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Full text of "Histoire des protestants du Vivarais et du Velay, pays de Languedoc, de la Réforme a la Révolution"



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\V PRINCETON, N. J. *^ 



Purchased by the 
Mrs. Robert Lenox Kennedy Church History Fund. 



BX 9456 .V8 A76 1888 v.2 
1:1 Arnaud, E. 1826-1904. 
■ Histoire des protestants du 
Vivarais et du Velay 




HISTOIRE 

DES PROTESTANTS 

DU VIVARAIS ET DU VELAY 



VOLUME SECOND 



OUVRAGES THÉOLOGIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES DE 
L'AUTEUR. 

Recherches critiques sur l'Epître de Jude (ouvrage couronné et traduit en 
Anglais); Strasbourg et Paris, 185 1 , in-S». 

Le Nouveau Testament de notre Seigneur Jésus-Christ, etc., version nou- 
velle faite sur le texte comparé des meilleures éditions critiques (adopté 
parla Société biblique protestante de Paris); Paris, 1858. in-12. 

Commentaire sur le Nouveau Testament; Paris, 1863 , 4 vol. in-12. 

Le Pentateuque mosaïque défendu contre les attaques de la critique néga- 
tive; Paris et Strasbourg, 1865, in-8°. 

La Palestine ancienne et moderne , ou Géographie historique et physique 
de la Terre-Sainte; Paris et Strasbourg , 1868, in-S". 

La mer morte ou lac Asphaltite; Nimes, 1869, in-8". 

Caractère spécial de la poésie hébraïque; Nimes , 1867, in-S". 

Symbolisme de l'alphabet hébreu ; Paris, i8ô8 , in-8°. 

Découverte d'un nouvel exemplaire de la table d'Abydos; Nimes, 1866, in-8°. 

L'instinct religieux, la raison et Jésus-Christ, discours apologétique; Paris, 
1863 , in-8». 

Recueil de formulaires liturgiques pour les ensevelissements; Toulouse , 
1879 , in-12. 

Nouveau recueil de formulaires liturgiques pour les ensevelissements; Paris, 
1884 , in-12. 



TOULOUSE. — IMP. A. CHAUVIN ET FILS, RUE DES SALENQUES, 28, 



HISTOIRE 



DES 



PROTESTANTS 

DU 

VIVARAIS ET DU VELAY 

PAYS DE LANGUEDOC 

DE LA RÉFORME A LA RÉVOLUTION 

AVEC UNE CARTE 

/ 
Par E. ARNAUD, pasteur 

Président du Consistoire de Crest 

Membre correspondant de la Société d'histoire et d'archéologie de Genève 

de la Commission pour l'histoire des Eglises wallonnes 

et des Sociétés huguenotes de Londres et d'Amérique 



VOLUME SECOND 

QUATRIÈME PÉRIODE 

LE DÉSERT 



PARIS 

GRASSART, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

2, RUE DE LA PAIX, 2 



li 



Digitized by the Internet Archive 

in 2010 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/histoiredesp02arna 



HISTOIRE 



DES PROTESTANTS 



DU VIVARAIS ET DU VELAY 



(QUATRIÈME PÉRIODE 



LE DESERT 

' 1685-1795) 



VIVARAIS ET VELAY 



EMIGRATIONS. REFUGIES DE MARQUE. NOMBRE DES 
ÉMIGRÉS. AVEUX DE BAVILLE. 



ouR obtenir de Louis XIV la révoca- 
tion de l'édit de Nantes, ses conseil- 
lers, ou plutôt ses complices, lui 
avaient persuadé que le nombre des 
protestants convertis était considéra- 
ble. « Nos soins , » dit-il lui-même dans le préambule 
II. I 




2 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

de l'édit révocatoire , « ont eu la fin que nous nous 
sommes proposée, puisque la meilleure et la plus 
grande partie de nos sujets de ladite R. P. R. ont em- 
brassé le catholicisme. » Le roi en concluait hypocri- 
tement que, puisqu'il n'y avait plus ou presque plus de 
protestants dans son royaume , tout ce qui avait été, 
précédemment ordonné en leur faveur devenait inutile 
et que, pour effacer la mémoire des troubles passés, il 
ne pouvait mieux faire que de révoquer entièrement 
l'édit de Nantes. 

Louis XIV laissa toutefois aux protestants qui n'a- 
vaient pas abjuré à la date du i8 octobre 1685 , la li- 
berté du for intérieur, mais cette faible garantie n'était 
qu'une leurre décevant. Il voulait qu'il n'y eut plus dé- 
sormais qu'une seule religion en France et il ne recula 
devant aucun moyen , si violent et cruel fût-il, pour ar- 
river à son but. Les dragonnades furent l'un de ces 
moyens. 

Désespérant à tout jamais de voir de meilleurs jours, 
les protestants , qui avaient commencé d'émigrer 
dès 1666 et qui continuèrent à le faire plus nombreux 
à dater de 1681 , malgré les défenses royales les plus 
sévères (i), quittèrent la France par milliers après la 
révocation. 

Les protestants du Vivarais et du Velay imitèrent 
leurs frères des autres provinces du royaume et s'expa- 
trièrent en grand nombre , mais les frontières étaient 
gardées et plusieurs d'entre eux furent arrêtés. Voyez 
Pièces justificatives, n° II. 

Signalons, à propos de ces émigrations, le zèle hardi, 



(i) Août et 2 octobre 1669; janvier 1670; 18 mai et 14 juillet 1682. Ces 
défenses furent renouvelées le 1 1 février , le 1 5 septembre , le 26 avril et le 
7 mai 1686, le 24 juillet 1705, le 18 septembre 171 j. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 3 

digne d'une meilleure cause, d'un magistrat catholique, 
Jean Fourel (i), procureur du roi au bailliage d'Anno- 
nay , qui fit tout exprès le voyage de Genève et du pays 
de Vaud pour obliger un certain nombre d'Annonéens 
à rentrer en France. Muni d'un certificat de la Cour 
d'Annonay et d'un autre de l'archevêché de Vienne, il 
se rendit d'abord à Genève auprès de Dupré , résidant 
de France , qui lui accorda sa protection , et passa de 
là dans le pays de Vaud , oij se trouvaient plusieurs de 
ses compatriotes fugitifs et où il faillit être arrêté à la 
suggestion d'Isaac Sagnol , dit Lacroix, ancien pasteur 
de Crest. Fourel ne réussit pas comme il l'aurait cru. 
Il fut obligé de faire trois voyages en Suisse, et ce n'est 
qu'au dernier, pendant lequel il garda l'incognito, qu'il 
parvint à grand'peine à ramener Simon Veyre et Made- 
laine Guéron sa femme , Barthélémy Veyre son fils et 
Anne de Montchal sa femme, Catherine Veyre sa fille, 
mariée à Gédéon Léorat, avocat. Ce dernier demeura 
encore quelque temps en Suisse pour retirer l'argent 
qu'il y avait placé. Cette famille, qui séjourna deux an- 
nées hors de France , avait déjà abjuré le protestan- 
tisme à la révocation de l'édit (2). 

Parmi les personnes de marque , qui quittèrent le Vi- 
varais et se réfugièrent dans le duché de Brandebourg , 
nous citerons : 



(i) Fils de Jean Fourel, et de Jeanne Léorat, se disant écuyer, consul d'An- 
nonay en 1680, mort le 15 septembre 1692. C'était un esprit processif, inté- 
ressé et ambitieux. 

h. Documents communiqués par Mad. Dobler-Alléon. — D'après Cho- 
mel, un tiers des habitans protestants d'Annonay se convertit au catholicisme, 
un tiers émigra, et le dernier tiers demeura fidèle à sa foi. En 1768, époque 
où il écrivait, il y avait quatre-vingt-quinze familles protestantes à Annonay. 
En 1740, La Devèse en comptait quatre-vingt-dix. Parmi les protestants qui 
abjurèrent, Chomel cite D»"" Gourdan, S-- Lombard de Mars, S" Crottier 
de Chambonas. de Fressenet, Peiron , Chabert , Zacharie Ravel, Abrial et 
Chomel-Jarnieu. 



4 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Alexandre Darmen de Brion , qui avait une baron- 
nie en Dauphiné et une autre en Vivarais et qui fut reçu 
gentilhomme de cour en 1682. 

De la Combe de Cluzel, médecin distingué, attaché 
à M. de Grumkow àPrenzlow, dans les premiers temps 
du Refuge. 

Barthélémy Pascal , de Viviers , médecin et savant , 
mort en 175 1. Il fit partie du conseil supérieur de mé- 
decine de Berlin. 

Paul de Chambaud, sieur de Charrier, lieutenant de 
dragons au régiment de Sonsfeld. 

Chambaud de Bavas de la Baume , lieutenant au ré- 
giment de Varennes en 1702 (i). 

Noble Paul de Fornier, écuyer , sieurs des Places, 
natif d'Annonay , mort lieutenant en 1707. 

Jacques de la Combe de Cluzel, du Cheylard, mort 
lieutenant-colonel en 1729, à l'âge de quatre-vingt 
sept ans. Sa veuve Rachel de Ruggy était originaire de 
Metz. 

Scipion de Montaut le jeune, de Villeneuve-de-Berg, 
mort en 1726, conseiller de commerce. Une de ses 
filles se maria à M. de Vickersloot. 

Alexandre Trémolet de Montaigu. 

Dony, grand mousquetaire, puis major réforméen 1 720. 

Boissy, de Villeneuve-de-Berg ou des environs, s'éta- 
blit d'abord à Genève comme professeur, puis à La 
Haye et à Leyde en Hollande , enfin en Allemagne à 



(i) Pierre-Benjamin de Chambaud, François de Ciiambaud, Louis-Fran- 
çois de Chambaud, incorporés au corps des cadets, le premier en 1717 , le 
deuxième en 1729, le troisième en 1756, paraissent être nés dans le Brande- 
bourg, — Trois branches de la famille Chambaud , vérifiée et reconnue no- 
ble en 1672, s'établirent dans ce duché : les Charrier, les Bavas et les La 
Baume. Les plus anciens réfugiés de cette famille étaient originaires de Bof- 
fres, et il existait encore de leurs descendants dans l'armée prussienne, 
en 1799. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. î 

la cour de Cassel. Il prit toujours le plus vif intérêt à 
ses coreligionnaires de France et plaida de vive voix la 
cause des galériens protestants auprès du Landgrave de 
Hesse, pour que ce prince leur continuât la pension du 
feu roi de Suède. C'était un homme de mérite, qui col- 
labora à La Bibliothèque raisonnée. Il mourut en Hol- 
lande en décembre 1753 (1). 

Parmi les manufacturiers vivaraisiens établis dans le 
Brandebourg nous citerons : Chomel, gantier, à Ber- 
lin; Josué Perrin , d'Annonay, maître cartier, à Berlin, 
Jacques Duclos, de Privas, teinturier distingué, à Berlin. 

Jean-Pierre Duplantier , né à Genève d'une famille 
du Vivarais , avait d'abord travaillé dans les fabriques 
de Genève et de Zurich, et obtint mille écus d'avance 
pour fonder une manufacture de toiles peintes de coton 
à Berlin à la descente du pont de Weidendamm (2). 

Pour ce qui est du nombre des émigrés des deux pro- 
vinces qui nous occupent, il serait difficile de l'évaluer, 
attendu que les chiffres laissés par l'intendant Bâville 
embrassent le Languedoc tout entier, sans spécifier la 
part afférente à chaque contrée de cette grande pro- 
vince. Ainsi l'intendant, dans son Mémoire de 1698, 
dit que quatre mille religionnaires quittèrent le Langue- 
doc. Ce chiffre, par tout ce que l'on sait d'ailleurs, est 
inexact (3). Et serait-il exact, qu'il ne pourrait servir de 
base pour préciser le chiffre des émigrés du Vivarais et 



(i) Il appartenait à une famille qui s'était distinguée sous Rohan en 1622. 
Un membre de la même famille fut envoyé à la cour, en 1652, pour les affai- 
res de la religion réformée. 

(2) Erman et Réclam, Mémoires , t. II, p. 247, 559; t. IV, p. 100, 159; 
t. V, p. 67, 78, 94; t. VI, p. 14; t. IX, p. XIX, XL, et 22, 43, 66, 76, 121, 168, 
184, 207. 

(5) Un Etat du 50 janvier 1688, cité par de Boislille [Correspondance des 
contrôleurs généraux, t. I, n° 394), porte le chiffre des émigrés du Langue- 
doc à 5680, savoir 1049 chefs de famille, 675 femmes, 2726 garçons et 1255 
filles. 



6 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

du Velay. Bâville dit que la première province comp- 
tait, en 1698, c'est-à-dire treize ans après la révocation, 
33,199 religionnaires contre 198,336 catholiques; et, 
d'autre part, 25 gentilshommes, chefs de famille de la 
première religion (i), contre 3 39 de la seconde. Quant au 
Velay, d'après Bâville, il comptait 83,127 catholiques 
contre 974 protestants; et 213 gentilhommes chefs de 
famille catholiques contre aucuns protestants. 

Notre intendant donne le nom de nouveaux convertis 
à tous ces religionnaires pour rester dans la fiction, in- 
ventée par Louis XIV dans le but de justifier l'édit de 
révocation , mais il convient lui-même qu'il y en avait 
fort peu qui fussent « effectivement catholiques. » Il 
accorde encore que « tous les nouveaux convertis sont 
plus à leur aise, plus laborieux et plus industrieux que 
les anciens catholiques; » que, parmi les curés placés 
à la tête des anciennes paroisses protestantes, « il s'en 
trouve de forts méchants sujets ; » qu'on « ne réussira 
jamais auprès des nouveaux convertis si l'on n'a pas 
quelque talent pour parler. » Il termine enfin par cette 
juste réflexion : « Il faut attaquer les coeurs : c'est la 
religion vraie ; on ne peut l'établir sérieusement sans les 
gagner (2). » 

Ces paroles sont la condamnation même de Bâville , 
et surtout celle de Louis XIV et de ses conseillers, car 
l'intendant, quoique fort peu disposé à la clémence, 
estimait qu'après les rigueurs excessives de 1683 à 
1686 la cour aurait dû se relâcher de sa sévérité. « Je 
croyais, » écrivait-il au contrôleur général Louis Phely- 



(i) On trouvera aux Pièces justificatives , n° X, les noms de ces gentils- 
hommes et ceux de plusieurs autres , avec leur caractéristique religieuse 
établie par l'intendant. 

(2) Mémoires pour servir à l'hist. du Laug. (1698); Amsterdam, 1734, 
in-12, p. 76 et suiv. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 7 

peaux, comte de Pontchartrain, le 9 mars 1687, « qu'a- 
près une extrême rigueur il fallait agir par des voies 
douces et ne pas confondre toujours l'innocent avec le 
coupable ; mais je vois bien qu'il y a des raisons dans 
la politique qui sont au-dessus de mon raisonnement. 
Je me conformerai à l'ordre que vous m'avez donné. » 
Il reconnaissait, quelques mois auparavant, le 18 no- 
vembre 1686, que les dragonnades ne pouvaient pro- 
duire des résultats durables. « Je viens d'établir dans 
les Cévennes le quartier d'hiver en pure perte, c'est-à- 
dire y causer une grande désolation , » écrivait-il au 
même ministre. C'est pourquoi il préférait le système 
des missions religieuses et des aumônes, et disait qu'il 
obtenait beaucoup de succès par ce moyen. « Les 
12000 livres, » dit-il à ce propos, le 18 novembre 1686, 
« que le roi a eu la bonté de m'envoyer pour faire des 
aumônes dans les missions, font un effet merveilleux et 
gagnent tous les pauvres à la religion. Bien que ce mo- 
tif ne soit pas d'abord fort pur, les missionnaires sa- 
vent très bien le rectifier et ils engagent par ce moyen 
une infinité de personnes à s'instruire et à fréquenter les 
sacrements. » Il paraît que les missionnaires jouaient 
aussi le rôle d'espions. Bâville disait, le 12 septem- 
bre 1693 , qu'il tenait des missions dans une partie du 
Vivarais, « soit pour entretenir l'exercice de la religion 
dans ce pays, ce dont les curés sont incapables, soit 
pour donner avis de ce qui se passe (i). » 

CONFISCATION DES BIENS DES CONSISTOIRES ET DES 
RELIGIONNAIRES FUGITIFS ET LEUR EMPLOI. 

La jurisprudence royale varia sur l'usage qu'on devait 

(i) De Boislille, t. I, n°' 381, 544, 256, 1227. 



8 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

faire des biens ecclésiastiques des protestants. Déjà, 
avant la révocation de l'édit de Nantes, et par ses dé- 
clarations du 15 janvier 1683 et du 21 août 1684, 
Louis XIV avait décidé que « tous les biens immeu- 
bles , rentes et pensions faites entre-vifs en dernière 
volonté aux pauvres de la dite religion ou aux consistoi- 
res, pour leur être distribués par les dits consistoires, 
ou aliénés depuis le mois de juin 1662, seraient délais- 
sés aux hôpitaux des lieux oij sont les consistoires et, 
en cas qu'il n'y en ait pas, à l'hôpital le plus prochain. » 
Mais en janvier 1688, un édit décida que les biens im- 
meubles des consistoires seraient réunis au domaine et 
que les revenus serviraient à la fondation d'écoles gra- 
tuites , à la reconstruction des églises catholiques, à la 
création d'hôpitaux et à toutes autres destinations utiles 
et nécessaires pour l'avantage des nouveaux convertis. 
En 1687, le roi avait déjà autorisé Bâville à appliquer 
une partie de ces biens à l'achèvement des nombreuses 
églises qu'il venait de faire reconstruire dans le Langue- 
doc (i). Enfin un arrêt du conseil du 8 janvier 1689 
décida que les revenus des biens des consistoires ser- 
viraient en partie à payer les pensions accordées par le 
roi aux nouveaux convertis. 

Les divers états , qui furent dressés des biens des 
consistoires du Vivarais et du Velay dans les années qui 
suivirent la révocation de l'édit de Nantes, donnèrent 
le résultat suivant : 

Valeur estimative des biens fonds (immeubles) : 13771 
livres, 10 sols; capitaux (obligations, legs, pensions, 
etc.); 7326 livres, 10 sols, 6 deniers. Ces derniers 
portaient un revenu de 381 livres, i sol, 6 deniers (2). 



(i) De Boislille, t. I, n" 381. 

(2) Voy. le détail, Pièces justificaiives, n" XI, A. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 9 

Pour ce qui est des biens des religionnaires fugitifs 
du Vivarais et du Velay, l'estimation , qui en fut égale- 
ment faite pour la même période , porta leur valeur à 
450,364 livres (i). 

Une déclaration de Louis XIV du 20 août 1687, pro- 
mulguée avant la révocation , avait ordonné que la moi- 
tié des biens des fugitifs serait donnée aux dénoncia- 
teurs. Un édit de janvier 1688 décida que ces biens 
seraient purement et simplement réunis au domaine et 
auraient la même destination que les biens des consis- 
toires. Un autre édit de décembre 1689, renouvelé le 
21 mars 1718 , porta qu'à l'avenir les plus proches pa- 
rents et légitimes héritiers des religionnaires fugitifs en- 
treraient en possession des biens que ceux-ci laisseraient 
dans le royaume. Nous n'avons pas besoin d'ajouter 
que c'était à la condition que ces proches parents et 
héritiers se comporteraient en catholiques. 

Autrement ces biens, quoique considérables, — nous 
parlons de ceux qui furent réunis au domaine , — ne 
rapportèrent pas à l' Etat de grandes sommes à cause des 
frais nombreux qu'occasionna leur recouvrement. Bâville 
disait , dans ses Mémoires secrets (2) de 1 7 1 8 : « Les 
biens des fugitifs ont été mis depuis la conversion gé- 
nérale en 1685 en régie. Le sieur Boucher, commis par 
le Conseil , avait envoyé ici des commis et on a atï'ermé 
ces biens qui étaient répandus dans toute la province. 
Les comptes ont été rendus chaque année et envoyés 
au conseil jusqu'en l'année 1716, cette année y com- 
prise. Depuis six mois le conseil de conscience a fait 
une ferme générale de tous ces biens au sieur Bou- 



(i) Voy. le détail, Pièces justificatives, n" XI, B. — Un autre état , qui 
se trouve aux Archives nationales (TT, 244), et qui doit être moins complet 
ou plus ancien, donne seulement le chiffre de 549,307 1. 16 s. 6 d. 

(2) Les chroniques du Languedoc , année 1877, in-4". 



lO HISTOIRE DES PROTESTANTS 

cher, qui a envoyé deux directeurs, l'un à Toulouse, 
qui est le sieur Flottes, et l'autre à Montpellier, nommé 
Valmalette. Ces biens sont extrêmement' diminués. Ils 
ont donné par le passé beaucoup d'occupation , parce 
qu'il a fallu juger toutes les distractions et hypothèques; 
ce qui a donné lieu à quantité de jugements ; mais, tou- 
tes les questions étant terminées , cette affaire donne 
maintenant peu d'occupation. » 

LE SEUL PASTEUR AUTORISÉ A RESTER EN FRANCE 

(1686). 

Un des articles de l'édit, qui révoquait celui de Nan- 
tes, ordonnait à tous les ministres du royaume de sortir 
de France dans le délai de quinze jours. Un seul reçut 
l'autorisation de finir ses jours sur le sol natal, et ce fait, 
unique dans l'histoire de la révocation , mériterait déjà 
d'être signalé , si le pasteur, qui n'eut pas à souffrir des 
douleurs de l'exil , n'était digne d'ailleurs de toute no- 
tre sympathie et de tout notre respect. Il s'agit de 
Pierre Reboulet, successivement pasteur à Saint-Vin- 
cent-de-Barrès, Tournon-lès- Privas et Ajoux. Dés que 
l'édit de révocation lui eut été notifié, il s'apprêta à sor- 
tir du royaume , quoiqu'il fût « aveugle depuis quatre 
ans , accablé d'infirmités et de vieillesse , ayant atteint 
l'âge de quatre-vingt-six ans , » et il se mit en route 
pour Montpellier à l'effet de demander à l'intendant 
Bâville un passeport; mais, arrivé à Chomérac, il tomba 
gravement malade et, de l'aveu de plusieurs officiers, de 
son chirurgien et de trois curés, il ne put continuer son 
voyage. On allait néanmoins le faire prisonnier et lui 
imposer un logement militaire dans sa maison, quand 
son fils aîné , le pasteur Alexandre Reboulet , de Cho- 
mérac , écrivit à l'intendant du Languedoc pour le prier 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. I I 

d'autoriser son père à sortir de France avec sa fille 
Marie , qui était âgée de cinquante ans, le servait avec 
une affection et des soins tout particuliers et connaissait 
ses infirmités mieux que personne ; et comme, en atten- 
dant qu'il fût possible au vieillard et à sa fille de partir, 
ils pouvaient être exposés à des vexations , Alexandre 
Reboulet demandait encore à l'intendant « de faire dé- 
fenses à toutes personnes de leur donner aucun trouble 
en leurs personnes et biens. *> 

L'intendant accorda au vénérable vieillard plus que 
son fils ne demandait, car « s'étant laissé attendrir à sa 
vieillesse, » dit une lettre du Vivarais du 23 février 1686, 
« il lui promit de le laisser mourir en repos, et les dra- 
gons exécutèrent si bien ses ordres que , bien que sa 
maison en fût toute remplie , ils ne lui firent que de lé- 
gères insultes. » Ce pasteur, dont la mémoire doit être en 
bénédiction, était né le 12 août i6oo.- Il commença ses 
études à Genève, d'où son père, également ministre, 
était bourgeois , et il les acheva à Die. Il fut reçu au 
saint ministère en 1625, de sorte que lorsqu'il mourut 
il était peut-être le doyen de tous les ministres de 
France. « Il avait, » dit la lettre ci-dessus, « une 
grande connaissance des langues et savait fort bien son 
système de théologie. Il avait beaucoup lu, mais, étant 
devenu aveugle depuis quatre ou cinq ans, il ne se fai- 
sait plus lire que la Bible, laquelle, je puis dire, il sa- 
vait par cœur. Sa piété, son zèle, sa candeur et sa cha- 
rité étaient reconnus de tout le monde. Il vaquait à la 
prière d'une manière tout à fait extraordinaire, et il y a 
peu de ministres à qui l'on puisse donner plus légitime- 
ment qu'à lui l'éloge de véritable pasteur; car, outre 
que nous avons été témoins des exhortations qu'il a fai- 
tes jusqu'aux derniers soupirs de sa vie à ceux de ses 
parents et de ses amis, qui, après leur chute, allaient 



12 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

chercher quelque consolation auprès de lui ; outre que 
nous lui pouvions porter ce -témoignage qu'il a soutenu 
plusieurs de nos frères , qui étaient sur le bord du pré- 
cipice , tout le monde a vu les attaques qui lui ont été 
faites par les jésuites , qui avaient ordre de le visiter, et 
la manière vigoureuse dont il les a toujours repoussés. 
» Le commandant des troupes qui ont ravagé notre 
malheureuse province et qui la ravagent encore , avait 
fait dessein fort souvent de le violenter ; mais soit que 
Dieu l'ait toujours retenu ou que sa barbarie se soit 
laissée vaincre aux larmes et à la faiblesse d'un homme 
qui avait plus de quatre-vingts ans, il n'a jamais livré sa 
personne à ces étranges missionnaires qu'on emploie à 
notre conversion. Je ne sais... si ce commandant ne se 
repentit pas d'avoir été trop doux , lui qui a accoutumé 
ses mains à tant de violences , ou si ce ne fut pas un 
coup de son confesseur; mais il est constant qu'il avait 
résolu de le faire enlever le 20 du mois de février 
[1686] , et de le faire porter en triomphe dans l'Eglise 
lorsqu'on célébrerait la messe. Comme ces messieurs 
sont les maîtres et que personne n'ose s'opposer à leurs 
volontés, ils ne firent pas mystère de leur dessein... Ce 
vénérable ministre en fut averti , car ses amis crurent 
qu'il devait être préparé à ce rude et terrible assaut; 
mais, quoique son âme fût accablée de douleur à l'ouïe 
de cette nouvelle, son zèle redoubla dans cette rencon- 
tre. Il dit que Dieu lui ferait la grâce de voir échouer 
le dessein de ses ennemis ; que celui qui habite aux 
cieux se moquerait de leurs complots et soufflerait sur 
leurs entreprises. Il le demanda à Dieu avec beaucoup 
d'ardeur, et il y eut assurément quelque chose d'extra- 
ordinaire dans la confiance qu'il fit paraître que Dieu 
le retirerait de ce monde avant ce cruel et funeste jour, 
car il dit plusieurs fois à haute voix que Dieu aurait 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. I3 

pitié de sa faiblesse, qu'il aveuglerait ses ennemis, qu'il 
le retirerait bientôt de la servitude , qu'il sentait arriver 
cet heureux moment. En effet , Dieu exauça les prières 
de son serviteur, dont le désir tendait à déloger, car il 
mourut le 18 du même mois, deux jours avant qu'il dût 
être enlevé. Ses dernières paroles, qui furent entrecou- 
pées de plusieurs soupirs et tirées toutes de l'Ecriture 
sainte, furent si touchantes qu'elles arrachèrent des lar- 
mes à tous ceux qui étaient autour de son lit ; et , par 
un effet de cette même providence, qui l'avait conservé 
lui seul au milieu de la fournaise de Babylone, il fut en- 
terré de nuit sans aucun empêchement dans le même 
endroit oij mademoiselle sa femme avait été enter- 
rée (i). » 

Veut-on savoir à quel point l'ignorance et la passion 
religieuses peuvent faire disparaître le sentiment de la 
grandeur morale ? Une pièce catholique , qui décrit en 
quelques mots le caractère de plusieurs pasteurs du Vi- 
varais d'avant la Révocation (2) , appelle Reboulet un 
« vieux radoteur! » 

EXEMPLES DE CONSTANCE (1685...) 

Bien que l'abjuration des protestants de France eut 
été générale, un certain nombre d'entre eux, pourtant, 
surent résister aux tourments et à la peur. Le Vivarais 
en offrit de touchants exemples , que l'histoire doit en- 
registrer avec un soin pieux, car si ces courageux con- 
fesseurs demeurèrent fidèles à leur religion , ce fut au 
prix des plus grandes souffrances. 

Jean-Paul Segnover, de Desaignes , et sa femme 



(I) Bulletin, etc., t. XXVIII, p. 465 à 467; — Papiers Rabaut t I 
P- 85. ■ ' 

{2) Les Clironiques du Languedoc, année 1874. 



14 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

errèrent pendant quelque temps en divers lieux et fini- 
rent par être arrêtés à Mounens dans la maison de 
M. Saint- Lagier , qui fut emprisonné avec eux, mais 
relâché peu après. Segnover fut ensuite conduit à la 
tour de Constance , où il mourut après quelques an- 
nées de détention, et sa femme au château de Sommiè- 
res , qui lui servit de prison pendant vingt ans , après 
lesquels elle put retourner chez elle, mais sans avoir re- 
nié sa foi. 

Vialette, de la Bâtie d'Andaure, après avoir été tor- 
turé par les dragons, erra aussi pendant plusieurs an- 
nées avec sa femme et ses enfants. Ces misérables 
rattachaient à la queue de leurs chevaux et le faisaient 
courir jusqu'à ce qu'il fût prêt à rendre l'âme; d'autres 
fois ils l'obligèrent à marcher sur les peignes en fer, 
dont on se sert pour préparer le chanvre. C'est alors que, 
sans pouvoir rien emporter de chez lui , il prit le parti 
de la fuite. Au bout de quelques années , pendant les- 
quelles il gagna sa vie comme il put au milieu des plus 
grandes privations , il se crut en sûreté et reprit pos- 
session de son bien, dont jouissait un catholique, le 
greffier Rochet. Il y vécut paisiblement sans être in- 
quiété , fréquentant les assemblées religieuses secrètes 
et offrant assez souvent dans sa maison une retraite aux 
prédicateurs; mais il fut arrêté une seconde fois et con- 
duit à la tour de Constance, où il mourut après quelques 
années de détention, sans avoir fait toutefois la moin- 
dre concession à ses persécuteurs. C'était un homme 
fervent, qui lisait ou faisait lire par quelqu'un des siens 
dans sa maison, le matin, à midi et le soir, plusieurs 
chapitres de la Bible : règle qu'il observait religieuse- 
ment , même dans les mois de l'année où les travaux de 
la campagne pressent le plus. En 1709, sa maison fut 
dévastée parce que des camisards y avaient logé. Les 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. I i 

grenadiers qui la ruinèrent mirent à mort sa sœur. Mal- 
gré cela , la famille Vialette prospéra beaucoup et , en 
1735, elle avait de grands biens et pour chef Pierre 
Vialette, le fils aîné du courageux confesseur. 

Charrier, du lieu de Crotte, paroisse de Saint-Agrève, 
ne voulut non plus consentir à abjurer sa religion et prit 
la fuite avec toute sa famille à l'exception d'une de ses 
petites filles fort jeune , qui demeura dans la maison. 
Des gens de guerre ayant peu après envahi celle-ci , la 
pillèrent de fond en comble et la démolirent. Charrier 
avait eu le soin de faire transporter en cachette ses meu- 
bles les plus précieux chez son plus proche voisin , le 
catholique Barjon, qui, lorsqu'on publia à Saint-Agrève 
que ceux qui détenaient des meubles appartenant à des 
religionnaires fugitifs devaient en prévenir l'autorité, in- 
forma M. de Clavières, colonel d'infanterie, qu'il en avait 
plusieurs dans sa maison que lui avait confiés Charrier; 
et il les livra, mais en en retenant quelques-uns par 
devers lui. Plus tard, il fut assez malhonnête homme 
pour ne pas les restituer à leur propriétaire trop con- 
fiant. Quand la fureur de la persécution se fut un peu 
calmée, Charrier fit rebâtir sa maison et y demeura sans 
être inquiété, grâce à un subterfuge auquel il eut la fai- 
blesse de consentir à la sollicitation des messieurs de 
Samt-Agrève, qui l'estimaient et l'aimaient beaucoup. 
Un homme , qui prit son nom et se fit passer pour lui , 
se rendit à Montpellier et abjura le protestantisme à sa 
place. 

On peut ajouter aux noms de Segnover, Vialette et 
Charrier ceux des frères Valette, de Saint-Vincent de 
Durfort, qui n'abjurèrent non plus leur foi et dont il 
sera bientôt parlé (i). 

(i) Mémoivp d'Ebruy (Mss. Court, n» 17, t. B). 



l6 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

SOUFFRANCES MORALES DES NOUVEAUX CONVERTIS 

(1686). 

La coupable facilité avec laquelle les protestants du 
Vivarais , comme ceux des autres provinces de France , 
embrassèrent le catholicisme, n'était pas chez tous, tant 
s'en faut, une preuve d'indifférence. Ils furent comme 
brisés et frappés de stupeur par les violences inouïes 
qu'on exerça contre eux, et ils cédèrent. Mais ils com- 
prirent bientôt l'étendue de leur faute et leur conscience 
reprit tous ses droits. « Nous flottons entre la crainte 
et l'espérance , » écrivait un nouveau converti du Viva- 
rais le 23 février 1686. « Nous voyons à la vérité d'un 
côté la miséricorde de Dieu qui est infinie, mais nous 
voyons sa justice et notre crime, et nous craignons avec 
beaucoup de raison que ce ne soit contre nous que ce 
juste juge ait prononcé ces paroles : « J'ai juré en ma 
colère, jamais ils n'entreront dans mon repos. » Plai- 
gnez notre condition, monsieur; priez Dieu pour des 
malheureux qui n'ont nulle consolation et qui sont dé- 
chirés par des remords mille fois plus cruels que la 
mort même. Notre persécution a été terrible , et sans 
exemple, et vous ne devez pas être surpris si nous avons 
presque tous succombés... Une tentation si imprévue 
nous rendait incapables de réflexion , car l'ennemi qui 
nous attaquait ne nous donnait aucun relâche... Nous 
ne savions oij nous en étions. Notre bouche trahissait no- 
tre cœur et nos mains chargées de fers nous mettaient 
dans la cruelle impuissance de refuser des signatures , 
qui ne nous paraissaient d'abord rien parce que nous 
ne prévoyions pas les conséquences. La tentation a fini 
pour quelques moments après que nous avons eu suc- 
combé, et c'est alors , monsieur, que nos yeux onl été 



DU VIVARAIS ET DU VELÂY. I7 

ouverts... Nous gémissons de notre crime, nous versons 
des torrents de larmes , nous avons honte de notre ré- 
volte, et si Dieu ne nous envoie un libérateur ou qu'il 
ne nous ouvre bientôt un passage pour aller sacrifier en 
Canaan, où est adoré le Dieu de nos pères, notre con- 
dition ne saurait être plus déplorable; car enfin nous 
sommes obligés tous les dimanches et tous les jours de 
fête de fléchir le genoux devant Baal. Nous avons beau 
mettre nos mains devant nos yeux lorsque le prêtre 
élève l'hostie... , notre action est toujours idolâtre, de 
quelque côté qu'on la regarde... Nous savons toutes ces 
choses, monsieur, et il semble que Dieu n'ait voulu 
laisser à quelques-uns de nous l'Ecriture sainte que 
pour nous rendre plus inexcusables. Mais qu'y ferions- 
nous ? On nous traîne comme des victimes. On nous 
vient arracher de nos retraites et nous déterrer dans nos 
cavernes et dans nos déserts. On court après nous 
comme après des bêtes féroces et, si nous sommes as- 
sez malheureux pour tomber entre les mains de ceux qui 
nous poursuivent , on nous mène en triomphe devant 
l'idole. » 

L'auteur de la lettre montre ensuite l'inconséquence 
des persécuteurs , qui étaient convaincus que les pro- 
testants n'avaient embrassé le catholicisme que pour la 
forme et qui néanmoins les contraignaient à en suivre 
les pratiques. « Que sommes-nous, dit-il, à l'égard 
des catholiques romains ? Nous sommes des impies, des 
hypocrites, des hérétiques abominables, des victimes 
de la mort et de l'enfer. Ils sont convaincus que nous 
ne sommes de leur religion que par force , que nous 
avons de l'abomination pour leur culte. Leurs prédica- 
teurs le disent hautement dans leurs chaires, et cepen- 
dant ils n'ont point horreur de crucifier derechef, autant 
qu'il est en eux, le Seigneur de gloire et de l'exposer à l'op- 
n. 2 



l8 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

probre, en nous contraignant d'assister à une cérémonie 
oij ils prétendent offrir en sacrifice le véritable corps de 
notre glorieux sauveur ! Ou il faut qu'ils croient que 
leur sacrifice n'est qu'une comédie ou qu'ils soient les 
plus insensés et les plus furieux de tous les hommes. » 
Enfin l'auteur de la lettre fait toucher du bout du doigt 
la contradiction flagrante qu'il y avait entre la manière 
dont les convertisseurs qualifiaient aux yeux du public 
les moyens qu'ils employaient pour amener les protes- 
tants à une abjuration et ces moyens eux-mêmes. « On 
a entrepris tout impunément, dit-il; on nous a traités 
partout comme des esclaves , on n'a pas même ménagé 
les personnes du plus haut rang, et cependant on a 
l'impudence de dire que les moyens dont on s'est servi 
ont été des voies de grâce , qu'on n'a employé que la 
charité. Voilà de quelle manière on parle d'une persécu- 
tion inouïe, dont toute l'Europe a été témoin et dont 
le pape a frémi lui-même. On a assez de mauvaise foi 
pour nier tout, et les ecclésiastiques à la tête des trou- 
pes sont assez malhonnêtes gens à leur tour pour exi- 
ger, de ceux qu'ils appellent nouveaux convertis, qu'ils 
fassent des aveux par écrit qu'on ne les a jamais forcés 
et qu'ils se sont convertis par connaissance de cause. 
On ne se contente pas d'avoirfait de nous des hypocrites 
et des impies, on nous rend encore parjures (i). »> 

Telle était la situation affreuse faite aux protestants 
de France par leurs convertisseurs , qui assurément ne 
pouvaient se glorifier intérieurement des victoires aussi 
peu honorables qu'incertaines qu'ils remportaient. Mais 
les apparences étaient sauvées et cela suffisait à leurs 
desseins. 

(i) Bulletin, etc., t. XXVIII, p. 467-469. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 



19 



LES PREMIERS PRÉDICATEURS DU DÉSERT (1685...). 

Le banissement de France de tous les ministres ré- 
formés, et les dragonnades qui le précédèrent et le sui- 
virent, ne firent point cesser les assemblées religieuses 
protestantes comme on l'espérait en haut lieu ; seule- 
ment , à dater de la révocation , elles furent présidées 
par des hommes généralement peu instruits, qui n'avaient 
d'autre mandat que leur courage et leur piété. Les catho- 
liques leur donnèrent le nom de prédicants et leurs 
coreligionnaires plutôt celui de prédicateurs. Voici les 
noms de ceux qui évangélisèrent le Vivarais et le Velay 
à cette époque. 

Un aveugle de vingt à vingt-trois ans, du lieu de 
Bousquénaud, paroisse de Saint-Apollinaire-de-Rias. 
Il se bornait à faire quelques exhortations bibliques , et 
quitta ensuite le royaume. 

Gaillard, dit Berthouly, de Chalencon , ancien ca- 
tholique. Dans ses discours il attaquait surtout l'Eglise 
romaine. Il ne persévéra point. 

Josué (ou Joseph) Corbière, de Saint-Jean-Chambre, 
potier de terre. On l'accusa d'entretenir des relations 
illicites avec Marie Riou , dite Niaque , prédicante. 
Fait -prisonnier à l'âge de trente-quatre ans , il fut con- 
damné aux galères en 1690 et libéré en 171 3. Il se ré- 
fugia à Zurich , oij il vivait encore en 1734. Sa conduite 
aux galères et depuis sa hbération fut exempte de tout 
reproche. 

Daniel Chanac , « brave garçon et de bonne édifica- 
tion. » Il résidait vers Grozon. Ayant été arrêté , on 
l'enrôla de vive force dans un régiment. 

Jean Charreyre , dit le petit Marc. La détermination 
qu'il avait prise de présider des assemblées religieuses 



20 HISTOIRE DES PROTESTANTS 



lui attira la haine de sa famille , au sein de laquelle il 
n'osa plus revenir, car il craignait que son père où son 
frère ne le fissent arrêter. Ce dernier , en effet , l'ayant 
rencontré en un certain lieu , allait le dénoncer , quand 
il prévint son arrestation par la fuite. Il commença de 
prêcher en 1690 ou 1691. Il était borgne et ne savait 
pas lire. Néanmoins tous ceux qui le connaissaient s'ac- 
cordaient à dire qu'il faisait des discours très édifiants 
et que sa conduite était exemplaire. Arrêté à Vauvert 
en Languedoc, vers 1702, il fut exécuté à Montpellier 
en compagnie d'un nommé Faille et souffrit la mort avec 
une grande constance. — Il avait présidé à Vais en 1 700, 
avec la prédicante Marie, une assemblée, à la suite de 
laquelle six hommes furent condamnés aux galères à 
vie, et quatre femmes à la prison perpétuelle (i). 

Jean Antoine Boissi , de Châteauneuf-de-Vernoux. 
Il se réfugia à Genève après le supplice du célèbre 
Claude Brousson (4 novembre 1698) , et y mourut 
avant 1734- 

Isaac Berlier, de la Bâtie-de-Crussol. II « ne savait 
ni lire ni écrire et faisait des exhortations de mémoire 
fort édifiantes d'ailleurs. « Sa conduite était exemplaire 
et on l'aimait beaucoup dans son arrondissement. Il fut 
pris vers 1696, en passant à Saint-Fortunat, et conduit au 
château de Bauregard ; mais Saint-Ange Robert Dumo- 
lard, Seigneur de Châteauneuf, subdélégué de l'inten- 
dant de Languedoc depuis de longues années , qui le 
connaissait et avait de l'affection pour lui, se borna, 
après l'avoir interrogé plusieurs fois , à lui faire faire 
quelques mois de prison, après lesquels il le renvoya 
sans exiger de lui aucune abjuration. Berlier toutefois 



(i) Voy. Pièces justificatives , n" XIII , et Bulletin de la Société, etc., 
t. XXXVI, p. 604 à 610. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 



fut si fort impressionné par cet emprisonnement et le 
danger qu'il avait couru qu'il quitta le France. Après 
un court séjour à Genève et à Lausanne, il alla s'éta- 
blir à Spandau en Brandebourg, où il se maria. Il mou- 
rut à Berlin avant 1734, laissant une réputation sans 
tache. 

Jacques Jaquet et Siméon Jaquet frères, de Saint- 
Jean-Chambre. Le premier mourut à Zurich et l'autre à 
Genève. 

Aaron Vignal", de Saint-Michel-d'Aglandes , « fort 
sage garçon. » Mort à Genève. 

Matthieu Dunis (ou Daunis), dit La Roche, de La 
Celle en Velay. Il fut pris et condamné aux galères 
en 1698. Il en sortit en 171 3 et se retira à Neuchâtel. 

Jean Paul Ebruy , dit Jean Paul, de Desaignes. Il 
évangélisa principalement les Boutières et raconte dans 
ses Mémoires qu'il erra de lieu en lieu pendant vingt ou 
vingt et un an. En 170Q, époque oij les camisards Bil- 
lard , Dupont et Mazel pénétrèrent dans le Dauphiné , 
il se retira à Genève et s'y maria. En 1729 il était « ré- 
gent d'école dans les terres de Genève. » 

Antoine Arsac, de Beauvert, paroisse de Saint-Jean- 
Roure. Il apprenait des sermons par cœur et les réci- 
tait. Il fut arrêté par Dumolard en personne près de 
Vernoux, en 1700 ou 1701, avec Alzas, de Salavas, qui 
n'avait jamais apostasie et qui l'accompagnait. Comme 
Arsac était chauve et que son signalement était connu , 
il garda son chapeau sur sa tête pour détourner les 
soupçons, mais son embarras le trahit. Après une dé- 
tention de onze mois à Montpellier, il fut enrôlé dans 
un régiment à la place d'un milicien, dont Bâville tira 
cent francs. C"' était la coutume de ce dernier de procu- 
rer pour cette somme aux jeunes gens catholiques, qui 
tiraient de mauvais numéros, des remplaçants qu'il choi- 



22 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

sissait parmi les prisonniers. Arsac, ayant réussi à s'éva- 
der du royaun)e dans la suite, se réfugia en Suisse (il était 
à Neuchâtel le 24 mars 1710), et mourut à Lausanne 
le 30 mars 1733. Ebruy, qui le connut, dit que c'était 
un Israélite sans fraude. 

Daniel Arsac, du même lieu, frère du précédent et 
cadissier de profession. Il fut pris en 1696 , à l'âge de 
vingt-six ans, dans une assemblée, près de Privas, et 
conduit au château de Beauregard , où on l'appliqua 
à la question pour qu'il dénonçât les personnes qui 
l'avaient logé ou qu'il connaissait. On lui mettait de la 
poudre à canon dans la main, que l'on attachait avec 
du fil d'archal. La poudre, qu'on enflammait au moyen 
d'une mèche, lui causait des souffrances si atroces que 
les officiers de la garnison en firent des reproches à Du- 
niolard , qui avait ordonné ce supplice et le fit cesser. 
Arsac fut ensuite conduit à Montpellier et condamné 
aux galères la même année. Il en sortit en 1713 sans 
avoir abjuré. Il mourut à Lausanne en 1730. 

Charles Laurent, de Desaignes, âgé de vingt-quatre 
ans. Il fut arrêté en même temps que Daniel Arsac, 
subit les mêmes tortures, fut condamné à la même peine 
et montra la même constance. Il mourut peu après aux 
galères. Son père, qui fut fermier pendant plus de trente 
ans dans la même grange , ne cessa de donner avec 
toute sa famille l'exemple du plus vif attachement à sa 
religion. 

Antoine Valette, de Valette, paroisse de Saint-Vin- 
cent-de-Durfort. 11 patronna et dirigea plusieurs assem- 
blées des inspirés du Vivarais en 1688 et 1689, mais 
sans donner toutefois lui-même dans leurs aberrations. 

Louis Valette, son frère, inspiré. Il sortit de France, 
mais, étant rentré en 1689 pour emmener sa femme à 
l'étranger, il fut pris à Lavoulte et condamné à être 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 



pendu. Son corps fut brûlé et ses cendres jetées au 
vent. Son grand grief, aux yeux de ses juges , était 
d'avoir baptisé un enfant qui avait déjà reçu le baptême 
à l'Eglise. Sa mort fut héroïque et profondément édi- 
fiante pour tous ceux qui en furent témoins. Il avait un 
certain talent de parole et se faisait écouter avec plaisir. 
Ces Valettes avaient deux autres frères , non prédi- 
cateurs : Charles, sur lequel on ne possède pas de ren- 
seignements , et Jean, qui fut mis dans de l'huile bouil- 
lante par les dragons, parce qu'il n'avait voulu renier 
sa foi. Chose étrange! le noble confesseur n'en mourut 
point, et fut envoyé aux galères (1696). 

Jean Valayer, des environs de B offre s , mort à Lau- 
sanne en 173 5- 

Aaron , des environs de Vernoux , « fort brave gar- 
çon , » mort à Genève. 

Chaumette, dans la Montagne ou haut Vivarais. 
Jacques Sallier et Antoine Sallier, de Boffres, frères 
sans doute. Le second, cardeur de laine, se réfugia à 
Lausanne et servit de guide aux camisards Billard, Du- 
pont et Mazel , qui soulevèrent le Vivarais en 1709. Il 
était à Neuchâtel le 24 mars 1710. 

Jacques Gapa, probablement Jacques Gaspard qui suit. 
Meyer , tailleur. 

Giraudon (ou Jeraudon), de Sainte-Marguerite, «fort 
brave garçon. » 

Jacques Gaspard, de la Bâtie de Crussol, pendu à 
Vernoux en 1701 . 

Jacques Salomon Duplantier, de Toulaud, pendu en 
1704 à Saint- Pierreville. 

Isaac Duplantier , son frère , de Toulaud , rompu vif 
à Vernoux le 24 août 1704. 

Claude Mayre , dit Cocadon, pendu à Vernoux vers 
1704. 



24 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Presque tous ces prédicateurs avaient donné dès le 
début dans l'inspiration , dont il va être parlé, mais n'y 
persévérèrent point (i). Nous aurons l'occasion de par- 
ler de plusieurs d'entre eux dans le courant de notre 
récit. 

INSPIRATION. PRÉDICATIONS DE GABRIEL ASTIER 
(1688, 1689). 

Quatre ans après la révocation de l'édit de Nantes , 
naquit et se développa dans les contrées du sud-est de 
la France, habitées par les réformés, un état spirituel 
maladif et étrange , connu sous le nom d'inspiration 
chez les protestants et de fanatisme chez les catholiques. 
Battus violemment par la persécution , exténués par les 
jeûnes , nourris de la lecture presque exclusive des li- 
vres prophétiques de l'Ancien Testament et des écrits 
du célèbre pasteur réfugié Jurieu, qui se croyait pro- 
phète, privés de pasteurs, d'écoles et de livres et entiè- 
rement livrés à eux-mêmes , un certain nombre d'entre 
eux devinrent sujets à des hallucinations, qu'ils prirent 
pour des inspirations du ciel. Ils entendaient des voix, 
avaient des visions , faisaient des prophéties , tombaient 
en extase et, en cet état, chantaient des psaumes et 
prononçaient des discours pieux, mais incohérants, pen- 
dant que les membres de leur corps s'agitaient avec plus 
ou moins de force. Ces symptômes morbides se mani- 
festèrent surtout chez les enfants et les jeunes gens. De 
là le nom de petits prophètes qui leur furent donnés (2). 



(i) Mémoires d'Ebruy (mss. Court, n» 17, t. B); — Noms des prédica- 
teursdu Vivarais (mss. Court, n° 17, t. H , B et G) ; — Bulletin, etc., 
t. XXIX, p. 465. 

(2) Pour plus de détails, Voy. E. Arnaud, Hist. des prolest, du Daupli., 
t. III, p. 65-70. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 2^ 

Les premiers inspirés un peu marquants du Vivarais 
paraissent avoir été Henry, ancien domestique du mar- 
quis Nicolas Joseph de la Rivoire de La Tourette , et 
Perrin. Le premier prêcha dans les Boutières, le second 
dans la Montagne ou haut Vivarais. L'un et l'autre réu- 
nissaient les protestants dans les bois et les villages, et 
leurs discours consistaient en appels à la repentance et 
à la miséricorde de Dieu, en paroles amères contre 
l'Eglise romaine et ses ministres persécuteurs, et en pro- 
phéties de diverses sortes. 

Ils furent bientôt suivis par Gabriel Astier, jeune 
homme de vingt ans environ, natif de Cliousclat près 
Loriol en Dauphiné, qui, poursuivi dans cette dernière 
province , franchit le Rhône au commencement de fé- 
vrier 1689 pour aller prophétiser en Vivarais. Il se ren- 
dit d'abord à Baix chez M"® de Baix, veuve d'Isaacde 
Chabrières, ancien conseiller à la chambre de l'édit du 
Dauphiné , femme bonne et très pieuse , mais simple , 
qui avait donné dans l'inspiration à Grenoble , quand 
Isabeau Vincent, de Saou , dite improprement la ber- 
gère de Crest , fut emprisonnée comme inspirée dans la 
capitale du Dauphiné. Voyant que Bouchu , intendant 
de cette province, sévissait contre les petits prophètes, 
elle avait quitté secrètement Grenoble et s'était retirée 
à Baix. Y ayant été inquiétée , elle se réfugia dans une 
maison de campagne qu'elle possédait à Loriol, où elle 
fut arrêtée par l'ordre de Bouchu , qui la fit enfermer , 
ainsi que sa fille, dans le château de Tournon. 

Astier tint sa première assemblée à Baix. « Tout le 
monde, » dit Fléchier, « accourut pour ouïr cet homme, 
qu'on disait envoyé du Saint-Esprit... Quand l'auditoire 
fut formé, Astier se leva pour parler et tomba tout d'un 
coup comme évanoui. Les assistants le prirent avec res- 
pect et le portèrent sur un lit où , étant étendu, il s'agi- 



26 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

tait de temps en temps comme s'il eût souffert des dou- 
leurs et des convulsions. Ensuite il demeurait sans 
mouvement, après quoi il parlait et toute l'assemblée à 
genoux révérait sa personne et recueillait avidement ses 
oracles. Sa harangue était toujours la même en subs- 
tance. « Mes frères, approchez-vous de moi, amendez- 
vous, faites pénitence. Si vous ne vous repentez, vous 
serez tous perdus. Criez à Dieu miséricorde. Le juge- 
ment de Dieu viendra dans trois mois. Les méchants 
hurleront comme des loups. Ils crieront à Dieu : « Fai- 
tes-nous miséricorde, » mais il ne les entendra pas , et 
il leur dira : <(. Allez, maudits, servir votre maître. » Il 
redisait ces choses ou d'autres semblables à discours 
interrompus. Quelquefois il s'écriait : « Gardez-vous 
d'aller à la messe, car elle est abominable devant 
Dieu. » Quelque temps après : « Si quelqu'un doute que 
je dorme, qu'il me relève. » Quand la cérémonie était 
finie : « Eveillez-vous , » leur disait-il , et priant le plus 
fidèle de la compagnie de le relever doucement, il fai- 
sait chanter quelque psaume et congédiait tous les as- 
sistants, après les avoir embrassés et baisés à la bouche 
l'un après l'autre, en leur disant dévotement : « Allez, 
mon frère; allez ma sœur, je vous donne le saint Es- 
prit. » 

Entre ses prédications, Astier instruisait ses parents et 
ses amis et même des enfants , et les recevait au nom- 
bre des prophètes. 

De Baix , où il fut sans doute poursuivi en même 
temps que M™® de Baix, sa protectrice, Aslier se rendit 
à Bressac et tint des réunions chez le sieur Benoît, dont 
la maison fut démolie plus tard. Le jeune inspiré y fit de 
nombreux disciples parmi les hommes et les femmes , 
qui présidèrent à leur tour des assemblées. Le curé et 
le seigneur de Bressac , en ayant été informés , se ren- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 27 

dirent près d'une maison où prêchait une prophétesse 
et, après s'être arrêtés pendant quelques instants à la 
porte , ils entrèrent subitement pour la surprendre. 
(( Cette nouvelle prophétesse, » dit Fléchier, « parut 
devant eux avec confiance... demeura debout et, bat- 
tant des mains sur sa tête , elle criait de toutes ses for- 
ces : « Miséricorde, faites pénitence, le jugement de 
Dieu viendra dans trois mois. » Le curé voulut un peu 
calmer son esprit , mais elle s'agita davantage , lui re- 
prochant qu'il leur avait fait faire un grand péché (i) et 
qu'il serait damné comme le diable. Ses agitations 
l'ayant mise enfin hors d'haleine, elle se jeta sur un lit, 
oia se débattant encore et renouvelant ses cris de mi- 
séricorde, quelles sottises ne dit-elle pas ? qu'elle avait 
reçu le Saint-Esprit gros comme un grain de froment , 
qu'elle ferait et dirait bien d'autres choses quand elle 
l'aurait tout entier; que qui ne croirait pas cela serait 
damné, et qu'enfin elle sentait bien qu'elle était le Saint- 
Esprit. » Quand le calme se fut un peu rétabli en elle, 
elle se leva, prit sa quenouille et se mit à filer près du 
feu comme si de rien n'était. 

A Saint-Vincent de Barrés, la fermière du châtelain 
du lieu prédit qu'à la fin du mois de février il tomberait 
partout une grosse grêle , que les incrédules iraient er- 
rants sur les montagnes, qu'une étoile tomberait du ciel 
sur Rome et que Jésus-Christ régnerait avec les fidèles 
l'espace de mille ans sur la terre. Elle passa en revue 
après cela les habitants de la paroisse, disant le péché 
que chacun avait commis et annonçant le salut de l'un , 
la conversion de l'autre et la damnation d'un troi- 
sième (2). 



(0 En les faisant abjurer en 168;. 

(2) Fléchier, Lettres choisies, t. I, p. 541-548; — Brueys, t. 1 , p. 102, 



28 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Les enfants et les jeunes gens des deux sexes pro- 
phétisaient comme les grandes personnes , et leurs dis- 
cours étaient accompagnés de mouvements particuliers 
du corps. (( Lorsque ces inspirés prêchaient, » dit un 
témoin oculaire (i) , « ou exhortaient en public, leurs 
agitations de corps n'étaient pas fort grandes et ne du- 
raient pas longtemps , et alors ils parlaient avec beau- 
coup de feu , de courage et de facilité, en sorte qu'on 
les aurait pris pour des prédicateurs savants, éloquents 
et remplis de zèle , quoique bien souvent ce ne fussent 
que des enfants ou de pauvres simples paysans qui ne 
savaient seulement pas lire. Mais quand ils prédisaient 
les jugements de Dieu et qu'ils disaient certaines autres 
choses sur l'avenir , il arrivait presque toujours qu'ils 
tombaient d'abord à terre. La tête, les bras, la poitrine 
et le corps entier souffraient quelquefois de grandes se- 
cousses , et une certaine difficulté , qu'ils semblaient 
avoir de respirer, ne leur permettait pas de parler avec 
facilité. Dans le temps de l'inspiration ils parlaient tou- 
jours français , encore qu'ils ne fussent pas capables de 
le faire dans un autre temps. Et quand ils recevaient 
des avertissements de l'Esprit, ils s'exprimaient comme 
si ce même Esprit divin eût parlé en eux, en disant : 
« Je te dis, » ou « je te déclare, mon enfant, » etc. 
ou quelque chose de semblable. » 

ASTIER DANS LES BOUTIÈRES. EXPANSION DU MOUVE- 
MENT. ASSEMBLÉES NOMBREUSES (1689). 

Après avoir présidé d'autres assemblées, notamment 
à Champérach'e , où il prêcha en rase compagne pour 



n6, 119, 137-140; — Louvreleuil, t. I , p. 11-15 ; — Mémoire d'Ebrtnj (mss); 
— Dourille, p. 585, 384.. 

(i) Isabeau Charras, dans Les Prophètes protestants, p. 168, 169. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 29 

éviter la démolition des maisons qui auraient pu le re- 
cevoir, Astier s'engagea plus avant dans le Vivarais 
pour être mieux à couvert des poursuites de l'autorité. 
Il alla s'établir dans la commune montagneuse de Saint- 
Cierge-Ia-Serre avec un de ses associés , Pierre Rey- 
naud, qui était aussi jeune que lui. Les deux inspirés y 
tinrent des assemblées considérables , oij il se commit 
bien des extravagances. Pour encourager ses adeptes, 
Astier s'efforçait de leur persuader qu'ils n'avaient rien 
à craindre des soldats et des juges, et que rien ne pour- 
rait leur nuire. C'est ainsi qu'un inspiré de Saint-Julien- 
le Roux, ayant été invité par le curé du lieu, accom- 
pagné du maître d'école armé d'un fusil, à obéir au roi 
qui interdisait les assemblées sous peine de mort (i), 
répondit qu'il ne craignait rien et qu'il avait le Saint- 
Esprit ; puis, faisant deux pas en arrière et découvrant 
sa poitrine , il dit au maître d'école : « Tirez-moi ce fu- 
sil, vous ne sauriez me faire de mal. » Il ajouta après 
cela qu'en quinze jours il serait confirmé en grâce et 
qu'il irait à Paris convertir le roi. Les dragons qui pour- 
suivaient Astier vinrent à Saint-Cierge-Ia-Serre , mais 
ils n'osèrent pas attaquer les assemblées parce qu'ils 
n'étaient pas en nombre suffisant. 

De Saint-Cierge, Astier et Reynaud rayonnèrent 
dans les Boutières et tinrent, eux ou leurs adeptes, des 
assemblées de quatre à cinq cents personnes et quel- 
quefois de trois à quatre mille, à Pranles, Tauzuc, Saint- 
Sauveur-de-Montagut , Saint-Michel-de-Chabrillanoux , 
Saint-Vincent-de-Durfort , Plot (paroisse des Ollières), 
Saint-Etienne-de-Serres , Bavas (paroisse des Ollières), 
Gluiras , Saint-Genest-Lachamp, etc. 

L'autorité, qui jusque-là s'était contentée d'envoyer 

(i) Déclaration du i" juillet 1686; ordonnance du 12 mars 1689. 



JO HISTOIRE DES PROTESTANTS. 

quelques soldats en divers lieux dans l'espoir de para- 
lyser le mouvement, commença de s'alarmer, et le mar- 
quis de Folleville , colonel du régiment de Flandres , 
qui commandait les troupes de ces quartiers-là, s'a- 
vança du côté de Saint-Cierge, où devait avoir lieu une 
réunion générale de toutes les paroisses avoisinantes ; 
mais , comme il n'avait à sa disposition que quatre com- 
pagnies assez mal équipées, il essaya d'abord des voies 
de la douceur. « Il leur envoya pour cela, dit Fléchier, 
le sieur de Combles, du Pouzin [protestant], capable 
de cette négociation , tant parce qu'il était connu dans 
tout le voisinage qu'à cause de son esprit adroit et in- 
sinuant. Cet homme ayant vu grossir l'assemblée prit le 
chemin de la montagne et, comme il fut proche de la 
hauteur, les prophètes et prophétesses se détachèrent 
pour venir au-devant de lui et se réjouir de son arrivée. 
Ils l'assurèrent qu'il était destiné de Dieu pour être un 
des principaux instruments de sa gloire, puisqu'il venait 
ainsi joindre ses frères ; qu'il résolût de s'amender et 
criât miséricorde , et qu'on lui soufflerait bientôt le 
Saint-Esprit s'il était véritablement fidèle. On le condui- 
sit au milieu du peuple , on lui ôta son chapeau et on 
l'obligea de lever les yeux et la tête au ciel. Les pro- 
phètes et une troupe des principaux se rangèrent au- 
tour de lui, l'exhortaient, l'embrassaient successivement 
et le baisaient , en lui soufflant dans la bouche le Saint- 
Esprit avec le don de prophétie. » 

Après plusieurs autres excentricités de cette sorte , 
deux prophètes se mirent à prédire la damnation d'un 
certain nombre de personnes du Pouzin. u Le sieur de 
Combles les interrompant sur cela , continue Fléchier , 
leur dit : u Mes frères, ne jugez pas et vous ne serez 
pas jugés. » Alors les deux autres prophètes et pro- 
phétesses , prenant la place des premiers , dirent avec 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 3I 

un peu d'émotion : « M. de Combles a raison , il ne 
faut juger personne, l'Ecriture le dit. Vous n'avez pas 
bien reçu le Saint-Esprit, laissez-nous faire. » Ces pa- 
roles furent suivies de leurs exclamations accoutumées ; 
après quoi ils virent, comme les autres, les cieux ou- 
verts et les anges vêtus de blano; et, se tournant vers 
le sieur de Combles, ils l'exhortèrent à se repentir et à 
crier miséricorde. A ce mot, qui tombait deçà, qui 
tombait delà, tous à la renverse et demeurant comme 
morts et sans mouvements. Comme lui seul ne tombait 
pas, le prophète disait et redisait : « Cœur endurci, 
malheureux reprouvé , que tu me tourmentes ! Tu résis- 
tes au Saint-Esprit! » Il fallut donc se laisser tomber 
pour éviter les suites fâcheuses qui en pouvaient arri- 
ver. Au même instant toute l'assemblée se réjouit ; on 
refit la prière, psaumes encore, cri de réjouissance, pro- 
cession autour de cet homme étendu. Il remua les lè- 
vres et chacun courut prêter l'oreille pour l'ouïr prophé- 
tiser. Il tendit les mains et tous à l'envi l'embrassant , 
le baisant tendrement et le regardant comme l'organe du 
Saint-Esprit (i). » 

CONTINUATION DES ASSEMBLÉES. MORT DU CAPITAINE 
TIRBON. EXPÉDITION DE FGLLEVILLE. BOUCHERIE 
DU SERRE DE LA PALLE (1689). 

Dans une autre assemblée, qui comptait plus de 
trois mille personnes et se tint au Serre-de-Tauzuc , le 
14 février, on apprit que de Tirbon , capitaine au régi- 
ment de Flandres et logé à Silhac , était venu à Saint- 
Sauveur-de-Montagut avec vingt soldats. Louis Va- 



(i) Il ressort de ce récit que, quoi qu'en dise Fléchier , de Combles fut 
atteint par la contagion, et s'évanouit à la façon des inspirés. — Fléchier, 
p. 548-370; — Brueys, 140-146. 



p HISTOIRE DES PROTESTANTS 

lette (i) , qui la présidait, déclara pour rassurer ses 
gens « que rien ne pouvait nuire aux élus de Dieu, que 
les armes des soldats à sa vue leur tomberait des mains 
incontinent et serviraient pour les tuer eux-mêmes. Il 
ajouta que Dieu avait enchaîné le diable pour mille ans 
et l'avait jeté dans l'abîme, et qu'ainsi il ne craignait 
rien. » Il recommanda néanmoins aux gens qui retour- 
naient chez eux par Saint-Sauveur de s'en alleren troupe, 
car ils seraient attaqués. En avait-il été prévenu ? le con- 
jectura-t-il? Nous l'ignorons, ce qui est certain c'est 
que le capitaine Tirbon , qui avait reçu l'ordre du com- 
mandant de Folleville, logé au Gua , de mettre à mort 
tous ceux qu'il rencontrerait sur son passage, alla at- 
tendre ceux qui revenaient de l'assemblée à un petit 
quart d'heure au-dessous de Saint-Sauveur, prés du ca- 
nal et bois de M. de Vocance, quartier de la Chemina, 
où se trouvait un pré de neuf ou dix pas de large tout 
au plus. Il laissa passer le ruisseau de Glueyre à une 
partie de la troupe , qui descendait une côte , nommée 
Echine d'âne ; et lorsque elle fut sur le pré, il commanda 
le feu à ses soldats en criant : « Allons , tuons ces 
gens-ci, » et trois personnes tombèrent mortes. Se 
voyant attaquée, la troupe, qui avait à sa tête l'inspiré 
Alexandre Astier , qu'il ne faut pas confondre avec Ga- 
briel , se jette dans une vigne, située au-dessus du pré, 
fond ensuite sur les soldats à coups de pierres, de bâ- 
tons et d'autres armes, et en précipite une partie dans 
l'Erieux, où les femmes assomment avec des pierres, 
ceux d'entre eux qui élèvent leur tête au-dessus de l'eau. 
Neuf soldats périrent dans cette affaire sans compter 
Tirbon et son guide. 

Les autres soldats s'étant débandés , six d'entre eux 

(i) Sur ce prédicant, voy. p. 22. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY, 33 

furent jetés dans des précipices et quelques autres tués 
par les chemins. Les derniers trouvèrent une retraite 
dans la maison d'un catholique nommé La Montagne, 
où ils auraient été également massacrés sans les suppli- 
cations des inspirés qui étaient dans la troupe. Alexandre 
Astier fut blessé dans cette affaire et raconta plus tard 
qu'un soldat, ayant levé le bras avec son sabre pour fen- 
dre la tête d'une femme, celle-ci s'arma d'une pierre et 
enleva d'un coup le crâne de son agresseur. La paroisse 
de Saint-Sauveur et les paroisses avoisinantes durent 
payer 7,000 livres d'amende pour la mort de Tirbon. 

Une autre assemblée convoquée à Saint-Cierge ne 
fut pas contremandée , nonobstant ce qui venait d'arri- 
ver et, suivant l'habitude, se tint sur les hauteurs, pour 
ne pas être surprise. Deux mille personnes y assistè- 
rent. (( De FoUeville, » dit Fléchier, '( allant de Lavoulte 
aux Boutières , la rencontra sur son chemin et , quoi- 
qu'il n'eût pas des troupes suffisamment , il s'approcha 
d'eux et tâcha de leur faire comprendre ce qu'ils de- 
vaient aux ordres du roi et le danger où ils s'exposaient. 
Il les pria de se séparer sans bruit et leur fit espérer de 
la clémence du roi le pardon pour tout le passé. Mais 
on lui cria : « Tartara, arrière de moi , Satan!... » Ces 
cris furent incontinent suivis d'une grêle de pierres , 
dont il eut peine à se sauver. Il détacha le sieur de 
Combles pour aller parler aux principaux, en atten- 
dant qu'une compagnie, qui était logée dans le voisi- 
nage, arrivât. Elle arriva et M. de FoUeville, s'étant 
mis à la tête, fit mine de les attaquer, mais la négo- 
ciation de Combles, appuyée de la crainte des troupes, 
les détermina à se retirer. » 

Les assemblées présidées par les inspirés n'en devin- 
rent pas moins de plus en plus nombreuses , et tout le 
Vivarais et le Velay en furent remplis. Dans la seule 
II. 3 



54 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

paroisse de Gluiras il y en eut trois , à Gras une fort 
considérable, d'autres à Saint-Michel de Chabrilla- 
noux, Saint-Maurice-en-Chalancon , Saint-Genest-la- 
Champ , etc. 

Folleville les poursuivait sans relâche. Il disposait de 
huit cents hommes environ, savoir : quatre compagnies 
de dragons de Tessé , quatre ou cinq compagnies d'in- 
fanterie de son régiment de Flandre et trois cents hom- 
mes de milice catholique, dite des Boulougnous, tirés 
de Privas, Saint- Etienne-de-Boulogne, Rochemaure, 
Antraigues et Saint-Laurent-sous-Coiron, commandés 
par les sieurs de Mirabel , de Prau , capitaine de dra- 
gons du régiment dauphin, et le comte de Vabres. Fol- 
leville se saisit d'abord d'une prophétesse, qu'il fît con- 
duire au château de La Tourette. Elle ne cessa de dire 
le long de la route : « Coupez-moi les bras , coupez- 
moi les jambes , vous ne me ferez point de mal , » et 
refusa de manger de peur d'offenser le Saint-Esprit, qui 
disait-elle, la nourrissait. Après cela, Folleville marcha 
contre une assemblée de près de quatre cents personnes 
qu'on apercevait sur une hauteur , appelée le fort de 
Gluiras. Il y arriva sur le soir et la dispersa en lui tuant 
quarante personnes. 

Apprenant au même moment, c'était le 19 fé- 
vrier , qu'une autre assemblée de cinq à six cents per- 
sonnes se tenait non loin de là, sur le Serre de La 
Palle (i) (paroisse de Saint-Genest-la-Champ), près des 
granges de Soulhiol, et était présidée par l'inspiré La 
Branche du lieu de Talussac (paroisse de Gluiras), il 
part de bon matin de Saint-Sauveur-de-Montagut , 
monte par Gluiras, laisse piller à ses soldats toutes les 



(i) Brueys dit la Montagne de Cheilaret, qui s'élève entre Gluiras et Saint- 
Genieys (Genest). 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 35 

maisons qu'ils rencontrent sur leur passage; puis, aper- 
cevant quelques gens attroupés au-dessus du hameau 
de Saint-Martin-de-Cols qui prenaient la fuite, il leur 
donne la chasse jusque dans le hameau et tue tous ceux 
qui lui tombent sous la main. Arrivé sur la montagne de 
Bosse , il découvrit l'assemblée et forma plusieurs dé- 
tachements pour l'entourer; après quoi il lui députa 
MM. d'Hauteville, Vabres et Bioufel, de Gluiras, pour 
lui persuader de se dissoudre; mais on les menaça de 
faire feu sur eux s'ils ne se retiraient. Folleville députa 
aussi à l'assemblée le prévôt Raymond. « Il fut mal 
reçu, » dit Fléchier, « on lui cria d'abord : « Tartara, 
arrière de moi Satan, tu ne me tenteras point! » Il 
s'élança un homme de l'assemblée, qui essuya son coup 
de pistolet et le poursuivit à coups de pierre. Il leur 
envoya encore un officier pour leur offrir grâce. Un 
homme accompagné de sept ou huit femmes, le chassè- 
rent comme le premier. Un des leurs s'étant venu pré- 
senter à la mort , on lui persuada aisément de vouloir 
vivre et on l'obligea d'aller exhorter ses frères à rece- 
voir le pardon de leur opiniâtreté , mais il n'y put rien 
gagner. On résolut donc de donner sur cette multi- 
tude... Ils s'ébranlèrent, se divisèrent en plusieurs pe- 
lotons, s'embrassèrent les uns les autres et s'entresouf- 
flèrent à la bouche pour se communiquer le Saint-Es- 
prit , puis ils vinrent hardiment au-devant des troupes , 
dans la pensée qu'ils étaient devenus immortels et invul- 
nérables, ou que du moins ils ressusciteraient quelques 
jours après. Mais ils furent investis et c'est l'opinion 
commune qu'il y en eut trois à quatre cents de tués ou 
blessés. » Cinquante furent faits prisonniers et le reste 
se dispersa dans les forêts et les montagnes voisines. 
Sept personnes, quatre fils et trois filles , de la même 
maison des Chalans (paroisse de Gluiras), périrent, de 



^6 HISTOIRE DES PROTESTANTS. 

même que les deux fils du granger de M. Vabres, et 
leur sœur, qui fut pendue au portail de M. Descours à 
Marcols. Plusieurs miliciens Boulougnous, au retour de 
cette boucherie, portaient des doigts de femme, qu'ils 
avaient coupés pour s'approprier les bagues passées 
autour d'eux. » Je n'ai pu lire sans horreur, » ajoute 
Court, « ce que fit un dragon dans cette assemblée. Il 
rencontra une femme , qu'on venait de tuer, étendue et 
renversée par terre, qui tenait encore entre ses bras 
son petit enfant, qui se jouait sur son sein; lequel, 
voyant le dragon approcher, se mita rire contre lui; 
mais ce barbare, au lieu d'être touché des caresses de 
cette innocente créature, la perça d'un coup de baïon- 
nette et, rélevant en l'air, ainsi lardée, cria à son cama- 
rade : « Eh ! vois-tu cette grenouille ? » 

Une lettre, écrite de Montpellier au célèbre Jurieu, à 
la date du 6 mars , porte à plus de cinq cents le nom- 
bre des personnes qui périrent sur place , sans compter 
les blessés, et elle ajoute : « On a tué tout ce qu'on a 
pu trouver indifféremment sans épargner ni âge ni sexe. 
On a plus tué de femmes et d'enfants que d'hommes 
faits, parce que ceux-ci avaient sans doute plus de fa- 
cilité à se sauver. Uy en a une partie qu'on a tués comme 
ils fuyaient, mais une autre partie a été tuée étant trou- 
vés à genoux en troupe dans le bois chantant des psau- 
mes. Il y en a eu plusieurs, surtout des femmes, qui se 
sont allés présenter au soldat pour être égorgés, y en 
ayant quelques-unes qu'on voulait sauver; mais ils s'op- 
posaient à cela, disant qu'ils étaient bien marris de n'a- 
voir pas plus tôt cherché les occasions de recueillir la 
manne dont ils venaient d'être repus; que si Dieu vou- 
lait prolonger leur vie , ils ne perdraient point d'occa- 
sion pour se trouver dans les assemblées. En disant 
cela , ils présentaient leurs corps au soldat pour être 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 57 

transpercés. Les soldats ont dépouillé un grand nom- 
bre , tant de femmes que d'hommes , avant de les poi- 
gnarder, pour avoir leurs habits devant qu'ils fussent 
teints de sang. » 

Bâville confirme ces massacres. « Les assemblées du 
Vivarais , dit-il... ne se sont pas faites impunément. La 
meilleure partie des mutins s'était retirée dans les Bou- 
tières, oij ils croyaient être en sûreté par la difficulté 
des lieux. Ils ont été investis et chargés en dernier lieu, 
de manière qu'il y en a eu trois cents de tués sur la 
place. On en a tué ensuite un grand nombre dans d'autres 
occasions. » 

S'il faut en croire le marquis de Sourches, Louis XIV, 
en apprenant ces hécatombes de huguenots, « témoi- 
gna en être fâché, en disant qu'il aurait bien mieux valu 
les prendre. » Qu'aurait-t-il dit s'il avait connu les dé- 
tails du massacre ? 

Fléchier, et Brueys, son émule, au lieu d'avoir quel- 
que pitié pour les victimes, les raillent ou les outragent. 
Le fait suivant , qui parvint sans doute à leur connais- 
sance, aurait dû, ce semble, les rendre plus humains. 
Un nommé Marliaut avait deux fils et trois filles. L'aî- 
née était mariée et enceinte d'environ huit mois. Elle 
alla dans une assemblée en compagnie de ses frères et 
de ses sœurs, emmenant avec elle son petit garçon âgé 
de sept ans. Elle y fut massacrée avec celui-ci , ainsi 
qu'un de ses frères et une de ses sœurs. Le frère qui 
échappa fut néanmoins blessé, mais il guérit, et la plus 
jeune des sœurs fut laissée pour morte sous les corps 
entassés de ses compagnons sans avoir été atteinte. La 
dernière fut rapportée blessée etîmourut quelques jours 
après. Le père , témoin de ces malheurs, ne maudit pas 
les meurtriers, non plus qu'il ne murmura contre Dieu, 
et se borna à dire avec une pieuse résignation : « Le 



3 8 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Seigneur l'a donné, le Seigneur l'a ôté, le nom du Sei- 
gneur soit béni (i) ! » 

BROGLIE ET BAVILLE EN VIVARAIS. CONTINUATION DES 
BOUCHERIES. FIN DE LA LUTTE. SUPPLICE DE GA- 
BRIEL ASTIER. MÉMOIRE ENVOYÉ A BAVILLE (1689- 
1690). 

Sitôt après la mort du capitaine Tirbon , Folleville 
informa le comte Victor-Maurice de Broglie, comman- 
dant pour le roi en Languedoc, et son beau-frère Bâ- 
ville , des assemblées du Vivarais. Avertis le i6 fé- 
vrier 1689 à minuit, ils partirent de Montpellier dès le 
17 après avoir écrit à de Chambonas , évêque de Lo- 
dève , qui dirigeait le diocèse de Viviers et qu'on appe- 
lait pour cette raison M. de Viviers, de se joindre à eux. 
Ce prélat s'était beaucoup occupé des religionnaires du 
Vivarais à la place de son oncle Louis de la Baume de 
Suze , évêque de Viviers , que son grand âge mettait 
dans l'impossibilité d'agir. Broglie et Bâville vinrent cou- 
cher le premier jour au Pont-Saint-Esprit et donnèrent 
ordre aux communautés de la province du Vivarais de 
lever promptement le plus de milice possible, et à Fol- 
leville le peu de gens de guerre qu'il y avait dans le 
pays. On vient de voir que ce dernier avait devancé 
l'ordre de ses chefs, puisqu'il attaqua l'assemblée du 
Serre de la Palle le 19 février. 

Broglie et Bâville « firent en même temps, » dit Brueys, 
« exhorter les curés, les juges des lieux, les catholiques 



(i) Fléchier, p. 370-579. Brueys, p. 146, 170, 178-185. Les prophètes pro- 
testants, p. 167. Jurieu, Lettres pastorales, 5' année, p. 120. Armand de 
La Chapelle, t. II, p. 284. Benoît, t. V, p. 995. Douen , t. II , p. 65-67. Mé- 
moire d'Ebruy (ms.). Ms. Court, n" 17, t. G. Court, Le patriote françois 
et impartial, t. I, p. 244. Dourille,|p. 584. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 39 

et ceux des convertis qui avaient quelque chose à per- 
dre , de redoubler leurs soins dans chaque paroisse , 
afin de tenir dans le devoir tous ceux qu'ils pourraient, 
tandis qu'on allait travailler à y faire rentrer ceux qui 
en étaient sortis. » 

Le commandant et l'intendant, qui passèrent par Au- 
benas , furent à Privas le 21 février. En arrivant ils ap- 
prirent que dans la paroisse de Pourchères se tenait une 
assemblée peu nombreuse, mais qui pouvait grossir 
d'heure en heure. Ils s'y rendirent en hâte avec quel- 
ques soldats et trouvèrent cinquante personnes réunies 
dans une maison, bâtie sur l'escarpement au pied du- 
quel les eaux du Bartras se réunissent à celles du Méza- 
yon , et appartenant à un inspiré, nommé Paul Béraud. 
Le marquis de Vogué , qui avait été d'abord envoyé en 
reconnaissance , fut reçu à coups de pierres et aux cris 
de « Tartara , Satan , arrière de moi ! » Broglie et Bâ- 
ville , étant accourus avec leur suite , se virent égale- 
ment chargés à coups de pierre par Béraud , pendant 
que sa fille Sara criait « Tartara » de toutes ses forces. 
Un autre inspiré tira à bout portant sur Heyraud, com- 
missaire des troupes, qui n'en reçut aucun mal; les au- 
tres se défendirent pendant quelque temps avec courage, 
mais enfin l'assemblée fut mise en fuite , laissant neuf 
des siens sur le carreau , au nombre desquels Béraud 
lui-même. Sara, qui avait reçu une blessure, fut con- 
duite à Privas, oij pendant trois jours elle affirma qu'elle 
avait reçu le Saint-Esprit. On fit soigner sa blessure et, 
après qu'elle eut mangé et bu suffisamment, elle guérit 
et revint de son inspiration. Quant à la maison de Bé- 
raud, elle fut incendiée sur l'heure et une femme y 
périt. 

Pendant ce temps, Folleville marcha contre une as- 
semblée de huit cents personnes , réunie sur un coteau 



40 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

appelé le Besset, à proximité de Saint-Genest-la- 
Champ. Il se saisit de tous les passages et fit dire à 
l'assemblée « de députer, » dit Brueys , « quelqu'un de 
la troupe pour lui venir parler. Il s'en détacha seulement 
un. Le colonel lui dit d'aller faire savoir aux autres qu'il 
leur pardonnait tout leur passé de la part du roi, pourvu 
qu'ils se retirassent incessamment dans leurs maisons. 
Cet homme alla donner cette nouvelle à ses frères (c'est 
ainsi qu'il les appelait) , mais il revint bientôt et porta 
pour toute réponse qu'ils n'en voulaient rien faire. M. de 
Folleville les envoya encore solliciter et exhorter d'ac- 
cepter la grâce qu'il leur offrait et choisit pour cela une 
personne qui pût leur être agréable. Ce fut un notaire 
de Lavoulte-de-Ventadour , appelé Raz qui, à cause de 
sa profession , était connu de la plupart. Il ne fut pas 
plutôt à eux qu'ils se prirent tous à crier : « Retire-toi 
de nous, Satan, tu ne nous tenteras point! » Pour la 
troisième fois un prévôt , nommé Raymond , fut chargé 
de leur aller réitérer les mêmes offres de pardon ; il 
s'approcha d'eux et demanda à leur parler. Trois ou 
quatre vinrent à lui, mais c'était pour l'assommer à coups 
de pierre s'il ne se fût promptement retiré. » Folleville, 
voyant cela , les chargea avec vigueur, en tua une cen- 
taine , en fit prisonniers quelques autres et laissa fuir le 
reste. 

Broglie de son côté se portait dans tous les lieux oîi 
il jugeait sa présence nécessaire pour réprimer les as- 
semblées ou les empêcher de se former, « car nonobs- 
tant toutes ces rigueurs , » dit Meissonnier, u et le 
grand nombre de troupes qu'il y avait au pays... sept 
régiments de milice... et vingt-quatre compagnies de 
dragons, on n'a pas laissé de faire de petites assemblées 
en divers endroits : à Pourchères , à deux lieues au- 
dessus de Privas, oij quelques-uns, s'étant assemblés 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 4I 

dans une maison, y furent surpris... [c'est la réunion 
dont il a été parlé plus haut]. A Toulaud , on y en a 
aussi fait, et brûlé deux maisons, pris une dizaine de per- 
sonnes et conduit à Lavoulte, oij les prisons... sont 
pleines de ceux qu'on y a conduits du Velay, du haut 
et bas Vivarais; d'autres ont été conduits au Saint-Es- 
prit, à la tour de Constance, au fort de Nîmes, à la ci- 
tadelle de Montpellier ou aux galères. Il s'en est fait en- 
core une dizaine à Lamastre, au Chambon, à Saint-Voy, 
à Saint-Agréve et autres lieux, dont plusieurs ont été 
surprises par les soldats et traitées comme dessus. » 

C'était Bâville qui décidait du sort des nombreux pri- 
sonniers qu'on lui amenait de tous côtés, tandis que l'é- 
vèque de Lodève allait de paroisse en paroisse pour 
s'efforcer de prouver aux populations l'inanité de l'inspi- 
ration des prophètes, et leur persuader de vivre en bons 
catholiques ; mais , représentant d'une religion qui auto- 
risait de. pareilles boucheries, ses paroles trouvèrent 
peu d'écho. Quand le mouvement^Jut réprimé, l'évê- 
que recommença ses visites pastorales sans plus de suc- 
cès que la première fois, et les rudes et fervents mon- 
tagnards du Vivarais et du Velay demeurèrent malgré 
tout attachés à leur foi. 

Avant de rentrer à Montpellier, Broglie et Bâville 
prirent des mesures énergiques pour empêcher le re- 
tour des assemblées. Ils établirent des milices catholi- 
ques dans chaque paroisse, dont les marquis de Vogué, 
de la Tourette et de Chambonas, et le seigneur de Bavas 
furent élus colonels, pour être prêts à marcher au pre- 
mier ordre. Ces milices s'assemblaient tous les huit 
jours et faisaient l'exercice pour intimider les popula- 
tions. On -en passait la revue générale tous les ans. 

Quant à Gabriel Astier, l'historien d'Aigrefeuille rap- 
porte qu'il (( vint se brûler (comme l'on dit) à la chan- 



42 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

délie ; car il eut la hardiesse de venir à Montpellier et 
d'aller voir la revue du régiment de Sault que M. de 
Broglie faisait au Pérou. Un soldat, ayant cru recon- 
naître à sa mine les traits de son portrait qu'il avait vu , 
le dit à ses camarades qui l'arrêtèrent de concert, et, 
l'ayant conduit à la citadelle , où il nia d'abord qui il 
était, il l'avoua enfin; de sorte que M. de Broglie ayant 
ordonné qu'on le menât à Baix-sur-Baix, oij il avait 
commencé de soulever le peuple , il y fut jugé par 
M. de Bâville, qui s'y rendit exprès, et le fit punir, le 
2 avril [1690], du supplice qu'il avait mérité. » 

L'importance du rôle joué par ce jeune homme a été 
exagérée par les auteurs catholiques et par Napoléon 
Peyrat lui-même, auteur éloquent, mais dépourvu de 
sens critique; car le prédicateur Ebruy, qui jouissait de 
beaucoup de crédit parmi ses coreligionnaires du Viva- 
rais au commencement du dix-huitième siècle, c'est-à- 
dire dix ans seulement après les événements que nous 
venons de rapporter, déclare qu'il n'a jamais entendu 
parler d'Astier. 

Nous donnons, en terminant, le sentiment d' Ebruy 
sur les inspirés du Vivarais. « Pour ce qui regarde la 
conduite des inspirés , » dit-il , « plusieurs ont été en 
bon exemple, d'autres ont commis des scandales. Quel- 
ques-uns, après avoir fait des lâchetés, en sont revenus 
et ont donné des marques de leur repentance en me- 
nant une vie plus sage... Ceux de l'Eglise romaine les 
ont toujours traités de fanatiques. Pour ceux de notre 
religion, les uns en disaient du bien, les autres du mal. 
Ceux-ci les croyaient divinement inspirés, ceux-là ne le 
croyaient pas. D'autres (et c'est vraisemblablement 
l'opinion d'Ebruy) croyaient que le Saint-Esprit n'agis- 
sait pas en eux d'une manière infaillible , mais que 
cependant il y avait quelque chose qui venait de l'Es- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 43 

prit de Dieu , qui les poussait à dire de très belles et 
bonnes choses , bien édifiantes , surtout ceux qui se 
gouvernaient et se conduisaient comme ils devaient se 
conduire; car, pour ceux qui voulaient se faire regarder 
comme de véritables prophètes, ils tombaient dans des 
erreurs et des égarements incroyables. Toujours nous 
pouvons dire, à la louange de ceux qui ne se sont pas 
érigés en prophètes, mais qui se sont exercés à faire 
des exhortations au peuple, qu'ils ont apporté un grand 
bien dans les Eglises du Vivarais et du Dauphiné ; car 
avant cela tout le monde gisait dans une léthargie spiri- 
tuelle et mortelle. On ne parlait plus de religion , et 
cela les a fait réveiller de leur profond et criminel as- 
soupissement (i). » Ce jugement d'Ebruy est la marque 
d'un esprit sensé, et de nos jours on ne saurait en 
porter de plus juste. 

Vers le milieu de l'année 1690, on envoya à Bâville 
un mémoire sur les moyens de retenir dans le catholi- 
cisme , où la peur seule les avait fait entrer , les nou- 
veaux convertis des Cévennes. Ce document jette un 
jour peu favorable sur l'état moral et intellectuel des 
ecclésiastiques catholiques de ce temps. 

« Les peuples des Cévennes, » dit-il, « ont besoin 
de prédicateurs qui leur prêchent une fois ou deux la 
semaine, plutôt que des missions réglées qui les lassent 
et qui sont faites par toutes sortes de gens , lesquels , 
bien souvent, n'ont guère l'Esprit de Dieu et cherchent 
d'autres fortunes que celles du ciel. 



(i) D'Aigrefeuille, p. 46';. Brueys, p. 171-174; 184-196. Fléchier, p. 579- 
581; Mémoire cl'Ebruy (ms.). Mémoires de Meissonnier (ms.). Peyrat, 
t. 1 , p. 208; Doiirille, p. 585-^87. — Fléchier et Brueys, sur la mort et la 
capture d'Astier, ne s'accordent ni avec l'abbé D'Aigrefeuille, auteur exact 
et consciencieux , ni même entre eux. On peut signaler jusqu'à sept ou iuiit 
différences dans leur récit de l'événement : ce qui montre combien il est né- 
cessaire de se tenir en garde contre certaines de leurs assertions. 



44 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

» Il serait à désirer que ces prédicateurs ne se mê- 
lassent que du spirituel (ce qu'ils font de plus donne de 
réloignement pour eux et pour la religion catholique); 
qu'ils allassent par les maisons et les petits villages leur 
apprendre à prier Dieu sans leur parler de contro- 
verse, mais seulement d'une sainte morale chrétienne. 
Si on en usait ainsi le peuple serait bientôt changé. 

» Ce peuple aime la Parole de Dieu. Des gens 
charitables, désintéressés et sans éclat, les gagneraient 
infailliblement. Un petit nombre suffirait et serait de 
petite dépense , et Sa Majesté en verrait bientôt de 
grandes suites. 

» Il y a beaucoup d'ecclésiastiques, mais ils agissent 
chacun à leur fantaisie et selon leurs intérêts. Peu ou 
point de prédicateurs, encore moins de gens qui ne 
songent qu'au service de Dieu et au salut des âmes : 
c'est ce qui est cause qu'il y a si peu de véritables 
convertis. 

» Si on mettait dans les villages des Cévennes des 
filles de Saint-Lazare , qui sont sous la conduite de 
M. Joly, général des prêtres de feu M. Vincens , en 
servant les malades comme elles font ce serait encore 
un moyen très excellent pour convertir solidement ces 
peuples, parce que la charité les touche infiniment. » 

Bâville, qui ne croyait pas à la sincérité des senti- 
ments religieux des protestants, répondit, le 21 juillet, 
qu'il n'y avait plus de missions réglées et que l'argent 
manquait pour payer les filles de Saint-Lazare ; puis il 
ajoutait : « La victoire que les armées du roi rempor- 
teront et sur terre et sur mer feront plus d'effet auprès 
des nouveaux convertis que tous les missionnaires. 11 
ne faut pas croire que les esprits de ces gens-là, étant 
autant agités qu'ils le sont par les différents motifs qu'on 
leur inspire , puissent devenir dans la conjoncture pré- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 45 

sente bons catholiques. Ce sera l'ouvrage de la paix et 
des victoires de Sa Majesté (i). » 

PROJET DE SOULÈVEMENT DE CABRALLES. CONTI- 
NUATION DE l'inspiration ET DES ASSEMBLÉES. 
BROUSSON EN VIVARAIS. PERSÉCUTION GÉNÉRALE. 
COMPLICITÉ DU CLERGÉ (169O-1698). 

Quoique les troubles fussent apaisés dans le Vivarais, 
une lettre de Louvois à l'intendant Bâville , du 19 no- 
vembre 1690, nous apprend qu'un nommé Cabralles , 
originaire du comté de Foix , avait proposé , trois mois 
auparavant, au prince Guillaume d'Orange, roi d'Angle- 
terre depuis 1688 (c'était pendant la guerre de la ligue 
d'Augsbourg, qui dura de 1686 à 1697), de faire lever 
dans les évêchés de Montauban, de Castres et du comté 
de Foix une armée de douze mille hommes, à laquelle 
l'ambassadeur d'Espagne promettait des vivres et une 
retraite, pendant que les protestants du bas Languedoc, 
des Cévennes et du Vivarais prendraient à leur tour les 
armes. 

Nous apprenons également, par une autre lettre du 
même au même, en date du 4 décembre 1690, que le 
prince d'Orange , qui était entré dans la ligue d'Augs- 
bourg depuis 1688, avait « tenu quelques-uns dans le 
Vivarais... en intention d'y faire un soulèvement si les 
affaires de Savoie avaient prospéré comme il s'en flat- 
tait, » et que celui qui avait séjourné dans cette pro- 
vince s'était rendu, « depuis peu de jours, à Paris 
pour informer les principaux des nouveaux convertis 
des bonnes dispositions oii il avait trouvé les nouveaux 
convertis du Vivarais et des Cévennes pour prendre 

(I) Arch. nat., TT, 284. 



46 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

les armes lorsqu'ils apprendraient que l'armée de M. de 
Savoie serait entrée en Dauphiné ; » qu'il avait quitté 
Paris « pour aller rendre compte au prince d'Orange 
de la même chose, » et qu'il devait revenir en Vivarais 
au commencement du printemps prochain, » Les succès 
du roi en Italie, en 1691 , rompirent tous ces desseins 
auxquels la grande masse des inspirés du Vivarais resta 
étrangère, car s'ils y eussent pris part, Fléchier et 
Brueys se seraient empressés de le rapporter (i). 

Autrement, les massacres de 1689, et les nombreuses 
condamnations qui les suivirent, n'éteignirent pas plus 
l'inspiration en Vivarais qu'elles ne firent cesser les 
assemblées. Les inspirés continuèrent leurs prédica- 
tions, mais plusieurs d'entre eux, éclairés par les san- 
glantes défaites qu'ils essuyèrent contrairement aux 
oracles de leurs prophètes , revinrent à des idées plus 
saines et, pour la plupart, se bornèrent à annoncer 
l'Evangile dans de petites assemblées. De 1690 à 1700, 
quelques-uns d'eux furent pris et envoyés aux galères 
(Josué Corbière , Matthieu Dunis , Daniel Arsac et 
Charles Laurent) ; d'autres condamnés à mort et exé- 
cutés (Jean Charreyre et Louis Valette); d'autres enrôlés 
de vive force dans des régiments (Daniel Chanac et 
Antoine Arsac). Voyez plus haut, p. 19 à 24). 

Le célèbre Claude Brousson, qui en était à son 
troisième voyage missionnaire en France , séjourna en 
Vivarais pendant les mois de novembre et de décem- 
bre 1697 ^t ""S partie de janvier 1698. Il présida à 
Saint-Jean-Chambre, dans la grange de Jean Reboul , 
une grande assemblée qui fut découverte et à la suite 
de laquelle plusieurs personnes restèrent longtemps 
emprisonnées au château de Beauregard, puis relâchées. 

(1) Hisl. gén. de Languedoc, nouv. édit., t. XIV, col. 1597 et 1598. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 47 

Le sieur de Vocance de La Tour fit raser, de sa propre 
autorité, la maison que Reboul possédait au village de 
Saint-Jean-Chambre, quoique l'assemblée, comme on 
l'a dit, se fût tenue à sa grange, à un quart de lieue de 
là. Brousson présida aussi des assemblées à Vernoux 
et à Lamastre. 

Il trouva dans ces parages l'inspiration en pleine 
activité et , comme on pouvait l'attendre de son carac- 
tère ardent et enthousiaste, il en fut émerveillé. Le 
25 décembre 1697, il écrivait à un ami : « La provi- 
dence m'a fait passer, contre mon intention, dans un 
pays... où j'ai vu, ouï ou autrement appris, par un très 
grand nombre de témoignages indubitables, de si gran- 
des merveilles, qu'elles furent le sujet de l'étonnement 
et de l'admiration de toute la terre , et celui de la con- 
solation et de la justification de Monsieur [Jurieu] et de 
ses semblables. Il y a des gens qui ont travaillé à en- 
sevelir les merveilles de Dieu , mais Dieu saura bien 
les faire connaître. » Brousson composa, sous le titre 
de Yoyage de l'auteur en Vwarcs , un traité de 106 
pages manuscrites sur les prodiges dont il avait été 
témoin dans cette province. Au moment de son arresta- 
tion, le manuscrit fut saisi et mentionné dans l'inventaire 
que Bâville fit dresser de ses papiers, mais il a disparu 
depuis. Quand l'intendant, interrogeant le grand martyr 
sur cette relation , se raillait de son contenu , Brousson 
lui répondit gravement qu'elle « était véritable et fidèle 
et que son dessein était de la donner au public après 
qu'il l'aurait retouchée , afin que chacun y pût faire ses 
réflexions (i). -» 

Les persécutions étaient dirigées à cette époque non 

(i) Douen , Les premiers pasteurs du Désert, t. II, p. 297, 298. 
Extraits de la Gazette de Harlem {Bulletin , etc., t. XXXII, p. J62) Ms. 
Court, n» 17, t. G. 



48 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

seulement contre les inspirés et leurs réunions , mais 
encore contre les protestants, quels qu'ils fussent, sur- 
tout à partir de l'édit du 13 avril 1698, rendu quelques 
mois après la paix de Ryswick. « On forçait les pro- 
testants , » dit Antoine Court (i) en parlant de cette 
époque néfaste, « d'assister au culte de l'Eglise romaine. 
Personne n'en était exempt, et si quelqu'un avait assez 
de courage pour le refuser et pour s'en défendre, bien- 
tôt des estaffiers se saisissaient de leurs personnes et 
les traînaient, les uns dans les couvents, les autres dans 
les prisons , et les autres on les transportait dans un 
nouveau monde. Il n'était point permis d'envoyer ses 
enfants dans les pays étrangers pour les y faire étudier, 
et on ne les pouvait envoyer dans le royaume que chez 
des maîtres catholiques, à qui il était ordonné, sous les 
peines les plus sévères , de faire assister régulièrement 
tous les écoliers à la messe et à tout l'autre service de 
l'Eglise catholique. » Quand on avait affaire à des 
familles qui étaient en évidence par leur position ou 
leur fortune, on leur enlevait purement et simplement 
leurs enfants pour les placer de force dans des collèges 
ou des couvents. Que si ces enfants avaient été éloignés 
pour les soustraire aux agents du pouvoir, on ordonnait 
à leurs parents de les représenter dans la huitaine, et 
malheur à eux s'ils n'obéissaient point ; ils pouvaient 
s'attendre aux châtiments les plus sévères. Plusieurs 
familles protestantes d'Annonay eurent tout spéciale- 
ment à souffrir de ces violences. Voyez Pièces justifica- 
tives, n® XII. 

Le clergé était en ceci , comme dans tout le reste , 
l'inspirateur de ces mesures , qui violaient le sanctuaire 
sacré de la famille, car c'est lui qui donnait à l'autorité 

(i) Mémoires, p. 20. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 49 

les noms des nouveaux convertis qui ne remplissaient 
pas leurs devoirs de catholiques, comme le prouve les 
renseignements que Bâville demandait, en 1699, à 
l'évêque du Puy : 

i" Sur les chefs de parti et personnes accréditées 
qui détournent les nouveaux convertis ; 

2° Sur les nouveaux convertis qui vont voir les ma- 
lades ; 

3" Sur les parents qui refusent de faire instruire leurs 
enfants dans la religion catholique ; 

4° Sur les parents qui n'assistent pas aux instructions 
et ne font pas le devoir de catholiques ; 

5® Sur les médecins , chirurgiens , apothicaires et sa- 
ges-femmes qui refusent de s'acquitter des devoirs de 
la religion catholique ; 

6° Sur les mauvais catholiques qui jouissent des biens 
des religionnaires hors du royaume. Leurs fruits doivent 
être saisis et séquestrés , après que les détenteurs ont 
été avertis sans se corriger (i). 

MAISONS DÉMOLIES OU INCENDIÉES (1689-I703). 

Pendant ces jours néfastes, les persécuteurs, comme 
on l'a vu , ne respectaient pas plus les biens des pro- 
testants que leur liberté et leurs vies. Toute maison, où 
s'était tenue une assemblée , que le fait fût établi ou 
non, était démolie ou incendiée. Nous mentionnerons 
les suivantes comme ayant subi ce sort : 

Une dans la paroisse de Bressac, en 1689, apparte- 
nant à Jean Benoît (Voy. plus haut, p. 26). 

Une dans la paroisse de Desaignes, dite à Balavon, 
même année. Le propriétaire, Jean Curson , fut con- 

(0 Corbière, HisL. de l'Egl. vè(. de MontpelUev, p. 542, 543. 
II. 4 



5o HISTOIRE DES PROTESTANTS 

damné aux galères , d'où il sortit neuf ans plus tard 
parce qu'il avait promis d'aller à la messe , mais il ne 
paraît pas avoir tenu sa parole et ne pratiquait extérieu- 
rement aucune religion. Il vivait encore en 1740. 

Une autre à Pourchères, même année, appartenant à 
Béraud (Voy. plus haut, p. 39). 

Une autre dans la paroisse de Saint-Creyt , dite à 
Lamenac , en 1690. Plusieurs personnes y furent arrê- 
tées, notamment le propriétaire, Pierre Grange, dont la 
raison , dit-on, se troubla , et qu'on mit en liberté. Son 
frère , Antoine , fut condamné aux galères et libéré en 
171 3. Il finit ses jours à Morges, en Suisse. 

Deux autres dans la paroisse de La Bâtie d'Andaure, 
dites vers Chastanier. On y fit également des prison- 
niers. 

Une autre, en 1696, près de Privas, où les inspirés 
Arsac et Laurent présidèrent une assemblée (Voy. plus 
haut, page 22). 

En décembre 1698, sur l'ordre de la cour, on démo- 
lit à Vernoux neuf maisons et à Macheville, quartier de 
Montmagnon (paroisse de Lamastre) , sept , parce que 
Claude Brousson , l'année précédente , avait séjourné 
dans ces contrées. Plusieurs personnes y furent faites 
prisonnières , tant de celles qui avaient donné asile à 
Brousson que de celles qui lui avaient prêté leur maison 
pour présider des assemblées. 

Une autre maison dans la paroisse de Saint-Jean- 
Chambre, appartenant à Jean Reboul (Voy. page 47). 
Pendant que les soldats mangeaient et buvaient copieu- 
sement à sa table , Reboul trouva moyen de s'échap- 
per. Il put ainsi avertir ses voisins, ce qui permit au 
prédicateur Ebruy , qui était couché dans une maison 
située à Vernet, à une portée de mousquet de là, de 
se mettre en lieu sûr. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. ^I 

Une autre dans la maison de Saint- Apollinaire de 
Rias, dite à Rossignol. 

Deux autres dans la paroisse de Silhac, vers la Fau- 
ne, en la Combe-du-Pré. 

Une autre à Soyons ou Toulaud, vers Bouret. 

Une autre à Charmes. Le propriétaire, Pierre Biny, 
fut condamné aux galères , où il mourut quelque temps 
après. 

Une autre à Pierregourde, paroisse de Gilhac , vers 
le Merle. 

Une à Baix. Le propriétaire , nommé Jourdan , était 
boulanger et fort riche. Sa femme avait été emprison- 
née à Privas et fut conduite au Pont-Saint-Esprit. 

Une autre dans la paroisse de Mounens , aux Ba- 
dons. La maîtresse de la maison et sa fille aînée, avant 
qu'on eût eu ouvert aux soldats, purent se cacher dans 
un petit réduit pratiqué dans une chambre, mais n'ayant 
pas eu le temps de bien ajuster la planche qui le recou- 
vrait, les soldats s'en aperçurent et l'un d'eux, l'ayant 
soulevée , introduisit une lumière dans la cachette. La 
mère et la fille, fort heureusement, s'étaient accroupies, 
l'une à l'extrémité de la cachette, l'autre à l'autre, et 
ne furent pas aperçues. Elles demeurèrent ainsi cachées 
plusieurs jours, après quoi une partie des soldats furent 
rappelés. Ceux qui restèrent s'étant contentés de man- 
ger et de boire à satiété sans se livrer à aucune perqui- 
sition, les autres enfants de la maison parvinrent à faire 
échapper leur mère et leur sœur. Des enfants qui res- 
tèrent, un seul fut arrêté. C'était un jeune homme de 
dix-huit ans, pieux et instruit, mais maladif, qui fut con- 
duit dans les prisons de Montpellier, oij il mourut. 

Toutes les maisons dont nous venons de parler furent 
pillées de fond en comble avant d'être démolies ou in- 
cendiées. Dans ce temps-là , comme le fait remarquer 



Ç2 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Ebruy, on ne demandait point de preuves. Il suffisait 
qu'on fût accusé ou soupçonné de s'être assemblé 
dans une maison pour qu'on la démolît et que l'on jetât 
en prison les propriétaires (i). 

SOUFFRANCES d'aLEXANDRE ASTIER AUX GALÈRES 
(1689-I715). 

De la révocation de l'édit de Nantes à l'époque où 
nous a conduit notre récit, un grand nombre de protes- 
tants du Vivarais furent condamnés aux galères (2). 
Nous ne pouvons les suivre dans le lieu de leur mar- 
tyre ; ce sujet appartient à l'histoire générale des galé- 
riens protestants (3). Nous ferons néanmoins une 
exception en faveur de l'un d'eux, qui demeura attaché 
à la chaîne pendant vingt-trois ans et qui donna , pen- 
dant sa longue captivité, l'exemple de la plus admirable 
constance. Par les souffrances qu'il endura on pourra 
juger de celles qu'éprouvèrent ses compagnons d'in- 
fortune. 

Il s'agit d'Alexandre Astier, du hameau de Vignac 
(paroisse de Saint-Cierge-la-Serre) , tisserand de pro- 
fession, dont il a été parlé plus haut (page 32) et qui 
était âgé de vingt-six ans. Il avait assisté aux assemblées 
de Plot, Tauzuc et Saint-Cierge-la-Serre, présidées par 
Gabriel Astier et autres, et fut arrêté, le 25 mars 1689, 
à Saint-Vincent-de-Durfort. Conduit successivement au 
château de M. de Monteil, situé à une demi-lieue de 
là, puis à Lavoulte , il fut jeté dans une citerne pro- 
fonde et infecte du château des ducs de Ventadour, où 



(i) Mémoire d'Ebruy (ms.). Gazette de Harlem (dans le Bulletin, etc., 
t. XXXII. p. Ç62). 
(2) Voy. la liste générale aux Pièces justiftcalioes , n° Xlll. 
[j) Voy. Ath. Coquerel, Les forçats pour la foi, Paris, 1866, in-12. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 5 3 

il croupit vingt-deux jours , souffrant de la faim , de la 
soif et d'autres maux indicibles. A ce moment, cent 
douze protestants étaient détenus dans le château et 
sept dans la citerne. Astier n'ayant pas voulu se laisser 
catéchiser par un abbé de Nîmes , qui venait matin et 
soir engager les prisonniers à abjurer , on le mit dans 
un cachot rempli de boue et entièrement obscur en 
compagnie d'un fou , qui ne lui fit aucun mal. Il y de- 
meura quatre-vingt-dix jours, du 25 mars au 22 juin, et 
fut condamné aux galères perpétuelles avec neuf de ses 
compagnons, par sentence de Bâville, qui s'était rendu 
à Lavoulte pour juger les prisonniers et à qui Astier 
avoua courageusement qu'il avait assisté aux assem- 
blées. Quatorze filles ou femmes et trois hommes 
furent, pour le même motif, envoyés à la tour de Cons- 
tance. 

Astier arriva à Marseille le 25 juin, et fut enfermé 
dans la galère La grande Réale , oij il n'était que depuis 
trois jours, quand un argousin lui donna un violent 
soufflet, uniquement parce qu'il avait fait quatre ou cinq 
pas pour prendre l'air et jeter un coup d'œil sur les 
autres galères qui étaient à l'ancre dans le port. 

Trois mois après environ, atteint d'une forte fièvre , 
il fut conduit à l'hôpital royal, et y séjourna deux mois 
et demi. « Pendant ce temps-là, » dit-il, « un mission- 
naire, nommé M. Miroir, lui fit tout le mal qui se puisse 
imaginer jusques à lui faire laver les draps et les cou- 
vertures de son lit, et cela dans un temps même qu'As- 
tier était si faible et exténué qu'il ne pouvait seulement 
se soutenir sur ses jambes. » 

En 1691 , ayant été mis sur la galère La Gloire et 
installé sur un banc où il n'y avait que des forçats 
inexpérimentés, qui, à un moment donné, se renversè- 
rent tous ensemble sur le banc de dessous, un argousin 



54 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

s'approcha de lui en furieux , avec une grosse corde , 
et donna huit ou neuf coups de toutes ses forces sur 
son corps dépouillé de vêtements, en lui disant : « C'est 
toi, huguenot, qui est cause que tous les autres se sont 
renversés. » 

L'année suivante, Astier changea de galère, et fut 
placé sur La Magnanime, où un maître-argousin, fana- 
tique et cruel, qui espérait le convertir à force de mau- 
vais traitements , profita de ce que la galère était en 
campagne pour le faire rouer de coups par ses deux 
aides. Il le battit lui-même, pour les plus légers motifs, 
vingt-cinq jours durant, au point d'attendrir les plus 
méchants forçats et les Turcs, qui étaient enchaînés à 
ses côtés. Il ne cessa ce jeu cruel que sur les repré- 
sentations de l'écrivain du roi et de l'écrivain de l'équi- 
page. 

Quelques années plus tard, en 1695 , les parents et 
les amis d' Astier réunirent, pour le secourir, la somme 
de 15 livres 10 sols, qui furent remis à un turc. Mais 
ce dernier se les appropria ; et , lorsque Astier voulut 
les réclamer au maître-argousin au service duquel était 
le turc, il ne reçut que des coups qui lassèrent l'aide 
qui les lui asséna. 

En 1699, Astier eut à souffrir des violences de l'au- 
mônier même de La Magnanime , nommé Fabre , qui, 
sur le refus du pieux forçat d'assister à la messe qui se 
disait à la poupe de la galère, l'y fit porter de vive force 
par quatre ou cinq turcs , et enchaîner , pour qu'il ne 
pût retourner à son banc. Or, comme Astier s'était 
couché parterre pour ne pas voir l'autel, le prêtre, qui 
avait commencé son sermon, l'interrompit pour lui don- 
ner un coup de pied au côté droit, dont il souffrit plu- 
sieurs jours. Il ordonna ensuite à un sous-argousin de 
l'attacher debout à une barricade pour qu'il assistât au 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 5 5 

service dans une position décente , mais ce dernier s'y 
refusa sur la représentation que lui fit Astier, qu'en 
obéissant à l'aumônier il dépasserait sa consigne. Un 
second argousin, à qui ce dernier donna l'ordre de bat- 
tre le courageux confesseur, n'obéit pas mieux pour le 
même motif, et un troisième, qui reçut celui de l'enchaî- 
ner à la balustrade , se retrancha également derrière sa 
consigne. L'aumônier manda alors le maître-argousin, 
qui, sur sa demande, déferra Astier, et s'apprêtait à le 
faire asseoir au troisième banc , placé à huit ou neuf 
pas de l'autel, quand le pieux forçat, se voyant dégagé 
de ses liens , retourna rapidement à son banc de rame 
ordinaire , où il fut suivi par le maître-argousin , qui l'y 
fit attacher de façon à ce qu'il eût la tête tournée du 
côté de l'autel. Ce dernier s'étant retiré après cela , 
quelques turcs, plus humains que Taumônier, le déliè- 
rent sans craindre le châtiment auquel ils s'exposaient, 
et il put se coucher sans voir officier le prêtre. Chose 
assez surprenante ! Astier ne reçut que deux coups de 
corde pour sa désobéissance, et aucune punition ne fut 
infligée aux turcs qui l'avaient détaché. 

Il n'en fut pas de même dans une autre circonstance. 
C'était dix ans plus tard. De Monthaulieu, chef d'esca- 
dron des galères , ayant été informé par son intendant 
que les forçats religionnaires ne levaient pas leur bon- 
net quand on disait la messe , se rendit à bord de La 
Magnanime, et fit donner la bastonnade à Astier qui, le 
soir du même jour, fut soumis à un traitement pareil, 
mais avec plus de violence encore. Le lendemain , 
M. de Montbelle, major général des galères, vint de- 
mander à Astier s li lèverait dorénavant son bonnet , 
faute de quoi il lui ferait donner cent bastonnades par 
jour jusqu'à ce qu'il cédât. Puis il se retira sans rien 
ordonner pour le jour même. Le surlendemain , étant 



56 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

venu visiter la galère, le maître-argousin, à qui quelques 
personnages charitables avaient parlé en faveur d' Astier, 
lui dit que ce dernier faisait son devoir. 

Quelques jours après , le lieutenant de la galère, le 
sieur de Villepassant, natif de Toulouse , ne se montra 
pas si humain. Sur le refus d' Astier de lui promettre de 
faire son devoir^ il le fit battre par un turc avec une 
grande violence, et de même le jour suivant; mais 
quand, le surlendemain, il vint pour lui infliger la même 
peine, le maître-argousin lui représenta qu'Astier ne ré- 
sisterait pas à une troisième bastonnade, et que le capi- 
taine serait fâché de sa perte, parce que c'était un 
excellent rameur. Le chirurgien de garde, averti par 
une bonne âme de ce qui se passait, vint voir Astier, et 
le trouva dans un état si déplorable , qu'il ordonna son 
transfert à l'hôpital, où le malheureux patient mit deux 
mois à se rétablir de ses blessures. 

Pendant la guerre des camisards de 1704, Astier 
eut encore beaucoup à souffrir, car, à tout instant, les 
argousins le maltraitaient en lui disant : « On te frappe 
à cause de tes confrères des Cévennes, qui font tant de 
mal aux catholiques. » 

L'année suivante, les aumôniers des galères ayant été 
privés du droit dont ils avaient joui jusque-là de faire 
punir à leur gré les forçats, Astier n'eut plus à endurer 
de mauvais traitement de leur part, et fut heureusement 
libéré le 21 juin 171 3, à la suite du traité de paix 
d'Utrecht. Pendant les vingt-trois années que dura son 
martyre, il n'accomplit pas le moindre acte de faiblesse. 
Retiré à Zurich, il vivait encore en 1739. A cette date 
il fit la déclaration suivante : 

« Astier confesse avoir été inspiré. Il convient que 
les inspirations portaient au mal plutôt qu'au bien , et 
surtout à inspirer de l'inclination pour le sexe ; mais il 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 57 

déclare n'avoir jamais entendu parler de Dusserre ni de 
l'école des prophètes, dressée, selon Brueys, à la ver- 
rerie de Peyra, proche de Dieulefit (i); ce qui fait voir 
que c'est une fable inventée par l'historien. Fait en pré- 
sence de M. Alexandre Astier, le mardi, 24 septem- 
bre 1739, à Zurich, dans la maison de M. Corteiz (2). w 

RALENTISSEMENT MOMENTANÉ DE LA PERSÉCUTION 
AU DÉBUT DE LA GUERRE DE LA SUCCESSION d'eS- 
PAGNE. REPRISE DES ASSEMBLÉES PUBLIQUES ET 
LEUR RÉPRESSION SANGLANTE (170I-I703). 

Au début de la longue guerre de la succession d'Es- 
pagne (1701-1713), la persécution se ralentit en Viva- 
rais, et les protestants de cette province, qui, depuis 
les massacres de 1689 , avaient tenu leurs assemblées 
religieuses d'une façon discrète , les reprirent avec 
courage mais elles ne tardèrent pas à être poursuivies 
à main armée. 

Le 14 septembre 1701, un prédicateur, nommé Jac- 
ques Gaspard, de la Bâtie de Crussol, se disposait à 
présider une assemblée religieuse au fond d'un ruisseau 
nommé le Creux de Veye , près du pont des Ollières, 
quand survinrent inopinément des soldats qui fondirent 
sur elle. La troupe était commandée par le sieur de 
Monteil, le fils, mais ceux de ses autres chefs qui se 
montrèrent le plus acharné dans la répression furent 
Dumolard, subdélégué de l'intendant, et Vocance, ca- 
pitaine d'une compagnie franche. Pusieurs des person- 
nes qui assistaient à l'assemblée furent tuées , d'autres 



(i) Ce témoignage corrobore tout ce que nous avons dit sur ce sujet dans 
notre Hisl. des pvot. du Dauph., t. III, p. 68-70. 

(2) Extrait m^if et fidèle des souffrances d'Alexandre Astier (Bulletin, 
etc., t. XXIX, p. 460 et suiv.). Ms. Court, n" 17, t. B. 



58 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

blessées, entre autres un nommé Alexandre Faillet, qui 
eut quatre doigts emportés d'un coup de feu. On fit un 
grand nombre de prisonniers. Cinquante quatre furent 
arrêtés en une seule fois , vingt-sept hommes et vingt- 
sept femmes, et conduits dans les prisons de Montpel- 
lier : les hommes en bateau jusqu'au pont Saint-Esprit, 
les femmes en charrette. L'intendant Bâville en condamna 
cinq aux galères : Charles Aurenche , Noë Peyre , et 
les trois frères Marlié (Jean, Jacques et Pierre). Le 
père de ces derniers, Daniel Marlié, Jacques Gaspard, 
Jacques Salomon Duplantier de Toulaud, René Faillet, 
frère d'Alexandre, nommé plus haut, et une fille furent 
condamnés à être pendus et exécutés chacun dans une 
localité différente : Marlié à Vallon , Gaspard à Ver- 
noux , Duplantier à Saint-Pierreville , Faillet à Saint- 
Agrève, et la fille à Privas. 

Au retour d'une autre assemblée, qui s'était tenue 
non loin de Chalencon, le 19 août 1703 (ou 1704), une 
partie de ceux qui y avaient assisté , au nombre de 
trente environ (quelques-uns étaient armés), s'étant mon- 
trés à huit heures du matin au hameau de La Valette , 
paroisse de Silhac , Imbert, curé du lieu, qui en fut 
informé et qui avait même aperçu trois ou quatre de ceux 
qui revenaient, « en donna incontinent avis, » dit une 
pièce catholiquedu temps, « àquelquescompagnies d'or- 
donnance et de bourgeoisie , qui étaient à Vernoux , et 
à M. Astier , lieutenant de la bourgeoisie de Chalen- 
con , qui ne manqua pas en même temps de partir en 
toute diligence avec seize de ses bourgeois, et de mar- 
cher du côté des attroupés pour tâcher de les joindre; 
et les ayant aperçus suivant un petit sentier peu éloigné 
de la maison d'Arlandes , comme c'est un homme fort 
actif qui ne manque pas de cœur ni de conduite , leur 
cria : Arrête ! ce qu'ils ne voulurent faire et les obligea 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. ^9 

à tirer dessus. Cependant il n'en resta aucun sur la place. 
Toutefois le coup perça la cuisse à un de ces malheu- 
reux , qui fut saisi de suite avec un autre qui n'était pas 
blessé. Tout le reste prit la fuite... Ils les poursuivirent 
à toute jambe, autant qu'ils en virent paraître. Enfin les 
ayant tous perdus de vue , passant par des broussailles, 
le nommé André Jomac , l'un des sergents de ladite 
compagnie, aperçut un de ces fanatiques couché dans 
la fougère, n'ayant pu courir davantage. Et comme il 
approchait de lui , n'étant qu'environ trois ou quatre toi- 
ses , se prit garde que le misérable lui lâchait un coup 
de pistolet (i) , qui, par bonheur pour lui, fit faux feu, 
et de suite ledit Jomac lui tira un coup de fusil et lui ap- 
pliqua trois balles à l'épaule droite , en même temps le 
saisit aux cheveux et ie traîna plus de cinquante pas 
pour le sortir des broussailles. Ledit S"" Astier accourut 
à lui... et lui trouva 25 1/2 louis d'or, 6 écus blancs 
et quelques pièces de 4 sols..., quelque poudre, des 
balles, une cuillère et des moules pour en faire ; mit le tout 
dans ses poches et, après lui avoir ôté partie de ses ha- 
bits, le fit attacher avec les deux autres et conduire au 
dit Chalencon, bien gardé toute la nuit dans sa maison... 
Le lendemain il les mena à Privas, oij M. Dumolard , 
subdélégué de monseigneur l'intendant, était et, après 
qu'il eût fait raconter comment tout s'était passé , il lui 
ordonna de les conduire à Vernoux pour y être jugés 
avec quatre prophétesses, qui y étaient aussi, deux des- 
quelles avaient été arrêtées au dit Silhac, et, deux jours 
après, leur sentence fut prononcée par ledit S"" Dumo- 
lard, le lieutenant criminel d'Annonay et quelques avo- 
cats. » 



(i) Les sources protestantes disent, au contraire, qu'il ne fit pas usage de 
son arme. 



6o HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Le protestant blessé par Jomac, qui n'était autre 
qu'Isaac Duplantier, frère de Jacques Salomon, nommé 
plus haut, fut condamné à être rompu vif, un autre à 
être pendu , le troisième à être simplement fouetté à 
cause de son jeune âge , trois femmes à être pendues. 
Ces diverses sentences furent exécutées à Vernoux le 
24 août, un jour de foire, comme le portait le jugement. 
Si Duplantier avait suivi les avis du prédicateur Ebruy , 
qui présidait l'assemblée et lui avait conseillé de revenir 
avec lui et d'autres de ses compagnons par le chemin 
qui longeait l'Erieux, il n'aurait pas été arrêté, car plu- 
sieurs pensaient, et Ebruy était du nombre, que la com- 
pagnie de bourgeois de Chalencon, qui avait pris les 
armes, tirerait droit au lieu de la réunion : ce qu'elle fit. 
Isaac Duplantier avait rempli quelques années aupara- 
vant les fonctions de prédicateur ainsi que son frère Jac- 
ques Salomon. 

Dans la paroisse de Saint-Jean-Chambre on surprit 
dans une maison isolée, appelée vers Rousson, un 
nommé Claude Mayre , dit Cocadon , qui avait fait des 
exhortations pendant plusieurs années. C'était un homme 
fort et courageux qui, se voyant cerné par les soldats, 
leur demanda résolument de le laisser passer. Ceux-ci, 
le voyant bien armé et décidé à se défendre , lui ouvri- 
rent un passage ; mais la sentinelle, qui gardait la porte de 
la basse-cour, voulant Tempêcher de sortir, reçut de lui 
un coup de baïonnette, qui l'étendit raide mort. Les au- 
tres soldats, qui avaient suivi Cocadon, sans oser met- 
tre les mains sur lui, survinrent au moment où il était 
aux prises avec la sentinelle et lui assénèrent sur la tête 
un coup de crosse de fusil , qui l'étendit. On put alors 
se saisir de sa personne , et il fut successivement con- 
duit à Vernoux, à Montpellier et à Nîmes. On le con- 
damna dans cette dernière ville à avoir le poing coupé 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 6l 

par trois coups de hache et à être pendu. L'exécution 
eut lieu à Vernoux. Des témoins oculaires affirmèrent 
qu'il reçut les trois coups sans proférer aucun cri ni 
faire aucun mouvement, et que, lorsqu'il vit sa main 
droite à terre, il se baissa pour la relever avec sa gau- 
che. Les propriétaires de la maison où il fut pris furent 
également arrêtés, mais on les relâcha après quelques 
mois de détention , moyennant le payement d'une 
amende et des frais de justice (i). 

LES CAMISARDS DU LANGUEDOC EN VIVARAIS. DOUBLE 
COMBAT DE VAGNAS lO ET II FÉVRIER (1703). 

La guerre des camisards ensanglanta aussi le Viva- 
rais. Elle dut son origine, comme on le sait, à la sévé- 
rité des déclarations de Louis XIV contre les protes- 
tants, aux expéditions sanguinaires des troupes royales 
contre les assemblées du désert, aux derniers supplices 
infligés aux prédicants , aux rigueurs exercées contre 
les galériens, à l'inhumanité des ecclésiastiques romains, 
notamment à celle du célèbre abbé du Chaila. 

Jean Cavalier, qui commandait les Camisards, après 
avoir tenu la campagne en Languedoc , forma le dessein 
de pénétrer dans le Vivarais , où il avait des intelli- 
gences. Il se mit en marche en Janvier 1703, et laissa 
partout de sanglantes traces de son passage. Il brûla 
plusieurs églises, cures, châteaux, bourgs et villages; 
et commit notamment ces violences à La Bastide-de- 
Virac , Sampzon , Grospierre et Vagnas , dont les habi- 
tants , en grande majorité catholiques , avaient été , il 

(i) Armand de la Chapelle, t. II, p. 290. Le patriote français et impar- 
tial, t. II, p. Ç29. Court, Histoire des trouliles, t. I, p. 11. Un épisode de 
l'histoire des Camisards. Mémoire d'Ebruy (ms.). Ms. Court, n" 17, 
t. C. Arch. du ministère de la guerre, n» 1709 (ms.). 



62 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

faut le dire, les instruments dociles des ordres cruels 
donnés contre les protestants, s'étaient enrichis de leurs 
dépouilles, et faisaient feu sur les camisards quand 
ceux-ci leur demandaient des armes ou des vivres. Plu- 
sieurs catholiques périrent de la sorte dans les flammes 
ou par l'épée. 

Arrivé sur la rive droite de l'Ardèche, Cavalier ne 
put pénétrer plus avant dans le Vivarais parce qu'il 
trouva les passages de cette rivière bien gardés par Jac- 
ques d'Illaire, sieur de Joviac, qui commandait des 
compagnies de fusiliers et des milices. Le maréchal de 
camp Jacques Julien, ancien protestant d'Orange (i), 
commandant militaire des Cévennes et du Vivarais, qui 
suivait le chef camisard à la piste, écrivit alors à Jo- 
viac de franchir l'Ardèche, quoique de Broglie lui eut 
donné l'ordre contraire, et de marcher contre Cavalier, 
pendant que le comte du Roure (2) , lieutenant général 
pour le roi en Languedoc, réunirait de son côté les 
gentilshommes et les milices languedociennes du voisi- 
nage. Henri de Merle , baron de Lagorce , convoqua 
également de son côté le marquis Cérice de Vogué et 
autres seigneurs catholiques du bas Vivarais pour sou- 
tenir le sieur de Joviac. 

Le plan de Julien était de prendre les camisards en- 
tre deux feux. Leur perte paraissait donc certaine. Il 
n'en fut rien parce que le comte du Roure et Joviac vou- 
lurent chacun remporter la victoire. Joviac anticipa l'exé- 
cution de l'ordre qu'il avait reçu et passa l'Ardèche de 
très bon matin, le 10 février. Le baron de la Lagorce 
le rejoignit et tous deux marchèrent résolument contre 
Cavalier. « Attaqués, » dit Court, « dès la pointe du jour 



(i) Petit-fils du pasteur Sébastien de Julien. 
(2) Pierre Scipion de Grimoard de Beauvoir 



& 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 63 

auprès de Vagnas, les camisards attendirent l'ennemi de 
pied ferme et essuyèrent la décharge sans s'ébranler. 
Ils firent ensuite la leur si à propos qu'elle jeta la frayeur 
dans la petite armée. Celle-ci prit la fuite et fut pour- 
suivie et relancée jusqu'au bourg de Salavas à une 
grande lieue du champ de bataille. » Le baron de La- 
gorce, plusieurs officiers et sergents, et un grand nom- 
bre de soldats, furent tués. Cavalier perdit seulement 
le vaillant Espérandieu et n'eut que quelques blessés. 

Le comte du Roure , qui était à Barjac , envoya aus- 
sitôt donner avis de cet échec à Julien, « et l'avertit du 
lieu où il pourrait encore trouver les camisards s'il se 
hâtait d'y aller. Il était alors à Lussan [à prés de cinq 
lieues de là]. Il part, marche toute la nuit, quoiqu'il y 
ait un pied de neige, passe par Saint Jean-des- Anneaux 
[ou de Marvejols], et se rend à Barjac au point du jour. 
Il avait avec lui un bataillon du régiment de Hainaut, le 
régiment de Tournon , et deux cent cinquante hommes 
des troupes de la marine. Il fut joint par le comte de Flo- 
rac, qui lui amena cinquante hommes. C'était beaucoup 
trop contre des gens qui venaient déjà d'essuyer un com- 
bat; mais, fiers de leur victoire, ils ne s'effrayent point 
et attendent encore de pied ferme Julien , qui marchait 
à eux. Celui-ci , dés qu'il les vit , observa leur conte- 
nance, forma une embuscade et divisa le reste de sa 
petite armée en deux corps , mettant à la tête du pre- 
mier quarante grenadiers. Il marche ensuite à eux et or- 
donne une décharge. Les camisards l'essuyèrent sans 
s'ébranler et firent la leur; mais, attirés dans l'embus- 
cade et, attaqués de tous côtés par des grenadiers qui 
fondaient sur eux tête baissée, la baïonnette au bout du 
fusil, ils s'ébranlent, prennent la fuite et gagnent les 
bois. » Le combat eut lieu sur le chemin de Vannas à 

o 

La Bastide au pied de Montgourdon. 



64 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Louvreleuil et La Baume disent que les camisards 
eurent cent cinquante morts dans cette affaire. Bâville 
parle de deux cents, et Brueys de plus de trois cents. 
Les troupes royales, au contraire, n'auraient perdu 
qu'une dizaine de soldats, tués ou blessés. Cavalier, 
de son côté, assure qu'après avoir fait une exacte revue 
de ses soldats, il ne constata que cinquante ou soixante 
absents , dont quelques-uns s'étaient noyés en voulant 
traverser la rivière de la Cèze ; mais il perdit tout son 
bagage , courut lui-même les plus grands dangers et 
n'échappa à la mort que par une sorte de miracle. Il 
se retira ensuite en Languedoc et ne reparut plus en 
Vivarais. Quant aux prisonniers , au nombre de vingt , 
d'après La Baume, ils furent jugés à Alais par Bâville 
et condamnés à être pendus (i). 

SOULÈVEMENT CAMISARD EN VIVARAIS. COMBAT DE 
FRANCHASSIS. BOUCHERIES EXÉCUTÉES PAR JULIEN 
(1704). 

L'année suivante , un des inspirés les plus extrava- 
gants du Vivarais, Jean-Pierre Dortial dit Saint-Jean 
(ou Lesparon), de Chalencon, que nous retrouverons 
plus tard , tenta avec Abraham Charmasson , d'Arc 
(paroisse de Vallon), jeune homme sage, mais d'une 
piété exaltée, et un nommé Louis Mercier dit Decom- 
bes, de soulever le Vivarais en faveur de l'insurrection 
camisarde. 



(i) Louvreleuil, t. I, p. 78-82. Brueys, t. Il, p. Ç5-70. Court, Hist. des 
troubles, t. I, p. 221-251. D'Aigrefeuille, p. 490. Dourille, p. 409-41 J. Arch. 
du ministère de la guerre, n" 1709 (ms.). Relation du combat de Vagnas, 
dans comte A. de Pontbriant, Guerres de religion, p. 502-304. Relatio7i de 
ce qui s'est passé à Vagnas, etc., dans le Bulletin d'hist. eccl. et d'arch. 
du diqc, de Valence, t. II. La Baume, Relation historique, p. 92-95 . 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 6^ 

Ayant enrôlé cent jeunes gens environ , les trois 
chefs parurent en armes à Gluiras dans la nuit du i8 
au 19 février 1704; vers deux ou trois heures du matin, 
tuèrent dans le presbytère les deux frères Ventallon , 
l'un curé, l'autre vicaire de la paroisse, et incendièrent 
l'église. 

De là, ils se rendirent la même nuit à Saint-Maurice- 
sous-Chalencon , oij ils se saisirent du curé Tourville 
qu'ils conduisirent à l'église et blessèrent et, le laissant 
pour mort, ils mirent le feu à cette dernière. 

Au point du jour, ils prirent la route de Saint-Michel- 
de-Chabrillanoux et se cachèrent toute la journée du 19. 

Dans la nuit, ils incendièrent l'église de Saint-Fortunat 
et la maison du notaire Retourna , nouveau converti , 
parce qu'il s'était servi des matériaux de l'ancien temple 
pour construire celle-ci ; puis ils se rendirent à Saint- 
Julien-le-Roux dont ils brûlèrent également l'église. 

Dans la journée du 20, ayant paru sur le coteau du 
Serre-de-la-Mure, en vue de Vernoux, le sieur de Mon- 
teil, qui commandait le haut Vivarais, se mit à la tête de 
sa compagnie et de la compagnie bourgeoise de Ver- 
noux, formant un effectif de quatre cents hommes, se 
dirigea de leur côté pour les combattre, mais, quand il 
fut à deux portées de fusil des camisards, sa petite 
armée reçut l'ordre de rétrograder. Un mémoire catho- 
lique du temps dit « que ce fut à la prière de M. Tar- 
divon [nouveau converti] , qui se chargea mal à propos 
de faire retirer cette troupe chez eux, disant qu'on 
devait leur porter compassion , qu'il se faisait fort de 
leur faire mettre bas les armes, n'étant en partie que 
quelques femmes ou enfants. » 

Le 21 , les camisards s'établirent dans la maison 
Combler, paroisse de Saint-Apollinaire-de-Rias , oià 
ils battirent une partie de la compagnie de Juras, com- 
11. ) 



66 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

mandée par le lieutenant Du Combal. Deux prisonniers 
catholiques, Dupont etBancel, durent la vie aux instances 
d'un prophète de la troupe, « qui portait un habit tout en 
lambeaux et couvert d'huile d'olive, disant être rempli du 
Saint-Esprit, » et qui, « à la vérité, » dit le même mémoire, 
(( fut pour eux indulgent, après qu'il se fut plusieurs fois 
jeté à la renverse, tournant ses yeux vers le ciel..., 
disant qu'il leur fallait faire grâce et leur donner la vie, 
pourvu qu'ils se chargeassent de porter une lettre au 
commandant du pays : ce qu'ils promirent faire de bon 
cœur ; en même temps firent la lettre pleine de folie et 
d'extravagance, laquelle fut, en effet, rendue par les 
prisonniers. » 

De Saint-Apollinaire-de-Rias les camisards allèrent 
à Saint-Jean-Chambre, dont ils incendièrent l'église; 
puis ils se rendirent à Chalencon sur le conseil de 
Dortial , qui avait été averti par sa sœur Marie que la 
compagnie bourgeoise du lieu était pour le moment à 
Vernoux. Astier, lieutenant de cette compagnie, soit 
qu'il se doutât de la direction que venaient de prendre 
les camisards , soit qu'il en eut été informé d'ailleurs , 
partit de nuit de Vernoux avec trente hommes pour les 
devancer à Chalencon, et alla se loger dans la maison 
du sieur de Saint-Giney, derrière l'église. Une quaran- 
taine d'autres catholiques se cachèrent dans la maison 
du bourgeois Chamberlhac, mais la sentinelle n'eut pas 
le cœur d'attendre les camisards ni de tirer sur eux quand 
il les aperçut, et rentra précipitamment dans la maison, 
de sorte que la plus grande partie de ceux-ci défilèrent 
par le chemin de la fontaine du CouUet pendant que les 
autres, entrant dans l'église, renversaient le tabernacle. 
Les premiers vinrent ensuite et se rangèrent en haie 
devant cette même église. Alors les catholiques, retran- 
chés dans la maison Chamberlhac, firent feu sur eux 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 67 

d'une petite fenêtre, en tuèrent ou blessèrent une quin- 
zaine et mirent le reste en fuite. Deux heures après , 
quelques autres bourgeois catholiques ayant voulu faire 
leur jonction avec leurs coreligionnaires et étant arrivés 
devant l'église, ces derniers, qui étaient encore dans la 
maison Chamberlhac, ne les reconnurent point à cause 
de la nuit, en tuèrent un et en blessèrent un autre 

Cette même nuit, du 21 au 22 février, les camisards 
se rendirent à Saint-Sauveur-de-Montagut, dont ils incen- 
dièrent l'église, et allèrent coucher à Franchassis (paroisse 
de Pranles), où ils passèrent le 22 et le 23. A Saint-Sau- 
veur, ils cherchèrent partout le pasteur apostat Isaac 
Meissonnier « pour se faire prêcher, » disaient-ils, mais 
ce dernier s'était retiré prudemment à Bofîres, chez son 
fils, et de là à Annonay. 

Sans vouloir en aucune façon excuser les incendies 
et les meurtres commis par les camisards et tout en les 
blâmant sévèrement, il est juste de faire observer que, 
dans le Vivarais comme partout ailleurs, les ecclésias- 
tiques étaient les instigateurs attitrés de toutes les ri- 
gueurs déployées contre les protestants, et que ceux-ci, 
en les mettant à mort, croyaient user de justes repré- 
sailles. 

Cependant, le subdélégué Dumolard écrivit, le 20 fé- 
vrier, à six heures du matin, à Bâville le soulèvement 
des camisards du Vivarais. Julien, averti le 21 par le 
maréchal Auguste de La Baume-Montrevel , un des 
commandants militaires du Languedoc , partit de Saint- 
Ambroix sur l'heure avec trois cents soldats du régi- 
ment de Hainaut , cinquante miquelets et trente dra- 
gons à cheval. Il était à Privas le 23 sans avoir dormi : 
on ne l'attendait que le lendemain. Pour faire une diver- 
sion , Cavalier passa la Cèze, le 21 au soir, espérant 
obliger Julien à revenir sur ses pas ; mais il changea 



68 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

de sentiment et la repassa la même nuit. Nous laissons 
maintenant la plume à Julien qui a écrit une relation 
détaillée de la bataille qu'il livra aux camisards. 

(( J'ai l'honneur de vous apprendre, avec un sensible 
plaisir, » dit-il à Montrevel, « l'heureuse rencontre que 
je fis hier matin (23 février) au village de Franchassis, 
paroisse de Pranles, d'une troupe d'environ cent cin- 
quante camisards, commandés par un gaillard (Abraham 
Charmasson) qui se fait appeler Cavalier et dont je vous 
ai envoyé le portrait dans ma dernière lettre. Il avait 
deux autres chefs sous lui, appelés Saint-Jean (Dortial) 
et Decombes (Mercier). J'étais parti le matin à sept 
heures de Privas avec les trois cents hommes du déta- 
chement d'Hainaut, les trois compagnies de dragons 
et autant de miquelets, et pour me rendre à Saint-Michel 
[de Chabrillanoux], d'où M. de Monteil me mandait 
que les rebelles étaient de ce côté-là et qu'il les cher- 
chait avec sa compagnie de fusilliers et quelque bour- 
geoisie. En chemin faisant, j-'eus avis [par Bouchet, de 
Privas, et M"® de La Cheysserie] que les rebelles 
étaient depuis avant le jour dans le village de Fran- 
chassis. D'abord, je tournai ma marche de ce côté-là, 
dont je n'étais qu'à trois quarts de lieue. Je détachai 
M. d'Hérouville avec deux cent cinquante soldats pour 
marcher sur la route et s'avancer , afin de couper cette 
canaille si elle prenait le parti de se jeter de ce côté-là. 
J'envoyai sur la gauche M. de Saint-Sernin avec les 
trois compagnies de dragons pour empêcher les rebelles 
de se jeter du village dans un bois. Je ne retins avec 
moi que la compagnie des grenadiers d'Hainaut avec 
les trois compagnies de miquelets, faisant 75 [hommes], 
pour attaquer ces malheureux par le front. Je mis les 
miquelets à l'avant-garde , suivis à trente pas par les 
grenadiers, afin que ces coquins, les voyant venir, 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 69 

crussent que c'était de la milice, parce qu'ils ne mar- 
chent pas contre les troupes réglées et sont habillés 
d'un gris qu'on peut prendre, de loin, pour des paysans. 
Un petit rocher, à trois cents pas du village, couvrait 
ma marche, et les rebelles ne s'en aperçurent que quand 
ils virent paraître les miquelets. En descendant du dit 
rocher , pour lors les drôles sortirent du village et 
s'avancèrent impunément le long du chemin, à la faveur 
pourtant d'une muraille qui régnait tout le long du che- 
min et lui servait d'épaulement , d'où ils commencèrent 
à tirer très maladroitement , puisqu'ils ne blessèrent 
qu'un brigadier de mignons à travers la jambe. Ils 
criaient insolemment : « Avance , avance ! » mais leur 
bonne contenance ne dura guère lorsqu'ils reconnurent 
les grenadiers qui suivaient de près les mignons. Pour 
lors, cette canaille plia, mais trop tard pour eux puisque 
les miquelets et les grenadiers les joignirent d'assez 
près pour en laisser plus de soixante sur la place , 
parmi lesquels on assure être un des chefs, ayant trouvé 
son épée nue et son chapeau [de castor] bordé d'ar- 
gent [avec un plumet blanc]. Le reste de cette maudite 
troupe fut suivi bien vivement pendant trois heures dans 
les rochers et vallons par les miquelets et les grenadiers, 
qui en massacrèrent une partie avec sept ou huit fem- 
mes , lesquelles, mêlées parmi les perfides, fuyaient 
avec eux... J'ai donné ordre qu'on cherchât partout 
avec soin les blessés. » 

Cinq jours après, le 28, Julien écrivait qu'on avait 
pris quatre à cinq blessés qui n'avaient voulu faire 
aucune révélation. Le dernier pourtant, Simon Vésian , 
homme marié, de Lyas, assura qu'il n'avait reconnu qu'un 
paysan de Saint-Maurice-en-Chalencon et un autre 
d'Ajoux ; mais il ajouta qu'il y avait dans la troupe dix 
hommes de Gluiras dont il ignorait les noms, cinquante 



70 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Cévenols et cent cinquante Vivarois, et que Decombes 
passait pour avoir été tué. Julien fit u casser la tête » 
aux cinq blessés. 

Le 4 mars, Julien écrivait encore que les camisards 
avaient perdu plus de monde qu'il ne pensait, puisque 
les paysans avaient enterré cent trente cinq hommes , 
sans parler d'une douzaine de femmes. 

Pour châtier les hameaux de Franchassis et de Las- 
sagne, qui avaient donné asile aux révoltés, Julien, au 
retour de sa poursuite , donna l'ordre de massacrer 
tous les habitants sans distinction d'âge ni de qualité , 
ni même, paraît-il, de religion, puisque quelques catho- 
liques furent tués. Vingt personnes seulement eurent la 
vie sauve dans cette boucherie. C'étaient des enfants 
pour la plupart. Le hameau de Chazalet fut aussi pillé, 
et cinq personnes y périrent. Mêmes scènes de violence 
à Maléon , où deux hommes furent mis à mort, et au 
Bouchet, où un nommé Lassagne eut sa belle-mère 
massacrée. Franchassis fut traité durement. Après 
l'avoir fait incendier, Julien réunit une centaine de 
pionniers, maçons et autres ouvriers, pour abattre les 
voûtes , caves et murs des maisons qui avaient été 
épargnées par le feu. 

Cet officier , qui donnait pour raison de ses inhuma- 
nités que les habitants de ces divers lieux ne l'avaient 
point averti de la présence des camisards , fit ensuite 
publier une ordonnance portant que les communautés 
qui ne l'informeraient pas immédiatement de la présence 
des rebelles, seraient châtiées avec la même rigueur que 
Franchassis. Le 28, il écrivit (i) à toutes les commu- 



(1) Montrevel fut choqué de cette lettre, qu'il prit pour une ordonnance 
en règle, et également de ce que Julien avait fait passer par les armes, sans 
autorisation, deux soldats qui avaient contrefait les camisards et volé dans 
une maison. Le commandant militaire des Cévennes et du Vivarais fondait 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 7I 

nautés des Boutières, dont les églises avaient été incen- 
diées par les camisards , du 19 au 24 février, d'avoir à 
les faire reconstruire aux frais des nouveaux convertis, 
déclarant, dit Court, que « les prêtres , en outre , de- 
vaient être en sûreté dans l'étendue des paroisses, tant 
le jour que la nuit ; que la vie et la tête de tous les nou- 
veaux convertis de chaque communauté lui répondraient 
de celle de leur curé ; qu'il mettait au même prix la con- 
servation des églises, et que, s'il y en avait quelqu'une 
de profanée ou de brûlée, les nouveaux convertis de la 
paroisse seraient exécutés sans miséricorde. Il ajoutait 
que cette sorte de représailles paraîtrait aux autres, de 
même qu'à lui, trop dure et trop violente, mais il la jus- 
tifiait par la raison qu'il n\ avait pas des expédients plus 
sûrs que celui-là pour arrêter le cours de ces perfidies 
et de ces abominations. » 

Julien cantonna ensuite ses troupes , celles du pays 
et les trois bataillons de Suisses, qui étaient arrivées au 
Puy le 20 et le 22, dans les lieux du Vivarais qui lui 
parurent les plus suspects ; visita tous les ports du 
Rhône, depuis Serrières ; et, le 18 avril, étant à Valence, 
demanda un congé de deux ou trois mois , afin de faire 
« des remèdes, » dit-il, « pour mon estomac et ma poi- 
trine (i). » 



son droit sur le brevet original du roi , qui lui avait confié ce poste. Mont- 
revel ne l'entendait pas ainsi. Il écrivit, le lo avril, au ministre , que Julien 
mériterait d'être puni, et qu'il espérait que le roi maintiendrait la subordina- 
tion, « d'une manière, » disait-il, « qui apprenne à un petit monsieur de cette 
espèce, qui conserve encore les principes qu'il a pris chez les barbets, que 
l'on ne doit pas s'écarter de son devoir au point qu'il l'a fait à mon égard. 
Il s'était oublié déjà en .'"autres occasions que je lui avais passées par 
bonté. » Si Montrevel ne l'a pas puni, c'est pour ne pas affaiblir son autorité 
vis-à-vis des protestants. 

(i) Un épisode de Vhistoire, clc. Louvreleuil, t. II, p. 152-139. Brueys, 
t. II, p. 250-252. Court, Hist. des troubles, t. II, p. 282-285. Mémoire 
d'Ebruy (ms.). Arch. de l'Hérault, c. 155, 259. Dourille, p. 418-420. Arcki- 



72 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

ASSEMBLÉES DE JOUR. CONDAMNATIONS. SECOND MOU- 
VEMENT CAMISARD EN VIVARAIS. COMBATS DE GILHOC, 
SAINT-FORTUNAT, LEYRISSE (17O4-I709). 

A dater de cette époque, et jusqu'en 1709 , les pro- 
testants du Vivarais furent relativement peu inquiétés , 
grâce à la guerre de la succession d'Espagne, qui 
absorbait les soins de la Cour , et nécessitait l'emploi 
de toutes ses forces militaires. « Nous faisions, » dit le 
proposant Ebruy, « des assemblées de deux, trois, qua- 
tre cents personnes de plein jour, quoique nous ne lais- 
sassions pas d'user de prudence autant qu'il dépendait 
de nous... Nos ennemis n'ignoraient pas nos assem- 
blées. » Le célèbre prédicateur Pierre Carrière dit Cor- 
teiz , parlant des succès d' Ebruy , disait, dans ses Mé- 
moires, qu'il a faisait des progrès admirables. » 

Mais, quoiqu'on laissât une certaine tranquillité aux 
protestants du Vivarais, plusieurs d'entre eux furent con- 
damnés aux galères, et même à mort, pour fait d'assem- 
blées , de 1704 à 1709 (Voy. Pièces justificatives, 
n*> XIII). Nous rapporterons un jugement de 1708, qui 
a été retrouvé. 

Les « commissaires du présidial de Nîmes , députés 
* par le roi pour l'administration de la justice au pays de 
Vivarais , jugeant en dernier ressort , » et présidés par 
Novy, déclarèrent Jean Beauthias , Pierre Fourbonne 
et Matthieu Suel, dûment convaincus d'avoir assisté à 
diverses assemblées , et Susanne Charrier dite Randi- 
gonne , d'y avoir également assisté et d'en avoir con- 
voqué ; et condamnèrent les deux premiers aux galères 
perpétuelles, le troisième à trois ans de la même peine, 

ves du ministère de la guerre, n"^ 1706, 1798, 1799 (ms.). La Baume, Re- 
lalion historique, p. 261, 262. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 73 

et à une amende de loo livres; la dernière à être rasée 
et enfermée sa vie durant à la tour de Constance, et sa 
maison à être démolie jusqu'aux fondements. Les biens 
de tous furent confisqués , distraction faite de la troi- 
sième partie pour les femmes et les enfants, et les frais 
du procès (23 juillet 1708) (i). 

L'œuvre de relèvement à laquelle Ebruy se livrait 
avec zèle fut malheureusement arrêtée par le nouveau 
mouvement camisard de 1709, qui eut exclusivement le 
Vivarais pour théâtre. Ses chefs étaient trois fameux 
camisards , Daniel Gui dit Billard , qui avait été lieute- 
nant-colonel de Cavalier et son confident, Dupont, 
son secrétaire, tous les deux de Nîmes, et le vision- 
naire ou prophète Abraham Mazel, ancien brigadier de 
l'armée camisarde , natif de Faugères, paroisse de 
Saint-Jean-de-Gardonnenque , connu surtout sous son 
prénom d'Abraham. Réfugiés en Hollande après la 
soumission de Cavalier, ils partirent pour la France à 
la suggestion du marquis de Miremont et de Cavalier 
lui-même, qui se proposait de les suivre, si l'Angleterre 
et la Hollande, en guerre avec la France, lui en four- 
nissaient les moyens. A leur passage à Genève, ils re- 
çurent trente et un louis d'or de leur confrère Atgier 
dit Lavalette , qui leur procura également un guide , 
nommé Antoine Sallier, ancien prédicateur du Vivarais 
(voy. page 23), réfugié à Lausanne. 

Partis de Carouge, près Genève, le 2O mars à onze 
heures du soir, ils passèrent par Chambéry et Les 
Echelles. Arrivés à Beaumont, près Valence, Billard 
eut quelques mouvements exstatiques et dit à Sallier : 
« Frère, dans ce lieu il y a des gens de guerre, et n'y 



(ly Ch. Sagnier, La tour de Conslance , p. 101-105. Arch. de la coui 
d'appel de Nîmes, Sentences criminelles, liasse 9. 



74 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

ferait pas bon pour nous. » Sallier, étant entré dans le 
bourg malgré cet avertissement , et y ayant vu en effet 
des soldats , conduisit les trois camisards au grand 
Chiron , mais non sans leur avoir exprimé la crainte de 
rencontrer également des soldats dans ce lieu. Billard 
l'ayant assuré du contraire , ils s'y rendirent et furent 
bien reçus par un protestant nommé Gensel. Sallier 
alla ensuite à Valence pour s'enquérir des moyens de 
faire traverser le Rhône à ses compagnons. Après bien 
des difficultés, il trouva un nommé La Baume, protes- 
tant des environs de Vernoux, qui était garde aux Gran- 
ges de Valence, et qui consentit à embarquer, pour un 
louis d'or, les quatre voyageurs. Un grand vent heureu- 
sement souffla , qui obligea les gardes de la rive droite 
du fleuve à quitter leur poste, et la barque aborda sans 
encombre en Vivarais. Les camisards , armés de pisto- 
lets et de cannes à épée, étaient bien résolus, d'ailleurs, 
à se défaire de ces gardes, s'ils se fussent opposés à 
leur passage. A l'exception d'Abraham, ils étaient bien 
mis, habillés en officiers, avec chapeau bordé, canne et 
montre. 

« (i) Arrivés en Vivarais, ils s'adressèrent à Jean- 
Paul Ebruy dit Jean-Paul, le prédicant le plus renommé 
dans ce temps-là de ces contrées. Ils s'ouvrirent à lui 
de leur dessein , dans l'espérance non seulement qu'ils 
l'approuveraient, mais encore qu'il aiderait efficacement 
à son exécution. Ils se trompèrent. Le prédicant, qui 
n'osa pas leur dire tout ce qu'il pensait, les assura 
néanmoins qu'ils ne réussiraient pas ; qu'ils ne sauraient 
subsister dans le pays faute de vivres, et qu'ils trouve- 
raient peu de personnes qui voulussent les suivre et 



(i) A partir de ce paragraphe, tout ce qui est entre guillemets est extrait 
textuellement de l'Histoire des troubles, de Court. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 75 

entrer dans leurs vues. » Ils cherchèrent aussi à s'abou- 
cher avec Dortial l'un des chefs du mouvement de 
1704, mais il ne paraît pas qu'ils aient pu le rencontrer. 
Quant à Ebruy , ne voulant pas être témoin des désor- 
dres qui allaient survenir , non plus qu'être impliqué 
dans le mouvement, il se retira à Genève. 

« Ces raisons ou quelques autres leur firent prendre 
le chemin des Cévennes , mais en traversant Vais , lieu 
renommé par ses eaux minérales , ils y trouvèrent le 
nommé Justet, qui suspendit leur marche. Justet était 
un paysan de Vais, mais homme brave, qui avait du 
service, qui souffrait avec impatience les mauvais traite- 
ments qu'on exerçait depuis tant d'années contre les 
protestants , et qui soupirait avec ardeur dans le réta- 
blissement de leurs anciens privilèges. Il ne fut pas 
plus tôt informé du dessein qui avait ramené les cami- 
sards en France, qu'il l'approuva et qu'il promit de les 
seconder de tout son pouvoir, et d'avoir bientôt nombre 
de jeunes gens à ses ordres , pleins de courage et de 
bonne volonté. 

» Ils convinrent aussitôt ensemble de tout ce qui leur 
parut propre à favoriser l'entreprise. Ils n'avaient ni 
armes ni munitions, et se trouvaient dans l'impossibilité 
presque totale de se procurer des vivres, la rigueur de 
l'hiver ayant fait périr les blés; mais, pleins de con- 
fiance à la Providence , dans la justice de leur cause et 
dans le secours qu'ils attendaient des pays étrangers , 
ils osèrent se flatter de surmonter tous ces obstacles, 
quelque difficile que cela leur parut à eux-mêmes. Ils 
espérèrent de trouver des armes et des munitions dans 
quelques châteaux , où ils crurent pouvoir pénétrer , et 
par celles-ci d'en avoir bientôt d'autres en désarmant 
les troupes qui oseraient les attaquer, ou en rempor- 
tant sur elles des victoires complètes. A l'égard des 



76 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

vivres, ils comptèrent beaucoup sur la frugalité de ceux 
qui se. joindraient à eux pour une si bonne cause , 
sur les provisions qu'ils pourraient enlever aux trou- 
pes , et sur l'argent qu'ils recevraient des pays étran- 
gers , et qui les mettrait en état d'en acheter à haut 
prix. 

» Ils jugèrent de plus qu'il était absolument néces- 
saire de faire soulever les Cévennes , en même temps 
que le Vivarais , et qu'il fallait par conséquent envoyer 
des exprés à [Barthélémy] Claris, [de Quissac, ancien 
prophète de Cavalier] , et à ce petit nombre de cami- 
sards qui s'y tenaient cachés depuis les supplices de 
Ravanel et de Catinat. L'on chargea de la commission 
deux filles prédicantes et prophétesses, nommées Marie 
Désubas et Elisabeth Catalon. » 

Ces décisions prises, Billard, en compagnie de Du- 
pont et d'Abraham, parcourut le bas Vivarais pour son- 
der les esprits et y faire des enrôlements. « J'y ai 
trouvé de bonnes âmes, » écrivit-il à Atgier, à la date du 
i8 avril. « La jeunesse me paraît toute de feu pour se- 
couer le joug. Je vais dans le haut Vivarais , et si je 
trouve là les mêmes dispositions que dans le bas, je 
ne manquerai pas d'en profiter , d'y assembler la jeu- 
nesse et tous les bien intentionnés. J'en ai déjà une 
centaine de prêts au premier signal... Si les puissances 
protestantes nous envoient de l'argent, les choses réus- 
siront bien mieux, car je pourrai armer facilement les 
bien intentionnés, au lieu que je serai contraint de faire 
désarmer les anciens catholiques, ce qui serait pour 
nous un surcroît d'ennemis. Ainsi, je suis persuadé que 
vous ferez sentir aux personnes qui veulent nous aider, 
le bien qu'un peu d'argent produirait si on nous l'en- 
voyait. Les papistes seront les premiers à se déclarer, 
et tel qui aurait envie de nous vendre nous recevra 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 77 

chez lui si nous lui payons ce qu^il faudra pour notre 
subsistance. » 

« Justet amena aux trois chefs camisards trente jeu- 
nes gens pleins de bonne volonté, tous de la paroisse 
de Vais, et que la faim, autant que leur zèle pour la re- 
ligion, avait fait sortir de leurs chaumières. Tous en- 
semble ils parcoururent Les Boutières. Leur premier 
exploit fut de se défaire, vers la fin de mai, d'un gentil- 
homme nommé de Vocance de La Tour [lieutenant- 
colonel] , qui , à la tête des milices ou des compagnies 
franches , avait, souvent massacré les protestants dans 
leurs assemblées , et leur avait fait beaucoup de mal 
dans diverses occasions. Ils lui dressèrent une embus- 
cade [au bois de Vauzet], au retour de la foire de Mé- 
zilhac, et le tuèrent avec un protestant nommé du Bay, 
qui se mettait en devoir de le défendre. » 

Ce meurtre fut le signal du soulèvement et les auto- 
rités ne doutèrent point qu'il ne fût venu dans le 
Vivarais des émissaires étrangers pour pousser les pro- 
testants à la révolte , d'autant mieux que deux lettres 
des II et 12 avril , qui furent interceptées , faisaient 
allusion à la rentrée en France de trois chefs camisards. 
L'une d'elles était de Cavalier lui-même. 

Le duc de Roquelaure (i), qui commandait en Lan- 
guedoc , et Bâville prirent aussitôt leurs mesures pour 
qu'on gardât soigneusement toutes les issues de la 
province , mais ce fut trop tard et la position devenait 
critique. La guerre de la succession d'Espagne, qui 
avait déjà coûté un grand nombre d'hommes à la France, 
allait recommencer. La famine, conséquence d'un hiver 
rigoureux, sévissait cruellement; les finances de l'Etat 
étaient épuisées et le Languedoc avait seulement pour 

(i) Ses prénoms étaient Antoine-Gaston-Jean-Baptiste, 



jS HISTOIRE DES PROTESTANTS 

se défendre le régiment de dragons de cette province, 
deux compagnies d'Irlandais et quelques mauvaises mi- 
lices , et le Vivarais , trois compagnies suisses mal 
payées, qui commençaient à déserter, et le régiment de 
Boulay. 

« Après le meurtre de M. de Vocance , les cami- 
sards s'allèrent cacher dans un protond ruisseau, bordé 
de toutes parts de rochers et de précipices au-dessous 
d'une maison, nommée le Mounet. De là ils s'en furent 
au bout de quelques jours du côté de Grozon [pa- 
roisse de Saint-Barthélemy-le-Pin] , enlever les armes 
du château de Boze appartenant au marquis de Brizon. 
Ils s'y munirent de plusieurs armes offensives : fusils, 
pistolets, hallebardes ; de poudre et de plomb. 

» Ils se retirèrent ensuite dans une maison , nommée 
Tachaix [paroisse de Gilhoc]. On s'aperçut de leur 
marche et on avertit De Rapine , qui commandait un 
détachement de Suisses à Vernoux. Il se mit aussitôt en 
mouvement pour leur donner la chasse. H y a appa- 
rence que les Suisses l'eussent laissé passer tranquille- 
ment si un soldat de son avant-garde ne se fût avisé de 
vouloir entrer dans la maison où ils étaient cachés. Ils 
en sortirent si brusquement et avec tant de résolution 
que Rapine et le corps de troupes qu'il commandait , 
étourdis et consternés , ne pensèrent qu'à la fuite. Ils 
furent poursuivis par les camisards près d'une heure et 
jusqu'au village de Gilhoc, où l'officier prudent se re- 
trancha derrière des murailles, dans l'église et dans le 
clocher. C'est de là qu'il commença à faire feu , mais 
sans succès. » Brueys ajoute que le chef de la troupe 
camisarde était vêtu de bleu , avec une plume au cha- 
peau de même couleur , et qu'il n'avait qu'un pistolet à 
la main. 

Cette action eut lieu le 1 1 juin, et, quoiqu'elle fût à 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 79 

leur avantage , elle les obligea à sortir de leur réserve 
et à montrer le petit nombre d'hommes dont ils dispo- 
saient. D'autre part , l'insuccès de leur mission auprès 
de Claris déconcerta leur plan. Mais ils ne se décou- 
ragèrent pas pour cela ; et , le jour même de leur vic- 
toire, ils publièrent un manifeste, daté du 12 mai et si- 
gné Abraham , où , accusant le clergé romain d'avoir 
causé la ruine du royaume et dépouillé les protestants 
de tous leurs privilèges , ils déclaraient prendre les ar- 
mes pour les revendiquer, promettaient aux catholiques 
et à tous autres sectateurs de religion de ne leur faire 
aucun tort, s'ils ne prenaient pas les armes contre eux, 
et ordonnaient aux prêtres de s'éloigner sous peine de 
mort. Ils ajoutaient dans la partie politique du manifeste 
qu'ils ne voulaient point se soustraire à l'obéissance 
due au roi et refuser de payer la taille, mais seulement 
se décharger « des impôts nouveaux dont ils étaient 
accablés , invitant les catholiques de se joindre à eux 
pour le même sujet. » D'Aigrefeuille dit que c'est 
à la suggestion de Heinsius , grand pensionnaire de 
Hollande, qu'ils insérèrent cet article dans leur mani- 
feste. 

<( Après l'affaire de Gilhoc , Courten , qui comman- 
dait en chef les bataillons suisses , dépêcha un courrier 
au duc de Roquelaure pour l'avertir de ce soulèvement, 
et Du Molard, subdélégué de Bâville, dans ce pays-là, 
donna à cet intendant les mêmes avis et lui envoya 
l'écrit que je viens de rapporter. 

» A cette nouvelle, qui parut de la dernière consé- 
quence, De Roquelaure et Bâville formèrent le dessein 
de se rendre en personne dans le Vivarais pour y 
étouffer le mal dès sa naissance. Un soldat, qui avait 
été pris par les camisards et renvoyé par eux sans au- 
cun mal, accrédita le bruit, qui courait déjà, que Gava- 



8o HISTOIRE DES PROTESTANTS 

lier était le chef de la troupe. Il assurait lui avoir parlé 
et en faisait un portrait assez ressemblant. » 

Bâville et Roquelaure partirent pour le Vivarais le 
15 juin (i), et ce dernier écrivit au duc de Berwick , 
commandant en Dauphiné, de lui envoyer au plutôt des 
troupes. 

« Cependant rien ne résistait aux camisards. Il 
n'était point de détachement ou de corps de troupes , 
quelque nombreux qu'ils fussent, qu'ils ne missent en 
fuite. Courten, colonel des Suisses, les attaqua du côté 
de Saint-Fortunat. Il fut reçu avec tant de bravoure 
qu'il fut aussitôt mis en fuite , et il eut bien de la peine 
à sauver les débris de sa troupe dans Saint-Fortunat, 011 
il se retira en désordre. » Abraham, toutefois, reçut 
trois blessures et passa même pour mort dans le camp 
catholique. 

Quelques jours après, le même colonel, à la tête d'un 
corps de troupes plus considérable que le précédent , 
les attaqua de nouveau à Issamoulenc, du côté de 
Saint-Pierreville , mais sa défaite fut encore plus com- 
plète que la première fois. Il disposait pourtant de près 
de trois cents hommes , tandis que les camisards 
n'étaient pas quatre-vingts. Il perdit deux officiers de 
mérite, le capitaine suisse Muller et le colonel Massil- 
lan, de Baix. Après leur victoire, les camisards se ren- 
dirent dans le haut Vivarais et tinrent une assemblée 
religieuse en vue de Vernoux sans être attaqués (2). 

(1) D'Aigrefeuille dit le 17. 

(2) Bâville, dans une lettre à Loiivois, explique l'avantage des camisards 
par le fait que les Suisses de la compagnie colonelle de Hesse et de la com- 
pagnie franche de même nationalité refusèrent « de tirer un seul coup contre 
les rebelles. » Ce fait est confirmé par des documents relatifs à la famille de 
Joviac, où il est encore dit que les camisards étaient postés au haut de la 
montagne de Clachau, et que la bataille eut lieu près du petit village de Cla- 
basie. Jacques d'Illaire, sieur de Joviac, le petit-fils du controversiste de ce 
nom, rallia un bon nombre de fuyards ^Communication de IVI. Mazon). 



DU VIVARAIS ET DU VELAY, 8l 

Le duc de Roquelaure , en attendant le secours du 
duc de Berwick, « parcourut en diligence avec Bâville 
toutes les communautés du pays , leur dénonçant que , 
si elles fournissaient des vivres aux attroupés , il les fe- 
rait punir avec la dernière sévérité. Il se fit donner les 
noms de tous les jeunes gens qui avaient quitté leurs 
maisons pour se joindre à eux , parla lui-même à leurs 
parents et leur déclara que, s'ils n'obligeaient leurs en- 
fants à revenir et à rapporter leurs armes, il s'en pren- 
drait à eux. A l'égard de la noblesse huguenote , il ne 
fut pas nécessaire de l'exhorter à faire son devoir. 
Brueys lui rend ce témoignage qu'on ne saurait jamais 
assez louer le zèle qu'elle témoigna dans cette occasion 
pour le service du roi. 

« Ces précautions étaient d'autant plus nécessaires 
qu'on avait craint que les catholiques, flattés de l'exemp- 
tion des impôts, n'augmentassent le nombre des rebel- 
les. Pour l'empêcher, le duc de Roquelaure et Bâville 
leur adressèrent dans tous les lieux de leur passage les 
exhortations les plus vives et les plus pressantes à de- 
meurer fermes dans leur devoir. Ces exhortations furent 
efficaces parce que ceux qui auraient voulu se déclarer 
n'en eurent pas le temps. 

w Les troupes arrivaient de tous côtés et bientôt tout 
le pays en fut rempli. Lorsque le duc en eut suffisam- 
ment , il se mit en campagne. L'on vit alors une petite 
armée, composée de plus de six cents hommes, ayant 
à leur tête des généraux , des officiers de marque , un 
intendant et toute la noblesse du pays , aller à la quête 
d'une soixantaine de gueux... , la plupart sans armes et 
sans autres munitions que celles qu'ils avaient trouvées 
parmi les dépouilles des soldats qu'ils avaient déjà tués. 

» On apprit qu'ils étaient le 8 de juillet sur la monta- 
gne d'isserlets, près de Vernoux , où s'étaient assem- 
II. 6 



82 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

blés quelques protestants du voisinage pour assister à 
un exercice de religion qu'il y eut ce jour-là. On ap- 
prit, de plus, que leurs chefs avaient hautement déclaré 
qu'ils y voulaient attendre les troupes et qu'ils avaient 
eu l'insolence d'envoyer ordre à tous les curés des en- 
virons de sortir de leurs paroisses sur peine de la vie. 

» Il y eut aussitôt un conseil de guerre. On y décida 
d'aller attaquer les camisards sur cette montagne par 
trois endroits différents. Le chevalier de Miroménil , 
avec deux bataillons du régiment de Quercy , dont il 
était colonel, eut ordre de marcher à Vernoux, le régi- 
ment de dragons du Languedoc à Saint-Julien [le Roux], 
et le duc de Roquelaure, avec le reste de la petite ar- 
mée , se rendit du côté du Cheylard et de Gluiras. » 
Dumolard fut adjoint à Miroménil par Bâville à cause 
de sa connaissance des lieux. 

« Les mécontents ne tardèrent pas d'être informés de 
ces mouvements et de cette résolution ; et, comme il y 
avait ce jour-là parmi eux grand nombre de femmes et 
d'enfants qui étaient venus assister à leurs dévotions , 
ils ne voulurent pas les exposer au combat en les rete- 
nant, ni au danger d'être arrêtés par les troupes en leur 
donnant congé. Ils abandonnèrent donc cette monta- 
gne et escortèrent jusqu'en lieu de sûreté cette colonne 
désarmée de femmes et d'enfants. Ils se retirèrent en- 
suite sur la cime de la montagne de Leyrisse , qui est 
très haute, et au pied de laquelle coule la petite rivière 
de Bresson. » 

Miroménil, à la tête de ses deux bataillons du régi- 
ment de Quercy, les rejoignit à six heures du soir près 
du lieu de Barjac, à un quart de lieue de Fauriel , au 
pied de la montagne de Leyrisse [paroisse de Saint- 
Didier-de-Crussol] , et commença à monter par leur 
droite pour les attaquer. Dès que les camisards Taper- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 83 

curent ils firent un mouvement comme pour se jeter 
dans un bois de l'autre côté de la montagne , puis ils 
reprirent leur première position et se rangèrent en ba- 
taille au chant des psaumes. Impatients de se mesurer 
avec les troupes royales , ils s'approchèrent d'elles de 
dix pas et , mettant un genou en terre , ils déchargèrent 
sur elles leurs armes. Les soldats royaux se rompirent 
après cette brusque attaque, mais, ralliés par Miromé- 
nil , ils coururent sus aux camisards, la baïonnette au 
bout du fusil , et tuèrent tous ceux qu'ils purent at- 
teindre , mais non sans éprouver une vive résistance de 
la part de ces derniers , qui se défendirent avec leurs 
épées , leurs faux et même avec des pierres. Justet, de 
Vais , accomplit à cette occasion des prodiges de va- 
leur. Il perça plusieurs rangs de soldats pour se saisir 
d'un drapeau porté par un officier qu'il blessa, fit mor- 
dre la poussière à tous ceux qui voulurent s^opposer à 
son retour au milieu des siens , et, en dernier lieu, se 
voyant serré de près par deux grenadiers, qui ne lui 
laissaient pas le temps de ramasser des pierres , il les 
saisit par les cheveux et , comme il était doué d'une 
force herculéenne, il les heurta si violemment l'un contre 
l'autre qu'il les assomma; mais, enveloppé de toute 
part, il tomba, percé de plusieurs coups, sur le corps 
des deux grenadiers qu'il avait tués. Miroménil lui-même 
fut blessé à la tête d'un coup de pierre et eut le bras 
fracassé par une balle de fusil. Il perdit deux capitai- 
nes de grenadiers et trente soldats. D'autre part, il eut 
cinq ou six officiers blessés et des soldats en propor- 
tion. Du côté des camisards, outre Justet et Dupont 
qui périrent, on compta une trentaine de morts. Abra- 
ham , blessé antérieurement, comme on l'a vu , n'assista 
à ce combat que de loin du sommet d'une montagne 
avec vingt hommes qui lui servaient d'escorte. C'était 



84 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

le 8 juillet. Le corps de Dupont fut exposé sur une 
roue, près de Vernoux, et livré à toutes sortes d'outra- 
o-es. Dans la suite on planta dans ce lieu une croix qui 
reçut le nom de croix de Billard. 

FIN DE LA LUTTE. BATAILLE DE FONT-RÉAL (19 JUIL- 
LET 1709). 

(( On fut plusieurs jours sans avoir de nouvelles cer- 
taines du reste des camisards. On apprit seulement 
qu'ils avaient paru du côté de Pierregourde [paroisse 
de Gilhac] ; qu'ils avaient passé dans la nuit la rivière de 
l'Erieux au nombre de soixante; que Monteil, gentil- 
homme de ce canton, qui commandait une compagnie 
franche avec un détachement de deux cents hommes , 
était après eux au Pont-des-Ollières et qu'il espérait les 
joindre incessamment. 

» Sur cet avis , le duc de Roquelaure marcha à Pri- 
vas et, dans la supposition que le dessein des cami- 
sards était de se rapprocher des Boutières, il disposa 
les troupes de manière qu'ils ne pussent le faire sans 
qu'on tombât sur eux. Mais, dans le temps que ce géné- 
ral faisait ces dispositions , il apprit que ceux qui en 
étaient l'objet avaient repassé la rivière de l'Erieux et 
s'étaient rejetés dans le bois de Pierregourde, d'oij ils 
étaient allés se poster de nouveau au sud de la monta- 
gne de Leyrisse. Alors ce général fit marcher de ce 
côté-là toutes ses forces par quatre différents endroits 
avec ordre de ne laisser dans leur marche ni bois, ni 
cavernes , ni hameaux , sans les fouiller avec la der- 
nière exactitude. Tous ces mouvements furent inutiles. 
On ne put apprendre ce qu'étaient devenus ceux que 
l'on cherchait avec tant de soins. L'on sut seulement, 
par un homme qui les avait quittés, qu'ils étaient réduits 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 8^ 

à la dernière nécessité parce que les habitants du pays, 
qui, jusque-là, malgré leur misère , s'étaient retranché 
de leur subsistance pour les nourrir, ne voulaient plus 
leur fournir des vivres; que néanmoins ils protestaient 
qu'ils combattraient jusqu'à la dernière goutte de leur 
sang et qu'ils étaient dans l'attente de quelque secours 
qui devait bientôt arriver. » 

Ces renseignements, surtout les derniers, ayant 
donné de l'inquiétude à Roquelaure et à Bâville, ils de- 
mandèrent des galères à la cour pour la défense des 
côtes du Languedoc, prièrent les officiers qui com- 
mandaient en Dauphiné de veiller avec un grand soin 
sur les passages du Rhône jusqu'à Lyon, et décidèrent 
de prendre toutes les mesures nécessaires pour écraser 
le reste des camisards. 

Ces derniers , comme l'avait dit le transfuge, étaient 
en effet dans la situation la plus misérable. « Pressés 
par la faim qui les poursuivait partout , et talonnés par 
les troupes qui ne leur laissaient pas le temps de res- 
pirer , ils couraient de montagne en montagne et de 
bois en bois par des pays horribles. Réduits à un très 
petit nombre, mal armés et sans munitions, toujours 
relancés par des corps nombreux qui leur offraient, 
pour le moins, cinquante hommes contre un, ils 
n'osaient, quelque grand que fût leur courage, en venir 
à une nouvelle action. Ils y furent forcés néanmoins le 
19 de juillet... 

» Courten , qui commandait à Vernoux , eut avis 
qu'ils avaient paru le i8 vers Saint-Agrève. Il en informa 
aussitôt le duc de Roquelaure , qui marcha d'abord du 
côté des Boutièrci pour défendre le pays qui lui parais- 
sait le plus exposé ; et, par son ordre, Cheviré partit de 
Vernoux avec 1 50 dragons à pied du régiment de Lan- 
guedoc , dont il était lieutenant-colonel , 3 compagnies 



86 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

à cheval du régiment de dragons de Châtillon, les com- 
pagnies irlandaises du S"" Cote, loo grenadiers, et d'au- 
tres troupes pour aller chercher cette poignée de cami- 
sards. 

» Il les joignit à Font-Réal , proche de Chalencon, 
dans la paroisse de Saint-Jean-Chambre, le 19, à trois 
heures après-midi. Brueys assure qu'ils voulurent 
d'abord se retirer et éviter d'en venir aux mains, que 
Cheviré avait si bien pris ses mesures qu'ils furent obli- 
gés de se battre... Ils le firent avec un courage qui 
étonna plus d'une fois leurs ennemis ; et, s'ils n'avaient 
eu le malheur de se laisser envelopper de toutes parts, 
ils auraient encore donné bien de la peine. Après un 
combat des plus opiniâtres et de plusieurs heures , ils 
furent mis en déroute et dispersés. Leur défaite coûta 
cher aux troupes. D'Argentine , qui commandait les 
dragons à cheval , fut tué de la première décharge ; 
plusieurs autres officiers le furent aux suivantes. Un 
plus grand nombre furent blessés , et il resta beaucoup 
de dragons et de soldats sur le champ de combat... 

» La dispersion des camisards leur fut fatale. Plu- 
sieurs furent arrêtés et conduits au dernier supplice. Un 
plus grand nombre de personnes eurent le même sort 
pour avoir été accusées d'avoir été parmi eux ou de les 
avoir assistés. Il y en eut ainsi une quarantaine qu'on 
exécuta les jours de marché dans les principaux lieux 
du Vivarais, » savoir à Privas, Saint-Pierreville , Le 
Cheylard, Saint-Agrève et Vernoux. « Le lieu de Ver- 
noux, » dit Corteiz, « était tout environné des cadavres 
de la jeunesse qu'on y avait pendue ou rouée (i). » 

(i) Bâville, dans une lettre à Louvois , dit que cinquante camisards restè- 
rent morts sur place, qu'on en fit douze prisonniers qui furent pendus (l'in- 
tendant ne parle sans doute que des camisards proprement dits), et que dix 
seulement purent échapper. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 87 

Quelques autres, moins coupables, furent envoyés aux 
galères. On rasa plusieurs maisons qui avaient servi de 
retraite aux camisards, notamment la maison appelée 
Saint-Michel des-Vernes , qui appartenait à un nommé 
David de Saint-André, beau-frère du prédicateur Ebruy, 
et la grange même de David; mais ce fut surtout la 
paroisse de Vais qui eut à souffrir de ces démoli- 
tions , « parce que c'était dans son sein que le mou- 
vement avait pris naissance. Les malheureux pro- 
testants de cette infortunée paroisse furent contraints 
de recevoir chez eux des garnisons à discrétion , 
qui, en peu de temps, les réduisirent à la dernière 
misère. » 

Billard et Abraham, blessés tous les deux, se réfugiè- 
rent dans une maison appelée Vers Fonbonne, paroisse 
de Gilhoc , mais ils furent vendus par la fille même de 
la maison, qui les dénonça au sieur Trollier. Ce der- 
nier en informa les messieurs de Gilhoc, qui envoyè- 
rent aussitôt contre eux des fusiliers. Poursuivi pen- 
dant une demi-heure , Billard périt de la main d'un 
nommé Suchier, de Vors, paroisse de Saint-Etienne-de- 
Serres , et son cadavre fut exposé pendant longtemps 
à Vernoux sur une roue. Quant à Abraham , il put 
s'échapper, et gagna le Languedoc comme on va le 
voir. 

L'insurrection camisarde comprimée , Roquelaure et 
Bâville retournèrent à Montpellier (28 juillet), mais non 
sans avoir veillé à la sûreté du Vivarais, en mettant de 
fortes garnisons à Saint-Agrève , Vernoux, Saint-Pier- 
reville et Privas. Les dévastations causées dans cette 
province par les camisards , et surtout par les troupes 
royales, s'élevèrent à 107, 1 36 livres 18 sols. Meisson- 
nier, qui n'est pas suspect, dit à ce propos : « Les ca- 
misards ne faisaient aucun mal , sinon que prendre à 



88 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

boire et à manger, mais les troupes du roi pillèrent 
partout : ce que les commandants toléraient. » 

DÉMARCHES FAITES A l'ÉTRANGER EN FAVEUR DES 
CAMISARDS. FIN DE LEURS TROIS DERNIERS CHEFS 
TENTATIVE AVORTÉE DE CHAMBON ET SON SUPPLICE 
(1709-1 710). 

Pendant que ces événements s'accomplissaient en 
Vivarais, de mars à août 1709, les protecteurs des ca- 
misards à l'étranger ne restaient pas inactifs. Dès que 
Billard , Dupont et Abraham leur eurent fait connaître 
leurs premiers succès, et représenté que leur entreprise, 
si elle était soutenue, pourrait procurer une utile diver- 
sion aux puissances alliées en guerre avec la France, 
par le grand nombre de troupes et de milices qu'elle 
tiendrait en échec, Gaspard de Perrinet, marquis d'Ar- 
zelliers, qui était l'agent des puissances auprès des ca- 
misards , en écrivit à Cardonnel, secrétaire de Malbo- 
rough , qui faisait alors le siège de Tournay, en 
Hainaut. Le général anglais fit répondre, le 22 juillet, 
qu'il importait d'encourager les révoltés, et que, depuis 
quelques jours, il avait écrit au grand trésorier d'An- 
gleterre, milord Godolphin, pour qu'il leur envoyât l'ar- 
gent nécessaire. 

Wander-Meer , ministre de Hollande à la cour de 
Turin, également instruit des événements par d' Arzelliers, 
le pria, le 3 août, d'informer les mécontents que « l'ar- 
mée alliée était entrée en Savoie..., qu'elle se préparait 
à pénétrer plus avant dans le royaume de France; 
qu'ainsi ils ne perdissent point courage, mais que plutôt 
ils se pourvussent de vivres et se missent à couvert de 
toute surprise, et qu'ils devaient être persuadés que les 
alliés leur procureraient ce qu'ils souhaitaient. » 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 89 

« Ils se donnaient du moins, » dit Court, « de grands 
mouvements pour cela. Milord Townsend , ambassa- 
deur d'Angleterre à La Haye, avait déjà ordre de 
régler avec les états généraux les contributions conve- 
nables pour secourir les mécontents. On les fixa , le 
9 août, à 60,000 florins de Hollande, dont l'Angleterre 
fournirait les deux tiers. 

» Clignet en informa le même jour d'Arzelliers par un 
billet de deux lignes , où la reine Anne était désignée 
par le nom de Matthieu , dont Townsend était le 
commis. Les gros arbres y désignaient les états géné- 
raux. Le contingent de la reine devait se payer par des 
lettres de change, que d'Arzelliers tirerait sur le cheva- 
lier Jansen , et Clignet devait acquitter celles qu'il tire- 
rait sur les états généraux. 

» C'était trop tard. Les camisards, comme nous 
l'avons vu , avaient été déjà entièrement défaits , et 
n'étaient plus en état de tenir la campagne. » 

L'année suivante, Jean-Jaques Chambon , âgé de 
quarante-huit ans, bourgeois du Chambon, paroisse de 
Gluiras , homme riche et fort zélé pour la religion , qui 
était revenu de l'étranger, où son père l'avait conduit, 
vingt-deux ans auparavant avec ses cinq frères (i), mé- 
dita un nouveau soulèvement dans le Vivarais , pendant 
que, de leur côté , Claris , le marchand Coste d'Uzès, 
et Abraham, tentaient de ressusciter l'insurrection cami- 
sarde en Languedoc. Ce dernier voulait, disait-il, 
<( établir la liberté de l'Eglise réformée. » Ses révéla- 
tions promettaient, à tous ceux auxquels il parlait, un 
grand succès. N'ayant pas à raconter l'histoire des pro- 
testants du Languedoc, nous nous bornerons à dire 
qu'Abraham et Claris, qui avaient déjà gagné quinze 

(i) L'un d'eux étudiait la théologie à Berne en vue du saint ministère. 



90 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

jeunes gens à leurs idées , furent détournés momenta- 
nément de leur dessein par des protestants de marque , 
à la suggestion de Corteiz, dont les discours n'avaient 
eu aucune influence sur leur esprit. Abraham , décou- 
ragé ou désabusé, proposa alors à Claris de quitter la 
France avec lui, mais ce dernier n'y voulut point con- 
sentir. Cela eût mieux valu pour tous les deux, car, 
s'étant cachés dans une métairie de M® Laton, appelée 
le Mas-de-Couteau, et située à un petit quart de lieue 
d'Uzès, ils furent dénoncés par un de leurs confidents, 
nommé Saussine , et enveloppés, le 17 octobre 1710, 
par le capitaine Tourreil , des fusiliers de montagnes 
de Roussillon. Abraham, découvert dans une retraite 
dont l'ouverture était obstruée avec de la paille, et d'oii 
il tira plusieurs coups de pistolet qui blessèrent le lieu- 
tenant de la compagnie, fut tué sur les toits de la mai- 
son où il s'était réfugié avec Coste , et se défendit 
vaillamment. Coste périt avec lui. Quant à Claris, qui 
voulut se sauver par une fenêtre, le pistolet au poing, 
il se fit une blessure, fut arrêté, puis condamné à mort, 
et expira sur la roue, à Montpellier, le 25 octobre sui- 
vant, avec une constance héroïque. D'autre part, on 
envoya la tête d'Abraham à Vernoux , où elle fut 
exposée et brûlée publiquement. 

Quant à Chambon, arrêté près de Saint-Pierreville , 
le 28 octobre, et interrogé par le subdélégué les 29 oc- 
tobre, 1" et 3 novembre 1710, il fut condamné, dès le 
13, par l'intendant du Languedoc, à être pendu et 
étranglé à une potence sur l'Esplanade de Montpellier 
et soumis auparavant à la question ordinaire et extraor- 
dinaire , pour crime de lèse-majesté, intelligence avec 
les ennemis de l'Etat, écritures et libelles séditieux ten- 
dant à faire soulever les peuples, retraite et vivres don- 
nés aux révoltés et attroupés , participation aux crimes 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. QI 

d'Abraham , Claris et Coste et à leur dessein d'exciter 
de nouveaux troubles en Vivarais. La sentence , qui 
prononçait également la confiscation des biens de 
Chambon, fut exécutée le même jour. 

Jean-Pierre Salomon, âgé de vingt et un ans , ancien 
sous-lieutenant du sieur de Lachau et natif de Fluizès , 
paroisse de Marcols, fut aussi arrêté parce qu'on trouva 
une lettre de lui dans les papiers de Chambon , dont il 
était le cousin. Dumolard l'interrogea le 3 1 octobre , 
mais nous ignorons ce qui lui advint (i). 

RECRUDESCENCE DE l'iNSPIRATION (17O9). 

La fin tragique des Camisards avait porté un rude 
coup au protestantisme en Vivarais, aussi bien que dans 
le reste du Languedoc. Leurs chefs et les inspirés les 
plus marquants étaient morts , dispersés ou réfugiés à 
l'étranger, les prédicants envoyés aux galères. « Peu à 
peu cependant, » dit Edm. Hugues, « les choses avaient 
repris leur cours naturel. Quelques femmes avaient été 
les héroïnes de cette restauration. Quand tout parais- 
sait désespéré, elles avaient pris en main la cause vain- 
cue, et avec leur foi, leur dévouement, leur abnégation 
et la puissance invincible de leurs espérances , elles 
avaient résolu de la rendre victorieuse. Elles s'érigèrent 
en prédicantes, elles tinrent au désert des assemblées, 
et , dans ces mystérieuses réunions presque exclusive- 



(i) Brueys, t. II, p. Ç09-Ç81, 654, 635. Court, Histoire des troubles, t. III, 
p. 298-54.1, 590-595. Corteiz, Mémoires , p. 24-27. Corteiz, Relation, dans 
Edm. Hugues, t. I, p. 450-45;. Bulletin, etc., t. II, p. 585; t. XXIII, p. 475. 
Maniisc. Court, n"' 17, t. B. Mémoire d'Ebruy (ms.). Meissonnier, Mém.oi- 
res (ms.), p. 85-88, 125-127. Frosterus, p. 152-175. Archiv. de l'Hérault, G, 
190. D'Aigrefeuille, p. 511. Dourille, p. 424-428. L'Eglise libre du 27 avril 
1885. Communication de M. Ferd. Teissier. 



92 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

ment composées de femmes, elles ranimèrent les esprits 
abattus, fortifièrent les volontés chancelantes. » 

Parmi ces femmes courageuses nous citerons la veuve 
Bancel , de Vallon ; Jeanne Balastière (ou Banastière) , 
des environs de Vernoux, qui parcourut le Vivarais, les 
Cévennes et le bas Languedoc, et Isabeau, de Chalen- 
con , qui furent faites prisonnières à Nîmes, oii elles 
s'étaient rendues pour prêcher (1709); Marthe, catho- 
lique convertie ; la Martine , Suzanne Rouge (ou 
Bouge), la veuve Caton, la Claire, la Catin et la Marie, 
à Vais (grange de Godon, aux Vignes) , et surtout Isa- 
beau Dubois, courageuse et aimable jeune femme, dont 
la réputation de sagesse et de modestie était grande et 
qui exerçait un ascendant considérable sur tous ceux 
qui l'écoutaient. 

Elles donnèrent, les unes ou les autres, des prédica- 
tions dans les environs de Villeneuve-de-Berg , à Val- 
lon, à Vais et ailleurs. Le camisard Abraham, dont il a 
été parlé longuement plus haut, Saint-Julien; un autre 
camisard, Jean Rouvière , dit Crotte, de Blaizac (pa- 
roisse d'Ajoux) , qui devint le collègue de Corteiz , as- 
sistèrent à une des assemblées que Marthe présida à 
Vallon à la fin de 1709 ou au commencement de 17 10. 

« Ces femmes, » dit encore Edm. Hugues, « ne 
se contentaient pas de prêcher, elles prophétisaient... 
Elles étaient les héritières des prophètes camisards 
exilés et s'en glorifiaient. Mais quelque chose de pro- 
fondément humain , d'affectueux dans leurs discours. 
Nul cri, nulle fureur ; des paroles tendres, des larmes. 
Ces prédications et ces prophéties leur donnaient une 
immense influence. Dans chaque village , dans chaque 
ferme, elles avaient leurs partisans. Là, dans un langage 
bizarre , mêlé de citations bibliques et du récit naïf de 
leurs visions, elles leur prêchaient la repentance et 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 93 

leur faisaient concevoir, au delà des malheurs présents, 
l'espérance d'un état meilleur. Parfois elles poussaient 
à la révolte sur les indications des chefs... Mais ces 
belliqueux discours, héritage d'un temps qui n'était plus, 
étaient rares. Les prophétesses , avant tout, prêchaient 
la repentance , relevaient les courages , gourmandaient 
les faibles... Toutes , dans le haut et bas Vivarais , ai- 
maient à répéter cette promesse que l'Esprit leur avait 
faite : 11 se tiendra une assemblée célèbre dans un pré 
nommé Lacour , proche de Chalancon. Des Anglais y 
assisteront , un arbre mystérieux croîtra et fleurira dans 
une nuit. Sous son ombrage on distribuera la cène. » 

Malheureusement, comme on l'avait déjà vu au temps 
de Gabriel Astier, en 1688 et 1689, et comme on pou- 
vait s'y attendre, la maladie de l'inspiration et de la 
prophétie devint de nouveau épidémique et contagieuse. 
Quiconque formait le dessein de prêcher et de prophé- 
tiser pouvait l'exécuter sans entrave. Hommes et fem- 
mes entraient dans cette voie facile et il n'était pas rare 
de voir dans une même assemblée deux ou trois fem- 
mes , et quelquefois des hommes , tomber en extase et 
parler tous à la fois. Le Vivarais se remplit ainsi de 
prophètes et de prophétesses, et un nommé Jacques 
Monteil , natif de Marcols , tint , pendant plusieurs an- 
nées, le premier rang entre tous; et, plus tard, lorsque 
la discipline fut rétablie , suscita aux synodes bien des 
ennuis par son esprit d'indépendance exagéré. 

Cette maladie spirituelle revêtit même des symptô- 
mes alarmants pour la foi , car les inspirés en vinrent à 
laisser entièrement de côté les leçons de la Bible et à 
ne plus obéir qu'aux ordres de l'Esprit, aux révélations 
directes de Dieu. On comprend à quels périls la piété 
protestante et le protestantisme lui-même étaient expo- 
sés avec des docteurs de cette sorte. L'Eglise se serait 



94 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

émiettée en autant de sectes qu'il y avait d'inspirés ; le 
plus grand désordre eut régné dans son sein; et comme 
de l'extravagance à la fourberie et de la fourberie à 
l'immoralité le pas est glissant , les scandales (et il y en 
eut de donnés par Monteil lui-même), se seraient mul- 
tipliés dans l'Eglise, et c'en était fait de son avenir. Le 
galérien pour la foi, Alexandre Astier, qui avait d'abord 
donné dans l'inspiration, n'avoua-t-il pas lui-même plus 
tard qu'elle portait au mal plutôt qu'au bien et même 
au libertinage (Voy. plus haut, page 56). 

C'est alors que Dieu suscita le célèbre Antoine 
Court, qui eut la gloire de ramener le protestantisme 
dégénéré à son type biblique et disciplinaire primitif (i). 

ANTOINE COURT. SA JEUNESSE. SA VOCATiON POUR LE 
SAINT MINISTÈRE. SES PREMIERS TRAVAUX AVEC 
BRUNEL (1695-17 14). 

Cet homme, remarquable à tant de titres , qui rendit 
à la Réforme , en un sens , autant de services que Cal- 
vin, naquit à Villeneuve-de-Berg , le 27 mars 1695 , de 
parents fort zélés pour leur religion (2). Pendant la 
grossesse de sa mère, Marie Gébelin, originaire du bas 
Languedoc , ses parents s'entretenaient de la carrière 
qu'ils pourraient faire embrasser à l'enfant qui allait naî- 
tre et ils se disaient « que ce serait un bien grand bon- 
heur pour eux de le consacrer au service de Dieu. » 
Leur souhait fut accompli au delà de tout ce qu'ils pou- 
vaient croire ou espérer. 

Demeurée veuve en 1700, Marie Gébelin mit son 
fils à l'école dès l'année suivante en recommandant au 



(i) Edm. Hugues, t. 1, p. 173-183. Court, Mémoires, p. 30-3J. 
(2) Ils firent pourtant baptiser leur fils par le vicaire Chambon; mais, à 
cette époque, à moins de fuir, il était impossible d'agir autrement. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY, 9"; 

régent « de ne pas lui épargner le fouet lorsqu'il man- 
querait à son devoir. » L'enfant , qui était appliqué , 
« eut le bonheur de n'en tâter jamais. » En trois ans il 
eut atteint la science de son maître , qui ne put que lui 
enseigner la lecture , un peu d'arithmétique et les pre- 
miers éléments de la grammaire. Il aurait pu aller au 
collège des jésuites d'Aubenas et suivre même les le- 
çons du régent de Villeneuve-de-Berg, qui était capa- 
ble d'enseigner le latin ; mais , comme il eut fallu aller 
à l'église , il préféra demeurer dans l'ignorance plutôt 
que de suivre de tels maîtres, d'autant mieux que, déjà 
à l'école , il avait eu à souffrir pour sa religion de la 
part de ses camarades. Un jour ils avaient même voulu 
le faire aller de vive force à la messe , mais il leur ré- 
sista si vaillamment qu'ils ne purent réussir : ce qui lui 
valut le sobriquet de « fils. aîné de Calvin. » 

Ne sachant quelle résolution prendre, sa mère le mit 
dans le commerce, oij il ne put se plaire. Les choses 
religieuses l'attiraient avant tout. Il lut les feuillets 
épars d'une vieille Bible de famille , les Consolations de 
l'âme fidèle de Drelincourt, La voix de Dieu de Baxter, 
La dispute d'un berger avec son curé, et ses connaissan- 
ces religieuses en furent considérablement accrues. 
Ayant remarqué que sa mère, quand venait la nuit, 
s'absentait , et soupçonnant qu'elle se rendait aux as- 
semblées du désert, il la suivit une fois de loin. 
Celle-ci, s'en étant aperçue, voulut l'obliger à rétrogra- 
der, car il fallait faire une bonne lieue et demie de che- 
min pour arriver au lieu du rendez-vous; mais , touchée 
par ses prières , elle l'emmena avec elle. L'assemblée , 
ce soir-là, était présidée par la veuve Bancel, de Val- 
lon. L'enfant écouta ses chrétiennes paroles et en fut 
fort édifié. A dater de ce jour, il suivit les assemblées 
avec assiduité et engagea plusieurs des prédicantes , 



96 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

nommées au chapitre précédent , d'en présider à Ville- 
neuve-de-Berg même. Elles y consentirent, notamment 
la Claire et Isabeau Dubois , qui tinrent une réunion 
dans la maison de Marie Gébelin. C'était vers 17 10 ou 
171 1. Corteiz avait déjà fait des assemblées dans le Vi- 
varais l'année précédente , mais il ne paraît pas s'être 
rencontré avec le jeune Court à cette époque. 

Rempli de zèle pour sa religion, ce dernier fit l'office 
de lecteur dans les assemblées, et on le considérait 
comme un de ces enfants qui , d'après la croyance po- 
pulaire, étaient remplis de l'Esprit de Dieu, et lui-même 
se sentait pressé d'embrasser la carrière du ministère 
évangélique. 

Trois ans après environ, c'est-à-dire le i®"" mai 171 3 , 
l'ancien camisard Bonbonnoux, de Bragassargues, en 
Languedoc, et Jean Rouvière dit Crotte, dont il a été 
parlé plus haut, vinrent à Villeneuve-de-Berg. Ils avaient 
appris par cœur quelques sermons qu'ils récitaient avec 
autant de foi que de force. Bonbonnoux en débita un 
du célèbre Pierre Dumoulin. Court en fut si pénétré 
que « rien n'était capable d'égaler sa Joie. » Le 25 mai 
suivant , le prédicateur Pierre Chabrières dit Brunel , 
du Vivarais, qui prêchait depuis 1700, vint aussi à Ville- 
neuve-de-Berg et y présida quelques assemblées. Court 
lui ayant témoigné son désir de passer dans les pays 
étrangers et Brunel songeant lui-même à cette époque 
à sortir de France , ils décidèrent de partir ensemble 
pour la Suisse ; puis , comme leur voyage ne pouvait 
s'effectuer qu'en septembre, Court consentit, en atten- 
dant, à accompagner Brunel dans le haut Vivarais. Il 
prit congé de sa mère qui, se séparant de son cher fils 
pour la première fois, versa un torrent de larmes. 
C'était au moment de la Pentecôte, et Court avait dix- 
huit ans et demi. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 97 

Sur sa route , il rencontra des prophétesses qui lui 
prédirent un brillant avenir dans la vigne du Seigneur 
et le supplièrent de ne point quitter son pays. Leurs 
paroles firent une si profonde impression sur lui que , 
se trouvant un jour à Vernoux au milieu d'une assem- 
blée composée exclusivement de femmes , il s'enhardit 
à prendre la parole et prêcha sur i Timothée , II, 3. 
C'était son premier sermon. Les louanges qu'il reçut 
lui persuadèrent que Dieu approuvait son dessein de se 
« consacrer à la gloire et au service de son Eglise, » et 
à dater de ce moment son parti fut définitivement pris 
d'embrasser la carrière pastorale. D'autre part, ses 
rapports avec les prophètes et les prophétesses du 
haut Vivarais firent naître dans son esprit la pensée que 
« tout ce qu'on appelait révélation n'avait pas sa source 
dans l'Esprit divin, et que, si on ne pouvait accuser la 
fraude, on pouvait penser du moins que la plupart de 
ceux qu'on appelait inspirés étaient la dupe de leur zèle 
et de leur crédulité. » 

La paix d'Utrecht, qui mit fin à la longue guerre de la 
succession d'Espagne, venait d'être signée (i i avril 1713), 
mais, contre l'attente des protestants et malgré les no- 
bles et persévérants efforts de Charles de Barjac, mar- 
quis de Rochegude , réfugié protestant, Louis XIV 
consentit seulement à libérer cent trente-six galériens, 
dont plusieurs étaient du Vivarais (i)- A part cela, le 
sort des réformés demeura le même. Les prophètes et 
les prophétesses , déçus et irrités , sommèrent Court 
d'aller sur les places publiques prêcher la pénitence et 
reprocher aux ecclésiastiques romains leur participation 
aux rigueurs royales. Le jeune prédicateur, qui avait 
du sens, n'obéit qu'en partie à cette injonction, car 

(i) On trouvera leurs noms àUx Pièces juslifica.tivL'S, n" XIII- 
II. 



q8 histoire des protestants 

autrement il eut été infailliblement arrêté et condamné 
à mort. Il se borna à écrire aux curés les plus ardents 
et à quelques chefs militaires du Vivarais qu'ils devaient 
cesser de provoquer des mesures iniques contre des 
innocents, qu'ils étaient coupables en exécutant les or- 
dres de la Cour et qu'ils pouvaient craindre de lasser 
la patience des opprimés. Ces lettres n'eurent d'autre 
effet que d'alarmer les persécuteurs , qui demandèrent 
aussitôt des renforts de troupes à Bâville et à Roque- 
laure. Chose surprenante ! Elles leur furent refusées de 
la façon la plus absolue. 

Court présida encore quelques assemblées dans le 
haut Vivarais et revint à Villeneuve-de-Berg pour an- 
noncer à sa pieuse mère la détermination qu'il avait 
prise d'embrasser le saint ministère. Marie Gébelin , 
attendrie jusqu'aux larmes, manifesta quelques craintes 
à son fils , car les dangers de toutes sortes auxquels il 
allait être exposé apparaissaient à son esprit, et elle se 
voyait privée pour toujours d'un enfant qu'elle aimait 
plus qu'elle-même ; mais, d'autre part, elle comprenait 
combien ce dernier pourrait être utile à l'Eglise et la 
joie qu'il en éprouverait. Pour dissiper ses hésitations , 
Court prêcha devant elle un sermon sur ces paroles de 
Jésus-Christ : « Quiconque aime son père et sa mère 
plus que moi n'est pas digne de moi » (Matth., X, 37). 
Il parla avec tant de force de l'amour envers Dieu 
qu'elle fut gagnée et ne vit plus son fils « que comme 
une victime qu'elle consacra comme un autre Abraham 
aux volontés divines (i). » 

COURSES MISSIONNAIRES DE COURT. SON PROJET DE 



(i) Court, MémoireH, p. 1-47. Edm. Hugues, t. I , p. 4Ç0. livllrùn, etc., 
i. XXXIV, p. J21. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 99 

RESTAURATION DU PROTESTANTISME. MORT DE 
LOUIS XIV. PHILIPPE d'oRLÉANS RÉGENT. MENÉES 
DU TRAITRE LA PISE (1715-I718). 

Peu après Court commença ses courses missionnai- 
res. Il descendit dans le bas Languedoc, accompagné 
de la veuve Caton et de la Claire prédicantes , mais il 
n'y séjourna que peu de temps. Il retourna ensuite dans 
le haut Vivarais par Vais et les Boutières ; puis, en com- 
pagnie de Brunel , parcourut le Dauphiné , le sac au 
dos , pendant trois mois , et se dirigea sur Marseille 
pour visiter les galériens pour la foi, qui étaient au nom- 
bre de cent cinquante. Il organisa un culte parmi eux 
au prix des plus grands dangers et, quelques mois après 
(février 171 5), sur une lettre de Corteiz , qui avait ouï 
parler de ses heureuses dispositions, il revint dans le 
Languedoc, oij il visita un grand nombre d'Eglises, qu'il 
réveilla par sa parole ardente et convaincue. Il eut en- 
suite la joie de célébrer la fête de Pâques à Nîmes avec 
les quatre prédicateurs Bonbonnoux, Rouvière, Corteiz 
et Brunel. Les trois derniers, auquels se joignit aussi 
Bonbonnoux, qui allait rejoindre sa femme à Genève 
{28 ou 29 avril), se rendirent ensuite dans le Vivarais et 
organisèrent les Eglises de Vallon, Lagorce et Salavas. 

Quelques jours après, le 8 mars , Louis XIV, vieil- 
lard décrépit qui s'en allait mourir, publia une déclara- 
tion portant que tous ceux qui auraient déclaré qu'ils 
voulaient persister et mourir dans la religion prétendue 
réformée , qu'ils eussent fait ou non abjuration, seraient 
considérés comme relaps et exposés à subir les effroya- 
bles peines édictées contre ces derniers. Le roi partait 
de l'idée que tous les protestants de France avaient em- 
brassé le catholicisme , et la preuve qu'il en donnait , 
c'est que, s'ils n'avaient pas été réellement convertis, 



lOO HISTOIRE DES PROTESTANTS 

ils n'eussent été ni tolérés ni soufferts. Mais, d'une part, 
les protestants, depuis 1685, avaient donné trop de 
preuves de leur aversion pour le catholicisme pour qu'on 
pût dire qu'ils l'avaient embrassé ; et , d'autre part , si 
l'on en avait mis à mort beaucoup , on n'avait pas osé 
les massacrer ou les exiler tous. Il en restait donc un 
nombre considérable dans le royaume. Louis XIV et 
ses ministres le savaient, de sorte que, assimiler les pro- 
testants à des relaps, c'est-à-dire à des gens qui étaient 
revenus à leur première religion , c'était une fiction 
monstrueuse. De là cette remarque d'un historien ca- 
tholique (i) : « Les annales du monde n'offrent pas un 
autre exemple d'un code tout entier fondé sur un men- 
songe. » 

Pendant que les collègues de Court, Rouvière, Cor- 
teiz et Brunel, évangélisaient le Vivarais, il continua à 
travailler au réveil des Eglises du Languedoc avec un 
zèle tel qu^il tomba gravement malade et dut aller pren- 
dre les eaux d'Euzet. C'est là, ou plutôt dans le village 
de Saint-Jean-de-Ceyrargues , voisin d'Euzet, qu'il 
conçut et mûrit le projet de restaurer le protestantisme 
en France par les assemblées du désert, la répression 
de l'illuminisme , le rétablissement des synodes, des col- 
loques et des consistoires , et la formation de jeunes 
prédicateurs. Il rattachait à ce dernier moyen l'appel de 
ministres étrangers pour desservir les Eglises sous la 
croix. Que si ces derniers n'osaient pas accepter un 
honneur si périlleux. Court se proposait « de solliciter 
auprès des puissances protestantes des secours en ar- 
gent pour aider aux études et à l'entretien de jeunes 
gens , qui se trouveraient assez de courage et de bonne 



(i) Lemontey, Essai sur l'établissemenl monarchiquo de Luiiix XIV, 
p. 415. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. lOI 

volonté pour se dévouer au salut et au service de leurs 
frères. » 

Court ne se départit pas un instant de son grand pro- 
jet , qu'il fit adopter le 21 août 171 5 dans une assem- 
blée synodale où il avait convoqué les prédicateurs des 
Cévennes et du bas Languedoc; et, jusqu'à son dernier 
soupir , il en poursuivit la réalisation avec l'énergie , la 
persévérance et le grand sens pratique qui le caracté- 
risaient. A dater de ce moment, il choisit spécialement 
le Languedoc pour théâtre de ses travaux, et ne fit que 
de courtes apparitions dans le Vivarais. 

Coïncidence remarquable ! C'est au moment où Court 
s'apprêtait à réorganiser le protestantisme que Louis XIV, 
qui avait tout fait pour l'anéantir, allait rendre compte 
à Dieu des désordres de sa vie et de son bigotisme 
cruel (i" septembre 171 5). L'un mourut tristement sans 
avoir pu accomplir sa tâche, peut-être avec le regret 
de l'avoir entreprise; l'autre , plein de jeunesse et d'ar- 
deur, entrait dans la carrière avec l'espérance joyeuse 
du succès! 

Philippe d'Orléans fut nommé régent du royaume pen- 
dant la minorité de Louis XV. C'était un prince sans 
convictions religieuses, indifférent, de moeurs dissolues, 
mais ennemi des jésuites. Il conçut le projet d'abroger 
toutes les lois draconiennes rendues contre les protes- 
tants et de leur rendre le régime de l'édit de Nantes, 
mais ses conseillers ne l'encouragèrent point. On per- 
mit pourtant aux protestants de sortir librement du 
royaume et d'y rentrer de même. On libéra quelques 
prisonniers et on écrivit aux intendants de se relâcher 
de leurs rigueurs ; mais si les poursuites contre les as- 
semblées et les prédicateurs se ralentirent, elles ne ces- 
sèrent point, comme on le verra bientôt. 

L'année suivante, en 17 16, nous retrouvons en Dau- 



102 HISTOIRE DES PROTESTANTS 



phiné Corteiz , Bonbonnoux , Rouvière et Brunel, aux- 
quels se joignirent les prédicateurs Jean-Bernard, de La 
Grassière , paroisse du Gua, et Mercier, du Vivarais. 
Réunis au pasteur Jacques Roger du Dauphiné, ils tin- 
rent le premier synode de cette province le 22 
août 1716 (i). 

Après avoir évangélisé pendant plusieurs mois la con- 
trée en compagnie de Roger, Rouvière retourna en 
Languedoc. Deux ans après, en septembre 17 18, Cor- 
teiz , qui était allé se faire consacrer au saint ministère 
en Suisse, s'arrêta, en rentrant en France, quelques 
temps en Vivarais. Il y présida des assemblées et réu- 
nit les prédicateurs de la province pour leur représen- 
ter la nécessité d'établir une discipline « pour éviter les 
confusions et les désordres qui étaient arrivés diverses 
fois parmi eux par faute d'un bon ordre (2). » 

Deux ans auparavant , en 1716, un traître célèbre , 
nommé La Pise , habitant aux Plantas, près de l'Erieu, 
fit arrêter le prédicateur Bernard et un nommé Meisson- 
nier. Il s'établit après cela en Dauphiné avec l'intention 
de surprendre sept prédicateurs ou pasteurs à la fois. 
N'ayant pas réussi grâce à la vigilance de Roger, il fit 
écrire par le duc de Roquelaure au comte de Médavid, 
commandant du Dauphiné, d'ordonner de grandes cour- 
ses militaires dans les quartiers protestants de cette 
province dans le but d'obliger Roger et ses collabora- 
teurs à se réfugier en Suisse, pendant qu'il se posterait 
lui-même aux Echelles, sur la frontière de Savoie, pour 
les reconnaître et les arrêter. Le duc d'Orléans, qui 
n'avait pas autorisé les expéditions, en fit des reproches 



(i) Voy. E. Arnaud, Lr? ph<s ancien document synodal connu, etc. 
Paris, i88ç, in-8°. 

(2) Court, Mémoires, p. 47-96. Edin. Hugues, t. I, p. 1-20. Corteiz, Rela- 
tions historiques, dans Edm. Hugues, t. I, p. 496. Coquerel, t. I , p. 28. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. IO3 

à Médavid , qui, de son côté, s'en plaignit à Roque- 
laure. Ce dernier résolut alors de se venger de La Pise, 
qui s'était réfugié en Suisse lorsqu'il avait vu que les 
expéditions de Médavid n'avaient point abouti. S'étant 
à son retour, arrêté à Grane, en Dauphiné , oii il simu- 
lait le huguenot , il fut arrêté et conduit à Montpellier 
et retenu de longs mois en prison, puis relâché, grâce 
à l'intervention du gentilhomme catholique Monteil de 
Bavas. Rentré dans le Vivarais, en septembre 1718, et 
recommençant ses menées contre les prédicateurs et 
les ministres, il invita à dîner Corteiz et Mercier, avec 
l'intention de les faire arrêter par des officiers qu'il avait 
prévenus; mais sa femme , qui avait du cœur, lui ayant 
déclaré que , s'il commettait une action si mique , elle 
se noyerait, il fit cacher les deux prédicateurs dans son 
pigeonnier et dit aux officiers qu'ils n'étaient pas venus 
au rendez-vous (i). 

DÉPART DE BAVILLE. SES INSTRUCTIONS SECRÈTES 

(.7.8). 

Bâville resta encore deux ans et demi en Langue- 
doc après la mort de Louis XIV , dont il avait exécuté 
aveuglément les ordres, et fut rappelé dans les premiers 
mois de 1718, rêvant toujours aux moyens d'étouffer le 
protestantisme. Il désirait ardemment que son succes- 
seur, le conseiller d'Etat Louis de Bernage, continuât 
ses errements et il lui laissa dans ce but les instructions 
secrètes suivantes (2). qui lui paraissaient propres à con- 
tenir les religionnaires : 



(i) Ms. Court, n° 17, t. B. Voy. aussi E. Arnaud, Histoire des protes- 
tants du Dauphiné, t. III, p. 125. 

(2) Elles ont été publiées en 1877. Voy. Mémoires secrets de Bàville, 
dans les Chroniques du Languedoc, }° année. 



104 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Etre bien averti de ce qui se passe et remédier 
aux commencements. — Ne souffrir aucune assem- 
blée religieuse ou autre. — Faire payer aux parois- 
ses , sur lesquelles se tiennent ces assemblées , tous 
les frais de répression. — Faire prendre tous les pré- 
dicants et les condamner à mort , attendu que les ga- 
lères ne les arrêtent pas et qu'ils trouvent moyen d'en 
sortir. — Tenir les nouveaux convertis désarmés. — 
Faire arrêter tous les étrangers qui n'ont pas de pas- 
seports et qui vont dans les pays oij sont les religion- 
naires. 

Bâville, qui avait pratiqué ces moyens sans réussir 
toujours, faisait ensuite connaître à son successeur la 
façon dont on procédait en Languedoc lorsqu'on faisait 
des prisonniers dans les assemblées. « Ils sont menés, » 
dit-il en substance, « à M. de Roquelaure qui, sur une 
procédure sommaire, les envoie aux galères, conformé- 
ment à la déclaration de 1689, qui renouvelle les peines 
de celle de 1682. Si l'on prend le prédicant, le com- 
mandant n'a pas le pouvoir de le juger. C'est l'inten- 
dant qui le juge, aidé du présidial, suivant la même dé- 
claration. Cette manière de punir les assemblées, » 
ajoute-t-il, « est très nécessaire. S'il fallait envoyer les 
coupables aux présidiaux et, par appel, au parlement, 
ce serait de grands frais pour le roi ; mais la longueur 
de la procédure ferait perdre le prix de l'exemple, qui 
est très nécessaire. » 

L' ex-intendant dit encore qu' « on a fait faire deux 
grands chemins en Vivarais, l'un sur le bord du Rhône, 
et l'autre dans le milieu du pays, qu'il est bien impor- 
tant de faire toujours entretenir. C'est le pays qui en a 
soin. Il faut exciter d'en faire un qui est de la dernière 
conséquence pour contenir les peuples, qui est de Ver- 
noux à Privas, afin de pouvoir empêcher les mutins, 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. lOÇ 

quand il y en a, de pouvoir se jeter dans les montagnes 
des Boutières, pays presque impraticable. » 

« Qui n'aurait cru, » fait remarquer Boulainvilliers, 
en 1705 (i), « avec les savantes précautions de [Bâville], 
que ce peuple obéirait à la nécessité ; mais l'expérience 
a fait connaître qu'elles n'ont réussi qu'à enflammer son 
désespoir. Accablé du côté de la religion qui en voulait 
à sa conscience, dépouillé à cet égard de toute liberté, 
réduit d'ailleurs à une misère déplorable, que l'on disait 
être une disposition à l'obéissance , et qui a été prise 
pour un effet de la dureté de [Bâville], ce peuple misé- 
rable a pris le dernier parti qui semblait lui rester, 
d'essayer si la révolte ou la mort ne mettrait point fin à 
ses souffrances. Les suites de cette résolution n'ont 
que trop été funestes. Il a péri 100,000 hommes, que 
l'on a immolés pour justifier la conduite de [Bâville], et, 
de ce nombre, il y en a le dixième qui a péri par le feu, 
la corde ou la roue. La guerre des Albigeois n'a pas 
été plus tragique; mais, ce qui est bien déplorable, 
c'est que ces mouvements ne sont pas encore finis , et 
que le moindre événement est capable de ranimer la 
rage des uns et des autres. » 

PIERRE DURAND. SA VOCATION AU SAINT MINISTÈRE. 
ARRESTATIONS. PREMIER SYNODE DU VIVARAIS. SUC- 
CÈS DE DURAND CONTRE LES INSPIRÉS (1719-I721). 

L'œuvre de Court et de ses collègues, Corteiz, Rou- 
vière et Brunel, fut continuée en Vivarais par Pierre 
Durand. Cet homme, remarquable à plusieurs titres, 
naquit au Bouchet, paroisse de Pranles, le 12 septem- 
bre 1700, et fut baptisé dans l'Eglise romaine, dont il 

(i) Etat de France, extrait du mémoire de Bâville de 1598, 



Io6 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

suivit le culte jusqu'à sa douzième ou quinzième année. 
Avant cet âge, et quand il était encore enfant, son père, 
greffier consulaire de la paroisse , qui le destinait à la 
pratique, c'est-à-dire aux fonctions de notaire ou 
d'homme de loi , l'envoya à Privas , où il fit quelques 
études qui ne lui furent pas inutiles, comme il le dit lui- 
même. 

Un grave événement paraît avoir décidé de sa voca- 
tion au saint ministère. En janvier 17 19, le subdélégué 
Dumolard donna quinze écus à un misérable , nommé 
Souche, natif de Marcols, pour qu'il présidât une assem- 
blée dans la paroisse de Pranles, au quartier de Nava- 
lis. Etienne Durand, le père du jeune Durand, qui nous 
occupe, prêta sa maison, et sept personnes s'y réuni- 
rent. C'était le 29 janvier, par une nuit fort obscure. 
A minuit Dumolard parut à la tête de trois compagnies 
de soldats, et se jeta sur l'assemblée, mais il ne put 
s'emparer que de trois filles, dont la plus jeune, âgée 
seulement de dix ans , fut relâchée , et les deux autres 
conduites au Pont-Saint-Esprit. Une triste complainte, 
composée par un poète inconnu , consacra le souvenir 
de cet événement (i). 

Après cela , et sur les indications que lui fournit un 
traître, Dumolard fit arrêter, dans les environs de Ver- 
noux, Rouvier, de Gros, paroisse de Saint-Etienne-de- 
Serre, qui avait déjà présidé quelques assemblées et se 
destinait au saint ministère; Jacques Combe dit Angely, 
du Bouschet, et Pierre de Serret, qui furent condamnés 
aux galères leur vie durant. Dumolard logea dix-sept 
soldats dans le hameau du Bouchet pendant vingt et un 
jours. Etienne Durand en eut sept pour sa part. Avant 



(i) On en trouvera quelques couplets dans Benoît, Maiie Durand, p. iç 
et 16. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. IO7 

de partir ils pillèrent sa maison et la démolirent. 

Une complainte , composée sur la capture de Rou- 
vier (1), nous apprend divers détails sur les suites de 
son arrestation. Il fut d'abord conduit à Vernoux, puis 
à Beauregard , oi^i il endura de grands maux. « C'est 
chose pitoyable ce qu'il a souffert là , » dit naïvement 
la complainte. On chercha à lui faire abjurer sa religion, 
mais il fut inébranlable. On le mena ensuite à Privas, 
où on le confronta avec les témoins, Marion Buvendu, 
Charbonnier et autres protestants convertis au catholi- 
cisme. Quelques jours après, escorté par une compa- 
gnie de soldats et par de La Tourette et ses archers , 
on le conduisit, les mains liées, à Montpellier, oij un 
traître, du nom de Prachasail, déposa contre lui. Tout 
le monde s'attendait à ce qu'il serait condamné à mort, 
mais l'intendant de Bernage , qui ne suivit pas de tous 
points les conseils que lui avait laissés Bâville dans ses 
mémoires secrets, le condamna seulement aux galères 
perpétuelles, comme on l'a dit. 

<( Pierre Durand, » dit Meynadier, a ayant appris 
qu'il avait été décrété de prise de corps par l'intendant 
de la province, auquel on avait fait entendre qu'il était 
prédicant de cette assemblée [du 29 janvier], ce qui 
n'était pas, s'était résolu à quitter sa famille. Son inten- 
tion était de sortir de France. Informé qu'il y avait un 
pasteur en Dauphiné, il se rendit auprès de lui, et lui 
demanda de vouloir bien le recommander pour qu'il 
trouvât de l'emploi hors de France. Ce pasteur, qui 
était Roger, reconnut dans le jeune homme qui s'adres- 
sait à lui de bonnes dispositions et du talent; il l'enga- 
gea à étudier la théologie. » Durand suivit son conseil; 

(1) Nous l'eussions publiée, car elle est inédite, si la versification n'en était 
par trop défectueuse. Elle compte vingt-six couplets (Arch, de M"" Sérus- 
clat). 



I08 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

et, malgré les supplications et les larmes de ses pa- 
rents, il se voua à la carrière pastorale. Il commença 
par être prédicateur ou proposant. Les inspirés, dont 
le nombre s'était accru en 1709, comme on l'a vu plus 
haut, continuaient à jouir d'un grand crédit. Durand, qui, 
comme Court, avait une haute raison et une piété saine, 
les combattit avec force. «. Plein de zèle, » dit Morel- 
Duvernet , « et d'un noble courage, et se distinguant 
des autres par la grandeur de ses vues, par son ardeur 
et par les heureux talents dont Dieu l'avait honoré, il 
entreprit de mettre les choses sur un meilleur pied. 
D'abord il crut qu'il fallait commencer par faire taire le 
fanatisme. N'ayant pas plus d'autorité ni plus d'ascen- 
dant sur l'esprit du peuple que ceux qui pour lors pré- 
sidaient dans les assemblées, ses desseins ne pouvaient 
manquer d'être traversés. Un temps fut que presque 
tout le monde était contre lui ; et, humainement parlant, 
il eut à surmonter des obstacles en apparence insur- 
montables. » 

Rien ne l'arrêta. Il se mit en rapport avec le prédi- 
cateur Bernard, qui était sorti de prison , et lui déclara 
(( que s^il ne voulait pas crier hautement contre le fana- 
tisme, il devait se taire et ne pas instruire le peuple. » 
Bernard ne se prononça pas pour le moment, mais il 
fit comprendre à Durand qu'il ne s'opposait pas à l'in- 
troduction dans le Vivarais des règlements édictés par 
le Languedoc contre les inspirés. Il n'alla pas plus loin, 
« pour ne pas se contredire lui-même , » dit Durand , 
« en présence des personnes qui assistaient à leur en- 
tretien. » Ce dernier écrivait pourtant quelques jours 
après : « Je crois que s'il n'y prend garde, il prendra 
la doctrine de l'extraordinaire Vesson. » C'était un des 
fondateurs de la secte des Multipliants de Montpellier. 

Quant au prédicateur Monteil, qui habitait les Bou- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. lOg 

tières , où il jouissait d'un grand crédit, Durand lui com- 
muniqua par lettres les règlements du Languedoc. « Sa 
réponse, » écrivait ce dernier, « n'est que favorable 
pour notre prospérité. Je trouve son sentiment assez 
bon, et , un de ces jours , je prétends de l'aller joindre 
pour parler encore avec lui , et voir encore mieux son 
sentiment sur le tout. J'ai assez bonne opinion de son 
secours, car les Boutières ont une grande affection pour 
ce qu'il dit, et, puisque je l'ai gagné, lui, pour ainsi 
m'exprimer, je crois d'avoir gagné tout le pays où il 
domine. » 

Le prédicateur Guilhot travaillait de son côté à réta- 
blir l'ordre dans le Vivarais, et il pressait vivement Cor- 
teiz, le 30 novembre 1720, de venir l'aider dans sa la- 
borieuse et sainte tâche. 

Durand s'aboucha aussi avec les prédicantes. a La 
première , » écrivait-il , « à qui j'ai parlé de cela (de 
s'interdire la prédication) , s'est soumise avec autant 
d'humilité qu'on en puisse demander. C'est la Suzanne, 
de Bougé, et je ne crois pas, avec l'aide de Dieu , de 
trouver guère d'antagonistes. » On verra bientôt qu'il 
se faisait illusion. 

Désireux de faire approuver officiellement les règle- 
ments du Languedoc par les Eglises du Vivarais , Du- 
rand convoqua un synode provincial, le premier en date 
depuis la révocation de l'édit de Nantes. Il s'assembla 
au désert, le 26 juillet 1721 , sous la présidence de 
Bernard. Sept proposants ou prédicateurs et deux an- 
ciens y assistèrent. La vénérable assemblée prit dix- 
huit résolutions, dont voici les principales : 

Signature de la confession de foi imposée aux pas- 
teurs, proposants et anciens ; — serment de fidélité au roi, 
obligatoire pour les pasteurs et les proposants, sauf en 
ce qui concerne les « ordonnances qui pourraient être 



110 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

préjudiciables à la foi et à l'Eglise; » — l'Ecriture 
sainte tenue pour seule règle de foi ; — explication du 
catéchisme de Drelincourt par les pasteurs « tant aux 
assemblées que dans les maisons particulières ; » — 
nomination d'anciens pour surveiller les fidèles et admi- 
nistrer r Eglise ; — suspension de la communion pronon- 
cée contre tous ceux qui font baptiser leurs enfants et 
bénir leurs mariages par des prêtres ; — réfutation par 
les pasteurs et les anciens de « toutes prétendues révé- 
lations , auxquelles il n'y a rien digne d'y ajouter foi , 
— tenue d'un synode provincial tous les ans dans le Viva- 
rais ; — durée des services religieux fixée seulement à 
une heure « à cause du danger; » — défense faite aux 
femmes de prêcher dans les assemblées, et autorisation 
donnée à « celles qui ont édifié l'Eglise par une bonne 
doctrine » de visiter les malades et d'instruire la jeu- 
nesse , si c'est leur bon plaisir; — examen de la vie, 
mœurs et doctrine des prédicateurs avant leur admis- 
sion à cette charge. 

Les actes originaux de ce synode sont seulement 
signés par Bernard , modérateur ; Chabrières (ou Bru- 
nel) et Durand, secrétaire. 

Ce dernier, comme on l'a dit, avait emprunté ces rè- 
glements aux Eglises du Languedoc. Il s'était même 
rendu à leur synode du 22 mai 1721 (i) pour en pren- 
dre connaissance. «. Il en fut si édifié, » dit Corteiz , 
« qu'il se promit d'établir même ordre , mêmes règle- 
ments et mêmes maximes dans les Eglises du Vivarais. » 
Antoine Court nous apprend (2) que ce synode le char- 

(r) Coquerel (t. I , p. 32-56) se trompe quand il dit que Durand assista 
aux synodes du Dauphiné du 22 août 1716 et du Languedoc du 2 mars 1717 ; 
il n'avait alors que seize ans. Voy. la dissertation de Benoît dans le Bulle- 
lin, etc., t. XXIX, p. 425. 

I2) Lettre à Basnage , dans le Bulletin rlr In Socir.lô , de, l. XXXVI , 
p. 4)0. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. III 

gea « d'assembler les prédicateurs, d'examiner leurs 
doctrines et leurs mœurs , de tâcher de n'avoir qu'un 
même sentiment; ensuite de se séparer pour aller, cha- 
cun d'un côté, se faire choisir par les Eglises des per- 
sonnages d'une piété avérée pour exercer la char-^e 
d'ancien; que. lorsqu'on aurait ainsi parcouru les Eo-ji- 
ses, on fit un colloque où l'on recevrait ces anciens et 
où Ton lirait nos règlements pour se conduire de la 
manière qu'ils indiquent. » Durand tint parole , comme 
on l'a vu, mais les inspirés lui suscitèrent de telles dif- 
ficultés à cette occasion qu'il pria le synode du Langue- 
doc de lui députer quelques-uns de ses membres a pour 
lui donner le secours nécessaire. » 

Durand , en eflfet , se trouvait presque réduit à ses 
seules forces. « Ici, » disait-il, « il n'y a pour pasteurs 
que quelques pauvres vieux sans grande connaissance , 
mcapables de souffrir un fort petit examen. Je suis le 
seul jeune et je ne puis pas faire grand chose faute de 
mille facultés qui me manquent. » Ces « pauvres vieux » 
étaient notamment Guilhot, né en 1670; Bernard, avant 
1680; Brunel et Monteil, en 1680. 

Notre jeune proposant eut néanmoins des succès 
dans son œuvre disciplinaire. « Nous avons rangé nos 
femmes prédicantes au silence, » écrivait-il, « quoique 
nous en ayons encore qui font de grandes résistances. 
Cependant , par la grâce de Dieu , nous voyons que 
leurs résistances se terminent peu à peu. Nos fanati- 
ques sont pour aiftsi dire aux abois , voyant le trouble 
que nous avons mis à leur audience et réception. Mais, 
comme vous savez assez que c'est leur contenance, les 
loudres et anathèmes nous roulent dessus aussi épais 
comme ceux qui partirent de la ville de Trente et de 
Bologne, lorsque le concile y fut tenu en faveur de l'er- 
reur de Rome , et principalement sur moi , parce que , 



112 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

disent-ils , je suis leur plus grand ennemi , vu que si je 
n'eusse pas mis la main à cette œuvre , je veux dire à 
l'établissement de l'ordre, peut-être personne ne l'au- 
rait entreprise de plusieurs années. Mais je regarde et 
ai toujours regardé les foudres et malédictions comme 
partant de la bouche de gens sans connaissance et, par 
conséquent, dignes de support. Je n'en ai même tenu 
aucun compte et je reprends ceux qui me les répètent, 
car cela ne se pratique pas en ma présence ni de mes 
chers collègues , quoique dernièrement j'en trouvai un 
qui me fit de terribles reproches, à son avis m'appelant 
destructeur de l'œuvre de Dieu , quand je travaillais à 
détruire les prétendues révélations, et me chassa même 
de sa maison après la grande sollicitation qu'il m'avait 
faite de l'aller voir. » 

Pour consoHder son œuvre, Durand, assisté de Bru- 
nel , établit des consistoires dans toutes les églises. 
Monteil , qui avait renoncé à ses sympathies pour les 
inspirés et se prononçait nettement contre eux , rendit 
également de grands services à Durand par l'influence 
dont il jouissait depuis longtemps. D'autre part. Court 
encourageait Durand par des lettres pleines d'affection 
et de sagesse. Il savait qu'aucune autre province n'avait 
eu autant à souffrir de l'illuminisme que le Vivarais, et 
il désirait ardemment que l'ordre s'y rétablit complète- 
ment : « Infortuné Vivarais, » s'écriait-il, « qui a été de- 
puis bien des années un chaos affreux où, à la faveur 
d'un nuage très épais, se sont jouées mille scènes qui, 
si elles n'ont pas été tragiques, ont été du moins bien 
noires et très fatales à l'esprit de plusieurs , qui mal- 
heureusement ont été la dupe du plus grand nombre des 
auteurs qui ont paru sur le théâtre. » 

Court blâmait en même temps Bernard, qui, bien qu'il 
eût présidé le premier synode du Vivarais , ne se sou- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. \\ T, 

mettait pas à ses règlements d'une façon complète. Il 
l'exhortait avec force à revenir à des sentiments plus 
conformes à la discipline... Bernard rentra peu à peu 
dans l'ordre, quoiqu'il donnât encore en 1727 des in- 
quiétudes à Durand. En dépit des termes formels de la 
discipline , il se croyait le droit de baptiser et de ma- 
rier (i). 

C'est vers ce temps que M"'' Beaumont, du Vivarais, 
de l'illustre famille des Beauvoir de Grimoard du Roure, 
ayant été enfermée dans un couvent à la mort de son 
père, s'y convertit au catholicisme et publia les motifs 
de son changement de religion. Son écrit, qui avait de 
la valeur et sortait sans doute de la plume d'un théolo- 
gien, fit assez de bruit pour que le célèbre pasteur Jac- 
ques Lenfant, réfugié à Berlin, crut de son devoir de 
lui répondre par son Préservatif contre la réunion avec 
le siège de Rome ou Apologie de notre séparation d'avec 
ce siège, contre le livre de M"* de B., dame prosélyte de 
l'église romaine et contre les autres controversistes anciens 
et modernes. Amsterdam, 1723, 4 vol. in-8". 

CORTEIZ ET ROUVIÈRE EN VIVARAIS. FONDATION 
d'églises. DÉCLARATION DU I7 MAI I724 (1723- 
1724). 

Deux ans après le synode, en août 1723, Corteiz et 
Rouvière se rendirent en Vivarais pour aider Durand; 
mais , leur voyage ayant fait du bruit , ils durent pren- 

(i) Meynadier, p. 11-20, 72. Corteiz, Relation historique, dans Edm. 
Hugues, t. I, p. 461, 462. Recueil des actes des synodes du Vivarais (ms.). 
Lettres de Durand à Court et à Corteiz, et de Court à Durand, dans le 
Bulletin, etc., t. XXXIII, p. 261-264, 258, 259, 51J. Ms. Court, n" i, t. III, 
et n» 8. Copie dp lu relation dressée par Morel dit Duvernet (ms.). Be- 
noît, p. I-JO. 

II. 8 



114 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

dre des précautions pour ne pas être poursuivis et ar- 
rêtés. « Nous y assemblâmes les prédicateurs (i) , » 
dit Corteiz « avec un nombre considérable de person- 
nes distinguées, qui ont du zèle et de la piété. Après 
avoir imploré le secours de Dieu et représenté la néces- 
sité d'un ordre dans l'Eglise, et que ces messieurs en 
eurent convenu , nous rangeâmes les paroisses en Egli- 
ses comme en Languedoc, savoir la paroisse d'Ajoux, 
la paroisse du Gua font une Eglise, ainsi des autres. La 
mémoire ne me fournit pas combien il y a d'Eglises en 
Vivarais ; toutefois il me semble qu'il y en a vingt-quatre. 

» Après les Eglises formées , » continue Corteiz , 
« MM. les prédicateurs du Vivarais prièrent M. Rouvière 
et moi de faire une assemblée dans toutes leurs Eglises 
pour établir des anciens dans tous les villages et parois- 
ses qui formaient leurs Eglises : ce que nous fîmes heu- 
reusement. C'est ainsi que Dieu forma les Eglises du 
Vivarais, qui se fortifièrent tous les jours... 

» On ne trouvera pas mauvais que je marque ici , » dit-il 
encore, <» que le i 2 mars 1724 quelques fidèles de la pa- 
roisse de Vais (oii les sources d'eaux minérales sont 
si renommées) , étant informés par leurs parents qu'on 
faisait des assemblées dans les Boutières , ils s'y ren- 
dirent un samedi soir (et cet endroit est [àj trois gran- 
des lieues dudit Vais). Ces pauvres fidèles se trouvèrent 
dans l'assemblée que nous avions convoquée et , à la 
fin de la dévotion , ils me tirèrent à part et me dirent en 
pleurant : « Nous sommes de trois lieues d'ici , de la 
paroisse de Vais, paroisse oij autrefois il y avait un tem- 
ple et trois mille communiants , mais étant depuis si 
longtemps sans pasteurs et sans sacrements et tout en- 



1) Dans le synode du i6 août. Corteiz présida cette assemblée, de même 
que le synode suivant du iç septembre. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. I I <, 

vironnés de papistes , tout le monde tombe dans l'ido- 
lâtrie et dans le dérèglement; si vous vouliez, cher pas- 
teur, nous faire la grâce de passer chez nous , vous ne 
pourriez jamais faire une plus grande charité. » Ce rai- 
sonnement me toucha. Je me rendis le lundi et le mardi, 
je les priai de former une assemblée; à peine purent-ils 
trouver quarante personnes de confiance. L'acte de dé- 
votion fini , on me pria de leur donner une seconde pré- 
dication , que le nombre s'augmenterait ; mais je me 
doutai que l'ennemi s'en aperçût et qu'on ne fît des pri- 
sonniers ; ainsi je me contentai d'écrire aux prédica- 
teurs du Vivarais d'y faire quelques visites, comme plus 
près que ceux du Languedoc. Du depuis j'ai appris 
avec joie que cette commune commence à se réveiller 
et de donner lieu aux prédicateurs d'y faire quelques vi- 
sites (i). » 

Louis XV, déclaré majeur depuis le 22 février 1723, 
publia quinze mois plus tard, le 14 mai 1724, sous le 
ministère du duc de Bourbon, prince farouche, brutal 
et déréglé, un arrêt monstrueux qui rééditait, en les 
aggravant , tous les édits rendus par Louis XIV contre 
les protestants et qui violait effrontément le droit natu- 
rel, le droit civil, les liens de la famille, la propriété, la 
liberté, etc. Ainsi il prononçait la peine des galères, 
avec confiscation des biens , contre ceux qui assiste- 
raient à des exercices autres que ceux de la religion 
catholique , qui donneraient asile aux prédicants ou qui 
négligeraient de les dénoncer, et la peine de mort con- 
tre ceux-ci ; — elle ordonnait aux parents de faire bap- 
tiser leurs enfants dans les vingt-quatre heures après 
leur naissance, de les envoyer aux écoles et aux caté- 



(i) Corteiz, Relation hifttoriqup , dans Edm. Hugues, t. I , p. 471, 472. 
Ms. Court, n» 8. 



Il6 HISTOIRE DES PROTESTANTS. 

chismes catholiques jusqu'à Tâge de quatorze ans , et 
aux instructions du dimanche jusqu'à celui de vingt; — 
elle punissait comme relaps ceux qui refuseraient les sa- 
crements ou qui engageraient leurs semblables à les re- 
fuser ; — elle ne reconnaissait comme légitimes que les 
mariages catholiques ; — elle défendait aux parents de 
faire élever leurs enfants hors du royaume et de leur 
permettre de s'y marier ; — elle autorisait les enfants 
mineurs à se marier sans l'autorisation de leurs parents 
si ceux-ci étaient à l'étranger, etc.. etc. 

ZÈLE DE DURAND. VISITE DE COURT. UNION DES 
ÉGLISES DU VIVARAIS , DU DAUPHINÉ ET DU LAN- 
GUEDOC. DÉCISIONS SYNODALES DIVERSES. PROCÈS 
FAIT A LA 'MÉMOIRE DE PAULE CHERMEZON (1724- 

1725)- 

La visite prolongée de Corteiz et de Rouvière en Vi- 
varais fit un grand bien au jeune Durand , qui continua 
à se dépenser pour le réveil des Eglises et leur affermis- 
sement par le moyen des consistoires, des colloques et 
des synodes. On voit , par le Recueil des synodes du 
Vivarais , qu'il assistait avec une grande assiduité à ces 
touchantes et utiles assemblées ; et ce qu'on sait de 
ses talents , de son zèle et de sa piété , autorise à pen- 
ser qu'il en fût l'âme, de telle sorte qu'on peut le con- 
sidérer comme le véritable restaurateur du protestan- 
tisme en Vivarais. Morel dit Duvernet écrivait à son 
sujet en 1737 : « Par ses soins infatigables, il rétablit 
l'ordre , à quelque différence près, tel qu'il subsiste au- 
jourd'hui. •) 

Durand est d'autant plus digne d'admiration qu'il ne 
lut pas secondé par tous les prédicateurs du Vivarais; 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. II7 

quelques-uns, comme Monteil, Jean-Pierre Dortial , 
de Chalencon , et Martel dit Latour , de Poyols en 
Dauphiné, lui firent de l'opposition; et, quoique les 
synodes du Vivarais du 8 juin 1724 et du 17 avril 1725 
eussent sévi contre eux, ils lui causèrent beaucoup d'en- 
nuis par leur esprit d'indiscipline. 

Court vint à son tour encourager Durand et donner 
à son œuvre la sanction de son autorité morale. Il pré- 
sida le quatrième synode provincial , assemblé le 8 juin 
1724, où furent prises d'importantes résolutions. Ainsi 
on y décida qu'on donnerait « un quartier à servir à 
chaque prédicateur ; » — qu'aucun d'eux ne pourrait 
s'éloigner de son quartier sans un congé du synode; — 
que chaque prédicateur assemblerait le colloque de son 
quartier tous les six mois pour examiner si les anciens 
s'acquittaient régulièrement de leur charge ; et que les 
anciens réuniraient à leur tour le consistoire de leur 
Eglise tous les premiers dimanches du mois pour se te- 
nir au courant de ce qui s'y passait. — Il fut décidé, en 
outre, que le synode s'assemblerait tous les six mois 
alternativement dans le haut Vivarais et dans les Bou- 
tières. 

L'année suivante, Court, qui songeait à mettre la der- 
nière main à son œuvre de restauration, travailla à réu- 
nir étroitement en un seul corps les Eglises du Langue- 
doc , du Vivarais et du Dauphiné. Ainsi, dans le synode 
du Languedoc du i^"" mai 1725 , il fut décidé qu'un pro- 
posant serait député vers les Eglises du Vivarais pour y 
consolider l'ordre, sans cesse menacé par le parti des 
inspirés et les prédicateurs réfractaires ; et vers celles 
du Dauphiné pour les engager à s'unir à leurs sœurs du 
Languedoc et du Vivarais. Comme le pasteur Roger 
avait déjà eu la pensée de cette utile fédération , l'en- 
tente fut facile. Rouvière et Roger se rendirent en Vi- 



Il8 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

varais, et un synode y fut convoqué pour le 21 juin (i). 
La demande d'union , faite par les Eglises du Lan- 
guedoc dans leur synode du 1^' mai , y fut « reçue d'un 
commun accord comme un effet de leur charité sans y 
reconnaître aucune prééminence d'Eglise. » Les mem- 
bres du synode signèrent les règlements des Eglises du 
Languedoc, et Rouvière , au nom de ces dernières, si- 
gna les règlements des Eglises du Vivarais. La vénéra- 
ble assemblée décida toutefois, à la demande de Roger, 
qu'on n'imposerait de serment à personne « pour évi- 
ter le parjure et l'obstacle que cela pourrait apporter à 
l'union des protestants ; » mais il fut stipulé que , pour 
lier les schismatiques et les hérétiques , on se réserve- 
rait d'exiger des promesses particulières ; et que , si on 
jugeait à propos d'établir une formule , cela se ferait 
d'un commun accord , en tâchant d'éviter tous les in- 
convénients. 

Le synode décida en outre qu'on laisserait les pré- 
dicateurs libres de prêcher de bons sermons , qu'ils au- 
raient préalablement appris par cœur; — que, s'il yen 
avait qui aimassent mieux les composer eux-mêmes, ils 
ne pourraient les réciter qu'après les avoir soumis à des 
commissaires spéciaux; — que les danses seraient ré- 
primées et que ceux qui font état de danser ou d'assis- 
ter aux fêtes votives, après avoir été admonestés plu- 
sieurs fois , seraient excommuniés quand il y aurait 
opiniâtreté ou rébellion de leur part ; — que les pro- 
cès mus où à mouvoir seraient bannis du milieu des fidè- 
les autant que faire se pourrait , et que les anciens se- 
raient obligés de proposer des voies d'accommodement 



(i) Ce synode porte le nom de général dans le Recueil des synodes du 
Vivarais (ms ) ; mais il ne fut pas considéré comme tel dans la suite. Le 
premier synode général du Désert fut seulement tenu Tannée suivante, le 
16 mai 1726, dans le Vivarais. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. II9 

à tous ceux qui ressortissaient à leur inspection ; enfin , 
relativement à la manière dont devaient se conduire les 
fidèles qui seraient arrêtés par les ennemis à l'occasion 
des assemblées, et touchant les questions qui pourraient 
leur être adressées à ce propos , la Compagnie prit la 
décision suivante : « Si ceux qui les interrogeront sont 
de simples particuliers qui n'en aient aucun ordre de la 
part du roi , il ne leur sera rien répondu ; au contraire , 
si c'est un magistrat ou plusieurs , représentant la per- 
sonne du roi , qui le fasse , on sera obligé de leur dé- 
clarer la vérité en ce qui regarde le particulier et tout 
ce qui tend à la gloire de Dieu et à l'édification de son 
Eglise; mais, sur tout ce qui ne tend pas à ce but, on 
gardera un profond silence, n'étant pas obligé, ni par 
les lois naturelles ni par celles de l'Evangile, de révéler 
ce qui peut être préjudiciable à nos frères , lorsque 
d'ailleurs ce qu'on révélerait ne saurait contribuer, ni à 
la gloire de Dieu, ni à l'édification de l'Eglise, ni au 
bien, ni à la tranquillité de l'Etat. » 

Dans ce même synode du 21 juin 1725, Durand et 
Bernard furent autorisés à administrer les sacrements 
« à cause du pressant besoin des Eglises; » et il fut en- 
core résolu qu'on imposerait les mains à Durand , mais 
un second synode , tenu le 29 août suivant , décida 
qu'on examinerait encore cette importante question , 
tout en autorisant de nouveau Bernard et Durand à ad- 
ministrer les sacrements. 

Ce second synode provincial (ij, auquel assistèrent 
Roger, qui se rendait au synode du Languedoc, et Rou- 
vière , député des Eglises de cette province, renouvela 
« une ferme et perpétuelle union avec les Eglises du 

(0 II porte, dans le Recueil des synodes du Viva.ra.i)i, le nom de synode 
général, comme celui du 21 juin précédent ; mais, pas plus que celui-ci , il 
ne fut regardé comme tel dans la suite 



I 20 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Languedoc et du Dauphiné , » et députa Durand au sy- 
node de la première province , qui devait se tenir le 
1} septembre suivant (i). 

A l'année 1725 se rattache l'étrange procès qui suit, 
dont la durée ne fut pas moindre de vingt ans. 

Paule Chermezon , nouvelle convertie, de Riou, pa- 
roisse de Silhac, étant tombée malade au mois d'août, 
le curé et le vicaire s'empressèrent de lui proposer l'ad- 
ministration des sacrements de l'Eglise. La malade, qui 
ne voulait pas les brusquer et croyait se rétablir , leur 
fit cette réponse évasive : « Je ne suis pas si malade 
pour me disposera recevoir les sacrements, ne venez 
que lorsque je vous ferai avertir; chacun est bien aise 
de mourir dans sa religion et en prend de tous côtés. 
Si Dieu veut que je fasse ce que vous exigez, je le fe- 
rai. » Paule, étant morte peu de jours après, le procu- 
reur du roi au bailliage d'Annonay , poussé par des 
parents qu'elle avait déshérités, intenta un procès à sa 
mémoire et la fit condamner comme relapse, le 12 juil- 
let 1726, après une première instruction faite par le juge 
de Chalancon le 19 septembre de l'année précédente. 
Pourtant Paule n'avait pas refusé les sacrements de 
l'Eglise, comme on l'a vu , non plus que déclaré publi- 
quement qu'elle voulait mourir dans la religion réformée, 
ainsi que le portait la déclaration royale de 1724. 

La confiscation des biens de la défunte était la consé- 
quence de sa condamnation, de sorte que Jean-Anloine 
Chermezon , dit La Saigne , qu'elle avait fait son héri- 
tier universel et à qui elle laissait une créance de 
5,151 livres en principal et 6,143 livres 10 sols en inté- 
rêts, se voyant frustré de son bien, en appela de la 

(i) Meynadier, p. 16-21. Edm. Hugues, l. I, p, 295, 294. Morel dit Duver- 
net, Mémoire (ms.). Recueil des synoOes du Vioarais (ms.). Co'rteiz Ri^- 
Isition historique, dans Edm. Hugues, t. I,p. 474. Ms. Court, n" i , t. III. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 121 

sentence du bailliage d'Annonay au parlement de Tou- 
louse et en obtint la cassation par cette cour souveraine 
le 3 avril 1739. Les fermiers des biens des religionnai- 
res fugitifs, mécontents de cet arrêt qui les privait delà 
fortune de Paule , en rappelèrent à leur tour et , après 
de nouveaux jugements rendus par l'intendant du Lan- 
guedoc et le parlement de Toulouse, le conseil du roi , 
qui jugea le procès en dernier ressort, donna" gain de 
cause, le 25 avril 1744, à Jean-Baptiste Bleville , fer- 
mier et régisseur général des biens des religionnaires 
fugitifs. Antoine Chermezon, héritier universel de son 
oncle Chermezon La Saigne décédé, adressa au con- 
seil du roi divers mémoires et suppliques pour établir 
que sa religion avait été surprise et le prier de revenir 
sur son arrêt. Le conseil y consentit et , par une nou- 
velle sentence du 28 mai 1746, prononça la mainlevée 
de la saisie des biens confisqués de Paule et les adjugea 
à son héritier (i). 

PREMIER SYNODE NATIONAL. CONSÉCRATION DE DURAND. 
SON MARIAGE. PRÉDICATEURS DU VIVARAIS (1726- 
1729). 

L'union des Eglises du Vivarais , du Dauphiné et du 
Languedoc étant consommée, il était naturel et néces- 
saire qu'elles se constituassent en synode général. Le 
célèbre Benjamin du Plan , gentilhomme d'Alais , réfu- 
gié à l'étranger, u conseillé, » dit Ed. Hugues, « par 
quelques personnages de la Suisse, venait d'écrire qu'il 
serait nécessaire de tenir un synode général, où se réu- 
niraient les députés du Vivarais , du Dauphiné, du Lan- 
guedoc et des Cévennes. On pourrait ainsi , disait-il , 

^ii Dossier communique par M. le pasteur Dussaul. 



122 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

prendre des mesures communes pour la propagation de 
l'Evangile. Court trouva le conseil judicieux, la convo- 
cation d'un synode général fut décidée. » 

Une première et une seconde assemblée d'un carac- 
tère général s'étaient déjà tenues en Vivarais , comme 
on l'a vu , les 2 1 juin et 29 août 1725; mais , soit que 
les députés des provinces ne s'y fussent pas trouvés en 
nombre suffisant, soit qu'on y eût résolu de se réunir 
une troisième fois, soit surtout qu'on jugeât indispensa- 
bles la présence de Court et le concours de ses lumiè- 
res (il n'avait pas assisté aux deux synodes susdits), ce 
ne fut que le 16 mai 1726, au fond d'une vallée reculée 
du Vivarais , que s'ouvrit , après une interruption de 
soixante et dix années , le premier synode général des 
Eglises réformées du désert de France. Quarante-huit 
membres y assistèrent : trois pasteurs , Roger , Cor- 
teiz et Court; neuf proposants (ou prédicateurs), et 
trente-six anciens. Les 26 articles qui furent arrêtés 
avaient été déjà adoptés par les synodes provinciaux du 
Languedoc, du Vivarais et du Dauphiné; mais on les 
coordonna, compléta et rédigea plus correctement. 

Durand demanda, pendant la tenue du. synode , à re- 
cevoir l'imposition des mains , et la cérémonie eut lieu 
le 17 mai. Les pasteurs consacrants furent ceux que 
nous avons déjà nommés. C'étaient du reste les seuls 
que possédassent à cette heure les Eglises sous la croix. 
Roger prononça le discours de consécration. 

Le 26 décembre suivant , Durand se fiança à Anne 
Rouvier, de Cros, paroisse de Saint-Etienne-de-Serre, 
sœur du galérien pour la foi mentionné plus haut (page 
107), et fille de Jacques Rouvier, notaire royal; mais 
la mère de celle-ci , qui avait déjà un fils aux galères , 
s'étant opposée à ce mariage à cause des dangers aux- 
quels Durand était exposé comme pasteur, il fallut vain- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 12J 

cre ses résistances et la cérémonie n'eut lieu qu'en 
mars 1727. Roger le bénit au désert. 

Court profita de son séjour en Vivarais pour faire une 
visite générale des Eglises de cette province et « met- 
tre , comme il le dit lui-même, la dernière main à l'éta- 
blissement de l'ordre dressé dans cette province depuis 
quelques années. » 

En 1727, le II octobre, le deuxième synode natio- 
nal se réunit dans le Dauphiné. 

L'année suivante (1728), Corteiz visita les Eglises du 
Velay. Il présida une assemblée à trois lieues du Puy et 
y bénit treize mariages. 

Cependant Dortial continuait à faire de l'opposition 
à la discipline. Le synode du 17 avril 1725 lui avait re- 
tiré son titre de prédicateur à cause de ses nombreuses 
révoltes et de sa sympathie pour les inspirés, mais il ne 
cessa pas pour cela de prêcher. II se créa même un 
parti dans la Montagne et y présida des assemblées. A 
la suite d'une affaire , que Fauriel dit Ladreyt appelle 
« un badinage, » il faillit être arrêté. Un certain nombre 
de ses partisans le furent, mais on les relâcha au bout 
de quelques mois. Ils n'en devinrent pas plus raisonna- 
bles poirr cela. « Ils sont plus fous que jamais, » écrit 
le même Fauriel le 21 avril 1729. Il constate pourtant, 
tout comme Durand, que Dortial voyait le nombre de 
ses adhérents diminuer de jour en jour. Dans le Dau- 
phiné, où il allait également présider des assemblées, il 
ne trouvait plus de retraite; et, dans le Vivarais, un 
seul village consentait à le recevoir. 

Au commencement de 1729, à la suite de quelque 
assemblée sans doute, l'autorité fit raser deux maisons 
à la Traverse : celle de Vernet de la Verneze et celle 
de Blache. Plusieurs protestants furent condamnés aux 
galères pour une autre assemblée , tenue à Saint-Fortu- 



124 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

nat et que paraît avoir présidée Mercier; mais celui-ci 
parvint à s'échapper et les autres inculpés également. 

Les collaborateurs de Durand dans le Vivarais à cette 
époque étaient : 

Monteil, Bernard, Brunel , Mercier et Guilhot, pré- 
dicateurs fort âgés, qui ne furent jamais investis officiel- 
lement du titre de prédicateur , attendu que , lorsque 
le synode du Vivarais se réunit pour la première fois en 
1721 , ils en exerçaient déjà les fonctions depuis au 
moins vingt ans. Ce long stage suffit aux yeux du sy- 
node pour établir la légitimité de leur vocation. 

Jean-Gabriel Fauriel, dit Lassagne ; de Silhac, reçu 
prédicateur en 1726, étudiant au séminaire de Lausanne 
en 1730 ; 

Jacques Boyer, dit Debos , de Bancel , paroisse de 
Vernoux , reçu en 1729, à Lausanne en 1730; 

Jean-Pierre Fauriel, dit Ladreyt, frère cadet de Las- 
sagne, reçu en 1730, à Lausanne en 1734; 

Jean Lapra , dit Lafaurie , de Châteauneuf-lès-Ver- 
noux, reçu en 1730, régent d'école en Allemagne 
en 1734. 

Les trois prédicateurs qui suivent exerçaient leurs 
fonctions contre l'autorité du synode : 

Dortial , reçu en 1724, interdit en 1725 , comme on 
l'a vu. 

Pierre Clergues, reçu en 1724, interdit en 1729. 

Martel, dit Latour, de Poyols en Dauphiné , prédi- 
cateur de cette province passé en Vivarais , interdit en 

1725 (0- 



(i) Edm. Hugues, t. I , p. 297-500. Corteiz , Rplatiori historique. ^ dans 
Edm. Hugues, t, I , p. 485, 484. Meynadier , p. 22-27. Court, Mémoires , 
p. 200. Recueil des synodes du Vivarais (ms.) Ms. Court, n" 17, t. G, R; 
n° 8 ; n» i, t. XIV. Bonnefon, BerLjamin du Plan, p. 124, i2f. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 12^ 

ARRESTATION DU PÈRE DE DURAND, DU FIANCÉ DE 
SA SŒUR ET DE SA SŒUR ELLE-MÊME. TROISIÈME 
SYNODE GÉNÉRAL. LASSAGNE SECOND PASTEUR DU 
VIVARAIS (1729-1730). 

La tenue du premier synode national du désert avait 
concordé avec l'avènement du ministère du cardinal 
Fleury , prélat prudent et modéré, qui laissa d'une ma- 
nière générale les protestants en repos pendant sept an- 
nées (1726-1732) ; mais les persécutions locales, qui 
dépendaien't de l'humeur des intendants et de celle de 
leurs subdélégués, continuèrent comme par le passé, et 
les pasteurs en furent surtout les victimes. 

Les travaux apostoliques de Durand le signalèrent , 
en effet , au zèle persécuteur des autorités de la pro- 
vince. On promit i,ooo livres, puis 3,000, à celui qui 
le livrerait; et comme il réussit pour l'heure à échapper 
à toutes les recherches , on décida de se saisir de son 
père, âgé de soixante et onze ans, dans la pensée que, 
pour le sauver, son fils quitterait la France. Le sieur 
Duroux, de Privas , escorté de douze soldats . se ren- 
dit donc au Bouchet, paroisse de Pranles, mais il ne 
trouva pas Etienne Duraud et se contenta de saisir ses 
papiers et ses livres. Le brigadier Pierre-Paul de Clerc 
de Ladevèze , commandant militaire du pays (i) , fut 
plus heureux. En février 1729, il put s'emparer de sa 
personne et le fit conduire au château de Bauregard. 

Durand , en ayant été informé , écrivit à Ladevèze, le 
22 avril suivant, une lettre éloquente où il parlait en 
juge plutôt qu'en suppliant. « Quoi ! » s'écrie-t-il , « in- 
fliger des peines, détenir en prison un pauvre vieillard 

(i) 11 fui nommé maréchal de camp en I7?4. et lieutenant général en 1745. 



I 26 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

parce qu'il a un fils ministre, un fils qui est chrétien, 
mais qui refuse d'adorer des dogmes qu'il ne croit pas 
véritables , et laisser en repos le père d'un Cartouche, 
le plus insigne des scélérats ! Se peut-il croire que cela 
se pratique dans les états d'un prince, qui fait sa plus 
grande gloire de porter le titre auguste de très chré- 
tien ? Un événement de cette nature étonnera la posté- 
rité, et, si je n'attendais pas un effet de votre justice, 
je dirais hardiment qu'il a été réservé pour être la honte 
de notre siècle , puisqu'on ne lit pas qu'il soit jamais 
rien arrivé de semblable parmi les chrétiens. L'on m'as- 
sure qu'en détenant mon père vous croyez de m'obliger 
à sortir du royaume, mais... le caractère duquel je suis 
revêtu ne me permet pas d'abandonner le troupeau que 
le Seigneur m'a confié et du salut duquel je dois rendre 
compte... ; je me croirais criminel devant Dieu si, pour 
garantir ma vie, j'abandonnais ceux à l'instruction salu- 
taire desquels je suis consacré... La prudence même ne 
me le permet pas... Tous les passages sont munis de 
gardes avec mon portrait pour m'arrêter au cas que je 
passe... Je vois le Rhône bordé d'une manière que je 
serais bien imprudent si j'entreprenais de le passer ; 
ainsi il ne faut attendre que je m'y hasarde. Si mon Sau- 
veur veut m'appeler à signer de mon sang son saint 
Evangile, sa volonté soit faite ; mais je sais qu'il nous 
commande la prudence du serpent aussi bien que la 
simplicité de la colombe , et qu'autant il est glorieux de 
mourir pour la vérité, autant il est honteux d'être la vic- 
time d'une témérité imprudente. J'ose donc attendre de 
votre équité, monsieur, que vous laisserez libre celui 
qui est injustement détenu captif, puisque vous appre- 
nez son innocence. Au moins ne vous attendez pas de 
m'intimider en le détenant. Je sais qu'il souffre pour 
une juste cause et que , quand il serait conduit à la mort 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. I 27 

pour soutenir la sainte religion , je n'aurais pas lieu de 
le prendre à honte : au contraire je croirais devoir m'en 
glorifier. Mais je sais aussi que vous ne devez pas ou- 
blier qu'il y a un juge souverain devant lequel vous serez 
obligé de comparaître, aussi bien que nous, et que tou- 
tes les absolutions, jubilés et indulgences du clergé ro- 
main , ne seraient pas capables de vous justifier devant 
ce juge aussi redoutable que juste, si vous faites souf- 
frir ce bon vieillard mal à propos et si vous répandez 
son sang de propos délibéré. Or, c'est à vous à y faire 
attention (i). » 

Peu touché, plutôt irrité de ce fier langage, Lade- 
vèze fit transférer Etienne Durand du château de Beau- 
regard au fort de Brescou, près d'Agde; puis, croyant, 
sur une fausse indication, que Marie, sœur de Durand, 
avait été mariée au désert par- son frère , il fit arrêter le 
28 juin suivant Mathieu Serre avec qui elle n'avait été 
que fiancée ; et le malheureux jeune homme, condamné 
à une détention perpétuelle , alla rejoindre au fort de 
Brescou le père de sa fiancée, qu'il ne devait pas re- 
voir dans ce monde. 

La jeune Marie elle-même ne trouva pas grâce aux 
yeux des persécuteurs. Arrêtée dans sa maison, en 
vertu d'une lettre de cachet du 28 juillet suivant , uni- 
quement parce qu'elle était la sœur d'un ministre , elle 
fut d'abord conduite à Beauregard, puis à la tour de 
Constance , où elle séjourna trente-huit années ! C'est 
dans cette sombre prison qu'elle s'illustra par sa cha- 
rité , sa résignation et son invincible constance (2). Elle 
en sortit le 14 avril 1768 , comme on le verra plus loin. 

Là ne s'arrêta pas le zèle des persécuteurs. En 1729 

{I: Meynadier, p. 28-57. Arch. de l'Hérault, C, 201. 
(2) Voy. Benoît, Marie Durand, Toulouse, 1884, in-12. Borrel , Pierre 
Durand et Marie Durand, Nîmes, 1865, in-8°. 



128 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

et 1730 on fit payer des amendes ruineuses aux protes- 
tants qui n'envoyaient pas leurs enfants à la messe ou 
aux catéchismes des curés. Les protestants de Vais du- 
rent à eux seuls payer 4,000 livres. Dans certains dis- 
tricts il fallut recourir à l'emploi des soldats pour faire 
rentrer les amendes (i). 

Les protestants du Vivarais adressèrent un placet au 
comte de Saint-Florentin pour se plaindre de ces ri- 
gueurs. Le ministre en écrivit à Louis Basile de Ber- 
nage , intendant du Languedoc , qui répondit qu'on 
avait exagéré les faits; mais il convint pourtant qu'on 
avait fait payer des amendes pour des enfants de trente , 
trente-cinq et même trente-huit ans, qui avaient dépassé 
de beaucoup l'âge fixé par les (ordonnances (2). 

Quelques pères de famille ayant cédé pour se sous- 
traire à ces sacrifices ruineux , le synode du Vivarais 
du 17 octobre 1730 décida que s'ils persévéraient dans 
leur lâcheté, après avoir été admonestés fraternellement 
par les pasteurs, les prédicateurs ou les anciens, ils se- 
raient suspendus de la sainte cène aussi longtemps qu'ils 
resteraient dans l'impénitence, u attendu, disent les ac- 
tes du synode, qu'ils participent au crime d'idolâtrie 
que ces enfants commettent et qu'ils en sont la princi- 
pale [cause] ; et encore qu'ils font voir qu'ils aiment 
mieux les biens du monde que la gloire de Dieu et leur 
propre salut. » 

Un mois auparavant, les 26 et 27 septembre 1730, 
le troisième synode générai du désert s'était tenu dans 
le Vivarais. Il y fut décidé que les frères du Langue- 
doc et du Dauphiné seraient obligés de remettre à leurs 
frères du Vivarais une copie de leurs règlements parti- 



(i) Ms. Court, n» I, t. XV : n» 17, t. R. 
(2) Arch. nat., TT, 244. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 12g 

culiers Pactes de leurs synodes) en bonne et due forme 
dans l'espace d'une année à compter de la date du pré- 
sent synode général. Leurs frères du Vivarais s'engagè- 
rent de leur côté à faire tenir les leurs aux frères du 
Languedoc et du Dauphiné lorsqu'ils en seraient dû- 
ment requis (i). 

Les pasteurs Roger et Rolland du Dauphiné et le 
prédicateur Villeveyre de la même province ne purent 
pas assister au synode national parce que les passages 
du Rhône étaient soigneusement gardés, mais ils écri- 
virent le i8 septembre une lettre à la vénérable compa- 
gnie où ils se réjouissaient d'apprendre que leurs frères 
du Languedoc, Corteiz et Bétrine, n'avaient « que des 
vues de pacification et d'union , ne se proposant que 
de bannir tout ce qui pourrait causer des divisions en- 
tre les corps synodaux. » Par le passé il nen avait pas 
été ainsi. « Ce n'est pas regarder le bien commun, di- 
saient-ils , quand on s'empresse à envoyer prédicateur 
sur prédicateur pour se perfectionner dans le temps que 
d'autres y ont le même droit et qu'ils en auraient un 
plus grand besoin ; ce n'est pas non plus répondre à 
l'union si l'on ne se communique pas ce que l'on fait ni 
les avis qu'on reçoit d'un député général ou de mes- 
sieurs nos amis. » 

Abordant un autre ordre d'idées , Roger et ses col- 
lègues disaient : « Il serait nécessaire de presser mon- 
sieur notre député [Du Plan] à faire le voyage vers les 
Etats protestants hors de la S|uisse], pour les engager à 
s'employer pour nous et pour solliciter les moyens d'en- 
tretenir en tout, ou du moins en partie, le saint ministère 
au milieu de nos Eglises (elles se trouvent trop pauvres), 
et de solliciter aussi les moyens d'établir et d'entretenir 



(i) Papiers Rabaut, t. Il, p. 71. 
II. 



no HISTOIRE DES PROTESTANTS 

de petites écoles ambulantes dans ce pays pour appren- 
dre de jeunes hommes , qui voudraient se consacrer au 
saint ministère et à qui on donnerait des leçons de 
théologie. La pauvreté de nos Eglises et le manque de 
prédicateurs dans cette province nous fait demander 
cela comme absolument nécessaire. » 

Ajoutons qu'à partir de cette année 1730, Durand eut 
un collègue dans la personne de Fauriel dit Lassagne , 
que le synode du Vivarais, du 1 5 avril, avait autorisé à 
se faire consacrer au saint ministère où bon lui semble- 
rait , c'est-à-dire en Suisse. Lassagne était de retour le 
27 septembre suivant , et , quoiqu'il se fût immédiate- 
ment mis à l'œuvre, ce n'est que le 17 octobre 173 1 
que le synode de la province le reconnut « pour pas- 
teur de toutes les Eglises du Vivarais , » et ordonna à 
tous ceux qui étaient « unis à l'ordre établi » de l'agréer 
comme tel et de l'écouter (i). 

DÉPART DE M* DURAND POUR LA SUISSE. ARRESTA- 
TION DE SA MÈRE. ÉTAT DES ÉGLISES {173O-I731]. 

Pierre Durand , craignant avec raison que les ri- 
gueurs , on pourrait dire la rage , de ses persécuteurs 
n'atteignissent sa femme elle-même, résolut de l'envoyer 
à Lausanne. Anne partit le cœur brisé à la fin d'octo- 
bre 1730 avec le proposant Boyer-Debos , qui allait 
perfectionner ses études au séminaire de Lausanne 
fondé par Court. Elle laissait son mari et deux enfants 
en bas âge. « Une correspondance aussi active que le 
permettaient les lenteurs de la poste , » dit M. Benoît , 
« s'établit entre les deux époux. Si nous n'avons retrouvé 
que trois lettres de la pauvre exilée à son mari, nous en 

'1 Hrciieil tins siiiiadcs dit \'ic!ir;iix ins. . 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. HI 

avons douze que son mari lui adressa, depuis le mois 
de novembre 1730 jusqu'à la veille de son arrestation. 
Elles nous font lire dans son âme et nous initient à 
ses travaux. Elles nous le montrent dans l'effusion de 
Tamour conjugal, aimable et gai, plein d'affection pour 
sa compagne et de sollicitude pour ses enfants. » L'un 
et l'autre ne devaient plus se revoir que dans le ciel! 

Comme si l'autorité était satisfaite de ce douloureux 
sacrifice , elle cessa pour le moment ses arrestations. 
Des détachements de soldats furent bien envoyés en 
plein jour à Saint-Cierge- la-Serre et au Chambon-de- 
Bavas (paroisse de Saint-Vincent-de-Durfort), mais ils 
n'entrèrent dans aucune maison. On perçut également 
quelques amendes , mais sans exercer de violences. 

La tranquillité dura peu , car on arrêta au Pont-de- 
Dunières , le 18 mars 173 1 , la belle-mére de Durand , 
Isabeau Sautel , de Cros (paroisse de Saint-Etienne-de- 
Serre). Le curé l'en avait déjà menacée. Ce fut unique- 
ment parce qu'elle avait donné son consentement au 
mariage de sa fille avec un ministre. Conduite à Tour- 
non , où Ladevèze la soumit à un interrogatoire som- 
maire , elle alia rejoindre Marie Durand à la tour de 
Constance. Ainsi toute une famille fut emprisonnée 
•pour la faute d'un seul ! 

Ces rigueurs, quelque accablantes qu'elles fussent 
pour Durand , ne ralentissaient pas son zèle. « Nos af- 
faires vont toujours leur train, » dit-il avec une sérénité 
que rien ne pouvait altérer; « le nombre des mariages que 
j'ai bénis passe celui de quatre cents depuis quelque 
temps , et ceux de M. Lassagne vont accomplir la cen- 
taine. Nos assemblées grossissent beaucoup et nos peu- 
ples sont assez remplis de courage. » 

Corteiz , qui revenait à cette époque d'un voyage à 
Zurich et se rendait en Languedoc, s'arrêta deux jours 



1:52 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

dans les montagnes du Vivarais (juin 173 1). Il put voir 
Durand, avec qui il passa une journée, et donna une 
prédication. 

Durand se rendit en Languedoc pour l'affaire du trop 
célèbre Boyer, pasteur de cette province, qu'il ne faut 
pas confondre avec celui du Vivarais. Accusé d'indisci- 
pline et d'immoralité sur des preuves qui n'étaient pas 
formelles , Boyer avait réussi à gagner à son parti un 
certain nombre d'Eglises et même à organiser un 
schisme, qui ne prit fin qu'au synode général de 1744. 

Après avoir fait le tour des Cévennes et assisté au 
synode du Languedoc du 25 octobre 1731 , Durand 
était de retour à Tauzuc (paroisse de Pranlesj le 19 dé- 
cembre suivant. Rouvière , prédicateur du Languedoc , 
visita le Vivarais pendant l'absence de Durand. A son 
retour ce dernier trouva la province tranquille. « Tout 
va son train ordinaire, » écrivait-il, « on laisse tomber les 
amendes des enfants petit à petit. Les mariages bénis 
dans nos Eglises se sont rendus assez communs en Vi- 
varais. Béni soit Dieu ! et les pères et les mères com- 
mencent à connaître leur devoir à l'égard du baptême 
de leurs enfants (i). » 

ARRESTATION DE DURAND (l2 FÉVRIER I7p)- 

Cependant l'autorité n'abandonnait pas son dessein 
bien arrêté de se saisir à tout prix de Durand. On 
éleva le prix de sa trahison de 3,000 à 4,000 livres. 
Amorcés par cette somme considérable pour l'époque, 



(i) Benoît, p. 61-108. Meynadier, p. }7-;9. Le(/res de Durand à. sa femme 
pj à M. de Beaulieu, LetJres de Corteiz i) Court dans la Cnrresponduiicc 
liislorique des deux Chirutis, le Bu]U'lin ^ elr.. t. XXXIII, p 49,-, et les 
Archives de l'Hérault, C, 201. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. I?? 

les délateurs et les espions se mirent en campagne et 
Durand fut vendu. 

Un chirurgien de ses parents, nommé Jean Astier, 
de Chalancon , ne craignit pas d'assumer cette respon- 
sabilité. Il avait abjuré le protestantisme et ne poursui- 
vait qu'un but , celui de gagner de l'argent par tous les 
moyens possibles. Il disait lui-même « qu'il ne se sou- 
ciait pas d'être damné pourvu qu'il laissât du bien à ses 
enfants. » Aidé de ses deux fils , également chirurgiens 
et aussi peu scrupuleux que lui, il gagna un cardeur de 
laine catholique, nommé Jean Brun, qui demeurait à 
Silhac, près du grand chemin, et qui connaissait beau- 
coup Durand pour l'avoir vu passer maintes fois devant 
sa maison. 

Le 12 février 1732, ce dernier se rendit au village 
de Gamare , situé dans les environs, pour y souper et 
gagner de là Valence. Il voulait y mettre une lettre à 
la poste pour sa femme , puis conférer avec Roger sur 
l'affaire de Boyer. Il fut aperçu par les enfants de Brun, 
d'autres disent par sa femme. Quoi qu'il en soit, celle-ci, 
ne voulant pas compromettre ostensiblement son mari, 
fit avertir par un de ses enfants ou avertit elle-même les 
deux fils d'Astier, qui habitaient 'Vernoux et qui prévin- 
rent aussitôt l'officier commandant les trois compagnies 
de soldats en garnison dans ce bourg. 

Ce dernier reçut le même jour , après souper , la vi- 
site de Desboze, prieur et curé de Saint-Félix-de-Châ- 
teauneuf , qui vint l'informer que le soir même une as- 
semblée devait se tenir dans les environs. Le commandant 
apprit à son tour au curé qu'on lui avait dénoncé la pré- 
sence de Durand à Gamare, hameau de Saint-Jean 
Chambre. Rapprochant les deux récits, ces deux mes- 
sieurs conjecturèrent que Durand allait présider une 
réunion dans le dernier lieu et qu'elle se tiendrait à la 



!34 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

grange des Vernets , près de Gamare. C'était une er- 
reur. L'assemblée dénoncée au curé devait être prési- 
dée par un autre que Durand et se tenir à une demi- 
lieue de Gamare (i). 

Le commandant , qui ne disposait pour le moment 
que de cinquante hommes , les fit partir à dix heures et 
demi du soir, mais sans autre ambition que celle d'ar- 
rêter quelques-unes des personnes qui reviendraient de 
l'assemblée. Conduits par un des hls d^Astier et le curé, 
ils se divisèrent en deux bandes au bout d'un quart 
d'heure. L'une se dirigea à gauche vers la grange des 
Vernets, l'autre garda le grand chemin de Saint-Agrève 
pour tourner la position. C'est la première qui captura 
Durand. 

Ayant entendu, à cause de la glace qui couvrait les 
chemins , le bruit d'un cheval qui descendait la côte de 
La Châtaigneraie, nommée le bois de Vaussèche , sur 
la route de traverse de Saint-Jean-Chambre à Vernoux, 
quatre soldats se placèrent en embuscade, pendant que 
le sergent qui les commandait alla, déguisé en paysan , 
à la rencontre du voyageur, qui n'était autre que Du- 
rand. Quand il fut près de lui, il lui demanda le chemin 
d'un village voisin, et Durand lui répondit qu'il allait de 
ce côté-là et pouvait le suivre. Il le fit , mais lorsqu'il 
fut près de l'embuscade , il se saisit de la bride de son 
cheval et l'arrêta, sans que celui-ci « daignât faire la 
moindre résistance, car il avait le temps nécessaire pour 
lui tirer un coup de pistolet et de se faire laisser. 
Etant bien monté, comme il l'était, on n'aurait pu le 
rattraper. » 

Durand fut ensuite conduit auprès de l'officier qui 

(i; A Chevalar, paroisse de Vernoux, dans la maison du sieur de Mc^ntrey- 
naud, habitée par Jean Brunel. Elle fut présidée par le prédicateur I.apra, 
dit Lafaurie. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 135 

commandait le détachement. Celui ci lui fit les questions 
d'usage et fouilla sa valise, où il trouva quelques livres ( i ), 
et, dans ses poches, des lettres de sa femme, celles 
que lui-même -lui adressait, quelques certificats de ma- 
riage , et une petite clef. « On lui trouva aussi trois pis- 
tolets , deux à l'arçon , qui n'étaient point chargés , et 
un de poche, qui était chargé. » C'était, à cette époque 
peu sûre , l'habitude de tous les voyageurs , qui avaient 
à se garder des voleurs et des loups , dangereux dans 
ces parages montagneux. 

Les deux escouades de soldats se réunirent et con- 
duisirent Durand à la grange des Vernets, où elles espé- 
raient trouver , quoique ce dernier leur eût affirmé le 
contraire, quelques-unes des personnes qui avaient as- 
sisté à l'assemblée que l'on présumait s'y être tenue. 
Deux heures après, les soldats emmenèrent leur prison- 
nier et furent à Vernoux à trois heures du matin. 

Au point du jour les soldats, qui devaient le conduire 
à Tournon, n'étant pas encore prêts, plusieurs person- 
nes du bourg vinrent le visiter, notamment le curé 
Meunier, qui eut la bassesse de lui dire : « Vous de- 
vriez bien me rendre une partie de l'argent que vous 
avez tiré des mariages que Je devais bénir. » Durand lui 
ayant répondu qu'il n'avait pris pour ces mariages que 
le montant du papier timbré nécessaire au certificat et 
au registre, Durand ajouta ces paroles sévères : « Vous 
devriez rougir de honte et de confusion lorsque vous 
me dites que je ne devais pas bénir ces mariages. Vou- 
liez-vous les laisser vivre en concubinage ? Leur con- 
science, leurs affaires domestiques, demandaient qu'ils 



i) Une Bible de poche (Amsterdam, 1710), la Théologie chrétienne de 
Pégorier. Lamort des justes, Lettres écrites 3 i/n protestant de France 
sur les mariages ri les baplémes. les ŒAivres de Roilrun en 4 tomes, le 
;' tome du livre de La méthode de Mallebranche. 



I 56 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

se mariassent. Cependant vous ne vouliez bénir leurs 
mariages qu'à la condition qu'ils abjurassent leur religion, 
et trouvez-vous étrange qu'un ministre de leur religion 
les ait bénis ? » 

Une demoiselle, qui jouissait d'une mauvaise réputa- 
tion, lui ayant dit : « Vous avez fait beaucoup de mal 
dans le pays, » s'attira cette verte réponse : « Hélas! 
Mademoiselle, vous appelez le bien mal et le mal bien, 
mais vous êtes excusable , car je vois assez que vous 
n'avez jamais su ce que c'est que le bien , du moins 
vous ne l'avez pas pratiqué. » 

Bien d'autres personnes vinrent le voir, les unes par 
curiosité , les autres par sympathie , mais il y en eut 
très peu qui ne s'en retournassent contentes et satisfai- 
tes des beaux et bons discours qu'il leur tint; plusieurs 
même , quoique catholiques , ne purent retenir leurs 
larmes. 

Cependant le bruit de la capture de Durand s'était 
répandu dans la contrée. Plusieurs anciens de consis- 
toire se réunirent chez un de leurs collègues, Jean 
Pierre Espinas, procureur de Saint-Félix-de-Château- 
neuf, qui, avec leur autorisation, partit pour faire une 
collecte parmi ses coreligionnaires et suivit Durand 
jusqu'à Montpellier, oij il pensait pouvoir lui remettre 
l'argent qu'il avait recueilli. De Bernage , qui en fut 
informé, le fit emprisonner, mais, comme il ne put 
avoir de preuves du but de son voyage , il se contenta 
de le laisser sous les verroux. Il y était encore en octo- 
bre de cette même année 1732 (1). 

(i) Il paraît avoir été relâché quelque temps après; mais, comme on le 
verra plus loin, il fut de nouveau arrêté en 1740 et condamné aux galères 
perpétueles pour avoir logé le pasteur Lassagne et reçu chez lui des livres 
protestants venus de l'étranger. Après vingt ans et plus de chaîne, on lui 
rendit la liberté. Le liidlptin. ric. (t. XXVIII. p. ^'-362). a publié de tou- 
chantes lettres de lui. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. I37 

DURAND A TOURNON ET SON TRANSFERT A MONTPELLIER 
(13-22 FÉVRIER 1732). 

Le prisonnier, qui était parti de Vernoux le 13 fé- 
vrier, à 7 heures du matin, en chantant le Psaume XXV, 
arriva à Tournon entre quatre et cinq heures du soir. 
« Ladevèze lui fit porter à manger de chez lui parce 
qu'il y a apparence qu'il ne se fiait pas au geôlier, 
crainte que quelqu'un ne l'empoisonnât. » 

Le commandant lui posa diverses questions sur son 
ministère, auxquelles il répondit, mais il refusa de nom- 
mer les lieux qu'il avait visités et les personnes chez 
lesquelles il avait logé. Quant àlapetite clef qu'on trouva 
sur lui , il déclara que c'était celle d'un petit coffret qui 
renfermait quelques livres et des lettres de sa femme. 
Ladevèze l'ayant pressé fortement de lui indiquer l'en- 
droit où était le coffret jusqu'à le menacer de la ques- 
tion s'il s'y refusait, il écrivit à son collègue Lassagne, 
sur la parole d'honneur que lui donna le commandant 
que sa lettre ne causerait de préjudice à personne. 
<( On veut savoir , » lui disait-il , « en quoi consistent 
les papiers et les livres. Comme vous êtes le seul qui 
sachiez où est le dit coffret, je vous prie de le faire por- 
ter à la porte de M. Descours , de Marcols, qui le fera 
rendre à M. de Ladevèze. » Descours était protestant 
et juge des quatre mandements des Boutières. Durand 
ajoutait ces paroles touchantes : « Ma course sera bien- 
tôt finie, Dieu aidant; dans peu de temps je scellerai 
l'Evangile que j'ai prêché. Je vous prie de prier le Sei- 
gneur en ma faveur, qu'il me pardonne mes péchés, 
qu'il me sanctifie par son Saint-Esprit et qu'il me sou- 
tienne dans toutes mes épreuves. Je prie le Seigneur de 
me faire la grâce de finir mes jours dans son amour et 



1^8 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

dans sa crainte. Je vous recommande à sa divine pro- 
tection. 11 n'est pas nécessaire de vous dire que vous 
avez à vous conduire sagement et avec beaucoup de 
circonspection. Je vous recommande, de mêine qu'à 
toutes les bonnes âmes, ma pauvre femme et mes chers 
enfants, qui vont être bientôt sans père. » 

La lettre de Durand, qui portait un nom supposé sur 
l'adresse, fut mise à la poste de Privas, mais personne 
ne la réclama, parce qu'on sut que Ladevèze , malgré 
sa parole , s'était rendu dans cette ville pour faire arrê- 
ter la personne qui la demanderait. Déçu dans son es- 
poir, il donna l'ordre à la directrice des postes, si 
quelqu'un se présentait pour réclamer le pli, d'en aver- 
tir immédiatement Danthon, brigadier des cavaliers de 
la maréchaussée de Privas. 

Au bout de trois semaines de vaine attente, Ladevèze,- 
furieux, fit venir deux hommes de la paroisse de Ver- 
noux, proche du lieu où avait été arrêté Durand, et leur 
démanda le coffret, les menaçant de leur envoyer des 
soldats s'ils ne Je rendaient. Sur leur protestation qu'ils 
n'en étaient point les détenteurs et ignoraient complè- 
tement où il était, il leur donna l'ordre d'aller retirer la 
lettre à Privas , les assurant qu'ils ne seraient point ar- 
rêtés. Ils la retirèrent donc, et, avant de la remettre à 
Ladevèze, ils en firent prendre une copie, qui mit plus 
de deux mois à parvenir à Lassagne. Elle parvint néan- 
moins , et le coffret fut porté à Montpellier. 

Pendant que Durand était à Tournon, ses coreligion 
naires écrivirent une lettre à Ladevèze pour lui proposer 
de le faire évader en échange d'une grosse somme d'ar- 
gent. f< Nous convenons, » lui disaient-ils, « que cela vous 
ferait de la peine parce que, si vous étiez découvert, 
vous risqueriez d'être démis de votre emploi ; mais nous 
répondons à cela que la somme que vous retire- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. I 39 

riez serait bien capable de vous indemniser. Outre cela, 
on peut vous assurer que, si cela arrivait, on trouverait 
des moyens pour vous faire avoir un emploi autant ou plus 
avantageux que celui que vous avez. » Quoique le com- 
mandant fût cupide et qu'il n'eût fait rechercher avec tant 
de soin le coffret de Durand que parce qu'il espérait y 
trouver de l'argent, il n'osa pas pourtant s'engager dans 
une pareille aventure. 

Durand partit pour Montpellier le 22 février, escorté 
d'une compagnie de grenadiers d'Annonay et de quel- 
ques détachements de Privas et de Chomérac, formant 
un effectif de cent hommes, commandés par le capi- 
taine De Bois de Laville. <« Avant de partir, il fit à M. et 
à M™® de Ladevèze , et à quelques autres messieurs, 
qui étaient là présents, un discours où il souhaitait « que 
Dieu leur fît la grâce d'exercer la justice et la police 
en gens de bien et surtout qu'il les éclairât de sa connais- 
sance salutaire , afin qu'ils ne persécutassent plus son 
Eglise , mais plutôt qu'ils la protégeassent, afin que l'em- 
pire de Jésus-Christ fût de plus en plus affermi et 
étendu. » 

Durand arriva à Montpellier le i^"" mars, après avoir 
passé par Charmes , Cruas, Viviers, le Pont-Saint-Es- 
prit , Bagnols , Remoulins et Nîmes. Tout le long de la 
route une grande affluence de gens se pressaient sur 
ses pas , les uns par curiosité , les autres pour le voir 
une dernière fois. 

DURAND A MONTPELLIER. ASSAUTS DES CONVERTIS- 
SEURS. SON PROCÈS ET SA CONDAMNATION (I*'"MARS- 
22 AVRIL 1732). 

Le prisonnier demeura deux mois dans la citadelle de 
Montpellier. Enfermé d'abord dans une prison suppor- 



I40 HISTOIRE' DES PROTESTANTS 

table, le major, homme dur, l'en tira pour le mettre 
dans un affreux cachot , où il y avait à peine la place 
d'.une paillasse , qu^on lui donna sans draps ni couver- 
tures. Ce cachot était placé derrière la prison royale et 
porte aujourd'hui le nom de prison X à cause de la let- 
tre qui sert à le désigner (i). Pendant sa détention, Du- 
rand fut harcelé par plusieurs prêtres et autres gens , 
qui se rendaient auprès de sa personne pour s'efforcer 
de lui arracher une abjuration. Ce fut tout spécialement 
le cas d'un ministre apostat, nommé Barbe, ancien cha- 
pelain de M. Hop, ambassadeur de leurs Hautes Puis- 
sances auprès de Sa Majesté très chrétienne, qui avait 
fait beaucoup de bruit à Paris à l'occasion de la conver- 
sion au protestantisme de l'abbé d'Entraygues (2), dont 
il rendit l'abjuration publique ; et également à la suite 
d'un sermon qu'il livra à l'impression et qui fut trouvé 
trop libre : ce qui lui attira de vives remontrances de 
ses ouailles et l'obligea à quitter son poste. S'étant ré- 
fugié en Angleterre, où il passa peu de temps , il ren- 
tra en France et abjura le protestantisme à Paris entre 
les mains des docteurs de la Sorbonne. Son ancien ti- 
tre de chapelain lui avait gagné la confiance des protes- 
tants et il savait bien des choses. C'est pourquoi il of- 
frit ses services au cardinal Fleury, qui le prit comme 
son agent secret auprès des populations protestantes du 
midi. Sous le faux nom d'Hébrard, et passant pour juif, 
il parcourut les Cévennes où il trouva les Eglises en 



(i) Agrandie et rendue moins insalubre, elle sert aujourd'hui de prison mi- 
litaire. 

f."?) Abbé de cour, âgé de soixante ans et d'une capacité médiocre, qui, 
prévoyant qu'il serait recherché à cause de sa conversion, voulut quitter le 
royaume, mais fut arrêté à Lille, puis ramené à Paris et emprisonné. Son 
abjuration attira beaucoup de menaces aux protestants qui assistaient au 
culte de l'ambassade de Hollande; de sorte qu'à dater de celte époque les 
assemblées furent moins nombreuses. 



DU VJVARAIS ET DU VELAY. I4I 

bonne voie de réorganisation et alla visiter Durand, sur 
l'ordre du cardinal , à qui il écrivit qu'il nourrissait l'es- 
poir de le convertir. 

Après beaucoup d'entrevues et d'entretiens avec lui 
sur les dogmes de la religion, Barbe « n'ayant pas pu réus- 
sir pour le faire rendre et ne pouvant répondre aux bon- 
nes raisons que M. Durand lui alléguait, il se retrancha 
en lui disant qu'il avait été ministre de même que lui, et 
qu'étant à Paris les docteurs de la Sorbonne lui avaient 
dit de si bonnes raisons sur les matières de religion 
qu'ils l'avaient obligé de se rendre. » — « Eh bien ! Mon- 
sieur, n lui répondit M. Durand, « si l'on vous a dit de 
bonnes raisons là-dessus qui vous aient obligé à chan- 
ger, je vous en dis de meilleures qui m'obligent de ne 
pas changer, et je trouve q^ue votre état est fort à plain- 
dre et fort malheureux, sur quoi vous devez réfléchir. 
— Cette réponse le tourmenta si fort qu'elle le fit sor- 
tir et du depuis ses visites ne furent pas si fréquen- 
tes (i). » 

De son côté , Jacques de Rosset , subdélégué de 
l'intendant à Montpellier . fit comparaître plusieurs fois 
Durand devant lui pour l'interroger (2) , et fut si touché 
de la loyauté de ses réponses qu'il conçut une grande 
estime pour lui. Il lui parlait toujours avec douceur et 
respect, et le gardait quelquefois avec lui sous les ar- 
bres de la citadelle avant d'entrer dans la salle d'au- 



(i) Barbe, qui ne savait pas écrire purement le français, fit rédiger par les 
jésuites un mémoire fantaisiste sur ses entretiens avec Durand, qu'il adressa 
au cardinal Fleury. Nous n'avons pas tenu compte, dans notre récit, des 
renseignements qu'il contient, parce qu'ils nous paraissent peu véridiques. 
Fleury lui-même ne jugea pas le mémoire digne de voir le jour. Cet apostat 
ne serait-il pas le même que Barbe (Charles', nommé pasteur de l'Eglise de 
la Patente, à Londres, en 17.Î2 ? (Voy. La France prùlesiante , 2' édit.) 

(2) Les 17, 18, 21 et 28 mars. Nous ne parlons pas des confrontations du 
prisonnier avec les soldats de son escorte, les témoins venus du Vivarais, et 
J.-P. Espinas, dont il a été parlé plus haut. 



142 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

dience, pour qu'il pût changer d'air. « Un jour, voyant 
que sa barbe était fort longue et fort épaisse, prévoyant 
qu'elle ne pouvait que l'incommoder , il lui dit : Mon- 
sieur , je vous permettrai, si vous le voulez, de vous 
faire raser ici en ma présence. — Il lui répondit avec 
respect et reconnaissance : Il n'est pas nécessaire. 
Monsieur, Jésus-Christ a bien plus souffert pour moi 
et je me trouve fort heureux qu'il me trouve digne de 
souffrir pour lui. » 

Le geôlier lui-même ne pouvait s'empêcher de s'ap- 
pitoyer sur son sort. Durand , qui s'en aperçut, lui dit : 
« Il me paraît que vous me plaignez. — Oui, Monsieur, 
répondit-il. — Je ne suis pas tant à plaindre que vous 
pensez, repartit Durand, puisque je souffre pour sou- 
tenir la bonne cause ; et quelle plus grande joie puis-je 
avoir que de mourir pour l'Evangile de mon Sauveur? » 

Un des soldats, qui assista à l'un des interrogatoi- 
res de Durand, dit aussi à quelques messieurs, qui 
avaient eu la curiosité de le voir passer sur la place 
d'armes lorsqu'on le conduisait de son cachot à la salle 
d'audience : « Je suis si fort pénétré de sa modestie et 
de ses réponses que, quoique je sois né catholique ro- 
main, il ne me ferait pas de peine de ce moment de 
mourir de sa religion. » 

La semaine sainte étant survenue, Durand l'observa 
religieusement, k II jeûna le vendredi saint, le samedi 
et le dimanche, jour de Pâques ; pendant lesquels trois 
jours il ne prit aucun aliment pour se sustenter, c'est-à- 
dire qu'il ne mangea ni ne but pendant ces trois jours, 
ni même jusqu'au lundi, qu'au matin il prit un biscuit 
qu'il trempa dans un peu de vin . et le soir ne prenait 
qu'un peu de pain ; et il continua ce régime, ou plutôt 
ce jeûne , pendant huit jours. » 

Quand la procédure fut terminée par le subdélégué 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 14^ 

de Rosset, le tribunal , qui devait juger Durand, se réu- 
nit à la citadelle. Il était composé de l'intendant de Ber- 
nage président , d'un juge , de deux lieutenants et de 
six conseillers. C^était le lundi 21 avril. Ce jour-là le 
tribunal vérifia la procédure et y consacra deux longues 
séances, dont la seconde dura jusqu'à la nuit. Le len- 
demain mardi, 22 avril, les juges se réunirent à sept heu- 
res du matin et interrogèrent le prisonnier, qui avoua 
sans détour avoir prêché, baptisé et marié, puis ajouta : 
« Je l'ai fait en prêchant et exhortant les fidèles à la re- 
pentance et d'être fidèles au roi , et de le regarder 
comme l'oint de l'Eternel, leur ayant défendu la rébel- 
lion et exhorté de souffrir tous avec patience et soumis- 
sion pour leurs supérieurs et d'avoir en horreur les vices; 
et je ne crois pas en cela avoir désobéi à mon prince , 
puisque mon ministère m'ordonnait de suivre ces pré- 
ceptes. » 

On remarqua que de Bernage était visiblement ému 
des réponses si pleines de franchise de Durand , sur- 
tout lorsque, après lui avoir demandé pourquoi il ne 
s'était pas servi de son pistolet de poche pour se déli- 
vrer des mains de l'homme qui l'arrêta, le prisonnier 
répondit : « Je l'aurais pu fort aisément, mais à Dieu 
ne plaise que j'eusse eu la pensée d'être Tauteur de la 
mort d'un homme! » 

On invita ensuite Durand à signer son interrogatoire, 
ce qu'il fit avec autant d'assurance qu'il aurait signé un 
contrat de mariage. « Le greffier fut si étonné et touché, 
quoiqu'on le condamnât à mort, qu'il ne put signer lui- 
même qu'en tremblant et s'empêcher de dire que M. 
Durand avait plus de courage que lui. » 

Le prisonnier fut ensuite reconduit dans son cachot , 
et ses juges rendirent leur sentence, portant qu'il serait 
pendu et étranglé, jusqu'à ce que la mort naturelle s'en. 



144 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

suivît, à une potence dressée à cet effet sur l'esplanade, 
et que ses biens seraient confisqués , « distraction faite 
du tiers pour sa femme et ses enfants. » Quelques juges, 
plus durs que les autres, opinèrent pour qu'on soumît 
Durand à la question ; et, les trois plus humains, pour 
qu'on le condamnât seulement aux galères perpétuelles. 
Demi-heure après (c'était dix heures du matin) , 
(( M. de Rosset et son greffier, qu'on appelle Cou- 
chonneau, vinrent dans la prison pour lui lire sa sentence, 
et d'abord que M. Durand vit entrer M. de Rosset, il 
lui dit : «. Apparemment, Monsieur, que vous venez lire 
ma sentence. » — Il lui répondit : « On va vous la lire. » 
— D'abord il se mit à genoux après l'avoir fait lire , il 
éleva ses yeux et ses mains jointes au ciel et prononça 
[cette prière] à haute voix : « Loué soit Dieu , voici le 
jour qui met fin à toutes mes souffrances et que ce grand 
Dieu me comblera de ses plus précieuses grâces en me 
donnant la félicité bien heureuse... » — Après avoir dit 
cela, il se tourna vers M. de Rosset et lui recommanda 
de prier M. l'intendant de faire sortir son père de Bres- 
cou , oia il était détenu , de même que sa [belle-]mère 
et sa sœur de la tour de Constance , n'étant pas juste 
qu'on les détînt davantage en prison , puisque c'était à 
son occasion qu'on les y avait mis. C'est ce que M. de 
Rosset lui promit. » Mais l'intendant, si la requête de 
Durand lui parvint, n'y fit pas droit , car les malheureux 
captifs ne furent pas élargis et Durand n'obtint même 
pas la permission d'écrire à sa femme. On se demande 
quels dangers auraient couru la religion et l'Etat si le 
martyr, avant de quitter la terre, avait pu épancher une 
dernière fois son cœur dans celui de sa chaste compa- 
gne. On ne peut donc voir dans le refus qui lui fut op- 
posé qu'une dureté de plus. 



DU VIVARAIS ET DU VELA.Y. I4S 

EXÉCUTION DE DURAND (22 AVRIL I732). 

Durand pria de Rosset de lui accorder quatre heures 
de sursis avant l'exécution pour se préparer à mourir. 
Il lui en promit six, mais le condamné répondit qu'il en 
avait assez de quatre. Les prêtres toutefois lui en prirent 
une bonne pariie. En effet, dès que sa sentence lui 
fut signifiée, « IMi. Demontis , curé de la paroisse de 
Notre-Dame et quatre autres prêtres (i), parmi lesquels 
il y avait M. l'abbé de Rosset, frère du subdélégué, 
s'avancèrent vers lui pour tâcher de le faire renoncer à 
sa religion , en lui disant que , s'il ne mourait pas ca- 
tholique romain, il ne pouvait avoir le salut qu'il atten- 
dait et qu'il était à craindre qu'il serait damné. On prétend 
qu'on lui proposa beaucoup de raisons sur la religion 
pour l'ébranler, mais il répondit avec fermeté qu'il en 
avait de meilleures qui l'obligeaient à mourir dans la foi 
qu'il avait de la vraie religion. » Après avoir disputé un 
certain temps avec eux , c il les remercia de leurs bons 
sentiments à son égard et les pria de l'excuser si, dans 
les diverses disputes , il s'était un peu échauffé contre 
eux et s'il avait manqué de respect à leur caractère ; 
que la fermeté de ses sentiments l'avait emporté , mais 
qu'il les priait de le pardonner. » Il se retira ensuite 
dans « un coin de la prison, en les priant d'avoir la cha- 
rité de le laisser pour se réconcilier avec son Dieu et 
pour faire la paix avec lui, et que, pour le peu de temps 
qu'il avait à vivre, on devait avoir la charité de le laisser 
en repos et de ne le troubler pas dans ses prières ; et 
que toutes leurs raisons , quand elles seraient encore 



(i) Sur ces cinq prêtres, quatre étaient séculiers, et l'autre appartenait à 
la congrégation de l'Oratoire. 

u. 10 



146 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

les plus fortes du monde, ne serviraient qu'à le mieux 
persuader sur sa croyance. A cela M. Demontis, qui 
est tout charitable et bon prêtre, sortit dehors de la 
prison; mais les autres y restèrent, et le dit M. De- 
montis n'y rentra que lorsqu'il vit venir l'exécuteur. » 

Dès que Durand aperçut ce dernier, il alla vers lui et 
lui demanda s'il était bien celui qui devait mettre fin à 
ses jours. L'exécuteur lui ayant répondu : « C'est moi- 
même , » il se livra entre ses mains , mais non sans 
s'être encore mis à genoux et avoir prononcé tout bas 
un psaume sans le chanter. Il lui demanda aussi si le 
lieu de son supplice était bien éloigné de la citadelle, 
à quoi l'exécuteur répondit qu'il n'était pas à deux cents 
pas. 

Le condamné quitta alors ses habits , en recomman- 
dant au concierge de la prison de les faire tenir à son 
père au fort de Brescou ; après cela le bourreau lia les 
bras et les mains du courageux confesseur, qui lui de- 
manda la faveur de pouvoir faire sa prière au pied de 
l'échafaud et sur l'échafaud même , lorsque la corde 
aurait été attachée à la potence. 

On le vit alors sortir la corde au cou et portant une 
veste noire qu'on lui avait donnée , sa perruque , ses 
bas et ses souliers. Barbe et les cinq prêtres, nom- 
més plus haut, le suivaient, à l'exception de l'abbé Jou- 
bert , beau-frère du syndic de la province , qui consi- 
déra sa mission comme terminée et se retira. Quand il 
eut fait deux pas en dehors de la prison , on fit battre 
douze tambours , sept de la compagnie bourgeoise de 
la ville et cinq du régiment de Tallurden en garnison 
dans la citadelle. On ouït l'abbé de Rosset leur dire : 
<i Battez, tambours. » C'était pour que le peuple n'en- 
tendît pas les belles paroles qu'il prononçait. II y eut 
pourtant des personnes qui comprirent qu'il entonna le 



DU VIVARAIS ET UU VELAV. I47 

psaume XXIIl lorsqu'il sortit de prison, et qui distin- 
guèrent qu'il changea de ton à la vue de la potence et 
qu'il chanta le psaume LI , puis le CXXX. 

Il faut dire qu'il tombait une grosse pluie , qui avait 
commencé à huit heures du matin et qui dura jusqu'à 
six heures du soir, et que, lorsque Durand sortit de pri- 
son, elle redoubla d'intensité, de sorte que les tam- 
bours , quoiqu'on les eût fait chauffer devant un grand 
feu , ne purent couvrir complètement sa voix. 

En se rendant au lieu de son supplice , il semblait 
que le condamné <( allait à un festin , marchant de pied 
ferme, ne regardant que le ciel. Et après qu'il fut ar- 
rivé , il se mit à genoux au pied de l'échelle pour faire 
sa prière. Les prêtres, qui étaient autour de lui et qui 
ne lui disaient rien en chemin, prirent ce temps-là pour 
l'interrompre et tâcher de plus fort à le faire changer. » 
Voyant qu'on l'inquiétait, il se leva en leur disant deux 
fois d'un ton ferme : « Quelle persécution! Point de 
charité, messieurs, pour me laisser mourir en paix! » 
Puis, pour être délivré de leurs obsessions, il pria l'exé- 
cuteur de monter et le suivit sur l'échelle avec un cou- 
rage intrépide. 

» Quand il eut achevé de monter, il dit au bourreau 
de lui tenir la promesse qu'il lui avait faite ci-devant 
de ne le jeter pas [en dehors de l'échafaud] sans qu'il 
eût achevé sa dernière prière. Un des prêtres vint en- 
core l'interrompre , ayant monté un échellon ; il lui fît 
signe de la tête , des mains et d'un pied , de se retirer, 
pour lui marquer publiquement qu'il n'y avait rien à 
faire, qu'il mourait de sa religion. » Puis il se mit à ge- 
noux et, quand il comprit que rexècuieur pourrait avoir 
fini d'attacher la corde à la potence, il lui demanda 
s'il était prêt et, sur sa réponse affirmative, le pria 
de lui laisser achever sa prière ; après quoi il dit à 



1^8 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

l'exécuteur de le dépêcher, qu'il était temps et qu'il 
n'avait plus rien à dire. Une minute après, le cou- 
rao-eux martyr était jeté dans l'espace et rendait sa 
belle âme à Dieu, « sans aucune contorsion ni résis- 
tance. » 

Il y avait autour de l'échafaud les sept sixièmes de 
la ville, tant protestants que catholiques, et un grand 
nombre d'étrangers. Les parapluies et les manteaux 
présentaient un aspect étrange. L'exécution se fit à 
quatre heures du soir, en face de la croix, sur le point 
élevé du glacis de la citadelle. Tout le monde re- 
grettait le jeune martyr et « en disait mille biens , à 
la réserve de quelques personnes de la plus vile et 
basse condition , qui en voulurent parler en termes 
malhonnêtes, mais ils en furent châtiés par les offi- 
ciers. » 

Les soldats battirent encore du tambour pendant une 
demi-heure , après quoi l'exécuteur déchaussa le cprps 
de Durand , lui mit une chemise et un bonnet, et l'en- 
veloppa dans un suaire en toile blanche donné par des 
amis. Le major, homme dur, comme nous l'avons déjà 
dit , n'ayant pas consenti à ce que le corps fût inhumé 
dans la citadelle, le bourreau le traîna, attaché sur 
l'échelle, jusqu'à une fosse qu'on avait fait préparer au- 
près de celle du martyr Alexandre Roussel, d'Uzès, qui 
avait été exécuté le 30 novembre 1728. 

Voici, pour terminer le récit de la mort de Durand , 
le jugement porté sur lui par un catholique , qui craint 
évidemment de lui décerner trop d'éloges, mais dont 
les paroles n'en ont que plus de prix : « C'est un petit 
homme, dont la physionomie est assez revenante; il a de 
la douceur et de la modération , assez de feu et de vi- 
vacité. Quelque médiocre qu'on doive supposer qu'ait 
été son éducation . il ne lais^^e pas d'avoir des manié- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 1 49 

res et de la politesse, et ii ne manque ni d'esprit ni 
d'une certaine capacité (i). » 

TÉMOIGNAGE RENDU A DURAND PAR LE SYNODE DU 
VIVARAIS. DÉPART MOMENTANÉ DE LASSAGNE i\'J^2). 

De Bernage, en envoyant au cardinal Fieury une co- 
pie de la sentence rendue contre Durand , lui recom- 
manda Barbe en le priant de lui accorder par brevet 
une pension qui lui assurât du pain sa vie durant , at- 
tendu que la gratification annuelle de 1,200 livres, que 
le cardinal lui avait assignée sur les revenus de l'évè- 
ché de Montpellier, ne reposait pas sur un fonds so- 
lide. Fieury chargea de Bernage de rassurer son agent 
et de lui dire qu'il était satisfait du zèle qu'il avait dé- 
ployé dans Taffaire de Durand, qu'il ne l'abandonne- 
rait point et qu'il aurait soin u de pourvoir à sa subsis- 
tance. » 

Desboze , prieur et curé de Saint-Félix, qui avait été 
appelé à Montpellier comme témoin , écrivit , dès le 
10 avril, à Ladevèze qu'il n'était plus en sûreté dans sa 
paroisse parce qu'il passait pour être l'auteur de la cap- 
ture de Durand. Il lui disait : « Si Monseigneur l'inten- 
dant voulait bien s'intéresser à moi à la Cour, il lui se- 
rait facile de me procurer une pension sur quelque 



(i) Il existe, à notre connaissance, neuf relations anciennes de la prise et 
de l'exécution de Durand, imprimées et manuscrites. Imprimées : llisloiif. 
de la prise de feu M. Durand (dans Meynadier . p. 41-5Q); Relation dr 
l'exécution de M. Durand {Idem, p. 98-101); Claris, Relation de la niori 
de M' Pierre Durand {Bulletin, etc., t. XXXIII, p. 74-76); — Manuscrites: 
Relation de la mort de 'I. Pierre Durajid (ms. Court, n" 17, vol. H); Récit 
de la mort de Pierre Durand (ms. Court, n° 17, t. Z); Une courte et 
exacte relation delà mort de M. Durand, (ms. Court, n» 17, t. H); Rela- 
tion de la mort de M. Pierre Durand (Idena) ; une autre Relation dans 
ms. Court, n" i , l. X : une autre dans Court, Hialnire des martyrs l'ms. 
Court. n° %()]. 



I ^o HISTOIRE DES PROTESTANTS 

bénéfice de nomination royale ou un bénéfice même. Je 
vous prie de vouloir bien le lui inspirer en lui exposant 
le danger où je suis; et, s'il voulait bien avoir cette 
bonté, je vous prie d'avoir celle de m'en avertir pour 
que je puisse en même temps faire agir auprès de mon 
évéque ou d'autres personnes. » 

Pour le moment, Desboze toucha 3,000 livres et put 
ainsi satisfaire sa cupidité , qui était fort connue de ses 
supérieurs, notamment de l'évêque de Valence, dont il 
était le ressortissant et qui avait eu à le reprendre sévè- 
rement pour ce vice. Des 1,000 livres restantes, 600 fu- 
rent attribuées au sergent et aux soldats qui avaient ar- 
rêté le martyr, et 400 à divers autres espions. Astier et 
ses deux fils ne durent pas être oubliés. On préleva les 
4,000 livres sur les amendes infligées aux protestants. 
Ainsi, par le renversement de toute justice, ils étaient 
obligés de payer les gens qui envoyaient leurs pasteurs 
au gibet. 

Le premier synode du Vivarais (21 mai 1732), qui se 
réunit après la mort de Durand , consigna dans ses ac- 
tes l'expression des regrets que lui causa la mort d'un 
si grand serviteur de Dieu. « Ayant considéré, disent- 
ils, le malheur de nos Eglises et fait réflexion sur la 
perte irréparable qu'elles viennent de iaire en la per- 
sonne de feu notre très cher et bien aimé frère M. Du- 
rand , qui les a servies avec beaucoup d'édification et 
qui a scellé de son sang la vérité de l'Evangile qu'il 
avait prêchée au milieu de nous; — la vénérable com- 
pagnie , touchée de reconnaissance des grands services 
que feu notre cher pasteur a rendus pendant sa vie aux 
Eglises de notre Vivarais; en conséquence de cela, elle 
a ordonné qu'il sera fait une collecte générale sur tou- 
tes nos Eglises pour payer les arrérages qui étaient dûs 
à feu notre frère bien -aimé; laquelle sera employée, 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. I5I 

non seulement pour payer les sommes qu'il pouvait de- 
voir, mais aussi pour entretenir mademoiselle Durand, 
sa veuve , de même que ses chers enfants. La compa- 
gnie du synode a aussi arrêté qu'on continuera de payer 
à ladite demoiselle Durand, autant que cela sera néces- 
saire , les gages qui étaient assignés à monsieur son 
mari. » 

Autrement, l'arrestation de Durand n'avait pas ar- 
rêté le cours des assemblées du désert. Du 20 au 25 
mars , il y en eut deux : l'une présidée par le pasteur 
Fauriel-Lassagne dans la paroisse de Saint-Jean-Cham- 
bre , l'autre à Gallimard dans la paroisse de Vernoux , 
présidée par Brunel. 

Lassagne jugea toutefois nécessaire de s'éloigner 
pour quelque temps après la condamnation de son col- 
lègue. Il se rendit à Genève, puis à Lausanne, où il put 
consoler la femme du courageux confesseur. Elle avait 
été déjà prévenue de l'arrestation de son mari par Court 
et dut l'être aussi par lui de son supplice. Anne Du- 
rand , soutenue de Dieu , fut admirable de résignation. 
(( Dieu me l'avait donné, dit-elle. Dieu me l'a ôté, que 
sa volonté soit faite! » Elle ajoutait toutefois : « Mais 
il me manque temps! » La femme de Corteiz . qui 
était à Zurich, lui écrivit pour la fortifier, et elle lui ré- 
pondit d'une façon si admirable que sa lettre fut traduite 
en allemand pour ceux qui ne connaissaient pas le fran- 
çais. « Personne, » ajoutait Isabeau Corteiz, « ne la lit ni 
ne l'entend sans pleurer. » 

La mort du pasteur du Vivarais inspira la muse des 
poètes populaires du pays, qui composèrent à son sujet 
quatre complaintes. Ces poèmes naïfs sont parvenus 
jusqu'à nous et comprennent près d'un millier de vers. 
Leur rythme laisse beaucoup à désirer, mais, comme le 
dit Benoît , ils << intéressent par leur inspiration reli- 



1^2 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

gieuse et comme reflet de l'impression produite sur les 
contemporains. Ils nous transportent au milieu de ces 
jours d'héroïsme chrétien , où croire était synonyme de 
souffrir, et où la souffrance même ne faisait qu'exalter 
la foi. » 

Un élève de Durand, Pierre Peirot, qui fut reçu 
prédicateur le 30 mai 1733 , rendit aussi hommage à la 
constance de son maître dans un discours remarquable 
qu'il prononça en septembre 1732. c Notre cher pas- 
teur, disait-il, était plus heureux dans la prison et à 
l'heure de la mort que l'intendant sur son trône et au 
milieu de ses trésors. » 

Pendant que les protestants et leurs pasteurs étaient 
traités comme des ennemis de l'Etat, il est bon de mon- 
trer le soin jaloux avec lequel ils observaient les lois 
de leur pays pour autant qu'elles ne portaient pas at- 
teinte aux droits imprescriptibles de la conscience. 
Quelques protestants du Vivarais s'étant permis d'intro- 
duire en France des marchandises prohibées , comme 
du tabac et des toiles indiennes, le synode du 21 octo- 
br3 1733 fit défense à tous ceux qui acceptaient la dis- 
cipline des Eglises réformées, « de quelque condition 
qu'ils fussent, d'aller chercher dans les pays étrangers 
ou d'apporter de telles marchandises contre les ordon- 
nances de Sa Maiesié, à la réserve des livres de piété, 
qui sont nécessaires pour l'instruction du peuple. » Le 
synode les exhorta à s'abstenir d'un tel commerce, qu'il 
considérait « comme illégitime et indigne de véritables 
chrétiens, » afin que, par l'observation de cet article, 
ils donnassent « des preuves de leur affection , de leur 
fidélité et de leur soumission aux édits de Sa Majesté 
dans toutes les choses où Dieu n'est point offensé (1). » 

(i) Coquerel, i. I , p. î;. %2^ , 526. Peyrat . l. Il, p. 4a>. Hugues, t. Il, 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. IÇ? 

CONTI^IUATION DES ASSEMBLÉES. AMENDES. ENLÈVE- 
MENTS d'enfants ET DE JEUNES FILLES. CONDAM- 
NATIONS (1733-173 5)- 

La mort de Durand ne ralentit pas, comme on l'a 
déjà dit, le cours des assemblées du désert, qui se 
réunirent aussi nombreuses et aussi fréquentes qu'aupa- 
ravant. Cette cruelle épreuve raviva même en général le 
zèle des protestants du Vivarais , qui montrèrent un at- 
tachement de plus en plus vif pour leur religion , quoi- 
que les agents de l'autorité , stimulés par le cardinal 
Fleury qui, à partir de 1733 , se montra plus sévère à 
l'égard des protestants , eussent recommencé à faire 
payer à ceux-ci des amendes considérables , qui les 
avaient déjà appauvris trois ans auparavant (1730), et 
qu'on pratiquât parmi eux , sur une large échelle , les 
enlèvements d'enfants et de jeunes filles. 

Parmi ces dernières quelques-unes parvinrent à s'é- 
chapper des couvents qui leur servaient de prison. Tel 
fut le cas d'Antoinette Collongin, enfermée dans le cou- 
vent de Sainte-Claire, à Aubenas. Le lundi, 2 août 1734, 
M. Peirot et un autre monsieur, sous prétexte de la 
voir, lui remirent une note, qui lui révélait les détails 
du dessein qu'ils avaient formé de la délivrer. La nuit 
même qui suivit leur visite , à une heure avant le jour , 
ils lui firent passer une corde au moyen d'une ficelle 
qu'ils lui avaient remise et qu'elle fit couler jusqu'à eux; 
puis, lorsqu'elle fut descendue au pied des murailles du 
couvent, ces deux messieurs la firent monter sur un 



p. 97, 98. Meynadier, p. 40-127. Borrel, Pierre et Marie Durand, p. 22-25. 
Benoît, Marie Ditrand, p. 61-155. Corbière, Histoire de l'Eglise réformée 
de Montpellier, p. 40Ç. Bulletin, etc., t. I , p. 389; VII, 464; XI, 89, 98; 
XXXIII, 74. Ms. Court, n" R. Arch. de l'Hérault, C, 201 ; etc. 



I S4 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

cheval et elle s'enfuit au plus vite avec ses deux com- 
pagnons , qui avaient chacun une monture. 

La plus jeune sœur d'Antoinette , Manon Collongin, 
qui avait été enfermée au Pont-Saint-Esprit , eut à es- 
suyer les plus rudes assauts. « Depuis le matin Jusqu'au 
soir on ne me laisse jamais en repos, » écrivait -elle... 
« M. Arnufle , le missionnaire , ne me quitte guère ; le 
désespoir m'emporte. ^> La pauvre jeune fille finit par 
succomber, mais « le jour qu'elle fit cela, » disait sa 
sœur, « elle resta plus de trois heures morte. On se ré- 
jouit beaucoup de cela et elle était dans la tristesse! On 
fit sonner les cloches, on illumina toute l'Eglise , on la 
tapissa et on fit un sermon à son sujet, croyant d'avoir 
fait une bonne prosélyte, et on a fait une hypocrite. » 
Quatre ans après, le 17 décembre 1738, la malheu- 
reuse était devenue tout à fait catholique. Elle ne vou- 
lait plus lire les livres protestants et sa sœur désespé- 
rait de la ramener. On peut conclure de là, que les 
religieuses du couvent, la jugeant suffisamment affermie, 
lui en avaient ouvert les portes. 

La même année 1734, d'autres jeunes filles réussirent 
à s'évader du couvent de Privas, savoir la Chauvet du 
Vignal, l'Henriette de Durand de Cordier, et la fille de 
Boissy de Saint-Jean-Chambre. Les religieuses croyaient 
pourtant cette dernière tout à fait convertie. Aussi, 
grand fut leur désappointement quand elles s'aperçurent 
de son évasion. D'autre part, une veuve Bospoloux, 
qui avait été enfermée au Pont-Saint-Esprit, fut.rendue 
à la liberté. 

Pendant ce temps, les divers soldats du régiment de 
milice de mignons furent cantonnés à Privas , à Saint- 
Pierreville, au Cheylard, à Saint-Agrève et à Chomé- 
rac , et on pensait qu'ils y passeraient l'hiver. 

L'année suivante (5 mai 1735)), les curés rebaptisé- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. IÇ^ 

rent un grand nombre d'enfants , et les enlèvements de 
filles continuèrent, mais suivant un nouveau plan. Au- 
trefois, on signifiait par écrit Tordre de réclusion aux 
jeunes filles qu'on voulait enfermer dans des couvents , 
de sorte que, prévenues d'avance, elles avaient le 
temps de se réfugier en lieu sûr. A dater de cette épo- 
que, les archers se rendaient directement auprès d'elles, 
sans les avertir, et les arrêtaient sur l'heure, en leur 
montrant les ordres dont ils étaient porteurs. La fille Va- 
lette de la Combe du Pré, la sœur de Féraud de Saint- 
Christol et plusieurs autres furent enlevées de cette ma- 
nière. 

De leur côté , les messieurs catholiques de Saint- 
Agrève déployaient un grand zèle contre ceux de la re- 
ligion. Ils firent emprisonner un jeune homme de leur 
pays, nommé Cereyson, pour l'obliger à faire bénir son 
mariage à l'église; ce qu'il promit et exécuta : et un au- 
tre, nommé Paul Roche dit Combet, pour qu'il chan- 
geât de religion, mais il s'y refusa obstinément. Ils vou- 
lurent aussi se saisir de Jacques Fay, qui se rendit sur 
l'heure auprès de Ladevèze , à qui il raconta ce qui se 
passait à Vernoux ; puis , sur la réponse affirmative qu'il 
fit à ce commandant, qui lui demandait s'il avait épousé 
au désert, ce dernier lui dit que « cela suffisait , que le 
roi pardonnait de tels mariages et qu'on n'avait pas la 
permission de le chagriner. » Il lui remit ensuite une 
lettre pour M. Bollon , de Saint-Agrève , et Roche lui- 
même fut rendu à la liberté ( i). 

CAPTURE DE BERNARD (14 JUIN I734-I736), CONDAM- 
NATIONS DIVERSES (1737). 

Ce prédicateur, après le supplice de Durand, avait 

iij Bulletin, pI<\, l. XXXIl, p. i6i-i68. Ms. Court, n" 17, t. B. 



1^6 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

aussi quitté le Vivarais et s'était réfugié dans une métai- 
rie, près de Loriol en Dauphiné (mai 1732); mais sa pré- 
sence en ce lieu ayant été dénoncée à Ladevèze, ce der- 
nier le fit arrêter le 14 juin 1734 par des soldats, qui , 
après avoir commis de grands dégâts dans la maison , 
le conduisirent à Beauregard. Il fut jeté dans un mé- 
chant cachot, y languit six mois et, après ce temps, fut 
emmené à Montpellier, où ses juges le condamnèrent à 
être enfermé sa vie durant au fort de Brescou. 

Bernard avait d'abord donné dans l'inspiration et sus- 
cité des difficultés à Durand dans son oeuvre de réorga- 
nisation disciplinaire, comme on l'a vu plus haut 
(page 112), mais il était revenu peu à peu à des idées 
plus justes sur la nature du ministère évangélique et de 
l'Eglise, et aida considérablement Durand dans le réta- 
blissement de l'ordre. Il avait peu d'instruction , mais 
un zèle infatigable. Laboureur, il travaillait le jour et 
prêchait la nuit. Il ne touchait aucun salaire des Eglises, 
quoiqu'il dût pourvoir à l'entretien de sa famille, com- 
posée de sa femme, de trois ou quatre filles et d'un fils 
de quinze ans, et qu'il eût payé des amendes ruineuses, 
parce qu'il n'avait pas voulu envoyer ses enfants à la 
messe. Dénué de tout dans sa prison, il pria le synode 
du Vivarais du 1 i octobre 1735 de l'assister ; ce que ce 
vénérable corps s'empressa de faire. Le 16 novembre 
suivant, Fauriel-Ladreyt et Mathieu Morel dit Duver- 
net , étudiants du Vivarais au séminaire de Lausanne, 
et Paul Faure , pasteur du Dauphiné, qui se trouvait 
pour lors en Suisse, rendirent de lui le meilleur témoi- 
gnage ; et ce fut sans doute à leur recommandation que 
de Frey , pasteur de Lausanne, fit tertir à Bernard, Je 
12 avril 1736, 30 livres de France (i) 

^lj Ms. Court, n» 17, t. P. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. \i,J 

Né avant 1680, Bernard avait été emprisonné une 
première fois au Pont-Saint-Esprit à une époque que 
nous ignorons, puis une deuxième fois, en 1716, comme 
on l'a vu plus haut (page 102), sur la dénonciation du 
traître Lapise, qui le fit arrêter dans une maison que le 
pieux prédicateur possédait près de Lavoulte. 

Un an environ après, le 29 mars 1735, on surprit une 
assemblée , présidée dans la grange de Feyssier, dite 
la grange des Blaches, par le prédicateur Antoine Gou- 
non dit Pradon. Plusieurs des assistants furent arrêtés 
et conduits , les uns à Nîmes , les autres au Pont-Saint- 
Esprit ; puis tous ensemble à Montpellier, où de Ber- 
nage leur fit leur procès, le i^"" mars 1737. 

Louis Trapier , François de Fiales , propriétaire à 
Bruzac , Noël Vey, tisserand de Saint-Georges, Jean 
Clergue dit Nodon, André Pinet, contumace, et 
Jean-Jacques Gay, également contumace, furent con- 
damnés aux galères perpétuelles; — Marie de Goulet, 
(femme de Noël Vey), Isabeau Menet (femme de Fran- 
çois de Fiales), et Jeanne Menet, sa sœur, âgée d'en- 
viron quinze ans, à être rasées et enfermées à la tour 
de Constance leur vie durant; — la grange de Feyssier, 
à être démolie jusqu'aux fondements, — et les nouveaux 
convertis de Beauchastel , Charmes, Le Pape, Pierre- 
gourde et Saint-André de Bruzac, à payer 600 fr. 
d'amende pour le roi et les frais de la répartition. 

Matthieu Rostaing, qui avait été arrêté à l'occasion 
de la même assemblée, fut mis hors de cour, et le pro- 
cès de Gounon renvoyé Jusqu'à de plus amples informa- 
tions. Les biens des condamnés furent confisqués, dis- 
traction faite du tiers pour les femmes et les enfants et 
de la somme de 1022 livres pour les frais du procès. 

Ajoutons que Isabeau Menet accoucha d'un fils au 
Pont-Saint-Esprit et fut rendue folle à sa famille le 



1^8 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

5 mars 1750; que Jeanne Menet parvint à s'échapper, 
l'année même de son incarcération à la tour de Cons- 
tance, et que de Fiales , entré au bagne de Marseille, 
le 2} mai 1737, mourut à l'hôpital de cette ville le 
24 avril 1742 (1). 

L'année d'avant le jugement de ces prisonniers , le 
Dauphiné manquait de pasteurs. Le synode du Vivarais 
du 25 avril 1736 lui prêta pour un an Jean Blachon, qui 
avait été reçu prédicateur le 21 octobre 1733 , et qui 
rentra dans sa province le 7 octobre 1737, muni de 
<« bons témoignages de sa doctrine et de sa sage con- 
duite. » 

ÉTAT INTÉRIEUR DU PROTESTANTISME EN VIVARAIS ET 
EN VELAY. ARRESTATIONS DIVERSES. ENLÈVEMENTS 
DE JEUNES FILLES. DEUX ÉVASIONS. MARIAGES DU 
DÉSERT INQUIÉTÉS. POURSUITE DES MINISTRES. 
PRISONNIERS DE VALLON (1737-I738). 

A cette époque les protestants du Vivarais étaient 
desservis par deux pasteurs : Fauriel-Lassagne et Mo- 
rei-Duvernet (ce dernier avait été consacré à Lausanne 
le 12 novembre 1736), six prédicateurs ou proposants, 
et quatre étudiants. Jacques Boyer dit Debos , consa- 
cré à Lausanne en 1733 , avait dû cesser ses fonctions 
le 25 avril 1737 pour cause de santé. 

Les proposants étaient chargés d'instruire, d'exhorter 
et de faire respecter la discipline. Les plus avancés ré- 
citaient des sermons qu'ils avaient composés eux-mê- 
mes, et les moins avancés des sermons étrangers qu'ils 
apprenaient par cœur. Les uns et les autres étudiaient 



(1) Ch. Sagnier, La tour de Conslance, p. 120-126. Alex. Lombard, Isa- 
beau Menet, passiiu. Arch. de l'Hérault. C, 204. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. I i;q 

la théologie dans les traités de Pictet, Pégorier , Bler- 
val et autres, et étaient examinés tous les six mois par 
les pasteurs de la province. Pleins d'ardeur pour leur 
vocation et généralement intelligents, ils eussent pu 
avancer rapidement dans leurs études s'ils n'avaient été 
obligés de se déplacer sans cesse, de préparer leurs 
prédications, d'exercer la discipline; et si, d'autre part, 
ils eussent eu plus d'argent pour acheter des livres. 

Les étudiants, plus jeunes que les proposants, se bor- 
naient à faire la lecture dans les assemblées. Ils accom- 
pagnaient d'ordinaire un pasteur et commençaient géné- 
ralement leurs études par le Catéchisme d'Ostervald , 
qu'ils apprenaient par cœur et que le pasteur leur ex- 
pliquait. Ils continuaient par le grand Catéchisme de Sau- 
rin ou celui de Plantier. En sus du catéchisme quel- 
ques-uns , mieux doués, apprenaient le latin. Ces 
étudiants constituaient ce qu'on appelait dans le Dau- 
phiné des écoles ambulantes. 

Les pasteurs, les proposants et les étudiants voya- 
geaient toujours de nuit , et ne se faisaient connaître 
qu'aux personnes en qui ils avaient une pleine con- 
fiance. 

Pour ce qui est des assemblées, voici ce qu'on pra- 
tiquait à leur égard. 

Lorsqu'on les tenait près des villes ou des villages , 
où logeaient d'habitude des gens de guerre, on plaçait, 
dans le voisinage des casernes, des hommes sûrs qui 
épiaient les mouvements des soldats; et, à quelque dis- 
tance de l'assemblée, d'autres hommes qui, si besoin 
était, avertissaient les fidèles de l'approche des soldats. 

Si c'était un simple prédicateur qui présidait l'assem- 
blée, il faisait réciter aux jeunes gens, après le sermon, 
le catéchisme d'Ostervald et leur en donnait une expli- 
cation simple et familière. 



l6o HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Si c'était au contraire un pasteur, il donnait, après le 
sermon, la communion aux fidèles et supprimait le caté- 
chisme pour abréger le service. 

Les fidèles, suivant la recommandation expresse des 
synodes, assistaient sans armes aux assemblées. 

Les pasteurs avaient environ cinquante services à 
présider avant d'avoir fait le tour de toutes les Eglises 
du Vivarais. Ils s'arrêtaient généralement deux fois par 
an dans le même lieu, et donnaient toujours la commu- 
nion. Plus tard, quand leur nombre se fut accru, ils pu- 
rent visiter plus souvent leurs troupeaux. 

Quant aux prédicateurs, c'était soixante services qu'ils 
avaient à présider pour épuiser le nombre des Eglises 
de la province. Chacun d'eux devait visiter trois fois en 
six mois un certain nombre d'entre elles, et ceux qui 
donnaient un nombre moindre de prédications étaient 
réputés négligents et dignes de censure , à moins qu'ils 
ne fournissent de bonnes raisons pour se justifier. 

Pour ce qui est des simples fidèles « il faut obser- 
ver, » dit le pasteur Morel-Duvernet, à qui nous emprun- 
tons ces intéressants détails , « qu'il n'est aucun protes- 
tant qui fasse des actes positifs de catholique romain 
et qui , par exemple , assiste à la messe ; ou , s'il en 
est de tels , ils sont méprisés par tous les protestants 
fidèles et regardés comme des lâches et des tempo- 
riseurs. 

» Il faut observer, en second lieu, que les vrais pro- 
testants se déclarent publiquement religionnaires , ou, 
comme l'on parle, huguenots, même devant les magis- 
trats et les ecclésiastiques , avec qui les particuliers dis- 
putent dans plus d'une occasion sur la controverse. 
Pour les actes positifs de la religion protestante et en 
particulier les assemblées s'y font toutes en secret, si 
l'on en excepte la prière et la lecture qu'il est permis à 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. l6l 

chaque famille de faire, pourvu qu'il n'y ait point d'étran- 
gers dans la maison. 

» Remarquons, en troisième lieu, que les véritables 
religionnaires ont un grand empressement, soit pour les 
livres des auteurs protestants, soit pour les ministres. — 
Pour les livres d'abord, et ils en sont si avides qu'ils en 
achètent à un fort haut prix toutes les fois qu'ils en trou- 
vent et ils en demandent tous les jours. C'est principa- 
lement la jeunesse qui s'applique avec soin pour s'in- 
struire , et à cela ne contribuent pas peu les 
encouragements et les exhortations des pasteurs. De- 
puis trois ans la musique a fait en plusieurs endroits des 
progrès considérables, et rien n'y est plus commun que 
de voir des personnes de dix ou douze ans de l'un et 
l'autre sexe chanter très bien les louanges de Dieu. — 
Pour les pasteurs ensuite, car, en général, ils les respec- 
tent beaucoup et s'estiment heureux de les voir, de 
converser avec eux et de les loger dans leurs maisons : 
dispositions infiniment propres à rendre leur ministère 
efficace. 

» Mais autant ils ont d'empressement pour la religion 
et les ministres , autant les catholiques romains sont ar- 
dents à persécuter les uns et les autres. Cependant, 
pour accuser juste, il faut distinguer... Les protestants, 
qui vivent dans l'étendue des terres de l'évêque du Puy 
[François Charles de Beringhen], vivent fort en repos 
parce qu'il s'en trouve éloigné et qu'il se mêle peu d'ail- 
leurs des affaires qui regardent les religionnaires... Ce 
qui contribue encore à cette tranquillité, c'est qu'ils ont 
des ecclésiastiques commodes , bons vivants et qui 
usent à leur égard de tolérance et de support ; et cela 
pour deux raisons : la première, c'est que le nombre 
des réformés dans bien des paroisses est supérieur des 
deux tiers à celui des catholiques romains ; la seconde, 
II. 11 



102 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

c'est que les protestants leur font quelquefois de petits 
présents et tâchent de leur rendre à l'occasion quelques 
services pour se les rendre favorables. 

)> Mais quelle différence entre leur état et celui des 
fidèles du diocèse de Viviers, qui sont en plus grand 
nombre que ceux qui se trouvent dans les deux autres 
ensemble! L'évêque , qu'on nomme M. [François Re- 
naud] de Villeneuve , qui est des plus bigots et des plus 
ardents persécuteurs de la religion protestante , fait 
payer des amendes exhorbitantes à ceux qui n'envoient 
pas leurs enfants à la messe et aux instructions de 
l'Eglise romaine : amendes qu'on fait monter à 
vingt francs par tête tous les dimanches et tous les jours 
de fête; amendes qu'on a exigées depuis 1728 et qu'on 
exige actuellement avec la plus grande rigueur en bien 
des endroits. On laisse à penser dans quel triste état 
ces concussions réduisent un pauvre père chargé de 
sept ou huit enfants et médiocrement partagé des biens 
de la fortune. 

)) La malice ne se borne pas encore là. Dans toute 
l'étendue de son diocèse , il fait prendre pour les cou- 
vents les filles des chefs de famille qui ont du bien , 
oblige ceux-ci à payer leurs pensions et met en oeuvre 
tous les moyens imaginables pour rendre celles-là ca- 
tholiques, soit par le moyen des religieuses, soit par des 
missionnaires ou des jésuites (i). On ne saurait mar- 
quer ici au juste le nombre de celles qui ont été prises. 
Il suffira de dire qu'il n'en est aucune en état de payer 
sa dépense qui soit oubliée. On les prend depuis l'âge 
de huit ans jusqu'à quarante. Si les ordres pour les met- 



(i) L'évêque de Viviers « a déjà exercé des cruautés inouïes, faisant lui- 
môme l'office de prévôt en plusieurs occasions, oix il a marché à la tête des 
soldats et des maréchaussées » {Lettre de Chatelayi à EL Chiron, du 7 fé- 
vrier 1131, dans la Correspondance historique des deux Chirons). 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 163 

tre au couvent leur sont signifiés par avance, elles pren- 
nent Je parti de la fuite. C'est ce qu'un grand nombre 
ont fait, et plusieurs actuellement sont errantes et se 
cachent dans les lieux que la Providence leur fournit. 

» On pourrait produire ici des faits capables de tou- 
cher de compassion et d'amollir les cœurs les plus 
durs , si l'on voulait faire en détail , et avec toutes ses 
circonstances, l'histoire de bien des jeunes filles qui 
se sont trouvées dans ce cas. Quelques-unes, après 
s'être cachées plusieurs mois , voyant que les gens de 
guerre logeaient chez leurs parents et achevaient de les 
rumer, se sont vues obligées de se rendre entre les 
mains de leurs persécuteurs. D'autres, en plus petit 
nombre, parmi mille dangers, sont sorties du royaume. 
Des troisièmes se sont exposées à mourir pour s'éva- 
der des couvents, sortant avec des cordes ou se 
jetant en bas par des fenêtres d'une hauteur prodi- 
gieuse. Des dernières enfin, continuellement obsédées 
par des ecclésiastiques, ont de bonne foi changé de 
religion... » 

Comme illustration du récit de Morel , nous racon- 
terons , d'après Lombard (i), l'évasion merveilleuse de 
deux jeunes filles de quatorze à quinze ans , M"«^ Ju- 
ventin et Françoise de Delhomme, de Royas, qui avaient 
été enfermées dans un couvent. Ne voulant pas consen- 
tir à abjurer leur religion, elles résolurent de fuir. C'était 
en 1737. (( Ayant fait des cordes avec leurs draps de 
lit et les ayant fixées aux barreaux de la fenêtre , les- 



(i) Isabeau Menet , p. 26, 27. La France protestante {2" édit., vol. V, 
col. II 66}. M"° Delhomme se maria à Genève avec Balthazar Dupuy, ré- 
fugié de Dieulefit (Drôme), et leur fils unique Jean-François Dupuy, avec 
Suzanne Cholet. Eiéonore Dupuy, née de cette union, épousa Jean-Henry 
Kleffler, de Lindau (Bavière). Suzanne Kleffler, leur fille, qui représente la 
quatrième génération, s'est mariée avec l'auteur de la présente Histoire. 



164 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

quels étaient heureusement assez espacés pour leur 
livrer passage, elles descendirent de nuit dans le jardin 
de leur prison... Elles le firent sans accident ; elles fran- 
chirent de même le mur d'enceinte, s'échappèrent ainsi 
et se réfugièrent dans les bois... Il s'agissait alors pour 
elles de donner de leurs nouvelles à leurs parents. 
Comment le faire? elles n'avaient ni plume ni encre à leur 
portée. Mais le malheur rend ingénieux; elles se per- 
cèrent les veines avec une épingle et tracèrent avec 
leur sang quelques mots sur un papier, qu'un messager 
[c'était un berger] se chargea de leur transmettre. On 
put ainsi pourvoir à leurs besoins et leur préparer les 
moyens de fuir en pays étranger. Un fidèle domestique 
fut chargé de les accompagner et, comme cela avait été 
pratiqué dans plus d'une occasion pareille, voiturées 
dans des tonneaux , elles arrivèrent heureusement à Ge- 
nève. » 

<( Les fidèles religionnaires, » continue Morel-Duver- 
net , « qui ont fait bénir leur mariage aux pasteurs de 
l'Eglise protestante et dont le nombre monte à quinze 
ou seize cents , n'avaient pas été extrêmement persécu- 
tés jusqu'à présent. Mais les ecclésiastiques romains , 
voyant que le nombre en augmentait tous les jours , 
n'oubliaient rien pour les inquiéter, soit en faisant 
marcher des hommes pour les milices , soit en les 
faisant mettre en prison , soit en obtenant des ordres 
pour les faire séparer. Cependant , malgré tous leurs 
efforts , le plus grand nombre de ces mariages sont 
tranquilles, et il y en a même qui ont produit le certifi- 
cat de la bénédiction de leurs mariages sans qu'on les 
ait inquiétés. 

» Si telle est la persécution contre les protestants en 
général, on peut aisément juger ce qu'elle doit être 
contre les ministres en particulier. Ils sont regardés 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 165 

comme les premiers moteurs de tout. En voilà plus 
qu'il n'en faut pour leur attirer toute la haine et toutes 
les violences des catholiques romains bigots et acharnés 
contre la religion. C'est à eux principalement qu'on en 
veut. Espions qui les guettent en divers endroits et le 
jour et la nuit , sollicitations à la trahison , calomnies , 
promesses de compter aux délateurs de grosses som- 
mes d'argent, détachements de soldats durant la nuit 
dans les terres qu'on soupçonne leur servir de refuge : 
tout est mis en usage pour se saisir de leurs personnes 
et pour les prendre; et il semble que si la Providence 
les conserve au milieu de tous ces dangers, ce n'est 
que par une espèce de miracle. 

» Après tout ce qui vient d'être dit , » ajoute Morel- 
Duvernet, a les personnes sensées peuvent juger si les 
protestants du Vivarais peuvent manquer d'être extrême- 
ment appauvris. On peut le dire , tout concourt à les 
rendre misérables : stérilité de pain, petites récoltes 
depuis plusieurs années, surchargement d'impôts, 
mihces , amendes , couvents , toutes ces choses se 
réunissent pour les réduire dans l'état triste où, généra- 
lement parlant, ils se trouvent aujourd'hui. Ne peu- 
vent-ils pas avec bien de la raison tenir le langage d'un 
prophète : Contemple^ et voye^ s'il y a une douleur pa- 
reille à la mienne ? On laisse à penser à tous les gens 
équitables, tendres et compatissants aux souffrances des 
malheureux, s'il est dans l'Europe des hommes dont la 
situation soit plus triste , l'affliction plus cuisante , la 
servitude plus dure et plus digne de la compassion de 
tous ceux qui aiment leur prochain et plus encore leurs 
frères en Christ. » 

Morel-Duvernel, dans une lettre du i8 mars de cette 
même année 1737, ajoute que, de concert avec son 
collègue Fauriel-Ladreyt, ils envoyèrent en Hollande 



l66 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

une relation de douze pages sur l'état des protestants 
du Vivarais. Il est vraisemble que cette relation n'est 
autre que le mémoire que nous venons de rapporter 
en partie (i). 

Son contenu, du reste, est confirmé par une lettre de 
Jomaron, subdélégué de Grenoble, au cardinal Fleury 
à la date du 6 juin 1737 : « On me mande, » lui écrit-il, 
« que Monseigneur l'évêque de Viviers poursuit avec tant 
de vivacité les religionnaires de son diocèse que quel- 
ques-uns d'entre eux ont été forcés d'en sortir et sont 
venus se réfugier en Dauphiné , dans les lieux de Li- 
vron et de Loriol, qui sont peuplés de nouveaux con- 
vertis (2). » 

L'année suivante (1738), le curé de Vallon, nommé 
Charay , qui cherchait toutes les occasions de nuire 
aux protestants, si bien que l'évêque de Viviers lui- 
même , auprès de qui on avait porté plainte à son sujet, 
décida de le changer de paroisse, voulut, avant de partir, 
« donner entièrement l'essor à sa haine implacable , » 
et dénonça au sieur de La Veissière , capitaine au 
régiment de Cambresis , commandant à Vallon, une as- 
semblée qui se tenait dans la nuit du 4 au 5 mars dans 
le « bois de Vallon et aux environs d'une caverne appelée 
La Baume Tranchade. » Quatre cents personnes environ 
y assistaient. Le capitaine arrêta près de la grotte 
Louise Peschier (femme de Pouget-Silhol), Marie Pou- 
get sa fille, Marguerite Dugas (femme de Jacques 
Peschaire) , qui avait un enfant à la mamelle, et chez 
eux, parce qu'ils ne se trouvaient pas cette nuit dans 
leurs maisons : Claude Salavert, François Alzas, Fran- 
çoise Massot (femme d'Antoine Ollier, chirurgien) , et 

(i) ReAniion dressée pur Morel dit Duverncl (Ms. Court, n" 17, t. B ; 
11» I, t. XI). 
(2) A. Champollion-Figeac, Ghron. Dauph., i'' période, p. 166. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 167 

Jean Silhol (fils de David Silhol). Par ordonnance du 
24 suivant de de Bernage, intendant du Languedoc, le 
subdélégué Dupuy , de Villeneuve-de-Berg, fit des 
informations. Les sept prisonniers avaient été écroués 
au château de Beauregard , dès le i6 mars , sur les in- 
stances de Charay. Ils y languirent neuf mois et demi 
« dans la dernière misère. » Les hommes furent ren- 
fermés dans des basses fosses, et François Alzas 
reçut de d'Enerville, officier du régiment dauphin et 
commandant du château , des coups de canne en grand 
nombre parce qu'il chantait des psaumes. M™® de 
Brizieux, sœur de Jean de La Baume, comte de Vallon, 
s'efforça d'adoucir la captivité des prisonniers en leur 
envoyant de Valence, où elle résidait, des vivres, des 
matelas et autres objets mobiliers. Le comte de Vallon, 
qui était capitaine des gardes françaises et demeurait à 
Paris, adressa, aussi en faveur de ses vassaux, un pla- 
cet au comte de Saint-Florentin. Eux-mêmes demandè- 
rent leur élargissement, vers la fin de l'année, à l'inten- 
dant, qui rendit son jugement le 4 janvier 1739. 
Françoise Massot et Jean Silhol , qui n'avaient pas as- 
sisté à l'assemblée (le second avait été pris pour son 
père), furent renvoyés des fins de la plainte. Pour les 
autres, Bernage décida qu'il serait plus amplement 
informé et qu'ils demeureraient en prison encore un mois. 
Quant aux communautés de Lagorce et de Vallon, com- 
posant l'arrondissement de ce dernier lieu, elles eurent 
à supporter 400 livres d'amende et 478 1. 6 s. 4 d. de 
frais. 

Un sieur Durand, de Vais, était détenu vers le 
même temps au château de Beauregard, parce qu'il avait 
fait bénir son mariage au désert par un ministre. Il de- 
meura en prison trente-quatre mois, dont douze dans 
une basse fosse. Il sortit sur un ordre de Ladevèze. Sa 



l68 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

femme fut mise à la tour de Constance , où elle était 
encore en mai 1742 (i). 

ARRESTATION ET MORT TRAGIQUE DU PASTEUR MOREL- 
DUVERNEt(i4, 15 FÉVRIER I739). CONDAMNATION 
DE SES CO-DÉTENUS (8 FÉVRIER I740). 

Les pasteurs Morel-Duvernet et Fauriel-Ladreyt, qui 
venaient de raconter d'une façon si touchante la dou- 
loureuse situation qui leur était faite par leurs persécu- 
teurs, ne se doutaient pas qu'ils en seraient bientôt les 
victimes. 

Le samedi 14 février 1739, Anne Rochebilliére, veuve 
de Jacques Antoine Ladreyt, tanneur de Lamastre , 
dont le fils passait pour un espion , après avoir blanchi 
du linge pour Louise Peyron, âgée de quarante-quatre 
ans et fille d'un ménager de Lamastre , avertit le sieur 
Dumas, curé de Macheville, paroisse très rapprochée 
de ce dernier lieu, qu'un ministre (c'était Duvernet) 
devait être logé chez cette veuve. Sans tarder, Dumas 
en informa par lettre un gentilhomme de Lamastre , 
nommé Jean de Reboulet, seigneur de Durbilhac, qui 
commandait une compagnie de paysans. La lettre était 
anonyme, mais Durbilhac reconnut l'écriture du curé et 
courut chez lui. Après un court entretien, Dumas fit ar- 
mer son frère, qui était apothicaire , tandis que Durbil- 
hac requérait l'assistance du nommé Saignard et donnait 
l'ordre à Chalavons, voisin delà Peyrone, de faire bonne 



(i) F a.Us Arrives en Viuarez (Ms. Court, n" 17, t. R). LeUre de ChatcUin 
à El. Chiron, du 27 janvier 1139 (Correspond, histor. des deux Chirons). 
Ollier de Marichard, Essui historique sur les seigneurs de Vallon, elc, 
p. 2Ç, 26. Requête de François Alzas, Marguerite Dugas et autres à l'in- 
tenda^it du Languedoc (ms.) , communiqué par M. Ollier de Marichard. 
Arch. de l'Hérault, C, 20J. 



DU VIVARAIS ET DU VELA.Y. 169 

garde autour de la maison de cette dernière, pendant 
que lui même irait demander au père Ponsonnel, syndic 
du collège du Puy, qui se trouvait pour lors au prieuré 
des jésuites de Macheville, d'envoyer quatre hommes 
sur les lieux. Une heure après, Chalavons fit dire à la 
cure qu'il venait d'apercevoir le ministre une serviette 
au col et un plat à barbe à la main, jetant de l'eau par la 
porte. Durbilhac prend aussitôt avec lui le notaire 
Gourbis, procureur juridictionnel de Lamastre, le sieur 
de Girons , châtelain du même lieu , et trois autres , et 
va frapper à la porte de la veuve Peyron, qui lui ouvre. 
Gomme, au même instant, on crie du jardin que le minis- 
tre soulève le couvert pour s'échapper, Gourbis s'élance 
dans le galetas, trouve le ministre sur un tas de fagots 
et courbé sur le toit pour faire sauter les planches , le 
saisit et l'amène à Durbilhac, en disant : <( Voilà 
l'homme. » On lui fit alors mille insultes. « On lui cra- 
chait au visage, » dit le mémoire de M"^ Ghatelan , 
« on lui tournait sa perruque, » et Durbilhac s'empara 
de ses papiers, de sa montre et de son argent. LaPey- 
rone fut aussi arrêtée avec Matthieu JVTorel, neveu et 
élève de Duvernet, et âgé seulement de quinze ans. 
Puis , quand on eut garotté les trois prisonniers et pillé 
la maison de la Peyrone, qui était riche, on les en- 
ferma dans le prieuré des jésuites. Quant au fils et à la 
fille de M. Ghazal , de Lamastre, qui étaient aussi avec 
Duvernet, ils furent assez heureux pour s'échapper, 
ainsi que l'apothicaire Antoine Gluzel , dit La Blache, 
qui était venu raser ce dernier. 

Duvernet fut admirable de résignation et de douceur. 
(( On m'a arrêté, » disait-il, » on a arrêté aussi Durand, 
on en arrêtera bien d'autres , parce qu'il ne manque pas 
de ministres. » Puis le curé Dumas lui ayant demandé 
d'un air de mépris s'il savait quelque chose, le pasteur 



170 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

lui répondit : « Vous devez bien juger que je n'occupe- 
rais pas Ja place que je tiens sans savoir , puisque je 
suis ministre par la grâce de Dieu , que j'ai reçu l'im- 
position des mains et n'ai été envoyé en Vivarais que 
pour les fonctions de pasteur. » Le curé ayant répliqué 
que les assemblées ne tendaient qu'à la révolte, Duver- 
net se borna à sourire. 

De l'argent fut offert aux sentinelles qui gardaient le 
prisonnier pour le laisser sauver, mais on ne put les sé- 
duire ; et, le lendemain, Duvernet, son neveu et la Pey- 
rone , partirent pour Tournon , montés sur des chevaux 
et conduits par Durbilhac, escorté de trente à quarante 
paysans. Une foule considérable de religionnaires se 
portèrent sur la route pour le voir et le saluer une der- 
nière fois; des sources catholiques disent que c'était 
pour l'enlever dans les vallons qui avoisinent Lamastre , 
mais cela paraît peu vraisemblable. 

Arrivés à Colombi le jeune, autrement dit aux Croix, 
à deux lieues environ de Tournon, la troupe voulut se 
rafraîchir et entra dans un cabaret, à l'exception de trois 
hommes , restés dehors pour garder Duvernet , qui 
n'avait pas voulu se joindre aux buveurs. Pendant que 
la troupe ne songeait qu'à se désaltérer , le sergent ou 
huissier Pierre Ducros, au bras duquel on avait attaché 
le ministre pour plus de sûreté, ému de compassion en- 
vers lui, lui prête un couteau pour couper sa corde, et 
il s'échappe ; mais les deux autres hommes de garde 
crient sur le champ : au secours ! Durbilhac sort avec 
ses paysans, commande le feu , fait feu lui-même et le 
malheureux Duvernet tombe frappé de trois balles : une 
à la tête, l'autre à l'épaule et la troisième aux reins. 
Quand on l'eut relevé de terre , sa première parole fut 
pour pardonner à ses meurtriers, puis il fit sa prière. On 
le mit ensuite sur un cheval pour qu'il pût continuer sa 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. I7I 

route, mais il ne vécut pas plus d'une demi-heure. 
Transporté à Tournon , on jeta son cadavre dans une 
basse fosse en compagnie de la Peyrone et d'un petit 
chien qui appartenait à cette dernière. Quant à Morel 
neveu , il fut enfermé dans un autre cachot. Le lende- 
main, on enterra le corps du martyr au pied d'une croix 
au bord du Rhône et on lui donna pour chevet le petit 
chien , qu'on eut la cruauté de jeter tout vivant dans la 
fosse. Les misérables, qui vaquaient à cette lugubre 
cérémonie, disaient par manière de plaisanterie que le 
ministre aurait de quoi manger et boire et qu'on en- 
terrait deux bêtes à la fois. Quant à Ducros, il fut 
arrêté. 

Si les deux compagnons de Duvernet n'avaient pas 
dit que le défunt était ministre, ses meurtriers ne l'au- 
raient jamais su. On crut même dans le public que c'était 
le prédicateur La Vertu. 

« La Peyrone et le petit Morel, » dit M'^^ Chatelan, 
« furent interrogés par [Robert] Dumolard, [subdélégué 
de l'intendant] (i), et, afin de faire parler ce jeune 
homme, Dumolard le fît pendre par les cheveux à un 
plancher et deux soldats avaient ordre de le faire pi- 
rouetter de temps en temps. On lui fit soufTrir des tour- 
ments horribles. Sa tête en fut toute écorchée. Dans 
les tourments il dit tout ce qn'on voulut , mais il se ré- 
tracta après. La Peyrone fut fort maltraitée aussi, 
mais en paroles. Elle ne convint pas d'avoir logé 
M. Duvernet en qualité de ministre , mais seulement 
comme étranger et comme passant. » 

« De Tournon, la Peyrone, Morel et Ducros, » 



(i) C'était le fils de l'ancien subdélégué Saint-Ange-Robert Dumolard. Le 
Dumolard actuel était bailli du comté de Tournon , conseiller du roi au sé- 
néchal et présidial de Nîmes, et seigneur de Châteauneuf. 



172 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

dit un autre document , « furent conduits à Beauregard 
et les deux premiers mis dans deuxcrotons (i) séparés. 
Peu de jours après, on arrêta M'^*' Chazal [Françoise 
Fontbonne, veuve 'de Jean-François ChazaI], et Broé 
[Jacques François] , ancien notaire de Lamastre. La 
première était accusée d'avoir donné retraite à M. Du- 
vernet, et M. Broë de l'avoir accompagné. Pour le 
même sujet furent arrêtés M. Dunière [Paul], père, âgé 
de quatre-vingt quatre ans, [domicilié à la Roche, près 
Saint- Agrève], et fort incommodé, Dunière [Pierre] fils, 
et une fille du même, nommée Marguerite, accusée 
d'intelligence avec M. Duvernet ; et enfin fut arrêté Mo- 
rel [Jean], frère de M. Duvernet, qui fut le plus mal- 
traité. Il fut enfermé l'espace de trois mois dans un cro- 
ton, pas élevé de trois pieds et fort étroit, qui était rem- 
pli de vers. La chaleur, la pourriture, les excréments 
en faisaient une fournaise ardente. On ne saurait se re- 
présenter tout ce que ce malheureux eut à souffrir. » Un 
jour on alla jusqu'à lui donner pour compagnon un bri- 
gand de grand chemin qui fut roué vif. On apporta pour- 
tant quelque adoucissement à ses maux , grâce aux sol- 
licitations d'une dame qui, touchée de son triste état, 
pria M. Dupont-Balles, qui demeurait à Soyons, de 
s'intéresser à son sort. Le jeune Morel fut laissé huit 
jours dans le croton oij on l'avait enfermé. Il priait et 
chantait les louanges de Dieu , et dit un jour à Dumo- 
lard : « Vous croyez de m'avoir fait enfermer dans les té- 
nèbres , mais la clarté de Dieu resplendit tout autour 
de moi. » 

L'intendant de Bernage fit traduire les prisonniers à 
MontpeiHer et les jugea le 8 février 1740. Le jeune 
Morel fut condamné aux galères perpétuelles (on le 

(i) Cachots bas et obscurs. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 173 

libéra vingt et un ans plus tard, en février 1761, avec 
défense de s'établir dans le Languedoc) , et la Peyrone 
à être rasée et enfermée sa vie durant à la tour de Cons- 
tance. La mémoire de Duvernet fut déclarée « éteinte, 
supprimée et condamnée à perpétuité ; » ses livres et 
papiers furent livrés au feu, et les biens de tous confis- 
qués, à l'exception d'un tiers réservé aux enfants. 

La veuve Chazal , convaincue d'avoir favorisé la re- 
traite et le séjour de Duvernet et assisté à ses assem- 
blées à Lamastre, dût payer 100 livres d'amende et su- 
bir Tadmonestation, De nouvelles informations furent 
décrétées à l'égard de Louis Chazal, son fils, Marie 
Chazal, sa fille, Antoine Cluzeldit La Blache, chirurgien, 
Broë, notaire, et Pierre Dunière fils. Les trois pre- 
miers étaient contumaces. Les deux autres ne sortirent 
de la citadelle de Montpellier que le 8 février 1740. Du- 
besset, Callon , Morel dit de Châteauneuf, autres con- 
tumaces, furent décrétés d'arrestation et leurs biens 
confisqués au cas 011 ils ne se rendraient pas en prison. 
Enfin une amende de 3,000 livres, applicable aux dé- 
nonciateurs et aux frais des arrestations, fut imposée sur 
les protestants de Desaignes , Lamastre, Macheville, 
Retourtour, Saint-Bazile, La Bâtie et Saint-Jeure d'An- 
daure , constituant l'arrondissement de Desaignes. 

Quant au sergent Ducros , Paul Peyron , valet de la 
veuve Chazal, Paul Dunière père, Marguerite Dunière, 
sa fille , Jean Morel, de Meyfresches, frère du pas- 
teur , ils furent relaxés , et mis hors de cour et de pro- 
cès (i). 

Duvernet était le cousin de Pierre Peirot, qui étudiait 



(i) Lettre de Mad. Chatelan, du 13 mars 1139 (Correspondance histori- 
que des deux Chirons). Lettre de La Vertu, du 22 février 1139 (Ms. Court, 
n» 17, vol. F). Faits arrivés en Vivarez (Ms. Court, n° 17, t. R). Arch. de 
l'Hérault, C, 207. Arch. nat., TT, n5. ?î6. 



I 74 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

la théologie pour lors à Lausanne et qui devint un des 
pasteurs les plus distingués du Vivarais. 

Les 3,000 livres, qu'il plut au roi d'accorder à ceux 
qui dénoncèrent Duvernet ou s'employèrent à sa cap- 
ture , furent ainsi réparties à la fin de l'année 1741 : 
Au sieur Durbilhac 1500 1. 

A la nommée Anne Rochebillière 200 

Au sieur de Girons et à son fils 300 

Au sieur Dubuisson, juge 300 

Au sieur Gourbis 300 

Au sieur Dumas 300 

Aux paysans de Lamastre. 100 

Total 3,000 1. 

ARRESTATION ET FIN TRAGIQUE DU PASTEUR FAURIEL- 
LASSAGNE (7-I4 aOUT I739). CONDAMNATION DE SES 
CO-DÉTENUS (9 FÉVRIER I740). 

Le pasteur Fauriel-Lassagne, quelques mois après la 
mort de Duvernet , fut trahi par une petite fille de Bof- 
fres, nommée Gatin Bouchon, âgée de sept à huit ans, 
que le sieur David Espinas de Bounet . paroisse de 
Saint-Félix de Ghâteauneuf, gardait chez lui par charité. 
Elle raconta à la femme d'Hairaud, voisine de ce der- 
nier, qu'il y avait chez elle un monsieur et une demoi- 
selle, qu'on tenait enfermés dans une chambre et qu'on 
appelait M. et M™* Lassagne. Sur cette nouvelle, la 
femme d'Hairaud court avertir son mari, qui, à son tour, 
prévient un nommé Gasier et Desboze , curé et prieur 
de Saint-Félix de Ghâteauneuf, qui avait déjà contribué 
à la capture de Durand. Ce dernier se rend à l'instant 
à Vernoux , demande des soldats au commandant et , 
sur le refus de cet officier de lui en confier avant la nuit, 
fait conduire son cheval dans un bois de chênes, appar- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. I75 

tenant au juge Sanglier et situé à Floreton, à un quart 
d'heure de Vernoux. Feignant après cela de l'avoir 
perdu , il met en campagne une quarantaine de paysans 
soi-disant pour le chercher, mais en réalité pour garder 
toutes les avenues des chemins par où Lassagne pouvait 
passer, au cas oij on l'aurait averti des desseins tramés 
contre lui. 

Le soir étant venu (c'était le 7 août 1739), à la tête 
de deux compagnies de soldats mises à sa disposition , 
il cerne la maison d'Espinas sur les dix heures, frappe 
à la porte et, entrant sans désemparer avec le capi- 
taine, il demande où est le ministre. Sur la réponse 
qu'on lui fait qu'il n'y en a point dans la maison , il se 
met à la fouiller (c'était un moulin), et, entendant tom- 
ber une pierre dans la cheminée du pressoir à huile , il 
se met à crier : « Le ministre se sauve par le toit de la 
maison, tirez-lui dessus. » Lassagne avait en effet passé 
par cette cheminée pour gagner le toit. A l'ouïe de 
ces paroles, les soldats firent une décharge générale, 
mais une seule balle atteignit Lassagne sous la mam- 
melle droite, au moment où il essayait de se saisir d'une 
branche de mûrier pour descendre à terre. Il n'en fut 
pas moins grièvement blessé et tomba baigné dans son 
sang sur le toit du moulin. On le descendit presque ina- 
nimé dans la maison, où il reprit connaissance, mais on 
ne put le conduire à Vernoux qu'au point du jour, 
parce qu'il fallut faire venir de ce lieu l'apothicaire Jac- 
ques Moulin pour arrêter le sang qui coulait de sa 
blessure. 

Cependant les soldats se mirent en devoir de se sai- 
sir de tous les gens qu'ils trouvèrent dans la maison , 
savoir Paule Escoulens, femme de Lassagne , native de 
Saint-Vincent de Durfort et enceinte ; David Espinas , 
père; Suzanne Bravais, sa femme, de Saint- Félix-de- 



176 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Châteauneuf ; Jean-Pierre Espinas , son fils, procureur 
ou praticien de la même paroisse, âgé de quarante-deux 
ans ; Anne Lapra , sa femme ; enfin la jeune fille qui 
avait dénoncé le ministre. On les fît partir le lendemain 
matin et on les enferma dans la caserne de Vernoux , 
oij fut également amené Lassagne. Badon, juge et maire 
de Vernoux, posa diverses questions à ce dernier sur 
ses nom, prénom et profession, et, lorsqu^il eut de- 
mandé à sa femme ce qui l'avait décidée à épouser un 
ministre, elle répondit que « l'ordre qu'on avait donné 
pour la faire mettre dans un couvent , joint aux soins 
que les dragons de la maréchaussée avaient pris pour la 
capturer , lui avait fait prendre le parti de la fuite , et 
que , dans sa retraite , elle avait trouvé ce ministre et 
qu'ils s'étaient mariés ensemble. » Leur mariage avait 
été béni par Duvernet. 

Quand Lassagne eut un peu repris ses forces , on le 
porta sur un brancard à Tournon, suivi des autres pri- 
sonniers et escorté de trois compagnies de soldats 
qu'on avait fait venir de ce lieu. L'apothicaire Moulin 
l'accompagna jusque là, et le remit entre les mains de 
deux médecins, à qui Ladevèze le recommanda expres- 
sément. 

« L'arrivée de ce triste convoi étant sue à Tournon , 
depuis plus de vingt-quatre heures, » dit Fauriel-Ladreyt, 
frèrecadetduprisonnieretpasteurdepuis 1737, «plusieurs 
messieurs et dames leur vinrent au devant à la porte de 
la ville. M. Ladevèze, étant de ce nombre, s'avança le 
premier vers mon cher frère et lui dit : « Vous êtes ici, 
mon pauvre Lassagne , je suis mortifié de vous voir en 
cet état ; n'ayez point peur de moi, je ne suis pas aussi 
méchant que les gens le disent. » En effet, jamais 
homme de son ordre n'avait été aussi bon envers des 
prisonniers tels que ceux-ci , qu'il l'a été lui-même. Il 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 1 77 

les fit traduire tous ensemble dans une chambre du 
château , où ils restèrent de même jusqu'à la mort de 
mon cher frère. Il les aurait peut-être bien séparés, mais 
soit qu'il craignit que ma chère belle-sœur ne se blessât, 
soit qu'il fût réellement ému de compassion envers eux 
et qu'il fût bien aise qu'elle servît son cher mari , il les 
laissa ensemble, et, à leur occasion, tous les autres y 
restèrent aussi; ce qui a été pour eux un grand sujet de 
joie et de consolation. M. Ladevèze fit apporter 
exactement de chez lui tous les bouillons, dont mon 
cher frère et sa chère femme pouvaient avoir besoin. Il 
leur fit aussi plusieurs visites, de même que M. Dumo- 
lard, mais jamais ils ne les chagrinèrent en rien. M. Du- 
molard se contenta de dire une seule fois à mon frère , 
et encore il ne le dit qu'en badinant : « Eh bien ! mon 
roi (M. Ladevèze et M, Dumolard lui dirent toujours : 
mon roi , et à ma belle-sœur : ma reine), n'auriez-vous 
pas besoin de quelque consolation; mais, à propos de 
consolation , vous pourriez peut-être encore consoler 
les autres. » Depuis cette heure personne ne lui dit plus 
rien, et encore n'était-ce pas pour lui faire de la peine. 
On le laissa mourir tranquille le 14 [août, à trois heures 
du soir], le neuvième de sa blessure et de sa prise, 
après avoir recommandé sa chère femme à M. Lade- 
vèze ; et on l'enterra autant honorablement qu'on l'au- 
rait fait quand on ne l'aurait point regardé , ni comme 
un rebelle aux ordres du roi , ni comme prisonnier. Ma 
belle-sœur lui fit faire une bière, lui mit une chemise, 
et M. Ladevèze donna un drap de toile fine pour l'en- 
velopper. On l'enterra auprès de feu M. Duvernet. » 

Ladevèze , en informant l'intendant du Languedoc, le 

9 août, de la prise de Lassagne, lui rendit le plus beau 

témoignage sans le vouloir. « Cet homme, » lui dit-il, 

<( d'une assez jolie figure, avec beaucoup de douceur dans 

II. 12 



178 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

la parole, s'était fort accrédité, depuis la mort de Durand, 
dans l'esprit de nos religionnaires, même dans le Dau- 
phiné et dans les Cévennes, oij il faisait de fréquents 
voyages. Je ne doute pas qu'il ne soit, dans ces deux 
pays, aussi regretté qu'il me paraît l'être dans celui-ci. 
Son aventure a donné un spectacle qui nous a fait con- 
naître combien ils sont sensibles à sa capture. » 

« D'abord que mon cher frère fut enterré, » continue 
Fauriel-Ladreyt, « ma belle-sœur fit teindre ses habits, 
et, quand ils furent prêts, M. Ladevèze lui donna deux 
pièces de vingt-quatre sous, et on la fit partir pour Beau- 
regard avec ses compagnes de prison , tant hommes 
que femmes, et, depuis qu'elle y est, il est venu deux 
fois un chirurgien de sa part pour la saigner. Le com- 
mandant du château, M. de La Roue, les soldats et 
en général tous ceux qui l'abordent, ont pour elle tou- 
tes les attentions qu'ils pourraient avoir, non seule- 
ment pour une dame , mais pour une princesse si elle 
était constituée prisonnière. Elle a toute liberté pendant 
le jour au château, au jardin, à la basse-cour, à l'excep- 
tion des remparts , dont les clédats (portails) sont bor- 
dés par la garnison ; et la nuit elle a une chambre qu'elle 
peut fermer et ouvrir quand bon lui semble. Elle peut 
de même coucher avec qui elle veut des prisonnières, 
ou des filles qui vont lui faire visite; et tous ceux qui 
vont voir les prisonniers peuvent rester avec elle en par- 
ticulier et en public aussi longtemps qu'ils le souhaitent. 
On peut dire , en un mot , que jamais prisonniers pour 
la religion n'avaient été moins gênés qu'on l'est à Beau- 
regard depuis l'arrivée de ma chère belle-sœur et de 
ses compagnons. Aussi, béni soit le Seigneur, personne 
ne s'y attriste beaucoup. Le sieur Espinas, le fils, a un 
peu moins de liberté que les autres prisonniers , toute- 
fois il est content et tranquille, peut-être plus qu'un autre. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 179 

» Pour ce qui est des vivres , rien ne leur a manqué 
pour encore et, pourvu qu'on continue à les assister, 
comme on l'a fait jusqu'à présent, les charités seraient 
plus que suffisantes pour les entretenir. » 

Le 14 septembre 1739, la femme de Lassagne et 
Anne Lapra , celle du fils Espinas , parvinrent à s'éva- 
der. <( Sur les huit heures du soir, » dit le même narra- 
teur, « qui est le temps qu'on relève la garde, elle firent 
semblant d'aller se coucher, mais au contraire elles pas- 
sèrent au jardin et en sautèrent la muraille , haute d'en- 
viron douze pieds. On peut dire que Dieu les favorisa 
d'une façon toute particulière, car non seulement elles 
ne se firent aucun mal, mais encore leur évasion ne fut 
aperçue que le lendemain sur les huit ou neuf heures du 
matin. On les chercha bien quand on s'aperçut qu'elles 
manquaient. On envoya incessamment à Vernoux, on 
fit fouiller chez F Espinas, du côté de Boffres, à Crozat, 
à Juventin, etc., mais inutilement. Grâce à Dieu, elles 
avaient assez de temps pour prendre leurs précautions 
et se tirer de leurs pas, aussi le firent-elles. » Elles pu- 
rent quitter la France sans être reconnues et s'établi- 
rent à Lausanne. Le soldat de garde , posté du côté du 
jardin d'oij elles s'étaient échappées, fut jeté en prison. 

L'évasion de Paule Escoulens et d'Anne Lapra irri- 
tèrent fort le commandant du château , qui fit enfermer 
dans des basses fosses tous les prisonniers qu'on avait 
faits à l'occasion de la capture des pasteurs Duvernet 
et Lassagne. Ils eurent beaucoup à y souffrir, et on ne 
les en tira que pour les conduire à Montpellier, les me- 
nottes aux mains, tant les hommes que les femmes. 
C'étaient la Peyrone , Morel neveu , Morel son père, 
frère du pasteur, Ducros sergent, M''® Chazal, Broë , 
Dunière père et fils, Marguerite, fille du premier, et 
autres ; puis Espinas , père et fils , Susanne Bravais , 



l8o HISTOIRE DES PROTESTANTS 

femme du premier, et Catin Bouchon. On a vu plus 
haut l'issue du procès des prisonniers de la première 
catégorie. Quant à ceux de la seconde, l'intendant de 
Bernage les jugea le 9 février 1740. 11 condamna aux 
galères perpétuelles Espinas fils pour avoir donné asile 
à Lassagne et possédé des livres de la religion proscrite, 
et renvoya des fins de la plainte Espinas père , Su- 
sanne Bravais, sa femme, et la jeune Catin Bouchon. 
Paule Escoulens et Anne Lapra, contumaces, furent con- 
damnées à être rasées et enfermées dans la tour de 
Constance leur vie durant ; la mémoire de Lassagne fut 
déclarée « éteinte, supprimée et condamnée à perpé- 
tuité; » ses biens et ceux de Lespinas, de Paule Es- 
coulens et d'Anne Lapra, confisqués au profit du roi, à 
l'exception d'un tiers pour les enfants. Enfin on imposa 
une amende de 3,000 livres sur les religionnaires de 
Vernoux , Châteauneuf-de-Vernoux , Saint-Julien-le- 
Roux et Saint-Fortunat , formant l'arrondissement de 
Vernoux , et applicables aux dénonciateurs et aux frais 
des arrestations. 

Quant au curé Desboze , qui, dès le 9 août, en 
annonçant à l'intendant du Languedoc la capture de 
Lassagne, avait réclamé une pension pour prix de ses 
tristes services, il dut attendre près de deux ans et 
écrire plusieurs lettres avant de toucher les 3,000 livres 
promises à ceux qui réussiraient à faire prendre des 
ministres. Ce ne fut que le 8 mai 1741 que l'intendant 
du Languedoc signa et expédia à ce curé une ordon- 
nance de payement de la somme, qui lui fut comptée le 
27 à Tournon. 

La mort de Duvernet et de Lassagne ne suffit pas à 
assouvir la haine des persécuteurs. Après le départ 
pour Montpellier des prisonniers impliqués dans leur 
arrestation, on se saisit de Jacques Ladreyt , frère aîné 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. iBl 

de Lassagne , qu'on enferma dans le château de Beau- 
regard, où il mourut au bout de trois ou quatre mois 
après de grandes souffrances et sans avoir cédé un seul 
instant aux vives sollicitations du curé du lieu , qui le 
pressait de changer de religion (i). 

POURSUITES CONTRE LES MARIAGES (l739)- 

Avec la mort tragique des pasteurs Duvernet et Las- 
sagne concordèrent des poursuites contre les mariages 
contractés au désert. Quoique l'Etat ne leur attribuât 
aucun caractère de légitimité , il ne commença à les 
poursuivre sévèrement qu'en 1739. « Cette année, » dit 
Anquez (2), « le présidialde Nîmes tenailles grands jours 
en Vivarais. Plusieurs protestants furent dénoncés au 
procureur du roi comme coupables d'infraction à la dé- 
claration du 14 mai 1724. Avant de les citer à compa- 
raître , le présidial et le ministère public consultèrent le 
comte de Saint-Florentin. Celui-ci permit de procéder 
criminellement contre plusieurs coupables. En consé- 
quence on choisit dans divers lieux du Vivarais cinq ou 
six particuliers , contre lesquels le procureur du roi 
porta plainte pour concubinage notoire et scandaleux, 
car on évita d'introduire dans le réquisitoire les mots 
de mariage ou de religion prétendue réformée, ces ma- 
tières étant de celles dont les seuls intendants pouvaient 
connaître. Sans doute les inculpés, dans leurs interro- 
gatoires, alléguèrent, pour leur décharge, la bénédic- 
tion que leur avaient donnée des ministres du culte 



(i) Lettre de Faiirie'-Lndreyt, du yô septembre llo'.i (Ms. Court, n" 17, 
t. F, p. 565). Faits arrivés en Vivarez (Ms. Court , n° 17, t. R). Arch. de 
l'Hérault, C, 207. Arch. municip. de Nîmes, t. VIII. 

(2) De l'état civil des réformés, p. 75, 74. De Caveirac, Mémoire poli- 
lico-critique, etc., p. 20-24, 



l32 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

protestant; mais, dans les considérants du jugement, 
le présidial de Nîmes, strict observateur de la légalité, 
les déclara convaincus d'avoir vécu en concubinage et 
ordonna qu'ils cessassent de cohabiter et se présentas- 
sent dans le délai de quinze jours devant l'évêque diocé- 
sain à l'effet d'obtenir, s'il y avait lieu, l'autorisation 
nécessaire pour être mariés par les curés de leurs 
paroisses. Enfin il les condamna à une aumône envers 
les pauvres et à une amende envers le roi, sans que 
celle-ci pût porter note d'infamie. » 

D'autre part, l'évêque de Viviers, François Renaud 
de Villeneuve, dénonçait au comte de Saint-Florentin, 
ministre d'Etat du roi, les notaires protestants de son 
diocèse, qui retranchaient dans les contrats de mariage 
de leurs coreligionnaires la clause ordinaire : « Promet- 
tent de faire bénir leur mariage en face de l'Eglise 
catholique, apostolique et romaine, » et les remplaçaient 
par ceux-ci : « Promettent de faire bénir leur mariage 
en face de l'Eglise. » Le comte de Saint-Florentin en 
écrivit le 4 septembre 1739 à Basile de Bernage , 
intendant du Languedoc, qui répondit le 14 septembre 
suivant, mais nous ignorons s'il fut pris une décision (i). 

ETAT DES PASTEURS ET DE LA POPULATION PROTES- 
TANTE EN VIVARAIS (174O-I741). 

Après la mort des trois pasteurs Durand, Duvernet 
et Lassagne, le pasteur Fauriel-Ladreyt , frère du 
dernier , eut toute la charge du ministère évangélique 
en Vivarais; mais Pierre Perrot , consacré à La:usanne 
le 27 juillet 1739, put bientôt le rejoindre et lui prêter 
son précieux concours. 

(i) Arch. de l'Hérault, c. 422. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. iS^ 

Il en fut de même de François Coste, dit Juston, 
étudiant au séminaire de Lausanne depuis 1739, qui fut 
consacré dans cette ville le 21 juillet 1741 et qui revint 
dans le Vivarais, le mois de février suivant, pour travail- 
ler avec Peirot et Ladreyt. 

Jacques Dunière dit Lacombe , étudiant à Lausanne 
depuis 1737, consacré dans cette ville le 27 juillet .'739 
et rentré dans le Vivarais le 1 1 janvier 1741 , aurait pu 
également desservir cette province, de même que Jean 
Blachon, dit Châtaignier, consacré en même temps 
que lui; mais le premier, qui se destinait à une autre 
province , fut malade pendant plusieurs années consé- 
cutives , et le second ne revint en Vivarais qu'en juil- 
let 1744, comme on le verra plus loin. 

Les prédicateurs Brunel (Chabrières) , Monteil et 
Guilhot vivaient encore , mais les uns et les autres 
étaient âgés de plus de soixante ans et ne pouvaient 
remplir leurs fonctions que très imparfaitement. 

Le pasteur Jacques Boyer , dit Debos , malade 
depuis 1737, comme on l'a dit plus haut (page 158), 
partit pour la Suisse Tannée suivante et mourut à Berne 
le 24 février 1740. 

Antoine Gounon , dit Pradon , reçu prédicateur le 
II octobre 1735 , se rendit au séminaire de Lausanne 
en août 1740, rentra dans le Vivarais en 1743, mais n'y 
demeura que deux ans et -partit pour le Poitou (i). 

Pour ce qui est de la population protestante du Vi- 
varais à cette époque, un Etat dressé par Ladevèze 
dit qu'elle se composait de 6664 familles. Voy. les dé- 
tails , Pièces justificatives ^ n° XIV, 

(i) Recueil des syn. du Vivarais. Ms. Court, n° 7, t. iV. 



184 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

AMENDES. ESPIONNAGE DES MINISTRES. PROJET d'ÉMI- 
GRATION. PRÉDICTIONS DES INSPIRÉS {1741). 

Au début de la longue guerre de la succession d'Au- 
triche , qui dura de 1741 à 1748, la persécution se 
ralentit en France d'une manière générale, mais, dans 
le Vivarais, elle continua à sévir avec la même intensité. 

Le pasteur Peirot écrivait, en effet, le 6 janvier 1741, 
que les agents de l'autorité apportaient une grande 
exactitude à faire payer les amendes à ceux qui refu- 
saient d'envoyer leurs enfants à la messe ou au caté- 
chisme (i) ; qu'on cherchait à se saisir des ministres ; 
que les Boutières, le long de l'Eyrieux et La Montagne 
étaient remplis d'espions, et que Brunel faillit être pris 
à Fise-Trame , à une demi-lieue de Saint-Agrève. Il 
avait heureusement un excellent cheval et put s'enfuir à 
toute bride. 

« Nonobstant la persécution qu'on nous suscite , » 
continue Peirot, « nous avons amassé grand nombre 
de fidèles, pleins de zèle, de courage et de fermeté. 
J'ai béni quarante mariages et baptisé quatre enfants. 
M. Ladreyt, dans un seul jour, y en a béni dix-neuf. » 
Le même narrateur ajoute qu'on avait demandé à la 
province (de la Hollande sans doute), un mémoire sur 
l'état de la religion, et qu'il allait l'envoyer. 

Trois mois après, le 20 mars 1741 , Peirot écrivait 



(i) Voici un échantillon des quittances délivrées aux parents : « Reçu de 
Monsieur Alléon marchand la somme de neuf livres pour amende prononcée 
contre Dem""' Anne Alléon sa fille pour avoir manqué la messe cinq fois, 
la messe de paroisse, et treize fois l'instruction chrétienne dans les mois de 
janvier, mars, mai, juin, juillet, août, septembre, novembre , décembre de 
l'année mil sept cent quarante et un, dont quittance, suivant les rôles. Fait 
ce 27' juillet mil sept cent quarante-deux. Sij^né Filhol. » (Arch. du cons. 
presbyt. d'Annonay.) 



DU VIVARAIS ET DU VELaY. 185 

encore que deux cents Vivarois , pour fuir la persécu- 
tion, étaient disposés avec quelques autres protestants à 
se rendre en Prusse, oij, disait-on, on offrait de grands 
avantages aux réfugiés. D'autres, au contraire, encou- 
ragés par les explications que les inspirés donnaient de 
l'Apocalypse, prétendaient que les persécutions allaient 
cesser sous peu et combattaient énergiquement l'idée 
de l'émigration. 

Depuis la mort de Duvernet et de Lassagne qui les 
contenaient, les inspirés avaient, en effet, relevé la 
tête. Une vieille femme, appelée Gabrielle Goulet, 
habitant Saint-Fortunat , s'était rendue célèbre par ses 
prédictions. On la regardait comme un nouveau prophète 
et on venait la consulter de plus de quatre lieues à la 
ronde. Le prédicateur Dortial, « toujours plus fou, » 
avait fait une tournée dans quelques endroits du Viva- 
rais et sa parole n'avait pas ramené le calme dans les 
esprits. <( Tout cela m'a engagé, » dit Peirot, a à par- 
ler de la manière la plus forte qui m'a été possible 
pour détourner les gens de ces extravagances, qui ne 
font que déshonorer la religion et jeter dans l'erreur. 
Les derniers versets du chapitre XVIII du Deutéro- 
nome m'ont été d'un grand secours là-dessus... J'ai 
formé le dessein de me transporter dans les endroits 
oij ils ont le plus prophétisé pour faire un fidèle recueil 
de ce qu'ils ont fait de plus considérable (i). » 

ARRESTATION , PROCÈS ET SUPPLICE DE DORTIAL 

(4 JUIN I74I-3I JUILLET 1742). 

Dortial , dont il vient d'être question , prédicateur 
irrégulier et ancien camisard, fut arrêté dans la paroisse 

(1) Ms. Court, n" 1, t. XIII. 



l86 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

de Livron en Dauphiné quelques mois plus tard , le 
4 juin 1741. On ne sait ce qui lui était advenu depuis 
l'insurrection camisarde de 1704 jusqu'en 171 3, époque 
oij il se rendit à Genève pour faire bénir son mariage 
avec Marguerite Chausson , de Cornas. Après avoir 
tenu l'école à Genève pendant quelques mois, il exerça 
la profession de chamoiseur pour gagner sa vie et celle 
de sa famille. Douze années s'écoulèrent ainsi, après 
lesquelles il rentra en France et s'établit à Beaumont 
en Dauphiné, oij il fit sa résidence pendant quatre ou 
cinq ans. C'est de là qu'il demanda aux pasteurs du 
Vivarais de le recevoir comme prédicateur. Ces der- 
niers , vu ses antécédents , n'y consentirent qu'à la 
condition qu'il ferait une déclaration portant qu'il 
prêcherait la pure Parole de Dieu , signerait la con- 
fession de foi des Eglises réformées de France et 
les règlements synodaux des Eglises du Vivarais, et 
combattrait les inspirés de tout son pouvoir. Dortial , 
ayant fait cette déclaration, le 12 juin 1724, en présence 
de Court et de Durand, et des prédicateurs Rouvière 
et Brunel, reçut l'autorisation de présider des assem- 
blées. Mais il ne tint pas sa parole, et, bien loin de 
combattre les inspirés et leurs fausses révélations, il les 
favorisa de telle sorte que le synode du Vivarais du 
17 avril 1725 fut obligé de le déposer, mais en lui lais- 
sant l'espoir d'une réintégration, s'il consentait à s'hu- 
milier et à se repentir. Cette mesure l'irrita profondé- 
ment et, de concert avec les prophétesses Claire et 
Veyrcndu , il essaya de fonder une secte semblable à 
celle des Multipliants de Montpellier. Cette tentative 
ayant échoué , grâce au progrès de la discipline dans 
les Eglises du Vivarais, Dortial quitta Beaumont, où il 
avait fixé sa résidence depuis son retour de Genève, 
comme on l'a dit, et vint s'établir en Vivarais. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 187 

Le 8 mai 1728, il se présenta devant le synode de 
cette province « pour être reçu au corps et à la paix 
de l'Eglise, et à la charge du prédicateur. » Le synode, 
usant de mansuétude à son égard , renvoya son admis- 
sion au synode suivant ou à un colloque spécial, pourvu 
que, jusque-là, il demeurât fidèle à sa première décla- 
ration ; qu'il ramenât au respect de la discipline ceux 
qu'il avait égarés, et qu'il n'exerçât les fonctions de 
prédicateur et de pasteur dans aucun des lieux où la 
discipline était en vigueur. 

Après cela, on n'entendit plus parler de Dortial de 
quatre ans ; puis, vers 1732, il se rendit de nouveau à 
Genève où il séjourna deux ans. A son retour, il ne 
chercha pas à se faire réintégrer dans sa charge de 
prédicateur et se livra aux travaux des champs. « Tou- 
tefois, >) dit Daniel Benoît, « bien qu'il fréquentât peu 
les pasteurs, qu'il tenait toujours en suspicion, il ne se 
faisait pas faute, quand l'occasion s'en présentait, de 
présider de petites réunions où le chant des psaumes 
occupait une grande place. Les pasteurs ne l'inquié- 
taient plus, mais le laissaient aux inspirations de son 
zèle. » 

Le prédicateur Ebruy disait de lui le 20 mars 1734 : 
« C'est un prétendu divinement inspiré et fort entêté. 
Il est sujet à de grandes exagérations dans ses prédica- 
tions, ayant fait et dit plusieurs choses qui ne font pas 
honneur à notre sainte religion, et je ne puis vous le 
mettre sur le papier. Quand il voulait faire des exhorta- 
tions sans avoir recours à cette prétendue inspiration, 
il contentait fort bien le monde ; et, en effet, il avait de 
bonnes lumières, mais un peu trop de présomption, se 
croyant et voulant être quelque chose de plus qu'il 
n'était : ce qui l'a jeté dans de terribles erreurs. » 

Tout en s'occupant des travaux des champs, Dortial 



l88 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

donnait aussi des prédications, tantôt dans le Dauphiné, 
tantôt dans le Vivarais , lorsqu'après sept ans de ce 
genre de vie, il fut dénoncé, le 7 mai 1741, au curé de 
Livron par Boissin , curé de Lavoulte. « Vous avez 
dans votre paroisse, » lui disait-il, « dans la grange que 
vous appelez Souchon [îles de Lavoulte], un malheureux 
ministre , qu'on appelle Dortial, qui a la témérité de te- 
nir des assemblées, oia il invite vos paroissiens, les 
miens et plusieurs autres , devant qui il prêche et admi- 
nistre la cène... Lequel dit ministre a avec lui sa femme 
et trois de ses fils. » 

Le curé de Livron ne tarda pas à avertir Perret, com- 
mandant de Lavoulte, qui, sur l'ordre de Ladevéze , 
arrêta Dortial le 4 Juin 1741 , sa femme, ses fils Pierre 
et Jacques; Alexandre Chambon , de Pranles , qu'il 
avait connu à Genève pendant son second voyage et 
qui travaillait avec lui , et Louis Souchon , son hôte. 
Les prisonniers furent enfermés au château de Beaure- 
gard et Dumolard reçut une commission du duc de 
Richelieu, gouverneur du Languedoc, pour instruire 
leur procès (i 2 juin). 

Dortial fut ferme et digne pendant son interrogatoire 
(16 et 18 juin). C'était, malgré ses erreurs et les défauts 
de son caractère , un homme d'une grande foi et de 
beaucoup de courage. Il avoua que, bien qu'il ne fût ni 
pasteur ni proposant, il avait souvent présidé des as- 
semblées et donné la cène, mais sans jamais marier ni 
baptiser personne, sauf une seule fois. Obéissant mal- 
heureusement à de coupables rancunes, il osa dire, 
quand Dumolard lui demanda s'il avait des relations 
avec les ministres du Vivarais, que ces derniers ne mar- 
chaient pas sur les traces de Jésus-Christ et passaient 
tous pour avoir des mœurs déréglées; ce qui était une 
pure calomnie. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 189 

L'interrogatoire de Souchon , âgé de quarante-deux 
ans; de Chambon, âgé de quarante-cinq, qui était venu 
depuis deux jours seulement au quartier de Souchon 
« prendre à prix fait la levée de la récolte , » et du fils 
aîné de Dortial, âgé de vingt-cinq ans et nommé Pierre, 
cardeur de laine , puis cordonnier, n'offrit rien de parti- 
culier. Souchon fut convaincu non seulement d'avoir 
donné asile à Dortial, mais encore d'avoir assisté à l'as- 
semblée du bois de Baix, que ce dernier avait présidée, 
et Chambon d'avoir averti de l'assemblée les protestants 
des environs. Quant à la femme de Dortial et à son se- 
cond fils Jacques, âgé de douze ans, ils refusèrent ab- 
solument de répondre aux questions du subdélégué. 

Les prisonniers demeurèrent à Beauregard jusqu'au 
mois de novembre 1741, époque où ils furent transférés 
à Nîmes ; mais le fils aîné de Dortial avait réussi à 
s'évader du château. Un sergent de garde lui ayant 
permis de sortir de son cachot pour aller tremper de la 
soupe dans la chambre du geôlier, qui était pour lors 
à Valence, il profita d'un moment où ce sergent ne le 
voyait point pour gagner la terrasse, franchir le mur 
d'enceinte, sauter dans le fossé et s'enfuir. 

Dortial et ses compagnons , escortés de trente sol- 
dats , commandés par un lieutenant , trois cavaliers de 
la maréchaussée et un exempt, furent embarqués sur le 
Rhône jusqu'au Pont-Saint-Esprit et conduits de là en 
charrette à Nîmes, oia ils arrivèrent le 8 novembre. En- 
fermés dans la citadelle, ils ne furent jugés à Nîmes que 
neuf mois après , par suite d'un conflit de juridiction, 
survenu entre le tribunal de cette ville et celui de Mont- 
pellier. Enfin, le 31 juillet 1742, on les conduisit au 
palais de justice fortement escortés. Dortial, en entrant 
dans la salle d'audience, ôta son chapeau et sa perru- 
que, et prononça cette belle prière : « Maître de lana- 



IÇO, HISTOIRE DES PROTESTANTS 

ture , qui tiens tous les hommes à ta disposition , main- 
tenant que tu veux m'éprouver , veuille me donner les 
forces qui me sont nécessaires. Fais que ton Saint-Es- 
prit soit sur moi , afin que je sois sanctifié. Veuille en- 
core présider au jugement que les hommes vont rendre 
contre moi; c'est là ce que j'ai à te demander quant à 
présent au nom et par les mérites de ton cher fils, mon 
Rédempteur. » Après cela, il dit fièrement à ses juges : 
« Messieurs, prenez garde au jugement que vous allez 
rendre sur moi; je ne suis coupable d'aucun crime (i). » 

Bernage , qui présidait, adressa à Dortial et à ses 
compagnons les mêmes questions que lui avait déjà fai- 
tes Dumolard , et, après deux heures de délibération, 
condamna Dortial à être pendu sur l'Esplanade de 
Nîmes, etSouchon et Chambon aux galères perpétuelles. 
Quant à la femme de Dortial et à son plus jeune fils, il 
fut sursis à leur jugement jusqu'à plus ample informé. 
Bernage déclara en outre les biens de Dortial, Souchon 
et Chambon confisqués au profit du roi , « le tiers dis- 
trait au profit de leurs femmes et de leurs enfants; » 
ordonna que la maison du second serait rasée; les livres, 
sermons et autres écrits protestants qu'on y avait trou- 
vés , brûlés; et condamna l'arrondissement du Vivarais, 
dans lequel était située ladite maison, à 3,000 livres 
d'amende. 

Après la lecture de la sentence, Léon Ménard, con- 
seiller au présidial de Nîmes et l'un des juges , ayant 
engagé Dortial à embrasser la religion catholique, s'at- 
tira cette véhémente réponse : « Monsieur , au lieu de 
regarder l'Eglise romaine comme étant la seule vérita- 



(i) D'après une autre relation, Dortial aurait tenu un langage plus éner- 
gique encore : « Misérable, » aurait-il dit à Bernage, « prends garde à ce que 
tu vas faire, et ne condamne point le sang innocent, de peur qu'il ne tombe 
sur toi et ta maison. » 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. I9I 

ble , je crois au contraire qu'elle est la mère de la pail- 
lardise et de l'idolâtrie, et que le pape qui la gouverne, 
au lieu d'être le vicaire de Jésus-Christ, en est au con- 
traire l'adversaire. Aussi je suis obligé par ma conscience 
de vous déclarer à mon tour que si vous ne changez de 
religion et n'embrassez la protestante , dans laquelle je 
veux mourir, vous serez vous-même damné. » Puis il 
remercia Dieu à haute voix de l'honneur qu'il lui faisait 
de le choisir parmi tant d'autres « pour souffrir la mort 
à cause de la profession de la vérité, » et lui demanda 
la force de remporter sur ses ennemis une pleine et en- 
tière victoire. 

Deux prêtres d'abord, puis dix, s'efforcèrent, comme 
Ménard, de lui faire changer de religion, mais il de- 
meura inébranlable et leur dit : u Messieurs, vous pre- 
nez de la peine inutilement... Je suis resté neuf mois 
dans les prisons du fort ; si vous étiez venus m'y trouver, 
nous aurions pu , pendant ce temps-là , conférer en- 
semble, mais à présent que je suis à ma dernière 
heure, je veux l'employer à faire ma paix avec Dieu. » 

L'ordre fut enfin donné de le conduire au supplice. 
« Il avait la tête et les pieds nus , » dit une pièce du 
temps , (( la corde au cou et une chemise pour tout vê- 
tement ; quatre prêtres l'entouraient. Son escorte était 
composée de cinquante soldats armés , de toute la ma- 
réchaussée de la ville et de neuf tambours... En sortant 
de la porte de la Couronne, il s'écria à l'aspect du gi- 
bet... (( Grand Dieu! dresse mes mains au combat et 
mes doigts à la bataille. »> 

» Lorsqu''il fut arrivé au pied de la potence, M. Mé- 
nard, qui s'y était rendu avant lui avec son gretïier et 
deux huissiers, fit lire de nouveau le jugement et lui de- 
manda le nom des ministres et proposants qui étaient 
dans le royaume et de ceux qui leur donnaient asile. Il 



ig2 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

répondit qu'il n'avait rien à dire à cet égard, et il en- 
tonna le psaume XXV : « A toi, mon Dieu, mon cœur 
monte, etc. » Après cela, il pria le commandant de la 
troupe de faire cesser ses tambours parce qu'il voulait 
faire sa dernière prière. Il le lui accorda à condition 
qu'il la ferait à voix basse. Ceux qui l'entouraient de 
près purent pourtant l'entendre, et il dit en levant les 
yeux au ciel : « Grand Dieu , qui m'a fait naître pour te 
servir et qui veux maintenant que je scelle de mon pro- 
pre sang ton Evangile, donne-moi, comme tu fis à mon 
Sauveur, ce courage intrépide qu'il fit paraître lors de sa 
mort sur la croix, afin que j'édifie par la mienne mes 
pauvres frères qui gémissent sous la tyrannie de l'Anté- 
christ, privés de la liberté d'entendre ta Parole. Sois 
ici-bas leur pasteur et leur conducteur, leur consolation 
et leur force, leur soutien et leur appui. Accorde-leur 
ta bénédiction dans cette vie et la gloire dans la vie à 
venir, et fais que nous soyons tous réunis dans le ciel. 
Ce sont là, bon Dieu, toutes les grâces que j'ai à te 
demander pour le peu de temps que j'ai à rester dans 
cette vie. Ajoutes-y la gloire éternelle dans celle qui 
esta venir, au nom de Jésus-Christ, mon intercesseur. » 
» En montant l'échelle, il chanta le psaume LI et, 
comme l'un des prêtres était monté après lui pour es- 
sayer de l'ébranler au moment de la mort , le patient, 
qui avait les mains attachées ainsi que la tête, lui fit si- 
gne avec le pied de se retirer; il s'écria ensuite : a Mon 
âme bénis l'Eternel et que tout ce qui est en moi bé- 
nisse le nom de sa sainteté! » Alors le bourreau ayant 
fait signe au prêtre de descendre, il s'écria encore plus 
fort : « Seigneur, je remets mon esprit entre tes 
mains. » A ce moment suprême le bourreau fit son of- 
fice et, une heure après, quelques hommes delà ville 
coupèrent la corde et emportèrent le corps dans une 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. I9:; 

aire, où l'ayant changé de chemise et enfermé dans un 
cercueil, il l'enterrèrent après avoir entouré ses restes» 
mortels de chaux vive de peur qu'on ne vînt l'enlever. » 
Le martyr avait soixante et dix ans, et son âge avancé 
n'avait pas fait fléchir la rigueur de ses juges. « Il alla 
au supplice, » écrivait Antoine Court, écho de l'admi- 
ration de tous ceux qui furent témoins de sa mort, « avec 
une fermeté de héros. Jamais personne n'avait marqué 
plus de foi , plus de zèle , plus de fermeté qu'il n'en 
marqua lui-même. Ses réponses, ses prières, son air gai 
et content, lorsqu'on l'emmenait au supplice, ont 
étonné et édifié les papistes aussi bien que les protes- 
tants. » 

Le commandant Perret, qui avait arrêté Dortial et ses 
amis, eut quelque peine à toucher les 3,000 livres aux- 
quelles il avait droit d'après les ordonnances. Il dut écrire 
dans ce but deux lettres à Bernage (8 août et 1 3 sep- 
tembre) , encore lui retint-on les 313 livres et 10 sols 
qu'avait coûté le transfert des prisonniers du château de 
Beauregard à Nîmes. 

Ces 3,000 livres, qui avaient été imposées sur l'ar- 
rondissement du Vivarais par Bernage , furent payées 
par les seules îles de Lavoulte , parce que c'est là 
qu'était bâtie la maison de Souchon , comme on l'a dit , 
et que la province à laquelle ces îles ressortissaient 
n'était pas bien déterminée. 

Souchon fut conduit aux galères , où il paraît n'avoir 
pas vécu longtemps, et Chambon y passa vingt-sept an- 
nées. Il en sortit le 25 mai 1769, comme on le verra 
plus loin. 

La femme de Dortial, Madeleine Chausson, demeura 

encore quelques mois en prison après le jugement de 

son mari, et fut relâchée en Novembre 1742; mais on 

retint son plus jeune fils, âgé de onze ou douze ans, 

II. I î 



IQ4 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

pour le faire instruire. L'évêque de Nîmes, Dubousquet, 
• s'y employa et reçut 8 livres par mois pour solder la 
pension de l'enfant, qui fut mis à l'école à Montpellier, 
où il ne resta que huit jours. A partir du i6 décem- 
bre 1743 on perd complètement ses traces de vue (i). 

AMENDES EXORBITANTES. SITUATION DES PROTESTANTS 
DANS LES DIOCÈSES DU PUY , DE VIVIERS ET DE 
VALENCE (1742-I743). 

L'année suivante , on recommença à faire payer des 
amendes aux paroisses protestantes. Quelques-unes 
d'elles qui avaient été épargnées jusqu'ici furent contrain- 
tes de rembourser les arrérages depuis 1733 ; ce qui, 
joint aux 6,000 livres payées depuis la mort des pasteurs 
Duvernet et Lassagne , en réduisit plusieurs à la der- 
nière misère. Les protestants de l'arrondissement de 
Bressac en particulier durent payer 700 livres pour une 
assemblée qui s'était tenue sur son territoire, et ceux 
des communautés de Beauchastel , Charmes, Le Pape 
et Saint-Julien-de-Flaviac une amende de 600 livres. 

Les habitants protestants de Vernoux et de Silhac, 
qui avaient été également imposés d'une façon exorbi- 
tante , firent présenter une requête au roi par un avocat 
de Paris ; mais leur demande fut très mal reçue et le 
cardinal Fleury répondit qu'il était surpris que des 
rebelles osassent présenter une pareille pétition ; que , 
s'ils voulaient obtenir quelque chose, il fallait qu'ils pro- 
missent d'envoyer leurs enfants à la messe , qu'autre- 

(i) Daniel Benoît, Pierre Dortial dans l'Eglise sous la croix, p. 117-166. 
Hugues, t. Il, p. 105-104; t. 1 , p. 211. Corbière, Histoire de l'Eglise ré- 
formée de Montpellier, p. 407-412. Deux relations de la rnorl de Dortial, 
dans Bulletin, etc., t. IX, p. 288-291, ;4'-345 ; t- X., p. io)-ioj. Ms. Court, 
n» 17, t. F ; n» 7, t. V. Recueil des synodes du Vivar;>is. Archives de l'Hé- 
rault, C, 210. Ch. Coquerel, t. II, p. 427, 428. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. l()<^ 

ment il était inutile de dresser des requêtes et de faire 
des dépenses. 

En présence de cette dure situation , qui était celle 
du reste des autres provinces de France, Daniel Vou- 
land , pasteur du Dauphiné , écrivit à Peirot pour lui 
demander s'il ne serait pas opportun d'envoyer une 
adresse au roi pour le supplier d'accorder aux protes- 
tants la liberté dont jouissaient leurs pères avant la 
révocation de l'édit de Nantes. Peirot lui répondit le 
31 mai 1742 qu'il y voyait toute sorte de dangers, et 
que tout ce que , d'après lui , on pouvait demander au 
roi c'était la délivrance des galériens protestants et 
autres prisonniers pour la foi , et quelque léger adou- 
cissement aux rigueurs ordinaires. « Demander trop , » 
disait-il, « serait à mon avis le moyen de ne rien avoir. » 
Il estimait qu'une démarche auprès des puissances pro- 
testantes serait plus nécessaire et présenterait moins 
d'inconvénients , mais il avait beaucoup de peine à pen- 
ser qu'elles voulussent faire parler au roi en faveur des 
protestants et surtout demander pour eux une entière 
liberté de culte. 

Les protestants du Vivarais n'interrompaient pas leurs 
exercices pour cela. Ladevèze écrivait de Tournon , le 
20 août 1742, que Coste présida une nombreuse as- 
semblée le 1 1 juin entre Toulaud et Bruzac, et qu'ayant 
voulu en convoquer une seconde pour le 17 per- 
sonne ne consentit à s'y rendre. Ladevèze ajoutait qu'il 
avait parcouru le Vivarais et n'avait reçu que des mar- 
ques de fidélité de tous les notables protestants qu'il 
avait vus. Il en punit un seul, le greffier Robert, qui 
avait prétendu en plein cabaret que les Anglais étaient 
à Toulon. Il l'envoya dans cette ville accompagné par 
un brigadier de la maréchaussée et pria le commandant 
de place , de Marnézia, de faire promener le prisonnier 



IC)6 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

dans toutes les rues de Toulon pour qu'il pût s'assurer 
par lui-même s'il était possible d'y entrer (i). 

Dans le Velay, le protestantisme Jouissait depuis plu- 
sieurs années d'une grande tolérance, grâce à la douceur 
et à la bonté de Beringhen, évêque du Puy, qui mourut 
malheureusement le 17 octobre 1742, âgé seulement 
de cinquante ans. « Il ne souffrait pas, » écrivait Peirot 
le 1 8 avril 1 743 , « qu'on fît payer aucune amende ni qu'on 
prît aucun enfant pour les couvents dans tout son dio- 
cèse. En 1741 , étant à Paris, son vicaire , à la sollici- 
tude de quelques curés, voulut forcer tous les religion- 
naires à aller à la messe , et obligea ceux qui étaient 
mariés au Désert à se séparer de leurs femmes ou à 
épouser une seconde fois par des prêtres, après avoir 
fait plusieurs actes de catholicisme et abjuré la religion 
protestante. Ce vicaire , qu'on appelait l'abbé Duquaine, 
était suivi de plusieurs curés et d'une compagnie de 
cavaliers qui forçaient les gens à obéir et qui étaient 
mis en garnison chez ceux qui ne voulaient pas aller à 
la messe. Cette persécution ne dura que trois ou quatre 
mois.. D'abord que l'évêque fût de retour, il fit cesser 
tous les troubles et , depuis ce temps-là, on y a joui 
d'une grande tranquillité. 

» Il n'en est pas de même dans l'évêché de Viviers, » 
continue Peirot. « On y fait toujours payer des amendes 
très rigoureuses à ceux qui refusent d'envoyer leurs 
enfants aux instructions de l'Eglise romaine. Dans 
toutes les paroisses, il y a des maîtres d'école qui, fêtes 
et dimanches , étant dans l'église , appellent tous les 
enfants, nom par nom, et ils marquent tous ceux qui 
n'y vont pas. Au bout de deux mois, ils envoient leurs 
mémoires à l'intendant, qui condamne à 20 livres par 

I) Arch. nat., TT, ^6, 357. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 197 

dimanche tous ceux qui n'ont pas été à Téglise ; et , 
quand ils y auraient été plusieurs fois, s'ils manquent 
seulement un dimanche , ils sont condamnés comme 
s'ils n'y avaient rien été. Suivant cela, on doit juger que 
dans peu il s'est accumulé des sommes considérables , 
principalement pour ceux qui ont plusieurs enfants. 
Aussi je connais des familles qui ont donné pour ces 
amendes jusqu'à looo écus ; de pauvres gens , qui ne 
vivaient que de leur journée, qui ont donné loo écus, 
400 livres. L'année dernière , quatre paroisses , savoir 
Saint-Pierreville , Issamoulenc , Le Gua et Ajoux, qui 
n'avaient guère payé depuis quelque temps, furent 
obligées de nourrir et de payer, à 6 sols par jour, 
trente soldats pendant une vingtaine de jours, et en- 
core condamnées, sans aucune grâce, à payer tous les 
arrérages depuis 1737. Présentement, on demande à la 
paroisse de Saint-Agrève environ 6,000 livres. Aussi 
c'est une assez grande paroisse presque toute protes- 
tante , excepté la ville où il n'y a guère que des catho- 
liques... 

» On contmue aussi dans ce diocèse à prendre des 
enfants pour les couvents et pour les collèges. Depuis 
quelque temps on en a pris cinq, qui ont été conduits à 
Viviers où à Aubenas. Ils ne sortiront de ces couvents, 
selon les apparences, que lorsqu'on sera bien assuré 
de leur catholicité. Outre cela, les curés, animés de 
l'esprit de leur évêque [François Renaud de Villeneuve], 
sont encore très exacts à visiter leurs paroisses, et, par 
leurs promesses, par leurs menaces, par leurs disputes, 
ils font tous leurs efforts à en attirer quelqu'un dans leur 
parti. Le curé d'une paroisse, que nous appelons 
Gluiras , dans laquelle il y a un grand nombre de reli- 
gionnaires , est toujours en mouvement. Tantôt il court 
pour découvrir nos démarches, tantôt pour surprendre 



198 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

quelque assemblée, tantôt pour faire quelque prosélyte. 
Il dispute, il flatte, il caresse, il promet, il menace. Il 
a fait venir un petit livre imprimé à Avignon et composé 
par François Vernet (i), prosélyte de l'Eglise romaine 
et frère de M. Jacob Vernet, professeur à Genève. Il 
lit ce livre dans les maisons, l'appuyant de ses réflexions 
et en disant que M. Jacob Vernet, ne pouvant rien 
répondre à ce livre, on lui verra bientôt suivre l'exemple 
de son frère... 

» Je viens à l'évèché de Valence, dans lequel on ne 
parle ni des collèges, ni des couvents , mais on y fait 
payer de temps en temps quelques amendes comme 
dans celui de Viviers. Les curés s'y donnaient aussi de 
grands soins pour faire des prosélytes. Ils sont surtout 
fort attentifs à épier nos démarches pour se saisir de 
nos personnes, afin de faire cesser le cours des assem- 
blées et de détruire entièrement notre religion. L'année 
dernière, au mois de mai, les espions qu'ils ont établis 
découvrirent une assemblée dans la paroisse de Bruzac, 
à deux lieues de Valence, mais n'ayant pas le temps 
d'aller chercher des soldats , il se contentèrent de re- 
marquer tout ce qui s'y passait et les personnes qui 
y étaient. Ensuite ils en donnèrent avis à M, de Lade- 
vèze , commandant de la province, qui envoya peu de 
temps après un détachement de soldats avec ordre d'ar- 
rêter tous ceux qui étaient accusés. Il y en eut une dou- 
zaine qui furent conduits à Tournon, oij ils demeurè- 
rent quelques jours, après quoi on les relâcha... 



(i) LeAIre apologétique. Dans laquelle le S' François Vernet , Néf/o- 
rAant , expose à M. Jacob Vernet, son frère , Ministre et Professeur en 
Belles-Lettres à Genève, les inoHfs qui l'ont porté à nbjurcr l'Hérésie de 
Calvin ; et à embrasser la Religion Catholique, Apostolique et Uomainf, 
Avignon, 1740, in-i6. Seconde Lcltrc..., Avignon et Marseille, 1741, in-i6. 
Troisième Lettre..., Avignon et Marseille, 1742, in-i6. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. IQQ 

Cependant on les a condamnés à une amende de 
700 livres. 

» Après cette assemblée on fit courir le bruit que 
des ministres étrangers étaient dans la province. Crai- 
gnant une révolte , on fit des gardes dans toutes les 
petites villes , on défendit aux religionnaires d'aller en 
troupes et de se parler dans les foires, lorsqu'il n'y 
aurait pas de catholiques romains avec eux. Ladevèze 
se transporta dans les Cévennes avec quelques compa- 
gnies de soldats, mais, voyant que tout était faux, il 
revint sans faire du mal (i). » 

TOLÉRANCE MOMENTANÉE. ASSEMBLÉES DE JOUR ET 
PUBLIQUES (10 MAI 1744)- MÉMOIRE DE PEIROT. 
ARRESTATIONS PARTICULIÈRES (1743-I744). 

Le proposant Matthieu Majaldit Desubas, qui s'était 
rendu au séminaire de Lausanne en décembre 1740 
et qui y fut consacré au saint ministère le 20 juillet 1743, 
rentra en Vivarais cette même année et trouva que le 
zèle des protestants du Vivarais s'était refroidi dans 
quelques quartiers. Tous les pasteurs et prédicateurs 
réunis ne pouvaient donner plus de quatre prédications 
par an à chaque Eglise. C'était peu pour y entretenir 
une vie religieuse intense. 

D'autre part , l'autorité se relâchait de ses rigueurs. 
Depuis quelques mois on n'apercevait aucun soldat en 
Vivarais. Les curés ne proféraient plus autant de mena- 
ces , les mariages bénis au désert n'étaient plus pour- 
suivis, les jeunes filles plus enfermées dans les couvents 
et on ne parlait plus d'amendes. L'évêque de Viviers 
avait beau réclam .i de Louis XV l'exécution des édits, 

(i) Armand de La Chapelle, Nécessité du culte puldic, Mémoire liisln- 
riquc, p. 501. Ms. Court, n» 17, t. R. Arch. de l'Hérault, C, 210. 



200 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

on ne l'écoutait pas. « J'ai souvent parlé au roi, » écri- 
vail-il à un de ses curés au printemps de 1743 , « tou- 
chant les mariages bénis à la lune sans avoir rien pu 
obtenir contre eux et présentement le roi ne veut pas 
même en entendre parler. » 

La plupart des catholiques, fort alarmés, disaient que 
dans peu on reverrait les temples rebâtis, la persécution 
cesser, et chacun servir Dieu suivant le mouvement de 
sa conscience. Les assemblées se tenaient sans entra- 
ves , mais les pasteurs veillaient à ce qu'il ne s'y rendît 
pas trop de personnes, parce que le duc de Richelieu, 
commandant du Languedoc, qui « était fort bénin pour 
les protestants et qui n'avait voulu écouter aucun ecclé- 
siastique contre eux , » se plaignit à Nîmes de ce que 
les assemblées étaient trop nombreuses et engagea les 
protestants à être plus réservés et plus prudents. Il disait 
que l'édit de Nantes n'était pas rétabli, mais il osait 
ajouter , chose rare pour l'époque, que Louis XIV au- 
rait peut-être bien fait de ne pas y toucher. 

Cette tolérance momentanée , qui était générale et 
provenait des embarras que suscitait à la France la 
guerre meurtrière de la succession d'Autriche, décida 
les protestants du Vivarais à tenir désormais leurs as- 
semblées de jour à l'exemple de leurs frères du Langue- 
doc. Court, dans une lettre du 5 décembre 1743, avait 
beaucoup engagé Peirot à entrer dans cette voie, u S'il 
y a moyen d'obtenir quelque liberté, » lui écrivait-il, 
« ce n'est que par la grandeur de notre zèle , toujours 
dirigé par les sages maximes de l'Evangile, que nous 
pourrons l'obtenir. C'est ainsi que nos pères , par une 
fermeté qui se raidissait contre tous les dangers , ob- 
tinrent la liberté de conscience et le libre exercice de 
leur religion. » 

Les protestants vivarois patageaient déjà cette ma- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 201 

nière de voir. « Je n'ai garde de les faire changer de 
sentiment, » écrivait Peirot le 31 janvier 1744; « je tâ- 
che au contraire , étant muni de votre approbation , de 
les y affermir de plus en plus. » Le synode provincial 
du i^' mai 1744 décida en conséquence qu'à l'avenir 
les assemblées revêtiraient ce caractère. « Considé- 
rant, » disent ses actes , « la tolérance dont on use en- 
vers nous depuis quelque temps et principalement envers 
nos frères du Languedoc... on a reconnu qu'il était à 
propos , vu les présentes circonstances , de cesser de 
s'assembler de nuit et de commencer dans peu, si le 
Seigneur le permet, de s'assembler en plein jour, non 
pour causer des troubles et des divisions, mais uni- 
quement pour servir le seigneur selon la pureté de 
l'Evangile; et cela sans armes et sans causer aucun tu- 
multe. » 

Le synode prévoyant , d'autre part , que ces assem- 
blées de jour pourraient irriter les curés de la province 
et les porter à dénoncer les protestants comme des re- 
belles et des séditieux , résolut d'écrire aux comman- 
dants et gouverneurs du Vivarais , d'abord pour les as- 
surer de la fidélité des protestants , de leur soumission 
et de leur obéissance aux ordres de leur prince; puis 
pour les supplier instamment d'user de support à leur 
égard. 

Conformément à cette décision les pasteurs Coste et 
Peirot (Desubas était à ce moment dans le Languedoc 
pour l'affaire du schismatique Boyer), commencèrent le 
dimanche 10 mai 1744 à prêcher en plein air, le premier 
du côté de Vernoux , le second du côté de Saint-Pier- 
reville. Quatre à cinq mille personnes assistèrent à ces 
assemblées (i). Personne ne les troubla. Les curés 

(1) Il s'en tint aussi le même jour au coteau d'Oraye, paroisse de Saint- 



202 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

tremblaient. Dans celle que présida Peirot ils envoyè- 
rent des exprès pour savoir si les protestants étaient ar- 
més , et ne revinrent de leur frayeur que lorsqu'ils 
apprirent le contraire. Dans cette circonstance, les pro- 
testants montrèrent autant de zèle que de courage. Tous 
assistèrent aux assemblées. Riches et pauvres , jeunes 
gens, hommes de l'âge mûr et vieillards. Il y eut peu 
de Nicodémites. Seul, le vieux prédicateur Monteil fit 
de l'opposition. Non seulement il n'assista pas aux as- 
semblées de jour, mais encore il mit tout en œuvre 
pour empêcher les gens de s'y rendre. Il ne fut pas 
écouté. 

Laissons maintenant la parole à Peirot, qui envoya à 
Court, à Lausanne, un mémoire spécial surlesassemblées 
de jour du Vivarais (i). « Elles surprirent, » dit-il, «■ ex- 
trêmement les catholiques par leur nouveau , et par le 
grand nombre de ceux qui les fréquentaient. Divers cu- 
rés en furent fort épouvantés ou du moins ils feignaient 
de l'être. Les uns se faisaient garder par une troupe de 
paysans. Le curé, nommé Chassieu, de Saint-Julien- 
la-Brousse, était de ce nombre; les autres allèrent de- 
mander des gens pour être en sûreté au commandant de 
la province. Le curé de Gilhoc fut exprès à Tournon 
pour cela, mais on rejeta sa demande. D'autres quittè- 
rent leurs églises pour se mettre, disaient-ils, en sûreté. 
L'évêque fut obligé d'ordonner au curé de la paroisse 
de Saint- Fortunat , nommé Aligno, de reprendre son 
poste ou de consentir qu'on mît un autre curé à sa 
place. 

» Plusieurs gentilshommes sollicitèrent le comman- 

Jean -Chambre , près de Desaignes, et du côté de Saint-Agrève ; le jour de 
l'Ascension , sur les limites de Châteauneuf-lès-Vernoux et de Boffres ; le 
25 mai, près de Boffres (Arch. nat., TT, n6, 557). 
,1; Ms. Court, n" 17, t. Q, p. 549-555. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 20^ 

dant pour avoir des ordres contre les protestants. S'ils 
ne manquèrent sans doute pas de faire tous leurs efforts 
pour rendre les assemblées odieuses et criminelles , la 
connaissance qu'on a de quelques-uns de ces messieurs, 
fondée sur une triste expérience, ne permet pas de le 
révoquer en doute. Ils n'obtinrent pourtant rien. Le 
commandant se contenta, on le sait de science certaine, 
de leur dire qu'il en écrirait à la cour; qu'en attendant 
ils ne devaient faire autre chose que de remarquer ceux 
qui assistaient aux assemblées sans les molester en au- 
cune manière. Scipion de Rochessauve l'a dit lui-même 
au ministre M"" Coste. 

» Les ministres (i) prévoyaient par avance les mau- 
vaises intentions des catholiques. D'abord qu'ils eurent 
fait leurs premières assemblées, ils écrivirent d'un com- 
mun accord deux lettres : l'une à M. Ladevèze, l'autre 
à M. de Châteauneuf (2), commandant à Tournon. Ces 
lettres portaient que les religionnaires s'assemblaient à 
la vérité , mais sans armes, sans tumulte, uniquement 
dans la vue de servir Dieu et qu'ainsi on ne devait pas 
douter de leur fidélité envers Sa Majesté. » 

Nous avons été assez heureux pour retrouver celle 
qui fut écrite à Châteauneuf. En voici le texte : 

« Monseigneur, la haute idée que nous avons de vo- 
tre équité et de votre justice nous engage à prendre la 
liberté de nous adresser à vous, Monseigneur, pour 
nous justifier auprès de vous des calomnies qu'on in- 
vente sur notre sujet depuis l'indigne soulèvement des 
camisards , désapprouvé par tous les gens sensés de 
notre communion. Diverses personnes ont regardé les 
protestants du royaume , et particulièrement ceux de 

(i) Peirot, Coste et Desubas. 

(2) Ladevèze avait reçu un commandement plus étendu en Languedoc, et 
Châteauneuf le remplaça pour le Vivarais et le Velay. 



204 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

cette province, comme des rebelles, des séditieux, des 
perturbateurs du repos public. Aujourd'hui qu'ils pren- 
nent la liberté de s'assembler en plein jour, on ne man- 
quera pas sans doute de renouveler toutes les .ancien- 
nes accusations et de les dépeindre comme des rebelles, 
des gens qui ont des intelligences avec les ennemis de 
Sa Majesté. Permettez donc, Monseigneur, que nous, 
ministres du Vivarais, ayons l'honneur de protester con- 
tre ces accusations et de vous assurer que tous ceux 
de la relii^fion réformée re2:ardent comme un crime des 
plus énormes la rébellion contre un légitime souverain 
tel que notre prince. Il est vrai, Monseigneur, que de- 
puis longtemps il y a dans cette province des ministres 
qui ont béni des mariages , administré les sacrements 
et convoqué secrètement des assemblées religieuses , 
mais cela sans causer un seul trouble dans la patrie et 
sans émouvoir aucune sédition contre l'Etat. Les reli- 
gionnaires de ce pays ont payé les amendes sans mur- 
mure, souffert patiemment les galères, l'enlèvement de 
leurs enfants. Non seulement ils ne se sont point rebel- 
lés contre leurs gouverneurs , il ont encore supporté 
avec patience les injures, les insultes, les mauvais trai- 
tements de divers particuliers , qui se servaient du pré- 
texte de religion pour exercer leur cruauté, pour assou- 
vir leurs passions en venant et en tourmentant le pauvre 
peuple. Nous vous avouons aussi, Monseigneur, que 
présentement nous prenons la liberté de nous assembler 
en plein jour, mais sans armes, sans tumulte, sans cau- 
ser la moindre inquiétude à qui que ce soit. Comme 
nous l'avons toujours pratiqué dans nos assemblées noc- 
turnes, nous faisons cela, non pour nous soustraire à 
l'obéissance due à notre roi, mais pour nous sanctifier, 
pour prier Dieu , pour le servir, sinon de la même ma- 
nière des autres sujets de Sa Majesté, du moins sous 



DU VIVAHAIS ET DU VELAY. 201? 

une bonne intention; car s'il y a entre eux et nous des 
sentiments différents sur des matières de théologie, nous 
sommes tous d'accord touchant la nécessité de bien vi- 
vre, de servir Dieu et de le prier pour le roi, pour 
l'Etat, ainsi que nous le pratiquons dans tous nos exer- 
cices de piété et de dévotion. Voilà, Monseigneur, nos 
véritables sentiments et ce qui s'observe parmi nous. 
Nous espérons que votre bonté vous portera à nous 
rendre justice , en ne nous regardant point comme des 
rebelles et en usant envers nous de la même clémence 
dont vous usez envers nos frères du Languedoc et des 
Cévennes. En reconnaissance, nous ferons des prières 
au Seigneur pour qu'il vous conserve et qu'il vous ac- 
corde une vie longue et heureuse, accompagnée de tou- 
tes sortes de bénédictions, nous osons nous dire, avec 
un très profond respect , vos très humbles et soumis 
serviteurs. P. m. Cm. M. m. (i). Ce 14® mai 1744 (2). » 

« Dans le temps que M. de Châteauneuf eut reçu la 
lettre des ministres, » continue Pèirot dans son mé- 
moire, « il partit pour Privas 011 l'assiette s'assemblait. 
Il montra sa lettre à l'assemblée, ensuite il l'envoya en 
cour. On ne peut pas bien savoir tout ce que ces mes- 
sieurs de l'assiette dirent des assemblées des protes- 
tants et de la lettre des ministres, mais on a vu qu'en 
arrivant de Privas il étaient plus doux envers les pro- 
testants et qu'ils parlaient des assemblées et des mi- 
nistres plus avantageusement qu'ils ne faisaient aupa- 
ravant. 

» Une autre lettre, qui fut aussi communiquée aux 
messieurs de l'assiette, est celle du ministre Peirot à 
M. le comte de Chambaud. Il est bon de rapporter ce 



(i) Peirot, ministre; Coste, ministre; Majal (Desubas). ministre. 
(2) Arch. nat., TT, 356, )}7. 



206 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

qui donna lieu à ce premier d'écrire cette lettre. D'abord 
que M. le comte de Chambaud eut appris qu'on faisait 
des assemblées en plein jour, il témoigna un grand em- 
pressement de voir les ministres. 11 en écrivit à M. de 
Romegieux, de la paroisse de Gluiras, mais comme on 
ne lui en faisait pas voir aussitôt qu'il l'aurait souhaité , 
ayant appris qu'on faisait une assemblée dans la paroisse 
de Saint-Jean-Chambre le 17® mai, il s'y rendit lui-même 
et fit prier le ministre de venir lui parler hors de l'assem- 
blée. Il déclara d'abord qu'il venait là pour un bien; 
que, voyant que les protestants faisaient des assemblées 
qui pourraient leur attirer de violentes persécutions, il 
voudrait les prévenir et les leur faire éviter. Il dit en 
particulier à M. Peirot qu'il voulait croire qu'il était 
honnête homme, et qu'il n'agissait que dans de bonnes 
vues , mais que la cour n'interpréterait pas ainsi ses dé- 
marches, qu'elle prendrait cette conduite pour une vé- 
ritable rébellion, qu'elle croirait que les ministres étaient 
envoyés et pensionnés par le roi d'Angleterre. 

» Peirot lui fit un court raisonnement pour lui mon- 
trer qu'on ne devait pas soupçonner les protestants 
d'être d'intelligence avec les ennemis de Sa Majesté; 
mais M. le comte ne voulait même pas l'écouter, disant 
que rien ne les justifierait mieux que de cesser de faire 
des assemblées de jour ; que, pour la nuit, ils pourraient 
aller de maison en maison, et prêcher sans que per- 
sonne leur dît rien; que, pourvu qu'on voulût lui accor- 
der cela, il s'intéresserait en leur faveur. On lui dit 
qn'on lui accorderait sa demande s'il pouvait obtenir une 
permission de la cour de bénir les mariages , baptiser 
les enfants et de s'assembler la nuit sans aucun risque. 
Il répondit que cela était contre les ordres du roi, mais 
qu'on pouvait le faire sans s'exposer. 

» Comme M. le comte voulait absolument que le 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 207 

sieur Peirot (car. il ne parlait qu'à lui), lui promit de ne 
plus prêcher de jour, ce dernier, ne voulant ni promet- 
tre, ni refuser, répondit qu'il communiquerait la chose 
à ses confrères et aux principaux habitants ; qu'ensuite 
il écrirait la résolution qui aurait été prise. Le comte 
fut content, il promit qu'il enverrait encore la lettre 
qu'on lui écrirait. 

» Le sieur Peirot , après s'être consulté avec ses 
confrères et quelques fidèles, écrivit, le mardi 19 mai, 
en son propre nom, à M. le comte, comme il le lui 
avait promis ; mais , par des raisons de prudence , il 
éluda la question, c'est-à-dire qu'il ne promit pas de ne 
pas faire des assemblées de jour ni qu'il ne dit pas non 
plus qu'il n'en ferait ; il se contenta de montrer que , 
bien loin que les assemblées, qui se convoquaient en 
plein jour au vu et au su de tout le monde, dussent faire 
soupçonner les protestants de rébellion, elle devait plu- 
tôt faire leur apologie et les justifier auprès de toute 
personne raisonnable (i). 

» Lorsque M. le comte eut la lettre, il partit pour 
Privas, où l'assiette était encore, et la montra à toute 
l'assemblée. Chacun en fit des copies. Il suffisait que 
cette lettre eût été écrite par un ministre pour que cha- 
cun fût curieux de l'avoir, ce qui fut cause qu'il s'en 
répandit des copies presque dans tout le Vivarais. 

(i) Un personnage resté inconnu, mais que Peirot croit être un curé , fit 
une réponse à sa lettre. Elle accusait les protestants de manquer de sincé- 
rité. « Vous dites, » écrivait l'auteur anonyme , « que vous avez payé les 
amendes sans murmure : ce qui n'est pas vrai, car l'on vous y a forcé par 
des garnisons. Vous dites que vous empêchez que les protestants sortissent 
du i03'aume et qu'ils emportassent de l'argent. Le roi ne vous en saura pas 
gré. Il y a pourvu en empêchant qu'on vendît les biens , et en empêchant 
qu'on soriît de ses Etats. Quelques soumises que paraissent vos lettres aux 
commandants , l'on ne cesse pas d'y apercevoir quelque teinture de rébel- 
lion cachée, qui ne manquerait pas de se manifester à l'occasion; aussi ne 
se fie-t-on guère à vous. » {Mémoire de Coste , ms. Court, n* 17, vol. P , 
p. 505.) 



208 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

L'original en fut envoyé à M. d'Argenson, qui répondit 
à M. le comte qu'il était déjà informé de la conduite 
des protestants. 

» Le même dimanche 17 mai, comme on se retirait 
de l'assemblée, il arriva un événement qui pensa inquié- 
ter les protestants. Le sieur Avon, curé de Saint-Mau- 
rice [sous ChalenconJ , allant à Saint-Jean-Chambre 
baptiser un enfant , postant (passant) à un petit village 
nommé Rias, fut blessé à une joue. Il n'eut pas plutôt 
reçu le coup qu'il cria que ceux qui venaient de l'as- 
semblée l'assassinaient. Ils en étaient bien éloignés. Ils 
saisirent eux-mêmes l'homme qui avait tiré, le condui- 
sirent à Vernoux et dirent au commandant de faire faire 
à leurs dépens les informations nécessaires pour savoir 
s'il était coupable ou non. L'accusé était religionnaire, 
mais il n'était point allé à l'assemblée ce jour-là. Il 
était dans son jardin, tirant aux oiseaux, et par mégarde 
blessa un peu le curé. Son innocence fut d'abord con- 
nue, et il fut relâché par ordre de M. de Châteauneuf 
sans qu'on lui infligeât d'autre peine que de demander 
pardon au curé (i). 

» Depuis ce temps, il est allé un grand nombre de 
catholiques dans les assemblées, mais il n'y est jamais 
arrivé aucun trouble. Il y eut dans une assemblée trois 
ou quatre jeunes garçons papistes qui portaient leurs 
fusils. On les leur ôta et deux gentilshommes les por- 
tèrent au commandant qui les garda et qui dit que , s'il 
savait que le curé eût trempé là-dedans, lui-même l'en 
ferait repentir (2). » 

(1) Pendant que cet homme était en prison, une autre pièce de l'époque 
nous apprend que » les demoiselles Loriol , du lieu , et M' Abriac , consul , 
dirent qu'il fallait [faire] évader cet homme pour avoir un prétexte pour faire 
périr les protestants. C'est ce qui fut entendu par les protestants eux-mêmes 
qui le gardaient. » 

(2) Ms. Court, n" i, t. XIV, XV. Recueil des syn. du Vinariiis. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY 209 

CONTINUATION DES ASSEMBLÉES DE JOUR. LIBELLE 
DIFFAMATOIRE. RÉPONSE DE DESUBAS (1744). 

Le mouvement qui portait les protestants à s'assem- 
bler de jour ne se ralentit pas. « Nos protestants, » 
écrivait Desubas le 12 juin 1744, « se rendent de fort 
loin dans les assemblées. Le dimanche de la Pente- 
côte , j'en fis une où il y avait des gens de trente-huit 
paroisses. Il s y rendit beaucoup de catholiques romains. 
Nous y avons vu des comtes, des gentilshommes, des 
bourgeois et des paysans en grande quantité... Diman- 
che dernier, il y eut un comte, ami du cardinal de Le- 
nain , qui m'envoya de quelle manière il fallait agir 
dans nos assemblées pour nous rendre les puissan- 
ces favorables. Ce même jour, un curé me fit inviter 
pour aller prendre un repas chez lui , mais je ne pus le 
faire. Hier au soir, je reçus une lettre dans laquelle un 
homme de grande distinction me fait dire qu'il veut nous 
rendre service auprès des puissances ; mais il veut 
pour cela savoir tous les lieux où se sont tenues nos as- 
semblées , le jour où nous les avons commencées et la 
manière dont nous nous y sommes conduits. Je n'ai pas 
encore répondu à cette lettre. Au reste, nous bénissons 
les mariages de tous les protestants de ce pays , nous 
baptisons leurs enfants, ce qui nous donne bien de peine 
et d'embarras... J'oubliais de vous dire qu'il y a un com- 
mandant à Beauregard qui donne des permissions aux 
protestants pour aller aux assemblées. Cela me fait 
croire que nos affaires vont assez bien. » 

Le quatrième synode national du désert , qui se réu- 
nit dans le bas Languedoc le 18 août 1744 et auquel 
les pasteurs Peirot et Desubas assistèrent comme re- 
II. 14 



2IO HISTOIRE DES PROTESTANTS 

présentants des Eglises du Vivarais , approuva (art. X) 
les assemblées de jour et publiques, et décida que cette 
province prêterait un pasteur au Poitou. C'est sans 
doute pour se conformer à cette décision que Pelis- 
sier dit Dubesset , qui était allé au séminaire de Lau- 
sanne en novembre 1740 et qui en revint en 1744, alla 
s'établir dans le Poitou en 1745. 

Ajoutons qu'un Mémoire, qui paraît avoir été rédigé 
en 1744, porte à quarante-trois le nombre des Eglises 
qui étaient organisées à cette époque dans la pro- 
vince (1). 

La tolérance dont jouissait le Vivarais n'empêcha pas 
pourtant les poursuites particulières. Ainsi , Richelieu 
donna l'ordre, le 15 décembre 1744, d'arrêter un cer- 
tain nombre de protestants de cette province. Voici 
leurs noms et les motifs qui les firent décréter d'arres- 
tation : 

Claude Ponton, de Gluiras. <( Il a enlevé de force 
Catherine, sa sœur, de la maison des soeurs de saint 
Joseph , du lieu de Chalancon , où elle avait été mise 
pour être élevée dans la religion catholique. » 

Claude dit Roche , du même lieu. «. Il a aidé à faire 
l'enlèvement de cette fille. » 

Antoine Terras, de Saint-Fortunat. a II est le chef 
des religionnaires de l'arrondissement de Saint-Fortu- 
nat ; il se donne les plus grands mouvements pour abo- 
lir la religion catholique ; il entretient à ses frais le 
nommé Jalade pour enseigner des psaumes et former 
des ministres. » 

Philippe Blache, de Mastenac , paroisse de Saint- 
Fortunat. « Il prête sa maison pour tenir chaque jour 
des assemblées à peu près semblables à celles de 1727, 

(i) Ms. Court, n« ry, t. Q. Voy. Picces justificatives, n" XV. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 211 

et dans lesquelles il se passe les choses les plus extra- 
vagantes. » 

Bougnard dit le Père Eternel , du même lieu. « Il 
assiste à ces assemblées, dont il est un des principaux 
acteurs ; il a été condamné aux galères pour le même 
fait. » 

Nos sources ne nous disent pas si ces personnes pu- 
rent se dérober aux poursuites dirigées contre elles. 
Richelieu avait donné l'ordre de les conduire au château 
de Beauregard. 

Cette même année 1744, on fit circuler dans le Vi- 
varais un libelle diffamatoire manuscrit contre les catho- 
liques, dont on attribua la paternité aux pasteurs. Le 
curé du Gua ayant été un de ceux qui le colportèrent 
avec le plus de zèle, Desubas lui répondit le 24 juillet, 
de concert avec le pasteur Dunière dit Lacombe (i). 
« Nous avons lu, » disait-il au curé, « la copie d'une 
lettre, ou plutôt d'un libelle séditieux, que vous eûtes 
la complaisance de communiquer à un protestant de la 
paroisse d'Issamoulenc. Nous aurions cru que vous de- 
viez vous contenter de regarder avec mépris un écrit si 
mal conçu , sans daigner y faire la moindre attention. 
Mais quelle n'a pas été notre surprise d'apprendre que 
cet écrit vous alarme et surtout que vous vous soyez 
mis dans l'esprit que les ministres en sont les auteurs. 
Le titre de séditieux et de rebelle est si odieux que 
nous avons cru que notre devoir nous engageait indis- 
pensablement à vous écrire, pour vous protester que de 
semblables écrits ne partiraient jamais de notre part et 
que nous dirons toujours anathème à ceux qui auront 
l'audace d'en écrire de tels... 



(1) Dunière ne refusa pas ce service à son ami, quoiqu'il n'exerçât pas le 
ministère à cause de sa mauvaise santé, comme on l'a déjà dit. 



212 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

» Nous déclarons d'abord sincèrement et devant Dieu 
que nous regardons la lettre en question comme imper- 
tinente , téméraire, impie et séditieuse. Nous ignorons 
absolument qui en est l'auteur; mais, quel qu'il puisse 
être , nous le regardons comme un brouillon , un per- 
turbateur du repos public, digne d'être recherché et 
puni comme un véritable séditieux. » 

Desubas prouve ensuite que les pasteurs du Vivarais, 
pas plus que ceux du Dauphiné, n'avaient pu écrire un 
pareil libelle, et il ajoute : « Si la religion que nous 
professons autorisait la révolte et la rébellion, vous au- 
riez peut-être quelque raison de vous défier et de nous 
attribuer des écrits et des démarches tendant à la sédi- 
tion ; mais avons-nous jamais reçu, cru ni enseigné rien 
de semblable ? Ne faisons-nous pas profession de croire 
qu'il faut obéir aux puissances supérieures et leur être 
soumis dans tout ce qui n'intéresse pas la conscience ? 
Nous sommes-nous jamais départis de cette croyance ? 
Depuis qu'il y a des ministres dans le Vivarais , avez- 
vous vu des révoltes et des soulèvements? N'avons- 
nous pas supporté tous les mauvais traitements... avec 
une grande patience?... Vous direz peut-être, Monsieur, 
que les assemblées que nous faisons contre les édits 
sont des rébellions ; mais nous vous demandons : les 
rois ont-il droit sur la conscience de leurs sujets?... 
Croyez-vous que les premiers chrétiens , qui faisaient 
des assemblées contre les édits des empereurs, fus- 
sent des rebelles? Vous n'oseriez le dire et, si vous le 
faisiez, vous condamneriez des personnes que vous 
regardez comme des martyrs et des saints... Direz-vous, 
Monsieur, qu'après l'afifaire des camisards l'on a tout 
lieu de se défier des protestants ? C'est là votre grand 
retranchement; mais ignorez-vous que les ministres n'ont 
en rien contribué à cette révolte?... Ignorez-vous que 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 21 3 

nous n'avons 'rien négligé pour faire revenir nos peuples 
des visions du fanatisme ? Ce serait donc sans fonde- 
ment qu'on nous soupçonnerait de révolte sous prétexte 
qu'un petit nombre de visionnaires , que nous avons 
toujours condamnés jusqu'à les préserver de la commu- 
nion, ont causé autrefois quelque trouble. » 

Comme le libelle ajoutait que les protestants du 
Vivarais et du Dauphiné avaient déjà pris les armes , 
Desubas ajoutait : h Voilà plusieurs jours que ce mani- 
feste a paru, mais point de gens armés. Ceux qui 
viennent du Dauphiné assurent que tout y est tran- 
quille , qu'on ne voit d'autre armée que celle du roi et 
des alliés , et qu'aucun curé n'a été ni chassé ni tué, 
ni aucune communauté pillée et brûlée pour les avoir 
gardés. Cela nous fait penser aux armées qu'un Don 
Quichotte croyait de voir et de combattre , et qui ne 
se trouvaient , au bout du compte , que des moulins à 
vent et des troupeaux de mouton. » 

Le pasteur du Vivarais terminait sa lettre par ces 
fortes et belles paroles : « Après tout , le temps nous 
justifiera... En attendant, Monsieur, souffrez que nous 
vous priions d'être tranquille, de ne pas vous alarmer, 
et surtout d'être persuadé que nous n'avons d'autre des- 
sein que de porter les peuples à la vertu. A l'exemple 
de saint Paul nous les exhortons à craindre Dieu et à 
honorer le roi. Si , après cela , nous sommes blâmés et 
persécutés , nous le serons en bien faisant. Ce sera 
pour avoir porté les hommes à se souvenir de leur 
créateur, à lui rendre les hommages qui lui sont dûs, à 
se retirer de l'injustice et de la débauche, et à vivre en 
paix et en concorde les uns avec les autres. » 



214 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

POLITESSES FAITES AUX PASTEURS. DES CURÉS SE 
RENDENT AUX ASSEMBLÉES (1745). 

Les assemblées de jour continuèrent nombreuses 
l'année suivante. Mentionnons celles de Saint-Jean- 
Chambre, Gilhoc, Saint-Voy, Saint-Agrève, Le Pouzin, 
LeChambon, Saint-Alban, Saint-Michel-de-Chabrilla- 
noux, Saint-Maurice en Chalancon, Saint-Didier, Saint- 
Félix-de-Châteauneuf , Desaignes, Privas, Toulaud , 
Champis , Silhac, etc. Il fut verbalisé contre toutes ces 
assemblées. Les catholiques étaient partagés à leur 
sujet. Les uns désiraient sincèrement que la tolérance 
durât; d'autres, au contraire, étaient peines de ce qu'elle 
existât. Parmi les premiers , il en était qui faisaient 
mille politesses aux pasteurs. Ainsi, en janvier 1745, le 
juge des Boutières et un gentilhomme firent une visite 
à Peirot. La conversation roula sur le support mutuel 
des chrétiens des diverses communions. Ils s'élevèrent 
contre la haine que les deux religions nourrissaient l'une 
contre l'autre et contre la persécution d'autrefois. 

A Privas, par contre, il y avait quelques Messieurs 
catholiques fort peu tolérants, qui s'exprimaient mécham- 
ment sur le compte des assemblées et des ministres. 
Une assemblée, qui avait eu lieu vers la Toussaint de l'an- 
née précédente , fit quelque bruit. Le subdélégué Du- 
molard , avec des archers , se transporta sur le lieu 011 
elle avait été tenue , le mesura et fit des menaces. Il en 
fut de même à Vais, mais ce fut tout. 

Le 13 janvier 1745 , jour de foire, l'autorité fit affi- 
cher à Saint-Pierreville les amendes auxquelles avaient 
été condamnées quelques assemblées du Languedoc , 
mais personne n'en fut effrayé. D'autre part, cinquante 
soldats de Tournon et cinquante de Privas , accompa- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 2 1"; 

gnés de plusieurs maréchaussées , se rendirent de nuit 
à Saint-Fortunat , fouillèrent quelques maisons protes- 
tantes sous prétexte de rechercher de la contrebande 
et des contrebandiers. Le Vivarais était pourtant une 
des provinces de France oia il passait le moins de gens 
de cette sorte. C'est pourquoi on crut que c'était le 
curé du lieu qui avait fait venir ces soldats dans l'inten- 
tion d'arrêter quelque ministre. 

Un mois plus tard, le 14 février, un curé, son vicaire 
et un autre personnage se rendirent à une assemblée 
présidée par le pasteur Pélissier dit Dubesset. Lors- 
qu'ils arrivèrent, ce dernier était sur le point de congé- 
dier l'assemblée. Les trois visiteurs auraient voulu qu'il 
recommençât son sermon, après quoi ils seraient montés 
en chaire pour le réfuter. Le pasteur n'y ayant pas 
consenti, ils lui demandèrent une dispute publique, 
mais, comme Dubesset était fatigué et d'une santé 
chancelante, il s'y refusa pour le moment. Les visi- 
teurs partirent là-dessus en disant qu'une autre fois, 
lorsque l'assemblée se tiendrait près de chez eux, ils y 
viendraient de meilleure heure. 

Les pasteurs du Vivarais ne surent que penser de 
cette démarche insolite, qui se renouvela plusieurs fois. 
Ils furent toutefois disposés à croire que c'était un piège 
qu'on leur tendait. Tel était du moins le sentiment de 
Court, de Lausanne, à qui Peirot avait écrit sur ce 
sujet le 19 mars 1745 et qui répondit : u Défiez-vous 
de toutes ces manoeuvres des curés qui se sont rendus 
dans l'assemblée de M. Dubesset. Elles renferment des 
dessous de carte qui ne manqueraient de vous être 
funestes. » 

Pendant ce temps, quelques inspirés faisaient mille 
prédictions. Ils disaient que Privas et le Puy seraient 
détruits , que tous les curés , chanoines et évêques 



2l6 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

périraient, que les Anglais seraient bientôt maîtres de 
Paris (!). Les pasteurs, qui apprenaient avec beaucoup 
de peine ces extravagances destinées à jeter du discrédit 
sur les protestants, faisaient tous leurs efforts pour y 
mettre un terme (i). 

DÉCLARATION DU ROI DU l6 FÉVRIER I745. AMEN- 
DES CONSIDÉRABLES. LETTRE d'uN ANONYME DE 
PARIS. ÉCRITS CATHOLIQUES ET PROTESTANTS (l 745) . 

Ce calme relatif ne faisait pas prévoir la déclaration 
royale du i6 février 1745, qui renchérissait par ses 
rigueurs sur la déclaration déjà barbare de 1724. Elle 
portait que les nouveaux convertis des arrondissements, 
où s'opérerait l'arrestation d'un ministre, payeraient 3 ,000 
livres d'amende affectées à la récompense des dénon- 
ciateurs , et que la peine des galères perpétuelles serait 
maintenue pour ceux qui donneraient asile aux proscrits. 
Cette ordonnance émut profondément les provinces, et 
celle du Vivarais pensa qu'il serait utile d'adresser une 
requête au roi. Les pasteurs du Languedoc ayant par- 
tagé leur avis, l'un d'eux estima qu'il fallait en outre 
écrire à Richelieu et à Saint-Florentin. Redonnel , pas- 
teur du Languedoc , qui paraît avoir été le ou l'un des 
rédacteurs des requêtes, annonçait, le 24 mars 1745 , 
qu'elles partiraient bientôt et seraient présentées au 
nom de toutes les Eglises du royaume ; mais nous ne 
savons si le double martyre des pasteurs Ranc et Roger 
du Dauphiné , qui eut lieu vers ce temps et glaça les 
protestants d'effroi , n'empêcha pas la réalisation de ce 
projet. 



(I) Ms. Court, n" i, t. XV, XVI; n- 8, t. V, VI ; n» 17, t. A. Edm. 
Hugues, t. 11, p. 454, 455. Arch. de l'Hérault, C, 426, 212, 216, 218. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 21/ 

Quoiqu'il en soit, l'effet de la déclaration royale 
du i6 lévrier se fit sentir en Vivarais dès le mois sui- 
vant. L'arrondissement de Saint-Jean-Chambre fut 
condamné à payer 500 livres d'amende et 82 livres de 
frais (4 mars) (i); celui de Gilhoc , 1000 livres 
d'amende et 82 livres de frais (8 mars) (2) ; celui du 
Chambon 300 livres d'amende et 186 livres de frais 
(17 mars); celui de Saint-Voy 1,000 livres d'amende et 
1,800 livres de frais (24 mars); la paroisse de Vais 
500 livres d'amende et 400 livres de frais. 

Le Vivarais, d'autre part, se remplit d'espions et de 
soldats, et si les catholiques continuaient à se rendre 
aux assemblées, on pensait que c'était également pour 
espionner. Néanmoins, tandis que la persécution sévis- 
sait avec violence dans plusieurs provinces de France, 
le Vivarais n'avait à souffrir que des amendes considé- 
rables qu'on infligeait aux protestants. Les magistrats , 
qui se rendaient dans les lieux où s'étaient tenues des 
assemblées, se contentaient de verbaliser et de faire 
payer les amendes. Il y avait bien des soldats à Privas, 
Vernoux et Saint-Agrève , mais quelques-uns de leurs 
officiers étaient animés du meilleur esprit. C'est ainsi 
que les soldats de Saint-Agrève ayant insulté des gens 
qui revenaient d'une assemblée : arrêtant les uns et 
ôtant aux autres leurs livres de psaumes , le comman- 
dant, bien loin de maintenir en état d'arrestation les 
premiers , les remit en liberté et fit rendre aux seconds 
leurs livres, après avoir réprimandé vivement ses soldats. 
Dans le Velay, les protestants de deux bourgs se 
laissèrent aller à une coupable faiblesse. Leur arrondis- 
sement ayant été frappé d'une modique amende , ils 



(1) 1367 1. et 700 I., d'après d'autres sources. 

(2) 700 1., d'après une autre source. 



2l8 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

présentèrent à l'évêque du Puy, Jean-Georges Le Franc 
de Pompignan , un placet dans lequel ils promirent de 
ne plus faire d'assemblées contre les ordres du roi. 
Instruit de cette démarche, Peirot fit venir auprès de lu* 
les principaux protestants des deux bourgs, leur repré- 
senta le fâcheux effet que leur placet pouvait produire, 
et, après leur avoir fait comprendre leur faute, convint 
avec eux que , nonobstant leur placet , les assemblées 
continueraient dans leurs quartiers comme auparavant , 
et que. dès le dimanche suivant (mai), il y en aurait une. 
Elle tut fort considérable. 

Peirot avait eu, un mois environ auparavant, à répri- 
mer une prophétesse. « Le 14 de mars, » écrivait-il, 
(( à une assemblée que j'avais convoquée proche du 
Gua , dans les Boutières , pendant la prière, après le 
sermon, une femme, se disant prophétesse, commença 
de faire grand bruit , ce qui dura tout le temps que je 
fis la prière. Je n'entendis pourtant pas autre chose que 
ces mots : « Venez aux eaux de la grâce, ne méprisez 
pas la grâce , écoutez mon pasteur. » La prière finie, je 
priai deux hommes de faire venir cette femme devant 
moi. On l'emmène par force. Je lui demande pourquoi 
elle a crié pendant la prière. Elle répond que c'est parce 
que Dieu le voulait. Je lui demande comment est-ce 
qu'elle sait que Dieu voulait qu'elle criât. Ne sachant 
que répondre , elle dit que Dieu ne veut pas qu'elle 
parle. Là-dessus, je dis tout ce qui me vint dans l'esprit 
pour porter le peuple à se détourner de ces fadaises , 
auxquelles il n'a que trop de penchant. » 

Vers cette époque, les pasteurs du Vivarais reçurent 
une longue lettre de Paris, sans seing ni date, dans la- 
quelle l'auteur disait que les assemblées de jour et pu- 
bliques faisaient craindre à la cour que les protestants 
du Midi ne fussent d'intelligence avec les puissances 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 2ig 

maritimes (l'Angleterre et la Hollande); qu'on mettait 
sur leur compte des armes découvertes à Lyon, les- 
quelles on les accusait de vouloir faire entrer en Viva- 
rais ; que des Anglais avaient passé du côté de Mon- 
tauban déguisés en Français, et que, pour contenir les 
protestants dans l'obéissance , la cour avait formé le 
dessein d'envoyer des troupes contre eux. 

Le correspondant anonyme ajoutait que, pour préve- 
nir ce malheur et obtenir quelque liberté , il fallait 
d'abord effacer autant que possible de l'esprit du roi, 
par une requête, les sinistres interprétations qu'on lui 
donnait des assemblées des protestants ; puis envoyer 
aux rois de Prusse, de Danemark et de Suède, une 
députation qui leur représenterait les cruautés exercées 
contre les protestants de France et leur exposerait que , 
si ces derniers se sont assemblés, c'est sans aucun mau- 
vais dessein, sans armes , uniquement pour servir Dieu 
selon les mouvements de leurs consciences. Le corres- 
pondant voulait enfin qu'on intéressât au sort des pro- 
testants les puissances maritimes, afin que, lorsque la 
guerre de la succession d'Autriche serait terminée, elles 
tâchassent de faire insérer dans le traité de paix une 
clause en faveur des protestants. 

Peirot répondit à l'auteur anonyme au nom de ses 
collègues. Tout en le remerciant de ses bons avis, il se 
borna à le prier d'en faire toujours part aux protestants 
et à l'assurer de la fidélité de ceux-ci envers le roi ; mais 
il écrivit sur-le-champ à Court au nom de ces mêmes 
collègues, et, adoptant l'idée du correspondant ano- 
nyme, lui parla de la nécessité de faire paraître V Apo- 
logie en faveur des Eglises réformées , à laquelle on 
travaillait en Suisse ; d'envoyer une requête au roi et de 
supplier les puissances protestantes d'intercéder pour 
les réformés auprès de ce dernier (17 juin). On apprit 



220 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

depuis qu'un placet avait été déjà rédigé dans les pays 
étrangers et envoyé à une province du midi pour qu'elle 
l'adressât au roi. 

Daniel Vouland, pasteur du Dauphiné, qui s'était réfu- 
gié en Vivarais après le double supplice de ses collè- 
gues Ranc et Roger, exposait tout ce qui précède dans 
une lettre du 15 juillet, adressée, semblet-il, à un 
pasteur du Languedoc, à qui il demandait, de plus, 
si le placet avait été expédié et s'il partageait l'idée 
d'envoyer une députation auprès des puissances étran- 
gères. 

Trois semaines auparavant, le 26 ou 27 juin, on arrêta 
le sieur d'Audemard , beau-frère des demoiselles de 
Tatallion , « le plus zélé et le plus honnête homme de 
tous les gentilshommes de notre pays , » disait Peirot. 
Il fut enfermé à Beauregard et n'en sortit qu'en octobre 
ou novembre. 

Vers le même temps , on fit circuler dans le Vivarais 
un imprimé de 24 pages dirigé contre les protestants. 
L'auteur, curé dans les Boutières, qui passait pour un 
oracle dans son canton et qui « faisait le doucereux , 
quoiqu'il fût plein d'un venin d'aspic , » déplorait le 
malheur des temps, oij l'on voyait l'hérésie lever la tête 
plus que jamais , et ajoutait que trois obstacles empê- 
chaient les protestants d'embrasser la vérité : les pré- 
jugés, la fausse liberté que leur procurait leur religion , 
et le respect humain. L'opuscule était brillamment écrit, 
mais peu solide. Un gentilhomme protestant pria Pei- 
rot de le réfuter, mais il ne le voulut point sans avoir 
pris préalablement l'avis de Court. 

Il parut, d'autre part, à Valence, un écrit, composé, 
croyait-on, par l'évêque de cette ville, dans lequel on 
faisait parler les protestants comme des traîtres , qui 
avaient perdu tout espoir depuis la célèbre victoire 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 221 

remportée par la France sur les Anglais à Fontenoy, le 
1 1 nnai. 

En août, Peirot eut , à Saint-Georges-les-Bains , une 
conversation avec un capitaine de grenadiers de Tour- 
non, qui y prenait les eaux et qui avait assisté à l'assem- 
blée présidée dans ce lieu par ce pasteur. Il lui déclara 
qu'il était protestant, et demanda à Peirot une route 
écartée qui pût le conduire à Genève en toute sûreté. 
Il lui apprit, en outre, qu'il était défendu aux soldats de 
faire feu sur les assemblées , mais que certainement on 
arrêterait quelques particuliers (août). 

Les catholiques faisaient, en effet, de grandes mena- 
ces, mais rien de plus. On enferma pourtant dans un 
monastère une jeune fille de six années, en vertu d'une 
lettre de cachet. C'était une orpheline domiciliée chez 
son tuteur, qui était le frère du pasteur Peirot. L'évè- 
que du Puy le manda auprès de lui et s'exprima d'une 
façon menaçante sur le compte de ce dernier , parce 
que les catholiques l'accusaient d'être seul la cause de 
l'établissement et de la continuation des assemblées de 
jour dans le Velay. 

D'un autre côté, le juge de Vernoux, ayant demandé 
un rendez-vous à Peirot, s'éleva devant lui, aussi for- 
tement qu'il le put , contre les assemblées de jour et 
publiques , mais avec douceur dans les termes. Peirot 
les défendit de même, et l'on crut, dans le public, que 
le juge avait fait cette démarche à la sollicitation de 
Châteauneuf, commandant de Tournon, avec qui il était 
fort lié. 

En novembre ou décembre, Peirot reçut l'écrit dont 
il désirait si fort la publication : Apologie des protestants 
du royaume de France sur leurs assemblées religieuses. Au 
Désert (Vevey), 1745 , 46 pages in-S". Il reçut aussi le 
Mémoire apologétique en faiseur des protestants sujets de 



222 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Sa Majesté très chrétienne , à t occasion des assemblées 
qu'ils forment dans diverses provinces pour l'exercice pu- 
blic de leur religion , ou Lettre d'un ministre du Saint 
Evangile à un de ses amis dans le Brandebourg, s. 1. n. d. 
(La Haye, juillet 1745). Court avait composé le pre- 
mier écrit, à la demande du synode national de 1744 
(art. IV). Le parlement de Grenoble le fît brûler par la 
main du bourreau, par arrêt du 6 février 1747. Le se- 
cond, qui est le résumé du premier, fut composé par 
Armand de La Chapelle, pasteur à La Haye, et brûlé 
par arrêt du parlement de Toulouse du 29 octobre 174). 
Peirot attendait aussi la Réponse à la lettre sur les 
assemblées des religionnaires (s. 1. n. d.) , que Court, 
avec la collaboration de ses amis de Lausanne , publia 
cette même année , pour réfuter la Lettre sur les assem- 
blées des religionnaires en Languedoc , écrite à un gentil- 
homme protestant de cette province par M. û. L. F. D. M. 
A Rotterdam (Paris), 1745, in-4- (i). L'auteur de cette 
pièce était un protestant du canton de Vaud, François- 
Louis Allamand, précepteur dans une grande famille de 
Paris , et elle fut publiée par ordre du comte de Saint- 
Florentin (2). 

ARRESTATION DE DESUBAS (il DEC. 1745). MASSACRE 
DE VERNOUX. MOUVEMENTS DES PROTESTANTS COM- 
PRIMÉS PAR LES PASTEURS. 

La victoire de la France à Fontenoy , ses succès en 
Italie, ceux du prince Edouard en Ecosse et les triom- 

(i) L'écrit d'AUamand a été reproduit et également réfuté par Armand de 
La Chapelle, dansj,son livre La. nécessité du culle public parmi les chré- 
tiens; La Haye, 174Ô, 2 t. in-8°. 

(2) Ms. Court, n» i, t. XVI, XVII. Arch. de l'Hérault, C, ^6. Court, Le 
patriote français et impartial. Ment, hist., p. 95- J- l^- Hugues, llist. de 
iégl. réform. d'Anduze, p. 804, 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 223 

phes du grand Frédéric en Allemagne, ayant assuré la 
supériorité des armes françaises à ce moment de la 
guerre de la succession d'Autriche, la cour cessa de 
temporiser avec les protestants et résolut d'en revenir à 
l'exécution des édits. Le 4 décembre 1745, le ministre 
Saint-Florentin écrivit à Ladevéze : « Les amendes frap- 
pées sur les arrondissements protestants ne suffisent 
pas pour les contenir. Rien ne peut faire plus d'impres- 
sion que le supplice d'un prédicant, il est fort à désirer 
que vous réussissiez dans les vues que vous avez pour 
en faire arrêter un. » Le commandant se mit donc en 
campagne avec ses espions et ses soldats, et Desubas 
fut pris. 

Ce digne serviteur de Dieu, arrêté le samedi, 1 1 dé- 
cembre 1745 , entre dix et onze heures du soir, au ha- 
meau de Mazel, sur la route de Saint-Agréve à Tence, 
dans la maison de Jean Menut dit Rochette , qui avait 
l'habitude de loger les ministres, venait de donner une 
prédication à Saint-Michel-de-Chabrillanoux , le 5 dé- 
cembre, a Tout le monde, » disait le pasteur Coste , 
« convint que ce jour là il s'était surpassé et bien des 
gens crurent qu'il semblait présager ce qui allait lui ar- 
river dans la semaine. » Se rendant de Saint-Michel-de- 
Chabrillanoux au Chambon pour y présider une assem- 
blée le dimanche suivant, il s'arrêta chez Rochette. Un 
catholique de Saint-Agréve, nommé Chevalier, qui 
l'avait rencontré précédemment à Montelier et lui avait 
parlé en ami , ayant soupçonné sa retraite , le dénonça 
au lieutenant Charles de Sauzet, sieur de la Baronière , 
qui commandait un détachement du régiment de Bour- 
ges, en garnison à Saint-Agréve. Sauzet, prenant avec 
lui vingt-six fusiliers et deux sergents, se rendit aussitôt 
à la maison de Rochette et se saisit de Desubas. Ce 
dernier avait bien été averti du mouvement des troupes, 



224 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

mais il ne crut pas devoir fuir parce qu'il se réservait, 
au cas où elles feraient leur apparition, de se mettre en 
sûreté dans une cachette de la maison. Il recommanda 
seulement de bien fermer les portes, ce qu'on lit; mais 
les soldats les trouvèrent ouvertes, d'oij Ton conjectura 
que Chevalier s'était introduit furtivement dans la mai- 
son. Les soldats arrêtèrent non seulement Desubas, 
mais encore Rochette, son voisin Etienne Girard et 
leurs deux valets ; et les uns et les autres furent conduits 
à Saint- Agrève dans la maison du sieur Raymondon du 
Pontet fils , juge de Fayet et complice de Chevalier. 

Le commandant en chef des troupes de Saint-Agrève 
M. de Marans , vint voir Desubas , et , après lui avoir 
adressé quelques questions pour établir son identité, il 
le fit mettre sur sa demande dans le corps de garde, oij 
on lui donna du vin avec du sucre. Quand à Etienne Gi- 
rard, dont un nommé Dufraisse , fils de Bollon , juge 
de Saint-Agrève , se porta garant, il fut relâché, ainsi 
que les deux valets; mais de Marans maintint Rochette 
en état d'arrestation. Quelques heures après, en com- 
pagnie de Desubas , il fut conduit à Vernoux. C'était le 
dimanche, 12 décembre, à deux heures du matin. Sau- 
zet et vingt sept soldats les escortaient. 

Au hameau de Cluac , commune de Saint-Bazile, De- 
subas fut reconnu par le protestant Etienne Gourdol , 
ancien de l'Eglise de Saint-ApolIinaire-de-Rias , qui, 
réunissant dix-sept de ses voisins , tant hommes que 
femmes , alla attendre sans armes le détachement au 
bois de La Trousse , à un quart de lieue de Vernoux. 
Ce dernier arriva à huit heures du matin , et les protes- 
tants « demandèrent le ministre, » dit Coste dans son 
mémoire, « de la manière la plus douce et la plus sou- 
mise; mais, voyant qu'ils ne pouvaient rien obtenir par 
la prière, ils fondirent sur les soldats à coups de pierre, 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 225 

n'ayant point d'armes. Etienne Gourdol ayant empoigné 
le ministre pour l'enlever aux soldats, disant qu'il le 
voulait à quelque prix que ce fût, fut le premier tué d'un 
coup de bayonnette. Les soldats tirèrent sur les au- 
tres. » Quatre furent tués (i), un autre blessé, qui mou- 
rut deux ou trois jours après de sa blessure (2), et trois 
autres faits prisonniers. Desubas lui-même fut atteint de 
deux coups de bayonnette à l'épaule. Le reste de la 
troupe, tout consterné et sachant que le lieutenant avait 
dépêché un exprès à Vernoux pour faire venir du se- 
cours, enleva ses morts et se retira. 

Desubas, fatigué de la route et souffrant de ses bles- 
sures, ne pouvait plus avancer. Les soldats, qui crai- 
gnaient une nouvelle attaque , le battirent pour lui faire 
hâter le pas et il arriva à Vernoux à dix heures du matin 
au milieu des huées de la population catholique , qui 
s'était portée à sa rencontre. On l'enferma dans la pri- 
son du château de la Vérune , transformé en cave au- 
jourd'hui. 

Des protestants, au nombre de deux mille environ, 
qui assistaient à une assemblée du désert, réunie ce di- 
manche-là à Granjane , à une demi-lieue de Vernoux , 
et présidée par le pasteur Blachon , rentré en Vivarais 
l'année précédente , ayant été avertis de ce qui se pas- 
sait, accoururent sans armes et sans chefs pour deman- 
der la délivrance du prisonnier. Arrivés à quatre cent 
pas environ de Vernoux, et campés au Prélong, vaste 
prairie située au levant de ce lieu , « quatre des princi- 
paux du bourg, » dit Coste, « savoir M. Afforty, [juge 
de BoflVes] , Montagne, Garnier et Abriac , consuls, 
furent au-devant d'eux pour leur dire de ne pas entrer 

(i) Matthieu Courtial , Claude Rias, Jacques Jullien. Le quatrième n'est 
pas connu. 
(2) Jean-Pierre Vioujat. 

II. 15 



2 26 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

dans le bourg, qu'on leur rendrait le ministre, mais 
qu'on voulait auparavant avoir avec lui quelque confé- 
rence. Toute cette foule, leurrée par ces espérances, 
laissèrent rentrer ces quatre députés et attendirent sans 
s'avancer l'effet de leur promesse. Quelques moments 
après, M. Afforty vint leur dire qu'on ne voulait point 
leur livrer le ministre sans un ordre de M. de Château- 
neuf, et les exhorta à se retirer et à ne pas entrer dans 
le bourg. « Je suis fâché, » ajouta-t-il , « mais une pa- 
role a tout gâté. » Il faut observer que lorsque les qua- 
tre furent rentrés dans Vernoux, il se tint une assemblée 
chez M. Ponce des principaux habitants et des officiers 
de la garnison et de celui qui avait conduit Desubas 
pour résoudre de ce qu'ils avaient à faire. II y eut di- 
versité d'avis. Le commandant de Vernoux penchait à 
accorder le ministre , le lieutenant ne s'y opposait pas, 
mais il demandait une décharge, disant qu'il l'avait con- 
duit au prix de sa vie. Pour le sieur Ponce, il tint ferme 
qu'il ne fallait pas le relâcher, qu'on n'avait point reçu 
d'attaque, qu'il fallait attendre d'y être forcé. Il fut ap- 
parent qu'il fût résolu même de tirer sur les protestants 
s'ils entraient dans le bourg. M. Afforty ayant été pour 
la troisième fois auprès d'eux, il leur dit qu'il était fâché 
de n'avoir rien pu obtenir et les exhorta de nouveau à 
se retirer... La foule ne vit pas plus tôt qu'on se mo- 
quait d'eux qu'elle entra dans le bourg et réclama avec 
beaucoup de bruit la liberté de leur ministre. Alors, de 
toutes les fenêtres on tira sur elle (i). Plus de vingt-cinq 
restèrent sur la place (2). Il y en eut un qui fut écrasé 
par une pierre qu'une femme lui jeta de sa fenêtre sur 
la tête. 



(i) Les tireurs étaient, outre les soldats, des jeunes gens catholiques, à qui 
Afforty avait distribué de la poudre et des balles. 

(2) Voy. leurs noms aux Pière.s jiistifirntives, n» XVI. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 227 

a Le spectacle fut des plus touchants. Cette foule 
désarmée se retira. Les gens de Vernoux sortirent et les 
poursuivirent quelque temps. Ensuite ils dépouillèrent les 
morts et les étendaient à la renverse pour exposer leur 
nudité... Il faut observer que la plupart de ces massa- 
crés n'étaient pas entièrement morts le lundi matin et 
que les habitants de Vernoux achevaient de les tuer à 
coups de crosse de fusil, ou leur écrasait la tête à coups 
de pierre; que Guillaume Boyer, l'un de ces infortunés, 
s'étant adressé à un tailleur d'habits, qui lui avait fait ce- 
lui qu'il portait, pour lui demander quelque aide, le 
barbare tailleur, au lieu de lui donner le secours, lui 
écrasa la tête et le déshabilla. Tous ces cadavres de- 
meurèrent exposés à la vue jusqu'au mercredi que M. de 
Châteauneuf arriva à Vernoux et qui en fit porter vingt- 
cinq dans un fossé à la campagne. >/ Vingt-cinq autres 
moururent des suites de leurs blessures, sans parler de 
trois cent cinquante blessés qui guérirent. 

Le commandant de Marans, qui avait du cœur, fut si 
troublé par cette affreuse boucherie qu'il quitta ses trou- 
pes quelque temps après et s'enfuit en Suisse. Le pas- 
teur et professeur Ami Lullin, de Genève, le vit dans cette 
ville le 2 septembre 1746 et le recommanda à Antoine 
Court à Lausanne. 

« Le bruit de la prise de M. Desubas, » continue 
Coste, « s'étant répandu dans le bas Vivarais le diman- 
che au soir, les protestants de ce canton s'armèrent 
pour l'aller enlever. M. le ministre Coste leur donna 
rendez-vous chez un nommé Tribuols, du lieu de Garas, 
paroisse de Saint-Sauveur. Lorsque tous furent rassem- 
blés autour de Vernoux , ils pouvaient être au nombre 
de neuf cents, MM. Peirot et Coste s'étaient arrêtés à 
Rias, chez le nommé Prat, dans la paroisse de Saint- 
Maurice, d'où ils envoyèrent à Vernoux pour savoir ce 



2 28 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

qui se passait et pour demander deux cents hommes 
d'escorte ; mais le temps était si froid et si rude que 
les gens furent obligés de se retirer sans rien faire. La 
troupe armée se contenta d'écrire au commandant de 
Vernoux que , si on ne leur rendait pas le ministre , ils 
mettraient le feu dans Vernoux. Cette lettre, qui de- 
meura sans réponse, fut dictée ou écrite par un nommé 
Noë Puaux et fut envoyée par un paysan catholique. 
La seconde lettre fut écrite et portée par un nommé 
Pierre Moulac, qui contenait la même chose. L'exprès 
fut retenu et conduit à Montpellier, oia il aurait long- 
temps resté sans l'appui de M. de Liviers, gentilhomme 
catholique de Privas, qui s'employa pour lui ; et les 
menaces de brûler Vernoux furent sans effet. Ainsi 
tous les protestants armés se retirèrent. Ceci se passa 
le lundi 13 décembre. » 

Peirot mit, du reste, tout en oeuvre pour empê- 
cher la troupe de se livrer à des extrémités , la sup- 
pliant de se retirer , et disant : « Ce n'est qu'à 
cette condition que je continuerai mon ministère au 
milieu de vous. » Desubas lui-même, apprenant 
que ses gens s'étaient armés , leur écrivit le lundi ce 
billet de sa prison : « Je vous prie, Messieurs, de vous 
retirer. Les gens du roi sont ici en grand nombre ; il 
n'y a déjà que trop de sang répandu , je suis fort tran- 
quille. » 

« Le mardi, » continue Coste, « MM. Peirot, Coste 
et Blachon, s'étant rendus à la Nuée, proche de Saint- 
Maurice, écrivirent au commandant qu'ils étaient fâchés 
que les gens se fussent armés, que comme eux s'étaient 
trouvés éloignés ils n'avaient pu les prévenir, mais qu'ils 
feraient tout ce qui dépendait d'eux pour qu'il n'en pa- 
rût plus. Leur lettre fut portée à Vernoux par un gran- 
ger de M. Aflforty, nommé Courthial, catholique, à qui 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 229 

les commandants remirent la réponse qu'ils firent aux 
ministres, et dont voici la substance : 

« A Messieurs les ministres de la troupe, près de 
Vernoux. 

» Messieurs, nous sommes fâchés des maux que vos 
gens ont déjà souffert et de ceux qu'ils éprouveront 
dans la suite s'ils ne se retirent, et qu'une rébellion 
aussi ouverte que celle-là peut leur attirer ; et il n'y a 
que le repentir du passé et le changement de conduite 
qui puisse leur mériter le pardon. Pour nous, nous 
sommes ici fort tranquilles et vous pouvez être assurés 
que nous ferons notre devoir en vrais officiers. Nous 
avons l'honneur d'être vos très humbles serviteurs. 
Signé : de Problame, de Beaulieu et deux autres. 

» P. -S. Vos gens ont attaqué un détachement des 
troupes du roi venant du Cheylard, et ainsi peut-on 
compter sur votre parole ? » 

« Sur quoi, » ajoute Coste, « il faut observer que ce 
n'était pas les protestants qui avaient attaqué le déta- 
chement, mais bien le détachement qui, courant au 
secours de Vernoux, rencontra sur le grand chemin ces 
protestants, comme il sera dit plus bas. 

» 11 faut observer que le lundi 13 décembre c'était 
foire à Chalancon , et que noble Scipion de Roches- 
sauve dit Mercure, apostat, marié avec la fille de 
M. de Vaugiron, et les deux Eclozas, frères et notai- 
res à Chalancon , firent armer tous les catholiques 
qu'ils purent et se rendirent à Vernoux pour attaquer 
les protestants, qui s'étaient déjà retirés avant qu'ils 
arrivassent ; mais, en chemin, ils en avaient rencontré 
deux armés, à qui ils ôtèrent leurs fusils, et, à l'un 
d'eux, quelque argent qu'il portait. » 

Cependant les protestants du haut Vivarais , appre- 
nant que leurs coreligionnaires des Boutières étaient 



2^0 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

en armes autour de Vernoux, mandèrent à ceux de la 
Montagne de venir à leur secours , s'armèrent eux- 
mêmes au nombre de cent environ et se trouvèrent de- 
vant le bourg, le mardi 14, après midi. Raymondon de 
Pontet, qui était allé dès le dimanche au Mazel et avait 
obtenu qu'on lui remît le cheval de Desubas, sur la 
promesse qu'il avait faite de se rendre à Montpellier 
pour travailler en faveur de Rochette, parut alors monté 
sur le cheval du pasteur et engagea vivement la troupe 
à se retirer, leur assurant qu'il intercéderait en leur 
faveur. Quelques-uns étaient d'avis de le mettre à 
mort, et disaient : « Voici le traître, qui a encore l'au- 
dace de monter le cheval de M. Desubas. » Cinq ou 
six fusils étaient déjà braqués sur lui, quand le beau- 
trère de Rochette, nommé Gallon, et le nommé Riou 
le cadet, rentier du marquis de Gerlande , dirent qu'il 
ne fallait pas faire du mal à un homme qui voulait s'in- 
téresser à eux. Raymondon échappa ainsi à la mort, 
mais, s'étant rendu à Lapra, chez son beau-frère Sou- 
beyran, il fut suivi par cinq ou six protestants armés, 
qui l'obligèrent, malgré ses instances et ses menaces, 
de rendre le cheval de Desubas. 

Les protestants du haut Vivarais n'ayant trouvé autour 
de Vernoux aucun de leurs coreligionnaires, qui s'étaient 
retirés le lundi, com.me on l'a vu plus haut, se retirè- 
rent à leur tour ; mais six d'entre eux, s'étant séparés 
de la troupe près de Cluac , tombèrent entre les mains 
d'un détachement du Cheylard, dont il a été parlé plus 
haut, et qui était commandé par M. de Marans. Les 
soldats firent feu sur eux et en tuèrent trois , Pierre et 
Matthieu Courtial frères et Pierre Véron , de Fraissi- 
net , paroisse de Saint-Jeure-de-Bonas. Les trois au- 
tres, Pierre Masse et les deux frères Debar, furent 
faits prisonniers et conduits à Montpellier. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 23 I 

Châteauneuf, comme on l'a déjà dit, n'arriva à Ver- 
noux que le mercredi 1 5 décembre. Il était accompagné 
d'un grand nombre d'hommes armés, tant soldats que 
paysans, parce qu'il croyait que Vernoux était encore 
cerné. Pour éviter l'effusion du sang, il avait chargé 
Rissoans dit Piperet , du lieu de Piperet , paroisse de 
Vernoux, et André Juventin, avocat au Parlement, de 
Juventin , paroisse de Toulaud, de se rendre auprès de 
la troupe pour l'engager à se retirer avant d'en venir 
aux mains et lui représenter qu'elle pourrait bien avoir 
la victoire , mais qu'elle lui coûterait cher. Chemin fai- 
sant, il rencontra entre La Justice et Vernoux diverses 
personnes dignes de foi qui lui assurèrent qu'il n'y 
avait plus de gens armés autour de Vernoux : ce qui ne 
l'empêcha pas de faire arrêter l'hôte de la Justice , 
nommé Chizac, et un autre homme, du côté de Pierre- 
gourde ; le premier, pour avoir vendu du vin à des pro- 
testants qui allaient aux assemblées, et le second, 
parce qu'il le soupçonna d'avoir donné quelques avis. 
Il les fit conduire l'un et l'autre à Montpellier, d'oij ils 
furent élargis. 

Châteauneuf ne séjourna qu'une heure et demie en- 
viron à Vernoux , oia il était arrivé à deux heures après 
midi. Il en fit partir Desubas , escorté de plus de huit 
cents hommes armés, tant soldats que paysans; mais, 
au lieu de suivre la route la plus directe , il passa par le 
grand chemin de Beauchastel ; puis remonta le long du 
Rhône jusqu'à Tournon, dans la persuasion que, s'il 
avait passé par Saint-Silvestre , il y aurait trouvé des 
gens armés. Il coucha avec son prisonnier au château 
de Beauregard et , le lendemain, le fit enfermer dans le 
château de Tournon, où le surlendemain, le subdélégué 
Dumolard lui fit subir un long interrogatoire sur ses 
nom, prénoms, qualité, âge, lieu de naissance, rési- 



232 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

dences, retraites, etc.; et également sur les assemblées 
qu'il avait présidées, les baptêmes et mariages qu'il avait 
bénis, les collectes faites à l'issue des assemblées, le 
traitement des ministres, etc. Desubas répondit à tou- 
tes ces questions, sauf à celles qui pouvaient porter 
préjudice à ses collègues ou à ses coreligionnaires. 

Le prisonnier demeura dix-huit jours à Tournon, pen- 
dant lesquels les moines et les prêtres s'efforcèrent 
inutilement de lui faire renier sa foi. Pour le gagner, ils 
allèrent jusqu'à lui offrir la mître épiscopale, comme le 
dit une naïve complainte du temps : 

Changez donc de croyance, 
Ah! monsieur Desubas ; 
Vous serez notre frère, 
Nous vous ferons prélat. 

LE CURÉ DE BOFFRES INCENDIAIRE. SON HISTOIRE 

(1745)- 

Pendant que le prisonnier était à Tournon, il se passa 
à Boffres un fait de la plus haute gravité, qui aurait pu 
porter un préjudice considérable à sa cause et à celle 
des protestants du Vivarais. 

Il paraît que Bouchet, curé de Boffres; Desboze , 
curé de Saint-Félix-de-Châteauneuf , dont il a été parlé 
plusieurs fois; André, curé de Saint-André-le-Roux ; 
Alignol, curé de Saint-Fortunat , et plusieurs autres 
prêtres; ainsi que Ponce, de Vernoux ; Jean François 
de Barjac, commandant du château de Beauregard , et 
d'autres encore , avaient formé le complot d'incendier 
les églises des lieux susnommés et d'en accuser les 
protestants. Bouchet s'exécuta le premier. Le 21 décem- 
bre (745, assisté de Bioussier, son maître d'école, il 
enleva les vases sacrés de son église (il avait l'intention 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 2^3 

de les faire fondrej, les plia dans une serviette et dans 
un surplis qu'il avait percé de plusieurs coups de cou- 
teau , et jeta le tout dans une citerne, oij on ne les 
trouva qu'au mois de décembre de l'année suivante. Il 
enleva aussi les registres qu'il fit porter à Vernoux et 
remettre à la veuve Laget, née Boisson. Avant d'ac- 
complir cette action, il avait invité quelques-uns de ses 
paroissiens à tenir leurs lampes allumées, en leur an- 
nonçant qu'il devait arriver quelque chose de funeste ce 
soir-là, et à se rendre à l'Eglise dès qu'ils entendraient 
tirer un coup de fusil. 

Après ces préparatifs, il mit le feu à son église, brisa 
l'autel avec une hache qui lui blessa le doigt, et coupa 
la corde de la cloche , pendant que le maître d'école 
criait dans le village que les huguenots avaient mis le 
feu à l'église et que, voulant assassiner le curé, ce der- 
nier, qui ne se croyait pas en sûreté, s'était enfui. 

Les paroissiens, s'étant rendus à l'église, éteignirent 
le feu (ce qui leur fut facile) , et allèrent chercher des 
troupes à Vernoux. Lorsque celles-ci furent arrivées, le 
maître d'école leur dit que quatre-vingts huguenots 
étaient à la poursuite du curé ; mais l'officier n'ajouta 
pas foi à son témoignage, verbalisa et envoya son rap- 
port à Châîeauneuf, à Tournon, affirmant qu'il n'avait 
aperçu sur la neige (il en était tombé ce jour-là), aucune 
trace de gens, qui auraient poursuivi le curé, et ajou- 
tant qu'il ne croyait point que les huguenots eussent mis 
le feu à l'église. 

Là-dessus Noyer, châtelain de Boffres et protestant, 
fit poster en armes quelques-uns de ses coreligion- 
naires autour de l'église pour la protéger. Quant au 
maître d'école, Ladevèze , qui le cita à comparaître, 
lui posa diverses questions touchant les graves soup- 
çons que les protestants faisaient planer sur lui ; mais il 



234 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

nia avec force avoir pris part à l'incendie de l'église. 

Cependant le châtelain Noyer, de plus en plus con- 
vaincu que Bioussier était le complice du curé, et sou- 
tenu par deux catholiques, le gentilhomme Daverger et 
Lassa, de Fauriel, donna l'ordre d'arrêter le premier et 
le fit garder par les habitants de la paroisse dans la 
maison du boulanger de Boffres. 

Cependant le curé, qui s'était réfugié à Saint-Silves- 
tre, oij il avait passé la nuit, apprenant la suite de son 
méfait, alla à Vernoux , puis revint à Boffres avec un 
détachement de soldats. Afforty , juge du lieu , qui de- 
meurait à Vernoux , fit alors désarmer quelques-uns des 
protestants qui gardaient l'église et conduire, de jour, 
l'un d'eux à Beauregard. Quant au curé, il partit pour 
Valence , où le châtelain le fit suivre par deux protes- 
tants pour épier ses démarches. Comme ils étaient 
arrivés au bac du Rhône , le curé se mit à crier que 
c'étaient des huguenots qui le poursuivaient pour le 
tuer, et il les fit jeter dans les prisons de Valence , oij 
ils demeurèrent quelque temps. L'un d'eux s'appelait 
Crispin. 

Le curé, ayant ensuite appris que Noyer faisait faire 
des informations pour découvrir les auteurs de l'incen- 
die et de la dévastation de l'église, lui fit écrire par le 
sieur Boulron de Valence de ne point se mêler des affai- 
res de Boffres, de crainte qu'il ne lui arrivât quelque 
mal. Ce sont les propres expressions dont le sieur 
Boulron se servit : ce qui décida Noyer de se rendre 
auprès de Ladevèze et de Châteauneuf, qui étaient à 
Privas , pour les prier de nommer un commissaire qui 
serait chargé de faire les perquisitions et les informa- 
tions nécessaires dans le but de découvrir les coupa- 
bles. Faisant droit à sa requête , Ladevèze envoya sur 
les lieux Bernard, avocat de Privas, et un secrétaire. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 2}^ 

Bernard descendit à Boffres chez M™^ de La Baume, 
protestante , dans la maison de laquelle il fit ses infor- 
mations. Dès que le curé l'apprit , il vint de nouveau à 
Boffres, avec un détachement de soldats, pour enlever 
son maître d'école de vive force , mais il ne put y par- 
venir. Ce dernier comparut devant le commisssaire et 
nia encore une fois d'avoir pris part à l'incendie. Tou- 
ché pourtant de repentir, il demanda à être ramené de- 
vant le commissaire, déclara qu'il voulait dire la vérité 
et ramener la tranquillité dans son âme, et avoua que le 
curé, le pistolet à la main, l'avait forcé de mettre le feu 
à l'église et à faire le reste; que ledit curé était monté 
lui-même sur l'autel avec une hache pour le mettre en 
pièces, qu'il avait jeté les vases sacrés dans une citerne 
et mis également le feu à l'église. 

Informé des aveux du maître d'école, le curé fit faire 
des contre-informations par le juge Afforty et déposer 
divers témoins , qui affirmèrent qu'il était un honnête 
homme et qu'en toute occasion il avait cherché à obli- 
ger ses paroissiens religionnaires : ce qui était vrai en 
partie. Il demanda ensuite la main-levée sur les effets 
que ceux-ci avaient fait saisir, et voulut les faire enlever 
de vive force par la maréchaussée; mais toutes ses ten- 
tatives échouèrent , et Châteauneuf défendit même aux 
protestants de rien lui remettre. Le maître d'école, en 
suite de ses aveux, fut traduit dans les prisons de Tour- 
non, où il resta enfermé une année aux frais des protes- 
tants. On envoya les pièces de l'information à Mont- 
pellier, puis à Paris ; mais l'affaire fut tenue si secrète, 
que les protestants n'en entendirent parler que lorsque 
le curé fut arrêté, le 15 mai 1746, dans l'église de 
Saint-Didier-de-Crussol, par la maréchaussée. L'ordre 
en vint directement de Paris et fut expédié à Dumo- 
lard, subdélégué de l'intendant à Tournon. 



2^6 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Comme on conduisait le curé au fort de Brescou , 
lieu de sa destination , il voulut s'échapper près de 
Leyrisse, paroisse de Saint-Didier-de-Crussol; mais les 
archers de son escorte lui tirèrent trois coups de fusil , 
qui le blessèrent à la cuisse. Arrivés à Saint-Péray, ces 
derniers lui chantèrent la chanson, qu'il aimait à répéter 
dans toutes ses parties de plaisir et qui avait pour re- 
frain : Va-t-en voir s'ils viennent , Jean. En passant le 
Rhône , au bac de Soyons , il voulut se jeter à l'eau ; 
mais les archers l'en empêchèrent. On assure même 
qu'ils le maltraitèrent. On n'avait pas voulu le conduire 
par le Vivarais, de peur que les catholiques ne vinssent 
l'enlever de vive force. 

Quand l'escorte fut à la Paillasse , au-dessous de 
Valence, le curé voulut encore s'échapper; mais il re- 
çut un coup de fusil à l'oreille et tomba par terre. On 
le releva , et les archers le conduisirent , sans autre in- 
cident notable, jusqu'au fort de Brescou. 

Au retour de ces derniers, Dumolard se rendit à 
Vernoux et fit vendre aux enchères , sur la place publi- 
que, les effets du curé en présence de ses parents, à 
qui on voulait les céder pour la somme de 500 livres. 
On n'en retira que 498 livres 10 sols, qui servirent à 
payer les frais de son transfert à Brescou. Mais quant à 
ceux que les protestants avaient faits pour la poursuite 
de cette affaire et qui se montaient à la somme de 
1,000 livres environ, ils furent laissés à leur charge. Il 
est vrai que Châteauneuf leur Ht espérer que les Etats 
en feraient l'imposition sur la province. 

On trouva dans les effets du curé des chemises de 
femme... Il passait, en effet, pour libertin et ivrogne. 
Toujours en course ou à la chasse, il ne rentrait à Bof- 
fres que le dimanche pour dire sa messe et en repartait 
le soir. Il fréquentait les maisons du sieur de Barjac , 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 2^7 

nommé plus haut, et des sieurs Dubois et Juventin, où 
on le faisait boire à satiété. On l'entendait ensuite dans 
les chemins , tirant des coups de pistolet et menant 
grand bruit. Il n'avait pas été plutôt nommé curé de 
Boffres qu'il fit mettre en prison M. de la Baume, 
protestant marquant de sa paroisse, l'accusant d'avoir 
dit que le pape était l'Antéchrist. Il fit exempter, il est 
vrai, quelques protestants des amendes qu'on exigeait 
d'eux, parce qu'ils n'avaient pas envoyé leurs enfants à 
l'église ; mais ses services étaient grassement payés. 
En 1742, à l'occasion d'une assemblée que le ministre 
Coste avait présidée à Granjanne , paroisse de Saint- 
André-de-Bressac, et qui fut vendue par un homme de 
La Justice, il |it arrêter Thomas, son voisin, quand même 
il lui eût assuré qu'il ne lui serait fait aucun m.al s'il 
avouait y avoir assisté. Il retira 150 fr. de cette affaire , 
qui lui furent comptés à La Voulte. Par contre, en 1744, 
il fit accorder par de Barjac des permissions pour assis- 
ter aux assemblées, à trois ou quatre lieues à la ronde, 
à trois protestants de sa paroisse , les sieurs Reboul du 
Faux, Bioussier de Chandy et Bioussier de Bousque- 
naud-Contal. Il est vrai qu'il les leur redemanda dans la 
suite , mais ils ne consentirent point à les lui rendre. 
Ajoutons que lorsque Châteauneuf se rendit à Vernoux 
pour emmener Desubas , le curé accompagna ce der- 
nier jusqu'à Tournon , et que , arrivé à Beauchastel , i4 
prit les devants en criant : Voici le minisire qui arrive! 
Il lui dit même une fois par raillerie : // faut porter la 
chaîne joyeusement. 

Pendant qu'il était détenu au fort Brescou , il com- 
plota , en novembre 1751 , de s'évader avec quelques 
scélérats détenus avec lui. « Ceux-ci, » dit Paul Ra- 
baut , pasteur à Nîmes , « voyant la garnison peu nom- 
breuse , avaient formé le dessein de l'assassiner, ainsi 



2 18 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

que le commandant , et , la chose faite, une barque de- 
vait les transporter en Espagne. 11 n'était pas possible 
toutefois d'exécuter ce dessein sans en faire part aux 
prisonniers protestants. On le fit, et ces derniers, loin 
d'y donner la main, avertirent le commandant de ce qui 
se tramait , » et celui-ci prit les mesures nécessaires 
pour empêcher l'évasion. Malgré ce nouveau méfait, le 
curé trouva des protecteurs jusqu'auprès du roi , qui 
ordonna son élargissement, à la seule réserve qu'il se- 
rait exilé du Languedoc. Telle était la justice du temps. 
Desubas, comme on va le voir, fut condamné à mort, 
et le protestant Dejour , qui avait gardé en armes 
l'église de Boffres pour la préserver de la profanation , 
périt sur le gibet deux ans ans plus tard ! 
Mais revenons à notre prisonnier, 

DÉPART DE DESUBAS POUR MONTPELLIER (2 JANVIER 
1746). DÉMARCHES EN SA FAVEUR. CONSEILS DE 
COURT. LETTRE DE l'ÉVÊQUE DE VALENCE. 

Ladevèze (i) était absent du Vivarais , quand il fut 
informé de la capture de Desubas et des mouvements 
qui la suivirent. Il se rendit en hâte dans la province. 
Arrivé le 27 décembre à Viviers, Châteauneuf lui en- 
voya un exprès pour prendre ses ordres , qui portaient 
que Desubas et les huit prisonniers qui l'accompa- 
gnaient seraient conduits à Montpellier. On les fit par- 
tir le 2 janvier 1746 et passer par le Pouzin et Privas, 
portés dans une charrette qui était traînée par quatre 
mules. Le nouvel intendant du Languedoc, Jean Le- 
nain , baron d'Asfeld , qui avait appris que le jeune mi- 



(i) Il avait été nommé lieutenant général récemment, et paraît avoir sé- 
journé moins fréquemment en Vivarais. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 2^9 

nistre avait une santé délicate et était blessé , ordonna 
au commandant de l'escorte de lui donner tous les re- 
mèdes et tous les soins dont il pourrait avoir besoin. 
Le régime du prisonnier n'avait consisté jusque-là qu'en 
« une livre de pain , avec de l'eau et de la pâte bien 
conditionnée, selon les règlements. » 

Cependant l'escorte rencontrait partout des rassem- 
blements de religionnaires , qui ne retenaient pas leurs 
plaintes et leurs murmures, A Nîmes, il fut impossible, 
pendant deux jours , de faire partir Desubas. Lenain , 
mal renseigné , était sans crainte ; mais de Beaupoil , 
gouverneur de Nîmes , et Ladevèze , ne partageaient 
pas sa sécurité; de sorte que ce dernier envoya à Nîmes 
trois cents soldats et de la maréchaussée pour contenir 
la population protestante. Dans la Gardonnenque et la 
La Vaunage , où l'on avait eu l'occasion de voir, d'en- 
tendre et d'apprécier Desubas, il y eut aussi des attrou- 
pements considérables de jeunes gens. Le pasteur Paul 
Rabaut, qui en conçut de vives alarmes, se rendit au 
milieu d'eux, et, à force de prières et de supplications, 
il parvint à les calmer et à leur faire déposer les armes. 
Le détachement qui conduisait le prisonnier put donc 
arriver sans entrave à Montpellier, le 13 janvier 1746, 
au milieu d'une grande affluence de population, parmi 
laquelle se trouvaient les plus grandes dames catholi- 
ques de la ville. 

Avant d'aller plus loin dans notre récit, il est bon de 
dire ce qui se passait en Vivarais. Après le départ de 
Desubas de Vernoux, les trois pasteurs de la province, 
Cùste, Peirot et Blachon, écrivirent aux officiers de ce 
lieu que les divers rassemblements qui s'étaient formés 
à l'occasion de son arrestation n'étaient point inspirés 
« par un esprit de rébellion , mais uniquement par la 
tendre affection qu'on avait pour le ministre ; » et ils 



240 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

promirent que, leurs gens s'étanl retirés, il n'en vien- 
drait pas d'autres , autant que cela dépendrait d'eux. 
Ils écrivirent également dans ce sens aux gouverneurs 
de la province. 

Autrement, tous les protestants du Vivarais étaient 
« en pleurs et en gémissements. » Court, à qui Blachon 
avait écrit, le 18 décembre 1745 . au nom de tous ses 
collègues, le malheur qui venait de les frapper et de- 
mandait des conseils, en fut profondément affligé. Le 
professeur Ami Lullin, de Genève, exprimait bien l'es- 
poir que Desubas serait épargné; mais c'était mal con- 
naître l'esprit qui animait alors le roi et ses ministres. 
Court, néanmoins, conseilla aux pasteurs du Vivarais , 
dans sa lettre du 28 décembre , d'envoyer un placet à 
Louis XV, pour réclamer, non pas la liberté du prison- 
nier (c'aurait été peine perdue et le monarque aurait 
pu s'en offenser), mais la permission de se retirer, eux, 
leurs femmes et leurs enfants, dans les pays étrangers 
où ils pourraient servir Dieu en toute liberté , préférant 
ce parti, tout extrême qu'il fût, aux maux auxquels ils 
étaient quotidiennement exposés et aux risques des 
suites fâcheuses d'un désespoir qui ne prendrait conseil 
que de lui-même. 

Court conseilla également aux pasteurs du Vivarais 
d'écrire au comte de Saint-Florentin, au duc de Riche- 
lieu , à Ladevèze et à Lenain , pour les apitoyer sur 
leur sort; il estimait toutefois qu'en attendant le résultat 
de leurs placets les pasteurs devaient continuer de pré- 
sider des assemblées de jour, redoubler de précaution 
pour la sûreté de leurs personnes et celle des assem- 
blées , et exhorter les fidèles à la persévérance et les 
timides à la fuite. 11 indiquait , en terminant, à ces der- 
niers, les mesures qu'ils avaient à prendre pour sortir du 
royaume en sûreté. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 24I 

Dans la lettre que les pasteurs du Vivarais écrivirent 
à Ladevèze le i**" janvier 1746, et qui a été conservée, 
ils lui exposaient tout ce qui s'était passé à l'occasion 
de la capture de Desubas, et lui expliquaient que si des 
jeunes gens avaient paru en armes aux environs de Ver- 
noux, c'était par suite d'un faux bruit qui se répandit 
dans le pays, oij l'on affirmait que les officiers rendraient 
les prisonniers dès qu'ils verraient un certain nombre 
de gens sous les armes. « Nous osons nous flatter, 
Monseigneur, » disaient-ils en terminant, « que cette 
abondance de sang répandu , que cette multitude de 
blessés, que ce grand nombre de morts, émouvrent vo- 
tre Grandeur et lui demanderont grâce en faveur de 
ceux qui sont échappés au danger, pour qu'ils puissent 
rester en sûreté dans leurs maisons, où ils se sont tran- 
quillement retirés. » 

Les pasteurs du Languedoc, Boyer, Grail et Gau- 
bert , envoyèrent, de leur côté , au roi un placet en fa- 
veur de leur jeune collègue, mais il ne parvint pas à son 
adresse. 

L'évêque de Valence, De Milon, toujours prêt à ac- 
cabler les protestants dans leurs malheurs, ne laissa pas 
échapper cette occasion d'attiser de nouveau le feu de 
la haine contre eux. Dans sa Lettre pastorale du 20 fé- 
vrier 1746, faisant allusion à la capture de Desubas et 
à la légitime émotion dont furent remplis les protes- 
tants du Vivarais, auxquels il annonçait l'Evangile au pé- 
ril de sa vie, il s'écrie : « A-t-on voulu mettre un frein 
à cette licence et , pour couper le mal par sa racine , 
enfaire enlever les auteurs, le torrent s'est alors débordé, 
la fureur a soulevé ceux que la séduction avait rassem- 
blés , et , comme des bêtes farouches qui sortent de 
leurs forêts, rien n'a été capable de les contenir. Ayant 
secoué le joug de la religion, ils n'ont point respecté les 
n. 16 



242 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

puissances; et, infidèles à Dieu, ils n'ont point eu de 
scrupules d'être rebelles à leur prince. » Il est assez 
étrange que l'évêque de Valence accusât «. de secouer 
le joug de la religion » des hommes qui se laissaient 
condamner aux galères et à la mort pour demeurer fidè- 
les à la leur. Ce n'était, il est vrai, ni celle de l'Etat, 
ni celle de Rome, mais on conviendra aisément que 
puisqu'elle inspirait des martyres pareils à ceux que nous 
avons racontés, elle n'était digne ni de tant de haine, ni 
de tant de mépris. 

PROCÈS DE DESUBAS. SES SENTIMENTS. TENTATIVES DE 
CONVERSION AUPRÈS DE LUI (1746). 

L'intendant du Languedoc , autorisé par un arrêt du 
conseil du roi du 25 octobre 1745 à juger en dernier 
ressort tous les ministres et prédicants qui pourraient 
être arrêtés dans sa province et tous ceux qui leur au- 
raient donné asile, secours et assistance, chargea, le 
5 janvier 1740 l'avocat Baudoin et son subdélégué de 
Montpellier d'instruire le procès des prévenus, conjoin- 
tement avec Solier, avocat du roi au présidial de cette 
ville, et le greffier Dheur. Le 1 5 , Baudoin fit l'inven- 
taire des effets que renfermait la valise de Desubas (i), 
et, sur son rapport, l'avocat du roi conclut 'qu'il y avait 
lieu de le poursuivre. 

Le 18, Desubas fut interrogé sur ses nom, prénoms, 
lieu de naissance, âge, résidence, fonctions, registres. 



(1) Une paire de pistolets, VAbrégé de la théologie d'Ostervaid (ms.), une 
Bible de Martin, la Défense de la religion tant naturelle que révélée de 
Gilbert Burnet, un Nouveau Testament , un Psautier, les Sermons de 
Weremfels, les Prières pour la sainte Cène de Pictet, un registre de ma- 
riages et de baptêmes, quatre cahiers de sermons et un grand nombre de 
lettres dont Desubas ne voulut pas indiquer la provenance. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 243 

églises, émoluments, assemblées, etc. Quand Baudoin 
lui demanda quel usage il comptait faire de ses pisto- 
lets , il répondit : a C'était uniquement pour me dé- 
fendre , étant obligé de marcher la nuit et en danger 
d'être attaqué par des malfaiteurs. » Quant aux lettres, 
que l'instruction gratifia du titre injurieux de galantes, il 
répondit à Baudoin, qui lui en demanda les auteurs : 
« Ce n'est autre chose qu'un pur badinage de certaines 
personnes pour égayer l'esprit. » Elles avaient été « écri- 
tes à Desubas, » dit Benoît, son biographe, par une 
jeune fille d'Anduze, qui avait tenu sur les fonts baptis- 
maux un enfant baptisé par le jeune pasteur. Elle plai- 
santait agréablement avec lui sur quelque incident du 
repas de baptême que nous ignorons , et la preuve que 
ces lettres n'avaient rien de repréhensible , c'est qu'on 
trouva dans l'une d'elles un long postcriptum écrit par 
un parent de la jeune fille et qui témoigne de sa sympa- 
thie pour Desubas. » 

Le lendemain, 19 janvier, on interrogea Menut dit 
Rochette, dans la maison duquel Desubas avait été pris. 
Il avait trente-sept ans et jouissait d'une certaine ai- 
sance. Son attitude fut déplorable. Il nia que sa maison 
servît de retraite aux pasteurs du désert et qu'il connût 
Desubas , et il prétendit qu'il était allé à Saint-Agréve 
pour le faire arrêter. 

Pierre Masse et les frères Etienne et Jean-Pierre 
Debar , dont l'un était laboureur et l'autre maquignon , 
assurèrent qu'ils revenaient de la chasse quand le déta- 
chement du Cheylard les arrêta. Le curé de Saint-Voy, 
paroisse à laquelle ils ressortissaient, confirma leur té- 
moignage. 

Quatre lettres, qui existent encore, nous font connaî- 
tre 1 état d'âme de Desubas au moment de sa compa- 
rution devant l'intendant. L'une d'elles est adressée à 



244 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

une personne qu'il appelle sa très chère sœur (i). « S'il 
était possible, » lui dit-il, « qu'on pût m'écrire quel- 
que lettre de consolation dans l'état triste où je suis 
réduit, on me ferait un sensible plaisir. Je suis persuadé 
que cela serait d'un grand soulagement à ma misère. Au 
reste que personne, ni mes frères, ne s'affligent au-delà 
de ce qu'il faut pour moi. Je suis assez tranquille pour 
une personne qui attend à tout moment d'être mise à 
mort. C'est le Seigneur qui me soutient. Ayant un si 
bon appui , je ne crains rien. Si on m'ôie ma vie misé- 
rable de ce monde, j'espère que Dieu me mettra en 
possession d^une qui sera éternelle et infiniment heu- 
reuse , pourvu que j'endure mes maux et mes afflic- 
tions d'une manière qui lui soit agréable. C'est de 
quoi je ne cesse de le prier du fond de mon cœur et, 
fondé sur sa bonté, je dois espérer qu'il m'exaucera. » 

Parlant ensuite des amis qui viennent le visiter et le 
secourir, Desubas s'exprime de la sorte : « Je dois bé- 
nir ce grand Dieu de ce que , au milieu de mes afflic- 
tions, il me fait trouver des personnes charitables qui ne 
me laissent manquer de rien pour ce qui est nécessaire 
à mon corps. Je n'avais jamais été mieux nourri que je 
le suis à présent. Jamais je ne m'étais mieux porté que 
dans la prison. Qui ne voit que c'est Dieu qui opère 
tant de merveilles en ma faveur. La blessure que j'avais, 
quoiqu'elle fût assez grande , ne m'a jamais fait beau- 
coup souff'rir; que le nom de Dieu soit donc béni en 
toute chose ! » 

Desubas regrettait seulement de ne pouvoir « faire 
que des prières » pour la personne qui le servait , et il 



(i) Ajoutez : pu Jésus-Christ. Cette personne paraît être la femme du 
pasteur Peirot, car il lui dit quelque part : « Si je ne me trompe, vous êtes 
celle qui touche de plus près à mon cher et très aimé frère M. P. » 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 245 

écrivait à sa très chère sœur en Jésus-Christ : « Si vous 
pouviez lui faire plaisir, ayez la bonté de le faire pour 
moi. » 

La lettre de consolation qu'il demandait lui fut adres- 
sée par une personne, qu'il appelle « monsieur et très 
cher frère » et qui doit être le pasteur Peirot. Elle le 
fortifia beaucoup, car il répondit à son correspondant : 
« Je sens la force de tout ce que vous me dites et 
l'obligation où je suis de me résigner à la volonté du 
souverain arbitre de l'univers. Soyez persuadé, monsieur 
et très cher frère, que rien au monde ne sera jamais ca- 
pable de me faire abandonner les sentiments que doit 
avoir une personne de mon caractère. Je suis toujours 
tout prêt de sacrifier ma vie pour la gloire de Dieu , 
pour l'édification de l'Eglise et pour mon propre salut. 
Mais, pour que je puisse toujours persister dans de si 
nobles dispositions, j'ai besoin du secours de mon Dieu, 
sans lequel on ne peut rien. Aussi ne cessé-je de le 
lui demander, et je suis persuadé qu'il me l'accordera 
jusqu'à la fin. Demandez-le aussi pour moi comme vous 
me le promettez. » 

Le clergé catholique, comme on devait s'y attendre, 
fit de pressantes démarches auprès de Desubas pour 
qu'il changeât de religion. Les évêques du Languedoc, 
réunis à Montpellier à l'occasion de la tenue des Etats 
de la province , mirent tout en œuvre pour y parvenir. 
Celui de Montpellier lui fit de nombreuses visites , de 
même que le jésuite Senaud , professeur au collège de 
cette ville. Le prisonnier fit traîner les choses en lon- 
gueur , mais sans rien promettre. Il espérait, comme il 
le dit lui-même, que Dieu pourrait faire naître quelque 
moyen pour sa délivrance , ou bien adoucir le cœur de 
ses juges. La cour, toutefois, n'approuvait pas les len- 
teurs du procès et envoyait dépêche sur dépêche à Le- 



246 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

nain, pour que le ministre fût châtié « le plus prompte- 
ment possible. » 

Prévoyant que sa sentence allait être bientôt rendue, 
Desubas écrivit à ses parents une lettre d'adieu, qui est 
un chef-d'œuvre de tendresse , de résignation et de 
foi. « Souffrez, » leur disait-il, « que je vous prie très 
instamment de ne pas vous affliger ni de vous inquiéter 
au delà de ce qu'il faut sur ce qui me regarde. Nous 
ne savons pas pourquoi Dieu a permis ce qui m'est 
arrivé, mais nous devons être persuadés qu'il a de très 
bonnes raisons pour le permettre. Vous perdez un fils 
que vous chérissez et qui vous chérit infiniment, mais 
vous serez réunis un jour avec lui dans le ciel : nous 
devons l'espérer de la miséricorde de Dieu , pourvu 
que nous lui soyons fidèles jusqu'à la mort... Quel hon- 
neur n'est-ce pas pour vous d'avoir un fils qui souffre 
pour avoir prêché l'Evangile de Jésus-Christ notre Sau- 
veur, pour l'avoir suivi et pour avoir enseigné sa volonté 
aux hommes ! C'est là tout le crime que les hommes 
peuvent imputer à votre fils. Or, de ce qu'on lui fait un 
crime, il s'en fait une véritable gloire. Oui, mon cher 
père et ma chère mère , je me glorifie de souffrir pour 
le nom de Christ. Je suis heureux de ce qu'il m'a choisi 
pour le confesser devant les hommes , pour suivre ses 
traces et celles de tant d'illustres et glorieux martyrs, 
qui ont enduré constamment pour la même cause toutes 
sortes de maux. » 

En terminant, il adressait ces graves exhortations à 
ses parents : <( Permettez encore, mon très cher père 
et ma très chère mère, que je vous exhorte à craindre, 
à aimer et à servir Dieu , et à vous attacher sans cesse 
à la piété et à la vertu : ce sont les seuls biens que nous 
emporterons de ce monde. J'exhorte aussi à la même 
chose mes chers frères et sœurs, beaux-frères et belles- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 247 

sœurs. Incitez-vous les uns les autres aux bonnes oeu- 
vres et à la sainteté ; secourez-vous les uns les autres ; 
vivez toujours dans la paix et dans l'union. Par ce 
moyen , vous attirerez la bénédiction de Dieu sur vos 
personnes ici-bas et vous obtiendrez un jour la vie éter- 
nelle. » 

CONDAMNATION ET SUPPLICE DE DESUBAS (l" FÉ- 
VRIER 1746). 

Lenain fit comparaître Desubas devant lui le i""^ fé- 
vrier, et l'attitude du jeune pasteur fut si digne que ses 
juges en furent profondément touchés. L'intendant lui 
adressa quelques questions, notamment sur les amas 
d'argent et d'armes qu'on accusait les protestants de 
faire , et sur la présence d'émissaires étrangers dans le 
Vivarais. « Rien de tout cela n'est vrai, » dit Desubas; 
« les ministres ne prêchent que la patience et la fidélité 
au roi. » — « Je le sais , » répliqua Lenain, qui, après 
cette parole , rendit son jugement. Desubas fut con- 
damné <( à être pendu et étranglé, » dit la sentence, 
« jusqu'à ce que mort s'ensuive, à une potence qui sera, 
à cet effet, dressée à l'esplanade de la présente ville, » 
et ses livres , sermons et papiers , brûlés sur ladite 
place. 

Par la même sentence, Jean Menut dit Rochette fut 
condamné « à servir de forçat dans les galères du roi 
pendant sa vie, » et sa maison à être rasée. On voit 
que ses lâches mensonges ne le sauvèrent point. 

Quant à Pierre Masse et aux deux frères Etienne et 
Jean-Pierre Debar , Lenain ordonna qu'il serait plus 
amplement informé à leur égard pendant une année et 
qu'en attendant « ils tiendraient prison clause; » puis, 
comme le régime des prisonniers était contraire à leur 



248 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

santé, l'intendant, quelque temps après , leur donna 
sous caution la ville de Nîmes pour prison. L'année sui- 
vante, le I®'' février 1747, aucune charge nouvelle ne 
s'étant élevée contre eux, ils purent regagner leurs foyers. 

« Lorsque la sentence fut prononcée à Desubas , » 
dit Armand de la Chapelle , « il fut le seul qui n'en pa- 
rut point ému. Tous les juges pleuraient et l'intendant, 
qui pleurait aussi [quoiqu'il ne passât pas pour tendre et 
compatissant] , l'assura que c'était avec douleur qu'il le 
condamnait , mais que c'étaient les ordres du roi. — 
« Je le sais, » monsieur, répondit-il avec cet air doux et 
serein qui lui gagnait tous les cœurs. 

« Il fut exécuté le i®^ de février, dans l'esplanade, où 
il y avait un monde infini. Il sortit de la prison les jam- 
bes nues, n'ayant que des caleçons, et qu'un gilet sans 
manche. Au défaut des habits qui lui manquaient, la tran- 
quillité qui régnait sur son visage et la beauté de sa 
physionomie lui assurèrent Inattention et l'admiration de 
tous les spectateurs. Ces sentiments redoublèrent lors- 
qu'au bas de l'échelle, où il se mit à genoux, on remar- 
qua la ferveur de sa dévotion dans la prière. On le fit 
arrêter au second échelon jusqu^à ce qu'il eût vu brûler 
sous ses pieds les papiers et les livres qu'on avait pris 
sur lui. Prenant alors congé des deux jésuites qu'on lui 
avait donnés pour l'accompagner au supplice, il les re- 
mercia de leurs peines et , rejetant du pied un crucifix 
qu'ils lui voulaient faire baiser , il les supplia de le lais- 
ser mourir en repos. Enfin , monté courageusement au 
haut de l'échelle, il fit paraître jusqu'au dernier moment 
tant de constance et de piété que tout le monde, sans 
distinction ni de protestants, ni de catholiques, fondait 
en larmes. Les premiers bénissaient Dieu de l'édifica- 
tion que leur donnait ce martyre et les derniers félicitaient 
les autres de l'honneur que leur faisait ce martyr. » 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 249 

Ajoutons que, pendant toute la durée de l'exécution, 
douze tambours ne cessèrent de battre pour qu'on ne 
pût ouïr la voix de Desubas. 

Telle fut la noble fin de ce jeune pasteur, doué d'un 
rare mérite et qui, pendant son court ministère de deux 
années , déploya un si grand zèle qu'il bénit trois cent 
cinquante-quatre mariages ou baptêmes. Il paraît qu'il 
eût pu être sauvé. Les grandes dames , qui l'avaient vu 
entrer à Montpellier, touchées de la sérénité de son vi- 
sage, delà distinction de sa personne, et de sa jeunesse, 
mirent tout en œuvre pour préparer sa délivance ; et, si 
l'intendant eut consenti à retarder l'exécution de vingt- 
quatre heures , on l'aurait fait évader moyennant une 
somme de 20,000 livres. Dieu lui accorda une meilleure 
part en le retirant à lui. 

APRÈS LE SUPPLICE (1746). 

Quand Desubas eut rendu sa belle âme à Dieu , Le- 
nain annonça au comte de Saint-Florentin son jugement 
et son exécution. Il ajouta qu'on avait trouvé dans la 
procédure des complices au jeune pasteur (il voulait par- 
ler des personnes qui avaient pris les armes pour le 
délivrer), « mais, » ajoutait-il, <( MM. les évêques de 
la province m'ont fait l'honneur de me venir trouver pour 
m'exposer que l'affaire de Vernoux n'ayant eu non seu- 
lement aucune suite , mais encore que tout le pays était 
entièrement tranquille , ils me demandaient de ne point 
suivre les procédures et de supplier Sa Majesté de leur 
faire grâce. » 

Lenain reçut des félicitations , non seulement du se- 
crétaire d'Etat le comte de Saint-Florentin, mais encore 
de d'Argenson, ministre de la guerre, et de d'Agues- 
seau , ministre de la justice. Ladevèze fut récompensé 



T^O HISTOIRE DES PROTESTANTS 

de son zèle par l'avancement de son fils ; le lieutenant 
Charles de Sauzet , sieur de la Baronière , qui avait ar- 
rêté Desubas , reçut 300 livres de gratification et une 
compagnie; le traître Chevalier 3,000 livres, et les jeu- 
nes gens catholiques de Vernoux, qui avaient tiré sur le 
rassemblement , furent dispensés du tirage au sort pour 
l'année 1746. Le juge Afïbrty, dont la châtaigneraie 
avait été endommagée par les religionnaires qui avaient 
voulu enlever Desubas , toucha aussi une indemnité, et 
le bourreau 30 livres. Quant aux gentilshommes catholi- 
ques de Serre j de Joviac et de Liviers , qui s'étaient 
distingués au moment de la capture de Desubas , le 
comte de Saint-Florentin leur adressa des lettres de fé- 
licitations. 

Après cette cruelle épreuve, les églises réformées 
sentirent le besoin de s'humilier et ordonnèrent, en signe 
de douleur, un deuil général. iMichel Viala , pasteur du 
Languedoc qui avait présidé le synode national de 1744, 
publia à cette occasion une lettre pastorale, oij il 
s'écrie : « Que chacun de vous s'occupe uniquement 
aux choses du ciel ! que le négociant ferme sa bouti- 
que ! que l'artisan cesse les actes de sa profession et le 
laboureur ses travaux ! que les jeunes et les vieux , les 
riches et les pauvres; que les pasteurs, les anciens et 
le troupeau pleurent entre le porche et l'autel, et qu'ils 
disent : « Oh! Eternel, pardonne à ton peuple et n'ex- 
pose point à l'opprobre ton héritage ! » — Tels étaient 
les hommes qu'un roi débauché et des ministres incré- 
dules et libertins regardaient comme des ennemis pu- 
blics et qu'ils auraient voulu tous anéantir en une seule 
fois! 

i< Les poètes du Vivarais , » dit Benoit . « composè- 
rent sur les malheurs de Desubas plusieurs complaintes, 
dont quatre sont parvenues jusqu'à nous. C'est tout un 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 25 I 

romancero religieux, qui contient près d'un millier de 
vers... Si le sentiment poétique ne s'y maintient pas tou- 
jours à la hauteur du sentiment religieux , elles n'en re- 
flètent pas moins avec force la piété austère de cette 
époque, en même temps que l'affection profonde que les 
fidèles avaient pour Desubas. » 

Louis XV ayant consenti à amnistier les protestants 
qui avaient pris part à la tentative d'enlèvement à main 
armée de Desubas , Ladevèze se rendit à Privas et fit 
venir devant lui, d'après le récit de Coste, MM. deTas- 
taillon, baron de Cheylus; d'Audemard et du Bay, gen- 
tilshommes ; André Juventin, bourgeois, et Salomon de 
Marcols, qui appartenaient tous à la religion réformée. 
Il leur donna commission, chacun dans leur district, 
premièrement d'avertir les protestants du Vivarais que le 
roi leur pardonnait tout le passé , secondement de leur 
défendre de se réunir à l'avenir. 

En conséquence de cette commission, M. de Tas- 
taillon assembla les principaux habitants de Saint-Cierge- 
la-Serre et des environs, et leur exposa sa commission. 
M. d'Audemard, chargé de se rendre dans le haut Vi- 
varais et dans la Montagne, et muni d'un passeport de 
Ladevèze, fit de même. Il avait de plus reçu l'ordre de 
parler aux ministres. M. du Bay, ayant réuni les prin- 
cipaux protestants de Saint-Didier-de-Crussol , sa pa- 
roisse, les harangua à la porte de l'église du haut de son 
cheval, s'efforçant de leur persuader de ne plus assister 
aux assemblées et leur en donnant même l'ordre, au 
grand scandale de tous ceux qui l'écoutaient. M. Ju- 
ventin resta chez lui, et M. Salomon ne dit rien qui ne 
tendît plutôt à affermir les protestants dans leur religion 
qu'à les en détourner. M. d'Audemard alla à Montpel- 
lier rendre compte de sa mission à Ladevèze; « et ce 
qu'il y eut de fâcheux. » dit Coste, « il lui promit qu'on 



2^2 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

ne s'assemblerait plus. Aussi quand on reprit les assem- 
blées, il ne le trouvait pas à propos, souhaitant qu'on 
les renvoyât à un temps plus éloigné (i). » 

NOMBREUX SOLDATS EN VIVARAIS. REPRISE DES ASSEM- 
BLÉES. TRAITRES SOUDOYÉS PAR LES PRÊTRES. DEUX 
TRAITÉS DE CONTROVERSE ( I 746 , I747). 

Immédiatement après l'arrestation de Desubas, on fit 
venir en Vivarais des soldats du Dauphiné et quelques 
compagnies de dragons. Ils se répandirent dans tous les 
arrondissements protestants et firent des courses en 
tous sens, mais ils ne commirent aucun désordre. On 
les logea du reste indifféremment chez les catholiques 
et les protestants, et Ladevèze faisait dire partout que 
les personnes, compromises dans l'affaire de Desubas, 
étaient pardonnées à l'exception du ministre lui-même et 
de dix autres qui avaient été arrêtées avec lui, et dont le 
sort ne dépendait plus de lui; mais il défendit les assem- 
blées de la façon la plus formelle. 

Court engagea les pasteurs Peirot , Blachon et 
Coste à passer outre à cette interdiction, et à reprendre 
leurs assemblées interrompues depuis la capture de leur 
collègue. Quant aux protestants, qui s'effrayaient des 
rigueurs de l'autorité et n'osaient exercer leur culte en 

(i) Armand de La Chapelle, NécesfiUé , etc., t. II, p. 264-269. Court, Lf 
l'nd'iulc, etc. Mémoire liislO)'ique, t. II, p. 7-12, 129-150; 154-157, 125. Co- 
querel, t. I, p. 577-589, 549. Peyrat, t. 11, p. 407-412. Edin. Hugues, t. II. 
p. 200, 201. Histoire générale de Lan(jU(ul<i(\ nouv. édit., t. XIll, p. 1074. 
Dourille, p. 429, 450. Borrel , liiogrnpliie de l'nvl Rabmil , p. 20 et suiv. 
Dardier, l'itul liulinvl, t. Il, p. 175. liiillfliii de la Société, etc., t XIll, 
p. 557; XXV, 1 19-127; i(!i-i87. Dan. Benoît, p. 14Ç-126. Michel Forest . 
Annules, p. 22-27. Mémoire dicté yjnr te minisire Cosle (Ms. Court, n" 17, 
vol. P). Ms. Court, n" i, t. XVII, et n" 8, t. VI. Recueil de pièces reUdires 
aux Eglises réformées dn Virnniis, elc .Arch. de l'Hérault, C, 219, 
404, etc. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY 253 

public, il leur conseillait de quitter la France et de pro- 
fiter des asiles qu'on leur offrait à l'étranger. 

Les assemblées recommencèrent donc, quoique le 
Vivarais fût rempli de soldats et qu'on proférât beau- 
coup de menaces contre les protestants. Les catholi- 
ques , qui croyaient ceux-ci terrorisés, en furent si sur- 
pris qu'ils allèrent jusqu'à accuser Ladevèze d'être 
l'auteur, par sa trop grande mansuétude, de la reprise 
des assemblées. Les curés se mirent dès lors à agir 
pour leur propre compte et soudoyèrent force émissai- 
res pour se rendre aux réunions , mais ces derniers n'y 
étaient pas toujours bien reçus , et l'un d'eux même fut 
roué de coups. 

Les habitants catholiques de Vernoux étaient parti- 
culièrement animés contre les protestants. Ils résolurent 
de fondre à main armée sur les assemblées du désert , 
qui se tiendraient dans leur voisinage, et l'un d'eux, 
ayant manifesté ses sentiments d'une façon violente, fut 
mis à mort par un de ses concitoyens réformés. 

Tout en présidant des assemblées , les pasteurs fai- 
saient des tournées dans les églises , mais ils rencon- 
traient des espions sur tous leurs pas. Blachon écrivait, 
le 20 mai 1746 , qu'un traître, armé d'un fusil , et payé 
par un curé , s'embusqua un jour sur son passage et le 
coucha en joue ; mais, qu'arrêté sur-le-champ, il ne put 
mettre son projet à exécution. Vers le même temps, deux 
autres traîtres de Vernoux périrent d'une façon tragique. 
L'un mourut victime du piège qu^il avait lui-même tendu, 
et l'autre , qui est sans doute le même personnage que 
celui dont nous venons de parler, fut tué par. un jeune 
homme. 

Dès lors , les assemblées redevinrent aussi nombreu- 
ses que précédemment , de même que les bénédictions 
de mariage et les baptêmes. Blachon, dans le seul mois 



2 «4 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

d'avril, célébra soixante-quatre de ces derniers. Le 
pays était tranquille. Quelques conversions au protes- 
tantisme eurent même lieu. On ne redoutait que les traî- 
tres, payés par les ecclésiastiques, et les calomnies 
dont ceux-ci se faisaient l'écho auprès des autorités. 

Le curé Jeune , de Saint-Etienne-de-Serres, essaya 
de tempérer le zèle des protestants du Vivarais , peut- 
être même crut-il en convertir quelques-uns par la pu- 
blication des deux traités de controverse suivants : Let- 
tre d'un curé à ceux de ses paroisssiens qui fréquentent les 
assemblées des nouveaux convertis et Entretiens de deux an- 
ciens de la religion prétendue réformée , imprimés à Avi- 
gnon. Le premier , comme l'indique son titre , avait 
pour but de détourner les protestants des assemblées 
du désert, et le second de discréditer les ministres et 
les doctrines réformées. Nous n'avons pu les retrouver. 
Ils avaient, paraît-il, de la valeur, mais leur effet fut 
nul. 

Ce calme relatif fit changer de résolution aux protes- 
tants qui étaient dans l'intention de quitter la France. 
Ils demeurèrent dans leur pays; ce n'étaient, du reste, 
que de pauvres laboureurs sans ressources , qui , avant 
de pouvoir arriver au lieu de leur destination , auraient 
couru bien des dangers et enduré des privations de 
toutes sortes. 

En juillet 1746, les protestants du Vivarais furent vi- 
sités par le jeune protestant Paul- Auguste Lafont dit 
Fontenelle , du Languedoc, qui, avant d'aller desservir 
les églises de Provence , donna quelques prédications 
dans la province. A cette époque, Blachon était fort 
souffrant. Le secours de Lafont était d'autant plus né- 
cessaire que Coste fut député en Suisse par ses collè- 
gues, au commencement de janvier 1747, pour exami- 
ner avec Court et ses amis les n^oyens d'obtenir un 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 2 ■; 5 

adoucissement aux maux des protestants de France. 
Coste voulait qu'on envoyât une députation auprès des 
puissances protestantes. La guerre de la succession 
d'Autriche durait encore, mais Louis XV en souhaitait 
vivement le terme et avait proposé à ses ennemis la te- 
nue d'un congrès. Le pasteur du Vivarais pensait qu'il 
fallait profiter de cette circonstance pour élever la voix 
en faveur des persécutés. Il se fondait sur ce que les 
protestants ne voulaient à aucun prix quitter la France 
et sur l'impossibilité d'une émigration, soit partielle, 
soit générale. Coste , dont les idées ne paraissent pas 
avoir été adoptées pour le moment , demeura quelque 
temps en Suisse, où il dicta un long mémoire histori- 
que sur les affaires du Vivarais, que nous avons beau- 
coup utilisé. La personne qui lui servait de secrétaire 
apprit de lui que, depuis 1741 , année où il commença 
sa carrière pastorale, il avait béni six cents mariages et 
célébré quatre cent trente-six baptêmes. 

Letropcéièbre Ponce, l'auteurdu massacrede Vernoux 
et de bien d'autres maux dont les protestants eurent à 
souffrir , ne survécut pas longtemps à ses méfaits. Il 
mourut le 7 avril 1747. « Vous dire qu'il est mort comme 
il avait vécu, » dit Coste, « c'est tout dire. Depuis le mas- 
sacre de Vernoux jusqu'à la fin , il a été attaqué d'une 
goutte remontée qui le faisait plus ou moins souffrir à 
proportion qu'il voyait s'évanouir ses projets détesta- 
bles. L'on a remarqué surtout que son mal augmentait 
lorsqu'il vit qu'on avait découvert que le curé de Bof- 
fres était l'incendiaire de l'église et lors encore qu'on 
a trouvé les vases dans la citerne. Voici un trait qui fait 
bien voir quel homme était ce Ponce. Un jour, le curé 
lui ayant apporté le viatique ou Dieu de l'Eglise, 
une personne ayant dit qu'on aurait dû faire une saignée 
au malade avant la venue du curé , il répondit au mo- 



256 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

queur : « Il fallait le faire et ensuite je serais parti avec 
le bon Dieu. » Il n'a jamais donné aucune marque de 
repentance dans sa maladie. » 

A part quelques amendes de 25 livres, imposées par 
l'intendant du Languedoc, Jean Lenain, sur chaque pa- 
roisse du Vivarais parce qu'elles avaient négligé de lui 
faire tenir Tétat des enfants qui n'assistaient pas aux ins- 
tructions de l'église romaine, les protestants du Vivarais 
jouissaient à ce moment d'une grande tranquillité, mais 
ils ne négligeaient point pour cela de prendre les plus 
grandes précautions. « Une triste expérience nous a 
appris, » écrivait Peirot le 18 novembre 1747, « à nous 
défier toujours de nos ennemis, parce que c'est lors- 
qu'ils paraissent le plus endormis qu'ils nous jouent 
quelque mauvais tour. » Une amende de douze cents 
livres et deux cent soixante-huit livres de frais, impo- 
sée aux protestants de l'arrondissement de Saint-Voy, 
par jugement de l'intendant du Languedoc du 4 décem- 
bre suivant , montrèrent bien que les persécutions 
n'étaient pas près de leur terme (i). 

LA PERSÉCUTION RECOMMENCE. ARRESTATION d'aR- 
GAUD. RÉVEIL DES PROTESTANTS d'aNNONAY. AMEN- 
DES. ORDRES SANGUINAIRES. ORDRES DE REBAPTISA- 
TIONS. TOURNÉES DES PASTEURS (1748-1750). 

Les préliminaires de lapaix d'Aix-la-Chapelle (13 avril 
1748), qui mit fin à la longue guerre de la succession 
d'Autriche, ayant rassuré la cour contre le fantôme des in- 
surrections protestantes, les menaces et les courses de 
soldats recommencèrent en Vivarais. Ceux-ci sortaient 



(1) Ms. Court, n" i, t. XVII, XX; n" 7, t. VII, VIII ; n" 8 (Analyse); Mé- 
moire de Cosie (Ms. Court, 11" 17, t. P). Arch. de l'Hérault, C, 224. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 2^7 

toutes les nuits de leur garnison pour s'efforcer de cap- 
turer les pasteurs. Un homme, arrêté sur le soupçon 
d'avoir fait l'office de lecteur dans une assemblée , de- 
vint fou de frayeur ; un autre , accusé d'avoir logé les 
ministres depuis plus de trois ans , ne put être libéré 
qu'en comptant six louis d'or. 

Dans le Velay, les protestants étaient condamnés à 
de fortes amendes. Ils étaient justiciables d'un subdé- 
légué , nommé de Rachat, qui ne tolérait aucune 
assemblée ni de jour ni de nuit, et qui faisait payer des 
sommes considérables aux paroisses sur le territoire 
desquelles se tenaient les assemblées. Par une sentence 
du 29 juillet 1748, il les imposa d'une amende de 
1,460 livres et, par une autre, rendue en 1749, de 
2,300 livres, sans compter les frais. 

Malgré cet état de choses, qui fut général, les égli- 
ses réformées de France tinrent leur cinquième synode 
national du désert dans les Cévennes, du 1 1 au 18 sep- 
tembre 1748. Le Vivarais y députa Peirot et Blachon. 
Le premier fut même élu modérateur de l'assemblée. 
Pour éviter que chaque province ne fût favorisée aux 
dépens des autres dans l'envoi des étudiants au sémi- 
naire de Lausanne, le synode prit la décision suivante : 
« Il a été convenu que les provinces du haut Langue- 
doc , basses Cévennes, hautes Cévennes et celles du 
bas Languedoc, Vivarais, Dauphiné et Normandie, 
enverraient à Talternative , les unes deux étudiants et 
les autres un seul au séminaire pour y étudier deux 
années, à commencer par les premières provinces 
ci-dessus nommées : ce qui servira de loi pour l'avenir; 
toutefois du consentement des vénérables directeurs du 
séminaire (art. XXIII). » 

L'année suivante (1749), la persécution sévit avec 
encore plus d'intensité. Châteauneuf, commandant du 
II. ,7 



2^H HISTOIRE DKS PROTESTANTS 

Vivarais, donna des ordres secrets pour arrêter les 
ministres ou pour leur tirer dessus, soit dans les mai- 
sons , soit en chemin ; mais il recommanda aux soldats 
de ne pas troubler les assemblées, de peur sans doute 
(( d'émotions violentes, » comme le remarque Peirot. 
Le 20 avril , les soldats de Saint-Agrève , conduits 
par le traître Chevalier , celui-là même qui avait vendu 
Desubas, allèrent fouiller, à Saint-Romain-le-Désert, la 
maison d'Argaud, dit Chambdève, dans la pensée d'y 
opérer l'arrestation d'un ministre. Pour perdre plus 
sûrement Argaud à qui il en voulait, Chevalier cacha, 
dans un coin de sa maison, la robe de Desubas et un 
petit collet qu'il s'était appropriés, et que, sur ses 
indications, en apparence spontanées, les soldats décou- 
vrirent aussitôt. Il n'en fallut pas davantage pour déter- 
miner ceux-ci à arrêter Argaud et son valet, qu'ils 
conduisirent au château de Beauregard , accompagné 
de la garnison du Cheylard. Comme Argaud était géné- 
ralement estimé, quelques gentilshommes s'intéressèrent 
à sa personne, notamment M""^ de Brisol , soeur de feu 
M. le comte de Vallon, de sorte qu'à la date du 
10 mai 1749 Peirot écrivait qu'il serait bientôt délivré, 
et que Chevalier aurait même à répondre devant la jus- 
tice de sa méchante action. 

A peu près vers le même temps, le curé de Marcols, 
accompagné des soldats de Saint-Pierreville, parcourut 
le quartier des Boutiéres pour rebaptiser tous les en- 
fants protestants, même ceux qui l'avaient été déjà par 
les prêtres. Peirot pensait que le curé et l'officier , qui 
commandait le détachement de soldats , furent blâmés. 
Cette même année, les protestants d'Annonay qui, 
depuis la révocation de l'édit de Nantes, avaient vécu 
dans une indifférence répréhensible à l'égard des as- 
semblées du désert, manifestèrent un grand zèle pour 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 2^9 

elles ; mais comme celles-ci se tenaient à une distance 
considérable de la ville, il leur était assez difficile de s'y 
rendre : néanmoins, ils y assistèrent toutes les fois qu'el- 
les furent convoquées. 

Le commencement de Tannée 1750 ne s'annonça pas 
sous de meilleurs auspices. « Pendant le mois de février, » 
dit Peirot, « nous avons été fatigués par les amendes qu'il 
nous a fallu payer et effrayés par un arrêt lancé contre 
nous, mais que nous n'avons pas vu; et, dans le 
temps que nous pensions qu'on allait l'exécuter , nous 
avons appris les nouvelles les plus agréables. » Le 
même pasteur donnait de meilleures nouvelles vers le 
milieu de l'année : « Parmi nous, pour le présent, 
grâce au Seigneur, «disait-il, « nous jouissons d'une par- 
faite tranquillité. » Il annonçait en même temps que 
Serre, le fiancé de la célèbre Marie Durand (voyez 
plus haut, p. 127), venait de sortir du fort Brescou, oij 
il avait été enfermé pendant vingt ans ! 

A partir du mois de novembre, les choses s'aggravè- 
rent. Peirot et Blachon virent deux pièces officielles 
(c'était peut-être l'arrêt mentionné plus haut) , signées 
l'une, par Le Brunet, pour le Languedoc, et l'autre, par 
Châteauneuf, pour le Vivarais, portant ordre d'attaquer 
les assemblées à main armée, d'arrêter et de tuer le 
plus de gens possibles. Les deux pasteurs contreman- 
dèrent aussitôt les assemblées qu'ils avaient convoquées 
dans leurs quartiers respectifs, mais Coste et le jeune 
proposant Alexandre Vernet, revenu du séminaire de 
Lausanne depuis avril 1748, qui étaient placés dans des 
lieux moins exposés, tinrent les leurs nonobstant ces 
défenses. 

L'une d'elles, présidée par Vernet, eut lieu le 
22 novembre 1750 sur les bords du Lignon , près du 
moulin de Boye, sur les limites du Vivarais et du Velay. 



26o HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Le subdélégué du Puy et celui de Tournon se trans- 
portèrent sur les lieux pour informer. Leurs dépenses 
s'élevèrent à 323 livres pour le second, et à 410 livres 
17 s. pour le premier. L'intendant du Languedoc, par 
jugement du 22 mars 175 1 , condamna les arrondisse- 
ments de Saint-Agrève et du Chambon à payer ces frais, 
qui furent augmentés de 40 livres et d'une amende de 
T,ooo livres, en tout 1773 livres 17 s. (1). Un autre 
jugement de l'intendant du 30 novembre, même année, 
condamna l'arrondissement de Saint-Voy à payer 400 li- 
vres d'amende et 203 livres de frais (2). Cette même an- 
née encore, les communautés du Chambon et de Saint- 
Voy durent payer une imposition de 1714 livres 13 s. 
4 d, pour assemblée illicite (3). 

D'autre part , l'intendant du Languedoc donna l'or- 
dre à ses deux subdélégués du Vivarais , Tavernol , de 
Viviers, et Dumolard, de Tournon, d'enjoindre aux pro- 
testants de cette province de porter ou de conduire 
leurs enfants à l'église paroissiale la plus voisine « pour 
leur suppléer les cérémonies du baptême ou les rebap- 
tiser sans condition, » et de dresser un état des récal- 
citrants. D'après ces états, dont quarante cinq, cor- 
respondant à autant de paroisses, furent dressés en 175 1 
et 1752, on voit que la plupart des religionnaires préfé- 
rèrent s'exposer à des amendes ruineuses, plutôt que 
d'obéir. Plusieurs de ces Etats furent dressés par les 
curés, qui se montraient très animés contre leurs ouail- 
les rebelles. Cholvy, curé des Vastres , écrivait à 
Dumolard le i«' janvier 175 1 : « Feu M. votre père... 
ne cherchait pas tant de façons avec ces mauvais esprits ; 
il faisait ponctuellement exécuter les ordonnances , per- 

(i) Arch. de l'Hérault, C, 2jo. 
(2) Arch. de l'Hérault, C, 2}i. 
(5) Arch. de l'Hérault, C, 570. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 26 1 

sonne ne disait mot et tout tremblait. » Montreynaud, 
prieur de Bruzac , allait plus loin encore. Il écrivait au 
même le lo juin suivant : « Je ne pense pas, monsieur, 
qu'il y ait de meilleurs missionnaires pour les mettre à 
la raison que quelques compagnies de dragons ou de 
grenadiers (i). » 

Devant l'aggravation de leurs maux , les pasteurs du 
Vivarais eurent une conférence et décidèrent de faire 
le tour de leurs églises pour baptiser les enfants et as- 
sembler les consistoires dans le but d'exhorter les 
anciens à la fermeté et à la prudence. Ils décidèrent, 
en outre, qu'on surveillerait les catholiques pour tâcher 
de pénétrer leurs desseins , qu'on continuerait à tenir 
des assemblées, mais dans les lieux les plus sûrs; qu'on 
prendrait la fuite si on y était attaqué, et qu'on enverrait 
des placets à l'intendant, au commandant de la province, 
au comte de Saint-Florentin et au roi , où l'on repré- 
senterait combien les protestants auraient à souffrir des 
discordes, des cruautés et des massacres, qui résul- 
teraient des ordres qu'on venait de donner , et leur 
ferme résolution de s'exposer à tout plutôt que de re- 
noncer à se réunir pour célébrer leur culte. Les pas- 
teurs furent pourtant d'avis de ne rien faire sans consul- 
ter les provinces voisines , notamment le bas Langue- 
doc , oij ils députèrent Coste pour se concerter avec 
les ministres de cette province. 

Court , à qui les pasteurs du Vivarais firent connaî- 
tre leur situation, estimait que les choses n'iraient pas 
aussi mal qu'ils le craignaient et que , si les ordres 
qu'ils avaient vus étaient véritables , ils devaient être 
accompagnés de mémoires secrets qui en atténuaient la 
rigueur. Il opinait donc pour qu'on interrompît les 

(i) Arch. de l'Hérault, C, 245. 



202 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

assemblées le moins possible, mais il conseillait en 
même temps de prendre toutes les précautions néces- 
saires (15 déc. 1750). La suite montra que Court 
appréciait sainement la situation (i). 

PROCÈS-VERBAUX CONTRE LES ASSEMBLÉES. RÉDAC- 
TION d'un PLACET. ARRESTATION ET MORT DE 

monteil. reprise des assemblées. lettre de 
l'évêque du puy (1751)- 

Au commencement de l'année 1751, des détache- 
ments de soldats battaient la campagne. Les subdélégués 
du Puy et de Tournon dressaient à l'envie des procés- 
verbaux contre les assemblées et contre ceux qui fai- 
saient baptiser leurs enfants par des ministres, en même 
temps que des ordres d'arrestation étaient lancés con- 
tre les religionnaires les plus notables et que les curés 
rebaptisaient les enfants. Dans leur détresse , les pro- 
testants de la province consultèrent des gens autorisés, 
qui leur conseillèrent de suspendre momentanément les 
assemblées du désert (2) et d'adresser des placets aux 
autorités, dans lesquels ils diraient qu'il leur était im- 
possible de vivre sans culte, et que, si l'on ne cessait 
les persécutions, ils seraient contraints de se réfugier 
dans les pays étrangers. 

Antoine Court rédigea ce placet qui fut envoyé à 
qui de droit , mais déjà les soldats avaient mis un terme 

(1) Ms. Court. IV I, t. XXI-XXlIi ; n" 7, l. IX, XI. Court, Lp ['a- 
triolfi, etc., Mi'nv. histnr., p. 97. 

(2) Paul Rabaut ne partageait pas ce sentiment: « Il me paraît, » disait-il, 
<• que nos frères du Vivarais ont très mal fait de discontinuer totalement leurs 
assemblées Ils n'en auront que plus de peine à les mettre sur pied ; heu- 
reux encore s'ils peuvent en venir à bout . ^Lettre du 17 mars 17U, dans 
Dardicr, Paul Bubant. t, II, p. 118). 



DU VIVARAIS ET DU VELAY, 26^ 

à leurs courses de nuit et aucune arrestation n'avait été 
opérée, d'où les protestants conclurent que les mesu- 
res précédemment prises n'étaient peut-être qu'un piège. 
Néanmoins , ils continuèrent à se tenir fortement sur 
leurs gardes. 

A la fin d'avril , Blachon et Vernet allèrent conférer 
avec les ministres du Languedoc sur les conjonctures 
présentes (•). Us se trouvèrent réunis au nombre de 
huit et décidèrent de faire rédiger un placet pour le 
roi. 

Pendant ce temps, Dumolard faisait imprimer une 
lettre qui enjoignait aux curés et aux consuls des pa- 
roisses d'arrêter les religionnaires , dont les enfants 
avaient été baptisés par les ministres, et de contraindre 
les parents à les faire rebaptiser par les curés dans les 
quinze jours sous peine d'être poursuivis. 

Le vieux prédicateur Monteil, âgé de soixante et dix 
ans, infirme et presque dans l'enfance, qui ne prêchait 
plus depuis quatre ou cinq ans et qui demeurait du côté 
de Marcols, où on ne l'avait jamais inquiété, fut arrêté 
le 1 2 avril et conduit au château de Beauregard avec 
un grand appareil militaire , c'est-à-dire avec avant- 
garde et arrière-garde. Le malheureux était sans force 
et il fallait deux hommes pour le tenir sur son cheval. 
Il mourut bientôt après en prison. 

Nonobstant ces rigueurs, les pasteurs du Vivarais 
décidèrent de reprendre leurs assemblées interrompues 
depuis cinq mois. Il fut convenu qu'on les tiendrait tan- 
tôt de jour, tantôt de nuit : le jour, loin des garnisons, 
la nuit, à leur proximité. 



(i! Blachon fut reconnu à son passage à Lagorce, et l'on guetta son re- 
tour pendant trois semaines : mais il resta en Languedoc plus de temps qu'on 
ne l'avait cru, et rentia en Vivarais par Avignon, la Provence et le Dau- 
phiné. 



264 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Peirot écrivait en juillet à ce propos : « Nous nous 
assemblons au lever du soleil avec le moins d'éclat et 
de bruit que nous pouvons; nous choisissons les lieux 
qui sont les plus écartés et les plus éloignés des villes 
011 sont les garnisons. Pendant que nous sommes as- 
semblés, nous faisons observer les troupes, afin de 
n'être point surpris en cas qu'elles voulussent nous 
faire de la peine. Nous ne choisissons pas toujours le 
même endroit, ni nous ne prêchons pas régulièrement 
tous les dimanches ; nous n'avertissons que le samedi 
sur le tard. Nos assemblées sont pourtant considérables 
et nombreuses. On y baptise les enfants et on y bénit 
les mariages comme on le pratiquait les années précé- 
dentes. » 

L'évêque du Puy , Jean-Georges Lefranc de Pom- 
pignan, auteur fécond, mais passionné , qui joua plus 
tard un rôle considérable sous la Révolution , publia 
vers ce temps une lettre pastorale aux nouveaux conver- 
tis de son diocèse, que nous n'avons pas retrouvée, et 
où il traitait des principales matières de controverse. Il 
insinuait que les protestants, séduits par leurs ministres, 
n'assistaient aux assemblées que parce qu'on leur faisait 
croire qu'elles étaient permises ou tolérées par le roi, et 
concluait qu'étant maintenant désabusés, ils devaient y 
renoncer. 

Les pasteurs du Vivarais auraient désiré qu'on lui ré- 
pondît que les protestants fréquentaient les assemblées, 
non point parce qu'ils les croyaient tolérées, non plus 
que par entêtement ou par esprit de rébellion , mais 
uniquement parce qu'ils les considéraient comme vou- 
lues de Dieu , et qu'ils aimeraient mieux s'exposer à 
tout souffrir plutôt que de violer un commandement di- 
vin. Ces mêmes pasteurs furent vivement pressés de 
répondre eux-mêmes directement au prélat , mais ils 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 20^ 

n'osèrent et consultèrent Court, dont nous n'avons pas 
trouvé la réponse (i). 

NOMBREUSES ARRESTATIONS. AMENDES RUINEUSES. 
DÉPART FORCÉ DE COSTE. CONSÉCRATION DE VER- 
NET (1752). 

On fit plusieurs arrestations en 1752, et les prison- 
niers furent renfermés à Beauregard. « Le 25® fé- 
vrier 1752, » dit un mémoire du temps (2j, « Isaac-Jean 
Terrasse, de la paroisse de Silhac en Vivarais, fut ar- 
rêté pour avoir fait baptiser son enfant au désert. On 
n'a point fait de procédure contre lui parce qu'il n'a 
aucun bien et que sa femme mendie son pain. Il a toujours 
eu le pain du roi et il serait sorti le 24 février 1753 , 
s'il avait eu de quoi payer ledit pain et s'il faisait bap- 
tiser son enfant par un curé. On lui demande cin- 
quante livres jusqu'à ce jour, moyennant quoi on pense 
qu'on le tiendrait quitte de tout. 

» Du 9^ mars. Jacques Bernard, de la paroisse de 
Nozières, fut arrêté par les mêmes causes que dessus. 
Il fut fait une procédure et fut rendu un jugement par 
M. l'intendant , qui le condamna à trois mille livres 
d'amende et trente livres pour les pauvres. Tout son bien 
ne va pas à trois cents livres. Il n'a plus le pain du roi 
depuis la Jean-Baptiste dernier. 

» Du 14® mars. Jacques Meyer, |de Serres], de la 
paroisse de Saint-Fortunat , fut aussi arrêté par les 
mêmes causes. Il fut aussi fait une procédure et il y eut 
un jugement de M. l'Intendant qui le condamna à 
trois mille livres d'amende et trente livres pour les pau- 

(i) Ms. Court, 11" I, t. XXIV. Correspond, histor. des deux Chironn. 
(2) Etat de ceux qui sont détenus dans les prisons de Beauregard. 
poi/)- fait de religion (I7Î5)- Correspond, bisfor. des deux Chirons. 



2(^(^ HISTOIRE DES PROTESTANTS 

vres. Son bien ne peut valoir tout au plus que quatre 
cents livres. Il n'a plus le pain du roi depuis la Saint- 
Jean. » Le texte du jugement de Saint-Priest, rendu le 
5 mai 1752, nous apprend que Meyer fut condamné, 
non seulement pour avoir fait baptiser quatre de ses en- 
fants au désert, mais encore pour s'y être marié; que 
les frais du procès, qui s'élevaient à 1 56 1. 5 s. étaient 
également à sa charge, et qu'il devait rester en prison 
jusqu'à ce qu'il eût payé les frais et l'amende, et justifié, 
par un certificat du curé de Saint- Fortunat, que ses en- 
fants avaient été envoyés à l'église catholique de ce 
lieu. 

« Du mois d'avril. Jacques et Marianne Argod et 
leur fils à la mamelle, habitant au bourg de Saint- 
Agrève, pour avoir épousé et baptisé comme dessus. 
11 n'a point été fait de procédure contre eux parce qu'ils 
n'ont rien, ils n'ont plus le pain du roi depuis la Saint- 
Jean. Ils ont fait présenter un placet à M. l'intendant, 
qui les a renvoyés à M . Dumolard , le 1 4® mars 1 " 5 3 • ^" 
leur demanda, pour les faire sortir, de payer le pain du 
roi pendant le temps qu'ils l'ont eu ; de faire rebaptiser 
leur enfant par un prêtre et de se séparer par un acte 
public parce qu'ils sont parents au troisième degré. 

') Les autres, qui étaient arrêtés avec eux, se sont 
sauvés desdites prisons, dont il y en a eu un qui, en 
tombant, s'est estropié pour sa vie, soit de sa chute, soit 
des coups de fusil qu'on lui a tirés. 

» L'on a aussi beaucoup maltraité un des prisonniers 
que l'on crut vouloir se sauver. On le mit tout en sang, 
mais il est guéri à présent. » 

A cette liste il faut ajouter : 

Tranchât, de Menuts , paroisse de Saint-Fortunat , 
condfimné à 2,000 livres d'amende pour avoir fait bap- 
tiser son enfant par un ministre: — Ribes. des Chirou- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 267 

ses, paroisse de Nozières, condamné à 2,000 livres 
d'amende et à payer 400 livres de Irais environ, pour le 
même motif; — Tussière, de la paroisse de Saint-Geor- 
ges, condamné à 500 livres d'amende et au payement 
de 400 livres de frais environ. — Tranchât et Ribes de- 
vaient rester en prison , le premier jusqu'à ce qu'il eût 
payé , le second jusqu'à ce qu'il eût satisfait à sa con- 
damnation, fait rebaptiser ses enfants et promis défaire 
réhabiliter son mariage à l'église romaine. Coste , qui 
rapporte tous ces faits, ajoute : « Je déclare qu'il y a un 
grand nombre de personnes en Vivarais qui ont été re- 
cherchées par les archers et qu'un plus grand nombre 
n'osent point demeurer dans leurs maisons. Ce ly"- 
juin 1752. Coste, ministre en Vivarais. " 

D'autres sources nous apprennent que deux mes- 
sieurs de Beauchastel reçurent Tordre de faire rebapti- 
ser leurs enfants, et se soumirent; et qu'un homme de 
Privas fut jeté en prison pour avoir fait inhumer un en- 
fant sans en avertir le curé. Mais , chose étrange! les 
assemblées ne furent pas inquiétées quoiqu'elle se tins- 
sent très régulièrement. 

Dans le Velay, il n'en était pas de même. Le subdé- 
légué Rachat était un homme dur. Depuis plusieurs an- 
nées, on n'avait pu tenir de jour des asssemblées dans 
sa province sans qu'il fît payer des amendes exhorbitan- 
tes. Il en exigea même pour des assemblées qui avaient 
eu lieu en dehors de sa subdélégation. Les protes- 
tants du Velay, qui avaient interrompu celles-ci depuis 
quelques mois, comme leurs frères du Vivarais, décidè- 
rent de les reprendre comme avaient également fait ces 
derniers. Ils pensèrent que Rachat ne s'en apercevrait 
point ou qu'il fermerait les yeux sur elles. Ils se trom- 
pèrent étrangement. En mars 1752 il fit payer une forte 
amende pour une assemblée de nuit , qui s'était tenue 



2bo HISTOIRE DES PROTESTANTS 

dans un lieu qu'on ne croyait pas devoir être découvert. 
Cette nouvelle amende , jointe aux précédentes et aux 
fléaux de la grêle et des inondations , réduisit les ha- 
bitants à une si grande misère qu'un nombre considéra- 
ble d'entre eux se virent contraints, pour subsister, de 
descendre pendant l'hiver dans les Boutières ; mais ils 
n'y trouvèrent que des châtaignes et quelques pommes 
de terre , car la saison avait été également mauvaise en 
Vivarais , et le blé et les légumes n'avaient que médio- 
crement réussi. Les honoraires des ministres s'en res- 
sentirent et ces derniers se virent dans l'obligation de 
demander des secours au comité de Lausanne pour pou- 
voir entretenir leurs familles. 

En mai, Coste, poussé par un motif impérieux, par- 
tit pour la Suisse. 11 avait une femme et un enfant estro- 
pié, âgé de trois ans. L'autorité les traquait de toutes 
parts. Les deux malheureux ne trouvaient aucune maison 
sûre dans tout le Vivarais, et M"""^ Coste ne pouvait 
suivre son mari partout. D'autre part les honoraires que 
touchaient les pasteurs étaient à peine suffisants pour 
faire subsister un célibataire. Coste résolut donc de 
conduire sa famille en Suisse. Peirot, qui recommanda 
son collègue à Court d^une manière pressante, disait 
qu'il fallait absolument que l'on pourvût en Suisse 
à Tentretien de la femme et de l'enfant de Coste, 
sans quoi il serait contraint de se retirer en Hollande 
ou en Angleterre, et le Vivarais le perdrait pour tou- 
jours. 

Un mois après, le 14 juin, les protestants de Mou- 
nens furent condamnés , pour une assemblée tenue sur 
leur territoire, à 300 livres d'amende et à 251 livres 
I sou de frais (1). 

(Il Aich. de 1 Hérault. C, 2??. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 269 

Le 12 novembre suivant (i), Peirot consacra au saint 
ministère le jeune Vernet , qui prêchait en Vivarais de- 
puis 1748, date de son retour de Lausanne (2). Nous 
n'en aurions pas autrement parlé, quoique la province 
n'eût pas été témoin d'une cérémonie de ce genre de- 
puis la consécration de Durand en 1726, si le discours 
de Peirot, qui a été conservé , ne nous offrait un des 
plus beaux spécimens de la mâle prédication du désert. 
L'orateur, prenant pour texte ces paroles de saint- Mat- 
thieu (X , \6) , Je vous envoie eomme des brebis au milieu 
des loups, s'écrie : « Nous pouvons le dire sans crainte 
de mentir, nous pouvons le déclarer à la face du ciel et 
de la terre , nous sommes comme des brebis au milieu 
des loups. Que le peuple, au milieu duquel nous som- 
mes , vante tant qu'il voudra sa politesse et son huma- 
nité , il n'en est pas moins cruel à notre égard et altéré 
de notre sang. Que les ecclésiastiques se disent tant 
qu'ils voudront les successeurs des bienheureux apôtres, 
qui étaient d'un caractère si pacifique, qu'ils affectent 
tant qu'il leur plaira une douleur apparente ; qu'ils fas- 
sent semblant d'avoir en horreur le sang et le carnage ; 
nous ne nous y fions pas! Regardon§-les! Ah! plût à 
Dieu que nous nous trompassions dans ce que nous di- 
sons ! Plût à Dieu que nous fussions obligés de nous ré- 
tracter aussi publiquement que nous le protestons! Plût 
à Dieu qu'on nous donnât sujet d'avoir des idées plus 
conformes à la charité , à nos propres intérêts ! Mais 
tandis que nous aurons tant de raisons du contraire, tan- 

(i) Coquerel se trompe quand il dit que la cérémonie eut lieu le 25 octo- 
bre 1752. Les actes du synode du 8 mai 1755 portent textuellement ceci : 
■1 M' Alexandre Vernet, qui fut reçu au saint ministère le douzième novem- 
bre mil sept cent cinquante-deux. » 

(2) Alexandre Ranc , le frère du célèbre martyr, fut consacré en même 
temps que Vernet, mais il exerça son long ministère exclusivement dans le 
Dauphiné. 



HISTOIRE DES PROTESTANTS 



dis que les auteurs de nos maux s'en glorifieront, tandis 
que tant de voix nous crieront que nous sojnmes des 
brebis au milieu des loups , pouvons-nous nous refuser 
de le croire ? Et combien de voix n'y a-t-il pas qui nous 
tiennent ce terrible langage ? Que nous disent les crain- 
tes où nous avons été pour célébrer cette cérémonie . 
les précautions que nous avons été obligés de prendre 
pour nous conserver? Que nous dit le lieu où nous som- 
mes dans une occasion aussi solennelle? Quoi I être 
sans temple, être exposés aux injures de l'air, être obli- 
gés de fuir les lieux habités pour se cacher dans les 
bois, dans des déserts affreux! Ces lieux sauvages ne 
nous crient-ils pas qu'il faut que nous nous regardions 
parmi les hommes comme des brebis au milieu des 
loups , puisque nous sommes obligés de les fuir avec 
tant de soin ? Que vous dit cette haine quêtant de gens, 
à qui nous ne fimes jamais aucun mal, ont cependant 
contre nous ? Que nous disent ces projets, ces complots 
sanguinaires qu'on trouve chaque jour pour nous dé- 
couvrir et pour nous perdre ? Que nous disent, non pas 
trente pièces d'argent , mais de grosses sommes desti- 
nées, promises alix Judas, qui pourront nous trahir et 
nous livrer ? N'est-ce pas comme autant de voix qui 
nous crient : Vous êtes comme des brebis au milieu des 
loups? Que vous disent ces troupes dont nous sommes 
environnés de tous côtés , toujours armées , toujours 
prêtes à marcher contre nous, n'attendant pour cela que 
le moment fatal de découvrir notre retraite ? Que nous 
disent ces ordonnances , ces déclarations par lesquelles 
notre religion est interdite et proscrite, et par lesquelles 
tous ceux qui l'ont enseignée sont condamnés aux mê- 
mes peines que les criminels ? Ne sont-ce pas des voix 
de tonnerre qui nous crient que nous sommes comme 
des brebis au milieu des loups ? Que nous disent ces ca- 



UU VIVARAIS ET DU VKLAY. 27I 

tastrophes , ces scènes tragiques arrivées au milieu de 
nous ? Que nous disent ces mouvements, ces soins qu'on 
s'est donnés pour nous écraser } Que nous disent ces 
cadavres percés de coups, ces gibets ensanglantés? 
Que nous disent, ô douleur, ces chères brebis, ces vé- 
nérés pasteurs , qui ont été déchirés , massacrés ? Je 
m'arrête. Il n'est que trop sûr que nous sommes comme 
des brebis au milieu des loups... Qu'est-ce que cela de- 
mande.-^ vous le sentez! un sacré dépôt vous est confié, 
vous devez le garder. Une couronne vous est imposée 
sur la tête, vous ne devez jamais souffrir qu'on vous la 
ravisse (i). » 

ENVOI DE LIVRES DE GENÈVE. ASSEMBLÉES TRAQUÉES 
PAR LES SOLDATS. BAN SANGUINAIRE DE RICHELIEU 
NON SUIVI d'effet {1753-I754). 

Coste, qui avait profité de son séjour en Suisse pour 
accompagner ;usqu'à Rotterdam une troupe d'émigrants 
français à destination de l'Irlande , était de retour à 
Genève à la fin de l'année 1752 et écrivit à Court, le 
II janvier 1753, une lettre où il demandait, comme' 
ra\ait déjà fait Peirot pour lui , qu'on lui assurât une 
pension qui lui permît de faire subsister sa femme et 
son enfant dans quelque lieu sûr, à proximité du Viva- 
rais. Il est vraisemblable que Court lui répondit favora- 
blement. Quoiqu'il en soit, il le priait encore le 25 fé- 
vrier de lui faire obtenir un secours pour qu'il pût 
rentrer en Vivarais et de lui épargner la dure nécessité 
d'émigrer en Hollande ou en Angleterre. Il reçut le se- 
cours et était dans sa province en avril , mais nous 

(1) Coquerel, t. II, p. 505-507. Court, Le patriote, etc., Mémoire histo- 
rique, p. 61. Correspond, histor. des deu.x durons. Ms. Court, n° i, 
t. XXV ; n° 44. 



272 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

ignorons si sa femme et son fils s'établirent en Suisse. 
Cela paraît vraisemblable. 

Le Vivarais était tranquille à cette époque. On ne 
proférait plus de menaces et les assemblées étaient 
plus nombreuses que jamais. Les troupes ne sortaient 
pas de leurs garnisons et les officiers de Saint-Agréve 
insinuaient même qu'ils avaient reçu l'ordre de ne pas 
inquiéter les religionnaires. Cependant les prisonniers 
de Beauregard n'étaient pas encore délivrés et leurs 
coreligionnaires , voyant leur longue détention, s'apprê- 
taient à allouer à chacun d'eux i livre 10 sous par 
semaine. Ce secours, dont nous ignorons la provenance, 
venait , croyons-nous , de l'étranger. 

Vers ce temps , l'économat de Genève décida l'envoi 
en Vivarais de soixante et quinze exemplaires des Argu- 
ments et Réflexions d'Osterwald sur la Bible : ce qui 
faisait tout au plus un exemplaire par paroisse. Mais 
comme l'économat, d'autre part, avait destiné une 
somme de cent livres pour acheter des livres de piété 
à l'usage des pauvres du Vivarais, Coste, qui était en- 
core à Genève à cette époque (17 mars) , et qui paraît 
avoir été l'instigateur de ces diverses libéralités, écrivit 
à ses collègues de demander, en sus des Arguments et 
Réflexions^ deux cent vingt Catéchismes d'Ostervald ou 
les Devoirs des communiants de Rodolphe Ostervald , 
son fils. 

Vers le milieu de l'année, la tranquillité du Vivarais 
fut troublée tout à coup. « Le 5 du mois d'août, » écri- 
vait Peirot, « l'officier de la garnison, qui est à Chomé- 
rac, envoya un détachement , composé d'une vingtaine 
d'hommes, pour dissiper une de nos assemblées qui se 
tenait au voisinage. Lorsqu'elle se vit entourée de cette 
troupe, elle eut d'abord quelque peur. Plusieurs com- 
mencèrent à prendre la fuite ; mais le frère Blachon , 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 27^ 

qui fonctionnait , parla avec tant de zèle et tant de force 
qu'il rassura tout son monde, et les soldats eurent beau 
crier, menacer, tirer, personne ne remua jusqu'à ce 
que l'exercice fût fini, que tous partirent ensemble (i). » 
« A peu près vers le même temps, » dit encore Peirot 
dans une lettre du 28 février 1754, » ceux qui sont à 
Saint-Agrève firent plusieurs sorties sur les lieux où se 
trouvaient ordinairement les assemblées. Le 3® de sep- 
tembre, on apprit qu'ils se disposaient pour en venir at- 
taquer une, et, comme c'était un jour ouvrier et que, 
par conséquent, elle n'était pas nombreuse, après qu'on 
eut baptisé , on crut que la prudence voulait qu'on se 
retirât. Mais on eut soin de bien faire avertir pour le 
dimanche suivant et, quoiqu'on attendît des soldats, 
tout le monde se rendit. L'assemblée était peut-être 
composée de dix mille personnes. Le très cher M. Bla- 
chon , qui eut encore cette attaque , représenta qu'il 
était de la dernière importance de faire paraître dans 
cette occasion du zèle, du cœur, de la fermeté, de 
rester tous ensemble quoique les troupes vinssent. 
Elles parurent bien, mais, ou parce qu'elles n'avaient 
pas des ordres exprès ou parce qu'elles furent dé- 
couragées de voir une assemblée si nombreuse et si 
résolue, elles s'en retournèrent sans aucun bruit. De- 



(i) Quelques jours après, il se passa dans le Velay un fait profondément 
regrettable, qui était complètement étranger à la religion, mais que nous rap- 
portons néanmoins, parce que les personnes en présence étant de culte con- 
traire, cette circonstance put bien intîuer sur leur conduite. Le 15 août 1755, 
quelques protestants, armés de fusils, se trouvaient à Gardalhac, paroisse de 
Tence, dans un cabaret tenu par un catholique. Au cours d'une dispute, qui 
s'éleva entre ce dernier et les consommateurs, l'un de ceux-ci tira un coup 
de fusil sur l'hôte, et retendit raide mort sur le carreau. Le juge de Tence, 
s'étant transporté sur les lieux, fit conduire en prison celui que l'on soupçon- 
nait d'être le meurtrier, mais, vers minuit, une troupe de protestants, enfon- 
çant les deux portes de la prison, enlevèrent le prisonnier (Arch. de l'Hé- 
rault , c. 459). " 

II. 18 



274 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

puis ce temps, nos exercices se sont faits fort tranquil- 
ment , heureux si nous étions assurés de les pouvoir 
longtemps continuer de même. Mais si ce qu'on nous 
annonce présentement est vrai, nous sommes à la veille 
d'avoir quelque attaque à soutenir. On aura sans doute 
fait part d'un avis qui a été donné à M. Paul [Rabaut]. 
Il a eu la bonté de nous envoyer un exprés pour nous 
en informer, et nous en avons fait partir un second pour 
avoir de nouveaux éclaircissements , du moins si l'on 
peut en donner. Outre cela, nous avons appris que nos 
officiers ont reçu des lettres qui leur ordonnent de se 
tenir chacun à son poste , et même ont déclaré qu'il y 
a quelque chose contre la religion. » 

Notons en passant que le synode du Vivarais, qui se 
réunit le 17 octobre 1753 , prit une délibération pour 
secourir les galériens protestants. « La compagnie, » 
disent ses actes, « pénétrée de douleur de l'état triste où 
sont nos très chers et honorés frères détenus sur les 
galères à cause de notre sainte religion , a résolu de 
faire en leur faveur une collecte selon la petite capacité 
de ces églises pour leur témoigner la part qu'elle prend 
à leurs souffrances , pour les encourager et pour les 
aider à subvenir à leurs besoins. » 

Pour en revenir à la lettre de Peirot du 28 fé- 
vrier 17Ç4, elle ajoutait : « L'exprès, que nous avons 
envoyé à Nîmes , vient d'arriver et il nous a apporté 
une lettre de M. Paul [Rabaut], par laquelle il nous 
marque qu'on y a publié à son de trompe une ordon- 
nance de M. de Richelieu. » En voici le texte : a Tou- 
tes assemblées et attroupements étant contraires aux 
lois et au bon ordre , il est expressément défendu à 
toutes sortes de personnes , de quelque qualité et con- 
dition qu'elles puissent être , de s'assembler à peine 
d'être arrêtées, poursuivies extraordinairement et jugées 



DU VIVARAIS KT DU VELAY. 2/^ 

sans forme ni figure de procès, suivant les rigueurs des 
ordonnances du royaume; — ordonnons à toutes les 
troupes en quartier, dans la province de Languedoc, de 
courir sus les assemblées , de s'assurer des contre- 
venants et de ceux qui provoqueraient les dites as- 
semblées , même des particuliers qui donneront asile 
dans leurs maisons ou protection à ces derniers ; et 
enfin de tirer sur les dites assemblées lorsque l'offi- 
cier, commandant chaque corps, jugera à propos d'en 
donner l'ordre. Et sera le présent ban publié dans les 
quartiers et affiché dans toutes les villes et commu- 
nautés de la province , afin que personne n'en puisse 
prendre cause d'ignorance. — Fait à Montpellier le 
i6 février 1754. » 

Ce ban sanguinaire était accompagné d'instructions 
minutieuses, où Richelieu donnait les moyens pratiques 
de faire une chasse meurtrière aux assemblées (i). 
Court, à qui le ban fut communiqué, répondit qu'il était 
destiné plutôt à effrayer qu'à être exécuté. « On a voulu,» 
dit-il, (( donner quelque chose aux clameurs d'un corps 
redoutable et dont les plaintes toujours réitérées ne 
cessaient d'assourdir; mais on n'a pas fermé l'oreille à 
la voix de l'inutilité d'une violence trop longtemps 
éprouvée et d'une trop périlleuse conséquence, ni à 
celle d'une saine politique , qui s'oppose à ce qu'une 
voie , qui n'aboutit qu'à faire des malheureux , qu'à 
troubler l'Etat, qu'à interrompre le commerce, l'agricul- 
ture et les arts , et qu'à faire fuir par milliers des sujets 
utiles et fidèles, soit continuée. » 

Court conseillait néanmoins aux pasteurs de redoubler 
de précautions pour la sûreté de leurs personnes , de 
continuer les assemblées , mais dans des lieux plus re- 

(i) Voy. Ch. Coquerel, t. Il, p. 14J-147. 



276 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

tirés , de baptiser et de marier comme auparavant ; et , 
si l'on recourait à des mesures violentes contre les 
protestants, de sortir en masse du royaume. Il recom- 
mandait également à Peirot de répandre largement Le 
Patriote français et impartial ^ livre infiniment propre à 
ramener les catholiques à des sentiments plus humains 
à l'égard des protestants. 

L'éminent directeur du séminaire de Lausanne ne 
s'était pas trompé dans ses appréciations. Le ban de 
Richelieu ne fut publié et affiché dans aucun lieu du 
Vivarais. Les assemblées continuèrent donc comme par 
le passé et furent même plus nombreuses. On les re- 
chercha mollement et les timides purent les fréquenter 
sans péril. 

Cependant la province était toujours remplie de sol- 
dats (1). « Nous avons partout des troupes proches de 
nos loges, » écrivait Peirot le 24 décembre 1754 ; «nous 
marchons rarement de jour , nous nous tenons cachés 
le mieux que nous pouvons. On nous menace souvent, 
mais nous y sommes accoutumés... Depuis longtemps 
nous n'avons pas payé d'amendes; nos baptêmes, nos 
mariages n'ont point été recherchés , non plus que nos 
assemblées, quoique nombreuses et fréquentes. Nous 
avons pourtant quelques jeunes filles obligées de se ca- 
cher pour éviter d'être enfermées dans des couvents. » 

TRISTE POSITION DU PASTEUR BLACHON. ÉGLISES DE 
VALLON , SALAVAS ET LAGORCE DISTRAITES DU VIVA- 



(i) Il paraît, d'après une lettre du pasteur Pradel, du Languedoc, en date 
du 17 novembre 1754, que cette affluence exceptionnelle de soldats s'expli- 
quait par la présence de six mille contrebandiers répandus dans la Bourgo- 
gne, le Velay et l'Auvergne. 

(2) Ms. Court, n» i, t. XXVI, XXVII ; n" 7, t. XIII. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 277 

RAIS. LETTRE DES PASTEURS A M. DE LEMPS. STATIS- 
TIQUE DES LIEUX d'assemblées (l'J')') ^JS^)- 

Une lettre touchante, écrite par Blachon à Peirot 
le 17 mai 1755 , jette un jour douloureux sur la situa- 
tion, quelquefois poignante, des pasteurs du désert. 
« Vous savez à peu prés. Monsieur et très cher frère, » 
lui disait-il, « quelle est notre situation. Vous n'ignorez 
pas sans doute que ma femme est obligée de roulerper- 
pétuellement avec moi sans avoir aucune demeure fixe 
et sans ne pouvoir faire que très peu de séjour dans un 
même endroit. Vous savez aussi que nous avons quatre 
enfants, tous en pension ou en nourrice, répandus en 
divers endroits du Vivarais. Jugez par là, mon cher 
Monsieur, quels doivent être nos embarras et dans quelle 
crainte ne devons-nous pas être que ces chers enfants 
ne soient enlevés par les ennemis, à qui il est impossi- 
ble de les cacher longtemps, quelques précautions que 
nous puissions prendre. «Je m'assure que vous savez tout 
cela... Mais une chose que vous ne savez pas et que 
peu de personnes peuvent savoir, c'est que, quand 
même je pourrais me porter fort bien et qu'en effet, 
grâce au Seigneur, je n'aie pas de grands maux, cepen- 
dant je suis sujet à plusieurs petites infirmités qui m'in- 
commodent considérablement et me font craindre pour 
l'avenir. » Blachon expose, après cela, qu'il a eu une 
grave maladie dans les Cévennes et qu'il craint, s'il ne 
se soigne, qu'elle ne revienne. Il se décide donc à de- 
mander un congé de quelques mois pour se reposer et 
suivre un traitement, et à se rendre en Suisse pour 
trouver les moyens de faire subsister sa famille et élever 
ses enfants. Il espère que les amis de ce pays ne l'aban- 
donneront point. 

Blachon ne put partir parce que Coste était retourné 



278 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

en Suisse sans qu'il le sût. Il ne voulut pas, par son ab- 
sence , diminuer le nombre des pasteurs du Vivarais , 
qui n'en comptait que quatre : Peirot, Coste , Vernet 
et lui. Il demeura donc à son poste , fit pendant tout 
l'été des remèdes qui le soulagèrent et renvoya au prin- 
temps de 1756 son voyage en Suisse. 

Le synode de la province , réuni le 19 avril de cette 
même année 175') , prit une décision qui montre le soin 
scrupuleux avec lequel les protestants s'interdisaient 
tout ce qui pouvait ressembler, de près ou de loin, à une 
violation des lois civiles du royaume. Un député des 
Boutières ayant demandé à la vénérable assemblée son 
avis sur le mariage d'un soldat , qui avait déserté le ré- 
giment de Maugiron-cavalerie , celle-ci décida « que , 
conformément aux ordonnances, on n'accorderait la bé- 
nédiction de ce mariage qu'après que le fiancé aurait 
obtenu son congé. » 

Quelques Jours après la tenue de ce synode , le 
28 avril , les protestants du lieu et arrondissement de 
Desaignes , furent condamnés à 1000 livres d'amende 
et aux frais pour une assemblée qui s'y était réunie (i). 
L'année suivante, du 4 au 10 mai 1756, les églises 
réformées de France tinrent leur sixième synode natio- 
nal dans les hautes Cèvennes. Le Vivarais y députa 
Peirot et Vernet. Le premier fut même élu modérateur. 
Les seules décisions concernant notre province sont les 
deux suivantes : 

1. <( A la réquisition des députés de la province des 
hautes Cèvennes , la compagnie donne et unit à la pro- 
vince du bas Languedoc le quartier qui comprend 
Saint- Ambroix , Peyremale, Les Vans, Lagorce, Val- 
lon et Salavas , Avejean et Saint-Jean-de-Marvejols. » 

(i) Arch. de l'Hérault, c. 258. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 279 

— Les églises de Lagorce , Vallon et Salavas, qui con- 
finaient le bas Languedoc , faisaient seules partie du 
Vivarais. Elles entretenaient toutefois des rapports plus 
fréquents avec la première province qu'avec la seconde; 
mais ce qui décida surtout leur adjonction au bas Lan- 
guedoc, c'est que le Vivarais ne put leur « affecter le 
ministère d'aucun pasteur fi). » 

2. « Les provinces du Vivarais et du Dauphiné sont 
chargées de procurer des pasteurs à l'église de Lyon et 
de ses annexes. » 

Les soldats ayant recommencé cette année à traquer 
les assemblées du Vivarais , leurs pasteurs écrivirent la 
lettre suivante à M. de Lemps, qui avait le commande- 
ment général des troupes royales dans le pays et sem- 
ble avoir été le successeur de Châteauneuf. 

(( Nous prenons très humblement la liberté de vous 
exprimer nos justes craintes. Depuis quelque temps les 
troupes se sont rendues dans nos assemblées pour les 
dissiper. Nous leur avons toujours cédé le pas et nous 
n'avons cessé d'exhorter les peuples, parla soumission 
qu'ils doivent au roi et à ceux qui nous parlent de sa 
part , de s'éloigner promptement et de ne parler aux 
troupes qu'avec beaucoup d'attention et de respect. 

» Mais, monsieur, quels que soient nos soins, l'atten- 
tion respectueuse et soumise des principaux et la bonne 
volonté des peuples, nous craignons toujours que quel- 
que méchant, séduit et aposté par nos ennemis, n'occa- 
sionne quelque dispute et que , d'un mot dit avec ai- 
greur, de quelque démarche peu mesurée, il ne s'élève 
un orage bien dangereux pour toute la province et sur- 
tout pour nos pauvres frères, dont la Hdèlitè et l'inno- 



(I) On trouvera aux Pièces justifirulivcs, n° XIX , une brève notice sur 
ces églises depuis leur séparation d'avec le synode du Vivarais. 



28o HISTOIRE DES PROTESTANTS 

cence ne seraient point alors une sauvegarde suffisante, 
— et ne cause enfin des maux, dont on ne peut prévoir 
ni la durée ni l'étendue. 

» Il est assez constaté depuis longtemps que nous 
faisons des assemblées ; qu'elles ne peuvent être ni per- 
nicieuses à l'Etat, ni nuisibles à la tranquillité de la pro- 
vince ; au contraire , leur effet naturel et constant est 
d'éclairer les peuples et de les rendre pieux, vertueux 
et fidèles sujets. L'inutilité des soldats est assez évidente 
par la continuation des assemblées , dont le peuple ne 
peut se passer , dans des temps et dans des lieux oij 
nous ne pouvons être troublés. 

» Daignez , Monsieur , prendre en considération un 
objet si important. Nous espérons cela de votre charité, 
de votre sagesse , de votre équité , de ces sentiments 
généreux et bienfaisants que vous avez fait éclater pour 
le bonheur de cette province , qui s'applaudit avec rai- 
son d'être soumise à votre commandement. Vous pou- 
vez d'un seul mot lui conserver sa tranquillité et dissiper 
les alarmes et les dangers imminents qui ne peuvent que 
pénétrer de douleur tous les fidèles sujets (i) » (6 juil- 
let 1756). 

Une liste, dressée à cette époque, des divers lieux oij 
se tenaient d'ordinaire les assemblées du désert dans le 
Vivarais et le Velay, nous apprend que ces lieux ou 
quartiers étaient au nombre de trente-cinq et que les 
protestants de cent dix paroisses ou sections de pa- 
roisse s'y donnaient rendez-vous (2). 

PRIÈRES ET JEUNES PUBLICS A l'oCCASION DU CRIME DE 
DAMIENS. TRANQUILLITÉ. DÉPART DE LA FAMILLE 



(i) Ms. Court, n» r, t. XXVIII. Archiv. nat., série TT, cari. 549, 550. 
(2) Voy. f'it'ccs JHSlilicalivi'n, n" XVII. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 201 

BLACHON. l'ÉVÊQUE POMPIGNAN MAL VU A LA COUR 

(1757-I760). 

La tentative d'assassinat, dont Louis XV fut l'objet 
de la part de Damiens le 5 janvier 1757, fournit aux 
protestants du Vivarais l'occasion de manifester les sen- 
timents de respect qu'ils avaient pour le roi, qui les trai- 
tait avec tant de dureté. Dès qu'ils apprirent qu'il avait 
été blessé, ils prièrent Dieu pour sa guérison et ordon- 
nèrent un jour de jeûne général. « Les larmes que nous 
versâmes, » disent les actes du synode du 26 avril 1757, 
« à l'ouïe de l'horrible assassinat commis le 5® de janvier 
étaient justes ; les prières ardentes que nous adressâmes 
à Dieu en faveur de son oint, les actions de grâce que 
nous lui rendîmes, étaient des plus convenables. Dans 
quel gouffre de malheur n'aurions-nous pas été plongés 
si Dieu, touché de compassion pour son peuple, n'avait 
conservé, parles merveilles de sa providence, le plus grand 
et le meilleur des rois. Pour lui en rendre nos justes 
actions de grâce et implorer avec plus de succès sa bé- 
nédiction pour le roi et le royaume, il a été résolu que 
toutes les églises de cette province célébreront un jour 
de jeûne et l'humiliation extraordinaire, qu'on a fixé au 
1 5* de mai prochain. » 

Le célèbre Paul Rabaut avait publié, de son côté, à 
Nîmes une Lettre pastorale , remplie de sentiments iden- 
tiques, qu'Alexandre de Milon, évêque de Valence, 
loua beaucoup dans un mandement imprimé à l'occasion 
du même événement. 

A ce moment, les protestants du Vivarais jouissaient 
d'une tranquillité parfaite. « Nos troupes , » écrivait 
Peirot le 21 mai 1757, « ne font aucune sortie; il paraît 
qu'on nous tient ce qu'on nous a promis ; de notre côté, 
nous nous conduisons, autant qu'il dépend de nous, se- 



HISTOIRE DES PROTESTANTS 



Ion ce qui fut convenu. Cette conduite circonspecte 
me paraît absolument nécessaire. Notre requête est par- 
tie, mais elle n'aura pu être arrivée avant l'exécution de 
l'exécrable Damiens. » 

Le septième synode national des églises réformées 
se réunit dans les Cévennes du i^"" au 9 septembre de 
l'année suivante (1758), mais il ne prit aucune décision 
concernant le Vivarais , qui y avait député Blachon et 
Vernet. 

Coste quitta la province en iji^c) sur un congé de 
son synode du 26 avril. Il y avait exercé son ministère 
pendant dix-huit années. Il paraît ensuite avoir desservi 
une autre province, puis s'être réfugié en Suisse, dans 
le pays de Vaud. Il y était pour sûr en 1763, alors 
qu'après avoir occupé plusieurs postes de pasteur suf- 
fragant , il fut nommé titulaire à Cossonay en 1765 et 
à Grancy en 1775. 

Blachon, de son côté, qui, depuis l'année 1755, 
comme on l'a vu , avait formé le dessein d'envoyer en 
Suisse sa femme et ses enfants , songeait toujours à 
l'accomplir. Etiennne Chiron , originaire du Dauphiné , 
qui était le secrétaire de l'économat des réfugiés fran- 
çais de Genève, écrivit en sa faveur à Antoine-Noë 
Polier de Botens , pasteur à Lausanne, un des admi- 
nistrateurs et professeurs du séminaire de Lausanne. 
Ce dernier lui répondit : « Les circonstances du cher 
et très honoré frère M. le pasteur Blachon me pénè- 
trent jusqu'au fond de l'âme. Je voudrais pour beau- 
coup les alléger. J'ai parole du seigneur bailli de Lau- 
sanne qu'il s'intéresserait pour M. Blachon et sa famille, 
pour qu'ils puissent obtenir quelques petits secours et 
Fagrément d'habiter dans les terres de leurs Excellences 
sans être molestés. » Le 15 août de l'année suivante 
1760, le même Polier écrivait encore : « Nous travaillons 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 283 

avec chaleur pour les intérêts du cher M. Blachon, que 
j'aime, que j'estime et que je plains; mais j'avoue que 
je trouve qu'il est fort sage de ne point mettre sur 
l'état du séminaire des enfants si jeunes. J'espère 
qu'on pourra fournir par d'autres voies à leur subsis- 
tance. » 

L'évêque du Puy, dont il a été déjà parlé, continuait 
à écrire contre les hérétiques et les incrédules avec une 
passion qui le fit mal voir de la Cour , où les idées de 
tolérance commençaient à pénétrer. C'est ce que nous 
apprend une lettre de Polier à Etienne Chiron du 
15 août 1760. (( Ce que vous me dites. Monsieur, du 
mauvais effet de la fougue véhémente de M"" l'évêque 
du Puy et de la réception que la Cour a faite à ses 
écrits, a réjoui mon coeur (i). » 

Cette même année 1760, ou vers le même temps, 
la maréchaussée arrêta Joseph de Turolet, de Cha- 
tuza, paroisse de Saint-Sylvestre. Nous en ignorons 
le motif, mais on peut croire que son zèle pour la reli- 
gion était le seul crime qu'on pût lui reprocher. 11 fut 
pris sur le soir, aux champs, avec ses habits de travail, 
et sans pouvoir obtenir la permission d'en changer. On 
les lui laissa pendant les trois années que dura sa cap- 
tivité , de sorte que, quand on lui fit grâce , ils étaient 
dans un tel état de délabrement, que le malheureux 
n'osait marcher que de nuit. Turolet publia, peu après 
sa délivrance, à l'étranger sans doute, la Relation de ses 
souffrances. Nous n'avons pu la retrouver, mais ceux 
qui l'ont lue assurent qu'elle était profondément tou- 
chante et arrachait des larmes. On sait, d'ailleurs, que 
Turolet mit plusieurs nuits pour rentrer dans ses foyers, 



(i) Coquerel, t. II. p. 241. Papiers Rabaut, III, A. Correspond, des deux 
Chirons. 



284 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

ce qui porterait à croire qu'il fut enfermé au château de 
Brescou (i). 

DÉPART DE BLACHON. PROJET DE MAISONS DE PRIÈRE. 
ARRESTATIONS. COMMISSION DE COURT DE GEBE- 
LIN. LETTRE DE l'ÉVÊQUE DU PUY (1761-I766). 

L'année d'après , Peirot composa neuf Lettres pasto- 
rales restées manuscrites , à l'adresse des protestants 
d'Annonay (2), qui, malgré le réveil de 1749, faisaient 
baptiser leurs enfants catholiques. « Ces lettres, » dit 
Coquerel (3), « sont un ouvrage considérable, où la ques- 
tion est traitée sous toutes ses faces. Elles ont perdu 
toute application aujourd'hui à cause de l'évidence 
même de la thèse, mais elles sont encore instructives à 
lire à cause de la logique de l'auteur, et surtout à cause 
de la discussion des prétextes que les gens, portés aux 
accommodements, offraient à leurs pasteurs. C'est la 
réfutation la plus victorieuse du système des gallicans 
et des jansénistes de Louis XV sur leur méthode expé- 
ditive du baptême, dont personne de conscience ne 
voulait ni chez les huguenots, ni chez les curés. » 

La santé de Blachon étant toujours chancelante et 
sa famille l'ayant quitté depuis trois ans environ, le sy- 
node du Vivarais , réuni le 20 avril 1762, lui accorda 
un congé définitif. Il alla rejoindre les siens à Lausanne 
et fut nommé inspecteur du séminaire (le célèbre Court 
était mort le 12 juin 1760). Il avait desservi le Vivarais, 
pendant dix-huit ans, avec autant de dévouement que de 
distinction. 



(i) Communiqué par M. Roustain, pasteur à Toulaud. 
(2) Vers celte époque ils formaient, d'après Ciiomel, quatre-vingt-quinze 
familles. Voy. l'irces jiislificalives, n» XVIII. 
'5) Coquerel, t. II, p. Ç04. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 28"; 

Le huitième et dernier synode national des églises 
réformées se réunit cette même année 1762, du i*"" au 
10 juin, dans le bas Languedoc. Il ne prit aucune dé- 
libération concernant particulièrement le Vivarais , qui 
y avait député les pasteurs Peirot et Vernet, et le pro- 
posant Maurin. 

Cependant la tolérance faisait de continuels progrès 
et les protestants du Vivarais songeaient à quitter le 
désert pour s'assembler dans des maisons de prières. 
<( Nous sommes tranquilles comme à l'ordinaire , » 
écrivait Peirot le 15 octobre 1763. « Cette tranquillité 
nous encourage à vouloir imiter les frères de Saintonge. 
Nous avons un bâtiment, comme abandonné, qui est 
très propre pour notre dessein. Si le Seigneur veut que 
le succès soit heureux, le printemps nous ferons de nou- 
velles tentatives. Il importe de faire toujours quelques 
pas vers le but oii nous visons. Puissions-nous bientôt 
arriver à ce but tant désiré! » 

Quatre arrestations furent pourtant opérées en 1764 
dans le Vivarais. Peirot nous en fait connaître l'occasion 
dans une lettre à Paul Rabaut du 9 septembre de cette 
même année. « La nuit du i 2 au 13 du mois dernier, » 
dit-il , « comme vous l'avez peut-être appris , des com- 
pagnies de dragons arrêtèrent quatre de nos protestants, 
accusés d'avoir enlevé par force une de leur parente 
d'un prétendu couvent, où elle était sans ordre. Ils 
furent conduits tout de suite à Tournon chez le com- 
mandant , qui les fit partir pour Montpellier ou pour 
Brescou ; je ne sais auquel des deux endroits ils sont. 
Ces gens-là, que je ne connais pas, sont pauvres, sans 
éducation, mais bons chrétiens, selon qu'on m'a assuré. 
Il y a quelque imprudence en ce qu'ils ont fait, mais on 
y ajoute beaucoup de faussetés pour les perdre. Nous 
ferons tout ce que nous pourrons pour les délivrer. Il 



286 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

n'est pas besoin que je vous les recommande. J'espère 
que vous ferez tout ce qui dépendra de vous pour eux. » 

Depuis le départ de Coste en 1759 et de Blachon en 
1762, tout le fardeau du ministère évangélique en Viva- 
rais reposait sur Peirot et Vernet. 

C'est pourquoi ils prièrent le synode du bas Langue- 
doc de leur céder un pasteur. La compagnie leur en- 
voya Jacques Mathieu le 13 juillet 1763 (i). « Quoique 
celui-ci, » disent les actes de ce synode, « ait témoigné 
beaucoup d'affection pour les églises du district de Bé- 
darieux (qui avaient également demandé un pasteur au 
synode), cependant la compagnie, considérant que celui 
du Vivarais n'a été desservi plusieurs années que par 
corvées, et voulant déférer à l'injonction que le dernier 
synode national fait à la province , elle lui affecte pour 
cette année le ministère dudit M. Mathieu. » 

Le synode du Vivarais du 24 octobre 1764, après le 
départ de Mathieu, pria la province du Dauphiné de 
lui envoyer un de ses pasteurs « en prêt ou autrement. » 
Nos sources ne nous apprennent pas s'il fut répondu 
favorablement à cette demande. C'est peu vraisemblable. 

Le même synode du 24 octobre 1764 prit aussi une 
décision importante en confiant, comme plusieurs autres 
synodes de France , au célèbre Court de Gébelin , fils 
d'Antoine Court, le soin de représenter les intérêts des 
protestants du Vivarais auprès du roi et de ses ministres. 
La commission qu'il reçut à cet effet est trop honora- 
ble pour que nous ne la rapportions pas en entier. 
« Connaissant le zèle pour notre religion, » dit le synode, 
« du sieur Antoine Court de Gébelin, français de nation 
et ci-devant réfugié en Suisse, sa probité, son attache- 
ment pour la France et les intérêts du roi , sa pru- 

(i) Dardier, Paul Rabaut, t. I, p. 20Ç. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 287 

dence, ses talents , nous Favons choisi pour être notre 
solliciteur auprès de Sa Majesté et de ses ministres , 
lui donnant pouvoir de faire connaître à Sadite Ma- 
jesté le malheur de notre situation, les maux dont nous 
sommes accablés , notre zèle pour sa personne sacrée 
et pour son service, les ressources dont nous pouvons 
être à son Etat et la justice de la tolérance que nous 
réclamons. Le tout, néanmoins, en suivant exactement 
les principes que dictent la fidélité et la profonde sou- 
mission dues au roi, points sur lesquels nous recomman- 
dons audit sieur Court de Gébelin d'avoir une extrême 
attention. Recommandons, en outre à notre dit sollici- 
teur, de consulter les personnes qu'il jugera assez in- 
struites , assez zélées et assez fidèles au roi , ou celles 
que nous lui indiquerons, pour pouvoir suivre avec res- 
pect et avec succès la négociation de notre délivrance, 
dont nous le chargeons , et de nous en informer exac- 
tement, afin que nous puissions lui donner les instruc- 
tions que nous croirons nécessaires. La présente commis- 
sion subsistera jusqu'à la tenue de notre prochain synode, 
oij il sera décidé si elle doit être continuée. Nous re- 
commandons notre dit solliciteur à la protection divine 
et nous faisons les vœux les plus ardents pour le suc- 
cès de ses travaux. » Le synode lui vota, pour subve- 
nir à ses frais, une subvention de loo livres. 

Cette commission , renouvelée à Court de Gébelin 
par le synode du i*"" mai 1765, lui fut retirée par celui du 
I*'' mai 1766, qui la jugea pour lors inutile ; mais cette 
nouvelle décision ne paraît avoir été que provisoire, car 
nous voyons le synode du [«""mai 1775 voter, en faveur 
de Court de Gébelin, la continuation de l'allocation de 
100 livres que lui faisait le Vivarais. 

Les actes du synode du Dauphiné de 1765 nous ap- 
prennent qu'à cette époque de grands personnages, ap- 



288 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

partenantà la religion romaine (des Hauteurs catholiques), 
écrivirent à Paris en faveur des protestants. Le synode 
du Vivarais les remercia vivement, et celui du Dauphiné 
acquiesça à sa délibération. 

Cette même année, le Vivarais demanda un pasteur 
ou un proposant au Dauphiné, qui, pauvre lui-même 
en conducteurs spirituels , ne put accéder à sa requête. 

L'évêque du Puy , Lefranc de Pompignan , dont la 
plume controversiste continuait à se donner libre car- 
rière, publia, en 1766, une Instruction pastorale... sur 
l'hérésie (i). L'auteur, qui visait surtout les Jansénistes , 
se montra si peu équitable à leur égard, qu'il s'attira 
une verte réponse, publiée sous ce titre : Lettre de M. *** 
à M. l'évêque du Puy au sujet de son instruction pastorale 
sur l'hérésie. On montre pour le repos de l'Eglise et de 
PEtat les faussetés et l'injustice de l'application que ce 
Prélat fait des principes de cette matière au phantôme de 
l^ erreur qu'il imagine être aujourd'hui en France (2). 

Quoique Lefranc de Pompignan eût principalement 
en vue les Jansénistes, comme nous venons de le dire, 
il ne laissa pas que d'attaquer le protestantisme dans 
son Discours préliminaire (p. 16), et prétendit que, de 
son temps, les héritiers de la Réforme avaient réduit la 
religion tout entière à la piété, c'est-à-dire aux œuvres 
que la morale de l'Evangile ordonne, et qu'un socinia- 
nisme , qui n'était au fond que du déisme mitigé, l'avait 
emporté dans leurs diverses communions sur la vérita- 
ble doctrine de leurs fondateurs. — Mais de ce qu'un 
nombre plus ou moins grand de protestants avaient 
adopté les idées de Socin , qui niait en effet la divinité 
métaphysique de Jésus-Christ, l'évêque avait-il le droit 



(ij Au Puy, à Lyon et à Paris, in-4», i68 pages. 
(2) En France, 1766, in-i8, 72 pages. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 289 

de conclure que le protestantisme était devenu Soci- 
nien? Qu'aurait-il donc dit, si, usant de cet injuste pro- 
cédé de dialectique, on lui avait assuré que les catho- 
liques de France étaient devenus Jansénistes ou 
Voltairiens ? Le fougueux prélat n'avait pas, du reste, 
besoin d'aller loin pour s'éclairer sur la doctrine des 
protestants de son époque. Il lui suffisait d'interroger 
les courageux pasteurs du désert, qui étaient à ses por- 
tes : ils lui eussent appris si c'est une froide morale, ou 
une foi vivante en Jésus-Christ, fils de Dieu et Sau- 
veur des hommes , qui fait mourir en paix sur un gibet. 

VENUE DE NOUVEAUX PASTEURS. DÉLIVRANCE DE 
MARIE DURAND ET DE CHAMBON. PROJET RENOU- 
VELÉ DE MAISONS DE PRIÈRES (1768-I771). 

Nous ne trouvons, dans nos sources, aucun événement 
qui se rapporte à l'année 1767, mais, en 1768, un 
nouveau pasteur vint prêter son concours à Peirot et à 
Vernet, qui, depuis 1762, desservaient seuls les égli- 
ses du Vivarais et du Velay. 

Louis Génolhac , natif de Garrigues en Languedoc , 
élève du séminaire de Lausanne et consacré au saint 
ministère dans cette ville, le i^' octobre 1768, fut agréé 
comme pasteur de la province par le synode du 8 no- 
vembre suivant. 

L'année d'après, deux autres pasteurs offrirent leurs 
services au synode du Vivarais du 4 mai 1769, qui les 
accepta avec empressement : Noë Binvignac, élève du 
séminaire de Lausanne, qui venait d'exercer en Pro- 
vence un ministère de deux années, et J.-P. Briate , 
dont nous ne connaissons pas les antécédents. On as- 
signa à chacun d'eux un quartier à desservir. Le synode 
II. 19 



290 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

du Dauphiné prêta aussi au Vivarais , pour une année , 
le pasteur Daniel Armand. 

Cet accroissement du nombre des pasteurs , qui 
témoignait des progrès que les idées de tolérance 
avaient faites dans le royaume , concorda avec la déli- 
vrance d'une prisonnière célèbre et d'un galérien, ori- 
ginaires l'un et l'autre de Pranles , en Vivarais. Nous 
voulons parler de Marie Durand et d'Alexandre Cham- 
bon (i). La première sortit de la tour de Constance le 
14 avril 1768, et le second, des galères de Marseille, le 
25 mai de l'année suivante. 

Marie Durand n'avait alors que cinquante-trois ans , 
quoiqu'elle en eut passé trente-huit en prison, « mais, » 
dit Borrel (2), « les souffrances et les privations, qu'elle 
avait endurées pendant si longtemps, avaient tellement 
ridé son visage, blanchi ses cheveux, amaigri ses mem- 
bres, dénaturé son teint et affaibli sa constitution, 
qu'elle ne pouvait ni marcher, ni travailler assise à des 
ouvrages de main. » Elle retrouva au hameau du Bou- 
chet, son lieu de naissance, Anne Durand, fille de son 
frère, le pasteur martyr de ce nom. Celle-ci était ren- 
trée en France en 1758. Les églises wallonnes de 
Hollande servirent à Marie une rente viagère de 200 li- 
vres. Elle mourut dans les premiers jours de 1776 (3), 
mais son acte de décès n'a pas été retrouvé (4). 

Quant à Chambon , il avait passé vingt-sept ans au 
bagne et en sortit à l'âge de soixante-treize ans. « Ce 
pauvre malheureux, » écrivaitlepasteur Teissier, de Mar- 
seille, « à peine sent-il son bonheur à cause de son âge. » 
Les églises lui accordèrent un secours de 12 livres par 



(i) Voy. plus haut, p. 127 et 190. 

(2) Pierre et Marie Durand, p. 42. 

(3) Communication de M. Ch. Dardier. 

(4) Benoit, Marie Durand, p. 305. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 29I 

mois, qu'il touchait par l'intermédiaire de Paul Rabaut. 
Il vivait encore en 1782 (ij. 

Quel touchant spectacle ce dut être pour les contem- 
porains d'Alexandre Chambon et de Marie Durand, de 
revoir ces deux vénérables confesseurs de la foi. Ils ap- 
paraissaient comme les représentants de deux âges. 
Leur longue captivité rappelait la douloureuse époque 
oij les protestants de France étaient persécutés avec 
une cruauté sans exemple dans l'histoire des nations ci- 
vilisées, et leur présence, dans le lieu natal, après tant 
d'années de privations et de souffrances , était comme 
Taurore de ces jours nouveaux de paix et de liberté , 
dont leurs coreligionnaires saluaient avec bonheur l'avè- 
nement. 

En 1770, les pasteurs du Vivarais étaient, en effet, si 
pleins d'espoir pour l'avenir qu'ils songeaient à repren- 
dre leur projet de 1763, relatif à l'établissement de mai- 
sons de prières pour abriter les assemblées. Plusieurs 
provinces de France étaient déjà entrées dans cette voie. 
« Je crois, » écrivait à ce propos Peirot à Paul Rabaut 
à la date du 25 juin 1770, « que nous devrions faire des 
tentatives pour mettre nos églises sur le même pied , 
c'est-à-dire leur procurer des maisons pour les exerci- 
ces. Notre pays me paraît propre à justifier nos tenta- 
tives , et il ne faudrait pas beaucoup de raisonnement 
pour y déterminer nos fidèles. » Le synode du 
18 juin 1771 décida, d'autre part, vu la grande tran- 
quillité dont jouissaient les églises, que les baptêmes se 
célébreraient, non plus en particulier, comme on Tavait 
fait jusqu'ici, mais en public dans les assemblées. 

(i) Papiers Rabaut, III, F. 



292 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

SCHISME DE PHILIP DANS LES ÉGLISES DE LA MONTAGNE 

A cette époque un schisme, qui dura dix-huit années, 
affligea profondément les églises du Vivarais et du Ve- 
lay. Il eut pour auteur Jean-Pierre Philip dit Lacoste, 
ancien pasteur des hautes Cévennes , qui avait toujours 
été regardé « comme un mauvais sujet sans aucun ta- 
lent. » Gabriac dit l'aîné , pasteur des hautes Cé- 
vennes en résidence à Florac, doué d'une trop grande 
bonté, (( le prit d'abord auprès de lui, » dit une pièce 
de l'époque , « et après qu'il y eût resté un assez long 
temps il fut obligé de lui dire de s'en retourner chez lui, 
qu'il ne lui connaissait aucune des qualités nécessaires 
pour parvenir au saint ministère. Cette réponse ne fut 
pas de son goût. Il se rendit dans la province des bas- 
ses Cévennes, auprès de M. Ladevèze, frère à M. Po- 
maret, qui le garda aussi un assez long temps et qui fut 
également obligé de le renvoyer en soutenant qu'il avait 
l'entendement paralysé. Tant de préjugés auraient bien 
dû faire ouvrir les yeux à M. Gabriac. Néanmoins, il 
céda aux empressements de Philip et de ses parents. 
11 le prit encore auprès de lui. Il fut reçu proposant et 
envoyé au pays étranger (séminaire de Lausanne), oij il 
fit quelque séjour (i); et, avant d'en partir pour revenir 
en France , il y fut consacré au saint ministère. A son 
retour on lui affecta certaines églises de cette province 
(hautes Cévennes), oij il commit les crimes et les dé- 
sordres qui ont donné lieu au jugement prononcé contre 
lui. » 



(i, Marche, pasteur à Sainte-Foy, qui connut Lacoste à Lausanne, dit, 
écrivant au pasteur Chiron, d'Annonay, le 50 octobre 177C, qu'il « ne se com- 
portait pas du mieux en Suisse , où il échoua dans ses premiers examens. » 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 293 

Le « Mémoire des accusations, » présenté au synode 
des hautes Cévennes auquel il ressortissait, portait, en 
effet qu'on l'avait vu ivre plusieurs fois et entendu pro- 
férer (' les serments les plus horribles ; » qu'il nourrissait 
contre certaines personnes une haine implacable, qui 
allait jusqu'à se traduire par des menaces de mort; qu'il 
avait répondu à des pasteurs, qui opposaient à sa con- 
duite les leçons de l'Evangile, « qu'il n'admettait, de ce 
divin livre , que ce qui s'accordait avec sa manière de 
penser; » enfin qu'il entretenait des relations illicites 
avec une personne qui jouissait d'une mauvaise répu- 
tation. 

Sur ces accusations, le synode des hautes Cévennes, 
asssemblé les 22 et 23 septembre 1773, excommunia et 
déposa Philip, qui se rendit dans les églises du Ve- 
lay (1), y exerça le saint ministère et s'y fiança. Mais 
il fallait trouver un pasteur qui consentît à bénir son 
union. Philip, se ressouvenant de l'extrême bonté du 
pasteur Gabriac, se rendit auprès de lui avec sa fiancée 
et quelques parents et amis , et lui représenta que le 
mariage qu'il faisait lui procurerait des avantages pécu- 
niaires et que. d'autre part, il désirait « ardemment 
d'être marié pour ne pas être exposé aux tentations de 
la corruption et pour, au contraire, être en édification à 
ce sujet. » Les personnes , qui accompagnaient Philip , 
pressèrent vivement Gabriac d'accéder à ses désirs , de 
telle sorte que ce dernier céda, h non en vue d'un mal, 
mais en vue d'un bien, pensant que, ce mariage étant 
un état pour le préserver de la corruption , ce serait en 
lui un scandale de moins. » Gabriac fut bjamé de sa 
condescendance, car si la bénédiction qu'il accorda à 



I i) Savoir : Le Chambon, Saint-Voy. Araules, Champclause. etc. On leur 
donnait le nom générique d'Erjlises du lu Mvntarjiie. 



294 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Philip, contrairement à l'article 21 du chapitre XIII de 
la discipline, n'était pas une réhabilitation, elle avait au 
moins l'apparence d'une amnistie. 

Pour obtenir de l'église de la Montagne un accueil 
favorable, Philip s'était donné comme pasteur et comme 
le protégé des deux pasteurs Gabriac l'aîné et le cadet, 
qui exerçaient leur ministère dans les Cévennes, et 
même de Paul Rabaut. 

Le premier, en ayant été averti, écrivit une longue 
et belle lettre aux anciens des églises de la Montagne 
pour démentir les assertions de Philip. « Croyez, mes- 
sieurs, » leur disait-il, « que nous connaissons trop bien 
les règles de l'église, que nous sommes trop amis de 
l'ordre ecclésiastique et que nous avons trop à cœur la 
gloire de Dieu, l'honneur de la religion et du saint mi- 
nistère , pour avoir donné aucune approbation, ni con- 
sentement à la rébellion et aux fonctions pastorales que 
le sieur Philip fait dans nos églises, sans en avoir le 
droit et la commission, selon les canons apostoliques et 
contre la défense évangélique qui lui en a été faite par 
notre dit synode, sur tant et tant de faits graves et crimi- 
nels, dont il n'est que trop coupable et qui le rendent 
indigne du saint ministère. Tenez donc pour certain, 
messieurs , que loin d'approuver le sieur Philip dans sa 
conduite et dans l'exercice du saint ministère depuis sa 
déposition , nous le désapprouvons et le condamnons , 
de même que ceux qui le reçoivent en qualité de pas- 
teur, jusqu'à ce qu'il s'en fasse reconnaître plus digne 
et qu'il en ait l'ordination par un synode national. » 

Et, comme l'église de la Montagne avait envoyé une 
députation auprès des pasteurs des hautes Cévennes 
pour les prier de réhabiliter Philip, Gabriac leur dit : 
«J'aurais... voulu qu'il nous eût été possible de répondre 
favorablement à votre demande par vos députés envoyés 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 29^ 

vers nous, mais la déposition du sieur Philip ayant été 
prononcée par notre dit synode , elle n'est plus dépen- 
dante du corps des pasteurs de notre province, ni même 
du synode provincial ; c'est un cas réservé au synode 
national, selon les règles de la discipline ecclésiastique. 
Vous avez donc tort de le vouloir pour pasteur avant 
que le dit national ait prononcé sur son compte et sans 
qu'il vous le donne. » 

Gabriac fait ensuite remarquer que, si Philip persé- 
vère dans sa révolte , il aggravera sa situation devant le 
synode national , tandis que , s'il se soumet , de même 
que les églises qui le soutiennent, il pourra être réhabi- 
lité et donné comme pasteur à celles-ci. « Souvenez- 
vous , Messieurs, » ajouta-t-il, « que mon avis est con- 
forme à l'Evangile et aux sages règles de l'église que 
vous devez respecter et suivre , d'autant plus que vous 
avez un jeune pasteur d'un mérite distingué, fils d'un 
ancien pasteur (i), que vous aviez autrefois et dont la 
mémoire doit vous être chère pour vous engager à vous 
attacher avec plus d'affection au ministère de ce cher 
fils , qu'il vous a envoyé pour votre consolation et votre 
salut, et comme vrai pasteur, selon toutes les bonnes 
règles de l'église , propre à vous conduire dans les pâ- 
turages du Seigneur et dans le chemin de la vie éter- 
nelle » (18 août 1774). 

Cette lettre ne fit changer de sentiments ni à Philip , 
ni à la plupart de ses adhérents, et Paul Rabaut, qui 
l'apprit, estima qu'en attendant de plus amples renseigne- 
ments sur la régularité de la procédure que le synode 
des hautes Cévennes du 22 septembre 1773 avait suivie 
dans la révocation de Philip, « ce qu'il y aurait de 

(i) Allusion à Biachon père et fils. Le s\nodedu Vivarais du 27 avril 1774 
donna le second comme pasteur aux églises de la Montagne pour ôter tout 
prétexte au schisme et l'étouffer si possible. 



296 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

mieux à faire serait de rendre un jugement provisionnel, 
qui porterait que le sieur Philip, ne s'étant point fait re- 
lever de la sentence prononcée contre lui par le synode 
des hautes Cévennes, demeurera suspendu pour trois 
mois des fonctions pastorales, et que, comme il ne pa- 
rait pas que toutes les règles prescrites par la discipline 
aient été observées dans le jugement rendu contre le 
sieur Philip, au bout de trois mois il sera réhabilité et 
autorisé à faire toutes les fonctions pastorales dans les 
églises pour lesquelles le colloque des hautes Cévennes 
lui avait donné congé, sauf au synode du Vivarais à 
procéder contre ledit sieur Philip , s'il paraît que les 
accusations qui lui furent intentées soient graves et bien 
fondées. Une telle sentence, » ajoutait Paul Rabaut, 
« me paraîtrait propre à conserver l'honneur de la dis- 
cipline et mettre fin au schisme ». (30 septembre 1774). 

Le synode du Vivarais du i*"" novembre 1774, s'ins- 
pirant de cet avis — et bien que le consistoire de la 
Montagne eut signifié par écrit au synode du 27 avril 
précédent qu'il ne se considérait plus comme son res- 
sortissant , — chargea Abraham Chiron, pasteur à An- 
nonay , d'écrire à Philip de (^ cesser les fonctions du 
ministère jusqu'à la tenue du synode national , lui pro- 
mettant qu'il fournirait à son entretien pendant cet inter- 
valle. » Il décida, en outre, qu'il écrirait à la province 
des hautes Cévennes en vue de la convocation dudit 
synode, « d'autant plus que plusieurs membres de 
l'église des Montagnes, » disent ses actes, « ont té- 
moigné le désirer avec empressement et consenti à s'en 
tenir à sa décision. » 

Paul Rabaut tenta, l'année suivante, une démarche 
personnelle auprès du pasteur schismatique et de ses 
adhérents. « Je fis mes efforts , » écrivait-il au jeune 
pasteur Blachon , '< auprès du S"" Philip lui-même, et 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 297 

de vive voix et ensuite par écrit, pour le détourner de 
son funeste dessein. J'ai parlé sur le même ton aux per- 
sonnes de ce pays-là, qui sont venues me consulter, et 
j'en ai écrit à M. de la Roue, soit à d'autres. II ne faut 
pas être surpris que des gens, qui n'ont que peu ou point 
de lumières sur la religion et moins encore sur la dis- 
cipline , se laissent séduire par les discours artificieux 
d'un homme qui leur témoigne de rattachement et qui 
se voit d'ailleurs sans ressource. L'entêtement se joint 
chez ces gens-là à la piété , et de là leur obstination 
dans le schisme. » 

Le vénérable pasteur de Nîmes conseillait , d'autre 
part, à Blachon , de suivre la voie de la douceur dans 
cette affaire , de s'interdire toute invective contre l'au- 
teur du schisme et de s'appuyer sur de bonnes raisons, 
telles que les suivantes : '( que toute société doit avoir 
des régies de conduite auxquelles chaque membre est 
obligé de se soumettre, sans quoi elle ne peut subsis- 
ter ; que les lois de notre discipline sont très sages et 
fondées sur la Parole de Dieu et sur la plus saine anti- 
quité ; qu'il est très possible qu'un ministre soit accusé 
faussement et déposé injustement ; mais qu'en ce cas-là 
même, il est obligé de se soumettre. A lui permis d'ap- 
peler à un autre tribunal et de ne rien négliger pour 
mettre au jour son innocence. S'il se révolte contre 
ses juges et ne tient compte de leur sentence, il énerve 
la discipline , il en rend l'exercice inutile , il ouvre la 
porte à la licence et au désordre , il donne lieu à un 
schisme, destructeur de la charité et de la concorde, 
nuisible à l'Eglise et à la religion » (13 mars 1775). 

Le pasteur Chiron , d'Annonay, ayant demandé, de 
son côté, au pasteur Bourbon, des hautes Cévennes , 
résidant à Saint-André-de-Lancize , si le synode de sa 
province ne pourrait revenir sur sa première décision , 



298 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

celui-ci lui répondit : « Je ne vois pas que notre pro- 
vince puisse révoquer une sentence, qu'elle ne prononça 
qu'avec douleur et qu'elle prononcerait encore si elle 
était à le faire. Ce n'est point sur des ouï-dires qu'elle 
a été portée : c'est d'après des faits constatés et dont 
la plupart ont été avoués par Lacoste lui-même. » 

Le pasteur Roche, d'Alais, chargé par Chiron de 
consulter le synode des Cévennes sur la question de la 
convocation d'un synode général pour éteindre le 
schisme de la Montagne, répondit, le 22 mai 1775, 
que la vénérable assemblée n'avait pas cru que , dans 
les circonstances présentes , la prudence permît d'as- 
sembler ledit synode (i). « J'espère, » ajoutait-il, « que 
la principale cause qui a fait demander à votre synode ia 
tenue du national ne subsistera pas longtemps. Le S' 
Philip se fera connaître pour ce qu'il est. Ses partisans 
ouvriront les yeux et l'abandonneront. Peut-être le 
meilleur moyen d'en diminuer le nombre serait-il de 
faire moins attention à eux et de les laisser réfléchir à 
leur aise. Ordinairement , quand les hommes se sont 
entêtés, plus on leur parle, moins on avance; et plus 
on leur allègue de bonnes raisons, plus ils se raidissent 
contre elles » (22 mai 1775). 

Le synode du Vivarais du 8 septembre 1775 put s'as- 
surer de la justesse de cette remarque, car Philip et les 
anciens de son consistoire ayant été invités à se rendre 
dans son sein , l'assemblée fut « scandalisée de l'air 
d'audace et d'effronterie » avec lequel ils comparurent. 
Le S"" Jean P« Marnhiac , en particulier, un desdits 



(i) La cour songeait à légitimer, par un édit, les mariages et les naissances 
des protestants, qui craignirent, s'ils tenaient un synode national, d'indisposer 
leurs maîtres et d'empêcher, ou tout au moins, de retarder la promulgation 
de cet édit. Ce fut une faute. Ils attendirent jusqu'en 1787 , au prand détri- 
ment de la discipline et même de la doctrine de leurs églises. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 299 

députés , déclara , « avec un entêtement déplorable , 
qu'ils persévéraient dans leur schisme, et qu'ils renou- 
velaient et confirmaient de bouche l'acte de départe- 
ment et d'indépendance qu'ils avaient osé signifier par 
écrit » au synode du 27 avril 1774. La Compagnie, 
voyant avec douleur que tous les remèdes étaient inu- 
tiles « à l'égard de ces malades désespérés , » se con- 
tenta , par prudence et « par la crainte d'allumer un plus 
grand feu, » d'abandonner les schismatiques à leur 
aveuglement, se réservant d'en porter ses plaintes au 
synode national , dont elle fera demander par son secré- 
taire la convocation à la province qui en est chargée. » 
Gai Pomaret , pasteur à Ganges , consulté également 
par Chiron , se prononça, comme Paul Rabaut , pour 
la voie de la clémence. « Daignez... vous souvenir, » 
lui écrivait-il , « que la charité couvre une multitude de 
péchés, et traitez avec autant de douceur qu'il se pourra 
cet infortuné » (28 mars 1776). 

Deux mois plus tard, Gai Pomaret, mieux informé 
sans doute, se montra au contraire fort sévère. Il disait 
dans une lettre à Chiron : « La province des hautes 
Cévennes ne saurait révoquer son jugement envers le 
S' Philip , tant qu'il ne lui donnera pas de bonnes preu- 
ves de soumission ou de la vivacité de son repentir. Cet 
homme-là ne mérite que trop d'être rejeté; au moins le 
crois-je très éloigné de l'esprit évangélique , dont nous 
devons toujours être animé et sans lequel nous ne som- 
mes qu'un bois pourri. Il est fâcheux que cet ennemi du 
bon ordre se soit jeté dans le sein de votre Eglise, et 
qu'il s'obstine à vouloir y faire les fonctions d'un minis- 
tère dont on l'a dépouillé. S'il fait un mal réel , il im- 
porte que vous ne mollissiez point à son égard et que 
vous ne cessiez de crier anathème contre. lui •> (15 mai 
1776). 



300 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Chalon dit Latour, pasteur à Bordeaux, et quelques 
amis de son Eglise, opinaient pour une revision de la 
sentence qui avait frappé Philip. « Je reconnais , » di- 
sait-il à Chiron , « l'intégrité et la probité de plusieurs 
de ses juges. S'il pouvait leur prouver, comme il dit être 
en état de le faire, que leur premier jugement a été trop 
précipité et trop sévère, je suis persuadé qu'ils auraient 
assez de délicatesse pour revenir sur leurs pas et pour 
l'adoucir. Cet expédient pourrait remédier peut-être, du 
moins en partie , au mal dont vous vous plaignez à si 
juste titre. Il ne pourrait pas du moins , à mon avis , 
l'empirer si l'on y a recours. Il faudrait prier messieurs 
les pasteurs des Cévennes d'appeler à leur assemblée 
synodale deux ou trois pasteurs du bas Languedoc et 
autant des basses Cévennes » (13 mai 1776). 

Pour ce qui est des pasteurs du Vivarais , ils étaient 
fort animés à ce moment contre Philip. Vernet , l'un 
des plus estimables par sa piété et ses lumières , écri- 
vait à Chiron le 26 juillet 1776 : « Le scélérat qui nous 
trouble ne put jamais nous être associé, et je suis bien 
sûr qu'il ne cédera que par force. Je sais bien qu'un 
jour ses partisans ouvriront les yeux et le détesteront 
autant qu'ils l'ont aimé ; mais cela ne peut venir que 
peu à peu, et nous avons besoin de patience. » Vernet, 
comme on le verra plus loin , se trompait du tout au 
tout. Philip et ses partisans cédèrent seulement par las- 
situde , et la confiance dont jouissait le premier auprès 
des siens ne se démentit pas , parce que sa conduite , 
à partir de son établissement dans l'église de la Mon- 
tagne, fut, paraît-il, irréprochable. 

Quant au synode du Vivarais, désespérant de la con- 
vocation du synode national, il arrêta, le 14 novembre 
1777, que Sabatier de La Bâtie, l'un de ses pasteurs, 
ferait « le voyage des hautes Cévennes au printemps 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 30' 

prochain, » disent ses actes, « afin d'aller prier le vé- 
nérable synode de vouloir bien nommer deux d'entre 
ses dignes pasteurs, et, en particulier, M. Gabriac 
l'aîné, pour se transporter dans notre province et venir 
joindre leurs efforts aux nôtres contre les auteurs d'un 
schisme qui nous a tant affligés et nous afflige tou- 
jours. » 

Le synode des hautes Cévennes , qui se réunit les 
29 et 30 avril 1778, ne jugea pas utile d'envoyer un ou 
plusieurs de ses pasteurs en députation à Philip et à ses 
adhérents, mais il prit la décision suivante : <* Il serait 
difficile d'exprimer la douleur amère dont nos coeurs 
sont pénétrés à la vue des maux terribles dont le déposé 
et excommunié Philip ne cesse d'accabler l'Eglise du 
Seigneur dans la province du Vivarais. Nous improu- 
vons, de la manière la plus authentique et la plus solen- 
nelle, l'imprudence commise par M. Gabriac l'aîné, l'un 
de nos chers collègues, en administrant audit dégradé 
la bénédiction nuptiale de la façon la plus illégale et 
la plus contraire à l'ordre qui s'observe parmi nous. 
Il l'improuve lui-même, gémit amèrement d'avoir oc- 
casionné de nouveaux sujets de douleur à des frères 
qu'il affectionne tendrement. Nous réunissons tous nos 
vœux pour la conversion d'un malheureux schismatique, 
dont nous détestons la conduite odieuse, et nous sou- 
pirons ardemment après le moment d'une heureuse 
paix, offrant volontiers d'y contribuer de notre part 
par tous les moyens que nous croirons être en notre 
pouvoir. » 

D'autre part, le synode des hautes Cévennes, par la^ 
plume de Sabatier de La Bâtie , écrivit aux pasteurs du 
Vivarais une fort belle lettre, dont nous donnons les 
extraits suivants : « Si partager vos peines, c'était y 
mettre fin du moment qu'elles ont été connues , vous 



302 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

auriez éprouvé combien nos cœurs y ont été sensibles. 
Vos malheurs ont constamment été les nôtres, et nous 
pouvons dire qu'ils nous affectent d'autant plus qu'un 
factieux, que nous avions honoré du titre de frère, 
échauffé dans notre sein, nourri de notre substance, en 
est l'instrument odieux. Soyez assurés, messieurs et très 
honorés frères , que personne plus que nous ne sent 
tout le fâcheux du malheureux schisme qui vous désole, 
et que, s'il a été de nouveau fomenté par l'imprudence 
d'un pasteur pieux , jamais faute ne fut mieux sentie ni 
improuvée solennellement... Il ne faut point vous laisser 
ignorer que, depuis le verbal dressé contre l'audacieux 
Philip, il est venu à notre connaissance nombre de faits 
très inculpants... Il peut bien être que la députation 
que vous nous proposez pourrait avoir quelque succès ; 
cependant la chose nous paraît douteuse, après ce que 
vous avez fait et ce que nous vous mettons à même de 
faire en le supposant sans effet. Ne pourrions-nous pas 
adapter ici , dans un sens de circonstance , ce qui fait 
dire à Abraham , le fidèle et le véritable : Ils ont Moïse 
et les prophètes^ qu'ils les écoutent î Et s'ils ne les écou- 
tent pas, seraient-ils mieux persuadés quand quelqu'un 
de nous serait envoyé vers eux ? Vous avez l'acte de 
déposition, l'acte d'excommunication, et nous joignons 
ici le reste. Il nous paraît que c'en est assez, sans ce- 
pendant vous refuser absolument à ce que vous souhai- 
tez le plus , dans le cas que vous le crussiez indispen- 
sable. Veuille le ciel bénir l'usage réfléchi que votre 
prudence fera des armes invincibles que nous lui con- 
fions et accélérer par sa grâce le terme de vos maux » 
(}0 avril ijjQ). 

Quelques jours après, le 15 mai, Gabriac écrivit 
aussi aux pasteurs du Vivarais une lettre touchante , oij 
il blâmait énergiquement la conduite de Philip, comme il 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. ^O^ 

l'avait déjà fait dans sa première lettre du i8 août 1774, 
et reconnaissait humblement le tort qu'il avait eu de 
bénir son mariage , « non seulement , disait-il , parce 
que je l'ai fait contre un article de la discipline, auquel 
je ne pris pas garde , mais surtout à cause des mauvai- 
ses conséquences qu'on en tire, comme si je l'approuvais 
dans l'exercice du saint ministère ; et à cause du mau- 
vais effet qu'on dit qu'il a produit au milieu de vous, 
au sujet des troubles introduits par lui, depuis quatre 
ans passés, dans les églises du Velay. Je ne prévis 
pas ces maux en bénissant ledit mariage, au contraire, 
j'eus l'idée que, pour le peu de fortune que le sieur 
Philip eut de ce mariage, pour lui donner à vivre , il 
pourrait peut-être prendre le parti de se retirer et de 
faire cesser le mal qu'il cause. » 

S'adressant ensuite à ceux qui soutenaient le schisma- 
tique , il disait : « Je les conjure tous de faire cesser 
ces maux en s'en détournant, en s'en repentant et en 
s'attachant aux vrais pasteurs qui sont légitimement 
dans ce saint emploi avec édification évangélique à tous 
égards... S'ils y font bien attention, ils n'hésiteront pas 
un moment à se ranger sous la houlette vraiment pasto- 
rale en fuyant celle du destructeur de l'Eglise. Je les 
somme tous, delà part, au nom et en l'autorité de Dieu, 
de ne plus résister à ces exhortations chrétiennes, que 
je leur ai faites en plusieurs reprises pour le salut de 
chacun et le bien de l'Eglise en général. Quant au 
sieur Philip, je prie Dieu qu'il le convertisse par sa clé- 
mence pour ne plus troubler l'église du Seigneur et pour 
son propre salut, ou bien qu'il le détruise par sa puis- 
sance, en faisant succéder le bien au mal qu'il cause à 
l'église. Je vous souhaite à tous la grâce et la paix de 
Dieu par Notre-Seigneur Jésus-Christ. » 

Quoique la plupart des protestants des églises de la 



^04 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Montagne se fussent attachés à la fortune de Philip, 
une minorité importante était pourtant demeurée fidèle 
à l'union synodale de la province. Le pasteur Blachon 
la desservait, comme on l'a dit plus haut; mais comme 
ceux qui la composaient n'étaient ni assez nombreux ni 
assez riches pour payer à eux seuls les honoraires de 
leur pasteur, le synode du i^"" mai 1778 décida que 
toutes les autres églises, pour prouver « le tendre 
intérêt » qu'elles portaient à l'église synodale de la 
Montagne , s'engageraient expressément à lui allouer 
une somme annuelle de 50 livres. 

Cependant Paul Rabautqui, dès l'origine du schisme, 
n'avait cessé de faire tout ce qui dépendait de lui, soit 
de vive voix, soit par écrit, pour décourager ceux qui le 
consultaient de soutenir Philip , fit connaître le 5 avril 
1780 au synode du Vivarais, qui allait se réunir le 
4 mai suivant, son avis sur le moyen qu'il croyait pro- 
pre à terminer cette malheureuse division. « Vous savez, » 
lui dit-il, « que feu M. Boyer avait fait naître un schisme 
semblable dans nos églises et dans celles des Céven- 
nes. Tous les gens de bien gémissaient des affreux 
désordres qui en furent les suites et soupiraient après 
une réunion. Leurs vœux furent exaucés. La Providence 
suscita des personnes éclairées et pieuses qui procurè- 
rent la paix à nos églises , et leur mémoire y sera tou- 
jours en bénédiction. Ne pourriez-vous pas mettre en 
œuvre à peu près le même moyen qui fut pratiqué pour 
lors et qui produisit de si salutaires effets ? J'imagine 
que le sieur Lacoste consentirait à être suspendu pour 
quelque temps , ne fut-ce qu'à cause de son infraction 
à l'ordre et à la soumission qu'il devait au tribunal qui 
procéda contre lui. Rétabli au bout du terme convenu, 
il serait affecté aux églises ou partie des églises qu'il 
dessert, lesquelles seraient sans doute contentes à un 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 30^ 

certain point, et l'aimable paix succéderait à la dis- 
corde. » 

Les espérances du vénérable pasteur de Nîmes ne se 
réalisèrent point. Le synode du Vivarais suivit son con- 
seil, mais n'aboutit point. 

Philip, ébranlé sans doute par toutes les lettres qu'il 
reçut, informa un des pasteurs du Vivarais qu'il était 
dans l'intention de présenter au synode du 4 mai 1780 
«■ une requête fort soumise et fort respectueuse. » Il 
l'apporta lui-même; mais l'assemblée, ayant u trouvé 
que le dernier article était ambigu et présentait un dou- 
ble sens, » fit appeler Philip pour lui en demander 
l'explication. Il déclara qu'il « offrait de se soumettre à 
une suspension sous condition qu'on le ferait réhabili- 
ter, » et, pressé de s'expliquer plus clairement, il répon- 
dit « qu'au bout du terme de la suspension, il voulait 
reprendre ses fonctions , qu'il fût ou non réhabilité. » 
Le synode lui ayant demandé de rédiger par écrit cette 
déclaration, il hésita longtemps et finit par s'excuser 
« sur l'impossibilité oij son émotion le mettait d'écrire. » 
On lui proposa alors de l'écrire pour lui, mais il répon- 
dit « qu'il ne signerait rien sans en prévenir ceux qui 
l'accompagnaient, » et ces derniers ne l'y autorisèrent 
point. Voici du reste comment les actes du synode du 
4 mai 1780 racontent cette scène pénible : 

«■ Nous avons trop à cœur, «disent-ils, « de finir cette 
affaire , ou de laisser du moins les coupables sans 
excuse , pour ne pas délibérer encore. Après la plus 
mûre réflexion , il a été arrêté qu'on promettait d'écrire 
en faveur du sieur Philip à MM. les pasteurs des Cé- 
vennes, ses juges, pour les prier d'examiner de nou- 
veau les motifs de leur sentence et de la casser , sup- 
posé que la chose soit possible, à condition que le sieur 
Philip serait suspendu l'espace d'une année à commen- 
II. 20 



3o6 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

cer d'aujourd'hui et qu'il ne reprendait ses fonctions 
qu'après avoir été réhabilité. Alors nous avons vu, à 
n'en pouvoir douter et avec scandale, que leur inten- 
tion n'était pas de faire cesser le schisme qu'ils ont 
fomenté et qu'ils entretiennent, mais d y persévérer tou- 
jours. Le sieur Philip non seulement n'a pas voulu s'en- 
gager à suspendre ses fonctions pour ne jamais les 
reprendre , en cas qu'il fût impossible d'obtenir en 
Cévennes sa réhabilitation, il n'a pas même voulu 
consentir aies suspendre pour un temps jusqu'à ce qu'il 
aurait reçu une réponse favorable du synode de cette 
dernière province. Là-dessus, il est sorti avec les dépu- 
tés et, le moment d'après, ils sont rentrés pour nous dire 
derechef qu'ils ne pouvaient pas accepter notre offre. 
L'assemblée a fait réflexion qu'il aurait été convenable 
d'exiger acte de leur refus. Deux des pasteurs sont sor- 
tis pour le leur demander. Ils ont refusé de le leur don- 
ner , et cela en présence de deux témoins. Tant d'in- 
dulgence d'une part, d'entêtement et de si peu d'égard 
pour les intérêts de l'église de l'autre, ne semblent plus 
laisser d^espérance de voir finir le malheureux schisme , 
qui ne cesse point de nous affliger, que par une inter- 
vention particulière de la divine Providence. » 

Cinq ans s'écoulèrent ainsi, quand, le 1 5 juin 1786, le 
synode du Vivarais décida qu'on devait « rebaptiser les 
enfants et rebénir les mariages de Philip » puisqu'il 
était déposé et excommunié, mais « avec la plus grande 
prudence et à la réquisition des parties intéressées. » 

Cinq années s'écoulèrent encore, puis les églises 
schismatiques présentèrent au synode du 23 juin 1791 
une adresse « ayant pour objet la réunion de ces églises 
à ladite province, dont elles faisaient partie autrefois. » 
Philip et son consistoire, précisant davantage, demandè- 
rent à l'assemblée « de s'occuper du sort de l'église de 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 307 

la Montagne et des moyens de faire cesser les troubles 
qui la désolaient depuis tant d'années. » Le synode 
répondit que si Philip témoignait des regrets et le désir 
de rentrer dans l'ordre, en cessant ses fonctions jus- 
ques à la prochaine tenue du synode des Cévennes, il 
employerait les moyens nécessaires pour intéresser ledit 
synode en sa faveur et le disposer à lever la sentence 
portée contre lui. 

Philip acquiesça à cette résolution , et le Vivarais 
députa le pasteur Rattier au synode des hautes Céven- 
nes , qui se réunit le 27 septembre suivant. Philip s'y 
présenta de son côté et le consistoire de la Montagne 
envoya à la vénérable assemblée une déclaration, por- 
tant que son pasteur avait cessé ses fonctions depuis le 
II juillet. Alors Philip, « avouant ses torts, gémissant 
sur ses égarements, implorant clémence et commiséra- 
tion, offrant de se soumettre à l'ordre et désirant, à ces 
conditions et telles autres qu'il serait trouvé juste de lui 
imposer, d'être réintégré dans les fonctions augustes 
du ministère évangélique , » le synode , « la matière 
discutée et mise aux voix , » délibéra qu'à dater de ce 
jour la sentence d'excommunication et de déposition, 
rendue contre lui , serait infirmée et demeurerait ulté- 
rieurement sans effet : la province du Vivarais restant 
libre de procéder à la réhabilitation du sieur Philip à 
telles conditions qu'elle jugerait convenable d'y atta- 
cher (i). 

Le synode du Vivarais se réunit le i*'' novembre sui- 
vant et, ayant ouï le rapport de Rattier et pris connais- 
sance de l'arrêté synodal qui relevait Philip de la sen- 
tence d'excommunication et de déposition prononcée 



(1) L'extrait de registre est signé par Méjanelle, pasteur et modérateur, 
et Sabatier, pasteur et secrétaire. 



JO?, HISTOIRE DES PROTESTANTS 

contre lui , le rétablit dans le saint ministère et l'adjoi- 
gnit au collège des pasteurs du Vivarais et du Velay. 

D'autre part , le synode , voulant donner le plus de 
solennité possible à l'installation de Philip , décida que 
tous les pasteurs du Vivarais se rendraient, le 17 no- 
vembre suivant, dans l'église de la Montagne, pour y 
procéder et que Rattier serait chargé de la prédication. 
Il décida, en outre, pour affirmer plus nettement encore 
l'union de l'ancienne église schismatique avec la pro- 
vince synodale, qu'elle serait adjointe pour un temps 
à celle de Boffres ; qu'Astier, pasteur de celle-ci, et 
Philip desserviraient alternativement les deux églises , 
mais avec cette restriction que le premier, jusqu'au mois 
de janvier prochain, remplirait seul les fonctions du 
ministère dans l'église de la Montagne. 

Le synode décida enfin que les anciens du consis- 
toire dissident et ceux du consistoire synodal donne- 
raient collectivement leur démission, et que les chefs de 
famille de la région , « après avoir procédé ensemble 
à la démarcation des quartiers particuliers , » nomme- 
raient des anciens nouveaux et moins nombreux « par 
la voie du scrutm de liste. » 

Le synode décida enfin que les frais du voyage que 
Rattier avait fait dans les hautes Cévennes, et qui s'éle- 
vaient à la somme de 196 livres 7 s. 6 d., seraient 
supportés par l'église de la Montagne, pour la paix de 
laquelle le voyage s'était effectué. 

il eût été bien surprenant qu'un schisme, qui durait 
depuis dix-huit années, se fût terminé sans de nouveaux 
tiraillements. Ce n'est pas que Philip n'agît avec la plus 
entière bonne foi : nous croyons même que , s'il n'eût 
tenu qu'à lui, il aurait accepté depuis longtemps les 
conditions que le synode du Vivarais mettait à sa réha- 
bilitation , mais il était poussé par une population peu 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 309 

éclairée et d'un caractère opiniâtre, qui le mena plus 
loin qu'il n'aurait voulu. Il était lié, d'autre part, par la 
reconnaissance envers une église qui l'avait accueilli 
alors qu'il était pauvre , misérable et sans foyer. Les 
obstacles au rétablissement immédiat de l'union vinrent 
cette fois, non pas de lui, mais des anciens de son con- 
sistoire , qui se refusèrent à donner leur démission. Le 
synode du 29 septembre 1792 les blâma « d'avoir tenu 
une pareille conduite , » les exhorta vivement « à répon- 
dre mieux à l'avenir aux intentions d'une assemblée, qui 
n'avait en vue que la paix de contrées trop longtemps 
désolées par les divisions de ses habitants, » et nomma 
quatre commissaires pour se transporter dans leur église, 
le 2 octobre suivant , à l'effet de procéder à la nomina- 
tion du nouveau consistoire de la Montagne, Ces com- 
missaires furent les pasteurs Brunel et Michel, et les 
anciens Jallatte et Vacheresse. « Pour donner du suc- 
cès à la mission desdits commissaires, » disent les actes 
du synode, « les fidèles nommeront un citoyen sur cin- 
quante et lui donneront le droit de nommer, de concert 
avec ses collègues, à la pluralité relative des suffrages, 
tel nombre d'anciens qu'ils jugeront à propos. Cette 
nomination se fera à Mars, le mercredi 3^ octobre pro- 
chain , en présence desdiis commissaires. » 

Le Recueil des actes du synode du Vivarais ne men- 
tionnant , à dater de ce moment , aucun fait nouveau , 
nous sommes autorisé à penser que la nomination du 
nouveau consistoire s'opéra sans de nouvelles difficul- 
tés, et que le schisme de la Montagne prit fin pour tou- 
jours. Il se tût sans doute éteint plus tôt si le synode du 
Vivarais avait suivi l'avis du pasteur Roche, d'Alais, qui 
lui conseillait, des le 22 mai 1775 , d'y prêter moins 
d'attention et terminait sa lettre par cette sage réflexion 
déjà rapportée : « Quand des hommes se sont entêtés. 



5 10 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

plus on leur parle, moins on avance, et plus on leur 
allègue de bonnes raisons , plus ils se raidissent contre 
elles (i). » 

VENUE DE NOUVEAUX PASTEURS. ENLÈVEMENTS d'eN- 
FANTS. UN SERMON DE VERNET (l773-1775). 

Nous reprenons notre histoire générale au point où 
nous l'avons laissée avant le schisme de Philip. 

Le synode du 29 juin 1773 , ayant constaté que les 
protestants de la province n'avaient pas des connais- 
sances religieuses suffisantes, prit une heureuse mesure, 
qui paraît avoir été générale sous le régime de l'édit de 
Nantes. Il décida que « Messieurs les pasteurs feraient 
alternativement, dans les églises confiées à leurs soins, 
un sermon et un catéchisme, c'est-à-dire un sermon 
dans le premier tour et un catéchisme dans le second 
tour. » L'instruction et l'exhortation marcheraient ainsi 
de pair. 

Cette même année (1775), le Vivarais recruta trois 
nouveaux pasteurs : Jean Blachon , le fils, élève du sé- 
minaire de Lausanne, agréé parle synode du 29 juin 1773 
et chargé, comme on l'a vu plus haut, de desservir les 
protestants du quartier de la Montagne; Sabatier de 
la Bâtie, également élève du séminaire de Lausanne, et 
Abraham Chiron dit de Châteauneuf, élève de l'Aca- 
démie de Genève, qui reçut une vocation spéciale de 
l'église d'Annonay. Briatte et Génolhac ayant quitté le 
Vivarais, le premier en 1773 , le second en 1772, la 
province comptait ainsi six pasteurs : Peirot, Vernet, 



(i) Coffpsp. hislor. des deux CInrons. Recueil de pièces rclalivcs aux 
Eglises réform. du Vivarais, du Languedoc et du Dauphinê au 
XVIII' siècle. Recueil des actes des syn. de la prov. du Vivarais pen- 
dant la période du désert. Papiers Rabaut, III, G. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 3 I I 

Noë , Blachon , Sabatier de la Bâtie et Chiron , aux- 
quels on peut ajouter Daniel Armand, du Dauphiné, qui 
avait été déjà prêté au Vivarais en 1769 et qui le fut en- 
core en 1773 pour une année. 

Ce dernier s'acquitta de sa charge avec autant de ta- 
lent que de zèle , et reçut son congé dans des termes 
très flatteurs. « La compagnie, » dit le synode du 
i®*" novembre 1774, « témoigne à M. Armand les vifs re- 
grets qu'elle ressent de son départ; regrets fondés sur 
la manière distinguée dont il a rempli les fonctions de 
son ministère , dans l'exercice duquel il a manifesté des 
talents supérieurs , une piété exemplaire et des senti- 
ments qui lui ont concilié l'affection de tous les mem- 
bres de l'église qu'il quitte. » 

Nonobstant la grande liberté laissée aux protestants 
du Vivarais et du Velay , dont les assemblées, les ma- 
riages et les baptêmes n'étaient plus recherchés , quoi- 
qu'aucune des lois barbares , qui les interdisaient sous 
peine de mort et des galères , n'eût été abolie , les en- 
lèvements d'enfants protestants étaient pratiqués par le 
clergé catholique avec l'ardeur des premiers jours , 
comme le prouve les deux requêtes suivantes adressées 
d'Annonay le 16 octobre 1775 à Malesherbes , le ver- 
tueux ministre de Louis XVI. 

(( Pierre Bariol, ci-devant au village et paroisse de 
Saint-Front , diocèse du Puy-en-Velay , maintenant ha- 
bitant au village de Fossemagne , même diocèse, vient 
se jeter aux pieds de votre Grandeur pour la supplier 
de lui faire rendre ses trois filles , qu'on lui a enlevées 
sans ordre supérieur, mais par des voies de surprise , 
dont les exemples se multiplient malheureusement tous 
les jours dans les provinces du Vivarais et du Velay. 
L'exposant, privé de sa femme, que la mort lui avait 
enlevée, travaillait paisiblement un domaine qu'il avait 



312 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

pris à ferme et ses filles soulageaient ses peines en les 
partageant et dirigeant son petit ménage... Des ennemis 
de la paix et du bon ordre subornèrent ses trois filles, 
sa seule espérance , successivement dans le courant de 
l'année 1773- L'aînée, nommée Marguerite, était pour 
lors âgée de seize ans; la seconde, Marie, de quatorze; 
et la plus jeune Marianne, de onze. Comme on ne vou- 
lait point les recevoir, dénuées de tout, dans l'asile qu'on 
leur préparait, on les engagea à expolier le peu de 
meubles que possédait leur pauvre père. Des aides fa- 
cilitèrent cette expoliation et des receleurs la mirent à 
l'abri des découvertes. Quand on crut être pourvu de 
tout ce qu'on pouvait espérer d'un homme qui n'était 
pas seulement dans la médiocrité, ses filles furent con- 
duites au couvent de Saint-Front; la plus jeune y fut 
menée de force, en plein jour, par des gens du village, 
malgré ses cris. Le père était, dans ce moment, éloigné. 
De ce couvent, elles furent conduites à l'assemblée de 
la Badive , école ou communauté de filles dans la ville 
du Puy-en-Velay , oij elles sont encore. Les réclama- 
tions réitérées du suppliant auprès de M. La Brosse, 
grand vicaire du diocèse et directeur de cette maison , 
pour ravoir ses filles, ont été sans fruit. M. La Brosse 
a toujours répondu que le roi ne voulait pas qu'elles lui 
fussent rendues... » 

(( Catherine Olphan, veuve Fraisse . Pierre Marcha, 
Jean Giscard et Matthieu Veyrin, tous de la petite ville 
d'Annonay en Vivarais , viennent se jeter aux pieds de 
Votre Grandeur pour la supplier de leur faire rendre 
leurs enfants, qu'on leur a enlevés par des voies de sur- 
prise, dont les exemples se multiplient malheureusement 
tous les jours. Leurs filles, encore jeunes, se sont ren- 
dues au couvent Sainte-Marie de cette ville successive- 
ment, dans l'espace de quelques mois, sans le consen 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 313 

tement de leurs parents , et après avoir pillé dans la 
maison paternelle tout ce qui s'est trouvé sous leurs 
mains. Elles ont facilement trouvé des receleurs, qui se 
sont prêtés à les leur faire parvenir au couvent qu'elles 
ont choisi pour leur retraite. Les réclamations justes des 
suppliants auprès de la dame supérieure de Sainte-Ma- 
rie, pour ravoir leurs enfants rebelles, ont été inutiles. 
On a même osé solliciter auprès d'eux des pensions 
pour ces filles ; bien plus on a été jusqu'à menacer de 
punir rigoureusement l'un d'entre eux qui s'y refusait. » 

Quatre des jeunes filles réclamées par leurs parents, 
se nommaient Madeleine Fraisse (14 ans) , Catherine 
Marcha (23 ans), Magdeleine Giscard (même âge), et 
Françoise Veyrin (19 ans); mais le couvent de Sainte- 
Marie en retenait encore deux autres, qui étaient sans 
doute dans la même situation que les précédentes : Eli- 
sabeth Bercaud (14 ans), Jeanne Ponsonnet (15 ans). 

Comme il est dit dans la requête des suppliants , les 
religieuses réclamaient des pensions aux parents et, par- 
lant de leurs filles , ajoutaient : « Il y a six jeunes per- 
sonnes dans cette communauté qui se sont converties 
à la religion catholique , qui y ont été chercher asile et 
qui sont toutes très édifiantes. » 

L'année suivante (1776), Veyrin ayant renouvelé per- 
sonnellement sa requête, le ministre d'Etat ordonna à 
l'intendant du Languedoc de faire faire une enquête, oij 
intervinrent le premier consul d'Annonay, l'archevêque 
de Vienne , son vicaire-général et la supérieure du cou- 
vent de Sainte-Marie. Tous , comme on pouvait s'y at- 
tendre , dirent que Françoise Veyrin s'était réfugiée de 
son plein gré au couvent. On produisit même une lettre 
où elle affirmait son désir de rester dans la relis:ion ca- 
tholique et déclarait ne plus vouloir revenir chez son père. 
Il en fut de même pour les cinq autres pensionnaires. 



314 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Amelot, subdélégué de l'intendant, chargé de faire 
l'enquête, écrivit le i«' août 1778 à son supérieur, au 
sujet des pensions, que les jeunes filles étant entrées de 
leur propre mouvement chez les religieuses de Sainte- 
Marie, il n'y avait pas lieu de faire intervenir l'autorité 
pour obliger leurs parents à les payer. Il le priait toute- 
fois d'examiner s'il n'y aurait pas des circonstances par- 
ticulières qui autoriseraient une dérogation à cette règle 
à l'égard de la jeune Veyrin. L'intendant adressa son 
rapport au ministre d'Etat le 8 octobre 1778, et con- 
cluait comme son subdélégué, ajoutant, en ce qui 
concernait cette dernière , que sa mère étant morte en 
lui laissant un bien suffisant, le père devait être contraint 
par les lois de payer la pension de sa fille (i). 

Le pasteur Vernet prononça, le premier jour de l'an- 
née 1775, ^^ ^o""^ remarquable discours, qui fut im- 
primé (2). Tout en traitant le sujet spécial de « la vanité 
du monde mise en opposition aux inestimables privilè- 
ges de la piété, » il aborde les questions qui étaient à 
l'ordre du jour de son temps. — Il réfute les philosophes 
qui prétendent que la religion détache de la société le 
cœur des citoyens et craignent qu'un trop grand renon- 
cement aux choses d'ici-bas ne favorise les entreprises 
des ambitieux. — Il rappelle, en visant ceux qui s'ef- 
forcent d'arracher au nouveau roi Louis XVI (3) des 



(1) Correspond, histor. des deux Chirons. Arch. de l'Hérault, C, 408 
et 464. 

(2) Sermon prononcé le premier jour de l'an 1715, au désert du Ims 
Dauphiné, par M' V***, ministre du saint Evangile; à Neuchàtel, par la 
Société typographique, 177J, 57 p. in-8°. Paul de Félice, dans ses Sermons 
protestants prêches en France, de 1685 à 1195, attribue, à tort, le sermon 
de Vernet à Paul Vincent, pasteur à Nîmes. Voy. La Sentinelle du 1" jan- 
vier 1746. Le rédacteur de ce journal, Meynadier, pasteur à Valence, avait 
exercé son ministère dans lArdèche plusieurs années, et devait être bien 
informé. 

(5) 11 était monté sur le trône le 10 mai 1774, 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 3 I ^ 

ordres contre les protestants , que les attaques, a avec 
le fer et le feu, » dont leurs croyances ont été l'objet, 
n'ont fait que désespérer leurs sectateurs sans les con- 
vaincre'. — Il assure les prêtres et les pontifes du ca- 
tholicisme de l'aflection des protestants de France pour 
leurs personnes, et les presse de s'unir à eux pour com- 
battre l'athéisme contemporain , qui menace les deux 
religions à la fois. « Un ennemi commun nous attaque, » 
s'écrie-t-il; « l'incrédulité, qui cherche à renversertous 
les cultes, marche également contre les uns et contre 
les autres, et partout ses progrès deviennent plus rapi- 
des... Si le fatal mur qui nous- sépare pouvait crouler et 
que nous pussions nous donner une main d'association, 
nous ferions peut-être revenir les peuples du profond 
étourdissement où elle les a jetés. Notre réunion, fai- 
sant comparer les avantages de la charité chrétienne avec 
les prétendus biens du calme philosophique , ouvrirait 
les yeux à la multitude et lui ferait apercevoir les inju- 
res grossières , les persécutions odieuses et les autres 
vestiges effrayants qui environnent la caverne de l'incré- 
dulité. » — Vernet termine son appel par ces paroles 
remarquables , qui furent une prophétie : « Quelle con- 
sidération , Messieurs, pourrait nous arrêter? Les maux 
de l'église ne sont-ils pas assez pressants et de funestes 
présages n'en annoncent-ils pas de plus grands encore? 
Souffrirons-nous que ce soit l'irréligion elle-mêm.e qui 
nous réunisse ? Hélas ! je le prévois; après qu'elle aura 
semé l'indifférence dans tous les partis, chacun de nous 
ne se souciera plus du sien et il n'y aura plus de secte 
parce qu'il n'y aura plus d'église. » 



Jl6 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

AVIS DE VERNET SUR DU TEMS. PERSÉCUTIONS ENDU- 
RÉES PAR CHIRON. SON DÉPART d'aNNONAY. JUGE- 
MENT SUR PEIROT (1776-I777). 

L'année suivante (1776) , Vernet eut à se prononcer 
sur une proposition du consistoire de La Rochelle, qui 
recommandait aux églises réformées de France, comme 
pouvant devenir leur agent général à Paris , Louis du 
Tems , de Tours , associé libre de l'Académie des ins- 
criptions et belles-lettres de Paris, de la Société royale 
de Londres, historiographe du roi d'Angleterre et 
agent diplomatique de ce dernier. Court de Gébelin, 
ainsi qu'on l'a vu plus haut, remplissait déjà ces fonc- 
tions à titre officieux et, comme il avait déjà rendu des 
services réels aux églises réformées et que la mémoire 
de son père Antoine Court était encore en vénération , 
la proposition du consistoire de la Rochelle fut généra- 
lement repoussée. Vernet, qui était le pasteur le plus 
en relief du Vivarais à cette époque et qui avait été con- 
sulté, la repoussait également. <( A entendre Messieurs 
de La Rochelle, » disait-il, « M. du Tems est le seul 
homme qui nous convienne, mais je regarde comme un 
peu suspecte leur affectation de renverser et de démen- 
tir tout ce que M. de Gébelin avait annoncé jusqu'à 
présent. Il faut de deux choses l'une , où qu'ils exagè- 
rent prodigieusement le mérite de leur ami ou que 
M. de Gébelin soit un franc gascon , qui exagère lui- 
même ses propres travaux dans le temps qu'il n'a fait 
jusqu'ici que de l'eau claire. Il se donne comme un homme 
qui est très bien auprès des ministres, il annonce que 
des mémoires qu'il a présentés ont été bien accueillis , 
et MM. de la Rochelle nous apprennent qu'il est à 
peine connu , que ses mémoires n'ont pas clé vus et 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. ?I7 

que leur M. du Tems a plus fait en quinze jours que lui 
dans quelques années (i)... Pour moi, si j'avais voix au 
chapitre, je serais d'avis d'aller doucement en besogne, 
de ne pas trop nous confier aux bras de la chair et de 
laisser agir celui qui tient les cœurs -des rois dans sa 
main. Je sais une chose bien sûre, c'est que nous ne 
devons ni à l'un, ni à l'autre, la tolérance dont nous jouis- 
sons : elle vient de plus haut, et le reste viendra quand 
il en sera temps. Sans compter trop sur M. de Gébelin, 
je ne serais pas d'avis qu'on lui otât ce qu'il a, ni qu'on 
le partageât entre lui et un autre. Au moins ne devrait-on 
rien faire là-dessus sans le consulter. Avant de lui don- 
ner un adjoint , je crois qu'il faudrait savoir s'il y prend 
plaisir, si l'homme qu'on propose lui est assez connu 
pour que leurs caractères puissent sympathiser, s'ils 
voudront s'entendre assez bien pour travailler de con- 
cert et ne rien faire l'un sans l'autre... Il n'y a, suivant 
moi, qu'un synode national qui puisse prononcer sur un 
sujet aussi délicat » (2 mars 1776) (2). 

Cependant le pasteur Chiron était en butte à Anno- 
nay aux menaces des catholiques et même à leurs mau- 
vais traitements. On avait de plus répandu le bruit qu'un 
ordre de la cour , dirigé contre lui , venait d'arriver. Il 
s'en plaignit à l'avocat du roi. « Je lui témoignai, » 
dit-il, « que je ne me croyais pas en sûreté ici, puisque 
des prêtres m'avaient calomnié deux fois; qu'ils pou- 
vaient me tendre des pièges , que je sortais rarement , 
vivais seul, qu'on voyait avec peine mon séjour ici, 
malgré l'honnêteté de mes principes et ma discrétion; 
que , quand je sortais , j'étais insulté par des huées , et 



II) Il s'agissait d'obtenir du roi un édit qui accordât un état civil aux pro- 
lestants. 
(2 Pour plus de détails, voyez notre article du Bulletin, etc., t. XXXII. 



3l8 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

qu'on me jetait des pierres; que je craignais tout et ne 
disais rien » (24 novembre 1777). 

II parait que la plainte de Chiron auprès de l'avocat 
du roi ne fit pas cesser les vexations dont il était l'ob- 
jet , car il quitta Annonay au commencement de l'année 
1778. Il y était demeuré cinq ans environ. Paul Rabaut 
estimait qu'il eût pu rester à son poste sans craindre 
les menaces qu'on lui avait faites et l'ordre qu'on disait 
être venu de la cour contre lui. Il fut en effet reconnu, 
après informations prises en haut lieu , qu'aucun ordre 
n'avait été lancé contre Chiron (29 mai 1778) (i). 

Il ne restait donc à ce moment, comme pasteurs enVi- 
varais que Vernet, Noë et Blachon fils, car Peirot était 
déjà mort à la date du 14 novembre 1777. Ce vénéra- 
ble serviteur de Dieu prêchait depuis 1730 comme pro- 
posant et, depuis 1739, comme pasteur. C'était un 
homme intelligent, ferme, débonnaire et doué d'un 
grand sens. 11 avait un talent de prédication, qui eût pu 
se développer davantage s'il avait fait de plus fortes 
études et vécu dans un milieu plus cultivé. Il eut l'hon- 
neur de présider plusieurs synodes nationaux et fut le 
digne successeur de Durand. C'est lui qui correspon- 
dait , au nom de la province, avec Antoine Court et, à 
la mort de ce dernier, avec Paul Rabaut. Son long 
ministère fut une bénédiction pour le Vivarais. 

ACCROISSEMENT DU NOMBRE DES PASTEURS EN VIVA- 
RAIS. MALVEILLANCE DES CURÉS (1778-I785). 

De 1778 à 1785, le nombre des pasteurs s'accrut 
beaucoup dans la province, qui vit successivement ve- 
nir Louis-André Lagarde et Sabatier du Villard en 1778, 

(i) Correspond, hislor. des deux Chirons. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 319 

Eugène Brunel en 1779, Jacques Charra en 1783, Jean- 
Pierre Roure dit Terrisse en 1784 et Jean-Alexandre 
Crumière en 1785. 

Ces pasteurs, malgré les progrès de la tolérance, ne 
laissaient pas que d'être exposés encore à la malveil- 
lance des ecclésiastiques qui, seuls entre tous, conser- 
vaient les moeurs des mauvais jours de Louis XIV et 
de Louis XV. Vernet disait à Paul Rabaut à la date du 
1 I septembre 1782 : « Les curés ne cherchent qu'âme 
nuire. Celui de Pranles , ou quelque autre esprit malin 
de la paroisse, écrivit, il y a quelque temps, à 
M. l'évèque de Viviers [Lafont de Savine] , que j'avais 
depuis peu , contre mon usage , tenu deux assemblées 
si près de son église que les catholiques y étaient ac- 
courus. Heureusement pour moi, l'évèque, dont j'ai 
l'honneur d'être connu, est un très galant homme. Il 
daigna m'écrire lui-même là-dessus une lettre très polie, 
à laquelle j'ai répondu de mon mieux. J'ai joint à ma 
réponse le certificat de deux consuls et de trois parti- 
culiers de la paroisse, qui attestèrent tout le contraire 
et démentent formellement mon accusateur. Ce n'était 
pas d'ailleurs moi qui avais fait ces assemblées ; c'était 
un brave proposant, dont je ne suis pas le maître. Les 
certificats sont tous catholiques (i). » 

ÉDIT DE TOLÉRANCE. RESTRICTION DU PARLEMENT DE 
TOULOUSE. VENUE DE NOUVEAUX PASTEURS (1787- 
1791). 

Cependant, en dépit du progrès des lumières, aucune 
des anciennes lois du royaume, qui faisaient une classe 
de parias des protestants de France , n'avait été abro- 

(i) Correspond, histor. des deux Chirons. 



3 20 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

gée, et ils étaient encore privés d'état civil. D'après la 
teneur des édits , leurs mariages étaient frappés de nul- 
lité et entachés de souillure , et leurs enfants déclarés 
illégitimes et inhabiles à hériter, comme leurs parents" 
incapables de tester. Louis XVI, vaincu par les instan- 
ces du baron de Breteuil, ministre de sa maison, de 
Rulhières, de Malesherbes et du général Lafayette, qui 
revenait d'Amérique , signa enfin l'édit de tolérance de 
1787, qui accordait un état civil aux protestants. C'était 
peu sans doute, car cet édit ne concédait aux dissidents 
que le droit de vivre, et le roi avait eu soin de déclarer 
ceci dans l'article premier : « La religion catholique , 
apostolique et romaine, continuera de jouir seule dans 
notre royaume du culte public. » Les protestants n'en 
ressentirent pas moins une grande joie et virent , dans 
l'édit de tolérance, le gage de l'avènement prochain de 
la liberté de conscience et de culte. 

Le synode du Vivarais du 22 mai 1788, « afin de té- 
moigner ainsi sa juste reconnaissance, » pour nous ser- 
vir de ses propres expressions, « décida que tous les 
protestants de la province se conformeraient aux pres- 
criptions de l'édit. 

Le Parlement de Toulouse, qui devait l'enregistrer, 
voulut mettre à son acceptation, dit Anquez (i), u la 
condition suivante : c'est que les protestants seraient 
formellement exclus de toutes les fonctions municipales 
et ne pourraient être nommés aux places de maire , de 
lieutenant de maire, de capitouls , de consuls, de 
jurats et d'échevin. Par une déclaration, datée du 
7 mars 1788 (2), Louis XVI annula cette réserve comme 



(i) De l'élat civil des réfoi-mês, p. 245, 244. Dubédat, Hisl. du fjarlem. 
de Toulouse, t. I, p. 650. 

(2) Déclaration du roi, qui lève la modifiealion insérée par le parle- 
ment de Toulouse dans l'enregislremenl de l'édil du mois de nouem- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. ?2Î 

inutile, la clause finale de l'article premier ayant, à 
l'avance , satisfait à la réclamation du Parlement de 
Toulouse. Au lieu d'adresser cette déclaration au pre- 
mier président du Parlement , il l'envoya au comman- 
dant militaire du Languedoc , le comte de Périgord , 
qui , suivi de plusieurs compagnies de grenadiers et de 
plusieurs brigades de maréchaussées , la fit transcrire 
sur les registres de la cour en sa présence fiy mars). 
Ce procédé, quelque peu violent, blessa vivement la 
compagnie qui, aussitôt après la retraite du comte de 
Périgord, rédigea une protestation. Puis le i" avril, il 
fiit des remontrances sur le fond et sur la forme de l'en- 
registrement , mais le ministère n'y répondit pas. De- 
puis quelque temps déjà, il avait résolu de réduire par 
la force la magistrature à l'obéissance, et la contrainte, 
dont le comte de Périgord avait usé à l'égard de la cour 
de Toulouse, était le prélude des coups d'autorité par les- 
quels bientôt après il imposa aux Parlements de Douai, 
de Besançon et de Bordeaux, la vérification de plu- 
sieurs édits et notamment de celui de novembre 1787. » 
Depuis l'édit de tolérance, quatre nouveaux pasteurs 
vinrent exercer leur ministère en Vivarais : Pierre As- 
tier en 1787 ; Jacques Rattier dit de Besson, S. H. Kœ- 
nig , suisse de naissance, en 1788, et Michel en 1791. 
Kœnig fut affecté spécialement au service de l'église 
d^Annonay en remplacement d'Abraham Chiron. 

CONSTITUTION DU 3 SEPTEMBRE I79I. DISCOURS d'aS- 
TIER ET DE KŒNIG. PROGRÈS DE l'iRRÉLIGION ( I 79 I - 
1792). 

Pendant ce temps la révolution marchait à grands pas 

bre 1181, concerna.nl ceux qui ne font pas professinii di- l:i velujiou 
catholique. Du 7 7nac.s ll.'^S (s. 1. ni d., in-4''i. 

II. 2 l 



p2 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

à Versailles. L'Assemblée nationale proclama la liberté 
la plus entière de conscience et de culte dans sa célè- 
bre constitution du 3 septembre 1791. A cette occasion 
le pasteur Astier publia à Valence deux remarquables 
discours intitulés : le premier, La France s'élevantpar la 
justice ; le second , La vocation et les devoirs des pas- 
teurs (i). « La révolution, à jamais mémorable, qu'illustre 
actuellement notre chère patrie, » dit-il dans le premier 
de ces discours ; « ces éclats de lumière qui y brillent 
de toutes parts; ce que nous avons encore à espérer 
d'une assemblée, dont les travaux méritent si bien l'ad- 
miration de tous les peuples , tout cela doit porter à 
méditer : i*' sur les vrais principes d'une grandeur na- 
tionale ; 2" et sur ce que chaque particulier doit faire 
pour y maintenir sa nation , lorsqu'elle a eu le bonheur 
de les trouver. » 

Après avoir montré que la justice élève une nation en 
lui assurant la liberté, la prédicateur s'écrie : <( Cette 
douce liberté désirée depuis si longtemps , nous avons 
le bonheur de la voir maintenant s'établir parmi nous. 
La nation française, justement admirée par les éclats de 
lumière et de sagesse qu'elle fait briller aux yeux de 
l'univers étonné, ne veut pas qu'il y ait, dans son sein, 
aucune sorte d'oppression. Elle vient de déclarer expres- 
sément qu'elle permet à tous ses membres d'aspirer à 
tous les emplois dont ils peuvent être dignes ; elle veut 
qu'on secoue les liens de l'ignorance et qu'il y ait 
même pour les pauvres des fonds destinés pour leur 
entretien et leur éducation, afin que chacun, selon l'or- 
dre de saint Paul , puisse connaître la Parole de vérité 
et juger par elle de ce qu'on lui dit concernant son sa- 



(i) Titre général : Discours intéressant, sur la nouveUe constitution en 
Frarn-e, ri ta religion; à Valence, chez P. Aurel, Imprimeur libraire. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 323 

lut (Col. m, 16; Act. XVII, II). Elle reconnaît l'in- 
justice qu'il y a à attaquer la concience d'autrui, et per- 
met à chacun d'exercer librement le culte qu'il croit de- 
voir rendre à Dieu : tellement que cette même nation , 
autrefois altérée du sang des martyrs, va devenir l'asile 
des persécutés , la force du faible et la consolation des 
malheureux ; on dira en abordant ces contrées : O nation 
bienheureuse ! peuple favorisé , mes pieds s'arrêteront 
chez toi ! » 

Le pasteur Kœnig , qui faisait partie de la Société des 
amis de la constitution d'Annona/, prononça de son côté, 
dans une réunion générale de cette société, un discours 
sur la liberté civile et religieuse (i) . Dans une allocution 
préparatoire, il déclara que le seul titre qu'il avait à se 
présenter dans le sanctuaire de la liberté , qu'il venait 
jurer de maintenir avec ses collègues, au péril de sa vie, 
c'était d'appartenir à un pays de montagnes, qui avait 
résisté à tous les despotismes. Le président de la so- 
ciété, L.-T. Chomel, lui répondit avec courtoisie qu'il 
avait l'honneur d'être né dans un état républicain et de 
porter un nom célèbre dans la science (2). Après cela, 
Kœnig prononça son discours , qui n'est autre qu'un 
sermon sur i Cor., VII, 23 : Vous ave:{ été rachetés à 
un grand prix : ne soye^ point esclaves des hommes. 

Il dit d'abord ce que la liberté n'est pas , puis ce 
qu'elle est. Ce n'est pas l'indépendance absolue et une 
inclination à blâmer, censurer et reprendre, ni un esprit 
de contradiction ou d'opposition aux décrets rendus par 



(i) Discours prononcés à Annona.y par J. J. H, Kœnig , et imprimés 
par ordre de la Société des amis de la Constitution... Annonay, de l'im- 
primerie d'Agard, in-S", 57 pages. 

(2) Allusion à Samuel Kœnig, savant philosophe et mathématicien, qui 
avait donné des leçons à la marquise du Châtelet pendant deux ans au châ- 
teau de Cirey. Le pasteur d'Annonay était-il de sa famille?' C'est ce que 
nous ne saurions dire. 



324 



HISTOIRE DES PROTESTANTS 



la représentation nationale et sanctionnée par le prince. 
Cette liberté, qui n'a de prix que pour celui qui en use 
convenablement, est l'état le plus naturel et l'objet des 
vœux les plus ardents de l'homme; elle perfectionne les 
facultés de son esprit et leur donne une plus grande au- 
torité. C'est l'antidote assuré de toute espèce de servi- 
tude; elle favorise toutes les vertus, est la mère des 
arts et des sciences ; ce n'est qu'en en jouissant que 
l'homme peut soutenir sa dignité de citoyen et de chré- 
tien ; c'est enfin la jouissance la plus vraie et la plus 
pure de la vie. 

Dans l'application de son discours , Kœnig exhorte 
vivement ses auditeurs à ne pas envier la liberté à ceux 
qui la possèdent, à se réjouir de leur bonheur et à ne 
pas entraver le développement de ce bien précieux. Il 
les presse d'en être les plus fermes soutiens et d'en re- 
lever le prix par leurs vertus. 

Un passage du discours mérite d'être cité. Craignant 
que la révolution n'en vienne à mépriser et à haïr la re- 
ligion dominante, qui a été la complice du despotisme 
royal et a fait verser des torrents de sang innocent, 
Kœnig s'écrie avec un courage et une charité dignes de 
tout éloare : « Frères et amis , si vous avez réformé vos 
ministres, gardez- vous bien d'avilir le ministère. Hono- 
rez vos pasteurs constitutionnels (i). Pénétrez-vous du 
respect que vous devez à ceux que vous avez choisis 
pour présider à votre cuhe. Comme chrétiens , aimez 
ceux qui ont refuté le serment prescrit par la loi et res- 
pectez leur conscience. » 

A côté de cette lumière brillante de la liberté qui 
éclairait pour lors la France, de cet enthousiasme dont 
la nouvelle constitution enflammait les cœurs , il y avait 

(ij La constitution civile du clergé avait été votée le 12 juillet 1790. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. pl 

de grandes ombres et de légitimes sujets d'appréhen- 
sion. L'incrédulité et, sa complice obligée, le déborde- 
ment de toutes les mauvaises passions , faisaient des 
progrès effrayants , qui devaient aboutir aux saturnales 
sanglantes de 1793. Le pasteur Vernet, dans son élo- 
quent discours de 1775 rappelé plus haut, avait déjà 
dit tristement : « Jeunes enfants , qui êtes encore à la 
mamelle , quelle sera votre croyance ? Les accents de 
l'irréligion vont ébranler vos fibres tendres et délicates, 
ce seront eux qui imprimeront à votre âme les premières 
impressions qu'elle doit recevoir; c'est peu que vos pa- 
rents aient empoisonné, par leur luxe et leurs désordres, 
les sources de votre vie, il faut encore qu'ils vous enlè- 
vent ce qui seul pouvait vous aider à en supporter le 
poids. » 

Le pasteur Astier, dans le discours sur la vocation et 
les devoirs des pasteurs dont nous avons parlé ci-dessus, 
constatait, de son côté, que les pasteurs eux-mêmes 
avaient subi l'influence délétère du siècle et ne possé- 
daient pas l'esprit de renoncement et la sainte piété de 
leurs prédécesseurs. Après avoir retracé leurs devoirs, 
il disait dans le langage énergique , peut-être un peu 
excessif, qui lui était propre : « Si vous réfléchissez 
sérieusement sur ce que nous venons de dire , vous 
serez surpris , non de voir des pasteurs faire leurs ef- 
forts pour remplir leurs devoirs, mais d'en voir un si 
grand nombre de lâches et d'indolents; vous serez ef- 
frayés de voir un si grand nombre de personnes courir 
à cet emploi sans avoir ni les talents, ni les vertus néces- 
saires pour s'en acquitter dignemiCnt ; vous serez ef- 
frayés de voir des pères et des mères y destiner leurs 
enfants seulement dans la vue de leur procurer une 
place honorable ; vous serez effrayés de voir un si grand 
nombre de personnes s'engager dans cette carrière uni- 



:;26 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

quement par des vues mondaines ; vous serez effrayés 
de voir de si jeunes gens , qui font profession de se 
préparer à cet auguste emploi, passer la jeunesse dans 
le libertinage,... ou consumer le temps à apprendre ce 
qu'ils ne doivent point enseigner ; vous serez effrayés de 
trouver des hommes, chargés de ce ministère, plongés 
dans une crasse ignorance sur la religion... Cependant 
le méchant meurt... ; mais... Dieu se réserve de venger 
sa perte sur l'âme de ceux qu'il avait chargés de l'aver- 
tir. Ah! Malheur donc aux mauvais ouvriers! Malheur 
aux pasteurs aveugles , qui ne savent point eux-mêmes 
ce qu'ils doivent enseigner ; qui passent dans la dissi- 
pation un temps qu'ils devaient employer pour s'in- 
struire!... Malheur à ces sépulcres blanchis, qui n'ont 
que le dehors de beau (Matth., XXIII, 27, 28)! Mal- 
heur à ces loups travestis en habit de brebis (Matth., 
VII, 15, 20), qui ne viennent dans la bergerie du Sei- 
gneur que pour tuer et égorger; qui, non seulement 
n'avertissent pas le méchant, mais qui, par leur exem- 
ple , l'entraînent dans l'abîme de la perdition ! Non , ce 
n'est que par ce qu'il y a de plus affreux dans les tour- 
ments des enfers qu'ils peuvent expier leur crime! Oh! 
quel horrible spectacle au jour du jugement! Quel hor- 
rible spectacle que celui de voir le troupeau et le pas- 
teur perdus ! Quel horreur pour ce malheureux trou- 
peau de voir éternellement sous ses yeux celui qui a été 
cause de sa perte! Ah! que de reproches, que de 
plaintes, que de malédictions! Et quel désespoir pour 
le pasteur de se voir non seulement l'artisan de son sup- 
plice , mais aussi d'autres âmes , et d'être à jamais le 
triste objet de leurs exécrations ! » 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 527 

DÉCISION PATRIOTIQUE DU SYNODE DU VIVARAIS. 
JUGEMENT SUR VERNET. DERNIERS PASTEURS DU 
VIVARAIS. CONCLUSION (1793). 

En 1793 , an II de la république, l'Europe, presque 
toute entière, était en guerre avec la France. Le synode 
du I®' mai, pensant que cette formidable coalition, 
qui faisait courir les plus grands dangers à la patrie, 
pourrait « mettre quelqu'un des pasteurs du départe- 
ment dans le cas de consacrer ses bras à sa défense, » 
décida « que l'Eglise, privée de pasteur par cette cause, 
serait desservie par les autres pasteurs du département 
et compterait toujours les mêmes honoraires à celui 
que l'amour de la liberté aurait fait voler contre les en- 
nemis. » 

Nos sources nous apprennent que le pasteur Kœnig 
et les proposants Rattier (Jean Henry) et Rattier-Léo- 
rat abandonnèrent leur carrière pour « voler contre les 
ennemis. » Ce sont les seuls dont nous ayons retrouvé 
les traces ; mais il est vraisemblable que d'autres pro- 
posants, et peut-être aussi d'autres pasteurs, que nous 
perdons complètement de vue à cette époque , embras- 
sèrent la carrière militaire. Peu après le synode du 
i*' mai 1793 , qui est le dernier de ceux qui se sont 
tenus dans le Vivarais et le Velay au XVIII" siècle, 
tous les temples et toutes les églises catholiques de 
France furent fermés, et les ministres des deux cultes 
contraints de cesser leurs fonctions sous peine de mort, 
comme aux plus mauvais jours de Louis XIV et de 
Louis XV. Il ne serait donc pas surprenant qu'un nom- 
bre relativement assez considérable de jeunes pasteurs 
et de proposants, se trouvant sans ressources et sans 
emploi , aient embrassé la carrière des armes autant par 



328 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

nécessité que par élan patriotique , d'autant mieux que 
la Convention nationale "ordonna, le 16 août suivant, la 
levée en masse du peuple français pour la défense de 
laliberté et mit en réquisition, le 23, tous les jeunes gens 
âgés de dix-huit à vingt-cinq ans. 

Le vénérable pasteur Vernet, dont le nom est revenu 
si souvent dans les pages qui précèdent , avait été dé- 
chargé du ministère évangélique, le 19 septembre 1792, 
à cause de ses infirmités. Il exerçait ses fonctions de- 
puis quarante-cinq ans. Durand , Peirot et lui , furent 
les trois pasteurs les plus distingués du Vivarais pen- 
dant le cours du dix-huitième siècle, ceux dont l'in- 
fluence se fit le plus sentir auprès comme au loin. 
Vernet fut le digne successeur de Peirot. Plus vif et 
plus ardent que lui, mais tout aussi pieux, et plus sa- 
vant , il jouit d'une autorité considérable dans sa pro- 
vince et même dans les provinces voisines. Il s'était fait 
déjà remarquer au séminaire de Lausanne par son intel- 
ligence et ses progrès dans les études et , comme on a 
pu en juger par les fragments, cités plus haut, de son 
sermon de 1775 , il avait des dons réels pour la chaire. 

Nous donnons, en terminant, les noms des pasteurs 
qui exerçaient leur ministère dans le Vivarais et le 
Velay au moment de la suppression des cultes sous le 
régime de la Terreur en 1793. 

Vernet était déchargé de ses fonctions depuis 1792, 
comme on vient de le dire ; Sabatier du Villard avait 
reçu son congé en 1780, Lagarde en 1781 , Blachon 
et Sabatier de la Bâtie en 1783 ; Terrisse n'avait fait que 
passer dans le Vivarais en 1784, Chiron était parti 
en 1787, Brunel le cadet en 1792, et ICœnig dans le 
courant de 1793. 

Il restait donc Noë, Brunel l'aîné, Charra, Crumière 
et Philip dit Lacoste; auxquels il faut ajouter Pierre 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. ? 29 

Astier, nommé en 1787, Jacques Rattier dit le Bes- 
son , en 1 788 , et Michel en 1 79 1 . 

Quant aux proposants du Vivarais, Girard et Raymond- 
Pierre Ladreyt, qui revinrent ensemble du séminaire de 
Lausanne en 1793 , le synode, réuni le i^' mai, décida 
qu'ils seraient consacrés au saint ministère le 1 1 août 
suivant ; mais il est vraisemblable que la cérémonie 
n'eut pas lieu à cause des événements politiques (i). 

Ainsi donc le Vivarais et le Velay n'avaient que huit 
pasteurs à la veille de la suppression des cultes. A cette 
heure, les départements de TArdèche et de la haute 
Loire , formés de ces deux anciennes provinces, possè- 
dent cinquante-trois paroisses officielles , cinquante-six 
postes de pasteur et soixante-six temples , c'est-à-dire 
près du double des paroisses, des pasteurs et des tem- 
ples, que comptaient le Vivarais et le Velay aux plus 
beaux jours de leur histoire, sous le régime de l'édit 
de Nantes. 

Toutes les provinces synodales de l'ancienne France 
sont loin , après les luttes , les persécutions et les émi- 
grations des trois derniers siècles, de présenter une sta- 
tistique aussi réjouissante. Les protestants, qui habi- 
taient plusieurs d'entre elles, furent décimés par les 
abjurations ou l'exil. Honneur donc à ces vaillantes po- 
pulations huguenotes du Vivarais et du Velay, qui pré- 
férèrent souffrir mille maux sur le sol natal plutôt que 
de chercher une vie plus douce sur la terre étrangère , 
et qui, malgré des défaillances, maintinrent, haut et 
ferme dans leurs montagnes , le drapeau de l'Evangile 
en dépit des dragons , des galères et des gibets ! 

(i) Recueil des actes des synodes du Vivarais, etc. 



APPENDICE I 



BIOGRAPHIE SUCCINCTE DES PASTEURS DU VIVARAIS 
ET DU VELAY PENDANT LE DÉSERT, SELON l'oR- 
DRE DE LEUR CONSÉCRATION AU SAINT MINISTÈRE 
OU DE LEUR VENUE DANS LA PROVINCE 



Durand (Pierre), né au Bouchet, paroisse de Pranles, propo- 
sant en 1721, et secrétaire du premier synode du Vivarais, réuni 
le 26 juillet de cette même année. Celui du 21 juin 172^ l'auto- 
risa à administrer les sacrements , quoiqu'il ne fût pas encore 
admis au ministère, et celui du 11 novembre suivant, à recevoir 
l'imposition des mains d'Antoine Court et de son collaborateur 
Pierre Corteiz. La cérémonie, n'ayant pu avoir lieu, fut renvoyée 
au prochain synode provincial par celui du 25 août 172'; , mais 
Durand ne put recevoir la consécration qu'au premier synode 
national du désert, qui se tint en Vivarais le 16 mai 1726. Après 
six ans de ministère, il mourut martyr à Montpellier, le 2 avril 1732. 
Le synode du Vivarais, du 21 mai suivant, rendit le plus beau 
témoignage à sa mémoire. 

Fauriel (Jean-Gabriel), ou Fauriel l'aîné dit Lassagne , né à 
Lassagne, paroisse de Silhac, présenté pour remplir la charge de 
proposant au synode provincial du 16 août 1723 , et reçu comme 
tel seulement par celui du 14 septembre 1726. Deux ou trois 
ans après , il alla perfectionner ses études au séminaire de Lau- 
sanne, et y était encore lorsque le synode du 15 avril 1730 l'au- 
torisa à se faire consacrer au saint ministère où il le jugerait à 



?P HISTOIRE DES PROTESTANTS 

propos, c'est-à-dire en Suisse. Il fut pasteur neuf ans, et périt 
d'une façon tragique, le 7 août 1739. 

BoYER (Jacques) dit Debos, né en 1704 à Bancel, paroisse de 
Vernoux. Au moment de la tenue du synode du 14 avril 1729, il 
desservait un quartier du Vivarais , bien qu'il ne fût pas encore 
reçu prédicateur, charge qui lui fut conférée par le synode du 
5 septembre 1729. Celui du 17 octobre 1730 l'autorisa à « aller 
perfectionner ses études dans les pays étrangers , » c'est-à-dire à 
Lausanne , et il partit au mois de novembre suivant. Le synode 
du 2} octobre 1732 décida qu'il serait rappelé, et qu'on prierait 
les amis de Lausanne de lui imposer les mains avant son retour. 
La cérémonie eut lieu en 1733, mais Boyer ne revint en Vivarais 
que le 14 juin 1734. Il desservit quelques années la province, 
qu'il quitta pour cause de santé, le 2 5 avril 1 73 7. En octobre 1 738, 
il était à Berne, sollicitant un secours de Leurs Excellences. Il 
fut ensuite question de lui pour l'église de Cassel, et d'un projet 
de mariage avec M'*« Suson Delarbre. Sa santé étant allée tou- 
jours en déclinant, il mourut à Berne le 24 février 1740. 

M OREL (Matthieu) dit Duvernet, né à Cheyne, paroisse du 
Chambon, reçu prédicateur au synode du 5 avril 1730, et autorisé, 
par celui du 21 octobre 1733, à aller se perfectionner dans les 
pays étrangers, autrement dit au séminaire de Lausanne, où il fut 
consacré au saint ministère, le 12 novembre 1736, à l'âge de vingt- 
deux ou vingt-trois ans. Le synode du 25 avril de l'année sui- 
vante l'agréa comme pasteur des Eglises du Vivarais. Un peu plus 
de deux ans après, le 14 février 1739, il mourut tragiquement. 
C'était un jeune homme réfléchi et laborieux. 

Fauriel (Jean-Pierre) ou Fauriel le cadet dit Ladreyt, le frère 
de Fauriel-Lassagne, né à Silhac en 1707. Le 14 avril 1729, date 
de la tenue du synode du Vivarais, il desservait un quartier, bien 
qu'il ne fût pas encore reçu prédicateur. Ce titre lui fut conféré 
par le synode du 15 avril 1730, et celui du 3 mai 1734 l'autorisa 
à aller perfectionner ses études dans les pays étrangers (à Lau- 
sanne). Il partit en octobre 1734, et « toutes les Eglises de la 
Montagne jusqu'à Saint-Agrève en bas » s'engagèrent à lui faire 
une bourse annuelle de 200 francs. Consacré en Suisse, le 3 1 oc- 
tobre 1737, il revint en France le 22 novembre suivant, et fut 
agréé comme pasteur des Eglises du Vivarais par le synode du 
30 avril 1 738. Celui du 1 2 octobre 1 741 l'autorisa à quitter la pro- 
vince, et il alla s'établir en Angleterre, donnant pour raison son 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. ^^^ 

mariage et la triste situation des Eglises du Vivarais. Il est vrai- 
semblable que la mort tragique de son frère et celle de Morel- 
Duvernet impressionna son esprit plus qu'il n'eût fallu , et le 
décida à s'expatrier. 

Blachon (Jean) dit Châtaignier, né en 171 3 à Freycenet , 
paroisse de Sainte-Agrève. Il fut reçu prédicateur au synode du 
21 octobre 1733 , et prêté pour un an au Dauphiné par celui du 
21 avril 1736. En janvier 1738, il alla perfectionner ses études au 
séminaire de Lausanne , et y fut consacré le 27 juillet 1739 avec 
Peirot et Dunière , dont il va être parlé; mais il ne rentra pas 
tout de suite en Vivarais. En mai 1740, il se rendit à Zurich , où 
il fut précepteur. Il ne paraissait pas du reste, pour le moment, 
très disposé à exercer le saint ministère, et donnait, en 1 742, pour 
raison de son inactivité pastorale, qu'il n'était pas nécessaire à sa 
province, et qu'on ne lui adressait pas de vocation d'ailleurs. 
Pourtant les pasteurs Jean-Baptiste Loire et Michel Viala 
l'avaient prié, en 1740, de s'établir dans le Poitou , et il s'y était 
refusé. Après cinq ans d'hésitations, il rentra dans le Vivarais; 
et . comme s'il eût voulu racheter le temps perdu , il déploya une 
activité extraordinaire (juillet 1744). Le synode national du 
18 août 1744 (article XIX) le chargea d'aller visiter les Eglises 
troublées par le schisme de Boyer , « afin de réunir les esprits et 
les coeurs, et pour remercier Dieu de leur avoir redonné la paix. » 
Quatre ans après, le 7 mai 1748, il écrivait à Court qu'il avait 
plus de 900 mariages ou baptêmes inscrits sur ses registres. Le 
synode du Vivarais, du 29 avril 1755 , lui accorda un congé pour 
rétablir sa santé, altérée par ses nombreux travaux, mais il n'en 
usa pas pour le moment. Celui du 23 mars 1756 le lui renouvela 
sans qu'il en profitât davantage, mais celui du 20 avril 1762 le lui 
délivra d'une façon définitive. Il se rendit auprès de ses enfants, 
qu'il avait placés à Lausanne pour leur éducation, et fut nommé 
inspecteur du séminaire. Blachon était un esprit distingué, d'une 
culture supérieure à celle des autres pasteurs du Vivarais. 

Peirot (Pierre) dit Pradier, né en 171 2 à Fossimagne, paroisse 
de Champclause , en Velay , cousin germain de Dunière. Il fut 
reçu prédicateur au synode du 20 mai 1733, mais prêchait 
depuis 1730. Celui du 21 avril 1736 l'autorisa à aller perfection- 
ner ses études en pays étranger (à Lausanne) . et lui promit de 
pourvoir à son entretien. Il partit en juillet de la même année, et 
fut consacré au saint ministère le 27 juillet 1739 , avec Dunière 



3 34 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

et Blachon. Le synode du 25 novembre 1740 l'agréa comme pas- 
teur du Vivarais. Entre le i®"" mai 1766 et le 4 mai 1769, il quitta 
la province pour desservir l'Aunis. A cette dernière date, il n'était 
pas encore rentré, mais on attendait son retour, et on lui assigna 
un quartier. Il était mort avant le 14 novembre 1777. Sa veuve, 
à ce moment, nous ne savons pour quel motif, refusait de rendre 
ses registres de baptêmes et de mariages. Un état de signalement 
des prédicants du Languedoc le dépeint ainsi : a Le nommé 
Perrot, prédicant, ou du Perrault, taille de 5 pieds , 5 pouces et 
demi environ, cheveux blonds, âgé d'environ trente ans. » Peirot 
avait laissé au séminaire de Lausanne la réputation d'un jeune 
homme pieux, intelligent, instruit et fort judicieux. Il donna dans 
sa longue carrière tout ce qu'il avait promis. 

DuNiÈRE (Jacques) dit Lacombe , né vers 1712 à La Roche, 
paroisse de Saint-Agrève, fils de Paul Dunière dit Chailla , et 
cousin germain , par sa mère , du pasteur Morel-Duvernet , dont 
il a été parlé plus haut. Il fut reçu prédicateur au synode du 
21 mai 1733, et autorisé, par celui du 21 avril 1736, à aller per- 
fectionner ses études au séminaire de Lausanne. Il partit en juillet 
de la même année. Consacrée Lausanne, le 27 juillet 1739, avec 
Peirot et Blachon, il rentra seulement dans le Vivarais le 11 jan- 
vier 1741 ; et, dès le i^r mai suivant, reçut de son synode l'auto- 
risation de desservir une province qui aurait plus besoin de pas- 
teur que le Vivarais. Nous ne savons s'il usa de cette faculté, 
mais une lettre de Peirot, du 31 janvier 1744, signale sa présence 
dans la province, et le dit malade et incapable de rien faire. En 
avril ou mai de l'année suivante , il paraissait rétabli , et quitta le 
Vivarais, nous ne savons à destination de quelle province. 
En 1752, il s'établit à Londres. Dunière passait pour un homme 
d'un grand sens. 

CosTE (François) dit Juston , né à Joux, paroisse de Saint- 
Jean-Chambre, reçu prédicateur au synode du 11 octobre 1735, 
et autorisé , par celui du 30 avril 1738 , à aller perfectionner ses 
études dans les pays étrangers (à Lausanne). Il partit en jan- 
vier 1739. Consacré le 29 janvier 1741 , il revint en France , le 
8 février, avec le célèbre Paul Rabaut, et fut agréé, comme pas- 
teur des Eglises du Vivarais, par le synode du i'^'' mai de la même 
année, qui lui permit , en outre, de faire quelques collectes dans 
son quartier, pour se couvrir des frais que lui avaient occasionnés 
ses études. Il se maria, en 1743, avec une demoiselle Vernet, de 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. :? 3 5 

Vevey, âgée de dix-huit ans environ, qui connaissait l'histoire , la 
géographie et l'arithmétique, parlait l'allemand, avait une mémoire 
prodigieuse, et faisait toutes sortes de travaux d'aiguille. Ce ma- 
riage nuisit à l'activité pastorale de Coste , car « sa femme avait 
une si grande tendresse pour lui, qu'elle ne pouvait souffrir qu'il 
la quittât. « Dans l'été de 1752 , il conduisit jusqu'à Rotterdam 
une troupe d'émigrants à destination de Dublin (i). 

Etant tombé malade, le synode du 29 avril 1755 lui accorda un 
congé pour rétablir sa santé, et il put reprendre ses fonctions 
après un mois de repos. Il fut suspendu du ministère par le sy- 
node du 18 octobre 1757 pour une difficulté d'argent qu'il avait 
avec un nommé Jacques Gros. Ayant renoncé à ses prétentions , 
sa suspension fut levée par le synode du 29 mars 1758. Celui du 
1 5 août suivant lui accorda un congé de trois mois pour vaquer à 
des affaires particulières. Le 26 avril de l'année d'après , il de- 
manda un nouveau congé en disant que , si on le lui refusai.! , il 
en demanderait un définitif pour aller où il le jugerait bon. Le 
synode, tout en blâmant son esprit outré d'indépendance et le peu 
d'attachement qu'il portait aux Eglises de sa province, consentit à 
prolonger son congé et le laissa libre de reprendre ses fonctions 
dans le Vivarais quand il le désirerait, et même de ne pas les re- 
prendre du tout , « ne voulant le gêner en aucune façon, » Coste 
paraît avoir pris ce dernier parti et s'être mis au service des Egli- 
ses du bas Languedoc. Le synode du 8 novembre 1768 décida de 
lui réclamer ses registres de mariages et de baptêmes. En 1763 , 
il était dans le pays de Vaud , où il desservit plusieurs postes à 
titre de pasteur sufîragant. Le 21 mai 1765, il obtint des seigneurs 
de Berne un brevet portant qu'il était apte pour un « poste d'en- 
trée » dans les cinq classes du pays de Vaud. Nonobstant les re- 
présentations de quelques-unes de ces classes, qui énonçaient 
des doutes sur sa suffisance et sur sa doctrine , et qui craignaient 
les conséquences de semblables brevets, il fut confirmé dans ce- 
lui qu'il avait obtenu par suite des témoignages favorables que lui 
rendirent les baillis des divers lieux où il avait exercé son minis- 
tère. Les seigneurs de Berne exprimèrent même à cette occasion 
leur mécontentement de ce que lesdites classes avaient « fait pas- 
ser l'intérêt particulier avant l'intérêt pour l'Eglise. » Cette 

(i) Voy. E. Arnaud, Un embarquement de réfugiés français à Yverdon, 
dans le Bullelin de la Soc, etc., t. XXVI, p. 448. 



336 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

même année, 1765 , Coste fut reçu bourgeois d'Aubonne et 
nommé diacre à Cossonay. En 1775, il obtint la place de pasteur 
à Grancy, où il mourut, en 1796, à l'âge de quatre-vingts ans en- 
viron (La France protestante, 2» éd., vol. VI, col. 888 et 889). 

GouNON (Charles- Antoine-Frédéric) dit Pradon , né vers 171 3 
et reçu prédicateur au synode du 11 octobre 1735. Celui du 
30 avril 1738 lui donna l'autorisation d'aller perfectionner ses 
études dans les pays étrangers (à Lausanne). Il ne partit qu'en 
août 1740 avec une nouvelle permission du synode du 1 1 avril pré- 
cédent. Il quitta Lausanne en juillet 1743, sans doute après s'être 
fait consacrer au saint ministère. Après un séjour de deux ans en 
Vivarais , pendant lesquels il ne remplit presque aucune fonction 
du ministère, il partit pour le Poitou^ où il était le 20 mars 1744, 
et dont il fut longtemps le seul pasteur. A la suite d'une violente 
persécution , il partit pour aller desservir une église française de 
la Hesse; mais, s'étant fracturé la jambe en route dans un village 
de Bourgogne, il fut mal soigné et dut marcher longtemps avec 
des béquilles. Quand sa santé se fut un peu remise, il descendit à 
petites journées jusqu'à Nyon , puis alla à Rolle , prit ensuite les 
eaux de Schinznach (Argovie) , se guérit assez bien et se rendit 
dans l'île de Guernesey , où il exerça son ministère et paraît avoir 
fini ses jours (i). Gounon , au jugement d'Antoine Court, était 
sans talent. 

M AJAL (Matthieu) dit Desubas, proprement Des Ubats, du 
nom d'un village, où il naquit en 1720, et qui était situé à six 
kilomètres de Vernoux. Il fut reçu prédicateur au synode du 
30 avril 1738 et autorisé , par celui du 11 avril 1740, à aller per- 
fectionner ses études à l'étranger (à Lausanne), où il laissa la ré- 
putation d'un « bon sujet. » Consacré au saint ministère le 
20 juillet 1743, il fut agréé comme pasteur de la province du Vi- 
varais par le synode du i*"" mai 1744. Celui du 6 septembre sui- 
vant l'agréa de nouveau , parce que les actes du synode du 
!*"■ mai n'avaient pu être dressés à cause de la persécution. Il fut 
martyrisé à Montpellier le je'" février 1746. Antoine Court le con- 
sidérait comme un homme de talent. 

PÉLissiER (Pierre) dit Dubesset , quelquefois Lescarcel, né en 
1716, à Cros , paroisse de Silhac. Il fut reçu prédicateur par le 
synode du 30 avril 1738 et alla au séminaire de Lausanne en no- 

(1) Dardier, Paul Rabaut, t. Il, p. 42-4?. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 3?7 

vembre 1740. Il en sortit en mai 1744, sans doute après avoir reçu 
l'imposition des mains, passa quelque temps en Vivarais et s'éta- 
blit dans le Poitou, où il demeura jusqu'en mars 17Ç0. Ayant eu 
à cette époque des démêlés avec son collègue Gounon , dont il a 
été parlé plus haut , il alla exercer son ministère dans la basse 
Saintonge (i); et , à la fin de 175 1 , il se rendit en Hollande, où 
on lui donna à desservir l'église de l'Olive , près d'Utrecht. Il s'y 
fît fort estimer et avait la réputation d'un homme très laborieux (2). 

Vernet (Alexandre), natif d'Annonay, alla étudier en fé- 
vrier 1746 au séminaire de Lausanne, qu'il quitta en avril 1748. 
Le synode du Vivarais du 1 5 août suivant l'examina sur la logique 
et la théologie , et fut très satisfait de ses réponses. Celui du 
19 avril 1752 constata qu'il avait fait de nouveaux et grands pro- 
grès, et décida qu'il serait consacré au saint ministère dès que les 
circonstances le permettraient. La cérémonie eut lieu le 12 no- 
vembre suivant. Le synode du 8 mai 1753 l'agréa comme pasteur 
du Vivarais , et, trente-deux ans plus tard , celui du 26 novem- 
bre 1785, le voyant âgé, infirme et incapable de desservir les Egli- 
ses de la Montagne, lui assigna un quartier plus commode. Le 
19 septembre 1792, ne pouvant plus remplir ses fonctions, le sy- 
node le déchargea entièrement du ministère et lui alloua une pen- 
sion de retraite. Vernet avait un talent réel pour la prédication. 
Voyez tome II, p. 314. 

Mathieu (Jacques), proposant du bas Languedoc, donné 
comme prédicateur aux Eglises du Poitou par le synode dudit bas 
Languedoc du 18 avril i7';o. Reçu pasteur en 1753 , il fut prêté 
aux Eglises du Vivarais pour l'exercice de 1763 à 1764. Il revint 
ensuite dans sa province, où il exerça son ministère jusqu'en 
1772, année de sa mort. 

Fauriel (Jean-Pierre) dit Lassagne, né à Montbuzat , paroisse 
d'Araules, fils du pasteur martyr de ce nom, reçu étudiant par le 
synode du 18 octobre 1757. Celui du 15 avril 1761 , sur les bon- 
nes attestations qu'il fournit, l'admit comme proposant. Il était 
pasteur à Lémé (Aisne) de 1782 à 1788, et se maria, en 1783 , 
avec M'"" Gousset de Voulpaix {Bulletin de la soc, etc., t. VIII, 



(1) 11 y avait déjà un pasteur Pélissier dans l'Angoumois en 1746; c'est 
vraisemblablement le même personnage {Bullelin de la Soc, etc., i. Xli. 
p. 122). 

(2) Dardier, Pnvl Rabaut, t. I, p. 206. 



II. 



22 



5^8 HiSTOmE DES PROTESTANTS 

p. sôj, 568). La France protestante se trompe (t. VI, p. 368) en le 
disant fils d'un pasteur d' Anduze de ce nom et en appelant sa mère 
Pauline Escalin. Le vrai nom de celle-ci était Paule Escoulens. 

GÉNOLHAC (Louis) dit Lagarde, de Garrigues, en Languedoc, 
et consacré à Lausanne le i^'" octobre 1768, fut agréé comme pas- 
teur du Vivarais par le synode du i*"" novembre 1768. Il desservit 
la province jusqu'au synode du i^'' mai 1772, auquel il demanda 
son congé et qui le lui refusa. Il partit néanmoins cette même 
année et fut successivement pasteur à Lunel (i 773-1 774) , où on 
le suspendit pour un an ; à Montagnac (1776- 1777) et dans le 
Montalbanais (1781). 

Briatte (J.-B.). Ce pasteur offrit ses services au synode du 
Vivarais du 4 mai 1769, qui les agréa et lui assigna un quartier. 
Il resta peu de temps dans la province, car, en 1771, il exerçait 
son ministère dans tout le nord de la France, après avoir desservi 
quelque temps l'Eglise de Lyon. De 1771 à 1774, il donna an- 
nuellement deux prédications à Lemé (Aisne). En 1776, il fut ap- 
pelé comme pasteur à Sedan , mais le gouvernement ayant donné 
l'ordre d'arrêter le lecteur de la congrégation, il quitta la France 
et se réfugia à Maastricht, où il exerça son ministère jusqu'à sa 
mort (i). 

NoÉ-BiNViGNAC , natif du bas Languedoc, élève du séminaire 
de Lausanne et pasteur en Provence de 1765 à 1766^ offrit ses 
services au synode du Vivarais du 4 mai 1769, qui les agréa et lui 
assigna un quartier. Après la réorganisation des cultes , sous le 
premier consul, il devint pasteur, président du consistoire de 
Saint-Pierreville. 

Armand (Daniel), pasteur du Dauphiné, prêté au Vivarais de 
1769 à 1770 et de 1773 à 1774. Sur ce pasteur, voyez notre Hist. 
des prot. du Dauph., t. III, p. 317, 318, 301. 

Blachon (Jean), tils du Blachon mentionnné plus haut. Son 
père l'offrit au synode du Vivarais du 29 juin 1773, qui agréa ses 
services et lui assigna le quartier de la Montagne. Dix ans après, 
le synode du i*'' novembre 1783 lui accorda un congé de deux 
ans pour aller desservir une autre église, mais à la condition 
qu'après ce temps il rentrerait dans la province. Il ne partit qu'en 
1784 et nous ne savons où il alla. 

(i) Coquerel, t. II, p. 526. Rabaut le jeune, Annuaire, p. 26. Bulletin de 
ta Soc, etc., t. Vlli, p. Jj8, 567; t. Xll, p. 17. 



DU ViVARAIS ET DU VELAY. 339 

Chiron (Jean-Abraham) dit de Châteauneuf , du lieu de Châ- 
teauneuf d'Isère, fils d'Etienne Chiron, maître d'histoire et de 
géographie et catéchiste à Genève, et de Catherine Chatelan, de 
Valence. Il fit ses études à l'Académie de Genève, où on le trouve 
immatriculé le 21 juin 1757, et fut consacré au saint ministère en 
1768, dans la cathédrale de Saint-Pierre, et accepta l'appel que 
l'Eglise d'Annonay lui adressa en 1773. Le 7 juin 1787, à la suite 
de diverses vexations dont il fut l'objet de la part des catholiques 
d'Annonay, il adressa une demande de congé au synode , qui le 
supplia de la retirer, sans toutefois lui en faire une obligation ; 
mais il n'y consentit point et accepta, la même année, le poste de 
Beaumont , en Dauphiné, Il avait épousé en premières noces 
M"^ Léorat, fille d'Alexandre Léorat et de feue Anne Johannot. 
Pour le reste, voyez notre Hist. des prot. du Dauph. , t. III, 
p. 320 et 321. 

Philip (Jean-Pierre) dit Lacoste , élève du séminaire de Lau- 
sanne, fut d'abord pasteur dans les Hautes-Cévennes, où sa con- 
duite irrégulière amena sa déposition par le synode de cette pro- 
vince, réuni le 22 septembre 1778. Il se retira, à ce moment, dans 
l'église de la Montagne, qui, sur ses faux rapports, l'agréa comme 
pasteur, nonobstant les décisions du synode du Vivarais. De là 
un schisme , qui dura dix-huit ans , et se termina, en 1791 , par 
la soumission du pasteur et de son consistoire. A la réorganisa- 
tion des cultes, Lacoste devint pasteur, président du consistoire 
de Saint-Voy. 

Sabatier de la Bâtie , reçu étudiant par le synode du 
18 juin 1771 , rendit une excellente proposition devant celui du 
27 avril 1774, qui l'admit aux épreuves ordinaires et décida qu'il 
serait consacré au saint ministère dans le quartier qu'il devait des- 
servir. La date n'est pas indiquée , mais elle ne dut pas dépasser 
l'année 1774. Le synode du i'''' mai 1775 lui accorda un congé de 
trois mois, pour rétablir sa santé, et celui du i*"" mai 1783 un 
congé illimité. Il offrit ses services au synode du Dauphiné du 
1*^'' octobre 1783, qui les accepta; puis il devint pasteur de Sedan 
en 1787. Comme il était parti sans congé, le synode du Dauphiné 
du 13 novembre de cette même année l'en blâma. Les Eglises de 
Livron, Loriol et autres, qu'il avait desservies, prièrent le synode 
du Dauphiné du 14 avril 1790 de le leur accorder de nouveau. La 
Compagnie ne le put parce que la province renfermait suffisam- 
ment de pasteurs à ce moment, mais il fut agréé en 1792. Il mou- 



340 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

rut dans son domaine de Coutiol, paroisse de Livron. Sa fille se ma- 
ria avec Frédéric Fuzier, avocat à Grenoble, dont elle eut un fils, 
M. Théodore Fuzier, docteur-médecin à La Voulte et bibliophile 
distingué, et M"e Gally, de Beauchastel , tous les deux décédés. 

Maisonneuve , étudiant au séminaire de Lausanne et rappelé 
dans le Vivarais en 1775. Le synode du 17 mai 1776 décida qu'on 
lui ferait subir les examens ordinaires et qu'il recevrait l'imposition 
des mains le ?o juin prochain à Sainte-Agrève. A dater de ce mo- 
ment, nous perdons complètement ses traces. 

Sabatier du Villard (Pierre), frère de Sabatier de la Bâtie, 
reçu étudiant par le synode du i^"" novembre 1774. Il alla faire 
ses études à Lausanne , d'où il fut redemandé par le synode du 
i®"" mai 1778. Celui du 4 mai 1780 lui accorda un congé indéter- 
miné à cause delà faiblesse de sa santé. Il se remit et devint pas- 
teur de Lyon, mais il mourut à la fleur de l'âge comme son frère. 

Lagarde ( Louis- André) , né à Annonay le 13 mai 1755, ^^^ 
chargé, quoique simple étudiant, de desservir l'église de cette 
ville par le synode du 18 juin 1771. Sa conduite n'y fut pas régu- 
lière, et il cessa ses études. Ayant témoigné du repentir devant 
le synode du 27 avril 1774 et manifesté le désir de reprendre ses 
travaux , la Compagnie ne crut pouvoir l'admettre de nouveau 
comme étudiant, et décida que, pour (( prouver la sincérité de sa 
repentance, il passerait, disent les actes de ce synode, une année 
chez M. son père [à Annonay], sous l'inspection de M. de Châ- 
teauneuf, pasteur, qui lui prescrira des tâches chaque semaine et 
de celle de M. Rieu La Varenne, membre du consistoire d'Anno- 
nay ; et, pour fournir à son entretien pendant le courant de cette 
année, les députés des Eglises ont promis de payer à son père 
une pension de 288 livres. Ce terme passé, il sera reçu en grâce 
et remis dans le rang des étudiants de cette province, l'avertissant 
cependant qu'à la première faute un peu grave , il sera congédié 
sans espoir de retour. « Lagarde , ayant persévéré dans ses bon- 
nes résolutions, fut reçu proposant au synode du i'^'" mai 1775, Le 
i*'' mai 1778 il fut admis aux dernières épreuves, puis consacré le 
12 juillet suivant. En 1 781, il passa au service de l'Eglise de Ton- 
neins, dans l'Agenais, où il était encore en 1808. Voyez Lagarde, 
Chronique des égl. réf. de rAgenais, p. 294-3^2. 

Brunel (Eugène), du Vivarais, était au séminaire de Lausanne, 
comme étudiant de la province, le i*' mai 1775. Le synode du 
lî mai 1779 l'admit à subir ses examens, et décida qu'il recevrait 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. ^41 

l'imposition des mains le 27 juin suivant. Il paraît avoir exercé son 
ministère dans le Vivarais jusqu'à la suppression des cultes, 
en 1793. 

FoNTBONNE (Jcan-Antoine), proposant, était allé faire ses études 
au séminaire de Lausanne ; et, muni de « très bons témoignages, » 
offrit ses services au synode du Vivarais du i" mai 1775 , qui lui 
assigna un quartier à desservir jusqu'au retour de Maisonneuve, 
de T. Simeon Brunel et de Serre , qui étaient en cours d'études 
à Lausanne. Le synode du 14 novembre 1777, ne le trouvant pas 
suffisamment instruit^ lui permit de retourner au séminaire , où il 
demeura, croyons-nous, deux années encore, et fut consacré 
au saint ministère. Il était pasteur à Sedan, Metz et autres lieux 
en 1779, et à Sedan en 1807, après la réorganisation des cultes. 
Il avait ajouté le surnom de Duvernet à son nom. 

Charra (Jacques), né en 1752 à-Laulanier-Grand, paroisse de 
Saint-Voy, fut reçu étudiant par le synode du 14 novembre 1777. 
Celui du 13 mai 1779 décida de l'envoyer au séminaire de Lau- 
sanne, et celui du i»"" mai 1783, de le rappeler et de le soumettre 
aux épreuves ordinaires. Sa consécration fut fixée au 3 juillet sui- 
vant, et eut lieu dans une forêt de sapins avoisinant Annonay. 
Charra, ayant laissé beaucoup à désirer dans sa conduite, fut sus- 
pendu de ses fonctions pour un an par le synode du 23 juin 1791, 
c< jusqu'au moment, » disent ses actes, « où la personne intéressée 
dans cette malheureuse affaire ne fera pas de justes réclamations. » 
Le synode du 19 septembre 1792 leva la suspension , et Charra 
exerça ses fonctions en Vivarais, jusqu'à la suppression des cultes, 
en 1793. En 1807, il vint s'établir à Pontaix, et y fut nommé pas- 
teur par un décret de 1808. Il mourut le 1 1 mai 1845, 

RouRE (Jean-Pierre) dit Terrisse , natif des Vans, et reçu étu- 
diant par le synode du bas Languedoc, du 12 mai 1772. Le collo- 
que du Vivarais, du 17 septembre 1784, l'appela à remplacer Jean 
Blachon , qui avait quitté la province cette même année. Il partit 
lui-même en 1786. Le 5 mai 1789, il fut appelé à desservir Mor- 
nac par le synode de Saintonge, Angoumois et Bordelais. 

Crumière (Jean-Alexandre), reçu étudiant par le synode du 
14 novembre 1777, et autorisé par celui du 4 mai 1780 à aller per- 
fectionner ses études au séminaire de Lausanne, d'où il était de 
retour le i'^'' novembre 1783. Le synode du 26 mai 1785 l'admit 
aux épreuves ordinaires, et décida qu'il serait consacré le 22 ou 
le 25 juin suivant, mais la cérémonie ne put avoir lieu à cette date. 



^42 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Il est vraisemblable pourtant que les pasteurs du Vivarais y pro- 
cédèrent avant la fin de l'année. Il desservit le Vivarais jusqu'en 

I 793 . et, à la réorganisation des cultes, devint pasteur, président 
du consistoire de Lavoulte. Il mourut le 24 décembre 1849. 

AsTiER (Jean-Pierre), reçu étudiant par le synode du i*'' mai 1 783, 
qui décida d'écrire au séminaire de Lausanne pour s'informer s'il 
pourrait y être admis. Nous ignorons la date exacte de son re- 
tour, mais il exerçait son ministère dans le Vivarais le 7 juin 1787. 
A la réorganisation des cultes, il fut nommé pasteur à Boffres. 
Pour le reste, voy. La France protestante , 2^ édit. 

Brunel (T.-Siméon), frère du pasteur de même nom men- 
tionné plus haut. En 1775 , il était au séminaire de Lausanne et 
fut redemandé par le synode du 22 mai 1788, qui décida qu'il 
serait consacré le premier dimanche d'octobre suivant. Il exerça 
le ministère à Vernoux et quitta la province en 1792. Brunel était 
né le i >) août 1759 à Sainte-Marguerite et fit ses premières études 
sous la direction de deux de ses frères, dont l'un était pasteur, 
comme on l'a vu, et l'autre avocat. En quittant le Vivarais, il 
desservit les églises de Salies et Sauveterre (Basses- Pyrénées), 
et exerça aussi son ministère à Meaux (Seine-et-Marne). Le 
22 mars 1808, il fut nommé pasteur à Beaufort (Drôme) et donna 
sa démission en 1837, à cause de son grand âge. 

Kœnig (J.-H.), suisse de nation, s'établit comme pasteur à 
Annonay. Le premier synode du Vivarais , auquel il assista , fut 
celui du 22 mai 1788^ et le dernier celui du 10 juin 1789. Kœnig 
avait quelque éloquence, une belle voix et une taille avantageuse. 

II embrassa la carrière militaire en 1793 et mourut capitaine de 
cavalerie. — De son temps les protestants d'Annonay se réunis- 
saient à l'Auvergnat, dans un pré, derrière les bâtiments. La 
chaire se démontait à volonté et on la déposait dans le moulin , 
qui appartenait à la famille Fournat. Le lieu était paisible et 
solitaire, car la grande route du Puy-en-Velay n'était pas encore 
ouverte; et, d'Annonay, on s'y rendait par une petite porte des 
remparts , nommée la porte de Genève , et par le chemin de 
Paras. 

Rattier (Jacques) dit Besson , né en 1766, fils de Rattier 
(Jean-Louis), propriétaire au Bac (paroisse de Saint-Jean-Cham- 
bre) , de la famille cadette des Rattiers, et « ancien de l'Eglise 
très recommandable, » disent les actes du synode du 1'"' mai 1778, 
« par les services qu'il a rendus à sa province et par son zèle 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 343 

éclairé. « Le jeune Rattier fut reçu étudiant par le synode précité 
et alla faire ses études au séminaire de Lausanne. Celui du 
22 mai 1788 demanda son retour et décida qu'il serait consacré 
dans trois mois, parce qu'il avait besoin, pour le moment, de met- 
tre ordre à ses aflfaires. II fut donné comme pasteur à l'église de 
Saint-Jean-Chambre, puis, le 19 septembre 1792, à celle d'An- 
nonay, qu'il desservit jusqu'à la suppression des cultes. Pendant 
la Révolution , il se retira au Bac , en attendant des jours meil- 
leurs, et, à la réorganisation des cultes, il fut de nouveau pasteur 
à Annonay, puis à Vernoux (1805-1812), et enfin à Valence, où 
il mourut en 1843. Rattier, dit M. Roman dans Le protestant 
valentinois du i<, novembre 1887, était « doué d'une aptitude par- 
ticulière pour la marche, d'un tempérament gai, d'un caractère 
aimable , de conceptions promptes et d'un esprit toujours ouvert 
aux bonnes pensées et aux moyens pratiques de faire le bien... Il 
savait rendre partout sa présence agréable et utile ; il se faisait 
aimer de tous et gardait sa dignité de pasteur sans rien perdre de 
sa popularité. Il était, à sa place en ville et à la campagne... 
Tous ont rendu le même hommage à ses qualités aimables et 
sérieuses. » 

Michel (Honoré), originaire du Languedoc, est mentionné 
comme pasteur du Vivarais par le synode du 23 juin 1791. Il était 
à Saint-Laurent-du-Pape le 19 septembre 1792, et dans la con- 
trée du bas Erieux le i" mai 1793. Pendant la Terreur, il se 
réfugia à Marsillargues , où il fut ensuite pasteur. En 1799 
(an VII), l'Eglise de Montpellier lui adressa vocation. Il vivait 
encore en 1861. Nous connaissons de lui : Sermon d'actions de 
grâce sur la paix générale , Montpellier, juillet 1814, in-8°; Orai- 
son funèbre de Son Altesse royale Frédéric-Adolphe, duc d'Ostro- 
gothie , Montpellier (15 janvier 1804), in-8°. 

Brian, reçu étudiant par le synode du 22 mai 1788, alla faire 
ses études au séminaire de Lausanne. Le synode du i""" mai 1793 
(an II de la République), le jugeant digne de recevoir l'imposi- 
tion des mains , décida que sa consécration aurait lieu le 1 1 août 
suivant, aux Rious, dans l'église de BoflFres. 

Girard , reçu étudiant et reconnu apte à la consécration par 
les mêmes synodes que précédemment. Il était pasteur à Saint- 
Agrève en 1828. 

Ladreyt (Raymond-Pierre) , natif de la Grange de Bosc (pa- 
roisse de Desaignes) et reçu étudiant par le synode du i ^ juin 



344 HISTOIRE DES PROTESTANTS DU VIVARAIS ET DU VELAY. 

1786. Il partit pour Lausanne en juin ou juillet 1791, et revint 
avec Brian et Girard. Sa consécration fut fixée au 11 août 1793 , 
comme la leur. Après la réorganisation des cultes, Ladreyt fut 
nommé pasteur à Desaignes. 

Fort (François), de Silhac, reçu étudiant par le synode du 
23 juin 1791 , et autorisé à se rendre au séminaire de Lausanne 
par celui du i®"" mai 1793. Après la réorganisation des cultes, il 
fut nommé pasteur à Saint- Pierreville , puis à Vernoux. 

Tromparent (Pierre), né à Toulaud, reçu étudiant par le 
synode du 19 septembre 1792. Celui du i*^"" mai 1793 écrivit au 
séminaire de Lausanne pour s'informer si on pourrait l'admettre. 
Après la réorganisation des cultes , Tromparent fut pasteur de 
Privas et mourut assassiné par un jeune homme, dont il avait em- 
pêché le mariage pour de bonnes raisons. 




APPENDICE II 



PREDICATEURS, PROPOSANTS ET ÉTUDIANTS DU VIVA- 
RAIS DEPUIS LE RÉTABLISSEMENT DES SYNODES 
DANS LA PROVINCE EN I 72 I 



Bernard (Jean), né, avant 1680, à La Grassière (paroisse du 
Gua). Il fut arrêté à une époque que nous ignorons et conduit au 
fort du Pont-Saint-Esprit, d'où il sortit, nous ne savons par quel 
moyen. Il assista au premier synode du Dauphiné du 22 août i 716. 
Bientôt après, et la même année, il fut arrêté pour la deuxième 
fois dans sa maison de La Voulte , sur la dénonciation du traître 
Lapise. Conduit d'abord au château de Beauregard, puis à Mont- 
pellier, il parvint, après trois ans de détention, à ouvrir la porte 
de son cachot et revint en Vivarais, où il fut élu modérateur du 
premier synode du Vivarais, assemblé au Désertie 16 juillet 1721. 
Celui du 21 juin 172^ l'autorisa, vu la pénurie des pasteurs, à ad- 
ministrer les sacrements. Arrêté pour la troisième fois à Loriol , 
le 14 juin 1734, il fut enfermé au fort Brescou , par ordre du 
comte de Saint-Florentin, ministre d'Etat, et y languit jusqu'à sa 
mort , dont nous ignorons la date. Nous savons seulement qu'il 
vivait encore en 1 740. 

RouviÈRE (Jean) dit Crotte, natif de Blaizac, paroisse d'Ajoux. 
Le même , vraisemblablement , que le camisard Crotte , qui mit 
en rapport, en 1710, le visionnaire Abraham Mazel avec Claris. 
Arrêté en octobre 1719, il fut conduit à Montpellier et condamné 
aux galères. Il fut délivré vraisemblablement en 1720 , et recom- 
mença ses courses d'évangélisation. De 1725 à 1726, il assista 



546 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

aux synodes du Vivarais ; mais son activité eut surtout pour 
théâtre le Languedoc, et il fut le fidèle compagnon de Corteiz , 
qui dit de lui dans ses Mémoires (p. 20) : « Il n'avait pas de talent 
pour la prédication ; cependant il m'a été d'un grand secours 
pour le chant des Psaumes, pour la lecture et pour la prédica- 
tion. » Rouvière assista au premier synode du Dauphiné du 
22 août 1716. En 1724, son nom se lit sur une liste de pros- 
cription. 

Mersier, né en Vivarais vraisemblablement, assista au pre- 
mier synode du Dauphiné du 22 août 1716. 

MoNTEiL (Jacques), inspiré, né en 1680 à Marcols, assista au 
premier synode du Vivarais du 16 juillet 1621. Suspendu pour 
cause d'immoralité et ayant continué à prêcher, le synode du 
8 juin 1724 le déposa, et ses adhérents furent frappés d'excom- 
munication. Les Eglises, qui prirent fait et cause pour lui, furent 
déclarées schismatiques par le synode du 21 juin 1725. Ces der- 
nières, n'ayant pas accepté le verdict synodal, demandèrent, en 
1727 , une consultation aux pasteurs de Genève , qui ne leur ré- 
pondirent pas favorablement; de sorte que Monteil , se voyant 
condamné dans sa province et à l'étranger, revint à résipiscence 
et pria le synode du 8 mai 1728 de le recevoir à la paix de 
l'Eglise. La congrégation, qui avait tout particulièrement favorisé 
son schisme, demanda aussi à rentrer dans le corps synodal. La 
Compagnie accéda à leurs vœux , à la condition que Monteil et 
ses adhérents se repentiraient publiquement de « leur rébellion 
et partialité. » Ayant satisfait à cette condition, leur réintégration 
fut prononcée par le synode du 8 novembre 1728. Quant à la 
charge de prédicateur, dont Monteil avait demandé à être investi 
de nouveau , le synode déclara qu'elle lui serait conférée par le 
synode national, s'il le jugeait à propos. Le 12 avril 17^1 , alors 
qu'il ne remplissait plus ses fonctions depuis quatre ou cinq ans , 
et était presque dans l'enfance, il fut arrêté et conduit au château 
de Beauregard, où il ne tarda pas à succomber. Il avait quelques 
lumières, au jugement de ses contemporains , mais une beaucoup 
trop haute opinion de ses facultés. 

• Chabrières ou Chabrier (Pierre) dit Brunel . né en 1680, en 
Vivarais selon toute probabilité , assista au premier synode du 
Dauphiné du 22 août 1716. Le dernier synode du Vivarais, dont 
il signe les actes, est du 12 octobre 1741 ; mais il vivait encore en 
174J, et était à cette époque gravement malade. Sans grande 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. ^47 

instruction, il prêchait depuis le commencement du siècle. Le 
synode de Vivarais du 14 septembre 1726 l'avait confirmé dans ses 
fonctions de proposant ou prédicateur, mais sans l'autoriser « à 
toucher aux sacrements. » Voy. le certificat qui lui fut délivré à 
cette occasion , dans le Bulletin de la Soc, etc., t. I , p. 243. 

DoRTiAL (Jean- Pierre) , ouvrier chamoiseur et plus tard culti- 
vateur, né à Chalencon vers 1671 , ancien camisard et réfugié en 
Suisse. Rentré dans le Vivarais à la fin de 1723, on le trouve prê- 
chant le 1 1 juin 1724. Il fut déposé parle synode du i 7 avril 1725, 
pour fait d'insubordination à la discipline , et continua néanmoins 
à prêcher après des réconciliations plus ou moins durables avec 
les pasteurs. C'était, malgré ses défauts, un chrétien convaincu, 
et il souffrit fort courageusement le martyre à Nîmes , le 3 1 juil- 
let 1742. 

Clergues (Pierre) , reçu proposant par provision par le synode 
du II novembre 1724, et confirmé dans cette charge par celui du 
14 septembre 1726, mais sans être autorisé « à toucher aux sacre- 
ments. » En 1729 on dut lui retirer sa charge, parce qu'il n'avait 
pas fait bénir son mariage par un pasteur et s'était adonné à 
l'ivrognerie. 

Martel dit Latour, natif de Poyols en Dauphiné , prêchait 
depuis 1688 et évangélisa non seulement cette province, mais 
encore Orange, le Vivarais et le Languedoc. Il raconte, dans ses 
Mémoires manuscrits (Bibl. de Gen., mss. Court, n° 17, vol. B), 
qu'il fit la connaissance de Claude Brousson, en 1695, à Mor- 
nans, près Bourdeaux en Dauphiné, chez Jacques Mazel , et que 
le célèbre apôtre du Désert lui donna l'ordre d'administrer la 
sainte Cène , ce à quoi il ne voulut jamais consentir. Brousson 
l'engagea aussi à aller à Nîmes et il s'y rendit l'année suivante, en 
passant par le Pont-Saint-Esprit, Saint-Ambroix et Alais. Il 
donna quelques prédications dans ces deux derniers lieux et faillit 
être arrêté dans le second. Etant revenu en Dauphiné, il tomba 
malade et se réfugia en Suisse. Après « plusieurs années de rafraî- 
chissement, » comme il le dit lui-même, il fit diverses fois le 
voyage de France. Au troisième, il fut arrêté à Lyon et relâché , 
ou bien il s'évada. Ce point de ses Mémoires n'est pas clair. En 
1727, il quitta définitivement la France. C'est au cours d'un de 
ces divers voyages qu'il s'établit dans le Vivarais (fin de Tannée 
1724). Après plusieurs mois de travaux, il se présenta comme 
ministre devant le synode du 17 avril 1725 ; mais comme il refusa 



348 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

de donner des témoignages de la réalité de sa charge , de sa 
bonne conduite et de la légitimité des raisons qui lui avaient fait 
abandonner le Dauphiné , la Compagnie enjoignit aux Eglises du 
Vivarais de ne lui laisser remplir aucune fonction pastorale. Elle 
pria en même temps Jacques Roger, pasteur en Dauphiné, 
d'écrire des lettres de représentations à Martel. Ce dernier 
n'ayant pas répondu à ces lettres, non plus que comparu devant 
le synode du 21 juin 1725, cette compagnie confirma sa précé- 
dente décision , et Martel quitta le Vivarais. 

Guii.HOT (Jacques), né aux Vastres en 1670, commença à prê- 
cher dans la Montagne en 1690. Ayant béni des mariages, sans en 
avoir reçu l'autorisation des synodes de la province, celui qui se 
réunit le 21 mai 1732 lui fit promettre de mieux respecter à l'ave- 
nir la discipline. Les synodes du } mai 1734 et du 11 avril 1740 
ayant été informés qu'il n'avait pas tenu sa promesse , le mena- 
cèrent de l'excommunier, lui et ses partisans, s'il ne rentrait dans 
l'ordre ecclésiastique. Guilhot avait peu d'instruction , mais il 
était pieux et honnête. Il travaillait la terre de jour et annonçait 
l'Evangile de nuit. Il vivait encore en 1740. 

Denos (François) dit Chalayer. Le synode du 29 avril 1727 
lui défendit de remplir aucune fonction ecclésiastique, parce qu'il 
se disait inspiré. Il s'était , de plus, adonné à l'ivrognerie et à la 
violence, avait fait baptiser ses enfants par des prêtres et était 
menteur et arrogant. Denos ne savait pas écrire , ne pouvait 
même pas lire une lettre écrite à la main et ignorait les premiers 
principes de la foi. 

Lapra (Jean) dit LafFaurie , né à Chàteauneuf-lès-Vernoux, et 
reçu prédicateur par le synode du 15 avril 1730, demanda à celui 
du 3 mai 1734 une « attestation de sa bonne conduite, « qui lui 
fut accordée. A cette date , il quitta la province et se rendit à 
Carthafern, près Sybourg, dans la province de Hesse-Cassel, où 
il fut régent d'école. 

Moula (Pierre), reçu prédicateur au synode du 11 octobre 
1735. Ayant demandé un congé au synode du 7 octobre 1737 pour 
rétablir sa santé, la Compagnie le lui accorda. Il renouvela sa de- 
mande au synode du 30 avril 1738, qui lui permit de « se retirer, » 
disent ses actes, « où la providence divine voudra l'appeler. » 

Lafont (Paul-Auguste) dit Fontenelle, du bas Languedoc, fit 
ses études, à ses frais, au séminaire de Lausanne, d'avril 1745 à 
juillet 1746. A son retour, il donna quelques prédications dans le 



DU VIVARAIS ET DU VELAY 349 

Vivarais. De là il se rendit en Provence, où il demeura de i 746 à 
à 1754. Il fut consacré au saint ministère en 1748, et devint pas- 
teur dans le haut Languedoc à partir de 1756. Le synode national 
de 1763 le déplaça, parce que quelques-uns de ses coreligionnai- 
res l'accusaiefnt d'avoir des liaisons trop étroites avec les catholi- 
ques. Nous le perdons de vue depuis ce moment. 

Maurin (Jean), natif de Royas, près de Saint-Laurent-du- 
Pape. Le synode du 18 octobre 1757 lui adressa vocation, alors 
qu'il était encore au séminaire de Lausanne, et pria ses directeurs 
de le consacrer au saint ministère. Il semble que ces derniers ne 
furent pas de ce sentiment, car Maurin était encore proposant 
en 1763. 

Pelissier , né à Chalencon , reçu étudiant par le synode du 
18 octobre 1757. 

Peyron (François), né à Saint-Maurice-en-Chalencon. Prédi- 
cateur vers 1765. 

CoSTE, fils du pasteur François Coste, nommé plus haut, étu- 
diant libre au séminaire de Lausanne , demanda au synode du 
27 avril 1774 d'être reçu comme étudiant de la province. La 
Compagnie décida de ne l'agréer comme tel qu'après le retour 
des trois étudiants que le Vivarais avait déjà au séminaire. 

RissoNsdit Bergeron, recommandé par le pasteur Paul Rabaut 
au synode du 13 mai 1779, qui décida de l'envoyer, comme étu- 
diant de la province, au séminaire de Lausanne. 

Lagarde, frère du pasteur Louis-André Lagarde, nommé plus 
haut, reçu étudiant par le même synode. 

Maisonneuve, reçu étudiant par le même synode. C'était le 
petit-fils d'un personnage de même nom. à qui, d'après les 
actes du synode précité , les Eglises du Vivarais devaient de la 
reconnaissance. 

Serre, étudiant au séminaire de Lausanne en 1775. Rappelé 
par le synode du i^"" mai de la même année, il ne fut pas jugé 
suffisamment instruit, et le synode du le-" mai 1778 pria le sémi- 
naire de Lausanne de le reprendre pour une année. Ayant, après 
cela , demandé à desservir un quartier dans le bas Vivarais , le 
synode le lui refusa et ordonna même une enquête à son sujet, le 
1^' mai 1781. Le 22 août suivant, il l'autorisa néanmoins à faire 
les fonctions de prédicateur, mais décida qu'il ne serait consacré 
au saint ministère qu'à l'âge de trente ans, pourvu que, jusque-là, 
sa vie fût régulière. 



^^0 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

GuiLLOT (Balthazar) dit Ducros , du grand Crouzet , paroisse 
de Saint-Voy, s'était introduit sans mandat dans les quartiers de 
Boflfres et de Pierregourde. Ayant demandé au synode du 26 mai 
178^ de le recevoir comme proposant, la Compagnie, qui ne 
trouva pas ses certificats suffisants, lui interdit la prédication pen- 
dant une année, mais lui permit d'enseigner le catéchisme aux par- 
ticuliers. Guillot réitéra sa demande au synode du 15 juin 1786, 
qui le renvoya au synode suivant. 

Bourgade, d'abord prédicateur dans la Montagne et aide du 
pasteur schismatique Philip dit Lacoste, fut envoyé au séminaire 
de Lausanne sur la recommandation des pasteurs des hautes 
Cévennes. Pour le premier fait , et parce que les partisans de 
Lacoste espéraient qu'à son retour il continuerait à seconder ce 
dernier, le synode du 7 juin 1787 décida d'écrire au séminaire de 
Lausanne de le congédier. 

Noë (Antoine) et Noë (Alexandre), fils du pasteur Noë-Bin- 
vignac, mentionné plus haut, furent reçus étudiants par le synode 
du 7 juin 1787. Celui du 22 mai 1788 consentit au départ de l'un 
d'eux, probablement d'Antoine, pour le séminaire de Lausanne. 
Ils avaient été placés sous la direction d'Astier par le premier 
synode. 

Bernard (Louis), né au Chambon , paroisse de Saint-Vincent- 
de-Durfort, reçu étudiant par le synode du 7 juin 1787. 

FoNTBONNE, fils de Jean-Isaac Fontbonne, de Martel, paroisse 
de Saint- Apollinaire-de-Rias , reçu étudiant par le synode du 
22 mai 1788. 

Rattier-Léorat , de Rattier, de la famille aînée des Rattiers, 
ayant demandé au synode du 13 mars 1789 « de l'admettre au 
nombre des étudiants du Vivarais ^t de le recommander en cette 
qualité au V. C. (vénérable comité) de Lausanne, la Compa- 
gnie , » disent les actes de ce synode, « lui accorde sa demande 
à la condition qu'il sera examiné, avant son départ, par le secré- 
taire de ce synode, et qu'à son retour il aura une église dans cette 
province , si on peut lui en former une ; sinon on lui accordera 
d'en demander une ailleurs. » 

Rattier (Jean-Henry), frère plus jeune du pasteur Jacques 
Rattier, mentionné plus haut, reçu étudiant par le synode du 
10 août 1789. 

FuziER (Paul), né en Vivarais, mais domicilié à Vevay (Suisse), 
reçu étudiant par le synode du 19 septembre 1792, sur la recom- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 



?^I 



mandatioti d'un pasteur de cette ville, et autorisé à entrer au 
séminaire de Lausanne par le synode du i^'' mai 1793. 

Léage (Jean-Pierre), de Fraissinet , paroisse de Saint-Jeure- 
de-Bonas, reçu étudiant par le synode du 1®'' mai 179? , qui de- 
vait écrire au séminaire de Lausanne pour s'informer si on pourrait 
l'admettre. 

Feyne (Pierre), du Pichoux, paroisse de Saint-Agrève , reçu 
étudiant par le synode précité. 

Il est vraisemblable que ces neuf derniers étudiants, dont nous 
ne retrouvons plus de traces, furent incorporés dans l'armée fran- 
çaise au moment de la levée en masse ordonnée, le 10 août 1793, 
par la Convention nationale, et que la plupart d'entre eux péri- 
rent sur les champs de bataille. 




PIECES JUSTIFICATIVES 



N" l. — Généalogie des Chambauds (i). 

(Vol. I, p. 74.) 

I. Imbert de Chambaud, écuyer, seigneur de La Tourette , de 
Valaury, puis de GJuiras, mort avant i^8, marié à Françoise de 
Presles, dame de Valaury, morte en 1544. Père de : 

II. François de Chambaud (2), zélé huguenot, écuyer, seigneur 
de Gluiras , de Valaury, puis de Vacherolles. Il acheta, vers 1555, 
d'Annet de la Veyse et de Jacqueline de Vacherolles , femme de 
ce dernier, la maison forte, domaine et métairie noble de Vache- 
rolles, située dans la paroisse de Saint-Julien-d'Ance, près Cra- 
ponne en Velay. Ce fut cette circonstance qui le mit en relation 
avec Claude-Armand de Polignac dit Torticolis, connu sous le 
nom de baron de Chalancon, dont il devint l'ami et le conseiller, 
et qu'il décida à embrasser le parti des huguenots. C'est ce qui 
explique pourquoi François de Chambaud figure , comme commis 
de ce dernier, aux Etats généraux du Languedoc de 1563. Il 
accompagna le capitaine dauphinois Matthieu de Forêts-Blacons 
dans sa tentative infructueuse sur la ville du Puy , en août 1562. 
Blessé dans une rencontre armée en septembre 1578, il testa le 
23 octobre suivant. Il était mort en 1580. De son mariage, con- 
tracté en 1558 avec Christine de Fay, deuxième fille de Renaud 



(i) Chassaing, dans les Mémoires de Jean Burel , p. 89, 108-110. 
(2) Les deux éditions de La France protestante n'ont connu ni François 
ni Imbert de Chambaud. 



II. 



23 



5 54 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

de Fay, seigneur de Gerlande, et de Diane d'Aps , morte le 
i8 novembre 1558, il laissa trois filles et un fils qui suit. 

III. Jacques de Chambaud épousa, en 1577, Marie de Bar- 
jac, fille de feu Charles de Barjac, seigneur de Rochegude et de 
la Baume, commandant dans le Vivarais en l'absence de Dam- 
ville, et de Simone de Lauberge , dame de Colaus. En 1585 , il 
vendit au seigneur de Fay-Gerlande , son parent , la terre de La 
Roche-Carlac , qu'il avait héritée de sa tante Louise de Cham- 
baud , et acheta la baronnie de Privas, par contrats des 11 mai 
1599 et 3 août 1600, de Charles-Robert de Lamarck , comte de 
Maulevrier , petit-fils, par sa mère, de la célèbre Diane de Poi- 
tiers. Henri IV appréciait beaucoup les qualités militaires de 
Jacques de Chambaud et lui confia la charge de mille hommes de 
pied dans l'expédition de Savoie. Il mourut de froid, enseveli dans 
les neiges, vers la mi-novembre 1600, dans la vallée d'Aoste, en 
face de l'ennemi , ne laissant qu'une fille , la célèbre Charlotte- 
Paule de Chambaud, qui s'était mariée, le 5 septembre 1597, 
avec René de la Tour-Gouvernet , un des fils du grand capitaine 
dauphinois de ce nom. — Le reste, comme dans La France pro- 
testante. 

IV. René, qui était chevalier, baron de Larchant et de Meno- 
tier , prit le nom de Chambaud à la mort de son beau-père. En 
1601 il était gouverneur de la ville et château de Montélimar, et 
leva, en 161 1 , avec Nérestan et Fontcouverte , cinq compagnies 
dans le Vivarais et le Velay pour secourir Genève, menacée par 
le duc de Savoie, Charles-Emmanuel, après la mort de Henri IV. 
Ayant pris, en 161 7, avec la permission du roi , du service auprès 
du même duc, qui était en guerre avec les Espagnols, il périt au 
siège de Verceil la même année. — Le reste, comme dans La 
France protestante. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. ^55 

N° II. — Liste générale des réfugiés du Viva- 

RAIS ET DU VeLAY. 
(Vol. I, p. 96.) 

A. — RÉFUGIÉS DE Genève. 
10 Réfugiés reçus habitants de Genève (i). 

1551, 14 mai. Sbatien Destourbe, du païs de Viveres , du lieu 
de Volconse, diocèse de Vienne. 

1554, 22 mai. Michel Leruson, potier d'estaing, de Privas en 
Vivareys. 

— 12 juin. Firmin Gevaudan , escripvain du lieu des Jugle- 

fes, paroisse de S» Mellany, en Viveroys. 

— ^i juillet. Mathieu du Nyère, de Scalancon en Vivaires, 

diocèse de Viviers, libraire. 

— 15 octobre. Pierre Bourgeois (ou Bourgeas) , du lieu des 

Beaulx, par" de T... et diocèse du Puy en 
Velay. 
M 56, 6 janvier. Gabriel de Loue, bolengier, natif de Joieuse 
en Vivarès. 

— 27 avril. Vidal Labos, couturier, natif de Grat.,.c, diocèse 

du Puy. 

— 4 mai. Bertrand Rocthain , natif de la ville de Joyeuse 

du Languedoc. 

— — Antoine Larmandes , natif de la ville de Joyeuse 

du Languedoc. 

— 25 mai. Bartholomier Cluseau, esguilletier, natif de Sainct 

Dédier en Vellay, 

— 21 décembre. Guillaume, fils de feu Claude Veye, de 

Chalencon en Vivereis. 
1557, 15 mars. Antoine Blachière , du lieu de Valx , diocèse du 
Viviers du Languedoc. 

— 29 mars. Hugu-es Morin, d'Annonay au Vivarois, diocèse 

de Vienne. 



(i) Registre et Rolle des estrangiers, etc. Lacunes du 50 janvier 1569 au 
21 septembre 1^72 ; du 5 août 1574 au 17 janvier içS? (Arch. de Thôtel de 
ville de Genève). 



w5 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

,557, c; avril. Antoine Chabert , le jeusne , natif de la ville 
d'Annonay en Vivereys, dioc. de Vienne. 

— 26 avril. Loys de Brunaire, imprimeur, natif de la ville 

d'Annonay en Vivereys, dioc. de Vienne. 

— 28 juin. Baltazard Monnyier , natif de Beaumont en Vi- 

veras. 

— 15 octobre. Antoine Moreton , tanneur , natif d'Annonay 

en Viveroys. 

— 18 octobre. Etienne de Launes, de la ville de Joyeuse en 

Viverois. 
__ — Michel Loyal, natif de la ville d'Annonay en 

Viverois. 
,5^8, 22 mai. Gervais de Meserat, natif de S» Laurent des 

Bauges, au diocèse de Viviers. 
_ 5 décembre. Jehan de la Rive, natif de Thues en 

Viveres. 
icig 9 mars. Antoine Marin, de Mayres en Vivareys. 
_ ' 20 mars. Claude Bonnaire (ou Bouvaire) , fileur de soie, 
natif de la ville d'Annonay en Viverès, dio- 
cèse de Vignie (Vienne) en Daulphiné. 
- 24 avril. Florimon Darbres, cordonnier , natif de la ville 

d'Aulbenas en Vivareis. 
_ _ Nicolas Baruel, originaire du lieu de Privas en 

Vivareis , pays de Lang«. 
_ 8 mai. Mathieu Marca, tisserand, natif de la ville d'An- 
nonay en Vivereis, dioc" de Vienne en Dau- 
phiné. . 

_ ,5 mai. André Rosier, du lieu de la Rovoire en Velay , 

diocèse du Puy. 
_ 10 juillet. Matthieu Pascal, natif de Joyeuse. 
_ , 7 juillet. Jean Bonier (ou Bovier), natif de la ville d An- 

nonay en Viverois, dioc. de Vienne. 
_ 7 août. Jehan Charaix , acquebutier, natif de Joyeuse en 

Vivareis. 
- 8 août. Claude Riou , du lieu de Loulanier grand en 

Velay , dioc. du Puy. 
_ 4 septembre. Biaise Hollier, natif de La Chapelle au 

pays de Vivares , médecin. 
_ _. Simon, Claude, Nicolas, Louis et Guil- 

laume Duboes , espinasseurs , père et 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 3 57 

fils , natifs de la ville de Largentière en 
Viverois , pays de Languedoc. 
1559, 9 octobre. Jehan Goyon , natif de la ville du Puy en 
Velay , dioc. de la dite cité. 

2 novembre. Noble Jehan Mondon (ou Moudon) , du 

du lieu d'Antragues en Vyvareis. 

— 18 décembre. Jehan Briançon, tanneur de la ville d'An- 

nonay, en Viverois, dioc. de Vienne. 
1572, 8 septembre. Pierre Daviti (ou Daniti), de Tournon en 
Viverois. 

— ;i3 septembre. M« Pierre Raillet, du comté de Bourgo- 

gogne, ministre à Annonay, pays de 
Viverois. 

— 16 octobre. M« Nicolas du Faure, de Dunière en Velay, 

advocat au siège de Montfaucon. 

— 20 octobre. M** Pierre de Cussonel , d'Annonay en Lan- 

guedoc. 

— 31 octobre. Maturin Judi , d'Annonay, advocat. 

— — Antoine Mercier, d'Annonay. 

— Thomas Ducros , de Monetier près d'Anno- 
nay, m** d'escole. 

— — Jean Arnaud, d'Arsans en Viverois, ministre 

à Lyon et ailleurs. 

— 4 novembre. Antoine Charbonnel du Puys , pays de 

Velay, tanneur. 

— 7 novembre. Claude Chomel, d'Annonay, et 

Bartholomé Varnasson, dudit lieu, cordon- 
nier. 

— — Jean Pensière, d'Annonay , tanneur. 

— 18 novembre. Vital Laurent, d'auprès du Puys en Auver- 

gne {sic), ministre au Buys et à Vercores 
(Vercoiran) en Dauphiné. 
26 novembre. Pierre de Borne, du Vivarès, en Lan- 
guedoc. 
ii;85 , 9 février. Claude, fils d'Ant»» Four du Puy en Auver- 
gne (sic), espinglier. 

— !«■■ mars. Jean, fils de Félix Clôt, de Chalencon en Viva- 

rez, tisserand de toiles. 

— 29 mars. Jaques , fils de Pierre Fore . de Desaigne en 

Vivaretz, cordonnier. 



3^8 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

1585, 5 avril. Laurent, fils d'André Baume, d'Aubenas en Vi- 

varois, chapelier. 

— 20 juin. Elie, fils d'Antoine Neri, de Privas en Vive- 

retz , teinturier. 

— — Jean, fils de Jean Faubrot, de Meiras en Vivaretz, 

tailleur ,^et 
Pierre , fils de Jean Dellis, de Joyet (Joyeuse ?) en 
Vivaretz, tailleur. 

— IQ juillet. Jaques , fils de Jaques Revel , de Chasteauneuf 

de Vernes (Vernoux), en hault Vivarès, cor- 
donnier... 

— 4 octobre. Jean, fils de Jean Montmiral, de Nonnay en 

Vivaretz, chapelier, 

— II novembre. Estienne Roux, de Puy en Vellay, tan- 

neur. 

— 20 décembre. Jean Floud, d'Annonay, drappier. 

— — Barthélémy Fauger , d'Annonay, labou- 

reur. 

1586, 28 mars. André Flot, d'Annonay en Vivaretz, sargier. 

— 3 mai. Antoine de Vassart , de La Voulte en Vivaretz, 

marchand. 

1587, 15 décembre. Rostan André, de Privas, 

1681 , 28 mai. Mellet Bernard, du Vivarais, soldat de sa pro- 
fession. 
1685, 4 septembre, Gougeon Jacques, d'Annonay, relieur de 
livres. 

— 28 septembre. Rignol Jean, d'Annonay, cordonnier. 

— 15 octobre. Combler Matthieu, de Beauchastel. 
1687, 9 avril. Béraud Jacques, de Privas, cordonnier. 

— 10 décembre. Rossilon Jacques, de Beauchastel. 

16B8, 13 janvier. Dupré Isaac, de Chalencon (Vivarais), tail- 
leur. 

— 9 juin. Seauve Jean, de Vernou (Vivarais), faiseur de 

draps. 

— 29 août, Vincent Simon Pierre, de Vivarais, boulanger. 

— 31 août. Poyas Jacques, de Beauffre, chirurgien. 
1689, 5 mars. Chastanier, du Cheylas. 

— 7 septembre. Bérault Paul, de Privas, cordonnier. 

— 15 octobre. Borgel Etienne, d'Annonay, marchand. 

— 30 décembre. Ministrier Paul, d'Annonay. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 3 59 

1690, 7 avril. Fore, de Pierreville (Vivarais), tisserand. 

1692, 15 août. Bellay Jean, de Pierregourde (Vivarais), me- 

nuisier. 

1693, II juillet. Poyas, de Boffres , chirurgien. 

1694, 6 juillet. Bret Jérôme, de Toule (Vivarets), cordonnier. 
6 octobre. Freydier Etienne, de Lavoulte, tailleur. 

1695, 27 avril. Mestier Louis, de S' Siphorien (Vivarets), 

tailleur. 

1696, 2 mars. Justamous Annibal , de Valon , chirurgien. 
25 mars, Teiras Jean , de Beauchastel, cordonnier. 

— 26 mai. Chastagneret Paul, de Chalencon, tailleur. 

— 10 novembre. Salomon Pierre, de Marcol (Vivarais), 

tailleur. 

1697, 15 février. Bouverot Claude, de Véron (Vivarais), tisse- 

rand. 

— 19 septembre. Favres Jacques, de St Pierreville, tisse- 

rand. 

1698, 28 mars. Luquay Gédéon , du Cheylas, tailleur. 

1701, 7 février. Delomme Pierre, de Charmes, marchand. 

— 12 février. Salomon Jean Pierre, de Marcols. 

— 15 février. Boulier de Beauregard (Alexandre), d'An- 

nonay. 

— 21 octobre. Roussillon Jean , de S» Fortunat, horloger. 

— 28 octobre. Peyret Isaac, de S' Fortunat, horloger. 

1702, 7 mars. Rieux Jean Louis, de Privas, marchand. 

— 27 mars. Bac Antoine, de Pierregourde, ébéniste. 
1703 , i^"" août. Prat Pierre , de Veyras, chapelier. 

1705, 28 février. Combaroux François, d'Annonay, peintre. 

— 6 mars. Bourjat Jean, du Vivarais. 

— 2 juin. Porrel Pierre Antoine, de Châteauneuf( Vivarais). 

1706, 18 janvier. Azalbert Jean, de Carman , Vivarais, faiseur 

de bas. 

— 24 avril. Dupoux François, de Vallon, tisserand. 

— 22 juin. Pouget Esaïe, de Vallon, faiseur de bas. 
Ï708, 18 mars. Ozy Louis, de Mirabel (Vivarais), menuisier. 

^, avril. Meyer Mathieu, de S' Julien. 

— 22 juin. Charrière (François de la), de Privas, négociant. 
_ — Salli Etienne, de S» Fortunat, soldat. 

— II août. Bourgeat Louis, de Gleuras (Vivarais), tailleur. 

— 28 août. Paret Théophile, d'Annonay, chapelier. 



360 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

170H, 7 septembre. Barbe Jacques, de Vernou, charpentier. 

— 29 septembre. Montillon Jean, d'Annonay. 

1709, 20 avril. Lacombe Claude, de Gluiras (Vivarais), menui- 

sier. 

1710, 16 septembre. Saunier Etienne, de Vernou, tondeur de 

draps. 

1711, 27 février. Pialet Jacques, de S* Vincent de Bary, jardinier. 

— 17 août. Vernai Jacques , du Vivarais, tailleur. 

— i®'" septembre. Miane Jacques, de Privas, boulanger. 

— 15 septembre. Bâtard Antoine , du Vivarais, cordonnier. 

— 9 octobre. Conte Etienne, de Privas. 

— 8 décembre. Fore (ou Faure) J. Pierre, du Vivarais, 

jardinier. 

171 2, 29 mars. Melared Mathieu, de Privas, tailleur. 

171 3, 13 janvier. Vial Joseph, du Vivarais, tondeur. 

— 24 juin. Matevon Antoine, du Vivarais, tailleur. 

1714, 5 janvier. Luquet Jean, de la Bâtie de Crussols, tailleur. 

— 10 février. Prat Paul, du Vivarais, drapier. 

— 12 mars. Peystre Jacques, de Tence. 

— 10 avril. Vernay Pierre, du Vivarais. 

— 30 mai. Fore (ou Faure) Louis, fils de Henri, du Viva- 

rets, tisserand. 

— 10 août. Dubois Moïse, du Vivarais, menuisier. 

1715, 21 janvier. Johannot Mathieu, d'Annonay, droguiste. 

1716, 15 mai. Rouvière Abraham, de M... en Vivarais, brouet- 

tier. 

— 8 juillet. Fougerol Louis, du Vivarais. 

— 21 novembre. Roche Jacques, d'Annonay, maréchal. 

— — Grel Salomon , de Chomerac, cordonnier. 

171 7, II juin. Gaillard Pierre, de S* Silvestre, perrier. 

1718, 9 février. Cherrier Antoine, de Loche en Vivarais (?) , 

soldat. 

— 5 juillet. Lérat Antoine, Vivarais, menuisier. 

1719, I®'' septembre. Virilliat Pierre, Thines en Vivarais, soldat. 

1720, 4 mars. Serres Joachim, du Vivarais, tailleur. 

— 19 avril. Pestre Jean, de Privas, tanneur. 

— 29 juin. Pioche Alexandre, de Serres, près Privas. 

— 5 juillet. Téron Jean , de duras , Vivarais, ouvrier dra- 

pier. 

— 12 juillet. Olier Jean, de Vallon, boulanger. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 361 

1721, 22 mars. Grel Pierre, de Charmes , cordonnier. 

1722, 9 février. Simon Jacques, de Belcastel , garçon de ma- 

gasin. 

— 20 février. Soubéran Louis, de S' Georges , tisserand. 

— 17 avril. Ducros Jean, de Prades ou Prannes en Vivarais, 

tisserand. 

— 27 mai. Remondou Jean, de S» Fortunat, jardinier. 

— i^r juillet. James Mathieu, de Si Vincent, boulanger. 

1723, 4 juin. M ondon Jacques, Privas, manœuvre. 

1725, 21 avril. Imbert Jean , du Cheylard , tisserand. 

— 15 mai. Bourget Jacques, d'Annonay, chapelier. 

— 15 juin. Chambaud Alexandre, de Privas, manœuvre. 

— 3 juillet. Mallet David, Privas, cordonnier. 

— 5 novembre. Courtial Elisée, de Vernou, soldat. 

— 17 novembre. Essertier Daniel, du Vivarais, jardinier. 

— 3 décembre. Béraud Joseph , du Vivarais, menuisier.. 

1726, !<, avril. Maire J. Jacques, La Bâtie de Crussols, f"" de 

bas. 

— 29 avril. Fougerol Alexandre, de Serres, caporal. 

— 7 septembre. Chavagnac Jacques, près Privas, coupeur 

de bois. 

— 27 septembre. Valette Jean, Chaulhiac , sergent. 

1727, 4 avril. Charmesson Pierre, de Vallon, tanneur. 

— 18 avril. Major Jean, de Baix, manœuvre. 

— 17 mai. Comte Jacques, Privas, maçon. 

— 18 mai. Pouret Pierre, S* Julien, menuisier. 

— 4 juillet. Mauve Matthieu, Privas, tisserand. 

— 22 août. Dosson Jacques, Privas, cordonnier. 

1728, 19 mars. Rission Pierre, S» Vincent du Fort, jardinier. 

— 19 avril. Brunet David, Vernou, cordonnier. 

— 9 juillet. Blanc Félix, Chambon , chapelier. 

1729, 2 février. Remond Jean, de la Bâtie de Crussols. 

1730, 4 février. Mazeirac François, de Vernou, corroyeur. 

— 4 août. Mialle Simon, Privas. 

— 6 septembre. Chazal François, Privas, tailleur. 

— 18 novembre. Lafont Antoine, S' Cierge, fournier. 

1731, 16 janvier. Glaize David, Chalencon , soldat. 

— 22 juin. Salmon Jean , Marcols, perruquier. 

— 6 juillet. Vezian Etienne, du Vivarais, soldat. 

— 29 octobre. Trappier Jacques, du Vivarais, tanneur. 



j62 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

1732, II janvier. Ponconnet Nicolas, du Vivarais, cordonnier. 

— II février. Arnaud Jacques, Le Puy, relieur. 

— 2 mai. Chambon Louis, S* Pierreville, fab* de bas. 

1733, 17 avril. Pinet Jean, S» Marcel, boulanger. 

1734, — André Juste Henri, du Vivarais, perruquier. 
ï735> 7 janvier. Prat Pierre, Privas, manœuvre. 

— 27 avril. Gralliac Mathieu, Beauchastel. 

1736, 9 mars. Closet Daniel, Privas. 

1737, 18 mars. Valon , tailleur. 

1738, 8 février. Peyras Pierre, Glun, près Tournon , jardinier. 

— 4 juillet. Dorsival Jean, Bergeron (.'') (Vivarais), mouli- 

nier de soie. 

— 12 août. Gaise Jacques, S» Geneis, menuisier. 

1739, 3 février. Chapelon Pierre, S' Agrève. 

1740, 25 mars. Brusee Paul (dit Lamothe), Privas, traiteur. 

— 16 septembre. Barnoin Jacques, Vallon. 
.1741 , 25 mars. Escotet Jean, La Bâtie du Vis. 

— 8 septembre. Jouvet Pierre, du Vivarais, tailleur. 

— 15 septembre. Bougnard J. Jacques, S' Fortunat. 
1742, 9 février. Gros Etienne, S* Agrève, tisserand. 

— 23 février. Verdier Jean Paul, Vallon, tailleur. 

— 15 juin. Boisson Jean, Vernoux. 

— 6 août. Paget Etienne , d'Annonay, tanneur. 

— 7 décembre. Duvillard Pierre, Solignac. 

1743 , 9 février. Chante François, de V... en Vivarais, soldat. 
1744, 14 mars. Brunet J. Pierre, S' Michel. 

— 8 juin. OUier Marc, Vallon, cordonnier. 

— 10 juilUet. Clausel Pierre, de Pys, garçon chirurgien. 

— 21 août. Pradier Pierre, Vallon , fondeur. 

1748, 20 février. Brot Jacques, du Puy, passementier. 

— 27 août. Aldier Antoine, Vallon, boulanger. 

— 4 octobre. Poux (Velay), f de soie. 

1749, 20 janvier. Meyer Mathieu, du Vivarais, chapelier. 

— 19 avril. Lagrange François, d'Annonay. 

— 9 juin. Picot Isaac, du Vivarais, tailleur. 

1750, 16 juin. Chazal Louis, La Mastre, horloger. 
171)2, 6 mars. Pagaud Alexandre, Chomérac, charpentier. 

— 12 juin. Laurier Timothée, Privas, menuisier. 
1754, 29 juin. Chossat Etienne, Boffres, tanneur. 

— 15 juillet. Durand Jacques , Creyssac. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 363 

1755, 15 mars. Ducros François. Vallon , tisserand. 
•759» 19 janvier. Delarbre Pierre, Gluiras, négociant. 

— 12 novembre. Mentelin Baptiste, Annonay, serrurier. 
1762, 26 novembre. Chatel Jean Pierre, Valançon, coupeur de 

bois. 

1764, 21 mars. Chirouze Pierre, du Vivarais, chapelier. 

— 25 mai. Bernard Claude, Vernou, tanneur. 

— 2 juin. Maisonneuve J. Pierre, Champis, tanneur. 

— 20 novembre. Lafaye Marc, Salavas, f de bas. 

1765, 8 avril. Bansel Jacques Dessagnes, menuisier. 

— 26 avril. Arsac Antoine, S» Agrève, tailleur. 

1766, 21 mars. Peschère Simon , Vallon , cordonnier. 

— 29 avril. Payen Paul , S' Alban. 

1772, 13 juillet. Ponton Louis, S* Michel, cordonnier, 
1774, 13 mai. Broë Jean, Lagarde, commis commerçant. 

— 26 août. S» André Antoine, Bras, négociant. 

1776, 23 avril. Duron Jean François, d'Aubi près le Champis, 
ouvrier boulanger. 

1778, 27 juin. Jean Broë, Lagarde. 

1779, 6 juin. Ducros Jacques, S' Cierge, tanneur. 

1780, 5 mai. Lafaye Pierre, Salavas, négociant. 

— 30 octobre. Dussaud Jean, Vallon, chirurgien. 

1783, 7 mars. Raze Jean Pierre, D (i), du Vivarais, garçon 
fournier. 

— 25 avril. Donosil Jean, D, du Vivarais, ouvrier menui- 

sier. 

— 28 juillet. Lagrange Louis, D, du Vivarais, coupeur de 

bois. 

— — S' André Jean, D, du Vivarais, relieur. 

— II août. Bole Pierre, D, du Vivarais, tailleur. 

— 22 décembre. Buisson Moïse, D, du Vivarais, jardinier. 
1788, i<, février. Debar Pierre, D, du Vivarais, tailleur. 
1790, 10 août. Bosc Pierre, du Vivarais, tanneur. 

1795, 14 novembre. Bioussier Etienne, Vivarais, tanneur (de- 
mande à être reçu citoyen). 



(i) Domicilié. Classe de citoyens créée à Genève dans les dernières an- 
nées du dix-huitième siècle, et jouissant de quelques privilèges de moins que 
les habitants. 



364 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

2" Réfugiés reçus bourgeois de Genève (i). 

1538, 29 janvier. Pierre Gurin de Nonnain en Vivareys. 
1567, 10 juillet. Loys, filz de M» Anth. MalioUier, d'Aubenas 

en Vivareys, ayant Daniel et Isaac ses fils. 
1560, 10 juin. Jehan, filz de feu Michel Beal de Brins en 

Vivarets. 
1561 , 26 juin. Jacques, filz de feu Claude Vuyton, de Tournon 

en Vivarets. 
1563 , 22 juillet. Michel Leoson, pothier, de Privas en Vivarets. 
1564, 25 décembre. Me Estienne Reboulet, régent au collège, 
fils de feu Jehan Reboulet;, luy vivant no- 
taire royal , de S^ Agreve en Vivarais. 
1579, 6 mars. Barthélemi Vidalon , fils de Claude, d'Annonay. 
1584, 18 mai. Pierre Bausson, fils de Jean, apothicaire d'Orela- 

genc {}) en Vivarets. 
1595, 2! octobre. Estienne, filz de feu Jacques Roux, du pays 

de Velay. 
1604, 22 août. Pierre Joffre et Estienne Joffre, son nepveu , 

d'Aubenas en Vivareys. 
1614, 5 juillet. Pierre Grangier, fils de Durand, foulon, de 

Saint-Jeure [d'Andaure] en Vivarois. 
1616, 5 juillet. Pierre, fils de feu Durand Grangier, de S. Joire 

en Vivaretz. 
1670, 23 décembre. Jean Brune, de Symphorien en Vivarez. 

1684, 22 mars. Abraham Duvillars, du Vivarets. 

1685 , 3 février. Céphas Reynet, de Privas en Vivarets. 
1697, 26 janvier. S"* Etienne, fils de feu Théophile Bourguet , 

d'Annonay en Vivarès, avec Isaac, Nicolas 
et Etienne Bourguet, ses trois fils. 
1699, 14 juillet. S"" Alexandre, fils de s'' Jacques Rieu , de Pri- 
vas en Vivarets. 
1705, 22 avril. S"" Jean, fils d'Estienne Chôme), d'Annonay en 

Vivarais. 
1708. 26 novembre. Jean Louis, fils de Jean Rieux, de Privas 
en Vivarais. 

(i) Livre de bourgeoisie (Arch. de Ihôtel de ville de Genève^. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 365 

1710, 2} août. Charles, fils de Charles Combler, de Charmes 
en Vivarets. 

1711 , 2 décembre. Antoine, fils de feu Simon Duvillard, d'Al- 
lisas, au balliage de Privas, avec David 
Duvillard, François et Emmanuel Du- 
villard, ses trois fils. 

1714, 5 octobre. S"" Alexandre, fils de s^" François Menuret, 

de Baix en Vivarets. 

1715, 1) mars. S"" François, fils de feu Antoine Villard , de La 

Gorce en Vivarets, avec Jean et George Vil- 
lard, ses fils. 

1725 , 9 février. S"" François, fils de feu s"" Abraham Peschier, 
du lieu de Valon en Vivarets. 

1726, 28 mai. S"' Antoine, fils de feu s"" François Coullet, mar- 
chand, de Saint Fortunat en Vivarets. 

1729, 14 mai. S"" Paul Torras, marchand, fils de s'' Paul Torras, 

de Beauchastel en Vivarez. 

1730, 28 novembre. Jean André Juventin, fils de Jean Pierre, 

de Bauflfres en Vivarets, né à Lausanne. 
1747, 23 mai. S"" Jean César, fils de Simon Broë , natif de la 

Mastre en Vivarets, apothicaire. 
1769, 29 septembre. Jean Pierre Terras, de Vivarets, fils de 

André Terras, chirurgien. 
1771 , 25 juin. François Lagrange, d'Annonay en Vivarès, fils de 
feu André Lagrange, avec Pierre Barthélémy, 
son fils. 
1779, 22 juin. Jean César Broë, fils de Jean Pierre, négociant, 
de La Garde en Vivarets, avec Jean Victor, son 
fils mineur. 

B. — 1° Liste des réfugiés du Vivarais étant à Lausanne en 
janvier 1765 (i). 

Refuge du chef 
de famille. 

Veuve Bousquet, veuve de Marie. 

Blachon Jean, ci-devant ministre. 1750 

Bernard Madeleine, de feu Charles. 171 2 

(i) Arch. nat. , TT, 235, 



^66 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Refuge du chef 
de famille. 

Chatil Jean. 1741; 

Comberouge , veuve de Louis. 1740 

Chabrin Jean. 1717 

Chave Louis. 1738 

Chambaud Jacques. Ï727 

Craponni Matthieu. '727 

Desrois Jean Baptiste. 1737 

De Montrond Charles J. G. L. 

De Montrond Reymond. 

De Montrond François, fils du susdit. 

Edon Marguerite, de Nicolas. 

Edon Nicolas, de Jean, 1686 

Perrière Antoine. 1755 

Fraisse Abraham feu Antoine. 171 5 

Ferrier Pierre. 1755 

Gardel Charles. 1720 

Genton, veuve de Simon. 1747 , 

Lassagne, v* de ministre. 1740 

Lespinasse Anne. 1736 

Matthieu Marie et Louise. 171 5 

Molle Abraham, de Jean. 1686 

Massip, veuve de Jacques. 

Molle Elle, de Jean. 1086 

Parret Jean David, de Jean David. 1740 

Plancher Catherine. 1764 

Veyrin André. 1727 

Vicat Henriette. 1754 

2" Autres réfugiés du pays de Vaud (i). 

1552, 14 janvier. Loys Chabel , de Annonay", à Lausanne. 
1571» 30 avril. Anthoine Larmandes , marchand drapier, de 

Viviers, à Lausanne. 

Derocle , originaire de Chastenet , paroisse de Valgorge , à 
Yverdon. 



(i) A. Crottet, Histoire et annales de la ville d'Yverdon , p. 614, 6^5. 
E. Combe, Les réfugiés de la Révocation, p. 122. Ms. Court, n» 17, vol. L. 
Jules Chavannes, Les réfugiés français. Bulletin, etc., t. IX, p. 155- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 367 

François Menet , originaire de Beauchastel , négociant à Turin, 

reçu bourgeois d'Yverdon le 23 novembre 1771. 
1690. « M. Saurin, du Vivarez, et sa famille ; on estime qu'ils 
doivent être assistés par semaine de 30 sols » , à 
Lausanne. 
1688, 2^ mars. B. Montillon, ancien de l'Eglise d'Annonay, à 

Lausanne (?); Gloray, d'Annonay (Idem). 
1791 , 18 avril. Plancher, de Privas, à Vevay. 
_ — Pontal, — — 

— — Sorbier, de Chomérac — 
1698. De Montrond, à Bâle. 

— Jacques Poya, de Boffres, chirurgien, à Bâle. 

C. — RÉFUGIÉS DE NeUCHATEL NATURALISÉS (l). 

1710, 14 janvier. Jean Bougnard , de Saint Christol. 

— 17 février. Pierre Villard, d'Alissas, proche Privas. 

— — Marie Bautial, d'Alissas. 

— — Anne Foulier. de Sous, paroisse de Juldan la 

Brosse. 

— 3 mars. Isaac Boyer, de Dugua. 

— 17 mars, Samson du Seau, d'Aubenas. 

— — Simon Pierre Boussenat, de La Serre, tailleur 

d'habits. 

— 24 mars. Etienne Rousson, de Chalencon. 

— — Antoine Arsac, de Boisvert en Saint Jean Roule, 

faiseur de bas. 

— — Antoine Sallier, de Crussol, cardeur de laine. 

— — Jean Picquet, de Vais. 

— — Antoine Meyssaunier, de Vais. 

— — Paul Alfrène , de Creisseilles. 

— 8 avril. Jacques Moula, de Fillastre, de l'Eglise de Chey- 

lard, tailleur d'habits. 

— 28 avril. Jacques Duplan d'Aubray, paroisse de Vais. 

— 17 mai. Jean Jacques Saunier, de Chilias, drapier. 

— 4 juillet. Etienne Lerisse, de Guillerans, paroisse de 

Peyre, chapelier. 

(i) Bulletin, etc., t. IX, p. 46i;-47î. F. Godet, Hist. de la réf. et du re- 
fuge, etc., p. 380. 



:}68 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

7101, 4 août. François Brune, de La Pervenche, paroisse du 
Gua, marchand. 

— 10 septembre. Antoine Lauzias, du lieu de Junvers. 

— 15 septembre. Jeanne Blanchon, du Pouzin. 

1711, 3 février. Jérôme Alexandre Vincent, de Privas, graveur. 

— 16 juin. Joachim Pomaret, de la Routière. 

— 17 juin, Jacques Crouzet, de la GrezièrC;, paroisse du Gua. 

— 14 septembre. Matthieu Chara , de Saint Vincent de 

Barrés, faiseur de bas. 

— 21 décembre. François Louis de Reboulet, de Privas, 

officier en Hollande. 

D. — 1° Rôle général des Français réfugiés dans les Etats de Sa 
Majesté le roi de Prusse et électeur de Brandebourg comme ils 
se sont trouvés au 31 décembre 1700 (i). 

Berlin. 

Jacques Duclos, de Privas, teinturier, sa femrne, deux enfants, 
deux ouvriers. 

Estienne Terrasse, de Vivarets, peigneur de laine, sa femme et 
ses deux enfants. 

Cologne. 

Le s'' Pierre André Chomel , d'Annonay, gantier, sa femme et 
un compagnon. 

Anthoine Lafaye, du Vivarets, maletier, sa femme et deux 
enfants. 

François Higonet, de Privas, peigneur de laine. 

Louis Suet et Pierre Jambons, de Privas. 

Suzanne Thibaut, Elisabeth Sarry et Susanne Pinars, du Viva- 
rets. 

Le s' Pierre Archimbaut, d'Annonay ;, lecteur, et un enfant. 

Vidal Fargé, manufacturier de bas, de Privas, sa femme, deux 
enfants et sept ouvriers. 



(i) Manuscrit de la bibliothèque de l'histoire du protestantisme français. 
A cette époque, on comptait, dans le Brandebourg, quatorze mille huit cent 
quarante-quatre réfugiés protestants français. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 369 

Le sf André Lejeune, du Vivarets, sa femme et trois compa- 
gnons. 

La dem. veuve du s'' Duclos, de Privas. 

Jean Bouveron , de Privas, cordonnier, sa femme et un enfant. 

Salomon Champ, du Vivarets, tailleur, sa femme et un enfant. 

Magdelaine Lubat et Marie Ladreit , de la province du Viva- 
rets. 

Jean Philbert , du Vivarets, porteur de chaise. 

Pierre Bessé , du Vivarets, faiseur de bas, sa femme, deux 
enfans et un compagnon. 

Louis Schouch , de la ville de Privas , peigneur de laine. 

Le Werder. 

La dame , femme de M"" Jacques de la Combe de Clusel , du 
Vivarets, lieutenant aux gardes. 

Paul Pouzet, du Vivarets, faiseur d'aiguilles, sa femme et une 
fille. 

Le s'' Alexandre Romejon, du Vivarets. 

La Villeneuve. 

La demoiselle de Chambaut, sœur du s'' de Chambaut, escuyer, 
lieutenant réformé. 

Les deux demoiselles Lacombe, du Vivarets. 

Louis Soustel, du Vivarets, passementier, et sa femme. 

Pierre Rondet, du Vivarets, et sa femme. 

A LA MAISON de CHARITÉ (dE LA ViLLENEUVE). 

Le s*" François Grignon, du Vivarets. 

Le S' André Lacour, chirurgien, d'Annonay. 

Friderichstadt. 

La veuve de Pierre Reynac, du Vivarets, et deux enfans. 
Charles Gruy, de Privas, boulanger, et sa femme. 

A LA MAISON DE REFUGE (dE FrIDERICHSTADT). 

Jean Tremoulet de Montaigu , gentilhomme, de Chaleiicon en 
Vivarets , et six enfans. 

La veuve de Jean Pochelin, Ju Vivarets, et sa rille. 
II. ^4 



570 histoire des protestants 

Orangebourg. 

M. de la Charrière , ministre du Vivarets. 

Paul Benoist, du Vivarets, laboureur, sa femme et deux enfans. 

SCHWEDT. 

Pierre Reboul, du Vivarets, serger, sa femme et une fille. 
Pierre Bouvanen, du Vivarets, compagnon serger. 
Dgfjjelie Marguerite Gervais, du Vivarets. 

Francfort sur l'Oder. 

Le s' Jacques Durand, du Vivarets, proposant. 

Halle. 

Daniel Charas de Voy... en Vivarets, tailleur, sa femme et 
deux enfans. 

Simon Pierre Vincent, du bourg de Rochessauve dans le 
Vivarets, peigneur de laine, sa femme et deux enfans. 

Jean Arnault, d'Alissart, proche de Privas en Vivarets, garçon 

serrurier. 

Stargard. 

Barthélémy Avalla, tailleur, du Vivarets. 
Pierre Combiers, mérissier, du Vivarets, sa femme et deux 
enfans. 

Antoine Benoist, du Vivarets, et sa femme, tabacier. 
Jacob Vesian , marchand , de Privas. 
Pierre Frechon, chapelier, du Vivarets. 

Magdebourg. 

Le s"" Jacques Reynet, docteur en médecine, de Privas, en 
Vivarets, 

Pierre Reynet, chirurgien, du Vivarets, et sa femme. 

Josué Plan, blancher d'Annonay en Vivarets, sa femme et un 
compagnon. 

Anthoine Escofïier, facturier en laine, du Vivarets, sa femme 
et un enfant, un neveu et une servante. 

Claude Dupan, arquebusier, de Chambon, en Vivarets, sa 
femme , sa mère . son frère et deux apprentis. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 37I 

La veuve de Christofle Plan, d'Annonay, en Vivarets, et un 
enfant. 

Jérémie Oby , de Lagorce, en Vivarets. 

Magdeiaine Beron, de Privas, en Vivarets. 

Claude Peyrot, facturier de laine, du Vivarets, et deux enfans. 

Pierre Perrin, blancher, d'Annonay, en Vivarets, sa femme, 
deux enfans et un compagnon. 

Pierre Soulier, du Vivarets, sa femme, deux enfans. 

Matthieu Bauveton, tailleur, de Beauchastel, en Vivarets. 

Jean Escoffier, de S' Vincent, en Vivarets, et sa femme. 

Jean Roux, d'Aubenas , en Vivarets. 

Augustin Desmars, tailleur, du Vivarets, sa femme et trois enfans. 

Jean Bouveron, cordonnier, de Privas, en Vivarets. 

Barthélemi Plan, jeune garzon, du Vivarets. 

Neuhaldensleben. 

Gaspard Dutem, lecteur, du Vivarets, et sa femme. 

Anthoine Palis, tisseur, du Vivarets, sa femme et cinq enfans. 

Marcel Lacour, cordonnier, du Vivarets, sa femme et deux 
enfans. 

Jean Rigal , maréchal, du Vivarets. sa femme et trois enfans. 

Claude Boissonnade, laboureur, du Vivarets, sa femme et un 
enfant. 

Jean Ducros, tanneur, de Vernoux en Vivarets, et sa femme. 

Kœnigsberg. 

Le s"" Jean Serres, perruquier, sa femme et son fils. 

Jean Perrin, jardinier, en Vivarets. 

Alix et Judith Couteau sœurs, de la Chaudière, en Vivarets. 

Jacques Marfour, cuisinier, du Vivarets, et sa femme. 

Magdeiaine Besson , du Vivarets. 

2° Liste de réfugiés de Genève et de Suisse qui se s?nl arrêtés à 
Sctuvabach depuis te mois d'août 169^. 

Le sieur Jacques Duclos , teinturier et manufacturier de bas, 
de Privas. 

Qeiie Lyonelle le Blanc, de Vernoux. 

Suzanne Charrier, de Lamastre. 

La dame de Chambaud et la D*^"^ sa fille. 



372 



HISTOIRE DES PROTESTANTS 



30 Rolle des personnes quon a assisté de la collecte de 
Hambourg (i). 



Jeanne Poulie d'Annonay 

Matthieu Laurans 

Louis du Chaux 

Pierre Vigne , sa femme 

Jean Cousquinaud 

Jean Toillier, sa femme 

Margte père 

Louise Poumarede 

Louise Cante 

Jean François Valen 

David Ribal 

Paul de Fons 

JVlargt" Robert 

Moïse Combier et sa femme 

La Refuc de Barbierac, les deux filles 

François Deison 

Jeanne Porechere 

Anthoine Roque 

André Lacour 

Jean Tussere 

Pierre Rochier 

Jean Duja 

Alexandre Tendon 

François Sendon 

Pierre Vigne, sa femme et un enfant 

Isabeau Testa 

Isabeau Cusenier 

Alexandre Tampernon 

Antoine Moysc 

Pierre Malegue 

François Duc 

Jean François Valens 

Simon Pierrebac 

Claude Chartier 



2' 
2 
2 

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2 

2 
2 

2 
2 

2 
15» 

M 
4 
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2 
2 
2 
2 
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2 

I 10 
2 
2 

3 
I 
I 
2 
2 
2 
I 
I 
2 



22 juillet 1689. 

i^'" avril — 

26 juillet — 

4 août — 

9 août — 

16 août — 

2 septembre — 

5 septembre — 



27 septembre — 

30 septembre — 

5 octobre — 

18 octobre — 



I®'' novembre — 

28 novembre — 

12 décembre — 

16 décembre — 

27 décembre — 

3 janvier 1690. 

6 janvier — 

27 janvier — 

28 janvier — 



(ij Ms. Court, IV 17, vol. S. 



DU 


VIVARAIS 


ET DU 


VELAY. 


J73 


Jean Pierre Chartier 






l' 




28 janvier 


1690. 


Justine Ronchel 






I 




— 


— 


Laurent Chiot, sa femme et un 


enfant 


5 




— 


— 


Jean Sauzie et quatre 


enfants 




3 




1 <f février 


— 


Alexandre Sosia 








If 


18 février 


— 


Pierre Fourques 






I 




22 février 


— 


La veuve de Jacques 


Tranchar 


et qua- 










tre enfans 






4 




10 mars 


— 


Anne Bertrand 










25 mars 


— 


Isabeau Bertrand 










— 


— 


Jean François 










27 mars 


— 


Claudine Panière et deux enfans 




10 


— 


— 


Pierre Moulin 










20 avril 


— 


Margte Marijon 








10 


1 5 juin 


— 


Anne Pertries 








10 


— 


■~ 


Catherine Moynier 








lO 


I ^ juin 


— 


Louis Poumareo 








lO 


— 


-— 


Dauphine Farel 










— 


— 


Jeanne Clesaude 










— 


— 


Marie Dortrail 










— 


— 


Anne Trémolu 










!«'■ avril 


— 


Margt* Trémolu 










4 avril 


— 


François Santon 










— 


— 


Lucrèce Serre 










21 avril 


— 


Jeanne Maçon 










23 avril 


— 


Judith Perin 










— 


— 


Isabeau Faure 










— 


— 


Marie Moulard 










— 


— 


Claudine Monteulo 










— 


— 


Susanne Vincent 








10 


9 mai 


— 


Marie Cheuclas 








10 


— 


— 


Mad'"' Develos 










6 juin 


— 


Mad""' Isabeau Toret 










10 septembre 


— 


Daniel La Combe 






3 




— 


— 


Marie Meal 






2 








Vincent Eclenson , sa femme , 


deux 










enfans 






4 




17 septembre 


— 


Suzanne Mounier 






I 




— 


— 


Catherine Giraux 






I 




I 3 octobre 


— 


Jeanne Garde 






2 




4 décembre 






IS* 


16 janvier 


10 


i^"" février 


4' 


— 


I 


2 mars 


I 
I 


— 


I 


^_ 



^74 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Sara Mialvet ISM6 janvier 1691. 

Paul Talon 

Jean Paye et sa femme 

Jeanne Combe 

Anne Morel 

Marie Yolande 

Judith Vignau 

E. — Fugitifs arrêtés et poursuivis devant le parlement 
DE Grenoble, 1685-1687 (i). 

1685 , 29 novembre. Procès extraordinaire contre François 
Faure, Antoine Veyrane , de Beauchas- 
tel ; Eléonore Chevalier, Jeanne Ray- 
mond , Biaise Forel. 

— 6 décembre. Noble Jean Pierre de Mure et son valet 

Peyron d'Annonay sont envoyés sûrement 
chez eux avec défenses de sortir du 
royaume. 

— 12 décembre. Eléonore Chevalier et Jeanne Reymond 

sont renvoyées chez elles et leur guide 
Forel est passé par les verges. Jean As- 
tier est également renvoyé dans sa maison. 
1686, n mars. Antoine Veyrane, François Froment sont recon- 
duits à Beauchastel. 

— 2? mars. Antoine Boissy de Grimaudier en Vivarais est 

condamné à cinq ans de galères pour avoir 
voulu fuir du royaume. 

— 27 mars. Même peine contre Pierre Fay du Vivarais. 

Pierre de Vinay, avocat au bailliage d'Annonay, 
est condamné à 300 1. d'amende et reconduit 
dans sa maison. 

— 6 avril. Procès extraordinaire à Ant. Laurent , médecin 

d'Annonay, et Marguerite Vinay sa femme. 

— 18 mai. Antoine du Riou est condamné à 70 !. d'amende 

et aux frais, et à 10 ans de galères. 

— 26 août. Procès extraordinaire contre Bouniol du Vivarais. 



(1) Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, 
t. VII, p. 155-158; t. VIII, p. 297-510. Papiers Giscard, à Annonay. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 3 7«; 

1686, 2<> septembre. Jean Bouniol,de Charnavas, est condamné 

à l'amende honorable et aux galères per- 
pétuelles pour avoir prêché et prié de 
de nuit à environ 7 ou 800 personnes près 
de Bezaudun et la forêt de Saou (en 
Dauphiné). 

1687, 5 février. Procès extraordinaire à J. P. Vergues du Vi- 

varais. 

— 21 mars. Procès extraordinaire à Claude Julien du Vivarais. 

— 21 avril. Procès extraordinaire à Jeanne Clauzel du 

Pouzin. 

F. — Confesseurs morts sur le premier vaisseau parti 
POUR l'Amérique (i). 

S'' Croisier, marchand de Villeneuve de Berg (sauvé du nau- 
frage). 

Charles Lejeune , bourgeois de Villeneuve de Berg. 

G. — Autres réfugiés (2). 

M»"^*^ Jacques Vallery, vicaire de Privas, 1534. 

Mf'' Michel de Suchele, — — 

Vallade , — — 

Mf^ Jean des Combes, — — 

M»''^ Jean Barruel (à Genève), — — 
Judith Giton, de La Voulte, 1685 (3). 

H. — Réfugiés du mouvement insurrectionnel de 1683. 

Pierre Brunier, pasteur du Cheylard , réfugié à Genève. 
Isaac de Bermond , pasteur de Vernoux, — 
Théophile Blanc, pasteur de Chalencon, — 
Gabriel de Romieu, pasteur de Saint Fortunat, réfugié à Genève. 
Jean René de la Charrière, pasteur déduiras, — 

Simon d'Albiac , pasteur de Marcols , — 

Paul Morel-La Pise , pasteur de Saint-Pierreville, — 
Daniel Reboulet-Salière , proposant , réfugié à Genève. 



(i) Ms. Court, n° 17, voL B. 

(2) Inquisition secrète de M' Chalendar (Arc/i. de l'Arâèche, C, i4>r, 

(5) Baird, Histoire des réf. Intg. en Amérique, p. 560. 



■j^Ô HISTOIRE DES PROTESTANTS 

François Reboiil-Lesiez, pasteur_de Çhâteauneuf-lès-Vernoux, 
réfugié à Genève. 

IsaacSuchier-LaPare, pasteur deChampérache, réfugié à Genève. 

René de La Combe-Cluzel, — 

Pierre Saurin, de Beauchastel , — 

Isaac Brunet , praticien de Toulaud , — 

Pierre Riou , garde , de Laroue , — 

Jean Pierre Riou, \ 

Félix Riou, > ses frères, — 

Matthieu Riou , ) 

Antoine Simon , de Beauchastel . — 

Jacques Mole, officier, du Chambon , — 

Jean Nogaret, chirurgien, — 

Jacques Reynet, d'Aubenas. 

Jean Combier, d'Alissas. 

Frédéric de Launay, vicomte d'Antraigues. 

Sanson Rocher, sieur de La Rouvière , de Vallon. 

David Ollier. 

Jacques de Barthélémy, d'Aubenas. 

Nicolas Marcha, d'Annonay. 

Plataret , de Pourchères. 

Marie de Trapier, de Chomérac , femme de noble Louis Itier. 

Marie Durand, femme de noble Antoine de Trémolet. 

La Motte , maréchal, 

Charier, apothicaire à Vernoux. 

La Baume (Gaspard de Chambaud de la). 

Baux, 

De Bios, fils du sieur des Fonds (ou de Fons). 

La veuve Blanc. 

Antoine Javerrac. 

Pierre Montchal. 

Pierre Pouchon, 

Matthieu Vernet. 

Le valet de Rousson. 

Moïse Muret. 

Jacques Lodi. 

Isaac Dethieux. 



Des causes indépendantes de notre volonté nous ont empêché 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. ^77 

de donner la liste des réfugiés du Vivarais et du Velay assistés 
par la Bourse française de Genève, de 1680 à 1710. Le manus- 
crit de J. César Auquier, qui la contient , n'a pas été mis à notre 
disposition. 

N° 111. — Généalogie des d'Arlempdes de 

MiRABEL (1). 
(Vol. 1, p. 98). 

I. Gabriel II d'Arlempdes (2), capitaine dans l'armée du prince 
de Condé , marié à Marguerite de Massugier. Père de : 

II. Louis III d'Arlempdes, députée l'assemblée politique gé- 
nérale de La Rochelle en 1621 , gouverneur de Saint Ambroix, 
Barjac et Les Vans; marié le 7 avril ii;86 avec Marthe de Borne, 
fille de Pierre de Borne, seigneur de Ligoniers (ou Ligonez). 
Père de : 

III. Louis IV d'Arlempdes, assiégé, en 1628, dans son châ- 
teau de Mirabel, avec son père, par Montmorency, gouverneur 
du Languedoc; marié, le 21 avril 1624, avec Françoise du Roure 
de Beaumont, sœur de Joachim du Roure de Beaumont de Bri- 
son, dit le brave Brison, et fille de Rostaing du Roure de Beau- 
mont. — Sa sœur Louise d'Arlempdes épousa, le 1 décembre 
1624, François de Serres, seigneur du Pradel , petit-fils du cé- 
lèbre Olivier de Serres. — Père de : 

IV. Jacques d'Arlempdes, député par le synode du Vivarais au 
synode général de Loudun de 1659, et chargé par l'assemblée de 
porter, avec le dauphinois David Eustache , pasteur de Mont- 
pellier, aux pieds de Louis XIV, pour lors à Toulouse, ■< ses 
très-humbles devoirs, soumission et remercîments; » marié avec 
Jeanne de Beaumont, sa cousine germaine, fille d'Antoine de 
Beaumont, marquis de Brison st seigneur de Chabreilles, et de 

(i) De Coslon, Histoire de Mo)Uélitanr , t. 11. p. 238, 466. André La- 
faisse, dans le Bulletin de la Société d'archéologip de la. Drame, t. XIX, 
p. 13-20; t. XX, p. 73-76. Mollier, Recherches historiques sur Villeneuve- 
de-Berg, p. 232, 233, 297, 298. France protestante , 2' édit. 

(2) Arlempdes, qui était une paroisse du Velay, comprise aujourd'hui dans 
le canton de Pradeiies, ne doit pas être confondu avec Arlandes, près Ver- 
rioux, d'où l'ancienne et honorable famille protestante de Paris, Vernes 
d'Arlandes, tire son nom, 



378 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Françoise du Roure de Beaumont, mort en 1673 , laissant cinq 
fils et deux ou trois filles. — Jeanne de Beaumont mourut en 
1716, à l'âge de 72 ans, « regrettée des pauvres, » dit Mollier, 
« qu'elle avait comblés d'aumônes, et de toute la ville, à laquelle 
elle laissait, par la donation de l'immense propriété de Devois, 
un monument impérissable de sa libéralité. » 

Un frère de Jacques d'Arlempdes, Antoine d'Arlempdes , sei- 
gneur de Vendrias, capitaine de chevau-légers, reçut , le 24 fé- 
vrier 1668 , la commission de lever un régiment destiné à prendre 
part, l'année suivante, à l'expédition dirigée par le duc de Beau- 
fort au secours des Vénitiens , assiégés par les Turcs dans l'île 
de Crête. 

V. François Rostaing d'Arlempdes, fils aîné de Jacques, fut placé 
en 1675 dans la maison du célèbre Turenne , qui s'était converti 
au catholicisme en 1667, et se convertit lui-même. Il se maria en 
1698 avec Jeanne de Garnier (ou Granier), de Privas. Son exem- 
ple fut contagieux et , d'après Mollier, presque toute la famille 
d'Arlempdes de Mirabel embrassa le catholicisme avant la fin du 
dix-septième siècle. Les frères et les sœurs de François Rostaing 
étaient : Antoine Constantin, chevalier; Jacques, seigneur de 
Chabreilles ; David; Antoine, dont il a été parlé t. I, p. 41^: 
Anne ; Marguerite, mariée au seigneur de Pallières. 

N" III bis. — Lettre du duc de Rohan aux 

CONSULS de BaRJAC (i). 
(Vol. I, p. 5 54). 

Messieurs les consuls J'ay faict attaquer cy rudement ce jour- 
dhuy le chasteau de Salavas et sy utilement, Dieu mercy, que sy 
dun costé je lay rangé a lestroict il nest de merveille de l'autre sy 
plusieurs de mes soldats y ont esté blessés; leur action portant est 
cy louable quelle moblige den avoir un particulier soing et vous 
exhorter comme je fais de lavoir semblable. Je vous les envoyé 
donc et vous prie de les bien traicter et faire panser jusques a 
guerison entière, en telle sorte que je me puisse louer de vous en 
cest endroict aussy bien que je fais deux, et affin que vous y 
puissiés plus comodement vacquer et avoir soigneusem» le cœur 

(i; Communiqué par M. le comte A. de Polhriant. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. ^79 

VOUS poiirrés vous descharger de tous les autres blessés et mala- 
des que vous avés de mon armée et envoyer à S' Ambroix tous 
ceux auxquels lestât de leur santé le permettra. Jenvoye ordre et 
escris pour les recevoir. Je vous soulageray aussy incontinant après 
la prinse de Saiavas , que jespere estre bientost, de la compagnie 
du s"" de la Cassagne, et outre ce jauray esgard aux despances 
que vous aurés faictes en ceste occasion. Je souhaite bien que 
vous vous acquitiés mieux de ce que je vous ordonne maintenant 
que vous navés faict à fournir la munition ; les inconvénients en 
sont tels que pour un tel deffaut mon armée cour souvent fortune 
de route. Je vous prie de ne continuer désormais plus à tels 
manquements. 

Sur ce je prie Dieu vous tenir en sa saincte garde et demeure, 

Messieurs les consuls 

Vostre très affectionne amy 

Henry de Rohan 

Consuls de Barjac. 

De Labastide ce 2^ mars 1028. 

N" IV. — Serment d'obéissance des protestants 
d'Annonay en 1621 (i). 

(Vol. I. p. 509.) 

(( Nous promettons et jurons sincèrement devant Dieu et de- 
vant les hommes de nous tenir fermes et inséparablement attachés 
au service du Roi, Louis le Juste, XIII de ce nom, roy de 
France et de Navarre; lequel nous reconnaissons pour notre 
prince naturel et légitime, qui nous a été donné de Dieu pour la 
conduite de cette monarchie ; — voulant vivre et mourir dans la 
naturelle sujjettion et nécessaire obéissance que nous lui devons, 
et exposer nos biens et nos vies pour les opposer à tous ceux qui , 
soit dehors ou dedans le royaume , auroient des desseins contrai- 
res au bien de son Etat et préjudiciables à la seureté de sa cou- 
ronne; — comme y étans obligés par les droits de notre naissance 
et par les lois de notre religion , l'empire de Dieu demeurant en 

(1) Cliomel le Béat, llishiirc ilu protrsiarilisme à Annon.vj fms.). 



380 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

son entier et nos consciences demeurants en liberté ; — détestans 
et abominans les personnes et doctrines de ceux qui pourraient 
avoir ou former des opinions contraires ; et pour ce qui regarde 
la renonciation, nous déclarons nulles les assemblées de La Ro- 
chelle et de Montauban , et toutes les autres qui ont été tenues 
ou se tiennent encore en quelque part du royaume que ce soit , 
en ce qu'elles se sont dévoyées ou voudraient cy-après se dévoyer 
de l'obéissance due à Sa Majesté pour pancher tant soit peu du 
côté de la rébellion , les révoquans dès à présent en tant que est 
en nous, y renonçans et protestans n'y adhérer en façon quelcon- 
que et autrement, comme est porté par la déclaration vérifiée à 
Toulouse et à Castres. » 

Suivent les signatures de près de trois cents chefs de famille 
d'Annonay, de Boulieu et des campagnes environnantes. 

Cette déclaration, que tous les protestants devaient signer, en 
vertu de Tédit de Niort du 27 mai 1621 , fut faite devant Antoine 
Seigle, docteur es droit, conseiller du roi, lieutenant du bailli 
du Vivarais, à la réquisition de Pierre-André Gautier, procureur 
du roi. 

N° V. — Réformés du Vivarais exclus de l'am- 
nistie DE septembre 1683 (i). 

iVol. I, p. 487.) 

Bavas de la Baume. Sagnol. 

Chambon, du Cheylard. Romieu, apothicaire. 

Colombier. Charrier, apothicaire. 

Pierre de Romieu. Charles Riou, greffier. 

De Beauregard. Pierre Riou, garde, de i,;^roue 

De Margier. en Velay. 

Badon, de Lamastre. Jean Pierre Riou , ] 

Corbier. Félix Riou , > ses frères. 

D'Indy. Matthieu Riou, ) 

Bénistan fils. Jacques Mole dit le Cadet 

Giraud dit l'Altesse. Mole, du Chambon , officier 

Les Soubeyrans. de cavalerie. 

Jean Sabarot. Matthieu Murât. 

(t) Claude Brousson, Apoloyii', p. 227. Nous avons rectifié les noms. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. }8l 

Pierre Saurin , bourgeois de Bonnet, de Chalencon. 

Beauchastel. Jacob Gré. 

Fauriès, de Bellevialle. Daniel Garnier. 

François dit de Veyrassac. Roussilhon. 

Castagnet. Pailler, de Charmes. 
Pierre Mirabel de la Rouvière. De Bios. 

Des Cours. Bedos. 

Serrepuy de Sobeyras. Lacroix. 

La Coste dit La Chassacie , de Vestieu (ou Vestion). 

Saint Voy. Lespigarie. 

Isaac Brunet, de Toulaud. Auquier. 

Marcillac. Noguier. 

Lapassa. Durand. 

N" VI. — Suite des mauvais traitements infligés 
AUX protestants du Vivarais en 1683. 

(Vol, L p. 495)- 

« Le 29 septembre 1683 , qui fut le lendemain de la nouvelle 
publication que l'on fit de cette amnistie à S» Fortunat , quatre 
fusilliers, s'étant écartés du lieu de La Traverse et ayant rencontré 
le nommé Isaac Faure, le tuèrent d'un coup de fusil. 

» Le 3 octobre suivant, quelques autres fusiliers, venant de 
ravager le lieu de Saint- Pierreville et passant par celui de Mas- 
tenac, obligèrent le nommé Antoine Faure, vigneron de M. le 
Comte de Vabres, de leur donner à manger et ensuite, pour son 
payement, ils lui tirent un coup de fusil, dont il eut l'os de la 
cuisse brisé. Comme l'action était horrible et commise en plein 
jour dans un lieu où il y avait beaucoup d'habitants, celui qui 
avait fait le coup fut saisi et mené devant M. de Bovincourt, qui 
commandait le bataillon des fusilliers. mais le scélérat en fut 
quitte pour quelques jours de prison. 

» Les soldats du marquis de La Tourette traitèrent de même 
un nommé Labeille. Après avoir bu et mangé chez lui , ils firent 
mille désordres dans sa maison, et l'ayant réduit à prendre la 
fuite, ils le tuèrent de sept ou huit coups de fusil, dont même 
l'un estropia sa servante et l'autre creva l'œil au valet d'un de ses 
voisins. 

» A Chalencon une femme , nommée Catherine Borie , qui 



382 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

avait de la piété et qui, s'étant trouvée quelquefois avec dix ou 
douze femmes assemblées, avait toujours fait la prière, fut tenue 
attachée à une colonne de son lit durant deux fois vingt-quatre 
heures ; mais parce qu'elle montra une grande fermeté on la 
détacha. 

» On prit un jeune enfant de quinze ans , fils du nommé 
Jacques Gaillard, du lieu de La Valette, paroisse de Silhac, et 
on le mena dans le château de La Tourette, où il fut détenu sept 
ou huit jours, pendant lesquels on lui mit cinq ou six fois la corde 
au cou, lui disant qu'il allait être pendu s'il ne changeait de reli- 
gion, et, parce qu'il ne voulait pas le faire, on l'élevait avec la 
corde au-dessus de terre et on le laissait ensuite aller en bas 
pour le faire respirer, mais, comme on le vit résolu à mourir, on 
le mit en liberté. 

» Dans la paroisse de La Bâtie, pour forcer un paysan nommé 
Isaac, granger du s'' de Clavières, de se faire catholique, on lui 
tenait les pieds et les mains si près du feu qu'ils se brûlaient. On 
lui mit ensuite un charbon de feu dans la main et on la lui tint 
fermée pendant longtemps ; mais ce paysan souffrit ce martyre 
avec une constance admirable. 

» On attacha les bras et les jambes du nommé Molines, gran- 
ger du s' de Meyres, demeurant à Belair, qui est près du lieu de 
Desaignes, et lui ayant mis la tête dans les genoux et une barre 
au milieu du corps, on le faisait rouler en cet état. 

» Dans le même lieu de Desaignes le nommé Poujau , ne 
voulant pas non plus renoncer à la religion, on lui fit passer un 
charbon ardent par les lèvres. 

» On y battit à coups de bâton un forgeron du même lieu, lui 
ayant enfoncé plusieurs côtes et meurtri toute la tête en telle 
sorte qu'il en fut à l'extrémité. 

» Dans le lieu de Prelles, paroisse de Desaignes, les dragons, 
après avoir vendu les châtaignes et le blé d'une pauvre veuve, 
nommée Marie Barthélémy, et lui avoir brûlé ses habits et brûlé 
ses meubles, l'assomèrent encore de coups, lui ayant aussi rompu 
trois côtes. Ils voulurent même faire passer leurs chevaux sur le 
corps de l'un de ses enfants appelé Jean Segnové, mais, ne pou- 
vant le faire, ils mirent pied à terre, lui fendirent la tête en deux 
endroits et lui meurtrirent le corps et le visage à coups de bout 
de mousqueton. 

f> Au lieu de Lamastre, on prit le nommé Moujon et ensuite 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. ^S^ 

on lui dit qu'il avait été condamné à être pendu. On lui mit la 
corde au cou, et, en cet état on le mena au lieu du supplice; mais, 
parce qu'il protesta qu'il aimait mieux mourir qu'abjurer sa reli- 
gion , on le laissa aller. 

» Dans le lieu de Beauchastel les soldats, qui logeaient dans 
la maison de la nommée Marie Colombet^, veuve de Claude 
Buisson, marchand, âgée de 74 ans ou environ, attachèrent cette 
femme dans un fauteuil et l'apportèrent à la place publique pour 
ouïr par force le sermon d'un missionnaire, qui n'était point scan- 
dalisé d'avoir de tels auditeurs. Et parce que cette vieille femme 
baissait la tète, on la lui relevait avec le bout d'un bâton pour lui 
faire regarder le prédicateur. Les soldats n'ayant pu gagner son 
esprit, la détachèrent après le sermon, mais lorsqu'elle fût de 
retour dans sa maison, ils la mirent devant un grand feu, où ils la 
tinrent jusqu'à ce quelle évanouit dans leurs bras... 

" Jacques Colombet, hôte du bourg du Bousquet, paroisse de 
Saint-Laurent, qui est du mandement de Pierregourde, ayant été 
pris à Beauchastel lorsqu'il venait de faire moudre du blé, fut 
conduit en prison, où il fut détenu onze jours, pendant lesquels on 
lui arrachait les poils de la barbe, on le vanait sur une couverture 
et enfin on le contraignit de bailler 200 livres pour recouvrer sa 
liberté. 

» Dans le lieu de Granger, paroisse de Macheville^ on lia la 
femme du nommé Jean Jacques, laquelle était enceinte, on la 
menaça de la pendre , on lui mit la corde au cou , on la conduisit 
ensuite à Macheville dans une basse fosse, où, dans le cœur de 
l'hiver, elle avait de la boue jusqu'à demi-jambe. On la tint là 
toute la nuit, mais parce qu'elle était disposée à y mourir, on la 
renvoya chez elle, 

» Les dragons ayant encore pris la nommée Anne Reboul , 
femme de Moïse Pouchon , marchand de Vernoux, on lui mit 
aussi la corde au cou, on dressa une échelle contre un arbre de 
la place publique , on la fit monter par deux fois . lui disant qu'on 
l'ail lit pendre si elle n'abjurait pas sa religion; mais comme on la 
vit résolue à souflFrir la mort, on la mena dans le château de La 
Tourette, où elle fut détenue plusieurs jours, et. parce qu'elle fit 
toujours paraître la même fermeté , on lui ouvrit les portes de la 
prison (1). » 

(0 Brousson. Apologie du projet des réformés, p. ?i4-?20. 



384 HISTOIRE DES PROTESTANTS 



« Il y eut des hommes à qui on arracha le poil de la barbe, 
d'autres de qui on la brûlait à la chandelle , d'autres qu'on laissa 
pendus la corde au cou demi-morts , d'autres qu'on lia de même à 
des cheminées, dont la fumée leur bouchait tous les passages, de 
la respiration , d'autres qu'on jeta tous liés dans un grand feu. Il 
y eut des femmes liées au pied de leur lit et qu'on laissa des jours 
entiers dans cet état, d'autres qu'on assomma de coups, d'autres 
qu'on mit , durant le plus froid de l'hiver, dans des cachots pleins 
de boue, d'autres qu'on fit monter sur des échelles la corde au 
cou , en jurant qu'on les allait pendre , d'autres qu'on força 
d'abandonner leurs maisons par la crainte d'être violées. » 

« Le marquis de La Tourette faisait de son côté tout le mal 
dont il se pouvait aviser. Entre ses autres cruautés, celle-ci est 
remarquable. Il avait forcé Pierre Romieu , qui était excepté de 
l'amnistie, à changer de religion pour éviter la mort. La femme 
de ce converti , affligée de ce qu'il avait eu tant de faiblesse , re- 
fusa de le voir. Le marquis la fit enlever par ses soldats et l'en- 
ferma dans une chambre de son château, où il lui fit toutes sortes 
de persécutions. Il la menaça même que, si elle ne suivait l'exem- 
ple de son mari, il la ferait pourrir en prison. Il lui ôta un enfant 
qu'elle nourrissait et lui refusa tout ce qui pouvait la soulager. 
Dans cet état, elle se résolut à couper les draps et les rideaux de 
son lit et en fit une corde pour descendre par la fenêtre. Cette 
mauvaise corde n'ayant pu la soutenir sans se rompre, elle tomba 
de fort haut sur les rochers, où elle demeura toute brisée et sans 
mouvement; mais, comme en la relevant, on remarqua en elle des 
restes de vie, le marquis la fit remettre en prison (i). » 

N® VII. — Livres de controverse sortis des pres- 
ses DU collège des Jésuites de Tournon (2). 

(Vol. I, p. 556.) 

Epi^rammata in Hereticos, authore Andréa Frusio , Societatis 
Jesu; Turnoni, 1582, in- 12, 

(i) Benoît, Histoire de l'édil de Nantes, l. V, p. 664, 665. 

(2) Les mêmes sources que dans la Pièce justificative qui suit. Nous ne 



DU VIVARAIS ET DU VELAY, 385 

Enchiridion contromrsiarum prœcipuarum nostri temporis de Re- 
ligione in gratiam sodalitatis Beatissimœ Virginis Mariœ, authore 
Reverendo Patro Francisco Costero (i), Doctore theologo So- 
ciet. Jesu ; Turnoni , 1591 , in-S» (d'après l'édition de Cologne 
de 1 590). 

Response de l'Evesque de Mende à la Lettre de François Trouy, 
Ministre de la Religion prétendue, pour la réalité du S. Sacrement 
et célibat des prestres, par Adam de Heurtelon ; Tounon, 1596, 
in-i2. 

Réprimende aux ministres sur la Déclaration d'Edmond , pré- 
tendu Jésuite , et de deux autres déserteurs de la Foy Catholique, 
par Louis des Montaignes (le Père Richeome) (2); Tournon 
(1601), in-i2. Jouxte la Copie imprimée à Bourdeaux. 

Epistre de M. Jean du Ranc, natif de Montpellier, Docteur en 
Médecine, habitant la ville d'Aulbena^ en Viimre^ , nouvellement 
reduict à la Foy Catholique , Apostolique et Romaine. En laquelle 
sommairement sont déclare^ les erreurs, blasphèmes et malheurs du 
Calvinisme qui Font esmeu à s'en despartir; Tournon, 1603, in-12. 

Traduction de deux épistres de Sainct Hierosme au pape Da- 
mase, qui tenoit le siège en Van 369, avec une paraphrase exempli- 
fiée pour monstrer que Fauthorité du Pontife Romain esloit telle en 
Vancienne église qu'elle est aujourd'huy , par Antoine Rambaud ; 
Tournon, 161 5, in-12, 56 pag. (3). 

Le Nouveau Parnuge , avec sa navigation en liste imaginaire, 
son rajeunissement en icelle , et le voyage que fit son esprit en F au- 
tre monde pendant le rajeunissement de son corps. Ensemble , une 
exacte observation des merveilles par luy veuës tant en Fun que 
Fautre monde. A La Rochelle (Tournon), par Michel Gaillard, 
avec privilège, sans date, 291 pag. in-i8. Autres éditions : Lyon, 
161 5 , in-i6; Id., 1616, 390 pag. in-16. — Ce qui nous porte à 
croire que cet écrit a été imprimé à Tournon, c'est qu'il est dédié 
« à Messieurs les ministres du Dauphiné , « et qu'il met tour à 

reproduisons pas, dans ces deux Pièces justificatives, les ouvrages déjà men- 
tionnés à l'article Doctrine, vol. 1, p. 551. 
(i) Né à Malines. IVlort à Bruxelles en 1619. 

(2) Né à Digne en 1544. Il devint assistant général de France, et mourut 
en 1625. 

(3) Sur l'origine de ce livre, voy. E. Arnaud, Not. hisl. et bibl. sur les 
controverses, etc., p. 25; et sur Rambaud, Rochas, Biour. ihi Unujih. et 
Revue du Dauph., juillet 18^9, in-S". 

H. t; 



j86 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

tour en scène Charnier, Murât, Crespe, Dragon, Espagne, Dau- 
phin , etc., pasteurs de cette province. L'ouvrage n'est d'un bout 
à l'autre qu'un indéchiffrable logogriphe, roulant sur des commé- 
rages de petite ville et des obscénités. Le jésuite Isnard, de Die, 
pourrait bien en être l'auteur. Son « Mercure réformé « est écrit 
dans le même goût. Voy. plus bas. 

La Minislro graphie huguenote et tableau des divisions calviniques, 
par Josué'Barbier , docteur es droicts et advocat au parlement de 
Dauphiné ; Tournon, 1617, in-8°, 214 pages. Autre édition avec 
un simple rafraîchissement du titre, Lyon , 1618 (i). 

La Ministrophtorie ou renversement des Ministres en la Réfuta- 
tion d'un Imprimé, faict par ceux de l'Eglise prétendue reformée de 
la ville de Grenoble. Intitulé. Responce aux escrits du Sieur Petriny 
dit le Petit Carme. Touchant la réelle existance du corps de Jesus- 
Christ en la saincte Eucharistie, etc., par Fr. Jean Petriny, Reli- 
gieux de l'Ordre de Nostre Dame du Mont-Carmel , et Prédi- 
cateur ordinaire du Roy, etc.; Tournon, 1619, in-12, 728 pag. (2). 

Déclaration du sieur Gaspar Benoit Bourgeois de la ville de 
Crest en Dauphiné, contenant les justes causes de sa Conversion à 
la Foy Catholique , Apostolique et Romaine; A Tournon, par 
Claude Michel, Imprimeur de l'Université, 1619, 162 pag. in-80. 

Le Mercure réformé apportant consolation à Messieurs et Révé- 
rends Pères les Ministres de Dyois et Valentinois désole^, hélas/ 
pour la perte de M'"^ du Poët et de cent autres réduicts à l'Eglise 
Catholique, l'an 1619, ences païs^ etc., etc., par Jacob d'Horel , 
Ministre de la Parole de Dieu ; A La Rochelle, par Guillaume du 
Coing (1620), 359 p. in-12 (3). — Jacob d'Horel et La Rochelle 
sont des pseudonymes pour Isnard jésuite et Tournon. 

La défense de l'infaillibilité du Sainct Siège contre les accusa- 
tions d'A. de Vina}';, Ministre, comprinses en son traicté contre l'in- 
faillibilité du Pape , par un sien compatriote dauphinois (le Père 
Isnard, jésuite); Tournon, 1622, in-8°. 



(i) Sur Barbier, ancien pasteur, voy. E. Arnaud, Notice historique et bi- 
bliograpliique sur les controverses , etc. Rochas, Biograpliie du Dau- 
phiné. De Prat, Recherches, etc., t. IV, p. 94. 

(2) Sur l'origine de cet écrit, voy. E. Arnaud, Notice historique et biblio- 
graphique sur les controverses, etc., p. jy, et sur Petriny, de Prat, Re- 
rliercltns, etc., t. II, p. 657. 

(5) Sur ce livre, voy. E. Arnaud, Not. hisl. rt bihi. sur les rotilroocr- 
ses, etc.. p. 35, 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 387 

Le moupement général de la rébellion , à Messieurs de la Reli- 
gion; Touvnon, 1622, in-8". 

Adoration du vray Dieu, où est manifesté raveuglement de ceux 
de la Religion prêt, r., qui refusent d'adorer , servir , aimer et crain- 
dre Dieu, honorer ses Ss. et obeyr à son Eglise, par le R. P. An- 
déol de Lodeve, capucin, prédicateur missionnaire; Tournon, 
1638 , in-i2. 

N" VIII. — Livres de controverse émanés d'au- 
teurs CATHOLIQUES DU ViVARAIS (l). 

(Vol. 1, p. Î56). 

Le prix du Chevalier chrestien, par Claude Caron ; Tournon, 
1590, in-8°, 72 pages. 

Traicté du sacrement de baptesme et des cérémonies d'iceluy, par 
le même; Tournon, 1590, in-8°. 

La théologie françoise : ou les canons de la vérité de Dieu, tire\ 
de l'arsenal des S. Escritures, par Jacques d'Illaire, sieur de Jo- 
vyac ; Paris, 1610, in-12. 

LAnatomie du Calvinisme , par Jacques Gaultier, d'Annonay ; • 
Lyon, 161 5, in-i 2. 

La conversion de P. Marcha sieur de Pras. Cy devant Ministre 
en Vivarais es pays de Languedoc. Lequel s est rendu Catholique 
dans l'Abbaye S. Ou'én le jour de Noël dernier en présence de Sa 
Majesté; Rouen, 1617, in-12, 8 pag. — Cet opuscule est une 
lettre datée de Rouen, 28 décembre 1617, qu'un certain person- 
nage, nommé Madelenet, écrit au célèbre pasteur apostat Jéré- 
mie Ferrier, de Nimes, pour lui annoncer la conversion de Mar- 
cha. Il raconte que, depuis le synode national de "Vitré (161 7), 
où il avait été envoyé comme premier député du Vivarais, Marcha 
avait toujours eu soif d'être instruit dans la religion catholique ; 
qu'il le mit en rapport avec les plus grandes lumières de la Cour, 
notamment avec le Père Arnoux , qui avait eu autrefois des con- 
troverses religieuses avec lui par écrit ; qu'après avoir suivi ses 

(1) De Gallier, L'imprimerie à Tournon (dans le Bulletin de la Société 
d'archéologie de la Drôme, 1877). Filhol, t. II, p. 45, 49, 540-Hî- De Budé, 
Vie de Bénédict Pirtet , p. 59, 55. H. Vaschalde , Etablissemenl de l'im- 
primerie dans Ir Vivarais {Revue du nauphinr et du Vit\irais, Vienne, 
t. 1, 1877). 



^88 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

sermons il se sentit convaincu et abjura sa religion dans la cathé- 
drale de Rouen, entre les mains de l'archevêque de cette ville , 
en présence de la Cour et d'un grand concours de peuple. Ma- 
delenet ajoute que Marcha allait faire imprimer à Paris le récit 
de sa conversion ; mais ce qu'il oublie de dire , c'est que son pro- 
tégé avait été déposé par le synode du Vivarais comme adultère, 
et que sa conversion au catholicisme eut lieu immédiatement 
après. Quant au récit annoncé par Madelenet , en voici le titre : 

Ample et fidelle narré de V heureuse conversion de Pierre Marcha, 
sieur de Pras, Ministre de la Religion prétendue reformée, es pa/s 
de Languedoc; Paris, 1618, 2^ pag. in-8^ — Cet opuscule fut 
réimprimé la même année sous ce titre plus étendu : 

Ample et fidelle narré de l'heureuse conversion de P. Marcha, 
sieur de Pras , Ministre de la Religion prétendue reformée es pa/s 
de Languedoc , faicte en l'Eglise de Sainct-Ouen le jour de Noël 
dernier, en la présence de Sa Majesté très-chrestienne, de Messieurs 
les Princes , de toute la Cour et des grands de son Royaume ; 
Rouen, 1618, in-8°. — Marcha raconte sa vie et ajoute qu'il con- 
féra , non seulement avec le jésuite Arnoux , mais encore avec le 
Cardinal du Perron, Cospéau, évêque d'Aire, et Coifteau, évê- 
que d'Ardanie ; que l'Eglise de S» Ouen renfermait 15,000 per- 
sonnes le jour de son abjuration , et que l'archevêque de Rouen 
le présenta au Roi, qui l'assura de sa protection en toute ren- 
contre. — Pour d'autres détails sur Marcha, voy. la Biographie 
succincte des pasteurs. 

L'excellence de la première Messe instituée par Jésus-Christ avec 
ses Apostres, 2» édit., Paris, 161Q, in-12, 340 pages. 

La Discipline des églises P. R., etc., par Pierre Marcha, sieur 
de Pras, etc. ; Paris, 1619, in-12. — Cet ouvrage, accompagné 
de remarques critiques, est devenu introuvable. On ne le connaît 
que par la mention qu'en fait le controversiste Fr. Véron dans 
a La Discipline des Eglises Prétendues réformées de France-, 
etc.; » Paris, 1645, in-12, p. 4. 

Réfutation de la réponse de Monsieur Pictct , Ministre de Ge- 
nève , au Livre intitulé , L'Heresie des Protestans , et la Vérité 
de l'Eglise mises en évidence (i) (par le frère Antoine Léorat , 



(i) L'hérésie des pralestants avait été composée par Claude Andry, ec- 
clésiastique, Ly,on, 1714, 2 tomes in-12, et la Répnmtp de Pictet avait pour 
titre : La religion des protestants justifié<' tl'hérésle et s;i lu'.rité démon- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 389 

Mineur Conventuel de S. François d'Annonay); Cologne, 1720, 
2 parties en 4 tom., in-i 2. 

Apologie de la Foi catholique, contre les erreurs et les sophismes 
de Benedict Piclel , Ministre de Genève , pour servir de réponse- à 
son livre intitulé : La Défense de la religion des Protestans (i) , 
etc. Par le R. P. Antoine Leorat, Docteur et Professeur en 
Théologie, Religieux Conventuel de S. François; Avignon, 1726, 
2 tom. in-i2. 

La Vérité de la Foi catholique victorieuse des Erreurs et des So- 
phismes de M. Benedict Pictet, Ministre de Genève, Contenus dans 
son Livre intitulé : l'Apologie de la Religion des Protestans (2), 
par le Frère Antoine Leorat, Mineur Conventuel de S. François; 
Avignon, 1728, 2 t. in-12. 

Le Triomphe de la Foi Catholique sur les erreurs des protestans, 
contenues dans les œuvres polémiques de feu M. Benedict Pictet , 
Ministre et Professeur en théologie à Genève, par François Vernet; 
Avignon, 1745, in-12. — L'auteur de ce livre, qui est le résumé 
des trois précédents , est Leorat. Quant à Vernet , c'était le frère 
de Jacob Vernet, pasteur et professeur à Genève. Il habitait Avi- 
gnon, où il exerçait la profession de négociant. Après sa conver- 
sion, et pojjr la justifier, il avait publié trois Lettres apologéti- 
ques (3), dues peut-être à la plume de Leorat. 

N« IX. 

10 Jeunes gens du Vivarais étudiants à l'Académie de Genève (4). 

(Vol. I, p. 584). 
1559, IX Novembris. Joannes Serranus (=;) Vivariensis. 

trée pour répondre au livre de M. Claude Andry , ecclésiastique, Ge- 
nève, 1714. 2 tomes in-12. 

(i) Titre complet : La défense rie la religion des prolestants ou Ré- 
ponse a la Réplique de M' Claude Andry, ecclésiastique , Genève, 1716, 
2 tomes in-i8. 

(2) L apologie fut publiée à Genève, 172b. .1 tomes in-12, par Pictet fils. 
deux ans après la mort de son père, qui l'avait composée pour réfuter VApo- 
logie de la foi catholique de Leorat. 

(5) Pour plus de détails, voy. E. Arnaud, Histoire des protestants de 
Provence, etc., vol. II, p. ijo-i^' 

(4) Le livre du recteur, Genève, 1860, in-8». 

1^5) C'est le célèbre historiographe du roi. 



390 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

i^';9, IX Novembris. Johannes Mondonus intraque Vivariensis 
diocesis. 

1564, Mcnse Aprili. Joannes Arnaudus (i) Vivariensis. 

— — Georgius Pretz Vivar. 

1565. Johannes du Faure senior Ville Burgy Sancti Andeoli 

diocesis Vivariensis. 

1581, II Junii. Stephanus Reboletus Vivariensis. 

— — Zacharias Crozianus Vivariensis. 

1582, 28 Nov. Joannes Valetonus (2) Vivariensis ecclesiae Ne- 

mausiensis alumnus. 

— 17 Junii. Daniel Serranus (3) Vivariensis juris. stud. 
1584, die Veneris 12 Junii. Claudius Régis Vivariensis a Chey- 

lario logices stud. 

— ' — — Gedeon Angladius Vivariensis juris. 

stud. 

— — — Joannes Valletonus (4) Vivariensis. 

— — — Daniel Serranus (5) Vivariensis oc- 

citanus jurisp. stud. 
1592. Sebastianus Joffrerius viviascensis stud. 2 sept. 
1598. Nathanaël de La Grange d'Aubenas. 
1604, Cal. Nov. Jacobus Deconcherius Privasiensis in Vivaria- 
tibus ss. the. stud. 

1607, Mense Mayo. Petrus Coursassius Vivariensis. 

1608, Cal. Maii. Marcelinus Tardy Turnonensis. 

— — Ludovicus Vintelius Vivariensis. 
1614, 8 Martii. Petrus Marserius Viviacensis. 

— — Ludovicus Sautellus Cheylariensis. 
1620. Petrus Gamonius Annonaeo Vivariensis. 
1632, I Junii. Salomon du Fonte Viviacensis. 
1640. Jacobus Dumarche (6) Vivariensis. 

1651, 5 Maii. Petrus Davellus Viviacensis. 

1652, 3 Maii. Jacob Guidon Helvet. Viviaciensis. 
1654, Mense Martio. Joannes Pascal Annoniensis. 



(i) Pasteur à Largentière en 1562, et à Saint-Marcel-le-Rance en içoj. 

(2) Pasteur à Privas. 

(3) C'est le fils du célèbre agronome Olivier de Serres. 

(4) Le même, sans doute, que précédemment, 
(ç) Le même que précédemment. 

(6) Pasteur en Dauphiné. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 59I 

1663, Mense Februario Nob. Alexander a Bruneis de Justet 

Vivariensis. 

1664, 26 Julii. Jacobus de Vauxius Petrigourdiensis Vivariensis 

th. stud. 

1665, 31 Januarii. Johannes Guiilelmus Perrinus Viviascensis. 

1671. Joannes Cluzel (1) Cheylariensis Viviarensis th. et phil. 

stud. 

— Gedeo Leorat Annoniensis. 

1672, die Augusti. Renatus Chareirianus (2) Privasiensis Viva- 

riensis stud. th. 
167"; , 22 Junii. Gaspardus de Tecto Vallonensis ph. stud. 

1677. Andréas Schaidlinus Viviacensis st. ph. 

1678. Hugo Marcha Annonaeensis st. ph. 

1688, 7 Maii. Antonius Duriou Chalenconensis Vivariensis 

stud. th. 

1689, 27 Mayi. Joannes Petrus Fatio Viviacensis theol. stud. 

— 6 Augusti. Isaac Davellus Viviacensis th. stud. 

— 6 Novembris. Andreus du Fonte Viviacensis ss. theol. 

stud. 

— 6 Decembris. Franciscus Pilliodus Viviacensis ss. theol. 

stud. 

1694. Ludovicus Tourton Annonaeensis. 

1695. Isaac Tourton Annonaeensis. 

1719, 21 Juin. Antonius La Grangette Annoneensis phil. stud. 

1733, 8 Juin. Johannes Franciscus Boissy Lamastrensis in Viva- 

riensi tractu th. stud. 

1734, 3 Juin. Bartholomaeus AUeon Annoniacus. 

2° Jeunes gens du Viparais étudiants à l'Académie de Die (3). 

1610. Henri de Lubac, en philosophie. 

— Jean Héra, d'Annonay, dans la 1*" classe du collège. 

— Daniel Croze, de Saint Gervais, dans la 2" classe. 

— Pierre Leorat, d'Annonay, idem. 

— Alexandre de la Serve , de Privas, dans la 3*^ classe. 



(i) Pasteur au Cheylard. 
(2) Pasteur à Gluiras et à Saint-Pierreville. 

(?) Conrlusions du Sénat académique de Die (Arch. dép. de la Drôme, 
D, p, 53). 



392 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

1610. Jacques Néri, de Privas, dans la 3® classe. 

— Louis Blache, d'Annonay, idem. 

— Antoine Garnier, de Privas, idem. 
1636, Tiniothée Dauphin, en théologie. 
Entre lôi^a et 1660. François Valette. 

16159. Alexandre de Bruneus, de Vais, dans la i*" classe. 

— Charles de Longueville, dans la 2® classe. 

(Ces deux derniers écoliers remportèrent le prix Marquât , 
savoir : Bruneus le second prix de latin, Longueville le premier 
prix de latin et de poésie). 

N" X. — Gentilshommes nouveaux convertis, 
1686-171 I. 

(Vol. H, p. 6.) 

1° Liste des gentilshommes et principaux habitants nouveaux conver- 
tis dans le Vivarais en 1686 (i). 

1. S"" de S* Florent , non marié, à la Bastide de Virac , mal 
intentionné. 

2. S"" de Versas (2) , n'a que des filles, à Sanilhac , paraît bien 
intentionné. 

3. S*" de Montbrison, sans enfants, à Aubenas, paraît bien in- 
tentionné. 

4. S*" de Justet, ses enfants au-dessous de dix ans, à Vais, pa- 
raît bien intentionné. « M. Justet, de Vais, s'est toujours con- 
duit à merveille. Il a épousé en secondes noces une femme 
ancienne catholique , et aussi marié son fils aîné à une ancienne 
catholique. Son cadet est lieutenant réformé d'infanterie. » 

5. S"" de Badel , a un fils au-dessous de dix ans, à Chomérac , 
paraît bien intentionné. 

6. S"" d'Itier (ses fils sont au service), à Saint Priest , mauvais 
converti. C'est un vieux officier de cavalerie, fort accrédité dans 



(i) Bullelin de la SorAélâ de l'histoire du prniesinntisme fra.nçnifi, 
t. XXIX, p. J62-564. Ce qui est entre guillemets est tiré de l'état n» 4. 

(2) Les de Versas et de Montbrison s'étaient déclarés pour la réforme 
dès IÇ62 (voy. vol. I, p. 45). 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. ^9? 

son canton , capable de faire bien du désordre s'il se mettait 
à mal. 

7, 8. S» de Cheylus (i) et Tastaillon frères, fils de la dame 
hier d'un premier lit, âgés de 25 et 20 ans, non mariés, très mal 
intentionnés. « M. le baron de Cheylus, de la paroisse de Cho- 
mérac, est très huguenot ; il ne s'en cache pas et ne déguise pas ses 
sentiments sur la religion, D'ailleurs c'est un fort honnête homme, 
qui a toujours été avec les troupes du roi dans le temps des dés- 
ordres. 11 a même contenu tout son voisinage. C'est un vieux 
garçon qui ne demanderait pas mieux de se retirer à Genève si 
on pouvait lui assurer dans ce pays-là les revenus de ses biens. 
Il conviendrait fort au bien de la religion qu'il fût hors du 'Viva- 
rais, n'y ayant plus d'espérance pour sa conversion. — M. de 
Tastaillon, son frère, n'est pas de même crédit, mais il est fort 
huguenot et s'avise quelquefois de dogmatiser. Il a son frère aîné 
capitaine réformé dans le régiment Dauphin infanterie. C'est un 
fort honnête garçon. » 

9. S'' de Saint Lager, ses fils au-dessous de douze ans, à Bres- 
sac , mal intentionné. 

10. Sieur de Chambaud, non marié, à Bressac, mal intentionné. 

11. S'' du Solier, non marié, à Saint 'Vincent de Barrés, paraît 
bien intentionné. 

12. S"" de 'Verclause , a des fils au service , les autres sont au- 
dessous de douze ans, à Baix, mal intentionné. 

15. S"" de Saint Jean, n'a que des filles, à Baix, mal inten- 
tionné. 

14. S'' de 'Vaneilles , non marié, à Alissas , mal intentionné. 
« M. de Vaneilles, de la paroisse d' Alissas, est un jeune garçon, 
qui n'a pas encore de religion parce que sa mère, sœur de M . De- 
vès, gentilhomme de Loriol et proche parent de feu M. de Ju- 
lien (2), est obstiné dans sa religion. C'est elle uniquement qui 
retient son fils. » 

15. S"" de Tardivon, n'a que des filles, à Pranles ; il paraît 
bien intentionné. « M. de Tardivon , de la paroisse de Boffres , 
s'est distingué pour la religion et le service du roi dans toutes les 



(i) Les de Cheylus ont figuré dans les guerres de religion plusieurs fois. 

(2) Jacques de Julien, d'Orange, à qui son apostasie et ses cruels exploits 
contre les camisards, en 1704, valurent le grade de lieutenant général ; mort 
en 1711. 



394 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

occasions. Il ne s'est pas contenté de marier son fils à une an- 
cienne catholique : il a encore fait bâtir une chapelle dans son 
château , où il fait dire souvent la messe. » 

i6. S"" de Montefort, son frère, non marié, à Pranles ; il paraît 
bien intentionné. 

17. S"" de Sibleyras, sans enfant, à Saint Pierreville; il paraît 
bien intentionné. 

18. S"" du Cher, son frère, non marié, à Saint Pierreville ; il 
paraît bien intentionné. 

19. S"" de Montrond, a un fils en bas âge, à Gluiras, mal inten- 
tionné. 

20. S'" de Vielherma, son frère; ses enfants sont en bas âge, 
au Cheylard , mal intentionné. 

21. 22. S"" de Marcous du Bayet, à Saint Michel le Rance, mal 
intentionné. Son second fils est dans les pays étrangers, son aîné 
a vingt-cinq ans et est mauvais converti et mal intentionné. 

23. S"' du Cluset, non marié, à Saint Jean Chambre , mal in- 
tentionné. 

24. S"" de Badel , non marié, à Saint Michel de Chabrillanoux, 
mal intentionné. 

24. S"" du Pradel , n'a qu'une fille, à Villeneuve de Berg , mal 
intentionnée. 

2° Nouveaux convertis du Vivarais, qui ont été déclarés faux nobles, 
capables d'entreprendre et très mal intentionnés en 1686. 

Le s*" du Trémolet de La Cheysserie, au Gua. 

Les s" de Craux et de Saint-Andéol ses fils. 

Le s'" de Chazalette , frère du s"" du Trémolet, à Saint- 
Pierreville. 

Le s'' du Fraisse, son fils. 

Le s"" du Bays , à Bernard. 

Les s""* du Gros et du Plos, ses fils, maison forte. 

Les s""' de Labeillon et du Marrol ses frères, dans les Boutières. 

Le s'' Sautel de Monteillet (i), à Saint-Sauveur. — Dans l'Etat 
N° 5, on dit qu'il « se conduit admirablement bien ». 

Ses deux fils, âgés l'un de 25, l'autre de 20 ans. 



(i) Il fournit, quelques années plus tard, << sa production de noblesse » 
(Etat n» 5). 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 395 

Le s-- de La Pervenche, frère du s"" de Monteillet. 
Le s'" de Contagnet, aux Charriers, paroisse de Saint-Michel- 
le-Rance. 

3° Aulres nouveaux non nobles capables cf entreprendre en 1686. 

Pradier, notaire, à La Bastide de Virac. 

François Massot, chirurgien, à Vallon. 

Brun, avocat, à Chomérac. 

Vincent, notaire, à Privas. 

Charrier, notaire, à Joux. 

Giraud Lafueiile, au Gua. 

Mirabel, avocat, à Saint-Genest — Lachamp. 

Deschamps, notaire, à Saint-Pierreville. 

Jean Boisson, à Roiffieux. 

Mendon Ponsonne, Idem. 

Thomé, à Boulieu. 

Tourton, apothicaire, à Boulieu. 

Gautier, bourgeois, à Flimes. 

Bega, bourgeois, à Peaugre. 

4° Estât des gentilshommes nouveaux convertis du Vivarais {après 

I7ii)(i). 

1. M. le baron de Cheylus. Voyez page 393. 

2. M. de Vaneilles. Idem. 

3. M. Badel, de Privas, « fait son devoir de catholique, de 
même que ses deux fils qui ont été officiers et ses trois filles. La 
femme le fait aussi , mais je suis persuadé qu'elle ne le fait que 
par politique ; mais on peut compter que cette famille se conduira 
toujours bien. » 

4. M, Justet. Voy. page 392. 

5. M. de Tardivon. Voy. page 393. 

6. M. de Chambaud , « de la paroisse de Saint Julien en Saint 
Alban , a toujours fait son devoir de catholique. Il est marié de- 
puis longtemps à une femme de condition, ancienne catholique. » 

7. M. de Rochessauve , de la paroisse de Rochessauve , beau 
frère du baron de Cheylus et de M. de Tastaillon, est fort âgé et 

(i) Communiqué par M. Vielles, de Montauban. 



^96 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

impotent. Lui et sa femme très huguenots, ne sortent jamais de 
leur château. Ils ont trois fils, dont deux capitaines réformés et 
le troisième, qui est l'ainé, n'a pas encore obtenu sa réforme de 
capitaine. Ils sont fort vifs, jeunes et pétulants. On n'a rien à leur 
reprocher parce qu'ils étaient au service lors des Camisards, 
mais il y aurait lieu de les observer de bien près en cas de 
troubles. 

8. M. d'Entrevaux, de Privas, est un exemple de conversion. 
Son aine est lieutenant dans le régiment Dauphin infanterie et 
son cadet a une prébende dans le chapitre de Viviers. 

9. M. de la Baume de Bavas, de la paroisse de BofFres, ne 
vaut rien pour la religion. Il est même du nombre des réservés 
dans l'amnistie accordée aux rebelles de 1683; mais il est déjà âgé 
et ses deux fils, qui sont au service en qualité de cadets ou de 
soldats, vont à l'Eglise lorsqu'ils sont au pays. Je suis persuadé 
qu'ils seront bon catholiques après la mort de leur père. Cette 
famille est fort obérée. 

10. M. de la Chesserie , qui a servi, est un très bon sujet. Il 
a marié ses deux sœurs à des anciens catholiques. 

50 Estât des nouveaux convertis qui ont pris la qualité ou vécu 
noblement {après 1 71 1 ). 

M. d'Audemard, de Toulaud, dont le père et le grand père ont 
été lieutenants colonels d'infanterie. Il est fort sage, s'étanl tou- 
jours très bien conduit pour le service du roi et de la religion. 

M. de Vaugiron, de Silhac, dont les auteurs ont toujours servi, 
est un médecin de quelque réputation, mais fort huguenot. Il 
n'est pas jeune et n'a qu'une fille. 

M. de la Suauve, de Charmes, a fort bien servi. Il fait réguliè- 
ment son devoir et a été en dévotion depuis six mois à la Sainte- 
Beaume. 

M. de Platfay, de Châteauneuf de Vernoux, n'est pas d'une 
bonne race pour la religion. Il est sans courage ni crédit. Il n'est 
ni huguenot, ni catholique. Sa femme, de condition. 

M. de Sautel de Monteillet. 'Voy. l'Etat N" 2. 

M. d'Albon, de Mauras, ne vaut pas grand chose. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 



397 



N" XI. — A. Biens des Consistoires du Vivarais 
ET DU Velay (i). 

(Vol. II , p. 8.) 



CONSISTOIRES. 


BIENS FONDS. 


VALEUR 
TOTALE. 


CAPI 

PRINCIPAL. 


TAUX 

INTÉRÊTS. 


Salavas. 


Deux terres incultes. 1 
Pièce de terre rapportant par/ 

an 50 sols. / 
Terre avec grange rapportant! 

par an 16 den. J 


148' 






Vallon. 


Maison présentement occupéej 
par le curé , valeur 6 ou 700/ 
livres. / 

Petite grange, valeur i "Soliv.! 

Cimetière, — 30 — / 


163^' 






Lagorce. 


Place du temple, - 120 — i 
Cimetière, — i 20 — ( 


240' 






Aubenas. 


Cimetière, — 30 — ^ 
Place du temple, — 30 — \ 


60' 






Vais. 


Soletplacedu temple, — 120 — ) 
Cimetière, — 30 — ) 


MO' 


400' 


22' 


Champérache. 


Maison , — i U'» — j 
Temple, — 30 — > 
Cimetière, — 40 — ] 


220' 






Ajoux. 


Temple, — 3 à 4 — 


8' 







[}) Estai (les biens des Consistoires de la province de Languedoc, etc. 

— Estât des biens ayant appartenu aux Consistoires supprimés de ceux 
de la R. P. R. du Vivarès, etc. — Virarès consistoriaux. Estât des effets 
intèri'ls ou pensions des sommes capitales qui peuvent être exigés, etc. 

— Vivarés consistoires. Estât des biens-fonds qui ont appartenu aux 
jadis consistoires de ceux de la R. P. R. du diocëze de Viviers, etc. — 
Mémrtires sur les consistoires du diocéze de Viviers, de Valence et de 
Vienne. — Vivarez. Estât des biens qui ont appartenu aux fugitifs du 
pais de Vivarez, etc. (Archives de l'Hérault, C, 276, 278, 309). 



398 



HISTOIRE DES PROTESTANTS 



CONSISTOIRES. 



Le Gua. 

Issamoulenc. 

SaintPierreville 

Gluiras. 



SaintSauveurde 
Montagut. 



Serres. 

Marcols. 

Le Cheylard. 

Meysse. 

Baix sur Baix. 



BIENS FONDS. 



VALEUR 
TOTALE. 



Le Pouzin. 
Chomérac. 

Saint Fortunat. 

Saint Vincent de 
Barrés. 



Platfondsdutemple, valeur 5 liv./ 
Cimetière, — 60U7 — \ 

Fonds du temple, — ■; ou6 — 
Cimetière, — 3 — 

Fonds du temple, — 10 — / 
Cimetière, — 40 — \ 

Maison , jardin et pré occupés] 
par le curé, valeur 400 liv. > 
Deux granges, — 150 — ) 

Temple, — 20 — 

Cimetière repris par le proprié- 
taire. 

Terre, 7 livres de pension. 
Sol du temple , valeur 61iv 



— 30 - 

— 50 — 

— 40 — 

— 80 — 
valeur 100 — 



Cimetière, 

Sol du temple, 

Cimetière, 

Sol du temple, 

Cimetière , 

Sol du temple, 

Pierres du temple. 

Cimetière, — 50 

Sol du temple chargé de 5 1. de 

pension annuelle , qu'il faut 

payer à noble Reymond de| 

Calignon, sieurde Saint-Jean. 

Cimetière chargé de 5 cartes de| 

froment de censé, qui sert au 

roi, valeur 2oliv. 

Sol du temple et cimetière payés) 

pour acquitter les dettes. j 

Place du temple. i 

Pierres du temple, valeur 1 5 liv.> 

Cimetière, — 50 — ' 

Sol du temple, — 20 — / 

Cimetière, 100' dues, reste 100'^ 

Sol du temple. , 

Cimetière. ^ 



14' 
9' 

54' 

4313' 



70' 



120' 



Mo' 



145' 



I I2'lO' 



65' 



I7S' 



2^' 



CAPITAUX 



PRINCIPAL. 



I26'l2'6d 

95'io' 
128' 4' 
3362' 



<;' 26" 

4' 5'6«i 
10' 28» 
ii;8'342' 



^31' 4' 



i*4d 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 



^99 



CONSISTOIRES. 



Chalencon. 



Desaignes. 

La Bâtie de 
Criissol. 

Saint Agrève. 

Châteauneuf. 



Le Pape et 

Pierregourde. 

Saint Voy. 



Soyons , Char- 
mesetToulaud, 



Boulieu. 

B offres. 

Saint Jean 

Chambre. 

Vernoux. 

La Bastide de 

Virac. 

Rochessauve, 

Ceux. 

Alissas. 

Flaviac. 

Le Chambon 

Annonay. 



BIENS FONDS. 



VALEUR 
TOTALE. 



CAPITAUX 



Maison duministre, valeur 5 ooliv. 
Temple (était loué), — 20 — | 
Jardin, — 60 

Cimetière, — 10 — | 

Chenevière, — 30 — ! 

Petite maison à trois étages. ( 
Place du temple , valeur 60 \\y.\ 
Temple démoli. ) 

Cimetière appartenant à un) 

particulier. ) 

Cimetière en possession du sei-/ 

gneurdulieu, valeur i^liv.^ 
Cimetière. 
Sol du temple, 
Terre , 
Autre terre , 
Platfonds du temple 
Cimetière, —6007—) 

Sol du temple sans valeur. i 

Cimetière laissé à un particu-j 

lier. Repris par le vendeur. * 



25 — f 
20 

100 — j 
20 — ) 



Terre , 



valeur looliv.j 
Cimetière à Soyons, — }o — ( 
Place du temple, — >o — 
Cimetière àToulaud — 10 — 
Maison du ministre. 



Dû au consistoire le vin de la 
sainte Cène. 



620' 

570' 
90' 
69' 

205' 

27' 
40' 

170' 

700' 
40' 

25' 

1481 

45' 
15' 
6o> 

30' 
2900' 



PRINCIPAL. 


INTÉRÊTS. 


240' 


12' 9* 


60I 


3' 


130" 


6' 10" 


300' 


i^' 


128' 


5' 20'* 


500' 


25' 


125' 


61 



400 



HISTOIRE DES PROTESTANTS 



B. Biens des religionnaires fugitifs du Vivarais 

ET DU VeLAY. 
(Vol. H, p. 9.) 



LIEUX. 


PAROISSES. 




Salavas. 




320' 

26052 

200 


Vallon. 




Lagorce. 

"Villeneuve de Berg. 

Aubenas. 






1600 




23100 

18240 

1 200 


Vais. 




Ajoux. 
Marcols. 






14700 

650 

1 3000 


Alissas. 




Chomérac. 




Flaviac. 




550 
6600 


Saint Julien en Saint Alban. 




Le Pouzin. 




800 


Lavoulte. 




3000 


Beauchastel. 




5310 


Charmes. 




4500 
600 


Saint Péray. 




Champis. 




600 


Boflfres. 




19000 


Vernoux. 




15110 


Châteauneuf. 




555 


Saint Julien Boutières. 




800 


Saint Fortunat. 




6800 


Saint Cierge la Serre. 




-00 


Saint Sauveur de Montagut. 




800 


Saint Michel de Chabrilla- 

noux (en deux fois). 

Silhac. 

Chalencon. 




TiîOO 




3000 

4300 

200 


Saint Jean Chambre. 




Saint Julien la Brousse. 
Saint Christel. 




5050 
I ^ÎOO 


Saint Michel le Rancc. 




7000 









DU VIVARAIS ET DU VELAY. 



401 



LIEUX. 



PAROISSES. 



Le Cheylard. 

La Mastre. 

Desaignes (en deux fois) 

La Bâtie d'Andaure. 

Saint Bazile. 

Le Chambon. 

Antraigues. 

Annonay(en deux (ois). 

Boulieu. 

I les deLavoulte (en deux fois) 

Le Pouzin (en deux fois). 

Privas (en deux fois). 

BJaizac. 

La Fau. 

Pourchères. 

Lyas. 

Creissac. 

Chiroux. 

Saint Maurice en Chaléncon 

Les Blaches. 

Fontbonne. 

La Fauriette. 

Peyrier. 

Tournaillon. 

Vaneilles. 

Peire Arnaud. 

Coutaud. 

La Couet. 

Dobiot. 

La Toupasse (en deux fois) 

Le Chambon. 

Clémencieu. 

La Nohérie (?). 

Sunchie (Les Marcels). 

Larrin. 
Barbenoire près Royas. 
11. 



Lavoulte. 



Ajoux. 
Pourchères. 



Rompon. 
Saint Didier de CrussoL 



Saint Sauveur de Montagu. 

Silhac. 

Saint Christol. 

Saint Jean Chambre. 

Silhac. 

Silhac. 
Silhac. 



Saint Didier de Crussol. 

Chaléncon. 

Gluiras. 

Annonay. 

Annonay. 

Annonay. 

Serrières. 

Saint Laurent du Pape. 

26 



15750' 
1240 

9579 

7270 

200 

1800 

40000 

82761 

10800 

800 

1200 

6000 

650 

8000 

12000 

2000 

650 

600 

950 

4500 

140 

?ooo 

800 

HO 
1200 
2000 

700 
1400 

6io 

38797 

1000 

1200 

^500 
4500 

100 

2700 



402 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

N" XII. — Enlèvements d'enfants a Annonay 
EN 1700 (i). 

(Vol. II, p. 48.) 

Justine Demeure, fille de noble François Demeure, est enfer- 
mée dans le couvent de... par ordre de Bâville du 10 mars 1700. 

Par ordre de même date, du même, Marie et Claire de La- 
grange, filles de Louis de Lagrange, sont enfermées dans le cou- 
vent de Notre-Dame-d'Annonay; Isabeau Baron, fille de Barthé- 
lémy Baron, procureur du roi; Marguerite de Fornier , fille de 
noble André de Fornier ; Marie Lagrange , fille de Théodore 
Lagrange; Jeanne et Isabeau Rignol , filles de Jean Rignol ; 
Jeanne Alléon, fille de feu Jean Alléon , dans le couvent de 
Sainte-Claire-d'Annonay ; Isabeau Chomel , fille de feu Jean 
Chomel, expert ; Jeanne Paret , fille de feu Antoine Paret , dans 
le couvent de... à Vienne. 

Lucrèce d'Arbalestrier , femme de noble André de Fornier 
(nommé plus haut), reçoit l'ordre , le i 7 juillet 1700, de François 
Barbier, sergent royal, de représenter Marguerite de Fornier 
(nommée plus haut). — Il suit de là que cette jeune fille avait pu 
échapper à l'ordre de Bâville. 

Armand de Montmorin de Saint-Hérem, archevêque de Vienne, 
tout grand personnage qu'il fût , ne dédaignait pas de s'occuper 
en personne de la conversion des enfants protestants d'Annonay , 
qui ressortissait à son diocèse ; mais les parents de ces derniers 
lui causaient quelquefois de véritables déboires. C'est ainsi qu'en 
mars 1700, ayant voulu se rendre à Annonay pour leur faire des 
remontrances sur ce qu'ils n'envoyaient pas leurs enfants à l'église 
catholique, il apprit qu'ils avaient éloigné tous ceux-ci de la ville, 
de sorte que le zélé prélat dut remettre sa visite « jusqu'à un au- 
tre temps, » dit-il, « où je pourrai m'y rendre à leur insçu ! » 

Un certain abbé d'Auvergne, qui remplissait le rôle d'inquisi- 
teur de la foi dans le diocèse de Vienne à la plus grande satisfac- 
tion de son archevêque , et qui se rendait fréquemment à Anno- 



(I) Archives du conseil presbytéral d'Annonay. Voy. aussi le BuUpHv ib 
In Société de l'histoire du proteslHniisme fraurais (t. XXX, p. i 17-124 , 
qui a commis des erreurs de date et de nom. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. iq? 

nay pour surveiller les nouveaux convertis, parle, à la date du 
20 septembre 1700, d'une demoiselle de Mure, cachée à Lyon, et 
qu'il comptait également enfermer dans un couvent en commen- 
çant par faire emprisonner son père. 

N» XIII. — Liste générale des condamnations 

PRONONCÉES CONTRE LES PROTESTANTS DU VlVA- 
RAIS ET DU VeLAY POUR FAIT DE RELIGION PEN- 
DANT LA PÉRIODE DU DÉSERT. 

1685 

27 juin. Claude Guérin, de Villevocance , galères (par le prési- 
dial du Puy). 

Jean Paul Seignover, enfermé à la tour de Constance, 
où il mourut. Sa femme , enfermée au château de 
Sommières pendant 20 ans. 

Vialette, de la Bâtie d'Andaure. Arrêté, puis fugitif, en- 
fin conduit â la tour de Constance , où il mourut. 

Marc Charrein , pendu â Montpellier (quelques années 
après). 

1686 

2} mars. Antoine Boissy. de la Grimaudière, 5 ans de galères (par 
le parlement de Grenoble). 
— Pierre Fay , de Bronac , 5 ans de galères (libéré plus 
tard). 

10 mai. Isaac Sibleyras, de Masneuf, galères (par le parlement 
de Grenoble). 

18 mai. Antoine du Riou, de Silhac, 10 ans de galères. 

26 sept. Jean Bouniol, chantre, de Chjrnavas, galères perpé- 
tuelles (par le parlement de Grenoble), 
Joachim, d'Annonay , enfermi dans l'hôpital de Va- 
lence. 

1687 

S mars. Paul Lafont, de Beauvène. galères (par le parlement de 
Dijon). 



404 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Jean Crozier, de Villeneuve de Berg, marchand, déporté 
en Amérique sur le vaisseau Notre Dame de bonne 
espérance et naufragé. 

De Paris, de Vallon , déporté, après avoir été détenu 
dans les cachots de la tour de la Reine en 1686. 

1689 

26 févr, Paul Reboul, de Chassut, galères (par de Broglie), 
2 mars. Jean Pierre Perrin, prédicant. A mort. 

Jean Gresse dit Dequin , drapier à Laveneu. A mort. 
Siméon Montflot dit Urbe, laboureur, de Saumas , pa- 
roisse de Vernoux. 
Jean André Quittau, fils d'Etienne, drapier à Ponsoye, 

paroisse de Saint Didier de Crussol. A mort. 
Etienne Maire dit Coquandon , fermier du comte de 
Maugiron, à La Mure, paroisse de Saint Julien le 
Haut. A mort. 
Pierre Maire dit Coquandon, fils d'Etienne, laboureur 
du même lieu. A mort. 
26 mars. Jean Pierre Douchon , de Talussac , galères (par de 
Broglie). 

— David Reboul, de la Serre (ou de Maurans) , âgé de 

3") ans, galères (parle présidial de Montpellier). Mort 
le ) septembre 1711, « constant dans la foi. » 

— Jean Rousseron (ou Rougeron) , de Montélimar, domi- 

cilié en Vivarais, galères (par le même). 

— Jean Gourtol, de Bonnet de Ladreyt (par le même). 

26 mai. Antoine Doalette (ou Doulette), âgé de 24 ans, galères 
(par le présidial de Montpellier). 

10 juin. Alexandre Astier, tisserand de toile, de Vignac, paroisse 
de Saint Cierge la Serre, âgé de 27 ans (par de Bro- 
glie) ; libéré en 171]. 

17 juin. Matthieu Pélissier , de Chermaison, galères (par de 
Broglie). 

— Jean Curson , de Desaignes , galères et maison démolie 

(par de Broglie) ; libéré en 1698. 

— Jean Bravais, de Saint Apollinaire de Rias, galères (par 

le même) ; mort à la peine. 

— Daniel Fontbonne, de Martel, galères, mort à la peine. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 405 

17 juin. Pierre Rieu, de Saint Voy, galères (par de Broglie). 

— Mathieu Ribery, de Lieurard, galères (par le même), 

18 août. Bernard Bouvier, de Saint Didier de Crussol , galères 

(par le même). 

— Jean Molle, de Saint Boni en Velay, âgé de 36 ans, ga- 

lères (par le même) ; libéré en 171 3. 
20 sept. Jacques Rey, de Saint-Voy, galères (par le même). 

— Pierre Mazet, de Saint Jean Chambre (ou de Saint 

Agrève) , âgé de 29 ans , galères (par de Broglie) ; 
vivait encore en 1708. 

— Pierre Riou, de Chambon, galères (par le même). 

28 sept. Moïse Frache (ou Fracha), de Chantier, galères (par 

le même) ; mort à la peine. 
10 oct. Pabion (Jacques), tisserand de toile, de Desaignes , 

galères. 
12 oct. Pottier ou Pothier, de Lespinas, galères (par Bouchu , 

intendant du Dauphiné). 
— Louis Duclos, de Marneuf , perruquier , arrêté à Rodo- 

mache le 26 août, galères; libéré en 171 3, il se retira 

à Berne. 

— Pierre Chapoulon, de Saint Marcel (par l'intendant du 

Dauphiné). 
23 nov. Louis Estoile (ou L'Estoile), d'Annonay , galères (par 

l'intendant du Languedoc) ; mort à la peine en avril 

1696. 
28 nov. Jean Bousquénaud , de Chalencon , galères (par le 

même). 

— Isaac Thaulier, galères (par l'intendant du Dauphiné); 

mort en 1695. 

— Jaques Juventin, de Vernes (par l'intendant du Langue- 

doc) ; mort à la peine. 

— P. Corréard , de La Baume, galères. 

— Pierre Pagot, des environs de Valence, galères (par or- 

dre du roi). 
Dec. Antoine Crand, de Lamenac (paroisse de Saint Priest). 

Suivant d'autres, en janvier 1690. 
Moïse Tranchât, âge de ^o ans, galères. 
J. Courtol. 
Pierre Maillet (ou Mallet). âgé de 28 ans, galères; 

libéré en 171 3. 



406 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Jacques Fort, de Silhac, mandement de Chalencon, âgé 
de 54 ans. 

Etienne (ou Antoine) Grange de la Ménardière, de Saint 
Jean de Prusi , âgé de 29 ans, galères et sa maison 
démolie; libéré en 171 ]. 

André Munier, de Saint Priest, galères; mort à l'hôpital 
le 26 février 170 3. 

Barthélémy Rossignol, de Saint Peyre (ou d'Alboussiè- 
res), galères (par de Broglie); libéré en 1713. 

Louis Valette, de Saint Vincent de Durfort , pendu à 
Lavoulte , puis brûlé. î^rédicant. 

Nombre considérable d'insp'rés enfermés dans le château 
de Lavoulte, le fort du Pont Saint Esprit, la Tour de 
Constance, le fort de Nimes, la citadelle de Mont- 
pellier, ou envoyés aux galères. . 

1690 

2 janv, Jean Pierre Sivart, de Gilhac, galères (par de Broglie). 

— Etienne Bernard, d'Empurany, galères (par le même). 

— Jean Pierre Dintres, de Bussy le haut (paroisse d'Em- 

purany), âgé de 1} ans, galères (par de Broglie); mort 
à l'hôpital de Marseille le 7 février 1708. 

?o janv. Claude Grand, de Saint Faurié, galères (parle même). 

?! janv. Jacques Bel (ou Bets, Bez), galères; mort en 1701. 

— Jacques Bois, de Saint Faurié (par de Broglie). 

— Pierre Salque, de Saint Faurié, galères; mort à la peine. 
2 avril. Gabriel Astier, inspiré , roué à Baix (par ordre de Bâ- 

ville). 
19 mai. Jacques Rialhon, du mandement de La Bastide de Vi- 
rac, galères (par Bâville). 

— Pierre Palayer , âgé de 28 ans , de Desaignes (par le 

même). 
25 juin. Françoise, du Chambon, emprisonnée. 

Joseph (ou Josué) Corbière, prédicant, âgé de 54 ans , 

galères; libéré en 171 3. 
Pierre Sauzet, de Franchassis, laboureur, âgé de 36 ans, 

galères; libéré en 1713, il se retira à Bàle. 
Antoine Grange, de Saint Creyt, galères. 
Daniel Chanac, prédicant, enrôlé de vive force. 



DU VIVARAIS ET DU VEl.AY. 407 

1691 

Isaac (ou Pierre) Moucha, de Vernoux , galères: mort 
à la peine même année. 



1692 



David Chabrières, de Saint Julien la Brousse, enfermé 

au fort du Pont Saint Esprit. 
Fleuris Imbert, de Saint Martin, de même. 



1694 



François Rochebilière , dit Duclos . notable de Lamas- 
tre, galères; « né et élevé catholique a connu et em- 
brassé la vérité en galère avec un beau zèle ; » libéré 
en 1713. 

Jeanne Elisabeth Faure , de Chérin , paroisse de Saint 
Julien la Brousse, enfermé en février. 

1696 

Daniel Arsac , de Beauvert , prédicant , âgé de 2^ ans, 
cadissier, prédicant. galères; libéré en ijn- 

Charles Laurens , de Desaignes , prédicant , âgé de 
24 ans, galères ; mort à la peine peu après. 

Jean Valette, prédicant, galères perpétuelles. 

Isaac Berlier, de La Bâtie de Crussol , prédicant, em- 
prisonné quelques mois à Beauregard. 



1697 



Marie Seignaurette , enfermée dans diverses prisons 
pendant 2"; ans. 

1698 

Pierre Tromparent , de Charmes , galères: mort le 
28 juin 1701 à la peine. 



408 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Matthieu Dunis (ou Daunis). dit Laroche, de la Selle , 
en Velay, prédicant ; libéré en 1713, il se retira à 
Neuchâtel. 

Plusieurs protestants emprisonnés au château de Beau- 
regard. 

1699 

10 oct. Claude Pavie, laboureur, de Villeneuve de Berg , âgé 
de 31 ans, galères; libéré en 171 3, il se retira à 
Saint Gall. 

— David Bernard, manchot, de Marcols, veuf avec quatre 

enfants, galères. 

— Jacques Boutou, fils d'Antoine, d'Aucha, diocèse de Vi- 

viers , galères. 

— Ranc, laboureur, de Desaignes, veuf avec deux enfants, 

galères par Bâville. 

I 700 

18 nov. Jacques Chaulet, travailleur de terre, âgé de 62 ans, ga- 
lères perpétuelles (par le bailli de Villeneuve de Berg). 

— Matthieu Eschalier, ménager, âgé de 64 ans, galères 

perpétuelles (par le bailli de Villeneuve de Berg). 

— Louis Giraudier, laboureur, âgé de 38 ans, galères per- 

pétuelles (par le bailli de Villeneuve de Berg). 

— Pierre Plan, tisserand, âgé de 35 ans, galères perpétuel- 

les (par le bailli de Villeneuve de Berg). 

— Claude Fezay dit Fumât, d'Aubrès, rentier au Chasta- 

nier, âgé de 40 ans , galères perpétuelles (par le bailli 
de Villeneuve de Berg). 
~ David Maujaret, travailleur de terre, âgé de j<, ans, 
galères perpétuelles (par le bailli de Villeneuve de 
Berg). 

— Antoinette Reynet, des Tineaux, âgée de 20 ans, prison 

perpétuelle (par le bailli de Villeneuve de Berg). 

— Bonne Nogier^ âgé de 18 ans, prison perpétuelle (par le 

bailli de Villeneuve de Berg). 

— Madeleine Bonnaud , femme de Meissonnier, âgée de 

47 ans, prison perpétuelle (par le bailli de Villeneuve 
de Berg). 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 409 

18 nov. Marguerite Brun, femme David Maujarel , âgée de 

22 ans. prison perpétuelle (par le bailli de Villeneuve 

de Berg). 
Ces dix condamnés étaient de Vais. 
Arsac (Antoine), de Beauvert, prédicant , emprisonné à 

Montpellier, puis enrôlé dans l'armée. Il réussit à 

s'évader. 
Alzas , de Salavas. 

1701 

27 sept. Isabeau Dauphinenche . de Privas , emprisonnée à 
Tournon. 
2 nov. Charles Aurenche, de Malion , paroisse de Saint-Sau- 
veur-de-Montagut , galères. 

— Noë (ou Noël) Peyre, de Saint-Cierge-la-Serre, galères 

(par Bâville); mort Tannée suivante. 
Pierre Gaillard, des Plans, galères ; libéré le 7 mars i 714. 

Jean Marlié le. j c r i>. iua 

\ frères, de Sauliers, galères; libé- 
Jacques Marlié { xi. u -. - 

^ . ) rés le M novembre 171 7. 

Pierre Marlié ' 

Matthieu de Mars, de Vernoux , galères; libéré le 

7 mars 1714. 
Jean-Pierre Longuerville , de la Pérouse , galères. 
Louis Merle dit Rousson, de Saint-Fortunat , galères ; 

mort à l'hôpital le 12 février 1708. 
Femme Jourdan , emprisonnée au Pont-Saint-Esprit. 
Jacques Gaspard, pendu à Vernoux. 
Claude Mayre dit Cocadon , id. 

Jacques-Salomon Duplantier, pendu à Saint-Pierreville. 
René Faillot, pendu à Saint-Agrève. 
David Marlié, pendu à Vallon. 
Une fille , pendue à Privas. 

1702 

6 mai. René Prat . de Meyras, galères (par Bâville); libéré le 
I ^ novembre 171 7. 

— Jean Rouvière, de la Vause, galères (par le parlement 

de Grenoble) ; mort le 12 mars 1703 à l'hôpital. 



410 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Jacques Chaulet. de Vais; mort à l'hôpital le 3 jan- 
vier 1703. 
Charles Dorince, mort le 17 octobre 1702, 
Jean Charreyre dit le petit Marc, prédicant , pendu à 
Montpellier. 

1703 

22 août. Jean Clauzel, pendu à Montpellier. 

Madeleine Rouberte, de Saint-Maurice, emprisonnée 

au Pont-Saint-Esprit. Y était encore en 171 2. 
Suzanne Vinçon, id., id. 
Jeanne Costet, de Saint-Martin, id., id. 
Paul Chamarand , relaps , galères. 
Louis Croze, id., id. 
Pierre Plan et autres, de Vais, galères. 
Jacques Pinard (avant i 703), galères ; libéré en 171 3. 

1704 

Antoine Fraisse, de la Bâtie de Crussol, galères; libéré 

le 7 mars 1714. 
Lucrèce Guigonne, de Dalbou, paroisse de Marcols, 

emprisonnée à Carcassonne. Y était encore en 171 2. 
24 août. Isaac Duplantier, rompu vif à Vernoux. 

— Un autre religionnaire, pendu à Vernoux. 

— Trois prophétesses, id., id. 
Claude Mayre dit Cocadon, id., id. 

170^ 

Isaac Espérandieu , galères ; libéré le 24 juillet 1716. 
Jacques Merlin, de Masmagnan, galères; id. 
Elisabeth Mounière, de La Chalaye, paroisse de Saint- 

Agrève , emprisonnée à Carcassonne. Y était encore 

en 1712. 
Jeanne Longuefaye , de Blanchi, paroisse de Gluiras , 

id., id. 

1706 

p. de Larbie, de Teule, paroisse de Gluiras, galères : 
mort le j8 janvier 1710. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 4»* 

P. LascoLirs (ou Delascour), du même lieu, galères. 

Joseph Teule, du même lieu; mort le 30 mars 1709. 

Jacques Fabre (ou Favre), du même lieu, galères ; mort 
à l'hôpital le 3 novembre 1707. 

Isaac Gauchon, du même lieu, galères; libéré le M no- 
vembre 171 7. 

Joseph Mours, de Lariva , galères ; mort à l'hôpital le 
le 3 décembre 1709. 

Mailhard (Claude), de Combalantar-de-Donar (?), galè- 
res; mort le 12 octobre 1706 à l'hôpital. 
2> sept. Plusieurs religionnaires qui s'étaient assemblés au mou- 
Im de Chamanche, paroisse de Gluiras, galères. 

Marie Rousle (ou Roule), de Courac, diocèse de Viviers, 
emprisonnée à la Tour de Constance. 

1707 

Antoine Duplan, de Charmai, paroisse de 'Vais, galères: 
jeté peu après dans un cachot de l'hôpital à Marseille 
où il mourut le 2? août 1707. 

1708 

23 juillet. Jean Beauthias, galères perpétuelles (par le présidial de 
Nimes), libéré en 1714. 

— Pierre Fontbonne, de Privas, galères perpétuelles (par 

le même); libéré le i^ novembre 1717. 

— Matthieu Suel, 3 ans de galères (par le même). 

— Suzanne Charrier, dite la Randigonne, d'Ouvèze , pa- 

roisse de Privas, prison perpétuelle à la Tour de 
Constance (par le même). 

1709 

Sébastien Fontbonne, de Valonne, galères; mort le 

2<, septembre 1709. 
Joseph Desjoux, de Plots (paroisse de Gluiras), galères ; 

mort le 28 novembre i 709, 
Alexandre Fayolle , de Louzbre (paroisse de Saint-- 

Fortunat), galères. 



412 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

François Traversier, de Mours (paroisse de Gilhoc), 
galères; mort le 2^ novembre 1709. - 

David Chabrières, de Plots (paroisse de Gluiras), mort 
à l'hôpital le 2<^ novembre 1709. 

Jeanne Mejanne , de Vernoux, prison perpétuelle à la 
Tour de Constance. 

Elisabeth Catalone (ou Catone) , de Chalencon , idem. 

1710 

Jean Chabris, de Saint-Julien-le-Vieux, galères, 
n nov. Jean-Jacques Chambon, bourgeois de Gluiras, galères; 
mort à Montpellier. 

1711 

18 juin. Pierre Bruy dit Saint-Julien, de Saint-Julien, pendu à 
Montpellier. 
Jacques Vabres, de Saint- Jean-Chambre, galères; mort 

à l'hôpital le 3 janvier 171 2. 
Catherine Roustan, de Saint-Agrève, prison, 
Isabelle Roustan, sa sœur, du même lieu, prison. 

1716 

Jean Bernard, galères. 
Meissonnier, idem. 

1719 

Rouvière, galères perpétuelles. 
II mai. Jacques Combe, dit Angély, du Bouchet , galères per- 
pétuelles (par de Roquelaure). 
Pierre de Serret, galères perpétuelles. 
Deux filles, prison. 

1723 

Marie Béraud, de Mours, paroisse de Gluiras, aveugle, 
prison perpétuelle à la Tour de Constance, y était 
encore en i 754, et avait 80 ans. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 41^ 

1728 

23 oct. Marie Vernet , de la Traverse, paroisse de Saint-For- 
tunat, prison perpétuelle à la Tour de Constance (par 
ordre de la cour) , y était encore en 1 741 , et avait 
60 ans. 

— Antoinette Gemin, même peine. 

— Jean Blache dit la Calotte, de Mastenac (paroisse de 

Saint- Fortunat), galères perpétuelles. 

— Jean-Jacques Bonniard, fils de Jacques, idem. 

— Paul Bonniard, idem. 

— Jacques Fargier, idem (contumace). 

— Paul Bonniard, idem (contumace). 

— Claire, prison perpétuelle à la Tour de Constance. 

— Veyrenche, idem. 

— Boussena, maintenu en prison. 

— Judith Chabrières, idem. 

— Catherine Pascouret, idem. 

— Marguerite Bonniard, idem. 

— Catherine Bonniard, idem. 

— Maisons de Jean Blache, d'Antoine Vernes, dit la Tou- 

lipe, de Marie Vernes , et le cellier de Viliars rasés. 

1729 

Plusieurs protestants condamnés aux galères. 

Jean Alzas, de Salavas, soupçonné d'être prédicant. 

Etienne Durand, père du pasteur Pierre Durand, en- 
fermé au fort de Brescou (par lettre de cachet), libéré 
en 1743. 

Pierre Comte, de Notre-Dame, galères. 

De la Baume, de Boffres, emprisonné à Beauregard. 
28 juin. Matthieu Serre, emprisonné. 

1730 

28juiliet. Marie Durand, sœur du pasteur Pierre Durand, prison 
perpétuelle à la Tour de Constance; libérée en 1750. 

16 juin. Daniel Serre, fiancé de la précédente, de Poux, paroisse 
de Saint-Pierreville (par ordre du comte de Saint- 
Florentiny, libéré en i7i;o. 



414 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

i7?i 

21 avril. Isabeau Sautel , veuve de Jacques Rouvier , notaire de 
Craux, paroisse de Saint-Etienne-de-Serre, belle-sœur 
du pasteur Pierre Durand, prison perpétuelle à la 
Tour de Constance (par ordre de la cour). 

Risserand , de la Combe du Pra , paroisse de Silhac , 
galères. 

Marie Neviliac . prison perpétuelle à la Tour de Con- 
stance. 

I7H 

2? déc. Jean Bernard, prédicateur, de la Grassière, paroisse du 
Gua , emprisonné au fort de Brescou. 

1737 

;; janv, Marie Veillard, femme de Daniel Sauzet , de Sampzon, 
prison perpétuelle à la Tour de Constance; y était 
encore en 1741 et avait 45 ans. 

— Marie Vidal, femme de Daniel Durand, de Veyras , 

même peine (par le marquis de La Fare); y était en- 
core en 1763 et avait 53 ans. 
I**"" mars. Isabeau Menet, de Beauchastel , femme de François 
Fiales, même peine (par de Bernage) ; rendue folle à 
son père le 3 mars 1750, à l'âge de 35 ans. 

— Marie de Goutet , femme de Noël Vey, même peine 

(par le même), y était encore en 1763 et avait 
57 ans. 

— Jeanne Menet, même peine ; s'évada en 1737 et se re- 

tira à Genève. 

— Louis Trapier, de Grosjeanne, galères perpétuelles (par 

de Bernage). 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 41; 

r' mars. François Fiales, de Grosjcanne, id. (id.). 

— Noël Vey, de Saint George, id. (id.). 

— Jacques (ou Jean) Clergues, dit Nodon , laboureur de 

Pierregourde , id. (id.) ; était encore aux galères 
en 1746. 

— André Pinet, de Grosjeanne, id. (id.j. 

— Jean Jacques Gay, du même lieu, id. (id.). 

La femme du sieur Durand, de Vais, prison perpétuelle 
à la Tour de Constance : y était encore en mai 1742. 

1738 

4 janv. François Alzas, de Vallon, emprisonné à Beauregard. 
Marguerite Dugas , femme de François Peschaire 
id., id. 

Femme Peschier, épouse de Pierre Pouget , id., id. 
Sa fille, id., id. 

Françoise IVIassot, femme d'Antoine Ollier, chirurgien, 

id., id. 
Jeanne, sa fille, id., id. 
Marie, sa fille, id., id. 

Silhol de Lassessac, paroisse de Lagorce, id. 
Josephi, son fils aîné, id., id. 
Durand, de Vais, emprisonné à Beauregard. 

I7Î9 

8 janv. Etienne Larnac, condamné à entretenir à ses frais deux 
de ses fils au collège des barnabites du Bourg Saint 
Andéol. 
12 sept. Demoiselle Delorme, de Silhac, prison perpétuelle à la 
Tour de Constance. 
Jean Morel , frère du pasteur Morel-Duvernet , empri- 
sonné à Beauregard où il mourut. 

1740 

8 févr. Morel dit Duvernet , ministre, de Saint André des Ef- 
fingeas, mémoire éteinte, supprimée à perpétuité. 
- Louise Peyron dite la Peyrone , de Lamastre , prison 
perpétuelle à la Tour de Constance. 



contumaces , décrétés 
d'arrestation. 



416 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

8 févr. Mathieu Morel, neveu de Morel-Duvernet, deCiheyne, 

paroisse du Chambon en Velay, galères perpétuelles; 
libéré le 12 février 1761. 

— Françoise Fontbonne, veuve de Jean François Chazal , 

admonestée. 

— Jacques François Broë, notaire, emprisonnement main- 

tenu. 

— Pierre Dunière, fils de Paul Dunière (idem). 

— Dubesset, 

— Callon, 

— Morel, dit de Châteauneuf, 

9 févr. Paule Escoulens, femme du ministre Fauriel-Lassagne, 

de Lassagne , paroisse de Silhac, prison perpétuelle 
à la Tour de Constance (contumace). 

— Anne Lapra^, femme de Jean Pierre Espinas, prison per- 

pétuelle à la Tour de Constance (contumace). 

— Fauriel Jean-Gabriel, ministre, dit Lassagne, mémoire 

éteinte, supprimée et condamnée à perpétuité. 

— Jean Pierre Espinas, procureur de Saint Félix de Châ- 

teauneuf, galères perpétuelles ; libéré le 22 jan- 
vier 1763. 

1741 

31 juillet. Alexandre Chambon , laboureur, de Pranles , âgé de 
61 ans, galères perpétuelles; libéré en 1769 par 
l'entremise de Voltaire. 

1743 
Douze religionnaires emprisonnés à Tournon. 

1744 

M déc. Claude Ponton, de Gluiras, prison à Beauregard (par 
ordre de Richelieu). 
Claude dit Roche, du même lieu, id. (id.). 
Antoine Terras, de Saint- Fortunat, id. (id.). 
Philippe Blache , de Mastenac, paroisse de Samt- 

Fortunat , id. (id.). 
Bougnard dit le Père Eternel, du même lieu, id. (id.). 
Femmes Glaizat, mère et fille , deux mois de prison. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 417 



I74Î 



2 mai. M""* Gueze, de Chalencon, enfermée au couvent de la 
Visitation du Bourg-Saint-Andéol ; sentence exécutée 
le iS juin. 
D'Audemard , emprisonné 4 mois à Beauregard. 

1746 

i" fév. Jean Menut dit Rochette (ou La Rochette), de Mazel, 
paroisse de Saint-Agrève, galères perpétuelles. 
— Matthieu Majàl dit Désubas, ministre, pendu à Mont- 
pellier. 

1747 

20 janv. Demoiselles Roulin. de Lavouite, transfert du couvent 
des ursulines de Valence à celui des dominicains de 
Viviers (sentence exécutée le 9 octobre). 

1748 

10 juin. Jean de Jours, de Brussac, mort à Montpellier avant sa 
condamnation. 

1749 

ô janv. Jean-Pierre Bruguière, deux mois de prison. 

Antoinette Valançon, d'Annonay, sa femme, id. 
28 avril. Etienne Valançon, id. 

Elisabeth Mantelin, de Peangres, sa femme, id. 

1750 

4 fév. Frt-.nçois Coste, maître d'école à Saint- Voy, 100 livres 
d'amende. 
Jean Menut, id., id. 
Claude Bois, id., id. 
Jean Bourette, de Bronac, id., id. 

II. 27 



4lH HISTOIRE DES PROTESTANTS 

1751 

12 avril. Jacques Monteil , ancien prédicateur, emprisonné à 
Beauregard, mort peu après. 

1752 

14 janv. Teyssier. de Saint-Péray,';oo livres d'amende. 

25 fév. Isaac-Jean Terrasse, de Silhac, emprisonné à Beaure- 
gard, 50 livres d'amende , élargi par ordre du roi le 
7 mai 1754. 
9 mars. Jacques Bernard, de Nozières, id,, 2,000 liv. d'amende 
(15 avril I7'5 2); élargi par ordre du roi le 20 juillet 

1754- 
14 mars. Jacques Meyer, de Serre, paroisse de Saint- Fortunat , 

id., id. 
Avril. Jacques Argod, id. 
— Marianne sa femme, id. 

Tranchât, de Menuts, paroisse de Saint-Fortunat, id., 

3,000 liv. d'amende. 
Ribes, des Chirouzes, paroisse de Nozières, id., 2,000 

liv. d'amende. 
Tussière, de Saint-Georges, id., ^iOD livres d'amende. 
Plusieurs autres religionnaires emprisonnés à Beaure- 
gard qui s'évadèrent. 
30 mai. Bac, notaire de Beauchastel, interdit de ses fonctions. 

1764 

Quatre religionnaires emprisonnés à Tournon , puis à 
Montpellier (ou au fort de Brescou). 

1768 

24 fév. Matthieu Sédarret , maître d'école à Faussemagne , 
puis à Fontmourettes, diocèse du Puy , prison (par 
ordre du roi). 

1770 

26 nov. Villard, père et fils, de Marcols, emprisonnés à Beau- 
regard (par. ordre du roi). 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 



419 



]S[o XIV. — Etat par arrondissement des commu- 
nautés DU VIVARAIS, DU NOMBRE DES FAMILLES AN- 
CIENNES CATHOLIQUES ET DU NOMBRE DES FAMIL- 
LES NOUVELLES CONVERTIES (PROTESTANTES) VERS 
1740 (1). 

(Vol. II, page 18).) 







Ane. 


Nouv 


Arrondissements. 


Communautés. 


cath. 


conv. 


Annonay. 


Annonay. 


895 


90 


Saint-Péray. 


Saint-Péray. 


150 


50 




Toulaud. 


95 


48 




Ste-EulalieouGuilherand. 


25 


15 




Soyons. 


38 


47 




Saint-Georges. 


II 


48 




St-Marcel-de-Crussol. 
Beauchastel. 


10 


30 




1224 


328 


Beauchastel. 


50 


72 




Charmes. 


50 


70 




Pierregourde, le Pape et 








St- André -de-Bruzac. 
Boffres. 


21 


100 




121 


242 


Boffres. 


3^ 


I 20 




St-Sylvestre et Champis. 


102 


118 




Saint- Didier. 


^2 


98 




St -Romain -de- Lerps. 


55 


3 




24-' 


V-^) 



(!) Lettre du brigadier de La. Devez" à Danpervilliers, Tninistre de la 
guerre, dans L'Echo de l Ardèche du ; décembre i8ji. Dans cet état ne 
sont pas compris évidemment les lieux qui ne renfermaient que des catholi- 
ques. 



420 



HISTOIRE DES PROTESTANTS 



Arrondissements. 



Vernoux. 



Chalencon. 



Communautés. 

Vernoux. 

Châteauneuf-de- Vernoux. 
Saint-Julien-le-Roux. 
Saint-Fortunat. 



Ane. 


Nouv 


cath. 


conv. 


195 


168 


ï7 


68 


8 


^2 


44 


211 



264 499 



Chalencon. 


92 


4^ 


Saint- Apollinaire-de-Rias. 


22 


46 


Saint-Miche!-de-ChabriIla- 






noux. 


22 


100 


Silhac. 


60 


128 


St-Maurice-en-Chalencon. 


n 


^6 



St-Prix-en-Chalencon. 



Empurany. 



209 375 



Saint-Prix. 


60 


2^ 


Mounens et Cluac. 


16 


22 


Saint-Jean- Chambre. 


îo 


100 


St-Julien-Labrousse. 


80 


48 



186 195 



Empurany. 


264 


20 


Le Crestet. 


65 


I 


Monteil. 


^4 


10 


Boucieu-le-Roi et Colom- 






bier-le- Jeune. 


12^ 


? 


Gilhoc et Grozon. 


'4î 


7^ 


St-Barthélemy-le-Pin. 


25 


19 



678 1 28 



Desaignes. 



Desaignes. 


'7^ 


20^ 


Lamastre. 


105 


40 


Macheviile et Retourtour. 


120 


2S 


Saint-Bazile. 


60 


58 



460 J 28 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 42I 







Ane. 


Nouv. 


Arrondissements. 


Communautés. 


cath. 


conv. 


Saint-Agrève. 


Saint-Agrève. 


I6S 


125 




St-Romain-le-Désert . 


42 


^9 




Les Vastres. 


lOJ 


72 




Devesset. 


50 


35 




Le Pouzat. 


15 


I 




Chaudeyrolles et Mezenc. 


90 







580 


292 


Rochepaule. 


Rochepaule. 


90 


9 




St-André-des-Eflfengeas. 


73 


29 




La Coste-la-Fare. 
Le Cheylard. 


64 







167 


38 


Le Cheylard. 


Ï74 


84 




Arric. 


11 


i") 




St-Barthélemy-le-Meil. 


?o 


80 




Saint-Michel-le-Rance. 
Saint-Gilles-de-Mézilhac. 


40 


28 




pi 


207 


Mézilhac. 


119 


9 




Saint-Julien-du-Gua. 


21 


57 




Issamoulenc. 


20 


55 




Saint-Genest-Lachamp. 


M 


104 




Ajoux. 


12 


î8 




187 


26? 


Saint-Pierreville. 


Saint-Pierreville. 


115 


74 




Gluiras. 


60 


236 




Saint-Christol. 


16 


78 




Saint-Julien-d'Orcival ou 


M 


135 




Marcols. 








Pranles. 


25 


•5' 




St-Etienne-de-Serres. 


24 


70 




261 


744 



422 



HISTOIRE DES PROTESTANTS 



Arrondissements. 



Privas. 



St-Vincent-de-Durfort. 



Chomérac. 



La Voulte. 



Le Pouzin. 





Ane. 


Nouv. 


Communautés. 


cath. 


conv. 


Privas. 


178 


277 


Tournon et Lyas. 


18 


86 


Lubillac et Coux. 


12 


99 


Veyrrs. 


6 


37 


Saint-Priest. 


46 


24 




260 


523 


St-Vincent-de-Durfort. 


10 


85 


Si-Sauveur-de- Montagut. 





57 


St-Cierge-la-Serre. 


7 


62 


Pourchères. 


17 


22 


St-André-de-Creysseilles. 


I 


62 


Gourdon. 


55 







90 


288 


Chomérac. 


8s 


153 


Saint-Symphorien. 


10 


52 


Alissas. 


12 


70 


Rochessauve. 


H 


65 


Bressac et Saint-Lager. 


12 


48 


Saint- Vincent-de- Barrés. 


6 


110 


St-Bauzile-en-Barrès. 


6 


29 




165 


527 


La Voulte. 


146 


72 


Royas. 


II. 


II 


Rompon. 


10 


68 




167 


'5' 


Le Pouzin. 


10 


144 


Baix. 


9 


130 


Flaviac. 


6 


78 


Creissac. 


1 


39 


St-Julien-en-St-Alban. 


6 


24 




32 


415 



DU VtVARAlS ET DU VELAY. 42? 

Ane. Nouv. 
Arrondissements. Communautés. cath. conv. 



Villeneuve-de-Berg, Villeneuve-de-Berg. 4?o 50 



Saint-Jean-le-Centenier. 


87 





Saint-Maurice-d'Ibie. 


48 


I 2 


St-Genest-en-Coiron et 






Montbrun. 


45 








Vallon. 


610 


62 


Vallon. 


67 


»95 




Lagorce. 


2^ 


120 




92 


315 


Salavas. 


Salavas. 


52 


41 




Vagnas. 


72 


8 




La Bastide-de-Virac. 


17 


18 




Bessas. 


. . . 


. . . 




141 


67 


Vais. 


Saint- Martin de-Vals. 


20 


290 


Les Saleiles. 


Les Saleiles. 


47 


48 



Total général : Anciennes familles catholiques. 7626 

Familles de nouveaux convertis. 6664 



N" XV. — Mémoire des Eglises du Vivarais 
(en 1744), dressé par Peirot (1). 

(Vol. II. p. 2IO.) 

1. Le Pouzin, Baix, Saint- Vincent-de-Barrès. 

2. Chomérac (2), Saint-Simphorien, Rochessauve. 



(i) Ms. Court, n" 17, vol. Q, p. jiç-^iô. 

(2) On trouvera, dans le Bulletin de la. Société de l'iiistoire du protes- 
tantisme français (année 1886, p. 25 à 29), un » Etat des religionnaires de 
la communauté de Chomérac » en 1745- 



424 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

j. Creissic, Ron^.pon, Saint-Julien [en Saint-Alban], Flaviac. 

4. La Voulteet quelques paroisses. 

5. Privas, Saint-André-de-Creyseii!es. 

6. Saint-Cierge-ia-Serre. 

7. Saint-Vinceni-de-Duifort. 

8. Pranles. 

9. S3int-Sauveur[-de-Montagut]. 

10. [Saint-Etienne-de-]Serres. 

1 1. Ajoux, Le Gua. 

12. Issatnoulenc. 

13. Vais. 



'^" î Gluiras. 
«5.) 



Silhac. 



( Marcols et quelques paroisses. 

i8. Saint-Christol. 

ig. [Saint-Genest-]Lachamp, Saint Péray et Saint-Cierge (i[ 

20. Saint- Maurice [en Chalencon]. 

21, 

22. ) 

23. Chalencon. 

24. Siint-Julien-la-Bro'.'sse et quelque autre paroisse. 

25. Saint-Jean-Chambre. 

26. Vernoux. 

27. Châteauneuf[-de-Vernoux]. 

28. Boffres. 

29. Bruzac et Toulaud. 

30. Saint-Didier-de-Crussol et quelque autre paroisse. 

?i- 
32- 



Gilhoc ou quelque autre paroisse. 



; Lamastre avec quelques autres paroisses. 

34. ^ 

35. Mouncns, Saint-Bazile ou une autre. 

36. Saint-Julien-Boutières. 

2~. I 

' Saint-Agrôve. 
38. \ ^ 

' Le Chambon. 



40. 

(i) A été nommé au n" b. Double emploi. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 425 

41, ^ 



Saint-Voy. 

42. ) 

43. Araules, Champclause. 



N° XVI. — Noms de quelques-uns de ceux qui 

FURENT TUÉS A l'aFFAIRE DE VeRNOUX, LE 12 Dé- 
CEMBRE 1745 (1). 

(VoL II. p. 226.) 

Etienne Gourdol, de Bousquenaud. 

Matthieu Courtiai, de Donas-Saint-Apollinaire. 

Jean-Pierre Viouj^t, dudit lieu. 

Claude Rias, de Rossille, paroisse de Saint- Apollinaire. 

Jacques Julien, de Jurus, idem. 

Guilhaume Boyer, de Rancel ou du Vernat, tailleur d'habits (il 
laisse sa femme enceinte ; on lui cassa la tête). 

Claude et Daniel Vernat, père et fils, du lieu de Vernat. 

Marchon, beau-frère de Vernat père. 

Simon Bernard, habitant à Juventin. 

Jean-Pierre Clos. 

Boissy, de Rias. 

Pierre Briand, de Charatier (il restait à Sivos, paroisse de 
Saint-Silvestre. Ses frères ont donné tout son bien aux pauvres). 

Jean-Jacques Bravais, de Châteauneuf. 

Claudine Théron dite la Noaille, belle-mère dudit Bravais, de 
Châteauneuf. 

Jean-Pierre Léorier, du lieu de Roumejean, paroisse de Saint- 
Julien-le-Roux. 

Jean Léorier, idem. 

Ponce. 

Jean Garayt, du lieu de Charbonnier, près de Bruzac. 

Jacques Bonnet, habitant au grand Valayer. 

Jacques Bourette, du lieu de Champatier. 

Isaac-Jean Tracol, de Bulli ou BuUier il laissa sa femme 
enceinte). 

Jean-Paul Rossille. 

(i) Ms. Court, n° 17, vol. P, p. ?5j, 554. 



426 



HISTOIRE DES PROTESTANTS 



Le tisserand du lieu de Champ. 

Tausson , beau-frère du ministre Fauriel dit Lassagne. 

Le fils de Fonat ou de Matthieu Courtial , de Saint-Voy. 

Jacques Praneuf, du lieu de la Coste. 

Gabriel Beriou , de Ponsoie, paroisse de Saint-Didier. 

Pierre Vallat, de Ponce, paroisse de Samt-Péray. 

Jean-Pierre Rissoan, de Roumejou, paroisse de Saint-Julien. 

Jean-Jacques Riou le Roux, de la paroisse de Silhac. 

Pierre Courtial , de Saint-Voy. 

Pierre Veron, du lieu de Fraissinet, paroisse de Saint-Jeure- 
de-Bonas. 

(Ces deux-ci, avec Matthieu Courtial, de Saint-Voy, tués au 
grand chemin de Cluac par le détachement du Cheylard, com- 
mandé par M. de Marens). 



N" XVII. — Liste des églises protestantes du 

ViVARAIS ET DU VeLAY (vERS 1756) (l). 
(Vol. II, p. 280.) 



Noms des lieux où les 
assemblées se tiennent 
ordinairement et qui 
sont autant d'églises 
nombreuses. 



Paroisses, bourgs et villes qui y 
assistent. 



Diocèses. 



1. Les Peines. 

2. La Favée. 
1. Le Pin. 

4. Montréal. 



Viviers. 



1 . Les Vastres. 

2. Chaudeyrolles. 
5. S» Front. 

4. Champclauze. 

5. Araules. 

6. S' Jeures de Bonas. ^Le Puy. 

7. La parcelle haute de S' Voy.l 

8. Le bas de S' Voy. 

9. Le Chambon. 

10. S' Jean-Roure. , 

1 1. S» Agrève. r, 

12. S» Julien-Boutières. 
13.5» Romain le désert. 



Viviers. 



\ 



(i) Collect. Coquerel, Pièces hif!lnri(iup>i ihi ilix-hiiilièmc siéclr (BibI 
de la Soc. de l'hist. du prot, franc). 







bu VIVARAIS ET DU VELAY. 


427 






l '4- 


Tence. 


Le Puy. 






IM. 


St André des Effengeas. 


Valence. 


5- 


Maifraiches. 


16. 


D":^vesset. 


Viviers. 






i.7. 


Rochepaule. 


Valence. 






f 18. 


Une partie de S' Agrève. 


Viviers. 






20. 


S' Jeure d'Andaure. 




6. 


La Naute. 


La Bâtie d'Andaure. 


Valence. 






> 21. 


Le haut de Desaignes. 


) 






l 22. 


Nozières. 


\ 






] 23. 


Arlebosc. 


Vienne. 


7- 


Rozières. 


( 24. 
1 :..5. 


Le Pouzat. 

Desaignes. 


\ 
j 






f 26. 

27. 


St Prix. 
Mounens. 


> Valence. 

1 


8. 


Magnon. 


28. 


Cluac. 






( 29. 


St Julien la Brousse. 


Viviers. 






1 30. 


Empuragny. 
Monteil. 


Vienne. 
Walence. 


9. 


Valgela. 


/ ^^' 


Macheville ou Lamastre. 
S' Bazile. 






' 34. 


SI Barthélémy le Pin. 






i ^5- 


S' Apollinaire de Rias. 




lO. 


Goûta L 


56. 

' 37- 


St Jean Chambre. 
Une partie de Silhac. 








( 38. 


Silhac. 


iViviers. 


II. 


Rias. 


) 39- 
1 40. 

. 41- 


S' Michel de Chabrillanoux. 
St Maurice [sous Chalencon]. 
Chalamon. 


1 


12. 


Félix. 


\ 42. 

l 44- 

45- 


Annonay. 
Roiffieux. 
Le Crestet. 
Boucieu le Voy. 




I?- 


Boisrond. 


46. 
i 47- 


St" Marguerite. 
Gilhoc. 








f 48. 


Colombier le jeune. 


Valence. 






( 49- 


St Sylvestre. 




14. 


Alboussières. 


,0. 

( 52. 


Champis. 
St Péray. 
Grozon. 




M- 


Ravel. 


l 54. 


Boffres. 

St Félix de Ch^eauneuf. 





428 

i6. Les Rioux. 

17. Barde. 

18. Sarzier. 

19. Bonier. 

20. Avalon. 

21. Les Grangettes. 

22. Lagarde. 



HISTOIRE DES PROTESTANTS 



2Î. 



f 57 
\ 58 
( 50 



La-Croix de St- 
Alban. 



24. La Charonde. 



25. Beaucaire. 



26. Vaneilles. 



27. Marjavans. 



28. 



S' Didier [de Crussol]. 

Une partie de Bofîres. 

Vernoux.' 

Le Pouzat. 

S' Julien les-Boutières. 

60. Toulaud. 

61. Soyons. 

62. Charmes. 

63. S' Georges. 

64. SI Marcel [de Crussol]. 

65. Beauchastel. 

66. Si Laurent d'Autussac [ou du 

Pape]. 

67. Royas. 

68. S' Fortunat. 

69. Lavoulte. 

70. Rompon. 

71. S' Cierge [la Serre]. 

72. Creissac. 

73. S' Julien en S' Alban. 

74. Le Pouzin. 

75. S' Symphorien. 

76. Bressac. 
yy. Baix. 

78. St Bauzile. 

79. S' Lager, 

80. Rochessauve. 

81. Chomérac. 

82. St Priest. 

83. Veyras. 

84. Privas. 
S<i. Coux. 

86. Flaviac 

87. S» Vincent [de] Durfort. 

88. Pranles. 

89. Lyas. 

90. Pourchères. 

91. S' André de Creysseilles. 

92. Ajoux. 

93. Vais. 

94. Le Gua. 



Valence. 

Viviers. 

Valence. 

Viviers. 



iValence. 



Viviers. 



29- 

30. 

?2. 



La Pervenche 
Craux. 



DU VIVAKAIS KT DU VELAY. 

QS. Issamoulenc. 



429 



Abrahon. 



96. S» Pierreville. 

97. S» Etienne de Serres. 

98. Les Ollières. 

99. S' Sauveur [de Montagut]. 
100. Une partie de Pranles. 

Saint-Martin dejoi. Giuiras. 
Colset Meurs. 1 102. S' Barthélémy le Meil. 
iio^. Si Michel le Rance. 
<I04. Une partiede S'' Genest[-La- 
( champ]. 

[105. Le Cheylard. 
106. StChristol. 
(107. Arric. 

!io8. Marcols. 
109. Mezilhac. 
iio. S» Genest-la-Champ. 



}^. Avertoux. 



14. Faveyrolles. 



3 K . Leyrat 



Vi 



iviers. 



Dans quelques-unes des communautés cy devant écrites , le 
nombre des protestants n'est pas considérable. 

N" XVIII. — Familles ou ménages protestants 
d'Annonay en 1768 (l). 



(Vol. Il, p. 284.) 



Grande rue du Champ. 

M""" la veuve Veyrin. 

Le mary de la Marconne. 

Châtain. 

Jalate. 

M"" Veyrin, cadet. 

M"" Astier. 

M'' Alleon, cadet. 

M"" La Grange. 

M"" Perrier. 

M"^ la veuve Paret. 



Rue de la Pistorie. 

M"" la veuve dus'AndréLéorat. 

M"" Montilhon. 

M'" de Lamberty. 

M"" Veyrin. 

M"" Fournat d'Ay. 

Le tour de la grande église^ 

M-- Garde. 

M-" AUéon, l'aîné. 

M"" Ravel, bourgeois. 



(i) Chomel le Béat, Histoire du pr'iipstnntif^inc à Annrinny (ms.). 



4^o 

M"" Tourton. 



HISTOIRE DES PROTESTANTS 



Rue de Deome. 

M"^ la veuve Léorat. 
M"" Jean-Pierre Giscard. 
M"^ la veuve Giscard. 
M'' Alexandre Léorat. 

A Valgelas. 

Les dem"°^ Chomel. 
La veuve Chomier. 

Rue de Cance. 

M"" Planchon. 
La Chardonete. 
Les dem"'^'' Laurent. 

A la Poterie. 
M"" Louis Rouzier. 

Rue Grangea. 
Les dem"*^' Fournat. 

A Ste Marie. 

Mad. Boissi. 

La Chatelle 

Brianson. 

Jean-Pierre Cardeur. 

Mantelin. 

Veuve Veyre et son fils. 

Danty. 

La veuve Faucon. 

Les dem""' Chomel. 

Rue derrière le Champ ou de la 
Pomme. 

La veuve Galonné et sa sœur. 

Rouveure. 

Ponsonnette. 



Barey. 
Cheval. 
Pagelle. 
Chantier. 

Une fille étrangère chez la Ga- 
lonné. 

Fauxbourg de la Reclu\iere. 

W Siméon Marcha. 

Serrepuis. 

M"" Marcha, aîné. 

M"" Moureton. 

La dem"*^ Moureton. 

La veuve Briançon. 

M"" Gren'er. 

La Ghardjnete. 

M"" Léorat Cezar. 

M"" Fournat de Brenieu. 

M*" Léorat l'aîné. 

M'- Racle. 

La Valette et Fayas. 

M"" Mathieu Johannot. 

M"" Jean-Baptiste Johannot. 

Un ouvrier papetier. 

Un autre papetier. 

Béraud, vigneron. 

Le nommé Bois teinturier. 

Un drapier. 

M"" Antoine Marcha. 

Dehors la ville. 

Ponsonnet,àli portedu Champ. 

M'' Leris. à Varaignes. 

M'" Rouzier, à Chatiiiais. 

La veuve Fraisse, à Boucieu. 

Barey. à Marmati. 

M"" Rouzier et ses filles, au 

Colombier. 
M"" Giscard, aux Faucons. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 43 1 

M'" Veyrin, aux Faucons. Mantelin. 

_ , , _, Beraud. 

Fauxbouro- de Cance. .,,,,. , 

■ j. . M"' Laye. 

Faroisse ci Annonar- i jl ^ 

Le nommé Gras. 

M"" Deschaux, cadet. M"" Lacou. 

La Charlotte. M^ Broé. 

M"* la veuve Deschaux et son Ponsonnet. 

frère. M"" Peiron, à Lapra. 

M"" Paret, teinturier. Ponsonnet, à Félix. 

La Pagelle. Beraud, à Félix. 

Fauxhour^ de Cance. 
Paroisse de Roiffieu. 



Ponsonnet, à Baron. 
Valenson, au Fromental, 
Mantelin, à Mantelin. 
Ponsonnet. Un autre à Mantelin. 



« On peut , il est vrai , » dit Chomel , « ajouter à cet état 
quelques religionnaires étrangers non mariés et inconnus, qui 
travaillent en différentes maisons. » 



N" XIX. — Notice sur les Eglises de Vallon , 
Salavas et Lagorce depuis leur adjonction au 

SYNODE DU BAS LaNGUEDOC , EN I756 (ij. 
(Vol. Il, p. 279.) 

Les premières prédications , données aux Eglises de Vallon , 
Salavas et Lagorce par des pasteurs rattachés au synode du bas 
Languedoc, datent de i7<)(). Nous apprenons, par le synode de 
cette province, assemblé le 2<, avril, même année, que les pasteurs 
François Saussine et Michel Teissier consentirent à desservir six 
mois chacun le quartier de Vallon , à condition qu'ils seraient 
déchargés de ce soin l'année prochaine. 

En 1763, le proposant Simon Lombard y donna quelques prédi- 
cations. 

Le 9 mai 1764, le synode établit comme suit le Règlement des 
courses qui devaient se faire dans ce quartier : 

(i) Edmond Hugues, Les sunodes du Désert (passim). 



4^2 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

'< M. François Saussine , en juin ; 

» M. [Paul] Vincent, vers la fin d'août ou vers le commence- 
ment de septembre ; 

» M. [Pierre] Allègre, en novembre; 

» M. [Jacques] Matthieu, en décembre ; il donnera la commu- 
nion de Noël ; 

» M. [Michel] Teissier, en février; 

» M. [Jean] Pradel est engagé à faire une assemblée dans 
son quartier et M. [Jean-Pierre] Lafon une autre ; 

» M. [Jean-Louis] Gibert, en avril. » 

En 1769, le synode du 22 mai « avait bien voulu accorder au 
district de Vallon et Les Vans un pasteur en titre , mais cela 
n'ayant pu se faire, elle lui affecte pour six mois, » disent ses 
actes, (( le ministère de M. André Bouët, proposant, et, pour les 
autres six mois, celui de M. [François] Ricourt, aussi proposant. 
En outre, M. [Simon] Lombard, pasteur, est chargé d'y faire 
trois corvées, les deux premières de suite, et MM. [Guillaume] 
Bruguier et [François] Fromental, pasteurs, sont aussi chargés 
d'y faire, le premier deux, corvées et l'autre une. « 

« Cette décision, « dit Edmond Hugues, « mécontenta les 
religionnaires de l'Eglise de Vallon, qui réclamaient un pasteur 
pour le service de leur Eglise. Le pasteur Bruguier écrivait à 
Rabaut en juillet 17Ô9 : « Les Messieurs de Vallon persistent à 
refuser le ministère des proposants... Vous devriez prendre la 
peine de leur écrire pour les exhorter à se soumettre à l'arrêt qui 
les concerne. Votre exhortation étant d'un grand poids, il n'est 
pas à douter qu'ils n'y défèrent. » 

Il paraît que le proposant André Bouët eut à souffrir de ce 
mécontentement, car le synode du 1" mai 1770, « pour le dé- 
dommager de l'abandon, » disent ses actes, « où l'a laissé le quartier 
de Vallon, lui accorde la somme de 150 livres, à prendre sur ce 
qui reste des collectes faites en faveur des étudiants et y ajoute 
la somme de 63 livres dont la Compagnie lui fait présent. » 

Le même synode de 1770 put enfin donner un pasteur en titre 
au quartier de Vallon dans la personne Jean Ol'vat (d'Olivat et 
Olivat), qui venait de l'Agenais, dont il était originaire, et qui s'en- 
gagea à desservir le quartier deux ans et demi. Après ce temps, 
il retourna dans son pays. Le synode du 12 mai 1772 rendit « le 
témoignage le plus avantageux à la pureté de sa doctrine et de 
ses mœurs, ainsi qu'à sop zèle, à sa piété, à son exactitude dans 



DU VIVARAIS ET DU VELAY, 4JJ 

l'exercice du saint ministère, » En 1779, il desservait les Eglises 
de Picardie. 

Après le départ d'Olivat, le pasteur Simon Lombard, dont il a 
été question plus haut, donna quelques prédications à l'Eglise de 
Vallon, en attendant que le proposant Roux l'aîné, du bas Lan- 
guedoc, à qui elle avait adressé vocation, et sur le compte duquel 
de « bons témoignages « avaient été rendus, fût consacré au saint 
ministère. La cérémonie eut lieu à Vallon même en 1772. Roux 
y exerça son ministère jusqu'en 1776, et retourna dans le bas 
Languedoc. 

A cette dernière date , Sabatier de La Bâtie, pasteur du Viva- 
rais, écrivit au pasteur Paul Rabaut une lettre « dans laquelle il 
demande , au nom de ladite province , » disent les actes du sy- 
node du bas Languedoc du 27 avril 1776, « que l'Eglise de Val- 
lon soit rendue au synode du Vivarais comme lui ayant déjà appar- 
tenue, et qu'elle n'avait abandonnée que parce qu'elle n'avait pu 
jusqu'ici lui affecter le ministère d'aucun pasteur. Le synode 
ayant toujours de cette Eglise un soin pastoral très assidu, qui a 
établi entre elles et nous une affection mutuelle, laquelle ne nous 
permet ni de nous en séparer ni de douter du regret que la dite 
Eglise aurait d'une telle séparation, l'assemblée a délibéré qu'on 
ne pouvait se priver d'une Eglise qui n'existerait pas sans nous et 
que nous nous sommes acquis à bien juste titre. » 

Le successeur de Roux l'aîné fut François Ricourt, nommé plus 
haut, qui avait été proposant dans le bas Languedoc de 176g à 
1771, et fut consacré au saint ministère à cette dernière date. Il 
demeura à Vallon de 1776 à 1779 et retourna dans sa province, 
où il fut pasteur jusqu'à la suppression des cultes en 1793. En 
1807 il était pasteur président du consistoire d'Uzès. 

André Encontre (Encontre Saint-André), fils du pasteur Pierre 
Encontre, remplaça Ricourt et demeura à Vallon de 1779 à 1783. 
Proposant dans le bas Languedoc de 1775 à 1779, il fut consacré 
à cette dernière date. Le synode du 6 mai 1683 lui accorda un 
congé de deux ans sur sa demande , « les besoins actuels de la 
province n'étant pas urgents ; » mais il se réserva le droit de le 
rappeler quand il le jugerait nécessaire. Encontre ne reprit pas 
ses fonctions et se voua à l'instruction publique (i). 

Marc Privât lui succéda. Il était proposant du bas Languedoc 

(i) La France protestante, t. VI, p. 14 (2' édit.). 

II. 28 



434 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

en 1770 et reçut du synode de sa province, assemblé le 
31 avril 1771, l'autorisation de se rendre à l'étranger (séminaire 
de Lausanne) pour perfectionner ses études. En 1 775 , il était pas- 
teur dans les hautes Cévennes; après quoi il desservit le bas Lan- 
guedoc. Il séjourna à Vallon de 1783 à 1791 , et revint ensuite 
dans cette dernière Eglise, où on le retrouve après la Révolu- 
tion. Privât, paraît-il, se livrait volontiers aux plaisirs de la pèche. 
Ayant prié le pasteur Rabaut Saint-Etienne , de Nîmes , de lui 
acheter un filet, ce dernier fit sa commission , tout en lui rappe- 
lant discrètement des occupations plus austères. « Les apôtres, » 
lui disait-il, « qui étaient de bons pêcheurs d'hommes, étaient 
aussi de bons pêcheurs de poissons; et il y a beaucoup d'analo- 
gie entre ces deux professions. Je vous y souhaite également du 
succès (i). » Privât fut nommé pasteur , président du consistoire 
de Vallon au moment de la réorganisation des cultes en 1802 et 
vivait encore en 1810. Il décéda à Vallon et fut inhumé dans le 
cimetière de famille de Pierre-Scipion Ollier de Marichard. 

On lit ces lignes dans les actes du synode du bas Languedoc 
3 mai 1791 , au sujet de Jean-André Gachon , qui remplaça Pri- 
vât : « M. le député de Vallon ayant témoigné que son Eglise 
désirait le ministère de M. Gachon fils, des considérations puis- 
santes ont déterminé ce pasteur à répondre à ses vues malgré le 
désir qu'il avait eu de continuer ses fonctions dans l'Eglise de 
Lezan. Le synode, qui a été intéressé par les dispositions géné- 
reuses de ce digne pasteur, afîecte son ministère à l'Eglise de 
Vallon et l'y accompagne par ses vœux. » Gachon , qui était le 
fils du pasteur Jean Gachon, demeura seulement une année à son 
poste, de 1791 à 1792, et retourna dans le bas Languedoc. En 
1807, il était pasteur, président du consistoire de Saint-Hippo- 
lyte, et remplissait encore ses fonctions en 1809. 

Le dernier pasteur du quartier de Vallon avant la Révolution 
fut Tarawx ,' proposant des basses Cévennes, consacré au saint 
ministère en 1792 et pasteur de 1792 à 1793. 

(i) Le Huguenol (d'Anduzei du i'' novembre 1887. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 



435 



N" XX. — Synodes du VivarÂis et du Velay de 
l'époque du désert (i). 



1721, 26 juiltet (sans indication 
de lieu). 

1723, 16 août — 

— I ■; septembre — 

1724, 8 juin — 

— 1 1 novembre — 
1721;, 17 avril — 

— 21 juin — 

— 29 août — 

1726, 16 mai — 

— 14 septembre — 

1727, 21 avril — 

— 30 octobre — 

1728, 8 mai — 

— 8 novembre — 

1729, 14 avril — 

— 5 septembre — 

1730, 15 avril, Boutières. 

— i70ctobre (sans indication 

de lieu). 

173 1, 10 mai — 

— 8 octobre — 

1732, 21 mai — 

— 23 octobre, Boutières. 

1733, 20 mai, haut Vivarais. 

— 21 octobre, Boutières. 

1734, 3 mai, haut Vivarais. 

— 8 octobre, Boutières. 

1735, 29 avril, haut Vivarais. 

— II octobre, bas Vivarais. 

1736, 25 avril (sans indication 

de lieu). 

— 25 septembre — 



1737, 25 avril (sans indication 

(de lieu) 

— 7 octobre — 

1738, 30 avril — 

1739, 20 avril, haut Vivarais. 

— 17 octobre, Boutières. 

1740, Il avril, haut Vivarais. 

— 25 novembre, Boutières. 

1741, i®"" mai, haut Vivarais. 

— 12 octobre, Boutières. 
1744, i^"" mai (sans indication 

de lieu). 

— 27 octobre — 
1748, 15 août, au Désert. 
174c), 21, 22 octobre, Bou- 
tières. 

1750, 15 avril, haut Vivarais. 
1.752, 19 avril, — 

1753, 8 mai, — 

— 17 octobre, — 

1754, 29 avril, Boutières. 

1755, 29 avril, haut Vivarais. 

1756, 23 mars, — 

— 12 octobre, — 

1757, 26 avril, — 

— 18, i9octobre, — 

1758, 29 mars, — 

— 15 août, — 

1759, 26 avril, — 

— 10 octobre, — 

1760, 22 avril, — 

1761, 15 avril, — 

1762, 28 avril, — 



(I) Recueil des actes des synodes tenus en la province du Vivarais 
et du Velay (Arch. du consist. de Lavoulte). 



436 


HISTOIRE DES 


PROTESTANTS 


1764, 


24, 21 octobre , bas Vi- 


1780, 


4 mai, haut Vivarais. 




varais. 


I78I, 


i^'"mai, — 


1765, 


ler mai, haut Vivarais. 


— 


22 août, — 


1766, 


i" mai, — 


• 783, 


l'^'mai, — 


1768, 


8 novembre, — 


— 


i®"" novembre, — 


1769, 


4 mai, — 


1784. 


— . 


i77h 


18 juin, — 


1785, 


26 mai, — 


1772, 


i^-'mai, — 


1786. 


19 juin, — 


^773> 


29 juin, — 


1787. 


7 juin, — 


1774, 


27 avril, — 


I78&, 


22 mai, — 


— 


i®"" novembre, — 


1789. 


1 3 mai, — 


^77^, 


I*'' mai, — 


— 


10 août, — 


— 


8 septembre, Velay. 


I79U 


23 juin, Ardècheet Haute- 


1776, 


i®"" mai (sans indication 




Loire. 




de lieu). 


— 


I®'' novembre, — 


1777, 


14 novembre, haut Viva- 


1792, 


19 septembre, Ardèche. 




rais. 


179^1 


i'^' mai (an II delaRép.), 


1778, 


i'"'mai, — 




Ardèche. 


1779. 


1 3 mai, bas Vivarais. 







On nous a communiqué deux lettres de convocation au synode 
du Vivarais. Quoiqu'elles appartiennent à une date relativement 
récente , elles sont encore très réservées. En voici le texte : 

Première lettre. 

« Monsieur, j'ai été chargé de vous avertir que l'assemblée 
sinodale est fixée au 18 du courant en S' Jean Chambre. Il fau- 
dra vous adresser à M. R... de Jayac, qui vous indiquera le lieu 
du rendez-vous. J'écris pour le même sujet à M. G. Vous trou- 
vères sa lettre cy jointe. Faites la luy parvenir tout de suite par 
une voye sure et fidèle, je vous prie. Je suis charmé que cette oc- 
casion me procure l'avantage de vous assurer du dévouement sin- 
cère avec lequel j'ay l'honneur d'être votre très humble et très 
obéissant serviteur, Rattier. Ce <j juin 1771. » 

Seconde lettre. 



« Monsieur, je suis chargé par M. V... de vous dire qu'on a 
fixé l'ass. syn'''. au jour de la Toussain et de faire vos députés. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 



43 7 



Lendroit n'est pas choisy. On pourra s'adresser à M. R... de 
J... J'écris pour le même sujet en Montagne. Ayés la bonté d'y 
faire passer la lettre cy jointe. J'ay l'honneur d'être très parfaite- 
ment, monsieur, votre très humble et très obéiss. serviteur. Ra- 
ttier. Au bac ce 14. S""* 177?. » 




SOURCES 



DE 



L'HISTOIRE DES PROTESTANTS DU VIVARAIS 
ET DU VELAY (i) 



LE VIVARAIS EN GÉNÉRAL (2). 

Delichères , Notice historique sur le département de l'Ardèche 
(dans l'Annuaire de l'an X). 

Ovide de Valgorge, Souvenirs de l'Ardèche ; Paris, 1846, 2 tom. 
in-4°. 

Albert du Bo/s et V. Cassien , Album du Vivarais; Grenoble, 
1846, in-4''. 

J. A. Poncer , Mémoires historiques sur le Vivarais; Annonay, 
1873 , 1; tom. in-80. 

Weiss, Velay et Vivarais (dans VEnc/clopédie [protestante] des 
sciences religieuses. Supplément; Paris, 1877-1882, in-8'^). 

Henry Vaschalde , Mes notes sur le Vivarais; Privas, 1873, 
in-i2. 

A. Ma\on, Petites notes ardéchoises , 2« série ; Privas, 1873, 
in-i2. 

PARTIES DÉTACHÉES DE L'HISTOIRE DU VIVARAIS. 

Jo. Columbi, De rébus gestis episcoporum vivariensium ; Lug- 
duni, lô^ïi , in-4°. 



(f) On trouvera les livres de controverse à l'article doctrine, vol. 1, p-H'- 
Les ouvrages marqués d'un astérisque sont ceux que nous n'avons pu con- 
sulter. 

(2) Voyez aussi l'article annonay. 



HISTOIRE DES PROTESTANTS DU VIVARAIS ET DU VELAY. 4^9 

Dufaure-Satillev , Notice des hommes célèbres du Vivarais 
(dans l'Annuaire de l'Ardèche de l'an X). 

Laboisssière , Supplément à la notice des hommes célèbres du 
Vivarais (dans l'Annuaire de l'an XI). 

Henry Vaschalde, Curiosités de l'histoire du Vivarais; Privas, 
1875 , in-i2. 

Le Même , Etablissement de l'imprimerie en Vivarais (dans la 
Revue du Dauphind et du Vivarais; Vienne, 1877, in-4°, t. I). 

Monge, Visite des Eglises du bas Vivarais'en 1675-1676 (dans 
le Bulletin d'histoire ecclésiastique et d'archéologie religieuse du 
diocèse de Valence, t. V). 



La rencontre des 2. armées francoises faite au passage de la ri- 
vière du rosne en Dauphiné le 28. de mars 1 570 (gravure sur bois 
de la collection de Tortorel et Périssin). 

Discours véritable de ce qui est advenu en Vivarois, Velay, 
Forest et pays voisins, ez années 1585 et 1 586, par la guerre, cherté 
et pestilence (par Jean-Armand Fourel, d'Annonay, procureur 
du Roy, 1695), à la suite des Mémoires de Achille Gamon, édi- 
tés par J. Brun-Durand; Valence, 1888 , in-8". Tirage à part du 
Bulletin de la société d'archéologie de la Drame. 

(Pierre Marcha), Les Commentaires du soldat de Vivarois, où 
se voit l'origine de la Rébellion de la France, édités par La Bois- 
sière , Privas, 181 1, in-8°. 

Dourille de Crest , Histoire des guerres civiles du Vivarais ; 
Valence et Paris, 1846, in-8°. 

* Chastillon déposé de son gouvernement par le Conseil des 
Eglises , avec un précis de ce qui s'est passé dans le Vivarois de- 
puis la prinse de Privas; 1621 (s. 1.), in-8". 

Les actes de l'assemblée nouvellement tenue à Nismes. Parles 
Députez des Eglises réformées du Languedoc, Dauphiné, Sevenes, 
Haut et bas Vivarets, etc. Contre Monsieur de Chastillon; 1622. 
in-S" (20 novembre 162 1). 

* Chastillon, Manifeste contre les articles et procédé faicts con- 
tre lui en l'assemblée tenue à Nismes par les Eglises des Céven- 
nes, Gévaudan , Vivarois et autres en Languedoc, 1622 (s. 1.); 
in-i2. 

Estât des provinces rebelles non subjuguées. Le Vivarois (s. 1. 
ni d., 1622), in-40. 



440 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Voyage de M. le duc de Rohan en Vivarois (réimprimé par La 
Boissière dans Les Commentaires du soldats de Vivarois). 

Lettres d'abolition accordées par Louis XIII aux habitants du 
Vivarais, mai 1629 (dans Henry de Lagarde , Le duc de Rohan , 
p. 304-307). 

E. C. Lascomhe (Mad.) Jacques de Lamotte-Brion. Episode 
des guerres religieuses du XVIP siècle, Privas, 1885, in-8°. 

Relation des progrez du Roy, dans le Vivarets et le Langue- 
doc. Ensemble la réduction de la ville d'Alletz, et la Capitulation 
des soldats et habitans qui estoient dans la dite ville, Paris, 1629, 
in-i2. 



Brueys , Relation des mouvemens excités dans le Dauphiné et 
le Vivarès au sujet de la religion en l'année 1683 (dans son His- 
toire du fanatisme, t. I). 

Tableau naïf des persécutions qu'on fait en France de ceux de 
la Religion Reformée avec une Apologie pour le mouvement ar- 
rivé dans le Dauphiné, Vivarets et Cevennes à l'occasion du pro- 
jet de ceux qui l'ont suivi ; Cologne , 1684, in- 16. 

(Claude Brousson), Apologie du projet des réformez de France, 
fait au mois de may 1683 ; Cologne, 1684, in-i6. 

Les conversions des huguenots du Vivarez avec un abrégé de 
ce qui s'est passé dans leur Révolte. Et la réfutation de ce qu'on 
a écrit contre les conversions qui se font dans le royaume ; Tou- 
louse 1684 , in-i6. 

Louïs de Su:^e Evèque et Comte de Viviers. Instructions sur les 
matières de Controverse. Pour les Nouveaux convertis de son dio- 
cèse ; Lyon (s. 1., 1685), in-i6. 



Fléchier , Récit fidèle de ce qui s'est passé dans les assemblées 
des fanatiques du Vivarais (dans ses Lettres choisies; Paris, 1752, 
t. I, p. 337-382 , in-12). 

Brueys, Histoire du fanatisme de notre temps; Utrecht, 1737, 

3 t. in-12. 

Louvreleuil , Le fanatisme renouvelé; Avignon, 1668 (3'' éd.), 

4 t. in-80. 

La Baume, Relation historique de la révolte des fanatiques ou 



on VIVARAIS ET DU VELAY. 44! 

des Camisards ; édité par l'abbé GoilTon ; 2" édition, Nimes, 1874, 
in-i2. 

Un épisode de l'histoire des Camisards dans l'Ardèche. Récit 
d'un témoin oculaire, 1704 (dans le Bulletin d'histoire ecclésiastique 
et d'archéologie du diocèse de Valence, t. II). 

Relation de ce qui s'est passé à Vagnas le 10 février 1703 en- 
tre les troupes du Roy et les fanatiques, tirée par M^rf> Jean Bois- 
son, notaire, sur les Mémoires d'autre sieur Jean Boisson, son 
aïeul (dans le Bulletin de la Société littéraire de Privas, t. I, 1879, 
et dans Manus Talon, Fragment de la guerre des Camisards; 
Privas, 1887, in-S"). 

Relation du combat de 'Vagnas, dans Comte A. de Pontbrian, 
Guerres de religion. Le capitaine Merle, etc., p. ^02-304; Paris. 
1886, in-8°. 

BIOGRAPHIES. 

Baron de Coston, André de Lafaïsse , maréchal de bataille 
(dans le Bullet. de la Soc. départ, d'archéol. de la Drôme , 
t. XVIII-XX). 

(Anne Homeï), Histoire de la mort et du martyre de Monsieur 
Homel , pasteur de l'Eglise de Soyon en Vivarets (réimprimée 
dans le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme fran- 
çais ^ t. IX, p. 312-330). 

Discours du grand Homel, ministre de l'Evangile de Jésus- 
Christ, ayant demeuré onze heures sur la roue sans recevoir le 
coup de grâce, et de Soyon en Vivarois, l'ayant fait mourir à 
Tournon, in- 16 (Londres, le ... février 1699). 

Dernières heures d'Isaac Homel roué vif à Tournon, le 20 oc- 
tobre 1684 (dans le Bulletin de la société de l'histoire du protes- 
tantisme français, t. IX, p. 134-137), 

Rloustain], Le martyr Homel , dernier pasteur de Soyons avant 
la révocation de l'éditde Nantes (dans Le Chirstianisme au X/X« 
siècle, année 1887, N"' 16 et 17). 

Daniel Benoit , Une victime de l'intolérance au XVI IP siècle. 
Désubas, son ministère, son martyre; Toulouse, 1879, in-12. 

Borrel, Pierre et Marie Durand ou le frère et la sœur, Nimes, 
1868, in-12. 

Meynadier , Pierre Durand pasteur du désert et martyr. Va- 
lence, 1864 , in-12. 



442 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Lettres du pasteur Durand à Antoine Court et à divers (dans 
le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français , t. 
XXXIII). 

Relation de la mort de M. Pierre Durand (dans le même Bul- 
letin, t. XXXIII). 

Daniel Benoit, Marie Durand , prisonnière à la tour de Cons- 
tance; Toulouse, 1884;, in- 12. 

(Lombard), Isabeau Menet , prisonnière à la tour de Cons- 
tance; Genève, 1873, in- 12. 

Daniel Benoit, Pierre Dortial dans L'Eglise sous la croix , 
Toulouse, 1882, in-i2. 

Martyre de Dortial (dans le Bulletin de la Société de l'histoire 
du protestantisme Jrançais, t. IXetX). 

Daniel Benoît, Le portefeuille d'un pasteur du désert (Peirot), 
dans L'Eglise sous la croix, ci-dessus. 

Quelques ministres protestants du Vivarais avant la révoca- 
tion de l'édit de Nantes (dans Les chroniques de Languedoc, t. I, 
1874, in-4°). 

MONOGRAPHIES DE VILLES ET BOURGS. 
Annonay. 

Achille Gamon, Sommaire discours d'auculnes choses mémora- 
bles arrivées dans la ville d'Annonay et lieux circonvoisins depuis 
l'année 1552 (dans d'Aubais , Pièces justificatives, t. I). — Réé- 
dité par J. Brun-Durand, d'après un manuscrit plus complet; Va- 
lence , 1888 , in-8°. Tirage à part du Bulletin de la Société d'ar- 
chéologie de la Drôme. 

A. Ma:{on, Notice sur la vie et les œuvres d'Achille Gamon 
et de Christophle de Gamon; Lyon et Paris, 1885, in-8°. 

Histoire remarquable des persécutions de l'Eglise refformée de 
la ville d'Annonay en l'année 1635 (dans le Bulletin de la Société 
de F histoire du protestantisme français, t. I, p. 2815-292). 

Le martire du ministre d'Annonay, mis en croix par ceux de 
sa religion (s. 1. ni d.), in-12. 

A. Poncer jeene , Mémoires historiques sur Annonay et le 
haut Vivarais ; Annonay et Lyon, 1834-185 5, 2 t. in-8°. . 

Filhol, Histoire religieuse et civile d'Annonay et du haut Viva- 
rais ; Annonay, 1880-1882, 4 t. in-80. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 443 

Discours prononcés à Annonay par J . J. H. Kœnig et impri- 
més par ordre de la Société des Amis de la Constitution. Vous 
avez été rachetés à grand prix, etc., i Cor., 7, v. 23. — A la 
suite et du même : Discours servant de réponse à différentes 
objections faites aux quatre Commissaires députés à la Fédéra- 
tion Patriotique tenue à Valence, Département de la Drôme, le 
3 juillet 1791. — Annonay (s. d.), in-80. 

BOULIEU. 

Factum pour les habitans de la ville de Boulieu en Vivarets 
faisant profession de la R. P. R., demandeurs en lettres de rè- 
glement juges contre les habitans de la Religion catholique , 
apostolique et romaine défendeurs (s. 1. ni d.), in-4°. 

Desaignes. 

Factum pour Maistre Jean Agussi, ministre de la Religion pré- 
tendue Reformée du lieu de Saigne, Jean Gourion, Jean Guil- 
lard, Anthoine Maisonnet, Anciens, et autres habitans de la dite 
Religion du dit lieu , défendeurs. Contre les Sieurs Agens géné- 
raux du Clergé de France, demandeurs, etc. (s. 1. ni d.), in-4°. 
Signé Loride, advocat (décembre 1660). 

TOURNON. 

* Jean ViUemin, Historia belli quod cum hgereticis rebellibus 
gessit anno \<,6j Claudia de Turone ; Parisiis, Môq, in-4°. 

Charles Fleury ^ Histoire du cardinal de Tournon, ministre 
sous quatre de nos rois; Paris, 1728, in-8°. 

* Neiner , Notice historique sur le collège royal de Tournon ; 
Valence, 1841, in-8°. 

Arthur Wyart, Notice historique sur le lycée de Tournon ; 
Tournon, 1877, in-8«>. 

Anatole de Gallier , L'imprimerie à Tournon (dans le Bulletin 
de la Société départementale d archéologie et de statistique de la 
Drôme, années 1877 et 1878). 

Le Cheylard. 
La trahison descouverte et foy faussée de ceux de la Religion 



444 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Prétendue Réformée de la ville de Cheylard, au pays du Viva- 
rois, Contre le Roy et Monsieur le Duc de Vantadour leur Sei- 
gneur naturel. Ensemble le sacrilège inhumain par eux commis en 
l'Eglise et volerie sur les Catholiques du dit lieu ; Lyon, 1621, 
in-8°. 

Les Ruines razement des murailles et fortifications de la ville 
de Cheylar en Vivarets. Pour la rébellion des Habitans d'icelle , 
de la Religion prétendue reformée, le 29 et 30 juillet 1621; Avec 
la deffaicte des trouppes huguenotte du païs de Languedoc et de 
Vivarets. Par Monsieur le Duc de Vantadour, Lieutenant pour 
le Roy au gouvernement de Languedoc; Paris, 1621, in-8°. 

Lettre écrite aux Fidèles de l'Eglise Réformée du Cheylard 
en Vivarez par Jean Clu^el, cy devant leur ministre, Qui, pour 
éviter la mort, avait abjuré sa Religion ; au Désert, chez Pierre 
le Sincère, 1685, in-12. 

Saint-Romain-de-Lerp. 

Garnodier , Recherches archéologiques sur Saint-Romain-de- 
Lerp et ses environs ; nouv. édit. ; Valence, 1860, in-8». 

Crussol. 

La defaicte de certains huguenots qui tenoient assiégé le 
chasteau de Crussol , faicte par M. d'Orches, couronnel de l'in- 
fanterie de Dauphiné, accompagné de plusieurs gentilshommes 
et de ceux de Valence ; Lyon, 1577, in-8°. 

Soyons , Beauchastel et Saint-Alban. 

Récit véritable de ce qui s'est passé à la prise des villes de 
Soyon, Beauchastel et S.-Auban, par Monseigneur le Prince. 
Avec la fuite du Seigneur de Brison ; Paris, 1627, in-12. 

La prise des places de Soyon, Beau-Chastel, et autres lieux sur 
la rivière du Rosne , avec le châtiment des rebelles de Vivarets. 
Par l'armée du Roy, commandée par Monseigneur le Prince de 
Condé ; Paris, 1627, in-12. 

L'Abbaye royale de Saint-Jean-l'Evangéliste de Soyons ; Re- 
ligieuses bénédictines; Valence, 1882, in-8". 



du vivarais et du velay. 445 

Le Pouzin et Baix. 

Pclri de Baissât, Pusinensis obsidio (anno 1622). Dans ses 
« Opéra seu operum fragmenta ; » Viennae Allobrogium (s. d.), 
in-folio ; p. g à 25. 

Les grandes batteries nouvellement faictes contre la ville et 
chasteau du Poussin, retraite des Rebelles en Languedoc. Par 
Monseigneur le Duc de Vantadour ; Paris, 162 1, in-12. 

La réduction des villes du Pousin et Bay à l'obéyssance du 
Roy. Par Monsieur le Duc de Lesdiguières, après un furieux 
assaut. Ensemble les articles de la capitulation; Paris, 1622, 
in-12 (réimprimé des Actes et correspondance de Lesdiguières, 
t. III, p. 328-331). 

Abolition pour ceux du pays de Bays sur Bays vérifié au par- 
lement de Grenoble, in-S" (Août 1622 au camp de Lunel). 

Relation du siège et de la prise du Pousin par Monseigneur 
de Montmorency. Ensemble la prise de quatre canons et huict 
Drappeaux envoyez au Roy par ledit Seigneur de Montmorency; 
Paris, 1628, in-i6. — C'est la reproduction textuelle d'une par- 
tie de la plaquette qui suit. 

Relation véritable du siège et réduction de la ville du Pouzin 
en l'obéyssance du Roy, après la prise de Chaumerac en Viva- 
rets. L'exécution de six vingts des rebelles qui ont eflé pendus. 
Ensemble les articles accordez aux bourgeois et soldats dudit 
Pousin. Le Tout par Monseigneur le Duc de Mont-Morency ; 
Rouen, 1628, in-S". 

Relation véritable du siège et prinse du Poussin, par Monsei- 
gneur le Duc de Montmorency, Pair de France , Gouverneur et 
Lieutenant gênerai pour le Roy au pays de Languedoc ; Bour- 
deauS;, 1628, in-i6. 

Privas. 

Réduction de la ville de Privaz à l'obéissance du Roy par 
Monseigneur le Duc de Montmorency grand Admirai de France : 
contre les rebelles dudict lieu. Avec l'institution de la Messe, 
qui y a esté célébrée le Jeudy dernier d'Avril. Et comme les Mu- 
railles de la ville ont esté prestes d'estre rasées, et eux condam- 
nez à l'amende de cinquante mille escus. Le tout représenté par 



446 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

une Lettre du sieur de Ragot à un sien Cousin de la ville d'An- 
nonay; Lyon, 1620, in-S". — Précédemment paru à Tournon. 

Récit véritable de ce qui s'est passé à Privas, depuis le 23. 24. 
et 25. janvier jusques à présent, et de l'entreprise sur icelle 
(s. 1.), 1621, in-8°. 

Remonstrance adressée à Messieurs de Privas (s. 1.), 1621 , 
in-i2. 

Discours véritable de l'exécution de six ministres de la religion 
Prétendue Reformée , en la ville de Privas, par le commande- 
ment de Sa Majesté très Chrestienne, in-8° (s. 1. n. d.). 

Discours véritable de ce qui s'est passé sur l'occurence des 
mouvemens de la ville de Privas au pays de Vivarais (s. 1.), 162 1, 
in-i2. 



La deflfaicte et mort du lieutenant du Duc de Rohan dans la 
ville de Privas en Dauphiné (sic) par les adhérans de son party, 
le quinzicsme de Janvier 1628. Avec le restablissemenc du com- 
merce , et trafic sur le fleuve du Rhosne ; Bourges (s. d.) , 
in-i2. 

Récit véritable de la mort du capitaine Brison , tué par les re- 
belles de son party. Le quatriesme jour de la présente année 
1628; Paris, 1628, in-i2. — C'est lamême plaquette que la pré- 
cédente avec un titre différent. 



Récit véritable de ce qui s'est passé au siège et prise de Pri- 
vas, suyvant la lettre escripte mandée à M*" le Vice-legat d'Avi- 
gnon par un gentilhomme de la suitte du Roy; Avignon, 1629, 
in- 12; Aix, 1629, in-i2 (réimprimé dans Albert Du Boys, Al- 
bum du Vivarais). 

La prise de la ville et du fort de Privas en Vivarez avec la 
juste punition qui y a esté faicte des rebelles, qui s'y sont trou- 
vez; Aix, 1629, in-i2 (réimprimé dans le même). 

Lettre du Roy à la Cour de parlement de Provence contenant 
les particularitez de tout ce qui s'est passé au siège, prise et em- 
brasement de la ville de Privas (Privas, 31 mai 1629); Aix, 1629, 
in- 12 (réimprimé dans le même). 



DUj VIVARAIS;,ET DU VELAY. 447 

Lettre du Roy, envoyée à la Cour de parlement de Provence , 
contenant tout ce qui s'est passé depuis la prise de Privas jusques 
à présent. Avec la réduction de toutes les villes rebelles à 
l'obéissance de Sa Majesté (Lédignan, 29 juin 1629); Aix, 1629, 
in-i2. 

Lettre de Louis XI II au duc de Ventadour, sur la prise de 
Privas (30 mai 1629) , dans Y Histoire générale de Languedoc , 
t. IX, p. 643, 644. — C'est la même lettre que la seconde 
adressée au parlement de Provence. 

Lettre du Roy à Monseigneur le Duc de Guise ^ Gouverneur 
et Lieutenant général pour le Roy en Provence. Contenant les 
particularitez de tout ce qui s'est passé au siège , prise et embra- 
sement de la ville de Privas; Aix, 1629, in-12. — Même re- 
marque. 

Lettre envoyée à la Reyne Mère du Roy. Contenant ce qui 
s'est passé en la prise de Privas. Et la réduction de cinq ou six 
autres places rebelles; Paris, 1629, in-12. 

Lettre du Cardinal de Richelieu à la Reyne sur la prise de 
Privas (de Privas, ?o May 1629), dans Aubery, Mémoires pour 
l'histoire du cardinal duc de Richelieu; Paris, 1660, 3 t. in-fol. 

Déclaration du Roy, contre les Habitans qui estaient cy devant 
en la ville de Privas... (Juin 1629). Vérifiée au Parlement de 
Tholoze, le 27. Aoust 1629; Paris, 1629, in-12. 

La Boissière , Journal historique du siège de Privas, par 
Louis XIII , en 1629 (dans Les Commentaires du soldat de Vi- 
varois). 



Affaire de la Religion P. réformée. Tactum, Pour les habitans 
de la Religion P. R. de la ville de Privas sur le sujet de l'Arrest 
rendu au Conseil d'Estat du Roy le 22 Février 1664 (s. 1.), 1664, 
in-4°, signé Loride Desgalesnieres, Advocat. 

Factum pour les habitans de la Religion P. R. de la ville de 
Privas, défendeurs, contre Jean Aligier, syndic des particuliers, 
habitans de Coux... Présenté au Conseil le 2 février 1662. Signé 
Loride advocat (s. 1. ni d.), in-4''. 

Factum , pour les Habitants de la ville de Privas qui font pro- 
fession de la Religion P. Réformée^ in-4° (s. 1. ni d.) 1664. 

Mémoire pour justifier les habitants de Privas sur le siège de 



448 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Privas , arrivé en 1629, et pour parvenir au rétablissement du dit 
Privas (dans V Annuaire de VArdèche pour 1854). Composé après 
1685. 

Chomérac (i). 

La deffaicte des ennemis rebelles au Roy, Par Monsieur le Duc 
deVentadour au pays de Vivarets, Avec la prise de deux canons 
(s. 1.), 1621 , in-S". 

La prise de la ville de Chaumerac en Vivarests. Par le Com- 
mandement de Monseigneur le Duc de Montmorency. Avec l'exé- 
cution de six vingts des rebelles qui ont esté penduz à la veuë du 
Ponsin. Et le pillage et bruslement du chasteau de Mauras , et 
autres maisons qui pouvoient favoriser le passage des rebelles de 
Privas au dit Ponsin; Paris, 1628 , in-8°. 

Cruas. 

C. B. Notice historique et archéologique sur l'Eglise de Cruas; 
N.-D. de Lérins , 1879, in-i8. 

Vals. 

La desroute et deffaicte des troupes du Comte de Chastillon 
par Monseigneur l'admirai de Montmorency avec la prise des 
villes d'Aubenas {Usci Vais), Dye et Crest, rendues à l'obeys- 
sance du Roy. Ensemble ce qui s'est passé au pays de Languedoc 
et Vivarets jusques à présent; Paris, 1621, in-12; Lyon, 1875, 
in-i2. 

Ordonnance du duc de Montmorency pour le rasement des mu- 
railles de Vais du 1 7 juin 1628 (dans Henry Vaschalde^ Mes notes 
sur le Vivarais). 

Plaquette sans titre et sans date (1653) sur les violences exer- 
cées par la Maréchale d'Ornano contre ses sujets de Vais appar- 
tenant à la religion réformée , in-4'^. 

* Manifeste des Reformés allant au secours d'Aubenas et de 
Vais contre la violence de la maréchale d'Ornano (s. 1. nid. 1653), 
in-4''. 

(ly Voyez aussi l'article le pol'zin. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 449 

AUBENAS. 

Récit de ce qui s'est passé en la ville d'Aubenas, lors de la 
guerre de la Ligue et de la prinse et reprinse de la dite ville (en 
1585 et 159?), réimprimé dans Poncer, Mémoires historiques sur 
le Vivarais , t. III , p. 657-687. 

La prise de la Ville d'Aubenas, capitale du païs du Vivarais, 
faicte par Monsieur le Comte de Tournon, sur les rebelles au Roy, 
qui l'avaient occupé l'espace de trente-deux ans , avec le nombre 
de huguenots qui ont esté tuez; Paris, 1587, in-8°. 

Oddo de Gissej , Vie du P. Jacques Salez et du F. Guillaume 
Sautemouche , son compagnon, martyrisés à Aubenas en !<,()'} , 
avec la photographie de ces deux religieux de la Compagnie de 
Jésus; Avignon, 1869, in- 18. — C'est une 3" éd. La 2e avait paru 
à Toulouse en 1642, 

Le doux et gracieux traictement des partisans du Roy de Na- 
varre à l'endroict des Catholiques ; C'est-à-dire : Le cruel assassi- 
nat, ou plutôt, si j'ose dire le glorieux martyre de deux Jésuites 
commis par iceux en la ville d'Aubenas le 8. jour de Février de 
ceste année 1593. D'où l'on peut veoir aisément le dessein qu'ils 
ont d'exterminer la Religion Catholique; Paris 1593, in-12; Ar- 
ras (s. d.) , in-12. 

Narré de la merveilleuse conversion des hérétiques d'Aubenas. 
A Nostre Sainte Foy. Au Roy. Paris, 1628 , in-i6. 

Lettre aux nouveaux convertis de la ville d'Aubenas; Paris, 
1628, in-8°. Signé A. Dubreton. 

Draussin , L'Eglise d'Aubenas au XVI I^ siècle . notes histori- 
ques , dans L'Eglise libre de Nice des 20 et 27 janvier; 3 , 10 et 
17 février, et 2 mars 1888. 

Dom Jaubert , Marie de Montlaur , maréchale d'Ornano, et le 
relèvement du culte catholique dans la ville d'Aubenas (Bullet. 
d'hist. eccl. et d'arch. relig. des diocèses de Valence , Gap , Greno- 
ble et Viviers, t. VIII). 

MiRABEL. 

Récit véritable fait aux Reynes par le sieur de Montgason , 
gentilhomme de Monseigneur le Duc de Mont-Morency. De la 
prise de la Ville et Chasteau de Mirabel. Par le dit sieur Duc de 
II. 29 



45© HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Montmorency. Avec l'exécution d'un Soldat du Régiment de Pe- 
rault, lequel s'estoit jette dans ladite ville, pour donner advis 
aux rebelles de Testât et ordre que l'on tenoit au siège de la dite 
Ville; Paris, 1628, in-i8. 

Relation de la Prinse de la Ville et Chasteau de Mirabel en 
Vivarez. Par Monseigneur de Montmorency Duc et Pair de 
France, Gouverneur et Lieutenant général pour le Roy en Lan- 
guedoc; Tolose , 1628, in- 18 (réimprimé dans Henry Vaschalde, 
Mes notes sur le Vivarais). 

Le Pradel. 

Controverse sur la question de savoir si Olivier de Serres a pré- 
sidé au massacre du 22 mars 1573 (dans Le Patriote de lArdèche 
des 28 mars, 29 avril, 13 et 20 mai 1885 , et VArdèche républi- 
caine du 3 mai 1885). 

Reisnes , Olivier de Serres agronome du XV I^ siècle; sa vie, 
ses travaux, ses écrits; Privas, 1858, in-8°. 

Eugène Villard , Olivier de Serres et son oeuvre; Paris, 1872, 
in-8°. 

Henry Vaschalde , Olivier de Serres , seigneur du Pradel , sa 
vie et ses travaux ; Paris , 1886 , in-8°. 

Villeneuve de Berg. 

Histoire mémorable et merveilleuse advenue à Villeneufve de 
Berc en Vivarets au mois d'octobre 161 3 d'un homme de la Reli- 
gion Prétendue Reformée, blasphémant contre l'Eglise Catholi- 
que , Apostolique et Romaine. Contenant tout ce qui s'est passé 
durant sa vie et après sa mort; Au Puy (s. d.), in-12; Paris 
(s. d.) in-12 , Lyon , 1875 , in-12. 

Mollier , Recherches historiques sur Villeneuve de Berg; Avi- 
gnon , 1866 , in-8°. 

Largentière. 

Mémoire sur l'ancien couvent des RR. PP. Cordeliers de Lar- 
gentière. Suivi d'une copie d'une requête adressée par les Pères 
Cordeliers de Largentière à Guillaume de Lamotte, sur les pertes 
qu'ils ont éprouvées pendant les troubles du Vivarais en 1562. s. 
d. (1858) in-4" (Largentière, veuve Grobon). 



du vivarais et du velay. 4^1 

Vallon , Lagorce et Salavas 

Jules Ollier de Marichard , Essai historique sur les Seigneurs 
de Vallon , Lagorce et Salavas de 1257 à 1842; Privas, 1882, 
in-80. 

Le Même, Exploits de Matthieu de Merle pendant les guerres 
civiles de 1 568 à 1 580 ; Privas , 1883 , in-8°. 

Comte A. de Pontbriant , Guerres de religion. Le capitaine 
Merle , baron de Lagorce , etc. ; Paris, i886 , in-8''. 

VELAY. 

Le livre de Podio ou Chroniques d'Etienne Médicis, bourgeois 
du Puy; Le Puy en Velay , 1869-1874, 2 t. in-4° 

Mémoires de Jean Burel^ bourgeois du Puy; Le Puy en Velay, 
1875, in-4°. 



J. A. M. Arnaud, D. M. M., Histoire du Velay jusqu'à la 
fin du règne de Louis XV; Le Puy, 1810, 2 t. in-8°. 

Francisque M and et , Histoire des guerres civiles, politiques et 
religieuses dans les montagnes du Velay pendant le seizième siè- 
cle; Paris et Le Puy, 1840, in-8°. — Réimpression dans VHis- 
toire du Velay du même auteur, t. V, sous ce titre : Guerres ci- 
viles , politiques et religieuses. La Réforme.- — La Ligue; Le 
Puy , 1862 , in-i2. 

J. B. Louis de Vinols, baron de Montfleury, Histoire des guer- 
res de religion dans le Velay pendant les règnes de Charles IX, 
Henri III et Henri IV; Le Puy, 1862. in-8°. 

Ch. Rocher, La ligue en Velay (dans les Mémoires de la Société 
des amis des sciences^ de l'industrie et des arts de la Haute-Loire ; 
le Puy, 1878, in-8% t. I.) 



Histoire de l'image miraculeuse de Notre-Dame de Pradelles ; 
Le Puy , 1843 , in-32. - 
(Le Franc de Pompignan Jean-Georges), Instruction pastorale 



45 2 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

de Monseigneur l'évêque du Puy , sur l'hérésie; Au Puy , Lyon 
et Paris, 1766 , in-4°. 

Daubenton, Vie de S. J» François Régis; Clermont-Ferrand 
et Riom ; 1834 , in-i 2. 



Deffaicte tres-veritable de cinq cens hommes rebelles à Sa 
Majesté, qui s'estoient glissez dans le Velay , pensant surpren- 
dre quelque ville pour leur asseurance. Par M. de Châte , et au- 
tre Noblesse du pays; Paris (s. d.), in-4°; Yssingeaux , 1881, 
in-4". 

Deffaite de quatre cens rebelles, ennemis de Dieu et du Roy, 
partie tuez, partie desarmez, et prins prisonniers, ayant voulu 
surprendre et petardé la ville d'Esseingeaux en Vellay. Par Mes- 
sieurs les barons de Chatte et de la Motte Bryon, le 4. d'Aoust , 
jour de la prise de Clerac , Lyon 1621 , in-S" ; Grenoble, 162 1, 
in-S" ; Yssingeaux, 1874, in-8». 

Deffaite de quatre cens rebelles envoyés par l'assemblée de 
Privas pour faire une course dans le Velay (dans La Semaine 
d'Yssingeaux, 1838, in-4°). 

La sanglante déroute de cinq cent rebelles du pays de Viva- 
rets , lesquels pensant surprendre la ville d'Issingeaux en Vellay, 
ont esté taillez en pièces par Monsieur de La Chaste et autre 
Noblesse du pays, assistez de plusieurs villageois. Ensemble 
l'heureuse Conversion de plus, habitans du dit pays, par un 
P. Jesuiste; Rouen, 1621, in-8°. 

* Le vray discours du siège, prinse et totale ruine de la ville de 
Sainct Agreve en Vivarois, faict et escrit par Monsieur de Figon, 
secrétaire de la Reyne; Lyon, 1580, in-8°. 

MANUSCRITS. 

Mémoires sur les guerres civiles et de religion qui ont eu lieu 
en Vivarais depuis le commencement du dix-septième siècle jus- 
ques à nos jours. S'arrête à l'année 1626 (Archives de M. Dubois, 
de Thueyts). 

Challamel (Pierre Joseph Henri), Notes et observations chro- 
nologiques pour servir à l'histoire du Vivarais (Idem). 

Mémoires d'Isaac Meissonier, cy-devant ministre à Saint Sau- 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 4^3 

veur en Vivarois (Archives de M. Souche, agent voyer à La- 
voulte). 

* Journal du curé Laurent Rey de Saint Péray. 



Livre journal ou de raison, des affaires domestiques de Maistre 
Achille Gamon, licencié ez droictz, habitant de la ville d'Annonay 
en Vivarois (Bibliothèque d'Annonay). 

Duret, docteur, Notes pour servira l'histoire d'Annonay et des 
environs (Idem). 

Registres de baptêmes, mariages et' mortuaires des églises ré- 
formées d'Annonay et de Boulieu de 1^76 à 1788 (Archives du 
Conseil presbytéral d'Annonay). 

Pièces diverses relatives aux protestants d'Annonay (Idem). 

Dame Chomel, religieuse de Sainte Claire , Annales de la ville 
d'Annonay écrites pour son neveu Louis Chomel , fils de Siméon 
Chomel (Bibliothèque d'Annonay). 

Louis Chomel le Béat, Histoire du protestantisme à Annonay 
(Archives départementales de l'Ardèche et de M. A. Mazon). 



Mémoyres des antiquités de l'Eglise Cathédrale de Viviers et 
de plusieurs autres choses arrivées en divers temps et particuliè- 
rement de celles qui se sont passées durant ma vie, par Jacques 
de Banne, chanoine (Archives de M. Dubois, de Thueyts). 

Giraud-Soulavie, Discours et remarques sur l'histoire ecclésias- 
tique de Viviers (Biblioth. du grand séminaire de Viviers). 

Mémoire de ce qui est arrivé de plus remarquable du temps 
du règne de Louis treize, Roy de France et de Navarre . dans 
la ville de Privas et lieux circonvoisins depuis le 27 décembre 1619 
(Archives de M. Dubois, de Thueyts). 



Recueil de pièces relatives aux Eglises Réformées du Vivarais, 
du Languedoc et du Dauphiné (Bibliothèque de la Société de 
l'histoire du protestantisme français, à Paris). 

Registre de baptêmes, mariages et mortuaires de l'Eglise ré- 



454 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

formée de La Bâtie de Crussol de 1646 à 1649 et de 1669 à 
1683 (Archives de M. Dussaut, pasteur à Alboussières). 

Registre du Consistoire de l'Eglise Réformée d'Aubenas. N° i, 
de 1614 à 1616 ; N" 2 , de 1620-1627 (Archives de M. le baron 
de Coston à Montélimar). 



Siège de S» Agrève par les catholiques en l'an 1580 (Arch. dé- 
part, de rArdèche, E, 182. 

Relation du sac de la Chartreuse de Bonnefoy en 1^69, faite 
par un religieux de cette maison (Archives de M. Dubois, de 
Thueyts). 

Articles de la capitulation du Pouzin, dans le Livre de liasse 
où sont inçérés divers actes par moy Simon Duboix, notaire royal, 
etc., 8^ livre, 1619-1639 (Archives de M. le général baron 
d'Azémar à Lavoulte). 



Lettres diverses écrites du Vivarais à Calvin , Bèze et autres 
(Bibliothèque de Genève, mss. français, n°* 109, 196, 1970*). 

Cahiers particuliers envoiez aux députés généraux et par eux 
présentez au nom de quelques provinces, etc. Cahier particulier 
du Vivarois (Bibliothèque de Carpentras, ms. Peiresc, noXXXI, 
vol. I). 

Discours de M'' Homel , étant sur la roue où il fut rompu et 
laissé vif pendant deux heures, avant que de recevoir le coup de 
grâce (Ms Court, n** 17, vol. F, à la Bibliothèque de Genève). 

Actes des synodes de la province de Vivarais pendant les an- 
nées 1596, 1654, 16^7, 1664, 1669-1675, 1677, 1678 et 1680 
(Archives nationales, série TT, cartons 235, 259, 289 A et B, 
313, 321, 328). 

Pièces diverses relatives aux protestants du Vivarais (Archives 
nationales, série TT, cartons 235 , 236, 242, 244, 259 A et B, 
261, 270, 284, 285, 286, 288 A, 289 A, 313, 314, 321, 328, 336, 

337' 349, 350, 355» 35^, 448). 

Idem (Archives du dépôt de la guerre, vol. 1707, 1708, 1709, 
1796, 1798, 1799). 

Idem (Bibliothèque de la Société de l'histoire du protestantisme 
français^ à Paris). 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 455 

Recueil des actes des synodes tenus en la province du Vivarais 
et du Velay de 1791 à 1793 (Archives du consistoire de Lavoulte). 



Mémoire d'Ebruy awec les remarques de Morel dit Duvernet , 
20 mars 1734 et 17 août 17315 (Ms Court, n" ly , t. B , à la 
bibliothèque publique de Genève). 

Mémoire dicté par le ministre Coste du Vivarez le 23 et 24 fé- 
vrier 1747 (Ms Court, n° 17, t. P, Idem). 

Mémoire dressé par M"" Peyrot sur les assemblées publiques 
du Vivarais, mai 1744 (Ms Court, n° ij, t. Q, Idem). 

Mémoire des Eglises du Vivarez (Idem, Idem), 

Copie de la relation dressée par Morel dit Duvernet en 1737 
(Ms Court, no 17, t. B, Idem). 

Deux lettres sur la capture de MM. Duvernet et Lassagne 
(Ms Court, n° 17, t. F, Idem). 

Lettres de divers pasteurs du Vivarais à Antoine Court et 
autres (Ms Court, n" i, t. I-XXVIII, Idem). 

Pièces relatives aux protestants du Vivarais (Ms Court, n° 17, 
t. A à Z, Idem). 

Idem (Archives départementales de l'Ardèche). 

Idem (Archives départementales de l'Hérault). 



Correspondance historique des deux Chirons (Archives de 
feue Mad. V*^ Sérusclat à Laroue). 

Au^ière, Matériaux pour servir à l'histoire des Eglises réformées 
du Vivarais et du Velay, 2 t. in-4° (Bibliothèque de la société de 
l'histoire du protestantisme français, à Paris). 

Idem, Matériaux pour servir à l'histoire des pasteurs des Egli- 
ses réformées du Vivarais et du Velay, 2 t. in-4° (Idem). 

Recueil de notices et de complaintes sur divers pasteurs du 
Désert (Bibliothèque de Nimes, n° 256 du legs Sabatier). 

PROVINCES AVOISINANT LE VIVARAIS ET LE 

VELAY. 

Dom Claude de Vie et Dom Vaisselle, Histoire générale de 
Languedoc; Toulouse, 1840-1846, 10 vol. in-40. 



456 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Dernière édition, avec des Notes et des Pièces justificatives ; 
Toulouse, 1872, etc., in-4" ; t. XIII et XIV par E. Roschach. 

Journal de J. Baudoin sur les grands jours de Languedoc , 
1666-1667; Paris, 1869, in-8°- 

(Bâville) , Mémoires pour servir à l'histoire du Languedoc 
(1598); Amsterdam, 1734, in-12. 

Mémoires secrets de Lamoignon de Basville , intendant de 
Languedoc, pour faire connaître à Louis de Bernage, son suc- 
cesseur, l'esprit de la province et l'art de la gouverner (1718), 
imprimés dans Les Chroniques de Languedoc, année 1877, in-4°. 

Cambon de La Valette , La chambre de l'édit de Languedoc ; 
Paris, 1872, in-80. 

Dubédat , Histoire du parlement de Toulouse ; Paris, 1885, 
in-80, t. I. 

Déclaration du roi, qui lève la modification insérée par le par- 
lement de Toulouse dans l'enregistrement de l'édit du mois de 
Novembre 1787, concernant ceux qui ne font pas profession de la 
Religion catholique. Du 7 mars 1788, in-4° (s. 1. ni d.). 

Ménard, Histoire civile, ecclésiastique et littéraire de la ville 
de Nimes ; Nimes, 1874-1875, 7 t. in-S®. 

Charles d' Aigre feuille , Histoire de la ville de Montpellier; 
Montpellier, 1737, in-fol. 

Corbière, Histoire de l'Eglise réformée de Montpellier; 
Montpellier et Paris, 1861, in-8°. 

J.-P. Hugues, Histoire de l'Eglise réformée d'Anduze ; (s, 1.), 
1864, in-80. 



Aug. Bernard jeune. Histoire de Forez; Montbrison, 1825, 
2 vol. in-8". 

André Imberdis, Histoire des guerres religieuses en Auvergne 
pendant les XVIe et XVI I» siècles ; Paris, 1855, in-8''. 

Nicolas Chorier , Histoire générale de Dauphiné ; Lyon, 1672, 
in-fol. 

Guy Allard, Les vies de François de Beaumont , Baron des 
Adrets, etc. ; Grenoble, 1676, in-i8. 

Annales de Michel Forest sur ce qui s'est passé de plus remar- 
quable à Valence de 17^6 à 1784 ; Valence, 1879, in-8». 

Mémoires de Eustache Piemond, Notaire royal-delphinal de la 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 4^7 

ville de St-Antoine en Dauphiné (1572-1608); Valence, 1885, 
in-80. 

Baron de Coston, Histoire de Montélimar, Montélimar ; 1886, 
3 t. in-80. 

Mémoires de Daniel de Cosnac ; Paris, 1852, 2 t. in-8°. 

François Joiibert et Salomon de Mere\, Mémoires; Grenoble, 
1886, in-i2. 

Jules Ollivier , Essais historiques sur la ville de Valence avec 
des additions, par A. Lacroix; Valence, 188";, in-80. 

Actes et Correspondance du connétable de Lesdiguières ; Gre- 
noble , 1878-1884, 5 t. in-4°. 

Arrest de la Court de parlement de Dauphiné contre les subjets 
du Roy, tant catholiques, que de la Religion Prétendue réformée, 
qui ont prins les armes contre le service de Sa Majesté, font faire 
un fort en ceste Province le long du Rosne au lieu appelle la 
Poule, et qui suivent le duc de Rohan , et autres rebelles. Enre- 
gistré au Parlement le 10. avril 1628; Paris (s. d.), in-i6. 

(Justin de Montheux), Histoire des guerres excitées dans le 
Comtat-Venaissin et dans les environs par les Calvinistes du sei- 
zième siècle ; Carpentras , 1782, 2 t. in-12. 

Lo/s de Pérussis^ Histoire des guerres de la Comté de Venay- 
scin et de la Provence , dans les Pièces fugitives de d'Aubais et 
Ménard ; Paris, 1759, 3 t. in-4''. 

OUVRAGES RELATIFS AU PROTESTANTISME. 

Auteurs protestants. 

Documents protestants inédits du XVP siècle, publiés par 
E. Arnaud; Paris, 1872, in-80. 

Lettres diverses écrites par les Eglises réformées de France à 
Genève, dans Gaberel, Histoire de l'Eglise de Genève; Genève 
1853-1862, 4 t. in-80. 

(Bè^e), Histoire ecclésiastique des églises reformées au 
royaume de France; Toulouse, 1082. 2 t. in-S". 

(Crespin), Histoire des martyrs persécutez et mis à mort pour 
la vérité de l'Evangile; Genève, 1619, in-fol. 

Correspondance de Calvin, dans Calvmi opéra. Brunswig, 
in-4°; Vol. X-XXI. 



458 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

Aymon^ Tous les synodes nationaux des Eglises reformées de 
France; La Haye, 1710, 2 vol. in-4°. 

(Elle Benoit), Histoire de l'édit de Nantes; Delft, 1693-1695, 
3 t. en 5 parties , in-4°. 

Gaultier de Saint-Blancard F. , Histoire apologétique ou Dé- 
fense des libériez des Eglises réformées de France; Amsterdam, 
1688, 2 vol. in-i2. 

(Claude) , Relation succincte de Testât ou sont maintenant les 
Eglises reformées de France en l'année 1666 (s. 1. ni d.), in- 16. 

Jurieu , Lettres pastorales aux fidèles de France; Rotterdam, 
1688, 3« édition, 3 vol. in-12. 

Mémoires du duc de Rohan sur les choses advenuëesen France 
depuis la mort de Henry le grand , jusques à la paix faite avec 
les Reformez au mois de juin 1629 (s. 1,); 1646; in- 18 (seconde 
édition). 

Edmond Hugues , Les synodes du désert ; Paris , 18H5-1886 , 
3 tom. in-4°. 

Cortei:^, Relation historique des principaux événements qui sont 
arrivés à la religion protestante depuis la révocation des édits de 
Nantes , l'an 1685, jusques à l'an présent 1728 (dans Edm. Hu- 
gues, Antoine Court, etc. , t. I , p. 438-486). 

Mémoires d'Antoine Court (1696-1729) , publiés avec une pré- 
face et des notes par Edmond Hugues; Toulouse, 1885, in-12. 

Le Même, Histoire des troubles des Cévennes et de la 
guerre des Camisards , etc.; Villefranche (Genève), 1760, 3 t. 
in-12. 

Les prophètes protestants. Réimpression de l'ouvrage intitulé 
Le théâtre sacré des Cévennes, etc. ; Paris et Melun , 1847, in-8''. 

Armand de La Chapelle, La nécessité du culte public parmi les 
chrétiens; Francfort, 2^ édition, 1747, 2 t. in-12. 

(Antoine Court), Le patriote françois et impartial ou Réponse 
à la lettre de M. l'évèque d'Agen ; Villefranche (Genève), 1753, 
2" édition , 2 t. in-12. 



Eug. et Em. Haag, La France protestante; Paris, 1846-1859, 
10 vol. in-8°; Deuxième édition, par Henry Bordier, Paris, 1876, 
etc. in-8°; 6 vol. parus. 

Bulletin de la société de l'histoire du protestantisme français, 
Paris, 1853 , etc. in-8''. 37 t. parus. 



DU VIVARAIS ET DU VELAY. 4^9 

Drion , Histoire chronologique de l'Eglise protestante de 
France; Paris et Strasbourg , 1855 , 2 t. in-12. 

Anque\, Histoire des assemblées politiques des réformés de 
France; Paris, i859,in-8°. 

Le Même , Un nouveau chapitre de l'histoire des réformés de 
France; Paris, 1865, in-8°. 

Le Même y De l'état civil des réformés de France ; Paris, 1868, 
in-8°. 

C/i. Coquerel, Histoire des églises du désert; Paris, 1842, 2t. 
in-8". 

Nap. Peyrat, Histoire des pasteurs du désert; Paris et Va- 
lence, 1842 , 2 t. in-8°. 

Douen, Histoire des premiers pasteurs du désert; Paris, 1879, 
2 t. in-80. 

Edm. Hugues, Antoine Court ; Paris, 1872, 2 t. in-8°. 

Rabaut le jeune, Annuaire ou répertoire ecclésiastique; Paris, 
1807, in-8°. 

Adolphe Michel, Louvois et les protestants ; Paris (s. d), in-12. 

Athanase Coquerel (fils) , Les forçats pour la foi ; Paris, 1866, 
in-12, 

Charles Sagnier, La tour de Constance et ses prisonnières, etc. 
Paris, 1880, in-8°. 

Liste des forçats et galériens pour la foi, dans La France pro- 
testante, 2^ éd. , vol. 6 , p. 213 à 358. 

G. Frosterus, Les insurgés protestants sous Lous XIV; Paris, 
1868, in-12. 

Le livre du Recteur. Catalogue des étudiants de l'Académie 
de Genève de 1559 à 1859; Genève, 1860, in-8°. 

Auteurs catholiques. 

Soulier, Histoire du calvinisme; Paris, 1686, in-4°. 

Idem; Histoire des édits de pacification; Paris, 1682, in-4''. 

J. Lefèvre , Discours de ce qui s'est passé pour et contre les 
protestans; Paris, 1690, 2 vol. in-4°. 

J. M. Prat, Recherches historiques et critiques sur la Com- 
pagnie de Jésus en France du temps du P. Coton ; Lyon, 1876- 
1878, 5 t. in-8". 

Augustin et Aloïs de Backer, Bibliothèque des écrivains de la 
Compagnie de Jésus; Liège, 1853..., 5 séries, in-4''. 



460 HISTOIRE DES PROTESTANTS 

(Filleau), Décisions catholiques, ou Recueil général des arrêts 
rendus en toutes les cours souveraines de France, en exécution 
on interprétation des idées qui concernent l'exécution de la R. P. 
R. ; Poitiers, 1668, in-fol. 

Henry de La Garde , Le duc de Rohan et les protestants sous 
Louis XIII; Paris, 1884, in-80. 

Schybergson, Le duc de Rohan et la chute du parti protestant 
en France; Pans, 1880, in-8°. 

Boulainvilliers , Etat de France; Londres, 1727-1728, 2 t. 
in-fol. 

Ouvrages relatifs aux réfugiés protestants. 

Ch. Weiss, Histoire des réfugiés français; Paris, 1853, 2 t. 
in-8°. 

Jules Chavannes, Les réfugiés français dans le pays de Vaud et 
particulièrement à Vevey ; Lausanne, i874,.in-i2. 

Erman et Réclam, iMémoires pour servir à l'histoire des réfu- 
giés français dans les états du roi ; Berlin, 1872 à 1799, 9 t. in-S". 

F. Godet, Histoire de la réformation et du refuge dans le pays 
de Neuchâtel; Neuchâtel, 1859, in-12. 

Ernest Combe, Les réfugiés de la révocation en Suisse; Lau- 
sanne, 1885, in-8°. 

Charles W. Baird, Histoire des réfugiés huguenots en Améri- 
que , traduit de l'anglais par A.-E. Meyer et de Richemond ; 
Toulouse, 1886, in-8^ 

F. H. Gagnebin, Pasteurs de France réfugiés en Hollande; 
La Haye, 1884, in-8°. 

HISTOIRES DE FRANCE. 

{fean de Serres) , Commentariorum de statu religionis et rei- 
publicae in regno Galliae, I. partis libri très, 4» éd., 1 577,. in-8° ; 
— II. partis, etc., 4" éd., 1577, in-S"; - III. partis, etc., 1595, 
in-S" ; — 1 1 1 1^ partis, etc. , 2» éd. , 1577, in-8" ; — V^ partis, etc. , 
Lugduni Batavorum, 1580, in-8''. 

La Popelinièrc, L'histoire de France enrichie des plus notables 
occurances survenues ez provinces de l'Europe et pays voisins 
(La Rochelle), 1581, 2 vol. in-fol. 

D'Aubigné, Histoire universelle et particulièrement des affaires 



DU ViVARAlS ET DU VELAY. 461 

de France depuis l'an 550 jusqu'en 1601 ; Amsterdam, 1626, j t. 
in-fol. 

Mémoires de la troisième guerre civile et des derniers troubles 
de France; 1 571, in-S». 

Recueil des choses mémorables avenues en France sous le rè- 
gne de Henri II. François II. Charles IX. Henri III et 
Henri IV; 2® édit., 1598, in-12. 

De Thon, Histoire universelle. Traduit sur la nouvelle édition 
latine de Londres; Basle, 1742, 11 t. in-4°. 

Gabr. Barthomœus Grammond, Historiarum gallicœ ab excessu 
Henrici IV. libri XVIII; Tolosœ, 1643, in-fol. 

[Claude Malingre], Histoire de la rébellion ; Paris, 1622-1629, 
6 t. in-8°. 

MÉMOIRES ET LETTRES. 

Mémoires de Condé ; Londres et Paris, 1743, 6 t. in-4°. 

Mémoires de l'Estat de France sous Charles neufviesme ; 2® 
éd., Meildebourg, 1578, etc., 1 t. in-12. 

Mémoires de La Ligue; nouv. éd., Amsterdam, 1758, 6 t. 
in-4°. 

Mémoires de Soubise, dans le Bulletin de la Société de l'histoire 
du Protestantisme français , t. XXVIII et XXIX. 

Millot , Mémoires politiques et militaires, etc., composés sur 
les pièces originales recueillies par Adrien Maurice , duc de 
Noailles, maréchal de France et ministre d'Etat ; 2<^^ éd., Paris, 
1777, 6 vol. in-12. 

Lettres de Catherine de Médicis, publiées par le C^^ Hector 
de La Ferrière; Paris, t. I, 1880; t. II, 188^, in-4'' (se continue). 

G. B. Depping , Correspondance administrative sous le règne 
de Louis XIV ; Paris, 1850-1855, 4 t. in-40. 

A. M. de Boislisle , Correspondance des contrôleurs généraux 
des finances avec les intendants des provinces; Paris, 1874, in-4°. 

Biographies. 

Michel le Vassor, Histoire du règne de Louis XIII ; Amster- 
dam, 1 700-1 701, 19 vol. in-12. 

Dupleix, Histoire de Louis le Juste XIII. du nom ; Paris, 
1654, in-fol. 



462 HISTOIRE DES PROTESTANTS DU VIVARAIS ET DU VELAY. 

Charles Bernard, Histoire du roy Louis XIII ; Paris, 1646, 
in-fol. 

Auber/, L'histoire du cardinal duc de Richelieu ; Paris, 1660, 
in-fol. 

Simon Du Cros, Histoire de la vie de Henry, dernier duc de 
Mont-Morency , pair et maréchal de France ; Paris, 1643, in-40. 

Mémoires du maréchal de Bassompierre depuis 1598 jusqu'à, 
son entrée à la Bastille en 163 1 ; Cologne, 1665, 4 t. in-S». 

J. Roman, Les aventures du capitaine Jean-Baptiste Gentil de 
Florac (i 585-1650); Grenoble, 1885, in-8''. 




CORRECTIONS ET ADDITIONS 



VOLUME PREMIER. 

Page 74, note 2 : N° II, lise:{ NM. 

Page 108, ligne 3 : Brognieux, lise:{ Brogieu, là et partout. 

Page 109, ligne 33 : ces, lise:{ ses. 

Page 134, ligne 14 : Montmiadou, lise:{ Montmiandon. 

Page 206, ligne 23 : fut, lise:{ fût. 

Page 239, ligne 30 : Delonne, lise:{ Deleune. 

Page 241, ligne 25 : Thueytz, liseï Thueyts. 

Page 268, ligne 26 : Lomps, Use:{ Lemps. 

Page 279, ligne 20 et 21 : Place:{ ensuite après fut. 

Page 292, ligne 32 : La Geste, lise\ La Coste. 

Page 335, ligne 31 : expérience, /isg:( expédition. 

Page 415, ligne i : Seneuillet, lise^ Senouillet. 

Page 415, ligne 2 : fils aîné, lise:{ le plus jeune des fils. 

Page 415, ligne 5 à 12 : supprime:{ Un procureur du roi... 
donc dans sa famille jusqu'au 14 mars 1678, alors qu'il, et lise^ 
Le 14 mars 1678, il fut (Le fait rapporté dans les lignes suppri- 
mées se rapporte à François Rostaing d'Arlempdes. Voy. Pièces 
justificatives, N° III). 

Page 432, ligne 3, note i : Saint-Bauzise, lise^ Saint-Bauzile. 

Page 455. Depuis l'impression de notre premier volume, 
M. Teissier, archiviste-paléographe à Nimes, nous a obligeam- 
ment communiqué des documents complémentaires sur Vaffaire 
de Vais. 

Le 28 juillet 1653, dès le lendemain du jour où la maréchale 
d'Ornano supprima violemment l'exercice de la religion réformée 



464 CORRECTIONS ET ADDITIONS. 

dans ce bourg, le consistoire de Privas, au nom des Eglises du 
Vivarais, exposa ce qui venait d'arriver aux pasteurs et anciens 
des Eglises réformées du bas Languedoc et des Cévennes. La 
lettre était signée par Accaurat, pasteur, de Pages, La Selve, de 
Faïn, du Bois, de Combes et Bernard, anciens. 

Le 8 août suivant, une conférence des députés du bas Langue- 
doc , des Cévennes et du "Vivarais se réunit à Uzès « pour pour- 
voir aux désordres arrivés en l'Eglise de Vais. » Le Vivarais s'y 
fit représenter par Durand , pasteur de ce lieu, et d'Achard ; et 
les Eglises du bas Languedoc et des Cévennes , par celles de 
Montpellier, Nimes, Uzès, Anduze et Alais. 

La conférence décida tout d'abord d'envoyer quatre députés 
au comte du Roure « pour le supplier très humblement d'interpo- 
ser l'autorité du roi et la sienne pour faire jouir lesdits habitants 
de Vais du bénéfice des édits. » Les députés rencontrèrent à 
Barjac le lieutenant général, qui leur répondit que la suppression 
de l'exercice de Vais n'émanait pas du roi , puisqu'il n'avait pas 
reçu d'ordre de lui à ce sujet ; que c'était « une passion particu- 
lière ; » que Sa Majesté, bien loin d'entendre que ses sujets de 
la Religion réformée fussent violentés , voulait au contraire 
qu'ils jouissent paisiblement de leur droit d'exercice conformé- 
ment aux édits. 

Encouragée par cette réponse, la conférence d'Uzès décida 
que les réformés d.es provinces susnommnées repousseraient la 
force par la force; que le pasteur Durand rentrerait à Vais avec 
une escorte aussi nombreuse que possible et reprendrait son exer- 
cice interrompu ; que la chaire^ la table de communion et les 
bancs du temple seraient remis en leur place; que chaque com- 
munauté du bas Languedoc, des Cévennes et du Vivarais fourni- 
rait des hommes et des vivres; qu'on informerait les colloques 
des violences exercées contre l'Eglise réformée de Vais et de la 
délibération de la conférence, et que les colloques, à leur tour, 
en informeraient les gentilshommes de leur ressort. 

La conférence décida en outre qu'une délégation, émanée de 
son sein , siégerait en permanence à Nimes , puis à Uzès, et se- 
rait composée de MM. Jacques Benoit, député de Montpellier; 
de Montaren, député d'Uzès; et de Montmoirac, député des 
Cévennes , auxquels le député du Vivarais se joindrait posté- 
rieurement. 

Bientôt des troupes affluèrent de toutes parts. La cavalerie de 



CORRECTIONS ET ADDITIONS. 465 

Montpellier était conduite par M. de Fourques et celle de Sauve 
par M. le Bailli. Le comte Frédéric-Henri de Dohna, gouver- 
neur d'Orange, amena sa garnison et les troupes du Dauphiné. 
L'armée était concentrée à Vallon le 6 septembre 1653 , et com- 
mençait même à manquer de vivres. Le sieur de Villefranche et 
le maréchal de camp La Cassagne la commandaient. 

Le roi, ayant été informé de ce qui se passait, envoya le sieur 
de La Tivolière à La Cassagne avec la lettre qui suit : 

« A Monsieur de La Cassagne , maréchal de camp en mes 
armées. 

» De par le Roy. 

» M. de La Cassagne, envoyant en ma province de Languedoc 
et pays de Vivarais le sieur de La Tivolière , lieutenant des gar- 
dées du corps de la Reine, Madame ma mère, sur le sujet des 
choses qui s'y passent et de la conduite de mes sujets de la Re- 
ligion P. Réf., le rétablissement de leur prêche à Vais et en 
d'autres lieux, je vous fais cette lettre pour vous dire d'ajouter 
toute créance à ce que le sieur de La Tivolière vous fera enten- 
dre de ma part être mon intention ; pour l'accomplissement de 
laquelle vous vous employerez, ainsi que je me le promets de 
votre affection. Je vous en reconnaîtrai par les effets de ma bien- 
veillance lorsqu'il s'en offrira le sujet. Cependant, je prie Dieu 
qu'il vous ait, Monsieur de La Cassagne, en sa sainte garde. 
Ecrit à Paris le premier septembre mil six cent cinquante trois. » 
Signé, Louis, et, plus bas, Phelippeaux. 

Quelques jours après, Louis XIV députa, porteurs de ses 
ordres, le marquis de Ruvigny aux chefs de l'armée protestante 
et le sieur Tibart au comte de Rieux. 

« Il a été ordonné, » disaient-ils, « aux s""* de Villefranche et 
La Cassagne, commandants nos sujets de la Religion P. R., 
assemblés à Vallon en Vivarais pour rétablir le prêche de Vais 
et autres lieux, d'ajouter foi et créance aux ordres que le sieur 
Ruvigny, leur député général, a à leur donner de ma part ; en- 
semble à notre cher et bien aimé cousin le comte de Rieux d'obéir 
au commandement qui lui en sera fait par le s'' Tibart, l'un de 
nos hoquetons^ pour laisser libres nos dits sujets en l'exercice de 
leur religion; et, en refus, enjoignons à tous nos lieutenants 
généraux de lui courir sus à main armée, sortir les canons et gar- 
nisons de nos villes et citadelles de Montpellier et Saint Esprit, 
pour plus promptement exécuter notre volonté. Donné à Saint 
II. 30 



466 CORRECTIONS ET ADDITIONS. 

Germain le septième septembre 1653. » Signé, Louis, et plus 
bas , Phelipeaux. 

Nonobstant ces ordres, les nouvelles de la cour n'étant pas 
satisfaisantes^ les délégués de la conférence d'Uzès, transférée à 
Anduze, savoir MM. Montmoirac, Massanes, La Vallete (?), 
Montredon, Foissac et La Baume, décidèrent, le 2 octobre 165;, 
qu'il fallait renforcer l'armée huguenote et demandèrent au Vigan 
un nouveau secours d'hommes. Une lettre d'Anduze sans signa- 
ture, du 17 septembre précédent, nous apprend que les chefs du 
mouvement voulaient montrer à La Tivolière, l'envoyé du roi, 
que tous les protestants du bas Languedoc , des Cévennes et du 
Vivarais, étaient étroitement unis les uns aux autres et dispo- 
saient de forces considérables pour faire valoir les droits qu'ils 
tenaient des édits. 

Après que le différend eut été réglé, le roi chargea Pierre For- 
ton et Jacques Rozel-Lansard, conseillers au présidial de Nimes, 
de faire exécuter à Vais les arrêts qu'il avait rendus en son conseil 
d'Etat. Ces deux personnages n'en ayant pas accepté la mis- 
sion, les consuls de Nimes, avec l'autorisation du roi, élurent à 
leur place Jean de Lagrange, conseiller au présidial de Nimes, et 
Malbois, juge de Somraières. Ceux-ci se transportèrent à Vais 
et, le 22 février 1654, firent prêcher deux fois le pasteur Durand 
dans son temple en présence d'une assemblée de 2,000 personnes; 
puis l'installèrent dans sa maison , et notifièrent les ordres du roi 
à la marquise d'Ornano, qui s'y soumit sans opposition. 

Page 503, ligne 16, ajoute\ : Dix-huit autres fugitifs furent 
condamnés à mort par contumace , le 22 mars 1684, par l'inten- 
dant D"Aguesseau, assisté du présidial de Nimes, savoir : Bre- 
mond, pasteur de Vernoux ; Brunier, p^ du Cheylard ; Romieu , 
p"" de Saint- Fortunat; La Motte, maréchal, et Charier, apothi- 
caire de Vernoux, au supplice de la roue; — La Baume, Baux 
et De Blo, fils du sieur des Fonds, à la décapitation ; — Blanc , 
p"" de Chalencon; La Charrière , p"" de Gluiras ; la veuve Blanc , 
Antoine Juverrac , Pierre Montchal, Pierre Pouchon, Matthieu 
Vernet , le Valet de Rousson, Moïse Muret, Jacques Lodi et 
Isaac Dethieux, à la potence; « ce qui sera exécuté figurative- 
ment, » dit la sentence, « dans un ou plusieurs tableaux, qui se- 
ront posés aux places publiques de la ville de Tournon et des au- 
tres lieux , que le procureur du roi jugera nécessaires, » Les 
biôns de tous furent « acquis et confisqués au roi. » Plusieurs des 



CORRECTIONS ET ADDITIONS. 



467 



condamnés avaient été exclus de l'amnistie de septembre 1683, 
savoir La Baume (Gaspard de Chambaud de Bavas de), Charier(ou 
Charrier) et De Blo (ou Bios). — Archives de la Drôme, D, 71. 

Page 5?7> ligne 4 : i597» '«'s^ i599- 

Page 585, ligne 27 : Roban, lise:{ Raban. 

Page 626, ligne 26 : Pierre du Rochat, lise:{ Pierre du Rochet. 

Page 661, ligne 4 : Avranches, lise^ Avenches. 

Page 683, ligne 8. Ajoutei, Alexandre de Vinay eut cinq en- 
fants : Pierre, docteur en droit, avocat au bailliage d'Annonay ; 
Alexandre, pasteur, qui suit; Marie, femme d'Antoine Bourget, 
pasteur à Boulieu ; Marguerite, mariée à Antoine Laurent, doc- 
teur en médecine à Annonay ; Anne, célibataire. 

VOLUME SECOND. 

Page 102, ligne 18 : Erieu, lise^ Erieux, là et partout. 

Page 346, ligne 25 : rébellion, lise^ rébellion. 

Page 427, ligne 32 : Boucieu le Voy, lise:[ Boucieu le Roy. 




TABLE DES MATIERES 



QUATRIÈME PÉRIODE. 

LE DÉSERT (1685-I793). 

Vivarais et Velay. 



Emigrations. Réfugiés de marque. Nombre des réfugiés. Aveux de Bâ- 

vilie I 

Confiscation des biens des consistoires et des religionnaires fugitifs et 

leur emploi 7 

Le seul pasteur autorisé à rester en France , 1686 10 

Exemples de constance, 1685 15 

Souffrances morales des nouveaux convertis, 1686 16 

Les premiers prédicateurs du désert, 1685 19 

Inspiration. Prédications de Gabriel Astier, 1688, 1689 24 

Astier dans Les Boutières. Expansion du mouvement. Assemblées nom- 
breuses, 1689 28 

Continuation des assemblées. Mort du capitaine Tirbon. Expéditions 

de Folleville. Boucherie du Serre de la Palle , 1689 51 

Broglie et Bâville en Vivarais. Continuation des boucheries. Fin de la 
lutte. Supplice de Gabriel Astier. Mémoire envoyé à Bâville, 1689- 

1690 î8 

Projet de soulèvement de Cabralles. Continuation de l'inspiration et 
des assemblées. Brousson en Vivarais. Persécution générale. Compli- 
cité du clergé, 1690-1698 45 

Maisons démolies ou incendiées, 1689-1705 49 

Souffrances d'Alexandre Astier aux galères, 1689-1715 p 

Ralentissement momentané de la persécution au début de la guerre de 
la succession d'Espagne. Reprise des assemblées publiques et leur ré- 
pression sanglante, 1 701 -1705 Ç7 

Les Camisards du Languedoc en Vivarais. Double combat de Vagnas , 
10 et II février 1705 61 



470 TABLE DES MATIÈRES. 

Soulèvement Cainisard en Vivarais. Combat de Franchassis. Bouche- 
ries exécutées par Julien, 1704 64 

Assemblées de jour. Condamnations. Second mouvement Camisard en 
Vivarais. Combats de Gilhoc , Saint- Fortunat, Leyrisse, 1704-1709. . 72 

Fin delà lutte. Bataille de Font-Réal, 19 juillet 1709 84 

Démarches faites à l'étranger en faveur des Camisards. Fin de leurs 
trois derniers chefs. Tentative avortée de Chambon et son supplice, 

1709-1710 88 

Recrudescence de l'inspiration, 1709 91 

Antoine Court. Sa jeunesse. Sa vocation pour le Saint ministère. Ses 

premiers travaux avec Brunel, 1695-1714 94 

Courses missionnaires de Court. Son projet de restauration du protes- 
tantisme. Mort de Louis XIV. Philippe d'Orléans régent. Menées du 

traitre Lapise, 1715-1718 98 

Départ de Bâville. Ses instructions secrètes, 1718 loj 

Pierre Durand. Sa vocation au saint ministère. Arrestations. Premier 

synode du Vivarais. Succès de Durand contre les inspirés, 1719-1721. 105 
Corteiz et Rouvière en Vivarais. Fondation d'Eglises. Déclaration du 

17 mai 1724; 1725, 1724 11} 

Zèle de Durand. Visite de Court. Union des Eglises du Vivarais, du 
Dauphiné et du Languedoc. Décisions synodales diverses. Procès 

fait à la mémoire de Paule Chermezon , 1724-172Ç 116 

Premier synode national. Consécration de Durand. Son mariage. Pré- 
dicateurs du Vivarais, 1726-1729 121 

Arrestation du père de Durand , du fiancé de sa sœur et de sa sœur 

elle-même. Lassagne, second pasteur du Vivarais, i729-i7}o 125 

Départ de M' Durand pour la Suisse. Arrestation de sa mère. Etat des 

Eglises, 1750-1731 i)0 

Arrestation de Durand, 12 février 1732. 15a 

Durand à Tournon et son transfert à Montpellier, 13-22 février 1732. 137 
Durand à Montpellier. Assauts des convertisseurs. Son procès et sa 

condamnation, i" mars-22 avril 1732 139 

Exécution de Durand, 22 avril 1732 145 

Témoignage rendu à Durand par le synode du Vivarais. Départ mo- 
mentané de Lassagne, 1732 149 

Continuation des assemblées. Amendes. Enlèvements d'enfants et de 

jeunes filles. Condamnations, 1733-1735 IÇ3 

Capture de Bernard, 14 juin 1734. Condamnations diverses, 1734-1737. 155 
Etat intérieur du protestantisme en Vivarais et en Velay. Arrestations 
diverses. Enlèvements de jeunes filles. Deux évasions. Mariages du 
désert inquiétés. Poursuite des ministres. Prisonniers de Vallon , 

1757-1738 iç8 

Arrestation et mort tragique du pasteur Morel-Duvernet, 14 et 15 fé- 
vrier 1739. Condamnation de ses codétenus, 8 février 1740 168 

Arrestation et fin tragique du pasteur Fauriel-Lassagne. 7-14 août 1739. 

Condamnation de ses co-détenus 9 février 1740 174 

Poursuites contre les mariages, 1739 181 

Etat des pasteurs et de la population protestante en Vivarais, 1740-1741 182 
Arrestation , procès et supplice de Dorliai , 4 juin 1741-31 juillet 1742. i8ç 



TABLE DES MATIÈRES. 47I 

Amendes exhorbitantes. Situation des protestants dans les diocèses du 
Puy, de Viviers et de Valence , 1742-1745 194 

Tolérance momentanée. Assemblées de jour et publiques, 10 mai 1744. 
Mémoire de Peirot. Arrestations particulières, 1743-1744 199 

Continuation des assemblées de jour. Libelle diffamatoire. Réponse de 
Désubas, 1744 209 

Politesses faites aux pasteurs. Des curés se rendent aux assemblées, 1745 . 214 

Déclaration du roi du 16 février 174Ç. Amendes considérables. Lettre 
d'un anonyme de Paris. Ecrits catholiques et protestants, 174J. . . 216 

Arrestation de Désubas, u décembre 1745. Massacre de Vernoux. 
Mouvements des protestants comprimés par les pasteurs. 222 

Le curé de Boffres incendiaire. Son histoire , 174Ç 252 

Départ de Désubas pour Montpellier, 2 janvier 1746. Démarches en sa 
faveur. Conseils de Court. Lettre de l'évêque de Valence 258 

Procès de Désubas. Ses sentiments. Tentatives de conversion auprès 
de lui , 1746 242 

Condamnation et supplice de Désubas, i"" février 1746 . 247 

Après le supplice, 1746 249 

Nombreux soldats en Vivarais. Reprise des assemblées. Traîtres sou- 
doyés par des prêtres. Deux traités de controverse , 1746-1747, . . 2J2 

La persécution recommence. Arrestation d'Argaud. Réveil des protes- 
tants d'Annonay. Amendes. Ordres sanguinaires. Ordres de rebapti- 
sation. Tournées des pasteurs , 1748-1750 256 

Procès verbaux contre les assemblées. Rédaction d'un placet. Arresta- 
tion et mort de Monteil. Reprise des assemblées. Lettre de l'évêque du 
Puy, 175 1 262 

Nombreuses arrestations. Amendes ruineuses. Départ forcé de Coste. 
Consécration de Vernet, 1752 ...•.■ 26J 

Envoi de livres de Genève. Assemblées traquées par les soldats. Ban 
sanguinaire de Richelieu non suivi d'effet, 1755-1754 271 

Triste position du pasteur Blachon. Eglises de Vallon , Salavas et La- 
gorce distraites du Vivarais. Lettre des pasteurs à M. de Lemps. 
Statistique des lieux d'assemblées , 1755-1756 277 

Prières et jeûnes publics à l'occasion du crime de Damiens. Tranquil- 
lité. Départ de la famille Blachon. L'évêque Ponipignan mal vu à la 
cour, 1757-1760 281 

Départ de Blachon. Projet de maisons de prière. Arrestations. Com- 
mission de Court de Gébelin. Lettre de l'évêque du Puj^ , 1761-1766 284 

Venue de nouveaux pasteurs. Délivrance de Marie Durand et de Cham- 
bon. Projet renouvelé de maisons de prière, 1768-1771 289 

Schisme de Philip dans les Eglises de La Montagne, 1775-1792 292 

Venue de nouveaux pasteurs. Enlèvement d'enfants. Un sermon de Ver- 
net , 1775-1775 ?io 

Avis de Vernet sur Du Temps. Persécutions endurées par Chiron. 
Son départ d'Annonay. Jugement sur Peirot, 1776-1777 516 

Accroissement du nombre des pasteurs en Vivarais. Malveillance des 
curés, 1778-1781Ç 518 

Edit de tolérance. Restriction du Parlement de Toulouse, Venue de 
nouveaux pasleurs , 1787-1791 519 



472 TABLE DES MATIÈRES. 

Constitution du 5 septembre 1791. Discours d'Astier et de Kœnig, Pro- 
grès de l'irréligion, 1791-1792 521 

Décision patriotique du synode du Vivarais. Jugement sur Vernet. Der- 
niers pasteurs du Vivarais. Conclusion, 1795 327 

APPENDICE I. 

Biographie succincte des pasteurs du Vivarais et du Velay pendant le 
Désert selon l'ordre \de leur consécration ou de leur venue dans la 
province Jîi 

APPENDICE II. 

Prédicateurs , proposants et étudiants du Vivarais depuis le rétablisse- 
ment des synodes dans la province en 1721 345 

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

I. Généalogie des Chambauds 553 

II. Liste générale des réfugiés du Vivarais et du Velay 355 

A. Réfugiés de Genève jjj 

1° Réfugiés reçus habitants de Genève 555 

2° Réfugiés reçus bourgeois de Genève 364 

B. 1° Liste des réfugiés du Vivarais étant à Lausanne en janvier 

1765 36Ç 

2° Autres réfugiés du pays de Vaud 366 

C. Réfugiés de Neuchâtel naturalisés 367 

D. I" Rôle général des Français réfugiés dans les Etats de Sa Ma- 

jesté le roi de Prusse et électeur de Brandebourg comme ils 

se sont trouvés au 51 décembre 1700 368 

2° Liste de réfugiés de Genève et de Suisse qui se sont arrê- 
tés à Schwabach depuis le mois d'août 1693 571 

j" Rolle des personnes qu'on a assisté de la collecte de Ham- 
bourg 372 

E. Fugitifs arrêtés et poursuivis devant le Parlement de Grenoble, 

1685-1687 374 

F. Confesseurs morts sur le premier vaisseau parti pour l'Amérique. 375 

G. Autres réfugiés 375 

H. Réfugiés du mouvement insurrectionnel de 1683 37J 

III. Généalogie des d'Arlempdes de Mirabel 377 

III bis. Lettre du duc de Rohan aux consuls de Barjac 378 

IV. Serment d'obéissance des protestants d'Annonay en 1621 379 

V. Réformés du Vivarais exclus de l'amnistie de septembe 1083 , , . 380 

VI. Suite des mauvais traitements infligés au protestants du Vivarais 

en 1683 , 381 

VII. Livres de controverse sortis des presses du collège des jésuites de 
Tournon 384 

VIII. Livres de controverse émanés d'auteurs catholiques du Vivarais. 587 

IX. 1° Jeunes gens du Vivarais étudiants à l'Académie de Genève. , . 389 
2» Jeunes gens du Vivarais étudiants à l'Académie de Die 391 



TABLE DES MATIÈRES. 473 

X. Gentilshommes nouveaux-convertis, 1686-1711 592 

1° Liste des gentilshommes et principaux habitants nouveaux con- 
vertis dans le Vivarais en 1686 592 

2» Nouveaux convertis du Vivarais , qui ont été déclarés faux no- 
bles, capables d'entreprendre et très mal intentionnés en 1686. 594 
50 Autres nouveaux non nobles capables d'entreprendre en 1686. . . 59Ç 
4" Estatdesgentilshommesnouveauxconvertisdu Vivaraisaprès 1711. 395 
50 Estât des nouveaux convertis qui ont pris la qualité ou vécu no- 
blement , après 17 II 596 

XI. A. Biens des consistoires du Vivarais et du Velay 597 

B. Biens des religionnaires fugitifs du Vivarais et du Velay .... 400 

XII. Enlèvement d'enfants à Annonay en 1700 402 

XIII. Liste générale des condamnations prononcées contre les protes- 
tants du Vivarais et du Velay pour fait de religion pendant le Désert. 405 

XIV. Etat par arrondissement des communautés du Vivarais , du nom- 
bre des familles anciennes catholiques et du nombre des familles nou- 
velles converties (protestantes) , vers 1740 4^9 

XV. Mémoire des Eglises du Vivarais dressé par Peirot (en 1744). . • 425 

XVI. Noms de quelques-uns de ceux qui furent tués à l'affaire de Ver- 
noux le 12 décembre 174? • 425 

XVII. Liste des Eglises protestantes du Vivarais et du Velay (vers I755)- 426 

XVIII. Familles ou ménages protestants d'Annonay en 1768 429 

XIX. Notice sur les Eglises de Vallon, Salavas et Lagorce depuis leur 
adjonction au synode du bas Languedoc en 1756 45' 

XX. Synodes du Vivarais et du Velay de l'époque du Désert 455 

Sources de l'histoire des protestants du vivarais et du velay. . 4}8 

Corrections et additions 4*^5 

table des matières 4'>9 




TOULOUSE. — IMP. A. CHAUVIN ET FILS, RUE DES SALENQUES , 28. 



BW5941.A74V.2 

Histoire des protestants du Vivarais et 

Princeton Theological Semmary-Speer Library 



1 1012 00034 8898 



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