « En effet, les images n'étaient 
pas, chez eux, exposées dans les églises et dans les palais pour 
un but religieux 2 ; elles étaient simplement pour les gens ins- 
truits un souvenir d'amour pieux ( pro amoris pii memoria ), 
ou un ornement, et pour les ignorants un moyen d'apprendre 
(nescientibus vero pro ejusdem pietatis doctrina pictse vel fictse) : 
elles ne pouvaient donc, en aucune manière, nuire aux vertus de 
foi. de charité et d'espérance. Celui qui ne voulait pas d'images, 
pouvait agir à sa guise, à la condition toutefois de ne pas inquiéter 
celui qui en voulait à la façon qui vient d'être dite. Jusqu'à cette 
époque, les Gaulois avaient été, au sujet des images, indifférents in 
habendo vel non habendo, in colendo vel non colendo; cette situation 
n'ayant amené aucun conflit, le mieux était de s'y tenir. » — Ayant 
inséré, dans sa lettre aux Grecs, cette déclaration des évêques 
francs, le pape devait éclaircir le sens des passages de saint Gré- 
ire qui semblaient y contredire; il devait, en outre, engager 

l.Mansi, loc.cil., col. 461-463. Voy. comme réponse.JBcllarmin, loc. cit., p. 479. 
'2. Nous savons cependant que, d'après une ancienne coutume, on allumait 
en Gaule des lampes devant les images. Ainsi Fortunat dit, dans une pièce de 
vers sur saint Martin : 

Hic paries retinet sancti sub imagine formant. 
Amplectanda ipso dulci pictura colore. 
Sub pedibus justi paries liabet arcte fenestram, 
Lychnus adest, cujus vitrea natal ignis in urna. 



48 LIVRE XXI 

fortement les empereurs byzantins à rétablir la paix de l'Eglise, 
sans oublier de blâmer les Grecs qui avaient laissé la discorde 
entrer chez eux à cause des images ; enfin le pape devait montrer 
que Satan avait poussé aux opinions extrêmes aussi bien les icono- 
clastes que l'impératrice Irène. La suite manque 1 . 

Le 6 décembre 825, Halitgar et Amalaire remirent les docu- 
ments rédigés par l'assemblée de Paris à l'empereur qui s'en montra I.^J 
satisfait ; Louis ne voulut cependant pas les envoyer au pape 
immédiatement et in extenso ; aussi chargea-t-il Jérémie, arche- 
vêque de Sens, et Jonas, évêque d'Orléans, désignés comme 
ambassadeurs à Rome, d'extraire de ce mémoire ce qui leur 
paraîtrait le plus propre à atteindre le but désiré. Ils remet- 
traient au pape ces extraits, en lui rappelant qu'il avait autorisé 
lui-même cette façon d'agir. Les ambassadeurs attireraient en par- 
ticulier, l'attention du pape sur les passages qui n'étaient con- 
testés par personne. Ils passeraient alors à des déclarations 
explicites, évitant de brusquer le pape par des contestations 
passionnées, cherchant plutôt à le ramener, par de prudentes 
concessions, à un moyen terme équitable. Dans le cas où la perti- 
nacia romaine ne se mettrait pas en travers et permettrait aux 
négociations d'atteindre un heureux résultat, et si le pape envoyait 
des députés à la cour des Grecs, les deux ambassadeurs francs 
lui offriraient l'envoi d'une ambassade impériale en Grèce 2 . 

La lettre de l'empereur Louis et de son fils Lothaire à Eugène II 
est conforme à ce qui précède. Louis proteste de ses disposi- 
tions de prêter appui au pape, et rappelle que c'est avec sa 
permission que les évêques francs ont collationné les passages 
des Pères, dans le but que l'on sait. « Ils avaient, avec le secours 
de Dieu, terminé leur travail, et l'empereur l'envoyait au pape 
par l'intermédiaire des évêques Jérémie et Jonas. Le pape pouvait 
se servir avec grand profit dans l'affaire des Grecs, de ces deux 
hommes, très versés dans les sciences sacrées et très exercés à 
la discussion. En envoyant ces députés, et la collection, l'empe- 
reur ne songeait pas à donner des leçons à qui que ce fût à Rome ; 
il ne songeait qu'à offrir son concours. Le pape devait s'employer 

1. Mansi, loc. cit., col. 463-474. Cf., par contre, Bellarmin, op. cit., p. 478. 

2. LaMettre de Louis le Débonnaire à Jérémie etc. se trouve dans Mansi, op. 
cit., t. xv, App., col. 435, etHardouin, op. cit., t. iv, col. 1260. Par suite d'une 
faute de copiste déjà ancienne, on lit dans la suscription de cette lettre la date 
de 824, au lieu de 825. Cf. Walch, op. cit., p. 125, note 2. 



426. CONCILES A INGELHEIM, A ROME ET A MANTOUE 49 

au retour de l'union chez les Grecs. Dans le cas où il enverrait 
des ambassadeurs à Constantinople, il devait faire choix d'hommes 
très prudents et professant des idées modérées ; si Eugène en 
manifestait le désir, l'empereur ferait accompagner par d'autres 
députés de son choix les ambassadeurs du pape : ce qui n'impli- 
quait pas que cet, envoi fût nécessaire, ni que les ambassadeurs 
du pape ne fussent pas à même de remplir seuls cette mission 1 . » 
On ne sait si le pape entra dans les idées des Francs, ni 
47] même s'il envoya des ambassadeurs ; on sait seulement, par un 
biographe anonyme de Louis le Débonnaire, que ce prince envoya 
comme ambassadeurs à Constantinople l'évêque llalitgar et l'abbé 
Ansfried de Nonantula 2 . 



426. Conciles à Ingelheim, à Rome et à Mantoue, en 826 et 821. 

En 826, l'empereur Louis réunit deux fois, à Ingelheim, en juin 
et en octobre, les grands de l'empire, de l'ordre civil et de l'ordre 
ecclésiastique. A la première de ces réunions assistèrent les lé- 
gats romains, probablement porteurs de la réponse du pape 
aux propositions de l'assemblée de Paris. On y vit aussi les 
ambassadeurs de l'abbé du Mont-des-Oliviers, en Palestine 3 . 
Nous possédons de ce concile tenu en juin : a) un capitulaire 
contenant sept nouvelles ordonnances sur le vol, sur les mauvais 
traitements infligés au clergé, sur les oratoires, etc. ; b) un second 
capitulaire remettant en vigueur quelques anciennes ordonnances 4 . 
Le second capitulaire est le seul authentique 5 ; le premier 6 
n'est autre que la réunion des numéros 97-103, et n° 383 du second 



1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 437; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1259. 

2. Walch, Kelzerhisl., p.*115, 132. 

3. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 494; Binterim, Deulsclie Concilieii, t. n, p. 371 sq. 

4. Coll. regia, t. xxi, col. 95; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1556-1557; Hardouin, 
Coll. conc, t. iv, col. 1269; Coleti, Concilia, t. ix, col. 657; Mansi, op. cit., t. xiv, 
col. 493 ; B. Simson, Jahrbiïcher des frànkischen Reichs unter Ludwig dem From- 
men, in-8, Leipzig, 1874, t. i, p. 254, note 9 ; A. VermingholV, Verzeichnis der 
Akten frânkischer Synoden von 742-843, dans Neues Arcliiv, 1899, t. xxiv, 
p. 486. (H. L.) 

5. Pertz, Mon. Germ. hist., Leges, t. i, p. 253. 

6. Mansi, op. cit., t. xv, col. 440; Hartzheim, Conc. Germ., t. n, p. 36. • 

CONCILES — IV — i 



50 LIVRE XXI 

livre de la collection de Benoît le Lévite. Cette collection, assez 
voisine de celle du pseudo- Isidore, attribue, dans ce n. 383, 
au concile d'Ingelheim ce qui provient de sources très différentes 1 . 
Il y a toutefois entre Benoît le Lévite et le pseudo-Isidore cette dis- 
tinction à établir, appréciable dans le cas présent, cpue le pseudo- 
Isidore attribue à des conciles ou à des papes plus anciens des 
textes supposés, tandis que Benoît le Lévite attribue des textes 
existants à des conciles récents 2 . — Beaucoup de collecteurs des 
actes des conciles, et, en particulier, Baluze et Mansi 3 , ont réuni 
en un seul tout la collection de Benoît le Lévite, avec la collec- 
tion plus ancienne de l'abbé Anségise, en sorte que le premier 
livre de Benoît le Lévite devenait le cinquième livre de cette unique 
collection. Pertz a séparé ces deux recueils d'une valeur histori- 
que si inégale 4 . 

La seconde réunion (octobre 826), ne paraît pas s'être occupée 
des affaires de l'Église ; du moins n'en voyons-nous aucune trace 
dans le court capitulaire qu'elle a laissé 5 . Mais cette réunion L^J 
confirma les immunités du monastère de Grégorien munster, 
en Alsace 6 , ainsi qu'un traité d'échange en faveur du nouvel 
évêque de Worms, Folkwig. 

On ne possédait qu'un fragment des actes d'un grand concile 
romain, tenu sous le pape Eugène II (15 novembre 826), lorsque 

1. C'est trop sommaire pour être vrai. Si Benoît et Isidore ne sont pas un 
même personnage, ils sont du même atelier : ils ne fabriquent pas les textes, 
ils les arrangent. Isidore les antidate ; Benoît ne peut les mettre sous d'autres 
patronages que les assemblées, auteurs de capitulaires. (H. L.) 

2. Knust en a fait la démonstration dans Pertz, Leges, t. n, part. 2, p. 22. 

3. Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xv, appendix, col. 337. 

4. Pertz a inséré la collection d'Anségise dans Leges, t. i; celle de Benoît dans 
Leges, t. n. 

5. Pertz, Leges, t. i, p. 255 sq. 

6. Gregorienthal, à Munster, arrondissement de Colmar (anc. départ, du Haut- 
Rhin) : Annales Monasterienses (528-828), dans Pertz, Monum. Geirn. lilst., 
Scriptores, t. m, p. 152, 154; Fr. Hecker, Die Stadt und dus Thaï zu Munster im 
St Gregorienthal, in-8, Munster, 1891; Notes et documents pour servir à l'intelli- 
gence de la cause liée entre la ville de Munster et diverses communes du Val Saint- 
Grégoire, in-12, Colmar, 1836; J. Rathgeber, Munster im Gregorienthal, ein Bei- 
trag zur politisch. kirchl. u. kuliurhist. Geschichte des elsàss. Munster thaïes, bevor- 
wort. von Aug. Stôber, in-8, Strasbourg, 1874; L. Spach, L'abbaye de Munster, 
dans les Mém. soc. mon. hist. Alsace, 1860, t. in, p. 226-273; W. Wiegand, Aeltere 
Archivalien der Abtei Munster im Elsass, dans Mittheil. Inst. oeslerr. Gesch., 
1889, t. x, p. 75-80. (H. L.) 



436. CONCILES A INGELHEIM, A ROME ET A MANTOUE 51 

Luc Holstein publia les actes complets de cette assemblée 1 . 
Ces actes renferment trente-huit canons : 1. On ne donnera l'onc- 
tion épiscopale qu'à ceux qui en sont dignes. 2. Interdiction de 
la simonie. 3. L'évêque doit donner, par ses exemples, du poids 
à ses paroles. 4. Le métropolitain doit engager un évêque ignorant 
à se faire instruire. L'évêque qui a des prêtres, des diacres et des 
sous-diacres ignorants, doit les obliger à se faire instruire ; il 
leur interdira l'exercice de leur saint ministère jusqu'à ce qu'ils 
aient les connaissances voulues. 5. Nul ne doit devenir évêque 
par intrusion. 6. On renouvelle l'ordonnance de Sardique rela- 
tive à la résidence épiscopale. 7. A côté de chaque église (épis- 
copale) il y aura un claustrum (maison canoniale) pour les 
clercs, et dans chaque claustrum un seul réfectoire et un seul 
dortoir pour tous 2 . 8. Les évêques doivent procurer des desser- 
vants aux églises baptismales (paroisses rurales), et y établir 
des prêtres suivant les besoins. 9. Ils ne doivent y placer qu'un 
nombre de clercs correspondant aux revenus de l'église. 10. On 
ne doit ordonner de prêtres que pour des églises et des monas- 
tères déterminés ; ces prêtres ne doivent pas habiter dans des 
maisons privées. 11 et 12. Les prêtres ne doivent être ni 
joueurs, ni banquiers, ni chasseurs, ni hôteliers, car ils doivent, 
hors de leur demeure, garder le souci de leur dignité sacerdotale. 

13. Ils ne doivent jamais se mêler des affaires séculières, ni 
pour porter témoignage, ni pour rédiger des documents publics. 

14. Si un clerc a commis une faute entraînant la déposition, l'évê- 
que lui assignera un lieu convenable où il pourra pleurer sa 

[49] faute. 15. Les évêques doivent veiller à ce que leurs clercs ne 
fréquentent pas de femmes, car, puisque le mariage leur est 
interdit, à plus forte raison doivent-ils s'abstenir des rapports illi- 
cites. 16. Aucun évêque ne doit s'approprier des immeubles des 

1. Ils sont reproduits intégralement dans Pertz, Monum., t. iv, Leges, t. n, 
part. 2, p. 11-17; en outre dans Mansi, op. cit., t. xiv, col. 999 sq. ; Hardouin, op. 
cit., t. v, col. 62 sq. ; Pagi, Critica, ad ann. 826, n. 1. [Coll. régla, t. xxi, col. 96; 
Labbe, Concilia, t. vu, col. 1557; t. vxn, col. 102-113 ; Coleti, Concilia, t. ix, 
col. 657; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 493 ; Jalîé, Reg. pontif. rom., p. 224-225; 
2 e édit., p. 321 ; A. L. Richter, Beitràgc zur Kenntnis der Quellen des canonis- 
chen Rechts, in-8, Leipzig, 1834, p. 49; A. Verminghoiï, Verzeichnis, dans 
Neues Archiv, 1899, t. xxiv, p. 486; B. Simson, Jahr bûcher des frànk. Reiches 
unter Ludwig dem Frommen, Leipzig, 1874, 1. 1, p. 280. (H. L.)] 



2. Ce canon fixe la date de l'établissement régulier de la vie canoniale en Ita- 



lie. 



52 LIVRE XXI 

églises rurales, ni d'autres lieux saints. 17. Les prêtres ne doivent 
pas refuser, à la messe, certaines offrandes ; médiateurs entre Dieu 
et les hommes, leurs prières doivent autant que possible embrasser 
tous les fidèles. Comme notre Sauveur est tout-puissant, et en 
même temps plein de miséricorde, il accepte sans partialité les 
prières de tous. 18. Aucun évêque ne doit donner à un clerc de 
dimissoires, si ce clerc n'a été expressément demandé par un 
autre évêque, car il faut éviter qu'une brebis ne coure de côté 
et d'autre. Et afin de pouvoir distinguer les dimissoires authenti- 
ques des autres, elles devront porter le sceau du pape ou de l'empe- 
reur ou du métropolitain. 19. S'il lui survient une affaire ecclé- 
siastique ou une affaire privée, l'évêque ou le prêtre doivent 
choisir un advocatus de bonne réputation, de peur qu'en s'occu- 
pant d'affaires temporelles ils ne compromettent leur récompense 
éternelle. Toutefois, si le clerc est accusé d'un crime public, l'avocat 
ne peut le représenter. 20. Si le prêtre ne peut trouver aucun avocat, 
l'évêque doit en chercher la raison ; si le prêtre a mauvaise 
réputation, il le punira conformément aux canons .21. Lorsqu'un 
monastère ou un oratoire a été régulièrement érigé, on doit, avec 
l'assentiment de l'évêque, y placer un prêtre qui y célébrera le 
service divin. 22. Celui qui s'est emparé d'une église au mépris 
du droit, devra, lui ou son héritier, donner une compensation. 
23. Les fondations pieuses doivent être employées selon l'inten- 
tion des fondateurs. 24.0n peut reprendre, pour y placer des clercs, 
les églises converties à des usages profanes. 25. Les bâtiments 
en ruines doivent être restaurés, et, s'il est nécessaire, avec le con- 
cours du peuple. 26. Aucun évêque ne doit réclamer de ses clercs, 
ni des saints lieux, plus que le droit ne le lui permet ; il ne doit 
pas imposer de corvées extraordinaires (super posità). 27. On ne 
choisira pour abbés, dans les csertobia, ou, comme on dit mainte- 
nant, dans les monastères, que des hommes capables. Ils seront 
prêtres, afin de pouvoir remettre les péchés aux frères placés 
sous leur juridiction. 28. Les évêques ne doivent pas permettre 
aux moines d'aller de côté et d'autre; ils les renverront chacun 
dans son monastère, ou, suivant les circonstances, dans un monas- 
tère étranger. 27. Une femme qui a pris l'habit religieux ou le 
voile par esprit de piété, doit ne plus se marier; son devoir est 
de se retirer dans un monastère, ou de garder la chasteté chez elle, 
et l'habit qu'elle a pris. 30. On ne doit ni travailler ni vendre 
le dimanche. On pourra seulement vendre aux voyageurs la [50] 



426. COXCILES A INGELHEIM, A ROME ET A MANTOUE 53 

nourriture qui leur est nécessaire. 31. Il est permis d'arrêter 
un prisonnier le dimanche. 32. Les femmes qui,quoique innocentes, 
sont mises de force dans un monastère, ne sont pas tenues d'y 
rester. 33. Aucun laïque ne doit se tenir debout dans le presby- 
terium, pendant la célébration des saints mystères. 34. Dans toutes 
les églises épiscopales ou rurales, et partout où le besoin s'en fera 
sentir, il y aura des maîtres qui enseigneront les arts libéraux et 
les vérités de la foi. 35. Quelques personnes, et surtout les femmes, 
viennent à l'église, les dimanches et les jours de fête, non dans 
de bonnes intentions, mais pour se faire admirer (à la sortie de 
l'église), par des danses [ballare), des chants et des chœurs incon- 
venants et imités des païens. De telles personnes rentrent chez 
elles la conscience chargée de fautes plus graves que quand elles 
sont sorties. Aussi les prêtres doivent-ils exhorter le peuple à 
ne se rendre, ces jours-là, à l'église que pour y prier. 36. Nul ne 
doit abandonner sa femme et en épouser une autre ; sauf le cas 
de fornication, si un homme et une femme veulent observer la 
continence par vertu, ils devront obtenir l'assentiment de l'évê- 
que. 37. Nul ne doit avoir, outre sa femme, une concubine. 
38. Défenses contre les unions incestueuses. 

Un concile, tenu à Mantoue le [6] juin 827, semble avoir vidé 
le différend déjà ancien entre les métropolitains d'Aquilée et 
de Grado 1 . Deux légats du pape Eugène II, l'évêque Benoît 
et le diacre romain et bibliothécaire Léon, deux ambassadeurs 
des empereurs Louis et Lothaire, c'est-à-dire le presbyter pala- 
tinus Sichard et le laïque Théoto, un nombre considérable d'évê- 
ques et de clercs de la haute Italie assistèrent à cette assemblée. 
Maxence, patriarche d'Aquilée, rapporta qu'à l'époque du pape 
Benoît I er (574-578), à cause des invasions des Lombards, le 
patriarche Paulin avait transféré le siège patriarcal d'Aquilée 
à Grado 2 ; après la mort de Sévérus, on avait choisi, pour Aquilée, 



1. Hardouin, Concilia, t. iv, index; Coleti, Concilia, t. ix, col. 657-666; De 
Rubeis, Schism. eccles. Aquileij., 1732, p. 222-240; Monum. Eccles. Aquileij., 1740, 
p. 414-426; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 493-502; Scisma tre capit., 
1770, p. 306-109; B. Simson, op. cit., t. i, p. 281; Bôhmer-Mûhlbaeher, Regesla 
imperii, t. i, p. 814,1164 ; W, Meyer, Die Spaltung des Palriarchats Àquileja, 
dans Abhandlungen der Gôttinger Gesellschaft der Wissenschaflen. Hist.-phil. 
Klasse, Berlin, 1898, p. 16 ; A. Verminghofï, Verzeichnis dans Neues Archiv, 
1899 : t. xxiv. p. 487. (H. L.) 

2. Le titre de « patriarche » ne fut pris que plus tard par les évèques d'Aqui- 



54 LIVRE XXI 

un certain Jean, et pour Grado, l'hérétique Candidien. En même 
temps, les Grecs, maîtres de l'Istrie, forcèrent plusieurs évêques 
à entrer en communion avec le schismatique Candidien, tandis 
que le siège d'Aquilée resta sous la domination lombarde. [ û ±] 

Le concile de Mantoue accueillit cet exposé avec bienveillance, 
sans remarquer qu'il dénaturait gravement l'histoire ; car Can- 
didien avait été, en réalité, l'évêque légitime et orthodoxe d'A- 
quilée-Grado, tandis que Jean était un évêque schismatique, 
partisan du schisme occasionné dans la Haute-Italie par la 
querelle des Trois Chapitres. On parut ne songer à rien de sem- 
blable et on se souvint uniquement que Grado était autrefois 
une église dépendante de l'évêché d'Aquilée. Comme d'ailleurs, 
plusieurs nobles de l'Istrie assistaient au concile et demandaient 
la restitution au siège d'Aquilée de ses anciens droits, on dé- 
clara que : « La métropole d'Aquilée ayant été partagée con- 
trairement aux décisions des Pères, il y a lieu de lui rendre 
son ancienne dignité. Par conséquent Maxence et ses succes- 
seurs jouiront du droit d'ordonner des évêques en Istrie et 
dans les autres parties de leur diocèse (province). » 

Les fondés de pouvoir de l'empereur invitèrent l'évêque de 
Grado à se rendre au concile, pour y faire valoir ses droits. Il se 
fit représenter par l'économe de son Eglise, le diacre Tibérius ; 
mais les documents qu'il présenta, ou ne méritaient pas de créance, 
ou ne prouvaient pas en faveur de Grado, les évêques de ce siège 
s'y trouvant mentionnés partout sous le titre d'Aquilée. On sait 
cependant par un diplôme de l'empereur Louis II, que cette der- 
nière circonstance donna lieu à la réunion de plusieurs conciles, 
sur lesquels nous n'avons pas d'autres données 1 . 



427. Conciles réformateurs francs tenus en 828 et 829. 
Documents qui s'y rattachent. Introduction. 

Les conciles tenus en 828 et 829 ont une grande importance 
pour l'histoire de l'empire franc, et en particulier pour l'histoire 
synodale de ce pays ; mais ordinairement on ne distingue pas, 

lée, et lorsque la séparation d'Aquilée et de Grado fut un fait accompli. [Cf. Dic- 
tionn. d'archéol. chrét., t. i, au mot Aquilée. (H. L.) ] 
1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 527. 



427. CONCILES RÉFORMATEURS FRANCS 55 

avec une suffisante précision, les événements qui se rattachent 
à ces conciles, ou du moins on ne les dispose pas dans l'ordre 
historique. Pour voir les choses sous leur véritable point de vue, 
[52] il faut commencer par lire la lettre que le concile de Paris, tenu 
en juin 829, adressait aux empereurs Louis et Lothaire 1 ; elle est 
ainsi conçue : « L'empereur a justement reconnu que les nom- 
breux malheurs qui, de l'intérieur comme de l'extérieur, ont 
fondu sur l'empire, étaient un châtiment mérité. Aussi, l'année 
dernière (828), a-t-il engagé, par écrit, tous les évêques à pres- 
crire un jeûne général de trois jours, à l'issue duquel tout chrétien 
devra se confesser et faire pénitence. L'empereur a ajouté, dans 
ce même édit solennel, que si Dieu accordait quelque répit à 
l'empire, il réunirait un placitum générale, en vue d'introduire les 
réformes utiles, à commencer par lui-même et ses fonctions, et 
d'examiner ce qui déplaisait à Dieu dans chaque état et devait 
être amélioré. Malheureusement, les invasions ennemies ayant fait 
obstacle à la réalisation de ce projet, l'empereur avait, l'hiver der- 
nier, tenu un placitum cum quibusdam fidelibus, pour étudier la 
volonté de Dieu et s'occuper du bien de l'Eglise. Il avait rédigé 
dans des capitulaires, ce qui lui avait semblé réaliser une prompte 
amélioration, et avait envoyé des légats pour punir les délinquants 
conformément à ces capitulaires, qu'ils porteraient à la connais- 
sance des bons. Il avait décidé en même temps la réunion, à la 
même époque, de conciles sur quatre points de l'empire, » etc. 

Le concile de Paris ayant écrit cette lettre vers le milieu de 
l'année 829, il en résulte a) qu'à la suite des tristes événements 
qui vont de 823 à 828, et après que des vassaux rebelles, alliés 
aux Maures, se furent emparés de presque toute la Marche espa- 
gnole, tandis qu'à l'est les Bulgares se signalaient par de terribles 
invasions, l'empereur Louis le Débonnaire, au commencement de 
828, engagea les évêques à prescrire un jeûne de trois jours, etc., et 
annonça en même temps un placitum générale. Il publia proba- 
blement cette ordonnance en février 828, à Aix-la-Chapelle, dans 
ce conventus dont parle Einhard dans ses Annales. 

h) Mais de nouvelles invasions des Normands et des Bulgares, 
survenues vers le milieu de 828, ayant rendu impossible la réunion 

1. Sirmond, Conc. Gall., t. n, col. 477 ; Coït, regia, t. xxi, col. 152; Labbe, 
Concilia, t. vu, col. 1592-1699 ; Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1289 ; Coleti, 
Concilia, t. ix, col. 704 ; Bouquet, Rec. hist. de la France, t. vi, col. 345-347; 
Mansi, op. cit., t. xiv, col. 529. (H. L.) 



56 LIVRE XXI 

de ce placitum général, l'empereur en convoqua un autre moins 
important (cum quibusdam fidelibus) à Aix-la-Chapelle pendant 
l'hiver de 828-829. Nous savons par Einhard qu'à la Saint-Martin 
de 828, Louis le Débonnaire se rendit clans cette ville où il passa 
tout l'hiver. 

Ce point établi, examinons maintenant toute une série de docu- 
ments de cette même année 828. En tête se trouvent deux lettres 
de l'empereur, commençant toutes les deux par les mots : Recor- 
dari vos 1 . Binterim prétend 2 que la plus courte appartient au 
conventus d'Aix-la-Chapelle (février 828), et la plus longue au [53] 
placitum cum quibusdam fidelibus, hiver de 828-829. Binterim est 
dans l'erreur; la première partie de ces deux lettres est identi- 
que : « Vous vous souviendrez, j'en suis persuadé, que, sur le 
conseil des évoques et d'autres fidèles, nous avons demandé pour 
cette année la prescription d'un jeûne général, afin que Dieu 
nous soit favorable, nous fasse connaître en quoi nous l'avons plus 
particulièrement offensé, et nous accorde des jours tranquilles pour 
notre amendement. Notre désir était de réunir au moment oppor- 
tun un placitum générale, et d'y traiter les conditions d'une entière 
réforme; mais, comme vous le savez, les invasions des ennemis 
nous ont empêché de réaliser ce projet. Aussi avons-nous jugé à 
propos de réunir ce présent placitum cum aliquibus ex fidelibus 
nostris; le moment est venu de vous en faire connaître les déci- 
sions et, tout d'abord, que les archevêques se réunissent en temps 
voulu avec leurs sufîragants dans les endroits les plus propices pour 
y délibérer sur les réformes les plus opportunes, à notre sujet 
comme au sujet de tous; ils nous feront ensuite connaître le résul- 
tat de leurs délibérations. » — Jusqu'ici les deux lettres soûl: 
identiques; il en résulte qu'aucune ne peut remonter au mois 
de février 828 ; toutes deux ont été écrites après l'époque où 
aurait dû se tenir le placitum générale, c'est-à-dire après l'été 

1. Elles se trouvent dans Pertz, Leges, t. r, p. 32!) ; de plus la plus courte est 
dans Mansi, op. cit., t. xv, Appendix, col. 441 ; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1280; 
Hartzheim, Conr. Germ., t. n, col. 44 ; la plus longue, dans Mansi. op. cil^ i. xiv, 
col. 529, et t. xv, Appendix., col. 444; Hardouin, op. cit., col. 1289; Hartzheim, 
Conc. Germ., t. n, col. 52. Damberger, op. cit., I. m, p. 152, semble vouloir pla- 
cer cette lettre en janvier 829; mais les mots du commencement : « en cette année», 
ont trait à l'année 828. [A. Verminghoff, dans Neues Archiv, 1899, t. xxiv, p. 487- 
488. (H. L.)] 

2. Binterim, Deutsche Conciliai, t. n, p. 374, 380. 



i27- CONCILES RÉFORMATEURS FRANCS 57 

de 828; elles appartiennent évidemment au placitum cum quibus- 
dain fidelibus de l'hiver de 828-829. Il serait bien surprenant 
que l'édit impérial de décembre 828 fût, pour une si large part, 
identique à celui de février de la même année. 

Passons maintenant aux passages qui diffèrent dans les deux 
rescrits impériaux ; le plus court s'exprime comme il suit : « Nous 
avons résolu d'envoyer dans tout l'empire des missi, qui améliore- 
ront aulant qu'il est en eux tout ce qui laissera à désirer, et s'ils ne 
peuvent exécuter eux-mêmes toutes les améliorations nécessaires, 
[54] ils porteront les abus à notre connaissance. Vous tous, devez leur 
obéir et les soutenir. De plus, nous tiendrons toutes les semaines 
dans notre palais, à jour fixe, une audience publique pour nous 
faire rendre compte du zèle des missi et de l'obéissance du peuple 
envers eux. Afin d'aboutir à un heureux résultat, nous prescrivons 
un jeûne général de trois jours à partir du lundi après l'octave 
de la Pentecôte. Les ennemis menaçant l'empire de tous côtés, 
tous les hommes tenus au service militaire tiendront prêts chevaux, 
armes, habits, chars et vivres, afin de répondre immédiatement 
à notre appel et se rendre sur le point menacé. » 

La date du jeûne ici prescrit concorde parfaitement avec 
celle de la célébration des conciles indiqués par l'empereur 
comme nous le verrons. 

Quoique plus longue, la seconde lettre contient cependant 
moins de renseignements que la première. Après avoir prescrit 
la célébration des conciles, la missive impériale développe uni- 
quement cette pensée, que les malheurs des années précédentes 
étaient une juste punition de Dieu ; pour ce motif, l'empereur 
désirait apaiser le Seigneur et lui donner satisfaction. « Dans 
ce but, disait l'empereur, nous décidons et arrêtons, sur le conseil 
des évêques et autres fidèles, la tenue de conciles dans quatre 
villes de notre empire. A Mayence se réuniront les archevêques 
Otgar de Mayence, Hadabald de Cologne, Héthi de Trêves et 
Bernuin de Besançon, avec leurs suffragants ; à Paris, le futur 
archevêque (Aldrich) de Sens et les archevêques Ebbon de Reims 
Ragnoard de Rouen et Landram de Tours, avec leurs suffragants 
à Lyon, les archevêques Agobard (de Lyon), Bernard de Vienne 
André de Tarentaise, Benoît d'Aix et Agéric d'Embrun, avec leurs 
suffragants; à Toulouse, les archevêques Nothon d'Arles, Barthé- 
lémy de Narbonne, Adalelm de Bordeaux et Agilulf de Bourges, 
avec leurs suffragants. Ils discuteront les réformes à introduire 



58 



LIVRE XXI 



dans la vie des laïques et dans celle des clercs, et les causes qui 
ont entraîné les uns et les autres hors de la voie droite. Ils garde- 
ront le secret sur leurs délibérations qu'ils ne feront connaître à 
personne avant le moment voulu. Un notaire assermenté remplira 
sa fonction auprès de ces évêques et consignera le résultat de leurs 
délibérations. 

La comparaison de ces deux rescrits montre qu'ils appartiennent 
tous deux aux placitum peu nombreux de l'hiver 828-829 ; et que le [55J 
plus court était destiné aux laïques tandis que le plus long s'a- 
dressait aux évêques. Aussi le premier ne fait-il pas mention des 
audiences publiques que tiendra l'empereur et n'engage-t-il pas à 
soutenir les missi. Par contre, la lettre aux évêques développe le 
point de vue surnaturel que les malheurs passés étaient une juste 
punition de Dieu, et elle donne, sur la tenue des futurs conciles, 
des détails omis dans le rescrit aux laïques. 

, Les autres documents ayant trait au conventus de l'hiver 828- 
829 sont : 

1. La relatio des oratores ad imperatorem, contenant les plans de 
réforme présentés par les prélats et les grands 1 , que l'empereur 
avait convoqués à ces délibérations, a) On tiendra tous les ans des 
conciles provinciaux, auxquels assisteront tant les abbés des mai- 
sons canoniales que ceux des monastères. Autant que possible les 
comités impériaux et les missi y assisteront également, b) A parties 
cas de nécessité, on ne baptisera qu'aux époques déterminées pour 
l'administration du baptême, c) Presque tous ont jusqu'ici négligé 
la communion fréquente, d) Les prêtres, médiateurs entre Dieu 
et les hommes, doivent être plus honorés qu'ils ne le sont ; on 
ne les emploiera pas pour divers états, car il en résulte que des 
enfants meurent sans baptême et des adultes sans confession. 
e) L'empereur doit mettre à exécution son ancien décret portant 
que les églises sont affranchies de tout census. f) Lorsque ceux 
qui ont commis des fautes capitales ne veulent pas se soumettre 
à la pénitence publique, les comtes prêteront secours aux évêques. 
g) Dans toutes les provinces on aura des mesures égales et sans 
aucune fraude, h) L'empereur devra surtout prêter secours pour 
soutenir les droits des pauvres et des églises, i) On laissera aux 
métropolitains le soin de faire exécuter partout le décret de l'empe- 
reur relatif à la vie canoniale. 

1. Les membres de l'assemblée tenue à Paris en 825 s'appellent aussi oratores. 



'i27. CONCILES RÉFORMATEURS FRANCS 59 

2. La Constitutio de conventions archiepiscoporum reproduit 
mot pour mot la dernière partie du grand rescrit impérial, et 
l'ordonnance concernant les quatre conciles ; elle y ajoute seu- 
lement que ces conciles s'ouvriront dans l'octave de la Pente- 
côte; quant aux missi impériaux, ils commenceront leurs tour- 
nées dans l'octave de Pâques. 

3. Le troisième document énumère les points sur lesquels l'em- 
pereur désirait être particulièrement renseigné par les fidèles 
qu'il a appelés à délibérer. Ces points concernent les dîmes dues ad 
capellas dominicas, divers désordres signalés dans des monastères 

[56] de femmes, les épreuves par l'eau froide, l'usure et le service 
militaire. 

4. La Constitutio de missis ablegandis détermine ce que les 
missi ont le droit d'exiger pour leur nourriture, etc., et leur 
prescrit de commencer leurs tournées huit jours après Pâques. 

5. Instruction donnée aux missi. 

6. Continuation de cette instruction sous forme de capitula 
impériaux quse volumus ut diligenter inquirant (missi). Ces capitula 
concernent les devoirs des évêques et des comités, ils font connaître 
les personnes que les missi ne peuvent juger et qui ne peuvent 
l'être qu'en placitum générale. 

7. Cette énumération est donnée dans le dernier et court docu- 
ment : Hœc sunt capitula, etc. 1 . 

C'est dans ce conventus de l'hiver de 828-829 que Wala, abbé 
de Corbie et parent de l'empereur, tint, au rapport de son 
biographe Paschase Radbert, un langage si énergique 2 . Il avait 
noté par écrit tous les abus qu'il avait constatés dans l'empire ; 

1. Pertz, Leges, 1. 1, p. 326 sq. ; moins complets et mieux coordonnés dans Mansi, 
op. cit., t. xv, Appendix, col. 441 sq. ; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1279 sq. ; 
Hartzheim, Conc. Germ., t. u, p. 43 sq. 

2. Vita Walse, dans Pertz, Monum., t. n, p. 547 ; Mabillon, Annales Ord. 
Bened., sœc. iv, part. 1, p. 467; P. L., t. cxx, col. 1609 sq. Adalhard et Wala 
étaient fds du comte Bernard, fils naturel de Charles Martel. Adalhard fut moi- 
ne et abbé de Corbie et Wala devint comte ; ils furent l'un et l'autre tenus en 
grande considération par Charlemagne. Disgracié sous le Louis le Débonnaire, 
Wala entra, lui aussi, dans un monastère, et, en 826, succéda à son frère comme 
abbé de Corbie. Plus tard, il fit cause commune avec les fds de Louis le Débon- 
naire et ce prince le condamna à un exil de plusieurs années. Toutefois, il lui 
rendit ensuite ses bonnes grâces. Paschase Radbert, l'ami de Wala et son succes- 
seur dans la charge d'abbé de Corbie, défendit son prédécesseur en écrivant sa 
biographie sous ce titre Epitaphium Arsenii (c'était le nom que Wala avait, 
pris) . 



60 LIVRE XXI 

il ne craignit pas de lire son mémoire clans le placitum et de 
rappeler aux évêques et aux grands les devoirs de leur état ; il 
osa même adresser des reproches à l'empereur, l'accusant d'em- 
piéter sur les affaires de l'Église, d'employer pour des intérêts [57] 
profanes les Liens de l'Eglise et de donner les charges ecclésiasti- 
ques à d'indignes flatteurs. Aux évêques, il déclara qu'ils 
s'occupaient trop des affaires du monde, qu'ils négligeaient les 
devoirs de la charge pastorale et s'inquiétaient trop peu des 
âmes. Mais ce furent surtout les chapelains de la cour qui fu- 
rent l'objet de ses critiques ; Wala leur représenta qu'ils ne 
vivaient ni en moines ni en chanoines, qu'ils menaient une vie 
purement laïque et n'aspiraient qu'aux riches prélatures. Ces 
paroles produisirent une vive impression sur l'assemblée; Louis le 
Débonnaire écouta l'orateur avec patience et avoua que Wala 
avait dit malheureusement la vérité. — Binterim a raison de dire 
que ce discours de Wala prouvait la nécessité d'une réforme des 
clercs ; mais il s'abuse en soutenant que les évêques n'en voulurent 
pas et que, pour gagner du temps et traîner l'affaire en longueur, 
ils conseillèrent la réunion d'un concile. A mon avis, ce conseil 
indiquait le vrai moyen de faire aboutir la réforme. 



428. Conciles réformateurs de Mayence et de Paris en juin 829. 

Des quatre conciles ordonnés par Louis le Débonnaire, nous 
ne possédons aucun document relatif à ceux de Lyon et de 
Toulouse, et nous n'avons que quelques données sur celui de 
Mayence 1 , célébré en juin 829 dans le monastère de Saint- Alban, 
sous la présidence d'Otgar, archevêque de Mayence. Les arche- 
vêques de Cologne, Trêves, Besançon et Salzbourg y assistèrent 
avec leurs suffragants, les chorévêques et abbés (parmi lesquels 
on comptait Rhaban de Fulda et Sindold d'Elwangen). Nous 
verrons (au § 443) que le célèbre moine Gotescalc porta des 
accusations contre son abbé Rhaban. 

En revanche nous. possédons des renseignements très complets 
sur le concile réformateur de Paris tenu également en juin 829 

1. Dùmmler, Episl. Fuldenses, epist. xxvn ; A. Verminghoff, dans Neucs 
Archiv, 1899, t. xxiv, p. 487. 



i28- CONCILES DE MAYENCE ET DE TARIS 61 

dans l'église Saint-Etienne 1 . Ses. actes très volumineux sont conte- 
nus dans trois livres. En tête des actes se trouve la plus longue 
des deux missives impériales, commençant par Recordari, et dont 
nous avons parlé plus haut. Puis vient la Prsefatio du concile : 
« Même charges de lourds péchés, nous ne devons pas désespé- 
[obj rerj car Dieu est miséricordieux pour celui qui fait pénitence. 
Nous devons supporter avec patience les peines dont il châtie 
nos fautes. Comme l'Eglise (ce mot désigne ici les chrétiens de 
l'empire franc), dont Jésus-Christ a confié à ses pieux serviteurs 
Louis et Lothaire la direction et le soutien, est affligée de divers 
maux et frappée de divers malheurs, elle a dû comprendre que le 
glaive du Seigneur la frappait suivant la justice au dedans et au 
dehors. Les empereurs inspirés de Dieu ont, à l'exemple des 
Ninivites, jugé nécessaire une pénitence publique. Reconnais- 
sant toutefois qu'une pareille affaire n'était pas de leur ressort, 
ils l'ont, sur le conseil des évêques, des grands et des autres fidèles, 
remise entre les mains des clercs, qui ont reçu le pouvoir de lier 
et de délier, et qui sont les vicarii des apôtres. En cela, ils ont eu 
pleinement raison. Ils ont donc ordonné la réunion de conciles 
dans quatre villes de l'empire, afin d'examiner en quoi les princes 
et le peuple, le clergé et les laïques ont contrevenu à la volonté de 
Dieu. Conformément à ces prescriptions impériales, et pour tra- 
vailler à leur propre salut comme aussi pour veiller au salut des 
peuples qui leur sont confiés, les évêques des diocèses (métropoles) 
de Reims (Durocoritorum), de Sens, de Tours et de Rouen se sont 
réunis le 6 juin 829 dans la ville de Paris et ont publié les cha- 
pitres suivants : 

1. Le chrétien doit avoir la vraie foi et y conformer sa vie. 
Enumération des fondements de la foi et des principales vertus. 
Sans ces vertus, nul ne peut gagner le ciel, car la foi sans les œuvres 
est une foi morte. Celui-là doit être puni particulièrement qui, 

1. Sirmond, Conc. Gall., t. u, col. 477; Coll. regia, t. xxi, col. 152; Labbe, 
Concilia, t. vu, col. 1592-1699; Hardouin, Conc. coll., t. iv, col. 1289-1360; 
Coleti, Concilia, t. ix, col. 704 ; Bouquet, Rec. des hist. de la France, t. vi, 
col. 345-347; Mansi, Concilia, Supplem., t. i, col. 855; Conc.ampliss. coll., t. xiv, 
col. 529-604. R. de Lasteyrie, Cartulaire de Paris, dans Histoire générale de 
Paris, 1887, (. i, p. \'l ; B. Siinson, Jahrbiïcher des frànkischen Reichs unter 
Ludwig dem Frommen, in-8, Leipzig, 1874, t. i, p. 315; E. Dùmmlcr, Geschichte 
des ostjrànkischen Reiches, 2 P odit. 1887, L. i. p. 48 : A. Verminghoff, Verzei- 
chnis der Akten frànkischer Synoden von / Î2-843 dans Xeues Archiv, 1899, t. xxiv, 
p. 488. (H. L.)] 



62 



LIVRE XXI 



au lieu de rehausser sa foi par ses œuvres, la ternit et la souille 
par diverses fautes. On compte surtout quatre vices spirituels : 
l'orgueil, l'envie, la haine et la discorde qui, de nos jours, dépa- 
rent la foi ; ils sont d'autant plus dangereux qu'ils sont cachés 
et que ceux qui en sont atteints ignorent ordinairement leur état. 

2. L'Eglise forme un seul corps dont le Christ est la tête. Le 
pécheur se sépare de ce corps et s'unit au corps de Satan ; il ne doit 
pas différer de revenir en arrière, tant qu'il lui reste le temps de 
la pénitence. 

3. Le corps de l'Eglise comprend deux genres de personnes 
particulièrement qualifiées, à savoir, les prêtres et les princes. 
Parlons d'abord des prêtres, puis nous nous occuperons des princes. 

4. Avant tout, les clercs doivent observer ce qu'ils enseignent, 
s'amender eux-mêmes avant de réprimander les autres et devancer [59] 
tout le monde par leurs bons exemples 1 . Preuves patristiques 

à l'appui de ce canon. 

5. Chacun de nous (prêtres, évêques) doit conduire et exhorter 
ses ouailles par la parole et le bon exemple afin de les ramener 
à Dieu sans réserve, de tirer d'eux une satisfaction convenable 
et de leur obtenir par leurs propres aumônes la faveur divine. 
Les fidèles prieront pour le pieux empereur Louis, pour sa femme 
et ses enfants, et pour le royaume. Un prêtre dont la conduite 
est irréprochable, mais qui ne punit pas et ne réprimande pas les 
pécheurs, se perd avec eux. 

6. Autrefois, on ne donnait le baptême qu'aux catéchumènes 
déjà instruits dans la foi. Aujourd'hui, depuis que tous les parents 
sont chrétiens, on agit autrement; mais c'est une grave négli- 
gence de ne pas instruire suffisamment ceux qui ont été baptisés 
pendant leur première enfance. 

7. Sauf les cas de nécessité, on ne doit baptiser qu'à Pâques 
et à la Pentecôte ; les parrains doivent être eux-mêmes suffisam- 
ment instruits pour instruire plus tard leurs filleuls. (Passage 
de saint Augustin sur les devoirs des parrains.) 

1. Lorsque Luden, Gesch. d. deustch. Volk., t. v, p. 316, dit :« L'empereur ne 
reçut (de ces quatre conciles) que des conseils dont il n'avait que faire et on lui 
demandait à lui seul de s'amender au sujet des fautes qu'il n'avait pas été seul 
à commettre, etc., » on voit l'esprit agressif et injuste. L'empereur demandait 
des conseils; mais les évêques ne se bornèrent pas à émettre des plans de réforme 
pour l'empereur, ils en firent pour eux-mêmes et pour tout le clergé, ainsi que 
le prouvent un grand nombre de capitula de rassemblée de Paris. 



427. CONCILES DE MAYENCE ET DE PARIS 63 

8. On ne doit admettre à la cléricature, ni ceux qui ont été 
baptisés dans leur lit ] , ni ceux qui pour recevoir le baptême ont 
employé des moyens défendus (qui per cupiditatem aut per teme- 
ritatem, contempla canonica auctoritate, baptizantur). 

9. Le baptisé fait un double contrat : 1° il renonce au démon et 
à ses œuvres; 2° il professe sa foi au Père, au Fils et au Saint- 
Esprit. Beaucoup violent totalement ce double contrat, et beau- 
coup le violent en partie ; totalement, par l'incrédulité, l'hérésie, 
le schisme, etc. ; en partie, par l'orgueil, l'envie, etc. Il est fort 
déplorable que beaucoup de fidèles baptisés en bas âge n'appren- 
nent pas, soit par leur faute, soit par la négligence des prêtres, 
ce qu'est le baptême. 

10. Les clercs mettront désormais plus de soin à enseigner la 
[60] signification du baptême ; de leur côté les laïques mettront 

plus de soin à s'en instruire. Explication du sens des mots : 
renoncer à Satan et à ses œuvres. 

11. La simonie, devenue trop commune de nos jours, doit être 
entièrement extirpée. L'autorité et la force impériales doivent 
en purger l'Eglise romaine, car si la tête est malade, les membres 
le sont également. 

12. Le « Pastoral » de saint Grégoire le Grand, et d'autres ou- 
vrages, enseignent comment on doit entrer dans la cléricature, 
comment on doit y vivre et y travailler ; mais beaucoup mécon- 
naissent ces enseignements. Il doit en être autrement. (Citations 
de passages de la Bible et des Pères sur les devoirs des clercs.) 

13-14. Les évêques doivent principalement s'appliquer à éviter 
l'avarice et à exercer l'hospitalité. 

15. Ils ne doivent pas employer suivant leurs caprices le bien 
des églises comme ils feraient de leurs propriétés privées. (Cita- 
tions d'anciens canons et de passages des Pères sur ce point.) 

16. Les évêques et les prêtres ne doivent plus, ainsi que cela 
est trop souvent arrivé, enrichir leurs parents avec ce qu'ils ont 
reçu de l'Église. 

17. Sans une grande nécessité et sans l'assentiment du primat 
de la province, aucun évêque ne doit aliéner un bien d'église ; 
malheureusement il arrive souvent que, par complaisance, un 
évêque échange des biens d'église de plus de valeur que ceux 
qu'il reçoit en retour. 

1. Grabatarii, cf. Marc, n, 4 ; on appelait dans la primitive Église le baptême 
donné dans ces conditions « baptême des cliniques » (clinici). (H. L.) 



64 LIVRE XXI 

18. Les biens de l'Église n'appartiennent pas aux clercs, mais 
aux pauvres. Qu'on ne dise donc pas avec jalousie : « Les églises 
sont trop riches; » elles ne le sont pas trop si leur bien est employé 
conformément à sa destination. 

19. Saûl est le type des mauvais chefs, David est au contraire 
le modèle de ceux qui sont soumis avec respect. La faute des 
supérieurs n'autorise pas les insultes et le jugement des inférieurs. 
Un évêque coupable encourt une double responsabilité, pour lui 
d'abord et à cause de ses fautes, et pour les autres, qu'il induit 
à dire du mal de lui, par conséquent à pécher. La coutume de 
quelques prélats, malheureusement trop invétérée, de vivre dans 
le luxe, etc., doit être abolie. 

20. Conformément aux anciennes prescriptions, l'évêque doit 
avoir constamment auprès de sa personne, même dans ses appar- 
tements particuliers, des clercs qui soient témoins de sa conduite. 

21. Les évêques, les abbés et les abbesses n'auront plus d'entre- 
tiens particuliers avec les laïques qu'en présence de clercs (ou de 
moines ou de nonnes). Les évêques exerceront sur les monas- [61] 
tères de leurs diocèses une surveillance beaucoup plus active 
que celle exercée jusqu'ici. Ils ne devront pas, ainsi que cela a 
souvent eu lieu, abandonner leur siège par esprit de lucre pour 

se rendre dans des pays éloignés. 

22. Afin de couper court à toutes les difficultés provenant du 
droit de présentation, les laïques ne doivent présenter aux évêques 
que des clercs capables, et les évêques ne doivent refuser personne 
sans faire connaître les motifs de leur refus. 

23. Les évêques doivent éviter l'esprit d'orgueil et l'esprit 
de domination. 

24. Ils pourvoiront aux besoins spirituels et temporels de leurs 
inférieurs. 

25. Nous avons appris de source certaine que les serviteurs 
(c'est-à-dire les coopérateurs, voyez plus loin § 435) de quelques 
évêques se sont montrés pleins d'avidité, non seulement à l'égard 
des prêtres, mais aussi à l'égard du peuple. Il ne doit plus en être 
ainsi à l'avenir et les évêques puniront leurs serviteurs. 

26. La prescription de tenir deux synodes provinciaux tous 
les ans est tombée en désuétude : elle sera remise en vigueur. 
Dans tous les cas, on tiendra annuellement au moins un synode 
dans chaque province. Les prêtres et les diacres y assisteront ainsi 
que tous ceux qui se croient lésés et veulent faire juger leur cas 



428. CONCILES DE MAYENCE ET DE PARIS 65 

par le concile. L'évêque y amènera des savants formés pour le ser- 
vice du Christ et l'honneur de l'Église et connus des autres églises. 

27. Les évêques sont les successeurs des apôtres; les choré- 
vêques sont les successeurs des soixante-dix disciples, ainsi qu'il 
résulte des Actes des apôtres et des canons. C'est donc à tort que 
quelques chorévêques donnent la confirmation et accomplissent 
d'autres fonctions réservées aux seuls évêques. Il n'en sera plus 
ainsi à l'avenir. (Rappel des canons 13 e de Néocésarée, et 10 e 
d'Antioche de 341.) 

28. Clercs et moines ne s'occuperont plus d'affaires mondaines 
ni de gain pécuniaire. (Citations d'anciens canons sur ce point.) 

29. Les évêques emploient parfois leurs clercs à des affaires 
ou missions mondaines, en sorte que quelques églises restent un 
certain temps sans prêtres et que le baptême n'est pas administré. 
Il n'en sera plus ainsi à l'avenir. Si des prêtres, sans ordre de 
l'évêque, quittent leurs églises pour leurs plaisirs ou pour gagner 
quelque argent, ils doivent être sévèrement punis. 

30. Le pieux empereur Louis a depuis longtemps ordonné 
aux redores ecclesiarutn (les évêques) d'élever dans leurs églises 
d'intelligents défenseurs du Christ. Quelques évêques se sont mon- 
trés très négligents sur ce point; ils feront, à l'avenir, preuve d'un 
plus grand zèle, et, comme nous l'avons dit plus haut, chaque 
évêque doit conduire ses « scholastiques» au concile provincial. 

31. Dans leurs voyages, les évêques ne doivent plus, comme par 
le passé, être une charge pour les curés ou les fidèles. Quoique, 
d'après l'ancien droit, le quart des dîmes et des offrandes (de 
chaque église de campagne) revienne aux évêques, ils y renon- 
ceront si l'Eglise a des revenus suffisants. Sinon, ils prendront 
non le quart, mais le strict nécessaire. Le reste ira à l'Eglise et 
aux pauvres. 

32. Plusieurs prêtres n'imposent pas à leurs pénitents les peines 
prescrites par les canons, mais des pénitences moindres, en se 
servant de ce qu'on appelle des « pénitentiels ». Chaque évêque 
fera rechercher dans son diocèse ces petits livres et les fera brûler; 
il instruira les prêtres ignorants, leur apprendra comment inter- 
roger sur les fautes et quelle pénitence imposer. 

33. L'évêque doit être à jeun pour administrer la confirmation ; 
de même pour le baptême, sauf le cas d'urgence. Le temps régu- 
lièrement fixé pour la confirmation, comme pour le baptême, 
est Pâques et la Pentecôte. 

conciles — IV - 5 



( G LIVRE XXI 

34. Les clercs qui ne punissent pas les péchés contre nature 
par les peines prescrites dans les canons (c. 16 e d'Ancyre) doivent 
être mieux instruits. On les obligera à se défaire de leurs livres 
pénitentiels (codices psenitentiales). (Voir c. 32.) 

35. Chaque évêque doit soumettre à une pénitence et chercher 
à corriger, conformément au canon 1 er de Néocésarée, les prêtres 
et clercs de sa paroisse qu'il sait avoir été déposés (parce qu'ils 
se sont mariés ou ont commis une faute contre les mœurs). 

36. Les clercs sont gravement coupables lorsqu'ils abandonnent 
d'eux-mêmes leurs charges pour s'attacher à d'autres évêques 
et abbés, ou à des comtes et des nobles. Il n'en sera plus 
ainsi à l'avenir, et on demandera très humblement à l'empereur 
de défendre aux laïques de prendre des clercs chez eux. On lui 
demandera également de défendre aux évêques, abbés et nobles 
italiens de recevoir les clercs fugitifs des Gaules ou de la Germanie. 

37. Les abbés des chanoines doivent donner le bon exemple n^j 
à ceux qui vivent sous leur juridiction, et l'évêque sera très 
vigilant sur ce point. S'ils n'obéissent pas à l'évêque, ils devront 

être corrigés par le jugement du concile, ou bien ils seront déposés 
avec le secours de la puissance séculière. 

38. Des discours insensés et des farces ne conviennent pas aux 
clercs qui ne doivent ni entendre les uns ni voir les autres. 

39. On ne devra plus à l'avenir nommer aussitôt abbesses des 
femmes nobles qui ont, jusqu'au dernier moment, vécu dans le 
mariage, et qui viennent de perdre leur mari. 

40. Les prêtres ne devront plus, sans en prévenir l'évêque, 
bénir les voiles des veuves, de peur que celles-ci ne retournent 
dans le monde. 

41. Aucun prêtre ne consacrera une vierge à Dieu. 

42. Beaucoup de femmes, agissant en toute simplicité, s'impo- 
sent elles-mêmes le voile sans l'assentiment du prêtre, afin de 
pouvoir devenir veilleuses ou servantes dans les églises. Les évê- 
ques ne le doivent plus permettre. Nous savons que quelques-unes 
de ces femmes sont devenues pour certains prêtres une occasion 
de scandale; on ne doit plus les autoriser à servir dans les églises. 

43. Il est inadmissible que des abbesses ou des nonnes imposent 
le voile à des veuves et à des vierges. Dans presque tous les 
monastères on trouve des personnes qui ont reçu le voile de cette 
manière ; elle est devenue habituelle, parce que l'on croit que les 
personnes ainsi voilées peuvent se permettre de pécher avec 



428- CONCILES DE MAYENCE ET DE PARIS 67 

moins de gravité que les autres; il n'en sera plus ainsi à l'avenir. 

44, Il arrive souvent qu'après la mort de leur mari, les femmes 
nobles prennent le voile sans entrer clans un monastère, au con- 
traire restent clans leur maison, élèvent leurs enfants et adminis- 
trent leurs Liens. 11 n'en sera plus ainsi à l'avenir. Ces femmes ne 
doivent pas prendre le voile immédiatement après la mort de 
leur mari: mais, d'après l'ordonnance de l'empereur, de concert 
avec les évèques. Elles attendront trente jours, et se remarieront 
ou iront dans un monastère. Nous saxons que souvent ces jeunes 
veines revêtues dans leur propre maison de l'habit des religieuses 
deviennent la proie de Satan. 

45. Dans quelques provinces les femmes s'approchent de l'autel, 
touchent les vases sacrés, fournissent aux prêtres les vêtements 
sacerdotaux et vont même jusqu'à distribuer aux lidèles le corps 

[64] et le sang du Seigneur. C'est là un abus épouvantable et qui ne 
doit plus se produire. (Citations d'anciens canons.) 

i6. .Munies et chanoines ne doivent pas entrer dans les monas- 
tères de nonnes et dans les maisons des chanoinesses, si ce n'est 
pour confesser, dire la messe ou prêcher. La confession n'aura 
lieu que devant l'autel, avec des témoins dans le voisinage. Une 
religieuse malade qui ne peut venir à l'église, se confessera ail- 
leurs, mais toujours devant témoins. Les moines ne se confesse- 
ront qu'à un membre du monastère. Les moines n'iront pas con- 
fesser clans les monastères de nonnes. 

47. A part les cas de nécessité, on ne dira plus la messe hors des 
églises, dans des maisons particulières et dans des jardins ; ce 
qui arrive fréquemment de nos jours où on dit la messe dans 
des bâtiments accessoires ou dans la maison des laïques de dis- 
tinction. 

48. Par négligence ou par avarice, l'abus s'est introduit dans 
bien des endroits de dire la messe sans ministres. Mais à qui donc 
les prêtres diront-ils alors Dominus vobiscum, et qui leur répondra 
Et cum spiritu tuo ? Qu'il n'en soit plus ainsi à l'avenir. 

49. Comme chaque ville a son évêque, chaque basilique doit 
avoir son prêtre ; mais il arrive que par esprit de lucre, beaucoup 
de prêtres se chargent de plusieurs basiliques chacun. Qu'il n'en 
soit plus ainsi lorsqu'une basilique a des revenus. Si la basilique 
n'a pas de revenus, l'évêque décidera de ce qu'il y a à faire. 

50. Recommandation de célébrer le dimanche. On demande 
à l'empereur d'ordonner que, les jours de dimanche, il n'y ait 



GS LIVRE XXI 

ni marchés, ni placita, ni travaux à la campagne, ni corrigationes 
(transports avec des voitures ou des chars). 

51. Les seigneurs laïques et ecclésiastiques ont deux sortes 
de poids et de mesures; grands lorsqu'ils reçoivent, petits lors- 
qu'ils donnent. Par là, ils causent préjudice à leurs colons, qui 
manquent de blé et de raisin pour eux et pour leurs familles. 
Cet abus sera aboli ; ceux qui s'y livrent et ceux qui le tolèrent 
encourent une grave responsabilité. 

52. Dans quelques provinces de l'ouest de l'empire, il arrive que des 
évêques, des comtes et divers seigneurs fixent ce que leurs colons doi- 
vent demander par mesure de froment et par mesure de vin; ainsi 

ils ne payent que le tiers de ce que coûtent ailleurs le froment et le vin. rg5] 

53. Clercs et laïques pratiquent l'usure d'une odieuse manière et 
réduisent à la misère quantité de gens, les ruinent et les forcent à 
émigrer.(Enumération des différentes manières de pratiquer l'usure. 
Citation de divers passages de la Bible et des Pères contre l'usure.) 

54. On n'admettra pas en qualité de parrains, au baptême et 
à la confirmation, les personnes qui ont subi la pénitence publique. 

Le second livre, qu'ouvre une courte préface, traite en treize 
capitula des réformes à opérer parmi les laïques, princes ou sujets. 

1. Devoirs du roi. Le roi ne doit pas être seulement un modèle de 
vertu, il doit encore faire pratiquer par ses serviteurs toute la justice. 

2. Fonctions du roi, en sa qualité de protecteur des églises, du 
clergé, des veuves, des pauvres, des orphelins, etc., et surtout 
en qualité de dispensateur de la justice. 

3. Le roi pèche lorsqu'il fait remplir toutes ses fonctions par 
des serviteurs. Il doit d'ailleurs n'avoir que des serviteurs éprou- 
vés,, étant de sa personne responsable de leurs actes devant Dieu. 

4. L'empire ne subsistera que si la piété, la justice et la miséri- 
corde y régnent. 

5. Le roi se rappellera qu'il tient de Dieu son empire, et qu'il 
le doit administrer selon la volonté de Dieu. 

6. Beaucoup de personnes, ecclésiastiques ou laïques, manquent 
de charité. De là tant de maux. Les officiers du palais doivent 
être unis entre eux par l'amitié; malheureusement ils se haïssent, 
cherchent à se nuire mutuellement, manquent ainsi à la fidélité 
au roi, et sont pour autrui une cause de scandale. 

7. Comparaison entre le temps présenl et les temps apostoli- 
ques : on manque maintenant de piété; l'avarice et l'avidité 
ont remplacé la communauté des biens et l'esprit d'amour des 



428. CONCILES DE MAYENCE ET DE PARIS 69 

temps apostoliques. Alors on louait le Seigneur pendant le repas, 
aujourd'hui on n'a d'éloges que pour l'art du cuisinier. 

8. Les inférieurs doivent obéir fidèlement au prince et prier 
pour lui. 

9. Les péchés qui ont offensé Dieu et mis l'empire en danger 
sont marqués dans les livres de Moïse, des prophètes et dans 
l'Évangile ; on étudiera ces livres et on y trouvera toutes les ex- 
plications nécessaires. (Exemples ex l rails de la Bible.) 

10. Il est faux, quoi qu'en disent certains, que le baptisé n'ira pas 
[66 1 au feu éternel, mais seulement en purgatoire, vécût-il dans le [péché: 

la foi sans les œuvres ne conduit pas au royaume des cieux.Le chré- 
tien qui vit en état de péché sera puni plus sévèrement que celui 
qui n'est pas chrétien et qui s'applique aux bonnes œuvres. 

11. Beaucoup vont rarement à l'église. Il ne faut pas que les 
chapelles environnantes détournent de l'église. 

12. Beaucoup à l'église prient du bout des lèvres et non de cœur, 
ou bien causent et rient. 

13. Beaucoup ne prient pas du tout, ne pouvant aller à l'église 
et n'ayant pas de reliques de saints à leur portée. 

Le livre III e n'est qu'un extrait des deux premiers ; il débute 
par la lettre des évêques aux empereurs dont ils louent le zèle, 
racontant toute la suite de cette affaire, y compris la convocation 
des quatres conciles, et ajoutant que : « Conformément aux 
ordres des empereurs, ils ont indiqué dans les livres précédents 
les réformes à entreprendre dans le clergé et le peuple, et ils les 
soumettent à l'approbation impériale. Ils n'ont pas voulu omettre 
ce qui se rapporte aux personnes et aux fonctions des empereurs ; au 
contraire, par souci pour le salut de leurs âmes, ils ont annoté 
dans le livre II e quelques points qui leur ont paru nécessaires. 
Ils en ont extrait quelques parties dans le livre suivant, et ils 
y ont ajouté ce qu'ils avaient à demander aux empereurs. » 

C. 1. Répétition abrégée des canons 4 e et 5 e du livre I er ayant 
trait à la réforme du clergé. 

2. Les malheurs qui ont frappé l'Eglise et l'Etat ont été causés 
par tous nos péchés, en particulier par la bestialité et la pédé- 
rastie. Des vestiges du paganisme ont subsisté, ce sont : la sorcel- 
lerie, l'art des devins, l'explication des songes, les philtres amou- 
reux, les amulettes, etc. Plusieurs font changer la température 
par des artifices diaboliques, font tomber la grêle, empêchent 
les vaches d'avoir du lait, etc. En .outre, l'ivrognerie, la glouton- 



70 LIVRE XXI 

nerie, la haine, etc., sont choses communes, de même que les 
farces, discours insensés, malédictions, mensonges, jurements 
sacrilèges, chants obscènes. Avec l'aide deDieu,nous voulons nous- 
mêmes fuir tous ces péchés, donner le bon exemple à nos ouailles 
et les instruire. Nous avons également mentionné dans notre écrit 
(in opère conventus nostri) d'autres chapitres que nous résumerons 
ici brièvement : Le mariage n'a pas été institué par Dieu pour 
servir la volupté, mais seulement pour procréer des enfants ; 
la virginité doit être gardée jusqu'au mariage ; les gens mariés 
ne doivent avoir ni femme de mauvaise vie ni de concubine ; [07] 
on ne doit pas avoir commerce avec des femmes enceintes ; 
nul ne doit abandonner sa femme sauf pour inconduite, et dans 
ce dernier cas c'est commettre l'adultère que d'en épouser une 
autre; on évitera les unions incestueuses; on ira plus souvent à 
l'église ; on y priera avec plus de respect ; on exercera la justice ; 
on ne fera pas de faux témoignage; on ne se vendra pas pour 
des présents. (On ne trouve dans les I er et II e livres qu'un seul 
de tous les points rappelés ici et résumés : les mots congessimus 
etiam in opère conventus nostri nonnulla alla capitula, etc., font 
peut-être allusion à la seconde partie du II e livre, aujourd'hui 
perdue. Plusieurs de ces alia capitula se rapprochent de ceux 
du concile romain tenu sous le pape Eugène II.) 

3. Sur l'uniformité des poids et mesures ; extrait du c. 51 
du livre I. 

4. Extrait du livre I, c. 29. 

5. Extrait du livre I, c. 50. 

6. Extrait du livre I, c. 47. 

7. Extrait du livre I, c. 44. Les vingt autres chapitres sont 
groupés sous le titre suivant : Hcec sunt etiam capitula, quse a 
vestra pietate adimpleri flagitamus ; ils renferment les exhorta- 
lions et demandes du concile à l'empereur. 

8. Nous vous demandons de faire connaître à vos fils et aux 
grands la force et la dignité de l'état ecclésiastique, et de leur 
citer ces paroles de Constantin aux évêques : « Dieu vous a insti- 
tués prêtres et vous a donné un pouvoir judiciaire qui s'étend 
même sur nous ; et vous-mêmes ne pouvez être jugés par aucune 
personne humaine : il faut laisser à Dieu le soin de vous juger. » 

9. Rappelez-leur aussi ce que dit Prosper à l'honneur de l'état 
ecclésiastique. 

10. Recommandez à vos fidèles de ne pas nous mépriser, si, 



428. CONCILES DE MAYENCE ET DE PARIS 71 

conformément à vos ordres, nous émettons des propositions 
pour notre réforme et pour celle de tous. Il serait injuste de pro- 
voquer des soupçons contre nous avant la publication de notre 
travail. Au contraire, l'entente doit régner entre les pasteurs 
et les ouailles du Christ. Ce n'est pas notre propre intérêt qui nous 
guide, c'est le zèle pour le salut des âmes. 
[o8J |j # Nous vous demandons de nous ménager tous les ans un 
laps de temps pour tenir des conciles, conformément au livre I, 
c. 26. 

12. Nous vous demandons de fonder, à l'exemple de votre père 
Charlemagne, des écoles publiques et impériales, en trois endroits 
au moins de l'empire. 

13. Nous vous demandons de faire rechercher par vos missi 
les clercs fugitifs en Italie, et de les faire rentrer dans leurs églises 
d'origine, conformément au livre I, c. 36. 

14. Veuillez ne pas recevoir les clercs et les moines qui vous 
demandent audience sans suivre l'ordre canonique. 

15. A l'exemple de votre père, veuillez aider quelques sièges 
épiscopaux tout à fait pauvres. 

16. Comme d'épouvantables forfaits ont été commis dans les dio- 
cèses d'Halitgar (de Cambrai) et de Rangart (de Noyon), envoyez 
vos missi dans ces pays pour que, de concert avec ces évêques, 
ils extirpent le mal le plus tôt possible, nous vous en prions. 

17. Nous vous demandons humblement de mettre un terme 
aux meurtres sacrilèges qui se commettent dans l'empire; sans 
avoir aucune mission, beaucoup s'établissent vengeurs et tuent. 

18. Tenez la main à ce que les abbés et les abbesses donnent le bon 
exemple, conduisent leurs communautés d'une manière paternelle, 
etc. 

19. Veuillez ordonner à vos missi de nous soutenir dans l'œuvre 
de la réforme et défendez aux palatins et aux grands d'avoir 
des chapelains, car dès qu'ils en ont, ils ne vont plus à l'église 
de l'évêque. Veillez aussi à la sanctification du dimanche, confor- 
mément au liv. I, c. 47 et 50. 

20. Au sujet de la communion fréquente, conformez-vous aux 
exhortations des anciens conciles, et par vos exemples engagez 
vos serviteurs à vous imiter. 

21. Au sujcl du capitulum relatif aux honneurs à rendre à 
l'état ecclésiastique (capitulum décrété en conventus général), 
veuillez faire sans délai w <|ui vous paraîtra le plus opportun. 



72 LIVltE XXI 

22. Veuillez apporter les plus grands soins à l'installation des 
évêques et des pasteurs. 

23. Evitez, ainsi qu'on vous l'a souvent recommandé, d'agir à la 
légère, pour l'installation des abbesses ou le choix de vos serviteurs. 

24. Veillez à l'entente de vos conseillers et serviteurs, confor- 
mément au liv. II, c. 6 (p. 65). 

25. Nous vous demandons et conjurons d'élever vos enfants [69] 
dans la crainte de Dieu, recommandez-leur de s'aimer mutuel- 
lement, de déférer aux exhortations paternelles, et de s'abste- 
nir de toute injustice. 

26. Recherchez le motif qui a fait sortir prêtres et princes du 
droit chemin. Sans compter les chapitres précédents qui dénotent 
beaucoup de négligences, nous croyons qu'il existe contre le bien 
un obstacle enraciné, à savoir que, sans tenir compte de la volonté 
de Dieu, les princes se mêlent des affaires de l'Eglise, tandis 
que les clercs, soit laisser-aller, soit ignorance, soit avarice, s'enga- 
gent dans les affaires et dans les soucis du monde. C'est là un sujet 
dont nous remettons le développement à une autre époque, 
lorsque nous aurons plus de moyens d'aider l'empereur et qu'il 
y aura un plus grand nombre d'évêques présents, etc. 

27. De même nous traiterons, à une époque plus opportune, 
la question de la liberté des évêques. 

Le jour même où se réunit ce concile (6 juin 829), on couronna 
roi, dans l'église de Saint-Germain, Charles (le Chauve), le plus 
jeune des fils de l'empereur, issu de Judith, sa seconde femme. 
Toutefois on ne donna pas d'apanage au jeune roi 1 . 

Il existe une certaine relation entre ce concile et un document 
par lequel Inchadus, évêque de Paris, accordait en jouissance 
aux clercs de sa cathédrale plusieurs biens dont on fait l'énumé- 
ration. Cet acte fut passé dans l'église de Saint-Etienne, à Paris, 
en présence des archevêques et évêques réunis pour le concile; 
le document porte leurs noms et la signature de plusieurs 2 . 

1. Pagi, Critica, ad ann. 829, n. 8, etMansi, Notse ad Baron., mettent en doute 
la valeur de cette date du G juin. 

2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 605 sq. Le concile de Paris de 829 est en relation 
intime avec deux ouvrages de Jonas d'Orléans intitulés l'un : De ins/itutione renia, 
et l'autre, De institutionc laicali. Depuis la publication de la Conciliengeschichte 
un érudit est arrivé à cette conclusion que le De inslitutione laicali doit continuer 
textuellement la dernière partie du second livre des canons de 829, partie con- 
sidérée comme perdue. Cf. Simson, Jahrbiïcher des frânkishen Reichs unlerLudwt'x 



/,29- AGOBARD DE LYON CONTRE LES JUIFS 73 



429. Agobard de Lyon contre les juifs. 

Les actes des conciles réformateurs tenus à la même époque 
à Lyon et à Toulouse nous manquent, avons-nous dit ; néan- 
moins, on est porté à croire que deux lettres d' Agobard, archevê- 
[70] que de Lyon, à l'empereur Louis, ont quelque rapport avec ce 
concile de Lyon. L'une de ces lettres ne porte comme suscrip- 
tion que le nom d' Agobard ; mais comme on peut y lire : quee 
omnia contulimus cum fratribus, plusieurs savants ont pensé 
qu' Agobard avait déféré au concile tenu à Lyon en 829 l'af- 
faire dont il parle dans cette lettre, à savoir le danger que 
faisaient courir les juifs; il aurait donc écrit cette lettre à Louis 
le Débonnaire, du consentement de l'assemblée 1 . La seconde 
lettre porte, outre la signature d' Agobard, celles de Bernard, 
archevêque de Vienne, et de Caof, évêque de Chalon-sur-Saône; 
ces trois évêques ayant rédigé la missive à la demande du 
concile. 

Lyon et ses environs comptant un très grand nombre de juifs, 
Agobard avait engagé les chrétiens à ne vendre aux juifs aucun 
esclave chrétien; ils ne devaient pas souffrir que des fidèles 
achetés par les juifs fussent emmenés en Espagne, que des femmes 
chrétiennes au service des juifs célébrassent le sabbat avec eux, 
travaillassent le dimanche et mangeassent en carême. Aucun 
chrétien ne devait acheter de la viande aux juifs ni boire de leur 
vin, etc. — Sur les plaintes des juifs, l'empereur envoya trois 
missi, Gerrik, Frederick et Evrard, qui firent preuve d'une telle 
partialité en faveur des juifs qu' Agobard crut devoir adresser à 
l'empereur la première de nos deux lettres. Grâce à la conduite 
des missi, les juifs, disait l'archevêque, ne gardaient plus aucune 
mesure : «ils osaient poursuivre les chrétiens et l'archevêque 
lui-même ; ils voulaient enseigner aux chrétiens ce qu'ils devaient 
croire (c'est-à-dire ce que permettait la religion chrétienne au 



dem Frommen, in-8, Leipzig, 1874, t. i, p. 381 sq. ; Kl. Amelung, Leben und 
Schriften des Bischofs Jonas von Orléans, in-8, Dresden, 1888. (H. L.) 

1. Luden, Gesch. d. deutschen Volkes, t. v, p. 316, émet une pure hypothèse 
lorsqu'il affirme que, sur la demande d'Agobard, les quatre synodes tenus en 
829 s'étaient occupés de l'affaire des juifs. 



74 LIVRE XXI 

sujet des rapports avec les juifs). Agobard ne pouvait croire 
que les prétendus décrets impériaux dont les juifs arguaient 
fussent authentiques. On prétend que les missi auraient dit : 
« L'empereur aime les juifs et ils lui sont chers. » Et l'archevêque [71] 
se trouvait en butte à des persécutions, uniquement à cause 
des directions, pourtant si justifiées, données par lui aux chré- 
tiens à l'égard de ces juifs. Car on sait que si les juifs tuent 
un animal ayant quelque tare, ils en vendent la viande aux chré- 
tiens, et par orgueil, appellent ces animaux « viande à chrétiens», 
christiana pecora. Ils font le commerce du vin, quoiqu'ils le re- 
gardent comme une boisson impure ; ils ramassent tout ce 
qu'il y a de plus difforme et de plus souillé, pour le vendre aux 
chrétiens. On sait, en outre, que dans leurs prières de chaque jour 
ils maudissent le Christ « et les nazaréens ». Il faut que l'empereur 
sache à quel point les juifs nuisent à la foi chrétienne, car ils 
ne rougissent pas de se vanter de toutes ces indignités en présence 
des simples chrétiens : à cause de leurs patriarches, ils se trou- 
vaient en grande faveur auprès de l'empereur, si bien que des 
personnes haut placées avaient sollicité leurs prières et leurs 
bénédictions. Des parents de l'empereur et les femmes de quelques 
employés de la cour avaient offert des vêtements aux femmes ° 
des juifs ; il leur était maintenant permis, malgré les anciennes 
prescriptions, de bâtir de nouvelles synagogues. Des chrétiens 
peu intelligents vont jusqu'à dire que les juifs prêcheraient mieux 
que les prêtres. A cause des juifs, les missi avaient supprimé 
tous les marchés qui se tenaient le samedi et laissé aux juifs 
le choix d'un autre jour. Il fallait que l'empereur connût ce 
que les anciens évêques des Gaules et les rois s'inspirant de la 
sainte Écriture, avaient décidé touchant la séparation nécessaire 
entre juifs et chrétiens... Cette lettre était déjà rédigée lorsque 
est arrivé de Cordoue un fugitif, qui a fait la déclaration suivante : 
Il y a vingt-quatre ans, étant encore enfant, il fut volé à Lyon 
par un juif et vendu ; il s'est sauvé avec un compagnon de capti- 
vité, pareillement volé par un juif à Arles six ans aupara- 
vant. De pareils faits sont fréquents, et l'on parle de plusieurs 
autres méfaits dont les juifs se sont rendus coupables.» 

La seconde lettre démontre ce qu'avait énoncé la première, sur 
la nécessité d'établir une séparation rigoureuse entre les chré- 
tiens et les juifs. D'après le Christ lui-même, le judaïsme est 
digne de réprobation, ce dont témoignent les Pères de l'E- 



'i29. AGOBARD DE LYON CONTRE LES JUIFS 75 

glise, les conciles gaulois, les passages talmudiques des juifs 
et la Bible elle-même 1 . 

Il semble qu'au xvi e siècle on eût encore les actes du concile 
tenu à Mayence en 829 ; les centuriateurs de Magdebourg affir- 
ment les avoir vus et tenus en leur possession. Néanmoins ils se 
[721 contentent d'en extraire les noms des évêques présents, qui sont : 
Oto-ar, archevêque de Mayence (président) ; Hatto, archevêque 
de Trêves ; Hadubald, archevêque de Cologne ; Berwin, arche- 
vêque de Besançon, et Adalram, archevêque de Salzbourg, avec 
leurs sufïragants. Ces sufïragants étaient : a) pour Mayence : 
Bernold de Strasbourg, Benoît de Spire, Nitgar d'Augsbourg, 
Folcuin de Worms, Wolfléoz de Constance, Adaling d'Eichstâdt, 
Badurat de Paderborn, Wolf gar deWûrzbourg, Haruch de Verden, 
Theutorinde Halberstadt; b) pour Trêves : Drogon de Metz (qui, 
sur la demande de l'empereur Louis et en qualité de fils de Char- 
lemao-ne et chapelain de la cour, avait reçu du pape le titre per- 
sonnel d'archevêque), Hildin de Verdun, Frothar de Toul; c) pour 
Cologne : Waldgoz ou Waldgand de Liège, Willerich de Brème, 
Frédéric d'Utrecht, Gerfrid de Munster, Géboin ou Gosoin d'Os- 
nabrûck; d) pour Besançon : David de Lausanne, Udalrik de 
Bâle; e) pour Salzbourg : Hitto de Freising, Badurich de Ratis- 
bonne Reginher de Passau, Erbéo de Brixen. Après ces noms 
viennent ceux de quatre chorévêques et de six abbés; à la tête 
de ces derniers se trouve Raban Maur, abbé de Fulda. Dans ce 
même concile le moine Gotescalc porta, paraît-il, ses plaintes 
contre Raban Maur et obtint de l'assemblée de quitter l'état 
religieux. Raban en appela de cette sentence à l'empereur et à 
un autre concile qui se tiendrait en présence du souverain, et il 
obtint que Gotescalc fût simplement placé dans un autre 
monastère, celui d'Orbais près de Reims ; nous aurons plus tard 
ample occasion de parler de lui 2 . 

1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 607 sq. ; Agobard, P. L., t. civ, col. 69 sq. 
Cf. Gfrurer, Kirchcngeschichte, t. ni, 2, p. 755. 

2. Centur. Magdebg., t. ix, col. 9,10; Hartheim, op. cit., t. u, p. 54; Mabillon, 
Annales Ord. S.Ben., t. n, 1. XXX, p. 523; Histoire littér. delà France, t. v, 
p. 352. 



70 LIVRE XXI 



430. Diète et concile tenus à Worms au mois d'août 829. 

Ayant reçu les actes des quatre conciles, l'empereur réunit, au 
mois d'août de cette même année 829, une grande assemblée à 
Worms. Hincmar de Reims qui l'appelle un synodus et placitum 
générale, rapporte qu'un légat du pape Grégoire IV y assista, 
et cite de cette assemblée un capitulum condamnant a faire [73] 
pénitence publique celui qui aura abandonné sa femme et en aura 
épousé une autre 1 . 

On ne connaissait autrefois que le capitulaire, divisé en trois 
parties, publié par l'empereur dans les conventus de Worms 2 , 
et dont la troisième partie, c. 3, contient mot à mot la prescrip- 
tion rapportée par Hincmar. Mais Pertz a édité les propositions 
détaillées des évêques à l'empereur, presque toutes empruntées 
aux actes du concile de Paris. 

1. Le discours de début adressé à l'empereur est identique à la 
lettre à Louis et à Lothaire, placée au commencement du livre III e 

des actes de l'assemblée de Paris ; il n'y manque que le nom de 
Lothaire et la fin de la lettre, qui devait être supprimée, parce 
qu'elle se rapportait 3 spécialement aux actes de Paris et à leur 
division. Quant à l'omission du nom de Lothaire, elle est de nature 
à surprendre si Einhard est dans le vrai lorsqu'il rapporte que 
Lothaire ne fut envoyé en Italie qu'après la célébration de 
l'assemblée de Worms. 

2. Viennent ensuite, dans les actes de l'assemblée de Worms, 
trois capitula, résumés du lib. I, c. 1-3, de l'assemblée de Paris. 

3. Le troisième document intitulé De persona sacerdotali com- 

1. Coll. regia, t. xxi, col. 266 ; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1669-1670 ; Har- 
douin, Coll. conc, t. iv, col. 1361; Coleti, Concilia, t. ix, col. 781 ; Mansi, Conc. 
ampliss. coll., t. xiv, col. 626; Pertz, Mon. Germ. liisl., t. m, Leges, t. i, p. 331- 
349. (H. L.) 

2. Mansi, op. cit., t. xv, Appendix, col. 447 sq.; Pertz, Monum., t. m, Leges, 
t. i, p. 439 sq. [Nithard, Histor., i, 3, édit. E. Mùller, 1907 ; Vita Hludowici impe- 
ratoris, c. xliii; B. Simson, Jahrbiicher, in-8, Leipzig, 1874, 1. 1, p. 328; J. Cal- 
mette, De Bernardi sancti Gulielmi filio, in-8, ToIosîp, 1902, p. 8 sq. ; L. Halphen, 
La crise de l'empire carolingien sous Louis le Pieux, dans F. Lot et L. Halphen, 
Le règne deCharles le Chauve, 1909, p. '.. (II. L.)] 

3. Annal.,' ad ann. S29. 



'j3Q. diète et concile tenus a worms 77 

prend dix-sept numéros, offrant avec les actes de Paris une ressem- 
blance frappante ; ils ont été revus en détail par Pertz qui n'a 
pas dit le dernier mot à leur sujet. Les sept premiers numéros 
sont extraits du lib. I, c. 11, 12, 13, 14, 31, 27. et 25 du concile 
de Paris: le numéro 11 a de l'analogie avec lib. I, c. 20:1e numéro 12 
est identique au lib. I, c. 16, les numéros 13 et 14 sont extraits 
du lib. I, c. 21, les numéros 15, 16 et 17 du lib. I, c. 22, 4 et 5 
(avec une légère modification devenue nécessaire). Enfin les nu- 
méros 8, 9 et 10 et en partie 16 sont nouveaux, ne provenant 
pas du concile de Paris, mais bien d'un des trois autres conciles 
dont nous n'avons plus les actes. 

4 Vient ensuite la petitio des évêques à l'empereur concernant 
[74] ce qu'il avait à faire lui-même. Elle est enprumtée intégrale- 
ment au III e livre des actes de Paris, numéros 8-21. 

5. Dans un autre document les évêques indiquent à l'empereur 
quœ populo annuntianda surit, et ils placent sous ce titre ce que 
Je concile de Paris avait prescrit, soit dans le I er soit dans le III e 
livre. Le n° 1 est identique à I, 54 de Paris, le n° 2 identique à I, 
7 et 8, avec cette réserve particulière que celui qui aurait été 
baptisé à une autre époque qu'à Pâques ou à la Pentecôte ne pour- 
rait devenir clerc; n° 3= I, 9; n° 4 = I, 10; n° 5 = I, 30; n° 6 = 
I, 33 ;n07- III, 4 (en partie = I, 29); n° 8=1, 35; n° 9 = 
I, 48 ; n° 10 = I, 49 (avec cette indication que les trois autres 
conciles, et non pas seulement celui de Paris, avaient pris cette dé- 
termination); n° 11 = I, 50 (III, 5);n°12 = 1,47 (III, 6); n°13 
= I, 40(111, 7); ^ 14= I,41;n°15 = 1,42 ;n°16=I, 43; n° 17 
= I, 48 ; n° 18 = I, 45; n° 19 = I, 46; n° 20 = I, 53 ; III, 3, 
et III, 2 ^ 

6. Le dernier document intitulé De persona regali et son début 
viennent de la fin de Y Epistola ad imperalorem (placée en tête 
du livre III e des actes de Paris), avec cette différence que les 
évêques de Worms disent qu' « ils se sont contentés d'extraire 
et de réunir une partie de tout ce que leurs conventus (les quatre) 
avaient décrété. » Ce document traite des devoirs du roi, et par 
conséquent continue et complète la petitio. Le n° 1 est, avec des 
changements, extrait du livre II e , c. 1 et 2, des actes de Paris; 
le reste provient du livre III e , c. 22-27. 

On serait porté à croire que le capitulaire en trois parties publié 

1. Pertz n'esl pas non plus toujours exact dans ses citations. 



78 LIVRE XXI 

à Worms aurait été la réponse de l'empereur Louis à ces'diver- 
ses propositions des évêques. Mais sauf l'unique point cité par 
Hincmar, le capitulaire impérial ne contient rien qui soit une 
sanction des propositions épiscopales. Cela s'explique par l'histoire 
de l'assemblée de Worms. L'empereur en profita surtout pour 
donner un royaume à son plus jeune fils Charles, couronné roi 
depuis quelques mois. Ce royaume comprenait l'Alemannie, 
la Rhétie et une partie de l'ancien royaume deBurgundie, apanage [75" 
qui diminuait la part des fils aînés. Lothaire y donna son consente- 
ment, mais Pépin, roi d'Aquitaine, en fut très irrité; déjà depuis 
quelque temps il caressait des idées de révolte. Le principal 
adversaire du parti de Pépin était Bernard, duc de Septimanie 
(Marche espagnole), homme de guerre distingué, et favori de 
l'impératrice Judith, plus même que son favori, si on en croit 
certains bruits 1 . Or, l'empereur Louis choisit pour tuteur et pré- 
cepteur de Charles, ce même Bernard qu'il nomma chambrier 
royal afin de le gagner tout à fait à sa cause et à celle de son plus 
jeune fils. Cette élévation excita chez les adversaires un très 
vif mécontentement qui se traduisit en injures et en intrigues 
odieuses. On se sépara presque brouillés, et la diète de Worms se 
termina sans résultats, du moins en ce qui concerne la réponse 
définitive aux propositions des évêques 2 . 

Avant de terminer ce qui a trait à cette diète, qu'il me soit per- 
mis de rectifier deux erreurs de Binterim 3 . D'après lui l'em- 
pereur aurait déclaré porter lui-même la défense au conjoint de- 
meuré seul, après la séparation, de se remarier. C'est une erreur, 
car les mots congessimus etiam, etc. 4 , ne sont pas de l'empereur, 
mais bien des évêques. — Lorsque Binterim ajoute : « C'est 
là presque le seul point des capitulaires laissés par Louis qui ne 
se trouve pas dans les actes du concile de Paris, » il oublie que 
le concile de Paris, lib. III, c. 2, avait émis exactement la même 
proposition. 

1. Cf. Paschase Radbert, Epitaphium Arsenii, n, 8. (H. L ) 

2. Au sujet de la diète synodale de Worms et de la division de l'empire en 829, 
cf. Dùmmler, ' Gesch. des ostfrdnk. Reichs, Berlin, 1862, t. i, p. 51, sq. 

3. Binterim, Deutsche Concilien, t. n, p. 385. 

4. Pertz, op. cit., p. 345. 



±31. RÉVOLTE DES FILS DE LOUIS LE DEBONNAIRE 79 



431. Révolte des fils de Louis le Débonnaire contre leur père. 

Diète synodale de Nimègue x . 

Le mécontentement contre l'empereur, qui s'était fait jour 
dans la diète de Worms, ne fit qu'augmenter jusqu'au printemps 
de 830; bientôt éclata une révolte, menée par Pépin, roi d'Aqui- 
taine, avec beaucoup de grands et de prélats francs. Ils mar- 
chèrent contre l'empereur ; le duc Bernard, chambrier impé- 
rial, ne sut que s'enfuir en Espagne ; l'impératrice Judith se 
retira dans un monastère à Laon, et l'empereur Louis vint à 
Compiègne, essayer, dans une entrevue, de ramener son fils à 
[76] de meilleurs sentiments, mais il ne retira guère que des affronts 
de sa démarche. Les parents de Bernard, les frères de l'impé- 
ratrice et d'autres personnages du même parti eurent les yeux 
crevés, fvirent relégués dans des monastères, ou enfin réduits à la 
misère. L'impératrice Judith amenée de force à Compiègne fut 
condamnée à se rendre à Poitiers, dans le monastère de Sainte- 
Badegonde, et à y prendre le voile. On conseilla à l'empereur 
de se raser la tête et de se retirer dans un monastère; on ajoutait 
que s'il voulait sauver son âme et arrêter l'empire sur sa rui- 
ne, il devait se hâter de faire cette profession monastique 
depuis longtemps l'objet de ses désirs. Louis se montra dans l'in- 
fortune plus courageux qu'on n'aurait pu l'espérer; il déclara 
que seule la puissance ecclésiastique pouvait l'autoriser à aban- 
donner ainsi sa femme et son enfant. Sa subite énergie, le zèle 
déployé en sa faveur par plusieurs amis fidèles, pour la plupart 
membres du clergé, relevèrent peu à peu le courage d'un grand 
nombre et ramenèrent à l'empereur beaucoup de sympathies. 

1. L. Halphen, La crise de l'empire carolingien sous Louis le Pieux, dans F. Lot 
et L. Halphen, Lerègne de Charles le Chauve, in-8, Paris, 1909, p. 1-10; B. Sim- 
son. Jahrbûcher des frànkischen Reichs unter Ludwig dem Frommen, 2 vol. in-8, 
Leipzig, 1874-76; Mùhlbacher, Die Regesten des Kaiserreichs unter den Karolin- 
gem, 2 e édit., in-4, Innsbruck, 1908, t. i; A. Himly, Il ala e! Louis le Débonnaire, 
in-8, Paris, 1819; A. Kleinclausz, L'Empire carolingien, ses origines et ses trans- 
formations, in-8, Paris, 1902; J. Calmette, De Bernardo sancti Gulielmi filio, in-8, 
Tolosa-, 1902; L. M. Hartmann, Geschichle I/aliens im Miltelalter, in-8, Gotha, 
1908, t. ni, part. 1, p. 127, sq. (H. L.) 



80 LIVRE XXI 

Son fils Louis le Germanique se déclara pour lui, ainsi 
que les grands de la Germanie; quant à Lothaire qui, sur ces 
entrefaites, était revenu d'Italie et avait été salué seul souve- 
rain, il se rapprocha de son père dont il commença par adoucir 
l'emprisonnement. On convint que l'on viderait ces tristes dis- 
cordes dans une diète synodale spéciale (concilium mixtum), 
qui se tiendrait au mois d'octobre 830 à N'mègue. Vainement 
dans cette diète synodale, les ennemis de Louis le Débonnaire 
cherchèrent à faire aboutir leurs plans par des menaces et des 
brutalités, et à provoquer une nouvelle révolte du jeune empe- 
reur contre son père. Les grands de la Germanie restèrent fidèles 
au parti de Louis, et le défendirent, les armes à la main. D'un 
autre côté, Lothaire fut entièrement gagné par les paroles affa- 
bles de son père; aussi Louis le Débonnaire put-il reprendre le 
pouvoir et châtier les auteurs de la révolte. Parmi eux se trou- 
vait Jessé, évêque d'Amiens, qui fut déposé comme coupable 
de haute trahison. Hilduin, abbé de Saint- Denis, fut exilé à Pader- 
born ; on lui enleva son abbaye et sa dignité de chancelier; 
Wala fut relégué dans son abbaye de Corbie, etc. 1 . 



432. Deux réunions à Saint-Denis en 829 et 832. [77] 

Le nom d' Hilduin rappelle deux assemblées ou conciles tenus 
vers cette époque à Saint-Denis. Le premier, en juin 829, a 
quelque rapport avec le concile tenu dans le même temps à 
Paris et précède l'exil d'Hilduin. L'autre, en janvier 832 2 , sui- 
vit de près la réconciliation de l'abbé Hilduin avec l'empereur 
et sa réintégration. Nous avons sur ces deux réunions un diplôme 



1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. G30; Hardouin, op. cit., t. xv, col. 1366; Dûmmlcr, 
op. cit., p. 58-62. [A. Himly, Wala et Louis le Débonnaire, in-8, Paris, 1849, F. Lot; 
Les abbés Hilduin au IX e siècle, dans la Biblioth. de l'école des Chartes, 1905, 
t. lxvi, p. 277-280. (H. L.) 

2. Lalande, Conc. Gall., p. 140; Mabillon, De re diplomatica, l re et 2 e édit., 
p. 518, fac-sim. 450 ; édit. Neapoli, 1789, t. i, p. 538-541, fac-sim. 466; Hardouin, 
op. cit., t. iv, col. 1365 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 633; Felibien, 
Histoire de S 'aint-Deny s, in fol., Paris, 1706, p. 49; Buhmer-Muhlbacher, Regesta 
Imperii,t. i, p. 876, 877; A. Verminghoiï, Verzeichnis derAkteti frànkisclier Syno- 
den, dans Neues Archù', 1899, t. xxiv, p. 489. (H. L.) 



432. DEUX REUNIONS A SAINÏ-DÉNIS EN 82'J ET 832 



81 



de l'empereur, daté du 26 août 832 ; il y est dit qu'entre 
autres réformes, le concile de Paris avait jugé nécessaire la 
réforme de Saint-Denis et s'était précisément occupé de la réa- 
liser. Les archevêques Aldrich de Sens et Ebbon de Reims s'é- 
taient rendus avec leurs sufîragants à Saint- Denis, y avaient tenu 
une assemblée et déterminé la plus grande partie des moines 
apostats (qui monasticam vitam et habitum deseruerunt) à reprendre 
l'habit et à renouveler leurs vœux. En même temps, ils avaient 
prié les moines de Saint-Denis qui, restés fidèles à la règle, demeu- 
raient dans une cella ( clôture ) attenante au monastère, de reve- 
nir à l'abbaye. Cette scission s'était produite peu de temps au- 
paravant, lorsque les deux abbés Benoît d'Aniane et Arnulph, 
commissaires de l'empereur pour la réforme monastique, s'étaient 
laissé tromper par les moines de Saint-Denis et avaient main- 
tenu le parti relâché dans le monastère, reléguant les religieux 
observants dans une cella particulière. Ces derniers demandèrent 
et obtinrent des évêques Aldrich, Ebbon, et des autres prélats 
leur réintégration dans le monastère. L'ordre paraissait rétabli 
à Saint-Denis ; mais quelque temps après plusieurs moines, 
mécontents de subir le joug de la règle, envoyèrent, à l'insu de 
l'abbé, des ambassadeurs à l'empereur pour se plaindre de ce 
que les évêques avaient agi avec brutalité et n'avaient laissé 
aux moines aucune liberté. L'empereur Louis ordonna à l'abbé 
Hilduin de réunir de nouveau à Saint-Denis les évêques ainsi 
mis en cause, et d'autres avec eux. Dans cette nouvelle réunion 
on fit la preuve par témoins, que les plaintes des moines étaient 
sans fondement, et comme ils se montrèrent repentants on leur 
demanda de s'engager par écrit à revenir à l'observation de la 
règle 1 . — A ces deux réunions de Saint-Denis se rattachent 
L'°J deux documents fort maltraités par le temps qui renferment les 
noms des évêques présents. 

1. Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 634 sq. 



CONCILES -- IV — G. 



82 LIVRE XXI 



433. Conciles et diètes pendant le second conflit entre Louis 
le Débonnaire et ses fils, de 830 à 833. 

Au mois de novembre 830, un concile de la province ecclésias- 
tique de Lyon se tint à Langres (Lingonis) ; nous savons seulement 
qu'Albérich, évêque de Langres, y fit des donations au monastère 
de Saint Pierre de Bèze (B. Pétri Bezuensis), donations confirmées 
par un acte impérial \ 

On avait annoncé au conventus de Nimègue la tenue d'une nou- 
velle diète où on devait achever la pacification du royaume; cette 
diète se réunit en février 831 à Aix-la-Chapelle ; les principaux 
auteurs de la révolte furent condamnés à mort, graciés par 
l'empereur et relégués dans des monastères 2 . On invita l'impéra- 
trice Judith à comparaître et à se défendre, s'il s'élevait des 
accusateurs contre elle. Personne ne l'attaqua, elle prêta le 
serment d'usage, protesta de son innocence, et tous les fils 
de Louis le Débonnaire, sans en excepter Pépin, se réconciliè- 
rent, extérieurement du moins, avec leur père. L'empereur 
demanda probablement à tous ses anciens adversaires de lui 
jurer de nouveau fidélité et obéissance ; Lothaire dut renoncer 
solennellement et par serment à tous ses droits en qualité d'associé 
à l'empire; dès lors en effet, on ne retrouve plus son nom dans 
les édits impériaux. 

Dans la diète tenue en mai 831 à Ingelheim, l'empereur Louis 
rendit leurs fiefs à beaucoup de coupables et remit en liberté ceux r^m 
qui avaient été enfermés dans des monastères ; le moine Guntbald, 
qui s'était fort remué pour le service de l'empereur, pendant 
que les affaires de celui-ci étaient le plus gâtées, fut nommé grand 
chambellan à la place du duc Bernard. Vers cette même époque, 
l'empereur fonda l'archevêché de Hambourg comme un jalon 



1. Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1362 ; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 626; 
[D'Achery, Spicilegium, t. i, p. 509; 2 e édit., t. n, p. 406; Analecta Divionensia, 
Documents inédits pour servir à l'histoire de France et particulièrement à celle de 
Bourgogne, in-8, Dijon, 1864 ; Bôhmer-Mûhlbacher, Reg. imp., t. i, n. 849; 
A. Vermingholï, Verzeichnis, dans Neues Archiv., 1899, t. xxiv, p. 488. (H. L.)] 

2. Ce fut alors que Hilduin fut in tenu' à Corvey et Wala exilé sur un roc es- 
carpé en face du lac de Genève. 



433- CONCILES ET DIETES DE 830 A 833 83 

pour les missions du Nord, et fit sacrer premier titulaire de ce 
siège, le célèbre missionnaire Ansgar; le sacre fut fait par Drogon 
de Metz, Ebbon de Reims, Hetti de Trêves et d'autres évêques. 

Les préludes de la nouvelle brouille qui survint entre l'em- 
pereur et ses fils étaient déjà sensibles dans la diète de Thionville 
(automne de 831). Pépin avait invoqué divers prétextes pour 
y manquer ; peu après il vint trouver son père à Aix-la-Cha- 
pelle, où il afficha de tels sentiments que Louis le Débonnaire lui 
interdit le retour en Aquitaine. Pépin s'enfuit, se ligua avec 
son ancien ennemi le duc Bernard, que la nomination de Guntbald 
à la charge de chambellan avait grandement mécontenté, et se 
prépara à la révolte. L'empereur avait déjà convoqué une diète 
à Orléans pour y condamner son fils, lorsque arriva la nouvelle 
que Louis le Germanique avait aussi quitté le parti de son père 
et s'avançait avec une armée pour lui enlever son empire. En 
effet, ce prince, voyant que sa fidélité dans la précédente révolte 
loin d'être récompensée lui avait au contraire coûté une partie 
de son empire, donnée à Charles, excité de plus par Lothaire, 
prit les armes et s'empara de la Germanie, qui faisait partie 
du lot du roi Charles. Toutefois, l'empereur avait promptement 
réuni une armée considérable, et Louis le Germanique, qui campait 
sur les bords du Rhin, à Worms, pensa que le mieux était de 
revenir sur ses pas, et bientôt, à Augsbourg, il jura de rester 
fidèle à son père. En apprenant la défection de son frère, Lothaire 
se décida également à la fidélité. Louis le Débonnaire se crut 
alors assez fort pour châtier son fils Pépin comme il le méritait. 
Au lieu de réunir à Orléans la diète annoncée, il la réunit à Limo- 
ges en septembre 832 ; Pépin y fut solennellement déclaré déchu 
de son royaume. Il devait être emmené prisonnier à Trêves 
avec sa femme ; mais il parvint à s'échapper et se tint caché 
pendant que son père se rendait en Aquitaine et donnait le 
royaume de Pépin à son jeune fils Charles. Le mécontentement 
qui se manifesta en Aquitaine à la suite de cette décision de l'em- 
[80] pereur força ce prince à revenir précipitamment. En même temps 
Lothaire et Louis le Germanique embrassèrent la cause de leur 
frère Pépin, et le triste conflit entre le père et les fils reparut 
plus violent et plus envenimé que jamais. Ce ne furent partout 
que guerres, désordres, révolutions, excès, qui troublèrent profon- 
dément tout l'empire franc. On chercha, comme toujours, la cause 
de tant de malheurs, et les mieux intentionnés crurent voir 



84 LIVRE XXI 

dans le malheureux et faible empereur Louis le véritable bouc 
émissaire. Le savant et énergique Agobard, archevêque de Lyon, 
qui s'était élevé des derniers degrés à cette haute dignité, se fit 
l'orateur de ce parti. Dans une lettre courageuse adressée à l'em- 
pereur, ce prélat lui dit que « lui-même était la cause des 
désordres de l'empire. Lorsque, spontanément, il avait voulu 
associer un de ses fils à l'empire, tous les évêques avaient prié 
et jeûné avec lui afin que son choix tombât sur le plus digne. Ce 
choix s'était porté sur Lothaire son fils aîné, en même temps 
qu'il donnait aux deux autres des portions de son empire. 
Mais voici que lui-même avait rompu tout contrat et toute 
promesse, ce qui avait fait éclater partout contre lui beaucoup 
de mécontentement et de haine 1 . » 

On comprend que tous ceux qui avaient été maltraités, punis, 
bannis, etc., par l'empereur Louis, parlèrent plus énergiquement 
encore. Ils se rendirent tous au camp des fils du Débonnaire, 
et les irritèrent encore plus contre leur père. Vers la Pâque de 
833, l'empereur Louis réunit près de Worms ses fidèles, pour la 
plupart du nord de l'Allemagne, tandis que les troupes du parti 
des fils de l'empereur se réunissaient près de Colmar. Avec Lothaire 
se trouvait le pape Grégoire IV, accouru pour interposer son 
autorité pontificale et mettre un terme à cette triste situation. 
Mais par le fait seul qu'il était dans le camp de Lothaire et 
subissait évidemment son influence, il ne pouvait juger le diffé- 
rend en toute impartialité ; d'autre part, l'empereur et ses amis 
se défièrent de Grégoire et s'exprimèrent sur son compte avec 
beaucoup d'amertume. Dans les rangs des adversaires de 
Louis le Débonnaire on mit tout en œuvre, le vrai et le faux, 
pour exciter l'opinion contre le malheureux empereur et contre 
l'impératrice Judith. C'est ce que fit en particulier Agobard, 
dans son écrit très partial pro filiis Ludovici 2 . « L'empereur [81] 
Louis, dit-il dans ce mémoire, est un insensé qui, captivé par la 
beauté et par la finesse d'une femme, s'abandonne à elle aveuglé- 
ment et lui livre son empire, et cependant c'est la même femme 
qui a eu avec le duc Bernard des relations adultères et ne songe 
qu'à placer son bâtard Charles. Quant aux trois fils aînés de 
Louis, ils ne méritaient que des éloges et des récompenses, pour 

1. Luden, Gesch. d. deulschen Volkes, t. v, p. 343 sq., p. 606. 

2. P. L., t. civ, col. 307 sq. 



433. CONCILES ET DIETES DE 8 .'5 A 833 85 

avoir songé à l'honneur du lit paternel et à délivrer du démon 
le palais impérial. » 

L'empereur Louis aurait pu avoir facilement raison de ses 
fils, s'il les avait attaqués avant qu'ils fussent complètement 
armés ; mais il temporisa et perdit un temps précieux à des 
négociations inutiles, qui ne firent qu'augmenter l'amertume de 
part et d'autre. 

Pendant le séjour de l'empereur à Worms, Aldrich, archevêque 
de Sens, tint dans sa ville épiscopale un concile pour octroyer 
certains privilèges au monastère de Saint-Remi à Sens 1 . 

Vers cette même époque les évêques anglais, unis aux rois 
Egbert de Wessex et Withlas de Mercie, se réunirent à Londres 
en concile, le 26 mai 833, pour se consulter au sujet des invasions 
des Danois et confirmer les donations et le droit d'asile accor- 
dés par le roi Withlas au monastère de Croyland 2 . 

Dans la seconde moitié de juin, l'empereur Louis quitta Worms 
et vint camper avec toutes ses forces devant l'armée de ses fils. 
On allait en venir aux armes, lorsque le pape Grégoire IV, quit- 
tant le camp de Lothaire, vint trouver l'empereur, et les deux 
grands représentants de la chrétienté délibérèrent ensemble 
sur la paix pendant plusieurs jours. Les fils de Louis le Débon- 
naire mirent à profit ce délai et les relations qui se nouèrent entre 
les deux camps, pour gagner par ruse, argent et promesses 
beaucoup de partisans de leur père. Se sentant ainsi les plus forts, 
ils fermèrent l'oreille aux propositions de paix faites par le 
pape, et ne lui permirent même pas de retourner suivant sa 
promesse au camp impérial pour porter à Louis la réponse de ses 
enfants. Ils répandirent le bruit que le pape s'était décidé en 
leur faveur ; et l'empereur fut si rapidement abandonné de tous 
ses fidèles qu'il suffit à ses ennemis de faire mine d'attaquer 
son camp, pour le réduire à se rendre prisonnier. Ce qui 
eut lieu dans les derniers jours de mai 833, non loin de Colmar, 
au pied de la montagne de Siegwald, en un endroit juste- 
[82] ment appelé depuis « le champ du mensonge» 3 . L'armée des fils 

1. Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1370; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 639. 

2. Coll. regia, t. xxi, col. 273; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1683-1686; Har- 
douin, Coll. conc, t. iv, col. 1375 ; Coleti, Concilia, t. ix, col. 797; Wilkins, Conc. 
Britann.. t. i, col. 176-178; Mansi, Conc, Suppl., 1. 1, col. 819; ConcJampliss . 
coll., t. xiv, col. 642. 

:!. Luden^op. cit., p. 357. 



86 



LIVRE XXI 



se dissipa proflftptemeiit, les vassaux retournèrent chez eux, 
sans chercher à se rendre compte de ce qu'il y avait à faire et 
sans trouver de solution aux graves questions pendantes. Le pape 
revint mécontent en Italie, et la malheureuse impératrice Judith 
fut exilée à Tortone. Quant au jeune prince Charles, il fut 
relégué dans le monastère de Prum. Pépin et Louis le Germanique 
regagnèrent leurs royaumes ; quant à Lothaire, il conduisit son 
père à Soissons, où il l'enferma dans le monastère de Saint - 
Médard, et de là se rendit à Aix-la-Chapelle pour y régner comme 
seul souverain et y recevoir le serment de fidélité. 

Louis le Débonnaire fut tellement harcelé dans le monastère 
de Saint-Médard, qu'il fut le premier à demander l'habit de 
moine. On le trompa par toutes sortes de fausses nouvelles : 
sa femme avait pris le voile; elle était morte ; son fils Charles s'é- 
tait fait couper les cheveux, avait pris l'habit monastique, avait 
dit au monde un éternel adieu. Il paraît que les saints dont les 
reliques reposaient dans le monastère de Saint-Médard apprirent 
à l'empereur détrôné la fausseté de ces nouvelles, en même temps 
que l'abbé lui recommandait de ne pas abdiquer le trône que 
Dieu lui avait donné. 

Au mois d'octobre 833, Lothaire tint une diète à Compiègne. 
Les évêques présents, en particulier Ebbon, archevêque de 
Reims, acceptèrent la mission de se rendre à Soissons pour faire 
naître de nouveaux scrupules dans l'âme du vieil empereur. Cet 
Ebbon était né de parents esclaves dans la maison de Charle- 
magne, et avait été élevé avec Louis le Débonnaire ; affranchi 
à cause de son talent, il s'était élevé de degré en degré. 
Demeuré presque jusqu'à cette époque un des plus fidèles parti- 
sans" de Louis, il était passé du côté de Lothaire, au « champ du 
mensonge », et, ainsi que cela arrive trop souvent, d'ami il 
était devenu adversaire déclaré de son ancien maître. Serviteur 
de la onzième heure, il voulait réparer par son zèle le temps qu'il 
croyait avoir perdu. Non seulement il récapitula au vieil em- 
pereur toutes ses anciennes fautes, en particulier sa dureté vis- 
à-vis de son neveu Bernard et d'autres membres de sa maison, 
faute que Louis le Débonnaire avait déjà expiée publiquement, 
mais il l'accusa de tous les maux, de tous les désordres et de [83] 
toutes les guerres qui depuis des années ravageaient l'empire 
franc ; il entassa reproches sur reproches, et, abusant de son 
caractère sacerdotal, il mit dans une telle anxiété l'âme du vieil - 



i34. RÉINTÉGRATION DE LOUIS LE DEBONNAIRE 87 

lard que Louis n'osant plus douter de sa culpabilité se montra de 
nouveau disposé à accepter une pénitence ecclésiastique et 
émit le vœu que Lothaire vînt le trouver à Soissons. Lothaire 
se rendit à cet appel (13 novembre 833) ; Louis le Débonnaire, 
à genoux devant le maître-autel de l'église de Saint-Médard, 
se déclara indigne de porter la couronne et prêt à se soumettre 
à une pénitence publique. On lui remit une liste de ses fautes, 
qu'il dut lire solennellement en présence de son fils, des évêques 
et d'une grande foule de peuple. L'archevêque Ebbon porta 
cette pièce sur l'autel, Louis y déposa le glaive impérial, se 
désarmant lui-même et échangea ses habits militaires contre 
un vêtement de pénitence 1 . C'était prononcer son abdication, et 
Lothaire revint triomphant à Aix-la-Chapelle. Néanmoins son 
père ne fit pas ce qu'on désirait le plus, la profession monacale, 
alléguant toujours, comme il l'avait fait à Soissons, que pour 
une pareille démarche il fallait jouir de toute sa liberté. 



434. Réintégration de Louis le Débonnaire, diètes et conciles 
à Thionville et à Stramiac en 835. 

Quelques mois suffirent pour retourner les affaires. Des milliers 
d'honnêtes gens furent indignés du déshonneur infligé au fils de 
Charlemagne, à ce prince vraiment bon et qui était l'oint du Sei- 

1. La honteuse Relalio episcoporum de exauctoratione Hludovici, ainsi que la 
Cartula d'Agobard, qui avait joué un rôle dans cette affaire, se trouve dans 
Pithœus, Annalium et historié Francorum...scriptores coœtanei, Francofurti, 
1594, p. 322; Baronius, Annales, ad ann. 833, n. 9; Binius, Concilia generalia 
et provincialia, Coloniœ Agrippinœ, 1606, t. ni, part. 1, p. 573; Goldast, Collec- 
tio constilulionum imperialium, Francofordiœ ad Mœnum, 1613, t. n, p. 16; 
Sirmond, Concilia antiqua Gallise, 1629, t. n, col. 520 ; A. Duchesne, Historiée 
Francorum scriptores, Lutetiœ Parisiorum, 1636, t. n, p. 331 ; Collectio regia, 
t. xxi, col. 278; Ph. a Vorburg, Historiarum... imperii Rom.-German., Francofurti 
t. xi, p. 251; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1686; Coleti, Concilia, t. ix, col. 801; 
Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1377 ; Liinig, Reichsarchiv, t. xv, p. 111; 
Bouquet, Rec. des hist. des Gaules, t. vi, col. 243 ; Mansi, Conc. ampliss coll., 
t. xiv, col. 647; Monumenta Germ. hist., Leges, 1. 1, p. 366; Capitul., t. n, p. 51; 
P. L., t. xcvn, col. 659 ; A. Verminghofî, V erzeichnis dans Neues Archiv, 
1899, t. xxiv, p. 489 ; L. Halphen, La pénitence de Louis le Pieux à Saint-Médard 
de Soissons, dans Bibl. de la Faculté des Lettres, 1904, t. xvm, p. 177-185. (H. L.) 



88 



LIVRE XXI 



gneur. L'opinion commença bientôt à changer dans toutes les par- 
ties de l'empire. Pépin et Louis le Germanique, mécontents des 
avantages de leur frère Lothaire, peut-être aussi poussés par 
de meilleurs sentiments, se liguèrent pour délivrer Louis le 
Débonnaire. Lothaire s'y refusant, ils marchèrent (printemps 
de 834) contre le royaume des Francs, l'un par le sud et l'autre [84] 
par l'est. Lothaire convoqua ses fidèles, fort peu répondirent à 
son appel, et d'autres réclamèrent hardiment la liberté du 
vieil empereur. Déjà les troupes de Pépin s'approchaient de 
Paris, où Lothaire avait réuni ses partisans, lorsque ce der- 
nier, craignant d'être fait prisonnier, s'enfuit à Vienne et de 
là en Italie, où il espérait trouver plus d'adhérents. Il avait, on 
ne sait pourquoi, fait transférer son père et son jeune frère 
Charles à Saint-Denis, où on les gardait. Dès qu'on sut ce départ, 
tous les partisans de Louis le Débonnaire accoururent de Paris 
à Saint-Denis pour jurer fidélité au vieil empereur. Ils souhai- 
taient lui voir reprendre immédiatement la couronne, mais Louis 
refusa en disant : « L'Eglise m'a condamné, c'est à l'Église à 
m'absoudre maintenant ; les évêques m'ont désarmé, c'est aux 
évêques à me rendre mes armes. » Ce qui fut fait solennellement 
le dimanche suivant, à Saint-Denis, à la grande joie du peuple 1 . 

L'empereur Louis embrassa son fils Pépin, le remercia de son 
secours, le renvoya en Aquitaine et se rendit à Aix-la-Chapelle 
où il rencontra Louis le Germanique. Peu après arriva dans cette 
ville l'impératrice Judith, que des amis fidèles avaient amenée 
d'Italie. La joie du prince fut complète. Il proposa à Lothaire 
le pardon. Mais Lothaire répondit à ces avances par des moqueries 
et organisa une armée. Les commencements de la campagne 
lui furent favorables ; mais, arrivé sur les bords de la Loire en 
présence de l'armée de son père unie à celles de ses frères, il perdit 
sa belle assurance. Voyant ses partisans renouveler contre lui 
cette fois la scène du a champ du mensonge, » il se hâta d'accep- 
ter les propositions de paix, et demanda humblement pardon 
pour lui et ses amis. Il jura d'obéir à son père, d'aller en Italie 
et de n'en plus sortir sans permission. 

Vers cette époque (novembre 834), Louis le Débonnaire célé- 
bra à Attigny une diète où il prit des mesures pour rétablir 

«■■ 

1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 654; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1383; Luden, 
op. cit., p. 358-372. 



89 

l'ordre dans l'Eglise, et ordonna à son fils Pépin de rendre à 
l'Église les biens qu'il s'était appropriés ou qu'il avait donnés à 
ses amis. — Quelques-uns rapportent aussi à cette diète d'Attigny 
ce qui se passa au sujet de Northildis et dont nous avons 
parlé plus haut, § 421. 

Vers le même temps (16 novembre 834), à Aix-la-Chapelle, 

[85] Louis confirma les privilèges que, l'année précédente, Aldrich 

de Sens avait accordés au monastère de Saint-Remi, à Worms.fc 1 

Le concile de Thionville (février 835) fut célébré pour réintégrer 
solennellement l'empereur et juger les évêques qui, pendant les 
troubles, s'étaient le plus mal conduits vis-à-vis de lui. Les actes 
de cette importante assemblée sont malheureusement perdus, 
et nous en sommes réduits à quelques renseignements contempo- 
rains ou à des sources plus récentes. Hincmar en a parlé en détail, 
dans son dernier écrit contre Gotescalc, c. xxxvi, et Flodoard, 
dans son Historia Remensis, 1. III, c. xx. Outre l'empereur et les 
grands du royaume, il y eut quarante-trois évêques présents 1 f 
parmi lesquels Drogon, archevêque de Metz, président 2 , et les 
archevêques Hetti de Trêves, Otgar de Mayence, Ragnouard 
de Rouen, Landran de Tours, Aldrich de Sens, Notho d'Arles et 

1. Hincmar, op. cit., P. L., t. cxxv, et dans Mansi, t. xiv, p. 658 sq., 
compte et nomme quarante-trois évêques, et parmi eux Otgar de Mayence, 
mais Binterim, Deutsche Concil., t. n, p. 392, doute de cette présence d'Otgar 
par suite de son attitude hostile vis-à-vis de l'empereur. Dans notre première 
édition, nous basant sur une lettre de Florus de Lyon adressée à plusieurs mem- 
bres de l'assemblée, nous avions compris au nombre des membres présents 
Aldrich, évêque du Mans; mais Simson, op. cit., p. 186-187, montre qu'il est bien 
plus vraisemblable que cette lettre (dans Mansi, op. cit., t. xiv, col. 465 sq.), la 
seconde par conséquent, ne se rapporte pas au concile de Thionville, mais bien à 
celui de Quierzy de 838, peu de temps avant le jugement prononcé sur Amalaire. 

"2. Nous avons vu que Drogon, fils naturel de Charlemagne, avait reçu de son 
frère, Louis le Débonnaire, l'évèché de Metz. Metz était un siège sufïragant de 
Trêves, mais Angilram de Metz avait déjà porté le titre d'archevêque et ce 
litre avait été consacré par le c. 55 du concile de Francfort, en 794. Nous voyons 
maintenant que Drogon portait aussi le titre d'archevêque et qu'il avait la 
préséance sur tous les autres archevêques en fonction (même sur celui de 
Trêves). Dix ans plus tard environ nous le retrouverons comme vicaire du 
pape pour la Gaule et la Germanie ; il reçut ce titre du pape Serge II sur les ins- 
tances de l'empereur Lothaire qui cherchait à avoir en Drogon un soutien pour 
affermir sa prépondérance sur son frère. V. Norden, Hinckmar, Bonn, 1863, 
p. 16. Mais l'opposition des évêques força Dro»on à renoncer à cette dignité. 
V. § 411. [Ch. Pfister, L'archevêque de Metz, Drogon, 823-856 dans Mélanges 
PaulFabre, 1902, p. 101-145. (H. L.)] 



90 LIVRE XXI 

Ajulf de Bourges 1 . Ebbon, archevêque de Reims, ne parut pas 
comme membre du concile, mais en qualité d'accusé ; après la vie- [86] 
toire de Louis, il avait voulu s'enfuir chez les Danois ou chez les 
Normands; mais la goutte l'en avait empêché, et on l'avait conduit 
prisonnier à Fulda. D'autres personnages gravement compromis 
avaient fui en Italie pour s'y mettre sous la protection de Lothaire. 

Sur le désir de l'empereur, chaque évêque apporta un libellas 
particulier renfermant son opinion sur la restitutio imperatoris. 
Ebbon apporta le sien, où il déclarait que tout ce qui s'était 
fait pour déshonorer l'empereur était injuste. Comme tous 
ces libelli se prononçaient unanimement en faveur de Louis, ce 
prince réprit courage, et, le 28 février 835, dimanche de la Quin- 
quagésime, il se rendit solennellement en grand cortège dans 
l'église cathédrale de Saint- Etienne de Metz. Pendant l'office 
divin, Drogon monta en chaire et lut la sentence signée par tous 
les évêques, portant que Louis avait été injustement déposé. 
Alors l'évêque de Metz se rendit avec six autres évêques auprès 
de l'empereur et à côté de l'autel, tous imposèrent les mains au 
vieux souverain, sur qui on prononça sept prières ; enfin on 
plaça sur sa tête, à la grande satisfaction du peuple, la couronne 
impériale. Ebbon monta en chaire et réprouva tout ce qui s'était 
fait, sous son inspiration et d'après ses conseils, contre l'empereur. 

Toute l'assemblée revint à Thionville ; mais ce qui venait 
de se passer à Metz a induit plusieurs historiens à croire qu'un 
concile fut tenu dans cette dernière ville en 835. Après le retour 
à Thionville, l'empereur se porta accusateur d' Ebbon, qui l'avait 
renversé du trône. On renouvela d'anciennes accusations contre 
l'archevêque de Reims, et les évêques présents furent appelés à 
décider. Il semble qu'au début Ebbon chercha à éviter une dépo- 
sition, quelques-uns de ses amis mirent en question, au sujet d'une 
déposition épiscopale, la compétence d'une assemblée qui n'était ni 
convoquée ni confirmée parle Siège apostolique 2 . Ebbon demanda 
la permission cependant de faire un exposé fidèle de ses fautes 
par-devant trois évêques présents: Ajulf, archevêque de Bourges, 



1. Dans la première édition nous avions signalé comme présents l'évêque 
Gosbert, qui, chassé de Suède, était administrateur d'Osnabrùck, ainsi que plu- 
sieurs autres évêques; nous les avions cités d'après Binterim, mais Hincmar ne 
nomme aucun de ces prélats. 

2. Binterim, Deutsche Concilie}!, t. n, p. 394. 



434. RÉINTÉGRATION DE LOUIS LE DÉBONNAIRE 91 

Badurab, évêque de Paderborn, et Modoin d'Autun 1 . On y consen- 
[87] tit. et conformément à la décision de ces trois évêques, Ebbon se 
déclara par écrit indigne de la dignité épiscopale, demandant l'é- 
lection et le sacre d'un autre archevêque de Reims. Il lut lui-même 
cette déclaration, et prit trois autres évêques à témoin de son acte 
d'abdication ; puis tous les membres de l'assemblée prononcèrent 
successivement la sentence : Secundumtuam confessionem cessa a 
ministerio, et Jonas, évêque d'Orléans, dicta un court procès- 
verbal, daté du 4 mars 835. Ebbon fut conduit à Fulda, et le 
prêtre Fulcon fut nommé administrateur de Reims. On pardonna 
à la plupart des autres évêques : notamment à Hildeman de 
Beauvais ; mais on prononça la déposition d'Agobard arche- 
vêque de Lyon, parce que, après Ebbon, c'était lui qui s'était 
montré le plus intraitable vis-à-vis de l'empereur ; de plus il 
n'avait pas répondu à trois citations qu'on lui avait faites 2 . 

Le diacre Florus, supérieur de l'école de Lyon, dénonça au 
concile de Thionville les erreurs que répandait Amalaire, choré- 
vêque dans cette ville. Nous avons déjà parlé d' Amalaire lors- 
qu'il n'était encore que diacre à Metz, et signalé sa grande acti- 
vité au concile d'Aix-la-Chapelle, en 817. A l'époque où nous som- 
mes arrivés, il venait de publier un livre de liturgie fort savant 
et que nous possédons encore, le De offîciis ecclesiasticis, en 
quatre livres ; malheureusement, on y trouvait quantité d'ex- 
plications mystiques du culte, des cérémonies, des vases sacrés 
et des habits sacerdotaux, la plupart fort hasardées et même 
dangereuses 3 . En 834, il profita de l'absence d'Agobard pour 
réunir, en qualité de son représentant, un synode diocésain à 
Lyon, et pendant trois jours il lut aux clercs le livre de sa com- 
position. La plupart accueillirent avec applaudissement ce travail, 



1. Hincmar dit que c'étaient là les judices electi dont parle le concile africain, 
c. 63 (il aurait dû dire, le c. 2 du concile de Carthage tenu en 407), et dont on ne 
pouvait pas appeler. 

2. Sirmond, Conc. Gall. t. n ; Coll. regia, t. xxi, col. 291 ; Labbe, Concilia, 
t. vu, col. 1695-1700 ; Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1385 ; Coleti, Concilia, 
t. ix, col. 811 ; Mansi, Concilia, Supplem., t. i, col. 866 ; Conc. ampliss. coll., 
t. xiv, col. 657; Hartzheim, Conc. Germ., t. n, p. 63; Binterim, Deutsche Conci- 
lien, t. ii, p. 391; Luden, op. cit., t. v, p. 383, 619; Bôhmer-Mùhlbacher, Reg. 
Karoling., p. 346-347 ; A. Verminghofî, Verzeichnis der Akten frànkischer Syno- 
den von 742-843, dans Neues Archiv, 1899, t. xxiv, p. 489-490. 

3. Sur Agobard et Amalaire, cf. Dict. d'arch. chrél., t. i, col. 971, 1323. (H. L.) 



92 



LIVRE XXI 



qui, grâce à cette circonstance, se répandit rapidement. Mais 
Florus adressa deux lettres aux évêques réunis à Thionville pour 
les prévenir contre les nouvelles doctrines ; il se plaignait en 
particulier de ce qu'Amalaire enseignait l'existence d'un triple 
corps du Christ : a) son corps réel, b) son corps mystique dans [88] 
les fidèles vivants, c) son corps mystique chez les défunts. C'est 
pour cela que l'hostie doit être partagée en trois parties; l'une, 
qui est placée dans le calice, est le corps réel du Christ; les par- 
celles qui sont sur la patène représentent le corps du Christ 
dans les vivants, et les parcelles qui sont sur l'autel représentent 
le corps du Christ dans les morts. Au dire de Florus, Amalaire 
enseignait également que le pain était le corps et le vin l'âme 
du Christ ; le calice de la messe était le tombeau du Christ ; le 
célébrant, Joseph d'Arimathie ; l'archidiacre, Nicodème ; les 
diacres étaient les apôtres qui se tenaient en arrière et voulaient 
se cacher ; les sous-diacres étaient les femmes au tombeau ; 
lorsque le prêtre s'inclinait, cela voulait dire : inclinato capite 
tradidit spiritum, etc. 1 . — Le concile fut empêché par d'autres 
affaires de s'occuper du livre d'Amalaire qui ne fut censuré que 
plus tard, en 838, par le concile de Quierzy 2 . 

Ce n'est pas en 836, mais en juin 835 que s'est tenue une diète 
à Stramiac près de Lyon 3 ; elle s'était réunie pour porter une 
dernière décision au sujet d'Agobard de Lyon et de Bernard de 
Vienne, et donner leurs sièges à d'autres. Toutefois, l'un et l'autre 
ayant pris la fuite, on ne voulut pas les juger par contumace, et 
on remit l'affaire à un concile postérieur 4 . 



1. Florus, P. L., t. cxix, col. 71, 94, et dans Mansi, op. cit., t. xiv, col. 663 sq. ; 
Hartzheim, Conc. Germ., t. n, p. 66 sq. Cf. A. Verminghofï, dans Neues Archiv, 
1899, t. xxiv, p. 490. Une troisième lettre de Florus concernant cette même 
affaire a été adressée au synode de Quierzy tenu en 838. Les auteurs de l'Histoire 
littéraire de la France, t. v, p. 223, croient que la plus courte des deux lettres dont 
nous parlons (c'est la première dans Mansi, la troisième dans Migne) n'est pas 
adressée à notre synode, mais à un autre tenu plus tard à Thionville ; Mansi a 
déjà, loc. cit., col. 663, réfuté cette opinion. 

2. Mansi, op. cit., col. 655, 662; Binterim, Deutsche Concilien, t. n, p. 395. 

3. Le biographe anonyme de Louis le Débonnaire, souvent appelé Astrono- 
mus, place à tort cette diète de Stramiac en 836. Pertz, Monum., t. n, p. 642 ; 
Pagi, Critica, ad ann. 836, 8 et 9. 

4. Coll. regia, t. xxi, col. 396; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1768-1769; Har- 
douin, Coll. conc, t. iv, col. 1447; Coleti, Concilia, t. ix, col. 883; Mansi, Conc. 
ampliss. coll., t. xiv, col. 734; A. Devaux, L'ancien Stramiacus est-il Tramoyes 



',;J5. GRAND CONCILE A AIX-LA-CHAPELLE 93 



435. Grand concile à Aix-à-Chapelle, en 836. 

A peine remonté sur le trône, Louis le Débonnaire reprit son 
ancien projet de réforme générale des clercs et des laïques. Il 
réunit dans ce but un grand concile (février 836), dans le secre- 
tarium de l'église de Notre-Dame dite de Latran, à Aix-la-Chapelle 1 . 
Les actes de cette assemblée sont très considérables et compren- 
nent plusieurs divisions. Les évêques disent dans la préface : 
«Le pape Gélase a écrit que le monde était gouverné par deux 
puissances, la puissance sacerdotale et la puissance impériale. 
Or, la plus grande responsabilité revient à la puissance sacerdo- 
tale, et nous sommes pleins de reconnaissance de ce que Dieu 
[89] nous a exhortés, avec tant de douceur et par l'intermédiaire de 
notre pieux empereur, à remplir de notre mieux nos fonctions 
ecclésiastiques et à nous en acquitter conformément à la volonté 
de Dieu. » 

A ces causes, ils avaient envisagé les trois points soumis par 
l'empereur : a) ce qu'un évêque doit savoir et doit faire, b) ce 
qui appartient à l'honneur et aux fonctions du sacerdoce, c) ce 
qu'il est nécessaire de faire pour le salut de tous. Dans leurs 
réponses, ils voulaient s'en tenir aux statuts des Pères, en parti- 
culier à ceux de Grégoire le Grand, et, au sujet des laïques, ils 
n'entendaient parler que de l'empereur, de ses fils et de ses 
officiers. La première partie des actes comprend trois chapitres : 
1) de la vie des évêques, 2) de la science des évêques, de la vie 
et de la science des clercs inférieurs, 3) de la personne du roi, 
de ses fils et de ses serviteurs. La matière n'est pas toujours 



(Ain) ou Crémieu (Isère)? dans l'Université catholique, 1891, t. vin, p. 452-462. 
(H. L.) 

1. Sirmond, Conc. GalL, t. n, col. 574; Coll. regia, t. xxi, col. 295; Labbe, 
Concilia, t. vin, col. 1700-1768; Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1387;Coleti, 
Concilia, t. ix, col. 816; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 671-695; Bouquet, 
Rec. hist. des Gaules, t. vi, col. 354 ; Hartzheim, Conc. Germ., t. n, p. 73 sq. ; 
Binterim, Deutsche Concilien, t. n, p. 398, 479 sq. ; B. Simson, J ahrbiï cher des fràn- 
kischen Reichs unter Ludwig dem Frommen, 1876, t. n, p. 148; Bohmer-Mùhl- 
bacher, Regesta Imperii, t. i, n. 923 a; Dùmmler, Geschichte des ostfrànkischen 
Reiches, Leipzig, 1887, t. i, p. 144; A. Verminghofî, dans Neues Archiv, 1899, 
t. xxiv, p. 490-491. (H. L.) 



94 



LIVRE XXI 



distribuée suivant les trois catégories, la première contient 
les ordonnances suivantes : 1. On doit arriver à l'épiscopat par 
ses vertus et non par l'argent. 2. Un évêque doit remplir les fonc- 
tions de sa charge. 3. L'évêque doit exercer l'hospitalité et nourrir 
les pauvres. 4. Il doit s'abstenir de toute dispute. 5. Il ne doit 
rien exiger pour l'exercice de ses fonctions ecclésiastiques, et ne 
pas permettre que ses serviteurs (ses coopérateurs) acceptent 
quoi que ce soit. 6. Il doit être sobre. 7. Lorsqu'on fait une 
enquête sur la vie d'un prêtre, (pour l'élever à l'épiscopat), 
on doit examiner comment il prêche et comment il enseigne ; 
il ne doit pas, par excès d'humilité, refuser l'épiscopat ; devenu 
évêque, il doit conformer sa vie à son caractère. 8. L'instruction 
du sacerdos (évêque ou prêtre) doit être proportionnée à ses audi- 
teurs, utile, claire, etc., et sa vie doit être conforme à son ensei- 
gnement. 9. La conduite de l'évêque doit être pour son troupeau 
comme une lumière conductrice (extrait de la Régula pastoralis 
de saint Grégoire). 10. Il ne doit pas, pour se faire aimer, se dépar- 
tir de sa vigilance (extrait de saint Grégoire). 11. Malheureusement 
beaucoup d'évêques administrent avec négligence les maisons 
canoniales et les monastères sous leur juridiction. Il en sera autre- 
ment à l'avenir. 12. Il ne faut plus que désormais les évêques aban- 
donnent leurs diocèses par esprit de lucre. 

Chapitre n. — 1. Tout évêque doit être très instruit dans les 
choses de la foi. 2. Il doit savoir présenter d'une manière profi- 
table les vérités du salut contenues dans l'Ancien et le Nouveau 
Testament. 3. Il doit savoir administrer des remèdes spirituels 
et donner des conseils salutaires. 4. Il doit être versé dans la science 
des évangiles, des épîtres, des canons et de la Régula pastoralis 
de saint Grégoire. 5. Il doit méditer tous les jours. 6. Il doit se 
rendre compte de la différence des caractères et ne pas les traiter 
tous de la même manière. 7. Il ne doit pas employer le bien de [90J 
l'Église selon son bon plaisir et pour enrichir ses parents. 8.11 
doit consacrer l'huile des malades le jour de la Csena Domini et 
ne pas différer de le faire, ainsi que cela arrive trop souvent. 
9. On doit être assidu à fréquenter l'office qui a lieu le soir du sa- 
medi saint. 10. On doit célébrer la Litanie le 25 avril selon la 
coutume romaine. 11. Chaque évêque doit donner des soins à 
l'instruction de son coopérateur (d'après le canon 4 e de la seconde 
division de ce chapitre, il faut entendre par ces coopérateurs 
jes chorévêques, archiprêtres et archidiacres), afin que, s'il vient 



435- GRAND CONCILE A AIX-LA-CHAPELLE 95 

à tomber malade, etc., celui-ci puisse prêcher à sa place, et pour 
que l'Église ne manque pas d'un docteur si l'évêque vient à mourir. 
12. Tout évêque ou tout clerc qui, à l'avenir, ne gardera pas fidé- 
lité à l'empereur Louis, perdra sa dignité de par une sentence 
synodale ; quant au laïque, il sera excommunié. 

La seconde division de ce deuxième chapitre traite des clercs 
inférieurs et comprend treize numéros : 1. Les abbés des maisons 
canoniales doivent veiller aux besoins temporels et spirituels 
de leurs subordonnés. Enumération des devoirs de ces abbés. 
2. Devoirs des abbés. 3. Les moines ne doivent pas déprécier, 
ainsi que cela arrive souvent, les curés sur les paroisses desquels 
ils se trouvent. 4. Il est arrivé que les coopérateurs des évêques, 
c'est-à-dire les chorévêques, archiprêtres et archidiacres, se sont 
montrés avares à l'égard des prêtres et du peuple. L'évêque ne 
doit instituer aucun coopérateur avide de s'enrichir. 5. Les prêtres, 
qui sont à la tête des églises et sont les collègues des évêques par 
la consécration de l'Eucharistie, doivent être assidus à la prédi- 
cation, à leurs fonctions, et à tout leur ministère. Ils auront souci 
de tous ceux qui appartiennent à leur église, fussent-ils encore en- 
fants, pour qu'aucun ne meure sans baptême. Après le baptême 
l'évêque imposera les mains, puis on instruira ces fidèles dans 
l'intelligence du Notre Père, du symbole et de leurs devoirs. 
Si un fidèle vient à pécher, le prêtre doit travailler à son amende- 
ment; il veillera à ce qu'il ne meure pas sans la confession, l'huile 
sainte et la communion, et que son corps soit enterré d'une manière 
chrétienne. 6-9. Les prêtres tombent surtout dans les quatre 
fautes suivantes : Certains dépensent pour eux-mêmes les biens 
de l'église, négligent les restaurations nécessaires à cette église et 
l'entretien du luminaire. D'autres ont des femmes à leur service, 
ce qui a été souvent défendu. D'autres se conduisent comme des 
paysans, vont dans les auberges, font des commerces défendus, 
s'assoient à des banquets ou à des parties à boire, vont à la foire, 
etc. Enfin quelques-uns ont un patrimoine insuffisant, en sorte 
91] qu'obligés de s'occuper des affaires temporelles ils négligent les 
affaires spirituelles. 10. Nous voulons nous efforcer d'introduire 
des réformes parmi les prêtres, mais vous, Sire, vous devez ordon- 
ner aux laïques de les honorer et devez punir ceux qui y manquent. 
12. Beaucoup de nonnes sont devenues presque des filles publiques. 
Aussi est-il nécessaire de confier à des hommes d'une piété éprouvée 
le soin d'y mettre ordre. 13. Les abbesses (prœlatas) doivent donner 



96 LIVKE XXI 

à leurs nonnes le bon exemple et leur fournir le moyen de subsister, 
afin que la faim ne les fasse pas tomber dans les pièges de Satan. 
14. Elles doivent veiller à ce qu'il n'y ait pas dans le monastère 
de ces recoins obscurs où l'on puisse commettre des fautes. 15. 
Les missi impériaux doivent veiller à ce que les supérieurs des 
maisons canoniales et des monastères d'hommes et les supé- 
rieures des monastères de femmes fassent observer la règle 
scrupuleusement. 16. Autant que possible, l'évêque devra placer 
dans chaque église un prêtre, qui la gouvernera, et la dirigera 
d'une manière indépendante ou sous la surveillance d'un archi- 
prêtre (prior presbyter) ; beaucoup d'endroits sont en effet privés 
de prêtres. Ils peuvent, il est vrai, célébrer des messes dans toutes 
les églises qui leur sont confiées ; mais ils ne peuvent pas remplir 
les autres fonctions de leur ministère, parce qu'ils ont trop d'églises 
c'est pourquoi on signale pour le baptême des malades, la con- 
fession et la communion de ceux qui sont en danger de mort, 
lacunes fort regrettables. 

Dans le chapitre 3, les évêques rassemblent des exhortations 
à l'empereur et à ses serviteurs. Ils répètent en partie les avertis- 
sements donnés à Paris et à Worms, en 829. Ainsi, c. 1-4 incl. 
est identique au n° 1 De persona regali du concile de Worms ; 
c. 5 est identique aux n os 8 et 9 ; c. 6, au n° 10 du III e livre du 
concile de Paris ; c. 9, au n° 2 de Worms de persona regali, et au 
lib. III, c. 22 du concile de Paris; c. 10, au n° 3 de Worms et aux 
c. 23 et 24 de Paris ; c. 13, au n° 5 de Worms et au lib. III, c. 25 
de Paris, c. 14 et 15, au n° 7 de Worms et au lib. III, c. 26 de Paris; 
c. 16, au n° 8 de Worms et au lib. III, c. 27 de Paris. — Les nou- 
veaux capitula sont : C. 7 : L'empereur ne doit pas recevoir de 
dénonciations secrètes contre les évêques. C. 8. On doit observer 
les anciens canons relatifs à l'aliénation des biens de l'Eglise. 
C. 17. L'empereur ne doit charger les évêques d'aucune 
affaire, du moins pendant le carême. C. 18. On ne doit pas 
jeûner le dimanche, et ne célébrer ce jour-là ni placitum ni 
noces 1 . C. 19. Les églises 'ne doivent pas être données aux laïques ; 
celles qui sont ruinées doivent être relevées. C. 20. On doit engager [92] 
les laïques à se montrer très-respectueux à l'égard des prêtres. 
C. 21. Celui qui a en sa possession des biens et des esclaves de 
l'Eglise ne doit pas les traiter avec dureté. G. 22. On doit recevoir 

1. Au lieu de nuptias, Binterim op. cit., t: u, p. 492 veut qu'on lise nundinas. 



',.'!;,. GRANDS CONCILES A AIX-LA-CHAPELLE 97 

tous les dimanches le corps du Seigneur. C. 22. Aucun prêtre 
ne doit venir dans le camp impérial sans permission de l'évêque. 
G. 24. Aucun moine ne doit s'éloigner de son monastère sans une 
raison suffisante. C. 25. Celui qui enlève une veuve ou une 
jeune fille sera recherché par les comités et puni. 

Les évêques disent en terminant : « Si on se conforme aux 
recommandations qui précèdent, l'Église recouvrera, avec le 
secours de Dieu, sa première beauté. Pour y parvenir, il faut 
que chacun remplisse son devoir. Aussi longtemps qu'elle accom- 
plira son pèlerinage sur la terre, l'Église sera gouvernée par 
les prêtres et par les rois. Il est incontestable et connu de tous 
que nous, évêques, avons eu des torts nombreux et divers ; 
mais il faut reconnaître que notre fidélité n'a été ébranlée que 
par suite de la défection de vos propres enfants et parce que la 
malice des grands est arrivée à un degré inconnu jusqu'ici. Tout 
cela ne sera réparé que si, après avoir recouvré la puissance et 
la dignité impériales, vous travaillez à faire rendre à l'Église les 
honneurs qui lui reviennent et à relever l'autorité épiscopale. 
Dans les conciles précédents, les évêques ont, sur vos exhortations, 
porté de nombreuses ordonnances pour la réforme de tous les 
états. Mais ces capitula sont, nous ne savons pourquoi, tombés 
dans l'oubli. Plaise à Dieu qu'il n'en soit pas de même pour les 
présents capitula ! » 

Nous avons vu qu'à Attigny l'empereur Louis avait ordonné 
à son fils Pépin, de rendre les biens enlevés à l'Église, soit pour 
se les approprier, soit pour les donner à ses amis. Les évêques 
avaient, dans le même but, adressé à Pépin, dans une réunion 
d'ailleurs inconnue, des salutaria monita. Toutes ces démarches 
étant demeurées vaines, les évêques s'en occupèrent de nouveau 
à Aix-la-Chapelle et envoyèrent à Pépin un long mémoire divisé 
en trois livres. On lit, dans la préface du premier livre, qu'« Ils 
avaient eu autrefois trop peu de temps pour appuyer leurs saluta- 
[93] ria monita sur des textes de la Bible. Il était cependant bon de 
le faire, afin que nul ne pût dire qu'ils avaient agi suivant leurs ca- 
prices et poussés uniquement par leur propre intérêt. » De ces pa- 
roles et de plusieurs autres passages des trois livres, il résulte que 
Pépin ou ses adhérents avaient prétexté toutes sortes de sophis- 
mes pour se dispenser de rendre les biens de l'Egliee ; ils disaient 
par exempl3 : « Les saints à qui on avait donné ces biens n'en 
avaient plus besoin ; ou bien, Dieu n'avait pas demandé de 

CONCILES - IV - 7 



98 LIVR E XXI 

pareilles offrandes puisque tout lui appartenait. » Afin de réfuter 
ces arguties, les évêques rapportent, dans les 38 n (JS du I er livre, 
comment l'Ancien Testament avait déclaré agréables à Dieu, 
l'érection d'un temple, le don de vases précieux, l'immolation des 
victimes, etc. Il était seulement défendu d'offrir à Dieu des 
biens injustement acquis. La pieuse coutume d'offrir des sacri- 
fices à Dieu, de lui élever des autels, etc., remonte jusqu'à 
Abel et, venue de lui jusqu'à nous, a été pratiquée dans tous 
les temps. Nous en avons pour témoins, après Abel : Noé, Abra- 
ham, Melchisédech, Isaac, Jacob, Moïse. Grâce à Moïse, qui 
agissait sur l'ordre de Dieu, le service divin s'était grandement 
perfectionné. Dieu avait eu son sanctuaire et sa maison, et les 
sacrifices avaient été institués d'une manière légale. Viennent 
ensuite des passages de la Bible sur le respect dû au temple et 
la manière d'y offrir les holocaustes. 

Le second livre, qui renferme trente-et-un numéros, continue 
les preuves extraites de l'Ancien Testament. Il fait voir, par 
une suite de citations, comment Dieu a puni les contempteurs de 
son tabernacle et du culte divin, comment Salomon a bâti le 
temple et l'a enrichi de présents, comment les étrangers eux- 
mêmes ont honoré ce même temple, et enfin comment Dieu a 
puni Nabuchodonosor, Balthazar, Antiochus, Héliodore, profa- 
nateurs et voleurs de ce temple. 

Le troisième livre contient vingt-sept chapitres et passe à l'épo- 
que chrétienne ; voici le résumé de l'argumentation : Le temple 
de Salomon était le type de l'Église chrétienne, enrichie dès 
l'origine par les dons des fidèles. Le Christ lui-même avait, pendant 
sa - vie terrestre, accepté les présents des fidèles ; mais Judas 
en avait volé une partie, et quiconque volait ainsi l'Église, était, 
au jugement de saint Augustin, un nouveau Judas. Saint Augus- 
tin ajoute que le Christ avait possédé de l'argent, pour montrer 
que l'Église devait avoir aussi des biens, et saint Jérôme compare 
aux scribes ceux qui abusent des biens de l'Église. Le Christ [94] 
avait loué Marie d'avoir répandu sur ses pieds un parfum précieux, 
et Judas ne sut que la blâmer. De même, beaucoup de gens 
désapprouvent les offrandes faites au Seigneur. Le Christ avait 
aussi loué la veuve qui mettait deux deniers dans le tronc. Le 
Christ avait prouvé qu'il ne supporterait aucun affront fait à 
son Église lorsqu'il chassa vendeurs et acheteurs du temple de 
Jérusalem, qui n'était pas encore une église. Explication de saint 



436- DIÈTES SYNODALES, ETC. 99 

Jérôme sur ce passage. Ce même Père applique plusieurs au lus 
passages de la Bible aux puissants et aux violents qui prennent 
le bien des églises et des pauvres, et essayent de racheter leurs 
fautes par des aumônes. Le respect du Christ à l'égard du 
temple est la mesure de l'honneur que les chrétiens doivent 
rendre à l'église. Exemple de donations faites aux églises, extrait 
des actes des apôtres ; exemple de Constantin le Grand et d'autres 
princes. Les saints canons défendent expressément de porter 
atteinte aux biens de l'église ; citation de ces canons. A la fin, 
les évêques demandent, à Pépin de recevoir ce mémoire favorable- 
ment et d'imiter ses prédécesseurs qui ont enrichi et exalté 
l'Église 1 . 



436. Événements qui surviennent dans la famille impériale. 
Diètes synodales à Aix-la-Chapelle et à Quierzy en 838. 

Dès avant l'ouverture du concile d'Aix-la-Chapelle, l'empe- 
reur Louis avait renoué avec son fils Lothaire des relations ami- 
cales. L'impératrice Judith poussait à ce rapprochement dans 
l'espoir que, si l'empereur déjà souffrant venait à mourir, elle 
trouverait peut-être dans Lothaire un protecteur pour son fils 
[95] Charles 2 . Louis envoya donc près de Lothaire, à Pavie, Otgar, 
archevêque de Mayence, rentré en grâce 3 , sur les instances de 
son diocèse, Hilti, évêque de Verdun, et deux comtes. Lorsque, 
peu après la clôture du concile d'Aix-la-Chapelle, Louis tint, 
en mai 836, une diète à Thionville, ces personnages étaient de 
retour, escortés d'une ambassade de Lothaire, à la tête de la- 
quelle se trouvait le vieil abbé Wala, réfugié en Italie à cause de 
sa conduite envers l'empereur Louis, et devenu, grâce à Lothaire, 
abbé de Bobbio. Il n'en fut pas moins reçu avec cordialité en qua- 



1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 696-733; Hardouin, op. cit., t. iv, col. 1048 sq.; 
Hartzheim, Conc. Germ., t. n. p. 91 sq. 

2. C'est l'opinion émise par Astronomus dans sa Vita Ludovici; voy. Pertz, 
Monum., t. n, p. 640. 

3. Voy. l'epist. cxxxix, dans Wurdtwein, dans V Appendix de son édition de 
Opéra sancti Bonijacii, p. 329, e1 dans l'édition de ( Jilcs, I. i, p. 255; seulement 
il faut remarquer que ce dernier auteur donne la fausse date de 840. 



100 LIVRE XXI 

lité d'ambassadeur, et fit tous ses efforts pour réconcilier le père et 
le fils. On décida que, dans la prochaine diète, à Worms, Lothaire 
paraîtrait en personne. Wala retourna en Italie où il mourut dans 
l'été de l'année suivante, d'une peste qui enleva un grand nombre 
des partisans de Lothaire, et parmi eux Jessé, l'ancien évêque 
d'Amiens. L'empereur Louis, dont ils avaient été les ennemis décla- 
rés, n'en pleura pas moins sur cette fin« de la fleur de la noblesse 
franque. » La mort de Wala retarda la réconciliation des deux 
souverains. A la diète de Worms (septembre 836), on apprit que 
Lothaire, dont on attendait l'arrivée, avait été saisi de la fièvre 
et qu'il manquerait au rendez-vous. Mais presque aussitôt on 
sut que ce prince opprimait et dépouillait l'Église romaine, déte- 
nait les biens de l'Église, enlevait leurs sièges aux évêques italiens 
et leurs établissements aux grands qui avaient accompagné 
l'impératrice en France. L'empereur Louis renvoya de nouveaux 
ambassadeurs en Italie, à Lothaire aussi bien qu'au pape Gré- 
goire IV, et Lothaire promit de faire une partie des restitutions 
réclamées, déclarant d'ailleurs ne pouvoir les faire toutes. Le 
pape Grégoire accueillit avec bienveillance les ambassadeurs 
de Louis le Débonnaire, et leur adjoignit, au retour, deux évê- 
ques italiens chargés de traiter personnellement avec l'empe- 
reur. Lothaire voulant empêcher les évêques d'arriver jusqu'à 
son père, les retint prisonniers à Bologne. Ils parvinrent néan- 
moins à faire passer leurs dépêches à l'empereur qui se décida, 
vu cet état des choses, à faire une expédition en Italie. Malheureu- 
sement les invasions des Normands et d'autres peuples, et peut- 
être aussi la nouvelle des armements de Lothaire, firent échouer 
ce plan 1 . 

Vers la fin de l'année 837, l'empereur convoqua une diète à 
Aix-la-Chapelle pour faire attribuer à son plus jeune fils Charles, 
son enfant préféré, une partie de l'empire. Ce prince ne possédait 
plus d'apanage, depuis que Louis le Germanique, d'accord avec 
son père, s'était adjugé l'Allemanie. Charles reçut à Aix-la-Chapelle 
la plus grande partie de la Belgique et une série de comtés depuis [96] 
la Meuse et le Rhin inférieur jusqu'à Paris inclusivement. Mécon- 
tent de cette décision, Louis le Germanique eut avec Lothaire 
une entrevue secrète à Trente ; il chercha, il est vrai, à apaiser 
la méfiance qu'en avait conçue son père, mais dans une diète 

1. Dûmmler, op. cit., p. 117 sq., 122-125 



436- DIÈTES SYNODALES, ETC. 101 

tenue à Nimègue, Louis le déclara déchu d'une grande partie 
de son royaume, et augmenta de nouveau à la diète de Quierzy 
(septembre 838) la part de Charles devenu majeur et cou- 
ronné roi de Neustrie. A cette même assemblée une députa- 
tion venue de Septimanie se plaignit de ce que le duc Bernard 
permettait à ses serviteurs d'accepter les biens des Églises et 
des particuliers et réclama l'envoi de missi dans cette province 1 . 

On admet généralement qu'en même temps que la diète de 
Quierzy il se tint un concile auquel assistèrent l'abbé Sigismond 
et quarante moines du monastère d'Anisol (Saint-Calais) qui expo- 
sèrent leurs plaintes contre Aldrich, évêque du Mans. 

A l'origine, Saint-Calais dépendait de la juridiction épiscopale 
des évêques du Mans, à laquelle il fut soustrait par Pépin le Bref 
en châtiment de la révolte d'un évêque du Mans, et transféré sous 
la protection royale. L'évêque repentant obtint que Charle- 
magne remît les choses dans leur premier état 2 . Dans la suite, 
les moines de Saint-Calais voulurent de nouveau se soustraire à 
l'obéissance de l'évêque et obtinrent par ruse de Louis le Débon- 
naire un diplôme d'exemption 3 . Il en résulta un conflit entre 
Aldrich, évêque du Mans, et Sigismond, abbé de Saint-Calais, qui 
repoussa les propositions les plus conciliantes. L'affaire fut défé- 
rée à l'empereur, qui s'en occupa dans le placitum d'Aix-la- 
Chapelle (carême de 838). Les deux parties devaient s'y présenter 
immédiatement après Pâques. L'abbé Sigismond cité trois fois 
fit défaut, et Aldrich exposa des preuves si péremptoires 4 , 
que les évêques et les grands de l'empire déclarèrent expressé- 
ment que Saint-Calais serait sous sa juridiction (30 avril 838), 



1. Baluze, Miscellanea, 1761, t. i, p. 109-110; Coleti, Concilia, t. ix, col. 887; 
Mansi, Concilia, Supplem., t. i, col. 875; Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 738; 
P. L., t. cxix, col. 80; Martène et Durand, Veierum scriptor. coll, 1733, t. ix, 
col. 641, 649 ; Pertz, Monum. Germ. hist., t. ii, p. 643 sq. ; R. Monchmeier, 
Amalar von Metz, in-8, Munster, 1893, p. 44 ; B. Simson, Jahrbiicher, t. ir, 
p. 183 ; A. Verminghofï, Verzeichniss dans Neues Archiv, 1899, t. xxiv, 
p. 491. (H. L.) 

2. Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 757. 

3. Ibid., col. 766. Cf. J. Havet, Questions mérovingiennes, IV. Les chartes de 
Saint-Calais, dans la Bibliothèque de l'École des chartes, 1887, t. xlviii, p. 5- 
58 ; Appendice : Cartulaire de Saint-Calais envoyé au pape Nicolas I er en 863, 
ibid., p. 209-247; E. Mùhlbacher, dans Mittheil. d. Instit. œsterr. Gesch., 1888, 
t. ix, p. 485-489. (H. L.) 

4. Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 760, 763, 764. 



102 LIVRE XXI 

et que l'empereur enverrait des missi remettre toutes choses 
selon les règles. 

Après la réintégration d'Aldrich dans ses droits sur le monastère 
de Saint-Calais, les moines se plaignirent à la diète de Quierzy 
d'avoir été expulsés de chez eux par l'évêque lui-même. Celui-ci 
voulut recommencer la démonstration de ses droits sur Saint- 
Calais. Mais Drogon de Metz et les autres prélats qui avaient 
assisté à la réunion d'Aix-la-Chapelle 1 ) déclarèrent que c'était [97] 
peine inutile, puisque son droit avait été reconnu à Aix-la-Chapelle 
et qu'il suffisait de parler de la prétendue expulsion des moines. 
Il fut prouvé que personne n'avait chassé les moines, qu'ils étaient 
partis d'eux-mêmes pour faire opposition à l'évêque. L'assemblée 
de Quierzy les condamna donc à revenir dans leur monastère et 
à faire pénitence ; et comme ils ne voulaient pas se soumettre, 
ils furent exclus de l'état ecclésiastique et de l'Église. Le procès- 
verbal de cette condamnation signé par Drogon, Otgar de Mayence, 
Agobard de Lyon, Bernard de Vienne et beaucoup d'autres 
évêques, est daté du vin idus sept. 838 2 . Il en résulterait qu'A- 
gobard de Lyon avait été, dans l'intervalle, réintégré sur son 
siège, si la source dont nous avons extrait ce qui précède 
n'était très suspecte; c'est un des documents apocryphes fabri- 
qués au Mans sur l'affaire du monastère de Saint-Calais 3 . 

Les erreurs d'Amalaire de Lyon furent condamnées dans la 
diète de Quierzy d'après une lettre de son adversaire Florus, qui 
écrit à ce sujet à ses amis : « Après qu'Amalaire eut commencé à 
répandre ses erreurs, le pasteur (c'est-à-dire l'archevêque de 
Lyon), très attristé, en informa le pieux empereur qui avait alors 
précisément réuni les évêques dans son palais de Quierzy, pour 
délibérer sur les affaires de l'Église ; il leur proposa donc de 
juger les nouvelles doctrines. On lut les principaux passages 
du livre d'Amalaire en présence de son auteur à qui on demanda 
si c'était là réellement sa doctrine et d'où il l'avait extraite. — 
Il répondit : « De mon esprit. » Les évêques lui dirent que 
c'était un esprit d'erreur, et après d'interminables disserta- 
tions, le concile déclara sa doctrine condamnable..., étrangère 

1. Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 738. 

2. Id., t. xiv, col. 757, 765. 

3. Roth, Beneficialwesen, p. 459 ; J. Havet, Les actes des évêques du Mans, 
dans la Bibl. de l'École des chartes, 1893-1894, t. liv, p. 645-692; t. lv, p. 5-60. 
(H. L.) 



437- CONCILE DE KINGSTON 103 

à la vraie foi et à toute l'Église. Sans doute les cérémonies 
de l'Ancien Testament avaient un aspect mystérieux et sym- 
bolique, mystère et symboles élucidés par la venue du Christ. 
Les types de l'ancienne loi et la vérité de l'Évangile ayant pour 
eux l'autorité divine, personne ne devait introduire de nou- 
veaux types et de nouveaux mystères. On devait, en outre, se 
conformer aux règles de l'Église au sujet des vêtements et des 
["8] vases sacrés, sans aller chercher des explications fantastiques et 
nébuleuses. Quant à la doctrine du triple corps du Christ, les 
évêques la condamnaient et n'hésitaient pas à la faire venir 
du démon. Florus assure avoir dans la* mesure du possible, 
rendu les mots et le sens du concile; il s'applique ensuite à réfu- 
ter longuement Amalaire, soit par des passages de la Bible, soit 
par des citations des Pères 1 . 



437. Concile de Kingston, 838. Mort de Louis le Débonnaire, 840. 

Vers le même temps (838), se réunit à Kingston, en Angleterre, 
sous la présidence de Céolnoth, archevêque de Cantorbéry, un 
grand concile auquel assistèrent, s'il faut en croire les actes, les 
deux rois Egbert et Aethelwulf et un très grand nombre d'évêques. 
Les actes ne portent d'autres signatures que celles de l'archevê- 
que et de plusieurs prêtres et diacres, comme s'il ne s'agissait 
que d'un concile diocésain 2 . Nous n'en connaissons autre chose 

1. Dans Mansi, op. cit., t. xiv, col. 741 sq., mieux dans Florus, P L., t. cxix, 
col. 80 sq. Nous remarquerons, en passant, cette phrase dans la lettre de Florus : 
« L'Église de Lyon est présentement malheureuse, car elle a un episcopus sine 
poteslate et un magister sine veritate. Dans son édition de Baronius, Mansi, ad 
ann. 838, n. 75, t. xiv, p. 231, comprend ainsi cette phrase : Agobard était alors 
en exil, par conséquent sine poteslate, et Amalaire était le magister sine veri- 
tate. Mais alors cette phrase ne s'accorde pas avec ce que Florus a dit au début, 
que le pasteur avait accusé Amalaire auprès de l'empereur, » et nous voyons en 
outre, qu'Agobard assista au synode de Quierzy, qu'il était par conséquent 
réintégré dans sa potestas. [Sur la question des deux Amalaires (de Trêves et de 
Metz), qui se réduisent au seul Amalaire de Metz, cf. Diction, de théol. cathol.,t. i, 
col. 933-934 ; Diction, d'archéol. chrél., t. i, col. 1323, 1330. (H. L.)] 

2. Kinsgton-upon-Thames, comté deSurrey. Coll. regia, t. xxi, col. 397; Labbe, 
Concilia, t. vu, col. 1767-1768 ; Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1447; Coleti, 
Concilia, t. ix, col. 888; Wilkins, Conc. Brit., t. i, col. 178; Mansi, Concilia, 



104 



LIVRE XXI 



que la confirmation d'une donation faite par les deux rois sus- 
nommés à l'église de Cantorbéry. 

Pépin d'Aquitaine mourut probablement au mois de décembre 
838, laissant deux enfants mineurs, incapables de régner, et que 
l'empereur écarta d'un nouveau partage dans lequel son fils 
Louis fut réduit à la Bavière, tandis que Lothaire et Charles se [99] 
partagèrent le reste de l'empire. Lothaire adopta ce projet 
avec joie et se hâta de passer les Alpes. Louis le Germanique parla 
inutilement d'amener une armée; le partage eut lieu à Worms 
(juillet 839); on fixa, autant que possible, la limite des royaumes 
de Lothaire et de Charles, et on fit jurer à tous ceux qui étaient 
présents fidélité à ce contrat. L'empereur se rendit (août 839) 
à Chalon-sur-Saône, où il tint un conventus Cabillonensis sou- 
vent énuméré parmi les conciles, quoiqu'on n'y ait traité que 
des affaires de l'Etat, en particulier, de l'exclusion des fils de 
Pépin du royaume d'Aquitaine \ 

On tint dans le même temps des réunions qui peuvent être 
comprises au nombre des conciles, mais n'étaient en réalité que 
des synodes diocésains de peu d'importance : ainsi, à Sens et à 
Saint- Orner. 

Au cours de cette même année 839, on tint à Cordoue, en 
Espagne, sous la domination des Maures, un concile plus im- 
portant; Florez nous en a conservé les actes dans le t. xv de son 
Espana sagrada (1759), et après lui Helfferich 2 et Gains 3 s'en sont 
particulièrement occupés. Huit évêques (dont plusieurs métro- 
politains) et de nombreux prêtres assistèrent à ce concile, à 
la célébration duquel les Maures ne s'opposèrent pas. La princi- 
pale discussion concerna la secte des Cassianistes, formée dans les 
diocèses d'Egabra et d'Anci, principalement à Epagro dans le 
diocèse d'Egabra où ils avaient élevé une église dédiée à saint 
Cassien. Ils s'étaient introduits, disent les actes, venant du rivage 
de la mer, c'est-à-dire d'Afrique et paraissaient avoir adopté 
les doctrines des Migétiens. Ils avaient un évêque nommé Quiné- 

Supplem., t. i, col. 805; Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 754; Haddan et Stubbs, 
Councils and ecclesiastical documents, t. ni, p. 617-620 ; W. D. Biden, Histo- 
ry and antiquities of Kingston, in-8, Kingston, 1852. (H. L.) 

1. Coll. regia, t. xxi, col. 398; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1770; Coleti, Conci- 
lia, t. ix, col. 899; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 767. (H. L.) 

2. Helfferich, Weslgoth. Arianismus, p. 108 sq. 

3. Die Kirchengeschichte von Spanien, t. h, part. 2, p, 311 sq. 



438- concile d'ingelheim, été 840 105 

ricus qui se prétendait envoyé par Rome, désignaient comme leur 
fondateur un certain Cassien complètement inconnu, et furent 
désignés par le concile sous les noms de Juvéniens Simonistes 
et Acéphales (Séparatistes). Ils permettaient les mariages entre 
parents, avec les divorcés et avec les infidèles, rejetaient le culte 
des reliques, voulaient introduire une discipline du jeûne plus 
sévère, regardaient comme impurs une grande quantité de mets, 
avaient la prétention de s'administrer à eux-mêmes la sainte 
Eucharistie, ne se présentaient plus à la sainte table sous pré- 
texte que la sainte Hostie y était placée dans la bouche des 
fidèles; ils se considéraient comme des saints, et menaient une 
vie fanatique. Le concile mit en garde contre eux tous les chré- 
tiens et les exhorta à revenir aux saines doctrines de l'Eglise. 
On ne sait si ce conseil fut suivi; toutefois la secte disparut peu 
de temps après 1 . 
[100] Cette même année 839, mais quelques mois plus tard, l'empereur 
quitta Chalon et se dirigea sur l'Aquitaine, pour y réprimer les 
révoltes des partisans de ses petits-fils. Mais au commencement 
de 840, il dut revenir en Germanie, parce que Louis le Ger- 
manique avait repris les armes. Le père et le fils marchèrent 
l'un contre l'autre ; mais de part et d'autre, on voulait éviter le 
combat. L'empereur déjà malade devint si faible que, de la Thu- 
ringe où il était avec son armée, il ne put regagner Aix-la-Chapelle. 
Il fit élever une tente dans une île du Rhin, en face d'ingelheim 
(Palatinat), et y mourut le 20 juin 840 2 . Durant les quarante 
derniers jours de sa vie, il ne prit d'autre nourriture que la 
sainte Eucharistie, fit aux églises de nouvelles donations, s'occu- 
pa du salut de son âme, et, sur les représentations de Drogon et 
d'autres évêques, pardonna sincèrement à son fils rebelle Louis. 



438. Concile d'ingelheim, pendant Vété de 840. 

Un des premiers actes de Lothaire fut de réintégrer dans sa 
charge Ebbon, archevêque de Reims. Depuis sa déposition à Thion- 

1. Florez, Espana sagrada, 1759, t. xv, p. 12-15; 1792, t. x, p. 525-532. (H. L.) 

2. Simson, Jahrbiïclœr, 1874, t. n, p. 230; Mùhlbacher, Regesten, 2 e édit., 
t. i, n. 1014 c. (H. L.) 



106 LIVRE XXI 

ville, en 835, Ebbon s'était caché en Italie. Après la mort de Louis 
le Débonnaire, Boson, abbé de Saint-Benoît, à Fleury, l'amena 
à l'empereur Lothaire àWorms. Là, Ebbon manifesta son repentir, 
et fut en conséquence réintégré dans ses hautes fonctions par le 
concile d'Ingelheim (août 840), et par un décret impérial contre- 
signé d'un grand nombre d'évêques \ A la tête du concile se trou- 
vait Drogon, archevêque de Metz, qu'assistaient Otgar de Mayence 
et Hetti de Trêves, Almavin de Besançon, Audax de Tarentaise 
et quinze évêques 2 . Le décret impérial porte la date de vin Kal. 
Jul. (24 juin) ; Louis mourut le 20 juin, et Lothaire se trouvait 
à cette époque en Italie, en route pour la Germanie ; il est impos- 
sible d'admettre que le concile d'Ingelheim ait eu lieu quatre jours 
après la mort du vieil empereur. Aussi Le Cointe, Pagi 3 et d'autres 
proposent-ils de lire vin kal. sept. (25 août). 

Outre l'édit impérial de restitution, les collections conciliaires 
nous ont conservé un document considérable intitulé Apologe- 
ticum Ebbonis, divisé en trois parties. Il est dit, dans la première, 
qu'après sept ans d'exil, Ebbon avait été réintégré sur son siège 
par l'empereur Lothaire et les évêques Drogon, etc., dans la réunion 
d'Ingelheim ; les évêques de la province ecclésiastique de Reims 
reconnurent cette décision et acclamèrent solennellement Ebbon 
dans l'église cathédrale de Reims, le 6 décembre 840 4 , et avaient 
rédigé un document sur ces événements. — Ce document forme la 
seconde partie de Y Apologeticum et contient les détails sui- 
vants : Ebbon avait été chassé par l'effet de l'inimitié person- 
nelle de l'empereur Louis, réintégré par l'empereur Lothaire et les 
évêques, décision à laquelle s'étaient associés avec joie Théo- 
dore de Cambrai, Hrodhad (Rothad) de Soissons, etc. 5 . — 

1. M. Goldast, Collect. constitutionum, 1608, t. i, col. 189; Sirmond, Concilia, 
t. ii, col. 631 ; Coll. regia, t. xxi, col. 399; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1770-1771 ; 
Coleti, Conc, t. ix, col. 905; Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1447 sq. ; Mansi, 
Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 774 sq. ; t. xvn, app. n, col. 233; Binterim, 
Deutsche Concilien, t. n, p. 406 sq. ; Hartzheim, Conc. Germ., t. n, col. 139 ; 
F. Walter, Corp. jur. germ., Berolini, 1824, t. in, p. 262; Monum. Germ., Leges, 
t. i, p. 374; A. Verminghoff, dans NeuesArchiv, 1899, t.xxiv, p. 491-492. (H. L.) 

2. Sur Amalvin et Audax, voy. Moozer, Onomasticon hiérarchise germ., Minden, 
1854, p. 11, 107. 

3. Pagi, Critica, ad ann. 840, n. 11. 

4. Ebbon n'avait pu se rendre plus tôt à Reims, parce que la ville était alors au 
pouvoir de Charles le Chauve encore brouillé avec son frère Lothaire. 

5. L'authenticité de ce document a été mise en doute dans le synode de Sois- 
sons en 853. Voyez plus loin § 453. 



[101] 



438- conciles d'ingelheim, été 840 107 

La troisième partie, qui est d'Ebbon lui-même, contient la 
déclaration de sa réintégration sur le siège de Reims. Il cher- 
che à y démontrer « qu'on lui a fait violence à Thionville, et que 
la sentence d'indignité portée alors ne constituait pas un empê- 
chement à remonter sur le siège épiscopal. Le Christ dit : « Lors- 
que tu apporteras ton offrande à l'autel, si tu te souviens que 
ton frère est irrité contre toi, laisse là ton offrande, etc. 1 ; or, ce 
n'était pas un frère, mais son maître et empereur, qui s'était 
irrité contre lui ; il avait tout supporté avec patience, espérant 
qu'un aveu sincère lui obtiendrait l'oubli et le pardon de ses 
fautes. Il s'était accusé d'orgueil, d'esprit mondain, de juge- 
ments sévères, c'est-à-dire pécheur. Enfin il avait abdiqué l'épis- 
copat pour épargner un péché à ses adversaires. Afin de couper 
court à toutes fausses suppositions, il voulait publier mainte- 
nant l'aveu de ses fautes, et la sentence d'abdication qu'il avait 
signée à titre de déchéance non à titre de condamnation. Dans 
ce document, il se reconnaissait pécheur en général, mais sans 
articuler aucune faute en particulier. Or, d'après le droit canon, 
il ne pouvait être déposé que dans ce dernier cas. Il s'avouait 
indigne assurément, mais il avait fait dans d'autres écrits des 
aveux analogues ; on aurait donc pu avec autant de raison le 
[102] condamner sur ces écrits. Il avait dit qu'on pouvait nommer 
un autre évêque à Reims, et il ne s'y était pas opposé, cependant 
on ne l'avait pas fait. Du reste, d'après le droit canon, l'abdication 
d'un évêque emprisonné n'est valide que si son diocèse y consent. 
Enfin, sur la demande réitérée du clergé de Reims, sur la sentence 
de l'empereur et des évêques, et non de lui-même, il était remon- 
té sur son siège. » 

Certains auteurs pensent que pour démontrer la nullité de sa 
déposition, Ebbon a produit un document se rattachant aux doc- 
trines du pseudo-Isidore 2 . 

1. Matth., v, 23. 

2. Lalande, Conc. Gall., p. 142;Labbe, Concilia, t. vu, col. 1781; Hardouin, 
Coll. conc, t. iv, col. 1458; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 786; Pertz, 
Monum. Germ. hist., t. n, p. 662. (H. L.) 



108 



LIVRE XXI 



439. Conciles à Fontenoy, à Aix-la-Chapelle, Bourges, Milan 

et Germigny, en 841-843. 

Dès que l'empereur fut mort, Lothaire franchit les Alpes et 
chercha à imposer sa suprématie impériale à ses frères, comme 
aussi à agrandir son apanage à leurs dépens. Le prétendant à 
la couronne d'Aquitaine, le jeune Pépin, l'accompagnait. Par 
contre, Louis le Germanique et Charles le Chauve firent cause 
commune, et après diverses négociations, des marches et des 
contre-marches, de légers combats sans résultat, les deux armées 
se rencontrèrent non loin d'Auxerre, à Fontenoy (25 juin 841) 
et le sort des armes fut contraire à Lothaire 1 . Les rois Charles et 
Louis restèrent quelques jours sur le champ de bataille, pour 

1. Pasumot, Dissertation sur le lieu où s'est donnée la bataille de Fontenay 
en 841, dans Malte-Brun, Annales des voyages, t. xm, p. 171-215 ; Discours 
prononcé pour l'inauguration du monument commémoratif de la bataille 
de Fontenoy-en-Puisaye Van 841, par Bravard, in-8, Auxerre, 1860; J.-B. Buzy, 
Chant funèbre sur la bataille de Fontenay, livrée l'an 841, un samedi 25 juin, dans 
le Bull, de la Soc. arch. de Sens, 1872, t. x, p. 178-187; Challe, De l'emplacement 
de la bataille de Fontanetum (Fontenoy-en-Puisaie) improprement appelée de Fon- 
tenay ou de Fontenailles par la plupart des historiens, dans les Comptes rendus 
de l'Acad. des inscr., 1860, série I, t. iv, p. 151-158; Crosnier, Bataille de Fonte- 
nay, en 841, dans le Bull. Soc. nivern., 1855, t. n, p. .'i97; Dey, Les petits côtés 
de la bataille de Fontenoy, dans l' Annuaire de l'Yonne, 1885; E. Duché, Note sur 
la bataille de Fontenoy, dans le Bull, de la Soc. scient. del'Yonne, 1885-1886, série 
III, t, ix, p. 534-536; E. Duché, Fontanetum, cauchemar à propos d'un rêve, in-12, 
Auxerre, 1860; E. Dùmmler, dans Neu. Archiv Ges. ait. deutsch. Gesch., 1879, 
t. iv, p. 267 ; Ebert, dans Gesch. d. Liter. d. Mittelall.,18S0, t. n, p. 312-313; 
Lebeuf, Dissertation sur le lieu où s'est donnée l'an 841 la bataille de Fontenay, 
dans Recueil d'écrits hist. de France, 1738, t. i, p. 127-190; Lebeuf, Sur l'époque 
de la bataille de Fontenai, dans Hist. de l'Acad. des inscr. et bell.-lettr., 1753, 
t. xvin, part. 1, p. 303-341 ; t. xix, 2 e part., p. 515-529; D.M..., dans le Bulletin mo- 
numental, 1860, III e série, t. vi, p. 611-614; J. Perrin, Notice historique et littéraire 
sur la bataille de Fontenoy, le diacre Florus et sa plainte sur la division de l'Empire 
après la mort de Louis le Pieux, dans le Bull, de la Soc. arch. de Sens, 1885, t. xm, 
p. 89-114 ;Vaulet, La bataille de Fontanet, 25 juin 841, in-8, Paris, 1900 ; E. 
Millier, Der Schlachtort Fontaneum [Fontanetum) von 841, dans Neues Archiv, 
1907, t. xxxin, p. 201-211; F. Lot et L. Halphen, Le règne de Charles le Chau- 
ve, in-8, Paris, 1909, p. 13-36: L'ouverture des hostilités et la bataille de Fon- 
tenoy. Pour le poème relatif à la bataille de Fontenoy, cf. Dict. d'arch. chrét., 
au mot Cantilène, la bibliographie des notes. (H. L.) 



139. CONCILES A FONTENOY, ETC. 109 



célébrer le dimanche, prendre soin des blessés et enterrer les 
morts. Les évêques se réunirent en concile sur le champ de bataille 
entre Tauriac et Fontenoy (diocèse d'Auxerre) ; l'assemblée 
déclara juste la guerre contre Lothaire et vit dans son issue le 
[103] doigt de Dieu. On ne devait donc pas punir ceux qui y avaient 
coopéré, par conseil ou autrement, bien qu'il fût défendu aux 
clercs de prendre part aux combats. Du reste, tous ceux qui 
reconnaîtraient y avoir contribué par haine ou par crainte, de- 
vaient confesser leurs fautes en secret et en faire pénitence. 
Enfin, pour rendre honneur à la justice de Dieu qui venait de 
se manifester et contribuer au salut des âmes dès défunts, on 
ferait une pénitence de trois jours. Tel est le récit de Nithard, petit- 
fils de Charlemagne, fils de Bertha et d'Angilbert, dans le troi- 
sième livre de ses histoires 1 . 

Après la bataille de Fontenoy, Lothaire chercha à reconstituer 
ses forces, et on l'accusa de s'être allié aux ennemis de l'empire. 
Néanmoins, sa puissance alla en diminuant, et beaucoup de ses 
fidèles amis, tels Rhaban-Maur abbé de Fulda, Walafrid Strabon 
abbé de Reichenau, Otgar, archevêque de Mayence, furent dépos- 
sédés de leurs charges par les armées envahissantes des deux frè- 
res. Lothaire lui-même se vit en tel danger, qu'avant la Pâque 
de 842 il dut s'enfuir d'Aix-la-Chapelle à Châlons-sur-Marne, 
puis à Troyes, tandis que Louis et Charles faisaient leur entrée 
solennelle à Aix-la-Chapelle et réunissaient dans cette prima sedes 
Francise, ainsi s'exprime Nithard, les évêques (concile d'Aix-la- 
Chapelle de 842), pour décider du sort de l'apanage de Lothaire 2 . 
Les évêques, dont aucun n'est mentionné par Nithard, déclarèrent 
que Lothaire avait mérité par ses péchés de perdre l'empire que 
Dieu avait transmis à ses frères. Toutefois, avant de s'en emparer, 
les deux frères promirent de l'administrer, non comme Lothaire, 
mais d'une manière conforme à la volonté de Dieu. Ayant prêté 
ce serment, chacun des deux frères choisit douze arbitres (le roi 

1. Coll. regia, t. xxi, col. 406 ; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1777-1778 [1781- 
1782]; Lalande, Conc. Gall., p. 143;Coleti, Concilia, t. ix, col. 917; Mansi, Conc. 
ampliss. coll., t. xiv, col. 786; Pertz, op. cit., t. n, p. 668 ; G. Meyervon Khonau, 
Ueber Nithards vier Bûcher Geschichten, der Brùderkrieg der Sôhne Ludwigs des 
Frommen und sein Geschichtschreiber, in-4, Leipzig, 1866 ; F. Lot et L. Hal- 
phen, Le règne de Charles le Chauve, 1909, p. 38. (H. L.) 

2. Lalande, Conc. Gall., p. 143; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1874; Coleti, Con- 
cilia, t. ix, col. 919; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 789. (H. L.) 



110 LIVRE XX [ 

Charles choisit en participer Nithard), pour régler le partage 
équitable du royaume de Lothaire. 

Hincmar de Reims croit que son prédécesseur Ebbon, chassé 
par Charles le Chauve, fut de nouveau déposé vers cette même 
époque (842 ou 841), dans un concile tenu à Bourges. 

Un concile tenu à Milan en 842 confirma les immunités du mo- 
nastère des Saints-Faustin-et-Jovite, à Brescia 1 ; enfin un autre 
concile tenu à Germigny près d'Orléans, en 843, réforma la discipline 
monastique et conféra un privilège au monastère de Curbion 2 . 



440. Fin de l'hérésie des iconoclastes. [104] 

Pendant que ces événements se passaient en Occident, la situa- 
tion des iconoclastes avait bien changé dans l'empire de Byzance. 
L'empereur Michel le Bègue 3 mourut (octobre 829), après avoir 
donné un grand scandale en épousant une religieuse ; il eut pour 
successeur son fils Théophile, associé à l'empire. Peu après 
l'arrivée au pouvoir de Théophile, les patriarches Job d'Antioche, 
Christophe d'Alexandrie et Basile de Jérusalem 4 lui remirent 
un mémoire détaillé 5 , le suppliant de ne pas suivre les iconoclastes, 
mais de rester, par ses œuvres, fidèle à son beau nom de Théophile 6 . 
— Les évêques se faisaient une complète illusion, car Théophile, ico- 
noclaste acharné, n'hésitait pas à employer la barbarie contre la doc- 
trine contraire. Persuadé d'être César et pape, il tenait toute opposi- 
tion à un décret impérial, qui empiétait sur les choses de l'Eglise, 
pour, crime de lèse-majesté. Aussi détruisit-on, à la façon des Van- 
dales, les images refaites dans les dernières années, etlesremplaça- 



1. Muratori, Antiq. Ital., t. v, col. 985; Mansi, Concilia, Supplém., t. i, col. 903 ; 
Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 791 ; Cod. dipl. Langob., p. 257. (H. L.) 

2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 784, 789, 794. Voir Appendices de ce tome. 

3. Voir § 424. 

4. Le Quien a justifié ces noms et Walch, Ketzerhist., t. x, p. 727, a adopté 
ses conclusions. 

5. Nous en avons déjà tiré parti dans § 415. 

6. Combéfîs, Manipulus origin. Constantinopol., p. 110-145 ; S. Jean Da- 
mascène, Opéra, édit. Le Quien, t. i, p. 638-646. Mansi, Conc. ampliss. coll., 
t. xiv, col. 114-120, n'en donne qu'un extrait, ainsi que Walch, op. cit., t. x, 
p. 593 sq. 



440- FIN DE L'HÉRÉSIE DES ICONOCLASTES 111 

t-on sur les murs des églises par des oiseaux ou d'autres animaux ; 
Les cachots se remplirent de moines, de clercs et de laïques de toute 
condition qui repoussaient les édits des iconoclastes, et reje- 
taient la communion de l'intrus Jean Grammaticus (patriarche 
depuis 833). Ce patriarche ordinairement appelé Janes, comme 
le devin dont parle la Bible 1 , avait été le précepteur de l'empereur; 
c'était un homme savant, rusé, hétérodoxe, et l'un des principaux 
coopérateurs de son prince dans l'affaire des iconoclastes. On 
rapporte que, dès son élévation, en 833, il prononça, dans une 
[105] sorte de synode tenu aux Blakhernes, l'anathème contre tous 
les iconophiles. Rome ne le reconnut pas plus que son prédécesseur 
Antoine de Syllœum. Aussi, aucun Grec orthodoxe n'accepta 
sa communion. La fureur impériale était surtout déchaînée contre 
les moines, les plus zélés et les plus hardis défenseurs des images 
et qui comptaient même des artistes parmi eux. Beaucoup de 
monastères devinrent déserts ; il fut défendu à tout moine de 
paraître dans la capitale ; quant aux artistes qui se trouvaient 
parmi eux, ils devaient être exterminés, et s'ils continuaient, 
comme par exemple le moine Lazare, à peindre des images, ils 
devaient être fouettés jusqu'au sang, et leurs mains brûlées au 
fer rouge. Ce châtiment fut infligé aux savants qui défendirent 
le culte des images. L'empereur se laissa quelquefois entraîner 
à discuter avec eux ; mais malheur à celui qui ne se laissait pas 
convaincre par ses arguments. Les deux frères Théophane et Théo- 
dore, nés l'un et l'autre à Jérusalem, furent, non seulement punis 
de deux cents coups de bâton, mais on leur scalpa dans le front 
des vers grecs pour se moquer d'eux : aussi reçurent-ils le surnom 
de ypaircoC. Un autre savant, nommé Méthode, fut, pour la 
même raison, enfermé pendant sept ans avec deux malfaiteurs 
dans un tombeau situé dans une île 2 . 

L'empereur parvint à réprimer les tentatives extérieures favo- 
rables au culte des images, lequel n'en poussa que des racines 
plus profondes dans les cœurs, sans même excepter l'impératrice 
Théodora et sa mère Théoktista. Celle-ci enseignait à ses petites- 
filles, c'est-à-dire aux enfants de l'empereur, à baiser les images 



1. Exod., vu, 22 ; II Tim., m, 8. 

2. Constantin Porphyroa:énète, Chrono graphia, édit. Bonn. Ce travail porte 
Je titre suivant : Theophanes coiUinuatus, c. x-xiv, p. 99-106; Walch, op. cit., 
p. 622 sq., 716 sq. 



112 LIVRE XXI 

des saints, ce que voyant Théophile, il défendit à ses filles 
de visiter leur grand'mère. L'impératrice elle-même fut dénoncée 
par un nain, pour garder dans sa chambre des images saintes ; 
elle n'évita que par la ruse la colère de son mari 1 . La mort de 
l'empereur (20 janvier 841) mit fin à ces persécutions. Sur son lit 
de mort, il fit décapiter le général Théophobe, et apporter la tête 
sur son lit, et, tandis que les autres chrétiens meurent en tenant 
en mains le crucifix, Théophile mourut en tenant encore cette 
tête ensanglantée 2 . [106] 

Théophile laissa l'empire à son fils Michel l'Ivrogne, âgé de 
trois ans, proclamé empereur par ordre de son père, avec sa 
mère Théodora et sa soeur aînée Thécla. En fait, sa mère avait 
le pouvoir. Avant de mourir, l'empereur lui fit promettre, ainsi 
qu'au chevalier Théoktiste, de ne faire aucun changement rela- 
tivement au culte des images. Ce qui survint fut plutôt obtenu 
par les sujets qu'imposé par la princesse. Celle-ci fit immédiate- 
ment sortir de prison les iconophiles et accorda à plusieurs d'entre 
eux, notamment à Méthode, toute sa confiance. Parmi les premiers 
grands et les tuteurs du jeune empereur, le chancelier Théoktiste 
admettait ouvertement que le culte des images devait être réta- 
bli, même contre le désir du peuple, si cela était nécessaire. Son 
collègue Bardas, oncle de l'impératrice du côté maternel, était 
du même avis, quoiqu'il s'occupât peu d'affaires ecclésiastiques. 
Le seul hésitant était Manuel, général des gardes du corps et oncle 
de l'impératrice (frère de son père). Tombé malade à cette époque, 
il fit, sur les instigations des moines de Studium et d'autres clercs, 
le vœu de travailler pour l'orthodoxie, s'il obtenait sa guérison. 
Il guérit en effet, et se rendit avec les autres tuteurs du prince 
auprès de l'impératrice, pour la prier formellement de rétablir 
le culte des images. Théodora aurait d'abord refusé, dit-on, par 
égard pour la mémoire de son mari; puis comprenant que son 
refus pourrait lui coûter le trône, elle se serait rendue. On est 
plus porté à croire, d'après les sources plus recommandables, 
que Théodora aurait répondu qu' «elle partageait l'opinion 

1. Elle prétendit que le nain avait vu dans une glace son image et celle des da- 
mes de sa suite et qu'il avait cru voir de véritables tableaux. Constantin, loc. 
cit., t.. vi, p. 92. Cet incident fait l'objet d'une miniature reproduite par de 
Beylié, L'habitation byzantine, in-4, Paris, 1902, p. 120. 

2. Le général Théophobe était tellement aimé de ses soldats que l'empe- 
reur conçut contre lui des sentiments de jalousie. 



440- FIN DE L HERESIE DES ICONOCLASTES 



113 



des tuteurs du prince, mais qu'à cause des sénateurs et des grands 
du royaume, en particulier à cause des évêques et du patriarche 
Jean, elle n'avait encore rien voulu tenter. Ce dernier avait, par ses 
prédications, grandement développé ce germe d'hérésie que son 
mari avait reçu de ses ancêtres. » Sur de nouvelles instances de 
Manuel et de ses amis, l'impératrice envoya au patriarche un offi- 
cier appelé Constantin, et lui fit dire : « De tous côtés, et en parti- 
culier de la part des pieux moines, on demande le rétablissement 
du culte des images, si tu y consens, les églises recouvreront leurs 
[107] ornements ; si tu es encore dans l'erreur, tu peux quitter la ville 
et te retirer pour quelque temps à la campagne, jusqu'à ce que 
les saints Pères (les moines) viennent te trouver et t'enseignent 
une meilleure doctrine. » L'ordre était clair; le patriarche demanda 
à réfléchir et se fit à lui-même des blessures, ce qui permit à 
ses amis de répandre, dans le peuple déjà agité, le bruit que l'im- 
pératrice avait voulu faire massacrer le patriarche. Afin d'ins- 
truire cette affaire, Bardas fut envoyé dans le patriarcheion. Le 
patriarche Jean accusa en effet l'officier Constantin de l'avoir 
maltraité ; mais il fut démontré, par les dépositions de ses propres 
serviteurs et par la découverte des instruments dont il s'était 
servi, qu'il s'était blessé lui-même, et il fut déposé pour avoir 
cherché à se suicider et relégué dans sa campagne de Psicha. 
C'est ce que rapportent les documents les plus sûrs et les plus 
nombreux 1 . Toutefois Walch 2 et Schlosser 3 , s'appuyant en partie 
sur Genesius, croient que les ambassadeurs de l'impératrice 
avaient voulu faire sortir de force le patriarche de sa maison, et 
que celui-ci ayant résisté, ils l'avaient blessé. 

On donna pour successeur au patriarche Jean le savant Méthode, 
confesseur sous Théophile 4 . D'après les uns il aurait été choisi par 
l'impératrice, d'après les autres, les clercs l'auraient élu, avec 
l'assentiment des grands de l'empire, dans la chancellerie du palais 
impérial. On tint alors un concile qui déposa solennellement le 
patriarche Jean 5 . Les actes de cette assemblée ne nous sont pas 

1. Par ex., Constantin Porphyr., op. cit., 1. IV, De Michaele, p. 149 sq. ; Walch, 
op. cit., t. ii, p. 731, 740, 758, 772, 786. 

2. Walch, op. cit., p. 772. 

3. Schlosser, Gesch. der bildensliirmenden Kaiser, p. 547. 

4. Il est vénéré comme saint ; voy. Léo Allatius, Diatribe de Methodiorum 
scriptis, § 34 sq. et Acta sanct., jun. t. n, p. 960 sq. 

5. Cf. Libellus synodicus, dans Mansi, op. cit., t. xiv, col. 787; Hardouin, op. 
cit., t. v, col. 1546. 

CONCILIAS — [[I — s 



114 LIVRE XXI 

parvenus ; mais les documents byzantins la mentionnent très 
souvent, quoique brièvement. Sur l'ordre de l'impératrice, plu- 
sieurs savants moines préparèrent la réunion de ce concile en réu- [108] 
nissant dans un tomus divers passages des Pères en faveur des 
images. On lut leur mémoire devant une réunion de clercs et de 
sénateurs qui se prononça en faveur de la restauration du culte 
des images. En même temps arrivèrent à Constantinople un grand 
nombre de moines venus de divers pays, soit pour travailler par 
leurs prédications l'opinion du peuple, soit pour prendre part 
au concile et aux solennités qui auraient lieu à cette occasion l . 
Le concile lui-même renouvela les décisions des sept conciles 
antérieurs, déclara légitime le culte des images, et frappa d'ana- 
thème les iconoclastes. Les évêques de ce parti furent chassés 
de leurs sièges, distribués pour la plupart entre ceux qui avaient 
le plus souffert sous l'empereur Théophile pour la cause des images. 
Tel était, en particulier, le cas du ypocrroç Théophanes, évêque de 
Smyrne. 

L'impératrice Théodora aurait, dit-on, demandé aux évêques 
comme condition de sa coopération à l'œuvre de la restauration 
des images, de prier pour la délivrance de l'âme de son mari qu'elle 
prétendait avoir vu dans une vision condamné au feu. On lui 
répondit qu'il était mort hérétique ; mais elle assura que, sur ses 
instances, il aurait, au dernier moment, reconnu ses erreurs et 
baisé les images des saints qu'elle lui aurait présentées. — Pour 
perpétuer le souvenir de l'événement le concile décida qu'on ferait 
chaque année le premier dimanche de carême, une procession 
solennelle commémorant la fête de l'orthodoxie, et qu'on y 
renouvellerait chaque fois l'anathème contre les iconoclastes 2 . 
La* première fête de ce genre fut célébrée immédiatement après 
la tenue du concile (19 février 842), et les images furent pour la 
première fois exposées dans les églises de Constantinople. Un grand 
banquet donné par l'impératrice termina la solennité 3 . Cette 
fête de l'orthodoxie obtint plus tard, dans l'Eglise grecque et dans 

1. Labbe, Concilia, t. vu, col. 1778-1780 (1782-1784); Hardouin, op. cit., t. iv, 
col. 1546; Coleti, Concilia, t. ix, col. 917; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 787. (H. L.) 

2. Sur le sens de cette fête, cf. Tubinger theol. Quarlalschrift, 1846, p. 424. 
Et quant aux cérémonies qui l'accompagnaient, cf. Walch, op. cit., p. 800. 

3. Constantin Porphyrogénètc, op. cit., c. îv, 5, p. 152 sq., c. xi, p. 160. 
Walch a réuni les autres documents fournis par les sources, op. cit., p. 736, 
741,749,773,783, 788, 799. 



441. CONCILES FRANCS DEPUIS LE TRAITE DE VERDUN 115 

l'Eglise russe, une signification beaucoup plus étendue. Ce fut 
la célébration de la victoire remportée sur toutes les hérésies, et on 
y prononça l'anathème contre les diverses catégories d'hérétiques. 

L'ancien patriarche Jean fut relégué dans le monastère de Klidii, 
près de Sténum, et donna aussitôt carrière à son zèle puritain 
contre les images, en crevant les yeux à des images du Christ et 
de Marie qui se trouvaient dans sa chambre. Indignée, l'impéra- 
[109] trice le fit châtier corporellement, mais il est faux, quoi qu'on en 
ait dit, qu'on lui ait infligé la peine du talion. Quelque temps 
après, une femme accusa le patriarche Méthode d'avoir entretenu 
avec elle des relations coupables; tous les iconoclastes exultèrent. 
La cour ordonna immédiatement une enquête ; Manuel, Théoktiste, 
et d'autres sénateurs, se rendirent pour cela chez le patriarche. 
Méthode prouva que l'accusation était pure calomnie, et cela 
d'une manière si péremptoire, que cette femme avoua avoir 
été poussée par l'ancien patriarche et ses amis. En punition, on 
les condamna à se trouver tous les ans avec des torches allu- 
mées en tête de la procession de la fête de l'orthodoxie, et d'y 
entendre l'anathème prononcé contre eux 1 . 

Le patriarche Méthode mourut en 846, ayant occupé quatre 
ans le siège patriarcal. L'un de ses derniers actes fut le transfert 
solennel du corps de son prédécesseur, le patriarche Germain, 
partisan des images. Méthode eut pour successeur saint Ignace. 
A partir de cette époque, les iconoclastes commencèrent à dispa- 
raître, et, jusqu'à ce jour, le culte des images a été conservé en 
grand honneur dans l'Eglise grecque. Même au plus fort des 
luttes entre Photius et Ignace, les deux partis restèrent d'ac- 
cord au sujet des images, et le VIII e concile œcuménique 
approuva de nouveau le culte qu'on leur rendait. 



441. Les conciles francs depuis le traité de Verdun 

jusquen 841 . 

Après le traité de Verdun, conclu au mois d'août 843 2 , un concile 
tenu à Lauriac ou Loire, près d'Angers (octobre), menaça de peines 

1. Constantin Porphyrogénète, op. cit., ç. ix et \, p. 157 sq. 

2. F. Lot et L. Halphen, Le règne de Charles le Chauve, 1909. p. 63-67; 



1 1 G LIVRE XXI 

sévères les contempteurs du pouvoir royal et de l'Eglise 1 . Presque 
en même temps Charles le Chauve réunit (novembre) une diète 
à Coulaines, près du Mans, pour essayer de rétablir l'union entre 
les grands de son royaume, très irrités les uns contre les autres et 
contre lui-même. Les évêques et les grands entrèrent dans ce plan 
et Charles publia un capitulaire dans lequel chacun des deux 
partis assurait l'autre de son respect et de son amitié 2 . [110] 

Pour rétablir l'entente entre les évêques et les prêtres de la 
province de Septimanie, Charles célébra (juin 844), un concile à 
Toulouse 3 . Il fixa les redevances dues par chaque prêtre à son 
évêque, donna des règles sur les voyages des évêques en cours 
de visites, sur des divisions inutiles de paroisses, sur l'érection 
de nouvelles églises, etc., et décida que l'évêque ne pourrait réunir 
annuellement plus de deux synodes diocésains. 

Au mois d'octobre 844, les trois frères Lothaire, Louis et Charles 
se réunirent à Thionville, où ils célébrèrent, sous la présidence 
de Drogon, un concile dont ils approuvèrent les décrets, conjointe- 
ment avec les grands qui étaient présents 4 . Les six capitula, 

G. Monod, Du rôle de l'opposition des races et des nationalités dans la dissolution 
de l'empire carolingien, dans Y Annuaire de V Ecole pratique des hautes études, 1896, 
p. 5-17. (H. L.) 

1. Lauriacum, Loire, arrondissement de Segré (Maine-et-Loire). Sirmond, 
Conc. Gall., t. m, col. 8; Coll. regia, t. xxi, col. 420; Labbe, Concilia, t. vu, 
col. 1790-1791, 1826-1827; Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1463 ; Le Cointe, 
Annales ecclesiastici, t. vin, p. 698; Coleti, Concilia, t. ix, col. 931 ; Mansi, Conc. 
ampliss. coll., t. xiv, col. 798. (H. L.) 

2. Coulaines, Villa Colonia, arrondissement du Mans (Sarthe). Sirmond, Conc. 
Gall., t. m, col. 4; Coll. regia, t. xxi, col. 414; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1787- 
1790, 1819-1820; Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1459; Coleti, Concilia, t. ix, 
col. 928; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 798 ; Pertz, Monumenta Ger- 
manise historica, t. ni ,Leges, t. i, p. 376; Capitul., t. n, p. 253; P. L., t. cxxxvin, 
col. 527; A. Verminghofï, Verzeichnis, dans Neues Archiv, 1901, t. xxvi, p. 611. 
(H. L.) 

3. Sirmond, Conc. Gall., t. ni, p. 1 ; Coll. regia, t. xxi, col. 409 ; Labbe, 
Concilia, t. vu, col. 1780-1887 ; Baluze, Capitul. reg. Francor., t. n, p. 21 ; 
Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1458; Coleti, Concilia, t. ix, col. 921; 
Mansi, Conc ampliss. coll., t. xiv, col. 798 ; Pertz, Monum. Germ. hist., 
t. m, Leges, t. i, p. 378; Walter, Corp. jur. Germ., t. ni, p. 16; Monum. Germ., 
Leges, t. i, p. 378; P. L., t. cxxxvin, col. 531 ; Mon. Germ., Capit., t. n, 
p. 256; Verminghofï, dans Neues Archiv, 1901, t. xxvi, p. 611. (H. L.) 

4. In loco qui dicitur Judicium, c'est Yùtz. Coll. regia, t. xxi, col. 436 ; Labbe, 
Concilia, t. vu, col. 1800-1805, 1820-1825; Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1465; 
Coleti, Concilia, t. ix, col. 941; Mansi. op. cit.. t. xiv, col. 807; t. xvn, uppendix, 



441. CONCILES FRANCS DEPUIS LE TRAITE DE VERDUN 117 

contiennent des exhortations et des prières adressées aux princes. 

1. Ils doivent vivre d'accord entre eux, s'aimer mutuellement 
et faire régner la concorde parmi les peuples, s'ils veulent préserver 
de la ruine l'Église qui leur était confiée pour la gouverner (ad 
gubernandum commis s a), et dont ils rendront compte au Roi 

[111] des rois. 2. Les sièges épiseopaux devenus vacants à la suite des 
discordes survenues entre les frères, devront être de nouveau 
pourvus. On demande aux rois de choisir des hommes dignes 
de l'épiscopat et purs de simonie ; on leur demande aussi le 
rappel des évêques exilés. 3. Les monastères ne doivent plus res- 
ter en la possession des laïques, ils doivent être gouvernés par leurs 
supérieurs réguliers. 4. On adresse les plus pressantes exhortations 
pour que les Eglises dépouillées rentrent dans leurs biens. 5. S'il 
est impossible de retirer immédiatement certains monastères aux 
laïques qui les possèdent, les évêques dans les diocèses desquels se 
trouvent ces monastères les feront surveiller par un abbé voi- 
sin. 6. Enfin, on doit rendre au clergé son ancienne dignité pour 
qu'il puisse se rendre utile en travaillant au salut des hommes. 

Au mois de décembre 844, Charles le Chauve convoqua dans le 
palatium Vernum les évêques et les autres grands de son royaume, 
pour délibérer sur la situation lamentable de l'Eglise, et lui propo- 
ser des plans de réforme. 1 Sous la présidence d'Ebroïn, évêque 
de Poitiers, de Wénilo, archevêque de Sens, de Louis, abbé de Saint- 
Denis, et d'Hincmar, plus tard évêque de Reims, ils proposèrent 
au roi douze capitula rédigés par Loup, abbé de Ferrières. 

1. Le roi doit être avant tout rempli de la crainte de Dieu, misé- 
ricordieux et juste; il remportera ainsi la victoire sur ses ennemis. 

2. Plusieurs évêques ont commis des fautes pendant les guerres 
civiles, et ont négligé leurs diocésains. On remettra les malfaiteurs, 
dans l'ordre au moyen d'intelligents missi impériaux (coer- 
ceantur) ; de leur côté, les évêques feront tout ce qui dépendra 



p. 5 sq. ; Pertz, Leges, t. i, p. 380; Bohmer-Muhlbacher, Regesta Karolin g, 1881, 
p. 416-417. Voir Appendices. (H. L.) 

1. Vernum, Vern, Ver, arrondissement de Senlis (Oise). Un concile s'y était 
tenu en 755, un autre s'y réunira en 884. Sirmond, Conc. Gall., t. m, col. 17; 
Coll. regia, t. xxi, col. 445 ; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1805-1811 ; Hardouin, 
Coll. conc, t. iv, col. 1469; Coleti, Concilia, t. ix, col. 947; Mansi, Conc. ampliss. 
coll., t. xiv, col. 810; t. xvn, Appendix, p. 9 sq.; Pertz, Leges, t. i, p. 383. Sur 
l'emplacement et les conciles de Ver, voir la bibliographie du concile de 755. 
Voir Appendices. (H. L.) 



118 



LIVRE XXI 



d'eux pour prêcher. 3. Le roi chargera ses missi de s'informer 
auprès de l'évêque du diocèse, de l'état des monastères, état qu'on 
fera ensuite connaître au roi et à un concile. 4. Les moines qui 
ont quitté leurs monastères et les clercs qui ont abandonné leurs 
églises et vont de droite et de gauche, au grand déshonneur de leur 
état, devront, s'il est nécessaire, y être ramenés de force. 5. Les 
mariages avec des nonnes seront punis d'excommunication l . 
6. D'après le c. 11 d'Ancyre, une fiancée enlevée par un autre 
sera rendue à son fiancé, même dans le cas où on lui aurait fait- 
violence. Le ravisseur sera puni par les lois civiles comme contemp- 
teur de l'excommunication de l'Eglise. 7. On doit recommander 
aux nonnes de s'abstenir, sous l'inspiration d'une piété mal enten- 
due, de revêtir des habits d'hommes ou de se couper les cheveux, 
si elles ne veulent se voir appliquer les prescriptions du concile de 
Gangres (c. 13 et 17). 8. Quelques évêques ne peuvent, à cause de 
leurs infirmités, suivre le roi dans ses expéditions, d'autres en 
ont été dispensés par le souverain. Pour que les affaires militai- 
res ne souffrent pas, les évêques devront confier leur contingent 
à un de leurs fidèles. 9. Il est urgent que l'Eglise de Reims ait 
bientôt un autre évêque. 10. On demande au roi de confirmer la 
nomination d'Agius sur le siège d'Orléans, ce qui mettra finaux 
maux de cette Eglise. 11. Le pape Sergius II a nommé, récemment, 
l'archevêque Drogon de Metz, son vicaire en Gaule et en Germanie. 
Les évêques déclarent s'abstenir d'exposer leurs sentiments sur cette 
élévation de Drogon, mais un grand concile, composé des évêques [112] 
des Gaules et de la Germanie, s'en expliquera. Sur ces entrefaites, 
Drogon renonça à sa nouvelle dignité. 12. Les personnes de diverses 
conditions doivent s'abstenir de toute injustice et brutalité, et en 
particulier de toute attaque contre les biens des églises. 

Conformément au souhait exprimé par le 9 e canon, le concile 
de Beauvais (avril 845) ordonna un pasteur pour l'église de 
Reims 2 . L'archevêque Ebbon en avait été expulsé par Charles 
le Chauve (mai 841), quelques mois après sa réintégration. Il 
se réfugia auprès de l'empereur Lothaire, qui lui donna deux 

1. Sanctimoniales olim dictée, feminse aut virgines, quse sanctimonite dabant 
operam, interdum certis, ssepe nullis illigatse monasticis votis.Du Cange. 

2. Sirmond, Conc. Gall., t. in, col. 23; Coll. regia, t. xxi, col. 454; Labbe, 
Concilia, t. vu, col. 1811-1813, 1826-1828; Hardouin, Coll. conc, t. iv, col. 1473; 
Coleti, Concilia, t. ix, col. 954; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 810 ; 
t. xvn, Appendix, p. 16; Pertz, Leges, t. i, p. 387. Voir Appendices. (II. L.) 



Vil. CONCILES FRANCS DEPUIS LE TRAITE DE VERDUN 119 

abbayes, et sollicita à Rome, en 844, la protection de Sergius II 
qui ne l'admit qu'à la communion laïque. Après le départ d'Eb- 
bon, on nomma Fulcon, et après la mort de Fulcon on lui donna 
Nothon pour successeur ; mais aucun des deux n'avait été con- 
sacré, dans la crainte du retour d'Ebbon. Toutefois le concile 
de Beauvais, qui se tenait dans la province ecclésiastique de 
Reims, déclara que, sans plus tenir compte d'Ebbon, on 
pouvait et on devait pourvoir au siège vacant ; les évêques qui 
avaient signé l'édit de restitution fait par Lothaire en faveur 
d'Ebbon trouvèrent juste de faire un nouveau choix. A la de- 
mande du clergé, du peuple et des sufïragants, Hincmar prit 
donc, dans ce concile de Beauvais, possession du siège archiépis- 
copal de Reims. 

Hincmar, ou, comme portent parfois les manuscrits, Ingu- 
mar, Ingmer, Igmar, était né vers l'an 806 d'une honorable fa- 
mille de l'ouest de la France. Elevé sous Hilduin, à Saint-Denis, 
il s'était attiré par ses talents et sa modestie l'estime de l'empereur 
Louis le Débonnaire, qui lui avait confié un grand nombre de 
missions. Il tenta avec toute l'énergie dont il était capable de réta- 
blir une sévère discipline dans le monastère ; mais lors de l'exil 
d' Hilduin en 830, Hincmar l'accompagna volontairement, quoique 
[113] personnellement toujours fidèle à l'empereur. Grâce à ses démar- 
ches, Hilduin put rentrer à Saint- Denis après une année, et Hinc- 
mar y séjourna, tout le temps qu'il n'était pas obligé de passer 
à la cour, jusqu'à ce que, peu après l'année 840, Charles le Chauve 
le prit à son service d'une manière définitive, lui confia la surveil- 
lance de plusieurs monastères et lui fit don d'une propriété 
rurale qu' Hincmar donna à l'hôpital de Saint-Denis, après sa 
nomination à l'archevêché de Reims. Nous l'avons vu assister 
au concile de Ver ; maintenant à Beauvais, avec l'assentiment 
de ses anciens supérieurs ecclésiastiques, en particulier de l'abbé 
Louis de Saint-Denis et du roi Charles le Chauve, il accepta la 
haute dignité qui lui était offerte 1 et tint désormais un des pre- 
miers rangs, dans l'histoire de l'Eglise franque. Les huit capi- 
tula du concile de Beauvais ne me paraissent pas être, ainsi 
qu'on pourrait le croire à première vue, le résultat des deman- 
des des évêques réunis : je serais porté à les croire l'œuvre du seul 

1. Cf. Flodoard, Hist. eccl. Rhemensis, 1. III, ci, réimprimé dans Mansi, op. 
cit., t. xiv, col. 810, et P. L., t. cxxxv, col. 138. 



120 



LIVRE XXT 



Hincmar ; ils expriment le désir que l'on protège le nouvel arche- 
vêque, son diocèse et toutes les églises qui en font partie, et qu'on 
les préserve de toute atteinte. Le concile de Meaux (juin 845), 
dont nous parlerons plus loin, a renouvelé d'autres capitula 
du concile de Beauvais, qui ne s'harmonisent pas complètement 
avec ceux qu'on vient de lire et qui sont évidemment l'œuvre de 
tous les évêques. 

En 845, et non en 852, comme l'a prétendu d'Achéry, se tint 
à Sens un concile, qui confirma un privilège pour le monastère de 
Saint-Remi. La date de 852 est sûrement inexacte, puisque les 
deux évêques Ursrnar de Tours et Adalbert de Troyes, qui signè- 
rent les actes de cette assemblée, étaient morts en 852 1 . 

Entre 845 et 847 se tinrent, dans le royaume de Charles le 
Chauve, quatre réunions qui n'ont pas été jusqu'ici rangées par 
les historiens dans leur véritable ordre chronologique. Le premier 
et le plus considérable des fragments que nous possédions sur 
ces réunions, porte le titre de Concilium Meldense; mais la préface 
prouve incontestablement qu'il appartient à deux conciles : celui 
de Meaux, tenu le 17 juin 845, et sa continuation à Paris le 14 
février 846. « Depuis l'époque de Louis le Débonnaire, dit la 
très intéressante prœfatio, l'Église est malade des pieds jusqu'à [114] 
la tête. Les évêques ont beaucoup prié et ont arrêté des pro- 
jets de réforme ; ainsi à Lauriac (août 843), [à Coulaines] 
(novembre 843) et à Ver (décembre 844). Malheureusement, la 
malice de Satan et de ses serviteurs fit que ces propositions n'é- 
taient pas encore entrées dans l'esprit du roi et du peuple 2 . 
Comme ses ordres divins n'étaient pas exécutés, Dieu permit 
comme châtiment l'apparition des persécuteurs des chrétiens, 
les Normands, qui s'avancèrent jusqu'à Paris. Les évêques revin- 
rent à la charge à Beauvais (avril 845) ; mais la malice et les maux 
n'avaient fait que s'accroître. Pour essayer de fléchir la colère 



1. L. d'Achéry, Spicilegium, t. n, p. 586 ; 2 e édit., t. i, p. 595; Gallia christ., 
t. iv, p. 363; Lalande, Conc. Gall., p. 161; Labbe, Concilia, t. vin, col. 77; 
Hardouin, Coll. conc, t. v, col. 39; Coleti, Concilia, t. ix, col. 1085 ; Mansi, 
Conc.ampliss. coll., t. xiv, col. 975; M. Quantin, Cartulaire général de l'Yonne, 
Auxerre, 1854, t. i, p. 63. (H. L.) 

2. On s'explique d'autant moins cette affirmation, que le concile de Ver 
s'était tenu sur l'ordre de Charles le Chauve. Peut-être était-ce là pour les évê- 
ques une manière polie de dire que le roi n'avait pas fait exécuter les stipulations 
de cet acte. 



441. CONCILES FRANCS DEPUIS LE TRAITÉ DE VERDUN 121 

divine, introduire la réforme dans le clergé, veiller au salut du 
roi et de l'empire, les archevêques Wenilo de Sens, Hincmar de 
Reims et Rodulfe de Bourges se réunirent, sur l'ordre de Charles, 
avec leurs sufïragants à Meaux, le 17 juin 845 1 . Ils renouvelèrent 
d'abord d'anciennes ordonnances, et décrétèrent ce que le Saint- 
Esprit leur avait inspiré. Toutefois, après la célébration de ce 
concile, diverses circonstances ne permirent pas de le faire suivre 
d'une exhortation épiscopale adaptée au sujet et d'assurer l'exé- 
cution de ses décrets. Aussi les mêmes évêques se réunirent-ils 
avec Guntbold de Rouen, à Paris, du consentement de Charles, 
le 14 février 846 (indict. X), pour poursuivre et terminer ce qui 
avait été commencé à Meaux. » Viennent ensuite quatre-vingts 
canons, dont les vingt-quatre premiers sont extraits des actes des 
conciles dont nous avons déjà parlé, par exemple, de ceux de 
Coulaines (n. 1-6), de Thionville (n. 7-12), de Loire (n. 13-16), 
de Beauvais (n. 17-24) ; quant aux cinquante-six autres on se 
demande s'ils ont tous été rédigés à Meaux, ou si certains ne 
proviennent pas du concile de Paris. Voici le résumé de ces cin- 
quante-six derniers canons : 

25. La demeure de l'évêque doit être toujours située près de 
l'église et être disposée pour recevoir les étrangers et les pauvres. 

26. Lorsque le roi vient dans une ville, il doit demeurer chez 
l'évêque, mais dans ce cas il n'aura pas de femme dans sa suite. 

27. La présence du roi dans une ville ne devra pas être l'occa- 
sion, comme il arrive fréquemment, de quantité de violences et 

[115] de vols. 28. Le roi doit permettre aux évêques de rester dans leurs 
diocèses pendant le carême et l'avent, et les évêques devront 
utiliser ces époques pour faire leurs visites, etc. 29. Ils doivent 
visiter eux-mêmes leurs diocèses. 30. Ils ne doivent pas passer 
d'une église moindre à une église plus considérable. 31. On 
doit respecter et maintenir les droits des métropolitains. 32. 
Les princes doivent permettre la réunion annuelle d'un ou 
deux synodes provinciaux et diocésains. 33. Un évêque qui, sans 
excuse, ne se rend pas à ces assemblées, sera suspendu jusqu'à ce 
qu'il ait donné satisfaction à ses collègues. 34. On doit observer 
les canons, expliquer les saintes Écritures d'après le sens des 



1. Sirmond, Conc. Gall., t. ni, p. 25; Coll. regia, t. xxi, col. 458; Labbe, Con- 
cilia, t. vu, col. 1813-1848; Hardouin, Concilia, t. iv, col. 1475;Coleti, Concilia, 
t. ix, col. 955; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 811. Voir Appendices. (H. L.) 



122 



LIVRE XXI 



Pères, et interdire aux moines ces nouvelles expressions par les- 
quelles ils veulent se rendre célèbres. 35. Chaque évêque doit 
avoir un coopérateur instruit dans l'œuvre de la formation des 
prêtres. 36. Les prêtres doivent rester dans leurs églises; là où se 
tient le prêtre, aucune femme ne doit entrer. 37. Aucun clerc 
ne doit, sous peine de déposition, porteries armes. 38. Aucun évê- 
que ne doit prêter serment super sacra (en étendant la main sur des 
choses saintes) il le peut toutefois, inspectis sacris (en face de 
choses saintes). 39. On doit éviter le parjure. Il est arrivé que des 
parjures, venus dans le sanctuaire d'un martyr, y ont été saisis 
par un démon. 40. Les hospices, en particulier ceux qui ont été 
fondés par les Scots (Irlandais), doivent être rétablis 1 . 41. Les 
monastères livrés en commende aux laïques sont tombés dans 
une grande décadence. Devoirs du roi à ce sujet. 42. Il nommera 
des missi qui rechercheront la quantité de biens ecclésiastiques 
donnée aux laïques soit par l'empereur, soit par son père. 43. Pres- 
sante exhortation contre la simonie. 44. Un chorévêque ne doit ni 
consacrer le saint chrême, ni donner la confirmation, ni consacrer 
des églises. Il ne peut conférer les ordres qui réclament l'imposition 
des mains (la prêtrise et le diaconat) ; quant aux autres ordres, 
jusqu'au sous-diaconat (inclusivement, car le sous-diaconat ne 
fut compris au nombre des ordres majeurs que depuis le xn e 
siècle), il ne pourra les conférer que sur l'ordre del'évêque et dans 
les conditions prescrites par les canons ; toutefois, il pourra impo- 
ser des pénitences et réconcilier les pénitents, s'il a reçu de l' évê- 
que mission de le faire. Après la mort de l'évêque, il ne doit rien 
faire de ce qui doit être fait exclusivement par un évêque 2 . 

\ 1. Au sujet de ces hospices irlandais fondés en particulier à Cologne, à Paris, 
à Ratisbonne, à Vienne, en Hongrie et en Italie pour les pèlerins irlandais qui se 
rendaient à Rome, cf. Greith, Gesch. d. altirischen /forcée, Freiburg, 1867, p. 155. 
Greith s'en rapportant àHardouinne fait que reproduire les ordonnances du con- 
cile de Meaux de 845. Sur les Schottenkloster, cf. Revue bénédictine, 1902, t. xix, 
p. 60-69 (H. L.) 

2. Les conciles d'Ancyre (314), c. 13, etd'Antioche (143), c. 10, avaient interdit 
aux chorévêques l'ordination des prêtres et des diacres. D'après le concile d'An- 
tioche, les chorévêques même pourvus de la consécration épiscopale ne peu- 
vent consacrer un prêtre ni un diacre sans mission de l'évêque du diocèse ; 
par contre, il leur était permis de conférer les ordres inférieurs sans mission 
de l'évêque (contrairement aux prescriptions du canon dont nous nous occupons). 
L'ancien droit canon se trouvait donc aggravé, ou plutôt complété, par les or- 
donnances actuelles ; cependant la question n'était par encore complètement 
élucidée. On aurait dû ne plus tenir compte de la distinction faite par le concile 



[116] 



i41. CONCILES FRANCS DEPUIS LE TRAITE DE VERDUN 123 

45. L'évêque et ses serviteurs ne doivent rien demander aux prêtres 
pour le chrême ; de leur côté, les prêtres devront en temps oppor- 
tun envoyer volontairement à l'évêque, et en signe de respect, 
des eulogies. 46. Le chrême ne doit être consacré que le jour de 
la Cœna Domini. 47, Du vivant d'un évêque, nul, pas même le 
roi, ne doit sans son assentiment exercer une domination sur les 
biens de l'Église ou établir un économe pour ces biens. Si un évê- 
que est malade au point de ne pouvoir administrer les biens de 
l'Église, le métropolitain doit y pourvoir d'accord avec lui. 48. 
A part les cas de nécessité, on ne doit administrer le baptême que 
dans les baptistères et aux époques indiquées par les canons. 
49. Aucun laïque ne doit employer un prêtre à des occupations 
viles. 50. Aucun clerc ne doit être admis dans une autre paroisse 
(diocèse) sans une littera formata. 51. Même dans le cas où il aura 
[117] une littera formata, on lui fera connaître où et de quelle manière il 
doit s'acquitter du service divin. 52. Nul ne doit être ordonné, 
même s'il est pourvu d'un titre, à moins d'avoir servi une année 
dans le clergé (inférieur). 53. Les chanoines, aussi bien ceux qui 
habitent la ville que ceux qui habitent la maison canoniale, 
doivent dormir dans le même dortoir, manger au réfectoire, etc. 

d'Antioche et il eût été indispensable de décréter que : « Même les chorévêques 
qui ont reçu réellement la consécration épiscopale (et qui par conséquent ont d'au- 
tres droits que les chorévêques qui n'ont reçu que la prêtrise, ne peuvent) sans 
l'assentiment de leur propre évêque, procéder à aucune ordination (ni pour les 
ordres majeurs, ni pour les ordres mineurs). Ils ne peuvent consacrer le saint 
chrême, ni confirmer, ni consacrer des églises, ni imposer des pénitences, ni 
réconcilier les pénitents. Mais après avoir reçu mission de l'évêque ils peuvent 
procéder à toutes ces cérémonies et même conférer les ordres majeurs (ce que 
notre canon ne permet pas). Si l'évêque vient à mourir, ils ne peuvent exercer 
aucune fonction épiscopale (puisqu'il leur faut pour cela l'autorisation de 
l'évêque). » On leur donnait habituellement la situation de coadjuteurs du 
nouvel évêque. — Von Norden, Hinckmar Erzbischof von Reims, Bonn, 1863, 
p. 36 sq., pense que, selon toute vraisemblance Hincmar provoqua ce 
canon au sujet des chorévêques, parce que pendant neuf ans son diocèse avait eu 
à souffrir de l'administration des chorévêques. Du reste Hincmar n'avait voulu 
que restreindre les droits des chorévêques, mais non les abolir complète- 
ment, comme le Pseudo-Isidore. Peu de temps après, Hincmar adresse une 
demande au pape Léon IV, sur le même objet. On ignore s'il reçut une réponse 
et quelle elle fut ; en tous cas la question des chorévêques ne fut pas définitive- 
ment tranchée à ce moment-là et nous la verrons revenir plus tard devant 
plusieurs autres conciles; le pape Nicolas I er prit également plusieurs décisions 
à leur sujet et en général en leur faveur. Voir J. Weizsàcker, Der Kampf gegen 
den Chorepiscopat, 1859, p. 24-32 sq. ; Mansi, op. cit., t. xv, col. 389, 459. 



124 



LIVRE XXI 



Si un évêque n'a pas la place indispensable pour l'érection d'une 
maison canoniale, ou s'il n'en a pas les moyens, il devra recevoir 
l'aide du prince conformément à l'ordonnance de l'empereur 
Louis. 54. Les évêques doivent disposer des tituli cardinales (églises) 
qui se trouvent dans leurs villes ou dans leurs faubourgs 1 . 55. Les 
clercs et les laïques doivent s'abstenir de l'usure ; les évêques mena- 
ceront des peines canoniques ceux qui s'obstineront à la pratiquer. 
56. L'évêque ne doit excommunier personne sans preuve et sans 
l'assentiment de l'archevêque et des évêques ses collègues ; de 
même, il ne doit anathématiser personne sans avis préalable ; 
on excepte les cas indiqués par les canons. En effet, l'anathème 
qui entraîne la damnation éternelle ne doit être lancé que pour 
un crime mortel, et lorsque le pécheur reste insensible à tous les 
autres moyens. 57. Abolition des abus parmi les moines. 58. Le 
roi ne prendra aucun chanoine à son service sans le consente- 
ment de l'évêque de qui dépend ce chanoine. 59. Un moine ne 
doit être chassé du monastère qu'avec l'assentiment et la permis- 
sion de l'évêque ou de son vicaire, et on doit faire tout ce qui est 
possible pour que l'âme de ce moine ne soit pas perdue durant 
l'éternité. 60. Les voleurs d'églises doivent être punis conformé- 
ment aux canons. 61. Quiconque porte atteinte aux biens de 
l'Eglise sera soumis à une pénitence publique. 62. Punition de 
ceux qui n'acquittent pas les redevances à l'Église. 63. Les prêtres 
ne doivent payer aucun census pour les biens des églises. 64. Celui 
qui enlève une vierge ou une veuve et l'épouse avec le consente- 
ment des parents, sera soumis à une pénitence publique. La péni- 
tence faite, si, pour éviter de plus grandes fautes, les coupables [118] 
continuent à vivre dans le mariage, ils s'appliqueront aux bonnes 
œuvres et aux aumônes, jusqu'à ce qu'ils puissent s'abstenir de 
la vie conjugale. Les enfants nés de pareilles unions ne seront pas 
admis à la cléricature, s'ils sont nés avant le mariage ; ni même 
ceux qui sont nés dans le mariage, à moins que les besoins de 



1. Le cardo d'un diocèse est l'évêque placé sur la cathedra episcopalis autour de 
laquelle tout évolue. Les clercs de l'évêque s'appellent par suite cardinales, par- 
ce qu'ils se rattachent de très près au cardo, et leurs églises (tituli) sont par suite 
aussi appelés tituli cardinales comme se rapportant directement au cardo. Il ne 
s'ensuit cependant pas qu'elles soient toutes des églises paroissiales. Le Cardo 
ecclesise ■/.%-' -Jluv.ifi est. le pape, et les prêtres qui l'entourent sont les cardinaux 
sensu eminenli, mais jadis cette expression de cardinaux fut aussi employée pour 
d'autres églises et d'autres diocèses. Voir Philipps, Kirchenrecht, t. vi, p. 45-51. 



441. CONCILES FRANCS DEPUIS LE TRAITÉ DE VERDUN 125 

l'Eglise ou les services qu'ils ont rendus ne permettent de faire 
une exception. 65-68. Autres ordonnances au sujet de ceux 
qui enlèvent une vierge, une nonne ou une fiancée. 69. Celui qui, 
ayant commis un adultère, épouse ensuite sa complice après la 
mort du mari, sera soumis à une pénitence publique. Si la femme 
ou son amant a tué le mari, ils ne pourront se marier ensemble 
et feront pénitence le reste de leurs jours. 70. Les nonnes accusées 
et convaincues de débauches, seront forcées, par le pouvoir épis- 
copal et le pouvoir royal, d'habiter en des lieux où elles pourront 
faire une pénitence contrôlée, surveillée. Si elles sont accusées, mais 
non convaincues de se mal conduire, elles se disculperont confor- 
mément à la loi et on les obligera à vivre à l'avenir d'une manière 
plus conforme aux règles {religiosius). 71. Le roi doit donner 
à l'évêque de pleins pouvoirs confirmés sous le sceau, afin que 
celui-ci puisse se faire soutenir, autant qu'il sera nécessaire, 
par les fonctionnaires civils. 72. Nul ne doit être enterré dans 
l'église sans la permission de l'évêque ou du prêtre qui aura à 
examiner la vie du défunt. Aucun corps ne doit être enlevé d'un 
tombeau ; on ne demandera rien pour la place octroyée dans une 
église afin d'y construire un tombeau ; on pourra cependant accep- 
ter un don volontaire. 73. On observera les anciennes lois et pres- 
criptions au sujet des juifs. Viennent alors plusieurs lois et pres- 
criptions émanant de Constantin, de Théodose et de Valentinien, 
du roi Childebert, du pape Grégoire le Grand, de saint Avit de 
Vienne, de Césaire d'Arles et de divers conciles. 74. Les grands, 
et en particulier les dames des grandes familles, doivent veiller 
à ce qu'il ne se commette dans leurs maisons ni adultère, ni concu- 
binage, ni inceste ; ils doivent charger les prêtres desservant 
leurs chapelles de bannir ces scandales de leurs maisons. 75. Le 
roi ne doit pas être, dans les affaires de la religion, plus négligent 
que ses sujets ; il encourt une grave responsabilité s'il laisse plus 
longtemps entre les mains des laïques les chapelles de ses villas, 
[119] et s'il ne les fait pas occuper par des clercs. 76. Le roi doit interdire 
à tous ses serviteurs de tenir ni placitum ni mallum, depuis le 
mercredi qui commence le jeûne (jusqu'à l'octave de Pâques), 
parce que c'est un temps de pénitence. 77. Les huit jours de la 
fête de Pâques doivent être de même exempts de tous travaux 
serviles, etc. 78. On doit observer fidèlement les capitulaires 
ecclésiastiques publiés par Charlemagne et par Louis leDébonnaire. 
79. Par égard pour les besoins de l'époque et pour la faiblesse 



126 LIVRE XXI 

des hommes, on a sur certains points adouci l'ancienne sévérité. 
Mais si quelqu'un méprise avec obstination les prescriptions de 
l'autorité épiscopale ou royale, il devra, s'il est clerc, être déposé 
de sa charge par le concile, et s'il est laïque, il sera frappé par 
la perte de sa dignité, par l'exil, ou par d'autres peines. 80. Les 
évêques disent en terminant : Si le roi peut faire exécuter immédia- 
tement ces divers points, nous en remercions Dieu. S'il a la bonne 
volonté de le faire, mais s'il ne le peut immédiatement, que cette 
volonté se réalise le plus tôt possible. Quant aux capitula souscrits 
par lui, il devra les mettre à exécution sans délai. » 

Les premiers mots d'un document rédigé en faveur du monas- 
tère de Corbie prouvent qu'il provient du concile de Paris. En 
voici le début : « Les évêques se sont réunis à Paris sur l'ordre 
du roi, pour délibérer sur la réforme de l'Eglise, et sur les causes 
de tant de malheurs, et sur les statuts qui, d'après les institutions 
des Pères, conviennent le mieux aux besoins des Eglises. Radbert, 
abbé de Corbie, présenta des documents provenant de Louis le 
Débonnaire, de l'empereur Lothaire et de l'empereur Charles, 
d'après lesquels le monastère de Corbie avait le droit d'élire son 
abbé et d'administrer ses biens d'une manière indépendante. Rad- 
bert demanda au concile la confirmation de ces droits. » Le docu- 
ment contient cette confirmation sanctionnée par vingt évêques, 
qui signent dans un ordre assez confus, et par quatre abbés x . 

De même que la prœfatio des actes de Meaux fixe la date du 
concile de Paris au 14 février 846, indict. X, de même le document 
de Corbie est daté de 846, indict. X. Mais Yindict. X n'a commencé 
que le 1 er septembre 846 ; par conséquent, le mois de février de la 
X e indict. se trouve être le mois de février 847. Pour faire concorder 
Yindict. X avec l'année 846, Labbe a supposé que, dans les deux 
documents, suivant une coutume fort répandue dans le royaume [120] 
franc, on a ouvert l'année au 25 mars, de sorte que l'année com- 
prise entre le 25 mars 846 et le 25 mars 847 était tout entière 
pour lesFrancs l'année 846. Pagi répond que ce comput n'a été usité 
que dans les relations privées, non dans les documents publics, 
et il propose de lire IX e au lieu de X e indict. 2 ; c'est-à-dire qu'il 
place le concile de Paris en février 846. Mansi 3 hésite, et commet 



1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 843 sq. ; Hardouin a op. cit., t. iv, col. 1501 sq. 

2. Pagi, Critica, ad ami. 846, n. 6. 

3. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 850. Voir Appendices. (H. L.) 



441. CONCILES FRANCS DEPUIS LE TRAITE DE VERDUN 127 

une erreur que nous relèverons plus loin. Pour ma part, je serais 
disposé à adopter l'opinion de Pagi ; car le concile de Paris ayant 
pour but de terminer ce qui avait été commencé en 845, à Meaux, 
on peut admettre que ces deux conciles ne sont pas séparés par 
plus d'une année. 

Nous arrivons au même résultat par la réunion d'Epernay 
(in villa Sparnaco). En effet, il est dit très clairement, dans les 
annales de Prudence de Troyes (continuation des Annales Ber- 
tinian.). qu' en 846, le roi Charles tint par exception, au mois de 
juin, la diète générale (c'est-à-dire le champ de mai), et qu'il fit 
peu de cas des exhortations des évêques 1 . A ces données se ratta- 
che ce passage que les anciens collecteurs ont placé en tête du 
capitulaire de Sparnacum : « Le roi Charles n'accepta et ne con- 
firma à Sparnacum que dix-neuf capitula, de tous ceux publiés 
par les évêques dans le concile et présentés ensuite aux souve- 
rains. En effet, une faction des grands de ce monde avait incri- 
miné les évêques auprès de lui ; aussi le roi s'était-il éloigné ab 
eodem concilio (c'est-à-dire de la réunion d'Epernay). Les membres 
de la diète avaient aussitôt envoyé par écrit aux évêques les dix- 
neuf capitula confirmés, en leur mandant que ceux-là seuls avaient 
reçu la sanction, et qu'ils étaient décidés à les observer, eux et 
le roi. » Ces dix-neuf capitula forment, dans les capitula de Meaux 
et de Paris, les numéros suivants : 1, 3, 15, 20, 21. 22, 23, 24,28, 
37, 40, 43, 47, 53, 56, 57, 62, 67, 68, et 72. 

La diète d'Epernay s'étant tenue en juin 846, les conciles de 
Meaux et de Paris l'ayant précédée, il en résulte que le concile de 
Paris a dû se tenir en février 846. Nous voyons en outre, par les 
ri211 mots c l nl servent d'introduction au capitulaire de Sparnacum 2 , que 
non seulement les archevêques Wenilo, Hincmar et Gombaud, 
mais aussi les archevêques Ursmar de Tours et Amolo de Lyon, 
assistaient avec leurs suffragants à ces conciles réformateurs. 

Sur ces entrefaites, l'entente entre l'empereur Lothaire et son 
frère Charles le Chauve fut troublée par divers incidents, en 
particulier parce que le comte Gielbert, qui avait fait violence à 
Hermingunde, fille de Lothaire, avait trouvé asile auprès de Charles, 

1. Pertz, Monum., t. i, p. 442, et P. L., t. cxv, col. 1399. [Coll. regia, t. xxi, 
col. 517; Labbe, Concilia, t. vu, col. 1852-1854; Coleti, Concilia, t. ix, col. 995 s 
Hardouin, Coll. concil., t. iv, col. 1506 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, 
col. 850; Pertz, Monum. Germ. hist., t. ni, Legex, t. i, p. 388. (H. L.) 

2. Voir le texte dans l'édition de Pertz. 



128 



Liviu-: xxi 



avec la permission d'épouser solennellement la princesse dans son 
royaume 1 . Lothaire imagina, pour se venger et aussi pour assouvir 
sa haine contre Hincmar, de déterminer le pape Serge II à pres- 
crire une nouvelle enquête au sujet d'Ebbon, « sous prétexte de 
difficultés soulevées au sujet d' Hincmar dans l'Eglise de Reims. » 
Ebbon quittant l'Italie se rendit en Germanie, où le roi Louis le 
nomma évêque d'Hildesheim dont il mourut titulaire, en 851. 
Le pape Serge écrivit à Charles le Chauve d'envoyer à Trêves 
Gombaud, archevêque de Rouen, avec d'autres évêques choisis 
par cet archevêque; ils se livreraient dans cette ville, conjointe- 
ment avec les légats du pape, à l'examen de l'affaire en question 2 . 
Charles devait assurer autant que possible la présence d' Hincmar à 
ce concile. Dans une seconde lettre adressée à Gombaud, le pape 
dit qu'il enverra ses légats à l'empereur après Pâques, et qu'à cette 
époque Gombaud devra se trouver à Trêves avec ses évêques. 
Dans une troisième lettre, Serge fut invité à paraître au concile. 
Hincmar de qui nous tenons ces détails, Hincmar lui-même ajoute : 
« Nous avons attendu les légats du pape jusqu'au terme indiqué 
et ils ne sont pas venus 3 . » Mais déjà, Gombaud se conformant à 
la lettre du pape et avec l'assentiment de Charles et de tous les 
évêques de l'empire, avait convoqué un concile par devant lequel 
il cita Ebbon, en vertu de l'autorité pontificale 4 . Flodoard dit 
que ce concile se tint à Paris. Il ne fait guère que répéter les 
paroles d' Hincmar, et remarque seulement qu'Ebbon ne se rendit M22] 



1. Sur cette affaire, cf. F. Lot et L. Halphen, Le règne de Charles le Chauve, 
1909, p. 159. On ne sait où Hefele a trouvé ce nom d'Hermingunde qu'il donne 
à la victime volontaire de Gilbert. Parisot, Le royaume de Lorraine, p. 67, 
note è. Fuite et mariage se placent au début de 846. E. Lesne. Hincmar et l'em- 
pereur Lothaire, dans la Revue des Quest. histor., 1905, t. lxxviii, p. 9. note 5. 
(H. L.) 

2. Schrôrs, Hinckmar, p. 54, note 14; Lesne, Hier, épisc, p. 11, n. 3; L. Hal- 
phen, op. cit., p. 160, n. 5, estiment que Trêves n'est pas un simple lieu de ren- 
dez-vous, mais la ville désignée pour le concile. (H. L.) 

3. Peut-être parce que, à cette époque, les Sarrasins assiégèrent Rome et pillè- 
rent l'église de Saint-Pierre. Voyez la chronique de Prudence de Troyes, Contin. 
Annal. Berlin., dans P. L., t. cxv, col. 1399; Pertz, Monum., t. i, p. 442, Von Nor- 
den, op. cit., p. 44, croit au contraire que le pape ne prit pas au sérieux l'inter- 
vention qu'on sollicitait de lui au sujet d'Ebbon et pour cela n'envoya pas ses 
légats. 

4. Hincmar, Ep., xi, ad Nicolaum papam, dans P. L., t. cxxvi, col. 82 sq. ; 
Mansi, op. cit., t. xv, col. 777. 



i41. CONCILES DEPUIS LE TRAITÉ DE VERDUN 129 

pas à la citation. Les évoques présents, Gombaud, Wenilo de Sens, 
Lantran de Tours * et Hincmar écrivirent, sur ces entrefaites, à 
Ebbon pour lui interdire l'accès du diocèse de Reims et lui défendre 
toute agitation jusqu'à ce que, conformément aux ordres du pape, 
il se fût présenté par devant le concile. Ebbon n'ayant pas obéi, 
le pape Léon IV, successeur de Serge, donna le palliant à Hincmar 2 . 
Hincmar affirmant à plusieurs reprises qu'en vertu des pleins 
pouvoirs apostoliques de Serge, Gombaud réunit le concile (à 
Paris) et y convoqua Ebbon, il semble impossible que le 
pape ait, comme on le croit ordinairement, assigné la réunion 
du concile à Trêves : d'ailleurs Hincmar et Flodoard ne disent 
rien de semblable, mais seulement que Trêves élail désigné pour 
la réunion des évêques et des légats apostoliques 3 . On peut se de- 
mander si ce concile de Paris dont nous parlons est celui qui acheva 
l'œuvre commencée à Meaux et confirma les privilèges de l'ab- 
baye de Corbie. Les savants se partagent sur cette question 4 . A 
mon avis, il résulte des données fournies par Hincmar et Flo- 
doard que l'empereur Lothaire a demandé au pape les lettres 
en question, une année entière [emenso anno) après l'ordination 
d' Hincmar. Or, comme Hincmar a été élu archevêque au concile 
de Beauvais en 845, et ordonné à Reims le 3 mai, l'expression 
emenso anno nous reporte au mois d'avril 846; par suite les let- 
tres du pape auront été reçues dans le royaume franc vers la 
Pâque de 846, qui, cette année-là, tombait le 18 avril. Ces lettres 
disant que le pape enverrait ses légats immédiatement après la 
fête de Pâques, il s'agit évidemment de la Pâque de 846, les let- 
tres pontificales ayant été rédigées peu de temps avant les fêtes 
pascales. « Nous avons attendu, à Trêves, dit Hincmar, jusqu'à 
ce que le délai indiqué fût passé, sans voir arriver les légats 
du pape. » Si ces légats ne devaient quitter Rome qu'après la 
[123] Pâque de 846, on ne pouvait guère les attendre dans les Gaules 

1. Nous avons vu, plus haut, Ursmar désigné comme archevêque de Tours: 
avant et après lui, il y eut, sur ce même siège, un certain Lantran, ou Landranus. 
On avait d'abord admis que Lantran avait abdiqué, tout en gardantle titre, et 
avait sans doute exercé de nouveau en quelques circonstances ses fonctions. 
Toutefois, le Gallia christiana, t. xiv, p. 34 sq., distingue deux Lantran, l'un 
prédécesseur, l'autre successeur d'Ursmar. 

2. Flodoard, Hist. Eccl. Rhem., 1. III, c. n, P. L., t. cxxxv, col. 139 sq. ; 
Mansi, op. cit., t. xiv, col. 899; Hardouin, op. cit., I. v, col. 3. 

3. Voir page précédente, note 3. 

4. Pagi, Crilica, ad ami. 846, n. 2, 3; 847, n. 1. 

CON CI LES — IV - 9 



130 LIVRE XXI 

avant l'été de cette même année. Après avoir constaté cette 
absence, Gombaud se décida à tenir le concile à Paris : il solli- 
cita la permission du roi Charles, invita Ebbon à s'y rendre 
.par une lettre particulière confiée à Erpoin, évêque de Senlis. 
On avait perdu deux mois à la préparation de ce nouveau con- 
cile, en raison soit de la mission confiée à Erpoin pour Ebbon, soit 
du délai de deux mois nécessaire pour permettre à Ebbon de 
se rendre d'Hildesheim à Paris. Aussi, le nouveau concile ne put- 
il se tenir avant la fin de l'année 846. Cette hypothèse trouve 
sa confirmation dans la remarque suivante : le pape Serge mou- 
rut le 27 janvier 847 1 , or, le concile de Paris adresse sa lettre non 
à Serge, mais à son successeur Léon IV 2 . Il en résulte que le con- 
cile de Paris s'est prolongé jusque dans les premiers mois de 847. 
Résumons maintenant nos conclusions 3 . 

1. Le concile de Paris tenu au sujet d' Ebbon ne peut être le 
même que celui qui a terminé les travaux du concile de Meaux ; 
en eilet ce concile de Paris est daté du 14 février 846; de plus, 
il est antérieur à la diète tenue à Epernay en juin 846. 

2. Le concile tenu au sujet d' Ebbon ne peut être celui qui con- 
firma les privilèges de Corbie, car dans ce même concile, dès 
le début du décret de confirmation les évêques affirment qu'ils 
s'étaient réunis dans le même but que précédemment à Paris 
en février 846, à savoir c'est-à-dire la réforme de l'Église. 

3. Le concile de Paris tenu au sujet d'Ebbon a eu lieu après la 
diète d' Epernay. 

4. Mansi 4 rapporte qu'en la nuit de Noël de 846, un certain 
Hervé avait voulu communiquer à Baltfried, évêque de Bayeux, 
une sienne vision, mais que cet évêque se trouvait alors au con- 
cile de Paris. Ce détail convient au concile qui s'occupa d'Ebbon, r, « ,-, 
mais non avec celui qui s'occupa de Corbie. Mansi s'est trompé 
pour être parti de deux suppositions inexactes : que le concile 

qui confirma le privilège de Corbie était le dernier et qu'il avait 
eu lieu vers la fin de 847. 

1. Pagi, Critica, ad ann. 847, n. 3. 

2. C'est ce que dit Hincmar. 

3. Voir Appendices. (H. L.) 

4. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 848. 



442. CONCILE DE MAYENCE DE 847 loi 



442. Premier concile de Mayence sous Rhaban-Maur, en 847. 

Plusieurs fois déjà nous avons mentionné le nom de Rhaban - 
Maui' ; avec l'année 847 commence pour lui une époque de 
grande activité. Rhaban (Hraban, c'est-à-dire Corbeau), né à 
Mayence en 77G (ou 774), tirait son origine de la gens Magnentia, 
connue sous Julien l'Apostat. Alcuin, dont il était le disciple chéri, 
lui imposa le nom de Maur en souvenir du disciple bien-aimé 
de saint Benoît. A l'âge de neuf ans (785), Rhaban vint au monas- 
tère de Fulda, où il eut pour protecteur l'abbé Bangolf, succes- 
seur de Sturm, et second abbé de Fulda, et pour maître le moine 
Haymon, plus tard évêque d'Halberstadt. Ordonné diacre en 801, 
Rhaban fut envoyé à Tours par le troisième abbé, Ratgar, pour y 
continuer ses études sous la direction d' Alcuin. Après un an, il 
regagna Fulda pour diriger l'école de l'abbaye. Mais bientôt 
l'abbé Ratgar laissa voir ses graves défauts. Saisi d'une véritable 
passion pour les bâtiments, Ratgar supprima l'école et obligea, 
parfois même par des sévices tous ses moines à travailler à ses 
nombreuses constructions. Il fut déposé en 817. Sous son suc- 
cesseur Cigil l'école refleurit et Rhaban-Maur, prêtre depuis 
814, en devint le supérieur, ou magister. Après la mort de Cigil, 
en 822, il fut choisi pour abbé, dignité qu'il conserva jusqu'en 842, 
où il dut démissionner soit par suite de difficultés avec ses 
moines, soit pour avoir pris parti pour l'empereur Lothaire contre 
Louis le Germanique. Ces vingt années d'une administration 
économe et intelligente avaient rendu célèbre le monastère 
de Fulda, et de tous côtés les jeunes gens y étaient accourus : 
ainsi Walafrid Strabon de l'Alemannie, Servatus Lupus des 
Gaules, le célèbre moine et poète Otfrid de Wissembourg, Fre- 
menold, plus tard abbé d'Ellwangen, et tant d'autres. Après avoir 
résigné ses fonctions, Rhaban se rendit d'abord auprès de son 
maître et ami Haymo, évêque d'Halberstadt, et habita le monas- 
tère de Saint-Vigbert-des-Terres, fondé par cet évêque. Il y 
retrouva Walafrid Strabon, qui semble y avoir commencé sa 
Glossa ordinaria. Plus tard, Rhaban se retira sur le Petersberg, près 
[125 1 d e Fulda, pour s'y consacrer exclusivement à l'étude. Mais, dès 
847, il était réconcilié avec le roi Louis et, après la mort d'Otgar 



132 



LIVRE XXI 



(avril 847), il fut, « par le choix des princes francs et l'élection 
du clergé et du peuple 1 , » élevé sur le siège archiépiscopal de 
Mayence et sacré au mois de juin de la même année. 

Sur le désir du roi Louis, il réunit à Mayence, dès le mois d'octo- 
bre 847, un concile provincial, auquel se rendirent ses suffragants 
Samuel de Worms, Gozbald de Wùrzbourg,Baturad dePaderborn, 
Ebbon de Hildesheim (l'ancien archevêque de Reims), Gerbrath 
(Gozprath) de Thur, Haymon de Halberstadt, Waltgar de Verden, 
Otgar d'Eichstâdt, Lanto d'Augsbourg, Salomon de Constance, 
C.cbhard de Spire, avec plusieurs chorévêques, abbés, moines, 
prêtres et d'autres clercs 2 . Ansgar, l'archevêque exilé de 
Hambourg, s'y était aussi rendu pour faire connaître au roi et 
au concile le triste état des missions du Nord 3 . 

Cette assemblée nous a laissé une lettre synodale adressée au 
roi Louis et trente et un capitula. Les évêques disent au roi, qu'ils 
avaient tout d'abord appelé sur le concile la bénédiction de 
Dieu, par un jeûne de trois jours accompagné des litanies; ils 
avaient prescrit dans toutes les paroisses des prières pour le roi, 
la reine et leurs descendants. Ensuite, ils avaient pris séance 
dans le monastère de Saint- Alban, selon l'ordre réglé sous Char- 
lemagne par les évêques Hildebald et Riculf, et avaient commencé 
leurs travaux. Tous les membres présents s'étaient divisés en 
deux groupes : dans l'un, les évêques, assistés de quelques no- 
taires, se consultaient sur la réforme de l'Eglise, et du peuple 
chrétien en général; dans l'autre, les abbés et les moines délibé- 
raient sur la réforme des monastères. Cela fait, on avait pris la 
résolution suivante :« Conformément aux préceptes de la sainte 
Ecriture, on devait rendre à toute personne et à tout état 
l'honneur qui était dû, et en particulier, honorer les prêtres et 



1. C'est ainsi que s'exprime l'abbé Hatto, dans sa lettre au pape Léon IV. 

2.^Baronius, Annales, ad ann. 847, n. 30 ; Coll. regia, t. xxi, col. 574; Labbe, 
Concilia, t. vin, col. 39-52 ; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 8; Coleti, Concilia, 
t. ix, col. 1035; Bouquet, Rec. des hist. de la France, t. vu, col. 580-581 : Hartz- 
heim, Conc. Germ., t. n, col. 151 sq. ; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 899; Mùhlbacher, 
Reg. Karoling., 1886, t. i, p. 531; Binterim, Deutsche Concilien, t. n, p. 413 sq., 
495 sq. (H. L.) 

3. Nous connaissons tous ces noms par le commencement de la lettre synodale. 
Ces noms se trouvent aussi dans un manuscril de Saint-Gall (sec. ix-x) reproduit 
par Hattemer, Denkmale des Miltelalters, Saint-Gall, 1844, t. i, p. 317. Voir, sur 
ce concile, Dùmmler, op. cit., p. 303 sq. 



442. CONCILE DE MAYENCE DE 847 133 

les Eglises de Dieu et conserver leurs droits intacts. » Les évêques 
parlaient ensuite énergiquement des mauvais traitements infli- 
gés aux prêtres et des vols faits aux églises. Il était grand 
[126] temps que le roi, suivant l'exemple de ses ancêtres, défendît 
les Eglises et ne livrât pas leurs biens à ceux qui n'y avaient 
aucun droit. Non seulement des princes chrétiens, mais même 
des princes païens, Artaxercès par exemple (/ Esdr., vu), 
avaient fait des présents aux temples de Dieu, et il était vrai- 
ment honteux que sous le gouvernement du roi Louis, on enle- 
vât aux églises les biens autrefois offerts par les fidèles. Les 
capitula suivants, la plupart empruntés aux anciens conciles, 
feraient connaître les peines réservées à ceux qui, sans ordre du 
roi, opprimaient l'Église au profit de leur avarice. 

1. Avant tout, la foi est nécessaire, elle est le fondement de tous 
les biens ; mais la foi sans les œuvres est une foi morte 1 . 

2. Les clercs doivent lire souvent les collections des canons. 
Chaque évêque doit avoir un recueil d'homélies, que chacun 
traduira ensuite clairement in rusticam Romanam linguam aut 
Theotiscam, afin que tous comprennent ce qui se dit en chaire 2 . 

3. Le baptême doit être administré dans toutes les paroisses 
selon la coutume romaine, et, sauf les cas de nécessité, on ne bap- 
tisera qu'à Pâques et à la Pentecôte 3 . 

4. La concorde doit régner parmi les chrétiens, surtout entre 
les évêques et les comtes 4 . 

5. Toute révolte contre le roi, contre l'autorité ecclésiastique 
ou l'autorité civile, sera punie par l'excommunication. 

6. Le roi doit ne pas écouter ceux qui disent qu'il a moins à 
songer aux biens des églises qu'à son propre patrimoine. 

7. Le pouvoir sur les biens de l'Église appartient aux évêques, 
et les laïques qui les aident à l'exercer, doivent leur obéir ; de 
même les comtes et les juges doivent les soutenir. 

8. Un clerc doit rendre à l'Eglise ce qu'il a perçu des revenus 
ecclésiastiques. Il ne pourra employer, selon son bon plaisir, 
que ce qu'il a reçu en présent ou ce dont il a hérité 5 . 

1. Conc. Mogunt., ann. 813, can. 1. 

2. Conc. Turon., ann. 813, can. 17. Voir Hist. des conciles, t. m, part. 2, 
p. 1263, dernière note. (H. L.) 

3. Conc. Mogunt., ann. 813, can. 4. 

4. Conc. Mogunt., ann. 813, can. 5. 

5. Cocl. can. Eccles. Ajric, can. 33; Conc. Mogunt., ann. 813, can. 8. 



134 LIVRE XXI 

9. Rappel du c. 04 du Codex can. Eccl. Afric. concernant les 
affranchissements à l'église 1 . 

10. La dîme, instituée par Dieu, doit être acquittée conscien- [1^'J 
cieusement. Conformément aux anciennes ordonnances, on 

fera quatre parts des revenus des églises et des offrandes des fidè- 
les : pour l'évêque, pour le clergé, pour les pauvres et pour la 
fabrique de l'Eglise 2 . 

11. Aucune église existante ne doit être dépossédée de ses 
biens et droits, au profit d'un nouvel oratoire, si ce n'est avec 
l'assentiment de l'évêque 3 . 

12. Défense contre la simonie. 

13-16. Sur la conduite des chanoines, des moines et des religieu- 
ses 4 . 

17-18. Le roi doit s'opposer à l'oppression des pauvres dont les 
évêques ont devoir de s'occuper 5 . 

19. Quiconque accepte des présents pour agir contre la justice, 
s'exclut lui-même du royaume de Dieu. 

20. Beaucoup de parricides errent en fugitifs ; mieux vaudrait 
qu'ils restassent, en un lieu déterminé pour y faire pénitence. Ils 
ne doivent plus servir à la guerre ni se marier, les canons le leur 
défendent. 

21. Les femmes qui tuent leurs enfants ou qui se font 
avorter, étaient autrefois condamnées à la pénitence pour le reste 
de leur vie ; on réduit cette pénitence à dix ans 6 . 

22 et 23. Renouvellement d'anciens canons sur la pénitence 
des meurtriers. 

24. Conformément aux ordonnances de nos prédécesseurs, le 
meurtrier d'un prêtre fera douze ans de pénitence. S'il nie le fait, 
et s'il est homme libre, il prêtera serment qu'il fera appuyer 
parle serment de douze cojurateurs ; et s'il ne l'est pas, il su- 
bira l'épreuve du feu 7 . 

25. Quelques clercs dégradés, accomplissant divers pèlerinages 

1. Cf. Diction, d'arch. chrét., au mot Affranchissement. 

2. Cane. MogunL, ann. 813, can. 38. 
::. Id., can. 31. 

4. Id., can. 9, 10, 13, 14. 

5. Id., can. 6, 7. 

Ci. Conc. Illiber., circa ann. 300, can. 63. 

7. Cf. Du Cange, Glossarium: Vomeres ferventes; Binterim. Denkwùrdigkei- 
ten, t. v, part. 3, p. 69. 



442. CONCILE DE MAYENCE DE 847 135 

de pénitence pour obtenir les suffrages des saints, ont été massa- 
crés. Leurs meurtriers sont excommuniés, jusqu'à ce qu'ils aient 
fait une pénitence suffisante. 

26. On doit se contenter de confesser ceux qui sont en danger 
de mort et sans leur imposer de pénitence obligatoire à ce moment, 

[128J <le peur qu'ils ne meurent dans l'excommunication. S'ils guéris- 
sent, ils doivent accomplir fidèlement la pénitence qui leur a été 
imposée par leur confesseur. On doit par conséquent donner à 
ces malades l'onction et le viatique. 

27. Si un homme condamné à mort povir divers méfaits 
confesse ses fautes, on doit le traiter comme toute autre personne, 
c'est-à-dire qu'on doit recevoir son corps à l'église et célébrer la 
messe pour lui. 

28. Tous ceux qui vivent dans des unions incestueuses doivent 
être exclus de l'Église, jusqu'à ce qu'ils fassent pénitence. S'ils 
s'obstinent, on doit employer contre eux le bras séculier 1 . 

29. Énumération des mariages incestueux, dans lesquels les 
conjoints doivent être séparés 2 . 

30. Les mariages entre parents au quatrième degré sont interdits 
et ceux qui seront conclus après la publication du présent édit 
seront dissous 3 . 

31. Les prêtres doivent déterminer le genre et la durée de la 
pénitence en se guidant sur les anciens canons, la sainte Ecri- 
ture et les usages de l'Eglise. Ils distingueront si la pénitence 
doit être publique ou secrète. Celui qui a péché publiquement 
doit faire publiquement pénitence. 

On demande au roi de confirmer ces décrets et de ne pas 
souffrir qu'on y déroge. Ce concile de Mayence condamna aussi 
la fausse prophétesse Thiota d'Alemannie, qui avait causé 
beaucoup de désordres dans le diocèse de Constance. Elle pro- 
phétisait que la fin du monde devait arriver en 847, et faisait 
bien d'autres prédictions; non seulement des laïques, mais même 
des clercs venaient la trouver, lui faisaient des présents et l'ho- 
noraient comme dépositaire des secrets divins. Mise en pré- 
sence du concile, dans le monastère de Saint-Alban, elle avoua 
qu'un prêtre lui avait enseigné huiles ces choses et qu'elle avait 



1. Conc. MogunL, ann. 813, can. 53. 

2. /<!., can. 56. 

3. Id., can. 54. 



136 



LIVRE XXI 



joué ce rôle par esprit de lucre. Elle fut, sur l'ordre du concile, 
soumise publiquement à une pénitence corporelle et elle cessa 
de prophétiser. 

Binterim croit que le concile de Mayence de 847 est l'un des [1291 
trois conciles germaniques qui agitèrent la question de la réu- 
nion de l'archevêché de Hambourg, nouvellement érigé pour 
Ansgar, avec l'ancien évêché de Brème *. Le biographe de saint 
Ansgar, son disciple Rimbert, mentionne ces trois conciles sans 
donner plus de renseignements chronologiques, et les anciens 
chroniqueurs n'en donnent pas non plus. Aussi s'est-il produit 
des opinions très diverses sur l'époque de ces conciles 2 . Quoi 
qu'il en soit, il est certain que dans le premier de ces trois conciles 
(probablement celui de Mayence en 847), on décida que le 
nouvel archevêché d'Hambourg ne comprenant que quatre 
églises baptismales, et ayant beaucoup souffert par le fait des 
barbares, le mieux était de le réunir à l'évêché de Brème alors 
vacant; on rétablissait ainsi les anciennes limites entre Brème 
et Verden, en rendant au diocèse de Verden le territoire déta- 
ché pour l'attribuer à l'archevêché de Hambourg. Par suite la 
ville de Hambourg elle-même fit partie de l'évêché de Verden, 
circonstance qui donna lieu à d'autres négociations dans un 
second concile qui aurait eu lieu, d'après Binterim, à Mayence 
en octobre 848. On reconnut qu' Ansgar devait nécessairement 
recouvrer la ville pour laquelle il avait été consacré, sauf à 
indemniser l'évêque de Verden par l'attribution d'autres parties 
du diocèse de Brème. Nous rencontrerons plus tard, en 857, le 
troisième concile qui s'occupa de l'affaire de Hambourg. 

1. Binterim, Deutsche Concil., t. ni, p. 48 sq. 

2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 130-132. 



r l3 °J LIVRE VINGT DEUXIÈME 

CONCILES DURANT LES DISCUSSIONS 
SOULEVÉES PAR GOTESCALC DE 848 A 860 



443. Concile de Mayence en 848 et début des discussions 

de Gotescalc. 

Le concile tenu à Mayence, en 847, disait dans son dernier 
capitulum : « Il reste beaucoup d'autres points et questions, 
que le temps n'a pas permis de traiter. » C'est probablement pour 
achever ce qui restait à faire que fut réunie, le 1 er octobre 848, 
à Mayence, une nouvelle assemblée, moitié diète, moitié concile 1 . 
Louis le Germanique qui y assistait, reçut les ambassadeurs de 
ses frères et des Normans, parvint à réconcilier l'archevêque 
Rhaban de Mayence avec plusieurs de ses vassaux révoltés et 
essaya de faire lui-même sa paix avec son frère l'empereur Lo- 
thaire. L'archevêque Rhaban mit à profit cette assemblée pour 
conseiller et faire décider, ainsi que s'exprime Trithème, multa 
ad décorera et uiilitatem ecclesiasticam. La plus importante affaire 
traitée fut celle de Gotescalc 2 . 



1. Sirmond, Conc. GalL, t. ni, col. 64; Coll. regia,t. xxi, col. 595; Labbe, 
Concilia, t. vin, col. 52-55; Sirmond, Opéra, 1696, t. n, col. 1293; Hardouin, 
Coll. concil., t. v, col. 15 ; Coleti, Concilia, t. ix, col. 1047 ; Mansi, Concilia, 
Supplem., t. i, col. 923; Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 914 ; Mùhlbacher, Re- 
gesta Karoling., t. i, col. 532; Hartzheim, Conc. German., t. n, p. 163; Maugin, 
Veter. auctorum, Parisiis, 1650, t. n, p. 70 ; J. Turmel, La controverse prédesti- 
natienne au IX e siècle, dans la Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1905, 
t. x, p. 47-69. (H. L.) 

2. Ruodolfi Fuldensis, Annales (autrefois appelées Pithœi), dans Pertz, Mo- 
num., t. i, p. 365; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 915. Cf. Bahr, Geschichte d. rôm. 
Litleratur im karoling. Zeitalter, p. 170 sq. 



138 LIVRE XXII 

Gotescalc * étail fils d'un comte saxon nommé Bern ou Berno; 

1. La signification de ce mot est «serviteur de Dieu ». Sur Gotescalc la biblio- 
graphie est abondante et offre quelques ouvrages de mérite : Noël Alexander, 
Hist. eccles., Venetiis, 1778, t. vi, p. 359-379, réimprimé dans Zaccaria, Thés. 
theolog., t. ii, p. 235-285 ; Antonio, Biblioth. Hispan. Vet., 1788, t. i, p. 500 ; 
Baehr, Gesch. rom. Litter., Supplem., 1840, t. ni, p. 480-483; V. Borrasch, Der 
Munch Gottsclialk von Orbais, sein Leben und seine Lehre, eine historisch-dogtna- 
lische Abhandlnng, in-8, Dantzig, 1868 ; du Boulay, Hist. univers. Paris., 1665, 
t. i, p. 594-595; Cave, Script, eccles., 1745, t. n, p. 26; R. Ceillier, Hist. des au- 
teurs ecclés., 1754, t. xix, p. 203-205; 2 e édit., t. xm, p. 593-595; L. Cellot, His- 
toria Gotleschalci prsedestinaliani et accurata controversise per eum revocalse dis- 
putatio in libros V distincta, ace. appendix miscellanea, in-fol., Paris, 1655 ; 
E. Dûmmlcr, Gesch. der ostfrànk. Reichs, 1887, 2 e édit., t. i; Neues Archiv, 1879, 
t. iv, p. 320-321; E. du Pin, Biblioth. des aut. ecclés., 1697, t. ix, p. 32-43 ; du 
Méril, Poésies populaires latines, in-8, Paris, 1843, p. 253 sq. ; Ebert, Gesch. d. 
Liter. cl. Mittelalt., 1880, t. n, p. 166-169; trad. franc., 1884, p. 186-190; A. Fabri- 
cius, Biblioth. ined. sévi, 1735, t. ni, p. 208-214 ; A. Freystedt, Studien zur 
Gotteschalks Leben und Lehre, dans Zeitschrift fur Kirchengeschichte, 1897, t. xvm, 
p. 1-22, 161-182, 529-545; le même, Der Prsedestinationslreit im 9 Jalirhundert, 
dans Zeitschrift fur wissenschaftliche Théologie, t. xxxvi, part. 3; t. xxxvn; 
t. xli, part. 1 ;Golteschalk, dans Realencyklopàdie fur protest. Theol. und Kirche, 
édit. Hauck, 1899, t. vu, p. 39-41; Friedrich, dans Allgemeine deutsche Biogra- 
phie, t. ix, p. 493-497; C. Gambs, Vie et doctrine de Godescalc, in-4, Strasbourg, 
1837; F.-J. Gaudard, Gottschalk, moine d'Orbais, ou le commencement de la con- 
troverse sur la prédestination au IX e siècle, in-8, Saint-Quentin, 1888 ; Gess, Merk- 
wùrdigkeiten aus dem Leben und den Schriften Hinkmars, 1806 ; Gorini, Dé- 
fense de l'Église, 1866, t. ni, p. 78-97; B. Hauréau, dans Nouvelle biographie 
générale; le même, Histoire de la philosophie scolastique, 1872, t. i, p. 176-179; 
Histoire littéraire de la France, 1740, t. v, p. 352-364 ;Lelong, Bibl. France, 1768, 
t. i, p. 5561-5564; L. du Mesnil, dans Ziegelbauer, Hist. lit. Bened., 1754, t. ni, 
p. 122-126: Maugin, Veter. auctor. qui ssec. IX de prsedest. et gratiascripseruut, 
Paris, 1650; F. Monnier, De Gotescalci et Johannis Scoti Erigense controversia, 
in-8; Paris, 1853; von Noorden, Hinkmar von Rheims, 1863, p. 51-100; H. Noris, 
dans Ziegelbauer, op. cit., p. 105-121 ; H. Omont, dans Bibl. de V École des Chartes, 
1898-1899, t. lix, p. 667-668; t. lx, p. 143-144; C. Oudin, Script, eccles., 1722, 
t. n, p. 198-200; P. L., t. cxxi, col. 345 sq. ; F. Picavet, Les discussions sur la 
liberté au temps de Gottschalk, de Raban Maur, d'Hincmar et de JeanScot, dans les 
Comptes rendus de l'Académie des se. mor. et polit., 1896 ; P. Rœber, Disputalio 
de Godeschalci erroribus olim damnalis, in-4, Wittebergse, 1646; Schrors, Hink- 
mar, Erzbischof von Reims, 1884, p. 88-174; V. G. Siber, Historia Godescalcorum, 
in-4, Lipsirc 1712; L. Traube, dans Monum. Germ. hist., Pset. lut. Karol., 1892, 
t. ni, p. 707-712 ; J. Usserius, De Gotheschalchi et prsedestinatianse controversise ab co 
moïse historia, in-4, Dublinii, 1631 et 1639; in-8, Hanoviœ, 1662; Weizsâcker, Dos 
Dogma von gôttlichenVorherbestimmung im 9 Jahrh., dans Jahrbiicher fur deutsche 
Théologie, 1859, t. iv ; Wiggers, Schiksale der augustinischen Anthropologie, 
dans Niedners Zeitschrift. 1859, t. v, p. 471-591; W. B. Wenck, Das Frânkische 



'l'ii. CONCILE DE MAYENCE DE 8 k 8 139 

encore enfant, il fut envoyé à Fulda et offert à l'abbé Cigil pour 
devenir moine ; il fut élevé dans ce but et soumis aux règles 
ri ,| monastiques 1 . Parvenu à l'âge d'homme, il soutint que sa ton- 
sure ne l'obligeait pas, ne l'ayant pas reçue de son plein gré ; 
il voulut, sortir du monastère et porta son affaire devant le 
concile de Mayence, de 829. Le concile lui donna gain de 
cause ; mais son nouvel abbé Rhaban-Maur en appela de la sen- 
tence à l'empereur et à un concile qui se tiendrait en présence du 
souverain. Rhaban exposa dans un mémoire 2 que l'enfant, donné 
au monastère par ses parents, ne pouvait renoncer à la vie mo- 
nastique 3 ; Gotescalc fut maintenu dans le monachisme, toute- 
fois il quitta Fulda pour le monastère d'Orbais, au diocèse de 
Soissons (province ecclésiastique de Reims). Dans cette nouvelle 
résidence, Gotescalc s'appliqua assidûment à l'étude des écrits 
de saint Augustin et de saint Fulgence, et commença à réciter 
devant les autres moines divers passages de ces Pères, qu'il pré- 
sentait dans un sens prédestinatien, parce qu'il les isolait du con- 
texte et les écourtait. Ayant, au dire d'Hincmar, continué ces 
prédications durant des jours entiers, il avait mis le trouble dans 
l'esprit des faibles, et gagné à ses idées beaucoup d'imprudents 4 . 
Ce zèle pour la doctrine prédestinatienne lui valut le surnom de 
Fulgence, que Walafrid Strabon, son ancien condisciple à Fulda, 
lui donne dans une pièce de vers, que nous possédons encore, 
composée à l'occasion du retour d'Italie de Gotescalc 5 . 

Reich nach dem Verlrage von Verdun 843-861, in-8, Leipzig, 1851 ; P. von Winter- 
feld, Zur Gotteschalkfrage, dans Neues Archiv, 1902, t. xxvn, p. 506-514. (H. L.) 

1. Maugin a soutenu à tort (t. n, p. 45) que Gotescalc avait été élevé dans 
le monastère de Reichenau. Gilbert Maugin, conseiller du roi et président de l'hô- 
tel des Monnaies à Paris, était janséniste. Il a publié sur les discussions sou- 
levées par Gotescalc un recueil de plusieurs écrits anciens sous le titre : Vete- 
rum auclorum, qui IX sseculo de prsedestinatione et gralia scripserunt, etc., Paris, 
1 1)50. Dans les dissertations du deuxième volume, Maugin cherche à prouver 
que Gotescalc était orthodoxe, et il regarde comme une pure fiction l'existence 
d'une secte prédestinatienne. 

2. De iis, qui répugnant institutis B. P. Benedicti, ou bien sous le titre : De obla- 
tione puerorum, dans l'édition des Œuvres d'Hincmar, P. L.. t. cxxv, col. 419 sq. 
On a seulement imprimé à tort 819 au lieu de 829. 

3. Le troisième concile de Tolède, 633, avait dit, dans son can. 49 : Monachum 
facit aut propria confessio aut patenta devotio. V. § 290. 

4. Hincmar, Epist. ad Nicolaum papam, P. L., t. cxxv, col. 45. 

5. Elle a été imprimée dans Maugin, op. cit., t. u, p. 47, et dans l'édition des 
Œuvres de Walafrid Strabon, P. L., t. exiv, col. 1 116. 



140 LIVRE XXII 

Kunstmann croit que Gotescalc fit deux- fois le voyage d'Italie 
et que cette pièce de vers se rapporte au premier voyage, et non 
au second, qui eut des suites si importantes 1 . Je ne trouve rien 
dans ces vers qui appuie cette hypothèse ; Walafrid dit au con- 
traire qvie la lettre de Gotescalc avait chassé loin de ses yeux 
les nebulas palatinas, et, comme précisément dans les derniers ^ J 
temps de sa vie (il est mort en 849) il fut envoyé par Louis 
le Germanique en ambassadeur auprès de Charles le Chauve, 
cette expression se rapporte plutôt au voyage de Gotescalc à Rome 
en 847-848, et rien ne permet de supposer que Gotescalc ait 
fait alors deux fois ce voyage 2 . Ces vers nous apprennent que 
Walafrid estimait fort la science de Gotescalc ; il le blâme de 
n'être plus aussi libéral de l'or de sa science qu'au temps de leur 
commune jeunesse, et d'être avare du talent que Dieu lui avait 
donné. Enfin Walafrid dit de la vie de Gotescalc : cum cita tibi 
potior sit lege Lycurgi. 

A Orbais, Gotescalc, si on en croit son épître poétique à 
Ratramn 3 , entretint des correspondances avec divers savants. 
Dans cette lettre, il parle, entre autres choses, de son ignorance; 
et ajoute qu'il y a, dans le pays où il se trouve et en particulier 
à la cour, divers savants, qu'il leur a écrit avec humilité, 
ainsi qu'à d'autres personnes, pour mettre sous leurs yeux 
un passage de saint Augustin dont il demandait l'explication. 
Il avait fait connaître sa manière de voir sur ce passage à 
trois d'entre eux : Marquard de Prûm, Jonas d'Orléans (mort 
vers 842), et Servatus Lupus, leur demandant instamment de 
lui faire connaître la vérité. Quant aux autres, il leur avait 
simplement proposé la difficulté, en donnant les raisons pour 
et contre, sans exposer son propre sentiment. Jusqu'alors, un 
seul lui avait répondu en trois points 4 , avec prudence, sans se pro- 
noncer dans un sens ni dans l'autre. Il voulait, si les deux au- 
tres lui répondaient, communiquer leurs explications à Ratramn 



1. Kunstmann, Raban Maur Moguntinus, Eine historische Monographie, 
1841, p. 120. 

2. Norden, Hinckmar Erzbishof of Reims, Bonn, 1863, p. 57, est d'un avis 
opposé. Il pense que Gotescalc s'est rendu deux fois en Italie. 

3. Maugin croit cette correspondance postérieure. 

4. Maugin, op. cit., t. n, p. 61, a conclu de cette expression : terna respon- 
sa, que Gotescalc avait consulté ses amis sur ces trois points : de prxdestina- 
tione, de gratia et libero arbilrio et de super flua sanguinis Christi taxatione. 



443. CONCILE DE MAYENCE DE 848 141 

et celui-ci devait s'en prendre aux correspondants de Gotescalc 
plutôt qu'à Gotescalc lui-même, s'il trouvait dans ces explica- 
133] tions quelque chose qui n'eût pas son assentiment 1 . 

Il est possible que Gotescalc ait posé dès le début à ces sa- 
vants des questions relatives à la doctrine de la prédestination : 
il semble cependant que son attention a été attirée dès lors par 
d'autres sujets également difficiles. Nous en avons la preuve dans 
une lettre de Loup, abbé de Ferrières, à Gotescalc 2 , qui lui avait 
demandé comment il entendait certaines expressions de saint 
Augustin 3 . A la première question : « Si lors de la résurrec- 
tion les yeux du corps seront spirituels, puisque, d'après saint 
Luc 4 , ils serviront à voir Dieu, » Loup répond qu'il ne résoudra 
pas cette difficulté, puisque saint Augustin lui-même l'a jugée 
trop difficile pour lui. Il donne ensuite des explications sur un 
autre passage de saint Augustin 5 , dans lequel le saint docteur 
dit que « lors de la résurrection, Dieu sera vu en tout, par tous, 
etc. » Enfin l'abbé de Ferrières termine par cette réflexion : 
« Gotescalc ferait mieux d'employer à l'avenir son talent à des 
recherches plus utiles. Quant aux explications demandées sur 
certaines expressions grecques, il les lui enverrait plus tard. 
Si Gotescalc lui écrivait de nouveau, il le priait de ne plus 
l'ennuyer avec des éloges inutiles et mensongers 6 . » 

Hincmar dit que Gotescalc avait reçu la prêtrise à l'insu de 
son évêque Rothade, par l'intermédiaire de Rigbold, chorévêque 
de Reims, et que, contrairement à la règle et sans la permission 
de son abbé Bavon, il avait entrepris un voyage en divers pays 
et en particulier à Rome 7 . Maugin prétend 8 , de son côté, que la 
conduite de Gotescalc a toujours été régulière et qu'il a été 
calomnié par Hincmar. Mais les arguments de Maugin sont on ne 
peut plus faibles. 

1. P, L., t. cxxi, col. 367; en partie dans Kunstmann, op. cit., p. 119 sq. ; avec 
des éclaircissements dans Maugin, op. cit., t. n, p. 60. Dans Kunstmann, il faut 
lire torpeo au lieu de torpes, cemua au lieu de cornua, exponi au lieu de exposui ; 
dans Migne il faut lire également scripta au lieu de scriplura, uno au lieu de una. 

2. Lupus, Epist., xxx, P. L., t. exix, col. 491. 

3. S. Augustin, De civilate Dei, 1. XXII, c. xxix, P. L., t. xli, col. 800. 

4. Luc, m, 6. 

5. S. Augustin, De civitate Dei, 1. XXII, c. xxix, à la fin, P. L., t. xli, col. 800. 

6. P. L., t. exix, col. 491 sq. ; Maugin, op. cit., t. n, p. 58. 

7. Hincmar, De prœdest., diss. I, c. n, P. L., t. cxxv, col. 84, 85. 

8. Op. cit., t. il, p. 51. 



142 



LIVRE XXII 



A son retour de Rome, vers 847-848, Gotescale séjourna quel- 
que temps chez le comte Eberhard de Frioul, d'origine germa- 
nique, marié à Gisèle, fille de Louis le Débonnaire, et nommé 
gouverneur du Frioul par son beau-frère Lothaire. Outre ses au- 
tres vertus, Eberhard se distinguait par une généreuse hospitalité. 
Chez lui Gotescale rencontra par hasard Noting, évêque nommé 
de Vérone 1 . Gotescale, qu'Hincmar nous représente comme 
très ardent à faire des prosélytes, ne manqua pas d'inculquer 
à Noting ses idées sur la double prédestination. Quelque temps [134] 
après, Noting étant venu à la cour de Louis le Germanique in 
pago Loganœ 2 , y rencontra Rhaban-Maur, le nouvel archevê- 
que de Mayence, auquel il parla de certains prédestinatianistes 
qui soutenaient que : « La prédestination divine fait que celui 
qui est prédestiné à la vie n'est pas vaincu par la mort, et 
que celui qui est prédestiné à la mort ne peut en aucune ma- 
nière atteindre la vie. » Ils tombèrent d'accord que Rhaban de- 
vait réfuter cette erreur par un mémoire particulier. Tel est le 
récit de Rhaban dans la préface de cet opuscule, en forme de lettre 
à Noting 3 . Rhaban n'y nomme pas Gotescale, mais c'est certaine- 
ment lui que l'archevêque et Noting ont en vue. Gotescale est en 
eil'et nommé dans la lettre que Rhaban écrit à cette même épo- 
que à Eberhard, comte de Frioul. Un point demeure douteux, à 
savoir si Rhaban connaissait auparavant les erreurs de Gotescale 
ou s'il ne les a connues que par Noting. 

Dans son opuscule, Rhaban décrit ainsi les erreurs qu'il atta- 
que : « Certains veulent faire Dieu l'auteur de leur ruine, et 
disent : De même (sicuti) que ceux qui sont appelés à la gloire 
de la vie éternelle par la prescience de Dieu et la prédestina- 
tion, ne peuvent en aucune manière manquer leur salut; de même 
(ita) ceux qui sont voués à la ruine éternelle par la prédestination 
divine, sont forcés (coguntur) et ne peuvent échapper à leur per- 



1. Il ne fut jamais en réalité évêque de Vérone, mais de Brescia, et il parut 
en cette qualité, et aussi comme missus impérial, au concile romain de 
853. 

2. Peut-être Lahngau, cf. Damberger, t. m, p. 268, et Kunstmann, Rabanus 
Maurus, p. 120. L'un et l'autre placent cette rencontre en l'année 848. Kunst- 
mann croyait auparavant (Tiib. Quartalschr., 1836, p. 436) qu'elle avait eu lieu 
en 847 et dans le canton de Login, qu'il plaçait sur les bords de la Weser. 

3. Rhaban Maur, Opéra, P. L., t. cxn, p. 1530-1553. Cette édition renferme 
beaucoup d'inutilités et de nombreuses fautes. 



143. CONCILE DE MAYENCE DE 848 143 

te;» « la prédestination divine oblige l'homme à pécher même mal- 
gré lui» (invitum hominem facit peccare). Cette doctrine, dit Rha- 
ban, contredit le dogme de la justice de Dieu. Il développe ensuite 
le principe de la prédestination, d'après un passage tiré de Pros- 
per 1 , et un autre tiré de V Hypomnesticon, alors attribué à saint 
Augustin 2 . Dans les deux passages, on distingue entre la pres- 
cience et la prédestination : non omne, quod prœscit (Deus) pré- 
destinât, mala enim tantum prœscit et non prédestinât bona ve- 
ro et prsescit et prsedestinat. S'inspirant de ces deux passages, 
Rhaban enseigne ce qui suit : « A la suite du péché d'Adam, tous 
les hommes voués à la ruine sont devenus une massa damnabilis , 
[135] dans laquelle Dieu, sans aucune acception de personnes et par 
pure bienveillance (non personarum acceptione, sed judicio sequitatis 
suœ irreprehensibili), a prédestiné à la vie éternelle ceux qu'il 
a choisis, en vertu d'une miséricorde gratuite (gratuita miseri- 
cordia) ; quant aux autres, il les a frappés de peines méritées, 
ayant prévu leur conduite (quia quid essent futuri prœscivit); il 
n'a pas fait qu'il fussent punis, il ne les y a pas prédestinés, mais 
il a simplement prévu qu'ils appartiendraient à la massa damna- 
bilis 3 . » Quant à savoir pourquoi Dieu a laissé s'introduire une 
telle différence, Rhaban répond avec Prosper 4 : « Dieu n'a pas 
prédestiné, c'est-à-dire n'a pas sauvé de la ruine générale ceux 
dont il a su per prsescientiam qu'ils seraient pécheurs. » Rhaban 
ajoute en même temps 5 que V Hypomnesticon regarde cette ques- 
tion comme insondable 6 . Il cherche ensuite à prouver, par une 
série de passages bibliques, que nul, pas plus le prédestiné qu'un 
autre, ne peut plaire à Dieu sans la foi orthodoxe et les bonnes 
œuvres, et que l'Ecriture annonce aux bons leur récompense à 
cause de leurs bonnes œuvres, et aux méchants leur châtiment 
à cause de leurs méfaits. On a donc tort de dire : « Les vertus 
du juste ne lui sont d'aucune utilité, les péchés du coupable ne 
lui nuisent en rien, mais chacun est couronné ou puni prsedesti- 



1. Prosper, Contra Gallos, c. m, P. L., t. li, col. 153. 

2. Hypomnesticon, 1. VI, c. i-iii. 

3. P. L., t. cxn, col. 1531-1532. 

4. P. L., t. cxn, col. 1532. 

5. P. L., t. cxn, col. 1533. 

6. Le passage de Y Hypomnesticon ne se termine que (col. 1533) par ces mots : 
misericordia conquiescentes. Dans ce passage on a, par erreur, à la col. 1533, cité 
Rom., ix, 30, au lieu de xx, 21. 



144 LIVRE XXII 

nationis necessitate x . » Rhaban énumère ensuite sept ver, tés dog- 
matiques niées dans la nouvelle doctrine. En particulier, 1) celle 
doctrine tient Dieu pour méchant, parce qu'il destine sans motifs 
sa créature à une perte éternelle ; 2) elle est en contradiction avec 
l'Écriture, qui promet aux hommes vertueux la vie éternelle ; 
3) elle nie l'équité de Dieu juge ; 4) elle suppose que le Christ a 
versé inutilement son sang, puisqu'il ne peut aider tous ceux qui 
croient et espèrent en lui ; beaucoup de ceux-là donc sont prédes- 
tinés à la mort. La seconde partie 2 contient la doctrine des Pères 
sur la prédestination et sur la liberté de la volonté ; elle cite des 
réponses de Prosper ad capitula objectionum Vincentianarum, [130] 
des passages de l'écrit de Gennade De ecclesiasticis dogmatibus 
et surtout de V Hypomnesticon. Rhaban insère 3 , à part quelques 
légères omissions, tout le VI e livre de Y Hypomnesticon, et ter- 
mine son opuscule par une courte allocution à Noting 4 . Entre 
autres passages importants pris dans Y Hypomnesticon 5 , il insère 
le suivant : « Dieu n'a pas prédestiné les uns et ne les a pas exci- 
tés à pécher et à se perdre, mais il a prévu leur perte proprio 
i'itio, et c'est à cause de cela qu'il leur a prédestiné leurs peines. » 
Il est surprenant que Rhaban et ses amis acceptent sans hésiter 
cette expression : « La psena est prédestinée au pécheur, » tandis 
qu'ils ne veulent pas admettre cette autre proposition : « Le pé- 
cheur est prédestiné ad peenam ; » car ces deux phrases sont au 
fond identiques, et, bien expliquées, présentent un sens ortho- 
doxe. En effet, le pécheur est prédestiné ad morlem ou ad pae- 
nam ; mais sa prédestination n'est pas absolue comme celle de 
l'élu, elle dépend des prsevisa démérita. 

A la même époque, Rhaban écrivit à Eberhard, comte de 
Frioul, qu'il loue de l'hospitalité exercée à l'égard de tant de 
personnes, et m» laminent naguère, à l'égard de deux de ses 
prêtres. Déférant au désir exprimé par le comte devant ces prê- 



1. P. L., t. cxii, col. 1533-1541. 

2. P. L., t. cxn, col. 1541 sq. 

3. Dans la seconde moitié du c. m. 

4. Cette seconde partie de VEpisi. ad Noting. est fort défigurée dans l'édition 
Migne ; car on y fait terminer à la col. 1547 la citation de 1' 'Hypomnesticon, quoi- 
que en réalité cette citation aille jusqu'à la lin. En outre, col. 1547, au lieu de 
Ps. xxxiv, il faut lire Ps. cxxxiv, et col. 1550, il faut lire Joan., xv, au lieu de 
Joan., xix. 

5. P. L., t. cxn, col. 1548. 



443. CONCILE DE MAYENCE DE 848 145 

très, Rhaban lui avait envoyé l'année précédente son écrit in 
laudem crucis. Il passe ensuite à l'affaire principale dont il dit : 
« La nouvelle s'est répandue de la présence chez vous d'un 
bel esprit nommé Gotescalc, qui enseigne que la prédestina- 
tion divine fait violence à tout homme. Celui qui, voulant 
parvenir à la félicité, possède la foi orthodoxe et s'applique aux 
bonnes œuvres, afin d'arriver par la grâce de Dieu à la vie éter- 
nelle, travaille cependant en pure perte s'il n'est pas prédestiné 
à la vie, comme si Dieu obligeait par sa prédestination quelqu'un 
à se perdre. Cette secte a déjà jeté dans le désespoir bien des per- 
sonnes qui disent : A quoi bon tant d'efforts pour arriver au salut 
et à la vie éternelle ? Si je ne suis pas prédestiné à la vie, toutes 
mes bonnes œuvres ne me servent à rien; si au contraire je suis 
137] prédestiné à la vie, mes péchés ne saliraient me nuire... Ce doc- 
teur, a, paraît-il, extrait des œuvres de saint- Augustin un grand 
nombre de passages favorables à sa manière de voir ; mais saint 
Augustin était defensor gratise, non destructor rectse fidei. » Pour 
éclairer le comte, Rhaban lui envoie aussi une collection de pas- 
sages de saint Augustin, de saint Jérôme et de Prosper, prouvant 
que Dieu ne prédestine personne au péché, et qu'il ne faut pas 
confondre la prxdestinatio et la prœscitio. On n'y trouve pas les 
beaux passages empruntés à V Hypomnesticon, mais, en revan- 
che, les extraits de Prosper qui se trouvaient dans la lettre à 
Noting ; ils sont de nouveau utilisés ici, et complétés par d'au- 
tres. « Les nouveaux docteurs, continue Rhaban, doivent suivre 
ces anciens maîtres. Ils disent : S'il est certain qu'il faut prêcher 
la vertu, il ne l'est pas moins qu'il faut faire connaître la pré- 
destination, afin que l'homme vertueux rende à Dieu l'honneur 
qui lui revient et ne se l'attribue pas à lui-même. Oui, sans doute, 
mais on doit apporter dans ces questions la plus grande pru- 
dence, de peur de nuire au lieu d'édifier.» Il termine ainsi: « Je 
t'ai écrit, cher ami, afin que tu saches les scandales causés par 
les nouvelles venues d'Italie, et afin que, s'il se trouve auprès 
de toi un homme dans l'erreur, tu l'arraches à la secte et lui 
adresses des exhortations, car j'ai tout lieu de te croire un excel- 
lent chrétien 1 . » 

Hincmar et les Annales de Saint-Bertin disent que chassé 

1. Rhabani Opéra, P. L., t. cxn, col. 1553-1562. Maugin n'a inséré ni cette 
lettre ni celle à Noling. 

CONCILES - I VJ— 10 



146 LIVRE XXII 

honteusement de l'Italie, Gotescalc s'était rendu chez divers 
peuples barbares et païens, où, loin de prêcher l'Évangile, il avait 
enseigné la doctrine delà prédestination ; mais les contemporains 
et collègues d'Hincmar, par exemple Rémi, archevêque de Lyon, 
mettent en doute ce fait 1 . Il est certain que Gotescalc se ren- 
dit de Rome en Germanie, et assista à la diète synodale de Mayence t 
1 er octobre 848. Kunstmann croit pouvoir déduire du mot détec- 
tas, des Annales de Saint-Bertin, qu'au début Gotescalc se 
tint caché à Mayence, peut-être pour y mieux répandre son écrit 
contre Rhaban-Maur, mais que sa retraite fut découverte et que, 
sur un ordre du roi, il fut cité par devant le concile des évêques 
présents à Mayence. Nous avons fait remarquer, ailleurs 2 , que 
l'expression detectus signifiait non la découverte de la retraite [138] 
de Gotescalc, mais celle de ses erreurs qu'il professait. Sans 
doute Gotescalc ne fit aucune difficulté de se présenter devant le 
concile de Mayence satisfait de discuter, de tirer vengeance de 
Rhaban pour le présent et le passé et de l'accuser de semi-pélagia- 
nisme. Il remit au concile une profession de foi, dont Hincmar 3 nous 
a conservé le fragment suivant : Ego Gothescalcus credo et confiteor, 
profiteor et testificor ex Deo Pâtre, per Deum Filium, in Deo Spi- 
ritu sancto, et affîrmo atque approbo corani Deo et sanctis ejus, 
quod gemina est prœdestinatio, sive electorum ad requiem sive 
reproborum ad mortem, quia sicut Deus incommutabiliter ante 
mundi constitutionem omnes electos suos incommutabiliter per 
gratuitam grattant suam prsedestinavit ad vitam œternam, similiter 
omnino omnes reprobos, qui in die judicii damnabuntur propter 
ipsorum mala mérita idem ipse incommutabilis Deus per justum 
judicium suum incommutabiliter prsedestinavit ad mortem merito 
'sempiternam. Si Gotescalc voulait dire que la prédestination 
à la mort est absolue, tout comme la prédestination à la vie 
— et c'est en effet le sens qui résulte de ces deux mots similiter 
omnino, — il est incontestablement hérétique, et la suite, à 
savoir que « les réprouvés seront condamnés au jour du jugement 
à cause de leurs péchés, » laisse subsister l'hérésie. Calvin lui- 
même eût pu s'exprimer ainsi, et il l'a fait. « Quoique, dit-il, 
ceux-là pèchent nécessairement qui y sont prédestinés, ils n'en 



1. Maugin, op. cit., t. n, p. 52 sq. 

2. Tùbinger theolog. Quartalschrift, 1842. p. 465 sq. 

3. De prsedestinatione, c. v, P. L., t. cxxv, col. 89. 



•\3. CONCILE DE MAYENCE DE 848 147 

seront pas moins jugés et condamnés au jour du jugement à cause 
de leurs péchés, parce qu'ils ont fait de plein gré ce <|u'ils ont fait 
nécessairement ; en effet, ce n'est pas la nécessité, niais bien la 
contrainte physique qui peut seule enlever la responsabilité. » 
Il faut dire toutefois que Gotescalc ne s'est jamais exprimé 
aussi nettcmml que Calvin, soit que l'aboutissement logique 
de son propre système lui ait échappé, soit qu'il n'ait pas osé en 
parler trop clairement. 
139] Outre cette profession de foi, Gotescalc publia un docu- 
ment qui. sous couvert d'être adressé à Rhaban, l'attaquait vive- 
ment ; Hincmar qualifie cet écrit de pièce venimeuse, parce 
qu'elle interprétait sophistiquement la lettre de Rhaban à 
Noting de façon à jeter sur son auteur une teinte d'hétérodoxie. 
Hincmar nous a conservé des fragments de cette lettre où Gotes- 
calc disait dès le début 1 : « J'ai enfin, digne évêque, lu ton livre, 
dans lequel j'ai trouvé cette opinion, que les impies n'étaient 
pas prédestinés de Dieu ad damnationem . . . Cependant Dieu a 
prévu leur triste commencement et leur fin plus triste, et c'est 
pour cela qu'il les a prédestinés à une ruine éternelle... De mê- 
me (sicut) qu'il a prédestiné par pure grâce les élus à la vie, 
absolument de la même manière (sic omnino) il a prédestiné les 
réprouvés par un juste jugement à la peine de la mort éternelle. » 
Dans un second fragment Gotescalc reproche à Rhaban « de ne 
pas suivre la doctrine de saint Augustin sur le libre arbitre 
mais bien les opinions erronées de Gennade. » dont il avait 
inséré un passage dans sa lettre à Noting 2 . Eu deux autres 
courts fragments 3 , Gotescalc ajoute: «Certainement tous ceux- 
là deviendront bienheureux, dont Dieu veut qu'ils deviennent 
bienheureux ; et lorsque la sainte Ecriture dit : Il veut que tous 
soient sauvés 4 , il faut entendre par là, non tous les hommes 
mais uniquement ceux qui sont compris dans la volonté de 
Dieu. » Enfin, les deux derniers fragments 5 se rapportent à 
la mort du Christ : « Tous ces pécheurs, pour la rédemption 
desquels le Fils de Dieu a versé son sang, avaient été prédes- 



1. Hincmar, De prœdesliiialionc, c. v, P. L., t. cxxv, col. 8'J. 

2. Hincmar, op. cit., c. xxi, P. L., t. cxxv, col. 182. 
u. Id., c. xxiv, P. L., t. cxxv, col. 210. 

4. I/Tim., u, 4. 

5. Hincmar, op. ci/., c. xxvn, xxix, P. L., t. cxxv, col. 275-288. 



148 



LIVRE XXII 



tinés à la vie, grâce à la bonté de Dieu. Quant aux autres pécheurs, 
le Fils de Dieu ne s'est pas fait homme pour eux et il n'est pas 
mort pour eux sur la croix; » « il n'est le rédempteur que de tous 
les élus 1 . » 

Nous ne connaissons pas en détail ce qui se passa au concile 
de Mayence au sujet de Gotescalc, mais le résumé du jugement 
nous est conservé dans une lettre de Rhaban à Hincmar, lettre 
désignée comme synodale dans les collections des conciles, bien 
qu'elle semble n'avoir été rédigée par Rhaban qu'à l'insu du 
concile, et probablement à la demande de l'assemblée. On y lit : 
« Nous vous faisons connaître qu'un moine vagabond (gyrovagus) 
nommé Gotescalc, venu d'Italie à Mayence, a répandli une [140] 
doctrine honteuse d'après laquelle la prédestination est identique 
pour les bons comme pour les méchants (sicut in bono, ita et in 
malo), et qu'il y a des personnes damnées par la prédestination 
divine et incapables d'y échapper , comme si dès l'origine Dieu 
les avait faites incurables et destinées à la punition et à la ruine. 
C'est Gotescalc lui-même qui nous a exposé ses sentiments, 
tout dernièrement, dans un concile de Mayence; l'ayant trouvé 
rebelle à tout changement, nous avons, avec l'assentiment et 
sur l'ordre du roi Louis, décrété de vous le renvoyer, après avoir 
condamné sa doctrine impie et lui-même; vous aurez donc à le 
retenir dans votre province qu'il a quittée malgré la règle, et vous 
l'empêcherez d'enseigner ses erreurs et de tromper le peuple chré- 
tien. Nous apprenons en effet qu'il a déjà séduit beaucoup de fidè- 
les, les détournant de travailler à leur salut et leur faisant dire : 
« A quoi bon me donner tant de peine au service de Dieu ? Pré- 
« destiné à la mort, je n'y échapperai pas; prédestiné à la vie, 
d j'arriverai, même pécheur, à l'éternel repos. » Le cardinal Noris 2 
pense que Rhaban a fait un Gotescalc d'imagination, ayant 
interprété sa doctrine avec partialité ; on ne saurait nier en 
effet, que Gotescalc, pour autant que nous le connaissons par 
ce qui nous en reste, n'a jamais exprimé ces doctrines prédesti- 
natiennes tranchées et décisives que Rhaban lui prête. 

D'après Hincmar, tous les éveques de la Germanie ont pris 
part à ce concile de Mayence; Hartzheim en conclut que c'était 

1. Maugin a reproduit deux fois ces divers passages, t. n, part. 2, p. 3 sq. ; 
t. ii, p. 63 sq. 

■1. Opéra, VeneL, 1759, t. m, p. 239. 



4'i3. CONCILE DE MAYENCE DE 848 149 

un concile national; en réalité, suivant la remarque de Binterim, 
ce n'était qu'un concile des diverses provinces du royaume de 
Louis et c'est uniquement dans le sens où on appelait Louis, roi 
de Germanie, que l'on regardait ce concile comme ayant réuni 
tous les évêques de la Germanie. Les évêques germains du royau- 
me de Lothaire ne faisaient pas partie du royaume de Germanie 
proprement dit. La Chronique d'Hirsauge 1 dit, il est vrai, que l'em- 
pereur Lothaire avait convoqué ce concile, et Trittenheim cite 
plusieurs archevêques et évêques lorrains comme y ayant pris 
L 1 '* 1 ! part ; mais les sources auxquelles il a puisé devaient être bien 
troubles, car plusieurs de ces évêques étaient, à l'époque du con- 
cile de Mayence, morts depuis des années; tels Hetti de Trêves, 
Hildebald de Cologne et Einhard de Seligenstadt ; d'autres, au 
contraire, n'étaient pas encore évêques, par exemple Altfrid de 
Ilildesheim 2 . Trittenheim se trompe encore, lorsqu'il rapporte 
qu'à Mayence, Gotescalc rétracta ses erreurs, et que Servatus 
Lupus, présent à l'assemblée, le réfuta complètement. Enfin, 
les Annales de Fulda prétendent que Gotescalc s'engagea par 
serment à Mayence de ne plus sortir du royaume de Lothaire, 
et avoua que sa condamnation portée par plusieurs (par consé- 
quent pas par tous), lui paraissait fondée 3 . 

D'après Flodoard 4 , Rhaban aurait envoyé à Hincmar à Reims 
outre Gotescalc, plusieurs complices du moine vagabond 5 ; mais 
Maugin 6 a prouvé que cet historien s'était trompé, au mépris de 
toute chronologie, mentionnant Prudence, Lupus, et autres par- 
tisans plus tardifs de Gotescalc, dès lors souvent blâmés par 
Hincmar. 



1. Ad ami. 848. 

2. Binterim, Deutsche Conc., t. n, p. 418. 

3. Maugin, op. cit., p. GG, G8 ; Pertz, Monum., t. i, p. 365. 

4. Hisl. Eccles. Remensis, 1. III, c. xxi, P. L., t. cxxxv, col. 200 sq. 

5. Les Annales Xantenses (Pertz, op. cit., 1. ni, p. 229) confondent les doux 
conciles et supposent qu'à Mayence quidam monachi, après avoir été battus à 
cause de leurs doctrines sur la prédestination, avaient été envoyés dans les 
Gaules. 

6. Op. cit., t. ii, p. 74. 



150 LIVRE XXII 



444. Concile de Quierzy en 849. Condamnation de Gotescalc. 

Hincmar garda à Reims, sous sa propre surveillance, le mise- 
rabilis monachus, ainsi que Gotescalc a été souvent appelé 
par ses amis ; il ne le renvoya pas à son ordinaire, c'est-à-dire 
à Rothade, évêque de Soissons, probablement parce qu'il re- 
gardait cet évêque comme trop faible pour tenir tête à Gotes- 
calc 1 . Mais lorsque Flodoard 2 nous dit qu' Hincmar avait écrit 
à Rothade pro recipiendo et adducendo ad judiciurn Gothescalco, 
peut-être faut-il entendre cette phrase dans ce sens qu'Hincmar 
aurait d'abord renvoyé Gotescalc à Rothade, le priant de rece- 
voir le moine et de le conduire au concile de Quierzy. Il se tint, M42] 
en effet, en 849, dans le palatium Carisiacum, une diète et un 
concile sur lesquels Hincmar nous a donné des renseignements 
dans trois documents. Il dit dans le premier : « Après que Rha- 
ban eut envoyé Gotescalc à Reims, celui-ci fut entendu clans 
une assemblée synodale tenue in palatio Carisiaco ; cette assem- 
blée comprenait des évêques et un très grand nombre de clercs 
et de moines ; ainsi Wenilon, archevêque de Sens, Hincmar de 
Reims, Folcoin de Thérouanne, Teudéric de Cambrai, Rothade 
de Soissons, Ragenar d'Amiens, Immo de Noyon, Erpoin de 
Senlis, Loup de Châlons, Yrmenfried de Beauvais, Pardulus de 
Laon, Teutbold de Langres, dans la province de Lyon ; Gern- 
brins de Rennes, dans la province de Tours 3 ; Rigbold, choré- 
vêque de Reims, et Witaus, chorévêque de Cambrai, Wenilon, 
plus tard archevêque de Rouen, Enée, notarius sacri palatii, 
maintenant évêque de Paris, Isaac. alors diacre de Pardulus, 
aujourd'hui évêque de Langres, assistaient aussi à l'assemblée ; 
on y voyait également les vénérables abbés Ratbert de Corbie, 
Bavon d'Orbais et Halduin d'Hautvilliers (Altivillaris), avec 
d'autres seigneurs, prêtres et diacres, par exemple Wulfad, éco- 
nome de la métropole de Reims, et l'archidiacre Rodoald, ainsi 
que les autres degrés du clergé. En leur présence, Gotescalc se 



1. Hincmar, Ep. ad Nicol. Pap., P. L., t. cxxvi, col. 43. 

2. Flodoard, 1. III , t. xxi, P. L., t. cxxxv, col. 200 sq. 

3. Cf. Gallia christiana, t. xiv, col. :is. 



444. CONCILE DE QUIERZY 151 

montra, ainsi qu'à Mayence, inaccessible à tout bon sentiment. 
Il fut déposé de la prêtrise,, qu'il avait usurpée plutôt que reçue, 
lorsqu'il était moine du diocèse de Soissons, et à l'insu de son 
évêque, grâce à Rigbold, chorévêque de Reims. Ensuite à 
cause de son opiniâtreté, et conformément aux canons d'Agde 
ainsi qu'à la règle de saint Benoît 1 , il fut battu de verges, comme 
blasphémateur, et enfin mis en prison dans un ergastulum, d'après 
la décision des évêques de la Germanie (c'est-à-dire de Mayence), 
pour l'empêcher de nuire aux autres 2 . » 

Hincmar parle encore de cette réunion dans une lettre à Amo- 
lo de Lyon, lettre conservée dans le Liber de tribus epistolis de 
Rémi de Lyon. Hincmar dit : « A Carisiacum, Gotescalc n'a 
rien dit de sensé et n'a pas mieux répondu aux questions qui 
lui ont été posées. Il s'est conduit comme un possédé du démon 
et n'a su qu'insulter tout le monde. A cause de cette effronterie, 
et conformément à la règle de saint Benoît, il a été condamné 
par les abbés et les autres moines à être fustigé ; d'autre part, 
les évêques l'ont condamné, parce que, au mépris du droit canon, 
il troublait constamment civilia et ecclesiastica negotia et ne vou- 
lait pas s'amender 3 . » 

Hincmar revient une troisième fois, mais à plusieurs années 

143] ae distance, vers l'année 865, dans une lettre au pape Nicolas I er , 

sur ce qui s'est passé à Quierzy. Il y rapporte brièvement ce que 

nous savons déjà, l'audition et la condamnation de Gotescalc, 

son refus de rétractation, son internement dans un monastère 



1. Le canon 38 d'Agde de Tannée 506 parle d'abord des moines et des clercs 
vagabonds; puis il ajoute au sujet des premiers : Qiiod (quos) si verborum iiicrepa- 
lio non emendaverit, etiam verberibus statuimus coerceri. On lit aussi dans la règle 
de saint Benoît: Indisciplinatos et inquietos durius arguendos, et improbos et duros 
ac superbos vel inobedientes verberum vel corporis casiigatione in ipso initio peccati 
coercendos esse. 

2. Hincmar, De'prsedest., c. n, P. L., t. cxxv, col. 85 ; Maugin, op. cit., t. n, p. 75 ; 
[Sirmond, Conc. Gallise, t. m, col. 680 ; Coll. regia, t. xxi, col. 601 ; Lalande, Conc. 
Gallise, p. 149; Labbe, Concilia, t. vin, col. 55-58; Sirmond, Opéra, 1696, t. iv, 
col. 290, 428; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 17 ; Coleti, Concilia, t. ix, 
col. 10, 53 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 919; D. Marlot, Meiropolis 
Remensis historia, 1664, t. i, p. 409 ; Gousset, Actes de la prov. ecclés. de 
Reims, t. i, p. 203; V. Rose, Die lalcinische Meerman-HandscJir. des Sir Thomas 
Phillipps in der kôniglichen Bibliothek zu Berlin, Berlin, 1892, p. 186. Voir 
Appendices. (H. L.)] 

3. P. L., t. cxxi, col. 1027, et Maugin, op. cit., t. n, p. 76. 



152 



LIVRE XXII 



du diocèse de Reims, d'après le jugement des évêques des Gaules, 
de la Belgique et de Reims, présents à l'assemblée. Il ajoute 
ce détail, que nous avons déjà mentionné, le refus de laisser Go- 
tescalc sous la juridiction de son évêque diocésain, Rothadc. hop 
faible pour résister à l'hérétique, et susceptible, au jugement 
d'Hincmar, de se laisser gagner et de passer à l'hérésie 1 . 

Les Annales de Saint-Bertin parlent aussi du concile de Quierzy : 
« Le roi Charles le Chauve, toujours zélé pour les intérêts de 
l'Eglise, convoqua en concile les évêques du diocèse (de la pro- [144] 
vince) de Reims et fit comparaître Gotescalc. Celui-ci fut fus- 
tigé publiquement et obligé de brûler les livres contenant ses opi- 
pions 2 . » 

Les collections conciliaires nous ont conservé la sentence de 
Quierzy contre Gotescalc, la voici : « Frère Golescalc, sache 
que la très haute dignité du ministère sacerdotal, que tu t'es 
arrogée au mépris des règles et dont tu as abusé par tes mœurs, 
tes mauvaises actions et tes doctrines corrompues, t'est main- 
tenant enlevée de par la sentence du Saint-Esprit, dont pro- 
vient, comme un pur présent, la dignité sacerdotale, et par 
la vertu du sang du Christ, si tant est que Lu aies reçu cette di- 
gnité, et, quoi qu'il en soit, tu ne devras en aucune manière te 
permettre d'en exercer de nouveau les fonctions. En outre, com- 
me, au mépris des lois de l'Église, tu cherches à jeter le désordre 
dans l'Église et dans l'État, sans tenir plus de compte de tes vœux 
et de ton état de moine, nous avons décidé, en vertu de l'au- 
Lorité épiscopale, que tu serais très durement battu et ensuite, 
conformément aux règles de l'Église, mis en prison. Enfin, pour 

. 1. Hincmar, Ep. ad Nicol., P. L., t. cxxvi, col. 43. 

2. Dans Pertz, Monum., t. i, p. 443 sq., et réimprimé dans P. L., t. cxv, col. 
1 402 ; Maugin, op. cit., t. n, p. 76, attache une grande importance à ce que quel- 
ques mots manquent dans les Annales de Saint-Bertin ; mais cette lacune a été 
comblée dans toutes les nouvelles et meilleures éditions. La seconde partie des 
Annales de Saint-Bertin, qui va de 836 à 861, et dans laquelle se trouve le pas- 
sage en question, est ordinairement attribuée à saint Prudence de Troyes ; mais 
ce dernier était un défenseur de Gotescalc, tandis que le passage dont nous 
parlons s'exprime d'une manière très défavorable au sujet du moine hérétique. 
Aussi a-t-on pensé que ce passage n'était 'pas à l'origine ce qu'il est aujour- 
d'hui, qu'il avait été modifié ; voyez les varias lect. dans les éd. de Pertz et de 
Migne. — Sur les Annales de Saint-Bertin, dont la troisième partie proviendrait 
d'Hincmar lui-même, cf. Bahr, Gcsch. der rom. Litteratur im Caroling. Zeitalter; 
p. 107 sq. 



44'j. CONCILE DE QUIERZY 153 

que tu ne puisses plus te permettre d'enseigner, nous te condam- 
nons, par la vertu du Verbe éternel, à garder un éternel silence K » 
Jusqu'ici personne, à notre connaissance, n'a mis en don le 
l'authenticité de cette sentence ; il nous semble cependant qu'il 
y aurait de bonnes raisons pour le faire. N'est-il pas surprenant 
que nul n'ait connu l'existence de cette pièce avant que le P. Sir- 
mond la découvrît, vers l'an 1600, dans un ancien manuscrit de 
Nicolas Camuzat ? On n'en a jamais trouvé un second exem- 
plaire. A cette première observation, digne de remarque, vont se 
joindre des arguments plus importants. 

a) Hincmar dit que les abbés et les moines présents avaient 
ordonné la peine du fouet, tandis que les évoques avaient sim- 
plement prononcé la damnatio; or dans la sentence, nous voyons 
la flagellatio ordonnée par les évêques. Ce qui prouve qu' Hinc- 
mar dit vrai, c'est la manière dont Rémi de Lyon a blâmé toute 
cette procédure. 

b) La sentence motive doublement la condamnation de Go- 
tescalc : c'est d'abord la prêtrise reçue d'une manière illégale, 

L 1 ^] ensuite le désordre introduit dans les negotia civilia et eccle- 
siastica. Pour la première faute, Gotescalc est, d'après la sen- 
tence, dégradé de la prêtrise; pour la seconde, il est fouetté. Mais 
ne voit-on pas que la sentence est muette sur le motif principal, 
l'affaire du prédestinatianisme ? à peine y fait-elle une vague 
allusion, quand elle dit que Gotescalc a mésusé de son sacer- 
doce par sa mauvaise conduite et ses doctrines corrompues. 

c) La sentence présente comme douteuse l'ordination de Go- 
tescalc. Or, non seulement ce doute est en opposition avec le 
dogme, mais il est en contradiction avec l'opinion d' Hincmar, qui 
croyait à la validité de cette ordination. 

d) Le style ampoulé de cette sentence doit faire naître des 
doutes sur son authenticité ; dans quelle autre sentence ecclé- 
siastique voit-on un coupable dégradé de la prêtrise per virtutem 
sanguinis Domini nostri Jesu Christi? 

e) Le passage : Insuper quia et ecclesiastica et civilia negotia 
contra propositum et nomen monachi conturbare... prœsumpsisti, 
est emprunté à la lettre d' Hincmar à Amolo de Lyon, mais 
on lui donne ici un autre sens. Hincmar veut dire que les 



1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 921; Hardouin, op. cit., t. v, col. 20 ; Maugiti, 
op. cit., t. ii, p. 78- 



154 LIVRE XXII 

erreurs de Gotescalc avaient occasionné des désordres dans 
l'Église et dans l'Etat, soit parce que ses partisans ne s'appliquaient 
plus à aucune bonne œuvre et ne s'abstenaient d'aucun pé- 
ché; soit parce que lui-même n'avait pas voulu renoncer à ses 
erreurs périlleuses pour l'Eglise et pour l'Etat ; c'est pourquoi 
il avait été condamné par les évêques. Le rédacteur de la sen- 
tence a mal compris ce passage d'Hincmar ; il a cru que Go- 
tescalc avait ét> puni parce que, contrairement à ses vœux 
monastiques, il s'était mêlé aux affaires du monde et à celles du 
clergé séculier, ce qui, on le sait, n'a jamais été le cas de Go- 
tescalc 1 . 

/) C'est par suite d'un autre malentendu que l'auteur de la 
sentence fait prononcer contre Gotescalc, par les évêques, 
la peine de la flagellatio. Il avait lu dans Hincmar : Ut im- 
probus virgis csesus, sicut decreverant Germanise provinciarum 
episcopi, ne aliis noceret... ergastulo est retrusus 2 . Il a cru que [146] 
les mots sicut decreverant Germanise, provinciarum episcopi se 
rapportaient à virgis csesus, c'est-à-dire que la flagellatio avait 
été prescrite par les évêques ; en réalité Hincmar veut dire 
que Gotescalc a été fouetté, et, afin qu'il ne pût nuire, em- 
prisonné, selon que les évêques de la Germanie, réunis à Mayence, 
l'avaient jugé nécessaire. Hincmar a en vue ces mots de la lettre 
de Rhaban-Maur : Decrevimus eum mittere ad vos, quatenus eum 
recludatis in vestra parochia. 

Nous voyons donc dans la sentence en question l'œuvre d'un 
faussaire assez récent et peu instruit de l'affaire de Gotescalc. 
Quant aux quatre capitula que le P. Sirmond a, dans ses premiers 
travaux, attribués au présent concile de Quierzy, ils appartien- 
nent au concile tenu également à Quierzy, mais en 853. Le P. Sir- 
mond l'a reconnu après la publication des Annales de Saint- 
Bertin, et ce point est généralement admis. Nous ajouterons que 
saint Rémi de Lyon a, en deux passages, fortement critiqué la 
punition infligée à Gotescalc. Il estime incorrect que la sentence 
de flagellation ait été portée par les abbés, et celle de condam- 
nation proprement dite, par les évêques; le jugement entier au- 



1. Maugin, op. cit., t. n, p. 80, a aussi mal compris les mots : ecclesiastira <t 
civilia negolia ; il croit qu'il s'agit des embarras causés par Gotescalc au Con- 
cilium mixtum de Mayence, qui s'occupait des affaires ecclesiastica et civilia. 

2. Hincmar, De pr&denluialione, c. n, P. L., t. cxxv, col. 84 sq. 



444. CONCILE DE QUIERZY 155 

rait dû être porté par ces derniers. Sans doute Gotescalc a 
agi d'une manière impie et insensée (impium, insanum), on a eu 
raison de le punir si, comme on l'affirme, il a injurié les évêques. 
Mais il eût mieux valu que la peine ne fût pas prononcée par ceux 
qui avaient reçu les injures. De plus, l'hérétique a été traité 
avec trop de dureté et de cruauté. Saint Rémi écrit à ce sujet : 
« On dit qu'il a été déchiré atrocissime et sans miséricorde, pêne 
usque ad mortem, » et ailleurs : « Tous sont au regret, et même 
exaspérés, car ce malheureux a été torturé avec une irreligiositas 
et une cruauté inouïes, jusqu'à ce que, au dire des témoins ocu- 
laires, il eut, à demi-mort, jeté de ses mains dans le feu le livre 
dans lequel il avait réuni les passages de la sainte Ecriture et des 
Pères qui pouvaient autoriser sa doctrine, etc.. Et cependant, 
ces passages, sauf le dernier, n'étaient pas de lui, mais d'au- 
torités reconnues dans l'Eglise ; on n'aurait pas dû les brûler, 
mais les expliquer par une pieuse et pacifique interprétation 1 . » 
[147J L' er gastulum dans lequel fut renfermé Gotescalc était une 
cellule du monastère d'Hautvilliers, au diocèse de Reims 2 ; 
au commencement il y fut traité plus doucement que par la 
suite. 

Le concile de Quierzy a dû se tenir au printemps de 849, car 
Hincmar écrivant aussitôt après à Prudence, évêque de Troyes, 
lui demandait, entre autres choses, s'il lui conseillait de laisser 
communier Gotescalc à Pâques 3 . Le concile s'était donc tenu 
avant Pâques et il doit s'agir ici des Pâques de 849, car cette 
lettre d' Hincmar est antérieure au concile de Paris tenu dans 
les derniers mois de 849. Hincmar dit également, dans cette 
lettre, avoir fait plusieurs tentatives infructueuses pour am> 
Gotescalc à résipiscence. Ces tentatives consistaient probable- 
ment en entretiens ou en lettres; ainsi, nous savons qu' Hinc- 
mar écrivit à Gotescalc une lettre, aujourd'hui perdue, pour lui 
expliquer, à l'aide de saint Augustin et d'autres Pères, certains 
passages patristiques, notamment quelques-uns de Prosper 4 . 



1. Liber de tribulis epistolis, P. L., t. cxxi, col. 1028, 1030; Maugin, op. cil., 
t. i, 2 e part., p. 107, 109. 

2. Flodoard, op. cit., 1. III, c. xxviii. 

3. Nous n'avons plus qu'un seul fragment de cette lettre dans Flodoard. 
III, c. xxi, et Maugin, op. lit., t. n, p. 93. 

4. Flodoard, op cit., 1. III, c. xxvm, 



156 



LIVRE XXII 



L'archevêque y montrait encore que,'si la prescience de Dieu 
s'étend au bien et au mal, Dieu prévoit simplement le mal 
{prsescire), tandis qu'il prévoit et prédestine le bien (prsescire 
et prsedestinare). Il peut donc y avoir prescience sans prédesli- 
nation, mais non prédestination sans prescience. Les bons étaient 
prœsciti et prœdestinati de Dieu ; les mauvais, au contraire, 
étaient simplement prœsciti, mais non prsedestinati ; enlin la 
prescience n'oblige personne à se perdre. 

Comme nous le verrons plus tard, Hincmar s'appuyant surtouL 
sur Y Hypomnesticon et sur un prétendu écrit de saint Jérôme, 
expliquait, dans un sens aussi atténué que possible, ce passage 
de la Bible: «Dieu endurcit le cœur,» et comme si Dieu avait 
simplement laissé produire cet endurcissement. Flodoard ajoute 
que Gotescalc avait obstinément refusé d'approuver cette expli- 
cation d' Hincmar et d'y souscrire. 

Ce fut probablement sur le conseil donné par Prudence que L^^°J 
Gotescalc put recevoir à Pâques la sainte communion, ce que 
Rhaban blâma plus tard. II lui fut également permis d'écrire, et 
il composa alors deux professions de foi qui nous sont parvenues. 



445. Double profession de foi et autres écrits de Gotescalc. 

La première et la plus courte l débute ainsi : « Je crois et pro- 
fesse que Dieu prœscivit et prœdestinavit les saints anges et les 
élus à une vie éternelle qu'ils n'avaient pas méritée ; de même 
(pariter) qu'il a prédestiné, par un jiiste jugement, à une mort 
éternelle et méritée le démon, ainsi que ses pareils et tous les 
hommes condamnés qui sont les membres de Satan ; il les a pré- 
destinés, parce qu'il a prévu leurs futures mauvaises actions. » 
A l'appui de cette proposition Gotescalc cite des passages de la 
sainte Écriture, de saint Augustin, de Fulgence et d'Isidore ; 
ces textes serapn/>rtent à une double prédestination et sont jusqu'à 
un certain point favorables à l'opinion de Gotescalc, si ce dernier 
n'était allé trop loin, si l'assimilation absolue qu'il exprimait 
par ces paroles pariter, son sic omnino et similiter omnino, 

1. P L., t. cxxi, col. 347; Maugin, op. cit., t. i, l re part,., p. 7. [L. Traubc, Go- 
tescalci Car mina, dans Poetse latini sévi Carolini, 1896, p. 716, note 1.(11. L.)] 



445. PROFESSIONS DE FOI ET ÉCRITS DE GOTESCALC 157 

ne l'avaient fait tomber dans l'erreur du prédestinatianisme. 
La seconde profession de foi, plus détaillée 1 , commence par 
une prière : « Que Dieu m'accorde la grâce de parler sur sa pres- 
cience et sur sa prédestination, de sorte que la vérité éclate, et 
que le mensonge, justement maudit, disparaisse. » Gotescalc 
discute l'opinion d'Hincmar et de Rhaban, à savoir que la pres- 
cience divine s'étend à la fois au bien et au mal, mais que la pré- 
destination se rapporte exclusivement au bien. Gotescalc ré- 
pond : « Tout cela est vrai ; mais d'après le psaume xxxn, 5, 
le bien est de deux sortes, car Dieu aime la miséricorde et la justi- 
ce. » Gotescalc veut dire (mais il ne développe pas sa pen- 
sée ) : « En prédestinant les bons ad vitam, Dieu montre sa 
miséricorde; au contraire, en prédestinant les pécheurs à la mort, 
il montre sa justice ; la miséricorde et la justice sont également 
bonnes 2 . Par conséquent, cette proposition que la prédesti- 
[149] nation de Dieu ne porte que sur le bien, n'est pas en contra- 
diction avec la doctrine de la double prédestination. » Rhaban 
aurait volontiers accepté la proposition : « Dieu a prédes- 
tiné la mort pour les pécheurs ; » mais il semble avoir rejeté 
cette autre : « il prédestine les pécheurs à la mort. » Aussi Go- 
tescalc disait-il : « Tu prédestines (il s'adresse constamment à 
Dieu dans cette seconde profession de foi) aux élus une vie éter- 
nelle que tu leur accordes par pure grâce, et tu les prédestines 
également à cette vie, car ce serait en vain que tu leur aurais 
prédestiné la vie, si tu ne les avais pas, eux aussi, prédestinés 
à cette vie. A peu près de la même manière (propemodum) tu 
as prédestiné au démon et à tous les maudits une peine éter- 
nelle, qu'ils ont méritée, et en même temps tu les as prédestinés 
à cette peine éternelle et toujours la même, car en toi il n'y a 
jamais de changement. » Il ajoute ensuite avec saint Augustin : 
«Si l'on considère les actions de Dieu, prévoir, vouloir et faire 
sont une seule et même chose. Si Dieu a prévu de toute éter- 
nité qu'un homme sera puni comme pécheur par la mort éter- 
nelle, il a voulu aussi de toute éternité cette punition et l'a pro- 
noncée, c'est-à-dire qu'il l'a prédestiné ad mortem. » Pour évi- 



1. P. L., t. cxxi, col. 350; Maugin, loc. cit., p. 9. Le texte est altéré en plusieurs 
endroits et ne fait pas honneur aux deux éditeurs. 

2. Vers le milieu de cette seconde profession de foi, il revient sur cette même 
pensée et l'énonce plus clairement. 



158 LIVRE XXII 

ter tout reproche de prédestinatianisme, Gotescalc aurait dû 
dire : « Je dis Lingue entre l'action des pécheurs et l'action de Dieu; 
les actions des pécheurs, leurs méfaits ont été, sans doute, prévus 
par Dieu, mais Dieu ne les a pas voulus et n'y a prédestiné aucun 
d'eux ; c'est en effet un principe que Dieu ne prédispose pas au mal. 
Par contre, la punition des pécheurs est l'œuvre de Dieu, qui, 
ayant de toute éternité prévu la mauvaise conduite du pécheur, a 
aussi de toute éternité déterminé la peine qui lui serait appliquée, 
et l'a destiné à cette peine. » — Le moine cherche à montrer en- 
suite, par une série de passages de la Bible, que la sainte Écriture 
parle de l'éternelle prédestination des maudits; d'après lui, dire 
que Dieu connaît d'avance le châtiment éternel qui attend les 
pécheurs, mais ne le leur assigne pas de toute éternité et seulement 
après leur mort, ce serait introduire en Dieu un changement et, 
par conséquent, un principe d'instabilité. En développant ces 
preuves tirées de la Bible, Gotescalc dit clairement que Dieu 
n'a pas prédestiné les réprouves au péché ; voici ses paro- 
les : « Ceux dont tu prévoyais, ô mon Dieu ! l'obstination par 
leur propre misère dans les fautes méritant la damnation, tu 
les as, en juge équitable, prédestinés à la ruine. » (Proposi- 
tion parfaitement orthodoxe et qui ne contient plus trace des 
expressions sic omnino et similiter omnino.) 

Les adversaires de Gotescalc avaient allégué, paraîL-il, ce pas- 
sage de saint Augustin : « Les maudits ont été condamnés par 
la prescience de Dieu » (et non pas par la prédestination). Saint 
Augustin citait aussi ce texte de l'Apôtre 1 : Non repulit Deus 
plebem suant, quant prsescU'it. Aussi Gotescalc prouve-t-il que, [150] 
dans d'autres passages, saint Augustin a enseigné la damna- 
tion des réprouvés par la prédestination. Il ajoute que, dans 
le passage cité par ses adversaires et dans ceux cités par 
lui, saint Augustin ne s'est pas mis en contradiction avec 
lui-même, puisque, dans les actions de Dieu, le prsescire et le 
prsedestinare sont une seule et même chose, tout comme dans 
le passage biblique qui était allégué, les mots prœscwit et preedes- 
tinavit sont employés comme entièrement synonymes. Il cher- 
che ensuite à démontrer, par des passages tirés des Pères, la dou- 
ble prédestination. Il cite alors saint Augustin, Fulgence, saint 
Grégoire et saint Isidore ; il remarque, que, par l'expression 

1. Rom., xi, 7. 



445. PROFESSIONS DE FOI ET ÉCRITS DE GOTESCALC 159 

gemina prœdestinatio, on n'enseigne pas deux prédestinations, mais 
une seule, quia, il est vrai, deux aspects, bipartita. (D'après cela, 
il enseignerait donc une prédestination absolue, même pour les 
réprouvés !) Il remercie Dieu de lui avoir donné ces lumières ; il 
assure que la crainte des hommes ne le fera jamais vaciller, 
traite ses adversaires d'hérétiques et demande à Dieu d'extir- 
per de la terre cette hérésie par la lumière de la vérité. Quoiqu'il 
ne veuille avoir aucun rapport avec les hérétiques, il désire cepen- 
dant, à cause des minus periti, avoir une assemblée publique , 
dans laquelle il demande à Dieu de pouvoir prouver la 
gemina prœdestinatio, en présence du roi et de tous les évêques, 
des prêtres, des moines, et par l'épreuve plusieurs fois réitérée 
de l'eau et du feu 1 . 
[lolj L a violence avec laquelle Gotescalc I rail ail ses adversaires, 
les appelant hérétiques, menteurs, les accusant de s'obstiner par 
orgueil à défendre les anciennes erreurs, lorsqu'ils se trouvaient 
en présence d'opinions meilleures, dut naturellement blesser 

1. Wiggers, dans Niedner's theolog. Zeitschrift, 1859, p. 490, dit avec raison que 
« Gotescalc ne s'écarte pas, comme saint Augustin dans ses luttes avec les péla- 
giens, du point de vue anthropologique, mais du point de vue théologique. 11 
cherchait à donner une explication rationnelle des qualités divines, et croyait 
mettre en péril la constance et la sagesse de Dieu en admettant que de la pré- 
destination devaient découler les actions humaines. Mais il ne développait pas 
avec autant d'âcreté que les augustiniens cette proposition que la sainteté des 
uns et la réprobation des autres dépend du bon plaisir de Dieu et de ses décrois 
éternels, ou du péché de la race humaine commis en Adam. D'après la théorie 
de saint Augustin, la faute d'Adam s'est répercutée sur toute l'humanité, et 
tous les hommes sont soumis à la juste sentence de la damnation, par suite du 
péché originel. Dans sa bonté Dieu a résolu d'en sauver quelques-uns, mais 
ceux qui ne sont pas compris au nombre des élus ne peuvent attendre que le 
châtiment mérité. La cause dernière de la sainteté des hommes réside dans la pré- 
destination de Dieu, mais la cause de leur perdition réside dans le péché origi- 
nel. Dans ce sens, et d'après saint Augustin, la prédestination ne s'applique qu'aux 
élus, non aux réprouvés. Pour ces derniers toutefois, la prescience de Dieu avait 
prévu leur sort de toute éternité, mais le décret absolu de Dieu ne se rapporte pas 
à eux. Ainsi saint Augustin pensait pouvoir faire accorder la justice de Dieu avec 
sa bonté. Il ne pouvait admettre une prédestination (ad vitam) découlant de la 
conduite des hommes, car par suite de la faute originelle l'homme n'est pas capa- 
ble de faire le bien. Par cette profession de foi, écrite sans grande énergie, nous 
pouvons juger comment Gotescalc cherchait à mettre d'accord sa doctrine de 
la prédestination avec la nature morale des hommes issue du péché; il comprenait 
que sa prédestination (même pour les réprouvés) découlait d'un décret absolu, et 
non d'un décret ayant égard à la faculté qu'a l'homme de devenir digne de mérite. » 



100 LIVRE XXII ] 

au vif Hincmar, car c'était lui surtout qui était visé. Gotescalc 
ajoutait, ce qui prouve sa ferme conviction et son exaltation, 
qu'il était prêt, pour démontrer la vérité de sa doctrine, à 
entrer dans quatre tonneaux remplis d'eau bouillante, d'huile 
et de poix, et s'offrait aussi à marcher sur des brasiers ardents. 
Il était convaincu qu'il ne faisait que renouveler la doctrine de 
saint Augustin, mais il le fit de manière à mériter le reproche 
de prédestinatianisme. 

Outre ces ^deux professions de foi, Gotescalc écrivit à Amolo, 
archevêque de Lyon, une lettre dont nous parlerons plus loin, 
et un petit livre intitulé Pitacium (Pittacium), adressé à un 
moine et dont Hincmar nous a conservé plusieurs fragments. 
Gotescalc y dit : « Celui qui affirme que le Christ est mort pour 
tous, contredit Dieu le Père ; » et plus loin : « Le Christ a racheté 
par le baptême ceux qui ne sont pas. prédestinés ad vitam, non ta- 
men, pro eis crucem subiit, nec mortem pertulit, nec sanguinem fu- 
dit;» et encore: « Il y a deux redempt iones, l'une quse communis est 
et electis et reprobis, l'autre quse. propria et specialis est solorum 
omnium electorum. » Et ailleurs : « Nullus tibi (Christo) périt, 
quisquis redemptus est per sanguinem crucis tuse. » Enfin : « L'opi- 
nion que le Christ est mort pour tous, sans que tous ceux pour 
qui il a souffert fassent leur salut, n'est autre chose que evacuare 
crucem Christi 1 . » 

On ne saurait dire si un autre fragment conservé par Hincmar 2 
appartient au Pittacium ou à un autre écrit de Gotescalc au- 
jourd'hui perdu. Il ^est significatif que Maugin 3 ait prétendu, 
quoique sans preuve, que ce Pittacium n'était pas un écrit au- '1M501 
thentique de Gotescalc ; l'intrépide janséniste a agi de même, 
à l'égard de tous les documents qui pouvaient faire tort à son 
client. C'est ainsi qu'il a nié plus tard l'authenticité de la lettre 
de Gotescalc à Amolo 4 . 



1. Hincmar, De prasdesL, c. xxix, xxxiv, xxxv, P. L., t. cxxv, col. 271, 
365, 370, 371, 372. 

2. Id., c. xvn, .i 5 . L.,t. cxxv, col. 159 sq. 

3. Maugin, op. cit., t. 11, p. 307. 

4. Id., t. ii, p. 171. 



446. CONCILE DE PARIS, AUTOMNE 849 lGl 



446. Ratramn, Loup et Prudence prennent parti pour la double 
prédestination ; concile de Paris dans 1 automne de 849. 

Maugin croit 4 que Gotescalc n'a pu écrire ni lettre ni traité 
sans l'assentiment d'Hincmar, et que ses deux professions de 
foi ont dû passer d'abord par les mains de l'archevêque de 
Reims. On ne sait à <|iii il les communiqua ; mais vers le milieu 
de l'année 849, Hincmar jugea nécessaire d'éclairer les moines 
de son diocèse sur les erreurs de Gotescalc, probablement parce 
que plusieurs d'entre eux avaient pris parti pour leur collègue. 
L'archevêque écrivit donc son Opusculum ad reclusos et simpli- 
ces, dont nous ne connaissons encore quelque chose que grâce à 
Rhaban t . Cet opuscule tomba entre les mains de Ratramn, 
savant moine de Corbie, au diocèse d'Amiens, qui se crut obligé 
de combattre les opinions d'Hincmar, dans une lettre à son ami 
Gotescalc. Hincmar, dit-il, se trompe lorsque, dans le passage 
de Fulgence : Prseparavit Deus malos ad luenda supplicia, il en- 
tend le mot prseparavit dans le sens de permisit prœparari ; 
il s'est laissé induire en erreur par un prétendu écrit de saint 
Jérôme De induratione cordis Pharaonis, jusqu'à soutenir que 
Dieu n'avait pas lui-même endurci le cœur du Pharaon, mais 
avait simplement permis qu'il fût endurci 2 . 

Dès lors, le débat s'agrandit. Du côté d'Hincmar se rangea, 
avec beaucoup d'ardeur, son sufîragant Pardulus, évêque de 
Laon, et ces deux évêques s'adressèrent, la plupart du temps 
en commun, à différents autres évoques et savants, pour con- 
naître leurs sentiments sur cette difficile question. Pardulus 
parle de six personnages dont ils avaient l'approbation 3 . Les 
premiers d'entre eux étaient Loup et Prudence. Loup, abbé de 
Ferrières, près de Sens, avait en elîet écrit à Hincmar : « Après 
mûre réflexion voici, je crois, la vérité : d'après saint Augustin, 
la prédestination des bons est une prseparatio gratise, pour les mé- 



1. Rhaban, Ep. IV ad Hincmar., P. L., t. cxn, col. 1519. 

2. Rhaban, P. L., t. cxn, col. 1522; G. Morin, Un traité pélagien inédit au 
commencement du V e siècle, dans Revue bénédictine, 1909, t. xxvi, p. 163-188, 
cf. même revue, 1907, t. xxiv, p. 267. (H. L.) 

3. P. L., t. cxxi, col. 1052. 

CONCILES — IV - II 



162 



LIVRE XXII 



chants, la prédestination est une subtractio gratise, car, par un 
jugement secret quoique équitable, Dieu ne leur accorde pas la 
grâce et les endurcit, c'est-à-dire les abandonne à leur propre du- 
reté. Il ne prédestine pas ceux qu'il endurcit non au sens de les 
précipiter de force dans le malheur, mais au sens de ne les empê- 
cher pas de tomber dans les fautes dignes du supplice. On peut 
dire, jusqu'à un certain point, que certains sont induits par Dieu 
eu tentation, non pas qu'il les y ait lui-même induits, ce qui 
est contraire au passage de saint Jacques (r, 13), mais en ce qu'il 
laisse tomber dans la tentation ceux que sa grâce-n'empêche pas 
d'y succomber. Du reste, la prédestination ne détruit pas plus 
la volonté chez les justes que chez les autres. Le juste reçoit de 
Dieu la volonté et le pouvoir de réaliser cette volonté, cl néan- 
moins il agit en toute liberté; de même, celui qui est abandonné 
de Dieu n'est pas nécessité à commettre des péchés, mais il com- 
met de plein gré les fautes pour lesquelles il sera éternellement 
châtié. En terminant Loup demande à Hincmar, s'il est d'un 
autre avis, de vouloir bien le lui dire ; il fait la même demande à 
son ami Pardulus L 

Loup de Ferrières se prononce donc contre Hincmar, et en 
faveur de Gotescalc, pour une double prédestination, sans toute- 
fois laisser percer des doctrines prédestinatiennes proprement 
dites. Prudence, évêque de Troyes, embrassa par une adhésion 
plus motivée l'opinion de Loup, dans une réponse adressée à la [154] 
fois à Hincmar et à Pardulus, mais qu'il ne leur envoya que 
plus tard, en 850, après avoir obtenvi l'approbation d'un con- 
cile. Maugin, Baluze, Mansi et d'autres auteurs admettent que 
cette approbation lui fut donnée dans le grand concile tenu à 
Paris dans l'automne de 849 2 . Ce concile adressa une lettre 
d'exhortation très énergique, que nous possédons encore, à Nomi- 
noé, duc de Bretagne, qui remplissait mal ses devoirs de vassal 
vis-à-vis de Charles le Chauve et avait fait sur le territoire franc 
des incursions armées 3 . Les vingt-deux archevêques et évêques 
présents au concile, parmi lesquels Hincmar et Pardulus, rap- 



1. P. L., t. exix, col. 606; Maugin, op. cit., t. i, 1 er part., p. 18, où, par suite 
d'une faute d'impression, on assigne à cette lettre la date de 859 au lieu de 849. 

2. C'est ce qui résulte de sa lettre contra Scolurn, c. xi. Maugin, op. cit., t. n, 
p. 105 sq. 

.'!. Fait inexact. Voir Appendices. (H. L.) 



446. CONCILE DE PARIS, AUTOMNE 849 163 

pelèrent au duc tous les maux causés par sa soif de pillage 
et de domination, la dévastation d'un grand nombre de mai- 
sons de chrétiens, la destruction et l'incendie de beaucoup d'é- 
glises et de reliques des saints, la confiscation de tant de biens 
d'église ; enfin le grand nombre d'hommes lues ou réduits en 
esclavage, les rapines, les adultères, le viol des vierges. Le duc 
avait, en outre, chassé de leurs sièges des évêques légitimes, pour 
les remplacer par des mercenaires. Ce qui était plus grave, il 
avait méprisé le vicaire de saint Pierre, à qui Dieu a donné la 
primauté sur le monde entier. Malgré son désir d'être en relation 
avec le pape, il n'avait pas voulu recevoir sa lettre, de peur 
qu'elle ne contint quelque reproche à son endroit. Les évêques 
l'exhortaient instamment à faire pénitence et à recevoir la lettre 
du pape qui était, pouvaient-ils assurer après l'avoir lue, con- 
çue en des termes entièrement impartiaux *. Pour comprendre 
ce qui précède, il faut savoir que. dans un conciliabule tenu à 
Redon en Bretagne, en 848, le duc Nominoë avait déposé les 
quatre évêques Sulsannus de Vannes, Salaco d'Aleth, Félix de 
Cornouailles et Libérât de Léon. Institués par le roi Charles le 
Chauve à qui ils étaient restés fidèles, Nominoë les accusait de 
simonie et les menaçait de mort, s'ils n'avouaient pas ce crime. 
Terrifiés, ils dirent quelque chose qui pouvait être interprété 
comme un aveu et se réfugièrent auprès de Charles le Chauve. 
Nominoë les remplaça par ses favoris, érigea deux autres évê- 
chés et éleva Dol à la dignité d'archevêché, pour affranchir son 
duché de la province ecclésiastique de Tours 2 . 

Deux autres documents, provenant de ce même concile de 
Paris tenu en 849, concernent les donations d'Hérimann, évêque 
de Nevers, à son église. Le moine Albéric rapporte encore que 
ce même concile de Paris décréta l'abolition des chorévêques 
en France 3 . Néanmoins on rencontre encore plus tard plusieurs 
chorévêques. 

Avant la découverte du Chronicon Fontanellense, on croyait 
[1551 généralement 4 Q ne QOtre concile s'était tenu à Tours, parce 

1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 923; Hardouin, op. cit., t. v, col. 19. 

2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 924, 942. Voir Appendices. (II. L.) 

:;. Lalande, Concilia Gallise, p. 330; Labbe, Concilia. t. vin, col. 58-61. 1928- 
1931 ; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 1!); Coleti, Concilia, t. ix, col. 1057 ; Mansi, 
Concilia, Supplem., t. i, p. 921; Conc. ampliss. coll., t. xiv. col. 923. (H. L.) 



4. Cf. Baronius, Annales, ad ann. 849, n. 14. 



164 LIVRE XXII 

que Lantran, archevêque de Tours, y avait tenu la première 
place. Mais cette chronique indique jusqu'à l'évidence que 
l'assemblée s'est tenue à Paris. Quant à la présidence de Lan- 
tran, on l'explique parce que le concile eut surtout à s'occuper 
des affaires de la Bretagne qui faisait partie de la province ecclé- 
siastique de Tours 1 . 

Von Norden conteste à bon droit 2 que ce concile de Paris ait 
approuvé formellement l'écrit de Prudence et par suite condamné 
l'opinion d'Hincmar. S'il en eût été ainsi, les adversaires 
d'Hincmar auraient certainement invoqué contre lui ce concile 
si important, ce qu'en réalité ils ne firent jamais. Dans l'écrit 
dont il est question ici, Prudence commence par protester qu'il 
aurait été heureux d'éclaircir de vive voix cette question avec 
les savants et saints personnages, Hincmar et Pardulus, mais 
il en a été empêché et a dû se résigner à le faire par écrit. Il 
leur demande de ne pas s'attaquer à la doctrine de saint Augus- 
tin, approuvée par tant de papes, et défendue par Fulgence, 
Prospcr, de. Alors il s'agissait [dus particulièrement de la pré- 
destination des élus ; maintenant au contraire, la question porte 
sur la prédestination des maudits. — Prudence expose en- 
suite, dans le c. ni, la doctrine de la double prédestination. 
« Comme, par suite de la désobéissance de nos premiers parents, 
toute la masse du genre humain se trouve condamnée, Dieu tout- 
puissant a fait tout à la fois acte de prescience et de prédesti- 
nation lorsque, par pure miséricorde, il a voulu détacher de 
cette massa perdita ceux qu'il fait arriver au moyen de la grâce 
et du sang du Christ, à la vie, à la magnificence et au royaume. 
Il a de même prévu et prédestiné tous ceux que la grâce et le 
sans: du Christ ne détacheraient pas de cette massa tniserabdis, 
et ils les a frappés d'une peine éternelle. Il ne les a pas prédes- 
tinés, i. e. prœordinavit, dans ce sens qu'ils seraient obligés de 
pécher, mais dans ce sens qu'ils seraient, à cause de leurs péchés, 
soumis à une peine éternelle. Il ne les a pas prédestinés à la 
culpa, mais bien à la pœna. » - De là. Prudence passe à la 
seconde question, connexe avec la première : Le sang du Christ 
a-t-il été versé en général pour tous les hommes, ou seulement 
pour les electi, les prsedestinati ? « Le Christ lui-même, dit-il, 

1. Maugin, loc. cil., t. n, p. 101 sq. Pagi, Crilica, ad ami. 849, 1, 

2. Op. cit., p. 69. 



446. CONCILE DE PARIS, AUTOMNE 849 165 

paraît indiquer que son sang n'a été versé que pour les élus, car 
nous lisons ces mots dans trois évangélistes : Ceci est mon sang, 
qui sera verse pour beaucoup. Saint Luc porte celle variante: qui 
sera versé pour vous. On voit donc par là que le sang du Christ n'a 
pas été versé pour tous ; on lit, il est vrai, dans I re à Timo- 
15b] thée, ii, 4 : qui vuli omnes homines salvos fi.eri; mais le mot 
omnes doit être pris ici non pas gêner aliter, mais specialiter. Il 
désigne non tous les hommes, mais, d'après saint Augustin, 
ceux dont Dieu veut qu'ils arrivent au bonheur éternel, ou encore 
des hommes pris dans toutes les nations; ou enfin la phrase signi- 
fie : Dieu fait que nous voudrions voir tous les hommes arri- 
ver au bonheur éternel. Celui qui interpréterait le mot omnes 
dans un sens tout à fait général, nierait la toute-puissance divine; 
car tous les hommes devraient devenir bienheureux, si Dieu le 
désirait réellement. Prudence cherche ensuite (c. iv,) à démon- 
trer, par des passages de la Bible, sa troisième proposition : Dieu 
ne veut pas que tous les hommes deviennent heureux, et ne donne 
pas sa grâce à tous ; ensuite (c. v à xn), il cite des passages des 
Pères pour appuyer la doctrine de la double prédestination. 
Enfin, dans le treizième et dernier chapitre, il réunit encore plu- 
sieurs passages des Pères sur la grâce et le libre arbitre pour 
montrer qu'à la suite du péché, la liberté humaine était devenue 
nulle pour le bien, mais que la grâce du Christ l'avait ressuscitée 
et relevée. — La dernière partie, que l'on a prétendue extraite de 
Gennade, mais qui est en réalité la conclusion de Prudence, 
décrit la marche de la justification : Il est vrai que. malgré la 
chute originelle, le libre arbitre est resté à l'homme pour faire son 
salut ; mais pour que ce libre arbitre parvienne effectivement à 
pratiquer le bien, il doil être d'abord excité par Dieu au moyen 
d'une inspiration divine et invité au salut. Initium ergo salutis nos- 
trse Deo miserante habemus; ut acquiescamus salutiferse inspirationi, 
nostrse potestatis est ; ut adipiscamur quod acquiescendo admoni- 
lioni cupimus, divini est muneris ; ut non labamur in adepto salutis 
munere, sollicitudinis nostrœ et cselestis pariter adjutorii ; ut laba- 
mur, potestatis nostrœ est et ignavise 1 . Ce beau passage prouve, 
incontestablement, que Prudence, pas plus que saint Augustin., 



1. P. L., t. c.xv. cpl. 971-1010. Maugin n'a inséré qu'une partie de cet écrit 
t. ii, p. 107. 



166 LIVRE XXII 

n'entendait ces expressions liberum arbitrium periit, etc., au sens 
destréformateurs protestants. 



447. Autres écrits de Loup et de Ratramn sur la même question 1 

Après le concile de Paris, en décembre 849, Loup de Ferrières 
séjourna à Bourges, à la cour de Charles le Chauve, et exposa 
à ce prince sa manière de voir sur la prédestination, le libre [157] 
arbitre et la rédemption par le sans; du Christ. Il appuya ses 
doctrines de passages tirés de la Bible et des Pères. Comme 
certains (Hincmar et ses amis) l'accusaient de ne pas penser à 
l'égard de Dieu pie et fideliter, il crut bon d'exposer brièvement 
son opinion sur ces trois points, dans une lettre au roi :« Dieu, 
dit-il, a créé Adam en état de justice, et avec lui il nous a nous- 
mêmes tous créés dans cet état. Mais Adam a, sans aucune 
contrainte, abandonné la rectitude naturelle et péché si gra- 
vement qu'il s'est précipité dans sa ruine, entraînant avec lui 
tous ses descendants. Notre culpabilité ne mérite donc que la 
punition, et Dieu, pour qui l'avenir est présent, a vu que toute 
la masse du genre humain serait corrompue en Adam par le 
péché. Néanmoins, il n'a pas voulu retirer au genre humain sa 
bienveillance, bene usurus etiam malis ; avant même la création 
du monde, il a choisi dans cette masse ceux qu'il voulait, par 
sa grâce, délivrer de la peine qu'ils avaient méritée. Quant aux 
autres, c'est-à-dire ceux auxquels il n'a pas accordé cette grâce. 
il les a abandonnés au juste jugement mérité parle péché. On 
peut donc dire de ceux qui ne sont pas atteints par la grâce de 
Dieu, que Dieu les endurcit, indurat eos ; ils sont appelés par 
saint Augustin prsedestinati ad pœnam, non dans ce sens qu'ils 
soient forcés de se perdre, mais dans ce sens que leur abandon par 
Dieu ne saurait être commué.» Loup dit au sujet du second point : 
« Le libre arbitre pour le bien a été perdu; l'homme avait le pou- 

1. Sur l'activité épistolaire et la chronologie du recueil de Loup de Fer- 
rières, cf. G. Desdevises du Dezert, Lettres de Serval Loup, abbé de Ferrières. 
Texte, notes et introduction, in-8, Paris, 1888 ; L. Levillain, Étude sur les lettres 
de Loup de Ferrières, dans la Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 1901, t. lxii, 
p. 445 sq. ; 1902, t. lxiii, p. 69 sq., 289 sq., 536 sq. (H. L.) 



447. AUTRES ECRITS DE LOUP ET DE RATRAMN 



167 



voir de le perdre, mais il n'avait pas celui de le recouvrer. Il se 
trouverait donc sans aucun libre arbitre pour le bien, si celui- 
ci n'avait pas été affranchi par la grâce divine (dU'ina gratia 
liberatum). Dieu seul a relevé cette volonté pour le bien. La grâce 
divine nous arrive d'abord, pour nous faire vouloir et commencer 
le bien, puis elle nous accompagne (subsequitur), afin que nous 
ne voulions pas en vain et que nous coopérions avec elle. Tou- 
tes les bonnes actions sont princip aliter l'œuvre de Dieu, elles 
ne sont la nôtre que consequenter, quia voluntate a nobis fiunt. » 
Loup a tort de ne pas mentionnner ici cette distinction si claire, 
savoir si le libre arbitre a été perdu simplement actu ou poten- 
tia. Mais l'expression liberatum montre que Loup est dans le vrai, 
c'est-à-dire que d'après lui le libre arbitre n'est pas anéanti, mais 
simplement prisonnier, il est devenu latent actu et il a besoin 
d'être délivré. Loup reconnaît aussi la nécessité de notre coopéra- 
tion. Enfin à cette troisième question : Si le sang du Christ a coulé 
pjro-|pour tous? l'abbé de Ferrières répond en ces termes: « Le 
Christ dit lui-même pro multis, et saint Jérôme explique ces 
mots : pro his qui credere voluerint. Par conséquent il entend 
dans ce pro multis les fidèles en général, aussi bien ceux qui 
restent fidèles à la grâce que ceux qui la perdent par le péché. 
Saint Augustin est du même sentiment; saint Jean Chrysostome 
croit au contraire, mais il est dans l'erreur, que le Christ est 
mort pro unis'erso mundo.Si quelqu'un montre au roi les œuvres 
de Fauste de Riez, qui professe une autre doctrine que saint 
Augustin, le roi pourra se souvenir que le pape Gélase et son 
concile ont condamné les écrits de cet homme 1 . 

Au début de cette lettre Loup parlant au passé de son séjour 
à Bourges, on en peut conclure que la lettre a été écrite en 850. 
Or, à cette date, l'abbé de Ferrières traitait ces mêmes questions 
dogmatiques avec beaucoup plus de détails dans son Liber de 
tribus qusestionibus 2 . Ne suivant plus l'ordre observé dans sa 

1. Loup, Epist., cxxviii, P. L., t. cxix, col. 601 sq. ; Maugin, loc. cit., t. i, 
part. 2, p. 37; t. n, p. 110. [Sur cette lettre, cf. L. Levillain, dans la Bibliothè- 
que de l'Ecole des chartes, 1902, t. lxiii, p. 553-556. (H. L.)] 

2. Loup, P. L., t. cxix, col. 619 sq. ; mieux dans Maugin, op. cit., t. i, 
part. 2, p. 9 sq. Seulement Maugin est dans le faux lorsqu'il attribue cet ou- 
vrage, non pas à Loup, abbé de Ferrières, mais à un prêtre qui vivait à cette 
même époque à Mayence ; il pense que Loup a simplement composé la lettre 
Ad Carolum regem et le Collectaneum dont nous parlerons 'plus tard, t. i, 



168 LIVRE XXII 

lettre au roi, Loup s'occupe d'abord du libre arbitre, et y cou- 
sacre la moitié de son mémoire. Il y revieul encore en traitant la 
question de la prédestination. La division entre les deux parties 
est si peu tranchée, que Maugin a pu faire commencer la seconde 
partie aux mots: Hsecautem gratiam, tandis qu'en réalité elle 
commence plus haut : llœc plane ut supra relatum est. Dans la 
première division, Loup expose longuement que, par suite du 
péché, le libre arbitre pour le bien a été perdu (de fait) ; avec- 
saint Augustin (dans le troisième ou le quatrième livre de l'o- 
peris imperfecti), maintenant perdu, il dit que le libre arbitre, né 
avec nous et que nous ne saurions perdre, consiste en ce que 
beati esse volunt etiam hi qui ea nolunt quse ad beatitudinem du- 
cunt. Loup répète ici : Le libre arbitre pour le bien doit être 
affranchi par la grâce de Dieu ; ici doue, comme dans la lettre 
au roi Charles, il comprend cette non-existence du libre arbitre 
après la chute originelle comme un emprisonnement, un état la- 
tent, mais non comme un anéantissement proprement dit. Il 
croit, à l'encontre du semi-pélagianisme, qu'aucun bien, si petit 
qu'il soit, ne procède de nous-mêmes, mais vient de Dieu, que [159] 
de lui proviennent les cogitaliones bonne, initium fidei et la 
perfectio fidei. Il croit également que la perseverantia est un don, 
une grâce de Dieu. Tout bien est donc principaliter un don 
de Dieu, mais consequenter c'est aussi une action de l'hom- 
me. Idemque opus et Dei est, qui operatur in nobis, et nostrum 
est, quia voluntate facimus quod prœceptum est nobis. Loup for- 
mule aussi cette proposition remarquable, pleinement conforme 
au c. 19 du concile d'Orange de 529 : « Adam a eu besoin 
(même avant sa chute) du secours divin pour avoir la volonté de 
faire le bien.)) - - En tête de la seconde partie, De prsedestinatione, . 
Loup pose ce principe : tandis que Ions les hommes avaient 
mérité la mort, la ^miséricorde de Dieu en sauve quelques- 
uns, pendant que les autres, occulto Dei judicio quamquam 
rectissimo, sonl abandonnés à la damnation méritée. Quant à 
la question de savoir pourquoi Dieu sauve les uns et non 
les autres, elle est supra hominem. Ensuite Loup explique 
l'expression : « Dieu endurcit » (dont nous avons parlé au 

part. 2, p. 10 ; t. n, p. 114. Le P. Sirmond a bien jugé cette question [P. L., 
t. exix, col. 619 not.) ainsi que l'auteur de V Histoire littéraire de la France, t. v, 
p. 262 sq. 



447. AUTRES ÉCRITS DE LOUP ET DE RATRAMN 169 

début du présent paragraphe), puis il interprète exactement 
tomme Prudence, le passage de l'apôtre saint Paul : qui 
vull omîtes homines salvos fieri : il rejette la doctrine d'une 
seule prédestination propter prsevisa mérita, enseigne la gemi- 
na prœdestinatio, en disant : (Deus) operatur in mentibus pio- 
rum, adjuvando al saluiaria velint et in eis proficiant ; ope- 
ratur ( !) in mentibus impiorum, deserendo, ne nisi noxia velint 
et in pejora labantur. 11 réfute ensuite l'opinion qui voit en 
Dieu l'auteur de la mauvaise volonté des perditi, puis il établit 
cette distinction fort juste : que Dieu prédestine ce qu'il fait 
lui-même ; mais quant aux péchés des hommes, il ne les prédestine 
pas, il les prévoit seulement, en sorte que la prœscientia est le 
plus souvent sine prsedestinatione. Du reste, le nombre des élus 
es1 fixé, on n'y peut ajouter ni en retrancher personne. Loup 
n'ignore pas que certains illustres évêques ont élevé des objec- 
tions contre la prœdestinatio ad mortem, sous prétexte que, si on 
l'admettait, on devait aussi admettre que Dieu avait condamné, 
de par son bon plaisir, une partie des hommes au châtiment, et 
parce qu'il serait injuste de condamner ceux qui n'avaient pas 
le pouvoir d'éviter la faute et par conséquent la punition. Il 
répond : « Tous ont péché volontairement en Adam, et Dieu 
[1G0] n'a pas forcé l'homme à tomber ; il l'a seulement laissé tomber ; 
il prévoyait la chute (prsescU'it) et, dès l'origine, il a déterminé 
et prédestiné la conséquence de cette chute. » C'est se faire 
grandement illusion, continue-t-il, de dire : « Si je suis prédes- 
tiné ad mortem., je veux du moins jouir de cette vie.» Dieu veuille, 
ajoute-t-il, que jamais un chrétien n'ait cette croyance insensée, 
qu'il appartient au nombre des maudits et qu'il ne peut se sépa- 
rer des méchants et devenir bienheureux! Ceux-là ne peuvent 
pas penser ainsi qui se souviennent d'avoir été rachetés par le 
précieux sang du Christ, et savent que la pénitence peut leur 
ouvrir l'entrée d'une éternité bienheureuse. David, Pierre et le 
bon larron sont des exemples de ces retours. Quand même 
quelqu'un saurait qu'il sera damné, il devrait cependant s'appli- 
quer aux bonnes œuvres pour diminuer son châtiment ( !). Ces 
illustres évêques (lamina) ne doivent pas rougir de changer de 
sentiment, car le déshonneur ne consiste pas à tomber dans l'erreur, 
mais à s'y obstiner. — La troisième partie, très courte, cherche à 
prouver que l'expression omnes dans I Timoth., tt. A, ne désigne 
pas seulement les Juifs, mais des personnes prises dans tous les 



170 LIVRE XXII 

peuples et qui seront sauvées par le sang de Jésus-Christ. Saint 
Jean Chrysostome seul a pris omnes au sens de toute l'humanité, 

Dans son troisième écrit, Collectaneum de tribus qusestionibus. 
Loup a réuni les passages des Pères sur lesquels il appuyait son 
sentiment 1 . 

Le savant moine Ratramn de Corbie avait reçu de Charles le 
Chauve une demande semblable à celle adressée à l'abbé Loup, 
et nous possédons encore les deux livres De prsedestinatione, datés 
de 850, par lesquels il exposait au roi sa manière de voir 2 . Les 
principaux passages du premier livre nous disent que : « de toute 
éternité Dieu prévoit et dispose toutes choses [dispensât et disponit), 
par conséquent même les pensées des hommes. Toutefois dans 
les bonnes pensées il est à la fois auctor et ordinator, tandis que 
pour les mauvaises il est simplement ordinator. Ces dernières 
ne sont pas de lui, mais elles servent sa volonté. Ayant tout prévu 
de toute éternité, il a aussi disposé toutes choses de toute éternité. 
Dans cette disposition éternelle, il n'a pas oublié la fin des élus 
et la fin des maudits, qu'il a réglée par un décret immuable. 
Cette dispositio sempiterni consilii est la prsedestinatio operum 
Dei, par laquelle il dispose les élus pour le règne de Dieu (ad 
regnum disponit) et les réprouvés au châtiment (reprobi ad psenas). » 
Vient ensuite une preuve tirée de saint Augustin 3 montrant [ltilj 
que Dieu dirige même les pensées mauvaises des hommes dans 
le sens où il veut et les fait encore servir à sa volonté. C'est ainsi 
que la trahison de Judas a servi à procurer la mort du Rédemp- 
teur. L'auteur donne quelques autres exemples tirés de la Bible 
prouvant que Dieu met à profit même les mauvaises pensées des 
hommes et agit dans leurs cœurs. Il dirige les hommes vers le 
bien et vers le mal ; mais cette direction vers le mal n'est 
autre chose que le résultat d'une malice existant déjà chez 
celui qui est ainsi dirigé (manifestatur operari Deum in cordibus 
hominum ad inclinandas eorum voluntates, quocumque voluerit, 
sive ad bona pro sua misericordia, sive ad mala pro meritis eorum, 
judicio utique suo aliquando aperto, aliquando occulto, semper ta- 
men justo). Il endurcit les cœurs, mais seulement après qu'on a 
mérité cet endurcissement. — Viennent alors des passages 

1. P. L., t. cxix, col. 647 sq. ; Maugin, op. cit., t. i, part. 2, p. 41 sq. 

2. P. L., t. cxxi, col. 14 sq. ; mieux dans Maugin, op. cit., t. i, part. 1. p. 29; 
t. ii, p. 133. 

3. De gratia et libero arbitrio, c xx, P. L., t. xlv, col. 905 8q. 



447. AUTRES ÉCRITS DE LOUP ET DE RATRAMN 171 

de saint Grégoire le Grand, de Prosper et de Salvien, qui traitent 
de cette disposition divine et font voir que Dieu utilise, pour réa- 
liser ses plans, même les mauvaises pensées et les mauvaises ac- 
tions des hommes, même le mal que fait Satan, car Dieu a tout 
déterminé par avance d'une manière immuable. Ainsi, saint 
Grégoire le Grand dit : « Les pieux obtiennent par la prière ce 
à quoi Dieu avait décidé par avance qu'ils parviendraient au 
moyen de la prière. » — Dans la deuxième division du premier 
livre, Ratramn parle de la double prédestination, et prouve, par 
dos passages de saint Augustin, que la foi et les œuvres sont de 
pures grâces de Dieu, qu'aucun prédestiné ne se perd, que tous 
avaient mérité la damnation, que ceux qui n'arrivent pas au bon- 
heur sont laissés dans la massa perdîtionis ; que les autres, au 
contraire, sont distraits de cette masse sans qu'ils aient mérité 
d'en être séparés. De plus, Dieu choisit certaines personnes 
ad tempus, Judas, par exemple, et ne leur accorde pas le 
donum perseverantise ; le nombre des prédestinés est fixé, 
on ignore pourquoi Dieu donne la grâce aux uns et ne 
la donne pas aux autres, pourquoi il laisse mourir les uns en 
état de grâce et non les autres ; enfin le Christ est le plus splen- 
dide modèle prsedestinationis sanctorum 1 . 

En tête du second livre, également adressé au roi Charles, 
Ratramn donne, d'après saint Augustin et Fulgence, la défini- 
tion de la prédestination : elle est futurorum operum Dei seterna 
prseparatio. Il prouve, par un grand nombre de passages des Pères, 
qu'il y a une double prédestination, l'une des élus, l'autre des 
réprouvés. Dieu prédestine les élus à leurs bonnes œuvres et à ht 
récompense qui en est le résultat ; les réprouvés, au contraire, 
sont, parce que Dieu a prévu qu'ils s'obstineraient dans le péché. 
[1<)2] prédestinés ad psenam, mais non ad peccatum, car ce n'est 
pas le peccatum. c'est la redditio psense qui provient de Dieu. 
Dieu ne prédestine qu'à ce qu'il fait lui-même, il ne saurait 
donc prédestiner au mal, mais simplement à la peine résultan I 
du mal. Lorsque saim Augustin se sert de l'expression: les mé- 
chants sont prédestinés ad interitum, il entend par intentas, non 
pas le peccatum. mais la peccati vindictam. Quelques personnes 
acceptent l'expression : « la peine est prédestinée aux méchants, » 
mais rejettent cette autre : « les méchants sont prédestinés îi 

1. Tiré de saint Augustin, De prœdestinalione sanctorum, c. xv. 



172 



LIVRE XXII 



la peine ; » en cela ils sont en contradiction avec ce passage de 
l'apôtre saint Paul: ç>asa irse aptata in interitum (Rom., ix, 22), 
et avec saint Fulgence. Vainement objectent-ils, la prsedesti- 
natio ad mortem porte atteinte à la liberté de l'homme et à la 
justice de Dieu : car a) la prescience divine ne force personne 
;'i pécher, mais Dieu sait de toute éternité les péchés que chacun 
commettra en toute liberté ; b) la prédestination n'oblige pas 
les hommes à se perdre, car nul n'est damné parce qu'il est 
prédestiné à la damnation, mais parce que Dieu a vu qu'il 
persévérerait librement dans le péché. — Un très beau passage 
de saint Isidore 1 {Différent., lib. II, dist. XXVII, xi, 2) donne à 
l'auteur l'occasion de revenir sur la doctrine de la double pré- 
destination, de même que sur la liberté et la grâce. Il insiste 
beaucoup sur les mots nullis prsevisis meritis, et reprend l'en- 
seignement déjà énoncé : Dieu retire certaines personnes de la 
massa perditionis pour montrer sa miséricorde tandis qu'il aban- 
donne les autres à un juste jugement ; celles-ci ne peuvent se 
plaindre, parce qu'il ne leur attribue que ce qu'elles ont mé- 
rité ; la prédestination est éternelle, immuable, et la raison 
pour laquelle les uns sont sauvés et les autres abandonnés à 
leur ruine, n'est autre que le propositum prsedestinantis Dei. — 
Jusqu'ici Ratramn avait développé ses sentiments plutôt d'une 
manière analytique et en s'appuyant sur des passages des 
Pères ; clans la dernière partie du deuxième livre il procède d'une 
manière plus synthétique et vise surtout les opinions de ses 
adversaires. Aussi s'applique-t-il à mettre en relief l'idée prin- 
cipale de Gotescalc dans sa profession de foi détaillée, que la 
prsedestinatio adpsenam est un acte bon parce qu'il provient de la 
justice divine en sorte que le principe d'une prsedestinatio in 
bonis n'est pas en opposition avec celui d'une double prédesti- [163] 
nation. L'auteur prouve ensuite que la prsedestinatio ad pgenam 
n'est pas une prsedestinatio ad peccatum, bien qu'on ne puisse 
dire : Dieu ne fixe la peine qu'après la faute de l'homme, 
parce qu'on introduirait ainsi en Dieu un principe de mutabilité. 

1. EtymoL, lib. II, dist. XXVII, c. n, n. 2. 



448. RHABAN POUR HINCMAR 173 



448. Rhaban prend parti pour Hincmar. 

Charles le Chauve fit remettre à Hincmar les écrits de Prudence 
et de Ratramn, peut-être aussi celui de Loup 1 ; aussitôt (avant 
Pâques de l'année 850), l'archevêque de Reims sollicita l'appui 
de Rhaban, archevêque de Mayence, dans les nouvelles contro- 
verses. La lettre d' Hincmar est perdue 2 ; mais nous possédons la 
réponse de Rhaban. Elle nous apprend que le messager d' Hinc- 
mar était arrivé chez Rhaban en mars 850, et lui avait remis, 
avec une lettre, l'opuscule d' Hincmar ad reclusos et simplices, et 
les scripta aliorum qui avaient pris parti pour Gotescalc, en par- 
ticulier ceux de Prudence de Troyes et de Ratramn de Corbie. 
Rhaban s'accorde avec Prudence, pour admettre que Dieu 
n'oblige personne à pécher ; mais lorsque l'évêque de Troyes 
dit :« De même que (sicut) Dieu conduit les élus à la vie éternelle, 
de même (ita) il force les pécheurs à se perdre, » l'archevêque 
déclare n'avoir pas trouvé cela ainsi exposé (mixtim positum) 
dans la sainte Écriture. Aussi, les traditions (les témoignages 
des Pères) invoquées par Prudence ne le tranquillisent pas. 
Rhaban attribue ici à Prudence une phrase qui n'existe pas tex- 
tuellement dans son écrit, mais qui se trouve à peu de chose 
près dans Gotescalc ; entre les deux prédestinations, l'assimila- 
tion étroite exprimée par les mots sicut et ita, est de Gotescalc, 
non de Prudence. — Rhaban regrette de ne pouvoir, à cause de 
l'âge et de la maladie, réfuter en détailles opinions de Prudence et 
opposer d'autres textes à ceux qu'il a réunis. Il a d'ailleurs ex- 
posé sa manière de voir et ses preuves, scripturaires et patristi- 
ques, dans ses livres à Noting et au comte Eberhard. Comme, 
selon la remarque d' Hincmar, Gotescalc a altéré ces livres, 
Rhaban en envoie une copie authentique. Il ne veut y ajouter que 
peu de chose. La sainte Ecriture ne parle d'une prédestination que 
pour le bien, il ne se souvient pas d'en avoir trouvé une pour le 
mal. Viennent alors des passages de la Bible établissant la prse- 
[164] destinatio ad vitam, et démontrant que Dieu n'est pas auctor mali. 

1. Hincmar, De prsedest., c. v, P. L., t. cxxv, col. 90. 

2. C'est la troisième lettre à Rhaban mentionnée par Flodoard, op. cit., 1. TFT, 

C. XXI. 



174 LIVRE XXII 

Le moine de Gorbie, poursuit Rhaban, avait eu tort de blâmer 
Hincmar de ce qu'il avait regardé ces paroles de Fulgence, prse- 
paravit Deus malos ad supplicia, comme identiques à prœpa- 
rari permisit, et l'expression de la Bible : Deum indurasse cor 
Pharaonis, comme signifiant indurari permisit. Hincmar avait 
pleinement raison, car Dieu n'endurcit pas lui-même le cœur de 
personne, il le laisse simplement s'endurcir, sauf à punir en- 
suite le coupable. Le véritable auteur de cet endurcissement 
est la malice de l'homme, ou la ruse de Satan. Obdurare est ici 
synonyme de relinquere. Du reste l'homme n'a pas à scruter les 
jugements et les secrets de Dieu, il doit les vénérer et croire fer- 
mement que Dieu, qui veut le salut de tous les hommes, n'a- 
bandonne aucun de ceux qui espèrent en lui. Rhaban s'était 
contenté de signaler ces courts passages de la sainte Ecriture 
et des Pères, auxquels Hincmar pouvait en ajouter lui-même 
beaucoup d'autres, car il était personnellement très savant et 
jouissait d'une bonne santé. Il l'exhortait instamment, à ne plus 
souffrir entre les chrétiens de pareilles et honteuses discussions, 
et à ne plus laisser Gotescalc nuire par ses écrits et ses dis- 
cours. Il était surpris qu' Hincmar, ordinairement si prudent, eût 
autorisé ce dangereux Gotescalc à répandre des écrits, dont le 
venin avait infecté tant de personnes en divers lieux. C'était 
agir contre les conseils de saint Paul {Tit. m, 10). On ne devait 
permettre à Gotescalc aucune discussion, mais on devait prier 
pour lui, afin que Dieu lui accordât un cœur guérissable. Rhaban 
ne pouvait approuver qu'on lui eût permis de recevoir la commu- 
nion, même avant sa conversion 1 . Il partageait pleinement les 
sentiments d' Hincmar, dans son écrit ad reclusos, mais il regar- 
dait comme superflu d'écrire contre Gotescalc, chez qui il n'y 
axait que de l'orgueil. Ce qui trahissait cet orgueil, c'est qu'il 
avail <i dressé cette grande profession de foi à Dieu et non aux 
hommes, comme s'il estimait indigne de lui de leur adresser la 
parole. Enfin Rhaban blâme la demande formulée par Gotescalc 
de soumettre la question au jugement de Dieu ; il souhaite 
qu'Hincmar soit satisfait de ce traité écrit licetrustico stylo, tamen 
devoto animo 2 . 



1. Voir Von Norden, Hinkmar, p. 73. 

2. Rhaban, P. L., t. cxn, col. 1518. Cf. Maugin, op. cit., t. n, p. 100, 109, 
112; Knnstmann, Rhaban Maur, p. 138 sq. 



449. SCOTT ÉRIGÈNE CONTRE GOTESCALC 175 



K35] 449. Jean Scot Érigène se prononce contre Gotescalc, 

et Prudence contre Scot Érigène. 

Nous apprenons, par la lettre de Pardulus à l'Église de Lyon, 
et par la réponse de Rémi, archevêque de Lyon, qu'Hincmar et 
Pardulus ayant demandé conseil à divers savants, en avaient 
reçu six réponses K Rémi trouve inconvenant qu'on ait consulté 
un fantasque tel qu'Amalaire, un théologien ignorant tel que 
Scot, et qu'on l'ait forcé à donner réponse. Aucun écrit d'A- 
malaire sur la prédestination n'est arrivé jusqu'à nous ; mais 
nous avons de Scot Erigène un livre assez considérable De prsedes- 
tinatione, daté de 851 2 . Dans la discussion, Scot se place plus 
sur le terrain de la philosophie que sur celui de la théologie. Il ne 
cite pas, comme les autres savants, des passages de la Bible et 
des Pères ; il argumente en pur dialecticien; partant des con- 
cepts de Dieu, de la liberté, du péché, etc., il côtoie à la fois 
et le rationalisme et le panthéisme. Dès le début il nomme 
diabolique la secte qu'il combat et accuse Gotescalc tantôt de 
pélagianisme, tantôt des erreurs opposées : « La prédestination, 
dit-il, est identique à la sagesse de Dieu et à Dieu même. Aussi 
est-elle unique, car rien ne saurait être double en Dieu. Cette pré- 
destination une est celle des justes. Elle est identique à la pres- 
cience, et l'ignorance delà langue grecque a seule laissé s'introduire 
cette distinction entre la prescience et la prédestination. Le grec 
opao) et xpoopàw signifie tout à la fois prseA'ideo, prœdefinio, prsedes- 
tino, et la version latine aurait pu, dans l'épître aux Romains, 
i, 4, et dans celle aux Ephésiens, v, 11, traduire ces mots grecs 
aussi bien par prsevidere que par prsedestinare. 11 ne saurai! y 
avoir une praedestinatio ad psenam, car il n'y a en réalité une ce que 
Dieu fait. Aussi le péché n'a-t-il pas d'existence réelle, il est une 
pure négation; de même la peine du péché n'existe pas réellement, 
c'est simplement le déplaisir du pécheur qui n'a pu attein- 
[166] dre son but mauvais. Il est vrai que les pécheurs sont appelés 



1. Op. cit., P. L., t. cxxi, col. 1052, 1054; Maugin, op. cit., t. n, p. 230. 

2. Il a été édité pour la première fois par Maugin, op. cit., t. i, part. 1, p. 103 
sq.; et de nos jours, par Floss dans P. L., t. cxxn, col. 355 sq. 



176 LIVRE XXII 

prsedestinati par plusieurs Pères, qui ne prenaient pas alors ce 
mot au sens strict; ils font comme le Christ, disant à Judas, amice 
au lieu de inimice. Ils appellent les pécheurs prédestinés au lieu 
de non-prédestinés, tout comme on dit lucus a non lucendo, 
et Parcss, quod nulli parcant 1 . » 

Hincmar se repentit certainement d'avoir introduit dans le 
débat un homme tel que Scot Erigène qui devait lui être plus 
nuisible qu'utile, et permit au parti adverse d'écrire des réfu- 
tations très fortes. Wenilo, archevêque de Sens, envoya à son 
savant sufïragant, Prudence de Troyes, pour qu'il les réfutât, dix- 
neuf capitula tirés des œuvres de Scot, qui lui semblaient erronés. 
Prudence publia donc (été de 852) son grand ouvrage De prœdesti- 
natione contra Joannem Scotum, etc., avec une préface adressée 
à Wenilo 2 . Il ne se bornait pas à la réfutation des dix-neuf capitula, 
mais passait au crible tout l'écrit d'Erigène, et opposait 
ses correctiones à près de cent propositions émises par son 
adversaire. Quoique lié personnellement avec Scot (c. i), Pru- 
dence s'exprime très énergiquement contre lui et l'accuse d'avoir 
renouvelé les anciennes hérésies des pclagiens, d'Origène et des 
collyriens. Il appelle même Scot Erigène un nouveau Julien d'Ecla- 
ne dont il a l'esprit (Prœf.). Personnellement, Prudence rejetait le 
pélagianisme autant que Scot; mais quand ce dernier parlait d'une 
erreur opposée au pélagianisme, il se faisait illusion, car saint Au- 
gustin et les autres n'avaient connu rien de semblable. Scot désignait 
les opinions de Gotescalc comme un mélange des erreurs péla- 
giennes et des erreurs opposées au pélagianisme ; Prudence ne 
voulait pas affirmer que cette manière de voir fût réellement 
celle de Gotescalc; mais il était évident que sous le nom de 
Gotescalc, Scot attaquait tous les docteurs catholiques, et ce 
qu'il appelait la troisième hérésie, résultant d'une sorte de 
compromis, n'était en réalité que la doctrine de saint Augustin 
(c. i et iv). En terminant, Prudence expose en soixante-dix-sept 
numéros les principales erreurs de Scot et les réfute rapidement. 

1. Voyez la Disserlatio, p. 26 sq., en tête de l'édition de Floss. 

2. Dans Maugin, op. cit., t. i, part. 1, p. 194-574. Voyez t. n, p. 146 sq., ctPm- 
denlii Opéra, P. L., t. cxv, col. 1109-1366. 



450. FLORUS ET A.MOLO 1/7 



450. Florus et Amolo. 

Vers cette même époque, Florus de Lyon, dont nous avons 
déjà parlé, composa à la demande de plusieurs amis, un court 
traité sur la prédestination, qui, plus peut-être qu'aucun autre écrit 
de cette époque, marque exactement la différence entre la doc- 
trine orthodoxe et celle de Gotescalc sur la double prédestina- 
tion, en admettant comme acquis, que Florus a expliqué 
exactement les paroles de Gotescalc. Florus se prononce dans 
le même sens que Prudence, sur la prsedestinatio gemma. Les 
élus, dit-il, sont prédestinés par Dieu, aux bonnes œuvres el à 
la béatitude ; les pécheurs ne sont pas prédestinés au péché, 
mais à la peine due à leurs fautes. Gotescalc s'écarte de 
cette doctrine orthodoxe, lorsqu'il écrit : quod hi qui pereunt, 
prsedestinali sunt ad perditionem, et ideo aliter evenire non potest ; 
similiter quoque et de ju.stis (dicit), tanquain et ipsi ideo sah'entur, 
quia privdestinati ad salutem aliud esse non potuerunt. Celui qui 
parle ainsi, dit Florus. l'ait disparaître le meritum damnationis 
et rend cette condamnation injuste, tandis qu'en réalité les réprou- 
vés ne se perdent pas parce qu'ils sont prédestinés à se perdre, 
mais ils sont prédestinés à la punition de leurs fautes ; il serait 
effrayant de penser qu'ils sont condamnés à être mauvais, et 
parler ainsi serait faire retomber sur Dieu la culpabilité de leurs 
fautes. Les mauvais se perdent non ideo, quia boni esse non potue- 
runt, mais quia boni esse noluerunt. Chez les bons existe une double 
prédestination de Dieu, c'est-à-dire que Dieu les prédestine au 
bien pour la vie présente et à la béatitude pour la vie future ; 
néanmoins on ne doit pas dire (comme Gotescalc) : justi aliud 
esse non potuerunt, car les bons, comme les mauvais, jouissent de 
leur libre arbitre, et voluntas propria remuneratur, voluntas pro- 
pria damnatur. Florus expose d'une façon remarquable com- 
ment, par suite de la faute originelle, le libre arbitre s'est trouvé 
vitiatum. corruptum, infinmatum pour le bien, en sorte que, sans la 
grâce, il est impossible que de lui-même ad exercitium virtutis 
nullo modo assurgat et convalescat 1 . 

1. Flori Serrno de prsedest., P. L., t. cxix, col. 95 sq. ; dans Mangin, op. cit. 
t. i, part. 1, p. 21. Hincmar eut entre les mains deux exemplaires de ceSermo. 

CONCILES — IV — 12 



178 



LIVRE XXII 



Il est évident qu'ainsi exposée par Florus, la doctrine de Gotes- [168] 
cale est hérétique. Aussi Maugin 1 , son apologiste, a-t-il cru néces- 
saire de faire remarquer que Florus ne connaissait alors cette 
doctrine que par ouï-dire, et donne à sa place les faux bruits 
répandus par des adversaires. Il est vrai que dans un écrit composé 
plus tard contre Erigène, Florus se plaint de ne pas avoir des 
données précises et détaillées sur la doctrine de Gotescalc. 

De même que Florus, Amolo, archevêque de Lyon, se prononça 
contre Gotescalc, qui lui avait écrit, et même envoyé un messa- 
ger pour lui exposer sa doctrine. De la réponse d'Amolo il résulte 
jusqu'à l'évidence que la doctrine de Gotescalc est erronée; ce qui 
porte Maugin 2 à imaginer une nouvelle hypothèse. Selon lui Hinc- 
mar aurait agi par ruse en cette circonstance et écrit lui-même 
à Amolo sous le nom de Gotescalc, dont il défigurait la doctrine. 
Maugin appuie son sentiment de deux raisons : a) Gotescalc 
ne pouvait correspondre avec personne sans la permission d'Hinc- 
mar ; b) Amolo attribue à Gotescalc des idées en désaccord 
avec ce que nous savons de la doctrine de ce dernier. On a 
déjà vu l'archevêque de Mayence, Rhaban, blâmer Hincmar 
d'avoir accordé à Gotescalc, dont les doctrines étaient si perni- 
cieuses, l'autorisation d'écrire à certaines personnes, de discuter 
avec d'autres et de recevoir des visites. Il était donc facile à Gotes- 
calc de faire parvenir une lettre à Amolo à l'insu d' Hincmar, 
d'autant que des évêques, tels que Prudence, s'intéressaient 
à lui. En réalité, un évêque se fît, pour cette lettre, l'intermé- 
diaire entre Gotescalc et Amolo, car ce dernier écrit : quœ 
mihi misisli per quemdam fratrem, nostrum. Loin d'avoir aucune 
raison pour empêcher cette lettre d'arriver à son adresse, Hinc- 
mar devait désirer qu'elle arrivât, rien ne pouvant mieux lui 
agréer que de voir son collègue Amolo, absent lors de la cou- 
damnation de Cxotescalc à Quierzy, se prononcer contre l'héré- 
tique dans un document authentique. Quant à la seconde rai- 



lesquels ne concordent pas tout à fait entre eux. L'exemplaire qu'il reçut d'Héri- 
bold, évêque d'Auxerre, était, d'après Hincmar, plus correct en certains endroits, 
c'est-à-dire se rapprochait davantage de sa maxime favorite : « La peine est pré- 
destinée aux pécheurs. » Hincmar regarda celte leçon comme la plus ancienne ; 
dans son ouvrage De prsedest., p. 57, P. L., !.. cxxv, il donne du reste l'autre texte, 
qu'il avait reçu plus tard d'Ebbon, évêque de Grenoble. 

1. Maugin, op. cit., t. n, p. 160. 

2. Jd., t. ii, p. 171. 



450. FLORUS ET AMOLO 179 

169] son avancée par Maugin, elle ne vaudrail qu'à la condition de re- 
garder comme ayant été dans l'erreur tous les contemporains de 
Gotescalc, qui ont donné les doctrines comme prédestinatiennes 
et de supposer Gotescalc aussi irréprochable que Maugin veut bien 
le dire. Bien moins encore peut-on admettre, ;i\ec Maugin, que 
Gotescalc n'a pu aucunement accuser Rhaban de semi-pélagia- 
nisme, dans sa lettre à Amolo, ni envoyer un mémoire aux évo- 
ques qui l'avaient condamné. Sans doute Gotescalc avait dû, sur 
l'ordre du concile, brûler une apologie de cette doctrine ; mais cette 
apologie n'était pas le mémoire dont parle Amolo; celui-ci a dû 
être composé beaucoup plus tard. 

La lettre d' Amolo à Gotescalc a été d'abord éditée par le 
P. Sirmond et ensuite par Maugin 1 ; comme on le voit par le con- 
texte, elle n'a pas été envoyée directement à Gotescalc, mais d'abord 
à Hincmar, dans l'espoir que l'archevêque de Reims ne s'irrite- 
rait pas contre le malheureux moine parce qu' Amolo s'intéressait 
à lui. En efîet, Amolo adresse les plus paternelles et les plus 
pressantes exhortations à Gotescalc, qu'il appelle son frère 
bien-aimé et égaré, et le supplie d'abandonner ses erreurs. 
L'archevêque de Lyon dit connaître la doctrine de Gotescalc, 
non seulement par ouï-dire, mais aussi par le serrno prolixior, 
et par le dernier écrit de Gotescalc ad episcopos ; il extrait 
de ces documents les six propositions suivantes, qu'il rejette 
plus particulièrement : 1) neminem perire posse Christi sanguine 
redemptum ; 2 ) baptismum et alla sacramenta frustatorie eis 
dari, qui post eorum perceptionem pereunt ; 3) qui ex numéro 
fidelium pereunt, Christo et Ecclesiœ nunquam fuerunt incorpo- 
rati (proposition renouvelée plus tard par Jean Huss) ; 4) 
reprobi sunt divinitus ad interitum prsedestinati, ut eorum nul- 
lus potueril aut possit esse salvus ; 5) reprobi, quia prsefinitam 
damnationem evadere non possunt, saltem Deo supplicent, ut sta- 
tutam eis psenam mitiget ; (i) Deus et sancti gavisuri sunt in 
perditione eorum, qui ad damnationem prsedestinati sunt 2 . Amolo 
fit suivre chacune de ces six propositions d'une réfutation ; 
celle qui suit le n. 4 est de beaucoup la plus remarquable, et 



1. ht., t. n, p. 195. 

2. Sur ees six propositions et pour savoir si elles expriment la doctrine de <i<> 
tescalc, et en quel sens on peut défendre l'une ou l'autre, voyez Maugin, op. cil. 
t. ii, p. 175 sq. 



180 LIVRE XXII 

explique d'une manière très satisfaisante l'expression prœdes- 
tinatio ad mortem. Au n. 5, s'inspirant de saint Augustin, le 
fidelissimus doctor, il dit que, dans ce passage de l'Evangile 
(Joan., xn, 39) : « Les juifs ne pouvaient pas croire, » il fallait [170] 
interpréter le non poterant par nolebant : au n. 6, il dit que les 
saints ont compassion du malheur des damnés, mais que dans ce 
châtiment, ils reconnaissent, honorent, et. vénèrent la justice de 
Dieu. Comme septième point de mécontentement contre Gotes- 
calc, Amolo lui reproche sa conduite : il insulte ses adversaires, 
les traite de rhabaniens, s'obstine dans sou excommunication, 
persiste dans son orgueil et se tient pour infaillible. En terminant, 
Amolo en appelle au second concile d'Orange, tenu en 529, et 
donne à Gotescalc comme règles de foi deux propositions ex- 
traites de l'épilogue de ce concile : Hoc etiam secundum, etc., et 
Aliquos vero. 

Nous possédons encore un court et remarquable écrit d'Amolo 
sur la prédestination et le libre arbitre {depravatum arbitrium) ; 
c'est probablement un fragment de la lettre à Hincmar qui 
accompagnait le traité dont nous venons de parler x . 

Ces condamnations de la doctrine de Gotescalc par Amolo 
et Florus déterminèrent Hincmar et Pardulus à faire plus que 
jamais cause commune avec l'Église de Lyon, dans la question 
en litige. C'est pourquoi, vers la fin de l'année 852 ou au 
commencement de l'année suivante, ils adressèrent deux lettres 
aux Lyonnais, avec une copie de la lettre de Rhaban à Noting. 
Mais avant même que ces documents n'arrivassent à leur destina- 
tion, le malheureux livre de Scot Erigène avait provoqué une 
réfutation de Florus à la demande de l'Eglise de Lyon (852) 2 . 
Elle commence ainsi : Venerunt ad nos cujusdam vaniloqui et 
garruli hominis scripta. Par où l'on voit que Florus n'avait pas 
sous les yeux tout l'écrit de Scot, mais seulement les dix-neuf 
capitula extraits par l'archevêque Wenilo. Ils sont réfutés en 
détail et par ordre. Comme dans le Sermo de prasdestinatione, 
Florus se prononce ici pour une double prédestination, dans le 
sens indiqué, et réfuie les objections pélagiennes de Scot Erigène, 
à peu près de la même manière que Prudence. Comme celui-ci, 
il nie l'existence d'une secte particulière qui ferait tout dépen- 

1. Maugin, op. cit., t. n, p. 211 sq. 

2. P. L., t. exix, col. 101 sq.; Maugin, op. cit., I. î, part. 1, p. 595 sq. 



451. REMI DE LYON 181 

dre de la grâce (sans tenir compte de la liberté), et ne douté pas 
que Scot a inventé celte secte afin de pouvoir combattre par 
ee subterfuge la doctrine de saint Augustin. 11 déplore que 
[171] des hommes d'Église considérables (Hincmar) favorisent Scot 
Erigène. Il dit, enfin, qu'après la sévère condamnation portée con- 
tre Gotescalc. on aurait dû envoyer aux Églises un exposé 
de ses erreurs, afin que l'on connût positivement l'enseignement 
de ce malheureux moine, et qu'on réfutât d'une commune entente 
ses fausses doctrines (c. iv). 



451. Rémi de Lyon. 

Ces derniers mots de l'écrit de Florus prouvent que les trois 
lettres d' Hincmar et de Pardulus aux Lyonnais n'étaient pas 
encore arrivées, pas plus qu'en les écrivant, Hincmar et Pardulus 
ne connaissaient le mémoire de Florus. Amolo, archevêque de 
Lyon, étant mort sur ces entrefaites, son successeur Rémi com- 
posa, au nom de l'Église de Lyon, une réponse détaillée à Hincmar 
et à Pardulus 1 , intitulée Liber de tribus epistolis. Après une 
courte introduction, Rémi discute la lettre d' Hincmar dont il 
cite plusieurs fragments. Le premier blâme Gotescalc d'avoir' 
prêché aux païens la doctrine si difficile de la prédestination, 
au lieu de leur prêcher la pénitence, et contient mot à mot 
cinq propositions de Gotescalc. Rémi répond que l'accusation 
au sujet des païens est inadmissible ; quant à la doctrine sur 
la prédestination, il faut se conformer aux règles suivantes : 
1) La prescience divine, ainsi que la prédestination, est, néces- 
sairement, éternelle et immuable. 2) Tout ce que Dieu fait est 
prévu et préordonne d'une manière immuable par un décret de 
toute éternité ; décret qui comprend le bonheur des élus et la 
punition des réprouvés. 3) Il n'existe pas de diilerence entre 
la prescience et la prédestination de ce que Dieu fait lui-même ; 
mais toute chose que Dieu a prévu vouloir faire se trouve par le 
fait prédestinée. C'est pour cela qu'il a préordonné les reprobi 
ad mortem, de même qu'il a préordonné les electi ad vitam. 4) A 



1. P. L., t. cxxi, col. 985-1068; dans Maugin, op. cit., t. i, part. 2, p. 67-118; 
cf. t. ii, p. 223, 229, 234, 258. 



182 LIVRE XXII 

l'égard de ce que font les créatures raisonnables, la prescience et 
la prédestination divines sont identiques. Les actions de chaque 
créature sont en partie bonnes et en partie mauvaises ; les bonnes 
sont l'œuvre (opéra) aussi bien de la créature que de Dieu, qui 
donne aux créatures le vouloir et la force de réaliser ce qu'elles 
veulent ; comme œuvre de Dieu, ces bonnes actions sont donc [172] 
prévues et prédestinées de Dieu. Les actions mauvaises, au con- 
traire, ne sont l'œuvre (opéra) que des créatures ; aussi sont-elles 
prévues, mais non prédestinées par Dieu. 5) Dieu sait qui s'obsti- 
nera dans l'injustice et il l'a, avec une équité parfaite, prédestiné 
à la ruine. Mais la prescience et la prédestination ne le for- 
cent pas à être mauvais, de telle façon qu'il ne puisse pas ne 
pas l'être. Au contraire, Dieu l'invite à la pénitence et au sa- 
lut. 6) Lorsque la sainte Ecriture emploie tantôt le mot prœscire, 
tantôt le mot prsedestinare, on ne doit pas s'en tenir uniquement 
à ces mots d'une façon puérile, mais on doit examiner le con- 
texte et voir s'il enseigne ou n'enseigne pas la prédestination. 
C'est ce qu'a fait saint Augustin. 7) Aucun des élus ne se perd 
et aucun des réprouvés ne se sauve, non parce que les hommes ne 
peuvent s'amender, mais parce qu'ils ne le veulent pas. Dieu, 
prévoyant leur obstination volontaire dans le mal, les a prédesti- 
nés ad mortem. Mais il existe une autre catégorie très nombreuse 
de reprobi, celle des enfants morts sans baptême et condamnés 
en vertu du péché originel. Disons simplement que Dieu est juste, 
même dans la ruine de ces enfants. Mais, dira-t-on, la prédestina- 
tion ne rend-elle pas la prière inutile ? Grégoire le Grand répond : 
« Nul ne peut obtenir ce à quoi il n'est pas prédestiné, mais la 
pnedestinatio ad vitam est disposée par Dieu de telle manière 
que les electi l'obtiennent ex labore, et qu'ils doivent obtenir par 
la prière ce que Dieu a, de toute éternité, décidé de leur donner. » 
Rémi donne ensuite, à l'appui de la doctrine sur la prédestination 
exprimée dans ces sept règles, toute une série de passages des 
Pères ; il conclut que les deux premières propositions incrimi- 
nées de Gotescalc, contenaient l'expression de la vérité. Les 
voici : 1) quia ante omnia secula et antequam quidquam faceret a 
principio Deus, quos voluit prsedestinavit ad regnum, et quos voluit 
prsedestinavit ad interitum ; 2) qui prsedestinati sunt ad interitum, 
salvari non possunt ; et qui prsedestinati sunt ad regnum, perire 
non possunt. Quoique, dit Rémi, la levitas, temeritas et importuna 
loquacitas de ce miserabilis monachus méritenl le blâme, on ne 



451. REMI DE LYON 183 

doit cependant pas méconnaître la vérité divine (c. i-x). Le troi- 
sième principe de Gotescalc : et Deus non vult omnes homines 
sah'os fieri. sed eos tantum qui salvantur, peut aussi s'entendre 
dans un sens orthodoxe, car déjà les Pères avaient donné diverses 
173] interprétations du passage de saint Paul [I Timoth., n, 4), pour le 
faire concorder avec ce fait, que tous les hommes n'arrivent 
pas à faire leur salut (c. xi-xiii). Le quatrième principe de Gotes- 
calc ne fait que développer sa troisième proposition; il dit : Chris- 
tus non venit ut omnes salvaret, nec passus est pro omnibus, 
nisi solummodo pro his qui passionis ejus salvantur mysterio. 
Rémi fait voir dans quel sens la sainte Ecriture dit que le Christ 
est mort pour tous, et remarque qu'on ne peut cependant pas 
nier que le Christ n'ait pas versé son sang précieux pour les milliers 
de personnes qui sont mortes et se sont perdues avant son arrivée 
sur la terre, et que ce sang n'a pu contribuer à racheter. Le Christ 
n'est venu et n'a été crucifié que pour les fidèles, et on peut même 
dire que parmi les fidèles il n'est mort que pour ceux qui ont persé- 
véré jusqu'à la fin. S'il était mort pour tous les hommes, il serait 
mort même pour l'Antéchrist ! Par conséquent, la phrase de 
Gotescalc est, dans ce sens, admissible, et elle a beaucoup de 
docteurs en sa faveur (c. xiv-xx). Il en est autrement de la 
cinquième proposition, portant qu'après la chute originelle l'hom- 
me ne peut se servir du libre arbitre que pour le mal et non pour 
le bien [et postquam primus homo libero arbitrio cecidit, nemo nos- 
trum ad bene agendum, sed tantum ad maie agendum libero potest 
uti arbitrio). Rémi ne peut croire qu'un chrétien professe une 
pareille doctrine, et que le bien que nous faisons doive être uni- 
quement attribué à la grâce sans la coopération de l'homme. 
Jamais personne n'avait émis pareille opinion (il n'eût plus parlé 
ainsi au xvi e siècle). Mais peut-être Gotescalc voulait-il simple- 
ment dire que, sans la grâce divine, nul ne pouvait utiliser son 
libre arbitre pour le bien, et, dans ce sens, la proposition était catho- 
lique (c. xxi-xxm). 

Le second fragment de la lettre d'Hincmar raconte les préli- 
minaires du concile de Quierzy ; Rémi n'approuve aucunement 
que Gotescalc, condamné d'abord par les abbés à être fouetté, 
ait été ensuite condamné par les évêques pour hérésie, tandis 
que l'autorité supérieure (c'est-à-dire celle des évêques) devait seule 
émettre le jugement. Il parle de la dureté inhumaine avec laquelle 
on s'est conduit envers Gotescalc, et répète que les principes 



184 LIVRE XXII 

de ce dernier, condamnés à Quierzy, étaienl en partie orthodoxes, 
du moins qu'ils étaient d'accord avec la doctrine de quelques 
Pères (c. xxiv-xxv). 

Le troisième fragment et les suivants contiennent les réponses 
d'Hincmar aux propositions de Gotescalc ; Rémi soumet ces 
réponses à une analyse minutieuse, a) Dieu, dit Hincmar, veut 
que tous arrivent au bonheur éternel, ce qui ne fait que répéter [174] 
la sainte Ecriture. Mais on pourrait, avec saint Augustin, inter- 
préter ce passage de l'Ecriture sainte (/ Timoth., n, 4) dans un 
autre sens, c'est-à-dire que tous ceux dont Dieu veut le salut, 
arrivent à le faire {y ère vult salvos fieri). Lorsque Hincmar dit que 
le sang du Christ a été versé pour tous, sa proposition est inac- 
ceptable, car dans la plupart des passages de la Bible, on lit pro 
multis, et le mot omnes qui se trouve dans la première à Ti- 
mothée (n, 6) est synonyme de multi. b) Dans les c. xxvm etxxix, 
Rémi discute l'opinion d'Hincmar sur une seule prédestination, 
celle ad vitam, et il expose en abrégé, mais exactement, la doctrine 
de la gemina prsedestinatio. c) Hincmar admettait que la psena 
était prédestinée à ceux qui s'obstinaient dans le péché, mais 
Rémi prouve l'inanité de ses répugnances contre la proposi- 
tion correspondante : « les pécheurs sont prédestinés ad pse- 
nam » (c. xxx). d) Dans les c. xxxi-xxxiii, Rémi explique divers 
passages de la Bible, allégués par Hincmar ou par Gotescalc, et 
il se prononce de nouveau pour ce dernier avec cette restriction 
que plusieurs textes cités par lui en faveur de la prédestination ne 
se rapportent pas à la prsedestinatio futurorum, mais au prsesens 
Dei judicium, par exemple le passage si connu, induravit Do minus 
cor Pharaonis : Dieu l'avait endurci pour le punir, e) Dans les 
c/xxxiv-xxxvi, Rémi rejette avec beaucoup de vivacité l'assertion 
d'Hincmar devant laquelle saint Augustin aurait rétracté dans 
Y Hypomnesticon, le principe si souvent formulé dans ses écrits 
antérieurs : Reprobi pysedestinati sunt ad interitum, pour le rem- 
placer par cet autre : Psense Us prédestinât se sunt. Rémi prouve 
quel' Hypomnesticon est apocryphe, et accuse Hincmar d'une absur- 
ditas et impia prsesumptio. /) Enfin dans les c. xxxvn et xxxvin, 
Rémi attaque deux opinions d'Hincmar: que le libre arbitre a 
été simplement vicié par le péché, et que tout le bien que nous 
faisons, et Dei est et nostrum. Rémi pou va il répondre avec raison 
que le libre arbitre avait été non seulement lésé, mais était devenu 
comme latent. Malheureusement, au lieu de se servir de cette 



451. REMI DE LYON 185 

expression, à V état latent, il emploie le mot mortuum, qu'il corrige, 
il est vrai, aussitôt après par cette explication : Mortua est anima 
per peccatum, non amittendo naturam suant, sed amittendo veram 
vitam suam. Sur l'autre principe, il reproche à Hincmar de vouloir, 
sa us raison aucune, partager le bien entre Dieu et l'homme. e1 
il il à ce sujet : « Tout le bien que nous faisons est totum JJei 
donando, et devient totum nostrum accipiendo. » 11 me semble 
cependant qu'il n'y a ici aucune différence essentielle entre la 
pensée d' Hincmar et celle de Rémi. 
[175] ^ partir du c. xxxix, Rémi s'occupe de la lettre de Pardulus qui 
disait : « Après que cinq personnages (parmi lesquels Amalaire) 
nous eurent fait connaître dans leurs lettres leurs diverses opi- 
nions sur la prédestination, nous avons pressé Scot de nous 
écrire à ce sujet. » Pardulus avait en même temps cherché à 
défendre l'authenticité de V Hypomnesticon et de l'écrit apocry 
phe de saint Jérôme, De induratione cordis Pharaonis. Rémi 
lui répond : On eût évité toute cette dispute, si on s'en était tenu 
aux sentiments des Pères, et si on n'avait pas préparé un livre 
apocryphe, V Hypomnesticon, à tous les écrits aiithentiques de 
saint Augustin. Le livre De induratione n'est pas non plus 
de saint Jérôme. Pour indiquer le vrai sentiment de ce Père, Rémi 
s'abuse gravement en donnant comme de saint Jérôme, un passa- 
ge de Pelage, dans sa professio de foi si connue adressée au pape 
Innocent I er . Enfin, Rémi se plaint vivement de l'importance don- 
née à l'opinion d'hommes tels qu' Amalaire et Scot (c. xxxixet xl). 
Contre la troisième lettre, celle de Rhaban à Noting, Rémi 
remarque en général qu'elle ne touche pas à la question en litige, 
et réfute ce que personne ne soutient, à savoir, que « Dieu pré- 
destine et force certains hommes à commettre le péché. » Quant 
à la question de savoir « si ceux dont Dieu avait prévu l'obstina- 
tion dans le péché étaient prédestinés par lui, » elle est passée 
sous silence. Au début de sa lettre, Rhaban déclare hérétique, 
ce principe de Gotescalc : « aucun de ceux qui sont prédestinés 
à la vie ne peut se perdre, » principe qui, cependant, est juste. 
Ce que Rhaban affirme ailleurs n'est nié par personne, et ce qu'il 
attaque n'est professé par personne (c. xlii). Au c. xliii, Rémi a 
tort de vouloir prouver contre Rhaban qu'on imputera au damné 
toutes ses fautes, même celles qui ont été effacées par le baptê- 
me, même le péché originel. Il s'engage ensuite dans une pure 
question de mots lorsque, au cxLiv.il blâme l'opinion de Rhaban 



186 LIVRE XXII 

soutenant que les réprouvés n'ont jamais été distraits par Dieu 
de la massa perditionis. Dans le c. xlv, il montre qu'un long pas- 
sage de Rhaban est emprunté à V Hypomnesticon et par consé- 
quent n'a aucune force probante. Enfin il cherche (c. xlvi et xlvii) à 
résoudre diverses objections soulevées par Rhaban contre la 
double prédestination, en particulier sur les sept points énoncés 
par lui. 

En appendice à ce mémoire, Rémi écrivit, au nom de l'Église 
de Lyon, un petit livre intitulé : De generali per Adam damna- [176] 
tione omnium et speciali per Christian ex eadern ereptione electorum 1 . 



452. Conciles tenus entre 850 et 853, étrangers à la question 

de Gotescalc. 

Nous avons déjà mentionné le concile de Paris de l'année 849, 
qui très vraisemblablement n'eut aucun rapport avec les discus- 
sions soulevées par Gotescalc. On peut en dire autant du syno- 
dus Regiaticina tenu dans Yurbs regia Ticino (Pavie) en 850 2 . 
Les membres les plus importants furent : Angilbert, archevêque 
de Milan, Théodeman, patriarche d'Aquilée, et Joseph, évêque 
(d'Ivrée) et archicapellanus totius Eclesise 3 . Les collections con- 
ciliaires donnent vingt-cinq canons de ce concile, ainsi qu'un dé- 
cret impérial plus cinq numéros. Pertz a publié en outre quatre 
fragments inédits mais qui, en somme, n'ajoutent guère à ce qu'on 
savait. Le premier document contient vingt-quatre canons ou 
capitula proposés au jeune empereur Louis II, présent au concile 
et récemment associé à l'empire par son père l'empereur Lothaire. 
Le second document contient les vingt-quatre mêmes canons 
devenus canons impériaux, par la confirmation impériale. Ils sont 
identiques aux vingt-cinq canons des collections plus anciennes 4 . 



1. P.L.,t. cxxi, col. 1068 sq. ; Maugin, op. cit., t. 1, part. 2, p. 118 sq. Voyez 
t. h, p. 559. 

2. Sur la chronologie, cf. les notes de Mansi, op. cit., t. xiv, col. 930, et Pagi, 
Critica, ad ann. 850, 5. 

3. Il était archichapelain de l'empereur Louis IL Cf. Hardouin, op. cit., t. iv, 
col. 77; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 1019. 

4. Dans Pertz, le canon 18 réunit les canons 18 et 19 d'autres collections. 



452. CONCILES TENUS ENTRE 850 ET 853 187 

La plupart ne sont du reste qu'une répétition d'anciennes 
ordonnances; en voici un résumé: 1. L'évêque doit avoir cons- 
tamment quelques clercs témoins de sa conduite. 2. Il doit 
autant que possible dire la messe tous les jours. 3. Il doit tenir 
une table modeste, ne pas forcer ses hôtes à boire, recevoir des 
pauvres et des étrangers à sa table. 4. Il ne doit pas aimer les 
chiens, les faucons, les chevaux, la chasse, les vêtements somp- 
tueux, etc. 5. Il doit étudier assidûment, instruire ses clercs et 
son peuple. 6. Les archiprêtres des campagnes doivent visiter 
[177] toutes les maisons pour obliger ceux qui ont commis une faute 
publique à faire aussi une pénitence publique. Ceux qui ont péché 
en secret doivent confesser leurs fautes aux prêtres institués par 
l'évêque ou par les archiprêtres des campagnes. Dans les cas 
difficiles, c'est à l'évêque à décider, et si l'évêque est lui-même 
dans le doute, ce sera au métropolitain ou au synode provincial. 
Quand la confession est secrète, on doit traiter le cas sous une 
forme impersonnelle. Dans les environs des villes et dans les fau- 
bourgs, l'évêque doit faire régler par l'archiprêtre de la ville (mu- 
nicipal) et par d'autres prêtres ce qui a trait aux pénitences. 7. 
Les prêtres doivent veiller à ce que leurs pénitents accomplissent 
les œuvres de satisfaction qui leur sont imposées. Sauf les cas 
de nécessité, l'évêque seul peut réconcilier les pénitents. 8. On 
doit exhorter les malades à recevoir l'huile sainte, maison ne doit 
la leur donner que lorsqu'ils sont réconciliés avec l'Eglise et 
ont reçu la communion. 9. Plusieurs marient leurs filles beau- 
coup trop tard; aussi arrive-t-il souvent qu'elles commettent des 
fautes, même pendant leur séjour dans la maison paternelle. 
Quelques-uns, ce qui est épouvantable à dire, font même com- 
merce de leurs filles. Les parents doivent marier leurs filles plus 
tôt. S'ils ne le font pas^ et si une fille commet une faute, les 
parents seront condamnés à la pénitence. S'ils font commerce 
de leurs filles, on leur imposera une pénitence plus considérable 
que celle imposée à la fille coupable. Une fille ainsi violée ne 
doit se marier que lorsqu'elle et ses parents auront accompli la 
pénitence publique qui leur aura été imposée. 10. Sur le rapt des 
filles. 11. Si quelqu'un, ayant des possessions dans plusieurs dio- 
cèses, est excommunié par un évêque, cet évêque doit faire 
connaître aux autres eveques compétents la sentence portée 
par lui, afin que l'excommunié ne soit reçu nulle part. 12. Un 
excommunié ne doit être admis ni au service militaire, ni à 



188 LIVRE XXII 

aucune charge civile. 13. Il, doit y avoir pour chaque plebs ] 
un archiprêtre qui aura la surveillance des prêtres placés dans 
les petites églises. 14. Les évêques doivent, sous peine d'excom- 
munication, faire rebâtir les monastères détruits. 15. Il en sera 
de même pour la conservation des xenodochia. 16. On doit exhor- 
ter les empereurs à être plutôt les protecteurs que les oppres- 
seurs des nombreux monastères et des xenodochia placés sous 
leur puissance. 17. Tous les chrétiens doivent donner la dîme 
de leurs biens (omnium rerum suarum). 18. Tous les clercs doi- 
vent être soumis à la discipline de leur évêque ; aussi, nul ne 
doit installer dans une maison un chapelain qui ne soit ap- 
prouvé par l'évêque. De même nul ne doit confier à un clerc 
des affaires ou des missions séculières et cela sous peine d'ex- 
communication pour les deux. 19. Il est défendu de faire l'usure 
ou de prêter à intérêt. 20. Les oppresseurs des veuves et des 
orphelins doivent être admonestés par l'évêque; s'ils ne s'amen- [178] 
dent pas, ils seront dénoncés à l'empereur. 21. Les clercs et les 
moines qui vont de province en province et de ville en ville, sou- 
lèvent des questions inutiles et occasionnent des disputes. L'évê- 
que doit les faire arrêter pour les soumettre à une enquête faite 
par le métropolitain, et s'ils ont agi par frivolité et non par zèle 
pour la doctrine, ils seront punis comme troublant la paix de 
l'Eglise (allusion évidente à Gotescalc, qui avait d'abord dissé- 
miné ses opinions dans la haute Italie). 22. Il arrive souvent, sur- 
tout dans le peuple de la campagne, que des pères marient leurs 
fils trop jeunes avec des femmes plus âgées, puis qu'ils attirent 
ces belles-filles chez eux pour avoir avec elles des relations 
adultères. En conséquence on ne devra plus à l'avenir marier 
un fils trop jeune avec une femme plus âgée. 23. Les femmes 
qui, par leurs sortilèges, font naître l'amour ou la haine ou qui 
vont jusqu'à causer la mort, seront recherchées avec soin et 
soumises à une sévère pénitence. 24. Les juifs ne doivent pas 
exercer l'office de juges sur des chrétiens ; ils ne doivent exiger 
d'eux aucune redevance. 

Le troisième document édité par Pertz aurait dû n'être placé 
qu'après le quatrième, car il contient un extrait (fait pour les 
comités) de la grande ordonnance contenue dans le quatrième docu- 
ment, et publiée par l'empereur Louis II à la demande de son 

1. Plebs, c'est l'archiprêtré ou doyenné rural. (H. L.) 



<i. r ,2. CONCILES TENUS ENTRE 850 ET 853 189 

père. Le but de celte ordonnance était de mettre un terme aux 
désastres causés par les brigands et d'empêcher l'oppression des 
petits par les grands. 

Nous apprenons, par les actes du concile romain tenu en 853, 
que dans un concile romain tenu en 850 sous le pape Léon IV, 
[1 ' JJ le cardinal-prêtre Anastase fut déposé 1 . Deux conciles anglais 
tenus à Benningdon 2 et Kingsbury en 850 et 851, sous la prési- 
dence de Céolnoth, archevêque de Cantorbéry, confirmèrent les 
donations du roi Bertulf au monastère de Croyland 3 . 

Dans un concile tenu à Soissons en 851, Pépin, prince d'Aqui- 
taine, fut fait moine et reçut le monastère de Saint-Médard, ainsi 
que nous l'apprend le V e concile tenu à Soissons, en 853 4 . 

En Espagne, Abderrhaman II défendit sous peine de mort 
de parler en public contre Mahomet et contre l'islam ; beaucoup 
de chrétiens, des clercs surtout, ayant contrevenu à cet ordre, 
furent exécutés. On les vénéra comme martyrs; mais, sur le désir 
du khalife, un concile d'évêques espagnols, tenu à Cordoue en 
852, déclara que, puisqu'ils s'étaient eux-mêmes précipités vers 
la mort, ils ne devaient pas être vénérés en qualité de martyrs. 
D'ailleurs, ils n'avaient pas fait de miracles, comme en avaient 
accompli les véritables martyrs, et leurs corps n'étaient pas 
incorruptibles comme ceux de ces martyrs. 

Dans ce même concile un certain excepter attaqua violemment 
au nom du Christ ceux qui se posaient en adversaires des Maho- 
métans 5 . 

1. Coleti, Concilia, t. ix, col. 1075; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 26 sq.; 
Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 943, 1026; Jafîé, Reg. pont, rom., p. 231; 
2 e édit., p. 332 (H. L.) 

2. Bennington, Lincolnshire, Coll. regia, t. xxi, col. 627; Labbe, Concilia, 
t. vm, col. 72-73 ; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 33 ; Coleti, Concilia, t. ix, 
col. 1077; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 963. (H. L.) 

3. Kingsbury, comté de Sussex. Coll. regia, t. xxi, col. 618; Labbe, Concilia, 
t. vm, col. 73-76; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 33 ; Coleti, Concilia, t. ix, 
col. 1077; Wilkins, Conc. Britann., 1737, t. i, p. 1S1-183; Mansi, Conc. ampliss. 
coll., t. xiv, col. 963. (H. L.) 

4. Lalande, Conc. Galliœ, 1660, p. 160; Labbe, Concilia, t. vm, col. 1933- 
1934; Hardouin, Conc. coll., t. v, col. 37 ; Coleti, Concilia, t. ix, col. 1081 ; Mansi, 
Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 96. (H. L.) 

5. Coll. regia, t. xxi, col. 633; Labbe, Concilia, t. vm, col. 76-77; Hardouin, 
Coll. concil., t. v, col. 38; Coleti, Concilia, t. ix, col. 1083; Mansi, Conc. ampliss. 
coll., t. xiv, col. 970; Gams, Kirchengeschichle von Spanien. t. n, part. 2, p. 318 sq- 
(H. L.) 



190 LIVRE XXII 

Les lettres de B. Saul (de Cordoue) nous font connaître un autre 
concile espagnol plus important tenu en 860-861. Il eut pour but 
de faire cesser le schisme qui s'était introduit parmi les chrétiens 
de Cordoue dont les rigoristes évitaient toutes relations avec les 
fidèles de caractère plus conciliant. Les évêques, s'appuyant sur 
de nombreux témoignages des Pères et sur l'histoire, se pronon- 
cèrent en faveur de la conciliation et il ne semble pas qu'il fut 
fait opposition à leur sentence 1 . 

Jusqu'ici on ne connaissait les actes du concile germanique 
national tenu à Mayence, en octobre 851 ou 852 2 , que par 
les mentions des divers chroniqueurs. Mais Pertz en a publié 
les actes d'après un manuscrit de Bamberg 3 . Rhaban archevêque 
de Mayence présidait ; étaient présents les évêques de la Fran- 
cia orientalis, des Bavarois et des Saxons, c'est-à-dire Liutprand 
de Salzbourg, Gotzbald de Wùrzbourg. Salomon de Constance, 
Esso de Coire, Lanto d'Augsbourg, Otkar d'Eichstâdt, Gebhard de 
Spire, Haymon d'Halberstadt, Baturat de Paderborn, Gautzbert 
(Simon) de Suède, Erchanfrid de Ratisbonne, Hartwig de Passau, 
Lantfrid de Seben (Brixen), Altfrid d'Hildesheim et Liutprand 4 , 
ainsi que beaucoup de chorévêques, d'abbés et de prêtres. Ils [180] 
portèrent les décisions suivantes : 1. La paix et la concorde doivent 
régner parmi les chrétiens, et en particulier entre les évêques et 
les comtes. 2. Les évêques sont chargés du gouvernement de 



1. Gams, op. cit., p. 319. 

2. Les actes du concile de Mayence portent des dates contradictoires, la XV e 
indiction se rapporte à l'année 851,1a 18 e année du règne de Louis coïncide avec 
l'année 850. En outre les actes donnent l'année 852. Pertz (Monum., t. iu,Leg., 
t. i, p. 410) se prononce pour 851; Binterim, Dummler et d'autres pour 8512. 
On ne peut avoir aucune certitude à ce sujet. 

3. Le Codex de Bamberg porte 852, mais Pertz a corrigé cette indication et 
mis 851, bien à tort il est vrai, car il est dit, au commencement du document, 
que le synode avait eu lieu le 18 octobre die tertia. Or en 852 le 18 octobre tombait 
un mardi, par conséquent die tertia, tandis qu'en 851 ce jour était un dimanche» 
Coll.regia, t. xxi, col. 634; Labbe, Concilia, t. vin, col. 77; Coleti, Concilia, 
t. ix, col. 1083; Mansi, Concilior. ampliss. coll., t. xiv, col. 070; Jack, dans Biich- 
ler-Dùmge, Archiv, 1820; t. i, p. 157-158; Mùhlbacher, Reg. Karoling.,t. i, p. 535 ; 
Pertz, Monum. Germ. hist., t. ni, Leges, t. i, p. 410 ; Capitularia, t. n, p. 184 ; 
P. L., t. cxxxvm, col. 579; Binterim, Deutsche Concilien, t. n, p. 503 sq. ; Dumm- 
ler, Gescli. d. ostfr. Reiches, t. i, p. 360; Mùhlbacher, Regesta, t. i, n. 1390 a ; 
A. Verminghoff, dans Neues Archiv, 1901, t. xxvi, p. 618. (H. L.) ] 

4. Siège inconnu. 



452. CONCILES TENUS ENTRE 850 ET 853 191 

l'Eglise, de la défense des veuves et des orphelins, el les comtes 
ainsi que les juges doivent les y aider. 3. Exhortation à payer 
la dîme. 4. Le roi doit protéger les biens des églises comme ses 
biens propres et maintenir leurs immunités. 5. Une église ne 
peut être partagée entre plusieurs héritiers (des domaines dont 
elle fait partie). 6. Les clercs ne doivent pas chasser. 7. Ils ne 
doivent pas avoir de femmes chez eux, et ils ne doivent pas non 
plus les visiter. 8. Procédure à observer quand un prêtre est 
accusé d'inconduite. 9. Peine contre ceux qui étouffent leurs en- 
fants par imprudence. 10. Celui qui est coupable d'inceste secret 
doit aussi faire pénitence en secret. 11. Peine ecclésiastique contre 
le meurtre. Décision sur deux cas particuliers d'adultère et 
de meurtre. 12. Celui qui a une concubine à laquelle il n'est 
pas régulièrement fiancé, peut l'abandonner pour épouser une 
autre femme. 13. Du meurtre, et en particulier du meurtre 
commis entre époux. 14. Ouvrages serviles défendus le diman- 
che. 15. Celui qui a une femme et une concubine ne doit pas 
être admis à la communion ; mais on y admettra celui qui 
n'a qu'une concubine 1 . 16. Lorsqu'on apporte à un prêtre, de 
quelque paroisse que ce soit, un enfant malade, il doit le bapti- 
ser sans délai. 17-18. Aucun prêtre ne doit attirer ceux qui font 
partie d'une autre paroisse ; aucun évêque ne doit attirer les clercs 
d'un autre évêque. 19. Aucun prêtre ne doit faire de présents 
à un clerc ou à un laïque pour obtenir l'église d'un autre. 20. 
Celui qui se sépare d'un prêtre sous prétexte que ce prêtre a 
été marié (qui uxorem habuit) et pense qu'on ne doit pas rece- 
voir de lui la communion, sera anathème. 21. Un diacre ne doit 
pas s'asseoir en présence d'un prêtre, à moins que celui-ci ne ! 
autorise. 22. Pendant le carême, on ne doit pas, sauf les same- 
dis et les dimanches, donner le pain bénit (partis benedictio- 
ri81] n i s )> c'est-à-dire qu'on ne doit célébrer aucune fête do saint 2 . 
23. Les clercs ne doivent pas assister aux représentai ions théa- 

1. Conc. Tolet., can. 19. Cf. Hisi. des conciles, § 112. 

2. Conc. Laodic, can. 'i9; Conc. Trull., can. 52, contiennent une ordonnance 
analogue, mais dans ce sens que, les autres jours de carême, on devait dire 
seulement les missse prsesanctificatorum. Dans le canon de Mayence, les mots 
panis benedictionis doivent s'entendre des eulogies. Quoiqu'en Orient il n'y eût 
durant les premiers siècles et pendant le carême de messe proprement dite que le 
dimanche, cette coutume était changée, dès le iv e ou le v° siècle, en celle à laquelle 
notre canon fait allusion. Cf. Binterim, Denkwùrdigkeiten, t. v, p. 504 sq. - 



192 LIVRE XXII 

traies, qui onl lieu d'ordinaire à l'occasion tics banquets et des 
noces ; ils doivent se retirer auparavant. 24. On ne doit pas 
dire la messe dans les habitations privées. 25. Défense portée 
contre la simonie 1 . 

Le manuscrit de Bamberg 2 portant la suscription : Canon 
llludowici, il en résulte que Louis le Germanique a confirmé 
ces ordonnances. 

Sans nous arrêter à deux réunions peu nombreuses et sans 
importance, nous nous occuperons du grand concile de Sois- 
sons, en 853. A la demande des évêques francs, le roi Charles le 
Chauve avait prescrit la tenue d'un concile dans le monastère 
de'Saint-Médard et Saint-Sébastien, le 22 avril 853 3 . Il y assis- 
tait, ainsi que les archevêques Hincmar de Reims, Wenilo de Sens 
et Amalric de Tours, un grand nombre d'évêques, des abbés, 
des prêtres, etc. Parmi les évêques, on distinguait en parti- 
culier Prudence de Troyes et Pardulus de Laon, et parmi les 
abbés, Loup de Ferrières et Bavon d'Orbais (c'était l'abbé de 
Gotescalc). Nous ne possédons pas les actes complets de cette 
assemblée ; une partie néanmoins nous est parvenue, à sa- 
voir : a) des extraits des procès-verbaux des huit sessions où 
fut agitée la question des clercs déposés par Hincmar ; b) le 
mémoire adressé au concile par les clercs déposés; c) treize ca- 
nons ; d) un capitulaire publié à cette époque par Charles le Chauve 
et relatif aux affaires de l'Eglise. 

Nous avons vu que le prédécesseur d' Hincmar sur le siège de 
Reims, l'archevêque Ebbon, avait été déposé dans un concile de 
Thionville; mais en 840, l'empereur Lothaire l'avait réintégré 
de force. Il ordonna alors plusieurs clercs. Quelques mois après, 
il était de nouveau expulsé par le roi Charles le Chauve et, en 845, 
Hincmar était élevé sur le siège de Reims. On comprend qu' Hinc- 
mar ait regardé comme illégale la réintégration d'Ebbon en 840, 
sans quoi son élévation sur le siège de Reims, du vivant d'Eb- 
bon, eût été sans valeur. Hincmar se refusa donc à reconnaître [182] 

1. Conc. Chalced., can. 2. 

2. Ms. Bamberg A. I. 35, ix c Siècle. (II. L.) 

3. Sirmond, Conc. Gall, t. m. col. 71, 80 ; Coll. regia, t. xxi, col. 636; Labbe, 
Concilia, t. vin, col. 79-98, 1943-1945; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 41 ; Coleti, 
Concilia, t. ix, col. 1087; Mansi, Concilia, Supplem., t. t, col. 930; Conc. am- 
pliss. coll., t. xiv, col. 978; t. xvn, Appendix, p. 33; Pertz, Monum. Germ. hist., 
t. m, Leges, t. i, p. 416. Voir Appendices. (H. L.) 



4.32. CONCILES l'IM s ENTRE 850 ET Soà 193 

les ordinations faites par Ebbon après sa réintégration, el inter- 
dit aux clercs ainsi ordonnés les fonctions de leur ministère. 
Ceux-ci portèrent leurs plaintes par-devant le concile de Soissons, 
et, sur leurs prières, on leur permit de paraître devant le con- 
cile. Dès qu'ils furent introduits, Sigloard, archidiacre d'Hinc- 
mar, lut leurs noms : Rodoald, Gislad, Wulfad et Frédébert, 
les uns moines, les autres chanoines de la cathédrale de Reims. 
Mais Wulfad, dont le nom avait été appelé, n'était pas présent. 
Ils demandèrent, de vive voix, leur réintégration, mais Hinc- 
mar exigea d'eux une pièce écrite. Quelques jours après, 
26 avril, ils remirent leur requête 1 ; Hincmar, président, remar- 
qua alors l'absence du nom de Wulfad ; Sigloard répondit que 
W ulfad était malade dans un des monastères de la ville. Aussitôt 
on lui envoya une députation réclamant sa signature. Quand il 
l'eut donnée, ainsi que l'affirment les actes de Soissons. Hincmar 
déclara que, conformément aux règles canoniques, les plaignants 
et lui devaient faire choix d'arbitres. Il désigna pour sa part 
183] les archevêques Wenilo de Sens, Amalric de Tours et l'évêque 
Pardulus de Laon. qu'il chargea de représenter le siège de Reims, 
et de présider le tribunal des arbitres, afin qu'il ne fût porté aucune 
atteinte aux droits de la primatiale de Reims. Il concéda à ses 
adversaires le droit de choisir les mêmes arbitres ou d'autres; 
ceux-ci se contentèrent d'y adjoindre Prudence, évêque de Troyes. 
Lorsque, dans la seconde session, les arbitres demandèrent 
aux évêques qui avaient autrefois ordonné Hincmar, s'ils pouvaient 
démontrer le motif de la déposition d' Ebbon et de l'élévation 
d' Hincmar, Théodoric, évêque de Cambrai, se leva et remit un 
mémoire, lu par l'abbé Loup, et contenant l'exposé de ce qui 
s'était passé à Thionville. L'évêque de Cambrai montrait que, 
île son propre aveu et par la sentence des trois juges de sa con- 
science, devant des témoins, dont Théodoric lui-même, Eb- 
bon s'était reconnu indigne, à cause de ses péchés et méfaits, 
d'occuper la charge archiépiscopale. Le mémoire exposait, en 

1. Ce renseignement est reproduit dans Bouquet, Rec. des historiens des Gaules, 
t. vu, p. 277 sq., et dans A. Du Chesne, Historiée Franc. Scriptor es, t. n, p. 340 sq. 
Les clercs déposés emploient ici un principe conforme à celui du pseudo-Isidore 
pour déclarer que la déposition d' Ebbon par le concile de Thionville n'était pas 
valable, en particulier parce que cette réunion n'avait pas été Aposlolica auctoritate 
convocata. Ils pouvaient facilement connaître ce principe du pseudo-Isidore, si 
Ebbon est un partisan de cette doctrine. Cf. Von Norden, Hincmar, p. 122 sq. 

CONCILES — IV — 13 



194 



LIVRE XXII 



outre, qu'un évèque démissionnaire dans ces conditions ne pou- 
vait revenir sur sa décision, et indiquait les conditions de la 
réintégration d'un évêque déposé. Enfin, le pape Serge avait 
confirmé la déposition d'Ebbon, et l'avait réduit à la communion 
laïque. Le^concile approuva le mémoire de Théodoric. 

La troisième session enquêta sur l'élévation d'Hincmar au 
siège de Reims ; à la demande des judices, Rothade, évèque de 
Soissons, rappela les règles canoniques d'élection d'un métropo- 
litain. Il montra que, conformément à ces canons, Hincmar avait 
été demandé pour archevêque par le clergé et le peuple, et 
ajouta qu'il l'avait lui-même sacré canoniquement en présence 
de tous les évêques de la province. Hincmar communiqua les do- 
cuments relatifs à son ordination et à sa reconnaissance par les 
évêques des Gaules, par le pape et par le roi. Aussi la quatrième 
session proclama-t-elle Hincmar régulièrement élu, ordonné cano- 
niquement, décoré du pallium et reconnu en qualité de primat. 
Immo, évêque de Noyon, remit alors un mémoire, démontrant 
la nullité des ordinations faites par Ebbon après sa réintégra- 
tion. 

Dans la cinquième session le concile se rangea à cette décision, 
et déclara non avenues les fonctions ecclésiastiques remplies 
par Ebbon après sa prétendue réintégration, sauf le baptême. 
Frédébert, un des clercs ordonnés par Ebbon, se leva et déclara 
avoir reçu les ordres d'Ebbon, uniquement parce que les suffra- 
gants de Reims, Rothad, Siméon et Erpuin, étaient venus, 
avec le décret de l'empereur Lothaire, dans la cathédrale, et 
avaient réintégré Ebbon en sa présence. Il parla de leur procès- 
verbal de réintégration signé de leur propre main. Mais il fut 
prouvé que ce document était apocryphe, et on démontra éga- 
lement que trois des sufîragants d'Ebbon (Siméon, ancien évê- 
que de Laon, Loup de Châlons et Erpuin de Senlis) n'avaient pas, 
comme on le prétendait, reçu de lui l'anneau et la crosse. Le concile 
décida en conséquence d'excommunier les prétendus clercs, calom- [184] 
niateurs des évêques, et dans la sixième session Hincmar reprit, 
à la satisfaction générale, les fonctions de président, pour décider, 
conjointement avec Wenilo et Amalric, les autres questions en 
litige. Halduin, prêtre et abbé d'Hautvilliers. fut dégradé de la 
prêtrise, ayant été ordonné par Loup, évêque de Châlons, sans 
une enquête préalable suffisante et per saltum. Car. Ebbon lui 
avant conféré le diaconat et cette ordination se trouvant nulle 



452- CONCILES TENUS ENTRE 850 ET 853 195 

comme les autres, Halduin avait été sans transition élevé du 
sous-diaconat à la prêtrise. 

Dans la septième session, on demanda la conduite à tenir à 
l'égard de ceux qui étaient restés en communion avec Ebbon 
pendant le temps de son excommunication. Les règles de l'Église 
exigeant de ces personnes une satisfaction écrite, on prouva 
que, lors de l'élévation d'Hincmar, toute l'Église de Reims avait 
rédigé un acte semblable, et s'était infligé à elle-même une 
pénitence, qu'Hincmar avait levée. A la fin de la huitième 
session, le roi Charles intercéda en faveur des clercs d'Ebbon, 
qu'on admit par grâce à la communion. 

Le second document du concile de Soissons comprend treize, 
ou, d'après Pertz, douze canons. 1. Le premier est un résumé de 
ce qui s'était fait et avait été décidé le 26 avril au sujet de la 
prétendue réintégration d'Ebbon et des clercs ordonnés par lui 
après cette réintégration ; le canon renvoie aux actes plus dé- 
taillés. 2. Hériman, évêque de Nevers, est blâmé d'avoir exercé 
ses fonctions à une époque où il ne jouissait pas de ses facultés; 
on recommande à son métropolitain Wenilo de le faire venir l'été 
suivant auprès de lui à la campagne, pour voir si un air plus 
sain n'améliorera pas son état. 3. Une commission devra exami- 
ner la régularité de l'élévation de Burchard, par ordre du roi, 
sur le siège de Chartres. 4. Aldrich, évêque du Mans, malade, 
sollicite les prières du concile. Celui-ci les promet et charge l'arche- 
vêque de Tours de veiller au gouvernement de l'Église du Mans. 
5. Deux moines de Saint-Médard qui avaient aidé le prince Pépin, 
enfermé dans ce monastère, à prendre la fuite, sont punis. 6. Le 
roi Charles s'étant plaint que Ragamfrid, diacre de Reims, 
avait composé de faux documents portant le nom du roi, le con- 
cile prescrit que le diacre ne quittera pas Reims avant d'avoir 
prouvé son innocence ou donné satisfaction. 7. On nomme des 
[185] commissaires pour rétablir le service divin dans les villes et dans 
les monastères dévastés par les Normands. 8. Les immunités des 
églises doivent être confirmées. 9. On paiera la dîme et le neu- 
vième des biens de l'Église qui sont dans des mains étrangères et 
peuvent être restitués. 10. On ne rendra pas la justice les diman- 
ches ou jours de fête dans les lieux saints. 11. Ceux qui sont sous 
le coup des peines ecclésiastiques, ne doivent être protégés par 
personne contre l'évêque. 12. Les incestueux ou autres sacri- 
lèges qui veulent se soustraire au tribunal épiscopal, doivent lui 



196 



LIVKE XXII 



être livrés de nouveau par les juges civils. 13. Aucun bien d'Église 
ne peut être échangé sans l'assentiment du roi. 

Le troisième document, c'est-à-dire le capitulaire publié par 
le roi dans la septième session de Soissons, est une instruction 
aux missi dominici relative à l'exécution des canons 1-13 inclu- 
sivement, énumérés plus haut 1 . Nous verrons plus tard le juge- 
ment catégorique du pape Nicolas I er sur ce concile. 

Au mois d'août 853, on tint un concile franc à Verberie (arron- 
dissement de Senlis, Oise) au sujet de la maladie de l'évêque 
Ilériman, dont nous avons déjà parlé, et on établit un adminis- 
trateur pour le diocèse de Nevers. Il fut décidé que le monastère 
de Saint-Alexandre de Lebraha ne serait pas séparé de celui de 
Saint- Denis et ne serait pas donné en précaire 2 . 

Le 20 décembre de cette même année 853, le pape Léon IY réunit 
dans l'église de Saint-Pierre, à Rome, un grand concile de soixante- 
sept évêques, qui renouvelèrent les trente-huit canons du concile 
romain de 826, et en ajoutèrent quatre autres ; ce concile pro- 
nonça pour la troisième fois la peine d'excommunication contre 
le cardinal Anastase, qui avait abandonné sans autorisation son 
église titulaire Saint-Marcel. Depuis cinq ans, il errait de coté et 
d'autre, surtout dans les environs d'Aquilée, et n'avait tenu aucun 
compte de quatre avertissements du pape, ni des ordres réitérés 
de l'empereur et du concile 3 . 



1. Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 54; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xvu, 
Appendix, p. 37; Pertz, Monum. Germ. histor., Leges, t. i, p. 418. 

2. Sirmond, Conc. Gallise, t. in, col. 91; Coll. regia, t. xxi, col. 667; Gallia 
christiana, 1656, t. m, col. 793 ; Labbe, Concilia, t. vin, col. 99-101, 1945- 
1946; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 59; Coleti, Concilia, t. ix, col. 1112;Scheidt, 
Orig. Guelf., t. n, p. 89-90; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 997 ; t. xvn, Appendix, 
p. 40; Pertz, Monum.Germ. hist., t. ni, Leges, t. i, p. 420. Voir Appendices. (H. L.) 

3. Les actes mentionnent ici pour la première fois la date des années du pape 
à côté de la date des années de l'empereur. [Coll. regia, t. xxi, col. 671 ; Labbe, 
Concilia, t. vin, col. 101-102, 113-133; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 61; Coleti, 
Concilia, t. ix, col 1115; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xiv, col. 997. Voir Appen- 
dices. (H. L.)] 



453. CONCILE DE QUIERZY 197 



453. Concile de Quierzy. en 853, et les quatre chapitres 
[186] THincmar. 

.. Maugin suppose 1 que la réponse de l'Église de Lyon, dont nous 
avons parlé 2 , et qui devait déplaire à Hincmar et à Pardulus, 
était connue* de ces deux évêques à l'époque du concile de Sois- 
sons (avril 853), mais qu'ils avaient prudemment gardé le 
silence sur l'affaire de Gotescalc, parce que la plupart des évê- 
ques présents s'étaient déjà prononcés à Paris, en 849, pour 
Prudence et pour la gemina prsedestinatio (ce qui est inexact). 
Aussi, après le concile de Soissons, Hincmar réunit-il, au dire de 
Maugin, sur la question de la prédestination, une assemblée moins 
nombreuse, et qui, pour ce motif, était susceptible de subir plus 
facilement son influence. Comme toujours, Maugin prête à Hinc- 
mar le plus vilain rôle; que si ce concile de Soissons ne s'est pas 
occupé de l'affaire de Gotescalc, c'est peut-être pour de tout autres 
motifs. L'histoire de cette assemblée nous l'a montrée, en général, 
bien disposée pour Hincmar, et assez chargée d'affaires sans y 
ajouter la question de la prédestination. 

Les Annales de Saint- Berlin rapportent, qu'à l'issue du concile 
de Soissons, Charles le Chauve publia, conjointement avec quel- 
ques évêques et abbés réunis à Quierzy, quatre capitula, qu'il 
confirma en les contresignant lui-même 3 . Comme ces Annales 
donnent en abrégé ces quatre canons, il est incontestable qu'il 
s'agit ici des quatre célèbres capitula d'Hincmar contre Gotes- 
calc, souvent attribués, mais à tort, au concile de Quierzy de 
849. Ils portent, clans les collections des conciles, ce titre : in 
synodo constituta, et Maugin 4 fait de vains efforts pour prouver 
que la réunion de Quierzy, d'où proviennent ces capitula, n'a 
pas été un concile proprement dit. Hincmar dit, au contraire, 
que le roi Charles avait synodali decreto et episcopali definitione 
réuni la doctrine des Pères dans quelques capitula, qu'il avait fait 



1. Maugin, op. cit., t. n, p. 264. 

2. Voir § 451. 

3. Pertz, Monum., t. i, p. 447. 

4. Maugin, op. cit., t. u, p. 273. 



198 



LIVRE XXII 



signer par tous 1 . Même les adversaires d'Hincmar déclarent, dans 
le c. 4 de Valence, que ces capitula proviennent d'un concile, (voir 
p. 194). En voici le texte : 

1. Quod una tantum sit prœdestinatio Dei. Deus omnipotens hominem sine [187] 
peccato rectum cum libero arbitrio condidit et in paradiso posuit, quem 

in sanctitate justitiœ permanere voluit. Homo libero arbitrio maie utens 
peccavit et cecidit, et factus est massa perditionis totius bumani generis. 
Deus autem bonus et justus elegit ex eadem massa perditionis secundum 
prsescientiam suam, quos per gratiam prœdestinavit ad vitam, et vitam 
illis prœdestinavit œternam. Caeteros autem, quos justitiœ judicio in massa 
perditionis reliquit, perituros prœscivit, sed non ut, périrent prœdestinavit, 
pœnam autem illis, quia justus est, prœdestinavit œternam. Ac per hoc 
unam Dei prœdestinationem tantummodo dicimus, quœ aut ad donum 
pertinet gratiœ, aut ad retributionem justitiœ. 

2. Quod liberum hominis arbitrium per gratiam sanetur. Libertatem ar- 
bitra in primo homine perdidimus ( !), quam per Christum Dominum nos- 
trum recepimus. Et habemus liberum arbitrium ad bonum, prœventum 
et adjutum gratia. Et habemus liberum arbitrium ad malum, desertum 
gratia. Liberum autem habemus arbitrium, quia gratia liberatum, et gratia 
de corrupto sanatum. 

3. Quod Deus omnes homines velit salvos fieri. Deus omnipotens omnes 
homines sine exceptione vult salvos fieri,licet non omnes salventur. Quod 
autem quidam salvantur, salvantis est donum; quod autem quidam pe- 
reunt, pereuntium est meritum. 

4. Quod Christus pro omnibus hominibus passus sit. Christus Jésus Do- 
minus noster, sicut nullus homo est, fuit, vel erit cujus natura in illo 
assumpta non fuerit, ita nullus est, fuit, vel erit homo, pro quo passus 
non fuerit, licet non omnes passionis ejus mysterio redimantur. Quod vero 
omnes passionis ejus mysterio non redimuntur. non respicit ad magni- 
tudineni et pretii copiositatem, sed ad infidelium et ad non credentium 
ea fide, quœ per dilectionem opéra tur. respicit partem; quia poculum 
humanœ salutis, quod confectum est infîrmitate nostra et virtute divina, 
habet quidem in se. ut omnibus prosit; sed si non bibitur, non medetur 2 . [188J 

Les collecteurs des conciles ont cru devoir identifier ce concile 
de Quierzy avec le concile provincial également tenu dans cette 
ville et dont parle Flodoard (m, 28). D'après celui-ci, Hincmar 
avait demandé au chorévêque Richald et à l'archiprêtre Rodoald 



1. Hincmar, Ep. ad regem, P. h., t. cxxv, col. 68. 

2. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 920, 925 ; Hardouin, op. cit., t. v, col. 18, 58 ; 
Gess, Merkwurdigkeiten aus dem Leben und den Schriften Hinkmars, p. 34 sq. 



454. CONCILE DE SENS OU DE PARIS 199 

le renvoi par devant le concile provincial, qui devait se tenir 
apud Carisiacum, de tous ceux du diocèse de Reims qui avaient 
des sujets de plaintes. Ils inviteraient Milon. et sa fille, dont Fui- 
cric avait abusé, avec tous les autres complices à y comparaître. 
Flodoard rapporte (III, xxvi) que Fulcric, magnat au service de 
l'empereur Lothaire, avait abandonné sa femme légitime pour 
en prendre une autre. Enfin, au lib. III, x, nous apprenons 
qu'Hincmar (ou son concile de Quierzy) avait excommunié l'em- 
pereur Lothaire, à cause de ses relations avec Fulcric, excommu- 
nié lui-même, mais que plus tard il l'avait absous. 



454. Concile de Sens ou de Paris et contre-capitula 

de Prudence. 

Hincmar assure que Prudence de Troyes avait signé les quatre 
capitula de Quierzy ; mais que, peu de temps après, il leur avait 
opposé quatre autres capitula contenus dans une lettre à Wenilo, 
archevêque de Sens 1 . Nous possédons encore cette lettre de Pru- 
dence, et nous y voyons que les évêques de la province de Sens 
s'étaient réunis à Paris ou à Sens, pour le sacre d'Éné, évêque 
de Paris, successeur d'Ercanrad 2 . Prudence, malade, ne put se 
rendre en personne à ce concile auquel il délégua un de ses prêtres 
nommé x\rnold, avec une lettre approuvant complètement l'or- 
dination d'Ené, si celui-ci reconnaissait les prescriptions du 
Siège apostolique et les écrits des saints Pères Augustin, Fulgence, 
Isidore, Bède, etc., surtout au sujet des quatre capitula par lesquels 
l'Église catholique combattait Pelage et ses adhérents. Par ces 
quatre capitula, l'ordinand professait les points suivants 3 : 

1. Videlicet ut liberum arbitrium in Adam merito inobedientiœ amissum, 

ita nobis per Dominum nostrum Jesum Christum redditum at'que libera- 

189] Mini confiteatur, intérim in spe, postmodnm autem, in re, sicut dicit 

1. Hincmar, De prsedest., c. xxvi et xxi, P. L., t. cxxv, col. 182, 268. 

2. Lalande, Conc. Gallise, p. 161 ; Labbe, Concilia, t. vin, col. 1932; Hardouin, 
Coll. concil., t. v, col. 39; Coleti, Concilia, t. ix, col. 1085; Mansi, Conc. ampliss. 
coll., t. xiv, col. 975. Voir Appendices. (H. L.) 

3. Ces contre-capitula ont été conservés par Hincmar dans la prsefatio de son 
ouvrage De prœdestinatione, P. L., t. cxxv, col. 64; Maugin, op. cit., t. u, p. 279. 



200 LIVRE XXII 

Apostolus : Spe enim sdivi facti sumus, ut tamen semper ad omne opus 
bonum Dei omnipotentis gratiâ indigeanms sive cogitandum, sive incho- 
andum, operandum ac perseveranter consummandum, et sine ipsa nihil 
boni nos posse ullatenus aut cogilare aut velle aut operari sciamus. 

2. Ut Dei omnipotentis altissimo secretoque consilio credat atque fa- 
teatur, quosdam Dei gratuita misericordia ante omnia sœcula pra?desti- 
natos ad vitam, quosdam imperscrutabili justitia prsedestinatos ad pae- 
nam. Ut id videlicet sive in salvandis sive in damnandis prœdestinaverit, 
quod se praescierat esse judieando facturum, dicente Propheta : Qui fecit, 
quse futura sunt. 

3. Ut credat et confiteatur cum omnibus catholicis, sanguinem Domini 
nostri Jesu Christi pro omnibus hominibus ex loto mundo in eum creden- 
libus fusum, non autem pro illis, qui nunquam in illum crediderunt, 
neque hodie credunt, nunquamque credituri sunt, dicente ipso Domino : 
Venit enim Filins hominis non ministrari, sed ministrarc et dore animam 
suam in redemptionem pro mtjltis. 

4. Ut credat atque confiteatur, Deum omnipotentem omnes, quoscum- 
que vult, salvare, et neminem posse salvari ullatenus, nisi quem ipse sal- 
vaverit ; omnes autem salvari, quoscumque ipse salvare voluerit. Ac per 
hoc quicumque non salvantur, penitus non esse voluntatis illius, ut sal- 
ventur, dicente propheta : Omnia quœcumque voluit Dominus, fecit in 
cselo et in terra, in mari et in omnibus abyssis. 

Maugin prétend qu'Hincmar a menti impudemment en avançant 
que Prudence avait signé les quatre capitula de Quierzy 1 . Mais 
Schrôckh et Gess relèvent cette excessive partialité ; il est 
probable en effet que Prudence, intimidé par la présence du roi, 
qu'Hincmar avait gagné à ses idées, accepta les quatre articles 
de Quierzy ; ensuite, devenu plus libre, il fit connaître ses véri- 
tables sentiments à l'endroit de ces capitula 2 . Maugin suppose 3 
que le concile de Paris (ou de Sens), approuvant la lettre de Pru- 
dence et les capitula, les envoya au roi, qui les fit aussitôt remet Ire [190] 
à Hincmar. 



1. Maugin, op. cit., t. u, p. 277. 

2. Von Norden, op. cit., p. 86, note 1, ne cloute pas que Prudence n'ait souscrit 
aux capitula. 

3. Maugin, op. cit., t. u, p. 281. 



455. REMI DF. I.YON CONTRE HINCMAB 201 



455. Rémi de Lyon se prononce contre les capitula d Hincmar. 

En 854, les adversaires d'Hincmar envoyèrent les quatre capi- 
tula de Quierzy à l'Eglise de Lyon, pour avoir son sentiment à 
leur sujet. En eiïel, l'archevêque Rémi, de concert avec son 
clergé, écrivit sans délai une critique acerbe et détaillée de ces 
capitula., dans son Libellus de tenenda immobiliter Scripturie ve- 
ritate, etc. 1 . Les chapitres de Quierzy, dit Rémi, opposés à 
la doctrine de la sainte Ecriture et des Pères, cherchent ausu 
lemerario et improvide atque insolenter à obscurcir cette doc- 
hine. Rémi entame une analyse et une critique minutieuses : 
a) Le 1 er chapitre d'Hincmar avance que : Dieu voulait qu'Adam 
persévérât in sauctitate justitise ; il aurait dû ajouter que Dieu 
lui en avait donné la grâce et que les anges, de même que nos 
premiers parents avant la chute, avaient besoin de l'assistance 
divine pour faire le bien 2 (cm), b) Le même chapitre disait : 
Dieu a choisi secundum prœscientiam suam dans la massa per- 
diiionis ceux qu'il prédestinait ad vitam. Mais en disant seule- 
ment per prœscientiam, on laisse supposer des prœvisa mérita 3 ; 
pour les exclure totalement, on aurait dû ajouter les mots per 
gratiam aux mots per prœscientiam (c iv).c) Le chapitre reconnaît 
que Dieu a laissé judicio suo l'autre partie des hommes dans la 
massa perditionis ; mais c'est une inconséquence alors que de 
nier la prœdestinatio ad pcenam (très juste !). Autre inconséquen- 
ce de soutenir que Dieu avait non seulement prévu, mais prédéter- 
miné ce que feraient les élus, tandis qu'au sujet des autres il 
[191] aurait simplement prévu, mais non prédéterminé (c v;très bien!). 
Rémi termine en expliquant la prœdestinatio ad pcenam, qui 
n'implique pas une prédestination au péché. Il appuie sa doctrine 
sur des témoignages de la Bible et des Pères, et met de nouveau 
en doute l'authenticité de V Hypomnesticon, et celle de l'écrit 
de saint Jérôme (c. v-ix). 



1. P. L., t. cxxi, col. 1083 sq.; Maugin, op. cit., t. i, part. 2, p. 178 sq. ; cf. 
t. ii, p. 283 sq. Le texte de Migne est fautif en bien des endroits ; ainsi, col. 
1119 et 1129, il faut suppléer le mot non avant redimuntur. 

2. Hincmar n'a jamais nié cela. 

3. Hincmar n'a nVn soutenu de semblable ni d'approchant. 



202 



LIVRE XXII 



Rémi remarque au sujet du second capitulum d'Hincmar : a) 
Le principe libertatem arbitrii in primo homine perdidimus est 
faux; ce qui est perdu, c'est seulement la volonté pour le bien, 
mais non la volonté pour le mal et pour les plaisirs naturels (c. 
x et xi) *. b) Tout aussi faux est ce principe : « Nous avons 
recouvré par le Christ le libre arbitre que nous avions perdu 
dans le premier homme ; » car il en résulterait que ceux qui 
sont nés de nouveau dans le Christ posséderaient un libre arbi- 
tre aussi puissant que celui du premier homme avant sa chute, 
et pourraient comme lui rester sans pécher 2 . Ce principe ou- 
vrirait du reste la porte au pélagianisme, d'après lequel l'hom- 
me peut rester sans pécher sola virtute liberi arbitrii (c. xi), c). 
Quant à l'expression : « Nous obtenons de nouveau par le 
Christ la volonté libre et nous la possédons maintenant ad bo- 
nurn et ad malum,, » elle est fausse, car elle suppose, ce qui est ab- 
surde, que nous avons recouvré seulement par le Christ la volonté 
de faire le mal 3 . d) Le chapitre ne mettait pas en relief que, non 
seulement nous avons besoin de recouvrer une première fois le 
libre arbitre, mais que nous devons avoir continuellement recours 
à la grâce divine, et non seulement ad boiium opus, comme dit le 
texte, mais ad ipsum initium fidei (c. xn) 4 . 

La suite de la discussion sur le second chapitre est perdue, 
ainsi que la plus grande partie de celle sur le troisième chapitre. On 
voit cependant, par ce qui nous reste, que Rémi citait son traité 
De tribus epistolis et y renvoyait. Il remarque également que les 
Pères avaient expliqué de diverses manières ce passage de la Ri- 
ble : « Dieu veut que tous arrivent au bonheur éternel, etc. » Sur 
cette question, il fallait se tenir tranquille et ne pas disputer. Il 
est évident que nul n'est sauvé nisi gratuita misericordia Dei, 
que Dieu éveille chez les uns la volonté d'être sauvé et ne l'éveille 
pas chez les autres severitate justi et occulti judicii sui. Aussi, 
continue Rémi, ils ne veulent pas croire, par exemple, et c'est 
pour cela qu'ils seront condamnés. D'autres, au contraire, à qui 
l'Évangile n'est pas annoncé, et demeure inconnu, ne seront pas 
condamnés parce qu'ils n'ont pas la foi, mais pro aliis peccatis 
suis, et en particulier pour le péché originel (c. xn). [192] 

1. Hincmar n'avait pas voulu dire autre chose. 

2. C'est un procès de tendance qui attribue à Hincmar de telles déductions. 

3. Tout cela est prêté à Hincmar. 

4. Cette critique n'atteint pas Hincmar: 



455. REMI DE LYON CONTRE HINCMAR 203 

Au sujet du chapitre quatrième, Rémi formule un triple repro- 
che, a) Il blâme tout d'abord les premiers mots, quia nullus homo 
est, fuit vel erit, cujus natura in Christo assumpta non fuerit. On au- 
rait dû bien plutôt dire, puisque les fidèles sont dans le Christ, que 
le Christ est en eux et que les infidèles sont, au contraire, exsortes. 
« Lorsque le Christ a pris la nature humaine, les infidèles n'ont pas 
participé à cette grâce, et ceux-là seuls ont avec le Christ une 
même nature qui assumentem recipiunt, et eo spiritu sunt regenerati, 
quo est Me (le Christ) primogenitus 1 . b) La proposition quod nul- 
lus est, fuit, vel erit homo, pro quo Christus passus non fuerit est 
également erronée, car on ne peut certainement pas dire que le 
Christ a souffert pour ceux qui étaient morts dans l'impiété avant 
sa venue sur la terre et avaient été pour cela condamnés. On ne 
peut dire non plus qu'il a souffert pour le démon, car le démon, 
comme les méchants morts avant l'arrivée du Christ, est damné 
irrévocablement pour toute l'éternité. Le Christ n'a appliqué 
ses souffrances et sa mort qu'à ceux qui étaient dans le ciel. 
Quant aux hommes venus après le Christ, la sainte Ecriture en- 
seigne que le Christ a souffert pour tous ceux qui, ayant cru, 
renaîtraient de l'eau et de l' Esprit-Saint par la grâce du baptême, 
et seraient ainsi incorporés à l'Eglise. Lorsque saint Paul (I Tim., 
h, 6) dit omnes, ce mot signifie multos, ainsi que lui-même le 
montre en d'autres passages 2 . Le Christ lui-même avait employé 
cette même expression: pro multis et pro vobis 3 . A l'appui de 
cette déduction, Rémi allègue la pratique de l'Eglise, qui ne 
permet pas d'offrir le saint sacrifice de la messe pour les infi- 
dèles et les catéchumènes, c) Enfin l'archevêque de Lyon critique 
cette phrase (cependant très juste) : et non credentium ea fide, 
etc., parce qu'il y est dit : nec fidèles redempli sunt, qui non ha- 
buerint eam fidem quse per dilectionem operatur; car tous les vrais 
chrétiens deviennent participants de la redemptio, par le fait 
même de leur naissance et de leur baptême, et parce que cette 
renaissance implique par elle-même la délivrance du joug du 
péché. Quant à la proposition: « Celui qui est véritablement 
né une seconde fois n'est pas par le fait même redemptus, » elle 

1. C'est là évidemment faire violence aux paroles d'Hinemar. Il parle sim- 
plement de l'égalité naturelle de tous les hommes avec le Christ : Rémi, au 
contraire, ne parle que de l'unité morale de3 justes avec le Christ. 

2. Hebr., ix, 28; Rom., v, 18. 

3. Matth., xxvi, 28. 



204 LIVRE XXII 

est aussi insensée que cette autre : « Le Christ a aussi souffert 

pro impiis. » [193] 



456. Concile de Valence, en 855, et réponse dHincmar. 

Sur la demande de l'empereur Lothaire, Rémi, Agilmar et 
Rodland, métropolitains des trois provinces de Lyon, de Vienne 
et d'Arles, se réunirent le 8 janvier 855 avec leurs sufîragants à 
Valence en Dauphiné, pour y juger l'évêque de cette ville accus*' 
de divers méfaits 1 . Après une enquête et un jugement dont nous 
ignorons les termes, le concile publia vingt-trois canons. Ebbon 
de Grenoble se distingua dans ce concile par son activité : c'était 
un neveu cl' Ebbon, l'ancien archevêque de Reims, et ennemi 
acharné d'Hincmar. Aussi a-t-on présumé qu'il avait réuni ce 
concile pour combattre les principes de ce dernier. Du reste, on 
peut supposer que Rémi de Lyon, président de l'assemblée, ne 
laissa pas échapper cette occasion de combattre, par une sentence 
synodale, les capitula d'Hincmar qu'il avait déjà attaqués par 
d'autres moyens. Il est incontestable qu'il a été l'inspirateur 
des canons de Valence, car on reconnaît à première vue la parenté 
de ces canons avec l'ouvrage de Rémi : De tenénda immobiliter 
Scripturse veritate 2 . 

1. Le premier de ces canons forme une sorte d'introduction aux 
autres et déclare que dans les choses de foi, on doit éviter les 
novitates vocum et les garrulitates prœsumptivse, et qu'au sujet 
de la prescience et de la prédestination, il faut s'en tenir aux 
décisions des saints Pères. Cette doctrine des Pères est exposée 
dans les canons suivants : 

2. Deum prsescire et prœscisse seternaliter et bona, quse boni erant 
facturi, et mala, quœ mali sunt gesturi... fideliter tenemus et placet tene- 

1. Les trois métropoles de Lyon, de Vienne et d'Arles, ainsi que la ville de Va- 
lence (province ecclésiastique de Vienne), appartenaient au royaume de Lothaire. 
[Sirmond, Conc. Gall., t. ni, col. 95; Coll. regia, t. xxi, col. 678; Labbe, Concilia, 
t. vin, col. 133-146; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 87; Coleti, Concilia, t. ix, 
col. 1149; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 1; Hincmar et le concile de Valenc e 
dans l'affaire de Golescalc, dans Anal, juris ponlificii, t. iv, p. 540-563. Voir 
Appendices. (H. L.)] 

2. Maugin, op. cit., t. u, p. 3(Ki sq. 



'[.">('.. CONCILE DE VALENCE, EN 855 'M<- 







re, bonos praescisse (Deum) omnino per gratiam suam bonos l'uturos, et 
per eamdem gratiam alterna praemia accepturos ; malos praescisse per 
propriam malitiam malos futuros, et per suam justitiam aeterna ultione 
damnandos... Nec prorsus ulli malo prœscientiam Dei imposuisse neces- 
194] sitatem, ut aliud esse non posset, sed quod ille futurus erat ex propria 
voluntate,... Deus... praesciit ex sua omnipotenti et incommutabili ma- 
jestate. Nec ex prœjudicio ejus (Dei) aliquem, sed ex merito propriae ini- 
quitatis credimus condemnari ; nec ipsos malos ideo perire, quia boni 
esse non potuerunt, sed quia boni esse noluerunt, suoque vitio in massa 
damnationis, vel merito originali vel etiam actuali permanserunt. 

3. ...Fidenter fatemur praedestinationem electorum ad vitam, et prae- 
destinationem impiorum ad mortem; in electione tamen salvandorum 
misericordiam Dei prœcedere meritum bonum, in damnatione autem 
periturorum meritum malum praecedere justum Dei judicium. Praedesti- 
uatione auterri Deum ea tantum statuisse. quae vel gratuita misericordia, 
vel justo judicio facturus erat... In malis vero ipsorum malitiam prae- 
scisse, quia ex ipsis est, non praedestinasse, quia ex illo(Deo) non est. Pœ- 
nam sane, malum meritum eorum sequentem, uti Deum qui omnia pro- 
spicit praescivisse, et praedestinasse, quia justus est...Verum aliquos ad 
malum praedestinatos esse divina potestate, videlicet ut quasi aliud esse 
non possint (possent), non solum non credimus, sed etiam si sunt, qui 
tantum mali credere velint, cum omni detestatione, sicut Arausica syno- 
dus, illis anathema dicimus. 

4. Item de redemptione sanguinis Christi, propter nimium errorem, 
qui de hac causa exortus est, ita ut quidam, sicut eorum scripta indicant, 
etiam pro illis impiis, qui a mundi exordio usque ad passionem Domini in 
sua impietate mortui aeterna damnatione puniti sunt, efïusum eum de- 
finiant... illud nobis simpliciter et fideliter tenendum ac docendum pla- 
cet..., quod pro illis hoc datum pretium teneamus, de quibus ipse Domi- 
nus noster dicit : ut omnis qui crédit in eum, non pereat, sed habeat vitam 
seternam, et Apostolus : Christus, inquit, semel oblatus est ad multorum 
eœhaurienda peccata. Porro capitula quatuor, quae a concilio iratrum nos- 
trorum (à Quierzy) minus prospecte suscepta sunt, propter inutilitatem 
vel etiam noxietatem et errorem contrarium veritati, sed et alia 19 syllo- 
gisinis ineptissime conclusa (il s'agit de V écrit d' Érigène), et, licet jactetur, 
nulla sœculari litteratura nitentia, in quibus commentum diaboli, potius 
quam argumentum aliquod fidei. deprehenditur, a pio auditu fidelium 
penitus explodimus... 

5. Item firmissime tenendum credimus, quod omnis multitudo fidelium 
ex aqua et spiritu sancto regenerata, ac per hoc veraciter Ecclesiœ incor- 
porata, el juxta doctrinam apostolicam in morte Christi baptizata, m 
ejns sanguine sil a peccatis suis abluta : quia nec in ois potuil esse vera 

eneratio, nisi Qerel el vera redemptio, cum in Ecclesiae sacramentis 
nihil sil cassum, nihil ludificatorium, sed prorsus lot uni verum et ipsa 



206 LIVRE XX11 

sua veritate ac sinceritate subnixum. Ex ipsa tamen multitudine fidelium 
et redemptorum alios salvari œterna salute, quia per gratiam Dei in re- 
demptione sua fideliter permanent... alios, quia noluerunt permanere in 
salute fidei, quam initio acceperunt, redemptionisque gratiam potius 
irritam facere prava doctrina vel vita, quam servare, elegerunt, ad ple- 
nitudinem salutis et ad perceptionem aeternœ beatitudinis nullo modo 
pervenire. 

6. Ttem de gratia, per quam salvantur credentes, et sine qua rationis [195] 
creatura nunquam béate vixit, et de libero arbitrio per peccatum in pri- 
mo homine infirma to, sed per gratiam Domini Jesu fidelibus ejus redin- 
tegrato et sanato, idipsum constantissimi et fide plena fatemur, quod 
sanctissimi patres auctoritate sacrarum Scripturarum nobis tenendum 
reliquerunt, quod Af ricana, quod Arausica synodus professa est, quod 
beatissimi pontifiees apostolicœ Sedis catholica fide tenuerunt ; sed et 
de natura et gratia in aliam partem nullo modo declinare prœsumentes. 
Ineptas autem quastiunculas et amies pêne fabulas, Scotorumque pultes 
(la lettre de Scot Erigène et de ses partisans) x puritati fidei nauseam infe- 
rentes, quse... usque ad scissionem caritatis miserabiliter et lacrymabiliter 
succreverunt... penitus respuimus... Recordetur fraternitas, malis mundi 
gravissimis se urgeri... hœc vincere ferveat, hrec corrigere laboret, et su- 
perfluis cœtum pie dolentium et gementium non oneret; sed potius certa 
et vera fide, quod a sanctis patribus de his et similibus sufficienter prose- 
cutum est, amplectatur. 

Les collections des conciles passent immédiatement au c. 7; 
mais Hincmar nous apprend que le compositor capitulorum avait 
joint à ce canon neuf capitula extraits des Pères, que Ptemi avait 
réunis dans son ouvrage De tenenda Scripturse veritate (c. x) 2 ; c'est 
ce qui résulte également de sa prsefatio à cet ouvrage, dans 
laquelle il copie les canons de Valence et de Savonnières, à 
l'exception du premier canon, et donne également les sententias 
Patrum. 

Les autres canons ont trait à d'autres sujets; il est surprenant 
que le concile de Valence n'ait pas traité la question : « Si Dieu 
veut que tous les hommes arrivent au bonheur éternel, » ques- 
tion bruyamment posée par Gotescalc, diversement solutionnée 
par Hincmar et ses adversaires et traitée si soigneusement par 
Rémi dans ses écrits. Il est vrai que cette question touche à cette [196] 

1. Hincmar, De prsedestinat., c. xxiv sq., P. L. t. cxxv, col. 210 sq. 

2. Baronius, Annales, ad ami. 855, 1, qui ne connaissait pas les écrits de Scot 
Erigène, a pensé que quelques Scoti vagabundi ayant à leur tête Gotescalc 
avaient répandu les erreurs du prédestinatianisme. 



456. CONCILE DE VALENCE EN 855 207 

autre : « Si le Christ est mort pour tous, » question résolue dans 
le can. 4. On ne saurait admettre avec Hinemar 1 que Rémi ait 
passé sous silence la question : « Si Dieu veut que tous les hommes 
arrivent au bonheur éternel, » parce qu'il avait inséré dans le 
can. 4 ces mots du pape Célestin : tanta est erga omnes ho- 
mines bonitas Dei. Maugin remarque avec raison 2 que ces mots 
ne figurent pas dans le can. 4 ; mais par c. 4 Hinemar n'enten- 
dait pas le 4 e canon de Valence, mais bien le n. 4 (ou plus exac- 
tement 5) du chapitre x de l'écrit de Rémi De tenenda immobi- 
liter Scriptural veritate, où se trouvent en effet ces mots de 
Célestin. — Les autres canons de Valence sont ainsi conçus : 

7. Beaucoup de sièges étant occupés par des évêques ignorants, 
on demandera aux princes que désormais, pour toute vacance 
de siège, on procède à une élection canonique par le clergé et par 
le peuple. Si le roi juge à propos de nommer évêque un des clercs 
qui sont à son service, on examinera avec soin la science et la 
conduite de ce clerc. Si le métropolitain le juge nécessaire, il 
s'adressera, d'accord avec les autres évêques, à l'empereur pour 
empêcher le candidat indigne de Tépiscopat de parvenir. 

8. On punira par l'excommunication la spoliation des églises. 
Cette peine atteindra également celui qui prétexte avoir reçu du 
roi ces biens d'Eglise, jusqu'à ce que l' évêque se soit expliqué 
avec le roi et qu'une sentence royale en ait décidé. 

9. Menaces contre ceux qui oppriment les églises et les clercs. 

10. Sur les biens ecclésiastiques, qui sont entre les mains des 
laïques et ne peuvent être restitués (voyez c. 9 de Soissons), 

ri971 on prélèvera les nonœ et les décimée. Tous les fidèles donneront 
la dîme de tout ce qu'ils possèdent. Défense de pratiquer l'usure. 

11. Dans les procès on ne doit pas faire prêter serment aux deux 
parties. 

12. Lorsque deux personnes en procès veulent le vider par les 
armes, et que l'un des deux adversaires tue l'autre, celui-ci sera 
regardé comme suicidé, et le survivant traité comme meurtrier. 

Dans la seconde session, tenue le lendemain, ou décréta les 
canons suivants : 

13. Les évêques doivent se soutenir mutuellement ; quiconque 
est excommunié par son évêque, ne doit pas être admis à la com- 
munion par un autre évêque. 

1. Maugin, op. cit., t. n, p. 308. 

2. Hinemar, Dp prsedestin., c. xxn, P. L., t. cxxv, col. 195. 



208 LIVRE XXII 

14. Aucun évêque n'opprimera les clercs et les moines placés 
sous sa juridiction. 

15.11 donnera à tous le bon exemple par sa conduite. 

16. Il prêchera lui-même à la ville et à la campagne, ou fera prê- 
cher ses ministri. 

17. Les visites des communes et des paroisses ne seront (finan- 
cièrement) à charge à personne. 

18. Les évêques se concerteront sur les ordonnances au sujet 
des écoles où l'on enseigne la science ecclésiastique et de celles 
où s'enseignent la science profane et le chant de l'Eglise. Ces écoles 
sont ruinées à l'heure qu'il est. 

19. Le métropolitain surveillera la conduite de ses suffragants. 
20-21. On n'emploiera pas les ressources de l'Eglise à des fins 

profanes. On n'échangera pas les biens des églises, du moins avec 
perte. 

22. L'évêque n'exigera pas de ses prêtres les redevances pour des 
visites qu'en réalité il ne fait pas. 

23. Agilmar, archevêque de Vienne, se plaint de ce que certains 
laïques émettent des prétentions au sujet de son archidiacre, 
sous le faux prétexte qu'il n'est pas de condition libre, mais qu'il 
est leur esclave. C'est pourquoi ils persécutent depuis des années 
l'Église de Vienne, quoique le roi ait porté contre eux une 
décision et que la liberté de l'archidiacre ait été confirmée par 
plusieurs dépositions. Le concile menace ces laïques, s'ils s'obs- 
tinent, de les exclure de toute communion avec les chrétiens, 
rappelle deux anciennes lois civiles pour montrer que l'on 
doit, sur ces points, obéissance à la décision des évêques, et 
qu'en toute hypothèse l'archidiacre est couvert par la prescrip- 
tion. 

Peu après la célébration du concile de Valence, l'empereur Lo- ngg-j 
thaire tomba malade de consomption; son mal s'aggravant, il 
se retira dans le couvent de Prûm, où il mourut le 29 septembre 
855, après avoir pris l'habit monacal. Sur l'invitation d'Ebbon, 
évêque de Grenoble, il ordonna, avant de mourir, d'envoyer au 
roi Charles <!<• France les actes du concile de Valence (du moins les 
canons relatifs à la prédestination), avec les écrits de Rémi et 
les dix-neuf propositions condamnées, extraites de l'écrit de 
Scot. Cet ordre fui exécuté, et en septembre 856, le roi Charles, 
qui se trouvait alors à la villa de Nielfa au diocèse de Rouen, 
envoya lous ces documents à l'archevêque Hincmar, qui y ferait 



456. CONCILE DE VALENCE, EN 8j5 209 

une réponse orthodoxe 1 . Hincmar écrivit à cette fin (857-858) son 
premier livre De prsedestinatione, dont nous ne possédons plus 
que l'introduction adressée sous forme de lettre au roi Charle-. 
Il s'y plaint amèrement, et non sans motif, de ce que le concile 
de Valence n'ait pas cité intégralement ses quatre capitula, au lieu 
d'en donner seulement des passages défigurés et détournés de 
leur sens, afin de les présenter comme dignes de condamnation. 
Le concile a omis certains endroits, afin d'insinuer qu' Hincmar se 
mettait en contradiction avec la doctrine des Pères et celle des con- 
ciles d'Orange et d'Afrique 2 . M au gin 3 répond que la coutume des 
conciles n'était pas de répéter en entier les propositions condam- 
nées, ce qui n'est pas une raison, car Hincmar se plaint surtout de ce 
qu'on a détourné de leur sens les passages tirés de ses écrits cités au 
concile de Valence. En effet, c'est ce qui s'est produit dans les can. 4 
et 5 de Valence ; de plus, le can. 6 accuse expressément Hincmar 
de s'être mis en contradiction avec les conciles d'Orange et d'Afri- 
que, et ce reproche est encore plus accentué dans l'ouvrage de 
Rémi : De tenenda immobiliter Scripturœ veritate. 

Hincmar a moins raison lorsqu'il reproche au concile de Valence 
d'avoir passé sous silence la question : « Dieu veut-il que tous 
les hommes arrivent au bonheur éternel ? » Par contre, il a raison 
de dire, que le 5 e canon de Valence suggère la pensée quasi ludi- 
[19 JJ ficatio aliqua in sacris mysteriis esse possit. C'était une injustice 
manifeste contre l'archevêque de Reims que de placer dans le 
can. 4 les dix-neuf propositions de Scot à côté des quatre chapitres 
de Quierzy et d'imputer le tout à Hincmar. Celui-ci répond qu'il 
ne les avait même pas vus (il écrit 16 au lieu de 19), avant qu'Ebbon 
(de Grenoble) ne les eût envoyés au roi Charles, et malgré toutes 
ses recherches, il n'avait pu en découvrir l'auteur. Maugin 4 
accuse ici Hincmar de mensonge grossier, puisque lui-même avait 
engagé et forcé Scot à composer cet écrit ; mais Maugin oublie 
que ces dix-neuf propositions ne sont pas l'écrit même de Scot, 
mais un extrait fait par ses adversaires et communiqué à Prudence. 
Or. puisque ce parti s'est permis de dénaturer les propositions 
d' Hincmar, il n'aura pas été plus scrupuleux à l'égard de Scot 



1. Hincmar, P. L., t. cxxv, col. 49, 51, 55, 57 et 297. 

2. P. L., t. cxxv. col. 49 sq. et Flodoard, Hist. Ecoles. Remensis, 1. III. c. xv. 

3. Maugin, op. cil., t. n, p. 316. 
i. Maugin, op. cit., t. n, p. 317. 

CONCILES - IV — I 



210 LIVRE XXII 

Erigène. C'est ce qu'Hincmar insinue en disant que ces dix-neuf 
syllogismes avaient été compilés uniquement ad cujusdam (Scot) 
opinionem infamandam. Il feint de croire que les actes de Valence 
n'étaient arrivés entre les mains du roi qu'altérés, car il ne pouvait 
admettre que ses collègues se fussent conduits à son égard avec 
tant d'inimitié, au lieu de l'entendre et de chercher à le convertir 
fraternellement. Un autre indice qui permettait de douter de 
l'authenticité de ces actes, c'est qu'à part les archevêques, 
on ne nommait d'autre évêque comme présent au concile 
qu'Ebbon de Grenoble, ce qui était contraire à la pratique uni- 
verselle, et invraisemblable, à cause de la modestie d'Ebbon. En 
terminant, Hincmar fait au roi l'esquisse de son premier livre 
De prœdestinatione, aujourd'hui perdu. 



457. Autres conciles de 855 à 859. Trêve dans les luttes 

sur la prédestination. 

Trois semaines environ après la célébration du concile de Valen- 
ce, l'empereur Louis II réunit à Pavie, le 4 février 855 L , les évêques 
de la haute Italie, ils devaient le conseiller, 1° sur, la pénurie des 
clercs et des moines, 2° sur le défaut d'instruction dans le peuple, 
3° lui indiquer les monastères, églises et hôpitaux réclamant une 
restauration; 4° enfin lui faire connaître la conduite des comtes 
et de leurs coopéra teurs. Les évêques, parmi lesquels AngilberL 
de Milan, André, patriarche d'Aquilée, Joseph, archichapelain et ("2001 
évêque d'ivrée, exposèrent les abus cl indiquèrenl 1rs anciennes 
ordonnances à renouveler. L'empereur publia un edit défendant 
le vol, confirmant les immunités des églises e1 des monastères, 
cxhortantles comtes à pratiquer la justice et à protéger les veu- 
ves et les orphelins, leur recommandant, ainsi qu'aux évêques, 
de ne pas molester le peuple dans leurs voyages, et de ne pas 
tolérer les trop fréquentes rapines de leurs serviteurs. Un second 



1. Coll. regia, t. xxi, col. 699; Labbe, Concilia, t. vin, col. 146-150; Hardouin, 
Conc. coll., t. v, col. 97; Basnage, Thesaur. monument., 1725 ; t. n, part. 2, 
p. 353-368; Coleti, Concilia, t. ix, col. 1161, Mansi, Concilia, Supplem., t. i, col. 
931; Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 15; Pertz, Monum. Germ. histor., t. m, Leges, 
t. i. p. 430, Capilularia, t.n, p. 8S : Bôhmer-Mùhlbacher, Regesta, c. 1168. (H. L.) 



457. AUTRES CONCILES DE 855 A 859 211 

édit impérial contient des prescriptions relatives aux missi ; un 
troisième, enfin, renferme diverses ordonnances sur la pratique 
de la justice, la restauration des églises baptismales, les dîmes et 
la réédification des ponts, notamment à Pavie. 

Au mois d'août de celte même année 855 ] . vingt-huit évoques 
francs et treize abbés célébrèrent un concile à Bonneuil-sur-Marne, 
non loin de Charcnton. Les quatre métropolitains Amalric de Tours, 
Wenilo de Sens, Hincmar de Reims et Paul de Rouen étaient 
présents à ce concile qui confirma les privilèges du monastère 
d'Anisol (s. confessoris Carilefi) près du Mans (Saint-Calais), con- 
tre les prétentions de l'évêque de cette ville 2 . 

Un concile romain tenu sous le pape Léon IV, entre 853 et 855, 
s'occupa du conflit entre Sienne et Arezzo. Déjà un concile de 
715 avait adjugé à l'évêché d' Arezzo les églises et couvents au 
sujet desquels s'était élevé le conflit. Mais le pape Léon IV se 
prononça en faveur de l'église de Sienne 3 . Nous verrons cette 
question de nouveau agitée en 1129. 

En novembre 855, se tint à Winchester (W intoniensis) , un grand 
concile national anglais auquel assistèrent les trois rois Ethelwulf 
de Wessex, Béorred de Mercie et Edmond d'Ostanglie, ainsi que 
[201] les évêques et les grands de toute l'Angleterre 4 . 

Dans ce concile, le roi Ethelwulf fit des présents considéra- 
bles à l'Eglise, qui avait tant souffert de l'invasion des barbares, 
l'exempta de tout impôt civil et de toute redevance. Le docu- 
ment original, assez difficile à comprendre, a été conservé en 
plusieurs exemplaires. 

Il s'est tenu à Constantinople, en 845 et 856, deux conciles 
occasionnés par Grégoire Asbesta, archevêque de Syracuse, qui, 



1. D'après Mansi, ce serait en 853. Voir Appendices. (H. L.) 

2. Mansi, op. cit., t. xv, p. 22. La question du monastère de Saint-Calais a été 
plusieurs fois traitée parles synodes francs. Voyez plus haut, § 446, et plus bas,§§ 
467 et 471. 

3. Mansi, op. cit., t. xv, p. 29 sq. ; Jaffé, Regesta pontif.rom.,j). 235-236; 2 e 
édit., p. 340. Voir aux Appendices où nous restituons ce concile au mois d'avril 

850. (H. L.) 

4. Coll. regia, t. xxn, col. 20; Labbe, Concilia, t. vin, col. 243-246; Hardouin, 
Concil. coll., t. v, col. 111; Coleti, Concilia, t. ix, col. 1259; Wilkins, Conc. Bril. 
t. i, col. 183-185; Mansi, Concil., ampliss. coll., t. xv, col. 112; Lingard, Hisl. 
d' Angleterre, t. i; Haddan et Stubbs, Councils and ecclesiastical documents, t. m, 
p. 636 (H. L.) 



212 



LIVRE XXII 



on le verra plus Lard 1 , quoique déposé par le patriarche Ignace, 
ordonna Photius d'une manière illégitime 2 . 

I 11 concile tenu à Quierzy, en février 857, chercha à mettre 
un terme aux désordres et à l'insécurité qui troublaient le 
royaume de Charles le Chauve : il prescrivit aux évoques et aux 
comtes de tenir de petites réunions pour inculquer à leurs infé- 
rieurs les préceptes de la sainte Ecriture et de l'Eglise contre le 
vol et leur dépeindre l'énormité de ces fautes; il fait diverses cita- 
tions des papes Anaclet, Urbain et Lucius, empruntées en réalité 
au pseudo- Isidore 3 . 

Nous savons qu'un concile romain tenu sous le pape Benoît III 
(855-858) réduisit à la communion laïque le cardinal-prêtre Anas- 
tiisc, dont nous avons déjà parlé. Soutenu par les missi impé- 
riaux, Anastase s'était rendu à Rome aussitôt après l'élection 
de Benoit III, avait fait arrêter le pape, l'avait maltraité et s'était 
posé comme antipape. Mais le peuple se prononça en faveur du 
pape Benoît dont Anastase et ses partisans durent implorer la 
clémence. Peut-être faut-il aussi attribuer à ce synode les vingt- 
cinq canons édités par Pertz 4 . 

Lorsque, dans les conciles tenus à Mayence en 847-848, lui conclu, 
entre les évêchés de Hambourg-Brème et de Verden, l'acte de 
conciliation dont nous avons parlé 5 , le siège de Cologne était 
vacant. Le 20 avril 850, Gùnther, depuis si célèbre dans l'af- 
faire du divorce de Lothaire, fut nommé archevêque de Cologne. 
Ansgar chercha aussitôt à obi cuir son assentiment à l'arrange- 
ment, parce que Brème jusqu'alors sufïragant de Cologne vou- 



1. Voir § 464. 

2. Conc. de 854 : Coll. reg., t. xxi, col. 678; Labbe, Concilia, t. vin, col. 133 ; 
Coleti, Concilia, t. ix, co.l 1147; Mansi, Concilia, Supplem., t. i, col. 930 ; Conc. 
amplis*, coll., t. xiv, col. 1030; Conc. de 856; Mansi, Concilia, Supplem., t. i 
col. 947; Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 124. (H. L.) 

3. Sirmond, Conc. Gall., t. ni, col. 110; Coll. regia, t. xxn, col. 25; Lalande, 
Concilia, col. 162; Labbe, Concilia, t. vin, col. 246-250, 1946 ; Hardouin, Coll. 
concil., t. v. col. 115; Coleti, Concilia, t. ix, col. 1263; Mansi, Concilia, Supplem. 
t. i, col. 947; Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 126; Pertz, Mon. German. histor. 
t. m, Lcges, t. i, p. 451; Tiïbinger theolog. Quarlals., 1847, p. 647 sq. Voir Appen- 
dices. (H. L.) 

4. Hardouin, op. cit., t. v, col. 86; Mansi, op. cit., t. xiv, col. 1028 ; Pertz, 
Monum. German. histor., t. ni, Leges, t. i, p. 439. [Jafïé, p. 340 (H. L.)] Voir § 
354. 

5. Voir § 442. 



457. AUTRES CONCILES DE 855 A 859 213 

lait maintenant s'affranchir de celle juridiction. Gùnther s'y re- 
fusa longtemps, et ce ne fut que dans la diète synodale de 
Worms (carême de 857), qu'il se déclara disposé, grâce aux dé- 
marches des deux rois, Louis le Germanique et Lothaire de Lor- 
raine, à cesser son opposition, si le pape de son côté consentait 
à l'.nnion des diocèses de Brème et d'Hambourg. Le pape Nico- 
las I er accepta cette union, en 858 ou 859, après que Louis le 
Germanique eut. à cet effet, envoyé à Rome Salomon, évèque de 
Constance 1 . 

Au rapport de plusieurs anciens chroniqueurs, il se serait 
tenu un concile à Mayence en 857 2 . Après la mort de Rhaban 
survenue le 4 février 856, Charles, prince d'Aquitaine, avait été 
élevé sur le siège archiépiscopal de Mayence. Entré volontaire- 
ment, ainsi qu'il le rapporte lui-même, dans le monastère de 
[202] Corbie en 849, il s'était enfui en Germanie en 854, auprès de son 
oncle Louis, et était entré à Fulda. Au témoignage des hommes 
les plus autorisés, ce prince était doué des plus belles qualités 
et digne du titre d'archevêque, et d'archichancelier de l'empire 
germanique. D'après les chroniqueurs, le 1 er octobre 857, Gùn- 
ther, archevêque de Cologne, avait écrit à Aldfrid. évêque d'Hil- 
desheim, membre de l'assemblée, que le 15 septembre, pendant 
un violent orage, la foudre, semblable à un dragon de feu, était 
tombée sur la basilique de Saint-Pierre à Cologne et avait blessé 
plusieurs personnes. Martène, Durand et d'autres, avec Mansi 3 , 
rapportent à ce concile de Mayence une bulle du pape Nicolas I er 
à Charles, archevêque de Mayence, et à ses sufïragants. Mais la 
supposition que cette bulle est une réponse à la lettre synodale de 
Mayence est hasardée, et Binterim a émis contre l'authenticité 
de cette bulle des objections qu'il n'est pas facile de réfuter 4 . 

Mentionnons, en passant, un concile diocésain tenu a Tours 
(mai 858), dans lequel l'archevêque Hérard promulgua pour 
son clergé cent quarante canons composés par lui 5 . 

1. La bulle pontificale se trouve dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 137; Klippel, 
Biogr. des Ansgar, p. 89 et 224. Voyez la date de la bulle dans Binterim, Deutsche 
Concil., t. m, p. 53, et Mansi, op. cit.. t. xv. p. 130. 

2. Coll. regia, t. xxu, col. 31 ; Labbe, Concilia, t. vin, col. 250; Coleti, Concilia 
t. ix, col. 1262; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 140. (H. L.) 

3. Mansi, op. cit., t. xv, col. 141. 

4. Binterim, Deutsche Conciliai, t. ni, p. 10 sq. 

5. Maan, Conc. Turon., 1667, t. n ; Labbe, Concilia, t. vin, col. 627-376 ; 



214 LIVRE XXII 

Vers cette époque, un grand mécontentement régnait en France 
contre le roi Charles le Chauve qui tenta en vain, dans une diète 
tenue à Quierzy, en mars 858, de se rattacher plus étroitement 
les grands par un serment réciproque 1 . Plusieurs de ces grands se l^và] 
rendirent aussitôt auprès de Louis le Germanique, qui, sur leur 
invitation, passa le Rhin (été de 858), sous prétexte de secourir 
la malheureuse France, en réalité pour la prendre à son frère. 
Plusieurs des vassaux laïques et ecclésiastiques de ce dernier, 
parmi lesquels Wenilo, archevêque de Sens, abandonnèrent aus- 
sitôt leur roi légitime pour passer à l'ennemi, si bien que Char- 
les le Chauve dut se réfugier en Bourgogne, tandis que Louis, se 
considérant déjà comme maître de la France, distribuait évê- 
chés, abbayes et fiefs à tous les transfuges. Les prélats demeurés 
fidèles à la cause de Charles le Chauve, Hincmar de Reims et 
Wenilo de Rouen à leur tête, cherchèrent à s'interposer entre les 
deux frères, et proposèrent une conférence à laquelle assisteraient 
les amis des deux princes, dans l'espoir d'aboutir à un com- 
promis. Louis, rejetant cette proposition, prescrivit la réunion 
à Reims pour le 25 novembre 858, des grands et des prélats 
de son royaume. Mais les prélats des provinces de Reims et de 
Rouen, restés fidèles au roi Charles, quoique mandés à cette 
assemblée, n'y parurent pas ; ils se réunirent à Quierzy d'où 
ils envoyèrent au roi Louis une lettre synodale rédigée par 
Hincmar. Ils s'excusent d'avoir décliné l'assignation à Reims, 
exhortent Louis à réfléchir aux motifs qu'il a pu avoir pour 
envahir la France; ils lui rappellent l'heure de la mort qui ne 
saurait tarder pour lui, et rapportent les cruautés commises 
dans tous les diocèses par lesquels Louis a passé. Il eût mieux 
valu, disent-ils, conduire son armée contre les païens. Si, comme 
il l'écrivait, sou but était de relever l'Église, il devait commencer 
par en respecter les privilèges et en défendre les biens, honorer les 
chefs et lui procurer les moyens de se développer sans entraves. 
(Ici le c. 7 rapporte une vision d'Euchérius, évêque d'Orléans, 
qui vit Charles Martel en enfer pour avoir pris les biens de 
l'Église.) 11 en était de même des monastères et des hôpitaux. 



Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 450; Mansi, Concilia, Supplem., t. i, col. 979; 
Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 523; Hauréau, Gallia christiana, 1856, t. xiv, 
Instrumenta, p. 39-46. Voir Appendices. (H. L.) 

1. Pertz, Leg., t. i, p. 457. Voir Appendices (H. L.) 



457. AUTRES CONCILES DE 855 A 859 215 

Louis écrivait que le concile de Reims indiquerait les réformes 
concernant la conduite des fidèles. Sur ce point encore, il ferait 
bien de commencer par lui-même et par sa propre maison. En 
terminant, les évêques répètent qu'en raison de la prochaine 
fête de Noël, ils ne peuvent en principe se rendre à la convocation, 
[204] ma i s consentent à se rencontrer avec les autres évêques dans un 
concile fixé à une date plus favorable et plus canonique, après 
toutefois qu'ils auront eu le loisir d'en délibérer avec ceux de 
leurs collègues qui avaient sacré roi Charles le Chauve. Pour 
le moment, il ne leur était pas possible de prêter au roi Louis 
le serment de vassalité 1 . 

Dans la première édition nous avons parlé d'une lettre d'Hinc- 
mar. adressée au roi Louis après la convocation d'un concile à 
Soissons 2 . Mais cette lettre appartient à l'année 879-880 et le 
roi Louis dont il est question est Louis III de Saxe (troisième 
fils de Louis le Germanique) qui cherchait à s'emparer du royaume 
franc de l'ouest. Dès le commencement de l'année 859, Louis 
comprit que sa situation en France était désespérée. Aussi vers 
le 1 er mars, regagna-t-il le Rhin en toute hâte, et dès le milieu 
du même mois, il était déjà rendu à Worms. Sur le désir des rois 
Charles de France et Lothaire de Lorraine, les évêques de ees 
deux royaumes se réunirent à Metz (mai 859) 3 , d'où ils envoyè- 
rent Hincmar de Reims, Gùnther de Cologne et Wenilo de Rouen, 
et plusieurs autres évêques à Worms, pour faire connaître au 
roi Louis à quelles conditions il obtiendrait le pardon de l'Eglise 
pour ce qui venait de se passer. Il répondit qu'il en délibérerait 
avec les évêques de son royaume ; en effet, ces délibérations 

1. [A. Duchesne, Histor. Franc, script., 1636, t. i, p. 792; Labbe, Concilia, 
t. vin, col. 654-668, 1947-1948; Bouquet, Rec. des hist. de France, 1741, t. m. 
col. 659-660; B. Guérard, dans Notices et extraits des manuscrits, 1838, t. xm, 
part. 2, p. 62; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 456; Mansi, Conc. ampliss. coll., 
t. xvii, appendix, col. 69; Hincmar, Epist., i, P. L., t. cxxvi, col. 9 sq. (H. L.)] 
Gfrôrer, Gesch. der Karolinger, t. i, p. 272 et Gess, Lebensgesch. Hinkmars, 
p. 160 sq. ; Weiszàcker, Hinkmar und Pseudo-Isidor, dans Illigeii-Xiedner, Zeilsch. 
/. hi-tor. Theol., 1858, t. ni, p. 408 sq. veut trouver dans cette lettre d'Hincmar 
des preuves d'une duplicité manifeste, dans ce sens que l'archevêque de Reims 
tiendrait tantôt le parti de Charles et tantôt celui de Louis. 

2. Flodoard, Hist. Eccles. Rem., 1. III, c. xxm, P. L., t. cxxxv, col. 230. 

3. Coll. regia, t. xxn, col. 634; Labbe, Concilia, t. vin, col. 668-673, 1948-1949; 
Hardouin, Concilior. coll., t. v, col. 477; Coleti, Concilia, t. x, col. 105; Mansi, 
Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 525. Voir Appendices (H. L.) 



216 LIVRE XXII 

aboutirent, le 5 juin 8G0, à une réconciliation complète, dans la 
diète qui se tint à Coblentz, dans l'église de Saint-Castor, e1 qui 
osl souvent comptée au nombre des conciles 1 . 



458. Reprise des discussions sur la prédestination. - - Conciles [205] 
de Langres, de Savonnières près de Toul. 

En 859, les évêques des trois provinces de Lyon, de Vienne 
et d'Arles, qui s'étaient auparavant réunis en concile à Valence, 
furent convoqués par le roi Charles, fils de l'empereur Lothaire 2 , 
ad concilium Tullense apud Saponarias, c'est-à-dire à Savonnières, 
près de Toul, où se trouvèrent des évêques de plusieurs autres 
provinces 3 . Mais quinze jours avant la réunion de Toul, les évê- 
ques tinrent, d'accord avec leurs rois, une sorte de synode préli- 
minaire in Andemantunno Lingonum (Langres), dans la province 
de Lyon, dans le but de donner à leurs canons de Valence une 
rédaction un peu différente, qu'ils se flattaient de faire approu- 
ver par Charles le Chauve 4 . Dans ce but, il répétèrent mot 

1. Coll. regia, t. xxn, col. 678; Labbe, Concilia, t. vin, col. 678-702, 1951-1952; 
Hardouin, Concil. coll., t. v, col. 478, 503; Coleti, Concilia, t. x, col. 141 ; Mansi, 
Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 549; t. xvn, Appendix, col. 81, 93; Pertz, Monum. 
German. histor., t. m, Leges, t. i, col. 458, 468; Gfrôrer, op. cit., p. 301, 306 sq. t 
(H. L.) 

2. L'empereur Lothaire avait partagé son empire de la manière suivante : 
son fils aîné Louis II obtint l'Italie et la couronne impériale ; Lothaire (le mari 
de Teutberge) eut les provinces allemandes (Lotharingie) ; le plus jeune, Charles, 
eut les provinces franques (Provence). Dans ce dernier royaume, se trouvaient 
les trois métropoles de Lyon, de Vienne, et d'Arles. Langres s'y trouvait aussi, 
tandis que Toul était dans^la Lotharingie. 

3. Savonnières, commune de Foug, arrondissement de Toul, département 
de Meurthe-et-Moselle. Pithœus, Ann. hist. Franc, 1594, p. 491-498; Sirmond, 
Conc. Galliœ, t. ni, col. 137 ; Duchesne, Hist. Franc, script., t. n, p. 436; Coll. regia, 
t. xxn, col. 642; Labbe, Concilia, t. vin, col. 674-695, 1949-1950 ; Hardouin, 
Coll. concil., t. v, col. 483; Martène. Thesaur. nov. anecd., 1717, t. m, col. 857- 
859 ; Coleti, Concilia, 1730, t. x, col. 113; Bouquet, Recueil des hist. de la France, 
1749, t. xn, col. 582-585; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 527; Duru, Bi- . 
blioth.hist. de l'Yonne, 1850, t. i, p. 292-301; Pertz, Monum. Germ. hist., t. m, 
Leges t. i, p. 462 sq. Voir Appendices (H. L.) 

4. Sirmond, Conc. Gallise, t. m, col. 136, 153 ; Coll. regia, t. xxn, col. 641 ; 
Labbe. Concilia, t. vm, col. 673-674. 690-694 : Hardouin, Coll. concil., t. v, 



i58. CONCILES DE LANGRES, ETC. 217 

pour mot les six premiers canons de Valence ; mais ils firent 
suivre le canon 4 e de la phrase suivante : capitula quatuor, quse 
a concilio fratrum nostrorum (à Quierzy) minus prospecte suscepta 
su ut, propter inutilitatem vel etiam noxietatem et errorem con- 
trarium veritati, parce qu'ils savaient que Charles avait approuvé 
cl souscrit les quatre capitula de Quierzy. Du c. 5, ils retranchèrent 
la citation de la lettre aux Hébreux, x, 26. Les dix autres canons 
ajoutés par le concile de Langres ont trait à divers points de 
discipline et n'ont aucun rapport avec la question principale. Peut- 
être étaient-ils destinés à dissimuler le but véritable de la réu- 
nion. Hincmar nous apprend 1 qu'on ajouta aux capitula de Lan- 
gres les sept règles de Rémi concernant la prédestination. 

Une charte de donation de Jonas, évoque de Nevers, se rap- 
porte à un concile tenu dans l'abbaye 'des Saints- Jumeaux, en 
avril 859 : c'est vraisemblablement le concile de Langres; toute- 
^uoj | () j s ] a date ne s'accorde pas parfaitement, car la réunion de Lan- 
gres s'est terminée le dernier jour de mai ou le premier jour de 
juin. 

Le 14 juin 859 s'ouvrit, dans la villa de Savonnières, près de 
Toul, le grand concile national franc, qui dans sa lettre à Wenilo, 
archevêque de Sens, prend lui-même le titre de universale conci- 
lium 2 . Outre les trois rois (maries le Chauve de France, Lothaire 
de Lorraine et Charles de Provence 3 , l'assemblée comptait les 
évêques de douze provinces ecclésiastiques, et en particulier les 
métropolitains Rémi de Lyon, Rodulf de Bourges, Giïnther de 
Cologne, Hincmar de Reims, Arduic de Besançon, Thietgaud 
de Trêves, Wenilo de Rouen et Hérard de Tours. Le roi Charles 
présenta au concile un mémoire, que nous possédons encore, dirigé 
contre Wenilo, archevêque de Sens, qui lui avait été infidèle et 
avait entraîné plusieurs collègues dans sa défection. On lit dans 
ce1 écrit que personne n'a le droit de déposer le roi, sans la décision 
préliminaire, des évêques (a qua regni sublimitate supplantari vel 
projici a nullo debueram, saltem sine audientia et judicio episcopo- 

col. 481; Coleti, Concilia, t. x, col. 111; Mansi, Concilia, Supplem., t. i, col. 982; 
Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 546. Voir Appendices. (H. L.) 

1. Hincmar, De prœdeslinatione, c. xxxi, P. L., t. cxxv, col. 290 sq. 

2. Sur ce terme, cf. Hist. des conciles, t. i, préface. 

.'?. Une colonne commémorative a été élevée en 1870 en mémoire de ces 
réunions de priuces francs à Savonnières. Une partie des inscriptions gravées 
sur le piédestal, recouverte par le lierre, esl aujourd'hui indéchiffrable, (H. L.) 



218 LIVRE XXII 

rum, quorum ministerio in regem sum consecratus, et qui throni 
Dei sunt dicti, in quibus Deus sedet, et per quos sua decernit judicia ; 
quorum paternis correptionibus et castigatoriis judiciis me subdere 
fui paratus, et in pressenti sum subditus). 

Le concile répondit à ces plaintes du roi dans le sixième des 
treize capitula dont voici le résumé : 

1. Entre les deux frères, les rois Charles de France et Louis 
de Germanie, doivent régner de nouveau l'amour fraternel et 
une véritable concorde. 

2 et 3. Les évêques doivent être unis et se soutenir mutuelle- 
ment. On devra remettre en honneur el tenir régulièrement les 
conciles, qui sont tombés en désuétude par suite de l'inimitié des 
princes. Les rois approuvèrent cette ordonnance. 

4. Le diacre Tortold' de Sens, qui s'est emparé de l'évêché 
de Bayeux, comparaîtra par-devant Wenilo de Sens et trois autres 
évêques qui examineront cette affaire. (Comment le concile a-t-il 
oublié que Wenilo de Sens avait lui-même trahi Charles le Chauve, 
ainsi que le dit ce prince dans son mémoire ?) 

5. On. agira de même au sujet du sous-diacre Anskar, qui s'est [207] 
emparé du siège de Langres, mais qui a reconnu son tort. 

G. On a accordé un délai et on a fait connaître à Wenilo de Sens, 
par une lettre synodale, la plainte portée contre lui. Cette lettre 
nous apprend, outre les chefs d'accusation, que le concile a sou- 
mis l'affaire à la décision arbitrale des archevêques Rémi de Lyon, 
Wenilo de Rouen, Hérard de Tours et Rodulf de Bourges. Si 
l'accusé se prétend innocent, il doit, trente jours après la réception 
de la lettre, comparaître pour se défendre. Un appendice d'origine 
peut-être plus récente contient plusieurs canons concernant la 
manière de procéder dans les plaintes contre les évêques, et résu- 
me les principaux griefs du roi Charles contre Wenilo. Dans un 
autre document, une lettre à Wenilo, Hérard de Tours s'excuse, 
sur la maladie, de faire partie du tribunal qui jugera Wenilo. En 
conséquence le concile le remplace par Robert, évêque du Mans. 
Hérard enoageait Wenilo à arranger cette affaire et à intercéder 
auprès du roi, ce qui eut lieu, comme en témoignent les Anna- 
les de Saint-Bertin, et on ne rendit, en définitive, aucune sen- 
tence contre Wenilo. 

7. Parmi les évêques présents à Savonnières, se trouvait Al ton 
de Verdun, jadis offert au monastère de Saint-Germain d'Auxerre, 
mais qui, après avoir quitté cette maison, au mépris de tousdroits, 



458. CONCILES DE LANGRES, ETC. 219 



avait été bien imprudemment élevé à l'évêché de Verdun. Le con- 
cile renvoya l'examen de cette affaire à un concile ultérieur. Néan- 
moins, nous retrouvons encore, en 867, Atton sur le siège de Verdun. 

8. Les évêques de Bretagne qui se sont séparés de leur métro- 
pole de Tours, seront exhortés par lettres à se soumettre à ce siège 
et à se conformer aux canons sur la juridiction. Ils ne doivent non 
pins avoir aucun rapport avec les excommuniés, et ils engageront 
le duc Salomon à garder au roi Charles la fidélité jurée 1 . 

9. Le concile écrivit aussi aux grands de Bretagne qui avaient été 
excommuniés ; il les avertit que, s'ils ne s'amendaient pas avant 
la réunion du prochain concile général, ils seraient tous frappés 
anathemate terribili. Dans cette même lettre, les grands de Breta- 
gne sont accusés d'avoir porté atteinte aux biens de l'Eglise, 
d'avoir commis beaucoup d'adultères, fornications, meurtres, etc. 

10. On lut ensuite certains capitula (de Langres et de Quierzy), 
[208] au sujet desquels un dissentiment s'éleva entre les évêques ; ceux-ci 

décidèrent de se réunir une fois de plus après la restauration 
de la paix politique, et de formuler la doctrine conforme à la 
sainte Ecriture et aux Pères. 

11. Le concile insista auprès de Charles le Chauve et de Rodulf . 
archevêque de Bourges, pour que ce dernier renonçât à l'abbaye 
de Saint-Benoît de Fleury, qu'il possédait à titre d'abbé, au 
mépris de tous droits, et pour rendre au monastère le droit de 
choisir son abbé. 

12. On régla aussi diverses affaires particulières à certains dio- 
cèses, laissant aux évêques le soin défaire exécuter ces décisions. 

13. Enfin tous décidèrent l'érection de confréries afin de 
prier les uns pour les autres. 

Hincmar nous apprend que Rémi de Lyon lut les capitula 
de Langres, dans l'assemblée où on avait lu la veille d'autres 
capitula, (ceux de Quierzy). Hincmar avait été fort irrité de la 
première de ces lectures, et ses amis étaient sur le point de faire 
au concile des propositions contraires, lorsque Rémi de Lyon 
les calma en disant qu'il valait mieux remettre au prochain 
concile le soin de faire une nouvelle enquête sur cette question, 
après quoi on admettrait ce que tous reconnaîtraient comme 
le plus juste. Hincmar assure à ce sujet que plusieurs évêques, 
même de la province de Rémi de Lyon, étaient opposés à la nou- 

1. Voir Appendices : Le concile de Coïtlouh. (H. L.) 



220 



LIVRE XXII 



velle doctrine de la double prédestination, mais n'avaient pas 
eu le courage de se montrer, afin de ne pas troubler la paix 1 . 

Maugin 2 accuse Hincmar de mensonge lorsqu'il prétend une 
seconde fois avoir lu à Toul (lisez Savonnières) les articles de 
Quierzy 3 , par la raison qu'il n'eût pas alors osé faire cette lecture. 
Il s'autorise, pour parler ainsi, de ce que les capitula de Quierzy ne 
se trouvent pas dans les actes de Savonnières (il aurait dû dire 
dans les actes mutilés, les seuls que nous ayons). Il n'a guère [200] 
plus de fondement pour avancer que les capitula, de Langres 
ont été approuvés à Savonnières par toute l'Église des Gaules, 
parce que ces chpitula se trouvent dans les actes de Savonnières 4 . 
L'approbation donnée aux capitula de Langres (ou de Valence) 
par le pape Nicolas I er conclut de même contre Maugin. Il est 
vrai que Prudence de Troyes parle dans ses Annales 6 dans le 
même sens que Maugin ; c'est du moins ce que nous apprend 
Hincmar 6 , mais personne dans la Gaule entière et surtout 
aucun auteur de cette époque n'a eu la moindre connaissance 
de ce que soutient Maugin et jamais les adversaires d'Hincmar 
ne se sont appuyés sur cette sentence du pape. Il y a lieu de re- 
marquer en outre que les Annales de Saint-Bertin, également 
citées par Maugin 7 , sont, pour la partie dont il s'agit ici, l'œuvre 
du même Prudence; en somme, ce sont précisément les annales 
de Prudence citées par Hincmar. 



459. Second écrit d'Hincmar sur la prédestination. 

Aussitôt après le concile de Savonnières, Hincmar composa 
son grand ouvrage De prœdestinatione, qui porte le même titre 

1. Hincmar, Ep. ad Carol., en' tête de son second écrit De prsedest., P. L., 
t. cxxv, col. 66. 

2. Maugin, op. cit., t. n, p. 325-327. 

3. Hincmar l'assure de nouveau dans la prsefatio de son second écrit De prvr- 
dest., P. L., t. cxxv, col. 66. 

4. Le c. x met Maugin dans son tort ; Schrôckh, Kirchengeschichte, t. xxiv 
p. 106, a bien envisagé la question. 

5. A l'année 859. 

G. Hincmar, Epist. ix, (al. xxiv) ad Egilon. Senon. archiepisc, P. L., I. cxxvi, 
col. 70. 
7. Op. cit., i. h, p. 330. 



...'.I. SECOND ÉCRI1 D HINCMAR 221 

que le premier écrit De prsedestinatione aujourd'hui perdu, et 
dont nous avons déjà parlé 3 . Le premier travail était une réponse 
aux décisions de Valence; le second fut une réplique aux docu- 
ments (quœdam capitula) que Rémi de Lyon avait envoyés, dans 
l'intérêt de son parti, au roi Charles le Chauve, c'est-à-dire aux 
canons de Langres, aux dix-neuf propositions extraites de l'écrit 
de Scot, aux soixante-dix-sept capitula (extraits) de la réponse 
de Prudence, enfin au court mémoire De tenenda immobiliter 
Scripturœ veritate, publié peu auparavant par Rémi. Le roi 
Charles, qui aimait la controverse religieuse, suivait avec beau- 
coup d'intérêt les diverses phases des discussions sur la pré- 
destination, tout en penchant du côté d'Hincmar. Aussi com- 
muniqua-t-il à ce dernier l'envoi de Rémi dont, sur ses instances, 
210] Hincmar entama, dès les derniers mois de 859, une réfutation. 
Elle fut terminée dans la première moitié de l'année suivante et 
avant l'ouverture du concile de Tuzey qui établit, nous le verrons, 
une sorte de compromis entre Hincmar et Rémi, tandis que l'écrit 
De prsedestinatione appartient certainement à une époque où le 
débat était encore très vif. Il y est, d'ailleurs, plusieurs fois ques- 
tion du concile de Savonnières ou de Toul, et jamais du concile 
de Tuzey. De plus, dans le can. 30, c'est-à-dire vers la fin de son 
grand ouvrage, et dans sa lettre d'envoi au roi (lettre rédigée lorsque 
le livre était déjà composé), Hincmar dit que, trois ans auparavant, 
on lui avait remis à Nielfa les canons de Valence; or, cette remise 
eut lieu dans l'été de 856. Les motifs allégués par Maugin pour 
soutenir que l'écrit d'Hincmar avait été terminé seulement en 
862 ou 863 ne sont pas soutenables 2 . Hincmar dit qu'il a utilisé les 
loisirs que lui laissent ses nombreuses occupations 3 ; mais on ne 
neut en conclure qu'il ait consacré trois ou quatre ans à composer 
son écrit. Il est vrai qu'en 862, ou au commencement de 863, 
Hincmar envoya son livre au pape par l'entremise d'Odon, évêque 
de Beauvais 4 , mais la conclusion que Maugin en veut tirer, à 
savoir que le livre d'Hincmar n'a été terminé qu'en 862 ou 863, 
est arbitraire ; plus arbitraire encore sa supposition qu'à l'épo- 
que où cet écrit a été rédigé, Prudence était mort (il mourut en 



1. Voir § 456. 

2. Op. cit., t. n, p. 339 sq. 

3. Epist. ad Carolum, P. L.. t. cxxv, col 68. 

'i. Floduard, Hisl. Eccl. Rom., I. III, c. xvi, xv. 



222 



LIVRi-; XXI ï 



861), car sans cela Hincmar n'aurait pas osé le blâmer. Maugin 
pose ici comme indiscutable que Prudence n'a jamais signé'les 
capitula de Quierzy ; or, nous savons le contraire. 

Le nouvel écrit d' Hincmar avait une double introduction 
une prsefatio, et une lettre au roi Charles. Dans la prœfatio, Hinc- 
mar avertit que l'on pourra faire des altérations à son livre, mais 
qu'on ne devra pas les lui attribuer; il indique ensuite les ouvrages 
suivants que l'on devra consulter, à propos de son livre : a) le 
petit ouvrage (sermo) de Florus sur la prédestination ; b) les six 
capitula de Toul, à proprement parler, de Valence et de Langres, 
lus à Toul ou àSavoimières, en omettant le premier de ces capitula, 
qui est inutile ; c) les Sententise SS. Patrum, extraites de l'écrit 
de Rémi De tenenda etc. ; d) le can. 7 de Valence et le can. 8 de 
Langres ; e) la lettre de Prudence au concile de Sens ou de Paris. 
On serait porté à croire qu'entre les numéros 1 et 2 se trouvait [211] 
autrefois un autre document, c'est-à-dire la lettre d'Hincmar 
aux évêques au sujet de Gotescalc. 

Dans la lettre au roi Charles, Hincmar raconte comment ce 
prince lui avait fait parvenir, en juin 859, les documents envoyés 
par Rémi, archevêque de Lyon, que ces divers documents avaient 
été lus à Toul, apud Saponarias, ainsi que les capitula de Quierzy; 
que les nova capitula (ceux de Langres) étaient identiques à 
ceux de Valence ; que Hincmar avait voulu répondre à ces nou- 
veaux canons, quoiqu'il eût déjà répondu à ceux de Valence : 
il l'avait entrepris, parce qu'il était persuadé que ses collègues 
n'auraient pas dû écrire contre lui comme ils l'avaient fait. Le 
véritable auteur de ces nouveaux chapitres aurait dû dire son 
nom, car celui-là seul craint la lumière qui fait le mal. Dans le 
livre De prxdestinatione lui-même, Hincmar, s'exprime encore 
d'une manière très acerbe contre le compilateur de ces chapitres : 
il dit, au c. 36, que le véritable auteur n'est pas Rémi, ni un 
autre évêque de la province de Lyon; d'après lui, c'est un homme 
qui a abandonné, au mépris de tous les canons, l'Église pour la- 
quelle il avait été ordonné, qui a erré ensuite dans diverses pro- 
vinces, a été excommunié, et enfin a usurpé un siège épiscopal. 

L'écrit De prsedestinatione affirme d'abord que l'erreur du pré- 
destinatianisme, née dans les Gaules et en Afrique, du vivant 
même de saint Augustin, avait été surtout combattue par Pros- 
per; mais dès les premières pages, et plusieurs fois dans le cours 
de l'ouvrage, Hincmar commet la faute de regarder comme de 



59. SECOND ÉCRIT d'hiNCMAR 223 

véritables prédestinatiens ces Gaulois, ainsi que les moines d' Hadru- 
mète, qui (étant en réalité des semi-pélagiens) déduisaient de la 
doctrine de saint Augustin des conséqences prédestinatiennes, 
afin de conduire cette doctrine ad absurdum. L'archevêque de 
Reims se trompe également, en donnant comme évêques Prosper 
et Hilaire, les défenseurs de saint Augustin, et en confondant cet 
Hilaire avec l'archevêque d'Arles du même nom. Par contre, 
Hincmar a raison de désigner comme prédestinatien le prêtre 
gaulois Lucidus. Gotescalc, habitu monachus, mente ferinus, conti- 
nue-t-il au ch. n, avait renouvelé l'erreur des prédestinatiens, 
et exposé ses folies dans quatre capitula. En effet, Hincmar 
classe les erreurs de Gotescalc sous les quatre titres suivants : 
De prœdestinatione, De libero arbitrio, De voluntate Dei ( que 
tous ne doivent pas arriver au bonheur éternel) et De morte 
Christi (que le Christ n'est pas mort pour tous), et oppose à ces 
quatre capitula de Gotescalc ceux de Quierzy. Il raconte en- 
suite l'histoire de Gotescalc, parle des conciles de Mayence 
[212] et de Reims, et s'étonne qu'un tel homme ait réussi à répan- 
dre ses idées. Ch. ni : Gotescalc et ses amis en appellent à l'auto- 
rité de Fulgence qui a enseigné, il est vrai, une prsedestinatio ad 
psenam; mais dans ses derniers et meilleurs écrits, en particulier 
dans l' Hypomnesticon, dont Hincmar avait déjà défendu l'au- 
thenticité dans le ch. i, saint Augustin ne parle que d'une 
prœdestinatio pœnœ pour les pécheurs , et l'autorité de Fulgence 
n'est pas, après tout, si grande. Ch. iv : On doit suivre l'Eglise 
romaine. Ch. v : Hincmar insère des fragments du livre de 
Gotescalc à Rhaban-Maur, et sa profession de foi au concile de 
Mayence. Prudence de Troyes et Ratramn ont aussi enseigné une 
prœdestinatio ad mortem (on se souvient qu' Hincmar et Rhaban- 
Maur ne voulaient pas entendre parler de l'expression prœdesti- 
natio ad mortem). Ch. vi : Le compilateur des deuxième et troi- 
sième chapitres de Toul (Langres) a puisé dans le Sermo de Florus, 
mais en y faisant des changements, et par conséquent des alté- 
rations ; ainsi, il y a contradiction entre ces deux phrases : 
«Ils sont abandonnés de Dieu, dans la massa damnationis, » et «ils 
sont perdus par suite de la prédestination.» Ch. vu : Dans le c. ni, 
le compilateur a tort de s'appuyer sur ces paroles de l'Apôtre, 
vasa iras, etc., car un cas irœ est uniquement celui qui veut s'ob- 
stiner dans ses fautes, et a fait de tels progrès dans cette voie 
que Dieu, pour le punir, l'endurcit, comme il a endurci Pharaon, 



'2 2 r i LIVRE XXII 

c'est-à-dire ne le réveille pas par sa grâce. Ch. vm : Le compila* 
leur a, en cela, suivi Fulgence. Ch. ix : On cite à tort, pour appuyer 
ces doctrines, Isidore, Grégoire le Grand et d'autres Pères; ceux-ci 
n'ont jamais enseigné une double prédestination dans le sens des 
adversaires : Sicut electi ad vitam, ita reprobi a Deo prsedestinan- 
tur ad mortem. Sans doute, saint Augustin a employé, dans ses 
premiers ouvrages, l'expression de prsedestinatio dans un sens 
peu défini, et parlé d'une prsedestinatio ad interitum', mais, dans 
ses derniers livres, De dono perseçerantise et De libero arbitrio, 
il s'est exprimé avec plus de précision. Hincmar donne comme 
conclusion sa propre doctrine, que ceux qui se perdent ne se 
perdent pas par suite de la prédestination, mais par suite du 
péché d'Adam. La prédestination de Dieu ne porte que sur ce 
que Dieu fait lui-même ; par conséquent, il prédestine simple- 
ment la peine, la punition aux pécheurs. On ne doit pas 
dire que Dieu prédestine les pécheurs ad psenam ou ad mor- 
tem, comme il prédestine les autres ad vitam, car si Dieu fait 
arriver ces derniers au bonheur éternel, ce n'est pas lui qui 
fait tomber quelqu'un dans la mort éternelle, ce que suppose 
l'expression prsedestinatio ad mortem. Saint Augustin dit avec 
raison : Deus obdurat, non impertiendo malitiam, sed non imper- 
tiendo misericordiam. Ch. x : Gotescalc et ses amis abusent des [213] 
textes de la sainte Écriture. Ch. xi : Critique de ces mots du 
can. 3 de Toul : In electione salvandorum misericordiam Dei prse- 
cedere meritum bonum. Uelectio est une misericordia, et ainsi il 
y a deux misericordise, par lesquelles l'élu est choisi. Il aurait 
dû dire : In salvatione electorum misericordia Dei prœcedit meri- 
tum bonum, car, dans la salvatio, il y a deux misericordise, la 
gratia prima de Yelectio, et la secunda, c'est-à-dire le donum recte 
vivendi. Ch. xn : Autre critique du can. 3 de Toul. La proposition 
in damnatione. autem periturorum malum meritum prsecedere 
justum Dei judicium, n'est pas juste. Par le justum judicium il 
faut entendre la prédestination ; or, la prédestination date de 
toute éternité, par conséquent elle est antérieure aux mérites 
et démérites. On ne doit pas cependant parler ainsi, car Dieu 
ne condamne personne, avant qu'il ait péché. Du reste l'expres- 
sion prsedestinatio ad interitum n'esl pas exacte : celui-là seul, en 
effet, qui est choisi pour la vie éternelle, est prsedestinatus, l'au- 
tre est simplement un relictus ; or nul ne peut être à la fois 
prsedestinatus et relictus. Ch. xm et xiv : Fulgence dit à tort, 



'. SECOND ÉCRIT d'hiNCMAK 225 

qu'il y a aussi une prœdestinatio in malum ; il s'était exprimé, 
plus heureusement ailleurs, et saint Augustin s'est exprimé 
encore mieux que lui. Ch. xv : Hincmar expose les quatre 
grandes erreurs des anciens prédestinatiens, et leur compare 
celle des nouveaux. Voici quelles étaient ces quatre erreurs 
anciennes : a) conformément à sa prescience, Dieu damne les 
hommes, non seulement à cause des péchés qu'ils commettent, 
mais encore à cause de ceux qu'ils auraient commis, s'ils avaient 
vécu plus longtemps ; b) pour ceux qui ne sont pas prédestinés à 
la vie, le baptême n'ôte pas le péché originel, et ils n'obtiendront 
de la vie que ce qu'il leur en faut pour pécher; c) la prescience 
et la prédestination sont identiques; d) il y a une prœdestinatio 
ad interitum, de même qu'il y a une prœdestinatio ad peccatum. 
Au sujet de ces points, moderni prsedestinatiani unum non tangunt, 
aliud transiliunt, tertium déclinant, quartum colore mutant, car 
ils ne disent pas ad peccatum, mais bien ad interitum, tandis que 
personne n'arrive à Vinteritus, si ce n'est per peccatum. Ch. xvi : 
Les Pères et les passages de la Bible d'où Hincmar a pris le 
texte de son c. 1 de Quierzy ? Ch. xvn : Gotescalc a aussi cité 
V Hypomnesticon de saint Augustin, pour appuyer sa doctrine. 
Continuation du thème du ch. xvi, c'est-à-dire de l'exposé des 
preuves tirées des Pères, pour montrer qu'on ne doit admet- 
tre qu'une seule prédestination. Ch. xvin : La prœdestinatio 
14] ad vitam ne rend pas inutiles les efforts de l'homme pour arriver 
au salut. Ch. xix et xx: Nouvelle et claire exposition de la doc- 
trine sur la prédestination, et preuve que l'on peut parler d'une 
gemina prœdestinatio, non, sans doute, dans le sens de Gotes- 
calc, mais dans celui-ci : Electi prœdestinati sunt ad vitam, et 
vita Mis, et pœna prœdestinata est reprobis, mais non pas reprobi ad 
pœnam. Ch. xxi : Les anciens prédestinatiens enseignaient 
qu'il n'y avait aucun libre arbitre, et que Dieu inspirait aux mé- 
chants les volontés mauvaises qui les faisaient agir. C'est contre 
cette erreur qu'avait été porté le 2 e canon de Quierzy, que Pru- 
dence avait d'abord signé, et l'avait ensuite combattu. Le compi- 
lateur a fait aussi connaître son sentiment dans le c. 6, mais 
dans une mauvaise intention il ne s'était exprimé que sexto loco. 
Les Pères dans lesquels Hincmar a puisé le c. 2 de Quierzy. Ch. 
xxn et xxiii : Violente attaque contre le compilateur qui a 
ajouté les neuf sententiœ Patrum au c. 6 de Toul. Le second arti- 
cle d'Hincmar est d'accord avec la doctrine des Pères et celle du 

CONCILES- IV— 15 



226 LIVRE XXII 

concile d'Orange. Explication des novem sententiœ Patrum. Passage 
très vif contre ceux qui avaient écrit en secret un livre con- 
tre Hincmar, et l'avaient accusé de nier l'existence du libre 
arbitre même pour le mal, et cela par suite du péché originel 
(c'était là en effet une des accusations de Rémi contre Hincmar)- 
Ch. xxiv-xxvi : A l'exemple des anciens prédestinations, Go- 
tescalc et Prudence enseignent que Dieu ne veut pas laisser 
arriver tous les hommes au bonheur ; le compilateur, au contraire, 
ne touche pas à ce point. Défense du troisième chapitre d' Hinc- 
mar : Dieu veut que tous les hommes arrivent au bonheur. Ch. 
xxvn-xxx : Gotescalc et Prudence enseignent, avec les an- 
ciens prédestinations, que le Christ n'est pas mort pour tous 
les hommes. Défense du quatrième chapitre de Quierzy, non 
seulement contre le can. 4 (de Langres ou de Toul), mais aussi 
contre l'écrit d'un anonyme (Rémi de Lyon), prétendant que 
le Christ n'est pas mort pour l'Antéchrist et pour le démon. Le 
can. 4 de Toul ne diffère du can. 5 de Valence, que par son 
silence sur les capitula de Quierzy. Hincmar s'étonne de cet 
oubli, par la raison que les deux séries de capitula paraissent 
être l'œuvre d'un unique compilateur. Si ce compilateur a eu 
des remords de conscience, il n'aurait pas dû se borner à ce seul 
changement. Ch. xxxi. Quant aux dix-neuf propositions extrai- 
tes de l'écrit de Scot, et à leur réfutation (celle de Prudence), il 
ne voulait pas les apprécier, jusqu'à plus ample information. 
Il veut voir quel sera le sort de certaines expressions et pro- 
positions nouvelles par exemple : trina deitas (nous reviendrons 
sur ce point) ; et encore : dans la sainte eucharistie il y a non 
verum corpus et verus sanguis Domini, sed tantum memoria corpo- 
ris et sanguinis ejus (proposition émise par Scot), et de nirme 
il n'y a pas d'autres peines de l'enfer que celles qui: tourmen- [215] 
teront la conscience des hommes (Scot) ; les anges sont de na- 
ture corporelle, et l'âme n'est pas dans le corps. Hincmar blâme, 
de la manière la plus acerbe, les sept règles ajoutées au con- 
cile de Langres par un de ses collègues dans l'épiscopat. Il s'agit 
des sept règles sur la prédestination, que Rémi a exposées dans 
son livre De tribus epistolis. Ch. xxxn : Discussion des derniers 
mots du can. 4 de Langres et de Toul, pour prouver qu'avant 
Jésus-Christ, comme après lui, on a été sauvé par la foi au 
Christ et à sa mort. Ch. xxxiii: Les Pères enseignent que le Christ 
i'sl mort generaliter pour tous. Ch. xxxiv : Cependant tous nés ont 



459. SECOND ÉCRIT d'hINCMAR 227 

pas passionis ejus mysterio redempti. Dieu appelle tous les hom- 
mes aii bonheur éternel ; en réalité, tous n'y parviennent pas, 
mais uniquement par leur faute. Solution des objections contre 
cette doctrine, et, en particulier, explication d'un passage de la 
lettre de Prudence à Hincmar et à Pardulus. Ch. xxxv: Le can. 5 
de Langres-Toul, identique au can. 5 de Valence, sauf un passage 
de la Bible (fui ne se trouve pas dans le premier de ces canons, 
ne saurail atteindre Hincmar: ce n'est pas lui, c'est Gotescalc 
qui, dans soi! pittacium, avait émis cette proposition renouvelée 
des anciens prédestinatienSj à savoir que celui qui n'est pas pré- 
destiné à la vie n'obtient pas au baptême la rémission du 
péché originel. Doctrine opposée des Pères. Ch. xxxvi : Hincmar 
suppose que le eau. 7 de Valence est dirigé contre lui ; il se 
défend et déclare ne pouvoir croire que Rémi et les évoques 
de la province de Lyon aient écrit de pareilles choses, car ils 
savaient très bien comment il était devenu évêque ; il soup- 
çonne donc, comme il l'avait déjà insinué, une autre personne 
d'être l'auteur de cet écrit. Documents sur son élévation et sur 
la déposition d'Ebbo. Ch. xxxvn : La censure qui a frappé l'hé- 
résie des anciens predestinatiens s'applique pareillement aux nou- 
veaux. Comment il faut punir celui qui (comme Prudence) aban- 
donne l'orthodoxie, qu'il avait d'abord embrassée. Ch. xxxvm : 
Epilogue et court résumé. 



460. Concile de Tuzey en 860. Fin des discussions 
sur la prédestination. 

Le 22 octobre 860, un concile national franc se tint non loin 

de Foui, à Tuzey. Les trois rois. Charles le Chauve, Lothaire II 

de Lorraine, et Charles de Provence, les évêques de quatorze pro- 

1 ij] vinces ecclésiastiques y assistèrent 1 . A leur tête se trouvaient les 



1. Tusiacum, Tuzey, commune de Vaùcouleurs, département de la Meuse. 
Coll. regia, t. xxn. col. 684; Lalande, Conc. Gallisê, L660, p. 164; Labbe, Alliance 
chronologique, 1651, t. n, p. 464-466; Labbe, Concilia, t. vin, col. 7012-735; 
Mabillon, Annal, vel., 1675. l. i. p. 57 : Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 507; 
Coleti, Concilia, t. x, col. 1 4 9 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., I. xv. col. 557. Voir 
. \[>i>cndices. (H. L.) 



228 



LIVRE XXII 



douze métropolitains : Arduic de Besançon, Wenilo de Sens, 
Hincmar de Reims, Ado de Vienne, Thieutgaud de Trêves, Gùnther 
de Cologne, Rodulf de Bourges, Hérard de Tours, Frotar de Bor- 
deaux, Frédold de Narbonne, Rémi de Lyon et Wenilo de Rouen. 
Des évêques étaient venus des provinces ecclésiastiques d'Arles 
et de Mayence, mais non les métropolitains ; on s'explique 
ainsi pourquoi le premier document conciliaire parle de douze 
provinces ecclésiastiques, et le second de quatorze. Le premier 
document contient les cinq canons suivants : 

1. Celui qui s'approprie, sans l'assentiment de l'évêque, des 
revenus ecclésiastiques, et celui qui refuse de les payer, seront 
excommuniés à perpétuité; ils ne pourront recevoir la communion 
au lit de mort, et n'auront pas les honneurs de la sépulture 
ecclésiastique. S'ils veulent faire pénitence, ils commenceront 
par payer à l'église, chacun suivant sa condition, trois ou qua- 
tre fois la valeur du dommage causé. 

2. Les vierges consacrées ou les veuves qui se conduisent mal 
en secret, ou se marient publiquement seront enfermées, leur 
vie durant, et condamnées à faire pénitence. Il en sera de 
même des veuves qui mènent chez elles une vie dépravée, ou 
qui livrent leurs filles à la prostitution. Les hommes qui auront 
péché avec ces femmes consacrées à Dieu x seront également 
obligés de faire pénitence, et les fonctionnaires royaux devront, 
dans ces circonstances, prêter main forte aux évêques. 

3. On doit frapper d'excommunication les personnes, si nom- 
breuses maintenant, qui prêtent de faux témoignages ou qui se 
parjurent. 

4. Quiconque se rend coupable de vol, incendie, débauches 
scandaleuses ou de meurtre, sera exclu de la communion, jus- 
qu'à ce qu'il s'amende. 

5. Nombre de lieux saints ont été ravagés par des chrétiens 
infidèles et par de cruels Normands ; aussi beaucoup de clercs 
et de moines débauchés mènent une vie vagabonde en habit 
laïque. Ils doivent obéir à leurs évêques et à leurs abbés, et vivre 
sous leur discipline. 



1. Qui vim eis intulerint; non dans le sens qu'on leur ait fait violence, car 
il n'est pas ici question de violence, mais dans le sens qu'on les ait séduites ; 
c'est ce qui résulte delà lettre d'Hincmar aux deux archevêques de Bourges 
et de Bordeaux. Dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 585. 



I 



'îGO. CONCILE DE TUZEY EN 860 229 

Ces canons portent les signatures de cinquante-sept évêques, 
quoique le texte ne mentionne que quarante évêques présents 
Peut-être n'étaient-ils pas plus nombreux; mais suivant une pra- 
tique reçue on fit sans cloute circuler les actes afin de recueillir 
les signatures des évêques absents. 

Le second document est la longue lettre synodale datée du 
22 octobre 860 *. Nous avons vu que le concile de Savonnières 
avait remis au concile suivant, c'est-à-dire le concile actuel, 
le soin de décider la question de la prédestination. Mais au 
concile de Tuzey, au lieu de mettre en présence les propositions 
opposées des deux partis, on trouva plus opportun de ne pas men- 
tionner les points de dissentiment, et de se borner à indiquer 
les principes sur lesquels tout le monde était d'accord ; c'est ce 
qu'on fit dans la première partie de la lettre synodale adressée 
2171 à tous l es fidèles. Cette lettre, composée par Hincmar, expli- 
quait les opinions de l'auteur sur les points en litige, avec une 
telle précision, que ses adversaires n'eurent rien à critiquer, et 
qu'on cessa, dès lors, de le soupçonner de semipélagianisme. 
Hincmar accentua du reste, dans cette nouvelle pièce, ses quatre 
principaux points de doctrine : Dieu veut le salut de tous les hom- 
mes; le libre arbitre subsiste après la chute, mais il a dû néan- 
moins être délivré et guéri par la grâce de Dieu ; la prédestination 
divine ex massa perditionis, laquelle (massa) est ensuite relicta, 
prédestine, par pure miséricorde, certaines personnes à la vie ; 
enfin le Christ est mort pour tous. Les formules de salutation, ainsi 
que le contenu de cette lettre synodale, prouvent, qu'elle a été 
adressée à tous les fidèles ; et si une suscription plus récente désigne 
les pervasores rerum ecclesiasticarum comme les véritables desti- 
nataires de cette lettre, cela vient probablement de ce qu'il y est 
fait mention du vol des biens d'église. La première partie, la plus 
importante est dogmatique, et contient un aperçu de toutes les 
principales, vérités du christianisme. « Dieu a créé toutes choses, 
et armé du libre arbitre deux sortes de créatures, les anges et les 
hommes. Quoique créés à l'image et ressemblance de Dieu, ceux- 
ci peuvent pécher, ce que Dieu ne peut pas faire, car ils ne sont pas, 
comme le Logos, l'image de Dieu, ils ont simplement été faits ad 
imaginent Dei... Rien ne se fait dans le ciel et sur la terre qui ne 

1. Hardouin, op. cit., t. v, col. 511 ; Mansi, op. cit, t. xv, col. 563; Hincmar, 
Epist., xxi, P. L., t. cxxvi, col. 122 sq. 



230 LIVRE XXII 

soit fait par Dieu lui-même, ou qu'il ne laisse faire. Il veut que tous 
les hommes arrivent au bonheur éternel, et sa volonté est qu'au- 
cun ne se perde. Après la chute de nos premiers parents, il n'a 
pas voulu retirer aux hommes le libre arbitre ; mais il guérit 
et soutient ce libre arbitre par la grâce. Aussi, après sa chute, 
l'homme conserve, pour vouloir le bien, le faire, et y persister un [218 
liber um arbitrium gratia liberatum, et gratia de corrupto sanatum, 
gratia prseventum, adjutum et coronandum... C'est parce qu'il y a 
une grâce divine que le monde est sauvé (saleatur), et c'est parce que 
l'homme a un libre arbitre que le monde est jugé (judicabitur) ... 
Certains des anges sont tombés par orgueil, et par cette chute 
leur état est devenu tel que non velint nec possint esse boni ; au 
contraire, les anges restés fidèles ont reçu, par la gratia et retributio 
justitiœ, en pur don, ce que le Créateur possède en vertu de son 
essence, c'est-à-dire ut non velint nec valeant esse mali... Dieu a 
créé l'homme, avec une âme et un corps, et il a laissé entre- 
voir que l'auteur de toute chair s'incarnerait un jour dans le 
sein d'une vierge, n'ayant pas eu commerce avec l'homme. Celui 
qui est mort sur la croix pour tous ceux qui étaient voués à la 
mort, quoiqu'il fût seul à ne pas être tributaire de la mort, celui 
qui est le Fils prédestiné de Dieu et le chef de tous les prédestinés, 
a voulu constituer son Église avec tous ceux qui croiraient en 
lui, qu'ils eussent vécu sur la terre avant ou après sa venue. Si 
l'homme était resté fidèle à la volonté du Créateur, et n'avait 
pas péché, il ne serait pas mort, et n'aurait pas engendré des 
fils mortels, c'est-à-dire des enfants de la mort de la géhenne ; 
il aurait possédé, comme un présent, le don accordé aux bons 
anges, ut non peccare vellet nec jam cadere posset. Mais, trompé 
par le démon, l'homme a abusé de son libre arbitre, et abandonné 
Dieu; abandonné à son tour par Dieu, ainsi qu'il était juste, 
il a péché et est tombé, et per malum velle perdidit bonum esse. 
Il en résulta que le genre humain devint une massa perditionis. 
Quand même il n'y aurait eu personne de sauvé dans cette massa 
perditionis, on ne pourrait pas blâmer la justice divine ; mais, 
puisque beaucoup sont sauvés, il faut reconnaître que la grâce de 
Dieu est ineffable... A la fin des temps, tous ceux qui arrivent 
au salut — c'est-à-dire tous les prédestinés, maintenant dispersés 
dans le monde, dans la massa perditionis, mais élus par la grâce 
et la prédestination de Dieu, dès avant la création du monde, et dis- 
traits de cette massa perditionis — ■ seront réunis dans la plénitude 



460. CONCILE DE TUZEY EN 860 231 

de l'Église céleste et éternelle. Le même Dieu a fondé par ses 
saints l'Église sur la terre, il la gouverne, et les fidèles doivent 
maintenir l'Église et ses serviteurs. » Là commence la seconde 
partie de la lettre synodale, qui traite des atteintes portées aux 
biens des églises. On y retrouve les mêmes fragments pseudo- 
isidoriens que le concile de Quierzy, de 857, avait déjà cités au 
sujet de la même question. La prœdestinatio ad mortem n'est 
219] nullement mentionnée dans la lettre synodale. 

Régimund, Franc de distinction, envoya au concile de Tuzey 
une plainte écrite : il avait marié sa fille à un certain Etienne, 
qui ne voulait pas habiter avec sa femme, sous prétexte d'avoir 
eu commerce autrefois avec une parente de cette femme. Le 
concile aurait pu écarter une plainte par écrit, d'autant plus 
que, dans l'espèce, cette plainte aurait dû provenir de la 
femme plutôt que de son père. Il préféra cependant inviter 
Etienne à comparaître, car le beau-père et le gendre étaient de 
haute condition: Etienne avait un emploi à la cour, et on pouvait 
redouter les suites de son mécontentement. Etienne comparut donc 
et avoua secrètement aux évêques qu'il s'était jadis oublié avec une 
jeune fille ; que, plus tard, son père l'avait fiancé avec une pa- 
rente de cette jeune fille, qu'il avait fait alors connaître l'em- 
barras où il se trouvait à son confesseur, et que celui-ci lui avait 
ordonné de ne pas épouser sa fiancée. Il avait été longtemps 
perplexe, enfin la crainte de Régimund l'avait fait consentir aux 
noces ; mais il n'avait jamais voulu consommer le mariage. Du 
reste, il se déclarait prêt à s'incliner devant la décision du con- 
cile. L'assemblée décida qu'à l'occasion d'une diète, les archevê- 
ques de Bourges et de Bordeaux tiendraient un concile avec leurs 
sufîragants et résoudraient cette question d'après les règles cano- 
niques ; en attendant, le roi s'efforcerait de réconcilier Régimund 
et Etienne. Ce dernier accepta avec joie cette décision, tandis 
qu'Hincmar obtint de l'assemblée la permission d'exposer sa 
manière de voir et de proposer une solution. Son avis obtint 
l'assentiment général; on décida que son mémoire serait envoyé 
aux deux archevêques. Ce mémoire d'Hincmar forme le troisième 
document des actes synodaux x ; il est identique à l'epist. xxn 
d'Hincmar 2 . Hincmar y développe les principes du droit chré- 



1. Hardouin, op. cit., t. v, col. 521 ; Mansî, op. cit.. t. xv. col. 571. 

2. P. L., t. cxxx, col. 132 sq. 



232 



LIVRE XXII 



tien sur le mariage, et la conduite à tenir dans le cas présent; il 
appuie ses raisonnements sur divers passages des Pères de l'E- 
glise, et des conciles, y compris quelques emprunts au pseudo- 
Isidore h La femme devait d'abord, selon lui, jurer n'avoir 
jamais eu commerce avec Etienne depuis le mariage ; de son 
côté, Etienne devait affirmer n'avoir pas consommé le mariage, 
uniquement parce qu'il avait jadis péché avec une parente de 
sa femme. Il n'avait pas à livrer le nom de sa complice, pour 
la même raison qui fait que les pénitents sont obligés de faire 
connaître leurs fautes au prêtre seul, et non à d'autres. Pour 
qu'il y ait mariage, il faut a) qu'il soit contracté entre personnes 
nubiles, b) que la femme, légitime dotata et publicis nuptiis hono- 
rata, ait obtenu le consentement de son père, c) que le mariage 
ait été consommé. Le mariage ainsi conclu, aucun des conjoints [220 1 
n'a le droit de vivre dans la continence, mais l'union d'E- 
tienne n'est pas un vrai mariage et aurait dû être cassée comme 
incestueuse, même si Etienne avait eu commerce avec sa 
femme. Ni l'un ni l'autre ne pouvaient désormais contracter 
mariage. Hincmar combat ensuite ceux qui soutiennent qu'un 
homme, ayant renvoyé sa femme pour cause d'adultère, peut 
en épouser une autre ; il accuse ses adversaires d'en appeler sur 
ce point à l'autorité de saint Augustin avec aussi peu de 
raison que les nouveaux prédestinatiens. Hincmar termine en 
disant qu'Etienne doit être puni par son évêque, d'abord 
pour la faute commise avant son mariage, et qui est main- 
tenant connue de tous, ensuite pour avoir après son mariage, vécu 
avec une concubine, ce qui a été une cause de scandale. 



461. Fin de Gotescalc. Discussion sur la «trina deitas ». 

A partir du concile de Tuzey, les discussions sur la prédestina- 
tion cessèrent entre Hincmar et les autres évêques. On engagea 
Gotescalc à adhérer à la lettre synodale de Tuzey, et à en signer 
la première partie ; c'est du moins ce qu' Hincmar demanda à 
Gotescalc, lors de sa dernière maladie. Mais le refus qu'il essuya 
montre que Gotescalc était allé plus loin que Rémi de Lyon 

1 . Mansi, op. cit., t. xv, col. 575. 



461. FIN DE GOTESCALC 233 

et les autres augustiniens, et avait employé l'expression de 
prsedestinatio ad mortem clans un sens entièrement faux. 

Dans son écrit De prsedestin., c. xxxi, Hincmar indique, entre 
autres nouveautés blâmables, l'expression trina Deitas. L'hymne 
des vêpres, au commun de plusieurs martyrs, œuvre d'un auteur 
inconnu, se terminait alors par ces mots : Te trina Deitas unaque 
poscimus (maintenant Te summa o Deitas) 1 . Hincmar se scanda- 
lisa de cette expression, et défendit de chanter en son église trina 
Deitas. Il partait de ce principe que le mot Deitas, désignait la 
Sagesse ou la substance divine, et comme celle-ci était surtout 
'2211 une, on ne devait pas la qualifier par l'épithète trina, qui a un 
sens arien. Hincmar avait évidemment raison ; on peut dire 
cependant, pour défendre cette expression, que Deitas peut 
aussi être regardé comme synonyme de Deus, et de même qu'on 
dit trinus Deus, on dit trina Deitas 2 . Les ennemis d' Hincmar 
prirent aussitôt parti pour la trina Deitas, en particulier Ra- 
tramn de Corbie. Gotescalc alla plus loin, et publia une sche- 
dula accusant de sabellianisme Hincmar qui avait condamné 
l'expression trina Deitas, parce qu'il ne croyait pas aux trois 
personnes divines. Cette schedula de Gotescalc nous a été 
conservée dans la réplique d' Hincmar De una et non trina 
Deitate: dans plusieurs de ses lettres Hincmar énumère, à la 
suite des erreurs de Gotescalc, le prédestinatianisme, celle qui 
concerne la trina Deitas ; ainsi les epist. ix et x à Egilo de 866. 

Dans ses dernières années, Gotescalc versa dans beaucoup 
d'autres erreurs ou folies, dont parle Hincmar, De una et non trina 
Deitate. Il disait, par exemple, que Dieu lui avait défendu de prier 
pour Hincmar, que le Fils de Dieu était d'abord entré en lui 
(Gotescalc), puis le Père, et enfin le Saint-Esprit, et que ce 
dernier lui avait brûlé la barbe et la bouche. Il refusait de rece- 
voir aucun vêtement des moines d'Hautvilliers, parce qu'ils 
étaient en relations avec Hincmar, et pendant quelque temps 
il resta presque nu, jusqu'à l'entrée de l'hiver. Il prophétisa 
qu'Hincmar mourrait comme l'Antéchrist, deux ans et demi 
après sa prophétie, et que lui-même monterait alors sur le 



1. Cette expression a été reprise dans l'hymne Sacris solemniis, et figure au 
Bréviaire. (H. L.) 

2. Photius a aussi traité ce sujet dans ses Amphilochis, q. xxvn. Voyez la 
dissertation d'Hergenrother dans la Tiibing. Quartalschr., 1858, p. 287. 



234 LIVRE XXII 

siège de Reims. Ce temps écoulé, comme Hincmar s'obstinait 
à vivr.e, Gotescalc écrivit à un ami« que Dieu aimait mieux 
appeler plus tard ce fur et latro. » De una etc., c. xix. 

Lorsque, en 862, on se plaignit à Rome de la conduite d' Hinc- 
mar vis-à-vis de Rothade, évêque de Soissons, on dénonça égale- 
ment la dureté dont l'archevêque de Reims avait fait preuve à 
l'égard de Gotescalc. En apprenant cela, Hincmar envoya à 
Rome, vers la fin de l'année 862, ou au commencement de 
l'année suivante, Odon, évêque de Beauvais, avec une rotula, 
qui contenait les sentiments des Pères à l'endroit des doctrines 
professées par Gotescalc 1 . C'était son grand ouvrage De prœ- [222] 
destinatione. Quelque temps après, en cette même année 863, 
Charles le Chauve, roi de France, envoya le diacre Luido comme 
ambassadeur à Rome; le pape Nicolas I er traita avec ce diacre 
de la condamnation et de l'emprisonnement de Gotescalc ; à 
celle occasion Hincmar donna au pape, dans une longue lettre 
(864), des renseignements sur Gotescalc, sa vie, sa condamna- 
tion à Mayence et à Quierzy, enfin sur ses doctrines; sans parler 
des autres matières dont il y traitait 2 . Nous y avons puisé la plu- 
part des détails donnés plus haut. Hincmar y rapporte encore que 
le conciliabule tenu à Metz en 863 (nous en parlerons plus loin), 
en présence et avec la coopération d'un légat du pape, et qui se 
conduisit si honteusement dans l'affaire du divorce de Lothaire de 
Lorraine, les avait fait inviter, lui et Gotescalc, par un laïque 3 ; 
or, pour se rendre à une réunion si éloignée, il n'avait reçu la lettre 
d'invitation que quatre jours avant l'ouverture des sessions; aussi 
n'avait-il pu y paraître. Vers la fin de cette même lettre, Hinc- 
mar parle encore des calomniateurs et ennemis qu'il compte 
parmi les évèques; il ajoute que, si le pape lui avait ordonné de 
mettre Gotescalc en liberté et de l'envoyer à Rome, ou ailleurs, 
il aurait obéi immédiatement. 

Quelque temps après, en 865 ou 866 4 , le moine Gautbert, 
homme de désordre, s'échappa du monastère d'Hautvilliers, 

1. Hincmar, Ep., n, ad Nicol., P. L., t. cxxv, col. 43. 

2. Hincmar, Ep., n, ad Nicol., P. L., t. cxxv, col. 25 sq. ; Flodoard, 1. III, 
c. xn-xiv. 

3. Maugin prétend (t. n, p. 400) que le légat avait invité Hincmar, sur l'ordre 
du pape. 

4. Et non pas en 858, ainsi que le prétend Schrôckh, t. xxiv, p. 115. Cf. Gess, 
Leben Ilinkmars, p. 89. 



161. FIN DE GOTESCALC 235 

emportant, des livres, des habits, des chevaux, en un mot tout 
ce qu'il put, et le bruit se répandit qu'il était parti pour Rome, 
afin d'y apporter les réclamations écrites de Gotescalc. Hincmar 
craignit que ce ne fût vrai, d'autant que tout le monde savait 
que le pape, peu disposé en sa faveur, s'était plaint de lui dans 
une lettre au roi. Aussi, lorsque, en 866, Egilo, archevêque de 
Sens, se rendit à Rome pour ses affaires particulières, le pria- 
t-il (epist. ix et x) de vouloir s'occuper aussi de ses intérêts, et 
223] de parler au pape de cette assertion du Chronicon de Prudence, 
prétendant que Nicolas avait approuvé les capitula de Valence. 
Seulement l'archevêque de Sens devait avoir soin de ne pas 
nommer Hincmar, le pape étant irrité contre lui. 

On ne peut dire si le reproche de cruauté que le pape adressait 
quelque temps après à Hincmar. en 867, se rapporte à sa conduite 
envers Gotescalc, plus probablement, à sa manière d'agir à 
l'égard de Rothade et des clercs de Reims déposés \ 

Gotescalc, gravement malade et proche de la mort, reçut de 
Hincmar une profession de foi 2 , que nous possédons encore, 
i l qu'il devait accepter et souscrire, s'il voulait être de nou- 
veau admis à la communion de l'Église et recevoir la sainte 
eucharistie. Hincmar délégua les moines d'Hautvilliers pour ab- 
soudre Gotescalc, s'il se soumettait, lui donner la communion, et 
lui accorder les honneurs de la sépulture ecclésiastique (epist. xm). 
Mais Gotescalc mourut, en 868 ou 869, sans vouloir se réconcilier 3 . 



1. Hincmar en parle dans Epist., xi, ad NicoL, P. L., t. cxxv, col. 78. 
■ 2. Elle se trouve dans le c. xix de l'écrit d'Hincmar De una et non trina Deita- 
te; elle est, en somme, d'une rédaction très modérée. 

3. Hincmar, De una et non trina Deltate, P. L., t. cxxv, col. 616. Cf. Gfrôrer 
die Carolinger, t. i, p. 279. 



224 J LIVRE VINGT-TROISIÈME 

CONCILES RELATIFS A LOTHAIRE, 
ROTHADE, HINCMAR DE LAON ET PHOT1US 

DE 860 A 867 



462. Deux conciles tenus à Aix-la-Chapelle, en 865, 
au sujet du divorce de Lothaire de Lorraine. 

Pendant les discussions sur le prédestinatianisme, plusieurs autres 
conflits nécessitèrent la convocation de la plupart des conciles dont 
nous allons parler. Ces conflits furent soulevés à l'occasion 
du mariage de Lothaire de Lorraine, du différend entre Hincmar 
et ses suffragants et du schisme de Photius. 

Lothaire, roi de Lorraine, second fils de Lothaire I er et frère de 
l'empereur Louis II, ayant épousé en 855 1 Theutberge (Thiet- 

1. Et non pas en 856. Au sujet de cette date cf. Dûmmler, Gesch. des ostfrânk. 
Reichs, in-8, Berlin, 1862, t. i. p. 744. [Sur le mariage de Lothaire et ses suites : 
A. Borgnet, Le divorce du roi Lothaire II et la reine Theutberge, in-8, s. 1. n. d. ; 
•Ernouf, Histoire de Waldrade et de Lolher 27, dans la Revue contemporaine, 1857, 
t. xxxn, p. 730-757, Histoire de Waldrade de Lother II, et de leurs descendants, 
d'après Luidprand, Frodoard, Erchempert, Léon d'Ostie, Benoît de Saint-André, 
in-8, Paris, 1858; Le pape Nicolas I eT et le jeune roi Lothaire, fragment historique, 
dans les Mémoires de l'Académie de Dijon, 1862, série II, t. ix, p. 1-85 ; B. Parisot, 
Leroyaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923), in-8, Paris, 1899; J. Cal- 
mette, La diplomatie carolingienne, du traité de Verdun à la mort de Charles 
le Chauve (843-877), in-8, Paris, 1901, p. 69-127; ch. m : La question de Lorraine, 
du mariage de Lothaire II à la légation d'Arsène; ch. iv : L. q. d. L. de la léga- 
tion d'Arsène au partage de Meerssen; B. Poupardin, Leroyaume de Provence 
sous les Carolingiens (855-933?), in-8, Paris, 1901, p. 443, 462, aux mots 
Lothaire II, Teulberge. Le divorce de Lothaire est une des affaires importantes 
dans lesquelles nous voyons intervenir le personnage d'Hincmar. Le rôle qu'il joua 
en cette circonstance a été étudié par M. Sdralek, Hinckmars von Rheims 



238 



LIVRE XXIII 



berg, Thietbrich), fille de Boso, comte et gouverneur de Bourgo- 
gne 1 , s'éprit ensuite de Waldrade, d'origine franque et de parents 

Kanonistisches Gutachten iïbcr die Ehescheidung des Kônigs Lothar II, in-8, 
Fribourg-en-Brisgau, 1881. Ce fut l'occasion pour Hincmar d'un avis longue- 
ment motivé, qui, joint à diverses décisions sur des causes matrimoniales, 
fournit les bases d'une théorie canonique du mariage. D'après Hincmar, si l'in- 
ceste imputé à Theutberge et à son frère Hubert était démontré, il entraînait 
incapacité ultérieure de mariage et par conséquent nullité de l'union contractée 
avec Lothaire. La défense qu'Hincmar présente de Theutberge va donc se trouver 
nécessairement transportée du terrain du droit sur le terrain du fait. On a très 
justement reproché au défenseur de Theutberge d'avoir multiplié les contre- 
sens dans l'interprétation des textes anciens, afin d'en déduire la règle qu'il 
lui convient de poser au sujet des incestueux ; en tous cas l'incapacité qui frappe 
ces derniers en ce qui concerne le mariage est un point constant de la discipline 
matrimoniale du ix e siècle : H. Schroers, Hinkmar Erzbischof von Rheims, sein 
Leben und seine Schriften, in-8, Fribourg, 1881, soutient contre Sdralek, op. cit., 
et Scherer, Ueber das Eherecht bei Benedikt Levita und Pseudo-Isidor, in-4, Pratz, 
1879, que l'inceste non entaché d'adultère produisait déjà cet effet au vm c 
siècle, ce que prouveraient les décisions du concile de Compiègne de 757. (H. L.) 

1. « Nous ne savons ni de quel pays il tirait son origine, ni quelles fonctions 
il avait remplies.» R. Parisot, Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens, 843- 
923, in-8, Paris, 1899, p. 83. Dùmmler, Geschichte des ostfrànkischen Reichs, in-8, 
Leipzig, 1888, t. ii, p. 5, note 2, croit que c'est un comte Boson que l'on trouve 
en Italie sous le règne de Louis le Pieux et parmi les grands qui accompagnaient 
Louis II en 844 ; Miïhlbacher, Reg. Kar., p. 477, déclare qu'on ne peut affirmer que 
ce Boson soit le père de Theutberge. A quelle époque et de quelle façon le mariage 
de Lothaire II et de Theutberge s'était-il. accompli ? Cette question va nous 
arrêter assez longtemps et provoquer assez de conciles pour mériter d'être ex- 
posée ici en détail. Nous suivons le récit de M. R. Parisot, op. cit., p. 85-88. 

« Deux dates nous sont données pour cette union : 855 par les Annales Lauba- 
censes ou Lobienses, 856 par Réginon. On sait que la chronologie de ce dernier 
auteur est fréquemment fautive pour toute autre période que celle dont il est le 
contemporain immédiat. Aussi, bien que les Annales Laubacenses présentent 
quelques erreurs du même genre, croyons-nous devoir préférer 855. D'abord, 
c'est tout au début du règne de Lothaire II que se place la plus grande faveur 
d'Hubert, frère de Theutberge, ou plutôt qu'elle se manifeste le plus ouvertement; 
il figure comme intercesseur dans les deux diplômes du 26 octobre et du 9 novem- 
bre 855. Après, il n'est plus mentionné dans aucun diplôme, non que la disgrâce 
l'ait tout de suite frappé, mais parce qu'il ne se trouve plus auprès du roi, ayant 
dû rejoindre son duché. Le mariage a été certainement célébré avant qu'Hubert 
se mît en route. D'un autre côté, Advence, évêque de Metz, place le mariage de 
Lothaire II et de Theutberge a l'époque où le jeune roi venait de perdre son père 
(28 ou 29 septembre 855). Ce sérail donc en octobre nu en novembre, un peu avant 
nu un peu après le voyage île Francforl nécessité par la ci rémonie d'installation, 
que Lothaire aurait pris Tliuulberge pour femme. Ce mariage du second fils de 
Lothaire I er avec une fille de noble naissance n'aurait rien en lui-même qui 



462. DEUX CONCILES TENUS A AIX-LA-CHAPELLE 239 

inconnus, autrefois sa maîtresse, à laquelle il voulut sacrifier sa 
jeune épouse. Comme l'instance en divorce ne pouvait être pré- 

provoquât la surprise, cl n'appellerait aucune explication, si nous ne savions 
qu'auparavant le jeune prince avait eu pour femme ou pour maîtresse une cer- 
taine Waldrade, qui appartenait, elle aussi, à l'aristocratie, étant parente du comte 
alsacien Eberhard. Nous ne croyons pas que l'union du jeune Lothaire et de 
Waldrade ait été régulière, niais quelle que soit la nature des liens qui aient 
existé entre eux avant 855, il est certain que Lothaire avait eu, du vivant de son 
père, des relations avec Waldrade; il n'est pas moins certain non plus qu'il avait 
pour cette femme un profond amour. Depuis 857, Ions ses efforts ne tendent qu'à 
divorcer d'avec Theutberge, afin de pouvoir faire de W r aldrade son épouse légi- 
time : il a exposé, à poursuivre ce but, son trône, sa vie, le salut de son âme. 
Waldrade lui était donc bien chère. Admettons que le vieil empereur, tout en 
fermant les yeux sur la liaison de son fds avec Waldrade, ne lui ait pas permis 
de l'épouser. Pourquoi, une fois devenu son maître, le jeune Lothaire ne s'est-il 
pas empressé de régulariser la situation de la femme à laquelle il s'était attaché? 
Pourquoi ne l'a-t-il pas associée à sa personne et à son trône ? Pour ne l'avoir 
pas fait, pour avoir épousé Theutberge, dont il cherchera bientôt à se défaire, 
il a fallu de graves motifs, une nécessite pressante, inexorable, à laquelle il ne 
pouvait échapper. Lothaire, dans une lettre aujourd'hui perdue, adressée au pape 
Nicolas I er , P. L., t. exix, col. 1 179-1 180, prétendra plus tard que l'on a eu recours 
à des menaces, à des violences pour l'obliger à épouser Theutberge (Ernouf, 
Histoire de Waldrade et de Lothaire II, in-8, Paris, 1858, p. 3); nous trouvons la 
même assertion répétée par Advence, Lib. apol., dans Baronius, Annales, édit., 
Lucques, t. xiv, p. 566, col. 2. On trouve au ch. iv des actes du III e concile d'Aix, 
Mansi, op. cit., t. xv, col. 612, une phrase, un peu ambiguë, il est vrai, où Lothaire 
dit qu'il a été trompé par les arguments factieux d'hommes perfides. Deux ans 
plus tôt, au I er concile d'Aix, Lothaire tenait un langage différent. D'après le 
Libellus octo capitulorum, c. 3, Capitularia, t. n, p. 464, il aurait désiré avoir 
Theutberge. Peut-être alors ne se souciait-il pas d'avouer qu'il avait été contraint 
de faire ce mariage. Dans le ch. i du Libellus septem capitulorum. Capitularia, 
t. n, p. i63-464, il est dit que Lothaire épousa Theutberge avec le consentement 
et la volonté de ses fidèles. Nous croyons, nous, que l'intervention des grands 
produite sous une forme moins respectueuse. Wenck, Das frànkische Reich 
nacli dem Vertrage von Verdun, in-8, Leipzig, 1851, p. 327, pense que le mariage 
de Lothaire fut l'œuvre des grands qui avaient porté au trône le jeune roi ; il 
semble admettre qu'ils ont exercé sur lui une pression. Mais pour la plupart 
des historiens modernes, Ranke. Weltgeschichte, vi, part. 1, p. 140; Mùhlbacher, 
Reg. Kar., p. 477; Mùhlbacher, Deustchc Geschichte unter den Karolingern, in-8, 
Stuttgart, 1896, p. 504-505, et Dùmmler, op. cit., t. n, p. 5-6, Lothaire n'a nul- 
lement été forcé de prendre Theutberge pour femme : - boix a été dicté 
par îles considérations politiques, par ledésir de s'assurer l'appui d'une famille 
puissante. Pourtant, nous croyons qu'il y a eu pression exercée sue Lothaire pour 
qu'il se séparât de Waldrade et s'unît à Theutberge. Les grands, une partie tout 
au moins di - grands de le. Francia, entendaient mettre un terme au morcellement 
indéfini des Etats de Lothaire I er , et pour cela si' proposaient de conserver au 



240 LIVRE XXIII 

sentée sans quelque apparence de droit, on raconta qu'avant son 
mariage, Theutberge avait eu avec son frère Hubert un commerce 
incestueux. La mauvaise réputation d'Hubert qui, quoique sous- 
diacre et abbé de Saint-Maurice en Valais, s'était enfui après 
s'être rendu coupable de beaucoup d'actes de brutalité et de scan- 
dales, donnait à ces rumeurs quelque vraisemblance 1 . Afin de gros- 
sir la faute de Theutberge, on ajouta qu'Hubert avait souillé sa [225] 
sœur d'une manière monstrueuse et qu'après l'avoir rendue en- 
ceinte, il l'avait fait avorter au moyen de certains breuvages 2# 
Les courtisans firent tous leurs efforts pour accréditer ces bruits 
odieux et Lothaire convoqua, en 858 ou 859, une réunion des 
grands de son royaume pour instruire la cause de Theutberge, 
qu'il ne pouvait plus garder comme sa femme si elle était trou- 
vée coupable. Theutberge nia tout ; selon la coutume du temps, 
on la soumit au jugement de Dieu, par l'épreuve de l'eau bouil- 

second de ses fds tout ce que le vieil empereur avait possédé au nord et à l'ouest 
des Alpes. Lothaire II était leur obligé, gouvernait à leur profit. Pour être sûrs 
de lui, ils jugèrent bon de le marier avec une femme qui tînt de près à l'un d'entre 
eux ; elle devait, dans leur pensée, mettre au service de leurs intérêts l'influence 
qu'elle acquerrait sur l'esprit du nouveau roi. Se méfiant peut-être de Waldra- 
de, ils exigèrent de Lothaire qu'il la renvoyât. Nous ne savons ce qui leur fit 
préférer la sœur de l'abbé Hubert à d'autres jeunes filles ; toujours est-il que ce 
fut à elle que Lothaire fut obligé de se marier. Il était très jeune, dépourvu 
d'expérience, à peine assis sur le trône ; la crainte d'une révolte l'aura déterminé 
à se soumettre. Peut-être aussi l'ambition parla-t-elle en ce moment plus haut 
que l'amour dans le cœur de Lothaire, et il sacrifia Waldrade au désir de régner 
sur une plus grande étendue de territoire. Theutberge était probablement beaucoup 
plus jeune que son frère, qui, après la mort de leur père, lui avait servi de tu- 
teur. Hincmar. De divortio Lotharii, interr. xn, P. L., t. cxxv, col. 697. Mais 
il pourrait se faire qu'elle eût quelques années de plus que son mari. Le mariage 
célébré, nous ne savons pas où, Hubert se sera fait donner le gouvernement 
du pays situé entre le Jura et les Alpes, avec mission de surveiller les agisse- 
ments de Louis II, fils aîné de Lothaire I er . (H. L.) 

1. On trouve dans Dûmmler, op. cit., p. 448. des renseignements détaillés sur 
Hubert et ses dérèglements ; et aussi dans R. Parisot, Le royaume de Lorraine 
sous les Carolingiens, 843-923, in-8, Paris, 1899, p. 83 sq. (H. L.) 

2. Sur Theutberge, cf. R. Parisot, op. cit., p. 143. Le reproche de stérilité adressé 
à la reine par Lothaire tombait devant cette accusation d'être grosse des œuvres 
d'Hubert, à moins d'admettre que les manœuvres abortives employées eussent 
rendu Theutberge impropre à la maternité. La stérilité paraît incontestable. 
Si Lothaire d'une part, et Charles le Chauve d'autre part représentant des inté- 
rêts opposés, tenaient tant l'un à se défaire de Theutberge, l'autre à la conser- 
ver, c'est qu'elle ne pouvait assurer la succession du neveu que l'oncle convoitait. 
(H. L.) 



i62. DU X CONCILES TENUS A AIX-LA-CHAPELLE 241 

lante : l'un de ses serviteurs la subit pour elle ci avec un tel bon- 
heur, que Theutberge lui déclarée innocente. Craignant de braver 
l'opinion, Loi haire la reprit, au moins extérieurement, pour sa fem- 
me *. On rapporte qu'il l'emprisonna secrètement, en tous cas, 
il ne vécut plus avec elle, mais avec Waldrade 2 



1. R. Parisot, op. cil., p. 149 : « Nous n'avons que des renseignements très 
sommaires sur la façon dont les choses se passèrent. » (H. L.) 

2. Hincmar, De divortio Lolharii, P. L., t. cxxv, col. 629 sq. ; Annales Berti- 
niani, ad ann. 858, dans Monum. Germ. histor., t. i, p. 452 ; N. Alexander, 
Hist. eccles., in-fol., Venetiis, 1778, t. vi, dissert. IX: De divortio Lotharii régis; 
Noorden, Hinkmar, Erzbischof von Rheirns, ein Beitrag zur Staats-und Kirchenge- 
chiclite des westfrânkischen Reichs in der zweilen Hàlfle des 9 Jahrhunderls, in-8, 
Bonn, 1863, p. 167 sq. [On ignore la date de naissance de Lothaire II. En 841, 
il est encore qualifié de puerulus par les Annales fuldenses, édit. Kurze, 1891, 
p. 32. En 853, il a une ou plusieurs concubines ainsi qu'on peut l'induire de ce 
passage de Prudence parlant des maîtresses de Lothaire I er , aliique fûii ejus simi- 
liter adulleriis inserviunt. Annal. Berlin., ad ann. 853, p. 41. Peut-être même y 
a-t-il là une allusion aux relations du jeune prince avec Waldrade. D'autre part, 
Advence de Metz, dans son mémoire sur le divorce de Lothaire II, assure que ce 
prince était puerulus quand son père lui donna Waldrade pour femme ; il était 
encore sous des gouverneurs et des tuteurs, c'est-à-dire mineur et au-dessous de 
quinze ans, limite de la majorité fixée par la loi ripuaire, Lex ripuaria, c. lxxxi, 
(83), dans Mon. Germ. hist., Leges, t. v, p. 264, qui était aussi la loi des princes 
carolingiens. Ord. imp.,$ll, c. xvi, dans Mon. Germ. hist., Capitul., t. i, p. 273. 
En tous cas, on ne peut faire remonter l'union plus ou moins régulière avec Wal- 
drade, antérieurement au mariage avec Theutberge, plus haut que 851, année 
où mourut l'impératrice Ermengarde, mère du jeune Lothaire. C'est entre 851 
et 853 que débutent les relations entre Lothaire et Waldrade. Le jeune prince 
devait avoir alors au moins quatorze ans, il serait donc né vers 837-839 et à son 
avènement aurait eu de seize à dix-huit ans. Quand il mourut en 869, les Annales 
Laubecenses, ad ann. 869, dans Mon. Germ. hist., Script., t. i, p. 15, le qualifient 
de juvenis, il avait en effet à ce moment de trente à trente-deux ans. 

Le sacre du jeune Lothaire eut lieu en avril 856. Très peu de temps après le roi 
créa un duché comprenant les pays situés entre le Jura et les Alpes et il conlia 
le gouvernement de cette province, qui garantissait ses États contre Louis II, à 
l'abbé Hubert, frère de Theutberge. La grande situation ainsi faite à Hubert est 
certainement antérieure à l'année 859 et aux débuts de l'affaire du divorce, com- 
me Leibnitz, Annales imperii occidentis, t. i, p. 589, l'a remarqué. Pour Mùhlba- 
cher, Reg. Karolin., p. 479, Hubert a dû recevoir le duché en 855. Dùmmler, 
Geschichlc des ostfrànkischen Reichs, in-8, Leipzig, 1888, t. n, p. 5-6, rejette la 
date 859 proposée par la Chronique de Réginon et tient le fait lui-même pour 
inexact. D'après lui, Hubert possédail avant le mariage de sa sœur le pays com- 
pris entre le Jura et les Alpes, et c'est pour avoir l'appui de ce personnage qui 
commandait les défilés faisant communiquer la Bourgogne avec la Lombardie 
que Lothaire lui demanda la main de sa sœur Theutberge. R. Parisot, op. cit., 

CONCILES — IV — 16 



242 LIVRE XXIII 

Lothaire fut secondé dans ses projets de divorce par son archi- 
chapelain, l'archevêque Gùnther de Cologne, prélat léger et mon- 
dain, qui gagna aux projets du roi l'archevêque Thieutgaud de 
Trêves (également du royaume de Lothaire), prélat peu versé 
dans le droit ecclésiastique, et quelques autres évêques 1 . Quant 
à la promesse faite par Lothaire d'épouser la nièce de l'archevê- 
que de Cologne après la répudiation de Theutberge, c'est une 
légende bien postérieure 2 . 

Lothaire convoqua un concile [le 9] janvier 860, dans son palais 
d'Aix-la-Chapelle 3 ; y assistaient les archevêques de Cologne 

p. 83, note 1, n'accepte pas l'opinion de Dùmmler, sans vouloir pourtant soutenir 
qu'Hubert n'avait rien dans les régions du haut Rhône avant 855. Hubert était 
fils d'un certain Boson que nous ne connaissons pas autrement, il eut un frère 
de ce nom, marié à Engeltrude, et deux sœurs, Theutberge et Richilde. Hubert 
était tonsviré, mais n'avait pas dépassé le sous-diaconat; il fut successivement 
ou simultanément abbé de Lobbes, de Saint-Maurice en Valais et de Saint- 
Martin de Tours. Il semble qu'il ne fit que traverser l'abbaye de Luxeuil sans 
chercher à s'en emparer. Il détenait Saint-Maurice avant 857 et reçut Saint- 
Martin en 862; il envahit Lobbes d'où il chassa l'abbé régulier Hartbert au moins 
dès 846. Une lettre du pape Benoît III datée probablement de 857 signale la 
conduite scandaleuse d'Hubert à Saint-Maurice. Jafïé-Ewald, n. 2669. Pour 
mettre le comble, il se maria. Annales Bertiniani, ad ann. 852, p. 57. Dans l'in- 
tervalle, Lothaire, dégoûté de Theutberge depuis 857, n'était plus d'humeur à 
subir les exigences et les désordres de son beau-frère contre lequel il entra en cam- 
pagne, décembre 857-avril 858, sans aucun résultat. L'éloignement de Theut- 
berge par son mari, raconté par les Ann. Bert., ad ann. 857, p. 47, est antérieur 
au 15 septembre 857. La reine interrogée sur les bruits mis en circulation contre 
elle nie tout en 858. Hubert, convoqué, refuse de comparaître devant les conciles 
qui condamneront sa sœur, faute de garanties suffisantes. P. L., t. cxxv, col. 759- 
760. Le refus de ces garanties était une manière de tenir Hubert éloigné, d'évi- 
ter une confrontation et un débat contradictoire qui eût prouvé l'innocence 
de la reine. Cette accusation, lancée en 857, reparaîtra en 859. Dans l'intervalle 
on avait bâclé une réconciliation en 858. Cf. R. Parisot, op. cit., p. 149, note 3. 
Mais Lothaire ne rendit pas à Theutberge ses droits d'épouse, il la fit emprisonner, 
on ne sait où, Ann. Bert., ad ann. 858, p. 50, et dirigea contre Hubert de nou- 
velles expéditions aussi infructueuses que la précédente. Celui-ci finit par être 
tué au combat d'Orbe, en 864. Cf. R. Poupardin, Le royaume de Provence sous 
les Carolingiens (855-933)? in-8, Paris, 1901, p. 48-53. (H. L.) 

1. Sur Theutberge, cf. R. Parisot, op. cit., p. 154, note 3. (H. L.) 

2. Tel est le récit contenu dans la Chronique de Réginon, Mon. Germ 
liistor., 1. 1, p. 571. Comme l'auteur des Annales Metenses copie longuement 
Réginon, il arrivera qu'un auteur sera cité fréquemment pour l'autre. [Sur 
Gùnther de Cologne, cf. Hist. littér. de la France, 1740, t. v, p. 364-368 surtout 
R. Parisot, op. cit., p. 151-153. (H. L.)] 

3. Sirmond, Conc. Gall., t- ni, col. 189; Coll. regia, t. xxu, col. 675; Labbe 



462. DEUX CONCILES TENUS A AIX-LA-CHAPELLE 243 

et de Trêves, les évêques Adventius de Metz et Franco de Ton- 
226] grès, quelques abbés et des laïques. Lothaire y exposa les gra- 
ves soupçons qui pesaient sur sa femme, ajoutant qu'il ne 
voulail pas prolonger son incertitude. Il demanda donc aux pré- 
lats d'interroger sérieusement Theutberge sur le bien fondé de ces 
bruits. Par ruse et par force, par menaces et brutalité, ainsi que 
l'insinue Hincmar, on obtint de la malheureuse femme de faire 
à l'archevêque G uni lier l'aveu d'une faute involontaire :« elle avait 
été violon I ée : elle se reconnaissait indigne de rester l'épouse du roi 
ou de devenir la femme de tout autre. Elle demandait à prendre 
le voile. » Victime des intrigues qui l'enveloppaient, elle pria 
Gûnther de faire connaître ses aveux aux autres évêques et aux 
abbés 1 . Ces incidents occasionnèrent, dès le mois de février de 
la même année, la réunion d'un autre concile à Aix-la-Chapelle 2 . 
Outre les prélats lorrains, des évêques de France et de Provence, 
en particulier Wenilo de Rouen, Hildegard de Meaux, Hilduin 
d'Avignon, et plusieurs laïques de distinction y siégèrent. Theut- 
berge se déclara de vive voix et par écrit, par-devant le roi, les 

Concilia, t. vm, col. G96-698; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 501; Concilia, 
t. x, col. 139; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 547. Réginon fait une con- 
fusion entre ce concile et celui de Metz. Cf. Hincmar, De divortio Lotharii, P. L., 
t. cxxv, col. 636; Monum. Germ. histor., Leges, t. i, p. 445; Annules Bert., dans 
Monum. Germ. histor., t. i, p. 454; R. Parisot, op. cit., p. 154-157. Nous possédons 
deux récits des événements qui se sont passés dans ce concile. Hincmar les a 
insérés dans son De divortio Lotharii, interrog. l a : c'est le Libellus octo capitu- 
lorum, œuvre des évoques présents au concile, et le Libellus septem capitulorum 
qui n'émane pas d'eux. P. L., t. cxxv, col. 637; A. Verminghoff, Verzeichnis der 
Aklen frànkischer Synoden von 843-918, dans Neues Archiv der Gesellscluijt fur 
altère deutsche Geschichtskunde, 1901, t. xxvi, p. 627. (H. L.) 

1. Hincmar, op. cit., P. L., t. cxxv, col. 631, 636 sq. 

2. Voir les références aux collections données pour le concile de janvier 860, 
p. 240, note 3. Theutberge écrivit au pape Nicolas que l'aveu de sa culpabilité 
lui avait été extorqué par la force. Nicolas, Commonit. ad legatos, dans Jalïé- 
Ewald, n. 2726; Hincmar, De divortio Lotharii, P. L., t. cxxv, col. 696. Conc. 
Aqueuse, III, c. xvn, dans Capitularia, t. n, p. 467. 11 semble qu'avant le pre- 
mier concile d'Aix-la-Chapelle, de janvier 860, Theutberge ait secrètement écrit 
au pape pour lui faire connaître la situation critique à laquelle elle se trouvait 
réduite ; cela ressort du Commonitorium. Sur ce nouveau concile d'Aix-la-Cha- 
pelle', cf. R. Parisot, op. cit., p. 158-164; le refus d'Hincmar d'assister au concile, 
l'effarement qui en fut la suite, les aveux de Theutberge, sa condamnation et son 
résultat. Après le II e concile d'Aix-la-Chapelle Lothaire n'a plus de femme en 
fait, sinon en droit. Sans doute, il eût souhaité que les évêques allassent jusqu'au 
bout, mais ceux-ci s'arrêtent à mi-chemin. (H. L.) 



244 LIVRE XXIII 

clercs et les laïques, coupable de l'inceste dont on l'accusait . et 
déclara son aveu spontané et véridique. En cet état de choses, 
les évoques engagèrent le roi à ne plus regarder Theutberge comme 
sa femme : ils condamnèrent celle-ci à une pénitence ecclésias- 
tique et à la réclusion dans un monastère 1 . Cette année même 

1. Hincmar, op. cit., P. L., t. cxxv, col. 637 ; Monum. Germ. histor., Leges, 
t. i, p. 467. M. Sdralek, Hinckmars von Rheims kanonistischer Gutachlen iiber 
die Ehescheidung des Kônigs Lothar II, 1881, estime que l'Église franque du ix e 
siècle et un de ses plus importants interprètes, Hincmar de Reims, réservent 
exclusivement au juge séculier le droit de prononcer la séparation de corps, ou 
le divorce: l'Eglise n'exercerait en ers hypothèses que la juridiction pénitentielle. 
M. P. Fournier, dans le Bull, crit., 1885, t. vi, p. 212, se rallie à l'opinion de 
Schrors, op. cit., append. v, qui conteste cette interprétation au moyen de textes 
empruntés à Hincmar lui-même. « J'avoue, écrit M. P. Fournier, qu'il me paraît 
difficile de refuser à l'Eglise, pour l'époque carolingienne, le droit de prononcer 
la séparation ou la nullité d'un mariage : l'ensemble des textes me paraît plutôt 
conduire à la conclusion contraire. Il y a longtemps que le vieux concile d'Agde 
(en 506) a défendu aux époux de se séj>arer sans qu'ils aient soumis aux évêques 
de la province les causes de leur séparation; or Hincmar rappelle cette prescrip- 
tion dans les termes employés par le concile. Sans doute, à côté de la compé- 
tence de l'Eglise, Hincmar veut établir celle du juge laïque; sans doute il favorise 
singulièrement en cette affaire le tribtinal séculier ; mais ce n'est pas pour des 
raisons théoriques ; défenseur énergique de Theutberge, il aime mieux sou- 
mettre sa cause à l'assemblée des grands qu'à un synode de prélats de cour. » 
Cf. A. Hauck, Kirchengeschichle Deutschlands, t. n, p. 507; Esmein, Le mariage 
en droit canonique, in-8, Paris, 1891, t. i, p. 16-25 ; t. n, p. 45-71. Le droit 
franc permettait le divorce et autorisait le mari à se remarier si le divorce avait 
été prononcé en sa faveur ; la femme, dans le même cas, ne pouvait cependant 
prendre un autre époux. Le droit canon distinguait la séparation pour cause de 
chasteté du divorce pour adultère et interdisait au mari le mariage du vivant de 
son épouse même coupable. Cependant l'Église proclamant l'indissolubilité du 
mariage admettait des cas de nullité, notamment quand les conditions essentielles 
à la validité faisaient défaut pour un des conjoints ou pour les deux. Quant à la ju- 
ridiction compétente, elle différait suivant qu'on procédait à l'examen ou de la 
question défait, ou de la validité de l'union contre laquelle on invoquait un motif 
de nullité. Le De divortio Lothar ii est un écrit important, mais d'une lecture 
souvent rebutante. La longueur de l'argumentation est encore plus sensible grâce 
à un encombrement de citations in extenso qu'une allusion sommaire eût avanta- 
geusement remplacées. L'exposition, l'ordonnance, l'exposé des faits, le style 
et la pensée elle-même sont de qualité médiocre. Sdralek, op. cit., p. vi, p. 17- 
21 ; R. Parisot, op. cit., p. 172-173. Tel qu'il est, en voici l'analyse succincte qu'en 
donne M. R. Parisot, analyse qui a l'avantage d'être plus limpide que le docu- 
ment lui-même. «Nous ne nous astreignons pas, dit-il, à suivreHincmar pas à pas, 
nous voulons seulement indiquer quelle est sur les principaux points sa manière 
d'envisager et d'apprécier les choses. 

< Il commence par protester contre la façon dont on a dénaturé ses actes elses 



462. DEUX CONCILES TENUS A AIX-LA-CHAPELLE 245 

la princesse s'enfuit auprès de son frère Hubert et de Charles le 
Chauve, roi de France, oncle de Lothaire. Hubert avait été dès 

opinions ; il n'a pas plus approuvé le divorce qu'il n'a chargé Wénilon et Hilde- 
gaire de le représenter au II e concile d'Aix. Vient ensuite un résumé de l'entre- 
tien qu'il a eu avec Advence, suivi de quelques extraits des lettres qu'il a écri- 
tes à ce prélat. De divort. Loth., interr. ni, P. L., t. cxxv, col. 645-648. Hincmar 
ne prétend pas que Theutberge soit innocente du crime dont elle est accusée, 
mais la culpabilité de la reine ne lui semble pas non plus démontrée. Cela ressort 
de l'ensemble du mémoire. La grossesse de Theutberge lui paraît peu croyable, 
vu le caractère contre nature des relations que la princesse aurait eues avec son 
frère. De divorl. Lotit., interr. nr, P. L., t. cxxv, col. 695. Mais ce que critique sur- 
tout l'archevêque, c'est la manière dont on a procédé à l'égard de Theutberge. 
Il proteste contre les deux procès qui, pour le même fait, lui ont été successive- 
ment intentés. Du moment que le champion de la reine avait victorieusement 
subi l'épreuve de l'eau bouillante, on n'avait pas le droit de rouvrir l'affaire : 
l'accusateur aurait-il souffert qu'on la reprît, si l'homme de Theutberge avait 
succombé ? Assurément non. De divort. Loth., interr. vi, P. L., t. cxxv, col. 672- 
673. A ce propos, Hincmar prend la défense des épreuves judiciaires, que saint 
Agobard avait attaquées au nom de la religion et du bon sens. Hincmar, lui, 
croit que Dieu s'y prononce en faveur de la vérité. De divort. Loth., interr. vi, 
vu, P. L., t. cxxv, col. 663, 670, 671, 673. Il combat, en outre, les objections 
qu'on avait mises en avant contre la valeur de l'épreuve à laquelle avait été 
soumis le champion de Theutberge : Dieu, dit-il, ne peut ni tromper, ni se laisser 
tromper. De divort. Loth., interr. vu, vin, P. L., t. cxxv, col. 673-674, 675. Ce 
n'est pas tout : la façon dont le procès a été conduit est des plus irrégulières : 
Theutberge devait être jugée non par un concile, mais par un tribunal séculier ; 
en pareille matière, des laïcs, et des laïcs mariés, sont seuls compétents, et d'ail- 
leurs la reine avait remis sa confession écrite non aux évêques mais au roi, un laïc. 
De divort. Loth., interr. i, v, P. L., t. cxxv, col. 639-641, 654-655, 695. Autre irré- 
gularité : on n'a pas entendu Hubert, le complice supposé de Theutberge, et à vrai 
dire, le principal coupable, puisqu'il est censé avoir pris sa sœur de force. De 
divort. Lotit., interr. vu, P. L., t. cxxv, col. 696-697. Une confession écrite de 
la reine ne suffisait pas pour entraîner la condamnation ; il eût été nécessaire 
ou que Theutberge fit devant les juges l'aveu de son crime, ou qu'elle fût con- 
vaincue par des témoignages. De divort. Lotit., interr., ix, xi, P. L., t. cxxv, 
col. 639, 682, 686-687. Alors, mais alors seulement, la question pouvait être 
portée devant le tribunal des évêques, qui auraient infligé à la coupable une pé- 
nitence. De divort. Loth., interr. i, P. L., t. cxxv, col. 640. Dans la première partie 
de son mémoire, Hincmar parlait déjà de la réunion d'un concile général, auquel 
serait confiée la mission de juger le procès. De divort. Loth., interr. i, ni, P. L., 
t. cxxv, col. 641, 646, 647. Dans la deuxième partie, il se prononce nettement 
en faveur de cette juridiction, attendu que, seul, un tribunal international offre 
les garanties d'impartialité voulues. D'après lui, c'est à tort qu'on le leur dénie. 
De divort. Lotit., qua-st. n, m, P. L., t. cxxv, col. 747-751. Hincmar trouve sin- 
guliers les procédés de Lothaire, qui a si longtemps attendu pour accuser sa femme, 
De divort. Loth., interr. xn et qusest. n, P. L., t. cxxv, col. 695, 748; qui a en- 



246 



LIVRE XXIII 



longtemps cité, par le pape Benoît III, à comparaître pour rendre 
compte de ses nombreux méfaits ; mais Charles le Chauve l'avait 

suite organisé un simulacre de jugement, interr. i, P. L., t. cxxv, col. 640; 
il s'étonne également de la conduite des évêques au I er concile d'Aix-la-Chapelle; 
on peut reprocher à leurs discours et à leurs façons d'agir d'être peu raisonnables, 
et, qui plus est, de se contredire. Interr. i, P. L., t. cxxv, col. 632, 633. Il s'élè- 
ve surtout contre Gùnther, n'admettant pas que sous aucun prétexte on viole 
le secret de la confession. Interr. i, vu, P. L., t. cxxv, col. 634-635, 674-675. 
Pour ce qui est de la rupture des relations conjugales, elle peut, suivant Hinc- 
mar, se produire dans deux cas différents : soit lorsque les deux époux veulent 
l'un et l'autre vivre dans la chasteté, interr. v, xix, quœst. iv, P. L., t. cxxv, 
col. 651, 733, 753; soit quand l'un d'eux a commis après le mariage un adultère, 
interr. v, x, xxi, qufest. iv, P. L., t. cxxv, col. 651-652, 686, 733, 753; mais 
dans ce cas aucun des époux séparés ne peut se remarier du vivant de l'autre. 
Interr. v, xu, P. L., t. cxxv, col. 655-656, 706. En ce qui concerne Lothaire, 
à supposer que Theutberge, avant d'être unie au roi, se soit rendue coupable d'un 
inceste avec son frère, Hincmar ne dit pas clairement s'il pourra ou non prendre 
une autre femme : pourtant les passages qu'il cite des Pères ou des conciles sem- 
blent prouver qu'il penchait pour l'affirmative, étant donné qu'un incestueux 
n'est plus apte à contracter une union valide. Interr. xu, xiv, xx, xxi, P. L., 
t. cxxv, col. 706, 730, 731, 735-736. Sdralek, op. cit., p. 250 ; Schrôrs, op. cit.. 
p. 197 sq., croient l'un et l'autre qu'Hincmar admet la nullité du mariage d'un 
incestueux et la possibilité pour l'autre conjoint de contracter une seconde union. 
Le droit de Lothaire à se remarier étant admis, Hincmar n'interdit pas au roi 
d'épouser son ancienne maîtresse (Waldrade) ; toutefois il fait certaines réserves. 
Interr. xxi, P. L., t. cxxv, col. 732-738. En tous cas, Lothaire doit auparavant 
subir une pénitence. Interr. xm, xxi, P. L., t. cxxv, col. 708. 738. Il n'est pas, 
en effet, tout roi qu'il est, au-dessus des lois, comme certaines gens le prétendent 
à tort ; il n'a pas le droit de faire tout ce qui lui plaît. Lothaire est soumis aux mi- 
nistres de Dieu; qu'il prenne garde aux jugements divins et humains, s'il n'imite 
pas la conduite vertueuse de son père. Quœst. vi, P. L., t. cxxv, col. 756. Hinc-, 
mar déclare que l'on ne doit pas tenir vin serment téméraire. Interr. xin, xiv, 
P. L., t. cxxv, col. 707, 714-716. Il admet qu'à l'aide de certains maléfices, une 
femme peut faire naître entre deux époux une haine irréconciliable, ou un amour 
irrésistible, provoquer ou faire cesser l'impuissanee cliez l'homme. C'est Wald- 
rade que l'on soupçonnait d'avoir eu recours à de semblables sortilèges pour brouil- 
ler Lothaire et Theutberge. 

Ce traité d'Hincmar a été un peu tiraillé en divers sens et on ne saurait en être 
surpris, vu qu'il traite ex professo de la très délicate matière de la rupture du ma- 
riage, une de celles qui périodiquement soulèvent des causes politiques d'une gra- 
vité exceptionnelle. Schrôrs, p. 214 sq., a donné un bon exposé des idées d'Hinc- 
mar en matière de mariage au point de vue canonique. Selon lui, Hincmar con- 
férait au tribunal synodal de préférence à l'autre le droit de prononcer l'annula- 
tion du mariage ; cependant Hincmar n'exclut pas complètement la juridiction 
séculière. Ainsi, après avoir déclaré que le tribunal séculier est seul compétent, 
au moins pour examiner la question de fait, il admet ensuite que celle-ci peut 



462. DEUX CONCILES TENUS A AIX-LA-CHAPELLE 247 

pris sous sa protection, lui avait donné l'abbaye de Saint-Martin 
de Tours et le défendait contre les peines ecclésiastiques. Theut- 
berge trouva également asile auprès de Charles le Chauve 1 , d'où 

être portée devant un concile. Sdralek, op. cit., p. 89, croit que d'après Hincmar 
le tribunal ecclésiastique ne peut prononcer qu'une peine ecclésiastique à la suite 
d'une condamnation infligée par des juges laïcs. C'est à ceux-ci seuls, p. 93-98, 
108-109, qu'il appartient d'examiner la question de fait, et même, le cas 
échéant, de prononcer le divorce. Schrôrs estime trop absolue cette manière de 
voir prêtée par Sdralek à l'archevêque de Reims. Selon Schrôrs, op. cit., p. 499 
sq., Hincmar concède au tribunal séculier la compétence en matière crimi- 
nelle (question de fait), mais il ne lui reconnaît pas le droit de prononcer 
la séparation des époux, comme le dit à tort Sdralek (op. cit., p. 503). 
Schrôrs avait dit antérieurement (p. 194—195), qu' Hincmar ne spécifie pas à 
quel tribunal il appartient de prononcer la séparation des époux, c'est-à-dire la 
rupture de la vie commune, non le divorce. Quant à l'annulation du mariage 
en cas d'inceste (p. 196), l'archevêque penche pour la juridiction ecclésiastique, 
sans exclure l'autre. D'autre part, en ce qui concerne la question de fait, Schrôrs, 
op. cit., p. 193 et note 29, soutient qu'Hincmar admet une affaire de même na- 
ture en première instance. Mais les passages que cite Schrôrs, ne prouvent rien. 
Celui qu'Hincmar, interr. x, P. L., t. cxxv, col. 681, emprunte à saint Augustin 
ne vise nullement des procès en séparation ni des causes matrimoniales ; et dans 
l'autre, tiré d'Hincmar lui-même, interr. xn, P. L., t. cxxv, col. 695, il s'agit 
non d'un appel véritable du tribunal séculier aux évêques, mais de la demande 
adressée à ces derniers par un criminel déjà condamné par ses juges naturels, 
et qui désire qu'une pénitence lui soit infligée. Sdralek, op. cit., p. 166, rejetait 
la possibilité d'un tribunal séculier international; Schrôrs, op. cit., p. 503, fait 
remarquer qu'il y a eu de telles assemblées générales des grands des trois royau- 
mes francs à Meerssen (851), à Liège (854) et à Coblentz (860). 

Dans le De divoriio Lotharii il est à deux reprises question d'Engeltrude et 
de Boson, dont nous allons nous occuper dans quelques instants. (H.L.) 

1. Gfrôrer suppose que Charles le Chauve avait eu à cœur de soutenir la vali- 
dité du mariage de Lothaire et de Theutberge, parce que celle-ci n'ayant pas 
d'enfants, donnait au roi de France l'espoir d'hériter de la Lorraine, tandis que 
Waldrade ayant déjà donné plusieurs enfants à Lothaire, Charles le Chauve de- 
vait renoncer à cette espérance si, par le mariage avec Waldrade, Lothaire se trou- 
vait du jour au lendemain pourvu d'héritiers. Leibnitz, Annales imp. occid., 
t. i, p. 592, 618; Ernouf, Hist. de Waldrade, p. 10; Weiszsaecker, Hinkmar and 
pseudo Jsidor, dans Zeitschr. fur histor. TheoL, 1858, p. 412; Bourgeois, Hugues 
l'Abbé, dans les Annales de la Faculté des lettres de Caen, 1885, 1. 1, p. 99 ; Dûmmler, 
op. cit., t. ii, p. 18-19; Mùhlbacher, Deustche Geschichte unter den Karolingern, 
p. 510; R. Parisot, op. cit., p. 171-172, sont tous d'accord pour attribuer à l'in- 
térêt la conduite de Charles le Chauve à l'égard de son neveu, car il ne pouvait 
dès lors prévoir que les maladresses de Lothaire lui fourniraient un jour l'occa- 
sion de le déposséder. D'après Sdralek, Hinkmars von Rheims kanonistisches 
Gutaclden iiber die Ehescheidung des Kônigs Lothur des Zweiten, in-8, Freiburg, 
1881, p. 16, c'est Hincmar qui, dans l'affaire du divorce, a imposé à Charles 



248 LIVRE XXIII 

elle envoya des ambassadeurs au pape Nicolas I er , récemment 
élu au pontificat (858) 1 , se plaignant de l'injustice commise [227] 
à son égard. De leur côté, les évêques du parti de Lothaire 
s'adressèrent également au pape, lui demandant de ne pas 
se laisser influencer par les envoyés des adversaires de ce roi, 
mais de remettre sa décision après l'arrivée des ambassadeurs, 
Thieutgaud, archevêque de Trêves et Atto, évêque de Verdun 2 . 
On ne voit cependant pas que ces évêques se soient alors rendus 
à Rome. 



463. Conciles à Milan et dans les Gaules au sujet d' Engeltrude. 

Vers cette même époque, on tint plusieurs conciles au sujet 
d'un autre mariage dans la famille des Carolingiens. Engeltrude, 
fille du comte franc [Matfrid. avait épousé le comte Boson, 
probablement fils du Boson dont nous avons parlé, et frère 
d'Hubert et de la reine Theutberge 3 . Hincmar la dit parente de 



le Chauve la ligne qu'il devait suivre. Livré à lui-même, le prince aurait con- 
senti, moyennant un bon prix (témoin l'alliance qu'il conclut en 866 avec 
Lothaire qui lui avait cédé l'abbaye de Saint- Vaast), à favoriser les projets 
matrimoniaux de son neveu. C'est fort possible; quoi qu'il en soit, Hincmar n'a 
certainement pas rendu public son traité De divorlio Lotharii, sans l'autorisa- 
tion de son souverain dont la politique se trouvait désormais engagée. D'ail- 
leurs, dès ce moment Charles aura à l'égard de Lothaire des procédés fran- 
chement hostiles. Theutberge trouva asile en France. (H. L)]. 

1. Gregorovius, Gesch. der Stadt Rom, 1870, t. m, p. 129. 

2. Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 502; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xv, 
col. 548. 

3. Wenck, Das jriinkische Reich nach detn Beitrage von Verdun, in-8, Leipzig, 
1851, p. 345;Dûmmler, Geschiclite des ostfrànkischen Reichs, in-8, Berlin, 1862, 1. 1, 
p. 459. [Un frère de Theutberge et d'Hubert, frère aîné portant le nom de leur père 
Boson, avait en Italie l'administration d'un comté. Il avait épousé Engeltrude. Cf. 
Wenck, op. cit., p. 354, n. 2 ; Noorden, Hinkmar, p. 167;Sdralek, Hinkmars Gut- 
achten ûber die Ehescheidung Lothars, u, p. 22; Schrors, Hinkmar, p. 206; Mùhl- 
bacher, Reg. Kar., p. 477; Dùmmler, op. cit., t. n, p. 17, n. 2 ; B. Parisot, op. cit., 
p. 83, note 3; p. 165. Krùger, Der Ursprung des Hanses Lolhringen-Habsburg, 
p. 8, estime qu'Engeltrulde était fille de Malfrid II, iils du comte d'Orléans, 
mort en 836. Ce dernier, d'après Krùger, n'aurait pu être le père d'un enfant né 
probablement vers 830. Des liens de parenté unissaient Engeltrude à Lothaire II, 
mais il est impossible de dire quelle était l'origine de cette parenté. Au bout de 



463. CONCILES A MILAN ET DANS LES GAULES 249 

Lothaire *. Entraînée par la passion, Engeltrude avait abandonné 
son mari depuis plusieurs années et vécu scandaleusement en 
France, tantôtdans un lieu, tantôt dans unautre.Le comteBoson lui 
proposa vainement le pardon en cas de retour. Poussé par l'ob- 
stination de sa femme, le comte s'adressa au pape Benoît III, 
après la mort duquel Nicolas I er prit l'affaire en main. Ce pape 
ayant adressé inutilement plusieurs lettres d'exhortation à Engel- 
trude 2 , chargea un concile tenu à Milan en 860 3 , de la faire citer et 
de l'anathématiser, en cas de refus. Le comte Boson habitait pro- 
bablement dans la province ecclésiastique de Milan. Engeltrude 
ne s'étant pas rendue à l'appel, fut anathématisée ; le pape con- 
firma la sentence qui fut communiquée aux archevêques de Trêves 
et de Cologne, dont la pécheresse habitait les diocèses où elle 
avait trouvé protection auprès du roi Lothaire 4 . Hincmar ajoute 

quelques années, Engeltrude quitta son mari dont elle avait eu des fdles (voir 
différentes lettres du pape Jean VIII, Jaiïé-Ewald, n. 3167, 3168, 321 1) et s'enfuit 
avec un de ses vassaux. Elle se retira en Gaule, des témoignages postérieurs la 
montrent en Lorraine et dans le diocèse de Cologne. Ceci se passait en 857 ou 858 ; 
une lettre du pape Benoît invite les rois et les évêques à faire arrêter la fugitive 
et à la ramener à son mari. Jaffé, n. 2673. Sur les ascendants et les descendants 
des comtes Boson, cf. B. Poupardin, Le royaume de Provence sous les Carolin- 
giens {855-933) ? in-8, Paris, 1901, p. 41-47, et surtout p. 297-307, l'appendice inti- 
tulé : Boson, mari d 'Engeltrude (844-874/878). 

1. P. L., t. cxxv, col. 754. 

2. Mansi, Conc. ampliss. coll.. t. xv, col. 326, 336; Hardouin, Coll. concil., t. v. 
col. 286. 

3. Mansi, Concilia. Supplem., t. i, col. 983; Conc. ampliss., coll., t. xv, col. 590. 
Lettres de Nicolas du 30 (?) octobre 863 et du 31 octobre 867. Cf. Jaffé-Ewald. 
n. 2748-2751, 2886. Les canons de ce concile de Milan ne nous sont pas connus 
directement mais seulement parla mention des actes du concile de Latrande863. 
Ann. Bertiniani, ad ami. 863, p. iii. Sententiam quant a Sale apostolica inlngil- 
druhem uxorem Bosonis sanctissimus (rater nosler Mediolanensis archiepiscopus 
'ratio etcetericoepiscopinostripetwerantemittendam.M.ansi,op.cit.,t. xv, col. 609. 
adopte la date « circa 860 »; Hefele tient pour 860. Sdralek, Hinkmars von Bluirn* 
kanonistisches Gutachten, p. 186; Parisot, Le royaume de Lorraine stius les Carolin- 
giens, p. 166, et B. Poupardin, op. cit., p. 302, note 3, reportent l'assemblée à 859 
on aux premiers mois de 860. Sdralek est suivi par B. Poupardin lorsqu'il suppose 
que le concile de Milan fut antérieur au congrès de Savonnières. Il est probable 
qu'il s'est produit quelque ebose, peut-être l'annonce de l'anathème prononcé, 
pour amener Engeltrude à la dernière de ces deux réunions. C'est à l'excommica- 
tion prononcée à la demande des prélats réunis à Milan que Charles le Chauve, 
à la seconde assemblée de Savonnières, Ann. Bertin., ad ann. 862. p. 61, paraît 
avoir l'ail allusion. (H. L.) 

'i . Voir § \l>~. Nicolas, Episl., lviii, dans Hardouin, op. cit.. t. v, col. 285 ; 



250 LIVRE XXIII 

qu'en cette même année 860, à la diète de Coblsntz, le comte 
Boson demanda vainement sa femme au roi Lothaire, et beaucoup [228[ 
exprimèrent la crainte que Boson ne tuât sa femme, si elle revenait 
auprès de lui. Une fois promulguée la sentence du concile de Milan, 
Giinther de Cologne posa, dans un concile franc, la question sui- 
vante : « Au cas où Engeltrude reconnaîtrait ses fautes, pour- 
rait-il lui imposer une pénitence et la garder dans son diocèse, 
ou bien devait-il la renvoyer à son mari, à la condition que celui- 
ci ne la tuât pas?» Hincmar répondit par écrit, dès le lendemain, 
que Gûnther ne pouvait pas imposer la pénitence à une femme 
étrangère à son diocèse, parce qu'il priverait le mari d'exercer 
sur elle ses droits légitimes. Lothaire devrait renvoyer Engeltrude 
à Boson, et Giinther aurait simplement à intercéder auprès du 

et Mansi, op. cit., t. xv, col. 334; Jafïé-Ewald, n. 2748-2751, 2886. Il semble bien 
à lire ces lettres de Nicolas I er , que la sentence du concilede Milan et a confirma- 
tion qu'en avait prononcée le pape aient été notifiées à Gûnther et à Thieutgaud. 
Ce concile de Milan, dont la date n'est pas donnée, doit se placer ou en 859 ou, 
au plus tard, dans les premiers mois de 860. Pour arriver à préciser l'année et les 
mois, remarque M. R. Parisot, il faudrait savoir quand Boson a pour la première 
fois franchi les Alpes pour venir réclamer sa femme; car Boson n'a dû s'adresser 
aux conciles francs qu'après avoir vainement attendu les effets du concile de 
Milan. Boson était présent au congrès de Coblentz de juin 860; le concile de Milan 
est donc antérieur, et de plusieurs mois, à ce congrès. Sdralek, op. cit., place 
en conséquence, p. 189, note 1, le concile de Milan en 859. Dûmmler n'indique 
pas l'année où, d'après lui, ce concile a dû avoir lieu, mais il est vraisemblable 
qu'il le croit de 860, attendu qu'il ne fait commencer qu'en cette année l'épisco- 
pat de Tadon, président du concile de Milan. Déjà, au concile de Savonnières en 
859, l'attention des évêques avait été appelée sur cette affaire. Hincmar qui 
rapporte le fait ne nous dit pas si Boson lui-même avait présenté sa plainte.Tou- 
tefois, la chose ne nous paraît pas probable, et il n'était pas nécessaire que Boson 
fût là pour que le concile s'occupât d' Engeltrude. Le concile de Savonnières ne 
prit d'ailleurs aucune décision. Le II e concile d'Aix-la-Chapelle s'empara de la 
question, soit qu'elle n'eût pas encore été résolue par le concile de Milan, soit 
que l'on estimât en Lorraine un nouvel examen nécessaire. Boson et sans doute 
aussi Engeltrude, alors réfugiée dans le diocèse de Gûnther, furent invités à com- 
paraître. Boson ne vint pas, et les évêques déclarèrent qu'ils ne pouvaient livrer 
à la mort une femme qui s'était mise sous leur protection et dont ils n'avaient 
pas instruil la cause. P. L., t. cxxv, col. 743. S'ils avaient pris ce parti, c'était 
pour plaire à Lothaire ; en donnant asile à Engeltrude, ce prince n'obligeait pas 
seulement une cousine, il était désagréable à l'un des frères de la femme qu'il 
détestait. Engeltrude continua donc de vivre en Lorraine. Son mari se décida à 
venir en Gaule; il assistait à l'entrevue de Coblentz. Boson demanda à Lothaira 
de lui rendre sa femme. Lothaire s'y refusa ; il ne pouvait, disait-il, livrer une 
femme de race franque, sa cousine, qui manifestait la crainte d'être mise à mort 



463. CONCILES A MILAN ET DANS LES GAULES 



251 



mari pour qu'il épargnât sa femme K On ne sait ni le lieu ni 
l'époque où s'est tenu ce concile franc 2 . 

par son mari et menaçait, si l'on prétendait la ramener àBosoa, de s'enfuir chez 
les Normands. Force fut à Boson de retourner seul en Italie. (H. L.) 

1. Hincmar, Epist. xxiv, P. L., t. cxxvi, col. 154; Mansi, Conc. ampliss. 
coll., t. xv, col. 500. 

2. Ce concile s'est tenu a Tusey, petite localité du diocèse de Tonl (aujourd'hui 
de Verdun) et du royaume de Lorraine sur la rive gauche de la Meuse, commune 
deVaucouleurs, arrondissement de Commercy.Sirmond,Conc. Gall,, t. ni, col. 160; 
Coll. regia, t. xxii, col. 684; Lalande, Conc. Gallise, p. 164 ; Labhe, Alliance chro- 
nologique, 1651, t. ii, p. 464 -466; Labbe, Concilia, t. vm, col. 702-735; Mabillon, 
Anal. veteraA&lb, t. i, p. 57; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 507; Coleti, Conci- 
lia, t. x, col. 149; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 557 ; R. Parisot, Le 
royaume de Lorraine sous les Carolingiens, 1899, p. 176-179; R. Poupardin, Le 
royaume deProvence, p. 303, note 6; A. Verminghofî, Verzeichnis der Akten frànkis- 
cherSynoden von 843-918, dans Neues Archiv, 1901, t. xxxvi, p. 627-628. Quant 
à Hefele, il a parlé plus haut de ce concile, Conciliengeschichte, 2 e édit., t. iv, 
p. 215, où il suppose que furent présents Charles le Chauve et les deux rois de 
Lorraine et de Provence; mais, comme le fait remarquer Dùmmler, op. cit., 
t. ii, p. 18, n. 4, cela ne ressort en aucune façon des actes de ce concile. Charles le 
Chauve était présent au concile (R. Parisot, p. 177), ainsi que de nombreux pré- 
lats français, lorrains et provençaux. Hincmar y siégeait à côté de Gùnther et 
de Thieutgaud qu'il venait de malmener rudement dans son De divortio Lotharii . 
Le concile commença au plus tard le 22 octobre 860 et n'était pas terminé le 7 
novembre. On y aborda l'affaire d'Engeltrude. Boson revenu d'Italie pria le pape 
d'intervenir en sa faveur et Nicolas I er écrivit à Charles le Chauve, à Hincmar et 
aux évêques francs, invitant le roi de France à ne pas permettre que l'épouse 
adultère et fugitive séjournât plus longtemps dans les États de Lothaire et or- 
donnant à Hincmar et à ses collègues d'excommunier Engeltrude. Jaffé-Ewald, 
n. 2685. Boson, muni de ces lettres, datées d'aoûtet septembre, arriva à Tusey et 
les remit aux intéressés. Pourtant, à lire le mémoire d'Hincmar, il semblerait 
que la question eût été soulevée devant le concile par Gùnther, Couvent, ap Sa- 
pon., c. iv, dans Capitularia, t. n, p. 160. D'après ce mémoire. Gùnther aurail 
à la fin d'une session demandé quelle conduite il devait tenir à l'égard d'Engel- 
trude pour le cas où celle-ci viendrait le trouver et, tout en déplorant sa faute, 
demanderait de n'être pas livrée à la mort dont la menaçait son mari. Hincmar 
pris de court remit la réponse à plus tard, y réfléchit et prépara à tète reposée 
son mémoire qu'il lut ou fit lire dans une des sessions suivantes. D'après Hincmar, 
Gùnther ne peut imposer aucune pénitence à une femme dont le mari, à qui elle 
reste soumise, ne réside pas dans le diocèse. Le roi, dans les États duquel elle est 
réfugiée doit la rendre à Boson qui se déclare prêt à pardonner sur l'ordre donné 
par le pape. Resp. ad Guntharium, P. L., t. cxxvi, col. 154-156. Nous ignorons 
l'accueil fait par le concile au mémoire d'Hincmar, mais Engeltrude continua 
de vivre dans le royaume de Lothaire, ainsi qu'il résulte du mémoire de Charles 
le Chauve lu au congrès de Savonnières en 862, ch. iv, dans Capitularia, t. n, 
p. 160, et différentes lettres du pape Nicolas I er dans Jaffé-Ewald, n. 2748-2751 , 
2836. (H. L.) 



252 



LIVRE XXIII 



464. Premiers conciles au sujet de Photius. 

En 860, Photius commença à attirer l'attention du pape Nico- 
las I er1 . L'impératrice Théodora, qui avait remis en honneur le 

1. Nos principales sources sont les suivantes : a) les lettres du pape Nicolas I er , 
dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 159 sq. ; et Hardouin, op. cit., t. v, col. 119 sq.: 
b) la Biographie d'Ignace, patriarche de Constantinople, par Nicétas, Mansi, op. cit., 
t. xvi, col. 210 sq.; Hardouin, op. cit., t. v. col. 943 sq. ; c) la lettre adressée au 
pape par le moine Théognost au nom du patriarche Ignace, Mansi, op. cit., t. xvi, 
col. 295; Hardouin, op. cit., t. v, col. 1014; d) la lettre du contemporain Métro- 
phanes de Smyrne au patrice Manuel, dans Mansi, op. cit., t. xvi, col. 414 r sq. ; 
Hardouin, op. cit., t. v, col. 1111 sq. ; en latin dans Baronius, Annales, ad 
ann. 870, n. 45 sq. ; e) la lettre de Stylianus, évèque de Néocésarée en Syrie, 
au pape Etienne VI, dans Mansi, op. cit., t. xvi, col. 426; Hardouin, op. cit., 
t. v, col. 1122. Sur Photius, il existe une abondante littérature : R. Ballheimer, 
De Photii s'itis decem oratorum, dissertatio philologica, in-8, Bonn, 1877. Cf. 
A. Martin, dans \s. Revue critique, 1879, t. vin, p. 347-350; J. Bernays, Pliokion 
und seine neueren Beurtheiler, ein Beitrag zur Geschichte der griechischen Philoso- 
phie und Politik, in-8, Berlin, 1881 ; J.-B. Bury, The relationship of the patriarch 
Photius to the empress Théodora, dans English historical review, avril 1890, 
p. 255-258; A. Chassang, dans l'Annuaire de la Société d' encouragement pour les 
études grecques, 1871, t. v, p. 75-85; Chr. Faucher, Histoire de Photius, patriar- 
che schismatique de Constantinople, suivie d'observations sur le fanatisme, in-12, 
Paris, 1772; J. Hergenrôther, Photii constantinopolitani liber de Spiritus sancti 
mystagogia, quem notis variis illustratum ac theologicse crisi subjectum nunc pri- 
mum editus, in-8, Ratisbonne, 1857 ; J. Hergenrôther, Photius, Patriarch 
von Constantinopel, sein Leben, seine Schriften und, das griechische Schisma, 
nach handschriftlichen und gedruckten Quellen, 'A vol. in-8, Regensburg, 1867- 
1869; Monumenta grseca ad Photium ejusque historiam pertinentia ex variis 
codicibus mss. collecta, in-8, Regensburg, 1869; E. B. Swalue, Disputatio de dis- 
sidio christianse Ecclesise, Photii auctoritale maturato, in-4, Lugd. Batav., 1829; 
Histoire de saint Ignace, patriarche de Constantinople et de Photius usurpateur de 
son siège, in-8, 1791 ; Ks. Bojarski, Historya Focyuska... opartana swiadectwach 
wspôlczesnych pisarzy geskich czerpana z dzeil francuskich i innych, in-8, Lwow, 
1895; J. N. Jager, Histoire de Photius, patriarche de Constantinople, auteur du 
schisme des Grecs, in-8, Paris, 1844 ; Louvain, 1845, Paris, 1854; B. Jungmann, 
dans Dissertationes selectie historiée ecclesiasticse, 1882, t. ni, p. 319-442; K. Krum- 
bacher, Geschichte der byzantinischen Literatur, in-8, Mûnchen, 1897, p. 73- 
79, 515-524, 972 ; A. Palmieri, Photius et ses apologistes russes, dans les 
Échos d'Orient, 1899, t. m, p. 94-106; A. Papadopoulos Kerameus, Photii 
Epislolse, Petropoli, 1896. Cf. P. N. Pagageorgiu, dans Byzant. Zeitschr., 1898, 
t. vu, p. 299-308 ; 'O rcaTptâpjnriç 3>wtio; m_- rcarrip yi'.o; Tr,ç 'Op8oô6?ou Ka6o/.rAr,ç 
'Kv.v.lr^ix;, dans Byzant. Zeitschr., 1899, t. vin, p. 647-671; L. Sternbach, Photii 



464. PREMIERS CONCILES AU SUJET DE PHOTIUS 253 

patriarchse opusculum parœnelicum, appendix, gnomica excerpta Parisina, 
dans Diss. class. philol. acad. lilt. Cracovise, 1893, t. xx, p. 1-82; in-8, Hrakan, 
1893; Analecta Photiana, dans Sitzungsberichte d. Akad. d. Wissejich. Krakau, 
in-8, Krakau, 1893; J. Weguelin, Mémoire sur le patriarche Photius, dans les 
Mêm. de l'Acad. de Berlin, 1777-1779, t. vm, p. 440-466.Entre tous ces travaux, 
l'ouvrage de Hergenrôther est devenu classique en ce qui concerne Photius. 
Les trois volumes dont il se compose sont ainsi répartis: I. Histoire des évêques et 
patriarches de Constantinople jusqu'à Photius et biographie de celui-ci jusqu'au 
concile de 869. II. Récit depuis les premiers troubles jusqu'à la mort de Pho- 
tius. III. Écrits de Photius, principalement sa théologie. Celle-ci a été étudiée 
par Iwantzovv-Platonovv, Recherche d'une apologie générale de Photius (en 
russe), cf. Revue internationale de théologie, 1893, t. i, p. 654 sq. ; 1894, t. n, 
p. 80 sq., 253 sq. Sur le schisme auquel Photius a attaché son nom : A. 
Pichler, Geschichte der kirchlichen Trennung zwischen d. Orient und Occident, 1864, 
t. i, p. 180 sq. ; A. Demetrakopoulos, I<77oo;'a roO ayi<j\La.xoz rf,ç XaxtvtXTiç à-o ?/,; 
ôpôoc62o-j z/'/ry.y.f,;, 1867 sq. ; R. Baxmann, Die Politik der Pàpste von Gregor I 
bis auf Gregor VII, 1869, 2 vol. Les travaux récents ont été classés et la carrière 
de Photius a été exposée et appréciée par F. Kattenbnsch,Photius, dans Realoie;/- 
klôpàdie fur proies!. Théologie und Kirche, '-'> e édit., 1904, t. xv ; Th. M. Rosseikine, 
Pervœ pravleine Photiia, patriarka Konstantinopolikago, dans Byz. Vrem., 1909, 
t. ii, p. 194-228, 395-423, 374-393. Le personnage de Photius n'est pas de ceux 
sur lesquels l'accord s'est fait entre historiens. Comme Luther et Calvin, le pa- 
triarche de Constantinople a une postérité qui se fait un point d'honneur de dé- 
fendre tout ce qui est attaquable dans cette vie agitée et en face de ces défen- 
seurs à outrance, les latins rappellent des faits peu honorables qu'on ne peut ni 
supprimer ni excuser. Le seul point sur lequel tous tombent d'accord, c'est sur la 
capacité intellectuelle de Photius. Son œuvre érudite et théologique témoigne 
de lectures innombrables, d'une réflexion et d'une étendue d'esprit incontesta- 
bles. Si Photius n'avait rien fondé, s'il avait disparu tout entier ou s'il n'était 
plus aujourd'hui qu'un nom historique comme Acace ou Pierre Monge on Timo- 
thée Élure, il est assez vraisemblable qu'on ne lui contesterait pas d'avoir été 
un scélérat, mais il est clair qu'on ne peut songer à réclamer un aveu de cette 
nature à l'Eglise grecque. Si l'épithète d'ensemble est impossible, chaque fait 
pris isolément clans la carrière de Photius est déshonorant sans contestation 
possible. Son élévation au patriarcat du vivant d'Ignace est entachée de nullité. 
Tous les précédents qu'on pouvait invoquer en pareille matière n'y changeaient 
rien. Ignace refusa une abdication qui lui paraissait une lâcheté; c'était, paraît-il, 
manquer de souplesse, et on n'est pas éloigné de lui en faire un reproche, encore 
aujourd'hui. Avec un tel adversaire, les habiletés de Photius étaient peine per- 
due, il passa outre, sollicita à Rome une confirmation qu'il savait devoir lui être 
refusée e1 comprenant qu'en ce cas, la rupture lui serait imputée personnelle- 
mental choisit un autre terrain, celui des controverses, el \ transporta la ques- 
tion. Là était l.i véritable habileté de Photius. Il sut découvrit- le poinl Faible 
de l'autorité papale dans les esprits orientaux, substituer à son grief personnel 
cette hostilité inconsciente, révéler celle-ci à elle-même, lui faire entrevoir ce 
à quoi elle aspirait confusément et conduire l'attaque sur ce terrain sans la 
laisser désormais s'égarer. Ainsi, d'une déconfiture privée il faisait une reven- 
dication nationale. Les arguments invoqués n'étaient pas moins habilement 



254 LIVRE XXIII 

culte des images, fit monter, en juillet 846 \ saint Ignace, le plus [229] 
jeune des fils de l'empereur Michel Rhangabé, sur le siège patriar- 
cal de Constantinople. Lorsque, en 813, l'empereur Rhangabé 
eut été détrôné par Léon l'Arménien, il se réfugia dans un mo- 
nastère ; ses deux fils, Théophilacte et Nicétas, l'imitèrent, et 
le dernier, âgé de quatorze ans, prit alors le nom d'Ignace. Afin de 
s'assurer le trône, Léon l'Arménien fit mutiler les deux princes 
qu'il sépara et relégua dans des monastères différents. Ignace 
ne tarda pas à se distinguer par sa vie ascétique, sa science et 
son éloquence. Il acquit une grande réputation et fut ordonné 
par Basile, évêque de Paros. Lors des discussions sur les images, 
il se montra constamment un vaillant défenseur de l'orthodoxie; 
aussi, l'impératrice Théodora le tint-elle en grande estime et lui en 
donna plusieurs témoignages 2 . Mais les temps d'épreuve arrivèrent, 
orsque Michel III l'Ivrogne, fils de Théodora, prit en main le 
gouvernement, tout en subissant l'influence de son oncle Bardas 3 . 
Ce dernier, frère de Théodora, possédait les plus hautes dignités 
et même celle de César. Il rendit divers services, encouragea les 
sciences et favorisa ardemment le culte des images. Mais il donna 

choisis. C'étaient des finasseries sans portée réelle et, précisément à cause de cela, 
à la portée de l'intelligence populaire. Photius s'identifia ainsi avec une aspira- 
tion, une tendance que des siècles de constestations et des schismes répétés avaient 
mûrie; il incarna l'impatience des Orientaux à l'idée de subir la prépondérance 
des Occidentaux ; en lui, vingt généra lions trouvaient leur interprète savant 
et superbe. Une rupture en pareil cas ne peut être une œuvre clandestine, il faut 
un éclat, un anathème. Photius était l'homme marqué pour une scène théâtrale, 
il y réussit admirablement. De même au xvi e siècle, Luther incarnerait l'esprit 
allemand et ferait de la Réforme une scission encore plus politique que religieuse. 
La foi de Rome importait moins que le gouvernement par Rome et la justification 
sans les oeuvres fut une de ces formules dont s'éprennent les peuples dans la 
mesure même où ils ne les entendent pas. En définitive, Photius a été l'homme 
d'une pensée politique, l'artisan d'un mouvement séparatiste pour lequel il a su 
donner à l'ambition nationale l'apparence et le prétexte de la ferveur religieuse. 
(H. L.) 

1. Hergenrothcr, Photius, t. î, p. 358. [Ignace, né en 798, abbé de Saint-Satyre, 
patriarche de Constantinople le 4 juillet S'iG, chassé le 23 novembre 857, rétabli 
le 23 nov. 867, mort le 23 octobre 877; cf. J. van Kecke, dans Acta sanct., 1861, 
octobre l. x, p. 157-167 : [(I. N. Maultrot,] Histoire de saint Ignace, patriarche 
de Constantinople, cl de Photius, usurpateur de sou siège, in-8, s. L, 1791. 
(H. L.)] 

2. Au sujet de la jeunesse d'Ignace et de son élévation sur le siège de Constan- 
tinople, voir Hergenrôther, Photius, t. i, p. 355 sq. 

3. Nous trouvons tous les renseignements sur la cour de Byzance pendant 



464. PREMIERS CONCILES AL* SUJET DE PHOTIUS 255 

plus tard de grands scandales, par ses rapports incestueux avec 
sa belle-fille, et demeura sourd à tous les avertissements du pa- 
triarche 1 . En la fêle de l'Epiphanie de l'année 857, Bardas 
étant venu pour recevoir la sainte Eucharistie, Ignace la lui refusa, 
e1 ni prières ni menaces ne purent le décider à céder. La vengeance 
de Bardas ne tarda pas. Quelques mois après, Bardas conseilla 
à l'empereur, jeune et déhanché, de reléguer dans un monastère 
sa mère et ses sœurs a lin de se délivrer de leurs remontrances. 
Ignace refusant de s'associer à une pareille brutalité et, en par- 
ticulier, de bénir le voile, Bardas l'accusa du crime de haute tra- 
hison conjointement avec le moine insensé Gébon, et commença 
la persécution. Si l'on ajoute foi à une ancienne tradition grecque 
230] citée par Rader, Ignace aurait au début plié devant la force, afin 
d'éviter tout scandale ; mais les évêques du patriarcat de Cons- 
tantinople auraient déclaré tout préférer à une pareille conduite 2 . 
Sans se laisser arrêter par ces démonstrations des évêques, Bardas 
obtint, le 23 novembre 857, l'exil d'Ignace dans l'île de Térébinthe 3 . 
Afin de mieux assurer sa perte, Bardas demanda Photius pour 
successeur d'Ignace. Photius, [issu d'une famille grecque alliée 
à la famille impériale, était alors simple laïque (célibataire et 
probablement eunuque), militaire, homme d'Etat, protospa- 

le règne de l'impératrice Théodora et celui de Michel III dans Hergenrôther, 
Photius, t. i, p. 337-351 et 369 sq. 

1. C. Bayet, Bardas, dans la Grande Encyclopédie, t. v, (1888), p. 400, A. Vogt; 
Basile I er , cm prieur de Byzance (867-886), et la civilisation byzantine à la fin du 
ix e siècle, in-8, Paris. 1908, p. 32-33.(H. L.) 

2. Hardouin, op. cit., t. v, col. 1134 ; Mansi, op. cit., t. xvi, col. 442. D'après 
A. Vogt, op. cit., p. 32, cet exil doit se placer le 23 novembre 858, tandis que 
Hergenrôther, op. cit., t. i, p. 372, donne la date 857, Voici comment A. Vogt 
sou lient son opinion : « 1° Au moment des affaires d'Ignace, Bardas n'est encore 
que domestique des scholes. 2° Le premier pontificat d'Ignace dura onze ans. 
En outre, il remonta sur le trône patriarcal le 23 novembre 867, après neuf années 
d'exil. De plus, Nicétas dit qu'Ignace demeura un peu plus de trente ans au 
pouvoir cl que son second pontificat dura dix ans. 3° L'ambassade envoyée à 
Rome par Photius n'y arriva qu'en 860 pour en repartir avec des lettres datées 
du 25 septembre. Il semble qu'on aurait laissé passer bien du temps entre la dé- 
position d'Ignace et cette ambassade. Il semble donc que la date du 23 no- 
vembre 858 est préférable à celle de 857. Nous avons donc comme dates fixes : 
élévation d'Ignace au patriarcat, juin 847 ; déposition, 23 novembre 858. Toute 
l'erreur d' Hergenrôther vient de ce qu'il fait mourir Méthode en 846. » 

(II. L.) 
,;. C'est une des îles des Princes, dans la Propontide. 



256 



LIVRE XXIII 



thaire et premier secrétaire intime de l'empereur. C'était, au résu- 
mé, un homme instruit et d'une ambition démesurée 1 . Photius, 
bon canoniste, savait qu'on ne pouvait offrir un siège épiscopal qui 
n'était pas vacant légalement et la plus élémentaire prudence eût 
dû lui faire simuler des hésitations et des refus, afin de paraître 
dans la suite n'avoir accepté la dignité que contraint et forcé. 
Lui-même assura plus tard, et à plusieurs reprises, avoir subi 
violence : mais toute sa conduite ultérieure, en particulier son 
acharnement à se maintenir par tous les moyens, sur le siège 
épiscopal, montre assez le peu de sincérité de ses hésitations et de 
ses refus. C'est ce que Néander et beaucoup d'autres historiens 
ont démêlé sans peine. Jamais, plus que chez Photius, le nolo 
episcopari n'a été une fiction 2 . 

1. Photius était né à Constantinople vers 815, il mourut vers 897; son père 
Sergius était allié à la famille impériale. La réputation de Photius était grande et 
méritée; sa science était réelle et étendue; ce qui reste aujourd'hui de ses écrits 
permet de se faire une idée de ce que pouvait savoir un Byzantin studieux du bas 
empire et cette idée est loin d'être méprisable. On a pu mettre en question bien 
des choses, mais il faut accorder à Photius une curiosité à peu près universelle et 
une moralité assez rare dans le milieu où il vécut. Voilà à peu près tout ce qu'on 
peut dire à la décharge de cet ambitieux qui fut plus violent qu'habile. 
(H. L.) 

2. Il voulait l'épiscopat et il l'obtint. Malgré la résistance d'Ignace, tout se se- 
rait réduit probablement à une de ces usurpations dont le siège épiscopal de Byzan- 
ce a été si souvent l'occasion. Mais ce ne fut pas seulement Ignace que Photius eut 
eiftête, ce fut le pape Nicolas I er . Si Photius personnifiait l'état d'esprit de l'Orient, 
Nicolas incarnait le génie occidental. C'étaient deux représentants inespérés, deux 
champions véritables qui allaient se rencontrer et mettre en présence, sous prétex- 
te d'une question disciplinaire, deux tendances séculaires et -deux races incompati- 
bles. Les contemporains savaient parfaitement en quelles mains se trouvait remise 
la cause de l'Occident. « Depuis Grégoire le Grand, écrit Réginon dans sa Chroni- 
que, ad ami. 868, aucun pape ne s'est assis sur le siège de Saint-Pierre, qui puisse 
s'égaler à lui. Il commande aux rois et aux tyrans comme s'il était le vrai maître 
de la terre. On eût dit un autre Élie, ressuscité par Dieu de notre temps, sinon 
en chair, du moins en esprit et en vérité. » Inférieur à Photius par la culture géné- 
rale de l'esprit, il le dépasse par la valeur morale et la suite qu'il apporte 
dans sa conduite politique. Une fois celle-ci décidée, il ne s'en écarte plus et avec 
une imperturbable décision il tend à son but sans se laisser troubler, encore moins 
détourner, par les clameurs des intérêts qu'il menace et l'hostilité des opposi- 
tions qu'il rencontre. En Orient comme en Occident il fait face à tous, sans com- 
promis, sans concessions, avec une indomptable hauteur. Ce n'est pas lui qui a 
imaginé ni inauguré la primatie pontificale, mais c'est lui qui en a montré les con- 
ditions et les inexorables exigences. Grégoire VII et Innocent III achèveront 
le monument tracé dès lors dans sa majestueuse et sereine ébauche. Nous le ver- 



464. PREMIERS CONCILES AU SUJET DE PHOTIUS 257 

Le premier objectif de Photius fut, on le comprend, de faire 
disparaître le principal obstacle à son élévation. On envoya à 

rons agir dans les conflits avec l'Occident ; il apporte la même robuste vigueur 
dans les conflits avec l'Orient. Son tempérament et son caractère le rendaient 
impropre aux fourberies de la diplomatie ; par instinct et par réflexion, il 
devait mépriser grandement des adversaires chez qui l'ingéniosité faisait 
l'elïct de ruse et de trahison pour un homme tel que lui. Peut-être mé- 
prisait-il trop, mais une telle erreur avait sa grandeur quand à toutes 
les vilenies et aux combinaisons il opposait invariablement une loyauté et 
une franchise qu'on ne peut prendre en faute. Ce dut lui être une amertume 
profonde de vivre et de lutter en pleine imposture. Hincmar et Photius on1 
gardé, à tort ou à raison, la réputation de faussaires éhontés et les apologies 
ne sont pas parvenues à les blanchir complètement de cette vilaine accusation. 
Il y a plaisir à assister aux tentatives de Photius pour s'attirer la bienveil- 
lance du pape et en obtenir sa consécration, tentatives réduites à néant par les 
raisonnements du bon sens de Nicolas. Les avances de Photius, les prévenan- 
ces et la déférence qu'on témoigne soudain de Byzance au pape de Rome suffisent 
à éveiller sa méfiance. Trompé dans son choix par la vénalité des légats, il n'est 
pas de ceux qui n'avouent jamais leurs torts; il reconnaît qu'il s'est trompé, fait 
condamner les deux évêques fripons, considère ce qui est arrivé parleur faute 
comme un simple accident, reçoit l'appel du patriarche Ignace et évoque la 
cause à nouveau. Photius avait eu bon marché des légats; il avait fait une école 
humiliante pour vin tel compère. Ces légats n'étaient, soutient le pape, que de 
simples enquêteurs, sans qualité pour juger du conllit, et pour porter une sentence 
définitive qui n'appartient qu'à lui seul. Quoique le texte des instructions don- 
nées aux envoyés prévaricateurs n'existe plus, il n'y a pas lieu de douter de cette 
affirmation sur laquelle le pape revient avec insistance dans ses lettres posté- 
rieures et qui se trouve consignée dans le texte officiel de la notice du Liber ponti- 
ficalis. La distinction était capitale, désormais c'était entre Photius et Nicolas, 
sans intermédiaire, que se viderait l'alïaire. Nicolas convoqua un concile au La- 
tran, 863, se déclara suffisamment informé et jeta l'anathème sur Photius, 
renouvela la sentence déjà ancienne contre son consécrateur, rétablit Ignace et 
condamna les légats. 

Ce n'était pas la première fois que le pape de Rome frappait son collègue de 
Constantinople; chaque fois dans le passé un schisme plus ou moins passager 
s'en était suivi, mais cette fois les temps étaient accomplis et les hommes étaient 
de taille à vider l'antique rivalité si souvent renaissante et toujours ajournée. 
A une longue série d'empiétements les papes répondaient par des concessions 
partielles et d'irréductibles revendications. La thèse des byzantins revenait à 
soutenir que le siège épiscopal de la nouvelle Rome jouissait de droits au moins 
égaux à ceux du siège de l'ancienne Rome, et cette égalité devait entraîner un 
partage territorial faisant la part des deux juridictions. Il y avait dans cette 
théorie une réminiscence subtile de l'ancien droit qui conférait à la résidence im- 
périale des droits exceptionnels découlant de la vertu divine attachée à la per- 
sonne de l'empereur. Le siège de Rome avait bénéficié de cet écoulement au 
temps où la capitale du monde et de l'empire se trouvait dans eetle ville, mais 

CONCIL ES — IV — 17 



258 LIVRE XXIII 

Ignace, clans son exil, quelques évêques et mandataires qui lui 
proposèrent en termes polis et formels l'abdication écrite. Cela 

tout avait bien changé depuis le transfert de cette capitale sur les bords du Bos- 
phore. A cette argumentation, les papes de Rome opposèrent le privilège atta- 
ché à une institution bien antérieure à la conversion de Constantin et contempo- 
raine du séjour et de l'établissement de saint Pierre à Rome. Au droit impérial et 
païen on opposait une prétention d'ordre surnaturel et une origine historique. 
Ainsi se formèrent peu à peu et se formulèrent assez rapidement deux concep- 
tions antagonistes dont les divergences, s'aggravant à mesure qu'elles s'accen- 
tuaient de siècle en siècle, aboutirent finalement d'une simple rivalité parti- 
culière à des théories exclusives et incompatibles : l'une, faisant dériver de 
l'institution mystique de saint Pierre la primatie romaine et la dépendance à 
son égard des patriarcats; l'autre fondant la prééminence byzantine sur les 
décisions des conciles et des rescrits impériaux. 

Après la réunion du concile de 863 et la condamnation de Photius, le débat 
prit une direction nouvelle. Quoique la lettre de l'empereur Michel au pape 
Nicolas soit perdue, on peut en retrouver dans la réponse de ce dernier la contre- 
épreuve et la contre-partie. Nicolas I er , Episl., lxxxvi, P. L., t. exix, col. 926. 
Le pape maintient sa décision à l'égard d'Ignace et de Photius ; il n'essaie pas 
de lutter de grossièreté avec l'empereur qui lui a prodigué les injures, mais il 
profite de la circonstance pour lui porter un coup droit : <c Cessez donc, lui dit-il, 
de vous appeler empereur des Romains, puisque ces Romains ne sont pour vous 
que des barbares. » Jusque-là en effet, les souverains de Byzance s'obstinaient 
à revendiquer un titre que d'autres portaient en Occident. Dès le pontificat 
de Nicolas, nous voyons dans le Liber pontificalis et même dans les chroniques 
contemporaines que l'usage s'établit de n'appeler plus les souverains de Byzance 
qu'empereurs des Grecs. C'était un nouveau fil qu'on coupait. En même temps 
Nicolas revendiquait son droit de prononcer seul en dernier ressort dans les causes 
ecclésiastiques des Orientaux ; car, seul, il pouvait donner leur force aux conciles 
et leur autorité aux canons. Il y avait beau temps à Constantinople qu'on n'avait 
lu rien de comparable venant du pape de Rome, et Photius dut commencer à se 
clouter qu'il allait avoir affaire à forte partie. Il eut bientôt l'occasion de 
s'en convaincre. 

Le pape Nicolas ne se bornait pas à la défensive; comme tous ceux qui ont 
le goût et le sens de l'action, il prenait l'offensive. Au fort de la lutte engagée entre 
Rome et Byzance, tandis que les questions rituelles et disciplinaires masquaient 
à peine d'une apparence religieuse la grande question politique engagée, les 
incidents survenus chez les Bulgares obligèrent l'empereur à s'engager officielle- 
ment dans le conflit et à prendre à son compte ce qui n'était encore en apparence 
i| ii une querelle de gens d'Eglise. 

Après bien des combats contre l'empire qu'ils avaient souvent inquiété et 
dont ils avaient menacé la capitale, les Bulgares avaient désarmé et manifeste 
l'intention de s'agréger à la foi chrétienne. Dans ce but, ils avaient demandé au 
patriarche de Constantinople des prêtres pour les instruire. Nous retrouverons 
plus loin le détail de cette affaire. Quoi qu'il en soit des ouvertures faites à Cons- 
tantinople, le roiBogoris, mis au courant du conflit qui séparait l'Orient de l'Occi- 



464. PREMIERS CONCILES AU SUJET DE PHOTIUS 259 

fait, le sacre de Photius devenait chose facile, car, à Constanti- 
nople, on était depuis longtemps habitué à ce que les empereurs 
L] fissent monter des laïques sur le siège patriarcal. Mais Ignace 
refusa ; Photius ne s'en fit pas moins tonsurer le 20 décembre 
857 ; les jours suivants, il reçut successivement tous les ordres, 
et l'avant-veille de Noël il fut officiellement nommé patriarche 
par un conciliabule tenu au palais impérial de Constantinople. 
Enfin le jour de Noël il fut solennellement sacré par Grégoire 

dent, se plaça de ce côté, s'adressa au pape Nicolas à qui cette fois il demanda 
des évêques et des missionnaires pour instruire son peuple. Nicolas envoya aussi- 
tôt une mission dont les membres, accueillis avec faveur, s'appliquèrent à effacer 
tout vestige de l'enseignement donné précédemment par les moines de Byzance. 
Déjà Nicolas avait envoyé au roi des Bulgares, Bogoris, le formulaire de la foi 
romaine accompagné d'instructions qui combattent les prétentions byzantines 
sans ménagements. Les envoyés pontificaux et leurs agents baptisèrent et con- 
firmèrent de nouveau tous les Bulgares et substituèrent les rites latins aux 
usages introduits à la suite des instructions de Pbotius. Us obtinrent même de 
Bogoris le renvoi de tous les missionnaires byzantins. 

Si ces procédés étaient de nature à blesser l'empereur de Byzance, du moins 
avaient-ils l'avantage de ne laisser plus aucune hésitation sur la gravité du duel en- 
gagé entre l'Occident et l'Orient.Pbotius ne pouvait manquer de tirer, pour sa situa- 
tion si compromise, tout le parti possible d'un événement qu'il se hâta de présenter 
comme une offense adressée au clergé byzantin tout entier, au peuple et à l'em- 
pereur même. Le pape, qui n'avait sans doute pas prévu le débordement d'indi- 
gnation vraie ou feinte qui accueillerait sa politique, ne dut pas être trop contra- 
rié de voir la lutte engagée sur un terrain bien net. Il n'était l'homme des demi- 
mesures et des demi-solutions à aucun degré et devait préférer la rupture ou- 
verte à une entente déguisée. D'ailleurs peu fait pour les ruses, il retrouvait toute 
sa supériorité dans les attaques et les ripostes à découvert, sa force contenue s'y 
montrait à l'aise et sûre d'elle-même. Ainsi il amenait sur son propre terrain 
tin adversaire qui n'y paraissait pas avec les mêmes avantages. Photius, plus ha- 
bile dans l'intrigue, devenait inférieur à son antagoniste dès qu'il sortait des voies 
fuyantes, à la force il ne pouvait opposer que la violence. Sa lettre encyclique 
aux patriarches dans laquelle il engage décidément la guerre est tour à tour em- 
phatique, grossière et enveloppe des griefs imaginaires dans un jargon d'une 
prolixité tout orientale. Sur les griefs d'ordre disciplinaire, il n'y a pas lieu d'in- 
sister ; le point de doctrine capital sur lequel Photius porte tout l'effort, c'est 
l'hérésie romaine touchant la procession du Saint-Esprit. Cette manière d'élar- 
gir un débat jxisqu'alors tout personnel et d'accuser l'Église d'hétérodoxie était 
audacieuse et originale, c'était ouvrir une voie toute nouvelle, mais qui offrail 
peu de chances de succès quand on allait rencontrer en l'ace de soi un adversaire 
de la taille de Nicolas. Et il arriva, en effet, que le conciliabule byzantin qui ex- 
communia le pape fut annulé, ses décrets abolis, ses actes détruits et nous 
ne le connaissons aujourd'hui que par les allusions de quelques chroniqueurs 
ennemis de Photius. Celui-ci avait joué de malheur. (H. L.) 



260 LIVRE XXIII 

Asbesta. archevêque de Syracuse x . Ce dernier, qui avait fui son 
siège devant les invasions des Sarrasins, vivait depuis quelque temps 
à Constantinople. Lorsque Ignace avait été ordonné patriarche, 
il avait, on ignore pourquoi, défendu à Grégoire d'assister à sa 
consécration. Grégoire en fut tellement irrité, qu'il jeta à terre 
le cierge qu'il tenait à la main pour assister à la cérémonie, et, 
dès lors, il répandit contre Ignace mille infamies, en sorte que 
celui-ci dut prononcer la peine de la déposition dans plusieurs 
conciles contre Grégoire et ses partisans, Eulampius d'Apamée 
et Pierre de Sardes 2 . Photius au contraire entretint des rela- 
tions très amicales avec Grégoire Asbesta et, au rapport de 
Nicétas, l'honora comme « un grand serviteur de Dieu » 3 . Le 
pape Nicolas I er reprocha plus tard à Photius d'avoir compté 
au nombre des schismatiques, lorsqu'il n'était encore que laïque 4 . 
Métrophanes dit, de son côté, que Photius, n'étant encore que 
laïque, avait été excommunié par Ignace 5 . Toutefois, comme 
cette dernière accusation n'a jamais été renouvelée contre Pho- 
tius, pas même au cours des procès qu'il eut à subir, on est porté 
à interpréter les paroles de Métrophanes en ce sens, qu'Ignace 
aurait menacé de l'anathème, s'ils persistaient dans leur obsti- 
nation, tous les partisans de Grégoire, sans en excepter les laïques, 
parmi lesquels Photius avait été compris, sans avoir cependant été 
désigné nommément. L'affaire de Grégoire Asbesta est si inti- 
mement liée à la question de la validité de l'ordination de Photius, 
elle a été si souvent agitée par les deux partis, qu'il importe 
de l'examiner attentivement, d'autant plus qu'elle soulève plu- 



1. Hardouin, op. cit., t. v, col. 1546; Mansi, op. cit., t. xv, col. 518 sq. Cette 
violation des canons était chose courante à Constantinople, où on pouvait citer 
les exemples de Nectaire, de Nicéphore, de Taraise. Les précédents eussent, avec 
un peu d'adresse, fait excuser le fait qui venait de se produire, mais il eût fallu 
y mettre quelque souplesse, car, en somme, Photius n'était pas l'homme du peu- 
ple. L'empereur Michel, dans un de ses accès de lucidité, disait, paraît-il, en plai- 
santant : « Constantinople a maintenant trois patriarches : Pryllos, mon bouffon, 
est mon patriarche à moi, Ignace est celui du peuple, Photius celui de Bardas.» 
L'affaire avait passé presque inaperçue. (H. L.) 

2. Voir § 457; Nicetas, Vita Ignatii, dans Mansi, op. cit., I. xvi, col. 232; Har- 
douin, op. cit., t. v, col. 961; Styliani, Epist., dans Mansi, op. cit., t. xvi, col. 427; 
Hardouin, op. cit., t. v, col. 961 ; Hergenrôther, op. cit., t. i, p. 358 sq. 

3. Hardouin, op. cit., t. v, col. 961; Mansi, op. cit., t. xvi, col. 233. 

4. Voir § 477. 

5. Hardouin, op. cit., t. v, col. 1111 ; Mansi, op. cit., t. xvi, col. 415. 



1 

464. PREMIERS CONCILES AU SUJET DE PHOTIUS 261 

sieurs difficultés, et n'a jamais, selon moi, été présentée sous son 
vrai jour. Dans sa lettre neuvième à l'empereur Michel, le pape 
Nicolas I er parle assez longuement de Grégoire et nous apprend 
32] que le patriarche Ignace chercha à faire confirmer à Rome sa 
sentence de déposition contre Grégoire Asbesta, mais les papes 
Léon IV et Benoit 111 remirent toute décision après l'audition 
des deux partis. Ils n'avaient donc pas, à cette époque, confirmé 
la déposition, s'étaient contentés d'engager les deux archevêques 
à comparaître en personne <»u par procureur devant le Siège 
romain, et à se soumettre à son arbitrage. Ignace, en effet, 
envoya à Rome un représentant (le moine Lazare 1 ), pendant 
le voyage duquel Grégoire et son parti renversèrent Ignace. 
En elïei Grégoire Asbesta, ayant appris par son représentant 
Zacharie qu'on hésitait à Rome à confirmer la sentence por- 
tée contre lui par Ignace, en conçut une telle vanité, qu'il 
attaqua Ignace avec plus d'emportement que jamais et procéda 
à l'ordination d'un autre é\ êque pour Constantinople. Si les papes 
Léon et Benoit avaient connu la conduite de Grégoire et de ses 
patisans, ils l'eussent immédiatement condamné; mais dans l'in- 
tervalle ils étaient morts, et c'était maintenant au pape Nico- 
las I er , leur successeur, à connaître de cette affaire 2 . 



1. Nous connaisson> ce détail par Stylianus. 

2. Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 184 sq. ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xv, 
col. 228 sq. A la distance où l'on se trouvait, il fallait plus compter sur la perspi- 
cacité personnelle que sur l'abondance des informations. Si Photius, avant de 
s'être mesuré avec Nicolas I er , se flattait de le berner, il put s'apercevoir que la 
véritable supériorité consiste à pressentir ses adversaires. L'ambassade envoyée 
à Rome pour expliquer la retraite forcée du patriarche Ignace, combler le pape 
de présents et demander la réunion d'un concile destiné à mettre lin à l'hérésie 
iconoclaste, était une grossière malice que la finesse romaine aurait vite percée 
à jour. L'ambassade se composait de Méthode, métropolitain de Gangres, de 
Samuel, évêque de Chôme, de Zacharie et Théophile d'Amorion, ces deux derniers 
déposés par Ignace, et du protospathaire Arsavir, tous partisans fanatiques de 
Photius. Le pape promit d'envoyer des légats, mais se réserva le jugement de 
l'élévation de Photius d'après les résultats de l'enquête que feraient sur place 
ces légats. C'était un premier échec. Nicolas s'était parfaitement rendu compte 
que la déposition d'Ignace el l'élévation de Photius cachaient une de ces intri- 
gues politiques si fréquentes à Byzancc, cependant il n'en laissa rien voir et, se 
plaçant sur le terrain canonique le plus inattaquable, il fit désigner les légats 
Rodoald et Zacharie par un concile romain (860). 

« C'était là, évidemment, la meilleure solution provisoire, écrit M. A. Vogt, 
op. cit., p. 205-206. D'une part, en effet, malgré toutes les apparences et certains 



262 LIVRE XXIII 

D'après cela, si Rome, à l'époque où nous sommes arrivés, 
n'avait pas encore confirmé la déposition de Grégoire et de ses 

faits contraires, Mansi, op. cit., t. xv, col. 171, on imputait à Ignace divers cri- 
mes. Les uns disaient qu'il avait été l'élu de la puissance séculière (ibid.), les 
autres qu'il se portait accusateur du patriarche Méthode; Photius le traitait de 
détracteur de la mémoire du pontife défunt et disait qu'on devait le regarder com- 
me un véritable parricide. Anastase, Préf. au VIII e concile, Mansi, op. cit., t. xvi, 
col. 3. D'autres l'accusaient même — et la chose pouvait ne pas manquer de 
vraisemblance aux yeux de certains, vu les origines d'Ignace — de faire de l'agita- 
tion politique. Enfin — et c'était le motif véritable — on lui reprochait son auto- 
rité, son excessive raideur, ses idées de réforme et sa sévérité. Vita Ignatii, P. L., 
t. cv, col. 502. Or, ces attaques, ces irrégularités, ces fautes réelles ou prétendues, 
Ignace devait les réfuter et les expliquer. Quant à Photius, il se trouvait en très 
peu canonique posture. Contrairement à tous les usages, il avait subitement 
et sans transition passé de la vie séculière — et d'une vie séculière qui n'était 
pas exempte de tous reproches, Mansi, op. cit., t. xv, col. 194-259 ; Vita 
Ignatii, P. G., t. cv, col. 512 — à la vie épiscopale, et cela uniquement grâce au 
souverain ; il avait accepté un siège régulièrement occupé ; il avait usé de violence 
pour obtenir l'abdication de son prédécesseur ; enfin, chose plus grave, c'était 
un évêque plusieurs fois condamné : par un synode, par Ignace et par le pape, 
Grégoire Asbesta, qui l'avait sacré. Comment, dès lors, en présence d'un tel con- 
flit, agir autrement qu'en convoquant un concile dans lequel, des deux côtés, on 
exposerait les faits, on expliquerait les événements, on se justifierait ? Malheu- 
reusement, l'affaire déjà par elle-même assez compliquée, se trouvait encore 
obscurcie par la division extrême des partis. Ignace avait pour lui — et ce devait 
être aux yeux du pape, une bonne note — les moines qui défendaient dans le 
patriarche un des leurs. Le Stoudion, à sa voix, s'était levé pour sa défense, et 
son higoumène Nicolas avait souffert la persécution à cette occasion. P. G., 
t. cv, col. 908-909. Le moine Théognoste, de son côté, dès 861, Liber pontif., 
p. 187 ; Mansi, op. cit., t. xvi, col. 369, était parti pour Rome et dans la déléga- 
tion byzantine que le pape ne tarda pas à appeler à son tribunal se trouvaient 
plusieurs religieux. Mansi, op. cit., t. xv, col. 211. Bien plus, le haut clergé lui- 
même paraît avoir été, au début de l'affaire, partisan du vieil Ignace. Quelques 
membres du synode, twy STnrr/.oTLOiv oî vo(AiÇ6[xevoi ).oyio:;, prélats de cour et de fidé- 
lité douteuse, Vita Ignatii, P. G., t. cv, col. 505, se rangèrent bien, en vérité, 
dès la première heure, du côté de Photius et s'en allèrent« à cause du malheur 
des temps demander à Ignace une prompte abdication; «mais ce fut l'exception. 
La majorité des évêques et le peuple, tout d'abord, lui restèrent fidèles. Anas- 
tase", Préf. au VIII e concile, Mansi, op. cit., col. 4. Les uns et les autres réclamè- 
rent le retour du patriarche et la cessation des tourments qu'on lui faisait 
subir. Le synode alla même, paraît-il, jusqu'à refuser de reconnaître Photius 
et présenta à sa place trois autres candidats. Mansi, op. cit., t. xvi, col. 
415. Malheureusement la résistance fut de courte durée. De concessions en 
concessions, gagnés par des faveurs ou brisés par la crainte, les évêques, à 
l'exception de cinq, acceptèrent tour à tour le fait accompli , à une condition 
cependant : ils exigeaient qu'Ignace vécût honoré, qu'on ne fît rien contre sa 



464. PREMIERS CONCILES AU SUJET DE PHOT1US 263 

partisans, le pape Benoît n'en dut pas moins, conformément aux 
règles canoniques, leur interdire toutes fonctions ecclésiastiques, 
jusqu'à ce que le tribunal de seconde instance [nova audientia) 
eût rendu son jugement. Ils étaient donc alors suspendus ab officio, 
c'est-à-dire interdits, et c'est ce que le pape Nicolas dit à plusieurs 
reprises, usant du mot obligatus, par exemple dans la phrase sui- 
vante : Gregorius a synodo (celui d'Ignace) episcopatus officio 
privatus et a decessore meo santas mémorise papa Benedicto obligatus 
est 1 . Pour s'exprimer d'une manière plus claire, il ajoute que 
Grégoire et ses partisans avaient été condamnés préventivement 
par Benoît, ne sacerdotale officium ante audientiam présumèrent. 
Baronius est donc dans l'erreur, lorsqu'il prétend conclure de 
ces passages que le pape Benoît avait formellement anathématisé 
Grégoire 2 , et DuCange se trompe également lorsqu'il tient l'expres- 
sion obligati pour synonyme de excommunicali. Dans cette ix e 
lettre déjà mentionnée, le pape Nicolas I er dit si clairement que 
Léon et Benoît n'avaient pas confirmé la sentence d'Ignace, que 
d'après lui, cet esprit de douceur du Siège apostolique aurait 
exalté l'audace des ennemis d'Ignace et contribué à la chute de 
2331 celui-ci. Il reproche aussi à Grégoire d'avoir, après sa déposition par 
un concile (celui d'Ignace), continué, malgré les canons, à exercer 
les fonctions ecclésiastiques, se privant ainsi de toute excuse. Nico- 
las ne se serait pas contenté de parler du concile d'Ignace, il eût 
mentionné sa confirmation par Rome et l'excommunication pro- 
noncée contre Grégoire par le pape, si ces deux faits s'étaient 
produits. Mais le pape Nicolas I er ne dit-il pas : omnes enim 
(ceux de Constantinople) illum (Grégoire) et depositum norunt et 
anathematis çinculis obligatum, ac per hoc totius Ecclesiœ commu- 

volonté et qu'on ne le molestât en aucune façon. Vita Ignatii, P. G., t. t. cv, 
col. 513. Photius donna sa parole et l'accord se trouva ainsi réalisé quelques se- 
maines durant. Mansi, op. ci!., t. xvi, col. 4. Le nouveau patriarche, dans l'espé- 
rance de vaincre les dernières résistances, imagina de réunir un concile aux 
Saints-Apôtres. Les Pères, habilement choisis et circonvenus, firent ce qui leur 
fut commandé : ils déposèrent Ignace et l'anathématisèrent. Peine perdue ! 
Tandis que Métrophane et quelques amis se détachaient définitivement de Pho- 
tius et le déposaient à leur tour dans un concile tenu par eux à Sainte-Irène, 
la population continuait de se prononcer en faveur d'Ignace. C'est alors que par- 
tit de Constantinople l'ambassade de 859 conduite par Méthode. .Mansi, op. 
cit., t. xvi, col. 416, sq. (H. L.) 

1. Nicolas I er , Epist., vu, x. xi. 

2. Baronius, Annales, ad ann. 856, n. 7. 



204 LIVRE XXIII 

nione privatum? Sans doute; mais il veut dire que, conformément à 
l'ancien droit, Grégoire, condamné par son supérieur ecclésiastique 
Ignace, qui avait prononcé contre lui l'excommunication et la dé- 
position ne devait être désormais admis par personne à la com- 
munion ecclésiastique, à moins qu'une nouvelle sentence rendue 
par un tribunal supérieur n'ordonnât le contraire. On pourrait nous 
objecter que notre manière de voir ne s'accorde pas avec le mot 
concictus, dont le pape Nicolas se sert à l'égard de Grégoire, lors- 
qu'il accuse Photius d'avoir reçu les ordres a Gregorio Syracusano 
dudum episcopo, a synodo damnato et ab apostolica Sede convicto. 
Mais de quoi donc Grégoire avait-il été convaincu par le Siège 
romain, lorsqu'il ordonna Photius ? S'il eût été déjà convaincu 
par Rome, on n'eût pas jugé nécessaire une nouvelle audientia. 
Quand Nicolas rappelle la conduite de ses prédécesseurs dans 
l'affaire de Grégoire, il ne dit rien qui implique que Grégoire ait 
été convaincu par Rome. Toute difficulté disparaît, au contraire, 
si nous lisons convinctus (lié, suspendu), mot identique à obligatus, 
et indiquant comme lui une suspensio a sacris. Or le texte 
primitif portait cette leçon et convictus vient d'une faute de 
copiste, car la traduction grecque de la lettre papale, tra- 
duction presque comtemporaine utilisée par le VIII e concile 
œcuménique, porte au passage en question Sea^eoôévTwv (de 
Secj|xeu(o, lier, vincio) 1 . La lettre de l'évêque Stylianus au pape 
Etienne ne saurait infirmer notre explication ; on y lit : « qu'après 
sa déposition et la sentence d'anathème prononcée contre lui 
par Ignace, Grégoire Asbesta envoya à Rome des lettres et des 
messagers pour y demander du secours. D'un autre côté, le pape 
Léon avail ('gaiement conseillé à Ignace l'envoi à Rome d'un 
député. Ignace envoya le moine Lazare, dont l'exposé fut si [234] 
clair que le pape confirma la sentence d'Ignace contre les schis- 
matiques. Ceux-ci importunèrent de nouveau le pape Renoit, 
qui imita son prédécesseur et adhéra au jugement d'Ignace contre 
eux 2 . » Stylianus était, il est vrai, un ami, un contemporain, on 
pourrait presque dire un partisan dévoué du patriarche Ignace; 
mais en sa qualité de Syrien, on s'explique qu'il n'ait pas été par- 
faitemeul au courant des divers incidents qui précédèrent l'intru- 
sion de Photius, de ceux en particulier qui se produisirent à 

1. Mansi, <>/'. cit., t. xvi, col. 364; Hardouin, op. cit., t. v, col. 1069. 

2. Mansi, op. cit., t. xvi, col. 'ii'T: Hardouin, up. cit., I v, col. 1122. 



PREMIERS CONCILES AU SUJET DE PHOTIUS 



265 



Rome, Il fut mieux informé de ce qui suivit; il n'avait évidemment 
pas lu les décrets du pape à Ignace de Constantinople, et ne les con- 
uaissiiii que par ouï-dire ; mais il savait que Grégoire était toujours 
déposé en fait, que le pape lui avait interdit toutes fonctions 
ecclésiastiques, et il en concluait, à tort, à la confirmation posi- 
tive par liomede la sentence portée par Ignace. 

Grégoire Asbesta était, on le comprend, disposé à s'employer 
activement à la ruine d'Ignace ; il accepta donc de sacrer Photius, 
quoique cet exercice des fonctions ecclésiastiques le mît en oppo- 
sition avec les canons et avec la suspense temporaire prononcée 
contre lui par le pape. Lorsque l'empereur Michel III annonça 
à Rome l'élévation de Photius, il ne dit rien de l'évêque consécra- 
teur, il en parle pour la première fois dans une lettre au pape 
en 863. Comme on ne pouvait cacher l'incident, Michel et Photius 
cherchèrenl à justifier la conduite de Grégoire qui, disaient-ils, 
avait été injustement déposé par Ignace, mais que l'empereur 
Michel et les évêques avaient de nouveau reçu à la communion. 

Dans son epist. ix, le pape réfuta sans peine cet argument. 

D'ailleurs plusieurs des évêques du patriarcat de Constanti- 
nople, certains même de ceux qui se trouvaient dans la capitale, 
n'avaient pas donné leur voix à Photius, dans le simulacre d'élec- 
tion. La majorité (Métrophanes va même jusqu'à dire tous les 
évêques ) - 1 refusa longtemps de le reconnaître et choisit à sa place 
trois autres candidats. Dans son ouvrage sur Photius, Jager se 
35] demande comment ces évêques pouvaient reconnaître Ignace com- 
me patriarche légitime, et lui choisir un successeur 2 . Mais si Mé- 
trophanes dit la vérité sans chercher à s'excuser lui et ses amis, 
on voit qu'Ignace admettait qu'on cédât à la force, et qu'on fît 
choix d'un autre pasteur pour l'Eglise de Constantinople, à condi- 
tion que celui-ci serait désigné parmi les amis d'Ignace avec lequel 
il resterait en communion. A proprement parler, Ignace deman- 
dait, par ces conditions, un coadjuteur. Il s'était en effet passé 
quelque chose de semblable à Rome pendant la captivité du pape 
Martin I er 3 . Mais, continue Métrophanes, les évêques, gagnés 
successivement par toutes sortes de moyens, oublièrent leurs 
promesses et leurs protestations solennelles, ils embrassèrent le 

1. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 415; Hardouin, op. cit., t. v, col. 1111. 

2. J. N. Jager, op. cit., p. 25. 

3. Cf. § 310. 



266 



LIVRE XXIII 



parti de Photius, à l'exception de cinq parmi lesquels se trouvaient 
Métrophanes et Stylianus. Cédant à la force, même ces cinq recon- 
nurent Photius, à condition qui celui-ci resterait en communion 
avec Ignace. Photius promit tout ce qu'on voulut, s'engagea par 
écrit à regarder Ignace comme le plus irréprochable des patriar- 
ches, à ne dire et à ne tolérer jamais rien contre lui. Sur ces assu- 
rances, Photius fut reconnu par tous. Mais bientôt il retira sa 
déclaration écrite et prononça la déposition d'Ignace. Tandis 
que la majorité des évoques grecs supportait ce parjure, Métro- 
phanes et ses amis se réunirent en concile dans l'église de Sainte- 
Irène à Constantinople, déclarèrent Photius déchu du siège patri- 
arcal, exclu de la communion de l'Église, et jetèrent l'anathème 
sur celui d'entre eux qui entrerait en communion avec ce blas- 
phémateur. On en pourrait conclure que tout l'épiscopat du 
patriarcat avait été unanime dans ces résolutions ; mais Métro- 
phanes ajoute immédiatement que les partisans de Photius tin- 
rent de leur côté un concile dans l'église des Apôtres à Constan- 
tinople et y renouvelèrent les sentences d'anathème et de dépo- 
sition prononcées contre Ignace 1 . Malheureusement les actes de 
ces deux conciles ne nous sont pas parvenus ; ceux du dernier furent 
brûlés plus tard avec d'autres documents des partisans de 
Photius, par ordre du pape et de l'empereur Basile le Macédonien. 

Depuis lors, on fit subir à Ignace plusieurs mauvais traitements : 
afin de lui arracher une abdication; enchaîné comme un criminel, [236] 
il fut relégué d'abord à Mytilène. Ses partisans, au nombre des- 
quels se trouvait Métrophanes, furent également emprisonnés 
et maltraités. Bardas, l'auteur de toutes ces violences, cherchait 
à mettre entièrement sous sa dépendance le nouveau patriarche, 
sa créature, et à lui enlever tout pouvoir ; Photius jugea opportun 
de lui demander de modifier sa manière de faire. Us ne se brouil- 
lèrent cependant pas, ayant trop de motifs d'unir leurs intérêts. 

Ignace voulut faire connaître à toute la chrétienté par une en- 
cyclique, l'injustice dont il était victime, mais ses lettres furent 
interceptées et les deux clercs qui devaient en porter un exemplaire 
à Rome, les livrèrent traîtreusement 2 . Photius chercha alors de 



1. Métrophanes. dans Mansi, op. cit., t. xvi, col. 415; Hardouin, op. cit., t. v, 
col. 1111. 

2. Ignace fit appel par deux fois au pape Nicolas I er . Libellus de Ignatii causa 
du moine Théognoste, dans Hardouin, op. cit., t. v, col. 1014. La pièce est de 



464. PREMIERS CONCILES AU SUJET DE PHOTIUS 



267 



son côté à se faire reconnaître par Rome; de concert avec l'em- 
pereur, il envoya au pape en 859, une ambassade comprenant 
quatre évêques et le ministre impérial Arsaber, oncle de Photius. 
L'ambassade devait remettre à Nicolas des lettres et de riches 
présents l . Pour comprendre ce qui se rapporte à cette ambassade, 
il ne faut pas perdre de vue sa double mission. Il fallait avant 

861, c'est par erreur que Hardouin l'a datée de 869. Cf. P. Bernardakis, Les appels 
au pape dans V Église grecque jusqu'à Photius, dans les Échos d'Orient, 1903, t. vi, 
p. 254-257. (H. U) 

1. Yita Nicolai, dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 147, et P. L., t. cxxvm, 
col. 1362. J'ai donné une description de ces présents dans Der Kirchenschmuck 
de Laid et Schwarz, L858, i. tv, fasc. 2. Cet article rectifie le texte du Liber pontifi- 
calis et le Glossaire de Du Cange; il est peut-être opportun de le résumer ici. C'était 
une patène de l'or le plus pur avec diverses pierres précieuses blanches (pro- 
bablement des diamants), vertes [prasinis, c'est-à-dire des émeraudes) et cou- 
leur d'hyacinthe (des améthystes), de même, un calice d'or entouré de pierres 
précieuses, et avec des améthystes rattachées par des fils d'or. Il est plus diffi- 
cile d'expliquer les mots suivants : Et repidis duobus in typo pavonum cum sentis 
et diversis lapibibus pretiosis, hyacinthis, albis. Du Cange lui-même n'a pu ex- 
pliquer le mot repidis et s'est contenté Je reproduire mot à mot, dans son Glos- 
saire, le passage qui nous occupe, sans y joindre aucune explication. A mon avis, 
l'auteur a latinisé le mot grec çt-toiov, éventail ; rappelons-nous que, chez 
les Grecs, pendant la messe, deux diacres se tenaient constamment à l'autel 
avec des flabella pour chasser les mouches, etc. Ces éventails avaient ordinai- 
rement la forme de queues de paon (in typo pavonum), et afin d'imiter ce qu'on 
appelle les yeux de paon, on les avait ornés de petits écussons (cum scutis) ou de 
diverses pierres précieuses blanches et bleues. Il est également nécessaire d'ex- 
pliquer le passage qui suit dans le Liber pontificalis : Similiter vero et vestem de 
chrijsoclavo cum gemmi.s albis habentem historiam Salvatoris, et beatum apostolum 
Pelntm, et Paulum, et alios apostolos, arbusta et rosas, utraque parte altaris tegen- 
les, de nomine ipsius imperatoris, miras, magnitudinis et pulchritudinis décore. 
Disons tout d'abord qu'il ne s'agit pas ici d'un habit, par exemple d'une chasu- 
ble pour le pape, mais bien d'une vestis altaris, c'est-à-dire d'un grand tapis 
destiné à entourer l'autel. Ce vestis altaris n'est autre que le velamen ou le tetra- 
vélum, dont il est question dans les Études sur l'autel chrétien (de Schwarz 
et Laib, p. 25). Le tapis envoyé au pape était orné de bandes dorées (chryso- 
clavus), de pierres précieuses blanches et de représentations en images. C'étaient 
des scènes de l'histoire du Sauveur, les portraits des apôtres, en particulier de 
Pierre et de Paul, et aussi des plantes (arbusta) et des roses. Par conséquent, 
si l'on veut comprendre, dans le sens que nous indiquons, le passage du Liber 
pontificalis, il faut lire utramque parlem altaris tegentes, et traduire : « Eux, les 
ambassadeurs byzantins, couvrirent au nom de leur empereur les deux côtés 
de l'autel avec cet ornement d'une grandeur et d'une beauté merveilleuse. » Celui 
qui s'est rendu compte des nombreuses altérations que l'on constate dans le texte 
du Liber pontificalis ne saurait être étonné de la rectification que nous proposons. 



268 LIVRE XXIII 

tout faire confirmer par Rome l'élévation de Photius sur le siège [237] 
de Constantinople. Nicétas dit à ce sujet : « Photius avait mandé 
au pape l'abdication volontaire d' Ignace devenu extrêmement âgé 
et valétudinaire, sa retraite était dans un monastère, où il conti- 
nuait à jouir de toutes sortes d'honneurs de la part de l'empereur, 
du clergé et du peuple 1 . » Cette phrase de Nicétas a été jus- 
qu'ici diversement appréciée et a occasionné des hypothèses plus 
ou moins soutenables. Nous possédons encore la lettre, fort digne 
et très adroite, de Photius au pape 2 ; il y exprime son appréhen- 
sion pour les fonctions ecclésiastiques et fournil en preuve de 
son orthodoxie une profession de foi détaillée. Il ne parle d'Ignace 
que dans ces mots jetés comme en passant : « Lorsque mon pré- 
décesseur abdiqua sa dignité » (tyjç lO'.aù-.-qc, ûxs£eA0 ivxoç à£taç). 
Comme cette lettre ne contient pas ce que, d'après Nicétas, 
Photius aurait écrit au pape, Fleury a supposé l'existence d'une [238] 
autre lettre de Photius, aujourd'hui perdue, et qui aurait contre- 
dil les détails donnés par Nicétas. D'autres historiens, ne 
rencontrant aucune trace de cette lettre, ont cru à une erreur 
de Nicétas, d'autant plus que ce qu'il dit ne s'accorde guère 
avec les première et dixième lettres de Nicolas I er , d'après 
lequel la lettre (aujourd'hui perdue) de l'empereur contenait 
des accusations contre Ignace, avec l'apologie de Photius, 
et cherchait à expliquer la déposition de l'un et l'élévation de 
l'autre 3 . D'après cela, l'empereur aurait parlé de déposition et 



1. Mansi, op. cit., t. xv, col. 235; Hardouin, op. cit., t. v, col. 963. 

2. On ne connaissait autrefois que la traduction latine de cette lettre, 
faite par Baronius d'après un manuscrit grec de la Bibliotheca Columnensis et 
insérée dans ses Annales (859, n. 61). L'original fut publié en 1706 dans leTojj.o; /apS; 
édité en Valachie ; Jager l'a donné dans l'appendice de son Histoire de Photius, 
2 e édition, et l'a traduit en français, ibid., p. 34 sq. ; Damberger, Synchr. Gesch. 
t. ni, p. 173, qui ne connaissait pas encore le texte grec, a supposé que cette 
lettre n'avait pas été adressée au pape, mais aux patriarches orientaux. Her- 
genrtither, op. cit., p. 467-671, en donne une analyse détaillée et la traduction 
d'une notable partie. 

3. Nicolas I er , Epist., i et x, dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 160 et 241, dans Har- 
douin, op. cit., t. v, col. 119 et 197; H. Laemmer, PapstNikolaus der Erste und die 
byzanlinische Staats-Kirche seiner Zeit, eine kirchengeschichtliche Skizze, in-8, Ber- 
lin, 1857 ; J. Rocquain, Les lettres de Nicolas I er , dans le Journal des savants, 1880, 
p. 577-587, 630-647, 676-685; J. Roy, Principes du pape Nicolas J er sur les rap- 
ports des deux puissances, dans Etudes historiques du moyen âge dédiées à Gabriel 
Monod, in-8, Paris, 1896, p. 95-105; M. Sdralek, Handschriftliche krilische Un- 



464. PREMIERS CONCILES AU SUJET DE PHOTIUS 269 

non d'abdication volontaire d'Ignace. Mais le véritable point 
de vue duquel il faut juger cette affaire, nous est indiqué par 

lersuchiingen ïiber eine Gruppe von Briefen Papsls Nikolaus I, dans Archiv fin- 
katholisches Kirchenrecht, 1882, t. xi/vn, p. 117-215; le même, De sancti Nicolai 
P. P. I. epislolarum codicibus quibusdam manuscriptis, disserlalio, in-8, Wratis- 
lavia-, 1882. Cf. H. Lammer, dans Archiv fur katholisches Kirchenrechts, 1882, 
t. xi.viii, p. 470-574; Sdralek, Hinkmars von Reims, in-8, Freiburg, 1881, p. 177- 
178; Ch. Bayet, Les élections pontificales sous les Carolingiens au vm e et au ix e 
siècle, dans la Revue historique, t. xxiv, p. 85 ; A. Thiel, De Nicolao papa I legisla- 
tore ecclesiastico commenlationes cluse hislorico-canonicse, in-8, Bran nsbergœ, 1859 
La correspondance de ce pape est une source capitale de renseignements pour 
l'histoire de son règne, d'ailleurs assez court puisqu'il s'étend du 24 avril 858 au 
13 novembre 867. Nous savons par la correspondance de Nicolas I er que ce pape 
gardait sur un registre le double des actes expédiés en son nom, ce en quoi il ne 
Eaisait que suivre, ainsi qu'il le reconnaît lui-même, une très ancienne coutume 
de l'Église romaine, coutume remontant au moins au temps de saint Grégoire I er . 
Le registre du pape Nicolas I er disparut, ainsi qu'un grand nombre d'autres an- 
térieurs à Innocent III (1198), dans des circonstances qui ne nous sont pas con- 
nues : toujours est-il qu'au temps où le cardinal Deusdedit, contemporain de 
Victor III (1086-1087), rédigeait son recueil de canons, il n'a pas tiré parti du re- 
gistre de Nicolas dont il ne cite qu'une seule lettre, ce qui porte à croire que ce 
registre avait dès lors disparu. Ce qui subsiste de l'œuvre épistolaire de ce pape 
dans les manuscrits a fait l'objet d'un classement accompagné des incipit, dans 
L. Chaillot, Analecta juris pontificii, Dissertations sur divers sujets de droit 
canonique, Liturgie et théologie, Paris, 1868, t. v, fascicule 84, p. 47-176. Des 
éditions des lettres sont données par Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 144 sq. ; 
P. L., t. cxix, col. 769 sq. ; Jafîé, Regesla pontificum romanorum, 2 e édit., t. i, 
p. 341-368; Schneider prépare une nouvelle édition pour les Monum. Germanise 
historica, dans la série des Epistolse. Un certain nombre de lettres sont disséminées 
dans les ouvrages de Baronius, Muratori, D. Bouquet, Pertz; l'édition la plus 
usuelle en attendant celle des Mon. Germ. hist., et en la supposant meilleure, 
reste jusqu'ici celle de Migne, P. L., t. cxix, à laquelle il faut ajouter trois privi- 
lèges omis dans ce volume et renvoyés dans le t. cxxix, col. 1011. Jafîé a donné 
le sommaire des cent cinquante-neuf lettres existantes et de quelques autres per- 
dues et connues seulement par les allusions qui y sont faites dans les Chroniques. 
Dom P. Coustant s'était naturellement occupé de ces lettres tant pour en établir 
l'exacte chronologie que pour déterminer le caractère des lettres perdues et classer 
les variantes des manuscrits. Le même érudit avait non seulement rétabli le texte, 
mais préparé les bases d'un commentaire historique tel qu'on pouvait l'attendre 
dr lui. Ce sont des fragments de ce travail capital qui ont été publiés dans les 
Analecta juris pontificii, 1868. Enfin on trouve une notice succincte et précise dans 
J. Roy, Nicolas I e1 ' in-12, Paris, 1900, p. 192-197, avec la mention des principaux 
manuscrits. 

Quoique incomplète, cette collection représente une des sources les plus im- 
portantes de l'histoire de ce temps. Elle montre la place prise par la papauté dans 
la chrétienté lors du grand désarroi qui suivit la mort de Charlemagne. Rome 



270 LIVRE XXIII 

la lettre du pape à l'empereur ; d'après cette lettre, voici 
comment l'empereur aurait raconté les événements de Constanti- 

avait été de tout temps un lieu de pèlerinage fréquenté, mais vers le pontificat 
de Nicolas I er , il semble qu'un redoublement de ferveur ou d'intérêt se dirige vers 
elle. Rien de plus mêlé que la foule qu'on y voit apparaître dans la correspon- 
dance papale : évêques qui s'acquittent de leur pèlerinage ad limina, Epist., cv, 
et qui mettent à profit ce long déplacement pour obtenir quelques nouveaux pri- 
vilèges à leurs Églises, Epist., xxix; prêtres et clercs qui viennent réclamer con- 
tre la justice diocésaine, Epist., cxvu, cxxi; prince fugitif sollicitant la média- 
tion du pape entre son suzerain et lui, Epist., xxn, xxm ; séculiers désireux 
d'obtenir la protection du Saint-Siège sans passer par la filière hiérarchique, 
Epist., xxm ; pénitents venant accomplir la peine à eux imposée par la cour 
diocésaine, et criminels venant solliciter un châtiment non influencé par les res- 
sentiments locaux. Epist., xxn, xxm, cxvi, exix, cxxxvi; enfin, évêques et 
abbés, clercs et moi i.esvenant défendre des causes pendantes. Epist., xiv, xxxiv, 
i., lu, lui. L'Occident n'était pas seul représenté ; l'empereur de Byzance 
envoyait trois ambassades au pape, Epist., xcviii. Officiers byzantins aux 
titres pompeux et passablement énigmatiques s'y rencontrent avec les comtes 
envoyés par Charles le Chauve, Epist., clv, et les missi ou légats venus de 
différentes [contrées. Le pape envoyait de son côté des légats, des ambassa- 
deurs et entretient une correspondance étendue. A diverses reprises, il écrit à 
Charles le Chauve, à Louis le Germanique, à Lothaire, au roi des Bretons, au roi 
de Danemark, au roi des Bulgares et à l'empereur Michel III de Constantinople. 
Sa correspondance avec les évêques est plus active encore, enfin quelques lettres 
ut pour destinataires Ermentrude ou Theutberge. 

1 a correspondance du pape est bien souvent écourtée faute de temps. La mul- 
titude d'affaires qu'il avait à régler imposait à Nicolas I er des réponses sommaires 
faites en courant, cwsini. Epist., xvn, xxi, xxvn, xlvi, lxvi, lxxix, lxxxii, 
lxxxv, clviii. Comme le porteur d'une lettre était généralement chargé de la 
réponse, le pape réclame des délais. «Lorsque vous nous adresserez quelque mes- 
sager, écrit-il à l'archevêque d'Arles, veuillez l'avertir qu'il ne doit point se 
montrer pressé d'opérer son retour ; car, ainsi que vous le savez, la nécessité 
de répondre aux nombreux fidèles qui affluent vers le Saint-Siège, jointe à la sol- 
licitude que nous devons à toutes les Eglises de Dieu, nous absorbe de telle ma- 
nière, que nous ne pouvons donner aux intérêts de chacun qu'une attention 
tardive. » Epist., clviii. Dans une autre lettre le pape réclame que le porteur 
fasse un séjour d'un mois au moins à Ruine, Epist., lxxxv, ou même plus. Epist., 

I.XXXVI. 

La transcription des lettres sur le registre papal était une mesure de prudence 
dont on eut souvent à vérifier l'utilité, mais c'était encore l'occasion de retards 
nouveaux dans l'expédition. Sans doute, le pape était aidé de secrétaires; nous 

c aissons trois d'entre ceux-ci qualifiés du Litre de conseillers, consiliarios 

nostros, c'étaient Rodoaid, évêque de Porto, Jean, évèque de Fondi, et Arsène, 
évêque d'Horta. Ce dernier remplissait les fonctions de chancelier de l'Église 
romaine ou apocrisiaire. Epis/., xxi, lxxix. La correspondance mentionne 
également quatre notaires, Pierre, Léon, Sophrone, Zacharie et leur primicier 



464. PREMIERS CONCILES AU SUJET DE PHOTIUS 271 

nople. Ignace, conscient de son indignité, quitta de lui-même son 
église ; on tint un concile et sa déposition fut prononcée. On voit 
donc que, pour le fond, les renseignements donnés par Nicétas 
sont vrais, sauf qu'il attribue à Photius ce qu'écrivit l'em- 
pereur et qu'il rapporte l'abdication volontaire d'Ignace, sans 
mentionner la sentence de déposition subséquente. Ce qu'il dit 
des honneurs rendus à Ignace se trouve confirmé jusqu'à un cer- 
tain point par cette phrase de la lettre de l'empereur : « On a 
été, il est vrai, obligé de le déposer, mais, à part cela, nul ne l'a 
molesté, au contraire on l'a honoré de toutes manières. » La lettre, 
impériale accusait Ignace d'avoir participé à un crime de haute 

Tibère. A ceux-ci appartenait l'expédition de certaines pièces de chancellerie, 
Epist., ii, m, xxviii, xxix, xxx, xxxu, lxii, lxiii, cf. lxxvii, lxxxvii, mais 
il y a lieu de croire que le pape les employait pour sa correspondance politi- 
que. En effet, une lettre de Nicolas I er à l'empereur Michel, en 865, l'une 
des plus longues du recueil, a été écrite par les notaires (scrinarii) Pierre, Léon 
et Zacharie. Epist., lxxxvi. Nicolas I er employait des méthodes différentes 
selon l'occasion, tantôt il dictait la lettre à un notaire, tantôt il se contentait 
d'en tracer le canevas. Epist., lxxxvi, cf. xxvi. De même, dans la corres- 
pondance avec Michel III, les circonstances pouvaient amener le pape à ne 
pas laisser partir une lettre déjà écrite et à la faire remplacer par une autre. 
Epist., lxxxvi. Pour les lettres destinées à plusieurs personnages, les notaires 
apostoliques se contentaient d'une unique expédition ; la première personne 
aux mains de qui elle parvenait était chargée de mettre le document en circu- 
lation, Epist., xciii, cxlviii; il est vrai que l'ordre tardait parfois à recevoir 
son exécution, comme dans le cas d'une lettre adressée à Hincmar pour que 
celui-ci la transmît à divers destinataires et qui fut tenue secrète pendant 
quatre mois, Epist., lxxiii, lxxiv. Bien souvent des lettres pontificales 
furent falsifiées. Thieutgaud et Gûnther, Epist., clv, Hincmar, Epist., lviii, 
cviii, Michel III, Epist., lxxxvi, n'hésitaient pas à user de moyens, tels que 
grattages, substitutions de mots qui nous paraissent infâmes et qui, pour 
les clercs du moyen âge, n'étaient que de légères peccadilles. On recou- 
rait en pareil cas aux registres, ainsi que le pape en fait ressouvenir Hinc- 
mar : « Lorsque vous saviez cjuc, selon une ancienne coutume de l'Eglise romaine, 
nous conservons dans des registres la copie des actes expédiés par le Saint-Siège, 
et que vous pouviez penser que nous avions vu de nos propres yeux une lettre 
émanée de notre prédécesseur (Benoît III), comment n'avez-vous pas craint 
de nous faire parvenir un titre ainsi mutilé ou falsifié ?» Epist., cviii. Toutes les 
lettres sans exception n'étaienl pas ainsi conservées dans les registres. En diffé- 
rentes circonstances, Nicolas !'''' mande soit à des prélats, soil à des princes, de 
lui adresser des lettres qu'ils pourraient avoir conservées de lui ou de ses prédé- 
cesseurs et qu'il n'avail pas lui-même. Sur l'état des recueils de registres sous 
Nicolas I er et l'utilisation que ce pape en a fait, cf. F. Rocquain, La papauté 
au moyen âge, in-8, Paris, 1881, p. 20-22. (H. L.) 



272 



LIVHIÎ XXIII 



trahison et d'avoir abandonné de plein gré son Église 1 ; ces deux 
griefs viennent en première ligne; nous en trouvons un troisième 
dans la réponse du pape à l'empereur, trop négligée jusqu'ici : 
« Le concile qui va se tenir à Constantinople par mes légats, 
demandera compte à Ignace de n'avoir pas suivi les ordonnances 
des anciens papes Léon IV et Benoît III. » Après ce qu'on a lu 
au début de ce paragraphe, il semble évident qu'il s'agit ici des 
décisions prises à Rome au sujet de Grégoire Asbesta ; ainsi 
pour agir sur l'esprit des Romains, les Byzantins accusaient Ignace [23!)] 
de désobéissance au Saint-Siège, alléguant son retard et sa 
négligence à faire approuver à Rome sa conduite envers Gré- 
goire Asbesta. 

Afin d'atteindre le premier but de leur mission, c'est-à-dire 
la confirmation de l'élection de Photius, les Byzantins crurent 
habile de demander au pape (après la reconnaissance de 
Photius) l'envoi de légats à Constantinople, en vue d'y résoudre 
les divers conflits survenus, d'y étouffer les derniers restes de 
l'iconoclasme,qui couvait encore sous la cendre 1 . Photius comme 
Ignace protégeait le culte des images, et son orthodoxie sur ce 
point lui avait jadis attiré les anathèmes des iconoclastes. Par 
ces témoignages de zèle contre les iconoclastes, Photius voulait 
uniquement gagner le pape, qui, espérait-il, saisirait avidement 
cette occasion d'envoyer des légats et d'intervenir dans les affaires 
intérieures de l'Eglise de Byzance, afin d'affirmer, une fois de plus, 
la primauté romaine. Le second but des Byzantins et leur calcul 
secret étaient de prouver au monde entier, par l'envoi à Constan- 
tinople de légats qui seraient en rapport avec Photius, la légitimité 
du sacre de celui-ci et la futilité des attaques de ses adversaires. 
Mais Nicolas n'était pas homme à se laisser berner ; peut-être 
aussi lui avait-on déjà fait connaître, au moins en partie, le véri- 
table état des choses 2 . Il réunit aussitôt un concile romain 



1. Nicolas I er , Epist. i, x, dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 160, 261; Hardouin, 
op. cit, t. v, col. 119, 197. 

2. F. Rocquain, La papauté'au moyen âge, Nicolas I er , Grégoire VII, Inno- 
cent III, Boniface VIII, études sur le pouvoir pontifical, in-8, Paris, 1881. Cf. 
Elie Berger, dans la Revue historique, 1882, t. xx, p. 141-418; P. Fournier, dans le 
Bulletin critique, 1883, t. iv, p. 423-427; Q. Saige, dans la Bibliothèque de V Écol- 
des chartes, 1882, t. xliii, p. 367-372; A. Tachy, dans la Revue des sciences ecclé- 
siastiques, 1883, série V, t. vin, p. 125-156, 206-224; P. Viollet, dans la Revue cri- 
tique, 1882, II e série, t. xvi, p. 64-67. Les critiques contenues dans ces recensions, 
notamment celles du Bull, cril., sont utiles pour ramener à une plus exacte ap- 



464. PREMIERS CONCILES AU SUJET DE PHOTIUS 273 

(860), communiqua à l'assemblée les lettres reçues de Byzanee, 
et, avec son assentiment, envoya à Constantinople, en qualité 
de légats a latere (nous rencontrons ici cette expression pour la 
première fois dans l'histoire de l'Église), les évêques Rodoald de 
Porto et Zacharie d'Agnani. Ils avaient mission d'enquêter minu- 
tieusement sur l'affaire d'Ignace, et de communiquer fidèlement 
et en détail au Saint-Siège le résultat de leurs recherches 1 . Le pape 

prédation une grande quantité d'opinions lancées sur le rôle de Nicolas I er , rôle 
apprécié avec plus de modération dans J. Roy, Saint Nicolas I eT , in-8, Paris, 
1901. Cf. J. Richterich, Papst Nikolaus I. Eine Monographie. Inaugural- 
Dissertation, in-8, Bern, 1903. Parmi les travaux d'ensemble on peut s'aider de 
R. Baxmann,Z)ie Politik der Pàpste, t. n, p. 1-28; E. Dùmmler, Geschichte des 
ostfrànkischen Reiches, 2 e édit., t. n, p. 52-217; B. Niehues, Geschichte der Verhàlt- 
nissen zwischen Kairsertum und Papslum im Miltelalter, t. n, p. 199-316; 
Langen, Geschichte der romischen Kirche von Nikolaus I bis Gregor VII, 
p. 1-113; A. Hauck, Kirchengeschichte Deulschlands, 2 e édit., t. n, p. 533-557; 
J. Richterich, dans la Revue internationale de théologie, t. ix, p. 560, 735; t. x, 
p. 116, 512; t. xi, p. 46; H. Bôhmer, Nikolaus I, dans Realencyklopàdie fur pro- 
test. Theol. und Kirche, 1904, t. xiv, p. 68-72. (H. L.) 

1. L'addition qui se trouve dans l'epist. i du pape Nicolas : « Ignace a été chassé 
avant qu'on eût formulé la moindre accusation contre lui, » n'a pas été écrite 
avant l'exemplaire remis aux légats : elle n'a dû l'être que plus tard, lorsque le 
pape rédigea cette epist. i et après avoir reçu d autres renseignements de Constan- 
tinople. A l'époque où les légats furent envoyés, il ne connaissait pas encore ce 
détail, ainsi que le prouve sa première lettre à l'empereur. [Nicolas continuait, 
et avec plus d'énergie, la politique inaugurée par ses prédécesseurs. Il ne faut 
pas oublier que sous le conflit de Photius et d'Ignace, les papes voyaient des in- 
térêts très personnels à poursuivre, notamment en ce qui concernait l'affran- 
chissement de l'Eglise de toute sujétion envers les pouvoirs temporels. Ce 
qu'à grand'peine on avait arraché aux empereurs de Constantinople, le droit de 
confirmer l'élection, allait-on le transférer bénévolement aux empereurs d'Occi- 
dent ? Nicolas I er se préoccupait vivement d'assurer la complète indépendance 
de l'Eglise et des élections pontificales. C'est cette préoccupation qui explique 
l'ardeur apportée par le pape à la défense des libertés de l'Église contre Photius. 
L'ambition de ce dernier l'avait poussé à des maladresses qui faisaient au pape 
la partie belle. Au nom des canons, il revendiquait son droit de juger Ignace de 
Constantinople accusé et déposé de son siège. Ainsi, par une précipitation mala- 
droite, l'empereur et Photius s'étaient exposés à entendre un pape revendiquer 
sa suprématie sur ce même siège de Constantinople qu'on s'ingéniait depuis des 
siècles à lui soustraire. Le débat intéressait donc non seulement l'indépendance 
de l'Eglise, mais encore la primauté du pape; Nicolas I er n'avait pu manquer de 
s'en apercevoir et sa politique religieuse se trouvait pleinement d'accord en Occi- 
dent et en Orient. La déposition du patriarche Ignace était un tissu d'illégalités. 
Non seulement on avait négligé de recourir au pape, mais encore c'était l'empe- 
reur Michel III lui-même qui avait dépossédé Ignace et réuni le concile dont la 

CONCILES — 1 V— 18 



274 LIVRE XXIII 

se réserva le soin de prononcer le jugement. On ne reconnut 
pas la légitimité du sacre de Photius que les légats reçurent ordre 
de traiter comme un laïque. Ils n'étaient autorisés à agir sans 
nouvelles instructions de Rome x que dans l'affaire des icono- 
clastes. Le pape leur remit en même temps deux lettres, adressées [^OJ 
l'une à l'empereur et l'autre à Photius, toutes les deux datées du 
25 septembre 860. La lettre à l'empereur met en relief dès le début 
les droits du pape, et blâme la déposition d'Ignace sans l'assen- 
timent de Rome et dans un concile tenu à Constantinople ; « on 
avait dans cette affaire, au mépris de tous les canons, ouï comme 
témoins et accusateurs contre Ignace ses ennemis déclarés, ainsi 
qu'il ressortait de la lettre de l'empereur. On avait également eu 
tort d'élever un laïque sur le siège patriarcal, ce que les conciles 
et les papes avaient défendu à plusieurs reprises (citations de 
textes). Il attendrait, pour statuer sur la consécration de Photius, 
le rapport de ses légats sur les événements de Constantinople : 
on devait introduire Ignace en présence du concile que les légats 
allaient tenir, et lui demander ses raisons pour avoir quitté de 
son plein gré, par conséquent au mépris des canons, son Egli- 
se, et transgressé les ordonnances des papes Léon IV et Be- 
noît III. Il était également nécessaire d'examiner si les règles 
canoniques avaient été observées dans l'acte de déposition d'I- 
gnace.» Nicolas passe ensuite à la question des images et expose 
rapidement son sentiment et celui de ses prédécesseurs sur cette 
affaire. Enfin il demande restitution au Siège de Rome du droit 



servilité lui avait accordé sans résistance les services qu'il en attendait. La dépo- 
sition ainsi obtenue avait été signée par l'empereur passant avant tous les évê- 
ques. Abstraction faite des questions qui touchaient à la primauté du siège de 
Rome et de quelques manquements qui n'étaient pas incorrigibles, tels que l'ordi- 
nation de Photius passant en six jours du rang de laïque à la dignité patriarcale, 
les événements d'Orient entraînaient surtout l'avilissement de l'Eglise et sa sou- 
mission au pouvoir séculier. C'était ce que Nicolas ne consentirait à supporter 
à aucun prix. 

Son choix tomba sur deux évêques qui se laissèrent corrompre. L'histoire de la 
diplomatie pontificale depuis ses premières relations au iv e siècle avec les évêques 
de Constantinople offre plusieurs fois la répétition d'un fait de ce genre. Le per- 
sonnel donl disposaient les papes était sans doute limité, mais néanmoins c'était 
jouer de malheur. L'histoire diplomatique de Rome et de Byzance serait un cu- 
rieux récit dont il n'existe que des chapitres disséminés. Voir Appendices. (H. L.) 

1. Nicolas, Epist., i et x, dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 160, 261, et dans Har- 
douin, op. ciï., r t. v, col. 119, 197. 



464. PREMIERS CONCILES AU SUJET DE PHOTIUS 275 

enlevé par Léon l'Isaurien, de nommer l'archevêque de Thessa- 
lonique, vicaire apostolique pour l'Épire, l'Illyrie, la Macédoine, 
la Thessalie, l'Achaïe et la Dacie. Il réclame également les biens de 
l'Eglise romaine situés en Calabre et en Sicile, dont l'empereur 
s'est emparé. Enfin la pape revendique le droit d'ordonner l'ar- 
chevêque de Syracuse 1 . 

La lettre du pape à Photius est beaucoup plus courte. Nicolas 
y exprime sa joie de l'orthodoxie de Photius, regrettant toutefois 
son ordination précipitée et contraire aux règles canoniques, ce 
qui l'oblige à remettre la reconnaissance de sa consécration après 
le rapport détaillé de ses légats 2 . 

Les légats, à leur arrivée à Constantinople, furent tenus éloignés 
de toute communication avec les Grecs, afin de n'en obtenir 
aucun renseignement utile. On employa à leur égard les moyens 
r ji d'intimidation ; on les menaça de l'exil et d'autres peines, s'ils 
n'accédaient aux désirs de l'empereur. Après trois mois de résis- 
tance, les légats fléchirent et manquèrent à leur devoir 3 . Photius 
réunit aussitôt, en présence de l'empereur, des légats, des grands 
de l'empire et d'une foule de peuple, un prétendu concile général 
dans l'église des Saints-Apôtres à Constantinople, au mois de mai 
861. On y avait convoqué, pour ne pas dire conduit de force, 
trois cent dix-huit membres, afin de pouvoir comparer ce conci- 
liabule avec le concile de Nicée 4 . Comme il comprend deux parties, 
on a souvent parlé du premier et du deuxième concile de Photius 
tenus en 861 ; le pape l'appela (epist. x) un nouveau brigandage. 
L'assemblée se proposait de statuer solennellement et définiti- 
vement au sujet du siège de Constantinople, soit en décidant 
[gnace à l'abdication, soit en prononçant sa déposition. On 
l'avait dans ce but amené à Constantinople, et il fut officielle- 
ment cité à comparaître devant le concile, par une seconde 
citation, indûment libellée au nom des légats du pape. Ignace 



1. Nicolas I er , Epist., 11, dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 162; t. xvi, col. 59; 
Hardouin, op. cit., t. v, col. 121, 802; Hergenrôther, op. cit., p. 415 sq. 

2. Nicolas I er , Epist., i et iv. 

3. Nicolas I er , Epist., vi et x; Nicetas, Vita S. Ignatii, dans Mansi, op. cit., 
t. xvi, col. 246; Hardouin, op. cit., I. v, col. 971 ; Hergenrôther, op. cit., p. 419. 

4. Au sujet de ce concile voir Hergenrôther, op. cit., p. 420-438. [Labbe, 
Concilia, t. vin, col. 652-653; 735-736, 1511; Hardouin, op. cit., t. v, col. 1195; 
Coleti, Concilia, t. x, col. 187 ; Mansi, op. cit., t. xv, col. 595 ; A. Vogt, Basile I er , 
p. 207-208. (H. L.) 



27H i,i \ re xxiii 

s'y rendit dans ses vêtements patriarcaux, entouré d'évêques et 
de moines ; arrivé à pied dans l'église des Apôtres, un fonctionnaire 
lui intima l'ordre de la part de l'empereur, et sous peine de mort, 
de ne pénétrer dans l'assemblée que sous des habits de moine 1 . Il 
se soumit à la force, fut séparé de son cortège, et conduit devant 
l'empereur par trois clercs, qui étaient au service du concile et 
qui l'abreuvèrent d'injures 2 . Le prince lui parla avec irritation 
et lui ordonna de s'asseoir sur un simple banc de bois. Ce banc 
était probablement dans la salle des sessions de l'assemblée, et 
je ne partage pas l'opinion de Fleury, d'après lequel Ignace ne 
fut mis en présence du concile que quinze jours plus tard. Il de- 
manda avant tout de saluer les légats romains, et s'enquit s'ils ne lui 
avaient pas apporté une lettre du pape. Les légats répondirent 
qu'il n'était plus patriarche, ayant déjà été jugé par un concile 
provincial, et qu'ils étaient prêts à examiner canoniquement son 
affaire. Ignace répondit que leur devoir était d'éloigner Photius 
l'intrus (il l'appelle adultère, pour avoir mis la main sur l'Eglise 
de Constantinople avec laquelle Ignace avait contracté un mariage [242] 
mystique). S'ils n'agissaient pas ainsi, il ne pouvait les reconnaître 
pour ses juges. Après qu'Ignace se fut refusé à plusieurs reprises 
à l'abdication, on leva la séance (première session). Ignace cité 
à comparaître un autre jour s'y refusa, déclarant ne pas recon- 
naître des juges corrompus et en appeler au pape. Il invoqua à 
l'appui une lettre du pape Innocent I er en faveur de saint Jean 
Chrvsostome, le 4 e canon de Sardique et d'autres pièces qu'il 
avait fait remettre aux évêques dans l'intérêt de sa défense. 
Sur de nouvelles instances pour qu'il comparût en personne, il 
se rendit dans l'assemblée et dit : « Vous n'avez donc pas lu les 

1. Nicetas, Vita S. Ignatii, dans Mansi, op. cit., t. xvi, col. 238; Hardouin, 
op. cit., t. v, col. 966. 

2. De tous les griefs formulés contre Ignace, on en retint un seul et on lui 
appliqua le canon 31 e des canons apostoliques:» Quiconque aura obtenu une 
dignité ecclésiastique au moyen des dépositaires du pouvoir civil devra être dé- 
posé. » Par force, on le contraignit à tracer une croix sur un acte d'abdication 
auquel on ajouta : « Moi, très indigne Ignace de Constantinople, je reconnais 
être devenu évêque sans élection, ityrffioToç, et j'avoue également avoir... 
gouverné non pas d'une manière sainte, mais d'une façon tyrannique. » Vita 
Ignatii, P. G., t. cv, col. 521. On chercha à s'en débarrasser, Ibid., col. 513, 
en lui faisant crever les yeux. Ibid., col. 521-524. Cf. P. Bernardakis, Les appels 
au pape dans l'Eglise grecque jusqu'à Photius, dans les Echos d'Orient, 1903, 
t. vi, p. 254-257. (H. L.) 



464. PREMIERS CONCILES AU SUJET DE PHOTIUS 277 

canons? D'après eux, un évêque ne peut être cité à se rendre 
devant un concile que par deux autres évêques. Vous, au contraire, 
vous m'envoyez simplement un sous-diacre et un laïque. » On 
lui répondit : <c Tu n'es pas évêque légitime, tu es intrus, arrivé 
par la puissance de l'empereur, à la place que tu occupais. » Il 
répliqua : « Si je ne suis pas archevêque, tu n'es pas empereur, 
et ceux-ci ne sont pas des évêques, car je vous ai tous ordonnés; 
Photius non plus n'est pas évêque» (ayant été élu par ceux qu'I- 
gnace avait ordonnés). Après quelques attaques contre Photius, 
Ignace demanda à tous les évêques présents d'attester qu'il avait 
été élu et ordonné d'une manière légitime ; mais ils n'osèrent 
pas sachant ce qu'il en avait coûté au métropolitain d'Ancyre 
pour avoir tenu un langage courageux. Aussi se bornèrent-ils à 
exhorter Ignace à l'abdication. On annonça une nouvelle session 
pour le lendemain ; mais Ignace ne comparut devant le concile 
que dix jours plus tard l . Soixante-douze témoins de basse 
condition, et dont plusieurs avaient été gagnés à prix d'argent 
ou par d'autres moyens, attestèrent sous la foi du serment qu'I- 
gnace avait été ordonné sans vote préliminaire (des évêques), et 
mis en possession de son siège par la force. Aussi lui appliqua- 
t-on le 31 e (29) canon apostolique, ainsi conçu : « Quiconque 
aura obtenu une dignité ecclésiastique grâce aux dépositaires 
du pouvoir civil, devra être déposé. » Nicétas dit que, pour 
être logiques, les membres du concile auraient dû donner aussi 
3J la seconde partie de ce canon : « Celui qui aura été en commu- 
nion avec un tel homme sera lui-même excommunié ; » ils se 
seraient anathématisés eux-mêmes, ayant été onze ans en rela- 
tions ecclésiastiques avec Ignace. Nicétas ajoute que cette accu- 
sation n'avait aucun fondement, puisque Ignace avait été élu 
par le choix unanime des évêques et l'assentiment de tout le peu- 
ple. 

Le concile procéda ensuite à la dégradation d'Ignace. On le 
revêtit de ses habits pontificaux déjà déchirés et couverts de 
poussière; on lui mit l'étole, puis on lui enleva le tout en criant 
àvâ^ioç, les légats du pape criant comme les autres. Il ne 
restait qu'à faire souscrire Ignace à sa déposition. On usa, pendant 



1. Nous puisons tous ces détails dans une lettre écrite par Ignace lui-même, 
par l'intermédiaire du moine Théognoste, qui la fit parvenir au pape; dans Mansi, 
op. cit., t. xvi, col. 259 sq. ; Hardouin, op. cit., t. v, col. 1014 sq. 



278 LIVRE XXIII 

deux semaines, de toutes sortes de moyens pour l'y amener ; il 
refusa constamment, et l'un de ses gardiens nommé Théodore 
dut lui tenir de force la main pour lui faire tracer une croix au 
bas de l'acte d'abdication. Photius y ajouta : « Moi, très in- 
digne Ignace, je reconnais être devenu évêque sans élection pré- 
liminaire, et j'avoue également avoir gouverné, non d'une ma- 
nière sainte, mais d'une façon tyranique. » Ignace sortit de 
prison, et on le laissa quelque temps tranquille dans la maison 
dont il avait hérité de sa mère. C'est probablement alors qu'il 
envoya à Rome le document composé avec le secours de Théo- 
gnoste et dont nous avons déjà parlé. On voulut le faire compa- 
raître une fois de plus devant le concile pour lire, du haut de 
l'ambon, sa sentence de déposition. On devait ensuite lui crever 
les yeux; mais il prit la fuite lors de la Pentecôte (25 mai 861), et 
se cacha successivement dans des îles, des monastères, des caver- 
nes, des déserts, pourchassé comme une bête fauve par les limiers 
de l'empereur, qui souvent ne surent le reconnaître quand ils 
se trouvèrent en sa présence. Au mois d'août 861, un tremble- 
ment de terre violent et prolongé ayant ébranlé Constantinople, 
le peuple y vit une punition divine des mauvais traitements infli- 
gés à Ignace ; celui-ci eut la permission de revenir, et dès lors 
vécut en paix dans son monastère 1 . 

Le pape Nicolas désirait que l'empereur communiquât au con- 
cile la lettre du Siège de Rome ; dans le cas contraire Nicolas 
avait recommandé à ses légats d'en donner lecture, et les avait, 
à cette fin, pourvus d'une copie très exacte. Mais tant qu'il 
s'agit du jugement d'Ignace, l'empereur et les légats tinrent [244] 
secrète la lettre du pape ; ils la lurent dans la seconde période 
du concile, dans le conventus ou concilium tenu plus tard, ainsi 
que s'exprime le pape Nicolas (epist. x), et encore ne présentèrent- 
ils à l'assemblée qu'un exemplaire tronqué dans lequel on avait 
pratiqué arbitrairement des additions, des changements ou des 
coupures, si bien qu'il n'y était plus question d'Ignace. On avait, 
en particulier, supprimé les passages dans lesquels le pape blâ- 
mait la déposition d'Ignace faite d'une manière peu canonique 



1. Nicetas, dans Mansi, op. cit., t. xvi, col. 238-246; Hardouin, op. cit., t. v, 
col. 966-971. Voyez Jos. Simon Assemani, Biblioth. juris Orient., t. i, p. 124 sq. ; 
Baronius, Annales, ad ann. 861, n. 1 sq.; Hergenrôther, op. cit., p. 434 sq. 
460 sq. 



464. PREMIERS CONCILES AU SUJET DE PHOTIUS 279 

et sans l'assentiment de Rome, ainsi que l'élévation irrégulière 
de Photius. Les actes du conciliabule de Constantinople envoyés 
à Rome prouvaient que les choses se passèrent ainsi 1 . Les déci- 
sions prises dans le second corwentus au sujet des iconoclastes 
séparées des décisions du premier concile, furent également 
envoyées au pape ; mais elles sont malheureusement perdues, 
ainsi que les premières (il est difficile d'admettre, avec quelques 
historiens, que les partisans d'Ignace aient fait disparaître ces 
pièces). Aussi ne possédons-nous de ce conciliabule que dix- 
sept canons 2 . 

Les six premiers traitent de la réforme de la vie des moi- 
nes ; le 7 e défend aux évêques de fonder des monastères, en 
les dotant avec les biens des églises, parce que plus d'un évêque 
a ainsi ruiné le patrimoine de ses églises. 8. Quiconque s'est 
mutilé lui-même ne peut, conformément aux canons ecclé- 
siastiques, devenir prêtre. 9. Les clercs ne doivent châtier que 
par des paroles et non par des coups : conformément aux pres- 
criptions du 28 e (26 e ) canon apostolique. 10. Conformément au 
73 e (72 e ) canon apostolique, quiconque se sera approprié ou un 
vase sacré, ou un ornement d'église, ou un linge d'autel, etc., et 
l'aura employé à des usages profanes, sera déposé. 11. Aucun 
clerc ne doit accepter de charges civiles. 12. Aucun ne doit célé- 
brer dans des chapelles privées sans la permission des évêques. 
13. Aucun prêtre ou diacre accusant son évêque d'un délit, ne 
doit abandonner sa communion avant que l'évêque ait été jugé 
par une sentence synodale. 14-15. Il en sera de même de l'évêque 
à l'égard de ses métropolitains et des patriarches à l'égard les 
uns des autres (stipulation favorable à Photius, qui voulait 
amener par là le clergé à le reconnaître). 16. On ne doit ins- 
tituer un nouvel évêque pour une Église, si l'évêque posses- 
seur de cette Eglise vit encore et exerce ses fonctions. On excepte 
les cas où l'évêque abdique de lui-même ou est légitimement 
5.5] déposé. Si, sans abdiquer, un évêque abandonne son Eglise 
et s'absente pendant six mois, il sera déposé, et un autre sera 
élu à sa place (on voulait, par ce canon 16 e , reconnaître le 
principe énoncé par Rome, sans toutefois renoncer à défendre 



1. Nicolas I er , Episl., x, dans Mansi, op. cit.. t. xv, col. 242-244 ; Hardouin, 
op. cit., t. v, col. 198 sq. 

2. Dans Mansi, op. cit., t. xvi, col. 535 sq. ; Hardouin. op. cit., t. v, col. 1197 sq. 



280 



LIVRE XXIII 



l'élévation de Photius, et pour cela on prétendait qu'Ignace 
avait abdiqué de plein gré, c'est-à-dire s'était volontairement 
éloigné de son siège). 17. Aucun laïque ou moine ne doit 
être élevé trop rapidement à l'épiscopat et avant d'avoir subi de 
longues épreuves. Si jusqu'ici quelques hommes de distinction 
ont été, pour de graves raisons, déclarés immédiatement dignes de 
l'épiscopat, il ne devra plus en être ainsi à l'avenir (ici on adhé- 
rait au principe émis par Rome, sans renoncer à sauver Photius). 

De retour à Rome, les légats du pape dirent que la dépo- 
sition d'Ignace avait été confirmée à Constantinople et que 
Photius avait été reconnu par tous. Ils n'ajoutèrent rien sur la 
manière déplorable dont ils avaient rempli leur mission. Deux 
jours plus tard arriva à Rome, en qualité d'ambassadeur de son 
maître, le secrétaire intime et impérial Léon, porteur des lettres 
de Photius et de l'empereur, et de deux volumes séparés conte- 
nanties actes des assemblées tenues au sujet d'Ignace et sur la 
question des images 1 . La lettre de l'empereur au pape est perdue, 
nous ne la connaissons que par la réponse de Nicolas; en revan- 
che, nous possédons la longue lettre de Photius, vrai modèle de 
finesse byzantine et d'éloquence 2 . 

Elle commence ainsi : « Rien n'est si précieux que l'amour ; 
il enseigne, par exemple, aux inférieurs à supporter les caprices 
de leurs supérieurs 3 . Il empêche la division de s'introduire dans 
les familles... C'est aussi l'amour qui me détermine à ne pas 
discuter les reproches de Votre Sainteté. Ornée de tant de qualités, 
elle aurait dû considérer avant tout que je n'ai accepté ce joug 
qu'à contre-cœur, et, au lieu de blâme, elle aurait dû me témoi- 
gner de la compassion. On m'a fait violence, on m'a emprisonné 
comme un criminel, on m'a élu malgré mes protestations. J'ai 
abandonné une vie tranquille pour l'échanger contre une existence 
pleine de labeurs. » Photius décrit ensuite, sur le ton d'une idylle, [266] 



1. Nicolas, Epist., x, dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 243; Hardouin, op. cit., 
t. v, col. 199. 

2. Elle est en latin dans Baronius, Annales, ad ami. 861, n. 34 sq. ; elle a été 
publiée pour la première fois en grec dans le 'Yop.o: •/apâ; et réimprimée dans l'ou- 
vrage de l'abbé Jager, op. cit., 439, qui l'a traduite en français, p. 59. On la trouve 
aussi en allemand dans l'analyse détaillée d'Hergenrôther, op. cit., t. i, p. 439 
sq. 

3. Phrase insidieuse ! Le pape pouvait conclure de là que Photius le regardait 
comme son supérieur, et cependant Photius ne le disait pas. 






'H'.'j PREMIERS CONCILES AU SUJET DE PHOTIUS 281 

les charmes de sa vie antérieure; il parle de sa gloire comme savant 
et comme docteur, et y oppose les soucis de sa nouvelle position, 
qu'il est prêt encore à abandonner volontiers. On lui reproche, 
continue-t-il, d'avoir par son élévation trop rapide, agi en oppo- 
sition avec les canons; s'il en est ainsi, ce n'est pas à lui qu'il faut 
s'en prendre, c'est à ceux qui l'ont promu malgré lui. Il avait 
vigoureusement résisté, et si sa mort avait dû être utile à l'Eglise, 
il se serait volontiers laissé tuer, plutôt que d'accepter cette charge. 
Mais les canons en question n'ont jamais été reçus à Constanti- 
nople, et Tarasius, son grand-oncle, ainsi que Nectaire, les lu- 
mières de l'Église grecque, ont été élevés sans transition de la 
condition laïque à l'épiscopat. Viennent ensuite d'autres exem- 
ples : ainsi celui de saint Ambroise. Il ne faut pas oublier 
que dans diverses parties de l'Eglise on trouve des diiférences, 
sans que l'unité ait à en souffrir. Chez les Latins, par exemple, 
les ecclésiastiques laissent croître la barbe et les cheveux, ce qui 
est défendu chez les Grecs. De même, les Latins ont une manière 
particulière de jeûner ; leurs prêtres observent le célibat et 
ils ordonnent les diacres à l'épiscopat per saltum. Les diffé- 
rences au point de vue liturgique sont beaucoup plus nombreuses 
(Photius en a fait plus tard aux Latins de très vifs reproches). 
Si on compare les accusations portées contre lui avec les points 
qu'il vient d'énumérer, il est facile de constater son entière inno- 
cence. Certaines des actions qu'il vient de citer sont tout à 
fait défendues; d'autres au contraire (ce qu'on lui reproche), 
se rencontrent dans la vie des hommes les meilleurs et les plus 
dignes d'éloges, par exemple Tarasius, etc. : . De fait, on a tou- 
jours agi ainsi; et on à pu l'affirmer en toute sincérité, il en a 
été de même cette fois (pour l'élection de Photius). Celui-là du 
reste mérite l'estime qui, sans être clerc, a vécu de telle sorte 
que les clercs l'ont préféré à tous leurs collègues. Il y a, au 
contraire (chez les Latins), des pratiques différentes qu'on ne 
peut suivre sans péché ; mais on ne veut pas convenir que 
cette manière de faire soit gravement désordonnée. Tel l'abus du 
chrétien qui observe le sabbat et tient le mariage pour défendu, 
(Photius interprète ici d'une manière fantaisiste le célibat ecclé- 
siastique et le jeûne du samedi chez les Latins ; il insinue contre 



1. Cf. § 482. 



282 



LIVRE XXIII 



Rome des accusations qu'il reprendra plus tard si son élévation 
au patriarcat est contestée). Du reste, pour donner au pape des 
preuves de son obéissance, il a pris soin de faire sanctionner [247] 
par un concile général (c'est-à-dire son conciliabule) le prin- 
cipe romain : à savoir qu'aucun laïque ne doit être élevé à 
l'épiscopat, ce dont on fait une règle ferme pour l'avenir. Quel 
bonheur pour lui si cette règle avait été en vigueur à Constan- 
tinople (il ne serait pas devenu évêque) ! L'Église de Constan- 
tinople est remplie de pécheurs, de schismatiques, d'héréti- 
ques. A l'aide des légats du pape, on a pris en main les inté- 
rêts de cette Eglise ; non seulement on a réglé l'élévation à 
l'épiscopat, mais on a reçu d'autres canons de Rome pour 
faire honneur à l'Eglise romaine, qui a toujours su éteindre 
tous les schismes. Ce concile aurait reçu toutes les règles pro- 
posées par le pape, si l'empereur y avait consenti. Quant 
aux évêques autrefois ordonnés à Rome 2 , les légats deman- 
daient à ce qu'ils fussent rattachés, comme autrefois à cette 
Eglise. Photius était tout prêt à faire cette concession au 
pape; malheureusement, des considérations politiques et terri- 
toriales s'y opposaient ; les légats donneraient sur ce point des 
explications nécessaires. Il allait oublier un détail. Plus on est 
élevé en dignité, mieux on doit observer les canons. Le pape 
ne devait donc recevoir aucun de ceux qui se rendaient de 
Constantinople à Rome pour y semer la discorde, des litterse 
commendatitiœ. Des malfaiteurs de toute sorte avaient récem- 
ment pris la fuite sous divers faux prétextes (par exemple, 
qu'ils ne voulaient pas être en communion avec Photius), en 
réalité, afin d'échapper à la peine qui les attendait. » 

Au reçu de cette lettre, le pape réunit son clergé en concile 



1. La traduction latine qui se trouve dans Baro nius, loc. cit., rend aoroOsv par 
ex se, et de même Jager traduit : « qui ont été ordonnés de leur propre autorité ; » 
la première traduction est aussi fautive que la seconde. 

2. On a ici en vue les métropolitains de Thessalonique, Syracuse, etc 

Jager, op. cit., p. 73, croit au contraire qu'il s'agit des clercs ordonnés par 
Ignace pour les Bulgares, mais il se trompe. D'ailleurs il dit à la page 130 
que les Bulgares avaient, en 864, demandé pour la première fois les prê- 
tres de Constantinople. Dans la première édition nous avions traduit ào7o*kv 
par « d'ici », c'est-à-dire de Constantinople. mais Hergenrôther, op. cit., 
p. 456, a donné à ce mot son véritable sens et nous nous sommes rangé à son 
avis. 



464. PREMIERS CONCILES AU SUJET DE PHOTIUS 283 

ou consistoire 1 , en présence des ambassadeurs de Byzance, 
[248] et déclara solennellement que ses légats n'avaient pas reçu pou- 
voir pour juger Ignace; en conséquence il ne reconnaissait pas 
plus sa déposition que l'élévation de Photius. 

Le pape s'exprima dans le même sens dans ses lettres à l'em- 
pereur et à Photius (epist. v et vi), remises aux envoyés de 
Byzance. Elles sont datées des 18 et 19 mars 862 2 . Le pape 
déclare à l'empereur qu'il ne peut confirmer la déposition d'Ignace 
et l'élévation de Photius. Ignace était, depuis douze ans, l'objet 
«les éloges de l'empereur et de tous les conciles grecs, et main- 
tenant on voulait subitement le condamner. Une comparaison 
entre Ignace et Photius serait toute en faveur du premier. On avait 
tort d'en appeler aux précédents de Nectaire et d'Ambroise; sans 
doute ils avaient été subitement, élevés de la condition laïque 
à l'épiscopat; mais la situation était bien différente et notam- 
ment, les sièges à remplir étaient vacants. De ce que le concile 
(de Photius) à Constantinople comptait trois cent dix-huit mem- 
bres, comme celui de Nicée, on n'en pouvait rien conclure pour 
la valeur de ses décrets. Au contraire, on devait d'autant plus 
déplorer qu'un si grand nombre d'évêques eût participé à de si 
regrettables décisions. L'empereur écrivait que les légats du 
pape avaient regardé la consécration d'Ignace comme non 
valide ; mais les légats avaient excédé leurs pouvoirs, et le pape 
rejetait leur jugement. Il appartenait à l'empereur de ne pas 
laisser quelques personnes (Phptius et ses amis) troubler l'Eglise 
et amener un schisme 3 . 

Nous avons dit que cette réponse du pape permet de conjec- 
turer le contenu de la lettre de l'empereur à Nicolas. Le prince 
y présentait aussi le conciliabule de Constantinople comme 
un tribunal institué par le pape lui-même 4 . 

Dans sa lettre à Photius, Nicolas s'applique à faire ressortir 



1. Ce qu'on appelle maintenant consistoire, dans l'Église de Rome, s'appelait 
autrefois concile romain. 

2. A la fin de la lettre à l'empereur, il faut corriger indict. ix et lire indict. x; 
c'est ce que prouve suffisamment la comparaison avec la lettre du pape à Photius 
et la lettre ad ovines fidèles. Cf. Pagi, Critica, 1689, ad ann. 862, n. 2. 

3. Nicolas I er , Epist., v, dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 170 ; t. xvi, col. 
6't; Hardouin, op. cit., t. v, col. 129, 807. 

4. Cf. Nicolas I er , Epist., x, dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 242; Hardouin, 
op. cit., t. v, col. 198. 



284 



LIVRE XXIII 



la primauté du Saint-Siège. C'est à tort que, dit-il, pour justi- [249] 
fier son ordination par trop prompte, Photius invoque les exem- 
ples de Nectaire, de Tarasius et d'Ambroise. Nectaire avait été 
choisi faute de clercs capables, Tarasius. parce qu'il était le 
plus intrépide champion contre les iconoclastes, enfin Ambroise 
parce que des miracles avaient témoigné en sa faveur. Le pape 
ne pouvait croire que l'on ignorât à Constantinople les canons 
de Sardique défendant les ordinations accomplies en dehors des 
délais ordinaires. Il blâme ensuite la dureté avec laquelle Photius 
s'est conduit vis-à-vis d'Ignace ; il refuse d'approuver ce qui 
s'est passé, se plaint de la conduite de ses légats et de la fal- 
sification de sa lettre à l'empereur 1 . 

Le même jour, 18 mars 862, Nicolas adressa une lettre ad omnes 
fidèles, en particulier aux patriarches d'Alexandrie, d'Antioche 
el de Jérusalem, pour dénoncer à toute la chrétienté ce qui se 
passait à Constantinople et surtout la conduite de Photius. Le 
pape déclarait tenir toujours Ignace pour évêque légitime de Cons- 
tantinople et réprouvait Photius 2 . 



465. Conciles au sujet de Jean, archevêque de Ravenne. 

Avant, la publication de cette dernière lettre el dès l'année 
861, il s'était tenu quelques conciles qui ont droit à notre atten- 
tion. Au mois de novembre, un concile romain eut à décider au 
sujet de Jean, archevêque de Ravenne 3 . C'est par la Vita Nieolai I, 
dans le Liber pontificalis, que nous avons connaissance de ce 
concile, et de la conduite assez peu canonique de l'archevêque de 
Ravenne 4 . De plus, divers manuscrits, d'une valeur très inégale, 



1. Mansi, op. cit., t. xv, col. 174; t. xvi, col. 68 ; Hardouin, op. cit., t. v, col. 
132, 811. 

2. Mansi, op. cit., t. xv, col. 168; Hardouin, op. cit., t. v, col. 127. 

3. Coll. regia, t. xxn, col. 733 ; Ughelli, Italia sacra, 2 e édit., t. n, col. 346- 
350; Labbe, Concilia, t. vm, col. 736; Agnelli, Liber pontif. Ravennat., 1708, 
t. m, p. 80-90 ; Coleti, Concilia, t. x, col. 187; Mansi, Concilia, Supplem., t. i, 
col. 983 ; Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 598 ; Jafïé, Regest. pontif. roman., 
2 e édit., p. 343-344 ; A. Verminghoff, Verzeichnis, dans Neues Archiv, 1901, 
t. xxvi, p. 629-630. (H. L.) 

4. Cet épisode de Jean de Ravenne est assez significatif de l'attitude générale du 



465. CONCILES AI SUJET DE JEAN DE RAVKNNE 285 

nous ont conservé les actes de la dernière session de ce concile 
dont Antoine Zaccaria et Mansi ont donné une très bonne édi- 
tion. L'archevêque Jean avait opprimé le peuple et le clergé, 
porté préjudice aux biens de l'Église, banni arbitrairement plu- 
sieurs ecclésiastiques, en avait jeté d'autres dans d'épouvantables 
cachots. Les avertissements du pape étaient restés sans effet et 
semblaient, au contraire, exciter le coupable à commettre de 
[250] plus grands attentats; ainsi, il commença dès lors à mettre la 
main sur les possessions de l'Eglise romaine, méprisa les ambas- 
sadeurs du pape, déchira les documents qui témoignaient en faveur 
de la possession de Rome, jusqu'à ce qu'enfin il fût excommu- 
nié par le pape Nicolas I er , qui l'avait par trois fois inutile- 
ment cité devant un concile. Mais Jean trouva un protecteur dans 
l'empereur Louis II, avec les ambassadeurs duquel il vint hardi- 
ment à Rome pour demander de régler le différend. Il ne voulut 
ni s'humilier ni donner satisfaction devant le concile romain 
que le pape réunit le 1 er novembre (probablement en 861): aussi 
l'entrevue n'eut-elle aucun résultat. Sur l'invitation des sénateurs 
de Ravenne, le pape se rendit dans cette ville. Le peuple mani- 
festa une telle aversion contre son archevêque, que l'empereur 
se vit obligé de retirer sa protection au prélat 1 . Jean comprit 



pape en matière d'élections cpiseopales. Nicolas I er tenait à laisser au clergé et au 
peuple du diocèse son libre choix sous la seule condition que l'élection n'offrît rien 
de contraire aux canons, Epist., xli, xliii; pour l'élection des abbés, Epist., xliv, 
il apporte à cette indépendance un vrai scrupule. Epist., lxi. Cette position 
est d'ailleurs logique, eu égard à celle qu'il donne à l'élection au siège de Rome 
en face des empereurs. Nicolas I er s'attache aux anciennes règles et à celle-ci 
m particulier, que l'évêque doit être choisi dans le clergé du diocèse qu'il est 
appelé à administrer. Il s'en explique avec clarté à propos d'une élection au siège 
de Sens, en 866, Epist., xevi, et en fait même un principe général, Epist., xcv. 
L'évêque ainsi élu demeurera en possession de son siège, à moins d'incapacité 
physique ou d'indignité reconnue. Lorsqu'il s'agira en effet de déposer Zacharie 
et Radoald, le pape convoquera deux conciles successifs, car l'un des accusés 
n'a pu être présent au premier concile. En 867, Nicolas signifie à l'archevêque 
de Ravenne que conformément au décret d'un concile romain de 862, il ne doit 
consacrer aucun évèque dans sa province avant que le choix du nouveau titu- 
laire ait été notifié au Siège apostolique et sanctionné par lui. Epist., cxliv. 
(IL L.) 

1. D'après le Libellus de imperaloria potestate, le pape Nicolas s'était surtout 
alarmé de la familiarité existant entre l'archevêque Jean et les princes. Le Liber 
pontificalis, biographe officiel, se charge de donner des raisons plus acceptables, 
empiétement, etc. et surtout de « vouloir transférer à Saint-Apollinaire les droits 



286 LIVRE XXII! 

qu'il ne lui restait qu à faire sa soumission à Rome. On réunit 



qui appartenaient à Saint-Pierre, grief qui empruntait une gravité particulière 
à la rivalité séculaire entre Rome et Ravenne dont les évêques avaient, au temps 
où leur ville était la résidence des exarques, prétendu à l'autocéphalie. « Ils ex- 
hibaient un vieux diplôme de Valentinien III qui permettait à ces prélats de re- 
cevoir directement le pallium de l'empereur et non du pape et attribuait à leur 
métropole les diocèses de Ferrare, d'Imola, de Modène, ainsi que les évêchés 
de l'Emilie. Agnellus, Liber pontif. Ravennat : V ita Johannis, c. xl. Plus tard 
l'archevêque Maurus avait obtenu de l'empereur le renouvellement de ce précieux 
privilège. « II fit, écrit son biographe, maints voyages à Constantinople pour 
arracher son Église au joug et à la domination de Rome. Il réussit. L'Église de 
Ravenne obtint que ses évêques n'iraient plus à Rome pour se faire consacrer, 
qu'ils recevraient la consécration de trois évêques leurs sufïragants, et que le 
pallium leur serait envoyé par l'empereur de Constantinople, Agnellus, op. cil., 
Vila Mauri. Le pape punit sa révolte de l'excommunication, il renvoya l'ex- 
communication au pape. Les dernières paroles, adressées à ses prêtres, furent 
des objurgations ardentes de ne jamais souffrir l'ingérence de Rome dans le choix 
de leur pontife. Le pape Léon II obtint cependant de l'empereur Constantin 
Pogonat la révocation de ces prérogatives odieuses au siège de Rome et le réta- 
blissement des anciennes coutumes. Mais les Ravennates ne se soumirent jamais 
que de mauvaise grâce et guettèrent toutes les occasions de se soustraire à l'auto- 
rité romaine. Au milieu du ix e siècle, un de leurs évêques, Grégoire, encouragé 
peut-être par l'empereur Lothaire, essaya d'obtenir de ce prince la restitution 
des droits dont avait joui pendant quelques années son Église. Il partit donc pour 
la France avec une nombreuse suite et les archives de sa métropole, « accompa- 
gné, dit son biographe, de la malédiction apostolique. » Il assista à la bataille 
de Fontanet et au désastre de Lothaire. Dans la déroute, il perdit ses richesses 
et ses archives, qui furent pillées et traînées dans la boue; lui-même, tombé en- 
tre les mains des soldats de Charles et de Louis le Germanique, subit toutes les 
avanies et les injures. Reconnu et sauvé par les princes francs, il revint humilié 
à Ravenne, n'ayant retiré que honte et dommage de son aventure, Agnellus, op. 
cil., Vila Gregorii. Il n'est pas douteux que les mêmes ambitions germèrent 
dans l'esprit de ses successeurs Félix et Jean et que ce dernier compta sur sa fa- 
veur auprès de Louis II pour les réaliser. Le sentiment de cette situation enga- 
gea le pape Nicolas à user de rigueurs à son égard, afin de le démasquer et de 
l'obliger à déchirer tous les voiles. Cité trois fois à comparaître devant un synode 
à Rome, trois fois il refusa prétendant ne pas reconnaître la juridiction du pape. 
Aussi fut-il l'objet d'une sentence d'excommunication. Il courut alors à Pavie, 
excitant l'empereur contre Nicolas et le pressant d'intervenir. Cédant aux instances 
de sa femme Ingelberge, Louis II somma le pape de lever l'excommunication. 
Non seulement le pape refusa, mais, appelé par les dissidents de Ravenne et de 
l'Emilie, il marcha droit à la ville de son rival, l'en fit sortir, et présida un tribu- 
nal, qui délivra les captifs de l'archevêque et leva le séquestre mis sur leurs bien». 
Seuls dans Pavie, l'empereur et l'impératrice avaient osé donner aide au prélat 
excommunié. Devant la réprobation générale, ils conseillèrent à Jean de céder. 
L'archevêque fit donc, amende honorable au pape et consentit à se présenter 



[251] 



466. LE TROISIÈME CONCILE d' AIX-LA-CHAPELLE 287 

dans ce but un premier concile à Rome, dans le palais Lèonien 1 , 
un second dans la basilique du Latran, et enfin un troisième 
de nouveau dans le palais Leonien. Les détails fournis par le Liber 
pontificalis font voir clairement que les actes attribués par Zacca- 
ria et Mansi au concile du 18 novembre 861, appartiennent préci- 
sément à cette troisième session. Les règles imposées à Jean 
furent les suivantes : « 1. Tu ne consacreras pas d'évêques 
dans l'Emilie, si ce n'est lorsque le clergé et le peuple ont déjà 
fait leur élection. 2. Tu n'empêcheras pas qu'on se rende à 
Rome, et tu ne demanderas pas à ceux qui s'y rendent des rede- 
vances défendues par les canons. 3. Tu rendras les biens de l'Église 
romaine que tu as donnés aux tiens ou à d'autres en présents. » 
Le décret synodal qui termine les actes, explique plus longuement 
la conduite de l'archevêque, expose les conditions auxquelles il 
doit se soumettre ; il fut signé par tous les assistants. Malheureu- 
sement, la paix dura peu : deux ans plus tard l'archevêque Jean 
recommença ses menées contre Rome, et prit part aux luttes 
de Thieutgaud de Trêves et de Gûnther de Cologne contre 
Nicolas 2 . 



466. Le troisième concile d'Aix-la-Chapelle, tenu en 862, 
permet au roi Lothaire de se remarier. 

Nous avons vu que les archevêques de Trêves et de Cologne 
avaient soutenu, dans l'affaire de son mariage, Lothaire, roi de 

devant le synode. Le pape se montra inexorable. II lui retira l'administration 
des diocèses usurpés au profit de la métropole, lui imposa l'obligation de venir 
au moins une fois chaque année se présenter comme un vassal en cour de Rome 
et de ne jamais empêcher ses évêques et ses clercs de porter leurs griefs devant le 
siège apostolique. L'archevêque feignit de se soumettre, il s'inclina par néces- 
sité, mais il gardait toutes ses rancunes et devait trouver bientôt l'occasion de 
les assouvir. » A. Gasquet, L'empire byzantin et la monarchie franque, in-8, Paris, 
1888, p. 373-375. (H. L.) 

1. A cause de l'invasion des Sarrasins, le pape Léon IV avait fortifié les abords 
de l'église de Saint-Pierre et y avait construit une nouvelle ville (848-852) qui 
fut appelée Cité Léonine. Cf. Baronius, ad ami. 852, 1 ; Gregorovius, Gesch. d. 
Stadt Rom, t. m, 1870, p. 105 sq. ; Alfr. de Reumont, Gesch. d. Stadt Rom, t. n, p. 
198 sq. 

2. Cf. Gfrorer, Die Carolinger, t. i, p. 295. sq. 



288 



LIVRE XXIII 



Lorraine, et s'étaient employés pour lui dans deux conciles tenus 
à Aix-la-Chapelle en 860. La reine Theutberge chercha un soutien 
auprès du pape; mais Lothaire jugea habile de brusquer la solu- 
tion et mettre en face du fait accompli, avant que n'arrivât de Rome 
une sentence qu'il avait lieu de craindre défavorable. Le second 
concile tenu à Aix-la-Chapelle avait défendu au roi de continuer 
à vivre avec Theutberge; mais il n'obéit pas à cette défense, afin 
qu'on lui permît de contracter un nouveau mariage. Dans ce but, 
il réunit, le 29 avril 862, à Aix-la-Chapelle, un troisième concile 
dont la plupart des membres étaient des complaisants 1 . Les actes 

1. Sirmond, Concilia Galliœ, 1629, t. m, col. 197; Coll. regia, t. xxn, col. 
734 ; Labbe, Concilia, t. vin, col. 739-754; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 539; 
Coleti, Concilia, t. x, col. 199; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 612; A. Ver- 
minghoif, Verzeichnis, dans Neues Archw, 1910, t. xxvi, p. 630-631. Depuis 
le II e concile d'Aix-la-Chapelle, 15 février, Lothaire était engagé et allait se trou- 
ver entraîné à des procédés dont l'incorrection doit être exposée en détail. 
Charles le Chauve ne manifestait pas d'hostilité au projet, puisque le II e concile 
d'Aix-la-Chapelle se tint avec son approbation et que deux évoques de son royau- 
me y assistèrent ; sur l'ordre de Charles le Chauve et de Lothaire, l'évèque 
Advence de Metz'alla inviter Hincmar de Reims à être l'un des deux. C'était un 
ami déjà ancien du métropolitain de Reims, ce qui faisait présager le succès de 
sa mission. Advence le sollicita de venir ou de se faire au moins représenter par 
un de ses suiîragants. « Pour être plus sûr d'emporter l'adhésion du métropoli- 
tain de la seconde Belgique, Advence avait prié le neveu de ce dernier, Hinc- 
mar le Jeune, évêque de Laon, de l'accompagner. Les deux prélats insistèrent 
vivement auprès de l'archevêque pour qu'il acceptât l'invitation dont ils étaient 
chargés ; mais, chose curieuse, Advence s'abstint de lui dire que le concile, au- 
quel on voulait qu'il assistât, devait examiner plus particulièrement l'affaire du 
divorce de Lothaire II et de Theutberge et que c'était même à cause de cette 
grande affaire que l'on désirait sa présence. De son côté, Hincmar garda la même 
réserve, quoiqu'il se doutât bien au fond du motif pour lequel on le réclamait. 
L'entretien des trois prélats tomba pourtant sur la question du divorce, qui fai 
sait l'objet de toutes les conversations, et si Hincmar n'avait pas été au courant 
de ce qui s'était passé à Aix-la-Chapelle quinze jours auparavant, Advence eût 
pu lui donner les renseignements les plus exacts et les plus précis. Sans avoir l'air 
de savoir que le concile s'occupait de Theutberge, l'archevêque déclara que 
l'affaire du divorce était trop importante pour être résolue par quelques évêques; 
seul un concile général pourrait la juger. Hincmar ajouta qu'il ne pouvait ni assis- 
ter en personne au concile projeté, vu le mauvais état de sa santé, ni s'y faire 
représenter par quelques-uns de ses sufîragants : le temps lui manquait en effet 
pour convoquer ces derniers à une réunion où seraient désignés ceux d'entre eux 
qu'il conviendrait d'envoyer à Aix-la-Chapelle, et, d'autre part, il ne se recon- 
naissait pas le droit de choisir de sa propre autorité les délégués de la province 
ecclésiastique qu'il gouvernait. Non content d'avoir donné de vive voix à Advence 
ces explications et ces excuses, Hincmar les lui renouvela le lendemain dans une 



466. TROISIÈME CONCILE d' AIX-LA-C H APELLE -S!) 

synodaux citent Giïnther de Cologne, Thieutgaud de Trêves. A.d- 

lettre que nous possédons ; il se défendait d'ailleurs de tout mauvais vouloir. 
Revenant à l'affaire de Theutberge, il déclarait qu'il ne se permettrait pas de 
donner un avis, tant qu'il n'aurait pas étudié la question : il se gardait de 
désapprouver ou de dénigrer à l'avance la sentence que les évêques devraient 
prononcer. La lettre se terminait par des conseils de prudence empruntés à une 
lettre du pape saint Léon I er et par l'invitation à Advence de la lire au concile. 
Ainsi Hincmar ne doutait pas qu'on allait à Aix-la-Chapelle instruire le procès 
de Theutberge. Cette affaire lui semblait louche et il ne se souciait pas de s \ 
compromettre. Le refus d'Hincmar d'assister au concile dut jeter Lothaire et 
ses conseillers dans une grande perplexité ; il n'en fallait pas davantage pour 
faire avorter l'entreprise. L'absence d'Hincmar donnerait déjà à ses collègues 
lieu de penser qu'il désapprouvait le divorce; la lecture de la lettre que l'archevê- 
que de Reims avait écrite à Advence, lecture qu'il avait formellement invité 
ce dernier à faire, achèverait de confirmer les évêques dans cette manière de voir. 
Ils n'oseraient certainement pas aller à l' encontre de l'opinion qu'ils supposeraient 
à un aussi grand théologien que l'archevêque de Reims. Aussi, pour éviter un 
échec, résolut-on d'abord de tenir cachée la malencontreuse missive, et l'on 
avança hardiment qu'Hincmar avait remis à Advence, pour le concile et pour le 
pape, des lettres où il approuvait le procès intenté à Theutberge. Comme deux 
évêques français, Wenilon et Hildegaire avaient promis d'assister au concile, on 
fit courir le bruit qu'ils étaient les représentants de l'archevêque de Reims, 
empêché lui-même de venir à Aix-la-Chapelle, P. L., t. cxxv, col. 630, G'iô. » 
R. Parisot, op. cit., p. 159-161. 

Le II e concile d'Aix-la-Chapelle, se tint, comme nous l'avons dit, le 15 février 
860; beaucoup de questions y furent traitées, mais nous ignorons lesquelles, Hinc- 
mar ne nous ayant conservé des actes de l'assemblée que les articles 16, 17, 18 
et le commencement du 19 e . Theutberge ayant fait des aveux fut condamnée 
à une pénitence publique et enfermée dans un monastère. Annal. Bert., ad ann. 
860, p. 53. Toutefois, on n'avait pas lu devant le concile la lettre d'Hincmar 
à Advence et on avait même représenté Wenilon et Hildegaire comme ses man- 
dataires. Une telle déloyauté devait le porter à protester publiquement contre 
le rôle qu'on lui prêtait. Or, il arriva que des sujets de Lothaire, Hincmar, Epist. 
ad Hildegarium, P. L., t. cxxvi, col. 161; Sdralek, op. cit., p. 8-9 ; R. Parisot, 
op. cit., p. 168, prélats et laïcs, parmi lesquels plusieurs avaient assisté au con- 
cile de Savonnières, adressèrent un questionnaire en huit chapitres à l'archevê- 
que de Reims, le priant de leur faire connaître ses vrais sentiments sur l'affaire 
de Theutberge. Cette démarche avait eu lieu entre le I e et le 11 er concile d'Aix-la- 
Chapelle, après le voyage d'Advence à Reims, par conséquent au début de février 
860. Leur mémoire est de la première quinzaine de ce mois, et six mois plus tard, 
en août, ils envoyèrent à Hincmar un nouveau mémoire avec sept questions nou- 
velles. P. L., t. cxxv, col. 745-746. Hincmar répondit aux deux questionnaires. 
Et d'abord sa réponse au questionnaire en huit chapitres devait être terminée 
avant le congrès de Coblentz (début de juin 860), puisque Hincmar n'y dit rien 
des démarches tentées alors par Boson pour reprendre Ingeltrude. Sdralek, 
op. cit., p. 6; Schrôrs, op. cit., p. 189, n. 4 ; R. Parisot, op. cit., p. 169, n. 5. 

CONCILKS — I V — 19 



290 LIVRE XXIII 

vence de Metz, Atto de Verdun, Arnulf de Toul, Franco de Ton- 

A la première réponse et probablement avant qu'elle eût été rendue publique, 
il joignit la réponse au second questionnaire et le tout constitua le traité intitulé : 
De divortio Klotarii régis et Tetbergse reginse, rédigé pour le concile de Tusey, 
tenu en octobre-novembre 860. (Sdralek, op. cit., p. 196-199 ; Schrôrs, op. cit., 
p. 209, n. 16 ; R. Parisot, op. cit., p. 170. Le De divortio parut donc soit en sep- 
tembre, soit au début d'octobre 860. Sachant qu'un concile général provincial 
allait s'ouvrir à Tusey le 22 octobre, Hincmar s'était peut-être arrangé pour que 
des exemplaires de son travail fussent adressés, non seulement aux prélats qui 
l'avaient interrogé, mais en outre, à tous les métropolitains et à ceux des évo- 
ques qu'il supposait devoir venir au concile. Quelques auteurs, qui ont cru voir 
à tort dans les interr. xvm-xx du mémoire d'Hincmar des allusions au III e con- 
cile d'Aix-la-Chapelle, ont fixé en 862 la composition du De divortio Lotharii. 
Citons en particulier Noorden, Hinkmar von Reims, p. 172, n. 2; Hefele, Concilien- 
geschichte, 2 e édit., t. iv, p. 261 ; mais Sdralek, op. cit., p. 3, n. 2, a réfuté cette 
chronologie et prouvé d'une façon péremptoire, p. 1-7, que le traité est antérieur 
au concile de Tusey. Cette démonstration est acceptée par Schrôrs, op. cit., 
p. 189, 209, n. 16, et n. 139 des Regesten Hinkmars ; A. Hauck, Kirchengeschichte 
Deulschlands, t. n, p. 505, n. 4 ; Dûmmler, op. cit., t. n, p. 15; Mûhlbacher, 
Deutsche Gescliichle unler den Karolingern, p. 509; R. Parisot, op. cit., p. 170, 
n. 5. Ce dernier auteur expose bien la situation réciproque de Lothaire et d'Hinc- 
mar en 860. Il ne pouvait plus être question alors des dissentiments du règne 
précédent; E. Lesne, Hincmar et V empereur Lothaire, dans la Revue des questions 
historiques, 1905, t. lxxviii, p. 5-58; en 860, ce qui provoqua l'intervention 
d'Hincmar, ce fut le souci de rétablir, en ce qui le concernait, la vérité des faits 
et son rôle dans la consultation d'Advence, puis le souci de la morale et de la 
justice gravement lésées par le roi et ses évêques au préjudice de Theutberge. 
Peut-être, ajoute-t-on, Hincmar cède-t-il encore à un sentiment de vanité, au 
désir d'étaler son érudition théologique, sa connaissance de l'Écriture et des Pères 
de l'Église ; d'autres y mêlent des arrière-combinaisons politiques. Weizsœ- 
ker, Hinkmar und Pseudo-Isidor, dans Zeils. fur histor. Theol., 1858, p. 383, 
393, 411-412; Bourgeois, Le capitulaire de Kiersy-sur-Oise, in-8, Paris, 1885, 
p. 116-119 ; Hugues l'Abbé, dans les Annales de la Faculté des lettres de Caen, 1885, 
t. i, p. 99; Schrôrs, op. cit., p. 205; Zeller, Hist. d' Allemagne, t. n, p. 140; Dûmm- 
ler, op. cit., t. ii, p. 14; Noorden, op. cit., Beilage iv, p. xix; Sdralek, p. 10-13; 
R. Parisot, op. cit., p. 171, note 1; c'est un procès de tendance et autant de 
critiques autant d'opinions. 

Entre le II e et le III e concile d'Aix-la-Chapelle, un événement s'était produit : 
la fuite de la reine Theutberge qui dut arriver postérieurement à la rédaction 
du De divortio Lotharii, quoique Sdralek, op. cit., p. 181, pense le contraire. Elle 
se réfugia sur les terres de Charles le Chauve qui donnait déjà asile à Hubert, 
P. L., t. cxxv, col. 698, et ne dissimulait pas son hostilité à l'endroit de son ne- 
veu Lothaire. R. Parisot, op. cit., p. 179 et note 3, p. 181. Une fois rendue à la 
liberté, Theutberge put s'expliquer enfin en toute vérité. Il semble que dès avant 
le I er concile d'Aix-la-Chapelle, la reine avait mandé au pape son dessein de 
s'avouer coupable; cette fois elle changeait de ton et protestait contre les vio- 



466. TROISIÈME CONCILE d' AIX-LA-CHAPELLE 291 

grès, Hungar d'Utrecht et Ratold de Strasbourg 1 . Seuls, deux 
évêques, probablement Arnulf de Toul et Hunger d'Utrecht 2 , 
firent preuve d'indépendance. Lothaire remit au concile sa con- 
testatio, dans laquelle il parlait d'abord en termes excessifs de la 
dignité épiscopale : médiatrice entre Dieu et les hommes, et élevée 
au-dessus des rois. Conformément aux ordres indiqués, continue- 



lences et les injustices qu'elle avait dû subir. Voir la lettre de Nicolas I er aux 
évêques du concile de Metz, du 23 novembre 862, et le « commonitorium» adressé 
aux légats chargés de présider ce même concile. Jafîé-Ewald, n. 2702, 2726, 
P. L., t. cxix, col. 801,1180. Hubert joignit sans doute sa protestation à celle 
de sa sœur et Charles le Chauve appuya leurs mémoires. Jafîé-Ewald, n. 2872, 
P. L., cxix, col. 1143. Lothaire, afin de tenir la balance égale, envoya au pape 
une ambassade, composée de Liutfrid etWalter, Thieutgaud et Hatton, et qui 
n'aura dû se mettre en route qu'après le concile de Tusey, fin de 860 ou peut-être 
début de 861. Sur cette ambassade et les lettres qu'elle était chargée de remettre 
au pape, cf. R. Parisot, op. cit., p. 183-184. On ignore l'accueil fait par le pape. 
En tout cas, la question ne paraît pas avoir alors longtemps fixé son attention ; 
en Lorraine même, le procès subit un long temps d'arrêt pour ne reprendre qu'en 
862. 

On ne sait quelle raison, en dehors de la passion, porta Lothaire à reprendre 
l'affaire. S'il avait, comme on a lieu de le supposer, renoué avec Waldrade, Annales 
Bertiniani, ad ann. 857; Ann. Xanlenses, ad ann. 861 ; Hincmar, Dedivort.Loth., 
interr. xvm, xxi, P. L., t. cxxv, col. 729,732; Conc. Aquis granense III, c. iv, 
dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 612, peut-être est-ce la naissance de son fils 
Hugues dont on ne sait rien de plus sinon que la date est antérieure au 18 mai 
863, qui le détermina à rouvrir une discussion assoupie. Il n'avait plus, il est vrai, 
Theutberge sous la main et n'était plus maître de la faire parler comme il vou- 
drait ; la sentence du II e concile d'Aix-la-Chapelle, déjà fortement ébranlée par 
le mémoire d'Hincmar, avait été à peu près ruinée par la protestation de Theut- 
berge. S'appuyer sur cette sentence, considérer la culpabilité de la reine comme 
acquise, pour prononcer la dissolution du mariage de Theutberge avec 
Lothaire, c'était jouer une partie dangereuse. Theutberge, Hubert, Hincmar, 
Charles le Chauve, ne manqueraient pas de renouveler auprès du Saint-Siège 
les protestations qu'ils avaient déjà fait entendre, et il faudrait bien que cette 
fois Nicolas y prêtât attention. Ces considérations, si elles se présentèrent à 
l'esprit de Lothaire et de ses évêques, ne les arrêtèrent pas. La réunion d'un nou- 
veau concile, purement lorrain, fut décidée : comme les précédents, il se tint 
à Aix-la-Chapelle. (H. L.) 

1. Arduic, archevêque de Besançon, et ses sufïragants, de même que Thierry, 
évêque de Cambrai, ne parurent pas. Sur ces abstentions, cf. R. Parisot, Le royau- 
me de Lorraine sous les Carolingiens, p. 193. (H. L.) 

2. Hefele, Sdralek, op. cit., p. 150, et Dûmmler, Geschichte des ostfrànkischen 
Reichs, t. n, p. 31, note 2, sont pour Arnulf et Hunger, tandis que Schrôrs croit 
que la collection attribuée à ces deux évêques a été composée après le concile. 
Toutefois il admet une opposition. (H. L.) 



292 LIVRE XXIII 

t-il, il a répudié sa femme criminelle; c'est maintenant aux évê- 
ques à lui imposer une pénitence pour les rechutes charnelles 
commises à partir de cette époque. Il l'accepte volontiers ; 
mais comme depuis sa jeunesse, il peut presque dire depuis son 
enfance, il a vécu avec des femmes, il se déclare hors d'état de 
vivre sans femme ou sans concubine. Aussi il demande aux évo- 
ques la permission de contracter un second mariage 1 . 

Thieutgaud, archevêque de Trêves, se leva et dit que Lothaire 
avait accompli une pénitence suffisante dans le dernier carême, ^ 

pour expier des relations avec une concubine 2 . Les évêques déli- 
bérèrent 3 , plusieurs lurent des opinions des Pères et des conciles [252] 
tendant à recevoir la demande de Lothaire 4 . Deux évêques s'y 
opposèrent et citèrent les décisions des Pères 5 . Leur mémoire 

1 . Conc. Aquisgr. III, c. 4, et Contestatio Lotharii régis appellantis episcopos 
de conjugio sibi concedendo, dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 612, 614-615. Le c. 4 
des Actes du concile n'est qu'un résumé de la Contestatio. (H. L.) 

2. C. 4, dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 612. (H. L.) 

3. C. 4, dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 613. (H. L.) 

4. C. 4, dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 613. Avant de se prononcer, les évê- 
ques chargèrent deux d'entre eux de relever dans l'Écriture et dans les Pères les 
passages relatifs à la question en litige. Chacun des prélats désignés travailla 
seul et employa la nuit à rédiger son mémoire. Le lendemain matin en compa- 
rant les écrits on constata que, différents pour la forme, ils étaient identiques 
quant au fond. Conc. Aquisgr. III. Sententia episcoporum, dans Mansi, op. cit., 
t. xv, col. 617. Ces deux mémoires sont perdus ; ils seraient curieux à connaître. 
(H. L.) 

5. Aux deux mémoires ci-dessus rappelés s'en opposa un troisième qui con- 
cluait, avec citations à l'appui, que le mariage de Lothaire avec Theutberge ne 
pouvait être annulé. Les noms des auteurs de ces différents mémoires n'ont pas 
été conservés. Collectio variorum locorum, dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 617-625. 
Mansi, col. 616, croyait à tort que ce mémoire était l'œuvre d'un des deux 
évêques chargés par le concile de lui faire un rapport. Hefele, Conciliengeschichte 
2 e édit., t. iv, p. 252; Sdralek op. cit., p. 148-150; Muhlbacher, Reg. Kar., p. 486; 
Dùmmler, op. cit., t. n, p. 31, n. 2, attribuent avec raison la Collectio aux deux 
évêques dissidents. Pour Schrôrs, op. cit., p. 226, n. 16, l'expression de concilia- 
bulum employée dans le titre pour désigner le concile et les mots reverentia veslra 
prsecepit ne semblent pas favorables à l'opinion d'après laquelle ce mémoire éma- 
nerait de la minorité du concile. Le titre, où il est dit que ce travail a été présenté 
par deux évêques au concile d'Aix, a pu être ajouté après coup; en outre, il sem- 
ble bien que les auteurs de la Collectio aient eu sous les yeux les actes du 
concile. Quant au Libellus, Mansi, op. cit., t. xv, col 626-630, qui vient 
à la suite de la Collectio, Hefele, op. cit., t. iv, p. 252, se demande s'il pro- 
vient de l'un des évêques présents, ou d'un théologien dont on voulait con- 
naître l'avis. Sdralek, op. cit., p. 145, n. 3, le croit écrit par un moine de Metz 



466. TROISIÈME CONCILE d' AIX-LA-CHAPELLE -J93 

a été conservé ; il montre que Lothaire ne peut se remarier, et 
qu'on a tort de regarder son mariage comme invalide 1 . Theut- 
berge aurait-elle eu avant son mariage des relations incestueuses 
avec son frère, cette circonstance ne peut invalider le mariage 
qui a suivi. Ce n'était pas le lieu de citer les canons relatifs aux 
mariages incestueux, car Lothaire n'était pas parent de Theut- 
berge; en outre, la faute de celle-ci avant son mariage n'autorisait 
pas à l'abandonner (sans divorce) ; en effet, une faute commise 
s'efface par le baptême ou par la pénitence, et la seule cause de 
séparation, c'est une conduite désordonnée pendant le mariage. 
S'il fallait casser les mariages sous prétexte de fautes charnelles 
commises avant l'union par l'un des conjoints, on verrait des divor- 
ces en masse, car ut de mulieribus tacearn, rarus aut nullus est vir 
qui cum uxore virgo conveniat 2 . Triste témoignage pour l'époque ! 
Nous trouvons dans d'autres fragments un second avis, sans pouvoir 
dire s'il provient d'un membre du concile ou d'une personne étran- 
gère dont on aurait demandé l'opinion. L'auteur admet et expose 
deux cas où le mari peut répudier sa femme : pour cause de parenté 
ou par suite d'inconduite scandaleuse, même (au dire de l'auteur), 
lorsque cette inconduite aurait précédé le mariage. De même, 
on déposait les clercs qui avaient péché avant la réception des 
ordres, lorsque leur faute devenait publique après leur ordination. 
Il en était autrement pour l'homme. La femme ne pouvait l'aban- 
donner, sous prétexte de son inconduite antérieure, car l'homme 
était le maître de la femme. Quant à la question de savoir si, après 
avoir répudié sa femme, l'homme pouvait contracter un second 
mariage, elle n'est pas traitée dans le mémoire dont nous parlons 3 . 
La majorité des évêques rendit une décision favorable à Lo- 
thaire, basée sur ces motifs : a) Le concile de Lérida, c. 4, relè- 
gue parmi les catéchumènes les incestueux obstinés, nul ne doit 
[253] avoir commerce avec eux 4 , b) Le c. 62 (61) d'Agde 5 demande 
la dissolution des unions incestueuses et permet un second 

sur la demande d'Advence ; Schrôrs. op. cit., p. 226, le considère comme un 
brouillon. R. Parisot, op. cit., p. 194, note 8. (H. L.) 

1. Cette opposition fut considérée comme non avenue, on ne la mentionne 
même pas. (H. L.) 

2. Mansi, op. cit., t. xv, col. 617 sq. ; Hardouin, op. cit., t. v, col. 544 sq. 

3. Mansi, op. cit., t. xv, col. 626 sq. Ce mémoire manque dans Hardouin. 

4. Voir § 237. 

5. Voir § 222. 



294 



LIVRE XXIII 



mariage 1 . c) Dans son commentaire sur la première lettre aux 
Corinthiens, saint Ambroise déclare que l'homme qui a répudié sa 
femme pour cause d'adultère, peut en épouser une autre 2 . Le con- 
cile cite ici un écrit apocryphe de saint Ambroise, c'est-à-dire 
Y Ambrosiaster. D'ailleurs aucune de ces citations ne s'applique 
au cas dont il s'agit : les deux premières, parce que l'union de 
Lothaire avec Theutberge n'était nullement incestueuse ; la 
troisième, parce que, en admettant que Theutberge eût commis, 
avant son mariage, la faute dont on l'accusait, elle ne devenait, 
pas pour cela adultère. 

Les évêques exposèrent, dans une sentence synodale, les motifs 
de leur décision. Il y est dit, à la fin, qu'elle fut composée en une 
nuit, « et il arriva par tniracle, que la rédaction de l'un était 
identique à celle de l'autre. Aussi l'assemblée confirme avec joie 
et à l'unanimité le document ; elle faisait cette remarque parce 
que l'on chercherait peut-être à propager un écrit renfer- 
mant un autre sentiment 3 . » Il est évident qu'on vise ici le 



1. Nous avons déjà remarqué, t. u, que plusieurs canons, attribués à tort 
au concile d'Agde, appartiennent en réalité à d'autres conciles, principalement 
au concile d'Épaone de 517. Le canon 61 (non 62) du concile d'Agde cité ici est 
le c. 30 d'Épaone. 

2. Hardouin, op. cit., t. v, col. 540; Mansi, op. cit., t. xv, col. 613. 

3. Hardouin, op. cit., t. v, col. 542 ; Mansi, op. cit., t. xv, col. 615. On voit 
qu'on prenait ses précautions contre la Collectio variorum locorum qui eût fort 
contrarié, au moins autant que jadis le De divortio Lotharii. Sdralek, op. cit., 
p. 144 sq., croit que les évêques lorrains ont basé leur sentence sur le De divortio; 
oui, sans doute, pour les questions de forme, mais quant au fond, quant à la pro- 
cédure suivie, c'est la négation même des principes posés par l'archevêque de 
Reims. Cf. Schrôrs, op. cit., p. 226, note 16. L. Ranke, Weltgeschichte, part. VI, 
p. 1, p. 183-185, ne voit dans la sentence rendue qu'une œuvre inspirée par la 
politique. Lothaire, une fois en possession de la sentence tant désirée, ne préci- 
pita pas les événements, mais il fit mander officiellement au pape la décision, 
l'assurant qu'avant de passer outre il voulait attendre son avis ; mais, d'après 
une lettre de Nicolas I er datée de 867, celui-ci aurait fait réponse qu'il ne pouvait 
envoyer de suite des légats. Bizarre démarche de la part de Lothaire que l'envoi 
de cette ambassade au pape aussitôt après le III e concile d'Aix-la-Chapelle pour 
solliciter l'agrément de Nicolas à une décision qu'il s'apprêtait à exécuter avant le 
retour des légats et la réponse du pape. Jafîé-Ewald, n. 2698, 2886, P. L., t. cxix, 
col. 798, 1166. La réponse du pape est perdue, mais le sens en est certain d'après 
des lettres postérieures. Voir lettres de NicolasI er à Lothaire, du 23 novembre 862, 
aux évêques du concile de Soissons d'avril (?) 863, aux prélats de Gaule et de 
Germanie, pour les inviter à assister au concile de Metz (même époque), et aux 
évêques de Germanie du 31 octobre 867, pour les prier de cesser leurs sollicita- 



66. TROISIÈME CONCILE d' AIX-LA-CHAPELLE 295 



mémoire des deux autres évêques qui avaient montré plus de 
courage et de fermeté. 

Ayant obtenu la permission de se remarier, Lothaire épousa 
Waldrade, qu'il fit couronner reine à la grande tristesse du peuple. 
On répétait partout que Waldrade avait ensorcelé le prince 1 . 
Nous voyons, par l'epist. xxxn du pape Nicolas, que les noces 
solennelles de Lothaire avec Waldrade eurent lieu à Noël de 862 2 . 



tions en faveur de Gùnther et de Thieutgaud. Jafîé-Ewald, n. 2598, 2723, 2725, 
2886 ; P. L., t. cxix, col. 798, 833, 800, 1165-1166; voir aussi Liber pontificalis, 
notice du pape Nicolas, t. n, p. 159; le mémoire lu par Charles le Chauve à Sa- 
vonnières, c. vi, Couvent, op. Sapon., dans Capitularia, t. n, p. 161. C'est pro- 
bablement à l'ambassade envoyée en 862 à Nicolas après le III e concile d'Aix- 
la-Chapelle, qu'Advence de Metz fait allusion dans son Libellus apologeticus, 
dans Baronius, Annales, édit. Lucques, t. xiv, p. 566, col. 2. Hefele, Concilien- 
geschichte, t. iv, 2 e édit., p. 262, pense que si Lothaire réclamait l'intervention du 
pape, c'est qu'il espérait séduire les légats qu'enverrait Nicolas. (H. L.) 

1. Annales Bertin., ad ann. 862, dans Pertz, Monum. Germ. histor., t. i, p. 458, 
et Regino, Chronicon, ad ann. 864, ibid., p. 572. [R. Parisot, op. cit., p. 198-199. 
(H. L.)] 

2. Hardouin, op. cit., t. v, col. 269; Mansi, op. cit., t. xv, col. 305. Il est pro- 
bable que la cérémonie du mariage se fit à Aix-la-Chapelle. La date exacte n'est 
pas donnée par Hincmar qui raconte l'événement après l'entrevue de Mayence 
et avant la consécration de la cathédrale de Reims, Annal. Berlin., ad ann. 862. 
p. 60. Cette église était dédiée à la Vierge; il est vraisemblable que la cérémonie eut 
lieu le 8 septembre, jour de la Nativité. Le mariage de Lothaire et de Waldrade se 
placerait ainsi en août ou au commencement de septembre. Telle est la date 
admise par le plus récent historien et le mieux averti de toute cette suite d'évé- 
nements, M. R. Parisot qui ajoute que d'autre part, un passage de la lettre écrite 
par le pape aux évêques du concile de Soissons (Jafîé-Ewald, op. cit., n. 2723, 
P. L., t. cxix, col. 833), semble indiquer le jour de Noël comme celui où le ma- 
riage de Lothaire et de Waldrade aurait été célébré : Prsecipue vero quoad eum 
quem perhibetis die natalis Domini super adulteros benedictionem quse maledic- 
tio potius credenda est, protulisse. Comment concilier cette assertion avec les An. 
Bert., ad ann. 862, qui placent le mariage avant la dédicace de la cathédrale de 
Reims et avec le témoignage de Charles le Chauve qui, au ch. vi du mémoire 
qu'il lut au Congrès de Savonnières, donne à entendre d'une façon sullisamment 
claire que Lothaire s'était déjà uni à sa maîtresse, Capitularia, t. n, p. 161 ?He- 
fele, Conciliengeschichte, t. iv,p. 253, place à Noël le couronnement de Waldrade; 
mais Mùhlbacher, Reg. Kar., p. 487, et Diimmler, op. cit., t. ii, p. 32, n. 5, croient 
que ni la bénédiction nuptiale ni le couronnement de Waldrade n'ont eu lieu 
le jour de Noël; d'après eux, le mariage a été célébré avant le Congrès de Sa- 
vonnières. Une erreur ne se serait-elle pas glissée soit dans la lettre des évêques 
du concile de Soissons, qui avaient annoncé à Nicolas la nouvelle, soit dans la 
réponse du pape et, au lieu de die jXalalis Domini ne faudrait-il pas lire die Nati- 
vilalis matris Domini ? (H. L.) 



296 



LIVRE XXIII 



467. Conciles de Soissons et de Pistes. Rothade et la reine Judith. [254] 

Vers cette même époque, le conflit soulevé entre Hincmar et 
Rothade de Soissons fut abordé dans les assemblées conciliaires. 
Depuis l'année 822 ou 823, Rothade occupait le siège épiscopal 
de Soissons ; il était par conséquent suffragant de Reims, et 
lors des difficultés qui avaient assailli son ancien métropolitain 
Ebbon, il s'était distingué parmi ses adversaires. Il avait pris 
part aux deux dépositions d' Ebbon, à Thionville et à Beauvais, en 
835 et en 845 ; seule la crainte l'avait fait adhérer à la réin- 
tégration d'Ebbon en 840 1 . Nous le retrouvons très actif en 845, 
quand il s'agit de faire monter Hincmar sur le siège de Reims 2 , 
et cependant on put voir, après le concile de Quierzy, que Rothade 
ne possédait guère la confiance d' Hincmar, qui lui retira la surveil- 
lance sur Gotescalc 3 . Rothade assure qu'en diverses circonstances 



1. Voir § 438. M. Alexander, Historiaecclesiastica, in-fol., Venetiis, 1778, t. vi, 
p. 379-385 ; Ellies du Pin, Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, 1697, t. ix, 
p. 89-100; Otto, De causa Rolhadi, episcopi Suessionensis, dissertatio, in-8, Bres- 
lau, 1862 ; Ed. Rossteuscher, Dissertatio de Rothardo episcopo Suessionensi, 
partie. II., in-8, Marburgi, 1845. (H. L.) 

2. Voir § 441, P. L., t. cxxvi, col. 257, 258. (H. L.) 

3. Voir § 444. C'est une carrière fort mouvementée que celle de Rotbade de 
Soissons. Il était au nombre des plus ardents adversaires d'Ebbon de Reims et 
pour assurer sa disparition, il s'était volontiers chargé de sacrer Hincmar, suc- 
cesseur d'Ebbon. L'accord entre Hincmar et Rothade dure quelque temps, mais 
le caractère très indépendant de Rothade joint à son titre d'évèque de Soissons, 
ville qui occupe le premier rang dans la province après la métropole, lui font sup- 
porter avec peine l'attitude autoritaire d'Hincmar. Diu multis ac variis labori- 
bus rneam vexabat ambiguilatem, dira-t-il, dans son Lib. proclam., Mansi, op. cit., 
t. xv, col. 682. Et il commençait à ne plus cacher son humeur, à répondre avec 
impertinence à son archevêque qui l'accablait de ses livres, P. L., t. cxxvi, 
col. 29, dont le vieil évèque, fort de son expérience, se souciait très peu. Rothade 
avait peu de goût pour les remontrances, il n'entendait pas subir le contrôle d'un 
métropolitain ni l'ingérence d'un synode provincial. Il faisait aussi peu de cas 
que possible du droit canon, des Décrétales vraies ou fausses. Rothade avait dû 
être sacré aux environs de l'an 832, P. L., t. exix, col. 924; il fut déposé en 862 
cl Nicolas I er dit qu'Hincmar a travaillé environ huit ans à parvenir à cette 
déposition. P. L., t. exix, col. 897 ; le conflit a donc commencé aux environs 
de 854. Peut-être le pape veut-il dire simplement qu'à la date où il écrit, 865, le 
conflit entre les deux prélats dure depuis huit ans, ce qui ferait commencer les 



467. CONCILES DE SOISSONS ET DE PISTES 297 

Hincmar l'avait longuement et rudement persécuté ; pour lui, 
il avait toujours cédé lorsque sa conscience le lui avait permis. 
Entre autres reproches injustifiés Hincmar l'accusait d'avoir 
déposé sans raison un prêtre de Soissons, saisi et mutilé 
en flagrant délit d'adultère ; néanmoins cette sentence avait été 
rendue par un tribunal de trente-trois évêques 1 . Rothade 
avait disposé de la place du prêtre déposé en faveur d'un autre 
prêtre, lequel, après trois ans passés dans l'exercice de ses fonc- 
tions, avait été saisi par ordre d' Hincmar, emmené à Reims, excom- 
munié, incarcéré. Hincmar avait ensuite demandé la réintégra- 
tion du prêtre déposé. Rothade s'y était opposé, ce qui lui avait 
valu d'être traité de désobéissant par Hincmar, car celui-ci ne 
le regardait pas comme son frère et son collègue dans l'épiscopat, 
mais comme un clerc du diocèse. Tel est le récit de Rothade, dans 
[255] le Libellus proclarnationis qu'il envoya au pape 2 . Le mémoire 

hostilités en 857. Au concile de Soissons, Mansi, op. cit., t. xv, col. 986, Rothade 
témoigne encore beaucoup de zèle pour Hincmar. H. Schrôrs, Hinkmar, Erzbis- 
chof von Reims, sein Leben und seine Schriflen, in-8, Freiburg, 1884, p. 238, avance 
qu'à cette date si Rothade parlait encore ainsi en public, il n'en était déjà plus 
de même en particulier. Or, ce n'est qu'en 867 qu' Hincmar fait mention de pro 
pos très vifs tenus par Rothade à l'heure présente, par opposition aux alléga- 
tions produites jadis en concile provincial, probablement en 853. C'est en 857 que 
la crise arrive à l'état aigu. Pendant tout ce temps l'affaire des clercs ordonnés 
parEbbon sera le subtil venin autour duquel le mal grandira peu à peu. Deux mois 
après son sacre, les évêques consécrateurs d'Hincmar lui prescrivaient au sy- 
node de Meaux de déposer ces clercs, alors que lui-même, dit-il, n'y songeait 
pas, P. h., t. cxxvi, col. 84. Au synode de Soissons, les sufîragants de l'évêque de 
Reims le défendent contre ces clercs. Hincmar choisit pour juges entre eux et 
lui, deux archevêques et un de ses sufîragants; Pardulus de Lyon, un évêque 
d'une province voisine, Prudence de Troyes est désigné par les clercs qui sont 
confondus et déposés. Au III e concile de Soissons (866), les sufîragants d'Hinc 
mar auront dans la même question la même attitude. Seul Rothade, devant le 
concile de Troyes (867), déclare que les évêques de la province de Reims en dépit 
de leurs précédentes dénégations ont pris part au rétablissement d'Ebbon. Depuis 
huit années que Rothade lutte contre Hincmar, il a été déposé par ordre de celui- 
ci, emprisonné, enfin rétabli sur son siège par Nicolas I er en 865. On conçoit 
qu'il n'ait pas laissé échapper une si belle occasion d'exhaler sa rancune. (H. L.) 

1. Cette donnée n'est pas croyable. Comment un évêque sufïragant aurait-il con- 
voqué un concile de trente-trois évêques ? De plus ce concile, qui aurait dû inté- 
resser plusieurs provinces ecclésiastiques, n'est mentionné nulle part. Voir Noorden , 
Hincmar, p. 178 sq., qui, dans le n. 6. exprime l'opinion qu'il ne peut y avoir là 
qu'une faute de copiste et que Rothade a sans doute prononcé son jugement contre 
le prêtre en question avec le secours de trois et non de trente-trois autres évêques. 

2. Mansi, op. cit., t. xv, col. 681 sq. ; Hardouin, op. cit., t. v, col. 579 sq. 



298 



LIVRE XXIII 



envoyé au pape Nicolas par Hinemar, en 864, présente les choses, on 
le devine, sous un tout autre aspect x . Rothade est un désobéissant 

1. Le personnage d'Hincmar est un des plus importants de l'histoire ecclésias- 
tique de la seconde moitié du ix e siècle. Sans être doué remarquablement ni pour 
l'action ni pour l'intrigue, sans sortir d'un théâtre restreint et d'une polémique 
locale, ce prélat est arrivé à prendre part à d'interminables et ardentes discussions, 
à provoquer d'irréductibles conflits, à froisser des réputations, à compromettre 
des intérêts avec une telle obstination que son nom reparaît invariablement 
dans toutes les disputes et les brouilles de son temps. Voici d'abord son cursus 
hororum. Né vers 806, trésorier de l'abbaye de Saint-Denys, abbé de Saint-Ger- 
main à Compiègne et de Saint-Pernes de Flaix, archevêque de Reims élu à Beau- 
vais en avril 845, sacré le 3 mai, mort à Épernay le 21 décembre 882. J.-J. Ampère, 
dans Histoire littéraire de la France, in-4, Paris, 1840, t. m, p. 187-212 ; (Barnabite) 
Hinemar et le concile de Valence, dans V affaire de Godescalc, dans Analecta juris 
pontificii, 1864, t. vu, p. 540, 563; Brissaud, Étude sur Hinemar, archevêque de 
Reims, dans les Travaux de l'Académie de Reims, 1847, t. vi, p. 571 ; E. Bùchting, 
Glaubwùrdigkeit Hincmars von Reims, im 3 Theile der sogenannten Annalen von 
S 1 Rertin. Inaug.-Disserl., in-8, Wittemberg, 1887; R. Ceillier, Histoire des au- 
teurs ecclésiastiques, in-4, Paris, 1754, t. xix, p. 308-374; 2 e édit., t. xn, p. 654- 
689; M. Conrat, Ueber eine Quelle der rômisch-rechllichen Texte bei Hinkmar von 
Reims, dans Neues Archiv Gesells. fur d. ait. deuts. Gesch., 1899, t. xxiv, p. 349- 
357; C. Diez, De Hincmari vita et ingenio, in-8, Agendici, 1859 ; H. E. Dirksen, 
Hinemar, als Kenner der Quellen des rômischen Rechls,da.ns ses Hinterlas. Schriflen, 
t. ii, p. 130-141 ; E. Dùmmler, dans Neues Archiv fur Gesells. cl. dit. deuts. Gesch. 
1879, t. iv, p. 536-538; Ebert, Hist. de la littérature du moyen âge, in-8, Paris, 
1884, t. ii, p. 274-284; A. Esmein, Les ordalies dans V Eglise gallicane au ix e siècle, 
Hinemar de Reims et ses contemporains, in-8, Paris, 1898; Th. Fôrster, Drei Erz- 
bischôfe vor tauseud Jahren : Claudius von Turin, Agobard von Lyon, Hinkmar 
von Rheims; ein Spiegelbild far ihre Epigonen in unsem Tagen, in-8, Gùtersloh, 
1873; Wolf. Friedr. Gess, Merkwûrdigkeiten aus dem Leben und den Schriften 
Hinkmar's, Erzbischofs von Reims, als ein Beitrag zur nàhern Kenntniss des 9 
Jahrhund. besonders in Hinsicht auf den kirchl. und sittl. Zustand in den frànk. 
Kreisen, mil einer Vorrede von J. G. J. Planck, in-8, Gottingen, 1806 ; A. M. Gielt, 
Hinkmar's Collectio de ecclesiis et capellis, eine Studie zur Geschichte des Kirchen- 
rechts, dans Historisches Jahrbuch, 1894, t. xv, p. 553-573; Gorini, Défense de 
l'Église, in-8, Paris, 1866, t. ni, p. 1-151; G. Guizot, Histoire de la civilisation 
en France, in-8, Paris, 1874, t. n, p. 336-364; W. Gundlach, Zwei Schriften des 
Erzbischofs Hinkmar von Reims, lier aus gegeben, dans Zeilschrift fur Kirchenge- 
schichte, 1889, t. x, p. 92-145, 258-310; K. Hampel, Zum Streite Kinkmars von 
Reims mit seinem Vorgànger Ebo und dessen Anhàngern, dans A eues Archiv 
Gesslls. fur ait. deuts. Geschichte, 1897, t. xxiii, p. 180-195 ; B. Hauréau, Hinemar, 
dans la Nouvelle biographie générale, 1858, t. xxiv, p. 706-712; Holder-Egger, 
ZumTexte von Hincmars S chr if t de villa Novilliaco dans Neues Archiv Gesells. fur ait. 
deuts. Gesch., 1897, t. xxm, p. 196-198; V. Krause, Hinkmar von Reims, der 
Verfasser der sogenannten Collectio de raptoribus im Capitulai- vonQuierzy 857, 
dans Neues Archiv Gesells. fur ait. deuts. Gesch., 1892, t. xvm, p. 303-308 ; 



467, CONCILES DE SOISSONS ET DE PISTES 299 

incorrigible et indigne de ses saintes fonctions. « Durant des années 
entières, il a cherché par réprimandes et par prières à le remettre 

V. Krause, Hincmarus, de ordine palatii, dans Fontes juris Germon, aniiq., 1894. 
Cf. M. Prou, dans Bibl. de V école desch., 1894, t. lv, p. 674-675; Moyen âge, 1895, 
t. vin, p. 276-277; G. C. Lee, Hincmar, An introduction to the study of the révo- 
lution of the organisation of the Church in the ninth century, dans Papers of the 
American Society of Church histary, New-York, 1897, t. vm; Poupot, Hincmar, 
archevêque de Reims, sa vie, ses œuvres, son influence, dans Travaux de l'acad. 
de Reims, 1866-1870, t. xlvi, p. 1-328; tiré à part, Reims, 1869; Nolte, dans la 
Revue des sciences ecclésiastiques, 1877, IV e série t. vi, p. 279-284 ; K. von Noor- 
den, Ebo, Hincmar und Pseudo-Isidor, dans Sybel, Historische Zeitschrift, 1862, 
t. vu, p. 311-350 ; K. von Noorden, Hinkmar, Erzbischof von Rheims, ein Beitrag 
zur Slaats-und Kirchengeschichte des westfrànkischen Reichs in der zweiten Hâlfte 
des 9 Jahrhund., in-8, Bonn, 1863; J. C. Pritchard, The life and limes of Hinc- 
mar, archbishop of Rheims, in-8, Littlemore, 1849; M. Prou, Hincmar, De ordine 
palatii epistola, dans la Biblioth. de V École des hautes études, 1884, t. lviii, 
p. 1-41 ; cf. Gefïroy, dans Comptes rendus de l'Acad. des sciences morales et poli- 
tiques, 1885, série IV e , t. xxiv, p. 578-582; J. L. Raab, Delibris Hypognosticon, 
an ab Hincmaro in August. Confess. et alibi recte tribuantur d. August. episc. 
Hipponensi, in-8, Altorfi, |1735 ; H. Schrôrs, Hinkmar, Erzbischof von Reims, 
sein Leben und seine Schriften, in-8, Freiburg, 1884; M. Sdralek, Hinkmars von 
Rheims kanonistisches Gutachten iiber die Ehescheidung des Kônigs Lothar II, 
ein Beitrag zur Kirchen-Staats-und Redits geschichle des 9 Jahrhund., in-8, Frei- 
burg, 1881 ; E. Lesne, Hincmar et l'empereur Lothaire, dans la Revue des ques- 
tions historiques, 1905, t. lxxviii, p. 5-58; A. Vidieu, Hincmar de Reims, étude 
sur le ix e siècle, in-8, Paris, 1875; K. Weizsâcker, Hinkmar und Pseudo-Isidor, 
dans Zeitschrift fur histor. Théologie, 1858, p. 327-430. F. Picavet, Les discussions 
sur la liberté au temps deGotleschalk, de Rhaban Maur, d' Hincmar et de Jean Scot, 
dans les Comptes rendus de l'Acad. des se. morales et polit., 1896; A. Potthast, 
Bibliotheca historica medii sévi, in-8, Berlin, 1896, t. i, p. 598-600, et pour les 
Annales Bertiniani, p. 55; Wattembach, Deulschlands Geschichlsquellen, p. 113, 
154, 5 e édit., 1885, t. i, p. 19G, 209, 277, 278; 6 e édit., 1893, t. i, p. 295, 296, 
t. ii, p. 292-509. 

On le voit par cette bibliographie, Hincmar a été mêlé à tout ce qui s'est fait 
de son temps ; il a effleuré plus qu'approfondi les idées, il s'est engagé à fond dans 
les conflits, mais théologie, droit, politique, histoire, il ne s'est désintéressé de 
rien. Une étude patiente de cette vie si remplie peut seule aider à en ressaisir 
l'ordonnance, car un rapide examen ne laisse apercevoir qu'un caractère mobile 
dirigé par l'intérêt. Tour à tour allié ou adversaire du Saint-Siège et des princes 
carolingiens, Hincmar apparaît comme un ambitieux décidé à tout sacrifier à 
son ambition et à sa grandeur personnelle. En réalité, une pensée moins égoïste 
le gouverne, il identifie sa personne avec sa charge de métropolitain et avec 
l'institution elle-même, voici pour les questions de droit ; il est adversaire-né 
et irréductible de toute innovation, voici pour la théologie et l'histoire civile. 
M. P. Fournier, dans le Bulletin critique, 1885, t. vi, p. 210, apprécie ainsi le ca- 
ractère de l'intervention d'Hincmar parmi ses contemporains :« L'Église est arri- 



300 LIVRE XXIII 

dans le droit chemin. D'autres évêques aussi, sans meilleur résul- 
tat. Il lui a, en particulier, donné de bons livres pour qu'il pût lui- 

vée à un point décisif dans l'histoire de sa constitution. Bientôt, grâce à l'affai- 
blissement du pouvoir impérial, elle sera en mesure de s'affranchir peu à peu 
de la domination séculière. Pendant que la société civile se désorganise et s'émiette, 
la tendance à la centralisation dans l'Église se heurte à l'autorité récem- 
ment établie des métropolitains. Le désordre des affaires politiques profite à 
ce pouvoir, il est vrai de dire qu'à tout amoindrissement de la puissance de l'État 
doit correspondre un accroissement de l'influence des métropolitains. Voir sur 
ce point l'article de Roth, Pseudo-Isidor, dans Zeitschrift fur Redits geschichte, 
1865, t. v, p. 9 sq. Désormais, affranchis de tout contrôle efficace, ils pourront 
confirmer les élections, convoquer les synodes et exercer la juridiction. Il semble 
donc que le droit marche vers un affermissement de leur pouvoir; au contraire, 
jamais il n'a été plus près de sa ruine. En effet, il se trouve que les métropolitains 
ont à compter avec deux forces qui leur sont hostiles, celle des évêques, qu'ils 
menacent d'opprimer, celle du pape, qu'ils menacent d'effacer. Viennent sur la 
chaire de saint Pierre un homme comme Nicolas I er et à la tête des diocèses 
des hommes comme Rothade de Soissons et Hincmar de Laon, on comprend sans 
peine que des efforts vigoureux partant à la fois d'en haut et d'en bas ébranleront 
l'autorité des métropolitains. Cependant, par situation, comme par tempéra- 
ment, Hincmar sera le défenseur de ce pouvoir et l'adversaire-né des aspirations 
de ses contemporains. Toutefois les tendances nouvelles prendront corps dans les 
fausses décrétales : aussi ce sont ces tendances auxquelles Hincmar s'attaquera 
dans plusieurs des lettres capitales de sa vie, je veux dire, dans les affaires de 
Wulfade, de Rothade et d'Hincmar de Laon. 

« En politique, Hincmar appartient à la génération qui suit immédiatement 
Charlemagne. Au temps du grand empereur, l'unité de l'empire est un dogme, 
comme l'unité de l'Église ; les deux pouvoirs se confondent, et si l'un d'eux 
semble l'emporter , c'est plutôt le pouvoir temporel. Pour Hincmar aussi, il n'y 
a qu'une Église et qu'un Empire, mais quand il voit la faiblesse des successeurs 
de Charlemagne, il n'a pas de peine à donner la préférence au pouvoir spirituel. 
D'ailleurs témoin attristé des déchirements qui ont abouti au traité de Verdun, 
il est assez avisé pour comprendre que dépareilles modifications ne sont pas éphé- 
mères et que l'unité matérielle de l'Empire ne saurait guère être rétablie, mais 
il s'attache à maintenir entre les débris de l'empire carolingien une certaine unité 
morale. Pour lui, les sujets de Louis, de Lothaire, et de Charles appartiennent 
au même empire que gouvernent en commun les princes issus de la race de Char- 
lemagne ; Hincmar, qui vit dans les domaines de Charles le Chauve, parle 
volontiers de « nos princes chrétiens » ; il appelle Lothaire II « notre seigneur 
le roi m. Les guerres entre les princes carolingiens sont pour lui des guerres civi- 
les; l'Église les condamne et les déplore, tandis qu'elle bénit les luttes que les 
soldats de la chrétienté soutiennent contre les païens. Sans doute l'empire 
demeurera longtemps encore l'idéal politique des esprits cultivés : mais il est 
facile de deviner les déceptions que doivent éprouver à la fin du ix e siècle ceux 
qui gardaient de telles croyances et de tels souvenirs. En politique comme en 
religion, Hincmar n'est donc pas en parfait accord avec les aspirations de son 



467. CONCILES DE SOISSONS ET DE PISTES 301 

même se convaincre de ses fautes ; mais Rothade a répondu 
ironiquement qu'Hincmar n'a rien trouvé de mieux que de lui 



époque. Toutefois le conflit fut moins vif sur le terrain politique que sur le terrain 
religieux où Hincmar était directement intéressé ; l'archevêque semble même 
avoir accueilli avec froideur la réunion passagère de tout l'empire sous le scep- 
tre de Charles le Chauve. » Hincmar est avant tout un homme de gouvernement. 
Sans doute il a laissé beaucoup d'écrits théologiques. Mais la plupart ont été 
provoqués par les incidents de sa vie militante. Hincmar n'est point un théolo- 
gien de profession. Il n'élève la voix contre les erreurs de Gotescalc que parce 
que l'hérésiarque est son diocésain et qu'avec son sens pratique il a vite compris 
tous les dangers que les doctrines prédestinatiennes font courir à la religion et 
à la morale. Au surplus, quand il se lance dans la mêlée, c'est après les écrivains 
les plus considérables de son temps. Bien plutôt homme d'action qu'homme de 
théorie, Hincmar est moins fait pour raisonner que pour diriger. D'ailleurs il 
ne manque point de grandeur : il sait être fier avec les grands et compatissant 
avec les humbles. Hincmar garde assez mauvaise réputation pour certaines 
falsifications de documents qu'il se serait permises. On a prétendu l'innocenter 
complètement, nous ne croyons pas qu'on y ait réussi. La vie de saint Rémi, 
le Grand Testament de saint Rémi, la légende de la sainte Ampoule sont d'ail- 
leurs des faits moins graves que certaines altérations de textes juridiques. Hinc- 
mar ne manquait pas d'érudition et c'est ce qui le rend moins excusable d'en 
avoir abusé au profit de ses prétentions. Savigny, Geschichte des romischen Rechts 
im Miltelaller, 1. II, c. cxv, n. 98, et Dirksen, Ueber die Collatio Legum Mosai- 
carum et Romanarum, dans Hinterlassene Schrijten, publiés par Sanio, in-8, 
Leipzig, 1871, ont signalé les historiens, les Pères de l'Eglise et les monuments 
juridiques consultés et cités par Hincmar. Un certain nombre de citations 
juridiques ont été simplement dépiquées dans les écrits des Pères ; aussi Schrôrs 
est d'accord avec Savigny pour écarter de sa bibliothèque les compilations de 
Justinien, tout en reconnaissant qu'il s'est servi de VEpitome Juliani. Comme tous 
ses contemporains Hincmar a fait grand usage de la Lex romana Wisigolhorum 
dans un exemplaire qui devait contenir en outre un certain nombre de Consti- 
tutions impériales ordinairement omises, notamment des constitutions du 
XVI e livre du code théodosien si importantes pour le droit ecclésiastique. Hrenle 
signale, Lex rom. Wisigothor., proleg., p. xlix, lix sq., des manuscrits de la Lex 
romana qui renferment de telles additions. Comme les citations étrangères à la 
Lex romana sont extraites de constitutions ainsi ajoutées, on est en droit de pen- 
ser qu'Hincmar n'a pas connu directement le code théodosien. 

C'est surtout comme incarnant la discipline métropolitaine qu'Hincmar inté- 
resse nos études et influe en son temps sur l'histoire que nous exposons. Son rôle 
politique qui est considérable, au point que E. Dùmmler, Geschichte des Oslfràn- 
kischen Reiches, 2 e édit., Leipzig, 1887, 1888, t. n, p. 87, voit en lui : die Seele 
der svcstfrankisch.cn J'olilik, ajoute encore à l'importance de son intervention eu 
matière canonique. Le siège de Reims est alors pour celui qui l'occupe un moyen 
d'exercer une influence considérable. Cf. E. Lesne, La hiérarchie épiscopale; pro- 
vinces, métropolitains, primats en Gaule et Germanie depuis la réforme de saint 
Boni face jusqu'à la mort d' Hincmar, 742-882, in-8, Paris, 1905, p. 286, 287, note 1. 



302 LIVRE XXIII 

montrer tous les jours ses petits livres. Rothade a cherché sou- 
vent à l'irriter, ainsi que d'autres évêques et le roi lui-même. 
Néanmoins Hincmar l'a supporté longtemps, non sans dommage 
pour le diocèse de Soissons. » Dès avant sa déposition, ajoute 
Hincmar, Rothade a donné des preuves de désobéissance à 
l'égard des saints canons, du roi et du métropolitain. Mais mainte- 
nant — depuis sa déposition — il vit délaissé et continue 
à donner le mauvais exemple aux méchants et à scandaliser 
les bons. Hincmar lui reproche sa negligentia et sa diutina in 
sacro ministerio inutilitas ; il l'accuse d'avoir engagé un calice 
d'or à un aubergiste, d'avoir vendu à des juifs des couronnes 
d'or de statues de saints, d'avoir trafiqué des biens des églises, 
enfin d'avoir dissipé ou donné plusieurs vases d'argent, et cela 
sans l'assentiment du métropolitain et des évêques de la pro- 
vince, de même que sans le conseil de son économe et des autres 
clercs ; plus de cinquante membres d'un concile l'avaient solennel- 
lement convaincu de toutes ces fautes (lors de sa déposition) l , 
Dans sa continuation des Annales de Saint-Bertin, Hincmar ap- 
pelle Rothade homo singularis amentise 2 . Tout cela, joint aux 
paroles de Rothade, prouve que le mécontentement d' Hinc- 
mar reposait sur des motifs sérieux et non pas seulement sur 
la déposition du prêtre adultère. Dans ce cas particulier, Hinc- 
mar avait le droit canon pour lui, car un prêtre ne doit 
jamais être déposé par un évêque seul, mais par un concile, 
et si Rothade a, comme il l'affirme, fait condamner ce prêtre 
par une assemblée de trente-trois évêques, il s'avoue coupable 
d'une faute grave, car ce n'était pas à lui, simple suffragant, [256J 
mais à un métropolitain à convoquer un pareil concile 3 . Aussi 
Hincmar se vit-il obligé de réunir en 861, dans le monastère 
des Saints-Crépin et Crépinien à Soissons, un concile provîn- 



On trouve disposés dans un ordre logique les éléments d'une biographie d' Hinc- 
mar au point de vue canonique dans ce dernier ouvrage p. 319-320, au mot 
Hincmar. (H. L.) 

1. Hincmar, Epist., u,ad Nicolaum Papam, dans P. L., t. cxxvi, col. 29-32; 
P. L., t. cxix, col. 748-752. 

2. Pertz, Monum. Germ. hist., t. i, p. 457. 

3. Si l'on admet avec Noordcn que Rothade avait convoqué trois évêques et 
non trente-trois, la procédure n'eût cependant pas été conforme à l'ancien 
droit canon, qui exige la présence de cinq évêques lorsqu'il s'agit de condam- 
ner un prêtre. 



467. CONCILES DE SOISSONS ET DE PISTES 303 

cial qui prononça l'exclusion de Rothade de la communion des 
évêques. Nous n'avons sur ce synode que ces rapides détails 
fournis par le continuateur des Annales de Saint- Berlin 1 . 

Dédaignant la sentence qui le frappait, Rothade parut, en 
862, au concile de Pistes ou Pistres (diocèse de Rouen) 2 . Charles 
le Chauve, roi de France, avait convoqué à Pistes 3 , le 1 er juin 
862, les grands de son empire avec leurs esclaves, leurs voitures, 
leurs chevaux, afin d'établir à cet endroit de la Seine de forts 
retranchements contre les invasions des Normands. Pendant qu'on 
y travaillait, le roi résida durant quelques jours à Mehun-sur- 
Loire, où il eut une entrevue avec son fils Charles. Puis il revint 



1. Lalande, Concilia Gallise, 1660, col. 166 ; Labbe, Concilia, t. vin, col. 736- 
737; Coleti, Concilia, t. x, col. 196; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 605; 
Pertz, Monum. Germ. hisl., t. i, p. 455 ; A. Verminghofî, Verzeichnis, dans 
Neues Archiv, 1901, t.-xxvi, p. 631-632; E. Lesne, La hiérarchie épiscopale, 
1905, p. 155. (H. L.) 

2. Le concile de 862 commence ainsi : In nomine sanctse et individuse Trini- 
(atis. Karolus gratiaDei rex et episcopi, abbales quoque et comités ac céleri in ChristO 
renati fidèles qui ex diversis provinciis super fluvium Sequanam in locum qui Pistis 
dicilur, ubi, exigentibus peccatis nostris, aliquandiu sedes fuit Nortmanorum, 
conversimus. Mansi, op. cit., t. xv, col. 631 ; Capitul., édit. Krause, t. n, p. 303. 
Sur la localité de Pitres, dans laquelle Charles le Chauve aurait, au mois de jan- 
vier 862, remporté un succès sur les pirates normands, cf. F. Lot, Mélanges 
carolingiens, II. Le pont de Pitres, dans Le moyen-âge, 1905 , II e série, t. ix, 
p. 1-2. Le roi convoqua le grand plaid annuel à Pitres pour les calendes de juin 
(16 mai-l er juin 862) et après une courte absence, il revint dans ce lieu pour y 
tenir un concile et y promulguer des Capitulaires. « Qu'est-ce que Pistis, Pistas, 
Pîstus ? se demande M. Lot. Sans nous attarder à discuter des identifications 
antaisistes, il n'est pas douteux qu'il s'agisse de Pitres, sur la Seine, département 
de l'Eure, arrondissement de Louviers, canton de Pont-de-1'Arche, au confluent 
de l'Andelle avec la Seine, à l'endroit même où l'action de la marée montante 
cesse de se faire sentir, Vita sancli Condedi, monachi Fontanellensis, c. vi, dans 
Mabillon, Acta sanct. O. S. B., sœc. n, p. 862. C'était une ancienne villa méro- 
vingienne ou gallo-romaine. » F. Lot, op. cit., p. 17-18. Cochet, Notes sur les res- 
tes d'un palais de Charles le C/iauw?(861-869) retrouvés à Pitres en 1854, 1855, 1856, 
dans les Mém. de la Soc. des antiq. de Normandie, 1858, t. xxiv, p. 156-165; Une 
ouvelle visite à Pitres, ibid., p. 398-402; L. Contel, Les fouilles de Pitres, dans le 
Recueil des travaux de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres de l'Eure. 
V e série, 1899, t. vu, p. 60-66. (H. L.) 

3. Il y avait un palais, cf. Cochet, Notes sur les restes d'un palais de Charles le 
Chauve (861-869), retrouvés à Pitres, canton de Pont-de-V Arche, arrondissement 
de Louviers, (Eure) dans les Procès-verbaux de la Commission des antiquités de la 
Seine-Inférieure, 1849-1867, t. n, p. 102-109; cf. Mémoires de la Société des antiq. 
de Normandie, 1859, série III e , t. iv, p. 156. (H. L.) 



304 LIVRE XXIII 

à Pistes, où devaient se tenir le placitum et le synodus indiqués. 
Les évêques de quatre provinces ecclésiastiques s'y rendirent 
et on y traita des affaires de l'empire et de l'Église x . Nous possé- 
dons encore de cette réunion un important décret en quatre cha- 
pitres : 1. Le roi, les évêques et les grands déplorent d'abord 
les grands malheurs qui frappent présentement l'empire, et qui 
sont la conséquence des péchés, des leurs en particulier. 2. Pour 
introduire une réforme, chaque évêque dans son diocèse, chaque 
jnissus dans son district, chaque comte dans son comté, doit 
ramener au bien les délinquants, ou les punir; les évêques doivent 
imposer les peines méritées sans acception de personnes. On devra 
proclamer de nouveau les anciens canons publiés à Quierzy et 
à Valence en 853 et 857. 3. Jusqu'à la fête de saint Rémi (1 er 
octobre), chacun pourra expier ses péchés de plein gré ; après 
cette date on portera des peines sévères. 4. On renouvelle [257] 
d'anciennes prescriptions sur le vol, les duperies, les atteintes 
portées aux biens des églises, les mauvais traitements infligés 
aux clercs, et on engage les évêques à excommunier les grands 
de l'empire qui ne voudraient pas travailler à leur amendement 
et à celui de leurs inférieurs 2 . Enfin le concile de Pistes confirme 
au monastère de Saint-Calais ses privilèges que lui ^dispute 
l'évêque du Mans 3 . 

Le concile de Pistes se montrait disposé, sur la demande d'Hinc- 
mar, à ratifier la sentence de déposition contre Rothade, qui 

1. Coll. regia, 1644, t. xxn, col. 750 ; Lalande, Conc. Gallise, 1660, col. 171; 
Labbe, Concilia, 1671, t. vin, col. 734-761, 775-783, 1935-1936, 1952-1953 
Baluze, Capitularia regum jrancorum, 1677, t. n, col. 153-164; Hardouin, Coll. 
concil., t. v, col. 559; Bessin, Concilia Rotomagensia, 1717, t. i, p. 17; Martène, 
Thésaurus nov. anecdot., 1717, t. iv, col. 63-66; Coleti, Concilia, 1730, t. x, col. 215, 
245; Bouquet, Recueil des historiens de la France, 1749, t. vu, col. 585; Mansi, 
Conc. amphss. coll., 1770, t. xv, col. 663; Walter, Corp. jur. ant., 1824, t. ni, 
col. 121 ; Pertz, Mon. Germ. hist., t. i, p. 457. (H. L.) 

2. Mansi, op. cit., t. xvm, Append., col. 104 ; Pertz, Mon. Germ. hist., t. m, 
Leges, t. i, p. 477 sq. ; Gfrôrer, Die Carolinger, t. i, p. 328 sq. 

3. Voir§ 436, § 457. Le concile de Pitres reprit la même affaire qui avait occupé 
le concile de Bonneuil sept ans plus toi. Or décida que les évêques qui ne s'étaient 
|i;is trouvés à Bonneuil, ainsi que les successeurs de ceux qui étaient morts depuis 
cette assemblée, ajouteraient leurs signatures au bas du privilège de 855. Cette série 
supplémentaire de signatures épiscopales a été publiée par Martène. Thésaurus, t. jv 
p. 63, et par J. Havet, Œuvres complètes, 1. 1, p. 183, n. 18. Le même concile de Pitres 
de 862 adressa une lettre à l'évêque du Mans publiées par Mabillon, Annales, t. ni, 
p. 94 et Havet, op. cit., t. i, p. 184, n. 19. (H. L.) 



467. CONCILES DE SOISSONS ET DE PISTES 305 

comprit que, pour l'éviter, il devait sans délai en appeler à Rome '. 
Le concile reconnut la légalité de cet appel et lui accorda un sur- 
sis, nécessaire au voyage de Rome. Rothade revint immédiate- 
ment à Soissons, d'où il écrivit au roi et à Hincmar pour leur recom- 
mander son Eglise pendant son absence. Il écrivit également 
au prêtre déposé de se rendre à Rome et d'y exposer sa défense. 
Rothade confia au clerc porteur de ses lettres au roi et à Hinc- 
mar, une troisième lettre pour un évêque de ses amis, dans l'es- 
poir que celui-ci serait encore au concile ; dans cette missive, 
il l'exhortait instamment tous ceux de ses collègues qui, à Pistes, 
n'avaient pas voulu adhérer à sa déposition, à le défendre cl à 
Ir soutenir 2 . Hincmar, ayant appris l'existence de cette lettre, 
lit tant qu'elle fut lue dans le concile ; il en conclut que Ro- 
thade avait retiré son appel et demandait que son affaire 
fût réglée par des judices elecii 3 . On ne peut dire jusqu'à 

1. Le droit canon en usage n'admettait pas l'appel à un tribunal supérieur 
avant qu'un tribunal de rang moins élevé eût rendu son jugement; un appel de 
ce genre ne peut être fait qu'en suivant la doctrine du pseudo-Isidore. 

2. Gfrorer, op. cit., t. i, p. 465, dit à tort que Rothade avait simplement im- 
ploré l'assistance de ces évêques pour le temps que durerait son voyage à Rome. 

3. Sur l'attitude d'Hincmar dans ce concile et dans plusieurs autres, cf.E. Lesne, 
La hiérarchie épiscopale, 1905, p. 173-174. La compétence des judices elecii est 
un emprunt fait au cours de la renaissance carolingienne du droit canonique aux 
canons des conciles africains. Cf. Hincmar, LV Capit., xxvn, P.L., t. cxxvi, 
col. 400; Libellus exposl., xm, P. L., t. cxxvi, col. 583-584; // Conc. Suession., 
act. i, dans Mansi, op. cit., t. xiv, col. 984 ; Conc. Milevitanum, can. 22, 24, dans 
la Collectio Hispana, P. L., t. lxxxiv, col. 234, dans la collection du pseudo- 
Isidore (édit. Hinschius, p. 319); /// Conc. Carthag., can. 9, 10, dans Hispana, 
P. L., t. cxxxiv, col. 190, 191, dans la collection pseudo-Isidorienne (Hinschius, 
p. 298) ; Conc. Africanum, dans la Dionysio Hadriana, can. 63 et 87 (dans Hartz- 
heim, Conc. Germ., t. i, p. 223, 227). Hincmar explique l'usage africain de déférer 
la cause à des évêques voisins élus, par l'étendue des provinces et l'éloignement 
de l'évêque du premier siège. LV Capit., xxix, P. L., t. cxxvi, col. 404. Le même 
obstacle n'existant pas dans sa province, il s'ensuit que c'est à lui de prononcer ou, 
en preuve d'impartialité, de désigner les juges. Toutefois l'ancien droit subit des 
retouches destinées à sauvegarder les prérogatives de l'archevêque, rouage dont 
la législation africaine n'avait pu se préoccuper. Lorsque le métropolitain ne 
donne pas lui-même des juges, il ratifie du moins le choix fait par l'inculpé. Cf. 
Hincmar, LV Capit., vi : Ego vero tibi judices aut consentire electos aul a me etiam de- 
pulatos dare debeo, P. L., t. cxxvi, col. 311 ; De jure melrop., xvi : Quœstio per ipsos 
judices jubetur finiri, sive quos primates dederint, sive quos inter se conquerentes 
vicinos ex consensu delegerinl, P. L., t. cxxvi, col. 198; Conc. Africanum, can. 87 
{Dionysio Hadr., Hartzheim, Conc. Germ., t. i, p. 227). A Douzy, Hincmar repro- 
che à son su lirai;.! ii I de n'avoir accepté ni l'une ni 1 autre de ces solutions. I a bel lus 

CONC I LES - IV - 2ii 



306 LIVRE XXIII 

quel point était fondée cette allégation d'Hincmar, car la 
lettre de Rothade qui la provoqua est perdue. Quoi qu'il en 

expost., iv, P. L., t. cxxvi, col. 570. Hincmar de Laon réclama des judices elecli. 
P. L., t. cxxvi, col. 496. Quand l'archevêque est en cause, il a le droit de désigner 
seul les juges. C'est de sa pari faire preuve d'un grand esprit de conciliation que 
de permettre à la partie adverse de choisir à son tour quelques juges. Conc. Sues- 
sion. III, dans Mansi, op. cit., t. xiv, col. 984. L'évêque accusé ne peut chercher 
des juges que dans sa province, tandis que le métropolitain peut lui assigner 
comme juges les évêques d'une province étrangère. Hincmar, LV Capil.. vi. 
P. L., t. cxxvi, col. 312, 313. La sentence des juges élus est sans appel. Hincmar, 
Libellus expost., xiii, P. L., t. cxxvi, col. 584; cf. Epist. ad NicoL, P. L., t. cxxvi, 
col. 29. Du jugement d'un évêque, quand il a prononcé comme juge élu par les 
parties, on ne peut, de l'aveu d'Hincmar, en appeler au métropolitain. Hincmar, 
LV Capit., xxix, P. L., t. cxxvr, col. 404. Si, en revanche, l'évêque déjà condamné 
dans un synode et par un métropolitain en a appelé, avec l'approbation de 
l'archevêque, à des judices elecli, il s'est fermé toute autre voie de recours; Hiiic- 
mar affirmait que Rothade, au concile de Pitres en avait appelé au Siège romain 
et demandé au concile de lui donner des judices elecli : en conséquence sa demande 
d'appel à Rome n'était plus recevable. P. L., t. cxxvi, col. 28 sq. Rothade nia en 
avoir appelé aux judices elecli et déclara s'en être toujours tenu à l'appel au 
Saint-Siège. Libellus proclamai., dans Mansi, op. cit., t. xv. col. 683. Rothade sem- 
ble donc reconnaître implicitement que l'une des juridictions excluait l'autre. 
Nicolas I er n'est pas de cet avis. Il admet parfaitement que Rothade n'a pas 
sollicité de judices elecli, mais l'eût-il fait il n'accepte pas le principe qu'il se fût 
ainsi fermé le recours à Rome. P. L., t. cxix, col. 891-892. On en a la prëttvë lors- 
qu'il ordonne de remettre à des judices elecli l'examen de la querelle entre l'évê- 
que du Mans et le monastère de Saint-Calais; mais si l'évêque, au cours du juge- 
ment, vient à en appeler au Saint-Siège, l'affaire devra lui être déférée. Nicolas, 
Epist. ad Carolum regem, P. L., t. cxix, col. 864. En fait, la juridiction des judices 
electi se distingua sans doute rarement de celle du synode. Au II e concile de Sois- 
sons, Hincmar et les clercs ordonnés par Ebbon élisent comme juges quelques- 
uns des évêques présents. Mansi, op. cit., t.. xiv, col. 984. Ce sont ces juges élus qui 
conduisent 1 instruction, mais c'est devant le synode tout entier que s'agiteîit 
les débats. C'est le concile qui rend les arrêts. Mansi, op. cit., t. xiv, col. 986. 
Finalement Hincmar reprend la présidence, du consentement des juges et du 
concile, et on en revient à la procédure ordinaire des synodes. Mansi, op. cit., 
t. xiii, col. 987. Il en a été de même dans l'affaire de Rothade ; Hincmar affirme 
que sur la demande de ce dernier, le concile de Pitres, lui a constitué douze 
juges et qu'en conséquence il a été déposé à Soissons. A lire le récit du condamné, 
on voit qu'il s'est tenu à Soissons un véritable synode dont le président Hinc- 
mar a prononcé la sentence de déposition. Mansi, op. cit., t. xv, col. 683, 864. 

Sous cette forme et grâce à ces restrictions, l'appel à des judices electi laisse 
intacte la prérogative du métropolitain et la juridiction synodale. L'appel 
au Siège apostolique, au contraire, diminuait et contrariait directement l'une et 
l'autre. Le développement constant de cette pratique au ix e siècle alarmait les 
tenants de la juridiction synodale et métropolitaine. Sans nier le princi pe 



467. CONCILES DE SOISSONS ET DE PISTES 307 

soit, Rothade a toujours affirmé qu'il n'avait pas songé un 
seul instant à renoncer à l'appel et n'avait jamais réclamé un 
258] nouveau tribunal épiscopal x . La majorité des évêques réunis à 
Pistes et le roi Charles lui-même approuvèrent les conclusions 
d'Hincmar qui envoya aussitôt à Soissons l'abbé Trasulf, chargé 
d'interdire à Rothade le voyage de Rome; Rothade, refusant 
d'obéir, fut mis en prison. Le roi transféra, dans les derniers mois 
de 862, le concile de Pistes dans un faubourg de Soissons (in 
suburbano), et Hincmar députa trois évêques à Rothade pour le 
citer. Il n'obéit pas, mais après plusieurs citations il consentit 
à se laisser présenter au roi dans un appartement voisin du local 
où se tenait le concile. Charles lui interdit une fois de plus le 
voyage de Rome, et exigea sa comparution devant l'assemblée. 
L'évêque refusant encore fut remis en prison et le concile pro- 
nonça contre lui, par défaut, la déposition. Rothade soutint 
qu' Hincmar avait extorqué ce jugement en traitant l'assemblée 
en dictateur, et qu'il avait voulu le contraindre à reconnaître 
cette sentence et à se contenter d'une abbaye, au lieu de son 
évêché 2 . Hincmar proteste de son côté que Rothade avait 
acquiescé à ce qui s'était fait et accepté une riche abbaye. Mais 



de l'appel à Rome — et à Pitres, au témoignage de Rothade. Hincmar lui-même 
a reconnu le bien-fondé de son appel — Hincmar s'attache à en régler et à en res- 
treindre l'application. Il ne veut pas, déclare-t-il, par respect pour le privilège 
apostolique, laisser porter devant lui des causes qui peuvent recevoir leur solu- 
tion au synode provincial, Hincmar, Epist. ad Nicol., P. L., t. cxxvi, col. 28; 
d'où il conclut que pour l'affaire de Rothade en particulier elle ne doit pas être 
portée à Rome où, en aucun cas, les simples clercs et les prêtres ne pourront en 
appeler. Condamnés en première instance par leurs évêques, ils n'ont de recours 
que devant le synode provincial et le métropolitain. Seuls les évêques peuvent 
en appeler au Siège apostolique et seulement après qu'un synode provincial et 
leur métropolitain les auront condamnés. A l'autorité du Siège romain, Hincmar 
substitue les judices elecli qu'il oppose à l'appel à Rome comme étant eux-mêmes 
une juridiction d'appel exclusive de toute autre. Mais surtout Hincmar rappelle 
l'Eglise romaine au respect de la procédure établie par le concile de Sdrdique et 
considère la conduite du pape à l'égard de Rothade comme sa violation flagrant e. 

1. Cf. Libellus proclamationis, dans Hardouin, op. cit., t. v, col. 580;Mansi, 
op. cit., t. xv, col. 682 sq. 

2. D. Doublet. Histoire de saint Denys, 1625, p. 792 ; Lalande, Concilia Gallise, 
1660, col. 170; Labbe, Concilia, t. vm, col. 1936-1937 ; Mabillon, De re diplo- 
matica, 1789, col. 468, 470-471; Hardouin, op. cit., t. v, col. 569; Coleti, Concilia, 
t. x, col. 221; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 638; E. Lesne, La hiérarchie 
épiscopale, p. 173, n. 3, p. 180, n. 1. 



308 LIVRE XXIII 

les évêques du parti de Lothaire et de Waldrade l'avaient 
excité et amené à retirer son consentement 1 . 

Ce que nous venons de raconter d'un concile tenu dans un 
faubourg de Soissons, est attribué par d'autres historiens, Gfrôrer 
par exemple, à un concile tenu à Senlis 2 . Ils l'établissent par la 
suscription d'une lettre du pape Nicolas I er ad episcopos synodi 
Sih'anectensis. Noël Alexandre et Pagi avaient bien compris 
qu'il fallait lire Suessionensis ; ils s'appuyaient pour cela sur la 
continuation faite par Hincmar aux Annales de Saint-Bertin, où 
on lit, ad ann. 862 : in suburbio Suessorum 3 . Nous avons, en outre, 
trois preuves qui confirment cette argumentation : d'abord le 
Libellus proclamationis de Rothade, où on lit : in suburbio nostrss 
civitatis (par conséquent Soissons) ; ensuite deux pièces prove- 
nant de ce concile et confirmant diverses donations anciennes 
et nouvelles faites au monastère de Saint-Denis. On y lit que le 
roi avait d'abord réuni les évêques à Pistes, ensuite à Soissons 4 . [2591 

1. Hincmar, EpisL, u, ad Nicol., dans P.L., t. cxxvi, col. 30. 

2. Sirmond, Conc. Gallise, 1629, t. n, col. 202; Coll. regia, 1644, t. xxn, col. 
739; Labbe, Concilia, 1672, t. vin, col. 761-764 ; Hardouin, Coll. concil., t. v, 
col. 557; Coleti, Concilia, 1730 , t. x, col. 227; Mansi, op. cit., t. xv, col. 643; 
Gfrôrer, Die Carolinger, t. i, p. 465. Cf. Lafïineur, Notice sur les conciles de Senlis, 
863-1326, dans Mém. com. archéol. de Senlis, 1869-1871, p. 47; A. Verminghoff, 
Verzeichnis, dans Neues Archiv, 1901, t. xxvi, p. 632.. (H. L.) 

3. Noël Alexandre, Hist. eccles., ssec. ix, x, dissert. VI, Venetiis, 1778, p. 379; 
Pagi, Critica, ad ann. 863, n. 5; Pertz, Mon. Germ. hist., t. i, p. 457. 

4. Hardouin, op. cit., t. v, col. 551 sq.; Mansi, op. cit., t. xv, col. 631 sq. Cf. 
D. Doublet, Hist. de saint Denys, 1625, p. 792; E. Lesne, La hiérarchie épiscopalc, 
1905, j). 136. A lire le récit de Rothade on voit qu'il s'est tenu à Soissons un véri- 
table concile dont le président Hincmar a prononcé la sentence de déposition. 
Libellus proclam., Mansi, op. cit., t. xv, col. 683. Hincmar y fut à la fois accusa- 
teur, témoin, et juge : factusque est gratis meus ipse accusator, ipse testis, ipseque 
judex. Voici donc la suite de ce petit drame : Rothade est déposé, en 861, au con- 
cile provincial de Soissons, donec obediat. Il comparaît, en 862, devant le concile 
de Pitres, où il interjette appel. Mais Hincmar est tout-puissant à Pitres et Ro- 
thade a beau en appeler de la sentence rendue par le concile provincial de Sois- 
sons, il perd son temps et sa peine. A Pitres cependant, au témoignage de Rotha- 
de, Mansi, op. cit., t. xv, col. 682, Hincmar a dû reconnaître le bien-fondé de son 
appel au siège romain, mais ensuite il se ravise et prétend, pour soustraire Ro- 
thade à cette juridiction sur laquelle il n'a pas de prise, que l'évêque de Soissons 
a sollicité du concile de Pitres des judices electi, ce que Rothade nie absolument. 
Mais Rothade n'est pas le plus fort, on passe outre et un véritable concile va se 
tenir, à l'issue de celui de Pîtres, dans la banlieue de Soissons. C'est là que Ro- 
thade sera enfin déposé. On ne voit pas que personne ait pris sa défense. A l'issue 
du concile de Pîtres, Rothade avait envoyé à un évêque qu'il croyait sympathi- 



167. CONCILES DE SOISSONS ET DE PISTES 309 

On envoya à Rome l'évêque de Beauvais, Odon, avec la lettre 
synodale ; la réponse du pape permet d'en conjecturer le contenu, 
en même temps que les événements qui précédèrent et suivirent 
le concile 1 . Nicolas traitait dans cette lettre l'affaire de la reine 
Judith, fille de Charles le Chauve 2 , mariée en 856 au roi d'An- 
gleterre, après la mort duquel, en 858, elle s'était mariée avec le 
fils aîné de son mari, son propre beau-fils, Ethelbald, roi de 
Wessex. Le mécontentement du peuple la força à rompre cette 
union, et, après avoir vendu son douaire, elle rentra en France, 
et demeura, conformément aux ordres de son père, à Senlis, où 
elle fut placée sous la surveillance des évêques jusqu'à ce qu'elle 
eût renoncé au monde ou qu'elle eût contracté une union assortie 3 . 
Là, elle s'aboucha avec Baudouin Eisenarm, comte de Flandre, 
et s'enfuit avec lui, grâce aux secours que lui fournit son frère 
Louis 4 . Le roi Charles fut grandement irrité, et dénonça ce crime 
aux évêques réunis à Soissons : ceux-ci prononcèrent l'anathème 
contre Judith et contre Baudouin 5 . Ce récit des Annales de S aint- 
Bertin (ad ann. 862) ne dit pas si ce concile de Soissons est le 

que à sa personne et à sa cause, mais qui avait déjà quitté cette localité, une lettre 
dans laquelle il demandait l'appui de ceux qui in meam damnationem partici- 
pa™ nolebant. Mansi, op. cit., t. xv, col. 682. Plus tard, HincmardeLaon prétendra 
n'avoir pas consenti à cette déposition, et Hincmar de Reims se contentera de 
produire la signature de l'évêque de Laon. P. L., t. cxxvi, col. 510. Seuls les évê- 
ques du royaume de Lothaire II ont pris parti pour Rothade, Mansi, op. cit., 
t. xv, col. 646, mais il est évident que c'est pour complaire à leur roi blessé par 
l'attitude prise par Hincmar dans l'affaire du divorce. Hincmar, Epist. ad Nico- 
laum, P. L., t. cxxvi, col. 30. (H. L.) 

1. Nicolas, Epist., xxxn, P. L., t. cxix, col. 821 ; cf. § 471. 

2. J. Marchai, De la fuite de Judith, reine douairière de Wessex, avec le comte 
Baudouin et de l'inféodalion du marquisat et de la Flandre, dans le Bulletin de l'A- 
cad. de Belgique, 1847. (H. L.) 

3. Annales Bertiniani, ad ann. 856, 857, 862, p. 47, 49, 56 ; Asser, Gesta 
JEljridi, dans Mon. Germ. hist., Scriptores, t. xm, p. 121. (H. L.) 

4. Annales Bertiniani, ad ann. 862, p. 56; Annales Elnonenses, ad ann. 862; 
Annales Blandinienses, ad ann. 862, dans Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 19, 26; 
Consent, ap. Sapon., c. v, dans Capitularia, t. u, p. 160. (H. L.) 

5. La sentence épiscopale fut communiquée à Lothaire qui donnait asile au 
couple condamné. Charles le Chauve lui en fera plus tard un grief ; il avait à son 
propre compte bien d'autres licences à se reprocher. Annales Bertiniani, ad 
ann. 862, p. 57; Consent, ap. Sapon., c. v, dans Capitularia, t. n, p. 160-161. 
Cf. Lettres d'Hincmar à Hunger, évêque d'Utrecht, et au Normand Roric, au 
sujet de l'excommunication de Baudouin. Flodoard, Hist. Remensis Ecclesise, 
\. III, c. xxin, xxvn, édit. Lejeune, t. n, p. 284, 345. (H. L.) 



310 



LIVRE XXIII 



même que l'assemblée réunie à Soissons immédiatement après celle 
de Pistes. Quoi qu'il en soit, l'un et l'autre appartiennent à l'an- 
née 862. Lothaire, roi de Lorraine, prit en main la cause de Judith 
et de Baudouin, par rancune de ce que Charles le Chauve avait 
pris parti contre lui dans l'affaire de Theutberge 1 . Baudouin cher- 
cha à se rendre le pape favorable; il partit pour Rome 2 , et nous 
verrons plus tard le pape Nicolas intercéder à plusieurs reprises 
en sa faveur, jusqu'à ce qu'enfin on tolérât son mariage avec Ju- 
dith. Ils vécurent en Flandre au milieu d'une cour magnifique : 
c'est d'eux que sont descendus les anciens comtes de Flandre. 



468. Réunions à Savonnières, à Sens, à Rome et à Cordoue. 

L'appui que Judith et Ingeltrude trouvèrent près de Lothaire 
et les efforts de Charles pour empêcher son neveu de répudier 
sa femme, avaient, on le comprend, ajouté à la mésintelligence 
existant entre ces princes. Une entrevue ménagée par Louis le 
Germanique, à Savonnières près de Toul, le 3 novembre 862, [260] 
n'amena aucune détente 3 . On a regardé à tort cette entrevue 

1. Gfrôrer, Die Carolinger, t. i, p. 325 sq. [R. Parisot, op. cit., p. 201-203. (H. L.)] 

2. Baudouin et Judith se rendirent à Rome pour implorer la clémence du pape ; 
nous ignorons la date de ce voyage, peut-être quittèrent-ils la Lorraine avant 
l'assemblée de Savonnières. La première lettre, en effet, par laquelle le pape in- 
tercéda auprès de Charles le Chauve en leur faveur est du 23 novembre 862 ( Jafîé- 
Ewald, n. 2703, P. L., t. cxix, col. 803-804); le congrès de Savonnières, nous 
allons le voir, se termina le 3 du même mois. C'est un espace de temps bien court 
mais suffisant, somme toute, pour que le couple fît le voyage de Rome, vît le 
pape et en obtînt une intervention. (H. L.) 

3. Sablonnières, arrondissement de Coulommiers, dép. de Seine-et-Marne, 
où se tint un concile le 14 juin 859; localité qu'il ne faut pas confondre avec Sa- 
vonnières dont on va parler incessamment. A. Verminghofî, Verzeichnis der 
Akten frànkischer Synoden von 843-918, dans Neues Archiv der Gesellschafl 
fur altère deulsche Geschichtskunde, 1901, t. xxvi, p. 625-626, 632 ; Baronius, 
Annales, ad ann. 862, n. 36 sq. ; Labbe. Concilia, t. vm, col. 754 ; Coleti, 
Concilia, t. x, col. 215; Mansi, op. cit., t. xv, col. 630; t. xviii, Append., col. 1 11 
sq.; Pertz, Monum. Germ. hist., t. m, Leges, t. i, p. 483 ; Dûmmler, op. cit., p. 
484 sq. Il faut donc distinguer entre Sablonnières qui précède et Savonnières, com- 
mune de Foug, arrondis, de Toul, Meurthe-et-Moselle. Cf. Beaulieu, Savonnières- 
les-Toul, dans les Mém. de la Soc. scient, de Nancy, 1838-1839; Pithou, Ann. hist. 
franc., 1594, p. 491-498; J. Sirmond, Conc. Galliœ, t. m, col. 137; A. Duchesne, 






468. RÉUNIONS A SAVONNIÈRES, A SENS, ETC. 311 

comme un concile, parce que chacun des rois qui y prirent part 
était accompagné de plusieurs évêques. 

En cette même année 862 un concile déposa à Sens Héri- 
mann, évêque de Nevers, coupable de divers méfaits et dont la 
raison était affaiblie i . 

En 862 encore, un concile romain condamna la doctrine des théo- 
paschites 2 . Muratori et Mansi pensent que ce concile s'est tenu 

Hist. de Franc, script., 1636, t. n, p. 436; Coll. regia, t. xxn, col. 642; Labbe, 
Concilia, t. vin, col. 674-695, 1949-1950; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 483; 
Martène, Thés. nos', anecd., t. m, col. 857-859; Coleti, Concilia, t. x, col. 113 ; 
Bouquet, Rec. des hist. de la Gaule, t. xn, col. 582-585; Mansi, Concilior. ampliss. 
coll., t. xv, col. 527; Duru, B M. hist. de V Yonne, 1850, t. i, p. 292-301 ; E. Lesne, 
La hiérarchie épiscopale, in-8, Paris, 1905, p. 146, 152, note 2 ; 198, note 3; 201, 
note 4 ; 275 ; R. Parisot, Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens, 843-923, 
in-8, Paris, 1899, p. 204-209; J. Calmette, La diplomatie carolingienne, du traité 
de Verdun à la mort de Charles le Chauve (843-877), in-8, Paris, 1901, p. 81-86. 
Le lieu du Congrès est indiqué par le titre que quelques manuscrits mettent en 
tête des Adnuntiones et par une note qu'ils ajoutent à celle-ci, Capitularia, 
t. n, p. 163, n. c, et p. 165. Cette même note nous apprend que le congrès était 
terminé le 3 novembre. Comme d'autre part Charles le Chauve était encore à 
Ponthion le 28 octobre où il donne un diplôme pour Saint-Urbain, Rec. hist. 
France, t. vm, p. 584, c'est entre ces deux dates que se place la conférence de Sa- 
vonnières. Lothaire était représenté par Advence de Metz et Atton de Verdun. 
Louis le Germanique amenait avec lui Altfrid d'Hildesheim et Salomon de Cons- 
tance ; enfin Charles le Chauve était accompagné d'Hincmar de Reims, d'Hinc- 
mar de Laon, Eudes de Beauvais et Chrétien de Troyes. Les pourparlers, de 
l'aveu d'Hincmar [Ann. Bertin., ad ann. 862, p. 60) furent très difficiles et Hinc- 
mar le sait autant que personne, car il y a joué un rôle important. Il sortit de là 
un mémorandum en dix articles contenant l'exposé de la situation et l'énoncé 
des griefs. C'était plutôt un ultimatum qu'il eût fallu dire: Charles le Chauve 
exigeait l'abandon de Judith, sa fille, par Lothaire. Il appuyait les revendica- 
tions du comte Boson et dans la question du divorce de Theutberge il déclarait 
s'en tenir à la solution du traité De divortio dont l'auteur Hincmar était aussi 
l'auteur du Mémorandum. Quant au concile lorrain de 862, il était non avenu et 
le couronnement de Waldrade illégitime. « Si la conférence de Savonnières 
avait évité un conflit imminent, elle n'était certainement pas parvenue à faire 
disparaître toutes les causes de dissentiment entre Lothaire et Charles. Rien 
n'avait été résolu et personne n'avait été désarmé : le résultat de ces laborieuses 
négociations n'était, en dernière analyse, qu'un compromis provisoire. » (H. L.) 

1. Labbe, Concilia, t. vin, col. 1934-1935; Hardouin, op. cit., t. v, col. 537; 
Coleti, Concilia, t. x, col. 197; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. x, col. 607; 
L.-M. Duru, Bibliothèque historique de l'Yonne, in-4, Paris, 1850-1863, t. n, 
p. 286 ; A. Verminghofï, op. cit., t. xxvi, p. 632. (H. L.) 

2. Voir § 202. Cf. A. Verminghofï, Verzeichnis, dans Neues Archiv., 1901, 
t. xxvi, p. 633. (H. L.) 



Q 



12 LIVRE XXHI 



l'année suivante 1 , Jaffé maintient la date de 862. Ce concile fit 
contre les théopaschites les déclarations suivantes : 1. Le Christ 
n'a souffert que dans sa chair ; 2. Que celui qui rapporte les 
souffrances à sa divinité soit anathème 2 . Il promulgua en outre 
les cinq déclarations suivantes : 1. Excommunication renouve- 
lée contre Jean, archevêque de Ravenne. 2. Anathème contre ceux 
qui soutenaient que le baptême n'efface pas le péché originel. 3. 
Renouvellement du statut, et menace d'anathème contre qui- 
conque dispute au clergé romain et aux principaux du peuple le 
droit d'élire le pape. 4. Menace d'excommunication contre celui 
qui maltraiterait un évêque, et confirmation des décisions prises 
par un concile romain tenu sous Léon IV 3 . 

En 862 on tint un concile à Cordoue. Depuis quelque temps 
s'étaient répandues en Andalousie des erreurs anthropomorphi- 
ques dont un certain Hostegesis s'était fait le propagateur 
zélé. Il niait en particulier la réelle ubiquité de Dieu et estimait 
contraire à la dignité de Dieu de le faire intervenir en tout et 
partout. Le principal adversaire d' Hostegesis fut l'abbé Samson 
qui attaqua l'anthropomorphisme et remit au concile de Cordoue, 
en 862, une profession de foi de sa composition. Les évêques l'exa- 
minèrent et la reçurent. Mais Hostegesis s'introduisit dans le con- 
cile avec ses partisans et obligea les évêques à souscrire une for- 
mule de foi qu'il avait composée et à condamner comme hérétique [261J 
l'abbé Samson (la formule d' Hostegesis présentait les idées 
émises par l'abbé Samson sur l'ubiquité de Dieu comme ayant 
des tendances hérétiques, et lui attribuait encore la paternité 
de nouvelles erreurs). Dans la suite, les évêques déclarèrent à 
Samson soit de vive voix, soit par écrit, qu'ils le considéraient 
comme un excellent catholique, et le rétablirent dans sa charge 3 . 

1. Coll. regia., t. xxn, col. 743; Labbe, Concilia, t. vm, col. 766-774; Hardouin, 
Coll. conc, t. v, col. 571; Coleti, Concilia, t. x, col. 235; Mansi, op. cit., t. xv, 
col. 649; Jafîé-Ewald, Reg. pont, rom., 2 e édit., p. 349. — 2 e : Coll. regia, t. xxn, 
col. 743; Labbe, Concilia, t. vin, col. 774-775, cf. 288-289; Coleti, Concilia, t. x, 
col. 243; Mansi, op. cit., t. xv, col. 661 ; Jaffé, op. cit., 2 e édit., p. 350. — 3 e : Coll. 
regia, t. xxn, col. 749; Labbe, Concilia, t. vin, col. 775; Mnratori,7?er. liai, script., 
1726, t. ii, part. 2, p. 127-128; Coleti, Concilia, t. x, col. 243, 1409 ; Mansi, op. cit., 
t. xv, col. 661 ; Jaffé, op. cit., 2 e édit., p. 351; Mtihlbacher, Reg. Karolin., 1886, 
p. 492. (H. L.) 

2. Mansi, op. cit., t. xv, p. 611. 

3. Voir § 452. 

'i. Gams, Kirchengesch. von Spanien, t. n, 2, p. 318 sq. 



^69. LOTHAIRE ET NICOLAS I er 31 







469. Lothaire et Nicolas 1 er . Le concile de Metz en 863. 

La sentence du troisième concile d'Aix-la-Chapelle permettant 
au roi Lothaire de se remarier froissa tellement l'opinion, que 
beaucoup de grands, laïques ou évoques, même du royaume de 
Lothaire, posèrent à Hincmar vingt-trois questions, et plus 
tard sept autres, sur cette affaire. Il y répondit en 862 ou 863 
par l'écrit De divortio Lotharii régis, etc. 1 , dans lequel il prouva 
qu'on ne pouvait rien conclure des aveux de Theutberge con- 
trainte. « Pour observer la procédure requise, on aurait dû, en 
particulier, citer son frère Hubert devant le tribunal. Du reste, 
Theutberge eût-elle réellement péché avec son frère, avant 
son mariage, cette faute ne saurait justifier une répudiation; 
c'est à tort qu'on a supposé de sa part (à Hincmar) une adhésion 
directe ou indirecte aux décisions du concile d'Aix-la-Chapelle. 
Une séparation ne peut être motivée que par la faute d'un des 
conjoints, ou par la volonté des deux parties de faire le vœu de 
chasteté. Mais alors même qu'il y a séparation entre conjoints, il 
ne s'ensuit nullement que l'un des deux puisse se remarier. 
Pour se tenir dans la légalité, on aurait dû prouver, par nou- 
velle enquête, l'impossibilité du mariage du roi avec Theut- 
berge; alors seulement Lothaire aurait pu se remarier. D'ailleurs, 
ces sortes d'enquêtes sur les rapports conjugaux étaient de la 
compétence des juges civils et mariés, non de celle des clercs qui 
n'avaient qu'à déterminer la pénitence. Les juges civils devaient 
demander à leurs femmes si les rapports contre nature de Theut- 
[262] berge avec son frère avaient pu la rendre enceinte. » Malgré leur 
peu de valeur, les considérations d' Hincmar sur le jugement de 
Dieu, l'ensorcellement d'un conjoint, en vue d'exciter en lui une 
passion amoureuse ou une profonde haine à l'égard de l'autre, 
offrent un intérêt, comme caractéristiques du temps. Hinc- 
mar termine en disant avec raison, que, dans les affaires spiri- 
tuelles, les princes comme les autres hommes doivent se soumettre 
au jugement de l'Eglise. 

Le pape Nicolas I er résolut cette importante affaire dans le 

1. Sur la date de cet écrit, en septembre ou octobre 860, voir plus haut, p. 242, 
note 1. 



314 



LIVRE XXIII 



même sens qu'Hincmar 1 . Theutberge ayant seule envoyé au pape 
des députés, ceux du roi n'ayant pas paru 2 , le pape ne voulut 
prendre aucune décision, et décida d'envoyer sur les lieux deux 
légats qui feraient un rapport exact 3 . Avant leur départ deux 

1. Nicolas I er n'était ordinairement pas l'homme des atermoiements et on s'ex- 
plique difficilement les délais apportés par lui à se prononcer dans cette affaire 
du divorce de Lothaire. Les informations ne lui manquaient pas. D'une part 
Lothaire lui avait envoyé une ambassade après le concile de Tusey (860), pour 
contre-balancer l'impression fâcheuse qu'avait dû produire le De dworlio d'Hinc- 
mar ; d'autre part, le commonitorium nous apprend que le pape avait reçu de 
Theutberge trois réclamations. Jaffé-Ewald, n. 2726, P. L., t. cxix, col. 1180. 
L'une de ces réclamations se place naturellement après la sentence de divorce 
prononcée par le III e concile d'Aix-la-Chapelle, les deux autres étant, l'une anté- 
rieure au I er concile d'Aix-la-Chapelle, la seconde postérieure à l'évasion de Theut- 
berge. Reginon, Chronicon, ad ami. 864, p. 82, parle en outre d'une protestation 
que les frères de Theutberge auraient, après le III e concile d'Aix-la-Chapelle, 
adressée au pape, cf. Nicolas I er , Epist. ad Hubertum, P. L., t. cxix, col. 840; 
celui-ci était donc parfaitement au fait et cependant il continua, jusqu'après 
le mariage avec Waldrade, à témoigner une apparente indifférence qu'on pouvait 
interpréter comme la volonté de s'abstenir. A l'ambassade de Lothaire, le pape 
répondit qu'il ne pouvait immédiatement faire partir des légats, Jaffé-Ewald, 
op. cit., n. 2698, 2886, P. L., t. cxix, col. 798, 1166, et ce renvoi à une épo- 
que indéterminée pouvait toujours s'interpréter dans le sens du laisser- faire. 
Lothaire voulut dès lors en finir et placer le pape devant le fait accompli : le ma- 
riage fut célébré solennellement. Chose extraordinaire : de ce mariage conclu 
en août ou au début de septembre, le pape n'eut connaissance qu'au début de 
l'année 863. Jaffé-Ewald, n. 2723, P. L., t. cxix, col. 833. Lothaire lui avait 
promis d'attendre sa décision pontificale, or il avait passé outre. Celle-ci, à dire 
vrai, s'était si extraordinairement fait attendre que le roi de Lorraine, avec ses 
vingt ans, pouvait obtenir quelques circonstances atténuantes ; mais Nicolas 
n'était pas d'humeur à les accorder et il allait infliger au jeune prince une leçon 
telle qu'aucun souverain n'en avait encore reçu de pareille. (H. L.) 

2. Ceci est inexact : Lothaire, à l'issue du III e concile d'Aix-la-Chapelle, envoya 
au pape deux de ses comtes lui communiquer la sentence du concile. P. L., t. cxix, 
col. 1165-1166. (H. L.) 

3. Est-ce l'ambassade de Lothaire qui avait demandé l'envoi des deux légats? 
nous ne savons. D'après une lettre de Nicolas I er , datée de 867, c'est probable, 
P. L., t. cxix, col. 1165-1166 ; une autre lettre du pape de novembre 862, P. L. 
t. cxix, col. 798, représente la demande comme toute récente. Le pape répondit 
qu'il ne pouvait le satisfaire sur-le-champ et faire partir les légats. P. L., t. cxix, 
col. 798, 1166. Cette réponse dilatoire reçue par Lothaire précipita l'événement 
qu'elle prétendait ajourner encore. Il ressort, en effet, de différentes lettres du 
pape, Jaffé-Ewald, n. 2723, 2725, 2886, P. L., t. cxix, col. 833, 800, 1166, ainsi 
que du mémoire lu par Charles le Chauve à l'assemblée de Savonnières, c. vi, 
Capitularia, t. n, p. 161, que Lothaire avait reçu, avant d'épouser, Waldrade 
cette réponse décourageante et aujourd'hui perdue du Souverain Pontife. (H. L.) 



469. LOTHA1RE ET NICOLAS I er 315 

comtes arrivèrent à Rome 1 , en qualité d'ambassadeurs de Lothaire 
et remirent au pape une lettre du roi annonçant la permission à 
lui accordée par les évêques du troisième concile d'Aix-la-Chapelle 
de répudier Theutberge et d'épouser Waldrade. Cependant, pour 
plus de régularité, il sollicitait du pape l'envoi de légats qui 
réuniraient un concile en Lorraine et éclairciraient toute cette 
affaire. Il est probable que la sentence du concile d'Aix-la-Chapelle, 
antérieure à la lettre de Lothaire, et le couronnement de Wald- 
rade avaient mécontenté tout le monde au point que le roi 
crut opportun de s'assurer l'approbation du pape 2 . En outre, 
il savait que le pape, faisant droit aux plaintes de Theutberge, 
songeait à envoyer des légats, et il avait dû calculer que sa posi- 
tion serait meilleure si ces légats venaient non pour informer 
contre lui, mais à sa demande. C'était à ses yeux le meilleur moyen 
de réaliser son plan : un séjour prolongé des légats à sa cour, 
accompagné d'égards et de présents, lui permettrait de les gagner 3 . 
Cela fait, il n'avait plus rien à craindre d'un concile, vulacom- 
[°ficn plaisance connue des évêques de son royaume. Le pape répondit 
ne pouvoir envoyer immédiatement des légats 4 ; il le ferait bien- 
tôt néanmoins : en effet, peu de temps après il envoya les deux 
rvcques Rodoald de Porto et Jean de Ficoclœ (Cervia, près de 
Ravenne) en Lorraine, avec mission de convoquer au concile 
projeté deux évêques du royaume de Louis le Germanique et 
deux autres du royaume de Charles de Provence, frère de Lothaire 5 . 

1. En effet, on voit qu'il n'était pas question de ce départ. (H. L.) 

2. Gfrôrer, Die Carolinger, t. i, p. 357. 

3. La probité des légats pontificaux était depuis longtemps chose assez sus- 
pecte ; les Byzantins l'ayant mise à de rudes assauts, des conciles récents ayant 
eu à prononcer des dépositions épiscopales retentissantes pour forfaiture, on 
comprend que les princes d'Occident escomptaient pour le plus grand profit de 
eur politique ou de leur morale les choix d'ailleurs souvent malheureux de la 
diplomatie papale. J. Roy, Du rôle des légats de la cour de Rome en Orient et en 
Occident du iv e au ix e siècle, dans la Bibliothèque de l'école des hautes études, 
35 e fascicule. Voir Appendices. (H. L.) 

4. La réponse du pape est perdue, mais nous savons que Nicolas I er retardait 
l'envoi des légats et annonçait son intention de convoquer un concile qui, sous la 
présidence de ses représentants, reviserait le procès de Theutberge, avec l'assis- 
tance de deux prélats de Louis le Germanique et de deux autres de Charles de 
Provence, Jaffé-Ewald, n. 2698, P. L., t. cxtx, col. 798 ; i! n'était pas encore ques- 
tion de faire venir au concile des évêques français. (H. L.) 

5. Nicolas I er , Epist., lviii, xvii. On sera peut-être surpris de ce que le pape 
Nicolas ait confié une nouvelle mission à Rodoald de Porto, malgré sa conduite 






316 



LIVRE XXIII 



Gfrorer suppose que Lothaire avait lui-même proposé ces stipu- 
lations, soit pout donner à l'assemblée l'apparence d'un concile 
général franc et une [dus grande autorité, parce qu'au fond il ne 
redoutait guère ces évêques étrangers venus de provinces amies. 
Mais Lothaire fit confisquer les lettres des légats adressées par le 
pape à ses cousins, et cette circonstance renverse l'hypothèse 
de Gfrorer. On comprend que Lothaire ne se souciât pas d'a- 
voir au concile des évêques venant de la France proprement dite, 
où régnait son oncle Charles le Chauve, qui lui était si opposé 
et où Hincmar était si puissant. 

Les six lettres remises aux légats du pape sont du 23 novembre 
862 1 . Nicolas les avait probablement soumises auparavant à 
l'approbation d'un concile romain 2 , car plus tard le pape les 
appelle epistohc synodicse 3 . Dans la première le pape demande 
à l'empereur Louis II un sauf-conduit pour que ses légats arri- 
vent jusqu'à Lothaire et tiennent concile à Metz 4 . Dans la seconde 



à Constantinople ; mais lorsque Nicolas l'envoya dans les Gaules, il ne connaissait 
pas encore la faute dont il s'était rendu coupable, et quoiqu'il eût déjà contre lui 
quelques sujets de mécontentement, le pape lui conservait une partie de sa con- 
fiance. [Cf. R. Parisot, Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens, 1899, 
p. 215, note 5. (H. L.)] 

1. Jafîé-Ewald, n. 2698, 2699, 2701, 2702. (H. L.) 

2. L'intervention du pape dans l'affaire du divorce a été diversement appré- 
ciée. « Leibnitz regrette [Ann. imp. occ, t. i, p. 619) : si, dit-il, un Souverain 
Pontife avait protesté contre la répudiation de Plectrude par Pépin le Moyen, 
ou de la fille de Didier par Charlemagne, de grands malheurs en seraient résultés. 
Gagern, Arnulfi imperatoris vita, p. 14, fait remarquer combien la papauté avait 
acquis d'autorité depuis le temps où elle laissait Pépin épouser Alpaïde du vivant 
de Plectrude et Charlemagne répudier sa première femme, fille du roi des Lom- 
bards. Il s'étonne d'autre part, p. 31, que l'Eglise se soit montrée pour Louis le 
Bègue plus indulgente que pour Lothaire. D'après Teller, Histoire d'Allemagne, 
t. ii, p. 141, c'était l'intérêt de Louis II qui guidait Nicolas dans l'affaire du di- 
vorce, l'empereur ne voulait pas en effet qu'un mariage légitimât les enfants 
que Waldrade avait donnés à Lothaire et leur conférât des droits à l'héritage de 
leur père. Nous croyons cette appréciation absolument fausse, aussi bien en ce 
qui concerne le Souverain Pontife que Louis IL Des mobiles plus élevés diri- 
geaient la politique de Nicolas et l'empereur qui n'avait pas d'enfant mâle 
n'était aucunement intéressé à empêcher le fils de Lothaire II et de Waldrade de 
devenir apte à recueillir la succession de son père. » R. Parisot, op. cit., p. 214, 
notel. (H. L.) 

3. Hardouin, op. cit., t. v, col. 319; Mansi, op. cit., t. xv, col. 367. 

4. Hardouin, op. cit., t. v, col. 234 ; Mansi, op. cit., t. xv, col. 279 ; P. L., 
t. cxix, col. 799, 800. 801. 



469. LOTHAIRE ET NICOLAS I er 317 

lettre, adressée à Lothaire, le pape résume sa première missive, au- 
jourd'hui perdue, et ajoute cette stipulation nouvelle et fort déplai- 
sante pour Lothaire, que deux évêques du royaume de Charles 
le Chauve siégeraient au concile. Le pape ajoute qu'il envoie à 
Lothaire la lettre destinée au roi de France, et le prie de la lui faire 
parvenir *. Cette lettre à Charles le Chauve est la troisième des 
six : on comprend que le pape y demande au roi d'envoyer au 
[264] concile de Metz deux évoques de son royaume 2 . Une autre lettre, 
également adressée à Charles le Chauve 3 . le sollicite en faveur de 
Baudouin, comte de Flandre, qui s'était enfui avec Judith, fille du 
roi. et était récemment arrivé à Rome 4 . La cinquième lettre, cou- 
rue dans le même sens 5 , est adressée à la reine Ermentrude. Elle 
ne porte plus de date, mais elle a été écrite à la même époque que 
les précédentes. Enfin la sixième lettre, destinée au concile de 
Metz, devait être lue par les légats à l'ouverture des sessions. 
Elle exhorte à faire une enquête juste et impartiale 6 sur la 
question soumise au concile. Le pape avait également écrit à 
Louis, roi de Germanie, à Charles de Provence, et aux évêques 
de ces pays 7 ; mais aucun fragment de ces lettres n'est arrivé 
jusqu'à nous. 

Les légats étaient eu route lorsque le pape leur envoya une 
nouvelle dépêche. Il venait d'apprendre le mariage de Lothaire avec 
W aldrade proclamée reine 8 . Pour s'excuser, Lothaire prétendait que 
son père l'empereur Lothaire I er l'avait jadis marié à Waldrade et 
lui avait remis sa dot 9 : plus tard, après la mort de son père, il avait 

1. Hardouin, op. cit., t. v, col. 233; Mansi, op. cit., t. xv, col. 278. La lettre à 
l'empereur ne parle que des évêques français (P. L., t. cxix, col. 800). celle à 
Charles le Chauve ne mentionne pas les prélats provençaux. (H. L.) 

2. Epist., xvm, 

3. Epist., xx. 
'.. Voir7§ 467. 

5. Epist., xxi. 

6. Epist., xxm. 

7. Ceci ressort de l'epist. de Nicolas. 

8. T > a m s sa lettre aux évêques du concile de Soissons, P. L., t. cxix, col. 833, 
Nicolas dit n'avoir eu connaissance du mariage de Lothaire. avec Waldrade 
qu'après le départ des légats Rodoald et Jean. (H. L.) 

9. Cette piètre imagination d'un précédent mariage a dû surgir à ce moment 
lorsqu'il fallut faire face au pape en qui on savait qu'on allait avoir un adversaire 
résolu. Nicolas avait fait connaître son hostilité radicale à toute dissolution de 
mariage dans une lettre écrite en 862 à l'archevêque Adon de Vienne. Jaffé- 
Ewald, n. 2697, P. L., t. cxix, col. 797. Bien que ni Lothaire ni Waldrade ne 



318 LIVRE XXIII 

été contraint par Hubert à épouser sa sœur, sous la menace 
des plus grands désastres pour son royaume ; maintenant la honte 
de Theutberge étant publique, il avait repris sa première et légi- 
time épouse 1 . Cette apologie est identique à celle que le chance- 
lier Advence, évêque de Metz, enverra au pape, après le concile 
de Metz 2 ; niais sans don le dès la fin de 862, Advence ou Lothaire 
l'auront transmise à Rome pour se rendre le jugement plus favo- 
rable 3 . Sur ces entrefaites, le pape apprit de ses légats que les 
lettres destinées à Charles le Chauve, aux deux autres rois francs, 
et à leurs évêques leur avaient été enlevées par des amis de 
Lothaire 4 . Probablement Lothaire avait envoyé au-devant des [2651 
légats jusqu'aux limites de l'empire quelques courtisans chargés 
de recevoir la lettre du pape à lui adressée et dans laquelle le pape 
le chargeait de faire parvenir ses autres missives à Charles, etc. 
Les ambassadeurs de Lothaire s'en autorisèrent pour réclamer 
ces autres lettres, qui leur furent en effet remises par les légats 5 . 
Le pape craignit que Lothaire ne s'opposât à la réunion du con- 
cile de Metz, ou du moins s'il ne pouvait l'empêcher, qu'il n'y 

fussent nommés on ne pouvait hésiter à les reconnaître. Il n'est pas certain que 
cette histoire commença à courir en novembre 862, car Nicolas n'en dit encore 
rien dans ses lettres écrites à cette date. On la trouve pour la première fois 
mentionnée dans un commonilorium adressé aux deux légats (Jafïé-Ewald, 
h. 2726, P. L., t. exix, col. 1179-1180), commonitorium dont la date est incer- 
taine et qui peut n'avoir été rédigé qu'au début de 863, même après le départ 
des légats. (H. L.) 

1. Hardouin, op. cit., t. v, col. 320; Mansi, op. cit., t. xv, col. 367. 

2. Baronius, Annales, ad ann. 862, n. 29. 

3. Nulle mention du mariage de 862 et du soi-disant mariage contracte sous 
Lothaire I er dans les lettres du pape. A cet égard, le silence observé dans la lettre 
adressée aux évêques du concile de Metz est significatif. Nicolas leur rappelle 
qu'à plusieurs reprises Theutberge s'est adressée à lui ; il les prie d'examiner l'affaire 
avec un soin scrupuleux. Si l'histoire du mariage antérieur avec Waldrade avail 
été dès lors connue du pape, il n'aurait pu se dispenser de recommander au pré- 
la I de vérifier cette assertion qui transformait toute l'affaire. (H. L.) 

4. Epist., lviii, Hardouin, op. cit., t. v, col. 288; Mansi, op. cit., t. xv, col. 335. 

5. Plusieurs mois se passèrent encore avant que les légats ne se missent en 
route, leur départ n'a pas dû avoir lieu avant février ou mars. La Vita Nicolai 
au Liber pontificalis, t. n, p. 160, commet une erreur en faisant partir les lé- 
gats aussitôt après que le pape reçut la nouvelle du mariage de Lothaire et de 
Waldrade, cf. P.L., t. exix, col. 833, apportée à Rome par l'évêque Odon de Beau- 
vais. Sur ces lettres confisquées, cf. lettre de Nicolas aux légats, avril 863, et lettre 
de Nicolas aux évêques allemands du 31 oct. 867. Jafîé-Ewald, n. 2726, 2886, 
P. L., t. exix, col. 1179, 1166; R. Parisot, op. cit., p. 217, note 5. (H: L.) 



469. LOTHAIRE ET NICOLAS 1 er 319 

appelât que les évêques placés sous sa dépendance, à l'exclusion des 
députés des autres royaumes francs, de qui le pape attendait 
une attitude plus indépendante. Aussi Nicolas écrivit à tous les 
évêques de la Germanie et des Gaules, pour les presser de se 
rendre d'eux-mêmes, et sans autre invitation, au concile de 
Metz, d'y citer Lothaire et de le juger canoniquement l . Dans 
de nouvelles lettres à ses légats, Nicolas leur fait part des dires 
de Lothaire au sujet de son mariage avec Waldrade, et leur recom- 
mande de rechercher tout cela par l'exacte vérité. Si l'allégation 
es1 reconnue fausse, ils demanderont au roi de se réconcilier avec 
Theutberge ; celle-ci devra dans tous les cas comparaîtra devant 
le concile de Metz, et si elle affirme de nouveau qu'elle avait 
été contrainte à porter contre elle-même de faux témoignages 
et que ses juges avaient été ses ennemis, les légats auront à 
rendre un jugement équitable. Tel est le sens du Commonitoriitmaxix. 
légats 2 . Dans les lettres qui accompagnent ce Commonitorium 3 , 
le pape recommande à nouveau de réunir en hâte le concile fixé à 
Metz. Au cas ou les évêques ne viendraient pas et où Lothaire 
ferait défaut, ils Tiraient trouver et lui donner connaissance des 
ordres du pape. Cela fait, ils iraient trouver, pour l'affaire 

1. Episl., xxii, Hardouin, op. cit., t. v, col. 236; Mansi, op. cit., t. xv, col. 2S1. 
Les lettres écrites par Nicolas à ses légats en avril 863 renfermaient de nou- 
velles instructions et la menace d'excommunication contre Lothaire. Jalié- 
Ewald, n. 2778 ; Floss, Papslwahl unter denOttonen, Urkunden, p. 30. (H. L.) 

2. Hardouin, op. cit., t.v, col. 319; Mansi, op. cit., t. xv, col. 367. Le Commoni- 
torium de Nicolas aux légats nous a été conservé, P. L., t. cxix, col. 1179-1180. 
A-t-il été remis aux légats au moment où ils quittaient Rome, ou bien est-ce un 
second Commonitorium qui leur fut envoyé à la fin d'avril, alors qu'ils étaient 
déjà dans les États de Lothaire et dont parle une lettre du pape à cette date ? 
Dans ces instructions, Nicolas recommande à ses légats de faire la lumière sur 
l'affaire du mariage conclu sous Lothaire I er et sur l'inceste de Theutberge. Pas 
la plus légère allusion au mariage de 862, rien qui rappelle l'irritation dis lettres 
papales à partir d'avril 863. On peut donc présumer que notre Commonitorium 
est de février ou de mars et qu'il a été remis à Rodoald ou à Jean avant leur dé- 
part de Rome. Cependant presque tous les auteurs admettent que le Commoni- 
torium qui nous est parvenu est celui-là même qui était joint à la lettre que le 
pape écrivit à ses légats vers la fin d'avril. C'est l'opinion de Hefele, Concilien- 
geschichte, 2 e édit., t. iv, p. 264-265; Jafle-Ewald, Regesta ponlificum romano- 
rum, p. 249, n. 2726; A. Hauck, Kirchengeschichte Deutschlands, t. u, p. 508, 
Miihlbacher, Reg. Kar., p. 490; Dummler, op. cit., t. n, p. 64, n. 1. L'opinion con- 
traire est soutenue par Fleury, Histoire ecclésiastique, t. xi, p. 62, et R. Parisot, 
op. cit., p. 217, n. 3. (H. L.) 

3. Hardouin, op. cit., t. v, col. 319; Mansi, op. cit., t. xv, col. 367. 



320 LIVKE XXIII 

de Baudouin, le roi Charles le Chauve, lui remettraient les epistolas 
synodicas (dont il envoyait un nouvel exemplaire), avec une nou- 
velle lettre, et feraient connaître tous ces documents aux 
évêques et aux fidèles de son royaume. Pour remplacer les lettres 
confisquées, il leur en envoyait deux autres pour Charles et pour 
sa femme 1 , relatives à Baudouin (on voit que ces lettres leur 
avaient été aussi enlevées); enfin il leur confiait une nouvelle [266] 
lettre pour les évêques des Gaules et de la Germanie 2 . 

On est porté à croire que les légats eurent avec Lothaire une 
première entrevue, avant la réception des nouvelles dépêches; 
dépourvus' d'instructions écrites, ils se bornèrent à exposer de 
vive voix les ordres du pape 3 . 

Une lettre d'Advence de Metz à Thieutgaud nous apprend que 
peut-être dès l'arrivée des légats, le concile de Metz avait été 
fixé au 5 février 863 4 . La lettre est à dessein un peu énigmatique; 
on recommande à Thieutgaud de la brûler aussitôt que lue. Advence 
y dit que Lothaire est désormais décidé à se soumettre sans condi- 
tion aux décisions du concile 5 ; Thieutgaud ne doit cependant 
pas l'induire en erreur sur ce point et ne pas le détourner de la 
voie de Dieu, en lui suggérant de trompeuses espérances. Il vaut 

1. Epist., xx, xxi. Coup sur coup le pape avait été édifié sur le caractère de 
Lothaire. Le mariage avec Waldrade ; la capture des dépèches des légats ; le rôle 
joué dans l'affaire de la succession du siège de Cambrai ; c'en était plus que ce 
qu'il fallait pour combler la mesure. Nicolas fut attristé et irrité, Liber ponlifi- 
calis, édit. Duchesne, t. n, p. 159. Il est vraisemblable qu'il écrivit alors à Lo- 
thaire pour lui reprocher sa duplicité, sa désobéissance, son mépris des lois de 
l'Église. Mais cette lettre, à supposer qu'elle ait été écrite, est aujourd'hui per- 
due. Nous possédons, par contre, celles adressées aux légats, aux membres de 
1 épiscopat français et allemand, aux Pères du concile de Soissons, à l'abbé 
Hubert, à Charles le Chauve, enfin la correspondance relative à Hilduin, abbé 
de Saint-Denys. Jaffé-Ewald, n. 2726, 2725, 2723, 2729, 2722, 2730, 2731, 2732. 
Dans son esprit la cause du roi était perdue, le pape n'admettait pas qu'un hon- 
nête homme fît usage de pareils procédés; aussi parlait-il déjà dans la lettre aux 
évêques du concile de Soissons et à l'épiscopat de Gaule et de Germanie, d'une 
excommunication. Jaffé-Ewald, n. 2723, 2725, P. L., t. exix, col. 833, 801. 
(H. L.) _ 

2. Epist., xxii. 

3. Hardouin, op. cit., t. v, col. 288; Mansi, op. cit., t. xv, col. 335. 

4t. Baronius, Annales, ad ann. 862, n. 60 ; Damberger, op. cit., t. ni, p. 168 ; 
R. Parisot, op. cit., p. 264, et note 2 au sujet d'une lettre sans date d'Advence à 
Thieutgaud qu'il propose de reculer jusqu'en janvier 865. (H. L.) 

5. Le pape, qui ne connaissait pas le caractère de Lothaire, appréhendait une 
révolte ouverte. Jaffé-Ewald, n. 2723, 2725. Cf. R. Parisot, op. cit., p. 222. (H. L.) 



'i6 9. LOTHAIRE ET NICOLAS I er 321 

mieux que Lothaire cède plutôt que de refuser un remède salutaire. 
Le concile fut forcément différé, d'abord à cause des invasions 
des Normands, qui s'étaient avancés jusqu'aux environs de Colo- 
gne et de Neuss 1 , et aussi à cause de la mort du jeune roi Charles 
de Provence 2 dont Lothaire ambitionnait la succession. Une lettre 
de Thieutgaud à Hincmar nous apprend qu'on fixa le concile 
au 15 mars 3 . Le prêtre et abbé Hilduin 4 . frère de Gûnther de 
Cologne avait été demande par Lothaire pour le siège de Cambrai. 
Hincmar en qualité de métropolitain s'y refusa et remit au roi 
Lothaire un mémoire exposanl l'indignité d'Hilduin. On récla- 
mait d'Hincmar la preuve de ces accusations, c'est pour cela que 
Thieutgaud l'avait invité à se rendre à Metz 5 . Hincmar ne compa- 
rut pas et le pape Nicolas au cours de cette même année 863, 
chercha à écarter Hilduin. à qui il écrivit ainsi qu'au roi Lothaire et 
aux évêquesde son royaume. Odon, évêque de Beauvais, se chargea 
de ces lettres à son retour à Home 6 . Le pape écrivit en même temps 
[267] à Hubert pour lui dire que, conformément à ses désirs, la question 
du mariage de sa sœur serait traitée au concile de Metz 7 . Une autre 

1. Ann. Bertiniani, ad ann. 863, p. 61 ; Ann. Xantenses, ad ann. 864, p. 230- 
231. (H. L.) 

2. Mort le 24 janvier 863. Ann. Berlin., ad ann. 863, p. 61. (H. L.) 

3. Epislola episcoporum regni Lotharii ad Hincmarum, dans Mansi, op. cit., 
t. xv, col. 645; Fleury, Hist. eccl., t. xi, p. 67; Binterim, Pragmatische Geschichte 
(1er deutschen Conciliai, t. ni, p. 10!) : Hefele, Conciliengeschichte, t. iv, p. 266, 
cl avec quelques réserves, Dùmmler, op. cit., t. n, p. 64, a. ".!. croient que primi- 
tivement le concile avait été fixé au 2 février : leur hypothèse est fondée sur une 
[ettre écrite par Advence à Thieutgaud, Hontheim, HistoriaTrevirensis diplo- 
matica, t. i, p. 199, lettre où il est question d'un concile qui devait s'ouvrir à 
Metz le jour de la Purification. Mais cette lettre est de la fin de 864 ou du début 
de 865. (H. L.) 

4. Il y ;i eu plusieurs personnages de ce nom à cette époque et la confusion ne 
s'établit que trop facilement entre eux. Sur les relations d'Hincmar avec Hilduin 
abbé de Saint-Denys, Flodoard, Hist. eccl. Remensis, 1. III, c. i, édit. Lejeune, 
t. n, p. 2-4; R. Parisot, op. cit., p. 219. (H. L.) 

5. Mansi, op. cit., t. xv, col. 645. 

6. liardouin, op. cil.,,1. v, col. 302 sq. ; Mansi, op. cit., t. xv, col. 349. 

7. Pendant le séjour de Lothaire dans le Midi, où l'avait appelé la mort du 
jeune Charles son frère, les légats Rodoald et Jean avaient reçu les lettres du pape, 
écrites pour remplacer celles qu'ils s'étaient laissé dérober. Il n'est pas certain 
qu'Odon de Beauvais fût porteur de cette correspondance pontificale, mais 
c'est possible et, en tous cas, il remit le 24 mai à Hincmar une lettre de Nico- 
las. Comme il était également chargé d'une lettre papale aux évèques lorrains, 
Jafîé-Ewald, n. 2730, P. L.. t. cxxvi, col. -J5, il est vraisemblable qu'on lui avait 

CONCILIAS — IV —21 






322 



LIVRE XXIII 



lettre fut adressée aux fils de Charles le Chauve réconciliés peu 
auparavant avec leur père; le pape les engageait à se rendre 
également à Metz. Mais ce concile ne put s'ouvrir le 15 mars 
863. Sur ces entrefaites les légats du pape se rendirent à la 
cour de Charles le Chauve, qui les reçut avec bienveillance à 
Saint-Médard de Soissons. Charles pardonna alors au comte 
Baudoin x : on ignore si à cette époque le roi avait reçu la let- 
tre du pape 2 confiée à Odon de Beauvais, et contenant de nou- 
velles instances en faveur de Baudoin. 

Le roi Charles fit de riches présents aux légats qui revinrent 
à Metz, où le concile s'ouvrit enfin vers mi-juin 863 3 . Les 
actes de cette assemblée ne nous sont pas parvenus ; nous la 
connaissons néanmoins par la continuation des Annales de Saint- 
Bertin d'Hincmar 4 , par] les lettres du pape Nicolas et quel- 
ques autres sources. L'assemblée comprenait Lothaire, entouré 
de tous les évêques du royaume, sauf Hungar d'Utrecht, 
malade 5 . Mais aucun évêque des autres royaumes francs n'y 

confié le reste de la correspondance. A cette époque Lothaire les avait déjà pro- 
bablement achetés. On devait écarter du concile les évêques étrangers, Theut- 
b< rge, Hubert etc. ; la complicité des légats était nécessaire. Comment ceux-ci 
s'y prirent-ils ? Est-ce en supprimant les lettres du pape aux rois et aux évêques 
ou en retardant leur remise de manière à empêcher les prélats français et alle- 
mands de se concerter et de se rendre au concile ? Hincmar, Ann. Berlin., ad ann. 
863, p. 62, parle de lettres papales cachées par les légats : lui-même ne lui con- 
voqué que quatre jours avant le concile et par une lettre de Thieutgaud et d'Ar- 
duic, P. L., t. cxxvi, col. 43. (H. L.) 

1. Pertz, Monum. Germ. hisl., t. i, p. 460. 

2. EpisL, xxx. Annal. Berliniani, ad ann. 863, p. 62 : R. Parisot, op. cil., 
p. 228. (H. L.) 

3. Sirmond, Conc. Gallise, 1629, t. m, col. 227; Coll. regia, t. xxn. col. 741 ; 
Labbe, Concilia, t. vin, col. 764-766; Hardouin, Conc. coll., t. \, col. 571; Coleti, 
Concilia, l. x, col. 231: Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 6'i7; R. Parisot, 
Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens, 843-923, in-8, Paris, 1899, p. "228, 
231; A. Verminghoff, Verzeichnis der Akten frànkischer Synoden von 843-918, 
dans Neues Archiv \der Gesellsch. fur âllere deutsche Geschichlskunde, 1901, 
t. xxvi, p. 633. (H. L.) 

i. Pertz, Monum. Germ. hist., t. i, p. 460. Parmi les sources sur cette assem- 
blée il faut mentionner le Libellus apologeticus d'Advence, dans Baronius, 
Annales, édit. Mansi, t. xiv, p. 566-567. (H. L.) 

5. Annal. Fuldenses, ad ann. 863, p. 57. Pour Gùnther et Thieutgaud, voir 
Ann. Berlin., ad ann. 863, p. 62 ; Ann. Fuldenses, ad ann. 863, p. 57; Jafîé- 
Ewald, n. 2748-2751; Acta concilii Lateranensis, c. i, dans les Ann. Berlin., ad 
ann. 863, p. 63-64, et Jalîé-Ewald, n. 2886, P. L., t. exix, col. 1 166; pour Advenc, 



4 69. LOTHAIRE ET NICOLAS I er 323 

assista; Lothaire, s'inspirant des conseils de Thieutgaud, n'avait 
pas voulu les inviter 1 . Il avait d'ailleurs, ainsi que l'affirment le 
pape et Hincmar, corrompu ou intimidé ses propres évêques. 
Les légats de leur côté, gagnés par des présents, n'insistèrent 
pas pour que l'on fît venir des évoques étrangers ; ils ne rempli- 
rent pas leurs instructions, et retinrent même les lettres du pape 2 . 
Ces faits sont attestés non seulement par Hincmar 3 , mais aussi 
par Advence, qui avait sa part de culpabilité et qui plus tard, 
en 865, écrira au pape : utinam Rodoaldus, quondam legatus 
vester... nobis per omnia vestra mandata denudasset 4 . Il ne faut 

Epistola ad Nicolaum papam, dans Mansi, t. xv, col. 369 ; pour Arduic, un 
fragment de lettre adressée par Hincmar à lui ainsi qu'à Thieutgaud en réponse 
à l'invitation à venir au concile de Metz, Archiv de Pertz, t. vu, p. 866. La pré- 
sence d'Advence est attestée par son Libellas apologetlcus,\)av sa lettre au pape, 
Mansi, op. cit., t. xv, col. 368-371, par la réponse de Nicolas, Jafïé-Ewald, 
n. 2768, P. L., t. cxix, col. 887-889, par le Chronicon S. démentis Metteuse, 
dans Mon. Germ. liisL, Script., t. xxiv, p. 497. La lettre de Nicolas à Françon, 
Jafïé-Ewald, n. 2767, P. L., t. cxix, col. 885-887, démontre que l'évêque de 
Liège assistait au concile. Quant à l'évêque de Strasbourg, sa lettre au Souverain 
Pontife est une preuve qu'il se trouvait à Metz. Baronius, Annales, édit. Mansi, 
t. xv, p. 3, col. 2. Sur les autres membres de l'épiscopat présents au concile, nous 
ne possédons aucun renseignement. Il ne semble pas que ni les archevêques de 
Lyon et de Vienne, Rémi et Odon, ni aucun des évêques provençaux soient 
venus à Metz. Par contre, un évêque italien, Haganon de Bergame, se trouvait 
là, délégué par Louis le Germanique ou par l'épiscopat de la péninsule. Ann. 
Bertiniani, ad ann. 863, |>. 62; Vita Nicalai, dans Liber pontificalis, t. n, 160. 
Reginon, Chronicon, ad ann. 865, p. 82, fait d'Haganon un des légats pontifi- 
caux. Gfrôrer, op. cit., I. i, p. 362, voit dans ce personnage un surveillant donné, 
aux deux légats par le pape qui se méfiait d'eux. R. Parisot, op. cit., p. 229 et 
notes 4-5. (H. L.) 

1. Lothaire prétend dans une de ces lettres au pape Nicolas avoir donné à ses 
accusateurs toute facilité pour se rendre au concile, Lotharii régis epistola ad 
Nicolaum papam. dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 384, mais cette assertion est 
contredite par le pape lui-même en ce qui concerne Theutberge. Jafïé-Ewald, 
n. 2886. P. L., t. cxix, col. 1168. (H. L.) 

2. Baronius, Annales, ad ann. 862, n. 30; Pertz, op. cit., t. i, p. 375; Nicolas I er , 
Epist., LYin, dans Ilardouin, op. cit., t. v, col. 288 sq. ; Mansi, op. cit., t. xv 
col. 335. 

3. Pertz, op. cit., t. i, p. 375. 

4. Baronius, Annales, ad ann. 865, n. 57;Begin, Biçgr. de la Moselle, 1829, 
I. i. p. 8-17; D. A. Cahnel, Bibl. de la Lorraine, 1751, p. 25-26; D. R. Ceillier, His- 
toire générale des auteurs ecclésiastiques, 1754, t. xix, p. 229-232; 2 e édit., t. xn, 
p. 609-610; E. Dùmmler, dans Neues Archiv der Gesellsch. fur ait. deuts. Geschichte, 
1879, t. iv, p. 526-527; J. A. Fabricius, Bibl. med. sévi, 1734, t. i, p. 47; édit. 
Ilarles, p. 18 ; W. Gundlach, dans Neues Archiv der Gesells. fur dit. deuts, Geschichte. 



324 LIVRE XXIII 

pas voir, avec Binterim 1 , une contradiction entre ces faits et ce 
qui a été dit plus haut, que « les courtisans de Lothaire avaient 
enlevé aux légats les lettres du pape, » car il s'agit ici seulement 
des dépêches qu'ils gardèrent. Les légats souffrirent en outre que [268] 
Theutberge ne comparût pas avi concile, parce qu'elle n'avait 
pas le sauf-conduit nécessaire. Néanmoins, pour simuler une 
sorte d'enquête, les légats demandèrent au roi Lothaire d'ex- 
poser lui-même l'état de la question. Il dit : « Je n'ai fait que 
ce que les évêques de mon royaume (réunis à Aix-la-Chapelle) 
m'ont permis de faire. » Et il renouvela alors l'audacieux 
mensonge de son pseudo-mariage avec Waldrade 2 . 

En même temps, les évêques qui avaient assisté au concile 
d'Aix-la-Chapelle affirmèrent que le roi disait vrai, et exposè- 
rent les motifs de leur décision, qu'ils regardaient encore 
comme valables, dans un mémoire signé, d'abord par Giïnther 
et Thieutgaud, puis par tous les autres évêques, et qui fut qua- 
lifié par le pape de prof anus libellus 3 . On lut ensuite la partie 

1887, t. xii, p. 483; Hist. littér. de la France, 1740, t. v, p. 429-435; P. L., t. exix, 
col. 1141; Wattembach, Deutschl. Ceschichtsquellen, 1873, t. i, p. 199; et surtout 
R. Parisot, Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens, 843-923, in-8, Paris, 
1899, p. 126, note 2. (H. L.) 

1. Binterim, Deutsche Concilien, L. m, p. 110; R. Parisot, op. cit., p. 320, 
n. 1. (H. L.) 

2. Réginon, Chronique, ad ann. 865 (au lieu de 863), dans Pertz, op. cit., t. i, 
p. 572; Rodolphe de Fulda, Annales, ad ann. 863, ibid., p. 375 ; Adventius, 
Narratio, dans Raronius. Annales, ad ann. 862, n. 30. Le comte Liutfrid, les pœ- 
dagogi de Lothaire et tous les senatores attestèrent la réalité de ce premier mariage 
avec Waldrade. Les Annales Fuldenses, ad ann. 863, p. 57, prêtent à Lothaire la 
déclaration de n'avoir agi que sur le conseil de ses évêques. Le Liber ponlificalis, 
t. n, p. 160. et Réginon, Chronicon, ad ann. 865, p. 82, mentionnent cette dé- 
claration, mais la font adresser par le roi non au concile, mais aux légats. 
(H. L.) 

•">. Nicolas, Episf.. î.vm, dans Hardouin, op. cit., t. v, col. 289; Mansi, op. cit., 
t. xv, col. 336. Cf. Pertz, op. cit., t. i, p. 375-460. Nous citerons le fait suivant 
pour montrer avec combien peu de dignité ou se conduisit dans le concile. FJn 
évêque avait ajouté à sa signature cette stipulation, que le décrel ne pourrait 
avoir de valeur qu'après la décision du pape, mais Gùnther coupa, dans le 
parchemin, cette stipulation, et ne laissa que le nom de l'évêque. Nicolas, 
EpisL, lviii, dans Hardouin, op. cit., t. v, col. 292; Mansi. op. cit., t. xv, col. 338. 
Les légats hasardèrent pour la forme quelques observations, mais l'assem- 
blée de Metz ratifia les décisions des assemblées antérieures d'Aix-la-Cha- 
pelle, approuva l'annulation du mariage de Lothaire et de Theutberge et 
confirma l'union avec Waldrade. Advence, Libel. apol., dans Baronius, Annales, 



169. LOTHAIRE ET NICOLAS I er 325 

des actes d'Aix-la-Chapelle contenant les accusations portées 
par Theutberge contre elle-même l , et, quoique absente, elle 
fut condamnée. Le pape Nicolas, qui nous donne ces détails 2 , 
ajoute que Gùnther e1 Thieutgaud avaient falsifié les lettres 
du pape au sujet d'Engeltrude, qui lurent lues au concile ; 
ils y avaient à leur gré ajouté 3 , retranché, modifié. Enfin 
Gùnther et Thieutgaud furent choisis pour porter au pape ce 
libellus et lui donner de vive voix les explications nécessaires 4 . 
Hartzheim 5 a lorl d'attribuer à ce concile de Metz la lettre 

édit. Mansi, t. xiv, p. r><>7. col. 2 ; Nicolas, Epist. ad episcopos in regno [Lu- 
dovici constitutos. 31 octob. 8t>7: Jalïé-Ewald, n. 2886, P. L., t. cxix. col. 
1166, 1168-1170; Mùhlbacher, Ri>«. Kar., p. 491. (H. L.) 

1. Baronius, Annales, ad ann. 862, n. 30 Cf. R. Parisot, op. cit., p. 230-231 : 
« Ce mariage, ce sont les intéressés, Lothaire, son oncle Liutfrid, ses précepteurs, 
qui l'affirment, nulle source impartiale n'en dit rien, Prudence parle des adultères 
commis par les fils de Lothaire I er , et ce passage vise les relations du second 
fils de l'empereur avec Waïdrade ; Hincmar, dans son Dedivortio, ne nomme pas 
Waldrade, mais c'est elle évidemment cette concubine que le jeune roi a eue 
avant son mariage et qu'il désire épouser. De divort. Loth., interr. xvm, xxi, 
P. L., t. cxxv, col. 729-732. Réginon enfin, Chronicon, ad ann. 864, p. 80, dit 
formellement que Waldrade avait été la maîtresse de Lothaire, alors que celui-ci, 
encore adolescent, vivait dans le palais de son père. D'ailleurs, si son union avec 
Waldrade avait été régulière, il n'aurait pas attendu à 862 pour s'en prévaloir, 
il n'aurait pas eu besoin d'inventer, [pour se débarrasser de Theutberge, l'his- 
toire de l'inceste. Devant aucun des trois conciles réunis à Aix-la-Chapelle de 
860 à 862, il n'a fait même la plus légère allusion au mariage que son père lui 
aurait fait contracter avec Waldrade. C'est seulement après le III e concile, 
quand il écrit au pape, que Lothaire s'avise de recourir à cet argument. Comme 
il sait peut-être Nicolas hostile à la rupture du lien conjugal, même alors que la 
femme a commis un inceste avant le mariage, il a l'idée de transformer en 
union légitime la liaison irrégulière : le pape, il l'espère du moins, acceptera 
l'histoire comme vraisemblable et, en vertu de ses principes, il sera bien obligé de 
déclarer nul le mariage du roi et de Theutberge, puisque antérieurement ce prince 
avait épousé Waldrade. » (H. L.) 

2. Epist., lviii. 

'3. Le résultat de la manœuvre de Gùnther et de Thieutgaud fut de donner 
l'absolution à Engeltrude. Conc. Lateran., c. n, dans, Ann. Bertiniani, ad ann. 
863, p. 64 ; Advence, Epistola ad Nicolaum, dans Mansi, op. cit., t. xv. col. 370; 
Nicolas, Epist. ad episc. in regno Ludow. constit., P. L., t. cxix, col. 1167. Le con- 
cile s'occupa aussi de l'Église de Metz. Cf. R. Parisot, op. cit., p. 231, note 5. (H. L.) 

4. Le Liber pontificalis, t. n, p. 160 et la lettre de Nicolas aux évoques alle- 
mands, datée du :!1 octobre (P. L., t. cxix, col. 1166), avancent que Gùnther et 
Thieutgaud auraient déclaré qu'ils se faisaient fort de justifier leur conduite 
en tous points devant le pape. (H. L.) 

5. Hartzheim, Conc. Gernu, t. n, p. 286. 



326 LIVRE XXIII 

des évoques lorrains au pape, lui adressant comme leurs dé- 
putés Thieutgaud et Otto de Verdun. Il suffit de lire cette 
lettre pour constater qu'elle est antérieure au troisième concile 
d'Aix-la-Chapelle ; comme nous l'avons déjà dit, elle appartient 
au deuxième concile d'Aix-la-Chapelle l . Par contre, Hartz- 
heim et d'autres historiens ont raison de rattacher l'apologie 
d'Advence pour Lothaire au concile de Metz 2 . Cet écrit avait L^yj 
évidemment pour but de faire connaître partout le pseudo- 
mariage de Lothaire avec Waldrade. L'auteur garde néanmoins 
assez d'honnêteté pour dire qu'il n'est pas absolument certain 
de ce qu'il avance, parce qu'à cette époque il n'était pas encore 
évêque 3 . 



470. Trois conciles romains. Déposition de Photius. Punition 
des légats et des Lorrains. Siège de Rome. 

Rodoald était déjà parti en qualité de légat du pape en Lorraine, 
lorsque des amis du patriarche Ignace, chassés par Photius et réfu- 
giés à Rome, exposèrent minutieusement à Nicolas la conduite 
de ses légats à Constantinople. Le pape réunit aussitôt, au commen- 
cement de 863, dans l'église de Saint-Pierre un concile qu'il 
transféra ensuite au Latran à cause de la rigueur de l'hiver 4 . 
L'assemblée jugea un de ces légats, Zacharie, évêque d'Ana- 
gni. 11 fut convaincu d'avoir contrevenu aux instructions 



1. Voir § 462. 

2. Baronius, Annales, ad ann. 862, n. 27 sq. 

3. Coll. regia, t. xxn, col. 743; Labbe, Concilia, t. vm, col. 774-775, cf. col. 
288-289; Coleti, Concilia, t. x, col. 243 ; Mansi, op. cit., t. xv, col. 661; Jafîé, 
Reg.Pontif. roman., 2 e édit., n. 350; Hergenrôther, Photius, t. i, p. 519 sq. (H. L.) 

4. Advence, dont le témoignage serait capital, a bien soin de dire qu'il n'a 
pas été témoin du mariage de Lothaire avec Waldrade; il n'en parle que par ouï- 
dire. On lui a affirmé que Lothaire I er avait fait cadeau de cent menses à son lils 
pour lui constituer une dot et lui avait donné Waldrade suo nomine divinse fidei 
ou in Dei fide, expressions qui semblent viser la bénédiction nuptiale. Advence 
ne croit pas que Lothaire eût doté la concubine de son fils : il dit que la cohabi- 
tation des deux jeunes gens a eu lieu au vu et au su de tous. Mais tout cela ne 
vaut pas le témoignage oculaire. (H. L.J 






470. TROIS CONCILES ROMAINS 327 

papales, en confirmant la déposition d'Ignace et l'élévation 
de Photius. Il fut déposé et excommunié en présence d'un grand 
nombre d'évêques venus de diverses parties de l'Occident 1 i Le 
jugement de Rodoald fut renvoyé, à raison de son absence, à un 
autre concile. Lecture faite des procès-verbaux du conciliabule 
de Photius et des lettres de Constantinople traduites en latin, 
l'assemblée jugea et anathématisa Photius et ses partisans 
dans les cinq capitula suivants : 

1. Photius, schismatique, tonsuré trop vite après avoir quitté 
le service de l'État et les rangs de l'armée, a été ordonné évêque 
par Grégoire jadis évêque de Syracuse, condamné depuis lors 
par un concile et interdit par le Siège apostolique. Du vivant 
d'Ignace notre collègue dans le sacerdoce et patriarche de la 
sainte Église de Constantinople, il s'est emparé de son siège et, 
semblable à un voleur et à un adultère, il a fait violence à cette 
fiancée... Il a entretenu des relations quotidiennes avec des 
[270] gens condamnés et anathématisés, ainsi qu'avec ceux auxquels 
notre prédécesseur Benoît avait interdit jusqu'à décision ulté- 
rieure l'exercice des fonctions sacerdotales. Nonobstant sa pro- 
messe solennelle de ne rien faire d'hostile au patriarche Ignace, 
il a réuni un concile et, d'accord avec ses pareils, tous gens dépo- 
sés et condamnés, excommuniés et anathématisés, évêques sans 
évêchés, promus irrégulièrement et illicitement, ordonnés indû- 
ment, il a osé prononcer une sentence de déposition et d'ana- 
thème contre notre frère Ignace. En outre, il a cherché par tous 
moyens, imitant en cela Acace, patriarche hérétique de Cons- 
tantinople, à détourner de leurs instructions et de notre obéis- 
sance les légats du Siège apostolique envoyés à Constantinople 
pour traiter l'affaire des iconoclastes et faire une enquête sur 
l'expulsion d'Ignace et sur la promotion de ce néophyte ; il 
a avoué lui-même avoir obligé ces légats à entrer en communion 
avec des condamnés et des schismatiques, méprisant ainsi ce 
caractère d'ambassadeur qui avait cependant toujours été res- 
pecté, même par le droit international. Il a tant fait que ces 
ambassadeurs, au mépris du Siège de Pierre, sont revenus 
non seulement sans avoir pris les informations nécessaires, mais 
même après s'être tournés contre ceux qui leur avaient confié 

1. Liber pontificalis, Vita Nicolai, t. n, p. 159 ; Jaffé-Ewald, n. 2821. 
(H. L.) 






328 LIVRE X \ l 1 1 

leur mission. Enfin, il a exilé les évoques qui le repoussaient de 
leur communion et le regardaient comme adultère et ravis- 
seur (d'une fiancée qui n'était pas à lui) ; il les a remplacés par 
des approbateurs de ses blasphèmes. Il a continué jusqu'à ce 
jour à persécuter de diverses manières l'Eglise de Dieu; il ne cesse 
de molester d'une façon inouïe et épouvantable notre frère Ignace, 
e1 il est constamment appliqué à perdre ceux qui combattent pour 
la vérité. Aussi doit-il être, en vertu de l'autorité de Dieu tout 
puissant, des princes des apôtres Pierre et Paul, de tous les saints, 
des six conciles œcuméniques *, et par le jugement du Sainl- 
Esprit que nous prononçons, privé de toul honneur et dignité 
sacerdotale, et complètement dépouillé de toutes fonctions ecclé- 
siastiques. Si, après avoir pris connaissance de cette sanction, 
que nous croyons inspirée du Saint-Esprit, parce qu'elle a été 
adoptée à l'unanimité, il ose encore s'asseoir sur le siège de Cons- 
tantinople, et s'il empêche Ignace de reprendre la conduite de [271] 
son troupeau, il sera frappé d'anathème et exclu, lui et ses pareils, 
de l'eucharistie jusqu'au moment de la mort, afin qu'à l'avenir 
nul n'ose passer sans transition du rang de laïque à l'épiscopat, 
ce qui est trop souvent arrivé dans l'Eglise de Constantinople, 
et que, au mépris des clercs de Constantinople qui ont servi sans 
se lasser l'Église du Christ (on pourrait presque dire depuis le 
berceau), on ne remet pas à un étranger la conduite du trou- 
peau du Christ. 

2. Quant à Grégoire qui, en violation des canons, se trouve à la 
tête de l'Église de Syracuse et la gouverne au mépris des lois de 
Dieu, il compte également parmi les schisma tiques ; cependant 
déposé par un concile et suspendu (obligatus) par le pape Benoîl, 
il a osé élever Photius à l'épiscopat, et il a exercé plusieurs autres 
fonctions du saint ministère. Nous ordonnons donc, en vertu de 
l'autorité apostolique et conformément au droit ecclésiastique 
et aux canons, qu'il soil dégradé et dépouillé de toutes fonctions 
sacerdotales, sans espoir de restitution. S'il continue à exercer 
les fonctions ecclésiastiques et à intriguer contre Ignace, il sera 

I. Baronius,^4nncZes, ad ann. 863, n. 6, cherche à expliquer pourquoile pape 
ne parle pas de sept conciles œcuméniques. Damberger, Synchron. Gesch., t. ni, 
Kritikheft, p. 206 sq., croit, de son côté, que ces mots : et des six conciles œcu- 
méniques, sont une interpolai ion probablement faite par Photius, afin <l accu- 
ser ensuite les Romains de ne vouloir pas reconnaître le VII e concile œcumé- 
nique. 



i/O. TROIS CONCILES ROMAINS .120 

anathématisé, et tons rapports avec les fidèles lui seront inter- 
dits: il en sera de même de ceux qui le soutiendront. 

3. Nous dépouillons de tout emploi dans la cléricature ceux 
que le néophyte Photius, ravisseur du siège de Constantinople, 
;i élevés à une dignité ecclésiastique quelconque : car il est bien 
évidenl qu'ils adhèrent à tous les blasphèmes de leur consé- 
crateur e1 sont en communion avec lui. 

4. Au sujet de notre très digne et très saint père Ignace, dépouil- 
lé d'abord de sou siège par l'empereur, anathématisé ensuite par 
Photius, l'adultère, le pécheur et le ravisseur, et par ses pareils 
déjà excommuniés, anathématisés et suspendus par le pape Benoit, 
en (in dépouillé de la mitre sacerdotale par les légats du Siège apos- 
tolique, agissant en cela contre nos ordres, ainsi que l'a avoué 
Zacharie lui-même, l'un de ces légats, nous ordonnons et procla- 
mons, de par l'autorité du juge suprême Jésus-Christ, qu'il n'est 
ni déposé ni anathématisé, qu'il ne l'a jamais été, n'ayant été 
chassé qu'en vertu de la puissance impériale et sans aucune auto- 
rité canonique. Il ne pouvait aucunement être lié par la sen- 
tence de ceux qui avaient eux-mêmes perdu leur liberté (c'est- 
à-dire qui étaient suspendus de par l'autorité ecclésiastique). 
Pour ces raisons, en vertu de la puissance octroyée par Dieu à 
saint Pierre, nous réintégrons Ignace dans son ancienne dignité, 

[272] dans son rang et son patriarcat, et nous menaçons de peines 
sévères ceux qui refuseront de le reconnaître. 

5. Tous les évoques et clercs qui, après l'injuste déposition 
d'Ignace, ont été exilés ou privés de leurs charges, doivent cire 
rappelés et réintégrés. Si quelqu'un n'observe pas ce décret, qu'il 
soit anathème ! S'il existe contre quelques-uns d'entre eux des 
accusations, on doit les réintégrer avant d'examiner la valeur 
de ces accusations ; ils ne pourront être jugés que par le Siège 
de Rome. 

(>. A l'égard des saintes et vénérables images de Notre-Seigneur, 
de sa Mère toujours vierge et de tous les saints, depuis Abel, 
on doit conserver intact et sans changement ce que la sainte 
Eglise a accepté de tout temps dans le monde entier, et ce que 
les papes ont ordonné et prescrit sur ce point (ici encore il n'est 
fait aucune mention de septième concile œcuménique). Nous 
prononçons l'anathème contre Jean 1 , ancien patriarche de Cons- 

1. Cette sentence synodale nous a été conservée en latin dans les Epiât., vu 



330 LIVRE XXIII 

tantinople, et contre ses partisans, au dire desquels on devait 
briser et fouler aux pieds les images. 

Les légats du pape à Metz étant rentrés à Rome, rapportèrent 
au pape ce qui avait été décidé, et que le roi s'était conduit 
d'après la sentence du concile. Ils ajoutèrent que Gùnther et Thieut- 
gaud ne tarderaient pas à arriver pour fournir au Saint-Siège 
des renseignements très précis sur ce concile 1 . Quelque temps 
après, Rodoald sommé de rendre compte de sa conduite à Cons- 
tantinople et à Metz, prit la fuite 2 . 

Bientôt en effet, arrivèrent à Rome Gûnther et Thieutgaud; 
le pape les reçut avec bienveillance et les questionna sur ce qui 
s'était passé à Metz 3 . Ils remirent le Libellus, contenant, disaient- 
ils, le récit de tout ce qui s'était passé 4 . Le pape y ayant remarqué 
« plusieurs choses profanes et nouvelles, » convoqua en octobre 
863 au Latran un concile auquel assistèrent Gùnther et Thieut- 
gaud 5 . Nicolas fit donner lecture des diverses pièces concernant [273] 
cette affaire, et, après avoir relevé l'injustice commise par le 
concile de Metz, il publia une sentence rédigée en forme de décret 
adressé à tous les évêques d'Italie, des Gaules et de Germanie : 
« Le roi Lothaire, si tant est qu'il mérite le nom de roi, s'est, 
par sa bigamie, rendu coupable d'un grand crime. Nous savions 
depuis longtemps et par diverses sources, que Thieutgaud etGiin- 

et x, du pape Nicolas, Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 178, 244; Hardouin, 
Coll. concil., t. v, col. 136, 18, et dans les actes du VIII e concile œcuménique, 
Mansi, op. cit., t. xvi, col. 106; Hardouin, op. cit., col. 842. On la retrouve eu 
grec dans YEpitome grec des actes du VIII e concile œcuménique. Mansi, op. cit., 
t. xvi, col. 363; Hardouin, op. cit., t. v, col. 1070. Dans l'epist. vu du pape Nico- 
las on trouve, outre ces six canons sur Photius et sur les images, deux canons 
sur les théopaschites, canons qui appartiennent, ainsi que nous l'avons dit. § 
468, à un concile romain de 862. 

1. Mansi, op. cit., t. xv, col. 152; R. Parisot, op. cit., p. 233. (H. L.) 

2. Ibid., t. xv, col. 183; Annales Bertiniani, ad ann. 863, p. 63. (H. L.) 

:;. Le pape savait alors ce qui s'était passé à Metz, Ann. Bertiniani, ad ann. 
p. 63; Liber ponlij., Vila Nicolai, t. n, p. 160. (H. L.) 

4. Fin septembre ou commencement d'octobre. Le pape fit lire le Libellus 
à haute voix, par un notaire, puis, sans faire d'observations, congédia les deux 
métropolitains. Conc. Lateranense, c. n, dans Ann. Berlin., ad ann. 863, p. 64. 
Dans Jafïé-Ewald, n. 2886, le pape semble dire qu'il a fait immédiatement et 
en présence des deux archevêques la critique des actes du concile de Metz. (H. L.) 

5. Trois semaines s'écoulèrent avant que le pape se prononçât. Cf. R. Parisot. 
Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens, p. 234 et notes 2, 3; A. Vermingholï, 
Verzeiehnis, dans Neues Archw, 1901, t. xxvi, p. 664. (H. L.) 



470. TROIS CONCILES ROMAINS 331 

ther l'avaient soutenu dans cette affaire ; mais nous ne pouvions 
pas croire fondées de telles accusations portées contre des évoques. 
Néanmoins, leur présence à Rome, et l'écrit qu'ils ont remis et 
voulaient nous faire signer, ont démontré la réalité de ces bruits. 
Us se sont pris eux-mêmes dans leurs propres filets ; aussi ont-ils 
été déposés par sentence du présent concile 1 , dépouillés de toutes 

1. Sur cotte déposition envisagée au poinl do vue du droit de l'époque, il y a 
lieu de s'arrêter après celle importante remarque de E. Lesne, La hiérarchie 
épiscopale, p. 227 . note 1 : « Hinomar qui protestera contre le rétablissement de 
Rothade de Soissons, prononcé potêtitiàliter, sans d'ailleurs mettre en doute la 
validité de l'acte pontifical, n'avait rien trouvé à dire lorsque Nicolas I er déposait 
tout aussi potentiitliter Gùnther et Thieutgaud. » Noorden, Hinkmdr, p. 190, n. 1, 
s'étonne de cette longanimité de l'archevêque de Reims au moment où on s'at- 
tendait à le voir éclater. M. R. Parisot apprécie avec précision et justice l'acte 
du pape : « Nicolas avait raison : Gùnther et Thieutgaud étaient très coupables, 
tous deux méritaient une punition ; seulement il convenait que celle-ci fût pro- 
noncée dans les formes. On reprochait, non sans raison, à Gùnther et à Thieut- 
gaud d'avoir violé à l'égard de Theùtberge la règle de la justice; en procédant 
contre eux, il importait de ne pas suivre leurs errements. Le pape eut le lort 
de ne pas le comprendre. 

« A qui appartenait le droit de juger les deux archevêques? Un concile œcumé- 
nique, ou un concile général de l'empire franc auraient eu sans aucun doute la 
compétence nécessaire ; peut-être aurait-il suffi, pour que les décisions du con- 
cile fussent valables, qu'au moins les autres métropolitains de Lothaire, de ses 
oncles et de ses frères, ainsi que les évêques sufïragants des deux archevêques 
inculpés eussent fait partie de l'assemblée. Un synode d'évêques italiens présidé 
par le pape avait-il qualité pour prononcer sur le cas de Gùnther et de Thieutgaud? 
On doit, semble-t-il, [si on s'en tient au droit en vigueur au ix e siècle] répondre 
non à cette question. Au v e siècle, plusieurs papes avaient jugé, avec le concours 
de conciles italiens, des métropolitains de la Gaule ou de l'Orient; ainsi, saint 
Léon le Grand cassa la décision d'un synode primatial gaulois qui, à l'instigation 
d'Hilaire, métropolitain d'Arles, avait déposé le métropolitain de Besançon, 
Chélidoine. Le pape restaura celui-ci sur son siège et déclara déchu de son rang 
de métropolitain Hilaire qui fut réduit à la condition d'un simple évêque d'Arles. 
P. L., t. liv, col. 628. Mamert, métropolitain de Vienne, empiétant sur les droits 
de son collègue d'Arles, de qui le diocèse de Die dépendait alors, avait consacré 
à Die un évêque ; le pape Hilaire fit réunir, pour juger Mamert, un concile, à 
qui il enjoignit, si le métropolitain de Vienne refusait de se soumettre, de lui 
retirer les quatre diocèses sufïragants de son siège, pour les attribuer au métro- 
politain d'Arles, Jalté-Kalteiibrunner, n. 556-559, P. L., t. lviii, col. 25-27. 
Le même pape sévit contre Hermès qui, abandonnant au mépris des règles cano- 
niques l'évèche de Béziers, avait usurpé le siège métropolitain de Narbonne ; le 
droit de consacrer lui fut enlevé et conféré au plus ancien des évêques suifragants 
de Narbonne, Jaffé-Kaltenbrunner, n. 554-555, P. L., t. lviii, col. 24-25. Ces 
différentes sentences pontificales, qui avaient d'ailleurs été rendues dans des 
conciles italiens, furent acceptées sans protestation par les évêques gaulois; 



332 LIVRE XXIII 

mais remarquons-le, ni Hilaire, ni Mamert, ni Hermès n'ont été déposés; ce qu'ils 
ont perdu, ce n'est pas leur siège, mais leurs prérogatives de métropolitains. 
Les seuls exemples de déposition nous sont donnés par le pape Félix II (III) 
qui fît prononcer cette peine par des conciles tenus à Rome en 484, contre Acace, 
patriarche de Constantinople, à l'instigation de qui l'empereur Zenon avait en- 
levé à Jean Talaja le siège d'Alexandrie pour le donner à Pierre Monge; puis, 
en 485, contre Pierre le Foulon, usurpateur du siège d'Antioche. Jafîé-Kalten- 
brunner, n. 592-404, P. L., lviii, col. 893, 978, 921, 934. Sur le pouvoir des pa- 
pes en matière disciplinaire, cf. Hinschius, Dos Kirchenrecht (1er Katholischen and 
Profestanten, t. iv. p. 780 sq., pour l'époque impériale; p. 837 sq., pour l'époque 
mérovingienne; t. v, p. 281 sq., pour l'époque carolingienne. Aucune des deux 
sentences ne fut d'ailleurs exécutée : Acace et Pierre le Foulon conservèrent 
l'un et l'autre leur dignité. Dans l'empire franc, ni à l'époque mérovingienne, 
ni sous les premiers carolingiens, il n'y eut de prélal déposé par un pape. La seule 
intervention pontificale à signaler pour cette période est la restauration sur leurs 
sièges par le pape Jean III des évèques Salonius d'Embrun et Sagittarius de 
Gap qu'avait déposés un concile tenu à Lyon en 567, encore n'en avaient-ils 
appelé au Saint-Siège qu'avec l'autorisation du roi Gontran. Jafîé-Kaltenbrunner, 
n. 1040. Les archevêques Ebbon de Reims, Agobard de Lyon, Bernard de Vienne, 
et Barthélémy de Narbonne avaient été déposés en 835 par le concile de Thion- 
ville sans que le pape Grégoire IV eût même été consulté. Mûhlbacher, Reg. Kar., 
p. 346. En prononçant la déposition de Gûnther et de Thieutgaud dans un sy- 
node uniquement composé de prélats italiens, le pape Nicolas I er s'écartait de la 
tradition et des règles canoniques, il commettait un abus de pouvoir et un véri- 
table coup d'État. Leibnitz, Ann. imp. occ, t. r. p. 623; Noorden, Hinkmar, 
p. 190. n. 1 ; A. Hauck, Kirchengeschichte Deutschlands, t. n, p. 509-510, s'accor- 
dent à juger illégale la déposition des deux métropolitains. Le dernier reconnaît 
pourtant, de même que Guizot, Histoire de la civilisation en France, t. n, 27 e 
leçon, que Nicolas avait raison au fond. Hontheim (= Febronius), Prodromus 
historiée Trevirensis, 1. 1, p. 308-309, et Historia Trevirensis diplomatica, t. i, p. 150, 
ne blâme pas ouvertement la sentence pontificale, niais il voit là une innovation 
qu'il attribue à l'influence des Fausses Décrétales. 

« Ce n'est pas seulement de l'incompétence du tribunal chargé de les juger que 
les deux archevêques avaient le droit de se plaindre, il semble bien que les règles 
habituelles de la procédure aient été violées à leur détriment. Nous ne savons pas 
exactement de quelle façon procéda le concile à l'examen de. l'affaire, mais, 
d'après le factum de Gûnther et de Thieutgaud, ils n'auraient pas été cités à 
comparaître pour s'expliquer sur leur conduite ; ils n'auraient été introduits 
dans le concile que pour entendre leur condamnation sans avoir eu la possibi- 
lité de présenter leur défense, Guntharii et Theutgaudi. Libellas, c. ni, Ann. 
Berlin., ad ann. 864, p. 69; Ann. Fuld., ad ann. 863, p. 61. Nicolas, dans sa lettre 
aux évèques allemands du 31 octobre 867, P. L., t. exix, col. 1187, dit qu'il a 
critiqué les actes du concile de Metz en présence de Gûnther et de Thieutgaud, 
ce qui est en contradiction formelle avec l'assertion de ces derniers. Toutefois, 
ces observations auraient été faites lorsque les deux archevêques présentèrent 
les actes du concile de Metz au pape qui en ordonna immédiatement la lecture. 
Nicolas ne dit pas d'ailleurs que les prélats incriminés eussent été appelés à four- 
nir des explications. Ainsi ce droit de défense, le plus sacré de tous, le plus 



470. TROIS CONCILES ROMAINS 333 

fonctions sacerdotales et dépossédés de tout pouvoir épiscopal. » 
A ce décret sont joints les cinq capitula suivants 1 : 

1. Nous annulons à tout jamais le concile de Metz, tenu en juin 
863, dont les membres ont porté une décision à nous réservée 
(sur le mariage de Lothaire) ; nous mettons cette assemblée sur 
la même ligne que le brigandage d'Éphèse, etc. 2 . 

2. Nous déchirons dépouillés de toutes fonctions ecclésiastiques, 
pour cause d'indignité, Thieutgaud de Trêves, primat de Belgique, 
et Gùnther, archevêque de Cologne, qui ont fait connaître par un 
• ■(lit, à nous e1 à ce saint concile, leur conduite dans l'affaire 
de Lothaire et de ses deux femmes, et ont confirmé de vive 
voix cet écrit; qui ont, en outre, déclaré n'avoir pas suivi les ordres 
du pape au sujet d'Engeltrude 3 . En vertu du jugement du Saint- 
précieux pour un accusé, leur aurait été refusé par le pape. Ou le voit, une dou- 
ble irrégularité entachait la sentence du concile de Latran. 

«Tout était donc préparé à l'avance, quand Gùnther et Thieutgaud furent 
appelés devant l'assemblée qui se tenait dans le palais de Latran, au lieu dit 
su h apostolis. Des laïcs étaient mélangés aux clercs dans la salle des séances. 
Nicolas présidait, assisté d'Anastase connu généralement sous le nom d'Anas- 
tase le Bibliothécaire. Nicolas lut d'abord les actes du concile de Metz, puis la 
sentence, d'abord lue dans le concile, le fut ensuite dans l'église Saint-Pierre. 
Jaifé-Ewald, n. 2748-2751 ; Ann. Berlin., ad ann. 86.'!. p. 63 ; Gùnther et Thieut- 
gaud. Libellus, c. ni, dans Ann. BerL, ad ann. 864, p. 69, et Ann. Fuld., ad 
ann. 863, p. 61 ; Réginon. Chronicon, ad ann. 865, p. 83 : Translatio S. Glodesin- 
dis, c. xxvm, dans Mon. Germ. hist., Script., t. cxxjv. p. 507, note. Cette der- 
nière source fait assister au concile des évèques de presque toute l'Italie et beau- 
coup de la Gaule. » (H. L.) 

1. Nicolas I er Epist., lviii; Mansi, op. cit., t. xv, col. 336; Hardouin, op. 
cit., t. v, col. 289. Les Annales de Saint-Bertin, Pertz, Mon. Germ. hist., t. i, 
p. 'i66, ne donnent pas ce concile à la place voulue, mais le reportent en 864. 

2. Conc. Lateranense, c. i, dans Ann. Bertiniani, ad ann. 863, p. 64. (H. L.) 

3. Conc. Lateranense, c. n, dans Ann. Bertiniani, ad ann. 863, p. 64. Dans 
Jafîé-Ewald, n. 2886, P. L., t. exix, col. 1167-1168, Nicolas donne sept raisons 
de la sentence qu'il a portée contre Gùnther et Thieutgaud. Il les a déposés 
parce qu'ils ont : 1° désobéi aux ordres du pape, en ce qui concernait Engel- 
trude, Theutberge et Waldrade ; - - 2° essayé d'absoudre Engeltrude que le 
pape avait excommuniée; 3° altéré les lettres pontificales relatives à Engel- 
trude avant de les lire au concile de Metz; - - 4° favorisé les adultères; — 5° 
Lente de juger eux-mêmes en dernier ressort l'affaire de Lothaire et de ses fem- 
ni' is, au mépris des droits du pape, à qui les deux parties en avaient appelé ; 
condamné Theutberge ; — 6° et ce, en l'absence de la reine, qui n'est pas venue 
par crainte de Lothaire; — 7° obligé leurs collègues à signer les actes du con- 
cile. Cf. L. M. Hartmann, Geschichte Italiens im Mittelalter, t. ni, part. 1, 
Italien und die frànkische Herrschaft, in-8, jGotha, 1908, le ch. vu, traité du 
divorce de Lothaire. (H. L.) 



334 



LIVRE XXIII 



Esprit et de l'autorité de saint Pierre, nous prononçons leur 
déposition de l'épiscopat. Si, nonobstant cette condamnation, 
ils continuent à exercer les fonctions épiscopales, ils perdront 
tout espoir d'être réintégrés, et ceux qui entretiendront commu- 
nion avec eux seront exclus de l'Église. 

3. La même peine atteindra tous les autres évêques qui feront 
cause commune avec eux. Néanmoins, s'ils déclarent personnelle- 
menl ou par députés qu'ils adhèrent à la sentence rendue par le 
Saint-Siège, il leur sera pardonné 1 . 

4. Engeltrude, ses amis et ses protecteurs sont menacés de l'ana- 
thème et des autres peines. Si elle revient auprès de son mari, [274] 
ou si elle se présente devant le Siège apostolique, on lui fera 
espérer son pardon, toutefois après satisfaction suffisante 2 . 

5. Celui qui méprise les ordres, les interdits, etc., du Saint- 
Siège, sera anathème 3 . 

Le pape communiqua ce décret au roi Lothaire; mais nous ne 
possédons plus de sa lettre, que trois fragments dans le Corpus 
juris can., dist. LXIII, c. 4 ; caus. XL, q. ni, c. 96 et caus. XXIV, 
q. ni, c. 19. Le pape blâme d'abord le roi de son adultère; il 
parle ensuite de la déposition de Gïmther et de Thieutgaud, et 
défend de donner leurs sièges à d'autres sans sa permission 4 . 

Dans ce même concile, on déposa également Haganon, évèque 
de Bergame, qui, avec Gûnther et Thieutgaud, avait eu la prin- 
cipale part à la rédaction de ce Libellas, et Jean de Ravenne. 
qui avait fait cause commune avec les ennemis de Rome 5 . 



1. Conc. Laleranense, c. m, dans Annal. Berliniani, ad ann. 863, p. 65. (H. L.) 

2. Conc. Laleranense, c. v, dans Ann. BerL, p. 65. (H. L.) 

3. Conc. Laleranense, c. v, dans Ann. BerL, p. 65-66. (H. L.) Mansi, op. cit., 
1. xv. col. 649; Hardouin, op. cit., t. v, col. 573; Pertz, op. cit., t. i. p. 460 sq.; 
Baronius, Annales, ad ann. 863, n. 22. Il y a quelques années, le docteur Floss a 
publié aussi ce décret du pape dans son ouvrage: Leonis VIII Privïlegium. etc. 
1858, p. 24, d'après un manuscrit de Trêves 

4. Jafïé-Ewald, n. 2752, 2753, P. L., t. cxix, coi. 869; Sdraiek, op. cit., p. 30 ; 
R. Parisot, op. cit., p. 238, note 6. Nous possédons quatre exemplaires des lettres 
envoyées à cette occasion par le pape : 1° aux évêques de Gaule, d'Italie, et de 
Germanie ; 2° à Hincmar et à Wénilon ; 3° à Odon ; 4° à l'épiscopat allemand, 
Jaiïé-Ewald, n. 2748-2751; les Ann. Bertiniani, ad ann. 863, p. 63, donnent le 
texte de la lettre envoyée à Hincmar ; les Ann. J'uldenses, ad ann. 863, p. 58, 
reproduisent celle envoyée aux évêques de Louis le Germanique. (H. L.) 

5. Voir Lapôtre, Hadrien II et les fausses décrélales, dans la Bévue des ques- 
tions historiques, 1880, t. xxvii, p. 386, note 5. (H. L.) 



470. TROIS CONCILES ROMAINS 335 

Ils ne se soumirent pas plus (|iie Gùnther el Thientgand et allè- 
rent trouver l'empereur Louis 11, alors à Bénévenl. à qui ils 
représentèrent l'injustice de leur déposition <| ni ]>ortait atteinte 
au respect dû à l'empereur et à son frère 1 . On n'avait jamais vu, 
à les entendre, des métropolitains condamnés sans l'assenti- 
ment de leur souverain temporel ( !) ; de plus, dans le cas pré- 
sent, Gùnther et Thieutgaud étaient venus à Rome coin me 
ambassadeurs de Lothaire et sous la protection de l'empereur. 
Ils joignirent à ces accusations des calomnies contre le pape 2 . 
Au début de l'année 864, l'empereur se rendit avec sa femme 
en Italie afin d'obtenir du pape de gré ou de force le retrait de 
la sentence portée contre Gùnther et Thieutgaud. Les deux arche- 
vêques lorrains faisaienl partie de la suite impériale ; pendant 
qu'ils faisaient route vers Rome, ils publièrent une encyclique 
adressée à tous les évêques ; ils représentaient le pape ci mime un 
tyran et engageaient les évêques de leur nation à se ranger du 
parti de Lothaire. En même temps qu'ils adressaient au pape 
[275] une lettre de plaintes et d'exigences, ils envoyaient ce même docu- 
ment à Byzance, où ils réclamaient assistance contre le pape. 
Nicolas I er fit face à l'orage; il écrivit à Rodulf. archevêque de 
Bourges, l'engageant, ainsi que ses sufîragants, à refuser la com- 
munion de Gùnther et Thieutgaud. Gùnther, continuait Nicolas, 
importune en ce moment l'empereur et les rois francs, et répand 
partout des calomnies contre le pape 3 . En terminant, Nicolas 
priait les évêques de la province de Bourges d envoyer, au 
commencement de novembre (864), deux de leurs collègues 
siéger à Rome à un grand concile 4 . 

A l'époque du concile de Latran dont nous venons de parler 
se tint à Milan (octobre 863) un concile provincial, sous la 
présidence de Tado, archevêque de cette ville. Maassen a décou- 
vert el publié, d'après un manuscrit du Chapitre de la cathédrale 

1. Gùnther et Thieutgaud soudèrent à déposer le pape. Leur mémoire de pro- 
testation fut adressé à Photius. Cf. Diminuer, Geschichte des ostfrànkischen 
Reichs, 2 e édit., Leipzig, 1888, t. u, p. 72, n. 2, et une analyse du mémoire dans 
R. Parisot, op. cit., p. 243-244. (II. L.) 

2. Baronius, Annales, ad ann. 863, n. 27, 32; Mansi, up. cit., l. xv, col. 152; 
Pertz, op. cit., t. i. p. 462, 573; \.\nu. Bert., ad ann. 864, p. 67. (H. L.)] 

3. R. Parisot, op. cit., p. 242. (H. L.) 

4. Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 334; Mansi, op. cit., t. xv, col. 382; [Ann. 
Bert., ad ann. 864, p. 67. (H. L.)] 



336 LIVRE XXIÎI. 

de Novare, les actes canoniques de ce concile 1 . Voici les 14 
canons de ce concile : 1) Les évèques doivent placer à la tête 
de la paroisse des prêtres capables. 2) Les églises ne doivent pas 
être dépouillées de leurs revenus, surtout par les préposés 
à ces revenus. 3) Les monastères doivent rester tels 2 . 4) Lors- 
que les hospices ne peuvent être maintenus conformément 
aux fondations, on doit attribuer aux étrangers et aux pau- 
vres la cinquième partie (de leurs revenus). 5) Les revenus 
des hospices éloignés doivent être attribués par l'évêque aux 
étrangers et aux pauvres des endroits fréquentés. 6) Défense 
aux prêtres et aux évêques d'assister aux spectacles, de chasser. 
7) Si celui qui prend un clerc sous sa protection cherche à le dé- 
fendre contre son évêque, protecteur et protégé seront frappés 
d'anathème. 8) L'évêque doit décider de l'emploi de la dîme ecclé- 
siastique d'après le can. 7 de Gangres. 9) Personne ne peut, sans 
l'assentiment de l'évêque, recevoir un clerc vagabond et le laisser 
remplir ses fonctions. 10) Aucun clerc ne peut, en dehors de l'auto- 
risation de l'évêque, échanger un bien d'église. 11) Celui qui dé- 
robe le bien des pauvres ou de l'église et ne s'amende pas après 
trois avertissements de l'évêque, sera excommunié définiti- 
vement. 12) On demandera à l'empereur d'éloigner de sa cour 
et d'y priver de tout emploi les excommuniés. 13) On doit mettre 
à la tête des portiers des sous-diacres de capacité reconnue, 
a lin que des pécheurs notoires ne puissent entrer dans une église 12761 
sans la permission de l'évêque. 14) Les évêques doivent désigner 
des prêtres sérieux en qualité de pénitenciers. 

Ainsi que nous l'avons vu plus haut, l'empereur Louis 11 
se rendit en Italie au début de l'année 864 pour contraindre le 
pape à l'indulgence à l'égard du roi Lothaire. 

Lorsque le pape Nicolas apprit l'approche de l'empereur, il 
ordonna des jeûnes et des prières, afin que Dieu changeât les 
sentiments du prince 3 . L'empereur arriva devant Rome et campa 
non loin de l 'église de Saint-Pierre 4 . Des clercs et des laïques 

1. F. Maassen, Eine M ailànder Synode vom Jahre 863, mitgetheilt, dans Sit- 
zungsberichte d. Akad. d. Wissenschaften, Wien, 1865, t. xlix, p. 306-310. Cf. 
Aiud. juris pontificii, 1873, t. xii, p. 767-76'J: A. Verminghofî, Verzeichnis, dans 
Neues Archiv, 1901, t. xxvi, p. 634. (H. L.) 

2. Voir le can. 24 du concile de Chalcédoine. 

3. Ann. Berlin., ad ami. 864, p. 67; Libellus de imperatoria poiestate, P. L., 
t. cxxxix, col. 55. (H. L.) 

4. Ann. Berlin., ad ann. 864, p. 67; Libell. de imp. pot., col. 55; Erchampert, 



470. TROIS CONCILES ROMAINS 337 

qui se rendaient en procession à Saint-Pierre, pour y prier suivant 
les instructions du pape, furent refoulés et maltraités parles ser- 
viteurs de l'empereur ; on brisa croix et bannières, et même une 
croix précieuse qui provenait de sainte Hélène et renfermait 
une parcelle de la croix du Sauveur 1 . Le pape résidait alors au 
Latran, situé à l'extrémité sud-est de la ville. Apprenant ce qui 
se passait, et sachant qu'on voulait le faire prisonnier, il s'échappa 
et vint sur une petite barque jusqu'à Saint-Pierre, où il passa 
deux jours et deux nuits sans boire ni manger 2 . Sur ces entrefaites, 
l'homme qui avait brisé la vénérable croix de sainte Hélène mou- 
rut, et l'empereur tomba malade de la fièvre 3 . Voyant dans ces 
deux faits la punition divine, l'empereur, par l'intermédiaire de 
sa femme (Engelberge), se réconcilia avec le pape 4 . Quant à 
(1 ii ni lier il eut l'audace d'envoyer par son frère Hilduin au pape 
ses Diabolica capitula, ainsi que les appelle Hincmar 5 , c'est-à- 
dire l'injurieuse lettre à Nicolas, dont nous avons déjà parlé. 
Si le pape refusait de la recevoir, Hilduin devait la placer sur 
le tombeau de saint Pierre; il se mit en devoir de le faire, 
mais il fut, avec ses partisans, chassé de Saint-Pierre, et dans le 
tumulte l'un des siens fut tué 6 . L'empereur ordonna alors à 
Gùnther et à Thieutgaud de retourner chez eux, et lui-même 
alla de Rome à Ravenne, où il passa les fêtes de Pâques, 864 7 . 
Avec l'empereur Louis l'ancien légat du pape à Constantinople 

Historia Langobardorum, c. xxxvn, dans Scriptores rerum Langobardicarum, 
p. 248. (H. L.) 

1. Ann. Bertin., ad ann. 864, p. 67 ; Libell. de irnp. pote?st.,P. L., t. cxxxix, 
col. 55; Erchempert, op. cit., c. xxxvn, p. 248. (H. L.) 

2. Ann. Bertin., ad ann. 864, p. 68, P. L., t. cxxxix, col. 55 ; P. L., t. cxxvi, 
col. 612-613. (H. L.) 

3. Ann. Bertin., ad ann. 864, p. 68. 

4. L'empereur abandonnait ses deux protégés et cessait son opposition à la 
sentence qui les avait frappés. Ann. Bertin., ad ann. 864, p. 68. Le Libellus de 
imper, polest. ne présente pas les choses sous leur véritable jour, P. L., t. cxxxix, 
col. 55. Il semble attribuer au pape les concessions; c'est le contraire qui eut lieu. 
(H. L.) 

5. Pertz, op. cit., t. 1, p. 463. 

6. Translatio S. Glodesindis, c. xxxvin, dans Mon. Germ. hist., Srripl ., 
t. xxiv, p. 507 note, attribue la protestation au seul Gûnther. Ann. Bertin., ad 
ann. 864, p. 68, 70-71; Jaiïé-Ewald, n. 2886, P. L., t. exix, col. 1169 ; R. Pari- 
sot, op. cit., 246. (H. L.) 

7. Hardouin, op. cit., t. v, col. 575; Mansi, op. cit., t. xv, col. 635; Pertz, op. cit., 
t. i, p. 464; Dùmmler, op. cit., p. 511 sq. 

CONCILES — IV — 2 2 



338 LIVRE XXIII 

et à Metz, Rodoald était revenu à Rome, espérant le moment 
favorable pour ses intérêts. Aussi longtemps que ses ennemis y 
dominèrent, Nicolas ne put remettre à un concile l'affaire de 
Rodoald, qu'il engagea à ne pas quitter Rome et à se présenter 
au prochain concile, l'assurant n'avoir rien à craindre puis- 
qu'il pourrait, en toute liberté, présenter sa justification; au con- [277] 
traire, s'il s'éloignait, il serait déposé et excommunié. Rodoald 
prit néanmoins la fuite : aussi un concile tenu dans la basilique de 
Constantin, au Latran, prononça contre lui la déposition et l'ex- 
communication; c'était probablement peu après le départ de l'em- 
pereur, vers le milieu de l'année 864 l . 

Le jeudi saint (30 mars) de cette même année, Giïnther osa, 
quoique excommunié, célébrer dans sa cathédrale, à Cologne, 
le service divin et consacrer les saintes huiles 2 . Thieutgaud s'abs- 
tint de toutes fonctions ecclésiastiques 3 . Les autres évêques 
lorrains furent comme lui si stupéfaits des décisions prises au 
concile de Latran, l'année précédente, qu'usant du moyen de 
réconciliation marqué par le canon 3 e , ils reconnurent par 
écrit leurs torts, et sollicitèrent humblement leur pardon 4 . Nous 
possédons encore la lettre d'Advence, alors évêque de Metz, au 
pape Nicolas. « Après la réception des décrets apostoliques (les 
décisions du concile de Latran), je me serais hâté avec plaisir, 
dit-il, d'aller à Rome répondre. de vive voix à Votre Sainteté ; 
mais j'en ai été empêché par mon grand âge et par la maladie, car 
ma vie est en danger. Toutefois, si je ne le puis de corps, je veux 
au moins me jeter en pensée à vos pieds, pour vous prier d'accep- 
ter avec une bienveillance paternelle mes excuses, qui sont en 
tout conformes à la vérité. » Vient ensuite, en six numéros, la 
déclaration suivante : « il ne veut plus reconnaître pour évê- 
que ni Thieutgaud qui, par esprit d'obéissance, s'abstenait de 
toutes fonctions et espérait obtenir du pape son pardon, ni 
Gùnther, qui dédaignait l'excommunication; il s'interdit tous 
rapports avec ce dernier et avec ses partisans. Dans l'affaire 
de Lothaire, il avait ajouté foi à l'exposition des faits présen- 
tée par les deux archevêques, et se conformant aux anciens 

1. Nicolas, Epist., vu, dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 183; Hardouin, op cit., 
t. v, col. 141 ; Baronius, Annales, ad ann. 864, n. 3, 4. 

2. Ann. Bertin., ad ann. 864, p. 71. (H. L.) 

3. R. Parisot, op. cit., p. 249. (H. L.) 

4. Pertz, op. cit., t. i, p. 465. 



470. TROIS CONCILES ROMAINS 



33 l J 



canons, il avait suivi ses métropolitains, d'autant qu'il ignorait 
personnellement l'affaire, n'étant pas évêque à l'époque du pré- 
tendu mariage. Au reste, il est prêt à obéir au pape dans cette 
question. Il n'a pas participé à l'acquittement d'Engeltrude, et 
en cela, comme en tout, il s'attache au Siège de Pierre. Le 
[278] pape avait promis aux évêques lorrains leur pardon s'ils faisaient 
leur soumission et adhéraient soit personnellement, soit par des 
députés à sa sentence. Il a donc choisi un député pour porter sa 
profession de foi. cependant il a différé pendant quelque temps 
delà faire parvenir parce qu'il a négocié avec les autres évêques 
lorrains, pour les engager à se conformer au désir du pape. 
Maintenant qu'il sait leur consentement unanime, il envoie 
d'avance le porteur de cette lettre comme un héraut qui doit 
devancer son autre député 1 . 

Sur la demande d'Advence, le roi Charles le Chauve intercéda 
aussi auprès du pape en sa faveur, et fit remarquer à Nicolas 
que son oncle, l'illustre Drogon de Metz, avait élevé Advence 
et l'avait pris dans sa maison. Cette lettre fut confiée au moine 
Betton qui la porta à Rome 2 . 

Quelque temps après, le député d'Advence, le prêtre Theuderich, 
arriva à Rome et remit une lettre plus détaillée, ainsi que nous 
l'apprend la réponse du pape. En même temps, les autres évêques 
lorrains envoyèrent des lettres et des députés à Rome ; ainsi 
firent, en particulier, Rodoald de Strasbourg, dont nous pos- 
sédons encore le début de la lettre d'excuses 3 , et Francon, 
évêque de Tongres, auquel le pape répondit 4 . 

Le roi Lothaire voulut, lui aussi, essayer d'adoucir le pape; 
il lui adressa donc une lettre que Baronius a reproduite 5 . Il 
se plaint d'abord de ce que le pape, qu'il tenait cependant en 
si haute estime, donnait trop de créance à ses adversaires. 



1. Baronius, Annales, ad ann. 863, n. 51; Mansi, op. cit., t. xv, col. 370; Har- 
douin, op. cit.. t. v, col. 321 ; R. Parisot, op. cit., p. 254. (H. L.) 

2. Baronius, Annales, ad. ann. 863, n. 56; Hardouin, op. cit., t. v, col. 323; 
Mansi, op. cit., t. xv, col. 371. 

3. Baronius, Annales, ad ann. 864, n. 8. 

4. Nicolas, Epist., xlv. [R. Parisot, op. cit., p. 253, 256. (H. L.)] 

5 Baronius, Annales, ad. ann. 864, n. 24, Hardouin, op. cit., t. v, col. 336 ; 
Mansi, op. cit., t. xv, col. 384. L'autre lettre citée par Baronius, op. cit., n. 19, 
est d'une époque plus récente et postérieure à l'arrivée du légat Arsène, cf. 
§ 472. [R. Parisot,, op. cit., p. 252. (H. L.)] 



340 LIVRE XXIII 

« Le pape a cependant pu apprendre de ses légats que lui, 
Lothaire, n'a pas fait difficulté d'exposer devant eux ses plaintes, 
comme l'aurait pu faire un homme de condition ordinaire. Le 
véritable but de ses ennemis est de le dépouiller de son royaume 1 , 
dont il a légitimement hérité. Il a appris, des extrémités de son 
empire où il lutte contre les païens, que Gùnther et Thieutgaud 
ont été excommuniés ; il en a ressenti une grande peine, 
mais s'est promis d'user de patience. Il a su plus tard que, mal- [279] 
gré cette sentence, Gùnther dit la messe, consacre les saintes 
huiles et communique le Saint-Esprit 2 . Il désapprouve cette 
conduite et, pour ce motif, cesse toute communion avec lui. 
Quant à Thieutgaud qui a obéi, il intercède en sa faveur. Du 
reste, quand il les a envoyés tous deux en Italie, il ne leur 
a aucunement ordonné d'user d'expressions de nature à leur atti- 
rer une pareille condamnation 3 . Il est également innocent dans 
la question d'Engeltrude, car il avait exhorté Gùnther, dans le 
diocèse duquel elle vivait, à faire à son égard ce que comman- 
dait le devoir de sa charge. Il ne sait ce qu'ont décidé au sujet 
de cette femme les légats du pape, devant lesquels elle a été 
assignée 4 . 

Ainsi Lothaire, soucieux de garder extérieurement une atti- 
tude respectueuse, avait rompu toute communion ecclésiasti- 
que avec Gùnther. Les Annales de Saint-Bertin prétendent 
que, pour gagner son oncle Charles le Chauve, il avait donné le 
siège de Cologne à Hugues, cousin de Charles, simple sous-diacre 
et homme de mauvaises mœurs 5 . En agissant ainsi, Lothaire 
serait allé directement contre les prescriptions du pape ; le prince 
Hugues n'eut sans doute que des promesses, car, en 864, nous 
trouvons Gùnther administrateur temporel de Cologne 6 ; il 



1 . Allusion à Charles le Chauve. 

2. Il avait sans cloute administré le sacrement de confirmation le jour de 
la Pentecôte de l'année 864. 

3. Ceci pour se justifier du Libellus et de l'écrit injurieux au pape. 
'i. Dummler, op. cit., p. 519. 

. r >. Pertz, <>[>. cit., \>. 465. Sur Hugues i'Abbc, cf. Kalkstein, U>i Hu^n mis 
dem Hause der Welfen, Markgraf von Neustrien, dans Forschungen zur deul- 
schen Geschichle, Gœttingen, 1874, t. xiv, p. 37-128; Bourgeois, Hugues l'Abbé, 
dans les Annales de la Faculté des lettres de Caen, 1885, t. i, p. 61-72, 07-130. 
(H. L.) 

6. Cette assertion est fausse, cf. R. Parisot, op. cit., p. 251, n. 8. (H. L.) 



*7Û. TROIS CONCILES HUMAINS 341 

resta en effet, quelque temps, en possession des biens des églises, 
tandis que son frère, le fameux abbé Hilduin, paraît avoir exercé 
les fonctions ecclésiastiques 1 . On se demande si les Annales 
de Saint-Bertin sont dans le vrai lorsqu'elles rapportent que 
Gùnther, irrité de la nomination de Hugues, serait retourné 
à Rome et aurait dévoilé au pape toutes ces intrigues 2 . Il est 
certain que le pape Xicolas pardonna à tous les évêques lorrains, 
à l'exception de Gûnther et de Thieutgaud, et les exhorta à tout 
tenter pour remettre le roi dans le droit chemin. Nous possédons 
[280] encore les deux Ici lies du pape à Francon de Tongres et à Ad- 
vence de Metz 3 . datées lune et l'autre du 17 septembre 864, 
e1 presque identiques. Toutefois dans la lettre à Advence le 
pape manifeste une certaine surprise d'avoir reçu de lui une 
pareille lettre (probablement parce qu' Advence était le chancelier 
de Lothaire) ; fût-il moins innocent qu'il ne le prétendait, le pape 
était décidé à lui pardonner et lui pardonnait en effet, parce 
qu'il était près de la mort. Advence avait cherché à expliquer 
sa conduite, en alléguant l'obéissance due aux rois, citant à ce pro- 
pos un passage de saint Pierre 4 . Cette citation ne se trouvant 
pas dans la lettre analysée plus haut, doit appartenir à la se- 
conde lettre, confiée à Theuderich. Mais, dit le pape, il fallait 
voir si ces rois étaient de véritables rois, s'ils savaient d'a- 
bord se gouverner eux-mêmes et ensuite le peuple confié à 
leurs soins, s'ils gouvernaient avec justice et n'étaient pas plutôt 
des tyrans auxquels on devait résister, au lieu de leur obéir. 
Advence avait eu tort d'alléguer les anciens canons pour expli- 
quer sa faiblesse vis-à-vis des deux métropolitains 5 . 

Advence adressa aussitôt au pape une lettre de remercî- 
ment; on y voit que le pape avait écrit, en même temps qu'à 
lui, aux rois Charles le Chauve et Louis le Germanique, leur 



1. Baronius, Annales, édit. de Lucques, t. xv, p. 9; Gfrôrer, Die Carolinger, 
t. i, p. 418. 

2. Les Ann. Berlin., ad ann. 864, p. 71, ne le disent pas formellement ; les Ann. 
Fuldenses, ad ann. 864, p. 63, disent que le pape refusa de recevoir Gùnther. 
(H. L.) 

3. Jafîé-Ewald, n. 2776, P. L., t. cxix, col. 885-887; R. Parisot, op. rit., p. 255. 
(H. L.) 

4. I Petr., n, l:j. 

5. Baronius, Annales, ad ann. 863, n. 59; Uardouin, op. cil., t. v, col. 325; 
Mansi, op. cil., 1. xy, col. 372. 



342 



LIVRE XXIII 



mandant d'envoyer à Rome le métropolitain ou deux sufïra- 
gants de chaque province ecclésiastique, pour assister à un 
grand concile convoqué pour le mois de mai 1 . Les deux rois 
devaient également communiquer cette lettre à l'épiscopat lor- 



1. A moins que, au lieu de xiv kal. junii, il ne faille lire kal. nov., ce qui s'ac- 
corderait mieux avec ce que nous avons dit plus haut et avec ce qui est rapporté 
dans les Annales de Saint-Berlin. Pertz, op. cit., t. i, p. 466. Dans ce dernier cas 
ce serait du mois de novembre 864 qu'il s'agirait ; mais si on garde kal. junii, 
il s'agit évidemment du mois de mai 865. 

« Certains auteurs ont rejeté à priori la convocation successive de deux con- 
ciles par le pape et ont cru qu'il n'y en avait eu qu'une seule faite en 864, celle 
dont parlent les Annales Bertiniani, ad ami. 864, p. 73. En conséquence et pour 
faire cadrer avec leur hypothèse la lettre d'Advence, Episl. ad Nicolaum, ils ont 
proposé de lire dans celle-ci novembris au lieu de junii. Le concile se serait donc 
ouvert le 19 octobre ; mais comme les Ann. Berlin, disent circa kalendas novem- 
bris, i\ n'y a pas contradiction. Mais Noorden, Hinkmar, p. 194 et n. 4, et Hefele, 
Conciliengeschichte, t. iv, p. 281 et note 2 (qu'on vient de lire), qui ont soutenu 
cette opinion, n'ont pas remarqué qu'Advence dit avoir reçu la lettre du pape 
des mains de Louis et de Charles. Or, en 864, les deux souverains ne se sont pas 
rencontrés; c'est à Tusey, en février 865, qu'ils se sont revus pour la première fois 
depuis le congrès de Savonnières ; c'est donc à Tusey qu'ils ont remis à l'évêque de 
Metz la convocation pour le concile, et celle-ci ne concerne pas naturellement 
une assemblée déjà tenue en novembre, il s'agit bien d'une nouvelle qui devait 
se réunir en juin 865. Hauck, Kirchengeschichte Deutschlands, t. n, p. 511 et n. 6; 
Mùhlbacher, Reg. Kar., p. 494 ; Dûmmler, op. cit., t. n, p. 99-101, 115, se pro- 
noncent pour la convocation d'un deuxième concile et pour le maintien dans la 
lettre d'Advence de junii; Mùhlbacher et Dûmmler lisent à tort julii. » R. Pari- 
sot, op. cit., p. 269, note 2. 

Peut-être Nicolas commencait-il à concevoir quelques doutes touchant la régu- 
larité de la déposition des deux métropolitains ; il convenait donc de recourir a 
un concile général. On y résoudrait du même coup plusieurs questions très gra- 
ves, notamment celle du patriarcat de Constantinople et, sans paraître convo- 
quer un concile général à l'occasion de deux évêques peu recommandables, on 
y réglerait leur cas. Ann. Bert., ad ann. 864, n. 73. 

Une lettre du pape à Rodolphe, archevêque de Rourges, nous apprend que ce 
concile général devait se réunir à Rome le 1 er novembre 864, Jafïé-Ewald, 
u. 2764, P. L., t. cxix, col. 883; nous ne savons pas quelle devait en être exac- 
tement la composition. Toutefois, en rapprochant des instructions que le pape 
avait envoyées à Rodolphe les ordres qu'il donna plus tard en vue du concile 
qu'il voulait réunir en mai 865, on est amené à croire qu'il avait enjoint à tous 
les métropolitains de l'empire franc de venir eux-mêmes à l'assemblée de novem- 
bre 864 ou de s'y faire représenter par deux de leurs sufîragants. Les évêques ne 
pouvaient aller au concile sans l'autorisation de leurs souverains. Il est vrai- 
semblable que ceux-ci s'émurent des projets de Nicolas. La déposition de Gùnther 
et de Thieutgaud avait déjà été de la part du pape un empiétement sur les droits 



471. CONFLIT ENTRE HINCMAR ET ROTHADE 343 

[281] rain, afin qu'il pût envoyer aussi ses représentants. Reprenons 
maintenant la suite du conflit entre Hincmar et Rothade. 



471. Suite du conflit entre Hincmar et Rothade. 

Nous avons vu qu' Hincmar avait envoyé à Rome Odon, évêque 
de Beanvais 1 , porteur des décrets du concile de Soissons relatifs 
à la déposition de Rothade 2 . Avant l'arrivée à Rome de cet ambas- 
sadeur, le pape savait déjà ce qui s'était passé, et il en exprima 
par lettre à Hincmar tout son mécontentement (début de 
l'année 863). « Jusqu'alors il n'avait rien entendu que de favorable 
à Hincmar ; mais il venait d'être informé, à son grand regret, 
que l'évêque Rothade avait été déposé de son évêché, exilé et 
enfermé dans un monastère, nonobstant qu'il en eût appelé. 
Son âge seul aurait dû le protéger ; mais par mépris pour le 
Siège apostolique auquel il en avait appelé, il était maintenant 
en proie à la faim, à la soif et à d'autres souffrances sans nombre. 
C'était intolérable. Aussi ordonnait-il à Hincmar de réintégrer 
Rothade dans le délai de trente jours à compter de la réception 
de cette lettre, ou, s'il était convaincu de son bon droit, de 
l'envoyer à Rome avec ses accusateurs, de s'y rendre en personne 
ou d'y envoyer des fondés de pouvoir. Ce délai de trente jours 
écoulé, sans avoir accompli l'une ou l'autre de ces prescrip- 
tions, il devait s'abstenir de dire la messe jusqu'à ce qu'il eût exé- 
cuté les ordres du pape. Cette sentence s'appliquait non seule- 
ment à Hincmar, mais à tous les évêques qui avaient adhéré à 



des rois et des métropolitains. Cette fois, il se proposait de juger un souverain; 
c'était une subordination de l'Etat à l'Eglise. Une telle prétention ne pouvait être 
favorablement accueillie par les princes qui firent en sorte de faire échouer le 
concile en n'y envoyant pas leurs évêques. R. Parisot, op. cit., p. 257; A. Hauck, 
op. cit., t. ii, p. 511 ; Dùmmler, op. cit., t. n, p. 100. (H. L.) 

1. D. R. Ceillier, Histoire générale des -auteurs ecclés., 1754, t. xix, p. 281-283; 
2 e édit., t. xn, p. 639-640; Corblet, Hagiographie du diocèse d'Amiens, 1873, t. ni, 
p. 281-309; t. iv, p. 705; J. A. Fabricius, Bibl. med. sévi, 1736, t. v, p. 452-453; 
2 e édit., p. 154; D. Rivet, Hist. litt. de la France, 1740, t. v, p. 530-535; P. L., 
t. cxxiv, col. 1109. (H. L.) 

2. Voir § 467. 



344 LIVRE XXIII 

la déposition de Rothade 1 . » Le pape écrivit en même temps 
à Charles le Chauve, roi de France 2 , lui communiquant ce 
qu'il avait mandé à Hincmar. 

Nicolas prit un ton moins sévère lorsque l'évêque Odon fut 
arrivé à Rome 3 et lui eut remis le procès-verbal de l'assemblée 
de Soissons, avec une lettre d' Hincmar. Il écrivit de nouveau 
à ce dernier: il se réjouissait de voir qu' Hincmar s'était adressé 
au Siège apostolique et avait recherché son approbation pour ce 
qui s'était passé. Malheureusement, il ne pouvait malgré son [282] 
vif désir satisfaire à toutes les demandes d' Hincmar. Les papes 
avaient, depuis longtemps, la meilleure opinion de la fidélité 
d' Hincmar ; Nicolas n'avait pu croire qu'en présence d' Hincmar, 
personne eût été molesté après en avoir appelé à Rome; il n'au- 
rait pu le croire quand même les canons n'auraient rien dé- 
crété sur ce point, ne fût-ce qu'à cause de la prudence bien 
connue d' Hincmar et de sa grande influence sur le roi Charles. 
A supposer même que Rothade eût été trouvé gravement cou- 
pable, et n'en aurait pas appelé à Rome, Hincmar aurait dû, 
par respect pour saint Pierre, porter cette affaire au Saint-Siège 
et attendre son jugement (d'après le droit canon introduit par 
les décrétales du pseudo-Isidore). Du moins n'aurait-il pas dû, 
après appel interjeté, ordonner un autre évêque pour Soissons, 
sans attendre la décision du pape. Dans sa lettre aux évêques 
du royaume de Charles le Chauve, le pape avait marqué en dé- 
tail la conduite à tenir envers Rothade, et Hincmar était au 
nombre de ces évêques. Il devait donc se conformer à ces ins- • 
tructions, s'il ne voulait éprouver la rigueur des canons. Hinc- 
mar souhaitait d'obtenir du pape la confirmation des privilè- 
ges de son siège, et néanmoins il dépréciait de son mieux les 

1. Nicolas I er , EpisL, xxix, dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 295; Hardouin, 
op. cit., t. v, col. 249; P. L., t. cxix, col. 825; Jaffé-Ewald, n. 2712. P. Coustant, 
dans Analecta juris ponlificii, 1869, 84 e livr., série X, col. 85, avait recueilli 
un certain nombre de variantes jpour cette lettre importante. M. Sdralek, Die 
Briefe Nicolaus I, dans Tùbing. theol. Quartalsch., 1880, p. 222 sq. (H. L.) 

2. mco\asl eT , EpisL, xxxvi, P. L., t. cxix, col. 833; Jaffé-Ewald, n. 2713; Mansi- 
Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 300. P. Coustant, dans Analecta juris pontificii, 
1 869, 84 e livraison, série X e , col. 61 , fixe la date de cette lettre et de celle adressée 
à Rothade à la fin de 862 ou au début de 863 ; Jafîé, dans sa l re édition, au plus 
tard en avril 863. (11. L.) 

3. Noorden, Hinkmar, p. 182 sq.: Diimmler, op. rit., t. i, p. 532; H. Schrors, 
op. cit., |>. 247, note 'i0. (II. L.) 



471, CONFLIT ENTRE HINCMAR ET ROTHADE 345 

droits de Rome. » En terminant, le pape fait de nouveau espérer à 
Hincmar la confirmation des privilèges du siège de Reims, 
s'il se montre obéissant, et il rappelle que c'est pour la se- 
conde fois qu'il lui ordonne par écrit d'envoyer Rothade à 
Rome. S'il élail obligé d'y revenir une troisième fois, il serait 
corttrainl de le traiter comme contempteur des canons 1 . 

J.a Lettre aux évêques du royaume de Charles le Chauve, à 
laquelle le pape fait allusion dans le document que nous venons 
d'analyser, n'est autre que son epist. xxxn aux évêques du eon 
eile de Soissons 2 . Nous avons déjà fait remarquer qu'au lieu de 
spnodi Sylvanectensis, il fallait lire Suessionensis. Le ton de cette 
lettre est analogue à celui de la dernière lettre du pape à Hinc- 
mar. Ici encore le pape veut adoucir ce que sa première lettre 
avait de trop acerbe ; mais il est décidé à ne pas céder d'un iota 
sur l'affaire elle-même. Il commence par louer les évêques du res- 
pect à l'égard de Rome dont ils ont fait preuve dans leurs lettres ; 
il les exhorte à ne pas perdre courage en face des malheurs qui 
[283] viennent fondre sur leur patrie, par suite de l'invasion des païens 
et des dissensions intérieures ; il aborde ensuite la question de 
Rothade, et dit : « Vous nous avez demandé confirmation de 
ce que vous aviez décidé au sujet de Rothade dans votre concile ; 
cette demande est inacceptable, car le Siège apostolique ne peut 
porter un jugement qu'avec la connaissance parfaite du vérita- 
ble état des choses. Vous dites avoir envoyé une relation complète, 
et vous ajoutez que l'évêque Odon, présent à tout, pourra nous 
donner de vive voix les explications nécessaires. J'accepterais 
volontiers vos explications, si plusieurs de vos voisins (les évêques 
lorrains) ne nous avaient envoyé des apologies de Rothade, et 
des arguments concluant à son innocence et à votre culpabilité, 
et que l'évêque Odon n'a pu réfuter. Je ne vous cacherai pas non 
plus ma douleur en voyant qu'au mépris du Siège de Rome, vous 
avez déposé Rothade, malgré son appel. Il est également regret- 

1. Nicolas I er , Epist., xxvm. Jafîé a, dans ses Regesta pontif. roman., I e édit., 
p. 241, mal exposé le rapport de cette lettre du pape avec ce qui précède et il a 
placé plus tard ce qui était antérieur. Mansi, op. cit., t. xv, col. 294 ; Hardouin, 
op. cit., t. v, col. 247. 

2. Epist., xxxii (xxxv), P. L., I. cxix, col. 826; Jafîé-Ewald, n. 2723 ; Mansi, 
op. cit., t. xv, col. 300 sq. Sur celte lettre, cf. II. Schrors, Hinkmar, Erzbischof 
von Reims, sein Leben und seine Schriften, in-8, Freiburg-im-Br., 1884, p. 247- 
249. (H. L.) 



346 



LIVRE XXIII 



table d'avoir invoqué les lois impériales en preuve de la nullité 
de l'appel de Rothade, comme si dans un tel conflit les lois civiles 
l'emportaient sur les lois ecclésiastiques... Vous ajoutez que l'appel 
n'était qu'une feinte pour traîner l'affaire en longueur; mais vous 
ne le prouvez pas, et vous savez que Dieu seul voit le fond des 
coeurs. Chacun connaît les can. 4 et 8 de Sardique sur l'appel 
à Rome 1 . Vous avancez que Rothade ne pouvait en appeler 
parce qu'il n'avait aucune bona causa, ce que suppose le concile 
de Sardique. Mais lui-même devait tenir sa cause pour bonne, ce 
qui suffit pour permettre l'appel. Du reste, n'eût-il pas interjeté 
appel, vous deviez déférer son affaire à Rome, conformément 
à l'ordonnance du même concile (explication singulière du can. 3 ; 
Si i'obis placet, sancti Pétri apostoli memoriam honoremus, ut scri- 
batur, ab his qui causam examinarunt, Romano pontifici). Ce qui 
est plus fâcheux encore, c'est que, consacrant un autre évêque 
à la place de Rothade, vous avez agi directement contre les règles 
de l'Eglise (can. 4 de Sardique). Vous dites qu'après son appel, 
Rothade avait changé de sentiment et réclamé le jugement 
des évêques. Sans douter de votre affirmation, on se demande 
comment Rothade est ainsi revenu sur ses pas, et cette question 
ne sera éclaircie qu'après comparaison, dans une enquête sérieuse, [284] 
des témoignages des deux parties. Vous savez que j'ai écrit à 
l'évêque de Reims, à qui je n'ai donné, comme à ses collègues, 
qu'un délai de trente jours, ajoutant ce qu'il encourait en cas de 
désobéissance. Mais Odon m'apprend maintenant que vous avez 
ordonné un autre évêque de Soissons. Quand même chaque mem- 
bre de mon corps aurait le don de la parole, je ne pourrais assez 
dire à quel point cette manière de faire est abominable et 
intolérable... Vous avez mérité des peines sévères ; mais pour 
agir avec une douceur apostolique, je vous ordonne de rappe- 
ler immédiatement Rothade de l'exil et de l'envoyer à Rome* 
Vous y enverrez deux des vôtres, ou du moins ils s'y feront 
représenter par des fondés de pouvoir, afin de prendre part à ce 
qui sera fait. Si vous n'exécutez pas ces ordres dans le délai de 
trente jours à compter de la réception de la présente lettre, 
vous serez interdit pour la célébration de la messe, jusqu'à ce que 
vous obéissiez, et, dans ce cas, Rothade sera acquitté par nous, 



1. Le pape aurait dû dire les canons 3 e et 5 e , dont il cite d'ailleurs le texte in- 
tégralement. 



471. CONFLIT ENTRE HINCMAR ET ROTHADE 347 

tandis que vous tomberez dans l'abîme que vous aviez préparé 
pour lui. Mes bien-aimés, ne recevez pas cet ordre avec répu- 
gnance, car la vérité et la justice doivent avoir le dernier mot, 
et je défendrai jusqu'à la mort les privilèges de mon siège. Songez 
que ce qui est arrivé aujourd'hui à Rothade pourrait arriver 
demain à l'un de vous. » Nicolas passe ensuite à l'affaire de 
Baudouin. Conformément à ce que lui mandaient les évêques, il 
avait constaté que ses premières démarches pour Baudouin étaient 
irstées sans effet. Il faisait remarquer qu'il n'avait aucunement 
voulu porter atteinte aux canons ni donner des ordres; il s'était 
contenté d'intercéder en sa faveur. « Quant à ma manière de voir, 
continue-t-il, sur l'affaire de Lothaire et de ses deux femmes, 
vous pouvez la connaître par le Commonitorium dont je vous 
envoie des copies par Odon. Vous y verrez que votre demande 
de changer d"a\ is est complètement inutile 1 . Si Lothaire ne s'a- 
mende pas et ne fait pas pénitence, il sentira, lui ainsi que tous 
ses partisans et ses amis, la rigueur des peines canoniques. Ces 
peines atteindront surtout celui qui, en la fête de Noël, a béni 
les deux adultères (c'est-à-dire a béni le prétendu mariage de 
[285] Lothaire et de Waldrade). Afin que nul ne croie que j'ai faibli vis- 
à-vis d'eux, vous publierez ma déclaration dans toutes les églises. 
Quant au concile composé des députés de tous les royaumes 
francs, dont vous proposez la réunion, il importe que mes deux 
légats tiennent auparavant le concile convoqué au sujet de l'affaire 
Theutberge (Metz, 863), auquel deux d'entre vous devront assister. 
Après que nos légats nous en auront rapporté le détail, nous en 
enverrons d'autres pour convoquer le concile que vous sollici- 
tez 2 . » 

Le pape Nicolas écrivit, aussi à Rothade 3 , et au roi Charles 
le Chauve 4 . Dans sa lettre à Rothade, il fait part des or- 
dres transmis à son sujet à Hincmar, et il l'engage à venir à 
Rome dès qu'il pourra faire le voyage. Si on ne le lui permet 



1. On serait porté à croire, d'après cela, que le concile de Soissons, tenu sous 
l'influence de Charles le Chauve et d'Hincmar, et par conséquent, mal disposé 
à l'égard de Lothaire, aurait engagé le pape à ne pas permettre au roi de répudier 
sa femme et à retirer la permission donnée (le parti de Lothaire avait en effet 
prétendu que le pape avait donné cette permission à Lothaire ). 

2. Epist., xxxn (xxxvn), P. L., t. cxix, col. 825 sq. 

3. Epist., xxxin (xxxvin), P. L., t. cxix, col. 838 sq. 

4. Epist., xxx (xxxvi), P. L., t. cxix, col. 834 sq. 



348 LIVRE XXIII 

pas, qu'il en informe le pape et ne cesse de faire connaître son 
appel. Dans la lettre au roi, Nicolas parle d'abord de Baudoin et 
intercède en sa faveur, puis il rapporte ce qu'il vient d'or- 
donner relativement à Rothade, dont il demande ensuite à 
Charles le Chauve le prompt envoi à Rome. En terminant, il 
fait remarquer que le roi de France s'était plaint d'avoir reçu 
de lui une lettre par trop acerbe. Il n'en dit pas le sujet ; mais 
il s'efforce d'effacer cette mauvaise impression de l'esprit du roi 
dont il connaissait si bien les sentiments de respect et de défé- 
rence vis-à-vis du Saint-Siège, etc. Dans cette lettre maintenanl 
perdue, Nicolas avait probablement intercédé pour Baudouin en 
des termes plus énergiques que le roi ne l'eût voulu. Remarquons 
encore ce passage digne d'attention : Le roi ne devait pas laisser 
s'amoindrir les privilèges du Siège apostolique, qui avaient valu 
à ses ancêtres toute leur grandeur (allusion à la dignité royale con- 
férée à Pépin et à la couronne impériale donnée à Charlemagne). Les 
privilèges de Rome, continue-t-il, sont une source de salut pour 
toute l'Eglise du Christ ; ils sont également une arme contre toutes 
les attaques du mal et un fort inexpugnable pour les prêtres et 
pour tous ceux qui sont injustement poursuivis 1 . 

On croit ordinairement qu'Hincmar et Charles le Chauve 
avaient tardé plusieurs mois avant d'exécuter les ordres du pape, 
dont ils avaient caché les lettres à tout le monde et ne s'étaient [286] 
plus occupés de l'affaire de Rothade qu'au concile de Verberie. 
Mais d'autres lettres du pape font voir que Rothade avait été 
délivré de sa captivité et commis à la garde d'un évêque de ses 
amis, enfin qu'Hincmar et le roi avaient promis son envoi à Rome. 
Pour faire connaître ces décisions à Rome, on y envoya le diacre 
Liudo 2 , à qui le pape remit, à son tour, plusieurs lettres, deux 
entre autres pour le roi et pour la reine 3 . Il explique à cette der- 
nière pourquoi il ne peut accéder à sa demande de laisser tomber 



1. Sur la conception élevée que se faisait Nicolas de la primauté romaine, 
cf. Néander, Kirchengesch., t. iv, p. 125 sq. 

2. Epist., xxxv et xxxvi, dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 308 sq.; Hardouin, 
op. cit., t. v, col. 261 sq. Otto, De causa Rothadii, in-8, Vratislaviae, 1862, p. 35, 
ne place l'envoi de Liudo que vers le milieu de l'été ; c'est évidemment trop tard 
puisque celui-ci était de retour avant le 30 novembre ; Schrôrs, op. cit., p. 253, 
place avec plus de vraisemblance la mission du diacre à Rome au printemps de 
l'année 863. (H. L.) 

3. Ermentrude avait précédemment écrit deux fois au pape. (H. L.) 



471. CONFLIT ENTRE HINCMAR ET ROTHADE 349 

l'affaire de Rothade ; dans la première lettre il loue le roi de sa 
condescendance, lui demande d'oublier tous ses ressentiments 
contre Rothade et de l'envoyer à Rome en lui fournissant le néces- 
saire pour son voyage. Dans une troisième lettre adressée à Ro- 
thade lui-même 1 , il le prie de lui déclarer en conscience s'il se 
reconnaît coupable, s'il a fait appel et s'il a ensuite demandé 
à être jugé par les évêques. Dans ce cas, il ne devrait pas don- 
ner tant de peine à lui-même et aux autres, mieux vaudrait 
rester chez lui. Si on l'a déjà réintégré dans son évêché, on a 
agi suivant la justice et la légalité ; mais si on ne l'a pas fait et 
s'il persiste dans son appel, il doit avoir bon courage et venir à 
Rome ; il en obtiendra la permission, car le roi Charles et Hine- 
mar s'y sont engagés. Le pape écrivit en même temps à Hincmar, 
cl lixa au 1 er mai 864 la présence à Rome de Rothade et des 
députés de ses adversaires. La lettre de Nicolas est perdue, 
mais ces détails se trouvent dans Epist. xxxvn. 

Avant l'arrivée de ces lettres du pape en France, on avait tenu 
un grand concile à Verberie (in palatio Vermeria, 29 octobre 863), 
peu après le départ des légats du pape, Rodoald et Jean 2 . 
Charles le Chauve y assista ainsi que les quatre archevêques 
Hincmar de Reims, Wenilon de Sens, Wenilon de Rouen, et 
Hérard de Tours, avec vingt autres évêques, beaucoup d'abbés, 
des comtes etc. Le principal souci de l'assemblée fut de mettre fin 
à l'interminable conflit entre le monastère de Sain t-Calais et l'évê- 
que du Mans. Déjà plusieurs conciles, en particulier celui de Pistes 
(862) 3 , s'étaient prononcés en faveur du monastère ; mais l'évê- 
(|ue Robert du Mans avait gagné le pape, et nous possédons 
[287J encore plusieurs lettres de Nicolas en faveur de l'évêque. L'affaire 
fut examinée une fois de plus (25 et 29 octobre) ; il fut prouvé, 
1° que le monastère appartenait au roi et non à l'évêque, 2° que 
certains évêques du Mans ne l'avaient possédé que pour peu de 

ls Epist., xxxviii, P. L., t. cxix, col. 838. 

2. Lalande, Concilia Gallise, p. 175; Labbe, Concilia t. vm, col. 1938-1939; 
Hardouin, Coll. conc, t. v, col. 569; Martène, Script, vêler, coll., 1724, t. i, p. 169- 
172; Coleti, Concilia, t. x, col. 263; Mansi, Concilia, Supplem., t. i, col. 986; 
Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 670; Bouquet, Recueil des hist. de la France, 1749, 
t. vm, col. 297-298; A. Vermingkolï, Verzeichnis, dans Neues Archiv, 1901, 
t. xxvi, p. 633-634; J. Havet, Œuvres, t. i, p. 187-190, rejet des prétentions 
de l'évêque du Mans sur Saint-Calais et ordre de détruire les titres faux. (H. L.) 

3. Hincmar, Episl., n, P. L., t. cxxvi, col. 26, 27; Pertz, op. cit., t. i, p. 462. 



350 LIVRE XXIII 

temps et par privilège du roi, 3° que les documents cités par 
l'évêque à l'appui de ses prétentions étaient apocryphes; ordre 
fut donné de les détruire. 

L'assemblée s'occupa ensuite du mariage de Baudouin. On lut 
les lettres du pape sur cette question, et les évêques demandèrent 
que Baudouin et Judith fussent soumis à une pénitence ecclésias- 
tique. Comme la première lettre du pape ne disait rien de sembla- 
ble et que. pour cette raison, Baudoin refusait toute pénitence, 
Hincmar lut une seconde lettre dans laquelle le pape disait que 
son intention n'était pas de faire abstraction, dans cette affaire, 
des lois de l'Église, et que les intéressés devaient être soumis 
à une pénitence. Hincmar, conseillé par plusieurs, consentit cepen- 
dant à ce que l'on se conformât à la première et non à la seconde 
lettre du pape; il conseilla même au roi d'autoriser le mariage de 
sa fille avec son séducteur. Néanmoins ni Hincmar ni Charles 
n'y voulurent assister 1 . 

Le concile de Verberie décida également l'envoi à Rome de 
Rothade accompagné de Robert, évêque du Mans, porteur d'une 
lettre du roi pour le pape. Les députés de l'épiscopat de Neus- 
trie devaient se joindre à cette ambassade, porteurs des litterse 
synodicœ (de Soissons et de Verberie). Néanmoins, comme on différa 
quelque temps leur départ, sur ces entrefaites, le 3 novembre 
863, Liudo revenant de Rome arriva à Auxerre, où Charles le 
Chauve se trouvait avec plusieurs évêques à l'issue du concile 
de Verberie 2 . Il apportait de nouvelles lettres du pape, notam- 
ment celle à Hincmar aujourd'hui perdue, que nous avons 
pu, à l'aide d'autres documents, analyser plus haut. En consé- 
quence l'archevêque de Reims jugea prudent de confier aux 
députés des évêques qui se rendaient à Rome une apologie détail- [- J °°] 
lée de sa conduite (début de 864). Après avoir exposé sa conduite 
touchant la longue vacance du siège de Cambrai et l'affaire de 
Baudouin, il passe à la question principale, et dit avoir fait part 
à un concile (celui de Verberie) des ordres du pape au sujet de 
Rothade, transmis par l'intermédiaire d'Odon ; il ajoute qu'on 
avait décidé l'envoi de Rothade à Rome. « Malheureusement 
divers obstacles, que les députés pourront exposer de vive voix, 



1. Voir § 467. 

2. Pertz, op. cit., t. i, p. 462, 465 ; Hincmar, Episl., u, P. L., t. cxxvi, 
col. 29. [H. Schrors, op. cit., p. 253-257. (H. L.)] 



471. CONFLIT ENTRE HINCMAR ET ROTIIADE 351 

s'étaient opposés à la réalisation immédiate de la décision. Sur 
ces entrefaites, le 3 novembre (863), Liudo avait remis au roi, 
à Auxerre, les nouvelles lettres du pape, tandis qu'Hincrnai se 
trouvait auprès du iils du roi, Charles le jeune, dont il cherchait 
à procurer la réconciliation avec son père. A son retour à 
Auxerre, on lui avait communiqué ces nouvelles lettres du pape. 
Elles contenaient à son adresse des éloges qu'il ne méritait pas; 
mais aussi des paroles sévères, d'après lesquelles le pape sem- 
blait soupçonner Hincmar de le jouer. Il demandait donc au 
pape la permission de s'expliquer en détail sur l'affaire de 
Rothade. et il envoyait des représentants, non comme accusa leurs, 
mais comme accusés, car Rothade avait été remis à ceux qui 
devaient l'emmener à Rome, et Hincmar, par suite d'une longue 
absence à la cour du jeune prince Charles, et du départ des évo- 
ques, ne pouvait réunir un grand concile. Les évêques présents 
estimaient que Rothade, s'il était réintégré, serait encore plus 
hautain qu'auparavant. Hincmar aurait pu conseiller au roi de 
différer le voyage de Rothade jusqu'à la réunion du concile 
demandé par le pape; mais il aurait eu, ce faisant, à essuyer 
les reproches des autres évêques, car la fuite de Rothade était 
connue de tous. Conformément aux ordres du pape, Rothade 
serait donc conduit à Rome sous escorte; mais sa cause était vrai- 
ment mauvaise et il ne pourrait que se nuire à lui-même. Rothade 
avait fait preuve d'une étrange obstination. On avait pu lui faire 
promettre d'obéir aux canons désormais et aux décrets de Rome, 
et par conséquent à son métropolitain, puisque ces canons pres- 
crivaient une telle obéissance. Malgré cela, dans son Libellus profes- 
sionis par lequel il réclamait le jugement des évêques, il soutenait 
faussement avoir toujours été plein de déférence et de respect 
pour ces décrets, etc. Il n'avait pas voulu signer, pour ne pas 
être vaincu, et son plan était, au cas où le roi et les évêques con- 
[289] tinueraient la procédure, d'aller à Rome avant toute sentence 
contre lui et d'y obtenir son absolution. Le concile de Sardique 
ne disait pas que le pape pouvait réintégrer immédiatement un 
évêque qui en avait appelé au Saint-Siège, mais simplement 
que les juges in partibus devaient alors procéder à une enquête. 
Hincmar ne faisait pas cette remarque par esprit d'opposition au 
pape, mais il croyait lui rendre service en lui faisant connaître 
son sentiment et la conduite de Rothade. Si le pape confirmait 
la déposition de Rothade, le roi prendrait soin de lui, et les évêques 



352 LIVKE XX11I 

l'entretiendraient largement du revenu de leurs églises ; quant à , 
lui Hincmar, il se résignerait à la réintégration de Rothade, mais 
se refusait à croire que le pape l'ordonnât, sachant ce que le 
concile de Sardique avait prescrit au sujet des judices et que, 
d'après le concile de Carthage, un appel ne devait pas nuire aux 
juges de première instance, sauf le cas où ceux-ci auraient agi 
ouvertement en ennemis et illégalement. Ses collègues et lui 
n'avaient pas déposé Rothade par inimitié, par haine ou quel- 
que motif semblable, mais à cause de son incurable socordia et 
pertinacia. Le pape ne saurait non plus oublier que d'après ce 
même canon de Carthage (can. 10 d'Hippone ), on ne peut en 
appeler des judices electi. Si, dans sa grande sagesse, il cassait 
la sentence des judices electi, Hincmar le supporterait et se féli- 
citerait d'être délivré de tout souci au sujet de Rothade. A l'ave- 
nir, si ses suffragants se rendaient coupables, et sises réprimandes 
n'obtenaient pas d'effet, il déférerait le cas à Rome. S'ils y allaient, 
ce serait au pape à décider ; s'ils n'y allaient pas, ils en feraient 
à leur guise. Hincmar parle ensuite des privilèges de l'Eglise de 
Reims, qui n'a jamais reconnu un primat supérieur au sien, si ce 
n'est le pape, sauf toutefois le peu de temps qu'elle fut soumise 
aux légats apostoliques, après que Milon eut, sous saint Boni- 
face, injustement expulsé Rigobert. Reims et Trêves sont les 
deux métropoles de la Belgique et le plus ancien métropolitain 
par l'ordination a le pas sur les autres. Hincmar voulait mourir 
dans la communion du Saint-Siège ; il cédait donc, pour ne 
pas être menacé de l'excommunication, comme cela avait eu 
lieu souvent. Mais de ce moment il ne voulait plus se fatiguer en 
synodes provinciaux ; chaque évêque serait désormais son pro- 
pre guide. Si le pape se croyait obligé de veiller à ce que les 
évêques ne fussent pas injustement condamnés par leurs métro- 
politains, il devait veiller également à ce que les métropolitains 
ne fussent pas méprisés par leurs suffragants. Il devait, en particu- 
lier, rappeler Rothade à de meilleurs sentiments touchant la [290] 
discipline ecclésiastique et la miséricorde, pour que d'autres 
ne fussent pas amenés à l'imiter. Le roi Charles avait envoyé à 
Hincmar la lettre du pape à Rothade. Du reste, les députés des 
évêques rapporteraient au pape le langage tenu par Hincmar 
devant ces arbitres (judices electi) auxquels Rothade en avait 
appelé, et ils exposeraient aussi la conduite de Rothade depuis 
son excommunication. » Dans ce qui suit, Hincmar reparle de son 



471. CONFLIT ENTRE HliNCMAK ET ROTHADE 353 

élévation sur un siège épiscopal, et dit qu'après la mort d'Ebbon 
il n'a pas voulu empêcher que son nom fût écrit dans les dipty- 
ques. « Le pape lui écrivait maintenant qu'il ne devait pas souf- 
frir que les noms de Gùnther et de Thieutgaud fussent inscrits 
au catalogue des évêques ; il demandait donc au pape ce 
qu'il devait faire à l'avenir à l'égard d'Ebbon. Liudo disait (pie 
le pape s'était entretenu avec lui de .Gotescalc. Lui, Hincmar, 
avail déjà envoyé au pape, par Odon de Beauvais, une rotula ex 
verbis et catholicorum sensibus, preuve des hérésies de Gotes- 
calc, mais il n'avait pas reçu de réponse. Le conciliabule, de 
Metz (863) l'avait invité à répondre au sujet de Gotescalc mais 
cette invitation lui avait été apportée par un laïque. Il donne 
des détails sur Gotescalc et sa doctrine. Hincmar, poursuivi par 
les hérétiques, supportait tout, n'ayant que peu de temps à 
vivre. Si le pape voulait qu'il fît sortir Gotescalc de prison et 
l'envoyât à Rome, il ne s'y opposerait pas ; mais Nicolas devait 
lui faire connaître son intention, afin qu'on ne l'accusât point 
de dédaigner le jugement rendu par les nombreux évêques qui 
avaient jugé Gotescalc 1 . » 

Rothade et son escorte étaient en route vers Rome, lorsque l'em- 
pereur Louis II leur défendit de continuer leur voyage ; les députés 
de Charles et les évêques durent se contenter de mander secrète- 
ment au pape ce qui se passait. Ils revinrent chez eux, mais 
Rothade s'arrêta à Besançon, d'où il se rendit en Italie auprès 
de l'empereur, qui, sur les instances de Lothaire et de Louis le 
Germanique, lui permit enfin d'aller à Rome 2 . 

Vers cette même époque (juin 864), Charles le Chauve tint à 
Pistes un placitum, appelé second concile de Pistes, qui s'oc- 
cupa de la réforme de l'Église ; mais en réalité, ce fut plutôt 
[291] une diète qu'un concile. L'assemblée ordonna d'honorer les égli- 
ses et les prêtres, de protéger les veuves et les orphelins, d'exer- 
cer partout la justice et enjoignit aux comtes de veiller à ce 
qu'on se servît partout de mesures légales 3 . 

1. Hincmar. Episl., ri, ad Nicolaum, P. L., t. cxxvi, col. 25-46. 

2. Pertz, op. cit., t. i, p, 465. [L'itinéraire de Rothade était quelque peu exeen 
trique, il partit de Besançon, passa par Coire, mais tous les chemins mènent à 
Rome; il y arriva donc. Cf. Jafîé-Ewald, n. 2782-2786; Schrors, op. cit., p. 237; 
Dùmmler, t. n, p. 88 sq.; R. Parisot, op. cit., p. 261. (H. L.)] 

3. D'Achery, Spicilegium, t. h, p. 588-592 ; Mabillon, De re diplomatica, 1681, 
p. 316; 3 e édit., L. i, p. 272-475; Gallia christiana, 1770. t. xir, p. 97-101; D. Bou- 

CONGILES —IV - 23 



354 LIVRE XXIII 

Le pape avait marqué au 1 er mai 864 le dernier délai au terme 
duquel Rothade et les députés de l'épiscopat de Neustrie devaient 
se trouver à Rome. Ce délai passé, ignorant le véritable état des 
choses, trompé par de fausses nouvelles, le pape rédigea, peut- 
être dans ce même mois de mai 864, sa lettre n° 37 dans laquelle 
il reprochait à Hincmar d'avoir entravé le voyage de Rothade déjà 
commencé, etc., et d'avoir même forcé celui-ci à revenir. Le pape 
prétendait savoir que, malgré l'excommunication, Gûnther avait 
célébré le service divin le dernier jeudi saint, et il exhortait for- 
tement à rompre tous rapports avec lui *. 

Comme nous l'avons dit, les députés du roi et de l'épiscopat 
franc avaient informé secrètement le pape de la violence de l'em- 
pereur Louis. Mais Nicolas ne vit là qu'un faux rapport ; c'est, du 
moins, ce que laisse voir sa lettre à Charles le Chauve 2 . Aussi, 
après six mois d'attente, il se déclara ouvertement en faveur 
de Rothade, et il ajouta pleine créance à son Libellus procla- 
mationis 3 . Nicolas alla plus loin ; célébrant, la nuit de Noël, selon 
l'ancienne coutume des papes, une messe solennelle dans l'église 
de la Mère de Dieu ad Prœsepe 4 , il prit la parole du haut de l'am- 
bon au sujet de Rothade, raconta l'histoire de ses persécutions 
par Hincmar et par le roi Charles, insista sur son appel et déclara 
absurde l'assertion d' Hincmar soutenant que Rothade avait retiré 
son appel et en avait référé à des judices electi 5 . Le pape déclara [292] 
ensuite, conjointement avec les évêques, les prêtres et les diacres 
(il y avait donc une sorte de synode), que Rothade était digne 
de l'épiscopat, et on le revêtit de nouveau des insignes épiscopaux. 
Rothade déclara en même temps avoir toujours été et être 
encore prêt à répondre à ses adversaires. On attendit encore jus- 

quet, Recueil des hist. de la France, t. vin, col. 592 ; Baluze, Capitularia regum 
Francorum, t. n, col. 173-196; Pommeraye, Concilia Rolhomagensia, 1677, p. 24; 
Bessin, Concilia Rothomagensia, 1717, t. i, p. 23; Coleti, Concilia, t. x, col. 265; 
Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xv, col. 678; Walter, Corp. jur. ant., 1824, t. m, 
p. 128; Pertz, Monum., t. m, Leges, t. i, p. 288 sq. (H. L.) 

1. Nicolas I er , Epist., xxxvn, Hardouin, op. cit., t. v, col. 263; Mansi, op. cit., 
t. xv, col. 310. Il résulte de cette lettre que Rothade n'était pas arrivé à Rome 
dès le mois d'avril 864. 

2. Hardouin, op. cit., t. v.col. 586; Mansi, op. cit., t. xv, col. 688. 

3. Baronius, Annales, ad ann. 863, n. 70 ; Hardouin, op. cit., t. v, col. 579; 
Mansi, op. cit., t. xv, col. 681. 

4. Sainte-Marie-Majeure. 

5. Hardouin, op. cit., t. v, col. 583; Mansi, op. cit., t. xv, col. 685. 






471. CONFLIT ENTRE HINCMAR ET ROTHADE 355 

qu'à la fête de sainte Agnès (21 janvier 865), et aucun accusateur 
ne se présentant, le pape réunit une nouvelle assemblée dans 
l'église de Sainte- Agnès hors les murs; en cette occasion Rothade 
remit son Libellus excusationis et promissionis 1 . On en fit lecture 
publique, et on publia ensuite un décret du pape réintégrant 
Rothade 2 . Tous y ayant adhéré, on se rendit sur-le-champ dans 
l'église de Sainte-Constance, où Rothade célébra solennellement 
la messe. Le lendemain, dans une nouvelle réunion synodale 
tenue in domo Leoniana (Vatican), Rothade fut renvoyé dans 
son évêché, et on lui donna pour l'accompagner, en qualité de 
légat du pape, Arsène. évêqued'Orta en Toscane 3 , chargé d'exa- 
miner la question du mariage de Lothaire et de terminer les con- 
flits survenus entre les princes francs 4 . 

Cinq des lettres papales remises aux légats se rapportaient 
à l'affaire de Rothade 5 . Dans la première, adressée à Charles le 
Chauve, Nicolas s'étend principalement sur l'injustice commise 
tant à l'égard du Saint-Siège qu'à l'égard de Rothade, en ne tenant 
aucun compte d'un appel et des ordres donnés par le pape ; Hinc- 
mar est dénoncé comme l'auteur de tout le mal. « Le concile 
de Chalcédoine avait ordonné, can. 9, que le sufîragant qui 
avait à se plaindre de son métropolitain, confiât l'affaire au 
primat du diocèse (dans le sens d'autrefois) ou qu'il la fît juger 

1. H. Schi ors, op. cit., p. 258; A. Verminghoff, Verzeichnis, dans Neues Archw, 
1901, t. xxvi, p. 635. (H. L.) 

2. Hardouin, op. cit., t. v, col. 584; Mansi, op. cit., t. xv, col. 687. 

3. Sur Arsène, cf. Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. n, p. 103, n. 30; p. 149, 
n. 4 ; p. 186, n. 13. Arsène, apocrisaire du Saint-Siège, évêque d'Orta, fds d'A- 
nastase le bibliothécaire. A. Lapôtre, De Anastasio bibliothecario, in-8, Paris, 
1885, p. 37 sq., 93 sq. Il avait quitté Rome avant le 22 avril 865, date de la fête 
de Pâques. P. L., t. cxix, col. 921. (H. L.) 

4. Hardouin, op. cit., t. v, col. 578; Mansi, op. cit., t. xv, col. 206 sq. Rothade 
est donc rétabli par un concile romain et le pape prescrit de tenir un concile en 
Gaule pour rétablir les clercs ordonnés par Ebbon ; mais le synode ne connaît 
pas librement l'affaire : Nicolas I er lui fait un devoir de rétablir les clercs déposés. 
Epist. ad Hincmurum, dans Mansi, op. cit., t. xv, col. 706. Hincmar proteste 
dans ses Annales Bertiniani contre le rétablissement de Rothade prononcé poten- 
lialiter et en dépit des canons de Sardique, Ann., ad ami. 865, p. 76. En tous cas 
Rothade est rétabli, non en raison des plaintes et réclamations des évêques occi- 
dentaux, mais par un coup d'Etat du pape Nicolas. (H. L.) 

5. Les lettres destinées à Louis le Germanique et à ses évêques sont per- 
dues, mais elles étaient, au dire d' Hincmar, conformes aux autres, uniformes. 
(H. L.) 



356 



LIVRE XXIII 



par le siège de Constantinople. Ce droit revenait à plus forte 
raison à l'Église de Rome qu'à l'Église de Constantinople. 
C'est ainsi que plusieurs papes, Jules par exemple, avaient 
appelé à leur tribunal les discussions survenues entre les évê- 
ques (le pape cite ici un fragment du pseudo-Isidore dont 
vraisemblablement Rothade avait apporté à Rome la collec- 
tion). Hincmar avait cherché par tous les moyens à annuler 
l'appel de Rothade, et n'avait pas obéi aux ordres réitérés 
du pape. Prétendre que les députés de l'épiscopat franc avaient [293 1 
été arrêtés dans leur voyage en Italie c'était un véritable faux- 
fuyant. Ces députés avaient déclaré, dans leur lettre au pape, 
n'avoir reçu de leurs collègues aucune mission d'accuser Rothade 
qui était à Rome depuis huit mois sans qu'aucun accusateur se 
fût encore levé contre lui, ce qui s'explique sans peine parce que 
ses ennemis, qui avaient été à la fois accusateurs et juges, ne vou- 
laient pas laisser reviser leur sentence, pour ne pas être couverts 
de confusion. Mais Rothade, fort de sa conscience, n'avait pas 
craint la décision de Rome, il l'avait même sollicitée ; aussi 
le pape l'avait-il réintégré dans sa première dignité et sa 
première église. Le roi avait maintenant une excellente occasion 
de montrer sa déférence pour Rome : en faisant exécuter la 
sentence du pape. Quiconque empêcherait Rothade d'exer- 
cer de nouveau ses fonctions, serait excommunié et exclu de 
tout rapport avec les fidèles. Enfin, le roi devait rendre à 
l'Église de Soissons tous les biens perdus depuis la déposi- 
tion de Rothade, même ceux que le roi aurait déjà donnés à 
d'autres x . » 

Les quatre autres lettres sont conçues à peu près dans le même 
sens; toutes s'expriment de la même manière sur la conduite 
d' Hincmar dans l'affaire de Rothade, et toutes proclament ce 
principe, que le jugement à porter sur un évêque appartient au 
pape comme negotium majus [causa major). Le pape écrit en parti- 
culier à Hincmar : « Si tu avais jamais eu le moindre respect pour les 
< :anons des Pères et pour le Siège apostolique, tu n'aurais pas cher- 
ché à déposer l'évêque de Soissons à notre insu, car cette affaire 
appartient aux majora negotia. Lorsque tu as été toi-même dans le 
besoin, tu t'es aussitôt souvenu du Siège apostolique; mais lors- 
qu'il s'est agi de Rothade, tu ne t'en es pas souvenu ; au contraire, 

1. Hardouin, op. cit., t. v, col. 585; Mansi, op. cit., t. xv, col. 688. 



471. CONFLIT ENTRE HINGMAR ET ROTHADE 35i 

tu as cherché par tous les moyens à infirmer son appel. Tu as 
déposé Rothade dans un synode général (franc) : or, un tel synode 
ne devait se tenir qu'avec l'assentiment du pape (le pape Nico- 
las avait émis ce même principe pseudo-isidorien dans son dis- 
cours sur Rothade, en la fête de Noël 864). Le prétexte que 
Rothade avait lui-même retiré son appel est faux, car sa lettre 
ne contient rien de semblable. C'est ton arguta sapientia qui a 
[294] abusé de lui. Du reste, n'eût-il pas appelé, tu aurais dû néan- 
moins déférer toute cette procédure à Rome, car les judicia totius 
Ecclesise doivent être rendus par ce Siège, qui aie droit de tout 
juger et dont on ne peut appeler. Tu t'es montré dans cette affaire 
désobéissant à l'égard des ordres du pape, et, semblable à un nou- 
veau Dioscore, tu as même empêché qu'on les publiât. » (On se 
souvient que. lors du brigandage d'Éphèse, Dioscore avait em- 
pêché qu'on ne publiât Y Epistola dogmatica du pape Léon le 
Grand.) Le pape parle ensuite en détail de la conduite d'Hinc- 
mar;il mentionne cette prétendue arrestation des députés se ren- 
dant à Rome, et, après avoir informé Hincmar de la réintégration 
de Rothade, il ajoute : « Tu as maintenant à choisir entre deux 
voies : t'incliner devant cette sentence, ou bien venir à Rome 
avec Rothade déposer tes plaintes contre lui ; mais, dans ce cas, 
il doit être auparavant réintégré. Si tu ne fais ni l'un ni l'autre, 
tu seras déposé à tout jamais de la dignité sacerdotale 1 . » 

Dans la troisième lettre, adressée à tous les évêques des Gaules, 
le pape leur reproche de soumettre les majora negotia à leur propre 
décision, même après appel. « N'y en eût-il pas eu, ils n'au- 
raient pas dû juger un évêque. Ils ont méprisé les décrets des 
anciens papes, conservés de temps immémorial par l'Église 
romaine et gardés dans ses archives (il s'agit des documents 
pseudo-isidoriens). Quelques-uns disent, il est vrai, que ces décrets 
ne se trouvent pas dans le Corpus codicis canonum, mais ceux- 
là sont les premiers à les invoquer, lorsqu'ils leur sont favora- 
bles 2 . Si on nie l'autorité d'une décrétale, parce qu'elle ne se 
trouve pas dans le Codex canonum, les ordonnances de Grégoire 
(le Grand) et d'autres, et la Bible elle-même, n'auraient pas non 
plus force de loi. Du reste il y a dans le Codex canonum, un chapitre 



1. Hardouin, op. cit., t. v, col. 588; Mansi, t. xv, col. 691. 

2. C'est ce qu'avait fait Hincmar à Quierzy en 857. Cf. Theol. Quartals., Tii- 
bingen, 1847, p. 648, (i57. 



358 LIVRE XXIII 

de Léon (le Grand) ordonnant d'observer les décrétâtes du Saint- 
Siège; par conséquent, toutes ces décrétâtes sont implicitement con- 
tenues dans le Codex canonum. Le pape Gélase prescrit également 
le respect pour toutes les ordonnances pontificales, et le pape Léon 
a insisté pour que les affaires d'une importance majeure ne se fissent 
pas sans l'assentiment du pape. Ceux des Gaules sont dans l'erreur, 
lorsqu'ils prétendent que le jugement porté sur un métropolitain, 
mais non pas celui qui concerne un suffragant, est un negotium 
majus. Enfin, Nicolas a réintégré Rothade en vertu des privilèges 
de l'Église romaine, et les évêques gaulois doivent obéir, sous [295] 
peine d'excommunication. Lorsque Rothade aura été réintégré sur 
son siège, ils seront libres de porter à Rome des plaintes contre lui 1 . » 

Dans la quatrième lettre, le pape engage les habitants de Sois- 
sons à se réjouir à l'occasion du retour de leur évêque et à lui 
obéir ; enfin, dans la dernière lettre, il annonce officiellement à 
Rothade sa réintégration et lui ordonne de se tenir prêt à répon- 
dre, ainsi que l'exigeaient les règles canoniques, si ses adversaires 
élevaient des plaintes contre lui. En attendant, il devait faire 
les démarches nécessaires pour recouvrer les biens enlevés à son 
Église 2 . Cette lettre est datée du mois de janvier 865, et sans 
doute les quatre autres ont été écrites à la même époque. Mainte- 
nant que nous connaissons leur contenu, nous ne saurions être 
surpris qu'Hincmar en parle d'une manière si défavorable dans 
sa continuation des Annales de Saint-Bertin 3 . 

Deux autres lettres, confiées à Arsène 4 , avaient pour but de ré- 

1. Hardouin, op. cit., t. v, col. 590; Mansi, op. cit., t. xv, col. 693. 

2. Hardouin, op. cit., t. v, col. 597 sq. ; Mansi, op. cit., t. xv, col. 700 sq. 

3. Pertz, op. cit., t. i, p. 468. Hincmar se soumit en frémissant. « Le légat Ar- 
sène, écrit-il dans les Ann. Bertin., ad ami. 865, ramena en France et présenta 
à Charles l'évêque Rothade, canoniquement déposé par les évêques de cinq pro- 
vinces et rétabli par le pape Nicolas contre toutes les règles et par un coup d'au- 
torité. Toutes les règles édictées par les sacrés canons sur la matière, il refusa 
d'en tenir compte et méprisant le jugement des évêques, lui-même, de son pro- 
pre pouvoir, lui restitua sa dignité. Il le renvoya au roi Charles avec des lettres 
où il déclarait anathème quiconque inquiéterait Rothade dans la possession 
de sa prélature et de ses biens. C'est ainsi que, sans interrogatoire, sans le con- 
sentement des premiers juges, mais simplement par l'entremise du légat 
Arsène, l'évêque déposé fut rendu à son siège. » Sur la légation d'Arsène, cf. 
H. Schrôrs, Hinkmar, p. 268 sq. ; Hergenrôther, Photius, in-8, Regensburg, 
1867, t. ii, p. 235. (H. L.) 

4. Epist., xxv, xxvi, Hardouin, op. cit., t. v, col. 241 ; Mansi, op. cit., t. xv, 
col. 287. 



471. CONFLIT ENTRE HINCMAR ET ROTHADE 359 

concilier Charles le Chauve avec l'empereur son neveu. La première 
est adressée à Charles lui-même, la seconde aux évêques de son 
empire. Le pape recommande dans ces deux documents le légat 
Arsène, qui dira de vive voix tout ce qui n'a pu être écrit. Remar- 
quons cette phrase dans la lettre aux évèques francs : « L'oncle 
ne doit pas forcer l'empereur à tourner contre les chrétiens 
le glaive qu'il a reçu de Pierre pour s'en servir contre les infidèles. 
On ne^doit pas l'empêcher de gouverner en